diff options
Diffstat (limited to '39201-8.txt')
| -rw-r--r-- | 39201-8.txt | 16954 |
1 files changed, 16954 insertions, 0 deletions
diff --git a/39201-8.txt b/39201-8.txt new file mode 100644 index 0000000..07a4774 --- /dev/null +++ b/39201-8.txt @@ -0,0 +1,16954 @@ +The Project Gutenberg EBook of Correspondance Diplomatique de Bertrand de +Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième, by Bertrand de Salignac de la Mothe Fénélon + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org/license + + +Title: Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième + +Author: Bertrand de Salignac de la Mothe Fénélon + +Release Date: March 19, 2012 [EBook #39201] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE *** + + + + +Produced by Robert Connal, Hélène de Mink, and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + +Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le +typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée +et n'a pas été harmonisée. + +Quelques caractères, en exposant dans l'original, et dont l'abrévation +n'est pas évidente ou non courante, ont été mis en accolade dans cette +version électronique. Ainsi, l'abréviation {lt} signifie livre +tournois. + +Texte imprimé en lettres gothiques dans le livre d'origine est +marqué =ainsi=. + + + + + CORRESPONDANCE + + DIPLOMATIQUE + + DE + + BERTRAND DE SALIGNAC + + DE LA MOTHE FÉNÉLON, + + AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE + + DE 1568 A 1575, + + + PUBLIÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS + + Sur les manuscrits conservés aux Archives du Royaume. + + + TOME TROISIÈME. + + ANNÉES 1570 ET 1571. + + + PARIS ET LONDRES. + + 1840. + + + + + DÉPÊCHES, RAPPORTS, + + INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES + + DES AMBASSADEURS DE FRANCE + + EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE + + PENDANT LE XVIe SIÈCLE. + + + + + RECUEIL + + DES + + DÉPÊCHES, RAPPORTS, + + INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES + + Des Ambassadeurs de France + + EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE + + PENDANT LE XVIe SIÈCLE, + + Conservés aux Archives du Royaume, + + A la Bibliothèque du Roi, + etc., etc. + + ET PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS + + _Sous la Direction_ + + DE M. CHARLES PURTON COOPER. + + PARIS ET LONDRES. + + 1840. + + LA MOTHE FÉNÉLON. + + + + + Imprimé par BÉTHONE et PLON, à Paris. + + + + + AU-TRÈS-NOBLE + + GEORGE HAMILTON GORDON + + COMTE D'ABERDEEN. + + CE VOLUME LUI EST DÉDIÉ + + PAR + + SON TRÈS-DÉVOUÉ ET TRÈS-RECONNAISSAINT SERVITEUR + + CHARLES PURTON COOPER. + + + + +DÉPÊCHES + +DE + +LA MOTHE FÉNÉLON. + + + + +LXXXIe DÉPESCHE + +--du IVe jour de janvier 1570.--(_Envoyée jusques à Callais par Jehan +Vollet._) + + Audience accordée par la reine d'Angleterre à l'ambassadeur de + France.--Désir du roi de rétablir la paix en son + royaume.--Satisfaction qu'il éprouve de ce que les troubles du + Nord paraissent apaisés en Angleterre.--Protestation + d'Élisabeth qu'elle ne désire rien tant que la réunion des + églises.--Instances de l'ambassadeur en faveur de Marie + Stuart.--Explications sur la conduite qu'il a dû tenir dans + cette négociation.--Nouvelles arrivées à Londres sur l'état des + affaires des protestans en France.--Nouvelles des troubles du + Nord; déroute des comtes de Northumberland et de Westmorland. + + + AU ROY. + +Sire, j'ay faict entendre à la Royne d'Angleterre que, pour la bonne +estime que Voz Majestez Très Chrestiennes ont de sa bonne et droicte +intention en l'endroit de voz affères et de la tranquillité de vostre +royaulme, vous n'avez sitost veu donner ung peu de commancement et +ouverture à la paciffication des troubles et guerres d'iceluy, que +vous ne m'ayez incontinent commandé de le luy notiffier, affin que, +devant toutz les aultres princes vos alliez, elle ayt le plaisir +d'entendre que les choses s'acheminent par la voye qu'elle a désiré; +et ainsy, luy particullarisant ce qui est advenu à la reddition de +Sainct Jehan d'Angely, et les propos que le sieur de La Personne vous +a tenuz, avec la vertueuse responce de Vostre Majesté, laquelle elle a +vollu curieusement lyre par deux foys, j'ay suivy à luy dire: qu'encor +que vous ayez grand occasion de vous rescentir des choses mal passées, +du costé de ceulx de la Rochelle, de ce qu'ilz ont mené une très +viollante et dangereuse guerre dans vostre royaulme, et y ont +introduict les armes et armées estrangières, à la grand ruyne de vos +bons subjectz; et qu'il soit maintenant en vostre pouvoir de prendre +par force toutes les places qu'ilz tiennent, et de poursuyvre et venir +bien à boult du reste qui est encore en campaigne; néantmoins vous +aymez mieulx uzer envers eulx de la clémence toutjour accoustumée à +vostre couronne, et plus usée de vostre règne, que de nul de toutz voz +prédécesseurs, et les regaigner par doulceur, que de les mener à +l'extrémité d'ung chastiment, espérant qu'ilz auront tant plus de +regrect de leurs deffiances passées, et persévèreront dorsenavant plus +constantment en la confiance, fidellité, et amour qu'ils doibvent à +Vostre Majesté, leur prince naturel, que moins ils espéroient d'estre +jamais receuz en vostre bonne grâce, laquelle néantmoins vous ne leur +avez différée d'ung seul moment, aussitost qu'ilz ont offert de +s'humilier et de se remettre en vostre obéyssance. + +La dicte Dame, d'ung visaige joyeulx, m'a respondu qu'à ceste heure me +voyoit elle, et oyoit mes propos, de trop meilleure affection qu'elle +n'avoit faict despuys ung an, et qu'elle rendoit grâces à Dieu d'avoir +miz au cueur de Voz Majestez Très Chrestiennes, et pareillement en +ceulx de vos subjectz, de retourner à ce mutuel bon ordre de vostre +bénignité envers eulx et de leur subjection envers vous; qu'elle vous +remercye mille et mille foys de luy avoir, ainsy soubdainement et +particullièrement, faict entendre en quoy les choses en sont, ès +quelles elle vous desire tant de bien et de bonheur que vous les +puissiez effectuer à vostre grand advantaige et au repoz de toute la +Chrestienté; et que, si son moyen y peult servyr de quelque chose, +elle le vous offre de tout son coeur, bien qu'elle ne peult fère que +ne porte quelque envye au bonheur de celluy qui a sceu si +oportunéement mettre en avant ce sainct et desiré propos, qu'il ayt +heu meilleur rencontre que quant, d'aultre foys, elle a entreprins +d'en parler; et qu'elle n'a regrect sinon à ce que voz subjectz +peuvent monstrer au monde que, pour leur avoir esté viollé vostre +propre éedict de la paciffication, tant par attemptatz contre leurs +vies, que par contraires lettres contre l'exercisse de leur religion, +ilz ayent heu quelque aparante coulleur de prendre les armes; non que +pourtant elle aprouve qu'ilz ayent bien faict, car plustost s'en +debvoient ils estre allez, et qu'il est tout certain que de quelles +persuasions qu'on luy ayt usé, qui n'ont esté petites, sur la +justiffication de leur cause, elle ne les a jamais volluz secourir. + +Je luy ay répliqué que tout le tort de ceste guerre se manifeste en ce +que ceulx de l'aultre party, en leur plus grande résistance, se +trouvent vaincuz par vos forces, et sont par vostre clémence surmontez +en leur humillité, et que cella vous faict prendre meilleure espérance +de voir bientost remiz vostre royaulme en son premier estat et +grandeur; adjouxtant, afin de parler de la réunion du sien, que ce que +je luy ayt dict de ceste réconcilliation de vos subjectz, Voz Majestez +desirent qu'elle le preigne pour ung tesmoignage que, comme vous +estes correspondant à son desir sur le bien de vostre royaulme, +qu'aussi bien le serez vous sur le bien et paciffication du sien, et +sur ce que vous entendrez bientost que ceste eslévation, qui a apparu +en son pays du North, est esteinte ainsi que je le vous ay desjà +mandé. + +La dicte Dame, usant là dessus de beaucoup de mercyementz, m'a fort +prié de vous assurer que toute ceste guerre du North est véritablement +achevée, et que le comte de Northomberland, se retirant en Ecosse, est +tumbé ez mains du comte de Mora; que le comte de Vuesmerland s'en est +fouy seul, et abandonné des siens, aux montaignes des frontières; et +que plus de cinq cents gentishommes des leurs sont prins, le reste +discipé, et plusieurs exécutez; et qu'elle ne prendroit que pour une +risée toute ceste entreprinse, tant elle a esté folle et légière, +n'estoit qu'il luy faict mal au cueur qu'il s'y soit trouvé meslé ung +seul homme de qualité.--«Car jamais subjectz, dict elle, n'eurent +moins d'occasion que les siens de mouvoir choses semblables contre +leur prince.» + +Et luy ayant seulement répliqué ce mot: «c'est qu'il est fort à +craindre que, tant que la division de la religion durera, que l'on +sera toutz les ans à recommancer,» elle m'a soubdain respondu qu'à la +vérité, puisque les Protestans commancent de proposer entre eulx, +assavoir s'il y a aucune cause pour laquelle l'on puisse, sellon Dieu +et conscience, se soubstraire de l'obéyssance d'ung prince, et le +démettre de son estat; ainsy que le Pape, de son costé, déclaire aussi +les estats de ceulx, qu'il tient pour scismatiques ou hérétiques, +toutz comis et vacquans; elle estime que toutes les couronnes de la +Chrestienté sont assez mal asseurées, et que, de sa part, elle ne se +montrera jamais opiniastre de ne se conformer aulx aultres princes +chrestiens, quant Dieu leur aura mis au cueur de procurer, toutz +ensemble, la réunyon de l'esglyze de Dieu. + +Après cella, Sire, j'ay mené le propos à parler de la Royne d'Escoce, +faisant toutjour instance de sa liberté, bon traictement et +restitution. Sur quoy elle m'a dict que Voz Majestez Très Chrestiennes +en avez parlé amplement à son ambassadeur, et qu'elle vous prie de +considérer que le différand est entre deux princesses qui vous sont +parantes, allyées et confédérées; desquelles vous debviez égallement +peser leur droict, et n'avoir en tant d'affection celluy de la Royne +d'Escoce que ne regardiez à conserver le sien; et qu'elle vous fera +remonstrer encores d'aultres choses par son dict ambassadeur, ès +quelles elle espère que vous luy ferez favorable responce; et ay +cogneu, Sire, que les propos que Voz Majestez ont tenu là dessus au +dict ambassadeur ont grandement esmeu la dicte Dame, à laquelle j'ay +dict que, puysque vostre intention se trouve conforme aulx +continuelles instances que je luy ay faictes icy de vostre part pour +la Royne d'Escoce, que je la suplye de déposer à ceste heure le cueur +et le courroux qu'elle a contre elle, puysqu'elle s'est justiffiée de +toutz ces troubles du North, pour se la randre désormais tant attenue +et obligée, qu'elle n'ayt à estre jamais rien tant que toute sienne; +et que, pour l'amour de Voz Majestez Très Chrestiennes, qui tant l'en +priez, elle veuille aussi faire quelque chose pour son bien, n'estant +possible que vous puyssiez laysser de le pourchasser tant que vous la +voyez restituée, ce que vous desirez toutesfoys estre sellon son gré +et contantement. + +Elle m'a promiz là dessus, qu'aussitost qu'une responce, qu'elle +attant d'Escoce, sera arrivée, elle ne diffèrera d'ung seul jour +d'entendre en l'affaire de la dicte Dame, et y prendre ung si bon +expédiant qu'elle espère que vous en serez contant; dont de tout ce +qui s'en résouldra elle mettra peyne que vous en soyez adverty: et +remettant, Sire, plusieurs aultres choses, que j'ay notées de ses +propos, au premier des miens que je vous dépescheray, je bayseray en +cest endroict très humblement les mains de Vostre Majesté, et +supplieray le Créateur qu'il vous doinct, Sire, en parfaicte santé, +très heureuse et très longue vie, et toute la grandeur et prospérité +que vous desire. + + Ce IVe jour de janvier 1570. + + Je crains assés qu'on veuille mettre en avant l'eschange de la + Royne d'Escoce et du comte de Northomberland; vray est qu'il ne + s'en entend encores rien. + + + A LA ROYNE. + +Madame, je mectz en la lettre, que j'escriptz au Roy, aulcuns propos +de la Royne d'Angleterre, touchant ceulx que, par les deux dernières +dépesches de Voz Majestez, vous m'avez commandé de luy tenir, sur +lesquelz me reste à vous dire, Madame, qu'il semble que ceste +princesse et les siens soyent bien ayses, mais diversement, qu'il se +face une paciffication en vostre royaulme; elle, affin d'estre exempte +de bailler secours à ceulx de la Rochelle, et ne venir à vous faire +quelque manifeste offance pour eulx, et mesmes aura plaisir que les +choses se facent à votre grand advantaige; et eulx, pour n'ozer +meintenant guières presser leur Mestresse de les secourir, ny +d'attempter rien qui vous puysse desplayre; mais ilz vouldroient que +l'advantaige demeurât à ceulx de l'aultre party, sur la soubmission +desquelz, laquelle leur ambassadeur a escripte par deçà, encores que +le jeune comte de Mensfelt fût desjà despêché, ilz le font temporiser, +affin d'attandre quelle yssue prendra ce que le Sr de La Personne en a +commencé de traicter. Et doublant assés que la paciffication ne s'en +puysse bien ensuyvre, luy et le Sr de Lombres incistent grandement de +fayre résouldre icy quelque secours de pouldres et d'armes, et de +quelque nombre de gens de cheval, pour l'envoyer à Mr l'Admyral, +s'esforceans de persuader qu'il est encores si fort qu'avec bien peu +d'ayde, il se monstrera plus relevé que jamais, et qu'on luy veuille +aussi (soubz caution) assister de quelques deniers, pour envoyer au +duc de Cazimir, affin de souldoyer des gens de pied, sans lesquelz il +n'oze mettre en campaigne les gens de cheval qu'il a toutz prestz; et +que d'ailleurs le prince d'Orange, voyant qu'une sienne entreprinse +qu'il avoit en Flandres est descouverte, se dellibère de tourner tout +son aprest aulx choses de France; lesquelles propositions demeurent +encores en suspens; et je metz peyne, en tout évènement, de les +retarder ou empescher, aultant qu'il m'est possible. + +Quant à ceulx du North, j'ai vollu vérifier si ce que m'en a dict la +dicte Dame estoit vray, parce qu'on luy déguyse assés souvent les +nouvelles; mais l'on m'a confirmé la route des deux comtes et de toute +leur armée, laquelle a esté de quinze mil hommes; dont y en avoit sept +mille de pied bien armez, et deux mil de cheval en aussi bon équipaige +qu'il s'en peult trouver en Angleterre; et que n'ayantz, pour leur +irrésolution et mauvais accord, ozé venir au combat, ilz se sont +retirez en la frontière d'entre l'Angleterre et l'Escoce, où celluy +de Northomberland et sa femme sont tumbez ez mains d'un armestrang[1], +qu'on a estimé le devoir incontinent livrer au comte de Mora; et que +celluy de Vuesmerland, en habit déguysé, s'en est fouy au plus haut +des montaignes, ayant pour ceste occasion ceste Royne envoyé casser +incontinent son armée, et révoquer le comte de Vuarvic. Mais aulcuns +estiment que le dict armestrang n'est pour consigner le comte de +Northomberland à celluy de Mora, ains plustost pour le relever et pour +luy ayder à remettre sus nouvelles forces. + + [1] Partisan, chef de bande. + +Au reste nul propos n'esmeust tant ceste Royne que quant on luy parle +de la Royne d'Escoce, et ce que Voz Majestez en ont dernièrement dict +à son ambassadeur a faict beaucoup d'effect envers elle. J'ay bien +vollu, pour mon regard, tirer de la propre parole de la dicte Dame ma +justiffication de ne luy avoir, sur les affaires de la dicte Royne +d'Escoce, ny en nulle autre matière, jamais dict ung seul mot qui +l'ayt peu offancer; de quoy elle m'a randu le tesmoignage tout clair +et prompt, que non seulement elle n'a trouvé jamais mauvaise, ains +très agréable, ma façon de parler, et la substance de toutz mes +propos, ainsy que je les luy ay dictz, et qu'elle vous fera expliquer +que ce qu'elle a prins à cueur de mon dire est pour luy avoir asseuré +que Voz Majestez réputeroient toucher à leurs propres personnes les +torts et indignitez qu'on feroit à celle de la Royne d'Escoce; et +qu'elle s'estime vous apartenir en si bonne part, qu'elle doibt bien +estre tenue en quelque compte et respect envers Voz Majestez aussi +bien que la dicte Royne d'Escoce. A quoy je luy ay satisfaict si bien +que, prenant rayson en payement, elle a promis d'entrer bientost en +quelque expédiant touchant les affaires de la dicte Dame; et m'a prié +au reste de vous escripre fort affectueusement que, à ce changement de +gouverneur de Bretaigne, il vous playse de commander à celluy qui +l'est meintenant, et à son lieutenant, de donner libre et sûr accez +aulx Angloix, de leur pouvoir aller demander justice; et que +dorsenavant ilz la leur vueillent administrer eulx mesmes, puysqu'il +n'est possible qu'ilz la puissent aulcunement avoir des officiers et +magistratz du pays, car ses dicts subjectz ne peuvent plus supporter +les oltraiges qu'ilz y reçoipvent ordinairement. + +Depuis le partement du Sr Chapin, l'on a fait exorter les estrangiers +de s'abstenir de tout commerce avec les subjectz du Roy d'Espaigne et +de ne couvrir aulcunement leurs trafficqs par lettres, ny soubz noms +empruntez d'aultres merchantz; et néantmoins la dicte Dame a +vollontairement offert au dict Sr Chapin d'admettre l'ambassadeur +d'Espaigne à parler et traicter avecques elle comme auparavant, sur le +moindre mot que le Roy d'Espaigne luy en vouldra escripre. + +Je bayse très humblement les mains de Vostre Majesté et prie Dieu, +qu'il vous doinct, etc. + + Ce IVe jour de janvier 1570. + + La Royne d'Angleterre, outre les susdicts propos, m'a très + honorablement parlé, et avec aparance de bonne affection, de Voz + Majestez et de Monseigneur vostre filz, et qu'elle avoit avec + grand playsir ouy, du filz de Mr Norreys, plusieurs actes + généreux et de grand vertu du Roy et de mon dict Seigneur, + lesquelz elle luy avoit faict réciter plus de deux foys, sellon + qu'il disoit les avoir veuz et les avoir aprins de ceulx qui les + sçavoient bien.--Ceulx de ce conseil, et mesmement le comte de + Lestre, m'ont faict pryer d'octroyer mon passeport au Sr + Barnabé, qu'ilz dépeschent, avec commission de ceste Royne, pour + aller recouvrer une grande nef vénicienne, chargée de plus de + cent cinquante mil escus de merchandize, qu'on envoyoit en ceste + ville, laquelle le capitaine Sores a prinse despuys ung mois; + affin que, si le dict Barnabé est rencontré par les gallères ou + navyres françoys, ilz ne luy facent poinct de mal. Je ne sçay + s'il yra poursuyvre le dict Sores jusques à la Rochelle. + + + + +LXXXIIe DÉPESCHE + +--du Xe jour de janvier 1570.-- + +(_Envoyée jusques à Callais par homme exprès._) + + Ferme persuasion où l'on est en Angleterre que la paix sera + conclue en France.--Nouvelles du Nord et de la + Flandre.--Meilleur traitement fait à la reine + d'Ecosse.--Crainte des Anglais que le roi, délivré de la guerre + civile, ne donne assistance aux Espagnols dans les Pays-Bas + pour attaquer l'Angleterre. + + + AU ROY. + +Sire, il est venu adviz à la Royne d'Angleterre, par la voye de la +mer, que ceulx de la Rochelle tiennent déjà comme pour conclud le +propos qu'ilz vous ont faict requérir de la paix; et, par ainsy, que +vostre royaulme s'en va hors de troubles, et vous, Sire, en bon trein +de remettre sus fort bien et bientost vos affères, sans qu'il +aparoisse que, pour toutes ces horribles guerres passées, il vous y +soit advenu aulcune diminution, ny en l'estendue de vostre estat, ny +en l'affection de vos subjectz, ains plustôt, une augmentation partout +de vostre grandeur; de laquelle le fondement, en cette mesmes +division, s'est monstré si ferme qu'on a opinion, s'il est une foys +bien réuny, que nulles forces humaines le pourront jamais esbranler. +Dont ceste Royne et les siens continuent, à ceste heure, de me fère +meilleure démonstration que jamais de vouloir persévérer en bonne paix +et amytié avec Vostre Majesté; et n'ont encore dépesché le jeune comte +de Mensfelt, ny rien respondu au Sr de Lombres, attendans si la fin du +dict propos viendra à bonne conclusion, ou bien s'il sera rompu. Et, +cependant, est arrivé ung homme d'Allemaigne, lequel, à ce que +j'entans, raporte que le Cazimir ne lève pas encores ses reytres, mais +qu'il a distribué, ces jours passés, une somme de deniers aulx +capitaines, affin d'estre pretz, quant il les mandera; et il parle +aussi des praticques et menées du prince d'Orange. + +Les choses d'icy ne monstrent, à ceste heure, guières grand mouvement, +estantz ceulz du North séparez et rompuz d'eulz mesmes, ainsy que je +le vous ay confirmé par mes précédantes du IIIIe de ce moys. Il est +vray que, de tant que les deux comtes ne sont au pouvoir de la Royne +d'Angleterre ny ne sont pour y estre aiséement livrez, parce qu'on +dict que celluy de Northomberland est avec milor de Humes et avec le +ser de Farmihirst, comme avecques ses amys; et celluy de Vuesmerland, +avec le comte d'Arguil, qui le trette bien; la chaleur de leur +entreprinse n'est encores réfroydie aulx cueurs des Catholiques, ny en +ceulz des malcontantz; lesquelz demeurent d'ailleurs en quelque +espérance du duc d'Alve, par la mesme peur et grande souspeçon qu'ilz +voyent que la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil se donnent +des aprestz qu'il faict, qui leur sont confirmez par plusieurs +secrectes lettres qu'arrivent ordinairement à la dicte Dame des Pays +Bas; et mesmes l'asseurent que, despuys le retour du marquis de +Chetona, le dict duc s'est résolu de vouloir recouvrer, commant que ce +soit, ses deniers, et les marchandises d'Espaigne arrestées par deçà, +et que, pour y commancer par quelque bout, il a commandé de consigner +toutz les biens des Anglois, qui estoient en Anvers, à certains +Gènevois qui ont faict ung party de six centz mil escuz avec le Roy +d'Espaigne; dont ceulx cy se préparent, avec grand dilligence, au long +de la coste qui regarde vers Flandres, pour résister à ses +entreprinses. Je prendray garde à quoy, jour par jour, cella +s'acheminera, affin de vous en donner toutjour adviz. + +Despuys la dernière instance que j'ay faicte à ceste Royne pour la +Royne d'Escoce, elle l'a faicte ramener à Tutbery, en la compaignie du +comte de Cherosbery seul; s'en estant celluy de Untington allé, qui a +esté du tout deschargé de sa garde, et elle remise en ung peu plus de +liberté, avec démonstration à monseigneur l'évesque de Roz de quelque +faveur davantaige en ceste court, et d'y mieulx recepvoir ses +remonstrances, qu'on n'avoit faict toutz ces jours passez. Ce qui nous +remect en quelque espérance que nous pourrons bientost (si nouvel +accident ne survient) obtenir une ou aultre provision ez affères de la +dicte Dame. Sur ce, etc. + + Ce Xe jour de janvier 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, ce qui s'espère de la paciffication des troubles de vostre +royaulme ne monstre aporter, à ceste heure, tant de soupeçon à la +Royne d'Angleterre ny aulx siens, comme il sembloit que, du +commancement, ilz eussent très ferme opinion que la fin de nostre +guerre seroit ung commancement à eulx d'y entrer. Il est vray qu'ilz +ne sont du tout dellivrez de cette peur, craignantz, à ce qu'ilz +disent, que l'estroicte intelligence, que le duc d'Alve a avecques Voz +Majestez, vous attire de son party contre l'Angleterre; car, +aultrement, il leur semble qu'ilz n'ont guières à le craindre, veu le +crédict et faveur de ceste Royne en Allemaigne. Et ainsy, ilz vont +temporisant avecques luy, sans admettre ny rejecter aussi les termes +de l'accord, espérantz qu'ilz se pourront, dans peu de jours, +esclarcyr de vostre cousté, pour sçavoir commant mieulx se conduyre du +sien; et n'estantz encores bien asseurez si le propos de la paix +prendra bonne résolution en France, ilz tiennent leurs dellibérations +en suspens, dillayantz la dépesche du jeune comte de Mansfelt, et leur +responce au Sr de Lombres; et pareillement de ne toucher aux affères +de la Royne d'Escoce, jusques à ce que leur ambassadeur, Mr Norrys, +leur ayt mandé la certitude du tout; et n'ont faict plus grand +empeschement à ung courrier du duc d'Alve, qui est arrivé depuys cinq +jours, que de l'avoir conduict à la court et visité seulement le +dessus de ses pacquetz, lesquels, se doutans bien qu'ilz estoient en +chiffre, l'ont renvoyé avec les dicts pacquetz bien cloz à Mr +l'ambassadeur d'Espaigne, et luy ont ottroyé passeport pour s'en +pouvoir retourner de dellà, bien qu'ilz ne layssent pourtant de vivre +toutjour en grande deffiance du dict duc. A l'occasion de quoy ilz +dressent de grandes forces et ordonnent beaulcoup de gens de cheval, +pistoliers, et renforcent les garnysons tout le long de la coste qui +regarde les Pays Bas; sur ce, etc. + + Ce Xe jour de janvier 1570. + + + + +LXXXIIIe DÉPESCHE + +--du XVe jour de janvier 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Callais par Olivier Cambernon._) + +Efforts que l'on fait en Angleterre pour impliquer le duc de Norfolk +et la reine d'Écosse dans la révolte du Nord.--Le comte de +Northumberland livré dans sa fuite au pouvoir du comte de +Murray.--Mission d'Elphinstone en Angleterre.--Proposition émise dans +le conseil de demander l'échange du comte de Northumberland contre la +reine d'Écosse.--Préparatifs de guerre faits en Allemagne pour +soutenir les protestans de France.--Forces redoutables réunies sur mer +par les protestans de France et d'Allemagne.--Négociations de +l'Angleterre avec les Pays-Bas.--Motifs politiques qui engagent +Élisabeth à soutenir les protestans de France; espoir que cependant la +paix ne sera pas troublée. + + + AU ROY. + +Sire, il ne se faict, à ceste heure, aulcune plus grande dilligence +par deçà, après avoir esteint l'eslévation du North, que de cercher +d'où elle est procédée, et qui sont les principaulx, qui ont heu +intelligence avec les deux comtes; en quoy s'engendrent plusieurs +malcontantemens et malveuillances qui se descouvrent toutz les jours +en plusieurs endroictz et villes de ce royaulme, et se continuent +jusques à la court; mesmes semble que, des champs où la guerre estoit, +elle se soit transférée ez cueurs et affections des hommes, et dict on +que de là procède le retardement de la liberté du duc de Norfolc, +lequel aultrement estoit en trein de sortir bientost de la Tour pour +estre remis en son logis de ceste ville; mais les divisions et +compétances de ceulx du conseil l'empeschent, lesquels veulent +monstrer qu'ilz concourent toutz contre la cause de l'eslévation, et, +encor que nulz manifestement ne le chargent de rien d'icelle, +néantmoins les ungs s'efforcent de l'y trouver embrouillé, et les +aultres de l'en déclairer exempt; ny n'est moindre leur contention sur +le faict de la Royne d'Escoce, soit pour le regard de la dicte +entreprinse du North, ou soit pour ses aultres affères, ès quelz ses +amys et serviteurs, qu'elle a en ce royaulme, ne se monstrent, pour +chose qui soit advenue, moins fermes en sa faveur, ny aussi ses +adversaires moins véhémentz contre elle que auparavant. Et cependant +le gouverneur de Barvich a envoyé à la Royne d'Angleterre une lettre +du comte de Mora, par laquelle, de tant que la dicte Dame ne l'a +vollue communiquer à personne et qu'elle a fait semblant d'y avoir +trouvé plusieurs vériffications de l'entreprinse du North, quelques +ungs des grandz en demeurent en peyne; et bientost après, est arrivé +devers elle le ser Nicollas Elphingston, très familier et inthime du +dict de Mora, lequel elle a curieusement et avec grand affection ouy, +mais ne se publie encores rien de l'occasion de sa venue, si n'est +qu'on dict qu'il a aporté la depposition du comte de Northomberland, +lequel estant enfin tumbé ez mains du comte de Mora, il l'a faict +mettre dans Lochlevin, où la Royne d'Escoce estoit prisonnière; mais +je crains que le dict Elphingston ayt charge de renouveller le propos +de consigner la Royne d'Escoce au dict de Mora, moyennant les ostages +qu'on luy a demandé, ou bien de fère l'eschange d'elle et du dict +comte de Northomberland, ce que je sçay avoir esté déjà proposé en ce +conseil, ainsy que je l'avois auparavant bien préveu; mais il semble +qu'il ne peult aucunement venir au cueur de la Royne d'Angleterre de +le debvoir fère, et y a aulcuns des siens qui ne sont pour le +consentyr, tant y a que la pouvre princesse et ceulx, qui portons icy +son faict, en sommes en grand peyne; mesmement à ceste heure que le +comte de Lestre, lequel a accoustumé de procéder d'une plus honneste +et généreuse façon envers elle que les aultres du dict conseil, s'en +est, pour quelque occasion (et croy que pour les différans de court), +allé en sa mayson de Quilingourt, où, toutesfoys, l'on croyt que la +Royne d'Angleterre ne le larra longtemps sans le fère revenir. + +J'entendz que ung secrétaire du comte Palatin vient d'arriver, lequel +fault que soit passé par Flandres (car la navigation de Hembourg et de +Hendein est serrée des glaces jusques en mars) ou bien échappé par la +France. Il est allé droict à Vuyndesor, et n'ay encores rien peu +aprandre de sa commission, si n'est par ung qui l'a observé en +passant, qui a comprins de luy qu'il vient pour avoir de l'argent, ou +bien lettre de crédit et de responce à certains juifz qui ont promiz +de fornir une somme en Allemaigne, et qu'il est tout certain que le +Cazimir et le prince d'Orange ont une armée preste pour entrer en +France, à ce prochain primtempz; dont le jeune comte de Mensfelt s'est +eslargy de dire, qu'aussitost qu'il arrivera en Allemaigne avec la +dépesche de ceste princesse, le dict de Cazimir commancera de marcher; +ce que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, lequel j'avois hier à +disner en mon logis, m'a confirmé, bien qu'il crainct, si le propos de +la paix se conclud en France, que tout cella aille tumber sur les bras +du duc d'Alve; et, ce pendant, le capitaine Sores a prins une seconde +nef vénicienne, plus riche que la première, et faict on compte que la +charge des deux vault plus de trois cenz mil escuz, oultre quatre +vingtz pièces de bonne artillerye qu'il y a dedans, et oultre les +deulx vaysseaulx, qui sont les deux meilleurs de la mer; de quoy toutz +les merchans, tant naturelz que estrangiers, de ce royaulme, demeurent +fort scandalizez contre Mr le cardinal de Chatillon, et requièrent +ceste Royne d'y pourvoir; mais, ou soit qu'elle et les siens n'ayent +moyen de le fère, ou bien que, pour s'exempter de prester de l'argent +à ceulx de la Rochelle, ilz leur veuillent permettre de se prévaloir +de ceste riche et grande prinse, ilz dissimulent et prolongent les +remèdes; et est à craindre que le