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+The Project Gutenberg EBook of Correspondance Diplomatique de Bertrand de
+Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième, by Bertrand de Salignac de la Mothe Fénélon
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
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+Title: Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième
+
+Author: Bertrand de Salignac de la Mothe Fénélon
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+Release Date: March 19, 2012 [EBook #39201]
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+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE ***
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+Produced by Robert Connal, Hélène de Mink, and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
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+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
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+Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le
+typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée
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+Quelques caractères, en exposant dans l'original, et dont l'abrévation
+n'est pas évidente ou non courante, ont été mis en accolade dans cette
+version électronique. Ainsi, l'abréviation {lt} signifie livre
+tournois.
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+Texte imprimé en lettres gothiques dans le livre d'origine est
+marqué =ainsi=.
+
+
+
+
+ CORRESPONDANCE
+
+ DIPLOMATIQUE
+
+ DE
+
+ BERTRAND DE SALIGNAC
+
+ DE LA MOTHE FÉNÉLON,
+
+ AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE
+
+ DE 1568 A 1575,
+
+
+ PUBLIÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS
+
+ Sur les manuscrits conservés aux Archives du Royaume.
+
+
+ TOME TROISIÈME.
+
+ ANNÉES 1570 ET 1571.
+
+
+ PARIS ET LONDRES.
+
+ 1840.
+
+
+
+
+ DÉPÊCHES, RAPPORTS,
+
+ INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES
+
+ DES AMBASSADEURS DE FRANCE
+
+ EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE
+
+ PENDANT LE XVIe SIÈCLE.
+
+
+
+
+ RECUEIL
+
+ DES
+
+ DÉPÊCHES, RAPPORTS,
+
+ INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES
+
+ Des Ambassadeurs de France
+
+ EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE
+
+ PENDANT LE XVIe SIÈCLE,
+
+ Conservés aux Archives du Royaume,
+
+ A la Bibliothèque du Roi,
+ etc., etc.
+
+ ET PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS
+
+ _Sous la Direction_
+
+ DE M. CHARLES PURTON COOPER.
+
+ PARIS ET LONDRES.
+
+ 1840.
+
+ LA MOTHE FÉNÉLON.
+
+
+
+
+ Imprimé par BÉTHONE et PLON, à Paris.
+
+
+
+
+ AU-TRÈS-NOBLE
+
+ GEORGE HAMILTON GORDON
+
+ COMTE D'ABERDEEN.
+
+ CE VOLUME LUI EST DÉDIÉ
+
+ PAR
+
+ SON TRÈS-DÉVOUÉ ET TRÈS-RECONNAISSAINT SERVITEUR
+
+ CHARLES PURTON COOPER.
+
+
+
+
+DÉPÊCHES
+
+DE
+
+LA MOTHE FÉNÉLON.
+
+
+
+
+LXXXIe DÉPESCHE
+
+--du IVe jour de janvier 1570.--(_Envoyée jusques à Callais par Jehan
+Vollet._)
+
+ Audience accordée par la reine d'Angleterre à l'ambassadeur de
+ France.--Désir du roi de rétablir la paix en son
+ royaume.--Satisfaction qu'il éprouve de ce que les troubles du
+ Nord paraissent apaisés en Angleterre.--Protestation
+ d'Élisabeth qu'elle ne désire rien tant que la réunion des
+ églises.--Instances de l'ambassadeur en faveur de Marie
+ Stuart.--Explications sur la conduite qu'il a dû tenir dans
+ cette négociation.--Nouvelles arrivées à Londres sur l'état des
+ affaires des protestans en France.--Nouvelles des troubles du
+ Nord; déroute des comtes de Northumberland et de Westmorland.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, j'ay faict entendre à la Royne d'Angleterre que, pour la bonne
+estime que Voz Majestez Très Chrestiennes ont de sa bonne et droicte
+intention en l'endroit de voz affères et de la tranquillité de vostre
+royaulme, vous n'avez sitost veu donner ung peu de commancement et
+ouverture à la paciffication des troubles et guerres d'iceluy, que
+vous ne m'ayez incontinent commandé de le luy notiffier, affin que,
+devant toutz les aultres princes vos alliez, elle ayt le plaisir
+d'entendre que les choses s'acheminent par la voye qu'elle a désiré;
+et ainsy, luy particullarisant ce qui est advenu à la reddition de
+Sainct Jehan d'Angely, et les propos que le sieur de La Personne vous
+a tenuz, avec la vertueuse responce de Vostre Majesté, laquelle elle a
+vollu curieusement lyre par deux foys, j'ay suivy à luy dire: qu'encor
+que vous ayez grand occasion de vous rescentir des choses mal passées,
+du costé de ceulx de la Rochelle, de ce qu'ilz ont mené une très
+viollante et dangereuse guerre dans vostre royaulme, et y ont
+introduict les armes et armées estrangières, à la grand ruyne de vos
+bons subjectz; et qu'il soit maintenant en vostre pouvoir de prendre
+par force toutes les places qu'ilz tiennent, et de poursuyvre et venir
+bien à boult du reste qui est encore en campaigne; néantmoins vous
+aymez mieulx uzer envers eulx de la clémence toutjour accoustumée à
+vostre couronne, et plus usée de vostre règne, que de nul de toutz voz
+prédécesseurs, et les regaigner par doulceur, que de les mener à
+l'extrémité d'ung chastiment, espérant qu'ilz auront tant plus de
+regrect de leurs deffiances passées, et persévèreront dorsenavant plus
+constantment en la confiance, fidellité, et amour qu'ils doibvent à
+Vostre Majesté, leur prince naturel, que moins ils espéroient d'estre
+jamais receuz en vostre bonne grâce, laquelle néantmoins vous ne leur
+avez différée d'ung seul moment, aussitost qu'ilz ont offert de
+s'humilier et de se remettre en vostre obéyssance.
+
+La dicte Dame, d'ung visaige joyeulx, m'a respondu qu'à ceste heure me
+voyoit elle, et oyoit mes propos, de trop meilleure affection qu'elle
+n'avoit faict despuys ung an, et qu'elle rendoit grâces à Dieu d'avoir
+miz au cueur de Voz Majestez Très Chrestiennes, et pareillement en
+ceulx de vos subjectz, de retourner à ce mutuel bon ordre de vostre
+bénignité envers eulx et de leur subjection envers vous; qu'elle vous
+remercye mille et mille foys de luy avoir, ainsy soubdainement et
+particullièrement, faict entendre en quoy les choses en sont, ès
+quelles elle vous desire tant de bien et de bonheur que vous les
+puissiez effectuer à vostre grand advantaige et au repoz de toute la
+Chrestienté; et que, si son moyen y peult servyr de quelque chose,
+elle le vous offre de tout son coeur, bien qu'elle ne peult fère que
+ne porte quelque envye au bonheur de celluy qui a sceu si
+oportunéement mettre en avant ce sainct et desiré propos, qu'il ayt
+heu meilleur rencontre que quant, d'aultre foys, elle a entreprins
+d'en parler; et qu'elle n'a regrect sinon à ce que voz subjectz
+peuvent monstrer au monde que, pour leur avoir esté viollé vostre
+propre éedict de la paciffication, tant par attemptatz contre leurs
+vies, que par contraires lettres contre l'exercisse de leur religion,
+ilz ayent heu quelque aparante coulleur de prendre les armes; non que
+pourtant elle aprouve qu'ilz ayent bien faict, car plustost s'en
+debvoient ils estre allez, et qu'il est tout certain que de quelles
+persuasions qu'on luy ayt usé, qui n'ont esté petites, sur la
+justiffication de leur cause, elle ne les a jamais volluz secourir.
+
+Je luy ay répliqué que tout le tort de ceste guerre se manifeste en ce
+que ceulx de l'aultre party, en leur plus grande résistance, se
+trouvent vaincuz par vos forces, et sont par vostre clémence surmontez
+en leur humillité, et que cella vous faict prendre meilleure espérance
+de voir bientost remiz vostre royaulme en son premier estat et
+grandeur; adjouxtant, afin de parler de la réunion du sien, que ce que
+je luy ayt dict de ceste réconcilliation de vos subjectz, Voz Majestez
+desirent qu'elle le preigne pour ung tesmoignage que, comme vous
+estes correspondant à son desir sur le bien de vostre royaulme,
+qu'aussi bien le serez vous sur le bien et paciffication du sien, et
+sur ce que vous entendrez bientost que ceste eslévation, qui a apparu
+en son pays du North, est esteinte ainsi que je le vous ay desjà
+mandé.
+
+La dicte Dame, usant là dessus de beaucoup de mercyementz, m'a fort
+prié de vous assurer que toute ceste guerre du North est véritablement
+achevée, et que le comte de Northomberland, se retirant en Ecosse, est
+tumbé ez mains du comte de Mora; que le comte de Vuesmerland s'en est
+fouy seul, et abandonné des siens, aux montaignes des frontières; et
+que plus de cinq cents gentishommes des leurs sont prins, le reste
+discipé, et plusieurs exécutez; et qu'elle ne prendroit que pour une
+risée toute ceste entreprinse, tant elle a esté folle et légière,
+n'estoit qu'il luy faict mal au cueur qu'il s'y soit trouvé meslé ung
+seul homme de qualité.--«Car jamais subjectz, dict elle, n'eurent
+moins d'occasion que les siens de mouvoir choses semblables contre
+leur prince.»
+
+Et luy ayant seulement répliqué ce mot: «c'est qu'il est fort à
+craindre que, tant que la division de la religion durera, que l'on
+sera toutz les ans à recommancer,» elle m'a soubdain respondu qu'à la
+vérité, puisque les Protestans commancent de proposer entre eulx,
+assavoir s'il y a aucune cause pour laquelle l'on puisse, sellon Dieu
+et conscience, se soubstraire de l'obéyssance d'ung prince, et le
+démettre de son estat; ainsy que le Pape, de son costé, déclaire aussi
+les estats de ceulx, qu'il tient pour scismatiques ou hérétiques,
+toutz comis et vacquans; elle estime que toutes les couronnes de la
+Chrestienté sont assez mal asseurées, et que, de sa part, elle ne se
+montrera jamais opiniastre de ne se conformer aulx aultres princes
+chrestiens, quant Dieu leur aura mis au cueur de procurer, toutz
+ensemble, la réunyon de l'esglyze de Dieu.
+
+Après cella, Sire, j'ay mené le propos à parler de la Royne d'Escoce,
+faisant toutjour instance de sa liberté, bon traictement et
+restitution. Sur quoy elle m'a dict que Voz Majestez Très Chrestiennes
+en avez parlé amplement à son ambassadeur, et qu'elle vous prie de
+considérer que le différand est entre deux princesses qui vous sont
+parantes, allyées et confédérées; desquelles vous debviez égallement
+peser leur droict, et n'avoir en tant d'affection celluy de la Royne
+d'Escoce que ne regardiez à conserver le sien; et qu'elle vous fera
+remonstrer encores d'aultres choses par son dict ambassadeur, ès
+quelles elle espère que vous luy ferez favorable responce; et ay
+cogneu, Sire, que les propos que Voz Majestez ont tenu là dessus au
+dict ambassadeur ont grandement esmeu la dicte Dame, à laquelle j'ay
+dict que, puysque vostre intention se trouve conforme aulx
+continuelles instances que je luy ay faictes icy de vostre part pour
+la Royne d'Escoce, que je la suplye de déposer à ceste heure le cueur
+et le courroux qu'elle a contre elle, puysqu'elle s'est justiffiée de
+toutz ces troubles du North, pour se la randre désormais tant attenue
+et obligée, qu'elle n'ayt à estre jamais rien tant que toute sienne;
+et que, pour l'amour de Voz Majestez Très Chrestiennes, qui tant l'en
+priez, elle veuille aussi faire quelque chose pour son bien, n'estant
+possible que vous puyssiez laysser de le pourchasser tant que vous la
+voyez restituée, ce que vous desirez toutesfoys estre sellon son gré
+et contantement.
+
+Elle m'a promiz là dessus, qu'aussitost qu'une responce, qu'elle
+attant d'Escoce, sera arrivée, elle ne diffèrera d'ung seul jour
+d'entendre en l'affaire de la dicte Dame, et y prendre ung si bon
+expédiant qu'elle espère que vous en serez contant; dont de tout ce
+qui s'en résouldra elle mettra peyne que vous en soyez adverty: et
+remettant, Sire, plusieurs aultres choses, que j'ay notées de ses
+propos, au premier des miens que je vous dépescheray, je bayseray en
+cest endroict très humblement les mains de Vostre Majesté, et
+supplieray le Créateur qu'il vous doinct, Sire, en parfaicte santé,
+très heureuse et très longue vie, et toute la grandeur et prospérité
+que vous desire.
+
+ Ce IVe jour de janvier 1570.
+
+ Je crains assés qu'on veuille mettre en avant l'eschange de la
+ Royne d'Escoce et du comte de Northomberland; vray est qu'il ne
+ s'en entend encores rien.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, je mectz en la lettre, que j'escriptz au Roy, aulcuns propos
+de la Royne d'Angleterre, touchant ceulx que, par les deux dernières
+dépesches de Voz Majestez, vous m'avez commandé de luy tenir, sur
+lesquelz me reste à vous dire, Madame, qu'il semble que ceste
+princesse et les siens soyent bien ayses, mais diversement, qu'il se
+face une paciffication en vostre royaulme; elle, affin d'estre exempte
+de bailler secours à ceulx de la Rochelle, et ne venir à vous faire
+quelque manifeste offance pour eulx, et mesmes aura plaisir que les
+choses se facent à votre grand advantaige; et eulx, pour n'ozer
+meintenant guières presser leur Mestresse de les secourir, ny
+d'attempter rien qui vous puysse desplayre; mais ilz vouldroient que
+l'advantaige demeurât à ceulx de l'aultre party, sur la soubmission
+desquelz, laquelle leur ambassadeur a escripte par deçà, encores que
+le jeune comte de Mensfelt fût desjà despêché, ilz le font temporiser,
+affin d'attandre quelle yssue prendra ce que le Sr de La Personne en a
+commencé de traicter. Et doublant assés que la paciffication ne s'en
+puysse bien ensuyvre, luy et le Sr de Lombres incistent grandement de
+fayre résouldre icy quelque secours de pouldres et d'armes, et de
+quelque nombre de gens de cheval, pour l'envoyer à Mr l'Admyral,
+s'esforceans de persuader qu'il est encores si fort qu'avec bien peu
+d'ayde, il se monstrera plus relevé que jamais, et qu'on luy veuille
+aussi (soubz caution) assister de quelques deniers, pour envoyer au
+duc de Cazimir, affin de souldoyer des gens de pied, sans lesquelz il
+n'oze mettre en campaigne les gens de cheval qu'il a toutz prestz; et
+que d'ailleurs le prince d'Orange, voyant qu'une sienne entreprinse
+qu'il avoit en Flandres est descouverte, se dellibère de tourner tout
+son aprest aulx choses de France; lesquelles propositions demeurent
+encores en suspens; et je metz peyne, en tout évènement, de les
+retarder ou empescher, aultant qu'il m'est possible.
+
+Quant à ceulx du North, j'ai vollu vérifier si ce que m'en a dict la
+dicte Dame estoit vray, parce qu'on luy déguyse assés souvent les
+nouvelles; mais l'on m'a confirmé la route des deux comtes et de toute
+leur armée, laquelle a esté de quinze mil hommes; dont y en avoit sept
+mille de pied bien armez, et deux mil de cheval en aussi bon équipaige
+qu'il s'en peult trouver en Angleterre; et que n'ayantz, pour leur
+irrésolution et mauvais accord, ozé venir au combat, ilz se sont
+retirez en la frontière d'entre l'Angleterre et l'Escoce, où celluy
+de Northomberland et sa femme sont tumbez ez mains d'un armestrang[1],
+qu'on a estimé le devoir incontinent livrer au comte de Mora; et que
+celluy de Vuesmerland, en habit déguysé, s'en est fouy au plus haut
+des montaignes, ayant pour ceste occasion ceste Royne envoyé casser
+incontinent son armée, et révoquer le comte de Vuarvic. Mais aulcuns
+estiment que le dict armestrang n'est pour consigner le comte de
+Northomberland à celluy de Mora, ains plustost pour le relever et pour
+luy ayder à remettre sus nouvelles forces.
+
+ [1] Partisan, chef de bande.
+
+Au reste nul propos n'esmeust tant ceste Royne que quant on luy parle
+de la Royne d'Escoce, et ce que Voz Majestez en ont dernièrement dict
+à son ambassadeur a faict beaucoup d'effect envers elle. J'ay bien
+vollu, pour mon regard, tirer de la propre parole de la dicte Dame ma
+justiffication de ne luy avoir, sur les affaires de la dicte Royne
+d'Escoce, ny en nulle autre matière, jamais dict ung seul mot qui
+l'ayt peu offancer; de quoy elle m'a randu le tesmoignage tout clair
+et prompt, que non seulement elle n'a trouvé jamais mauvaise, ains
+très agréable, ma façon de parler, et la substance de toutz mes
+propos, ainsy que je les luy ay dictz, et qu'elle vous fera expliquer
+que ce qu'elle a prins à cueur de mon dire est pour luy avoir asseuré
+que Voz Majestez réputeroient toucher à leurs propres personnes les
+torts et indignitez qu'on feroit à celle de la Royne d'Escoce; et
+qu'elle s'estime vous apartenir en si bonne part, qu'elle doibt bien
+estre tenue en quelque compte et respect envers Voz Majestez aussi
+bien que la dicte Royne d'Escoce. A quoy je luy ay satisfaict si bien
+que, prenant rayson en payement, elle a promis d'entrer bientost en
+quelque expédiant touchant les affaires de la dicte Dame; et m'a prié
+au reste de vous escripre fort affectueusement que, à ce changement de
+gouverneur de Bretaigne, il vous playse de commander à celluy qui
+l'est meintenant, et à son lieutenant, de donner libre et sûr accez
+aulx Angloix, de leur pouvoir aller demander justice; et que
+dorsenavant ilz la leur vueillent administrer eulx mesmes, puysqu'il
+n'est possible qu'ilz la puissent aulcunement avoir des officiers et
+magistratz du pays, car ses dicts subjectz ne peuvent plus supporter
+les oltraiges qu'ilz y reçoipvent ordinairement.
+
+Depuis le partement du Sr Chapin, l'on a fait exorter les estrangiers
+de s'abstenir de tout commerce avec les subjectz du Roy d'Espaigne et
+de ne couvrir aulcunement leurs trafficqs par lettres, ny soubz noms
+empruntez d'aultres merchantz; et néantmoins la dicte Dame a
+vollontairement offert au dict Sr Chapin d'admettre l'ambassadeur
+d'Espaigne à parler et traicter avecques elle comme auparavant, sur le
+moindre mot que le Roy d'Espaigne luy en vouldra escripre.
+
+Je bayse très humblement les mains de Vostre Majesté et prie Dieu,
+qu'il vous doinct, etc.
+
+ Ce IVe jour de janvier 1570.
+
+ La Royne d'Angleterre, outre les susdicts propos, m'a très
+ honorablement parlé, et avec aparance de bonne affection, de Voz
+ Majestez et de Monseigneur vostre filz, et qu'elle avoit avec
+ grand playsir ouy, du filz de Mr Norreys, plusieurs actes
+ généreux et de grand vertu du Roy et de mon dict Seigneur,
+ lesquelz elle luy avoit faict réciter plus de deux foys, sellon
+ qu'il disoit les avoir veuz et les avoir aprins de ceulx qui les
+ sçavoient bien.--Ceulx de ce conseil, et mesmement le comte de
+ Lestre, m'ont faict pryer d'octroyer mon passeport au Sr
+ Barnabé, qu'ilz dépeschent, avec commission de ceste Royne, pour
+ aller recouvrer une grande nef vénicienne, chargée de plus de
+ cent cinquante mil escus de merchandize, qu'on envoyoit en ceste
+ ville, laquelle le capitaine Sores a prinse despuys ung mois;
+ affin que, si le dict Barnabé est rencontré par les gallères ou
+ navyres françoys, ilz ne luy facent poinct de mal. Je ne sçay
+ s'il yra poursuyvre le dict Sores jusques à la Rochelle.
+
+
+
+
+LXXXIIe DÉPESCHE
+
+--du Xe jour de janvier 1570.--
+
+(_Envoyée jusques à Callais par homme exprès._)
+
+ Ferme persuasion où l'on est en Angleterre que la paix sera
+ conclue en France.--Nouvelles du Nord et de la
+ Flandre.--Meilleur traitement fait à la reine
+ d'Ecosse.--Crainte des Anglais que le roi, délivré de la guerre
+ civile, ne donne assistance aux Espagnols dans les Pays-Bas
+ pour attaquer l'Angleterre.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, il est venu adviz à la Royne d'Angleterre, par la voye de la
+mer, que ceulx de la Rochelle tiennent déjà comme pour conclud le
+propos qu'ilz vous ont faict requérir de la paix; et, par ainsy, que
+vostre royaulme s'en va hors de troubles, et vous, Sire, en bon trein
+de remettre sus fort bien et bientost vos affères, sans qu'il
+aparoisse que, pour toutes ces horribles guerres passées, il vous y
+soit advenu aulcune diminution, ny en l'estendue de vostre estat, ny
+en l'affection de vos subjectz, ains plustôt, une augmentation partout
+de vostre grandeur; de laquelle le fondement, en cette mesmes
+division, s'est monstré si ferme qu'on a opinion, s'il est une foys
+bien réuny, que nulles forces humaines le pourront jamais esbranler.
+Dont ceste Royne et les siens continuent, à ceste heure, de me fère
+meilleure démonstration que jamais de vouloir persévérer en bonne paix
+et amytié avec Vostre Majesté; et n'ont encore dépesché le jeune comte
+de Mensfelt, ny rien respondu au Sr de Lombres, attendans si la fin du
+dict propos viendra à bonne conclusion, ou bien s'il sera rompu. Et,
+cependant, est arrivé ung homme d'Allemaigne, lequel, à ce que
+j'entans, raporte que le Cazimir ne lève pas encores ses reytres, mais
+qu'il a distribué, ces jours passés, une somme de deniers aulx
+capitaines, affin d'estre pretz, quant il les mandera; et il parle
+aussi des praticques et menées du prince d'Orange.
+
+Les choses d'icy ne monstrent, à ceste heure, guières grand mouvement,
+estantz ceulz du North séparez et rompuz d'eulz mesmes, ainsy que je
+le vous ay confirmé par mes précédantes du IIIIe de ce moys. Il est
+vray que, de tant que les deux comtes ne sont au pouvoir de la Royne
+d'Angleterre ny ne sont pour y estre aiséement livrez, parce qu'on
+dict que celluy de Northomberland est avec milor de Humes et avec le
+ser de Farmihirst, comme avecques ses amys; et celluy de Vuesmerland,
+avec le comte d'Arguil, qui le trette bien; la chaleur de leur
+entreprinse n'est encores réfroydie aulx cueurs des Catholiques, ny en
+ceulz des malcontantz; lesquelz demeurent d'ailleurs en quelque
+espérance du duc d'Alve, par la mesme peur et grande souspeçon qu'ilz
+voyent que la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil se donnent
+des aprestz qu'il faict, qui leur sont confirmez par plusieurs
+secrectes lettres qu'arrivent ordinairement à la dicte Dame des Pays
+Bas; et mesmes l'asseurent que, despuys le retour du marquis de
+Chetona, le dict duc s'est résolu de vouloir recouvrer, commant que ce
+soit, ses deniers, et les marchandises d'Espaigne arrestées par deçà,
+et que, pour y commancer par quelque bout, il a commandé de consigner
+toutz les biens des Anglois, qui estoient en Anvers, à certains
+Gènevois qui ont faict ung party de six centz mil escuz avec le Roy
+d'Espaigne; dont ceulx cy se préparent, avec grand dilligence, au long
+de la coste qui regarde vers Flandres, pour résister à ses
+entreprinses. Je prendray garde à quoy, jour par jour, cella
+s'acheminera, affin de vous en donner toutjour adviz.
+
+Despuys la dernière instance que j'ay faicte à ceste Royne pour la
+Royne d'Escoce, elle l'a faicte ramener à Tutbery, en la compaignie du
+comte de Cherosbery seul; s'en estant celluy de Untington allé, qui a
+esté du tout deschargé de sa garde, et elle remise en ung peu plus de
+liberté, avec démonstration à monseigneur l'évesque de Roz de quelque
+faveur davantaige en ceste court, et d'y mieulx recepvoir ses
+remonstrances, qu'on n'avoit faict toutz ces jours passez. Ce qui nous
+remect en quelque espérance que nous pourrons bientost (si nouvel
+accident ne survient) obtenir une ou aultre provision ez affères de la
+dicte Dame. Sur ce, etc.
+
+ Ce Xe jour de janvier 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, ce qui s'espère de la paciffication des troubles de vostre
+royaulme ne monstre aporter, à ceste heure, tant de soupeçon à la
+Royne d'Angleterre ny aulx siens, comme il sembloit que, du
+commancement, ilz eussent très ferme opinion que la fin de nostre
+guerre seroit ung commancement à eulx d'y entrer. Il est vray qu'ilz
+ne sont du tout dellivrez de cette peur, craignantz, à ce qu'ilz
+disent, que l'estroicte intelligence, que le duc d'Alve a avecques Voz
+Majestez, vous attire de son party contre l'Angleterre; car,
+aultrement, il leur semble qu'ilz n'ont guières à le craindre, veu le
+crédict et faveur de ceste Royne en Allemaigne. Et ainsy, ilz vont
+temporisant avecques luy, sans admettre ny rejecter aussi les termes
+de l'accord, espérantz qu'ilz se pourront, dans peu de jours,
+esclarcyr de vostre cousté, pour sçavoir commant mieulx se conduyre du
+sien; et n'estantz encores bien asseurez si le propos de la paix
+prendra bonne résolution en France, ilz tiennent leurs dellibérations
+en suspens, dillayantz la dépesche du jeune comte de Mansfelt, et leur
+responce au Sr de Lombres; et pareillement de ne toucher aux affères
+de la Royne d'Escoce, jusques à ce que leur ambassadeur, Mr Norrys,
+leur ayt mandé la certitude du tout; et n'ont faict plus grand
+empeschement à ung courrier du duc d'Alve, qui est arrivé depuys cinq
+jours, que de l'avoir conduict à la court et visité seulement le
+dessus de ses pacquetz, lesquels, se doutans bien qu'ilz estoient en
+chiffre, l'ont renvoyé avec les dicts pacquetz bien cloz à Mr
+l'ambassadeur d'Espaigne, et luy ont ottroyé passeport pour s'en
+pouvoir retourner de dellà, bien qu'ilz ne layssent pourtant de vivre
+toutjour en grande deffiance du dict duc. A l'occasion de quoy ilz
+dressent de grandes forces et ordonnent beaulcoup de gens de cheval,
+pistoliers, et renforcent les garnysons tout le long de la coste qui
+regarde les Pays Bas; sur ce, etc.
+
+ Ce Xe jour de janvier 1570.
+
+
+
+
+LXXXIIIe DÉPESCHE
+
+--du XVe jour de janvier 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Callais par Olivier Cambernon._)
+
+Efforts que l'on fait en Angleterre pour impliquer le duc de Norfolk
+et la reine d'Écosse dans la révolte du Nord.--Le comte de
+Northumberland livré dans sa fuite au pouvoir du comte de
+Murray.--Mission d'Elphinstone en Angleterre.--Proposition émise dans
+le conseil de demander l'échange du comte de Northumberland contre la
+reine d'Écosse.--Préparatifs de guerre faits en Allemagne pour
+soutenir les protestans de France.--Forces redoutables réunies sur mer
+par les protestans de France et d'Allemagne.--Négociations de
+l'Angleterre avec les Pays-Bas.--Motifs politiques qui engagent
+Élisabeth à soutenir les protestans de France; espoir que cependant la
+paix ne sera pas troublée.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, il ne se faict, à ceste heure, aulcune plus grande dilligence
+par deçà, après avoir esteint l'eslévation du North, que de cercher
+d'où elle est procédée, et qui sont les principaulx, qui ont heu
+intelligence avec les deux comtes; en quoy s'engendrent plusieurs
+malcontantemens et malveuillances qui se descouvrent toutz les jours
+en plusieurs endroictz et villes de ce royaulme, et se continuent
+jusques à la court; mesmes semble que, des champs où la guerre estoit,
+elle se soit transférée ez cueurs et affections des hommes, et dict on
+que de là procède le retardement de la liberté du duc de Norfolc,
+lequel aultrement estoit en trein de sortir bientost de la Tour pour
+estre remis en son logis de ceste ville; mais les divisions et
+compétances de ceulx du conseil l'empeschent, lesquels veulent
+monstrer qu'ilz concourent toutz contre la cause de l'eslévation, et,
+encor que nulz manifestement ne le chargent de rien d'icelle,
+néantmoins les ungs s'efforcent de l'y trouver embrouillé, et les
+aultres de l'en déclairer exempt; ny n'est moindre leur contention sur
+le faict de la Royne d'Escoce, soit pour le regard de la dicte
+entreprinse du North, ou soit pour ses aultres affères, ès quelz ses
+amys et serviteurs, qu'elle a en ce royaulme, ne se monstrent, pour
+chose qui soit advenue, moins fermes en sa faveur, ny aussi ses
+adversaires moins véhémentz contre elle que auparavant. Et cependant
+le gouverneur de Barvich a envoyé à la Royne d'Angleterre une lettre
+du comte de Mora, par laquelle, de tant que la dicte Dame ne l'a
+vollue communiquer à personne et qu'elle a fait semblant d'y avoir
+trouvé plusieurs vériffications de l'entreprinse du North, quelques
+ungs des grandz en demeurent en peyne; et bientost après, est arrivé
+devers elle le ser Nicollas Elphingston, très familier et inthime du
+dict de Mora, lequel elle a curieusement et avec grand affection ouy,
+mais ne se publie encores rien de l'occasion de sa venue, si n'est
+qu'on dict qu'il a aporté la depposition du comte de Northomberland,
+lequel estant enfin tumbé ez mains du comte de Mora, il l'a faict
+mettre dans Lochlevin, où la Royne d'Escoce estoit prisonnière; mais
+je crains que le dict Elphingston ayt charge de renouveller le propos
+de consigner la Royne d'Escoce au dict de Mora, moyennant les ostages
+qu'on luy a demandé, ou bien de fère l'eschange d'elle et du dict
+comte de Northomberland, ce que je sçay avoir esté déjà proposé en ce
+conseil, ainsy que je l'avois auparavant bien préveu; mais il semble
+qu'il ne peult aucunement venir au cueur de la Royne d'Angleterre de
+le debvoir fère, et y a aulcuns des siens qui ne sont pour le
+consentyr, tant y a que la pouvre princesse et ceulx, qui portons icy
+son faict, en sommes en grand peyne; mesmement à ceste heure que le
+comte de Lestre, lequel a accoustumé de procéder d'une plus honneste
+et généreuse façon envers elle que les aultres du dict conseil, s'en
+est, pour quelque occasion (et croy que pour les différans de court),
+allé en sa mayson de Quilingourt, où, toutesfoys, l'on croyt que la
+Royne d'Angleterre ne le larra longtemps sans le fère revenir.
+
+J'entendz que ung secrétaire du comte Palatin vient d'arriver, lequel
+fault que soit passé par Flandres (car la navigation de Hembourg et de
+Hendein est serrée des glaces jusques en mars) ou bien échappé par la
+France. Il est allé droict à Vuyndesor, et n'ay encores rien peu
+aprandre de sa commission, si n'est par ung qui l'a observé en
+passant, qui a comprins de luy qu'il vient pour avoir de l'argent, ou
+bien lettre de crédit et de responce à certains juifz qui ont promiz
+de fornir une somme en Allemaigne, et qu'il est tout certain que le
+Cazimir et le prince d'Orange ont une armée preste pour entrer en
+France, à ce prochain primtempz; dont le jeune comte de Mensfelt s'est
+eslargy de dire, qu'aussitost qu'il arrivera en Allemaigne avec la
+dépesche de ceste princesse, le dict de Cazimir commancera de marcher;
+ce que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, lequel j'avois hier à
+disner en mon logis, m'a confirmé, bien qu'il crainct, si le propos de
+la paix se conclud en France, que tout cella aille tumber sur les bras
+du duc d'Alve; et, ce pendant, le capitaine Sores a prins une seconde
+nef vénicienne, plus riche que la première, et faict on compte que la
+charge des deux vault plus de trois cenz mil escuz, oultre quatre
+vingtz pièces de bonne artillerye qu'il y a dedans, et oultre les
+deulx vaysseaulx, qui sont les deux meilleurs de la mer; de quoy toutz
+les merchans, tant naturelz que estrangiers, de ce royaulme, demeurent
+fort scandalizez contre Mr le cardinal de Chatillon, et requièrent
+ceste Royne d'y pourvoir; mais, ou soit qu'elle et les siens n'ayent
+moyen de le fère, ou bien que, pour s'exempter de prester de l'argent
+à ceulx de la Rochelle, ilz leur veuillent permettre de se prévaloir
+de ceste riche et grande prinse, ilz dissimulent et prolongent les
+remèdes; et est à craindre que le dict Sores, avec tant de bons et
+grandz vaysseaulx, et bien artillez, qu'il a à ceste heure, et le Sr
+de Olain, et le bastard de Briderode, qui en ont ung aultre bon
+nombre, ne tiennent dorsenavant bien fort subjecte ceste estroicte
+mer, et mesmes qu'ilz ne dressent quelque entreprinse sur vos
+gallères; bien qu'on m'a dict, Sire, que le dict de Olain est allé
+jusques en Allemaigne porter soixante mil escuz au prince d'Orange du
+butin de ses prinses de mer.
+
+Le Sr Thomas de Fiesque poursuyt d'accomoder icy le faict des deniers
+et merchandises, prinses et arrestées par deçà sur les subjectz du Roy
+d'Espaigne, au nom des merchans à qui elles appartiennent, proposant
+que les deniers, qui sont en espèces, et pareillement ceulx qui
+proviendront des merchandises, demeurent ez mains de ceste Royne
+jusques à ung entier accord, en ce qu'elle leur permette de les
+vandre, et qu'elle leur veuille bailler pour respondant la chambre de
+Londres, de payer le tout à bons termes, après qu'elle s'en sera
+servye. Sur ce, etc.
+
+Ce XVe jour de janvier 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, le surplus que j'ay à dire à Vostre Majesté, oultre le contenu
+en la lettre que j'escriptz présentement au Roy, je le réserve à vous
+mander par le Sr de La Croix, aussitost que l'ung des miens, qui sont
+par dellà, sera arrivé, et n'adjousteray icy, Madame, si n'est qu'on
+parle diversement en ce royaulme de la paix qui se trette en France,
+estantz ceulx des deux religions en contraires espérances là dessus;
+sçavoir: les Catholiques, que des grandes et notables victoires, que
+Monseigneur vostre filz a gaignées, ayt à réuscyr ung accord fort
+advantaigeux pour nostre religion et très honnorable pour le Roy; et
+les Protestantz, que monsieur l'Admyral s'estant aulcunement reffect,
+et près d'estre, dans six sepmaines ou deux moys, secouru du prince
+Cazimir, n'ayt à quicter rien de ce qui apartient à la leur, ny en
+l'exercisse, ny en l'establissement d'icelle dans le royaulme; et
+estiment, les ungs et les aultres, que leur propre faict deppend du
+succez des choses de dellà; dont, encor que la Royne d'Angleterre et
+les plus modérez d'auprès d'elle dettestent assés les guerres des
+subjectz, néantmoins, ceulx qui ont plus d'auctorité et de manyement
+près d'elle, desirans que la part des Catholiques demeure fort oprimée
+par deçà, condamnent en toutes sortes l'entreprinse de ceulx du North
+comme inique, et luy coulorent de quelque équité celle de France et
+luy persuadent, que du maintien d'icelle deppend la seureté de son
+estat et du tiltre de son royaulme, et de la légitime qualité de sa
+personne; laquelle aultrement seroit par les Catholiques tenue
+illégitime. Ce qui faict, Madame, qu'encor que ceste princesse ayt
+grand regrect à la prinse de ces deux grandes nefz véniciennes, et
+qu'elle sente que, pour aulcun respect, il tourne au préjudice de sa
+réputation que, l'une, en partant d'icy, et l'aultre, en y arrivant,
+ayent esté prinses en la plaige et quasi dans les portz de son
+royaulme; néantmoins, pour n'incommoder ceulx de la dicte religion,
+iceulx de son dict conseil la contraignent de différer et dissimuler
+le remède, que très volontiers elle donroit aulx merchans; et le
+secrétaire Cecille a assés soubdain respondu à ceulx qui l'en ont
+sollicité, que ceulx de la Rochelle avoient guerre contre les
+Véniciens, parce qu'ilz ont preste de l'argent au Roy; et mesmes,
+aulcuns à ce propos m'ont interrogé si la Royne de Navarre n'estoit
+pas en actuelle possession de quelque partie de son royaulme, ayant
+esté proposé en ce conseil, si, comme Princesse Souveraine, elle ne
+pouvoit pas déclarer une guerre, après l'avoir jugée juste et
+légitime. Sur quoy, me doubtant bien pourquoy l'on me faisoit ceste
+demande, j'ay respondu que la dicte Dame n'a rien qui ne soit, ou
+mouvant de la couronne de France, ou tenu soubz la protection
+d'icelle, et ainsy n'ont rien gaigné sur moy de cest endroict.
+
+J'ay receu l'acte de mainlevée, qui a esté faicte à Roan, des biens
+des Anglois, de laquelle ceste Royne et les siens se sont fort
+contentez, et ont, de leur part, desjà procédé de mesmes à la
+restitution des biens que les Françoys ont peu monstrer leur apartenir
+par deçà, et continuent encores toutz les jours de leur faire justice.
+Ilz se plaignent seulement de Bretaigne, et suplient Vostre Majesté
+d'y donner ordre. Il me semble qu'en toutes sortes, ceste Royne et le
+général de son royaulme veulent persévérer en bonne paix, et ouverte
+amytié, avecques Voz Majestez Très Chrestiennes; mais que, en
+particullier, aulcuns passionnez feront toutjour, soubz main, tout ce
+qu'ilz pourront, et icy, et en Allemaigne, pour ceulx de la Rochelle,
+et feroient davantaige si, avec vostre authorité, je ne mettois peyne
+de les empescher. Sur ce, etc.
+
+ Ce XVe jour de janvier 1570.
+
+
+
+
+LXXXIVe DÉPESCHE
+
+--du XXIe jour de janvier 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusgues à Callais par Letorne, estant le sieur de La
+Croix tumbé malade, dont il est allé à Dieu._)
+
+ Intrigues à la cour de Londres; rivalités entre Leicester et
+ Cécil.--Nombreuses exécutions faites par le comte de Sussex à
+ la suite de la révolte du Nord.--Modération du comte de Warwick
+ à l'égard des insurgés qui sont tombés en son pouvoir.--On
+ croit que les Ecossais aideront le comte de Westmorland à
+ rentrer en Angleterre.--Négociation d'Elphinstone.--Crainte que
+ l'on doit avoir en France du côté d'Allemagne.--Sollicitation
+ faite auprès de la reine d'Écosse par le comte de Huntingdon
+ pour qu'elle consente à se marier avec Leicester.--Clauses d'un
+ traité qui lui est proposé pour son
+ rétablissement.--Préparatifs faits par le prince d'Orange
+ contre les Pays-Bas.--_Avis_ donné au roi de divers bruits que
+ l'on fait courir à Londres sur les mésintelligences qui se
+ seraient élevées à la cour de France.--_Mémoire secret_.
+ Soupçons élevés contre le duc de Norfolk, le duc d'Albe, la
+ reine d'Écosse, et l'ambassadeur de France au sujet de la
+ révolte du Nord.--Menées du duc d'Albe en
+ Angleterre.--Déclaration d'Élisabeth que la reine d'Écosse a
+ formé le projet de s'emparer de la couronne d'Angleterre pour
+ réduire le royaume à la religion catholique.--Proposition faite
+ par l'ambassadeur d'Espagne au roi de France de former une
+ ligue pour rétablir Marie Stuart sur le trône d'Écosse, et la
+ religion catholique en Angleterre.--Conduite qu'a dû tenir
+ l'ambassadeur de France à cet égard.--Projets que l'on doit
+ supposer à l'Espagne.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, pour l'occasion des troubles du North, la Royne d'Angleterre,
+au commancement de ceste année, a advisé d'augmenter son conseil d'ung
+nombre de personnaiges miz à sa dévotion, lesquelz elle a pourveuz
+d'aulcuns offices qui vacquoient de longtemps, qui ont lieu en son
+dict conseil, comme est le contrerolleur, trézorier, vychambrelan, et
+aultres de sa mayson; en quoy la contention n'a esté petite en sa
+court, entre ceulx qui aspiroient à cella, ou pour eulx mesmes ou pour
+y en mettre de leur faction, ou bien pour empescher qu'il n'y en
+entrât plus grand nombre; et est advenu, par le moyen du comte de
+Lestre, que le sire Jacques Croft a esté faict contrerolleur, bien
+qu'on ayt cryé qu'il estoit papiste; mais, possible, l'y a t on admiz
+plus vollontiers pour estre auculnement estimé ennemy du duc de
+Norfolc, et le Sr de Frocmarthon, qui y prétandoit grandement, a esté
+du tout descheu pour ceste foys, demeurant comme banny de court; et
+semble que, pour ces contentions, le comte de Lestre se soyt despuys
+absenté, et qu'entre luy et le secrétaire Cecille, lequel est en plus
+grand crédict que jamais, y ayt beaulcoup de simulté, et que
+néantmoins il ne sera longtemps sans revenir.
+
+Le comte de Sussex poursuyt de fère de grandes exécutions à Durhem et
+Artelpoul, et aultres lieux de son gouvernement, sur ceulx qui avoient
+prins les armes, ayant desjà faict pendre, outre ceulx du commun, bien
+cent personnaiges de qualité, baillifz, connestables ou officiers, et
+pareillement les prestres qui estoient avec eulx, nomméement le Sr
+Thomas Plumbeth, estimé homme fort sçavant et de bonne vie, et pense
+l'on qu'il se monstre aussi véhément, pour effacer le souspeçon qu'on
+a heu de luy; et, au contraire, le comte de Vuarvich s'y porte fort
+modestement, lequel a envoyé supplier la Royne d'octroyer rémission à
+ces pouvres gens, ce que, en partie, elle a concédé; et l'admyral
+Clinton est demouré encores à Vuodderby, avec mil hommes, pour
+contenir le pays, et pour empescher que le comte de Vuesmerland, avec
+l'assistance des Escossoys, ne puisse rentrer en armes en Angleterre,
+ce que l'on crainct assés qu'il face, parce qu'il est avec le ler de
+Farnihyrst, affectionné serviteur de la Royne d'Escoce, et que les
+aultres principaulx de l'entreprinse sont avecques d'aultres seigneurs
+escossoys, leurs amiz, de ce mesme party; et que aulcuns se sont
+acheminez à Dumbertran. Le seul comte de Northomberland a esté prins
+et livré au comte de Mora, qui l'a incontinent faict mettre dans
+Lochlevyn; et a soubdain dépesché devers ceste Royne le Sr Elphiston,
+son familier, lequel, à ce que j'entendz, raporte plusieurs choses de
+la depposition du dict de Northomberland, et plusieurs aultres, pour
+fère acroyre que la Royne d'Escoce et l'évesque de Roz ont induict le
+dict de Northomberland de prendre les armes; à quoy semble qu'on
+n'adjoute grand foy: et, d'abondant, monstre excuser le dict de Mora
+de ne pouvoir, en bonne conscience, ny sellon son honneur, ny encores
+sellon les loix du royaulme d'Escoce, rendre icelluy comte, mais par
+mesme moyen, il faict instance à la Royne d'Angleterre de luy prester,
+pour chose fort importante au bien des deux royaulmes, une somme
+d'argent; et tout ainsi qu'on luy donne l'espérance qu'il en pourra
+avoir, il la donne, encores plus grande, que le dict de Northomberland
+pourra estre randu, et espère davantaige qu'en le rendant, il se
+pourra aussi tretter de randre au dict de Mora la Royne d'Escoce: dont
+il prépare de s'en retourner en grand dilligence devers luy.
+
+Cependant, Sire, nous ne serons paresseulx de luy préparer toutz les
+obstacles qu'il nous sera possible, et pareillement au secrétaire du
+comte Pallatin, lequel demande en général assistance de deniers, affin
+de lever gens pour les secours et deffance de la nouvelle relligion en
+France, et pour fère une descente contre le duc d'Alve en Flandres;
+dont aulcuns estiment qu'il ne s'en retournera sans quelque provision,
+tant y a qu'il ne luy a esté encores respondu sellon son desir.
+Néantmoins, je vous supplie très humblement, Sire, de fère
+soigneusement prendre garde aulx mouvemens d'Allemaigne; car l'on
+tient icy pour chose fort certayne qu'il y a armée preste, et qu'elle
+n'est pour aller en Flandres, ny pour s'adresser ailleurs qu'en
+France, tant que la guerre y durera, et que le Sr d'Olain a porté au
+prince d'Orange plus de six vingtz mil escuz, oultre que les bagues de
+la Royne de Navarre sont en Allemaigne, et les nefz véniciennes,
+riches de trois centz mil escus, sont desjà arrivées à la Rochelle; et
+quant bien ceste Royne ne vouldra rien débourcer, les esglizes
+protestantes de son royaulme ne lairront pourtant d'y envoyer quelque
+notable subvention, comme celle de l'année passée, qui fut de cent mil
+escuz, ny la dicte Dame, quant bien ne le vouldroit, ne le pourra
+contredire, tant le feu de cette matière est, à ceste heure, ardemment
+espriz en ce royaulme comme je croy qu'il est de mesmes ailleurs.
+
+La Royne d'Escosse est meintennant à Tutbery, accompagnée seulement du
+comte de Cherosbery et des siens, qui luy octroyent plus de liberté
+qu'ilz ne souloyent; elle se porte bien, et encores que plusieurs
+choses se soyent opposées aulx espérances que nous avions de ses
+affères, il nous en reste quelques aultres qui, possible, viendront à
+bon effect; et j'ay desjà quelque adviz que ceux de son party en
+Escosse prétendent de se mettre bientost en campaigne, remectant,
+Sire, au Sr de La Croix de vous faire entendre aulcunes aultres
+particullaritez, sur lesquelles je vous supplie très humblement luy
+donner foy. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXIe jour de janvier 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, par le contenu de la lettre que j'escriptz au Roy, et par
+l'instruction que j'ay baillée au Sr de La Croix, je fays entendre à
+Vostre Majesté les principalles choses, qui me semblent regarder
+meintenant icy l'intérest des vostres; et ne vous diray davantaige,
+Madame, si n'est que le comte de Huntington, pendant qu'il a esté à la
+garde de la Royne d'Escosse, l'a si souvant sollicitée de se départir
+du propos du duc de Norfolc, pour entendre à celluy du comte de Lestre
+son beau frère, que, pour ne se pouvoir la dicte Dame excuser de
+quelque responce, elle luy a dict que, pour ceste heure, elle n'avoit
+rien moins à penser qu'à se marier, et qu'aussi le comte de Lestre
+avoit bien toute aultre prétencion, avec ce que, si elle contradisoit
+meintennant au desir de ces seigneurs, qui luy avoient si expressément
+escript en faveur du duc, elle craignoit fort de les irriter et
+offancer, et que le comte de Lestre mesmes, qui en estoit l'ung,
+prendroit une fort mauvaise opinion d'elle. De quoy l'aultre ne se
+contantant, et la pressant de luy fère une plus particullière
+responce, elle, enfin, luy a dict tout rondement, que, si la Royne
+d'Angleterre et les siens, lesquelz luy avoient proposé le duc, ne
+trouvoient bon que le propos passât en avant, qu'elle estoit toute
+résolue de n'espouser jamais Anglois. Sur ce il s'est advancé de dire
+qu'elle faisoit fort bien, car aussi tout ce royaulme inclinoyt à ce
+desir, et qu'il voyoit que, nonobstant toutz empeschemens, avant ne
+fût deux ans, elle et le duc seroient maryés ensemble. Puys luy a
+parlé fort expressément de quatre choses; la première, de tretter
+conjoinctement, entre l'Angleterre et l'Escosse, de l'establissement
+de la nouvelle religion; la segonde, de fère une bien seure et
+perpétuelle ligue entre les deux royaulmes; la troisiesme, de
+consentyr que, par décrect de parlement, ce royaulme soit, après elle,
+toutjour transféré aulx mâles plus prochains de la couronne, parce que
+le dict de Huntington vient de l'estoc d'iceulx; et la quatriesme, que
+Voz Majestez Très Chrestiennes veuillez depputter aulcuns pour
+assister, de vostre part, icy, aulx choses qui seront proposées, entre
+la dicte Dame et ses subjectz, sur la restitution d'elle, et sur le
+faict du feu Roy d'Escoce son mary. Et a adjouxté que monsieur le
+cardinal de Lorrayne feroit bien, comme prochain parant, d'intervenir
+au jugement d'une si grande cause.
+
+Nous sommes après pour sçavoir d'où sont parvenus ces propos, et
+semble que le dict comte de Lestre ne les advouhe, et que mesmes il
+pense que la Royne d'Angleterre sera fort courroucée contre le dict
+Huntington, quant elle les saura, et que tout cella est party de
+l'invention du secrétaire Cecille. La dicte Royne d'Escoce a tiré ung
+adviz du dict de Huntington, que le prince d'Orange praticque de fère
+descendre dix mil Anglois en Flandres, et qu'avec cella, et ce qu'il
+prépare en Allemaigne, joinct l'intelligence du pays, il espère d'en
+chasser le duc d'Alve et les Espaignols, ce qui a esté notiffié à
+l'ambassadeur d'Espaigne. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXIe jour de janvier 1570.
+
+
+AULTRE LETTRE A LA ROYNE
+
+ (_du dict jour, écrite en chiffres_).
+
+Madame, parce qu'on publie, icy, à mon grand regrect, qu'il n'y a bon
+accord entre le Roy et Monsieur, son frère, voz enfantz, et que douze
+des principalles citez de France s'opposent à ce que Voz Majestez ne
+puissent aulcunement accommoder, par voye de paciffication, les
+guerres de vostre royaulme; qui sont deux choses dont Vostre Majesté
+auroit, de la première, le plus extrême desplaisir, et nous, le plus
+notable dommaige qui nous pourroit onques advenir; et la segonde
+seroit pour torner à une fort pernicieuse conséquence contre
+l'auctorité du Roy, et droictement contre la vostre; mesmes qu'on m'a
+dict qu'en quelques endroictz du monde l'on faict desjà des desseings
+là dessus, et que ceste Royne m'en pourra possible toucher quelque
+mot, je vous suplie très humblement, Madame, me commander ce que
+j'auray à luy en respondre, ensemble à plusieurs seigneurs de ce
+royaulme, et mesmement aulx Catholiques, qui envoyent souvant m'en
+interroger, lesquelz demeurent toutz esbahys et desconfortez de ce
+que, sept sepmaines a, je n'ay nulles nouvelles de Voz Majestez;
+ausquelz toutesfoys j'ay bien desjà desnyé l'une et l'aultre de ces
+nouvelles, comme les tenant toutes deux fort faulces, et sur ce, etc.
+
+ MÉMOIRE ET INSTRUCTION de ce que le Sr de La Croix a à dire à
+ Leurs Majestez, oultre le contenu de la dépesche.
+
+ De ces troubles du North, qu'encor qu'ilz ayent esté bientost
+ apaysez, néantmoins, parce que, en mesme temps, s'est descouvert
+ qu'en Norfolc l'on avoit entreprins de se saysir des armes, qui
+ estoient ez maysons du duc de Norfolc, et de contraindre le sire
+ Henry Hemart, son frère, d'estre chef d'une troupe de douze mil
+ hommes qui se tenoient prestz pour marcher droict à la Tour de
+ Londres, affin de tirer icelluy duc de pryson; et que, en Galles,
+ les choses ne se monstroient guières plus paysibles, ceste Royne
+ est demeurée en plusieurs doubtes et deffiances de ses subjectz.
+
+ Ce qui luy est augmenté par l'opinion, qu'elle a, que
+ l'intelligence du duc d'Alve y soit bien avant meslée, sellon
+ que, par l'examen d'aulcuns du North, qui ont esté exécutez, et
+ de la depposition du comte de Northomberland, laquelle celluy de
+ Mora a envoyée, il semble que cella luy ayt esté confirmé.
+
+ En laquelle depposition, oultre que le dict de Northomberland
+ charge les plus grandz de ce royaulme, l'on dict qu'il affirme,
+ qu'ainsy que luy et le comte de Vuesmerland furent en campaigne,
+ l'ambassadeur d'Espaigne et l'évesque de Roz envoyèrent devers
+ eulx ung homme exprès, avec lettres, pour les conforter à leur
+ entreprinse, et leur promettre un prochain secours du duc d'Alve,
+ et pareillement de France, s'ilz se saysyssoient de quelque port.
+
+ Duquel acte de l'évesque de Roz la dicte Dame a prins argument
+ que la Royne d'Escoce, sa Mestresse, a bien peu estre mellée en
+ cella, et par conséquent moy à cause d'elle; car, aultrement,
+ elle n'a aulcune conjecture que je m'en soys entremiz, ny que
+ deçà ny dellà la mer il y ayt esté mené aulcune pratique au nom
+ du Roy; et le dict acte n'est suffizant pour luy en fère prendre
+ guières grande opinion, parce qu'il ne se trouve que j'aye rien
+ escript, ny mesmes que j'aye dict une parolle, ny heu aulcune
+ conférance, avec personne qu'elle ayt occasion de souspeçonner.
+
+ Elle reçoit assés souvant lettres d'aulcuns siens secrectz
+ serviteurs, qui sont en Flandres, qui l'advertissent que le duc
+ d'Alve prépare des entreprinses contre ce royaulme; et que la
+ plus part de la noblesse d'Angleterre sont de son party; et que
+ plusieurs d'icelle ont desjà receu force escuz au soleil de luy;
+ dont j'entends que milord de Coban, depuys naguières, a envoyé
+ quatre des dictes lettres tout à la foys en ceste court, les deux
+ signées de noms supposez et les aultres non signées lesquelles
+ estant leues; au conseil auquel s'est trouvé le comte de Pembrot,
+ toutz les Protestantz ont incontinent jetté les yeux sur luy, et
+ il a fort hardyment répondu que ceulx qui escripvoient telles
+ lettres estoient toutz meschantz d'accuser ainsy en général la
+ noblesse d'un royaulme, et, s'ilz avoient cueur ny valleur, ilz
+ debvoient nommer ceulx qui ont prinz ces escuz et se nommer eulx
+ mesmes pour le leur maintenir, mais que ce n'estoient que
+ menteries, et que, quant la Royne, sa Mestresse, aura ses
+ subjectz bien uniz, les effortz du duc d'Alve luy seront bien
+ aysés à repousser.
+
+ Pour l'occasion de ces advertissements, l'on dict que la dicte
+ Dame et ceulx de son conseil ont advisé de dresser une grand
+ milice, d'envyron quatre vingtz dix mil hommes de pied et trente
+ mil chevaulx en trois endroictz de ce royaulme; sçavoir: trente
+ mil hommes de pied et dix mil chevaulx du costé de France vers le
+ Ouest; aultant en Suffoc, Norfolc et Germue, qui regarde le pays
+ de Flandres; et le tiers restant vers le costé du North contre
+ l'Escoce; de quoy l'on asseure que les rolles et descriptions
+ sont desjà bien avancez, et que surtout l'on s'esforce de dresser
+ grand nombre de pistolliers, et mettre à cheval beaulcoup plus
+ d'hommes qu'on n'a oncques faict de nul aultre règne.
+
+ Tout cest ordre est conduict par ceulx de la nouvelle religion,
+ lesquelz, pour l'occasion des victoires du Roy et des batailles
+ que Monsieur, son frère, a gaignées, et des préparatifs du duc
+ d'Alve, et de ce qu'il leur semble qu'il se va trop establissant
+ en Flandres, aussi pour la réduction du nouveau roy et du
+ royaulme de Suède à la religion catholique, et pour le mouvement
+ des Catholiques de ce pays, ilz sont entrez en grandes
+ délibérations, et ont tenu plusieurs conseils comme ilz pourront
+ conserver et maintenir leur nouvelle religion.
+
+ Et, bien que ceste Royne n'est d'elle mesme mal affectionnée à la
+ partie des Catholiques, ains seroit pour requérir fort
+ vollontiers la réunyon de l'esglize et ne s'opposer guières à ce
+ qu'elle se fît par ung bon concille; néantmoins les Protestans la
+ retiennent par une véhémente persuasion qu'ilz lui ont donné de
+ la perte de son estat, si elle n'est toujours opposante à
+ l'authorité de l'esglize romaine.
+
+ Ce que je conjecture par le propos qui s'ensuyt, lequel elle m'a
+ naguières tenu, c'est qu'elle dict avoir deux grandes occasions
+ de regarder de bien prez au faict de la Royne d'Escoce; l'une,
+ parce que la dicte Dame ne s'est pas attribuée le tiltre de ce
+ royaulme sans une bien profonde dellibération, et sans une fort
+ grande opinion de son droict; l'autre, qu'elle voyt bien que la
+ dicte Dame se veult prévaloir de la division de la religion, et
+ cerche de s'insinuer par là ez cueurs de la noblesse
+ d'Angleterre, et que desjà plusieurs briefz du Pape ont été
+ interceuz, par lesquelz il déclare absoulz ceulx qui cy devant
+ ont obéi à elle, bien que illégitime et scismatique, pourveu
+ qu'ilz veuillent dorsenavant recevoir la Royne d'Escoce pour leur
+ Dame et Princesse. Et a adjouxté qu'on se trompoit bien en cella;
+ car, encor que le feu Roy, son père, eust espousé la Royne, sa
+ mère, à la religion protestante, il a toutesfoys obtenu le
+ rescript du Pape là dessus; par laquelle persuasion des dictz
+ briefz, que je croy estre chose supposée, les Protestants
+ retiennent bien fort le cueur de ceste princesse contre les
+ Catholiques et contre la Royne d'Escosse, bien que j'ay miz peyne
+ de luy en diminuer l'opinion tant que j'ay peu.
+
+ =>Chiffre.= [Le premier jour de ceste année 1570, et le Xe
+ ensuyvant, monsieur l'ambassadeur d'Espaigne et moy avons esté en
+ conférance en mon logis sur l'estat des choses de ce royaulme, et
+ avons considéré que, puysque les Catholiques n'ont heu le cueur
+ de s'ozer prévaloir de la première prinse d'armes qu'ilz avoient
+ faicte avec une assemblée de quinze mil hommes, où y en avoit bon
+ nombre de pied et de cheval bien armez et en bon équipage, et
+ avec ung assés heureux commancement, sans que les Protestans
+ fussent préparez ny pourveus pour leur résister, qu'il sera bien
+ mal aysé, qu'à ceste heure qu'ilz les ont comme advertys, ilz
+ puissent rien plus entreprendre; et qu'estant, au reste, le duc
+ de Norfolc prisonnier, le comte d'Arondel fort réfroydy, celluy
+ de Pembrot retourné à la court pour servir à ses amys, et
+ conserver ses estatz et les estatz de ses enfans, milor de Lomelé
+ encores en arrest et toutz les Catholiques en général fort
+ inthimidez, qu'il est dangier que les Protestans, qui sont seulz
+ en authorité, viegnent à tumultuer plus que jamais, et mener
+ leurs pratiques, icy et en Allemaigne, et pareillement leurs
+ entreprinses par mer et par terre, plus ouvertement qu'ilz n'ont
+ encores fayct. Dont le dict ambassadeur, après que nous avons heu
+ accordé l'ung à l'aultre ce que chacun de nous avons peu sentir
+ que les dictz Protestans menoient contre l'intérest de nos
+ Mestres, il m'a dit que le sien et pareillement le duc d'Alve
+ avoient une très grande affection que ce royaulme fust réduict à
+ la religion catholique, parce qu'on ne peult espérer que
+ oltraiges et indignitez d'icelluy, tant qu'il demeurera entaché
+ de ceste nouvelle religion; et, de tant qu'il s'asseuroit que le
+ Roy, Mon Seigneur, avoit le semblable desir, il me prioyt fort
+ affectueusement de lui persuader qu'il voulût escripre
+ promptement une lettre au Roy Catholique, son beau frère, par
+ laquelle il luy mît en avant la commune entreprinse d'entre eulx
+ deulx contre l'Angleterre pour la restitution de la Royne
+ d'Escosse, seulement, comme pour cause juste et apartenant
+ proprement à Sa Majesté Très Chrestienne, et en laquelle il le
+ pryât d'y vouloir employer ses forces; ce que le dict ambassadeur
+ asseuroit que le dict Roy, son Mestre, accorderoit de fère plus
+ vollontiers qu'il n'en seroit requis, et qu'après cella, les deux
+ ensemble tinsent leur armement prest pour l'heure que nous, qui
+ sommes sur les lieux, leur manderons; car, si les choses
+ d'Angleterre n'étoient prinses sur le poinct qu'elles se
+ présentent, elles estoient si soubdaines qu'on les perdoit
+ incontinent;
+
+ Et que j'advertisse aussi Leurs Majestez Très Chrestiennes
+ d'envoyer promptement devers le comte de Mora, pour le garder de
+ ne randre les comtes de Northomberland et Vuesmerland à la Royne
+ d'Angleterre; et que, pour la confédération que la France a non
+ tant avec la Royne d'Escosse que avec sa couronne et avec toutz
+ les Escossoys, ilz le voloient bien admonester de son debvoir en
+ ce qui se offre, affin qu'il ne face ce tort à l'honneur de ce
+ royaulme, où les dictz comtes ont heu leur reffuge, que de les
+ randre au mandement des Anglois; et que mesmes, pour estre les
+ biens et estats de toutz deux en la terre débattable, ou en celle
+ de la conqueste faicte sur l'Escosse, qu'il se présente occasion,
+ par leur moyen, de la recouvrer.
+
+ Ces mesmes choses m'a il faict despuys remonstrer par l'évesque
+ de Roz, lequel toutesfoys ne les a prinses, pour luy mesmes, en
+ suffisant payement de ce que, au nom de sa Mestresse, il a pryé
+ le dict Sr ambassadeur de fère meintenant descendre en Escosse le
+ secours de quatre mil hommes, et cent mil escuz, que le duc
+ d'Alve a mandé avoir toutz prestz pour envoyer aulx deux comtes,
+ s'ilz eussent peu meintenir encores quinze jours les armes; et
+ qu'à cest effect, elle fera passer quelques seigneurs d'Escosse
+ devers le dict duc pour adviser avecques luy de leur descente et
+ réception dans le pays, et, si besoing est, elle envoyera un
+ gentilhomme jusques au Roy d'Espaigne pour avoir son
+ commandement; en quoy le dict ambassadeur a seulement promiz d'en
+ escripre, mais qu'il failloit que, de mon costé, je fisse en
+ dilligence ce qu'il m'avoit dict, et que surtout l'on fût bien
+ advisé de ne toucher entre Leurs Très Chrestienne et Catholique
+ Majestez ung seul mot du faict de la nouvelle religion de peur de
+ mouvoir les Allemans.]
+
+ Je n'ay monstré aux dictz sieurs ambassadeur et de Roz que toute
+ bonne affection en ce qu'ilz m'ont proposé, sinon que je leur ay
+ allégué aulcunes difficultez pour les présentes guerres de
+ France, et que, pour le dangier des pacquetz, j'estimois qu'il
+ seroit meilleur que le duc d'Alve envoyât sur le lieu tretter par
+ quelq'un des siens ou bien par Dom Francès [le faict de
+ l'entreprinse contre l'Angleterre] que non que le Roy en
+ escripvît au Roy, son Maistre; et que, d'empescher la reddition
+ des deux comtes, de tant que celluy de Mora s'est monstré trop
+ adversaire de la Royne d'Escosse, mal vollontiers le Roy le
+ vouldra requérir, ny de cella ny d'aultre chose, sans toutesfoys
+ que je leur aye reffuzé, ny accordé aussi d'en rien escripre à
+ Leurs Majestez; vray est qu'auparavant il avoit esté desjà donné
+ tout l'ordre qu'on avoit peu [pour envoyer empescher en Escosse
+ que les deux comtes ne soyent rendus].
+
+ L'ambassadeur d'Espaigne a très bonne affection à la religion
+ catholique, et procède fort droictement en tout ce qui est pour
+ l'advancement d'icelle; il fault considérer aussi qu'il peult
+ bien en ces choses estre aultant esmeu du desir qu'il sçayt que
+ le Roy, son Maistre, a de recouvrer l'argent et merchandises de
+ ses subjectz, prinses et arrestées par deçà, et de se vanger des
+ offances receues en cella, et pareillement de celles que le duc
+ d'Alve se sent en particullier fort picqué, pour les indignitez
+ usées à luy mesmes et à ceulx qui sont venuz de sa part, que non
+ de l'intérest de la couronne d'Escosse, ny pour vouloir diminuer
+ la grandeur de celle d'Angleterre, qui est alliée de la maison de
+ Bourgogne; ou bien qu'il cognoist que, si ceste Royne sent que le
+ Roy conviegne avec le Roy d'Espaigne contre elle, qu'elle sera
+ plus facille de se réconcillier avec le duc d'Alve, dont Leurs
+ Majestez Très Chrestiennes adviseront ce qui sera le plus
+ expédiant pour leur service.
+
+ Il est bien certain que, despuys le commancement des différans
+ des Pays Bas, et lors mesmement que le Sr d'Assoleville et puys
+ le Sr Chapin Vitelly sont passez de deçà, que ceste princesse m'a
+ toutjour faict sonder de quelle intention le Roy et la Royne
+ seroient en son endroict, affin de s'accommoder avec celle des
+ parties qu'elle cognoistra luy estre de meilleure disposition; de
+ quoy ayant heu cognoissance, et encores quelque adviz, je me suys
+ conduict de telle façon envers elle, que luy donnant bonne
+ espérance du costé de France, sans luy parler toutesfoys qu'en
+ très bonne et advantaigeuse façon des choses d'Espaigne, je l'ay
+ retenue en quelque dévotion envers Leurs Très Chrestiennes
+ Majestez, et je croy qu'elle s'est de tant monstrée plus
+ difficille et contraire au duc d'Alve.
+
+ Davantaige conférans le dict sieur ambassadeur et moy noz adviz
+ sur la négociation que faict le secrétaire du comte Pallatin en
+ ceste court, il nous a esté raporté à toutz deux qu'il poursuyt
+ argent affin de lever gens en Allemaigne, tant pour envoyer au
+ secours de ceulx de la nouvelle religion en France, que pour fère
+ une descente contre le duc d'Alve aulx Pays Bas; et de tant que
+ le Sr de Lombres, flamant, qui a esté envoyé icy par ceulx de la
+ Rochelle, sollicite vifvement ce fait au nom du prince d'Orange,
+ le dict ambassadeur l'a pour plus suspect, et me presse pour cela
+ fort vifvement que nous veuillons [induyre conjoinctement noz
+ deux Maistres d'entreprendre promptement quelque chose contre ce
+ royaulme], bien que, à propos du dict prince d'Orange, il m'a
+ dict qu'il sçavoit que ce qu'il préparoit en Allemaigne estoit
+ pour retourner en France. Sur quoy luy ayant respondu qu'il
+ n'avoit receu aucune offance du Roy pour le debvoir fère, il m'a
+ seulement demandé si le Roy ne lui avoit pas confisqué son estat
+ qu'il a en France; à quoy je lui ay respondu que ce n'estoit
+ chose qu'il dût tenir en tant, pour en commancer une guerre,
+ quant bien le Roy le luy auroit confisqué: et, là dessus, il m'a
+ faict ung discours comme si l'Allemaigne n'estoit pour plus luy
+ consentyr de retourner à main armée aulx Pays Bas, mais bien de
+ procurer son retour en ses biens par le pardon et bonne grâce du
+ Roy son Seigneur.
+
+
+
+
+LXXXVe DÉPESCHE
+
+--du XXVIIIe jour de janvier 1570.--
+
+(_Envoyée jusques à Callais exprès par Pierre Bordillon._)
+
+ Arrivée de Mr de Montlouet à Londres.--Mission dont il est chargé
+ pour l'Écosse; état des affaires dans ce pays.--Projets du
+ comte de Westmorland, qui prépare une nouvelle prise
+ d'armes.--Avantage remporté en Irlande par mylord
+ Sidney.--Espoir d'Élisabeth que les différends avec les
+ Pays-Bas pourront s'arranger à l'avantage de
+ l'Angleterre.--Préparatifs du duc Casimir qui se dispose à
+ entrer en campagne.--Efforts de l'ambassadeur pour empêcher que
+ des secours d'argent soient donnés aux protestans de la
+ Rochelle.--Réclamation de la république de Venise afin
+ d'obtenir la restitution des prises faites par le capitaine
+ Sores.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, je n'avois rien entendu de la venue de Mr de Montlouet, quant,
+le XXe de ce moys, il m'a esté mandé de ceste court qu'il avoit desjà
+passé la mer, et qu'il estoit à Douvres; au quel lieu l'on l'a arresté
+deux jours et demy, sans luy permettre de passer plus avant; et croy
+que c'est le filz de Mr Norrys qui, ayant passé avecques luy, et
+laissé madame de Norrys sa mère à Boulloigne, a advisé les officiers
+de fère ceste difficulté, afin qu'il eust loysir d'en advertir la
+Royne sa Mestresse, laquelle a mandé tout aussitost qu'on le laissât
+venir, monstrant d'estre marrye qu'on l'eust aulcunement retardé. Par
+ainsy, Sire, il est arrivé en ceste ville le XXIIIe, et, le lendemain
+XXIVe, nous avons envoyé à Hamptoncourt, où la dicte Dame est à
+présent, pour demander son audience; laquelle elle nous a incontinent
+accourdée au XXVIe; mais ceulx de son conseil, qui avoient à se
+trouver toute ceste sepmaine en ceste ville pour l'ouverture du terme
+de la justice, la luy ont faicte prolonger jusques à dimanche
+prochain, qui sera le XXIXe; et semble, Sire, que monsieur Norrys ayt
+donné adviz à la dicte Dame que le voyage du dict Sr de Montlouet est
+pour les affères de la Royne d'Escoce, dont elle s'est desjà préparée,
+ainsy que j'entendz, de la responce qu'elle luy doibt fère; et je
+doubte assés qu'elle luy veuille accorder de passeport pour aller en
+Escoce; car, oultre que l'ordinaire souspeçon et jalouzie qu'elle a de
+l'auctorité de Vostre Majesté en ce pays là luy administre assez
+inventions pour y trouver toujour quelque excuse, il luy semblera, à
+ceste heure, qu'elle en ayt une fort aparante pour les troubles
+naguières suscitez en son pays du North, et pour la retrette qu'ont
+faict les chefz et autheurs d'iceulx avec leur cavallerye vers ces
+quartiers de terres débattables d'entre les deux royaulmes; où, à la
+vérité, l'on dict que le comte de Vuesmerland se va refaysant, et
+assemblant une trouppe, qui ne sera moindre de quatre mille chevaulx
+anglois ou escouçoys, lesquels il pourra joindre toutes les foys qu'il
+vouldra, en moins de quatre jours; et le comte de Northomberland n'est
+mal tretté du lord de Lochlevyn, qui, encor qu'il soit beau frère du
+comte de Mora, ne monstre le vouloir randre à la Royne d'Angleterre.
+Néantmoins, ayant le dict Sr de Montlouet et moy desjà heu
+communication avec monsieur l'évesque de Roz, nous n'obmettrons rien
+de tout ce qui se pourra dire et fère, au nom de Vostre Majesté,
+envers ceste Royne, pour la liberté, restitution et advancement de la
+Royne d'Escoce, et pour avoir permission de l'aller veoir, et puys de
+parfère son voyage.
+
+Il est certain que la retrette des comtes de Northomberland et de
+Vuesmerland n'a tant apaysé les troubles du North, que la dicte Royne
+d'Angleterre et les siens ne craignent bien fort qu'il se fasse
+encores une reprinse d'armes, non seulement au mesmes pays du North,
+où l'exécution de tant de pouvres hommes, qu'on y faict mourir, ne
+faict qu'endurcyr et aigrir davantage les aultres, mais aussi en
+plusieurs endroictz de ce royaulme; et que, si ceulx qui se sont
+retirez en Escoce retournent, la seconde entreprinse sera trop plus
+dangereuse que la première. Il est vray que ce pendant la dicte Dame
+se trouve dellivrée de deux aultres grands soucys, l'ung du costé de
+l'Irlande, et l'aultre des Pays Bas; car milord Sideney luy a mandé
+qu'en une course, qu'il a faicte sur les saulvaiges au plus fort de
+l'hyver, lorsqu'ilz s'en doubtoient le moins, il a reprins vingt huict
+lieux fortz sur eulx, et a ramené de prisonniers cent soixante des
+plus principaulx des leurs, de sorte qu'il se promect une briefve et
+fort heureuse yssue de toutz les affères de dellà. Et de Flandres la
+dicte Dame estime avoir ung bien asseuré adviz que les aprestz du duc
+d'Alve contre ce royaulme se vont réfroydissant, et vont estre remiz
+en ung aultre temps; ce qui lui semble estre davantaige confirmé par
+la dilligence que les Srs Espinola et Fiesque font icy d'accommoder le
+faict des deniers et merchandises d'Espaigne, bien fort à l'advantaige
+de la dicte Dame.
+
+Les adviz des aprestz et mouvemens d'Allemaigne continuent en ce que,
+sans aulcun doubte, le duc de Cazimir sera en campaigne avec cinq mil
+chevaulx et huict mil hommes de pied, à la fin de febvrier ou au
+commencement de mars; et que desjà le payement de ses gens pour deux
+moys est consigné, et que le troisiesme moys se payera le jour qu'il
+commencera de marcher. L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a ung
+non guières dissemblable adviz, disant ouvertement que c'est pour
+entrer en France. Néantmoins, son parler monstre qu'il crainct assés
+que ce soit pour descendre en Flandres, de tant que le prince d'Orange
+s'entremect beaulcoup de l'entreprinse, et qu'il a esté devers le
+comte Pallatin à Heldelberc, et puys en poste jusques en Saxe devers
+le duc Auguste; dont le duc d'Alve a mandé haster la levée que luy
+faict le duc de Bronsouyc, affin de garnyr tout à temps le Luxembourg
+de bonnes forces. Tant y a qu'ayant monsieur de Lizy naguières escript
+que, nonobstant les grandes difficultez qu'il avoit trouvées aux
+princes protestans, ilz l'avoient enfin asseuré du secours qu'il leur
+avoit requis, il est à croyre que leur premier effort se fera en
+France pour ceulx de la Rochelle. Le secrétaire du comte Pallatin, et
+ceulx qui sont icy pour le prince d'Orange et pour les dicts de la
+Rochelle, n'ont encore heu résolue responce de ce conseil sur le prest
+des deniers qu'ilz demandent, et ceste Royne s'en excuse bien fort;
+mais ceulx qui ont auctorité près d'elle trouvent moyen que son crédit
+et celluy de son royaulme y peuvent estre de telle façon employez,
+sans qu'il luy coste rien, que desjà les aultres s'asseurent de tirer
+de cest endroict cinquante mil escuz; mais ilz incistent à plus grand
+somme jusques à cent cinquante mille, non sans espérance de l'obtenir,
+pourveu qu'il n'y aille rien de la bource de la dicte Dame; et ceulx
+qui mesurent les finances, dont l'on peult avoir quelque notice qu'ilz
+pourront fère estat ceste année, disent que c'est de cinq à six centz
+mil escuz. Je mettray peyne de les empescher de ce costé le plus qu'il
+me sera possible.
+
+Les Seigneurs Magniffiques de la Seigneurie de Venize, qui sont icy,
+ont obtenu lettres de ceste Royne fort expresses à la Royne de Navarre
+pour le recouvrement de leurs vaysseaulx et merchandises, et m'ont
+prié de bailler mon passeport à l'ung d'entre eulx, qui les est allé
+présenter, affin que si, pour le temps, il estoit contrainct de
+relascher en France, ou qu'il fût rencontré par aulcuns navyres de
+guerres de Vostre Majesté en la mer, il puisse tesmoigner de la juste
+occasion de son voyage au dict lieu de la Rochelle. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXVIIIe jour de janvier 1570.
+
+
+
+
+LXXXVIe DÉPESCHE
+
+--du IIe jour de febvrier 1570.--
+
+(_Envoyée par Guillaume de La Porte exprès jusques à Calais._)
+
+Audience accordée par la reine d'Angleterre à Mr de Montlouet et à
+l'ambassadeur.--Reproche fait par Élisabeth à la reine d'Écosse
+d'avoir favorisé la révolte du Nord.--Crainte qu'il ne soit permis à
+Mr de Montlouet ni d'accomplir sa mission vers Marie Stuart, ni de se
+rendre en Écosse.--Nouvelle de la mort du comte de Murray; mesures
+prises par Élisabeth pour conserver son influence en Écosse, malgré
+cet évènement.--Vives instances faites par les protestans de France
+pour obtenir en Angleterre des secours d'hommes et d'argent.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, deux jours après ma précédante dépesche, laquelle est du XXVIIe
+du passé, nous avons esté à Hamptoncourt devers la Royne d'Angleterre,
+à laquelle Mr de Montlouet a présenté voz lettres et reccomendations,
+et luy a d'une fort bonne et agréable façon récitté le contenu de sa
+charge, sans rien obmettre de ce qui a esté requis pour dignement luy
+porter la parolle, et la créance de Voz Majestez, et pour luy faire
+bien expressément entendre vostre intention sur le faict de la Royne
+d'Escoce: en quoy la dicte Dame a monstré que la matière luy estoit de
+bien grande conséquence, mais qu'elle n'estoit encores en guières de
+disposition d'y entendre pour des occasions, qu'elle a faict semblant
+d'avoir descouvertes de nouveau contre la Royne d'Escoce et contre
+l'évesque de Roz, d'aulcunes leurs menées avec le comte de
+Northomberland sur les derniers troubles du North; et n'a toutesfoys
+layssé de donner des responses pleynes à la vérité d'indignation
+envers la dicte Royne d'Escoce, mais de quelque respect envers Voz
+Majestez Très Chrestiennes, et s'est réservée d'en bailler, dans trois
+ou quatre jours, de plus amples après qu'elle aura heu le loysir d'y
+penser.
+
+Le dict sieur de Montlouet luy a faict des remonstrances et
+réplicques, fort convenables à ce propos, avec instance de luy
+permettre de visiter la dicte Dame de vostre part, et de passer, puys
+après, jusques à ses subjectz, pour aulcunes bonnes occasions que Voz
+Majestez le dépeschent devers elle et devers eulx. A quoy j'ay adjouté
+ce que j'ay estimé convenir à ceste négociation, sellon celle que j'ay
+assés continuée jusques icy de ce faict, et sellon les advertissemens
+du dict Sr évesque de Roz; mais la dicte Dame a remis de respondre au
+tout, après qu'elle y aura pensé.
+
+Cependant elle a couppé assés court le dict propos, comme si elle s'en
+trouvoit pressée, pour demander curieusement des nouvelles de Voz
+Majestez et de celles de la paix. A quoy le dict Sr de Montlouet luy a
+amplement satisfaict; dont, des propos qu'elle luy a tenuz et de ses
+responses, et pareillement de ce qu'elle luy a dict sur le faict de
+la fille de Mad{e} de Mouy et sur ce que Mr de La Meilleraye vous
+avoit escript des désordres qui continuent encores en la mer, je
+laisse au dict Sr de Montlouet de le vous fère bientost entendre par
+luy mesmes, s'il ne va plus avant; ainsy qu'il semble qu'à grand
+difficulté le luy vouldra l'on permettre, ou bien de le vous escripre,
+si, d'advanture, il accomplit son voyage.
+
+Et seulement adjouxteray icy, Sire, ce que la dicte Dame nous a dict
+de la mort du comte de Mora, comme en passant par une rue, en la ville
+de Lithquo, il a esté tué d'ung coup de pistollé, avec quatre balles
+au travers du corps, par le fils du chérif du dict lieu, lequel est
+des Amelthons, qui s'est despuys saulvé[2]. Duquel coup la dicte Dame
+n'a peu dissimuler le regrect qu'elle y avoit, ce qui la nous a
+(sellon mon adviz) randue moins bien disposée en ceste première
+audience, sentant possible debvoir advenir beaulcoup de mutation de
+ceste mort ez choses d'Escoce, et, possible, beaucoup en celles de
+toute l'isle; dont a dépesché en dilligence le Sr Randol par dellà
+pour deux occasions principallement; l'une, affin de solliciter
+l'eslection d'ung aultre régent, qui soit de mesmes disposition envers
+elle qu'estoit le dict de Mora; et l'aultre, pour empescher que le
+comte de Northomberland ne soit mis en liberté sur ce changement, et
+fère beaulcoup d'offres et promesses là dessus.
+
+ [2] Cet évènement arriva en plein jour, le 23 janvier 1570, au
+ moment où le régent traversait la petite ville de Linlithgow, à
+ dix-sept milles d'Édimbourg. Jacques Hamilton de Bothwell-Haugh,
+ qui se vengea par ce meurtre des relations que Murray avait
+ entretenues avec sa femme, trouva moyen de s'échapper et de se
+ réfugier en France.
+
+Ung certain capitaine alleman, nommé Oulfan d'Arnac, est despuys
+naguières arrivé de la Rochelle; par la venue duquel le jeune comte de
+Mensfelt haste son partement; et toutz deux sont pretz de s'embarquer
+pour passer en Allemaigne, affin de se trouver bientost avec le
+Cazimir; lequel ilz cuydent se debvoir, dans peu de jours, mettre en
+campaigne; et cependant la subvention des esglizes protestantes de ce
+royaulme commence à se lever ainsy que je l'avois desjà préveu, et
+possible que par mes premières, je vous pourray mander combien elle se
+montera. Sur ce, etc.
+
+ Ce IIe jour de febvrier 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, ayant la Royne d'Angleterre remiz à fère, d'icy à quatre
+jours, responce à Mr de Montlouet et à moy sur les choses qu'il luy a
+proposées de la part de Voz Majestez, il n'y auroit guières lieu de
+vous dépescher ce pacquet jusques alors, n'estoit la nouvelle qui
+cependant est survenue de la mort du comte de Mora; laquelle je ne
+vous veulx aulcunement retarder, pour l'aparance qu'il y a que
+d'icelle ayt à naistre bientost beaulcoup de nouvelletez en Escoce, et
+possible assés de mutation ez choses de ce royaulme, où ce coup se
+faict desjà tant sentyr, qu'il semble qu'en la court, et par tout le
+pays, ung chacun en soit bien fort esmeu; et n'a la dicte Royne
+d'Angleterre, après l'avoir sceu, différé que bien peu d'heures de
+dépescher Randolf en Escoce, pour fère en toutes sortes qu'on y
+substitue ung aultre régent, qui soit pour persévérer aulx mesmes
+trettez qu'elle avoit avecques le deffunct, avec offres d'argent et de
+forces pour meintenir l'authorité de celluy qui le sera, et pour
+empescher que aulcuns estrangiers puissent estre appellez contre luy
+dans le pays; dont aulcuns estiment que le frère du dict de Mora
+tiendra meintenant ce lieu. En quoy Vostre Majesté considèrera, au cas
+que Mr de Montlouet n'ayt permission de passer jusques en Escosse par
+terre, s'il sera expédiant d'y dépescher ung aultre par mer, qui y
+puisse arriver avant que les choses y soient establyes à la dévotion
+des adversaires de la dicte Royne d'Escoce. L'on a adviz icy que
+Dombertrand a esté avitaillé par deux navyres françoys, dont ne fault
+doubter que le party de la dicte Dame ne s'en trouve grandement
+confirmé dans le pays, et je sçay qu'il en faict grand mal au cueur à
+plusieurs en ceste court. Sur ce, etc.
+
+ Ce IIe jour de febvrier 1570.
+
+
+
+
+LXXXVIIe DÉPESCHE
+
+--du Xe jour de febvrier 1570.--
+
+(_Envoyée par Mr de Montlouet s'en retornant devers le Roy._)
+
+Nouvelle audience accordée à Mr de Montlouet.--Refus fait par
+Élisabeth de lui donner passage.--Motifs qui ont dû l'engager à
+prendre ce parti.--Arrestation de l'évêque de Ross.--Protestation
+de la reine d'Angleterre qu'elle veut se maintenir en paix avec
+le roi, et qu'elle ne donnera aucun secours à ceux de la
+Rochelle.--Préparatifs faits en Angleterre contre l'Écosse.--Nécessité
+d'envoyer sans retard, par mer, un député en Écosse, et de ne rien
+négliger pour arrêter l'exécution des projets des Anglais.--_Note_
+remise à Mr de Montlouet sur l'état général des affaires d'Angleterre
+et d'Écosse.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, ayant la Royne d'Angleterre, au boult de huict jours, faict
+entendre à Mr de Montlouet et à moy, avec quelque aparat, en présence
+de unze seigneurs de son conseil, touchant les affères de la Royne
+d'Escoce, que de laysser passer le dict Sr de Montlouet jusques au
+lieu où est la dicte Dame, et puys de là en Escoce, elle ne le pouvoit
+meintennant en façon du monde consentyr, pour des occasions,
+lesquelles, si eussent esté bien sceues, lorsqu'il fut dépesché, elle
+s'assure que Vostre Majesté ne luy eust donné charge d'y aller; et que
+de la seurté de la dicte Dame Vostre Majesté pouvoit croyre que, quand
+la dicte Royne d'Escoce auroit bien machiné de la fère tuer à elle
+d'ung coup de haquebutte, elle pourtant ne consentyroit jamais qu'on
+touchât ny à sa vie, ny à sa personne; et que de son bon trettement
+elle le luy fesoit fère tel et à telz frays qu'elle sçayt que l'Escoce
+ne seroit pour y fornyr de mesmes. Au regard de sa plus grande liberté
+et restitution à sa couronne, qu'encor qu'elle n'eust à rendre compte
+qu'à Dieu seul de ses actions en cella, elle néantmoins les vous
+feroit entendre par son ambassadeur, ou par ung gentilhomme exprès,
+avec espérance, que vous les trouverez si équitables, que dorsenavant
+vous ne seriez tant pour la dicte Royne d'Escoce, que vous ne fussiez
+aussi pour elle; et de tout ce que, avec ung bien long et préparé
+discours et avec plusieurs démonstrations, elle a desduict là dessus,
+le dict Sr de Montlouet le saura trop mieulx représanter à Voz
+Majestez que je ne le vous sçaurois escripre, vous pouvant asseurer,
+Sire, qu'il a si vifvement répliqué et tant fermement incisté à la
+dicte Dame sur toutz les poinctz de l'instruction, que Vostre Majesté
+luy avoit baillée, qu'il ne s'y peult rien desirer davantaige. Et j'ay
+adjouxté ce que j'ay peu de plus exprès pour la presser de luy fère
+meilleure responce; mais le mariage du duc de Norfolc et l'ellévation
+du North lui sont deux offances si rescentes, lesquelles elle impute à
+la dicte Dame, et la mort du comte de Mora les luy a tant rafreschies,
+que nulle sorte d'apareil y peult encores estre bonne; mesmes, sur ce
+dernier courroux de la mort du comte de Mora, elle a faict resserrer
+l'évesque de Roz ez mains de l'évesque de Londres, qui sont deux fort
+différantz personnages, en meurs et en religion, l'ung de l'autre;
+dont semble qu'il fault qu'avec le temps vienne le remède de ce mal.
+
+Je laisse au dict Sr de Montlouet de vous dire le contantement que la
+dicte Royne d'Angleterre à monstré avoir de ce que Voz Majestez Très
+Chrestiennes se sont vollues conjouyr avecques elle sur la
+paciffication des troubles de son royaulme, et les bonnes parolles
+qu'elle a dictes en cella, qui toutjour en use de fort bonnes ez
+choses qui luy sont proposées de Voz Majestez, sinon en ce qu'on luy
+touche de la Royne d'Escoce; et vous dira pareillement les promesses,
+qu'elle nous a faictes, de n'assister en aulcune sorte à ceulx de la
+Rochelle contre Vostre Majesté et sur ce, etc.
+
+ Ce Xe jour de febvrier 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, il n'a tenu ny à soing, ny à dilligence, ny à fère bien
+dignement et expressément entendre, par Mr de Montlouet, à la Royne
+d'Angleterre les choses de sa charge, ny encores à les avoir bien
+préparées et sollicitées par Mr de Roz et par moy, aultant qu'il nous
+a esté possible, que le dict Sr de Montlouet ne raporte une meilleure
+responce qu'il ne faict sur les affères de la Royne d'Escoce; mais le
+mariage du duc de Norfolc et l'ellévation du North y font ung très
+grand obstacle et, possible, y en faict davantaige la mort, naguières
+survenue, du comte de Mora; laquelle la dicte dame et ceulx de son
+conseil, qui sont protestantz, monstroient de la prendre plus à cueur
+que nul aultre accident qui leur eust peu advenir, et sont après à
+fère plusieurs grandz et nouveaulx desseings là dessus; dont desjà ont
+mandé renforcer bien fort la garnyson de Barvich, et crains assés
+qu'ilz veuillent dresser, du premier jour, armée pour l'envoyer par
+dellà, comme j'en ay quelque sentyment; laquelle survenant en la
+division, où est à croyre que ce royaulme se trouve meintennant, elle
+sera pour y fère des effectz, qui seront, par avanture, dommaigables à
+l'advenir; dont je perciste en ce que, par mes précédantes, j'ay
+escript que, ne voulant ceste Royne permettre que le Roy et Vous y
+puissiez envoyer quelqu'un des vostres par terre, qu'il sera bon que y
+dépeschiez promptement ung personnaige de bonne qualité par mer, qui
+soit pour moyenner et establyr, avec vostre auctorité, une bonne
+concorde entre les seigneurs du pays; et les bien disposer de résister
+aux estrangiers, et y relever le nom de leur Royne; en quoy semble
+aussi, si Voz Majestez n'y peuvent pour ceste heure envoyer forces,
+qu'il sera fort à propos que envoyez au moins quelques capitaines, et
+gens d'entendement et de valleur, qui les saichent bien conduyre. Sur
+ce, etc.
+
+ Ce Xe jour de febvrier 1570.
+
+CE QUI S'ENSUIT a esté baillé à Mr de Montlouet pour luy servyr de
+mémoyre.
+
+De la communicquation que Mr de Montlouet et moy avons heu ensemble,
+touchant ses deux instructions, il se pourra servyr de l'ordre
+d'icelles comme d'ung mémoire, pour tout ce que je luy ay dict sur ung
+chacun article, affin d'en satisfère Leurs Majestez.
+
+Et l'extraict de la lettre, que j'escriptz au Roy, s'il luy playt de
+l'emporter, sera pour nous conformer l'ung à l'aultre ez choses que la
+Royne d'Angleterre nous a respondues sur le faict de la Royne
+d'Escoce.
+
+De la continuation de la paix;--Il pourra dire que la Royne
+d'Angleterre monstre d'y vouloir persévérer, et semble que ceulx de la
+Rochelle ne tireront d'elle aulcun manifeste secours; mais ne fault
+doubter que, par moyens secrects et soubz aultres prétextes, les siens
+ne les accomodent, par mer et en Allemaigne, aultant que, sans mettre
+leur Mestresse à la guerre, ilz le pourront fère.
+
+Le jeune comte de Mensfelt est desjà embarqué, lequel anticipe de deux
+moys son partement, parce que, par ung navyre venu du North, l'on a
+sceu que ceste année la mer n'a point gelé; et va descendre en
+Hendein, dont s'estime qu'à son arrivée en Allemaigne, avec les
+responces et lettres de crédict d'icy, le Cazimir et le prince
+d'Orange se mettront incontinent en campaigne. Les dictes lettres, à
+ce qu'on dict, sont pour trente mil livres esterlin en tout, c'est
+cent mil escuz, ce que je n'ay encores bien vériffié.
+
+De l'estat des affères de la Royne d'Escoce et du duc de
+Norfolc;--J'ay monstré à Mr de Montlouet aulcunes petites lettres, qui
+tesmoignent ce qui en est, et ce qu'ung chacun d'eulx espère
+particullièrement pour soy, et ce que l'ung espère pour l'aultre.
+
+Et pareillement ce qu'elle, pour son regard, espère du secours de
+Flandres, et l'instance qu'elle en faict, et ce que luy espère de
+celluy de France, et comme il presse de le haster.
+
+L'estat des choses d'Escoce.--Ledinthon et milor Herys, hors de
+pryson, ont relevé avec les principaulx de la noblesse le nom et
+tiltre de leur Royne.--Le duc de Chastellerault encores
+prisonnier.--Le comte de Morthon et Lendzey ont juré la vengeance de
+la mort du comte de Mora.--S'entend que le comte de Northomberland est
+en liberté. Celluy de Vuesmerland a couru jusques sur quelque garnyson
+d'Angleterre et l'a surprinse.
+
+La Royne d'Angleterre semble vouloir préparer une armée. Je n'ay
+poinct argument que ce soit contre la France, sinon par aulcuns adviz
+de l'année passée que une descente d'Anglois en Picardie doibt
+concourir, quant le Cazimir conduyra son armée vers ce quartier là,
+ayant promiz de s'employer à la reconqueste de Callays pour la dicte
+Dame; à quoy, à toutes advantures, Leurs Majestez feront prendre
+garde.
+
+La plus grand opinion est que ce sera pour aller en Escoce, affin d'y
+establyr le comte de Morthon régent, ou bien fère intervenir le comte
+de Lenoz au gouvernement de l'estat, et de la personne du prince son
+petit filz; et le maintenir comme son subject en ce sien droict, par
+toutz les moyens qu'elle pourra, ou bien pour se saysir, si elle
+peult, du dict petit prince et le transporter en Angleterre; et,
+possible, pour y fère quelque conqueste; et, en monstrant de vouloir
+appeller à la succession de son royaulme le dict petit prince, se
+saysir cependant des deux, le tout par prétexte d'aller contre ses
+rebelles du North, qui se sont retirez au dict pays.
+
+La détention de l'évesque de Roz et des aultres seigneurs catholiques
+porte grand empeschement à ma négociation de la liberté et
+eslargissement; desquelz ne se parle ung seul mot.
+
+Des différandz des Pays Bas, et ce que Espinola et Fiesque en trettent
+d'ung costé, et ce que l'ambassadeur et Anthoneda en trettent de
+l'aultre, pareillement ce que Cecille cerche d'en fère mettre en avant
+par le Sr Ridolfy, et la remonstrance que j'ay faict au dict
+ambassadeur pour empescher l'accord des deniers.
+
+Du Sr Chapin Vitel.
+
+De ce que Leguens a mandé.
+
+De fère administrer justice en Bretaigne aulx Angloys.
+
+Au cas que la Royne d'Escoce se veuille retirer en France, me mander
+si Leurs Majestez l'auront agréable, et qu'est ce que j'auray à fère,
+si elle entreprend de passer en Flandres.
+
+Parler à Monsieur le duc de la pleincte que ceulx ci font qu'on
+retarde par trop à Paris les passeportz à leur ambassadeur.
+
+
+
+
+LXXXVIIIe DÉPESCHE
+
+--du XIIIe jour de febvrier 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais, par Olyvier Cambernon._)
+
+Efforts faits en Angleterre pour obtenir le consentement de l'Espagne,
+afin de disposer des deniers saisis et déposés à la Tour.--Intérêt du
+roi à l'empêcher pour que cet argent ne serve pas à faire des levées
+d'hommes contre la France.--Affaires d'Écosse.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, les choses que Mr de Montlouet a vues, et entendues icy, et
+celles dont nous avons heu communication ensemble, il les sçaura si
+bien représenter à Voz Majestez, que je n'entreprendray de vous en
+toucher icy ung seul mot; seulement je vous diray, Sire, touchant
+celles qui sont venues à ma cognoissance, despuys qu'il est party, que
+le voyage qu'il sçayt que Mr le cardinal de Chatillon a faict à
+Hamptoncourt, le jour de caresme prenant, a esté pour deux occasions;
+l'une, pour prier la Royne d'Angleterre de permettre à Rouvrey, lequel
+par fortune de temps est arrivé mallade et blessé à Grènezé, qu'il y
+puisse demeurer quelque moys pour se guéryr, nonobstant l'estroicte
+deffance qu'il y a de n'y souffrir aulcun estrangier, ce qu'il a
+facillement obtenu; et l'aultre occasion est pour très instemment
+prier la dicte Dame, avec les ambassadeurs des princes protestans, et
+avec ceulx, qui naguières sont venuz de la Rochelle, qu'elle veuille
+acquiter, à ce prochain mars, certaine portion d'ung sien debte
+qu'elle a promiz de payer en Allemaigne, affin qu'ilz s'en puyssent
+ayder à fère leurs levées, prenant sur eulx la dicte portion du
+principal avec les intérestz _pro rata_. Mais à cecy la dicte Dame a
+respondu qu'elle avoit meintenant tant d'affères en son royaume,
+qu'elle estoit pour entrer plus tost en nouveaulx empruntz que de
+payer les vieulx debtes, et qu'il n'estoit possible qu'elle entendît à
+faire aulcun payement, si elle ne s'aydoit des deniers d'Espaigne,
+ausquelz elle n'avoit encores touché, attendant qu'il s'y fît quelque
+bon accord. Sur quoy, se trouvant que Espinola et Fiesque avoient miz
+en avant une composition au nom des merchans, de laysser les dicts
+deniers à la dicte Dame, jusques à l'entier accord des différans des
+Pays Bas, à intérest de dix pour cent pour l'advenir, sans payer rien
+du passé, et baillant seulement la chambre de Londres et mestre
+Grassein pour respondans, tant du principal que des dictz intérestz,
+il se faict une extrême sollicitation que cella s'effectue; et je
+inciste, de tout ce qu'il m'est possible envers l'ambassadeur
+d'Espaigne, qu'il le veuille empescher, luy remonstrant que ce sera
+accommoder d'aultant ceulx qui vous mènent la guerre en vostre
+royaulme, lesquelz se prévauldront de ces deniers; et il sçayt combien
+il y court un grand préjudice pour son Mestre: à quoy il m'a promis de
+fère tout ce qu'il pourra pour l'interrompre, mais il creinct que
+Albornoz, secrétaire du duc d'Alve, tienne la main à cella pour
+l'amytié qu'il a avec les dicts Espinola et Fiesque, ou pour avoir
+receu d'eulx un présent de douze ou quinze mil escuz, ainsy qu'on dict
+qu'ilz en offrent icy ung aultre de cinquante mil escuz au comte de
+Lestre et de vingt mil à Cecille. Mais je ne puys croyre que les dicts
+Espinola, Fiesque et Albornoz mènent ung tel faict, qui touche
+grandement l'intérest du Roy d'Espaigne, duquel ilz sont subjectz, et
+bien fort sa réputation et celle du duc d'Alve, pareillement
+l'offance de son ambassadeur, icy résidant, et des aultres deux
+ambassadeurs qui, à diverses foys, y ont esté envoyez, ensemble celle
+qui a esté faicte à leurs navyres, à leurs subjectz et merchandises,
+sans que le dict Roy Catholique et le duc d'Alve y soient consentans.
+Et j'ay freschement heu adviz, assés conforme à ce que j'ay dict au
+dict Sr de Montlouet, que l'on est après de tirer le Roy d'Espaigne
+hors de l'obligation des merchans, et du risque des dicts deniers; et
+qu'avec cella, il dissimulera pour ceste foys tout le reste, dont
+semble estre fort requis, Sire, que Vostre Majesté face instamment
+requérir le dict duc d'Alve de ne souffrir que les dicts deniers
+soyent ainsy délayssez à la dicte Dame par la composition des
+merchans; car, s'il s'y oppose, la dicte Dame n'y ozera toucher, et,
+aultrement, il est tout certain qu'il en sera envoyé une partie en
+Allemaigne pour fère les levées; vous suppliant très humblement, Sire,
+me pardonner, si je vous oze dire que, au poinct où vous et vos
+affères se retrouvent meintenant, une telle chose n'est aulcunement
+tollérable au dict duc d'Alve.
+
+Au surplus, il semble que ceste Royne et les siens se veuillent
+bientost résouldre à l'entreprinse des choses d'Escoce; car ils sont
+toutz les jours à consulter là dessus, dont je mettray peyne de
+descouvrir, aultant qu'il me sera possible, leurs dellibérations, et
+de fère que les partisans de la Royne d'Escoce par dellà en soyent
+advertys; et suys toutjours d'adviz, Sire, que debvez envoyer
+promptement ung ou deux personnaiges de bonne qualité par dellà pour
+confirmer le pays à vostre dévotion, ainsy que ceulx cy y dépeschent
+de leur part aulcuns de leur conseil, pour le disposer, s'ilz peuvent,
+à la leur; et cependant j'ay advyz qu'ilz ont mandé armer promptement
+deux grandz navyres à Bristo, et mettre cent cinquante bons hommes
+dessus, pour surprendre les deux navyres françoys qui sont allez
+avitailler Dombertran, ainsy qu'ilz s'en retourneront. A quoy Vostre
+Majesté advisera du remède qui s'y pourra donner. Sur ce, etc.
+
+ Ce XIIIe jour de febvrier 1570.
+
+
+
+
+LXXXIXe DÉPESCHE
+
+--du XVIIe jour de febvrier 1570.--
+
+(_Envoyée par Joz, mon secrétaire, exprès jusques à la court._)
+
+Nécessité de se prémunir en France contre l'expédition qui se prépare
+en Allemagne.--Secours d'argent et de munitions que l'on se dispose à
+envoyer d'Angleterre à la Rochelle.--État des affaires en Écosse après
+le meurtre du comte de Murray.--Armement fait à Londres que l'on
+pourrait craindre de voir diriger contre Calais.--Divisions qui se
+continuent entre les seigneurs d'Angleterre.--Offre faite au roi de la
+part d'un seigneur anglais.--_Mémoire_ sur les affaires générales
+d'Angleterre et d'Écosse.--Regret éprouvé par Élisabeth de la mort de
+Murray.--Dispositions prises en Angleterre pour mettre le royaume en
+état de défense, et fournir de l'argent aux protestants de France.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, ayant miz peyne de vériffier l'adviz que, par mes précédantes,
+du XIIIe du présent, je vous ay mandé touchant certains deniers, qu'on
+presse la Royne d'Angleterre de fornyr en Allemaigne sur l'acquit de
+ses debtes, afin que les princes protestans s'en puyssent accommoder
+au payement de leurs levées, je tiens pour asseuré, (nonobstant que la
+dicte Dame et les siens facent démonstration toute au contraire, et
+que Mr l'ambassadeur d'Espaigne, qui n'a moins suspect en cest
+endroict ce qui s'en pourchasse au nom du prince d'Orange, que moy la
+sollicitation de ceulx de la Rochelle, n'en ayt encores rien
+descouvert,) que néantmoins la chose est desjà toute conclue, ainsy
+que j'ay baillé, par instruction, à ce mien secrétaire, de le fère
+particullièrement entendre à Voz Majestez; et semble, Sire, que ne
+debvez plus demeurer sur le doubte si les Allemans descendront ou non,
+mais vous préparer comme pour leur résister et pour leur empescher
+l'entrée de vostre royaulme; à laquelle dellibération, de fornyr
+deniers, j'entans que la dicte Dame a beaulcoup résisté, comme celle
+qui ne s'en vouloit auculnement despourvoir; mais elle n'a sceu
+comment enfin s'excuser de n'acquicter son debte et fère tout ensemble
+playsir à ses amys, sans qu'il luy coste que la seule advance de
+l'argent qu'elle doibt, dont elle demeure quiete; et néantmoins luy
+sera dans quelques moys rembourcé. J'ay d'ailleurs envoyé
+soigneusement enquérir, par les portz de ce royaulme, s'il y auroit
+aulcun congé, ou permission, d'enlever pouldres et monitions pour la
+Rochelle; et m'a l'on raporté qu'à la vérité il n'y a nulle expresse
+permission de cella, mais qu'aulcuns merchans ont bien achapté
+secrectement des bledz et des chairs en ce pays, et ont faict venir de
+Nuremberg, de Hembourg et d'Anvers, des pouldres, des armes, des
+beuffles et choses semblables pour les envoyer à la Rochelle, afin de
+faire leur profict; à quoy j'essaye bien de les empêcher, mais ils
+nyent que ce soit pour la Rochelle; néantmoins j'ay adverty ceulx de
+ce conseil que Vostre Majesté déclairera de bonne prinse tous les
+vaysseaulx qu'on trouvera retournans du dict lieu. Les choses
+d'Escoce se racontent en diverses façons, mais l'on tient pour la plus
+vraye que le comte de Morthon s'est vollu ingérer au gouvernement du
+pays en qualité de régent; et que plusieurs des grandz s'y sont
+opposés, et ont si bien relevé le nom de leur Royne que son auctorité
+y est pour ceste heure la plus recogneue; et que le duc de
+Chatellerault est encores prisonnier et resserré davantaige pour la
+souspeçon du murtre du comte de Mora; que Ledinthon est hors de
+pryson; que les principaulx des deux factions ont convenu de laysser
+courir, pour ceste heure, le seul exercisse de la religion nouvelle
+dans le pays, et que pour l'establissement des affères l'on assemblera
+les Estatz, où s'espère que le retour et restablissement de leur Royne
+sera requiz.
+
+J'entans que ceulx cy arment plus de vaysseaulx que les deux que j'ay
+mandé par mes précédantes, tout au long de la coste d'ouest, pour
+garder que nulz navyres estrangiers puissent aller ny venir en Escoce,
+espéciallement à Dombertran. Sur ce, etc.
+
+ Ce XVIIe jour de febvrier 1570.
+
+ Je viens, tout à ceste heure, d'estre adverty que ceulx cy sont
+ après à ordonner ung grand armement des navyres de guerre de
+ ceste Royne et aultres de ce royaume, pour une grande
+ entreprinse, qu'ilz veulent exécuter avec intelligence du prince
+ d'Orange, qui les doibt ayder de ses vaysseaulx qu'il a en mer,
+ sous la charge du Sr de Olain et du bastard de Briderode; et
+ espèrent aussi se prévaloir de ceulx de la Rochelle. Aulcuns
+ soupeçonnent que ce soit sur Callais, dont j'ay réouvert le
+ pacquet pour y adjouxter cest article, encor que je ne l'aye plus
+ avant vériffié. J'ay aussi présentement receu les deux dépesches
+ de Vostre Majesté, du XXVIIe du passé et du sixiesme d'estuy cy,
+ par un mesme courrier, sur lesquelles je verray bientost ceste
+ Royne, et ne changeray rien pour la venue d'icelles en ceste
+ dépesche.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+=Chiffre.=--[Madame, la division continue toutjour en ce royaume, et le
+malcontantement croyt de plus en plus ez cueurs des principaulx et des
+Catholiques, parce que les gouverneurs, qui sont des moindres et toutz
+protestans, procèdent insolentement contre eulx; dont ne peult estre
+que bientost l'altération ne s'en monstre bien grande, et que la cause
+de la religion, celle de la Royne d'Escoce, celle des seigneurs
+prisonniers, et encores celle de l'incertaine succession de ce
+royaulme, qui ont chacune leurs partisans, ne produyse de divers
+effectz; en quoy je mettray peyne de tenir le nom du Roy le plus
+relevé que je pourray, et qu'il n'y en ayt point de plus respecté que
+le sien.
+
+X.... m'est venu trouver, sur les dix heures de nuict, pour me dire
+que, s'il playt au Roy de le recepvoir, il passera très vollontiers à
+son service, avec une si bonne entreprinse en main que, quant Sa
+Majesté la vouldra exécuter, il la trouvera très utille pour sa
+grandeur, adjouxtant plusieurs occasions de son malcontantement et de
+celluy des principaulx seigneurs de ce royaulme. Sur quoy, ne saichant
+s'il venoit pour m'essayer, j'ay respondu que je ne sçavois que le Roy
+eust aultre intention que fort bonne à l'entretennement de la paix
+avec la Royne d'Angleterre et avec son royaulme; mais, parce que
+toutes ses prétencions et desirs ne me pouvoient estre cognuz, je ne
+fauldrois de l'advertir de ce qu'il me disoit, et qu'il pouvoit bien
+considérer que Sa Majesté avoit à se douloir, aussi bien que luy, de
+ceulx qui gouvernoient en ce royaume; et qu'à ceste occasion il le
+pourroit bien accepter et l'employer à s'en revencher ensemble; dont
+il m'a dict qu'il viendra, dans quelque temps, sçavoir la responce que
+Vostre Majesté m'aura faicte]. Sur ce, etc.
+
+ Ce XVIIe jour de febvrier 1570.
+
+ INSTRUCTION AU SR DE JOS de ce qu'il aura à dire à Leurs
+ Majestez, oultre le contenu de la dépesche.
+
+ Ainsy que la Royne d'Angleterre estoit après à esteindre les
+ troubles du North, et à pourvoir qu'ilz ne se peussent plus
+ rallumer; et qu'elle faisoit estat, que d'Escoce, d'où elle heut
+ heu le plus à se doubter, ne luy viendroit que toute faveur et
+ assistance, tant que le comte de Mora y commanderoit, mesmes
+ qu'il tenoit le comte de Northumberland en ses mains; et ne
+ cerchoit sinon comme elle et luy pourroient concourre en ung
+ mesme intérest contre la restitution de la Royne d'Escoce; il
+ n'est pas à croire combien la dicte Dame a vifvement senty la
+ mort du dict de Mora.
+
+ Pour laquelle, s'estant enfermée dans sa chambre, elle a escryé,
+ avecques larmes, qu'elle avoit perdu le meilleur et le plus
+ utille amy, qu'elle eut au monde, pour l'ayder à se meintenir et
+ conserver en repos, et en a prins ung si grand ennuy que le comte
+ de Lestre a esté contrainct de luy dire, qu'elle faisoit tort à
+ sa grandeur de monstrer que sa seurté et celle de son estat
+ eussent à dépendre d'ung homme seul.
+
+ Et parce que l'avitaillement de Dombertran, la venue de Mr de
+ Montlouet, quelque course du comte de Vuesmerland sur la
+ frontière, et la retrette d'aulcuns Anglois en Escoce, sont
+ advenues en mesme temps, la dicte Dame et ceulx de son conseil
+ sont entrez en grand opinion que les Catholiques de ce pays, avec
+ l'intelligence des estrangiers, ayent mené ceste practique, et
+ qu'il y ayt bien d'aultres entreprinses en campaigne.
+
+ Et mesme l'on s'esforce de randre suspect à la dicte Dame le
+ propos de la paix de France, comme si, la faisant, l'on debvoit
+ incontinent luy déclairer la guerre; ce que toutesfoys elle ne se
+ veult ayséement persuader, et pourtant ne peult laysser de la
+ desirer, pourveu qu'il ne s'y conclue rien contre elle, ny trop
+ au désadvantaige de sa religion; affin qu'elle demeure deschargée
+ de tant de demandes et importunités qu'on luy faict pour
+ l'entretennement de ceste guerre.
+
+ Mais parce qu'aulcuns luy remonstrent que des exploicts de ceste
+ année a de résulter l'establissement ou la ruine de sa dicte
+ religion, et pareillement le repos ou l'altération de son estat,
+ car ilz conjoignent l'ung avecques l'aultre, j'entendz que la
+ dicte Dame et ceulx de son conseil ont desjà résolu la plus part
+ des choses qu'ilz estiment estre besoing d'y pourvoir, desquelles
+ j'ay sceu en premier lieu:
+
+ Qu'ilz ordonnent de continuer la description des forces, que j'ay
+ cy devant mandées, de quatre vingtz dix mil hommes de pied et
+ trente mil chevaux, en trois endroictz de ce royaulme; et que la
+ charge en sera principallement commise aulx Protestans, et qu'on
+ regardera de si près aux Catholiques, qu'on ne leur permettra de
+ se trouver plus de six ensemble, sur peyne de pryson: que les
+ seigneurs, qui sont dettenuz, seront resserrez davantaige, et
+ sera continué d'enquérir contre eulx, mesme a esté parlé de
+ _convoquer ung parlement_ pour trois occasions seulement; l'une,
+ pour avoir deniers; et l'aultre, pour déclairer criminels de lèze
+ majesté ceulx qui se sont ellevez, et leurs adhérans, affin de
+ procéder à leur confiscation; et la troisième, pour confirmer les
+ décrectz de leur religion. Mais de peur que le dict parlement ne
+ veuille toucher à d'aultres choses, il n'est encores résolu de le
+ convoquer; et est, en toutes sortes, si rigoureusement procédé
+ contre les dicts Catholiques, qu'ilz vivent en grand frayeur,
+ dont les Protestans, qui ont toute l'auctorité, pensent que par
+ ce moyen ilz les pourront contenir.
+
+ Pour le regard des choses d'Escoce, ayantz faict passer le
+ mareschal de Barvich, et ung capitaine de la mesme garnyson, au
+ dict pays, incontinent qu'on a entendu l'inconvéniant du dict de
+ Mora, affin de relever le party qu'il tenoit, ilz y ont despuys
+ envoyé Randof, et sont après à y dépescher encores Raf Sadeller
+ qui est du conseil, avec lettres à huict principaulx du pays et
+ créance de leur offrir hommes et argent au nom de ceste Royne; et
+ ont donné charge au comte de Sussex de doubler la garnyson de
+ Barvich, dont il emporte commission d'y mettre promptement cinq
+ centz hommes, et trois centz chevaulx de renfort; et, à cest
+ effect, luy a esté baillé douze capitaines de la suyte de ceste
+ court, estimans que la dicte garnyson de Barvich, ainsy
+ renforcée, laquelle sera de mil harquebouziers et six centz
+ chevaulx, avec l'ayde du gardien de la frontière, suffira contre
+ les courses de Vuesmerland, jusques à ce que cest esté, ou plus
+ tost, ils auront dressé armée pour aller courre l'Escoce, affin
+ d'y establyr les choses à leur dévotion, estant l'opinion
+ d'aulcuns qu'ilz se saysiront, s'ilz peuvent, du petit prince du
+ pays; et qu'ayantz la mère et le filz en leurs mains, il leur
+ sera aysé de annuller le tiltre que la mayson d'Escoce prétend à
+ la succession de ce royaulme.
+
+ Et ne deffault qui persuade à ceste princesse qu'affin qu'elle ne
+ soit, ny par le costé de France, ny de Flandres, empeschée en ses
+ affères de deçà, qu'elle doibt accommoder les princes protestans
+ en leurs entreprinses de dellà, et leur donner moyen qu'ilz se
+ puissent prévaloir d'aulcuns deniers de ce royaulme, pourveu
+ qu'elle n'en desbource rien; dont j'entens qu'après s'en être
+ quelque temps fort excusée, enfin elle a condescendu de dire à
+ ceulx de son conseil qu'ilz advisent comment cella se pourra
+ fère; dont desjà ont résolu que la dicte Dame payera, dans le
+ moys d'apvril, une partie de ses debtes en Allemaigne, laquelle
+ iceulx princes prendront des mains de ses créditeurs; et encor
+ que les deniers reviegnent toutz à son acquit, ilz luy seront
+ néantmoins remboursez, la moictié des prinses, et l'aultre
+ moictié par les esglizes protestantes de ce royaulme; lesquelles,
+ à ce qu'on dict, ont accordé de bailler quatre vingtz mil escuz
+ dans huict moys, ainsy que de mesmes les aultres esglizes
+ protestantes de France, de Flandres, d'Allemaigne, des Suisses,
+ d'Itallie, et mesmes disent d'Espaigne, contribuent à ceste
+ guerre: dont l'on faict compte que la contribution de toutes
+ ensemble, comprins les dix mil escuz de ceste cy, monte envyron
+ trente mil escuz toutz les moys.
+
+ Mais la difficulté est en ce que, sans mettre la main aux deniers
+ d'Espaigne, la dicte Dame ne peut, ny veult payer aulcune portion
+ de ses debtes, ceste année, en Allemaigne, affin de ne se
+ desfornyr d'argent; et ce qui a esté cause de quoy Espinola et
+ Fiesque ont esté mieux ouys sur les offres qu'ilz ont faictes, au
+ nom des merchans Espaignolz et Gènevoys, de laysser les dicts
+ deniers à la dicte Dame, ainsy que je l'ay mandé par mes
+ précédantes. Et j'ay advis qu'on tient cella pour si accommodé,
+ que desjà est ordonné à Me Grassein d'en distribuer quarante cinq
+ mil livres d'esterlin aulx merchans de ceste ville, c'est cent
+ cinquante mil escuz, pour les fornyr, à ce prochain apvril, en
+ Allemaigne, aux dits créditeurs de ceste Royne et vingt mil {lt}
+ aussi d'esterlin, c'est soixante douze mil escuz, ordonnez pour
+ les affères d'Escoce.
+
+ Reste seulement que la dicte Dame demande aus dicts Espinola et
+ Fiesque ung mot de lettre du Roy d'Espaigne, par lequel il
+ advouhe que les dicts deniers sont des merchans, et non siens;
+ ce que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est ici, me promect que son
+ Mestre ne le fera jamais. Aultres estiment que, pour sortyr hors
+ de l'obligation et du risque des dicts deniers envers les
+ merchantz, qu'il ne reffusera de le fère; aultres disent que,
+ ores qu'il ne le face, qu'on ne lairra pourtant d'accorder des
+ dicts deniers avecques les merchans, et s'en ayder en Allemaigne;
+ néantmoins, il sera toutjour bon d'incister au duc d'Alve qu'il
+ empesche le dict accord:
+
+ Car il est desjà nouvelles que Quillegrey sera dépesché pour
+ aller porter les lettres de police du dict payement, et pour
+ aller faire semblables offices, ceste année, qu'il fit la
+ précédente envers les princes protestans; dont s'estime, qu'à son
+ arrivée par dellà, plus qu'à celle du jeune comte de Mensfelt,
+ les dicts princes s'esmouveront et commenceront de marcher; et
+ que le dict de Mensfelt n'a emporté que quelques lettres
+ d'acquit, pour vingt mil livres d'esterlin, qui avoient esté
+ desjà prinses sur les bagues de la Royne de Navarre. Par ainsy,
+ il fault fère estat que l'armée de Cazimir yra au secours de
+ ceulx de la Rochelle.
+
+ Il semble qu'on ayt vollu imprimer quelque peur à ceste princesse
+ du duc de Olstein, luy donnant entendre qu'il a esté devers le
+ duc d'Alve à Bruxelles pour tretter quelque entreprinse contre
+ elle, et qu'il faict une levée de gens de pied et de cheval vers
+ Hembourg et Osterelan, de quoy elle a certain adviz, et que le
+ duc Ery de Bronzouye a aussi la sienne toute preste; dont, encor
+ que le dict duc d'Alve monstre que son principal prétexte soit
+ pour résister aulx entreprinses du prince d'Orange, néantmoins la
+ jalousie qu'elle s'est donnée de cella, et possible le desir de
+ favoriser les affères du dict prince d'Orange, et les choses
+ advenues par la mort du comte de Mora sont cause dont elle se
+ laysse ainsy aller à la forniture de deniers en Allemaigne;
+ aulcuns estiment tout le contraire du duc d'Olstein, qu'il est
+ pour le dict prince d'Orange, bien m'a l'on dict qu'il y a desjà
+ trois ans que ceste Royne a osté de son estat le dict de Olstein
+ lequel souloit être son pencionnaire.
+
+
+
+
+XCe DÉPESCHE
+
+--du XXIIe jour de febvrier 1570.--
+
+_(Envoyée par Hamberlin, chevaulcheur d'escuerye, jusques à la
+court.)_
+
+ Audience accordée à l'ambassadeur; communication faite à
+ Élisabeth de l'état des négociations en France pour arriver à
+ la pacification.--Conditions proposées par le roi.--Offre faite
+ par la reine d'Angleterre de sa médiation.--Nouvelle assurance
+ qu'elle n'a donné aucun secours aux protestans de
+ France.--Affaires de la reine d'Écosse.--Élisabeth propose
+ d'accepter la médiation du roi pour ses différends avec Marie
+ Stuart.
+
+ AU ROY.
+
+Sire, pour faire entendre à la Royne d'Angleterre ce qui a passé avec
+les depputez de la Royne de Navarre, des princes de Navarre, de Condé,
+et des aultres de leur party, qui vous ont très humblement requiz la
+paix, je luy ay récité les mesmes bons et bien convenables propos de
+vostre lettre du VIe du présent, avec ung peu d'expression de
+l'incroyable débonnaireté et infinye clémence qu'il vous playt user
+envers eulx, sur toutes les offances, ruynes et dommaiges, que vous et
+vostre royaulme avez receu de leur ellévation et de leur prinse
+d'armes; et que si la dicte Dame veult considérer les grâces et
+concessions que vous leur offrez, je m'asseure qu'elle les estimera,
+sinon excessives, à tout le moins telles que de plus grandes vous ne
+leur en pouvez bonnement concéder, sinon que pour les contanter à eulx
+seulz, Vostre Majesté se vollût par trop se malcontanter soy mesmes,
+et offancer vos aultres bons subjectz catholiques, qui sont de vostre
+party, qui ont toutjour suyvy vos intentions, n'ont onques contradict
+à icelles, ont combattu avecques vous et pour vous, et n'ont rien
+espargné du leur pour vous secourir; et pareillement offancer bonne
+partie du reste des Chrestiens, espéciallement les princes, vos alliez
+et confédérez, qui monstrent avoir intérest en ceste cause pour la
+religion catholique et pour la souveraine auctorité, qu'ilz desirent
+estre, l'une et l'aultre, bien conservées en vostre royaulme, comme en
+ung siège principal de la Chrestienté, en quoy, en lieu qu'ilz vous
+penseroient avoir regaigné pour bien veuillant et favorable prince, il
+est à croyre qu'ilz vous trouveroient à jamais offancé, irrité et bien
+fort ulcéré contre eulx.
+
+La dicte Dame, d'ung visaige bien fort joyeulx et contant, après
+plusieurs bien bonnes parolles du mercyement, qu'elle m'a prié de vous
+fère, pour une tant favorable communication du pourparlé de paix avec
+vos subjectz, a curieusement vollu lire les articles d'icelluy, et
+j'ay miz peyne de les lui fère trouver plus que raysonnables de vostre
+costé; et que, si ceulx de l'aultre part se monstrent tant sans rayson
+qu'ilz ne les acceptent, que Vostre Majesté la prie de les tenir
+dorsenavant pour ceulx qui ne sont meuz d'aulcun desir de religion,
+ains d'une pure ambicion d'occuper l'authorité souveraine s'ilz
+pouvoient; et que, pour le debvoir de l'alliance et bonne amytié, qui
+est entre Vostre Majesté et la dicte Dame et voz deux couronnes, elle
+les veuille à jamais exclurre de sa protection, faveur et secours, et
+nomméement de l'assistance de deniers qu'ilz se vantent debvoir avoir
+ceste année d'elle ou de son royaulme; et, comme ennemye conjurée
+contre eulx, se veuille unyr avec Vostre Majesté pour les réprimer, et
+pour vous ayder de reconquérir sur eulx les droictz souverains,
+qu'ilz s'esforcent [d'usurper], et donner exemple aux aultres subjectz
+d'ozer, par prétexte de religion, entreprendre d'usurper sur leurs
+vrays et naturelz princes et seigneurs.
+
+A quoy elle m'a respondu qu'elle ne doubte aulcunement que, en Vostre
+Majesté et en celle de la Royne, ne soit le mesmes bon desir que les
+dicts articles monstrent pour la réunyon et réconcilliation de voz
+subjectz, et comme elle le loue infinyement, ainsy vous prie elle de
+croyre qu'elle a grand affection de la veoir bien effectuée; et que,
+si ceulx de la Rochelle ont de quoy pouvoir, sans contraincte de leur
+conscience, vivre soubz vostre auctorité, en paix et bonne seurté de
+leurs vyes et de leurs personnes, elle ne voyt commant ilz le
+puyssent, ny doibvent reffuzer; dont, si pour la conclusion d'ung si
+bon oeuvre, au cas qu'il y intervienne aulcune difficulté, il vous
+playt qu'elle s'y employe, elle le fera droictement à l'advantaige deu
+à Voz Majestez, comme si c'estoit pour le sien propre; et quant à
+secours, elle peult jurer devant Dieu qu'il n'en est procédé d'elle,
+ny en argent, ny en aultre chose, dont ilz se puyssent raysonnablement
+vanter qu'elle leur en ayt baillé contre vous, et qu'elle n'ozeroit
+jamais lever les yeulx pour me regarder, si, après tant de parolles et
+de promesses qu'elle m'a faictes vous escripre là dessus, elle venoit
+meintenant à leur en donner.
+
+J'ay esté en doubte, Sire, comment uzer de ce, qu'en lieu que je l'ay
+requise de leur estre ennemye, s'ilz n'acceptent les condicions de
+paix, elle s'est offerte d'en composer les difficultez; dont, sans en
+rien acepter, je l'ay seulement remercyée, au nom de Voz Majestez, et
+que je ne fauldrois de le vous escripre, et ay poursuyvy que
+j'espérois que la mesme responce conviendroit à ce que j'avoys à luy
+requérir très instantment de vostre part, qu'elle vous vollût tout
+ouvertement signiffier si une levée de huict mil reystres, qu'on vous
+a mandé que le duc d'Olstein et le comte d'Endein font pour elle en
+Allemaigne, est en faveur de ceulx de la Rochelle, ainsy qu'on le vous
+veult persuader, et qu'il vous semble bien que la dicte Dame doibt
+ceste franche et claire déclaration à la bonne amytié, que Voz
+Majestez Très Chrestiennes luy portent, et que le cueur ne vous peult
+dire que vous ayez en ce temps à espérer actes si ennemys et si
+contraires du costé de la dicte Dame.
+
+Elle m'a respondu, de fort bonne façon, que Mr Norrys luy a touché ce
+particullier par ses lettres, et que par lui mesmes elle vous y fera
+satisfère: cependant me vouloit bien asseurer qu'elle ne faict point
+fère la dicte levée, et qu'elle ne veult jamais estre estimée Royne,
+s'il se trouve aultrement; et a passé oultre à me dire qu'il se parle
+bien de quelque levée à venir, mais qu'elle ne sçayt encores ce qui en
+est; et, quand elle l'entendra, s'il y a rien contre Vostre Majesté,
+elle me le fera notiffier.
+
+Je croy que la dicte Dame m'a respondu assés sellon la vérité et
+sellon son intention en ces deux choses; mais je mettray peyne de
+mieulx les vériffier, et sur ce, etc.
+
+ Ce XXIIe jour de febvrier 1570.
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, ayant envoyé me condouloir à Mr le comte de Lestre du peu de
+satisfaction que la Royne, sa Mestresse, a vollu donner à Voz Majestez
+Très Chrestiennes, par Mr de Montlouet sur les affères de la Royne
+d'Escoce, il m'a mandé que je debvois excuser la dicte Dame sur les
+espouvantables conseilz qu'on luy donnoit, de la subversion de sa
+couronne et de son estat, si elle ne procédoit encores plus
+rigoureusement contre elle, ce qui n'estoit aulcunement sellon son
+cueur; et que, n'ozant de luy mesmes se ingérer de luy en parler, si
+je luy en voulois escripre une lettre à part, il la feroit si
+oportunément veoir à la dicte Dame qu'il espéroit que les affères de
+la dicte Royne d'Escoce s'en porteroient mieulx. Je luy ay escript
+aulcun peu de motz, lesquelz il luy a monstrez, et elle m'a faict
+cognoistre, en ma dernière audience, qu'elle les avoit bénignement
+receuz; lesquelz ont heu tant d'effect qu'elle m'a offert d'elle
+mesmes que, s'il playt à Voz Majestez mettre en avant ung moyen ou
+expédiant entre elles deux, qui soit honneste et non préjudiciable à
+elle ny à sa couronne, ny contraire à son honneur et conscience,
+qu'elle y entendra très vollontiers; et ainsy m'a elle, une et deux
+foys, prié de vous le mander. Dont je mettray peyne, Madame,
+d'entendre là dessus le désir de la dicte Royne d'Escoce, et le
+conseil, s'il m'est possible, de Mr l'évesque de Roz, lequel est
+encores bien resserré, pour en user le plus oportunément que je
+pourray. Cependant il plairra à Voz Majestez m'en commander ung mot
+par une lettre que je puysse monstrer, et sur ce, etc.
