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+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1">
+ <title>The Project Gutenberg ebook of Curiosités judiciaires et historiques du Moyen Âge, Procès contre les animaux, by Émile Agnel.</title>
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+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Curiosités judiciaires et historiques du
+moyen âge. Procès contre les animaux, by Émile Agnel
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Curiosités judiciaires et historiques du moyen âge. Procès contre les animaux
+
+Author: Émile Agnel
+
+Release Date: October 27, 2007 [EBook #23211]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CURIOSITÉS JUDICIAIRES ***
+
+
+
+
+Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
+produced from images generously made available by the
+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+<h1><big>CURIOSITÉS</big><br>
+JUDICIAIRES ET HISTORIQUES<br>
+<small><b>DU MOYEN ÂGE</b></small><br>
+<br>
+PROCÈS CONTRE LES ANIMAUX</h1>
+
+<p class="c"><span class="sc">Par</span> ÉMILE AGNEL</p>
+
+
+<blockquote style="margin-left: 50%">
+Parler sans haine et sans crainte, dire toute
+la vérité et rien que la vérité.
+</blockquote>
+<p class="c"><big>PARIS</big></p>
+
+<p class="c">J. B. DUMOULIN, LIBRAIRE<br>
+<small>QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 13</small></p>
+
+<p class="c">1858</p>
+
+<hr>
+
+
+<div class="ad">
+<h2>ON TROUVE À LA MÊME LIBRAIRIE:</h2>
+
+
+<p><b>AGNEL (E.)</b>. Observations sur la prononciation
+et le langage rustique des
+environs de Paris. In-18. 3 fr.</p>
+
+<p><b>ARCHIVES DE L'ART FRANÇAIS</b>,
+recueil de documents inédits relatifs à
+l'histoire des arts en France. <i>Paris</i>,
+1851-1858. 8 vol. in-8<sup>o</sup>. 60 fr.</p>
+
+<blockquote>
+<p>Cette publication, qui se continue depuis
+1851, s'adresse non-seulement aux amateurs
+de curiosités historiques, mais à tous ceux
+qu'intéresse sérieusement l'histoire de l'art
+national. Des études sur nos grands maîtres,
+tels que Lesueur, Puget, Greuze, etc., y alternent
+avec des documents variés, qui tantôt
+éclairent les détails les plus intimes de
+la vie des artistes, tantôt font connaître les
+circonstances dans lesquelles ils ont exécuté
+leurs travaux. C'est dans ce recueil, publié
+sous la direction de MM. de Chennevières et
+de Montaiglon, qu'a paru un des plus remarquables
+ouvrages du dix-huitième siècle,
+l'<i>Abecedario</i> de Mariette, le savant et délicat
+amateur dont les jugements en matière d'art
+ont eu pendant longtemps et conservent encore
+une si légitime autorité. On peut donc
+recommander une publication qui répond
+si heureusement à son titre en révélant à
+l'art contemporain quelques-unes des pages
+les plus curieuses de son passé.</p>
+</blockquote>
+
+<p><i>(Note extraite de la Revue des Deux-Mondes,
+du 1<sup>er</sup> mai 1858.)</i></p>
+
+<p><b>BORDIER</b> et <b>LALANNE</b>. Dictionnaire
+de pièces autographes volées aux bibliothèques
+publiques de la France,
+précédé d'observations sur le commerce
+des autographes. <i>Paris</i>, 1853.
+In-8<sup>o</sup>. 10 fr.</p>
+
+<p><b>CHASSANT</b>. Paléographie des chartes
+et des manuscrits du onzième au dix-septième
+siècle. Pet. in-8<sup>o</sup>, avec planches
+in-4<sup>o</sup>. 8 fr.</p>
+
+<blockquote>
+<p>Approuvé par le ministre de l'instruction
+publique, d'après l'avis du comité des chartes,
+pour la lecture des anciennes écritures.</p>
+</blockquote>
+
+<p><b>DU BOIS</b>. Recherches archéologiques,
+historiques, biographiques et littéraires
+sur la Normandie. <i>Paris</i>, 1843.
+In-8<sup>o</sup> br. 5 fr.</p>
+
+<blockquote>
+<p>Ce volume contient d'intéressants détails
+sur les possédés en Normandie, le poète
+Montchrestien, François de Civille trois fois
+mort et trois fois ressuscité, le chevalier de
+Clieu, qui dota la France du café, etc. La
+dernière partie de l'ouvrage est consacrée
+aux préjugés et superstitions, loups-garous,
+revenants, sortiléges, etc.</p>
+</blockquote>
+
+<p><b>FILLON</b>. Monnaies françaises inédites,
+<i>Paris</i>, 1853. In-8<sup>o</sup>, avec 10 planches
+représentant plus de 200 monnaies,
+br. 10 fr.</p>
+
+<p>&mdash; Considérations historiques et artistiques
+sur les monnaies de France.
+<i>Fontenay</i> (Vendée), 1850. In-8<sup>o</sup>, avec
+4 planches, br. 7 fr.</p>
+
+<p><b>LENOIR</b>. Traité historique de la peinture
+sur verre, et description de vitraux
+anciens et modernes, pour servir
+à l'histoire de l'art en France.
+<i>Paris</i>, 1856. Gr. in-8<sup>o</sup>, avec 66 planches
+gravées sur cuivre. Cart. 15 fr.</p>
+
+<blockquote>
+<p>Cette édition a été tirée à 85 exemplaires.
+On y a ajouté un supplément, deux tables
+et douze planches qui ne se trouvent pas
+dans l'édition précédente.</p>
+</blockquote>
+
+<p><b>MÉMOIRES</b> de l'Académie celtique, ou
+Recherches sur les antiquités celtiques,
+gauloises et françaises. <i>Paris</i>,
+1807-12. 6 vol. in-8<sup>o</sup>, fig. 48 fr.</p>
+
+<p><b>MÉMOIRES</b> inédits sur la vie et les ouvrages
+des membres de l'Académie
+royale de peinture et de sculpture,
+publiés d'après les manuscrits conservés
+à l'école impériale des Beaux-Arts.
+<i>Paris</i>, 1854. 2 forts vol. in-8<sup>o</sup>,
+br. 15 fr.</p>
+
+<blockquote>
+<p>Cet ouvrage, publié sous les auspices de
+M. le ministre de l'intérieur et auquel
+M. Vitet a consacré une longue étude dans
+le <i>Journal des Savants</i>, est, avec celui de
+d'Argenville, le travail le plus important que
+nous ayons sur l'histoire des artistes français.
+Les biographies qu'il contient proviennent
+toutes des anciennes archives de
+l'Académie; les unes sont l'&oelig;uvre de ses
+historiographes, les autres sont les renseignements
+mêmes communiqués par les familles.</p>
+</blockquote>
+
+<p>&mdash; Le même ouvrage, <i>papier de Hollande
+(tiré à 25 exemplaires)</i>. 25 fr.</p>
+
+<p><b>MÉMOIRES</b> sur les langues, dialectes
+et patois, tant de la France que des
+autres pays (avec la traduction de la
+parabole de l'Enfant prodigue en 85
+patois différents). <i>Paris</i>, 1824. In-8<sup>o</sup>
+(t. VI des Ant. de France), br. 6 fr.</p>
+
+<p><b>WOILLEZ</b>. Archéologie des monuments
+religieux de l'ancien Beauvoisis pendant
+la métamorphose romane. <i>Paris</i>,
+1856. Fort vol. in-fol., orné de 129
+planches représentant plus de 1,200
+sujets; avec une carte archéologique
+indiquant les abbayes et prieurés, etc.
+Cartonné, non rogné. 50 fr.</p>
+
+<blockquote>
+<p>Cet ouvrage, fruit de longues années de
+travail, contient les monographies de plus
+de cent églises ou portions d'églises chrétiennes.
+Il constitue, par l'importance des
+monuments qui y sont décrits et la classification
+méthodique qui y est suivie, une
+véritable archéologie religieuse de la France
+jusqu'à la fin du douzième siècle. À ce point
+de vue, il s'adresse non-seulement à l'amateur
+d'histoire locale, mais encore au savant,
+à l'archéologue curieux d'étudier les différentes
+phases de notre architecture, surtout
+pendant la période si intéressante du moyen
+âge.</p>
+</blockquote>
+</div>
+
+
+<hr>
+
+
+<p class="narrow">L'auteur se propose de publier sous ce titre une série de brochures
+sur divers sujets se rattachant aux m&oelig;urs et usages du
+moyen âge.
+</p>
+
+<p class="c">Paris.&mdash;Imp. de Pillet fils aîné, rue des Grands-Augustins, 5.</p>
+
+<hr>
+
+
+<h2>CURIOSITÉS JUDICIAIRES ET HISTORIQUES DU MOYEN ÂGE.<br>
+<small>PROCÈS CONTRE LES ANIMAUX.</small></h2>
+
+
+<p>Les singularités judiciaires sont nombreuses et variées
+au moyen âge, et souvent les magistrats interviennent
+dans des circonstances si bizarres, que nous
+avons peine à comprendre, de nos jours, comment ces
+graves organes de la justice ont pu raisonnablement
+figurer dans de telles affaires.</p>
+
+<p>Toutefois notre but n'est pas de critiquer ici des
+usages plus ou moins absurdes, mais d'en constater
+simplement l'existence. Nous bornons notre rôle à
+raconter les faits, sauf au lecteur à en tirer lui-même
+les conséquences.</p>
+
+<p>Plusieurs siècles nous séparent de l'époque dont
+nous cherchons à étudier les m&oelig;urs et les idées, qui
+forment avec les nôtres de si étranges disparates; aussi
+n'est-ce qu'après de scrupuleuses recherches faites
+dans les ouvrages des jurisconsultes et des historiens
+les plus respectables, que nous avons osé présenter
+cette rapide esquisse.</p>
+
+<p>Au moyen âge on soumettait à l'action de la justice
+tous les faits condamnables de quelque être qu'ils
+fussent émanés, même des animaux.</p>
+
+<p>L'histoire de la jurisprudence nous offre à cette
+époque de nombreux exemples de procès dans lesquels
+figurent des taureaux, des vaches, des chevaux,
+des porcs, des truies, des coqs, des rats, des mulots,
+des limaces, des fourmis, des chenilles, sauterelles,
+mouches, vers et sangsues.</p>
+
+<p>La procédure que l'on avait adoptée pour la poursuite
+de ces sortes d'affaires revêtait des formes toutes
+spéciales; cette procédure était différente, suivant la
+nature des animaux qu'il s'agissait de poursuivre.</p>
+
+<p>Si l'animal auteur d'un délit&mdash;tel par exemple
+qu'un porc, une truie, un b&oelig;uf&mdash;peut être <i>saisi,
+appréhendé au corps</i>, il est traduit devant le tribunal
+criminel ordinaire, il y est assigné <i>personnellement</i>;
+mais s'il s'agit d'animaux sur lesquels on ne peut
+mettre la main, tels que des insectes ou d'autres bêtes
+nuisibles à la terre, ce n'est pas devant le tribunal
+criminel ordinaire que l'on traduira ces délinquants
+<i>insaisissables</i>, mais devant le tribunal ecclésiastique,
+c'est-à-dire devant l'officialité.</p>
+
+<p>En effet que voulez-vous que fasse la justice ordinaire
+contre une invasion de mouches, de charançons,
+de chenilles, de limaces? elle est impuissante à sévir
+contre les dévastations causées par ces terribles fléaux;
+mais la justice religieuse, qui est en rapport avec la
+Divinité, saura bien atteindre les coupables; elle en
+possède les moyens: il lui suffit de fulminer l'excommunication.</p>
+
+<p>Tels étaient, en matière de procès contre les animaux,
+les principes admis par les jurisconsultes du
+moyen âge. Arrivons maintenant à la preuve de cette
+assertion.</p>
+
+<p>Parlons d'abord des procès poursuivis contre les animaux
+devant la justice criminelle ordinaire.</p>
+
+<p>Comme on le voit encore de nos jours dans certaines
+localités, les porcs et les truies, au moyen âge, couraient
+en liberté dans les rues des villages, et il arrivait
+souvent qu'ils dévoraient des enfants; alors on procédait
+directement contre ces animaux par voie criminelle.
