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Procès contre les animaux + +Author: Émile Agnel + +Release Date: October 27, 2007 [EBook #23211] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CURIOSITÉS JUDICIAIRES *** + + + + +Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + + + + + CURIOSITÉS + JUDICIAIRES ET HISTORIQUES + DU MOYEN ÂGE + + PROCÈS CONTRE LES ANIMAUX + + PAR ÉMILE AGNEL + + + Parler sans haine et sans crainte, dire + toute la vérité et rien que la vérité. + + PARIS + + J. B. DUMOULIN, LIBRAIRE + QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 13 + + 1858 + + + + +ON TROUVE À LA MÊME LIBRAIRIE: + + +AGNEL (E.). Observations sur la prononciation et le langage rustique des +environs de Paris. In-18. 3 fr. + +ARCHIVES DE L'ART FRANÇAIS, recueil de documents inédits relatifs à +l'histoire des arts en France. _Paris_, 1851-1858. 8 vol. in-8º. 60 fr. + + Cette publication, qui se continue depuis 1851, s'adresse + non-seulement aux amateurs de curiosités historiques, mais à tous ceux + qu'intéresse sérieusement l'histoire de l'art national. Des études sur + nos grands maîtres, tels que Lesueur, Puget, Greuze, etc., y alternent + avec des documents variés, qui tantôt éclairent les détails les plus + intimes de la vie des artistes, tantôt font connaître les + circonstances dans lesquelles ils ont exécuté leurs travaux. C'est + dans ce recueil, publié sous la direction de MM. de Chennevières et de + Montaiglon, qu'a paru un des plus remarquables ouvrages du + dix-huitième siècle, l'_Abecedario_ de Mariette, le savant et délicat + amateur dont les jugements en matière d'art ont eu pendant longtemps + et conservent encore une si légitime autorité. On peut donc + recommander une publication qui répond si heureusement à son titre en + révélant à l'art contemporain quelques-unes des pages les plus + curieuses de son passé. + +_(Note extraite de la Revue des Deux-Mondes, du 1er mai 1858.)_ + +BORDIER et LALANNE. Dictionnaire de pièces autographes volées aux +bibliothèques publiques de la France, précédé d'observations sur le +commerce des autographes. _Paris_, 1853. In-8º. 10 fr. + +CHASSANT. Paléographie des chartes et des manuscrits du onzième au +dix-septième siècle. Pet. in-8º, avec planches in-4º. 8 fr. + + Approuvé par le ministre de l'instruction publique, d'après l'avis du + comité des chartes, pour la lecture des anciennes écritures. + +DU BOIS. Recherches archéologiques, historiques, biographiques et +littéraires sur la Normandie. _Paris_, 1843. In-8º br. 5 fr. + + Ce volume contient d'intéressants détails sur les possédés en + Normandie, le poète Montchrestien, François de Civille trois fois mort + et trois fois ressuscité, le chevalier de Clieu, qui dota la France du + café, etc. La dernière partie de l'ouvrage est consacrée aux préjugés + et superstitions, loups-garous, revenants, sortiléges, etc. + +FILLON. Monnaies françaises inédites, _Paris_, 1853. In-8º, avec 10 +planches représentant plus de 200 monnaies, br. 10 fr. + +-- Considérations historiques et artistiques sur les monnaies de France. +_Fontenay_ (Vendée), 1850. In-8º, avec 4 planches, br. 7 fr. + +LENOIR. Traité historique de la peinture sur verre, et description de +vitraux anciens et modernes, pour servir à l'histoire de l'art en +France. _Paris_, 1856. Gr. in-8º, avec 66 planches gravées sur cuivre. +Cart. 15 fr. + + Cette édition a été tirée à 85 exemplaires. On y a ajouté un + supplément, deux tables et douze planches qui ne se trouvent pas dans + l'édition précédente. + +MÉMOIRES de l'Académie celtique, ou Recherches sur les antiquités +celtiques, gauloises et françaises. _Paris_, 1807-12. 6 vol. in-8º, fig. +48 fr. + +MÉMOIRES inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie +royale de peinture et de sculpture, publiés d'après les manuscrits +conservés à l'école impériale des Beaux-Arts. _Paris_, 1854. 2 forts +vol. in-8º, br. 15 fr. + + Cet ouvrage, publié sous les auspices de M. le ministre de l'intérieur + et auquel M. Vitet a consacré une longue étude dans le _Journal des + Savants_, est, avec celui de d'Argenville, le travail le plus + important que nous ayons sur l'histoire des artistes français. Les + biographies qu'il contient proviennent toutes des anciennes archives + de l'Académie; les unes sont l'oeuvre de ses historiographes, les + autres sont les renseignements mêmes communiqués par les familles. + +-- Le même ouvrage, _papier de Hollande (tiré à 25 exemplaires)_. 25 fr. + +MÉMOIRES sur les langues, dialectes et patois, tant de la France que des +autres pays (avec la traduction de la parabole de l'Enfant prodigue en +85 patois différents). _Paris_, 1824. In-8º (t. VI des Ant. de France), +br. 6 fr. + +WOILLEZ. Archéologie des monuments religieux de l'ancien Beauvoisis +pendant la métamorphose romane. _Paris_, 1856. Fort vol. in-fol., orné +de 129 planches représentant plus de 1,200 sujets; avec une carte +archéologique indiquant les abbayes et prieurés, etc. Cartonné, non +rogné. 50 fr. + + Cet ouvrage, fruit de longues années de travail, contient les + monographies de plus de cent églises ou portions d'églises + chrétiennes. Il constitue, par l'importance des monuments qui y sont + décrits et la classification méthodique qui y est suivie, une + véritable archéologie religieuse de la France jusqu'à la fin du + douzième siècle. À ce point de vue, il s'adresse non-seulement à + l'amateur d'histoire locale, mais encore au savant, à l'archéologue + curieux d'étudier les différentes phases de notre architecture, + surtout pendant la période si intéressante du moyen âge. + + + + +L'auteur se propose de publier sous ce titre une série de brochures sur +divers sujets se rattachant aux moeurs et usages du moyen âge. + +Paris.--Imp. de Pillet fils aîné, rue des Grands-Augustins, 5. + + + + +CURIOSITÉS JUDICIAIRES ET HISTORIQUES DU MOYEN ÂGE. + +PROCÈS CONTRE LES ANIMAUX. + + +Les singularités judiciaires sont nombreuses et variées au moyen âge, et +souvent les magistrats interviennent dans des circonstances si bizarres, +que nous avons peine à comprendre, de nos jours, comment ces graves +organes de la justice ont pu raisonnablement figurer dans de telles +affaires. + +Toutefois notre but n'est pas de critiquer ici des usages plus ou moins +absurdes, mais d'en constater simplement l'existence. Nous bornons notre +rôle à raconter les faits, sauf au lecteur à en tirer lui-même les +conséquences. + +Plusieurs siècles nous séparent de l'époque dont nous cherchons à +étudier les moeurs et les idées, qui forment avec les nôtres de si +étranges disparates; aussi n'est-ce qu'après de scrupuleuses recherches +faites dans les ouvrages des jurisconsultes et des historiens les plus +respectables, que nous avons osé présenter cette rapide esquisse. + +Au moyen âge on soumettait à l'action de la justice tous les faits +condamnables de quelque être qu'ils fussent émanés, même des animaux. + +L'histoire de la jurisprudence nous offre à cette époque de nombreux +exemples de procès dans lesquels figurent des taureaux, des vaches, des +chevaux, des porcs, des truies, des coqs, des rats, des mulots, des +limaces, des fourmis, des chenilles, sauterelles, mouches, vers et +sangsues. + +La procédure que l'on avait adoptée pour la poursuite de ces sortes +d'affaires revêtait des formes toutes spéciales; cette procédure était +différente, suivant la nature des animaux qu'il s'agissait de +poursuivre. + +Si l'animal auteur d'un délit--tel par exemple qu'un porc, une truie, un +boeuf--peut être _saisi, appréhendé au corps_, il est traduit devant le +tribunal criminel ordinaire, il y est assigné _personnellement_; mais +s'il s'agit d'animaux sur lesquels on ne peut mettre la main, tels que +des insectes ou d'autres bêtes nuisibles à la terre, ce n'est pas devant +le tribunal criminel ordinaire que l'on traduira ces délinquants +_insaisissables_, mais devant le tribunal ecclésiastique, c'est-à-dire +devant l'officialité. + +En effet que voulez-vous que fasse la justice ordinaire contre une +invasion de mouches, de charançons, de chenilles, de limaces? elle est +impuissante à sévir contre les dévastations causées par ces terribles +fléaux; mais la justice religieuse, qui est en rapport avec la Divinité, +saura bien atteindre les coupables; elle en possède les moyens: il lui +suffit de fulminer l'excommunication. + +Tels étaient, en matière de procès contre les animaux, les principes +admis par les jurisconsultes du moyen âge. Arrivons maintenant à la +preuve de cette assertion. + +Parlons d'abord des procès poursuivis contre les animaux devant la +justice criminelle ordinaire. + +Comme on le voit encore de nos jours dans certaines localités, les porcs +et les truies, au moyen âge, couraient en liberté dans les rues des +villages, et il arrivait souvent qu'ils dévoraient des enfants; alors on +procédait directement contre ces animaux par voie criminelle. Voici +quelle était la marche que suivait la procédure: + +On incarcérait l'animal, c'est-à-dire le _délinquant_, dans la prison du +siége de la justice criminelle où devait être instruit le procès. Le +procureur ou promoteur des causes d'office, c'est-à-dire l'officier qui +exerçait les fonctions du ministère public auprès de la justice +seigneuriale, requérait la mise en accusation du coupable. Après +l'audition des témoins et vu leurs dépositions affirmatives concernant +le fait imputé à l'accusé, le promoteur faisait ses réquisitions, sur +lesquelles le juge du lieu rendait une sentence déclarant l'animal +coupable d'homicide, et le condamnait définitivement à être étranglé et +pendu par les deux pieds de derrière à un chêne ou aux fourches +patibulaires, suivant la coutume du pays. + +Du treizième au seizième siècle, les fastes de la jurisprudence et de +l'histoire fournissent de nombreux exemples sur l'usage de cette +procédure suivie contre des pourceaux et des truies qui avaient dévoré +des enfants, et qui, pour ce fait, étaient condamnés à être pendus. + +Nous mentionnerons à ce sujet les sentences et exécutions suivantes: + +_Année 1266._--Pourceau brûlé à Fontenay-aux-Roses, près Paris, pour +avoir dévoré un enfant[1]. + +_Septembre 1394._--Porc pendu à Mortaing, pour avoir tué un enfant de la +paroisse de Roumaigne[2]. + +_Année 1404._--Trois porcs suppliciés à Rouvres, en Bourgogne, pour +avoir tué un enfant dans son berceau[3]. + +_17 juillet 1408._--Porc pendu à Vaudreuil pour un fait de même nature, +conformément à la sentence du bailly de Rouen et des consuls, prononcée +aux assises de Pont-de-l'Arche tenues le 13 du même mois[4]. + +_24 décembre 1414._--Petit pourceau traîné et pendu par les jambes de +derrière, pour meurtre d'un enfant, suivant sentence du mayeur et des +échevins d'Abbeville[5]. + +_14 février 1418._--Autre pourceau coupable du même fait et pendu de la +même manière, en vertu d'une sentence du mayeur et des échevins +d'Abbeville[6]. + +_Vers 1456._--Porc pendu en Bourgogne pour une cause semblable[7]. + +_10 janvier 1457._--Truie pendue à Savigny pour meurtre d'un enfant âgé +de cinq ans[8]. + +_Année 1473._--Pourceau pendu à Beaune par jugement du prévôt de cette +ville, pour avoir mangé un enfant dans son berceau[9]. + +_10 avril 1490._--Pourceau pendu pour avoir _meurdri_ (tué) _ung enffant +en son bers_ (berceau). Le _Livre rouge_ d'Abbeville, qui mentionne ce +fait, ajoute que la sentence du maire d'Abbeville fut prononcée par ce +magistrat sur les _plombs de l'eschevinage, au son des cloches, le 10e +jour d'avril 1490_[10]. + +_14 juin 1494._--Sentence du grand mayeur de Saint-Martin de Laon qui +condamne un pourceau à être pendu pour avoir _defacié_ et étranglé un +jeune enfant dans son berceau[11]. + +_Année 1497._--Truie condamnée à être assommée pour avoir mangé le +menton d'un enfant du village de Charonne. La sentence ordonna en outre +que les chairs de cette truie seraient coupées et jetées aux chiens; que +le propriétaire et sa femme feraient le pèlerinage de Notre-Dame de +Pontoise, où étant le jour de la Pentecôte, ils crieraient: _Merci!_ de +quoi ils rapportèrent un certificat[12]. + +_18 avril 1499._--Sentence qui condamne un porc à être pendu, à Sèves, +près Chartres, pour avoir donné la mort à un jeune enfant[13]. + +_Année 1540._--Pourceau pendu à Brochon, en Bourgogne, pour un fait +semblable, suivant sentence rendue en la justice des chartreux de +Dijon[14]. + +_20 mai 1572._--Sentence du maire et des échevins de Nancy qui condamne +un porc à être étranglé et pendu pour avoir dévoré un enfant à +Moyen-Moutier[15]. + +Les jugements et arrêts en cette matière étaient mûrement délibérés et +gravement prononcés; voyez ce passage d'une sentence rendue par le juge +de Savigny, le 10 janvier 1457; il s'agit d'une truie: + +«... C'est assavoir que pour la partie dudit demandeur, avons cité, +requis instamment en cette cause, en présence dudit défendeur présent et +non contredisant, pourquoi nous, juge, avons dit, savoir faisons à tous +que nous avons procédé et donné notre sentence définitive en la manière +qui suit; c'est assavoir que veu le cas est tel comme a esté proposé +pour la partie du dit demandeur et duquel appert à suffisance, tant par +tesmoing que autrement dehuement hue. Aussi conseil avec saiges et +praticiens[16] et aussi concidérer en ce cas l'usage et coustume du païs +de Bourgoigne, aïant Dieu devant les yeulx, nous disons et prononçons +pour notre sentence définitive et à droit et à icelle notre dicte +sentence, déclarons la truie de Jean Bailli, _alias_ (autrement dit) +Valot, pour raison du multre et homicide par icelle truie commis... +estre pendue par les pieds du derrière à un arbre esproné, etc.» + +L'exécution était publique et solennelle; quelquefois l'animal +paraissait habillé en homme. En 1386 une sentence du juge de Falaise +condamna une truie à être mutilée à la jambe et à la tête, et +successivement pendue pour avoir déchiré au visage et au bras et tué un +enfant. On voulut infliger à l'animal la peine du talion. Cette truie +fut exécutée sur la place de la ville, en habit d'homme; l'exécution +coûta dix sous dix deniers tournois, plus un gant neuf à l'exécuteur des +hautes oeuvres[17]. L'auteur de l'_Histoire du duché de Valois_, qui +rapporte le même fait[18], ajoute que ce gant est porté sur la note des +frais et dépens pour une somme de six sous tournois, et que dans la +quittance donnée au comte de Falaise par le bourreau, ce dernier y +déclare qu'il s'y tient pour _content et qu'il en quitte le roi notre +sire et ledit vicomte_. Voilà une truie condamnée bien juridiquement! + +Nous trouvons aussi dans un compte du 15 mars 1403[19] les détails +suivants sur la dépense faite à l'occasion du supplice d'une truie, qui +fut condamnée à être pendue à Meulan pour avoir dévoré un enfant: + +«Pour dépense faite pour elle dedans la geole, six sols parisis[20]; + +«_Item_, au maître des hautes oeuvres, qui vint de Paris à Meulan faire +ladite exécution par le commandement et ordonnance de nostre dit maistre +le bailli et du procureur du roi, cinquante-quatre sols parisis; + +«_Item_, pour voiture qui la mena à la justice, six sols parisis; + +«_Item_, pour cordes à la lier et hâler, deux sols huit deniers parisis; + +«_Item_, pour gans, deux deniers parisis.» + +En octroyant des gants au bourreau, on voulait sans doute, d'après les +moeurs du temps, que ses mains sortissent pures de l'exécution d'une +_bête brute_. + +Un compte de 1479, de la municipalité d'Abbeville, nous apprend qu'un +pourceau également condamné pour meurtre d'un enfant fut conduit au +supplice dans une charrette; que les sergents à masse l'escortèrent +jusqu'à la potence, et que le bourreau reçut soixante sous pour sa +peine[21]. + +Pour une semblable exécution faite en 1435 à Tronchères, village de +Bourgogne, le _carnacier_ (le bourreau) reçut également une somme de +soixante sous[22]. + +Les formalités étaient si bien observées dans ces sortes de procédures, +que l'on trouve au dossier de l'affaire du 18 avril 1499, ci-dessus +mentionnée, jusqu'au procès-verbal de la signification faite au pourceau +dans la prison où l'on déposait les condamnés avant d'être conduits au +lieu d'exécution. + +On procédait aussi par les mêmes voies judiciaires contre les taureaux +coupables de meurtres. Dans la poursuite on observait des formalités +identiques avec celles que nous venons d'indiquer. + +En effet, écoutons l'auteur de l'_Histoire du duché de Valois_, qui +rapporte[23] le fait suivant: + +«Un fermier de village de Moisy laissa échapper un taureau indompté. Ce +taureau ayant rencontré un homme, le perça de ses cornes; l'homme ne +survécut que quelques heures à ses blessures. Charles, comte de Valois, +ayant appris cet accident au château de Crépy, donna ordre d'appréhender +le taureau et de lui faire son procès. On se saisit de la bête +meurtrière. Les officiers du comte de Valois se transportèrent sur les +lieux pour faire les informations requises; et sur la déposition des +témoins ils constatèrent la vérité et la nature du délit. Le taureau fut +condamné à être pendu. L'exécution de ce jugement se fit aux fourches +patibulaires de Moisy-le-Temple. La mort d'une bête expia ainsi celle +d'un homme. + +«Ce supplice ne termina pas la scène. Il y eut appel de la sentence des +officiers du comte, comme juges incompétents, au parlement de la +Chandeleur de 1314. Cet appel fut dressé au nom du procureur de +l'hôpital de la ville de Moisy. Le procureur général de l'ordre +intervint. Le parlement reçut plaignant le procureur de l'hôpital en cas +de saisine et de nouvelleté, contre les entreprises des officiers du +comte de Valois. Le jugement du taureau mis à mort fut trouvé fort +équitable; mais il fut décidé que le comte de Valois n'avait aucun droit +de justice sur le territoire de Moisy, et que les officiers n'auraient +pas dû y instrumenter[24].» + +Cette condamnation n'est pas la seule de cette espèce. En 1499 un +jugement du bailliage de l'abbaye de Beaupré, ordre de Cîteaux, près +Beauvais, rendu sur requête et information, condamna à la potence +jusqu'à mort inclusivement un taureau «pour avoir par furiosité occis un +joine fils de quatorze à quinze ans,» dans la seigneurie du Cauroy, qui +dépendait de cette abbaye[25]. + +Les chevaux étaient aussi poursuivis criminellement à raison des +homicides qu'ils avaient commis. Les registres de Dijon constatent qu'en +1389 un cheval, sur l'information faite par les échevins de Montbar, fut +condamné à mort pour avoir _occis_ un homme[26]. + +Dès le treizième siècle Philippe de Beaumanoir, dans ses _Coutumes du +Beauvoisis_, n'avait pas craint de signaler en termes énergiques +l'absurdité de ces procédures dirigées contre les animaux à raison des +homicides qu'ils avaient commis. «Ceux, disait-il, qui ont droit de +justice sur leurs terres font poursuivre devant les tribunaux les +animaux qui commettent des meurtres; par exemple lorsqu'une truie tue un +enfant, on la pend et on la traîne; il en est de même à l'égard des +autres animaux. Mais ce n'est pas ainsi que l'on doit agir, car les +bêtes brutes n'ont la connaissance ni du bien ni du mal; et sur ce point +c'est justice perdue: car la justice doit être établie pour la vangeance +du crime et pour que celui qui l'a commis sache et comprenne quelle +peine il a méritée. Or le discernement est une faculté qui manque aux +bêtes brutes. Aussi est-il dans l'erreur celui qui, en matière +judiciaire, condamne à la peine de mort une bête brute pour le méfait +dont elle s'est rendue coupable; mais que ceci indique au juge qu'elle +est en pareille circonstance l'étendue de ses droits et de ses +devoirs[27].» + +Cependant les critiques du célèbre jurisconsulte ne furent point +écoutées, et ce mode de poursuites continua à être suivi dans tous les +procès de cette espèce, qui devinrent si nombreux du quatorzième au +seizième siècle. + +En effet, aux époques dont nous parlons, la jurisprudence, se basant +d'ailleurs sur l'autorité des livres saints[28], avait adopté l'usage +d'infliger aux animaux des peines proportionnées aux délits dont ils +étaient convaincus[29]. + +On pensait que le supplice du gibet appliqué à une bête coupable d'un +meurtre imprimait toujours l'horreur du crime, et que le propriétaire de +l'animal ainsi condamné était suffisamment puni par la perte même qu'il +faisait de cet animal. Telles étaient les idées de nos pères sur le +point qui nous occupe; mais elles se modifièrent successivement. En +effet, à partir de la seconde moitié du seizième siècle, les annales de +la jurisprudence ou les historiens ne nous offrent plus d'exemples de +condamnations _capitales_ prononcées contre des boeufs ou des pourceaux, +à raison du meurtre d'un homme ou d'un enfant. C'est qu'à cette époque +on avait presque renoncé à ce mode de procédure aussi absurde que +ridicule contre les animaux, et que pour la poursuite des faits dont ils +s'étaient rendus coupables, on était revenu aux seuls et vrais principes +sur cette matière, en condamnant à une amende et à des dommages-intérêts +le propriétaire de l'animal nuisible. On ne faisait plus le procès à la +bête malfaisante, on ordonnait purement et simplement qu'elle fût +assommée. + +Au quinzième et au seizième siècle, dans certains procès où figurait un +homme accusé d'avoir commis avec un animal un crime que nous ne pouvons +désigner, l'homme convaincu de ce crime était toujours condamné à être +brûlé avec l'animal qu'il avait eu pour complice[30], et même on livrait +aux flammes les pièces du procès, afin d'ensevelir la mémoire du fait +atroce qui y avait donné lieu. + +Quelquefois l'animal était étranglé avant d'être mis sur le bûcher, +faveur que n'obtenait pas le principal accusé[31]. + +Un jurisconsulte fort renommé, Damhoudère, qui fut conseiller de +Charles-Quint dans les Pays-Bas et qui publia vers le milieu du seizième +siècle un traité sur le droit criminel[32], y soutenait encore que dans +les circonstances dont il est question l'animal, bien que dénué de +raison et n'étant pas coupable, devait cependant être condamné à la +peine du feu, parce qu'il avait été l'instrument du crime[33]. + +Il paraît que cette pratique fut modifiée au dix-huitième siècle, car +dans un arrêt rendu par le parlement de Paris, le 12 octobre 1741, on +remarque que le coupable seul fut condamné au feu. L'animal fut tué et +jeté dans une fosse recouverte ensuite de terre[34]. + +Avant de passer à un autre ordre d'idées, nous devons citer le fait +suivant, qui est rapporté en ces termes dans le _Conservateur suisse_: + +«La superstition, dit l'auteur de ce recueil, persuadait jadis au peuple +que les coqs faisaient des oeufs et que de ces oeufs maudits sortait un +serpent et même un _basilic_. Gross