+
+ Ce XXIIe jour de febvrier 1570.
+
+
+
+
+XCIe DÉPESCHE
+
+--du XXVIe jour de febvrier 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Callais par Lepecoc_.)
+
+Opinion générale répandue en Angleterre que la paix sera prochainement
+conclue en France.--État des affaires en Flandre.--Incertitude sur les
+nouvelles d'Écosse; nécessité d'envoyer un prompt secours dans ce
+pays.--Réclamation des Anglais contre la conduite qui est tenue à leur
+égard en Bretagne.--Vives instances de Marie Stuart pour obtenir un
+secours de France.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, après avoir, le XXe de ce moys, amplement discouru à la Royne
+d'Angleterre en quel estat estoient demourées les choses avec les
+depputez de la Rochelle, lorsque Vostre Majesté m'a commandé de luy en
+parler, et que la dicte Dame m'eust prié de luy laysser le mémoire des
+condicions que vous leur offriez, lesquelles elle ne fit semblant de
+les trouver que bien fort raysonnables, et qu'elle ne voyoit plus
+aulcune difficulté en cella, sinon possible ung peu de l'asseurance, à
+cause de l'infraction des précédantz traittez, elle manda, le jour
+d'après, Mr le cardinal de Chatillon pour les luy communiquer; et ne
+sçay encores, Sire, ce qui en fut débattu entre eulx, sinon qu'on m'a
+adverty que le dict Sr cardinal dict que la Royne de Navarre, plus de
+douze jours auparavant, luy en avoit en substance mandé le contenu, à
+la mesure que les depputez, durant le pourparlé, le luy escripvoient,
+et qu'il faisoit grand difficulté que la paix se peult conclure là
+dessus, qu'il ne leur fût en quelque chose mieulx satisfaict, et en
+quelque aultre plus seurement pourveu. Je mettray peyne de sçavoir si
+la dicte Dame a trouvé fondement en sa dicte difficulté, veu qu'elle
+m'a dict que ses plus sçavantz prescheurs maintenoient, par
+tesmoignages de l'escripture saincte, que nulle eslévation contre son
+prince, ny mesmes pour la conscience, peult estre juste ny
+raysonnable.
+
+Il semble qu'on ayt icy assés d'opinion que la paix se conclurra, et
+néantmoins je n'entendz qu'on révoque l'ordonnance des deniers pour
+Allemaigne, bien qu'aulcuns estiment que les levées de gens de guerre
+sont retardées pour attandre quelle fin le dict traitté prendra; et se
+parle beaulcoup plus, à ceste heure, des aprestz du prince d'Orange
+que de ceulx de Cazimir, et qu'encores que en Flandres ne s'en face
+aulcun semblant, que néantmoins le duc d'Alve ne laysse de pourvoir
+secrectement à ses affères; dont ceulx cy ont quelque adviz de ses
+aprestz, et mesmes tiennent pour assés suspectz ceulx qu'ilz entendent
+qu'il faict pour la mer, qui ne peuvent, ce leur semble, estre dressez
+contre le dict prince; et par ainsy, doubtent que ce soit contre eulx,
+mais ilz monstrent de ne les craindre guières. La composition des
+deniers et merchandises, arrestées par deçà sur les subjectz du Roy
+d'Espaigne, se poursuyt toutjours. Il est vray qu'il semble qu'on
+attand la responce d'une dépesche, que le duc d'Alve, après le retour
+du Sr Chapin en Flandres, a faicte au Roy son Mestre sur ceste affère,
+qui n'est encores venue.
+
+Je ne puys avoir certitude des présentes choses d'Escoce, et semble
+que le Sr Randolf mesmes, qui est sur le lieu de la part de ceste
+Royne, ne peult comprendre quelles elles sont, et qu'il en escript
+confuzément. Le comte de Lenoz se prépare toutjours pour y aller;
+mais il creinct quelque malle adventure par dellà, et n'ayant la dicte
+Royne d'Escoce faulte d'adviz en ses propres affères, elle nous a
+faict tenir celluy que je vous envoye duquel nous mettrons peyne d'en
+avoir plus grande vériffication; et d'aultant qu'avec icelluy vous
+verrez, Sire, l'instance qu'elle me prie de vous fère pour son
+secours, il ne sera besoing de le vous exprimer davantaige, si n'est
+pour vous dire, Sire, que peu d'ayde à ce commancement vous pourra
+espargner les frays d'ung grand secours, que possible cy après vous y
+vouldriez avoir envoyé; lequel, ou n'y pourra lors passer, ou n'y
+viendra jamais assés à temps. Je ne sçay si, suyvant mes précédantes
+lettres, ceste Royne vouldra entendre à quelque bon expédiant avec la
+dicte Royne d'Escoce, elle m'a faict démonstration d'y estre assez
+bien disposée; mais la dicte Royne d'Escoce a trop d'ennemys en ceste
+court.
+
+La dicte Royne d'Angleterre m'a faict dellivrer trois Françoys qui
+estoient prisonniers à Colchester, et m'accorde ordinairement, et fort
+libérallement, les provisions de justice que je luy demande pour voz
+subjectz. Il est vray que ceulx de son conseil m'ont faict escripre
+par le juge de l'admyraulté que, s'il n'est faict rayson à trois
+Anglois, qui vont pourchasser la restitution de leurs biens à
+Granville en Bretaigne, qui leur a esté deux et trois foys desnyée,
+que les Bretons ne s'esbahyssent plus s'ilz n'ont dellivrance des
+biens qui leur seront prins ou arrestez par deçà; vous supliant, Sire,
+mander au Sr de La Roche, cappitaine du dict Granville, qu'il les leur
+face dellivrer, et que dorsenavant Vostre Majesté commande estre
+mieulx pourveu à l'administration de la justice aux dicts Anglois en
+Bretaigne, qu'ilz disent qu'ilz n'y en ont heu jusques icy; et sur ce,
+etc.
+
+ Ce XXVIe jour de febvrier 1570.
+
+ Sur la fin de la présente m'est venu advis qu'il y a heu
+ rencontre, sur la frontière du North, entre millord Dacres, qui
+ se retirait en Escoce avec quelque troupe, et milord de Housdon
+ gouverneur de Barvich, qui l'a vollu empescher.
+
+ EXTRAICT de la lettre de la Royne d'Escoce à Mr l'évesque de Roz,
+ son ambassadeur.
+
+ J'ay receu, par ce pourteur, la lettre que m'avez escripte du VIe
+ du présent, et suys fort marrye de vostre emprysonnement, à ceste
+ heure que mes affères ont grand besoing de vous, sur le poinct
+ qu'on m'a dict que le Roy a accordé d'envoyer deux mil hommes en
+ Escoce; je vous prie, sollicitez Mr l'ambassadeur de fère
+ instance à son Mestre qu'il les veuille haster, et advertissez
+ l'arsevesque de Glasco et Rollet, de faire le mesme par dellà. Je
+ vouldrois bien entendre quel secours nous aurons de Flandres. Je
+ crains qu'il sera assés petit, et qu'il viendra bien tard; car
+ j'entends que desjà la Royne d'Angleterre faict lever une armée
+ de douze mil hommes en ce pays, et en veult envoyer, du premier
+ jour, trois mil en Escoce, et puys après, y fère acheminer le
+ reste par mer et par terre, avec intention, comme on dict,
+ d'avoir, ou par moyen, ou par force, mon filz en ses mains, et
+ puys après disposer de ma vie. Mais, si Dieu m'est favorable,
+ comme je n'en doubte poinct, je ne crains poinct cella;
+ néantmoins, je vous prie très affectueusement de le nottifier
+ aulx ambassadeurs, affin que, s'ilz m'ayment et ayment mes
+ affères, qu'ilz procurent de fère envoyer en dilligence le
+ secours en Escoce. Il est bruict que le Roy d'Espaigne est fort
+ mallade, et que le Roy a aultant à fère dedans son royaulme comme
+ auparavant, et qu'il n'a peu fère la paix avecques ses subjectz,
+ dont vous prie m'en faire entendre la vérité.
+
+ EXTRAICT d'aultre lettre escripte par la dicte Royne d'Escoce à
+ Jehan Cobert, secrétaire de Mr de Roz, du XIIIe febvrier 1570.
+
+ Jehan Cobert, si vostre mestre est si estroictement gardé qu'il
+ ne puisse vaquer à mes affères, ne faillez de trouver quelque
+ moyen de me donner toutjours adviz des occurrences, le plus
+ souvent que vous pourrez. Faictes mon excuse à Mr l'ambassadeur
+ de France, si je ne luy escriptz par ce pourteur, car je ne m'ose
+ fyer en luy; supliez le de parler à la Royne pour vostre mestre;
+ et luy dictes que c'est Huntington qui, par malice, a procuré son
+ emprisonnement; car luy mesmes m'a dict qu'il se vengeroit de
+ luy. Priez le aussi, en mon nom, de solliciter le Roy, son
+ Mestre, comme je le mande en l'aultre lettre, de haster le
+ secours; car il peult veoir le grand dangier en quoy mon royaulme
+ et mon filz et moy sommes.
+
+
+
+
+XCIIe DÉPESCHE.
+
+--du dernier jour de febvrier 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Callais, par le sire Crespin de Chaumont_.)
+
+ Détails circonstanciés de la rencontre qui a eu lieu entre milord
+ Dacre et milord Houston; défaite de milord Dacre qui a été
+ forcé de se réfugier en Écosse.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, au fondz de la lettre que j'ay escripte, le XXVIe du présent à
+Vostre Majesté, j'ay faict mention d'ung rencontre naguières advenu
+vers la frontière du North, du costé d'Escoce, entre millord Dacres et
+millord de Housdon, subjectz de ce royaulme, de quoy la confirmation
+est despuys arrivée, qui se racompte ainsy: c'est que ayant la Royne
+d'Angleterre, pour aulcuns soupeçons du dict millord Dacres, et parce
+qu'il différoit de venir devers elle, mandé à millord Housdon de
+l'aller surprendre, le plus secrectement qu'il le pourroit fère, en
+une sienne mayson, où il s'estoit retiré douze mil près l'Escoce;
+icelluy Dacres, ayant descouvert l'entreprinse, le jour auparavant
+qu'elle deust estre exécutée, par l'interception d'aulcunes lettres,
+où il vit que desjà le dict de Housdon avoit mandé à millord Scrup se
+trouver en certain lieu avec deux mil hommes, et qu'il s'y rendroit à
+heure déterminée avec mil chevaulx et cinq centz harquebouziers de la
+garnyson de Barvich, pour l'aller assiéger, il fit dilligence d'en
+advertyr incontinent ceux qui estoient en la frontière d'Escoce; et,
+de sa part, il déliberra d'assembler ce qu'il pourroit des siens pour
+aller combattre l'une des deux troupes, avant qu'elles se peussent
+joindre. Et ainsy, en une nuict, il mict ensemble trois mil hommes,
+et, le matin, alla rencontrer ceulx qui estoient sortys de Barvich, et
+présenta la bataille au susdict de Housdon; lequel, se trouvant avoir
+de meilleures gens et mieulx équipés que luy, bien que en moindre
+nombre, se résolut de le combattre, et néantmoins fit semblant de se
+retirer, affin d'attirer l'autre en ung lieu estroict, où avec
+l'harquebouzerye il le deffyt, et luy tua quatre centz des siens, et
+en print cent ou six vingtz de prisonniers. Et à peine se fût saulvé
+le dict Dacres mesmes, sans ce qu'il se descouvrit quelques gens de
+cheval, en compaignie, qui lui venoient au secours, à la faveur
+desquelz il se retira, avec tout le reste, en Escoce. Quoy qu'il y
+ayt, Sire, et que ce récit, qui vient de la court, soit à l'advantaige
+de ceste Royne, elle et ceulx de son conseil sont bien fort marrys de
+la retrette du dict Dacres, qui est, après le duc de Norfolc, ung des
+plus principaulz hommes de ce royaulme. Et sur ce, etc.
+
+ Du dernier jour de febvrier 1570.
+
+
+
+
+XCIIIe DÉPESCHE
+
+--du IIIIe jour de mars 1570.--
+
+(_Envoyée jusques à la court, par le Sr de Sabran_.)
+
+ Irritation causée à Londres par la nouvelle de l'expédition
+ préparée en France pour porter des secours en Écosse.--Effet
+ produit par cette nouvelle sur la reine d'Angleterre, dont elle
+ change tout-à-coup les dispositions à l'égard de la
+ France.--Résolution d'Élisabeth de porter ses armes en Écosse,
+ et de secourir ouvertement les protestants de la
+ Rochelle.--_Mémoire_: détails des préparatifs faits sur mer en
+ Angleterre pour empêcher le secours de France d'arriver en
+ Écosse.--Affaires de l'Écosse et des Pays-Bas.--Demande faite
+ par l'Espagne que le commerce avec l'Angleterre soit interdit
+ en France.--_Mémoire secret_: dispositions des seigneurs
+ anglais, qui sont poursuivis en justice, à soutenir les efforts
+ de la France.--Vives instances du duc de Norfolk pour que la
+ reine d'Écosse soit promptement secourue.--Proposition faite
+ par l'ambassadeur à Leicester d'appuyer de tout le crédit de la
+ France son mariage avec Élisabeth; sous la condition de la
+ restitution de Marie Stuart.
+
+ AU ROY.
+
+Sire, je n'avois poinct esté encore plus favorablement ouy de la Royne
+d'Angleterre, et n'avois point receu d'elle meilleures responces sur
+les choses, que je luy ay ordinairement proposées de vostre part,
+despuys que suys par deçà, que en ceste dernière audience du XXe du
+passé, ny les seigneurs de son conseil ne m'avoient plus privéement
+traicté, ny ne s'estoient monstrez plus favorables à me parler des
+affères de ce royaulme que ceste dernière foys; de sorte que je m'en
+retournay assés satisfaict, et au moins avec quelque opinion que les
+choses seroient pour aller de bien en mieulx entre Voz Majestez et voz
+deux royaulmes; mesmes qu'ung du dict conseil passa si avant de me
+dire que, pour quelques occasions ès quelles la France n'estoit
+poinct meslée, j'entendrois bientost parler d'ung armement que,
+longtemps y a, l'Angleterre n'en avoit gecté ny de plus grand, ny de
+plus brave sur mer; et qu'il ne failloit que j'en prinsse aulcun
+souspeçon, car tant s'en failloit que ce fût contre Vostre Majesté,
+qu'il n'y auroit rien qui ne fût à vostre bon commandement: et oultre
+cella, la dicte Dame me tint lors toutz propos fort bons sur les
+affères de la Royne d'Escoce, et sur la bonne disposition, en quoy
+elle estoit, d'entendre à quelque bon expédiant avec elle, s'il
+playsoit à Vostre Majesté de le mettre en avant.
+
+Par lesquelles choses j'estimay, Sire, que les plus modérez d'auprès
+de ceste princesse eussent gaigné ung grand poinct envers elle, mesmes
+que je sceuz, avant que partir de là, que le comte d'Arondel avoit
+esté mandé en court pour le desir que la dicte Dame monstroit avoir de
+regarder, avec son conseil et avec sa noblesse, les moyens qu'il luy
+falloit tenir, tant envers les princes ses voysins que envers ses
+subjectz, pour maintenir la paix dehors et dedans son royaulme. De
+quoy les passionnez, qui ont le crédit, monstroient n'estre
+aulcunement contantz: et voycy, Sire, ce que, deux jours après, leur
+est venu en main pour divertir le bon cours de ces affères, et pour
+altérer les choses plus que jamais, c'est que, par les lettres de Mr
+Norrys et par celles du Sr Randolf, qui en mesme jour sont arrivées de
+France et d'Escoce, du XXIIe du passé, ilz ont eu adviz que Vostre
+Majesté préparoit d'envoyer ung nombre de gens de guerre en Escoce,
+qui se doibvent embarquer en Bretaigne le IIIe jour de may prochain;
+ce qui leur a donné de quoy si bien irriter la dicte Dame et ceulx de
+son dict conseil que, toutes aultres choses délayssées, ilz se sont
+miz après à consulter et dellibérer comme ilz pourront empescher ou
+prévenir ceste vostre entreprinse; dont j'ay baillé une instruction au
+Sr de Sabran de tout ce que, pour ceste heure, j'ay peu descouvrir de
+leurs préparatifz et aprestz en cella, ensemble du présent estat des
+aultres choses de deçà, auquel me remectant, je prieray, etc.
+
+ Ce IVe jour de mars 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, ce n'est de mon gré que je donne à Vostre Majesté des adviz,
+qui quelques foys sont bien contraires et divers à ceulx que
+auparavant je vous ay mandez; mais le changement et la contrariété,
+qui sont assés ordinaires en ceulx de ceste court, me contraignent
+d'en user ainsy; dont Vostre Majesté, s'il luy playt, m'en excusera
+sur le soing que j'ay de luy mander leurs actions et dellibérations,
+ainsi clairement et par le menu, comme, jour par jour, je les puys
+aprendre et descouvrir. Il n'y a que huict jours que ceste princesse
+se monstroit bien disposée envers Voz Très Chrestiennes Majestez, et
+de ne cercher rien tant que de vous contenter et complaire en ce qui
+luy estoit proposé de vostre part, et de vouloir vivre en grand paix
+et repos en son royaulme, chose fort sellon sa naturelle inclination;
+mais, aussitost qu'on luy a raporté qu'il se préparoit en France des
+gens de guerre pour passer en Escoce, il n'est pas à croyre combien la
+grande jalousie de sa cousine, laquelle s'est représentée en cella,
+luy a soubdain faict changer son premier bon propos; et comme, en lieu
+d'aller par moyens paysibles, ainsy qu'elle disoit, ez choses
+d'Escoce, elle a proposé meintennant d'y procéder par les armes. La
+dicte Dame estoit lors après à espargner l'argent, meintennant elle
+ne parle que d'en despendre; elle cerchoit de payer et à ceste heure
+d'emprumpter; elle disoit vouloir regaigner par douceur ses subjectz,
+meintennant elle faict resserrer plus que auparavant ceulx qui sont en
+prison; et crainctz assés, Madame, que l'affection, qu'elle disoit
+avoir à la pacification de vostre royaulme, se soit desjà changée à
+ung contraire désir de vous y nourryr les troubles, si elle peult,
+comme desjà l'on m'a dict qu'elle est pour se monstrer plus libéralle
+à promettre secours et assistance à ceulx de la Rochelle, qu'elle n'a
+faict jusques icy. Je la verray sur la première occasion de quelque
+dépesche de Voz Majestez, et mettray peyne de notter les
+particullaritez de ses propos, affin de fère quelque jugement de ses
+dellibérations. Sur ce, etc.
+
+ Ce IVe jour de mars 1570.
+
+ INSTRUCTION pour satisfère Leurs Majestez sur le contenu de la
+ dépesche, comme s'ensuyt:
+
+ Que, le XXe du passé, la Royne d'Angleterre se monstroit bien
+ disposée envers Leurs Très Chrestiennes Majestez et envers leurs
+ présens affères, avec bonne affection à la paix de leur royaume,
+ et d'estre preste, pour l'amour d'eulx, de condescendre à des
+ expédiens gracieulx avec la Royne d'Escoce, et me dict l'ung des
+ seigneurs de son conseil qu'elle avoit ung grand contantement de
+ veoir que Leurs dictes Majestez, ny nul de leurs ministres,
+ n'estoient meslez en ces choses du North.
+
+ Ung autre des seigneurs du dict conseil, me parlant en affection
+ d'aulcuns aprestz, qu'on faisoit contre la dicte Dame, en un
+ endroict qui, sellon qu'il me le désigna, ne pouvoit estre sinon
+ Flandres, me dict qu'ilz estoient après, de leur costé, à
+ préparer en dilligence ung des plus grandz et des plus braves
+ armemens qu'ilz eussent, longtemps y a, miz en mer, et qu'on
+ cognoistroit que, si l'Angleterre n'estoit pour assaillir ung
+ aultre estat, qu'elle estoit suffisante pour deffandre le sien,
+ et que, continuant ainsy la bonne paix, comme elle faisoit,
+ avecques le Roy et la France, ilz n'avoient que bien peu à
+ craindre le reste de leurs voysins.
+
+ Le troisiesme jour après, estantz deux pacquetz, l'un de Mr
+ Norrys et l'aultre du Sr Randolf, arrivez de France et d'Escoce,
+ quasi en mesmes heure, et avec conformité d'ung mesmes advis de
+ certain nombre de gens de guerre, qu'ilz ont mandé que le Roy
+ préparoit d'envoyer en Escoce, qui se debvoient embarquer en
+ Bretaigne, le IIIe de may, et estre conduicts par le Sr Estrocy,
+ la dicte Dame fit incontinent assembler là dessus son conseil,
+ où, du bon estat que les choses monstroient estre deux jours
+ auparavant, elles furent, par la contention des mal affectionnez,
+ soubdain converties en une présente aygreur; et voicy ce que
+ j'entendz qui fut là arresté:
+
+ Que Mr Bach, pourvoyeur de la marine, seroit promptement mandé
+ pour lui enjoindre de mettre en ordre et en bon équipage toutz
+ les grandz navyres de guerre de la dicte Dame, affin d'estre
+ prestz dans la fin de mars ou au commencement d'avril, avec trois
+ mil bons hommes dessus, avytaillez pour un moys, affin de servir
+ aulx deux effects; l'ung, de résister aux entreprinses de
+ Flandres, et l'aultre, pour empescher le passaige et la descente
+ des Françoys en Escoce;
+
+ Que le comte de Sussex et Raf Sadeller s'en yroient au Nort, et
+ lèveroient six mil hommes, qu'ilz envoyeroient le plus tost
+ qu'ilz pourroient en Escoce, et en prépareraient aultres douze
+ mil pour doubler et tripler les premiers, s'il estoit besoing;
+
+ Que ceste mesmes levée pourroit servir à réprimer les esmotions
+ qu'on craignoit au dict pays, et servyroit aussi pour tenir la
+ main forte à l'exécution de justice qu'on y prétendoit fère
+ contre ung nombre de gentishommes, qu'on a trouvez coulpables de
+ la première ellévation;
+
+ Que, pour subvenir à telles choses, l'on dresseroit trois estapes
+ de vivres et de monitions pour les pouvoir transporter par mer où
+ le besoing le requerroit, l'une à Londres, l'aultre à Rochestre,
+ et la troisiesme, laquelle j'ay la plus suspecte, à Porsemue, car
+ c'est vis à vis du Havre de Grâce;
+
+ Que courriers seraient promptement dépeschez par toutes les
+ provinces avec lettres aulx officiers, pour fère advertissement à
+ ung chacun de se tenir pourveuz d'armes et de chevaulx sellon les
+ ordonnances, et d'estre prestz pour marcher, quand ilz seront
+ mandez;
+
+ Que Me Grassein feroit dilligence de trouver promptement
+ cinquante mil livres d'esterlin parmy les merchans pour subvénir
+ au présent besoing de la dicte Dame, oultre et par dessus la
+ somme de quarante cinq mil livres d'esterlin desjà ordonnées pour
+ Allemaigne;
+
+ Que les affères de la Royne d'Escoce et les propositions qui se
+ mettoient en avant pour sa restitution, et pour la dellivrance de
+ l'évesque de Roz, son ambassadeur, seroient mises en surcéance et
+ elle ung peu plus resserrée;
+
+ Et seroit pareillement surcise la dellibération, en quoi l'on
+ estoit, de pourvoir à la liberté du duc de Norfolc, sur la
+ caution qu'il offroit de deux centz mil livres d'esterlin; et à
+ l'eslargissement de millord de Lomelé; et à rappeler en court et
+ au conseil le comte d'Arondel, et que les dicts seigneurs
+ seroient plus observez et resserrez que auparavant.
+
+ Et m'a l'on dict, dont je suys après à le vériffier, qu'il fut
+ aussi là arresté que la dicte Dame se monstreroit plus libéralle
+ et prompte, qu'elle n'avoit faict jusques ici, à accorder secours
+ à ceulx de la Rochelle pour meintenir la guerre en France, affin
+ de divertyr celle toute aparante, qui s'alloit susciter dans
+ ceste isle pour les choses d'Escoce.
+
+ Despuys, est survenu ce rencontre en la frontière du North,
+ lequel aulcuns disent n'avoir tant succédé au désadvantaige de
+ millord Dacres, comme le filz de millord de Housdon, qui en a
+ porté les premières nouvelles, l'a publié; et qu'il y est mort
+ plus de deux centz soldatz de la garnyson de Barvich, et qu'il a
+ apareu ung si notable secours, qui venoit d'Escoce au dict
+ Dacres, qu'on a heu assés de doubte d'une surprinse sur Varvich,
+ dont ceulx cy font plus grand dilligence que jamais de haster les
+ ordonnances et provisions dessus dicts.
+
+ Quant à l'estat des choses d'Escoce, j'entendz que les comtes
+ Morthon, Mar, Mareschal et millord de Lendzey ayantz, avec leurs
+ complices, relevé en ce qu'ilz ont peu la part du feu comte de
+ Mora, ont transféré toute l'authorité au dict de Morthon, lequel
+ se trouve meintenant dans l'Islebourg, assisté de la faveur de la
+ Royne d'Angleterre; et semble qu'il veut establyr le comte de
+ Lenoz régent au dict pays à la dévotion de la dicte dame;
+
+ Que les comtes d'Arguil, d'Onteley, d'Atil et aultres bons
+ subjectz de la Royne d'Escoce, ayantz tenu une assemblée près de
+ Dombertran, où le Sr de Flemy s'est trouvé, ont dellibéré de
+ s'achemyner vers l'Islebourg, pour ordonner, en quelque bonne
+ façon, de l'estat des choses, et qu'ilz veullent que le duc de
+ Chatellerault preigne le gouvernement; et que, pour le
+ commencement, il l'ayt au nom du jeune prince, affin qu'il y
+ interviegne tant moins de contradiction: mais le dict duc, qui
+ est encores prisonnier au chasteau de l'Islebourg, demeure
+ fermement résolu de n'accepter aulcune charge, sinon au nom et
+ sous l'auctorité de la Royne. Il s'espère quelque convocation
+ d'Estatz au dict pays, le IIIIe du présent; ce qui s'en entendra,
+ je ne fauldray de le mander à Leurs Majestez. Il semble qu'on n'a
+ trouvé Ledinthon si bon Anglois qu'on cuydoit, et qu'il est tout
+ du dict duc de Chatellerault.
+
+ Ceulx qui jugent des dicts affères d'Escoce, et qui désirent la
+ restitution de la Royne au dict pays, et y vouldroient veoir
+ succéder les choses sellon l'intention du Roy, disent que, sans
+ venir à guerre ouverte avecques ceste Royne, il se pourra (avec
+ vingt ou trente mil escuz et deux personnaiges de bonne qualité
+ qui saichent, au nom du Roy, réunyr et accorder les seigneurs du
+ pays, et avec demy douzaine de capitaines pour conduyre leurs
+ gens de guerre, et quelques monitions et armes), fère ung si bon
+ fondement dans ce royaume que les effortz des Anglois n'y
+ pourront en rien prévaloir; mais il fauldroit que cella y passât
+ tout promptement, avant que ceulx cy soyent sur mer.
+
+ L'accord des deniers et merchandises d'Espaigne se poursuyt
+ toutjour fort instantment, et pourra bien estre que, quant aulx
+ deniers, il preigne encores quelque tret, pour attandre celle
+ lettre du Roy d'Espaigne, par laquelle il veuille advouher que la
+ somme est à des merchans; mais, quant aulx merchandises, j'estime
+ que cella sera bientost conclud, parce qu'il se dépesche quatre
+ principaulx merchans de ceste ville avec généralle procuration
+ pour en aller, en compaignie du Sr Thomas Fiesque, tretter avec
+ le duc d'Alve à Bruxelles; et doibvent partyr dans ceste
+ sepmayne. Dont le Roy pourra fère incister sur l'ung et sur
+ l'autre de ces deux poincts envers le duc d'Alve, qu'il n'en
+ veuille accommoder les Protestans, ains entretenir et prolonger
+ la matière, au moins jusques après l'esté prochain; dont, de ma
+ part, je travailleray, aultant qu'il me sera possible, d'y fère
+ toutjour naistre quelque difficulté, et il s'y en trouveroit
+ assés du costé mesmes de ceulx cy, n'estoit la craincte qu'ilz
+ ont du Roy sur les choses d'Escoce.
+
+ Je suys bien fort pressé par l'ambassadeur d'Espaigne de suplier
+ Leurs Majestez Très Chrestiennes qu'ilz veuillent exclurre aux
+ Anglois le commerce de la France, parce que, nonobstant la
+ suspencion d'entre l'Angleterre et les Pays Bas du Roy son
+ Mestre, ilz ne layssent d'estre accommodez, par le moyen des
+ Françoys, des choses qu'ilz ont besoing d'Espaigne; lesquelles,
+ pour le gain, ilz leur aportent toutjour en abondance, bien que
+ ceulx cy se monstrent aussi difficilles de n'admettre les
+ merchandises d'Espaigne ny de Flandres par deçà, comme l'on le
+ pourroit estre en Espaigne ou en Flandres d'y recepvoir celles
+ d'Angleterre; tant y a qu'avec des moyens cella se conduict, et y
+ a quelcun qui, au nom des Catholiques de ce royaulme, m'est venu
+ prier pour la dicte exclusion de traffic, comme de chose laquelle
+ admèneroit bientost une telle nécessité en ce pays, qu'on s'y
+ eslèveroit contre ceux qui gouvernent; en quoy Sa Majesté
+ considérera ce qui est le plus expédient et le plus utille pour
+ son service, car je crains que par là l'on s'incommoderoit assés
+ pour accommoder aultruy.
+
+ Sur la closture de ceste dépesche, le Sr de Garteley est arrivé,
+ qui m'a dict que le secours pour Escoce est desjà tout prest en
+ Bretaigne, dont semble estre fort requis de le haster de partir,
+ affin de prévenir ceux cy, lesquelz sont tous résoluz de getter
+ dehors, avant la fin de ce moys, quinze grandz navyres des
+ premiers prestz pour nous empescher la mer.
+
+ AULTRE INSTRUCTION A PART.
+
+ Ce qui est advenu de nouveau en la frontière entre millord Dacres
+ et millord de Housdon, joinct les façons dont l'on continue de
+ procéder de plus en plus fort rudement contre ces seigneurs qui
+ sont arrestez, et d'observer de près le reste de la noblesse,
+ descouvre assés qu'il y a une grande contrariété dans ce royaume
+ tant sur la religion, et sur le faict de la Royne d'Escoce, et
+ sur les divers tiltres de la succession de la couronne, et sur
+ l'emprisonnement des grandz, que pour ung général malcontantement
+ contre ceulx qui gouvernent.
+
+ Et semble que le duc de Norfolc est plus que jamais désiré d'ung
+ chacun, mais il demeure fermement résolu en soy mesmes de ne
+ pourchasser sa liberté par nulle aultre voye que par celle de
+ l'équité de sa cause; en quoy il se persuade d'avoir ung très bon
+ et très asseuré fondement, lequel il ne veult aucunement altérer;
+ mais les aultres seigneurs, qui ne sont si resserrez que luy,
+ sont dellibérez que, si, dans quinze jours, ilz ne se peuvent
+ prévaloir, ou pour le dict duc ou pour eulx; de leurs amys et
+ moyens de court, qu'ilz se résouldront à cercher d'aultres
+ expédians, et m'ont faict remercyer du reffuge et retrette que je
+ leur ay dict que le Roy leur donroyt en son royaume.
+
+
+Or, se trouvans les comtes de Northomberland et de Vuesmerland et
+millord Dacres, qui sont trois bien principaulx personnaiges de ce
+royaume, et quelque nombre de gentilshommes de ce pays avec eulx,
+meintennant fuytifz en Escoce, toutz bien affectionnez à la Royne
+d'Escoce et bien fort catholiques; et desirant le duc de Norfolc, de
+sa part, que les affères de la dicte Dame y soient secouruz,
+nomméement du costé de France, il est à espérer que, s'il playt au Roy
+de les favoriser en quelque bonne sorte, non suspecte à ces seigneurs
+angloys partisans de la dicte Dame, qu'elle et son royaulme pourront
+estre préservez contre les entreprinses de l'Angleterre à honneur et
+utillité de la France, et la Royne d'Angleterre et les siens divertys
+de ne pouvoir tant nuyre, comme ilz font en aultres endroicts, aulx
+affères du Roy, non sans que Sa Majesté se forme, par ce moyen, ung
+bon nom, et possible quelque bonne part en l'affection de ceulx de
+ceste isle.
+
+Le duc d'Alve, à la vérité, a des ambassadeurs escoçoys, et anglois
+devers luy pour avoir secours, et il a escript par deçà qu'il est tout
+prest de le bailler, mais que nul de ceulx qui sont venuz ne luy sçayt
+donner compte du temps, du lieu, de la forme et des condicions qu'ilz
+veulent avoir le dict secours, et qu'il ne veult advanturer l'honneur
+et les affères de son Mestre, de mettre en évidence un telle
+entreprinse, sans y voyr bon fondement. Par ainsy, il sollicite que
+quelcun des principaulx le vienne trouver pour conclurre avecques luy
+de toutes les particullaritez du dict secours; et, de tant que le duc
+de Norfolc a suspect ce qui vient de ce cousté là, il me faict
+solliciter de haster l'assistance du Roy en faveur de la Royne
+d'Escoce.
+
+Le comte de Lestre, en une privée conférance qu'avons heu ensemble,
+m'a dict que la Royne, sa Mestresse, avoit esté naguières pressée par
+ceulx de son conseil de prendre party, affin de remédier tout à ung
+coup à plusieurs difficultez qui se présentent en son royaulme, et
+qu'elle, de son costé, s'estoit monstrée, encores ce coup, aussi
+dégoustée de mariage, comme toutes les aultres foys qu'on luy en avoit
+cy devant parlé; mais enfin elle leur avoit respondu que, si pour
+annuller les divers tiltres qu'on prétend à sa succession, lesquelz
+mettent en division son royaulme, elle estoit contraincte de se
+maryer, qu'elle est toute résolue de n'espouser point de ses subjectz.
+
+Je luy ay respondu qu'il sçavoit bien que Leurs Majestez Très
+Chrestiennes avoient toutjours heu désir que ce fût luy qui tint ce
+lieu, et que ceste leur bonne vollonté continue encores, dont ne
+failloit sinon qu'il regardât comment les y employer; que de ma part
+je luy serviray de bon cueur; que le temps sembloit fère pour luy,
+parce que tout le royaulme plyoit meintennant au désir de la dicte
+Dame, et les principaulx qui estaient travaillez concouroient toutz à
+luy complayre, pourveu qu'il fit quelque chose pour eulx; et la Royne
+d'Escoce, qui pouvoit assés dans ceste isle, favorisoit ses nopces,
+s'il favorisoit sa restitution; et quoy qu'il y eust, puysqu'il estoit
+ainsy advancé en la bonne grâce de la dicte Dame, qu'il advisât de
+prendre ce premier lieu, et à tout le moins de ne le laysser aller à
+nul, qui ne luy sache le bon gré de l'y avoir miz.
+
+Il m'a rendu plusieurs bonnes parolles de mercyement, pour les mander
+de sa part à Leurs Majestez, et, après m'avoir touché ung mot de
+l'extrême déplaysir, que la Royne, sa Mestresse, avoit du mariage de
+la Royne d'Escoce avec le duc de Norfolc, il m'a prié qu'en une de mes
+audiences, je face venir à propos à la dicte Dame que, pour obvier
+aulx inconvénians où elle et son royaulme pourront tumber par les
+diverses prétencions de sa succession, qu'ung chacun estime qu'elle
+feroit bien de se maryer, et que le Roy avoit toutjour desiré que,
+s'il ne pouvoit pour luy ou les siens avoir ce bien, que au moins,
+pour évitter la jalouzie de quelque aultre party estrangier, ce fût
+quelque bien heureulx de ce royaulme qui y parvînt, ce que je ne luy
+ay reffusé de fère; mais j'attendray là dessus le commandement de
+Leurs Majestez.
+
+
+
+
+XCIVe DÉPESCHE
+
+--du IXe jour de mars 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Callais, par Olyvier Cambernon_.)
+
+ Affaires d'Écosse.--Crainte de l'ambassadeur que tous ses efforts
+ ne puissent empêcher la guerre d'éclater.--Son désir de voir
+ donner satisfaction sur les diverses plaintes d'Élisabeth
+ contre la conduite tenue à l'égard des Anglais en
+ France.--Mission du Sr de Garteley.--Arrêt prononcé contre
+ milord de Lomeley.--Nouvelles des Pays-Bas.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, quant j'ay dépesché le Sr de Sabran devers Vostre Majesté, le
+IIIIe de ce moys, je l'ay instruict, le plus particullièrement que
+j'ay peu, de l'estat des choses qui se passent icy, lesquelles
+continuent en l'apareil de guerre, qu'il vous aura dict, de lever
+toutjours soldatz en ceste ville de Londres et ez envyrons, pour les
+envoyer au North; et dilligenter l'aprest des navyres; et fère les
+provisions pour iceulx; et cercher deniers de toutes partz, bien que
+la malladie, intervenue là dessus, de Mr le comte de Lestre, a donné
+quelque peu de retardement aulx dellibérations de ce conseil, lequel
+ne s'est assemblé durant son grand mal, mais à présent il se porte
+bien; et aussi que toutz en ces choses ne se sont trouvez d'accord en
+ceste court, néantmoins j'entends qu'on y a résoluement conclud
+l'entreprinse d'establyr, par toutz les moyens qu'on pourra, le
+gouvernement d'Escoce ez mains de ceulx qui ont relevé la part du
+comte de Mora, parce qu'ilz se monstrent fort contraires aulx fuytifz
+d'Angleterre; et se soubmettent à la protection de ceste Royne; et luy
+demandent le comte de Lenoz pour régent; qui sont choses qu'elle
+trouve bonnes, et qui sont conformes à ce qu'elle desire pour tenir
+le dict royaulme divisé, et avoir toutjour l'une des partz à sa
+dévotion. Je ne sçay si l'assemblée des Estatz, qu'on attandoit au
+dict pays le IIIIe du présent, aura esté tenue, et si elle aura heu
+nul effect; il ne s'en dict encores rien, et croy qu'il sera bien
+tard, quant j'en auray des nouvelles, car l'on tient les passaiges
+bien fort serrez.
+
+Cependant la Royne d'Angleterre est entrée en grand deffiance sur ce
+que Mr Norrys son ambassadeur luy a escript que Voz Majestez Très
+Chrestiennes luy ont tenu quelque propos fort exprès sur les affères
+de la Royne d'Escoce et de son royaulme; duquel je n'ay encores
+entendu le particullier, sinon qu'on m'a dict que la dicte Dame en est
+fort fâchée, joinct que, par le mesmes pacquet, le dict ambassadeur
+luy a envoyé ung discours, imprimé à Paris, sur les troubles de son
+royaulme, qui ne parle à l'advantaige d'elle ny de ceulx qui
+gouvernent ses affères; et d'abondant elle a sceu qu'un homme de son
+dict ambassadeur a esté naguyères arresté à Amiens, et que son
+pacquet, qu'elle luy avoit baillé à porter, luy a esté osté;
+desquelles choses il n'est pas à croyre combien elle s'en trouve
+offancée, et combien les siens en sont mutinez, jusques à dire qu'il
+vauldroit mieulx venir à une guerre déclairée, et que leur ambassadeur
+s'en retornât, et que je me retirasse, que d'user de tels déportemens;
+dont, de tant que je les ay fort asseurez que la publication du dict
+discours, ny la détention du pacquet ny du messagier, ne sont
+aulcunement procédées du vouloir ny commandement de Voz Majestez, je
+vous suplie très humblement, Sire, qu'il vous playse luy en fère
+donner quelque satisfaction, comme d'accidens que vous n'aviez ny
+préveuz, ny pensez, et luy fère aussi satisfère sur une pleinte,
+qu'elle m'a faicte renouveller, de certains pescheurs de Dièpe et
+aultres de dellà, qui abusent en la coste de deçà de leur forme de
+pescher et de leurs filetz contre l'ordonnance du pays, affin de ne
+mesler si petites choses avec les plus grandes, qu'avez à démesler
+ensemble.
+
+Le Sr de Garteley s'en est revenu très contant en toutes sortes de Voz
+Majestez; il a heu congé de passer en Escoce, mais non d'aller veoir
+la Royne sa Mestresse, à laquelle toutesfoys nous avons trouvé moyen
+de fère entendre tout l'effect de son voyage, de quoy je m'asseure
+qu'elle aura receu grande consolation.
+
+Millord de Lomellé a heu ampliation de son arrest, luy ayant esté
+permiz d'aller demeurer avec le comte d'Arondel son beau père à
+Noncich, et de pouvoir jouyr de l'air et de l'esbat des champs deux
+mil à l'entour, ce qui donne espérance de veoir bientost quelque
+modération ez affères de ces seigneurs.
+
+Les depputez de Flandres, estantz prestz à partir, ont trouvé quelque
+deffectuosité en leurs charges et pouvoirs qui les a retardez huict
+jours, mais j'entendz qu'ilz s'acheminent demain, et le Sr Thomas
+Fiesque avec eulx, avec opinion de pouvoir accorder facilement le
+faict des merchandises, mais difficilement celluy des deniers. Sur ce,
+etc.
+
+ Ce IXe jour de mars 1570.
+
+
+
+
+XCVe DÉPESCHE
+
+--du XIIIIe jour de mars 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet_.)
+
+ Contentement de la reine d'Angleterre au sujet de la satisfaction
+ qui lui a été donnée sur l'une de ses plaintes.--Impossibilité
+ de connaître quelles sont ses véritables intentions à l'égard
+ de la France.--Continuation des apprêts maritimes et des
+ préparatifs contre l'Écosse.--Nécessité de prendre des mesures
+ pour empêcher le capitaine Sores de continuer ses courses sur
+ mer.--Départ des députés envoyés dans le Pays-Bas pour traiter
+ des différends de l'Angleterre avec l'Espagne.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, le jour d'après ma précédante dépesche, laquelle est du IXe du
+présent, j'ay receu celle de Vostre Majesté du XXIe du passé, en
+laquelle j'ay trouvé l'honneste satisfaction qu'il vous a pleu donner
+à la Royne d'Angleterre sur celle de ces trois pleinctes que je vous
+ay mandé qu'elle avoit le plus à cueur, qui est du discours des
+troubles de son royaulme imprimé à Paris; de laquelle satisfaction,
+despuys que Mr Norrys luy en a donné adviz, elle et les siens ont
+monstré qu'ilz n'estoient plus si offancez comme auparavant: ce qui me
+sera ung argument, la première foys que j'yray trouver la dicte Dame,
+de la prier qu'elle veuille user de pareille sincérité et
+correspondance d'ung bon cueur envers Voz Majestez Très Chrestiennes,
+comme par cest acte vous luy avez monstré que vous l'avez clair et
+droict, et entièrement bien disposé envers elle; et luy continueray la
+mesmes instance, que je luy ay ordinairement faicte, de ne porter ny
+souffrir estre apporté par les siens aulcun secours ny assistance à
+ceulx qui troublent vostre royaulme, et qu'il n'est possible qu'ilz en
+puissent tirer d'Angleterre, sans qu'elle tumbe en l'infraction des
+trettez et en une manifeste ropture de la paix.
+
+Plusieurs parlent diversement de l'intention de la dicte Dame sur le
+présent estat de voz affères; les ungs, qu'elle l'a bonne et qu'elle
+incite à la paix ceulx de la Rochelle; les aultres, au contraire,
+qu'elle l'a très mauvaise et qu'elle les sollicite à la guerre. Vostre
+Majesté pourra assés juger ce qui en est par la condicion de ceulx qui
+m'en ont donné les adviz, desquelz je réserve vous mander les noms, et
+la façon des propos qu'ilz en ont tenu, par l'ung des miens que je
+dépescheray bientost devers Vostre Majesté.
+
+Je n'ay encores rien entendu de l'effect de l'assemblée que les
+seigneurs d'Escoce debvoient tenir à l'Islebourg, le IIIIe de ce moys,
+ny s'ilz ont prins nul bon expédiant entre eulx sur l'ordre et
+gouvernement du pays. Bien m'a l'on dict que le comte de Morthon et le
+sir Randolf ont escript à ceste Royne, que, si elle ne faict bientost
+aparoistre son assistance par dellà, que toutz les Escouçoys cryeront
+_France_ et que le nom de Vostre Majesté y est bien ouy et bien receu,
+et qu'ilz demandent d'avoir leur Royne; par ainsy, que le jeune prince
+s'en va déboutté de l'authorité, et du nom de Roy qu'on luy a
+attribué, si elle n'y remédye. Dont quelcun m'a adverty que la dicte
+Dame y a envoyé en dilligence six mil {lt} d'esterlin, c'est vingt mil
+escuz, et que le comte de Sussex, lequel a esté mallade trois
+sepmaines en ceste court, mais à présent se porte bien, partyra du
+premier jour pour s'aller présenter sur la frontière d'Escoce, avec
+quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx, lesquelz sont
+desjà bien avant; et ce, principallement parce que de la dicte
+frontière, despuys que millord Dacres s'y est retiré, l'on a faict
+cinq ou six courses en celle d'Angleterre, et brullé des villaiges, et
+admené plusieurs prisonniers: dont le dict Dacres a esté déclairé
+traistre et rebelle.
+
+J'entendz que les seigneurs de ce conseil ont fait dépescher cinq ou
+six centz lettres missives à des particuliers, gentishommes du North,
+pour les prier de se pourvoir en toute dilligence de quelques hommes,
+et d'armes, et de chevaulx, chacun le mieulx et le plus
+advantaigeusement qu'il pourra, oultre l'obligation de l'ordonnance,
+affin de fère promptement ung bien relevé service à la Royne leur
+Mestresse, sellon l'expécialle fiance qu'elle a en eulx. Et en ceste
+ville de Londres l'on lève de nouveau cinq centz harquebouziers pour
+les mettre sur les cinq navyres premier pretz, qu'on dellibère getter
+dehors dans huict jours; et en prépare l'on aultres dix pour les
+getter, à la my apvril, dont l'argent pour les avitailler est desjà
+dellivré au pourvoyeur de la marine, et ne cesse l'on d'aprester aussi
+toutz les aultres pour estre prestz à l'entrée de l'esté.
+
+Je viens d'estre adverty que quatre vaysseaulx du cappitaine Sores ont
+de rechef investy ung aultre navyre vénicien, qui partoit de ce
+royaulme chargé de draps, et qu'ilz l'ont prins; et, encor qu'il ne
+soit si riche que les premiers, il y a néantmoins pour cinquante mil
+escuz de merchandise, oultre l'artillerye et le vaysseau, qui est des
+meilleurs qui se puissent trouver; et semble, Sire, qu'il est
+expédiant que Vostre Majesté se dellibère de pourvoir à ces grandz
+désordres de la mer, en quoy pourra estre que ceste princesse
+concourra d'y ayder de son cousté, s'il vous playt que je luy en face
+instance.
+
+Les depputez, qui vont devers le duc d'Alve, sont partys despuys
+devant hier, et croy qu'ilz passent aujourduy la mer. J'entendz que,
+oultre la commission qu'ilz portent ouvertement par escript, il leur
+en a esté baillé une à part, pour entrer, s'ilz peuvent, en ung
+général accord de toutes choses; et le Sr Thomas Fiesque, qui m'est
+venu dire adieu, m'en a touché quelque mot, et qu'il espère avoir
+charge de retourner bientost pour cest effect par deçà. Aulcuns
+pensent qu'il s'y trouvera beaulcoup de difficultez; ce que je
+croyrois, n'estoit qu'il semble que le Roy d'Espaigne sent si fort la
+prinse qu'on dict que le roy d'Argel a faicte de la ville de Tunis[3],
+et crainct tant que ce soit ung commancement d'attirer les
+entreprinses du Turc en ces quartiers là, qu'il sera bien ayse
+d'accommoder gracieusement ceste querelle qu'il a avecques ceulx-cy.
+Sur ce, etc. Ce XIVe jour de mars 1570.
+
+ [3] Au commencement de 1570, Aluch-Aly, dey d'Alger, s'empara de
+ Tunis, et chassa de ses Etats Muley Homaidah, dernier roi de
+ Tunis de la dynastie des Hafsides, qui s'était reconnu feudataire
+ de l'Espagne. Les Espagnols, sous la conduite de don Juan,
+ reprirent Tunis, en 1573.
+
+
+
+
+XCVIe DÉPESCHE
+
+--du XIXe jour de mars 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer_.)
+
+ Nouvelles de la Rochelle et d'Allemagne.--État des affaires du
+ Nord.--Succès remporté par les révoltés d'Irlande.--Nouvelles
+ de la reine d'Écosse.
+
+ AU ROY.
+
+Sire, il n'y a que quatre jours qu'ung navyre de la Rochelle est
+arrivé, dedans lequel sont venuz aulcuns françoys qui ont esté
+incontinent devers Mr le cardinal de Chatillon à Chin; et luy, à ce
+que j'entendz, despuys avoir parlé à eulx, a faict démonstration en
+ceste court, de désirer plus la paix que de l'espérer; et sont arrivez
+aussi, dans le mesmes vaysseau, sèze allemans qui s'en retournent en
+leur pays assés mal contantz. Cependant le dict sieur cardinal a
+envoyé solliciter la subvention des esglizes protestantes de ce
+royaulme, avec grand instance d'avoir promptement celle que les
+estrangiers ont offerte, de laquelle il a desjà retiré quelque somme;
+mais celle des Flamens, qui est la plus grande, ne luy est venue
+entière comme il pensoit, parce qu'ilz l'avoient accordée
+principallement pour le prince d'Orange, en intention qu'il descendît
+en Flandres; dont, voyantz à ceste heure que c'est pour la guerre de
+France, aulcuns reffuzent de payer, et m'a esté raporté que aus dicts
+Flamens est venu ung adviz d'Allemaigne que le dict prince a bien des
+forces, mais qu'il ne les peult bonnement employer durant la guerre de
+France, sinon en la Franche Comté, sur le chemyn du secours qui va
+trouver monsieur l'Admyral, affin de ne s'esloigner les ungs des
+aultres; et m'a l'on asseuré que, le neufvième de ce moys, ung facteur
+du sir Grassein a esté dépesché en Hembourg, pour aller donner ordre
+aulx deniers, qui doibvent estre payez en Allemaigne sur le crédit des
+merchans de ceste ville. Ung homme du comte Pallatin est freschement
+arrivé, et encores, despuys luy, ung capitaine itallien nommé Roc,
+lequel, quatre moys a, avoit esté dépesché en Allemaigne, mais je n'ay
+sceu encores au vray ce qu'ilz raportent.
+
+Le comte de Sussex est sur son partement pour aller au North, et les
+quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx, qu'il doibt mener,
+sont desjà devant. L'on a tenu plusieurs assemblées de conseil sur sa
+dépesche, dont bientost se pourra entendre quelque chose de ce qu'y
+aura esté résolu. Il semble que des cinq cens harquebouziers qu'on
+levoit de nouveau en ceste ville, l'on n'en fornyra encores les
+navyres, et qu'ilz seront envoyez en Irlande, où j'entendz que les
+saulvaiges ont donné une estrette aulx gens de Millord de Sydenay;
+mais ceulx cy le tiennent fort caché.
+
+J'ay obtenu enfin de la Royne d'Angleterre de pouvoir envoyer les
+lettres de Voz Majestez, que Mr de Montlouet m'avoit laissées, à la
+Royne d'Escoce, par un secrétaire de Mr l'évesque de Roz qui les luy à
+dellivrées bien clozes en ses mains, en présence du comte de
+Cherosbery; et la dicte Dame a envoyé la response, laquelle est
+encores devers le secrétaire Cecille, qui ne la dellivrera jusques à
+ce que le dict sieur évesque de Roz ayt esté ouy et examiné, lequel
+pour cest effect a esté mené despuys devant hyer à la court, soubz la
+garde de six serviteurs de l'évesque de Londres; et la dicte Royne
+d'Escoce a trouvé moyen de me fère tenir en chiffre le petit mémoire
+cy encloz[4], où Vostre Majesté verra ce qu'elle continue de vous
+requérir. Elle se porte bien de sa santé, mais craint bien fort
+d'estre remise ez mains du comte de Huntinthon ou du visconte de
+Harifort, desquelz deux elle se craint comme de ses grandz ennemiz.
+Nous espérons avoir en brief quelque certitude des choses d'Escoce.
+Sur ce, etc.
+
+ Ce XIXe jour de mars 1570.
+
+ [4] A partir de cette époque, les pièces jointes aux dépêches ont
+ cessé d'être transcrites sur les registres de l'ambassadeur.
+
+ _Par postille à la lettre précédente_.
+
+ Le comte de Pembrot morut hyer en ceste court; l'on ne dict
+ encores qui sera son successeur en l'estat de Grand Mestre, mais
+ cy devant à esté parlé du comte de Betfort.
+
+
+
+
+XCVIIe DÉPESCHE
+
+--du XXVIIe jour de mars 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassa._)
+
+ Détails circonstanciés d'audience.--Bonnes dispositions
+ d'Élisabeth envers le roi.--Explication donnée par
+ l'ambassadeur sur les articles proposés pour la
+ pacification.--Nouvelle insistance de la part de la reine pour
+ que sa médiation soit acceptée.--Sollicitations faites par
+ l'ambassadeur en faveur de Marie Stuart.--Déclaration
+ d'Élisabeth qu'elle est résolue à porter ses armes en Écosse
+ pour y chercher les révoltés du Nord qui s'y sont
+ réfugiés.--Avertissement lui est donné par l'ambassadeur que si
+ les Anglais entraient en Écosse, le roi considérerait cet acte
+ comme une rupture des traités.--Offre qu'il fait de la
+ médiation de la France pour apaiser tous les différends
+ d'Écosse.--Avis secrètement donné par Élisabeth d'une levée
+ d'armes en Allemagne contre la France.--_Mémoire._ Résolutions
+ prises dans le conseil tant à l'égard des troubles du Nord que
+ des affaires d'Écosse.--Nouvelles de ce pays.--_Mémoire
+ secret._ Avis donné par le duc d'Albe au sujet du traité de
+ paix qui se prépare en France.--Opinion de l'ambassadeur que la
+ reine d'Angleterre desire sincèrement la
+ pacification.--Propositions faites séparément et secrètement à
+ l'ambassadeur par Cécil et par Leicester.--Avis secret sur le
+ dessein arrêté par le comte d'Arundel et milord de Lomeley de
+ reprendre, même en recourant aux armes, l'exécution de leur
+ projet pour rétablir la religion catholique en Angleterre, et
+ Marie Stuart en Écosse.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, j'ay esté, ceste saincte sepmaine, devers la Royne d'Angleterre
+pour luy fère veoir que le bon ordre, que Vostre Majesté avoit miz de
+deffandre, pour l'amour d'elle, la publication du discours des
+troubles de son royaulme imprimé à Paris, luy debvoit estre ung bien
+asseuré tesmoignage de vostre droicte intention envers elle, et que,
+prenant par là toute asseurance de vous trouver toutjour franc, clair
+et bien disposé à ne favoriser les entreprises de ceulx qui
+vouldroient troubler son estat, qui mesmes ne vouliez souffrir leurs
+escriptz, que de mesmes elle cessât, et fît cesser ses subjectz de ne
+porter aulcune faveur à ceulx qui troubloient le vostre; et qu'au
+surplus, j'estois bien ayse que ce qu'on luy avoit raporté du
+serviteur de Mr Norrys, qu'on l'eust arresté à Amyens, et qu'on luy
+eust osté les pacquetz de la dicte Dame, ne fût vray, affin de n'estre
+si offancée de ces deux choses, comme, par le propos de son principal
+secrétaire, il sembloit qu'elle les print à cueur; luy récitant les
+dicts propos en la façon que par mes précédantes je les ay mandez; et
+que je luy voulois respondre de ma vye pour Voz Très Chrestiennes
+Majestez que, despuys la paix, il n'estoit en cella, ny en nulle
+aultre chose, rien procédé de vostre vouloir et commandement, par où
+vous eussiez jamais prétandu qu'elle deubt estre offancée; et que,
+pour mon regard, je serois à trop grand regrect une seulle heure en ce
+royaulme, après que j'aurois tant soit peu commancé de cognoistre que
+je ne luy seroys plus agréable; et que je suplieroys très humblement
+Vostre Majesté d'y envoyer ung aultre; mais ne lairroys pourtant de me
+plaindre meintennant à elle du tort qu'on avoit naguières faict à ung
+mien secrétaire, qui portoit vostre pacquet, de luy avoir osté son
+argent à Douvres, la priant de m'en fère rayson.
+
+Sur lesquelles choses la dicte Dame m'a respondu qu'elle n'avoit rien
+sceu du petit discours imprimé à Paris, parce, à son adviz, que
+Cecille ne luy avoit vollu donner l'ennuy de luy en parler, mais ne
+layssoit pourtant de vous avoir grande obligation de l'avoir deffandu,
+dont vous en remercyoit de bon cueur; et puysque luy aviez monstré ce
+bon tesmoignage de vostre droicte intention en ses affères, qu'elle
+correspondroit de mesmes aulx vostres de ne pourter aulcune faveur à
+ceulx de la Rochelle, ny souffrir que les siens leur en portassent; et
+encor que aulcuns luy incrèpent le désir qu'elle a à la paix de vostre
+royaulme, comme ung désir qui admènera la guerre au sien, qu'elle n'en
+veult rien croyre, ny ne veult cesser de la desirer; qu'elle estoit
+bien ayse que l'homme de son ambassadeur et ses pacquetz n'eussent
+esté arrestez, bien qu'il avoit esté unze jours sans qu'on sceût de
+ses nouvelles; que pour le regard de ma négociation, je ne vollusse
+aulcunement doubter qu'elle ne luy fût bien fort agréable; et usa de
+toute l'expression qu'il est possible pour me le donner ainsy à
+cognoistre; et que j'avois bien veu en quelle peyne elle avoit esté
+pour mes pacquetz perduz; dont me feroit fère si bonne rayson
+meintennant de l'argent de mon secrétaire, que j'en demeureroys
+contant.
+
+Et, en toutes sortes, sa responce a esté si honneste que, l'en ayant
+remercyée, j'ay suyvy à luy dire que j'avois d'aultres choses à luy
+faire entendre, lesquelles je la supplioys prendre la peyne elle
+mesmes de les lyre aulx propres termes que Vostre Majesté me les
+mandoit, qui estoient si bons que je n'y voullois rien adjouxter, ny
+rien diminuer; et ainsy, luy ay monstré celle partie de vostre lettre
+du IIIe du présent, dont vous renvoye l'extraict, laquelle elle a leue
+bien fort curieusement; et puys ay adjouxté que vous expliquiez là
+dedans si à clair vostre intention, que je n'avois à y fère aultre
+office envers elle que de bien recuillyr ce que, pour satisfère à
+trois choses principallement, il luy plairroit de m'y respondre: la
+première, quelle opinion elle avoit des honnestes condicions que vous
+offriez à vos subjectz; la segonde, quelle elle l'auroit de voz
+subjectz, s'ilz estoient si durs et si obstinés de ne les accepter; et
+la troysiesme, si, en ce cas de leur obstiné reffuz, elle non
+seulement les exclurra de sa faveur et de celle de son royaulme, mais
+si elle ne se unyra pas avec Vostre Majesté pour réprimer leur
+témérité et le pernicieulx exemple qu'ilz s'esforcent de relever au
+monde contre l'authorité des princes souverains: car, quant à la levée
+qu'on disoit se fère en Allemaigne pour elle, et aulx deniers qu'on
+dict encores qui s'y espèrent et d'aultres qui s'espèrent aussi à la
+Rochelle d'elle et de son royaulme contre vous, je ne la vouloys
+suplier, sinon de vous en esclarcyr si bien une foys qu'il ne vous en
+peult plus rester aulcun doubte.
+
+La dicte Dame, après m'avoir par beaulcoup de bonnes parolles et en
+plusieurs façons donné à cognoistre qu'elle avoit ung très grand
+contantement de ceste confiance, que vous monstriez avoir d'elle sur
+la paciffication de vostre royaulme, m'a respondu qu'elle vouloit très
+fermement croyre que le contenu ez articles, que je luy avois
+dernièrement monstrez, estoit proprement ce que vostre Majesté avoit
+intention d'accorder et meintenir de bonne foy à ses subjectz pour
+parvenir à une bonne paciffication, et qu'elle me diroit de rechef le
+mesmes qu'allors, que, si eulx de leur costé ne monstroient rayson
+suffizante pourquoy ilz ne puyssent avec cella vivre soubz vostre
+authorité, leur conscience saulve, et leurs vyes asseurées, que non
+seulement elle ne les vouldra favoriser, ains les réputera pour
+traistres et rebelles, dignes d'estre chassez de tout le monde; et que
+si, pour entendre à quoy ilz se pourroient arrester, il vous playsoit
+luy donner congé qu'elle s'en meslât, qu'elle y procèderoit avec
+aultant de considération de l'authorité qui vous est deuhe sur voz
+subjectz, comme s'il estoit question de saulver la sienne sur les
+siens; et que si, par voz lettres, je cognoissoys que vous l'eussiez
+agréable, qu'elle s'y employeroit tout incontinent.
+
+Je luy ay respondu que je ne pouvois ny voulois m'advancer à rien de
+plus que ce qu'elle venoit de lyre; car n'en avois aultre
+commandement, dont tornasmes relyre le dict extret de la lettre mot à
+mot; puys, me pria que je vous vollusse asseurer de la continuation de
+sa bonne vollonté et grande affection à la paix de vostre royaulme, et
+que s'il vous playsoit qu'elle s'en meslât, qu'elle envoyeroit devers
+Vostre Majesté, ou bien là où il seroit besoing, ung personnaige de
+qualité correspondante à ung si grand négoce, comme elle estime cestuy
+cy, pour y besoigner, ainsy que vous adviseriez, ou bien tretteroit
+icy avec Mr le cardinal de Chatillon; lequel elle cognoissoit très
+desireux de la paix, et l'avoit toutjours cogneu très respectueulx à
+Voz Très Chrestiennes Majestez; et qu'elle estimoit qu'il ne vous
+pourroit revenir qu'à honneur, comme elle mettroit bien peyne qu'il
+vous revînt à proffict, qu'elle s'employât envers ceulx de sa religion
+à les exorter qu'ilz se veuillent contanter des offres de leur prince
+et seigneur, ou bien de suplier Vostre Majesté d'eslargir ung peu sa
+grâce envers eulx; et qu'elle sçayt bien que le différer en cecy sera
+pour vous rendre en brief la dicte paciffication beaucoup plus
+malaysée, encor qu'elle peult bien asseurer que, en Allemaigne, ny à
+la Rochelle, il n'est allé, ny yra rien, de sa part, qui soit contre
+Vostre Majesté.
+
+Je luy ay grandement loué ceste sienne bonne intention, avec promesse
+de la vous fère bien entendre, et qu'elle se pouvoit asseurer que la
+paix de France seroit la paix d'Angleterre; et que, si l'occasion de
+ceste guerre, laquelle faisoit toutjour mal passer quelque chose entre
+voz deux royaulmes et voz communs subjectz, estoit ostée; et que
+d'ailleurs elle vollût donner quelque accommodement aulx affères de la
+Royne d'Escoce, elle se pouvoit asseurer que nul prince ny princesse
+de la terre n'auroit son règne plus estably ny reposé que seroit le
+sien; et que Vostre Majesté avoit acepté l'offre qu'elle faisoit de
+vouloir entendre à quelque bon expédiant entre elles deux, si vous le
+leur métiez en avant; que vous aviez estimé, si les propres offres de
+la Royne d'Escoce ne luy sembloient suffizantes, que c'estoit à elle
+d'en adviser de plus grandes, et que, si elles n'estoient par trop
+disraysonnables, vous croyés fermement, que la dicte Dame les
+accorderoit, et que vous, comme son principal allié, non seulement les
+confirmeriez, mais métriez peyne de les luy fère accomplyr.
+
+Elle a répliqué que la Royne d'Escoce n'avoit jamais parlé que en
+général, et qu'il failloit venir aulx choses particullières, dont,
+s'il luy en estoit miz en avant quelques unes, que pour l'honneur de
+Vostre Majesté elle les suyvroit; ayant néantmoins à se pleindre
+encores de nouveau de la dicte Royne d'Escoce, qu'estant, ainsy
+qu'elle est, entre ses mains, elle n'avoit toutesfoys layssé, par
+ceulx qui tiennent son party en Escoce, de fère retirer ses fuytifz;
+et que, en toutes sortes, elle estoit résolue de chastier et
+poursuyvre ses dicts fuytifz, et ceulx qui les soubstiennent, me
+signiffiant aulcunement qu'elle entreprendroit de fère entrer des
+forces dans le pays.
+
+Je luy ay respondu qu'elle advisât de ne contrevenir aulx trettez, et
+que, s'il luy plaisoit de mettre en liberté l'évesque de Roz, luy et
+moy adviserions de luy ouvrir des moyens pour esteindre toutz ces
+différantz d'entre elles deux et leurs deux royaulmes.
+
+«Il n'est pas, dict elle, tant prisonnier qu'il ne puysse tretter par
+lettres avecques sa Mestresse, et n'est retenu que _pro formâ_ pour
+quelque démonstration contre la pratique qu'il a meue avec ceulx du
+North; mais bientost il sera en liberté.» Et ainsy gracieusement s'est
+achevée ceste audience, laquelle je vous ay bien vollu ainsy au long
+réciter, Sire, affin que l'intention de la dicte Dame vous soit mieulx
+cogneue, et remectz les aultres choses au Sr de Vassal, présent
+porteur, auquel je vous supplie très humblement donner foy: et sur ce,
+etc.
+
+ Ce XXVIIe jour de mars 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+
+=Chiffre.=--[Madame, je n'ay peu contanter l'homme, duquel je vous ay
+naguière escript par mon secrétaire, de la responce que mon dict
+secrétaire m'a raportée, bien que je la lui aye baillée en la façon
+que ce mien gentilhomme vous dira; par lequel il vous plairra, Madame,
+me mander comment je l'en debvray résouldre, car il me presse bien
+fort de le fère, et si, a des considérations telles qu'il ne peult
+penser que ne le debviez accepter. Au reste, Madame, la Royne
+d'Angleterre, pour me tenir la promesse qu'elle m'avoit faicte de
+m'advertyr des choses qu'elle entendroit se fère en Allemaigne contre
+Voz Majestez, m'a dict que, dans trois sepmaines, ceulx de la religion
+doibvent envoyer gens exprès devers les princes protestans pour
+résouldre l'entreprinse de France, si la paix ne sort à effect; et que
+pourtant elle seroit bien ayse de pouvoir ayder à la conclurre
+bientost; de quoy je vous ay bien vollu fère ce mot et le vous
+escripre ainsy à part, parce que la dicte Dame m'a dict qu'elle m'en
+advertissoit soubz sacrement de confession, en ce temps de caresme,
+affin que je ne la nommasse pas; car, si les aultres se plaignoient
+qu'elle m'eust donné cest adviz, elle serait contraincte de dire
+qu'elle ne m'en avoit point parlé; et bien que ce ne soit ung faict de
+grand importance, je ne vouldrois toutesfoys l'avoir mise en peyne de
+me désadvouher.] Sur ce, etc.
+
+ Ce XXVIIe jour de mars 1570.
+
+ OULTRE LES SUSDICTES LETTRES, le dict Sr de Vassal pourra dire à
+ Leurs Majestez:
+
+ Qu'il a esté naguières remonstré à la Royne d'Angleterre qu'elle
+ et son royaulme estoient pour tumber en ung prochain
+ inconvéniant, pour la multitude des difficultez, ès quelles elle
+ se trouvoit embroillée avecques le Roy, avecques le Roy
+ d'Espaigne, avecques la Royne d'Escoce, avec les Irlandoys, et
+ avec les naturelz de ce royaulme, qui sont prisonniers, fuytifz,
+ ou mal contantz, si elle s'opinyastroit de les vouloir toutes en
+ ung temps surmonter par la force ou par la despence; dont,
+ induicte par le conseil des plus modérez d'auprès d'elle, avoit
+ advisé d'y procéder par les gracieux expédians qui s'ensuyvent:
+
+ En premier lieu, pour le regard du Roy, que, pour effacer la
+ mémoire des choses qui pourroient avoir mal passé contre luy du
+ costé de ce royaulme, despuys ses derniers troubles, elle
+ s'employeroit tout ouvertement de luy procurer une paix tant
+ advantaigeuse et honnorable avecques ses subjectz, qu'elle le se
+ randroit bienveuillant, et luy offriroit au reste quelque
+ honneste accommodement ez affères de la Royne d'Escoce; dont, par
+ ces deux poinctz, elle se conserveroit la paix avecques luy;
+
+ Que, du costé du Roy d'Espaigne, elle envoyeroit des depputez en
+ Flandres, ainsi qu'on luy en faisoit encores lors grande
+ instance, affin d'accorder les différans des prinses, et que ces
+ mesmes depputez essayeroient d'entrer plus avant en matière pour
+ voir s'ilz pourroient parvenir à ung général accord de toutes
+ aultres choses.
+
+ Au regard de la Royne d'Escoce, qu'elle luy escriproit une bonne
+ lettre, et que, jouxte ce qu'elle m'avoit naguières promis, elle
+ l'exorteroit de mettre en avant quelques bons et honnestes
+ expédians entre elles deux, et luy promettroit d'y entendre et
+ les recepvoir de bon cueur.
+
+ Quant aulx choses d'Irlande et de ce royaulme, qu'elle
+ rapelleroit gracieusement aulcuns des seigneurs qui sont les
+ moins offancez, et par le moyen de ceulx là, elle essayeroit de
+ radoulcyr les aultres et les remettre en leurs degrez et estatz;
+ et puys, avec l'unyon et conformité de leurs bons conseilz, et de
+ leur ayde, elle pourroit ayséement remettre les choses en ung
+ paysible et bien asseuré estat; dont luy fut sur ce proposé une
+ forme de rémission pour les fuytifz, et la comtesse de
+ Vuesmerland s'aprocha en ceste ville pour poursuyvre le rapel de
+ son mary.
+
+ Suyvant laquelle délibération, parce que ceulx qui vouldroient le
+ trouble n'eurent de quoy suffizamment la débattre, aulcunes des
+ dictes choses ont esté despuys commencées, aultres ont esté en
+ aparance accomplyes, mais nulles n'ont sorty à bon effect; ains
+ les ont ces gens là tornées en aultre et quasi contraire sens de
+ ce qu'on espéroit.
+
+ Car, touchant la paix de France, estant la dicte Dame sur le
+ poinct d'envoyer ung personnaige de grande qualité devers le Roy
+ pour ayder à la conclurre, ilz ne luy ont pas ozé oster ce sien
+ honneste desir, parce qu'ilz ont pensé que la dicte paix se
+ pourroit conclurre de deçà comme dellà, et possible à leur
+ dommaige; mais ilz luy ont bien persuadé, qu'ayant la dicte Dame
+ esté mal ouye, la première foys qu'elle s'est offerte d'en
+ parler, qu'elle debvoit meintennant attendre que le Roy l'en
+ pryât, ce qui se raporte au propos qu'elle m'en a tenu en ceste
+ audience.
+
+ Et des choses de Flandres, ilz luy ont persuadé de deffandre aulx
+ depputez, qui alloient par dellà, de ne s'ingérer à rien
+ davantaige qu'au simple faict, duquel la dicte Dame estoit
+ maintennant recerchée, qui estoit des merchandises; aultrement ce
+ seroit faire amande honnorable au duc d'Alve; et que pourtant
+ leur commission debvoit estre leue publicquement en présence du
+ Sr Thomas de Fiesque; et à icelle adjouxté la restriction de ne
+ parler ny tretter d'aultre chose que des merchandises
+ d'Angleterre, et de pouvoir simplement accorder que personnaiges
+ de semblable qualité puissent venir par deçà pour tretter de
+ celles d'Espaigne, ce qui a esté ainsy faict.
+
+ Et pour l'importance des affères d'Escoce, affin que la dicte
+ Dame ne s'obligeât trop par ses lettres à la Royne d'Escoce sa
+ cousine, le secrétaire Cecille les a escriptes et a contrefaict
+ la main de sa Mestresse, avec plusieurs parolles de consolation
+ et de commémoration des bénéfices passez, mais tellement couchées
+ qu'on ne peut comprendre où va son intention; toutesfoys la Royne
+ d'Escoce ne laysse d'y respondre.
+
+ Quant à radoulcyr et rappeller les seigneurs mal contantz, l'on
+ a, à la vérité, miz en plus grande mais non en entière liberté
+ millord de Lomellé; et le comte d'Arondel, qui estoit, plus de
+ six sepmaines a, sur le poinct d'estre rappelé, demeure encores
+ confiné en sa mayson de Noncich, et n'y a nulle apparance de la
+ liberté du duc. Par ainsy la noblesse reste aussi mal satisfaicte
+ que auparavant, et le comte de Pembroc, qui estoit ung médiateur
+ en cella, est naguières trespassé.
+
+ Or, sur la grande instance que le sir Randolf, despuys qu'il est
+ en Escoce, a toutjours faicte à la dicte Dame, de vouloir, par
+ les meilleurs et plus promptz moyens qu'elle pourroit, assister
+ ces seigneurs de dellà, qui veulent dépendre d'elle, lesquelz,
+ pour establyr l'authorité du petit prince, et oster celle de la
+ Royne d'Escoce, demandent avoir le comte de Lenoz pour régent, ou
+ aultrement, que la part de la Royne d'Escoce va prévaloir dans le
+ pays; la matière en a esté avec grande contention débattue entre
+ ceulx de ce conseil, qui enfin ont miz en considération que le
+ dict comte de Lenoz estoit suspect de la religion catholique, et
+ qu'il n'estoit de suffisance ny d'expériance pour conduyre, à
+ l'intention de la dicte Dame, les grandz affères qui se
+ présentent meintenant en Escoce; ains seroit pour y aporter plus
+ de retardement que d'advancement: par ainsy, ont résolu qu'on se
+ déporteroit de plus luy pourchasser la charge ny la régence du
+ dict pays, et que, estant le comte de Sussex desjà dépesché, avec
+ tout ample pouvoir, au pays du North, il luy seroit encores
+ commis cest affère d'Escoce, car c'estoit tout vers ung mesmes
+ quartier.
+
+ Dont, à sa commission des choses du dict pays du North, laquelle
+ portoit de marcher seulement jusques à la frontière d'Escoce,
+ avec quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx; et de
+ faire procéder au jugement des coulpables de la première
+ ellévation et exécuter les condampnez, et poursuyvre par deffault
+ les absentz, confisquer leurs biens et prendre possession
+ d'iceulx au nom de la dicte Dame, et en vendre ce qu'il pourroit;
+ a esté adjouxté qu'il pourra lever jusques à dix mil hommes, et
+ qu'il procèdera aulx affères d'Escoce tant contre les rebelles
+ qui s'y sont retirez que au faict de l'estat; qu'il marchera en
+ pays, s'il est besoing, et ainsy que l'occasion s'en présentera;
+ et qu'il pourvoirra surtout que nulz Françoys ny Espaignolz, ny
+ aultres estrangiers preignent pied par dellà; et, pour cest
+ effect, ordonné luy estre forny contant XX mil {lt} d'esterlin,
+ c'est LXVII mil trois centz escuz, et que, dans six sepmaines, il
+ luy en sera envoyé aultant. Despuys, la dicte Dame m'a
+ résoluement déclaré qu'elle envoyera poursuyvre et chastier ses
+ fuytifz et ceulx qui les soubstiennent, jusques dans l'Escoce.
+
+ L'on faict aller fort secrètes et fort déguysées les nouvelles
+ qui viennent du dict pays d'Escoce; néantmoins l'on m'a dict que
+ le duc de Chastellerault, et les comtes d'Arguil, d'Honteley,
+ d'Atil et toutz les principaulx du pays estoient à l'Islebourg au
+ commencement de mars, et les comtes de Northomberland, de
+ Vuesmerland et aultres fuytifz d'Angleterre avec eulx; qu'ilz
+ estoient après à tenir une assemblée d'Estatz, remise du IIIIe au
+ Xe du dict moys, pour regarder à ce qu'ilz auroient à fère pour
+ la restitution de leur Royne; que cependant ilz avoient faict
+ proclamer par tout le pays l'authorité de la dicte Dame; que,
+ parce que le comte de Mar faisoit difficulté de se joindre à
+ eulx, ilz avoient proposé de marcher en armes vers Esterlin pour
+ le dessaysir du gouvernement du petit prince; que despuys il
+ s'estoit rallyé avecques eulx; qu'on ne sçavoit qu'estoit devenu
+ le comte de Morthon, et sembloit qu'il se fût retiré en
+ Angleterre; que quelques navyres, avec gens de guerre, avoient
+ apparu au North d'Escoce, dont aulcuns disoient que c'estoit le
+ secours de Flandres, que le frère du comte d'Honteley admenoit,
+ les aultres disoient que c'estoit le comte de Bodouel qui venoit
+ de Danemarc, avec quelques gens qu'il avoit ramassez.
+
+ SECONDE INSTRUCTION A PART AU DICT SIEUR DE VASSAL.
+
+ L'ambassadeur d'Espaigne m'a dict, despuys huict jours, que le
+ duc d'Alve luy avoit escript deux notables considérations qu'il
+ avoit mandées au Roy par le mesmes gentilhomme, que Sa Majesté
+ luy avoit expressément dépesché pour avoir son conseil sur la
+ paix de son royaulme; la première, que d'octroyer liberté de
+ conscience ou exercisse de religion à ses subjectz, de tant que
+ c'estoit pure matière éclésiastique, il ne s'en debvoit
+ entremettre aulcunement, ains le remettre du tout au Pape; la
+ seconde, que de pardonner aulx ellevez, il le trouvoit bon, pour
+ le désir qu'il avoit à la paix de France, si cella en estoit le
+ moyen, mais en lieu d'establyr ses affères, ce seroient eulx qui
+ les establyroient et se fortiffieroient par la dicte paix, et
+ guetteroient le temps de reprendre les armes à leur advantaige,
+ lorsqu'ilz cuyderont mieux emporter la couronne; par ainsy qu'il
+ estoit nécessaire qu'il y mit meintennant une entière fin:
+
+ Que le dict ambassadeur trouvoit ce conseil fort prudent, et que
+ le Roy, suyvant icelluy, se debvoit résouldre à la guerre, non de
+ donner souvant des batailles, car c'estoit trop hazarder l'estat,
+ mais de myner les ennemys à la longue, et qu'aussi bien la paix
+ n'estoit près d'estre faicte, parce qu'ung de ses amys de ce
+ conseil l'avoit adverty que la Royne d'Angleterre avoit promiz au
+ cardinal de Chatillon de secourir l'Admyral, son frère, de deux
+ centz mil escuz; et que le dict cardinal luy avoit obligé sa foy,
+ et celle de son dict frère, qu'ilz ne permettroient qu'en nulles
+ conditions la dicte paix se conclûd.
+
+ Je luy ay respondu, quant au premier, que le duc d'Alve estoit
+ ung si prudent et si entier et modéré seigneur qu'il ne faudroit
+ de conformer toutjours ses adviz sur les affères de France à
+ celluy de Leurs Majestez Très Chrestiennes, et des saiges
+ seigneurs de leur sang, et de leur conseil, qui les entendoient
+ très bien et sçavoient comme il les failloit manyer, et qui
+ auroient toutjours le soing qu'il ne s'y fît, pour paix ny pour
+ guerre, rien qui ne fût sellon Dieu, à l'honneur du Roy et repos
+ de la Chrestienté:
+
+ Et quant à l'aultre, de l'obligation du cardinal à la Royne
+ d'Angleterre, que je le prioys de vériffier davantaige ce qu'on
+ luy en avoit dict, et où, et commant se feroit le payement des
+ deux centz mil escuz.
+
+ Mais voulant, de ma part, descouvrir si cella estoit vray, car,
+ quant à la promesse des deniers, j'en avois desjà quelque adviz,
+ mais non de ceste obligation du cardinal, ny d'une si malle
+ volonté de ceste Royne, j'ay, par une interposée personne, faict
+ toucher la matière au comte de Lestre et au secrétaire Cecille,
+ desquelz deux se comprend toute l'intention de la dicte Dame, et
+ l'ung et l'aultre ont monstré que eulx et leur Mestresse
+ desiroient la paix; dont, oultre la conjecture des propos, que je
+ sçay qu'ilz en ont tenu à celluy par qui je les ay faictz sonder
+ et à d'aultres, voycy ceulx que Cecille a dictz à ung mien
+ gentilhomme tout exprès pour me les raporter:
+
+ Que, par les adviz de Mr Norrys et par aultres conjectures, il
+ cognoissoit que la paix demeurait d'estre faicte en France, parce
+ que le Roy n'y vouloit permettre l'exercisse de la religion, et
+ que ceulx de la Rochelle ne combattoient ny pour terres, ny pour
+ empyres, ny pour aultre chose quelconque que pour cella; dont il
+ s'advanceroit de dire un mot, que possible l'on ne l'estimeroit
+ sage de me l'avoir mandé, que, s'il plaisoit au Roy leur ottroyer
+ le dict exercisse en leurs maysons, il pensoit fermement qu'il
+ conclurroit quant au reste la paix, tout ainsy qu'il la
+ vouldroit; et que, s'il avoit agréable que la Royne, sa
+ Mestresse, s'y employât, laquelle y pouvoit possible aultant que
+ prince ny princesse de la terre, qu'elle le feroit aultant à
+ l'honneur et advantaige de Leurs Majestez Très Chrestiennes, et à
+ la tranquillité de leur royaulme, comme si c'estoit pour elle
+ mesmes.
+
+ Le comte de Lestre, par ung gentilhomme italien catholique, qui
+ est commun amy entre luy et moy, m'a mandé que la dicte Dame
+ estoit bien disposée à la dicte paix, et qu'il estoit d'adviz
+ que, comme de moy mesmes, je l'en misse en propos, la première
+ foys que je parleroys à elle, pour l'exorter de tenir la main à
+ ce qu'on la pût conclurre à l'advantaige du Roy, et que les
+ subjectz eussent à se contenter de ce que leur prince leur
+ pourrait, avec son honneur, ottroyer, sans en vouloir tirer
+ davantaige par la force; et que je luy remonstrasse que la paix
+ de France serait la paix d'Angleterre, voyre de toute la
+ Chrestienté, et luy toucher à ce propos le restablissement de la
+ Royne d'Escoce; et comme, par l'accomplissement de ces deux
+ choses, si elle s'y vouloit bien employer, elle pourrait régner
+ très paysiblement en son royaulme:
+
+ Que, de sa part, il y tiendrait la main, comme très obligé de
+ desirer le bien du Roy et de son royaulme, et que, touchant la
+ dicte paix, il sçavoit que le cardinal de Chatillon y avoit une
+ extrême affection, et que la noblesse de ce royaulme la desiroit,
+ et desiroit tout ensemble l'accommodement des affères de la Royne
+ d'Escoce, comme deux choses d'où dépendoit le repos et la seurté
+ de leur Royne et de son royaulme; et que Cecille, pour estre
+ ennemy conjuré de la Royne d'Escoce, et pour la frustrer de la
+ légitime succession qu'elle prétend à ce royaulme, affin d'y
+ establyr ung roy de sa main, et ellever ceulx de Erfort à la
+ couronne, lesquelz il nourryt en ceste espérance, comme ses
+ pupilles, en sa mayson, empeschoit que la dicte Dame ne peult
+ bien user de sa bonne intention en nulle de ces deux choses, la
+ tenant comme enchantée sur l'éguillon de la jalouzie, qu'il luy
+ propose toutjours de la dicte Royne d'Escoce.
+
+ Mais, qu'après que j'en auroys encores une foys parlé à la Royne,
+ sa Mestresse, si elle venoit à luy en toucher ung seul mot, il
+ s'ingèreroit de luy représenter franchement le debvoir à quoy,
+ l'honneur, la foy et la conscience la tiènent obligée envers le
+ Roy et envers la Royne d'Escoce pour l'entretennement des
+ trettez; et comme, en leur satisfaisant en ce qui seroit de
+ rayson, et s'asseurant par ce moyen de la paix de France et
+ d'Escoce, elle demeureroit très asseurée et establye contre les
+ dangiers et entreprinses de toutes les aultres partz du monde;
+ et, au contraire, si, pour ne se porter bien envers le Roy sur
+ ceste paix, ny envers la Royne d'Escoce sur sa restitution, elle
+ venoit à tumber en guerre de ces deux costez, à ceste heure
+ qu'elle ne sçavoit comme elle estoit avec le Roy d'Espaigne, et
+ que ses subjectz estoient divisez, dont possible une partie
+ seroit contre elle, il est sans doute qu'elle seroit en ung très
+ grand dangier.
+
+ Et ne craindroit de luy remonstrer que, nonobstant le mal qu'elle
+ pouvoit vouloir au cardinal de Lorrayne, elle avoit à considérer
+ qu'il estoit d'une mayson grande, et de nouveau plus allyée que
+ jamais à celle de France, et qu'en estant yssue la Royne d'Escoce
+ de par sa mère, monsieur et madame de Lorrayne ne permettroient
+ qu'elle fût habandonnée du Roy, oultre les aultres notoires
+ obligations d'entre les couronnes de France et d'Escoce:
+
+ Qu'il n'eust tant tardé de remonstrer cecy à sa Mestresse, sans
+ ce que Cecille le guettoit pour le désarçonner, ainsy qu'il avoit
+ désarçonné les aultres principaulx du conseil, par prétexte de la
+ Royne d'Escoce; et qu'il tenoit ceulx qui y estoient de reste
+ encores toutz bandez contre luy, ne se souscyant de hasarder sa
+ Mestresse, son estat et toutes aultres choses, pour establyr la
+ fortune des dicts de Erfort, et qu'ayant luy à suyvre celle de sa
+ Mestresse, il luy vouloit remonstrer le dangier où elle estoit,
+ encore qu'il en deubt estre ruyné.
+
+ Despuys, trouvant que l'intention du Roy estoit conforme à celle
+ du dict comte, j'ay parlé à la Royne d'Angleterre en la forme que
+ je le mande à Sa Majesté, et le dict comte monstre à présent
+ d'estre si affectionné à la matière qu'il désire fère luy mesmes
+ le voyage devers le Roy avec grand opinion, voyre asseurance,
+ qu'il ne s'en retournera sans que la paix soit conclue; sans que
+ les affères de la Royne d'Escoce soyent accommodez; et sans que
+ l'amytié d'entre le Roy et sa Mestresse soit bien estroictement
+ confirmée.
+
+ Ainsy, par les propos de ces deux, se peult conjecturer la
+ division qui est entre ceulx de ce conseil, et comme, en ce qui
+ concerne la France, encor que toutz monstrent d'y désirer la
+ paix et de vouloir que leur Mestresse s'y employe de si bonne
+ façon que le Roy luy en sache gré, c'est néantmoins diversement;
+ car Cecille et les siens ne veulent qu'il se parle des affères de
+ la Royne d'Escoce, et le dict comte et ceulx de son party
+ desirent qu'ilz soient par mesmes moyen accommodez, dont, pour
+ avoir quelcun qui luy fasse espaule au dict conseil pour
+ fortiffier son opinion, il est fort après à solliciter le retour
+ du comte d'Arondel, qui n'est amy du dict Cecille, et tout
+ contraire à ceulx de Erfort.
+
+ =Chiffre=. [Et à propos du dict comte d'Arondel, luy et millord de
+ Lomellé m'ont envoyé remercyer de mes bons offices et
+ démonstrations envers eulx, et que, si les choses ne prennent icy
+ meilleur trein pour eulx, ilz sont pour accepter la faveur du Roy
+ à se retirer soubs sa protection en France, et le dict de Lomellé
+ y mener sa femme;
+
+ Que, pour le présent, il faut qu'ilz attendent veoir que
+ deviendront les promesses de leurs amys, et leurs moyens et
+ espérances de court; car l'on leur a mandé qu'ilz sont sur le
+ poinct d'estre rappelez en leur auctorité accoustumé, laquelle
+ s'ilz ont une foys reprinse, ilz jurent de ne s'en laysser plus
+ dépossèder et de la retenir, ou par leur droict, ou par la force,
+ contre quiconque leur y vouldra fère tort;
+
+ Et, si ce paysible moyen d'y retourner ne leur succède dans peu
+ de jours, qu'ilz en essayeront quelque aultre plus viollent, car
+ desirent, comment que soit, pourvoir aulx désordres de ce
+ royaulme, et au faict de la Royne d'Escoce, et aulx affères du
+ duc de Norfolc, et encores plus expressément s'ilz peuvent, quant
+ ilz en auront le moyen, au restablissement de la religion
+ catholique; pour lesquelles quatre choses ilz veulent tout
+ hazarder.
+
+ Et disent que l'importance de cecy gyt principalement en deux
+ poinctz; l'ung est que le dict duc veuille bien employer les
+ moyens, qu'il a dans ce royaulme, pour se mettre en liberté, pour
+ fère prendre les armes à ceulx de son party, et pour empescher au
+ conseil les dellibérations de ses adversayres:
+
+ L'aultre poinct, que ceulx du North, qui se sont retirés en
+ Escoce, soyent secouruz; car est sans doubte, s'ilz se peuvent
+ remettre en campaigne, et marcher en çà, que ceulx de leur
+ intelligence se déclaireront et les repcevront avecques faveur
+ aux meilleurs endroictz d'Angleterre, et se joindront à eulx en
+ grand nombre;
+
+ Et que le bon succez de toutes choses deppend de ce dernier,
+ sans lequel il semble que le premier ne sera essayé, non que miz
+ à exécution; car le dict duc de Norfolc ne veult rien mouvoir de
+ luy mesmes de peur d'empyrer sa cause.]
+
+
+
+
+XCVIIIe DÉPESCHE
+
+--du dernier jour de mars 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par le nepveu du Sr Acerbo._)
+
+ Modération des mesures adoptées par la reine d'Angleterre.--Mise
+ en liberté du comte d'Arundel, qui est reçu en grâce par
+ Élisabeth.--Promesse faite à l'évêque de Ross que sa détention
+ va cesser.--Préparatifs d'une expédition qui doit être dirigée
+ vers le Nord.--Nouvelles d'Écosse.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, les dernières lettres que je vous ay escriptes et l'instruction
+que j'ay baillée au Sr de Vassal, qui les vous a aportées, vous auront
+donné assés ample notice de ce qui estoit advenu de plus principal en
+ce royaulme, jusques à la datte d'icelles, laquelle est du lendemain
+de Pasques. Meintennant j'ay à dire à Vostre Majesté que les festes se
+sont passées bien paysiblement en ceste court, sans qu'il y soit
+survenu aulcune chose de nouveau, par où ceste Royne et les siens
+ayent monstré d'en estre esmeuz davantaige; et toute expédition
+d'affères a cessé, s'estans la pluspart des seigneurs de ce conseil
+absentez en leurs maysons pour y fère la solempnité; et a l'on espéré
+que les choses, desquelles l'on craignoit debvoir le plus advenir de
+mouvement en ce royaulme, comme sont celles de ces seigneurs mal
+contantz, celles de la Royne d'Escoce et celles de la religion,
+seroient bientost réduictes à quelque modération, ayant la dicte Dame
+faict une soubdaine faveur au comte d'Arondel de l'admettre à luy
+venir bayser les mains, le jour du Jeudy sainct, avec une gracieuse
+satisfaction de ce qu'elle luy avoit faict sentyr son courroux sur le
+faict du mariage du duc de Norfolc avecques la Royne d'Escoce, parce
+qu'on l'avoit asseurée que c'estoit luy qui en estoit l'autheur: de
+quoy il s'est excusé, et qu'il n'avoit esté que en la compaignie de
+ceulx qui en avoient parlé comme de chose qu'ilz estimoient convenable
+au service d'elle, et au bien et repoz de son royaulme, et en laquelle
+ilz n'avoient jamais entendu qu'on y deubt procéder, sinon avec son
+bon congé et consentement; et que, de sa part, il ne seroit jamais
+trouvé aultre que son très fidelle subject et très loyal à sa
+couronne. Et ainsy luy ayant dès lors randue sa pleyne liberté, il
+s'en retourna pour quelques jours en sa mayson de Noncich, avec
+promesse de revenir en brief trouver la dicte Dame pour résider près
+d'elle, autant qu'il luy plairoit le commander; et à l'évesque de Roz
+fut donnée parolle qu'il seroit eslargy dans trois jours, mais despuys
+luy fut mandé que par ung mesmes moyen, après les festes, la dicte
+Dame le feroit mettre en liberté, et luy permettroit de venir tretter
+avec elle des affères de sa Mestresse; et aulx Catholiques n'a esté
+usé d'aulcune rigueur ny recerche à ces Pasques; mais aulcuns pensent
+que toute ceste gracieuse démonstration se faict pour gaigner le
+temps, et pour amortyr les entreprinses qu'on crainct devoir estre
+cest esté.
+
+Aultres ont opinion que, à bon escient, l'on veult accommoder les
+affères, et plustost plyer ung peu que venir au dangier de rompre,
+dont le temps nous fera veoir ce qui en sera; tant y a que le comte de
+Sussex marche toutjours vers le North, avec quatre mil hommes de pied
+et douze centz chevaulx, et que l'admyral Clinton est après à lever
+encores (à ce qu'on dict) des gens de pied et de cheval vers son pays
+de Linconscher pour s'aller joindre à luy; et a l'on tiré, ces jours
+passez, de la Tour trente chariotz d'armes et de monitions, et créé
+des cappitaines de pionnyers pour leur envoyer; ce qui donne à penser,
+avec d'aultres adviz précédans, qu'on a intention de dresser camp, et
+d'entrer en Escoce; vray est que la sayson ne semble propre pour
+commencer encores ceste guerre, jusques à la fin d'aoust, car jusques
+alors ne se trouvera vivres au dict pays du North ny en toute la
+frontière d'Escoce.
+
+L'on continue de dire que les seigneurs Escouçoys font aller toutes
+choses dans leur pays à l'advantaige de la Royne, leur Mestresse, et
+qu'ilz ont faict proclamer son auctorité, et qu'il ne reste des grands
+du royaulme que quatre que toutz ne soyent pour elle. L'on dict qu'ilz
+ont encores remiz jusques au premier jour de may la tenue de leurs
+Estatz. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXXIe jour de mars 1570.
+
+
+
+
+XCIXe DÉPESCHE
+
+--du IIIIe jour d'apvril 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Cambernon_.)
+
+ Retour du comte d'Arundel à la cour.--Prolongation de la
+ captivité de l'évêque de Ross.--Affaires d'Écosse.--Bon accueil
+ fait par le duc d'Albe aux députés d'Angleterre.--Nouvelles
+ d'Allemagne.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, retournans après ces festes les seigneurs de ce conseil en ceste
+court, le comte d'Arondel y est arrivé des premiers, auquel la Royne
+sa Mestresse a faict beaulcoup de faveur, monstrant prendre toute
+confiance de luy; dont semble qu'il ne reffuzera de se laysser
+introduyre de rechef aulx affères, mais ce sera possible plus pour
+servyr à la liberté du duc de Norfolc, son beau filz, et aulx affères
+de la Royne d'Escoce, ausquelz il a toutjour porté bonne affection,
+que pour ambicion qu'il ayt; car le présent manyement de l'estat ne
+semble aller aucunement sellon qu'il le vouldroit.
+
+Je suys bien marry qu'en leurs premières dellibérations, iceulx
+seigneurs du conseil, après leur dict retour, ayent changé ce qu'ilz
+avoient auparavant ordonné pour l'évesque de Roz, de luy donner sa
+liberté incontinent après Pasques, et qu'il seroit admiz à parler à la
+Royne leur Mestresse; là où meintennant on luy faict dire qu'il ayt
+encores pacience, et qu'elle n'est bien résolue quant, ny commant,
+elle la luy pourra donner. Il semble que le sir Randolf ayt donné
+adviz à la dicte Dame que ceulx, qui ont relevé le party du comte de
+Mora en Escoce, ont desjà dépesché l'abbé de Domfermelin et Nicollas
+Elphiston pour venir tretter, avecques elle et avec les seigneurs de
+son conseil, de toutes choses de dellà; et que possible elle y veult
+avoir pourveu, premier que d'eslargyr le dict sieur évesque, de peur
+qu'il ne luy traverse ses desseings. Et de ce, Sire, que je vous avois
+cy devant mandé, que le voyage du comte de Lenoz estoit interrompu,
+les dicts du conseil ont changé d'opinion à cause d'une lettre que les
+comtes de Mar et de Glencarve, et les lordz Lendzay, Semple, Ruthunen
+et Drunquhassil ont escripte au dict de Lenoz, qu'il veuille venir en
+dilligence prendre la régence du pays, affin de conserver l'authorité
+au jeune prince son petit filz, et haster le secours que la Royne
+d'Angleterre leur a promiz; de tant mesmement que les fuytifz de son
+royaulme non seulement se sont joinctz aulx Amelthons en faveur de la
+Royne d'Escoce, mais publient aussi qu'ilz n'attendent, d'heure en
+heure, que l'arrivée du renfort qui leur doibt venir de France et de
+Flandres. Sur quoi, de tant que iceulx du conseil ont senty que le
+comte de Morthon, duquel ilz espéroient beaucoup, n'estoit bien vollu
+ny de la noblesse ny du peuple d'Escoce, et que mesmes il n'estoit
+soubsigné en la dicte lettre avec les aultres, ce qui monstroit de
+n'estre bien d'accord avec eulx, par ainsy qu'ilz ne pouvoient fère
+aulcun bon fondement sur luy, ilz ont advisé de laysser aller, plus
+par nécessité que par ellection, le dict de Lenoz par dellà; réservant
+néantmoins la charge principalle du tout au comte de Sussex, et ne
+fornyssant à icelluy de Lenoz que, comme pour fère le voyage, envyron
+trois mil cinq centz escuz. Vray est que la comtesse, sa femme, a
+engaigé ses bagues et sa vaysselle d'argent pour luy fère plus grand
+somme; et cependant l'on a dépesché, coup sur coup, force courriers
+devers le comte de Sussex, ne sçay encores à quelles fins; car le
+bruyt est que les frontières ne sont plus tant pressées comme elles
+estoient par les fuytifz; mais je pense que c'est pour le haster vers
+l'Escoce, me confirmant toutjour en l'opinion qu'ilz le feront entrer
+dans le pays avecques forces, et mesmes que, pour pourvoir à la faulte
+des vivres qu'on pourroit avoir par dellà, j'entendz qu'on faict grand
+provision de farines, partout icy autour, pour les y envoyer par mer:
+ce que je mettray peyne de vériffier, et de vous donner de cella, et
+d'aultres choses, ung plus exprès et un plus certain adviz par mes
+premières. Je ne cesse cependant de fère, au nom de Voz Majestez Très
+Chrestiennes, toutz les meilleurs et plus exprès offices que je puys
+pour les affères de la dicte Royne d'Escoce, mais je ne sçay que
+espérer d'iceulx en un si grand changement et variation, comme l'on
+m'y use ordinairement, sinon que je croy qu'ilz se rangeront enfin
+d'eulx mesmes, ou qu'ilz ruyneront ceulx qui les vouldront ruyner.
+
+Icy court ung bruyt que le duc d'Alve a vingt six grands navyres
+prestz à mettre sur mer, avec nombre d'hommes de guerre, et de
+monitions, mais ne se dict à quel effect; néantmoins, cella met ceulx
+cy en assés de souspeçon, lesquelz ne layssent pourtant de solliciter
+par leurs depputez l'accord des différans des Pays Bas; et leur a fort
+pleu que le duc d'Alve les ayt ainsi bien receuz comme il a faict avec
+grand faveur; et que, à Bruges et en Envers où ilz ont passé, l'on les
+ayt caressez et trettez en amys; et que les officiers les ayent
+visitez et leur ayent envoyé présens; et que desjà le dict duc ayt
+depputé personnaige de sa part pour tretter avec eulx; dont s'espère
+qu'ilz s'accommoderont, comme, à la vérité, pour avoir les ungs et les
+aultres où entendre assés en d'aultres choses, il semble que tant plus
+vollontiers ilz vouldront sortyr de celles cy.
+
+Il se parle d'ung grand emprunct que ceste princesse propose de fère
+tout de nouveau; dont suys après à descouvrir si c'est pour recepvoir
+les deniers icy ou en Hembourg, et semble bien que les propos et
+pratiques de la dicte Dame et des siens en Allemaigne demeurent en
+mesmes suspens que faict la paix de France; et n'ay point sceu qu'il
+soit venu, de tout le moys passé, aultres nouvelles de dellà, si n'est
+de la diette du XXIIe de may à Espyre, et de l'aprest des deux Roynes,
+filles de l'Empereur, pour aller en France et en Espaigne; et du faict
+du prince d'Orange, duquel l'on parle diversement, car les ungs disent
+qu'il sçayt où prendre gens et argent pour fère une grande entreprinse
+et que la faveur des princes protestans ne luy manquera: aultres
+asseurent, et mesmement l'ambassadeur d'Espaigne, qu'il n'a ny gens,
+ny argent, ny moyen de rien entreprendre, et qu'il a perdu toute sa
+réputation envers les dicts princes protestans. Sur ce, etc.
+
+ Ce IVe jour d'apvril 1570.
+
+
+
+
+Ce DÉPESCHE
+
+--du IXe jour d'apvril 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Rossel et Christofle_.)
+
+ État des forces levées pour le Nord, et sans doute destinées à
+ entrer en Écosse.--Nouvelles de Marie Stuart.--Sommes
+ importantes réunies par Élisabeth.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, l'occasion pour laquelle la Royne d'Angleterre a dépesché,
+despuys huict jours, plusieurs courriers vers son pays du North, ainsy
+que je le vous ay mandé par mes précédantes du IIIIe du présent, est,
+sellon que j'entendz, pour mander aux trouppes et compagnies de gens
+de guerre, qu'on a levées en ces quartiers là, de se randre toutes
+ensemble à Yorc le XIIe de ce moys; et au comte de Sussex qu'il leur
+face fère incontinent la monstre, et qu'il les face acheminer à si
+bonnes journées qu'il puysse avoir son armée toute preste à Barvyc, le
+premier jour de may; laquelle les ungs disent debvoir estre de dix mil
+hommes de pied et cinq mil chevaulx, les aultres de la moytié moins
+des ungs et des aultres, ce que, pour encores, je croy estre le plus
+certain, mais qu'il a bien commission de lever l'aultre plus grand
+nombre, s'il est besoing. Il ne se dict encores ouvertement qu'il
+doibve entrer en Escoce, mais il se tient pour résolu qu'il le fera,
+si les seigneurs du pays, entre cy et là, ne se trouvent d'accord, ce
+que la dicte dame crainct assés; auquel cas, elle regardera ung peu de
+plus près comme elle devra poursuyvre l'entreprinse, et possible
+adviendra cependant que de l'avoir seulement entamée, elle leur aura
+donné plus prompte occasion de se réunyr. Il est bien certain que ses
+fuytifz ayant ainsy couru, de jour et de nuict, comme ilz ont faict,
+la frontière de deçà, et pillé et brullé les villaiges, et enmené
+force prisonniers, luy donnent occasion d'y envoyer des forces pour
+leur résister; mais elle dict que non seulement elle les veult
+chastier, mais qu'elle veult chastier ceulx qui les ont retirez; ce
+qui s'adresse principallement aulx Escouçoys: car l'on m'a asseuré,
+quant aux dictes frontières, que, despuys quelques jours, elles se
+trouvent assés paysibles, par l'ordre que les Escouçoys mesmes y ont
+miz; et que les principaulx chefz des fuytifz sont après à trouver
+moyen de passer en France ou en Flandres, ce qui debvroit fère
+abstenir la dicte Dame de son entreprinse; mais je crains que ce sera
+cella qui l'y convyera davantaige pour luy sembler moins difficile, et
+pour vouloir en toutes sortes establir les choses d'Escoce, si elle
+peult, à sa dévotion.
+
+Et fault estimer, Sire, que son desseing au dict pays ne peult estre
+petit, veu le nombre de canons de batterye, de couleuvrines, de
+monitions, d'armes et de vivres qu'elle y envoye. La Royne d'Escoce
+luy a naguières escript là dessus, mais l'évesque de Roz, qui est
+encores en arrest, ny moi, n'avons peu entendre du contenu en sa
+lettre que ce qui concerne seulement sa santé: qu'elle se porte bien,
+qu'elle se loue du bon trettement du comte de Cherosbery, et qu'elle
+trouve bon qu'il la conduyse en une aultre sienne mayson pour changer
+d'air et pour avoir plus grande commodité des vivres. L'on attend
+l'arrivée de l'abbé de Domfermelin, et le comte de Lenoz est desjà
+party, duquel l'on ne se peult si bien asseurer qu'on ne voye encores
+plusieurs difficultez en son voyage, et se parle de quelque marché sur
+le comte de Northomberland, que ceste Royne donnera quatre mil {lt}
+d'esterlin pour lui estre livré entre ses mains, par où semble qu'il
+soit encores dans le chasteau de Lochlevyn; et, à la vérité, Sire, je
+n'ay peu encores avoir assés de certitude des choses de dellà, car les
+passaiges sont trop serrez, et ce qui en vient en ceste court est tenu
+bien fort secrect, ou bien l'on le baille tant au contraire de ce qui
+est que je n'y donne poinct de foy. J'espère que par d'aultres moyens,
+que nous avons essayez, il nous en viendra bientost quelque notice.
+
+Quant à l'emprunct, dont en mes précédantes je vous ay faict mention,
+j'entendz que la dicte Dame a fait expédier mil Ve lettres de son
+privé scel, la moindre de cinquante {lt} d'esterlin, et la pluspart de
+cent, aulx particulliers bien aysez de son royaulme pour luy estre
+forny par chacun sa cothe part en ceste ville de Londres, dans le
+prochain moys de may; dont faict estat qu'il montera à la somme de
+cent cinquante mil {lt} d'esterlin, qui est cinq centz mil escuz. L'on
+commance de préparer une flotte de draps pour Hembourg et deux navyres
+de guerre pour la conduyre aulx despens des merchans; mais plusieurs
+estiment que ce sera pour aller en Envers, et que les depputez
+conclurront quelque chose sur ces différans, affin de pouvoir
+continuer leur mutuel traffic comme auparavant. Ceulx cy demeurent en
+grand suspens sur la longueur du tretté de paix de Vostre Majesté, et
+semble, Sire, qu'ilz en désirent et qu'ilz en craignent tout ensemble
+la conclusion pour des considérations et respectz, qui sont assés
+divers, dont je suys après d'en vériffier ce que desjà l'on m'en a
+dict, affin de vous rendre plus claire leur intention. Sur ce, etc.
+
+ Ce IXe jour d'apvril 1570.
+
+
+
+
+CIe DÉPESCHE
+
+--du XIIIe jour d'apvril 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Le Tourne_.)
+
+ Continuation des préparatifs militaires contre
+ l'Écosse.--Inquiétude des Anglais sur la négociation des
+ affaires de Flandre.--Détail des nouvelles arrivées en
+ Angleterre sur l'état de la guerre civile en France, et les
+ entreprises faites par les protestans.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, ce que j'ay aprins de l'expédition de l'armée que la Royne
+d'Angleterre envoye vers le North, despuys les dernières nouvelles que
+j'en ay escriptes à Vostre Majesté du IXe du présent, est que le comte
+de Sussex, en marchant en là, a assemblé six mil hommes, tant de pied
+que de cheval, à Duram, dont il en eust heu davantaige, s'il n'eut
+renvoyé ceux des gens de cheval qui n'estoient protestans; mais n'a
+regardé de si près aulx gens de pied, et, avec ceste troupe, il
+dellibère s'acheminer vers Barvyc, non qu'il ayt encores toutes choses
+si bien prestes qu'il s'y puisse randre le dernier de ce moys, comme
+il luy a esté mandé, ny qu'il puisse, devant le XVe du prochain,
+entrer en Escoce. Et de tant qu'on publyoit par dellà que la dicte
+armée seroit de dix mil hommes de pied et cinq mil chevaulx, quelcun
+m'a dict que ceulx du party contraire de la Royne d'Escoce ont mandé
+qu'il suffiroit, pour ceste heure, de fère entrer la moictié des
+dictes forces dans le pays, à cause qu'on ne trouverait assés de
+vivres pour tant de gens et de chevaulx; et qu'avec cella le petit
+prince pourroit estre facilement enlevé sans aulcun empeschement,
+pourveu que le reste se tînt sur la frontière pour venir au secours,
+si besoing estoit. L'on m'a confirmé qu'il est venu adviz bien certain
+à ceste Royne de l'arrivée d'ung ambassadeur de Vostre Majesté par
+dellà, et adjouxte l'on qu'il a conduict dans Dombertran six mil
+harquebouzes et trois mil corseletz, et qu'il faict une grande
+dilligence de réunyr et mettre les seigneurs du pays en bon accord,
+leur promettant l'assistance et secours de Vostre Majesté; et que les
+fuytifz d'Angleterre qui estoient près de s'en aller par mer, se sont
+arrestez; bien que quelcun m'a dict que le comte de Northomberland a
+trouvé moyen d'eschapper de Lochlevyn, et qu'il s'est retiré en
+Flandres. Il est vray, Sire, que jamais nouvelles ne furent baillées
+plus diverses que celles qui viennent de ce quartier là, parce que la
+matière est affectée de plusieurs, qui les publient sellon qu'ilz y
+ont différante affection. L'abbé de Domfermelin n'est encores arrivé.
+Le comte de Lenoz poursuyt son voyage, et la liberté est promise dans
+trois jours à l'évesque de Roz.
+
+Ceulx cy ont si grand désir que les depputez, qu'ilz ont envoyé en
+Flandres, facent quelque bon accord, que, pour garder que
+l'ambassadeur d'Espaigne ou aultres de deçà n'escripvent chose qui y
+puisse donner empeschement, ilz ont ung grand aguet sur toutes les
+dépesches qu'on y faict, et n'en layssent passer une seulle qui ne
+soit visitée. J'entendz qu'il est arrivé quelcun, assés freschement,
+de la Rochelle qui publie que les princes de Navarre et de Condé sont
+en Languedoc ez envyrons de Thoulouze, qui pillent, brullent et
+ruynent tout ce qui deppend des habitans de la dicte ville et non
+d'ailleurs; qu'ilz ont leur armée plus forte et en meilleur équipaige
+que jamais; qu'ilz font toutz les jours amaz d'argent et de gens, et
+mesmes de bandolliers, desquelz ilz ont desjà ung bon nombre, des plus
+mauvais garçons de la montaigne; que Mr de Biron est encores avec eulx
+pour tretter de la paix, mais parce qu'il ne propose nulles condicions
+raysonnables, l'on commence à souspeçonner qu'il n'a esté envoyé pour
+dire rien de particullier, mais pour espyer leurs forces et
+recognoistre l'estat de leur armée; qu'ilz ont d'aultres forces bien
+gaillardes à la Charité, qui courent ordinairement jusques à Bourges
+et à Orléans, et deux mil hommes de pied et cinq centz chevaulx à la
+Rochelle, avec lesquelles le Sr de La Noue tient tout le pays subject;
+qu'ilz ont reprins Maran et aultres lieux, nomméement Oulonne qui leur
+tenoit les vivres serrez, et qu'à présent ilz en recouvrent
+abondantment de toutes partz; et que Vostre Majesté estoit toujours à
+Angiers, sans argent et sans grand moyen d'en recouvrer. Lesquelles
+nouvelles aulcuns de ce conseil les magniffient, et les font encores
+courir plus amples affin d'intimider davantaige les Catholiques de ce
+pays. Néantmoins l'on m'a dict que la Royne, leur Mestresse, continue
+toutjour au mesmes désir que je vous ay cy devant mandé de la paix de
+vostre royaulme. Sur ce, etc.
+
+ Ce XIIIe jour d'apvril 1570.
+
+
+
+
+CIIe DÉPESCHE
+
+--du XVIIIe jour d'apvril 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par Jos, mon secrétaire._)
+
+ Détail de ce qui s'est passé en Écosse après le meurtre du comte
+ de Murray.--Assemblée des états à Lislebourg.--Espoir du
+ rétablissement des affaires de Marie Stuart, si son parti est
+ promptement secouru par la France.--Nouvelles de la Rochelle et
+ de Flandre.--Nécessité de faire la paix en France, et de
+ s'opposer avec vigueur aux projets de l'Angleterre sur
+ l'Écosse.--Conséquences désastreuses qu'aurait pour la France
+ la réunion de l'Écosse à l'Angleterre.--Avis secret donné à
+ Catherine de Médicis.--_Mémoire._ Résolutions arrêtées dans le
+ conseil d'Angleterre.--Dessein que l'on suppose au roi
+ d'attaquer l'Angleterre aussitôt après la pacification.--Projet
+ imputé au cardinal de Lorraine de vouloir faire périr Élisabeth
+ et Cécil par le poison.--Dissensions causées dans le conseil
+ par la rivalité des enfans de Hereford et de Marie Stuart,
+ comme héritiers présomptifs de la couronne
+ d'Angleterre.--_Mémoire secret._ Communications confidentielles
+ venues des Pays-Bas sur les projets de mariage des filles de
+ l'empereur avec le roi de France et le roi d'Espagne, et de
+ Madame, soeur du roi, avec le roi de Portugal.--Desseins
+ secrets du duc d'Albe.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, jusques à ceste heure, je n'ay peu mander rien de bien certain à
+Vostre Majesté du costé d'Escoce, à cause que la Royne d'Angleterre,
+sentant les diverses affections que les siens portent aulx choses de
+dellà, a miz bon ordre qu'il n'en puisse venir nouvelles sinon à elle,
+et de tenir icelles bien secrettes; mais ung des moyens que nous avons
+essayé pour en sçavoir a réuscy; par lequel une lettre est arrivée à
+la Royne d'Escoce, du XIXe de mars, d'ung de ses bons subjectz qui luy
+escript, que bientost après que le comte de Mora a esté tué, ceulx de
+son party se sont efforcez de tenir une assemblée à Lislebourg, le
+VIIe de febvrier, pour establyr de rechef la forme du gouvernement à
+leur poste, au nom du petit prince. A quoy aulcuns d'entre eulx,
+mesmes qui estoient desjà retournez en leur première bonne affection
+vers leur Royne, aydez du desir du peuple qui demandoit la convocation
+généralle des Estatz, y ont donné empeschement, estant par le layr de
+Granges, et sir Jammes Baffour formée une opposition, laquelle n'a
+esté de peu de moment: car par là l'on a cogneu que le chasteau de
+Lislebourg, duquel le dict de Granges est capitaine tenoit pour la
+dicte Dame et que les choses avoient esté conduites en façon que dès
+lors une assemblée généralle fut publiée, au IIIIe de mars ensuyvant,
+au mesmes lieu de Lislebourg, en laquelle la pluspart de la noblesse
+s'estoit trouvée, réservé aulcuns des Amilthons pour la souspeçon du
+murtre du dict de Mora, et réservé le comte d'Arguil, qui n'avoit
+passé plus avant que Glasco, et que les deux partz ne s'estoient
+pourtant guières meslée l'une avecques l'aultre; ains avoient tenu
+leurs assemblées séparées, sinon quelquefoys que les amys et partisans
+de la Royne avoient condescendu de convenir avec aucuns des aultres en
+la maison du secrétaire Ledinthon, qui estoit mallade, pour tretter de
+certaines particullaritez; et qu'enfin n'y avoit esté faicte plus
+grande détermination, que de assigner une aultre nouvelle assemblée au
+mesmes lieu, au premier jour de may prochain, de laquelle assemblée à
+venir les bons serviteurs de la dicte Dame ne pouvoient prendre
+aulcune bonne espérance, s'il n'aparoissoit premier pour elle quelque
+bonne faveur et assistance par dellà, ou de France, ou de Flandres,
+ainsy que ceulx qui estoient demeurez fermes en la foy et obéyssance
+de la dicte Dame, l'avoient toutjour espéré: car ceulx du contraire
+party s'asseuroient d'estre favorisez et secouruz, dans le temps, par
+la Royne d'Angleterre et d'hommes, et d'argent, pour maintenir
+l'authorité du jeune Roy et la religion nouvelle dans le pays, ainsy
+que Randolf, son ambassadeur, les en asseuroit; et qu'il estoit bien
+vray que le comte d'Atil, milord de Humes, le ler de Granges, le
+secrétaire Ledinthon, et plusieurs aultres qui avoient esté du
+contraire party, se déclaroient meintennant estre de celluy de la
+dicte Royne d'Escoce; et le dict Ledinthon pratiquoit encores d'y
+admener le comte de Morthon, avec lequel il en estoit bien avant en
+termes; et que les fuytifz d'Angleterre estoient aussi toutz déclairez
+pour elle et pour la religion catholique, mesmes le comte de
+Northomberland, qui avoit commancé de tretter de son rappel avec le
+dict Randolf pour sortyr de pryson, avoit, par la persuasion du dict
+Ledinthon, demeuré ferme en son premier propos, de sorte que les
+aultres restoient bien foybles dans le pays; mais qu'il estoit certain
+que les deniers et les forces d'Angleterre les relèveroient et leur
+mettroient toutes choses en leur main, si quelque aultre main bien
+forte ne s'y trouvoit opposante pour la dicte Royne d'Escoce; et
+contenoit aussi la dicte lettre que l'abbé de Domfermelin estoit
+dépesché par ceulx du contraire party devers ceste Royne, et que les
+aultres avoit advisé d'envoyer conjoinctement Robert Melin devers
+elle, pour la prier de moyenner par son authorité une bonne
+réconciliation dans le pays et en oster la division, affin que les
+estrangiers n'y fussent par les ungs ou par les aultres appellez, au
+grand détriment de la paix et du commun repos des deux royaumes.
+
+Lesquelles susdictes nouvelles, Sire, nous tenons pour plus vrayes,
+que nulles aultres qu'on nous ayt encores raportées; et sur icelles la
+Royne d'Escoce m'a prié de fère aulcuns offices envers la Royne
+d'Angleterre, pour l'exorter à l'entretennement des trettez, et de ne
+rien attempter par son armée au préjudice d'iceulx, ce que j'ay desjà
+faict, et y incisteray encores bien fermement; et que je veuille aussi
+fère entendre de sa part à Vostre Majesté qu'elle et son royaulme, qui
+sont l'ung et l'aultre de vostre alliance, pourront estre facillement
+remédiez à ceste heure par le secours qu'il vous a pleu luy accorder,
+pourveu qu'il vienne promptement, sellon que les choses sont encores
+en fort bonne disposition; de quoy elle vous supplie très humblement,
+mais que si vostre dict secours luy deffault, qu'il adviendra deux
+grandz inconvénians, qui vous seront non guières moins dommageables
+qu'à elle; l'ung, que les affères siens et de ses subjectz, qui sont
+proprement vostres et ceulx de la religion catholique, recepvront ung
+préjudice et détriment perpétuel dans son pays; l'aultre, que, pour se
+rachapter de la pryson où elle est et recouvrer son estat et sa
+liberté, elle sera contraincte de mettre le prince d'Escoce, son filz,
+ez mains des Anglois.
+
+Voylà, Sire, quand aulx affères de ceste pouvre princesse, qui sont si
+pressez par la dilligence que ceste Royne faict de haster toutjour son
+armée vers l'Escoce, qu'on pense que dans deux moys elle aura achevé
+son entreprinse, et n'est sans soupeçon qu'elle veuille fortiffier
+Dombarre, ou Aymontz, ou quelque aultre lieu dans le pays, veu les
+pyonniers qu'elle y envoye.
+
+Au surplus, Sire, certainz petitz discours qu'on a envoyés imprimez
+de la Rochelle font aulcunement mal espérer ceulx cy de la conclusion
+de la paix de vostre royaulme. Néantmoins la Royne d'Angleterre
+monstre toutjour de la desirer, bien que quelcun m'a dict que si elle
+estoit déjà faicte, que la dicte Dame yroit plus retenue ez choses
+d'Escoce, et n'y procèderoit sinon ainsi que vous le vouldriez, mais
+qu'elle pense, durant le pourparlé d'icelle, avoir exécuté ce qu'elle
+prétend. Il semble par aulcuns propos qu'on m'a raporté du Sr de
+Lombres que les pratiques du prince d'Orange en Allemaigne ne sont
+mortes et que bientost il s'en manifestera quelque chose; dont les
+Flamans, qui sont icy, desireroient la paix de France, affin que la
+guerre fût transférée en leur pays. Sur ce, etc.
+
+ Ce XVIIIe jour d'apvril 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, estant les choses d'Escoce en l'estat que je les mande en la
+lettre du Roy, et ceulx cy sur le poinct de les aller par armes
+réduyre à leur dévotion, plusieurs gens de bien sont, avec grand
+desir, attandans quel ordre Voz Majestez Très Chrestiennes y mettront
+pour les remédier, et me viennent souvent alléguer qu'il pourra venir
+beaucoup de diminution à vostre grandeur, si vous layssez aller en
+proye aulx Anglois la Royne d'Escoce, et son royaume, et la religion
+catholique de son pays; car, oultre qu'il yra assés en cella de la
+réputation de vostre couronne, ilz disent qu'en la présente guerre de
+vostre royaulme, la réduction de toute ceste isle au pouvoir de ceulx
+cy et l'entière réunyon d'icelle à leur religion nouvelle sera ung
+très grand apuy de deniers, de munitions et aultres moyens à ceulx de
+la Rochelle et aulx Allemans, qui les favorisent, en dangier que ceste
+Royne, par après, entrepreigne elle mesmes ouvertement la guerre avec
+eulx, et davantaige qu'à l'advenir, se trouvans les Anglois hors de
+toute souspeçon de l'Escoce, laquelle s'est toutjour trouvée preste
+pour nous contre leurs entreprinses, mesmes l'ayant mise de leur
+costé, qu'ilz ne vous meuvent une perpétuelle guerre, pour leurs
+prétencions; ou bien que, par quelque mariage ou par aultre accession,
+ilz aillent joindre toute ceste isle à la grandeur de quelque aultre,
+parce qu'ilz craignent naturellement la vostre, qui vous sera de grand
+préjudice.
+
+Sur quoy je leur répondz, Madame, que les choses d'Escoce ne sont si
+foibles d'elles mesmes, ny si mal apuyées de Voz Majestez Très
+Chrestiennes que les Anglois les puissent ayséement plyer; et, quant
+bien ilz se seroient prévaluz de l'oportunité de ce temps, auquel ilz
+vous voyent fort empeschez aulx guerres de vostre royaume, que
+néantmoins vennant la paix, comme Voz Majestez ne sont loing de
+l'avoir, que vous radresserez bien ayséement le tout; et que l'Escoce
+ne sera jamais à eulx, que quand ilz la cuyderont bien tenir. Je
+considère assés, Madame, que la Royne d'Angleterre entreprend d'une
+grande affection ce faict d'Escoce, et que les ennemys et malveillans,
+que la Royne sa cousine a dans son propre royaulme et dans cestuy cy,
+l'y persuadent si fort, qu'il est très difficile de l'arrester;
+néantmoins, je vous suplie très humblement, Madame, me commander par
+ce mien secrétaire ce que j'auray à dire ou fère là dessus envers la
+dicte Royne d'Angleterre, oultre l'office que je luy ay desjà faict;
+car je ne fauldray d'ung seul poinct de très humblement vous y obéyr.
+Sur ce, etc.
+
+ Ce XVIIIe jour d'apvril 1570.
+
+AULTRE LETTRE A PART A LA ROYNE.
+
+Madame, j'ay donné charge à ce mien secrétaire de vous bailler ce mot,
+à part, pour avoir meilleur moyen de compter à Vostre Majesté la
+façon, dont l'on a usé, pour fère venir en mes mains le propre
+original de cest escript, qu'il vous baillera en forme d'une lettre
+qu'on m'adressoit; où trouverez, Madame, ung conseil[5], lequel je
+vous suplie très humblement ne communiquer, du commancement, sinon au
+Roy et à Monseigneur, voz enfans, et puis à quelcun de voz plus
+expéciaulx et saiges serviteurs, qui, possible, vous ouvrira
+l'expédiant comme vous vous en pourrez servyr. Il vous pourra, par
+advanture, estre venu ung semblable adviz d'ailleurs, mais je vous
+puys bien jurer, Madame, avecques vérité, que je ne sçay ny ne puys
+penser d'où cestuy cy est procédé. Cella considérè je bien que, par
+icelluy, il y pourroit cy après avoir moins d'ellévation dans vostre
+royaulme et aussi moins de moyen d'oster ce qu'y auriez une foys
+introduict. Sur ce, etc.
+
+ [5] La pièce n'ayant pas été transcrite sur les registres de
+ l'ambassadeur, on ne connaît pas la teneur de cet avis.
+
+ Que les choses de ce royaulme s'entretiennent encores en quelque
+ apparence de repos, non d'elles mesmes, car tout est plein de
+ malcontantement, mais par la dilligence de ceux qui sont en
+ authorité; lesquelz font ce qu'ilz peuvent pour gaigner le temps,
+ mais non pour remédier du tout au mal; car semble plustost
+ qu'ilz le vont norrissant pour le fère cy après devenir plus
+ grand.
+
+ Ilz s'esforcent de passer cest esté sans troubles par le moyen de
+ l'armée, qu'ilz ont faicte dresser à leur Mestresse vers le North
+ par prétexte des choses d'Escoce, et d'aller contre les fuytifz;
+ en quoy ilz exécuteront, sans faulte, ce qu'ilz pourront; mais il
+ n'y a assés de deniers en repos pour entreprendre choses si
+ utilles, sans ce qu'on estime que la mesme armée se trouvera
+ preste et en estat contre l'ellévation, qu'on crainct bien fort
+ debvoir advenir avant la racolte.
+
+ Et à ceste force ilz ont adjouxté l'artiffice, car, pour donner
+ quelque satisfaction aulx principaulx de la noblesse, affin
+ qu'ilz ne se meuvent, et pour leur fère prendre espérance d'ung
+ meilleur estat des choses, ilz ont rappellé en court et au
+ conseil le comte d'Arondel, et ont miz en pleyne liberté millord
+ de Lomelley, et ont donné espérance au duc de Norfolc d'estre en
+ brief eslargy hors de la Tour, soubz quelque garde en sa mayson
+ qu'il a à Londres, et que mesmes se pourra ottroyer une forme de
+ pardon au comte de Northomberland et aultres chefz des fuytifz,
+ pour remettre toutes choses en bonne unyon.
+
+ Mais il adviendra, possible, que l'artiffice produyra ung aultre
+ effect que le simulé, parce que ceste princesse n'a le cueur ny
+ l'intention esloignée de celle de sa noblesse, n'y n'est mal
+ affectionnée à ses subjectz catholiques, pour lesquelz elle
+ résiste assés souvant aulx conseilz, que leurs adversaires luy
+ donnent contre eulx, affin qu'avec les ungs et les aultres elle
+ puisse passer son règne en paix.
+
+ Et semble bien que les seigneurs catholiques seront pour tenir
+ dorsenavant leur partie bien ferme et rellevée, de tant que le
+ comte de Lestre se monstre entièrement pour eulx, ayant esté luy
+ le moyen de les fère eslargir et rappeller; et il descouvre qu'il
+ a assés d'aisne au secrétaire Cecille, pour cause de ceulx de
+ Herfort, lesquelz le dict Cecille cherche, par toutz moyens, de
+ les ellever à ceste couronne au préjudice du dict comte et des
+ aultres seigneurs, qui estiment qu'il ne leur va de moins que
+ leurs testes et de la ruyne de leurs maysons, s'ilz y
+ parviennent.