dict Sores, avec tant de bons et +grandz vaysseaulx, et bien artillez, qu'il a à ceste heure, et le Sr +de Olain, et le bastard de Briderode, qui en ont ung aultre bon +nombre, ne tiennent dorsenavant bien fort subjecte ceste estroicte +mer, et mesmes qu'ilz ne dressent quelque entreprinse sur vos +gallères; bien qu'on m'a dict, Sire, que le dict de Olain est allé +jusques en Allemaigne porter soixante mil escuz au prince d'Orange du +butin de ses prinses de mer. + +Le Sr Thomas de Fiesque poursuyt d'accomoder icy le faict des deniers +et merchandises, prinses et arrestées par deçà sur les subjectz du Roy +d'Espaigne, au nom des merchans à qui elles appartiennent, proposant +que les deniers, qui sont en espèces, et pareillement ceulx qui +proviendront des merchandises, demeurent ez mains de ceste Royne +jusques à ung entier accord, en ce qu'elle leur permette de les +vandre, et qu'elle leur veuille bailler pour respondant la chambre de +Londres, de payer le tout à bons termes, après qu'elle s'en sera +servye. Sur ce, etc. + +Ce XVe jour de janvier 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, le surplus que j'ay à dire à Vostre Majesté, oultre le contenu +en la lettre que j'escriptz présentement au Roy, je le réserve à vous +mander par le Sr de La Croix, aussitost que l'ung des miens, qui sont +par dellà, sera arrivé, et n'adjousteray icy, Madame, si n'est qu'on +parle diversement en ce royaulme de la paix qui se trette en France, +estantz ceulx des deux religions en contraires espérances là dessus; +sçavoir: les Catholiques, que des grandes et notables victoires, que +Monseigneur vostre filz a gaignées, ayt à réuscyr ung accord fort +advantaigeux pour nostre religion et très honnorable pour le Roy; et +les Protestantz, que monsieur l'Admyral s'estant aulcunement reffect, +et près d'estre, dans six sepmaines ou deux moys, secouru du prince +Cazimir, n'ayt à quicter rien de ce qui apartient à la leur, ny en +l'exercisse, ny en l'establissement d'icelle dans le royaulme; et +estiment, les ungs et les aultres, que leur propre faict deppend du +succez des choses de dellà; dont, encor que la Royne d'Angleterre et +les plus modérez d'auprès d'elle dettestent assés les guerres des +subjectz, néantmoins, ceulx qui ont plus d'auctorité et de manyement +près d'elle, desirans que la part des Catholiques demeure fort oprimée +par deçà, condamnent en toutes sortes l'entreprinse de ceulx du North +comme inique, et luy coulorent de quelque équité celle de France et +luy persuadent, que du maintien d'icelle deppend la seureté de son +estat et du tiltre de son royaulme, et de la légitime qualité de sa +personne; laquelle aultrement seroit par les Catholiques tenue +illégitime. Ce qui faict, Madame, qu'encor que ceste princesse ayt +grand regrect à la prinse de ces deux grandes nefz véniciennes, et +qu'elle sente que, pour aulcun respect, il tourne au préjudice de sa +réputation que, l'une, en partant d'icy, et l'aultre, en y arrivant, +ayent esté prinses en la plaige et quasi dans les portz de son +royaulme; néantmoins, pour n'incommoder ceulx de la dicte religion, +iceulx de son dict conseil la contraignent de différer et dissimuler +le remède, que très volontiers elle donroit aulx merchans; et le +secrétaire Cecille a assés soubdain respondu à ceulx qui l'en ont +sollicité, que ceulx de la Rochelle avoient guerre contre les +Véniciens, parce qu'ilz ont preste de l'argent au Roy; et mesmes, +aulcuns à ce propos m'ont interrogé si la Royne de Navarre n'estoit +pas en actuelle possession de quelque partie de son royaulme, ayant +esté proposé en ce conseil, si, comme Princesse Souveraine, elle ne +pouvoit pas déclarer une guerre, après l'avoir jugée juste et +légitime. Sur quoy, me doubtant bien pourquoy l'on me faisoit ceste +demande, j'ay respondu que la dicte Dame n'a rien qui ne soit, ou +mouvant de la couronne de France, ou tenu soubz la protection +d'icelle, et ainsy n'ont rien gaigné sur moy de cest endroict. + +J'ay receu l'acte de mainlevée, qui a esté faicte à Roan, des biens +des Anglois, de laquelle ceste Royne et les siens se sont fort +contentez, et ont, de leur part, desjà procédé de mesmes à la +restitution des biens que les Françoys ont peu monstrer leur apartenir +par deçà, et continuent encores toutz les jours de leur faire justice. +Ilz se plaignent seulement de Bretaigne, et suplient Vostre Majesté +d'y donner ordre. Il me semble qu'en toutes sortes, ceste Royne et le +général de son royaulme veulent persévérer en bonne paix, et ouverte +amytié, avecques Voz Majestez Très Chrestiennes; mais que, en +particullier, aulcuns passionnez feront toutjour, soubz main, tout ce +qu'ilz pourront, et icy, et en Allemaigne, pour ceulx de la Rochelle, +et feroient davantaige si, avec vostre authorité, je ne mettois peyne +de les empescher. Sur ce, etc. + + Ce XVe jour de janvier 1570. + + + + +LXXXIVe DÉPESCHE + +--du XXIe jour de janvier 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusgues à Callais par Letorne, estant le sieur de La +Croix tumbé malade, dont il est allé à Dieu._) + + Intrigues à la cour de Londres; rivalités entre Leicester et + Cécil.--Nombreuses exécutions faites par le comte de Sussex à + la suite de la révolte du Nord.--Modération du comte de Warwick + à l'égard des insurgés qui sont tombés en son pouvoir.--On + croit que les Ecossais aideront le comte de Westmorland à + rentrer en Angleterre.--Négociation d'Elphinstone.--Crainte que + l'on doit avoir en France du côté d'Allemagne.--Sollicitation + faite auprès de la reine d'Écosse par le comte de Huntingdon + pour qu'elle consente à se marier avec Leicester.--Clauses d'un + traité qui lui est proposé pour son + rétablissement.--Préparatifs faits par le prince d'Orange + contre les Pays-Bas.--_Avis_ donné au roi de divers bruits que + l'on fait courir à Londres sur les mésintelligences qui se + seraient élevées à la cour de France.--_Mémoire secret_. + Soupçons élevés contre le duc de Norfolk, le duc d'Albe, la + reine d'Écosse, et l'ambassadeur de France au sujet de la + révolte du Nord.--Menées du duc d'Albe en + Angleterre.--Déclaration d'Élisabeth que la reine d'Écosse a + formé le projet de s'emparer de la couronne d'Angleterre pour + réduire le royaume à la religion catholique.--Proposition faite + par l'ambassadeur d'Espagne au roi de France de former une + ligue pour rétablir Marie Stuart sur le trône d'Écosse, et la + religion catholique en Angleterre.--Conduite qu'a dû tenir + l'ambassadeur de France à cet égard.--Projets que l'on doit + supposer à l'Espagne. + + + AU ROY. + +Sire, pour l'occasion des troubles du North, la Royne d'Angleterre, +au commancement de ceste année, a advisé d'augmenter son conseil d'ung +nombre de personnaiges miz à sa dévotion, lesquelz elle a pourveuz +d'aulcuns offices qui vacquoient de longtemps, qui ont lieu en son +dict conseil, comme est le contrerolleur, trézorier, vychambrelan, et +aultres de sa mayson; en quoy la contention n'a esté petite en sa +court, entre ceulx qui aspiroient à cella, ou pour eulx mesmes ou pour +y en mettre de leur faction, ou bien pour empescher qu'il n'y en +entrât plus grand nombre; et est advenu, par le moyen du comte de +Lestre, que le sire Jacques Croft a esté faict contrerolleur, bien +qu'on ayt cryé qu'il estoit papiste; mais, possible, l'y a t on admiz +plus vollontiers pour estre auculnement estimé ennemy du duc de +Norfolc, et le Sr de Frocmarthon, qui y prétandoit grandement, a esté +du tout descheu pour ceste foys, demeurant comme banny de court; et +semble que, pour ces contentions, le comte de Lestre se soyt despuys +absenté, et qu'entre luy et le secrétaire Cecille, lequel est en plus +grand crédict que jamais, y ayt beaulcoup de simulté, et que +néantmoins il ne sera longtemps sans revenir. + +Le comte de Sussex poursuyt de fère de grandes exécutions à Durhem et +Artelpoul, et aultres lieux de son gouvernement, sur ceulx qui avoient +prins les armes, ayant desjà faict pendre, outre ceulx du commun, bien +cent personnaiges de qualité, baillifz, connestables ou officiers, et +pareillement les prestres qui estoient avec eulx, nomméement le Sr +Thomas Plumbeth, estimé homme fort sçavant et de bonne vie, et pense +l'on qu'il se monstre aussi véhément, pour effacer le souspeçon qu'on +a heu de luy; et, au contraire, le comte de Vuarvich s'y porte fort +modestement, lequel a envoyé supplier la Royne d'octroyer rémission à +ces pouvres gens, ce que, en partie, elle a concédé; et l'admyral +Clinton est demouré encores à Vuodderby, avec mil hommes, pour +contenir le pays, et pour empescher que le comte de Vuesmerland, avec +l'assistance des Escossoys, ne puisse rentrer en armes en Angleterre, +ce que l'on crainct assés qu'il face, parce qu'il est avec le ler de +Farnihyrst, affectionné serviteur de la Royne d'Escoce, et que les +aultres principaulx de l'entreprinse sont avecques d'aultres seigneurs +escossoys, leurs amiz, de ce mesme party; et que aulcuns se sont +acheminez à Dumbertran. Le seul comte de Northomberland a esté prins +et livré au comte de Mora, qui l'a incontinent faict mettre dans +Lochlevyn; et a soubdain dépesché devers ceste Royne le Sr Elphiston, +son familier, lequel, à ce que j'entendz, raporte plusieurs choses de +la depposition du dict de Northomberland, et plusieurs aultres, pour +fère acroyre que la Royne d'Escoce et l'évesque de Roz ont induict le +dict de Northomberland de prendre les armes; à quoy semble qu'on +n'adjoute grand foy: et, d'abondant, monstre excuser le dict de Mora +de ne pouvoir, en bonne conscience, ny sellon son honneur, ny encores +sellon les loix du royaulme d'Escoce, rendre icelluy comte, mais par +mesme moyen, il faict instance à la Royne d'Angleterre de luy prester, +pour chose fort importante au bien des deux royaulmes, une somme +d'argent; et tout ainsi qu'on luy donne l'espérance qu'il en pourra +avoir, il la donne, encores plus grande, que le dict de Northomberland +pourra estre randu, et espère davantaige qu'en le rendant, il se +pourra aussi tretter de randre au dict de Mora la Royne d'Escoce: dont +il prépare de s'en retourner en grand dilligence devers luy. + +Cependant, Sire, nous ne serons paresseulx de luy préparer toutz les +obstacles qu'il nous sera possible, et pareillement au secrétaire du +comte Pallatin, lequel demande en général assistance de deniers, affin +de lever gens pour les secours et deffance de la nouvelle relligion en +France, et pour fère une descente contre le duc d'Alve en Flandres; +dont aulcuns estiment qu'il ne s'en retournera sans quelque provision, +tant y a qu'il ne luy a esté encores respondu sellon son desir. +Néantmoins, je vous supplie très humblement, Sire, de fère +soigneusement prendre garde aulx mouvemens d'Allemaigne; car l'on +tient icy pour chose fort certayne qu'il y a armée preste, et qu'elle +n'est pour aller en Flandres, ny pour s'adresser ailleurs qu'en +France, tant que la guerre y durera, et que le Sr d'Olain a porté au +prince d'Orange plus de six vingtz mil escuz, oultre que les bagues de +la Royne de Navarre sont en Allemaigne, et les nefz véniciennes, +riches de trois centz mil escus, sont desjà arrivées à la Rochelle; et +quant bien ceste Royne ne vouldra rien débourcer, les esglizes +protestantes de son royaulme ne lairront pourtant d'y envoyer quelque +notable subvention, comme celle de l'année passée, qui fut de cent mil +escuz, ny la dicte Dame, quant bien ne le vouldroit, ne le pourra +contredire, tant le feu de cette matière est, à ceste heure, ardemment +espriz en ce royaulme comme je croy qu'il est de mesmes ailleurs. + +La Royne d'Escosse est meintennant à Tutbery, accompagnée seulement du +comte de Cherosbery et des siens, qui luy octroyent plus de liberté +qu'ilz ne souloyent; elle se porte bien, et encores que plusieurs +choses se soyent opposées aulx espérances que nous avions de ses +affères, il nous en reste quelques aultres qui, possible, viendront à +bon effect; et j'ay desjà quelque adviz que ceux de son party en +Escosse prétendent de se mettre bientost en campaigne, remectant, +Sire, au Sr de La Croix de vous faire entendre aulcunes aultres +particullaritez, sur lesquelles je vous supplie très humblement luy +donner foy. Sur ce, etc. + + Ce XXIe jour de janvier 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, par le contenu de la lettre que j'escriptz au Roy, et par +l'instruction que j'ay baillée au Sr de La Croix, je fays entendre à +Vostre Majesté les principalles choses, qui me semblent regarder +meintenant icy l'intérest des vostres; et ne vous diray davantaige, +Madame, si n'est que le comte de Huntington, pendant qu'il a esté à la +garde de la Royne d'Escosse, l'a si souvant sollicitée de se départir +du propos du duc de Norfolc, pour entendre à celluy du comte de Lestre +son beau frère, que, pour ne se pouvoir la dicte Dame excuser de +quelque responce, elle luy a dict que, pour ceste heure, elle n'avoit +rien moins à penser qu'à se marier, et qu'aussi le comte de Lestre +avoit bien toute aultre prétencion, avec ce que, si elle contradisoit +meintennant au desir de ces seigneurs, qui luy avoient si expressément +escript en faveur du duc, elle craignoit fort de les irriter et +offancer, et que le comte de Lestre mesmes, qui en estoit l'ung, +prendroit une fort mauvaise opinion d'elle. De quoy l'aultre ne se +contantant, et la pressant de luy fère une plus particullière +responce, elle, enfin, luy a dict tout rondement, que, si la Royne +d'Angleterre et les siens, lesquelz luy avoient proposé le duc, ne +trouvoient bon que le propos passât en avant, qu'elle estoit toute +résolue de n'espouser jamais Anglois. Sur ce il s'est advancé de dire +qu'elle faisoit fort bien, car aussi tout ce royaulme inclinoyt à ce +desir, et qu'il voyoit que, nonobstant toutz empeschemens, avant ne +fût deux ans, elle et le duc seroient maryés ensemble. Puys luy a +parlé fort expressément de quatre choses; la première, de tretter +conjoinctement, entre l'Angleterre et l'Escosse, de l'establissement +de la nouvelle religion; la segonde, de fère une bien seure et +perpétuelle ligue entre les deux royaulmes; la troisiesme, de +consentyr que, par décrect de parlement, ce royaulme soit, après elle, +toutjour transféré aulx mâles plus prochains de la couronne, parce que +le dict de Huntington vient de l'estoc d'iceulx; et la quatriesme, que +Voz Majestez Très Chrestiennes veuillez depputter aulcuns pour +assister, de vostre part, icy, aulx choses qui seront proposées, entre +la dicte Dame et ses subjectz, sur la restitution d'elle, et sur le +faict du feu Roy d'Escoce son mary. Et a adjouxté que monsieur le +cardinal de Lorrayne feroit bien, comme prochain parant, d'intervenir +au jugement d'une si grande cause. + +Nous sommes après pour sçavoir d'où sont parvenus ces propos, et +semble que le dict comte de Lestre ne les advouhe, et que mesmes il +pense que la Royne d'Angleterre sera fort courroucée contre le dict +Huntington, quant elle les saura, et que tout cella est party de +l'invention du secrétaire Cecille. La dicte Royne d'Escoce a tiré ung +adviz du dict de Huntington, que le prince d'Orange praticque de fère +descendre dix mil Anglois en Flandres, et qu'avec cella, et ce qu'il +prépare en Allemaigne, joinct l'intelligence du pays, il espère d'en +chasser le duc d'Alve et les Espaignols, ce qui a esté notiffié à +l'ambassadeur d'Espaigne. Sur ce, etc. + + Ce XXIe jour de janvier 1570. + + +AULTRE LETTRE A LA ROYNE + + (_du dict jour, écrite en chiffres_). + +Madame, parce qu'on publie, icy, à mon grand regrect, qu'il n'y a bon +accord entre le Roy et Monsieur, son frère, voz enfantz, et que douze +des principalles citez de France s'opposent à ce que Voz Majestez ne +puissent aulcunement accommoder, par voye de paciffication, les +guerres de vostre royaulme; qui sont deux choses dont Vostre Majesté +auroit, de la première, le plus extrême desplaisir, et nous, le plus +notable dommaige qui nous pourroit onques advenir; et la segonde +seroit pour torner à une fort pernicieuse conséquence contre +l'auctorité du Roy, et droictement contre la vostre; mesmes qu'on m'a +dict qu'en quelques endroictz du monde l'on faict desjà des desseings +là dessus, et que ceste Royne m'en pourra possible toucher quelque +mot, je vous suplie très humblement, Madame, me commander ce que +j'auray à luy en respondre, ensemble à plusieurs seigneurs de ce +royaulme, et mesmement aulx Catholiques, qui envoyent souvant m'en +interroger, lesquelz demeurent toutz esbahys et desconfortez de ce +que, sept sepmaines a, je n'ay nulles nouvelles de Voz Majestez; +ausquelz toutesfoys j'ay bien desjà desnyé l'une et l'aultre de ces +nouvelles, comme les tenant toutes deux fort faulces, et sur ce, etc. + + MÉMOIRE ET INSTRUCTION de ce que le Sr de La Croix a à dire à + Leurs Majestez, oultre le contenu de la dépesche. + + De ces troubles du North, qu'encor qu'ilz ayent esté bientost + apaysez, néantmoins, parce que, en mesme temps, s'est descouvert + qu'en Norfolc l'on avoit entreprins de se saysir des armes, qui + estoient ez maysons du duc de Norfolc, et de contraindre le sire + Henry Hemart, son frère, d'estre chef d'une troupe de douze mil + hommes qui se tenoient prestz pour marcher droict à la Tour de + Londres, affin de tirer icelluy duc de pryson; et que, en Galles, + les choses ne se monstroient guières plus paysibles, ceste Royne + est demeurée en plusieurs doubtes et deffiances de ses subjectz. + + Ce qui luy est augmenté par l'opinion, qu'elle a, que + l'intelligence du duc d'Alve y soit bien avant meslée, sellon + que, par l'examen d'aulcuns du North, qui ont esté exécutez, et + de la depposition du comte de Northomberland, laquelle celluy de + Mora a envoyée, il semble que cella luy ayt esté confirmé. + + En laquelle depposition, oultre que le dict de Northomberland + charge les plus grandz de ce royaulme, l'on dict qu'il affirme, + qu'ainsy que luy et le comte de Vuesmerland furent en campaigne, + l'ambassadeur d'Espaigne et l'évesque de Roz envoyèrent devers + eulx ung homme exprès, avec lettres, pour les conforter à leur + entreprinse, et leur promettre un prochain secours du duc d'Alve, + et pareillement de France, s'ilz se saysyssoient de quelque port. + + Duquel acte de l'évesque de Roz la dicte Dame a prins argument + que la Royne d'Escoce, sa Mestresse, a bien peu estre mellée en + cella, et par conséquent moy à cause d'elle; car, aultrement, + elle n'a aulcune conjecture que je m'en soys entremiz, ny que + deçà ny dellà la mer il y ayt esté mené aulcune pratique au nom + du Roy; et le dict acte n'est suffizant pour luy en fère prendre + guières grande opinion, parce qu'il ne se trouve que j'aye rien + escript, ny mesmes que j'aye dict une parolle, ny heu aulcune + conférance, avec personne qu'elle ayt occasion de souspeçonner. + + Elle reçoit assés souvant lettres d'aulcuns siens secrectz + serviteurs, qui sont en Flandres, qui l'advertissent que le duc + d'Alve prépare des entreprinses contre ce royaulme; et que la + plus part de la noblesse d'Angleterre sont de son party; et que + plusieurs d'icelle ont desjà receu force escuz au soleil de luy; + dont j'entends que milord de Coban, depuys naguières, a envoyé + quatre des dictes lettres tout à la foys en ceste court, les deux + signées de noms supposez et les aultres non signées lesquelles + estant leues; au conseil auquel s'est trouvé le comte de Pembrot, + toutz les Protestantz ont incontinent jetté les yeux sur luy, et + il a fort hardyment répondu que ceulx qui escripvoient telles + lettres estoient toutz meschantz d'accuser ainsy en général la + noblesse d'un royaulme, et, s'ilz avoient cueur ny valleur, ilz + debvoient nommer ceulx qui ont prinz ces escuz et se nommer eulx + mesmes pour le leur maintenir, mais que ce n'estoient que + menteries, et que, quant la Royne, sa Mestresse, aura ses + subjectz bien uniz, les effortz du duc d'Alve luy seront bien + aysés à repousser. + + Pour l'occasion de ces advertissements, l'on dict que la dicte + Dame et ceulx de son conseil ont advisé de dresser une grand + milice, d'envyron quatre vingtz dix mil hommes de pied et trente + mil chevaulx en trois endroictz de ce royaulme; sçavoir: trente + mil hommes de pied et dix mil chevaulx du costé de France vers le + Ouest; aultant en Suffoc, Norfolc et Germue, qui regarde le pays + de Flandres; et le tiers restant vers le costé du North contre + l'Escoce; de quoy l'on asseure que les rolles et descriptions + sont desjà bien avancez, et que surtout l'on s'esforce de dresser + grand nombre de pistolliers, et mettre à cheval beaulcoup plus + d'hommes qu'on n'a oncques faict de nul aultre règne. + + Tout cest ordre est conduict par ceulx de la nouvelle religion, + lesquelz, pour l'occasion des victoires du Roy et des batailles + que Monsieur, son frère, a gaignées, et des préparatifs du duc + d'Alve, et de ce qu'il leur semble qu'il se va trop establissant + en Flandres, aussi pour la réduction du nouveau roy et du + royaulme de Suède à la religion catholique, et pour le mouvement + des Catholiques de ce pays, ilz sont entrez en grandes + délibérations, et ont tenu plusieurs conseils comme ilz pourront + conserver et maintenir leur nouvelle religion. + + Et, bien que ceste Royne n'est d'elle mesme mal affectionnée à la + partie des Catholiques, ains seroit pour requérir fort + vollontiers la réunyon de l'esglize et ne s'opposer guières à ce + qu'elle se fît par ung bon concille; néantmoins les Protestans la + retiennent par une véhémente persuasion qu'ilz lui ont donné de + la perte de son estat, si elle n'est toujours opposante à + l'authorité de l'esglize romaine. + + Ce que je conjecture par le propos qui s'ensuyt, lequel elle m'a + naguières tenu, c'est qu'elle dict avoir deux grandes occasions + de regarder de bien prez au faict de la Royne d'Escoce; l'une, + parce que la dicte Dame ne s'est pas attribuée le tiltre de ce + royaulme sans une bien profonde dellibération, et sans une fort + grande opinion de son droict; l'autre, qu'elle voyt bien que la + dicte Dame se veult prévaloir de la division de la religion, et + cerche de s'insinuer par là ez cueurs de la noblesse + d'Angleterre, et que desjà plusieurs briefz du Pape ont été + interceuz, par lesquelz il déclare absoulz ceulx qui cy devant + ont obéi à elle, bien que illégitime et scismatique, pourveu + qu'ilz veuillent dorsenavant recevoir la Royne d'Escoce pour leur + Dame et Princesse. Et a adjouxté qu'on se trompoit bien en cella; + car, encor que le feu Roy, son père, eust espousé la Royne, sa + mère, à la religion protestante, il a toutesfoys obtenu le + rescript du Pape là dessus; par laquelle persuasion des dictz + briefz, que je croy estre chose supposée, les Protestants + retiennent bien fort le cueur de ceste princesse contre les + Catholiques et contre la Royne d'Escosse, bien que j'ay miz peyne + de luy en diminuer l'opinion tant que j'ay peu. + + =>Chiffre.= [Le premier jour de ceste année 1570, et le Xe + ensuyvant, monsieur l'ambassadeur d'Espaigne et moy avons esté en + conférance en mon logis sur l'estat des choses de ce royaulme, et + avons considéré que, puysque les Catholiques n'ont heu le cueur + de s'ozer prévaloir de la première prinse d'armes qu'ilz avoient + faicte avec une assemblée de quinze mil hommes, où y en avoit bon + nombre de pied et de cheval bien armez et en bon équipage, et + avec ung assés heureux commancement, sans que les Protestans + fussent préparez ny pourveus pour leur résister, qu'il sera bien + mal aysé, qu'à ceste heure qu'ilz les ont comme advertys, ilz + puissent rien plus entreprendre; et qu'estant, au reste, le duc + de Norfolc prisonnier, le comte d'Arondel fort réfroydy, celluy + de Pembrot retourné à la court pour servir à ses amys, et + conserver ses estatz et les estatz de ses enfans, milor de Lomelé + encores en arrest et toutz les Catholiques en général fort + inthimidez, qu'il est dangier que les Protestans, qui sont seulz + en authorité, viegnent à tumultuer plus que jamais, et mener + leurs pratiques, icy et en Allemaigne, et pareillement leurs + entreprinses par mer et par terre, plus ouvertement qu'ilz n'ont + encores fayct. Dont le dict ambassadeur, après que nous avons heu + accordé l'ung à l'aultre ce que chacun de nous avons peu sentir + que les dictz Protestans menoient contre l'intérest de nos + Mestres, il m'a dit que le sien et pareillement le duc d'Alve + avoient une très grande affection que ce royaulme fust réduict à + la religion catholique, parce qu'on ne peult espérer que + oltraiges et indignitez d'icelluy, tant qu'il demeurera entaché + de ceste nouvelle religion; et, de tant qu'il s'asseuroit que le + Roy, Mon Seigneur, avoit le semblable desir, il me prioyt fort + affectueusement de lui persuader qu'il voulût escripre + promptement une lettre au Roy Catholique, son beau frère, par + laquelle il luy mît en avant la commune entreprinse d'entre eulx + deulx contre l'Angleterre pour la restitution de la Royne + d'Escosse, seulement, comme pour cause juste et apartenant + proprement à Sa Majesté Très Chrestienne, et en laquelle il le + pryât d'y vouloir employer ses forces; ce que le dict ambassadeur + asseuroit que le dict Roy, son Mestre, accorderoit de fère plus + vollontiers qu'il n'en seroit requis, et qu'après cella, les deux + ensemble tinsent leur armement prest pour l'heure que nous, qui + sommes sur les lieux, leur manderons; car, si les choses + d'Angleterre n'étoient prinses sur le poinct qu'elles se + présentent, elles estoient si soubdaines qu'on les perdoit + incontinent; + + Et que j'advertisse aussi Leurs Majestez Très Chrestiennes + d'envoyer promptement devers le comte de Mora, pour le garder de + ne randre les comtes de Northomberland et Vuesmerland à la Royne + d'Angleterre; et que, pour la confédération que la France a non + tant avec la Royne d'Escosse que avec sa couronne et avec toutz + les Escossoys, ilz le voloient bien admonester de son debvoir en + ce qui se offre, affin qu'il ne face ce tort à l'honneur de ce + royaulme, où les dictz comtes ont heu leur reffuge, que de les + randre au mandement des Anglois; et que mesmes, pour estre les + biens et estats de toutz deux en la terre débattable, ou en celle + de la conqueste faicte sur l'Escosse, qu'il se présente occasion, + par leur moyen, de la recouvrer. + + Ces mesmes choses m'a il faict despuys remonstrer par l'évesque + de Roz, lequel toutesfoys ne les a prinses, pour luy mesmes, en + suffisant payement de ce que, au nom de sa Mestresse, il a pryé + le dict Sr ambassadeur de fère meintenant descendre en Escosse le + secours de quatre mil hommes, et cent mil escuz, que le duc + d'Alve a mandé avoir toutz prestz pour envoyer aulx deux comtes, + s'ilz eussent peu meintenir encores quinze jours les armes; et + qu'à cest effect, elle fera passer quelques seigneurs d'Escosse + devers le dict duc pour adviser avecques luy de leur descente et + réception dans le pays, et, si besoing est, elle envoyera un + gentilhomme jusques au Roy d'Espaigne pour avoir son + commandement; en quoy le dict ambassadeur a seulement promiz d'en + escripre, mais qu'il failloit que, de mon costé, je fisse en + dilligence ce qu'il m'avoit dict, et que surtout l'on fût bien + advisé de ne toucher entre Leurs Très Chrestienne et Catholique + Majestez ung seul mot du faict de la nouvelle religion de peur de + mouvoir les Allemans.] + + Je n'ay monstré aux dictz sieurs ambassadeur et de Roz que toute + bonne affection en ce qu'ilz m'ont proposé, sinon que je leur ay + allégué aulcunes difficultez pour les présentes guerres de + France, et que, pour le dangier des pacquetz, j'estimois qu'il + seroit meilleur que le duc d'Alve envoyât sur le lieu tretter par + quelq'un des siens ou bien par Dom Francès [le faict de + l'entreprinse contre l'Angleterre] que non que le Roy en + escripvît au Roy, son Maistre; et que, d'empescher la reddition + des deux comtes, de tant que celluy de Mora s'est monstré trop + adversaire de la Royne d'Escosse, mal vollontiers le Roy le + vouldra requérir, ny de cella ny d'aultre chose, sans toutesfoys + que je leur aye reffuzé, ny accordé aussi d'en rien escripre à + Leurs Majestez; vray est qu'auparavant il avoit esté desjà donné + tout l'ordre qu'on avoit peu [pour envoyer empescher en Escosse + que les deux comtes ne soyent rendus]. + + L'ambassadeur d'Espaigne a très bonne affection à la religion + catholique, et procède fort droictement en tout ce qui est pour + l'advancement d'icelle; il fault considérer aussi qu'il peult + bien en ces choses estre aultant esmeu du desir qu'il sçayt que + le Roy, son Maistre, a de recouvrer l'argent et merchandises de + ses subjectz, prinses et arrestées par deçà, et de se vanger des + offances receues en cella, et pareillement de celles que le duc + d'Alve se sent en particullier fort picqué, pour les indignitez + usées à luy mesmes et à ceulx qui sont venuz de sa part, que non + de l'intérest de la couronne d'Escosse, ny pour vouloir diminuer + la grandeur de celle d'Angleterre, qui est alliée de la maison de + Bourgogne; ou bien qu'il cognoist que, si ceste Royne sent que le + Roy conviegne avec le Roy d'Espaigne contre elle, qu'elle sera + plus facille de se réconcillier avec le duc d'Alve, dont Leurs + Majestez Très Chrestiennes adviseront ce qui sera le plus + expédiant pour leur service. + + Il est bien certain que, despuys le commancement des différans + des Pays Bas, et lors mesmement que le Sr d'Assoleville et puys + le Sr Chapin Vitelly sont passez de deçà, que ceste princesse m'a + toutjour faict sonder de quelle intention le Roy et la Royne + seroient en son endroict, affin de s'accommoder avec celle des + parties qu'elle cognoistra luy estre de meilleure disposition; de + quoy ayant heu cognoissance, et encores quelque adviz, je me suys + conduict de telle façon envers elle, que luy donnant bonne + espérance du costé de France, sans luy parler toutesfoys qu'en + très bonne et advantaigeuse façon des choses d'Espaigne, je l'ay + retenue en quelque dévotion envers Leurs Très Chrestiennes + Majestez, et je croy qu'elle s'est de tant monstrée plus + difficille et contraire au duc d'Alve. + + Davantaige conférans le dict sieur ambassadeur et moy noz adviz + sur la négociation que faict le secrétaire du comte Pallatin en + ceste court, il nous a esté raporté à toutz deux qu'il poursuyt + argent affin de lever gens en Allemaigne, tant pour envoyer au + secours de ceulx de la nouvelle religion en France, que pour fère + une descente contre le duc d'Alve aulx Pays Bas; et de tant que + le Sr de Lombres, flamant, qui a esté envoyé icy par ceulx de la + Rochelle, sollicite vifvement ce fait au nom du prince d'Orange, + le dict ambassadeur l'a pour plus suspect, et me presse pour cela + fort vifvement que nous veuillons [induyre conjoinctement noz + deux Maistres d'entreprendre promptement quelque chose contre ce + royaulme], bien que, à propos du dict prince d'Orange, il m'a + dict qu'il sçavoit que ce qu'il préparoit en Allemaigne estoit + pour retourner en France. Sur quoy luy ayant respondu qu'il + n'avoit receu aucune offance du Roy pour le debvoir fère, il m'a + seulement demandé si le Roy ne lui avoit pas confisqué son estat + qu'il a en France; à quoy je lui ay respondu que ce n'estoit + chose qu'il dût tenir en tant, pour en commancer une guerre, + quant bien le Roy le luy auroit confisqué: et, là dessus, il m'a + faict ung discours comme si l'Allemaigne n'estoit pour plus luy + consentyr de retourner à main armée aulx Pays Bas, mais bien de + procurer son retour en ses biens par le pardon et bonne grâce du + Roy son Seigneur. + + + + +LXXXVe DÉPESCHE + +--du XXVIIIe jour de janvier 1570.