+Voici quelle était la marche que suivait la procédure:</p>
+
+<p>On incarcérait l'animal, c'est-à-dire le <i>délinquant</i>,
+dans la prison du siége de la justice criminelle où
+devait être instruit le procès. Le procureur ou promoteur
+des causes d'office, c'est-à-dire l'officier qui exerçait
+les fonctions du ministère public auprès de la
+justice seigneuriale, requérait la mise en accusation
+du coupable. Après l'audition des témoins et vu leurs
+dépositions affirmatives concernant le fait imputé à
+l'accusé, le promoteur faisait ses réquisitions, sur lesquelles
+le juge du lieu rendait une sentence déclarant
+l'animal coupable d'homicide, et le condamnait définitivement
+à être étranglé et pendu par les deux pieds
+de derrière à un chêne ou aux fourches patibulaires,
+suivant la coutume du pays.</p>
+
+<p>Du treizième au seizième siècle, les fastes de la jurisprudence
+et de l'histoire fournissent de nombreux exemples
+sur l'usage de cette procédure suivie contre des
+pourceaux et des truies qui avaient dévoré des enfants,
+et qui, pour ce fait, étaient condamnés à être pendus.</p>
+
+<p>Nous mentionnerons à ce sujet les sentences et exécutions
+suivantes:</p>
+
+<p><i>Année 1266.</i>&mdash;Pourceau brûlé à Fontenay-aux-Roses,
+près Paris, pour avoir dévoré un enfant<a id="FNanchor_1" name="FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1" class="fnanchor">1</a>.</p>
+
+<p><i>Septembre 1394.</i>&mdash;Porc pendu à Mortaing, pour
+avoir tué un enfant de la paroisse de Roumaigne<a id="FNanchor_2" name="FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" class="fnanchor">2</a>.</p>
+
+<p><i>Année 1404.</i>&mdash;Trois porcs suppliciés à Rouvres, en
+Bourgogne, pour avoir tué un enfant dans son berceau<a id="FNanchor_3" name="FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3" class="fnanchor">3</a>.</p>
+
+<p><i>17 juillet 1408.</i>&mdash;Porc pendu à Vaudreuil pour un
+fait de même nature, conformément à la sentence du
+bailly de Rouen et des consuls, prononcée aux assises
+de Pont-de-l'Arche tenues le 13 du même mois<a id="FNanchor_4" name="FNanchor_4"></a><a href="#Footnote_4" class="fnanchor">4</a>.</p>
+
+<p><i>24 décembre 1414.</i>&mdash;Petit pourceau traîné et pendu
+par les jambes de derrière, pour meurtre d'un enfant,
+suivant sentence du mayeur et des échevins d'Abbeville<a id="FNanchor_5" name="FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5" class="fnanchor">5</a>.</p>
+
+<p><i>14 février 1418.</i>&mdash;Autre pourceau coupable du
+même fait et pendu de la même manière, en vertu d'une
+sentence du mayeur et des échevins d'Abbeville<a id="FNanchor_6" name="FNanchor_6"></a><a href="#Footnote_6" class="fnanchor">6</a>.</p>
+
+<p><i>Vers 1456.</i>&mdash;Porc pendu en Bourgogne pour une
+cause semblable<a id="FNanchor_7" name="FNanchor_7"></a><a href="#Footnote_7" class="fnanchor">7</a>.</p>
+
+<p><i>10 janvier 1457.</i>&mdash;Truie pendue à Savigny pour
+meurtre d'un enfant âgé de cinq ans<a id="FNanchor_8" name="FNanchor_8"></a><a href="#Footnote_8" class="fnanchor">8</a>.</p>
+
+<p><i>Année 1473.</i>&mdash;Pourceau pendu à Beaune par jugement
+du prévôt de cette ville, pour avoir mangé un enfant
+dans son berceau<a id="FNanchor_9" name="FNanchor_9"></a><a href="#Footnote_9" class="fnanchor">9</a>.</p>
+
+<p><i>10 avril 1490.</i>&mdash;Pourceau pendu pour avoir <i>meurdri</i>
+(tué) <i>ung enffant en son bers</i> (berceau). Le <i>Livre
+rouge</i> d'Abbeville, qui mentionne ce fait, ajoute que la
+sentence du maire d'Abbeville fut prononcée par ce
+magistrat sur les <i>plombs de l'eschevinage, au son des
+cloches, le 10<sup>me</sup> jour d'avril 1490</i><a id="FNanchor_10" name="FNanchor_10"></a><a href="#Footnote_10" class="fnanchor">10</a>.</p>
+
+<p><i>14 juin 1494.</i>&mdash;Sentence du grand mayeur de Saint-Martin
+de Laon qui condamne un pourceau à être
+pendu pour avoir <i>defacié</i> et étranglé un jeune enfant
+dans son berceau<a id="FNanchor_11" name="FNanchor_11"></a><a href="#Footnote_11" class="fnanchor">11</a>.</p>
+
+<p><i>Année 1497.</i>&mdash;Truie condamnée à être assommée
+pour avoir mangé le menton d'un enfant du village de
+Charonne. La sentence ordonna en outre que les
+chairs de cette truie seraient coupées et jetées aux
+chiens; que le propriétaire et sa femme feraient le
+pèlerinage de Notre-Dame de Pontoise, où étant le
+jour de la Pentecôte, ils crieraient: <i>Merci!</i> de quoi ils
+rapportèrent un certificat<a id="FNanchor_12" name="FNanchor_12"></a><a href="#Footnote_12" class="fnanchor">12</a>.</p>
+
+<p><i>18 avril 1499.</i>&mdash;Sentence qui condamne un porc à
+être pendu, à Sèves, près Chartres, pour avoir donné
+la mort à un jeune enfant<a id="FNanchor_13" name="FNanchor_13"></a><a href="#Footnote_13" class="fnanchor">13</a>.</p>
+
+<p><i>Année 1540.</i>&mdash;Pourceau pendu à Brochon, en Bourgogne,
+pour un fait semblable, suivant sentence rendue
+en la justice des chartreux de Dijon<a id="FNanchor_14" name="FNanchor_14"></a><a href="#Footnote_14" class="fnanchor">14</a>.</p>
+
+<p><i>20 mai 1572.</i>&mdash;Sentence du maire et des échevins
+de Nancy qui condamne un porc à être étranglé et
+pendu pour avoir dévoré un enfant à Moyen-Moutier<a id="FNanchor_15" name="FNanchor_15"></a><a href="#Footnote_15" class="fnanchor">15</a>.</p>
+
+<p>Les jugements et arrêts en cette matière étaient mûrement
+délibérés et gravement prononcés; voyez ce
+passage d'une sentence rendue par le juge de Savigny,
+le 10 janvier 1457; il s'agit d'une truie:</p>
+
+<p>«... C'est assavoir que pour la partie dudit demandeur,
+avons cité, requis instamment en cette cause, en
+présence dudit défendeur présent et non contredisant,
+pourquoi nous, juge, avons dit, savoir faisons à tous
+que nous avons procédé et donné notre sentence définitive
+en la manière qui suit; c'est assavoir que veu le
+cas est tel comme a esté proposé pour la partie du dit
+demandeur et duquel appert à suffisance, tant par tesmoing
+que autrement dehuement hue. Aussi conseil
+avec saiges et praticiens<a id="FNanchor_16" name="FNanchor_16"></a><a href="#Footnote_16" class="fnanchor">16</a> et aussi concidérer en ce
+cas l'usage et coustume du païs de Bourgoigne, aïant
+Dieu devant les yeulx, nous disons et prononçons pour
+notre sentence définitive et à droit et à icelle notre
+dicte sentence, déclarons la truie de Jean Bailli, <i>alias</i>
+(autrement dit) Valot, pour raison du multre et homicide
+par icelle truie commis... estre pendue par les
+pieds du derrière à un arbre esproné, etc.»</p>
+
+<p>L'exécution était publique et solennelle; quelquefois
+l'animal paraissait habillé en homme. En 1386
+une sentence du juge de Falaise condamna une truie à
+être mutilée à la jambe et à la tête, et successivement
+pendue pour avoir déchiré au visage et au bras et tué
+un enfant. On voulut infliger à l'animal la peine du
+talion. Cette truie fut exécutée sur la place de la ville,
+en habit d'homme; l'exécution coûta dix sous dix deniers
+tournois, plus un gant neuf à l'exécuteur des
+hautes &oelig;uvres<a id="FNanchor_17" name="FNanchor_17"></a><a href="#Footnote_17" class="fnanchor">17</a>. L'auteur de l'<i>Histoire du duché de
+Valois</i>, qui rapporte le même fait<a id="FNanchor_18" name="FNanchor_18"></a><a href="#Footnote_18" class="fnanchor">18</a>, ajoute que ce gant
+est porté sur la note des frais et dépens pour une
+somme de six sous tournois, et que dans la quittance
+donnée au comte de Falaise par le bourreau, ce dernier
+y déclare qu'il s'y tient pour <i>content et qu'il en quitte le
+roi notre sire et ledit vicomte</i>. Voilà une truie condamnée
+bien juridiquement!</p>
+
+<p>Nous trouvons aussi dans un compte du 15 mars
+1403<a id="FNanchor_19" name="FNanchor_19"></a><a href="#Footnote_19" class="fnanchor">19</a> les détails suivants sur la dépense faite à l'occasion
+du supplice d'une truie, qui fut condamnée à
+être pendue à Meulan pour avoir dévoré un enfant:</p>
+
+<p>«Pour dépense faite pour elle dedans la geole, six
+sols parisis<a id="FNanchor_20" name="FNanchor_20"></a><a href="#Footnote_20" class="fnanchor">20</a>;</p>
+
+<p>«<i>Item</i>, au maître des hautes &oelig;uvres, qui vint de
+Paris à Meulan faire ladite exécution par le commandement
+et ordonnance de nostre dit maistre le bailli
+et du procureur du roi, cinquante-quatre sols parisis;</p>
+
+<p>«<i>Item</i>, pour voiture qui la mena à la justice, six sols
+parisis;</p>
+
+<p>«<i>Item</i>, pour cordes à la lier et hâler, deux sols huit
+deniers parisis;</p>
+
+<p>«<i>Item</i>, pour gans, deux deniers parisis.»</p>
+
+<p>En octroyant des gants au bourreau, on voulait sans
+doute, d'après les m&oelig;urs du temps, que ses mains sortissent
+pures de l'exécution d'une <i>bête brute</i>.</p>
+
+<p>Un compte de 1479, de la municipalité d'Abbeville,
+nous apprend qu'un pourceau également condamné
+pour meurtre d'un enfant fut conduit au supplice dans
+une charrette; que les sergents à masse l'escortèrent
+jusqu'à la potence, et que le bourreau reçut soixante
+sous pour sa peine<a id="FNanchor_21" name="FNanchor_21"></a><a href="#Footnote_21" class="fnanchor">21</a>.</p>
+
+<p>Pour une semblable exécution faite en 1435 à Tronchères,
+village de Bourgogne, le <i>carnacier</i> (le bourreau)
+reçut également une somme de soixante sous<a id="FNanchor_22" name="FNanchor_22"></a><a href="#Footnote_22" class="fnanchor">22</a>.</p>
+
+<p>Les formalités étaient si bien observées dans ces
+sortes de procédures, que l'on trouve au dossier de
+l'affaire du 18 avril 1499, ci-dessus mentionnée, jusqu'au
+procès-verbal de la signification faite au pourceau
+dans la prison où l'on déposait les condamnés avant
+d'être conduits au lieu d'exécution.</p>
+
+<p>On procédait aussi par les mêmes voies judiciaires
+contre les taureaux coupables de meurtres. Dans la
+poursuite on observait des formalités identiques avec
+celles que nous venons d'indiquer.</p>
+
+<p>En effet, écoutons l'auteur de l'<i>Histoire du duché de
+Valois</i>, qui rapporte<a id="FNanchor_23" name="FNanchor_23"></a><a href="#Footnote_23" class="fnanchor">23</a> le fait suivant:</p>
+
+<p>«Un fermier de village de Moisy laissa échapper
+un taureau indompté. Ce taureau ayant rencontré un
+homme, le perça de ses cornes; l'homme ne survécut
+que quelques heures à ses blessures. Charles, comte de
+Valois, ayant appris cet accident au château de Crépy,
+donna ordre d'appréhender le taureau et de lui faire
+son procès. On se saisit de la bête meurtrière. Les
+officiers du comte de Valois se transportèrent sur les
+lieux pour faire les informations requises; et sur la
+déposition des témoins ils constatèrent la vérité et la
+nature du délit. Le taureau fut condamné à être pendu.
+L'exécution de ce jugement se fit aux fourches patibulaires
+de Moisy-le-Temple. La mort d'une bête expia
+ainsi celle d'un homme.</p>
+
+<p>«Ce supplice ne termina pas la scène. Il y eut appel
+de la sentence des officiers du comte, comme juges
+incompétents, au parlement de la Chandeleur de 1314.
+Cet appel fut dressé au nom du procureur de l'hôpital
+de la ville de Moisy. Le procureur général de l'ordre
+intervint. Le parlement reçut plaignant le procureur de
+l'hôpital en cas de saisine et de nouvelleté, contre les
+entreprises des officiers du comte de Valois. Le jugement
+du taureau mis à mort fut trouvé fort équitable;
+mais il fut décidé que le comte de Valois n'avait aucun
+droit de justice sur le territoire de Moisy, et que les
+officiers n'auraient pas dû y instrumenter<a id="FNanchor_24" name="FNanchor_24"></a><a href="#Footnote_24" class="fnanchor">24</a>.»</p>
+
+<p>Cette condamnation n'est pas la seule de cette espèce.
+En 1499 un jugement du bailliage de l'abbaye de Beaupré,
+ordre de Cîteaux, près Beauvais, rendu sur requête
+et information, condamna à la potence jusqu'à
+mort inclusivement un taureau «pour avoir par furiosité
+occis un joine fils de quatorze à quinze ans,» dans
+la seigneurie du Cauroy, qui dépendait de cette abbaye<a id="FNanchor_25" name="FNanchor_25"></a><a href="#Footnote_25" class="fnanchor">25</a>.</p>
+
+<p>Les chevaux étaient aussi poursuivis criminellement
+à raison des homicides qu'ils avaient commis. Les
+registres de Dijon constatent qu'en 1389 un cheval,
+sur l'information faite par les échevins de Montbar, fut
+condamné à mort pour avoir <i>occis</i> un homme<a id="FNanchor_26" name="FNanchor_26"></a><a href="#Footnote_26" class="fnanchor">26</a>.</p>
+
+<p>Dès le treizième siècle Philippe de Beaumanoir, dans
+ses <i>Coutumes du Beauvoisis</i>, n'avait pas craint de signaler
+en termes énergiques l'absurdité de ces procédures
+dirigées contre les animaux à raison des homicides
+qu'ils avaient commis. «Ceux, disait-il, qui ont
+droit de justice sur leurs terres font poursuivre devant
+les tribunaux les animaux qui commettent des meurtres;
+par exemple lorsqu'une truie tue un enfant, on la pend
+et on la traîne; il en est de même à l'égard des autres animaux.