raconte dans sa _Petite chronique de +Bâle_ qu'au mois d'août 1474 un coq de cette ville fut accusé d'un +pareil méfait, et qu'ayant été dûment atteint et convaincu, il fut +condamné à mort; la justice le livra au bourreau et celui-ci le brûla +publiquement avec son oeuf au lieu dit _Kohlenberger_, au milieu d'un +grand concours de bourgeois et de paysans rassemblés pour voir cette +bizarre exécution[35].» + +Cette condamnation se rattache évidemment aux procès de sorcellerie, qui +furent si multipliés pendant le quinzième et le seizième siècle. En +effet on reprochait aux sorciers qui voulaient se mettre en rapport avec +Satan d'employer dans leurs pratiques, entre autres moyens d'évocation, +les oeufs de coq, sans doute parce que ces oeufs étaient réputés +renfermer un serpent et que ces reptiles plaisent infiniment au diable. +Il ne doit donc pas sembler étonnant que dans un temps où la +superstition outrageait à la fois la religion, la raison et les lois, un +malheureux coq fût condamné au feu avec l'oeuf qu'il était réputé avoir +pondu, puisque cet oeuf, dans l'esprit même des juges, était considéré +comme un objet de terreur légitime, comme une production du démon[36]. + +Occupons-nous maintenant des procès intentés pendant le moyen âge contre +les insectes et autres animaux nuisibles aux productions du sol, tels +que mouches, chenilles, vers, charençons, limaces, rats, taupes et +mulots. + +Souvent les récoltes sont dévorées par des quantités innombrables +d'insectes qui font invasion sur le territoire d'un canton, d'une +commune. + +Au moyen âge l'histoire mentionne fréquemment des calamités de ce genre. +Ces fléaux produisaient d'autant plus de ravages, que la science +agronomique, presque dans l'enfance à cette époque, offrait moins de +moyens pour combattre ces désastreuses invasions. + +Afin de conjurer ces maux sans remèdes humains, les populations désolées +s'adressaient aux ministres de la religion. L'Église écoutait leurs +plaintes; leur accordant sa sainte intervention, elle fulminait +l'anathème contre ces ennemis de l'homme, qu'elle considérait comme +envoyés par le démon. + +Alors l'affaire était portée devant le tribunal ecclésiastique, et elle +y prenait le caractère d'un véritable procès, ayant d'un côté pour +_demandeurs_ les paroissiens de la localité, et de l'autre pour +_défendeurs_ les insectes qui dévastaient la contrée. L'official, +c'est-à-dire le juge ecclésiastique, décidait la contestation. On +suivait avec soin dans la poursuite du procès toutes les formes des +actions intentées en justice. Pour donner une idée exacte de ce genre de +procédure et de l'importance qu'on attachait à en observer les formes, +nous extrairons quelques détails d'une consultation qui fut faite sur +cette matière par un célèbre jurisconsulte du seizième siècle[37]. +L'auteur de cette consultation, ou plutôt de ce traité _ex professo_, +était Barthélemi de Chasseneuz ou Chassanée[38], successivement avocat à +Autun, conseiller au parlement de Paris et premier président du +parlement d'Aix. + +Après avoir parlé dès le début de l'usage où sont les habitants du +territoire de Beaune de demander à l'officialité d'Autun +l'excommunication de certains insectes plus gros que des mouches, et +appelés vulgairement hurebers (_huberes_)[39], ce qui leur est toujours +accordé, Chasseneuz traite la question de savoir si une telle procédure +est convenable. Il divise son sujet en cinq parties, dans chacune +desquelles il saisit l'occasion d'étaler l'érudition la plus vaste et +souvent la plus déplacée; mais cette habitude, comme on le sait, était +ordinaire aux écrivains de cette époque. + +Chasseneuz, pour consoler les Beaunois du fléau qui les afflige, leur +apprend que les hurebers dont ils se plaignent ne sont rien en +comparaison de ceux que l'on rencontre dans les Indes. Ces derniers +n'ont pas moins de trois pieds de long; leur jambes sont armées de +dents, dont on fait des scies dans le pays. Souvent on les voit +combattre entre eux avec les cornes qui surmontent leurs têtes. Le +meilleur moyen de se délivrer de ce fléau de Dieu, c'est de payer +exactement les dîmes et les redevances ecclésiastiques, et de faire +promener autour du canton une femme les pieds nus et dans l'état que +Chasseneuz désigne en ces termes: _Accessu mulieris, menstrualis, omnia +animalia fructibus terræ officientia flavescunt et sic ex his apparet +unum bonum ex muliere menstrua resultare_[40]. + +Indiquant le nom latin qui convient le mieux aux terribles hurebers, +notre jurisconsulte prouve qu'ils doivent être appelés _locustæ_; il +fortifie son opinion par des citations qu'il emprunte encore à tous les +auteurs de l'antiquité sacrée et profane. + +L'auteur discute le point de savoir s'il est permis d'assigner les +animaux dont il s'agit devant un tribunal, et finit après de longues +digressions par décider que les insectes peuvent être cités en +justice[41]. + +Chasseneuz examine ensuite si les animaux doivent être cités +_personnellement_, ou s'il suffit qu'ils comparaissent par un _fondé de +pouvoir_. «Tout délinquant, dit-il, doit être cité personnellement. En +principe, il ne peut pas non plus se faire représenter par un fondé de +pouvoir; mais est-ce un délit que le fait imputé aux insectes du pays de +Beaune? Oui, puisque le peuple en reçoit des scandales, étant privé de +boire du vin, qui, d'après David, réjouit le coeur de Dieu et celui de +l'homme, et dont l'excellence est démontrée par les dispositions du +droit canon, portant défense de promouvoir aux ordres sacrés celui qui +n'aime pas le vin[42].» + +Cependant Chasseneuz conclut qu'un défenseur nommé d'office par le juge +peut également se présenter pour les animaux assignés, provoquer en leur +nom des excuses pour leur non-comparution et des moyens pour établir +leur innocence, et même des exceptions d'incompétence ou déclinatoires; +en un mot, proposer toutes sortes de moyens en la forme et au fond[43]. + +Après avoir discuté fort longuement la question de savoir devant quel +tribunal les animaux doivent être traduits, il décide que la +connaissance du délit appartient au juge ecclésiastique, en d'autres +termes, à l'official[44]. + +Enfin, dans la dernière partie de son traité, Chasseneuz se livre à de +longues recherches sur l'anathème ou excommunication. Il développe de +nombreux arguments au moyen desquels il arrive à conclure que les +animaux peuvent être excommuniés et maudits. Parmi ces arguments, qui +sont au nombre de douze, nous ferons remarquer ceux-ci: + +«Il est permis d'abattre et de brûler l'arbre qui ne porte pas de fruit; +à plus forte raison peut-on détruire ce qui ne cause que du dommage. +Dieu veut que chacun jouisse du produit de son labeur. + +«Toutes les créatures sont soumises à Dieu, auteur du droit canon; les +animaux sont donc soumis aux dispositions de ce droit. + +«Tout ce qui existe a été créé pour l'homme; ce serait méconnaître +l'esprit de la création que de tolérer des animaux qui lui soient +nuisibles[45]. + +«La religion permet de tendre des piéges aux oiseaux ou autres animaux +qui détruisent les fruits de la terre. C'est ce que constate Virgile, +dans ces vers du premier livre des _Géorgiques_: + + _Rivas deducere nulla + Relligio vetuit, segeti prætendere sepem, + Incidias avibus moliri._ + +«Or le meilleur de tous les piéges est sans contredit le foudre de +l'anathème[46]. + +«On peut faire pour la conservation des récoltes même ce qui est défendu +par les lois: ainsi les enchantements, les sortiléges prohibés par le +droit, sont permis toutes les fois qu'ils ont pour objet la conservation +des fruits de la terre; on doit, à plus forte raison, permettre +d'anathématiser les insectes qui dévorent les fruits, puisque, loin +d'être défendu comme le sont les sortiléges, l'anathème est au contraire +une arme autorisée et employée par l'Église[47].» + +À l'appui de ces assertions, l'auteur cite des exemples de semblables +anathèmes, tels que ceux de Dieu envers le serpent et le figuier; il en +rapporte plusieurs comme ayant eu lieu à des époques récentes. + +Il parle d'une excommunication prononcée par un prêtre contre un verger +où des enfants venaient cueillir des fruits, au lieu de se rendre au +service divin. Ce verger demeura stérile jusqu'au moment où +l'excommunication fut levée à la demande de la mère du duc de +Bourgogne[48]. + +Chasseneuz signale aussi l'excommunication fulminée par un évêque contre +des moineaux qui auparavant souillaient de leurs ordures l'église de +Saint-Vincent et venaient troubler les fidèles[49]. + +Mais, ajoute notre auteur, nous avons dans ces derniers temps des +exemples encore plus décisifs. Il raconte alors qu'il a vu à Autun des +sentences d'anathème ou d'excommunication prononcées contre les rats et +les limaces par l'official de ce diocèse et par ceux de Lyon et de +Mâcon; il entre dans le détail de cette procédure; il donne d'abord le +modèle de la requête des paroissiens qui ont éprouvé le dommage +occasionné par les animaux dévastateurs. Il fait observer que sur cette +plainte on nomme d'office un avocat, qui fait valoir au nom des animaux, +_ses clients_, les moyens qu'il croit convenable à leur défense; +l'auteur rapporte la formule ordinaire d'anathème. Cette formule est +conçue en ces termes: «Rats, limaces, chenilles et vous tous animaux +immondes qui détruisez les récoltes de nos frères, sortez des cantons +que vous désolez et réfugiez-vous dans ceux où vous ne pouvez nuire à +personne. Au nom du Père, etc.[50].» + +Enfin Chasseneuz transcrit textuellement[51] les sentences fulminées par +les officiaux d'Autun et de Lyon; on en remarque contre les rats, les +souris, les limaces, les vers, etc. + +Ces sentences sont presque toutes semblables; la différence qui existe +entre elles n'est relative qu'au délai accordé aux animaux pour +déguerpir; il y en a qui les condamnent à partir de suite; d'autres leur +accordent trois heures, trois jours ou plus; toutes sont suivies des +formules ordinaires d'anathème et d'excommunication. + +Tel était le mode de procédure observé devant le tribunal ecclésiastique +dans les poursuites contre les insectes ou autres animaux nuisibles à la +terre. + +La consultation de Chasseneuz, dont nous venons de donner une courte +analyse, acquit à son auteur, qui n'était alors qu'avocat à Autun, une +grande réputation comme jurisconsulte; elle lui valut, vers 1510, d'être +désigné par l'officialité d'Autun, comme avocat des rats et de plaider +leur cause dans les procès qu'on intenta à ces animaux par suite des +dévastations qu'ils avaient commises en dévorant les blés d'une partie +du territoire bourguignon. + +Dans la défense qu'il présenta, dit le président de Thou, qui rapporte +ce fait[52], Chasseneuz fit sentir aux juges, par d'excellentes raisons, +que les rats n'avaient pas été ajournés dans les formes; il obtint que +les curés de chaque paroisse leur feraient signifier un nouvel +ajournement, attendu que dans cette affaire il s'agissait du salut ou de +la ruine de tous les rats. Il démontra que le délai qu'on leur avait +donné était trop court pour pouvoir tous comparaître au jour de +l'assignation; d'autant plus qu'il n'y avait point de chemin où les +chats ne fussent en embuscade pour les prendre. Il employa ensuite +plusieurs passages de l'Écriture sainte pour défendre ses clients, et +enfin il obtint qu'on leur accorderait un plus long délai pour +comparaître. + +Le théologien Félix Malléolus, vulgairement appelé Hemmerlin, qui vivait +un siècle avant Chasseneuz et qui avait publié un traité des +exorcismes[53], s'était également occupé, dans la seconde partie de cet +ouvrage, de la procédure dirigée contre les animaux. Il parle d'une +ordonnance rendue par Guillaume de Saluces, évêque de Lausanne, au sujet +d'un procès à intenter contre les sangsues, qui corrompaient les eaux du +lac Léman et en faisaient mourir les poissons. Un des articles de cette +ordonnance prescrit qu'un prêtre, tel qu'un curé, chargé de prononcer +les malédictions, nomme un procureur pour le peuple; que ce procureur +cite, par le ministère d'un huissier, en présence de témoins, les +animaux à comparaître, sous peine d'excommunication, devant le curé à +jour fixe. Après de longs débats cette ordonnance fut exécutée le 24 +mars 1451, en vertu d'une sentence que l'official de Lausanne prononça, +sur la demande des habitants de ce pays, contre les criminelles +sangsues, qui se retirèrent dans un certain endroit qu'on leur avait +assigné, et qui n'osèrent plus en sortir. + +Le même auteur rend compte aussi d'un procès intenté dans le treizième +siècle contre les mouches cantharides de certains cantons de l'électorat +de Mayence, et où le juge du lieu, devant lequel les cultivateurs les +avaient citées, leur accorda, attendu, dit-il, l'exiguïté de leur corps +et en considération de leur jeune âge[54], un curateur et orateur, qui +les défendit très dignement et obtint qu'en les chassant du pays on leur +assignât un terrain où elles pussent se retirer et vivre convenablement. +«Et aujourd'hui encore, ajoute Félix Malléolus[55], les habitants de ces +contrées passent chaque année un contrat avec les cantharides susdites +et abandonnent à ces insectes une certaine quantité de terrain, si bien +que ces scarabées s'en contentent et ne cherchent point à franchir les +limites convenues.» + +L'usage de ces mêmes formes judiciaires nous est encore révélé dans un +procès intenté, vers 1587, à une espèce de charançon (le _rynchites +auratus_) qui désolait les vignobles de Saint-Julien, près Saint-Julien +de Maurienne. Sur une plainte adressée par les habitants à l'official de +l'évêché de Maurienne, celui-ci nomma un procureur aux habitants et un +avocat aux insectes, et rendit une ordonnance prescrivant des +processions et des prières, et recommandant surtout le payement exact +des dîmes. Après plusieurs plaidoiries, les habitants, par l'organe de +leur procureur, firent offrir aux insectes un terrain dans lequel ils +devraient se retirer sous les peines de droit. Le défenseur des insectes +demanda un délai pour délibérer, et les débats ayant été repris au bout +de quelques jours, il déclara, au nom de ses clients, ne pouvoir +accepter l'offre qui leur avait été faite, attendu que la localité en +question était stérile et ne produisait absolument rien; ce que nia la +partie adverse. Des experts furent nommés. Là s'arrêtent malheureusement +les pièces connues du procès, et l'on ignore si l'instance fut reprise +et quelle décision prononça l'official[56]. Mais ces détails, réunis à +ceux que nous avons donnés précédemment, suffisent pour montrer quelles +étaient, il y a trois siècles, les formes suivies dans ces singulières +procédures. + +Nous n'avons pas besoin de nous étendre sur les motifs qui avaient +déterminé l'Église à employer l'excommunication contre les animaux. On +comprend quel avantage ce moyen pouvait offrir au clergé, d'un côté par +l'influence qu'il exerçait sur l'esprit timide et crédule des +populations alors ignorantes et superstitieuses; d'un autre côté par le +résultat pécuniaire, qui était toujours le but occulte de ses +persévérants efforts. Toutefois, après plusieurs siècles, et grâce à la +diffusion des lumières, ces pratiques vicieuses cessèrent, et on vit +enfin disparaître ces abus de l'excommunication également contraires à +la sublime morale de l'Évangile et aux vrais principes de la foi +catholique. + +Mais poursuivons nos investigations. + +La première excommunication fulminée contre les animaux remonte au +douzième siècle. En effet Saint-Foix, dans ses _Essais historiques sur +Paris_[57], nous apprend que l'évêque de Laon prononça en 1120 +l'excommunication contre les chenilles et les mulots, à raison du tort +qu'ils faisaient aux récoltes. + +De la part des tribunaux ecclésiastiques, l'usage de faire des procès +aux insectes ou autres animaux nuisibles à la terre et de fulminer +contre eux l'excommunication, était en pleine vigueur au quinzième et au +seizième siècle. + +Voici, par ordre de dates, plusieurs sentences relatives à notre sujet: + +Sentence prononcée en 1451 par l'official de Lausanne contre les +sangsues du lac Léman[58]. + +Sentence rendue à Autun le vendredi 2 mai 1480 contre les _hurebers_ +(insectes plus gros que les mouches), en faveur des habitants de Mussy +et de Pernan, par les vicaires généraux d'Antoine de Châlon, évêque +d'Autun, par laquelle il est enjoint aux curés de la lire en chaire et +de répéter l'excommunication _donec appareat effectus_[59]. + +Sentence rendue contre les limaces le 6 septembre 1481 par Jehan +Noseret, chanoine de Beaujeu, chantre de Mâcon et vicaire général du +cardinal Philibert Hugonet, évêque de Mâcon, dans laquelle on cite +l'exemple de saint Mammet, évêque de Vienne, qui conjura de cette +manière certains diables qui avaient pris la figure de loups et de porcs +et qui dévoraient les enfants jusque dans les rues de la ville[60]. + +Sentence des grands vicaires de Jean Rollin, cardinal évêque d'Autun, +donnée à Mâcon le 17 août 1487. Informés que les limaces dévastent +depuis plus d'un an plusieurs terres du diocèse, ces vicaires mandent +aux curés de faire des processions générales pendant trois jours sur +leurs paroisses, et d'y enjoindre aux limaces de vider leur territoire +sous un semblable délai, sinon de les maudire[61]. + +Sentence des grands vicaires d'Antoine Cabillon, évêque d'Autun, donnée +à Autun le 2 mai 1488. Sur la requête présentée par plusieurs paroisses +des environs de Beaune, les grands vicaires mandent aux curés +d'enjoindre, pendant les offices ou les processions, aux _urebers_ de +cesser leurs ravages, ou de les excommunier[62]. + +Sentence du grand vicaire de l'église de Mâcon, donnée à Beaujeu le 8 +septembre 1488, sur les plaintes de plusieurs paroissiens. Même mandat +aux curés de faire trois invitations aux limaces de cesser leurs dégâts, +et faute par elles d'obtempérer à cette injonction, de les +excommunier[63]. + +Sentence d'excommunication prononcée par le juge ecclésiastique dans les +premières années du seizième siècle, contre les sauterelles et les +bruches (_becmares_) qui désolaient le territoire de Millière en +Cotentin, et qui dès lors périrent toutes[64]. + +Sentence de l'official de Troyes en Champagne, du 9 juillet 1516. «En +cette année les habitants de Villenauxe, au diocèse de Troyes, +présentent requête à l'official de cette ville, disant qu'ils sont +excessivement incommodés depuis plusieurs années par des chenilles +qu'ils appelaient _hurebets_[65]: _Adversus bruchos seu erucas, vel alia +non dissimilia ANIMALIA gallice hurebets_. Ce juge ecclésiastique +ordonne d'abord, sur les conclusions du promoteur, une information et +une descente de commissaires, qui reconnurent que les dommages causés +par les animaux dont on se plaignait étaient très-considérables: sur +quoi première ordonnance qui enjoint aux habitants de corriger leurs +moeurs. Bientôt une nouvelle requête dans laquelle ceux-ci promettent de +mener une meilleure conduite. Seconde ordonnance de l'official, qui +enjoint aux _hurebets_ de se retirer dans six jours des vignes et +territoires de Villenauxe, même de tout le diocèse de Troyes, avec +déclaration que si dans le terme prescrit ils n'obéissent pas, ils sont +déclarés maudits et excommuniés. _Au surplus enjoint aux habitants +d'implorer le secours du ciel, de s'abstenir d'aucuns crimes, et de +payer sans fraude les dîmes accoutumées[66]._» + +Procès intenté en 1585 aux chenilles du diocèse de Valence. Ces +chenilles s'étaient tellement multipliées en cette année dans cette +contrée, que les murailles, les fenêtres et les cheminées des maisons en +étaient couvertes, même dans les villes. «C'était, dit Chorier, une vive +et hideuse représentation de la plaie d'Égypte par les sauterelles. Le +grand vicaire de Valence les fit citer devant lui; il leur donna un +procureur pour se défendre. La cause fut plaidée solennellement; il les +condamna à vider le diocèse, mais elles n'obéirent pas. La justice +humaine n'a pas d'empire sur les instruments de la justice de Dieu. + +«Il fut délibéré de procéder contre ces animaux par anathème et par +imprécation et, comme l'on parlait, par malédiction et par +excommunication. Mais deux théologiens et deux jurisconsultes ayant été +consultés, ils firent changer de sentiment au grand vicaire, de sorte +que l'on n'usa que d'abjuration, de prières et d'aspersion d'eau bénite. +La vie de ces animaux est courte, et la dévotion ayant duré quelques +mois, on lui attribua la merveille de les avoir exterminés[67].» + +Un savant théologien qui vivait au seizième siècle, Navarre, dont le +vrai nom était Martin Azpilcueta, rapporte qu'en Espagne un évêque +excommunia du haut d'un promontoire les rats, les souris, les mouches et +autres animaux semblables qui dévastaient les blés et autres fruits de +la terre, leur commandant de sortir du pays dans trois heures pour tout +délai, et qu'au même instant la plupart de ces animaux s'enfuirent à la +nage dans une île qui leur avait été désignée, se faisant un devoir +d'obéir au commandement de l'évêque[68]. + +Ainsi, d'après le texte des diverses sentences que nous venons de +rapporter, l'excommunication était ordinairement précédée de monitions, +c'est-à-dire d'avertissements donnés aux animaux de cesser leurs dégâts +ou de quitter le pays. Ces monitions étaient faites par les curés des +paroisses. Le plus souvent elles étaient au nombre de trois; entre +chacune desquelles on laissait deux jours d'intervalle. Quelquefois +aussi on se contentait d'une seule monition, ce qui d'ailleurs est +autorisé par le droit canon, lorsqu'il s'agit d'une affaire +extraordinairement pressée. + +Mais comme il arrivait fréquemment que les monitions ne produisaient pas +l'effet qu'on pouvait en espérer, et que les animaux, malgré ces +avertissements, persistaient à rester dans les lieux dont on demandait à +ce qu'ils sortissent, l'excommunication était définitivement prononcée. + +Dans le dix-septième siècle on ne rencontre plus que quelques rares +procès intentés par les officialités contre les animaux; c'est qu'en +effet l'Église, à cette époque, avait presque renoncé à ces ridicules +procédures; aussi voit-on alors dans les règlements des différents +diocèses de France introduire certaines prohibitions destinées à +corriger ces abus. Ainsi par exemple, dans le rituel d'Evreux de 1606, +le cardinal Duperron défend à toute sorte de personnes d'exorciser les +animaux et d'user à leur occasion de prières, oraisons, etc., sans sa +permission expresse et donnée par écrit: «_Caveat sacerdos ne vel ipse +hoc munus exerceat, neve alios ad ipsum exercendum admittat, nisi prius +habita in