-- + +(_Envoyée jusques à Callais exprès par Pierre Bordillon._) + + Arrivée de Mr de Montlouet à Londres.--Mission dont il est chargé + pour l'Écosse; état des affaires dans ce pays.--Projets du + comte de Westmorland, qui prépare une nouvelle prise + d'armes.--Avantage remporté en Irlande par mylord + Sidney.--Espoir d'Élisabeth que les différends avec les + Pays-Bas pourront s'arranger à l'avantage de + l'Angleterre.--Préparatifs du duc Casimir qui se dispose à + entrer en campagne.--Efforts de l'ambassadeur pour empêcher que + des secours d'argent soient donnés aux protestans de la + Rochelle.--Réclamation de la république de Venise afin + d'obtenir la restitution des prises faites par le capitaine + Sores. + + + AU ROY. + +Sire, je n'avois rien entendu de la venue de Mr de Montlouet, quant, +le XXe de ce moys, il m'a esté mandé de ceste court qu'il avoit desjà +passé la mer, et qu'il estoit à Douvres; au quel lieu l'on l'a arresté +deux jours et demy, sans luy permettre de passer plus avant; et croy +que c'est le filz de Mr Norrys qui, ayant passé avecques luy, et +laissé madame de Norrys sa mère à Boulloigne, a advisé les officiers +de fère ceste difficulté, afin qu'il eust loysir d'en advertir la +Royne sa Mestresse, laquelle a mandé tout aussitost qu'on le laissât +venir, monstrant d'estre marrye qu'on l'eust aulcunement retardé. Par +ainsy, Sire, il est arrivé en ceste ville le XXIIIe, et, le lendemain +XXIVe, nous avons envoyé à Hamptoncourt, où la dicte Dame est à +présent, pour demander son audience; laquelle elle nous a incontinent +accourdée au XXVIe; mais ceulx de son conseil, qui avoient à se +trouver toute ceste sepmaine en ceste ville pour l'ouverture du terme +de la justice, la luy ont faicte prolonger jusques à dimanche +prochain, qui sera le XXIXe; et semble, Sire, que monsieur Norrys ayt +donné adviz à la dicte Dame que le voyage du dict Sr de Montlouet est +pour les affères de la Royne d'Escoce, dont elle s'est desjà préparée, +ainsy que j'entendz, de la responce qu'elle luy doibt fère; et je +doubte assés qu'elle luy veuille accorder de passeport pour aller en +Escoce; car, oultre que l'ordinaire souspeçon et jalouzie qu'elle a de +l'auctorité de Vostre Majesté en ce pays là luy administre assez +inventions pour y trouver toujour quelque excuse, il luy semblera, à +ceste heure, qu'elle en ayt une fort aparante pour les troubles +naguières suscitez en son pays du North, et pour la retrette qu'ont +faict les chefz et autheurs d'iceulx avec leur cavallerye vers ces +quartiers de terres débattables d'entre les deux royaulmes; où, à la +vérité, l'on dict que le comte de Vuesmerland se va refaysant, et +assemblant une trouppe, qui ne sera moindre de quatre mille chevaulx +anglois ou escouçoys, lesquels il pourra joindre toutes les foys qu'il +vouldra, en moins de quatre jours; et le comte de Northomberland n'est +mal tretté du lord de Lochlevyn, qui, encor qu'il soit beau frère du +comte de Mora, ne monstre le vouloir randre à la Royne d'Angleterre. +Néantmoins, ayant le dict Sr de Montlouet et moy desjà heu +communication avec monsieur l'évesque de Roz, nous n'obmettrons rien +de tout ce qui se pourra dire et fère, au nom de Vostre Majesté, +envers ceste Royne, pour la liberté, restitution et advancement de la +Royne d'Escoce, et pour avoir permission de l'aller veoir, et puys de +parfère son voyage. + +Il est certain que la retrette des comtes de Northomberland et de +Vuesmerland n'a tant apaysé les troubles du North, que la dicte Royne +d'Angleterre et les siens ne craignent bien fort qu'il se fasse +encores une reprinse d'armes, non seulement au mesmes pays du North, +où l'exécution de tant de pouvres hommes, qu'on y faict mourir, ne +faict qu'endurcyr et aigrir davantage les aultres, mais aussi en +plusieurs endroictz de ce royaulme; et que, si ceulx qui se sont +retirez en Escoce retournent, la seconde entreprinse sera trop plus +dangereuse que la première. Il est vray que ce pendant la dicte Dame +se trouve dellivrée de deux aultres grands soucys, l'ung du costé de +l'Irlande, et l'aultre des Pays Bas; car milord Sideney luy a mandé +qu'en une course, qu'il a faicte sur les saulvaiges au plus fort de +l'hyver, lorsqu'ilz s'en doubtoient le moins, il a reprins vingt huict +lieux fortz sur eulx, et a ramené de prisonniers cent soixante des +plus principaulx des leurs, de sorte qu'il se promect une briefve et +fort heureuse yssue de toutz les affères de dellà. Et de Flandres la +dicte Dame estime avoir ung bien asseuré adviz que les aprestz du duc +d'Alve contre ce royaulme se vont réfroydissant, et vont estre remiz +en ung aultre temps; ce qui lui semble estre davantaige confirmé par +la dilligence que les Srs Espinola et Fiesque font icy d'accommoder le +faict des deniers et merchandises d'Espaigne, bien fort à l'advantaige +de la dicte Dame. + +Les adviz des aprestz et mouvemens d'Allemaigne continuent en ce que, +sans aulcun doubte, le duc de Cazimir sera en campaigne avec cinq mil +chevaulx et huict mil hommes de pied, à la fin de febvrier ou au +commencement de mars; et que desjà le payement de ses gens pour deux +moys est consigné, et que le troisiesme moys se payera le jour qu'il +commencera de marcher. L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a ung +non guières dissemblable adviz, disant ouvertement que c'est pour +entrer en France. Néantmoins, son parler monstre qu'il crainct assés +que ce soit pour descendre en Flandres, de tant que le prince d'Orange +s'entremect beaulcoup de l'entreprinse, et qu'il a esté devers le +comte Pallatin à Heldelberc, et puys en poste jusques en Saxe devers +le duc Auguste; dont le duc d'Alve a mandé haster la levée que luy +faict le duc de Bronsouyc, affin de garnyr tout à temps le Luxembourg +de bonnes forces. Tant y a qu'ayant monsieur de Lizy naguières escript +que, nonobstant les grandes difficultez qu'il avoit trouvées aux +princes protestans, ilz l'avoient enfin asseuré du secours qu'il leur +avoit requis, il est à croyre que leur premier effort se fera en +France pour ceulx de la Rochelle. Le secrétaire du comte Pallatin, et +ceulx qui sont icy pour le prince d'Orange et pour les dicts de la +Rochelle, n'ont encore heu résolue responce de ce conseil sur le prest +des deniers qu'ilz demandent, et ceste Royne s'en excuse bien fort; +mais ceulx qui ont auctorité près d'elle trouvent moyen que son crédit +et celluy de son royaulme y peuvent estre de telle façon employez, +sans qu'il luy coste rien, que desjà les aultres s'asseurent de tirer +de cest endroict cinquante mil escuz; mais ilz incistent à plus grand +somme jusques à cent cinquante mille, non sans espérance de l'obtenir, +pourveu qu'il n'y aille rien de la bource de la dicte Dame; et ceulx +qui mesurent les finances, dont l'on peult avoir quelque notice qu'ilz +pourront fère estat ceste année, disent que c'est de cinq à six centz +mil escuz. Je mettray peyne de les empescher de ce costé le plus qu'il +me sera possible. + +Les Seigneurs Magniffiques de la Seigneurie de Venize, qui sont icy, +ont obtenu lettres de ceste Royne fort expresses à la Royne de Navarre +pour le recouvrement de leurs vaysseaulx et merchandises, et m'ont +prié de bailler mon passeport à l'ung d'entre eulx, qui les est allé +présenter, affin que si, pour le temps, il estoit contrainct de +relascher en France, ou qu'il fût rencontré par aulcuns navyres de +guerres de Vostre Majesté en la mer, il puisse tesmoigner de la juste +occasion de son voyage au dict lieu de la Rochelle. Sur ce, etc. + + Ce XXVIIIe jour de janvier 1570. + + + + +LXXXVIe DÉPESCHE + +--du IIe jour de febvrier 1570.-- + +(_Envoyée par Guillaume de La Porte exprès jusques à Calais._) + +Audience accordée par la reine d'Angleterre à Mr de Montlouet et à +l'ambassadeur.--Reproche fait par Élisabeth à la reine d'Écosse +d'avoir favorisé la révolte du Nord.--Crainte qu'il ne soit permis à +Mr de Montlouet ni d'accomplir sa mission vers Marie Stuart, ni de se +rendre en Écosse.--Nouvelle de la mort du comte de Murray; mesures +prises par Élisabeth pour conserver son influence en Écosse, malgré +cet évènement.--Vives instances faites par les protestans de France +pour obtenir en Angleterre des secours d'hommes et d'argent. + + + AU ROY. + +Sire, deux jours après ma précédante dépesche, laquelle est du XXVIIe +du passé, nous avons esté à Hamptoncourt devers la Royne d'Angleterre, +à laquelle Mr de Montlouet a présenté voz lettres et reccomendations, +et luy a d'une fort bonne et agréable façon récitté le contenu de sa +charge, sans rien obmettre de ce qui a esté requis pour dignement luy +porter la parolle, et la créance de Voz Majestez, et pour luy faire +bien expressément entendre vostre intention sur le faict de la Royne +d'Escoce: en quoy la dicte Dame a monstré que la matière luy estoit de +bien grande conséquence, mais qu'elle n'estoit encores en guières de +disposition d'y entendre pour des occasions, qu'elle a faict semblant +d'avoir descouvertes de nouveau contre la Royne d'Escoce et contre +l'évesque de Roz, d'aulcunes leurs menées avec le comte de +Northomberland sur les derniers troubles du North; et n'a toutesfoys +layssé de donner des responses pleynes à la vérité d'indignation +envers la dicte Royne d'Escoce, mais de quelque respect envers Voz +Majestez Très Chrestiennes, et s'est réservée d'en bailler, dans trois +ou quatre jours, de plus amples après qu'elle aura heu le loysir d'y +penser. + +Le dict sieur de Montlouet luy a faict des remonstrances et +réplicques, fort convenables à ce propos, avec instance de luy +permettre de visiter la dicte Dame de vostre part, et de passer, puys +après, jusques à ses subjectz, pour aulcunes bonnes occasions que Voz +Majestez le dépeschent devers elle et devers eulx. A quoy j'ay adjouté +ce que j'ay estimé convenir à ceste négociation, sellon celle que j'ay +assés continuée jusques icy de ce faict, et sellon les advertissemens +du dict Sr évesque de Roz; mais la dicte Dame a remis de respondre au +tout, après qu'elle y aura pensé. + +Cependant elle a couppé assés court le dict propos, comme si elle s'en +trouvoit pressée, pour demander curieusement des nouvelles de Voz +Majestez et de celles de la paix. A quoy le dict Sr de Montlouet luy a +amplement satisfaict; dont, des propos qu'elle luy a tenuz et de ses +responses, et pareillement de ce qu'elle luy a dict sur le faict de +la fille de Mad{e} de Mouy et sur ce que Mr de La Meilleraye vous +avoit escript des désordres qui continuent encores en la mer, je +laisse au dict Sr de Montlouet de le vous fère bientost entendre par +luy mesmes, s'il ne va plus avant; ainsy qu'il semble qu'à grand +difficulté le luy vouldra l'on permettre, ou bien de le vous escripre, +si, d'advanture, il accomplit son voyage. + +Et seulement adjouxteray icy, Sire, ce que la dicte Dame nous a dict +de la mort du comte de Mora, comme en passant par une rue, en la ville +de Lithquo, il a esté tué d'ung coup de pistollé, avec quatre balles +au travers du corps, par le fils du chérif du dict lieu, lequel est +des Amelthons, qui s'est despuys saulvé[2]. Duquel coup la dicte Dame +n'a peu dissimuler le regrect qu'elle y avoit, ce qui la nous a +(sellon mon adviz) randue moins bien disposée en ceste première +audience, sentant possible debvoir advenir beaulcoup de mutation de +ceste mort ez choses d'Escoce, et, possible, beaucoup en celles de +toute l'isle; dont a dépesché en dilligence le Sr Randol par dellà +pour deux occasions principallement; l'une, affin de solliciter +l'eslection d'ung aultre régent, qui soit de mesmes disposition envers +elle qu'estoit le dict de Mora; et l'aultre, pour empescher que le +comte de Northomberland ne soit mis en liberté sur ce changement, et +fère beaulcoup d'offres et promesses là dessus. + + [2] Cet évènement arriva en plein jour, le 23 janvier 1570, au + moment où le régent traversait la petite ville de Linlithgow, à + dix-sept milles d'Édimbourg. Jacques Hamilton de Bothwell-Haugh, + qui se vengea par ce meurtre des relations que Murray avait + entretenues avec sa femme, trouva moyen de s'échapper et de se + réfugier en France. + +Ung certain capitaine alleman, nommé Oulfan d'Arnac, est despuys +naguières arrivé de la Rochelle; par la venue duquel le jeune comte de +Mensfelt haste son partement; et toutz deux sont pretz de s'embarquer +pour passer en Allemaigne, affin de se trouver bientost avec le +Cazimir; lequel ilz cuydent se debvoir, dans peu de jours, mettre en +campaigne; et cependant la subvention des esglizes protestantes de ce +royaulme commence à se lever ainsy que je l'avois desjà préveu, et +possible que par mes premières, je vous pourray mander combien elle se +montera. Sur ce, etc. + + Ce IIe jour de febvrier 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, ayant la Royne d'Angleterre remiz à fère, d'icy à quatre +jours, responce à Mr de Montlouet et à moy sur les choses qu'il luy a +proposées de la part de Voz Majestez, il n'y auroit guières lieu de +vous dépescher ce pacquet jusques alors, n'estoit la nouvelle qui +cependant est survenue de la mort du comte de Mora; laquelle je ne +vous veulx aulcunement retarder, pour l'aparance qu'il y a que +d'icelle ayt à naistre bientost beaulcoup de nouvelletez en Escoce, et +possible assés de mutation ez choses de ce royaulme, où ce coup se +faict desjà tant sentyr, qu'il semble qu'en la court, et par tout le +pays, ung chacun en soit bien fort esmeu; et n'a la dicte Royne +d'Angleterre, après l'avoir sceu, différé que bien peu d'heures de +dépescher Randolf en Escoce, pour fère en toutes sortes qu'on y +substitue ung aultre régent, qui soit pour persévérer aulx mesmes +trettez qu'elle avoit avecques le deffunct, avec offres d'argent et de +forces pour meintenir l'authorité de celluy qui le sera, et pour +empescher que aulcuns estrangiers puissent estre appellez contre luy +dans le pays; dont aulcuns estiment que le frère du dict de Mora +tiendra meintenant ce lieu. En quoy Vostre Majesté considèrera, au cas +que Mr de Montlouet n'ayt permission de passer jusques en Escosse par +terre, s'il sera expédiant d'y dépescher ung aultre par mer, qui y +puisse arriver avant que les choses y soient establyes à la dévotion +des adversaires de la dicte Royne d'Escoce. L'on a adviz icy que +Dombertrand a esté avitaillé par deux navyres françoys, dont ne fault +doubter que le party de la dicte Dame ne s'en trouve grandement +confirmé dans le pays, et je sçay qu'il en faict grand mal au cueur à +plusieurs en ceste court. Sur ce, etc. + + Ce IIe jour de febvrier 1570. + + + + +LXXXVIIe DÉPESCHE + +--du Xe jour de febvrier 1570.-- + +(_Envoyée par Mr de Montlouet s'en retornant devers le Roy._) + +Nouvelle audience accordée à Mr de Montlouet.--Refus fait par +Élisabeth de lui donner passage.--Motifs qui ont dû l'engager à +prendre ce parti.--Arrestation de l'évêque de Ross.--Protestation +de la reine d'Angleterre qu'elle veut se maintenir en paix avec +le roi, et qu'elle ne donnera aucun secours à ceux de la +Rochelle.--Préparatifs faits en Angleterre contre l'Écosse.--Nécessité +d'envoyer sans retard, par mer, un député en Écosse, et de ne rien +négliger pour arrêter l'exécution des projets des Anglais.--_Note_ +remise à Mr de Montlouet sur l'état général des affaires d'Angleterre +et d'Écosse. + + + AU ROY. + +Sire, ayant la Royne d'Angleterre, au boult de huict jours, faict +entendre à Mr de Montlouet et à moy, avec quelque aparat, en présence +de unze seigneurs de son conseil, touchant les affères de la Royne +d'Escoce, que de laysser passer le dict Sr de Montlouet jusques au +lieu où est la dicte Dame, et puys de là en Escoce, elle ne le pouvoit +meintennant en façon du monde consentyr, pour des occasions, +lesquelles, si eussent esté bien sceues, lorsqu'il fut dépesché, elle +s'assure que Vostre Majesté ne luy eust donné charge d'y aller; et que +de la seurté de la dicte Dame Vostre Majesté pouvoit croyre que, quand +la dicte Royne d'Escoce auroit bien machiné de la fère tuer à elle +d'ung coup de haquebutte, elle pourtant ne consentyroit jamais qu'on +touchât ny à sa vie, ny à sa personne; et que de son bon trettement +elle le luy fesoit fère tel et à telz frays qu'elle sçayt que l'Escoce +ne seroit pour y fornyr de mesmes. Au regard de sa plus grande liberté +et restitution à sa couronne, qu'encor qu'elle n'eust à rendre compte +qu'à Dieu seul de ses actions en cella, elle néantmoins les vous +feroit entendre par son ambassadeur, ou par ung gentilhomme exprès, +avec espérance, que vous les trouverez si équitables, que dorsenavant +vous ne seriez tant pour la dicte Royne d'Escoce, que vous ne fussiez +aussi pour elle; et de tout ce que, avec ung bien long et préparé +discours et avec plusieurs démonstrations, elle a desduict là dessus, +le dict Sr de Montlouet le saura trop mieulx représanter à Voz +Majestez que je ne le vous sçaurois escripre, vous pouvant asseurer, +Sire, qu'il a si vifvement répliqué et tant fermement incisté à la +dicte Dame sur toutz les poinctz de l'instruction, que Vostre Majesté +luy avoit baillée, qu'il ne s'y peult rien desirer davantaige. Et j'ay +adjouxté ce que j'ay peu de plus exprès pour la presser de luy fère +meilleure responce; mais le mariage du duc de Norfolc et l'ellévation +du North lui sont deux offances si rescentes, lesquelles elle impute à +la dicte Dame, et la mort du comte de Mora les luy a tant rafreschies, +que nulle sorte d'apareil y peult encores estre bonne; mesmes, sur ce +dernier courroux de la mort du comte de Mora, elle a faict resserrer +l'évesque de Roz ez mains de l'évesque de Londres, qui sont deux fort +différantz personnages, en meurs et en religion, l'ung de l'autre; +dont semble qu'il fault qu'avec le temps vienne le remède de ce mal. + +Je laisse au dict Sr de Montlouet de vous dire le contantement que la +dicte Royne d'Angleterre à monstré avoir de ce que Voz Majestez Très +Chrestiennes se sont vollues conjouyr avecques elle sur la +paciffication des troubles de son royaulme, et les bonnes parolles +qu'elle a dictes en cella, qui toutjour en use de fort bonnes ez +choses qui luy sont proposées de Voz Majestez, sinon en ce qu'on luy +touche de la Royne d'Escoce; et vous dira pareillement les promesses, +qu'elle nous a faictes, de n'assister en aulcune sorte à ceulx de la +Rochelle contre Vostre Majesté et sur ce, etc. + + Ce Xe jour de febvrier 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, il n'a tenu ny à soing, ny à dilligence, ny à fère bien +dignement et expressément entendre, par Mr de Montlouet, à la Royne +d'Angleterre les choses de sa charge, ny encores à les avoir bien +préparées et sollicitées par Mr de Roz et par moy, aultant qu'il nous +a esté possible, que le dict Sr de Montlouet ne raporte une meilleure +responce qu'il ne faict sur les affères de la Royne d'Escoce; mais le +mariage du duc de Norfolc et l'ellévation du North y font ung très +grand obstacle et, possible, y en faict davantaige la mort, naguières +survenue, du comte de Mora; laquelle la dicte dame et ceulx de son +conseil, qui sont protestantz, monstroient de la prendre plus à cueur +que nul aultre accident qui leur eust peu advenir, et sont après à +fère plusieurs grandz et nouveaulx desseings là dessus; dont desjà ont +mandé renforcer bien fort la garnyson de Barvich, et crains assés +qu'ilz veuillent dresser, du premier jour, armée pour l'envoyer par +dellà, comme j'en ay quelque sentyment; laquelle survenant en la +division, où est à croyre que ce royaulme se trouve meintennant, elle +sera pour y fère des effectz, qui seront, par avanture, dommaigables à +l'advenir; dont je perciste en ce que, par mes précédantes, j'ay +escript que, ne voulant ceste Royne permettre que le Roy et Vous y +puissiez envoyer quelqu'un des vostres par terre, qu'il sera bon que y +dépeschiez promptement ung personnaige de bonne qualité par mer, qui +soit pour moyenner et establyr, avec vostre auctorité, une bonne +concorde entre les seigneurs du pays; et les bien disposer de résister +aux estrangiers, et y relever le nom de leur Royne; en quoy semble +aussi, si Voz Majestez n'y peuvent pour ceste heure envoyer forces, +qu'il sera fort à propos que envoyez au moins quelques capitaines, et +gens d'entendement et de valleur, qui les saichent bien conduyre. Sur +ce, etc. + + Ce Xe jour de febvrier 1570. + +CE QUI S'ENSUIT a esté baillé à Mr de Montlouet pour luy servyr de +mémoyre. + +De la communicquation que Mr de Montlouet et moy avons heu ensemble, +touchant ses deux instructions, il se pourra servyr de l'ordre +d'icelles comme d'ung mémoire, pour tout ce que je luy ay dict sur ung +chacun article, affin d'en satisfère Leurs Majestez. + +Et l'extraict de la lettre, que j'escriptz au Roy, s'il luy playt de +l'emporter, sera pour nous conformer l'ung à l'aultre ez choses que la +Royne d'Angleterre nous a respondues sur le faict de la Royne +d'Escoce. + +De la continuation de la paix;--Il pourra dire que la Royne +d'Angleterre monstre d'y vouloir persévérer, et semble que ceulx de la +Rochelle ne tireront d'elle aulcun manifeste secours; mais ne fault +doubter que, par moyens secrects et soubz aultres prétextes, les siens +ne les accomodent, par mer et en Allemaigne, aultant que, sans mettre +leur Mestresse à la guerre, ilz le pourront fère. + +Le jeune comte de Mensfelt est desjà embarqué, lequel anticipe de deux +moys son partement, parce que, par ung navyre venu du North, l'on a +sceu que ceste année la mer n'a point gelé; et va descendre en +Hendein, dont s'estime qu'à son arrivée en Allemaigne, avec les +responces et lettres de crédict d'icy, le Cazimir et le prince +d'Orange se mettront incontinent en campaigne. Les dictes lettres, à +ce qu'on dict, sont pour trente mil livres esterlin en tout, c'est +cent mil escuz, ce que je n'ay encores bien vériffié. + +De l'estat des affères de la Royne d'Escoce et du duc de +Norfolc;--J'ay monstré à Mr de Montlouet aulcunes petites lettres, qui +tesmoignent ce qui en est, et ce qu'ung chacun d'eulx espère +particullièrement pour soy, et ce que l'ung espère pour l'aultre. + +Et pareillement ce qu'elle, pour son regard, espère du secours de +Flandres, et l'instance qu'elle en faict, et ce que luy espère de +celluy de France, et comme il presse de le haster. + +L'estat des choses d'Escoce.--Ledinthon et milor Herys, hors de +pryson, ont relevé avec les principaulx de la noblesse le nom et +tiltre de leur Royne.--Le duc de Chastellerault encores +prisonnier.--Le comte de Morthon et Lendzey ont juré la vengeance de +la mort du comte de Mora.--S'entend que le comte de Northomberland est +en liberté. Celluy de Vuesmerland a couru jusques sur quelque garnyson +d'Angleterre et l'a surprinse. + +La Royne d'Angleterre semble vouloir préparer une armée. Je n'ay +poinct argument que ce soit contre la France, sinon par aulcuns adviz +de l'année passée que une descente d'Anglois en Picardie doibt +concourir, quant le Cazimir conduyra son armée vers ce quartier là, +ayant promiz de s'employer à la reconqueste de Callays pour la dicte +Dame; à quoy, à toutes advantures, Leurs Majestez feront prendre +garde. + +La plus grand opinion est que ce sera pour aller en Escoce, affin d'y +establyr le comte de Morthon régent, ou bien fère intervenir le comte +de Lenoz au gouvernement de l'estat, et de la personne du prince son +petit filz; et le maintenir comme son subject en ce sien droict, par +toutz les moyens qu'elle pourra, ou bien pour se saysir, si elle +peult, du dict petit prince et le transporter en Angleterre; et, +possible, pour y fère quelque conqueste; et, en monstrant de vouloir +appeller à la succession de son royaulme le dict petit prince, se +saysir cependant des deux, le tout par prétexte d'aller contre ses +rebelles du North, qui se sont retirez au dict pays. + +La détention de l'évesque de Roz et des aultres seigneurs catholiques +porte grand empeschement à ma négociation de la liberté et +eslargissement; desquelz ne se parle ung seul mot. + +Des différandz des Pays Bas, et ce que Espinola et Fiesque en trettent +d'ung costé, et ce que l'ambassadeur et Anthoneda en trettent de +l'aultre, pareillement ce que Cecille cerche d'en fère mettre en avant +par le Sr Ridolfy, et la remonstrance que j'ay faict au dict +ambassadeur pour empescher l'accord des deniers. + +Du Sr Chapin Vitel. + +De ce que Leguens a mandé. + +De fère administrer justice en Bretaigne aulx Angloys. + +Au cas que la Royne d'Escoce se veuille retirer en France, me mander +si Leurs Majestez l'auront agréable, et qu'est ce que j'auray à fère, +si elle entreprend de passer en Flandres. + +Parler à Monsieur le duc de la pleincte que ceulx ci font qu'on +retarde par trop à Paris les passeportz à leur ambassadeur. + + + + +LXXXVIIIe DÉPESCHE + +--du XIIIe jour de febvrier 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais, par Olyvier Cambernon._) + +Efforts faits en Angleterre pour obtenir le consentement de l'Espagne, +afin de disposer des deniers saisis et déposés à la Tour.--Intérêt du +roi à l'empêcher pour que cet argent ne serve pas à faire des levées +d'hommes contre la France.--Affaires d'Écosse. + + + AU ROY. + +Sire, les choses que Mr de Montlouet a vues, et entendues icy, et +celles dont nous avons heu communication ensemble, il les sçaura si +bien représenter à Voz Majestez, que je n'entreprendray de vous en +toucher icy ung seul mot; seulement je vous diray, Sire, touchant +celles qui sont venues à ma cognoissance, despuys qu'il est party, que +le voyage qu'il sçayt que Mr le cardinal de Chatillon a faict à +Hamptoncourt, le jour de caresme prenant, a esté pour deux occasions; +l'une, pour prier la Royne d'Angleterre de permettre à Rouvrey, lequel +par fortune de temps est arrivé mallade et blessé à Grènezé, qu'il y +puisse demeurer quelque moys pour se guéryr, nonobstant l'estroicte +deffance qu'il y a de n'y souffrir aulcun estrangier, ce qu'il a +facillement obtenu; et l'aultre occasion est pour très instemment +prier la dicte Dame, avec les ambassadeurs des princes protestans, et +avec ceulx, qui naguières sont venuz de la Rochelle, qu'elle veuille +acquiter, à ce prochain mars, certaine portion d'ung sien debte +qu'elle a promiz de payer en Allemaigne, affin qu'ilz s'en puyssent +ayder à fère leurs levées, prenant sur eulx la dicte portion du +principal avec les intérestz _pro rata_. Mais à cecy la dicte Dame a +respondu qu'elle avoit meintenant tant d'affères en son royaume, +qu'elle estoit pour entrer plus tost en nouveaulx empruntz que de +payer les vieulx debtes, et qu'il n'estoit possible qu'elle entendît à +faire aulcun payement, si elle ne s'aydoit des deniers d'Espaigne, +ausquelz elle n'avoit encores touché, attendant qu'il s'y fît quelque +bon accord. Sur quoy, se trouvant que Espinola et Fiesque avoient miz +en avant une composition au nom des merchans, de laysser les dicts +deniers à la dicte Dame, jusques à l'entier accord des différans des +Pays Bas, à intérest de dix pour cent pour l'advenir, sans payer rien +du passé, et baillant seulement la chambre de Londres et mestre +Grassein pour respondans, tant du principal que des dictz intérestz, +il se faict une extrême sollicitation que cella s'effectue; et je +inciste, de tout ce qu'il m'est possible envers l'ambassadeur +d'Espaigne, qu'il le veuille empescher, luy remonstrant que ce sera +accommoder d'aultant ceulx qui vous mènent la guerre en vostre +royaulme, lesquelz se prévauldront de ces deniers; et il sçayt combien +il y court un grand préjudice pour son Mestre: à quoy il m'a promis de +fère tout ce qu'il pourra pour l'interrompre, mais il creinct que +Albornoz, secrétaire du duc d'Alve, tienne la main à cella pour +l'amytié qu'il a avec les dicts Espinola et Fiesque, ou pour avoir +receu d'eulx un présent de douze ou quinze mil escuz, ainsy qu'on dict +qu'ilz en offrent icy ung aultre de cinquante mil escuz au comte de +Lestre et de vingt mil à Cecille. Mais je ne puys croyre que les dicts +Espinola, Fiesque et Albornoz mènent ung tel faict, qui touche +grandement l'intérest du Roy d'Espaigne, duquel ilz sont subjectz, et +bien fort sa réputation et celle du duc d'Alve, pareillement +l'offance de son ambassadeur, icy résidant, et des aultres deux +ambassadeurs qui, à diverses foys, y ont esté envoyez, ensemble celle +qui a esté faicte à leurs navyres, à leurs subjectz et merchandises, +sans que le dict Roy Catholique et le duc d'Alve y soient consentans. +Et j'ay freschement heu adviz, assés conforme à ce que j'ay dict au +dict Sr de Montlouet, que l'on est après de tirer le Roy d'Espaigne +hors de l'obligation des merchans, et du risque des dicts deniers; et +qu'avec cella, il dissimulera pour ceste foys tout le reste, dont +semble estre fort requis, Sire, que Vostre Majesté face instamment +requérir le dict duc d'Alve de ne souffrir que les dicts deniers +soyent ainsy délayssez à la dicte Dame par la composition des +merchans; car, s'il s'y oppose, la dicte Dame n'y ozera toucher, et, +aultrement, il est tout certain qu'il en sera envoyé une partie en +Allemaigne pour fère les levées; vous suppliant très humblement, Sire, +me pardonner, si je vous oze dire que, au poinct où vous et vos +affères se retrouvent meintenant, une telle chose n'est aulcunement +tollérable au dict duc d'Alve. + +Au surplus, il semble que ceste Royne et les siens se veuillent +bientost résouldre à l'entreprinse des choses d'Escoce; car ils sont +toutz les jours à consulter là dessus, dont je mettray peyne de +descouvrir, aultant qu'il me sera possible, leurs dellibérations, et +de fère que les partisans de la Royne d'Escoce par dellà en soyent +advertys; et suys toutjours d'adviz, Sire, que debvez envoyer +promptement ung ou deux personnaiges de bonne qualité par dellà pour +confirmer le pays à vostre dévotion, ainsy que ceulx cy y dépeschent +de leur part aulcuns de leur conseil, pour le disposer, s'ilz peuvent, +à la leur; et cependant j'ay advyz qu'ilz ont mandé armer promptement +deux grandz navyres à Bristo, et mettre cent cinquante bons hommes +dessus, pour surprendre les deux navyres françoys qui sont allez +avitailler Dombertran, ainsy qu'ilz s'en retourneront. A quoy Vostre +Majesté advisera du remède qui s'y pourra donner. Sur ce, etc. + + Ce XIIIe jour de febvrier 1570. + + + + +LXXXIXe DÉPESCHE + +--du XVIIe jour de febvrier 1570.