+Mais ce n'est pas ainsi que l'on doit agir, car les
+bêtes brutes n'ont la connaissance ni du bien ni du mal;
+et sur ce point c'est justice perdue: car la justice doit
+être établie pour la vangeance du crime et pour que
+celui qui l'a commis sache et comprenne quelle peine
+il a méritée. Or le discernement est une faculté qui
+manque aux bêtes brutes. Aussi est-il dans l'erreur celui
+qui, en matière judiciaire, condamne à la peine de mort
+une bête brute pour le méfait dont elle s'est rendue coupable;
+mais que ceci indique au juge qu'elle est en pareille
+circonstance l'étendue de ses droits et de ses devoirs<a id="FNanchor_27" name="FNanchor_27"></a><a href="#Footnote_27" class="fnanchor">27</a>.»</p>
+
+<p>Cependant les critiques du célèbre jurisconsulte ne
+furent point écoutées, et ce mode de poursuites continua
+à être suivi dans tous les procès de cette espèce,
+qui devinrent si nombreux du quatorzième au seizième
+siècle.</p>
+
+<p>En effet, aux époques dont nous parlons, la jurisprudence,
+se basant d'ailleurs sur l'autorité des livres
+saints<a id="FNanchor_28" name="FNanchor_28"></a><a href="#Footnote_28" class="fnanchor">28</a>, avait adopté l'usage d'infliger aux animaux
+des peines proportionnées aux délits dont ils étaient
+convaincus<a id="FNanchor_29" name="FNanchor_29"></a><a href="#Footnote_29" class="fnanchor">29</a>.</p>
+
+<p>On pensait que le supplice du gibet appliqué à une
+bête coupable d'un meurtre imprimait toujours l'horreur
+du crime, et que le propriétaire de l'animal ainsi
+condamné était suffisamment puni par la perte même
+qu'il faisait de cet animal. Telles étaient les idées de
+nos pères sur le point qui nous occupe; mais elles se modifièrent
+successivement. En effet, à partir de la seconde
+moitié du seizième siècle, les annales de la jurisprudence
+ou les historiens ne nous offrent plus d'exemples
+de condamnations <i>capitales</i> prononcées contre des b&oelig;ufs
+ou des pourceaux, à raison du meurtre d'un homme
+ou d'un enfant. C'est qu'à cette époque on avait presque
+renoncé à ce mode de procédure aussi absurde que
+ridicule contre les animaux, et que pour la poursuite
+des faits dont ils s'étaient rendus coupables, on était
+revenu aux seuls et vrais principes sur cette matière,
+en condamnant à une amende et à des dommages-intérêts
+le propriétaire de l'animal nuisible. On ne faisait
+plus le procès à la bête malfaisante, on ordonnait purement
+et simplement qu'elle fût assommée.</p>
+
+<p>Au quinzième et au seizième siècle, dans certains
+procès où figurait un homme accusé d'avoir commis
+avec un animal un crime que nous ne pouvons désigner,
+l'homme convaincu de ce crime était toujours
+condamné à être brûlé avec l'animal qu'il avait eu pour
+complice<a id="FNanchor_30" name="FNanchor_30"></a><a href="#Footnote_30" class="fnanchor">30</a>, et même on livrait aux flammes les pièces
+du procès, afin d'ensevelir la mémoire du fait atroce
+qui y avait donné lieu.</p>
+
+<p>Quelquefois l'animal était étranglé avant d'être mis
+sur le bûcher, faveur que n'obtenait pas le principal
+accusé<a id="FNanchor_31" name="FNanchor_31"></a><a href="#Footnote_31" class="fnanchor">31</a>.</p>
+
+<p>Un jurisconsulte fort renommé, Damhoudère, qui
+fut conseiller de Charles-Quint dans les Pays-Bas et
+qui publia vers le milieu du seizième siècle un traité
+sur le droit criminel<a id="FNanchor_32" name="FNanchor_32"></a><a href="#Footnote_32" class="fnanchor">32</a>, y soutenait encore que dans
+les circonstances dont il est question l'animal, bien
+que dénué de raison et n'étant pas coupable, devait
+cependant être condamné à la peine du feu, parce qu'il
+avait été l'instrument du crime<a id="FNanchor_33" name="FNanchor_33"></a><a href="#Footnote_33" class="fnanchor">33</a>.</p>
+
+<p>Il paraît que cette pratique fut modifiée au dix-huitième
+siècle, car dans un arrêt rendu par le parlement
+de Paris, le 12 octobre 1741, on remarque que le coupable
+seul fut condamné au feu. L'animal fut tué et jeté
+dans une fosse recouverte ensuite de terre<a id="FNanchor_34" name="FNanchor_34"></a><a href="#Footnote_34" class="fnanchor">34</a>.</p>
+
+<p>Avant de passer à un autre ordre d'idées, nous devons
+citer le fait suivant, qui est rapporté en ces termes
+dans le <i>Conservateur suisse</i>:</p>
+
+<p>«La superstition, dit l'auteur de ce recueil, persuadait
+jadis au peuple que les coqs faisaient des &oelig;ufs et
+que de ces &oelig;ufs maudits sortait un serpent et même
+un <i>basilic</i>. Gross raconte dans sa <i>Petite chronique de
+Bâle</i> qu'au mois d'août 1474 un coq de cette ville fut
+accusé d'un pareil méfait, et qu'ayant été dûment atteint
+et convaincu, il fut condamné à mort; la justice le livra
+au bourreau et celui-ci le brûla publiquement avec son
+&oelig;uf au lieu dit <i>Kohlenberger</i>, au milieu d'un grand
+concours de bourgeois et de paysans rassemblés pour
+voir cette bizarre exécution<a id="FNanchor_35" name="FNanchor_35"></a><a href="#Footnote_35" class="fnanchor">35</a>.»</p>
+
+<p>Cette condamnation se rattache évidemment aux
+procès de sorcellerie, qui furent si multipliés pendant
+le quinzième et le seizième siècle. En effet on reprochait
+aux sorciers qui voulaient se mettre en rapport
+avec Satan d'employer dans leurs pratiques, entre autres
+moyens d'évocation, les &oelig;ufs de coq, sans doute
+parce que ces &oelig;ufs étaient réputés renfermer un serpent
+et que ces reptiles plaisent infiniment au diable.
+Il ne doit donc pas sembler étonnant que dans un
+temps où la superstition outrageait à la fois la religion,
+la raison et les lois, un malheureux coq fût condamné
+au feu avec l'&oelig;uf qu'il était réputé avoir pondu, puisque
+cet &oelig;uf, dans l'esprit même des juges, était considéré
+comme un objet de terreur légitime, comme une
+production du démon<a id="FNanchor_36" name="FNanchor_36"></a><a href="#Footnote_36" class="fnanchor">36</a>.</p>
+
+<p>Occupons-nous maintenant des procès intentés pendant
+le moyen âge contre les insectes et autres animaux
+nuisibles aux productions du sol, tels que mouches,
+chenilles, vers, charençons, limaces, rats, taupes
+et mulots.</p>
+
+<p>Souvent les récoltes sont dévorées par des quantités
+innombrables d'insectes qui font invasion sur le territoire
+d'un canton, d'une commune.</p>
+
+<p>Au moyen âge l'histoire mentionne fréquemment
+des calamités de ce genre. Ces fléaux produisaient
+d'autant plus de ravages, que la science agronomique,
+presque dans l'enfance à cette époque, offrait moins de
+moyens pour combattre ces désastreuses invasions.</p>
+
+<p>Afin de conjurer ces maux sans remèdes humains,
+les populations désolées s'adressaient aux ministres
+de la religion. L'Église écoutait leurs plaintes; leur
+accordant sa sainte intervention, elle fulminait l'anathème
+contre ces ennemis de l'homme, qu'elle considérait
+comme envoyés par le démon.</p>
+
+<p>Alors l'affaire était portée devant le tribunal ecclésiastique,
+et elle y prenait le caractère d'un véritable
+procès, ayant d'un côté pour <i>demandeurs</i> les paroissiens
+de la localité, et de l'autre pour <i>défendeurs</i> les
+insectes qui dévastaient la contrée. L'official, c'est-à-dire
+le juge ecclésiastique, décidait la contestation.
+On suivait avec soin dans la poursuite du procès toutes
+les formes des actions intentées en justice. Pour donner
+une idée exacte de ce genre de procédure et de
+l'importance qu'on attachait à en observer les formes,
+nous extrairons quelques détails d'une consultation
+qui fut faite sur cette matière par un célèbre jurisconsulte
+du seizième siècle<a id="FNanchor_37" name="FNanchor_37"></a><a href="#Footnote_37" class="fnanchor">37</a>. L'auteur de cette consultation,
+ou plutôt de ce traité <i lang="la">ex professo</i>, était Barthélemi
+de Chasseneuz ou Chassanée<a id="FNanchor_38" name="FNanchor_38"></a><a href="#Footnote_38" class="fnanchor">38</a>, successivement
+avocat à Autun, conseiller au parlement de Paris et
+premier président du parlement d'Aix.</p>
+
+<p>Après avoir parlé dès le début de l'usage où sont
+les habitants du territoire de Beaune de demander à
+l'officialité d'Autun l'excommunication de certains insectes
+plus gros que des mouches, et appelés vulgairement
+hurebers (<i>huberes</i>)<a id="FNanchor_39" name="FNanchor_39"></a><a href="#Footnote_39" class="fnanchor">39</a>, ce qui leur est toujours
+accordé, Chasseneuz traite la question de savoir
+si une telle procédure est convenable. Il divise son
+sujet en cinq parties, dans chacune desquelles il saisit
+l'occasion d'étaler l'érudition la plus vaste et souvent
+la plus déplacée; mais cette habitude, comme on le
+sait, était ordinaire aux écrivains de cette époque.</p>
+
+<p>Chasseneuz, pour consoler les Beaunois du fléau
+qui les afflige, leur apprend que les hurebers dont ils
+se plaignent ne sont rien en comparaison de ceux que
+l'on rencontre dans les Indes. Ces derniers n'ont pas
+moins de trois pieds de long; leur jambes sont armées
+de dents, dont on fait des scies dans le pays. Souvent
+on les voit combattre entre eux avec les cornes qui surmontent
+leurs têtes. Le meilleur moyen de se délivrer
+de ce fléau de Dieu, c'est de payer exactement les dîmes
+et les redevances ecclésiastiques, et de faire promener
+autour du canton une femme les pieds nus et dans
+l'état que Chasseneuz désigne en ces termes: <i lang="la">Accessu
+mulieris, menstrualis, omnia animalia fructibus terræ
+officientia flavescunt et sic ex his apparet unum bonum
+ex muliere menstrua resultare</i><a id="FNanchor_40" name="FNanchor_40"></a><a href="#Footnote_40" class="fnanchor">40</a>.</p>
+
+<p>Indiquant le nom latin qui convient le mieux aux
+terribles hurebers, notre jurisconsulte prouve qu'ils
+doivent être appelés <i lang="la">locustæ</i>; il fortifie son opinion par
+des citations qu'il emprunte encore à tous les auteurs
+de l'antiquité sacrée et profane.</p>
+
+<p>L'auteur discute le point de savoir s'il est permis
+d'assigner les animaux dont il s'agit devant un tribunal,
+et finit après de longues digressions par décider
+que les insectes peuvent être cités en justice<a id="FNanchor_41" name="FNanchor_41"></a><a href="#Footnote_41" class="fnanchor">41</a>.</p>
+
+<p>Chasseneuz examine ensuite si les animaux doivent
+être cités <i>personnellement</i>, ou s'il suffit qu'ils comparaissent
+par un <i>fondé de pouvoir</i>. «Tout délinquant,
+dit-il, doit être cité personnellement. En principe, il
+ne peut pas non plus se faire représenter par un fondé
+de pouvoir; mais est-ce un délit que le fait imputé aux
+insectes du pays de Beaune? Oui, puisque le peuple
+en reçoit des scandales, étant privé de boire du vin,
+qui, d'après David, réjouit le c&oelig;ur de Dieu et celui
+de l'homme, et dont l'excellence est démontrée par
+les dispositions du droit canon, portant défense de
+promouvoir aux ordres sacrés celui qui n'aime pas le
+vin<a id="FNanchor_42" name="FNanchor_42"></a><a href="#Footnote_42" class="fnanchor">42</a>.»</p>
+
+<p>Cependant Chasseneuz conclut qu'un défenseur
+nommé d'office par le juge peut également se présenter
+pour les animaux assignés, provoquer en leur nom
+des excuses pour leur non-comparution et des moyens
+pour établir leur innocence, et même des exceptions
+d'incompétence ou déclinatoires; en un mot, proposer
+toutes sortes de moyens en la forme et au fond<a id="FNanchor_43" name="FNanchor_43"></a><a href="#Footnote_43" class="fnanchor">43</a>.</p>
+
+<p>Après avoir discuté fort longuement la question de
+savoir devant quel tribunal les animaux doivent être
+traduits, il décide que la connaissance du délit appartient
+au juge ecclésiastique, en d'autres termes, à l'official<a id="FNanchor_44" name="FNanchor_44"></a><a href="#Footnote_44" class="fnanchor">44</a>.</p>
+
+<p>Enfin, dans la dernière partie de son traité, Chasseneuz
+se livre à de longues recherches sur l'anathème
+ou excommunication. Il développe de nombreux arguments
+au moyen desquels il arrive à conclure que les
+animaux peuvent être excommuniés et maudits. Parmi
+ces arguments, qui sont au nombre de douze, nous
+ferons remarquer ceux-ci:</p>
+
+<p>«Il est permis d'abattre et de brûler l'arbre qui ne
+porte pas de fruit; à plus forte raison peut-on détruire
+ce qui ne cause que du dommage. Dieu veut que chacun
+jouisse du produit de son labeur.</p>
+
+<p>«Toutes les créatures sont soumises à Dieu, auteur
+du droit canon; les animaux sont donc soumis aux dispositions
+de ce droit.</p>
+
+<p>«Tout ce qui existe a été créé pour l'homme; ce
+serait méconnaître l'esprit de la création que de tolérer
+des animaux qui lui soient nuisibles<a id="FNanchor_45" name="FNanchor_45"></a><a href="#Footnote_45" class="fnanchor">45</a>.</p>
+
+<p>«La religion permet de tendre des piéges aux
+oiseaux ou autres animaux qui détruisent les fruits de
+la terre. C'est ce que constate Virgile, dans ces vers
+du premier livre des <i>Géorgiques</i>:</p>
+
+<div class="poem">
+ <div class="stanza">
+ <span class="i9"><i lang="la">Rivas deducere nulla</i></span><br>
+ <span class="i0"><i lang="la">Relligio vetuit, segeti prætendere sepem,</i></span><br>
+ <span class="i0"><i lang="la">Incidias avibus moliri.</i></span><br>
+ </div>
+</div>
+
+<p>«Or le meilleur de tous les piéges est sans contredit
+le foudre de l'anathème<a id="FNanchor_46" name="FNanchor_46"></a><a href="#Footnote_46" class="fnanchor">46</a>.</p>
+
+<p>«On peut faire pour la conservation des récoltes
+même ce qui est défendu par les lois: ainsi les enchantements,
+les sortiléges prohibés par le droit, sont
+permis toutes les fois qu'ils ont pour objet la conservation
+des fruits de la terre; on doit, à plus forte raison,
+permettre d'anathématiser les insectes qui dévorent
+les fruits, puisque, loin d'être défendu comme le
+sont les sortiléges, l'anathème est au contraire une
+arme autorisée et employée par l'Église<a id="FNanchor_47" name="FNanchor_47"></a><a href="#Footnote_47" class="fnanchor">47</a>.»</p>
+
+<p>À l'appui de ces assertions, l'auteur cite des exemples
+de semblables anathèmes, tels que ceux de Dieu
+envers le serpent et le figuier; il en rapporte plusieurs
+comme ayant eu lieu à des époques récentes.</p>
+
+<p>Il parle d'une excommunication prononcée par un
+prêtre contre un verger où des enfants venaient
+cueillir des fruits, au lieu de se rendre au service divin.