SCRIPTIS facultate a reverendissimo Ebroicensi episcopo._» + +De leur côté, les meilleurs canonistes du temps ne craignaient pas de +censurer énergiquement ces excommunications fulminées contre les +animaux[69]. Écoutons ce qu'écrit à ce sujet le chanoine Éveillon dans +son _Traité des excommunications_, publié en 1651, ouvrage qui jouit en +cette matière d'une réputation méritée. + +Parlant de ces sortes de procès: + +«J'en représenterai, dit-il (p. 520), un ici en propres termes, à ce +qu'on voit comme souvent les peuples se laissent embrouiller de +plusieurs erreurs et opinions absurdes auxquelles les supérieurs +ecclésiastiques doivent prendre garde de se laisser emporter par une +trop facile condescendance, sous prétexte de charité; car de cette trop +grande facilité naissent souvent des coutumes préjudiciables à la foi et +à la religion, qu'il est certainement difficile d'extirper par après +sans grand scandale et désordre; les peuples s'opiniâtrent à toute +extrémité à défendre des superstitions et abus publics pour ce qu'ils +croyent que ce sont des sainctes sentences de la piété de leurs +ancêtres, desquels ils révèrent la mémoire, principalement quand il y a +intérêt à leur profit.» + +Après avoir rapporté en son entier le texte de la sentence du 9 juillet +1516, sentence que nous avons mentionnée ci-dessus, le même auteur (p. +521) continue en ces termes: + +«Voici donc un échantillon de la fausse piété des peuples à laquelle les +supérieurs ecclésiastiques se sont laissé décevoir. Ils étaient si +simples que de faire le procès à ces bestioles pour les formes, les +citer, leur donner un advocat pour les défendre, faire des enquêtes des +dommages par elles faits et autres semblables. Puis ils conjuraient les +divers animaux, leur déclarant qu'ils eussent à sortir de tout le +territoire et se transporter en lieu où ils ne puissent nuire. Si le mal +ne cessait par cette conjuration, le juge ecclésiastique prononçait +sentence d'anathème et de malédiction, dont il adressait l'exécution aux +curés, prêtres et habitants, les conviant de faire pénitence de leurs +péchés, pour punition desquelles Dieu envoie ordinairement telles +calamités.» + +«C'est une chose certaine en théologie, ajoute ce canoniste (p. 522), +qu'il n'y a que l'homme baptisé qui puisse être excommunié.» + +Après quelques développements sur ce point, Éveillon finit par conclure +(p. 524) que les animaux ne peuvent être excommuniés, qu'on peut +seulement les exorciser ou adjurer dans les termes et suivant les +cérémonies prescrites, sans superstition et sans observer comme +autrefois une ridicule poursuite suivie d'une sentence d'anathème et de +malédiction[70]. + +Dulaure[71] signale encore l'existence d'un procès intenté, dans les +premières années du dix-huitième siècle, contre les chenilles qui +désolaient le territoire de la petite ville de Pont-du-Château, en +Auvergne. Un grand vicaire, appelé Burin, excommunia ces chenilles et +renvoya la procédure au juge du lieu, qui rendit une sentence contre ces +insectes et leur enjoignit solennellement de se retirer dans un +territoire inculte qui leur était désigné. + +Ces procédures n'étaient pas seulement suivies en Europe, mais leur +usage s'était propagé jusqu'en Amérique. On y fulminait +l'excommunication contre des oiseaux et contre des insectes. + +Le baron de la Hontan, qui, vers la fin du dix-septième siècle, passa de +longues années au Canada, raconte que «le nombre des tourterelles était +si grand dans ce pays, que l'évêque avait été obligé de les excommunier +plusieurs fois par le dommage qu'elles faisaient aux biens de la +terre[72].» + +Nous trouvons aussi l'excommunication pratiquée au Brésil contre des +fourmis ou cabas. Nous y voyons au commencement du dix-huitième siècle +les religieux du monastère de Saint-Antoine intenter une action en +violation de propriété contre ces insectes, afin de les faire, sous +peine d'excommunication, déguerpir des lieux qu'ils avaient envahis. Le +Père Manoel Bernardes, dans sa _Nova Floresta_[73], a donné la relation +de ce singulier procès. Nous croyons intéressant de mettre sous les yeux +du lecteur ce curieux document, transmis par cet écrivain portugais. En +voici la traduction exacte: + +«_Procès extraordinaire qui a eu lieu entre les Frères mineurs de la +province de Piedade no Maranhao et les fourmis dudit territoire._ + +«Il est arrivé (à ce que raconte un religieux dudit ordre et de cette +province) que les fourmis, qui dans cette capitainerie sont nombreuses +et très-grandes et nuisibles, afin d'agrandir leur empire souterrain et +de grossir leurs greniers, ont de telle façon miné les caves des frères +en creusant la terre sous les fondations, que le bâtiment menaçait +ruine. Et, ajoutant délit à délit, elles volèrent la farine que l'on y +gardait pour l'usage quotidien de la communauté. Comme les multitudes +ennemies étaient serrées et infatigables à toute heure de jour et de +nuit, + + _Parvula, nam exemplo est, magni formica laboris + Ore trahit quodcumque potest, atque addit acervo + Quem struit_[74], + +les religieux en vinrent à souffrir du besoin de la faim et à y chercher +un remède; et comme les moyens dont ils firent l'essai furent sans +résultat, parce que l'accord dans cette multitude y fut un obstacle +insurmontable, en dernier ressort, un religieux, mû par un instinct +supérieur (chose que l'on peut bien croire), donna le conseil que, +recourant à cet esprit d'humilité et de simplicité qui faisait que leur +séraphique patriarche nommait frères toutes les créatures: frère soleil, +frère loup, soeur hirondelle, etc., ils élevassent une action contre ces +soeurs fourmis devant le tribunal de la divine Providence, et nommassent +des procureurs tant pour les demandeurs que pour les défenderesses, et +que leur prélat fût le juge qui, au nom de la suprême équité, eût +connaissance du procès et décidât la cause. + +«Le plan fut approuvé; et après avoir tout disposé de la sorte, le +procureur des religieux présenta une requête contre les fourmis, et +comme elle fut contestée par la partie de ces dernières, il articula que +les demandeurs, se conformant aux statuts de leur ordre mendiant, +vivaient d'aumônes qu'ils recueillaient à grand'peine dans les +habitations de ce pays, et que les fourmis, animal dont l'esprit est +totalement contraire à l'Évangile, et qui était abhorré par cette raison +de saint François, leur père, ne faisaient que les voler, et +non-seulement procédaient en larrons fourmiliers, mais encore que par +des actes de violence manifeste, elles prétendaient les expulser de leur +maison et la ruiner; et que par conséquent elles étaient tenues de +donner leurs motifs, et sinon, il concluait qu'elles devaient toutes +mourir de quelque peste ou être noyées par quelque inondation, ou tout +au moins être pour toujours exterminées dans ce district. + +«Le procureur du petit peuple noir, répliquant à ces conclusions, +allégua avec justice pour ses clients, en premier lieu: qu'ayant reçu du +Créateur le bienfait de la vie, elles avaient le droit naturel de la +conserver par les moyens que le Seigneur lui-même leur avait +enseignés.--_Item_, que dans la pratique et l'exécution de ces moyens, +elles servaient le Créateur en donnant aux hommes l'exemple des vertus +qu'il leur a ordonnées, savoir, de la prudence en pensant à l'avenir et +en économisant pour les temps de misère: _Formicæ populus infirmus, qui +præparat in messe cibum sibi_[75]; de la diligence, en amassant en cette +vie des mérites pour la vie future selon saint Jérôme: _Formica dicitur +strenuus quisque et providus operarius, qui presenti vita, velut in +æstate, fructus justitiæ quos in æternum recipiet sibi recondit_[76]; de +la charité, en s'aidant les unes les autres, quand la charge est plus +grande que leurs forces: _Pacis et concordiæ_ (dit un savant) _vivum +exemplum formica reliquit, quæ suum comparem, forte plus justo oneratum, +naturali quadam charitate alleviat_[77]; et aussi de la religion et de +la piété, en donnant la sépulture aux morts de leur espèce, comme +l'écrit Pline: _Sepeliuntur inter se viventium solæ, præter +hominem_[78]; et que le moine Marchus a observé à l'appui de sa +doctrine: _Hæ luctu celebri corpora defuncta deportabant_[79].--_Item_, +que la peine qu'elles avaient dans leurs travaux était beaucoup plus +rude que celle des demandeurs pour recueillir, parce que la charge était +bien souvent plus grande que leur corps, et leur courage supérieure à +leurs forces.--_Item_, que, en admettant qu'ils fussent des frères plus +nobles et plus dignes, cependant devant Dieu ils n'étaient aussi que des +fourmis, et que l'avantage de la raison compensait à peine leur faute +d'avoir offensé le Créateur en n'observant pas les lois de la raison +aussi bien qu'elles observaient celles de la nature; c'est pourquoi ils +se rendaient indignes d'être servis et secourus par aucune créature, car +ils avaient commis un plus grand crime en portant atteinte de tant de +façons à la gloire de Dieu, qu'elles ne l'avaient fait en dérobant leur +farine.--_Item_, qu'elles étaient en possession des lieux avant que les +demandeurs ne s'y établissent, et par conséquent qu'elles ne devaient +pas en être expulsées, et qu'elles appelleraient de la violence qu'on +leur ferait devant le trône du divin Créateur, qui a fait les petits +comme les grands et qui a assigné à chaque espèce son ange gardien.--Et +enfin qu'elles concluaient que les demandeurs défendissent leur maison +et leur farine par les moyens humains, qu'elles ne leur contestaient +pas; mais que malgré cela elles continueraient leur manière de vivre, +puisque la terre et tout ce qu'elle contient est au Seigneur et non pas +aux demandeurs: _Domini est terra et plenitudo ejus_[80]. + +«Cette réponse fut suivie de répliques et de contre-répliques, de telle +sorte que le procureur des demandeurs se vit contraint d'admettre que le +débat étant ramené au simple for des créatures, et faisant abstraction +de toutes raisons supérieures par esprit d'humilité, les fourmis +n'étaient pas dépourvues de tout droit. C'est pourquoi le juge, vu le +dossier de l'instruction, après avoir médité d'un coeur sincère ce +qu'exigeait la justice et l'équité selon la raison, rendit un jugement +par lequel les frères furent obligés de fixer dans leurs environs un +champ convenable pour que les fourmis y demeurassent, et que celles-ci +eussent à changer d'habitation et à s'y rendre de suite, sous peine +d'excommunication majeure, vu que les deux parties pouvaient être +conciliées sans aucun préjudice pour l'une ni pour l'autre, d'autant +plus que ces religieux étaient venus dans le pays par esprit d'obédience +pour semer le grain évangélique, et que l'oeuvre de leur entretien était +agréable à Dieu, tandis que les fourmis pouvaient trouver leur +nourriture ailleurs au moyen de leur industrie et à moins de frais. Cet +arrêt rendu, un autre religieux, par ordre du juge, alla le signifier au +nom du Créateur à ces insectes, en le lisant à haute voix devant les +ouvertures des fourmilières. Chose merveilleuse et qui prouve combien +l'Être suprême, dont il est écrit qu'il joue avec ses créatures: _Ludens +in orbe terrarum_, fut satisfait de cette demande, immédiatement: _It +nigrum campis agmen_, on vit sortir en grande hâte des milliers de ces +petits animaux qui, formant de longues et épaisses colonnes, se +rendirent directement au champ qui leur était assigné, en abandonnant +leurs anciennes demeures; et les saints religieux, affranchis de leur +insupportable oppression, rendirent grâces à Dieu d'une si admirable +manifestation de son pouvoir et de sa providence.» + +Manoel Bernardes ajoute que cette sentence fut prononcée le 17 janvier +1713, et qu'il a vu et compulsé les pièces de cette procédure dans le +monastère de Saint-Antoine, où elles étaient déposées. + +Un autre procès du même genre eut lieu dans le dix-huitième siècle au +Pérou. Une excommunication y fut prononcée contre des termites (espèce +de fourmis blanches), désignées dans le pays sous le nom de _comejones_, +lesquelles s'étaient introduites dans une bibliothèque et en avaient +dévoré un grand nombre de volumes. + +Telles étaient les singulières procédures dont nous avons essayé de +retracer l'histoire. Lorsqu'on voit de pareils moyens sérieusement mis +en pratique, comment ne pas croire à la vertu des sciences occultes? + +Dans un siècle d'activité intellectuelle comme le nôtre, on est à se +demander si nos aïeux n'avaient pas bien du temps à perdre pour le +dépenser à de semblables absurdités. + + +FIN. + + + +NOTES. + +1: _Histoire du diocèse de Paris_, par l'abbé Lebeuf, 1757, t. IX, p. +400. + +2: Pièce copiée dans les manuscrits de la bibliothèque impériale et +reproduite dans le tome VIII des _Mémoires de la société des antiquaires +de France_; _Rapport_ par M. Berriat Saint-Prix, p. 439. + +3: Courtépée, _Description générale et particulière du duché de +Bourgogne_. Dijon, 1847. t. II, p. 238. + +4: _Mémoires de la société des antiquaires_, t. VIII, p. 440. + +5: Extrait du _Livre rouge_; M. Louandre, _Histoire ancienne et moderne +d'Abbeville_, 1834, p. 214. + +6: M. Louandre, ouvrage précité, p. 415. + +7: _Guypape_, _decisio._ quest. 238, édition de 1667, in folio. + +8: _Mémoires de la société des antiquaires de France_, t. VIII, p. 441. + +9: Courtépée, _Description du duché de Bourgogne_, t. II, p. 285. + +10: M. Louandre, _Histoire d'Abbeville_, p. 415. + +11: Cette sentence est rapportée en entier dans l'_Annuaire du +département de l'Aisne_, publié par Miroy-Destournelles, année 1812, +pages 88 et 89; elle se termine ainsi: «Nous, en detestation et horreur +du dit cas, et afin d'exemplaire et gardé justice, avons dit, jugé, +sentencié, prononcé et appointé que le dit pourceaulz estant détenu +prisonnier et enfermé en la dicte abbaye, sera, par le maistre des +hautes oeuvres, pendu et estranglé en une fourche de bois, auprès et +joignant des fourches patibulaires et hautes justices des dits religieux +estant auprès de leur cense d'Avin; En temoing de ce, nous avons scellé +la présente de nostre scel.--Ce fut fait le 14e jour de juing, l'an +1494, et scellé en cire rouge; et sur le dos est écrit: Sentence pour +ung pourceaulz exécuté par justice, admené en la cense de Clermont et +estranglé en une fourche lez gibez d'Avin. + +12: Carlier, _Histoire du duché de Valois_, t. II, p. 207. + +13: _Mémoires de la société des antiquaires de France_, t. VIII, p. 443. + +14: Courtépée, _Description du duché de Bourgogne_, t. II, p. 170. + +15: Lionnois, _Histoire de Nancy_, t. II, p. 373 et suiv. Nancy, 1811. +L'auteur rapporte en entier le procès-verbal de la remise du porc. On y +lit entre autres détails que le porc a été _prins et mis en prison_; que +cet animal, lié d'une corde, a été conduit près d'une croix au delà du +cimetière; que de toute ancienneté, la justice du seigneur (l'abbé de +Moyen-Moutier) a coutume de délivrer au prévôt de Saint-Diez, près de +cette croix, les condamnés _tous nus_, pour en faire faire l'exécution +et _ad cause que le dict porc est une beste brute, les Maire et Justice +le delibvrent en ce dict lieu et laissent le dict porc lié d'icelle +corde de grace speciale_ et sans préjudice du droit qui appartient au +seigneur de délivrer les criminels _tous nus_. + +16: À cette époque, l'usage s'était introduit d'attacher à chaque siége +de justice quelques praticiens ou légistes qui prenaient place aux +audiences. L'article 73 de l'ordonnance de juillet 1493 les désigne sous +le nom d'_officiers praticiens et autres gens de bien_ des sénéchaussés, +bailliages et prévôtés. Les articles 87 et 94 de l'ordonnance de mars +1498 les dénomment _conseillers et praticiens des siéges et auditoires_. + +17: _Statistique de Falaise_, 1827, t. I, p. 83. + +18: T. III, p. 407. + +19: _Mémoires de la société des antiquaires de France_, t. VIII, p. 433. + +20: Dans une quittance délivrée le 16 octobre 1408 par un tabellion de +la vicomté de Pont de l'Arche au geôlier des prisons de cette ville, les +frais de nourriture journalière d'un pourceau incarcéré pour cause de +meurtre d'un enfant, sont portés au même taux que ceux indiqués dans le +compte pour la nourriture individuelle de chaque homme alors détenu dans +la même prison. (_Ibid._, p. 440 et 441.) + +21: M. Louandre, _Histoire d'Abbeville_, p. 215. + +22: _Annuaire du département de la Côte-d'Or pour l'an 1827_, par +Amanton, 2e partie, p. 91. + +23: Carlier, t. 2, p. 207. + +24: Saint-Foix, dans ses _Essais historiques sur Paris_, t. V, p. 100, +édition de 1776, rappelle également cet arrêt. + +25: _Voyage littéraire de deux bénédictins_ (D. Durand et D. Martène). +Paris, 1717, in-4º, 2e partie, p. 166 et 167. L'_Histoire du duché de +Valois_, t. II, p. 207, mentionne aussi ce fait. + +26: _Annuaire du département de la Côte-d'Or pour l'an 1827_, par +Amanton, 2e partie, p. 91, note 1. + +27: «Li aucun qui ont justices en lor terres, si font justice des bestes +quant eles metent aucun a mort; si comme se une truie tue un enfant, il +le pendent et trainent, ou une autre beste; mais c'est noient à fere, +car bestes mues n'ont nul entendement qu'est biens ne qu'est maus; et +por ce est che justice perdue. Car justice doit estre fete por la +venjance du meffet, et que cil qui a fet le meffet sace et entende que +por cel meffet il emporte tel paine; mais cix entendemens n'est pas +entre les bestes mues. Et porce se melle il de nient qui en maniere de +justice met beste mue à mort por meffet; mais faicent li sires son +porfit, comme de se coze qui li est aquise de son droit.» (_Coutumes du +Bauvoisis_, de Philippe de Beaumanoir, édition publiée par M. le comte +Beugnot, t. II, p. 485.) + +28: L'Exode, chapitre XXI, verset 28, porte: «_Si bos cornu percusserit +virum aut mulierem, et mortui fuerint, lapidibus obruetur; et non +comedentur carnes ejus._» M. le procureur général Dupin, dans ses +_Règles de droit et de morale tirées de l'Écriture sainte_ (Paris. +1858), ajoute au bas de ce texte, page 215, la note suivante: «Il est +raisonnable de faire abattre un animal dangereux, par exemple un boeuf +qui joue de la corne. Mais empêcher de le manger ne se justifie pas au +point de vue de l'hygiène et de l'économie domestique.» + +Le Lévitique, chapitre XX, verset 15, s'exprime en ces termes: «_Qui cum +jumento et pecore coierit, morte moriatur; pecus quoque occidite._» + +29: La charte d'Éléonore, rédigée en 1395 et appelée _Carta de logu_, +charte qui renferme le corps complet des lois civiles et criminelles de +la Sardaigne, porte que les boeufs et vaches sauvages ou domestiques +peuvent être tués légalement, quand ils sont pris en maraudage. Les ânes +atteints et convaincus du même délit, ce qui ne leur arrive guère moins +souvent, sont traités avec plus d'humanité. On les assimile en pareil +cas à des voleurs d'une condition plus relevée. La première fois qu'on +trouve un âne dans un champ cultivé qui n'est pas celui de son maître, +on lui coupe une oreille. La récidive lui fait couper la seconde. Puis +une troisième fois en flagrant délit, le coupable n'est pas pendu, comme +ceux de l'autre espèce, mais il est dûment confisqué au profit du +prince, dont il va immédiatement grossir le troupeau. (Mimaut, _Histoire +de Sardaigne_, ou _la Sardaigne ancienne et moderne_, t. Ier, p. 445 et +446). + +30: Dans un compte de la prévôté de Paris de l'année 1465 on lit ce qui +suit: + +«Frais du procès fait à Gillet Soulart, exécuté pour ses démérites à +Corbeil. Premièrement, pour avoir porté le procès du dit Gillet en la +ville de Paris; et icelui avoir fait voir et visiter par gens de +Conseil, vingt deux sols parisis. _Item_ pour trois pintes de vin qui +furent portées au gibet pour ceux qui firent les fosses pour mettre +l'attache et la truye, pour ce, deux sols parisis. _Item_ pour l'attache +de quatorze pieds de long ou environ, deux sols parisis. _Item_ à +Henriet Cousin, exécuteur des hautes justices, qui a exécuté et brûlé le +dit Gillet Soulart et la truye, pour deux voyages qu'il est venu faire +en la ville de Corbeil, pour ce, six livres douze deniers parisis. +_Item_ pour trois pintes de vin qui furent portées à la justice pour le +dit Henriet et Soulart, avec un pain, pour ce, deux sols un denier +parisis. _Item_ pour nourriture de la dite truye et icelle avoir gardée +par l'espace de onze jours, au prix chacun jour de huit deniers parisis, +valent ensemble sept sols quatre deniers parisis. _Item_ à Robinet et +Henriet, dits les Fouquiers frères, pour cinq cents de bourrées et +coterets pris sur le port de Morsant, et iceux faire amener à la justice +de Corbeil, pour arrivage et achat, pour chaque cent, huit sols parisis, +valent ensemble quarante sols parisis; toutes lesquelles parties montent +ensemble à neuf livres seize sols cinq deniers parisis.» (Sauval, +_Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris_, t. III, p. +387.) + +Nous aurions pu citer de nombreux exemples de procès de ce genre, mais +un sentiment de bienséance facile à comprendre nous défend d'entrer dans +plus de détails sur des turpitudes qui outragent l'humanité. + +31: _Thémis_, ou _Journal du jurisconsulte_, t. VIII, 2e partie, p. 58 +et 59. + +32: _La Practique et inchiridion des causes judiciaires_, par Josse +Damhoudère; Louvain, 1554: in-4º, chap. XCVI. Il y a du même ouvrage une +autre édition imprimée à Paris en 1555, sous le titre de _Practique +judiciaire ès causes criminelles_. + +33: C'est ce qu'un siècle après Damhoudère disait également Claude +Lebrun de la Rochette, dans son ouvrage intitulé: _Procès civil et +criminel_, Rouen, 1647, t. II, p. 23. + +34: Du Rousseau de la Combe, _Traité des matières criminelles_, 1re +partie, ch. II, sect. 1re, dist. 8e. + +35: Le _Conservateur suisse_ ou _Recueil complet des étrennes +helvétiennes_, publié à Lausanne, en 1811, t. IV, p. 414. L'auteur de +l'ouvrage intitulé _Promenades pittoresques dans l'évêché de Bâle_, +imprimé à la Haye en 1808, et le _Journal du département du Nord_, +numéro du 1er novembre 1813, mentionnent également ce singulier procès. +Nous devons à la gracieuse obligeance de M. Pacile, bibliothécaire de +Lille, la communication de ce curieux document. + +36: Le savant Lapeyronie, dans les _Mémoires de l'Académie des sciences_ +pour l'année 1710 (p. 553 et suiv.), a donné des détails fort +intéressants sur les prétendus oeufs de coq. Il y démontre la fausseté +de cette erreur populaire, qui était encore de son temps partagée par +les gens du monde. Les oeufs dont il s'agit sont des oeufs de poule +incomplets dont le jaune s'est échappé dans le passage de l'_oviductus_. + +37: Cet ouvrage, qui se trouve dans les _Concilia D. Bartholomæi