+
+ Mais le dict Cecille, oultre ce qu'il tient meintennant sa
+ Mestresse assés bien disposée envers les dicts de Herfort, pour
+ la grand jalouzie qu'il luy imprime toutjour de la royne
+ d'Escoce; de laquelle le tiltre seul précède celluy de Herfort en
+ la succession de ce royaulme, il y bande aussi toute la part des
+ Protestans et mesmes les évesques et officiers, et toutz ceulx
+ qui sont en quelque authorité, et pensoit bien y avoir aussi
+ conduict le dict comte de Lestre par le moyen de la dicte
+ religion, et par beaulcoup d'asseurances et promesses qu'il luy
+ avoit faictes; mais j'entendz que, lundy dernier, estantz huict
+ les plus protestans de ce conseil assemblez, en la mayson du
+ comte de Belfort aulx champs, pour dellibérer de ce qu'ilz
+ avoient à fère pour la légitimation des dicts de Herfort, et pour
+ advancer leur tiltre, ilz se plaignirent grandement du dict comte
+ de Lestre, de ce qu'ayant faict rapeller le comte d'Arondel au
+ conseil, il avoit préparé ung grand obstacle à leur entreprinse.
+
+ Et le dangier est que la Royne d'Angleterre (de laquelle la
+ vollonté et disposition peult beaulcoup en cella) se mette toute
+ de ce party pour les grandes impressions, qu'on luy donne,
+ qu'elle est en dangier de son estat et de sa propre vie, si elle
+ n'oste et l'estat et la vie à sa cousine.
+
+ Car, oultre les propos qu'on luy a dict que Monseigneur, frère du
+ Roy, avoit tenuz, lesquelz j'ay naguières escriptz à mon dict
+ seigneur, j'entendz qu'on luy faict acroyre que Mr le cardinal de
+ Lorraine sollicite, à ceste heure, ardentment la paix en France,
+ pour avoir plus de moyen de dresser une entreprinse contre
+ l'Angleterre en faveur de la Royne d'Escoce, sa niepce; et que,
+ pour y pouvoir à moindres fraiz conduyre son intention, et y
+ trouver moins de difficulté, qu'il a convenu avec ung Itallien,
+ dont le nom et le visaige, disent ilz, sont cognuz, de fère
+ empoysonner la dicte Royne d'Angleterre et le secrétaire Cecille,
+ et que les plus grands de France inclinent à fère la guerre par
+ deçà.
+
+ Et la met on en souspeçon que le Roy d'Espaigne sera pour
+ concourre facillement à l'entreprinse, pour revenche de l'injure
+ de ses deniers, et des prinses de mer que ceulx cy ont faictes
+ sur ses subjectz; et mesmes l'on s'esforce de luy en monstrer
+ desjà quelque indice par l'interprétation d'une dépesche, que
+ j'entendz qu'on a intercepté, de Mr de Forquevaulx, et envoyée
+ par deçà; en laquelle, après ung propos de trois mariages, il
+ faict mencion du grand amaz de gens, et d'argent, et des
+ préparatifs, par mer et par terre, que le Roy d'Espaigne faict,
+ avec aulcunes particullaritez de plus estroicte intelligence avec
+ Leurs Majestez Très Chrestiennes. Ce que n'estimans ceulx cy que
+ cella puysse estre pour résister seulement aulx Mores, ilz
+ veulent inférer que c'est contre eulx.
+
+ A quoy l'on m'a dict qu'ilz sont davantaige confirmez par une
+ lettre, qu'on a escripte de la Rochelle à la dicte Dame, en
+ laquelle l'on l'a prié que, si le Roy vient à offrir des
+ condicions de paix à la Royne de Navarre, et aulx princes ses
+ filz et ses nepveux, et aultres de leur party, qui soyent
+ raisonnables, comme Sa Majesté monstre s'en aprocher, qu'elle
+ trouve bon qu'elles soyent aceptées; car ne les pourront
+ bonnement reffuzer, sans se monstrer mauvais subjectz, et que la
+ noblesse désire grandement satisfère au Roy; aussi qu'on voyt
+ bien qu'elle et les princes d'Allemaigne sont longs et tardifz à
+ les secourir, et néantmoins adjouxtent beaucoup de grandz
+ mercyemens et offres à la dicte Dame, et la prient qu'elle
+ veuille bien pourvoir à la seurté de ses affères, parce qu'il
+ semble qu'on projecte desjà de grandes entreprinses contre elle
+ et son estat, en faveur de la Royne d'Escoce.
+
+ Desquelz adviz aulcuns icy ont heu de quoy manifester si
+ ouvertement leur malice, qu'ilz ont ozé dire deux choses à la
+ dicte Dame; l'une, que si elle n'empeschoit la paix de France,
+ qu'elle aurait certainement la guerre en Angleterre; et l'aultre,
+ que jusques à ce qu'elle aura faict arracher du tout une si malle
+ plante, comme est la Royne d'Escoce, qu'elle ne verra jamais
+ bien, ny repos, en ceste isle.
+
+ Ce que m'ayant esté raporté, j'ay miz peyne, par d'aultres plus
+ modérez personnaiges, de luy fère si bien diminuer ceste opinion
+ qu'elle monstre, quant à la paix de France, qu'elle y a toutjour
+ fort bonne affection, mais qu'elle desire infinyement luy estre
+ donné moyen de s'y employer, affin de pouvoir gaigner la
+ bienveuillance du Roy, et se confirmer en paix et amitié avecques
+ luy; et, quant à la Royne d'Escoce, qu'elle est bien disposée
+ envers sa personne et sa vie, comme je croy qu'elle n'y a heu
+ jamais mauvaise intention, et que mesme elle goutte aulcunement
+ sa restitution, et ne la rejecte plus tant qu'elle souloit; mais
+ elle prétend à quelque entreprinse en Escoce, qui est cogneue de
+ peu de gens, laquelle elle pense avoir exécutée plustost qu'on
+ luy en puysse, ny de France, ny de Flandres, donner empeschement;
+ et que le tout sera faict dans deux moys, pendant lesquelz je ne
+ fays doubte qu'elle ne vollût que Leurs Très Chrestienne et
+ Catholique Majestez fussent ailleurs bien fort empeschées.
+
+ AULTRE MÉMOIRE A PART.
+
+ En la dépesche d'Espaigne, dont, en l'aultre mémoire, est faicte
+ mention, qui a esté intercepté, j'entendz que Mr de Forquevaulx
+ escripvoit à la Royne que l'ambassadeur de l'Empereur l'avoit
+ prié de fère entendre au Roy comme son Maistre, pour l'affection
+ qu'il avoit de veoir effectuer les mariages de ses filles avec
+ les deux Roys, desiroit que, du premier jour, il y fût procédé
+ sans plus le dilayer;
+
+ Qu'il avoit dellibéré d'envoyer les deux Roynes ensemble, par la
+ mer, de Gênes à Marseille, avec la moindre compaignie et le moins
+ d'officiers qu'il pourroit, s'asseurant qu'elles en amasseroient
+ assés en chemyn;
+
+ Que l'ambassadeur de Portugal l'avoit asseuré que le party de
+ Madame, soeur du Roy, playsoit grandement au jeune Roy, son
+ Maistre, et aulx deux douarières ses mère et ayeulle, et n'y
+ avoit que ce seul différant, qu'elles vouloient que le tout se
+ fît par le bon adviz et conseil du Roy d'Espaigne; et les Estatz
+ de Portugal, au contraire, s'estimoient assés suffizans pour
+ cella, sans y embesoigner aulcunement le dict Roy:
+
+ Mandoit avoir entendu que le dict Roy de Portugal estoit subject
+ à ses opinions, et ne vouloit guières croyre conseil et qu'il
+ n'avoit près de luy que jeunes gens;
+
+ Que les médecins et phisiciens ne l'estimoient de longue vie,
+ pour quelque defflussion de cerveau qu'il avoit, et que les ungs
+ conseilloient qu'on le maryât bientost affin de la divertyr et
+ pour avoir lignée; les aultres que le mariage luy abrègeroit ses
+ jours;
+
+ Que, quoy que ce fût, venant le dict jeune Roy à mourir, celluy
+ qui luy debvoit succéder, par le commun consentement des Estatz,
+ espouseroit la veufve; par ainsy que, en toutes sortes, Madame
+ seroit longuement Royne:
+
+ Que le Roy d'Espaigne s'estoit acheminé à Courdova pour aller
+ tenir ses cours de Castille, et pour s'aprocher de l'entreprinse
+ contre les Mores, priant icelluy ambassadeur Leurs Majestez Très
+ Chrestiennes de luy donner moyen de le pouvoir suyvre, et leur
+ touchoit ung mot de sa révocation;
+
+ Que le Roy d'Espaigne faisoit tel amaz de gens et d'argent, et
+ ung si grand aprest par mer et par terre, qu'il estoit aysé à
+ veoir qu'il tendoit à de plus grandes entreprinses que de se
+ deffandre des Mores;
+
+ Que s'il playsoit à la Royne d'avoir une entrevue avecques luy à
+ Marseille; que le dict ambassadeur espéroit de l'y pouvoir
+ facillement induyre, parce qu'il l'y trouvoit fort bien disposé,
+ pourveu que cella fût tenu fort secrect, et quasi communiqué à
+ nul, de peur des traverses qu'on y mettroit pour la jalouzie que
+ plusieurs en auroient.
+
+ De laquelle lettre ceste Royne et les siens ont prins beaucoup de
+ souspeçon, et sont, à ceste heure, tant plus desireux de
+ raccommoder leur différans avec le Roy d'Espaigne, comme ilz en
+ poursuyvent dilligentment l'accord, par leur depputez, qu'ilz ont
+ à cest effect envoyé en Flandres; lesquelz, à ce que j'entendz,
+ ont mandé qu'ilz en espèrent une bonne yssue.
+
+ Et semble que le duc d'Alve, en une façon ou aultre, y
+ condescendra, sellon qu'on m'a dict qu'il désire bien fort
+ esteindre ceste querelle, ainsy qu'il estime avoir si bien
+ vaincue celle du prince d'Orange, et ensepvelye celle des Gueux,
+ qu'elles ne se pourront, l'une ny l'aultre, jamais plus
+ ressuciter;
+
+ Et qu'à ceste heure, il a bien fort grande affection d'aller en
+ Espaigne, comme pour triumfer des choses qu'il a bien faictes, et
+ bien saigement et vaillamment conduictes en Flandres, d'y avoir
+ conservé la religion catholique, et estinct l'hérésie; d'avoir
+ saulvé l'estat, et quasi l'avoir conquiz et estably de nouveau au
+ Roy son Maistre, qui auparavant n'en estoit guières bien le
+ maistre; et le luy avoir soubmiz à y pouvoir imposer tribut,
+ comme il vouldra, là où auparavant l'on y souloit ordinairement
+ contradire; et avoir augmenté le revenu jusques à deux millions
+ d'or toutz les ans, qui à peyne en valloit la moytié:
+
+ Et, avec l'honneur de ces choses, retourner près de son Maistre,
+ où la jalouzie du prince d'Enoly le tire, et près de sa femme et
+ des siens, qui l'appellent par dellà, à la venue de la nouvelle
+ Royne, pour se trouver à l'establissement et à la mutation de
+ diverses choses, qui lors se pourront ordonner, mais
+ principallement pour mettre le gouvernement de Flandres ez mains
+ de Dom Fadrique, son filz aisné:
+
+ A quoy il a grand affection, luy ayant pour cest effect baillé
+ tiltre et merque nouveaulx de cappitaine général des Espaignolz
+ et gardes, ce qu'il n'estime toutesfoys pouvoir bien obtenir,
+ s'il n'est présent avec son Maistre;
+
+ Et que, pour n'estre son dict retour empesché par la querelle
+ d'Angleterre, qu'il la vuydera, et qu'au reste procurera, avant
+ son partement, que la consulte et distribution des biens
+ confisqués en Flandres se face, affin qu'il puisse entrer en
+ possession de Brada ou d'Ostrante, ou de quelque aultre bien bon
+ estat, que son Maistre luy donnera; et desireroit bien fort que
+ son dict Maistre remit une partie de la dicte consulte à fère à
+ luy, affin de pouvoir gratiffier et récompenser ceulx qui l'ont
+ suyvy.
+
+ Toutes lesquelles choses m'ont esté dictes du dict duc par
+ aulcuns, qui les peuvent aulcunement sçavoir, et qui les font
+ paroistre estre vraysemblables.
+
+
+
+
+CIIIe DÉPESCHE
+
+--du XXIIIe jour d'apvril 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
+
+Publication faite en Angleterre de la prise d'armes contre
+l'Écosse.--Préparatifs de défense faits par les Écossais.--Nouvelles
+difficultés survenues dans la négociation avec les Pays-Bas.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, persévérant la Royne d'Angleterre en sa dellibération d'envoyer
+des forces en Escoce, elle a faict, despuys trois jours, publier
+l'occasion de son entreprinse avec le prétexte et colleur, que Vostre
+Majesté verra par la teneur de sa proclamation; et a mandé au comte de
+Sussex qu'avec les troupes, qu'il a assemblées à Yorc et à Durem, il
+ayt toutjour à s'acheminer à Neufcastel, et qu'il temporise là jusques
+à tant qu'il ayt receu les monitions qu'elle a ordonné luy estre
+envoyées, lesquelles y pourront arriver envyron la fin de ce moys.
+Cependant, Sire, luy ayant le dict comte de Sussex naguière escript
+que, pour la nouvelle de sa venue, les Escouçoys prenoient de toutes
+partz les armes, avec intention de courre sus à ceulx qui parloient
+d'introduyre les Anglois dans le pays; et que desjà milor Herys estoit
+aproché avec quelques forces pour luy deffandre les frontières, ceulx
+qui ont icy la matière bien affectée ont conseillé à la dicte Dame de
+luy respondre que, sellon sa plus ample commission, il ayt à doubler
+promptement ses forces pour poursuyvre son voyage; à quoy elle a faict
+assés de difficulté, voyant que l'entreprinse se monstroit à ceste
+heure plus grande et plus difficille, et de trop plus grand coust
+qu'on ne la luy faisoit du commancement, tant y a qu'à leur persuasion
+elle le luy a mandé; et néantmoins l'on pense qu'il trouvera assés de
+résistance par dellà.
+
+L'on commence à sentyr qu'il y aura assés de difficulté en l'accord
+des différans des Pays Bas, parce qu'on offre par dellà de restablyr
+toutes choses jusques à la valleur d'une maille; et demande l'on qu'il
+soit faict le semblable de ce costé, et mesmes que de ce qui aura esté
+substraict, emporté, ou qui se trouvera aultrement dépéry, des
+merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne, parce que cella est
+advenu par la coulpe des Anglois, que le tout soit réparé par eux, en
+quoy très difficilement ilz veulent entendre. Néantmoins il y a très
+grande affection de chacun costé d'en sortyr. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXIIIe jour d'apvril 1570.
+
+
+
+
+CIVe DÉPESCHE
+
+--du XXVIIe jour d'apvril 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Gerin Marchant_.)
+
+ État des partis en Écosse.--Arrivée d'un ambassadeur de France
+ dans ce pays avec un secours d'hommes.--Débats entre les
+ seigneurs écossais pour la régence.--Vives sollicitations des
+ ennemis de Marie Stuart pour presser l'entrée de l'armée
+ anglaise.--Départ de la flotte pour Hambourg, et envoi des
+ sommes levées en Angleterre pour l'Allemagne.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, après que j'auray, dimanche prochain, faict entendre à la Royne
+d'Angleterre les louables et vertueux propos qui sont contenuz en
+vostre dépesche du XIIe de ce moys, laquelle le Sr de Vassal m'a
+randue le XXIIIIe, je vous informeray bien particullièrement de
+l'intention, en quoy je l'auray trouvée sur les choses que je luy
+proposeray de vostre part; et cependant je diray à Vostre Majesté,
+touchant celles d'Escoce, que l'arrivée de vostre ambassadeur par
+dellà, et ce qu'on dict qu'avec luy sont arrivez à Dombertran cinq
+cens harquebouziers françoys et assés d'armes pour armer encores deux
+mil hommes, faict aultrement penser à ceulx cy de l'entreprinse qu'ilz
+ont au dict pays, que quant ilz l'ont premièrement délibérée; mesmes
+qu'ayantz les principaulx seigneurs d'Escoce desjà heu conférance avec
+luy au lieu de Donquel, l'on asseure qu'ilz ont prins, par les lettres
+et bonnes offres de Vostre Majesté, une bonne résolution; sçavoir,
+ceulx qui estoient demeurez en la foy de leur Royne d'y persévérer
+constantment, et ceulx qui se portoient neutres de se déclairer pour
+elle; tellement que tous ensemble se sont despuys acheminez à
+Lislebourg: d'où les adversayres, avec l'ambassadeur de ceste Royne,
+se sont aussitost despartys; et que, illec, ilz ont faict proclamer,
+le XIIe de ce moys, l'authorité de leur Royne, là où millord de
+Granges a déclairé qu'il tenoit le chasteau de Lislebourg pour elle;
+et le duc de Chastellerault, lequel n'est encores eslargy du dict
+chasteau, pour quelque occasion bien considérable, s'est aussi
+déclairé du costé de la dicte Dame; et, bien que le comte de Mar n'ayt
+du tout faict le semblable, il a promiz néantmoins de ne délivrer, en
+façon du monde, le jeune prince aulx Anglois, et dict davantaige qu'il
+ne le délivrera pas aussi aulx Françoys, ny aulx Espaignolz, ny mesmes
+aulx Escoussoys. Et, par ainsy, les choses ont commancé de prandre
+quelque train, pour le bien des affères de la dicte Royne d'Escoce, à
+l'advantaige et réputation de Vostre Majesté. Mais, Sire, voycy
+l'ordre qu'on me dict que ceulx de l'aultre party ont tenu pour y
+donner empeschement; c'est qu'ilz se sont incontinent assemblez au
+lieu de Domfermelin, où ilz ont résolu deux choses; l'une, de fère
+tout sur l'heure aprocher le comte de Lenoz, qui est à Barwich, pour
+se porter pour régent de la personne et estat de son petit filz à la
+faveur de l'armée de la Royne d'Angleterre qui est en campaigne;
+l'aultre, d'accorder et signer les articles de l'instruction qu'ilz
+ont baillée à l'abbé de Domfermelin de tout ce qu'il vient dire,
+requérir et offrir de leur part à ceste Royne.
+
+Sur quoy l'on m'a donné adviz fort secrect, mais de bon lieu, que
+celle partie des dictes forces qui s'est trouvée plus advancée, et la
+garnyson de Barwich, en nombre de quatre mil hommes de pied et quinze
+centz chevaulx en tout et huict pièces de campaigne, ont desjà marché
+oultre les frontières pour favoriser le dict de Lenoz, et qu'il a esté
+mandé au comte de Sussex de parfère promptement sa levée de dix mil
+hommes de pied et quatre mil chevaulx, et que le susdict Domfermelin
+arrivera icy dans deux ou trois jours. L'on estime que les aultres
+seigneurs Escouçoys envoyeront millord de Sethon ou millord Boyt
+devers la dicte Dame pour l'effect que je vous ay cy devant mandé;
+mais je ne laysse pour tout cella d'espérer encores bien des affères
+de la royne d'Escoce.
+
+La flotte pour Hembourg est déjà chargée, et commance d'avaller
+contrebas la Tamise. Elle est d'envyron cinquante voylles et n'y a que
+deux grandz navires de ceste Royne ordonnez pour les conduyre, mais il
+y en a aultres trois équipez en guerre soubz la charge de Haquens, qui
+y vont, le tout aulx despens des merchans; et, soubz ceste mesmes
+conserve, partent aussi les munitions qu'on envoye au North parce que
+c'est tout une mesme routte. J'entendz que desjà les lettres
+d'eschange, pour le parfornissement de cent cinquante mil escuz cy
+devant ordonnez pour Allemaigne, sont expédiées, et qu'elles vont
+avecques ceste flotte, oultre soixante mil escuz en espèces, cuillys
+sur les esglizes des Flamans qui sont en ce royaulme, que le Sr de
+Lombres envoye au prince d'Orange; et luy eust envoyé plus grand somme
+sans ce que, à mon instance, la Royne d'Angleterre a deffandu de ne
+fère aulcune cuillette de deniers, pour ce prétandu prétexte de la
+deffance de la religion, sur ses subjectz, lesquelz s'y monstrent
+assés vollontaires.
+
+Ceulx cy font tout ce qu'ilz peuvent, de leur costé, pour parvenir à
+quelque accord sur les différans des Pays Bas, et en sont toutjour en
+bonne espérance. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXVIIe jour d'apvril 1570.
+
+
+
+
+CVe DÉPESCHE
+
+--du IIIe jour de may 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Antoine Grimault_.)
+
+ Audience.--Déclarations faites par l'ambassadeur, au nom du roi,
+ tant au sujet de la pacification de France que des affaires
+ d'Écosse.--Irritation causée à la reine d'Angleterre par la
+ déclaration touchant l'Écosse, qui renferme une menace de
+ guerre.--Nouvelles de l'entreprise des Anglais sur l'Écosse, où
+ ils sont entrés en armes.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, prévoyant que la Royne d'Angleterre n'auroit guières agréable
+les deux poinctz, que j'avois à luy proposer de la dépesche de Vostre
+Majesté du XIIe du passé, en ce que vous n'acceptiez son offre
+d'intervenir à la paciffication de vostre royaulme, et que vous luy
+touchiez vifvement le faict de la Royne d'Escoce, j'ay miz peyne,
+Sire, de luy dire l'ung et l'aultre en la plus gracieuse façon que
+j'ay peu; et m'a bien semblé, quant au premier, qu'elle en est
+demeurée assés satisfaicte, par ce mesmement que j'ay monstré que
+Vostre Majesté acceptoit plustost qu'il ne reffuzoit son offre, mais
+de tant que l'affère, par la venue des depputez des princes, estoit
+sur sa conclusion sans qu'il fût besoing d'entrer en nouveaulx
+trettez, ainsy qu'ilz avoient toutjour dict qu'ilz ne vouloient
+aulcunement capituller avec leur Souverain Seigneur, vous estimiez
+que cella seroit bientost faict ou failly, par ainsy, que vous en
+donriez incontinent adviz à la dicte Dame; de laquelle vous requériez
+cependant de vouloir demeurer en son bon et honneste desir, qu'elle
+monstroit avoir vers vous et vers voz présens affères, avec asseurance
+que, en pareille ou meilleure occasion, du bien des siens vous luy
+feriez paroistre par effect que vous luy correspondiez en ung
+semblable debvoir de vostre bonne et mutuelle amytié envers elle.
+
+A quoy la dicte Dame m'a respondu que ce luy estoit ung singulier
+playsir de veoir que Vostre Majesté eust prins son intention en la
+bonne part, que vous l'avoit offerte, de s'employer aultant
+droictement à la conservation de vostre grandeur et authorité sur voz
+subjectz comme si c'estoit pour sa propre cause; et que la
+satisfaction que vous luy donniez là dessus estoit si grande, que
+c'estoit à elle meintennant de vous en remercyer et à prier Dieu pour
+le bon succez et ferme establissement de vos dicts affères et de la
+paix que vous desirez en vostre royaulme, avec plusieurs aultres
+parolles, dont aulcunes, à la vérité, touchoient les difficultez qui
+pouvoient encores rester en cella, et d'aultres exprimoient son
+affection d'y estre employée: toutes néantmoins bien fort honnestes et
+pleynes de grande démonstration d'amytié.
+
+Mais, quant c'est venu à l'aultre poinct, du faict de la Royne
+d'Escoce, bien que je ne le luy aye baillé, sinon avec les mesmes
+termes par lesquelz Votre Majesté monstre de vouloir, jusques à
+l'extrémité du debvoir, constamment persévérer en son amytié et en la
+paix, elle néantmoins en a heu le cueur si atteinct qu'elle n'a peu,
+ny en son visaige, ny en sa parolle, dissimuler l'ennuy qu'elle en
+recepvoit: dont, après aulcuns peu de motz assés incertains, tantost
+de l'esbahyssement d'ung tel propos, tantost de ce que Vostre Majesté
+estoit mal informée du faict: ayant là dessus appellé ceulx de son
+conseil, qui estoient dans la chambre, elle leur a dict que je venois
+de luy fère une bien estrange proposition, de la part de Vostre
+Majesté, et qu'elle me vouloit bien prier de la leur exposer tout de
+mesmes, affin qu'ilz en demeurassent mieulx instruictz. Ce que ne luy
+voulant reffuzer, je l'ay de tant plus vollontiers faict et avec plus
+d'expression de toutes les particullaritez de Vostre lettre, que je
+sçavois que l'armée de la dicte Dame estoit desjà entrée en Escoce, et
+qu'il y'en avoit là présens de ceulx qui l'avoient conseillé; lesquelz
+je desiroys bien qu'ilz en demeurassent confuz: et y en avoit aussi,
+qui n'attandoient qu'une semblable occasion, pour avoir de quoy luy
+parler librement du faict de la Royne d'Escoce. Dont leur ay récité,
+tout à plain, vostre intention, et ay miz peyne de leur monstrer
+qu'elle n'estoit moins fondée en toute justice, que remplye de grande
+magnanimité.
+
+A quoy nul d'entre eulx n'a rien respondu, sinon le marquis de
+Norampthon aulcun peu de motz sur l'aprobation de l'entreprinse
+d'Escoce. Mais la dicte Dame, (après m'avoir dict, ung peu en collère,
+que Vostre Majesté avoit faict comme le bon médecin, qui, ayant à
+bailler des pillules bien amaires à son mallade, en faisait tout le
+dessus de sucre, et qu'ainsy, vostre premier propos du mercyement
+avoit esté bien fort gracieulx et doulx, mais celluy d'après estoit
+bien fort amer et piquant,) a commancé de me desduyre amplement
+l'occasion et justiffication de son entreprinse en Escoce; et croy
+qu'avec les mesmes démonstrations, que luy avoient faict ceulx qui la
+luy ont conseillée, en termes assés véhémentz, mais toutesfoys bien
+fort honnorables en l'endroict de Vostre Majesté; qui, en somme,
+tendent à trois poinctz: l'ung, à vous fère veoir qu'il n'y avoit que
+droict et rayson, en ce qu'elle faisoit et qu'elle vouloit fère, vers
+la Royne d'Escoce et vers son royaulme; le second, que nul ne debvoit
+trouver mauvais que justement elle poursuyvît de vanger les injures,
+que injustement l'on avoit faictes à elle et à ses subjectz; et le
+troisiesme, que, nonobstant tout cella, et sans s'arrester à tant de
+véhémentes ou bien vériffiées, occasions de malcontantement, à quoy la
+dicte Royne d'Escoce et son ambassadeur, et ceulx de ses subjectz qui
+tiennent pour elle, l'avoient extrêmement provoquée, elle ne lairroit
+de recepvoir les condicions qu'elle luy offriroit sur l'accommodement
+de ses affères, ou bien que Vostre Majesté luy feroit offrir pour
+elle; ains se disposerait tout présentement d'y entendre: mesmes que
+luy en ayant desjà la dicte Dame escript une lettre et son ambassadeur
+une aultre, lequel luy avoit d'abondant mandé qu'il s'estoit encores
+réservé d'aultres choses, pour les luy dire en présence, elle me
+promettoit, qu'il seroit bientost ouy, me priant au reste de luy
+vouloir bailler par escript ce que je luy avois proposé de vostre
+part, affin d'en pouvoir mieulx dellibérer, et vous y fère plus claire
+et plus ample responce; comme je pense, Sire, qu'elle fera par son
+ambassadeur.
+
+Et parce qu'il seroit long de réciter icy toutz les propos de la dicte
+Dame et ceulx que je luy ay responduz, je remetz de les vous mander en
+ma prochaine dépesche, par ung des miens, que je dépescheray exprès
+devers Vostre Majesté, avec d'aultres choses, lesquelles avecques
+ceulx cy vous feront prendre quelque jugement des intentions de la
+dicte Dame. Cependant j'ay à dire à Vostre Majesté que le comte de
+Sussex, sire Jehan Fauster, et milor Scrup, estans entrez par trois
+divers endroictz en Escoce, y ont allumé des semblables feuz, que
+aulcuns Escouçoys, avec les fuytifz d'Angleterre, avoient auparavant
+allumez en la frontière de deçà, non sans que ceulx cy y ayent
+toutjour crainct quelque rencontre: comme il est nouvelles que le dict
+Scrup et sa trouppe y ont esté fort bien battuz. L'artillerye et les
+munitions qu'on leur envoye sont desjà hors de ceste rivière, et m'a
+l'on dict qu'on a adjouxté à icelles mille litz avec leurs matalas et
+paillasses, comme pour accommoder deux mil soldatz dans quelque place;
+et de tant que la dicte Royne d'Angleterre, parmy son discours, m'a
+dict qu'elle n'estoit si sotte qu'elle ne cognût bien que toute
+l'affection, que Vostre Majesté et la France ont aulx Escouçoys,
+n'estoit pour proffict ny pour commodité qu'on peult tirer d'eulx,
+mais seulement pour nuyre à l'Angleterre; et que Dombertran avoit
+toutjour esté le port et l'entrée des Françoys et des estrangiers dans
+ceste isle pour troubler le pays; (et que d'ailleurs la dicte Dame a
+donné la grâce à ung Escouçoys, qui avoit esté prins au North, lequel
+luy a baillé le pourtraict du chasteau de Lislebourg), il y a quelque
+souspeçon qu'elle veuille assiéger l'une des dictes places, ou bien y
+en fortiffier quelque aultre dans le pays pour y entretenir garnyson.
+Et viens d'estre adverty, Sire, qu'elle faict mettre promptement en
+mer quatre de ses grandz navyres et une gallère, avec commandement de
+tenir les aultres bien fort prestz; dont, de tout ce qui succèdera de
+nouveau, je mettray peyne de vous en advertir le plus promptement que
+me sera possible. Sur ce, etc.
+
+ Ce IIIe jour de may 1570.
+
+
+
+
+CVIe DÉPESCHE
+
+--du VIIIe jour de may 1570.--
+
+(_Envoyée jusques à la court par le Sr de Sabran_.)
+
+ Vifs débats dans le conseil d'Angleterre sur le parti à prendre à
+ l'égard de Marie Stuart, et sur la réponse à faire au roi au
+ sujet de vasion en Écosse.--Ravages opérés par les Anglais dans
+ ce pays.--Emprunt fait pour la Rochelle.--Négociation des
+ Pays-Bas.--Espoir de l'ambassadeur que la paix ne sera pas
+ rompue.--_Mémoire._ Détail des opinions émises dans le conseil
+ d'Angleterre.--Réponse faite par Élisabeth à la déclaration du
+ roi touchant l'Écosse.--Insistance de l'ambassadeur sur les
+ motifs qui imposent au roi l'obligation d'exiger que les
+ Anglais se retirent d'Écosse, et que Marie Stuart soit rétablie
+ sur le trône.-_Mémoire secret._ Motifs particuliers qui ont
+ forcé l'ambassadeur à faire connaître à la reine d'Angleterre
+ la déclaration du roi sur les affaires d'Écosse.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, ayant la Royne d'Angleterre prins ce que je luy ay dict, de
+vostre intention touchant la Royne d'Escoce, en la façon que, par mes
+précédantes du IIIe de ce moys, je le vous ay mandé, elle a monstré
+despuys qu'elle tenoit en tant ceste vostre déclaration qu'elle
+vouloit bien considéréement adviser comme elle auroit à s'y gouverner;
+dont ayant là dessus assemblé les principaulx de son conseil, ilz ont
+fort vifvement débattu la matière devant elle, et aulcuns d'eulx luy
+ont remonstré qu'il n'y avoit nul prince de bon sens au monde, s'il
+tenoit ung aultre prince entre ses mains, qui se dict compétiteur de
+sa couronne, comme faisoyt la Royne d'Escoce de celle d'Angleterre,
+qui le vollust jamais lascher; et qu'il n'y en avoit poinct aussi qui
+vollust espargner la vie de la dicte Royne d'Escoce, si elle avoit
+excité en leur estat le trouble et la rébellion des subjectz, qu'elle
+avoit esmeu en cestuy cy. Les aultres luy ont représanté le contraire,
+et que la plus grande seureté qu'elle pouvoit prendre pour elle, et
+pour sa couronne, et pour la paix universelle de ceste isle, estoit de
+s'employer droictement à la restitution de la dicte Royne d'Escoce, et
+d'establyr une bien ferme amytié et bonne intelligence entre elles
+deux et leurs deux royaumes; et en est leur contention venue si avant
+que, les voyant la dicte Dame desjà aulx grosses parolles, les a priez
+d'en remettre la dispute à elle, et qu'elle cognoissoit bien que la
+matière n'estoit sans difficulté: néantmoins leur deffandoit fort
+expressément de ne parler jamais de chose qui touchât ny à la vie, ny
+à la personne de la Royne d'Escoce.
+
+Je suis attandant, sire, qu'est ce qui résultera de cette
+détermination de conseil, et quelle responce la dicte Dame sera
+conseillée de fère à Vostre Majesté. Cependant j'ay esté adverty que
+l'exploict du comte de Sussex en Escoce a esté d'entrer en pays par
+trois endroictz; sçavoir: luy avec le principal de l'armée par
+Barvich, et sire Jehan Fauster avec la seconde troupe par Carleil, et
+milord Escrup avec le reste par ung aultre endroict; et que, le XVIIe
+d'apvril, le comte de Sussex a commancé de fère le gast, et mettre le
+feu à Ware, continuant ainsy jusques à Gadenart, où il a faict miner
+et pourter par terre la mayson du ler de Farneyrst; et là, le sir
+Jehan Fauster, ayant aussi miz le feu partout là où il a passé, s'est
+venu rejoindre à luy; et du dict Gadenart, après l'avoir bruslé, ilz
+sont allez brusler la ville de Fanic, et ont pareillement miné et rasé
+la maison du ler de Balchenech; puys, ont passé oultre jusques à
+Quelso, auquel lieu le ler de Suffort leur est venu offrir pleiges
+pour satisfaction de ce que l'on luy pouvoit demander; et peu après,
+milord de Humes y est aussi venu, lequel a parlé au dict comte de
+Sussex et luy a offert le semblable; mais ny l'ung ny l'aultre n'ont
+raporté aulcune bonne responce: et ce faict, icelluy Sussex a ramené
+ses gens, le XXIIIIe du dict moys, à Barvich. Mais, quant à milor
+Escrup, qui est entré par les marches d'Ouest, les choses ne luy ont
+succédé de mesmes, car il a esté rencontré par les Escouçoys qui luy
+ont deffaict la pluspart de ses gens, et dict on que luy mesmes est
+blessé; et que le comte de Vuesmerland s'est trouvé au combat, qui a
+cuydé estre prins. Despuys, l'on m'a dict qu'ayant le dict comte de
+Sussex receu le reste des forces, qui estoient demeurées derrière,
+délibère de rentrer du premier jour au dict pays et aller assiéger le
+chasteau de Humes, sinon que, sur ma remonstrance, ceste Royne luy
+mande de ne passer oultre; tant y a que s'il le faict, je ne pense pas
+que les Escouçoys ne luy donnent la bataille; mais je ne vous puys
+mander, Sire, aulcune chose certaine de leur apareil, parce que les
+passaiges sont tenuz extrêmement serrez.
+
+Il est nouvelles que le duc de Chastellerault est hors de prison, et
+que ceulx qui tiennent le party de la Royne d'Escoce sont en beaucoup
+plus grand nombre, et sont les principaulx et les plus fortz du pays.
+Ceulx qui les favorisent icy, m'ont faict dire que, si la paix se
+conclud en France, leur affère se pourtera en toutes sortes fort
+bien, et que ce que j'ay déclairé à ceste Royne ne sera venu que le
+plus à propos du monde; mais, si la paix ne se faict poinct, qu'ilz
+craignent beaucoup que les choses n'en aillent que plus mal; et
+semble, Sire, que aulcuns de ceulx de la Rochelle, qui sont icy,
+n'espèrent guières qu'elle se puysse fère: mesmes j'ay adviz qu'il a
+esté mandé en Hembourg de fournir promptement les cinquante mil escuz
+de la lettre de crédit qui, en janvier dernier, a esté baillée à Mr le
+cardinal de Chatillon, ainsy que dès lors je le vous ay escript, et
+que le Sr de Lombres y envoyé présentement une aultre lettre de LX mil
+{lt} sterlings pour le prince d'Orange, qui est une somme qu'il a
+levée sur les esglizes des Flamans protestans résidans par deçà, et
+que le cardinal de Chatillon et luy sont après à dresser des contractz
+et des obligations pour fère fornyr encores par dellà cent cinquante
+mil escuz sur la prochaine flotte qui va au dict Hembourg. En quoy me
+semble qu'il y aura assés de difficulté, tant y a qu'ilz n'en sont
+hors d'espérance; et la Royne d'Angleterre, pour recouvrer deniers
+pour elle, a doublé l'emprunct, dont je vous ay naguières faict
+mention, jusques au nombre de trois mille privé scelz, desquelz elle
+espère tirer jusques à six ou sept cens mil escuz.
+
+Elle et les siens monstrent avoir une très grande affection à l'accord
+des différandz des Pays Bas, et parce qu'il semble que la plus grande
+difficulté est meintennant à contanter les merchans anglois, l'on m'a
+dict que le secrétaire Cecille les ayantz assemblez là dessus, et les
+trouvans ung peu opiniastres, leur a résoluement déclairé que les
+princes veulent demeurer d'accord, par ainsy qu'ilz advisent entre
+eulx d'accommoder leurs affères. Sur ce, etc.
+
+ Ce VIIIe jour de may 1570.
+
+
+ Tout meintennant l'évesque de Roz me vient de mander qu'il a esté
+ appellé, ceste après dinée, pardevant quatre seigneurs de ce
+ conseil; lesquelz, après plusieurs propos, luy ont dict, que si
+ la Royne d'Escoce veult rendre les rebelles d'Angleterre, qui se
+ sont retirez en son royaulme, que cella mouvera grandement la
+ Royne, leur Mestresse, d'avoir son cueur bien disposé envers
+ elle; et n'ont passé plus avant: ce qu'il voyt bien estre une
+ invention des ennemys de sa Mestresse pour retarder toutjour ses
+ affères, es quelz ne luy reste plus aultre espérance, tant que
+ ceux qui sont ici en authorité gouverneront, que celle que la
+ dicte Dame a miz en Vostre Majesté. Et viens d'estre adverty que
+ le comte de Sussex est rentré en Escoce, qu'il a prins le
+ chasteau de Humes, et qu'il a miz garnyson dedans.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, saichant que la Royne d'Angleterre estoit, tous ces jours,
+après à dellibérer en son conseil qu'est ce qu'elle auroit à fère ou
+dire sur ce que je luy avois proposé, de la part de Voz Majestez, en
+ma dernière audience, et voyant que je ne pouvois plus intervenir à
+luy fère là dessus nul aultre office, que celluy que j'avois desjà
+faict; qui, à la vérité, m'avoit bien semblé tel que je l'avois
+plustost disposée à la modération que à continuer son entreprinse en
+Escoce, j'ay envoyé ramentevoir par lettre à Mr le comte de Lestre, et
+par parolle au secrétaire Cecille, les occasions qui ont meu Voz
+Majestez de luy déclairer ainsy vostre intention; et comme ilz
+cognoissent assés que c'est ung debvoir, notoirement apartenant à
+vostre réputation: et à l'honneur de vostre couronne; lequel, quant
+vous n'en eussiez rien dict, ou que vous eussiez dissimulé de ne vous
+en soucyer, leur dicte Mestresse et eulx n'eussent layssé pourtant de
+penser que vous ne le pouviez obmettre; et que partant ilz veuillent,
+à ceste heure, bien pourvoir, de la part d'elle, qu'il ne soit faict
+chose qui puisse donner commancement d'altération à ceste tant bonne
+et mutuelle intelligence, qui rend Voz Majestez et la dicte Dame très
+utilles amys les ungs aulx aultres, et de laquelle bonne intelligence
+vous protestiez bien de ne vouloir en façon du monde (sinon contrainct
+par grande nécessité du debvoir et à trop grand regrect) jamais vous
+despartyr.
+
+Sur quoy l'ung et l'aultre m'ont mandé de fort bonnes parolles, et
+telles qu'ilz me font encores reprendre quelque espérance: tant y a,
+Madame, que des premières responces que la dicte Dame m'a faictes,
+lesquelles je vous envoye par le Sr de Sabran, il se peult aulcunement
+bien cognoistre où va son intention. Je ne cognois pas que, pour
+cella, elle ayt encores changé de désir sur la paciffication de vostre
+royaume; mais il me semble bien que ceulx de la nouvelle religion, qui
+sont icy, n'espèrent guières qu'elle se face, lesquelz font toute la
+dilligence qu'ilz peuvent de recouvrer deniers comme pour continuer la
+guerre; et j'entendz qu'il vint hyer lettres d'Allemaigne à ceste
+Royne, par lesquelles l'on luy mande que le duc Hery de Bronsouyc a
+licencyé, par faulte de payement, la levée qu'il avoit arrestée pour
+Vostre Majesté; et que le maréchal de Hes, tout aussitost, a commencé
+d'en dresser une pour luy; et que l'Empereur, estant contrainct de
+s'en retourner à Vienne pour mettre ordre à une grande ellévation qui
+s'est sussitée en Austriche pour le faict de la religion, à laquelle
+semble que le Vayvaude veuille tenir la main, qui a desjà chassé les
+prestres et pillé les esglizes de ses pays, s'est excusée d'intervenir
+à la prochaine diette du XXIIe de ce moys, laquelle estoit assignée à
+Spire; et que, si ceulx de la religion avoient deniers, il ne fit
+jamais si bon en Allemaigne que meintennant. Sur ce, etc.
+
+Ce VIIIe jour de may 1570.
+
+ INSTRUCTION AU DICT SR DE SABRAN de ce qu'il aura à fère entendre
+ à Leurs Majestez, oultre la dépesche:
+
+ Que naguières furent miz en dellibération au conseil de la Royne
+ d'Angleterre, elle présente, les trois poinctz qui s'ensuyvent:
+ Le premier, qu'est ce qu'il estoit besoin de fère pour se
+ pourvoir contre le Roy et le Roy d'Espaigne, desquelz l'amytié
+ estoit desjà si suspecte qu'ilz estoient pour se monstrer tous
+ déclairés ennemys, aussytost que l'ung pourrait avoir la paix
+ avecques ses subjectz, et que l'aultre seroit venu à boult des
+ Mores révoltez; le segond est quel ordre de bien maintenir la
+ religion protestante, et effacer la mémoire et le désir de la
+ catholique en tout ce royaume; et le troisiesme, comment procéder
+ si seurement au faict de la Royne d'Escoce et de son royaulme,
+ que tout l'advantaige en demeurast à la dicte Royne d'Angleterre
+ et au sien.
+
+ Les adviz furent divers, car, quant au premier poinct, il y en
+ eust qui dirent que n'ayans les deux Roys aulcune juste
+ entreprinse en ce royaulme, comme ilz n'y avoient aussi aulcune
+ juste prétention, il estoit à croyre qu'ilz ne cercheroient que
+ d'estre satisfaictz de quelque offance, es quelles il les falloit
+ honnestement contanter, et par ce moyen les retenir pour amys;
+ les aultres opinèrent qu'il ne se failloit attandre à cella, ains
+ se pourvoir de bonnes et bien fermes ligues avec les princes
+ protestans, qui seroit le vray rempart et maintien de ceste
+ couronne contre leur effort. Au regard du segond, les ungs dirent
+ qu'il estoit bon qu'avec l'exemple de la bonne vie et de la
+ droicture des évesques protestans, il fût uzé de si bons
+ déportemens envers les Catholiques, et les fère jouyr d'ung si
+ paysible repos, qu'ilz n'eussent qu'à se bien contanter du
+ présent estat de la religion, qui avoit cours en ce royaulme,
+ sans essayer, avec le dangier de leurs vies et de leurs biens,
+ d'attempter rien pour remettre la leur; et les aultres, au
+ contraire, que c'estoit par toutes sortes de deffaveur et de
+ craincte qu'il les failloit abattre et tenir réprimez: et sur le
+ troisiesme, du faict de la Royne d'Escoce, parce que la matière
+ estoit fort affectée, il fut seulement dit qu'il failloit, devant
+ toutes choses, regarder à ce qui estoit plus expédiant, ou de
+ retenir ou de délivrer la personne de la dicte Dame; et pour lors
+ n'y eust que des remonstrances bien fort considérément desduictes
+ pour admener, de chacun costé, la dicte Dame à leur opinion, sans
+ qu'on en vînt rien à conclurre.
+
+ Peu de jours après, les principaulx de la noblesse avoient si
+ bien disposé la dicte Dame qu'ilz pensoient n'y avoir rien plus
+ près d'estre exécuté que la satisfaction envers les deux Roys et
+ le soulaigement des Catholiques, et la liberté et restitution de
+ la Royne d'Escoce; et de ce dernier, l'évesque de Roz en avoit
+ conceu une si certaine espérance qu'il avoit desjà commancé de
+ proposer des conditions et offres à la Royne d'Angleterre; et
+ l'avoit on asseuré qu'il seroit, le lendemain, introduict vers
+ elle pour en traicter en présence: mais s'estant huict du conseil
+ bandez au contraire, ilz firent le matin venir milord Quiper
+ devers la dicte Dame, garny d'une préméditée remonstrance, par
+ laquelle il luy mit tant de dangiers et d'inconvénians devant les
+ yeulx, et l'irrita si fort sur des livres, que le dict évesque
+ avoit faict imprimer sur la deffense de l'honneur de sa Mestresse
+ et sur les droicts qu'elle a à la succession de ceste couronne,
+ que la dicte Dame, après l'avoir ouy, estima ne pouvoir, en façon
+ du monde, estre plus Royne, si la Royne d'Escoce luy eschapoit;
+ et qu'il falloit qu'avec le temps elle veist les choses
+ d'Angleterre et d'Escoce en meilleure disposition pour elle
+ qu'elles n'estoient, premier que de la délivrer. Et sur ce, les
+ affères de ceste pouvre princesse furent remiz en surcéance, et
+ le dict évesque de Roz resserré, et courriers incontinent
+ dépeschez vers le North pour haster le comte de Sussex à son
+ entreprinse.
+
+ A quelques jours de là, j'allay déclairer l'intention du Roy là
+ dessus à la dicte Royne d'Angleterre, aulx propres termes qu'il
+ me l'avoit mandé par sa dépesche du XIIe du passé; sur lesquelles
+ elle fit les démonstrations de rescentymens et de courroux, que
+ j'ay mandé par mes lettres du IIIe du présent, mais non en sorte
+ qu'elle ne monstrât bien qu'elle tenoit en grand compte la
+ déclaration du Roy; et comme princesse nourrye à la modération et
+ à beaulcoup de sortes de vertu, me fit les responces qui
+ s'ensuyvent, par lesquelles se pourra juger ce qu'elle avoit lors
+ en son désir; dont cy après s'entendra si elle l'aura en rien
+ changé:
+
+ Que le Roy, son bon frère, s'il l'estimoit Princesse Souveraine
+ et légitime, et non accusée d'aulcun mauvais cryme, et estre
+ aussi bien son alliée comme la Royne d'Escoce, laquelle n'estoit
+ mentionnée en nulz trettez, qu'elle n'y fût premier nommée et
+ comprinse, qu'elle s'esbahyssoit comment il voulloit meintennant
+ procéder d'une tant diverse vollonté entre elles deux, et comme
+ il voulloit avoir tant d'esgard à l'une, et si peu à l'aultre,
+ qu'il trouvât bon que toutes les offances de la Royne d'Escoce
+ luy fussent réparées, et nulles des siennes à elle; à qui
+ toutesfoys elles avoient plustost esté commises et en si grand
+ nombre, et tant dommaigeables que tout ce qu'elle cerchoit
+ meintennant de la dicte Royne d'Escoce et des siens n'estoit
+ sinon comme elle pourrait estre satisfaicte du passé et demeurer
+ bien asseurée de l'advenir:
+
+ Car, oultre les vielles querelles, il estoit trop vériffié que
+ c'estoit la dicte Royne d'Escoce et l'évesque de Roz qui avoient
+ esmeu les troubles du North, et qui avoient envoyé lettres,
+ messaiges, bagues, argent, et fère offres de grandz sommes et
+ secours aulx comtes de Northomberland et Vuesmerland, pour leur
+ fère prendre les armes; et, après qu'ilz avoient esté deffaictz,
+ elle avoit donné ordre de les fère recepvoir par ceulx qui
+ tiennent son party en Escoce, non comme fugitifz pour garentyr
+ leurs vies, mais comme ennemys, poursuyvans une guerre contre
+ elle, et contre ses bons subjectz, à feu et à sang, et avec tant
+ de cruaulté sur ses frontières qu'elle seroit trop indigne
+ d'avoir royaulme, ny couronne, ny tiltre de Royne, si elle le
+ comportoit;
+
+ Qu'en l'entreprinse, qu'elle avoit faicte pour y remédier, elle
+ avoit suivy l'ordre des trettez, sellon lesquelz elle avoit
+ escript et envoyé messagiers exprès, devers les principaulx
+ seigneurs et officiers d'Escoce, pour fère cesser les désordres
+ et avoir réparation de ceulx qui estoient desjà commiz, lesquelz
+ avoient respondu qu'ilz n'y pouvoient donner ordre jusqu'à ce
+ qu'ilz auroient accommodé leurs différandz; et en avoit aussi
+ adverty la Royne d'Escoce, bien qu'elle fût entre ses mains, qui
+ avoit seulement respondu qu'elle n'en pouvoit mais:
+
+ Par ainsy, qu'après avoir satisfaict aux trettez, desquelz elle
+ sçavoit bien les termes, et ne les vouloit transgresser; ains,
+ suyvant sa proclamation sur ce faicte, vouloit droictement
+ conserver la paix avec la couronne d'Escoce, et non moins bien
+ tretter les bons Escouçoys, et ceulx qui ne reçoipvent ny
+ accompaignent ses rebelles à luy fère la guerre, que les propres
+ Anglois: elle avoit bien vollu aussi satisfère au debvoir qui
+ l'obligeait à la deffance, tuition et conservation de ses
+ subjectz, et qu'il n'y avoit lieu de penser qu'elle eust une plus
+ grande entreprinse que celle là en Escoce, et, si elle l'y
+ avoit, ce ne seroit à si petites forces qu'elle y entreroit.
+
+ Et de la dicte entreprinse, quant le Roy l'entendroit bien à la
+ vérité, elle ne pensoit qu'il vollût condampner rien de ce qui,
+ en semblable occasion de la deffance de ses subjectz, il est très
+ certain qu'il en feroit davantaige; et bien qu'elle n'eust à s'en
+ justiffier qu'à Dieu seul, si avoit elle bien vollu qu'il y
+ intervînt tant de justice qu'elle ne peult estre raysonnablement
+ blâmée de nul; et que le Roy, son bon frère, ny le Roy
+ d'Espaigne, duquel je luy avois faict mencion, ny nul aultre
+ prince du monde ne la garderoient qu'elle n'essayât toutjours
+ tout ce qu'elle verroit et trouveroit, par conseil, estre
+ expédiant de fère pour la deffance de son estat, et qu'elle
+ vouloit bien dire que le debvoir obligeroit plus justement le Roy
+ de luy ayder à repoulser ses injures, que de maintenir celles que
+ injustement la Royne d'Escoce luy faisoit;
+
+ Que, quant à la liberté et restablissement de la dicte Dame,
+ encores que le dangier des choses présentes, et l'espreuve des
+ passées, et le peu de seureté qu'on pouvoit prendre de ses
+ promesses, veu ce que son ambassadeur, en parlant d'icelles à
+ Ledinthon avoit dit: _Quæ in vinculis aguntur, rata non habebo,
+ et frangenti fidem fides frangatur eidem_; et nonobstant aussi
+ que la dicte Dame se fût bien fort efforcée de se déclairer
+ seconde personne de ce royaulme, ce que ne luy estoit loysible de
+ fère; et que son dict ambassadeur, oultre ses aultres mauvais
+ offices, eust freschement publié trois livres en ceste matière,
+ qui touchoient à l'estat et honneur d'elle, et de sa couronne, et
+ de ses conseillers; et qu'en toutes sortes la Royne d'Escoce
+ l'eust si mal traictée, et remué tant de choses pernitieuses en
+ son royaulme, qu'elle eust grand occasion d'estre infinyment
+ irritée contre elle, et de ne recepvoir aulcun expédiant de sa
+ part:
+
+ Si, ne reffuzeroit elle toutesfoys d'ouyr et recepvoir les offres
+ et condicions qu'elle ou le Roy luy vouldroient fère, ainsy que
+ desjà la dicte Dame et l'évesque de Roz luy en avoient escript,
+ et luy avoient envoyé des articles assés semblables à d'aultres,
+ que cy devant l'on luy avoit présentez; et le dict évesque luy
+ avoit mandé qu'il avoit à luy proposer encores quelque chose
+ davantaige, de parolle; dont seroit bientost ouy: mais cependant
+ le Roy ne debvoit trouver mauvais qu'elle poursuyvît la vengeance
+ des tortz qu'on luy avoit faictz, et néantmoins me prioit de luy
+ bailler par escript ce que je luy avois proposé de sa part, affin
+ de pouvoir mieulx dellibérer, et luy en fère, puys après, plus
+ clayre responce.
+
+ Je luy respondiz seulement qu'elle debvoit prendre de bonne part
+ ceste grande franchise, dont le Roy usoit envers elle, de luy
+ ouvrir ainsy clairement son intention; et que, quant bien il ne
+ luy en eust ainsy parlé, elle n'eust layssé pourtant de penser
+ qu'il estoit de son honneur et de son debvoir, non seulement de
+ le dire, mais de le fère ainsy qu'il le diroit; et que ce
+ n'estoit d'aulcune malle vollonté envers elle, ains d'une notoire
+ obligation envers la Royne d'Escoce, qu'il estoit contrainct d'en
+ user ainsy; et qu'il n'en feroit pas moins pour elle, en vertu de
+ leur commune confédération, si elle et son royaulme estoient en
+ pareille nécessité, car la loy des aliences portoit de subvenir à
+ ceulx des alliez qui sont oprimez, voire contre les aultres
+ propres alliez qui les opriment;
+
+ Que le Roy, pour n'en venir là, desiroit qu'elle mesmes, par le
+ conseil de sa propre conscience, ou par celluy de son cueur qu'il
+ estimoit royal et droict, et encores par le conseil de ceulx, qui
+ plus parfaictement ayment son bien et sa grandeur, vollût adviser
+ qu'est ce que de ceste pouvre princesse, sa niepce, elle pouvoit
+ desirer davantaige, de ce qu'elle luy avoit offert; que s'il n'y
+ couroit ung manifeste dangier de sa conscience, ou de son
+ honneur, ou de sa vie, ou de la perte de son estat, il
+ s'asseuroit qu'elle l'accorderoit, et que luy, comme son
+ principal allyé, non seulement le confirmeroit, mais mettroit
+ peyne de le luy faire droictement accomplyr;
+
+ Et que je luy voulois bien dire qu'après cecy, si la détention de
+ la dicte Royne d'Escoce continuoit, et l'invasion de son pays ne
+ cessoit, que le Roy demeureroit très justiffié envers Dieu et la
+ dicte Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, et envers toutz les
+ siens, comme aussi il s'en justiffieroit envers les aultres roys,
+ et mesmes envers les princes d'Allemaigne, qu'il n'auroit tenu à
+ luy d'obvier au mal qui pourra advenir, si ses tant raysonnables
+ offres, sur la liberté et restitution de sa belle soeur, ne sont
+ acceptées, et qu'il ne luy en debvra estre rien imputé.
+
+ AULTRE INSTRUCTION A PART AU DICT SR DE SABRAN.
+
+ La peur que j'ai heu que la déclaration du Roy à la Royne
+ d'Angleterre, pour les affères de la Royne d'Escoce, mit les
+ siens en dangier, m'a tenu en suspens si je la debvois différer,
+ ou non, jusques après estre bien asseuré de la paix; mais, voyant
+ que de demeurer sans fère quelque prompte démonstration, sur ce
+ que l'armée d'Angleterre estoit entrée en Escoce, diminuoit par
+ trop la réputation du Roy, et luy faisoit perdre les bons
+ serviteurs qu'il a icy et au dict pays d'Escoce, je ne l'ay
+ vollue différer; bien ay miz peyne d'user de tout l'artiffice
+ qu'il m'a esté possible pour garder, qu'en aydant les affères de
+ la dicte Royne d'Escoce, je n'aye poinct faict de dommaige à
+ ceulx du Roy; car il est sans doubte qu'ilz se portent mutuelle
+ faveur, et qu'on respecte les ungs pour l'amour des aultres en
+ ceste court.
+
+ Et n'a esté sans que aulcuns principaulx seigneurs de ce
+ royaulme, et l'évesque de Roz avec eulx, n'ayent cuydé monstrer
+ un grand signe de malcontantement de ce que le secours de France
+ ne paroissoit desjà en Escoce, et que je ne protestais tout
+ promptement la guerre, puysque les Anglois avoient commancé
+ d'entrer en pays, et y fère toutz actes d'hostillité.
+
+ Et disoient, tout hault, qu'il falloit que le Roy cessât d'estre
+ amy ou des Angloys, ou des Escouçoys, car il ne pouvoit meintenir
+ l'amytié avecques les deux, et qu'il debvoit bien considérer que
+ si les seigneurs catholiques de ce royaulme, qui s'estoient
+ asseurez qu'il favoriseroit et secourroit les affères de la Royne
+ d'Escoce et les leurs, quand il seroit besoing, n'eussent tenu la
+ main ferme à la paix d'entre la France et l'Angleterre, qu'il est
+ très certain que ceulx de l'aultre party eussent fait déclairer
+ ouvertement la Royne, leur Mestresse, pour ceulx de la Rochelle,
+ sur la grand instance que les princes protestans d'Allemaigne luy
+ en faisoient.
+
+ Disoit davantaige le dict évesque de Roz que, si la Royne, sa
+ Mestresse, vouloit quicter l'alliance de France, il est sans
+ doubte qu'elle et luy seroient en liberté, et toutz les affères
+ d'Escoce se porteroient bien; et qu'il est certain que les choses
+ estoient venues au poinct où l'on les voyoit, d'avoir les comtes
+ du North prins les armes pour la liberté et restitution d'elle,
+ et pour l'advancement de la religion catholique, par l'exortation
+ de nous deux ambassadeurs de France et d'Espaigne; et que
+ meintennant il n'aparoissoit nul secours du costé de noz
+ Maistres; ains ceulx qui, soubz leur confiance, s'estoient
+ déclairés, demeuroient en proye de la Royne d'Angleterre, et
+ ceulx, qui avoient bonne intention de se déclairer, restoient, à
+ ceste heure, bien fort descouraigés et intimidez.
+
+ Or, l'office, qu'ilz ont veu que j'ay despuys faict envers la
+ Royne d'Angleterre a beaucoup rabillé cella, et si, a miz tant de
+ doubte au cueur de la dicte Dame et tant de contrariété entre
+ ceulx de son conseil, que, confessans les ungs et les aultres la
+ déclaration du Roy estre très raysonnable, et fondée au debvoir
+ qu'il a aulx deux Roynes de vouloir retenir l'amytié de l'une et
+ subvenir à l'extrême nécessité de l'aultre, il semble que les
+ choses en viendront à quelque modération.
+
+ Et ayant le dict évesque de Roz, par aulcuns des siens, faict
+ exorter l'ambassadeur d'Espaigne de concourre avecques moi en ung
+ semblable office, de la part de son Maistre, envers ceste Royne,
+ pour la Royne d'Escoce, il s'est excusé de le fère, disant y
+ avoir assés longtemps qu'il a devers luy une lettre à cest effect
+ de son dict Maistre pour la Royne d'Angleterre, mais qu'il n'a
+ jamais peu avoir audience d'elle, comme, à la vérité, il y a dix
+ sept moys qu'il ne l'a veue, et que de luy fère venir meintennant
+ ung nouveau ambassadeur sur cest affère, puysqu'elle en a renvoyé
+ deux de grande qualité, sans quasi les ouyr, qui estoient envoyez
+ pour les propres affères de son dict Maistre, ny aussi
+ d'entreprendre de parler pour aultruy, jusques à ce qu'on se sera
+ accommodé soy mesmes, le duc d'Alve estime qu'il seroit fort
+ impertinent de le fère. Néantmoins, il donne espérance du
+ contraire, ainsy que ce pourteur le dira à Leurs Majestez.
+
+
+
+
+CVIIe DÉPESCHE
+
+--du XIIIe jour de may 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Oratio d'Almarana_.)
+
+ Nouvelles de l'invasion des Anglais en Écosse.--Prise du château
+ de Humes, dans lequel ils se sont établis.--Nouvelles
+ d'Allemagne et des Pays-Bas.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, ce qui est survenu de nouveau au quartier du North et d'Escoce,
+despuys le VIIIe de ce moys, que je vous ay mandé, par le Sr de
+Sabran, tout ce que, jusques alors, j'en avois aprins, est que la
+Royne d'Angleterre, le jour précédant que je luy fisse instance, de
+vostre part, de ne fère entrer ses forces en Escoce, ou de les
+retirer, si elles y estoient entrées, avoit desjà mandé au comte de
+Sussex d'y retourner par la seconde foys, pour y fère le gast; et le
+dict comte n'avoit failly de se remettre incontinent en campaigne:
+dont, le XXVIe et XXVIIe du passé, il a marché avecques l'armée
+jusques au chasteau de Humes, lequel délibérant prendre par force, et
+l'ayant faict recognoistre et aprocher le canon, ceulx qui estoient
+dedans envyron quatre vingtz hommes, après qu'on a heu seulement tiré
+trois coups, se sont randuz, bagues saulves, le XXIXe dudict moys: et
+milord de Scrup qui, en mesmes temps, avoit marché plus avant, a esté
+encores ceste foys rencontré par les fugitifz anglois, et par aulcuns
+Escouçoys qui l'ont chargé, et y a heu ung assés aspre combat; mais il
+s'est retiré avec la perte seulement de huict vingtz des siens, et
+sans que le dict de Sussex ny luy ayent passé à plus grand exploict.
+Après avoir layssé deux centz Anglois dans le dict chasteau de Humes,
+ilz s'en sont retournez, le IIe de may, à Barvich, d'où j'entendz,
+Sire, que icelluy de Sussex a incontinent dépesché un gentilhomme
+devers la Royne, sa Mestresse, sur divers occasions: sçavoir, sur les
+difficultez qui se présentoient plus grandes en ceste nouvelle guerre,
+qu'on ne les pensoit du commancement; sur le peu de confiance qu'elle
+doibt mettre en ces Escouçoys, qui disent estre de son party; sur
+avoir suplément de deniers, affin de complyr le nombre d'hommes que
+porte sa commission, car ceulx qui, jusques à ceste heure, sont entrez
+en Escoce, n'ont esté guières plus de cinq mil hommes et douze centz
+chevaulx en tout; et aussi, si la dicte Dame entend de fère razer le
+dict chasteau ou bien le tenir; et, au reste, à quoy elle veult que
+son armée s'employe le reste de cest esté.
+
+Sur toutes lesquelles choses l'on m'a dict que, sabmedy dernier, luy a
+esté seulement respondu, que la dicte Dame luy gratiffie grandement le
+bon debvoir qu'il a faict en ce voyage pour son service, et qu'elle
+est après à donner ordre qu'il luy soit bientost envoyé argent et
+toutes aultres provisions qui luy font besoing; qu'elle n'est encores
+bien résolue du chasteau de Humes qu'est ce qu'elle en fera, mais
+qu'il advise cependant de bien entretenir la garnyson qu'il y a mise;
+et qu'il ne se haste de lever plus grand nombre de gens de guerre,
+mais qu'il dispose si bien ceulx qu'il a avecques luy le long de la
+frontière pour la garde d'icelle, qu'on n'y puisse plus retourner fère
+les courses, pilleryes et brullement, que par cydevant l'on a faict;
+et ne luy ordonne rien davantaige. Je ne sçay si, cy après, elle luy
+commandera de rentrer encores pour la troisième foys en Escoce.
+
+Il est quelques nouvelles que milord de Herys a mandé au dict de
+Sussex que ses mauvais déportemens contraindroient enfin les
+Escouçoys, à leur grand regrect, d'avoir la guerre à la Royne, sa
+Mestresse; et que s'il ne cessoit d'entreprendre en leur pays, que non
+seulement ilz se mettraient en debvoir, avec le secours des Françoys
+qu'ilz attandoient d'heure en heure, de l'aller combattre, mais aussi
+d'entrer et venir bruller plus en avant en Angleterre qu'il n'a faict
+en Escoce; et dict on que le dict de Herys et le duc de
+Chastellerault, entendans que les comtes de Mar et de Glanquerne
+s'estoient assemblez avec le comte de Morthon à Lislebourg, pour
+s'aller joindre aulx Angloys, se sont venuz loger avec bonnes forces
+sur une rivière, et leur ont empesché le passaige. J'espère que par
+ces difficultez, et par la déclaration que Vostre Majesté a faicte
+fère à la Royne d'Angleterre, elle se layssera ramener à quelque
+meilleure rayson. Le comte de Lenoz, à ce que j'entendz, est demeuré
+mallade à Barvich, et le sir Randolf l'y est venu trouver. Je ne sçay
+encores s'ilz auront mandement de retourner à Lislebourg.
+
+La flotte des draps a heu si bon vent qu'elle peult estre meintennant
+arrivée à Hembourg, et, au retour des navyres, qui la sont allés
+conduyre, nous pourrons entendre quelque nouvelle d'Allemaigne. Cella
+m'a l'on confirmé que les lettres de crédit, que ceulx de la nouvelle
+religion ont obtenues icy, y ont esté apportées pour être forny de
+dellà, jusques à cent cinquante mil escuz, s'il est besoing, ou si les
+draps peuvent avoir bonne vante; et que cependant les premiers
+cinquante mil escuz, ottroyez despuys le mois de janvier dernier,
+seront en toutes sortes payez contant. L'on espère du premier jour la
+conclusion de l'accord sur les deniers et merchandises, qui ont esté
+mutuellement arrestées icy en Flandres, et ne pensent les Anglois
+qu'il y puisse plus intervenir aulcune difficulté pour l'empescher. Il
+est vray que l'ambassadeur d'Espaigne m'a dict que les choses n'en
+sont encores si près. Sur ce, etc.
+
+ Ce XIIIe jour de may 1570.
+
+
+
+
+CVIIIe DÉPESCHE
+
+--du XVIIe jour de may 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Magnifique Donato._)
+
+ Changement survenu dans les résolutions de la reine d'Angleterre,
+ qui hésite à poursuivre avec vigueur la guerre
+ d'Écosse.--Espoir de l'ambassadeur qu'elle va consentir enfin
+ au rétablissement de Marie Stuart.--Nouvelles d'Écosse, de la
+ Rochelle et des Pays-Bas.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, ce n'est sans une très grande difficulté, mais non aussi sans
+beaucoup d'estime de vostre réputation, qu'il se commance à manifester
+quelque effect du bon office, que m'avez commandé de fère icy pour la
+Royne d'Escoce; et ne sera encores, comme j'espère, sans quelque
+accommodement de voz affères, s'il peult estre conduict à sa
+perfection. Il est vray, Sire, qu'il est venu en temps que le feu
+estoit le plus allumé, et que la Royne d'Angleterre se sentoit
+extrêmement offancée, et que son armée estoit desjà entrée en Escoce;
+à l'occasion de quoy le dict office a trouvé de l'obstacle et de
+l'empeschement davantaige à estre bien receu. Néantmoins il a esté
+proposé tel, et en tel façon, et sur tel rencontre que voycy, Sire, ce
+que despuys s'en est ensuyvy:
+
+Que la Royne d'Angleterre n'a poursuyvy la guerre d'Escoce de la mesme
+ardeur qu'elle l'avoit commancée, ainsy que mes précédantes vous l'ont
+tesmoigné; qu'elle est entrée en ung grand doubte de son entreprinse,
+puysqu'elle vous y voyt opposant, et semble bien, que desjà elle
+commance de quicter l'obstinée résolution, qu'on luy avoit faict
+prendre, d'en venir à boult par la force, pour dorsenavant s'y
+conduyre par ung plus modéré expédiant; que les seigneurs de son
+conseil en sont entrez en une grande contention et en manifeste
+contradiction entre eulx; que ceulx du bon party ont reprins cueur,
+qui est d'aultant diminué aulx autres; finalement, que la dicte Dame
+monstre de vouloir meintennant beaulcoup plus entendre à la
+restitution qu'à la ruyne de la Royne d'Escoce; et en sont les choses
+si avant qu'elles doibvent estre débattues à plain fondz, et
+déterminées, à Amthoncourt, mercredy prochain, que le conseil y sera
+pour cest effect assemblé, et monstrent les malveuillans de reffouyr
+assés la lice, dont les amys se disposent, de tant plus gaillardement,
+à bien deffandre la cause qu'ilz voyent, Sire, que avez desjà commance
+de la prendre à cueur, et qu'ilz ont grand confiance que vous la
+favoriserez de mesmes en tout ce qu'elle aura besoing, cy après,
+d'estre aydée de parolle, ou des démonstrations, ou des bons effectz
+de Vostre Majesté: car sans cella ilz despèreroient non seulement de
+vaincre, mais de pouvoir soubstenir les effortz et l'impétuosité des
+aultres.
+
+Je ne sçay encores, Sire, que me promettre, ny que vous debvoir fère
+espérer de l'yssue de ce conseil, veu l'instabilité que j'ay veue et
+souvant esprouvée de ceulx qui en sont, et veu les artiffices de ceulx
+qui plus possèdent ceste princesse; lesquelz luy ont desjà formé mil
+préjudices dans son esprit contre la Royne d'Escoce. Néantmoins, de
+tant qu'on m'a adverty assés en général, et sans grande
+expéciffication, qu'elle veult, en toutes sortes, prandre expédiant
+avecques sa cousine, et veoir comme elle pourra tretter seurement
+avec elle des poinctz qui s'ensuyvent: sçavoir; du tiltre de ceste
+couronne, d'une ligue et de la religion; je vous suplie très
+humblement, Sire, me commander comme j'auray à me conduyre sur toutz
+les trois; s'il convient que j'y intervienne au nom de Vostre Majesté;
+et aussi comme, et en quelz termes il vous plairra que, au cas que on
+veuille interrompre ou prolonger la matière, je poursuyve l'instance,
+que j'ay desjà commancée, pour luy donner l'accomplyment que convient
+à l'honneur de la parolle et déclaration de Vostre Majesté.
+
+J'entendz que le lair de Granges, cappitaine du chasteau de
+Lislebourg, a esté essayé, par argent et par grandz promesses, de
+vouloir prendre le party de la Royne d'Angleterre, mais il a fermement
+respondu qu'il sera fidelle jusques à la mort à sa Mestresse; et dict
+on que, despuys que l'armée d'Angleterre a heu faict les deux courses
+dans l'Escoce, le comte de Morthon et ses adhérans ont esté proclamés
+traystres, et rebelles, et autheurs d'avoir introduict les ennemys
+dans leur pays.
+
+Barnabé est revenu despuys trois jours de la Rochelle, lequel monstre,
+par ses propos, qu'il a esté jusques au camp des princes. Il confirme
+bien fort que la paix se fera, et que Mr l'Admyral la désire; de quoy
+aulcuns icy mal affectionnez monstrent n'en estre guières contantz.
+Ung des gens du prince d'Orange, après avoir toutz ces jours faict de
+grandes sollicitations en ceste court, se prépare de partir pour
+Allemaigne. Je ne sçay encores avec quelles expéditions il y va. L'on
+dict, touchant les différans des Pays Bas, qu'il y a desjà des
+articles accordez sur le faict des deniers et merchandises, et que
+bientost doibvent venir des commissaires flamans par deçà, pour
+conclurre le tout. Sur ce, etc.
+
+ Ce XVIIe jour de may 1570.
+
+ En fermant la présente l'on m'est venu advertyr que l'abbé de
+ Domfermelin est arrivé, je ne sçay si cella traversera ce qui est
+ bien commancé pour la Royne d'Escoce.
+
+
+
+
+CIXe DÉPESCHE
+
+--du XXIIe jour de may 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Le Tourne._)
+
+ Propositions faites à l'évêque de Ross par le conseil
+ d'Angleterre pour la restitution de Marie Stuart.--Déclaration
+ de l'évéque sur les conditions qui lui sont offertes.--Mission
+ de l'abbé de Dunfermline en Angleterre.--Nouvelles
+ d'Écosse.--Doutes sur la conclusion de la paix en France;
+ continuation des emprunts pour la Rochelle.--État de la
+ négociation dans les Pays-Bas.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, le jour que le conseil de la Royne d'Angleterre a esté assemblé
+pour dellibérer, devant elle, s'il estoit expédiant ou non qu'elle
+entendît à la liberté et restitution de la Royne d'Escoce, de tant que
+desjà la dicte Dame estoit aulcunement bien disposée d'y entendre, les
+malveuillans n'ont peu empescher que la conclusion ne soit venue à ce
+que l'évesque de Roz seroit incontinent mandé pour adviser, avec luy,
+comment et à quelles conditions il s'y pourroit moyenner ung bon
+accommodement, qui peult estre à l'honneur et à la seurté de la Royne
+d'Angleterre, et au commun repoz des deux royaulmes. Sur quoy, estant
+le dict sieur évesque appellé, l'on luy a proposé les trois poinctz;
+desquelz, en mes précédantes du XVIIe de ce moys, je vous ay faict
+mencion: du tiltre de ce royaulme, d'une ligue et de l'establissement
+de la nouvelle religion; et y a esté adjouxté celluy que je vous avois
+auparavant mandé, de rendre les rebelles; et encores ung cinquiesme,
+d'abstenir de tout exploict de guerre entre les deux pays pendant que
+aulcuns depputez d'Escoce pourront venir par deçà pour tretter de ces
+choses. Mais ce en quoy l'on a le plus incisté au dict sieur évesque a
+esté des pleiges et seurtez que sa Mestresse pourra bailler pour
+l'accomplissement de ce qu'elle promettra; et si elle sera poinct
+contante de mettre son filz et aucuns principaux personnaiges
+d'Escoce, comme le duc de Chastellerault, ou ses enfans, ou bien
+d'aultres seigneurs, et quelques forteresses ez mains de la Royne
+d'Angleterre; et aussi si vous, Sire, vouldrez poinct donner parolle
+et bailler ostaiges pour l'entretennement du tretté qui s'en fera,
+parce que principallement la dicte Dame desire que vous y soyez
+comprins, affin de s'asseurer de la paix avec Vostre Majesté.
+
+Le dict sieur évesque leur a respondu, en général et bien fort
+saigement sellon sa coustume, qu'ilz debvoient demeurer très fermement
+et bien persuadez de l'affection et intention de la Royne, sa
+Mestresse, qu'elle n'en a nulle plus grande, ny plus certaine dans son
+cueur, que de donner à la Royne d'Angleterre, et à toute la noblesse
+de son royaulme, le plus grand contantement d'elle et la plus grande
+satisfaction sur ses affères qu'il luy sera possible, et qu'ilz ne
+veuillent aulcunement doubter qu'elle ne condescende très
+libérallement à tout ce que la dicte Royne, sa bonne soeur, et eulx
+estimeront estre honneste et raysonnable de luy demander; et, quant
+aulx particullaritez, qu'ilz venoient de luy desduyre, de tant que les
+unes estoient en la puyssance de sa dicte Mestresse et les aultres
+non, et que aulcunes sembloient estre assés aysées, les aultres très
+difficiles, il les requéroit, en premier lieu, de luy ottroyer sa
+liberté, et, après la liberté, d'en aller conférer avec sa dicte
+Mestresse, et puys, permission à elle d'envoyer devers les Estatz de
+son royaulme, affin de leur communiquer et leur fère bien recepvoir le
+tout, sans lesquelz rien ne pouvoit estre bien légitimement arresté là
+dessus.
+
+Voilà, Sire, l'ouverture qui a esté desjà faicte en cest affère, sur
+lequel en celle partie qui deppend de Vostre Majesté, et toutes en
+doibvent assés dépendre, il vous plairra me commander comment j'auray
+à m'y conduyre, ayant cependant proposé d'ayder, en tout ce qu'il me
+sera possible, l'advancement de la matière, et vous advertyr souvent
+de ce qui, jour par jour, s'y fera, et puys sur la conclusion d'icelle
+suyvre, le plus près que je pourray, ce que Vostre Majesté m'aura
+mandé estre de son intention, et convenable à l'honneur de sa couronne
+et utilité de son service. Le dict sieur évesque, ouy l'abbé de
+Domfermelin, a esté appellé, mais je ne sçay encores ce qu'il a
+proposé, ny ce qu'il pourra avoir obtenu, seulement l'on m'a dict
+qu'il a fort incisté d'avoir de l'argent. Or, Sire, j'ay sceu
+d'ailleurs que sur ce que les comtes de Morthon, de Mar et de
+Glancarve, ont mandé au comte de Sussex, qu'il leur vollût promptement
+envoyer ung nombre de gens de guerre, affin de conserver l'authorité
+du jeune Roy, premier que tout le pays se fût remiz à l'obéyssance de
+la Royne d'Escoce, sa mère, parce que le duc de Chastellerault, pour
+y trouver moins de difficulté, s'efforceoyt de fère publier que toutes
+choses eussent à s'administrer dorsenavant au nom et par l'authorité
+d'elle, durant la minorité de son filz, il a esté mandé au dict de
+Sussex qu'il ayt à leur envoyer, tout incontinent, deux mille des
+meilleurs et mieulx choysiz soldatz de l'armée, soubz la conduicte du
+capitaine Drury, mareschal de Barvich; non que sur ceste dellibération
+n'y ayt heu beaucoup de débat dans ce conseil, mais enfin il a esté
+résolu que ce ne seroit violler ny enfraindre la paix aulx Escouçoys
+que d'envoyer du secours à leur Roy, et qu'il falloit ainsy tenir les
+choses divisées de dellà jusques à ce qu'elles seroient composées,
+icy, avec la Royne d'Escoce.
+
+J'estime, Sire, que cest affère marchera de mesmes que la paix de
+vostre royaulme, car si l'on vous voyt démeslé de la guerre de voz
+subjectz, ne fault doubter qu'on ne condescende plus ayséement icy
+aulx choses justes et raysonnables que vous vouldrez demander; mais il
+semble qu'ilz tiennent pour assés doubteuse la conclusion de la dicte
+paix, à cause d'ung discours qui a esté envoyé de la Rochelle sur la
+négociation de Mr de Biron avec Messieurs les Princes; et n'ont ceulx
+de la nouvelle religion, pour le propos de la dicte paix, layssé de se
+pourvoir du plus de crédit de deniers en Allemaigne qu'ilz ont peu; et
+desjà y ont envoyé les lettres, ny ne cessent d'y entretenir leurs
+pratiques aussi vifves comme si la guerre se debvoit encores
+longuement continuer.
+
+Ceste princesse trouve assés de difficulté à lever l'emprunct de trois
+mil privés scelz qu'elle a naguières imposez, et n'entreprend d'user
+de grand contraincte en l'exaction d'iceulx, de peur de quelque
+nouvelle eslévation. L'on attand l'arrivée de deux commissaires, des
+quatre qui estoient allez en Flandres, lesquelz viennent pour tretter
+d'aulcuns particulliers faicts qu'on leur a miz en avant, pour en
+sçavoir l'intention de leur Mestresse. Ung chacun espère qu'ilz
+s'accommoderont quant aulx deniers et merchandises arrestées, mais que
+néantmoins le libre commerce d'entre les deux pays demeurera encores
+en suspend à cause de certaines difficultez de la religion et de la
+jurisdiction, dont ne se peuvent bien accorder. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXIIe jour de may 1570.
+
+
+
+
+CXe DÉPESCHE
+
+--du XXVIIe jour de may 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Bordillon._)
+
+ Discussions dans le conseil d'Angleterre.--Résolution qui a été
+ prise d'éviter la guerre avec la France.--Mise en liberté de
+ l'évêque de Ross.--Audience.--Communication donnée à Élisabeth
+ de l'état des négociations sur la paix en France.--Vive
+ insistance de l'ambassadeur pour obtenir que les Anglais se
+ retirent d'Écosse, et que Marie Stuart soit rendue à la
+ liberté.--Nécessité où se trouve le roi de prendre les armes
+ pour défendre les Écossais.--Explication donnée par Élisabeth
+ des motifs qui ont dû la forcer à envahir l'Écosse.--Résolution
+ du conseil.--_Accord touchant l'Écosse._ Traité conclu, sauf la
+ ratification du roi, entre l'ambassadeur et la reine
+ d'Angleterre, contenant les conditions sous lesquelles la reine
+ consent à retirer son armée d'Écosse, et à négocier la
+ restitution de Marie Stuart.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, despuys la déclaration que Vostre Majesté m'a commandé de fère à
+la Royne d'Angleterre touchant la Royne d'Escoce et son royaulme, je
+n'ay cessé de la presser bien fort qu'elle y vollût prendre ung
+présent expédiant, et voyant que desjà je l'y trouvois ung peu
+disposée, j'ay instantment sollicité les amys de ne laysser réfroydir
+la matière; lesquels ont tant faict que, nonobstant l'audacieuse
+opposition des adversayres, dont les ungs ne se sont peu tenir d'user
+de parolles insolentes, et les aultres se sont expressément absentez
+pour y cuyder mettre du retardement, le conseil a esté tenu là dessus;
+auquel, entre aultres choses, j'entendz qu'il a esté résolu, par
+l'opinion de la dicte Dame, plus que par celle de nul des siens, qu'il
+falloit en toutes sortes éviter d'avoir la guerre avec Vostre Majesté;
+et qu'ayant bien cogneu par mes propos qu'indubitablement l'on y
+viendroit, et que mesmes les Françoys seroient bientost en Escoce, si
+son armée passoit plus avant en pays, et s'il n'estoit bientost prins
+quelque expédiant sur les affères de la Royne d'Escoce, qu'elle
+vouloit que, tout présentement, l'on y advisât.
+
+Sur quoy, ceulx qui nous sont contraires n'ont failly de luy
+remonstrer que, pour estre le propos de la paix de vostre royaulme
+plus près d'estre rompu que conclud, vous n'aviez garde d'envoyer
+meintennant en Escoce les gens qui feroient bien besoing à vostre
+propre défance; et que, si vous entrepreniez d'y en envoyer, ainsi que
+je le donnois entendre, qu'il failloit qu'elle fît sortir ses navyres,
+qui sont toutz pretz, en mer, pour vous empescher, et qu'ilz ne voyent
+qu'il y eust encores nulle occasion qui la deubt divertyr de la
+première dellibération.
+
+Les amys, au contraire, prenans fondement sur ce qu'il falloit évitter
+d'avoir la guerre avec Vostre Majesté, ont asseuré, par la
+cognoissance qu'ilz ont des choses de France, que les Françoys ne
+fauldroient d'entrer en Escoce, si vous entendiez, Sire, que les
+Anglois y prinsent pied; et que, de jetter leurs navyres dehors, il
+fauldroit, s'ilz rencontroient la flotte françoyse, qu'ilz la
+combatissent, et que la guerre se commenceroit trop plus ouvertement
+en ceste sorte contre la France, que quant les Françoys seroient
+descendu en Escoce, lesquelz ne seroient lors prins que pour
+auxiliaires: mais que le meilleur estoit qu'elle commençât de tretter
+avec l'évesque de Roz et avec moy de quelque bon accommodement là
+dessus.
+
+Laquelle opinion ayant prévalu, l'évesque de Roz a esté, le deuxiesme
+jour après, appellé, avec lequel ceulx de ce conseil ont entamé les
+choses que je vous ay escriptes le XXIIe de ce moys; et despuys, sa
+liberté luy a esté ottroyée: bien que la dicte Dame ne luy a encores
+permiz de parler à elle. Et par mesme moyen elle avoit advisé que je
+serois mandé, mais les adversaires l'en divertirent, sur quelque
+poinct de réputation, qu'ilz lui représentoient, qu'il valloit mieux
+attandre l'ocasion que je y vinse de moy mesmes; et luy célébrèrent
+cependant bien fort la ropture de la paix, et mesmes firent que, sur
+la confirmation de ce que Mr Norrys en avoit escript, Mr le cardinal
+de Chatillon fut convyé en court, qui disna avec la dicte Dame; mais
+le lendemain je vins devers elle, et ne volluz, pour aulcuns respectz,
+lui monstrer les articles que Vostre Majesté m'avoit envoyez des
+dernières offres faictes aulx depputez, mais pour luy oster l'opinion
+que le propos de la dicte paix fût rompu, et pour remédier les choses
+qui pressoient en Escoce, je luy diz que, vous ayant la Royne de
+Navarre et les Princes, ses filz et nepveu, faict fère des
+supplications et requestes plus amples que ne portoient les premiers
+articles que leur aviez accordez, et ayant Vostre Majesté miz en
+considération les infinys maulx que vostre royaulme, despuys dix ans,
+a quasi continuellement souffertz par les horribles guerres, que ces
+troubles ont produicts; que, pour obvier à plus grandz inconvénians,
+vous aviez bien vollu condescendre à la pluspart de leurs dictes
+requestes, et me commandiez de luy dire que vous vous estiez de tant
+plus eslargy envers eulx, que vous vouliez qu'il aparust au monde, et
+nomméement à la dicte Dame, comme aussi Dieu vous estoit tesmoing, que
+vous n'aviez nulle chose plus à cueur que de réunyr toutz voz subjectz
+en bonne amytié, et esgallement trestoutz les conserver; et qu'en ce
+que leur aviez ottroyé de nouveau y avoit tant de quoy se contanter
+pour l'exercisse de leur religion, pour l'accommodement de leurs
+affères, et pour la seureté de leurs personnes, sans aparance aulcune
+de deffiance à jamais, que vous ne pensiez qu'ilz se peussent tant
+oublyer qu'aussitost que messieurs de Biron et de Malassize le leur
+auront faict entendre, qu'ilz ne l'acceptent; qui sont deux de vostre
+conseil que Vostre Majesté a renvoyé devers eulx pour en sçavoir la
+résolution; et que faisant, de rechef, ung bien exprès office de
+mercyement envers elle pour la bonne affection qu'elle a monstré avoir
+à la paciffication de vostre royaulme, je la requisse, de vostre part,
+de deux choses, lesquelles elle estoit tenue de vous accorder: la
+première, que, si par ces grandes et plus que raysonnables offres, il
+advenoyt qu'il ne fût besoing que Vostre Majesté lui donnast la peyne
+de se travailler à les leur fère recepvoir, ains que d'eulx mesmes ilz
+se disposent d'humblement les accepter, qu'il luy playse néantmoins
+vous garder bien entière ceste sienne bonne vollonté, laquelle, ou
+soit que vous ayez la paix, ou qu'il vous faille continuer la guerre,
+vous l'estimerez très utille, ainsy que l'avez toutjour estimée très
+honnorable pour vous; la seconde, que, s'ilz estoient si obstinez
+qu'ilz ne s'en vollussent aulcunement contanter, ains vollussent
+persévérer en leur viollente entreprinse, qu'elle veuille ainsy juger
+d'eulx comme de gens qui aspirent, et néantmoins sont bien loing
+d'abattre l'authorité de leur Roy et prince naturel; et qu'elle les
+veuille tout aussitost déclairer non seulement indignes de sa faveur
+et protection, mais très dignes qu'ilz soyent poursuyviz et réprimez
+par les justes armes et d'elle et de toutz les honnorables princes qui
+vivent aujourd'huy au monde.
+
+La dicte Dame, d'ung visaige fort joyeulx et contant, après plusieurs
+mercyemens de la privée communication, que luy faisiez de voz affères,
+m'a dict que les choses, à ce qu'elle voyoit, estoient en meilleurs
+termes qu'on ne le luy avoit dict, et qu'elle desiroit toutjour que la
+fin s'en ensuyvyst sellon le bien et repos de vostre royaulme; et
+qu'elle pensoit bien qu'il pouvoit y avoir des considérations que,
+possible, Vostre Majesté estimoit toucher et à sa réputation, et au
+debvoir de ses subjectz, qu'ilz acceptassent d'eulx mesmes vos offres,
+sans y estre induictz par la persuasion de nul autre prince, ce
+qu'elle sera très ayse qu'il puisse ainsy advenir; mais si,
+d'advanture, il y intervient aulcune difficulté, qu'elle vous
+réservera toutjour ceste vollonté et affection qu'elle vous a offerte
+pour s'y employer à toutes les heures, que vous cognoistrez qu'il en
+sera besoing, avec aultant de désir de vous y conserver les
+avantaiges, qui vous sont deuz, comme si elle avoit l'honneur que vous
+fussiez son propre filz.
+
+Sur lequel propos je l'ay layssée assés discourir, et estant peu à peu
+venue d'elle mesmes à parler de la bonne affection que vous monstrez
+luy porter, j'ay suyvy à luy dire que c'est ce qui vous faisoit plus
+de mal au cueur, qu'estant vostre dellibération de persévérer
+constantment en son amytié, vous ne pouviez toutesfoys estre jamais
+bien ouy d'elle sur les affères de la Royne d'Escoce, et que vous
+vouliez bien dire que c'estoit, par grand force et à vostre très grand
+regrect, que vous estiez contrainct d'avoir là dessus différant avec
+elle, et que vous estiez hors de toute coulpe de l'altération qui en
+pourroit venir entre vous, et des maulx qui s'en pourroient ensuyvre
+au monde; qu'ayant Vostre Majesté, despuys l'aultre foys que j'avois
+parlé à la dicte Dame, entendu ce qui avoit succédé en Escoce, vous me
+commandiez de luy dire que, désormais, vous aviez, de vostre part,
+satisfaict à toutz les debvoirs et paysibles offices, en quoy vous
+pouviez estre obligé envers son amytié; d'avoir premièrement exorté la
+Royne d'Escoce de luy donner tout le contantement d'elle et toute la
+satisfaction sur ses affères, et luy réparer, à son pouvoir, toutes
+les affères qu'elle luy pourroit redemander; et puys à elle, de
+vouloir condescendre à telles raysonnables condicions envers la dicte
+Dame, pour sa liberté et restitution, comme elle mesmes pourroit juger
+estre honorables, advantaigeuses et bien seures pour elle et pour sa
+couronne, non toutesfoys esloignées de l'honnesteté et modération qui
+doibt estre gardée entre telles princesses, avec offre que vous les
+feriez accomplyr; dont estimiez que, non seulement il vous estoit
+meintennant faict tort d'estre rejetté et reffuzé là dessus, mais
+encores grand injure, de ce que, sans respect de voz offres et
+remonstrances, elle avoit commencé de procéder par la force, de fère
+le gast, de brusler, de raser les maysons des gentishommes et usé de
+toutes voyes d'hostillité dans l'Escoce; que pourtant, oultre ce que
+je luy avois dict, par voz lettres du XIIe d'avril, je n'obliasse
+rien de ce que je verroys par voz présentes, du IIIIe de may, estre
+de vostre intention de prier et exorter la dicte Dame qu'au nom de
+vostre commune amytié, et de la paix, alliance et confédération
+d'entre Voz Majestez et vos couronnes, elle vollust retirer ses forces
+hors du dict pays et n'en y plus envoyer; et que je vous résolusse
+promptement de ce qu'en aurez à espérer, et en quelle vollonté je
+pouvois cognoistre qu'elle estoit meintennant envers la liberté et
+restitution de la Royne d'Escoce, parce que, allantz ses affères de
+mal en piz, vous commandez de cognoistre qu'il vous falloit désormais
+prendre les dilays, dont l'on luy usoit, pour manifestes reffuz; et
+que vous me tanciez bien fort de quoy je vous avois longuement
+entretenu sur les bonnes parolles de la dicte Dame; et qu'en lieu de
+la modération que je vous avois promiz d'elle envers la Royne
+d'Escoce, vous voyez qu'il n'avoit succédé qu'ung grand commancement
+de guerre; que meintennant elle me mettoit encores en une plus grand
+peyne commant vous pouvoir satisfaire sur ce que, de nouveau, j'avois
+entendu qu'elle avoit envoyé deux mille harquebouziers au comte de
+Morthon jusques à Lislebourg; en quoy je la prioys de considérer que,
+puysqu'elle avoit ainsy baillé son secours aulx ennemys de la Royne
+d'Escoce, avec lesquelz elle n'a nulle confédération, que vous
+estimeriez vous estre beaucoup plus loysible de bailler le vostre aulx
+amys de la dicte Dame, laquelle vous estoit très estroictement alyée;
+et que je ne sçavois si desjà il y avoit des compaignies embarquées,
+et que pourtant je luy voulois bien fère, de rechef, la mesmes
+instance que dessus de vouloir retirer ses dictes forces affin de ne
+vous contraindre d'user de plus grandz, extraordinaires et violantz
+remèdes, que vous ne vouliez essayer en choses qu'ussiez jamais à
+démeller avec elle.
+
+La dicte Dame, se trouvant en grand perplexité de ce propos, m'a
+respondu que, despuys ma précédante audience, elle avoit toutjour
+estimé que son armée seroit retirée à Barvyc, et me pouvoit jurer que
+de ceste segonde entreprinse il n'y avoit que vingt quatre heures
+qu'elle en avoit receu l'advis par le comte de Sussex; qui luy mandoit
+qu'il avoit esté contrainct d'en user ainsy, parce que le duc de
+Chastellerault avoit retiré les rebelles d'Angleterre, et les avoit
+introduictz au propre conseil d'Escoce, et ne luy avoit jamais vollu
+fère aulcune bonne responce, ou de les randre, ou de les habandonner;
+et que pourtant vous, Sire, ne debviez trouver mauvais qu'elle
+poursuyvît par dellà une entreprinse qui touchoit tant à son honneur.
+
+Je luy ay toutjour grandement incisté de retirer ses dictes forces, et
+qu'au reste elle poursuyvyst la reddition de ses dicts rebelles par
+une aultre meilleure sorte de quelque honneste traicté avec la dicte
+Royne d'Escoce; sur quoy elle m'a bien dict beaucoup de bonnes
+parolles, mais non qu'elle ne l'ayt ainsy lors vollu accorder: de quoy
+estant sur l'heure entré en conférence avec les seigneurs de son
+conseil, avec remonstrance des inconvénians qui s'en pourroit
+eusuyvre, j'ay esté, le jour après, contremandé de la dicte Dame pour
+me trouver de rechef avec eulx; avec lesquelz j'ay enfin arresté les
+choses que Vostre Majesté verra par ung mémoire à part, lesquelles
+m'ont esté après confirmées par la dicte Dame; et Vostre Majesté
+aussi, s'il luy playt, les confirmera: et je mettray peyne qu'il en
+sorte quelque bon effect, bien que j'entendz, Sire, que, nonobstant
+cella, la dicte Dame a ordonné sortir promptement six de ses grandz
+navyres, avec douze centz hommes dessus, pour garder la mer; par ce, à
+mon adviz, que son ambassadeur l'a certainement advertye qu'il y a des
+gens toutz prestz en Bretaigne pour passer en Escoce; et elle
+vouldroit bien que ceste démonstration les retînt. Sur ce, etc. Ce
+XXVIIe jour de may 1570.
+
+ CERTEIN ACCORD FAICT AVEC LA ROYNE D'ANGLETERRE et avec les
+ seigneurs de son conseille touchant les choses d'Escoce, du dict
+ jour.
+
+ L'ambassadeur de France a dict à la Royne d'Angleterre que le
+ Roy, son Maistre, la prie et l'exorte, au nom de leur commune
+ amytié et de la bonne paix, alliance et confédération, qui est
+ entre eulx et leurs couronnes, qu'elle veuille retirer ses forces
+ hors d'Escoce, et n'en y envoyer plus d'aultres; et que le Roy,
+ son dict Maistre, luy commande de le résouldre promptement en
+ quoy il en doibt demourer, et en quoy il doibt demeurer de
+ l'intention qu'il peult cognoistre qu'a meintennant la dicte
+ Royne d'Angleterre vers la liberté et restitution de la Royne
+ d'Escoce, parce que, voyant aller les affères de la dicte Dame
+ toujours de mal en piz, il commance désormais de prendre les
+ dilays, qu'on use vers elle, pour manifestes reffuz;
+
+ Et que nul ne doibt trouver estrange, s'il prend ainsy à cueur
+ ceste matière; car il y va, d'ung costé, de la conservation de
+ l'amytié de la dicte Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, qui est
+ une chose qu'il estime estre de grande conséquence pour luy et
+ d'une grande importance pour son royaulme; et, de l'aultre, de la
+ protection et deffance de la Royne d'Escoce, sa belle soeur, de
+ laquelle il n'y a celluy qui ne voye combien il touche à sa
+ réputation et à l'honneur de sa couronne, et combien il est
+ abstraint par grandes obligations de nullement l'abandonner.
+
+ Sur quoy la dicte Royne d'Angleterre, ayant faict aucunes
+ responces sur l'heure au dict ambassadeur, elle luy a, le jour
+ d'après, faict dire par les seigneurs de son conseil, et encores
+ despuys elle mesmes le luy a confirmé de sa parolle, que, pour
+ satisfère au désir du Roy, son bon frère, elle trouve bon qu'il
+ soit envoyé ung gentilhomme de qualité devers le duc de
+ Chastellerault et devers ces aultres seigneurs Escouçoys, qui
+ tiennent le party de la Royne d'Escoce, pour leur dire que, s'ilz
+ veulent rendre les fugitifz d'Angleterre ou bien les habandonner,
+ ou bien les retenir pour en rendre tel compte, comme sera porté
+ par le tretté qui se fera entre elle et la Royne d'Escoce,
+ qu'elle est contante de retirer toutes ses forces hors du dict
+ pays d'Escoce;
+
+ Et, en ce que le dict duc de Chastellerault et les siens, et
+ pareillement le comte de Morthon et ceulx de son party, se
+ désarmeront d'ung costé et d'aultre, et que toute hostillité
+ cessera dans le dict pays et entre les deux royaulmes
+ d'Angleterre et d'Escoce;
+
+ A la charge aussi que, si le Roy, avant que ces choses soient
+ acomplyes, avoit de sa part desjà envoyé ou faict passer de ses
+ forces en Escoce, la dicte Dame ne veult estre tenue d'observer
+ ce dessus, sinon que le dict Roy Très Chrestien les vollût
+ révoquer, auquel cas elle révoquera pareillement les siens;
+
+ Et que Mr l'évesque de Roz nommera à Me Cecille le gentilhomme
+ que la Royne, sa Mestresse, vouldra, pour cest effect, envoyer en
+ Escoce, affin de luy bailler saufconduict, et en donner adviz à
+ Mr le comte de Sussex, devers lequel il passera, et auquel sieur
+ comte la dicte Royne d'Angleterre mandera d'acomplyr ceste sienne
+ intention, aussitost qu'il aura sceu celle du susdict duc de
+ Chastellerault;
+
+ Et que, par le dict ambassadeur de France et par l'évesque de
+ Roz, seront baillées au gentilhomme qui yra en Escoce leurs
+ lettres, servans à l'accomplissement de cest affère.
+
+ Et, quant à la liberté et restitution de la dicte Royne d'Escoce,
+ la dicte Royne d'Angleterre promect que, aussitost qu'elle aura
+ receu la responce, que la dicte Royne d'Escoce luy vouldra fère
+ sur les choses, qui naguières ont été trettées par son
+ ambassadeur, l'évesque de Roz, avec les seigneurs de ce conseil,
+ qu'elle y procédera avec tant de dilligence qu'elle veult bien
+ que le Roy Très Chrestien, son bon frère, demeure juge que plus
+ dilligentment il n'y pourroit estre procédé; et ainsy l'a elle
+ confirmé et asseuré au dict sieur ambassadeur, en parolle de
+ Royne et de princesse chrestienne pleyne de foy et de toute
+ vérité;
+
+ Que, suyvant les choses susdictes le dict ambassadeur escripra au
+ Roy, son Seigneur, de ne vouloir envoyer de ses forces en Escoce,
+ ou, s'il y en avoit desjà envoyé quelques unes, qu'il les veuille
+ tout incontinent révoquer.
+
+
+
+
+CXIe DÉPESCHE
+
+--du Ier jour de juing 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
+
+ Efforts de l'abbé de Dunfermline pour arrêter l'exécution du
+ traité conclu.--Nouvelles d'Écosse.--Armemens faits en
+ Angleterre.--Exécution des Northon à Londres.--Espoir que le
+ duc de Norfolk sera bientôt rendu à la liberté.--Nouvelles de
+ la Rochelle et des Pays-Bas.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, ceulx qui sont promptz de nuyre toutjour à la Royne d'Escoce,
+voyantz que la négociation que je faisois pour elle commançoyt de
+succéder, se sont esforcez d'introduyre l'abbé de Domfermelin pour m'y
+donner empeschement; lequel, n'ayant aporté qu'une simple lettre à la
+Royne d'Angleterre pour créance, ni pour toute aultre sienne
+instruction qu'ung seul blanc de ceulx qui l'ont envoyé, affin d'estre
+remply icy par l'adviz de deux de ce conseil, il a vifvement incisté à
+la dicte Dame, que, suyvant sa vertueuse dellibération et ses
+promesses, elle vollût recepvoir le jeune Roy d'Escoce en sa
+protection et le deffandre de la main meurtrière, qui naguières a
+faict mourir le père, et bientost après l'oncle; et que meintennant
+elle veuille, par son authorité ou par ses forces, fère aprouver les
+décrectz qui, durant le gouvernement du dict oncle, ont esté faictz,
+tant en faveur du dict jeune Roy que pour l'establissement de la
+nouvelle religion en son royaulme; et qu'à cest effect elle envoye
+réprimer les Amilthons, lesquels s'esforcent d'infirmer deux si bonnes
+causes, et sont proprement ceulx qui ont receu ses rebelles; et qu'au
+contraire elle haste son secours à ceulx qui soubstiennent l'une et
+l'aultre, qui n'ont onques consenty de les recepvoir; et que beaucoup
+d'honneur et de réputation à elle, grande seureté à son estat et
+couronne, perpétuel establissement en la religion par toute ceste
+isle, et ung très grand proffict et accommodement en toutz ses affères
+s'en ensuyvra, sans que, en l'exécution d'une si glorieuse et utille
+entreprinse, il s'y voye aulcun dangier, et bien fort peu de
+difficulté. Nonobstant lesquelz artiffices, la dicte Dame n'a layssé
+de fère confirmer, par le marquis de Norampton et par le comte de
+Lestre, à l'évesque de Roz, les mesmes choses qu'elle m'avoit
+accordées et qui estoient arrestées entre nous; dont sommes après à
+les effectuer. Et cependant est arrivée la responce de la Royne
+d'Escoce, sur les ouvertures que ceulx de ce conseil avoient naguières
+faictes au dict évesque, lequel a demandé là dessus audience de la
+dicte Royne d'Angleterre, qui ne la luy a reffuzée; et aussitost que
+j'auray entendu ce qu'y sera tretté, je ne fauldray d'en donner adviz
+à Vostre Majesté.
+
+J'entendz que les Anglois, qu'on a envoyez au comte de Morthon, sont
+arrivez à Lislebourg sans aulcun rencontre et qu'ilz se tiennent là
+sans fère grandz actes d'hostillité, et que le chasteau de Lislebourg
+ne respond rien à la ville, seulement les lairs de Granges et
+Ledinthon se tiennent dedans avec quelques aultres Escouçoys, qu'ilz y
+ont miz de renfort; que le duc de Chastellerault est à Glasco, avec
+bonne troupe des siens, lequel soubstient fermement l'authorité de la
+Royne, sa Mestresse; et que les comtes d'Arguil et d'Honteley s'en
+sont retournez pour s'establyr de mesmes en leurs quartiers. Quant à
+l'aprest des six navyres de ceste Royne, il se continue, et de deux
+davantaige, qui sont huict en tout des plus grandz, pour les fère
+sortir en mer du premier jour avec deux mil hommes, si ne trouvons
+moyen de les arrester; mais j'y feray tout ce qu'il me sera possible.
+
+Vendredy dernier estantz trois gentishommes de bonne qualité du North,
+qui s'apelloient les Northons, condampnez à mort comme coulpables de
+la dernière ellévation, ainsy qu'on les tiroit de la Tour pour les
+mener au suplice, le secrétaire Cecille survint en dilligence, qui fyt
+surceoyr l'exécution, et parla à eux, et estime l'on qu'il espéroit
+trouver en leur dernière déposition quelque vériffication contre la
+Royne d'Escoce, et contre le duc de Norfolc, mais ilz n'ont rien dict:
+et le lendemain les deux ont esté exécutez. Il semble qu'il se
+commance d'ouvrir des expédians pour la liberté du dict duc, auquel
+trois de ce conseil sont desjà ordonnez pour aller après demain parler
+à luy; et son filz aysné, le comte de Sureth, est arrivé despuys huict
+jours, qui est venu trouver le comte d'Arondel son grand père
+maternel. Quelcun a bien osé entreprendre d'aposer sur la porte de
+l'évesque de Londres une bulle du Pape[6] contre la Royne
+d'Angleterre, mais on l'a incontinent ostée, et faict on grand
+dilligence de descouvrir d'où elle est venue; mais pour donner
+entendre au peuple que c'est quelque aultre chose, l'on a imprimé un
+aultre placart.
+
+ [6] Cette bulle, en date du 25 février 1570, déclarait Elisabeth
+ hérétique et schismatique, et relevait ses sujets du serment
+ d'obéissance. La publication qui en fut faite à Londres causa le
+ supplice de Felton, mis à mort le 8 août suivant. Elle est
+ rapportée en entier par CAMDEN, _année_ 1570.
+
+L'on commance, despuys ma dernière audience, d'avoir quelque meilleure
+espérance de la conclusion de la paix de vostre royaulme qu'on ne
+faisoit; et aussi ung certain messagier, qui est naguière venu de la
+Rochelle, semble le confirmer, bien qu'on dict qu'il a esté long temps
+en mer. Je mettray peyne d'entendre ce qu'on publiera de la dépesche
+qu'il aporte, et d'une aultre qui est freschement arrivée du comte
+Pallatin, pour vous donner adviz de toutes deux par mes premières. Les
+depputez de ceste ville, qui sont revenuz de Flandres, ont esté desjà
+ouys de leur Royne, et puys en son conseil; ilz ont remonstré les
+difficultez qui s'offrent encores sur le faict de ces deniers et
+merchandises arrestées, et a esté remiz de leur fère responce d'icy à
+huict jours, à cause des affères d'Escoce; ce qui me faict juger que,
+sellon qu'ilz pourront accommoder les ungs, ilz vouldront reigler les
+aultres. Tant y a qu'ilz pensent que, pour le bon succez que le Roy
+d'Espaigne commance d'avoir contre les Mores, le duc d'Alve se rend
+meintennant plus difficile à cest accord. Sur ce, etc. Ce Ier jour de
+juing 1570.
+
+
+
+
+CXIIe DÉPESCHE
+
+--du Ve jour de juing 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Nycolas de Le Poille._)
+
+ Hésitation du conseil d'Angleterre à assurer l'exécution du
+ traité conclu.--Résolution prise par la reine de le
+ maintenir.--Audience accordée par Élisabeth à l'évêque de Ross.
+
+
+ AU ROI.
+
+Sire, premier que le comte de Sussex ayt sceu, ou au moins premier
+qu'il ayt peu fère sçavoir au capitaine Drury à Lislebourg, l'accord
+d'entre la Royne d'Angleterre et moy, touchant retirer les Anglois
+hors d'Escoce, icelluy Drury avoit desjà envoyé sommer le duc de
+Chastellerault et ceulx de son party, qui estoient au siège de Glasco,
+de luy randre les fugitifz d'Angleterre, ou bien de les habandonner,
+et surtout de luy donner parolle de ne recepvoir aulcuns estrangiers
+dans le pays. A quoy luy estant baillé pour responce par le secrétaire
+Ledinthon, qui eut charge de la luy fère, qu'ilz n'estoient prestz ny
+de randre les fugitifz, ny de reffuzer aulcun secours estrangier,
+ains, si les Françoys ne venoient bientost que luy mesmes les yroit
+quéryr, le dict Drury avec ses Anglois, et le comte de Morthon avec un
+nombre d'Escouçoys du contraire party, ont marché jusques au dict
+Glasco, là, où ne les ayant le dict duc attanduz, ilz ont estimé
+qu'ilz pourroient exécuter d'aultres plus grandes entreprinses, s'ilz
+passoient plus avant vers Dombertran. Mais estant, sur ce poinct,
+arrivé au dict de Sussex l'advertissement de l'accord, il l'a
+incontinent envoyé notiffier au dict Drury, affin d'arrester son
+progrès; et néantmoins parce que, par une dépesche du mesme jour, il a
+escrit à sa Mestresse que les siens avoient commancé de bien fère à
+Glasco, et que despuys ilz s'estoient acheminez à Dombertrand, et
+qu'en mesmes temps ce que je vous ay mandé, Sire, de la bulle du Pape
+estoit advenu, et aussi que de France l'on mandoit y avoir plus grande
+aparance de guerre que de paix, la dicte Dame a cuydé délaysser toutz
+nos bons propos d'accord pour retourner à celluy, qu'elle avoit
+auparavant, de continuer la guerre en Escoce; mais j'avois desjà sa
+promesse si expresse du contraire, et le fondement avoit esté miz si
+bon aulx bonnes dellibérations; que les mauvais n'ont peu, pour ce
+coup, remettre sur les mauvaises, dont avons tant faict qu'il a esté
+résolument escript au dict de Sussex d'acomplyr icelluy accord, quant
+de l'aultre costé l'on l'accomplyra. Bien luy a esté mandé qu'il ayt à
+entretenir toutjours ses troupes en estat de la frontière, de peur de
+la descente des Françoys, comme de mesmes a esté ordonné icy que,
+pour encores, les grandz navyres ne partent point, mais que, pour la
+mesmes peur du passaige des Françoys, l'on les tiegne toutz prestz à
+la voyle; et les seigneurs de ce conseil ont mandé à l'évesque de Roz
+et à moy qu'on avoit desjà bien advancé de satisfère de leur part aulx
+choses promises, et qu'à nous touchoit meintennant de dilligenter
+l'exécution du surplus.
+
+Cependant le dict évesque a esté admiz à la présance de la dicte Dame,
+laquelle toutesfoys ne l'a receu sinon cérémonieusement et assés
+sévèrement, en présence de ceulx de son conseil, à cause des
+souspeçons auparavant conceues contre luy; mais après qu'en se
+purgeant fort honnorablement, il a heu tout librement confessé qu'il
+avoit une seule foys, et non plus, ouy ung messaige du comte de
+Northomberland, qui luy offroit de mettre la Royne sa Mestresse en
+liberté, et de la ramener en son royaulme, pourveu qu'on luy fornyst
+de l'argent, auquel il avoit respondu que sa Mestresse ne vouloit
+partir d'Angleterre sans le gré et bonne grâce de la Royne sa bonne
+soeur, ny elle n'avoit point d'argent pour luy envoyer; et qu'il a eu
+offert qu'au cas qu'il se peult jamais vériffier nulle aultre pratique
+contre luy avec ceulx du North, qu'il renonçoyt à toutz ses privilèges
+d'ambassadeur, d'évesque, et d'estrangier, et de son saufconduict,
+pour se soubzmettre aulx extrêmes punitions des plus rigoureuses loix
+de ce royaulme, la dicte Dame a monstré qu'elle en demeuroit
+satisfaicte; et l'ayant tiré à part, a receu fort humainement de ses
+mains les lettres que la Royne d'Escoce luy escripvoit, et a commancé
+de tretter privéement et fort familièrement sur icelles avec luy, de
+sorte que, se raportant ceste négociation aulx miennes trois
+précédantes, ung chacun juge que la chose s'en va si bien acheminée,
+qu'il s'en peult espérer ung assés prochain et assés bon succez.
+
+Je mettray peyne, Sire, de vous expéciffier par mes premières les
+poinctz et particullaritez où l'on en est meintennant, et adjouxteray
+seulement icy que les seigneurs du dict conseil sont en ceste ville
+pour adviser de quelque expédiant avecques les marchantz, touchant
+l'accommodement des différandz des Pays Bas; et aussi pour veoir comme
+il faudra procéder sur le faict de la bulle du Pape, ayant esté
+l'adviz d'aulcuns qu'on debvoit purger et examiner par sèrement là
+dessus les principaulx Catholiques de ce royaulme, et procéder tout
+incontinent contre ceulx qui se trouveront ou coulpables, ou attainctz
+du faict, par la rigueur des loix mareschalles[7], qui portent
+condempnation de mort sans figure de procès; mais j'entendz que la
+prudence de la dicte Dame ne leur a acquiescé, laquelle ne s'est
+vollue esloigner des conseilz des modérez, qui la persuadent de
+n'offancer les Catholiques qui luy sont obéyssantz. Sur ce, etc.
+
+ Ce Ve jour de juing 1570.
+
+ [7] C'est-à-dire, les _lois martiales_. Voyez DU CANGE au mot
+ _Marescalcialis_, tom. IV, col. 543.
+
+
+
+
+CXIIIe DÉPESCHE
+
+--du XIe jour de juing 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
+
+ L'Évêque de Ross mis en entière liberté.--Négociation pour le
+ rétablissement de Marie Stuart; conditions proposées par
+ Élisabeth.--Espoir de l'ambassadeur que le traité pourra se
+ conclure prochainement, et demande d'instruction à ce
+ sujet.--Même espoir que la liberté sera bientôt rendue au duc
+ de Norfolk; chefs d'accusation sur lesquels il a été tenu de
+ s'expliquer.--Affaires des Pays-Bas; grand armement fait en
+ Angleterre, où l'on craint une entreprise de la part du duc
+ d'Albe.--_Mémoire._ Conditions que l'on dit être offertes par
+ la reine de Navarre pour la pacification de France.--Affaires
+ d'Écosse.--État de la négociation dans les
+ Pays-Bas.--Sollicitations faites auprès d'Élisabeth pour
+ obtenir la liberté du duc de Norfolk.--_Mémoire secret._
+ Détails circonstanciés de toutes les discussions qui ont
+ déterminé le conseil d'Angleterre à se déclarer pour le
+ maintien de la paix avec la France.--Intrigue de ceux du parti
+ contraire, afin d'empêcher cette décision.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, pour s'aquitter la Royne d'Angleterre de la parolle, qu'elle
+m'avoit donnée, qu'aussitost qu'elle auroit receu une responce,
+qu'elle attandoit de la Royne d'Escoce, elle procèderoit au faict de
+sa restitution avec tant de dilligence, que Vostre Majesté jugeroit
+qu'avec plus grande ne se pourroit fère, elle a desjà fort amplement
+traitté, avec Mr l'évesque de Roz, des moyens et expédians qu'elle
+veult estre suyviz en cella, et des seuretez et condicions qu'elle
+désire luy estre gardées. A quoy le sieur évesque ne luy a contradict
+en rien, ny ne luy a rien reffuzé; mais luy ayant monstre les choses
+qui en cella se pourroient trouver facilles ou difficiles, elle a
+monstré de ne se restraindre tant aulx plus difficiles, qu'elle ne se
+veuille bien accommoder à celles qui seront en la puyssance de la
+Royne d'Escoce d'acomplyr; et ainsy elle a ottroyé au dict sieur
+évesque sa pleyne liberté, avec licence d'aller conférer librement
+avec sa Mestresse; lequel desjà l'est allée trouver, et a emporté ung
+bien ample saufconduict pour envoyer les sires de Leviston ou de
+Bethon en Escoce, affin d'exécuter ce qui a esté arresté, entre la
+dicte Dame et moy, de retirer les siens hors du pays.
+
+J'estime, Sire, que le dict évesque de Roz aura escript toute sa
+dernière négociation à Mr l'archevesque de Glasco pour la fère
+entendre à Vostre Majesté, qui sera cause que je ne vous toucheray icy
+les particularitez d'icelle sinon en ce qu'il a semblé que la dicte
+Dame vouloit fort incister d'avoir le Prince d'Escoce en ses mains; et
+qu'il fût envoyé par Vostre Majesté aulcuns des parans de la Royne
+d'Escoce à estre icy quelque temps ostaiges, pour l'observance des
+choses qui seront promises; et que la ligue se conclût offancive et
+deffancive entre l'Angleterre et l'Escoce. Mais j'espère, Sire,
+qu'elle se contantera à moins; et affin que aulcune longueur n'y
+puysse venir de nostre costé, le dict sieur évesque m'a très
+expressément requis de suplier très humblement Vostre Majesté qu'il
+vous playse m'envoyer, par ce mesme gentilhomme présent porteur, ung
+pouvoir ample pour assister en vostre nom au traitté qui se fera;
+lequel, pendant que les choses se monstrent en assés bonne
+disposition, il estime estre très nécessaire de conclurre sans délay,
+ou aultrement il y courra ung manifeste dangier d'en perdre pour
+jamais l'occasion. Mais, par mesme moyen, il sera vostre bon playsir,
+Sire, de m'envoyer une particulière instruction des poinctz où vous
+desirez que cest affère se réduise pour vostre service, affin que
+vostre intention soit (s'il m'est possible) toute la règle de ce qui
+s'y fera.
+
+Les affères du duc de Norfolc semblent prendre ung mesme acheminement
+que ceulx de la Royne d'Escoce, car la Royne, sa Mestresse, a enfin
+envoyé deux de son conseil parler à luy, qui ne luy ont touché que
+cinq poinctz; sçavoir: celluy de son mariage avec la Royne d'Escoce,
+comme est ce qu'il l'avoit ozé pratiquer sans le sceu de sa Mestresse;
+celluy d'une lettre qu'il avoit escripte au comte de Mora, où il
+disoit avoir passé si avant au mariage qu'il ne pouvoit avec son
+honneur et conscience s'en retirer; le troizième, s'il ne s'en vouloit
+point despartyr maintennant, sans jamais y entendre, sinon avec le
+congé de la dicte Royne sa Mestresse; le quatriesme estoit de la
+religion, comme souffroit il que toutz ses principaulx officiers et
+serviteurs fussent ou déclairez ou suspectz Catholiques; et le
+cinquiesme, quelle seurté vouloit il donner à la Royne sa Mestresse de
+luy demeurer à jamais fidelle et obéyssant subject et serviteur. A
+toutes lesquelles choses j'entendz qu'il a si bien et sagement
+respondu que la dicte Dame en est assés satisfaicte; et s'espère qu'il
+sera remiz, du premier jour, en sa mayson de ceste ville, mais encores
+soubz quelque garde, pour quelques jours.
+
+L'espérance de la paix de vostre royaulme ayde grandement à
+l'advancement des affères de l'ung et de l'aultre, et estime l'on que,
+succédant icelle, tout yra bien pour eulx; mais aussi, si elle ne se
+conclud, aulcuns ont opinion que cecy n'aura esté qu'une aparance pour
+pouvoir passer l'esté sans trouble, et qu'ilz tremperont encores cest
+yver en leurs accoustumées prysons.
+
+J'entendz que le duc d'Alve mène ceulx cy d'ung grand artiffice sur
+l'accord de leurs différantz; car, d'ung costé, il les brave bien
+fort, et les adoulcit encores plus de l'aultre, et leur donne de
+grandes espérances de la bonne affection que son Maistre a
+d'accommoder, mieulx que jamais, leur trafficqz en toutz ses pays;
+bien que, entendant la Royne d'Angleterre qu'aulcuns de ses fugitifz
+sont passez devers le dict duc, et d'aultres sont allez en Espaigne,
+et qu'on lève maintennant des gens de guerre en Flandres, elle
+souspeçonne que c'est plustost contre elle que pour la réception de la
+Royne d'Espaigne, comme l'on en faict le semblant; et, à ceste cause,
+elle a commandé de mettre encores en ordre quatorze de ses grandz
+navyres, oultre ceulx qui sont desjà pretz. Sur ce, etc.
+
+ Ce XIe jour de juing 1570.
+
+ INSTRUCTION AU SR DE VASSAL de ce qu'il fault fère entendre à
+ Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres:
+
+ Qu'après que la Royne de Navarre, en apvril dernier, eust expédié
+ devers le Roy les Srs de Telligny et de Beauvoys, lorsqu'ilz
+ venoient du camp des Princes, et avec eux le Sr de La Chassetière
+ pour adjoinct, elle fit une dépesche par deçà, laquelle a esté si
+ longtemps sur mer, qu'elle n'est arrivée que despuys huict ou dix
+ jours: et par icelle semble qu'on ayt cogneu que la dicte Dame
+ inclinoit à la paix;
+
+ Et que par le dict La Chassetière elle ayt faict dire à part au
+ Roy et à la Royne qu'il ne tiendroit à elle que la dicte paix ne
+ se fît, et qu'elle suplioit Leurs Majestez de vouloir ottroyer à
+ ceulx de la nouvelle religion l'éedict de l'an LXVII, qu'ilz
+ apellent l'éedict de Chartres, et encores ung presche davantaige
+ en la prévosté de Paris, et qu'avec cella elle s'esforceroit de
+ les fère contanter et de conclurre la dicte paix;
+
+ Qu'aulcuns icy ont esté bien ayses de ceste disposition de la
+ dicte Dame, comme advenue contre leur espérance, car pensoient
+ que les ministres la tiendroient la plus destornée de ce désir
+ qu'ilz pourroient. Aultres ont estimé qu'elle s'est trop hastée
+ de parler d'icelluy éedict de Chartres, lequel ilz disent estre
+ fort dangereux et de nulle seureté; et qu'il eust toutjours esté
+ assés à temps de le requérir, car les menées de court ne
+ permettent qu'on accorde jamais les choses ainsy qu'on les
+ demande; ou bien attendre que le Roy l'eust offert de luy mesmes,
+ et que eulx l'eussent lors tout librement et avec humilité receu
+ de la pure concession et ottroy de Sa Majesté;
+
+ Que despuys, ne venant de France sinon toutjours nouvelles de
+ continuation de guerre, et comme le Roy reffuzoit de rendre les
+ offices et bénéfices à ceulx de la dicte religion, et de ne payer
+ leurs reytres, Mr le cardinal de Chastillon, désespérant assez,
+ pour ceste cause, de la paix, a sollicité plus vifvement que
+ jamais les choses qui pouvoient servyr à se maintenir et à
+ maintenir ceulx de son party en réputation par deçà, et à se
+ procurer toutjours nouveaulx crédictz en Allemaigne.
+
+ A quoy semble que l'ayt davantaige confirmé de fère la venue
+ d'ung aultre messagier, qui a esté dépesché de la Rochelle après
+ le retour des depputez; lequel a aporté une forme d'articles,
+ lesquelz à la vérité je n'ay pas veuz, mais l'on m'a dict qu'ilz
+ contiennent que le Roy ottroye pour seureté à ceulx de la
+ nouvelle religion la Rochelle, Sanxerre et Montauban, plus vingt
+ quatre villes pour leur exercisse, lesquelles il nommera après la
+ confection de la paix; que les haultz justiciers pourront fère
+ prescher pour eulx, leurs subjectz, et ceulx qui y pourront
+ assister; les gentishommes, qui ont moyenne justice, auront aussi
+ presche pour eulx et leur famille seulement; que la vendition des
+ biens eclésiastiques faicte par les Princes sera cassée; les
+ offices de ceulx de la dicte religion demeureront vanduz; et que
+ les Princes payeront et renvoyeront leurs reytres; et m'a l'on
+ dict que desjà l'on a envoyé les dicts articles en Allemaigne
+ avec des additions au marge, qui contiennent les raysons pourqnoy
+ on ne les peult ainsy accepter.
+
+ Ung Allemand, qui naguières est arrivé de la part du comte
+ Pallatin pour donner compte à la Royne d'Angleterre de l'estat
+ des choses de delà, nomméement de ce qui se présume de la diette
+ et des nopces du prince Cazimir son filz, dict que, parce que les
+ levées du Roy en Allemaigne ne passent en avant, celles des
+ aultres demeurent aussi en suspens, mais qu'au reste elles se
+ tiennent prestes pour le besoing, et que le prince d'Orange s'est
+ retiré pour quelques jours en l'estat d'une sienne parente,
+ attandant les nopces du dict Cazimir, auxquelles il espère de
+ pouvoir radresser ses affères; et que Mr de Lizy ayant passé par
+ Helderberc, où il a séjourné ung jour ou deux, après avoir heu
+ quelque petite conférance avec le dict Sr Pallatin, a prins le
+ chemin de Genève avec une troupe de gentishommes Françoys qui
+ vont trouver le camp des Princes.
+
+ Desquelles apparances de guerre, parce que ceulx cy voyent
+ qu'elles ne font poinct cesser les propos qui se mènent de la
+ paix, et qu'il se trouve encores des difficultez sur l'accord des
+ différandz des Pays Bas, ilz deviennent assez irrésoluz comme
+ debvoir procéder ez choses d'Escoce, et craignent bien fort que,
+ de les poursuyvre davantaige, la paix de France et la victoire du
+ Roy d'Espaigne sur les Mores[8] ne se convertissent en une guerre
+ sur eulx; ce qui les faict plus vollontiers incliner aulx
+ remonstrances que je leur fays là dessus. Et encores que le temps
+ et l'ocasion pressent bien fort de pourvoir aulx affères
+ d'Escoce, ou aultrement ilz vont incliner à la part des Anglois,
+ sans que les Anglois y facent plus grand effort, le mesme temps
+ et la mesme ocasion néantmoins semblent se monstrer bien à propos
+ au Roy pour pouvoir meintennant conserver, sans grand coust et
+ quasi par moyens paysibles, ce que sa couronne a heu toutjour
+ d'alliance et d'authorité au dict pays; et croy que mal ayséement
+ une aultre foys y pourra il, sans viollance et possible sans une
+ grande guerre et à grandz fraiz et difficulté, y remédier.
+
+ [8] Cette victoire se rapporte aux avantages obtenus par don Juan
+ sur les Maures d'Espagne, qui s'étaient soulevés en 1569. Il
+ s'agit plus particulièrement ici, soit du combat devant Finix,
+ qui entraîna le pillage de la ville (fin avril 1570), soit du
+ combat livré dans les montagnes de Baza et de Filabres dans les
+ premiers jours de mai 1570. Ces victoires furent immédiatement
+ suivies d'un traité conclu ayec Abaqui, l'un des principaux chefs
+ des révoltés, qui se rendit auprès de Don Juan, le 19 mai, et fit
+ le lendemain sa soumission solennelle. Cependant la guerre
+ continua quelque temps encore, par suite de la résistance
+ d'Aben-Aboo, qui s'était fait proclamer roi d'Andalousie, sous le
+ nom de Muley-Abdala; elle ne finit qu'au mois de novembre
+ suivant, après qu'Aben-Aboo eut été tué par Seniz, autre chef des
+ Mores.
+
+ Les souspeçons ne sont légiers à ceulx cy, du costé du Roy
+ d'Espaigne, parce que deux des principaulx hommes d'Irlande sont
+ allez à recours à luy, et luy sont allez offrir accez, entrée et
+ obéyssance pour la protection de la religion catholique en leur
+ pays; et pareillement aulcuns des principaulx fugitifz Anglois,
+ qui s'estoient retirez en Escoce, sont passez devers le duc
+ d'Alve. A l'ocasion de quoy, le comte de Lestre a, despuys dix
+ jours, faict fère une plaincte à Mr l'ambassadeur d'Espaigne de ce
+ qu'on recepvoit les rebelles de ce royaulme en Flandres; et il a
+ respondu qu'il n'en sçavoit rien, mais qu'il ne fesoit double
+ qu'ilz ne fussent bien receuz ez terres du Roy Catholique,
+ puysqu'ilz estaient chassez pour estre Catholiques, mais que ce ne
+ seroit pour y mener rien par armes contre la Royne d'Angleterre.
+
+ Or, en ce qui concerne les différandz des Pays Bas, il a esté bien
+ près d'y mettre ung bon accord, car le duc d'Alve en a faict
+ toutes les démonstrations du monde; et en mesme temps est advenu
+ par des intelligences, que la Royne d'Angleterre a en Flandres,
+ qu'on luy a faict veoir la coppie d'une lettre que le Roy
+ d'Espaigne escripvoit au dict duc, par laquelle il luy mandoit de
+ regaigner, par toutz les moyens qu'il pourroit, l'amytié de la
+ Royne d'Angleterre et des Anglois; dont ilz estiment que la
+ difficulté, qu'il sentoit lors en la guerre des Mores, le faisoit
+ parler ainsy, et qu'à ceste heure ayant quelque bon succez en
+ icelle, il se veult tenir plus ferme sur la restitution des
+ prinses.