+Ce verger demeura stérile jusqu'au moment où l'excommunication
+fut levée à la demande de la mère du duc
+de Bourgogne<a id="FNanchor_48" name="FNanchor_48"></a><a href="#Footnote_48" class="fnanchor">48</a>.</p>
+
+<p>Chasseneuz signale aussi l'excommunication fulminée
+par un évêque contre des moineaux qui auparavant
+souillaient de leurs ordures l'église de Saint-Vincent
+et venaient troubler les fidèles<a id="FNanchor_49" name="FNanchor_49"></a><a href="#Footnote_49" class="fnanchor">49</a>.</p>
+
+<p>Mais, ajoute notre auteur, nous avons dans ces derniers
+temps des exemples encore plus décisifs. Il raconte
+alors qu'il a vu à Autun des sentences d'anathème ou
+d'excommunication prononcées contre les rats et les
+limaces par l'official de ce diocèse et par ceux de Lyon
+et de Mâcon; il entre dans le détail de cette procédure;
+il donne d'abord le modèle de la requête des paroissiens
+qui ont éprouvé le dommage occasionné par les animaux
+dévastateurs. Il fait observer que sur cette plainte on
+nomme d'office un avocat, qui fait valoir au nom des animaux,
+<i>ses clients</i>, les moyens qu'il croit convenable à leur
+défense; l'auteur rapporte la formule ordinaire d'anathème.
+Cette formule est conçue en ces termes: «Rats,
+limaces, chenilles et vous tous animaux immondes qui
+détruisez les récoltes de nos frères, sortez des cantons
+que vous désolez et réfugiez-vous dans ceux où vous ne
+pouvez nuire à personne. Au nom du Père, etc.<a id="FNanchor_50" name="FNanchor_50"></a><a href="#Footnote_50" class="fnanchor">50</a>.»</p>
+
+<p>Enfin Chasseneuz transcrit textuellement<a id="FNanchor_51" name="FNanchor_51"></a><a href="#Footnote_51" class="fnanchor">51</a> les
+sentences fulminées par les officiaux d'Autun et de
+Lyon; on en remarque contre les rats, les souris, les
+limaces, les vers, etc.</p>
+
+<p>Ces sentences sont presque toutes semblables; la
+différence qui existe entre elles n'est relative qu'au
+délai accordé aux animaux pour déguerpir; il y en a
+qui les condamnent à partir de suite; d'autres leur accordent
+trois heures, trois jours ou plus; toutes sont
+suivies des formules ordinaires d'anathème et d'excommunication.</p>
+
+<p>Tel était le mode de procédure observé devant le
+tribunal ecclésiastique dans les poursuites contre les
+insectes ou autres animaux nuisibles à la terre.</p>
+
+<p>La consultation de Chasseneuz, dont nous venons
+de donner une courte analyse, acquit à son auteur, qui
+n'était alors qu'avocat à Autun, une grande réputation
+comme jurisconsulte; elle lui valut, vers 1510, d'être
+désigné par l'officialité d'Autun, comme avocat des
+rats et de plaider leur cause dans les procès qu'on intenta
+à ces animaux par suite des dévastations qu'ils
+avaient commises en dévorant les blés d'une partie du
+territoire bourguignon.</p>
+
+<p>Dans la défense qu'il présenta, dit le président de
+Thou, qui rapporte ce fait<a id="FNanchor_52" name="FNanchor_52"></a><a href="#Footnote_52" class="fnanchor">52</a>, Chasseneuz fit sentir
+aux juges, par d'excellentes raisons, que les rats n'avaient
+pas été ajournés dans les formes; il obtint que
+les curés de chaque paroisse leur feraient signifier un
+nouvel ajournement, attendu que dans cette affaire il
+s'agissait du salut ou de la ruine de tous les rats. Il
+démontra que le délai qu'on leur avait donné était trop
+court pour pouvoir tous comparaître au jour de l'assignation;
+d'autant plus qu'il n'y avait point de chemin
+où les chats ne fussent en embuscade pour les prendre.
+Il employa ensuite plusieurs passages de l'Écriture
+sainte pour défendre ses clients, et enfin il obtint qu'on
+leur accorderait un plus long délai pour comparaître.</p>
+
+<p>Le théologien Félix Malléolus, vulgairement appelé
+Hemmerlin, qui vivait un siècle avant Chasseneuz et
+qui avait publié un traité des exorcismes<a id="FNanchor_53" name="FNanchor_53"></a><a href="#Footnote_53" class="fnanchor">53</a>, s'était
+également occupé, dans la seconde partie de cet ouvrage,
+de la procédure dirigée contre les animaux. Il
+parle d'une ordonnance rendue par Guillaume de Saluces,
+évêque de Lausanne, au sujet d'un procès à
+intenter contre les sangsues, qui corrompaient les eaux
+du lac Léman et en faisaient mourir les poissons. Un
+des articles de cette ordonnance prescrit qu'un prêtre,
+tel qu'un curé, chargé de prononcer les malédictions,
+nomme un procureur pour le peuple; que ce
+procureur cite, par le ministère d'un huissier, en présence
+de témoins, les animaux à comparaître, sous
+peine d'excommunication, devant le curé à jour fixe.
+Après de longs débats cette ordonnance fut exécutée le
+24 mars 1451, en vertu d'une sentence que l'official de
+Lausanne prononça, sur la demande des habitants de
+ce pays, contre les criminelles sangsues, qui se retirèrent
+dans un certain endroit qu'on leur avait assigné,
+et qui n'osèrent plus en sortir.</p>
+
+<p>Le même auteur rend compte aussi d'un procès intenté
+dans le treizième siècle contre les mouches cantharides
+de certains cantons de l'électorat de Mayence,
+et où le juge du lieu, devant lequel les cultivateurs les
+avaient citées, leur accorda, attendu, dit-il, l'exiguïté de
+leur corps et en considération de leur jeune âge<a id="FNanchor_54" name="FNanchor_54"></a><a href="#Footnote_54" class="fnanchor">54</a>, un
+curateur et orateur, qui les défendit très dignement et
+obtint qu'en les chassant du pays on leur assignât un
+terrain où elles pussent se retirer et vivre convenablement.
+«Et aujourd'hui encore, ajoute Félix Malléolus<a id="FNanchor_55" name="FNanchor_55"></a><a href="#Footnote_55" class="fnanchor">55</a>,
+les habitants de ces contrées passent chaque
+année un contrat avec les cantharides susdites et abandonnent
+à ces insectes une certaine quantité de terrain,
+si bien que ces scarabées s'en contentent et ne
+cherchent point à franchir les limites convenues.»</p>
+
+<p>L'usage de ces mêmes formes judiciaires nous est
+encore révélé dans un procès intenté, vers 1587, à
+une espèce de charançon (le <i lang="la">rynchites auratus</i>) qui désolait
+les vignobles de Saint-Julien, près Saint-Julien
+de Maurienne. Sur une plainte adressée par les habitants
+à l'official de l'évêché de Maurienne, celui-ci
+nomma un procureur aux habitants et un avocat aux
+insectes, et rendit une ordonnance prescrivant des processions
+et des prières, et recommandant surtout le
+payement exact des dîmes. Après plusieurs plaidoiries,
+les habitants, par l'organe de leur procureur, firent offrir
+aux insectes un terrain dans lequel ils devraient se retirer
+sous les peines de droit. Le défenseur des insectes
+demanda un délai pour délibérer, et les débats ayant
+été repris au bout de quelques jours, il déclara, au nom
+de ses clients, ne pouvoir accepter l'offre qui leur avait
+été faite, attendu que la localité en question était stérile
+et ne produisait absolument rien; ce que nia la partie
+adverse. Des experts furent nommés. Là s'arrêtent
+malheureusement les pièces connues du procès, et l'on
+ignore si l'instance fut reprise et quelle décision prononça
+l'official<a id="FNanchor_56" name="FNanchor_56"></a><a href="#Footnote_56" class="fnanchor">56</a>. Mais ces détails, réunis à ceux que
+nous avons donnés précédemment, suffisent pour montrer
+quelles étaient, il y a trois siècles, les formes suivies
+dans ces singulières procédures.</p>
+
+<p>Nous n'avons pas besoin de nous étendre sur les
+motifs qui avaient déterminé l'Église à employer l'excommunication
+contre les animaux. On comprend quel
+avantage ce moyen pouvait offrir au clergé, d'un côté
+par l'influence qu'il exerçait sur l'esprit timide et crédule
+des populations alors ignorantes et superstitieuses;
+d'un autre côté par le résultat pécuniaire, qui était
+toujours le but occulte de ses persévérants efforts.
+Toutefois, après plusieurs siècles, et grâce à la diffusion
+des lumières, ces pratiques vicieuses cessèrent,
+et on vit enfin disparaître ces abus de l'excommunication
+également contraires à la sublime morale de
+l'Évangile et aux vrais principes de la foi catholique.</p>
+
+<p>Mais poursuivons nos investigations.</p>
+
+<p>La première excommunication fulminée contre les
+animaux remonte au douzième siècle. En effet Saint-Foix,
+dans ses <i>Essais historiques sur Paris</i><a id="FNanchor_57" name="FNanchor_57"></a><a href="#Footnote_57" class="fnanchor">57</a>, nous
+apprend que l'évêque de Laon prononça en 1120 l'excommunication
+contre les chenilles et les mulots, à
+raison du tort qu'ils faisaient aux récoltes.</p>
+
+<p>De la part des tribunaux ecclésiastiques, l'usage de
+faire des procès aux insectes ou autres animaux nuisibles
+à la terre et de fulminer contre eux l'excommunication,
+était en pleine vigueur au quinzième et au seizième
+siècle.</p>
+
+<p>Voici, par ordre de dates, plusieurs sentences relatives
+à notre sujet:</p>
+
+<p>Sentence prononcée en 1451 par l'official de Lausanne
+contre les sangsues du lac Léman<a id="FNanchor_58" name="FNanchor_58"></a><a href="#Footnote_58" class="fnanchor">58</a>.</p>
+
+<p>Sentence rendue à Autun le vendredi 2 mai 1480
+contre les <i>hurebers</i> (insectes plus gros que les mouches),
+en faveur des habitants de Mussy et de Pernan,
+par les vicaires généraux d'Antoine de Châlon, évêque
+d'Autun, par laquelle il est enjoint aux curés de la lire
+en chaire et de répéter l'excommunication <i lang="la">donec appareat
+effectus</i><a id="FNanchor_59" name="FNanchor_59"></a><a href="#Footnote_59" class="fnanchor">59</a>.</p>
+
+<p>Sentence rendue contre les limaces le 6 septembre
+1481 par Jehan Noseret, chanoine de Beaujeu, chantre
+de Mâcon et vicaire général du cardinal Philibert Hugonet,
+évêque de Mâcon, dans laquelle on cite l'exemple
+de saint Mammet, évêque de Vienne, qui conjura de
+cette manière certains diables qui avaient pris la figure
+de loups et de porcs et qui dévoraient les enfants jusque
+dans les rues de la ville<a id="FNanchor_60" name="FNanchor_60"></a><a href="#Footnote_60" class="fnanchor">60</a>.</p>
+
+<p>Sentence des grands vicaires de Jean Rollin, cardinal
+évêque d'Autun, donnée à Mâcon le 17 août 1487. Informés
+que les limaces dévastent depuis plus d'un an
+plusieurs terres du diocèse, ces vicaires mandent aux
+curés de faire des processions générales pendant trois
+jours sur leurs paroisses, et d'y enjoindre aux limaces
+de vider leur territoire sous un semblable délai, sinon
+de les maudire<a id="FNanchor_61" name="FNanchor_61"></a><a href="#Footnote_61" class="fnanchor">61</a>.</p>
+
+<p>Sentence des grands vicaires d'Antoine Cabillon,
+évêque d'Autun, donnée à Autun le 2 mai 1488. Sur la
+requête présentée par plusieurs paroisses des environs
+de Beaune, les grands vicaires mandent aux curés d'enjoindre,
+pendant les offices ou les processions, aux <i>urebers</i>
+de cesser leurs ravages, ou de les excommunier<a id="FNanchor_62" name="FNanchor_62"></a><a href="#Footnote_62" class="fnanchor">62</a>.</p>
+
+<p>Sentence du grand vicaire de l'église de Mâcon,
+donnée à Beaujeu le 8 septembre 1488, sur les plaintes
+de plusieurs paroissiens. Même mandat aux curés de
+faire trois invitations aux limaces de cesser leurs dégâts,
+et faute par elles d'obtempérer à cette injonction,
+de les excommunier<a id="FNanchor_63" name="FNanchor_63"></a><a href="#Footnote_63" class="fnanchor">63</a>.</p>
+
+<p>Sentence d'excommunication prononcée par le juge
+ecclésiastique dans les premières années du seizième
+siècle, contre les sauterelles et les bruches (<i>becmares</i>)
+qui désolaient le territoire de Millière en Cotentin, et
+qui dès lors périrent toutes<a id="FNanchor_64" name="FNanchor_64"></a><a href="#Footnote_64" class="fnanchor">64</a>.</p>
+
+<p>Sentence de l'official de Troyes en Champagne, du
+9 juillet 1516. «En cette année les habitants de Villenauxe,
+au diocèse de Troyes, présentent requête à
+l'official de cette ville, disant qu'ils sont excessivement
+incommodés depuis plusieurs années par des chenilles
+qu'ils appelaient <i>hurebets</i><a id="FNanchor_65" name="FNanchor_65"></a><a href="#Footnote_65" class="fnanchor">65</a>: <i lang="la">Adversus bruchos seu
+erucas, vel alia non dissimilia <small>ANIMALIA</small> gallice hurebets</i>.