a +Chasseneo_, Lugduni, 1588, in-folio, est intitulé: _Concilium primum +quod tractatus jure dici potest, propter multiplicatem et reconditam +doctrinam, ubi tuculenter, et acuratè tractatur questio illa: de +excommunicatione animalium insectorum_. + +38: «On l'appelle communément Chassanée, dit le président Bouhier (tome +1er de ses oeuvres, page XIX, note 2), ce qui vient de ce que lui-même, +dans les dernières éditions de ses ouvrages, s'appelait _Bartholomæus a +Chassaneo_; mais son vrai nom, que j'ai rétabli ici, se trouve +non-seulement dans une inscription qu'il rapporte lui-même et dans son +contrat de mariage que j'ai vu en original; mais encore dans ce distique +qu'il mit au-devant de la première édition de son commentaire sur notre +coutume (de Bourgogne): + + _Hedua nunc tenet auctorem Bartholomæum, quem + Yssiacus genuit, nomine de Chasseneuz._» + +39: En 1460, ces insectes occasionnèrent de si grands ravages dans les +vignes, que pour y remédier il fut décidé avec les gens d'Église à +Dijon, qu'on ferait une procession générale le 25 mars; que chacun se +confesserait, et que défense serait faite de jurer, sous rigoureuses +peines. Cela fut encore réglé en 1540. (_Annuaire du département de la +Côte d'Or pour l'an 1827_, par Amanton, p. 92.) + +40: Folio 1, verso, nº 3. + +41: Folio 3. + +42: Folio 3, verso, numéros 6 et 7. + +43: Folio 5, numéros 45 et 46. + +44: Folio 5, verso, nº 5. + +45: Folio 14, verso, nº 91. + +46: Folio 16, verso, nº 111. + +47: Folio 16, verso, numéros 116 et 117. + +48: Folio 17, nº 120. + +49: Folio 17, nº 123. Guillaume, abbé de Saint-Théodoric, qui a écrit la +vie de saint Bernard, rapporte que ce saint, prêchant un jour dans +l'église de Foigny (l'une des premières abbayes qu'il avait fondées en +1121 dans le diocèse de Laon), des mouches en quantité prodigieuse +s'étaient introduites dans cette église, et par leurs bourdonnements et +leurs courses indécentes, troublaient et importunaient incessamment les +fidèles. Ne voyant d'autre remède pour arrêter ce scandale, le saint +s'écria: _Je les excommunie_ (_eas excommunico_); et le lendemain toutes +les mouches se trouvèrent frappées de mort. Leurs corps jonchèrent les +pavés de la basilique, qui fut pour toujours délivrée de ces +irrespectueux insectes. Ce fait devint tellement célèbre et inspira tant +de vénération dans tous les pays circonvoisins, que cette malédiction +des mouches passa en proverbe parmi les peuples d'alentour. (_Theophili +Regnaudi opera_, t. XIV, p. 482, nº 6, _De monitoris ecclesiasticis et +timore excommunicationis_.) + +50: _Adjuro vos limaces, et vermes, et omnia animalia immunda, alimenta +hominum dissipantia et corrodentia hoc in territorio et parochianatu +existentia, ut à dicto territorio et parochianatu, et tota parochia +dissedatis, et ad loca, in quibus nullis nocere possitis, accedatis, in +nomine Patris, et Filii et Spiritus sancti, Amen._ (Folio 17, verso nº +124.) + +51: Folio 17, verso, nº 125 et suivants. + +52: _Historiarum_, lib. IV, ann. 1550. Contrairement au témoignage de ce +grave historien, on a prétendu que ce n'était point Chasseneuz qui avait +été désigné à cette époque par l'officialité d'Autun pour plaider en +faveur des rats. Toutefois ce point de controverse historique nous +semble indifférent dans la circonstance qui nous occupe. Peu importe en +effet que ce soit Chasseneuz ou tout autre avocat qui ait été chargé de +cette défense. Mais ce qu'il est intéressant de constater ici, c'est +qu'à l'occasion de faits semblables à ceux que nous venons de signaler, +les officialités étaient dans l'usage de nommer un avocat d'office aux +animaux poursuivis devant la juridiction ecclésiastique. Voilà ce qui +est hors de contestation. + +53: _Tractatus de exorcismis._ Ce traité se trouve dans le volume +intitulé: _Clarissimi viri juriumque doctoris Felicis Hemmerlin cantoris +quondam Thuricencis variæ oblectationis opuscula et tractatus_, 1496, +petit in-folio en caractères gothiques. La partie dans laquelle l'auteur +parle des procès contre les animaux, a pour titre: _Alias tractatus +exorcismorum, seu adjurationum_. + +54: _Propter suorum corporum exiguitatem et etatis minoritatem._ +L'auteur rappelle à ce sujet les dispositions du droit romain contenues +au titre du Digeste: _De minoribus viginti quinque annis._ + +55: _Et ita factum est: Et odie rite servatur et ipsis cantarides per +annos singulos in tempore suo terræ portio certissima conservatur; et +ibidem conveniunt et nullus de cetero per ipsos angariant._ + +56: _Mémoires de la société royale académique de Savoie_. Tom. XII. +Chambéry, 1846. + +57: Tom. II, p. 167, édition de 1766. + +58: Elle est rapportée ci-dessus, p. 29 et 30. + +59: Chasseneuz, ouvrage précité, folio 19. + +60: Chasseneuz, même folio. + +61: Chasseneuz, folio 19. + +62: _Ibid._ + +63: Chasseneuz, ouvrage précité, folio 19. + +64: _Theophili Raynaudi opera_, t. XIV, _De monitoriis ecclesiasticis, +et timore excommunicationis_, p. 482. + +65: Ce sont évidemment les mêmes insectes dévastateurs des récoltes que +Chasseneuz, dans la consultation ci dessus analysée, nomme _urebers_. + +66: _Somme décisoire de questions ecclésiastiques_, par Jean Rochette, +avocat et conseiller à la prevosté de Troyes, imprimée en 1610; in-8º. +Saint-Foix (_Essais sur Paris_, t. I, p. 176, de l'édition de 1776) +raconte aussi le même fait, mais avec moins de détails. Grosley, dans +ses _Ephémérides_, édition donnée par Pâris Dubreil, Paris, 1811, t. I, +p. 168, a rapporté le texte latin de cette sentence. + +67: _Histoire générale du Dauphiné_, Lyon, 1672, in-folio, t. II, p. +712. + +68: _D. Martini Azpilcuetæ Navarri opera_, t. II, _consiliorum_, lib. V, +tit. _De sententia excommunicationis_, _consiliorum_, 52, nº 7, édition +de Venise, 1601, p. 190. + +69: Il est bon de remarquer que dès le seizième siècle, un moine +espagnol de l'ordre de Saint-Benoît, Léonard Vair, dans son livre +intitulé: _De fascino libri tres_, qu'il publia à Venise chez Alde, en +1459, avait critiqué très-vivement cet usage d'excommunier les animaux. +Nous rapporterons le passage suivant d'après la traduction que Julien +Boudon a faite de cet ouvrage, et qui a été imprimée à Paris, chez +Nicolas Chesnau, en 1583: «Il y a abus, dit cet auteur, qui a cours en +quelques endroicts, lequel mérite d'estre blâmé et supprimé. Car quand +les villageois veulent chasser les sauterelles et autre dommageable +vermine, ils choisissent un certain conjureur pour juge, devant lequel +on constitue deux procureurs, l'un de la part du peuple et l'autre du +costé de la vermine. Le procureur du peuple demande justice contre les +sauterelles et chenilles, pour les chasser hors des champs; l'autre +répond qu'il ne les faut point chasser. Enfin toutes cérémonies gardées, +on donne sentence d'excommunication contre la vermine, si dans certain +temps elle ne sort. Cette façon de faire est pleine de superstition et +d'impiété; soit pour ce qu'on ne peut mener procès contre les animaux, +qui n'ont aucune raison et comme ainsi soit qu'elles sont engendrées de +la pourriture de la terre, elles sont sans aucun crime; soit pour ce +qu'on pèche et blasphème griefvement quand on se moque de +l'excommunication de l'Église, car de vouloir soubmettre les bestes +brutes à l'excommunication, c'est tout de mesme que si quelqu'un voulait +baptiser un chien ou une pierre.» (P. 315 et 316.) _Perinde et enim est +excommunicationi velle subjicere an si quis canem aut lapidem +baptizaret._ (P. 159 et 160 du texte latin.) + +70: Au reste on avait abusé de l'excommunication dans bien d'autres +circonstances auxquelles elle devait rester étrangère: ainsi «il est +constant, dit un de nos plus célèbres jurisconsultes, qu'autrefois les +officiaux excommuniaient les débiteurs lorsqu'ils ne satisfaisaient +point leurs créanciers à jour préfix. Et quoique les canonistes crussent +qu'il n'était pas permis de se soumettre par convention à la peine +d'encourir les censures de l'Église, néanmoins le mauvais usage l'avait +emporté sur la raison.» (M. le procureur général Dupin, _Manuel du droit +ecclésiastique français_, p. 53.) + +«L'excommunication, dit aussi M. Faustin Hélie (_Traité de l'instruction +criminelle_, t. Ier, p. 385), était l'arme habituelle de l'Église: après +avoir commencé par l'appliquer aux coupables, par en châtier les crimes, +elle s'en servit pour la défense de ses intérêts, pour étendre ses +pouvoirs; puis elle en frappa les magistrats qui résistaient à ses +prétentions ou n'apportaient pas assez de zèle à les seconder. Cette +mesure extraordinaire, qui jetait l'épouvante dans les populations, +devint l'instrument le plus redoutable de la politique de Rome; mais +elle fut à la fois la base la plus nécessaire de la justice +ecclésiastique. Il est évident que cette justice, privée des peines +temporelles, n'avait pas de sanction ni par conséquent de puissance +réelle; ce n'est que par le prestige des peines spirituelles qu'elle +acquit passagèrement une suprématie qui s'évanouit à mesure que ce +prestige s'effaça. L'excommunication fit toute la force des cours +d'Église; elles tombèrent avec elle.» + +71: _Histoire de Paris_, t. VII, p. 267, note 1. + +72: _Nouveaux Voyages dans l'Amérique septentrionale_, La Haye, 1703, t. +Ier, p. 80. + +73: Lisboa, 1706 à 1728. Cet extrait de la _Nova Floresta_, de Manoel +Bernardes, a été reproduit dans une revue portugaise intitulée _Jornal +de Timon_, p. 386 et suiv. Lisboa, 1858, numéros 11 et 12. Un de nos +philologues les plus érudits et les plus expérimentés, M. Ferdinand +Denis, conservateur à la bibliothèque Sainte-Geneviève, nous a +communiqué cet ouvrage. Nous sommes heureux de saisir cette occasion +pour le remercier de son extrême obligeance et de son bienveillant +intérêt. + +74: Horat., lib. I. _Sat._ I. + +75: _Prov._ XXX, 25. + +76: D. Hieron, _in illud._, _Prov._ VI, _Vade ad formicam_, etc. + +77: Absalon Abbas apud Picinellum, in _Mundo symbolico_, lib. VIII, c. +X. + +78: Plin., lib. XI, 36, 2. + +79: S. Hieron., in _Vita Malchi_. + +80: _Psalm._ XXIII, 1. + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Curiosités judiciaires et historiques +du moyen âge. Procès contre les animaux, by Émile Agnel + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CURIOSITÉS JUDICIAIRES *** + +***** This file should be named 23211-8.txt or 23211-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/2/3/2/1/23211/ + +Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/23211-8.zip b/23211-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d1820ee --- /dev/null +++ b/23211-8.zip diff --git a/23211-h.zip b/23211-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..dbcc010 --- /dev/null +++ b/23211-h.zip diff --git a/23211-h/23211-h.htm b/23211-h/23211-h.htm new file mode 100644 index 0000000..eb02942 --- /dev/null +++ b/23211-h/23211-h.htm @@ -0,0 +1,2483 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html lang="fr"> +<head> + <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1"> + <title>The Project Gutenberg ebook of Curiosités judiciaires et historiques du Moyen Âge, Procès contre les animaux, by Émile Agnel.</title> + +<style type="text/css"> +<!-- + +body { margin-left: 10%; margin-right: 10%; } +h1, h2, h3, h4, h5, h6, .c { text-align: center; line-height: 1.5em; } +h1, h2 { margin-top: 2em; } +p { text-align: justify; line-height: 1.2em; } +.sc { font-variant: small-caps; } +i small { font-style: normal; } +hr { text-align: center; width: 50%; margin-left: auto; margin-right: auto; + margin-top: 1.2em; margin-bottom: 1.2em; } +.narrow { margin-left: 15%; margin-right: 15%; } +.poem { text-align: left; margin-left: 5%; width: 90%; position: relative; } +.stanza { margin-top: 1em; } +.stanza br { display: none; } +.i0 { display: block; margin: 0 0 0 2em; text-indent: -2em; } +.i1 { display: block; margin: 0 0 0 3em; text-indent: -2em; } +.i9 { display: block; margin: 0 0 0 11em; text-indent: -2em; } +.fnanchor { font-size: 80%; vertical-align: 0.35em; padding: 0 .15em; + text-decoration: none; +} +.footnotes { padding: 0 1em 1em 1em; /* font-size: 95%; */ } +.footnote .label { float: left; text-align: left; width: 2em; } +.footnote a { text-decoration: none; } +.ad { font-size: smaller; } +.ad p, .ad blockquote { margin-top: .7em; margin-bottom: .7em; } + +--> +</style> +</head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Curiosités judiciaires et historiques du +moyen âge. Procès contre les animaux, by Émile Agnel + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Curiosités judiciaires et historiques du moyen âge. Procès contre les animaux + +Author: Émile Agnel + +Release Date: October 27, 2007 [EBook #23211] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CURIOSITÉS JUDICIAIRES *** + + + + +Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + +</pre> + +<h1><big>CURIOSITÉS</big><br> +JUDICIAIRES ET HISTORIQUES<br> +<small><b>DU MOYEN ÂGE</b></small><br> +<br> +PROCÈS CONTRE LES ANIMAUX</h1> + +<p class="c"><span class="sc">Par</span> ÉMILE AGNEL</p> + + +<blockquote style="margin-left: 50%"> +Parler sans haine et sans crainte, dire toute +la vérité et rien que la vérité. +</blockquote> +<p class="c"><big>PARIS</big></p> + +<p class="c">J. B. DUMOULIN, LIBRAIRE<br> +<small>QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 13</small></p> + +<p class="c">1858</p> + +<hr> + + +<div class="ad"> +<h2>ON TROUVE À LA MÊME LIBRAIRIE:</h2> + + +<p><b>AGNEL (E.)</b>. Observations sur la prononciation +et le langage rustique des +environs de Paris. In-18. 3 fr.</p> + +<p><b>ARCHIVES DE L'ART FRANÇAIS</b>, +recueil de documents inédits relatifs à +l'histoire des arts en France. <i>Paris</i>, +1851-1858. 8 vol. in-8<sup>o</sup>. 60 fr.</p> + +<blockquote> +<p>Cette publication, qui se continue depuis +1851, s'adresse non-seulement aux amateurs +de curiosités historiques, mais à tous ceux +qu'intéresse sérieusement l'histoire de l'art +national. Des études sur nos grands maîtres, +tels que Lesueur, Puget, Greuze, etc., y alternent +avec des documents variés, qui tantôt +éclairent les détails les plus intimes de +la vie des artistes, tantôt font connaître les +circonstances dans lesquelles ils ont exécuté +leurs travaux. C'est dans ce recueil, publié +sous la direction de MM. de Chennevières et +de Montaiglon, qu'a paru un des plus remarquables +ouvrages du dix-huitième siècle, +l'<i>Abecedario</i> de Mariette, le savant et délicat +amateur dont les jugements en matière d'art +ont eu pendant longtemps et conservent encore +une si légitime autorité. On peut donc +recommander une publication qui répond +si heureusement à son titre en révélant à +l'art contemporain quelques-unes des pages +les plus curieuses de son passé.</p> +</blockquote> + +<p><i>(Note extraite de la Revue des Deux-Mondes, +du 1<sup>er</sup> mai 1858.)</i></p> + +<p><b>BORDIER</b> et <b>LALANNE</b>. Dictionnaire +de pièces autographes volées aux bibliothèques +publiques de la France, +précédé d'observations sur le commerce +des autographes. <i>Paris</i>, 1853. +In-8<sup>o</sup>. 10 fr.</p> + +<p><b>CHASSANT</b>. Paléographie des chartes +et des manuscrits du onzième au dix-septième +siècle. Pet. in-8<sup>o</sup>, avec planches +in-4<sup>o</sup>. 8 fr.</p> + +<blockquote> +<p>Approuvé par le ministre de l'instruction +publique, d'après l'avis du comité des chartes, +pour la lecture des anciennes écritures.</p> +</blockquote> + +<p><b>DU BOIS</b>. Recherches archéologiques, +historiques, biographiques et littéraires +sur la Normandie. <i>Paris</i>, 1843. +In-8<sup>o</sup> br. 5 fr.</p> + +<blockquote> +<p>Ce volume contient d'intéressants détails +sur les possédés en Normandie, le poète +Montchrestien, François de Civille trois fois +mort et trois fois ressuscité, le chevalier de +Clieu, qui dota la France du café, etc. La +dernière partie de l'ouvrage est consacrée +aux préjugés et superstitions, loups-garous, +revenants, sortiléges, etc.</p> +</blockquote> + +<p><b>FILLON</b>. Monnaies françaises inédites, +<i>Paris</i>, 1853. In-8<sup>o</sup>, avec 10 planches +représentant plus de 200 monnaies, +br. 10 fr.</p> + +<p>— Considérations historiques et artistiques +sur les monnaies de France. +<i>Fontenay</i> (Vendée), 1850. In-8<sup>o</sup>, avec +4 planches, br. 7 fr.</p> + +<p><b>LENOIR</b>. Traité historique de la peinture +sur verre, et description de vitraux +anciens et modernes, pour servir +à l'histoire de l'art en France. +<i>Paris</i>, 1856. Gr. in-8<sup>o</sup>, avec 66 planches +gravées sur cuivre. Cart. 15 fr.</p> + +<blockquote> +<p>Cette édition a été tirée à 85 exemplaires. +On y a ajouté un supplément, deux tables +et douze planches qui ne se trouvent pas +dans l'édition précédente.</p> +</blockquote> + +<p><b>MÉMOIRES</b> de l'Académie celtique, ou +Recherches sur les antiquités celtiques, +gauloises et françaises. <i>Paris</i>, +1807-12. 6 vol. in-8<sup>o</sup>, fig. 48 fr.</p> + +<p><b>MÉMOIRES</b> inédits sur la vie et les ouvrages +des membres de l'Académie +royale de peinture et de sculpture, +publiés d'après les manuscrits conservés +à l'école impériale des Beaux-Arts. +<i>Paris</i>, 1854. 2 forts vol. in-8<sup>o</sup>, +br. 15 fr.</p> + +<blockquote> +<p>Cet ouvrage, publié sous les auspices de +M. le ministre de l'intérieur et auquel +M. Vitet a consacré une longue étude dans +le <i>Journal des Savants</i>, est, avec celui de +d'Argenville, le travail le plus important que +nous ayons sur l'histoire des artistes français. +Les biographies qu'il contient proviennent +toutes des anciennes archives de +l'Académie; les unes sont l'œuvre de ses +historiographes, les autres sont les renseignements +mêmes communiqués par les familles.</p> +</blockquote> + +<p>— Le même ouvrage, <i>papier de Hollande +(tiré à 25 exemplaires)</i>. 25 fr.</p> + +<p><b>MÉMOIRES</b> sur les langues, dialectes +et patois, tant de la France que des +autres pays (avec la traduction de la +parabole de l'Enfant prodigue en 85 +patois différents). <i>Paris</i>, 1824. In-8<sup>o</sup> +(t. VI des Ant. de France), br. 6 fr.</p> + +<p><b>WOILLEZ</b>. Archéologie des monuments +religieux de l'ancien Beauvoisis pendant +la métamorphose romane. <i>Paris</i>, +1856. Fort vol. in-fol., orné de 129 +planches représentant plus de 1,200 +sujets; avec une carte archéologique +indiquant les abbayes et prieurés, etc. +Cartonné, non rogné. 50 fr.</p> + +<blockquote> +<p>Cet ouvrage, fruit de longues années de +travail, contient les monographies de plus +de cent églises ou portions d'églises chrétiennes. +Il constitue, par l'importance des +monuments qui y sont décrits et la classification +méthodique qui y est suivie, une +véritable archéologie religieuse de la France +jusqu'à la fin du douzième siècle. À ce point +de vue, il s'adresse non-seulement à l'amateur +d'histoire locale, mais encore au savant, +à l'archéologue curieux d'étudier les différentes +phases de notre architecture, surtout +pendant la période si intéressante du moyen +âge.</p> +</blockquote> +</div> + + +<hr> + + +<p class="narrow">L'auteur se propose de publier sous ce titre une série de brochures +sur divers sujets se rattachant aux mœurs et usages du +moyen âge. +</p> + +<p class="c">Paris.—Imp. de Pillet fils aîné, rue des Grands-Augustins, 5.</p> + +<hr> + + +<h2>CURIOSITÉS JUDICIAIRES ET HISTORIQUES DU MOYEN ÂGE.<br> +<small>PROCÈS CONTRE LES ANIMAUX.</small></h2> + + +<p>Les singularités judiciaires sont nombreuses et variées +au moyen âge, et souvent les magistrats interviennent +dans des circonstances si bizarres, que nous +avons peine à comprendre, de nos jours, comment ces +graves organes de la justice ont pu raisonnablement +figurer dans de telles affaires.</p> + +<p>Toutefois notre but n'est pas de critiquer ici des +usages plus ou moins absurdes, mais d'en constater +simplement l'existence. Nous bornons notre rôle à +raconter les faits, sauf au lecteur à en tirer lui-même +les conséquences.</p> + +<p>Plusieurs siècles nous séparent de l'époque dont +nous cherchons à étudier les mœurs et les idées, qui +forment avec les nôtres de si étranges disparates; aussi +n'est-ce qu'après de scrupuleuses recherches faites +dans les ouvrages des jurisconsultes et des historiens +les plus respectables, que nous avons osé présenter +cette rapide esquisse.</p> + +<p>Au moyen âge on soumettait à l'action de la justice +tous les faits condamnables de quelque être qu'ils +fussent émanés, même des animaux.</p> + +<p>L'histoire de la jurisprudence nous offre à cette +époque de nombreux exemples de procès dans lesquels +figurent des taureaux, des vaches, des chevaux, +des porcs, des truies, des coqs, des rats, des mulots, +des limaces, des fourmis, des chenilles, sauterelles, +mouches, vers et sangsues.</p> + +<p>La procédure que l'on avait adoptée pour la poursuite +de ces sortes d'affaires revêtait des formes toutes +spéciales; cette procédure était différente, suivant la +nature des animaux qu'il s'agissait de poursuivre.</p> + +<p>Si l'animal auteur d'un délit—tel par exemple +qu'un porc, une truie, un bœuf—peut être <i>saisi, +appréhendé au corps</i>, il est traduit devant le tribunal +criminel ordinaire, il y est assigné <i>personnellement</i>; +mais s'il s'agit d'animaux sur lesquels on ne peut +mettre la main, tels que des insectes ou d'autres bêtes +nuisibles à la terre, ce n'est pas devant le tribunal +criminel ordinaire que l'on traduira ces délinquants +<i>insaisissables</i>, mais devant le tribunal ecclésiastique, +c'est-à-dire devant l'officialité.</p> + +<p>En effet que voulez-vous que fasse la justice ordinaire +contre une invasion de mouches, de charançons, +de chenilles, de limaces? elle est impuissante à sévir +contre les dévastations causées par ces terribles fléaux; +mais la justice religieuse, qui est en rapport avec la +Divinité, saura bien atteindre les coupables; elle en +possède les moyens: il lui suffit de fulminer l'excommunication.</p> + +<p>Tels étaient, en matière de procès contre les animaux, +les principes admis par les jurisconsultes du +moyen âge. Arrivons maintenant à la preuve de cette +assertion.</p> + +<p>Parlons d'abord des procès poursuivis contre les animaux +devant la justice criminelle ordinaire.