+
+ Sur laquelle restitution icelluy duc, à l'arrivée des dicts
+ commissaires, leur a dict que la demande, qu'ilz estoient venuz
+ fère des biens des Anglois, estoit très raysonnable; mais que
+ celle des subjectz du Roy, son Maistre, qui demandoient
+ pareillement d'avoir les leurs, n'avoit moins de rayson, et qu'il
+ failloit venir à une mutuelle satisfaction des deux costez. Et
+ néantmoins, s'estant puys après laissé aller à des expédiantz qui
+ revenoient assés à son proffict, et qui donnoient grand espérance
+ d'ung accord, il s'en est despuys desparty par ung adviz, qu'on
+ luy a envoyé de deçà, d'ung aultre proffict plus grand d'envyron
+ cent cinquante mil escuz, s'il retient les biens des Anglois;
+ lesquelz biens il a desjà, pour ceste ocasion, faictz remettre de
+ nouveau soubz sa main, ou bien les deniers qui sont provenuz de la
+ vante d'iceulx; et meintennant l'on est après à fère quelque
+ évaluation des ungs et des aultres, pour veoir si l'on pourra
+ venir à quelque compensation.
+
+ Ceulx qui ont esté les plus contraires à la Royne d'Escoce et à
+ ses affères commancent, à ceste heure, de se fère de feste et de
+ luy promettre toute faveur et secours; et le mesmes est du duc de
+ Norfolc, car ceulx qui ont esté ses plus mortelz ennemys se
+ gettent à genoulx devant la Royne, leur Mestresse, pour la suplier
+ pour luy; et bien qu'en cella y puisse avoir de la simulation,
+ pour plustost prolonger que pour désir d'ayder ses affères, ilz
+ semblent néantmoins estre resduictz à ung poinct que, si quelque
+ nouveau accidant ou quelque grand malheur ne survient, ilz seront
+ pour estre bientost accommodez.
+
+ AULTRE INSTRUCTION A PART:
+
+ Que ce qui plus me fait incister icy aulx choses d'Escoce, et en
+ solliciter pareillement Leurs Très Chrestiennes Majestez, est
+ qu'il ne peult revenir que à une merveilleuse diminution de leur
+ estime et grandeur, de se laysser ainsy arracher comme par force
+ la Royne d'Escoce et les Escouçoys de leur protection; et de
+ souffrir que la Royne d'Angleterre leur emporte de leur temps
+ ceste alliance, qui a esté conservée huict centz ans à la
+ couronne de France, et laquelle assés souvant luy a esté très
+ utille, et quelquefoys bien fort nécessaire.
+
+ Et je considère que, de s'y opposer meintennant par Leurs
+ Majestez, ce n'est les mettre en nouvelle guerre, ains plustost
+ divertir celle qui leur pourroit venir d'icy; ny mettre le Roy en
+ grandz frays de ses deniers, ains empescher que les Anglois
+ n'envoyent les leurs en Allemaigne contre luy; ny l'attacher à de
+ grandes difficultez, car la seule démonstration de vouloir
+ envoyer mille harquebouziers en Escoce, ou le passaige d'iceulx
+ seulement, rendra ceste entreprinse achevée sans aulcunement
+ venir aulx mains, de tant qu'ung chacun juge que la Royne
+ d'Angleterre ne les sentyra sitost joinctz aulx Escouçoys
+ partisans pour leur Royne, lesquels à présent sont les plus
+ fortz, qu'elle ne viegne à telle composition qu'on vouldra; et
+ si, ne demeurera que plus ferme en la paix, joinct que je n'ay
+ faict ceste instance, sinon après que, par la conférance de ceulx
+ qui entendent bien l'estat de ce royaulme, j'ay comprins que
+ c'estoit jouer à boule veue.
+
+ Et puys, je voy que ceulx qui ont persévéré jusques icy en
+ l'affection du Roy, s'ilz ne sont entretenuz de quelque bon
+ espoir, voyre de quelque démonstration de son présent secours,
+ comme de celluy seul entre les princes chrestiens, qui justement
+ et légitimement peult mouvoir ses armes en ceste cause, ilz se
+ vont sans aulcun doubte jetter ez braz du Roy d'Espaigne, et bien
+ que ce ne soit aultant de droict, comme ez braz du Roy, ilz ont
+ néantmoins desjà leurs messagiers devers luy, et à ceulx là est
+ desjà faicte promesse de secours; mesme le duc d'Alve leur donne
+ entendre qu'il est si prest qu'il ne reste sinon que la Royne
+ d'Escoce envoye son pouvoir et consantement pour l'acepter.
+
+ Et de ce, la dicte Dame a naguières receu ses lettres ou bien
+ celles de son Maistre, car je ne sçay encores duquel des deux;
+ tant y a qu'on l'asseure fort que, en toutes sortes, elle sera
+ assistée et aydée à sa restitution par le Roy Catholique, lequel
+ cependant l'exorte de se réserver libre de son mariage, et de ne
+ s'obliger à nul, sinon avec l'adviz et bon conseil qu'il luy en
+ donnera.
+
+ Néantmoins commanceans les affères d'Escoce de s'acheminer par la
+ gracieuse voye de la négociation, que Leurs Majestez m'ont
+ commandé de fère, j'espère qu'elles succéderont assez sellon leur
+ désir, sans y fère aultre effort ny despence; mais à toutes
+ advantures, parce que la malice des ennemys, et la faulte de
+ cueur des amys, et la jalouzie de ceste Royne contre sa cousine
+ sont choses que j'ay toutjour fort suspectes, je désire que Leurs
+ Majestez voyent à clair quel a esté et quel est le cours de ceste
+ affère, affin qu'ilz puyssent juger quant, et commant, et en
+ quelle sorte il y pourra fère bon.
+
+ Après que j'ay heu, par deux foys, résoluement déclairée à la
+ Royne d'Angleterre qu'elle ne pouvoit, sans contravention des
+ trettez, envoyer ses forces en Escoce, et que pourtant elle
+ debvoit accepter les honnestes condicions et offres que la Royne
+ d'Escoce luy faisoit, par le moyen desquelles elle obtiendroit,
+ mieulx que par la force et sans aulcune despence, ce qu'elle
+ prétandoit, et si, auroit conservé l'amytié du Roy, la dicte Dame
+ a demeuré quelques jours fort incertaine comme elle en uzeroit;
+ dont aulcuns des siens, craignantz le changement de sa
+ dellibération, ont trouvé moyen, il y a envyron quinze jours, de
+ luy fère signer une lettre au comte de Sussex pour le fère passer
+ si avant en l'entreprise qu'on ne s'en peult plus retirer.
+
+ De quoy m'ayant esté donné adviz, et estant bien informé que la
+ dicte lettre avoit esté substraicte, j'envoyay incontinent
+ solliciter ceulx, qui avoient bonne affection en ceste cause, de
+ le fère entendre à la dicte Dame, et de convaincre vers elle
+ ceulx qui avoient ozé entreprendre ung tel faict, et qui la
+ vouloient, contre toute rayson, mettre en guerre avecques le Roy.
+
+ Ce que ayant bien oportunéement sceu fère, ilz ont si bien irrité
+ la dicte Dame qu'elle a monstré d'en estre fort courroucée, et
+ qu'en toutes sortes elle vouloit sortir par quelque aultre
+ meilleur moyen hors de cest affère; dont, assignant jour à ceulx
+ de son conseil d'en venir délibérer devant elle, les ungs, pour
+ rompre le coup, ont trouvé bon de s'absenter en ceste ville par
+ prétexte du terme de la justice, et les aultres, ne pouvant
+ contradire à cella, y sont venuz aussi pour le mesme prétexte,
+ mais en effect ce a esté pour fère des assemblées séparéement
+ avec les partisans et amys, pour voir comme ilz pourroient, de
+ chascun costé, advancer leur intention et retarder d'aultant
+ celle des aultres.
+
+ Et enfin milord Quiper, qui est chef de la partie contraire,
+ après avoir bien consulté avecques les siens, avoit, au partir de
+ ceste ville, délibéré de s'en aller en la contrée pour allonger
+ et interrompre la matière; mais le comte d'Arondel le prévint en
+ son propre logis, et le somma de se trouver, le IIIe jour après,
+ devers la Royne leur Mestresse pour résouldre cestuy et aultres
+ très urgentz affères, «qui ne pouvoient, disoit il, sans mettre
+ la dicte Dame et son royaume en grand dangier, estre plus
+ prolongez.»
+
+ Icelluy Quiper, en grand collère, luy respondit qu'il ne
+ délibéroit de retourner en court, qu'il ne fût plus de trois foys
+ fort expressément appellé, veu que la Royne tenoit si peu de
+ compte d'observer les choses une foys arrestées, et qu'elle
+ mesprisoit à ceste heure ses conseilz, et ne recepvoit plus sinon
+ ceulx qui luy estoient très dommaigeables, ès quelz il ne vouloit
+ en façon du monde intervenir.
+
+ Le comte répliqua que à la charge qu'il avoit ne convenoit bien
+ de gouverner ainsy ce royaulme par collère, car c'estoit par
+ rayson et justice qu'il le debvoit modérer, et qu'il se sçauroit
+ aussi bien courroucer que luy s'il vouloit; mais qu'il prévoyoit
+ ung si grand inconvéniant d'une généralle sublévation en ce
+ royaulme et de tant de guerres avecques les estrangiers, qu'il ne
+ pouvoit pour son debvoir différer plus longtemps d'en avertyr sa
+ Mestresse, et qu'il falloit que luy, comme son premier
+ conseiller, s'y trouvast présent pour en dellibérer, ce que, s'il
+ reffuzoit de fère, qu'il fût asseuré qu'il luy seroit reproché;
+ et que, absent ou présant, il ne lairroit de bien chanter les
+ vespres au secrétaire Cecille, car ce n'estoit que d'eulx deux
+ que procédoit le retardement de toutz les affères de ce royaume.
+ Cella fut lors cause que le dict Quiper s'estant ung peu remiz,
+ et estant le propos venu à plus gracieulx termes entre eulx, ilz
+ se promirent l'ung à l'aultre de se trouver, le cinquiesme jour
+ après, à Amptoncourt.
+
+ Pendant laquelle assignation, le secrétaire Cecille fit tout ce
+ qu'il peult pour destourner la dicte Dame de son bon propos, et
+ luy oza bien dire assés licentieusement, présent le comte de
+ Lestre, qu'elle s'en alloit habandonnée de ses meilleurs
+ serviteurs, puysqu'elle se vouloit ainsy précipiter d'elle mesmes
+ en ung manifeste et trop certain péril de sa propre personne et
+ estat par la restitution et dellivrance de la Royne d'Escose.
+
+ A quoy, en collère, elle luy demanda comme il cognoissoit cella,
+ car jusques à ceste heure, elle n'avoit ouy nulle rayson de luy
+ là dessus qui ne fût playne de passion et de hayne, et comme il
+ ne respondoit rien, le comte de Lestre dict: «Voyez, Madame, quel
+ homme est le secrétaire, car se trouvant hier avec nous tous à
+ Londres, il asseura qu'il vous donroit conseil de restituer la
+ Royne d'Escoce, et meintennant il parle en toute aultre
+ façon.»--«Ainsy, respondit elle, me raporte il plusieurs choses
+ assés souvant de vostre part, qui puys après est tout le
+ contraire. Quoyqu'il y ayt, maistre Secretary, dict elle, je
+ veulx sortyr hors de cest affère et entendre à ce que le Roy me
+ mande, et ne m'en arrester plus à vous aultres frères en Christ.»
+
+ Sur cella, m'estant arrivée la dépesche du Roy du IIIIe de may,
+ il a esté le plus à propos du monde que j'aye faict ceste
+ troisième recharge, du XXIIe du dict moys, à la dicte Dame, comme
+ je luy ay desjà mandé, par laquelle voyantz les adversayres
+ qu'elle se layssoit conduyre à la rayson, et que desjà elle
+ m'accordoit de retirer ses forces hors d'Escoce et de procéder à
+ la restitution de la Royne sa cousine; après que j'en ay heu
+ aussi parlé au conseil, ilz ont préparé l'ung d'entre eulx pour
+ venir, en présence des aultres, tenir le merveilleux et bien
+ insolant propos qui s'ensuyt;
+
+ C'est de dire à la dicte Dame «qu'elle estoit estrangement pipée
+ et trompée en ceste affère, car il estoit désormais trop clair
+ que ceulx, de qui elle commançoyt de suyvre le conseil, estoient
+ toutz gens partiaulx et bandez contre elle en faveur de la Royne
+ d'Escoce, et qu'il n'y avoit rien plus aparant et vraysemblable;
+ que les propos de moy ambassadeur estoient emprumptez, ou de Mr
+ le cardinal de Lorrayne qui m'avoit mandé d'ainsy parler, ou de
+ la Royne d'Escoce qui m'en avoit prié; et que, veu les affères
+ que le Roy avoit chez luy, il n'estoit pour mander et encores
+ moins pour fère ce que je disoys; et que desjà l'on avoit passé
+ si avant aulx choses d'Escoce qu'il n'estoit plus temps de s'en
+ retirer, ny la dicte Dame ne pourroit désormais, sans dangier et
+ sans perdre trop de réputation, rappeller ses forces de
+ Lislebourg; mais que, si elle poursuyvoit son entreprinse, il
+ estoit trop évidant que l'Escoce s'en alloit conquise, et les
+ Escouçoys toutz renduz ses subjectz et tributaires, et son
+ authorité establye au dict pays, et sa religion à jamais
+ confirmée par toute l'isle;
+
+ »Que ce qu'il disoit estoit ung bon et droict conseil, et ce
+ qu'on alléguoit au contraire estoit tout faulx et suspect, et
+ qu'il vouloit mourir pour une si digne querelle, laquelle
+ convenoit à la grandeur et dignité de la couronne d'Angleterre,
+ non de se mouvoir ainsy ny de changer de délibération pour les
+ parolles d'un ambassadeur, comme il sembloit que la dicte Dame
+ vouloit fère, et que le Roy, Henry VIIIe, n'eust pas lasché
+ prinse, ainsy que honteusement et misérablement l'on le
+ conseilloit à elle de le fère; et qu'il offrait, au cas que, pour
+ l'amour de la Royne d'Escoce, les Françoys passassent de deçà,
+ que luy mesmes luy yroit trancher la teste, s'il playsoit à la
+ Royne luy en bailler la commission, s'atachant particullièrement
+ au comte de Lestre comme pour le taxer qu'il ne se monstroit
+ fidelle en cest endroict à sa Mestresse.»
+
+ Le comte luy a respondu «que ces propos estoient d'ung homme
+ indigne d'estre au conseil de la Royne, et que, de sa part, il
+ l'avoit conseillée droictement sellon conscience et honneur, et
+ sellon qu'il estoit dellibéré de vivre et mourir en l'opinion
+ qu'il luy avoit donnée, et mesmes à maintenir, contre quiconques
+ vouldroit dire le contraire, qu'il ne luy avoit rien dict qui ne
+ fût digne d'ung très bon et très fidelle conseiller, serviteur et
+ subject; et puysqu'ilz en venoient là, qu'ilz fissent tout le piz
+ qu'ilz pourroient de leur costé, et que la dicte Dame regardât
+ quel party elle vouldroit prandre, car luy et plusieurs aultres
+ estoient résoluz de persévérer à jamais en leur délibération.»
+
+ La dicte Dame, se trouvant en perplexité, a respondu en collère
+ au premier qui avoit parlé, «que ses conseilz estoient toutjour
+ semblables à luy mesmes, qui ne luy en avoit jamais donné que de
+ témérayres et dangereux, et que, tant s'en falloit qu'elle vollût
+ avoir ung aultre royaulme au pris qu'il disoit de la vie de sa
+ cousine, qu'elle aymeroit mieulx avoir perdu le sien que de
+ l'avoir consenty; et qu'il n'entreprint sur sa teste de tenir
+ jamais plus un tel langaige, et qu'au reste eulx toutz mettoient
+ ses affères, et elle, et son estat, en grand dangier, de se
+ porter ainsy tant contraires et opposans en leurs opinions.»
+
+ Sur cella, après quelque peu de silence, le comte d'Arondel a
+ commancé de dire «que la collère, ny la passion, ny la hayne ou
+ amytié, qu'on pouvoit avoir à la Royne d'Escoce, ne les debvoit
+ mouvoir de donner conseilz précipitez ni dangereux à leur
+ Mestresse, ny de venir à nulle contention entre eulx, ains
+ procéder en tout par prudence et modération; et que luy vouloit,
+ en présence d'elle et de son conseil, librement dire qu'il estoit
+ trop clair qu'en l'entreprinse d'ayder une partie des Escouçoys
+ qui estoient désobéyssantz, ou qui avoient quel autre prétexte
+ que ce fût contre leur Royne Souverayne, ne pouvoit avoir rien
+ de seurté, ny d'équité, ny de proffict, ny rien aultre chose que
+ force difficultez, force despences, une très mauvaise estime des
+ gens de bien, une grande offance des aultres princes, et une très
+ certaine ouverture de plusieurs guerres, que la dicte Dame et son
+ royaulme n'estoient pour pouvoir soubstenir;
+
+ «Que c'estoit mal juger des parolles miennes, qu'elles fussent
+ empruntées, car jusques icy l'on les avoit trouvées conformes à
+ celles du Roy Mon Seigneur, et leur mesmes ambassadeur par ses
+ lettres les avoit souvant confirmées; et qu'on n'avoit encores
+ veu, quant ung ambassadeur d'ung si grand prince avoit
+ résoluement dict _ouy ou non_, qu'il se trouvât puys après
+ aultrement; car seroit exemple fort nouveau, qu'ung ambassadeur
+ se mît en dangier d'estre désadvouhé, et n'en fauldroit plus
+ envoyer si l'on en venoit là; par ainsy, qu'ayant esté mon dire
+ clair et exprès, il n'y avoit point de doubte qu'il ne fût
+ procédé du commandement et de l'intention du Roy Mon Seigneur;
+
+ »Qu'il n'y auroit ny honte, ny dangier, de se retirer de ceste
+ entreprinse d'Escoce; de honte, parce que cella se feroit sur
+ l'instance et prière d'ung grand Roy pour conserver la paix et
+ les trettez, lequel promettoit non seulement de n'attempter rien
+ de son costé, mais d'accomplir toutes choses à l'advantaige de la
+ Royne; et encores moins de dangier, car ne seroit mal aysé de
+ ramener les gens qui estoient à Lislebourg jusques à Barvich,
+ sans qu'on en perdit pas ung;
+
+ »Que possible le Roy Henry VIIIe n'eust pas vollu lascher prinse,
+ mais de son temps l'Angleterre estoit en meilleure disposition et
+ mieulx unye que meintennant, et si l'avoit il merveilleusement
+ espuysée et ruynée pour les guerres de France; ès quelles
+ toutesfoys il n'avoit jamais ozé rien entreprendre qu'il n'eust
+ ung Empereur pour compaignon, là où tant s'en failloit qu'on
+ peult fère meintennant estat du Roy Catholique, son filz, que au
+ contraire l'on l'avoit bien fort offancé, et si enfin les
+ entreprinses du Roy Henry en France estoient tornées à rien; que
+ pourtant la dicte Dame advisât de prendre l'expédiant qui plus
+ luy pouvoit admener de paix et de seurté en son royaulme, qui
+ plus luy pouvoit confirmer l'amytié des aultres princes, et qui
+ plus pouvoit justiffier la droicture de ses intentions envers
+ Dieu et les hommes.»
+
+ A ceste opinion ayant celluy du conseil, qui est le plus homme de
+ guerre, adjouxté qu'il se offroit d'aller luy mesmes retirer les
+ Anglois, qui estoient à Lislebourg, en si bonne sorte que, sans
+ aulcun dangier et à l'honneur de la Royne, il les reconduyroit
+ toutz à Barvich, il fut conclud qu'on advertiroit incontinent le
+ comte de Sussex de l'accord d'entre la dicte Dame et moy, pour
+ donner ordre qu'on n'eust à fère nulle entreprinse davantaige
+ dans l'Escoce.
+
+ Mais, le lendemain, survint ung inconvéniant qui cuyda tout
+ gaster, car ayant l'évesque de Roz escript une fort courtoyse
+ lettre au comte de Lestre pour obtenir de la Royne qu'elle luy
+ vollût donner audience, affin d'avoir confirmation de sa bouche
+ des choses que je luy avois dict qu'elle accordoit, pour les
+ pouvoir, plus seurement escripre; elle ne se peult tenir qu'elle
+ ne dict au dict comte que la lettre l'arguoit de souspeçon, qu'on
+ luy imposoit, d'avoir trop prins à cueur le party de la Royne
+ d'Escoce: laquelle parolle le piqua si fort qu'après s'estre
+ plainct de ce qu'elle vouloit ainsy tourner l'honnesteté de la
+ lettre à son trop grand préjudice, il luy dict: «qu'il ne luy
+ avoit jamais donné occasion de penser aultrement de luy que comme
+ d'ung sien bon conseiller, qui a toutes les obligations du monde
+ de ne luy estre jamais aultre que son très obéissant et très
+ fidelle serviteur;
+
+ «Que, en ce qu'il luy conseilloit de la Royne d'Escoce, il
+ croyoit, comme en Dieu, que consistoit tout son repos et sa
+ principalle seurté, et que de fère le contraire estoit sa ruyne
+ et destruction, et qu'il ne changerait jamais d'adviz, estant en
+ elle de suyvre lequel qu'elle vouldroit; mais que, pour ne luy
+ donner aulcun souspeçon de luy, il se privoit désormais fort
+ vollontiers de n'entrer plus en son conseil.» Et ainsy s'en
+ partit pour lors, et s'en vint à Londres, bien que, incontinent
+ après, la dicte Dame luy envoya, et au marquis de Norampton, une
+ commission pour parler au dict évesque de Roz, affin de luy
+ confirmer les choses qu'il desiroit, car pour encores elle ne le
+ vouloit admettre en sa présence; toutesfois cella a esté rabillé
+ despuys, et le dict comte mesmes a faict parler le dict évesque à
+ la dicte Dame.
+
+ Ceste tant grande division de court, laquelle est encores plus
+ grande dans le royaulme, est cause dont, pour ne laysser
+ intéresser le Roy ny sa couronne d'une si ancienne alliance, j'ay
+ ainsy entreprins de m'oposer à ceulx de ce conseil qui
+ s'esforcent de la luy oster, qui ne sont personnaiges guières
+ principaulx, ny bien fort authorizez, pour me joindre aulx
+ aultres qui font tout ce qu'ilz peuvent pour la luy conserver,
+ qui sont les premiers et plus nobles de ce royaulme, et d'en
+ escripre ainsy que j'ay faict à Leurs Majestez.
+
+
+
+
+CXIVe DÉPESCHE
+
+--du XVIe jour de juing 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Vollet._)
+
+ Nouvelle irritation d'Élisabeth contre l'évêque de Ross, Marie
+ Stuart et le duc de Norfolk.--Changement opéré dans les
+ résolutions de la reine d'Angleterre.--Nouvelles d'Écosse, où
+ le traité conclu par l'ambassadeur a commencé à recevoir son
+ exécution.--Mesures prises contre ceux qui répandraient les
+ bulles du pape en Angleterre.--Affaires
+ d'Allemagne.--Propositions que doit faire le pape à la diète de
+ Spire.--Messager envoyé à Londres par l'amiral Coligni.--Motifs
+ qui ont changé les résolutions d'Élisabeth.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, il n'y avoit guières plus de deux heures que le Sr de Vassal
+estoit party, pour vous aporter ma dépesche du XIe du présent, quand
+le Sr de Sabran est arrivé avec celle de Vostre Majesté du dernier du
+passé, sur laquelle m'ayant la Royne d'Angleterre assigné audience à
+demain, je mettray peyne, Sire, de fère, s'il m'est possible, qu'elle
+veuille bien conformer son intention à ce que me mandez estre de la
+vostre; et de luy oster, si je puys, une nouvelle offance, que,
+despuys huict jours, elle a conservé contre l'évesque de Ross avec
+tant d'indignation qu'elle jure de ne le vouloir jamais veoir, ainsy
+que le Sr de Vassal vous l'aura peu dire, chose que je crains assés
+que me sera bien difficile de remédier, et qui pourra possible
+retarder beaucoup les affères de la Royne d'Escoce; mesmement que
+ceulx, qui nous sont contraires, ont heu desjà de quoy fère de là ung
+mauvais office contre elle, c'est de changer la pluspart des bonnes
+dellibérations qui avoient esté faictes sur les choses du Nord et
+d'Escoce; et ont aussi miz tant de traverse à la liberté du duc de
+Norfolc, qu'il semble qu'elle soit meintennant bien fort retardée, ny
+ceulx qui veulent bien à la Royne d'Escoce et au dict duc n'ont peu
+mieulx, pour ce coup, que de céder ung peu au courroux de leur
+Mestresse; dont le comte de Lestre s'est absenté pour douze ou quinze
+jours en sa maison de Quilingourt, et le comte d'Arondel s'en est venu
+en ceste ville. Et cependant noz affères dorment, sinon en tant que
+noz ennemys les vont réveillant pour les fère eschapper; mais j'espère
+qu'après le retour du dict évesque et de ces seigneurs, nous y donrons
+telle presse qu'il nous y serra baillé une bonne ou bien une mauvaise
+résolution.
+
+J'entendz que la dicte Royne d'Angleterre a heu si grand désir de
+contanter Vostre Majesté, sur ce qu'elle m'avoit promiz de révoquer
+ses gens de Lislebourg, que, l'ayant, incontinent après ma précédante
+audience, mandé au comte de Sussex, il les a heu retirez premier qu'on
+luy ayt peu fère nul contraire mandement; de sorte que Drury, avec ses
+quatorze centz hommes, car plus grand nombre n'en avoit il mené par
+dellà, a esté de retour à Barvyc le IIIIe de ce moys: j'en sçauray
+demain par la dicte Dame encores mieulx la certitude, et pareillement
+si elle aura poinct retiré sa garnyson de Humes et de Fascastel. L'on
+dict que le comte de Lenoz est arrivé à Lislebourg, et que ceulx du
+party du jeune Prince, son petit filz, l'ont associé au gouvernement;
+néantmoins que le duc de Chastellerault et les trois comtes
+d'Honteley, d'Arguil et d'Athel, lesquelz ont, dez le Xe de may,
+soubzsigné à l'authorité de la Royne d'Escoce, et qui se portent toutz
+quatre conjointement lieutenants d'elle, avec l'aprobation du reste
+de la noblesse et du pays, commancent de réduyre toutes choses bien
+fort à leur dévotion.
+
+Cependant l'on se trouve icy en grand perplexité et en plusieurs
+difficultez, pour la bulle dont vous ay cy devant escript, et en ont
+ceulx de ce conseil miz la matière en délibération; mais ne s'en
+pouvans bien accorder, ilz ont faict une grande assemblée des plus
+sçavans de ce royaulme pour veoir comme il y fauldroit procéder; et
+m'a l'on dict qu'il est résolu que ceulx, qui auront ozé, ou qui
+auzeront cy après, entreprendre d'aficher bulles, proclamations,
+placartz ou aultres telles choses si expresses contre la Royne, en
+lieux publicz, seront attainctz et convaincuz de lèze majesté, et les
+aultres qui s'en trouveront seulement saisis, n'encourront pas du tout
+si grand crime, mais ilz n'évitteront pourtant l'indignation du
+prince; et semble bien que, à l'ocasion de la dicte bulle, les
+Catholiques sont plus durement traittez, et qu'on a plus grand aguet à
+les observer de près qu'on n'avoit auparavant; mesmes le dict évesque
+de Roz a senty que cella est venu ung peu hors de temps pour sa
+Mestresse.
+
+L'escuyer du prince d'Orange arriva icy la sepmaine passée, sur les
+navyres qui revenoient de conduyre la flotte de Hembourg; qui a aporté
+lettres de son maistre à ceste Royne, et au comte de Lestre, et au
+secrétaire Cecille, et encores d'aultres lettres à la dicte Dame de
+son agent qui est en Allemaigne, en datte ces dernières du XXVIe de
+may; qui contiennent divers adviz, premièrement, que la diette a esté
+prolongée du XXIIe de may au XXIIe de juing, et que le Pape a fort
+conjuré l'Empereur de s'y trouver, qui aultrement s'en vouloit fort
+excuser, et ce, pour deux considérations, que Sa Saincteté a heues,
+dont l'une se publie assés, qui est pour mettre en avant ung décrect
+qu'il ne soit désormais plus loysible aulx Allemans d'aller travailler
+les estatz des aultres princes chrestiens, par prétexte de secourir
+leurs subjectz pour la cause de la religion; et l'aultre, laquelle on
+tient secrecte, est pour fère passer ung aultre décrect contre les
+comte Pallatin et duc de Vitemberg, et contre quelconques princes, ou
+aultres, qui se seroient despartys et séparez des deux religions
+receues en l'Empire: sçavoir, la Catholique et celle de la confession
+d'Auguste, affin de les priver non seulement de l'eslection, dignitez,
+charges, estatz et aultres leurs prééminances, mais y en subroger tout
+incontinent d'aultres, et les exclurre eulx, pour jamais, de la paix
+publicque d'Allemaigne. Ce qu'ayant le duc Auguste descouvert, et
+craignant que la présente désauthorisation et ruyne de ces princes ne
+fût puys après celle de luy mesmes, a vollu interrompre la dicte
+diette; mais ne le pouvant fère, les dictes lettres portent que, par
+prétexte de conduyre sa fille en son mesnaige, il s'est accompaigné du
+Lansgrave et de huict ou neuf mil chevaulx, pour s'opposer aulx
+décrectz, et qu'ung chacun juge, puysqu'il s'en vient ainsy à
+Heldelberg, qu'il se trouvera sans faulte à la dicte diette et que mal
+ayséement s'achèvera elle sans quelque tumulte, puysque luy et les
+aultres princes se vont ainsy acompaignant; qu'il s'estimoit que le
+Cazimir, incontinent après la dicte diette, ou bien plustost,
+s'achemineroit avec ses reytres au secours des Princes et de l'Admyral
+de France; que le duc Jehan Guillaume de Saxe avoit donné pour Vostre
+Majesté le alliguet[9] à ses gens pour les fère marcher par tout le
+moys de may; et qu'il avoit dict aulx aultres princes protestantz que
+ce qu'il en faisoit n'estoit que pour se maintenir en crédit vers
+Vostre Majesté, et en la pancion que vous luy donnez; laquelle luy
+faisoit bien besoing pour s'entretenir, mais qu'il ne nuyroit en façon
+du monde à ceulx de la nouvelle religion; et qu'au reste, l'on se
+resjouyssoit bien fort en Allemaigne de ce que le Roy d'Espaigne
+s'estoit modéré vers les Flamans de leur avoir ottroyé ung pardon
+général par où l'on espéroit que les Pays Bas se maintiendroient en
+paix; et est l'on icy après à dépescher le dict escuyer pour s'en
+retourner devers son maistre.
+
+ [9] La solde du mois.
+
+Mr l'Amyral a trouvé moyen de fère passer jusques icy en grand
+dilligence devers Mr le cardinal de Chatillon ung messagier, qui n'a
+point aporté de lettres, mais seulement créance de bouche; de laquelle
+je n'ay encores entendu le contenu, sinon que on m'a dict que c'est
+pour les choses d'Allemaigne, et si n'ay rien sceu du dict homme
+jusques à ce qu'il a esté renvoyé, car n'a esté arresté que deux jours
+icy, et s'en retourne, à ce qu'on dict, par Paris soubz quelque
+passeport emprumpté.
+
+ Ce XVIe jour de juing 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, de ce que Mr l'évesque de Roz, deux jours après que la Royne
+d'Angleterre luy eust ottroyé sa liberté, a esté trouvé partant de
+nuit avec le comte de Southanton, jeune seigneur catholique; et de ce
+qu'on se persuade que la bulle du Pape n'a esté expédiée sans le
+consentement de Voz Majestez Très Chrestiennes et du Roy d'Espaigne;
+et qu'en mesmes temps milord de Morlay, principal seigneur
+d'Angleterre, beau filz du comte Derby, estant appellé en ceste court
+n'y est vollu venir, ains est passé delà la mer à Doncquerque;
+plusieurs choses en ce royaume monstrent tendre à quelque altération,
+mesmes que, pour les dicts accidentz, icelluy comte de Soutanthon a
+esté mandé et aussitôt miz en arrest ez mains du capitaine de la
+garde; et maistre Cormuaille, ancien conseiller, et plusieurs aultres
+Catholiques ont esté examinez et aulcuns d'eux miz en la Tour; et le
+duc de Norfolc, qui attandoit quelque eslargissement, a esté resserré.
+Dont je crains aussi que les affères de la Royne d'Escoce, qui
+commançoient de s'acheminer, en soient de mesmes bien fort esloignez
+et retardez, mais je feray, pour le regard de ce dernier, le mieulx
+que je pourray envers la dicte Dame pour la fère passer, oultre en ce
+qu'elle m'a commancé d'accorder: et j'espère, Madame, que j'en
+descouvriray demain assés son intention, bien que, pour l'absence du
+comte de Lestre, ny elle ne vouldra m'en donner sa résolution, ny moy
+cercher de l'avoir, si je sentz qu'il n'y face bon. Sur ce, etc.
+
+ Ce XVIe jour de juing 1570.
+
+
+
+
+CXVe DÉPESCHE
+
+--du XIXe jour de juing 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par Jacques Tauriel._)
+
+ Détails d'audience.--Changement de conduite de la reine
+ d'Angleterre.--Ses plaintes contre le pape.--Sa colère contre
+ Marie Stuart et l'évêque de Ross.--Insistance de l'ambassadeur
+ pour que le traité touchant l'Écosse reçoive son
+ exécution.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle va donner les
+ ordres nécessaires à l'effet de faire retirer ses troupes, et
+ qu'elle consent à traiter de la restitution de Marie
+ Stuart.--Motifs secrets qui font agir la reine
+ d'Angleterre.--Nouvelles des protestans de France; leur désir
+ d'en venir prochainement à une bataille décisive.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, il n'est advenu sinon, ainsy que je l'avois pencé, que je
+trouverois à ceste heure la Royne d'Angleterre aultrement disposée que
+lorsque je parlay à elle, le XXe du passé, non toutesfoys ez choses
+qui sont particullières de Vostre Majesté, car en celles là m'a elle
+respondu comme les aultres foys; c'est de desirer toutjour la paix de
+vostre royaulme et que son ambassadeur luy puisse bientost mander la
+conclusion d'icelle, estant bien marrye qu'on la va ainsy prolongeant;
+et qu'elle vouldroit bien sçavoir si tout ce que les aultres, de leur
+costé, disent que Vostre Majesté leur a offert est vray; et, quoy que
+soit, que, comme Chrestienne, elle desire que vous les accommodiez en
+leur religion, et, comme Royne, qu'ilz vous randent entièrement ce
+qu'ilz doibvent à vostre authorité.
+
+A quoy je luy ay satisfaict, sellon que la lettre de Vostre Majesté,
+du dernier du passé, m'a baillé ample argument de respondre au tout,
+avec ung sommaire récit de l'estat de votre armée, soubz la conduicte
+de Mr le mareschal de Cossé, et des exploictz que Mr le mareschal de
+Danville a faictz du costé du Languedoc; ce qui n'a esté sans parler
+des aprestz d'Allemaigne et des nopces du Cazimir, par manière
+toutesfoys de me demander ce que j'en sçavois: et je n'ai obmiz de
+mencionner aussi les levées du duc Jehan Guillaume de Saxe et de
+Bronsouyc, comme elles commançoient de bransler pour Vostre Majesté.
+
+Et a la dicte Dame faict venir, par deux foys, à propos de me dire que
+l'Empereur luy a naguières escript avec aultant d'abondance,
+d'affection et de bienveuillance, comme au contraire le Pape s'est
+esforcé de luy donner ung bien mauvais salut par une sienne bulle, en
+laquelle il l'appelle _flagiciorum serva_; mais que c'est chose de
+quoy elle ne se soucye guières, sinon qu'elle pense que tant
+d'estranges et insolantz désordres, qu'on voyt advenir, présagent
+bientost la fin du monde; et, avec un rire extraordinaire, m'a compté
+la façon dont mylord de Morlay, estant désembarqué à Donquerque, a
+demandé de parler au bourgemestre de la ville, se faisant ung des plus
+avancez et des plus illustres seigneurs d'Angleterre.
+
+Et se sont jusques là toutz noz propos passez bien fort gracieusement;
+mais, quant c'est venu à toucher du faict de la Royne d'Escoce, il est
+bien mal aysé, Sire, que je vous puisse dire en combien de façons la
+dicte Dame a monstré qu'on l'avoit de nouveau exaspérée et aigrie
+contre elle et contre l'évesque de Roz; car luy ayant seulement suyvy
+la teneur de voz lettres avec les honnestes satisfactions qui y sont,
+elle, en commémorant ses bienfaictz vers sa cousine, m'a récité les
+offances vieilles et nouvelles qu'elle a receu d'elle et de ses
+ministres, et qu'elles luy estoient si griefves que, si elle les eust
+tenues aussi vériffiées, il y a ung moys, comme elle faict
+meintennant, elle n'eust heu garde d'entrer en nul tretté des affères
+de la dicte Dame avec moy; et qu'elle entendoit que, nonobstant le
+dict tretté, Vostre Majesté faisoit embarquer quelques gens en
+Bretaigne pour envoyer à Dombertrand, ce qu'elle remettoit bien à
+vostre discrétion, et vouldroit qu'il fût vray, car ne fauldroit plus
+parler d'accord; toutesfoys qu'elle pence que c'est parce que je vous
+ay mandé l'acheminement de ces harquebuziers, que le comte de Sussex
+avoit envoyez au comte de Morthon, en quoy je eusse bien faict de ne
+me haster de le vous escripre sans en parler à elle ou à son
+secrétaire, qui m'eussent faict entendre que ce n'estoit aulcunement
+pour se mesler des droictz du royaulme entre la Royne d'Escoce et son
+filz, mais pour s'opposer à ceulx qui favorisoient et recepvoient ses
+rebelles, et pour donner ayde à ceulx qui les vouloient chasser; que,
+en ce que je lui avois dict que les Escouçoys estoient après à vous
+sommer de leur envoyer secours par vertu de voz alliances, qu'elle
+croyoit bien que Ledinthon, qui avoit esté le plus traystre de toutz à
+sa Mestresse, conseilloit meintennant de ce fère, mais qu'elle pense
+que Vostre Majesté n'escoutera de si meschantz subjectz que ceulx là,
+et ne vouldra pour eulx oublyer une si rescente preuve d'amytié, comme
+est celle qu'elle vous a monstrée ez présentes guerres de vostre
+royaulme, d'avoir rejecté toutes les persuasions qu'on luy a faictes,
+et toutes les occasions qu'on luy a offertes, d'y pouvoir fort
+incommoder voz affères, et porter ung grand proffict aulx siens; que,
+de ce que son ambassadeur vous avoit requiz de n'envoyer voz forces en
+Escoce avec l'asseurance qu'elle n'y envoyeroit point les siennes,
+que je croye fermement que tout ce qu'elle vous aura mandé ou qu'elle
+vous mandera par luy, elle l'acomplyra, mais qu'il fault considérer la
+distance des lieux, et qu'il n'est possible de si tost exécuter une
+parolle comme elle est dicte; qu'elle remercye Vostre Majesté du
+commandement que m'avez faict de ne m'espargner d'aller jusques vers
+la Royne d'Escoce, s'il est besoing, pour l'exorter qu'elle luy
+veuille fère d'honnestes offres, et icelles acomplyr et inviolablement
+observer; qu'elle ne fait doubte qu'elle ne promette assés, mais
+qu'elle ne tiendra jamais; et que l'évesque de Roz est desjà allé
+devers elle pour luy parler, qui me relèvera de ceste peyne, duquel
+toutesfoys elle ne peult plus espérer aulcun bon office, et que
+hardyment la Royne d'Escoce envoye ung aultre ministre, car celluy là
+ne parlera jamais plus à elle.
+
+De toutz lesquelz propoz de la dicte Dame, plains de courroux, voyant
+que je ne pouvois recuillyr rien de certain, je luy ai demandé s'il
+luy playsoit point accomplyr les deux choses, qu'elle m'avoit
+naguières promises; de procéder dilligentment à la restitution de la
+Royne d'Escoce et de retirer ses forces hors de son pays.
+
+La dicte Dame, intermélant plusieurs aultres propos, m'a enfin
+respondu que, pour l'honneur de Vostre Majesté, elle continuera et
+paraschèvera le tretté avec la dicte Dame aussitost qu'elle luy aura
+faict entendre son intention sur ce que l'évesque de Roz luy aura
+dict; me touchant, en passant, que d'aultres foys elle luy avoit
+escript que, s'il n'estoit trouvé bon de la remettre avec
+magnifficence et aparat en son pays, qu'elle estoit contante qu'on
+l'envoyât privéement comme une qui retournoit aulx siens; en quoy
+elle a toutjours vollu pourvoir que ce fût avec seureté de sa vie: et
+quant à retirer ses forces, que je donne toute asseurance à Vostre
+Majesté que, suyvant sa promesse, le comte de Sussex les a desjà
+révoquées à Barvych, hormiz quelque peu de gens, qu'il a miz à la
+garde de deux chasteaux; lesquelz elle ne dellibère randre, qu'elle ne
+soit satisfaicte des outraiges que luy ont faict ceulx à qui ilz
+apartiennent.
+
+A cella je luy ay répliqué que ce ne seroit retirer ses forces que de
+laysser garnyson dans deux chasteaulx, et que je la pouvois asseurer
+que Vostre Majesté ne s'armeroit jamais pour maintenir les rebelles
+d'Angleterre, ainsy qu'elle, de son costé, disoit ne s'armer aussi
+contre les droictz de la Royne d'Escoce: néantmoins de tant que ceste
+alliance d'Escoce, qui a duré neuf centz ans à vostre couronne, vous
+abstreinct d'assister meintennant l'auctorité de la Royne d'Escoce,
+vostre belle soeur, contre ses propres rebelles; et y voulant elle, en
+mesmes temps, poursuyvre les siens, qu'enfin vous viendriez aulx armes
+et à la guerre entre vous contre votre propre vouloir et intention; et
+que vous aviez trop plus de rayson de mettre garnyson dans Dombertrand
+que elle d'en tenir dans Humes et Fascastel.
+
+Elle allors m'a respondu qu'elle ne sçavoit, à la vérité, comment le
+comte de Sussex en a usé, ny quelles gens il a layssé dans ces
+chasteaulx; mais que tout cella se pourra accommoder par le tretté, et
+qu'elle desire bien sçavoir quelle responce Vostre Majesté me fera, et
+ce que vous aurez respondu à son ambassadeur sur ce qu'elle, a
+dernièrement tretté avec moy.
+
+Et layssant ainsy ces propos, nous sommes passez à d'aultres plus
+gracieulx, avec lesquels s'est finye ceste audiance, despuys laquelle
+m'estant pleinct au secrétaire Cecille de la dicte garnyson des deux
+chasteaulx, il m'a respondu que ce n'estoit chose de conséquence; car
+n'y avoit que quarante hommes en l'ung, et vingt en l'aultre; et que
+le tretté mettroit fin à tout cella; me priant de continuer à fère
+tousjours bons offices entre Voz Majestez, et qu'il contendra avec moy
+de les fère encores meilleurs, s'il peult. Sur ce, etc.
+
+ Ce XIXe jour de juing 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, les propos, que Vostre Majesté verra, en la lettre du Roy, que
+la Royne d'Angleterre m'a tenuz, procèdent, à mon adviz, de l'une de
+trois occasions et, possible, de toutes trois ensemble: la première,
+des véhémentes inpressions qu'on luy a données, et qu'on luy donne
+encores, de ne se debvoir jamais tenir bien asseurée de la Royne
+d'Escoce, dont aulcuns me disent que, quoy aussi que la dicte Dame me
+promette, son intention, ny celle des siens, n'est de se despartyr
+aucunement des premières dellibérations qu'ilz ont faictes sur ceste
+paouvre princesse et sur son pays, sinon qu'ilz y soyent contrainctz
+par la force; la seconde, qu'on l'asseure que le capitaine La Roche et
+le capitaine Puygaillard sont desjà embarquez à Suscivye, avec cinq
+centz harquebouziers brethons, pour passer en Escoce: ce que la dicte
+Dame m'a dict le sçavoir bien au vray, mais qu'elle est bien advertye
+aussi que, le IXe de ce moys, ils n'estoient encores bougez, et,
+possible, a elle vollu ainsy braver lorsqu'elle s'est trouvée en plus
+grand peur; et la troisiesme est qu'on luy a fort magniffié les
+forces, qui sont en l'armée des Princes de Navarre et de Condé,
+l'asseurant qu'elles sont suffisantes de travailler assez toutes
+celles de Voz Majestez, sans qu'en puyssiez envoyer dehors.
+
+Car, voycy, Madame, ce que j'entendz qu'on a miz par escript et
+monstré à la dicte Royne d'Angleterre et puys publié, de main en main,
+de la créance qu'a aportée le messagier de Mr l'Amyral. C'est que le
+dict sieur Amyral fortiffie Roane, pour estre ung lieu très oportun et
+commode à maintenir la guerre, et y fère son magazin, et pour y
+retirer ses mallades; et avoir ce passaige de Loyre à son
+commendement, pour y pouvoir sans difficulté recuillyr les secours
+d'Allemaigne et incommoder grandement toutz les aultres pays
+d'alentour; que, oultre qu'il a avec luy les viscomtes, et les troupes
+de gens de cheval et de pied qui estoient en Gascoigne, qui ne sont
+petites, il a recuilly en Languedoc ung grand nombre de bien bons
+soldatz, et que le comte de La Rochefoucault l'est venu trouver avec
+huict centz chevaulx et deux mil harquebuziers, toutz gens d'eslite;
+que de la Charité est arrivé dans son camp une troupe de quatorze
+centz bons hommes, toutz à cheval; que Mr de Lizy y est aussi arrivé
+d'une aultre part, avec douze centz harquebuziers et cinq centz
+chevaulx, lesquelz il a recuilliz en revenant d'Allemaigne; et que
+tout cella ensemble faict la plus brave armée de Françoys qui de
+longtemps ayt esté veue en France, oultre les reytres qu'il a, qui ne
+sont guyères diminuez; et qu'il ne désire rien tant que de venir à une
+journée, laquelle il cerchera de donner bientost par toutz les moyens
+qu'il luy sera possible; et que l'armée du Roy, que Mr le mareschal de
+Cossé conduict, est composée de huict mil Suisses nouvellement levez,
+car des vieulx n'en y a guières plus, et de quatre mil Françoys, d'ung
+nombre de reytres, qu'on paye à trois mil, qui ne sont que dix huict
+centz, soubz la charge du jeune comte de Mensfelt, duquel il ne se
+deffye pas trop, et d'envyron quatre mil chevaulx françoys; et qu'il a
+esté mandé à Mr le mareschal de Damville de se joindre au sieur
+mareschal de Cossé, affin de donner la bataille, laquelle néantmoins
+semble qu'il la vouldra évitter; car s'est logé vers Dun le Roy, et se
+couvre de la rivière d'Allyé. Lesquelles nouvelles, comme elles
+mettent en grand suspens les opinions des hommes, aussi suspendent
+elles les dellibérations des affères; et croy qu'elles retarderont
+ceulx que nous traictons icy meintennant, attendant ce qui pourra
+succéder; mesmes que j'entendz que, parmy leurs esglizes, il est desjà
+ordonné de fère prières et jeunes pour ceste prochaine bataille, tant
+ilz pensent que les choses en sont prez; et encores que je m'asseure,
+Madame, que si cecy est vray, Voz Majestez l'auront bien entendu
+d'ailleurs, toutesfoys, pour l'inportance de l'affère, et pour le
+dangier qu'aulcuns personnaiges d'honneur et de bien, qui conférons
+quelquefoys ensemble, avons peur que puysse avenir, je n'ay vollu
+différer de le vous mander incontinent par ce courrier exprès, avec
+les responses de la dicte Royne d'Angleterre. Et sur ce, etc.
+
+ Ce XIXe jour de juing 1570.
+
+
+
+
+CXVIe DÉPESCHE
+
+--du XXIe jour de juing 1570.--
+
+(_Envoyée jusques à la court par Groignet, l'un de mes secrétaires._)
+
+ Message de la reine d'Angleterre, afin que le roi soit
+ sur-le-champ averti qu'elle se considérera comme dégagée de sa
+ parole si l'expédition française, destinée à porter des secours
+ en Écosse, sort des ports de Bretagne.--Désir de l'ambassadeur
+ que l'on ajourne cette expédition.--Nouvelles d'Allemagne, où
+ tout se prépare pour donner d'importans secours aux protestans
+ de France.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Dispositions
+ prises par les protestans de France, en Angleterre et en
+ Allemagne, dans le but de continuer la guerre avec vigueur.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, les responces et adviz, que je vous ay escript despuys trois
+jours, m'ont semblé estre assez pressez pour les vous debvoir fère
+sçavoir par ung courrier exprès, comme j'ay faict; et meintennant,
+Sire, je suys instantment requiz par la Royne d'Angleterre de vous en
+dépescher encores ung, tout présentement, pour vous notifier ce que,
+par ung sien secrétaire, nommé maistre Sommer, elle m'a envoyé dire
+jusques en mon logis: c'est qu'elle avoit bonne souvenance des choses
+naguières accordées entre elle et moy, touchant la Royne d'Escoce, et
+qu'elle estoit preste de les acomplyr tant à continuer et paraschever
+le tretté avecques elle, que à révoquer ses forces hors de son pays,
+comme desjà elle les avoit faictes retirer à Barvyc; mais que, ayant
+très certain advertissement comme il s'embarquoyt des compaignies en
+Bretaigne pour les envoyer de dellà, qu'elle vouloit bien déclairer à
+Vostre Majesté que, si elles y passoient, elle se tenoit, d'ors et
+desjà, quicte et deschargée de la promesse qu'elle m'avoit faicte, et
+qu'elle exploicteroit dans le dict pays par son armée, qui est
+encores entière et en estat, tout ce qu'elle verroit estre expédiant
+et à propos pour son service; et qu'elle continueroit de retenir la
+Royne d'Escoce là où elle est, sans plus entendre à nul tretté
+avecques elle; et, de tant que cella importoit beaulcoup à vostre
+commune amytié, à laquelle elle avoit regrect d'y veoir intervenir
+ceste altération, me prioit que je vous en voulusse promptement
+advertir par homme exprès, qui peult retourner en dilligence, affin
+que je l'en peusse résouldre.
+
+Et bien, Sire, que j'aye respondu au dict Somer que j'avois
+freschement reçeu une responce de Vostre Majesté, laquelle j'yrois
+aporter à la dicte Dame, et j'espérois qu'elle la contenteroit, il n'a
+layssé pourtant de percister que je debvois dépescher promptement
+devers Vostre Majesté; qui est l'occasion du voyage de ce mien
+secrétaire, par lequel je vous suplieray très humblement, Sire, que,
+en voz propos à l'ambassadeur d'Angleterre et en voz apretz de
+Bretaigne, il vous playse monstrer toutjour que vous estes prestz
+d'entretenir ce qui a esté accordé en vostre nom à la dicte Dame, et
+de différer l'embarquement et passaige de vostre secours en Escoce,
+jusques à ce qu'aurez veu ce qui succèdera du tretté qu'elle a
+commancé avec la Royne vostre belle soeur; et qu'elle veuille achever
+de retirer la garnyson qui est demeurée dans Humes et Fascastel, comme
+elle a desjà retiré le principal de ses aultres forces du pays,
+nonobstant que vous rescentiez beaucoup ce dernier exploict de ses
+gens, qui ont abattu quatre maysons du duc de Chastellerault et brullé
+toutz ses villaiges.
+
+Et après, Sire, que j'auray parlé à la dicte Dame sur la bonne
+responce, que m'avez commandé luy fère par vostre dépesche du Xe du
+présent, je feray entendre ce que j'auray peu comprendre de ses
+propos, tant sur ce faict de la Royne d'Escoce que sur ce que la dicte
+Dame peult avoir sceu des choses d'Allemaigne: d'où j'entendz qu'elle
+a freschement receu lettres, qui lui parlent de l'acheminement de
+l'Empereur à Espire pour la diette; et comme la Royne d'Espaigne passe
+oultre vers les Pays Bas, laquelle deux mil chevaulx allemans viennent
+accompaigner jusques à Nimeguen, où le duc d'Alve la doibt aller
+recepvoir, et qu'elle meyne deux de ses petitz frères pour les passer
+en Espaigne, (au lieu des deux aisnez) qui s'en retourneront sur les
+mesmes vaysseaulx, qui la seront allez conduyre; et que les nopces du
+Cazimir ont été accomplyes, où se sont trouvez trèze mil chevaulx,
+lesquelz on tient pour chose asseurée que s'acheminent incontinent en
+France, au secours de Messieurs les Princes et Amyral; que les trois
+électeurs laycs se sont liguez ensemble pour s'oposer aulx décrectz
+qui pourroient estre faictz ou contre leur religion, ou contre les
+libertez d'Allemaigne; et qu'il semble encores que c'est
+principallement pour empescher que l'Empereur ne puysse fère créer son
+filz roy des Romains, non sans quelque esbahyssement commant celluy de
+Brandebourg s'est joinct à cella, veu qu'il est pensionnaire à six mil
+escuz par an du Roy d'Espagne, et qu'il s'est toutjours monstré amy et
+serviteur de la mayson d'Austriche; et que aus dictes nopces du dict
+Cazimir a appareu quelque désordre de l'ung des deux ducz Jehan de
+Saxe, Frédéric ou Guillaume, qui sur quelque débat a vollu tuer le
+comte Pallatin; et que quelque homme Gantoys a esté prins et exécuté
+pour avoir confessé qu'il estoit venu à la dicte assemblée, pour
+donner un coup de pistollé au prince d'Orange. De toutes lesquelles
+nouvelles, Sire, celle de la descente de ces Allemans en votre
+royaulme me semble considérable, parce qu'il y a grand aparance qu'on
+l'exécutera, si la paix ne se conclud bientost; et j'en ay icy de
+grandz indices, et pareillement d'une armée de mer, qui se prépare par
+ceulx de la nouvelle religion, de bon nombre de vaysseaulx pour fère
+une descente de deux ou trois mil hommes en quelque lieu de Normandie,
+Bretaigne ou Guyenne; et ne monstrent qu'ilz espèrent encores, en
+façon du monde, la dicte paix, bien que, tout à ceste heure, l'on me
+vient de dire qu'il a esté semé quelque bruict à la bource de ceste
+ville qu'elle est desjà conclue. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXIe jour de juing 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+ (_Lettre à part du dict jour._)
+
+Madame, ce n'est tant pour satisfère à la Royne d'Angleterre, que je
+vous envoyé présentement ce mien secrétaire, comme pour vous aporter
+ceste mienne lettre à part, par laquelle je veulx bien asseurer Vostre
+Majesté que, sur la créance du messagier de Mr l'Admyral, duquel je
+vous ay naguières faict mencion, il a esté tenu, dez dimanche dernier,
+entre les principaulx, qui sont icy, de la nouvelle religion, Françoys
+et Flamans, ung conseil bien fort secrect; duquel, à la vérité, je
+n'ay pas bien descouvert toutes les dellibérations, mais ceulx cy sçay
+je bien de certain, c'est que, incontinent après la tenue du dict
+conseil, il a esté dépesché de par eulx, coup sur coup, deux
+messagiers en Hembourg, pour y aporter les lettres de responce et de
+crédict, que de longtemps ilz se sont pourveuz icy pour fère leurs
+payemens en Allemaigne; et que c'est pour fère incontinent marcher
+leurs nouvelles levées; et qu'ilz sont après à ordonner deux d'entre
+eulx pour les aller trouver, affin de les conduyre et leur servyr de
+mareschaulx de camp, jusques à ce qu'ilz seront arrivez en l'armée des
+Princes; et estiment le nombre des dicts Allemans non moindre que de
+douze à quinze mil chevaulx; et pour ordonner aussi ung général de
+mer, d'entre les gentilhommes qui sont icy, pour l'envoyer bientost
+fère une descente de deux mil cinq centz hommes, en quelque lieu de
+Normandie ou Bretaigne, où ilz ont intelligence; et que desjà les
+vaysseaulx, les vivres et tout l'apareilh de l'entreprinse est prest à
+la Rochelle, où s'yront joindre les vaysseaulx du prince d'Orange, qui
+sont en ceste coste, et encores deux toutz nouveaulx qu'ung sien
+serviteur a heu, despuys deux jours, permission d'aller armer et
+équiper à Amthonne. Et semble qu'il y ayt icy aulcuns gentishommes
+françoys qui, à regrect, feront ce voyage, et que, si Vostre Majesté
+les vouloit gratiffier et les retirer au service du Roy, ilz
+habandonneroient très vollontiers l'aultre party, lequel aultrement
+ilz sont contrainctz de suyvre; vous suppliant très humblement,
+Madame, de ottroyer au gentilhomme, pour qui le sieur de Vassal vous
+aura parlé, la seureté qu'il vous demande, laquelle j'estime que
+reviendra au proffict de vostre service. Et faictes semblant, Madame,
+s'il vous playt, que vous n'avez heu ces adviz de moy, aultrement il
+sera dangier que je ne vous en puysse plus mander, s'ilz cognoissent
+que j'aye tant de notice de ces affères; car les dicts de la nouvelle
+religion sont bientost advertys de tout ce que le Roy, et Vous, et
+Monseigneur, dictes et faictes; et mesmes l'on m'a asseuré que, en
+France, oultre ceulx de l'aultre party, il y en a aulcuns, lesquelz on
+ne m'a poinct nommez, qui ne sont point déclairez de leur costé, qui
+toutesfoys sont respondans de la paye de ces reytres, qui doibvent
+venir.
+
+Par ainsy, Madame, considérant l'estat des choses, et le peu de
+confiance que Voz Majestez doibvent mettre en rien qui soit que en
+Dieu seul, et en vous mesmes; et que la descente du Cazimir vous doibt
+estre très suspecte, pour l'alliance du duc Auguste, qui ne l'a prins
+pour son gendre pour sa présente grandeur, ains possible pour celle où
+il aspire par les troubles des aultres estatz; et que la Royne
+d'Angleterre ne fauldra d'incliner à leur entreprinse; je ne puys que
+prier Dieu bien fort dévottement qu'il vous doinct, Madame, à bientost
+conclurre la paix, et la conclurre telle que la descente des Allemans
+en soit bien certainement divertye, et Voz Majestez exemptes de toute
+surprinse, déception et dangier. Et sur ce, etc.
+
+ Ce XXIe jour de juing 1570.
+
+ Je vous puys asseurer, Madame, que ceulx de la nouvelle religion,
+ qui sont icy, ne s'attendent aucunement à la paix, ains à
+ continuer la guerre; et semble que l'ambiguité et la longueur,
+ dont l'on procède à vous rendre response sur les articles de la
+ dicte paix, n'est que pour gaigner le temps et attandre leur
+ secours.
+
+
+
+
+CXVIIe DÉPESCHE
+
+--du XXVe jour de juing 1570.--
+
+(_Envoyée exprès par Jehan Monyer, postillon, jusques à Calais._)
+
+ Retard apporté à la désignation d'une audience demandée par
+ l'ambassadeur.--Interrogatoire subi par l'évêque de Ross devant
+ le conseil d'Angleterre.--Conditions arrêtées dans ce conseil
+ au sujet du traité qui peut être conclu avec la reine
+ d'Écosse.--Nouvelles d'Allemagne.--Avis donné au roi d'une
+ entreprise qui se prépare pour opérer une descente en France.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, affin de mettre la Royne d'Angleterre hors de la peyne, où elle
+est, de l'aprest qu'on luy a dict que Vostre Majesté faict en
+Bretaigne pour envoyer des gens en Escoce, je luy ay, dez mardy
+dernier, envoyé demander audience, pour luy fère veoir vostre bonne
+responce là dessus en la façon que par voz lettres, du Xe de ce moys,
+il vous playt me le commander; et le secrétaire Cecille, ayant conféré
+avecques elle, m'a respondu qu'elle ne me la pouvoit si tost ottroyer,
+à cause qu'elle se trouvoit mal, comme à la vérité elle faict, de sa
+jambe, mais que je luy pourrois escripre cella mesmes que j'auroys à
+luy dire. Dont de tant, Sire, qu'on m'a adverty qu'il y a de
+l'artiffice en cella, pour fère tremper l'évesque de Roz, et pour fère
+en sorte que la dicte Dame renvoye cependant ses forces en Escoce, et
+qu'elle face jetter de ses grandz navyres en mer, pour la persuasion
+qu'on luy donne que, nonobstant voz bons propoz, qu'avez tenuz à son
+ambassadeur, vous ne lairrez d'envoyer gens par dellà; j'ay escript ce
+matin à la dicte Dame que, de tant qu'une lettre ne pourroit suffire
+pour tout ce que j'avois à luy dire, ny me raporter sa responce, et
+que les propos, que j'avois à luy tenir de vostre part, n'estoient
+toutz que pour son contantement, que je me garderoys de les employer
+ny par escript, ny par présence, en actes si contraires, comme seroit
+d'en travailler sa santé, et que partant j'attendrois fort paciemment
+et de bon cueur la commodité de sa convalescence; laquelle je prioys
+Dieu de luy donner bientost et bien parfaicte.
+
+Je ne suis trop marry, Sire, de ce retardement parce que le comte de
+Lestre et ceulx, qui portent faveur à ceste cause, seront cependant de
+retour; en l'absence desquelz ayantz les aultres ouy l'évesque de Roz
+sur le faict, dont on le chargeoit, d'avoir tretté en secret avec le
+comte de Surampthon, et ayantz vollu aussi tirer de luy ce qu'il
+aportoit de l'intention de sa Mestresse, sans l'admettre à la présence
+de la Royne d'Angleterre, après qu'il s'est bien deschargé de l'ung,
+et qu'il leur a heu remonstré qu'il ne pouvoit fère l'aultre pour
+aulcunes choses secrectes qu'il ne pouvoit commettre qu'à elle mesmes,
+ilz se sont desbordez jusques là de luy dire qu'ilz ne se soucyoient
+pas tant de l'advancement de ceste matière qu'ilz le vollussent
+presser de la leur proposer; mais, de tant que la Royne d'Escoce et
+luy, qui est son ministre, et toutz les princes qui parlent pour elle,
+estoient papistes, et par ainsy ennemys de leur Mestresse et de son
+estat, qu'ilz tenoient pour très suspect tout ce qui se trettoit de sa
+restitution; à l'ocasion de quoy il falloit, avant toutes choses,
+qu'elle et luy fissent profession de la religion réformée, et bien
+qu'ilz y ayent meslé quelque soubzrire, ce n'a esté toutesfoys sans
+parolles véhémentes pour essayer s'ilz pourroient gaigner ce point.
+
+En quoy le dict sieur évesque a usé de saiges responces, qui seroient
+longues à mettre icy; mais cependant j'ay descouvert, Sire, comme ne
+pouvant ceulx cy vaincre le désir, que leur Mestresse a de sortyr de
+cest affère, qu'ilz se sont dellibérez de se tenir fermes et résoluz
+aux condicions qui s'ensuyvent: Que la religion protestante soit
+establye et confirmée en Escoce; que la Royne d'Escoce se doibve
+obliger, par sèrement solemnel, et fère obliger les siens, qu'elle
+n'entendra jamais à nul party de mariage, sans l'exprès consantement
+de la Royne d'Angleterre; qu'elle chassera les rebelles anglois, qui
+se sont retirez en son pays, sans jamais plus en recepvoir, et que
+désormais ilz seront randuz mutuellement par l'ung prince à l'aultre
+sans contradict; qu'elle cèdera à la Royne d'Angleterre, et aulx
+descendans qui procéderont d'elle, tout le droict et tiltre qu'elle
+prétend à ceste couronne; qu'elle déclairera, d'ors et desjà, pour son
+successeur à celle d'Escoce et à ses droictz prétanduz de ceste cy son
+filz le Prince d'Escoce; que le dict Prince sera mené pour être nourry
+en Angleterre soubz quelque promesse, que la dicte Royne d'Angleterre
+fera, de le déclairer pareillement son successeur immédiat après elle,
+au cas qu'elle n'eust point d'enfans; que ligue sera faicte, offencive
+et deffencive, entre les deux roynes et leurs royaulmes à jamais, à
+laquelle sera donné lieu à Vostre Majesté d'y pouvoir entrer si bon
+vous semble, mais soubz des condicions que je n'ay encores peu bien
+sçavoir quelles elles sont; qu'il ne sera loysible d'introduyre nul
+estrangier en armes, d'où qu'ilz soient, dans le pays, ny par quelque
+couleur ou prétexte que ce puisse estre; et, finalement, que Vostre
+Majesté baillera ostaiges, à estre icy quelque temps, pour la seureté
+des choses susdictes.
+
+Je n'ay encores, Sire, donné cest adviz à l'évesque de Roz, lequel
+aussi n'a pas heu loysir de me conférer les offres qu'il aporte de sa
+Mestresse; mais Vostre Majesté, s'il luy playt, me commandera de bonne
+heure sa bonne vollonté là dessus, affin que je me trouve bien préparé
+d'icelle, quant il en sera temps; car j'espère que nos amys vaincront
+l'opiniastreté de noz ennemys de ne demeurer trop fermes sur si dures
+condicions comme seroient toutes celles icy ensemble.
+
+Au surplus, Sire, il se continue fort que ceste nuée d'Allemans des
+nopces du Cazimir yra estre ung orage en vostre royaulme au secours
+des Princes et de l'Amyral, ayant le comte Pallatin escript par deçà
+que en la dicte assemblée ne seroit rien obmiz de ce qui apartiendroit
+au secours de leur religion en France; duquel secours, pour
+l'incertitude de l'intention du duc Auguste, les déterminations
+n'avoient peu prendre aulcune bonne résolution jusques à ceste heure;
+qu'il avoit déclairé que le sien seroit le premier prest, et qu'il
+l'envoyeroit à ses despens. Et estime l'on que la dicte assemblée des
+nopces a esté principallement projettée pour estre une contrediette de
+celle que l'Empereur a assignée à Espire, affin de résouldre, de eulx
+mesmes et sans le dict Empereur, les affères d'Allemaigne à la
+dévotion des trois ellecteurs laycs, qui semblent avoir tiré celluy de
+Colloigne eclésiastique à leur party; et pour ordonner aussi de
+l'establissement de leur religion en France et en Flandres, mais
+surtout pour empescher que l'ellection du roy des Romains ne se puisse
+fère en la personne du filz, ny du frère de l'Empereur, non sans
+quelque opinion qu'ilz veuillent, entre eulx et de leur propre
+authorité, nommer le dict Auguste roy des Romains. Et de tant, Sire,
+que, de jour en jour, me viennent plusieurs indices que ceulx de la
+nouvelle religion ont une descente en main en quelcun de voz portz ou
+places de mer de dellà, où ilz prétendent mettre deux mil cinq centz
+hommes en terre, et qu'à cest effect ilz aprestent ung grand armement
+à la Rochelle; et que je sçay que les vaysseaulx du prince d'Orange,
+qui sont en ceste mer estroicte, s'y préparent; aussi que j'entendz
+qu'ilz sont sur la dellibération s'ilz convyeront les Anglois d'estre
+de la partie, lesquelz tiennent quatorze grandz navyres et plusieurs
+aultres vaysseaulx en estat, et grand nombre d'hommes enrollés pour
+quelque effect; je vous suplye très humblement, Sire, qu'il vous
+playse advertyr incontinent les gouverneurs de Normandie, Picardie,
+Bretaigne et Guyenne, car je ne sçay proprement où s'adresse leur
+entreprinse, qu'ilz ayent à y prendre garde et se préparer si bien
+qu'ilz ne puissent estre surprins. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXVe jour de juing 1570.
+
+
+
+
+CXVIIIe DÉPESCHE
+
+--du XXIXe jour de juing 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Dièpe par Brogle, messagier._)
+
+ Audience.--Discussion des affaires d'Écosse.--Promesse de la
+ reine d'arrêter toute hostilité, et d'entendre les propositions
+ de l'évêque de Ross.--Désir manifesté par Élisabeth de voir la
+ paix rétablie en France.--Communication faite par la reine à
+ l'ambassadeur des nouvelles qu'elle a reçues d'Allemagne.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, s'estant la Royne d'Angleterre assés tost repentye de ne
+m'avoir, le XXIIIe du présent, ottroyé audience, elle m'a mandé, le
+deuxième jour après, que je la vinse trouver quant il me plairroit; et
+se sont, la lettre qu'elle me faisoit escripre là dessus par le
+secrétaire Cecille et la mienne, que pour cest aultre effect je luy
+escripvois, laquelle elle a heu bien agréable, rencontrées en chemin,
+dont je suys allé trouver la dicte Dame le XXVIe de ce moys à Otlant;
+où m'ayant faict appeller en sa chambre privée, en laquelle elle
+estoit en habit de mallade, ayant sa jambe eu repoz, après m'avoir
+compté de son mal, et faictes ses excuses de ne m'avoir peu si tost
+ouyr comme je l'avois desiré, je luy ay ramentu les choses cy devant
+accordées entre nous, et comme je n'avoys failly, suyvant son désir,
+de dépescher ung homme exprès pour aporter à Vostre Majesté la
+déclaration que sur icelle elle m'avoit envoyé notiffier par son
+secrétaire Sommer; laquelle déclaration je luy voulois bien dire que
+je ne l'avoys peu trouver guières mauvayse, encore qu'il y eust
+quelque peu de menace, parce qu'il y avoit aussi de la franchise et
+une vraye démonstration qu'elle faisoit de vouloir évitter toute
+altération entre Voz Majestez, dont j'espérois que ce qu'elle
+entendroit meintennant de vostre intention en cella la contanteroit.
+
+Et ainsy, Sire, je luy ay récitté mot à mot le contenu de vostre
+lettre du Xe de ce moys, non sans qu'elle ayt donné une claire
+cognoissance, sans en rien dissimuler, qu'elle recepvoit ung singulier
+playsir de ce que je luy disoys; m'ayant tout aussitost prié bien fort
+expressément de luy en vouloir bailler aultant par escript, affin de
+le monstrer à quelques ungs de ses conseillers, qui luy disoient
+qu'elle ne debvoit laysser de procéder et pourvoir aulx affères
+d'Escoce, tout ainsy que si Vostre Majesté ne luy avoit rien faict
+promettre par moy, ny luy mesmes rien dict à son ambassadeur: car
+croyoient que vous n'aviez aulcune vollonté d'en rien observer, ainsy
+que voz aprestz de Bretaigne, qui ne cessoient pour cella, leur en
+donnoient assés bon tesmoignage; ce néantmoins qu'elle s'en vouloit
+reposer en vostre parolle, comme d'ung magnanime Roy et Prince
+vertueux et saige, qui regardiez à conserver l'amytié des princes voz
+voysins, entre lesquelz ce seroit elle qui vous randroit la sienne
+plus parfaicte et accomplye; et qui, oultre le remercyement très grand
+qu'elle vous fesoit de l'esgard qu'avez heu maintennant à icelle, vous
+cognoistriez qu'elle ne l'auroit moins ferme en l'observance de ses
+promesses qu'elle s'asseuroit de la persévérance de la vostre, en
+celles que vous luy faysiez.
+
+J'ay suyvy, Sire, à luy dire qu'elle trouveroit toutjour toute seurté
+et vérité en voz parolles et en celles de la Royne vostre mère, et que
+toutz les jours il luy viendroit nouvelles preuves, que Voz Majestez
+n'avoient aultre intention que de vivre en grande unyon de paix, et de
+toute bonne intelligence avecques elle; bien que je luy vollois
+confesser tout librement que, le lendemain de l'aultre audience
+qu'elle m'avoit donnée à Amthoncourt, je n'avoys failly de vous fère
+une dépesche, non pour aigryr ainsy les matières, comme il m'avoit
+semblé que je l'avois trouvée elle aigrye et changée en peu de jours,
+(ce que je n'atribuoys aulcunement à elle, ains à d'aultres, qui
+avoient fort à regrect la bonne unyon de Voz Majestez), mais que je ne
+vous avois pas vollu celler ce qu'elle m'avoit résoluement dict de
+vouloir en toutes sortes retenir les deulx chasteaulx de Humes et
+Fascastel, jusques à ce que ceulx à qui ilz apartiennent eussent
+satisfaict à l'obligation des frontières; et que meintennant j'avois
+à la requérir très instantment de deux choses: l'une, que, de tant que
+Vostre Majesté avoit tant vollu defférer à nostre accord qu'ayant ung
+armement tout prest pour le secours d'Escoce, et les Escouçoys sur le
+lieu qui vous requéroient de l'envoyer, et qui vous remonstroient le
+gast, le bruslement et la démolition de leurs maysons nobles du pays,
+et la détention de leur Royne en Angleterre; et que, nonobstant tout
+cella, vous aviez différé et quasi interrompu le dict secours pour luy
+complayre, qu'elle, de sa part, vollût entièrement retirer ses forces
+hors du dict pays, comme elle me l'avoit promis, et nomméement celles
+qu'elle avoit encores dans les deux chasteaulx; la segonde chose
+estoit qu'ayant Mr l'évesque de Roz aporté toute l'intention et ung
+ample pouvoir de tretter et conclurre toutes choses avec elle pour sa
+Mestresse, qu'elle y vollût meintennant procéder, ainsy dilligemment
+qu'elle vous avoit promiz de le fère, sans plus remettre la matière en
+longueur.
+
+Sur lesquelles deux choses, Sire, nous avons heu beaucoup de
+contention, et n'ay, pour le regard de la première, peu obtenir rien
+de mieulx que ce que la dicte Dame vous prie, Sire, de vouloir laysser
+les loix de leurs frontières aller leur cours accoustumé, suyvant
+lequel, le différant des dicts deux chasteaulx et des aultres
+attemptatz doibvent estre vuydez par les gardiens d'icelles, qui ne
+fauldront de randre lors les dicts deux chasteaulx, sans que cependant
+ceulx qui sont dedans facent nul acte d'hostillité, qui estoit une
+rayson que, quand elle seroit vostre vassalle, vous ne la luy pouviez
+bonnement reffuzer; et, quant au segond, encor qu'elle eust proposé de
+ne veoyr jamais l'évesque de Roz pour des occasions, lesquelles il
+n'avoit peu ny nyer ny excuser, que néantmoins elle me promettoit de
+l'ouyr dans deux ou trois jours; et qu'aussitost que le sir de
+Leviston, lequel nous avions dépesché en Escoce, seroit de retour avec
+les aultres commissaires escouçoys, elle vacqueroit sans aulcune
+intermission aulx affères de la dicte Dame.
+
+Après lequel propos estimant, Sire, que je ne le debvois pour ceste
+fois poursuyvre plus avant, la dicte Dame m'a dict d'elle mesmes
+qu'elle desiroit fort que, la première foys que je retournerois vers
+elle, je lui peusse aporter la conclusion de la paix de vostre
+royaulme, estant bien marrye qu'elle alloit ainsy traynant.
+
+Je luy ay respondu que je n'avoys nul plus grand desir que de la
+pouvoir satisfaire en cella, et que ceste sienne bonne intention
+obligeoit Vostre Majesté et tout vostre royaulme beaucoup à elle, ne
+faysant doubte, quant elle y pourroit ayder de quelque chose, qu'elle
+ne le fyst.
+
+«Il n'y a, respondit elle, nulle oeuvre en ce monde où je m'employasse
+plus vollontiers, ny où je courusse de meilleur cueur, encores que je
+soys boyteuse, que je ferois à celle là, et que de ce j'en asseurasse
+Vostre Majesté.»
+
+J'ay là dessus passé oultre à luy dire que je craignois bien que ceste
+longueur peult admener quelque chose entre deux, et attirer encores
+possible en vostre royaulme une partie de ces Allemans, qui s'estoient
+trouvez aux nopces du duc Cazimir; et qu'elle sçavoit bien ce qui en
+estoit, qui seroit ung bon tour de bonne soeur si elle vous en vouloit
+advertyr, comme je luy vouloys bien dire que la condicion de la cause
+et celle de sa qualité, qui estoit Royne, l'obligeoient de le fère, et
+mesmes d'empescher qu'il ne se préparât rien pour soubstenir
+l'opiniastretté et obstination de voz subjectz contre vous, qui
+n'estoit exemple que pernicieulx pour elle mesmes.
+
+Elle m'a respondu qu'elle ne sçavoit pas entièrement tout ce qui en
+estoit, mais que l'Empereur luy avoit bien escript que, par prétexte
+du secours de la nouvelle religion en France, il s'estoit faicte une
+plus grande assemblée à ces nopces du Cazimir, que ne requéroit
+l'ordre des maryez, et qu'il monstroit par sa lettre qu'il la tenoit
+fort suspecte pour luy mesmes; adjouxtoit d'aultres gracieulx propos
+de ce qu'il avoit veu maryer son frère l'archiduc, encor qu'il l'eust
+d'aultres foys tout dédyé à elle, mais qu'il la prioyt que les dictes
+nopces ne luy fussent d'aulcune jalouzie, car elles n'empescheroient
+qu'il ne fût encores tout sien; et que par le propos de la dicte
+lettre et par plusieurs aultres indices elle croyoit asseuréement
+qu'il y auroit ung nouveau secours d'Allemans pour ceulx de la
+Rochelle, si la paix ne succédoit. Et par ce, Sire, qu'il seroit trop
+long de mettre icy toutz les aultres propoz qu'avons heu en ceste
+audience, je les remettray à une aultre foys; et adjouxteray seulement
+ung mot de la réception de vostre dépesche du XIXe de ce moys, par le
+Sr de Vassal, et du voyage que faictes fère par deçà au Sr de Poigny,
+lequel nous mettrons peyne de l'aprofitter le mieulx qu'il nous sera
+possible. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXIXe jour de juing 1570.
+
+
+
+
+CXIXe DÉPESCHE
+
+--du Ve jour de juillet 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._)
+
+Résolutions d'Élisabeth de maintenir l'accord fait au sujet de
+l'Écosse, et d'entrer en négociation sur la restitution de Marie
+Stuart.--Espoir de la prochaine liberté du duc de Norfolk.--État de la
+négociation des Pays-Bas.--_Mémoire général_, sur les affaires
+d'Angleterre.--Bienveillance montrée par Élisabeth aux seigneurs
+catholiques.--Condition mise à la liberté du duc de Norfolk.--_Mémoire
+secret._ Communication faite par l'ambassadeur à la reine d'Angleterre
+de la réponse du roi sur les articles proposés pour la restitution de
+Marie Stuart.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, pour avoir Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, ainsy
+vertueusement parlé, comme vous avez, à l'ambassadeur de la Royne
+d'Angleterre; et pour m'avoir commandé de déclairer icy à elle vostre
+résolue intention de ne vouloir habandonner aulcunement la Royne
+d'Escoce, ny les affères de son royaulme; il est advenu que la dicte
+Dame a cessé d'en poursuyvre plus avant l'entreprinse par la force, et
+qu'elle s'est condescendue d'en venir au tretté, duquel je vous ay
+desjà envoyé le commancement. Il est vray, Sire, que, despuys dix
+jours, l'on luy a si bien faict acroyre que, nonobstant vostre
+promesse, vous ne larriez d'envoyer des gens en Escoce, que la dicte
+Dame, changeant de dellibération, avoit desjà mandé au comte de Sussex
+de rentrer de rechef avec son armée en pays, et d'y saysir toutes les
+places qu'il pourroit; et à l'amyral Clynton de getter promptement six
+grandz navyres en mer, non pour aller attaquer la flotte des François
+au combat de main, laquelle ilz entendoient estre pourveue de deux
+mil bons harquebouziers, mais pour la mettre à fondz à coups de canon,
+s'il estoit possible; et mandé davantaige que le sir de Leviston,
+lequel nous avions dépesché vers le duc de Chastellerault et vers les
+aultres seigneurs escouçoys, pour leur apporter nostre accord, fût
+arresté aulx frontières; et qu'au reste elle ne tretteroit ny
+admettroit jamais plus l'évesque de Roz en sa présence; s'esforceans
+encores ceulx, qui menoient ceste mauvaise pratique, de me fère
+retarder mon audience, affin que je ne peusse assés à temps y
+remédier; dont a esté assés mal aysé, Sire, de retirer la dicte Dame
+de ceste opinion. Néantmoins, j'ay miz peyne de luy dire et encores de
+luy bailler par escript, si à propos, la responce de Vostre Majesté du
+Xe du passé, et de l'asseurer tant de la seurté et vérité qu'elle
+trouveroit toutjour en voz promesses, que, oultre les choses que je
+vous ay desjà mandé qu'elle m'avoit en présence lors accordées, voicy,
+Sire, ce que de ceste vostre bonne responce s'en est despuys ensuyvy:
+
+Que la dicte Dame a escript au comte de Sussex de casser son armée et
+se retirer luy à Yorc, laissant quelques compaignies aulx gardiens des
+frontières, et une petite garnyson dans Humes et Fascastel; qu'elle a
+ordonné à son admyral de ne getter nulz navires dehors, ains de fère
+cesser pour ceste heure tout l'armement et apareil d'iceulx; qu'elle a
+mandé au comte de Lenoz, qui estoit à Lislebourg, avec trois centz
+Escouçoys entretenuz aux despens de la dicte Dame, de se retirer à
+Barvyc; qu'on n'eust à donner aulcun empeschement au sir de Leviston
+en la frontière, ains de luy laysser librement poursuyvre son voyage;
+et finalement, suyvant sa promesse, qu'elle a si paciemment ouy
+l'évesque de Roz, et si favorablement receu des ouvrages, qu'il luy a
+présentez de la part de sa Mestresse, lesquelz elle mesmes avoit
+faictz de sa main, qu'il m'a dict n'avoir jamais heu une plus bénigne
+audience de la dicte Dame ny plus pleyne de satisfaction, qu'il a
+faict ceste foys, avec promesse que, aussitost que le sir de Leviston
+et aultres commissaires escouçoys seront arrivez, qu'elle procèdera en
+toute dilligence aulx affères de la Royne d'Escosse. Et si, semble,
+Sire, que le duc de Norfolc ayt aussi assés advancé le faict de sa
+liberté, et qu'il est en termes d'estre bientost remiz en son logis de
+ceste ville, soubz quelque soubzmission qu'il pourra fère à la dicte
+Dame.
+
+Au surplus, Sire, de tant qu'il se trouve meintennant beaucoup de
+diminution et de deschet en la merchandise d'Espaigne, qui a esté
+arresté par deçà, et que ceulx cy ne la veulent fère bonne, ny veulent
+pareillement estre tenuz de celle des trèze ourques, que ceulx de la
+Rochelle en ont emmené pour leur part, il semble que leur accord avec
+le duc d'Alve n'est près d'estre faict; mesmes que une ordonnance, de
+nouveau publiée en Flandres contre les Anglois, monstre que le duc en
+est assés esloigné, bien que par aultres moyens il en faict de plus en
+plus attaicher la pratique, affin de la faire tumber à son poinct,
+ainsy qu'on attand là dessus des commissaires de Flandres qui doibvent
+bientost arriver; et ceulx cy desirent tant d'en sortyr qu'il semble
+qu'à la fin ils se layrront plyer à ce que le dict duc vouldra, comme
+desjà la dicte Dame lui a offert cinquante mil escuz du sien; mais la
+demande passe ung million. Les sollicitations et dilligences de ceulx
+de la nouvelle religion ne s'intermettent d'une seulle heure, ce qui
+faict acroyre au monde qu'ilz sçavent très bien que le propos de la
+paix sera acroché à quelque difficulté, et que la guerre sera encores
+continuée. Sur ce, etc.
+
+ Ce Ve jour de juillet 1570.
+
+ INSTRUCTION AU DICT SR DE SABRAN des choses qu'il fault fère
+ entendre à Leurs Majestés, oultre les lettres:
+
+ Que la Royne d'Angleterre est bien fort sollicitée d'interrompre
+ la paix de France par aulcuns, qui luy font acroyre, qu'aussitost
+ que le Roy l'aura conclue, il se ressouviendra des mauvais
+ déportemens, dont les Anglois, durant ceste guerre, ont usé, par
+ mer et par terre, à la Rochelle, icy, et en Allemaigne, contre
+ luy; ce qui n'est toutesfoys leur principalle craincte, ains
+ qu'avec la dicte paix s'en ensuyve l'accomodement des affères de
+ la Royne d'Escoce, laquelle ilz cerchent de ruyner, pour préférer
+ à son tiltre, de la succession de ceste couronne, ses aultres
+ compétiteurs qui y prétendent.
+
+ Mais comme la dicte Royne parle toutjour en fort bonne façon de
+ la dicte paix, aulcuns m'ont asseuré que, à bon escient, elle la
+ desire, et qu'elle vouldroit en toutes sortes que la querelle des
+ subjectz fût bien esteincte au proffict et advantaige du Roy, ny
+ les affères d'Escoce ne la peuvent mouvoir au contraire, parce
+ qu'elle veult, commant que soit, sortir d'iceulx; et seulement
+ elle crainct que le Roy et le Roy d'Espaigne s'accordent à sa
+ ruyne, car aultrement elle estime bien que, se concluant la paix
+ en France, le Roy recepvra en grâce ceulx de ses subjectz, qui
+ ont senty quelque faveur et support d'elle, et que ceulx là
+ seront toutjour moyen que la dicte paix soit aussi entretenue
+ entre la France et l'Angleterre.
+
+ Et la cause de luy fère ainsy souspeçonner, que l'intelligence
+ des deux Roys soit à son dommaige, procède de la bulle; car ne
+ peult croyre que, sans leur consentement, le Pape l'ayt ozé
+ expédier ainsy rigoureuse contre elle comme elle est; joinct que
+ le duc d'Alve se tient à ceste heure trop plus ferme sur l'accord
+ des prinses qu'il ne faisoit, et a monstré une très grande
+ anymosité contre les Anglois par une ordonnance, qu'il a faicte
+ tout de nouveau publier contre eulx; et si, voyent les dicts
+ Anglois qu'il se pourvoyt de beaulcoup plus de forces par mer et
+ par terre, qu'il ne leur semble estre besoing pour la réception
+ ou conduicte de la Royne d'Espaigne; ce qui leur donne occasion
+ de croyre qu'il ayt quelque entreprinse sur ce royaulme;
+ entendans mesmement que le Roy d'Espaigne est fort à bout de ses
+ Mores, et que toutz les Catholiques, qui s'absentent d'icy, vont
+ à recours à luy.
+
+ A l'occasion de quoy j'ay prins, entre deux, l'oportunité de fère
+ recepvoir, le mieulx que j'ay peu, à la dicte Dame les honnestes
+ expédians et moyens, que le Roy luy a offertz, sur ce qu'ilz
+ peuvent avoir à démesler l'ung avecques l'aultre; dont semble que
+ enfin elle se lairra conduyre à quelque rayson, et m'a l'on
+ asseuré que, en l'endroit des Françoys, Allemans et Flamans, de
+ la nouvelle religion, qui sont icy, elle a faict, despuys cinq ou
+ six jours, des démonstrations assés expresses qu'elle desiroit la
+ paix de France; et pareillement a monstré, touchant les choses
+ d'Escoce, qu'elle vouloit contanter le Roy; et a commandé à ceulx
+ de son conseil de me donner satisfaction sur les choses
+ raysonnables que je leur pourray demander pour les subjectz de Sa
+ Majesté.
+
+ Non que, pour tout cella, je cognoisse que ceulx du dict conseil,
+ qui portent le faict de la religion nouvelle, aillent en rien
+ plus froidz ny plus remiz que de coustume, ny que les principaulx
+ agentz, qui sont icy pour ceste cause, intermettent une seule
+ sollicitation ny dilligence vers eulx, ny à tenir souvant conseil
+ avecques les ministres, pour envoyer lettres et messaigiers de
+ toutz costez et pour recouvrer pollices de crédit pour
+ Allemaigne, ensemble pour pourvoir, par mer et par terre, à tout
+ ce qu'ilz pensent estre besoing pour continuer la guerre, me
+ venans confirmez de plus en plus les adviz, que j'ay desjà
+ mandez, qu'il s'apreste ung nouveau secours d'Allemans pour eulx,
+ et qu'ilz préparent une descente par mer en quelque lieu de
+ Normandie, Picardie ou Bretaigne; dont je crains bien que ung des
+ serviteurs de Mr de Norrys, nommé Harcourt, qui est Françoys,
+ lequel a esté naguières dépesché d'icy vers son maistre, ayt heu
+ commission de passer pour cest effect plus avant jusques en
+ Allemaigne, ou jusques au camp des Princes.
+
+ Néantmoins la démonstration de la dicte Dame est, pour ceste
+ heure, de vouloir trop plus entretenir l'espérance des
+ Catholiques en son royaume que d'essayer de la leur rompre, ny de
+ les mettre en aulcune souspeçon des Protestans, ayant par son
+ garde des sceaux, en l'audience du dernier jour du terme passé,
+ faict dire à l'assemblée qu'elle avoit ung très grand regret de
+ veoir que ses subjectz catholiques se monstrassent intimidez pour
+ leur religion, ny qu'il y en eust qui, pour cause d'icelle,
+ s'absentassent, comme ilz faisoient, de son royaulme; et qu'elle
+ les vouloit toutz admonester de bon cueur de déposer ceste peur,
+ et de prendre telle asseurance d'elle, qu'elle n'innoveroit ny
+ permettroit estre innové rien des ordonnances sur ce establyes
+ par ses Parlementz et Estatz, soubz lesquelles son royaulme avoit
+ desjà vescu plusieurs ans en grand repos, et qu'elle n'entendoit
+ en façon du monde que les Catholiques fussent forcez en leurs
+ consciences.
+
+ Dont despuys, la dicte Dame, entendant qu'on avoit rigoureusement
+ examiné et tenu assés estroict le sir Jehan Cornouaille, jadis
+ conseiller de la Royne Marie, et trois aultres personnaiges
+ d'assés bonne qualité, qu'on avoit envoyé à la Tour pour estre
+ cognuz affectionnez catholiques, elle s'en est asprement prinse à
+ ceulx qui l'avoient osé fère; et, pour leur fère plus de honte,
+ elle a ottroyé que le dict Cornouaille puysse venir luy baiser la
+ main, pour le renvoyer libre en sa mayson, et a commandé que les
+ aultres soyent tirez de la Tour.
+
+ Et, encor qu'on luy ayt vollu imprimer beaucoup de nouvelles
+ souspeçons du comte d'Arondel, de milord Lomeley, du viscomte de
+ Montégu et d'aulcuns aultres seigneurs réputez catholiques, qui,
+ pour ceste cause, s'estoient tenuz retirez, elle n'a layssé de
+ les envoyer quérir avecques faveur; et n'a rejetté les propos que
+ eulx mesmes et d'aultres luy ont meu sur la liberté du duc de
+ Norfolc, nonobstant que, ez quartiers de son duché, ayent esté
+ naguières surprins deux gentishommes, assés familiers et
+ serviteurs de sa mayson, qui pratiquoient de soublever le peuple
+ et se saysir du chasteau de Farlin, qui est la principalle
+ forteresse du pays.
+
+ Et semble que le dict duc seroit desjà délivré, sans la
+ compétance où en sont le comte de Lestre et le secrétaire
+ Cecille, lesquelz veulent chacun en avoir tout le gré, et estime
+ l'on que le comte soit marry de ce que n'ayant peu conduyre ce
+ faict avant son partement, il ayt trouvé, à son retour, que le
+ dict Cecille l'avoit bien fort advancé, lequel, à ce que
+ j'entendz, a tenu un tel moyen vers sa Mestresse: c'est de luy
+ avoir persuadé qu'elle debvoit concéder l'eslargissement du dict
+ duc, s'il luy déclaroit par une lettre, escripte et signée de sa
+ main, qu'il confessoit l'avoir offancée en ce que, sans son sceu,
+ il avoit presté l'oreille au mariage de la Royne d'Escoce, bien
+ qu'il eust toutjours estimé que c'estoit pour la seurté d'elle et
+ pour le repoz de son royaulme, mais puysqu'elle n'estimoit qu'il
+ fût ainsy, et qu'il s'apercevoit à ceste heure qu'il estoit assés
+ aultrement, il s'en despartoit entièrement et pour jamais, et
+ promettoit de n'entendre à cestuy, ny à nul aultre mariage, en sa
+ vie, que ce ne fût avec le congé et bonne grâce de la dicte Dame:
+ lequel expédiant je croy qui sera suyvy.
+
+ Estant ce dessus escript, j'ay heu adviz comme un pacquet du
+ docteur Mont, agent pour ceste Royne en Allemaigne, estoit
+ arrivé, dez hyer au soyr, par lequel il mande que le Pape faict
+ bien fort presser l'Empereur de commancer la diette et de
+ procéder à la privation et désauthorisation des trois ellecteurs
+ laycs, pour substituer trois princes catholiques à leur lieu;
+ sçavoir: l'archiduc Ferdinand, le duc de Bavière et le duc de
+ Bronsouyc; mais que, se trouvans les aultres accompaignés de dix
+ ou douze mil chevaulx, et le dict Empereur seulement de douze ou
+ quinze centz, il faict grand difficulté de se trouver à la dicte
+ diette.
+
+ Et que, par lettres du comte Pallatin venues en mesmes pacquet,
+ le dict sieur comte escript que le Pape s'esforce de troubler
+ l'Allemaigne, ainsy qu'il a troublé le royaulme de France; et que
+ Dieu lui est tesmoing que, de sa part, il desire la tranquillité
+ et le repoz de la Chrestienté et singulièrement du dict royaume,
+ en ce toutesfoys que la paix s'y puisse fère estable et à la
+ seurté de sa religion, aultrement il promect qu'il ne sera rien
+ obmiz de ce qui sera besoing pour réprimer ceulx qui la veulent
+ empescher. Il semble que, sur ceste altération d'Allemaigne, le
+ dict Pallatin s'employeroit assés vollontiers à procurer la dicte
+ paix, dont le Roy pourra essayer de se prévaloir de leurs mesmes
+ divisions, et je mettray peyne de fère sonder icy, parmi les
+ Protestans, s'ilz sentent que d'icelles leur vienne nul
+ retardement ou changement en leurs affères; car j'estime bien
+ qu'on attandra de veoir que pourra produyre ceste diette, qui est
+ si suspecte aux princes protestans, premier qu'ilz se
+ divertissent à nulles aultres entreprinses, et cella donra
+ quelque loysir à Sa Majesté.
+
+ DIRA DAVANTAIGE, DE MA PART, A LEURS MAJESTEZ:
+
+ Que ne sachant comme la Royne d'Angleterre eust peu prandre ce
+ que Leurs Majestez me commandoient de luy dire, touchant la ligue
+ d'entre la Royne d'Escoce et elle, comme le Roy estoit contant
+ d'y entrer, j'ay estimé que, pour réserver tout l'advantaige à
+ Leurs Majestez, et obvier qu'on n'y puisse rien calompnier, que
+ j'en debvois parler en la façon que j'ay faict:
+
+ C'est que j'ay dict à la dicte Dame qu'ayant le Roy entendu les
+ trois poinctz, ausquelz s'estoit restreinct tout le premier
+ pourparlé d'entre les seigneurs du conseil d'Angleterre et
+ l'évesque de Roz; sçavoir: de la religion, du tiltre de ceste
+ couronne et de la ligue; que, quant au premier, de la religion,
+ estant desjà certain ordre receu là dessus en Escoce, lequel la
+ Royne n'a jamais enfrainct, il vouloit tant seulement prier à
+ ceste heure la dicte Dame de ne fère force ny viollance à la
+ conscience de la dicte Royne d'Escoce, ny innover rien en ceste
+ matière qui peult admener plus d'altération au monde qu'il n'en y
+ a:
+
+ Et du segond, qui est le tiltre de la couronne d'Angleterre,
+ qu'il desiroit que la dicte Royne d'Escoce luy en fît toute la
+ cession et transport, qu'elle et son conseil estimeroient luy
+ estre besoing pour sa perpetuelle seurté et pour ceulx qui
+ pourroient provenir d'elle:
+
+ Au regard du troisiesme, qui concerne la ligue, qu'il ne seroit
+ marry qu'elle se fît entre elles, pourveu que ce ne fût contre
+ luy, ny au préjudice des aultres ligues qu'il a avec la dicte
+ Royne d'Angleterre et son royaume, et pareillement avec la Royne
+ d'Escoce et le sien; et layssay là dessus amplement discourir la
+ dicte Dame et estendre ses responces, sans l'interrompre de rien,
+ ainsy que je l'ay desjà mandé.
+
+ Mais reprenant, puys après, le propos, je luy diz que, ayant
+ considéré de moy mesmes combien il sourdoit à toute heure de
+ grandes espines et de nouvelles difficultez en ce faict de la
+ restitution de la Royne d'Escoce, à cause qu'on la luy proposoit
+ toutjours fort suspecte du costé de France, j'avois suplié le Roy
+ de vouloir luy mesmes intervenir en la ligue deffencive, qui se
+ feroit entre elles deux, affin qu'en lieu de se deffyer de luy,
+ elle en print dorsenavant toute asseurance et seurté; et que le
+ Roy m'avoit respondu qu'il le vouldroit bien, mais qu'il ne
+ voyoit pas le moyen commant cella se pourroit fère; toutesfoys,
+ si je le voyois icy sur le lieu, qu'il s'en remettait bien à moy
+ de passer oultre;
+
+ Et que je pensoys qu'il avoit regardé à la jalouzie, que les
+ aultres princes en pourroient prendre, et possible encores à la
+ diversité de la religion; dont, de tant qu'il ne m'avoit commandé
+ d'en déclairer si avant à la dicte Dame, et que néantmoins
+ c'estoit chose que je ne pouvois effectuer sans elle, je prenois
+ sa parolle pour garant que le propos seroit réservé et ne
+ passeroit plus avant qu'entre nous deux, ou bien, si elle en
+ vouloit communiquer à son conseil, qu'elle me promettait de ne
+ dire jamais que cella fût procédé de moy.
+
+ La dicte Dame, ayant très agréable le dict propos, lequel a esté
+ cause que tout l'affère est retourné en bons termes, et
+ néantmoins, estant marrye que je y allois si réservé, me demanda,
+ trois ou quatre foys, si j'avois poinct pensé nul bon moyen en
+ cella. Je ne luy volluz soubdain respondre, affin de luy en
+ laysser à elle mesmes mettre quelcun en avant; mais enfin je luy
+ diz que celluy que je voyois le plus honeste estoit que la Royne
+ d'Escoce le requist, et que le Roy, pour le bien et considération
+ d'elle, auroit plus grande ocasion d'y entendre: et n'en est
+ encores la chose plus avant.
+
+
+
+
+CXXe DÉPESCHE
+
+--du IXe jour de juillet 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Dièpe par Me Allexandre._)
+
+ Arrivée de Mr de Poigny en Angleterre.--Affaires d'Écosse et
+ d'Allemagne.--Nouvelles apportées de la Rochelle; combat de
+ Sainte-Gemme près Luçon.--Déclaration du duc d'Albe que les
+ préparatifs maritimes faits dans les Pays-Bas n'ont d'autre but
+ que d'assurer la conduite en Espagne de la nouvelle reine.
+
+ AU ROY.
+
+Sire, estant Mr de Poigny arrivé le IIIIe de ce moys en ceste ville de
+Londres, j'ay envoyé, le jour d'après, fère entendre sa venue à la
+Royne d'Angleterre, et la prier de nous donner audience, laquelle la
+nous a prolongée jusques aujourduy, dimenche, que nous l'allons
+trouver à Otland, assés incertains que pourra réuscyr de son voyage;
+car il semble que la dicte Dame ayt escript à son ambassadeur par
+dellà qu'il s'estoit trop advancé de vous requérir de l'envoyer, et
+que desjà il s'est excusé de n'avoir onques pensé de vous parler de
+telle chose. Et encores est advenu que les Escouçoys ont freschement
+couru et pillé le bestial en la frontière d'Angleterre, à l'ocasion de
+quoy le comte de Sussex, non seulement n'a séparé son armée, mais a
+faict grande instance qu'il luy fût permiz de rentrer encores une foys
+en Escoce, et a retenu pour ceste occasion quelques jours davantaige à
+Auvyc le sir de Leviston, que nous envoyons en Escoce. Toutesfoys
+l'on nous asseure qu'il est meintennant passé; dont n'estant encores
+les choses qu'en assés bons termes, nous incisterons, aultant qu'il
+nous sera possible, qu'elles soyent effectuées ainsy qu'on a commancé
+de les tretter.
+
+Et cependant, Sire, je diray à Vostre Majesté qu'il y a quelque
+aparance, parmy ceulx de la nouvelle religion qui sont icy, que la
+nouvelle, qu'ilz ont despuys trois jours d'Allemaigne, leur jette
+l'espérance de leur secours ung peu plus loing qu'ilz ne pensoyent,
+entendans comme l'assemblée de Heldelberc s'est séparée; et que le duc
+Auguste, estant allé devers l'Empereur, luy a parlé en si bonne sorte
+de l'ocasion qui le pressoit de s'en retourner chez luy, que non
+seulement l'Empereur le luy a permiz, mais ne luy a reffuzé son
+excuse, de ne se pouvoir sitost trouver à la diette; et que despuys,
+le comte Pallatin l'est semblablement allé saluer, qui luy a offert
+d'intervenir luy mesmes à icelle diette, si les aultres princes y
+viennent; et que, contre l'opinion qu'on avoit que, pour craincte de
+ceste assemblée de Heldelberc, le dict Empereur ne passeroit oultre,
+l'on mande qu'il est arrivé le XVIIIe de juing à Espire, accompaigné
+seulement, oultre ceulx de sa court, du duc Jehan Georges Pallatin,
+qui monstre de vouloir asprement quereller une quarte part du
+Pallatinat; et que le dict Empereur est allé descendre à l'esglize
+principalle, au grand contantement des Catholiques, se descouvrant de
+plus en plus que icelle diette est principallement indicte pour
+procéder contre les trois ellecteurs protestans, desquelz n'ayant leur
+dignité prins aultre origine ny fondement que de l'authorité du Pape,
+par la bulle jadis sur ce expédiée, il semble n'estre sans rayson que,
+par la mesmes authorité, puysqu'ilz s'en sont substraictz, joinct
+celle de l'Empereur, ilz en puissent meintennant estre fort
+légitimement privez; non que les dicts de la religion se tiennent pour
+cella moins asseurez que devant d'avoir leur secours, ains plus, à
+ceste heure qu'ilz disent que, parce que les dits princes ont
+descouvert ceste entreprinse, ilz se veulent plus évertuer, qu'ilz
+n'ont encores jamais faict, pour la deffense de la religion; bien
+pensent qu'affin qu'ilz se puissent mieulx opposer à tout ce qui se
+pourroit décretter contre eulx, ils vouldront retenir les forces dans
+le pays jusques à la fin d'icelle diette; et aussi que n'ayantz les
+draps de ceste dernière flotte d'Angleterre heu encores assés bonne
+vante en Hembourg, leurs lettres de crédit, qui sont assignées là
+dessus, n'ont peu estre si tost employées; et le payement est retardé
+d'ung moys: mais ilz n'intermettent cependant aulcune poursuyte ny
+dilligence en cella, mesmes qu'on leur a escript que les deniers, pour
+la levée de Vostre Majesté, sont desjà arrivez par dellà.
+
+Et j'entendz, Sire, que jeudy dernier, arriva ung soldat de la
+Rochelle, qui magniffie bien fort quelque routte que les Huguenotz ont
+donnée aulx capitaines La Rivière et Puygaillart près de Lusson[10],
+où est demeuré, à ce qu'il dict, plus de cinq centz des nostres sur la
+place, et dix sept capitaines avec plus de deux centz aultres
+prisonniers; et, sellon les lettres que le dict soldat a apportées,
+lesquelles ont esté veues en ceste court, le comte de La Roche
+Foucault, qui estoit party pour s'aller joindre au camp des Princes,
+s'en est retourné d'Angoulesme, à cause de la blessure du Sr de La
+Noue, de qui l'on n'espère guyères la guéryson, affin de ne laysser la
+Rochelle et le pays sans gouverneur; et que le dict sieur comte est
+après à mettre aulx champs envyron cinq mil hommes de pied et cinq
+centz chevaulx, avec trois pièces d'artillerye, pour aller reprendre
+Xainctes, et de là marcher en Brouaige; et que le capitaine Sores
+estant adverty que deux très riches flottes revenoient des Indes,
+l'une pour Espaigne, et l'aultre pour Portugal, qui doibvent arriver à
+ce moys d'aoust, est allé essayer s'il en pourra piller quelque une,
+ayant, comme il semble, pour ceste occasion remiz l'entreprinse de
+leur descente, dont vous ay ci devant escript, jusques à son retour;
+et cependant les vaysseaulx du prince d'Orange et ceulx de quelques
+pirates françoys, qu'ilz nomment le capitaine Joly, du Mur, Bouville
+et aultres, ont combattu, vendredy dernier, dans ceste mer estroicte,
+une flotte de douze grandes ourques, lesquelles, soubz la conserve de
+deux aultres grandz navyres de guerre, passoient de Flandres en
+Espaigne, et ont prins l'admyralle et une aultre des plus riches.
+
+ [10] Combat livré à Sainte-Gemme-la-Plaine, en Poitou, dans
+ lequel la Noue, qui commandait les Protestans dans la Saintonge,
+ remporta une victoire signalée sur les troupes royales. La
+ blessure qu'il reçut quelques jours après, à l'assaut de
+ Fontenay, nécessita l'amputation du bras gauche, mais il ne tarda
+ pas à reprendre son commandement.
+
+Le duc d'Alve a fait déclairer icy par l'ambassadeur d'Espaigne que
+l'armement, qu'il prépare en Flandres, n'est pour aultre effect que
+pour conduyre la Royne, sa Mestresse, devers le Roy son mary, avec
+l'apareil qui convient à une si grande princesse comme elle est, pour
+le dangier des pirates; ce que j'estime, qu'il a fait expressément
+pour garder que les Anglois n'arment de leur costé; car ilz ne
+pourroient, puys après, se tenir qu'ilz n'allassent se présenter en
+mer au passaige de la dicte Dame, en dangier qu'il y peult survenir
+quelque accident, ce qu'il veult bien évytter; et a mandé que ceulx
+qu'il a faict depputer sur le différant des merchandises, sont desjà
+partys pour venir par deçà. Sur ce, etc.
+
+ Ce IXe jour de juillet 1570.
+
+
+
+
+CXXIe DÉPESCHE
+
+--du XIIIe jour de juillet 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Dièpe par Jehan Girault._)
+
+ Audience accordée par la reine d'Angleterre à Mr de Poigny,
+ envoyé vers elle pour négocier la mise en liberté de Marie
+ Stuart, et son rétablissement.--Nouvelles d'Écosse.--Insistance
+ de l'ambassadeur pour qu'Élisabeth refuse toute protection aux
+ protestans de France, s'ils ne consentent pas à accepter les
+ conditions offertes par le roi.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, nous avons esté, despuys quatre jours en çà, trouver la Royne
+d'Angleterre à Otland, laquelle a monstré de recepvoir, avec playsir,
+les lettres et recommendations, que Voz Majestez lui ont faictes
+présenter par Mr de Poigny, et l'a receu à luy mesmes bien fort
+favorablement; dont, après aulcuns bien honnestes propos, de l'ayse
+qu'elle avoit d'entendre de voz bonnes nouvelles et vostre retour en
+bonne santé vers les quartiers qui sont plus près d'icy, elle a
+commancé de lyre assés hault voz lettres; sur lesquelles monstrant de
+s'esbahyr de l'occasion que luy mandiez du voyage du dict Sr de
+Poigny, que ce fût à l'instance de son ambassadeur, elle nous a dict,
+tout clairement, qu'elle n'avoit point donné ceste charge à son
+ambassadeur, ainsy qu'il se pourroit bien vériffier par la minute des
+lettres que, despuys deux moys, elle lui avoit escriptes: et le
+Secrétaire Cecille, lequel elle a appellé là dessus, n'a failly de le
+confirmer de mesmes.
+
+Puys, elle a suyvy à dire qu'il estoit advenu l'ung de deux; ou qu'on
+avoit équivoqué sur ce qu'elle avoit accordé que la Royne d'Escoce et
+moy peussions envoyer ung gentilhomme jusques en Escoce pour voir
+comme les armes s'y poseraient, et comme elle feroit retirer ses
+forces hors du pays, ainsy que, pour cest effect, le sir de Leviston
+estoit desjà par dellà, mais non de fère venir exprès ung gentilhomme
+de France; ou bien qu'il y avoit de l'artiffice; mais, d'où que peult
+venir la faulte, elle n'estoit que heureuse, puysqu'elle luy estoit
+moyen de pouvoir mieulx entendre l'estat et bonne disposition de Voz
+Majestez.
+
+A quoy ayantz vifvement incisté qu'il n'y avoit, ny pouvoit avoir, nul
+mescompte ny artiffice de vostre costé, le dict Sr de Poigny a allégué
+qu'il avoit veu son dict ambassadeur estre longtemps en l'audience
+avec Voz Majestez à vous discourir et monstrer plusieurs papiers; et
+que, au sortir de là, vous luy aviez commandé de s'en venir, qui ne
+pouvoit estre, sans que le dict ambassadeur l'eust ainsi requis. Et a
+poursuyvy de réciter à la dicte Dame bien particulièrement tout le
+contenu de sa charge, en si bonne et gracieuse façon, qu'elle a
+monstré d'en avoir tout contantement.
+
+Il est vray, Sire, qu'elle a commancé de respondre par une plaincte,
+qu'elle nous a faicte, de l'affection que Vostre Majesté monstre de se
+souvenir trop plus de la Royne d'Escoce et de ses affères que des bons
+tours de bonne soeur et vraye amie, qu'elle vous a monstrez en ces
+troubles de vostre royaulme; mais que pourtant elle ne veult laysser,
+sur la considération qu'avez heue de n'envoyer voz forces en Escoce,
+de vous en randre ung bien fort grand mercy, et non moindre pour
+l'amour de vous que pour l'amour d'elle mesmes, car l'honneur est égal
+à toutz deux; et qu'au reste, encores qu'on dye que les femmes ont
+toutjours des responces et deffaictes toutes prestes, qu'elle n'en
+usera en cest endroict, ains prendra temps pour bien consulter
+l'affère, affin de nous donner, par après, plus grande satisfaction.
+
+Et ainsy, Sire, nous sommes attandans qu'est ce qu'elle trouvera par
+son conseil qu'elle nous debvra dire; et, de tant qu'elle nous a
+touché de l'armement, qu'elle dict estre encores tout prest en
+Bretaigne, contre l'asseurance que je luy avois donnée que vous
+l'aviez contremandé, et aussi de quelque personnaige qu'avez
+freschement dépesché par mer en Escoce; et que, parmy cella, elle nous
+a ramentu plusieurs offances que la Royne d'Escoce, à ce qu'elle dict,
+luy a faictes, avec grande deffiance d'elle et de Mr le cardinal de
+Lorrayne, je ne vois pas que nous soyons encores bien prez de
+conclurre quelque bon marché entre elles. Tant y a que comme il n'a
+esté, à mon adviz, rien oublyé de ce qui se pouvoit desduyre en ceste
+première remonstrance, nous ne dellibérons d'estre moins pressantz en
+la segonde. Ce poinct, au moins, nous demeure gaigné despuys dix
+jours, que l'armée de la dicte Dame, suyvant ce que je vous ay cy
+devant mandé, est entièrement cassée, et ne reste nulles aultres
+forces en la frontière du North que la garnison acoustumée de Barvich
+et celle qu'on a layssé dans les deux chasteaux de Humes et Fascastel.
+Il est vray que, dedans Barvych, demeure ung bien fort grand appareil
+de guerre, qu'on y avoit desjà préparé pour la généralle entreprinse
+d'Escoce, et l'armée peult, en bien peu de jours, estre rassemblée. Je
+ne sçay si le comte de Lenoz aura de mesmes obéy à ce que je vous ay
+mandé, Sire, qu'on luy avoit escript de se retirer au dict Barvych et
+de licentier les trois centz Escouçoys qu'on entretenoit près de luy;
+car, sellon les dernières nouvelles qui sont venues de dellà, il
+s'entend que le dict de Lenoz estoit encores à Esterlin, le XXVIe du
+passé, avec les comtes de Morthon et de Mar, créez lieuctenans du
+jeune Roy son petit filz, jusques au dixième de ce moys; auquel jour
+toutz ceulx de ceste faction se debvoient trouver à Lislebourg pour
+mettre quelque résolution en leurs affères. Ilz ont esté en termes de
+porter le dict jeune Roy au dict Lislebourg affin qu'avec sa présence
+ilz peussent recouvrer le chasteau, mais le lair de Granges a respondu
+que le dict Prince y seroit le bien venu; néantmoins qu'il vouloit
+demeurer le plus fort dedans, attandant que la Royne sa mère et luy
+fussent d'accord comme ilz entendroient qu'il en usast. Cependant la
+dicte Dame a envoyé confirmer à sa dévotion le dict de Granges, et ses
+aultres bons serviteurs de dellà, par le dict sir de Leviston, qui
+leur a apporté, de par elle, trois mil escuz, de la somme que je luy
+ay naguières fornye, affin qu'ilz ayent de quoy se pourvoir des choses
+qui sont nécessaires pour la garde du dict chasteau de Lislebourg et
+de celluy de Dombertrand.
+
+Sur la fin de nostre audience, Sire, j'ay faict mencion à la dicte
+Dame de l'estat auquel sont encores les affères de vostre royaulme, et
+comme Vostre Majesté, ayant donné ung clair tesmoignage au monde de sa
+bonne intention à réunyr toutz ses subjectz, et esgallement les
+conserver, et d'avoir concédé à ceulx, qui se sont ellevez, une si
+grande satisfaction, pour leur religion et pour leurs affères, et
+encores pour la seurté de leur personnes, qu'il ne leur reste plus
+aulcune excuse de ne debvoir poser les armes, ny de quoy pouvoir
+alléguer à la dicte Dame, ny aulx aultres princes protestans, que vous
+pourchassiez d'exterminer leur religion, puysque permettez qu'elle ayt
+cours et exercisse en vostre royaulme; qu'elle veuille donques croyre
+que vous ne cerchez en ceste guerre que le seul recouvrement de
+l'obéyssance qu'ilz vous doibvent; et que leur entreprinse, s'ilz
+passent oultre, ne peult estre dressé que contre vostre estat et
+authorité; et que n'estantz naiz au pareilh degré d'honneur de Voz
+Majestez, il est sans doubte que, s'ilz pouvoient avoir quelque
+advantaige sur vous, que eulx et leurs semblables entreprendroient de
+fère le mesmes, par toutz les aultres estatz de la Chrestienté, pour y
+abattre l'authorité et esteindre le sang royal des princes souverains;
+dont la priez que, s'ilz diffèrent ou reffuzent d'accepter vos
+honnestes offres, qu'elle les veuille tout aussitost priver de toute
+faveur et retraicte en ses portz et pays, et employer ses bons moyens,
+icy et en Allemaigne, et vers les princes protestantz, desquelz ilz
+attandent leur secours, et partout où elle pourra, par mer et par
+terre, qu'ilz ne puissent exécuter leurs mauvaises et violantes
+intentions.
+
+A quoy la dicte Dame m'a respondu que je luy estois tesmoing, que,
+entre ses meilleurs desirs, elle avoit toutjours heu bien expécial
+celluy de la paix de vostre royaulme, et qu'elle espéroit que voz
+subjectz ne se diffameroient tant que de la rejetter, si les
+condicions estoient telles que je disoys; et que d'autresfoys elle
+m'avoit dict qu'elle vouloit réserver une oreille aulx raysons que les
+aultres pourroient alléguer, lesquelz, si n'en avoient de si bonnes
+qu'ilz se peussent bien excuser de l'obéyssance et déposition d'armes
+que Vostre Majesté leur demande, qu'elle les tiendroit puys après pour
+rebelles; et qu'elle croyt que leur longueur vient de ce que les
+exemples du passé leur font peur; comme encore elle pense que, quant
+Dieu vous aura donné la paix, l'on ne cessera, avant deux ans, de vous
+pousser à la guerre, pour oster ceste religion, et mesmes à vous
+anymer contre ce royaulme comme contre ung coin de terre qui sert de
+retrette aulx Protestans; ains qu'elle sçayt bien qu'on a vollu
+imprimer au cueur de Monsieur d'aspirer par ce moyen à quelque
+couronne, mais qu'elle espère que vostre prudence et la sienne, et
+vostre modération, résisteront à si mauvais et pernicieulx conseilz;
+et, quant aulx choses d'Allemaigne, qu'elle m'a naguières adverty de
+ce que l'Empereur luy en avoit escript, et bientost elle attand
+lettres de dellà, desquelles elle me fera part, c'est en substance,
+Sire, ce qui s'est passé en la dicte audience. Sur ce, etc.
+
+ Ce XIVe jour de juillet 1570.
+
+ Tout présentement viennent d'arriver les commissaires de
+ Flandres, que le duc d'Alve a envoyez pour venir visiter les
+ prinses et en fère l'évaluation. Et semble que l'espérance de
+ liberté est prolongée au duc de Norfolc encores pour trois moys.
+
+
+
+
+CXXIIe DÉPESCHE
+
+--du XIXe jour de juillet 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet_.)
+
+ Audience accordée à Mr de Poigny et à l'ambassadeur.--Refus de la
+ reine d'Angleterre de laisser passer Mr de Poigny en
+ Écosse.--Consentement qu'elle lui accorde de se rendre auprès
+ de Marie Stuart.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, la Royne d'Angleterre nous a prolongé six jours entiers sa
+responce, et, le septiesme, elle nous a mandé venir à Otland pour la
+nous fère, qui y sommes arrivez sur le poinct qu'elle estoit preste
+d'en desloger, à cause que, la nuict précédante, quelques ungs y
+estoient mortz si soubdainement qu'on eust souspeçonné que ce fût de
+peste. Néantmoins s'estans ceulx de son conseil incontinent assemblez,
+Mr de Poigny et moy avons esté premièrement introduictz vers eulx, et
+ilz nous ont faict entendre par milor Chamberlan ce qui s'en suyt:
+
+Que la Royne, leur Mestresse, ne voulant aulcunement contradire la
+parolle de Vostre Majesté, en ce que mandiez avoir dépesché Mr de
+Poigny vers elle, sur l'instance que son ambassadeur vous en avoit
+faicte, elle a estimé avoir occasion de vous en remercyer, comme elle
+faict de bon cueur; mais qu'elle vous prie, Sire, de croyre que son
+ambassadeur n'a poinct heu ceste charge; et, quant à celle, qu'avez
+donnée au dict Sr de Poigny, d'assister par deçà au tretté qui se fera
+entre elle et la Royne d'Escoce, encor que ce soit chose apartenant à
+elles deux, où nul aultre qu'elles et leurs subjectz n'ont que voir,
+et où l'arbitrage ny l'authorité de nul aultre prince n'est requise,
+néantmoins elle est contante que, luy ou moy, ou toutz deux ensemble,
+interveignons pour Vostre Majesté en ce qui s'y fera, comme en ung
+acte qu'elle veult vous estre tout clair et cogneu; et au regard
+d'aller visiter la Royne d'Escoce, qu'ilz layssoient à la Royne, leur
+Mestresse, d'en tretter avecques nous; mais, quant à passer plus avant
+jusques en Escoce, de tant que cella leur sembloit debvoir plus
+aporter d'empeschement que de proffict au tretté, et possible
+engendrer de grandes difficultez en tout l'affère, comme desjà ung
+pareil exemple les en avoit faictz saiges, qu'ilz avoient tout
+librement dict à la dicte Dame, qu'il n'estoit besoing qu'elle l'y
+layssât passer; à cause de quoy ilz prioient Vostre Majesté de trouver
+bon que, pour n'interrompre ung si bon oeuvre, il se déportast
+entièrement d'y aller.
+
+A quoy ayant le dict Sr de Poigny fort particullièrement et bien
+respondu, et s'estant principallement arresté à ne debvoir estre
+aulcunement empesché de passer en Escoce, par des raysons très
+aparantes, qu'il leur a sagement et fort vifvement remonstrées; et y
+ayant aussi fort fermement incisté de ma part, avec prière qu'ilz le
+vollussent acompagnier d'ung aultre gentilhomme des leurs pour pouvoir
+esclayrer ses actions, affin de n'en prendre point de deffiance, nous
+les avons fort pressez de n'uzer en chose de si petite importance,
+laquelle n'estoit que pour leur proffict, d'aulcun reffuz qui vous
+peult ou mal contanter, ou préjudicier à la liberté des trettez.
+
+Sur quoy iceulx seigneurs, ayantz de rechef miz l'affère en
+dellibération, nous ont, par le secrétaire Cecille, présens toutz les
+aultres, faict dire que, considéré que en ceste cause les personnes
+qui y interviennent sont Vostre Majesté, la Royne leur Mestresse et
+la Royne d'Escoce, sçavoir: les deux comme principalles en intérest,
+et Vous, Sire, comme allyé fort estroit à l'une, et en bonne amytié
+avecques l'aultre; et que la matière touche principallement à leur
+Mestresse comme invahye en son tiltre, et au nom, armes et enseignes
+de son estat, par la Royne d'Escoce; laquelle n'a jamais vollu,
+quelque dilligence qu'on en ayt sceu fère, aprouver le tretté sur ce
+faict avec ses depputez, bien que légitimement authorisez du feu Roy
+son mary, vostre frère, non sans indignité de ceste couronne:
+considéré aussi que ceulx, qui tiennent son party en Escoce, non
+seulement ont retiré les rebelles d'Angleterre, ains se sont joinctz
+avec eulx pour venir assaillyr ce royaulme, et que, nonobstant tout
+cella, ainsy que les choses estoient en termes de quelque modération
+entre le comte de Sussex et les Escossoys, au moys d'apvril dernier,
+survenant là dessus ung gentilhomme françoys, tout fut interrompu, et
+commancèrent incontinent ceulx du dict party de la Royne d'Escoce de
+tumultuer et de devenir si insolantz, que le dict de Sussex fut
+contrainct de exploicter ses forces contre eulx; et encores tout
+freschement le sir de Leviston n'a esté sitost par dellà que ceulx de
+la frontière d'Escoce n'ayent incontinent entreprins de courre et
+piller celle d'Angleterre: considéré aussi que le dict sir de Leviston
+sera en brief de retour avec les aultres depputez du royaulme,
+lesquelz, si ne sont desjà partys, sont si près de le fère, que le
+mieulx qu'adviendroit au dict Sr de Poigny seroit ou de les faillyr en
+chemyn, ou de les rencontrer en lieu, d'où possible ilz ne vouldroient
+passer plus avant, jusques à ce que sa légation fût entendue de ceulx
+qui les envoyent, qui seroit d'aultant retarder la besoigne; joinct
+que; tant plus nous incisterions au dict voyage, plus nous le leur
+rendrions suspect, et leur donrions à penser que Vostre Majesté ne
+l'auroit commandé, ny pour satisfère à leur ambassadeur, ny pour
+l'utillité de leur Mestresse, ainsy que nous nous esforcions de le
+leur persuader; ilz percistoient, en ce qu'ilz avoient desjà conseillé
+à la dicte dame, qu'il n'estoit aulcunement expédiant que le dict Sr
+de Poigny passât oultre. Bien nous vouloient, quant au reste, donner
+seurté pour elle qu'aussitost que les dicts seigneurs escouçoys
+seroient arrivez, elle sera preste de procéder sur les affères d'entre
+la Royne d'Escoce et elle, sellon le tretté qui en a desjà esté
+commancé avecques moy, et dont j'en ay mis quelque forme en escript,
+et d'entendre à la restitution de la dicte Dame, aultant, qu'avec son
+honneur et sa seureté, elle le pourra fère.
+
+Et sont demeurez si fermes en cella que, ne pouvant gaigner rien
+davantaige avec eulx, nous sommes allez trouver leur Mestresse; et
+elle nous a tenu le mesmes langaige, adjouxtant seulement, pour le
+regard de l'indignité et moquerie, que nous alléguions estre en cest
+empeschement du voyage du dict Sr de Poigny en Escoce, puysqu'il
+estoit si avant, qu'elle prenoit en sa charge d'en contanter Vostre
+Majesté; mais, quant à aller devers la Royne d'Escoce, s'il me
+sembloit que d'une telle visite, après les occasions que je sçavois
+bien qu'elle luy avoit données de beaucoup d'offances, et sur
+l'opinion qu'on pourroit prendre que ce fût par craincte ou par
+menaces qu'elle l'ottroyoit, il n'en peult advenir de préjudice à sa
+réputation, ny aulcun intérest à votre commune amytié, qu'elle estoit
+contente de le permettre.
+
+Sur quoy je l'ay priée de prendre de bonne part l'honneste office que
+Vous, Sire, faisiez envers vostre belle soeur, et qu'elle layssât aux
+mal affectionnez, d'y donner telle interprétation qu'ilz vouldroient,
+car ce ne pourroit jamais estre qu'à la louange de sa bonté, et vertu,
+et encores à son honneur et proffict. Et ainsy, Sire, elle a donné
+saufconduict au dict Sr de Poigny d'aller trouver la dicte Dame; chose
+que nous n'espérions guyères et laquelle monstre desjà debvoir estre
+de beaucoup de moment pour vostre service, en ce royaulme et en celluy
+d'Escoce. Et avant s'acheminer, le dict Sr de Poigny a advisé de
+donner entier compte de toute sa négociation à Voz Majestez, ainsy
+qu'il vous plairra le voyr par ses lettres, ne voulant, Sire, pour
+quelques aultres empeschemens, qui commancent de paroistre tout de
+nouveau en cest affère, venantz de lieu d'où moins vous l'attandiez,
+laysser d'espérer que la paix de vostre royaulme ne soit pour bientost
+vuyder ceste, et encor d'aultres plus grandes difficultez; ainsy que
+ceste Royne n'a vollu finir l'audience sans monstrer une conjouyssance
+du bon espoir qu'elle dict avoir d'icelle, et que ce luy sera aultant
+de joye, de santé et de bon portement, si elle en peult bientost
+entendre la conclusion. Sur ce, etc. Ce XIXe jour de juillet 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, nous n'avons peu, pour ce coup, obtenir rien de mieulx en la
+négociation de Mr de Poigny que de luy permettre qu'il puysse aller
+visiter la Royne d'Escoce de la part de Voz Majestez; qui n'est si
+peu, Madame, qu'on ne le tienne icy en beaucoup, et que la réputation
+de vostre couronne n'en semble estre en quelque chose relevée, et
+qu'on ne commance de bien espérer de tout le reste. Nous avions, avant
+aller à ceste segonde audience, heu advertissement de certaynes
+traverses, que la communication du Sr dom Francès avec Mr de Norrys
+vous y faict, qui a esté cause que j'ai, avec le plus de véhémence et
+d'affection que j'ay peu, touché à la Royne d'Angleterre les poinctz
+qui la doibvent asseurer de vostre amytié, et ceulx qui la luy peuvent
+rendre utille et pleyne de confiance, et le mesmes aulx seigneurs de
+son conseil; dont le comte de Lestre et le secrétaire Cecille m'ont
+despuys recerché de plus estroicte conférance avec eulx; et Mr de Roz
+a raporté d'elle, et d'eulx, plus amples promesses sur l'advancement
+de toutz les affères de sa Mestresse; ainsy que plus en particullier
+je le vous manderay, dans quatre ou cinq jours, que je dépescheray ung
+des miens devers Vostre Majesté. Et vous diray cependant, Madame, que
+le dict Sr Norrys a mandé qu'il y avoit grand apparance que la paix
+succèderoit bientost, ce qui faict monstrer ceulx cy en meilleure
+disposition vers toutes les choses de vostre service. Ilz sont après à
+jetter cinq grandz nayyres avec mil hommes dehors, avitaillez pour
+deux moys, par prétexte d'aller réprimer les pirates, mais c'est pour
+le souspeçon qu'ilz se donnent de l'armement du duc d'Alve; auquel
+toutesfoys ceste Royne a naguières, par persuasion du dict Sr Norrys,
+escript une lettre pleyne d'affection, affin de prendre asseurance de
+luy, et luy en donner tout aultant d'elle, touchant le passaige de la
+Royne d'Espaigne. J'entendz qu'il est arrivé plusieurs lettres
+d'Allemaigne, et entre autres du comte Pallatin, qui semble inviter
+ceste princesse à desirer la paix de France. Sur ce, etc.
+
+ Ce XIXe jour de juillet 1570.