+Ce juge ecclésiastique ordonne d'abord, sur les conclusions
+du promoteur, une information et une descente
+de commissaires, qui reconnurent que les dommages
+causés par les animaux dont on se plaignait étaient
+très-considérables: sur quoi première ordonnance qui
+enjoint aux habitants de corriger leurs m&oelig;urs. Bientôt
+une nouvelle requête dans laquelle ceux-ci promettent
+de mener une meilleure conduite. Seconde ordonnance
+de l'official, qui enjoint aux <i>hurebets</i> de se retirer dans
+six jours des vignes et territoires de Villenauxe, même
+de tout le diocèse de Troyes, avec déclaration que si
+dans le terme prescrit ils n'obéissent pas, ils sont déclarés
+maudits et excommuniés. <i>Au surplus enjoint aux
+habitants d'implorer le secours du ciel, de s'abstenir d'aucuns
+crimes, et de payer sans fraude les dîmes accoutumées<a id="FNanchor_66" name="FNanchor_66"></a><a href="#Footnote_66" class="fnanchor">66</a>.</i>»</p>
+
+<p>Procès intenté en 1585 aux chenilles du diocèse de
+Valence. Ces chenilles s'étaient tellement multipliées
+en cette année dans cette contrée, que les murailles,
+les fenêtres et les cheminées des maisons en étaient
+couvertes, même dans les villes. «C'était, dit Chorier,
+une vive et hideuse représentation de la plaie d'Égypte
+par les sauterelles. Le grand vicaire de Valence les fit
+citer devant lui; il leur donna un procureur pour se
+défendre. La cause fut plaidée solennellement; il les
+condamna à vider le diocèse, mais elles n'obéirent pas.
+La justice humaine n'a pas d'empire sur les instruments
+de la justice de Dieu.</p>
+
+<p>«Il fut délibéré de procéder contre ces animaux par
+anathème et par imprécation et, comme l'on parlait,
+par malédiction et par excommunication. Mais deux
+théologiens et deux jurisconsultes ayant été consultés,
+ils firent changer de sentiment au grand vicaire, de sorte
+que l'on n'usa que d'abjuration, de prières et d'aspersion
+d'eau bénite. La vie de ces animaux est courte, et
+la dévotion ayant duré quelques mois, on lui attribua
+la merveille de les avoir exterminés<a id="FNanchor_67" name="FNanchor_67"></a><a href="#Footnote_67" class="fnanchor">67</a>.»</p>
+
+<p>Un savant théologien qui vivait au seizième siècle,
+Navarre, dont le vrai nom était Martin Azpilcueta,
+rapporte qu'en Espagne un évêque excommunia du
+haut d'un promontoire les rats, les souris, les mouches
+et autres animaux semblables qui dévastaient les blés et
+autres fruits de la terre, leur commandant de sortir du
+pays dans trois heures pour tout délai, et qu'au même
+instant la plupart de ces animaux s'enfuirent à la nage
+dans une île qui leur avait été désignée, se faisant un
+devoir d'obéir au commandement de l'évêque<a id="FNanchor_68" name="FNanchor_68"></a><a href="#Footnote_68" class="fnanchor">68</a>.</p>
+
+<p>Ainsi, d'après le texte des diverses sentences que
+nous venons de rapporter, l'excommunication était ordinairement
+précédée de monitions, c'est-à-dire d'avertissements
+donnés aux animaux de cesser leurs dégâts
+ou de quitter le pays. Ces monitions étaient faites par
+les curés des paroisses. Le plus souvent elles étaient
+au nombre de trois; entre chacune desquelles on laissait
+deux jours d'intervalle. Quelquefois aussi on se contentait
+d'une seule monition, ce qui d'ailleurs est autorisé
+par le droit canon, lorsqu'il s'agit d'une affaire extraordinairement
+pressée.</p>
+
+<p>Mais comme il arrivait fréquemment que les monitions
+ne produisaient pas l'effet qu'on pouvait en espérer,
+et que les animaux, malgré ces avertissements,
+persistaient à rester dans les lieux dont on demandait
+à ce qu'ils sortissent, l'excommunication était définitivement
+prononcée.</p>
+
+<p>Dans le dix-septième siècle on ne rencontre plus que
+quelques rares procès intentés par les officialités contre
+les animaux; c'est qu'en effet l'Église, à cette époque,
+avait presque renoncé à ces ridicules procédures; aussi
+voit-on alors dans les règlements des différents diocèses
+de France introduire certaines prohibitions destinées
+à corriger ces abus. Ainsi par exemple, dans le
+rituel d'Evreux de 1606, le cardinal Duperron défend
+à toute sorte de personnes d'exorciser les animaux et
+d'user à leur occasion de prières, oraisons, etc., sans
+sa permission expresse et donnée par écrit: «<i lang="la">Caveat
+sacerdos ne vel ipse hoc munus exerceat, neve alios ad
+ipsum exercendum admittat, nisi prius habita in <small>SCRIPTIS</small>
+facultate a reverendissimo Ebroicensi episcopo.</i>»</p>
+
+<p>De leur côté, les meilleurs canonistes du temps ne
+craignaient pas de censurer énergiquement ces excommunications
+fulminées contre les animaux<a id="FNanchor_69" name="FNanchor_69"></a><a href="#Footnote_69" class="fnanchor">69</a>. Écoutons
+ce qu'écrit à ce sujet le chanoine Éveillon dans
+son <i>Traité des excommunications</i>, publié en 1651, ouvrage
+qui jouit en cette matière d'une réputation méritée.</p>
+
+<p>Parlant de ces sortes de procès:</p>
+
+<p>«J'en représenterai, dit-il (p. 520), un ici en propres
+termes, à ce qu'on voit comme souvent les peuples se
+laissent embrouiller de plusieurs erreurs et opinions
+absurdes auxquelles les supérieurs ecclésiastiques doivent
+prendre garde de se laisser emporter par une trop
+facile condescendance, sous prétexte de charité; car de
+cette trop grande facilité naissent souvent des coutumes
+préjudiciables à la foi et à la religion, qu'il est certainement
+difficile d'extirper par après sans grand scandale
+et désordre; les peuples s'opiniâtrent à toute extrémité
+à défendre des superstitions et abus publics pour ce
+qu'ils croyent que ce sont des sainctes sentences de la
+piété de leurs ancêtres, desquels ils révèrent la mémoire,
+principalement quand il y a intérêt à leur profit.»</p>
+
+<p>Après avoir rapporté en son entier le texte de la sentence
+du 9 juillet 1516, sentence que nous avons mentionnée
+ci-dessus, le même auteur (p. 521) continue en
+ces termes:</p>
+
+<p>«Voici donc un échantillon de la fausse piété des
+peuples à laquelle les supérieurs ecclésiastiques se sont
+laissé décevoir. Ils étaient si simples que de faire le procès
+à ces bestioles pour les formes, les citer, leur donner
+un advocat pour les défendre, faire des enquêtes
+des dommages par elles faits et autres semblables. Puis
+ils conjuraient les divers animaux, leur déclarant qu'ils
+eussent à sortir de tout le territoire et se transporter en
+lieu où ils ne puissent nuire. Si le mal ne cessait par
+cette conjuration, le juge ecclésiastique prononçait sentence
+d'anathème et de malédiction, dont il adressait
+l'exécution aux curés, prêtres et habitants, les conviant
+de faire pénitence de leurs péchés, pour punition desquelles
+Dieu envoie ordinairement telles calamités.»</p>
+
+<p>«C'est une chose certaine en théologie, ajoute ce canoniste
+(p. 522), qu'il n'y a que l'homme baptisé qui
+puisse être excommunié.»</p>
+
+<p>Après quelques développements sur ce point, Éveillon
+finit par conclure (p. 524) que les animaux ne
+peuvent être excommuniés, qu'on peut seulement les
+exorciser ou adjurer dans les termes et suivant les cérémonies
+prescrites, sans superstition et sans observer
+comme autrefois une ridicule poursuite suivie d'une
+sentence d'anathème et de malédiction<a id="FNanchor_70" name="FNanchor_70"></a><a href="#Footnote_70" class="fnanchor">70</a>.</p>
+
+<p>Dulaure<a id="FNanchor_71" name="FNanchor_71"></a><a href="#Footnote_71" class="fnanchor">71</a> signale encore l'existence d'un procès
+intenté, dans les premières années du dix-huitième
+siècle, contre les chenilles qui désolaient le territoire
+de la petite ville de Pont-du-Château, en Auvergne. Un
+grand vicaire, appelé Burin, excommunia ces chenilles
+et renvoya la procédure au juge du lieu, qui rendit une
+sentence contre ces insectes et leur enjoignit solennellement
+de se retirer dans un territoire inculte qui leur
+était désigné.</p>
+
+<p>Ces procédures n'étaient pas seulement suivies en
+Europe, mais leur usage s'était propagé jusqu'en Amérique.
+On y fulminait l'excommunication contre des
+oiseaux et contre des insectes.</p>
+
+<p>Le baron de la Hontan, qui, vers la fin du dix-septième
+siècle, passa de longues années au Canada, raconte
+que «le nombre des tourterelles était si grand
+dans ce pays, que l'évêque avait été obligé de les excommunier
+plusieurs fois par le dommage qu'elles faisaient
+aux biens de la terre<a id="FNanchor_72" name="FNanchor_72"></a><a href="#Footnote_72" class="fnanchor">72</a>.»</p>
+
+<p>Nous trouvons aussi l'excommunication pratiquée au
+Brésil contre des fourmis ou cabas. Nous y voyons au
+commencement du dix-huitième siècle les religieux du
+monastère de Saint-Antoine intenter une action en violation
+de propriété contre ces insectes, afin de les faire,
+sous peine d'excommunication, déguerpir des lieux
+qu'ils avaient envahis. Le Père Manoel Bernardes, dans
+sa <i lang="pt">Nova Floresta</i><a id="FNanchor_73" name="FNanchor_73"></a><a href="#Footnote_73" class="fnanchor">73</a>, a donné la relation de ce singulier
+procès. Nous croyons intéressant de mettre sous
+les yeux du lecteur ce curieux document, transmis par
+cet écrivain portugais. En voici la traduction exacte:</p>
+
+<p>«<i>Procès extraordinaire qui a eu lieu entre les Frères mineurs
+de la province de Piedade no Maranhao et les
+fourmis dudit territoire.</i></p>
+
+<p>«Il est arrivé (à ce que raconte un religieux dudit ordre
+et de cette province) que les fourmis, qui dans cette
+capitainerie sont nombreuses et très-grandes et nuisibles,
+afin d'agrandir leur empire souterrain et de grossir
+leurs greniers, ont de telle façon miné les caves des
+frères en creusant la terre sous les fondations, que le
+bâtiment menaçait ruine. Et, ajoutant délit à délit, elles
+volèrent la farine que l'on y gardait pour l'usage quotidien
+de la communauté. Comme les multitudes ennemies
+étaient serrées et infatigables à toute heure de
+jour et de nuit,</p>
+
+<div class="poem">
+ <div class="stanza">
+ <span class="i0"><i lang="la">Parvula, nam exemplo est, magni formica laboris</i></span><br>
+ <span class="i0"><i lang="la">Ore trahit quodcumque potest, atque addit acervo</i></span><br>
+ <span class="i0"><i lang="la">Quem struit</i><a id="FNanchor_74" name="FNanchor_74"></a><a href="#Footnote_74" class="fnanchor">74</a>,</span><br>
+ <br>
+ </div>
+</div>
+
+<p>les religieux en vinrent à souffrir du besoin de la faim
+et à y chercher un remède; et comme les moyens dont
+ils firent l'essai furent sans résultat, parce que l'accord
+dans cette multitude y fut un obstacle insurmontable,
+en dernier ressort, un religieux, mû par un instinct
+supérieur (chose que l'on peut bien croire), donna le
+conseil que, recourant à cet esprit d'humilité et de
+simplicité qui faisait que leur séraphique patriarche
+nommait frères toutes les créatures: frère soleil, frère
+loup, s&oelig;ur hirondelle, etc., ils élevassent une action
+contre ces s&oelig;urs fourmis devant le tribunal de la divine
+Providence, et nommassent des procureurs tant pour
+les demandeurs que pour les défenderesses, et que leur
+prélat fût le juge qui, au nom de la suprême équité, eût
+connaissance du procès et décidât la cause.</p>
+
+<p>«Le plan fut approuvé; et après avoir tout disposé de
+la sorte, le procureur des religieux présenta une requête
+contre les fourmis, et comme elle fut contestée
+par la partie de ces dernières, il articula que les
+demandeurs, se conformant aux statuts de leur ordre
+mendiant, vivaient d'aumônes qu'ils recueillaient à
+grand'peine dans les habitations de ce pays, et que les
+fourmis, animal dont l'esprit est totalement contraire à
+l'Évangile, et qui était abhorré par cette raison de saint
+François, leur père, ne faisaient que les voler, et non-seulement
+procédaient en larrons fourmiliers, mais
+encore que par des actes de violence manifeste, elles
+prétendaient les expulser de leur maison et la ruiner;
+et que par conséquent elles étaient tenues de donner
+leurs motifs, et sinon, il concluait qu'elles devaient
+toutes mourir de quelque peste ou être noyées par
+quelque inondation, ou tout au moins être pour toujours
+exterminées dans ce district.</p>
+
+<p>«Le procureur du petit peuple noir, répliquant à ces
+conclusions, allégua avec justice pour ses clients, en
+premier lieu: qu'ayant reçu du Créateur le bienfait de
+la vie, elles avaient le droit naturel de la conserver par
+les moyens que le Seigneur lui-même leur avait enseignés.&mdash;<i>Item</i>,
+que dans la pratique et l'exécution de
+ces moyens, elles servaient le Créateur en donnant aux
+hommes l'exemple des vertus qu'il leur a ordonnées,