</p> + +<p>Comme on le voit encore de nos jours dans certaines +localités, les porcs et les truies, au moyen âge, couraient +en liberté dans les rues des villages, et il arrivait +souvent qu'ils dévoraient des enfants; alors on procédait +directement contre ces animaux par voie criminelle. +Voici quelle était la marche que suivait la procédure:</p> + +<p>On incarcérait l'animal, c'est-à-dire le <i>délinquant</i>, +dans la prison du siége de la justice criminelle où +devait être instruit le procès. Le procureur ou promoteur +des causes d'office, c'est-à-dire l'officier qui exerçait +les fonctions du ministère public auprès de la +justice seigneuriale, requérait la mise en accusation +du coupable. Après l'audition des témoins et vu leurs +dépositions affirmatives concernant le fait imputé à +l'accusé, le promoteur faisait ses réquisitions, sur lesquelles +le juge du lieu rendait une sentence déclarant +l'animal coupable d'homicide, et le condamnait définitivement +à être étranglé et pendu par les deux pieds +de derrière à un chêne ou aux fourches patibulaires, +suivant la coutume du pays.</p> + +<p>Du treizième au seizième siècle, les fastes de la jurisprudence +et de l'histoire fournissent de nombreux exemples +sur l'usage de cette procédure suivie contre des +pourceaux et des truies qui avaient dévoré des enfants, +et qui, pour ce fait, étaient condamnés à être pendus.</p> + +<p>Nous mentionnerons à ce sujet les sentences et exécutions +suivantes:</p> + +<p><i>Année 1266.</i>—Pourceau brûlé à Fontenay-aux-Roses, +près Paris, pour avoir dévoré un enfant<a id="FNanchor_1" name="FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1" class="fnanchor">1</a>.</p> + +<p><i>Septembre 1394.</i>—Porc pendu à Mortaing, pour +avoir tué un enfant de la paroisse de Roumaigne<a id="FNanchor_2" name="FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" class="fnanchor">2</a>.</p> + +<p><i>Année 1404.</i>—Trois porcs suppliciés à Rouvres, en +Bourgogne, pour avoir tué un enfant dans son berceau<a id="FNanchor_3" name="FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3" class="fnanchor">3</a>.</p> + +<p><i>17 juillet 1408.</i>—Porc pendu à Vaudreuil pour un +fait de même nature, conformément à la sentence du +bailly de Rouen et des consuls, prononcée aux assises +de Pont-de-l'Arche tenues le 13 du même mois<a id="FNanchor_4" name="FNanchor_4"></a><a href="#Footnote_4" class="fnanchor">4</a>.</p> + +<p><i>24 décembre 1414.</i>—Petit pourceau traîné et pendu +par les jambes de derrière, pour meurtre d'un enfant, +suivant sentence du mayeur et des échevins d'Abbeville<a id="FNanchor_5" name="FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5" class="fnanchor">5</a>.</p> + +<p><i>14 février 1418.</i>—Autre pourceau coupable du +même fait et pendu de la même manière, en vertu d'une +sentence du mayeur et des échevins d'Abbeville<a id="FNanchor_6" name="FNanchor_6"></a><a href="#Footnote_6" class="fnanchor">6</a>.</p> + +<p><i>Vers 1456.</i>—Porc pendu en Bourgogne pour une +cause semblable<a id="FNanchor_7" name="FNanchor_7"></a><a href="#Footnote_7" class="fnanchor">7</a>.</p> + +<p><i>10 janvier 1457.</i>—Truie pendue à Savigny pour +meurtre d'un enfant âgé de cinq ans<a id="FNanchor_8" name="FNanchor_8"></a><a href="#Footnote_8" class="fnanchor">8</a>.</p> + +<p><i>Année 1473.</i>—Pourceau pendu à Beaune par jugement +du prévôt de cette ville, pour avoir mangé un enfant +dans son berceau<a id="FNanchor_9" name="FNanchor_9"></a><a href="#Footnote_9" class="fnanchor">9</a>.</p> + +<p><i>10 avril 1490.</i>—Pourceau pendu pour avoir <i>meurdri</i> +(tué) <i>ung enffant en son bers</i> (berceau). Le <i>Livre +rouge</i> d'Abbeville, qui mentionne ce fait, ajoute que la +sentence du maire d'Abbeville fut prononcée par ce +magistrat sur les <i>plombs de l'eschevinage, au son des +cloches, le 10<sup>me</sup> jour d'avril 1490</i><a id="FNanchor_10" name="FNanchor_10"></a><a href="#Footnote_10" class="fnanchor">10</a>.</p> + +<p><i>14 juin 1494.</i>—Sentence du grand mayeur de Saint-Martin +de Laon qui condamne un pourceau à être +pendu pour avoir <i>defacié</i> et étranglé un jeune enfant +dans son berceau<a id="FNanchor_11" name="FNanchor_11"></a><a href="#Footnote_11" class="fnanchor">11</a>.</p> + +<p><i>Année 1497.</i>—Truie condamnée à être assommée +pour avoir mangé le menton d'un enfant du village de +Charonne. La sentence ordonna en outre que les +chairs de cette truie seraient coupées et jetées aux +chiens; que le propriétaire et sa femme feraient le +pèlerinage de Notre-Dame de Pontoise, où étant le +jour de la Pentecôte, ils crieraient: <i>Merci!</i> de quoi ils +rapportèrent un certificat<a id="FNanchor_12" name="FNanchor_12"></a><a href="#Footnote_12" class="fnanchor">12</a>.</p> + +<p><i>18 avril 1499.</i>—Sentence qui condamne un porc à +être pendu, à Sèves, près Chartres, pour avoir donné +la mort à un jeune enfant<a id="FNanchor_13" name="FNanchor_13"></a><a href="#Footnote_13" class="fnanchor">13</a>.</p> + +<p><i>Année 1540.</i>—Pourceau pendu à Brochon, en Bourgogne, +pour un fait semblable, suivant sentence rendue +en la justice des chartreux de Dijon<a id="FNanchor_14" name="FNanchor_14"></a><a href="#Footnote_14" class="fnanchor">14</a>.</p> + +<p><i>20 mai 1572.</i>—Sentence du maire et des échevins +de Nancy qui condamne un porc à être étranglé et +pendu pour avoir dévoré un enfant à Moyen-Moutier<a id="FNanchor_15" name="FNanchor_15"></a><a href="#Footnote_15" class="fnanchor">15</a>.</p> + +<p>Les jugements et arrêts en cette matière étaient mûrement +délibérés et gravement prononcés; voyez ce +passage d'une sentence rendue par le juge de Savigny, +le 10 janvier 1457; il s'agit d'une truie:</p> + +<p>«... C'est assavoir que pour la partie dudit demandeur, +avons cité, requis instamment en cette cause, en +présence dudit défendeur présent et non contredisant, +pourquoi nous, juge, avons dit, savoir faisons à tous +que nous avons procédé et donné notre sentence définitive +en la manière qui suit; c'est assavoir que veu le +cas est tel comme a esté proposé pour la partie du dit +demandeur et duquel appert à suffisance, tant par tesmoing +que autrement dehuement hue. Aussi conseil +avec saiges et praticiens<a id="FNanchor_16" name="FNanchor_16"></a><a href="#Footnote_16" class="fnanchor">16</a> et aussi concidérer en ce +cas l'usage et coustume du païs de Bourgoigne, aïant +Dieu devant les yeulx, nous disons et prononçons pour +notre sentence définitive et à droit et à icelle notre +dicte sentence, déclarons la truie de Jean Bailli, <i>alias</i> +(autrement dit) Valot, pour raison du multre et homicide +par icelle truie commis... estre pendue par les +pieds du derrière à un arbre esproné, etc.»</p> + +<p>L'exécution était publique et solennelle; quelquefois +l'animal paraissait habillé en homme. En 1386 +une sentence du juge de Falaise condamna une truie à +être mutilée à la jambe et à la tête, et successivement +pendue pour avoir déchiré au visage et au bras et tué +un enfant. On voulut infliger à l'animal la peine du +talion. Cette truie fut exécutée sur la place de la ville, +en habit d'homme; l'exécution coûta dix sous dix deniers +tournois, plus un gant neuf à l'exécuteur des +hautes œuvres<a id="FNanchor_17" name="FNanchor_17"></a><a href="#Footnote_17" class="fnanchor">17</a>. L'auteur de l'<i>Histoire du duché de +Valois</i>, qui rapporte le même fait<a id="FNanchor_18" name="FNanchor_18"></a><a href="#Footnote_18" class="fnanchor">18</a>, ajoute que ce gant +est porté sur la note des frais et dépens pour une +somme de six sous tournois, et que dans la quittance +donnée au comte de Falaise par le bourreau, ce dernier +y déclare qu'il s'y tient pour <i>content et qu'il en quitte le +roi notre sire et ledit vicomte</i>. Voilà une truie condamnée +bien juridiquement!</p> + +<p>Nous trouvons aussi dans un compte du 15 mars +1403<a id="FNanchor_19" name="FNanchor_19"></a><a href="#Footnote_19" class="fnanchor">19</a> les détails suivants sur la dépense faite à l'occasion +du supplice d'une truie, qui fut condamnée à +être pendue à Meulan pour avoir dévoré un enfant:</p> + +<p>«Pour dépense faite pour elle dedans la geole, six +sols parisis<a id="FNanchor_20" name="FNanchor_20"></a><a href="#Footnote_20" class="fnanchor">20</a>;</p> + +<p>«<i>Item</i>, au maître des hautes œuvres, qui vint de +Paris à Meulan faire ladite exécution par le commandement +et ordonnance de nostre dit maistre le bailli +et du procureur du roi, cinquante-quatre sols parisis;</p> + +<p>«<i>Item</i>, pour voiture qui la mena à la justice, six sols +parisis;</p> + +<p>«<i>Item</i>, pour cordes à la lier et hâler, deux sols huit +deniers parisis;</p> + +<p>«<i>Item</i>, pour gans, deux deniers parisis.»</p> + +<p>En octroyant des gants au bourreau, on voulait sans +doute, d'après les mœurs du temps, que ses mains sortissent +pures de l'exécution d'une <i>bête brute</i>.</p> + +<p>Un compte de 1479, de la municipalité d'Abbeville, +nous apprend qu'un pourceau également condamné +pour meurtre d'un enfant fut conduit au supplice dans +une charrette; que les sergents à masse l'escortèrent +jusqu'à la potence, et que le bourreau reçut soixante +sous pour sa peine<a id="FNanchor_21" name="FNanchor_21"></a><a href="#Footnote_21" class="fnanchor">21</a>.</p> + +<p>Pour une semblable exécution faite en 1435 à Tronchères, +village de Bourgogne, le <i>carnacier</i> (le bourreau) +reçut également une somme de soixante sous<a id="FNanchor_22" name="FNanchor_22"></a><a href="#Footnote_22" class="fnanchor">22</a>.</p> + +<p>Les formalités étaient si bien observées dans ces +sortes de procédures, que l'on trouve au dossier de +l'affaire du 18 avril 1499, ci-dessus mentionnée, jusqu'au +procès-verbal de la signification faite au pourceau +dans la prison où l'on déposait les condamnés avant +d'être conduits au lieu d'exécution.</p> + +<p>On procédait aussi par les mêmes voies judiciaires +contre les taureaux coupables de meurtres. Dans la +poursuite on observait des formalités identiques avec +celles que nous venons d'indiquer.</p> + +<p>En effet, écoutons l'auteur de l'<i>Histoire du duché de +Valois</i>, qui rapporte<a id="FNanchor_23" name="FNanchor_23"></a><a href="#Footnote_23" class="fnanchor">23</a> le fait suivant:</p> + +<p>«Un fermier de village de Moisy laissa échapper +un taureau indompté. Ce taureau ayant rencontré un +homme, le perça de ses cornes; l'homme ne survécut +que quelques heures à ses blessures. Charles, comte de +Valois, ayant appris cet accident au château de Crépy, +donna ordre d'appréhender le taureau et de lui faire +son procès. On se saisit de la bête meurtrière. Les +officiers du comte de Valois se transportèrent sur les +lieux pour faire les informations requises; et sur la +déposition des témoins ils constatèrent la vérité et la +nature du délit. Le taureau fut condamné à être pendu. +L'exécution de ce jugement se fit aux fourches patibulaires +de Moisy-le-Temple. La mort d'une bête expia +ainsi celle d'un homme.</p> + +<p>«Ce supplice ne termina pas la scène. Il y eut appel +de la sentence des officiers du comte, comme juges +incompétents, au parlement de la Chandeleur de 1314. +Cet appel fut dressé au nom du procureur de l'hôpital +de la ville de Moisy. Le procureur général de l'ordre +intervint. Le parlement reçut plaignant le procureur de +l'hôpital en cas de saisine et de nouvelleté, contre les +entreprises des officiers du comte de Valois. Le jugement +du taureau mis à mort fut trouvé fort équitable; +mais il fut décidé que le comte de Valois n'avait aucun +droit de justice sur le territoire de Moisy, et que les +officiers n'auraient pas dû y instrumenter<a id="FNanchor_24" name="FNanchor_24"></a><a href="#Footnote_24" class="fnanchor">24</a>.»</p> + +<p>Cette condamnation n'est pas la seule de cette espèce. +En 1499 un jugement du bailliage de l'abbaye de Beaupré, +ordre de Cîteaux, près Beauvais, rendu sur requête +et information, condamna à la potence jusqu'à +mort inclusivement un taureau «pour avoir par furiosité +occis un joine fils de quatorze à quinze ans,» dans +la seigneurie du Cauroy, qui dépendait de cette abbaye<a id="FNanchor_25" name="FNanchor_25"></a><a href="#Footnote_25" class="fnanchor">25</a>.</p> + +<p>Les chevaux étaient aussi poursuivis criminellement +à raison des homicides qu'ils avaient commis. Les +registres de Dijon constatent qu'en 1389 un cheval, +sur l'information faite par les échevins de Montbar, fut +condamné à mort pour avoir <i>occis</i> un homme<a id="FNanchor_26" name="FNanchor_26"></a><a href="#Footnote_26" class="fnanchor">26</a>.</p> + +<p>Dès le treizième siècle Philippe de Beaumanoir, dans +ses <i>Coutumes du Beauvoisis</i>, n'avait pas craint de signaler +en termes énergiques l'absurdité de ces procédures +dirigées contre les animaux à raison des homicides +qu'ils avaient commis. «Ceux, disait-il, qui ont +droit de justice sur leurs terres font poursuivre devant +les tribunaux les animaux qui commettent des meurtres; +par exemple lorsqu'une truie tue un enfant, on la pend +et on la traîne; il en est de même à l'égard des autres animaux. +Mais ce n'est pas ainsi que l'on doit agir, car les +bêtes brutes n'ont la connaissance ni du bien ni du mal; +et sur ce point c'est justice perdue: car la justice doit +être établie pour la vangeance du crime et pour que +celui qui l'a commis sache et comprenne quelle peine +il a méritée. Or le discernement est une faculté qui +manque aux bêtes brutes. Aussi est-il dans l'erreur celui +qui, en matière judiciaire, condamne à la peine de mort +une bête brute pour le méfait dont elle s'est rendue coupable; +mais que ceci indique au juge qu'elle est en pareille +circonstance l'étendue de ses droits et de ses devoirs<a id="FNanchor_27" name="FNanchor_27"></a><a href="#Footnote_27" class="fnanchor">27</a>.»</p> + +<p>Cependant les critiques du célèbre jurisconsulte ne +furent point écoutées, et ce mode de poursuites continua +à être suivi dans tous les procès de cette espèce, +qui devinrent si nombreux du quatorzième au seizième +siècle.</p> + +<p>En effet, aux époques dont nous parlons, la jurisprudence, +se basant d'ailleurs sur l'autorité des livres +saints<a id="FNanchor_28" name="FNanchor_28"></a><a href="#Footnote_28" class="fnanchor">28</a>, avait adopté l'usage d'infliger aux animaux +des peines proportionnées aux délits dont ils étaient +convaincus<a id="FNanchor_29" name="FNanchor_29"></a><a href="#Footnote_29" class="fnanchor">29</a>.</p> + +<p>On pensait que le supplice du gibet appliqué à une +bête coupable d'un meurtre imprimait toujours l'horreur +du crime, et que le propriétaire de l'animal ainsi +condamné était suffisamment puni par la perte même +qu'il faisait de cet animal. Telles étaient les idées de +nos pères sur le point qui nous occupe; mais elles se modifièrent +successivement. En effet, à partir de la seconde +moitié du seizième siècle, les annales de la jurisprudence +ou les historiens ne nous offrent plus d'exemples +de condamnations <i>capitales</i> prononcées contre des bœufs +ou des pourceaux, à raison du meurtre d'un homme +ou d'un enfant. C'est qu'à cette époque on avait presque +renoncé à ce mode de procédure aussi absurde que +ridicule contre les animaux, et que pour la poursuite +des faits dont ils s'étaient rendus coupables, on était +revenu aux seuls et vrais principes sur cette matière, +en condamnant à une amende et à des dommages-intérêts +le propriétaire de l'animal nuisible. On ne faisait +plus le procès à la bête malfaisante, on ordonnait purement +et simplement qu'elle fût assommée.</p> + +<p>Au quinzième et au seizième siècle, dans certains +procès où figurait un homme accusé d'avoir commis +avec un animal un crime que nous ne pouvons désigner, +l'homme convaincu de ce crime était toujours +condamné à être brûlé avec l'animal qu'il avait eu pour +complice<a id="FNanchor_30" name="FNanchor_30"></a><a href="#Footnote_30" class="fnanchor">30</a>, et même on livrait aux flammes les pièces +du procès, afin d'ensevelir la mémoire du fait atroce +qui y avait donné lieu.</p> + +<p>Quelquefois l'animal était étranglé avant d'être mis +sur le bûcher, faveur que n'obtenait pas le principal +accusé<a id="FNanchor_31" name="FNanchor_31"></a><a href="#Footnote_31" class="fnanchor">31</a>.</p> + +<p>Un jurisconsulte fort renommé, Damhoudère, qui +fut conseiller de Charles-Quint dans les Pays-Bas et +qui publia vers le milieu du seizième siècle un traité +sur le droit criminel<a id="FNanchor_32" name="FNanchor_32"></a><a href="#Footnote_32" class="fnanchor">32</a>, y soutenait encore que dans +les circonstances dont il est question l'animal, bien +que dénué de raison et n'étant pas coupable, devait +cependant être condamné à la peine du feu, parce qu'il +avait été l'instrument du crime<a id="FNanchor_33" name="FNanchor_33"></a><a href="#Footnote_33" class="fnanchor">33</a>.</p> + +<p>Il paraît que cette pratique fut modifiée au dix-huitième +siècle, car dans un arrêt rendu par le parlement +de Paris, le 12 octobre 1741, on remarque que le coupable +seul fut condamné au feu. L'animal fut tué et jeté +dans une fosse recouverte ensuite de terre<a id="FNanchor_34" name="FNanchor_34"></a><a href="#Footnote_34" class="fnanchor">34</a>.</p> + +<p>Avant de passer à un autre ordre d'idées, nous devons +citer le fait suivant, qui est rapporté en ces termes +dans le <i>Conservateur suisse</i>:</p> + +<p>«La superstition, dit l'auteur de ce recueil, persuadait +jadis au peuple que les coqs faisaient des œufs et +que de ces œufs maudits sortait un serpent et même +un <i>basilic</i>. Gross raconte dans sa <i>Petite chronique de +Bâle</i> qu'au mois d'août 1474 un coq de cette ville fut +accusé d'un pareil méfait, et qu'ayant été dûment atteint +et convaincu, il fut condamné à mort; la justice le livra +au bourreau et celui-ci le brûla publiquement avec son +œuf au lieu dit <i>Kohlenberger</i>, au milieu d'un grand +concours de bourgeois et de paysans rassemblés pour +voir cette bizarre exécution<a id="FNanchor_35" name="FNanchor_35"></a><a href="#Footnote_35" class="fnanchor">35</a>.»</p> + +<p>Cette condamnation se rattache évidemment aux +procès de sorcellerie, qui furent si multipliés pendant +le quinzième et le seizième siècle. En effet on reprochait +aux sorciers qui voulaient se mettre en rapport +avec Satan d'employer dans leurs pratiques, entre autres +moyens d'évocation, les œufs de coq, sans doute +parce que ces œufs étaient réputés renfermer un serpent +et que ces reptiles plaisent infiniment au diable. +Il ne doit donc pas sembler étonnant que dans un +temps où la superstition outrageait à la fois la religion, +la raison et les lois, un malheureux coq fût condamné +au feu avec l'œuf qu'il était réputé avoir pondu, puisque +cet œuf, dans l'esprit même des juges, était considéré +comme un objet de terreur légitime, comme une +production du démon<a id="FNanchor_36" name="FNanchor_36"></a><a href="#Footnote_36" class="fnanchor">36</a>.</p> + +<p>Occupons-nous maintenant des procès intentés pendant +le moyen âge contre les insectes et autres animaux +nuisibles aux productions du sol, tels que mouches, +chenilles, vers, charençons, limaces, rats, taupes +et mulots.</p> + +<p>Souvent les récoltes sont dévorées par des quantités +innombrables d'insectes qui font invasion sur le territoire +d'un canton, d'une commune.</p> + +<p>Au moyen âge l'histoire mentionne fréquemment +des calamités de ce genre. Ces fléaux produisaient +d'autant plus de ravages, que la science agronomique, +presque dans l'enfance à cette époque, offrait moins de +moyens pour combattre ces désastreuses invasions.</p> + +<p>Afin de conjurer ces maux sans remèdes humains, +les populations désolées s'adressaient aux ministres +de la religion. L'Église écoutait leurs plaintes; leur +accordant sa sainte intervention, elle fulminait l'anathème +contre ces ennemis de l'homme, qu'elle considérait +comme envoyés par le démon.</p> + +<p>Alors l'affaire était portée devant le tribunal ecclésiastique, +et elle y prenait le caractère d'un véritable +procès, ayant d'un côté pour <i>demandeurs</i> les paroissiens +de la localité, et de l'autre pour <i>défendeurs</i> les +insectes qui dévastaient la contrée. L'official, c'est-à-dire +le juge ecclésiastique, décidait la contestation. +On suivait avec soin dans la poursuite du procès toutes +les formes des actions intentées en justice. Pour donner +une idée exacte de ce genre de procédure et de +l'importance qu'on attachait à en observer les formes, +nous extrairons quelques détails d'une consultation +qui fut faite sur cette matière par un célèbre jurisconsulte +du seizième siècle<a id="FNanchor_37" name="FNanchor_37"></a><a href="#Footnote_37" class="fnanchor">37</a>. L'auteur de cette consultation, +ou plutôt de ce traité <i lang="la">ex professo</i>, était Barthélemi +de Chasseneuz ou Chassanée<a id="FNanchor_38" name="FNanchor_38"></a><a href="#Footnote_38" class="fnanchor">38</a>, successivement +avocat à Autun, conseiller au parlement de Paris et +premier président du parlement d'Aix.</p> + +<p>Après avoir parlé dès le début de l'usage où sont +les habitants du territoire de Beaune de demander à +l'officialité d'Autun l'excommunication de certains insectes +plus gros que des mouches, et appelés vulgairement +hurebers (<i>huberes</i>)<a id="FNanchor_39" name="FNanchor_39"></a><a href="#Footnote_39" class="fnanchor">39</a>, ce qui leur est toujours +accordé, Chasseneuz traite la question de savoir +si une telle procédure est convenable. Il divise son +sujet en cinq parties, dans chacune desquelles il saisit +l'occasion d'étaler l'érudition la plus vaste et souvent +la plus déplacée; mais cette habitude, comme on le +sait, était ordinaire aux écrivains de cette époque.</p> + +<p>Chasseneuz, pour consoler les Beaunois du fléau +qui les afflige, leur apprend que les hurebers dont ils +se plaignent ne sont rien en comparaison de ceux que +l'on rencontre dans les Indes. Ces derniers n'ont pas +moins de trois pieds de long; leur jambes sont armées +de dents, dont on fait des scies dans le pays. Souvent +on les voit combattre entre eux avec les cornes qui surmontent +leurs têtes. Le meilleur moyen de se délivrer +de ce fléau de Dieu, c'est de payer exactement les dîmes +et les redevances ecclésiastiques, et de faire promener +autour du canton une femme les pieds nus et dans +l'état que Chasseneuz désigne en ces termes: <i lang="la">Accessu +mulieris, menstrualis, omnia animalia fructibus terræ +officientia flavescunt et sic ex his apparet unum bonum +ex muliere menstrua resultare</i><a id="FNanchor_40" name="FNanchor_40"></a><a href="#Footnote_40" class="fnanchor">40</a>.</p> + +<p>Indiquant le nom latin qui convient le mieux aux +terribles hurebers, notre jurisconsulte prouve qu'ils +doivent être appelés <i lang="la">locustæ</i>; il fortifie son opinion par +des citations qu'il emprunte encore à tous les auteurs +de l'antiquité sacrée et profane.</p> + +<p>L'auteur discute le point de savoir s'il est permis +d'assigner les animaux dont il s'agit devant un tribunal, +et finit après de longues digressions par décider +que les insectes peuvent être cités en justice<a id="FNanchor_41" name="FNanchor_41"></a><a href="#Footnote_41" class="fnanchor">41</a>.