-- + +(_Envoyée par Joz, mon secrétaire, exprès jusques à la court._) + +Nécessité de se prémunir en France contre l'expédition qui se prépare +en Allemagne.--Secours d'argent et de munitions que l'on se dispose à +envoyer d'Angleterre à la Rochelle.--État des affaires en Écosse après +le meurtre du comte de Murray.--Armement fait à Londres que l'on +pourrait craindre de voir diriger contre Calais.--Divisions qui se +continuent entre les seigneurs d'Angleterre.--Offre faite au roi de la +part d'un seigneur anglais.--_Mémoire_ sur les affaires générales +d'Angleterre et d'Écosse.--Regret éprouvé par Élisabeth de la mort de +Murray.--Dispositions prises en Angleterre pour mettre le royaume en +état de défense, et fournir de l'argent aux protestants de France. + + + AU ROY. + +Sire, ayant miz peyne de vériffier l'adviz que, par mes précédantes, +du XIIIe du présent, je vous ay mandé touchant certains deniers, qu'on +presse la Royne d'Angleterre de fornyr en Allemaigne sur l'acquit de +ses debtes, afin que les princes protestans s'en puyssent accommoder +au payement de leurs levées, je tiens pour asseuré, (nonobstant que la +dicte Dame et les siens facent démonstration toute au contraire, et +que Mr l'ambassadeur d'Espaigne, qui n'a moins suspect en cest +endroict ce qui s'en pourchasse au nom du prince d'Orange, que moy la +sollicitation de ceulx de la Rochelle, n'en ayt encores rien +descouvert,) que néantmoins la chose est desjà toute conclue, ainsy +que j'ay baillé, par instruction, à ce mien secrétaire, de le fère +particullièrement entendre à Voz Majestez; et semble, Sire, que ne +debvez plus demeurer sur le doubte si les Allemans descendront ou non, +mais vous préparer comme pour leur résister et pour leur empescher +l'entrée de vostre royaulme; à laquelle dellibération, de fornyr +deniers, j'entans que la dicte Dame a beaulcoup résisté, comme celle +qui ne s'en vouloit auculnement despourvoir; mais elle n'a sceu +comment enfin s'excuser de n'acquicter son debte et fère tout ensemble +playsir à ses amys, sans qu'il luy coste que la seule advance de +l'argent qu'elle doibt, dont elle demeure quiete; et néantmoins luy +sera dans quelques moys rembourcé. J'ay d'ailleurs envoyé +soigneusement enquérir, par les portz de ce royaulme, s'il y auroit +aulcun congé, ou permission, d'enlever pouldres et monitions pour la +Rochelle; et m'a l'on raporté qu'à la vérité il n'y a nulle expresse +permission de cella, mais qu'aulcuns merchans ont bien achapté +secrectement des bledz et des chairs en ce pays, et ont faict venir de +Nuremberg, de Hembourg et d'Anvers, des pouldres, des armes, des +beuffles et choses semblables pour les envoyer à la Rochelle, afin de +faire leur profict; à quoy j'essaye bien de les empêcher, mais ils +nyent que ce soit pour la Rochelle; néantmoins j'ay adverty ceulx de +ce conseil que Vostre Majesté déclairera de bonne prinse tous les +vaysseaulx qu'on trouvera retournans du dict lieu. Les choses +d'Escoce se racontent en diverses façons, mais l'on tient pour la plus +vraye que le comte de Morthon s'est vollu ingérer au gouvernement du +pays en qualité de régent; et que plusieurs des grandz s'y sont +opposés, et ont si bien relevé le nom de leur Royne que son auctorité +y est pour ceste heure la plus recogneue; et que le duc de +Chatellerault est encores prisonnier et resserré davantaige pour la +souspeçon du murtre du comte de Mora; que Ledinthon est hors de +pryson; que les principaulx des deux factions ont convenu de laysser +courir, pour ceste heure, le seul exercisse de la religion nouvelle +dans le pays, et que pour l'establissement des affères l'on assemblera +les Estatz, où s'espère que le retour et restablissement de leur Royne +sera requiz. + +J'entans que ceulx cy arment plus de vaysseaulx que les deux que j'ay +mandé par mes précédantes, tout au long de la coste d'ouest, pour +garder que nulz navyres estrangiers puissent aller ny venir en Escoce, +espéciallement à Dombertran. Sur ce, etc. + + Ce XVIIe jour de febvrier 1570. + + Je viens, tout à ceste heure, d'estre adverty que ceulx cy sont + après à ordonner ung grand armement des navyres de guerre de + ceste Royne et aultres de ce royaume, pour une grande + entreprinse, qu'ilz veulent exécuter avec intelligence du prince + d'Orange, qui les doibt ayder de ses vaysseaulx qu'il a en mer, + sous la charge du Sr de Olain et du bastard de Briderode; et + espèrent aussi se prévaloir de ceulx de la Rochelle. Aulcuns + soupeçonnent que ce soit sur Callais, dont j'ay réouvert le + pacquet pour y adjouxter cest article, encor que je ne l'aye plus + avant vériffié. J'ay aussi présentement receu les deux dépesches + de Vostre Majesté, du XXVIIe du passé et du sixiesme d'estuy cy, + par un mesme courrier, sur lesquelles je verray bientost ceste + Royne, et ne changeray rien pour la venue d'icelles en ceste + dépesche. + + + A LA ROYNE. + +=Chiffre.=--[Madame, la division continue toutjour en ce royaume, et le +malcontantement croyt de plus en plus ez cueurs des principaulx et des +Catholiques, parce que les gouverneurs, qui sont des moindres et toutz +protestans, procèdent insolentement contre eulx; dont ne peult estre +que bientost l'altération ne s'en monstre bien grande, et que la cause +de la religion, celle de la Royne d'Escoce, celle des seigneurs +prisonniers, et encores celle de l'incertaine succession de ce +royaulme, qui ont chacune leurs partisans, ne produyse de divers +effectz; en quoy je mettray peyne de tenir le nom du Roy le plus +relevé que je pourray, et qu'il n'y en ayt point de plus respecté que +le sien. + +X.... m'est venu trouver, sur les dix heures de nuict, pour me dire +que, s'il playt au Roy de le recepvoir, il passera très vollontiers à +son service, avec une si bonne entreprinse en main que, quant Sa +Majesté la vouldra exécuter, il la trouvera très utille pour sa +grandeur, adjouxtant plusieurs occasions de son malcontantement et de +celluy des principaulx seigneurs de ce royaulme. Sur quoy, ne saichant +s'il venoit pour m'essayer, j'ay respondu que je ne sçavois que le Roy +eust aultre intention que fort bonne à l'entretennement de la paix +avec la Royne d'Angleterre et avec son royaulme; mais, parce que +toutes ses prétencions et desirs ne me pouvoient estre cognuz, je ne +fauldrois de l'advertir de ce qu'il me disoit, et qu'il pouvoit bien +considérer que Sa Majesté avoit à se douloir, aussi bien que luy, de +ceulx qui gouvernoient en ce royaume; et qu'à ceste occasion il le +pourroit bien accepter et l'employer à s'en revencher ensemble; dont +il m'a dict qu'il viendra, dans quelque temps, sçavoir la responce que +Vostre Majesté m'aura faicte]. Sur ce, etc. + + Ce XVIIe jour de febvrier 1570. + + INSTRUCTION AU SR DE JOS de ce qu'il aura à dire à Leurs + Majestez, oultre le contenu de la dépesche. + + Ainsy que la Royne d'Angleterre estoit après à esteindre les + troubles du North, et à pourvoir qu'ilz ne se peussent plus + rallumer; et qu'elle faisoit estat, que d'Escoce, d'où elle heut + heu le plus à se doubter, ne luy viendroit que toute faveur et + assistance, tant que le comte de Mora y commanderoit, mesmes + qu'il tenoit le comte de Northumberland en ses mains; et ne + cerchoit sinon comme elle et luy pourroient concourre en ung + mesme intérest contre la restitution de la Royne d'Escoce; il + n'est pas à croire combien la dicte Dame a vifvement senty la + mort du dict de Mora. + + Pour laquelle, s'estant enfermée dans sa chambre, elle a escryé, + avecques larmes, qu'elle avoit perdu le meilleur et le plus + utille amy, qu'elle eut au monde, pour l'ayder à se meintenir et + conserver en repos, et en a prins ung si grand ennuy que le comte + de Lestre a esté contrainct de luy dire, qu'elle faisoit tort à + sa grandeur de monstrer que sa seurté et celle de son estat + eussent à dépendre d'ung homme seul. + + Et parce que l'avitaillement de Dombertran, la venue de Mr de + Montlouet, quelque course du comte de Vuesmerland sur la + frontière, et la retrette d'aulcuns Anglois en Escoce, sont + advenues en mesme temps, la dicte Dame et ceulx de son conseil + sont entrez en grand opinion que les Catholiques de ce pays, avec + l'intelligence des estrangiers, ayent mené ceste practique, et + qu'il y ayt bien d'aultres entreprinses en campaigne. + + Et mesme l'on s'esforce de randre suspect à la dicte Dame le + propos de la paix de France, comme si, la faisant, l'on debvoit + incontinent luy déclairer la guerre; ce que toutesfoys elle ne se + veult ayséement persuader, et pourtant ne peult laysser de la + desirer, pourveu qu'il ne s'y conclue rien contre elle, ny trop + au désadvantaige de sa religion; affin qu'elle demeure deschargée + de tant de demandes et importunités qu'on luy faict pour + l'entretennement de ceste guerre. + + Mais parce qu'aulcuns luy remonstrent que des exploicts de ceste + année a de résulter l'establissement ou la ruine de sa dicte + religion, et pareillement le repos ou l'altération de son estat, + car ilz conjoignent l'ung avecques l'aultre, j'entendz que la + dicte Dame et ceulx de son conseil ont desjà résolu la plus part + des choses qu'ilz estiment estre besoing d'y pourvoir, desquelles + j'ay sceu en premier lieu: + + Qu'ilz ordonnent de continuer la description des forces, que j'ay + cy devant mandées, de quatre vingtz dix mil hommes de pied et + trente mil chevaux, en trois endroictz de ce royaulme; et que la + charge en sera principallement commise aulx Protestans, et qu'on + regardera de si près aux Catholiques, qu'on ne leur permettra de + se trouver plus de six ensemble, sur peyne de pryson: que les + seigneurs, qui sont dettenuz, seront resserrez davantaige, et + sera continué d'enquérir contre eulx, mesme a esté parlé de + _convoquer ung parlement_ pour trois occasions seulement; l'une, + pour avoir deniers; et l'aultre, pour déclairer criminels de lèze + majesté ceulx qui se sont ellevez, et leurs adhérans, affin de + procéder à leur confiscation; et la troisième, pour confirmer les + décrectz de leur religion. Mais de peur que le dict parlement ne + veuille toucher à d'aultres choses, il n'est encores résolu de le + convoquer; et est, en toutes sortes, si rigoureusement procédé + contre les dicts Catholiques, qu'ilz vivent en grand frayeur, + dont les Protestans, qui ont toute l'auctorité, pensent que par + ce moyen ilz les pourront contenir. + + Pour le regard des choses d'Escoce, ayantz faict passer le + mareschal de Barvich, et ung capitaine de la mesme garnyson, au + dict pays, incontinent qu'on a entendu l'inconvéniant du dict de + Mora, affin de relever le party qu'il tenoit, ilz y ont despuys + envoyé Randof, et sont après à y dépescher encores Raf Sadeller + qui est du conseil, avec lettres à huict principaulx du pays et + créance de leur offrir hommes et argent au nom de ceste Royne; et + ont donné charge au comte de Sussex de doubler la garnyson de + Barvich, dont il emporte commission d'y mettre promptement cinq + centz hommes, et trois centz chevaulx de renfort; et, à cest + effect, luy a esté baillé douze capitaines de la suyte de ceste + court, estimans que la dicte garnyson de Barvich, ainsy + renforcée, laquelle sera de mil harquebouziers et six centz + chevaulx, avec l'ayde du gardien de la frontière, suffira contre + les courses de Vuesmerland, jusques à ce que cest esté, ou plus + tost, ils auront dressé armée pour aller courre l'Escoce, affin + d'y establyr les choses à leur dévotion, estant l'opinion + d'aulcuns qu'ilz se saysiront, s'ilz peuvent, du petit prince du + pays; et qu'ayantz la mère et le filz en leurs mains, il leur + sera aysé de annuller le tiltre que la mayson d'Escoce prétend à + la succession de ce royaulme. + + Et ne deffault qui persuade à ceste princesse qu'affin qu'elle ne + soit, ny par le costé de France, ny de Flandres, empeschée en ses + affères de deçà, qu'elle doibt accommoder les princes protestans + en leurs entreprinses de dellà, et leur donner moyen qu'ilz se + puissent prévaloir d'aulcuns deniers de ce royaulme, pourveu + qu'elle n'en desbource rien; dont j'entens qu'après s'en être + quelque temps fort excusée, enfin elle a condescendu de dire à + ceulx de son conseil qu'ilz advisent comment cella se pourra + fère; dont desjà ont résolu que la dicte Dame payera, dans le + moys d'apvril, une partie de ses debtes en Allemaigne, laquelle + iceulx princes prendront des mains de ses créditeurs; et encor + que les deniers reviegnent toutz à son acquit, ilz luy seront + néantmoins remboursez, la moictié des prinses, et l'aultre + moictié par les esglizes protestantes de ce royaulme; lesquelles, + à ce qu'on dict, ont accordé de bailler quatre vingtz mil escuz + dans huict moys, ainsy que de mesmes les aultres esglizes + protestantes de France, de Flandres, d'Allemaigne, des Suisses, + d'Itallie, et mesmes disent d'Espaigne, contribuent à ceste + guerre: dont l'on faict compte que la contribution de toutes + ensemble, comprins les dix mil escuz de ceste cy, monte envyron + trente mil escuz toutz les moys. + + Mais la difficulté est en ce que, sans mettre la main aux deniers + d'Espaigne, la dicte Dame ne peut, ny veult payer aulcune portion + de ses debtes, ceste année, en Allemaigne, affin de ne se + desfornyr d'argent; et ce qui a esté cause de quoy Espinola et + Fiesque ont esté mieux ouys sur les offres qu'ilz ont faictes, au + nom des merchans Espaignolz et Gènevoys, de laysser les dicts + deniers à la dicte Dame, ainsy que je l'ay mandé par mes + précédantes. Et j'ay advis qu'on tient cella pour si accommodé, + que desjà est ordonné à Me Grassein d'en distribuer quarante cinq + mil livres d'esterlin aulx merchans de ceste ville, c'est cent + cinquante mil escuz, pour les fornyr, à ce prochain apvril, en + Allemaigne, aux dits créditeurs de ceste Royne et vingt mil {lt} + aussi d'esterlin, c'est soixante douze mil escuz, ordonnez pour + les affères d'Escoce. + + Reste seulement que la dicte Dame demande aus dicts Espinola et + Fiesque ung mot de lettre du Roy d'Espaigne, par lequel il + advouhe que les dicts deniers sont des merchans, et non siens; + ce que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est ici, me promect que son + Mestre ne le fera jamais. Aultres estiment que, pour sortyr hors + de l'obligation et du risque des dicts deniers envers les + merchantz, qu'il ne reffusera de le fère; aultres disent que, + ores qu'il ne le face, qu'on ne lairra pourtant d'accorder des + dicts deniers avecques les merchans, et s'en ayder en Allemaigne; + néantmoins, il sera toutjour bon d'incister au duc d'Alve qu'il + empesche le dict accord: + + Car il est desjà nouvelles que Quillegrey sera dépesché pour + aller porter les lettres de police du dict payement, et pour + aller faire semblables offices, ceste année, qu'il fit la + précédente envers les princes protestans; dont s'estime, qu'à son + arrivée par dellà, plus qu'à celle du jeune comte de Mensfelt, + les dicts princes s'esmouveront et commenceront de marcher; et + que le dict de Mensfelt n'a emporté que quelques lettres + d'acquit, pour vingt mil livres d'esterlin, qui avoient esté + desjà prinses sur les bagues de la Royne de Navarre. Par ainsy, + il fault fère estat que l'armée de Cazimir yra au secours de + ceulx de la Rochelle. + + Il semble qu'on ayt vollu imprimer quelque peur à ceste princesse + du duc de Olstein, luy donnant entendre qu'il a esté devers le + duc d'Alve à Bruxelles pour tretter quelque entreprinse contre + elle, et qu'il faict une levée de gens de pied et de cheval vers + Hembourg et Osterelan, de quoy elle a certain adviz, et que le + duc Ery de Bronzouye a aussi la sienne toute preste; dont, encor + que le dict duc d'Alve monstre que son principal prétexte soit + pour résister aulx entreprinses du prince d'Orange, néantmoins la + jalousie qu'elle s'est donnée de cella, et possible le desir de + favoriser les affères du dict prince d'Orange, et les choses + advenues par la mort du comte de Mora sont cause dont elle se + laysse ainsy aller à la forniture de deniers en Allemaigne; + aulcuns estiment tout le contraire du duc d'Olstein, qu'il est + pour le dict prince d'Orange, bien m'a l'on dict qu'il y a desjà + trois ans que ceste Royne a osté de son estat le dict de Olstein + lequel souloit être son pencionnaire. + + + + +XCe DÉPESCHE + +--du XXIIe jour de febvrier 1570.-- + +_(Envoyée par Hamberlin, chevaulcheur d'escuerye, jusques à la +court.)_ + + Audience accordée à l'ambassadeur; communication faite à + Élisabeth de l'état des négociations en France pour arriver à + la pacification.--Conditions proposées par le roi.--Offre faite + par la reine d'Angleterre de sa médiation.--Nouvelle assurance + qu'elle n'a donné aucun secours aux protestans de + France.--Affaires de la reine d'Écosse.--Élisabeth propose + d'accepter la médiation du roi pour ses différends avec Marie + Stuart. + + AU ROY. + +Sire, pour faire entendre à la Royne d'Angleterre ce qui a passé avec +les depputez de la Royne de Navarre, des princes de Navarre, de Condé, +et des aultres de leur party, qui vous ont très humblement requiz la +paix, je luy ay récité les mesmes bons et bien convenables propos de +vostre lettre du VIe du présent, avec ung peu d'expression de +l'incroyable débonnaireté et infinye clémence qu'il vous playt user +envers eulx, sur toutes les offances, ruynes et dommaiges, que vous et +vostre royaulme avez receu de leur ellévation et de leur prinse +d'armes; et que si la dicte Dame veult considérer les grâces et +concessions que vous leur offrez, je m'asseure qu'elle les estimera, +sinon excessives, à tout le moins telles que de plus grandes vous ne +leur en pouvez bonnement concéder, sinon que pour les contanter à eulx +seulz, Vostre Majesté se vollût par trop se malcontanter soy mesmes, +et offancer vos aultres bons subjectz catholiques, qui sont de vostre +party, qui ont toutjour suyvy vos intentions, n'ont onques contradict +à icelles, ont combattu avecques vous et pour vous, et n'ont rien +espargné du leur pour vous secourir; et pareillement offancer bonne +partie du reste des Chrestiens, espéciallement les princes, vos alliez +et confédérez, qui monstrent avoir intérest en ceste cause pour la +religion catholique et pour la souveraine auctorité, qu'ilz desirent +estre, l'une et l'aultre, bien conservées en vostre royaulme, comme en +ung siège principal de la Chrestienté, en quoy, en lieu qu'ilz vous +penseroient avoir regaigné pour bien veuillant et favorable prince, il +est à croyre qu'ilz vous trouveroient à jamais offancé, irrité et bien +fort ulcéré contre eulx. + +La dicte Dame, d'ung visaige bien fort joyeulx et contant, après +plusieurs bien bonnes parolles du mercyement, qu'elle m'a prié de vous +fère, pour une tant favorable communication du pourparlé de paix avec +vos subjectz, a curieusement vollu lire les articles d'icelluy, et +j'ay miz peyne de les lui fère trouver plus que raysonnables de vostre +costé; et que, si ceulx de l'aultre part se monstrent tant sans rayson +qu'ilz ne les acceptent, que Vostre Majesté la prie de les tenir +dorsenavant pour ceulx qui ne sont meuz d'aulcun desir de religion, +ains d'une pure ambicion d'occuper l'authorité souveraine s'ilz +pouvoient; et que, pour le debvoir de l'alliance et bonne amytié, qui +est entre Vostre Majesté et la dicte Dame et voz deux couronnes, elle +les veuille à jamais exclurre de sa protection, faveur et secours, et +nomméement de l'assistance de deniers qu'ilz se vantent debvoir avoir +ceste année d'elle ou de son royaulme; et, comme ennemye conjurée +contre eulx, se veuille unyr avec Vostre Majesté pour les réprimer, et +pour vous ayder de reconquérir sur eulx les droictz souverains, +qu'ilz s'esforcent [d'usurper], et donner exemple aux aultres subjectz +d'ozer, par prétexte de religion, entreprendre d'usurper sur leurs +vrays et naturelz princes et seigneurs. + +A quoy elle m'a respondu qu'elle ne doubte aulcunement que, en Vostre +Majesté et en celle de la Royne, ne soit le mesmes bon desir que les +dicts articles monstrent pour la réunyon et réconcilliation de voz +subjectz, et comme elle le loue infinyement, ainsy vous prie elle de +croyre qu'elle a grand affection de la veoir bien effectuée; et que, +si ceulx de la Rochelle ont de quoy pouvoir, sans contraincte de leur +conscience, vivre soubz vostre auctorité, en paix et bonne seurté de +leurs vyes et de leurs personnes, elle ne voyt commant ilz le +puyssent, ny doibvent reffuzer; dont, si pour la conclusion d'ung si +bon oeuvre, au cas qu'il y intervienne aulcune difficulté, il vous +playt qu'elle s'y employe, elle le fera droictement à l'advantaige deu +à Voz Majestez, comme si c'estoit pour le sien propre; et quant à +secours, elle peult jurer devant Dieu qu'il n'en est procédé d'elle, +ny en argent, ny en aultre chose, dont ilz se puyssent raysonnablement +vanter qu'elle leur en ayt baillé contre vous, et qu'elle n'ozeroit +jamais lever les yeulx pour me regarder, si, après tant de parolles et +de promesses qu'elle m'a faictes vous escripre là dessus, elle venoit +meintenant à leur en donner. + +J'ay esté en doubte, Sire, comment uzer de ce, qu'en lieu que je l'ay +requise de leur estre ennemye, s'ilz n'acceptent les condicions de +paix, elle s'est offerte d'en composer les difficultez; dont, sans en +rien acepter, je l'ay seulement remercyée, au nom de Voz Majestez, et +que je ne fauldrois de le vous escripre, et ay poursuyvy que +j'espérois que la mesme responce conviendroit à ce que j'avoys à luy +requérir très instantment de vostre part, qu'elle vous vollût tout +ouvertement signiffier si une levée de huict mil reystres, qu'on vous +a mandé que le duc d'Olstein et le comte d'Endein font pour elle en +Allemaigne, est en faveur de ceulx de la Rochelle, ainsy qu'on le vous +veult persuader, et qu'il vous semble bien que la dicte Dame doibt +ceste franche et claire déclaration à la bonne amytié, que Voz +Majestez Très Chrestiennes luy portent, et que le cueur ne vous peult +dire que vous ayez en ce temps à espérer actes si ennemys et si +contraires du costé de la dicte Dame. + +Elle m'a respondu, de fort bonne façon, que Mr Norrys luy a touché ce +particullier par ses lettres, et que par lui mesmes elle vous y fera +satisfère: cependant me vouloit bien asseurer qu'elle ne faict point +fère la dicte levée, et qu'elle ne veult jamais estre estimée Royne, +s'il se trouve aultrement; et a passé oultre à me dire qu'il se parle +bien de quelque levée à venir, mais qu'elle ne sçayt encores ce qui en +est; et, quand elle l'entendra, s'il y a rien contre Vostre Majesté, +elle me le fera notiffier. + +Je croy que la dicte Dame m'a respondu assés sellon la vérité et +sellon son intention en ces deux choses; mais je mettray peyne de +mieulx les vériffier, et sur ce, etc. + + Ce XXIIe jour de febvrier 1570. + + A LA ROYNE. + +Madame, ayant envoyé me condouloir à Mr le comte de Lestre du peu de +satisfaction que la Royne, sa Mestresse, a vollu donner à Voz Majestez +Très Chrestiennes, par Mr de Montlouet sur les affères de la Royne +d'Escoce, il m'a mandé que je debvois excuser la dicte Dame sur les +espouvantables conseilz qu'on luy donnoit, de la subversion de sa +couronne et de son estat, si elle ne procédoit encores plus +rigoureusement contre elle, ce qui n'estoit aulcunement sellon son +cueur; et que, n'ozant de luy mesmes se ingérer de luy en parler, si +je luy en voulois escripre une lettre à part, il la feroit si +oportunément veoir à la dicte Dame qu'il espéroit que les affères de +la dicte Royne d'Escoce s'en porteroient mieulx. Je luy ay escript +aulcun peu de motz, lesquelz il luy a monstrez, et elle m'a faict +cognoistre, en ma dernière audience, qu'elle les avoit bénignement +receuz; lesquelz ont heu tant d'effect qu'elle m'a offert d'elle +mesmes que, s'il playt à Voz Majestez mettre en avant ung moyen ou +expédiant entre elles deux, qui soit honneste et non préjudiciable à +elle ny à sa couronne, ny contraire à son honneur et conscience, +qu'elle y entendra très vollontiers; et ainsy m'a elle, une et deux +foys, prié de vous le mander. Dont je mettray peyne, Madame, +d'entendre là dessus le désir de la dicte Royne d'Escoce, et le +conseil, s'il m'est possible, de Mr l'évesque de Roz, lequel est +encores bien resserré, pour en user le plus oportunément que je +pourray. Cependant il plairra à Voz Majestez m'en commander ung mot +par une lettre que je puysse monstrer, et sur ce, etc. + + Ce XXIIe jour de febvrier 1570. + + + + +XCIe DÉPESCHE + +--du XXVIe jour de febvrier 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Callais par Lepecoc_.) + +Opinion générale répandue en Angleterre que la paix sera prochainement +conclue en France.--État des affaires en Flandre.--Incertitude sur les +nouvelles d'Écosse; nécessité d'envoyer un prompt secours dans ce +pays.--Réclamation des Anglais contre la conduite qui est tenue à leur +égard en Bretagne.--Vives instances de Marie Stuart pour obtenir un +secours de France. + + + AU ROY. + +Sire, après avoir, le XXe de ce moys, amplement discouru à la Royne +d'Angleterre en quel estat estoient demourées les choses avec les +depputez de la Rochelle, lorsque Vostre Majesté m'a commandé de luy en +parler, et que la dicte Dame m'eust prié de luy laysser le mémoire des +condicions que vous leur offriez, lesquelles elle ne fit semblant de +les trouver que bien fort raysonnables, et qu'elle ne voyoit plus +aulcune difficulté en cella, sinon possible ung peu de l'asseurance, à +cause de l'infraction des précédantz traittez, elle manda, le jour +d'après, Mr le cardinal de Chatillon pour les luy communiquer; et ne +sçay encores, Sire, ce qui en fut débattu entre eulx, sinon qu'on m'a +adverty que le dict Sr cardinal dict que la Royne de Navarre, plus de +douze jours auparavant, luy en avoit en substance mandé le contenu, à +la mesure que les depputez, durant le pourparlé, le luy escripvoient, +et qu'il faisoit grand difficulté que la paix se peult conclure là +dessus, qu'il ne leur fût en quelque chose mieulx satisfaict, et en +quelque aultre plus seurement pourveu. Je mettray peyne de sçavoir si +la dicte Dame a trouvé fondement en sa dicte difficulté, veu qu'elle +m'a dict que ses plus sçavantz prescheurs maintenoient, par +tesmoignages de l'escripture saincte, que nulle eslévation contre son +prince, ny mesmes pour la conscience, peult estre juste ny +raysonnable. + +Il semble qu'on ayt icy assés d'opinion que la paix se conclurra, et +néantmoins je n'entendz qu'on révoque l'ordonnance des deniers pour +Allemaigne, bien qu'aulcuns estiment que les levées de gens de guerre +sont retardées pour attandre quelle fin le dict traitté prendra; et se +parle beaulcoup plus, à ceste heure, des aprestz du prince d'Orange +que de ceulx de Cazimir, et qu'encores que en Flandres ne s'en face +aulcun semblant, que néantmoins le duc d'Alve ne laysse de pourvoir +secrectement à ses affères; dont ceulx cy ont quelque adviz de ses +aprestz, et mesmes tiennent pour assés suspectz ceulx qu'ilz entendent +qu'il faict pour la mer, qui ne peuvent, ce leur semble, estre dressez +contre le dict prince; et par ainsy, doubtent que ce soit contre eulx, +mais ilz monstrent de ne les craindre guières. La composition des +deniers et merchandises, arrestées par deçà sur les subjectz du Roy +d'Espaigne, se poursuyt toutjours. Il est vray qu'il semble qu'on +attand la responce d'une dépesche, que le duc d'Alve, après le retour +du Sr Chapin en Flandres, a faicte au Roy son Mestre sur ceste affère, +qui n'est encores venue. + +Je ne puys avoir certitude des présentes choses d'Escoce, et semble +que le Sr Randolf mesmes, qui est sur le lieu de la part de ceste +Royne, ne peult comprendre quelles elles sont, et qu'il en escript +confuzément. Le comte de Lenoz se prépare toutjours pour y aller; +mais il creinct quelque malle adventure par dellà, et n'ayant la dicte +Royne d'Escoce faulte d'adviz en ses propres affères, elle nous a +faict tenir celluy que je vous envoye duquel nous mettrons peyne d'en +avoir plus grande vériffication; et d'aultant qu'avec icelluy vous +verrez, Sire, l'instance qu'elle me prie de vous fère pour son +secours, il ne sera besoing de le vous exprimer davantaige, si n'est +pour vous dire, Sire, que peu d'ayde à ce commancement vous pourra +espargner les frays d'ung grand secours, que possible cy après vous y +vouldriez avoir envoyé; lequel, ou n'y pourra lors passer, ou n'y +viendra jamais assés à temps. Je ne sçay si, suyvant mes précédantes +lettres, ceste Royne vouldra entendre à quelque bon expédiant avec la +dicte Royne d'Escoce, elle m'a faict démonstration d'y estre assez +bien disposée; mais la dicte Royne d'Escoce a trop d'ennemys en ceste +court. + +La dicte Royne d'Angleterre m'a faict dellivrer trois Françoys qui +estoient prisonniers à Colchester, et m'accorde ordinairement, et fort +libérallement, les provisions de justice que je luy demande pour voz +subjectz. Il est vray que ceulx de son conseil m'ont faict escripre +par le juge de l'admyraulté que, s'il n'est faict rayson à trois +Anglois, qui vont pourchasser la restitution de leurs biens à +Granville en Bretaigne, qui leur a esté deux et trois foys desnyée, +que les Bretons ne s'esbahyssent plus s'ilz n'ont dellivrance des +biens qui leur seront prins ou arrestez par deçà; vous supliant, Sire, +mander au Sr de La Roche, cappitaine du dict Granville, qu'il les leur +face dellivrer, et que dorsenavant Vostre Majesté commande estre +mieulx pourveu à l'administration de la justice aux dicts Anglois