+
+
+
+
+CXXIIIe DÉPESCHE
+
+--du XXVe jour de juillet 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrétaire._)
+
+ Délibération du conseil sur la mise en liberté du duc de
+ Norfolk.--Dispositions prises par Élisabeth pour apaiser les
+ troubles de son royaume.--Préparatifs maritimes et militaires
+ dont on doit se défier en France, malgré les assurances de paix
+ et d'amitié données par la reine, et la bonne volonté qu'elle
+ montre à l'égard de Marie Stuart.--Nouvelles d'Écosse et
+ d'Allemagne.--_Mémoire général_ sur les affaires
+ d'Angleterre.--Détail des mesures prises en Angleterre pour se
+ défendre contre toute agression.--Bonnes dispositions montrées
+ en faveur de Marie Stuart et du duc de Norfolk.--_Mémoire
+ secret_. Intrigues de l'Espagne en Angleterre pour traverser
+ tous les projets de la France.--Mission secrète de don Francès
+ d'Alava.--Désir du cardinal de Chatillon de voir la
+ pacification s'établir en France; conditions auxquelles les
+ protestans offrent de se soumettre.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, aujourduy, et tout demain, la Royne d'Angleterre sera en la
+mayson du comte de Betford, à XX mil d'icy, où elle a mandé venir son
+garde des sceaulx et ses aultres principaulx conseillers pour
+dellibérer de la liberté du duc de Norfolc; de laquelle l'on luy donne
+grande espérance qu'il la pourra obtenir bientost, à tout le moins
+d'estre remiz en sa mayson. Et de là, la dicte Dame veult continuer
+son progrez, sans toutesfoys esloigner guières plus que de trente mil
+la ville de Londres vers Suffoc, Norfolc et Sussex, affin d'appayser
+ces trois pays, qui sont voysins d'ici, lesquels ont monstré d'estre
+disposez à quelque nouveaulté; et elle espère de modérer par sa
+présence l'affection des hommes, et fère exploicter la justice contre
+ceulx qui sont prins, et abattre toute l'intelligence qu'on luy faict
+acroyre que les estrangiers ont en ces quartiers là; et, par mesme
+moyen, pourvoir à la seureté de ses portz tout le long d'icelle
+frontière, ainsy que, à grande dilligence, elle les faict fortiffier,
+à cause qu'ilz sont exposez vers Holande et Zélande; d'où elle crainct
+les entreprinses du duc d'Alve, nonobstant que dom Francès d'Alava
+ayt, à ce qu'on dict, remiz elle et luy à traicter amyablement et par
+lettres bien gracieuses l'ung avec l'aultre, et que le dict duc luy
+ayt freschement envoyé des depputez sur le faict des prinses; mais ces
+démonstrations ne la peuvent tant asseurer, comme les aultres
+apparances de la sublévation, qu'elle a senty en son pays, et le
+raport qu'on luy faict, qu'en l'armement de Flandres se prépare
+d'embarquer trois mil chevaulx, grand nombre de gens de pied, force
+artillerye, pouldres, pionniers, monitions et tout aultre appareil de
+guerre, la mettent en deffiance. De quoy est advenu que la dicte Dame,
+despuys six jours, a faict arrester toutz les navyres tant estrangiers
+que aultres, qui sont par deçà, et serrer les passaiges, et envoyé son
+admiral à Gelingan et le long de la Tamise pour ordonner une armée de
+mer, du plus grand nombre de vaysseaulx et de maryniers qu'il luy sera
+possible, affin de l'avoir preste à tout momant, quant il sera
+besoing; et commande aussi qu'on tienne deux mil chevaulx et huict mil
+hommes de pied toutz pretz. Dont je suys après, Sire, de regarder si
+cest appareil se feroict poinct à quelque aultre fin contre vostre
+service; mais, encore que je n'en descouvre rien, je vous suplie
+néantmoins, Sire, très humblement que cecy vous serve d'ung adviz pour
+ne laysser à l'arbitre des Anglois rien du vostre, qui ne soit pourveu
+contre les entreprinses qu'ilz y pourroient fère; car vostre royaulme
+est ouvert et exposé à toutes injures, tant que cette guerre durera.
+
+Je veulx toutesfoys bien asseurer Vostre Majesté que ceste Royne et
+les siens m'ont, despuys dix jours, tenu des propos plus exprès de la
+confirmation d'amytié entre Voz Majestez, et de la persévérance de
+paix entre voz deux royaulmes, qu'ilz n'avoient faict despuys que je
+suys en ceste charge; ny Mr de Roz, ny moy, ny toutz ceulx qui portons
+icy le faict de la Royne d'Ecosse, n'avons jamais mieulx espéré de la
+restitution d'elle que meintennant; mais il ne se fault arrester aux
+parolles ny aparances de ceulx cy, ains se donner garde d'eulx,
+puysqu'ilz se mettent en armes. La dicte Royne d'Escoce aura un
+singulier playsir, et une fort grande consolation, d'estre visitée par
+Mr de Poigny de la part de Voz Majestez, et ne vous sçaurois exprimer,
+Sire, combien ung chacun estime que cella luy sera ung commancement de
+bonheur et ung advancement au reste de toutz ses affères, ès quelz
+l'on nous promect toutjours une prompte expédition, aussitost que les
+depputez d'Escoce seront arrivez; mais je crains qu'ilz soyent
+retardez pour l'occasion d'une assemblée, que ceulx du party du jeune
+Prince se vouloient esforcer de tenir à Lislebourg, le Xe de ce moys,
+pour y créer ung régent; à quoy le duc de Chastellerault et le comte
+de Honteley délibéroient de s'oposer, et à cest effect s'estoient
+acheminez avecques bonnes forces vers le dict Lislebourg. L'opinion,
+que ceulx cy ont, que la paix se doibve conclurre en vostre royaulme
+les faict monstrer mieulx disposez aulx choses d'Escoce, et si
+d'avanture elle succède, je pense qu'ilz passeront oultre à les
+accommoder.
+
+J'entendz que les nouvelles d'Allemaigne sont que l'Empereur n'advance
+guières rien en la diette, et que les seulz ecclésiastiques le sont
+venuz trouver; qu'il semble que les princes protestans, pour
+empescher qu'il ne puisse fère créer son filz roi des Romains, se
+veulent servyr d'une ancienne observance de l'Empire, que jamais la
+dignité d'Empereur n'a passé successivement que jusques à cinq d'une
+mesme famille, et qu'il est à présent le cinquiesme Empereur de la
+maison d'Autriche, à quoy les princes éclésiastiques ne monstrent
+guières contradire pour ne laysser aller cest estat héréditayre; que
+le comte Pallatin est aproché une lieue près d'Espire accompaigné
+seulement de quatre centz chevaulx, offrant de se trouver à
+l'assemblée, si les aultres ellecteurs y viennent; que le reste de la
+trouppe de Heldelberc est entièrement séparée, parce que l'Empereur a
+faict entendre au dict Pallatin et au duc Auguste que, s'ilz se
+tenoient ainsy accompaignez, qu'il manderoit aulx aultres princes de
+l'Empire de s'accompaigner de mesmes, en le venant trouver; qu'il
+semble que le secours, pour ceulx de la nouvelle religion en France,
+est de quelques jours retardé pour attandre que produira ceste diette,
+et aussi pour l'espérance, qu'on a, que la paix se doibve conclurre;
+que le susdict comte Pallatin a exorté ceste Royne et les siens, et
+pareillement le cardinal de Chastillon, de procurer la dicte paix;
+qu'il a esté reffuzé au duc de Bronsouyc de fère une levée aulx terres
+de l'évesque de Munster, et que vers le dict Munster se sussitent les
+mesmes sectes qu'on y a d'aultres foys veues; que les deniers pour
+ceulx de la nouvelle religion en Hembourg seront prestz à fornyr dans
+la fin de ce moys; qu'il y a quelque apparance que le voyage de la
+Royne d'Espaigne sera retardé, et qu'elle ne passera point par
+Flandres, ains yra prendre ung aultre chemin, et que, à cause de
+cella, l'on estime que le duc d'Alve commancera de réduyre bientost
+son armement à ung moindre équipage, qui ne soit que pour combattre
+seulement les vaysseaulx du prince d'Orange, lesquelz, en la prinse
+qu'ilz ont faicte de deux grandz navyres de conserve, qui alloient
+conduire une flotte vers Espaigne, et d'ung vaysseau de la dicte
+flotte, ilz ont jetté en mer toutz les Espaignolz, qui estoient
+dessus; et despuys le Sr de Galeace Fregose qui est icy, et ung aultre
+gentilhomme, qui se dict escuyer du prince d'Orange, ont esté faictz
+cappitaines des dicts deux grandz navyres de conserve, lesquelz ilz
+rabillent en dilligence pour s'aller incontinent joindre aulx aultres.
+Sur ce, etc. Ce XXVe jour de juillet 1570.
+
+ INSTRUCTION DES CHOSES qu'il fault fère entendre à Leurs
+ Majestez, oultre le contenu des lettres:
+
+ Qu'il semble que, par l'examen des gentishommes qui ont esté
+ prins en Norfolc, l'on a descouvert que l'assemblée, qu'ilz
+ prétandoient de fère le jour de St Jehan au dict pays, n'estoit
+ pour chasser les estrangiers, ainsy qu'ilz le donnoient à
+ entendre, ains pour commancer une généralle ellévation en ce
+ royaulme, tendans à trois fins: l'une, de changer l'estat du
+ gouvernement; l'aultre, de recouvrer l'exercice de la religion
+ catholique; et la tierce, de tirer le duc de Norfolc hors de
+ prison: sur lesquelz trois poinctz se trouve qu'ilz avoient desjà
+ minuté une proclamation pour l'envoyer publier partout.
+
+ Et cella, avec la bulle qui est formelle contre ceste Royne, et
+ avec ung escript qui a despuys couru, encores plus formel, contre
+ aulcuns de ses conseillers, (et nomméement contre Quiper,
+ Cecille, le chancellier du domayne et le chancellier des comptes,
+ et dont la conclusion d'icelluy est que la communauté du
+ royaulme, quoyque coste, veult avoir la religion catholique), met
+ ceulx cy en une indubitable opinion qu'il y a une grande
+ conjuration desjà dressée dans le pays;
+
+ Et qu'elle est fomentée par le Roy et le Roy d'Espaigne, sans le
+ consentement desquelz le Pape, comme ilz disent, n'eust jamais
+ osé expédier une bulle si rigoureuse comme il a faict; joinct que
+ l'armement qu'ilz entendoient se préparer en Bretaigne pour
+ colleur de secourir les Escouçoys, et l'apareil du duc d'Alve,
+ trop plus grand qu'il ne sembloit estre requis pour le passaige
+ de la Royne d'Espaigne, leur a faict croyre, jusques icy, que
+ tout cella se dressoit contre eulx en faveur des Catholiques de
+ ce royaulme.
+
+ Dont, pour y remédier, ilz ont, en premier lieu, expédié une
+ ordonnance fort furieuse, du dernier du moys passé, contre les
+ porteurs de bulles et semeurs de ces libelles; laquelle porte
+ commission d'apréhender les autheurs d'iceulx, si fère se peult,
+ affin de les punir et de descouvrir par eulx qu'est ce qu'il y a
+ de plus caché en leurs déllibérations.
+
+ Après, ilz ont dépesché trente cinq lettres aulx trente cinq
+ comtes de ce royaulme, pour mander aulx officiers qu'ilz ayent à
+ fère enroller promptement en chacune d'icelles, sellon sa portée,
+ ung nombre d'hommes, jusques à cinquante mil en tout, tant de
+ pied que de cheval, et à iceulx bailler cappitaines, lieutenantz,
+ enseignes, tabourins et trompettes, et leur ordonner une paye par
+ an d'envyron trois escuz à chacun, et ung peu plus aulx
+ capitaines; dont les deniers se prendront sur le plat pays, avec
+ commandement de fère monstres par tout ce moys, et le continuer
+ puys après de quartier en quartier, et qu'on ayt à les exercer
+ principallement à la haquebutte;
+
+ Et ont ordonné à l'admyral Clynton de dresser ung estat, par
+ lequel il puysse mettre en mer, toutes les foys que la Royne, sa
+ Mestresse, le commandera, cinquante bons navyres de guerre avec
+ douze mil hommes dessus, maryniers et soldatz, et que
+ l'avitaillement en tout aultre appareil en soit prest et tout
+ dressé ez lieux qu'il cognoistra en estre besoing;
+
+ Faisans leur compte de combattre les ennemys en mer, premier que
+ de leur permettre nulle descente par deçà, avec opinion que,
+ quant tout le monde aura bien conjuré contre eulx, qu'ilz
+ pourront avec ceste provision ayséement se deffandre:
+
+ Car jugent que, s'ilz gaignent une bataille navalle, ilz pourront
+ bien garder qu'on n'aproche, puys après, leur coste, et, s'ilz
+ demeurent égaulx, qu'encores empescheront ilz qu'on n'y puysse
+ descendre;
+
+ Et si, d'avanture, ilz perdent, que ce ne pourra estre sans avoir
+ tant rompu les ennemys qu'ilz seront contrainctz de s'en
+ retourner pour se reffère; que si, à toute extrémité, il advient
+ que les ennemys facent quelque descente, qu'allors les cinquante
+ mil hommes se trouveront prestz pour les combattre au
+ désembarquement.
+
+ Lequel apareil inthimide grandement les Catholiques, lesquelz si
+ l'esté se passe sans qu'il aparoise quelque confort pour eulx, ne
+ s'attandent de moins que d'estre fort rigoureusement trettez
+ l'yver prochain; car ilz voyent que leurs adversayres, lesquelz
+ ont la Royne, l'authorité et la force en leurs mains, commancent
+ desjà de les menacer, et monstrent de n'attandre sinon que le
+ temps les asseure contre les entreprinses des estrangiers pour y
+ mettre la main.
+
+ Et avoient les dicts Catholiques prins pour mauvais signe la
+ longueur que ceulx de ce conseil usoient ez affères de la Royne
+ d'Escoce, et en ceulx du duc de Norfolc; vers lesquelz, à cause
+ de ces rescentes deffiances, ilz voyoient qu'ilz alloient
+ changeant toutes leurs premières bonnes dellibérations, car ilz
+ remettoient de commancer le tretté avec l'ambassadeur de la dicte
+ Dame jusques à la venue des depputez d'Escoce; et sur ceulx du
+ duc, ilz luy avoient faict dire, le XIIe de ce moys, que, pour
+ aulcunes occasions, qui estoient fort considérables, la Royne, sa
+ Mestresse, estoit conseillée de ne luy ottroyer sa liberté
+ jusques après la St Michel, qui monstre bien qu'ilz ne vouloient
+ que gaigner temps; et cependant ilz travailloient de se liguer
+ davantaige avec les princes protestans.
+
+ Et n'avoit esté sans apparance que les dicts Catholiques eussent
+ fondé grande espérance en l'apareil du duc d'Alve, et possible
+ encores quelque peu en cellui qu'ilz entendoient estre prest en
+ Bretaigne, mais la venue des depputez de Flandres la leur oste de
+ ce costé là; et l'opinion, qu'ilz ont, que la guerre doibve
+ continuer en France la leur fait perdre de l'aultre.
+
+ Cella surtout les descoraige qu'ayantz, jusques à ceste heure,
+ pensé que le Roy d'Espaigne et ses ministres procèderaient de
+ bonne intelligence avecques le Roy sur les affères de la Royne
+ d'Escoce, qui sont conjoinctz avec ceulx de la religion
+ catholique en ce royaulme, ainsy que je m'en estois quelquefoys
+ prévalu; et comme aussi nulle aultre chose n'avoit, tant que
+ ceste cy, retenu ceulx de ce conseil en quelque crainte, il s'est
+ meintennant descouvert qu'il va tout aultrement, et que dom
+ Francès d'Alava a tenu de telz propos à Mr Norrys, (ainsy que le
+ dict Norrys l'a escript par ses dernières lettres, arrivées à sa
+ Mestresse, pendant que Mr de Poigny et moy attendions sa
+ responce,) que aulcuns, qui en ont heu assés tost la
+ communication, m'ont tout incontinent adverty que, à l'ocasion
+ d'iceulx, nous serions fort mal responduz; et que toutz les
+ affères, où le Roy Très Chrestien pouvoit avoir intérestz par
+ deçà, en demeureroient fort traversez.
+
+ Qui a esté cause que, en l'audience ensuyvant, je me suys
+ eslargy, premièrement vers les seigneurs de ce conseil, parce
+ que, d'arrivée, nous avons esté introduictz vers eulx, et puys
+ envers la dicte Dame, en toutz les plus francz et ouvertz propos,
+ que j'ay estimé les pouvoir confirmer en l'amytié du Roy, et à
+ bien espérer d'icelle, sans toutesfoys toucher ung seul mot ni du
+ Roy d'Espaigne, ny de ses ministres; et est advenu, sur noz
+ remonstrances, que l'on nous a accordé une partie de ce que nous
+ demandions, et qu'on nous a faict, sur le reste, assés meilleure
+ responce que l'on n'espéroit, ainsy que je l'ay mandé par mes
+ précédantes.
+
+ Et bien qu'à la grande instance de Madame de Lenoz, l'on eust
+ auparavant envoyé par mer vers le North un nombre d'armes, de
+ pouldres et d'argent, pour les fère tenir au comte de Lenoz en
+ Escoce, j'ay sceu néantmoins que, despuys cella, la Royne
+ d'Angleterre a dict à la dicte dame de Lenoz qu'elle estoit
+ résolue de remettre la Royne d'Escoce en son royaulme, sur les
+ offres qu'elle et le Roy luy faysoient, qui estoient telles
+ qu'avec son honneur elle ne les pouvoit reffuzer. A quoy la dicte
+ dame de Lenoz ayant respondu que la dicte Royne d'Escoce n'en
+ observeroit rien, la Royne luy a répliqué que si feroit, parce
+ qu'elle l'y obligeroit à peyne d'estre privée de la succession de
+ ce royaulme, si elle y contrevenoit, car aultrement elle ne luy
+ en vouloit fère tort; et n'a la dicte dame de Lenoz peu gaigner
+ rien davantaige, encore qu'elle ayt très instantment priée la
+ dicte Dame que, si elle persévérait en ceste vollonté, il luy
+ pleût de mander à son mary qu'il s'en retornât.
+
+ Et le secrétaire Cecille m'a mandé que je croye fermement qu'il
+ ne sera miz aulcun retardement ez affères de la Royne d'Escoce,
+ et qu'il ne cerche, de sa part, que la seurté de sa Mestresse,
+ laquelle estant mortelle, et n'y ayant, après elle, nul plus
+ prochain au droict de ceste couronne que la Royne d'Escoce, qu'il
+ ne luy sera, ny meintennant, ny à l'advenir, jamais contraire; et
+ le mesmes a il confirmé à l'évesque de Roz, avec lequel il est
+ desjà entré si avant en matière qu'ilz sont quasi d'accord de
+ toutz les poinctz, qui sembloient estre les plus différantz.
+
+ Encores, monstrent les affaires du duc de Norfolc qu'ilz pourront
+ aussi mieulx réuscyr que la responce du XIIe du présent ne le luy
+ faisoit espérer, et que la Royne permettra qu'ilz soient, dans
+ trois ou quatre jours, miz en dellibération pour après estre
+ procédé à sa liberté, sellon qu'ung chacun dict qu'il demeure
+ fort deschargé et justiffié de toutes les choses qu'on luy
+ pourrait imputer.
+
+ Je veulx bien advouher que je ne cognois rien de plus exprès en
+ ceulx cy que leur simulation, ny rien de plus certain que leur
+ inconstance; par ainsy, je ne puys fère grand fondement sur
+ chose qu'ilz disent, ny qu'ilz promettent. Néantmoins ilz peuvent
+ incliner de nostre costé, aussi bien que d'ung aultre, et
+ j'estime qu'il n'est que bon de les y tenir bien disposez, si
+ l'on peult, affin de se prévaloir de la paix qu'on a avec eulx,
+ et évitter les inconvénians et incommoditez qui pourroient
+ advenir, s'ilz se despartoient du tout de nostre intelligence.
+
+ AULTRE INSTRUCTION A PART POUR DIRE A LEURS MAJESTEZ:
+
+ Que, jusques à ceste heure, la Royne d'Angleterre et ses
+ conseillers protestans avoient esté retenuz d'une grande
+ craincte, et les seigneurs, et gens de bien catholiques,
+ conduictz de grande espérance sur le faict de la Royne d'Escoce,
+ et sur toutz les affères de ceste isle, par l'opinion qu'ilz
+ avoient que le Roy d'Espaigne et le duc d'Alve seraient toutjour
+ en bonne intelligence avec le Roy.
+
+ Et n'estoit peu de consolation aus dicts Catholiques de veoir en
+ quelle peyne les dicts Protestans vivoient pour ne sçavoir si la
+ bulle estoit expédiée, ou du propre mouvement du Pape, ou bien
+ par la réquisition du Roy, ou bien à l'instance du Roy
+ d'Espaigne: car ilz disoient que si c'estoit seulement du Pape,
+ ce n'estoit chose de moment; si c'estoit du Roy seul, encor
+ croyoient ilz que Mr le cardinal de Lorrayne l'auroit procuré,
+ sans que pour cella le Roy se vollût trop haster de rien
+ entreprendre; mais, si c'estoit par le commun consentement du Roy
+ et du Roy d'Espaigne, ilz tenoient pour indubitable que
+ l'entreprinse de ceste isle estoit desjà jurée entre eulx.
+
+ En quoy, pour en avoir quelque lumyère, ilz cerchoient de toutz
+ costez s'il se trouveroit que moy, ou Mr l'ambassadeur
+ d'Espaigne, eussions tenu la main à la fère notiffier et publier
+ par deçà, mais il semble qu'ilz n'ont rien trouvé contre moy,
+ sinon qu'il leur est venu un adviz d'Itallie, par la voye de
+ Flandre, comme la dicte bulle a esté expédiée à l'instance de
+ l'ambassadeur de France, qui est à Rome, et que l'ambassadeur du
+ Roy Catholique par dellà n'a faict que y prester son
+ consentement, comme à chose apartenant de si près à la religion
+ catholique qu'il ne luy a esté loysible de la contradire; dont
+ leur semble que j'en debvois estre participant, mais je croy qu'à
+ ceste heure ilz en demeurent toutz esclarcy.
+
+ Et, quant à l'ambassadeur d'Espaigne, parce que Me Felton, lequel
+ est accusé d'avoir affiché la dicte bulle, a confessé, estant sur
+ la question, que le prestre espaignol du dict sieur ambassadeur
+ la luy avoit baillée; qui, pour ceste occasion, s'est despuys
+ absenté, car il estoit commandé de le prandre, quelque part qu'il
+ pourroit estre trouvé, jusques en sa chambre; non seulement l'on
+ en a chargé le dict sieur ambassadeur, ains aussi luy impute l'on
+ les aultres libelles, qui ont couru en ce royaume, contre le
+ garde des sceaux et Cecille, et contre quelques aultres du
+ conseil; mais ne pouvant son prestre estre trouvé, l'on ne sçayt
+ commant procéder contre luy.
+
+ Et n'ont layssé pour cella les Catholiques de s'entretenir
+ toutjour en l'espérance de la faveur du Roy son Maistre et du duc
+ d'Alve, pour les affères de la Royne d'Escoce et de la religion
+ catholique; de sorte que le dict Felton a bien ozé dire tout
+ hardyment qu'il y avoit trente mil hommes de valleur en
+ Angleterre, dont les six mil estoient gentishommes, et vingt cinq
+ milordz parmy, qui estoient toutz prestz d'exposer leurs vies
+ pour la mesmes querelle, qu'ilz le vouloient fère mourir à luy.
+
+ Mais, despuys quelques jours, iceulx Catholiques non seulement se
+ sont retirez de ceste espérance, ains sont entrez en grand
+ frayeur d'estre descouvertz qu'ilz l'ayent heue, parce qu'ilz
+ estiment que le dict sieur ambassadeur ayt communiqué toutes
+ choses au Sr dom Francès d'Alava, lequel ilz tiennent aujourduy
+ pour trop plus grand serviteur de la Royne d'Angleterre que de
+ son Maistre; car Mr Norrys a escript qu'il luy a promiz de
+ disposer si bien les affères de la dicte Dame vers le Roy, son
+ dict Maistre, et vers le duc d'Alve, qu'elle n'a garde de
+ recepvoir aulcun mal ny dommaige d'eulx, et que hardyment elle ne
+ preigne peur des démonstrations et préparatifz du dict duc, car
+ il la veult bien asseurer qu'il n'a aulcun commandement de luy
+ nuyre, ny d'attampter, pour quelque occasion que ce soit, rien
+ par armes contre elle; et qu'au reste le dict dom Francès luy a
+ descouvert que c'est Mr le Nonce, qui est en France, qui a envoyé
+ icy la bulle à l'ambassadeur d'Espaigne pour la publier.
+
+ Duquel acte du dict dom Francès plusieurs seigneurs et gens de
+ bien de ce royaulme se sont fort escandalizez, et les aulcuns se
+ sont confirmés en une opinion, laquelle ilz avoient desjà
+ conceue, que les ministres du Roy d'Espaigne vont procurant vers
+ ceulx cy, et partout où ilz peuvent, la continuation de la guerre
+ de France; et que, voyantz le faict de la Royne d'Escoce, de
+ laquelle ilz s'estoient desjà promiz et l'aliance, et le filz, et
+ le royaulme, et le tiltre d'Angleterre, se conduire meintennant
+ au nom et soubz la faveur du Roy, qu'ilz le veulent traverser; et
+ qu'ilz sont jalouz de ce que aulcuns seigneurs de ce royaulme se
+ monstrent bien affectionnez à Leurs Très Chrestiennes Majestez,
+ qui est ung propos qu'on m'a tenu, présent Mr de Poigny, auquel
+ je réserve d'en fère entendre le surplus à Leurs Majestez, à son
+ retour; et adjouxteray seulement icy une preuve, que le duc
+ d'Alve nous a donné de son intention en ce [qu'ayant le Pape
+ envoyé, par la banque d'Anvers, douze mil escuz, pour les
+ gentishommes fuytifz d'Angleterre, il a conseillé qu'on ne leur
+ envoye ny tout, ny partie de la somme, tant qu'ilz seront en
+ Escoce, et par ce moyen il a interrompu le dict secours.]
+
+ Il est bien certain que, jouxte ceste communication grande
+ d'entre dom Francès et le dict Sr Norrys, ceste Royne a naguières
+ escript une bonne lettre au Roy d'Espaigne, laquelle le dict dom
+ Francès a prins en sa charge de la luy fère tenir, et une aultre
+ au duc d'Alve, par laquelle elle l'exorte de vouloir entretenir
+ l'alliance d'entre ceste couronne et la mayson de Bourgoigne,
+ comme, de sa part, elle la veult entièrement conserver: et, quant
+ aulx prinses, qu'elle est preste d'y satisfère de sa part, en ce
+ qu'il s'y veuille disposer de la sienne, et qu'il veuille
+ depputer des personnaiges propres pour en accorder, qui ne soyent
+ de ceulx qui veulent troubler ce royaume, ainsy que
+ l'ambassadeur, icy résidant, et ceulx, qui cy devant y ont esté
+ envoyé, se sont esforcez de le fère; et que de l'apareil qu'elle
+ entend qu'il faict bien grand par mer, il ne veuille rien
+ attampter en ses portz, car elle offre toute faveur et seur accez
+ en iceulx à la Royne d'Espaigne et à ceulx de sa troupe: tant y a
+ que l'ambassadeur d'Espaigne, nonobstant tout cella, ne laysse
+ d'estre bien fort offancé contre dom Francès, de ce qu'il a parlé
+ de la bulle, et desjà il en a escript au duc d'Alve.
+
+ J'ay faict sonder, par interposée personne, Mr le cardinal de
+ Chatillon et le Sr de Lumbres quel desir ilz avoient à la paix et
+ à transférer la guerre hors de France; et voycy ce qui m'a esté
+ raporté des propos du dict sieur Cardinal: qu'il desire
+ infinyement la dicte paix, espérant par icelle jouyr de la bonne
+ grâce de Leurs Majestez et de six vingtz mil {lt} de rante en
+ France, en lieu de mille pouvrettez et indignitez, qu'il
+ s'esforce de supporter, le plus dignement qu'il peult, en
+ Angleterre;
+
+ Que se souvenant que le Roy, et la Royne, et Monsieur, pour
+ fermeté de l'aultre dernière paix, luy firent l'honneur de luy en
+ donner leur promesse de leurs propres mains dans la sienne, et
+ que ceulx, qui la leur ont faicte rompre, sont ceulx mesmes avec
+ qui ilz ont à conclurre meintennant ceste cy, les cheveulx luy en
+ dressent de frayeur;
+
+ Que le Roy a la paix très ferme et bien asseurée, toutes les foys
+ qu'il luy playrra, à bon esciant, que ceulx de la religion
+ puyssent vivre, en conscience et honneur, soubz la faveur de sa
+ protection, en son royaulme;
+
+ Que, de transférer la guerre ailleurs, c'est ce que son frère,
+ Monsieur l'Admyral, a toutjour desiré, mais de le fère
+ meintennant, et laysser ceulx, qui sont de leur mesmes religion,
+ estre cependant massacrez, murdriz et ruinez en leurs maysons, en
+ France, par ceulx qui ont la justice et l'authorité et les forces
+ à la main, ilz sont entièrement tout résoluz du contraire;
+
+ Que, si le Roy les veult recepvoir en sa bonne grâce, et leur
+ ottroyer la dicte paix et seurté qu'ilz luy demandent, comme à
+ ses bons subjectz, et qu'il se veuille servyr de son frère et de
+ luy, ilz ont en main de quoy luy fère le plus grand et le plus
+ notable service, que sa couronne ny nul de ses prédécesseurs
+ ayent receu de deux centz ans en cà;
+
+ Qu'il cognoist bien que les Anglois ne cerchent de fère rien pour
+ la religion en ceste guerre, ains de travailler la France, et
+ qu'il crainct bien que, se faisant la paix, l'on ne le layrra
+ sortir, de trois moys après, de ce royaulme.
+
+ Quant au susdict de Lumbres, lequel s'intitulle ambassadeur de
+ toutz les princes protestans vers ceste Royne, l'on m'a dict
+ qu'il desire aussi bien fort la paix de France, et vouldroit que
+ la guerre fût desjà transférée aulx Pays Bas, et n'eust tenu à
+ luy que la descente, que ceulx de la Rochelle dellibéroient de
+ fère en quelque port de Normandie ou Picardie, si Sores ne fût
+ allé sur la route des Indes, ne se fût faicte en Olande: et desjà
+ luy et beaucoup de ceulx de son pays font estat, par ceste paix,
+ de se retirer en France, car semble qu'il y ayt mutuelle
+ obligation entre les Françoys et Flamans, qui sont de ceste
+ religion, de se subvenir les ungs aulx aultres, et de ne cesser,
+ qu'ilz ne soyent toutz remiz en leur maysons pour y pouvoir vivre
+ en seurté avec l'exercice de leur religion.
+
+ Aulcuns Françoys de la dicte religion, qui sont icy, ne prennent
+ nul party, attandans la dicte paix; ou bien, si elle ne succède,
+ ilz dellibèrent de recourir à la grâce et clémence de Sa Majesté.
+
+
+
+
+CXXIVe DÉPESCHE
+
+--du XXXe jour de juillet 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
+
+ Crainte des Anglais qu'une ligue générale n'ait été formée contre
+ eux.--Résolution du conseil de rendre la liberté au duc de
+ Norfolk, et de lever une forte armée navale.--Armement de la
+ flotte.--Mission de Me Figuillem dans les
+ Pays-Bas.--Déclaration faite à l'ambassadeur que l'armement de
+ la flotte n'a d'autre objet que de rendre les honneurs à la
+ reine d'Espagne sur son passage, et de se tenir en défense
+ contre les entreprises que pourrait tenter le duc d'Albe.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, s'estant la Royne d'Angleterre aperceue que le mal de son pied
+empyroit par le travail de son progrez, encore qu'elle n'allât qu'en
+coche, elle s'est arrestée à Cheyneys, qui est celle mayson du comte
+de Betfort, où je vous ay mandé, par mes dernières, qu'elle debvoit
+demeurer tout le XXVe et XXVIe de ce moys; mais elle y a séjourné
+davantaige, et n'en bougera encores de quelques jours. Ceulx de son
+conseil se sont assemblez au dict lieu pour prendre quelque bon ordre
+sur aulcunes choses qu'ilz ont veu estre aultres, ou bien avoir aultre
+événement, qu'ilz ne pensoient; premièrement, sur la détention du duc
+de Norfolc, par laquelle, au lieu d'en avoir assoupy et retardé les
+troubles de ce royaulme, ilz cognoissent meintennant que c'est par là
+qu'ilz les ont advancez et faict naistre, car auparavant il n'y en
+avoit point; et sur la guerre d'Irlande, laquelle ilz cuydoient desjà
+achevée, ilz ont nouvelles que, despuys naguyères, l'on s'y est bien
+battu, et que ceulx du party de la Royne, leur Mestresse, ont heu du
+pyre, et que mesmes les saulvaiges monstrent de vouloir passer
+oultre, et qu'ilz attandent du secours d'ailleurs; aussi sur le faict
+de la Royne d'Escoce, duquel, parce que Vostre Majesté le porte et le
+favorise, ilz voyent que toutz leurs affères d'Escoce en succèdent si
+mal qu'ilz sont bien en peyne commant le remédier; pareillement sur
+leurs différans des Pays Bas, lesquelz viennent meintennant à leur
+estre de tant plus suspectz, que, par le pardon général publié en
+Envers par le duc d'Alve, à vestemens blancz[11], le XVIe de ce moys,
+où l'on leur faict acroyre que le prince d'Orange est comprins, et
+qu'on a randu ses biens à ses enfans; et aussi par l'accord des Mores
+en Espaigne[12], ilz estiment que les affères du Roy d'Espaigne
+demeurent si establys en ses pays qu'il n'a rien plus à fère
+meintennant que se rescentyr de l'injure, qu'ilz luy ont faicte et à
+ses subjectz, ainsy que le duc d'Alve semble d'en avoir l'apareil tout
+prest; et encores sur la paix de vostre royaulme, laquelle, de tant
+qu'ilz la tiennent desjà comme conclue, sans qu'ilz s'en soyent
+meslez, ilz craignent que Vostre Majesté se veuille de mesmes conduyre
+meintennant en icelle vers eulx, comme ilz se sont assés mal déportez
+vers vous durant la guerre; mais principallement sur la division et
+mal contantement de leurs propres subjectz, d'où ilz prévoyent que,
+s'il n'y est, devant toutes aultres choses, pourveu, ce sera de là que
+leur viendront les plus dangereuses guerres et les plus grandes
+difficultez dont, de tant que la Royne leur Mestresse s'oppose
+toutjour bien fort aulx moyens, qu'on luy met en avant, qui tendent
+ou à la guerre ou à la despence; après avoir bien longuement débattu
+toutes ces matières, ilz luy ont enfin conseillé que, d'ung costé,
+elle veuille mettre le duc de Norfolc hors de pryson, et que, par sa
+liberté et par l'ayde qu'il luy pourra fère, elle se tirera ayséement
+hors des plus apparans dangiers; et dresser, de l'aultre, tout
+promptement une bonne armée de mer, qui serviroit de remédier à tout
+le reste, sans regarder de si près à la despence, qu'elle y pourra
+fère, qu'elle ne regarde encores plus à la conservation de son estat
+et à l'honneur et grandeur de sa couronne.
+
+ [11] Le duc d'Albe déploya, pour la publication de cette
+ amnistie, une pompe extraordinaire. Ces mots _vêtements blancs_
+ se rapportent probablement à quelque particularité des costumes
+ employés dans cette cérémonie.
+
+ [12] Voir la note ci-dessus, p. 183.
+
+Sur laquelle leur résolution s'estant la dicte Dame assés collérée
+contre ceulx, qui l'avoient faicte estre jusques icy trop rigoureuse
+contre le dict duc, leur a respondu qu'elle estoit contante de prendre
+bientost ung bon expédiant avecques luy, qui ne viendroit toutesfoys
+ny d'aulcun d'eulx, ny de toutz ensemble, et dont il n'en auroit à
+remercyer que elle seule; et quant à dresser une armée, qu'elle ne se
+vouloit opposer à leur conseil, mais seulement les prier qu'ilz
+advisassent de n'entreprendre rien qui ne fût bien nécessaire, et qui
+ne la mist en plus de peyne qu'elle n'est. Dont, tout sur l'heure, les
+commissions ont esté dépeschées, telles que j'ay cy devant mandées à
+Vostre Majesté: de dresser une armée royalle de toutz les grandz
+navyres de la dicte Dame et de bon nombre d'aultres vaisseaulx
+particulliers, et de lever quatre mil maryniers, et tenir prestz huict
+mil hommes de pied et deux mil chevaulx; dont, quant aulx navyres et
+hommes pour mettre dessus, qui sont maryniers et soldatz tout
+ensemble, cella s'exécute en toute dilligence; et, dans le Xe du
+prochain, j'entendz qu'il sortyra en mer sept grandz navyres des
+premiers prestz, les meilleurs à la voyle, avec douze centz hommes
+dessus, et les aultres suyvront après, à la mesure qu'on les aura
+fornys d'hommes et de vivres; car, ilz ont desjà tout leur aultre
+apareil et fornyment. Mais, quant aulx huict mil hommes de pied et
+deux mil chevaulx, l'on ne se haste encores de les fère marcher.
+
+Or, en ce mesmes conseil, a esté advisé de renvoyer devers le duc
+d'Alve maistre Fyguillem, bourgeois de ceste ville, l'ung des
+commissaires des prinses, par prétexte de luy aporter une honneste
+responce sur l'accord de leur différandz, comme ceste Royne le prye
+d'y vouloir entendre en quelque bonne sorte, et qu'elle est contante
+de reffère le nombre des merchandises et tout ce qui en est dépéry et
+descheu, despuys le premier inventoire qui en fut faict; ce que
+n'estant encores aprochant de la satisfaction, parce que le dict
+inventoire ne contient guières bien le tiers des dictes merchandises,
+ny que celle moindre partie des deniers qui estoit ez quaysses
+merquées pour le Roy d'Espaigne, j'ay bien pensé qu'il n'y alloit que
+pour descouvrir l'intention du dict duc, et à quoy tandoit son
+armement, et quelles pratiques menoient les Anglois catholiques, qui
+ont naguières passé d'Escoce et d'icy devers luy. Tant y a, Sire, que,
+nonobstant cest argument, lequel m'a bien faict juger qu'en leur faict
+y avoit plus de peur que d'entreprinse, voyant néantmoins que leur
+appareil estoit tel qu'il le falloit avoir suspect, mesmes que nul ne
+me sçavoit asseurer au vray de l'occasion d'icelluy, et qu'ilz ne
+cessoient de tretter toutjour d'accord avec le duc d'Alve, j'ay pensé
+qu'il estoit expédiant de les fère parler; dont ay suplié la dicte
+Dame et iceulx seigneurs de son conseil que, de tant que j'avois à
+vous donner adviz de leur armement, il leur pleust m'advertyr comme
+ilz desiroient que je le vous escripvisse, affin d'évitter que, pour
+la jalouzie que vous en pourriez avoir, vous ne leur en fissiez
+prendre une aultre en vous armant de vostre costé.
+
+A quoy ilz m'ont respondu que je sçavois bien que le duc d'Alve
+faisoit une bien fort grande armée de mer, et encor qu'il leur eust
+notiffié par l'ambassadeur de son Maistre, qui est icy, et encores
+faict dire à Mr Norrys par celluy qui est en France, que c'estoit
+seulement pour conduyre la Royne d'Espaigne et non pour occasion
+quelconque, d'où ilz deussent prendre tant soit peu de deffiance de
+luy, que néantmoins la dicte Dame luy avoit bien vollu dépescher ung
+messaigier pour l'advertyr qu'elle estoit dellibérée de mettre aussi
+ses navyres en mer, avec sept ou huict mil hommes dessus, pour
+accompaigner la dicte Royne d'Espaigne, sa bonne soeur, tout le long
+de la mer de son royaulme, avec commandement à son admyral, lequel
+yroit luy mesmes en l'armée, de la recepvoir, honnorer et bien tretter
+en toutz ses portz et hâvres, où luy viendrait à playsir de descendre
+et prendre terre: dont me prioient d'asseurer Vostre Majesté que, sur
+leur vie et honneur, il n'y avoit aultre chose; et que le dict sieur
+Admyral ne bougeroit que la responce du dict duc ne fût arrivée. Bien
+me vouloient dire que aulcuns de leurs rebelles trettoient en secrect
+et ouvertement avecques le dict duc, et que les Escossoys se vantoient
+aussi qu'ilz auroient bientost ung secours de Flandres; dont se
+vouloient trouver prestz à tout besoing.
+
+Voylà, Sire, ce qu'ilz m'ont dict, et en quelle façon ils se sont
+descouvertz de la légation du susdict Figuillem, qu'ilz avoient
+toutjour tenue fort secrecte; et comme, soubz démonstrations
+honnestes, ilz se pourvoyent contre les malles intentions les ungs des
+aultres. Je observeray le progrez de leurs actions, du plus près que
+je pourray, pour vous en donner toutjour les plus seurs adviz qu'il me
+sera possible; et sur ce, etc. Ce XXXe jour de juillet 1570.
+
+
+
+
+CXXVe DÉPESCHE
+
+--du VIe jour d'aoust 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par Mr de Poigny._)
+
+ Visite de Mr de Poigny à la reine d'Écosse.--Audience de congé
+ lui est donnée par la reine d'Angleterre.--Heureux effet de son
+ voyage.--Meilleur traitement fait à Marie Stuart et au duc de
+ Norfolk, à qui il est permis de sortir de la Tour pour être
+ gardé chez lui.--Remontrances de l'ambassadeur à Élisabeth sur
+ les nouvelles entreprises faites contre l'Écosse.--Excuses
+ données par la reine.--Résolution prise de signifier le traité
+ aux deux partis en Écosse.--Continuation des armemens maritimes
+ en Angleterre.--Déclaration du duc d'Albe à Me Fuyguillem
+ envoyé vers lui par Élisabeth.--Arrivée à Londres d'un député
+ de la Rochelle.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, après que Mr de Poigny a heu satisfaict à la visite, que Vostre
+Majesté luy avoit commandé vers la Royne d'Escoce, par l'espace de
+quatre jours, qu'il luy a esté permiz d'estre auprès d'elle, avec ung
+infiny contantement et très grande satisfaction de la dicte Dame, il
+s'en est retourné par deçà; et estant icy, nous avons ensemble
+considéré que, puisqu'il estoit contrainct de se déporter du surplus
+de son voyage en Escoce, parce que la Royne d'Angleterre ne le
+trouvoit bon, et que les commissaires escossoys n'estoient point
+arrivez, qu'il estoit expédiant qu'il ne temporisât plus en ce lieu;
+dont sommes allez, le IIIIe du présent, trouver la dicte Dame à
+Cheyneys, où elle est encores. A laquelle le dict Sr de Poigny a faict
+entendre, bien à propos, les choses qu'il avoit veues et aprinses de
+l'estat de la Royne d'Escoce, et de sa santé, et aussi de son
+estroicte garde, et d'aulcunes aultres particullaritez de ses affères,
+luy incistant bien fort de luy vouloir ottroyer ung peu plus de
+liberté qu'elle n'a; et luy ayant au reste ramentu de rechef les
+principaulx poinctz de sa charge, avec offre de passer encor en
+Escoce, s'il estoit besoing, pour disposer ces seigneurs de dellà à la
+continuation du tretté, la dicte Dame luy a faict plusieurs diverses
+responces ès quelles, sans luy reffuzer ny accorder aussi tout ce
+qu'il demandoit, sinon touchant aller en Escoce, qu'elle luy a bien
+ouvertement dényé, elle a monstré, au reste, qu'elle vouloit beaucoup
+defférer à Vostre Majesté; et, après qu'avec de bien honnestes
+répliques, il a heu tiré d'aultres secondes et meilleures responces de
+la dicte Dame, il a prins congé d'elle. Dont, de tant, Sire, que
+Vostre Majesté entendra mieulx au long et par ordre de luy, que ne
+feroit par ma lettre, tout ce qui s'est passé en son audience, et ce
+qu'il y a proposé, ensemble ce qu'il y a obtenu, et ce que la dicte
+Dame l'a prié de vous dire, je me déporteray de vous en toucher icy
+plus avant, si n'est pour vous dire, Sire, qu'encor qu'il ne vous
+raporte résolution de toutes choses, son voyage ne laisse pourtant
+d'estre et bien utille, et heureux, puisque par icelluy est advenu que
+ceste Royne a commancé de se modérer tant envers la Royne d'Escoce
+qu'elle l'a layssée visiter de vostre part et luy a eslargy ung peu sa
+liberté; et qu'en mesmes temps le duc de Norfolc, qui estoit en
+pryson, a esté remiz en sa mayson, bien que ce soit encores soubz
+quelque garde; qui sont tout présaiges de quelques bon succez ez
+aultres affères de la dicte Dame.
+
+Or de ma part, Sire, ayant heu à remercyer la dicte Dame de la
+déclaration qu'elle m'avoit mandé fère, que son armement n'estoit
+aulcunement dressé ny contre Vostre Majesté, ny contre vostre
+royaulme, et de ce qu'elle avoit monstré se resjouyr infinyement de la
+nouvelle, que je luy avois faict entendre, qu'on tenoit en France la
+paix pour faicte; et que sur le dict armement elle m'a heu confirmé le
+mesmes, adjouxtant que c'estoit le duc d'Alve et non Vostre Majesté
+qui avoit à se doubter d'icelluy, et qu'avec plusieurs parolles, et
+par tout aultre semblant, elle a exprimé ung très grand désir à la
+dicte paix, et luy tarder beaucoup que je la luy puysse bien asseurer
+de vostre part, j'ay tiré le propos à luy parler des choses que nous
+avions entendu d'Escoce: comme pour empescher l'effect de l'accord,
+qui estoit tant bien commancé, l'on avoit trouvé moyen de retarder Mr
+de Leviston (qui l'alloit notiffier aulx seigneurs d'Escoce) vingt
+deux jours en la frontière de deçà, et despuys, estant passé en celle
+de dellà, les adversaires de la Royne d'Escoce ne permettoient qu'il
+passât oultre pour acomplyr sa légation; que cependant le comte de
+Sussex avoit envoyé solliciter ceulx du party de la Royne d'Escoce de
+poser les armes, d'abandonner les rebelles angloys, de ne recepvoir
+les estrangiers, et de casser les proclamations, qu'ilz avoient faicte
+de l'authorité de leur Royne, pour remettre le faict du gouvernement
+du pays en tel estat que le comte de Mora l'avoit layssé; et que,
+pendant que la dicte Dame se prenoit bien asprement à la Royne
+d'Escoce de ce que ses fuytifz trouvoient faveur et retrette en son
+pays, c'estoient les mauvais subjectz de la Royne d'Escoce qui
+avoient relevé une forme d'authorité, en tiltre de régent, contre et
+au préjudice d'icelle en son royaulme, soubz l'adveu et protection des
+lettres de la dicte Royne d'Angleterre, qui avoient esté leues
+publiquement en l'assemblée, y assistant maistre Randolf et son agent
+par dellà; et que le comte de Lenoz, à présent créé régent, se vantoit
+qu'il auroit tout secours d'elle pour estre meintenu en ceste sienne
+nouvelle authorité, et que mesmes le comte de Sussex, en sa faveur,
+rentreroit de rechef avecques forces en Escoce, et que l'armée de mer
+de la dicte Dame seroit bientost devant Dombertran pour l'assiéger;
+dont, de tant que, sur ce que je vous avois escript et asseuré du
+contraire, vous aviez contremandé voz forces, qui estoient toutes
+prestes en Bretaigne, et vous estiez venu de toutz ces différantz à
+ung tretté d'accord, duquel ne voyez à présent sortyr nul effect, je
+ne pouvois, pour ma justification envers Vostre Majesté, que recourir
+à la promesse, qu'elle m'avoit faict fère là dessus par les seigneurs
+de son conseil, laquelle elle m'avoit despuys confirmée en parolle de
+Royne et de Princesse chrestienne, pleyne de foy et de vérité; et,
+suyvant icelle, la suplyer de vouloir demeurer aulx bons termes du
+dict tretté et icelluy paraschever, ou bien me dire quelle
+satisfaction elle pensoit que j'en debvois donner à Vostre Majesté.
+
+La dicte Dame, se voyant fort pressée de ce propos, et voyant que
+j'estois adverty de toutes les pratiques qui se menoient en Escoce,
+s'est efforcée de leur donner le meilleur lustre qu'elle a peu,
+alléguant que ceulx du party de la Royne d'Escoce, pour avoir de
+rechef rentré en la frontière d'Angleterre, et avoir dressé avec milor
+Dacres une bien dangereuse entreprinse sur icelle, si le comte de
+Sussex ne l'eust descouverte, et pour avoir, en proclamant l'authorité
+de la Royne d'Escoce, déclairé ceulx de l'aultre party rebelles,
+avoient commancé les premiers de donner occasion à elle de se départyr
+du dict traicté, dont estoit délibérée de ne souffrir plus leurs
+attemptatz et de remédier à leurs mauvaises entreprinses.
+
+Je luy ay répliqué que Vostre Majesté ny la Royne d'Escoce n'aviez
+rien innové de vostre part, et qu'on ne pouvoit prétendre que ceulx du
+party de la Royne d'Escoce eussent aussi peu violler le tretté jusques
+à ce qu'il leur auroit esté légitimement notiffié; par ainsy, que je
+incistois toutjour à l'entretennement et continuation d'icelluy.
+
+Enfin la dicte Dame, laquelle faict grand fondement de sa parolle
+jusques à me dire que si je la trouve jamais manquer d'icelle, je la
+veuille estimer indigne que je face jamais plus nul office de vostre
+ambassadeur vers elle, et les seigneurs de son conseil, ausquelz j'ay
+aussi faict la mesme remonstrance, m'ont accordé qu'il sera donné
+moyen à Mr de Leviston, ou bien à quelque aultre, qui sera
+présentement dépesché d'icy, de pouvoir aller seurement jusques vers
+le duc de Chastellerault, et vers les aultres seigneurs du party de la
+Royne d'Escoce, pour leur signiffier l'accord encommancé, et les
+sommer d'envoyer des depputez pour le continuer et parfaire.
+
+Cependant, Sire, la dicte Dame continue toutjour son armement en fort
+grand dilligence, et n'en remect rien pour chose que le duc d'Alve luy
+ayt respondu, lequel aussi, à ce que j'entendz, a parlé ung peu bien
+ferme à maistre Fuyguillem, depputé de la dicte Dame, lequel est
+revenu despuys trois jours: c'est qu'il luy a dict qu'il préparoit
+son armée de mer pour conduyre seurement la Royne, sa Mestresse, en
+Espagne, et que rien n'en estoit dressé contre les amys et confédérez
+de son Maistre, mais bien pour se deffandre et se venger des injures
+de ses ennemys; et quant à la pleincte qu'il faysoit que l'ambassadeur
+d'Espaigne, icy résidant, avoit donné des saufconduictz aulz rebelles
+d'Angleterre pour passer en Flandres; que le Roy, son Maistre, le
+chastieroit s'il avait mal faict, mais que, pour un rebelle anglois
+qu'il y avoit en Flandres, il y en avoit cinq centz flamans en
+Angleterre: au regard de se contanter de l'accord des merchandises
+sellon l'inventoire qui en avoit esté faict, qu'il vouloit de sa part
+rendre aulx Anglois tout entièrement ce qu'il leur avoit faict saysir
+et arrester, et qu'ainsy entendoit il qu'il fût de mesmes satisfaict
+aulx subjectz de son Maistre. Bien m'a l'on dict qu'il a usé à part
+d'aultres parolles gracieuses au dict Fuyguillem, qui les mect en plus
+grande espérance d'accord que jamais.
+
+Il est arrivé, despuys lundy dernier, ung des superintendans des
+finances de la Rochelle, nommé le présidant des comptes de Bretaigne,
+lequel on dict estre principallement venu pour trois choses; l'une,
+pour adviser le moyen de desdommaiger la Royne d'Angleterre et les
+siens des trèze ourques de merchandises d'Espaigne, qui furent, dès le
+commencement, menées des portz de ce royaulme à la Rochelle, et fère
+pour cella, ou pour recouvrer nouveaulx deniers, pour du sel et du
+vin, quelque nouveau contract entre eulx; la seconde, pour consulter
+avec Mr le cardinal de Chatillon des articles de la paix, et les
+notiffier, de la part de la Royne de Navarre, à ceste Royne; la
+tierce, pour aporter à la dicte Dame quelques adviz et pacquetz qui
+la concernent, lesquelz ilz ont surprins quelque part. Sur ce, etc. Ce
+VIe jour d'aoust 1570.
+
+
+
+
+CXXVIe DÉPESCHE
+
+--du XIe jour d'aoust 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
+
+ Forces de l'armée navale que l'Angleterre vient de mettre en
+ mer.--Crainte qu'Élisabeth, rassurée contre toute attaque de la
+ part du duc d'Albe, n'emploie cet armement à une entreprise sur
+ l'Écosse.--État des négociations au sujet de l'Écosse et de
+ Marie Stuart.--Conclusion de la paix en France.--Nouvelles de
+ la Rochelle et d'Allemagne.--Exécution de Felton à Londres;
+ continuation des exécutions dans le Norfolk.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, sellon la bonne communication que j'ay faicte à Mr de Poigny,
+pendant qu'avons esté ensemble, de toutes choses de deçà, dont j'ay
+peu avoir quelque notice, j'espère qu'il aura donné bon compte à
+Vostre Majesté non seulement de celles là qui s'y mènent ouvertement,
+mais aussi d'aulcunes qui se présument, lesquelles ne sont encores
+qu'en discours; et pareillement de l'estat où sont demeurées celles de
+la Royne d'Escoce, de façon que je n'auray à toucher icy, sinon de ce
+qui a succédé despuys son partement; qui est, Sire, que la Royne
+d'Angleterre a faict donner une si grand presse à son armée de mer
+qu'on l'a rendue toute preste à sortyr, dans le XXe du présent, en
+nombre de XXIX de ses grandz navires, bien artillez et bien garnys de
+toutes monitions de guerre, et avitaillez pour trois mois, avec cinq
+mil cinq centz hommes dessus et son admyral en personne pour y
+commander, oultre ung nombre d'aultres vaysseaulx, que le comte de
+Betfort faict équiper en guerre au pays d'Ouest, qui doibvent sortir,
+soubz la conduicte de Haquens, et trèze navyres des Françoys et des
+Flamans, de la nouvelle religion, qui sont attendans en l'isle d'Ouyc.
+Quelcung est revenu de la mer sur un batteau légier, qui raporte avoir
+veu, sur la coste de Flandres, envyron cinquante quatre voyles desjà
+hors des portz, ce qui faict davantaige haster ceulx cy en leur
+entreprinse; et les seigneurs de ce conseil ont envoyé signiffier, par
+deux aldremans de Londres, à Mr l'ambassadeur d'Espaigne qu'il les
+veuille venir trouver, à St Auban, à XX mil d'icy, affin de conférer
+ensemble; mais ne saichant comme ilz vouldroient user vers luy, il est
+en doubte s'il yra.
+
+Je ne descouvre point encores, Sire, que la dicte Dame ayt à nul
+aultre effect entreprins cest armement que pour le souspeçon du duc
+d'Alve, et croy, à la vérité, que cella seul en est la première
+ocasion; mais, à ceste heure, qu'elle a faicte la despense, et que le
+duc luy a en plusieurs sortes déclairé qu'il ne veult rien
+entreprendre contre elle, et aussi n'y a il nul aparance quelconque
+qu'il soit pour le fère, ny qu'il divertisse ailleurs son armée qu'à
+la conduicte de la Royne, sa Mestresse, tant qu'elle soit du tout
+descendue en Espaigne, je crains que la dicte Royne d'Angleterre
+employe cependant la sienne contre l'Escoce; car de la dresser contre
+la France je n'en ay ny indice ny sentyment, mais quelcun m'a bien
+dict qu'on la conseille de se saysir de Dombarre, et m'a l'on donné
+adviz qu'elle a mandé de nouveau au comte de Sussex de tenir mil cinq
+centz harquebouziers, six centz corseletz et quatre centz chevaulx,
+toutz prestz en la frontière, qui est argument qu'elle espèreroit, par
+ce secours de terre, facilliter l'entreprinse à son armée de mer; et
+que, par mesmes moyen, elle satisferoit au comte de Lenoz, lequel luy
+ayant demandé une grande provision de deniers pour souldoyer des
+Escossoys près de luy, elle luy a respondu qu'elle ayme mieulx
+employer son argent à souldoyer des siens que non d'en acquérryr des
+estrangiers; néantmoins j'entendz qu'on l'a tant pressée qu'enfin elle
+luy a envoyé trois mil {lt} d'esterlin, qui est dix mil escuz. De
+cecy, Sire, et d'aulcunes conditions assés dures, que la dicte Dame a
+naguières proposées, bien qu'en ryant, à Mr l'évesque de Roz, de
+vouloir pour sa seurté, en restituant sa cousine, avoir des ostaiges
+d'elle, et le Prince son filz, et le chasteau de Dombertran; et luy
+ayant le dict sieur évesque respondu que mal ayséement se pourroit
+tout cella fère, je crains que la dicte Dame se veuille pourvoir, de
+bonne heure, d'aulcuns aultres moyens bien contraires à celluy du
+tretté, que nous avons commancé; mais, nonobstant ceste démonstration,
+nous ne layssons de luy incister toutjour qu'elle doibt demeurer aulx
+bons termes du tretté, et icelluy paraschever, sellon qu'elle mesmes a
+prié Mr de Poigny de vous asseurer, Sire, que, si la Royne d'Escoce
+luy faict de bien honnestes et honnorables offres, qu'elle procèdera
+très honnorablement envers elle; et, suyvant cella, elle nous a
+despuys baillé ses lettres pour fère passer sans difficulté milord de
+Leviston jusques là où le duc de Chastellerault et les aultres
+seigneurs du party de la Royne d'Escoce sont assemblez, affin de leur
+notiffier l'accord encommancé, et les sommer d'envoyer des depputez
+pour ayder à le conclurre; et, par mesmes dépesche, nous avons adverty
+les dicts seigneurs de se donner garde des entreprinses de deçà. Ceulx
+qui portent icy bonne affection à la Royne d'Escoce estiment, Sire,
+qu'il importe beaucoup que, en parlant à l'ambassadeur d'Angleterre,
+et par aultres démonstrations en Bretaigne, Vostre Majesté face
+toutjour cognoistre qu'elle desire secourir et remédier les affères de
+la dicte Dame.
+
+J'entendz que Mr Norrys a escript, du IIIe du présent, que la paix
+estoit desjà conclue dez le premier[13], et qu'il restoit rien plus à
+accorder que quelque formalité sur le désarmer et sur reconduyre les
+reytres hors de vostre royaulme, ce qui faict regarder à plusieurs
+icy, si Vostre Majesté vouldra incister plus fort, à ceste heure, au
+restablissement des choses d'Escoce, et s'il en pourra bien sortyr du
+différant entre la France et l'Angleterre; mais je leur en oste
+l'opinion le plus que je puys.
+
+ [13] Cette paix, connue sous le nom de _paix boiteuse et mal
+ assise_, parce qu'elle fut négociée par Mr de Biron, qui était
+ boiteux, et par le sieur de Mesmes, seigneur de Malassise, fut
+ conclue à Saint-Germain-en-Laye, le 11 août 1570. Les articles au
+ nombre de quarante-six sont rapportés dans l'édit de
+ pacification, donné à Saint-Germain, le 15 du même mois.
+
+Le présidant venu de la Rochelle est allé desjà une foys jusques à
+ceste court, et m'a l'on dict que, à cause des adviz et des lettres
+interceptés, qu'il disoit aporter concernant ceste princesse, elle l'a
+vollu ouyr, mais bien fort en secrect. Les depputez aussi des princes
+d'Allemaigne ont esté ouys une foys, et puys se sont retirez à
+Londres. Il semble que leur négociation demeure en quelque suspens par
+le retour d'ung Oynfild, qui vient freschement d'Allemaigne, l'y
+ayant, dez le moy de may, ceste princesse envoyé pour tretter
+d'aulcunes choses fort secrectement avec les dicts princes, et mesmes
+a heu grande communication avec l'évesque de Colloigne. La dicte Dame
+commance de n'avoir plus si suspecte la diette d'Espire comme l'on la
+luy faisoit, puisque le comte Pallatin y intervient. L'on dict que ung
+agent du jeune duc des Deux Ponts est venu poursuyvre icy, contre
+ceulx de la Rochelle, le payement d'environ quarante mil escuz, qui
+furent trouvez ez coffres du feu duc, son père; lesquelz monsieur
+l'Admyral print, avec obligation de la Royne de Navarre et des
+principaulx de l'armée, qu'ilz seroient acquittez contantz en
+Angeterre. Maistre Felton a esté, despuys trois jours, exécuté devant
+icelle mesme porte de l'évesque de Londres, où il avoit affiché la
+bulle, ayant soubstenu toutjour fort opinyastrément que l'interdict du
+Pape sur ceste Royne est juste et juridique. L'on continue aussi les
+exécutions en Norfolc. La dicte Dame poursuyt son progrez vers Oxfort,
+et a vollu que je soys sorty de Londres, à cause de la peste, pour
+pouvoir plus librement négocier avec elle. De quoi, Sire, et du
+desloignement de sa court, je crains demeurer moins bien adverty de
+beaucoup de choses au villaige que je n'étois à la ville, mais j'y
+mettray toutjour la meilleure dilligence que je pourray. Sur ce, etc.
+Ce XIe jour d'aoust 1570.
+
+ J'ay faict courir après ce pacquet, qui estoit desjà dépesché dez
+ le matin, pour y adjouxter la réception de voz lettres du IIIIe
+ du présent, qui m'ont esté rendues par mon secrétaire, avec la
+ bonne et desirée nouvelle de la paix; sur laquelle, après avoir
+ remercyé Dieu, et, de rechef, de tout mon cueur très humblement
+ baysé les mains de Vostre Majesté, j'en yray demain fère la
+ conjoyssance à ceste Royne, laquelle, à ce que j'entendz,
+ dépesche ung gentilhomme en France, mais ne sçay encores sur
+ quelle occasion.
+
+
+
+
+CXXVIIe DÉPESCHE
+
+--du XIIIIe jour d'aoust 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais, par Bordillon._)
+
+ Résolution prise par la reine d'Angleterre d'envoyer Walsingham
+ en France.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, il y a trois jours que la Royne d'Angleterre avoit dépesché le
+Sr de Valsingan pour aller fère aulcuns offices vers Vostre Majesté,
+et pour les fère en une façon, si la paix estoit faicte, et en une
+aultre, s'il trouvoit qu'elle fût encores à fère; dont, à ceste heure,
+que j'ay envoyé demander audience à la dicte Dame pour la luy aller
+annoncer, toute bien faicte et bien conclue, elle m'a mandé que je
+seray le très bien venu avec ceste très bonne nouvelle, et qu'elle a
+desjà expédié ung sien gentilhomme en France pour vous en aller fère
+la conjouyssance de sa part; en quoy je vous suplie très humblement,
+Sire, lui agréer, et gratiffier en toutes sortes ceste sienne bonne et
+prompte démonstration, ainsy qu'elle s'atend bien que, pour avoir
+toutjour ouvertement déclairé qu'elle la desiroit, et pour s'estre
+offerte de s'employer à la fère, et mesmes pour avoir, durant la
+guerre, rejetté toutes les persuasions qu'on luy a données de se
+déclairer de l'aultre party, et avoir encores, sur le pourparlé de
+paix, procédé en sorte qu'elle veult bien estre veue d'avoir aydé en
+quelque chose à la conclurre, elle se répute avoir grandement mérité
+de vostre amytié. Et j'entendz, Sire, que, par mesmes moyen, elle vous
+fera tenir quelque propos du faict d'Escoce, estant le dict de
+Valsingan principallement envoyé pour notter et comprendre, aultant
+qu'il luy sera possible, à quoy, après ceste paix, va l'intention de
+Vostre Majesté, tant sur les choses qui ont passé du costé de ce
+royaume durant la guerre, que pour voir en quoy vous persévérez
+touchant celles du dict pays d'Escoce et touchant la Royne d'Escoce,
+vostre belle soeur; dont j'estime, Sire, que le plus de faveur et de
+grattiffication que pourrez monstrer sur celles premières, et plus de
+fermeté et persévérance ez aultres, sera ce qui plus donra
+d'accommodement à vostre service et plus de réputation à voz affères
+de deçà. Icelluy Valsingan est tenu icy pour bien habille homme, fort
+affectionné à la nouvelle religion, et très confidant du secrétaire
+Cecille; qui va desjà fère ung commencement d'essay en la charge que,
+à mon adviz, l'on luy a désignée d'ambassadeur ordinaire vers Vostre
+Majesté après Mr Norrys. Sur ce, etc.
+
+ Ce XIVe jour d'aoust 1570.
+
+
+
+
+CXXVIIIe DÉPESCHE
+
+--du XVIIIe jour d'aoust 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par l'homme du Sr de Valsingan._)
+
+ Audience.--Communication officielle donnée par l'ambassadeur à
+ Élisabeth de la conclusion de la paix en France.--Contentement
+ manifesté par la reine de cette nouvelle.--Vives démonstrations
+ en faveur du roi.--Promesse de la reine de hâter la conclusion
+ du traité avec Marie Stuart.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, le jour de la my aoust, j'ay esté porter la certitude de la paix
+de vostre royaulme à la Royne d'Angleterre, à Penleparc, qui est
+trente deux mil loing de Londres; laquelle a monstré non seulement de
+la bien recepvoir, mais d'en vouloir caresser et honorer la nouvelle,
+ayant faict parer sa court, et estant elle mesmes parée et
+merveilleusement bien en poinct; et m'a, à l'arrivée et au retour,
+faict mieulx recueillyr et accompaigner que de coustume, et encores me
+reconvoyer par des gentilshommes exprès une grand partie du chemyn, de
+sorte qu'elle et les seigneurs de son conseil, vers lesquelz j'ay
+faict aussi la conjoyssance de vostre part, n'ont rien obmiz de ce qui
+se peult monstrer d'extérieur pour donner entendre qu'ilz ont ung très
+grand plésir de cet accord. Mais, pour descouvrir quelque chose de
+l'intérieur, j'ay dict à la dicte Dame, en luy présentant les lettres
+et recommandations de Voz Majestez, que Dieu vous avoit faict la grâce
+de vous donner la paix avecques voz subjectz; et qu'aussitost que vous
+l'aviez peu conclurre vous luy en aviez faict la première part, affin
+de luy advancer, devant les aultres princes, voz alliez et confédérez,
+l'ayse et le playsir que vous estimiez qu'elle en recepvroit, parce
+que, plus que nul de tous eulx, elle avoit toutjour monstré de la
+desirer, et mesmes de se vouloir employer à la fère; dont cecy luy
+estoit ung très asseuré tesmoignage que vous n'en avez miz rien en
+oubly, et que vous luy rendrez la tranquillité de vostre royaulme
+aultant utille, comme elle avoit toutjour faict paroistre qu'elle
+l'auroit très agréable.
+
+La dicte Dame, usant de toutes les démonstrations d'ayse et de
+contantement qu'il est possible, m'a respondu qu'elle ne pouvoit assés
+à son gré vous remercyer de la faveur, que luy aviez faicte, de luy
+advancer ceste bonne nouvelle de vostre paix, ny assés s'en conjouyr
+avecques Voz Majestez; et que n'ayant heu moindre desir que vous
+mesmes de la voir bien succéder, ainsy que sa conscience l'en
+faisoit, à ceste heure, estre bien fort contente, et que la certitude
+s'en pouvoit encores vériffier par lettres et tesmoings, elle ozoit
+bien esgaller l'ayse qu'elle recepvoit d'en entendre la conclusion, à
+celluy que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Messieurs vos
+frères, voyre quel que soit de voz propres subjectz, en pouviez avoir;
+ce que estant bien conféré avec le peu de desir que vous sçavez que
+les aultres princes en avoient, elle vous layssoit à juger si une
+première conjouyssance ne lui en estoit pas deuhe, et pourtant que
+vous ne doubtissiez qu'elle ne la receust avec trop plus d'abondance
+de playsir et d'affection, qu'elle ne le pouvoit, par parolle ny par
+nulle aultre démonstration, bien exprimer; seulement elle prioyt Dieu
+de la vous fère, et à voz subjectz, très longuement et heureusement
+jouyr; et qu'encor qu'on luy eust vollu imprimer que vostre paix luy
+seroit ung commancement de guerre, et que vous vous layrriez aisément
+aller à l'instigation, que ses ennemys vous feroient, de la luy
+commancer sinon directement, au moins par moyens indirectz de la Royne
+d'Escoce, qu'elle ne le se vouloit toutesfoys persuader; et vous
+pryoit, de tant que vous estiez sur le poinct de vous former une
+inpression d'amytié ou d'ayne pour l'advenir, que vous vollussiez
+retenir elle et son royaulme, qui ne sont pas des plus grandz mais non
+aussi des moindres, au mesmes degré d'amytié qu'elle veult droictement
+persévérer vers vous et le vostre; et que, ayant auparavant proposé de
+vous dépescher le Sr de Valsingan, affin qu'il servyst à quelque bon
+effect entour la conclusion de la dicte paix, elle l'y feroit encores
+plus vollontiers passer, à ceste heure qu'elle estoit conclue, pour
+non seulement vous en aller fère la conjoyssance, mais vous remercyer
+infinyement de celle que vous luy en aviez desjà faicte.
+
+Je n'ay failly là dessus, Sire, d'user des meilleurs et plus
+convenables propos, que j'ay peu, pour mettre la dicte Dame en grande
+confiance de Vostre Majesté et de vostre royaulme; et, après avoir
+touché quelque mot du commandement, que me feziez, d'avancer toutjour
+les affères de la Royne d'Escoce; à quoy elle m'a respondu en très
+bonne façon et avec nouvelle promesse d'y procéder du premier jour,
+sellon qu'elle avoit bonnes nouvelles que les seigneurs escossoys des
+deux costez s'y vouloient disposer, elle m'a licencié avec tant de
+bonnes paroles et démonstrations de son contantement, et de vouloir
+donner toute satisfaction à Vostre Majesté, que je craindrois d'en
+diminuer la meilleure part, si je m'esforcoys de le vous vouloir
+davantaige exprimer: dont la layrray à tant jusques à la prochaine
+dépesche d'ung des miens, que j'envoyeray bientost devers Vostre
+Majesté, par lequel je vous feray amplement entendre toutes aultres
+choses. Et seulement, Sire, j'adjouxteray à ce pacquect la lettre, que
+la dicte Dame vous escript, oultre celles qu'elle a baillé au dict
+Valsingan pour Voz Majestez, lequel est desjà dépesché, et avecques
+luy le sir Henry Coban pour aller saluer, de la part de ceste Royne,
+la Royne d'Espaigne au Pays Bas; et croy qu'il passera jusques à
+Espire devers l'Empereur. Sur ce, etc.
+
+ Ce XVIIIe jour d'aoust 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, j'obmetz, tout à esciant, d'escripre à Voz Majestez par ceste
+dépesche beaucoup de propos, qui ont esté tenuz entre la Royne
+d'Angleterre et moy en ceste dernière audience, pour les vous mander
+cy après plus expressément par ung des miens; et suffira, s'il vous
+playt, Madame, que, en ceste cy, je vous dye, sur la nouvelle que j'ay
+annoncée à la Royne d'Angleterre de la paix de vostre royaulme, qu'il
+ne se peult exprimer ung plus grand ayse que celluy que, en parolle et
+en semblant, elle a monstré d'en recepvoir; et croy que, sans la
+crainte des choses d'Escoce, que son cueur aussi s'y conformeroit.
+J'entendz qu'elle a prins quelque souspeçon de ce que les depputez des
+Princes n'ont faict rien entendre de ceste dernière conclusion à son
+ambassadeur, comme ilz avoient faict les aultresfoys; au moins n'en
+avoit il encores rien escript à la dicte Dame, quant j'ay esté devers
+elle, laquelle en estoit mal contante; et discouroient quelques ungs
+là dessus qu'il y pourroit bien rester encores quelque difficulté:
+tant y a que les choses d'icy ne layssent pourtant de prendre aultre
+forme, sur ce que je leur en ay desjà dict, mesmes en l'endroict de
+l'ambassadeur d'Espaigne, auquel aultrement l'on estoit prest de fère
+piz que jamais. J'espère qu'il en réuscyra aussi de l'utillité à
+vostre service. Sur ce, etc.
+
+ Ce XVIIIe jour d'aoust 1570.
+
+
+
+
+CXXIXe DÉPESCHE
+
+--du XXIe jour d'aoust 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par Guilliaume Beroudier._)
+
+ Rapport de ce que l'ambassadeur a pu savoir des instructions
+ données à Walsingham.--Conclusion définitive de la paix de
+ France.--Instance de l'ambassadeur pour que le roi se prononce
+ avec fermeté sur les affaires d'Écosse.--Effet produit en
+ Angleterre par l'assurance que la paix est définitivement
+ signée en France.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, ceste bien asseurée confirmation de la paix, qui m'est venue par
+les lettres de Vostre Majesté du XIe du présent, avec les articles
+d'icelle, qu'il vous a pleu par mesme moyen m'envoyer, ont miz la
+Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil hors de tout doubte qu'elle
+ne soit à présent bien conclue et arrestée; car, parce que Mr Norrys
+leur avoit escript que, de vostre costé, Sire, elle estoit bien
+signée, mais qu'elle restoit à signer par Messieurs les Princes et
+Admyral, et que Mr le cardinal de Chatillon n'en avoit encores nulles
+nouvelles, aussi que de dellà l'on mandoit que aulcuns s'y opposoient,
+et que le parlement de Paris ne la vouloit en façon du monde
+recepvoir, plusieurs ont estimé que la matière estoit encores bien
+acrochée; et le Sr de Valsingan mesmes, quant il m'est venu dire
+adieu, n'a sceu tenir son langaige si mesuré qu'il n'ayt assés monstré
+qu'il estoit dépesché sur telle opinion. Et j'ay despuys entendu que,
+l'ayant la dicte Dame faict arrester, lorsque je la suys allé trouver,
+jusques après qu'elle m'auroit ouy, aussitost qu'elle a comprins par
+mon récyt que les depputez estoient de rechef renvoyez avec les dicts
+articles vers les Princes, elle l'a soudain faict partyr, sur la
+mesme dépesche qu'elle luy avoit desjà baillée, luy mandant qu'il
+n'estoit besoing d'y rien changer.
+
+Or, Sire, ce que j'ay peu descouvrir de sa charge est qu'ayant ceste
+princesse l'esprit fort agité de tant de deffiances, que je vous ay cy
+devant mandées, et se trouvant mal satisfaicte de ce que ceste
+dernière conclusion de paix s'est menée si estroictement que son
+ambassadeur a souspeçonné y debvoir avoir des conventions qui la
+touchoient, puysqu'on les luy tenoit secrectes, elle a advisé
+d'envoyer cestuy cy tout exprès par dellà affin que, trettant avec
+ceulx de l'ung et l'aultre party, il puysse juger de quelle
+disposition, après la dicte paix, se trouvera Vostre Majesté et vostre
+royaume vers elle et le sien, avec commandement d'accommoder son
+parler à l'estat où il verra que les choses seront, et de se conduyre
+néantmoins en ce qu'il aura à négocier avec ceulx de la nouvelle
+religion, sellon certain règlement qui a esté arresté avec les
+depputez, qui sont icy, des princes d'Allemaigne, et dont l'ung d'eulx
+est allé avecques luy; et de mesler, à ce que j'entendz, parmy
+l'aparance d'exorter ceulx de la dicte religion à vostre obéyssance,
+qu'ilz veuillent bien regarder à l'establissement de ce qui leur sera
+promiz pour l'exercice d'icelle et pour l'establissement de la paix,
+et que, en ces deux choses, elle et les dicts princes ne sont pour les
+habandonner jamais, comme ilz ont encores tout présentement et auront
+toutjour toutes choses bien prestes pour les secourir; leur
+remonstrant aussi qu'ilz n'ont assés bien faict leur debvoir d'avoir
+obmiz, en l'instruction qu'ilz ont donnée à leurs depputez pour fère
+ce tretté, laquelle a esté envoyée icy de la Rochelle, et traduicte
+incontinent en anglois et imprimée à Londres, de n'y avoir faict
+quelque honnorable mencion d'elle et du bon reffuge qu'ilz ont trouvé
+en son royaulme, avec d'aultres particularitez que je suys bien ayse
+qu'elles n'arrivent qu'après la paix faicte; car possible n'eussent
+elles de guières servy à la conclurre.
+
+Et au regard de Vostre Majesté, j'entans, Sire, que sa commission
+porte que, au cas qu'il trouve les choses non encores bien accordées,
+qu'il vous offre toutz les moyens et offices, qui seront cognuz
+pouvoir procéder d'elle, pour vous ayder à les accorder avec vostre
+grandeur, réputation et advantaige; mais s'il trouve la paix desjà
+conclue, ainsy que, grâces à Dieu, elle l'est, qu'il vous en face la
+meilleure et plus expresse conjoyssance qu'il pourra, et qu'il vous
+exorte, Sire, à l'entretennement et observance d'icelle, avec offre de
+tout ce qui est en la puyssance de la dicte Dame pour vous assister
+contre ceulx qui la vous vouldroient traverser ou empescher; et vous
+prier, au reste, de ne vous laysser jamais persuader du contraire, car
+vous ayant elle jusques icy gardé ce respect d'avoir rejetté toutes
+les très véhémentes persuasions qu'on luy a données de se déclairer
+contre vous, elle proteste que, par cy après, elle ne le pourra plus
+fère; et que, si vous entreprenez la guerre contre la religion d'où
+elle est, qu'elle employera toutes ses forces, son estat et sa
+couronne à la deffance, faveur et protection d'icelle; et qu'elle
+entrera en la ligue des princes protestans contre Vostre Majesté,
+ainsy qu'ilz ont encores icy à ceste heure leurs ambassadeurs pour
+l'en solliciter; et avec charge aussi au dict Valsingan de vous fère
+entendre, de la part de la dicte Dame, touchant la Royne d'Escoce,
+qu'elle ne luy veult aulcun mal, ny veult en façon du monde procurer
+sa ruyne, que seulement elle cerche de s'asseurer des guerres et
+dangiers, qui luy ont esté toutjour imminentz du costé d'elle et de
+son royaulme, chose qu'elle estime que ne debvez trouver mauvaise; et
+qu'encores, pour l'amour de Vostre Majesté, sera elle contante d'user
+si honorablement vers la dicte Dame, que ung chacun jugera qu'elle luy
+aura la plus grande de toutes les obligations, qu'elle ayt jamais heue
+à personne de ce monde.
+
+Qui est tout ce, Sire, que j'ay aprins de la dépesche du dict
+Valsingan, et ne sçay encores s'il y a heu rien de plus ou de moins,
+ou de changé despuys; dont je suplie très humblement Vostre Majesté de
+gratiffier si bien à la dicte Dame ses bonnes parolles que ses
+intentions en puyssent toutjour devenir meilleures, car aussi estime
+elle vous avoir beaucoup obligé de ne vous avoir faict sentyr tant de
+mal et d'empeschement, de son costé, comme l'on l'a bien incitée et
+conseillée de vous en fère.
+
+Au regard, Sire, des choses d'Escoce, encores que la dicte Dame ayt,
+de rechef, très expressément donné parolle à Mr de Roz de procéder au
+tretté, aussitost que les depputez d'Escoce seront arrivez, car
+plustost n'y veult elle nullement entendre; néantmoins, de tant que je
+suys seurement adverty que le comte de Sussex, lequel a encores des
+forces en la frontière, et le secrétaire Cecille mènent des pratiques,
+et croy que [c'est] sans le sceu de la dicte Dame, pour tirer la
+matière en longueur et pour fère rentrer de rechef les Anglois en
+Escoce au secours du party du régent, qui se trouve le plus foible; il
+sera le bon playsir de Vostre Majesté d'en parler en telle sorte aulx
+ambassadeurs de la dicte Dame qu'ilz cognoissent que vous incistez,
+Sire, très fermement à la continuation et accomplissement du tretté et
+à l'entretennement de ce qui en est desjà arresté; ou autrement que
+vous n'estes pour manquer de secours à ceulx de voz allyés qui ont
+recours à vostre protection, et faveur. Et sur ce, etc.
+
+ Ce XXIe jour d'aoust 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, ce peu de temps qui a passé, despuys la première nouvelle de
+la conclusion de la paix, laquelle Voz Majestez m'escripvoient du
+IIIIe du présent, jusques à la confirmation que j'en ay présentement
+reçeue, qui n'est que six jours entre deux, nous a donné à dicerner
+ceulx qui desirent icy véritablement la paix de vostre royaulme, et
+l'establissement de vos affères, d'avec ceulx qui n'en cerchent que le
+perpétuel trouble et la diminution de vostre grandeur; et n'en est
+l'affection de la religion aulcunement la reigle, car plusieurs
+catholiques et plusieurs protestans meslez ensemble, bien que par
+divers respectz, monstrent d'en estre très marrys, et de mesmes
+plusieurs des deux partys s'en réjouyssent conjoinctement; mais ceulx
+sur toutz, ès quelz gist toute l'espérance de la religion catholique
+en ce royaulme, en font une très solemnelle resjouyssance, et desirent
+la conservation de vostre couronne, et croyent et espèrent que
+d'icelle a de procéder la réunyon de l'esglize et le restablissement
+de la religion catholique en ceste mesmes isle, aussi bien qu'en tout
+le reste de la Chrestienté, par les moyens que Dieu vous inspirera,
+plus qu'aulx aultres princes chrestiens, puysque à vous, plus qu'à
+eulx toutz, il vous a faict sentyr combien en est dangereuse et pleyne
+de toutz maulx la division.
+
+Les Huguenotz, qui estoient par deçà, commancent de n'y estre plus si
+bien veuz qu'ilz souloient, et n'y peuvent désormais vivre sans
+soupeçon. J'entendz que ceulx, qui estoient pirates, se vont peu à peu
+retirant, et Clément Joly, ayant réduict tout son équipage à deux bons
+navyres, s'en va avec Haquens, qui dresse une flotte pour retourner
+aulx Indes. Ceulx cy ont desjà miz dehors six de leurs grandz navyres,
+soubz la conduicte de maistre Charles Havart, filz de milord
+Chamberlan, lequel commandera en l'armée parce que l'admyral est
+mallade, et y en mettront encores quatre dans ceste sepmayne, mais ilz
+ne donnent grand presse aulx aultres vingt navyres, parce qu'ilz ont
+adviz que l'apareil du duc d'Alve ne peult estre prest, jusques
+envyron la St Michel, bien qu'ilz sçavent qu'il est allé desjà
+recuillyr la Royne, sa Mestresse, à Nimegen. Maistre Henry Coban
+s'apreste toutjour pour l'aller saluer, de la part de ceste Royne, et
+avecques luy s'en retourne par dellà le mesmes merchant depputé sur le
+faict des merchandises, nommé Fuiguillem, qui en est naguières revenu;
+et sur ce, etc. Ce XXIe jour d'aoust 1570.
+
+
+
+
+CXXXe DÉPESCHE
+
+--du XXVIe jour d'aoust 1570.--
+
+(_Envoyée jusques à la court par La Bresle, chevaulcheur._)
+
+ Assurance de l'ambassadeur que l'armement des Anglais n'est pas
+ dirigé contre Calais.--Recommandation qu'il fait de se prémunir
+ néanmoins en France contre toute surprise.--Instance de la
+ reine d'Écosse pour obtenir du roi un secours efficace; sa
+ conviction qu'Élisabeth ne veut pas lui rendre la
+ liberté.--Nouvelles des Pays-Bas.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, je n'ay trouvé nouveau l'adviz, qu'on vous a donné, de
+l'entreprinse de ceulx cy sur Callais, car je pense en avoir mandé
+quasi aultant à Vostre Majesté par le Sr de Sabran, sur le
+commancement de juillet, et vous avoir dez lors particullarisé quant,
+commant, et en quel lieu, ilz avoient proposé de fère leur descente,
+mais que bientost après ilz avoient changé de dellibération, parce
+qu'ilz avoient jugé que ce seroit attacher une grosse guerre, de
+laquelle ilz n'avoient ny rien de bien prest pour la commancer, ny nul
+moyen de la meintenir, sinon par noz troubles, lesquelz ilz voyoient
+desjà incliner à la paix; et aussi qu'il m'advint lors de toucher ung
+mot à quelcun des leurs de ce que j'en avois senty, et en mesmes temps
+Mr de Gordan saysyt des armes qu'on pourtoit à Callais, dont
+estimèrent que le tout estoit descouvert, de sorte que leur présent
+armement ne monstre qu'il soit à nul aultre effect que pour tenir la
+mer, sans pouvoir mettre gens en terre, ainsi que, pour en esclarcyr
+davantaige Vostre Majesté, je renvoye ce mesmes courryer pour vous en
+aporter l'estat, tel que je l'ay peu recouvrer, duquel encores il s'en
+fault beaucoup qu'il soit ainsy bien prest, comme le dict estat le
+porte; et ne le pourront avoir si soubdain faict plus grand, ny levé
+les gens de guerre que n'en soyons, de quelques jours devant,
+advertys. Néantmoins, Sire, ayant premièrement descouvert qu'ilz ont
+heu intention de tenter quelque chose sur le brullant desir de
+recouvrer Callais, et les voyant à ceste heure (bien que pour aultres
+fins) estre en armes, j'ay adverty Mr de Gordan, et les aultres
+gouverneurs de vostre frontière, de se tenir sur leurs gardes; et ay
+suplié Vostre Majesté, comme je la suplie encore très humblement, de
+leur mander de rechef qu'ilz ayent à se monstrer si préparez et
+pourveuz qu'ilz facent perdre à ceulx cy toute l'ocasion et la
+vollonté, qu'ilz pourroient avoir, d'y rien entreprendre.
+
+La Royne d'Escoce renvoye ung serviteur du Sr Douglas en France,
+auquel elle a commiz une dépesche pour Vostre Majesté; et croy, Sire,
+qu'elle vous persuade de tout son pouvoir, que, touchant sa liberté et
+restitution, vous ne vous en veuillez plus attandre à ce que la Royne
+d'Angleterre vous en fera dire ou promettre, car elle pense avoir
+assés d'aparans argumens pour juger que l'intention de ceulx, qui
+guydent les conseilz de la dicte Dame, n'est aulcunement d'y entendre,
+ains de s'opiniastrer, de plus en plus, à sa détention et à luy fère
+perdre son estat; ainsy que, despuys le commancement du tretté, ilz
+ont, soubz main, faict créer le comte de Lenoz régent en Escoce, et se
+préparent à ceste heure d'y envoyer gens, argent et tout aultre
+secours pour le maintenir; en quoy la dicte Dame me prie que, quoyque
+ceulx cy me puissent dorsenavant alléguer, je ne vous veuille plus
+entretenir en aulcune espérance du dict tretté; ains que je vous
+suplye très humblement, Sire, d'aller au devant de la malle
+entreprinse qu'ilz ont sur elle, premier qu'ilz l'ayent du tout
+ruynée, et premier qu'ilz ayent achevé de vous oster une telle allyée,
+et l'alliance, et les allyez que vous avez en elle, son royaulme et
+ses subjectz. Dont semble bien, Sire, que, ayant Vostre Majesté porté
+jusques icy, par voz vertueuses parolles et bonnes démonstrations,
+beaucoup de faveur aulx affères de la dicte Dame, lors mesmes que les
+vostres sentoyent plus d'empeschement, que, grâces à Dieu, ilz ne font
+à ceste heure, s'il vous playt d'en user meintennant de semblables, ou
+ung peu de plus expresses, et les fère sonner au Sr de Valsingan,
+avant qu'il s'en retourne, qu'elles seront de bien fort grand moment
+pour meintenir la cause de la dicte Dame, jusques à ce que y puyssiez,
+à bon esciant, adjouxter les effectz. Mais affin, Sire, que voyez
+plus clayrement quel il y fera, je vous manderay, du premier jour, par
+le Sr de Vassal, le plus particulièrement que je pourray, l'estat de
+toutes choses d'icy, et ce que la Royne d'Angleterre m'aura respondu
+sur le faict de son armement; laquelle je vays présentement trouver.
+
+Et ne vous diray davantage, Sire, sinon que le jeune Coban s'apreste
+toutjour pour passer en Flandres, et ne me suys trompé du jugement,
+que j'ay faict, qu'il yra jusques à Espire, dont je mettray peine
+d'entendre quelque chose de sa commission. La nouvelle de la paix de
+vostre royaulme a esté utille à l'ambassadeur d'Espaigne; car, oultre
+qu'elle est cause qu'on ne l'a resserré, l'on luy a despuys faict
+beaucoup de favorables démonstrations. Il est vray qu'on a envoyé
+surprendre, jusques dans le port de Bergues en Flandres, le docteur
+Estory et ung maistre Parquer, toutz deux Anglois catholiques, qui
+estoient là depputez par le duc d'Alve sur la visite des merchandises
+d'Angleterre pour les confisquer, et les a l'on transportez par deçà,
+et tout incontinent miz dans la Tour de Londres; en quoy l'on a
+manifestement viollé la franchise des Pays Bas, chose qu'on ne peult
+croyre que le duc d'Alve puisse aulcunement dissimuler. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXVIe jour d'aoust 1570.
+
+
+
+
+CXXXIe DÉPESCHE
+
+--du Ve jour de septembre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
+
+ Audience.--Plainte de l'ambassadeur au nom du roi, qui est averti
+ que l'armement de la flotte d'Angleterre est destiné à une
+ entreprise sur Calais.--Vive protestation de la reine qu'elle
+ n'a jamais eu un pareil projet, et qu'elle n'a d'autre
+ intention que de repousser les attaques, qui pourraient être
+ dirigées contre elle.--Demande d'explications sur les armemens
+ faits en Bretagne.--Débat sur les délais apportés à la
+ conclusion du traité concernant Marie Stuart.--Nouvelle
+ invasion des Anglais en Écosse. _Mémoire._ Discussions des
+ Anglais sur la paix de France.--Leur crainte qu'une ligue
+ générale ait été formée contre eux.--Changement de conduite
+ d'Élisabeth à l'égard de l'ambassadeur d'Espagne.--Dispositions
+ prises pour éviter une attaque de la part du duc
+ d'Albe.--Résolution de faire sortir la flotte pour rendre
+ honneur à la reine d'Espagne, et se tenir prête au besoin à
+ livrer bataille.--Négociations d'Élisabeth en
+ Allemagne.--Nouvelles de la diète.--_Mémoire secret._ Assurance
+ donnée parle duc de Norfolk, depuis sa mise en liberté, qu'il
+ reste dévoué à la reine d'Écosse.--Nécessité d'imposer à la
+ reine d'Angleterre un délai, dans lequel le traité avec Marie
+ Stuart devra être conclu.--Utilité de faire quelque changement
+ dans la garnison de Calais.--Projet d'une entreprise du roi
+ d'Espagne sur l'Angleterre: insistance faite auprès de Marie
+ Stuart pour qu'elle s'abandonne entièrement au duc d'Albe du
+ soin de sa restitution.--Disposition d'Élisabeth à renouer la
+ négociation de son mariage avec l'archiduc Charles.--Avis d'une
+ correspondance entretenue avec l'Angleterre par quelqu'un qui
+ approche le duc d'Anjou.--Nouvelles répandues à Londres sur les
+ projets du roi.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, estant la Royne d'Angleterre en une mayson esquartée dans les
+boys, à quarante cinq mil de Londres, qui s'apelle Vuynck, elle m'a
+mandé dire que, si l'affère dont j'avois à luy parler estoit hasté, je
+vinsse prendre ma part de l'incommodité du lieu où elle estoit; mais,
+si ce n'estoit chose pressée, qu'elle me prioyt d'attandre jusques au
+VIIIe jour ensuyvant, qu'elle se randroit près d'Oxfort, en la mayson
+de Mr de Norrys, qui seroit plus commode. Et comme elle a entendu que
+je ne vouloys temporiser, et que j'estois desjà prez du dict Vuynck,
+elle a envoyé trois gentishommes pour me conduyre, non en la mayson où
+elle estoit, mais en une fueillée, qui lui estoit préparée pour tirer
+de l'arbaleste aulx dains dedans les toilles; auquel lieu elle est
+venue bientost après, grandement accompaignée, où m'ayant, avant
+descendre du coche, et après en estre descendue, fort favorablement
+receu, premier qu'elle se soit divertye à la chasse, m'a demandé des
+nouvelles de Voz Majestez.
+
+Et parce qu'on m'avoit dict que le Sr de Vualsingan, touchant son
+voyage en France, luy avoit escript qu'il trouvoit le monde par dellà
+mal contant de la paix, je luy ay bien vollu dire, Sire, que Vostre
+Majesté estoit venue à Paris en sa court de parlement pour y fère bien
+recepvoir les articles de la dicte paix, lesquelz y avoient esté
+acceptez avec ung grand consentz de tout ce sénat, et que de là vous
+en estiez allé randre grâce à Dieu en la grand esglize de Nostre Dame,
+et solemniser la feste de la my aoust; et que, le soir, estiez allé
+prendre le souper en l'hostel de ville, pour mieulx establyr le repoz
+entre ce grand peuple, lequel a accoustumé de servyr d'exemple aulx
+autres villes voysines; et que vous estiez après à regarder
+principallement à deux choses: l'une, de bailler argent aulx reytres
+et estrangiers, au premier jour de septembre, affin de les chasser
+eulx, et le trouble et malheur, hors de vostre royaulme; et l'aultre
+estoit de jouyr heureusement de ceste paix, premièrement avec voz
+subjectz, et puys avec les princes voz voysins, allyez et confédérez,
+chose qui estoit bien conforme à ce qu'elle m'avoit prié dernièrement
+de vous escripre: (que vous vollussiez conserver l'amytié des princes
+voz voysins, comme je la pouvois bien asseurer que vous la vouliez
+conserver droicte et entière envers elle, aultant qu'avec nul prince
+de vostre alliance); mais qu'il y avoit ung aultre ambassadeur, lequel
+je ne cognoissois point, qui vous avoit advisé, Sire, de penser tout
+aultrement d'elle en vostre endroict, et qu'elle avoit fermement
+résolu de vous fère bientost la guerre; dont je remercyois Dieu que la
+vigillance de celluy là m'eust relevé de la plus notable infamye, où
+gentilhomme eust peu tomber, d'avoir miz mon Roy, Mon Seigneur, et ses
+affères en ung manifeste dangier, s'il ne vous eust advisé d'y prendre
+garde, et de vous bien deffandre du costé, duquel je m'esforçoys de
+vous persuader que vous seriez le moins assailly; bien que je ne
+demeurois sans coulpe de m'estre layssé endormyr par ses bonnes
+parolles, sur ce que m'aviez commandé d'avoir les yeulx plus ouvertz,
+qui estoit l'observance et l'entretennement des trettez.
+
+Sur quoy la dicte Dame, pleyne d'esbahyssement, m'a demandé qui ce
+pouvoit estre, et que l'infamye tumberoit plus sur elle que sur moy,
+et qu'elle espéroit de nous en descharger si bien toutz deux que la
+honte en demeureroit à celluy qui la nous vouloit fère.
+
+J'ay suyvy à luy dire que je luy en communiquerois, au long et au
+plain, tout ce que Vostre Majesté m'en escripvoit, affin de procéder
+ainsy clairement vers elle, comme j'avoys faict jusques icy, et comme
+je la suplyois de ne me contraindre d'en user aultrement; car, pour ne
+le sçavoir fère, et pour ne mettre, par ma sotise, voz affères en
+dangier, j'aymois trop mieulx d'estre révoqué, et qu'elle me renvoyât
+d'où j'estois venu.
+
+Dont, luy ayant baillé là dessus la lettre de Vostre Majesté, avec
+l'adviz du VIIIe du passé, elle a leu très curieusement l'ung et
+l'aultre; et puys, sans avoir guières pensé, m'a dict qu'elle me
+feroit en cella une responce franche et pleyne de vérité: c'est
+qu'elle prioyt Vostre Majesté de croyre que l'adviz estoit tout
+entièrement faulx, et que, en son armement, elle n'avoit aultre
+entreprise que celle, qu'elle m'avoit faict escripre par ceulx de son
+conseil, et despuys confirmée de sa propre parolle, qui est celle,
+Sire, que je vous ay desjà escripte; et que, quant il se trouveroit
+aultrement, elle vouloit que vous la tinssiez pour descheue du rang de
+Vostre Majesté, où Dieu l'a constituée Royne légitime et Princesse
+chrestienne. Il est vray que chose semblable, ou peu différante, luy
+pouvoit avoir esté offerte, mais non de six mois en ça. A quoy elle
+vouhe à Dieu qu'elle n'a jamais vollu entendre, et ne le fera, soubz
+tant de bonnes parolles de paix et d'amytié, comme elle m'a prié vous
+asseurer de sa part; et qu'elle vouloit bien dire aussi qu'ayant
+Vostre Majesté procédé en bonne façon vers elle sur les affères de la
+Royne d'Escoce, qu'elle ne vouldroit que bien user vers vous, et
+achever droictement le tretté qui est là dessus commancé; mais que si,
+pour l'ocasion de la dicte Dame, laquelle vous sçavez qu'elle luy
+tient beaucoup de tort, vous la vouliez ennuyer, (ainsy que le comte
+de Betfort luy avoit escript despuys deux heures, du pays d'Ouest, que
+Vostre Majesté avoit douze navyres toutz prestz et garnys de toutes
+monitions de guerre à St Malo, pour les passer en Escoce, et
+n'attandoit on plus que les gens de guerre pour les mettre dessus; et
+que, d'abondant, vous aviez faict arrester en Bretaigne toutz les
+navyres anglois comme en temps de guerre,) qu'elle s'esforceroit de
+vous fère tout le pis qu'elle pourroit.
+
+Je répliquay, Sire, que je mettrois peyne de vous fère bien entendre
+sa responce touchant le faict de Callays; et je la prioys de vous en
+fère dire aultant par son ambassadeur, affin que peussiez cognoistre
+que ce que je vous en escriprois procédoit de son intention, ce
+qu'elle m'accorda; et, quant au reste, je la pouvois asseurer que je
+ne sçavois rien de l'apareil de St Malo, mais que je mettrois
+toutjours ma vie pour la seurté de la parolle, que vous luy aviez
+promise: tant y a que je la suplioys ne trouver mauvais, si, pour
+n'estre faulx ny desloyal à Vostre Majesté, je vous escripvois,
+touchant le faict d'Escoce, qu'elle nous remettoit à un tretté, duquel
+je n'espérois ny fin ny commancement: car elle n'y vouloit procéder
+jusques à ce que les depputez des seigneurs d'Escoce seroient arrivez,
+et le comte de Sussex empeschoit qu'ilz ne se peussent assembler pour
+en eslire quelques ungs; et que la création de ce régent, lequel avoit
+tout incontinent faict pendre trente trois bons serviteurs de la Royne
+d'Escoce, et les aultres rolles qui se jouoyent entre le dict comte de
+Sussex et les ennemys de la dicte Dame par dellà, me faisoient veoir
+qu'on ne tendoit à rien moins que à la paciffication.
+
+A cella la dicte Dame m'a respondu qu'il n'y avoit nul tort de sa part
+ny des siens, et qu'elle est toute résolue de procéder au dict tretté,
+et n'attand sinon une responce de la Royne d'Escoce, laquelle
+l'évesque de Roz luy doibt porter dans deux jours, pour, incontinent
+après, envoyer deux de son conseil devers elle affin de tretter
+ouvertement de tout ce qu'elles ont à démesler ensemble; et que
+j'asseure Vostre Majesté que, s'il y a nul des siens qui veuille
+traverser le dict tretté, qu'elle l'en fera amèrement repentyr. Et
+m'ayant la dicte Dame tenu plusieurs aultres fort gracieulx propos,
+tant du présent des haquenées qu'elle vous veult fère, que de ce
+qu'elle a envoyé saluer la Royne d'Espaigne et l'Empereur, estant
+venue l'heure de la chasse, elle print l'arbaleste, et tua six daims,
+dont me fit faveur de m'en donner bonne part; et au prendre congé, me
+pria très instantment de vous donner toute satisfaction d'elle sur le
+faict du dict Callais, et luy procurer pareille satisfaction de Vostre
+Majesté sur ce qu'on luy a dict de St Malo. Sur ce, etc. Ce Ve jour de
+septembre 1570.
+
+ Sur la closture de la présente, est venu adviz comme le comte de
+ Sussex est rentré en Escoce, ainsy que luy mesmes l'a escript.
+ Nous sommes après, icy, d'en demander réparation, et Vostre
+ Majesté y pourvoirra, s'il luy playt, par dellà.
+
+ OULTRE LE CONTENU DES LETTRES, le dict Sr de Vassal dira, de ma
+ part, à Leurs Majestez:
+
+ Qu'on juge icy diversement de la paix de France, car les ungs
+ disent que le Roy l'a faicte ainsy que monsieur l'Admyral l'a
+ vollue, luy laissant, après l'avoir veincu, plus d'exercice de sa
+ religion qu'il n'avoit auparavant, et toulz les estatz et villes
+ qu'il a demandé: les aultres, au contraire, disent que le dict
+ sieur Admyral s'est layssé aller aulx promesses du Roy, et qu'il
+ s'est condescendu aulx plus honteuses et dommaigeables condicions
+ de paix qu'il se pouvoit fère, ayant layssé perdre les
+ principalles esglizes, que ceulx de sa religion eussent ez bonnes
+ villes du royaulme, pour se contanter de quelques meschantz
+ faulxbourgs; et d'avoir soubmiz, de rechef, eulx et leurs biens
+ aulx parlemens, lesquelz leur sont capitalz ennemys; et d'avoir
+ accordé au Roy le quint de leur revenu pour payer les reytres,
+ dont beaucoup de Catholiques et de Protestans estrangiers, et
+ mesmement ceulx, qui n'ayment ny la grandeur ny l'establissement
+ du Roy, arguent par là qu'il y doibt avoir quelque secrecte
+ convention contre les estatz voysins; et descouvrent qu'en leur
+ cueur ilz sont marrys de la paix de France, et qu'ilz la
+ craignent.
+
+ Mais d'aultres plus modérez, qui en désirent la conservation,
+ jugent tout librement que nul moyen plus heureux, ny plus
+ prudent, ny plus conjoinct d'honneur avec proffict, se pouvoit
+ trouver au monde, que cestuy cy de la paciffication; par laquelle
+ le Roy a regaigné l'obéyssance de ses subjectz, et eulx la bonne
+ grâce sienne, et toutz ensemble chassé le trouble et le malheur
+ hors du royaume.
+
+ Et, à ce propos, la Royne d'Angleterre m'a dict que quelquefoys
+ ung prince pouvoit bien avoir fort bon droict sur un estat, qui
+ pourtant ne le jouyssoit pas, et que, hormiz le titre, il estoit
+ toutjour en peyne ou d'en conquerre ou d'en deffandre tout le
+ reste; et par ainsy que le Roy a conquiz, par ceste paix, le plus
+ beau royaulme de tout le monde; lequel auparavant il ne possédoit
+ pas, et dont nul aultre que le sien n'eust peu si longtemps
+ suporter les maulx de la division, sinon avec la mutation ou avec
+ la ruyne entière de l'estat, dont elle le conseille de ne le
+ mettre plus en hazard.
+
+ Néantmoins monstrans aulcuns des principaulx du conseil de la
+ dicte Dame qu'ilz craignent meintennant la dicte paix, ilz
+ donnent à cognoistre qu'ilz ne la desiroient pas; et mesmes ung,
+ qui sçayt assés de leurs secretz, a raporté qu'ilz ont dict que,
+ si leur entreprinse de Picardie n'eust point esté descouverte, et
+ que je n'en eusse rien senty, ou bien que monsieur l'Admyral eust
+ peu conduyre son armée vers la frontière du dict pays de Picardye
+ ou Normandie, ilz luy eussent bien donné moyen d'évitter
+ l'honteuse paix qu'il a faicte.
+
+ Et despuys la conclusion d'icelle, ceulx de ce pays n'usent de si
+ familière conversation avec les Françoys de leur mesmes religion,
+ comme ilz faisoient auparavant, et ne leur layssent nulz
+ marinyers anglois dans leurs vaysseaulx, bien qu'ilz n'en ayent
+ quasi point d'aultres; et seulement vers Mr le cardinal de
+ Chastillon ilz monstrent luy porter encores quelque honneur et
+ respect, pour l'obliger davantaige à estre ministre de conserver
+ la paix entre ces deux royaulmes.
+
+ Et, encor que de certains propos qu'on leur a faict acroyre, qui
+ ont esté naguières tenuz près du Roy, au préjudice de ce
+ royaulme; et de la rescente mémoire de la bulle, avec la division
+ qu'ilz voyent croistre toutjour parmy leurs subjectz; et de
+ certaine coppie de lettre qu'ilz pensent avoir recouvert, que le
+ duc d'Alve a escripte à Monsieur, frère du Roy, pour l'inciter, à
+ ce qu'ilz disent, contre eulx; et de l'advertissement, qu'ilz
+ ont, que le dict duc pourchasse, envers l'Empereur, de fère
+ mettre en arrest toutes les merchandises d'Angleterre, qui sont
+ en Hembourg, pour la réparation des prinses, que les Anglois ont
+ faictes en mer sur les subjectz de son Maistre, la dicte Dame et
+ les seigneurs de son conseil soyent entrez en de bien grandz et
+ divers pensements, néantmoins ilz n'en ont esté guières esmeuz
+ jusques à la nouvelle de la paix; mais lorsqu'ilz ont veu qu'elle
+ estoit conclue à l'honneur et advantaige du Roy, ilz n'ont heu
+ rien plus hasté que de consulter et dellibérer, tout incontinent,
+ comme ilz se pourroyent munyr contre l'orage, qu'ilz craignent
+ leur advenir; en quoy ilz ont pensé qu'ilz le pourroient divertyr
+ par gracieuses négociations et bonnes parolles, bien que possible
+ esloignées de ce qu'ilz ont en intention.
+
+ Et ont commancé de dépescher premier devers le Roy le Sr de
+ Vualsingan pour la conjouyssance de la paix, et pour luy donner
+ bonne espérance des affères de la Royne d'Escoce, avec le surplus
+ de sa commission, sellon que je l'ay mandé, en la sorte que je
+ l'ay peu descouvrir; bien que la dicte paix leur semble
+ formidable parce qu'ilz n'ont esté appellez à la fère, et que les
+ principaulx, qui guident les conseilz de la dicte Dame,
+ s'opinyastrent, de plus en plus, à la détention de la Royne
+ d'Escoce, et à interrompre le tretté encommancé, pour fère de
+ rechef rentrer les Anglois en Escoce, ainsy que l'empeschement
+ qu'on a donné à Mr de Leviston en la frontière, pour créer
+ cependant le comte de Lenoz régent, et la forme de procéder du
+ comte de Sussex contre ceulx du party de la Royne d'Escoce, le
+ tesmoignent; dont le Roy me commandera s'il sera expédiant que je
+ tire de la dicte Royne d'Angleterre une résolue responce sur le
+ dict affère.
+
+ Et pour le regard du Roy d'Espaigne, ayans eulx pensé de tretter
+ plus mal que jamais son ambassadeur, et luy ayant mandé par ung
+ sien secrétaire que la Royne d'Angleterre ne le tenoit plus pour
+ ambassadeur, et faict dire par deulx aldremans qu'il s'en vînt
+ trouver ceulx du conseil à St Aulban, à XL mil de Londres, où
+ j'ay sceu despuys qu'ilz avoient faict préparer ung logis pour le
+ resserrer; l'asseurance de la paix n'est si tost arrivée qu'on
+ n'ayt changé de toute aultre façon en son endroict, l'envoyant
+ visiter avec bonnes parolles et offres d'accord sur les
+ différans; et luy ont envoyé Haquens pour se justiffier de ce
+ qu'on luy avoit rapporté qu'il dressoit une flotte pour aller aux
+ Indes, qui l'a asseuré qu'il n'en estoit rien, et qu'il n'avoit
+ intention de naviguer en lieu d'où le Roy, son Mestre, peult
+ estre offancé. Ilz ont envoyé Fuyguillem devers le duc d'Alve,
+ et ont dépesché le jeune Coban devers la Royne d'Espaigne, avec
+ les plus expresses parolles et les meilleures démonstrations
+ d'amytié, dont ilz se sont peu adviser.
+
+ Et néantmoins, ne se trouvans bien satisfaictz de la responce,
+ que le duc d'Alve leur a faicte touchant son armement, parce
+ qu'il a faict mencion qu'il estoit dressé contre les ennemys, ilz
+ ont résolu de se présenter en mer, quant la dicte Dame passera,
+ et de disposer leurs grands navyres, en sorte qu'ilz luy gaignent
+ le vent, (ainsi qu'ilz disent qu'ilz ont cinq ventz qui leur
+ servent et qui leur donnent l'advantaige,) et en ceste sorte la
+ saluer et luy monstrer toutz signes d'amytié; mais s'il n'est
+ prins en ceste sorte de l'aultre part, et qu'ilz ne ressaluent,
+ et ne rendent les mesmes signes d'amytié et d'amayner, avec la
+ soumission requise, que, à la moindre mauvaise démonstration
+ qu'ilz feront, ceulx cy se tiendront pour provoquez, et
+ attacheront le combat. Et y a grande apparance que, si la dicte
+ Dame est contraincte, par quelque occasion de temps, de relascher
+ par deçà, qu'elle ne s'en pourra partyr quant elle vouldra, bien
+ qu'on luy fera tout l'honneur et bon trettement qu'il sera
+ possible; et monstrent ceulx cy estre toutz advertys de l'apareil
+ du duc d'Alve et de celluy d'Espaigne, mais ne craindre l'ung
+ ni l'aultre; et ont donné charge par tout le pays d'user de
+ signalz pour courir aulx portz, au cas que l'on y aborde, affin
+ d'en demeurer les maistres.
+
+ Et ont donné charge au susdict jeune Coban, après qu'il aura
+ visité la Royne d'Espaigne, de passer oultre devers l'Empereur,
+ avec lettres, parolles et offres de grande amytié et de grande
+ intelligence en son endroict; et pour l'exorter de demeurer en
+ bonne unyon avec les princes de l'Empyre; et luy donner compte
+ des différans des Pays Bas; et aussi, à ce que j'entendz, quelque
+ peu des choses d'Escoce; mais surtout de le prier qu'il n'ordonne
+ rien en Hembourg contre les Anglois, ny contre leurs
+ merchandises; et, affin de le disposer mieulx vers elle, que
+ icelluy Coban luy remettra en termes, avec affection, le propos
+ du mariage avec l'archiduc son frère, bien que nul se peult
+ persuader qu'elle ayt intention de l'effectuer.
+
+ Et cependant, en l'endroict du dict Empereur et des aultres
+ princes catholiques, elle faict valoir et se sert de ceste
+ légation des princes protestans, qui ont encores icy leurs
+ ambassadeurs; et je les ay faict fort observer, et ay trouvé que
+ entre eulx y a ung docteur, qui a seul la charge de toute la
+ négociation, et porte seul la parolle, sans en rien conférer aulx
+ aultres, personnaige si secret et réservé, qu'on ne peult tirer
+ ung seul mot de luy: seulement l'on m'a adverty qu'il a porté une
+ lettre à la dicte Dame, soubsignée de plusieurs princes, sçavoir;
+ des trois ellecteurs Pallatin, de Saxe, Brandebourg, les premiers
+ des lansgraves, après et succecifvement d'aultres, jusques à
+ douze des principaulx d'Allemaigne; réservé cellui de Vitemberg,
+ qui a accepté, à ce qu'on dict, pencion du Roy d'Espaigne, et
+ qu'en la dicte lettre est faicte mencion de ce que le Roy leur a
+ escript de la paix, et la responce qu'ilz luy ont faicte, et
+ qu'ilz exortent la dicte Dame d'espérer toutjour bien d'eulx, et
+ de s'asseurer que toutz ensemble luy demeureront bien unys en
+ affection et intelligence, ainsy qu'ilz le luy ont promiz; et
+ qu'ilz n'obmettront rien de ce qui sera requiz pour
+ l'establissement de leur religion, et pour la seurté des princes,
+ peuples et estatz, qui l'ont receue; et que, sur la dicte lettre,
+ il a heu quatre foys conférance, à part, avec la dicte Dame,
+ laquelle, à mon adviz, l'entretiendra jusques après avoir heu
+ responce des aultres princes, car elle ne se veult vollontiers
+ obliger à nulle ligue, et ne le fera sinon bien contraincte, de
+ tant que les plus grandz frays en auroient à tumber sur sa
+ bourse.
+
+ Ce qui s'entend icy de la diette est que les trois ellecteurs ont
+ fort suspecte la proposition, que l'Empereur y a faicte, parce
+ qu'il leur semble qu'elle tend à leur oster l'authorité des
+ armes, et de ne pouvoir fère levées de gens de guerre en
+ Allemaigne, et de diminuer la grandeur de celluy de Saxe, par
+ prétexte de relever celle de ses cousins; et que le dict Empereur
+ finira la dicte diette par tout le moys d'octobre, pour s'en
+ retourner avant l'yver à Vienne, non sans en avoir premièrement
+ indicté une aultre; et qu'encores qu'il n'ayt, pour ceste foys,
+ procédé à la création du roy des Romains, il a néantmoins si bien
+ dressé la pratique, que, pourveu qu'il puysse gaigner les trois
+ eclésiastiques, dont ne se deffye plus que de celluy de
+ Colloigne, il espère qu'il le pourra effectuer, en baillant le
+ tiltre de roy de Bohème à ung tiers pour avoir ceste voix
+ davantaige aulx suffrages; et n'y obstera plus que le reiglement
+ de la bulle dorée de n'admettre tant d'Empereurs d'une mesmes
+ famille, mais le Pape y dispensera; et semble bien que, cella
+ advenant, l'on procédera aussi à la privation du Pallatin, car
+ l'on a opinion que, celluy là séparé des trois, les aultres deux
+ demeureront bien foybles, et que le plus grand soing, qu'ayt à
+ présent le Roy d'Espaigne, est de fère créer son nepveu roy des
+ Romains pour la conservation de ses Pays Bas et de ses estatz
+ d'Itallye, et qu'il n'espargne peyne, ny argent, ny nul de toulz
+ les moyens dont il se peult adviser, pour l'effectuer.
+
+ DIRA D'ABONDANT, A PART, A LEURS MAJESTEZ:
+
+ Que le duc de Norfolc, despuys estre hors de la Tour, m'a envoyé
+ remercyer des bons offices, qu'il a sentys de ma bonne vollonté
+ durant sa pryson, lesquelz luy ont esté d'un singulier espoir et
+ très grande consolation; et s'asseurant que cella est procédé du
+ commandement de Leurs Majestez Très Chrestiennes, il m'a prié de
+ leur en bayser très humblement les mains de sa part, et de les
+ asseurer qu'après sa Mestresse, il leur demeure très dévot et
+ fidelle serviteur plus qu'à nul prince de la terre, et qu'il leur
+ recommande toutjour la cause de la Royne d'Escoce, pour la
+ restitution de laquelle il veult mettre sa personne, sa vie et
+ son bien.
+
+ Il suplie néantmoins Leurs Majestez que l'expécial propos de sa
+ dévotion et affection, vers leur service et vers la Royne
+ d'Escoce, ne passe plus avant que entre Leurs dictes Majestez et
+ Monseigneur, pour le dangier qu'il y a que, s'il estoit sceu de
+ deux endroictz, lesquelz j'ay expéciffiez au Sr de Vassal, il ne
+ luy en advint beaucoup de mal; bien desire qu'en ce que Leurs
+ Majestez vouldront parler en leur conseil des gens de bien et
+ principaulx de ce royaulme, qui desirent la continuation de la
+ paix, et l'entretennement des trettez d'entre la France et
+ l'Angleterre, et la restitution de la Royne d'Escoce, qu'ilz luy
+ facent l'honneur de le nommer toutjour des premiers.
+
+ Leurs Majestez ont veu de quelle façon j'ay procédé ez affères de
+ la Royne d'Escoce, et parce qu'il semble adviz à la dicte Dame
+ que je me repose trop sur les parolles de la Royne d'Angleterre,
+ et que par icelles je pourrois interrompre le bon secours qu'elle
+ attend du Roy, elle m'a escript: dont Leurs Majestez, s'il leur
+ playt, orront là dessus le dict Sr de Vassal, et me manderont par
+ luy comme j'en auray à user, et si le Roy trouvera bon que, de sa
+ part, je face instance à la Royne d'Angleterre de restablyr, dans
+ ung moys, la Royne d'Escoce en son estat par la voye du tretté,
+ en s'acommodant entre elles mesmes de leurs différans, ou bien
+ luy bailler son secours pour estre remise; et, à faulte de ce
+ fère, que la dicte Royne d'Angleterre trouve bon que le Roy luy
+ baille le sien, soubz bonne seurté qu'il ne portera aulcun
+ dommaige ny à la Royne d'Angleterre, ny à son royaulme, ny
+ n'usera par mer, ny par terre, vers elle, ny vers les Anglois,
+ sinon comme avec bons amys, allyez et confédérez, pourveu qu'ilz
+ facent de mesmes.
+
+ Au regard de l'adviz, qu'on a donné au Roy, de l'entreprinse de
+ Callais, je pense avoir toutjour mandé à Sa Majesté ce qui en a
+ esté ordinairement proposé à ceste Royne et à son conseil,
+ despuys que je suys par deçà, et les choses n'en sont pas passées
+ plus avant. Il est vray que milord Coban, despuys le XVe d'aoust,
+ a faict entendre à la dicte Dame que, si elle veult entretenir
+ quelques compaignies, l'espace de deux ou trois moys, toutes
+ prestes, en la coste de deçà, qu'il a promesse d'aulcuns, qui
+ habitent dans la ville et territoire de Callais, lesquelz ont
+ desjà prins argent de luy, de les mettre d'emblée dedans la dicte
+ ville, et de surprendre Mr de Gordan, et de le luy randre
+ prysonnier entre ses mains. A quoy la dicte Dame a respondu que
+ son advertissement venoit tard, de tant que la paix estoit desjà
+ conclue en France; et qu'il fauldroit rompre toutz les trettez et
+ commancer, à ceste heure, qui est bien hors de sayson, une grosse
+ guerre; en quoy je suplie très humblement Sa Majesté de regarder
+ s'il sera bon que la garnyson du dict Callais soit changée,
+ puisque les choses en sont en cest estat.
+
+ Touchant l'intention, que le Roy d'Espaigne a sur les choses de
+ ceste isle, il se descouvre, de plus en plus, qu'il dellibère d'y
+ fère quelquefoys ung essay, quant il en aura le moyen; car il a
+ mandé à son ambassadeur qu'il entretienne les plus vifves qu'il
+ pourra, les bonnes intelligences qu'il a dans le pays, et que,
+ quant bien on le vouldroit renvoyer, qu'il ne bouge en façon du
+ monde de sa charge, jusques à ce que tous les différans de ces
+ prinses soyent vuydez; et, quant au faict de la Royne d'Escoce,
+ que le duc d'Alve a commandement résolu de la secourir, mais ne
+ dict en quelle façon; seulement le dict ambassadeur inciste
+ qu'elle se veuille mettre ez mains du dict duc, et que, sans
+ doubte, il pourvoirra à ses affères et à sa restitution.
+
+ La Royne d'Angleterre, vivant en très grand deffiance du Roy
+ d'Espaigne, et en peu de confiance du Roy, a mandé à l'Empereur
+ que, si l'archiduc Charles veult passer en Angleterre, qu'il y
+ sera le très bien venu, et que n'estant demeuré la conclusion de
+ leur mariage que sur le différand de la religion, elle espère que
+ ses peuples luy accorderont l'exercice de la catholique à luy et
+ à sa mayson très vollontiers, en contemplation de ce mariage. Et
+ à quoy que aille ce jeu, car quelques ungs l'extiment plein de
+ tromperie, la dicte Dame commance de publier qu'elle assemblera
+ bientost ung parlement pour cest effect; et, en la dernière
+ audience, elle m'a dict qu'elle n'avoit nul aultre regrect, sinon
+ de n'avoir pensé à sa postérité, et comme je luy respondiz qu'il
+ y avoit encores assés temps: «Je crains, dict elle, que mon temps
+ ayt emporté la vollonté à ceulx qui y eussent vollu prétendre.»
+
+ Il y a ung certain personnaige prez de Leurs Majestez et de
+ Monseigneur, qui escript assés souvent au secrétaire Cecille par
+ aultre voye que celle de Mr Norrys, et naguières luy a envoyé
+ deux lettres, lesquelles le Sr Espinolla et Fortivy luy ont
+ baillées, par où il s'esforce merveilleusement de broiller les
+ matières par deçà, et aigrir ceste princesse, et la mettre en
+ grand deffiance du Roy; mais le plus souvant il luy représente
+ des motz et des propos, qu'il dict que Monsieur a tenuz contre
+ elle, tant en sa chambre que en ses repas: et, en toutes sortes,
+ celluy là se monstre si malicieulx que ung Anglois, qui a
+ communication des dictes lettres, lequel n'ayme pas beaucoup la
+ France, mais ne vouldroit pourtant que la guerre se print entre
+ les deux royaumes, m'en a faict toucher assés expressément ung
+ mot, affin que j'advertisse Leurs Majestez, mesmement Monsieur,
+ de fère observer qui peult estre celluy qui faict ung si mauvais
+ office près d'eulx. Il ne se soubscript guières aux lettres,
+ seulement il s'est une foys soubsigné _Emanuel_. Il y a en son
+ cachet ung lyon rampant, et compose assés souvent ses lettres,
+ partie en itallien, partie en françoys, et partie en latin. Il
+ avoit mandé cy devant plusieurs choses, lesquelles, ayant esté
+ trouvées manteuses, on n'y adjouxte grand foy; mais, despuys
+ trois moys, ayant faict entendre à Mr Norrys que Leurs Majestez
+ le feroient appeller pour luy tenir ung tel et ung tel propos, et
+ estant ainsy advenu, il a fort regaigné son crédit.
+
+ Il a esté escript une lestre de ceste court en la contrée, dont
+ les chefz m'ont esté raportez: c'est que la paix de France a esté
+ conclue au préjudice et pour aller faire la guerre aulx Pays Bas;
+ que le Roy ne prétend plus espouser la fille de l'Empereur, ains
+ la soeur du Prince de Navarre, et donner Madame, sa soeur, en
+ mariage au dict Prince de Navarre, ayant pour cest effect
+ interrompu le propos du Roy de Portugal, et que Mr de Guyse avoit
+ prétandu d'espouser Ma dicte Dame, soeur du Roy: à quoy Mr le
+ cardinal de Lorrayne luy tenoit la main, dont toutz deux en sont
+ mal veuz à la court.
+
+
+
+
+CXXXIIe DÉPESCHE
+
+--du Xe jour de septembre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
+
+ Maladie de l'ambassadeur.--Mission de sir Henri Coban auprès de
+ la reine d'Espagne et du duc d'Albe.--Continuation des armemens
+ en Angleterre.--Troisième invasion du comte de Sussex en
+ Écosse; changement apporté dans ses résolutions par la nouvelle
+ de la paix de France.--Demande d'une réparation pour cette
+ dernière atteinte portée aux traités.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, despuys mes précédantes, lesquelles sont du cinquiesme du
+présent, je n'ay point sorty de mon logis à cause d'une grosse
+fiebvre, qui m'avoit desjà surprins, quant j'allay trouver la Royne
+d'Angleterre à Vuynck, et ce voyage là me l'augmenta bien fort, parce
+que je le fiz par ung bien mauvais temps, de sorte qu'il ne m'a esté
+possible de me ravoyr jusques à ceste heure, que, grâces à Dieu, je
+commence à me trouver mieulx, et pourray continuer le service de
+Vostre Majesté comme auparavant; et si, ne l'ay tant intermiz, durant
+mon mal, que je n'aye toutjour heu soing de m'enquérir comme alloient
+les affères en ceste cour; d'où l'on m'a raporté, Sire, qu'on y est
+fort attendant de sçavoir quelle aura esté la négociation du Sr
+Vualsingan devers Vostre Majesté, ainsy que le sir Henry Coban a desjà
+mandé, touchant la sienne de Flandres, qu'il a esté bien veu du duc
+d'Alve, et bien fort gracieusement receu de la Royne d'Espaigne, et
+qu'elle a monstré tenir grand compte du messaige qu'il luy a faict de
+la part de la Royne d'Angleterre, sa Mestresse, et luy a grandement
+gratiffié non seulement les bonnes parolles et offres, que la dicte
+Royne d'Angleterre luy a mandées, mais encores le voyage qu'elle luy
+a commandé fère devers l'Empereur, son père; dont, pour ceste
+occasion, elle l'a tant plustost licencié avec faveur et avec ung
+présent d'une chayne de quatre centz escuz. Il a mandé aussi la belle
+distribution et consulte, qui a esté faicte, de beaucoup de bienfaictz
+aulx seigneurs de Flandres, à l'arrivée de la dicte Dame; ce que l'on
+estime qui confirmera grandement le pays à la dévotion du Roy, son
+mary, et d'elle.
+
+Ceulx cy cependant se hastent de getter dix grands navyres dehors, et
+maistre Charles Havart, qui a charge d'y commander, est passé, despuys
+trois jours, en ceste ville avec les capitaines et gentishommes qui le
+vont accompaigner. L'on dit que, parce que le duc d'Alve a miz douze
+navyres en mer pour la conserve de la pescherie, que ceulx cy se
+veulent trouver en esgalles forces dans ce canal.
+
+Le comte de Betfort est encores au pays d'Ouest, où a semblé, du
+commancement, qu'il n'eust esté envoyé que pour dresser certayne
+flotte, de laquelle je vous ay desjà mandé que Haquens se préparoit
+pour la conduyre aulx Indes; mais s'en estant despuys le dict Haquens
+venu excuser envers l'ambassadeur d'Espaigne, et l'asseurer qu'il n'a
+point pensé en la dicte entreprinse, et ne cessant pourtant le dict
+Betfort de fère toutjour armer et équiper vaysseaulx au dict quartier
+d'Ouest, je ne puys fère que je ne suplie très humblement Vostre
+Majesté d'en fère donner adviz aulx gouverneurs de voz portz et places
+de dessus ceste mer; et je mettray peyne d'en fère aussi advertir en
+Escoce, car, pour ceste heure, je ne puys descouvrir rien de plus
+particullier de la dicte entreprinse; seulement, Sire, par un nouvel
+adviz qu'on m'a donné, je me confirme en l'opinion, que je vous ay
+desjà mandée, qu'il est expédiant de changer quelque partie de la
+garnyson de Callays sellon que Mr de Gordan estimera qu'il se debvra
+fère, en la vertu et vigilance duquel ceulx cy cognoissent bien que
+conciste grandement la conservation de ceste place.
+
+Le comte de Sussex a escript freschement une lettre au comte de
+Lestre, en laquelle il s'esforce de fère trouver bon son dernier
+exploict en Escoce, encores qu'il l'ayt exécuté sans le commandement
+de ceste Royne ni de ceulx de son conseil, alléguant qu'il a estimé
+importer beaucoup à l'honneur de la couronne d'Angleterre, et bien
+fort à sa propre réputation, de ne laysser inpuny ung seul de ceulx
+qui ont retiré et soubstenu les rebelles de ce royaulme; et qu'à la
+vérité, il se soucye bien fort peu que la Royne d'Escoce et les siens
+se trouvent offancez, pourveu qu'il ayt bien servy à la Royne, sa
+Mestresse; mais qu'il a entendu que la paix est conclue en France,
+sans que la dicte Royne, sa Mestresse, y soit comprinse, ny sans
+qu'elle s'y soit entremise si avant qu'on ayt grand occasion de luy en
+sçavoir grâce; par ainsy qu'il crainct que Vostre Majesté tourne
+meintennant ses entreprinses aulx choses d'Escoce, et qu'il luy semble
+que la Royne, sa Mestresse, les doibt accommoder, le plustost qu'il
+luy sera possible, avec la Royne d'Escoce, et la restituer par ses
+propres moyens, sans attandre que les estrangiers y mettent la main.