</p> + +<p>Chasseneuz examine ensuite si les animaux doivent +être cités <i>personnellement</i>, ou s'il suffit qu'ils comparaissent +par un <i>fondé de pouvoir</i>. «Tout délinquant, +dit-il, doit être cité personnellement. En principe, il +ne peut pas non plus se faire représenter par un fondé +de pouvoir; mais est-ce un délit que le fait imputé aux +insectes du pays de Beaune? Oui, puisque le peuple +en reçoit des scandales, étant privé de boire du vin, +qui, d'après David, réjouit le cœur de Dieu et celui +de l'homme, et dont l'excellence est démontrée par +les dispositions du droit canon, portant défense de +promouvoir aux ordres sacrés celui qui n'aime pas le +vin<a id="FNanchor_42" name="FNanchor_42"></a><a href="#Footnote_42" class="fnanchor">42</a>.»</p> + +<p>Cependant Chasseneuz conclut qu'un défenseur +nommé d'office par le juge peut également se présenter +pour les animaux assignés, provoquer en leur nom +des excuses pour leur non-comparution et des moyens +pour établir leur innocence, et même des exceptions +d'incompétence ou déclinatoires; en un mot, proposer +toutes sortes de moyens en la forme et au fond<a id="FNanchor_43" name="FNanchor_43"></a><a href="#Footnote_43" class="fnanchor">43</a>.</p> + +<p>Après avoir discuté fort longuement la question de +savoir devant quel tribunal les animaux doivent être +traduits, il décide que la connaissance du délit appartient +au juge ecclésiastique, en d'autres termes, à l'official<a id="FNanchor_44" name="FNanchor_44"></a><a href="#Footnote_44" class="fnanchor">44</a>.</p> + +<p>Enfin, dans la dernière partie de son traité, Chasseneuz +se livre à de longues recherches sur l'anathème +ou excommunication. Il développe de nombreux arguments +au moyen desquels il arrive à conclure que les +animaux peuvent être excommuniés et maudits. Parmi +ces arguments, qui sont au nombre de douze, nous +ferons remarquer ceux-ci:</p> + +<p>«Il est permis d'abattre et de brûler l'arbre qui ne +porte pas de fruit; à plus forte raison peut-on détruire +ce qui ne cause que du dommage. Dieu veut que chacun +jouisse du produit de son labeur.</p> + +<p>«Toutes les créatures sont soumises à Dieu, auteur +du droit canon; les animaux sont donc soumis aux dispositions +de ce droit.</p> + +<p>«Tout ce qui existe a été créé pour l'homme; ce +serait méconnaître l'esprit de la création que de tolérer +des animaux qui lui soient nuisibles<a id="FNanchor_45" name="FNanchor_45"></a><a href="#Footnote_45" class="fnanchor">45</a>.</p> + +<p>«La religion permet de tendre des piéges aux +oiseaux ou autres animaux qui détruisent les fruits de +la terre. C'est ce que constate Virgile, dans ces vers +du premier livre des <i>Géorgiques</i>:</p> + +<div class="poem"> + <div class="stanza"> + <span class="i9"><i lang="la">Rivas deducere nulla</i></span><br> + <span class="i0"><i lang="la">Relligio vetuit, segeti prætendere sepem,</i></span><br> + <span class="i0"><i lang="la">Incidias avibus moliri.</i></span><br> + </div> +</div> + +<p>«Or le meilleur de tous les piéges est sans contredit +le foudre de l'anathème<a id="FNanchor_46" name="FNanchor_46"></a><a href="#Footnote_46" class="fnanchor">46</a>.</p> + +<p>«On peut faire pour la conservation des récoltes +même ce qui est défendu par les lois: ainsi les enchantements, +les sortiléges prohibés par le droit, sont +permis toutes les fois qu'ils ont pour objet la conservation +des fruits de la terre; on doit, à plus forte raison, +permettre d'anathématiser les insectes qui dévorent +les fruits, puisque, loin d'être défendu comme le +sont les sortiléges, l'anathème est au contraire une +arme autorisée et employée par l'Église<a id="FNanchor_47" name="FNanchor_47"></a><a href="#Footnote_47" class="fnanchor">47</a>.»</p> + +<p>À l'appui de ces assertions, l'auteur cite des exemples +de semblables anathèmes, tels que ceux de Dieu +envers le serpent et le figuier; il en rapporte plusieurs +comme ayant eu lieu à des époques récentes.</p> + +<p>Il parle d'une excommunication prononcée par un +prêtre contre un verger où des enfants venaient +cueillir des fruits, au lieu de se rendre au service divin. +Ce verger demeura stérile jusqu'au moment où l'excommunication +fut levée à la demande de la mère du duc +de Bourgogne<a id="FNanchor_48" name="FNanchor_48"></a><a href="#Footnote_48" class="fnanchor">48</a>.</p> + +<p>Chasseneuz signale aussi l'excommunication fulminée +par un évêque contre des moineaux qui auparavant +souillaient de leurs ordures l'église de Saint-Vincent +et venaient troubler les fidèles<a id="FNanchor_49" name="FNanchor_49"></a><a href="#Footnote_49" class="fnanchor">49</a>.</p> + +<p>Mais, ajoute notre auteur, nous avons dans ces derniers +temps des exemples encore plus décisifs. Il raconte +alors qu'il a vu à Autun des sentences d'anathème ou +d'excommunication prononcées contre les rats et les +limaces par l'official de ce diocèse et par ceux de Lyon +et de Mâcon; il entre dans le détail de cette procédure; +il donne d'abord le modèle de la requête des paroissiens +qui ont éprouvé le dommage occasionné par les animaux +dévastateurs. Il fait observer que sur cette plainte on +nomme d'office un avocat, qui fait valoir au nom des animaux, +<i>ses clients</i>, les moyens qu'il croit convenable à leur +défense; l'auteur rapporte la formule ordinaire d'anathème. +Cette formule est conçue en ces termes: «Rats, +limaces, chenilles et vous tous animaux immondes qui +détruisez les récoltes de nos frères, sortez des cantons +que vous désolez et réfugiez-vous dans ceux où vous ne +pouvez nuire à personne. Au nom du Père, etc.<a id="FNanchor_50" name="FNanchor_50"></a><a href="#Footnote_50" class="fnanchor">50</a>.»</p> + +<p>Enfin Chasseneuz transcrit textuellement<a id="FNanchor_51" name="FNanchor_51"></a><a href="#Footnote_51" class="fnanchor">51</a> les +sentences fulminées par les officiaux d'Autun et de +Lyon; on en remarque contre les rats, les souris, les +limaces, les vers, etc.</p> + +<p>Ces sentences sont presque toutes semblables; la +différence qui existe entre elles n'est relative qu'au +délai accordé aux animaux pour déguerpir; il y en a +qui les condamnent à partir de suite; d'autres leur accordent +trois heures, trois jours ou plus; toutes sont +suivies des formules ordinaires d'anathème et d'excommunication.</p> + +<p>Tel était le mode de procédure observé devant le +tribunal ecclésiastique dans les poursuites contre les +insectes ou autres animaux nuisibles à la terre.</p> + +<p>La consultation de Chasseneuz, dont nous venons +de donner une courte analyse, acquit à son auteur, qui +n'était alors qu'avocat à Autun, une grande réputation +comme jurisconsulte; elle lui valut, vers 1510, d'être +désigné par l'officialité d'Autun, comme avocat des +rats et de plaider leur cause dans les procès qu'on intenta +à ces animaux par suite des dévastations qu'ils +avaient commises en dévorant les blés d'une partie du +territoire bourguignon.</p> + +<p>Dans la défense qu'il présenta, dit le président de +Thou, qui rapporte ce fait<a id="FNanchor_52" name="FNanchor_52"></a><a href="#Footnote_52" class="fnanchor">52</a>, Chasseneuz fit sentir +aux juges, par d'excellentes raisons, que les rats n'avaient +pas été ajournés dans les formes; il obtint que +les curés de chaque paroisse leur feraient signifier un +nouvel ajournement, attendu que dans cette affaire il +s'agissait du salut ou de la ruine de tous les rats. Il +démontra que le délai qu'on leur avait donné était trop +court pour pouvoir tous comparaître au jour de l'assignation; +d'autant plus qu'il n'y avait point de chemin +où les chats ne fussent en embuscade pour les prendre. +Il employa ensuite plusieurs passages de l'Écriture +sainte pour défendre ses clients, et enfin il obtint qu'on +leur accorderait un plus long délai pour comparaître.</p> + +<p>Le théologien Félix Malléolus, vulgairement appelé +Hemmerlin, qui vivait un siècle avant Chasseneuz et +qui avait publié un traité des exorcismes<a id="FNanchor_53" name="FNanchor_53"></a><a href="#Footnote_53" class="fnanchor">53</a>, s'était +également occupé, dans la seconde partie de cet ouvrage, +de la procédure dirigée contre les animaux. Il +parle d'une ordonnance rendue par Guillaume de Saluces, +évêque de Lausanne, au sujet d'un procès à +intenter contre les sangsues, qui corrompaient les eaux +du lac Léman et en faisaient mourir les poissons. Un +des articles de cette ordonnance prescrit qu'un prêtre, +tel qu'un curé, chargé de prononcer les malédictions, +nomme un procureur pour le peuple; que ce +procureur cite, par le ministère d'un huissier, en présence +de témoins, les animaux à comparaître, sous +peine d'excommunication, devant le curé à jour fixe. +Après de longs débats cette ordonnance fut exécutée le +24 mars 1451, en vertu d'une sentence que l'official de +Lausanne prononça, sur la demande des habitants de +ce pays, contre les criminelles sangsues, qui se retirèrent +dans un certain endroit qu'on leur avait assigné, +et qui n'osèrent plus en sortir.</p> + +<p>Le même auteur rend compte aussi d'un procès intenté +dans le treizième siècle contre les mouches cantharides +de certains cantons de l'électorat de Mayence, +et où le juge du lieu, devant lequel les cultivateurs les +avaient citées, leur accorda, attendu, dit-il, l'exiguïté de +leur corps et en considération de leur jeune âge<a id="FNanchor_54" name="FNanchor_54"></a><a href="#Footnote_54" class="fnanchor">54</a>, un +curateur et orateur, qui les défendit très dignement et +obtint qu'en les chassant du pays on leur assignât un +terrain où elles pussent se retirer et vivre convenablement. +«Et aujourd'hui encore, ajoute Félix Malléolus<a id="FNanchor_55" name="FNanchor_55"></a><a href="#Footnote_55" class="fnanchor">55</a>, +les habitants de ces contrées passent chaque +année un contrat avec les cantharides susdites et abandonnent +à ces insectes une certaine quantité de terrain, +si bien que ces scarabées s'en contentent et ne +cherchent point à franchir les limites convenues.»</p> + +<p>L'usage de ces mêmes formes judiciaires nous est +encore révélé dans un procès intenté, vers 1587, à +une espèce de charançon (le <i lang="la">rynchites auratus</i>) qui désolait +les vignobles de Saint-Julien, près Saint-Julien +de Maurienne. Sur une plainte adressée par les habitants +à l'official de l'évêché de Maurienne, celui-ci +nomma un procureur aux habitants et un avocat aux +insectes, et rendit une ordonnance prescrivant des processions +et des prières, et recommandant surtout le +payement exact des dîmes. Après plusieurs plaidoiries, +les habitants, par l'organe de leur procureur, firent offrir +aux insectes un terrain dans lequel ils devraient se retirer +sous les peines de droit. Le défenseur des insectes +demanda un délai pour délibérer, et les débats ayant +été repris au bout de quelques jours, il déclara, au nom +de ses clients, ne pouvoir accepter l'offre qui leur avait +été faite, attendu que la localité en question était stérile +et ne produisait absolument rien; ce que nia la partie +adverse. Des experts furent nommés. Là s'arrêtent +malheureusement les pièces connues du procès, et l'on +ignore si l'instance fut reprise et quelle décision prononça +l'official<a id="FNanchor_56" name="FNanchor_56"></a><a href="#Footnote_56" class="fnanchor">56</a>. Mais ces détails, réunis à ceux que +nous avons donnés précédemment, suffisent pour montrer +quelles étaient, il y a trois siècles, les formes suivies +dans ces singulières procédures.</p> + +<p>Nous n'avons pas besoin de nous étendre sur les +motifs qui avaient déterminé l'Église à employer l'excommunication +contre les animaux. On comprend quel +avantage ce moyen pouvait offrir au clergé, d'un côté +par l'influence qu'il exerçait sur l'esprit timide et crédule +des populations alors ignorantes et superstitieuses; +d'un autre côté par le résultat pécuniaire, qui était +toujours le but occulte de ses persévérants efforts. +Toutefois, après plusieurs siècles, et grâce à la diffusion +des lumières, ces pratiques vicieuses cessèrent, +et on vit enfin disparaître ces abus de l'excommunication +également contraires à la sublime morale de +l'Évangile et aux vrais principes de la foi catholique.</p> + +<p>Mais poursuivons nos investigations.</p> + +<p>La première excommunication fulminée contre les +animaux remonte au douzième siècle. En effet Saint-Foix, +dans ses <i>Essais historiques sur Paris</i><a id="FNanchor_57" name="FNanchor_57"></a><a href="#Footnote_57" class="fnanchor">57</a>, nous +apprend que l'évêque de Laon prononça en 1120 l'excommunication +contre les chenilles et les mulots, à +raison du tort qu'ils faisaient aux récoltes.</p> + +<p>De la part des tribunaux ecclésiastiques, l'usage de +faire des procès aux insectes ou autres animaux nuisibles +à la terre et de fulminer contre eux l'excommunication, +était en pleine vigueur au quinzième et au seizième +siècle.</p> + +<p>Voici, par ordre de dates, plusieurs sentences relatives +à notre sujet:</p> + +<p>Sentence prononcée en 1451 par l'official de Lausanne +contre les sangsues du lac Léman<a id="FNanchor_58" name="FNanchor_58"></a><a href="#Footnote_58" class="fnanchor">58</a>.</p> + +<p>Sentence rendue à Autun le vendredi 2 mai 1480 +contre les <i>hurebers</i> (insectes plus gros que les mouches), +en faveur des habitants de Mussy et de Pernan, +par les vicaires généraux d'Antoine de Châlon, évêque +d'Autun, par laquelle il est enjoint aux curés de la lire +en chaire et de répéter l'excommunication <i lang="la">donec appareat +effectus</i><a id="FNanchor_59" name="FNanchor_59"></a><a href="#Footnote_59" class="fnanchor">59</a>.</p> + +<p>Sentence rendue contre les limaces le 6 septembre +1481 par Jehan Noseret, chanoine de Beaujeu, chantre +de Mâcon et vicaire général du cardinal Philibert Hugonet, +évêque de Mâcon, dans laquelle on cite l'exemple +de saint Mammet, évêque de Vienne, qui conjura de +cette manière certains diables qui avaient pris la figure +de loups et de porcs et qui dévoraient les enfants jusque +dans les rues de la ville<a id="FNanchor_60" name="FNanchor_60"></a><a href="#Footnote_60" class="fnanchor">60</a>.</p> + +<p>Sentence des grands vicaires de Jean Rollin, cardinal +évêque d'Autun, donnée à Mâcon le 17 août 1487. Informés +que les limaces dévastent depuis plus d'un an +plusieurs terres du diocèse, ces vicaires mandent aux +curés de faire des processions générales pendant trois +jours sur leurs paroisses, et d'y enjoindre aux limaces +de vider leur territoire sous un semblable délai, sinon +de les maudire<a id="FNanchor_61" name="FNanchor_61"></a><a href="#Footnote_61" class="fnanchor">61</a>.</p> + +<p>Sentence des grands vicaires d'Antoine Cabillon, +évêque d'Autun, donnée à Autun le 2 mai 1488. Sur la +requête présentée par plusieurs paroisses des environs +de Beaune, les grands vicaires mandent aux curés d'enjoindre, +pendant les offices ou les processions, aux <i>urebers</i> +de cesser leurs ravages, ou de les excommunier<a id="FNanchor_62" name="FNanchor_62"></a><a href="#Footnote_62" class="fnanchor">62</a>.</p> + +<p>Sentence du grand vicaire de l'église de Mâcon, +donnée à Beaujeu le 8 septembre 1488, sur les plaintes +de plusieurs paroissiens. Même mandat aux curés de +faire trois invitations aux limaces de cesser leurs dégâts, +et faute par elles d'obtempérer à cette injonction, +de les excommunier<a id="FNanchor_63" name="FNanchor_63"></a><a href="#Footnote_63" class="fnanchor">63</a>.</p> + +<p>Sentence d'excommunication prononcée par le juge +ecclésiastique dans les premières années du seizième +siècle, contre les sauterelles et les bruches (<i>becmares</i>) +qui désolaient le territoire de Millière en Cotentin, et +qui dès lors périrent toutes<a id="FNanchor_64" name="FNanchor_64"></a><a href="#Footnote_64" class="fnanchor">64</a>.</p> + +<p>Sentence de l'official de Troyes en Champagne, du +9 juillet 1516. «En cette année les habitants de Villenauxe, +au diocèse de Troyes, présentent requête à +l'official de cette ville, disant qu'ils sont excessivement +incommodés depuis plusieurs années par des chenilles +qu'ils appelaient <i>hurebets</i><a id="FNanchor_65" name="FNanchor_65"></a><a href="#Footnote_65" class="fnanchor">65</a>: <i lang="la">Adversus bruchos seu +erucas, vel alia non dissimilia <small>ANIMALIA</small> gallice hurebets</i>. +Ce juge ecclésiastique ordonne d'abord, sur les conclusions +du promoteur, une information et une descente +de commissaires, qui reconnurent que les dommages +causés par les animaux dont on se plaignait étaient +très-considérables: sur quoi première ordonnance qui +enjoint aux habitants de corriger leurs mœurs. Bientôt +une nouvelle requête dans laquelle ceux-ci promettent +de mener une meilleure conduite. Seconde ordonnance +de l'official, qui enjoint aux <i>hurebets</i> de se retirer dans +six jours des vignes et territoires de Villenauxe, même +de tout le diocèse de Troyes, avec déclaration que si +dans le terme prescrit ils n'obéissent pas, ils sont déclarés +maudits et excommuniés. <i>Au surplus enjoint aux +habitants d'implorer le secours du ciel, de s'abstenir d'aucuns +crimes, et de payer sans fraude les dîmes accoutumées<a id="FNanchor_66" name="FNanchor_66"></a><a href="#Footnote_66" class="fnanchor">66</a>.</i>»</p> + +<p>Procès intenté en 1585 aux chenilles du diocèse de +Valence. Ces chenilles s'étaient tellement multipliées +en cette année dans cette contrée, que les murailles, +les fenêtres et les cheminées des maisons en étaient +couvertes, même dans les villes. «C'était, dit Chorier, +une vive et hideuse représentation de la plaie d'Égypte +par les sauterelles. Le grand vicaire de Valence les fit +citer devant lui; il leur donna un procureur pour se +défendre. La cause fut plaidée solennellement; il les +condamna à vider le diocèse, mais elles n'obéirent pas. +La justice humaine n'a pas d'empire sur les instruments +de la justice de Dieu.</p> + +<p>«Il fut délibéré de procéder contre ces animaux par +anathème et par imprécation et, comme l'on parlait, +par malédiction et par excommunication. Mais deux +théologiens et deux jurisconsultes ayant été consultés, +ils firent changer de sentiment au grand vicaire, de sorte +que l'on n'usa que d'abjuration, de prières et d'aspersion +d'eau bénite. La vie de ces animaux est courte, et +la dévotion ayant duré quelques mois, on lui attribua +la merveille de les avoir exterminés<a id="FNanchor_67" name="FNanchor_67"></a><a href="#Footnote_67" class="fnanchor">67</a>.»</p> + +<p>Un savant théologien qui vivait au seizième siècle, +Navarre, dont le vrai nom était Martin Azpilcueta, +rapporte qu'en Espagne un évêque excommunia du +haut d'un promontoire les rats, les souris, les mouches +et autres animaux semblables qui dévastaient les blés et +autres fruits de la terre, leur commandant de sortir du +pays dans trois heures pour tout délai, et qu'au même +instant la plupart de ces animaux s'enfuirent à la nage +dans une île qui leur avait été désignée, se faisant un +devoir d'obéir au commandement de l'évêque<a id="FNanchor_68" name="FNanchor_68"></a><a href="#Footnote_68" class="fnanchor">68</a>.</p> + +<p>Ainsi, d'après le texte des diverses sentences que +nous venons de rapporter, l'excommunication était ordinairement +précédée de monitions, c'est-à-dire d'avertissements +donnés aux animaux de cesser leurs dégâts +ou de quitter le pays. Ces monitions étaient faites par +les curés des paroisses. Le plus souvent elles étaient +au nombre de trois; entre chacune desquelles on laissait +deux jours d'intervalle. Quelquefois aussi on se contentait +d'une seule monition, ce qui d'ailleurs est autorisé +par le droit canon, lorsqu'il s'agit d'une affaire extraordinairement +pressée.</p> + +<p>Mais comme il arrivait fréquemment que les monitions +ne produisaient pas l'effet qu'on pouvait en espérer, +et que les animaux, malgré ces avertissements, +persistaient à rester dans les lieux dont on demandait +à ce qu'ils sortissent, l'excommunication était définitivement +prononcée.</p> + +<p>Dans le dix-septième siècle on ne rencontre plus que +quelques rares procès intentés par les officialités contre +les animaux; c'est qu'en effet l'Église, à cette époque, +avait presque renoncé à ces ridicules procédures; aussi +voit-on alors dans les règlements des différents diocèses +de France introduire certaines prohibitions destinées +à corriger ces abus. Ainsi par exemple, dans le +rituel d'Evreux de 1606, le cardinal Duperron défend +à toute sorte de personnes d'exorciser les animaux et +d'user à leur occasion de prières, oraisons, etc., sans +sa permission expresse et donnée par écrit: «<i lang="la">Caveat +sacerdos ne vel ipse hoc munus exerceat, neve alios ad +ipsum exercendum admittat, nisi prius habita in <small>SCRIPTIS</small> +facultate a reverendissimo Ebroicensi episcopo.</i>»</p> + +<p>De leur côté, les meilleurs canonistes du temps ne +craignaient pas de censurer énergiquement ces excommunications +fulminées contre les animaux<a id="FNanchor_69" name="FNanchor_69"></a><a href="#Footnote_69" class="fnanchor">69</a>. Écoutons +ce qu'écrit à ce sujet le chanoine Éveillon dans +son <i>Traité des excommunications</i>, publié en 1651, ouvrage +qui jouit en cette matière d'une réputation méritée.</p> + +<p>Parlant de ces sortes de procès:</p> + +<p>«J'en représenterai, dit-il (p. 520), un ici en propres +termes, à ce qu'on voit comme souvent les peuples se +laissent embrouiller de plusieurs erreurs et opinions +absurdes auxquelles les supérieurs ecclésiastiques doivent +prendre garde de se laisser emporter par une trop +facile condescendance, sous prétexte de charité; car de +cette trop grande facilité naissent souvent des coutumes +préjudiciables à la foi et à la religion, qu'il est certainement +difficile d'extirper par après sans grand scandale +et désordre; les peuples s'opiniâtrent à toute extrémité +à défendre des superstitions et abus publics pour ce +qu'ils croyent que ce sont des sainctes sentences de la +piété de leurs ancêtres, desquels ils révèrent la mémoire, +principalement quand il y a intérêt à leur profit.»</p> + +<p>Après avoir rapporté en son entier le texte de la sentence +du 9 juillet 1516, sentence que nous avons mentionnée +ci-dessus, le même auteur (p. 521) continue en +ces termes:</p> + +<p>«Voici donc un échantillon de la fausse piété des +peuples à laquelle les supérieurs ecclésiastiques se sont +laissé décevoir. Ils étaient si simples que de faire le procès +à ces bestioles pour les formes, les citer, leur donner +un advocat pour les défendre, faire des enquêtes +des dommages par elles faits et autres semblables. Puis +ils conjuraient les divers animaux, leur déclarant qu'ils +eussent à sortir de tout le territoire et se transporter en +lieu où ils ne puissent nuire. Si le mal ne cessait par +cette conjuration, le juge ecclésiastique prononçait sentence +d'anathème et de malédiction, dont il adressait +l'exécution aux curés, prêtres et habitants, les conviant +de faire pénitence de leurs péchés, pour punition desquelles +Dieu envoie ordinairement telles calamités.»