+savoir, de la prudence en pensant à l'avenir et en économisant
+pour les temps de misère: <i lang="la">Formicæ populus
+infirmus, qui præparat in messe cibum sibi</i><a id="FNanchor_75" name="FNanchor_75"></a><a href="#Footnote_75" class="fnanchor">75</a>; de la diligence,
+en amassant en cette vie des mérites pour la
+vie future selon saint Jérôme: <i lang="la">Formica dicitur strenuus
+quisque et providus operarius, qui presenti vita, velut
+in æstate, fructus justitiæ quos in æternum recipiet sibi
+recondit</i><a id="FNanchor_76" name="FNanchor_76"></a><a href="#Footnote_76" class="fnanchor">76</a>; de la charité, en s'aidant les unes les
+autres, quand la charge est plus grande que leurs
+forces: <i lang="la">Pacis et concordiæ</i> (dit un savant) <i lang="la">vivum
+exemplum formica reliquit, quæ suum comparem, forte
+plus justo oneratum, naturali quadam charitate alleviat</i><a id="FNanchor_77" name="FNanchor_77"></a><a href="#Footnote_77" class="fnanchor">77</a>;
+et aussi de la religion et de la piété, en donnant
+la sépulture aux morts de leur espèce, comme
+l'écrit Pline: <i lang="la">Sepeliuntur inter se viventium solæ, præter
+hominem</i><a id="FNanchor_78" name="FNanchor_78"></a><a href="#Footnote_78" class="fnanchor">78</a>; et que le moine Marchus a observé
+à l'appui de sa doctrine: <i lang="la">Hæ luctu celebri corpora defuncta
+deportabant</i><a id="FNanchor_79" name="FNanchor_79"></a><a href="#Footnote_79" class="fnanchor">79</a>.&mdash;<i>Item</i>, que la peine qu'elles
+avaient dans leurs travaux était beaucoup plus rude
+que celle des demandeurs pour recueillir, parce que
+la charge était bien souvent plus grande que leur
+corps, et leur courage supérieure à leurs forces.&mdash;<i>Item</i>,
+que, en admettant qu'ils fussent des frères plus nobles
+et plus dignes, cependant devant Dieu ils n'étaient
+aussi que des fourmis, et que l'avantage de la raison
+compensait à peine leur faute d'avoir offensé le Créateur
+en n'observant pas les lois de la raison aussi bien
+qu'elles observaient celles de la nature; c'est pourquoi
+ils se rendaient indignes d'être servis et secourus par
+aucune créature, car ils avaient commis un plus grand
+crime en portant atteinte de tant de façons à la gloire
+de Dieu, qu'elles ne l'avaient fait en dérobant leur
+farine.&mdash;<i>Item</i>, qu'elles étaient en possession des
+lieux avant que les demandeurs ne s'y établissent, et
+par conséquent qu'elles ne devaient pas en être expulsées,
+et qu'elles appelleraient de la violence qu'on
+leur ferait devant le trône du divin Créateur, qui a fait
+les petits comme les grands et qui a assigné à chaque
+espèce son ange gardien.&mdash;Et enfin qu'elles concluaient
+que les demandeurs défendissent leur maison et leur
+farine par les moyens humains, qu'elles ne leur contestaient
+pas; mais que malgré cela elles continueraient
+leur manière de vivre, puisque la terre et tout ce qu'elle
+contient est au Seigneur et non pas aux demandeurs:
+<i lang="la">Domini est terra et plenitudo ejus</i><a id="FNanchor_80" name="FNanchor_80"></a><a href="#Footnote_80" class="fnanchor">80</a>.</p>
+
+<p>«Cette réponse fut suivie de répliques et de contre-répliques,
+de telle sorte que le procureur des demandeurs
+se vit contraint d'admettre que le débat étant
+ramené au simple for des créatures, et faisant abstraction
+de toutes raisons supérieures par esprit d'humilité,
+les fourmis n'étaient pas dépourvues de tout droit.
+C'est pourquoi le juge, vu le dossier de l'instruction,
+après avoir médité d'un c&oelig;ur sincère ce qu'exigeait la
+justice et l'équité selon la raison, rendit un jugement
+par lequel les frères furent obligés de fixer dans leurs
+environs un champ convenable pour que les fourmis
+y demeurassent, et que celles-ci eussent à changer d'habitation
+et à s'y rendre de suite, sous peine d'excommunication
+majeure, vu que les deux parties pouvaient
+être conciliées sans aucun préjudice pour l'une ni pour
+l'autre, d'autant plus que ces religieux étaient venus
+dans le pays par esprit d'obédience pour semer le grain
+évangélique, et que l'&oelig;uvre de leur entretien était
+agréable à Dieu, tandis que les fourmis pouvaient
+trouver leur nourriture ailleurs au moyen de leur industrie
+et à moins de frais. Cet arrêt rendu, un autre
+religieux, par ordre du juge, alla le signifier au nom
+du Créateur à ces insectes, en le lisant à haute voix
+devant les ouvertures des fourmilières. Chose merveilleuse
+et qui prouve combien l'Être suprême, dont il
+est écrit qu'il joue avec ses créatures: <i lang="la">Ludens in
+orbe terrarum</i>, fut satisfait de cette demande, immédiatement:
+<i lang="la">It nigrum campis agmen</i>, on vit sortir
+en grande hâte des milliers de ces petits animaux
+qui, formant de longues et épaisses colonnes, se rendirent
+directement au champ qui leur était assigné,
+en abandonnant leurs anciennes demeures; et les
+saints religieux, affranchis de leur insupportable oppression,
+rendirent grâces à Dieu d'une si admirable
+manifestation de son pouvoir et de sa providence.»</p>
+
+<p>Manoel Bernardes ajoute que cette sentence fut prononcée
+le 17 janvier 1713, et qu'il a vu et compulsé
+les pièces de cette procédure dans le monastère de
+Saint-Antoine, où elles étaient déposées.</p>
+
+<p>Un autre procès du même genre eut lieu dans le dix-huitième
+siècle au Pérou. Une excommunication y fut
+prononcée contre des termites (espèce de fourmis
+blanches), désignées dans le pays sous le nom de
+<i lang="es">comejones</i>, lesquelles s'étaient introduites dans une bibliothèque
+et en avaient dévoré un grand nombre de
+volumes.</p>
+
+<p>Telles étaient les singulières procédures dont nous
+avons essayé de retracer l'histoire. Lorsqu'on voit de
+pareils moyens sérieusement mis en pratique, comment
+ne pas croire à la vertu des sciences occultes?</p>
+
+<p>Dans un siècle d'activité intellectuelle comme le
+nôtre, on est à se demander si nos aïeux n'avaient pas
+bien du temps à perdre pour le dépenser à de semblables
+absurdités.</p>
+
+
+<p class="c">FIN.</p>
+
+
+<div class="footnotes">
+<h2>NOTES.</h2>
+
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_1" id="Footnote_1"></a>
+<a href="#FNanchor_1">
+<span class="label">[1]</span></a> <i>Histoire du diocèse de Paris</i>, par l'abbé Lebeuf, 1757, t. IX,
+p. 400.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_2" id="Footnote_2"></a>
+<a href="#FNanchor_2">
+<span class="label">[2]</span></a> Pièce copiée dans les manuscrits de la bibliothèque impériale
+et reproduite dans le tome VIII des <i>Mémoires de la société des
+antiquaires de France</i>; <i>Rapport</i> par M. Berriat Saint-Prix, p. 439.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_3" id="Footnote_3"></a>
+<a href="#FNanchor_3">
+<span class="label">[3]</span></a> Courtépée, <i>Description générale et particulière du duché de
+Bourgogne</i>. Dijon, 1847. t. II, p. 238.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_4" id="Footnote_4"></a>
+<a href="#FNanchor_4">
+<span class="label">[4]</span></a> <i>Mémoires de la société des antiquaires</i>, t. VIII, p. 440.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_5" id="Footnote_5"></a>
+<a href="#FNanchor_5">
+<span class="label">[5]</span></a> Extrait du <i>Livre rouge</i>; M. Louandre, <i>Histoire ancienne et
+moderne d'Abbeville</i>, 1834, p. 214.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_6" id="Footnote_6"></a>
+<a href="#FNanchor_6">
+<span class="label">[6]</span></a> M. Louandre, ouvrage précité, p. 415.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_7" id="Footnote_7"></a>
+<a href="#FNanchor_7">
+<span class="label">[7]</span></a> <i>Guypape</i>, <i lang="la">decisio.</i> quest. 238, édition de 1667, in folio.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_8" id="Footnote_8"></a>
+<a href="#FNanchor_8">
+<span class="label">[8]</span></a> <i>Mémoires de la société des antiquaires de France</i>, t. VIII,
+p. 441.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_9" id="Footnote_9"></a>
+<a href="#FNanchor_9">
+<span class="label">[9]</span></a> Courtépée, <i>Description du duché de Bourgogne</i>, t. II, p. 285.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_10" id="Footnote_10"></a>
+<a href="#FNanchor_10">
+<span class="label">[10]</span></a> M. Louandre, <i>Histoire d'Abbeville</i>, p. 415.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_11" id="Footnote_11"></a>
+<a href="#FNanchor_11">
+<span class="label">[11]</span></a> Cette sentence est rapportée en entier dans l'<i>Annuaire du
+département de l'Aisne</i>, publié par Miroy-Destournelles, année 1812,
+pages 88 et 89; elle se termine ainsi: «Nous, en detestation et
+horreur du dit cas, et afin d'exemplaire et gardé justice, avons
+dit, jugé, sentencié, prononcé et appointé que le dit pourceaulz
+estant détenu prisonnier et enfermé en la dicte abbaye, sera, par
+le maistre des hautes &oelig;uvres, pendu et estranglé en une fourche
+de bois, auprès et joignant des fourches patibulaires et hautes
+justices des dits religieux estant auprès de leur cense d'Avin;
+En temoing de ce, nous avons scellé la présente de nostre scel.&mdash;Ce
+fut fait le 14<sup>e</sup> jour de juing, l'an 1494, et scellé en cire rouge;
+et sur le dos est écrit: Sentence pour ung pourceaulz exécuté par
+justice, admené en la cense de Clermont et estranglé en une fourche
+lez gibez d'Avin.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_12" id="Footnote_12"></a>
+<a href="#FNanchor_12">
+<span class="label">[12]</span></a> Carlier, <i>Histoire du duché de Valois</i>, t. II, p. 207.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_13" id="Footnote_13"></a>
+<a href="#FNanchor_13">
+<span class="label">[13]</span></a> <i>Mémoires de la société des antiquaires de France</i>, t. VIII,
+p. 443.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_14" id="Footnote_14"></a>
+<a href="#FNanchor_14">
+<span class="label">[14]</span></a> Courtépée, <i>Description du duché de Bourgogne</i>, t. II, p. 170.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_15" id="Footnote_15"></a>
+<a href="#FNanchor_15">
+<span class="label">[15]</span></a> Lionnois, <i>Histoire de Nancy</i>, t. II, p. 373 et suiv. Nancy, 1811.
+L'auteur rapporte en entier le procès-verbal de la remise du
+porc. On y lit entre autres détails que le porc a été <i>prins et mis en
+prison</i>; que cet animal, lié d'une corde, a été conduit près d'une
+croix au delà du cimetière; que de toute ancienneté, la justice du
+seigneur (l'abbé de Moyen-Moutier) a coutume de délivrer au
+prévôt de Saint-Diez, près de cette croix, les condamnés <i>tous nus</i>,
+pour en faire faire l'exécution et <i>ad cause que le dict porc est une
+beste brute, les Maire et Justice le delibvrent en ce dict lieu et laissent
+le dict porc lié d'icelle corde de grace speciale</i> et sans préjudice
+du droit qui appartient au seigneur de délivrer les criminels
+<i>tous nus</i>.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_16" id="Footnote_16"></a>
+<a href="#FNanchor_16">
+<span class="label">[16]</span></a> À cette époque, l'usage s'était introduit d'attacher à chaque
+siége de justice quelques praticiens ou légistes qui prenaient place
+aux audiences. L'article 73 de l'ordonnance de juillet 1493 les
+désigne sous le nom d'<i>officiers praticiens et autres gens de bien</i> des
+sénéchaussés, bailliages et prévôtés. Les articles 87 et 94 de l'ordonnance
+de mars 1498 les dénomment <i>conseillers et praticiens des
+siéges et auditoires</i>.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_17" id="Footnote_17"></a>
+<a href="#FNanchor_17">
+<span class="label">[17]</span></a> <i>Statistique de Falaise</i>, 1827, t. I, p. 83.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_18" id="Footnote_18"></a>
+<a href="#FNanchor_18">
+<span class="label">[18]</span></a> T. III, p. 407.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_19" id="Footnote_19"></a>
+<a href="#FNanchor_19">
+<span class="label">[19]</span></a> <i>Mémoires de la société des antiquaires de France</i>, t. VIII,
+p. 433.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_20" id="Footnote_20"></a>
+<a href="#FNanchor_20">
+<span class="label">[20]</span></a> Dans une quittance délivrée le 16 octobre 1408 par un tabellion
+de la vicomté de Pont de l'Arche au geôlier des prisons de
+cette ville, les frais de nourriture journalière d'un pourceau incarcéré
+pour cause de meurtre d'un enfant, sont portés au même
+taux que ceux indiqués dans le compte pour la nourriture individuelle
+de chaque homme alors détenu dans la même prison.