en +Bretaigne, qu'ilz disent qu'ilz n'y en ont heu jusques icy; et sur ce, +etc. + + Ce XXVIe jour de febvrier 1570. + + Sur la fin de la présente m'est venu advis qu'il y a heu + rencontre, sur la frontière du North, entre millord Dacres, qui + se retirait en Escoce avec quelque troupe, et milord de Housdon + gouverneur de Barvich, qui l'a vollu empescher. + + EXTRAICT de la lettre de la Royne d'Escoce à Mr l'évesque de Roz, + son ambassadeur. + + J'ay receu, par ce pourteur, la lettre que m'avez escripte du VIe + du présent, et suys fort marrye de vostre emprysonnement, à ceste + heure que mes affères ont grand besoing de vous, sur le poinct + qu'on m'a dict que le Roy a accordé d'envoyer deux mil hommes en + Escoce; je vous prie, sollicitez Mr l'ambassadeur de fère + instance à son Mestre qu'il les veuille haster, et advertissez + l'arsevesque de Glasco et Rollet, de faire le mesme par dellà. Je + vouldrois bien entendre quel secours nous aurons de Flandres. Je + crains qu'il sera assés petit, et qu'il viendra bien tard; car + j'entends que desjà la Royne d'Angleterre faict lever une armée + de douze mil hommes en ce pays, et en veult envoyer, du premier + jour, trois mil en Escoce, et puys après, y fère acheminer le + reste par mer et par terre, avec intention, comme on dict, + d'avoir, ou par moyen, ou par force, mon filz en ses mains, et + puys après disposer de ma vie. Mais, si Dieu m'est favorable, + comme je n'en doubte poinct, je ne crains poinct cella; + néantmoins, je vous prie très affectueusement de le nottifier + aulx ambassadeurs, affin que, s'ilz m'ayment et ayment mes + affères, qu'ilz procurent de fère envoyer en dilligence le + secours en Escoce. Il est bruict que le Roy d'Espaigne est fort + mallade, et que le Roy a aultant à fère dedans son royaulme comme + auparavant, et qu'il n'a peu fère la paix avecques ses subjectz, + dont vous prie m'en faire entendre la vérité. + + EXTRAICT d'aultre lettre escripte par la dicte Royne d'Escoce à + Jehan Cobert, secrétaire de Mr de Roz, du XIIIe febvrier 1570. + + Jehan Cobert, si vostre mestre est si estroictement gardé qu'il + ne puisse vaquer à mes affères, ne faillez de trouver quelque + moyen de me donner toutjours adviz des occurrences, le plus + souvent que vous pourrez. Faictes mon excuse à Mr l'ambassadeur + de France, si je ne luy escriptz par ce pourteur, car je ne m'ose + fyer en luy; supliez le de parler à la Royne pour vostre mestre; + et luy dictes que c'est Huntington qui, par malice, a procuré son + emprisonnement; car luy mesmes m'a dict qu'il se vengeroit de + luy. Priez le aussi, en mon nom, de solliciter le Roy, son + Mestre, comme je le mande en l'aultre lettre, de haster le + secours; car il peult veoir le grand dangier en quoy mon royaulme + et mon filz et moy sommes. + + + + +XCIIe DÉPESCHE. + +--du dernier jour de febvrier 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Callais, par le sire Crespin de Chaumont_.) + + Détails circonstanciés de la rencontre qui a eu lieu entre milord + Dacre et milord Houston; défaite de milord Dacre qui a été + forcé de se réfugier en Écosse. + + + AU ROY. + +Sire, au fondz de la lettre que j'ay escripte, le XXVIe du présent à +Vostre Majesté, j'ay faict mention d'ung rencontre naguières advenu +vers la frontière du North, du costé d'Escoce, entre millord Dacres et +millord de Housdon, subjectz de ce royaulme, de quoy la confirmation +est despuys arrivée, qui se racompte ainsy: c'est que ayant la Royne +d'Angleterre, pour aulcuns soupeçons du dict millord Dacres, et parce +qu'il différoit de venir devers elle, mandé à millord Housdon de +l'aller surprendre, le plus secrectement qu'il le pourroit fère, en +une sienne mayson, où il s'estoit retiré douze mil près l'Escoce; +icelluy Dacres, ayant descouvert l'entreprinse, le jour auparavant +qu'elle deust estre exécutée, par l'interception d'aulcunes lettres, +où il vit que desjà le dict de Housdon avoit mandé à millord Scrup se +trouver en certain lieu avec deux mil hommes, et qu'il s'y rendroit à +heure déterminée avec mil chevaulx et cinq centz harquebouziers de la +garnyson de Barvich, pour l'aller assiéger, il fit dilligence d'en +advertyr incontinent ceux qui estoient en la frontière d'Escoce; et, +de sa part, il déliberra d'assembler ce qu'il pourroit des siens pour +aller combattre l'une des deux troupes, avant qu'elles se peussent +joindre. Et ainsy, en une nuict, il mict ensemble trois mil hommes, +et, le matin, alla rencontrer ceulx qui estoient sortys de Barvich, et +présenta la bataille au susdict de Housdon; lequel, se trouvant avoir +de meilleures gens et mieulx équipés que luy, bien que en moindre +nombre, se résolut de le combattre, et néantmoins fit semblant de se +retirer, affin d'attirer l'autre en ung lieu estroict, où avec +l'harquebouzerye il le deffyt, et luy tua quatre centz des siens, et +en print cent ou six vingtz de prisonniers. Et à peine se fût saulvé +le dict Dacres mesmes, sans ce qu'il se descouvrit quelques gens de +cheval, en compaignie, qui lui venoient au secours, à la faveur +desquelz il se retira, avec tout le reste, en Escoce. Quoy qu'il y +ayt, Sire, et que ce récit, qui vient de la court, soit à l'advantaige +de ceste Royne, elle et ceulx de son conseil sont bien fort marrys de +la retrette du dict Dacres, qui est, après le duc de Norfolc, ung des +plus principaulz hommes de ce royaulme. Et sur ce, etc. + + Du dernier jour de febvrier 1570. + + + + +XCIIIe DÉPESCHE + +--du IIIIe jour de mars 1570.-- + +(_Envoyée jusques à la court, par le Sr de Sabran_.) + + Irritation causée à Londres par la nouvelle de l'expédition + préparée en France pour porter des secours en Écosse.--Effet + produit par cette nouvelle sur la reine d'Angleterre, dont elle + change tout-à-coup les dispositions à l'égard de la + France.--Résolution d'Élisabeth de porter ses armes en Écosse, + et de secourir ouvertement les protestants de la + Rochelle.--_Mémoire_: détails des préparatifs faits sur mer en + Angleterre pour empêcher le secours de France d'arriver en + Écosse.--Affaires de l'Écosse et des Pays-Bas.--Demande faite + par l'Espagne que le commerce avec l'Angleterre soit interdit + en France.--_Mémoire secret_: dispositions des seigneurs + anglais, qui sont poursuivis en justice, à soutenir les efforts + de la France.--Vives instances du duc de Norfolk pour que la + reine d'Écosse soit promptement secourue.--Proposition faite + par l'ambassadeur à Leicester d'appuyer de tout le crédit de la + France son mariage avec Élisabeth; sous la condition de la + restitution de Marie Stuart. + + AU ROY. + +Sire, je n'avois poinct esté encore plus favorablement ouy de la Royne +d'Angleterre, et n'avois point receu d'elle meilleures responces sur +les choses, que je luy ay ordinairement proposées de vostre part, +despuys que suys par deçà, que en ceste dernière audience du XXe du +passé, ny les seigneurs de son conseil ne m'avoient plus privéement +traicté, ny ne s'estoient monstrez plus favorables à me parler des +affères de ce royaulme que ceste dernière foys; de sorte que je m'en +retournay assés satisfaict, et au moins avec quelque opinion que les +choses seroient pour aller de bien en mieulx entre Voz Majestez et voz +deux royaulmes; mesmes qu'ung du dict conseil passa si avant de me +dire que, pour quelques occasions ès quelles la France n'estoit +poinct meslée, j'entendrois bientost parler d'ung armement que, +longtemps y a, l'Angleterre n'en avoit gecté ny de plus grand, ny de +plus brave sur mer; et qu'il ne failloit que j'en prinsse aulcun +souspeçon, car tant s'en failloit que ce fût contre Vostre Majesté, +qu'il n'y auroit rien qui ne fût à vostre bon commandement: et oultre +cella, la dicte Dame me tint lors toutz propos fort bons sur les +affères de la Royne d'Escoce, et sur la bonne disposition, en quoy +elle estoit, d'entendre à quelque bon expédiant avec elle, s'il +playsoit à Vostre Majesté de le mettre en avant. + +Par lesquelles choses j'estimay, Sire, que les plus modérez d'auprès +de ceste princesse eussent gaigné ung grand poinct envers elle, mesmes +que je sceuz, avant que partir de là, que le comte d'Arondel avoit +esté mandé en court pour le desir que la dicte Dame monstroit avoir de +regarder, avec son conseil et avec sa noblesse, les moyens qu'il luy +falloit tenir, tant envers les princes ses voysins que envers ses +subjectz, pour maintenir la paix dehors et dedans son royaulme. De +quoy les passionnez, qui ont le crédit, monstroient n'estre +aulcunement contantz: et voycy, Sire, ce que, deux jours après, leur +est venu en main pour divertir le bon cours de ces affères, et pour +altérer les choses plus que jamais, c'est que, par les lettres de Mr +Norrys et par celles du Sr Randolf, qui en mesme jour sont arrivées de +France et d'Escoce, du XXIIe du passé, ilz ont eu adviz que Vostre +Majesté préparoit d'envoyer ung nombre de gens de guerre en Escoce, +qui se doibvent embarquer en Bretaigne le IIIe jour de may prochain; +ce qui leur a donné de quoy si bien irriter la dicte Dame et ceulx de +son dict conseil que, toutes aultres choses délayssées, ilz se sont +miz après à consulter et dellibérer comme ilz pourront empescher ou +prévenir ceste vostre entreprinse; dont j'ay baillé une instruction au +Sr de Sabran de tout ce que, pour ceste heure, j'ay peu descouvrir de +leurs préparatifz et aprestz en cella, ensemble du présent estat des +aultres choses de deçà, auquel me remectant, je prieray, etc. + + Ce IVe jour de mars 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, ce n'est de mon gré que je donne à Vostre Majesté des adviz, +qui quelques foys sont bien contraires et divers à ceulx que +auparavant je vous ay mandez; mais le changement et la contrariété, +qui sont assés ordinaires en ceulx de ceste court, me contraignent +d'en user ainsy; dont Vostre Majesté, s'il luy playt, m'en excusera +sur le soing que j'ay de luy mander leurs actions et dellibérations, +ainsi clairement et par le menu, comme, jour par jour, je les puys +aprendre et descouvrir. Il n'y a que huict jours que ceste princesse +se monstroit bien disposée envers Voz Très Chrestiennes Majestez, et +de ne cercher rien tant que de vous contenter et complaire en ce qui +luy estoit proposé de vostre part, et de vouloir vivre en grand paix +et repos en son royaulme, chose fort sellon sa naturelle inclination; +mais, aussitost qu'on luy a raporté qu'il se préparoit en France des +gens de guerre pour passer en Escoce, il n'est pas à croyre combien la +grande jalousie de sa cousine, laquelle s'est représentée en cella, +luy a soubdain faict changer son premier bon propos; et comme, en lieu +d'aller par moyens paysibles, ainsy qu'elle disoit, ez choses +d'Escoce, elle a proposé meintennant d'y procéder par les armes. La +dicte Dame estoit lors après à espargner l'argent, meintennant elle +ne parle que d'en despendre; elle cerchoit de payer et à ceste heure +d'emprumpter; elle disoit vouloir regaigner par douceur ses subjectz, +meintennant elle faict resserrer plus que auparavant ceulx qui sont en +prison; et crainctz assés, Madame, que l'affection, qu'elle disoit +avoir à la pacification de vostre royaulme, se soit desjà changée à +ung contraire désir de vous y nourryr les troubles, si elle peult, +comme desjà l'on m'a dict qu'elle est pour se monstrer plus libéralle +à promettre secours et assistance à ceulx de la Rochelle, qu'elle n'a +faict jusques icy. Je la verray sur la première occasion de quelque +dépesche de Voz Majestez, et mettray peyne de notter les +particullaritez de ses propos, affin de fère quelque jugement de ses +dellibérations. Sur ce, etc. + + Ce IVe jour de mars 1570. + + INSTRUCTION pour satisfère Leurs Majestez sur le contenu de la + dépesche, comme s'ensuyt: + + Que, le XXe du passé, la Royne d'Angleterre se monstroit bien + disposée envers Leurs Très Chrestiennes Majestez et envers leurs + présens affères, avec bonne affection à la paix de leur royaume, + et d'estre preste, pour l'amour d'eulx, de condescendre à des + expédiens gracieulx avec la Royne d'Escoce, et me dict l'ung des + seigneurs de son conseil qu'elle avoit ung grand contantement de + veoir que Leurs dictes Majestez, ny nul de leurs ministres, + n'estoient meslez en ces choses du North. + + Ung autre des seigneurs du dict conseil, me parlant en affection + d'aulcuns aprestz, qu'on faisoit contre la dicte Dame, en un + endroict qui, sellon qu'il me le désigna, ne pouvoit estre sinon + Flandres, me dict qu'ilz estoient après, de leur costé, à + préparer en dilligence ung des plus grandz et des plus braves + armemens qu'ilz eussent, longtemps y a, miz en mer, et qu'on + cognoistroit que, si l'Angleterre n'estoit pour assaillir ung + aultre estat, qu'elle estoit suffisante pour deffandre le sien, + et que, continuant ainsy la bonne paix, comme elle faisoit, + avecques le Roy et la France, ilz n'avoient que bien peu à + craindre le reste de leurs voysins. + + Le troisiesme jour après, estantz deux pacquetz, l'un de Mr + Norrys et l'aultre du Sr Randolf, arrivez de France et d'Escoce, + quasi en mesmes heure, et avec conformité d'ung mesmes advis de + certain nombre de gens de guerre, qu'ilz ont mandé que le Roy + préparoit d'envoyer en Escoce, qui se debvoient embarquer en + Bretaigne, le IIIe de may, et estre conduicts par le Sr Estrocy, + la dicte Dame fit incontinent assembler là dessus son conseil, + où, du bon estat que les choses monstroient estre deux jours + auparavant, elles furent, par la contention des mal affectionnez, + soubdain converties en une présente aygreur; et voicy ce que + j'entendz qui fut là arresté: + + Que Mr Bach, pourvoyeur de la marine, seroit promptement mandé + pour lui enjoindre de mettre en ordre et en bon équipage toutz + les grandz navyres de guerre de la dicte Dame, affin d'estre + prestz dans la fin de mars ou au commencement d'avril, avec trois + mil bons hommes dessus, avytaillez pour un moys, affin de servir + aulx deux effects; l'ung, de résister aux entreprinses de + Flandres, et l'aultre, pour empescher le passaige et la descente + des Françoys en Escoce; + + Que le comte de Sussex et Raf Sadeller s'en yroient au Nort, et + lèveroient six mil hommes, qu'ilz envoyeroient le plus tost + qu'ilz pourroient en Escoce, et en prépareraient aultres douze + mil pour doubler et tripler les premiers, s'il estoit besoing; + + Que ceste mesmes levée pourroit servir à réprimer les esmotions + qu'on craignoit au dict pays, et servyroit aussi pour tenir la + main forte à l'exécution de justice qu'on y prétendoit fère + contre ung nombre de gentishommes, qu'on a trouvez coulpables de + la première ellévation; + + Que, pour subvenir à telles choses, l'on dresseroit trois estapes + de vivres et de monitions pour les pouvoir transporter par mer où + le besoing le requerroit, l'une à Londres, l'aultre à Rochestre, + et la troisiesme, laquelle j'ay la plus suspecte, à Porsemue, car + c'est vis à vis du Havre de Grâce; + + Que courriers seraient promptement dépeschez par toutes les + provinces avec lettres aulx officiers, pour fère advertissement à + ung chacun de se tenir pourveuz d'armes et de chevaulx sellon les + ordonnances, et d'estre prestz pour marcher, quand ilz seront + mandez; + + Que Me Grassein feroit dilligence de trouver promptement + cinquante mil livres d'esterlin parmy les merchans pour subvénir + au présent besoing de la dicte Dame, oultre et par dessus la + somme de quarante cinq mil livres d'esterlin desjà ordonnées pour + Allemaigne; + + Que les affères de la Royne d'Escoce et les propositions qui se + mettoient en avant pour sa restitution, et pour la dellivrance de + l'évesque de Roz, son ambassadeur, seroient mises en surcéance et + elle ung peu plus resserrée; + + Et seroit pareillement surcise la dellibération, en quoi l'on + estoit, de pourvoir à la liberté du duc de Norfolc, sur la + caution qu'il offroit de deux centz mil livres d'esterlin; et à + l'eslargissement de millord de Lomelé; et à rappeler en court et + au conseil le comte d'Arondel, et que les dicts seigneurs + seroient plus observez et resserrez que auparavant. + + Et m'a l'on dict, dont je suys après à le vériffier, qu'il fut + aussi là arresté que la dicte Dame se monstreroit plus libéralle + et prompte, qu'elle n'avoit faict jusques ici, à accorder secours + à ceulx de la Rochelle pour meintenir la guerre en France, affin + de divertyr celle toute aparante, qui s'alloit susciter dans + ceste isle pour les choses d'Escoce. + + Despuys, est survenu ce rencontre en la frontière du North, + lequel aulcuns disent n'avoir tant succédé au désadvantaige de + millord Dacres, comme le filz de millord de Housdon, qui en a + porté les premières nouvelles, l'a publié; et qu'il y est mort + plus de deux centz soldatz de la garnyson de Barvich, et qu'il a + apareu ung si notable secours, qui venoit d'Escoce au dict + Dacres, qu'on a heu assés de doubte d'une surprinse sur Varvich, + dont ceulx cy font plus grand dilligence que jamais de haster les + ordonnances et provisions dessus dicts. + + Quant à l'estat des choses d'Escoce, j'entendz que les comtes + Morthon, Mar, Mareschal et millord de Lendzey ayantz, avec leurs + complices, relevé en ce qu'ilz ont peu la part du feu comte de + Mora, ont transféré toute l'authorité au dict de Morthon, lequel + se trouve meintenant dans l'Islebourg, assisté de la faveur de la + Royne d'Angleterre; et semble qu'il veut establyr le comte de + Lenoz régent au dict pays à la dévotion de la dicte dame; + + Que les comtes d'Arguil, d'Onteley, d'Atil et aultres bons + subjectz de la Royne d'Escoce, ayantz tenu une assemblée près de + Dombertran, où le Sr de Flemy s'est trouvé, ont dellibéré de + s'achemyner vers l'Islebourg, pour ordonner, en quelque bonne + façon, de l'estat des choses, et qu'ilz veullent que le duc de + Chatellerault preigne le gouvernement; et que, pour le + commencement, il l'ayt au nom du jeune prince, affin qu'il y + interviegne tant moins de contradiction: mais le dict duc, qui + est encores prisonnier au chasteau de l'Islebourg, demeure + fermement résolu de n'accepter aulcune charge, sinon au nom et + sous l'auctorité de la Royne. Il s'espère quelque convocation + d'Estatz au dict pays, le IIIIe du présent; ce qui s'en entendra, + je ne fauldray de le mander à Leurs Majestez. Il semble qu'on n'a + trouvé Ledinthon si bon Anglois qu'on cuydoit, et qu'il est tout + du dict duc de Chatellerault. + + Ceulx qui jugent des dicts affères d'Escoce, et qui désirent la + restitution de la Royne au dict pays, et y vouldroient veoir + succéder les choses sellon l'intention du Roy, disent que, sans + venir à guerre ouverte avecques ceste Royne, il se pourra (avec + vingt ou trente mil escuz et deux personnaiges de bonne qualité + qui saichent, au nom du Roy, réunyr et accorder les seigneurs du + pays, et avec demy douzaine de capitaines pour conduyre leurs + gens de guerre, et quelques monitions et armes), fère ung si bon + fondement dans ce royaume que les effortz des Anglois n'y + pourront en rien prévaloir; mais il fauldroit que cella y passât + tout promptement, avant que ceulx cy soyent sur mer. + + L'accord des deniers et merchandises d'Espaigne se poursuyt + toutjour fort instantment, et pourra bien estre que, quant aulx + deniers, il preigne encores quelque tret, pour attandre celle + lettre du Roy d'Espaigne, par laquelle il veuille advouher que la + somme est à des merchans; mais, quant aulx merchandises, j'estime + que cella sera bientost conclud, parce qu'il se dépesche quatre + principaulx merchans de ceste ville avec généralle procuration + pour en aller, en compaignie du Sr Thomas Fiesque, tretter avec + le duc d'Alve à Bruxelles; et doibvent partyr dans ceste + sepmayne. Dont le Roy pourra fère incister sur l'ung et sur + l'autre de ces deux poincts envers le duc d'Alve, qu'il n'en + veuille accommoder les Protestans, ains entretenir et prolonger + la matière, au moins jusques après l'esté prochain; dont, de ma + part, je travailleray, aultant qu'il me sera possible, d'y fère + toutjour naistre quelque difficulté, et il s'y en trouveroit + assés du costé mesmes de ceulx cy, n'estoit la craincte qu'ilz + ont du Roy sur les choses d'Escoce. + + Je suys bien fort pressé par l'ambassadeur d'Espaigne de suplier + Leurs Majestez Très Chrestiennes qu'ilz veuillent exclurre aux + Anglois le commerce de la France, parce que, nonobstant la + suspencion d'entre l'Angleterre et les Pays Bas du Roy son + Mestre, ilz ne layssent d'estre accommodez, par le moyen des + Françoys, des choses qu'ilz ont besoing d'Espaigne; lesquelles, + pour le gain, ilz leur aportent toutjour en abondance, bien que + ceulx cy se monstrent aussi difficilles de n'admettre les + merchandises d'Espaigne ny de Flandres par deçà, comme l'on le + pourroit estre en Espaigne ou en Flandres d'y recepvoir celles + d'Angleterre; tant y a qu'avec des moyens cella se conduict, et y + a quelcun qui, au nom des Catholiques de ce royaulme, m'est venu + prier pour la dicte exclusion de traffic, comme de chose laquelle + admèneroit bientost une telle nécessité en ce pays, qu'on s'y + eslèveroit contre ceux qui gouvernent; en quoy Sa Majesté + considérera ce qui est le plus expédient et le plus utille pour + son service, car je crains que par là l'on s'incommoderoit assés + pour accommoder aultruy. + + Sur la closture de ceste dépesche, le Sr de Garteley est arrivé, + qui m'a dict que le secours pour Escoce est desjà tout prest en + Bretaigne, dont semble estre fort requis de le haster de partir, + affin de prévenir ceux cy, lesquelz sont tous résoluz de getter + dehors, avant la fin de ce moys, quinze grandz navyres des + premiers prestz pour nous empescher la mer. + + AULTRE INSTRUCTION A PART. + + Ce qui est advenu de nouveau en la frontière entre millord Dacres + et millord de Housdon, joinct les façons dont l'on continue de + procéder de plus en plus fort rudement contre ces seigneurs qui + sont arrestez, et d'observer de près le reste de la noblesse, + descouvre assés qu'il y a une grande contrariété dans ce royaume + tant sur la religion, et sur le faict de la Royne d'Escoce, et + sur les divers tiltres de la succession de la couronne, et sur + l'emprisonnement des grandz, que pour ung général malcontantement + contre ceulx qui gouvernent. + + Et semble que le duc de Norfolc est plus que jamais désiré d'ung + chacun, mais il demeure fermement résolu en soy mesmes de ne + pourchasser sa liberté par nulle aultre voye que par celle de + l'équité de sa cause; en quoy il se persuade d'avoir ung très bon + et très asseuré fondement, lequel il ne veult aucunement altérer; + mais les aultres seigneurs, qui ne sont si resserrez que luy, + sont dellibérez que, si, dans quinze jours, ilz ne se peuvent + prévaloir, ou pour le dict duc ou pour eulx; de leurs amys et + moyens de court, qu'ilz se résouldront à cercher d'aultres + expédians, et m'ont faict remercyer du reffuge et retrette que je + leur ay dict que le Roy leur donroyt en son royaume. + + +Or, se trouvans les comtes de Northomberland et de Vuesmerland et +millord Dacres, qui sont trois bien principaulx personnaiges de ce +royaume, et quelque nombre de gentilshommes de ce pays avec eulx, +meintennant fuytifz en Escoce, toutz bien affectionnez à la Royne +d'Escoce et bien fort catholiques; et desirant le duc de Norfolc, de +sa part, que les affères de la dicte Dame y soient secouruz, +nomméement du costé de France, il est à espérer que, s'il playt au Roy +de les favoriser en quelque bonne sorte, non suspecte à ces seigneurs +angloys partisans de la dicte Dame, qu'elle et son royaulme pourront +estre préservez contre les entreprinses de l'Angleterre à honneur et +utillité de la France, et la Royne d'Angleterre et les siens divertys +de ne pouvoir tant nuyre, comme ilz font en aultres endroicts, aulx +affères du Roy, non sans que Sa Majesté se forme, par ce moyen, ung +bon nom, et possible quelque bonne part en l'affection de ceulx de +ceste isle. + +Le duc d'Alve, à la vérité, a des ambassadeurs escoçoys, et anglois +devers luy pour avoir secours, et il a escript par deçà qu'il est tout +prest de le bailler, mais que nul de ceulx qui sont venuz ne luy sçayt +donner compte du temps, du lieu, de la forme et des condicions qu'ilz +veulent avoir le dict secours, et qu'il ne veult advanturer l'honneur +et les affères de son Mestre, de mettre en évidence un telle +entreprinse, sans y voyr bon fondement. Par ainsy, il sollicite que +quelcun des principaulx le vienne trouver pour conclurre avecques luy +de toutes les particullaritez du dict secours; et, de tant que le duc +de Norfolc a suspect ce qui vient de ce cousté là, il me faict +solliciter de haster l'assistance du Roy en faveur de la Royne +d'Escoce. + +Le comte de Lestre, en une privée conférance qu'avons heu ensemble, +m'a dict que la Royne, sa Mestresse, avoit esté naguières pressée par +ceulx de son conseil de prendre party, affin de remédier tout à ung +coup à plusieurs difficultez qui se présentent en son royaulme, et +qu'elle, de son costé, s'estoit monstrée, encores ce coup, aussi +dégoustée de mariage, comme toutes les aultres foys qu'on luy en avoit +cy devant parlé; mais enfin elle leur avoit respondu que, si pour +annuller les divers tiltres qu'on prétend à sa succession, lesquelz +mettent en division son royaulme, elle estoit contraincte de se +maryer, qu'elle est toute résolue de n'espouser point de ses subjectz. + +Je luy ay respondu qu'il sçavoit bien que Leurs Majestez Très +Chrestiennes avoient toutjours heu désir que ce fût luy qui tint ce +lieu, et que ceste leur bonne vollonté continue encores, dont ne +failloit sinon qu'il regardât comment les y employer; que de ma part +je luy serviray de bon cueur; que le temps sembloit fère pour luy, +parce que tout le royaulme plyoit meintennant au désir de la dicte +Dame, et les principaulx qui estaient travaillez concouroient toutz à +luy complayre, pourveu qu'il fit quelque chose pour eulx; et la Royne +d'Escoce, qui pouvoit assés dans ceste isle, favorisoit ses nopces, +s'il favorisoit sa restitution; et quoy qu'il y eust, puysqu'il estoit +ainsy advancé en la bonne grâce de la dicte Dame, qu'il advisât de +prendre ce premier lieu, et à tout le moins de ne le laysser aller à +nul, qui ne luy sache le bon gré de l'y avoir miz. + +Il m'a rendu plusieurs bonnes parolles de mercyement, pour les mander +de sa part à Leurs Majestez, et, après m'avoir touché ung mot de +l'extrême déplaysir, que la Royne, sa Mestresse, avoit du mariage de +la Royne d'Escoce avec le duc de Norfolc, il m'a prié qu'en une de mes +audiences, je face venir à propos à la dicte Dame que, pour obvier +aulx inconvénians où elle et son royaulme pourront tumber par les +diverses prétencions de sa succession, qu'ung chacun estime qu'elle +feroit bien de se maryer, et que le Roy avoit toutjour desiré que, +s'il ne pouvoit pour luy ou les siens avoir ce bien, que au moins, +pour évitter la jalouzie de quelque aultre party estrangier, ce fût +quelque bien heureulx de ce royaulme qui y parvînt, ce que je ne luy +ay reffusé de fère; mais j'attendray là dessus le commandement de +Leurs Majestez. + + + + +XCIVe DÉPESCHE + +--du IXe jour de mars 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Callais, par Olyvier Cambernon_.) + + Affaires d'Écosse.--Crainte de l'ambassadeur que tous ses efforts + ne puissent empêcher la guerre d'éclater.--Son désir de voir + donner satisfaction sur les diverses plaintes d'Élisabeth + contre la conduite tenue à l'égard des Anglais en + France.--Mission du Sr de Garteley.--Arrêt prononcé contre + milord de Lomeley.--Nouvelles des Pays-Bas. + + + AU ROY. + +Sire, quant j'ay dépesché le Sr de Sabran devers Vostre Majesté, le +IIIIe de ce moys, je l'ay instruict, le plus particullièrement que +j'ay peu, de l'estat des choses qui se passent icy, lesquelles +continuent en l'apareil de guerre, qu'il vous aura dict, de lever +toutjours soldatz en ceste ville de Londres et ez envyrons, pour les +envoyer au North; et dilligenter l'aprest des navyres; et fère les +provisions pour iceulx; et cercher deniers de toutes partz, bien que +la malladie, intervenue là dessus, de Mr le comte de Lestre, a donné +quelque peu de retardement aulx dellibérations de ce conseil, lequel +ne s'est assemblé durant son grand mal, mais à présent il se porte +bien; et aussi que toutz en ces choses ne se sont trouvez d'accord en +ceste court, néantmoins j'entends qu'on y a résoluement conclud +l'entreprinse d'establyr, par toutz les moyens qu'on pourra, le +gouvernement d'Escoce ez mains de ceulx qui ont relevé la part du +comte de Mora, parce qu'ilz se monstrent fort contraires aulx fuytifz +d'Angleterre; et se soubmettent à la protection de ceste Royne; et luy +demandent le comte de Lenoz pour régent; qui sont choses qu'elle +trouve bonnes, et qui sont conformes à ce qu'elle desire pour tenir +le dict royaulme divisé, et avoir toutjour l'une des partz à sa +dévotion. Je ne sçay si l'assemblée des Estatz, qu'on attandoit au +dict pays le IIIIe du présent, aura esté tenue, et si elle aura heu +nul effect; il ne s'en dict encores rien, et croy qu'il sera bien +tard, quant j'en auray des nouvelles, car l'on tient les passaiges +bien fort serrez. + +Cependant la Royne d'Angleterre est entrée en grand deffiance sur ce +que Mr Norrys son ambassadeur luy a escript que Voz Majestez Très +Chrestiennes luy ont tenu quelque propos fort exprès sur les affères +de la Royne d'Escoce et de son royaulme; duquel je n'ay encores +entendu le particullier, sinon qu'on m'a dict que la dicte Dame en est +fort fâchée, joinct que, par le mesmes pacquet, le dict ambassadeur +luy a envoyé ung discours, imprimé à Paris, sur les troubles de son +royaulme, qui ne parle à l'advantaige d'elle ny de ceulx qui +gouvernent ses affères; et d'abondant elle a sceu qu'un homme de son +dict ambassadeur a esté naguyères arresté à Amiens, et que son +pacquet, qu'elle luy avoit baillé à porter, luy a esté osté; +desquelles choses il n'est pas à croyre combien elle s'en trouve +offancée, et combien les siens en sont mutinez, jusques à dire qu'il +vauldroit mieulx venir à une guerre déclairée, et que leur ambassadeur +s'en retornât, et que je me retirasse, que d'user de tels déportemens; +dont, de tant que je les ay fort asseurez que la publication du dict +discours, ny la détention du pacquet ny du messagier, ne sont +aulcunement procédées du vouloir ny commandement de Voz Majestez, je +vous suplie très humblement, Sire, qu'il vous playse luy en fère +donner quelque satisfaction, comme d'accidens que vous n'aviez ny +préveuz, ny pensez, et luy fère aussi satisfère sur une pleinte, +qu'elle m'a faicte renouveller, de certains pescheurs de Dièpe et +aultres de dellà, qui abusent en la coste de deçà de leur forme de +pescher et de leurs filetz contre l'ordonnance du pays, affin de ne +mesler si petites choses avec les plus grandes, qu'avez à démesler +ensemble. + +Le Sr de Garteley s'en est revenu très contant en toutes sortes de Voz +Majestez; il a heu congé de passer en Escoce, mais non d'aller veoir +la Royne sa Mestresse, à laquelle toutesfoys nous avons trouvé moyen +de fère entendre tout l'effect de son voyage, de quoy je m'asseure +qu'elle aura receu grande consolation. + +Millord de Lomellé a heu ampliation de son arrest, luy ayant esté +permiz d'aller demeurer avec le comte d'Arondel son beau père à +Noncich, et de pouvoir jouyr de l'air et de l'esbat des champs deux +mil à l'entour, ce qui donne espérance de veoir bientost quelque +modération ez affères de ces seigneurs. + +Les depputez de Flandres, estantz prestz à partir, ont trouvé quelque +deffectuosité en leurs charges et pouvoirs qui les a retardez huict +jours, mais j'entendz qu'ilz s'acheminent demain, et le Sr Thomas +Fiesque avec eulx, avec opinion de pouvoir accorder facilement le +faict des merchandises, mais difficilement celluy des deniers. Sur ce, +etc. + + Ce IXe jour de mars 1570. + + + + +XCVe DÉPESCHE + +--du XIIIIe jour de mars 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet_.) + + Contentement de la reine d'Angleterre au sujet de la satisfaction + qui lui a été donnée sur l'une de ses plaintes.