</p> + +<p>«C'est une chose certaine en théologie, ajoute ce canoniste +(p. 522), qu'il n'y a que l'homme baptisé qui +puisse être excommunié.»</p> + +<p>Après quelques développements sur ce point, Éveillon +finit par conclure (p. 524) que les animaux ne +peuvent être excommuniés, qu'on peut seulement les +exorciser ou adjurer dans les termes et suivant les cérémonies +prescrites, sans superstition et sans observer +comme autrefois une ridicule poursuite suivie d'une +sentence d'anathème et de malédiction<a id="FNanchor_70" name="FNanchor_70"></a><a href="#Footnote_70" class="fnanchor">70</a>.</p> + +<p>Dulaure<a id="FNanchor_71" name="FNanchor_71"></a><a href="#Footnote_71" class="fnanchor">71</a> signale encore l'existence d'un procès +intenté, dans les premières années du dix-huitième +siècle, contre les chenilles qui désolaient le territoire +de la petite ville de Pont-du-Château, en Auvergne. Un +grand vicaire, appelé Burin, excommunia ces chenilles +et renvoya la procédure au juge du lieu, qui rendit une +sentence contre ces insectes et leur enjoignit solennellement +de se retirer dans un territoire inculte qui leur +était désigné.</p> + +<p>Ces procédures n'étaient pas seulement suivies en +Europe, mais leur usage s'était propagé jusqu'en Amérique. +On y fulminait l'excommunication contre des +oiseaux et contre des insectes.</p> + +<p>Le baron de la Hontan, qui, vers la fin du dix-septième +siècle, passa de longues années au Canada, raconte +que «le nombre des tourterelles était si grand +dans ce pays, que l'évêque avait été obligé de les excommunier +plusieurs fois par le dommage qu'elles faisaient +aux biens de la terre<a id="FNanchor_72" name="FNanchor_72"></a><a href="#Footnote_72" class="fnanchor">72</a>.»</p> + +<p>Nous trouvons aussi l'excommunication pratiquée au +Brésil contre des fourmis ou cabas. Nous y voyons au +commencement du dix-huitième siècle les religieux du +monastère de Saint-Antoine intenter une action en violation +de propriété contre ces insectes, afin de les faire, +sous peine d'excommunication, déguerpir des lieux +qu'ils avaient envahis. Le Père Manoel Bernardes, dans +sa <i lang="pt">Nova Floresta</i><a id="FNanchor_73" name="FNanchor_73"></a><a href="#Footnote_73" class="fnanchor">73</a>, a donné la relation de ce singulier +procès. Nous croyons intéressant de mettre sous +les yeux du lecteur ce curieux document, transmis par +cet écrivain portugais. En voici la traduction exacte:</p> + +<p>«<i>Procès extraordinaire qui a eu lieu entre les Frères mineurs +de la province de Piedade no Maranhao et les +fourmis dudit territoire.</i></p> + +<p>«Il est arrivé (à ce que raconte un religieux dudit ordre +et de cette province) que les fourmis, qui dans cette +capitainerie sont nombreuses et très-grandes et nuisibles, +afin d'agrandir leur empire souterrain et de grossir +leurs greniers, ont de telle façon miné les caves des +frères en creusant la terre sous les fondations, que le +bâtiment menaçait ruine. Et, ajoutant délit à délit, elles +volèrent la farine que l'on y gardait pour l'usage quotidien +de la communauté. Comme les multitudes ennemies +étaient serrées et infatigables à toute heure de +jour et de nuit,</p> + +<div class="poem"> + <div class="stanza"> + <span class="i0"><i lang="la">Parvula, nam exemplo est, magni formica laboris</i></span><br> + <span class="i0"><i lang="la">Ore trahit quodcumque potest, atque addit acervo</i></span><br> + <span class="i0"><i lang="la">Quem struit</i><a id="FNanchor_74" name="FNanchor_74"></a><a href="#Footnote_74" class="fnanchor">74</a>,</span><br> + <br> + </div> +</div> + +<p>les religieux en vinrent à souffrir du besoin de la faim +et à y chercher un remède; et comme les moyens dont +ils firent l'essai furent sans résultat, parce que l'accord +dans cette multitude y fut un obstacle insurmontable, +en dernier ressort, un religieux, mû par un instinct +supérieur (chose que l'on peut bien croire), donna le +conseil que, recourant à cet esprit d'humilité et de +simplicité qui faisait que leur séraphique patriarche +nommait frères toutes les créatures: frère soleil, frère +loup, sœur hirondelle, etc., ils élevassent une action +contre ces sœurs fourmis devant le tribunal de la divine +Providence, et nommassent des procureurs tant pour +les demandeurs que pour les défenderesses, et que leur +prélat fût le juge qui, au nom de la suprême équité, eût +connaissance du procès et décidât la cause.</p> + +<p>«Le plan fut approuvé; et après avoir tout disposé de +la sorte, le procureur des religieux présenta une requête +contre les fourmis, et comme elle fut contestée +par la partie de ces dernières, il articula que les +demandeurs, se conformant aux statuts de leur ordre +mendiant, vivaient d'aumônes qu'ils recueillaient à +grand'peine dans les habitations de ce pays, et que les +fourmis, animal dont l'esprit est totalement contraire à +l'Évangile, et qui était abhorré par cette raison de saint +François, leur père, ne faisaient que les voler, et non-seulement +procédaient en larrons fourmiliers, mais +encore que par des actes de violence manifeste, elles +prétendaient les expulser de leur maison et la ruiner; +et que par conséquent elles étaient tenues de donner +leurs motifs, et sinon, il concluait qu'elles devaient +toutes mourir de quelque peste ou être noyées par +quelque inondation, ou tout au moins être pour toujours +exterminées dans ce district.</p> + +<p>«Le procureur du petit peuple noir, répliquant à ces +conclusions, allégua avec justice pour ses clients, en +premier lieu: qu'ayant reçu du Créateur le bienfait de +la vie, elles avaient le droit naturel de la conserver par +les moyens que le Seigneur lui-même leur avait enseignés.—<i>Item</i>, +que dans la pratique et l'exécution de +ces moyens, elles servaient le Créateur en donnant aux +hommes l'exemple des vertus qu'il leur a ordonnées, +savoir, de la prudence en pensant à l'avenir et en économisant +pour les temps de misère: <i lang="la">Formicæ populus +infirmus, qui præparat in messe cibum sibi</i><a id="FNanchor_75" name="FNanchor_75"></a><a href="#Footnote_75" class="fnanchor">75</a>; de la diligence, +en amassant en cette vie des mérites pour la +vie future selon saint Jérôme: <i lang="la">Formica dicitur strenuus +quisque et providus operarius, qui presenti vita, velut +in æstate, fructus justitiæ quos in æternum recipiet sibi +recondit</i><a id="FNanchor_76" name="FNanchor_76"></a><a href="#Footnote_76" class="fnanchor">76</a>; de la charité, en s'aidant les unes les +autres, quand la charge est plus grande que leurs +forces: <i lang="la">Pacis et concordiæ</i> (dit un savant) <i lang="la">vivum +exemplum formica reliquit, quæ suum comparem, forte +plus justo oneratum, naturali quadam charitate alleviat</i><a id="FNanchor_77" name="FNanchor_77"></a><a href="#Footnote_77" class="fnanchor">77</a>; +et aussi de la religion et de la piété, en donnant +la sépulture aux morts de leur espèce, comme +l'écrit Pline: <i lang="la">Sepeliuntur inter se viventium solæ, præter +hominem</i><a id="FNanchor_78" name="FNanchor_78"></a><a href="#Footnote_78" class="fnanchor">78</a>; et que le moine Marchus a observé +à l'appui de sa doctrine: <i lang="la">Hæ luctu celebri corpora defuncta +deportabant</i><a id="FNanchor_79" name="FNanchor_79"></a><a href="#Footnote_79" class="fnanchor">79</a>.—<i>Item</i>, que la peine qu'elles +avaient dans leurs travaux était beaucoup plus rude +que celle des demandeurs pour recueillir, parce que +la charge était bien souvent plus grande que leur +corps, et leur courage supérieure à leurs forces.—<i>Item</i>, +que, en admettant qu'ils fussent des frères plus nobles +et plus dignes, cependant devant Dieu ils n'étaient +aussi que des fourmis, et que l'avantage de la raison +compensait à peine leur faute d'avoir offensé le Créateur +en n'observant pas les lois de la raison aussi bien +qu'elles observaient celles de la nature; c'est pourquoi +ils se rendaient indignes d'être servis et secourus par +aucune créature, car ils avaient commis un plus grand +crime en portant atteinte de tant de façons à la gloire +de Dieu, qu'elles ne l'avaient fait en dérobant leur +farine.—<i>Item</i>, qu'elles étaient en possession des +lieux avant que les demandeurs ne s'y établissent, et +par conséquent qu'elles ne devaient pas en être expulsées, +et qu'elles appelleraient de la violence qu'on +leur ferait devant le trône du divin Créateur, qui a fait +les petits comme les grands et qui a assigné à chaque +espèce son ange gardien.—Et enfin qu'elles concluaient +que les demandeurs défendissent leur maison et leur +farine par les moyens humains, qu'elles ne leur contestaient +pas; mais que malgré cela elles continueraient +leur manière de vivre, puisque la terre et tout ce qu'elle +contient est au Seigneur et non pas aux demandeurs: +<i lang="la">Domini est terra et plenitudo ejus</i><a id="FNanchor_80" name="FNanchor_80"></a><a href="#Footnote_80" class="fnanchor">80</a>.</p> + +<p>«Cette réponse fut suivie de répliques et de contre-répliques, +de telle sorte que le procureur des demandeurs +se vit contraint d'admettre que le débat étant +ramené au simple for des créatures, et faisant abstraction +de toutes raisons supérieures par esprit d'humilité, +les fourmis n'étaient pas dépourvues de tout droit. +C'est pourquoi le juge, vu le dossier de l'instruction, +après avoir médité d'un cœur sincère ce qu'exigeait la +justice et l'équité selon la raison, rendit un jugement +par lequel les frères furent obligés de fixer dans leurs +environs un champ convenable pour que les fourmis +y demeurassent, et que celles-ci eussent à changer d'habitation +et à s'y rendre de suite, sous peine d'excommunication +majeure, vu que les deux parties pouvaient +être conciliées sans aucun préjudice pour l'une ni pour +l'autre, d'autant plus que ces religieux étaient venus +dans le pays par esprit d'obédience pour semer le grain +évangélique, et que l'œuvre de leur entretien était +agréable à Dieu, tandis que les fourmis pouvaient +trouver leur nourriture ailleurs au moyen de leur industrie +et à moins de frais. Cet arrêt rendu, un autre +religieux, par ordre du juge, alla le signifier au nom +du Créateur à ces insectes, en le lisant à haute voix +devant les ouvertures des fourmilières. Chose merveilleuse +et qui prouve combien l'Être suprême, dont il +est écrit qu'il joue avec ses créatures: <i lang="la">Ludens in +orbe terrarum</i>, fut satisfait de cette demande, immédiatement: +<i lang="la">It nigrum campis agmen</i>, on vit sortir +en grande hâte des milliers de ces petits animaux +qui, formant de longues et épaisses colonnes, se rendirent +directement au champ qui leur était assigné, +en abandonnant leurs anciennes demeures; et les +saints religieux, affranchis de leur insupportable oppression, +rendirent grâces à Dieu d'une si admirable +manifestation de son pouvoir et de sa providence.»</p> + +<p>Manoel Bernardes ajoute que cette sentence fut prononcée +le 17 janvier 1713, et qu'il a vu et compulsé +les pièces de cette procédure dans le monastère de +Saint-Antoine, où elles étaient déposées.</p> + +<p>Un autre procès du même genre eut lieu dans le dix-huitième +siècle au Pérou. Une excommunication y fut +prononcée contre des termites (espèce de fourmis +blanches), désignées dans le pays sous le nom de +<i lang="es">comejones</i>, lesquelles s'étaient introduites dans une bibliothèque +et en avaient dévoré un grand nombre de +volumes.</p> + +<p>Telles étaient les singulières procédures dont nous +avons essayé de retracer l'histoire. Lorsqu'on voit de +pareils moyens sérieusement mis en pratique, comment +ne pas croire à la vertu des sciences occultes?</p> + +<p>Dans un siècle d'activité intellectuelle comme le +nôtre, on est à se demander si nos aïeux n'avaient pas +bien du temps à perdre pour le dépenser à de semblables +absurdités.</p> + + +<p class="c">FIN.</p> + + +<div class="footnotes"> +<h2>NOTES.</h2> + +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_1" id="Footnote_1"></a> +<a href="#FNanchor_1"> +<span class="label">[1]</span></a> <i>Histoire du diocèse de Paris</i>, par l'abbé Lebeuf, 1757, t. IX, +p. 400. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_2" id="Footnote_2"></a> +<a href="#FNanchor_2"> +<span class="label">[2]</span></a> Pièce copiée dans les manuscrits de la bibliothèque impériale +et reproduite dans le tome VIII des <i>Mémoires de la société des +antiquaires de France</i>; <i>Rapport</i> par M. Berriat Saint-Prix, p. 439. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_3" id="Footnote_3"></a> +<a href="#FNanchor_3"> +<span class="label">[3]</span></a> Courtépée, <i>Description générale et particulière du duché de +Bourgogne</i>. Dijon, 1847. t. II, p. 238. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_4" id="Footnote_4"></a> +<a href="#FNanchor_4"> +<span class="label">[4]</span></a> <i>Mémoires de la société des antiquaires</i>, t. VIII, p. 440. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_5" id="Footnote_5"></a> +<a href="#FNanchor_5"> +<span class="label">[5]</span></a> Extrait du <i>Livre rouge</i>; M. Louandre, <i>Histoire ancienne et +moderne d'Abbeville</i>, 1834, p. 214. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_6" id="Footnote_6"></a> +<a href="#FNanchor_6"> +<span class="label">[6]</span></a> M. Louandre, ouvrage précité, p. 415. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_7" id="Footnote_7"></a> +<a href="#FNanchor_7"> +<span class="label">[7]</span></a> <i>Guypape</i>, <i lang="la">decisio.</i> quest. 238, édition de 1667, in folio. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_8" id="Footnote_8"></a> +<a href="#FNanchor_8"> +<span class="label">[8]</span></a> <i>Mémoires de la société des antiquaires de France</i>, t. VIII, +p. 441. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_9" id="Footnote_9"></a> +<a href="#FNanchor_9"> +<span class="label">[9]</span></a> Courtépée, <i>Description du duché de Bourgogne</i>, t. II, p. 285. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_10" id="Footnote_10"></a> +<a href="#FNanchor_10"> +<span class="label">[10]</span></a> M. Louandre, <i>Histoire d'Abbeville</i>, p. 415. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_11" id="Footnote_11"></a> +<a href="#FNanchor_11"> +<span class="label">[11]</span></a> Cette sentence est rapportée en entier dans l'<i>Annuaire du +département de l'Aisne</i>, publié par Miroy-Destournelles, année 1812, +pages 88 et 89; elle se termine ainsi: «Nous, en detestation et +horreur du dit cas, et afin d'exemplaire et gardé justice, avons +dit, jugé, sentencié, prononcé et appointé que le dit pourceaulz +estant détenu prisonnier et enfermé en la dicte abbaye, sera, par +le maistre des hautes œuvres, pendu et estranglé en une fourche +de bois, auprès et joignant des fourches patibulaires et hautes +justices des dits religieux estant auprès de leur cense d'Avin; +En temoing de ce, nous avons scellé la présente de nostre scel.—Ce +fut fait le 14<sup>e</sup> jour de juing, l'an 1494, et scellé en cire rouge; +et sur le dos est écrit: Sentence pour ung pourceaulz exécuté par +justice, admené en la cense de Clermont et estranglé en une fourche +lez gibez d'Avin. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_12" id="Footnote_12"></a> +<a href="#FNanchor_12"> +<span class="label">[12]</span></a> Carlier, <i>Histoire du duché de Valois</i>, t. II, p. 207. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_13" id="Footnote_13"></a> +<a href="#FNanchor_13"> +<span class="label">[13]</span></a> <i>Mémoires de la société des antiquaires de France</i>, t. VIII, +p. 443. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_14" id="Footnote_14"></a> +<a href="#FNanchor_14"> +<span class="label">[14]</span></a> Courtépée, <i>Description du duché de Bourgogne</i>, t. II, p. 170. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_15" id="Footnote_15"></a> +<a href="#FNanchor_15"> +<span class="label">[15]</span></a> Lionnois, <i>Histoire de Nancy</i>, t. II, p. 373 et suiv. Nancy, 1811. +L'auteur rapporte en entier le procès-verbal de la remise du +porc. On y lit entre autres détails que le porc a été <i>prins et mis en +prison</i>; que cet animal, lié d'une corde, a été conduit près d'une +croix au delà du cimetière; que de toute ancienneté, la justice du +seigneur (l'abbé de Moyen-Moutier) a coutume de délivrer au +prévôt de Saint-Diez, près de cette croix, les condamnés <i>tous nus</i>, +pour en faire faire l'exécution et <i>ad cause que le dict porc est une +beste brute, les Maire et Justice le delibvrent en ce dict lieu et laissent +le dict porc lié d'icelle corde de grace speciale</i> et sans préjudice +du droit qui appartient au seigneur de délivrer les criminels +<i>tous nus</i>. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_16" id="Footnote_16"></a> +<a href="#FNanchor_16"> +<span class="label">[16]</span></a> À cette époque, l'usage s'était introduit d'attacher à chaque +siége de justice quelques praticiens ou légistes qui prenaient place +aux audiences. L'article 73 de l'ordonnance de juillet 1493 les +désigne sous le nom d'<i>officiers praticiens et autres gens de bien</i> des +sénéchaussés, bailliages et prévôtés. Les articles 87 et 94 de l'ordonnance +de mars 1498 les dénomment <i>conseillers et praticiens des +siéges et auditoires</i>. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_17" id="Footnote_17"></a> +<a href="#FNanchor_17"> +<span class="label">[17]</span></a> <i>Statistique de Falaise</i>, 1827, t. I, p. 83. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_18" id="Footnote_18"></a> +<a href="#FNanchor_18"> +<span class="label">[18]</span></a> T. III, p. 407. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_19" id="Footnote_19"></a> +<a href="#FNanchor_19"> +<span class="label">[19]</span></a> <i>Mémoires de la société des antiquaires de France</i>, t. VIII, +p. 433. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_20" id="Footnote_20"></a> +<a href="#FNanchor_20"> +<span class="label">[20]</span></a> Dans une quittance délivrée le 16 octobre 1408 par un tabellion +de la vicomté de Pont de l'Arche au geôlier des prisons de +cette ville, les frais de nourriture journalière d'un pourceau incarcéré +pour cause de meurtre d'un enfant, sont portés au même +taux que ceux indiqués dans le compte pour la nourriture individuelle +de chaque homme alors détenu dans la même prison. +(<i>Ibid.</i>, p. 440 et 441.) +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_21" id="Footnote_21"></a> +<a href="#FNanchor_21"> +<span class="label">[21]</span></a> M. Louandre, <i>Histoire d'Abbeville</i>, p. 215. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_22" id="Footnote_22"></a> +<a href="#FNanchor_22"> +<span class="label">[22]</span></a> <i>Annuaire du département de la Côte-d'Or pour l'an 1827</i>, par +Amanton, 2<sup>e</sup> partie, p. 91. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_23" id="Footnote_23"></a> +<a href="#FNanchor_23"> +<span class="label">[23]</span></a> Carlier, t. 2, p. 207. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_24" id="Footnote_24"></a> +<a href="#FNanchor_24"> +<span class="label">[24]</span></a> Saint-Foix, dans ses <i>Essais historiques sur Paris</i>, t. V, p. 100, +édition de 1776, rappelle également cet arrêt. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_25" id="Footnote_25"></a> +<a href="#FNanchor_25"> +<span class="label">[25]</span></a> <i>Voyage littéraire de deux bénédictins</i> (D. Durand et D. Martène). +Paris, 1717, in-4<sup>o</sup>, 2<sup>e</sup> partie, p. 166 et 167. L'<i>Histoire du +duché de Valois</i>, t. II, p. 207, mentionne aussi ce fait. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_26" id="Footnote_26"></a> +<a href="#FNanchor_26"> +<span class="label">[26]</span></a> <i>Annuaire du département de la Côte-d'Or pour l'an 1827</i>, par +Amanton, 2<sup>e</sup> partie, p. 91, note 1. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_27" id="Footnote_27"></a> +<a href="#FNanchor_27"> +<span class="label">[27]</span></a> «Li aucun qui ont justices en lor terres, si font justice des +bestes quant eles metent aucun a mort; si comme se une truie tue +un enfant, il le pendent et trainent, ou une autre beste; mais c'est +noient à fere, car bestes mues n'ont nul entendement qu'est biens +ne qu'est maus; et por ce est che justice perdue. Car justice doit +estre fete por la venjance du meffet, et que cil qui a fet le meffet +sace et entende que por cel meffet il emporte tel paine; mais cix +entendemens n'est pas entre les bestes mues. Et porce se melle +il de nient qui en maniere de justice met beste mue à mort por +meffet; mais faicent li sires son porfit, comme de se coze qui +li est aquise de son droit.» (<i>Coutumes du Bauvoisis</i>, de +Philippe de Beaumanoir, édition publiée par M. le comte Beugnot, t. II, +p. 485.) +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_28" id="Footnote_28"></a> +<a href="#FNanchor_28"> +<span class="label">[28]</span></a> L'Exode, chapitre <small>XXI</small>, verset 28, porte: «<i lang="la">Si bos cornu percusserit +virum aut mulierem, et mortui fuerint, lapidibus obruetur; +et non comedentur carnes ejus.</i>» M. le procureur général Dupin, +dans ses <i>Règles de droit et de morale tirées de l'Écriture sainte</i> +(Paris. 1858), ajoute au bas de ce texte, page 215, la note suivante: +«Il est raisonnable de faire abattre un animal dangereux, par +exemple un bœuf qui joue de la corne. Mais empêcher de le manger +ne se justifie pas au point de vue de l'hygiène et de l'économie +domestique.» +<p>Le Lévitique, chapitre <small>XX</small>, verset 15, s'exprime en ces termes: +«<i lang="la">Qui cum jumento et pecore coierit, morte moriatur; pecus quoque +occidite.