+Qui est desjà, Sire, bon commancement de veoir réprimé, par
+l'establissement de la paix et de vos affères, le cueur de cestuy cy,
+qui monstroit de l'avoir merveilleusement obstiné; et le réprimera
+aussi, comme j'espère, à plusieurs aultres, qui se débordoient, à
+cause des troubles de vostre royaulme, en plusieurs audacieuses
+entreprinses contre vostre grandeur.
+
+Or n'ayant, Sire, pour mon indisposition, peu aller trouver la Royne
+d'Angleterre, affin de me plaindre du dict comte de Sussex; et estant
+aussi Mr de Roz conseillé de n'y aller point, toutz deux avons escript
+à la dicte Dame et aulx seigneurs de son conseil, et, pour mon regard,
+je leur ay demandé, au nom de Vostre Majesté, que rayson et réparation
+soit faicte des choses attamptées au préjudice du tretté, et que la
+dicte Dame me veuille mander quelle satisfaction j'auray à donner à
+Vostre Majesté de ceste dernière expédition du dict de Sussex, et en
+quelle intention elle demeure du susdict tretté; dont l'on m'a desjà
+adverty qu'il me sera faict une bien fort bonne responce, aussitost
+que le secrétaire Cecille se trouvera ung peu mieulx; lequel, pour
+quelque indisposition, n'a ozé, il y a plus de six jours, venir en la
+présence de la Royne, sa Mestresse; et maistre Mildmay a esté envoyé
+quéryr en dilligence, affin que le dict Cecille et luy, et Mr
+l'évesque de Roz s'acheminent incontinent devers la Royne d'Escoce.
+Sur ce, etc. Ce Xe jour de septembre 1570.
+
+ Je viens d'estre adverty que le sire Guilhemme Stuart est
+ présantement arrivé d'Escoce, de la part du comte de Lenoz; je
+ croy que c'est pour mettre quelques mauvais partys en avant: nous
+ prendrons garde à sa négociation.
+
+
+
+
+CXXXIIIe DÉPESCHE
+
+--du XVe jour de septembre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par Me Lavaur Féron._)
+
+ Sortie en mer d'une partie de la flotte anglaise.--Explications
+ données par Élisabeth sur la récente expédition du comte de
+ Sussex en Écosse.--Nécessité de se montrer prêt en France à
+ porter secours aux Écossais.--Message du cardinal de Chatillon
+ à l'ambassadeur.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, lundy dernier, XIe de ce moys, le sire Charles Havart est sorty
+en mer avec dix grandz navyres seulement de ceste Royne et envyron
+trois mil cinq centz hommes dessus, envitaillez pour deux moys, dont
+les huict centz sont harquebouziers; le surplus de l'armement se va
+entretennant en petitz appareilz, sans y donner trop grand haste: dont
+semble qu'on se contantera d'honnorer le passaige de la Royne
+d'Espaigne de ce nombre de dix vaysseaulx, sans en mettre davantaige
+dehors; et qu'on tiendra le reste de l'armée preste pour ung besoing,
+si d'avanture quelque ocasion survenoit, comme, à la vérité, ceulx cy
+ne se peuvent fyer ny aulx parolles ny aulx démonstrations du duc
+d'Alve. Néantmoins ilz ont, despuys la paix de vostre royaulme, changé
+de dellibération touchant les choses d'Espaigne, car ayant proposé,
+commant que ce fût, de renvoyer ou bien de resserrer estroictement
+l'ambassadeur d'Espaigne, j'entendz qu'ilz ont meintennant résolu en
+ce conseil de ne parler plus de cella, et que la Royne d'Angleterre se
+layssera conduyre à luy permettre de continuer son office vers elle,
+si son Maistre le requiert; bien qu'elle ne le peult avoir guières
+agréable parce qu'elle estime qu'il a dict et faict aulcunes choses
+directement contre elle et contre l'estat de son pays.
+
+Au regard de ce que j'avois escript à la dicte Dame, et aulx seigneurs
+de son conseil, de me fère rayson et réparation du dernier exploict,
+que les Anglois ont faict en Escoce, la dicte Dame m'a mandé que je ne
+vouldray estre si inique juge que de condampner l'une des parties sans
+l'ouyr; et que je n'imputeray la coulpe de ce faict au comte de Sussex
+son lieuctenant, quant j'entendray que milord Herys et aultres, de la
+frontière d'Escoce, sont venuz accompaigner en armes les rebelles de
+ce royaume pour courre et piller de rechef la frontière d'Angleterre,
+et fère de telles insolances qu'ilz ont donné de très grandes
+occasions au dict de Sussex de leur courre sus; choses toutesfoys
+qu'elle m'asseure estre advenu sans son commandement et sans
+l'ordonnance de son conseil, et en laquelle le dict de Sussex a
+procédé de luy mesmes, mais avec telle modération qu'il n'a touché
+qu'à ceulx qui l'avoient provoqué, dont le dommaige n'est pas grand,
+et il s'est desjà retiré; et elle luy a mandé qu'il ne passe plus
+oultre, parce qu'elle est résolue de pourvoir par le tretté à toutz
+ces différans, qu'elle a avec la Royne d'Escoce et son royaulme, ainsy
+que desjà elle a ordonnée à maistre Mildmay et au secrétaire Cecille
+d'aller, pour cest effect, devers la dicte Dame; et, en ce qu'il
+semble que je me voulois atacher à sa parolle et promesse, qu'elle me
+veult bien dire que je n'ay heu nulle occasion et ne l'auray jamais de
+me plaindre qu'elle ne me l'ayt toutjour randue véritable, me priant
+de vous donner là dessus, Sire, ceste mesmes satisfaction de
+l'expédition de son lieuctenant, affin que Vostre Majesté ne la
+preigne en pire part qu'elle n'est. Qui est tout ce que la dicte Dame
+et ceulx de son conseil ont respondu à ce que je leur avois escript.
+
+Or, Sire, il semble bien par aulcunes coppies de lettres, que j'ay
+veues du dict de Sussex, et par ce que Mr le comte de Lestre m'en a
+faict entendre, que ceste entreprinse est advenue sans le sceu de la
+dicte Dame, et qu'elle n'en est guières contante; tant y a qu'on ne
+désadvouhe pour cella le dict de Sussex, lequel a son garant en court,
+et il a cependant porté beaucoup de dommaige d'avoir abattu sept ou
+huict maysons nobles et faict le gast partout où il a passé dans le
+pays. L'aparance est que ceste princesse veult en toutes sortes passer
+oultre au dict tretté, meue de l'apréhention du dangier, où il luy
+semble qu'aultrement elle va tumber, lequel les ennemys de la Royne
+d'Escoce n'ont de quoy le luy pouvoir meintennant effacer; mais ilz la
+font opiniastrer à des condicions trop dures, comme d'avoir le Prince
+d'Escoce entre ses mains, quelque place et des ostaiges; dont ceulx,
+qui entendent bien les affères, estiment que, pour les bien effectuer,
+il est requis que la dicte Dame sente vostre secours en Escoce, ou au
+moins si prest d'y passer qu'elle ne le craigne moins que s'il estoit
+desjà par dellà.
+
+Je n'ay encores peu savoir quelle est la commission du sire Guilhaume
+Stuard, lequel le comte de Lenoz a envoyé; bien m'a l'on dict qu'il
+asseure que les seigneurs d'Escoce ont desjà ordonné quelques depputez
+pour venir icy, mais nous incisterons qu'on passe oultre sans les
+attandre. Sur ce, etc. Ce XVe jour de septembre 1570.
+
+ Ainsy que je fermoys la présente, Mr le cardinal de Chatillon m'a
+ envoyé visiter et dire qu'il avoit esté se conjouyr de la paix
+ avecques la Royne d'Angleterre, et que bientost il retournera
+ prendre congé d'elle pour aller trouver Voz Majestez; mais
+ qu'avant partyr il ne fauldra de me venir saluer, comme
+ ambassadeur de son Roy et Maistre, et prendre le diner en mon
+ logis; et qu'il desiroit bien entendre, comme procédoient les
+ choses de la dicte paix en France, parce que plusieurs
+ attandoient de le sçavoir pour s'y retirer. J'ay respondu qu'il y
+ avoit assés longtemps que je n'avois point heu de dépesche, mais
+ que je sçavois bien que Voz Majestez donnoient bon ordre que la
+ paix prînt establissement et durée, dont vous plairra me
+ commander comme j'auray à me gouverner et conduyre envers le dict
+ Sr cardinal et aultres Françoys qui sont par deçà.
+
+
+
+
+CXXXIVe DÉPESCHE
+
+--du XIXe jour de septembre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon._)
+
+ Nouvelles de la flotte.--Négociation avec l'Espagne.--Affaires
+ d'Écosse.--Incertitude où sont les protestans français de
+ savoir s'ils peuvent rentrer en France.--Nouvelles d'Allemagne.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, estans sortys les dix navyres de la Royne d'Angleterre soubz la
+conduicte de sire Charles Havart, ainsy que je le vous ay mandé par
+mes précédantes, ilz se tiennent meintennant parez en la coste de
+deçà, attandans que la flotte de Flandres se mette à la voyle, et
+demeurent ceulx cy assés persuadez que le passaige de la Royne
+d'Espaigne sera paysible, sans rien attempter en nul de leurs portz;
+mais ilz craignent grandement qu'estant arrivée par dellà, le retour
+de l'armée ne soit à leur dommaige, et qu'on n'y embarque des
+Hespaignolz pour fère quelque descente en Irlande, ou bien ez
+quartiers du North d'Escoce, ou en quelque aultre endroict de ceste
+isle, attandu mesmement que milord de Sethon et ung frère du Sr de
+Ledinthon sont passez en Flandres, et qu'on dict que le comte de
+Vuesmerland et la comtesse de Northomberland sont arrivez devers le
+duc d'Alve, et que plusieurs fuytifz de ce royaulme sont en l'armée,
+qui va conduyre la Royne d'Espaigne; dont a esté miz icy ung nouvel
+ordre de tenir si pretz les aultres grandz navyres de ceste Royne
+qu'il n'y puysse avoir une seule heure de retardement, quant ilz
+seront commandez de sortyr, et ordonné d'augmenter les vivres, qui y
+sont nécessaires pour quelque moys davantaige; bien que la dicte Dame
+et les seigneurs de son conseil se contantent bien fort des bonnes
+responces, que le dict duc d'Alve a faictes au jeune Coban, en ce
+mesmement que, luy ayant faict pleincte de l'ambassadeur d'Espaigne,
+de ce qu'il avoit dédeigné de venir devers iceulx seigneurs du
+conseil, et qu'à ce moyen l'accord de leurs différans avoit esté
+retardé, il luy a respondu que l'ambassadeur avoit quelque rayson de
+n'avoir vollu complayre du tout à ce que les dicts du conseil luy
+avoient mandé, parce qu'ilz avoient usé de trop dures formalitez
+envers luy, et ne l'avoient, il y a tantost deux ans, tretté ny
+recogneu pour ambassadeur, et mesmes ceste foys avoient envoyé des
+aldremans devers luy comme s'il eust esté crimineulx; néantmoins qu'il
+luy escriproit de ne fère plus de difficulté de convenir avec eulx,
+toutes les foys qu'ilz le feroient appeller pour tretter des affères
+d'entre le Roy, son Maistre, et la Royne d'Angleterre; et ainsy l'a
+escript le dict duc au dict ambassadeur, de sorte qu'ilz vont, de
+chacun costé, cerchant les moyens de renouer leurs affères et
+d'acommoder leurs différans.
+
+La malladie du secrétaire Cecille a donné quelque retardement aulx
+affères de la Royne d'Escoce; néantmoins l'on avoit desjà ordonné à
+sire Quainols de s'aprester pour aller avec Me Mildmay devers la dicte
+Dame, mais se trouvant le dict secrétaire Cecille meintennant ung peu
+mieulx, le voyage luy est réservé; et cependant milor de Sussex a
+escript que les seigneurs escouçoys, du party de la Royne d'Escoce,
+ont tenu une grande assemblée sur les choses que nous leur avions
+mandées par milor de Leviston, et qu'ilz y ont prins une résolution,
+laquelle ilz envoyent fère entendre à la Royne d'Angleterre par le
+dict mesmes Leviston et par aultres leurs depputez, lesquelz il
+attandoit du premier jour en la frontière pour leur bailler
+saufconduict de passer plus avant. Et mande néantmoins le dict de
+Sussex que, en Escoce, l'on ne s'attend guières d'avoir secours de
+France; tant y a qu'on m'a dict que madame de Norrys s'est pleincte
+grandement à la Royne sa Mestresse de ce que le dict de Sussex est
+rentré en Escoce, parce qu'ayant son mary asseuré Vostre Majesté que
+cella ne se feroit point, elle craint que ne vous en preigniez
+meintennant à luy, et que ne le faciez arrester et resserrer.
+
+Les Françoys, qui sont icy, se préparent pour retourner toutz en leurs
+maysons: il est vray qu'entendans qu'à Roan, à Dieppe, à Callais, et
+en quelques aultres endroictz, l'on faict difficulté de les recepvoir,
+il y en a quelques ungs qui demeurent en suspens, dont envoyent devers
+moy pour sçavoir comme ilz en auront à user; et je leur répond que je
+n'ay pas de plus expresse déclaration de vostre intention là dessus
+que celle qui est contenue par vostre éedict, et que, de ma part, je
+ne voy qu'ilz ayent nulle occasion de doubter. Je ne sçay si cella
+sera occasion que Mr le cardinal de Chatillon prendra le chemin de la
+Rochelle pour voir, de là en hors, comme il se pourra asseurer de
+l'establissement de la dicte paix. Mr le vydame, à ce que j'entendz,
+part dans deux jours et va passer ou à la Rye, ou à Callais; et, de
+tant, Sire, qu'on donne entendre à aulcuns merchans voz subjectz, qui
+poursuyvent encores icy la restitution de leurs biens, que tout le
+faict des déprédations est remiz par vostre éedict, il vous plairra me
+commander ce que je leur en auray à respondre, affin qu'ilz ne facent
+dorsenavant la poursuyte en vain.
+
+Il semble que le Sr de Chantonay, escripvant icy à l'ambassadeur
+d'Espaigne, luy ayt mandé que l'Empereur n'aprouve guières la paix de
+France, comme ne l'estimant de durée; et que la diette se prolongera
+beaucoup oultre le moys d'octobre; et que les fianceailles de Vostre
+Majesté se feront avant la Toutz Sainctz, sans toutesfoys qu'on y
+attande pour cella la venue de Monseigneur vostre frère, mais plustost
+celle de monsieur de Lorrayne; et que, estant le comte Pallatin à
+Espire, il a entendu que ses ministres avoient presché publiquement
+l'arrianisme à Heldelberc, dont il dellibéroit d'aller réprimer une
+telle inpiété, mais qu'il fauldroit qu'il corrigeât premier la sienne.
+Sur ce, etc. Ce XIXe jour de septembre 1570.
+
+
+
+
+CXXXVe DÉPESCHE
+
+--du XXIIIIe jour de septembre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voie du Sr Acerbo._)
+
+ Interruption des armemens.--Mouvement dans le pays de
+ Lancastre.--Négociation de l'évêque de Ross.--Conférence de
+ l'ambassadeur avec le cardinal de Chatillon.--Sollicitations
+ faites auprès de lui par le vidame de Chartres.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, l'aprest des vingt navyres, que ceulx cy debvoient jetter
+dehors, après les dix qui sont desjà sortys, se va peu à peu
+discontinuant, et les a l'on ramenez de l'embouchure de la rivière de
+Rochestre, où desjà ilz estoient, jusques à leur arcenal accoustumé de
+Gelingan, ce qui monstre qu'à peyne s'en servyra l'on de ceste année;
+les aultres dix se tiennent toutjour sur la coste près de Douvres,
+attandant le passaige de la Royne d'Espaigne, à laquelle le temps ne
+sert aucunement, et ceulx, qui s'y entendent, disent qu'à peyne luy
+servira il encores de trois sepmaines; et est venu quelque adviz en
+ceste court que le Roy d'Espaigne, son mary, luy a mandé que, si l'on
+voyt que la navigation ne soit bien fort propre et fort seure, qu'elle
+attande de se mettre sur mer jusques au prochain printemptz, et que
+possible, entre cy et là, il aura faict dessein de la venir trouver
+pour visiter ses Pays Bas: ce que possible a donné occasion à la Royne
+d'Angleterre de fère cesser son armement. Laquelle aussi, comme
+j'entendz, est tumbée en une grande souspeçon d'une nouvelle
+ellévation qu'on luy a dict qui se prépare au pays de Lenclastre, où
+semble qu'elle ayt desjà envoyé gens pour recognoistre que c'est, et
+des secrettes commissions pour y remédier et apréhender quelques uns.
+
+Cependant il nous est venu des lettres de la Royne d'Escoce, par
+lesquelles elle mande que les seigneurs d'Escoce, qui sont de son
+party, luy ont envoyé la déclaration de leur vollonté: laquelle est de
+fère toutjour ce qu'elle leur commandera, dont Mr l'évesque de Roz est
+allé devers ceste Royne pour haster sur cella la conclusion du tretté;
+et j'espère, puysque le secrétaire Cecille est à présent bien guéry,
+que luy et maistre Mildmay et le dict sieur évesque s'achemineront
+tout incontinent devers la dicte Royne d'Escoce pour y mettre une
+bonne fin.
+
+Au surplus, Sire, Mr le cardinal de Chatillon est venu, despuys quatre
+jours, prendre son diner en mon logis, et m'a dict que, comme vostre
+très humble subject, il se sentoit tenu, et obligé à vostre service,
+de ceste visite qu'il faisoit à vostre ambassadeur; et que ce qui
+l'avoit engardé de la fère, durant les troubles, estoit que vous
+monstriez lors, Sire, de ne prandre à gré, ains d'avoir quasi en
+horreur tout ce qui procédoit de ceulx de sa religion; mais à ceste
+heure qu'il playsoit à Dieu les fère jouyr du bien de vostre grâce, et
+de celle de la Royne, et de Messeigneurs voz frères, et qu'il vous
+playsoit les tenir au nombre de voz loyaulx et fidelles subjectz, tout
+son plus grand soin estoit de vous obéyr et complayre, et prier Dieu
+pour Voz Majestez et pour Mes dicts Seigneurs voz frères, et fère en
+sorte que Dieu et le monde cognoissent que la contraincte demeure,
+qu'il a faicte icy, ne l'a randu moins bon françoys ny moins dévot et
+fidelle serviteur de vostre grandeur qu'il a esté par cy devant; et
+qu'il n'a rien oublyé de l'obligation naturelle, ny encores de celle
+expécialle, qu'il a à Voz Majestez et aulx feuz Roys voz
+prédécesseurs; que, puys peu de jours, Messieurs les Princes de
+Navarre et de Condé, et Mr l'Admyral, son frère, ont envoyé ung
+gentilhomme devers ceste Royne, par lequel ilz luy ont escript à luy
+de s'en aller à la Rochelle, et qu'ilz s'y rendront le plustost qu'ils
+pourront, affin de pourvoir à l'accomplissement des choses qu'ilz vous
+ont promises, lesquelles ne se peuvent bien effectuer sans luy et sans
+aulcuns principaulx d'entre eulx; lesquelz fault que conviennent
+ensemble pour admonester les aultres, ainsy qu'il a desjà fort
+expressément admonesté toutz les ministres, qui estoient icy, premier
+qu'ilz s'en soyent retournez, de n'excéder en rien qui soit, ny pour
+quelconque occasion que puisse estre, voz permissions, ny transgresser
+aulcunement voz deffances; et qu'il est besoing aussi que ce soyent
+eulx qui, pour donner exemple aulx aultres de contribuer à ce qu'ilz
+vous ont promiz de payer, se cothisent les premiers bien largement:
+dont dellibéroit, dans six jours, aller prendre congé de ceste Royne
+pour s'acheminer puys après à Ampthonne, affin d'y attandre la
+commodité de son passaige, me priant bien fort de fère entendre ceste
+sienne dellibération à Vostre Majesté avec plusieurs aultres bons
+propos, qui seroient trop longs à mettre icy.
+
+Je luy ay respondu, Sire, le mieulx que j'ay peu, sellon que j'ay
+estimé estre de vostre intention, conforme à la notice que j'en
+pouvois avoir par vostre éedict, car de plus expécialle je n'en avois
+poinct; mais je luy ay principallement incisté de vouloir dresser son
+premier retour en France devers Vostre Majesté, affin de monstrer
+qu'il a plus de confiance en vostre bonté et parolle que aulx rempartz
+des places, qu'on a demandées pour seureté.
+
+A quoy il m'a répliqué que ce avoit bien esté son premier desir, mais,
+puysqu'on luy mandoit de se randre ainsy bientost à la Rochelle, affin
+de donner forme aulx choses qu'il falloit ordonner, à ce commancement,
+pour satisfère à Vostre Majesté, et qu'avec très grande incommodité il
+pourroit fère ce grand tour par terre, qu'il estoit contrainct d'y
+aller par mer; mais qu'aussitost qu'on auroit pourveu à vostre
+satisfaction, qu'il vous yroit très humblement bayser les mains, et à
+la Royne, et à Messeigneurs voz frères, sellon qu'il espéroit que Voz
+Majestez le luy permettroient, me priant cependant de le vous fère
+ainsy trouver bon, et que ne veuillez jamais penser de luy que comme
+d'ung vostre très humble et très obéyssant serviteur.
+
+Le deuxiesme jour après, à l'exemple de luy, Mr le vydame de Chartres,
+estant prest à partyr, m'est aussi venu visiter avec plusieurs bonnes
+parolles de l'affection et dévotion, qu'il dict avoir à vostre
+service, et m'a requis de deux choses: c'est de vous vouloir
+tesmoigner, par mes premières, que ses déportemenz par deçà n'ont esté
+en rien contre vostre dict service; et l'aultre, de luy bailler ung
+mien passeport pour se conduyre, luy, sa femme et son trein, jusques à
+la Fretté, pour, incontinent après, vous aller très humblement bayser
+les mains. Je luy ay agréé, en la meilleur façon que j'ay peu, sa
+bonne intention vers Vostre Majesté, mais j'ay faict plusieurs
+difficultez sur l'une et l'aultre de ses demandes; et qu'encor que je
+ne voulois pas nyer que je ne l'eusse faict observer, je ne pouvois
+toutesfoys vous justiffier en aultre sorte ses actions, parce que
+toutes ne me pouvoient estre bien cogneues, que de vous dire, Sire,
+que je ne sçavois pas qu'il en heust faict icy de plus mauvaises
+contre vostre service que d'y estre venu; et, quant au passeport, que
+ce seroit préjudicier à la liberté de la paix de luy en bailler. A
+quoy il m'a répliqué que, pour le regard du premier, il se contentoit
+bien de ce mien tesmoignage, mais du second, il m'en a tant pressé que
+j'ai esté contrainct de lui bailler mon dict passeport. Et voylà,
+Sire, tout ce qui a passé entre les dicts sieurs cardinal et vydame,
+et moy, dont semble bien que les Anglois n'ont prins grand playsir à
+ces deux visites; car par icelles ils sont contrainctz de fère quelque
+meilleur jugement de la réunyon de vostre royaulme qu'ilz ne la
+pensoient; mais je ne suis point allé randre la pareille à l'ung ny à
+l'aultre en leur logis, parce que je n'en avois nul ordre de Vostre
+Majesté. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXIVe jour de septembre 1570.
+
+
+
+
+CXXXVIe DÉPESCHE
+
+--du pénultième jour de septembre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Campernon._)
+
+ Négociation avec les Pays-Bas.--Retard apporté au voyage de la
+ reine d'Espagne.--Résolution d'Élisabeth de procéder à la
+ conclusion du traité avec Marie Stuart.--Mission de Mr de Vérac
+ en Écosse.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, par le retour du Sr de Sabran je demeure assés esclarcy
+d'aulcunes choses de vostre intention, lesquelles j'espère que me les
+ferés plus parfaictement et plus particulièrement entendre, quant le
+Sr de Vassal me viendra retrouver; et vous diray cependant, Sire, que
+la Royne d'Angleterre, achevant son progrez de ceste année, arrive
+aujourduy à Vuyndesor, où elle dellibère fère du séjour, et y
+attandre le retour des gentishommes, qu'elle a envoyé en France, en
+Flandres et en Allemaigne, pour, puis après, y assembler son conseil
+affin de prendre résolution sur les choses qu'ilz raporteront. Les
+commissaires de Flandres, qui estoient allés visiter les merchandises
+arrestées ez portz de deçà, dizent qu'ilz y ont trouvé perte et
+diminution de plus de la moictié; mais, touchant celles qui sont dans
+Londres, l'on leur a faict acroyre que, si le duc d'Alve veut procéder
+à ung bon accord de leurs différans, sellon les honnestes offres que
+la Royne d'Angleterre luy a faictes, qu'on leur en révellera pour plus
+de cent mil escuz davantaige qu'on ne leur a encores monstrées. A quoy
+ilz respondent qu'on leur baille premièrement le vray estat d'icelles,
+affin d'en fère un certain raport au dict duc, et que, puys après,
+l'on pourra facillement parvenir aulx condicions de l'accord; et
+veulent, chacun de son costé, gaigner l'advantaige de ce point: dont
+le différant s'en entretient plus longuement, mais non sans une grande
+espérance que bientost il s'accommodera: car le duc d'Alve et les
+principaulx ministres du Roy d'Espaigne, qui sont en Flandres,
+monstrent n'avoir aulcun plus grand soin que de regaigner l'amytié de
+la Royne d'Angleterre et de s'esforcer de luy complayre; ce que la
+dicte Dame, à ce qu'on m'a dict, attribue plus à la paix de vostre
+royaume que à leur bonne vollonté: et dellibère, de sa part, de suyvre
+et entretenir cella par les meilleures démonstrations qu'elle pourra,
+mais non sans qu'elle demeure toutjour en beaucoup de souspeçon et de
+deffiance, à cause de la retrette de ses subjectz fuytifz, et de la
+légation d'aulcuns Escossoys devers le dict duc en Flandres. Cependant
+les dix grandz navires de la dicte Dame demeurent toutjour en la coste
+de deçà pour honnorer le passaige de la Royne d'Espaigne, non sans
+qu'elle se repente assés de les avoir si tost faictz jetter dehors,
+parce que la despance y va grande, et ne se peult juger si le temps
+pourra encores servyr, de deux moys, à la dicte Royne d'Espaigne.
+Néantmoins il est venu nouveau mandement à Londres de tenir encores
+ung nombre de marinyers prestz, comme pour quatre navyres davantaige:
+je ne sçay encores à quel effect.
+
+Nous avons tant pressé l'advancement des affères de la Royne d'Escoce
+que le secrétaire Cecille et maistre Mildmay ont esté du tout
+dépeschez, dez mardy dernier, pour aller devers la dicte Dame, et Mr
+de Roz avec eulx, où j'espère qu'il se prendra quelque bon ordre pour
+le restablissement d'elle à sa couronne; mais, de tant que, sur les
+condicions, qu'on luy propose, plusieurs nous donnent divers conseilz,
+je ne m'advanceray d'y intervenir, au nom de Vostre Majesté, sans vous
+avoir faict quelque aultre dépesche plus ample et plus expresse là
+dessus. Bien me confirme l'on, de plus en plus, Sire, que ceste Royne,
+veult résoluement entendre à conclurre le tretté, et que cependant
+elle a mandé au comte de Sussex de casser toutes les compaignies
+extraordinaires, qu'il avoit levées en la frontière du North.
+L'arrivée du Sr de Veyrac en Escoce met ceulx cy en quelque jalouzie,
+mais il ne seroit que bon qu'ilz l'eussent encores plus grande, car je
+crains bien fort qu'ayant Mr Norrys escript icy que Vostre Majesté est
+résolue de n'envoyer nulles forces par dellà jusques au printemps, que
+cella leur face prolonger le tretté, soubz espérance qu'il puysse
+cependant survenir quelque chose à leur commodité et advantaige. Sur
+ce, etc.
+
+ Ce XXIXe jour de septembre 1570.
+
+
+
+
+CXXXVIIe DÉPESCHE
+
+--du Ve jour d'octobre 1570.--
+
+(_Envoyée jusques à Calais par ung qui s'en est allé avec le Sr
+Frégouse._)
+
+ Retour de Walsingham en Angleterre, chargé de faire connaître à
+ la reine la déclaration du roi touchant l'Écosse.--Prochain
+ départ de la reine d'Espagne.--Suspension des affaires
+ politiques à Londres pendant l'absence de Cécil envoyé vers
+ Marie Stuart.--Nouvelles d'Allemagne.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, j'ay receu, le XXIXe du passé, les lettres qu'il a pleu à Vostre
+Majesté m'escripre, du XXIIe auparavant, par le Sr de Valsingan, qui
+me les a envoyées passant par Londres, et m'a mandé qu'au retour de
+randre compte à sa Mestresse de ce qu'il a faict en France, qu'il me
+viendra voir. Il me semble, Sire, que rien n'a pu venir plus à propos,
+pour les présens affères de la Royne d'Escoce, que d'avoir Vostre
+Majesté ainsy fermement et vertueusement parlé, comme avez faict, à
+l'ambassadeur Mr Norrys et à luy; et dont je ne fauldray de
+représanter à leur dicte Mestresse voz mesmes propos, telz qu'ilz sont
+contenuz en vostre lettre, la première foys que je l'yray trouver,
+ayant estimé qu'il estoit bon, pour aulcuns respectz, de les luy
+réserver jusques à la venue d'une aultre vostre dépesche, pour luy
+laysser cependant digérer ce faict sur le récit, que le dict de
+Valsingan luy fera, des propres paroles et démonstrations qu'il a
+ouyes et veues de Vostre Majesté, et aussi pour n'interrompre rien en
+la commission qu'elle a donnée au secrétaire Cecille et à Maistre
+Mildmay vers la Royne d'Escoce; ausquelz j'ay opinion qu'elle envoyera
+en dilligence notiffier la déclaration qu'avez faict à ses dicts
+ambassadeurs, affin qu'ilz ne s'en retournent sans résouldre quelque
+chose avec elle; ayant plusieurs adviz, de divers lieux, assés
+certains qu'il tarde infinyement à la dicte Royne d'Angleterre qu'elle
+puysse, en quelque seure façon qui ayt aparance d'honneur et
+d'advantaige, se démesler du faict de la dicte Dame, non sans se
+repentyr de s'en estre si avant entremise. Et est sans doubte que, si
+l'affère pouvoit tumber en la main de quelque aultre, qui le manyât
+avec plus de modération que ne faict le secrétaire Cecille, ou que luy
+mesmes, après avoir veu la Royne d'Escoce, se volust modérer, et ne
+fère plus, sur des petitz momentz, naistre de si grandes difficultez
+et longueurs, qu'il a faict jusques icy, que toutz les différans
+d'entre ces deux Princesses et leurs deux royaulmes se pourroient
+facilement et bientost accommoder, dont de ma part, Sire, je ne
+fauldray d'y incister à toute heure; mais la vifve parolle et la
+démonstration que Vostre Majesté fera d'un prochain secours, attandant
+qu'il s'ensuyve à bon esciant, s'il est nécessaire, y servyront
+infinyement.
+
+La dicte Royne d'Angleterre a dépesché ung saufconduict pour les
+depputez d'Escoce, et a mandé au comte de Sussex de les bien recepvoir
+et honorer, et qu'il advertisse ceulx du party du régent d'envoyer
+promptement les leurs. Le susdict de Valsingan a desjà parlé à
+quelques ungs de ses amys de la continuation de la paix de France
+comme en doubte, alléguant des occasions qui luy font juger qu'elle
+aura quelque establyssement, et d'aultres qui lui font croyre qu'elle
+ne pourra estre de durée; dont de ce qu'il en a dict, et du rapport
+qu'il en aura faict en ceste cour, je mettray peyne qu'il m'en viegne
+quelque adviz, affin de le vous mander par mes premières. Il aura
+encores rencontré Mr le cardinal de Chastillon en ceste dicte court,
+car son congé luy avoit esté différé jusques à hyer.
+
+L'on estime que la Royne d'Espaigne s'embarquera à ce commancement
+d'octobre, car, ayant le retour de la lune esté sur un temps propre et
+qui sert bien à sa navigation, l'on estime qu'il durera assés pour la
+conduyre jusques en Espaigne; dont s'atand de sçavoir comment et en
+quelle bonne façon se seront déportez les navyres de la Royne
+d'Angleterre à la saluer, et la convoyer le long de la coste de ce
+royaume. Les commissaires de Flandres pourchassent leur congé, mais il
+semble qu'on le leur prolongera jusques au retour du secrétaire
+Cecille, car en son absence rien ne se dépesche; et mesmes l'on a
+remiz, à cause de luy, l'ouverture du terme de la justice jusques au
+premier de novembre, par prétexte toutesfoys de la peste; laquelle va
+néantmoins diminuant, et chacun s'en retourne à la ville. Il semble
+que Henry Coban, qui est allé devers l'Empereur, ayt heu charge de ne
+presser guières son retour: dont il a cependant renvoyé ung des siens
+avec une dépesche, de laquelle je n'ay encores bien aprins le contenu,
+si n'est qu'il semble mander que, ne pouvant l'Empereur fère guières
+réuscyr aulcune bonne résolution ez choses qu'il a proposées en la
+diette, qu'il dellibère bientost la rompre; et j'entandz que le comte
+Pallatin a aussi escript qu'il a quelque opinion que le Pape se soit
+advancé de créer de luy mesmes, sans attandre la vollonté des
+ellecteurs, l'archiduc Charles roy des Romains, et que cella sera pour
+admener beaucoup de trouble en Allemaigne; dont est bruict icy que
+desjà quelques princes ont esté vers Hembourg, comme pour s'asseurer
+d'aulcunes levées de gens de guerre. Sur ce, etc.
+
+ Ce Ve jour d'octobre 1570.
+
+
+
+
+CXXXVIIIe DÉPESCHE
+
+--du Xe jour d'octobre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Troies._)
+
+ État de la négociation en faveur de Marie Stuart.--Conduite faite
+ à la reine d'Espagne par la flotte anglaise.--Crainte où l'on
+ est en Angleterre que les hostilités commencent au retour de la
+ flotte espagnole.--Négociation avec les Pays-Bas.--Départ du
+ cardinal de Chatillon pour la Rochelle; mauvais accueil reçu à
+ Dieppe par le vidame de Chartres.--Prise nouvellement faite en
+ mer, malgré la paix, par le capitaine Sores.--Affaires
+ d'Allemagne.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, rendant le Sr de Valsingan compte à la Royne, sa Mestresse, de
+la négociation qu'il a faicte en France, j'entendz qu'il luy a faict
+ung très bon rapport des louables qualitez de Vostre Majesté, de ce
+que ung chacun vous tient pour prince magnanime, constant, certain et
+bien fort véritable, et uny par ung grand et naturel amour avec la
+Royne vostre mère, et avec Monseigneur vostre frère, desquelz il a
+aussi fort dignement parlé; et que, par la force de leur conseil et la
+fermeté de voz éedictz, la paix de vostre royaulme a d'estre
+perdurable, et voz aultres affères à recepvoir beaucoup
+d'establissement: dont la dicte Dame a de beaucoup davantaige estimé,
+et heu en plus grand prix, les bonnes parolles de paix et d'amytié,
+que Vostre Majesté luy a mandées. Et luy ayant le dict de Valsingan,
+par mesmes moyen, touché le propos, que luy avez tenu, de la
+restitution de la Royne d'Escoce, vostre belle soeur, avec
+l'expression de l'affection qu'il a cognu que vous y aviez; et ayant,
+de ma part, faict fère là dessus, le plus à propos que j'ay peu, ung
+office par le comte de Lestre, il est advenu que la dicte Dame a tout
+incontinent dépesché vers le secrétaire Cecille pour l'advertyr qu'il
+ayt à procéder en si bonne façon vers la Royne d'Escoce, qu'il ne s'en
+retourne sans conclurre quelque chose avecques elle. Dont, à la
+première occasion qui me viendra d'aller parler à la dicte Dame, je
+luy confirmeray ceste sienne vollonté, et n'obmettray rien de ce qui
+pourra servyr à bien advancer et effectuer le propos, et à establyr
+pareillement l'amytié d'entre Voz Majestez.
+
+L'on tient que la Royne d'Espaigne est passée, et que les navyres de
+la Royne l'ont saluée et accompaignée jusques en la coste de Biscaye,
+et que sire Charles Havart luy a baysé les mains avec ung présent
+d'ung beau dyamant, que la Royne sa Mestresse luy a envoyé, qui est
+l'ung de ceulx que le Roy d'Espaigne avoit donnez à la feu Royne
+Marie, sa soeur, ou à elle, qui sont estimez valoir, l'ung huict mil
+ducatz, et l'aultre cinq mil; et que la dicte Royne d'Espaigne, de son
+costé, a faict bailler quatre mil ducatz au dict Havart et aulx siens;
+mais la vérité et certitude de cecy se sçaura mieulx quant le dict
+Havart sera de retour, lequel est encores en mer. Tant y a que ces
+démonstrations, lesquels sont devenues toutes aultres qu'on ne les
+sembloit préparer du commancement, donnent à cognoistre qu'il n'y a en
+effect nulle malle vollonté entre les Espaignols et les Anglois, ains
+qu'ilz cerchent de s'accommoder ensemble en gaignant, aultant qu'il
+leur sera possible, chacun de son côté, quelque advantaige; dont usent
+d'artiffice à fère bien espérer ou à intimider l'ung l'aultre en ce
+qu'ilz peuvent; et semblent néantmoins que les dicts Anglois ne
+demeurent meintennant sans une grande souspeçon du retour de l'armée
+d'Espaigne, par ce mesmement qu'on leur a raporté que une partie
+d'icelle est demeurée toute appareillée, et bon nombre de gens pretz à
+s'y embarquer en Olande; et qu'ilz sçavent que aulcuns fuytifz et
+aulcuns Escossoys sont toutjour près du duc d'Alve pour l'inciter à
+quelque entreprinse par deçà: et à ceste occasion, mècredy dernier,
+ceste Royne a faict de rechef appeller toutz les officiers de la
+maryne à Vuyndesor, mais je ne sçay encores ce qu'elle leur a ordonné;
+et est la dicte Dame après a fère cercher deniers de toutz costez.
+
+Les commissaires de Flandres s'attendent d'avoir demain leur congé, et
+semble qu'ilz ne s'en retournent guières plus contantz ny mieulx
+satisfaictz que quant ilz sont venuz; car, oultre la perte et
+diminution qu'ilz ont trouvé ez merchandises, qui estoient encores en
+estre, l'on leur a baillé ung compte si désadvantaigeulx de celles qui
+ont esté vendues par auctorité de justice, tant au priz que aulx
+fraicz, qu'elles ne reviennent pas au cinquiesme de la juste valleur.
+Par ainsy l'accord se monstre encores assés difficile à fère, et
+cependant l'on ne sçayt si le temps, et la longue souspencion du
+traffic, pourra produyre quelque chose de nouveau entre eulx.
+
+Monsieur le cardinal de Chastillon print congé de ceste court lundy
+dernier, non sans recepvoir beaucoup de faveur de ceste Royne et
+plusieurs présens (de haquenées et de chiens de sang) des seigneurs
+d'auprès d'elle; et s'en est allé à Hamptonne attandre la commodité de
+son passaige à la Rochelle. Aulcuns demeurent escandalisez des
+difficultés qu'on a faictes à Mr le vydame de Chartres à Dièpe, mais
+je rendz quelque rayson là dessus, qui monstrent de les satisfère. Ung
+agent de Portugal, qui est en ceste ville, dict que le capitaine Sores
+s'est esforcé de piller de rechef la Madère, et qu'au retour de ceste
+entreprinse il a prins un des galions du Roy de Portugal venant des
+Indes, qui estoit demeuré derrière, lequel estoit bien fort riche; de
+quoy ung chacun monstre icy estre fort offancé d'entendre ung tel acte
+après la paix, et crainct on que de la Rochelle ayt à sortyr beaucoup
+de désordre en la mer, s'il n'y est remédié.
+
+J'entans qu'il est arrivé des lettres d'Allemaigne, qui semblent
+confirmer ce qu'on avoit auparavant escript de la création du roy des
+Romains par le Pape, jusques avoir envoyé une coppie du brevet, et que
+ung chacun pense que les princes ellecteurs procèderont à une
+contraire ellection de leur part; mesmes qu'il semble que l'Empereur
+face toute démonstration d'avoir ignoré et de n'aprouver aulcunement
+ceste procédure de Sa Saincteté; et qu'il a esté descouvert qu'on
+avoit de rechef incidié à la vie du comte Pallatin. Sur ce, etc.
+
+ Ce Xe jour d'octobre 1570.
+
+
+
+
+CXXXIXe DÉPESCHE
+
+--du XVIe jour d'octobre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par Groigniet, mon secrétaire._)
+
+ Conditions proposées par Cécil à la reine d'Écosse.--Soulèvement
+ des catholiques dans le pays de Lancastre.--Ordre donné au
+ comte de Derby de se rendre à la cour.--Retour à Londres de sir
+ Charles Havart, amiral de la flotte anglaise.--_Mémoire._
+ Opinions diverses sur la durée de la paix en
+ France.--Conférence de l'ambassadeur avec l'ambassadeur
+ d'Espagne.--Ligue du roi d'Espagne avec le pape et les
+ Vénitiens contre les Turcs.--Vives sollicitations pour que le
+ roi consente à en faire partie.--Offres faites par le duc
+ d'Albe à Élisabeth.--Négociations des Écossais avec le duc
+ d'Albe.--Conditions proposées à Marie Stuart, si elle veut
+ obtenir l'appui de l'Espagne.--Détails sur la négociation de
+ Cécil avec Marie Stuart.--Crainte que les Écossais n'acceptent
+ toutes les conditions imposées par l'Angleterre.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, ayant le Sr de Vassal couru une si dangereuse fortune, en
+voulant repasser la mer, que le naufrage de luy, et de ceulx qui
+estoient en son mesme navyre, a esté tenu pour vériffié en ceste
+ville, il n'est pas à croyre combien je me suys resjouy, quant, oultre
+l'espérance des hommes, il a pleu à Dieu de le saulver et le fère
+retourner sauf à Callais, avec les lettres et dépesches de Vostre
+Majesté, où il est encores attandant le vent; mais j'espère qu'il sera
+bientost icy, et qu'il me rendra instruict de l'intention de Vostre
+Majesté, laquelle je mettray peyne, Sire, en ce qu'il sera besoing de
+la notiffier à la Royne d'Angleterre, de la luy fère bien entendre, et
+de fère, par toutz les moyens, persuasions et instances, qu'il me sera
+possible, qu'elle y veuille conformer la sienne.
+
+Le secrétaire Cecille et son adjoinct sont arrivez avec l'évesque de
+Roz, le premier de ce mois, devers la Royne d'Escoce, à laquelle ilz
+ont présenté, avec grand respect et révérance, une lettre, que la
+Royne d'Angleterre luy a escripte, laquelle avoit le commancement fort
+rigoureux et plein d'une recordation de beaucoup d'offances qu'elle
+reprochoit à la dicte Dame; mais que, pour en abolyr la mémoire, elle
+luy dépeschoit ces deux siens confidans conseillers, pour préparer le
+chemyn d'ung bon tretté d'amytié entre elles deux; et n'y a heu aultre
+chose que cella pour le premier jour, sinon l'humayne et favorable
+réception, que la dicte Dame leur a faicte. Mais, le lendemain, estans
+entrez en conférance, elle leur a respondu, à chacun poinct de la
+dicte lettre, avec tant de fondement de rayson et avec tant de
+modestie qu'ilz ont monstré de demeurer très bien satisfaictz; et
+ayant convenu la dicte Dame, pour son regard, et eulx, pour la Royne
+d'Angleterre, d'ensepvelir pour jamais les choses mal passées, et de
+procéder à ung renouvellement de vraye et parfaicte intelligence entre
+elles, sellon que le debvoir de leur proximité et du commun proffict
+de l'une et de l'aultre, et de leurs deux royaulmes, le requéroit; ilz
+luy ont leu les articles de l'instruction, qu'ilz portoient, lesquelz
+se sont trouvez, pour la pluspart, concerner l'expresse cession et
+résignation du tiltre de ce royaulme par la dicte Royne d'Escoce au
+proffict de la dicte Royne d'Angleterre, sans préjudice de la future
+succession d'icelluy, au cas que la dicte Royne d'Angleterre n'ayt
+point de lignée:--Que, pour seurté de cella, le Prince d'Escoce doibve
+estre mené et norry en Angleterre, sans préfiger temps de le randre,
+sinon au cas que la Royne, sa mère, arrive à morir, ou qu'elle luy
+veuille résigner sa couronne d'Escoce;--Que gouverneurs luy seront
+baillez, telz que la Royne d'Angleterre advisera, comme les comtes de
+Lenoz, de Mar ou aultres;--Que trois comtes et trois lordz Escoçoys
+viendront estre ostaiges, l'espace de trois ans, en ce royaulme, pour
+la seurté des choses qui seront promises;--Que trois chasteaulx,
+sçavoir: Humes, Fascastel et encores ung aultre, en Gallovaye ou
+Quinter, demeureront, pour le dict temps, ez mains de la Royne
+d'Angleterre;--Que, sans le consantement d'icelle ou de la pluspart de
+la noblesse d'Escoce, la dicte Royne d'Escoce ne se maryera;--Que
+ligue sera faicte entre elles et leurs deux royaumes;--Que, au cas que
+nul prince estrangier, sans ocasion à luy raysonnablement donnée,
+entrepreigne d'assaillyr ce royaulme, la dicte Royne d'Escoce sera
+tenue de le secourir d'hommes et de navyres, aulx despens toutesfoys
+de la Royne d'Angleterre;--Que le murtre du feu Roy d'Escoce et celluy
+du comte de Mora seront punys;--Que le comte de Northomberland et
+aultres fuytifz d'Angleterre seront randuz;--Et que, au cas que la
+dicte Royne d'Escoce meuve à jamais pleinte ny querelle du tiltre de
+ce royaulme, ny assiste à nul aultre, qui la veuille mouvoir en
+quelque façon que ce soit contre la dicte Dame, qu'elle demeurera
+privée de la future succession d'icelluy. Et avoient d'aultres
+articles, concernans la seurté des subjectz d'Escoce, lesquelz ilz
+n'ont encores monstrez, mais ilz ont fort incisté d'avoir promptement
+la responce sur ceulx cy.
+
+Je ne sçay si la Royne d'Escoce l'a encores faicte, seulement j'ay
+entendu qu'ung pacquet du dict secrétaire arriva, sabmedy au soir, à
+la Royne d'Angleterre, et que, tout incontinent, elle assembla son
+conseil; et le lendemain matin, le courrier fut renvoyé avecques
+responce.
+
+Aulcuns amys de la dicte Royne d'Escoce m'ont faict advertyr qu'elle
+est au plus grand dangier, où encores elle ayt poinct esté, à cause de
+la sublévation qui se descouvre estre toute formée au pays de
+Lenclastre, de laquelle on luy attribue l'ocasion, aussi bien que de
+celle passée du North; et que pourtant, elle et nous, qui soubstenons
+icy son faict, debvons condescendre à ce que la Royne d'Angleterre luy
+vouldra demander, et luy complayre du tout, pourveu qu'elle puysse
+avoir sa liberté; et ne fère difficulté de luy accorder le Prince
+d'Escoce, pour quelque temps, avec honnestes condicions. Aultres de
+ses amys conseillent le contraire: qu'elle peut bien accorder
+hardyment toutes choses raysonnables à la Royne d'Angleterre, mais non
+de luy bailler son filz, ny ostaiges, ny places; mais plustost qu'elle
+mesmes offre de demeurer en Angleterre pour asseurance de ce qu'elle
+promettra. Je sçay, à la vérité, qu'on tient de très dangereux
+conseilz sur la personne de ceste princesse, pour l'opinion qu'on a
+qu'elle ayt trop bonne part en ce royaulme, et que, quant elle sera du
+tout ostée, que pareillement sa querelle sera du tout esteincte, se
+persuadant que, ny les Escouçoys, ny les Anglois, ses partisans, ny
+mesmes Vostre Majesté ne se soucyeront guières, puys après, de la
+relever. Et est incroyable combien la Royne d'Angleterre et ceulx de
+son conseil sont esmeuz pour les choses du dict pays de Lenclastre,
+sans toutesfoys en fère grand démonstration; car les ayant vollues
+remédier par la voye de la justice, envoyant par dellà ung procureur
+fiscal, ilz ont veu que cella ne suffizoit, et que plusieurs
+ouvertement se déclairoient substrectz de l'obéyssance et jurisdiction
+de la Royne d'Angleterre, jusques à ce qu'elle se seroit jettée hors
+de l'interdict de l'esglize catholique: dont elle a mandé au comte
+Dherby, principal seigneur de tout le dict pays, de la venir trouver,
+par prétexte de vouloir assembler toutz ceulx de son conseil, dont il
+est l'ung des principaulx, affin de pourvoir à l'estat de ce royaume;
+et qu'il veuille mener ses enfans avec luy, pour monstrer qu'ilz ne
+sont coulpables d'aulcunes choses qu'on leur a vollu imposer. L'on ne
+sçayt encores si le dict comte vouldra obéyr; tant y a, Sire, que je
+vous ay bien vollu envoyer le susdict adviz de la Royne d'Escoce, par
+homme exprès, affin qu'il vous playse m'y commander vostre vollonté;
+et cependant je verray ceste princesse pour l'adoulcyr et modérer, le
+plus qu'il me sera possible, sur icelluy, et pour la fère passer
+oultre au tretté encommancé.
+
+J'entendz que sire Charles Havard a raporté à la dicte Dame ung grand
+contantement du debvoir, qu'il a faict envers la Royne d'Espaigne, et
+des honnestes propos, que la dicte Royne d'Espaigne l'a enchargé de
+dire à la dicte Dame de sa part, ayant accepté, avec toute affection,
+le présent qu'elle luy a envoyé, et ayant faict donner une chayne de
+mil ducatz au dict Havart, et une aultre ung peu moindre à son vis
+admyral, et encores dix aultres chaynes aulx capitaines des dix
+navyres. Sur ce, etc.
+
+ Ce XVIe jour d'octobre 1570.
+
+ POUR FAIRE ENTENDRE A LEURS MAJESTEZ oultre ce dessus:
+
+ Que, par aulcunes lettres, que la Royne de Navarre et Messieurs
+ les Princes, ses filz et nepveu, et Mr l'Admiral ont escriptes
+ par deçà, et par des parolles et démonstrations, dont Mr le
+ cardinal de Chatillon a usé, en prenant congé de ceste court, la
+ Royne d'Angleterre et les siens demeurent assez persuadez que la
+ paix de France sera de durée.
+
+ Et y sont confirmez davantaige par la réputation, qui court, que
+ le Roy a prinz une ferme résolution de vouloir que, en cest
+ endroict. et toutz aultres, où sa parolle interviendra, qu'elle
+ ayt à estre très certaine et véritable, et que la Royne et
+ Monseigneur, frère du Roy, interposent, par une bonne
+ intelligence, si fermement leur conseil et authorité à cella,
+ qu'il n'est en la main de nul aultre de le pouvoir rompre.
+
+ Et a raporté le Sr de Valsingan, qu'encor que le mariage des deux
+ filles de l'Empereur avec le Roy et le Roy d'Espaigne, et
+ l'intelligence que ung chacun présumoit demeurer toutjour
+ secrecte entre la Royne et Mr le cardinal de Lorrayne, et
+ l'authorité de Monseigneur, frère du Roy, lequel après avoir mené
+ la guerre et heu plusieurs victoires contre ceux de la nouvelle
+ religion, ne comporteroit jamais qu'ilz demeurassent dans le
+ royaulme, fussent trois occasions qu'aulcuns remarquoient pour
+ réputer la paix fort douteuse; néanmoins ilz jugeroient, à ceste
+ heure, que c'estoit par la vraye et parfaite intelligence de la
+ Royne, et de Monseigneur, et de Mr le cardinal de Lorrayne, et de
+ toutz les Princes avecques le Roy, que la dicte paix se randroit
+ plus ferme et plus estable; et que mesmes le conseiller Cavaignes
+ luy avoit dict qu'il s'en promettoit une bien longue
+ continuation, et en plus d'advantaiges pour eulx que les articles
+ ne portoient.
+
+ Ce qui a remiz en réputation les affères du Roy en ce royaulme,
+ et croy que de mesmes ilz en sont relevez ailleurs, car
+ l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, despuys la première foys
+ qu'il me raporta le jugement, que le duc d'Alve faisoit de la
+ dicte paix, comme s'il l'estimoit pleyne de dangier pour la
+ Chrestienté, il dict meintennant qu'il ne faict doubte que le Roy
+ et son prudent conseil ne l'ayent cogneue nécessaire, et qu'il
+ faut que Sa Majesté Très Chrestienne la rande utille, et luy face
+ produyre, non seulement pour luy et pour son royaulme, mais aussi
+ pour ses voysins et pour toute la Chrestienté, ung vray repos.
+
+ Et s'est le dict ambassadeur curieusement enquiz à moy de deux
+ choses: l'une, si je sçavois que Mr le cardinal de Chatillon eust
+ parlé en ceste court de tranférer meintennant la guerre, qui est
+ achevée en France, au pays de Flandres; et de cella il a vollu
+ que j'en aye sondé le dict Sr cardinal, quant il est venu en mon
+ logis, lequel m'a tout franchement respondu, qu'il pourrait estre
+ qu'il en eust parlé comme d'ung commun souhait, que toutz ceulx
+ de sa religion y avoient; mais non qu'il en vit l'entreprinse
+ bien preste; et j'en ay satisfaict le dict ambassadeur.
+
+ Et l'aultre chose, qu'il m'a demandée, est si j'avois entendu
+ pourquoy le Roy avoit faict renforcer la garnyson de Péronne, de
+ St Quintin et des aultres villes de Picardie, et changé celle de
+ Callais, monstrant que le duc d'Alve en avoit prins quelque
+ souspeçon; à quoy je luy ay respondu que le Roy n'avoit en cella
+ que renvoyé les garnysons en leurs lieux accoustumés, car l'on
+ les en avoit tirez, durant la guerre, pour s'en servir au camp,
+ et que meintennant il distribuoit en ses frontières ses gens de
+ guerre pour plus sollager son royaume et pour ne demeurer
+ pourtant désarmé.
+
+ Et, en la mesmes conférance, icelluy sieur ambassadeur, me
+ magniffiant grandement la ligue[14] qui a esté faicte entre le
+ Pape, le Roy Catholique, son Maistre, et les Véniciens contre le
+ Turc, m'a dict que le Roy, son Maistre, s'estimoit estre miz hors
+ par icelle de tout le dangier de la guerre du dict Turc, et qu'il
+ n'avoit qu'à contribuer seulement au secours accordé, dont se
+ trouvoit fort adélivré pour mettre bientost fin à la guerre des
+ Mores, et pour entendre aulx choses de Flandres, d'Allemaigne et
+ du costé de deçà;
+
+ Que le dict ambassadeur pensoit que l'Empereur enfin entreroit en
+ la dicte ligue, comme il en avoit une fort grande vollonté, mais
+ il desiroit le fère par aprobation de la diette, affin d'obliger
+ les estatz d'Allemaigne à la contribution et au secours de la
+ dicte guerre.
+
+ [14] Cette ligue ne fut définitivement conclue que quelque temps
+ après, au mois de mai 1571. Don Juan fut nommé général de la
+ ligue, et remporta, le 7 octobre de la même année, la célèbre
+ victoire de Lépante. Le pape choisit pour commandant de sa flotte
+ Marc-Antoine Colonne, et la république de Venise nomma pour son
+ amiral Sébastien Venicri, qui fut élu doge en 1577.
+
+ Et a adjouxté que, si le Roy Très Chrestien y vouloit entrer et
+ quicter la pratique du Turc, retirant son ambassadeur qu'il a
+ près de luy, qu'il s'aquerroit ung grand nom et une grande
+ louange envers le Siège Apostolique et envers toute la
+ Chrestienté; et, quant il ne bailleroit que quatre gallères de
+ secours, que son nom et la réputation de la couronne de France y
+ en vauldroient cent.
+
+ Je luy ay respondu que ceste ligue estoit faicte pour la
+ conservation des estatz, qui estoient exposez aulx entreprinses
+ du Turc, et que l'Empereur avoit rayson d'y entrer pour l'ocasion
+ des siens, aussi bien que le Pape et le Roy, son Maistre, et les
+ Véniciens, car toutz ensemble y estoient bien fort intéressez, et
+ leurs dicts estatz y couroient de grandz dangiers; mais que Dieu
+ avoit constitué le Roy et son royaulme en lieu, qui estoit tout
+ gardé des incursions du Turc; par ainsy qu'il n'avoit à fère
+ ligue deffencive contre celluy qui ne l'assailloit, ny le pouvoit
+ assaillir; et seroit en vain consommer ses forces et ses deniers
+ pour aultruy, et entrer en une guerre non nécessaire; mais que je
+ croyois bien que, quant toutz les princes chrestiens
+ conviendroient en une entreprinse de ruyner l'Empire du Turc et
+ amplier la Chrestienté, et que le Roy y verroit quelque bon
+ fondement, que ce seroit luy le premier qui y employeroit sa
+ propre personne et ses forces, aussi bien qu'avoient faict ses
+ prédécesseurs.
+
+ Laquelle rayson le dict ambassadeur a monstré d'aprouver, et a
+ adjouxté que possible n'estoit on pas trop loing d'une si grande
+ et vertueuse délibération; et puys a continué me dire que les
+ Anglois, pour ne pouvoir bien entendre toutz les secretz de la
+ dicte ligue, la tenoient pour fort suspecte, comme, à la vérité,
+ j'ay sceu qu'iceulx Anglois discourent entre eulx, qu'ayant le
+ Pape passé si avant que d'avoir ouvertement interdit cette Royne
+ et son royaulme, et estant le Roy d'Espaigne fort offancé des
+ dicts Anglois, et les Véniciens assés mal contantz des prinses et
+ déprédations de l'année passée, qu'il est à croire qu'on n'a
+ dressé ceste ligue dans Rome, sans y incérer quelque article bien
+ exprès contre l'Angleterre, et que le général de la mer qui a
+ esté créé par icelle, qui est don Juan d'Austria, aspire bien
+ fort à l'entreprinse.
+
+ Néantmoins, le duc d'Alve entretient les dicts Anglois en une si
+ ferme opinion de l'amytié du Roy, son Maistre, qu'ilz s'en
+ tiennent trop plus que bien asseurez; et semble que, ny luy de
+ son costé, ny eulx du leur, ne s'ennuyent de laysser encores les
+ choses en suspens, sans aultrement les esclarcyr, parce que le
+ temporiser vient à propos pour chacun, bien que possible non
+ guières pour les Mestres ny pour leurs estatz, mais pour ceulx
+ qui les manyent; et m'a l'on asseuré que le dict duc a offert à
+ ceste Royne de luy envoyer dix mil hommes de guerre, pour la
+ servyr en ses affères, qu'elle pourroit avoir dans son royaulme,
+ ou bien contre l'Escoce, si elle en a besoing: mais qu'elle n'a
+ accepté ny l'ung ny l'aultré, ny ne demeure pour cella trop
+ dellivrée du souspeçon qu'elle s'est conceue du dict duc.
+
+ J'entendz que milord de Sethon, estant arrivé en Envers, a
+ soubdain envoyé demander audience à icelluy duc jusques à
+ Bergues, lequel s'est excusé de la luy pouvoir si tost bailler,
+ pour estre fort empesché à l'embarquement de la Royne, sa
+ Mestresse; dont le dict de Sethon, ne voulant prolonger les
+ matières, luy a envoyé incontinent les lettres des seigneurs
+ d'Escoce et une coppie de son instruction, mais le duc ne s'est
+ hasté pour cella de luy rien respondre, ains l'a remiz à quant il
+ seroit en Envers, que le conseil du pays y seroit assemblé; et
+ cependant il l'a faict convyer à dyner par le marquis de Chetona,
+ où le secrétaire Courteville s'est trouvé, avec lesquelz il a heu
+ grand conférance; et despuys il a envoyé icy demander qu'est ce
+ qu'il aura à respondre, si le dict duc requéroit d'avoir la Royne
+ d'Escoce entre ses mains, ou qu'elle y veuille mettre le Prince
+ d'Escoce son filz; s'il inciste qu'elle ne se marye sans le
+ conseil du Roy Catholique, et qu'elle veuille entrer en ligue
+ avecques luy, sans exception d'aulcune aultre ligue; s'il demande
+ avoir quelques portz et places au pays, pour la retrette de ceux
+ qu'il y envoyera; et finallement, s'il requiert que la réduction
+ de la religion catholique soit faicte en tout le royaulme, et que
+ l'aultre en soit chassée, et toutz ceulx qui en sont.
+
+ En quoy semble que le dict de Courteville ayt desjà touché toutz
+ ces poinctz au dict de Sethon, et, quoy que soit, on m'a bien
+ baillé pour chose asseurée que maistre Jehan Amelthon, qui a
+ résidé despuys quinze moys, ordinairement, près du dict duc
+ d'Alve, a esté naguières envoyé par icelluy duc avec deux aultres
+ gentishommes, ung italien et ung espaignol, jusques en Escoce,
+ pour recognoistre quelque commode descente; et que le dict
+ Amelthon leur a monstre les ports et villes de Montroz et
+ Abredin.
+
+ Quant, après plusieurs miennes instances et de Mr l'évesque de
+ Roz, la Royne d'Angleterre eust, à la fin de septembre, commandé
+ au secrétaire Cecille, et à maistre Mildmay, d'aller devers |a
+ Royne d'Escoce, elle ne se peult tenir de jetter quelques motz de
+ jalouzie des perfections de sa cousine, demandant au dict
+ secrétaire, s'il se lairroit point gaigner à elle, comme les
+ aultres, qui l'avoient veue; dont il tomba en ung merveilleux
+ doubte que le voyage luy fût pernicieux, et escripvit dez lors à
+ ung sien amy qu'il s'en excuseroit, s'il luy estoit possible, ce
+ qui donna à penser, estant incontinent après devenu mallade,
+ qu'il le contrafaisoit, mesmes qu'il ne se sentoit estre bien
+ vollu de la dicte Royne d'Escoce, et n'estimoit pouvoir raporter
+ honneur de ceste négociation; tant y a que, ne voulant qu'ung
+ aultre l'eust, il dellibéra de veincre toutz ces doubtes et
+ difficultez, mais, premier que de partir, affin d'oster toute
+ souspeçon à sa Mestresse, il dressa les articles de son
+ instruction, ainsy durs qu'ils sont contenuz en la lettre du Roy,
+ et les communica à la dicte Dame, qui les aprouva, et puys au
+ conseil, où quelques ungs luy remonstrèrent qu'il seroit bon de
+ les modérer, affin qu'ilz ne malcontentassent par trop ceste
+ princesse, et qu'ilz fussent aprouvez des aultres princes; mais
+ il respondit qu'on luy layssât manyer cest affère, lequel il
+ entendoit très bien, et le conduyroit à bonne fin, à l'honneur de
+ sa Mestresse et de son royaulme; et qu'il feroit que la Royne
+ d'Escoce et les princes, ses allyez, ne seroient que bien ayses
+ d'en passer par là. Tant y a qu'estant sur le lieu, Mr de Roz m'a
+ mandé qu'il monstre d'avoir une grande vollonté de conclurre le
+ tretté, et qu'il espère que le retour du Sr de Valsingan, sur
+ lequel l'on luy avoit faict une dépesche, seroit cause de luy
+ fère modérer les dures condicions de sa première instruction.
+
+ Et m'a le dict sieur évesque mandé davantaige que creinct que les
+ seigneurs escossois, partisans de sa Mestresse, commençant de
+ n'espérer guières nul secours de France, condescendront à telles
+ condicions de tretté qu'on leur vouldra imposer; et que quelques
+ ungs sont desjà après à s'acommoder à l'authorité du comte de
+ Lenoz; ny l'arrivée du Sr de Vayrac ne les a peu tant confirmer
+ qu'ilz veuillent demeurer davantaige en doubte, ny mettre plus en
+ hazard leurs vies et leurs biens.
+
+ Tant y a que le lair de Granges, cappitaine de Lislebourg, a
+ mandé que, s'il playt au Roy fère descendre mille harquebuziers
+ seulement ez quartiers, du Nord d'Escoce, qu'il rechassera le
+ dict de Lenoz et les Anglois plus loing que Barvich, et réduyra
+ la ville de Lislebourg à l'obéissance de la Royne sa Mestresse,
+ et qu'il ne sera plus parlé que de l'alliance de France en tout
+ le royaulme d'Escoce.
+
+
+
+
+CXLe DÉPESCHE
+
+--du XVIIe jour d'octobre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès par ung des miens, jusques à Calais._)
+
+ Communication officielle des articles proposés à Marie
+ Stuart.--Nécessité de remontrer à la reine d'Angleterre qu'elle
+ ne peut enlever à la France l'alliance de l'Écosse.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, vous ayant escript, du jour de hier, assés amplement toutes
+choses de deçà, ceste cy n'est que pour dire à Vostre Majesté comme,
+ce matin, Mr l'évesque de Roz m'a envoyé, en grand dilligence, les
+articles[15] que les depputez de la Royne d'Angleterre ont baillez à
+la Royne d'Escoce, sa Mestresse, me priant de lui envoyer, tout
+incontinent, le messagier avec ma responce et mon adviz là dessus; et
+que je veuille considérer que le moindre dilay ou empeschement, qui
+puysse intervenir en cest affère, est ung extrême détriment à sa dicte
+Mestresse; mais qu'il mettra peyne d'entretenir la matière en suspens,
+jusques à ce que ma response arrive, et qu'il est tout certain, si
+l'on fault ceste foys de conclurre quelque chose, que la dicte Dame et
+ses affères, et ceulx de son royaulme, demeurent déplorez et hors de
+tout remède pour jamais. Sur quoy, Sire, j'ay esté en grand peyne, car
+le faict me semble d'un costé si important, que je ne me doibz ingérer
+de rien dellibérer ny respondre sur icelluy, sans exprès commandement
+de Vostre Majesté, et, de l'autre, je voys ceste pouvre princesse en
+si dangereux estast, que le moindre retardement peult admener une
+extrême ruyne sur elle et sur son royaulme; dont, en telle extrémité,
+j'ay prins expédiant de respondre premièrement au dict sieur évesque,
+en la meilleur façon que j'ay peu, sellon le peu de loysir qu'il m'a
+donné d'y penser, et d'envoyer tout aussitost à Vostre Majesté les
+dicts articles et ma dicte responce, affin qu'il vous playse, en
+mesmes dilligence, me remander vostre bon commandement; lequel je
+mettray peyne, aultant qu'il me sera possible, d'exactement accomplyr;
+et j'espère qu'on ne s'opiniastrera du tout à toutes les conditions
+des dicts articles, ayant desjà faict office, là où j'ay cogneu en
+estre besoing, pour les fère modérer; et je sçay que ce que Voz
+Majestez en ont fermement et vertueusement mandé, par le Sr de
+Valsingan, à ceste Royne, en fera bien rabattre quelque chose. Tant y
+a que Vostre Majesté verra s'il seroit bon que, faisant appeller
+l'ambassadeur d'Angleterre en sa présence, et luy monstrant d'estre
+bien ayse de la continuation du tretté, vous lui faysiez tout
+clairement entendre que vous ne pourriez tout ensemble meintenir
+l'amytié avecques la Royne, sa Mestresse, et veoir qu'elle s'esforçât
+de vous soubstraire l'alliance d'Escoce; et que, de tant que vous avez
+entendu que ceulx, qui dressent le tretté, y aspirent, que vous l'avez
+bien vollu exorter d'advertyr sa Mestresse qu'elle se veuille déporter
+d'entreprendre une telle offance contre vous; laquelle vous ne
+pourriez comporter, attandu mesmement que vous n'avez désiré ny
+procuré que tout bon accord entre elle et la Royne d'Escoce, et bonne
+paix entre leurs deux royaumes, pourvu que ce ne soit au préjudice de
+vostre dicte alliance. Sur ce, etc.
+
+ Ce XVIIe jour d'octobre 1570.
+
+ [15] Ces articles, ainsi que les réponses de Marie Stuart, n'ont
+ pas été transcrits sur les registres de l'ambassadeur; mais ils
+ sont textuellement rapportés par les historiens, et notamment par
+ Camden at Rapin Thoiras.
+
+
+
+
+CXLIe DÉPESCHE
+
+--du XXVe jour d'octobre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
+
+ Audience.--Assurances réciproques d'amitié.--Consolidation de la
+ paix en France.--Plainte du roi contre la dernière invasion du
+ comte de Sussex en Écosse.--Vive insistance de l'ambassadeur
+ pour qu'il soit procédé à la restitution de Marie Stuart, sous
+ des conditions honorables pour la France.--Plaintes
+ d'Élisabeth contre la reine d'Écosse.--Instance de
+ l'ambassadeur afin qu'une résolution définitive soit prise sans
+ retard.--Protestation d'Élisabeth qu'elle ne veut plus retenir
+ Marie Stuart en Angleterre.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, je n'ay receu jusques au XVIIIe du présent, la dépesche de
+Vostre Majesté, du XXVIe du passé, car le Sr de Vassal, qui me
+l'aportoit, oultre la première tourmente, que je vous ay mandé qu'il
+avoit soufferte, il a, par trois fois, despuys, s'esforceant de passer
+de deçà, toutjour esté rejetté en la coste de dellà, et a esté si
+travaillé de la mer, que d'une fiebvre quarte, qu'il avoit auparavant,
+il est tumbé en une continue, qui l'a contrainct de demeurer du tout à
+Callais, d'où il m'a envoyé le pacquet; sur lequel, Sire, ayant veu,
+le XXe de ce moys, la Royne d'Angleterre, j'ay estimé luy debvoir fère
+entendre le retardement d'icelluy, et comme beaucoup plustost qu'à
+ceste heure, vous m'avez commandé que je l'allasse trouver, affin de
+luy randre, de vostre part, le plus exprès et le plus grand mercys,
+qu'il me seroit possible, pour la tant prompte et ouverte
+conjouyssance, qu'elle avoit usé vers vous sur la paix de vostre
+royaulme; et qu'ayant prévenu en cella toutz les aultres princes,
+voz alliez, vous demeuriez très fermement persuadé que, plus
+que toutz eulx, elle vous avoit véritablement desiré ce bien, et
+l'establissement de voz affères; dont la priez de regarder en quoy
+elle se vouldroit meintennant prévaloir de vous et de vostre présente
+paix; car vous métriez peyne de la luy randre aultant utille, comme
+elle avoit monstré de l'avoir toutjour très agréable; et que me
+commandiez, au reste, de n'obmettre rien qui peult servir à luy fère
+bien cognoistre vostre bonne affection et celle de la Royne, vostre
+mère, en cest endroict; mais que je n'entreprendrois de luy en dire
+davantaige, parce que Voz Majestez s'estoient mieulx sceu explicquer,
+par leur propre parolle, au Sr de Valsingan, que je ne le sçaurois
+fère sur vostre lettre: et comme il avoit dignement représanté
+l'intention d'elle à Voz Majestez par dellà, qu'ainsy espérois je que,
+à son retour, il se seroit très bien acquité de luy fère bien entendre
+les vostres, et toutz les bons propos que luy avez tenuz de la
+parfaicte amytié, en laquelle dellibériez persévérer avec elle et son
+royaume. Et suyviz, Sire, à luy toucher quelques motz du bon et
+asseuré establissement, que prènent les choses de la paix en vostre
+royaulme, affin qu'elle ne donnast foy à certaine lettre, que je
+sçavois qu'on luy avoit monstrée de quelcun de vostre court, qui a
+escript à ung seigneur de ce royaulme, en langaige françois et lettre
+françoyse fort proprement, sans toutesfoys se soubsigner, sinon par
+parrafe, qu'il voyoit que les troubles alloient recommancer plus fort
+que devant, en vostre royaulme, à cause de plusieurs désordres et
+viollances qu'on fesoit à ceulx de la religion; et que Messieurs les
+Princes avoient envoyé fère des remonstrances là dessus à Vostre
+Majesté, qui leur aviez rendu de fort bonnes responces; et aviez
+soubdain dépesché lettres pour y pourvoir, mais l'on n'y avoit vollu
+obéyr; dont ilz avoient renvoyé vous en fère nouvelle pleinte; et
+vous aviez de rechef escript que justice en fût dilligemment faicte,
+mais que l'on avoit contempné et mesprisé vos lettres, ce qui leur
+faisoit penser qu'il y avoit quelque très dangereuse entreprinse
+couverte contre ceulx de la dicte religion; dont les dicts Princes
+s'estoient retirez mal contans à la Rochelle, non sans avoir desjà
+adverty leurs amys en Allemaigne. De laquelle nouvelle l'on me vouloit
+bien asseurer que la dicte Dame et ceulx de son conseil seroient pour
+changer beaucoup de leurs premières dellibérations, mesmement en
+l'endroict de la Royne d'Escoce, si je ne mettois peyne de luy
+persuader le contraire.
+
+Ce qui m'a faict estendre plus avant le propos, lequel seroit long à
+mettre icy; mais elle a monstré de l'avoir bien fort agréable, et m'a
+respondu que le dict sieur de Valsingan avoit trouvé les parolles,
+dont Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, luy avoient usé sur la
+conjoyssance de la paix, si pleynes d'honneur et si dignes, qu'il
+n'avoit osé entreprendre de plus particullièrement les luy exprimer
+que de l'asseurer que de plus dignes n'en pouvoient estre proférées de
+nulz princes de la terre; et que, sur ce que je luy en disoys
+meintennant, elle remercyoit infinyement Voz Majestez d'avoir vollu
+ainsy pénétrer en son cueur, pour y bien cognoistre l'affection,
+qu'elle a, trop plus certaine et vraye, que nul de toutz vos allyez, à
+la dicte paix de vostre royaulme; et que, tout ainsy qu'elle a cy
+devant prié Dieu de la vous donner, que ainsy, à ceste heure, que vous
+l'avez, elle le prie de la vous conserver si entière que nulz plus
+obéyssantz ny plus fidelles subjectz à leur prince que les vostres, ny
+nul meilleur prince que Vostre Majesté à eulx, se puyssent trouver en
+tout le monde.
+
+Et a poursuyvy aulcunes particullaritez qui sembloient bien extraictes
+de la susdicte lettre; mais je y ay respondu en façon qu'elle m'a
+semblé demeurer bien édiffiée des choses de vostre royaume; et puys
+j'ay adjouxté que le Sr de Valsingan, à mon adviz, n'avoit failly de
+luy dire ce que Vostre Majesté me commandoit de luy représanter
+encores une foys, c'est que vous aviez esté bien fort escandalisé du
+dernier exploict du comte de Sussex en Escoce, et que une seule chose
+vous avoit contanté, que ses deux ambassadeurs, et moy pareillement
+par mes lettres, vous avions asseuré que cella estoit advenu sans son
+sceu et sans son commandement; en quoy vous la vouliez donc très
+expressément prier de fère quelque réparation ou démonstration là
+dessus, par où les Escouçoys peussent cognoistre que son intention,
+aussi bien que la vostre, avoit esté d'abstenir de toute voye
+d'hostillité, et de remettre toutz leurs différans à ung bon tretté
+d'accord, ainsy que, sur la parolle d'elle, vous les en aviez
+asseurez, et aviez différé de leur bailler vostre secours; et qu'au
+reste vous aviez heu ung singulier playsir d'entendre qu'elle eust
+envoyé ses depputez devers la Royne d'Escoce pour commancer de
+procéder au tretté; et que Vous, Sire, et la Royne, chacun séparément,
+en voz lettres, me commandiez de la prier et conjurer, au nom de
+l'amytié, que luy portez, qu'elle vous fît meintennant cognoistre
+combien elle vouloit satisfère aulx choses, qu'elle vous a faictes
+espérer, et que assés souvant elle vous a promises, pour la liberté et
+restitution de la Royne d'Escoce, et de tourner son cueur à ne vous
+vouloir ny offancer ny mescontanter en cella, ains correspondre à ce
+que, pour le seul respect de son amytié, et non d'aultre chose, vous
+desiriez qu'on ne vînt aulx viollantz remèdes, dont l'on vous
+recherchoit très instantment d'y user; et que plusieurs raysons,
+lesquelles vous luy aviez desjà faictes entendre, pressoient vostre
+honneur et vostre debvoir, et l'honneur de vostre couronne, de
+n'abandonner, en façon du monde, ny la liberté, ny la restitution de
+ceste pouvre princesse, vostre belle soeur, ny mesmes les affères de
+ceulx qui soubstiennent son party en Escoce, quant bien elle n'y
+seroit plus, et de n'y espargner nul moyen, ny pouvoir, que Dieu vous
+ayt donné en ce monde; dont desiriez infinyement que le dict tretté
+sortît à effect, et que, par icelluy, elle demeurast contante et bien
+satisfaicte de tout ce qu'elle pouvoit honnestement et honnorablement
+demander à la Royne d'Escoce, pourveu que ce ne fût contre sa
+consience, ny contre sa dignité, ny contre son estat, ny au préjudice
+des trettez, que vous avez avec l'Angleterre, ny derrogeant à vostre
+alliance avec les Escouçoys; car, au reste, vous vouliez, de bon
+cueur, estre garant de toutes les choses qui seroient promises et
+accordées par le tretté.
+
+Auquel propos, qui a esté avec attention, mais non sans passion, fort
+dilligemment escouté de la dicte Dame, elle m'a respondu qu'elle
+s'esbahyssoit grandement, comme Voz Majestez Très Chrestiennes avez
+tant à cueur la Royne d'Escoce, que ne vollussiez avoir aulcune
+considération aulx grandes offances, qu'elle luy a faictes:
+premièrement, de luy inpugner sa condicion pour la fère déclairer
+illégitime; puys de s'estre attribuée le titre de son royaulme; et
+finallement, d'avoir esmeu ses propres subjectz contre elle; et que ce
+eust bien esté assés à Voz Majestez de l'avoir faict admonester une
+foys d'y procéder, sellon que l'honneur et debvoir l'y pouvoit
+convyer, sans luy en fère si souvant répéter les instances, comme, à
+toutes les audiences, je ne faillois de les luy renouveller; et que,
+puysque j'en avois esmeu le propos, elle me vouloit bien dire que ung
+pacquet d'une dame d'Escosse luy estoit, despuys deux jours, tumbé
+entre mains, dedans lequel elle avoit trouvé une enseigne d'or, en
+laquelle estoit engravé ung lyon avec les armes d'Escoce, soubstenuz
+de deux cornes, et ung liépart avec les armes d'Angleterre, lequel le
+lyon dessiroit, et ung mot en Anglois qui dict: _ainsy abattra le Lyon
+Escouçoys le Liépart Anglois_; et puys une lettre d'une dame, qui se
+soubsigne _Flemy_, laquelle mande à milord de Leviston, de présenter
+la dicte enseigne à la Royne d'Escoce, sa bonne Mestresse, laquelle en
+entendra bien la signiffication, qui est celle propre qu'elles ont
+souvant devisée et desirée entre elles; et que cella, avec plusieurs
+aultres occasions, la randoient de plus en plus offancée contre la
+dicte Dame.
+
+A quoy j'ay répliqué que, si elle considéroit en quelle bonne sorte et
+modeste façon vous l'aviez toutjour faicte requérir sur les affaires
+de la dicte Royne d'Escoce, elle se réputeroit vous en avoir de
+l'obligation, et non qu'elle s'en tînt mal contante, comme j'espérois
+que le temps le luy feroit quelquefoys cognoistre; et que, si elle y
+eust vollu entendre la première foys, nous en fussions à ceste heure
+aulx mercyemens, et non plus aulx tant répétées instances; et qu'au
+reste je ne faysois doubte que plusieurs en Angleterre, et plusieurs
+en Escoce, ne cerchassent, par le moyen d'elle, de ruyner la Royne
+d'Escoce, et plusieurs aussi, par la Royne d'Escoce, de la ruyner à
+elle, s'ilz pouvoient; mais qu'elles feroient bien de s'accorder
+ensemble à la propre ruyne d'eulx, et à leur confusion; et que
+c'estoit à elle de cercher meintennant ou sa vengeance, ou sa
+seureté, en cest affère; et si c'estoit sa vengeance, qu'elle
+considérât les dangereuses conséquences qui en pouvoient advenir, et
+combien elle s'aquerroit par là l'indignation de toutz les aultres
+princes, et la hayne généralle des habitans de ceste isle et de
+presque toute la Chrestienté; si, sa seureté, que Vostre Majesté
+concourroit à la luy fère trouver telle, comme elle la pourroit
+désirer.
+
+A quoy la dicte Dame, avec affection, m'a prié de vous escripre que,
+pour l'honneur de Vostre Majesté, et non pour aultre respect du monde,
+elle a commancé d'envoyer ses depputez, et de procéder, envers la
+Royne d'Escoce, en une façon que nul aultre prince, ny princesse
+offancée comme elle, ne l'eust jamais faict, et qu'elle se contraindra
+à toutes les conditions, qu'il luy sera possible, pour remettre la
+dicte Dame, par la voye du tretté, le plus honnorablement qu'elle
+pourra, en son royaulme; et, quant elle ne le pourra en ceste façon,
+qu'encor vous donne elle parolle de la renvoyer, commant que soit, à
+ceulx qui tiennent son party en son pays, car ne la veult plus retenir
+en son royaulme; et que, par ainsy, elle espère vous satisfère si bien
+que vous n'aurez plus occasion de vous quereller de ce faict, ny de
+luy en fère plus parler. Qui sont, Sire, les principaulx poinctz qui
+ont esté desduictz en ceste audience. Sur ce, etc. Ce XXVe jour
+d'octobre 1570.
+
+
+
+
+CXLIIe DÉPESCHE
+
+--du XXXe jour d'octobre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne, le postillon._)
+
+ Négociation concernant Marie Stuart.--Nouvelles d'Écosse.--Avis
+ que le duc d'Albe demande à quitter le gouvernement des
+ Pays-Bas.--Affaires d'Allemagne.--Ligue contre les Turcs.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, le retour des depputez de la Royne d'Angleterre ne nous faict
+que bien espérer du tretté, qu'ilz ont encommancé avec la Royne
+d'Escoce, de laquelle, et des responces qu'elle leur a faictes, semble
+qu'ilz ayent miz peyne d'en fère prendre beaucoup de contantement à
+leur Mestresse, et qu'enfin le tretté se conclurra; lequel se fût
+desjà advancé de dresser, avant la venue des depputez d'Escoce, si la
+malladie de milord Quiper ne fût survenue, laquelle est cause qu'on
+s'est résolu d'attandre qu'ilz soient arrivez; et que cependant
+icelluy Quiper pourra estre guéry. Je mettray peyne, Sire, d'entendre
+par Mr de Roz, aussitost qu'il sera de retour en ce lieu, les
+susdictes responces de la Royne d'Escose, affin de les vous mander; et
+vous manderay, par mesmes moyen, ce que j'auray aprins d'une dépesche,
+qui vient d'arriver du comte de Lenoz, laquelle aulcuns présument
+estre pour certaine surcéance d'armes, qui doibt estre accordée pour
+deux mois en Escoce. Et j'entens que le gentilhomme, qui l'a apportée,
+dict que le duc de Chastellerault, et ceulx du party de la Royne
+d'Escoce, s'opiniastrent de vouloir tenir une assemblée, sur le faict
+de l'estat du pays, nonobstant la dépesche de leurs depputez par
+decà; et que le Sr de Flemy est sorty en armes de Dombertran pour se
+saysir des lieux plus prochains de sa place, affin d'y dresser des
+logis et estables, comme pour y recepvoir la gent et cavallerie qu'il
+attand bientost de France; laquelle persuasion, avec le raport que le
+cappitaine Comberon faict de la ferme affection, en quoy il a trouvé
+Voz Majestez vers les choses d'Escoce, pourront aulcunement servyr à
+l'advancement du dict tretté.
+
+Et y eust pareillement servy assés le doubte, auquel la Royne
+d'Angleterre demeuroit du retour de l'armée, qui est allé conduyre la
+Royne d'Espaigne, si elle n'eust receu ung adviz, (qui est assés
+semblable à ung aultre, que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, en
+a, bien qu'il dict ne le tenir du duc d'Alve), que la dicte armée est
+réservée pour ramener en Flandres la princesse de Portugal, affin d'y
+estre régente, et le duc de Medina Celi, qu'elle admeyne pour y estre
+cappitaine général et superintendant des affères soubz elle; et
+qu'avec la mesmes armée le dict duc s'en retournera, puis après, en
+Espaigne, et que, despuys l'embarquement de sa Mestresse, icelluy duc
+a encores dépesché ung des siens, en dilligence, devers le Roy son
+Maistre, pour fère, en toutes sortes, résouldre son congé,[16]
+remonstrant son eage et son indisposition; et qu'il a remiz le pays en
+ung si bon et si paysible estat, et si hors de toute souspeçon de
+guerre, qu'on ne doibt plus rien craindre de ce costé, ayant faict
+exécuter les principaulx chefz de la cédition, et ruyné si bien toutz
+les moyens et la réputation du prince d'Orange, qu'il n'ose plus
+sortyr de Nausau; qu'il a miz ung si bon nombre des principaulx
+princes d'Allemaigne en la pencion de son Maistre, que les aultres ne
+luy pourront nuyre; qu'il a accreu ses revenuz de Flandres de douze
+centz mil escuz par an; qu'il a aschevé la forteresse d'Envers;
+ordonné celle de Vallenciennes; estably les évesques; confirmé la
+noblesse; réduict les loix, coustumes et ordonnances; et si bien
+pourveu à toutes choses au dict pays, qu'il ne reste qu'à y entretenir
+le bon ordre qu'il y layssera; et que mesmes il a acheminé en si bonne
+façon ce qu'il avoit à démesler avecques les Anglois, qu'on vit en une
+doulce surcéance avec eulx, avec grande espérance d'un fort prochain
+et entier accord. Lequel adviz semble que la dicte Dame tienne pour
+assés véritable, et quoy que ce soit, elle a fait ramener en leur
+arcenal accoustumé de Gelingan les dix navyres qu'elle avoit envoyez
+convoyer la Royne d'Espaigne, et a faict licencier les gens et
+mariniers qui estoient dessus, et faict cesser toutz ses aultres
+aprestz et apareilz de mer.
+
+ [16] Le duc d'Albe avait été investi du gouvernement des Pays-Bas
+ en 1566. Le projet dont il est ici mention ne fut pas exécuté; il
+ fut maintenu dans sa charge jusqu'à la fin de 1573, époque à
+ laquelle il céda le gouvernement à don Louis de Requessens,
+ commandeur de Castille, après avoir publié une amnistie générale,
+ au mois de décembre de cette année.
+
+Le sire Henry Coban escript d'Espire qu'il sera respondu sur les
+choses qu'il a proposées à l'Empereur, incontinent après que les
+nopces de la princesse Élizabeth seront faictes, et j'entans que, à la
+vérité, il a renouvellé le propos du mariage de l'archiduc Charles,
+mais l'on ne l'a suyvy ainsy chauldement qu'il espéroit. D'aultres
+lettres sont venues d'Allemaigne, qui font mencion de certein
+différant, qui cuyda arriver à Heldelberc, devant l'Empereur, entre
+Jehan Georges Pallatin et Jehan Guilhaume de Saxe, sur leur
+précédance, à qui seroit premier assiz au festin, de sorte qu'ilz
+furent prestz de mettre la main aulx armes; mais l'Empereur assembla
+soubdein les principaulx, qui estoient près de luy, et prononcea pour
+le dict Georges, remonstrant si bien la rayson à l'aultre, que la
+chose se passa gracieusement; et que le comte Pallatin avoit
+instamment prié l'impératrix et la princesse sa fille, qu'elles
+vollussent accompaigner l'Empereur en sa mayson de Heldelberc; mais la
+dicte Dame s'en estoit excusée en une façon si résolue de n'y vouloir
+aulcunement aller, que le dict Pallatin en estoit demeuré assés mal
+contant; que l'Empereur avoit une grande affection d'entrer en la
+ligue contre le Turc, et qu'il estoit après à persuader le Vayvaulde
+de renoncer à l'alliance et à la souverayneté d'icelluy, et de luy
+deffandre l'entrée de la Transilvanie, luy promettant, s'il perdoit,
+pour ceste occasion, rien de son estat qu'il le récompenseroit en
+Bohesme; et qu'on avoit opinion, s'il pouvoit conduyre le dict
+Vayvaulde à cella, que les Estats de l'Empyre luy consentiroient
+vollontiers d'entrer en la dicte ligue, et s'obligeraient à luy
+bailler deniers et secours pour icelle, bien qu'on souspeçonnoit assés
+que, n'ayantz les Vénitiens esté secouruz à propos de ceulx de la
+susdicte ligue, ils cercheront d'accommoder leurs affères et de
+procurer en toutes sortes par deniers, ou bien en accordant quelque
+tribut sur Chipre, de fère paix avec le dict Turc; au moyen de quoy
+ceste ligue demeureroit, puys après, assés froide, et bien fort
+foible. Sur ce, etc. Ce XXXe jour d'octobre 1570.
+
+
+
+
+CXLIIIe DÉPESCHE
+
+--du IXe jour de novembre 1570.--
+
+(_Envoyée à la court par Mr le secrétaire de L'Aubespine._)
+
+ Audience.--Vives plaintes de la reine contre la réception faite
+ par le roi à Mr de Norris, son ambassadeur, et contre la
+ déclaration du roi en faveur de la reine d'Écosse.--Nécessité
+ où se trouve le roi de réclamer la liberté de Marie
+ Stuart.--Protestation qu'il ne veut pas rompre la
+ paix.--Communication officielle du mariage du roi.--Compliment
+ de la reine sur cette union.--_Lettre secrète à la reine-mère_
+ sur la proposition du mariage de la reine d'Angleterre avec le
+ duc d'Anjou.--_Mémoire._ Bruits répandus en Angleterre et en
+ Allemagne que la pacification de France n'est point sérieuse,
+ et qu'elle cache quelque secret dessein du roi.--Détails
+ particuliers concernant la négociation avec la reine
+ d'Écosse.--Rapprochement entre l'Angleterre et
+ l'Espagne.--Plainte de Walsingham au sujet de l'accueil que lui
+ a fait le roi dans son audience de congé.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, estant, sabmedy dernier, avec la Royne d'Angleterre pour luy
+fère part de la dépesche, que Mr de L'Aubespine m'a apportée, et des
+aultres choses qu'il m'a sagement faictes entendre de l'intention de
+Vostre Majesté, j'avois advisé de luy commancer quelque gracieulx
+propos de vostre mariage, ainsy qu'on m'avoit adverty que je me
+gardasse bien de luy user d'aulcune rigoureuse démonstration, si je ne
+voulois donner aulx ennemys de la Royne d'Escoce l'entier gain de leur
+cause, et advancer grandement les affères d'Espaigne, pour d'aultaut
+deffavoriser toutz ceulx de France en son endroict; et que c'estoit à
+l'occasion de certaine deffaveur, que son ambassadeur luy avoit mandé
+qu'il avoit naguières receu de Vostre Majesté, meslée de quelque
+menace contre elle mesmes, sur les affères de la Royne d'Escoce, de
+quoy elle estoit fort offancée; et que noz ennemys s'esforceroient d'y
+semer encores du verre, pour randre la playe incurable; par ainsy,
+qu'il estoit besoing que je radoulcisse le faict.
+
+Mais la dicte Dame me prévint, car aussitost que j'entray en sa
+chambre privée, elle s'advança de me dire qu'elle me recepvoit mieulx
+que son ambassadeur ne l'avoit esté en sa dernière audience en France,
+me remonstrant la façon dont Vostre Majesté avoit parlé à luy; de
+laquelle disoit estre de tant plus marrye que deux aultres
+gentishommes anglois, qui n'avoient jamais plus veu vostre court, luy
+avoient raporté, premier que son ambassadeur luy en eust rien escript,
+qu'elle ny ses messagiers n'estoient guières prisez ny respectez en
+France.
+
+Sur quoy l'ayant escoutée paciemment, je luy respondiz que je n'avois
+rien entendu de cest affère, et que je sçavois, et estois bon
+tesmoing, que Vostre Majesté avoit toutjours bien receu, avecques
+beaucoup d'honneur et faveur, ses ambassadeurs, et toutz les propos
+qu'ilz vous avoient toutjours tenuz de sa part, aultant que de nul
+aultre prince ny princesse de la terre; ce qui me faisoit croyre que
+l'ocasion n'estoit meintennant procédée de Vostre Majesté; et j'en
+comprenois quelque chose parce qu'elle-mesmes disoit que vous aviez la
+botte, quant son ambassadeur arriva, et que vous luy aviez demandé
+comme est ce qu'il venoit à telle heure; et qu'au reste, elle debvoit
+interpréter à bien la franchise de vostre parler sur les affères de la
+Royne d'Escoce; mesmes que s'estant la dicte négociation continuée
+despuys par lettres, vous m'aviez envoyé la coppie de celle, que vous
+aviez escripte à son ambassadeur; laquelle je trouvois fort
+honnorable, et bien conforme à tout ce qui pouvoit convenir à
+l'entretennement de vostre commune amytié.
+
+Elle me répliqua qu'elle ne sçavoit que penser de la dicte réponse par
+escript, et s'esbahyssoit assés comme Vostre Majesté y avoit vollu
+adjouxter de sa main, me priant de la luy monstrer, si je l'avois
+présente, affin que la débatissions ensemble, dont la luy ayant
+monstrée, elle me dict, par deux foys, qu'elle n'estoit semblable à
+celle qu'elle avoit desjà veue; et que néantmoins elle trouvoit en
+ceste cy cella bien dur, que vous disiez vouloir secourir la Royne
+d'Escoce en ceste sienne nécessité, et procurer sa liberté par toutz
+les moyens que Dieu avoit miz en vostre puyssance; et qu'estant la
+dicte Royne d'Escoce entre ses mains, vous infériez par là que si elle
+ne la restituoit par le tretté, que vous luy dénonciez desjà la
+guerre.
+
+Sur quoy je luy desduysis les raysons, par lesquelles Vostre Majesté
+ne pouvoit moins dire que cella, ny moins fère que ce que vous en
+disiez; et quant elle vouldroit, d'un coeur non ulcéré, considérer
+l'estat de cest affère, que non seulement elle ne se tiendroit pour
+offancée, ains cognoistroit vous avoir beaucoup d'obligation de
+l'honneste et modeste façon, dont vous y aviez procédé; et que,
+nonobstant les lettres de son dict ambassadeur, suyvant les
+honnorables propos et honnestes démonstrations de contantement, dont
+elle vous avoit usé touchant vostre mariage, lorsque luy en aviez
+premièrement escript l'accord, vous me commandiez de luy dire en quoy
+en estoient meintennant les choses; qui espériez que son playsir
+augmenteroit de sçavoir qu'elles fussent ainsy bien advancées qu'elles
+estoient, et prestes de recepvoir ung bien prochain et bien heureulx
+accomplissement; et luy particularisay le voyage de Mr le comte de
+Retz à Espire, affin d'apporter les pouvoirs à l'archiduc Ferdinand,
+pour espouser, au nom de Vostre Majesté, la princesse Élizabeth sa
+niepce, et comme la cérémonye s'en debvoit célébrer, le XVe du passé,
+par l'archevesque de Mayance, et puys s'acheminer la dicte Dame, le
+XXIIIIe du dict moys, grandement accompaignée, en France; et que
+Monseigneur, frère de Vostre Majesté, et Madame de Lorrayne, vostre
+soeur, estoient desjà vers la frontière pour la recepvoir et pour la
+mener fère sa première entrée à Mézières, où toute sa mayson luy
+seroit présentée, et de là à Compiegne, auquel lieu Voz Majestez
+préparoient desjà ce qui convenoit à un si solempnel et si royal
+mariage, pour le XVe du présent; et puys l'on conduyroit la dicte Dame
+à St Deniz pour la sacrer et couronner Royne de France; et se parloit
+de l'entrée à Paris au premier jour de l'an, quant messieurs les
+mareschaulx et aultres principaulx seigneurs, qu'aviez envoyez, pour
+establir, sans dilay ny excuse, vostre éedict par toutes les provinces
+de vostre royaume, pourroient estre de retour; et que, comme Vostre
+Majesté et la dicte Royne d'Angleterre aviez accoustumé d'agréer,
+l'ung à l'aultre, la communication de voz bonnes fortunes et
+prospéritez, que vous luy aviez bien vollu fère part de ceste cy, pour
+l'asseurer que ceste vostre nouvelle alliance n'estoit pour diminuer,
+ains pour fortiffier et augmenter davantaige celle que vous avez, et
+en laquelle vous voulez bien persévérer, avec elle; et que je croyois
+que vous seriez bien ayse d'entendre qu'elle fust en ces mesmes
+termes, où à présent vous trouviez, fort allègre et bien disposé,
+affin que mutuellement vous vous peussiez conjoyr de son contantement,
+comme vous vous asseuriez qu'elle se resjouyssoit bien fort du vostre.
+
+La dicte Dame, avec abondance de playsir, me respondit que cest
+agréable propos effaçoit beaucoup la dolleur qu'elle avoit pris de
+l'aultre, et qu'elle vous randoit le plus exprès grand mercys qu'elle
+pouvoit de la communication, qu'il vous playsoit luy fère, de chose si
+privée, et apartenant de si près à vostre personne, comme est vostre
+mariage; et qu'elle n'avoit pas pensé que les choses fussent si près
+de leur accomplissement, car eust préparé d'y envoyer de ses
+gentishommes pour y assister; et qu'il semble qu'encor que les
+espousailles du Roy d'Espaigne ayent précédé, que néantmoins voz
+nopces seront plustost consommées, et qu'elle vouldroit de bon cueur
+pouvoir estre à la feste; car monstreroit à tout le monde qu'elle se
+resjouyt plus véritablement de vostre prospérité et contantement,
+qu'il ne luy est possible de l'exprimer par parolle; que, touchant le
+premier propos concernant son ambassadeur, elle me prioit de vous en
+mander le mal qu'elle en avoit sur le cueur, et qu'elle espéroit que
+vous luy en donriez quelque satisfaction, qui la guériroyt, et luy
+osteroit tout l'empeschement, qu'elle avoit, de ne se pouvoir tant
+resjouyr de ce segond propos du mariage comme elle desireroit de le
+fère; que, touchant le dict segond propos, elle vouloit prier Dieu de
+bényre l'espoux, et l'espousée, et les nopces, avec toute la postérité
+qui en viendroit, laquelle se pourroit dire estre de la plus royalle
+et noble extraction de la terre; et que, touchant la Royne d'Escoce,
+qu'elle avoit trouvé les responces, qu'elle avoit faictes à ses
+depputez, fort honorables, dont n'estoient guières loing d'accord
+entre elles; et que les depputez d'Escoce seroient bientost icy, pour
+y procéder du premier jour, comme il luy tardoit, plus qu'à nul aultre
+de ce monde, que cella prînt bientost une bonne fin; et, au regard de
+ce que je luy avois touché de la pleincte de ceulx de Roan, qu'elle y
+feroit dilligemment regarder par ceulx de son conseil, affin de vous
+donner, en l'endroict de ceulx là, occasion de fère bien tretter toutz
+ses subjectz en France, comme elle désire qu'ilz y continuent leur
+traffic.
+
+Et y a heu plusieurs aultres privez discours entre la dicte Dame et
+moy; lesquelz je remetz, avec plusieurs aultres choses, à Mr de
+L'Aubespine pour les vous fère entendre, de la mesmes suffizance,
+qu'il m'a très dignement raporté celles que Vostre Majesté luy avoit
+donné charge de me dire, et vous présentera les recommendations de la
+Royne d'Angleterre, comme elle l'a enchargé de ce fère. Sur ce, etc.
+Ce IXe jour de novembre 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, il est venu fort à propos, par l'arrivée de Mr de L'Aubespine,
+que j'aye heu à parler à la Royne d'Angleterre du contenu de la
+dépesche, qu'il m'a apportée, de Voz Majestez, du XIXe du passé;
+suyvant laquelle j'ay adoulcy, par les gracieulx propos du mariage du
+Roy, le mieulx que j'ay peu, le courroux, que la dicte Dame avoit, du
+malcontantement, que son ambassadeur, Mr Norrys, luy avoit mandé qu'on
+luy avoit naguières donné en France, ainsy que, plus au long, je
+l'escriptz en la lettre du Roy, vous supliant très humblement, Madame,
+que, la première foys que Voz Majestez verront le dict ambassadeur,
+elles luy veuillent dire quelque bonne parolle de faveur, et me
+commander, par vos premières, d'en dire quelque aultre de satisfaction
+icy à la dicte Dame; car, avec bien peu, j'espère que tout cella se
+rabillera. Elle a suyvy avecques playsir et a faict longuement durer
+le propos, que je luy ay commancé, du dict mariage du Roy, et est
+venue à parler du sien: qu'elle n'avoit faict bien de ne se maryer
+poinct, mais qu'elle estoit desjà si vieille que nul, de ceulx qui y
+pourroient prétandre, n'en avoit plus de volonté, et qu'elle n'avoit
+jamais pensé d'en espouser, qui ne fût de mayson royalle; que
+l'Empereur avoit bien employé son voyage d'avoir logé ses deux filles
+aulx deux plus grandz Roys; et qu'elle avoit esté bien ayse de pouvoir
+honorer celle qui estoit allée en Hespaigne, pour l'amour du père, qui
+la luy avoit recommandée, et l'avoit priée de favoriser et asseurer
+son passaige; et que, ayant sceu comme elle estoit arrivée, à
+saulvement, en Espaigne, elle avoit soubdain dépesché ung homme exprès
+à Espire pour l'en advertyr; qu'elle s'asseuroit que, là où l'Empereur
+establyroit son alliance, qu'il procureroit d'y confirmer aussi celle
+d'Angleterre.
+
+Ausquelles choses je luy ay respondu que Voz Majestez recepvroient
+grand contantement des honnorables propos, qu'elle tenoit du mariage
+du Roy, et loueroient fort sa prudente dellibération d'avoir réservé
+franche sa vollonté pour se maryer, quant il luy plairoit, et que
+mesmes ce soit avec un royal prince; que, à la vérité, elle avoit
+favorisé et honnoré grandement le passaige de la Royne d'Espaigne, de
+laquelle j'entendois qu'elle se contantoit bien fort, par les bonnes
+parolles et honnestes lettres, que sire Charles Havart luy en avoit
+raporté; et que j'espérois qu'elle recepvroit encore plus de
+contantement de la Royne, sa soeur, et se termina pour lors le propos,
+et toute l'audience, avec beaucoup de plésir et contantement de la
+dicte Dame; laquelle, demeurant en quelque craincte de la déterminée
+résolution en quoy elle voyt que Voz Majestez Très Chrestiennes, pour
+leur honneur, persévèrent de vouloir secourir la Royne d'Escoce, et
+néantmoins que vous avez désir de conserver son amytié, et ne
+l'offancer, elle se monstre plus disposée de parachever le tretté;
+lequel nous poursuyvrons, avec la plus continuelle instance, qu'il
+nous sera possible, comme la Royne d'Escoce, de son costé, ne pert en
+cella heure, ny moment. Sur ce, etc.
+
+ Ce IXe jour de novembre 1570.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+ (_Aultre lettre à part._)
+
+Madame, quant Vostre Majesté me dépescha, présent le Roy et
+Monseigneur, voz enfans, pour venir en ceste charge, elle me
+descouvrit ce mesmes désir, dont, à présent, il luy playt me fère
+mencion par sa petite lettre du XXe du passé[17]; et je vous suplie
+très humblement, Madame, de croyre que j'ay toutjour, despuys, fort
+soigneusement regardé s'il y auroit nul moyen de l'effectuer, sans que
+j'ay esté ny endormy, ny paresseux, de pénétrer, aultant qu'il m'a
+esté possible, ez affères de deçà et en l'intention de ceux qui les
+manyent, par des voyes toutesfoys bien esloignées du dict propos, pour
+voir s'il y auroit rien qui s'y peult bien raporter et accomoder. En
+quoy, si j'eusse trouvé quelque fondement, je n'eusse différé une
+seule heure de le vous mander, ny en eusse perdu une aultre à le bien
+et dilligemment poursuyvre. Mais, Madame, voycy en quoy, pour quel
+regard que ce soit, en sont meintennant les choses: que la Royne
+d'Angleterre, quoy qu'elle ayt donné charge au jeune Coban de
+renouveller, par motz couverts et artificieulx, le propos du mariage
+de l'archiduc; et que, assés souvant, elle et les siens en jettent
+d'aultres, bien exprès, touchant Monseigneur vostre filz, ce n'est
+toutesfoys, quant à l'archiduc, que pour monstrer de vouloir accepter
+l'alliance de la maison, d'où les deux grandz Roys se sont
+nouvellement allyez; et rabiller par ce moyen, si elle peult, ses
+différans avec le Roy d'Espaigne, et fère prendre de là quelque
+jalouzie à Voz Majestez Très Chrestiennes, comme aussi en fère prendre
+encores une plus grande au Roy d'Espaigne du propos de Mon dict
+Seigneur, vostre filz; et s'entretenir, par la réputation de ces deux
+grandz partys, en plus grande estime envers les siens. Mais le
+jugement d'ung chacun est conforme à celluy que faict Vostre Majesté,
+qu'elle ne se soubsmettra jamais à nul mary, ainsy que, d'elle mesmes,
+elle s'en monstre toutjour assés esloignée; et les siens l'en
+détournent davantaige, affin de disposer toutjour, ainsy qu'ilz font,
+d'elle et de son royaulme.
+
+ [17] _Lettre, escrite de la main de la Roine mère, à Mr de La
+ Mothe Fénélon, pour lui estre rendue en mains propres_, du 20
+ octobre 1570:--«Monsieur de La Mothe Fénélon, monsieur le
+ cardinal de Chastillon a faict tenir propos à mon fils, le duc
+ d'Anjou, d'une ouverture de mariage de la royne d'Angleterre et
+ de mon dict fils...» Voir le _Supplément à la Correspondance
+ Diplomatique de La Mothe Fénélon_, contenant les lettres qui lui
+ étaient écrites de la cour.
+
+Et ung des principaulx, qui soit auprès d'elle, a naguières dict que,
+despuys trois moys, le vydame de Chartres a mené une secrecte pratique
+avec le secrétaire Cecille, pour le mariage de Mon dict Seigneur,
+vostre filz, avec elle; et qu'il a offert de fère, par ce moyen,
+advancer le tiltre de ceux de Herfort à ceste couronne, au cas que la
+dicte Dame ne puysse avoir d'enfans; et que le propos n'a peu estre
+que bien ouy, pour le regard de Mon dict Seigneur, de presque toute la
+noblesse; mais que la pluspart d'icelle l'a mal receu et heu fort
+odieux touchant ceux de Herfort; et qu'il jugeoit que le dict vydame
+n'y avoit pas grand moyen, mais qu'il avoit advancé cella pour
+complayre au dict Cecille, sachant l'extrême affection, qu'il a, à
+ceulx de Herfort; lesquelz sont deux petitz masles, issuz de celle
+madame Catherine[18], prochaine de ceste couronne, qui est morte dans
+la Tour. Et n'y a poinct de fille en ce royaulme, petite ny grande,
+qui prétande à la dicte succession, sinon une soeur de la dicte dame
+Catherine, qui est bossue, et a espousé un huissier de la salle de
+présence, ny la Royne d'Angleterre n'a la vollonté d'en adopter pas
+une; et croy que, quant elle le vouldroit fère, au préjudice de ceulx
+qui y prétandent droict, qu'elle ne le pourroit effectuer par le
+parlement, ny mesmes en fère déclairer ung des prétandans, tant les
+partz sont contraires, et les maysons principalles de ce royaulme
+opposantes l'une à l'aultre sur ce poinct. De quoy j'estime que le
+droict de la Royne d'Escoce ne s'en rendra que plus fort, bien qu'il
+semble qu'un tel faict ne se démeslera, sans beaucoup de débat.
+
+ [18] Catherine, soeur puînée de Jeanne Gray. Elle avait épousé le
+ comte de Hereford, et deux enfans étaient issus de ce mariage,
+ Henri et Édouard. Marie, dernière soeur de Jeanne Gray, avait été
+ mariée à un simple gentilhomme nommé Keyt.
+
+Quelcun m'a dict qu'on a vollu aussi proposer le mariage du Prince de
+Navarre avec ceste Royne, le faisant le plus riche subject de
+l'Europe, et allégant quelques droictz, qu'il a nouvellement gaignez,
+en la chambre impérialle, contre le Roy d'Espaigne, qu'on dict valloir
+plusieurs millions d'or, mais le propos n'a esté suyvy.
+
+Or, Madame, je ne voys pas qu'il y ayt lieu de mettre, pour ceste
+heure, rien en avant de nostre costé, et, par ainsy, je m'en tayray du
+tout, ainsy qu'il vous playt me le commander, bien que je vous suplye
+de ne laysser de suyvre et escouter bénignement ce qu'on vous en
+pourra toucher, monstrant que les plus grandes difficultez vous
+semblent estre du costé de la dicte Dame; sans toutesfoys advancer
+parolle, de laquelle elle se puysse advantaiger. Et cependant je
+veilleray, plus que jamais, sur ce qui se pourra descouvrir ou venir
+en lumyère, propre à cest effect, vous voulant bien advertyr, au
+reste, Madame, que de France, l'on a naguières escript à la Royne
+d'Angleterre que Vostre Majesté ne desire aulcunement l'expédition des
+affères de la Royne d'Escoce, ains que vous auriez playsir qu'elle ne
+bougeât encores d'Angleterre; de quoy semble que l'évesque de Roz ayt
+heu un semblable adviz de ceste court, mais je luy ay faict cognoistre
+qu'il n'y a rien au monde plus faulx que cella. Sur ce, etc.
+
+ Ce IXe jour de novembre 1570.
+
+ POURRA LE DICT SIEUR DE L'AUBESPINE, oultre le contenu de la
+ dépesche, dire à Leurs Majestez:
+
+ Que quelques ungs du conseil d'Angleterre incistent fermement à
+ la Royne, leur Mestresse, de ne debvoir, en façon du monde,
+ tretter avec la Royne d'Escoce; et que, pour nulles menaces, ny
+ effortz, qu'elle ayt à craindre du costé du Roy, elle né se doibt
+ haster de la délivrer, car jugent que la paix ne sera de durée en
+ France; et que, par aulcunes lettres et adviz, qu'ilz ont de
+ dellà la mer, ilz ont descouvert que le Pape, le Roy d'Espaigne,
+ et les Véniciens sont proprement ceulx qui ont conseillé de la
+ fère ainsy qu'elle est, pour peur, qu'ilz avoient, que ceux de la
+ nouvelle religion ne gaignassent tant d'advantaige, pendant que
+ eulx seroient occupez en la guerre du Turc et en celle des Mores,
+ qu'il ne fût, puys après, plus temps d'y remédier; et que
+ néantmoins, ilz ont promiz au Roy, qu'aussitost qu'ils se
+ verroient démeslez de ces deux guerres, qu'ilz luy fornyroient
+ ung si notable secours qu'il pourroit fort ayséement purger son
+ royaulme de toute ceste secte de Huguenotz;
+
+ Que cella se trouvoit ainsy confirmé par une dépesche de Mr le
+ Nonce à l'aultre Nonce, qui est en Espaigne, laquelle avoit esté
+ interceptée, et qu'on avoit trouvé dedans la coppie d'une lettre
+ du Pape à Mr le cardinal de Lorrayne, qui en faisoit assés
+ expresse mencion;
+
+ Que, nonobstant les bonnes démonstrations du Roy sur l'observance
+ de la paix, que les aultres Princes et les principaulx de la
+ court ozoient assés ouvertement déclairer qu'ilz l'avoient à
+ contre cueur; et que, à Thoulouse et à Lyon, ne la vouloient
+ encores bien recepvoir, ce qui estoit signe qu'elle s'en iroit
+ plustost rompue que establye;
+
+ Et qu'ilz sçavoient que le Roy mesmes, accompaigné de Mrs les
+ cardinaulx, et d'aulcuns princes, et aultres plus privez de son
+ conseil, avoit, par acte fort secrect, dict et déclairé, en sa
+ court de parlement de Paris, que son intention n'estoit
+ d'entretenir aulcunement deux religions en son royaulme; et que
+ ce, qu'il avoit instantment pourchassé la paix, avoit esté pour
+ séparer l'armée des Huguenotz, et renvoyer les estrangiers; mais
+ qu'après cella il mettroit aultre ordre et une meilleure forme
+ aulx affères de la dicte religion; et que aulcuns des assistans
+ avoient fort loué et magniffié son opinion, et avoient tout hault
+ randu grâces à Dieu qu'il eust miz un si catholique desir dans le
+ cueur de nostre Roy;
+
+ Que Messieurs les Princes et Admyral, estantz assez informez de
+ cecy, se tenoient sur leurs gardes, et avoient desjà envoyé
+ notiffier toutes ces particullaritez à leurs amys en Allemaigne;
+ et que mesmes les cappitaines et colonnelz, qui estoient venuz
+ vers Hembourg, pour s'asseurer de certaines levées de gens de
+ guerre pour les princes protestans, en avoient parlé assés clair;
+ par lesquelles remonstrances l'on a fort essayé de persuader la
+ dicte Dame qu'elle devoit attandre l'événement de ces choses de
+ France, premier que de rien remuer en celles d'Escoce.
+
+ Mais j'ay, à ceste heure, tout à propos, par la venue du dict Sr
+ de L'Aubespine, notiffié à la dicte Dame, et assés publié en sa
+ court, le bon ordre, que le Roy a prins, d'envoyer messieurs les
+ mareschaulx et aultres seigneurs et cappitaines, avec des
+ maistres de requestes et des commissaires, par toutz les lieux et
+ provinces de son royaulme, pour y exécuter son éedict sans dilay,
+ ni excuse; ce qui faict prendre à la dicte Dame et aulx siens
+ meilleure opinion de nostre paix, et semble qu'elle se résould de
+ passer oultre au tretté de la Royne d'Escoce.
+
+ Car voycy en quoy en sont meintennant les choses, que le
+ secrétaire Cecille et maistre Mildmay, estans de retour vers
+ elle, luy ont, d'entrée, protesté qu'encor qu'ilz eussent
+ l'honneur d'estre toutz entièrement siens, ses conseillers et
+ subjectz, qu'ilz avoient néantmoins juré à la Royne d'Escoce de
+ luy rapporter aultant fidellement et à la vérité tout ce qu'ilz
+ avoient veu, cogneu et ouy d'elle, comme s'ilz fussent ses
+ propres messagiers; et ainsy ont faict leur raport si bon que la
+ dicte Dame est demeurée fort satisfaicte de la dicte Royne, sa
+ cousine, et en grande vollonté de conclurre ung bon tretté avec
+ elle.
+
+ Sur quoy, icelluy Cecille luy a demandé d'où estoit doncques
+ advenu que, pendant qu'ilz estoient sur le lieu, elle leur eust
+ mandé d'agraver les condicions à la dicte Royne d'Escoce, et les
+ luy proposer plus dures, qu'elle ne leur avoit commandé de le
+ fère, quant ilz partirent:--«Prenez vous en, respondit elle, à
+ millord Quiper, vostre beau frère; car c'est luy qui m'y a
+ contraincte.»
+
+ Et j'ay sceu, à la vérité, que, quant le Sr de Valsingan revint
+ de France, la dicte Dame assembla ceulx de son conseil pour
+ déterminer des affères de la dicte Royne d'Escoce, suyvant ce que
+ le Roy luy en mandoit, et leur ayant elle mesmes proposé les
+ choses en une façon, qui la monstroient incliner bien fort à la
+ restitution de la dicte Dame, le dict Quiper luy respondit
+ seulement:--«Qu'il la voyoit si disposée en cest affère, qu'il ne
+ failloit que l'exécuter, sans plus le mettre en
+ dellibération.»--«Ouy, dict elle, beaucoup d'ocasions, à la
+ vérité, me meuvent de le desirer ainsy: mais je veux modérer mon
+ desir par vostre adviz.» Il répliqua soubdain:--«Qu'il estoit là
+ pour la conseiller et non pour la contredire, et que, voyant son
+ conseil ne pouvoir avoir lieu, qu'il se déportoit de le bailler.»
+ Sur quoy la dicte Dame, assés en collère, luy adressa ces
+ parolles:--«Je vous ay creu, ces deux ans passez, de toutes
+ choses, en mon royaulme, et je n'y ay veu que troubles, despenses
+ et dangiers. Je veux, à ceste heure, user, aultant de temps, de
+ mon propre conseil, pour voir si je m'en trouveray mieux.» Et,
+ sur ce poinct, elle se retira dans son cabinet; mais le dict
+ Quiper et ceulx du conseil ne layssèrent pour cella, d'altérer
+ assez la besoigne, et s'esforcèrent, par plusieurs moyens, de
+ randre, touchant ceste négociation, bien fort suspect Cecille à
+ la dicte Dame.
+
+ Néantmoins, despuys le retour du dict Cecille, ayant de rechef
+ esté le conseil rassemblé pour ouyr son raport et les responces
+ de la dicte Royne d'Escoce, encor que le dict Quiper se soit
+ opiniastré contre la restitution d'elle, et soubstenu qu'on
+ debvoit délaysser ce tretté, il semble qu'il n'ayt peu rien
+ gaigner; et qu'à ceste occasion, il soit party de court mal
+ contant; et que la dicte Royne d'Angleterre se soit confirmée, de
+ plus en plus, de vouloir tretter.
+
+ Dont despuys, ayant Mr l'évesque de Roz esté devers elle, elle
+ luy a dict:--«Que ses deux depputez luy avoient raporté beaucoup
+ de satisfaction de la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle trouvoit
+ ses responces fort honnorables; dont elles deux s'acorderoient
+ fort ayséement des aultres choses, qui sembloient demeurer
+ encores en différant; et qu'il ne restoit plus que l'arrivée des
+ depputez d'Escoce, lesquelz elle vouloit attandre, premier que de
+ passer plus oultre.» Et, comme le dict sieur évesque luy toucha
+ ung mot de la difficulté, qu'il y avoit, de conclurre la ligue,
+ de peur de préjudicier à celle de France, et qu'il la pryoit
+ qu'il en peult communiquer avecques moi:--«Je veulx bien, dict
+ elle, que vous en communiquiez à l'ambassadeur du Roy, mais il ne
+ fault que luy, ny aultre, m'estiment si sotte, puysque la Royne
+ d'Escoce est entre mes mains, que je ne veuille bien pourvoir,
+ premier qu'elle en sorte, qu'elle n'aille estre ung instrument à
+ ung aultre prince de me fère la guerre.»
+
+ Et ainsy le dict sieur évesque de Roz, et moy, sommes après à
+ conférer ensemble les articles et condicions, qu'on propose à la
+ dicte Royne d'Escosse; en quoy je incisteray fermement que
+ l'intention du Roy soit suyvye, ou, au moins, qu'il ne soit faict
+ préjudice à rien, qui touche son service; et semble qu'il est
+ expédiant d'accommoder ces affères par le présent tretté, sans
+ les remettre à une aultre fois, car aultrement la dicte Dame et
+ son estat restent en ung très grand dangier; et de tant que les
+ dicts depputez d'Escosse sont desjà acheminez, sçavoir: du party
+ de la Royne, milord Herys, milord Bonet et le dict sieur évesque,
+ qui est desjà icy; et, de la part du régent, le comte de Morthon,
+ milord Clames et l'abbé de Domfermelin; et qu'on les attand toutz
+ dans six ou sept jours, et que desjà il se parle de l'entrevue
+ des deux Roynes, ung chacun espère que l'accord réuscyra.
+
+ Pendant que les dicts depputez estoient avec la Royne d'Escosse,
+ elle a dépesché ung sien tapissier, nommé Serve, en Flandres,
+ devers milord de Sethon, luy apporter ung pouvoir et procuration
+ d'elle, en forme, pour tretter avec le duc d'Alve; et luy
+ communiquer les articles, que les dicts depputez luy ont
+ proposez; et l'asseurer, qu'encor qu'elle soit en beaucoup de
+ nécessitez, qu'elle toutesfoys ne conclurra rien sans l'adviz de
+ ses amys. Néantmoins, elle a, d'elle mesmes, accordé, par une
+ lettre de sa main, de bailler le Prince, son filz, à la Royne
+ d'Angleterre; et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy,
+ conseilloit néantmoins qu'elle luy accordât plustost les places
+ de Dombertran, Lislebourg, et d'Esterlin, et force ostaiges, que
+ non le dict Prince.
+
+ Les gracieulx propos et honnestes lettres, que la Royne
+ d'Espaigne a mandez à la Royne d'Angleterre, sont cause que le
+ dict sieur ambassadeur commance d'estre plus respecté et favorisé
+ des Anglois qu'il ne souloit, et qu'il est recherché, soubz main,
+ de vouloir demander audience de la dicte Dame, à laquelle il n'a
+ parlé, XXII moys a, et qu'elle la luy ottroyera fort vollontiers.
+ Sur quoy il a respondu qu'en ayant esté plusieurs foys reffuzé,
+ il importe beaucoup à l'honneur de son Maistre que la dicte Dame
+ la luy veuille ottroyer d'elle mesmes; et, par ainsy, qu'il est
+ dellibéré d'attandre qu'elle le luy mande, ou le luy face dire
+ par quelcun des siens.
+
+ Et cependant, l'on a pareillement recerché le Sr Ridolfy de
+ reprendre le propos de l'accord des différans des prinses, sellon
+ ce qu'il en avoit quelquefoys miz en avant, dont desjà il en a
+ escript une lettre à Mr le comte de Lestre, qui monstre d'y avoir
+ quelque affection, et il a esté assés bien respondu. Je croy que
+ cest affère se rendra de tant plus facille, que les Anglois
+ trouveront de difficultez en nous; et semble que Mr Norrys se
+ soit, puys peu de jours, pleinct de quelque deffaveur, qu'on luy
+ a faicte en France, et que sa Mestresse en soit bien mal
+ contante:
+
+ Comme aussi le Sr de Valsingan, parmy les propos, qu'il m'a
+ tenuz, des honnestes faveurs, qu'il avoit receues de Leurs
+ Majestez Très Chrestiennes, il y a meslé je ne sçay quoy de
+ deffaveur, qu'il luy sembloit que le Roy luy ayt faict, en la
+ seconde audience, de ne luy avoir monstré si bon visage, ny usé
+ de si gracieuses parolles, que en la première; et d'avoir, luy
+ présent, dict à Mr Norrys qu'il estoit marry qu'il s'en volust
+ sitost retourner, l'ayant trouvé homme de bien en sa charge; et
+ qu'il vouloit prier la Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, de ne
+ luy bailler poinct de successeur, qui fût turbulant, ny homme qui
+ n'aymât la paix et le repos; comme si Sa Majesté entendoit de
+ dresser ce propos à luy, car il estoit en termes de luy succéder;
+ et qu'il croyoit que Mr de Glasco luy eust faict donner ceste
+ attache, bien qu'il ne se soit, à ce qu'il dict, jamais ingéré ez
+ affères de la Royne d'Escosse, sinon quant la Royne, sa
+ Mestresse, le luy a commandé; et que je sçay bien qu'il fault
+ obéyr à son naturel prince, quant il commande quelque chose.
+
+ Ce qui l'avoit fort descouragé d'accepter la légation en France,
+ craignant de n'estre agréable à Sa Majesté; toutesfoys que la
+ Royne, sa Mestresse, luy avoit commandé de s'aprester, me priant
+ d'asseurer Leurs dictes Majestez Très Chrestiennes que nul jamais
+ ne tiendra ce lieu, qui ayt plus droicte intention à meintenir la
+ paix et la bonne amytié entre nos deux Maistres et leurs deux
+ royaumes que luy; et que, s'en allant l'affère de la Royne
+ d'Escoce composé, il luy sembloit qu'il ne restoit plus aulcune
+ occasion de différant entre la France et l'Angleterre. A toutes
+ lesquelles choses je luy ay respondu, sellon l'honneur et
+ grandeur du Roy, et comme il debvoit prendre la franchise du
+ parler de Sa Majesté en bonne part; et luy ay donné, au reste,
+ toute bonne espérance de sa légation, voyant qu'aussi bien elle
+ luy estoit desjà commise; et estime l'on qu'encor qu'il soit tenu
+ pour homme fort affectionné à la religion nouvelle, et assés
+ contraire de la Royne d'Escoce, que néantmoins il se rendra
+ modéré.
+
+
+
+
+CXLIVe DÉPESCHE
+
+--du XIIIIe jour de novembre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par le corier de Flandres._)
+
+ Discussion des articles du traité proposé concernant la reine
+ d'Écosse.--Efforts de l'ambassadeur afin de faire accepter les
+ conditions envoyées par le roi.--Consentement de Marie Stuart à
+ ce que son fils soit donné en ôtage à la reine
+ d'Angleterre.--Motifs de cette détermination, qui est contraire
+ aux instructions reçues de France.--État de la négociation avec
+ les Pays-Bas; nouvelles de Flandre.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, après le partement du Sr de L'Aubespine, j'ay communiqué le
+contenu des lettres de Vostre Majesté, du XXVIIIe du passé, qui me
+sont arrivées, ainsy qu'il partoit, à Mr l'évesque de Roz; et, suyvant
+icelles, je l'ay pressé d'incister vifvement à la Royne d'Angleterre
+de passer oultre au tretté encommancé, et que, de sa part, il la
+veuille dorsenavant poursuyvre par la forme, et non aultrement, qu'il
+a pleu à Vostre Majesté me le prescripre, luy desduysant les raysons,
+pourquoy la Royne, sa Mestresse, ny luy, ne la doibvent excéder;
+lesquelles raysons j'ay aussi mandées à la dicte Royne, sa Mestresse,
+avec ung extraict de ce qui en est porté par vos dictes dernières.
+
+Sur quoy le dict sieur évesque m'a asseuré de la parfaicte
+correspondance de sa dicte Mestresse, et de luy, à vouloir, en tout et
+partout, suyvre l'intention et les conseils de Vostre Majesté; et que,
+ayant despuys trois jours esté devers la Royne d'Angleterre, pour luy
+présenter ung pourtraict, que la dicte Royne d'Escoce luy envoyoit, du
+Prince son filz, il l'avoit instantment sollicitée de passer oultre à
+parfère le dict tretté, et de luy déclairer si les responces, que sa
+dicte Mestresse avoit faictes à ses depputez, luy sembloient
+raysonnables, affin qu'il la peult advertyr de ce qu'elle en debvoit
+espérer; et que la dicte Dame luy avoit respondu que les depputez,
+qu'elle attandoit d'Escoce, d'ung chacun des costez, debvoient arriver
+dans quatre ou cinq jours, avec le comte de Sussex et maistre Randolf,
+qui venoient toutz de compaignye, et qu'estantz icy, elle feroit
+incontinent procéder au dict tretté; que, quant aulx responces de sa
+dicte Mestresse, elle les avoit prinses de fort bonne part, et
+n'estoient trop esloignées de ce qui convenoit à fère ung bon accord;
+qu'encor que la dicte Royne d'Escoce fit grande difficulté sur
+l'article de la ligue, à cause de celle de France, qu'il ne falloit
+qu'elle s'y arrestât; adjouxtant, avec ung soubzrire, que, puysque
+Vous, Sire, vous estes meslé avec la mayson d'Autriche, qui est de sa
+ligue, que vous ne debviez trouver mauvais qu'elle se meslât avec
+celle d'Escoce, qui est de la vostre. A quoy luy, de Roz, luy avoit
+soubdain respondu qu'il fauldroit donc qu'elle constituast ung
+semblable douaire à sa Mestresse, et donnast ung semblable
+entretennement des gardes, des gendarmes, des bénéfices, plusieurs
+privilèges, et aultres grandz advantaiges aulx Escouçoys en
+Angleterre, que Vostre Majesté leur faisoit jouyr en France; et que,
+sellon son adviz, il n'aparoissoit aulcun honneste moyen de fère ligue
+entre elles deux, sinon en y comprenant Vostre Majesté; et que la
+dicte Dame luy avoit répliqué, là dessus, que les dicts entretennemens
+estoient trop grandz pour en vouloir charger son estat, mais que,
+touchant la ligue, elle m'en parleroit, et en feroit parler par son
+ambassadeur à Vostre Majesté.