+(<i>Ibid.</i>, p. 440 et 441.)
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_21" id="Footnote_21"></a>
+<a href="#FNanchor_21">
+<span class="label">[21]</span></a> M. Louandre, <i>Histoire d'Abbeville</i>, p. 215.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_22" id="Footnote_22"></a>
+<a href="#FNanchor_22">
+<span class="label">[22]</span></a> <i>Annuaire du département de la Côte-d'Or pour l'an 1827</i>, par
+Amanton, 2<sup>e</sup> partie, p. 91.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_23" id="Footnote_23"></a>
+<a href="#FNanchor_23">
+<span class="label">[23]</span></a> Carlier, t. 2, p. 207.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_24" id="Footnote_24"></a>
+<a href="#FNanchor_24">
+<span class="label">[24]</span></a> Saint-Foix, dans ses <i>Essais historiques sur Paris</i>, t. V, p. 100,
+édition de 1776, rappelle également cet arrêt.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_25" id="Footnote_25"></a>
+<a href="#FNanchor_25">
+<span class="label">[25]</span></a> <i>Voyage littéraire de deux bénédictins</i> (D. Durand et D. Martène).
+Paris, 1717, in-4<sup>o</sup>, 2<sup>e</sup> partie, p. 166 et 167. L'<i>Histoire du
+duché de Valois</i>, t. II, p. 207, mentionne aussi ce fait.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_26" id="Footnote_26"></a>
+<a href="#FNanchor_26">
+<span class="label">[26]</span></a> <i>Annuaire du département de la Côte-d'Or pour l'an 1827</i>, par
+Amanton, 2<sup>e</sup> partie, p. 91, note 1.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_27" id="Footnote_27"></a>
+<a href="#FNanchor_27">
+<span class="label">[27]</span></a> «Li aucun qui ont justices en lor terres, si font justice des
+bestes quant eles metent aucun a mort; si comme se une truie tue
+un enfant, il le pendent et trainent, ou une autre beste; mais c'est
+noient à fere, car bestes mues n'ont nul entendement qu'est biens
+ne qu'est maus; et por ce est che justice perdue. Car justice doit
+estre fete por la venjance du meffet, et que cil qui a fet le meffet
+sace et entende que por cel meffet il emporte tel paine; mais cix
+entendemens n'est pas entre les bestes mues. Et porce se melle
+il de nient qui en maniere de justice met beste mue à mort por
+meffet; mais faicent li sires son porfit, comme de se coze qui
+li est aquise de son droit.» (<i>Coutumes du Bauvoisis</i>, de
+Philippe de Beaumanoir, édition publiée par M. le comte Beugnot, t. II,
+p. 485.)
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_28" id="Footnote_28"></a>
+<a href="#FNanchor_28">
+<span class="label">[28]</span></a> L'Exode, chapitre <small>XXI</small>, verset 28, porte: «<i lang="la">Si bos cornu percusserit
+virum aut mulierem, et mortui fuerint, lapidibus obruetur;
+et non comedentur carnes ejus.</i>» M. le procureur général Dupin,
+dans ses <i>Règles de droit et de morale tirées de l'Écriture sainte</i>
+(Paris. 1858), ajoute au bas de ce texte, page 215, la note suivante:
+«Il est raisonnable de faire abattre un animal dangereux, par
+exemple un b&oelig;uf qui joue de la corne. Mais empêcher de le manger
+ne se justifie pas au point de vue de l'hygiène et de l'économie
+domestique.»
+<p>Le Lévitique, chapitre <small>XX</small>, verset 15, s'exprime en ces termes:
+«<i lang="la">Qui cum jumento et pecore coierit, morte moriatur; pecus quoque
+occidite.</i>»</p>
+</div>
+
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_29" id="Footnote_29"></a>
+<a href="#FNanchor_29">
+<span class="label">[29]</span></a> La charte d'Éléonore, rédigée en 1395 et appelée <i lang="sc">Carta de
+logu</i>, charte qui renferme le corps complet des lois civiles et criminelles
+de la Sardaigne, porte que les b&oelig;ufs et vaches sauvages
+ou domestiques peuvent être tués légalement, quand ils sont pris
+en maraudage. Les ânes atteints et convaincus du même délit, ce
+qui ne leur arrive guère moins souvent, sont traités avec plus d'humanité.
+On les assimile en pareil cas à des voleurs d'une condition
+plus relevée. La première fois qu'on trouve un âne dans un champ
+cultivé qui n'est pas celui de son maître, on lui coupe une oreille.
+La récidive lui fait couper la seconde. Puis une troisième fois en
+flagrant délit, le coupable n'est pas pendu, comme ceux de l'autre
+espèce, mais il est dûment confisqué au profit du prince, dont il
+va immédiatement grossir le troupeau. (Mimaut, <i>Histoire de Sardaigne</i>,
+ou <i>la Sardaigne ancienne et moderne</i>, t. I<sup>er</sup>, p. 445 et 446).
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_30" id="Footnote_30"></a>
+<a href="#FNanchor_30">
+<span class="label">[30]</span></a> Dans un compte de la prévôté de Paris de l'année 1465 on
+lit ce qui suit:
+<p>«Frais du procès fait à Gillet Soulart, exécuté pour ses démérites
+à Corbeil. Premièrement, pour avoir porté le procès du dit
+Gillet en la ville de Paris; et icelui avoir fait voir et visiter par
+gens de Conseil, vingt deux sols parisis. <i>Item</i> pour trois pintes de
+vin qui furent portées au gibet pour ceux qui firent les fosses pour
+mettre l'attache et la truye, pour ce, deux sols parisis. <i>Item</i> pour
+l'attache de quatorze pieds de long ou environ, deux sols parisis.
+<i>Item</i> à Henriet Cousin, exécuteur des hautes justices, qui a exécuté
+et brûlé le dit Gillet Soulart et la truye, pour deux voyages
+qu'il est venu faire en la ville de Corbeil, pour ce, six livres douze
+deniers parisis. <i>Item</i> pour trois pintes de vin qui furent portées à
+la justice pour le dit Henriet et Soulart, avec un pain, pour ce,
+deux sols un denier parisis. <i>Item</i> pour nourriture de la dite
+truye et icelle avoir gardée par l'espace de onze jours, au prix
+chacun jour de huit deniers parisis, valent ensemble sept sols
+quatre deniers parisis. <i>Item</i> à Robinet et Henriet, dits les Fouquiers
+frères, pour cinq cents de bourrées et coterets pris sur le
+port de Morsant, et iceux faire amener à la justice de Corbeil,
+pour arrivage et achat, pour chaque cent, huit sols parisis, valent
+ensemble quarante sols parisis; toutes lesquelles parties montent
+ensemble à neuf livres seize sols cinq deniers parisis.» (Sauval,
+<i>Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris</i>, t. III,
+p. 387.)</p>
+
+<p>Nous aurions pu citer de nombreux exemples de procès de ce
+genre, mais un sentiment de bienséance facile à comprendre nous
+défend d'entrer dans plus de détails sur des turpitudes qui outragent
+l'humanité.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_31" id="Footnote_31"></a>
+<a href="#FNanchor_31">
+<span class="label">[31]</span></a> <i>Thémis</i>, ou <i>Journal du jurisconsulte</i>, t. VIII, 2<sup>e</sup> partie,
+p. 58 et 59.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_32" id="Footnote_32"></a>
+<a href="#FNanchor_32">
+<span class="label">[32]</span></a> <i>La Practique et inchiridion des causes judiciaires</i>, par Josse
+Damhoudère; Louvain, 1554: in-4<sup>o</sup>, chap. <small>XCVI</small>. Il y a du même
+ouvrage une autre édition imprimée à Paris en 1555, sous le titre
+de <i>Practique judiciaire ès causes criminelles</i>.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_33" id="Footnote_33"></a>
+<a href="#FNanchor_33">
+<span class="label">[33]</span></a> C'est ce qu'un siècle après Damhoudère disait également
+Claude Lebrun de la Rochette, dans son ouvrage intitulé: <i>Procès
+civil et criminel</i>, Rouen, 1647, t. II, p. 23.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_34" id="Footnote_34"></a>
+<a href="#FNanchor_34">
+<span class="label">[34]</span></a> Du Rousseau de la Combe, <i>Traité des matières criminelles</i>,
+1<sup>re</sup> partie, ch. <small>II</small>, sect. 1<sup>re</sup>, dist. 8<sup>e</sup>.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_35" id="Footnote_35"></a>
+<a href="#FNanchor_35">
+<span class="label">[35]</span></a> Le <i>Conservateur suisse</i> ou <i>Recueil complet des étrennes helvétiennes</i>,
+publié à Lausanne, en 1811, t. IV, p. 414. L'auteur de
+l'ouvrage intitulé <i>Promenades pittoresques dans l'évêché de Bâle</i>,
+imprimé à la Haye en 1808, et le <i>Journal du département du Nord</i>,
+numéro du 1<sup>er</sup> novembre 1813, mentionnent également ce singulier
+procès. Nous devons à la gracieuse obligeance de M. Pacile,
+bibliothécaire de Lille, la communication de ce curieux document.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_36" id="Footnote_36"></a>
+<a href="#FNanchor_36">
+<span class="label">[36]</span></a> Le savant Lapeyronie, dans les <i>Mémoires de l'Académie des
+sciences</i> pour l'année 1710 (p. 553 et suiv.), a donné des détails
+fort intéressants sur les prétendus &oelig;ufs de coq. Il y démontre la
+fausseté de cette erreur populaire, qui était encore de son temps
+partagée par les gens du monde. Les &oelig;ufs dont il s'agit sont des
+&oelig;ufs de poule incomplets dont le jaune s'est échappé dans le passage
+de l'<i>oviductus</i>.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_37" id="Footnote_37"></a>
+<a href="#FNanchor_37">
+<span class="label">[37]</span></a> Cet ouvrage, qui se trouve dans les <i lang="la">Concilia D. Bartholomæi
+a Chasseneo</i>, <span lang="la">Lugduni</span>, 1588, in-folio, est intitulé: <i lang="la">Concilium primum
+quod tractatus jure dici potest, propter multiplicatem et reconditam
+doctrinam, ubi tuculenter, et acuratè tractatur questio illa:
+de excommunicatione animalium insectorum</i>.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_38" id="Footnote_38"></a>
+<a href="#FNanchor_38">
+<span class="label">[38]</span></a> «On l'appelle communément Chassanée, dit le président
+Bouhier (tome 1<sup>er</sup> de ses &oelig;uvres, page <small>XIX</small>, note 2), ce qui vient
+de ce que lui-même, dans les dernières éditions de ses ouvrages,
+s'appelait <i lang="la">Bartholomæus a Chassaneo</i>; mais son vrai nom, que j'ai
+rétabli ici, se trouve non-seulement dans une inscription qu'il
+rapporte lui-même et dans son contrat de mariage que j'ai vu en
+original; mais encore dans ce distique qu'il mit au-devant de la
+première édition de son commentaire sur notre coutume (de Bourgogne):</p>
+<div class="poem">
+ <div class="stanza">
+ <span class="i0"><i lang="la">Hedua nunc tenet auctorem Bartholomæum, quem</i></span><br>
+ <span class="i1"><i lang="la">Yssiacus genuit, nomine de Chasseneuz.</i>»</span><br>
+ </div>
+</div>
+</div>
+
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_39" id="Footnote_39"></a>
+<a href="#FNanchor_39">
+<span class="label">[39]</span></a> En 1460, ces insectes occasionnèrent de si grands ravages
+dans les vignes, que pour y remédier il fut décidé avec les gens
+d'Église à Dijon, qu'on ferait une procession générale le 25 mars;
+que chacun se confesserait, et que défense serait faite de jurer,
+sous rigoureuses peines. Cela fut encore réglé en 1540. (<i>Annuaire
+du département de la Côte d'Or pour l'an 1827</i>, par Amanton,
+p. 92.)
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_40" id="Footnote_40"></a>
+<a href="#FNanchor_40">
+<span class="label">[40]</span></a> Folio 1, verso, n<sup>o</sup> 3.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_41" id="Footnote_41"></a>
+<a href="#FNanchor_41">
+<span class="label">[41]</span></a> Folio 3.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_42" id="Footnote_42"></a>
+<a href="#FNanchor_42">
+<span class="label">[42]</span></a> Folio 3, verso, n<sup>os</sup> 6 et 7.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_43" id="Footnote_43"></a>
+<a href="#FNanchor_43">
+<span class="label">[43]</span></a> Folio 5, n<sup>os</sup> 45 et 46.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_44" id="Footnote_44"></a>
+<a href="#FNanchor_44">
+<span class="label">[44]</span></a> Folio 5, verso, n<sup>o</sup> 5.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_45" id="Footnote_45"></a>
+<a href="#FNanchor_45">
+<span class="label">[45]</span></a> Folio 14, verso, n<sup>o</sup> 91.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_46" id="Footnote_46"></a>
+<a href="#FNanchor_46">
+<span class="label">[46]</span></a> Folio 16, verso, n<sup>o</sup> 111.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_47" id="Footnote_47"></a>
+<a href="#FNanchor_47">
+<span class="label">[47]</span></a> Folio 16, verso, n<sup>os</sup> 116 et 117.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_48" id="Footnote_48"></a>
+<a href="#FNanchor_48">
+<span class="label">[48]</span></a> Folio 17, n<sup>o</sup> 120.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_49" id="Footnote_49"></a>
+<a href="#FNanchor_49">
+<span class="label">[49]</span></a> Folio 17, n<sup>o</sup> 123. Guillaume, abbé de Saint-Théodoric, qui a
+écrit la vie de saint Bernard, rapporte que ce saint, prêchant un
+jour dans l'église de Foigny (l'une des premières abbayes qu'il
+avait fondées en 1121 dans le diocèse de Laon), des mouches en
+quantité prodigieuse s'étaient introduites dans cette église, et par
+leurs bourdonnements et leurs courses indécentes, troublaient et
+importunaient incessamment les fidèles. Ne voyant d'autre remède
+pour arrêter ce scandale, le saint s'écria: <i>Je les excommunie</i> (<i lang="la">eas excommunico</i>);
+et le lendemain toutes les mouches se trouvèrent frappées
+de mort. Leurs corps jonchèrent les pavés de la basilique, qui
+fut pour toujours délivrée de ces irrespectueux insectes. Ce fait
+devint tellement célèbre et inspira tant de vénération dans tous les
+pays circonvoisins, que cette malédiction des mouches passa en
+proverbe parmi les peuples d'alentour. (<i lang="la">Theophili Regnaudi opera</i>,
+t. XIV, p. 482, n<sup>o</sup> 6, <i lang="la">De monitoris ecclesiasticis et timore excommunicationis</i>.)