</i>»</p> +</div> + +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_29" id="Footnote_29"></a> +<a href="#FNanchor_29"> +<span class="label">[29]</span></a> La charte d'Éléonore, rédigée en 1395 et appelée <i lang="sc">Carta de +logu</i>, charte qui renferme le corps complet des lois civiles et criminelles +de la Sardaigne, porte que les bœufs et vaches sauvages +ou domestiques peuvent être tués légalement, quand ils sont pris +en maraudage. Les ânes atteints et convaincus du même délit, ce +qui ne leur arrive guère moins souvent, sont traités avec plus d'humanité. +On les assimile en pareil cas à des voleurs d'une condition +plus relevée. La première fois qu'on trouve un âne dans un champ +cultivé qui n'est pas celui de son maître, on lui coupe une oreille. +La récidive lui fait couper la seconde. Puis une troisième fois en +flagrant délit, le coupable n'est pas pendu, comme ceux de l'autre +espèce, mais il est dûment confisqué au profit du prince, dont il +va immédiatement grossir le troupeau. (Mimaut, <i>Histoire de Sardaigne</i>, +ou <i>la Sardaigne ancienne et moderne</i>, t. I<sup>er</sup>, p. 445 et 446). +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_30" id="Footnote_30"></a> +<a href="#FNanchor_30"> +<span class="label">[30]</span></a> Dans un compte de la prévôté de Paris de l'année 1465 on +lit ce qui suit: +<p>«Frais du procès fait à Gillet Soulart, exécuté pour ses démérites +à Corbeil. Premièrement, pour avoir porté le procès du dit +Gillet en la ville de Paris; et icelui avoir fait voir et visiter par +gens de Conseil, vingt deux sols parisis. <i>Item</i> pour trois pintes de +vin qui furent portées au gibet pour ceux qui firent les fosses pour +mettre l'attache et la truye, pour ce, deux sols parisis. <i>Item</i> pour +l'attache de quatorze pieds de long ou environ, deux sols parisis. +<i>Item</i> à Henriet Cousin, exécuteur des hautes justices, qui a exécuté +et brûlé le dit Gillet Soulart et la truye, pour deux voyages +qu'il est venu faire en la ville de Corbeil, pour ce, six livres douze +deniers parisis. <i>Item</i> pour trois pintes de vin qui furent portées à +la justice pour le dit Henriet et Soulart, avec un pain, pour ce, +deux sols un denier parisis. <i>Item</i> pour nourriture de la dite +truye et icelle avoir gardée par l'espace de onze jours, au prix +chacun jour de huit deniers parisis, valent ensemble sept sols +quatre deniers parisis. <i>Item</i> à Robinet et Henriet, dits les Fouquiers +frères, pour cinq cents de bourrées et coterets pris sur le +port de Morsant, et iceux faire amener à la justice de Corbeil, +pour arrivage et achat, pour chaque cent, huit sols parisis, valent +ensemble quarante sols parisis; toutes lesquelles parties montent +ensemble à neuf livres seize sols cinq deniers parisis.» (Sauval, +<i>Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris</i>, t. III, +p. 387.)</p> + +<p>Nous aurions pu citer de nombreux exemples de procès de ce +genre, mais un sentiment de bienséance facile à comprendre nous +défend d'entrer dans plus de détails sur des turpitudes qui outragent +l'humanité.</p> +</div> + +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_31" id="Footnote_31"></a> +<a href="#FNanchor_31"> +<span class="label">[31]</span></a> <i>Thémis</i>, ou <i>Journal du jurisconsulte</i>, t. VIII, 2<sup>e</sup> partie, +p. 58 et 59. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_32" id="Footnote_32"></a> +<a href="#FNanchor_32"> +<span class="label">[32]</span></a> <i>La Practique et inchiridion des causes judiciaires</i>, par Josse +Damhoudère; Louvain, 1554: in-4<sup>o</sup>, chap. <small>XCVI</small>. Il y a du même +ouvrage une autre édition imprimée à Paris en 1555, sous le titre +de <i>Practique judiciaire ès causes criminelles</i>. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_33" id="Footnote_33"></a> +<a href="#FNanchor_33"> +<span class="label">[33]</span></a> C'est ce qu'un siècle après Damhoudère disait également +Claude Lebrun de la Rochette, dans son ouvrage intitulé: <i>Procès +civil et criminel</i>, Rouen, 1647, t. II, p. 23. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_34" id="Footnote_34"></a> +<a href="#FNanchor_34"> +<span class="label">[34]</span></a> Du Rousseau de la Combe, <i>Traité des matières criminelles</i>, +1<sup>re</sup> partie, ch. <small>II</small>, sect. 1<sup>re</sup>, dist. 8<sup>e</sup>. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_35" id="Footnote_35"></a> +<a href="#FNanchor_35"> +<span class="label">[35]</span></a> Le <i>Conservateur suisse</i> ou <i>Recueil complet des étrennes helvétiennes</i>, +publié à Lausanne, en 1811, t. IV, p. 414. L'auteur de +l'ouvrage intitulé <i>Promenades pittoresques dans l'évêché de Bâle</i>, +imprimé à la Haye en 1808, et le <i>Journal du département du Nord</i>, +numéro du 1<sup>er</sup> novembre 1813, mentionnent également ce singulier +procès. Nous devons à la gracieuse obligeance de M. Pacile, +bibliothécaire de Lille, la communication de ce curieux document. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_36" id="Footnote_36"></a> +<a href="#FNanchor_36"> +<span class="label">[36]</span></a> Le savant Lapeyronie, dans les <i>Mémoires de l'Académie des +sciences</i> pour l'année 1710 (p. 553 et suiv.), a donné des détails +fort intéressants sur les prétendus œufs de coq. Il y démontre la +fausseté de cette erreur populaire, qui était encore de son temps +partagée par les gens du monde. Les œufs dont il s'agit sont des +œufs de poule incomplets dont le jaune s'est échappé dans le passage +de l'<i>oviductus</i>. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_37" id="Footnote_37"></a> +<a href="#FNanchor_37"> +<span class="label">[37]</span></a> Cet ouvrage, qui se trouve dans les <i lang="la">Concilia D. Bartholomæi +a Chasseneo</i>, <span lang="la">Lugduni</span>, 1588, in-folio, est intitulé: <i lang="la">Concilium primum +quod tractatus jure dici potest, propter multiplicatem et reconditam +doctrinam, ubi tuculenter, et acuratè tractatur questio illa: +de excommunicatione animalium insectorum</i>. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_38" id="Footnote_38"></a> +<a href="#FNanchor_38"> +<span class="label">[38]</span></a> «On l'appelle communément Chassanée, dit le président +Bouhier (tome 1<sup>er</sup> de ses œuvres, page <small>XIX</small>, note 2), ce qui vient +de ce que lui-même, dans les dernières éditions de ses ouvrages, +s'appelait <i lang="la">Bartholomæus a Chassaneo</i>; mais son vrai nom, que j'ai +rétabli ici, se trouve non-seulement dans une inscription qu'il +rapporte lui-même et dans son contrat de mariage que j'ai vu en +original; mais encore dans ce distique qu'il mit au-devant de la +première édition de son commentaire sur notre coutume (de Bourgogne):</p> +<div class="poem"> + <div class="stanza"> + <span class="i0"><i lang="la">Hedua nunc tenet auctorem Bartholomæum, quem</i></span><br> + <span class="i1"><i lang="la">Yssiacus genuit, nomine de Chasseneuz.</i>»</span><br> + </div> +</div> +</div> + +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_39" id="Footnote_39"></a> +<a href="#FNanchor_39"> +<span class="label">[39]</span></a> En 1460, ces insectes occasionnèrent de si grands ravages +dans les vignes, que pour y remédier il fut décidé avec les gens +d'Église à Dijon, qu'on ferait une procession générale le 25 mars; +que chacun se confesserait, et que défense serait faite de jurer, +sous rigoureuses peines. Cela fut encore réglé en 1540. (<i>Annuaire +du département de la Côte d'Or pour l'an 1827</i>, par Amanton, +p. 92.) +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_40" id="Footnote_40"></a> +<a href="#FNanchor_40"> +<span class="label">[40]</span></a> Folio 1, verso, n<sup>o</sup> 3. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_41" id="Footnote_41"></a> +<a href="#FNanchor_41"> +<span class="label">[41]</span></a> Folio 3. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_42" id="Footnote_42"></a> +<a href="#FNanchor_42"> +<span class="label">[42]</span></a> Folio 3, verso, n<sup>os</sup> 6 et 7. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_43" id="Footnote_43"></a> +<a href="#FNanchor_43"> +<span class="label">[43]</span></a> Folio 5, n<sup>os</sup> 45 et 46. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_44" id="Footnote_44"></a> +<a href="#FNanchor_44"> +<span class="label">[44]</span></a> Folio 5, verso, n<sup>o</sup> 5. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_45" id="Footnote_45"></a> +<a href="#FNanchor_45"> +<span class="label">[45]</span></a> Folio 14, verso, n<sup>o</sup> 91. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_46" id="Footnote_46"></a> +<a href="#FNanchor_46"> +<span class="label">[46]</span></a> Folio 16, verso, n<sup>o</sup> 111. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_47" id="Footnote_47"></a> +<a href="#FNanchor_47"> +<span class="label">[47]</span></a> Folio 16, verso, n<sup>os</sup> 116 et 117. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_48" id="Footnote_48"></a> +<a href="#FNanchor_48"> +<span class="label">[48]</span></a> Folio 17, n<sup>o</sup> 120. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_49" id="Footnote_49"></a> +<a href="#FNanchor_49"> +<span class="label">[49]</span></a> Folio 17, n<sup>o</sup> 123. Guillaume, abbé de Saint-Théodoric, qui a +écrit la vie de saint Bernard, rapporte que ce saint, prêchant un +jour dans l'église de Foigny (l'une des premières abbayes qu'il +avait fondées en 1121 dans le diocèse de Laon), des mouches en +quantité prodigieuse s'étaient introduites dans cette église, et par +leurs bourdonnements et leurs courses indécentes, troublaient et +importunaient incessamment les fidèles. Ne voyant d'autre remède +pour arrêter ce scandale, le saint s'écria: <i>Je les excommunie</i> (<i lang="la">eas excommunico</i>); +et le lendemain toutes les mouches se trouvèrent frappées +de mort. Leurs corps jonchèrent les pavés de la basilique, qui +fut pour toujours délivrée de ces irrespectueux insectes. Ce fait +devint tellement célèbre et inspira tant de vénération dans tous les +pays circonvoisins, que cette malédiction des mouches passa en +proverbe parmi les peuples d'alentour. (<i lang="la">Theophili Regnaudi opera</i>, +t. XIV, p. 482, n<sup>o</sup> 6, <i lang="la">De monitoris ecclesiasticis et timore excommunicationis</i>.) +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_50" id="Footnote_50"></a> +<a href="#FNanchor_50"> +<span class="label">[50]</span></a> <i lang="la">Adjuro vos limaces, et vermes, et omnia animalia immunda, +alimenta hominum dissipantia et corrodentia hoc in territorio et parochianatu +existentia, ut à dicto territorio et parochianatu, et tota +parochia dissedatis, et ad loca, in quibus nullis nocere possitis, accedatis, +in nomine Patris, et Filii et Spiritus sancti, Amen.</i> (Folio 17, +verso n<sup>o</sup> 124.) +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_51" id="Footnote_51"></a> +<a href="#FNanchor_51"> +<span class="label">[51]</span></a> Folio 17, verso, n<sup>o</sup> 125 et suivants. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_52" id="Footnote_52"></a> +<a href="#FNanchor_52"> +<span class="label">[52]</span></a> <i lang="la">Historiarum</i>, lib. IV, ann. 1550. Contrairement au témoignage +de ce grave historien, on a prétendu que ce n'était point Chasseneuz +qui avait été désigné à cette époque par l'officialité d'Autun +pour plaider en faveur des rats. Toutefois ce point de controverse +historique nous semble indifférent dans la circonstance qui nous +occupe. Peu importe en effet que ce soit Chasseneuz ou tout autre +avocat qui ait été chargé de cette défense. Mais ce qu'il est intéressant +de constater ici, c'est qu'à l'occasion de faits semblables à +ceux que nous venons de signaler, les officialités étaient dans l'usage +de nommer un avocat d'office aux animaux poursuivis devant +la juridiction ecclésiastique. Voilà ce qui est hors de contestation. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_53" id="Footnote_53"></a> +<a href="#FNanchor_53"> +<span class="label">[53]</span></a> <i lang="la">Tractatus de exorcismis.</i> Ce traité se trouve dans le volume +intitulé: <i lang="la">Clarissimi viri juriumque doctoris Felicis Hemmerlin cantoris +quondam Thuricencis variæ oblectationis opuscula et tractatus</i>, +1496, petit in-folio en caractères gothiques. La partie dans +laquelle l'auteur parle des procès contre les animaux, a pour titre: +<i lang="la">Alias tractatus exorcismorum, seu adjurationum</i>. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_54" id="Footnote_54"></a> +<a href="#FNanchor_54"> +<span class="label">[54]</span></a> <i lang="la">Propter suorum corporum exiguitatem et etatis minoritatem.</i> +L'auteur rappelle à ce sujet les dispositions du droit romain contenues +au titre du Digeste: <i lang="la">De minoribus viginti quinque annis.</i> +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_55" id="Footnote_55"></a> +<a href="#FNanchor_55"> +<span class="label">[55]</span></a> <i lang="la">Et ita factum est: Et odie rite servatur et ipsis cantarides per +annos singulos in tempore suo terræ portio certissima conservatur; +et ibidem conveniunt et nullus de cetero per ipsos angariant.</i> +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_56" id="Footnote_56"></a> +<a href="#FNanchor_56"> +<span class="label">[56]</span></a> <i>Mémoires de la société royale académique de Savoie</i>. Tom. XII. +Chambéry, 1846. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_57" id="Footnote_57"></a> +<a href="#FNanchor_57"> +<span class="label">[57]</span></a> Tom. II, p. 167, édition de 1766. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_58" id="Footnote_58"></a> +<a href="#FNanchor_58"> +<span class="label">[58]</span></a> Elle est rapportée ci-dessus, p. 29 et 30. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_59" id="Footnote_59"></a> +<a href="#FNanchor_59"> +<span class="label">[59]</span></a> Chasseneuz, ouvrage précité, folio 19. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_60" id="Footnote_60"></a> +<a href="#FNanchor_60"> +<span class="label">[60]</span></a> Chasseneuz, même folio. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_61" id="Footnote_61"></a> +<a href="#FNanchor_61"> +<span class="label">[61]</span></a> Chasseneuz, folio 19. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_62" id="Footnote_62"></a> +<a href="#FNanchor_62"> +<span class="label">[62]</span></a> <i>Ibid.</i> +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_63" id="Footnote_63"></a> +<a href="#FNanchor_63"> +<span class="label">[63]</span></a> Chasseneuz, ouvrage précité, folio 19. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_64" id="Footnote_64"></a> +<a href="#FNanchor_64"> +<span class="label">[64]</span></a> <i lang="la">Theophili Raynaudi opera</i>, t. XIV, <i lang="la">De monitoriis ecclesiasticis, +et timore excommunicationis</i>, p. 482. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_65" id="Footnote_65"></a> +<a href="#FNanchor_65"> +<span class="label">[65]</span></a> Ce sont évidemment les mêmes insectes dévastateurs des récoltes +que Chasseneuz, dans la consultation ci dessus analysée, +nomme <i>urebers</i>. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_66" id="Footnote_66"></a> +<a href="#FNanchor_66"> +<span class="label">[66]</span></a> <i>Somme décisoire de questions ecclésiastiques</i>, par Jean Rochette, +avocat et conseiller à la prevosté de Troyes, imprimée en +1610; in-8<sup>o</sup>. Saint-Foix (<i>Essais sur Paris</i>, t. I, p. 176, de l'édition +de 1776) raconte aussi le même fait, mais avec moins de +détails. Grosley, dans ses <i>Ephémérides</i>, édition donnée par +Pâris Dubreil, Paris, 1811, t. I, p. 168, a rapporté le texte latin de cette +sentence. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_67" id="Footnote_67"></a> +<a href="#FNanchor_67"> +<span class="label">[67]</span></a> <i>Histoire générale du Dauphiné</i>, Lyon, 1672, in-folio, t. II, +p. 712. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_68" id="Footnote_68"></a> +<a href="#FNanchor_68"> +<span class="label">[68]</span></a> <span lang="la"><i>D. Martini Azpilcuetæ Navarri opera</i>, t. II, <i>consiliorum</i>, lib. <small>V</small>, +tit. <i>De sententia excommunicationis</i>, <i>consiliorum</i>, 52, n<sup>o</sup> 7,</span> édition +de Venise, 1601, p. 190. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_69" id="Footnote_69"></a> +<a href="#FNanchor_69"> +<span class="label">[69]</span></a> Il est bon de remarquer que dès le seizième siècle, un moine +espagnol de l'ordre de Saint-Benoît, Léonard Vair, dans son +livre intitulé: <i lang="la">De fascino libri tres</i>, qu'il publia à Venise chez +Alde, en 1459, avait critiqué très-vivement cet usage d'excommunier +les animaux. Nous rapporterons le passage suivant d'après la +traduction que Julien Boudon a faite de cet ouvrage, et qui a +été imprimée à Paris, chez Nicolas Chesnau, en 1583: «Il y a +abus, dit cet auteur, qui a cours en quelques endroicts, lequel +mérite d'estre blâmé et supprimé. Car quand les villageois veulent +chasser les sauterelles et autre dommageable vermine, ils choisissent +un certain conjureur pour juge, devant lequel on constitue +deux procureurs, l'un de la part du peuple et l'autre du costé de +la vermine. Le procureur du peuple demande justice contre les +sauterelles et chenilles, pour les chasser hors des champs; l'autre +répond qu'il ne les faut point chasser. Enfin toutes cérémonies +gardées, on donne sentence d'excommunication contre la vermine, +si dans certain temps elle ne sort. Cette façon de faire est +pleine de superstition et d'impiété; soit pour ce qu'on ne peut +mener procès contre les animaux, qui n'ont aucune raison et +comme ainsi soit qu'elles sont engendrées de la pourriture de la +terre, elles sont sans aucun crime; soit pour ce qu'on pèche et +blasphème griefvement quand on se moque de l'excommunication +de l'Église, car de vouloir soubmettre les bestes brutes à l'excommunication, +c'est tout de mesme que si quelqu'un voulait baptiser +un chien ou une pierre.» (P. 315 et 316.) <i lang="la">Perinde et enim est +excommunicationi velle subjicere an si quis canem aut lapidem +baptizaret.</i> (P. 159 et 160 du texte latin.) +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_70" id="Footnote_70"></a> +<a href="#FNanchor_70"> +<span class="label">[70]</span></a> Au reste on avait abusé de l'excommunication dans bien +d'autres circonstances auxquelles elle devait rester étrangère: +ainsi «il est constant, dit un de nos plus célèbres jurisconsultes, +qu'autrefois les officiaux excommuniaient les débiteurs lorsqu'ils +ne satisfaisaient point leurs créanciers à jour préfix. Et quoique les +canonistes crussent qu'il n'était pas permis de se soumettre par convention +à la peine d'encourir les censures de l'Église, néanmoins +le mauvais usage l'avait emporté sur la raison.» (M. le procureur +général Dupin, <i>Manuel du droit ecclésiastique français</i>, p. 53.) +<p>«L'excommunication, dit aussi M. Faustin Hélie (<i>Traité de l'instruction +criminelle</i>, t. I<sup>er</sup>, p. 385), était l'arme habituelle de +l'Église: après avoir commencé par l'appliquer aux coupables, +par en châtier les crimes, elle s'en servit pour la défense de ses +intérêts, pour étendre ses pouvoirs; puis elle en frappa les magistrats +qui résistaient à ses prétentions ou n'apportaient pas assez +de zèle à les seconder. Cette mesure extraordinaire, qui jetait +l'épouvante dans les populations, devint l'instrument le plus redoutable +de la politique de Rome; mais elle fut à la fois la base la +plus nécessaire de la justice ecclésiastique. Il est évident que cette +justice, privée des peines temporelles, n'avait pas de sanction ni +par conséquent de puissance réelle; ce n'est que par le prestige +des peines spirituelles qu'elle acquit passagèrement une suprématie +qui s'évanouit à mesure que ce prestige s'effaça. L'excommunication +fit toute la force des cours d'Église; elles tombèrent +avec elle.»</p> +</div> + +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_71" id="Footnote_71"></a> +<a href="#FNanchor_71"> +<span class="label">[71]</span></a> <i>Histoire de Paris</i>, t. VII, p. 267, note 1. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_72" id="Footnote_72"></a> +<a href="#FNanchor_72"> +<span class="label">[72]</span></a> <i>Nouveaux Voyages dans l'Amérique septentrionale</i>, La Haye, +1703, t. I<sup>er</sup>, p. 80. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_73" id="Footnote_73"></a> +<a href="#FNanchor_73"> +<span class="label">[73]</span></a> Lisboa, 1706 à 1728. Cet extrait de la <i lang="pt">Nova Floresta</i>, de Manoel +Bernardes, a été reproduit dans une revue portugaise intitulée +<i lang="pt">Jornal de Timon</i>, p. 386 et suiv. Lisboa, 1858, n<sup>os</sup> 11 et 12. Un de +nos philologues les plus érudits et les plus expérimentés, M. Ferdinand +Denis, conservateur à la bibliothèque Sainte-Geneviève, +nous a communiqué cet ouvrage. Nous sommes heureux de saisir +cette occasion pour le remercier de son extrême obligeance et de +son bienveillant intérêt. +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_74" id="Footnote_74"></a> +<a href="#FNanchor_74"> +<span class="label">[74]</span></a> <span lang="la">Horat., lib. I. <i>Sat.</i> <small>I</small>.</span> +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_75" id="Footnote_75"></a> +<a href="#FNanchor_75"> +<span class="label">[75]</span></a> <span lang="la"><i>Prov.</i> <small>XXX</small>, 25.</span> +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_76" id="Footnote_76"></a> +<a href="#FNanchor_76"> +<span class="label">[76]</span></a> <span lang="la">D. Hieron, <i>in illud.</i>, <i>Prov.</i> <small>VI</small>, <i>Vade ad formicam</i>, etc.</span> +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_77" id="Footnote_77"></a> +<a href="#FNanchor_77"> +<span class="label">[77]</span></a> <span lang="la">Absalon Abbas apud Picinellum, in <i>Mundo symbolico</i>, +lib. VIII, c. <small>X</small>.</span> +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_78" id="Footnote_78"></a> +<a href="#FNanchor_78"> +<span class="label">[78]</span></a> <span lang="la">Plin., lib. XI, 36, 2.</span> +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_79" id="Footnote_79"></a> +<a href="#FNanchor_79"> +<span class="label">[79]</span></a> <span lang="la">S. Hieron., in <i>Vita Malchi</i>.</span> +</p></div> +<div class="footnote"><p> +<a name="Footnote_80" id="Footnote_80"></a> +<a href="#FNanchor_80"> +<span class="label">[80]</span></a> <span lang="la"><i>Psalm.</i> <small>XXIII</small>, 1.</span> +</p></div> +</div> + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Curiosités judiciaires et historiques +du moyen âge. Procès contre les animaux, by Émile Agnel + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CURIOSITÉS JUDICIAIRES *** + +***** This file should be named 23211-h.htm or 23211-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/2/3/2/1/23211/ + +Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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