--Impossibilité + de connaître quelles sont ses véritables intentions à l'égard + de la France.--Continuation des apprêts maritimes et des + préparatifs contre l'Écosse.--Nécessité de prendre des mesures + pour empêcher le capitaine Sores de continuer ses courses sur + mer.--Départ des députés envoyés dans le Pays-Bas pour traiter + des différends de l'Angleterre avec l'Espagne. + + + AU ROY. + +Sire, le jour d'après ma précédante dépesche, laquelle est du IXe du +présent, j'ay receu celle de Vostre Majesté du XXIe du passé, en +laquelle j'ay trouvé l'honneste satisfaction qu'il vous a pleu donner +à la Royne d'Angleterre sur celle de ces trois pleinctes que je vous +ay mandé qu'elle avoit le plus à cueur, qui est du discours des +troubles de son royaulme imprimé à Paris; de laquelle satisfaction, +despuys que Mr Norrys luy en a donné adviz, elle et les siens ont +monstré qu'ilz n'estoient plus si offancez comme auparavant: ce qui me +sera ung argument, la première foys que j'yray trouver la dicte Dame, +de la prier qu'elle veuille user de pareille sincérité et +correspondance d'ung bon cueur envers Voz Majestez Très Chrestiennes, +comme par cest acte vous luy avez monstré que vous l'avez clair et +droict, et entièrement bien disposé envers elle; et luy continueray la +mesmes instance, que je luy ay ordinairement faicte, de ne porter ny +souffrir estre apporté par les siens aulcun secours ny assistance à +ceulx qui troublent vostre royaulme, et qu'il n'est possible qu'ilz en +puissent tirer d'Angleterre, sans qu'elle tumbe en l'infraction des +trettez et en une manifeste ropture de la paix. + +Plusieurs parlent diversement de l'intention de la dicte Dame sur le +présent estat de voz affères; les ungs, qu'elle l'a bonne et qu'elle +incite à la paix ceulx de la Rochelle; les aultres, au contraire, +qu'elle l'a très mauvaise et qu'elle les sollicite à la guerre. Vostre +Majesté pourra assés juger ce qui en est par la condicion de ceulx qui +m'en ont donné les adviz, desquelz je réserve vous mander les noms, et +la façon des propos qu'ilz en ont tenu, par l'ung des miens que je +dépescheray bientost devers Vostre Majesté. + +Je n'ay encores rien entendu de l'effect de l'assemblée que les +seigneurs d'Escoce debvoient tenir à l'Islebourg, le IIIIe de ce moys, +ny s'ilz ont prins nul bon expédiant entre eulx sur l'ordre et +gouvernement du pays. Bien m'a l'on dict que le comte de Morthon et le +sir Randolf ont escript à ceste Royne, que, si elle ne faict bientost +aparoistre son assistance par dellà, que toutz les Escouçoys cryeront +_France_ et que le nom de Vostre Majesté y est bien ouy et bien receu, +et qu'ilz demandent d'avoir leur Royne; par ainsy, que le jeune prince +s'en va déboutté de l'authorité, et du nom de Roy qu'on luy a +attribué, si elle n'y remédye. Dont quelcun m'a adverty que la dicte +Dame y a envoyé en dilligence six mil {lt} d'esterlin, c'est vingt mil +escuz, et que le comte de Sussex, lequel a esté mallade trois +sepmaines en ceste court, mais à présent se porte bien, partyra du +premier jour pour s'aller présenter sur la frontière d'Escoce, avec +quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx, lesquelz sont +desjà bien avant; et ce, principallement parce que de la dicte +frontière, despuys que millord Dacres s'y est retiré, l'on a faict +cinq ou six courses en celle d'Angleterre, et brullé des villaiges, et +admené plusieurs prisonniers: dont le dict Dacres a esté déclairé +traistre et rebelle. + +J'entendz que les seigneurs de ce conseil ont fait dépescher cinq ou +six centz lettres missives à des particuliers, gentishommes du North, +pour les prier de se pourvoir en toute dilligence de quelques hommes, +et d'armes, et de chevaulx, chacun le mieulx et le plus +advantaigeusement qu'il pourra, oultre l'obligation de l'ordonnance, +affin de fère promptement ung bien relevé service à la Royne leur +Mestresse, sellon l'expécialle fiance qu'elle a en eulx. Et en ceste +ville de Londres l'on lève de nouveau cinq centz harquebouziers pour +les mettre sur les cinq navyres premier pretz, qu'on dellibère getter +dehors dans huict jours; et en prépare l'on aultres dix pour les +getter, à la my apvril, dont l'argent pour les avitailler est desjà +dellivré au pourvoyeur de la marine, et ne cesse l'on d'aprester aussi +toutz les aultres pour estre prestz à l'entrée de l'esté. + +Je viens d'estre adverty que quatre vaysseaulx du cappitaine Sores ont +de rechef investy ung aultre navyre vénicien, qui partoit de ce +royaulme chargé de draps, et qu'ilz l'ont prins; et, encor qu'il ne +soit si riche que les premiers, il y a néantmoins pour cinquante mil +escuz de merchandise, oultre l'artillerye et le vaysseau, qui est des +meilleurs qui se puissent trouver; et semble, Sire, qu'il est +expédiant que Vostre Majesté se dellibère de pourvoir à ces grandz +désordres de la mer, en quoy pourra estre que ceste princesse +concourra d'y ayder de son cousté, s'il vous playt que je luy en face +instance. + +Les depputez, qui vont devers le duc d'Alve, sont partys despuys +devant hier, et croy qu'ilz passent aujourduy la mer. J'entendz que, +oultre la commission qu'ilz portent ouvertement par escript, il leur +en a esté baillé une à part, pour entrer, s'ilz peuvent, en ung +général accord de toutes choses; et le Sr Thomas Fiesque, qui m'est +venu dire adieu, m'en a touché quelque mot, et qu'il espère avoir +charge de retourner bientost pour cest effect par deçà. Aulcuns +pensent qu'il s'y trouvera beaulcoup de difficultez; ce que je +croyrois, n'estoit qu'il semble que le Roy d'Espaigne sent si fort la +prinse qu'on dict que le roy d'Argel a faicte de la ville de Tunis[3], +et crainct tant que ce soit ung commancement d'attirer les +entreprinses du Turc en ces quartiers là, qu'il sera bien ayse +d'accommoder gracieusement ceste querelle qu'il a avecques ceulx-cy. +Sur ce, etc. Ce XIVe jour de mars 1570. + + [3] Au commencement de 1570, Aluch-Aly, dey d'Alger, s'empara de + Tunis, et chassa de ses Etats Muley Homaidah, dernier roi de + Tunis de la dynastie des Hafsides, qui s'était reconnu feudataire + de l'Espagne. Les Espagnols, sous la conduite de don Juan, + reprirent Tunis, en 1573. + + + + +XCVIe DÉPESCHE + +--du XIXe jour de mars 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer_.) + + Nouvelles de la Rochelle et d'Allemagne.--État des affaires du + Nord.--Succès remporté par les révoltés d'Irlande.--Nouvelles + de la reine d'Écosse. + + AU ROY. + +Sire, il n'y a que quatre jours qu'ung navyre de la Rochelle est +arrivé, dedans lequel sont venuz aulcuns françoys qui ont esté +incontinent devers Mr le cardinal de Chatillon à Chin; et luy, à ce +que j'entendz, despuys avoir parlé à eulx, a faict démonstration en +ceste court, de désirer plus la paix que de l'espérer; et sont arrivez +aussi, dans le mesmes vaysseau, sèze allemans qui s'en retournent en +leur pays assés mal contantz. Cependant le dict sieur cardinal a +envoyé solliciter la subvention des esglizes protestantes de ce +royaulme, avec grand instance d'avoir promptement celle que les +estrangiers ont offerte, de laquelle il a desjà retiré quelque somme; +mais celle des Flamens, qui est la plus grande, ne luy est venue +entière comme il pensoit, parce qu'ilz l'avoient accordée +principallement pour le prince d'Orange, en intention qu'il descendît +en Flandres; dont, voyantz à ceste heure que c'est pour la guerre de +France, aulcuns reffuzent de payer, et m'a esté raporté que aus dicts +Flamens est venu ung adviz d'Allemaigne que le dict prince a bien des +forces, mais qu'il ne les peult bonnement employer durant la guerre de +France, sinon en la Franche Comté, sur le chemyn du secours qui va +trouver monsieur l'Admyral, affin de ne s'esloigner les ungs des +aultres; et m'a l'on asseuré que, le neufvième de ce moys, ung facteur +du sir Grassein a esté dépesché en Hembourg, pour aller donner ordre +aulx deniers, qui doibvent estre payez en Allemaigne sur le crédit des +merchans de ceste ville. Ung homme du comte Pallatin est freschement +arrivé, et encores, despuys luy, ung capitaine itallien nommé Roc, +lequel, quatre moys a, avoit esté dépesché en Allemaigne, mais je n'ay +sceu encores au vray ce qu'ilz raportent. + +Le comte de Sussex est sur son partement pour aller au North, et les +quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx, qu'il doibt mener, +sont desjà devant. L'on a tenu plusieurs assemblées de conseil sur sa +dépesche, dont bientost se pourra entendre quelque chose de ce qu'y +aura esté résolu. Il semble que des cinq cens harquebouziers qu'on +levoit de nouveau en ceste ville, l'on n'en fornyra encores les +navyres, et qu'ilz seront envoyez en Irlande, où j'entendz que les +saulvaiges ont donné une estrette aulx gens de Millord de Sydenay; +mais ceulx cy le tiennent fort caché. + +J'ay obtenu enfin de la Royne d'Angleterre de pouvoir envoyer les +lettres de Voz Majestez, que Mr de Montlouet m'avoit laissées, à la +Royne d'Escoce, par un secrétaire de Mr l'évesque de Roz qui les luy à +dellivrées bien clozes en ses mains, en présence du comte de +Cherosbery; et la dicte Dame a envoyé la response, laquelle est +encores devers le secrétaire Cecille, qui ne la dellivrera jusques à +ce que le dict sieur évesque de Roz ayt esté ouy et examiné, lequel +pour cest effect a esté mené despuys devant hyer à la court, soubz la +garde de six serviteurs de l'évesque de Londres; et la dicte Royne +d'Escoce a trouvé moyen de me fère tenir en chiffre le petit mémoire +cy encloz[4], où Vostre Majesté verra ce qu'elle continue de vous +requérir. Elle se porte bien de sa santé, mais craint bien fort +d'estre remise ez mains du comte de Huntinthon ou du visconte de +Harifort, desquelz deux elle se craint comme de ses grandz ennemiz. +Nous espérons avoir en brief quelque certitude des choses d'Escoce. +Sur ce, etc. + + Ce XIXe jour de mars 1570. + + [4] A partir de cette époque, les pièces jointes aux dépêches ont + cessé d'être transcrites sur les registres de l'ambassadeur. + + _Par postille à la lettre précédente_. + + Le comte de Pembrot morut hyer en ceste court; l'on ne dict + encores qui sera son successeur en l'estat de Grand Mestre, mais + cy devant à esté parlé du comte de Betfort. + + + + +XCVIIe DÉPESCHE + +--du XXVIIe jour de mars 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassa._) + + Détails circonstanciés d'audience.--Bonnes dispositions + d'Élisabeth envers le roi.--Explication donnée par + l'ambassadeur sur les articles proposés pour la + pacification.--Nouvelle insistance de la part de la reine pour + que sa médiation soit acceptée.--Sollicitations faites par + l'ambassadeur en faveur de Marie Stuart.--Déclaration + d'Élisabeth qu'elle est résolue à porter ses armes en Écosse + pour y chercher les révoltés du Nord qui s'y sont + réfugiés.--Avertissement lui est donné par l'ambassadeur que si + les Anglais entraient en Écosse, le roi considérerait cet acte + comme une rupture des traités.--Offre qu'il fait de la + médiation de la France pour apaiser tous les différends + d'Écosse.--Avis secrètement donné par Élisabeth d'une levée + d'armes en Allemagne contre la France.--_Mémoire._ Résolutions + prises dans le conseil tant à l'égard des troubles du Nord que + des affaires d'Écosse.--Nouvelles de ce pays.--_Mémoire + secret._ Avis donné par le duc d'Albe au sujet du traité de + paix qui se prépare en France.--Opinion de l'ambassadeur que la + reine d'Angleterre desire sincèrement la + pacification.--Propositions faites séparément et secrètement à + l'ambassadeur par Cécil et par Leicester.--Avis secret sur le + dessein arrêté par le comte d'Arundel et milord de Lomeley de + reprendre, même en recourant aux armes, l'exécution de leur + projet pour rétablir la religion catholique en Angleterre, et + Marie Stuart en Écosse. + + + AU ROY. + +Sire, j'ay esté, ceste saincte sepmaine, devers la Royne d'Angleterre +pour luy fère veoir que le bon ordre, que Vostre Majesté avoit miz de +deffandre, pour l'amour d'elle, la publication du discours des +troubles de son royaulme imprimé à Paris, luy debvoit estre ung bien +asseuré tesmoignage de vostre droicte intention envers elle, et que, +prenant par là toute asseurance de vous trouver toutjour franc, clair +et bien disposé à ne favoriser les entreprises de ceulx qui +vouldroient troubler son estat, qui mesmes ne vouliez souffrir leurs +escriptz, que de mesmes elle cessât, et fît cesser ses subjectz de ne +porter aulcune faveur à ceulx qui troubloient le vostre; et qu'au +surplus, j'estois bien ayse que ce qu'on luy avoit raporté du +serviteur de Mr Norrys, qu'on l'eust arresté à Amyens, et qu'on luy +eust osté les pacquetz de la dicte Dame, ne fût vray, affin de n'estre +si offancée de ces deux choses, comme, par le propos de son principal +secrétaire, il sembloit qu'elle les print à cueur; luy récitant les +dicts propos en la façon que par mes précédantes je les ay mandez; et +que je luy voulois respondre de ma vye pour Voz Très Chrestiennes +Majestez que, despuys la paix, il n'estoit en cella, ny en nulle +aultre chose, rien procédé de vostre vouloir et commandement, par où +vous eussiez jamais prétandu qu'elle deubt estre offancée; et que, +pour mon regard, je serois à trop grand regrect une seulle heure en ce +royaulme, après que j'aurois tant soit peu commancé de cognoistre que +je ne luy seroys plus agréable; et que je suplieroys très humblement +Vostre Majesté d'y envoyer ung aultre; mais ne lairroys pourtant de me +plaindre meintennant à elle du tort qu'on avoit naguières faict à ung +mien secrétaire, qui portoit vostre pacquet, de luy avoir osté son +argent à Douvres, la priant de m'en fère rayson. + +Sur lesquelles choses la dicte Dame m'a respondu qu'elle n'avoit rien +sceu du petit discours imprimé à Paris, parce, à son adviz, que +Cecille ne luy avoit vollu donner l'ennuy de luy en parler, mais ne +layssoit pourtant de vous avoir grande obligation de l'avoir deffandu, +dont vous en remercyoit de bon cueur; et puysque luy aviez monstré ce +bon tesmoignage de vostre droicte intention en ses affères, qu'elle +correspondroit de mesmes aulx vostres de ne pourter aulcune faveur à +ceulx de la Rochelle, ny souffrir que les siens leur en portassent; et +encor que aulcuns luy incrèpent le désir qu'elle a à la paix de vostre +royaulme, comme ung désir qui admènera la guerre au sien, qu'elle n'en +veult rien croyre, ny ne veult cesser de la desirer; qu'elle estoit +bien ayse que l'homme de son ambassadeur et ses pacquetz n'eussent +esté arrestez, bien qu'il avoit esté unze jours sans qu'on sceût de +ses nouvelles; que pour le regard de ma négociation, je ne vollusse +aulcunement doubter qu'elle ne luy fût bien fort agréable; et usa de +toute l'expression qu'il est possible pour me le donner ainsy à +cognoistre; et que j'avois bien veu en quelle peyne elle avoit esté +pour mes pacquetz perduz; dont me feroit fère si bonne rayson +meintennant de l'argent de mon secrétaire, que j'en demeureroys +contant. + +Et, en toutes sortes, sa responce a esté si honneste que, l'en ayant +remercyée, j'ay suyvy à luy dire que j'avois d'aultres choses à luy +faire entendre, lesquelles je la supplioys prendre la peyne elle +mesmes de les lyre aulx propres termes que Vostre Majesté me les +mandoit, qui estoient si bons que je n'y voullois rien adjouxter, ny +rien diminuer; et ainsy, luy ay monstré celle partie de vostre lettre +du IIIe du présent, dont vous renvoye l'extraict, laquelle elle a leue +bien fort curieusement; et puys ay adjouxté que vous expliquiez là +dedans si à clair vostre intention, que je n'avois à y fère aultre +office envers elle que de bien recuillyr ce que, pour satisfère à +trois choses principallement, il luy plairroit de m'y respondre: la +première, quelle opinion elle avoit des honnestes condicions que vous +offriez à vos subjectz; la segonde, quelle elle l'auroit de voz +subjectz, s'ilz estoient si durs et si obstinés de ne les accepter; et +la troysiesme, si, en ce cas de leur obstiné reffuz, elle non +seulement les exclurra de sa faveur et de celle de son royaulme, mais +si elle ne se unyra pas avec Vostre Majesté pour réprimer leur +témérité et le pernicieulx exemple qu'ilz s'esforcent de relever au +monde contre l'authorité des princes souverains: car, quant à la levée +qu'on disoit se fère en Allemaigne pour elle, et aulx deniers qu'on +dict encores qui s'y espèrent et d'aultres qui s'espèrent aussi à la +Rochelle d'elle et de son royaulme contre vous, je ne la vouloys +suplier, sinon de vous en esclarcyr si bien une foys qu'il ne vous en +peult plus rester aulcun doubte. + +La dicte Dame, après m'avoir par beaulcoup de bonnes parolles et en +plusieurs façons donné à cognoistre qu'elle avoit ung très grand +contantement de ceste confiance, que vous monstriez avoir d'elle sur +la paciffication de vostre royaulme, m'a respondu qu'elle vouloit très +fermement croyre que le contenu ez articles, que je luy avois +dernièrement monstrez, estoit proprement ce que vostre Majesté avoit +intention d'accorder et meintenir de bonne foy à ses subjectz pour +parvenir à une bonne paciffication, et qu'elle me diroit de rechef le +mesmes qu'allors, que, si eulx de leur costé ne monstroient rayson +suffizante pourquoy ilz ne puyssent avec cella vivre soubz vostre +authorité, leur conscience saulve, et leurs vyes asseurées, que non +seulement elle ne les vouldra favoriser, ains les réputera pour +traistres et rebelles, dignes d'estre chassez de tout le monde; et que +si, pour entendre à quoy ilz se pourroient arrester, il vous playsoit +luy donner congé qu'elle s'en meslât, qu'elle y procèderoit avec +aultant de considération de l'authorité qui vous est deuhe sur voz +subjectz, comme s'il estoit question de saulver la sienne sur les +siens; et que si, par voz lettres, je cognoissoys que vous l'eussiez +agréable, qu'elle s'y employeroit tout incontinent. + +Je luy ay respondu que je ne pouvois ny voulois m'advancer à rien de +plus que ce qu'elle venoit de lyre; car n'en avois aultre +commandement, dont tornasmes relyre le dict extret de la lettre mot à +mot; puys, me pria que je vous vollusse asseurer de la continuation de +sa bonne vollonté et grande affection à la paix de vostre royaulme, et +que s'il vous playsoit qu'elle s'en meslât, qu'elle envoyeroit devers +Vostre Majesté, ou bien là où il seroit besoing, ung personnaige de +qualité correspondante à ung si grand négoce, comme elle estime cestuy +cy, pour y besoigner, ainsy que vous adviseriez, ou bien tretteroit +icy avec Mr le cardinal de Chatillon; lequel elle cognoissoit très +desireux de la paix, et l'avoit toutjours cogneu très respectueulx à +Voz Très Chrestiennes Majestez; et qu'elle estimoit qu'il ne vous +pourroit revenir qu'à honneur, comme elle mettroit bien peyne qu'il +vous revînt à proffict, qu'elle s'employât envers ceulx de sa religion +à les exorter qu'ilz se veuillent contanter des offres de leur prince +et seigneur, ou bien de suplier Vostre Majesté d'eslargir ung peu sa +grâce envers eulx; et qu'elle sçayt bien que le différer en cecy sera +pour vous rendre en brief la dicte paciffication beaucoup plus +malaysée, encor qu'elle peult bien asseurer que, en Allemaigne, ny à +la Rochelle, il n'est allé, ny yra rien, de sa part, qui soit contre +Vostre Majesté. + +Je luy ay grandement loué ceste sienne bonne intention, avec promesse +de la vous fère bien entendre, et qu'elle se pouvoit asseurer que la +paix de France seroit la paix d'Angleterre; et que, si l'occasion de +ceste guerre, laquelle faisoit toutjour mal passer quelque chose entre +voz deux royaulmes et voz communs subjectz, estoit ostée; et que +d'ailleurs elle vollût donner quelque accommodement aulx affères de la +Royne d'Escoce, elle se pouvoit asseurer que nul prince ny princesse +de la terre n'auroit son règne plus estably ny reposé que seroit le +sien; et que Vostre Majesté avoit acepté l'offre qu'elle faisoit de +vouloir entendre à quelque bon expédiant entre elles deux, si vous le +leur métiez en avant; que vous aviez estimé, si les propres offres de +la Royne d'Escoce ne luy sembloient suffizantes, que c'estoit à elle +d'en adviser de plus grandes, et que, si elles n'estoient par trop +disraysonnables, vous croyés fermement, que la dicte Dame les +accorderoit, et que vous, comme son principal allié, non seulement les +confirmeriez, mais métriez peyne de les luy fère accomplyr. + +Elle a répliqué que la Royne d'Escoce n'avoit jamais parlé que en +général, et qu'il failloit venir aulx choses particullières, dont, +s'il luy en estoit miz en avant quelques unes, que pour l'honneur de +Vostre Majesté elle les suyvroit; ayant néantmoins à se pleindre +encores de nouveau de la dicte Royne d'Escoce, qu'estant, ainsy +qu'elle est, entre ses mains, elle n'avoit toutesfoys layssé, par +ceulx qui tiennent son party en Escoce, de fère retirer ses fuytifz; +et que, en toutes sortes, elle estoit résolue de chastier et +poursuyvre ses dicts fuytifz, et ceulx qui les soubstiennent, me +signiffiant aulcunement qu'elle entreprendroit de fère entrer des +forces dans le pays. + +Je luy ay respondu qu'elle advisât de ne contrevenir aulx trettez, et +que, s'il luy plaisoit de mettre en liberté l'évesque de Roz, luy et +moy adviserions de luy ouvrir des moyens pour esteindre toutz ces +différantz d'entre elles deux et leurs deux royaulmes. + +«Il n'est pas, dict elle, tant prisonnier qu'il ne puysse tretter par +lettres avecques sa Mestresse, et n'est retenu que _pro formâ_ pour +quelque démonstration contre la pratique qu'il a meue avec ceulx du +North; mais bientost il sera en liberté.» Et ainsy gracieusement s'est +achevée ceste audience, laquelle je vous ay bien vollu ainsy au long +réciter, Sire, affin que l'intention de la dicte Dame vous soit mieulx +cogneue, et remectz les aultres choses au Sr de Vassal, présent +porteur, auquel je vous supplie très humblement donner foy: et sur ce, +etc. + + Ce XXVIIe jour de mars 1570. + + + A LA ROYNE. + + +=Chiffre.=--[Madame, je n'ay peu contanter l'homme, duquel je vous ay +naguière escript par mon secrétaire, de la responce que mon dict +secrétaire m'a raportée, bien que je la lui aye baillée en la façon +que ce mien gentilhomme vous dira; par lequel il vous plairra, Madame, +me mander comment je l'en debvray résouldre, car il me presse bien +fort de le fère, et si, a des considérations telles qu'il ne peult +penser que ne le debviez accepter. Au reste, Madame, la Royne +d'Angleterre, pour me tenir la promesse qu'elle m'avoit faicte de +m'advertyr des choses qu'elle entendroit se fère en Allemaigne contre +Voz Majestez, m'a dict que, dans trois sepmaines, ceulx de la religion +doibvent envoyer gens exprès devers les princes protestans pour +résouldre l'entreprinse de France, si la paix ne sort à effect; et que +pourtant elle seroit bien ayse de pouvoir ayder à la conclurre +bientost; de quoy je vous ay bien vollu fère ce mot et le vous +escripre ainsy à part, parce que la dicte Dame m'a dict qu'elle m'en +advertissoit soubz sacrement de confession, en ce temps de caresme, +affin que je ne la nommasse pas; car, si les aultres se plaignoient +qu'elle m'eust donné cest adviz, elle serait contraincte de dire +qu'elle ne m'en avoit point parlé; et bien que ce ne soit ung faict de +grand importance, je ne vouldrois toutesfoys l'avoir mise en peyne de +me désadvouher.] Sur ce, etc. + + Ce XXVIIe jour de mars 1570. + + OULTRE LES SUSDICTES LETTRES, le dict Sr de Vassal pourra dire à + Leurs Majestez: + + Qu'il a esté naguières remonstré à la Royne d'Angleterre qu'elle + et son royaulme estoient pour tumber en ung prochain + inconvéniant, pour la multitude des difficultez, ès quelles elle + se trouvoit embroillée avecques le Roy, avecques le Roy + d'Espaigne, avecques la Royne d'Escoce, avec les Irlandoys, et + avec les naturelz de ce royaulme, qui sont prisonniers, fuytifz, + ou mal contantz, si elle s'opinyastroit de les vouloir toutes en + ung temps surmonter par la force ou par la despence; dont, + induicte par le conseil des plus modérez d'auprès d'elle, avoit + advisé d'y procéder par les gracieux expédians qui s'ensuyvent: + + En premier lieu, pour le regard du Roy, que, pour effacer la + mémoire des choses qui pourroient avoir mal passé contre luy du + costé de ce royaulme, despuys ses derniers troubles, elle + s'employeroit tout ouvertement de luy procurer une paix tant + advantaigeuse et honnorable avecques ses subjectz, qu'elle le se + randroit bienveuillant, et luy offriroit au reste quelque + honneste accommodement ez affères de la Royne d'Escoce; dont, par + ces deux poinctz, elle se conserveroit la paix avecques luy; + + Que, du costé du Roy d'Espaigne, elle envoyeroit des depputez en + Flandres, ainsi qu'on luy en faisoit encores lors grande + instance, affin d'accorder les différans des prinses, et que ces + mesmes depputez essayeroient d'entrer plus avant en matière pour + voir s'ilz pourroient parvenir à ung général accord de toutes + aultres choses. + + Au regard de la Royne d'Escoce, qu'elle luy escriproit une bonne + lettre, et que, jouxte ce qu'elle m'avoit naguières promis, elle + l'exorteroit de mettre en avant quelques bons et honnestes + expédians entre elles deux, et luy promettroit d'y entendre et + les recepvoir de bon cueur. + + Quant aulx choses d'Irlande et de ce royaulme, qu'elle + rapelleroit gracieusement aulcuns des seigneurs qui sont les + moins offancez, et par le moyen de ceulx là, elle essayeroit de + radoulcyr les aultres et les remettre en leurs degrez et estatz; + et puys, avec l'unyon et conformité de leurs bons conseilz, et de + leur ayde, elle pourroit ayséement remettre les choses en ung + paysible et bien asseuré estat; dont luy fut sur ce proposé une + forme de rémission pour les fuytifz, et la comtesse de + Vuesmerland s'aprocha en ceste ville pour poursuyvre le rapel de + son mary. + + Suyvant laquelle délibération, parce que ceulx qui vouldroient le + trouble n'eurent de quoy suffizamment la débattre, aulcunes des + dictes choses ont esté despuys commencées, aultres ont esté en + aparance accomplyes, mais nulles n'ont sorty à bon effect; ains + les ont ces gens là tornées en aultre et quasi contraire sens de + ce qu'on espéroit. + + Car, touchant la paix de France, estant la dicte Dame sur le + poinct d'envoyer ung personnaige de grande qualité devers le Roy + pour ayder à la conclurre, ilz ne luy ont pas ozé oster ce sien + honneste desir, parce qu'ilz ont pensé que la dicte paix se + pourroit conclurre de deçà comme dellà, et possible à leur + dommaige; mais ilz luy ont bien persuadé, qu'ayant la dicte Dame + esté mal ouye, la première foys qu'elle s'est offerte d'en + parler, qu'elle debvoit meintennant attendre que le Roy l'en + pryât, ce qui se raporte au propos qu'elle m'en a tenu en ceste + audience. + + Et des choses de Flandres, ilz luy ont persuadé de deffandre aulx + depputez, qui alloient par dellà, de ne s'ingérer à rien + davantaige qu'au simple faict, duquel la dicte Dame estoit + maintennant recerchée, qui estoit des merchandises; aultrement ce + seroit faire amande honnorable au duc d'Alve; et que pourtant + leur commission debvoit estre leue publicquement en présence du + Sr Thomas de Fiesque; et à icelle adjouxté la restriction de ne + parler ny tretter d'aultre chose que des merchandises + d'Angleterre, et de pouvoir simplement accorder que personnaiges + de semblable qualité puissent venir par deçà pour tretter de + celles d'Espaigne, ce qui a esté ainsy faict. + + Et pour l'importance des affères d'Escoce, affin que la dicte + Dame ne s'obligeât trop par ses lettres à la Royne d'Escoce sa + cousine, le secrétaire Cecille les a escriptes et a contrefaict + la main de sa Mestresse, avec plusieurs parolles de consolation + et de commémoration des bénéfices passez, mais tellement couchées + qu'on ne peut comprendre où va son intention; toutesfoys la Royne + d'Escoce ne laysse d'y respondre. + + Quant à radoulcyr et rappeller les seigneurs mal contantz, l'on + a, à la vérité, miz en plus grande mais non en entière liberté + millord de Lomellé; et le comte d'Arondel, qui estoit, plus de + six sepmaines a, sur le poinct d'estre rappelé, demeure encores + confiné en sa mayson de Noncich, et n'y a nulle apparance de la + liberté du duc. Par ainsy la noblesse reste aussi mal satisfaicte + que auparavant, et le comte de Pembroc, qui estoit ung médiateur + en cella, est naguières trespassé. + + Or, sur la grande instance que le sir Randolf, despuys qu'il est + en Escoce, a toutjours faicte à la dicte Dame, de vouloir, par + les meilleurs et plus promptz moyens qu'elle pourroit, assister + ces seigneurs de dellà, qui veulent dépendre d'elle, lesquelz, + pour establyr l'authorité du petit prince, et oster celle de la + Royne d'Escoce, demandent avoir le comte de Lenoz