+
+Or, Sire, ce poinct de la dicte ligue, plus que nul de ceulx, qui sont
+contenuz ès dicts articles, me semble importer grandement à l'honneur
+et réputation de vostre couronne, et, à ceste cause, j'ay desjà dict
+tout hault que j'interrompray en vostre nom l'accord, et protesteray
+de l'infraction des précédans trettez, plustost que d'en laysser rien
+passer. Au regard de l'aultre article, auquel Vostre Majesté estime
+que je n'ay assés expressément respondu à l'évesque de Roz, touchant
+ne bailler le Prince d'Escoce aulx Anglois: je vous supplie très
+humblement, Sire, de croyre que je luy ay, par ung adviz escript de ma
+main, premier qu'il soit allé vers sa Mestresse avec les depputez,
+ainsi que je l'ay communiqué au Sr de L'Aubespine, expressément
+conseillé de ne l'accorder en façon du monde; mais la dicte Dame,
+suyvant d'aultres adviz, que le dict évesque mesmes luy a pareillement
+apportez par escript, de plusieurs ses affectionnez et meilleurs amys
+et serviteurs de ce royaulme, et aussi par l'adviz des seigneurs, qui
+tiennent son party en Escoce, l'a offert à la Royne d'Angleterre par
+sa lettre du séziesme du passé, comme chose, sans laquelle le dict
+évesque de Roz dict que la dicte Royne d'Angleterre ne fût jamais
+entrée en tretté, et sa Mestresse fût demeurée au plus dangereux estat
+de sa personne et de toutz ses affères, qu'elle ayt encores esté, pour
+l'ocasion de ceulx qui avoient monstré se rébeller au pays de
+Lenclastre; avec ce, Sire, que ceulx de ce conseil ont toutjours
+estimé qu'il ne se pourroit prendre aulcune aultre assez bonne seureté
+de la dicte Royne d'Escoce, que d'avoir son filz par deçà, affin qu'il
+leur fût ung instrument tout accommodé pour contenir sa mère ou pour
+la déchasser; aussi qu'il semble bien que les Escouçoys, qui procurent
+la restitution d'elle, ne sont que bien ayses que le Prince s'en
+aille, affin que ceulx du contraire party ne puyssent plus redresser
+aulcune compétance dans le pays; et encores y a il plusieurs
+principaulx personnaiges en ceste court, qui incistent assés que le
+dict Prince ne viegne en façon du monde en Angleterre, de peur qu'il
+n'y advance et establisse par trop le droict, que sa mère a à la
+succession de la couronne, au préjudice des aultres prétendans. Ce qui
+faict que plus vollontiers, la dicte Royne, sa mère, consent qu'il y
+soit mené, et mesmes qu'elle voyt bien que le contredire ne luy
+serviroit de rien, tant la chose est hors de sa puyssance; mais l'on
+n'a layssé pourtant d'envoyer solliciter les deux partys, en Escoce,
+de s'y opposer; et aussi le grand père, et l'ayeulle, et plusieurs
+aultres, en ce mesmes royaulme, de ne le trouver bon, et de le debvoir
+empescher; pareillement à la mesme Royne d'Angleterre de luy jecter
+ung escrupulle dans le cueur, touchant ce petit Prince, disant que, à
+son advènement au monde, il à déchassé sa mère hors de son estat, et
+qu'il pourroit bien, en venant en Angleterre, chasser sa tante hors du
+sien. Tant y a, Sire, que ce poinct est desjà tenu comme pour accordé
+entre elles deux; et sur cella se faict le fondement de tout le reste;
+et estime l'on, Sire, pourveu que vous obteniez la restitution de la
+dicte Dame et la réunyon des Escouçoys, et que l'authorité des Anglois
+et leurs forces soyent mises hors du pays, que Vostre Majesté, quant
+au reste, ne doibt empescher qu'elle ne se puysse prévaloir de son
+filz à le bailler ostage quelque temps, pour recouvrer sa liberté, et
+retirer sa personne, et son estat, horz du grand dangier où ilz sont.
+
+Néantmoins, Sire, en cella, et en toutz les aultres chapitres du
+traicté, j'incisteray toutjour, le plus fermement qu'il me sera
+possible, que l'intention de Vostre Majesté soit entièrement suyvye;
+et, de tant que la Royne d'Angleterre s'est plaincte à moy des
+dommageables condicions, qu'elle dict estre apposées contre
+l'Angleterre, dans le dernier tretté d'entre le feu Roy, Françoys le
+Grand, vostre ayeul, et Jaques quatriesme, Roy d'Escoce, lequel je
+croy estre de l'an 1535[19], je supplie très humblement Vostre Majesté
+de m'en fère envoyer une coppie affin d'y respondre; et me commander
+au reste, Sire, touchant ce dessus, si je doibz incister tout oultre,
+que la Royne d'Escoce se retire de la promesse, qu'elle a faicte, de
+bailler son filz, et qu'il vous playse d'en déclairer franchement
+vostre vollonté à Mr de Glasco, son ambassadeur.
+
+ [19] Jacques IV était mort en 1513; deux ans avant l'avènement de
+ François Ier. L'ambassadeur veut sans doute parler du traité de
+ Rouen, conclu le 26 août 1517, entre Jacques V et François Ier,
+ et renouvelé en 1535, lorsque Jacques V épousa Madelaine de
+ France.
+
+Au surplus, Sire, les différans des Pays Bas demeuroient acrochez en
+ce que, sur la diminution que le duc d'Alve a trouvé estre ez
+merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne, pour en avoir une partie
+esté gastée et les aultres mal vendues par deçà, il vouloit que celles
+des Anglois fussent prinses en récompence, sellon qu'elles valloient
+en Angleterre, et non sellon qu'elles ont esté vendues en Flandres; en
+quoy il faisoit proffict d'envyron cent mil escuz; mais ceulx cy,
+ayant, à ce qu'ilz disent, plus d'esgard au déshonneur que à la perte,
+qui leur viendroit en cella, n'ont vollu passer ce poinct, ni accorder
+aulcune inégalle et plus advantaigeuse condicion aux Espaignolz et
+Flamans que à eulx; dont les lettres estoient desjà signées de ceste
+Royne pour mander à maistre Figuillem, son agent à présent en
+Flandres, qu'il s'en retournast tout incontinent, si le dict duc ne
+vouloit tenir compte du prix, à quoy les merchandises d'Angleterre ont
+esté vandues, ainsy quelle offroit de fère le semblable par deçà, de
+celles d'Espaigne, et d'estre preste d'administrer justice pour
+celles, qui ne se trouveraient en estre, contre ceulx qui en seroient
+coulpables, ce qui alloit fère une grande interruption en tout
+l'affère; mais, voulant le duc en toutes choses l'accommoder, il l'a
+si bien faict négocier icy, soubz main, par l'ambassadeur d'Espaigne,
+et par aultres personnes interposées, qu'il n'y a rien, à ceste heure,
+plus eschauffé entre ceulx de ce conseil que d'en vouloir bientost
+sortyr. Et, à cest effect, le Sr Ridolfy, qui s'en estoit auparavant
+meslé, est appellé en court, et pareillement Cavalcanty et Espinola;
+et s'entend que le Sr Thomas Fiesque arrivera demain, ou après demain,
+de Flandres, qui aporte la résolue intention du dict duc; et est l'on
+après à trouver moyen que le dict ambassadeur d'Espaigne escripve, sur
+l'ocasion du passaige de la Royne d'Espaigne, et sur l'honneur et
+convoy que luy ont faict les navyres d'Angleterre, et sur son arrivée
+à saulvement par dellà, une bien honneste lettre à la Royne
+d'Angleterre, affin qu'elle envoye aulcuns de son conseil pour en
+conférer davantaige avec luy; lesquelz auront charge de lui octroyer
+audience de la dicte Dame pour le jour, qu'il vouldra l'aller trouver.
+Et de tant, que le Roy d'Espaigne a mandé au dict duc de regaigner,
+par toutz les moyens qu'il pourra, l'amytié des Anglois; et qu'il ne
+veult, sur son partement, laysser ceste besoigne en détail, il la
+presse bien fort, estans venues nouvelles que le duc de Medina Celi
+est prest de s'embarquer à Laredo pour passer en Flandres, où il
+pourra arriver à la fin de ce moys, sur la mesmes armée qui a conduict
+par dellà la Royne d'Espaigne, et que la princesse de Portugal n'y
+vient poinct pour encores, mais ce sera le cardinal de Grandvelle, qui
+viendra assister au dict duc de Medina Celi. Sur ce, etc.
+
+ Ce XIVe jour de novembre 1570.
+
+
+
+
+CXLVe DÉPESCHE
+
+--du XIXe jour de novembre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivier._)
+
+ Retard apporté à la négociation du traité concernant la reine
+ d'Écosse.--Mission de lord Seyton, dans les Pays-Bas, auprès du
+ duc d'Albe.--Demandes faites au duc de la part de Marie
+ Stuart.--Nouvelles des Pays-Bas et de la Moscovie.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, j'ay de nouveau faict entendre à la Royne d'Angleterre que les
+longueurs, qu'elle avoit uzé, et qu'elle continuoit d'user, ez affères
+de la Royne d'Escoce, vous avoient donné grande ocasion de parler
+ainsy ferme, comme vous aviez faict, à son ambassadeur, et d'essayer,
+à la fin, si pourrez accomplyr ce que franchement vous luy en avez
+dict; laquelle s'est excusée que le retardement n'est cy devant
+provenu, ny encores ne provient, de son costé, ains de celluy de la
+Royne d'Escoce et de ses depputez, qui ne sont encores arrivez, et
+qu'elle ne voyt pas comme l'on puysse bonnement procéder à fère le
+tretté sans eulx, et sans ceulx du contraire party; et n'y a heu nulle
+rayson, ny offre, qui l'ayt peu mouvoir de ceste opinion parce, à mon
+adviz, qu'elle a promiz à ceulx du dict contraire party de ne fère
+rien, qu'elle n'ayt premièrement pourveu à la seureté du jeune Prince
+d'Escoce et à celle d'ung chacun d'eulx. Et ainsy nous sommes
+attendans l'arrivée d'iceulx depputez, desquels je n'ay encores nulles
+bien certaines nouvelles, sinon que le comte de Lenoz a escript qu'il
+avoit ottroyé de bailler saufconduict à ceulx du bon party, et qu'il
+nommeroit les siens aussitost qu'il sçauroit qui sont les aultres,
+affin d'en envoyer de semblable qualité; et que cependant il
+dépeschoit l'abbé de Domfermelin, lequel, pour ceste occasion, est
+attandu, d'heure en heure, en ceste court.
+
+Je prends quelque argument, Sire, de l'intention de la dicte Dame,
+qu'elle a vollonté d'en sortyr, sur ce que Mr Norrys l'ayant fort
+instantment requise de luy donner son congé; et s'estant le secrétaire
+Cecille desjà miz à dresser la dépesche du Sr de Valsingan pour luy
+aller succéder, elle a considéré que, s'il partoit sur ce poinct,
+Vostre Majesté pourroit concepvoir quelque mauvaise espérance des
+affères de la Royne d'Escoce, tant pour le changement d'ambassadeur,
+que pour le souspeçon que ce nouveau leur fût trop contraire; dont
+elle a mandé au Sr Norrys d'avoir patience jusques à ce que les dicts
+affères soient achevez. Bien m'a l'on dict qu'il a renvoyé en
+dilligence ung des siens, pour remonstrer à la dicte Dame que le
+dillay seroit par trop long; car dict qu'il n'espère veoir les affères
+de la dicte Royne d'Escoce jamais accommodez, tant que certaine
+occasion durera en France; laquelle, Sire, je n'ay pas encores bien
+sçeu quelle elle est, et semble aussi qu'il l'ayt mandée assés en
+général; car l'on m'a dict que plusieurs y font diverses
+interprétations. Cependant Mr de Sethon, qui est en Flandres, m'a
+escript que, si ung certain pacquet, que la Royne d'Escoce, sa
+Mestresse, m'avoit adressé pour luy, luy eust esté randu pour se
+pouvoir expédier du duc d'Alve, qu'il fût desjà devers Votre Majesté;
+et, à la vérité, Sire, le dict pacquet a esté, par mesgarde, aporté,
+dez le XXVIIe du passé, par mon secrétaire jusques à Paris; dont
+j'estime qu'il l'aura meintenant receu.
+
+Et voycy, Sire, ce que j'ay entendu de la négociation du dict de
+Sethon, qu'il a esté ouy à part, et puys en conseil, par le duc
+d'Alve, sur les trois poinctz, pour lesquelz il estoit envoyé
+principallement devers luy: le premier, pour avoir le secours, qu'il
+leur avoit souvant promiz, le quel le dict de Sethon offroit de
+conduyre en lieu seur, où il pourroit commodéement descendre, et où
+l'assistance des Escouçoys et des Anglois catholiques, et tout bon
+entretennement et bonne retrette ne luy deffauldroit dans le pays; le
+second, pour recepvoir dix mil escuz, que le dict duc avoit accordé à
+la Royne, sa Mestresse, pour la fourniture des chasteaulx de
+Lislebourg et Dombertran; et le troisiesme, pour le prier d'interdire
+de mesmes le commerce aulx Escouçoys en Flandres, que Vostre Majesté
+le leur a prohibé en France à ceulx, qui ne sont du party de la
+Royne, sa Mestresse. Sur quoy, le dernier jour du moys passé, Mr de
+Noerguerme a esté envoyé devers luy pour luy fère la responce que,
+touchant le secours, le duc y estoit très disposé, lequel avoit trouvé
+son offre et ses autres expédiantz fort convenables à l'entreprinse;
+mais l'importance d'envoyer une armée de mer en pays estrangé estoit
+si grande que l'exprès commandement du Roy, son Maistre, y estoit
+requis, auquel il en avoit desjà escript; et pourtant il falloit
+attandre sa responce, laquelle ne tarderoit guières; que touchant les
+dix mil escuz, de tant que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy,
+avoit escript au dict duc que la Royne d'Escoce luy dépeschoit ung
+homme exprès, avecques un pacquet, pour l'advertyr en quelle sorte
+elle entendoit qu'on ordonnast de la dicte somme, qui est, Sire, le
+susdict pacquet qui a esté apporté à Paris, qu'il prioyt le dict de
+Sethon d'avoir pacience jusques au quatriesme du présent, que le
+messagier pourroit estre arrivé, dedans lequel jour, l'on la luy
+feroit fornyr contante. Au regard du troisiesme, de tant que le
+commerce d'Angleterre estoit fermé, et si l'on restreignoit encores
+celluy d'Escoce, il en pourroit venir grand détriment aulx Pays Bas,
+le dict duc, premier que d'y rien ordonner, en avoit vollu escripre au
+Roy, son Maistre, duquel il feroit bientost entendre son intention,
+tant sur cestuy que sur le premier article au dict de Sethon. Et
+semble, Sire, que icelluy de Sethon ayt escript à sa Mestresse qu'on
+l'avoit faicte plus espérer du secours du dict duc qu'il n'a trouvé
+qu'elle en eust occasion, et que icelluy duc ne pense plus que à
+quicter les choses pour se retirer en Hespaigne.
+
+Maistre Jehan Amilthon a continué une négociation séparée de celle du
+dict Sr de Sethon avec le dict duc, dont monstrent n'y avoir bonne
+intelligence entre eulx. C'est luy qui a conduict les deux
+gentishommes espaignolz en Escoce pour visiter la descente, et les a
+faict parler au comte d'Honteley, et les a promenez et festiez en
+divers lieux dans le pays.
+
+Au surplus, Sire, l'on a appellé, despuys trois jours, les principaulx
+merchans de ceste ville à Hamptoncourt pour le faict de Roan et pour
+celluy des Pays Bas. J'entans, quant à celluy de Roan, qu'on me
+baillera la responce par escript sur ce que j'en ay remonstré à la
+Royne d'Angleterre; et, quant à l'aultre, que le comte de Lestre et le
+secrétaire Cecille, si aultre empeschement ne survient, en yront
+conférer avec l'ambassadeur d'Espaigne, lequel a desjà escripte la
+lettre à la dicte Dame, dont, par mes précédantes, je vous ay faict
+mencion; et presse l'on, de chacun costé, bien fort l'accommodement de
+ces différans. A quoy sert beaucoup le mauvais trettement qu'ont
+naguières receu les merchans anglois en Moscouvie, où ilz pensoient
+dresser quelque grand commerce; mais l'ambassadeur moscovite, qui
+naguières estoit par deçà, s'en estant retourné mal satisfaict de ce
+pays, a faict emprisonner tous les Anglois, qui se sont trouvez au
+sien, et a faict arrester leurs merchandises. Le susdict ambassadeur
+d'Espaigne s'est conjouy en ceste court des bonnes nouvelles qu'il a
+heu, que la guerre des Mores avoit du tout prins fin[20]. Quelcun, à
+ce que j'entans, luy a escript que le duc de Medina Celi diffère sa
+venue en Flandres jusques en janvier, et qu'il a la vollonté de passer
+en France. Sur ce, etc.
+
+ Ce XIXe jour de novembre 1570.
+
+ [20] Voyez ci dessus la note, p. 183.
+
+
+
+
+CXLVIe DÉPESCHE
+
+--du XXVe jour de novembre 1570.--
+
+(_Envoyée par Jehan Monyer jusques à Calais exprès._)
+
+ Déclaration du roi à l'ambassadeur d'Angleterre concernant
+ l'Écosse.--Irritation causée à la reine d'Angleterre par les
+ menaces du roi.--Opinion de l'ambassadeur qu'Élisabeth est bien
+ décidée à éviter la guerre.--Instance faite auprès d'elle pour
+ l'engager dans l'alliance d'Espagne.--Succès des efforts de
+ l'ambassadeur, qui parvient à empêcher l'exécution de ce
+ projet.--Assurance de dévouement au roi donnée par Walsingham,
+ désigné pour l'ambassade de France.--Remontrance faite par
+ l'ambassadeur à la reine d'Angleterre des motifs qui doivent
+ forcer le roi à secourir, même par les armes, la reine
+ d'Écosse.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, entendant que Mr Norrys, par sa dernière dépesche, avoit
+rafreschy à la Royne, sa Mestresse, les mesmes propos, qu'il luy avoit
+auparavant escript, qu'il trouvoit en Vostre Majesté une ferme
+résolution de secourir la Royne d'Escoce, et que vous continuez d'user
+de parolles et démonstrations fort expresses en cella, j'ay miz peyne
+de sçavoir comme la dicte Dame le prenoit; dont aulcuns, qui desirent
+la modération des affères, m'ont mandé qu'elle se trouvoit toute
+scandalizée qu'allors que, pour vous complayre, elle avoit envoyé deux
+de ses principaulx conseillers devers la Royne d'Escoce, pour donner
+commancement à ung bon tretté, et qu'à vostre instance elle avoit
+envoyé retirer son armée de sur la frontière d'Escoce, c'estoit lors
+proprement qu'il luy sembloit que vous aviez délayssé la voye, que
+vous aviez toutjours tenue, de procéder en cest endroict par
+gracieuses prières et honnestes remonstrances, pour y aller
+meintennant par une aultre façon de la menacer, et de rudoyer son
+ambassadeur; et qu'encores ne se sentoit elle si piquée de ce que
+vous en aviez dict de vous mesmes, qui aviez parlé en Roy, ainsy qu'il
+luy avenoit bien à elle de parler quelquefoys en Royne, comme de ce
+que vostre conseil avoit trouvé bon qu'il en fût escript une lettre
+bien expresse et bien considérée à son dict ambassadeur; et qu'elle se
+résolvoit de ne fère rien par menaces, et de monstrer à tout le monde
+que, si elle condescendoit à quelque accord en cest endroict, ce ne
+seroit que par le seul bénéfice de sa bonne vollonté envers vous, et
+de sa propre bonté envers la Royne d'Escoce, et que toutz aultres
+effortz et instances ne servyroient que d'empyrer et retarder
+davantaige la besoigne.
+
+D'aultres, qui cognoissent assés bien son intention, m'ont faict dire
+qu'encor qu'elle ayt parlé ainsy devant ceulx de son conseil, affin
+d'estre estimée princesse de cueur, comme, à la vérité, elle l'est, si
+a elle monstré, en d'aultres siens propos, à part, qu'elle vouloit
+évitter, en toutes sortes, d'avoir la guerre à Vostre Majesté; et que
+c'estoit par voz vertueuses responces et par voz démonstrations et
+appareilhz, qu'elle avoit passé si avant à tretter, et que, sans
+cella, il y en a assés qui l'eussent bien engardée d'y toucher, et la
+destourneroient encores d'y prendre jamais aulcune bonne résolution;
+par ainsy, qu'ilz estimoient que toute la ressource et restablissement
+de ceste pouvre princesse, et de son royaulme, concistoit en la seulle
+faveur et assistance, que Vostre Majesté luy feroit; dont semble
+qu'entre deux si contraires adviz le plus expédiant sera de suyvre une
+voye de millieu.
+
+Et, à ce propos, Sire, ayant une foys la dicte Dame faict
+dellibération d'envoyer ung des plus grandz d'auprès d'elle en France,
+ainsy qu'elle mesmes m'en avoit touché quelque mot, pour honnorer, à
+son pouvoir, les nopces de Vostre Majesté, et la venue de la Royne
+Très Chrestienne; et mesmes ayant pensé que ce seroit le comte de
+Lestre, comme plus agréable à Vostre Majesté, affin de fère en cella
+quelque démonstration, qui correspondît à celle de l'honnorable
+convoy, qu'elle a faict fère, avec grande magnifficence et grande
+despence, par dix grandz navyres de guerre, à la Royne d'Espaigne,
+j'ay sceu que quelques malicieulx luy sont venuz mettre en avant qu'il
+y avoit grand apparance que le dict comte ne seroit bien receu; et que
+Vous, Sire, aviez donné à cognoistre, en l'endroict de Mr Norrys, que
+ses aultres ambassadeurs seroient peu respectez, dont debvoit
+considérer combien elle demeureroit moquée et offancée, si, à ung tel
+et si grand des siens, comme le dict de Lestre, n'estoit faicte la
+faveur et bon recueilh et bon trettement qu'elle s'attandoit;
+s'esforceans d'imprimer à la dicte Dame, bien qu'au plus loing de leur
+affection, qu'elle debvoit, par toutz moyens, retourner à la bonne
+intelligence du Roy d'Espaigne; et qu'allors elle n'auroit à se
+craindre de la France, et pourroit, à son playsir, disposer de la
+Royne d'Escoce. Sur quoy, voyantz qu'elle ne rejettoit le propos, ilz
+ont essayé de l'induyre à donner audience a Mr l'ambassadeur
+d'Espaigne sur l'occasion d'une lettre, qu'il luy a escripte; et
+semble bien, Sire, que si, de mon costé, j'eusse aultrement usé envers
+elle que sellon qu'il vous avoit pleu me le commander, sçavoir, de la
+plus gracieuse et modeste façon qu'il me seroit possible, qu'elle s'y
+fût condescendue, et heust du tout résolu de n'envoyer point en France
+et d'interrompre possible les affères d'Escoce; mais elle s'est tenue
+ferme à ne vouloir encores rien céder aulx choses d'Espaigne; et croy
+que si, du costé du duc d'Alve, ne vient quelque honneste
+satisfaction, que les différans auront plus empyré que amandé, d'y
+avoir faict cest essay, ayant la dicte Dame mandé à son depputé, qui
+est en Flandres, que, si le duc ne veult admettre la compensation des
+merchandises et prendre celles d'Angleterre au priz qu'elles ont esté
+vandues, qu'il s'en viegne, avec résolution qu'aussitost qu'il sera
+icy, l'on procèdera à la vante de celles d'Espaigne. Dont chacun
+estime que le dict duc plyera à ce poinct, et qu'il envoyera, pour
+cest effect, nouveaulx depputez par deçà; bien que l'entrecours et le
+commerce d'entre les deux pays n'est pour estre encores radressé.
+
+Cependant le propos de n'envoyer poinct en France, et d'interrompre le
+tretté de la Royne d'Escoce, n'a poinct heu lieu; et a remiz la dicte
+Dame d'y dellibérer, dont j'ay esté conseillé de fère là dessus une
+petite négociation par lettre avec Mr le comte de Lestre, affin de luy
+bailler argument d'en parler à sa Mestresse. Je ne sçay encores ce qui
+en réuscyra; tant y a que, ayant moy mesmes à parler, dans ung jour ou
+deux, à elle, sur l'occasion de la dépesche de Vostre Majesté, du VIe
+du présent, qui m'est tout présentement arrivée, je mettray peyne de
+rabiller les choses, le plus que je pourray.
+
+Le Sr de Valsingan est venu, ce dimenche passé, prendre son disner en
+mon logis, et m'a dict que Mr Norrys avoit tant faict qu'il avoit
+obtenu son congé, et que à luy estoit desjà résoluement commandé, par
+la Royne, sa Mestresse, de s'aprester pour luy aller bientost
+succéder; mais qu'elle n'avoit encores ordonné à l'ung le jour de son
+retour, ny à l'aultre celluy de son partement; et que, pour le peu
+d'establissement, qu'on disoit que la paix prenoit en France, qu'il
+n'ozoit y admener encores sa femme; jusques à ce qu'il eust veu sur ce
+lieu, comme il en alloit. A quoy je luy ay si bien respondu, jouxte le
+contenu de ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre, qu'il en est
+demeuré aultrement persuadé; et au reste, Sire, il jure et promect
+d'estre ambassadeur paysible près de Vostre Majesté; et de ne cercher
+aultre chose, en sa charge, que les moyens d'accroistre et augmenter
+davantaige l'amytié d'entre Vous et la Royne, sa Mestresse, et la
+bonne paix d'entre voz royaulmes et subjectz. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXVe jour de novembre 1570.
+
+ A LA ROYNE.
+
+Madame, par la lettre, que j'escriptz présentement au Roy, Voz
+Majestez verront comme la Royne d'Angleterre se répute estre mal
+trettée et ung peu rudoyée de certains propos, qui ont esté dictz et
+escriptz à son ambassadeur, touchant les affères de la Royne d'Escoce;
+et n'a pas long temps qu'elle me dict qu'il sembloit que Voz Majestez
+Très Chrestiennes fussent constituées entre elles, comme alliez à
+toutes deux, mais tenans l'oreille, qui devoit estre ouverte de son
+costé, toutjour bouchée, et celle du costé de la Royne d'Escoce très
+prompte et toutjour fort ententive à toutes ses pleinctes; et que vous
+ne vous portiez en cella ainsy égallement, comme l'équité et la rayson
+le requéroient.
+
+A quoy je luy respondiz que, à la vérité, l'une et l'aultre vous
+debvoient compter pour leurs principaulx alliez et confédérez; et que,
+pour le regard d'elle, veu le bon estat de ses affères, Voz Majestez
+n'avoient à fère aultre office, en son endroict, que de vous conjouyr
+de sa prospérité, et luy offrir ce qui pouvoit estre en vostre
+puyssance, pour meintenir et acroistre sa grandeur, comme, à toute
+occasion, vous seriez prest de le fère; mais, quant à la Royne
+d'Escoce, je craignois bien fort que ceulx, qui la voyoient ainsy
+captive et deschassée de son estat, comme elle est, ne vous
+estimassent beaucoup plus abstreinctz par les trettez de pourchasser
+chauldement sa liberté et restitution que vous ne le faisiez; et,
+quant elle vouldroit considérer ung peu de plus près cest affère, et
+la despence que vous aviez desjà commancée pour préparer, dez l'esté
+passé, ung secours, et l'avoir, pour l'amour d'elle, despuys révoqué,
+et d'en entretenir meintennant ung aultre, sans l'envoyer, pour
+attandre le tretté; tant s'en fault qu'elle se deubt tenir offancée de
+Voz Majestez, que, au contraire, elle réputeroit vous avoir de
+l'obligation de l'honneste et modeste façon, dont vous y aviez
+procédé; et dont vous luy déclariez encores tout franchement la
+contraincte nécessité, que vous aviez, d'entreprendre quelque aultre
+essay, comme vous le pourriez fère, au cas qu'elle vollût rejetter
+celluy de voz honnestes prières et gracieuses remonstrances.
+
+Ainsy la dicte Dame se modéra pour lors, et proposa d'envoyer le comte
+de Lestre devers Voz Majestez, pour fère la conjouyssance des nopces
+du Roy et de la venue de la Royne, vostre belle fille, et accommoder,
+par mesmes moyen, le faict de la Royne d'Escoce; mais quelcun,
+despuys, en a traversé le propos; dont j'en suys aulx termes, que je
+mande en la dicte lettre du Roy; et essayeray, Madame, à ceste
+prochaine audience, de rabiller le faict, et de moyenner, en quelque
+bonne sorte, si je puys, que le dict voyage du comte de Lestre, ou au
+moins de quelque aultre milor, ne soit interrompu, si toutesfoys
+Vostre Majesté me faict entendre qu'elle l'ayt agréable. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXVe jour de novembre 1570.
+
+
+
+
+CXLVIIe DÉPESCHE
+
+--du dernier jour de novembre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrétaire._)
+
+ Audience.--Notification officielle des fiançailles du roi et des
+ fêtes ordonnées pour célébrer le mariage.--Invitation faite à
+ la reine d'Angleterre d'envoyer une ambassade extraordinaire au
+ roi, et aux seigneurs anglais d'assister au tournoi qui est
+ annoncé en France.--Vives sollicitations en faveur de la reine
+ d'Écosse.--Gracieuses réponses d'Élisabeth sur la communication
+ du mariage du roi.--Son emportement contre les déclarations qui
+ lui sont faites au sujet de l'Écosse.--Sa ferme volonté de
+ conclure le traité avec Marie Stuart sans l'intervention du
+ roi.--_Mémoire général_ sur les affaires d'Angleterre.--Détails
+ secrets sur les projets des catholiques dans le pays de
+ Lancastre; secours qu'ils demandent au roi; appui qu'ils
+ espèrent du duc de Norfolk.--Hésitations d'Élisabeth sur le
+ parti qu'elle doit prendre à l'égard de Marie Stuart; opinion
+ émise dans le conseil qu'il faut la faire mourir; crainte de
+ l'ambassadeur que l'on ait voulu l'empoisonner.--Négociations
+ avec l'Espagne; persistance d'Élisabeth dans son refus
+ d'accorder audience à l'ambassadeur d'Espagne.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, je me suys bien aperceu, ceste foys, qu'on s'estoit efforcé de
+randre la Royne d'Angleterre fort offancée contre Vostre Majesté, car
+je l'ay trouvée preste de me recommancer les mesmes querelles et
+plainctes, qu'elle m'avoit faicte, en la précédante audience; et, sans
+ce que Mr le comte de Lestre estoit, peu d'heures auparavant, arrivé
+de dehors, qui l'avoit entretenue sur une lettre, qu'il avoit
+naguières receue de moy, elle ne m'eust encores randu de si gracieuses
+responces, comme enfin, après avoir longuement débattu ensemble je
+les ay raportées; et croy que ce a esté aussi parce que, d'entrée, je
+luy ay dict que Vostre Majesté me commandoit de luy compter comme voz
+fianceailles avoient esté fort honnorablement faictes à Spire, le
+dernier dimenche du mois passé; et que, incontinent après, la
+Princesse Elizabeth s'estoit acheminée, en bonne et grande compaignye,
+pour venir en France; et que, sellon le compte de ses journées, elle
+debvoit arriver à Mézières le XXe du présent, où Vostre Majesté
+l'alloit rencontrer pour y célébrer, au playsir de Dieu, voz nopces,
+le XXIIIe, et que bientost après, vous en retourneriez vers Paris,
+pour y fère vostre entrée; auquel lieu vous aviez remiz les triumphes
+des nopces, parce que Mézières estoit trop petite ville pour un tel
+appareil; et y aviez, à ceste occasion, faict cryer un tournoy
+général, qui seroit ouvert, à toutz venantz, le premier jour de l'an.
+Ce que vous me commandiez de luy notiffier et aulx seigneurs de sa
+court, affin que, s'il luy playsoit d'y en envoyer, ou permettre
+qu'ilz y allassent, que Vostre Majesté et Monsieur promettiez qu'ilz y
+seroient bien receuz, et leur donriez lieu, avec vous mesmes, de
+s'esprouver aux honnestes exercices d'armes, qui s'y feroient; et que,
+pour l'honneur d'elle, ilz y seroient respectez et favorisez; qu'il me
+souvenoit bien de ce qu'elle m'avoit dict, que l'Empereur, envoyant la
+Royne d'Espaigne à son mary, la luy avoit recommandée, dont elle
+l'avoit grandement honnorée, et faict fort honnorablement convoyer,
+avec magnifficence et despence, par dix de ses grandz navyres de
+guerre, passant en ceste mer; et que, si le dict seigneur avoit,
+d'avanture, oublyé de luy fère une pareille recommendation, par
+lettre, de son aultre fille, qu'il envoyoit à ung grand Roy, son
+mary, qui luy estoit allyé, qu'il ne layssoit pourtant de la luy
+recommander de tout son cueur, et qu'il s'atandoit bien qu'elle
+useroit de toutes démonstrations de bienveuillance envers elle; et,
+quant bien il luy auroit plus expressément recommandé celle qu'il
+envoyoit en la mayson d'Austriche, d'où il est, qu'il y avoit
+plusieurs aultres bonnes occasions, qui la doibvent convyer d'avoir en
+non moindre recommendation celle qui vient en la mayson de France, où
+je la pouvois asseurer qu'elle estoit aultant aymée, honnorée et
+respectée que en nulle aultre part de la Chrestienté; et pourtant je
+m'asseurois qu'elle n'oblyeroit de envoyer quelque honnorable
+ambassade en France, pour fère, tout ensemble, deux grandes
+conjouyssances: l'une, pour les nopces de Vostre Majesté, et l'aultre
+pour la venue de la Royne Très Chrestienne, sa bonne soeur, et bonne
+voysine. Et luy ay bien vollu dire cella, Sire, parce que je sçavois
+qu'on luy avoit faict rompre sa dellibération d'y envoyer; puys j'ay
+adjouxté qu'elle debvoit prendre pour ung grand signe d'amytié, que
+vous luy feziez communication de chose si privée, comme vostre
+mariage, et que mesmes, il sembloit que vous augmentiez votre ayse du
+contantement que vous pensiez luy donner de celluy que Vostre Majesté
+recepvoit; que, outre cella, vous me commandiez de luy fère encores
+fort bonne part d'ung aultre bien grand contantement que vous aviez de
+voir vostre royaulme très paysible; et que vostre éedict s'y alloit
+establissant, ainsi que vous le pouviez souhayter, de quoy vous vous
+en conjoyssiez avec elle, comme avec celle qui proprement desiroit que
+ceste prospérité vous fût entière, et accomplye en vostre royaulme; et
+que vous luy en desiriez une toute semblable au sien, et luy offriez
+tout ce qui estoit en vostre puyssance pour l'y meintenir;
+
+Que, pour la fin de vostre lettre, vous me commandiez luy fère
+entendre le singulier playsir, que ce vous avoit esté, de voir que voz
+honnestes prières et gracieuses remonstrances eussent eu tant de lieu
+que, pour l'amour de vous, elle heût envoyé ses depputez devers la
+Royne d'Escoce, pour donner commancement à ung bon traicté, et eust
+mandé retirer son armée de sur la frontière d'Escoce; de quoy ne
+vouliez faillyr de la remercyer; et la remerciés encores bien fort de
+vous avoir déclairé qu'elle seroit bien ayse de pouvoir honnorablement
+restituer la Royne d'Escoce par la voye du traicté; et que, quant
+cella n'adviendroit ainsy, qu'encores la renvoyeroit elle aulx
+seigneurs escouçoys qui tiennent son party; en quoy vous la supliez
+très affectueusement d'y vouloir persévérer, et de vous en fère
+bientost paroistre ceste sienne bonne intention par effect, affin de
+vous descharger de l'inportunité de ceulx qui vous abstraignoient, par
+vertu des traictez, de luy bailler secours; lesquelz se monstroient de
+tant plus ardantz à le pourchasser, que le comte de Lenoz poursuyvoit
+toutjour d'user de viollance contre eulx, au préjudice de la surcéance
+d'armes; et que vous desiriez, Sire, que les conditions du traicté
+réuscissent toutes bien fort seures et honnorables pour elle, et
+pareillement bien honnestes et esloignées de toute offance pour la
+Royne d'Escoce, et pour vous: ou bien, si c'estoit par l'aultre moyen
+qu'elle la vollust restituer, que vous y requériez sa sincérité et sa
+grandeur de cueur à le fère; en sorte que la liberté qu'elle luy
+donroit ne luy fût ung nouveau tourment et peyne.
+
+La dicte Dame, depposant ung peu de la sévérité, qu'elle avoit usé à
+me recepvoir, m'a respondu que ces propos luy sembloient meilleurs
+qu'elle n'avoit espéré de les ouyr de Vostre Majesté, après une telle
+menace et rigoureuse démonstration, que vous aviez usée vers son
+ambassadeur, et préparée en Bretaigne; et qu'elle ne pouvoit fère que,
+pour ceulx de vostre mariage, elle ne vous en remercyât aultant, de
+vraye et bonne affection, comme il luy estoit possible de le fère, et
+que vous ne vous tromperiez jamais, si vous vouliez droictement croyre
+qu'elle estoit et seroit toutjours très ayse de voz prospéritez et
+contantemens, aultant et plus que nul de toutz les princes de vostre
+alliance; et, quoy qu'il y ayt, que vous luy feriez grand tort si ne
+demeuriez très fermement persuadé que vostre mariage luy est
+singulièrement agréable, et qu'elle prioyt Dieu d'y envoyer ses
+bénédictions, affin qu'il fust très heureux aulx espousez, et que la
+postérité en fust de mesmes très heureuse. Et s'est le propos
+poursuyvy à dire que Vostre Majesté se pouvoit promettre une bonne
+part de la vigne, qui est pour ceulx qui peuvent passer le premier an
+de leurs nopces sans se repentyr, et que ceste vigne estoit proprement
+pour les mariages si bien et si convenablement faictz comme le vostre.
+
+A quoy j'ay adjouxté que Vostre Majesté n'avoit garde de tumber en
+nulle sorte de repentailles, et que celle de la vigne s'entendoit que
+nul n'estoit maryé de si bonne heure, qu'il ne se repentît de ne
+l'avoir esté plustost, et que j'espérois voir ung matin qu'elle seroit
+touchée de ce repentir; ce que, en soubzriant, elle a advouhé, et que
+mesmes elle en estoit desjà bien fort attaincte; et a continué que,
+quant à la recommendation que l'Empereur luy avoit faicte de la Royne
+d'Espaigne, cella estoit advenu, parce qu'elle avoit envoyé devers
+elle en Flandres, et puys devers luy à Spyre, sur l'occasion du
+différant, qu'elle avoit avec le Roy d'Espagne, qui n'estoit procédé
+de luy, mais de ses ministres; et que, voyant que sa fille auroit à
+passer en ceste mer, il luy avoit escript de luy vouloir randre son
+passaige bien asseuré, qui aultrement, possible, ne l'eust guières
+esté; et qu'encores que la Royne Très Chrestienne ne vînt poinct en
+ceste mer, si ne lairroit elle de l'honnorer; et puysque je luy
+faisoys ceste notiffication de la remise des triomphes à Paris,
+qu'elle adviseroit d'envoyer quelcun de sa part pour fère la
+conjouyssance, mais quant à tournoyer, qu'il y avoit quelques ans
+qu'elle avoit entretenu sa court, comme en veufve, sans y fère
+tournoys; dont craignoit que les braz de ses gentishommes fussent
+devenuz si engourdiz qu'en lieu d'aller aquérir de l'honneur; ils y
+gaignassent de la honte pour eulx et pour leur nation; au regard de la
+paix de vostre royaulme, que Vostre Majesté ne s'en resjouyssoit pas
+plus droictement qu'elle, qui ne cédoit à nul, qui, plus qu'elle, la
+vous desirât stable et de durée; ce qui la faisoit de tant plus
+esbahyr pourquoy Vostre Majesté entreprenoit de la rudoyer, et mal
+traicter pour la Royne d'Escosse, et qu'elle n'eust jamais pensé que
+vous l'eussiez vollue accomparer de respect à elle, et ne tenir en
+trop meilleur compte son amytié que celle de la dicte Royne d'Escosse.
+
+Et s'est eslargie en tant de parolles aigres contre la dicte Royne
+d'Escosse, et sur vos dictes menaces, et sur les secours qu'elle
+entendoit s'aprester de rechef en Bretaigne, que je suys demeuré assés
+esbahy comme la dicte Dame estoit si changée despuys l'aultre foys,
+dont ne me suis peu tenir (luy gardant néantmoins toutjours tout le
+respect qu'il m'a esté possible), que ne luy aye fermement répliqué
+qu'elle se faisoit grand tort de prendre ainsy en mauvaise part les
+très honnestes et gracieuses remonstrances, que Vostre Majesté luy
+faisoit pour la Royne d'Escosse, et la franchise dont vous luy
+déclairiez comme vous estiez contrainct de la secourir; qui pourtant
+monstriez, par la patience dont vous y procédiez, que vous auriez
+grand regrect qu'il vous en fallust venir à tant. Et n'ay obmiz de luy
+respondre à toutz ses aultres argumentz, ung à ung, luy demandant
+enfin quelle aultre voye donques estimoit elle que Vostre Majesté
+pourroit tenir pour, tout ensemble, conserver son amytié, et
+s'acquicter de son debvoir envers la Royne d'Escosse.
+
+A quoy, après y avoir ung peu pensé, elle m'a respondu qu'elle vous
+prioyt, de toute son affection, de ne monstrer, par voz parolles et
+aprestz, que vous mesprisez son amytié, et de ne vouloir traitter que
+honnorablement avec elle et avec son ambassadeur, comme elle estoit
+preste d'user de mesmes envers vous; car aymoit mieulx venir à toutes
+aultres extrémités que de souffrir rien qui fût indigne de sa
+réputation, ny de celle de sa couronne. Et quant au reste, elle me
+vouloit bien dire qu'elle ne prétandoit que nul aultre prince
+s'entremît du traicté d'entre elle et la Royne d'Escosse, que elles
+deux, et que je ne debvois craindre qu'il s'y fît ligue contre Vostre
+Majesté, mais bien pour se deffandre entre elles, si quelcun les
+vouloit assaillyr; et qu'elle avoit mandé, pour le jour d'après,
+l'évesque de Roz, et puys, pour le lendemain, l'abbé de Donfermelin
+qui estoit desjà arrivé, affin de les ouyr, l'ung après l'aultre, et
+donner, puys après, le plus d'advancement qu'elle pourroit au dict
+traicté.
+
+Et n'ay raporté, pour ceste foys, aultre chose de la dicte Dame sinon
+que noz propos se sont terminez gracieusement, et j'ay sceu despuys
+qu'ilz ont eu beaucoup d'effect à la modérer sur tout ce qui peult
+concerner vostre commune amytié et les affères de la dicte Royne
+d'Escosse. Sur ce, etc. Ce XXXe jour de novembre 1570.
+
+ POUR FÈRE ENTENDRE A LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu des
+ lettres:
+
+ Que d'aulcunes choses, dont la Royne d'Angleterre est en peyne,
+ il y en a principallement trois, qui, à ceste heure, la
+ travaillent: l'ellévation à quoy se sont monstrez promptz ceulx
+ de Lenclastre, où elle n'ose toucher, de peur que le mal n'en
+ deviegne plus grand et plus universel en son royaulme; la seconde
+ est les affères de la Royne d'Escosse, lesquelz sont suportez du
+ Roy, et soubstenuz avec tant d'affection par une partie de ses
+ subjectz, et contradictz si opiniastrément par l'aultre,
+ mesmement par les évesques et principaulx de la nouvelle
+ religion, qu'elle ne sçayt quel expédiant y prendre; la
+ troisiesme est les différans des Pays Bas, desquelz tant plus
+ l'accord s'en prolonge, plus les prinses se dépérissent, et elle
+ s'en tient comme responsable, et les commerces cessent, desquelz
+ avoit accoustumé de tirer les meilleurs et plus clairs revenuz;
+
+ Et, qui pis est, qu'il semble que ces trois causes se vont
+ confortant l'une à l'aultre, et qu'elles sont pour devenir toutes
+ à ung: à fère quelque grand effect dans ce royaulme, dont la
+ dicte Dame assemble souvant ceulx de son conseil pour y remédier;
+ et je ne sçay encores quelles résolutions ilz y mettent, parce
+ qu'ilz les tiennent fort secrectes, mais voycy ce que j'ay aprins
+ de particulier sur chacune des dictes occasions, d'où se pourra
+ aucunement colliger à quoy elles auront à devenir.
+
+ Un seigneur bien entendu ez affères de ce royaulme, qui naguières
+ estoit en conversation avec d'aultres personnaiges de bonne
+ qualité, en ceste ville, leur dict que la Royne, leur Mestresse,
+ estoit à présent fort particullièrement informée de ce qui se
+ passoit au quartier de Lenclastre; et que ung des principaulx
+ autheurs de l'entreprinse en estoit venu descouvrir si
+ véritablement tout ce qui en estoit, qu'il n'avoit espargné
+ d'acuser son propre père, et avoit esté enfermé quatre heures
+ avec le secrétaire Cecille, pour luy notiffier les personnes, et
+ luy expécifier les dellibérations, et luy ouvrir encores les
+ moyens d'y remédier;
+
+ Et que, sellon son rapport, sembloit que le comte Dherby, deux de
+ ses enfans, et la pluspart de la noblesse du pays se fussent
+ ouvertement soubstraictz de l'obéyssance de la dicte Dame, et
+ eussent déclairé de ne vouloir plus respondre à sa justice, ny
+ obéyr à chose qui se fit par son autorité, allégans que Dieu et
+ leur conscience les pressoient de ne recognoistre pour leur Royne
+ et Souveraine celle qui estoit déclairée illégitime et interdicte
+ par l'esglize, jusques à ce qu'elle se fût mize hors de
+ l'interdict; et que c'estoit sir Thomas Stanlay, second filz du
+ dict Dherby, qui conduysoit principallement cest affère, lequel
+ se promettoit d'avoir toutz les principaulx de ce royaulme de son
+ parti, hormiz le comte de Betfort, le comte de Huntington et le
+ duc de Norfolc, parce que ceulx là estaient l'un épicurien,
+ l'aultre sacrementaire, et le tiers neutre; et que la dicte Dame
+ estoit pour demeurer en grand peyne de cecy, si de Lenclastre
+ mesmes l'on ne luy eust mandé qu'elle ne s'en donnât poinct de
+ peur, car il restoit encores des gens de bien en si grand nombre
+ dans le pays qu'ilz romproyent ayséement les entreprinses de ces
+ papistes.
+
+ J'ay entendu d'ailleurs que ung gentilhomme, que les dicts de
+ Lenclastre avoient envoyé devers aulcuns seigneurs des quartiers
+ de deçà, leur a dict qu'ilz se mettroient trente ou quarante mil
+ hommes assés promptement ensemble, si eulx se vouloient déclairer
+ ouvertement de leur party; et que iceulx seigneurs luy ont
+ respondu qu'ilz ne pouvoient rien fère de eulx mesmes, si le duc
+ de Norfolc n'estoit de la partie, lequel estoit encores dettenu,
+ et ne monstroit qu'il eust vollonté de rien remuer.
+
+ Laquelle responce semble que, sans en rien communiquer au dict
+ duc, ilz l'ayent ainsy expressément faicte à icelluy gentilhomme
+ pour ne se descouvrir à nul anglois, car ilz ne se fyent les ungs
+ des aultres; et que néantmoins semble qu'ilz sont assez délibérez
+ et résolus à l'entreprinse, pourveu qu'elle soit conduicte
+ secrectement, et que le dict duc en veuille estre, et donner
+ parolle qu'il advancera le droict de la Royne d'Escosse au tiltre
+ de ce royaulme, et qu'il promettra que l'exercice de la religion
+ catholique aura cours pour ceulx qui la vouldront avoir; car
+ aultrement ilz aymeroient mieulx que la Royne d'Escosse print le
+ party du plus estrangier du monde que le sien; mais, cella
+ accordé, qu'ilz tiendront l'entreprinse pour bien, fort advancée,
+ en ce que le Pape, et le Roy, et le Roy d'Espaigne les veuillent
+ secourir de six mil harquebouziers seulement, en six divers
+ lieux, qui soient conduicts par gens, qui ne sachent en façon du
+ monde où ilz vont.
+
+ Aulcuns estiment que le duc de Norfolc n'accepteroit que très
+ vollontiers les dictes deux conditions, mais il ne peult fère
+ aulcun bon fondement sur ceulx qui se meslent de l'entreprinse,
+ s'estant trouvé une foys trop déceu en celle de son mariage; et
+ aussi, qu'estant encores resserré, il estime, possible, qu'il ne
+ se pourroit assés bien prévaloir de ses propres moyens.
+
+ Et d'ailleurs il se sent assés offancé d'aulcunes choses, que les
+ principaulx de son intelligence ont exécuté contre luy, despuys
+ sa détention, mesmement le viscomte de Montagu, lequel a faict
+ tout ce qu'il a peu en faveur de millord Dacres, de qui il a
+ espousé la soeur, pour débouter la niepce, qui est maryée au filz
+ ayné du duc, de toute la succession Dacres; et millord de
+ Lomelay, qui a espousé la fille du comte d'Arondel, de laquelle
+ il n'a poinct d'enfans, voyant que toute la succession de son
+ beau père va au filz ayné du dict duc, qui est filz d'une aultre
+ sienne fille, il l'induict de vendre, pièce à pièce, tout son
+ estat et ses terres; dont n'y a bonne intelligence entre les
+ principaulx, qui sont pour fère quelque effect. Par ainsy semble
+ qu'il seroit mal à propos de rien remuer, et le dict duc, de sa
+ part, fonde toute son espérance des affères de la Royne
+ d'Escosse, au secours et démonstrations du Roy; duquel il dict
+ qu'il veult dépendre, et qu'il espère qu'avec une bien médiocre
+ assistance de luy, les choses d'Escosse viendront à estre bien
+ remédiées, et ne trouve bon que la dicte Royne d'Escosse ny luy
+ s'embroillent avec les dicts de Lenclastre, lesquelz néantmoins
+ se promettent du dict duc et des aultres principaulx seigneurs du
+ royaulme, et encores des estrangiers, tout secours, quant il en
+ sera besoing; et, attandans cella, ilz ne remuent rien, ny ne
+ sont pareillement recerchez.
+
+ Au regard des affères de la Royne d'Escosse, les depputez, qui
+ ont esté devers elle, ayant faict un très bon rapport des propos
+ et démonstrations, dont elle leur a usé, tendans à une bonne paix
+ et sincère amytié, sans fraulde, entre les deux Roynes et leurs
+ royaulmes, ilz ont ayséement induict la dicte Royne d'Angleterre
+ de vouloir venir en accord; laquelle a miz en considération ce
+ que aulcuns aultres de son conseil luy ont remonstré, qu'elle
+ avoit desjà beaucoup despendu pour les choses d'Escosse, sans
+ avoir rien estably de ce qu'elle prétandoit, et que, quant ceulx
+ du party de la dicte Royne d'Escosse ne viendroient estre qu'à
+ moictié prez secouruz du Roy, de ce que le comte de Mora et
+ celluy de Lenoz l'ont esté d'elle, que non seulement ilz
+ déboutteroient leurs adversayres, mais pourroient procurer une
+ dangereuse revenche contre l'Angleterre.
+
+ Ce qui a faict que la dicte Dame s'est fort opposée à ceulx qui
+ vouloient interrompre le tretté, lesquelz n'ont heu enfin aulcun
+ plus fort argument que de luy remonstrer que, puysque le Roy
+ s'affectionnoit si fort à le pourchasser, elle debvoit croyre
+ qu'il y prétandoit quelque grand intérest, qui ne se descouvroit
+ encores, lequel pourroit bien revenir au dommaige d'elle; et que,
+ quant bien il n'y auroit, à présent, sinon ce, qu'il l'a menacée,
+ et qu'il a rudoyé son ambassadeur, encores importoit il
+ grandement à sa grandeur et réputation qu'elle ne fist rien pour
+ ceste foys.
+
+ Et a cella faict tant d'impression en l'opinion de la dicte Dame
+ qu'elle s'est cuydée estranger de l'amityé du Roy, et se
+ despartyr de tout bon propos d'avec la Royne d'Escosse.
+ Néantmoins, en ma dernière audience, après avoir paysiblement
+ escoutté tout ce que je luy ay vollu dire là dessus, conforme à
+ l'intention du Roy, en la plus gracieuse façon et esloignée
+ d'offance qu'il m'a esté possible, elle m'a enfin respondu ce qui
+ est desduict en la lettre du Roy.
+
+ Dont ceulx qui sont contraires au tretté, voyantz qu'elle
+ inclinoit toutjour de passer oultre, ont advisé de l'abstraindre,
+ par la conscience, de ne le vouloir aulcunement fère, que,
+ premier, la Royne d'Escosse n'ayt expressément promiz et fort
+ solennellement juré qu'elle n'innovera rien en la religion, quant
+ elle sera de retour en Escosse, ny pareillement en ce royaulme,
+ si, d'avanture, elle y vient à succéder; et nous a esté raporté
+ qu'ilz avoient encores passé oultre à dellibérer sur la vie de
+ ceste pouvre princesse; dont en estant venu un tel advertissement
+ à l'évesque de Roz, et s'estant là dessus la dicte Dame trouvée
+ bien mal, nous avons esté en grand peur d'elle, et avons miz
+ peyne que d'icy luy a esté envoyé aulcuns bien bons remèdes en
+ fort grande dilligence.
+
+ Or, de ce qui se peult espérer de l'yssue de son faict, je l'ay
+ assés desduict par toutes mes dépesches précédentes, et par celle
+ de ceste datte, et que, nonobstant mes traverses, et empeschemens
+ qu'on y faict, qu'il y a grande apparance que le tretté succédera
+ avec le temps; et que l'abbé de Domfermelin, lequel, à ce qu'on
+ dict, est venu devant, de la part du comte de Lenoz, pour
+ l'interrompre, ne pourra sinon le retarder quelque peu de jours.
+
+ Quant aulx différans des Pays Bas, ceulx qui ont senty que la
+ dicte Dame se tenoit offancée du costé de France, luy sont venuz
+ mettre en avant qu'en toutes sortes elle debvoit retourner à
+ l'intelligence du Roy d'Espaigne, et ne se soucyer de toutz les
+ aultres accidans du monde. A quoy l'ayans trouvée en général fort
+ bien disposée, ilz ont espéré de la pouvoir fère condescendre à
+ ce particullier, de recepvoir une lettre de l'ambassadeur
+ d'Espaigne, et de fère qu'elle luy randroit responce, ou luy
+ accorderoit audience, ou bien envoyeroit quelques ungs du conseil
+ pour tretter avecques luy; et, à la vérité, ilz ont trouvé moyen
+ de luy fère bien recepvoir la dicte lettre, en laquelle le dict
+ ambassadeur s'est seulement conjouy avec elle de ce que la Royne
+ d'Espaigne, après avoir esté honnorablement convoyée par ses
+ navyres, est arrivée à bon port le IIIIe du mois passé; et n'a
+ touché aulcun autre poinct. Mais, quant il a esté question
+ d'avoir la responce, et de passer plus avant avec le dict
+ ambassadeur, elle a respondu qu'il suffizoit, pour ceste heure,
+ qu'on dict à son secrétaire qu'elle avoit receu sa lettre, et
+ avoit esté bien ayse, comme elle le sera toutjour, d'entendre
+ toutes bonnes nouvelles de la Royne d'Espaigne, sa bonne soeur.
+
+ Sur quoy aulcuns se sont entremiz d'accommoder, et les aultres de
+ traverser l'affère, qui enfin est demeurée en ce, que, si
+ l'ambassadeur avoit quelque lettre de son Maistre pour la dicte
+ Dame qu'il la luy envoyât, et elle adviseroit d'entrer en si bon
+ tretté avecques son dict Maistre, qu'elle donroit à cognoistre de
+ n'avoir heu jamais aultre desir que bien conserver son amytié; et
+ que desjà elle luy avoit escript trois lettres, despuys ces
+ différans, à nulle desquelles elle n'avoit esté respondue, et
+ qu'il importoit beaucoup à sa réputation qu'elle ne parlât ny
+ escripvît plus en ceste affère, jusques à ce qu'elle eust de ses
+ nouvelles.
+
+ Et n'a rien servi de remonstrer à la dicte Dame que le dict
+ ambassadeur pouvoit avoir des lettres de son dict Maistre,
+ lesquelles ne luy estait loysible de présenter que par luy
+ mesmes; car a respondu que si son Maistre ne la pryoit, par une
+ sienne bien expresse lettre, de luy redonner sa présence, qu'elle
+ ne l'y admettra jamais; et qu'il feroit bien d'en envoyer ung
+ aultre, car la souvenance des choses qu'il avoit escriptes
+ d'elle, et de ce qu'il s'estoit meslé de l'eslévation du North et
+ de la bulle, ne permettoient qu'elle le peult avoir jamais
+ agréable.
+
+ Et, sur ceste résolution, elle n'a plus vollu différer d'escripre
+ à son depputé en Flandres, que, si le duc d'Alve ne vouloit
+ admettre la compensation des merchandises, et prendre celles
+ d'Angleterre pour le priz qu'elles ont esté vandues par dellà,
+ qu'il s'en vint; et que, aussitost qu'il seroit icy, il seroit
+ procédé à la finalle vante de celles d'Espaigne, dont s'entend
+ que le Sr Thomas Fiesque sera de rechef dépesché pour venir
+ accorder ce poinct; et que le duc d'Alve ne s'y opiniastrera; et,
+ quant au principal faict de l'entrecours, que le Sr Ridolfy
+ passera bientost devers icelluy duc, pour mettre en avant quelque
+ bon expédiant.
+
+
+
+
+CXLVIIIe DÉPESCHE
+
+--du VIIe jour de décembre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Guillaume Bernard._)
+
+ Sollicitations pour ramener Élisabeth à de meilleurs sentimens
+ envers la France.--Prière de l'ambassadeur au roi afin de
+ l'engager à faire un plus favorable accueil à l'ambassadeur
+ d'Angleterre.--Maladie subite de Marie Stuart.--Arrivée de
+ quelques-uns des députés d'Écosse.--Affaires des Pays-Bas et
+ d'Allemagne.--Prochain départ du cardinal de Chatillon.--Espoir
+ de l'ambassadeur que Leicester, ou quelqu'un des grands
+ d'Angleterre, sera envoyé en France à l'occasion du mariage du
+ roi.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, après vous avoir dépesché mon secrétaire, le dernier de l'aultre
+mois, j'ay cerché de sçavoir en quelle disposition continuoit d'estre
+la Royne d'Angleterre vers Vostre Majesté et vers la Royne d'Escosse;
+et j'ay aprins, Sire, que luy ayant esté naguières parlé de l'ung et
+de l'autre, à heure bien propre, et en termes convenables pour luy
+oster l'impression de ces menaces et rigoureuses démonstrations, dont
+son ambassadeur s'est plainct qu'on luy avoit usé en France, elle a
+monstré d'avoir beaucoup de regrect que cella fût advenu pour
+interrompre les tesmoignages de la bonne affection, qu'elle se
+préparoit de manifester bientost au monde qu'elle avoit vers Vostre
+Majesté; et encores de celle que, pour l'amour de vous, elle vouloit
+fère sentyr à la Royne d'Escosse; et qu'on sçavoit bien qu'elle avoit
+desjà proposé d'envoyer une ambassade en France, non moins honnorable
+que si elle y eust dépesché ung sien propre frère, pour fère la
+conjoyssance de voz nopces et de la venue de la Royne, et pour
+honnorer l'ung et l'aultre, ensemble la Royne, vostre mère, de
+quelques présens, et de vous gratiffier et vous accorder tout ce
+qu'elle eust peu pour la Royne d'Escosse.
+
+Sur quoy luy ayant, l'ung de ceulx qui estoient là présens, assés
+soubdain remonstré qu'elle ne debvoit laysser de le fère pour chose,
+que son ambassadeur luy eust escript, parce que moy, vostre
+ambassadeur par deçà, asseurois bien fort que Vostre Majesté n'avoit
+aulcune vollonté de l'offancer, et que mesmes elle pouvoit cognoistre
+qu'encores que vous travaillissiez de satisfère à ce que vous debviez
+à la Royne d'Escosse et aulx Escossoys, vous cerchiez néantmoins de
+n'avoir poinct de guerre à elle; car, d'ung costé, vous pourchassiez
+le tretté, et lui déclairiez, de l'aultre, qu'au cas qu'il ne succédât
+vous seriez contrainct d'envoyer vostre secours en Escosse; et s'est
+esforcé, par ce moyen, de ramener la dicte Dame à sa première bonne
+dellibération d'envoyer en France; de quoy elle ne s'est monstrée trop
+esloignée. Néantmoins, de tant que sa principalle entente est de fère
+veoir aulx siens que les princes estrangiers l'honnorent et la
+respectent, et que, là où ilz ne le vouldroient fère, qu'elle a le
+cueur bon pour ne leur rien céder, affin que cella luy serve pour se
+maintenir en plus d'authorité dans son royaulme, elle a enfin respondu
+que nul ne la debvoit conseiller de porter honneur à celluy qui luy
+vouloit oster le sien, ny de recercher d'amytié celluy qui mesprisoit
+la sienne, et qu'elle abaysseroit par trop la dignité de la couronne
+d'Angleterre, si elle monstroit de fère quelque chose par menaces;
+dont attandroit de veoir comme ses démonstrations de bonne vollonté
+auroient à être bien receues en France, premier qu'elle advanturast de
+les envoyer offrir.
+
+Sur quoy j'ay esté advisé, Sire, par ung, qui est bien affectionné à
+vostre service, de vous debvoir escripre que, de tant qu'il ne vous
+peult estre imputé que à grande courtoysie de defférer quelque chose
+aulx dames, et que ceste cy n'a, au fondz de son cueur, que très bonne
+affection de persévérer en toute amytié et intelligence avec Vostre
+Majesté et avec la France; et qu'il est dangier qu'elle s'en retire,
+pour s'adjoindre ung aultre party qui la recerche infinyement, et où
+vous pourriez estre quelquefoys bien marry qu'elle y eust passé,
+lorsque, possible, vous vouldriez, avec très grand désir, l'avoir
+réservée du vostre; et que les affères d'Escosse ne succéderont que
+mieulx à vostre désir, et mesmes il vous viendra plusieurs aultres
+commoditez de ceste princesse et de son royaulme, si vous la
+regaignez; que Vostre Majesté fera bien de porter quelque faveur à son
+ambassadeur, et de luy tenir des propos honnestes, et plains d'amytié
+et de bienveuillance vers elle, luy faysant quelque part des nouvelles
+de vostre mariage; et que, estant les choses d'Escosse accommodées,
+ainsy que vous espériez qu'elles le seroient, par le tretté, et dont
+vous la priez que ce soit bientost, que vous pourrez, puys après,
+vivre en une très parfaicte intelligence et entière amytié avec elle;
+et que desjà le dict ambassadeur est adverty que s'il vous plaît,
+Sire, parler à luy en ceste sorte, que, pour deux motz que Vostre
+Majesté luy en dira, il y ayt à luy en escripre plusieurs de si bons à
+sa Mestresse, qu'il luy face perdre la mémoire de ceulx qui luy ont
+faict mal au cueur; et que, si Vostre Majesté avoit agréable de m'en
+fère aussi toucher quelques unes en vostre première dépesche, qui
+fussent assés exprès pour les pouvoir monstrer à la dicte Dame,
+qu'elle en demeureroit très grandement satisfaicte, et toutes choses
+en yroient mieulx. Dont de tant, Sire, que ce conseil ne peult estre
+que décent à Vostre Majesté, et que ceulx, qui portent icy les affères
+de la Royne d'Escosse, m'ont prié de le vous fère trouver bon, je n'ay
+vollu faillyr de le vous escripre tout incontinent, et adjouxter,
+Sire, qu'il me semble qu'il ne pourra estre que honneste et utille à
+vostre service d'en user ainsy.
+
+Cependant il est advenu que la Royne d'Escosse est tumbée fort
+mallade, et qu'ayant changé d'air et de logis, à Chiffil, pour cuyder
+s'y trouver mieulx, son mal est augmenté, de sorte qu'elle a mandé à
+l'évesque de Roz de l'aller trouver en dilligence, et de luy admener
+ung homme d'esglize pour l'administrer; lequel est party ce matin pour
+luy aller luy mesme fère ce sainct office, par faulte d'aultre, et a
+mené deux bons mèdecins, que la Royne d'Angleterre luy a baillez,
+laquelle a escript une bonne lettre à la dicte Dame, qui la consolera
+grandement; car aussi nous a elle mandé que son plus grand mal est
+d'ennuy de ses affères, et que nous ne demeurions en souspeçon de
+l'adviz que nous luy avions mandé, parce qu'elle a fort bien prins
+toutjour garde à son vivre. Nous estimons que c'est son accoustumé mal
+de costé, et que bientost nous aurons meilleures nouvelles d'elle;
+lesquelles, Sire, je vous feray incontinent tenir.
+
+L'abbé de Domfermelin a faict plusieurs vifves remonstrances à la
+Royne d'Angleterre pour rompre le traicté, desquelles elle a esté
+assés esmeue; mais enfin elle l'a renvoyé pour aller quérir les
+aultres depputez du party du régent, avec dellibération de passer
+oultre, monstrant toutesfoys n'estre contante que les depputez, qui
+viennent pour le party de la Royne d'Escosse, ne sont personnaiges
+plus principaulx qu'ilz ne sont: car a entendu que c'est seulement
+l'évesque de Galoa et milord Leviston; mais l'on luy a donné espérance
+que le comte d'Arguil pourra venir, ce qui fera encores quelque
+longueur en cest affère; mais j'y donray toutjour le plus de presse
+qu'il me sera possible.
+
+L'on s'esbahyt qu'il y a plus d'ung mois que nul courrier n'est venu
+de Flandres, mais l'on ne le prend que pour bon signe, de tant
+qu'ayant esté escript au depputé, qui est en Envers, d'aller
+incontinent trouver le duc d'Alve à Bruxelles, pour luy proposer la
+dernière offre; et que, s'il y faict nulle difficulté, qu'il s'en
+retourne tout incontinent, l'on estime que le dict duc l'a acceptée,
+et que l'on est meintennant après à conclurre les chappitres de
+l'accord. J'entendz que le jeune Coban a esté licencié de l'Empereur,
+dez le VIIIe du passé, pour s'en retourner devers sa Mestresse; il est
+encores en chemin, mais ung personnaige d'assés bonne qualité,
+allemant, est arrivé despuys deux jours, qui se dict ambassadeur du
+duc Auguste de Saxe, duquel je n'ay encores rien aprins de sa
+légation; je travailleray d'en entendre quelque chose. Monsieur le
+cardinal de Chastillon partit hyer de ceste ville pour aller à
+Canturbery, pour estre plus près du passaige, dellibérant d'attandre
+là des nouvelles de son homme, qu'il a envoyé en France. Il m'est, de
+rechef, venu visiter, avec plusieurs bonnes parolles de sa dévotion
+et fidellité vers vostre service, et qu'il n'a nul plus grand desir au
+monde que de vous en fère, et qu'il espère bientost vous aller bayser
+les mains pour plus expressément le vous tesmoigner. Sur ce, etc. Ce
+VIIe jour de décembre 1570.
+
+ Je pense avoir desjà tant rabattu de courroux de la Royne
+ d'Angleterre que, si elle n'envoye le comte de Lestre en France,
+ que au moins y dépeschera elle ung aultre milord de bonne
+ qualité.
+
+
+
+
+CXLIXe DÉPESCHE
+
+--du XIIIe jour de décembre 1570.--
+
+(_Envoyée jusques à la court par Antoine Jaquet, chevaulcheur._)
+
+ Maladie de Marie Stuart.--État de la négociation qui la
+ concerne.--Incertitude sur la négociation des
+ Pays-Bas.--Nouvelles d'Allemagne.--Réclamations relatives aux
+ plaintes des négocians de Rouen et de la Bretagne.--Résolution
+ de la reine d'Angleterre d'envoyer un ambassadeur en France, à
+ l'occasion du mariage du roi.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, il n'est venu aulcunes nouvelles de la Royne d'Escosse despuys
+mes aultres lettres, de devant celles icy, lesquelles sont du septième
+de ce mois, qui est signe, Sire, qu'elle se trouve mieulx, ou au moins
+qu'elle ne va en empyrant; car son mal est assés tost publié en ce
+royaulme. J'espère que, par mes premières, je vous pourray mander
+quelque chose de particullier de sa convalescence, sellon que les bons
+mèdecins, qu'on lui a admené d'icy, et les bons remèdes qu'on luy a
+envoyez, luy auront, avec l'ayde de Dieu, peu servir. Cependant l'abbé
+de Domfermelin a fort négocié en ceste court, pour interrompre le
+tretté, mais il ne l'a peu fère; dont, voyant que la Royne
+d'Angleterre incistoit toutjour que les depputez de son party
+vinssent, il s'est résolu de les attandre icy, et a dépesché ser
+Guilhaume Stuart en poste pour les aller quéryr, et pour apporter une
+dépesche et responce de la dicte Dame au comte de Lenos. Il estime que
+les comtes de Morthon et de Glames viendront. L'on a opinion que les
+depputez de l'aultre party sont desjà à Cheffil avec la Royne
+d'Escosse, leur Mestresse, et que l'évesque de Roz, qui l'est allée
+trouver, les admènera bientost par deçà. Je vays, en son absence,
+entretenant, la plus vifve que je puys, la pratique du dict tretté et,
+par toutes les sondes que je y fays, je trouve que la résolution
+demeure ferme de passer oultre; non que pour cella, Sire, il ne s'y
+voye beaucoup de difficultez, semblables à celles du passé, et mesmes
+que le comte de Sussex, à son arrivée, y en a semé plusieurs de celles
+qui tesmoignent le regrect, qu'il a, d'estre depposé de sa charge, et
+de ce que son armée luy a esté cassée, magniffiant ces derniers
+exploictz d'Escosse, et monstrant combien il seroit facille, et hors
+de dangier, d'y en exécuter de plus grandz, veu les ordinaires
+empeschemens, que Vostre Majesté et les princes de dellà la mer ont en
+leurs affères. Néantmoins l'on pourra juger plus à clair du succez de
+cest affère, quant toutz les depputez seront achevez d'arriver, ce que
+je n'espère devant le huictiesme de janvier.
+
+Il est, coup sur coup, arrivé trois courriers de Flandres, qui sont
+allez descendre au logis du secrétaire Cecille en ceste ville, où il
+est encores mallade; qui les a examinez à part, et les a assés tost
+expédiez vers la Royne sa Mestresse, sans permettre qu'ilz ayent rien
+publié de leur dépesche. Tant y a que j'ay ung adviz d'assez bon
+lieu, que le duc d'Alve, en baillant sa responce au depputté de la
+dicte Dame, ne luy a accepté son offre, ny aussy ne la luy a reffuzée;
+mais il luy a miz en avant d'aultres gracieulx expédientz, par
+lesquelz il faict espérer à ceste princesse, et aulx siens, que non
+seulement le faict de ces prinses, mais aussi celluy du commerce et de
+l'entrecours, et pareillement toutz aultres différans, d'entre le Roy
+Catholique et elle, et d'entre leurs pays et subjectz, se pourront
+facillement accommoder, avant la fin de febvrier, ou au moins, dans
+tout le mois de mars. Je ne sçay si elle s'y endormyra, mais ceulx de
+son conseil monstrent qu'il y a une extrême nécessité de trafiquer en
+ce royaulme, et pressent bien fort l'ambassadeur d'Espaigne de leur
+ottroyer des passeportz, pour envoyer des navyres et merchandises en
+Biscaye et Andelouzie.
+
+Le jeune Coban est arrivé, despuys trois jours, en ceste court, lequel
+n'a passé en ceste ville; dont n'ay encores rien aprins de certain de
+ce qu'il a raporté de sa légation. Il est vray que quelques lettres
+sont venues d'Allemaigne, par lesquelles l'on escript que l'Empereur
+luy a notiffié le mariage de l'archiduc Charles, son frère, avec la
+fille de Bavière, et que cella, avec quelques bonnes parolles
+d'amytié, ont esté toute la substance de la responce qu'il luy a
+faicte.
+
+Il a esté procédé si gracieusement ez choses de Lenclastre, que les
+sires Thomas et Edouart Stanlays et le sire Thomas Gerard, soubz
+parolles de seureté, se sont enfin venuz représanter en ceste court,
+où le comte de Lestre et le secrétaire Cecille leur ont, d'entrée,
+monstré grand faveur. Je ne sçay quelle sera l'yssue de leur faict. Le
+dict secrétaire Cecille m'a envoyé, par le Sr de Quillegray, son beau
+frère, la responce, que les maire et eschevins de Londres font aulx
+remonstrances de voz subjectz de Roan, et m'a mandé que, si les dicts
+de Roan ne s'en contentent, qu'ilz les apostillent, ou bien qu'ilz
+depputent deux d'entre eulx pour en conférer avec deux aultres de
+Londres, affin de s'en accommoder ensemble. Car sa Mestresse; desire
+que, pour l'honneur de Vostre Majesté, ilz soyent contantés, et le
+commerce continué. Et m'a dict aussi le dict Cecille que, pour
+remédier aulx désordres d'entre la Bretaigne et l'Angleterre, il vous
+playse, Sire, ordonner à Mr de Montpensier de fère une recerche des
+prinses et déprédations faictes aux Anglois par dellà, et y depputer
+des commissaires pour en juger sommairement; et sa dicte Mestresse
+pourvoyra de fère le semblable par deçà, pour la restitution des biens
+des Bretons, et qu'aultrement le commerce d'entre les deux pays va
+estre de tout interrompu.
+
+Monsieur le comte de Lecestre m'a envoyé dire, ce matin, par ung de
+ses gentishommes, qu'il a continué vers la Royne, sa Mestresse, la
+négociation que j'avois commancée avec luy, suyvant laquelle ayant
+priz en bonne part noz remonstrances, elle s'est résolue de persévérer
+en tous debvoirs de bonne amytié vers Vostre Majesté, et qu'elle
+envoyera une bien honnorable ambassade en France, pour fère la
+conjouyssance de voz nopces et de la venue de la Royne. J'entendz que
+ce sera milord Boucart, parant en mesme degré de la dicte dame qu'est
+milord d'Ousdon. Sur ce, etc. Ce XIIIe jour de décembre 1570.
+
+
+
+
+CLe DÉPESCHE
+
+--du XVIIIe jour de décembre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
+
+ Nouvelles de la santé de Marie Stuart.--Préparatifs de départ de
+ lord Buchard et des seigneurs de sa suite pour assister aux
+ fêtes du mariage du roi.--Négociation des Pays-Bas.--Nouvelles
+ d'Allemagne.--Affaires d'Irlande.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, suyvant ce que, en mes précédantes du XIIIe de ce moys, j'avois
+espéré de vous pouvoir, par celles de ceste heure, mander de bonnes
+nouvelles de la Royne d'Escoce, il est advenu que Mr l'évesque de Roz
+m'a escript, du XIe de ce moys, tout l'estat auquel il l'a trouvée,
+quant il est arrivé vers elle; qui est chose pitoyable à ouyr, mesmes
+que, oultre la complication de beaucoup de malladies, qui la pressent,
+elle est affligée d'ung extrême ennuy de ses affères, et d'un
+crèvecueur trop grand, qu'elle a d'aulcunes mauvaises parolles qu'on a
+aprins au Prince d'Escoce, son filz, de proférer d'elle. Néantmoins,
+par la bonne dilligence et les bons remèdes, qu'on luy a usé, les
+médecins jugent qu'elle est à présent hors de dangier; ce que je vous
+confirmeray, Sire, par mes subséquentes, sellon la certitude qui m'en
+viendra chacun jour. Les depputez de son party ne sont encores
+arrivez, et estime l'on qu'on a changé l'ellection, et que le comte
+d'Athil, ou celluy d'Arguil, avec milord Herys, seront envoyés. Leur
+longueur aporte beaucoup de retardement à leurs propres affères, et à
+ceulx de leur Mestresse.
+
+Cependand milord Boucard se met au plus honneste équipage qu'il peult,
+pour aller trouver Vostre Majesté, et a commandé la Royne, sa
+Mestresse, au comte de Rotheland, et encores à vingt chevaliers ou
+gentishommes de sa court, de l'acompaigner, monstrant qu'elle veult
+honnorer, à son pouvoir, ce tant illustre mariage des deux personnes,
+qui sont les plus royalles et de la plus haute extraction de la
+Chrestienté, et d'honnorer encores particullièrement la venue de la
+Royne, comme d'une princesse, que, oultre les communes occasions de
+leur mutuelle bienveuillance, elle veult, pour l'honneur de
+l'Empereur, son père, contracter une fort estroicte et bien fort
+espécialle amytié avec elle. Et s'attand bien aussi la dicte Dame que
+Voz trois Majestez Très Chrestiennes et Messeigneurs voz frères, et
+Mesdames voz soeurs, et pareillement toute la France, luy gratiffierez
+ceste sienne bienveuillance et grande démonstration; laquelle je vous
+puys asseurer, Sire, qu'on me la tesmoigne icy pour une fort grande
+expression du desir, qu'elle a, de persévérer en toute bonne amytié
+avec Vostre Majesté, et d'accommoder encores, pour l'honneur de vous,
+les affères de la Royne d'Escoce; ce que je remets bien à le voir par
+les effectz. Tant y a que je vous suplie très humblement, Sire, de
+commander que les choses, qui conviennent à bien et favorablement
+recepvoir une si notable ambassade, soient ordonnées de bonne heure.
+
+Au regard des différans de Flandres, j'entendz que le duc d'Alve a
+faict remonstrer, soubz main, au depputé de la Royne d'Angleterre
+qu'il ne pouvoit, en façon du monde, accepter son offre de prandre les
+merchandises d'Angleterre au pris qu'elles avoient esté vandues; car
+il y feroit, par trop, le dommaige de son Maistre, mais qu'il
+s'esforceroit bien de luy fère trouver bon que ce fût sellon qu'elles
+avoient vallu en Envers, ung mois auparavant les saysies, parce que
+l'empeschement, survenu despuys, sur le commun commerce des deux pays,
+les avoit faictes venir beaucoup plus chères; et que c'estoit ung
+expédiant, qui luy sembloit fort raysonnable, et par lequel il
+espéroit qu'on viendroit facillement au moyen d'accommoder les aultres
+affères du commerce, et de l'entrecours, et de toutz les différans
+qu'ilz pouvoient avoir ensemble; auquel expédiant, Sire, semble que
+ceulx cy condescendront, mais, de tant que le dict duc n'en a encores
+rien escript à l'ambassadeur, qui est icy, l'on estime que ce n'est
+matière bien preste.
+
+Il ne se publie encores rien de la responce, que le jeune Coban a
+raportée de l'Empereur; pourra estre qu'avant mes premières j'en auray
+aprins quelque chose pour le vous mander, mais, quant à l'allemant,
+qui estoit arrivé ung peu devant luy, c'est ung capitaine qui
+s'appelle sire Mans Olsamer, d'Auxbourg, qui desire estre receu au
+service et à la pencion de la Royne d'Angleterre; et, pour tesmoignage
+de sa valleur, il a aporté des lettres de recommendation du duc
+Auguste, et quelque présent de coffres d'Allemaigne à la dicte Dame,
+et six belles pères de pistollés au comte de Lestre. L'on estime que
+luy et ung aultre ambassadeur, que le comte Pallatin et le comte de
+Mansfelt en mesmes temps envoyé icy, par prétexte de quelque reste de
+payement de reistres, poursuyvent ce que leurs aultres ambassadeurs,
+l'esté passé, avoient miz en avant d'une ligue avec ceste princesse,
+dont je mettray peyne d'en entendre ce qui en est.
+
+L'ambassadeur d'Espaigne m'a dict qu'on avoit icy adviz d'Irlande
+comme les sauvaiges ont surprins ung chasteau sur ung port de mer,
+appartenant au comte d'Esmont, prisonnier en la Tour de Londres,
+lequel la Royne d'Angleterre avoit commis en garde à quelque aultre
+gentilhomme du pays, et que les dicts sauvaiges y ont miz une garnyzon
+de Bretons, de quoy l'on ne m'a encores parlé, et je n'en ay poinct
+d'adviz d'ailleurs; ayant au reste, Sire, bien dilligement considéré
+ce que Vostre Majesté m'a escript, du premier de ce moys, touchant le
+dict pays, qui est une chose qui se raporte assés bien à ce que je
+vous en manday, dez le XIe de juing dernier; et me semble, Sire, que
+ceulx cy ont meintennant fort oublyé la plus grand souspeçon qu'ilz
+eussent en cest endroict, car ilz n'ont nul appareil sur mer; et si,
+estiment que l'Espaigne n'est encores bien délivrée des Mores, et que
+le Roy Catholique a receu honte et perte en l'entreprinse du Levant,
+n'ayant son armée de rien servy au secours de Nicocye[21], ny rien
+exploicté de bien, en tout le voyage, que la perte de quatre ou cinq
+mil soldatz, et s'est retirée, sans bonne intelligence, d'avec celles
+des aultres allyez. Possible qu'ilz s'endorment ez belles parolles du
+duc d'Alve. J'essayeray de voir, ung peu de près, où en sont, à
+présent, les choses, affin de vous en escripre plus à certain par mes
+premières; mais il est requis, Sire, qu'on y ayt principallement
+l'oeil ouvert du costé d'Espaigne et de Flandres; car c'est là, où
+desjà sont passez ceulx qui ont à conduyre l'entreprinse, si aulcune
+s'en faict. Sur ce etc. Ce XVIIIe jour de décembre 1570.
+
+ [21] La ville de Nicosie, malgré les efforts de la flotte
+ combinée des chrétiens, fut prise par les Turcs, le 9 septembre
+ 1570.
+
+
+
+
+CLIe DÉPESCHE
+
+--du XXIIIe jour de décembre 1570.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais, par Jehan Monyer._)
+
+ Retour de sir Henri Coban de sa mission en Allemagne.--Rapport
+ qu'il fait à la reine de ce qui s'est passé aux fiançailles du
+ roi à Spire.--Conférence de l'ambassadeur et de lord
+ Buchard.--Instructions qui ont été données à lord Buchard par
+ la reine d'Angleterre.--Espoir de l'ambassadeur de ramener
+ Élisabeth à une entière confiance dans le roi.--Convalescence
+ de Marie Stuart.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, j'ay fort dilligemment cerché de sçavoir si ceulx cy avoient nul
+sentyment de l'aprest, que Vostre Majesté m'a mandé par sa lettre du
+premier de ce mois, mais je trouve qu'ilz ne se deffient à ceste
+heure, peu ny prou, de cest endroict, estans en termes de bien
+accorder leurs différans avec le duc d'Alve; et ayant la Royne
+d'Angleterre receu, par le retour du jeune Coban, qui a repassé par
+Flandres, une lettre du Roy Catholique et une aultre du dict duc,
+desquelles, à la vérité, je ne sçay encores la teneur; tant y a que le
+dict duc luy faict espérer beaucoup de l'amytié de son Maistre, et luy
+promect plusieurs bons offices de sa part; sur quoy elle et les siens
+sont à présent endormys. Il est vray qu'ayant la responce, que icelluy
+duc a faicte au depputé d'icy, (laquelle, du commancement, avoit
+semblé fort raysonnable), esté baillée à examiner aulx gens de lettre
+de ceste ville, ilz l'ont en quelque part trouvé captieuse, de sorte
+qu'on estime qu'il y aura encores bien à débattre. Le dict jeune Coban
+a faict ung honnorable rapport des fianceailles de Vostre Majesté,
+lesquelles il a veues cellébrer à Spire, et de la bonne grâce, vertu
+et débonaireté de la Royne, des vertueulx déportemens de Mr le comte
+de Retz aus dites fianceailles, avec honneur et dignité, et
+pareillement de monsieur le comte de Fiesque, et de toutz les
+Françoys, qui estoient en leur compaignie; et s'est loué des
+honnorables propos, que le dict Sr comte de Retz luy a tenuz de la
+Royne d'Angleterre, sa Mestresse, et de la faveur qu'il luy a faicte
+particulièrement à luy; mais quant aulx aultres contantemens, qu'il a
+raporté de la cour de l'Empereur, j'entendz que sa dicte Mestresse ne
+les a aulcunement goustez, ains qu'elle demeure offancée des
+responces, que l'Empereur luy a faictes; lesquelles j'espère que, par
+mes premières, je les vous pourray mander.
+
+Lundy dernier, Mr de Valsingan me fit ung somptueulx festin, auquel il
+appella milord de Boucart, le comte de Rotheland, et une trouppe des
+plus habilles hommes de bonne qualité de ceste ville, qui me vinrent
+quérir fort honnorablement en mon logis; il me dict qu'il estoit du
+tout dépesché pour aller succéder à Mr Norrys, et qu'il me donnoit
+parolle, en homme de bien, de se comporter en telle sorte, en sa
+légation, que Vostre Majesté en auroit tout contentement; et me fit
+toute ceste compaignie une fort honneste démonstration de
+bienveuillance envers la France. Le dict Sr de Boucard me dict, à
+part, que sa Mestresse luy avoit commancé de bailler son instruction,
+et que, sans les choses que son ambassadeur luy avoit escriptes, elle
+eust faict fère le voyage par le comte de Lestre, lequel, à présent,
+ne pouvoit plus estre ainsy bien prest comme elle le desireroit; bien
+que je luy eusse, à ce qu'elle disoit, desjà interprété en si bonne
+sorte ce que Vostre Majesté avoit faict et dict, en l'endroict de son
+ambassadeur, qu'elle en demeuroit fort satisfaicte, mais qu'elle
+vouloit que le dict de Boucart accomplyst si honnorablement ceste
+légation au lieu du dict de Lestre, que Voz Majestez Très
+Chrestiennes, et toute la France, en puissiez recepvoir le
+contantement, qu'elle desireroit; et luy avoit parlé en une façon
+qu'elle monstroit ne vous porter moins bonne affection, que si elle
+vous estoit propre soeur germayne, et qu'elle fût vrayement fille de
+la Royne, vostre mère; et qu'il y en avoit, qui luy conseilloient de
+composer aultrement son langaige, quant il seroit en France, mais
+qu'il n'avoit garde, et qu'il vous représenteroit droictement les
+propos de sa Mestresse. Il est, à la vérité, ung bien modeste
+gentilhomme, et aussi bien intentionné que j'en cognoisse poinct en
+ceste court, il eust desiré que le terme de vostre entrée à Paris
+n'eust pas esté si court, affin d'avoir plus de loysir de se préparer;
+et luy ay donné quelque espérance qu'elle pourra estre prolongée
+jusques au VIIIe ou Xe de janvier.
+
+Je vays demain trouver la Royne, sa Mestresse, et espère, puysqu'elle
+a commancé de bien prandre mes raysons, que je la ramèneray aulx
+premiers termes de la bonne amytié, que Vostre Majesté desire
+continuer avec elle, sellon le bon argument que je luy en feray voir
+par vos lettres du XXIIe du passé; et ne larray de luy toucher des
+affères de la Royne d'Escoce, encores qu'ilz luy soyent toutjours fort
+espineux; et la remercyerai de la consolation, qu'elle luy a donnée
+par ses lettres, en ceste grande malladye où elle a esté, de laquelle
+l'on pense icy qu'elle ne soit encores bien hors de dangier; mais,
+tout présentement, ung sien serviteur, qui est son fruytier, et faict
+l'office d'apoticquaire, et qui la servyt vendredy dernier à son
+disner, m'a apporté certaines nouvelles qu'elle se trouve mieulx. La
+Royne d'Angleterre est après à l'envoyer visiter par ung gentilhomme
+des siens, et luy envoyer une bague, qu'elle a faicte fère exprès,
+pour renouveler quelques merques d'amytié entre elles; et semble qu'il
+ne tient plus qu'aulx depputez d'Escoce qu'on ne procède au traicté.
+Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de décembre 1570.
+
+
+
+
+CLIIe DÉPESCHE
+
+--du XXIXe jour de décembre 1570.--
+
+(_Envoyée jusques à la court par le Sr de Sabran._)
+
+ Audience.--Explication sur le mauvais accueil dont s'est plaint
+ l'ambassadeur d'Angleterre.--Satisfaction de la
+ reine.--Discussion des affaires de la reine d'Écosse.--Plainte
+ d'Élisabeth au sujet des menaces faites par le roi.--_Lettre
+ secrète à la reine-mère._ Conférence du cardinal de Chatillon
+ avec l'ambassadeur; projet de mariage du duc d'Anjou avec
+ Élisabeth.--Commencement de cette négociation.--Déclaration de
+ Leicester qu'il favorisera ce projet.--Propos tenu à ce sujet
+ par l'ambassadeur à la reine d'Angleterre.--_Mémoire._
+ Proposition du comte de Sussex sur les affaires de Marie
+ Stuart.--Efforts des Anglais pour enlever à la France
+ l'alliance de l'Écosse.--Poursuites dirigées au sujet des
+ troubles du pays de Lancastre.--Affaires d'Espagne et des
+ Pays-Bas.--Confiance des Anglais dans les promesses du duc
+ d'Albe.--Négociation de sir Henri Coban en
+ Allemagne.--Mécontentement d'Élisabeth contre
+ l'Empereur.--Nouvelle d'un grand armement fait en Espagne.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, j'ay dict à la Royne d'Angleterre que sur la dépesche que je
+vous avois faicte par le Sr de L'Aubespine, touchant le
+malcontantement qu'elle avoit des choses, qui avoient esté faictes en
+l'endroict de son ambassadeur, Vostre Majesté ne m'avoit guières vollu
+différer sa responce, en laquelle j'avois trouvé tout ce qui s'étoit
+passé avecques luy, le jour dont il se pleignoit; dont me commandiez
+de le représanter à elle par le menu, et que, s'il luy restoit nul bon
+desir, ni aulcune bonne affection envers Vostre Majesté, et si elle ne
+vouloit condempner la franchise et sincérité, dont vous desiriez uzer
+en son endroict, vous espériez qu'elle n'interprèteroit que à bien
+tout ce qui vous estoit advenu de fère et dire, lors, à son dict
+ambassadeur: et néantmoins, parce que je vous avois mandé qu'elle
+desiroit d'en estre satisfaicte, vous n'aviez vollu différer d'en
+mettre la satisfaction dans vostre lettre, et y aviez adjouxté
+l'intention, dont vous aviez parlé, des affères de la Royne d'Escoce,
+et ce que vous en aviez encores sur le cueur; à quoy vous la supliez
+toutjour de pourvoir, et puys veniez, en vostre lettre, à d'aultres
+particullaritez, qui estoient toutes à son contantement; dont, de tant
+que vous y expliquiez si bien vostre intention, que je craignois
+d'offusquer beaucoup la clarté d'icelle, si je la rédigoys en mes
+propos, j'avois aporté le propre extraict de vostre chiffre, pour le
+luy monstrer, après toutesfoys avoir impétré d'elle qu'elle ne
+prendroit, sinon en fort bonne part, tout ce qui y estoit contenu.
+
+La dicte Dame, me remercyant de la communication que je luy vouloys
+fère de vostre dépesche, affin d'y comprendre mieulx vostre intention,
+la leust fort curieusement du commancement jusques à la fin, et
+considéra de prez toutes les particullaritez qui y estoient contenues;
+et puys me dict qu'elle vouloit bien demeurer contante et satisfaicte
+de ce qu'il vous playsoit, et prendre de bonne part les bons argumens,
+qu'elle voyoit dans vostre lettre, de vostre bonne amytié vers elle;
+mais cella luy faisoit mal que vous l'y colloquiez segonde, après la
+Royne d'Escoce, bien qu'elle méritast d'estre première, et que, si
+vous y aviez touché aulcunes honnestes et bien gracieuses
+particullaritez pour elle, vous y aviez encores plus amplement
+poursuyvy les affères de la dicte Royne d'Escoce; dont eust desiré
+que, au moins ceste foys, vous eussiez oublyé d'y mettre le mesmes
+langaige, que vous aviez escript à son dict ambassadeur, mais il y
+estoit tout semblable; et qu'elle voyoit bien que vous ne l'aviez peu
+dire, ny escripre, à luy, ny à moy, sans que vous ne l'eussiez heu
+ainsy dans le cueur; néantmoins qu'elle estimoit que vous luy
+réserviez toutjour une très bonne affection, ainsy que vous
+l'escripvez; et que, pour le regard de la Royne d'Escoce, elle avoit
+esté très desplaysante de sa malladye, et de ce qu'il sembloit qu'elle
+ne fust encores hors de dangier, néantmoins elle l'envoyeroit visiter
+par ung gentilhomme, affin de luy donner toute la consolation qu'il
+luy seroit possible; qu'elle espéroit que ses depputez seroient
+bientost icy, luy ayant néantmoins mandé d'en fère venir de plus
+capables que ceulx qui avoient esté nommez, car c'estoit derrision
+d'envoyer ceulx là; et, qu'aussitost qu'ilz seroient venuz, des deux
+partys, qu'on procèderoit au tretté, auquel, quant à ce que Vostre
+Majesté me commandoit de prendre garde qu'il n'y fût rien faict à
+vostre préjudice, qu'elle ne le prétandoit aulcunement, mais seulement
+de fère que la Royne d'Escoce ne luy nuysît poinct à elle; au regard
+de voz nopces, qu'elle avoit receu ung singulier playsir d'en entendre
+l'honnorable récit, que je luy en avois faict, et qu'elle se délectoit
+de les ouyr cellébrer et magniffier, comme les plus honnorables de
+nostre temps; (ès quelles n'avoit esté besoing de dispence, ainsy que
+aulx aultres, où sembloit qu'enfin le Pape permettroit de se mesler
+avec les propres soeurs); et qu'elle les envoyeroit honnorer et
+aprouver encores de sa part, par ung de ses barons, qui estoit son
+parant fort prochain du costé de sa mère, lequel elle avoit
+expressément choisy à cest effect pour vous contanter; et vous pryoit,
+Sire, de le vouloir bien recepvoir, et l'accepter avecques faveur; et
+vous remercyoit, au reste, de tout son cueur, de ce que, pour vous
+avoir desiré toute félicité en vostre mariage, et avoir invoqué la
+bénédiction de Dieu sur icelluy, vous luy en avez souhayté ung pour
+elle, qui fust à son contantement, chose qu'elle s'asseure que vous
+luy vouldriez procurer de bonne affection, et elle aussi y vouldroit
+suyvre très vollontiers vostre jugement, sellon qu'elle s'asseuroit
+que vous luy vouliez beaucoup de bien, si elle en venoit à cella; et
+qu'au reste elle n'avoit poinct doubte de l'establissement de la paix
+de vostre royaulme, néantmoins qu'elle estoit infinyement bien ayse de
+vous voir bien résolu de la maintenir, et que toutz vos subjectz se
+rangeassent, comme ilz faisoient, à bien exactement l'observer.
+
+Toutz lesquelz bons propos, Sire, elle a estenduz en plusieurs
+honnestes termes d'amytié et de bonne affection envers Voz Majestez
+Très Chrestiennes et au plaisir, qu'elle disoit participer avec celluy
+qu'elle jugeoit fort grand, et quasi incroyable, de la Royne, vostre
+mère, sur les prospéritez qu'elle voyoit aujourduy en ses enfans et en
+la France; ce que j'ay suyvy avec les meileures parolles, que j'ay
+estimé convenir à vostre grandeur et à l'honneur et dignité du présent
+estat de voz affères; et me suys ainsi licencié d'elle.
+
+Or, Sire, le comte de Lestre m'a faict une ouverte démonstration de
+la bonne intelligence, en quoy la dicte Dame veult demeurer avec
+Vostre Majesté, mais que voz ennemys luy objectent que ce n'est de la
+dignité de sa couronne, ny de l'honneur de son royaume, qu'elle se
+laysse aller à voz menaces sur les affères de la Royne d'Escoce, et
+qu'il me vouloit dire que la dicte Dame avoit heu mille et mille foys
+plus de respect à vous pour la Royne d'Escoce, que non pas à elle, et
+que je pouvois dire qu'en vostre nom j'avoys tiré son affère hors des
+abismes, néantmoins qu'elle en vouloit bien avoir le gré et l'honneur,
+et que tout seroit gasté, si l'on y procédoit par rigueur; dont ayant
+Vostre Majesté à procéder en cella avecques une femme, desiroit qu'il
+vous pleust luy uzer de toutes agréables parolles, et encores de
+gracieuses prières, et qu'avec ceste courtoysie le dict sieur comte
+espéroit de vaincre les adversayres de ceste cause, lesquelz il estoit
+incroyable combien ilz lui avoient donné de peyne jusques icy. Et sur
+ce, etc. Ce XXIXe jour de décembre 1570.
+
+ A LA ROYNE.
+
+ (_Lettre à part._)
+
+Madame, j'ay à dire à Vostre Majesté touchant le particullier de la
+petite lettre du XXIe de novembre que, quant Mr le cardinal de
+Chastillon a repassé en ceste ville, en s'en retournant d'Amptome, il
+m'est venu visiter pour satisfère, à ce qu'il dict, à son debvoir
+envers Voz Majestez, et a curieusement examiné de quelle intention
+Elles et Monseigneur estoient en l'entretennement de la paix, et si
+elles se vouloient poinct tirer hors de la subjection du Roy
+d'Espaigne et des aultres princes, qui tirannisent vostre couronne,
+et si Mon dict Seigneur estoit si avant au party de la princesse de
+Portugal qu'il ne peult entendre à celluy de la Royne d'Angleterre,
+lequel, s'il le vouloit, se pourroit meintennant conduyre, estendant
+son propos en plusieurs aultres choses, lesquelles revenoient toutes à
+ces trois poinctz.
+
+Je luy ay respondu, quant à la paix, qu'il ne doubtât que Voz Majestez
+et Monseigneur ne la rendissiez stable et de durée, jouxte l'édict,
+qui en avoit esté faict, pourveu que eulx, de leur costé,
+l'observassent; que vostre dellibération estoit de fère voz affères,
+sans dépendre de nul aultre prince, mais qu'il seroit bien dangereux,
+à la fin de ceste guerre des Protestans, d'en laysser renoveller une
+des Catholiques, veu l'intelligence que luy mesmes disoit que les
+aultres princes avoient dans le royaume; par ainsy qu'il vous failloit
+laysser bien establyr, et qu'il considérât combien il avoit esté
+besoing que Voz Majestez et Mon dict Seigneur eussiez usé d'une ferme
+et constante vertu, et d'une grande magnanimité, à fère ceste paix,
+estant assez contradicte de toutz les aultres princes catholiques;
+que, touchant la Royne d'Angleterre, elle avoit toujour monstré ne
+vouloir poinct de mary, ou de ne vouloir entendre à nul autre que à
+l'archiduc; mais si, à ceste heure que Mon dict Seigneur estoit en
+fleur d'eage, et florissant en toutes vertuz, aultant et, possible,
+plus que nul prince de la Chrestienté, elle trouvoit bon de
+l'espouser, je ne faisois doubte que luy et Voz Majestez, et toute la
+France, embrassissiez ce party avec toute affection, comme le plus
+grand et le plus honnorable de toutz les aultres, et duquel j'estimois
+qu'adviendroit plus de réconcilliation au monde, plus de paix à la
+France, et plus de terreur aulx ennemys d'icelle, que de nulle chose,
+qu'il se peult aujourduy mettre en avant.
+
+Ce qu'il monstra de recepvoir avec affection et d'en demeurer bien
+fort consollé; et s'en retourna, puys après, au logis du comte de
+Lestre, où il fut tout le soir en privée conférence avecques luy:
+puys, le matin, il me manda qu'il espéroit que noz propos produyroient
+quelque bon effect.
+
+Peu de jours après, ainsi que j'étois bien mallade, le Sr Guydo
+Cavalcanty me vint, par forme de visite, en mon lict entretenir d'ung
+grand circuyt de bonnes parolles; lesquelles il fit tumber sur Mon
+dict Seigneur, et que le mariage de l'archiduc avec la fille de
+Bavière, l'indignation, que la Royne d'Angleterre en avoit prins, et
+ce qu'elle vouloit bien monstrer qu'elle estoit pour trouver aussi bon
+party que le sien; et puys les différans des Pays Bas, ceulx de la
+Royne d'Escoce, la paix de la France, l'accommodement qui se pourroit
+fère de Callais, s'il y avoit enfans, la disposition venue de
+Monsieur, qui estoit desjà homme, celle qui commanceroit doresenavant
+de passer de la dicte Royne d'Angleterre, estoient toutes influances
+pour fère effectuer, ceste année, ung bien heureux mariage entre eulx;
+et que, si je le trouvois bon, il en mettroit quelque chose, comme de
+luy mesmes, en avant au secrétaire Cecille, avec de si bonnes
+considérations, qu'il espéroit qu'elles auroient effect, me priant de
+fère entendre ceste sienne bonne intention à Vostre Majesté.
+
+Auquel Cavalcanty, parce que je le cognoissois fort de ceste court, et
+que c'estoit luy qui avoit toutjour entretenu le party de l'archiduc,
+je respondiz que le propos me sembloit si honnorable et si
+advantaigeux pour Monseigneur, que j'avois ung grand playsir qu'il me
+l'eust miz en avant, et que je ne fauldrois d'en donner adviz à
+Vostre Majesté, ne voyant qu'il y peult avoir que tout bien d'en
+entamer telz propos, comme il les sçauroit bien penser et bien
+sagement conduyre, car je le réputois pour ung expécial serviteur de
+Vostre Majesté et bien affectionné à la France; que, pour ma part, ne
+saichant, à présent, en quelle disposition vous en pouviez estre, je
+ne luy pouvois dire sinon que, de toutz les partys, dont je vous avois
+ouy fère grand cas; mesmes pour le Roy vostre filz, vous aviez
+toutjour estimé le plus grand et le plus digne celluy de la Royne
+d'Angleterre; et que sur ung tel fondement se pourroit bien establyr
+une bonne alliance, si l'on s'y disposoit du costé de deçà.
+
+A trois jours de là, le dict Cavalcanty me revint trouver, qui me dict
+avoir desjà ouvert ce bon propos au dict secrétaire, et qu'il l'avoit
+receu avec affection, mais que, ayant esté longtemps mallade, sans
+avoir veu sa Mestresse, il ne l'avoit peu suyvre; mais il l'avoit pryé
+de l'aller trouver à Amthoncourt, aussitost qu'il y seroit, et qu'ilz
+en tretteroient plus amplement.
+
+Despuys cella, Madame, j'ay esté au dict Amthoncourt, où me trouvant à
+part avec le comte de Lestre, après d'aultres discours, je luy ay dict
+tout ouvertement qu'ung personnaige de bonne qualité, lequel
+toutesfoys je ne luy ay point nommé, m'avoit tenu le susdict propos,
+lequel j'avois receu avec honneur et respect, mais que je n'en voulois
+user sinon ainsy qu'il me conseilleroit; car je sçavois que Voz
+Majestez le réputoient comme conseiller et protecteur de tout ce que
+vous auriez à fère en ce royaulme, et que, si quelque chose debvoit
+advenir de cella, vous ne vous en vouldriez jamais adresser qu'à luy.
+Lequel me respondit qu'il y avoit plusieurs jours qu'il avoit desiré
+de conférer avecques moy de cest affère, sur ce qui en avoit esté
+desjà miz en termes par le vydame de Chartres et par d'aultres, mais,
+plus expressément que par nul, par Mr le cardinal de Chastillon, qui
+avoit parlé si haultement des grandes qualitez de Monsieur, comme le
+cognoissant bien, qu'il l'avoit faict le plus desirable prince de la
+terre; que, de sa part, il s'estoit toutjour opposé au party
+d'Austriche bien que, en aparence, utille à sa Mestresse, mais
+puysqu'elle estoit résolue de n'entendre à celluy de nul de ses
+subjectz, qu'il se vouloit sacriffier pour conduyre celluy de
+Monsieur; et qu'il y vouloit procéder en telle façon que ung esgal et
+mutuel advantaige fût gardé aulx deux, affin de ne fère naistre d'ung
+tel pourchaz d'amytié aulcune matière d'offance, comme il voyoit bien
+qu'il en restoit quelcune assés grande du propos de l'archiduc, et
+qu'on estoit pis que jamais avec le Roy d'Espaigne, nonobstant les
+bonnes lettres, que luy et le duc d'Alve avoient naguières escriptes;
+et que, en brief, il viendroit exprès à Londres pour me festoyer en sa
+mayson, et pour tretter amplement de cest affère avecques moy; duquel
+il estoit d'adviz que je touchasse cependant quelque mot à la Royne,
+sa Mestresse; et qu'il espéroit que, sur ceste occasion, se dresseroit
+ung voyage pour luy en France, puysqu'il avoit failly ceste foys d'y
+aller; et qu'il avoit ung infiny desir d'aller bayser les mains à Voz
+Majestez, comme recognoissant le Roy pour son supérieur, à cause de
+l'honneur, qu'il luy avoit faict, de son ordre.
+
+Et de ce pas il me mena en la chambre privée de sa Mestresse, où je la
+trouvay mieulx parée que de coustume, et qui monstra qu'elle
+s'attandoit bien qu'en luy parlant des nopces du Roy, je luy en
+desirerois une pour elle; à quoy elle m'achemina, par aulcuns siens
+propos, sur lesquelz enfin je luy diz qu'il me souvenoit bien de ce
+qu'elle m'avoit asseuré de n'avoir poinct faict de veu de ne se maryer
+pas, et que le plus grand regrect qu'elle eust estoit de n'avoir pensé
+de bonne heure à sa postérité, et qu'elle ne prendroit jamais party,
+qui ne fût de mayson royalle, convenable à sa qualité; sur quoy je
+serois marry qu'elle m'estimât si mal abille que je n'entendisse bien
+que cella quadroit merveilleusement bien en Monseigneur, frère du Roy,
+comme en celluy, lequel j'osois (sans passion ny flatterye) réputer le
+plus acomply prince, qui aujourduy vesquit au monde pour mériter ses
+bonnes grâces; et que je me réputerois le mieulx fortuné gentilhomme
+de la terre, si je pouvois intervenir à quelque commancement d'une si
+heureuse alliance, qui peult revenir à bon effect; car j'en
+demeurerois cellèbre à toute la postérité.
+
+La dicte Dame receust merveilleusement bien ce peu de motz, et me
+respondit que Monsieur estoit de telle estime et de si exellante
+qualité qu'il estoit digne de quelque grandeur qui fût au monde, et
+qu'elle croyoit que ses pensées estoient bien logées en plus beau lieu
+qu'en elle, qui estoit desjà vieille, et qui, sans la considération de
+la postérité, auroit honte de parler de mary, et qu'elle estoit desjà
+de celles dont on vouldroit bien espouser le royaume, mais non pas la
+royne, ainsy qu'il advenoit souvent entre les grandz, qui se maryoient
+la pluspart sans se voir; et que ceulx de la mayson de France avoient
+bien réputation d'estre bons marys, à bien fort honnorer leurs femmes,
+mais à ne guières les aymer. Et suyvyt assés longtemps ces propos avec
+toutes les plus honnestes et favorables parolles, qui se pouvoient
+respondre à ung, qui monstroit ne parler aulcunement que de luy
+mesmes, et sans aulcune charge. Dont ne fault doubter, Madame, que ce
+qui en seroit meintennant miz en avant ne fût receu d'elle, et
+embrassé de tout son royaulme, avec affection; mais je ne puys juger
+encores si elle l'acomplyroit par après, car souvent elle a promiz à
+ses Estats de se maryer, et puys elle a trouvé moyen d'en prolonger et
+interrompre les propos. Néantmoins, de tant qu'on imputera à une très
+grande faulte à la France d'avoir layssé eschapper ung si grand party,
+comme est cestuy cy, qui semble se présenter à Monseigneur, je
+desirerois que vous l'eussiez desjà disposé de le vouloir; et que, sur
+ce qui en est desjà entamé entre Mr le comte de Lestre et moy, Vostre
+Majesté me commendast de passer oultre, et me prescript la forme comme
+j'aurois à le fère: car il me semble bien que ce sera à nous (si l'on
+en vient là) de parler les premiers, mais qu'il fauldroit qu'ilz y
+respondissent si clairement que l'affère fût plus tost conclud que
+divulgué, à cause des jalouzies, traverses et inconvénians, qui y
+pourroient survenir; et puys après, l'on y pourroit bien adjouxter les
+cérémonyes et respectz qui y seroient nécessaires pour honnorer
+l'acte; surtout je prendray garde, aultant qu'il me sera possible, que
+n'y soyez trompez ny remiz à nulle longueur. Sur ce, etc.
+
+ Ce XXIXe jour de décembre 1570.
+
+ Encores tout présentement, je viens de recepvoir adviz, de bon
+ lieu, que le susdict propos commence de prendre icy grand
+ fondement; dont je continueray d'en escripre toutjour quelque
+ mot, à part, à Vostre Majesté; mais il n'y a rien plus requis que
+ de tenir la matière secrecte.
+
+ ADVERTYRA LE DICT DE SABRAN LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu des
+ lettres:
+
+ Que milord de Sussex a proposé, à son arrivée, de fort mauvais
+ conseilz contre les affères de la Royne d'Escoce, remonstrant
+ qu'avec quatre centz mil escuz, qui ont esté employez ceste
+ année, par ses mains, contre les Escouçoys, il a bien chastié
+ ceulx d'entre eulx, qui avoient osé offancer la Royne, sa
+ Mestresse, en retirant et supportant ses rebelles; et qu'il avoit
+ estably aulx aultres un régent à sa dévotion; et relevé si bien
+ la part du jeune Roy, que ceulx de l'aultre party ne faisoient
+ plus que ce qu'il leur ordonnoit, et les avoit presque rengez à
+ se soubsmettre à luy; et que, pendant que le Roy Très Chrestien
+ estoit encores bien laz des guerres civiles de son royaulme, et
+ les aultres princes de dellà la mer assés empeschez, chacun en
+ son estat, il s'esbahyssoit comme la Royne, sa Mestresse, se
+ retranchoit ainsy court à elle mesmes son entreprinse, de ne se
+ saysir de l'Escoce, comme il luy avoit facillité la voye de ce
+ fère, et de pouvoir establyr par là ung repos en ceste isle;
+ lequel aultrement il n'espéroit l'y veoir jamais bien asseuré,
+ mesmement si la Royne d'Escoce estoit restituée; et qu'on ne
+ pouvoit donner ung plus loyal conseil à la Royne, sa Mestresse,
+ que d'interrompre ce propos encommancé, et de luy fère poursuyvre
+ chauldement, à ce prochain printemptz, son entreprinse de
+ renvoyer l'armée en Escoce; car s'asseuroit dans peu de jours, la
+ randre maistresse de Lislebourg, Esterlin et Dombertrand, et de
+ forclorre aulx Françoys leur descente et retrette au dict pays;
+ lesquelz aussi, sellon son opinion, n'avoient, à présent, guières
+ à cueur les choses de deçà la mer, se trouvant seigneurs de
+ Callais.
+
+ Auquel conseil s'estantz joinctz ceulx, qui avoient toutjours heu
+ le mesmes adviz, ilz ont euydé traverser grandement toutz noz
+ affères; mais la Royne mesmes n'a monstré qu'elle y inclinast; et
+ aulcuns seigneurs plus modérez ont remonstré au dict de Sussex
+ qu'il y avoit plus de dangier et d'inconvéniant, en ceste
+ entreprinse qu'il n'y en voyoit, de sorte qu'il n'est demeuré
+ bien ferme en son opinion. Il est vray que l'abbé de Domfermelin
+ est fort ordinaire en sa compaignye, ce qui le nous rend toutjour
+ assés suspect, mais l'évesque de Roz, avant partyr, luy est allé
+ remonstrer plusieurs choses, par lesquelles il l'a ramené à ceste
+ rayson que, s'il se pouvoit establyr quelque bonne seureté entre
+ les deux Roynes, il confessoit, veu la proximité d'elles, et le
+ droict de la future succession à celle d'Escoce, que le plus
+ expédiant seroit de la restituer; mais n'a parlé que
+ condicionnellement, et par difficultez, avec un désir très
+ ambitieux de demeurer en charge; et qu'en tout événement, il
+ failloit que la dicte Dame quictast l'alliance de France pour en
+ fère une nouvelle et perpétuelle avec la Royne d'Angleterre.
+
+ A quoy le dict évesque luy a remonstré qu'il estoit impossible de
+ ce fère, et qu'il ne seroit honneste ny proffittable à la Royne
+ d'Angleterre de le requérir, joinct que, si elle pressoit de
+ cella sa Mestresse, elle la presseroit à elle de renoncer à
+ l'alliance de Bourgoigne. A quoy il a soubdain respondu que Dieu
+ vollust garder sa Mestresse d'un si dangereux conseil, comme de
+ quicter les anciennes alliances de sa couronne, mais qu'il
+ n'estoit de mesmes à ceste heure, en l'endroict de la Royne
+ d'Escoce, parce qu'il falloit qu'elle print la loy de la Royne
+ d'Angleterre. Tant y a que, despuys, il semble que, à cause du
+ duc de Norfolc, le dict de Sussex se soit ung peu modéré; et
+ toutjour le comte de Lestre et le secrétaire monstrent persévérer
+ droictement à vouloir que l'accord succède par le traicté; dont
+ nous vivons en meilleure espérance.
+
+ Et ceste honnorable ambassade, que la Royne d'Angleterre envoye
+ meintennant en France, monstre qu'elle n'a le cueur esloigné de
+ cella; mesmes Mr le cardinal de Chastillon m'a asseuré, ceste
+ dernière foys qu'il m'est venu visiter, qu'il sçavoit
+ certainement que la résolution estoit prinse, entre la dicte Dame
+ et ceulx de son conseil, de restituer la Royne d'Escoce, mais que
+ je ne m'esbahysse de la longueur; car elle estoit naturelle à
+ ceulx cy, sellon que luy mesmes l'avoit esprouvé; et que, despuys
+ l'aultre foys qu'il avoit esté avecques moy, ayant considéré, par
+ les choses que Mr de Roz et moy luy avions desduictes, que le Roy
+ avoit grand intérest à la restitution de la dicte Royne d'Escoce,
+ il en avoit parlé si à propos à la Royne d'Angleterre qu'il
+ l'avoit fort disposée d'y prendre quelque bon expédiant. Ceulx
+ aussi, à qui cest affère est aultant à cueur en ceste court comme
+ leur propre vie, m'asseurent qu'il ne tient plus qu'à la venue
+ des depputez d'Escoce qu'on ne passe oultre à conclurre le
+ traicté, et m'ont faict advertyr de suplier Leurs Majestez Très
+ Chrestiennes de fère, en cest endroict, l'office que j'ay donné
+ charge au Sr de Sabran de leur dire.
+
+ Le sire Thomas Stanlay a esté ouy et examiné eu ce conseil sur
+ les mouvemens de Lenclastre; et puys son frère Édouart après luy,
+ et le sir Thomas Gérard, après, en présence de toutz deux, leur
+ estant remonstré qu'ilz proposoient ung très mauvais exemple
+ d'eulx au dict pays de ne se ranger à la forme de religion, qui
+ estoit ordonnée, sellon les parlemens, à la tranquillité publique
+ du royaulme; et que, s'ilz ne s'y déportoient plus sagement, la
+ Royne, leur Mestresse, ne pourroit de moins que procéder contre
+ eulx par la voye de justice; et, pour ceste foys, ne leur ont
+ touché que ce point de la religion. A quoy ils ont respondu
+ qu'ilz estoient personnaiges qualiffiez, et bien cautionnez en ce
+ royaulme, et que, s'ilz se fussent sentys coulpables d'aulcune
+ chose envers la Royne et son estat, qu'ilz ne fussent point
+ venuz, et qu'ilz avoient, en toutz leurs actes, toutjours procédé
+ en fort gens de bien, dont les requéroient qu'ilz ne vollussent
+ prendre aulcune mauvaise opinion d'eulx, ny rien ordonner à leur
+ préjudice, que leurs accusateurs ne fussent présens, car ils
+ s'asseuroient de leur bien respondre, et de se bien justiffier
+ devant eulx. Ilz sont encores à la suyte de la court, et
+ cependant est venu nouvelles que celluy, qui les avoit defférèz,
+ est mort de quelque accidant fort soubdain et fort estrange.
+
+ J'ay faict dire, de loing, à aulcuns, qui ont parfaicte
+ cognoissance des choses de ce royaulme, que j'avois entendu que
+ la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil avoient toutjours
+ heu pour suspect le retour de l'armée d'Espaigne, et qu'il
+ sembloit qu'à ceste heure ilz en fussent en plus grand doubte que
+ jamais; dont je les pryois de me mander en quoy ilz estimoient
+ que les choses en fussent. Lesquelz m'ont respondu quasi
+ conformément, de plusieurs endroictz, qu'à la vérité l'on estoit
+ en assés de deffiance du costé d'Espaigne et de Portugal, tant à
+ cause des prinses de l'an 1569, que de ce que les fuytifz de ce
+ royaulme s'étoient retirez vers le duc d'Alve; et que Estuqueley
+ estoit passé devers le Roy Catholique pour l'inviter à quelque
+ entreprinse en l'Yrlande, ainsy qu'il estoit homme pour le luy
+ sçavoir imprimer et pour se offrir à la conduyre; et que ung
+ itallien, nommé Lotini, lequel ceste Royne entretennoit en
+ Yrlande, avoit esté naguières chassé pour souspeçon, qu'on avoit
+ heu, qu'il s'entendit avec le dict Estuqueley; néantmoins que la
+ dicte Dame et toutz ceulx de son conseil demeuroient fermement
+ persuadez que le Roy d'Espaigne ne romproit jamais avec eulx,
+ tant qu'ilz seroient saysys des merchandises et deniers qu'ilz
+ ont prins sur luy, car il auroit aultant perdu; joinct qu'ilz
+ estoient si avant en traicté avec le duc d'Alve, qu'ilz
+ attendoient plustost accord que guerre de son costé; et que l'on
+ estoit après à y regarder de si près, qu'on estimoit bien qu'il
+ ne seroit rien layssé en différand, d'où l'on en peult venir cy
+ après aulx armes. Par lesquelles responces se peult assés
+ cognoistre que ceulx cy ne sont bien aperceuz des appareilz
+ d'Espaigne ni de Portugal; ce qu'ilz monstrent encores mieulx par
+ le peu de prévoyance qu'ilz donnent aulx choses de la guerre; car
+ je n'ay entendu qu'ilz ayent, pour encores, ordonné aultre chose
+ que aulx pourvoyeurs de la marine de sçavoir où prendre
+ l'avitaillement pour vingt cinq navyres, dans quinze jours, quant
+ il leur sera commandé.
+
+ Tant y a que le duc d'Alve, par les difficultez qu'il faict
+ naistre, l'une après l'aultre, en ces différans des prinses, et
+ qu'il ne se haste de parler guières expressément de l'accord du
+ commerce, et de l'entrecours, monstre qu'il vouldroit, en quelque
+ façon, s'asseurer des dictes prinses, lesquelles montent à grand
+ somme; et puys essayer de se revencher; dont il va temporisant et
+ entretennant ceulx cy de parolles et de bonnes espérances, affin
+ qu'ilz n'y preignent garde. Et je sçay, à la vérité, qu'il a
+ naguières envoyé, par le jeune Coban, une lettre du Roy, son
+ Maistre, à la Royne d'Angleterre, en laquelle son dict Maistre
+ rend seulement ung fort grand et fort exprès grand mercys à la
+ dicte Dame pour l'honnorable convoy qu'elle a faict fère par ses
+ grandz navyres à la Royne, sa femme, passant en ceste mer; et ne
+ touche nul aultre poinct, ni mesmes luy faict aulcune mencion des
+ trois lettres, que la dicte Dame luy a escriptes, despuys les
+ dictes prinses; et, par mesme moyen, le duc d'Alve luy en a
+ escript une, de sa part, pour accompaigner celle de son Maistre,
+ et pour prendre congé d'elle, et l'exorter à l'entretennement de
+ la paix et de l'alliance avec son dict Maistre, avecques grandz
+ offres de s'employer droictement à le randre de mesmes bien
+ disposé envers elle.
+
+ Quant au voyage du dict jeune Coban à Espire, l'on m'advertyt,
+ avant son partement, qu'il y alloit pour renouveller le propos de
+ l'archiduc Charles, mais ce n'estoit que une démonstration, que
+ la Royne d'Angleterre vouloit faire pour s'en prévaloir en ses
+ présens affères de dehors et de dedans son royaulme, et qu'en
+ effect l'envye ne luy estoit crue de se maryer; mesmes que n'y
+ ayant le comte de Sussex rien advancé, quant il y alla, encores
+ estoit il à croyre que ung jeune gentilhomme de nulle authorité,
+ qui à peyne avoit poil en barbe, y feroit à ceste heure encores
+ moins.
+
+ Tant y a qu'avec plusieurs aultres propos d'amytié le dict Coban
+ a proposé à l'Empereur que sa Mestresse l'avoit envoyé vers luy
+ pour continuer la mesmes négociation, que, trois ans a, le comte
+ de Sussex luy avoit commancé; à laquelle elle n'avoit, plus tost
+ qu'à ceste heure, peu randre responce, pour avoir esté souvent
+ despuys assés mallade, et pour les guerres de France, Flandres et
+ aultres empeschemens, qui estoient jusques en son propre pays
+ survenuz; mais qu'elle n'avoit toutesfoys, en différant la
+ responce, pensé de rien interrompre au propos de l'archiduc son
+ frère, et que, s'il luy playsoit de passer meintennant en
+ Angleterre, il y seroit le très bien venu, et qu'estant resté
+ tout le différant sur sa religion, elle espéroit que ses subjectz
+ y consentyroient qu'il eust, pour luy et les siens, si ample
+ exercice d'icelle qu'il en demeureroit contant.
+
+ Lequel propos le dict Empereur monstra recepvoir de bonne part,
+ et print temps de luy respondre, affin d'advertyr l'archiduc son
+ frère; et enfin la responce a esté que luy et son dict frère
+ estoient bien marrys que la bonne intention de la dicte Dame leur
+ eust esté si tard notiffiée; de laquelle ilz luy demeureroient
+ néantmoins bien fort obligez; et que son dict frère n'avoit peu
+ penser de moins, luy différant, elle, trois ans sa responce,
+ sinon qu'il n'estoit accepté; dont il avoit regardé à ung aultre
+ party, et desjà s'y estoit obligé avec une princesse, sa parente,
+ catholique, avec laquelle il n'auroit point de différent pour sa
+ religion; qu'il luy vouloit dire, encores une aultre foys, qu'il
+ avoit grand regrect que l'ocasion n'eust esté acceptée de toutz
+ deux, quant elle s'estoit présentée, et qu'il ne lairroit
+ pourtant de demeurer très bon amy et comme frère à la dicte Dame;
+ laquelle il vouloit au reste exorter, pour son bien, de vivre en
+ bonne paix avec les princes, ses voysins; dont estant meintennant
+ les deux plus grandz ses gendres, il auroit grand playsir qu'elle
+ se déportât comme bonne soeur avec eulx, et qu'il la vouloit
+ advertyr que de là dépendoit sa seureté et celle de son estat. Et
+ avec ces honnestes parolles, et quelque présent de vaysselle
+ d'argent, il a licencié le dict Coban.
+
+ Laquelle responce n'a peu, en façon du monde, estre bien goustée
+ ny bien prinse de la dicte Dame, laquelle en demeure offancée
+ jusques au cueur; et ne s'est peu tenir de dire que l'Empereur
+ luy faisoit injure, et que, si elle estoit aussi bien homme comme
+ elle est femme, qu'elle le luy redemanderoit par les armes. Sur
+ quoy il m'est tombé entre mains une lettre d'ung seigneur de
+ ceste court qui mande aussi à ung aultre:--«La cause du dueil et
+ fâcherie de nostre Royne est asseuréement le mariage de
+ l'archiduc Charles avec la fille de sa soeur, la duchesse de
+ Bavière, soit ou que véritablement elle eust assis son amour et
+ fantasie en luy; ou bien qu'elle est marrye que sa beaulté et sa
+ grandeur n'ayent esté plus instantment requises de luy; ou bien
+ qu'elle a perdu, à ceste heure, l'entretien qu'elle donnoit par
+ là à son peuple, craignant qu'elle soit pressée par ses Estatz et
+ par son parlement de ne différer plus à prendre party, qui est le
+ principal poinct que tout son royaulme luy requiert.»
+
+ Despuys ce que dessus escript, j'ay esté adverty qu'il vient
+ d'arriver ung navyre de Cadix, qui porte des lettres du IIe de ce
+ mois, par lesquelles l'on mande le grand aprest de guerre, qui se
+ faict en Espaigne; et que aulcuns l'interprètent estre contre le
+ Turc; aultres disent que c'est pour parachever la guerre des
+ Mores, qui encores se renouvelle; et aultres que c'est pour
+ descendre en Yrlande. Je prendray garde comme ceulx cy le
+ prendront et comme ilz y pourvoyrront.
+
+
+
+
+CLIIIe DÉPESCHE
+
+--du VIe jour de janvier 1571.--
+
+ Nouvelles d'Espagne.--Pompe déployée pour le mariage du
+ roi.--Mouvemens dans les Pays-Bas et en Irlande.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire[22]
+
+...............................................................
+Il se continue icy que le duc d'Alve partira en mars pour s'en
+retourner en Espaigne, et qu'il prendra le chemyn d'Itallye, où il
+layssera quelques compaignies italliennes, qui l'accompaigneront
+jusques là; lesquelles pourront servyr à la guerre contre le Turcq, au
+commancement du printemps; et que le duc de Medina Coeli s'embarquera,
+à ce prochain febvrier, pour passer en Flandres, et qu'il admènera les
+deux filz aysnez de l'Empereur; ne se faisant icy aulcune
+démonstration qu'on se doubte de luy, ny de l'armée de mer, qui le
+vient conduyre, parce que plusieurs vaysseaux de la dicte armée ont
+passé, et qu'il est desjà arrivé en Flandres plus de deux centz voyles
+d'Andelouzie ou de Portugal; qui faict encore discourir à aulcuns que
+le dict duc et iceulx petitz princes pourront s'acheminer par la
+France, puysqu'ilz ont layssé venir tant de vaysseaulx par deçà.
+
+ [22] Le premier feuillet du registre, qui contient les dépêches
+ de l'année 1571, se trouvant déchiré, le commencement de cette
+ lettre manque: c'est au reste la seule lacune que présente le
+ manuscrit.
+
+L'on a heu en admiration en ceste court l'ordre, l'apareil, les riches
+habitz, les présens et la despance, dont a esté usé aulx nopces de
+Vostre Majesté, ainsy soubdain après la guerre passée, et de ce qui se
+prépare encores pour une entrée à Paris; qui leur faict bien juger que
+la grandeur de vostre estat a ung bien solide fondement, et que si
+Vostre Majesté joue ung peu son jeu couvert, et commance de s'aquiter
+et de fère les affères, il n'est pas à croyre combien il demeurera
+d'impression au monde des grandes forces et oppulance de vostre
+royaulme, et de la merveilleuse ressource qui est en icelluy. Sur ce,
+etc.
+
+ Ce VIe jour de janvier 1571.
+
+ L'on me vient d'advertyr qu'au soir arrivèrent deux nouvelles en
+ ceste court: que ceulx de la nouvelle religion des Pays Bas ont
+ surprins un chasteau près de Groninguem, où le duc d'Alve y a
+ envoyé huict centz Espaignolz pour le reprendre; et que, en
+ Irlande, sont descenduz quelques soldats françoys, en moindre
+ nombre de deux centz, appellez par les saulvaiges du pays, et que
+ desjà le comte d'Ormont s'est esforcé de les combattre; mais ilz
+ se sont faictz lascher. Si ainsy est, cella troublera assés les
+ affaires de ce royaume.