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_50" id="Footnote_50"></a>
+<a href="#FNanchor_50">
+<span class="label">[50]</span></a> <i lang="la">Adjuro vos limaces, et vermes, et omnia animalia immunda,
+alimenta hominum dissipantia et corrodentia hoc in territorio et parochianatu
+existentia, ut à dicto territorio et parochianatu, et tota
+parochia dissedatis, et ad loca, in quibus nullis nocere possitis, accedatis,
+in nomine Patris, et Filii et Spiritus sancti, Amen.</i> (Folio 17,
+verso n<sup>o</sup> 124.)
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_51" id="Footnote_51"></a>
+<a href="#FNanchor_51">
+<span class="label">[51]</span></a> Folio 17, verso, n<sup>o</sup> 125 et suivants.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_52" id="Footnote_52"></a>
+<a href="#FNanchor_52">
+<span class="label">[52]</span></a> <i lang="la">Historiarum</i>, lib. IV, ann. 1550. Contrairement au témoignage
+de ce grave historien, on a prétendu que ce n'était point Chasseneuz
+qui avait été désigné à cette époque par l'officialité d'Autun
+pour plaider en faveur des rats. Toutefois ce point de controverse
+historique nous semble indifférent dans la circonstance qui nous
+occupe. Peu importe en effet que ce soit Chasseneuz ou tout autre
+avocat qui ait été chargé de cette défense. Mais ce qu'il est intéressant
+de constater ici, c'est qu'à l'occasion de faits semblables à
+ceux que nous venons de signaler, les officialités étaient dans l'usage
+de nommer un avocat d'office aux animaux poursuivis devant
+la juridiction ecclésiastique. Voilà ce qui est hors de contestation.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_53" id="Footnote_53"></a>
+<a href="#FNanchor_53">
+<span class="label">[53]</span></a> <i lang="la">Tractatus de exorcismis.</i> Ce traité se trouve dans le volume
+intitulé: <i lang="la">Clarissimi viri juriumque doctoris Felicis Hemmerlin cantoris
+quondam Thuricencis variæ oblectationis opuscula et tractatus</i>,
+1496, petit in-folio en caractères gothiques. La partie dans
+laquelle l'auteur parle des procès contre les animaux, a pour titre:
+<i lang="la">Alias tractatus exorcismorum, seu adjurationum</i>.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_54" id="Footnote_54"></a>
+<a href="#FNanchor_54">
+<span class="label">[54]</span></a> <i lang="la">Propter suorum corporum exiguitatem et etatis minoritatem.</i>
+L'auteur rappelle à ce sujet les dispositions du droit romain contenues
+au titre du Digeste: <i lang="la">De minoribus viginti quinque annis.</i>
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_55" id="Footnote_55"></a>
+<a href="#FNanchor_55">
+<span class="label">[55]</span></a> <i lang="la">Et ita factum est: Et odie rite servatur et ipsis cantarides per
+annos singulos in tempore suo terræ portio certissima conservatur;
+et ibidem conveniunt et nullus de cetero per ipsos angariant.</i>
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_56" id="Footnote_56"></a>
+<a href="#FNanchor_56">
+<span class="label">[56]</span></a> <i>Mémoires de la société royale académique de Savoie</i>. Tom. XII.
+Chambéry, 1846.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_57" id="Footnote_57"></a>
+<a href="#FNanchor_57">
+<span class="label">[57]</span></a> Tom. II, p. 167, édition de 1766.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_58" id="Footnote_58"></a>
+<a href="#FNanchor_58">
+<span class="label">[58]</span></a> Elle est rapportée ci-dessus, p. 29 et 30.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_59" id="Footnote_59"></a>
+<a href="#FNanchor_59">
+<span class="label">[59]</span></a> Chasseneuz, ouvrage précité, folio 19.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_60" id="Footnote_60"></a>
+<a href="#FNanchor_60">
+<span class="label">[60]</span></a> Chasseneuz, même folio.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_61" id="Footnote_61"></a>
+<a href="#FNanchor_61">
+<span class="label">[61]</span></a> Chasseneuz, folio 19.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_62" id="Footnote_62"></a>
+<a href="#FNanchor_62">
+<span class="label">[62]</span></a> <i>Ibid.</i>
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_63" id="Footnote_63"></a>
+<a href="#FNanchor_63">
+<span class="label">[63]</span></a> Chasseneuz, ouvrage précité, folio 19.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_64" id="Footnote_64"></a>
+<a href="#FNanchor_64">
+<span class="label">[64]</span></a> <i lang="la">Theophili Raynaudi opera</i>, t. XIV, <i lang="la">De monitoriis ecclesiasticis,
+et timore excommunicationis</i>, p. 482.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_65" id="Footnote_65"></a>
+<a href="#FNanchor_65">
+<span class="label">[65]</span></a> Ce sont évidemment les mêmes insectes dévastateurs des récoltes
+que Chasseneuz, dans la consultation ci dessus analysée,
+nomme <i>urebers</i>.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_66" id="Footnote_66"></a>
+<a href="#FNanchor_66">
+<span class="label">[66]</span></a> <i>Somme décisoire de questions ecclésiastiques</i>, par Jean Rochette,
+avocat et conseiller à la prevosté de Troyes, imprimée en
+1610; in-8<sup>o</sup>. Saint-Foix (<i>Essais sur Paris</i>, t. I, p. 176, de l'édition
+de 1776) raconte aussi le même fait, mais avec moins de
+détails. Grosley, dans ses <i>Ephémérides</i>, édition donnée par
+Pâris Dubreil, Paris, 1811, t. I, p. 168, a rapporté le texte latin de cette
+sentence.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_67" id="Footnote_67"></a>
+<a href="#FNanchor_67">
+<span class="label">[67]</span></a> <i>Histoire générale du Dauphiné</i>, Lyon, 1672, in-folio, t. II,
+p. 712.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_68" id="Footnote_68"></a>
+<a href="#FNanchor_68">
+<span class="label">[68]</span></a> <span lang="la"><i>D. Martini Azpilcuetæ Navarri opera</i>, t. II, <i>consiliorum</i>, lib. <small>V</small>,
+tit. <i>De sententia excommunicationis</i>, <i>consiliorum</i>, 52, n<sup>o</sup> 7,</span> édition
+de Venise, 1601, p. 190.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_69" id="Footnote_69"></a>
+<a href="#FNanchor_69">
+<span class="label">[69]</span></a> Il est bon de remarquer que dès le seizième siècle, un moine
+espagnol de l'ordre de Saint-Benoît, Léonard Vair, dans son
+livre intitulé: <i lang="la">De fascino libri tres</i>, qu'il publia à Venise chez
+Alde, en 1459, avait critiqué très-vivement cet usage d'excommunier
+les animaux. Nous rapporterons le passage suivant d'après la
+traduction que Julien Boudon a faite de cet ouvrage, et qui a
+été imprimée à Paris, chez Nicolas Chesnau, en 1583: «Il y a
+abus, dit cet auteur, qui a cours en quelques endroicts, lequel
+mérite d'estre blâmé et supprimé. Car quand les villageois veulent
+chasser les sauterelles et autre dommageable vermine, ils choisissent
+un certain conjureur pour juge, devant lequel on constitue
+deux procureurs, l'un de la part du peuple et l'autre du costé de
+la vermine. Le procureur du peuple demande justice contre les
+sauterelles et chenilles, pour les chasser hors des champs; l'autre
+répond qu'il ne les faut point chasser. Enfin toutes cérémonies
+gardées, on donne sentence d'excommunication contre la vermine,
+si dans certain temps elle ne sort. Cette façon de faire est
+pleine de superstition et d'impiété; soit pour ce qu'on ne peut
+mener procès contre les animaux, qui n'ont aucune raison et
+comme ainsi soit qu'elles sont engendrées de la pourriture de la
+terre, elles sont sans aucun crime; soit pour ce qu'on pèche et
+blasphème griefvement quand on se moque de l'excommunication
+de l'Église, car de vouloir soubmettre les bestes brutes à l'excommunication,
+c'est tout de mesme que si quelqu'un voulait baptiser
+un chien ou une pierre.» (P. 315 et 316.) <i lang="la">Perinde et enim est
+excommunicationi velle subjicere an si quis canem aut lapidem
+baptizaret.</i> (P. 159 et 160 du texte latin.)
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_70" id="Footnote_70"></a>
+<a href="#FNanchor_70">
+<span class="label">[70]</span></a> Au reste on avait abusé de l'excommunication dans bien
+d'autres circonstances auxquelles elle devait rester étrangère:
+ainsi «il est constant, dit un de nos plus célèbres jurisconsultes,
+qu'autrefois les officiaux excommuniaient les débiteurs lorsqu'ils
+ne satisfaisaient point leurs créanciers à jour préfix. Et quoique les
+canonistes crussent qu'il n'était pas permis de se soumettre par convention
+à la peine d'encourir les censures de l'Église, néanmoins
+le mauvais usage l'avait emporté sur la raison.» (M. le procureur
+général Dupin, <i>Manuel du droit ecclésiastique français</i>, p. 53.)
+<p>«L'excommunication, dit aussi M. Faustin Hélie (<i>Traité de l'instruction
+criminelle</i>, t. I<sup>er</sup>, p. 385), était l'arme habituelle de
+l'Église: après avoir commencé par l'appliquer aux coupables,
+par en châtier les crimes, elle s'en servit pour la défense de ses
+intérêts, pour étendre ses pouvoirs; puis elle en frappa les magistrats
+qui résistaient à ses prétentions ou n'apportaient pas assez
+de zèle à les seconder. Cette mesure extraordinaire, qui jetait
+l'épouvante dans les populations, devint l'instrument le plus redoutable
+de la politique de Rome; mais elle fut à la fois la base la
+plus nécessaire de la justice ecclésiastique. Il est évident que cette
+justice, privée des peines temporelles, n'avait pas de sanction ni
+par conséquent de puissance réelle; ce n'est que par le prestige
+des peines spirituelles qu'elle acquit passagèrement une suprématie
+qui s'évanouit à mesure que ce prestige s'effaça. L'excommunication
+fit toute la force des cours d'Église; elles tombèrent
+avec elle.»</p>
+</div>
+
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_71" id="Footnote_71"></a>
+<a href="#FNanchor_71">
+<span class="label">[71]</span></a> <i>Histoire de Paris</i>, t. VII, p. 267, note 1.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_72" id="Footnote_72"></a>
+<a href="#FNanchor_72">
+<span class="label">[72]</span></a> <i>Nouveaux Voyages dans l'Amérique septentrionale</i>, La Haye,
+1703, t. I<sup>er</sup>, p. 80.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_73" id="Footnote_73"></a>
+<a href="#FNanchor_73">
+<span class="label">[73]</span></a> Lisboa, 1706 à 1728. Cet extrait de la <i lang="pt">Nova Floresta</i>, de Manoel
+Bernardes, a été reproduit dans une revue portugaise intitulée
+<i lang="pt">Jornal de Timon</i>, p. 386 et suiv. Lisboa, 1858, n<sup>os</sup> 11 et 12. Un de
+nos philologues les plus érudits et les plus expérimentés, M. Ferdinand
+Denis, conservateur à la bibliothèque Sainte-Geneviève,
+nous a communiqué cet ouvrage. Nous sommes heureux de saisir
+cette occasion pour le remercier de son extrême obligeance et de
+son bienveillant intérêt.
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_74" id="Footnote_74"></a>
+<a href="#FNanchor_74">
+<span class="label">[74]</span></a> <span lang="la">Horat., lib. I. <i>Sat.</i> <small>I</small>.</span>
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_75" id="Footnote_75"></a>
+<a href="#FNanchor_75">
+<span class="label">[75]</span></a> <span lang="la"><i>Prov.</i> <small>XXX</small>, 25.</span>
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_76" id="Footnote_76"></a>
+<a href="#FNanchor_76">
+<span class="label">[76]</span></a> <span lang="la">D. Hieron, <i>in illud.</i>, <i>Prov.</i> <small>VI</small>, <i>Vade ad formicam</i>, etc.</span>
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_77" id="Footnote_77"></a>
+<a href="#FNanchor_77">
+<span class="label">[77]</span></a> <span lang="la">Absalon Abbas apud Picinellum, in <i>Mundo symbolico</i>,
+lib. VIII, c. <small>X</small>.</span>
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_78" id="Footnote_78"></a>
+<a href="#FNanchor_78">
+<span class="label">[78]</span></a> <span lang="la">Plin., lib. XI, 36, 2.</span>
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_79" id="Footnote_79"></a>
+<a href="#FNanchor_79">
+<span class="label">[79]</span></a> <span lang="la">S. Hieron., in <i>Vita Malchi</i>.</span>
+</p></div>
+<div class="footnote"><p>
+<a name="Footnote_80" id="Footnote_80"></a>
+<a href="#FNanchor_80">
+<span class="label">[80]</span></a> <span lang="la"><i>Psalm.</i> <small>XXIII</small>, 1.</span>
+</p></div>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Curiosités judiciaires et historiques
+du moyen âge. Procès contre les animaux, by Émile Agnel
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CURIOSITÉS JUDICIAIRES ***
+
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+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
+
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+</html>