pour régent, ou + aultrement, que la part de la Royne d'Escoce va prévaloir dans le + pays; la matière en a esté avec grande contention débattue entre + ceulx de ce conseil, qui enfin ont miz en considération que le + dict comte de Lenoz estoit suspect de la religion catholique, et + qu'il n'estoit de suffisance ny d'expériance pour conduyre, à + l'intention de la dicte Dame, les grandz affères qui se + présentent meintenant en Escoce; ains seroit pour y aporter plus + de retardement que d'advancement: par ainsy, ont résolu qu'on se + déporteroit de plus luy pourchasser la charge ny la régence du + dict pays, et que, estant le comte de Sussex desjà dépesché, avec + tout ample pouvoir, au pays du North, il luy seroit encores + commis cest affère d'Escoce, car c'estoit tout vers ung mesmes + quartier. + + Dont, à sa commission des choses du dict pays du North, laquelle + portoit de marcher seulement jusques à la frontière d'Escoce, + avec quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx; et de + faire procéder au jugement des coulpables de la première + ellévation et exécuter les condampnez, et poursuyvre par deffault + les absentz, confisquer leurs biens et prendre possession + d'iceulx au nom de la dicte Dame, et en vendre ce qu'il pourroit; + a esté adjouxté qu'il pourra lever jusques à dix mil hommes, et + qu'il procèdera aulx affères d'Escoce tant contre les rebelles + qui s'y sont retirez que au faict de l'estat; qu'il marchera en + pays, s'il est besoing, et ainsy que l'occasion s'en présentera; + et qu'il pourvoirra surtout que nulz Françoys ny Espaignolz, ny + aultres estrangiers preignent pied par dellà; et, pour cest + effect, ordonné luy estre forny contant XX mil {lt} d'esterlin, + c'est LXVII mil trois centz escuz, et que, dans six sepmaines, il + luy en sera envoyé aultant. Despuys, la dicte Dame m'a + résoluement déclaré qu'elle envoyera poursuyvre et chastier ses + fuytifz et ceulx qui les soubstiennent, jusques dans l'Escoce. + + L'on faict aller fort secrètes et fort déguysées les nouvelles + qui viennent du dict pays d'Escoce; néantmoins l'on m'a dict que + le duc de Chastellerault, et les comtes d'Arguil, d'Honteley, + d'Atil et toutz les principaulx du pays estoient à l'Islebourg au + commencement de mars, et les comtes de Northomberland, de + Vuesmerland et aultres fuytifz d'Angleterre avec eulx; qu'ilz + estoient après à tenir une assemblée d'Estatz, remise du IIIIe au + Xe du dict moys, pour regarder à ce qu'ilz auroient à fère pour + la restitution de leur Royne; que cependant ilz avoient faict + proclamer par tout le pays l'authorité de la dicte Dame; que, + parce que le comte de Mar faisoit difficulté de se joindre à + eulx, ilz avoient proposé de marcher en armes vers Esterlin pour + le dessaysir du gouvernement du petit prince; que despuys il + s'estoit rallyé avecques eulx; qu'on ne sçavoit qu'estoit devenu + le comte de Morthon, et sembloit qu'il se fût retiré en + Angleterre; que quelques navyres, avec gens de guerre, avoient + apparu au North d'Escoce, dont aulcuns disoient que c'estoit le + secours de Flandres, que le frère du comte d'Honteley admenoit, + les aultres disoient que c'estoit le comte de Bodouel qui venoit + de Danemarc, avec quelques gens qu'il avoit ramassez. + + SECONDE INSTRUCTION A PART AU DICT SIEUR DE VASSAL. + + L'ambassadeur d'Espaigne m'a dict, despuys huict jours, que le + duc d'Alve luy avoit escript deux notables considérations qu'il + avoit mandées au Roy par le mesmes gentilhomme, que Sa Majesté + luy avoit expressément dépesché pour avoir son conseil sur la + paix de son royaulme; la première, que d'octroyer liberté de + conscience ou exercisse de religion à ses subjectz, de tant que + c'estoit pure matière éclésiastique, il ne s'en debvoit + entremettre aulcunement, ains le remettre du tout au Pape; la + seconde, que de pardonner aulx ellevez, il le trouvoit bon, pour + le désir qu'il avoit à la paix de France, si cella en estoit le + moyen, mais en lieu d'establyr ses affères, ce seroient eulx qui + les establyroient et se fortiffieroient par la dicte paix, et + guetteroient le temps de reprendre les armes à leur advantaige, + lorsqu'ilz cuyderont mieux emporter la couronne; par ainsy qu'il + estoit nécessaire qu'il y mit meintennant une entière fin: + + Que le dict ambassadeur trouvoit ce conseil fort prudent, et que + le Roy, suyvant icelluy, se debvoit résouldre à la guerre, non de + donner souvant des batailles, car c'estoit trop hazarder l'estat, + mais de myner les ennemys à la longue, et qu'aussi bien la paix + n'estoit près d'estre faicte, parce qu'ung de ses amys de ce + conseil l'avoit adverty que la Royne d'Angleterre avoit promiz au + cardinal de Chatillon de secourir l'Admyral, son frère, de deux + centz mil escuz; et que le dict cardinal luy avoit obligé sa foy, + et celle de son dict frère, qu'ilz ne permettroient qu'en nulles + conditions la dicte paix se conclûd. + + Je luy ay respondu, quant au premier, que le duc d'Alve estoit + ung si prudent et si entier et modéré seigneur qu'il ne faudroit + de conformer toutjours ses adviz sur les affères de France à + celluy de Leurs Majestez Très Chrestiennes, et des saiges + seigneurs de leur sang, et de leur conseil, qui les entendoient + très bien et sçavoient comme il les failloit manyer, et qui + auroient toutjours le soing qu'il ne s'y fît, pour paix ny pour + guerre, rien qui ne fût sellon Dieu, à l'honneur du Roy et repos + de la Chrestienté: + + Et quant à l'aultre, de l'obligation du cardinal à la Royne + d'Angleterre, que je le prioys de vériffier davantaige ce qu'on + luy en avoit dict, et où, et commant se feroit le payement des + deux centz mil escuz. + + Mais voulant, de ma part, descouvrir si cella estoit vray, car, + quant à la promesse des deniers, j'en avois desjà quelque adviz, + mais non de ceste obligation du cardinal, ny d'une si malle + volonté de ceste Royne, j'ay, par une interposée personne, faict + toucher la matière au comte de Lestre et au secrétaire Cecille, + desquelz deux se comprend toute l'intention de la dicte Dame, et + l'ung et l'aultre ont monstré que eulx et leur Mestresse + desiroient la paix; dont, oultre la conjecture des propos, que je + sçay qu'ilz en ont tenu à celluy par qui je les ay faictz sonder + et à d'aultres, voycy ceulx que Cecille a dictz à ung mien + gentilhomme tout exprès pour me les raporter: + + Que, par les adviz de Mr Norrys et par aultres conjectures, il + cognoissoit que la paix demeurait d'estre faicte en France, parce + que le Roy n'y vouloit permettre l'exercisse de la religion, et + que ceulx de la Rochelle ne combattoient ny pour terres, ny pour + empyres, ny pour aultre chose quelconque que pour cella; dont il + s'advanceroit de dire un mot, que possible l'on ne l'estimeroit + sage de me l'avoir mandé, que, s'il plaisoit au Roy leur ottroyer + le dict exercisse en leurs maysons, il pensoit fermement qu'il + conclurroit quant au reste la paix, tout ainsy qu'il la + vouldroit; et que, s'il avoit agréable que la Royne, sa + Mestresse, s'y employât, laquelle y pouvoit possible aultant que + prince ny princesse de la terre, qu'elle le feroit aultant à + l'honneur et advantaige de Leurs Majestez Très Chrestiennes, et à + la tranquillité de leur royaulme, comme si c'estoit pour elle + mesmes. + + Le comte de Lestre, par ung gentilhomme italien catholique, qui + est commun amy entre luy et moy, m'a mandé que la dicte Dame + estoit bien disposée à la dicte paix, et qu'il estoit d'adviz + que, comme de moy mesmes, je l'en misse en propos, la première + foys que je parleroys à elle, pour l'exorter de tenir la main à + ce qu'on la pût conclurre à l'advantaige du Roy, et que les + subjectz eussent à se contenter de ce que leur prince leur + pourrait, avec son honneur, ottroyer, sans en vouloir tirer + davantaige par la force; et que je luy remonstrasse que la paix + de France serait la paix d'Angleterre, voyre de toute la + Chrestienté, et luy toucher à ce propos le restablissement de la + Royne d'Escoce; et comme, par l'accomplissement de ces deux + choses, si elle s'y vouloit bien employer, elle pourrait régner + très paysiblement en son royaulme: + + Que, de sa part, il y tiendrait la main, comme très obligé de + desirer le bien du Roy et de son royaulme, et que, touchant la + dicte paix, il sçavoit que le cardinal de Chatillon y avoit une + extrême affection, et que la noblesse de ce royaulme la desiroit, + et desiroit tout ensemble l'accommodement des affères de la Royne + d'Escoce, comme deux choses d'où dépendoit le repos et la seurté + de leur Royne et de son royaulme; et que Cecille, pour estre + ennemy conjuré de la Royne d'Escoce, et pour la frustrer de la + légitime succession qu'elle prétend à ce royaulme, affin d'y + establyr ung roy de sa main, et ellever ceulx de Erfort à la + couronne, lesquelz il nourryt en ceste espérance, comme ses + pupilles, en sa mayson, empeschoit que la dicte Dame ne peult + bien user de sa bonne intention en nulle de ces deux choses, la + tenant comme enchantée sur l'éguillon de la jalouzie, qu'il luy + propose toutjours de la dicte Royne d'Escoce. + + Mais, qu'après que j'en auroys encores une foys parlé à la Royne, + sa Mestresse, si elle venoit à luy en toucher ung seul mot, il + s'ingèreroit de luy représenter franchement le debvoir à quoy, + l'honneur, la foy et la conscience la tiènent obligée envers le + Roy et envers la Royne d'Escoce pour l'entretennement des + trettez; et comme, en leur satisfaisant en ce qui seroit de + rayson, et s'asseurant par ce moyen de la paix de France et + d'Escoce, elle demeureroit très asseurée et establye contre les + dangiers et entreprinses de toutes les aultres partz du monde; + et, au contraire, si, pour ne se porter bien envers le Roy sur + ceste paix, ny envers la Royne d'Escoce sur sa restitution, elle + venoit à tumber en guerre de ces deux costez, à ceste heure + qu'elle ne sçavoit comme elle estoit avec le Roy d'Espaigne, et + que ses subjectz estoient divisez, dont possible une partie + seroit contre elle, il est sans doute qu'elle seroit en ung très + grand dangier. + + Et ne craindroit de luy remonstrer que, nonobstant le mal qu'elle + pouvoit vouloir au cardinal de Lorrayne, elle avoit à considérer + qu'il estoit d'une mayson grande, et de nouveau plus allyée que + jamais à celle de France, et qu'en estant yssue la Royne d'Escoce + de par sa mère, monsieur et madame de Lorrayne ne permettroient + qu'elle fût habandonnée du Roy, oultre les aultres notoires + obligations d'entre les couronnes de France et d'Escoce: + + Qu'il n'eust tant tardé de remonstrer cecy à sa Mestresse, sans + ce que Cecille le guettoit pour le désarçonner, ainsy qu'il avoit + désarçonné les aultres principaulx du conseil, par prétexte de la + Royne d'Escoce; et qu'il tenoit ceulx qui y estoient de reste + encores toutz bandez contre luy, ne se souscyant de hasarder sa + Mestresse, son estat et toutes aultres choses, pour establyr la + fortune des dicts de Erfort, et qu'ayant luy à suyvre celle de sa + Mestresse, il luy vouloit remonstrer le dangier où elle estoit, + encore qu'il en deubt estre ruyné. + + Despuys, trouvant que l'intention du Roy estoit conforme à celle + du dict comte, j'ay parlé à la Royne d'Angleterre en la forme que + je le mande à Sa Majesté, et le dict comte monstre à présent + d'estre si affectionné à la matière qu'il désire fère luy mesmes + le voyage devers le Roy avec grand opinion, voyre asseurance, + qu'il ne s'en retournera sans que la paix soit conclue; sans que + les affères de la Royne d'Escoce soyent accommodez; et sans que + l'amytié d'entre le Roy et sa Mestresse soit bien estroictement + confirmée. + + Ainsy, par les propos de ces deux, se peult conjecturer la + division qui est entre ceulx de ce conseil, et comme, en ce qui + concerne la France, encor que toutz monstrent d'y désirer la + paix et de vouloir que leur Mestresse s'y employe de si bonne + façon que le Roy luy en sache gré, c'est néantmoins diversement; + car Cecille et les siens ne veulent qu'il se parle des affères de + la Royne d'Escoce, et le dict comte et ceulx de son party + desirent qu'ilz soient par mesmes moyen accommodez, dont, pour + avoir quelcun qui luy fasse espaule au dict conseil pour + fortiffier son opinion, il est fort après à solliciter le retour + du comte d'Arondel, qui n'est amy du dict Cecille, et tout + contraire à ceulx de Erfort. + + =Chiffre=. [Et à propos du dict comte d'Arondel, luy et millord de + Lomellé m'ont envoyé remercyer de mes bons offices et + démonstrations envers eulx, et que, si les choses ne prennent icy + meilleur trein pour eulx, ilz sont pour accepter la faveur du Roy + à se retirer soubs sa protection en France, et le dict de Lomellé + y mener sa femme; + + Que, pour le présent, il faut qu'ilz attendent veoir que + deviendront les promesses de leurs amys, et leurs moyens et + espérances de court; car l'on leur a mandé qu'ilz sont sur le + poinct d'estre rappelez en leur auctorité accoustumé, laquelle + s'ilz ont une foys reprinse, ilz jurent de ne s'en laysser plus + dépossèder et de la retenir, ou par leur droict, ou par la force, + contre quiconque leur y vouldra fère tort; + + Et, si ce paysible moyen d'y retourner ne leur succède dans peu + de jours, qu'ilz en essayeront quelque aultre plus viollent, car + desirent, comment que soit, pourvoir aulx désordres de ce + royaulme, et au faict de la Royne d'Escoce, et aulx affères du + duc de Norfolc, et encores plus expressément s'ilz peuvent, quant + ilz en auront le moyen, au restablissement de la religion + catholique; pour lesquelles quatre choses ilz veulent tout + hazarder. + + Et disent que l'importance de cecy gyt principalement en deux + poinctz; l'ung est que le dict duc veuille bien employer les + moyens, qu'il a dans ce royaulme, pour se mettre en liberté, pour + fère prendre les armes à ceulx de son party, et pour empescher au + conseil les dellibérations de ses adversayres: + + L'aultre poinct, que ceulx du North, qui se sont retirés en + Escoce, soyent secouruz; car est sans doubte, s'ilz se peuvent + remettre en campaigne, et marcher en çà, que ceulx de leur + intelligence se déclaireront et les repcevront avecques faveur + aux meilleurs endroictz d'Angleterre, et se joindront à eulx en + grand nombre; + + Et que le bon succez de toutes choses deppend de ce dernier, + sans lequel il semble que le premier ne sera essayé, non que miz + à exécution; car le dict duc de Norfolc ne veult rien mouvoir de + luy mesmes de peur d'empyrer sa cause.] + + + + +XCVIIIe DÉPESCHE + +--du dernier jour de mars 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par le nepveu du Sr Acerbo._) + + Modération des mesures adoptées par la reine d'Angleterre.--Mise + en liberté du comte d'Arundel, qui est reçu en grâce par + Élisabeth.--Promesse faite à l'évêque de Ross que sa détention + va cesser.--Préparatifs d'une expédition qui doit être dirigée + vers le Nord.--Nouvelles d'Écosse. + + + AU ROY. + +Sire, les dernières lettres que je vous ay escriptes et l'instruction +que j'ay baillée au Sr de Vassal, qui les vous a aportées, vous auront +donné assés ample notice de ce qui estoit advenu de plus principal en +ce royaulme, jusques à la datte d'icelles, laquelle est du lendemain +de Pasques. Meintennant j'ay à dire à Vostre Majesté que les festes se +sont passées bien paysiblement en ceste court, sans qu'il y soit +survenu aulcune chose de nouveau, par où ceste Royne et les siens +ayent monstré d'en estre esmeuz davantaige; et toute expédition +d'affères a cessé, s'estans la pluspart des seigneurs de ce conseil +absentez en leurs maysons pour y fère la solempnité; et a l'on espéré +que les choses, desquelles l'on craignoit debvoir le plus advenir de +mouvement en ce royaulme, comme sont celles de ces seigneurs mal +contantz, celles de la Royne d'Escoce et celles de la religion, +seroient bientost réduictes à quelque modération, ayant la dicte Dame +faict une soubdaine faveur au comte d'Arondel de l'admettre à luy +venir bayser les mains, le jour du Jeudy sainct, avec une gracieuse +satisfaction de ce qu'elle luy avoit faict sentyr son courroux sur le +faict du mariage du duc de Norfolc avecques la Royne d'Escoce, parce +qu'on l'avoit asseurée que c'estoit luy qui en estoit l'autheur: de +quoy il s'est excusé, et qu'il n'avoit esté que en la compaignie de +ceulx qui en avoient parlé comme de chose qu'ilz estimoient convenable +au service d'elle, et au bien et repoz de son royaulme, et en laquelle +ilz n'avoient jamais entendu qu'on y deubt procéder, sinon avec son +bon congé et consentement; et que, de sa part, il ne seroit jamais +trouvé aultre que son très fidelle subject et très loyal à sa +couronne. Et ainsy luy ayant dès lors randue sa pleyne liberté, il +s'en retourna pour quelques jours en sa mayson de Noncich, avec +promesse de revenir en brief trouver la dicte Dame pour résider près +d'elle, autant qu'il luy plairoit le commander; et à l'évesque de Roz +fut donnée parolle qu'il seroit eslargy dans trois jours, mais despuys +luy fut mandé que par ung mesmes moyen, après les festes, la dicte +Dame le feroit mettre en liberté, et luy permettroit de venir tretter +avec elle des affères de sa Mestresse; et aulx Catholiques n'a esté +usé d'aulcune rigueur ny recerche à ces Pasques; mais aulcuns pensent +que toute ceste gracieuse démonstration se faict pour gaigner le +temps, et pour amortyr les entreprinses qu'on crainct devoir estre +cest esté. + +Aultres ont opinion que, à bon escient, l'on veult accommoder les +affères, et plustost plyer ung peu que venir au dangier de rompre, +dont le temps nous fera veoir ce qui en sera; tant y a que le comte de +Sussex marche toutjours vers le North, avec quatre mil hommes de pied +et douze centz chevaulx, et que l'admyral Clinton est après à lever +encores (à ce qu'on dict) des gens de pied et de cheval vers son pays +de Linconscher pour s'aller joindre à luy; et a l'on tiré, ces jours +passez, de la Tour trente chariotz d'armes et de monitions, et créé +des cappitaines de pionnyers pour leur envoyer; ce qui donne à penser, +avec d'aultres adviz précédans, qu'on a intention de dresser camp, et +d'entrer en Escoce; vray est que la sayson ne semble propre pour +commencer encores ceste guerre, jusques à la fin d'aoust, car jusques +alors ne se trouvera vivres au dict pays du North ny en toute la +frontière d'Escoce. + +L'on continue de dire que les seigneurs Escouçoys font aller toutes +choses dans leur pays à l'advantaige de la Royne, leur Mestresse, et +qu'ilz ont faict proclamer son auctorité, et qu'il ne reste des grands +du royaulme que quatre que toutz ne soyent pour elle. L'on dict qu'ilz +ont encores remiz jusques au premier jour de may la tenue de leurs +Estatz. Sur ce, etc. + + Ce XXXIe jour de mars 1570. + + + + +XCIXe DÉPESCHE + +--du IIIIe jour d'apvril 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Cambernon_.) + + Retour du comte d'Arundel à la cour.--Prolongation de la + captivité de l'évêque de Ross.--Affaires d'Écosse.--Bon accueil + fait par le duc d'Albe aux députés d'Angleterre.--Nouvelles + d'Allemagne. + + + AU ROY. + +Sire, retournans après ces festes les seigneurs de ce conseil en ceste +court, le comte d'Arondel y est arrivé des premiers, auquel la Royne +sa Mestresse a faict beaulcoup de faveur, monstrant prendre toute +confiance de luy; dont semble qu'il ne reffuzera de se laysser +introduyre de rechef aulx affères, mais ce sera possible plus pour +servyr à la liberté du duc de Norfolc, son beau filz, et aulx affères +de la Royne d'Escoce, ausquelz il a toutjour porté bonne affection, +que pour ambicion qu'il ayt; car le présent manyement de l'estat ne +semble aller aucunement sellon qu'il le vouldroit. + +Je suys bien marry qu'en leurs premières dellibérations, iceulx +seigneurs du conseil, après leur dict retour, ayent changé ce qu'ilz +avoient auparavant ordonné pour l'évesque de Roz, de luy donner sa +liberté incontinent après Pasques, et qu'il seroit admiz à parler à la +Royne leur Mestresse; là où meintennant on luy faict dire qu'il ayt +encores pacience, et qu'elle n'est bien résolue quant, ny commant, +elle la luy pourra donner. Il semble que le sir Randolf ayt donné +adviz à la dicte Dame que ceulx, qui ont relevé le party du comte de +Mora en Escoce, ont desjà dépesché l'abbé de Domfermelin et Nicollas +Elphiston pour venir tretter, avecques elle et avec les seigneurs de +son conseil, de toutes choses de dellà; et que possible elle y veult +avoir pourveu, premier que d'eslargyr le dict sieur évesque, de peur +qu'il ne luy traverse ses desseings. Et de ce, Sire, que je vous avois +cy devant mandé, que le voyage du comte de Lenoz estoit interrompu, +les dicts du conseil ont changé d'opinion à cause d'une lettre que les +comtes de Mar et de Glencarve, et les lordz Lendzay, Semple, Ruthunen +et Drunquhassil ont escripte au dict de Lenoz, qu'il veuille venir en +dilligence prendre la régence du pays, affin de conserver l'authorité +au jeune prince son petit filz, et haster le secours que la Royne +d'Angleterre leur a promiz; de tant mesmement que les fuytifz de son +royaulme non seulement se sont joinctz aulx Amelthons en faveur de la +Royne d'Escoce, mais publient aussi qu'ilz n'attendent, d'heure en +heure, que l'arrivée du renfort qui leur doibt venir de France et de +Flandres. Sur quoi, de tant que iceulx du conseil ont senty que le +comte de Morthon, duquel ilz espéroient beaucoup, n'estoit bien vollu +ny de la noblesse ny du peuple d'Escoce, et que mesmes il n'estoit +soubsigné en la dicte lettre avec les aultres, ce qui monstroit de +n'estre bien d'accord avec eulx, par ainsy qu'ilz ne pouvoient fère +aulcun bon fondement sur luy, ilz ont advisé de laysser aller, plus +par nécessité que par ellection, le dict de Lenoz par dellà; réservant +néantmoins la charge principalle du tout au comte de Sussex, et ne +fornyssant à icelluy de Lenoz que, comme pour fère le voyage, envyron +trois mil cinq centz escuz. Vray est que la comtesse, sa femme, a +engaigé ses bagues et sa vaysselle d'argent pour luy fère plus grand +somme; et cependant l'on a dépesché, coup sur coup, force courriers +devers le comte de Sussex, ne sçay encores à quelles fins; car le +bruyt est que les frontières ne sont plus tant pressées comme elles +estoient par les fuytifz; mais je pense que c'est pour le haster vers +l'Escoce, me confirmant toutjour en l'opinion qu'ilz le feront entrer +dans le pays avecques forces, et mesmes que, pour pourvoir à la faulte +des vivres qu'on pourroit avoir par dellà, j'entendz qu'on faict grand +provision de farines, partout icy autour, pour les y envoyer par mer: +ce que je mettray peyne de vériffier, et de vous donner de cella, et +d'aultres choses, ung plus exprès et un plus certain adviz par mes +premières. Je ne cesse cependant de fère, au nom de Voz Majestez Très +Chrestiennes, toutz les meilleurs et plus exprès offices que je puys +pour les affères de la dicte Royne d'Escoce, mais je ne sçay que +espérer d'iceulx en un si grand changement et variation, comme l'on +m'y use ordinairement, sinon que je croy qu'ilz se rangeront enfin +d'eulx mesmes, ou qu'ilz ruyneront ceulx qui les vouldront ruyner. + +Icy court ung bruyt que le duc d'Alve a vingt six grands navyres +prestz à mettre sur mer, avec nombre d'hommes de guerre, et de +monitions, mais ne se dict à quel effect; néantmoins, cella met ceulx +cy en assés de souspeçon, lesquelz ne layssent pourtant de solliciter +par leurs depputez l'accord des différans des Pays Bas; et leur a fort +pleu que le duc d'Alve les ayt ainsi bien receuz comme il a faict avec +grand faveur; et que, à Bruges et en Envers où ilz ont passé, l'on les +ayt caressez et trettez en amys; et que les officiers les ayent +visitez et leur ayent envoyé présens; et que desjà le dict duc ayt +depputé personnaige de sa part pour tretter avec eulx; dont s'espère +qu'ilz s'accommoderont, comme, à la vérité, pour avoir les ungs et les +aultres où entendre assés en d'aultres choses, il semble que tant plus +vollontiers ilz vouldront sortyr de celles cy. + +Il se parle d'ung grand emprunct que ceste princesse propose de fère +tout de nouveau; dont suys après à descouvrir si c'est pour recepvoir +les deniers icy ou en Hembourg, et semble bien que les propos et +pratiques de la dicte Dame et des siens en Allemaigne demeurent en +mesmes suspens que faict la paix de France; et n'ay point sceu qu'il +soit venu, de tout le moys passé, aultres nouvelles de dellà, si n'est +de la diette du XXIIe de may à Espyre, et de l'aprest des deux Roynes, +filles de l'Empereur, pour aller en France et en Espaigne; et du faict +du prince d'Orange, duquel l'on parle diversement, car les ungs disent +qu'il sçayt où prendre gens et argent pour fère une grande entreprinse +et que la faveur des princes protestans ne luy manquera: aultres +asseurent, et mesmement l'ambassadeur d'Espaigne, qu'il n'a ny gens, +ny argent, ny moyen de rien entreprendre, et qu'il a perdu toute sa +réputation envers les dicts princes protestans. Sur ce, etc. + + Ce IVe jour d'apvril 1570. + + + + +Ce DÉPESCHE + +--du IXe jour d'apvril 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Rossel et Christofle_.) + + État des forces levées pour le Nord, et sans doute destinées à + entrer en Écosse.--Nouvelles de Marie Stuart.--Sommes + importantes réunies par Élisabeth. + + + AU ROY. + +Sire, l'occasion pour laquelle la Royne d'Angleterre a dépesché, +despuys huict jours, plusieurs courriers vers son pays du North, ainsy +que je le vous ay mandé par mes précédantes du IIIIe du présent, est, +sellon que j'entendz, pour mander aux trouppes et compagnies de gens +de guerre, qu'on a levées en ces quartiers là, de se randre toutes +ensemble à Yorc le XIIe de ce moys; et au comte de Sussex qu'il leur +face fère incontinent la monstre, et qu'il les face acheminer à si +bonnes journées qu'il puysse avoir son armée toute preste à Barvyc, le +premier jour de may; laquelle les ungs disent debvoir estre de dix mil +hommes de pied et cinq mil chevaulx, les aultres de la moytié moins +des ungs et des aultres, ce que, pour encores, je croy estre le plus +certain, mais qu'il a bien commission de lever l'aultre plus grand +nombre, s'il est besoing. Il ne se dict encores ouvertement qu'il +doibve entrer en Escoce, mais il se tient pour résolu qu'il le fera, +si les seigneurs du pays, entre cy et là, ne se trouvent d'accord, ce +que la dicte dame crainct assés; auquel cas, elle regardera ung peu de +plus près comme elle devra poursuyvre l'entreprinse, et possible +adviendra cependant que de l'avoir seulement entamée, elle leur aura +donné plus prompte occasion de se réunyr. Il est bien certain que ses +fuytifz ayant ainsy couru, de jour et de nuict, comme ilz ont faict, +la frontière de deçà, et pillé et brullé les villaiges, et enmené +force prisonniers, luy donnent occasion d'y envoyer des forces pour +leur résister; mais elle dict que non seulement elle les veult +chastier, mais qu'elle veult chastier ceulx qui les ont retirez; ce +qui s'adresse principallement aulx Escouçoys: car l'on m'a asseuré, +quant aux dictes frontières, que, despuys quelques jours, elles se +trouvent assés paysibles, par l'ordre que les Escouçoys mesmes y ont +miz; et que les principaulx chefz des fuytifz sont après à trouver +moyen de passer en France ou en Flandres, ce qui debvroit fère +abstenir la dicte Dame de son entreprinse; mais je crains que ce sera +cella qui l'y convyera davantaige pour luy sembler moins difficile, et +pour vouloir en toutes sortes establir les choses d'Escoce, si elle +peult, à sa dévotion. + +Et fault estimer, Sire, que son desseing au dict pays ne peult estre +petit, veu le nombre de canons de batterye, de couleuvrines, de +monitions, d'armes et de vivres qu'elle y envoye. La Royne d'Escoce +luy a naguières escript là dessus, mais l'évesque de Roz, qui est +encores en arrest, ny moi, n'avons peu entendre du contenu en sa +lettre que ce qui concerne seulement sa santé: qu'elle se porte bien, +qu'elle se loue du bon trettement du comte de Cherosbery, et qu'elle +trouve bon qu'il la conduyse en une aultre sienne mayson pour changer +d'air et pour avoir plus grande commodité des vivres. L'on attend +l'arrivée de l'abbé de Domfermelin, et le comte de Lenoz est desjà +party, duquel l'on ne se peult si bien asseurer qu'on ne voye encores +plusieurs difficultez en son voyage, et se parle de quelque marché sur +le comte de Northomberland, que ceste Royne donnera quatre mil {lt} +d'esterlin pour lui estre livré entre ses mains, par où semble qu'il +soit encores dans le chasteau de Lochlevyn; et, à la vérité, Sire, je +n'ay peu encores avoir assés de certitude des choses de dellà, car les +passaiges sont trop serrez, et ce qui en vient en ceste court est tenu +bien fort secrect, ou bien l'on le baille tant au contraire de ce qui +est que je n'y donne poinct de foy. J'espère que par d'aultres moyens, +que nous avons essayez, il nous en viendra bientost quelque notice. + +Quant à l'emprunct, dont en mes précédantes je vous ay faict mention, +j'entendz que la dicte Dame a fait expédier mil Ve lettres de son +privé scel, la moindre de cinquante {lt} d'esterlin, et la pluspart de +cent, aulx particulliers bien aysez de son royaulme pour luy estre +forny par chacun sa cothe part en ceste ville de Londres, dans le +prochain moys de may; dont faict estat qu'il montera à la somme de +cent cinquante mil {lt} d'esterlin, qui est cinq centz mil escuz. L'on +commance de préparer une flotte de draps pour Hembourg et deux navyres +de guerre pour la conduyre aulx despens des merchans; mais plusieurs +estiment que ce sera pour aller en Envers, et que les depputez +conclurront quelque chose sur ces différans, affin de pouvoir +continuer leur mutuel traffic comme auparavant. Ceulx cy demeurent en +grand suspens sur la longueur du tretté de paix de Vostre Majesté, et +semble, Sire, qu'ilz en désirent et qu'ilz en craignent tout ensemble +la conclusion pour des considérations et respectz, qui sont assés +divers, dont je suys après d'en vériffier ce que desjà l'on m'en a +dict, affin de vous rendre plus claire leur intention. Sur ce, etc. + + Ce IXe jour d'apvril 1570. + + + + +CIe DÉPESCHE + +--du XIIIe jour d'apvril 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Le Tourne_.) + + Continuation des préparatifs militaires contre + l'Écosse.--Inquiétude des Anglais sur la négociation des + affaires de Flandre.