+
+
+
+
+CLIVe DÉPESCHE
+
+--du XIIIe jour de janvier 1571.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voie du Sr Acerbo._)
+
+ Affaires d'Écosse.--État de la négociation de lord Seyton en
+ Flandre.--Nouvelles d'Espagne et d'Allemagne.--Projet de
+ Walsingham de traiter avec les protestans d'Allemagne.--Bruit
+ répandu en Angleterre que les armes ne tarderont pas à être
+ reprises en France.--_Lettre secrète à la reine-mère_ sur la
+ proposition du mariage du duc d'Anjou.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, bien peu d'heures après que je vous ay heu faict ma dépesche du
+VIe du présent, mon secrétaire est arrivé avec celle de Vostre Majesté
+du XXVIe du passé, en laquelle j'ay trouvé deux de voz lettres;
+desquelles l'une répond fort bien aux particullaritez que je vous
+avois auparavant mandées, et l'aultre est pour la faire voir à la
+Royne d'Angleterre, qui en recepvra une très acomplye satisfaction,
+laquelle luy sera davantaige confirmée par les bons propos et
+démonstrations, pleynes de faveur, qu'avez usé à son ambassadeur. De
+quoy je mettray peyne, Sire, d'en faire icy le proffict de vostre
+service, et n'obmettray de toucher à la dicte Dame les principaulx
+poinctz de vos dictes lettres; et ceulx mesmement qui concernent
+l'honneur et grandeur de Vostre Majesté, dont, de ce qu'elle m'y aura
+respondu je ne fauldray de le vous mander par mes premières; vous
+voulant au reste bien dire, Sire, touchant la mainlevée qu'avez donnée
+aux merchans escossoys, qu'encor que la Royne d'Escosse se soit tenue
+ung peu opiniastre à ne vouloir que cella se fît, si, étions après, Mr
+de Roz et moy, à luy en oster l'opinion, parce que le comte de Lenoz
+acrochoit le tretté à ce seul poinct, disant qu'il ne passeroit jamais
+oultre sans que les merchans jouyssent de l'abstinence d'hostillité,
+aussi bien que les aultres subjectz, et qu'elle leur estoit viollée
+quand on leur faisoit saysir leurs biens et navyres. Les députez de la
+dicte Dame commencent [d'arriver] aujourduy, et nous avons nouvelles
+que ceulx [de l'autre parti sont] desjà en chemin; par ainsy, j'espère
+que bientost [il sera procédé] au dict tretté, sellon que j'ay aussi
+entendu que la Royne d'Angleterre [a] ordonné six depputez pour y
+vaquer de sa part, assavoir [lord Quiper] garde des sceaulx, le
+marquis de Norampthon, le comte de Lestre, le comte de Sussex, le
+secrétaire Cecille, et le sixiesme reste à nommer, qu'on pense sera
+maistre Mildmay.
+
+Cependant est advenu à Lislebourg qu'ayans deux soldatz du chateau
+esté saysiz par l'autorité du comte de Lenoz, ainsy qu'ilz s'en
+retournoient du Petit Lict, et menez ez prisons de la ville, le
+capitaine Granges, qui en a esté offancé, a, le soir mesmes, sur le
+tard, faict lascher toute l'artillerie du chasteau par dessus la
+ville; et, à l'instant mesmes, a faict sortir cinquante soldatz qui
+sont allez forcer les dictes prysons, et ont ramené leurs compagnons
+avec eulx. De quoy le dict de Lenoz se plaint grandement, comme d'une
+infraction d'abstinence d'armes, mais non sans avoir tant de peur
+qu'il a cuydé habandonner Lislebourg pour se retirer à Esterling.
+
+J'estime, Sire, que le Sr de Sethon est maintenant devers Vostre
+Majesté, ayant prins congé du duc d'Alve dez le XVIIIe du passé, après
+avoir obtenu de luy les dix mil escuz, que je vous ay ci devant mandé;
+desquelz j'entendz qu'il a envoyé les sept mil en Escosse, par le
+frère du secrétaire Ledingthon, qui est party, le mesme jour, pour
+s'aller embarquer à Fleysinghes; il en a miz deux mil en Envers pour
+faire tenir à sa Mestresse, et mil pour luy; et semble qu'il n'a esté
+respondu sur ce qu'il demandoit, de faire serrer le trafic aux
+Escouçoys en Flandres, parce que l'ordre n'en étoit encores arrivé
+d'Espaigne. Je croy, Sire, qu'il sera bon de luy temporiser aussi,
+avec bonnes parolles, la responce des propositions qu'il fera à Vostre
+Majesté, attandant ce qu'il succédera de ce traicté, et attandant
+aussi que je vous aye mandé deux particullaritez fort considérables
+qui se presentent maintenant en cest affaire. J'ay adviz que le duc
+d'Alve est fort marry de ce qu'on vous a rapporté qu'il avoit envoyé
+deux gentishommes en Escosse, et néantmoins l'on m'a asseuré qu'il y
+en a encores despuys renvoyé ung troisiesme, mais j'eusse bien desiré
+que dom Francès d'Allava n'eust pas sceu que je vous en eusse adverty.
+
+Le voyage que les gallaires ont faict, l'esté passé, en Levant, a
+sonné fort mal icy pour la réputation du Roy d'Espaigne, mais son
+ambassadeur s'esforce de luy donner beaucoup de raysons et de
+couleurs, qui seroient longues à mettre en ceste lettre, dont je les
+réserve à une aultre foys; tant y a qu'elles tendent toutes à rejetter
+les faultes sur la malle pourvoyance et peu de conduicte des Véniciens
+au faict de la guerre, ainsy que eulx mesmes, à ce qu'il dict,
+l'advouhent meintenant; et sur ce qu'on s'estoit esbahy que la ligue
+tardoit tant à se résouldre, il asseure qu'elle se conclurra bientost
+sellon les propres chappitres, que le Roy, son Maistre, a desiré y
+estre apposez; et publie encores la généralle victoire des Mores[23]
+et plusieurs aultres prospéritez de son Maistre.
+
+ [23] Cette victoire se rapporte aux divers avantages remportés à
+ cette époque, qui amenèrent la réduction de tous les Mores. Voyez
+ _note_ p. 183.
+
+Au reste, Sire, il s'entend, par lettres freschement venues d'Espire,
+que la diette s'en alloit finyr, et que le jour estoit desjà indict,
+auquel l'on la conclurroit, qui seroit sans que l'Empereur y eust
+faict passer en décrect guières des choses qu'il y avoit proposées;
+desquelles encor les déterminations ne seroient divulguées jusques à
+ce qu'il arriveroit en Prague, qu'on les auroit cependant réduictes
+par ordre et faictes imprimer; et que la liberté du duc Jehan
+Guilhaume de Saxe[24], encor qu'elle fût très agréable aux princes
+d'Allemaigne, elle monstroit néantmoins d'avoir quelque chose de
+suspect contre le duc Auguste; et par ce, Sire, que je vous en ay
+desjà mandé quelles responces le jeune Coban avoit rapportées du dict
+Empereur, je ne vous en toucheray icy rien davantaige; seulement vous
+diray que, suyvant la négociation, qu'il avoit commancée par dellà
+avec aulcuns princes protestans, le Sr de Vualsingan a esté dépesché,
+de quelques jours plus tost, pour rencontrer encores en France leurs
+ambassadeurs, avec lesquelz ne faut doubter qu'il ne traicte, s'il
+peult, avec affection et véhémence les choses qui concernent sa
+religion, car il est des plus passionnez; dont sera bon, Sire, de le
+faire ung peu observer: et a l'on aussi hasté davantaige son partement
+parce que le frère du comte de Sussex, qui est ung des fugitifz du
+North, s'estant retiré à Mr Norrys, pour retourner par son moyen à
+l'obéyssance et grâce de sa Mestresse, et ne l'ayant le dict Sr Norrys
+vollu ouyr, sans l'exprès congé d'elle, le dict de Vualsingan a heu
+commandement de l'accepter, et luy offrir sa rémission, et mesmes de
+l'employer, s'il est possible, à regaigner le comte de Vuesmerlan et
+les aultres, qui sont dellà la mer: ce qui sera bon, Sire, de trouver
+moyen d'empescher pour quelque temps, attandant que les affaires
+d'Escosse soyent accommodez.
+
+ [24] Il s'agit ici de Jean-Frédéric II, mis au ban de l'empire
+ pour avoir donné retraite à Guillaume de Grumbach et à ses
+ complices, meurtriers de l'évêque de Wurzbourg. Le duc Auguste,
+ chargé de l'exécution du décret, l'avait assiégé et pris par
+ famine, le 13 avril 1567. On négociait alors sa liberté, mais
+ elle ne lui fut pas rendue: il est mort en prison, à Neustad, le
+ 9 mai 1595, après vingt-huit ans de captivité. Le duc
+ Jean-Guillaume, son frère, loin de partager sa disgrâce, avait,
+ au contraire, été appelé à profiter de la confiscation de tous
+ ses biens.
+
+Et pour la fin, il y a ici ung advis, venu de Gennes, comme par
+lettres de Thurin, du IIIIe du passé, l'on mande que les armes se vont
+reprandre pour deux occasions: l'une, parce que la Royne de Navarre
+use en Béarn d'une extrême rigueur contre les Catholiques; et
+l'aultre, par la difficulté que Mr de Savoye faict à la comtesse
+d'Autremont de luy randre quelques chasteaulx; et qu'encor que Vostre
+Majesté ne puisse mais de l'une ni de l'aultre, que le feu néantmoins
+s'en ralumera plus fort que jamais en vostre royaulme. Sur ce, etc.
+
+ Ce XIIIe jour de janvier 1571.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+ (_Lettre à part._)
+
+Madame, je puys asseurer Vostre Majesté que le faict de la petite
+lettre commance d'aller bien chauldement en ceste court, duquel ayantz
+les dames de la privée chambre heu quelque sentyment, elles l'ont
+desjà descouvert à quelques seigneurs de ce royaulme, qui y font
+diverses interprétations; et aulcuns d'eulx m'ont mandé que, de tant
+qu'il semble que le cardinal de Chastillon le conduict sans moy, qu'on
+n'y cerchoit guières de faire le proffict du Roy ni de son royaume.
+J'ai monstré que le propos m'estoit nouveau, et que je ne pensois
+qu'il y en eust rien en termes auprès de Voz Majestez; et de faict,
+Madame, je travailleray, aultant qu'il me sera possible, qu'il soit
+mené par le plus secret et destorné cheming que faire se pourra; car
+je sentz qu'il en est besoing. Je suys adverty que celluy qui va en
+France aura charge de suyvre bien curieusement ce qui luy en sera
+touché, et que mesmes quelcun neutre sera possible pryé de passer en
+mesme temps affin d'en entamer le propos. Je croy que Mr le comte de
+Lestre m'a envoyé prier de disner demain avecques luy pour m'en
+parler, et que Mr le cardinal de Chastillon revient expressément en
+court pour ce faict, et que mesmes il y est, à ceste occasion, bien
+desiré, possible qu'il se plaindra, par mesmes moyen, de la détention
+de ses biens en France; dont de tout ce qui succèdera, et que j'en
+pourray entendre, je ne fauldray d'en advertyr incontinent Vostre
+Majesté. Sur ce, etc.
+
+ Ce XIIIe jour de janvier 1571.
+
+
+
+
+CLVe DÉPESCHE
+
+--du XVIIIe jour de janvier 1571.--
+
+(_Envoyée jusques à Calais par homme exprès._)
+
+ Audience.--Vives démonstrations d'amitié de la part d'Élisabeth
+ au sujet du mariage du roi.--Son intention de procéder au
+ traité avec la reine d'Écosse.--Nouvelle que les Gueux ont
+ repris les armes en Flandre.--_Lettre secrète à la reine-mère_
+ sur l'état de la négociation relative au mariage du duc
+ d'Anjou.--Confidence de Leicester à l'ambassadeur.--Proposition
+ faite au nom du roi par le cardinal de Chatillon à la reine
+ d'Angleterre.--Discussion dans le conseil.--Divisions causées
+ en Angleterre par ce projet.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, j'ay esté trouver la Royne d'Angleterre à Hamptoncourt le
+XIIIIe de ce mois, laquelle n'a failly de me demander incontinent
+quelles nouvelles j'avois de Vostre Majesté, et comme vous vous
+trouviez en mariage. A quoy je luy ay respondu que vous me commandiez
+de luy continuer encores le mesmes propos, que je luy avois desjà
+commancé, de vostre conjoyssance touchant la Royne; et que, si vous
+aviez receu ung singulier playsir de sa venue, il s'estoit despuys
+redoublé et devenu si grand, par les vertueuses et excellentes
+qualitez qui se trouvoient en elle, que vous en demeuriez le plus
+content prince de la terre; mesmes qu'elle se faisoit merveilleusement
+aymer et bien vouloir de la Royne, vostre mère, de Messieurs voz
+frères, de Mesdames voz soeurs, de Monsieur de Lorrayne et de toutz
+les princes et seigneurs de vostre court, et générallement de toute la
+France; ce que vous mettiez en compte d'une grand félicité; oultre
+que, à l'ocasion d'elle, les princes d'Allemaigne, (lesquelz je lui ay
+nommez, sellon le contenu de vostre lettre), s'estoient despuys, par
+leurs ambassadeurs, conjouys avec Vostre Majesté de ce que Dieu avoit
+en ce temps réuny et renouvellé le sang de l'ancienne alliance de la
+Germanye avec la France; et que, pour ceste occasion, ilz vous avoient
+envoyé offrir, et à Messeigneurs voz frères, toutz leurs moyens et
+forces pour vous en servyr, ainsy qu'il vous plairoit les employer, et
+que leurs dicts ambassadeurs n'avoient obmiz de se conjouyr
+pareillement de la paix de vostre royaulme, et de ce qu'ilz l'y
+avoient trouvée très bien establye, et vous avoient suplyé de l'y
+vouloir entretenir. Qui estoient choses qui vous avoient apporté
+beaucoup de satisfaction; desquelles vous vouliez bien faire part à la
+dicte Dame, pour le playsir que vous estimiez qu'elle en recepvroit.
+
+A quoy, par parolles fort expresses, elle m'a respondu qu'elle se
+sentoit grandement obligée à Vostre Majesté de la communication qu'il
+vous playsoit luy faire de ce propos, lequel elle réputoit très
+honnorable et vrayement digne d'estre tenu entre princes, qui avoient
+bonne et vraye amytié ensemble, comme elle vous suplyoit de croyre
+que, de son costé, elle la vous portoit entière et parfaicte, et de
+bien bonne soeur; et qu'à ceste occasion elle se resjouyssoit, non
+guières moins, du beau serain que Dieu monstroit meintennant en voz
+affères, après tant de divers orages que vous y aviez souffertz, que
+si c'estoit pour elles mesmes, car aussi pensoit elle y participer. Et
+a suyvy à parler de ceste ambassade d'Allemaigne comme d'une chose
+qu'elle réputoit authoriser bien fort vostre grandeur: et puys est
+retournée à ce qu'elle avoit entendu de la louable et vrayment royalle
+norriture de la Royne; chose que je luy ay asseurée qui demeuroit très
+confirmée par les exemples qu'elle en monstroit, et que, non moins par
+effect que en tiltre, elle estoit Royne Très Chrestienne et Très
+Dévotte, et au reste tant de bonne grâce, doubce et débonnaire, et
+sans cérémonye, que Vostre Majesté n'avoit nul plus grand playsir que
+d'estre, jour et nuict, en sa compaignye.
+
+A quoy elle m'a respondu que la recordation des amours du père et
+grand père luy faisoient ung peu craindre que vous les vouldriez
+imiter, et m'a révellé ung secrect de Vostre Majesté, lequel je
+confesse, Sire, que je n'avois pas sceu; et que néantmoins si vous
+continuez de rendre ainsi vostre parolle certayne et véritable, et
+estre bon mary, comme vous en avez desjà la réputation, qu'elle ne
+faict doubte que vostre règne n'en soit très heureux et éloigné de
+ces inconvénians et disgrâces, qui ont accoutumé de venir aux princes
+qui ne tiennent leur parolle, et à ceulx qui ne gardent leur loyaulté.
+Et a continué ce propos et plusieurs aultres, en termes bien fort
+honnorables de Voz trois Majestez très Chrestiennes et de Monseigneur
+vostre frère; lesquelz j'ay suyviz sans rien obmettre de ce que j'ay
+estimé convenir à vostre honneur et grandeur.
+
+Et pour la fin, je luy ay faict voir vostre lettre, qui portoit sa
+satisfaction, laquelle elle a entièrement leue, et n'y a heu nulle
+partie qu'elle n'ayt bien considéré, et où elle ne se soit arrestée
+pour m'y faire de fort bonnes responces; lesquelles, en somme, sont:
+qu'elle remercye Dieu que Vostre Majesté commance de cognoistre son
+intention, laquelle elle peult jurer n'avoir jamais esté de vous
+vouloir offancer ny nuyre; ains d'avoir toutjours désiré la
+conservation de vostre authorité et l'establyssement de vostre
+grandeur comme d'elle mesmes; et que son malcontantement est seulement
+procédé de ce qu'elle ne s'est trouvée si aymée et bien vollue de
+Vostre Majesté comme elle pensoit le mériter, et qu'elle n'advouera
+jamais, quant bien on la mettroit sur la roue, qu'elle n'ayt heu
+occasoin de se douloir; mais la satisfaction en est meintenant si
+ample qu'elle vous en doibt de retour beaucoup de grandz mercys, et ne
+vouldroit n'avoir esté offancée; qu'elle vous remercye bien grandement
+du compte que vous voulez tenir de son parant, lequel elle a desjà
+dépesché pour se trouver à vostre entrée; (et le comte de Lecestre
+aussi a faict harnacher les haquenées, qui s'aschemineront devant;) et
+que ce luy est ung singulier playsir, que vous veuillez bien recepvoir
+son nouveau ambassadeur; que quant à celluy qui s'en retourne elle
+vous prie de croyre qu'il a faict toutjours toutz les meilleurs
+offices, pour l'entretennement de l'amytié, qu'il est possible, et
+qu'il en sera pour ceste occasion mieulx receu d'elle à son retour;
+qu'au surplus elle vous veult asseurer de la convalescence et bonne
+santé de la Royne d'Escosse, et que desjà elle a donné audience à ses
+depputez, avec lesquelz elle procèdera à faire le traicté aussitost
+que ceux de l'aultre party seront arrivez, qui sera dans huict ou dix
+jours au plus loing; et qu'il luy tarde, plus qu'à nulle personne qui
+vive, que cest affaire soit bientost accommodé.
+
+Lesquelles siennes responces, Sire, j'ay miz peyne de luy gratiffier
+le plus que j'ay peu au nom de Vostre Majesté, et me suys ainsy
+licentié d'elle bien fort gracieusement. Et parce que j'ay trouvé une
+conformité de tout ce dessus en ceulx de son conseil, je ne puys sinon
+bien juger de la présente intention d'elle et d'eulx envers Vostre
+Majesté; et néantmoins cella sera cause que j'observeray de plus prez
+toutes choses pour voir si, soubz ceste apparance, il y auroit quelque
+chose de caché, qui soit contre vostre service; car, à ce que
+j'entendz, le mesmes comte de Lenoz, celluy de Morthon, et le lair de
+Glannes, viennent pour se trouver au traicté.
+
+Au regard des différandz des Pays Bas, il n'en est rien venu par le
+dernier courrier, dont ceulx cy ne sont contantz, sinon qu'on a
+escript que le duc d'Alve n'a encores rien respondu au depputé
+d'Angleterre sur sa dernière proposition, parce qu'on pense qu'il est
+attendant sur icelle quelque ordre d'Espaigne. Sur ce, etc.,
+
+ Ce XVIIIe jour de janvier 1571.
+
+ Présentement l'on me vient de donner adviz que les Gueux ont
+ recommancé la guerre en Flandres; ce qui feroit prendre assés de
+ nouveaulx desseings à ceulx cy. Le Sr Guilhaume Lesley, bon
+ subject de la Royne d'Escosse, parant de l'évesque de Roz, est
+ venu avec les depputez de la dicte Dame; il estime avoir de
+ bonnes intelligences icy, et se dict très dévot au service de
+ Vostre Majesté.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+ (_Lettre à part._)
+
+Madame, avant que monsieur le comte de Lestre me menât, dimanche
+dernier, en la présence de la Royne d'Angleterre, il m'entretint
+quelque temps sur le faict de la petite lettre, et je me plaigniz à
+luy qu'il estoit desjà trop divulgué, ce qu'il m'asseura n'estre
+procédé de la court, ains de ce qu'on voyoit n'y avoir rien de plus
+convenable; et, par ainsy, ung chacun en parloit; dont il vouloit
+sonder, à la vérité, l'intention de la dicte Dame et de ceulx de son
+conseil, affin de dresser, puys après, l'affaire en si bonne sorte
+que, s'il venoit à succéder, ou bien qu'il demeurast sans effect, il
+n'eust à raporter sinon contantement à chacun des costez; et qu'il me
+voulloit dire tout librement, que la dicte Dame ne s'estoit jamais
+monstrée disposée à prendre party, comme elle faisoit meintenant, par
+ce, possible, qu'elle s'y voyoit contraincte, pour les nécessitez de
+son royaulme; et que sur les privez propos, qu'il luy en avoit tenuz,
+elle n'avoit rien objecté que l'eage; à quoy il avoit respondu qu'il
+ne layssoit pourtant d'estre desjà homme: «Mais aussi, respondit elle,
+ne laisseroit il d'estre toutjour plus jeune que moy.»--«Tant mieulx
+sera ce pour vous,» avoit il respondu, en ryant. Et me pria le dict
+comte d'en toucher quelque mot à la dicte Dame, laquelle, à la vérité,
+a prins de fort bonne part toutz les motz que je luy ay proposez
+aprochans de cella; car je ne luy en ay poinct touché de plus exprès
+que de luy avoyr dict, sur le contantement que le Roy avoit de vivre
+en grand amytié et privaulté avecques la Royne, que je conseillerois à
+une princesse, qui vouldroit rencontrer un très parfaict et accomply
+bonheur de mariage, d'en prendre de la mayson de France.--A quoy elle
+m'a respondu que madame d'Estampes et madame de Vallantinois luy
+faisoient encores peur, et qu'elle ne vouldroit un mary qui ne
+l'honnorast seulement que pour Royne, s'il ne l'aymoit aussi pour
+femme.--A quoy j'ay réplicqué que celluy, dont j'entendois parler,
+entre les exellantes qualitez, dont il abondoit aultant que nul prince
+de la terre, il avoit celle péculière qu'il sçavoit extrêmement bien
+aymer, et se randre de mesmes parfaitement aymable.--«A la vérité, m'a
+elle respondu, il a tant de perfections en luy qu'on n'en ouyt jamais
+parler qu'avec grand louange.» Et, peu après que je fuz party d'avec
+la dicte Dame, Mr le cardinal de Chastillon vint parler longtemps à
+elle, dont je n'ay sceu ce qu'il luy dict; car, ny auparavant, ny
+despuys, nous n'avons conféré ensemble: mais voycy madame ce que j'ay
+aprins d'ailleurs et de fort bon lieu:
+
+Qu'après qu'il fût retiré, la dicte Dame assembla ceulx de son conseil
+pour leur dire que le dict sieur cardinal luy avoit demandé trois
+choses: l'une, si elle estoit point libre de toute promesse pour se
+pouvoir maryer où elle vouldroit; l'aultre, si elle en vouloit prandre
+de ceulx de son royaulme ou bien ung estrangier; et la troisiesme que,
+au cas que ce fût ung estrangier, si elle vouldroit point accepter
+Monsieur, frère du Roy; et qu'elle luy avoit respondu qu'elle estoit
+libre, qu'elle ne vouloit point espouser de ses subjectz, et qu'elle
+vouloit de bon cueur entendre au party de Monsieur avec les condicions
+qui se pourront adviser. Sur quoy le dict sieur cardinal luy avoit
+dict qu'il avoit donques charge de luy en parler, et luy avoit
+présenté à cest effect une lettre de créance du Roy, et l'avoit priée
+que, de tant que l'affaire estoit de grande conséquence au monde,
+qu'elle le vollust communiquer à son conseil, premier que passer
+oultre; de quoy elle leur vouloit bien dire qu'elle n'avoit trouvé
+cella bon, et luy avoit respondu qu'elle estoit Royne Souverayne, qui
+ne deppendoit de ceulx de son conseil, ains eulx toutz d'elle, comme
+ayant leurs vies et leurs testes en sa main, et qu'ilz n'auseroient
+faire que ce qu'elle vouldroit; mais, de tant qu'il luy avoit
+représanté les inconvéniantz, qui avoient cuydé survenir à la feu
+Royne, sa soeur, d'avoir vollu tretter son mariage avec le Roy
+d'Espaigne sans ceulx de son conseil, elle luy avoit promiz de le leur
+proposer; dont vouloit que eulx toutz luy en donnassent promptement
+leur adviz.
+
+Sur quoy, iceulx du dict conseil bayssans la teste, n'en y eust pas
+ung qui respondit ung seul mot, parce que le propos estoit nouveau à
+la pluspart d'eulx, sinon, au bout de pièce, ung des principaulx
+s'advancea de dire que Monsieur sembloit estre bien jeune pour la
+dicte Dame:--«Commant, respondit elle, prenant le mot en aultre sens,
+suys je pas encores pour luy satisfaire.» Et puys, suyvit à dire que
+le dict sieur cardinal, oultre la lettre de créance, avoit des
+articles à proposer, sur lesquelz elle estimoit estre bon de l'ouyr
+pour voir si les condicions pourroient estre acceptées; ce que ung
+chacun aprouva. Et pour lors, n'y eust rien davantaige sinon que, le
+lendemain, Dupin et le ministre du dict sieur cardinal furent là
+dessus en privée conférance plus de trois heures avec le secrétaire
+Cecille.
+
+Duquel propos l'on me vouloit bien advertyr qu'il commançoit à courir
+une merveilleuse contention dans ce royaulme sellon les parciallitez
+de Bourgoigne, et sellon celles de la religion, et que aulcuns
+estimoient que la dicte Dame ne se servoit d'icelluy sinon pour la
+commodité de ses affaires, sans qu'elle eust aucune affection de se
+maryer; et, par ainsy, que je prinse garde que le Roy ne fût trompé et
+moqué. Et d'aultres, qui sont bien affectionnez au Roy, et portent le
+faict de la Royne d'Escosse, et mesmes les seigneurs catholiques,
+m'ont mandé qu'ilz demeuroient fort escandalizez que cest affaire se
+menast par le dict sieur cardinal, et qu'ilz voyoient bien que
+c'estoit plus pour accommoder le faict de ceulx de la Rochelle, que
+non celluy d'entre ces deulx royaulmes, à l'intérest des catholiques;
+dont ilz vouloient penser à leurs affaires, me priantz seulement de
+leur vouloir estre toutjours tel comme je sçavois qu'ils s'estoient,
+en temps et lieu, monstrez bons amys et serviteurs du Roy; et se sont
+esforcez de m'imprimer une grand jalouzie de ce que je n'estois
+participant de ce propos.
+
+Sur quoy, pour leur faire prendre bonne espérance et les retenir
+toutjour en la dévotion, qu'ilz ont esté jusques icy vers Voz
+Majestez, et pour descouvrir plus avant toutes choses par leur moyen,
+je leur ay mandé que j'avois esté toutjours réputé si fidelle à vostre
+service, et si loyal à voz intentions, que si cest affaire estoit en
+telz termes qu'ilz dizoient, il ne passeroit guières que Voz Majestez
+ne m'en fissent entendre leur intention, et que la conclusion ne se
+feroit sans que je y fusse employé; dont je les asseurois que Voz
+dictes Majestez ne consentyroient jamais le passaige de Monsieur en ce
+royaulme, sans qu'il eust bonne intelligence avec eulx, et sans que
+les affaires de la Royne d'Escosse, et les leurs, n'en demeurassent
+bien accommodez, et que de cella vous leur en donriez la main et
+vostre promesse; chose, Madame, que, comme elle semble nécessaire et
+fort importante pour bien asseurer le négoce, ainsy est il requis
+qu'elle soit tenue fort secrecte et menée bien dextrement.
+
+Il est venu quelque sentyment de ce party à la notice de l'ambassadeur
+d'Espaigne, et de celluy, qui est agent icy pour le Pape, dont en ont
+escript chauldement dellà la mer. Je sçay aussi que l'évesque de Roz
+en a escript à Mr le cardinal de Lorrayne, dont ne luy fauldra dényer
+le faict, s'il vous en parle, mais luy donner meilleure espérance par
+là des affaires de la Royne d'Escosse que jamais. Le Sr Cavalcanty a
+grand désir de passer en France pour servyr d'un tiers neutre à
+mouvoir ce propos entre Vostre Majesté et milord de Boucard, parce
+qu'il estime ne se pouvoir avec dignité entamer par l'ung ny l'aultre
+party, sans ung tel moyen; et sur ce, etc.
+
+ Ce XVIIIe jour de janvier 1571.
+
+ Il semble fort requis que Vostre Majesté ne se haste de dépescher
+ message ny ambassade par deçà sans voir que l'affaire soit
+ comme tout asseuré.
+
+
+
+
+CLVIe DÉPESCHE
+
+--du XXIIIe jour de janvier 1571.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
+
+ Retour d'Élisabeth à Londres après la cessation de la
+ peste.--Affaires d'Écosse.--Audience.--Plainte de la reine au
+ sujet de la descente d'un parti de Français en Irlande.--Avis
+ donné par elle d'une levée qui se prépare en Allemagne.--Son
+ désir de voir la réunion des églises proposée par le
+ roi.--Négociation des Pays-Bas.--_Lettre secrète à la
+ reine-mère._ Conférence de l'ambassadeur avec le cardinal de
+ Chatillon sur le projet de mariage du duc d'Anjou.--Avis sur
+ l'entreprise faite en Irlande par des Bretons.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, ceulx de ceste ville de Londres ont monstré beaucoup de
+resjouyssance à la venue de leur Royne, laquelle, pour cause de la
+peste, n'y avoit esté, il y a deux ans. Elle va aujourduy veoir ung
+bastyment nouveau qu'on y a édiffié, fort commode, et de grand
+ornement, affin de luy donner le nom; qui, jusques à ceste heure, a
+esté appellé par provision la _Bource_. Le festin luy est préparé en
+la maison de maistre Grassein. L'on dict qu'après demain elle
+descendra à Grenwich pour y passer le reste de l'yver, où se dresse
+desjà le lieu pour faire ung tournoy à ce caresme prenant; duquel le
+comte d'Oxfort et sire Charles Havard doivent estre les tenans.
+
+Les affaires de la Royne d'Escosse demeurent toutjour en bonne
+disposition, attendant l'arrivée des depputez de l'aultre party,
+lesquelz, parce que j'avois incisté qu'on ne les debvoit attandre, le
+secrétaire Cecille m'a opiniastrément débattu que l'honneur de sa
+Mestresse n'estoit de procéder sans eulx, mais, que je ne fisse nul
+doubte que les choses n'allassent bien; et encores que, despuys quatre
+jours aulcuns de ce conseil se soient plainctz à l'évesque de Roz
+d'une entreprinse, qu'on a vollu faire en Escosse, pour tuer le comte
+de Lenoz; et de ce qu'ilz ont entendu qu'on fornyst de l'argent dellà
+la mer aulx rebelles d'Angleterre, ilz n'ont guières répliqué à ce
+qu'il leur a respondu, qu'il estoit esbahy comme le dict de Lenoz
+duroit tant au dict pays, veu les viollances et désordres qu'il y
+faisoit; et, quant aux fugitifs d'Angleterre, qu'il croyoit que rien
+ne leur manqueroit, mais que ce n'estoit de sa Mestresse qu'ilz
+estoient secouruz, parce qu'elle n'avoit de quoy le faire.
+
+Et hyer, la Royne d'Angleterre, m'ayant envoyé quéryr, me dict que, si
+l'on faisoit nul oultrage au dict de Lenoz, qu'elle ne procèderoit
+aulcunement au dict tretté; dont j'ay conformé ma responce à celle du
+dict sieur évesque de Roz, adjouxtant que rien n'en debvoit estre
+imputé à la Royne d'Escosse, parce qu'elle n'en pouvoit mais, et que
+mesmes l'on avoit de sa part desjà dépesché ung gentilhomme en Escosse
+pour obvier à cest inconvénient.
+
+Et suyvyt la dicte Royne d'Angleterre à me dire que la principalle
+occasion, pour laquelle elle m'avoit prié de venir, estoit pour me
+communiquer ung adviz par escript, qu'on luy avoit envoyé d'Irlande,
+lequel elle me prioit de faire tenir à Vostre Majesté; et que, pour ne
+faire voir au monde que les armes fussent prinses entre les Françoys
+et les Anglois, et ne rompre aulcunement la paix avec la France, elle
+avoit faict gracieusement remonstrer au capitaine La Roche et à ceulx,
+qui sont avec luy en Irlande, de se retirer; ce que, trois moys a, ilz
+avoient promis de faire; mais monstrans à ceste heure qu'ilz ont une
+aultre dellibération, elle vous en vouloit bien advertyr, affin qu'il
+vous pleust, Sire, y pourvoir sellon que les bons trettez de paix,
+qui sont entre Voz Majestez, le pouvoient requérir.
+
+J'ai respondu que ce propos m'estoit nouveau, comme celluy, duquel je
+n'avois cy devant ouy parler, et que je le vous représanterois le
+mieulx que je pourrois, avec l'exprétion des mesmes parolles, et de
+l'intention, que j'avois cognue en elle, de vouloir évitter toute
+occasion de différand avec Vostre Majesté; et luy en ferois tenir
+vostre responce, aussitost que je l'aurois receue.
+
+Et s'exaspéra bien fort la dicte Dame contre celluy Fitz Maurice, qui
+est en Bretaigne, disant que luy et son père avoient usurpé, comme
+traystres, le tiltre du comte d'Esmont, bien que le vray comte soit
+encore vivant en ce royaulme.
+
+Après ce propos, il en succéda ung aultre, par lequel nous vinsmes à
+parler des aprestz d'Allemaigne, qui seroient longs à mettre icy, mais
+je prins par là occasion de demander tout librement à la dicte Dame si
+elle entendoit qu'il y eust rien de dressé contre Vostre Majesté, ny
+contre vostre royaume, ainsi que, d'aultre fois, elle vous avoit bien
+faict ce bon tour, de vous en réveller quelque chose par moy.
+
+Elle me respondit qu'encores que ses intelligences n'estoient plus
+telles vers l'Allemaigne, ni avec l'Empereur, comme elles souloient,
+néantmoins elle y en avoit encores d'assés bonnes pour pouvoir
+asseurer Vostre Majesté qu'il s'y préparoit une levée; laquelle elle
+ne sçavoit encores si viendroit à effect, mais croyoit que ce n'estoit
+pour vous nuyre, car elle le vous diroit, et y opposeroit le crédit
+qu'elle y pourroit avoir, mais c'estoit en faveur du prince d'Orange;
+et qu'elle estoit fort marrye qu'on poursuyvît ainsy les affaires de
+la religion par les armes, de quoy ne pouvoit revenir, à la fin, que
+une grande ruyne à la Chrestienté; et qu'elle me prioit de vous
+exorter, Sire, qu'avec la bonne intelligence, qu'avez meintenant avec
+l'Empereur, vostre beau père, avec lequel elle continuoit aussi
+toutjour une bien fort estroicte amytié, et avoit naguières receu de
+ses lettres, il vous pleust, à ceste heure, mettre en avant quelque
+favorable moyen d'accord et de réunyon en l'esglize; et que, de sa
+part, elle vous y assisteroit, et ne s'y monstreroit aulcunement
+opiniastre.
+
+Je luy louay grandement cestuy sien très vertueux desir, et, sans
+toutesfois accepter ny reffuzer aussi d'en faire rien entendre à
+Vostre Majesté, affin que vostre intention en cella soit réservée au
+temps et moment qu'il vous semblera bon de la manifester; je la priay
+seulement, en ryant, qu'elle ne vollust observer l'extrémité de ne
+concéder aulx Catholiques l'exercice de leur religion en Angleterre,
+comme il n'en estoit permis pas ung aulx Protestans en Espaigne, ny en
+Flandres, et qu'elle suyvist l'exemple de Vostre Majesté, qui estiez
+au milieu, qui avez permiz le cours des deux en vostre royaulme.
+
+Elle respondit que les Catholiques ne se pouvoient pas beaucoup
+plaindre d'elle, et qu'elle cognoissoit le Roy d'Espaigne d'ung si bon
+naturel qu'il ne vouldroit aussi retenir la Chrestienté en ce
+dangereux suspend, où elle est, s'il y ozoit procurer les remèdes,
+mais que les passionnez l'en empeschoient, lesquelz elle vouldroit qui
+en sentissent seulz le mal.
+
+Et se continua assés longtemps ce propos entre la dicte Dame et moy,
+au millieu duquel, me venant à toucher des différans, qu'elle accusoit
+le duc d'Alve luy avoir succité avec le Roy son Maistre, me dict que
+je serois tout esbahy si je sçavois quelles choses le dict duc,
+despuys ung mois, avait vollu tretter avec elle, au préjudice de ses
+voysins, ce qu'elle réservoit à une aultre foys, et que néantmoins
+c'estoit une parenthèse digne de noter.
+
+Or, Sire, touchant les dicts différans, le depputé d'Angleterre, qui
+est aulx Pays Bas, a escript, ceste foys, à la dicte Dame qu'il avoit
+présenté à icelluy duc les derniers articles, qu'elle luy avoit
+envoyez; qui les avoit cognuz si raysonnables que, ne luy restant plus
+que contredire pourquoy il ne les deubt accepter, il avoit respondu
+qu'il y vouloit penser: et ainsy le faict en demeure là, qui se
+conforme assés à ce que Vostre Majesté m'en a mandé, en chiffre, par
+ses dernières du IIIe du présent, que j'ay bien notté. Et sur ce, etc.
+Ce XXIIIe jour de janvier 1571.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+ (_Lettre à part._)
+
+Madame, s'estant Mr le cardinal de Chatillon, jeudy dernier, convyé à
+disner en mon logis, il m'a compté la favorable expédition, qu'il a
+obtenue de Voz Majestez, sur le recouvrement de ses biens, et comme il
+s'en est venu conjouyr avec la Royne d'Angleterre; et puys m'a parlé
+du faict de la petite lettre en bien fort bonne sorte, et que ce dont
+je m'estois plainct au comte de Lestre, que le propos en estoit trop
+divulgué, n'estoit procédé d'ailleurs que du peu de discrétion, que le
+vydame y avoit tenu, qui en avoit parlé et escript icy et en France à
+trop de gens, et que, de sa part, il n'en avoit jamais faict rien
+sçavoir qu'à Voz Majestez; desquelles, après qu'il avoit heu responce,
+il y avoit procédé le plus secrectement qu'il avoit peu; et que les
+choses en estoient en assés bons termes, et ceux du conseil en
+beaucoup de diverses opinions là dessus entre eulx, mais qu'il n'y
+avoit encores rien de conclud. Sur quoy luy ayant aprouvé grandement
+son intention et les sages moyens, qu'il tenoit, pour la bien
+conduyre, je l'ay sondé de plusieurs endroictz pour voir s'il y avoit
+nulle aultre fin et prétention en luy que celle qu'il monstroit en
+aparance; mais toutz ses propos sont revenuz à la considération de la
+grandeur que ce seroit pour Monsieur, et combien elle accroistroit
+celle du Roy et de sa couronne, et ravalleroit d'aultant celle
+d'Espaigne; ne me touchant toutesfois tant de particullaritez de
+l'affaire comme j'en sçavois, et comme je vous en ay desjà escript;
+dont j'ai fait semblant d'en sçavoir encores moins, attendant si
+Vostre Majesté (pour y procéder avec plus de lumyère, par les adviz
+que pourrons avoir de divers lieux) trouvera bon que nous nous
+communiquons secrectement l'ung à l'aultre, car je croy bien que les
+Protestans reçoipvent mieulx ce propos, venant du dict sieur cardinal
+que ne feroient de moy. Et il y va, à mon opinion, d'une droicte et
+bien bonne vollonté.
+
+Les Catholiques, qui sont la partie la plus grande, plus noble et plus
+forte, et où y a plus d'asseurance, le tiennent fort suspect, et
+vouldroient avoir quelque asseurance de Voz Majestez par mon moyen. La
+dicte Dame nous oyt fort bien, et avec grande affection, l'ung et
+l'aultre, dont Vostre Majesté me commandera comme j'en auray à uzer;
+et seulement vous suplie très humblement, Madame, de réserver, entre
+le Roy et Vous, et Monsieur, ce que je vous ay escript par ma petite
+lettre de devant ceste cy, et ce que, cy après, je vous pourray
+escripre ou mander des propos, que la dicte Dame tiendra en privé, ou
+avec ceulx de son conseil, sans qu'il se puysse jamais cognoistre
+qu'ilz vous viennent de moy. J'ay dict à Mr le cardinal que si le
+propos alloit en avant, qu'il estoit bien besoing de le conduyre à ce
+poinct qu'on ne s'advançât de le publier, ny de faire aulcune ouverte
+démonstration, du costé de Voz Majestez, d'y vouloir entendre, jusques
+à ce qu'on le vît tout conclud et bien arresté; car, puys après, l'on
+y adjouxteroit bien toutz les honnorables actes et respectz, qu'on
+vouldroit; et que surtout il n'y fût usé de longueur ny de remises. A
+quoy il m'a respondu que, le lendemain, il estoit convyé en court et
+qu'il verroit ce qu'il y pourroit advancer.
+
+J'ay sceu, Madame, que, pendant que nous estions ensemble, la Royne
+d'Angleterre estoit enfermée avec ceulx de son conseil pour prandre
+résolution de ce qu'elle debvoit respondre au dict sieur cardinal, et
+qu'elle a la matière si à cueur qu'elle ne prend playsir de parler, ny
+ouyr parler, d'aultre chose; et, de ma part, Madame, tant plus je
+considère le party, plus il me semble estre grand, honnorable et
+advantageux pour le Roy, et pour Monsieur; dont je ne desire sinon
+qu'il soit exempt de tromperie, comme je prendray bien garde, du plus
+prez qu'il me sera possible, qu'il n'y en ayt point, et que Dieu le
+veuille bien achever. Et sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de janvier 1571.
+
+ Millord de Boucard est bien fort affectionné à ce propos, et
+ desire y estre employé. Sa Mestresse luy a dict qu'elle réserve
+ de lui bailler son instruction à l'heure qu'il partyra. J'entendz
+ que le comte de Lestre, si cella va en avant, est desjà désigné à
+ passer en France pour l'aller conclurre. Je suys convyé aujourduy
+ avecques la Royne; sur ceste bonne occasion, je notteray ce
+ qu'elle me dira.
+
+ ADVIZ SUR LES CHOSES D'IRLANDE:
+
+ Que on auroit suborné certaines gens pour pratiquer et suciter
+ une rébellion en Yrlande, dont ung d'eulx se nomme de La Roche,
+ gouverneur de Morlays en la Basse Bretaigne, qui s'en est allé
+ là, avecques quatre navyres, pour se randre en l'endroict où le
+ comte de Desmond se tenoit, et qu'il s'en est retourné de là et a
+ admené avecques luy ung gentilhomme, nommé Fitz Maurice, qui,
+ pour le présent, se tient secrectement en la Basse Bretaigne, et
+ sollicite d'avoir des forces pour les mener ce printemps en
+ Yrlande.
+
+ Que le capitaine de Brest auroit prins ung fort, nommé d'Ingin,
+ et une petite isle, non guières loing de là, en Yrlande.
+
+
+
+
+CLVIIe DÉPESCHE
+
+--du dernier jour de janvier 1571.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._)
+
+ Réjouissances faites à Londres pour célébrer la rentrée
+ d'Élisabeth.--Conversation de la reine et de l'ambassadeur au
+ sujet de cette fête.--Affaires d'Écosse.--État de la
+ négociation des Pays-Bas.--Nouvelles d'Allemagne et
+ d'Espagne.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Négociation du
+ mariage du duc d'Anjou.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, le jour que j'ay esté convyé, pour accompaigner la Royne
+d'Angleterre au festin de la Bource, n'a esté guières moins solemnel
+en Londres, que celluy du couronnement de la dicte Dame, car on l'y a
+receue avec concours de peuple, les rues tandues, et chacun en ordre
+et en son rang, comme si ce eust esté sa première entrée; et elle a
+heu grand playsir que j'y aye assisté, parce qu'il s'y est monstré
+plus de grandeur, ainsy soubdain, que si la chose eust esté préméditée
+de longtemps; et n'a obmiz la dicte Dame de me faire remarquer
+l'affection et dévotion qui s'est veue en ce grand peuple; lequel,
+despuys le matin jusques à l'heure qu'ayant donné le nouveau nom de
+_Change Real_ à la Bource, elle s'est vollue retirer, envyron les
+huict heures de nuict, il ne s'est lassé d'estre par les rues, les
+ungs en leur rang, les aultres à la foule, avec force torches, pour
+l'honnorer, et luy faire mille acclamations de joye, chose qu'elle m'a
+demandée si, au petit pied, ne me faisoit pas souvenir des
+resjouyssances, qu'on faisoit à Paris, quant Vostre Majesté y
+arrivoit; et qu'elle me confessoit tout librement qu'il luy faisoit
+grand bien au cueur de se veoir ainsy aymée et desirée de ses
+subjectz, lesquelz elle sçavoit n'avoir nul plus grand regrect que, la
+cognoissant mortelle, ilz ne voyoient nul certain successeur, yssu
+d'elle, pour régner sur eulx, après sa mort; et que la France estoit
+très heureuse de cognoistre ses Roys, et ceulx qui, par ordre,
+debvoient, les ungs après les aultres, succéder à la couronne.
+
+J'ay respondu, le plus au contentement et satisfaction de la dicte
+Dame, à toutz ses propos, qu'il m'a esté possible, louant beaucoup ce
+que je voyois de sa grandeur, qui estoit à priser, sans rabattre
+néantmoins rien de ce qu'on sçait assés estre de plus en la vostre; et
+qu'au reste, il me sembloit qu'elle auroit bien à faire à s'excuser
+envers Dieu et le monde, si elle frustroit ses subjectz de la belle
+postérité, qu'elle leur pouvoit bailler, et qu'ilz attandoient d'elle
+pour les gouverner; qui a esté ung article, sur lequel elle s'est
+prinse à discourir plusieurs aultres choses, avec playsir et avec
+modestie, lesquelles je vous puys asseurer, Sire, que ne se sont
+passées sans qu'elle ayt monstré, en plusieurs endroictz, de vouloir
+persévérer en grande amytié avec Vostre Majesté; et, le soir mesmes,
+la résolution du voyage de milord Boucard a esté du tout prinse, luy
+commandant la dicte Dame ne faillyr d'estre prest à partir demain, qui
+est le premier jour de febvrier, ainsy qu'il faict.
+
+Or, Sire, nonobstant l'acclamation du peuple, la dicte Dame et ceulx
+de son conseil ne layssent de craindre la division et sublévation du
+pays: car ayans les filz du comte Dherby essayé d'obtenir leur congé
+pour retourner vers leur père, il leur a esté dict qu'ilz n'en
+parlassent poinct, s'ilz n'en vouloient estre du tout reffuzez,
+jusques à ce que les affaires de la Royne d'Escosse fussent
+accommodez, qui monstre que, par iceulx, ilz entendent acquiéter les
+leurs. Et le semblable a esté dict au duc de Norfolc, de ne presser sa
+plus ample liberté, jusques à ce qu'il ayt esté ordonné de celle de la
+Royne d'Escosse et de sa restitution, de laquelle l'on nous faict
+toutjour espérer de bien en mieulx; et qu'il n'y a retardement que de
+ces depputez de l'aultre party, desquelz le comte de Lenoz a, de
+rechef, escript qu'ilz estoient partys, et qu'il avoit surciz la tenue
+du parlement, ainsy que la Royne d'Angleterre le luy avoit mandé, pour
+remettre toutes choses à ce qui seroit ordonné par le tretté.
+
+Hyer, on tenoit en ceste court la pratique des différans de Flandres
+pour toute désacordée, non sans beaucoup d'indignation contre le duc
+d'Alve et contre l'ambassadeur d'Espaigne; mais, ce matin, par
+aulcunes lettres d'Envers, s'est entendu que le dict duc avoit
+condescendu à la pluspart des choses, que le depputé de Londres avoit
+desirées; et que le Sr Thomas Fiesque seroit en brief par deçà pour
+entièrement les conclurre. Je ne sçay s'il est ainsy, ou si c'est
+artiffice: tant y a que cella ne pourra estre que pour le regard des
+merchandises; car, quant à l'entrecours et commerce, j'entendz qu'il
+n'en est, pour encores, faict aulcune mencion.
+
+Il est nouvelle icy que le duc de Sualsambourg a quatre mille chevaulx
+et six mil hommes de pied ez environs d'Hembourg, et que c'est en
+faveur du roy de Dannemarc, pour se rescentir d'aulcuns mauvais
+déportemens, que icelle ville a uzé contre luy, durant la guerre
+contre le roy de Suède, et m'a dict l'ambassadeur d'Espaigne que le
+duc d'Alve est très bien adverty que ce n'est à aultres fins que pour
+branqueter la dicte ville; et que ce que le comte de Vuandeberg a
+aussi entreprins, de retourner en quelcune de ses terres en Frize, n'a
+esté qu'une légière course, laquelle ne luy a bien réuscy; et que le
+dict duc craint si peu, pour ceste année, les mouvemens d'Allemaigne,
+qu'il renvoye une partie de sa cavallerie au secours des Vénitiens
+contre le Turq, estimant qu'il n'eust peu rien succéder plus à propos
+pour le repos de la Chrestienté que la mort soubdainement advenue du
+duc Auguste[25]. Néantmoins il m'a confessé que, pour quelque
+souspeçon de guerre aulx Pays Bas, le dict duc ne parloit plus de s'en
+retourner en Espaigne, et que le propos du duc de Medina Coeli estoit
+réfroydy, s'estans desjà expédiez les princes de Bohesme de Leurs
+Majestez Catholiques pour s'en retourner par Gennes en Allemaigne,
+sans qu'il fût nouvelles que le dict duc les accompaignât; qu'au reste
+toutz les articles de la ligue contre le Turc estoient accordez; ne
+restoit plus que celluy de la création du lieuctenant de général: que
+le Pape vouloit que ce fût Marc Anthonio Collonna, et le Roy
+d'Espaigne, puisque dom Joan d'Austria estoit le général, desiroit
+que le commandador major de Castille ou bien Joan André Doria eussent
+à commander soubz luy. Sur ce, etc. Ce XXXIe jour de janvier 1571.
+
+ [25] Cette nouvelle était fausse. Auguste, duc et électeur de
+ Saxe, est mort seize ans après, le 14 mars 1586.
+
+ A LA ROYNE.
+
+ (_Lettre à part._)
+
+Madame, estant en ce festin, où j'ay esté convyé pour accompaigner la
+Royne d'Angleterre, le XXIIIe de ce mois, elle a prins playsir de
+deviser l'après dinée, fort longtemps avecques moy; et, entre aultres
+choses, elle m'a dict qu'elle estoit résolue de se maryer, non tant
+pour ne s'en sçavoir passer, (car elle en avoit assés faict de
+preuve), comme pour satisfaire à ses subjectz; et aussi pour obvier,
+par l'authorité d'ung mary, ou par la nayssance de quelque lignée,
+s'il playsoit à Dieu luy en donner, aux entreprinses qu'elle sentoit
+bien qu'on feroit contre elle, et sur son estat, si elle devenoit si
+vieille qu'il n'y eust plus lieu de prendre party, ny espérance
+qu'elle deubt avoir d'enfans. Il est vray qu'elle craignoit grandement
+de n'estre bien aymée de celluy qui la vouldroit espouser, qui luy
+seroit ung second inconvénient plus dur que le premier, car elle en
+mourroit plustost; et que, pourtant, elle y vouloit bien regarder.
+
+Je luy ay respondu que à si prudentes considérations et si vrayes,
+comme celles qu'elle disoit, je n'avois que adjouxter, sinon qu'elle
+pouvoit, dans ung an, avoir bien pourveu à tout cella, si, avant les
+prochaines Pasques, elle se maryoit à quelque prince royal, dont
+l'ellection s'en pourroit aiséement faire; et j'en cognoissoys ung qui
+estoit nay à tant de sortes de vertu, qu'il ne failloit doubter
+qu'elle n'en fût fort honnorée et singulièrement bien aymée, et dont
+j'espèrerois qu'au bout de neuf mois après, elle se trouveroit mère
+d'ung beau filz; par ainsy, en se rendant très heureuse de mary et de
+lignée, elle amortyroit, par mesmes moyen, toutes les malles
+entreprinses qui se pourroient jamais dresser contre elle.
+
+Ce qu'elle a aprouvé bien fort, et à suivy le propos assés longtemps,
+avec plusieurs parolles joyeuses et modestes; et estoit Mr le cardinal
+de Chatillon au mesmes festin, auquel elle n'a point parlé à part;
+mais, le lendemain, il a demandé audience, et a esté quelque temps
+avec elle; puys, au retour, il m'est venu dire adieu, parce qu'il
+partoit le lendemain pour Canturbery, et m'a compté l'estat où il
+layssoit l'affaire, qui luy sembloit estre en termes d'y pouvoir
+commancer quelque fondement, mais non qu'il y en vît encores nul pour
+s'y debvoir arrester; dont dépescheroit Dupin pour le vous aller
+représanter tel qu'il estoit, affin que Vostre Majesté, sellon sa
+prudence, nous vollût commander, à luy et à moy, ce que nous aurions à
+faire.
+
+Je luy descouvriz quelques choses que j'avois aprinses de sa
+négociation, pour luy donner plus grand lumyère comme elle estoit
+receue, et avons advisé d'user de bonne intelligence ensemble, mais
+secrectement, affin d'obvier aulx soupeçons de ceste court, qui
+bientost seroient si grandz en ce faict, que plus ne se peult dire; et
+n'ay point faict semblant au dict sieur cardinal que Vostre Majesté
+m'en ayt encores faict mencion; mais ceulx qui m'ont donné les
+premiers adviz de ce qu'il en a proposé, m'ont adverty qu'à la vérité
+il n'a point monstré lettre de Voz Majestez, qui luy en donnast
+expresse commission; dont la dicte Dame s'estoit retirée, et avoit
+dict que, quant vous y vouldriez entendre, vous m'en commanderiez
+quelque chose, comme vous fiant beaucoup de moy. Et ceulx là mesmes
+m'ont mandé qu'elle a parlé de ce faict à plusieurs des siens, à part
+l'ung de l'aultre, et mesmes a vollu avoir le conseil du duc de
+Norfolc, qui a respondu qu'il avoit esté le principal autheur
+d'induyre les Estatz de ce royaulme à la suplyer de se maryer, et de
+laysser à sa liberté de prendre le party que bon luy sembleroit: dont
+ne vouloit changer d'opinion; que quant à Monsieur, toutes choses
+estoient grandes en luy, mais qu'il falloit regarder aux condicions,
+sur quoi le mariage se pourroit conclurre, qui fussent honnorables
+pour sa Mestresse et heurées pour son estat.
+
+D'aultres m'ont mandé que les quatre principaulx, qui guydent les
+intentions de la dicte Dame, se sont assemblez pour résouldre qu'est
+ce qu'ilz luy en conseilleroient. Je vous manderay bientost leur
+conseil, et vous adjouxteray cependant, Madame, cestuy cy du mien,
+qu'encor que ceste princesse soit bonne et vertueuse, je ne la tiens
+toutesfois esloignée du naturel de celles qui veulent monstrer de
+fouyr, lorsque plus elles sont recerchées; et ceste nation a aussi
+cella de péculier que, plus on desire quelque chose d'eulx, encor qu'à
+leur proffict, plus ilz la souspeçonnent; dont sera bon de ne
+descouvrir trop d'affection de vostre costé, Madame, jusques à ce
+qu'ilz se soyent layssez clairement entendre du leur. Je vous
+escripray bientost d'aultres choses plus importantes de ce propos par
+le Sr de Vassal, qui vous pourront assés esclayrer: et sur ce, etc. Ce
+XXXIe jour de janvier 1571.
+
+
+
+
+CLVIIIe DÉPESCHE
+
+--du VIe jour de febvrier 1571.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
+
+ Négociation concernant Marie Stuart.--Congé accordé par la reine
+ aux fils du comte de Dherby.--Concession faite par le pape au
+ roi d'Espagne du royaume d'Irlande, sous la condition d'y
+ rétablir la religion catholique.--Entreprise préparée par les
+ Espagnols pour s'emparer de ce pays.--_Lettre secrète à la
+ reine-mère._ Négociation du mariage du duc d'Anjou.--_Mémoire._
+ Nouvelles d'Allemagne.--Projet des protestans de faire une
+ entreprise contre les Pays-Bas.--Affaires d'Écosse.--_Mémoire
+ secret._ Détails circonstanciés et confidentiels sur la
+ proposition de mariage du duc d'Anjou.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, s'estant la Royne d'Angleterre bien trouvée de sa santé en ceste
+ville de Londres, d'où le grand yver a chassé toute souspeçon de
+peste, elle s'est résolue d'y passer le reste du caresme prenant, et,
+à ceste cause, s'est allée loger en sa mayson de Ouesmestre, où l'on
+radresse les lisses pour le tournoy, dont je vous ay cy devant
+escript; ayant remiz la dicte Dame de ne descendre à Grenvich jusques
+à environ la my mars, que noz amys de ceste court nous donnent grand
+espérance que les affaires de la Royne d'Escosse seront, entre cy et
+là, accommodez, nonobstant les grandz empeschemens que les comte et
+comtesse de Lenoz s'esforcent d'y mettre; qui, despuys huict jours,
+ont donné entendre qu'il y avoit une entreprinse dressée en Escosse
+pour venir enlever la dicte Dame du lieu où elle est, et l'aller
+remettre par force en son estat. De quoy est advenu que le comte de
+Cherosbery l'a faicte despuis fort observer, et luy a usé ceste
+rigueur qui l'a faicte recheoir en fiebvre, mais l'on y a remédié le
+mieulx et par le plus sage moyen qu'on a peu. Les depputez de
+l'aultre party s'espèrent en ce lieu, dans cinq ou six jours, et n'est
+possible que plus tost qu'ilz arrivent nous puissions aulcunement
+advancer le tretté. Ceulx qui portent icy ce faict m'ont prié, Sire,
+de vous advertyr en dilligence que milord Boucard a commission
+expresse de vous en parler et de remander incontinent par deçà vostre
+responce, et tout ce qu'il aura pu noter de vostre intention en cella,
+affin que, sellon qu'il vous y aura cogneu ou remiz, ou affectionné,
+l'on procède icy ou froydement, ou bien avecques effect, au dict
+tretté; dont Vostre Majesté luy pourra user des mesmes parolles
+vertueuses et modestes qu'il a faict jusques icy, affin de consommer
+l'honnorable oeuvre, qu'avez commancé, de la restitution de ceste
+princesse, qui touche assés à Vostre Majesté et à la réputation de
+vostre couronne; et aussi pour obvier aulx inconvéniens qu'à faulte de
+ce pourroient cy après survenir.
+
+Les deux filz du comte Derby, nonobstant qu'on les ayt advertys de ne
+demander leur congé, n'ont layssé d'instantment le pourchasser; et
+leur est advenu ce qu'ilz avoient pansé, qu'on ne le leur auzeroit
+reffuzer, dont, après que la Royne leur a faict quelque réprimande, et
+les a heu admonestez de se mieulx déporter pour l'advenir, avec
+quelque difficulté de ne leur bailler sa main à bayser, elle les a
+licenciez.
+
+Au surplus, Sire, aulcuns seigneurs catholiques de ce royaulme me
+viennent d'advertyr qu'ilz ont tout freschement receu nouvelles de
+Rome, comme le Roy d'Espaigne a envoyé proposer au Pape l'offre que
+Estuqueley luy a faicte du royaulme d'Yrlande, de la part de ceulx du
+pays, qui sont prestz de le recepvoir, et comme il n'y a vollu
+entendre, sans la concession de Sa Saincteté, comme de celluy, de qui
+relève, de droict, icelle couronne; et que Sa dicte Saincteté luy en a
+desjà envoyé son consens avec permission d'entreprendre, au nom de
+Dieu, ceste conqueste, en ce qu'il restablyra la religion catholique
+au dict pays; et que le dict Roy est dellibéré d'y faire descendre
+bientost, ou du costé d'Espaigne ou de Flandres, dix mil hommes. Je ne
+sçay encores si les dicts seigneurs catholiques ont encores descouvert
+rien de cecy à leur Royne; tant y a que je ne vois pas qu'il se face
+nul préparatif pour y résister: et l'ambassadeur d'Espaigne m'a
+curieusement enquiz comme il alloit de ces Brethons, qui estoient
+descenduz au dict pays, et en quoy en estoit la plaincte, que la Royne
+d'Angleterre m'en avoit faicte. A quoy je luy ay respondu, sellon
+l'intention que j'ay estimé qu'il me le demandoit. Et a l'on opinion,
+Sire, qu'affin que ceulx cy ne souspeçonnent rien de l'entreprinse, et
+qu'ilz ne preignent nulle deffiance du Roy d'Espaigne, le duc d'Alve
+les va entretenant d'ung grand artiffice sur l'accord des
+merchandises, lequel pourtant se monstre enveloupé chacun jour de
+nouvelles difficultez. Sur ce, etc.
+
+ Ce VIe jour de febvrier 1571.
+
+
+ A LA ROYNE.
+
+ (_Lettre à part._)
+
+Madame, j'ay sceu que des quatre seigneurs que je vous escripviz, par
+ma précédante petite lettre, qui s'estoit assemblez pour dellibérer de
+ce qu'ilz avoient à conseiller à leur Mestresse touchant le party de
+Monseigneur vostre filz, le premier l'a plainement aprouvé comme très
+bon et très honnorable; le second l'a entièrement contradict, comme
+suspect à la religion protestante, plein de jalouzie aulx aultres
+princes, et très dangereux pour ce royaume; le tiers a assez suyvy
+ceste seconde opinion; et le quatriesme s'est joinct au premier, mais
+avec ung conseil assés dangereux: c'est qu'il a dict qu'il falloit, en
+toutes sortes, suyvre le propos, car si leur Mestresse estoit résolue
+de se marier et de ne vouloir point des siens, il n'y avoit nul prince
+si commode au monde pour elle que Monsieur, et qu'il ne falloit
+doubter que le mariage ne s'en ensuyvyst, avec l'honneur et advantaige
+d'elle et de son royaume: si, d'advanture, elle n'en avoit nul desir,
+encores sçavoit il le moyen comme, avecques le mesmes honneur et
+advantaige, après qu'on se seroit servy du propos, l'on le pourroit
+rompre sans offancer Monsieur, qui n'en demeureroit que bien
+affectionné à la dicte Dame, mais que tout le mal gré en tumberoit sur
+le Roy, par ce qu'il n'auroit vollu accomplyr les condicions; et s'en
+engendreroit une division entre les deux frères, qui ne seroit que
+utille à l'Angleterre. Ce n'est pourtant, Madame, que celluy, qui a
+donné ce conseil, n'ayt bonne affection au party, mais il est anglois,
+et possible il a proposé cella, affin qu'il se trouve tant moins de
+contradisans au présent desir de la dicte Dame, laquelle monstre
+cercher bien fort qui le luy veuille aprouver; et c'est cependant un
+adviz à Vostre Majesté pour divertyr que tel inconveniant n'adviegne.
+
+J'ay cerché de sçavoir qu'est ce qui avoit réussy du dict conseil, et
+aulcuns de ceulx, qui ne sont encores bien résoluz s'ilz debvoient
+trouver le dict party bon ou mauvais, m'ont mandé que toutes les
+parolles et démonstrations de la dicte Dame et des siens ne sont que
+simulation, affin de pouvoir bientost tenir ung parlement là dessus,
+et tirer de l'argent des subjectz, et se meintenir en quelque
+réputation vers eulx et vers les princes estrangiers; et que pourtant
+l'on ne se doibt haster d'en parler plus avant, jusques à ce que l'on
+y voye quelque meilleur fondement; et que mesmes le comte de Lestre
+s'estoit de nouveau faict proposer à sa Mestresse par aulcuns des
+principaulx du conseil, qui avoit fort réfroydy le propos. D'aultres
+m'ont mandé que la dicte Dame persévéroit, et à bon esciant, et pour
+causes nécessaires, à se vouloir marier; et que, sur le partement de
+milord Boucard, entendant les diverses opinions que ceulx de son
+conseil avoient là dessus, elle les avoit assemblez pour leur dire, la
+larme à l'oeil, que, si nul mal venoit à elle, à sa couronne et à ses
+subjectz, pour n'avoir espousé l'archiduc Charles, il debvoit estre
+imputé à eulx et non à elle; qui aussi estoient cause que le Roy
+d'Espaigne avoit esté offancé, et que le royaulme d'Escosse estoit en
+armes contre le sien, et qu'il n'avoit tenu aussi à eulx que le Roy
+n'eust esté beaucoup provoqué davantaige par leurs déportemens en
+faveur de ceulx de la Rochelle, si elle ne les eust empeschez; dont
+les prioit très toutz de luy ayder meintenant à rabiller toutz les
+maulx par ung seul moyen, qui estoit de bien conduyre ce party de
+Monsieur; et qu'elle tiendroit pour mauvais subject, et ennemy de ce
+royaulme et très déloyal à son service, qui aulcunement le luy
+traverseroit. Dont me vouloient bien asseurer que nulz, à présent, n'y
+ozoient plus contradire.
+
+Je n'ay layssé, pour cella, de tenir fort suspect le comte de Lestre,
+à cause de l'adviz précédant, jusques à ce que luy mesmes, lundy
+dernier, s'est convyé à dyner en mon logis avec le marquis de
+Norampthon, le comte de Sussex, le comte de Betfort, milord
+Chamberlan, et aultres seigneurs de ceste court, tout exprès pour me
+venir compter comme les partisans d'Espaigne, qui craignent
+infinyement le mariage de Monsieur, et aussi le secrétaire-Cecille qui
+ne veult en façon du monde que sa Mestresse ayt ny luy, ny nul aultre
+mary que soy mesmes, qui est roy plus qu'elle, l'avoient fort
+instantment sollicitée de vouloir accepter le dict comte de Lestre
+comme celluy qui seroit de très grande satisfaction à tout le
+royaulme, et qu'elle mesmes l'avoit pryé de les en remercyer; mais il
+luy avoit respondu que, quant le temps luy estoit bon, ils luy avoient
+esté contraires, et meintenant que le temps ne luy servoit plus ilz
+monstroient de luy ayder, et qu'ilz ne faisoient cella, ny comme bons
+serviteurs d'elle, ny comme vrays amys à luy, ains pour interrompre le
+propos de Monsieur; par ainsy, qu'elle l'excusât s'il ne leur en
+sçavoit nul gré, ny leur en randoit nul mercys. Et a adjouxté qu'il
+espéroit que les amys pourroient plus en cecy que les adversayres.
+J'ay donné instruction, Madame, d'aulcunes aultres particullaritez là
+dessus au Sr de Vassal, comme à ung gentilhomme, que je tiens fort
+secrect et fidelle, qui vous en rendra bon compte; et sur ce, etc.
+
+ Ce VIe jour de febvrier 1571.
+
+ DIRA LE SR DE VASSAL A LEURS MAJESTEZ, oultre les choses
+ susdictes:
+
+ Que, despuys quelque temps en çà, la Royne d'Angleterre a déclaré
+ qu'elle se vouloit maryer, et a monstré que ce sien desir estoit
+ fondé sur une tant raysonnable et quasi nécessaire occasion que
+ plusieurs, qui souloient opinyastrer le contraire, commencent
+ d'en parler, à ceste heure, aultrement; néantmoins, sur ce qui
+ ne se peult bien dicerner encores, si elle le veult à bon
+ esciant, ou bien si elle le veult ainsy donner à croyre, et sur
+ la diversité des partys ausquelz elle pourroit entendre, et des
+ condicions qui auroient à se requérir, non seulement ceulx de son
+ conseil, mais ceulx de sa noblesse, et presque toutz ses
+ principaulx subjectz en sont en grand contention entre eulx, et
+ se bandent desjà en plusieurs conseils et assemblées secrectes
+ pour en tretter, sellon que le desir, ou de pourvoir à la
+ religion protestante; ou d'ayder à la catholique; ou de
+ préjudicier aulx tiltres prétendus de la succession de ce
+ royaulme; ou de favoriser les affaires de la Royne d'Escosse; ou
+ de nourryr amytié avec la France; ou bien de confirmer plus que
+ jamais celle de Bourgoigne; ou de n'innover rien au présent estat
+ de ce royaulme, qui est doulx à plusieurs, pousse les ungs et les
+ autres à interrompre ou bien advancer le propos.
+
+ Néantmoins, pour estre encores ceste matière trop peu meure, la
+ dicte Dame réserve la tenue de son parlement jusques en may ou
+ juing, pour en mieulx dellibérer, lequel aultrement debvoit estre
+ convoqué en ce moys de janvier, sur la nécessité d'avoir argent;
+ car l'Allemaigne et l'Escosse, despuys deux ans, luy ont assés
+ espuysé ses finances; et l'interruption du commerce n'a permiz
+ qu'elle les ayt peu remplyr, bien que, en certain propos, elle
+ m'a naguières donné entendre qu'elle avoit heu si peu de
+ nécessité, que encores n'avoit elle aulcunement touché aulx
+ deniers du Roy d'Espaigne.
+
+ Par lettres, naguières venues de dellà la mer, de divers lieux,
+ l'on est en diverses opinions, en ceste court, des choses
+ d'Allemaigne; car les ungs mandent que le duc d'Alve a
+ intelligence avec le duc de Sualsambourg, pensionnaire du Roy
+ d'Espaigne, contre la ville de Hembourg, parce qu'elle a receu le
+ commerce des Anglois, et est encores pleyne de leurs
+ merchandises, et si, a favorisé les pratiques du prince d'Orange,
+ et forny argent pour icelles contre les Pays Bas.
+
+ Les aultres escripvent que les princes et capitaines, qui lèvent
+ gens en Allemaigne, s'entendent avec le dict de Sualsambourg et
+ avec le comte de Vuandeberc, et que, soubz colleur, l'ung
+ d'assiéger Hembourg pour le roy de Danemarc, et l'aultre de
+ recouvrer ses terres, ilz se préparent toutz deux, et le roy de
+ Dannemarc aussi, à l'entreprinse des Pays Bas, avec le secours
+ que le Prince d'Orange, beau frère des trois, doibt admener
+ d'Allemaigne; et que icelluy roy de Dannemarc dellibère
+ d'interrompre toutz les trafficz d'Ostrelan, et des régions
+ froydes, aulx Flamans; et mesmes leur serrer une rivière, par où
+ ilz ont accoustumé de recouvrer leurs bledz et aultres
+ provisions, affin de commancer, de bonne heure, à leur retrancher
+ vivres.
+
+ Et adjouxtent que Monsieur, frère du Roy, n'est que bien disposé
+ à ceste entreprinse pour recouvrer ceste portion des dicts Pays
+ Bas, qui apartient à la couronne de France; et qu'il a suplié le
+ Roy de luy permettre de faire ung essay pour en agrandir son
+ appanaige, et d'y employer la gendarmerye, et ce grand nombre de
+ gens de guerre, qui sont meintennant en France, mesmes que les
+ Françoys ne desirent rien tant que cella; s'apercevans enfin des
+ tromperies et simulations du Roy d'Espaigne et de ses ministres,
+ et murmurans que les jours ont esté advancez à sa dernière femme,
+ Fille de France, par mauvais trettement qu'elle a reçeu avecques
+ luy, dont j'ay merveilleusement rejetté tout le contenu de cest
+ article, quant on m'en a parlé;
+
+ Et que le duc d'Alve, craignant ung si grand orage, commance de
+ mettre ung grand ordre à ses affaires, à recueillyr deniers et
+ armes de toutz costez, et faire secrecte description de gens de
+ guerre. Néantmoins l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, monstre
+ de ne croyre, en façon du monde, qu'il y ayt nulz aprestz contre
+ les Pays Bas, ains tout le contraire, ainsi que je l'ay mandé par
+ ma précédante dépesche, qu'encor qu'il pense bien qu'il ne
+ tiendroit aulx Anglois que telles choses ne fussent mises en
+ avant et exécutées, que néantmoins la Royne d'Angleterre n'y
+ veult advancer ses deniers contans, ni aultre chose que parolles
+ et promesses, qui ne sont suffizantes pour mouvoir les Allemans,
+ ni pour faire marcher une armée.
+
+ Comme, à la vérité, j'entendz que le capitaine, qui est icy pour
+ le duc Auguste, et qui asseure n'y avoir aulcune certitude de la
+ mort de son maistre, mais bien qu'il estoit fort mallade, n'a
+ esté encores guières bien respondu sur la pratique qu'il mène
+ d'avoir deniers pour les dicts aprestz d'Allemaigne; et si,
+ semble qu'il n'inciste pas fort que la dicte Dame veuille entrer
+ en nulle ligue avec les princes protestans, s'estant layssé
+ entendre que le dict duc Auguste aussi n'y entrera pas et qu'il
+ ne cerche que fère amys de toutz costez, pour s'en ayder au
+ besoing; néantmoins qu'il favorisera et assistera la dicte
+ entreprinse d'iceulx princes.
+
+ Le susdict ambassadeur d'Espaigne a heu adviz que Mr le cardinal
+ de Chatillon a proposé à ceste Royne, et à ceulx de son conseil,
+ s'ilz trouveroient bon que le comte Ludovic de Naussau vînt avec
+ aulcuns bons navyres de guerre de la Rochelle pour se joindre à
+ ceulx du Sr de Lumbres, affin de tenir ceste mer subjecte contre
+ le duc d'Alve à la dévotion toutesfoys de ce royaulme, et que
+ cella a esté bien receu du dict conseil et favorisé du comte de
+ Lestre, et qu'il entend qu'on arme à cest effect à la Rochelle
+ plusieurs navyres, chose qu'il estime ne pouvoir estre trouvée
+ bonne du Roy.
+
+ Les depputez de la Royne d'Escosse sont venuz plusieurs fois
+ prandre familièrement leur disner en mon logis, et m'ont, entre
+ aultres choses, remonstré qu'ilz sont envoyez, de la part des
+ principaux seigneurs de leur pays, pour assister au tretté et y
+ procurer la restitution de leur Mestresse, avec charge de
+ procéder en tout sellon qu'elle leur ordonnera, et avec article
+ espécial de ne faire rien au préjudice de l'alliance de France;
+ et qu'ilz supplient très humblement le Roy, qu'au cas que le dict
+ tretté ne succède, qu'il veuille avoir souvenance d'eulx; car ilz
+ disent avoir esté toutz essayez, l'ung après l'autre, par grandes
+ offres et présens, de la part de la Royne d'Angleterre, pour
+ suyvre son party, et qu'ilz ont tout rejetté, et ont choysy de
+ souffrir plustost toutes extrémitez que de quicter ung seul point
+ de l'alliance et dévotion qu'ilz ont à la couronne de France;
+
+ Et que les dicts seigneurs requièrent une chose de l'évesque de
+ Roz et de moy, c'est que nous les veuillons advertyr, de bonne
+ heure, s'il y aura apparance que le tretté ne succède, affin de
+ se pourvoir; et que, sans mettre le Roy en nulle guerre ouverte,
+ s'il luy playt les ayder, quelque temps, de quatre mil escuz par
+ mois, pour entretenir trois cens hommes dans le chasteau de
+ Lislebourg, et sept cens hommes en la campaigne, ilz promettent
+ de faire ce qui s'ensuyt:
+
+ Sçavoir, le lair de Granges, capitaine du dict chasteau de
+ Lislebourg, de surprendre les comtes de Lenoz et de Morthon, et
+ les mettre dans son dict chasteau, pour en faire ce que leur
+ Mestresse commandera, et de randre paysible et obéyssante la
+ ville de Lislebourg à la dicte Dame; les aultres seigneurs
+ qu'avec les sept centz hommes, ilz chasseront les Anglois de tout
+ le pays, estandront leur ligue, remettront partout l'authorité de
+ la Royne d'Escosse, de sorte qu'il ne se parlera plus que de luy
+ obéyr, et de demeurer fermes en l'alliance de France, et qu'ilz
+ réduyront, tout entièrement, le royaulme en l'estat qu'il estoit
+ auparavant, estantz toutz les principaulx de la noblesse de ce
+ desir, sinon le dict Lenoz, qui n'a, à présent, cinq cens escuz
+ de rante au dict pays, et Morthon, qui est homme nouveau et
+ sordide.
+
+ Le Roy d'Espaigne a escript à son ambassadeur, qui est icy, qu'il
+ le résolve clairement, et en brief, de ce qui se doibt espérer de
+ la restitution de la Royne d'Escosse, et en quoy l'on est du
+ tretté, monstrant qu'il a bien fort à cueur la matière; et
+ icelluy ambassadeur a dict à l'évesque de Roz que son Maistre ne
+ regarde sinon comme le Roy commancera d'y procéder, car, de sa
+ part, il y est tout prest et tout résolu. Et par lettre de Rome
+ s'entend que le Pape a desjà miz une provision de deniers ez
+ mains du duc d'Alve, pour ayder l'entreprinse sellon que l'ordre
+ en sera mandé par Ridolfy; lequel Ridolfy et les seigneurs
+ catholiques de ce pays, me recerchent fort de mettre en avant que
+ les deux Roys se veuillent entendre et se unyr à la dicte
+ entreprinse; ce que j'ayme mieulx qui me soit proposé par le dict
+ ambassadeur, qui ne m'en a parlé, longtemps y a, que non pas par
+ eulx.
+
+ Je ne puis encores juger au vray si la dellibération de la dicte
+ entreprinse est bien certaine, et moins encores quel événement
+ elle pourra avoir. Tant y a que, pour la conformité de celle
+ d'Yrlande, elle me semble trop esloignée du vraysemblable, et je
+ sens bien que les Escouçoys, doubtans du secours de France,
+ commancent fort d'espérer en cestuy cy; et le duc d'Alve leur a
+ desjà advancé quelques deniers, ainsy que je l'ay desjà escript.
+
+ AULTRE MÉMOIRE ET INSTRUCTION A PART:
+
+ Que le propos de maryer Monsieur avec la Royne, a prins son
+ commancement de ce que, ayant, en une mienne audience, parlé à la
+ dicte Dame des fianceailles du Roy, qui se debvoient faire à
+ Espire, après qu'elle se fût retirée avec ses dames, elle se
+ plaignit que, se faisans plusieurs honnorables mariages en la
+ Chrestienté, nul de son conseil ne luy parloit à elle de prandre
+ party, et que, si le comte de Sussex fût présent, au moins luy
+ ramentevroit il l'archiduc Charles.
+
+ Ce que ayant l'une des dames raporté au comte de Lestre, il
+ s'esforcea, le lendemain, affin de luy complayre, de luy remettre
+ si bien le dict archiduc en termes, que le voyage de Coban en fut
+ incontinent dressé; et, de là en avant, elle monstra, de plus en
+ plus, estre résolue de se maryer, et de parler d'affection de
+ l'archiduc, de sorte que le dict comte se repentyt assés d'en
+ avoir meu le propos.
+
+ Sur quoy arrivant le vydame de Chartres pour prandre congé
+ d'elle, il luy parla de Monsieur, frère du Roy, et en parla aussi
+ à plusieurs de son conseil, qui en furent les ungs bien ayses
+ pour traverser l'aultre propos, et les aultres marrys, qui ne
+ vouloient qu'on mit, en façon du monde, cestuy cy en avant.
+
+ Dont, après que le dict Coban fût de retour avec la responce de
+ reffuz, elle commança lors d'ouyr, avec plus d'affection, ceulx
+ qui luy proposoient Monsieur; et arrivant là dessus quelque
+ responce du vydame, et survenant, peu après, Mr le cardinal de
+ Chatillon, la matière s'est si bien eschauffée que la dicte Dame
+ ne parle plus que de luy, et a dict, tout hault, «que les siens
+ l'avoient souvant pressée de se maryer, mais puys après ilz y
+ avoient adjouxté tant de dures condicions qu'ilz l'en avoient
+ engardée, et qu'elle cognoistroit meintenant qui seroient ses
+ bons et fidelles subjectz, et les sauroit bien remarquer, et
+ qu'elle tiendroit pour desloyaux ceulx qui luy traverseroient ce
+ tant honnorable party».
+
+ Et comme l'une de ses dames regrettoit que Mon dict Seigneur
+ n'eust quelques ans davantaige, elle respondit:--«Il a vingt ans
+ qui en vallent vingt cinq, car il n'y a rien en son esprit, ny en
+ sa personne, qui ne soit d'homme de valleur.»
+
+ Et à milord Chamberland qui luy faisoit ung compte, comme Mon
+ dict Seigneur avoit faict une course jusques à Roan pour voir une
+ jeune flamande fort belle, que le père, craignant qu'elle ne se
+ derrobât pour le suyvre, l'avoit jettée en haste hors de la ville
+ et conduicte à Dièpe, où n'attendoit que le vent pour la passer
+ en Angleterre, l'une des dames respondit:--«Et bien c'est qu'il
+ n'est point paresseux pour aller voir les dames, il ne craindra
+ guières de passer la mer.»--«Ce ne seroit, respondit la Royne, à
+ mon proffict qu'il fût si dilligent, mais il n'en est pourtant
+ moins à priser.»
+
+ Et au baron de Vualfrind, lequel je luy présentay de la part du
+ Roy, après qu'elle luy eust assés amplement parlé du mariage de
+ l'archiduc, en une façon pleyne de jalouzie et de desdein,
+ réprouvant bien fort les nopces d'entre si prochains, comme
+ l'oncle et la niepce:--«Bien que le Roy d'Espaigne, disoit elle,
+ comme grand prince, eust possible estimé que son exemple
+ servyroit de loy au monde, mais c'estoit une loy contre le ciel;»
+ luy dit:--«Que l'archiduc luy estoit grandement obligé de ce que,
+ l'ayant reffusé, elle luy avoit faict trouver mieulx qu'elle, et
+ où l'amytié ne deffauldroit, car, s'ilz ne s'aymoient comme
+ espouzés, ilz s'aymeroient comme parans; et qu'elle espéroit
+ aussi trouver mieulx que luy, dont le regrect cesseroit des deux
+ costez.» Puys se corrigea que;--«A la vérité elle ne l'avoit pas
+ reffuzé, mais elle avoit bien différé la responce, et il ne
+ l'avoit vollue attandre; néantmoins elle ne lairroit d'aymer et
+ honnorer toutjour l'Empereur, et toute sa mayson, sans aulcun
+ excepter.»
+
+ Et, au retour de là, le dict sieur baron me demanda si je pensois
+ qu'elle eust parlé d'affection et avec jalouzie du dict archiduc,
+ ou bien par manière de deviz, et qu'il se repentoit de ne luy
+ avoir proposé le prince Rodolfe, qui a desjà dix sept ans. Je luy
+ respondiz que «le voyage, que le jeune Coban avoit dernièrement
+ faict devers l'Empereur, monstroit que, si l'archiduc eust vollu,
+ à ceste heure, entendre à ce party, qu'il eust esté accepté.»--Il
+ répliqua «qu'il en auroit doncques beaucoup de regrect, et qu'il
+ s'estoit trop hasté de s'obliger à celle de Bavière, bien qu'il
+ me vouloit dire que les conditions, sur lesquelles on le vouloit
+ maryer avec ceste Royne, estoient, à ce qu'il avoit ouy dire, si
+ dures et iniques qu'il eust esté trop plus subject que Roy.»
+
+ L'on me vient d'advertyr que, sabmedy dernier, se plaignant la
+ dicte Dame à l'admyralle Clinton et à milady Coban des
+ difficultez, qu'aulcuns des siens trouvoient au party de
+ Monsieur, comme trop jeune, elle les avoit conjuré de luy en dire
+ librement leur opinion, et que, comme les deux plus loyales, et
+ où elle se fyoit plus qu'en dames de ce monde, elles ne luy en
+ vollussent rien dissimuler; et que la dicte Clinton, luy ayant
+ fort loué ses perfections et confirmé grandement son opinion de
+ se maryer, avoit aprouvé entièrement qu'elle deût espouser
+ Monsieur; et que sa jeunesse ne luy debvoit faire peur, car il
+ estoit vertueux, et elle, pour luy en donner, en toutes sortes,
+ plus de satisfaction que nulle aultre princesse du monde ne
+ sçauroit faire. Ce que la dicte Dame avoit accepté avec tant de
+ démonstration de playsir, que milady Coban, n'y ozant rien
+ contradire, avoit seulement dict que les mariages estoient
+ toutjour mieulx faictz et plus plains de contantement, quant l'on
+ espousoit personne de âge pareil, ou aprochant au sien, que quant
+ il y avoit grande inégalité. A quoy elle avoit respondu:--«Qu'il
+ n'y avoit que dix ans de différant entre deux, et qu'il eust esté
+ fort à propos que ce eust esté luy qui les heût davantaige; mais,
+ puysqu'il playsoit à Dieu qu'elle fût la plus vielle, elle
+ espéroit qu'il se contenteroit des aultres advantaiges.»
+
+ Il semble que milord Boucard va par dellà fort pourveu de bonne
+ intention en cest endroict, et qu'il desire infinyement d'y estre
+ employé; et le secrétaire, qu'il mène, qui luy a esté ordonné par
+ la dicte Dame, s'est venu offryr à moy de servyr, en tout ce
+ qu'il pourra, jusques à la mort; et le Sr Cavalcanty y est plus
+ ardant que nul, mais je ne sçay s'il a encores descouvert en
+ quelle intention en est Cecille; tant y a que deppendant
+ entièrement de luy, il sera bon d'aller ung peu réservé en son
+ endroict, et néantmoins s'en servyr en ce que Leurs Majestez
+ cognoistront qu'il leur y pourra estre ministre commode et
+ opportun; car, oultre qu'il se dict très dévot à la France, et
+ péculier serviteur de la Royne, il est fort bien entendu ez
+ humeurs de deçà. Il n'a vollu partyr avec le dict Boucard pour
+ n'estre veu aller aulcunement pour ce fait, et m'a dict qu'il
+ n'est pas expressément commandé de faire le voyage, mais qu'on
+ est bien fort ayse qu'il le face, et il part demain matin.
+
+
+
+
+CLIXe DÉPESCHE
+
+--du XIIe jour de febvrier 1571.--
+
+(_Envoyée exprès par Jehan Volet jusques à Calais._)
+
+ Négociation de Walsingham, ambassadeur en France.--Affaires
+ d'Irlande; crainte des Anglais qu'une entreprise ne soit tentée
+ sur ce pays.--Affaires d'Écosse; retards apportés à la
+ conclusion du traité.--Ligue contre les Turcs.--Nouvelles
+ d'Allemagne.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, par la première dépesche, que le Sr de Vualsinguan a faict par
+deçà[26], il s'est si grandement loué à la Royne, sa Mestresse, de
+l'honorable réception et des vertueuses responces qu'il a eues de
+Vostre Majesté, et des bons propos et démonstrations que la Royne,
+vostre Mère, et Monseigneur, luy ont usé, que le comte de Lestre m'a
+mandé qu'elle m'en rendra ung bien fort grand mercys, la première fois
+que je l'yray trouver, affin que je le vous face puys après entendre
+de sa part; et que je vous représante le grand contantement qu'elle en
+a reçeu, qui ne la pourriez, à ce qu'il dict, en nulle chose du monde
+plus grandement gratiffier que de favoriser ses ambassadeurs. Et n'ay
+point sçeu, à la vérité, Sire, que, pour ce commancement, il ayt donné
+que une bien fort bonne satisfaction de Voz Majestez à sa dicte
+Mestresse. Il est vray qu'il a asseuré la dicte Dame, ainsy qu'on m'a
+dict, que la pratique, que le capitaine La Roche mène en Yrlande,
+n'est incogneue en vostre court; de quoy aulcuns de son conseil luy
+ont vollu persuader qu'elle devoit donc révoquer milord de Boucard
+qui, pour ceste occasion, a esté arresté ung jour à Canturbery; mais
+elle a vollu qu'il ayt passé oultre, espérant que, sur ce qu'elle m'a
+naguières proposé d'icelluy faict, Vostre Majesté l'en satisfera
+bientost.
+
+ [26] Voir les _Mémoires et Instructions pour les ambassadeurs ou
+ Lettres et Négociations de Walsingham, ministre et secrétaire
+ d'état sous Élisabeth, reine d'Angleterre_, 1 vol. in-4º,
+ Amsterdam, 1700.
+
+La dicte Dame commance de tourner ses pensées aulx choses du dict pays
+d'Yrlande, car, oultre le faict du dict capitaine La Roche, elle a
+toutjours crainct que le Roy d'Espaigne se vouldroit revancher des
+prinses de mer par quelque entreprinse sur icelluy pays; et, encores,
+par le dernier courrier de Flandres, entendant que le duc d'Alve se
+monstroit si réfroydy en la composition des dictes prinses, que
+l'agent de la dicte Dame estoit sur le poinct de s'en revenir, sans
+avoir rien faict, elle en entroit en plus grande deffiance, mais ung
+aultre courrier extraordinaire en vient d'arriver, qui dict que
+icelluy agent a heu, despuys huict jours, une meilleure responce du
+dict duc. Néantmoins, estantz desjà aulcuns indices venuz à la dicte
+Dame de la dellibération du dict Roy d'Espaigne en cella, et luy en
+ayant Mr le cardinal de Chatillon, à ce qu'on m'a dict, mandé, despuys
+six jours, d'aultres certains adviz, elle monstre, à présent, de le
+croyre; dont a mandé à millord Sydney debitis d'Yrlande, qui estoit
+prest à s'en venir par deçà, de ne bouger de sa charge, et de pourvoir
+soigneusement à la garde du pays, et qu'elle donna promptement ordre
+qu'il luy soit envoyé tout ce qui luy sera besoing.
+
+Les choses d'Escosse se brouillent de nouveau, car ceulx du party de
+la Royne commancent de se revancher par dellà sur ceulx qui suyvent le
+party du comte de Lenoz, et le comte de Morthon, faisant le long à
+venir, prolonge icy beaucoup le tretté, ce qui donne cependant loysir
+à la comtesse de Lenoz et aulx siens de remettre en l'opinion de la
+Royne d'Angleterre plusieurs malles impressions contre la Royne
+d'Escosse, luy persuadant qu'elle aspire à sa vie et à la déboutter de
+son estat, si bien qu'elle en est entrée en de grandes souspeçons,
+mesmes contre ses plus intimes conseillers; qui faict que toute ceste
+court s'en trouve divisée et en grand perplexité. Dont les depputez de
+la dicte Royne d'Escosse, craignans qu'enfin cella n'admène une
+ropture du dict traicté, suplient, de rechef, très humblement Vostre
+Majesté, de les vouloir, de bonne heure, et par secrectz moyens,
+secourir de ceste provision de quatre mil escuz par moys, qu'ilz vous
+demandent, durant quelque temps, affin d'exécuter promptement ce
+qu'ilz ont projecté pour le restablissement de l'auctorité de leur
+Mestresse, et pour la conservation de leur pays, et pour l'honneur et
+la gloire de Vostre Majesté et de l'alliance qu'ilz ont avec vostre
+couronne; s'asseurans que la guerre ne durera jamais ung ou deux tiers
+d'an. Et m'ont proposé, au cas que voz présens affaires ne permissent,
+Sire, que les puyssiez si tost ayder de ceste somme, qu'il soit vostre
+bon playsir de la leur faire recouvrer sur l'afferme du douaire de
+leur Mestresse, en la faisant délivrer à quelques merchans pour deux
+ou trois ans à venir, moyennant qu'ilz advanceront les deniers,
+desquelz, s'il en debvoit survenir cy après nul intérest à Vostre
+Majesté, ou quelque diminution à leur dicte Mestresse, ilz se offrent
+de le faire rembourser par les Estatz de leur pays; et ne vous auront,
+à ce qu'ilz disent, moindre obligation que si le secours estoit tout
+entièrement sorty de voz propres finances. A quoy vous playrra, Sire,
+me faire respondre par voz premières, car, sellon que j'en entendray
+vostre vollonté, je les laysseray, ou bien les divertiray d'en envoyer
+poursuyvre le moyen par dellà, comme ilz ont dellibéré de faire.
+
+Il est nouvelles icy que l'Empereur a offert d'entrer en la ligue
+contre le Turq, et que, en propre personne, il luy commancera la
+guerre, pourveu que les confédérez luy veuillent souldoyer vingt mil
+hommes de pied, et luy donner douze mil escuz par moys, pour les
+aultres provisions de l'armée; et qu'il a esté de nouveau provoqué à
+cella, à l'ocasion de ce que le Turq luy a mandé qu'il ayt à luy
+remettre entièrement le tiltre du royaulme de Transilvanye, sans
+jamais plus le s'aproprier.
+
+L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a adviz que le comte de
+Sualsemberg, après avoir composé avec ceulx d'Embourg, pour quarante
+mil tallardz contants, et avec ceulx de Brème pour vingt cinq mil, a
+séparé ses gens; par ainsy, toute la peur de ceste guerre est
+estaincte. Sur ce, etc. Ce XIIe jour de febvrier 1571.
+
+
+
+
+CLXe DÉPESCHE
+
+--du XVIIe jour de febvrier 1571.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par Bon Jehan._)
+
+ Affaires d'Écosse.--Efforts de l'ambassadeur pour empêcher que le
+ prince d'Écosse ne soit livré à la reine
+ d'Angleterre.--Sollicitation faite par le duc d'Albe, au nom du
+ roi d'Espagne, en faveur de Marie Stuart.--Négociation des
+ Pays-Bas.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, par la dépesche de Vostre Majesté, du premier de ce mois, que le
+Sr de Sabran m'a apportée, il m'a esté si sagement et avec tant de
+bonnes considérations satisfaict sur tout ce que, par mes précédantes,
+jusques au vingt quatriesme du passé, je vous avois escript de l'estat
+des choses de deçà, qu'il ne me reste rien à présent que de bien
+ensuyvre ce que clairement et fort exprès il vous playt m'en
+commander, qui mettray peine, Sire, que vous y soyez le plus
+exactement bien servy qu'il me sera possible; seulement je me trouve
+empesché du faict du petit Prince d'Escosse, lequel je vous suplie
+très humblement, Sire, de croyre que j'ay travaillé aultant que j'ay
+peu, et sans trop me descouvrir, à disposer icy les depputez de la
+Royne, sa mère, et ay pareillement envoyé disposer ceulx de l'aultre
+party jusques en Escosse, pour s'opposer à ce qu'il ne soit admené par
+deçà, et n'ay obmiz nul des inconvéniens qui en pourroient advenir,
+que je ne les leur aye toutz représentez; et ay sondé si avant iceulx
+depputez de la dicte Dame qu'ilz m'ont confessé que les seigneurs qui
+les ont envoyez, déclairent, en ung article de leur instruction,
+qu'ilz ne le peuvent consentyr; néantmoins qu'ilz leur ont baillé
+pouvoir, à part, d'en user comme la Royne, leur Mestresse, leur
+ordonnera; et m'ont remonstré que, demeurant les choses en l'estat
+qu'elles sont, la Royne d'Angleterre tient en ses mains la mère, le
+filz et le royaulme, et a desjà estably un sien subject pour régent au
+pays, et qu'ilz ne peuvent, sans ung notable secours de Vostre
+Majesté, plus différer de se soubmettre eulx mesmes à ce que la dicte
+Royne d'Angleterre vouldra: sçavoir est, d'obéyr au dict régent, et
+recognoistre le jeune Prince pour leur Roy, si, d'avanture, leur
+Mestresse n'est bientost restituée; et que, si le tretté n'eust esté
+miz en avant, par lequel l'armée d'Angleterre a esté retirée, il est
+sans doubte qu'ilz se fussent desjà toutz rangez à ce party, de sorte,
+Sire, qu'il ne se fault guières attandre que, du costé de la Royne
+d'Escosse, laquelle a desjà baillé son consentz, ny de ceulx qui
+tiennent pour elle, il se face grande résistance à cest article; qui
+est néantmoins le principal, auquel la Royne d'Angleterre et les siens
+incistent, et sans lequel elle monstre de vouloir poursuyvre ses
+entreprinses, ainsy qu'elle les a commancées au dict pays.
+
+Je verray ce que je pourray faire secrectement avec les depputez de
+l'aultre party, qui ne sont encores arrivez, mais l'on les attand dans
+quatre jours; car il est nouvelles qu'ilz ont desjà passé Barwich, et
+ne voys point, Sire, qu'il reste plus de ce costé nul moyen en cecy,
+que je ne l'aye desjà tanté; dont adviserez s'il s'en pourra trouver
+quelcun aultre d'ailleurs qui y puysse mieulx remédier.
+
+Au regard de l'article de la ligue, j'en useray tout ainsy, sans plus
+ny moins, qu'il vous playst me le prescrire, et semble bien que desjà,
+sur les fermes et résoluz propos, que j'en ay tenuz à la Royne
+d'Angleterre et aulx siens, ilz soyent en quelques termes de n'en
+parler point.
+
+L'évesque de Roz est allé presser les seigneurs de ce conseil de
+vouloir commancer le dict tretté, plus pour cognoistre si leur
+Mestresse avoit changé de vollonté que pour espérance de rien faire,
+jusques à ce que les aultres soyent icy; et a trouvé qu'à leur arrivée
+elle dellibère de passer oultre, meue beaucoup plus des difficultez,
+qui surviennent chacun jour plus grandes, et en Escosse, et en son
+pays, que de bonne affection qu'elle y ayt; et luy ont iceulx du dict
+conseil dict deux choses: l'une, qu'il ne fault que la Royne, sa
+Mestresse, escoutte les conseilz qu'on luy mandra de dellà la mer, de
+ne consentyr que son filz viegne en Angleterre, car, sans ce poinct,
+qui estoit desjà accordé par elle, il ne fault plus parler de tretté;
+la segonde, qu'elle veuille délaysser du tout la pratique de se maryer
+avec dom Joan d'Austria, et n'ouyr plus sur cella Mr le cardinal de
+Lorrayne, qui en renouvelle, à ce qu'ilz disent, encores à présent le
+propos. A quoy il a respondu en général, que, si la Royne d'Angleterre
+veult bien user envers sa Mestresse, elle se peult asseurer qu'elle la
+trouvera toute disposée à son amytié, et à faire toutes choses à son
+contantement.
+
+Or, a le duc d'Alve escript, par le dernier ordinaire, une lettre à la
+Royne d'Angleterre, en laquelle, entre aultres choses, il luy faict
+entendre la charge, qu'il a du Roy d'Espaigne son Maistre, de la prier
+bien fort affectueusement qu'elle veuille condescendre à quelque bon
+accord avec la Royne d'Escosse, et luy moyéner sa restitution; et
+qu'une des choses qu'il désire aultant à ceste heure est de les voir
+elles deux et leur deux royaulmes en bonne paix et unyon, en quoy,
+s'il se peult rien ayder et servyr, il offre de bon cueur s'y
+employer. Je n'ay encores aprins les aultres particullaritez de la
+dicte lettre, sinon qu'on m'a asseuré que la dicte Dame l'a heue fort
+agréable, et que le secrétaire Cecille a dict que le duc d'Alve se
+monstre à ceste heure fort rabillé vers elle, et la recherche beaucoup
+d'amytié; et que sur ce que Me Prestal l'avoit, puys peu de jours,
+vollu estreindre à quelques pratiques avec les rebelles d'Angleterre
+et d'Yrlande, et avec les Escouçoys du party de la Royne, il n'y avoit
+vollu entendre. Ce qui faict meintenant, Sire, que ceulx cy se
+rasseurent des choses d'Yrlande; et à la vérité, la comtesse de
+Northomberland, et aulcuns fuytifz, qui sont en Flandres, ont
+naguières escript que le Roy d'Espaigne a bien bonne affection de les
+secourir et d'entreprendre en Yrlande, mais que le duc d'Alve en
+estoit tout réfroydy, et qu'il leur est besoing d'envoyer ung
+personnaige de bonne qualité en Espaigne pour négocier, par eulx
+mesmes, leur affaire avec le Roy d'Espaigne. Je ne sçay s'ilz auront
+esleu à cella millord de Sethon; tant y a que je vous puys asseurer,
+Sire, qu'il estoit, le XXIIIe du passé, au logis de l'ambassadeur
+d'Escosse à Paris, possible qu'il aura passé oultre.
+
+L'accord des prinses estoit venu à une manifeste ropture avec le
+depputé de ceste Royne, qui s'estoit desjà acheminé pour s'en
+retourner, sans avoir rien faict, quant le duc d'Alve l'a contremandé
+pour luy dire qu'il avoit receu nouvelles lettres d'Espaigne, par
+lesquelles il luy vouloit bien signiffier la bonne intention du Roy,
+son Maistre, envers la Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, et comme il
+avoit desir d'accorder à toutes les choses raysonnables qu'elle
+vouloit; par ainsy que les difficultez seroient bientost vuydées, et
+qu'il envoyeroit un notable conseiller par deçà pour l'accommodement
+de toutes choses; dont s'attand, à ceste heure icy, l'arrivée du Sr
+Suenegheme de Bruges, qui vient avec le dict depputé d'Angleterre. Sur
+ce, etc. Ce XVIIe jour de febvrier 1571.
+
+
+
+
+CLXIe DÉPESCHE
+
+--du XXIIIe jour de febvrier 1571.--
+
+(_Envoyée exprès jusques à Calais par ung gentilhomme escouçoys._)
+
+ Audience.--Assurances d'amitié.--Maladie de la reine de
+ France.--Désaveu du roi au sujet de la descente des Bretons en
+ Irlande.--Satisfaction d'Élisabeth à raison du refus qu'aurait
+ fait le duc d'Anjou de se mettre à la tête d'une entreprise sur
+ l'Irlande.
+
+
+ AU ROY.
+
+Sire, à la dellibération, que j'avois, d'aller trouver la Royne
+d'Angleterre sur ce que le Sr de Sabran m'avoit apporté, il m'y est
+encores venue nouvelle occasion, par la dépesche suyvante, que j'ay
+cependant receue de Vostre Majesté, du VIIIe de ce moys, de laquelle
+j'ay faict de tout ung avec la première; et n'ay séparé les poinctz de
+l'une ny de l'aultre, sinon par l'ordre que je les ay trouvez en
+icelles, qui y sont si bien et si distinctement comprins, qu'il n'a
+esté besoing d'y adjouxter du mien que seulement ce que j'ay estimé à
+propos pour les faire bien prandre à la dicte Dame.
+
+Laquelle m'a respondu, quant au premier, qu'elle avoit ung singulier
+playsir que ses ambassadeurs vous eussent bien signiffié la droicte
+intention, qu'elle a, à la commune paix d'entre Voz Majestez, et à
+celle particulière de vostre royaulme; et qu'elle vous prie, Sire, de
+croyre que, quant au debvoir de persévérer en vostre amytié, et à
+desirer le bien et establissement de voz affaires, qu'elle y est si
+parfaictement disposée que nul du monde ne le sçauroit estre
+davantaige; et que vous cognoistrez qu'elle l'a desjà ainsy monstré
+par effectz, quant plusieurs choses, de celles qui ont passé despuys
+trois ans, vous seront mieulx cogneues qu'elles ne le sont à présent;
+et qu'elle vous promect, pour l'advenir, qu'il ne sortyra, de son
+costé, occasion aulcune, par où vostre dicte amytié puysse estre
+offancée, pourveu que vous ne veuillez poinct offancer la sienne;
+qu'elle avoit grande occasion de vous remercyer de ce qu'il vous avoit
+pleu fort favorablement licencier l'ung de ses ambassadeurs, et
+recepvoir avec mesme faveur l'aultre, et de ce, encores, qu'avez
+commancé de faire honorer grandement milord Boucart à Callais, à
+Bolloigne et à Montrueil; dont il luy avoit escript le bon trettement
+qu'on luy avoit faict en ces trois villes, et que Vostre Majesté aussi
+ne trouveroit en eulx, s'ilz ne veulent estre traystres à elle et
+désobéyssans à ses commandemens, que toute disposition de vous honorer
+et servyr, et vous complayre en tout ce qu'il leur sera possible; que
+la nouvelle que je luy apportois de la malladye de la Royne, à ceste
+heure qu'elle guérissoit et alloit en amandant, n'estoit si facheuse à
+ouyr, comme si je la luy eusse dicte, quant elle estoit en dangier,
+dont elle prioyt Dieu pour sa convalescence, comme pour la sienne
+propre; et que Dieu vous avoit vollu tempérer à toutz deux, par ce
+petit ennuy, le grand ayse de vostre mariage, affin de le vous randre
+meilleur et de plus de durée cy après; qu'encor que le sacre et
+couronnement d'elle, et son entrée fussent remiz à une aultre foys,
+et que ceulx, qu'elle a envoyez par dellà, ne puyssent voir toutz les
+triomphes qu'ilz s'attandoient, elle toutesfois ne vouldroit avoir
+différé davantaige la conjoyssance de voz nopces, ny de la venue de la
+Royne, pour ne deffaillir à ce que, non moins de son affection que de
+son debvoir, elle estimoit estre tenue en cella; au demeurant, qu'elle
+demeuroit très contante et bien satisfaicte de la responce, que vous
+luy faisiez sur les choses d'Yrlande, et encores plus de ce qu'elle
+s'asseuroit que Vostre Majesté l'accomplyroit ainsy par oeuvre, comme
+elle avoit desjà entendu que, sur ce que Mr le cardinal de Lorrayne et
+Mr le Nunce et l'arsevesque de Glasco avoient naguières proposé à
+Monsieur, frère de Vostre Majesté, de faire une entreprinse au dict
+pays, il avoit esté si vertueulx et si sage, qu'il n'y avoit vollu
+entendre, ny Voz Majestez Très Chrestiennes y prester l'oreille, dont
+ne vouloit obmettre de vous en remercyer toutz trois de tout son
+cueur; mais pourtant elle n'avoit vollu ottroyer de saufconduict au
+dict arsevesque de Glasco, bien que la Royne d'Escosse le luy eust
+fort instantment faict demander par l'évesque de Ross; car avoit
+opinion que c'estoit plus pour venir interrompre le tretté que pour
+l'advancer; et que, estant le comte de Morthon prest à arriver dans
+peu d'heures, l'on procèderoit incontinent au dict tretté avec le plus
+d'expédition que faire se pourroit.
+
+Je luy ay seulement répliqué, Sire, quant à l'entreprinse, qu'elle
+disoit avoir esté proposée à Monsieur, si elle sçavoit à la vérité que
+cella fût vray, et m'ayant soubdainement respondu que _ouy_, tant
+certainement que mesmes elle avoit par escript le mesmes propos, qui
+luy en avoit esté tenu, j'ay suyvy à luy dire qu'elle prînt bien
+garde que cella ne procédast de quelque mauvaise boutique pour cuyder
+luy en mettre la jalouzie dans le cueur, car Mr le cardinal estoit ung
+si prudent et si advisé seigneur en ses conseilz, qu'à peyne en avoit
+il miz ung tel en avant à Monsieur, en temps de si bonne paix;
+néantmoins, commant que la chose allât, elle voyoit que Vostre Majesté
+faisoit ung grand fondement de la parolle, que luy aviez donnée, de
+désister de toute entreprinse d'armes, jusques à ce que le traicté fût
+achevé, et que vous faisiez aussi pareil estat de celle que vous aviez
+d'elle, pour la liberté et restitution de la Royne d'Escosse; dont je
+la suplyois qu'elle y vollust meintenant mettre le desiré effect, que
+Vostre Majesté attandoit de sa bonté et de sa promesse.
+
+Elle m'a respondu qu'elle voyoit bien que Vostre Majesté ne pourroit
+jamais oublyer cest affaire, parce qu'il y en avoit assés qui le vous
+recordoient, et qu'elle espéroit qu'il s'acommoderoit bientost, non
+sans qu'on se mouquast assés par tout le monde d'elle, d'estre si
+indulgente et facille envers celle qui l'a infinyement offancée; qu'au
+reste elle recepvoit ung singulier playsir d'entendre que Vostre
+Majesté eust une si vertueuse et si droicte intention à la réunyon de
+l'esglize, comme je le luy asseuroys, qui ne pourroit estre que cella
+n'admenast ung grand bien à la Chrestienté, et qu'elle vous y
+correspondroit de sa part, avec telle affection et promptitude, comme
+vous le pourriez desirer; qui pourtant vous prioyt de persévérer en ce
+sainct propos, et ne vous laysser persuader à ceulx qui vous y
+vouldroient proposer les armes.
+
+Et ainsy me suys gracieusement licencié de la dicte Dame, mais j'ay
+comprins despuys, par aulcuns propos du secrétaire Cecille, qu'elle
+avoit heu ung singulier playsir que Vostre Majesté n'a advoué les
+choses d'Yrlande, parce qu'elle a envoyé pour surprendre ce qui s'y
+trouvera de Bretons et estrangiers pour les chastier. La dicte Dame a
+faict dépescher lettres à toutes ses provinces pour convoquer ung
+parlement, au deuxiesme jour d'avril prochain, en ceste ville de
+Londres, avec secret mandement de n'eslire aulcun depputé, qui ne soit
+déclairé protestant. Elle estime que la tenue d'icelluy ne sera que de
+dix jours, dedans lesquelz elle espère avoir obtenu ce qu'elle
+prétend, de quelque subvention de deniers; d'un decrect sur les biens
+et personnes des fugitifz; et sur quelque reiglement plus estroict en
+leur religion; qui sont les trois poinctz pour lesquelz l'assemblée se
+faict. Les commissaires de Flandres ne sont encores venuz, mais l'on
+me vient d'advertyr que le comte de Morthon est tout meintenant
+arrivé. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de febvrier 1571.
+
+
+FIN DU TROISIÈME VOLUME.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES DU TROISIÈME VOLUME.
+
+
+ANNÉE 1570.
+
+ Pages
+ 81e _Dépêche._--4 janvier.--
+
+ AU ROI. 1
+ Audience. _Ib._
+
+ A LA REINE. 6
+ Nouvelles de la Rochelle. _Ib._
+ Déroute des révoltés du nord. 7
+
+ 82e _Dépêche._--10 janvier.--
+
+ AU ROI. 10
+ Nouvelles du nord. 10
+
+ A LA REINE. 12
+ Craintes des Anglais. 13
+
+ 83e _Dépêche._--15 janvier.--
+
+ AU ROI. 14
+ Le comte de Northumberland prisonnier. 15
+ Affaires d'Allemagne et des Pays-Bas. 16
+
+ A LA REINE. 18
+ Affaires de la Rochelle. _Ib._
+
+
+ 84e _Dépêche._--21 janvier.--
+
+ AU ROI. 20
+ Exécutions dans le nord. 21
+
+ A LA REINE. 24
+ Propositions faites à Marie Stuart. _Ib._
+ _Lettre en chiffre._ 26
+ _Mémoire secret._ 27
+ Projets du duc d'Albe. 29
+ Proposition d'une ligue avec l'Espagne contre l'Angleterre. _Ib._
+
+ 85e _Dépêche._--28 janvier.--
+
+ AU ROI. 33
+ Mission de Mr de Montlouet. _Ib._
+ Nouvelles d'Allemagne. 35
+
+ 86e _Dépêche._--2 février.--
+
+ AU ROI. 37
+ Audience. _Ib._
+ Mort du comte de Murray. 39
+
+ A LA REINE. 40
+ Affaires d'Écosse. _Ib._
+
+ 87e Dépêche.--10 février.--
+
+ AU ROI. 41
+ Audience. _Ib._
+ Arrestation de l'évêque de Ross. 43
+
+ A LA REINE. _Ib._
+ Préparatifs contre l'Écosse. 44
+ _Note._ État général des affaires. 45
+
+ 88e _Dépêche._--13 février.--
+
+ AU ROI. 47
+ Négociation avec les Pays-Bas. _Ib._
+ Affaires d'Écosse. 49
+
+ 89e _Dépêche._--17 février.--
+
+ AU ROI. 50
+ Sollicitations des protestans. 51
+ Préparatifs de guerre. 52
+
+ A LA REINE. 55
+ Divisions en Angleterre. _Ib._
+ _Mémoire général_ sur l'état des affaires. 54
+
+ 90e _Dépêche._--22 février.--
+
+ AU ROI. 58
+ Audience. _Ib._
+
+ A LA REINE. 61
+ Affaires de Marie Stuart. 62
+
+ 91e _Dépêche._--26 février.--
+
+ AU ROI. 63
+ Affaires de la Rochelle. _Ib._
+ Instances de Marie Stuart. 66
+
+ 92e _Dépêche._--28 février.--
+
+ AU ROI. 67
+ Défaite de lord Dacre. _Ib._
+
+ 93e _Dépêche._--4 mars.--
+
+ AU ROI. 69
+ Affaires d'Écosse. _Ib._
+
+ A LA REINE. 71
+ Changement dans les dispositions d'Élisabeth. _Ib._
+ _Mémoire._ Préparatifs de guerre en Angleterre. 72
+ _Mémoire secret._ Projet pour le rétablissement de
+ Marie Stuart en Écosse, et de la religion catholique
+ en Angleterre. 76
+
+ 94e _Dépêche._--9 mars.--
+
+ AU ROI. 79
+ Continuation des préparatifs de guerre. _Ib._
+
+ 95e _Dépêche._--14 mars.--
+
+ AU ROI. 82
+ Satisfaction donnée à Élisabeth. _Ib._
+ Affaires d'Écosse. 83
+
+ 96e _Dépêche._--19 mars.--
+
+ AU ROI. 85
+ Nouvelles d'Allemagne. 86
+ Succès des révoltés en Irlande. 87
+
+ 97e _Dépêche._--27 mars.--
+
+ AU ROI. 88
+ Audience. _Ib._
+
+ A LA REINE (_lettre secrète_) 94
+ Avis d'une levée d'armes en Allemagne. _Ib._
+ _Mémoire_ sur les troubles du nord. 95
+ _Mémoire secret._ Avis du duc d'Albe; propositions de
+ Cécil et de Leicester; projets des seigneurs catholiques. 98
+
+ 98e _Dépêche._--31 mars.--
+
+ AU ROI. 103
+ Modération d'Élisabeth. _Ib._
+ Le comte d'Arundel mis en liberté. 104
+
+ 99e _Dépêche._--4 avril.--
+
+ AU ROI. 106
+ Faveur du comte d'Arundel. _Ib._
+ Projet contre l'Écosse. 107
+
+ 100e _Dépêche._--9 avril.--
+
+ AU ROI. 110
+ Préparatifs de guerre. _Ib._
+ 101e _Dépêche._--13 avril.--
+
+ AU ROI. 113
+ Continuation des préparatifs. _Ib._
+ Nouvelles des protestans de France. 114
+
+ 102e _Dépêche._--18 avril.--
+
+ AU ROI. 116
+ Nouvelles d'Écosse. _Ib._
+
+ A LA REINE. 120
+ Nécessité de la paix en France. 121
+ _Lettre secrète._ 122
+ _Mémoire._ Résolution du conseil d'Angleterre. _Ib._
+ _Mémoire secret_ sur divers projets de mariage. 125
+
+ 103e _Dépêche._--25 avril.--
+
+ AU ROI. 128
+ Prise d'armes contre l'Écosse. _Ib._
+
+ 104e _Dépêche._--27 avril.--
+
+ AU ROI. 130
+ État des partis en Écosse. _Ib._
+
+ 105e _Dépêche._--5 mai.--
+
+ AU ROI. 133
+ Audience. _Ib._
+ Nouvelles d'Écosse. 137
+
+ 106e _Dépêche._--8 mai.--
+
+ AU ROI. 138
+ Débats dans le conseil. _Ib._
+ Première invasion en Écosse. 139
+
+ A LA REINE. 142
+ Déclaration du roi touchant l'Écosse. _Ib._
+ _Mémoire général._ 144
+ _Mémoire secret_ sur la déclaration du roi. 148
+
+ 107e _Dépêche._--13 mai.--
+
+ AU ROI. 150
+ Nouvelles de l'invasion. _Ib._
+
+ 108e _Dépêche_.--17 mai.--
+
+ AU ROI. 154
+ Hésitation d'Élisabeth à poursuivre son entreprise
+ sur l'Écosse. _Ib._
+
+ 109e _Dépêche_.--22 mai.--
+
+ AU ROI. 157
+ Proposition d'un accord touchant Marie Stuart et l'Écosse. _Ib._
+
+ 110e _Dépêche_.--27 mai.--
+
+ AU ROI. 161
+ L'évêque de Ross mis en liberté. 163
+ Audience. _Ib._
+ Résolution du conseil d'éviter la guerre. 168
+ _Traité_ concernant l'Écosse. 169
+
+ 111e _Dépêche_.--1er juin.--
+
+ AU ROI. 171
+ Affaires d'Écosse. _Ib._
+ Exécution des Northon. 173
+ Bulle qui déclare Élisabeth hérétique. _Ib._
+
+ 112e _Dépêche_.--5 juin.
+
+ AU ROI. 174
+ Maintien du traité conclu. 175
+ Audience accordée à l'évêque de Ross. 176
+
+ 113e _Dépêche_.--11 juin.--
+
+ AU ROI. 178
+ Liberté de l'évêque de Ross. 179
+ Conditions de la restitution de Marie Stuart. _Ib._
+ Interrogatoire du duc de Norfolk. 180
+ _Mémoire général._ 181
+ _Mémoire secret._ Discussion sur le traité. 185
+
+ 114e _Dépêche_.--16 juin.--
+
+ AU ROI. 192
+ Changement dans les résolutions d'Élisabeth. _Ib._
+
+ A LA REINE. 196
+ Mesures de rigueur contre les catholiques. _Ib._
+
+ 115e _Dépêche_.--19 juin.--
+
+ AU ROI. 198
+ Audience. _Ib._
+
+ A LA REINE. 203
+ Nouvelles de la Rochelle. 204
+
+ 116e _Dépêche_.--21 juin.--
+
+ AU ROI. 206
+ Expédition de Bretagne. _Ib._
+ Nouvelles d'Allemagne. 208
+
+ A LA REINE (_Lettre secrète_) 209
+ Projets des protestans de France. _Ib._
+
+ 117e _Dépêche_.--25 juin.--
+
+ AU ROI. 212
+ Conditions du traité pour Marie Stuart. 214
+ Nouvelles d'Allemagne. 215
+
+ 118e _Dépêche_.--29 juin.--
+
+ AU ROI. 216
+ Audience. _Ib._
+
+ 119e _Dépêche_.--5 juillet.--
+
+ AU ROI. 222
+ Négociation touchant l'Écosse. _Ib._
+ _Mémoire général._ 223
+ _Mémoire secret._ Articles concernant Marie Stuart. 228
+
+ 120e _Dépêche_.--9 juillet.--
+
+ AU ROI. 230
+ Mission de Mr de Poigny. _Ib._
+ Combat de Sainte-Gemme, près Luçon. 232
+ Déclaration du duc d'Albe. 233
+
+ 121e _Dépêche_.--14 juillet.--
+
+ AU ROI. 234
+ Audience. _Ib._
+
+ 122e _Dépêche_.--19 juillet.--
+
+ AU ROI. 240
+ Audience. _Ib._
+
+ A LA REINE. 244
+ Espoir de la restitution de Marie Stuart. _Ib._
+
+ 123e _Dépêche_.--25 juillet.--
+
+ AU ROI. 246
+ Délibération concernant le duc de Norfolk. _Ib._
+ Préparatifs de guerre. 247
+ Nouvelles d'Allemagne. 248
+ _Mémoire général._ 250
+ _Mémoire secret._ Intrigues de l'Espagne. 254
+ Dispositions du cardinal de Chatillon. 256
+
+ 124e _Dépêche_.--30 juillet.--
+
+ AU ROI. 258
+ Crainte en Angleterre d'une ligue générale; armemens. _Ib._
+
+ 125e _Dépêche_.--6 août.--
+
+ AU ROI. 263
+ Visite de Mr de Poigny à Marie Stuart. _Ib._
+ Audience. 264
+
+ 126e _Dépêche_.--11 août.--
+
+ AU ROI. 269
+ Force de la flotte armée en guerre. _Ib._
+ Paix de France. 272
+ Exécution de Felton. 273
+
+ 127e _Dépêche_.--14 août.--
+
+ AU ROI. 274
+ Mission de Walsingham en France. _Ib._
+
+ 128e _Dépêche_.--18 août.--
+
+ AU ROI. 275
+ Audience. 276
+
+ A LA REINE. 278
+ Doutes sur la paix de France. 279
+
+ 129e _Dépêche_.--21 août.--
+
+ AU ROI. 280
+ Instructions de Walsingham. 281
+ Affaires d'Écosse. 283
+
+ A LA REINE. 284
+ Effet de la pacification. _Ib._
+
+ 130e _Dépêche_.--26 août.--
+
+ AU ROI. 285
+ D'une entreprise sur Calais. _Ib._
+ Instances de Marie Stuart. 287
+
+ 131e _Dépêche_.--5 septembre.--
+
+ AU ROI. 289
+ Audience. 290
+ Deuxième invasion en Écosse. 294
+ _Mémoire général._ _Ib._
+ _Mémoire secret._ Dévouement du duc de Norfolk à
+ Marie Stuart; projet de l'Espagne contre l'Angleterre. 299
+
+ 132e _Dépêche_.--10 septemb.--
+
+ AU ROI. 302
+ Mission de sir Henri Coban aux Pays-Bas. _Ib._
+ Troisième invasion en Écosse. 304
+
+ 133e _Dépêche_.--15 septemb.--
+
+ AU ROI. 304
+ Sortie de la flotte. _Ib._
+ Explications sur la dernière invasion en Écosse. 307
+ Message du cardinal de Chatillon. 308
+
+ 134e _Dépêche_.--19 septemb.--
+
+ AU ROI. 309
+ Négociation avec l'Espagne. 310
+ Affaires d'Écosse. 311
+
+ 135e _Dépêche_.--24 septemb.--
+
+ AU ROI. 313
+ Mouvement au pays de Lancastre. _Ib._
+ Conférence avec le cardinal de Chatillon. 314
+
+ 136e _Dépêche_.--29 septemb.--
+
+ AU ROI. 317
+ Négociation des Pays-Bas. 318
+ Mission de Mr de Vérac en Écosse. 319
+
+ 137e _Dépêche_.--5 octobre.--
+
+ AU ROI. 320
+ Retour de Walsingham. _Ib._
+ Cécil envoyé vers Marie Stuart. 321
+ Nouvelles d'Allemagne. 322
+
+ 138e _Dépêche_.--10 octobre.--
+
+ AU ROI. 323
+ Passage de la reine d'Espagne. 324
+ Prises faites par le capitaine Sores. 326
+
+ 139e _Dépêche_.--16 octobre.--
+
+ AU ROI. 327
+ Conditions proposées à Marie Stuart. 328
+ Soulèvement au pays de Lancastre. 330
+ _Mémoire général._ Intrigues de l'Espagne, affaires
+ d'Écosse. 331
+
+ 140e _Dépêche_.--17 octobre.--
+
+ AU ROI. 336
+ De l'alliance d'Écosse. 337
+
+ 141e _Dépêche_.--25 octobre.--
+
+ AU ROI. 339
+ Audience. _Ib._
+
+ 142e _Dépêche_.--30 octobre.--
+
+ AU ROI. 346
+ Négociation de Marie Stuart. _Ib._
+ Nouvelles d'Allemagne. 348
+
+ 143e _Dépêche_.--9 novembre.--
+
+ AU ROI. 350
+ Audience. _Ib._
+
+ A LA REINE. 355
+ Nouveaux détails d'audience. _Ib._
+ _Lettre secrète._ Proposition du mariage du duc d'Anjou
+ avec Élisabeth. 357
+ _Mémoire général._ 360
+
+ 144e _Dépêche_.--14 novemb.--
+
+ AU ROI. 365
+ Articles proposés à Marie Stuart. _Ib._
+ Nouvelles des Pays-Bas. 369
+
+ 145e _Dépêche_.--19 novemb.--
+
+ AU ROI. 371
+ Mission de lord Seyton. 373
+
+ 146e _Dépêche_.--25 novemb.--
+
+ AU ROI. 376
+ Déclaration du roi concernant l'Écosse. _Ib._
+
+ A LA REINE. 380
+ Détails d'audience. _Ib._
+
+ 147e _Dépêche_.--30 novembre.--
+
+ AU ROI. 382
+ Audience. 383
+ _Mémoire général._ Projet des catholiques dans
+ le pays de Lancastre;--Opinions émises dans le conseil
+ contre Marie Stuart;--Négociations de l'Angleterre avec
+ l'Espagne. 389
+
+ 148e _Dépêche_.--7 décembre.--
+
+ AU ROI. 394
+ Maladie de Marie Stuart. 397
+ Affaires des Pays-Bas et d'Allemagne. 398
+
+ 149e _Dépêche_.--13 décemb.--
+
+ AU ROI. 399
+ Négociation de Marie Stuart. _Ib._
+ Retour de sir Henri Coban. 400
+
+ 150e _Dépêche_.--18 décemb.--
+
+ AU ROI. 403
+ Préparatifs de départ de lord Buchard. _Ib._
+ Nouvelles d'Irlande. 405
+
+ 151e _Dépêche_.--23 décemb.--
+
+ AU ROI. 407
+ Rapport de Coban à son retour d'Allemagne. _Ib._
+ Instructions de lord Buchard. 408
+
+ 152e _Dépêche_.--29 décemb.--
+
+ AU ROI. 410
+ Audience. 411
+
+ A LA REINE (_lettre secrète_). 414
+ Négociation du mariage du duc d'Anjou. _Ib._
+ _Mémoire général._ 421
+
+ANNÉE 1571.--PREMIÈRE PARTIE.
+
+ 153e _Dépêche_.--6 janvier.--
+
+ AU ROI. 426
+ Nouvelles d'Espagne. _Ib._
+ Mouvemens dans les Pays-Bas et en Irlande. 427
+
+ 154e _Dépêche_.--13 janvier.--
+
+ AU ROI. 428
+ Affaires d'Écosse. _Ib._
+ Mission de lord Seyton. 429
+ Nouvelles d'Allemagne. 431
+
+ A LA REINE (_lettre secrète_). 432
+ Négociation du mariage. _Ib._
+
+ 155e _Dépêche_.--18 janvier.--
+
+ AU ROI. 433
+ Audience. _Ib._
+ Prise d'armes des Gueux. 437
+
+ A LA REINE (_lettre secrète_). 438
+ Négociation du mariage. _Ib._
+
+ 156e _Dépêche_.--23 janvier.--
+
+ AU ROI. 443
+ Audience. 444
+
+ A LA REINE (_lettre secrète_). 447
+ Négociation du mariage. _Ib._
+ _Avis_ sur les affaires d'Irlande. 450
+
+ 157e _Dépêche_.--31 janvier.--
+
+ AU ROI. _Ib._
+ Fêtes pour le retour d'Élisabeth à Londres. _Ib._
+ Affaires d'Écosse. 452
+ Nouvelles d'Allemagne. 453
+
+ A LA REINE (_lettre secrète_). 454
+ Négociation du mariage. _Ib._
+
+ 158e _Dépêche_.--6 février.--
+ AU ROI. 457
+ Nouvelles de Marie Stuart. _Ib._
+ Concession de l'Irlande faite par le pape au roi
+ d'Espagne. 458
+
+ A LA REINE (_lettre secrète_). 459
+ Négociation du mariage. _Ib._
+ _Mémoire général._ 462
+ _Mémoire secret_ sur la négociation du mariage. 466
+
+ 159e _Dépêche_.--12 février.--
+
+ AU ROI. 469
+ Négociation de Walsingham. _Ib._
+ Affaires d'Irlande. 470
+ Nouvelles d'Écosse. 471
+
+ 160e _Dépêche_.--17 février.--
+
+ AU ROI. 473
+ Affaires d'Écosse. _Ib._
+ Nouvelles des Pays-Bas. 476
+
+ 161e _Dépêche_.--23 février.--
+
+ AU ROI. 477
+ Audience. _Ib._
+ Convocation du parlement. 481
+
+
+ FIN DE LA TABLE DU TROISIÈME VOLUME.
+
+
+
+
+
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+Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième, by Bertrand de Salignac de la Mothe Fénélon
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