--Détail des nouvelles arrivées en + Angleterre sur l'état de la guerre civile en France, et les + entreprises faites par les protestans. + + + AU ROY. + +Sire, ce que j'ay aprins de l'expédition de l'armée que la Royne +d'Angleterre envoye vers le North, despuys les dernières nouvelles que +j'en ay escriptes à Vostre Majesté du IXe du présent, est que le comte +de Sussex, en marchant en là, a assemblé six mil hommes, tant de pied +que de cheval, à Duram, dont il en eust heu davantaige, s'il n'eut +renvoyé ceux des gens de cheval qui n'estoient protestans; mais n'a +regardé de si près aulx gens de pied, et, avec ceste troupe, il +dellibère s'acheminer vers Barvyc, non qu'il ayt encores toutes choses +si bien prestes qu'il s'y puisse randre le dernier de ce moys, comme +il luy a esté mandé, ny qu'il puisse, devant le XVe du prochain, +entrer en Escoce. Et de tant qu'on publyoit par dellà que la dicte +armée seroit de dix mil hommes de pied et cinq mil chevaulx, quelcun +m'a dict que ceulx du party contraire de la Royne d'Escoce ont mandé +qu'il suffiroit, pour ceste heure, de fère entrer la moictié des +dictes forces dans le pays, à cause qu'on ne trouverait assés de +vivres pour tant de gens et de chevaulx; et qu'avec cella le petit +prince pourroit estre facilement enlevé sans aulcun empeschement, +pourveu que le reste se tînt sur la frontière pour venir au secours, +si besoing estoit. L'on m'a confirmé qu'il est venu adviz bien certain +à ceste Royne de l'arrivée d'ung ambassadeur de Vostre Majesté par +dellà, et adjouxte l'on qu'il a conduict dans Dombertran six mil +harquebouzes et trois mil corseletz, et qu'il faict une grande +dilligence de réunyr et mettre les seigneurs du pays en bon accord, +leur promettant l'assistance et secours de Vostre Majesté; et que les +fuytifz d'Angleterre qui estoient près de s'en aller par mer, se sont +arrestez; bien que quelcun m'a dict que le comte de Northomberland a +trouvé moyen d'eschapper de Lochlevyn, et qu'il s'est retiré en +Flandres. Il est vray, Sire, que jamais nouvelles ne furent baillées +plus diverses que celles qui viennent de ce quartier là, parce que la +matière est affectée de plusieurs, qui les publient sellon qu'ilz y +ont différante affection. L'abbé de Domfermelin n'est encores arrivé. +Le comte de Lenoz poursuyt son voyage, et la liberté est promise dans +trois jours à l'évesque de Roz. + +Ceulx cy ont si grand désir que les depputez, qu'ilz ont envoyé en +Flandres, facent quelque bon accord, que, pour garder que +l'ambassadeur d'Espaigne ou aultres de deçà n'escripvent chose qui y +puisse donner empeschement, ilz ont ung grand aguet sur toutes les +dépesches qu'on y faict, et n'en layssent passer une seulle qui ne +soit visitée. J'entendz qu'il est arrivé quelcun, assés freschement, +de la Rochelle qui publie que les princes de Navarre et de Condé sont +en Languedoc ez envyrons de Thoulouze, qui pillent, brullent et +ruynent tout ce qui deppend des habitans de la dicte ville et non +d'ailleurs; qu'ilz ont leur armée plus forte et en meilleur équipaige +que jamais; qu'ilz font toutz les jours amaz d'argent et de gens, et +mesmes de bandolliers, desquelz ilz ont desjà ung bon nombre, des plus +mauvais garçons de la montaigne; que Mr de Biron est encores avec eulx +pour tretter de la paix, mais parce qu'il ne propose nulles condicions +raysonnables, l'on commence à souspeçonner qu'il n'a esté envoyé pour +dire rien de particullier, mais pour espyer leurs forces et +recognoistre l'estat de leur armée; qu'ilz ont d'aultres forces bien +gaillardes à la Charité, qui courent ordinairement jusques à Bourges +et à Orléans, et deux mil hommes de pied et cinq centz chevaulx à la +Rochelle, avec lesquelles le Sr de La Noue tient tout le pays subject; +qu'ilz ont reprins Maran et aultres lieux, nomméement Oulonne qui leur +tenoit les vivres serrez, et qu'à présent ilz en recouvrent +abondantment de toutes partz; et que Vostre Majesté estoit toujours à +Angiers, sans argent et sans grand moyen d'en recouvrer. Lesquelles +nouvelles aulcuns de ce conseil les magniffient, et les font encores +courir plus amples affin d'intimider davantaige les Catholiques de ce +pays. Néantmoins l'on m'a dict que la Royne, leur Mestresse, continue +toutjour au mesmes désir que je vous ay cy devant mandé de la paix de +vostre royaulme. Sur ce, etc. + + Ce XIIIe jour d'apvril 1570. + + + + +CIIe DÉPESCHE + +--du XVIIIe jour d'apvril 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par Jos, mon secrétaire._) + + Détail de ce qui s'est passé en Écosse après le meurtre du comte + de Murray.--Assemblée des états à Lislebourg.--Espoir du + rétablissement des affaires de Marie Stuart, si son parti est + promptement secouru par la France.--Nouvelles de la Rochelle et + de Flandre.--Nécessité de faire la paix en France, et de + s'opposer avec vigueur aux projets de l'Angleterre sur + l'Écosse.--Conséquences désastreuses qu'aurait pour la France + la réunion de l'Écosse à l'Angleterre.--Avis secret donné à + Catherine de Médicis.--_Mémoire._ Résolutions arrêtées dans le + conseil d'Angleterre.--Dessein que l'on suppose au roi + d'attaquer l'Angleterre aussitôt après la pacification.--Projet + imputé au cardinal de Lorraine de vouloir faire périr Élisabeth + et Cécil par le poison.--Dissensions causées dans le conseil + par la rivalité des enfans de Hereford et de Marie Stuart, + comme héritiers présomptifs de la couronne + d'Angleterre.--_Mémoire secret._ Communications confidentielles + venues des Pays-Bas sur les projets de mariage des filles de + l'empereur avec le roi de France et le roi d'Espagne, et de + Madame, soeur du roi, avec le roi de Portugal.--Desseins + secrets du duc d'Albe. + + + AU ROY. + +Sire, jusques à ceste heure, je n'ay peu mander rien de bien certain à +Vostre Majesté du costé d'Escoce, à cause que la Royne d'Angleterre, +sentant les diverses affections que les siens portent aulx choses de +dellà, a miz bon ordre qu'il n'en puisse venir nouvelles sinon à elle, +et de tenir icelles bien secrettes; mais ung des moyens que nous avons +essayé pour en sçavoir a réuscy; par lequel une lettre est arrivée à +la Royne d'Escoce, du XIXe de mars, d'ung de ses bons subjectz qui luy +escript, que bientost après que le comte de Mora a esté tué, ceulx de +son party se sont efforcez de tenir une assemblée à Lislebourg, le +VIIe de febvrier, pour establyr de rechef la forme du gouvernement à +leur poste, au nom du petit prince. A quoy aulcuns d'entre eulx, +mesmes qui estoient desjà retournez en leur première bonne affection +vers leur Royne, aydez du desir du peuple qui demandoit la convocation +généralle des Estatz, y ont donné empeschement, estant par le layr de +Granges, et sir Jammes Baffour formée une opposition, laquelle n'a +esté de peu de moment: car par là l'on a cogneu que le chasteau de +Lislebourg, duquel le dict de Granges est capitaine tenoit pour la +dicte Dame et que les choses avoient esté conduites en façon que dès +lors une assemblée généralle fut publiée, au IIIIe de mars ensuyvant, +au mesmes lieu de Lislebourg, en laquelle la pluspart de la noblesse +s'estoit trouvée, réservé aulcuns des Amilthons pour la souspeçon du +murtre du dict de Mora, et réservé le comte d'Arguil, qui n'avoit +passé plus avant que Glasco, et que les deux partz ne s'estoient +pourtant guières meslée l'une avecques l'aultre; ains avoient tenu +leurs assemblées séparées, sinon quelquefoys que les amys et partisans +de la Royne avoient condescendu de convenir avec aucuns des aultres en +la maison du secrétaire Ledinthon, qui estoit mallade, pour tretter de +certaines particullaritez; et qu'enfin n'y avoit esté faicte plus +grande détermination, que de assigner une aultre nouvelle assemblée au +mesmes lieu, au premier jour de may prochain, de laquelle assemblée à +venir les bons serviteurs de la dicte Dame ne pouvoient prendre +aulcune bonne espérance, s'il n'aparoissoit premier pour elle quelque +bonne faveur et assistance par dellà, ou de France, ou de Flandres, +ainsy que ceulx qui estoient demeurez fermes en la foy et obéyssance +de la dicte Dame, l'avoient toutjour espéré: car ceulx du contraire +party s'asseuroient d'estre favorisez et secouruz, dans le temps, par +la Royne d'Angleterre et d'hommes, et d'argent, pour maintenir +l'authorité du jeune Roy et la religion nouvelle dans le pays, ainsy +que Randolf, son ambassadeur, les en asseuroit; et qu'il estoit bien +vray que le comte d'Atil, milord de Humes, le ler de Granges, le +secrétaire Ledinthon, et plusieurs aultres qui avoient esté du +contraire party, se déclaroient meintennant estre de celluy de la +dicte Royne d'Escoce; et le dict Ledinthon pratiquoit encores d'y +admener le comte de Morthon, avec lequel il en estoit bien avant en +termes; et que les fuytifz d'Angleterre estoient aussi toutz déclairez +pour elle et pour la religion catholique, mesmes le comte de +Northomberland, qui avoit commancé de tretter de son rappel avec le +dict Randolf pour sortyr de pryson, avoit, par la persuasion du dict +Ledinthon, demeuré ferme en son premier propos, de sorte que les +aultres restoient bien foybles dans le pays; mais qu'il estoit certain +que les deniers et les forces d'Angleterre les relèveroient et leur +mettroient toutes choses en leur main, si quelque aultre main bien +forte ne s'y trouvoit opposante pour la dicte Royne d'Escoce; et +contenoit aussi la dicte lettre que l'abbé de Domfermelin estoit +dépesché par ceulx du contraire party devers ceste Royne, et que les +aultres avoit advisé d'envoyer conjoinctement Robert Melin devers +elle, pour la prier de moyenner par son authorité une bonne +réconciliation dans le pays et en oster la division, affin que les +estrangiers n'y fussent par les ungs ou par les aultres appellez, au +grand détriment de la paix et du commun repos des deux royaumes. + +Lesquelles susdictes nouvelles, Sire, nous tenons pour plus vrayes, +que nulles aultres qu'on nous ayt encores raportées; et sur icelles la +Royne d'Escoce m'a prié de fère aulcuns offices envers la Royne +d'Angleterre, pour l'exorter à l'entretennement des trettez, et de ne +rien attempter par son armée au préjudice d'iceulx, ce que j'ay desjà +faict, et y incisteray encores bien fermement; et que je veuille aussi +fère entendre de sa part à Vostre Majesté qu'elle et son royaulme, qui +sont l'ung et l'aultre de vostre alliance, pourront estre facillement +remédiez à ceste heure par le secours qu'il vous a pleu luy accorder, +pourveu qu'il vienne promptement, sellon que les choses sont encores +en fort bonne disposition; de quoy elle vous supplie très humblement, +mais que si vostre dict secours luy deffault, qu'il adviendra deux +grandz inconvénians, qui vous seront non guières moins dommageables +qu'à elle; l'ung, que les affères siens et de ses subjectz, qui sont +proprement vostres et ceulx de la religion catholique, recepvront ung +préjudice et détriment perpétuel dans son pays; l'aultre, que, pour se +rachapter de la pryson où elle est et recouvrer son estat et sa +liberté, elle sera contraincte de mettre le prince d'Escoce, son filz, +ez mains des Anglois. + +Voylà, Sire, quand aulx affères de ceste pouvre princesse, qui sont si +pressez par la dilligence que ceste Royne faict de haster toutjour son +armée vers l'Escoce, qu'on pense que dans deux moys elle aura achevé +son entreprinse, et n'est sans soupeçon qu'elle veuille fortiffier +Dombarre, ou Aymontz, ou quelque aultre lieu dans le pays, veu les +pyonniers qu'elle y envoye. + +Au surplus, Sire, certainz petitz discours qu'on a envoyés imprimez +de la Rochelle font aulcunement mal espérer ceulx cy de la conclusion +de la paix de vostre royaulme. Néantmoins la Royne d'Angleterre +monstre toutjour de la desirer, bien que quelcun m'a dict que si elle +estoit déjà faicte, que la dicte Dame yroit plus retenue ez choses +d'Escoce, et n'y procèderoit sinon ainsi que vous le vouldriez, mais +qu'elle pense, durant le pourparlé d'icelle, avoir exécuté ce qu'elle +prétend. Il semble par aulcuns propos qu'on m'a raporté du Sr de +Lombres que les pratiques du prince d'Orange en Allemaigne ne sont +mortes et que bientost il s'en manifestera quelque chose; dont les +Flamans, qui sont icy, desireroient la paix de France, affin que la +guerre fût transférée en leur pays. Sur ce, etc. + + Ce XVIIIe jour d'apvril 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, estant les choses d'Escoce en l'estat que je les mande en la +lettre du Roy, et ceulx cy sur le poinct de les aller par armes +réduyre à leur dévotion, plusieurs gens de bien sont, avec grand +desir, attandans quel ordre Voz Majestez Très Chrestiennes y mettront +pour les remédier, et me viennent souvent alléguer qu'il pourra venir +beaucoup de diminution à vostre grandeur, si vous layssez aller en +proye aulx Anglois la Royne d'Escoce, et son royaume, et la religion +catholique de son pays; car, oultre qu'il yra assés en cella de la +réputation de vostre couronne, ilz disent qu'en la présente guerre de +vostre royaulme, la réduction de toute ceste isle au pouvoir de ceulx +cy et l'entière réunyon d'icelle à leur religion nouvelle sera ung +très grand apuy de deniers, de munitions et aultres moyens à ceulx de +la Rochelle et aulx Allemans, qui les favorisent, en dangier que ceste +Royne, par après, entrepreigne elle mesmes ouvertement la guerre avec +eulx, et davantaige qu'à l'advenir, se trouvans les Anglois hors de +toute souspeçon de l'Escoce, laquelle s'est toutjour trouvée preste +pour nous contre leurs entreprinses, mesmes l'ayant mise de leur +costé, qu'ilz ne vous meuvent une perpétuelle guerre, pour leurs +prétencions; ou bien que, par quelque mariage ou par aultre accession, +ilz aillent joindre toute ceste isle à la grandeur de quelque aultre, +parce qu'ilz craignent naturellement la vostre, qui vous sera de grand +préjudice. + +Sur quoy je leur répondz, Madame, que les choses d'Escoce ne sont si +foibles d'elles mesmes, ny si mal apuyées de Voz Majestez Très +Chrestiennes que les Anglois les puissent ayséement plyer; et, quant +bien ilz se seroient prévaluz de l'oportunité de ce temps, auquel ilz +vous voyent fort empeschez aulx guerres de vostre royaume, que +néantmoins vennant la paix, comme Voz Majestez ne sont loing de +l'avoir, que vous radresserez bien ayséement le tout; et que l'Escoce +ne sera jamais à eulx, que quand ilz la cuyderont bien tenir. Je +considère assés, Madame, que la Royne d'Angleterre entreprend d'une +grande affection ce faict d'Escoce, et que les ennemys et malveillans, +que la Royne sa cousine a dans son propre royaulme et dans cestuy cy, +l'y persuadent si fort, qu'il est très difficile de l'arrester; +néantmoins, je vous suplie très humblement, Madame, me commander par +ce mien secrétaire ce que j'auray à dire ou fère là dessus envers la +dicte Royne d'Angleterre, oultre l'office que je luy ay desjà faict; +car je ne fauldray d'ung seul poinct de très humblement vous y obéyr. +Sur ce, etc. + + Ce XVIIIe jour d'apvril 1570. + +AULTRE LETTRE A PART A LA ROYNE. + +Madame, j'ay donné charge à ce mien secrétaire de vous bailler ce mot, +à part, pour avoir meilleur moyen de compter à Vostre Majesté la +façon, dont l'on a usé, pour fère venir en mes mains le propre +original de cest escript, qu'il vous baillera en forme d'une lettre +qu'on m'adressoit; où trouverez, Madame, ung conseil[5], lequel je +vous suplie très humblement ne communiquer, du commancement, sinon au +Roy et à Monseigneur, voz enfans, et puis à quelcun de voz plus +expéciaulx et saiges serviteurs, qui, possible, vous ouvrira +l'expédiant comme vous vous en pourrez servyr. Il vous pourra, par +advanture, estre venu ung semblable adviz d'ailleurs, mais je vous +puys bien jurer, Madame, avecques vérité, que je ne sçay ny ne puys +penser d'où cestuy cy est procédé. Cella considérè je bien que, par +icelluy, il y pourroit cy après avoir moins d'ellévation dans vostre +royaulme et aussi moins de moyen d'oster ce qu'y auriez une foys +introduict. Sur ce, etc. + + [5] La pièce n'ayant pas été transcrite sur les registres de + l'ambassadeur, on ne connaît pas la teneur de cet avis. + + Que les choses de ce royaulme s'entretiennent encores en quelque + apparence de repos, non d'elles mesmes, car tout est plein de + malcontantement, mais par la dilligence de ceux qui sont en + authorité; lesquelz font ce qu'ilz peuvent pour gaigner le temps, + mais non pour remédier du tout au mal; car semble plustost + qu'ilz le vont norrissant pour le fère cy après devenir plus + grand. + + Ilz s'esforcent de passer cest esté sans troubles par le moyen de + l'armée, qu'ilz ont faicte dresser à leur Mestresse vers le North + par prétexte des choses d'Escoce, et d'aller contre les fuytifz; + en quoy ilz exécuteront, sans faulte, ce qu'ilz pourront; mais il + n'y a assés de deniers en repos pour entreprendre choses si + utilles, sans ce qu'on estime que la mesme armée se trouvera + preste et en estat contre l'ellévation, qu'on crainct bien fort + debvoir advenir avant la racolte. + + Et à ceste force ilz ont adjouxté l'artiffice, car, pour donner + quelque satisfaction aulx principaulx de la noblesse, affin + qu'ilz ne se meuvent, et pour leur fère prendre espérance d'ung + meilleur estat des choses, ilz ont rappellé en court et au + conseil le comte d'Arondel, et ont miz en pleyne liberté millord + de Lomelley, et ont donné espérance au duc de Norfolc d'estre en + brief eslargy hors de la Tour, soubz quelque garde en sa mayson + qu'il a à Londres, et que mesmes se pourra ottroyer une forme de + pardon au comte de Northomberland et aultres chefz des fuytifz, + pour remettre toutes choses en bonne unyon. + + Mais il adviendra, possible, que l'artiffice produyra ung aultre + effect que le simulé, parce que ceste princesse n'a le cueur ny + l'intention esloignée de celle de sa noblesse, n'y n'est mal + affectionnée à ses subjectz catholiques, pour lesquelz elle + résiste assés souvant aulx conseilz, que leurs adversaires luy + donnent contre eulx, affin qu'avec les ungs et les aultres elle + puisse passer son règne en paix. + + Et semble bien que les seigneurs catholiques seront pour tenir + dorsenavant leur partie bien ferme et rellevée, de tant que le + comte de Lestre se monstre entièrement pour eulx, ayant esté luy + le moyen de les fère eslargir et rappeller; et il descouvre qu'il + a assés d'aisne au secrétaire Cecille, pour cause de ceulx de + Herfort, lesquelz le dict Cecille cherche, par toutz moyens, de + les ellever à ceste couronne au préjudice du dict comte et des + aultres seigneurs, qui estiment qu'il ne leur va de moins que + leurs testes et de la ruyne de leurs maysons, s'ilz y + parviennent. + + Mais le dict Cecille, oultre ce qu'il tient meintennant sa + Mestresse assés bien disposée envers les dicts de Herfort, pour + la grand jalouzie qu'il luy imprime toutjour de la royne + d'Escoce; de laquelle le tiltre seul précède celluy de Herfort en + la succession de ce royaulme, il y bande aussi toute la part des + Protestans et mesmes les évesques et officiers, et toutz ceulx + qui sont en quelque authorité, et pensoit bien y avoir aussi + conduict le dict comte de Lestre par le moyen de la dicte + religion, et par beaulcoup d'asseurances et promesses qu'il luy + avoit faictes; mais j'entendz que, lundy dernier, estantz huict + les plus protestans de ce conseil assemblez, en la mayson du + comte de Belfort aulx champs, pour dellibérer de ce qu'ilz + avoient à fère pour la légitimation des dicts de Herfort, et pour + advancer leur tiltre, ilz se plaignirent grandement du dict comte + de Lestre, de ce qu'ayant faict rapeller le comte d'Arondel au + conseil, il avoit préparé ung grand obstacle à leur entreprinse. + + Et le dangier est que la Royne d'Angleterre (de laquelle la + vollonté et disposition peult beaulcoup en cella) se mette toute + de ce party pour les grandes impressions, qu'on luy donne, + qu'elle est en dangier de son estat et de sa propre vie, si elle + n'oste et l'estat et la vie à sa cousine. + + Car, oultre les propos qu'on luy a dict que Monseigneur, frère du + Roy, avoit tenuz, lesquelz j'ay naguières escriptz à mon dict + seigneur, j'entendz qu'on luy faict acroyre que Mr le cardinal de + Lorraine sollicite, à ceste heure, ardentment la paix en France, + pour avoir plus de moyen de dresser une entreprinse contre + l'Angleterre en faveur de la Royne d'Escoce, sa niepce; et que, + pour y pouvoir à moindres fraiz conduyre son intention, et y + trouver moins de difficulté, qu'il a convenu avec ung Itallien, + dont le nom et le visaige, disent ilz, sont cognuz, de fère + empoysonner la dicte Royne d'Angleterre et le secrétaire Cecille, + et que les plus grands de France inclinent à fère la guerre par + deçà. + + Et la met on en souspeçon que le Roy d'Espaigne sera pour + concourre facillement à l'entreprinse, pour revenche de l'injure + de ses deniers, et des prinses de mer que ceulx cy ont faictes + sur ses subjectz; et mesmes l'on s'esforce de luy en monstrer + desjà quelque indice par l'interprétation d'une dépesche, que + j'entendz qu'on a intercepté, de Mr de Forquevaulx, et envoyée + par deçà; en laquelle, après ung propos de trois mariages, il + faict mencion du grand amaz de gens, et d'argent, et des + préparatifs, par mer et par terre, que le Roy d'Espaigne faict, + avec aulcunes particullaritez de plus estroicte intelligence avec + Leurs Majestez Très Chrestiennes. Ce que n'estimans ceulx cy que + cella puysse estre pour résister seulement aulx Mores, ilz + veulent inférer que c'est contre eulx. + + A quoy l'on m'a dict qu'ilz sont davantaige confirmez par une + lettre, qu'on a escripte de la Rochelle à la dicte Dame, en + laquelle l'on l'a prié que, si le Roy vient à offrir des + condicions de paix à la Royne de Navarre, et aulx princes ses + filz et ses nepveux, et aultres de leur party, qui soyent + raisonnables, comme Sa Majesté monstre s'en aprocher, qu'elle + trouve bon qu'elles soyent aceptées; car ne les pourront + bonnement reffuzer, sans se monstrer mauvais subjectz, et que la + noblesse désire grandement satisfère au Roy; aussi qu'on voyt + bien qu'elle et les princes d'Allemaigne sont longs et tardifz à + les secourir, et néantmoins adjouxtent beaucoup de grandz + mercyemens et offres à la dicte Dame, et la prient qu'elle + veuille bien pourvoir à la seurté de ses affères, parce qu'il + semble qu'on projecte desjà de grandes entreprinses contre elle + et son estat, en faveur de la Royne d'Escoce. + + Desquelz adviz aulcuns icy ont heu de quoy manifester si + ouvertement leur malice, qu'ilz ont ozé dire deux choses à la + dicte Dame; l'une, que si elle n'empeschoit la paix de France, + qu'elle aurait certainement la guerre en Angleterre; et l'aultre, + que jusques à ce qu'elle aura faict arracher du tout une si malle + plante, comme est la Royne d'Escoce, qu'elle ne verra jamais + bien, ny repos, en ceste isle. + + Ce que m'ayant esté raporté, j'ay miz peyne, par d'aultres plus + modérez personnaiges, de luy fère si bien diminuer ceste opinion + qu'elle monstre, quant à la paix de France, qu'elle y a toutjour + fort bonne affection, mais qu'elle desire infinyement luy estre + donné moyen de s'y employer, affin de pouvoir gaigner la + bienveuillance du Roy, et se confirmer en paix et amitié avecques + luy; et, quant à la Royne d'Escoce, qu'elle est bien disposée + envers sa personne et sa vie, comme je croy qu'elle n'y a heu + jamais mauvaise intention, et que mesme elle goutte aulcunement + sa restitution, et ne la rejecte plus tant qu'elle souloit; mais + elle prétend à quelque entreprinse en Escoce, qui est cogneue de + peu de gens, laquelle elle pense avoir exécutée plustost qu'on + luy en puysse, ny de France, ny de Flandres, donner empeschement; + et que le tout sera faict dans deux moys, pendant lesquelz je ne + fays doubte qu'elle ne vollût que Leurs Très Chrestienne et + Catholique Majestez fussent ailleurs bien fort empeschées. + + AULTRE MÉMOIRE A PART. + + En la dépesche d'Espaigne, dont, en l'aultre mémoire, est faicte + mention, qui a esté intercepté, j'entendz que Mr de Forquevaulx + escripvoit à la Royne que l'ambassadeur de l'Empereur l'avoit + prié de fère entendre au Roy comme son Maistre, pour l'affection + qu'il avoit de veoir effectuer les mariages de ses filles avec + les deux Roys, desiroit que, du premier jour, il y fût procédé + sans plus le dilayer; + + Qu'il avoit dellibéré d'envoyer les deux Roynes ensemble, par la + mer, de Gênes à Marseille, avec la moindre compaignie et le moins + d'officiers qu'il pourroit, s'asseurant qu'elles en amasseroient + assés en chemyn; + + Que l'ambassadeur de Portugal l'avoit asseuré que le party de + Madame, soeur du Roy, playsoit grandement au jeune Roy, son + Maistre, et aulx deux douarières ses mère et ayeulle, et n'y + avoit que ce seul différant, qu'elles vouloient que le tout se + fît par le bon adviz et conseil du Roy d'Espaigne; et les Estatz + de Portugal, au contraire, s'estimoient assés suffizans pour + cella, sans y embesoigner aulcunement le dict Roy: + + Mandoit avoir entendu que le dict Roy de Portugal estoit subject + à ses opinions, et ne vouloit guières croyre conseil et qu'il + n'avoit près de luy que jeunes gens; + + Que les médecins et phisiciens ne l'estimoient de longue vie, + pour quelque defflussion de cerveau qu'il avoit, et que les ungs + conseilloient qu'on le maryât bientost affin de la divertyr et + pour avoir lignée; les aultres que le mariage luy abrègeroit ses + jours; + + Que, quoy que ce fût, venant le dict jeune Roy à mourir, celluy + qui luy debvoit succéder, par le commun consentement des Estatz, + espouseroit la veufve; par ainsy que, en toutes sortes, Madame + seroit longuement Royne: + + Que le Roy d'Espaigne s'estoit acheminé à Courdova pour aller + tenir ses cours de Castille, et pour s'aprocher de l'entreprinse + contre les Mores, priant icelluy ambassadeur Leurs Majestez Très + Chrestiennes de luy donner moyen de le pouvoir suyvre, et leur + touchoit ung mot de sa révocation; + + Que le Roy d'Espaigne faisoit tel amaz de gens et d'argent, et + ung si grand aprest par mer et par terre, qu'il estoit aysé à + veoir qu'il tendoit à de plus grandes entreprinses que de se + deffandre des Mores; + + Que s'il playsoit à la Royne d'avoir une entrevue avecques luy à + Marseille; que le dict ambassadeur espéroit de l'y pouvoir + facillement induyre, parce qu'il l'y trouvoit fort bien disposé, + pourveu que cella fût tenu fort secrect, et quasi communiqué à + nul, de peur des traverses qu'on y mettroit pour la jalouzie que + plusieurs en auroient. + + De laquelle lettre ceste Royne et les siens ont prins beaucoup de + souspeçon, et sont, à ceste heure, tant plus desireux de + raccommoder leur différans avec le Roy d'Espaigne, comme ilz en + poursuyvent dilligentment l'accord, par leur depputez, qu'ilz ont + à cest effect envoyé en Flandres; lesquelz, à ce que j'entendz, + ont mandé qu'ilz en espèrent une bonne yssue. + + Et semble que le duc d'Alve, en une façon ou aultre, y + condescendra, sellon qu'on m'a dict qu'il désire bien fort + esteindre ceste querelle, ainsy qu'il estime avoir si bien + vaincue celle du prince d'Orange, et ensepvelye celle des Gueux, + qu'elles ne se pourront, l'une ny l'aultre, jamais plus + ressuciter; + + Et qu'à ceste heure, il a bien fort grande affection d'aller en + Espaigne, comme pour triumfer des choses qu'il a bien faictes, et + bien saigement et vaillamment conduictes en Flandres, d'y avoir + conservé la religion catholique, et estinct l'hérésie; d'avoir + saulvé l'estat, et quasi l'avoir conquiz et estably de nouveau au + Roy son Maistre, qui auparavant n'en estoit guières bien le + maistre; et le luy avoir soubmiz à y pouvoir imposer tribut, + comme il vouldra, là où auparavant l'on y souloit ordinairement + contradire; et avoir augmenté le revenu jusques à deux millions + d'or toutz les ans, qui à peyne en valloit la moytié: + + Et, avec l'honneur de ces choses, retourner près de son Maistre, + où la jalouzie du prince d'Enoly le tire, et près de sa femme et + des siens, qui l'appellent par dellà, à la venue de la nouvelle + Royne, pour se trouver à l'establissement et à la mutation de + diverses choses, qui lors se pourront ordonner, mais + principallement pour mettre le gouvernement de Flandres ez mains + de Dom Fadrique, son filz aisné: + + A quoy il a grand affection, luy ayant pour cest effect baillé + tiltre et merque nouveaulx de cappitaine général des Espaignolz + et gardes, ce qu'il n'estime toutesfoys pouvoir bien obtenir, + s'il n'est présent avec son Maistre; + + Et que, pour n'estre son dict retour empesché par la querelle + d'Angleterre, qu'il la vuydera, et qu'au reste procurera, avant + son partement, que la consulte et distribution des biens + confisqués en Flandres se face, affin qu'il puisse entrer en + possession de Brada ou d'Ostrante, ou de quelque aultre bien bon + estat, que son Maistre luy donnera; et desireroit bien fort que + son dict Maistre remit une partie de la dicte consulte à fère à + luy, affin de pouvoir gratiffier et récompenser ceulx qui l'ont + suyvy. + + Toutes lesquelles choses m'ont esté dictes du dict duc par + aulcuns, qui les peuvent aulcunement sçavoir, et qui les font + paroistre estre vraysemblables. + + + + +CIIIe DÉPESCHE + +--du XXIIIe jour d'apvril 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) + +Publication faite en Angleterre de la prise d'armes contre +l'Écosse.--Préparatifs de défense faits par les Écossais.--Nouvelles +difficultés survenues dans la négociation avec les Pays-Bas. + + + AU ROY. + +Sire, persévérant la Royne d'Angleterre en sa dellibération d'envoyer +des forces en Escoce, elle a faict, despuys trois jours, publier +l'occasion de son entreprinse avec le prétexte et colleur, que Vostre +Majesté verra par la teneur de sa proclamation; et a mandé au comte de +Sussex qu'avec les troupes, qu'il a assemblées à Yorc et à Durem, il +ayt toutjour à s'acheminer à Neufcastel, et qu'il temporise là jusques +à tant qu'il ayt receu les monitions qu'elle a ordonné luy estre +envoyées, lesquelles y pourront arriver envyron la fin de ce moys. +Cependant, Sire, luy ayant le dict comte de Sussex naguière escript +que, pour la nouvelle de sa venue, les Escouçoys prenoient de toutes +partz les armes, avec intention de courre sus à ceulx qui parloient +d'introduyre les Anglois dans le pays; et que desjà milor Herys estoit +aproché avec quelques forces pour luy deffandre les frontières, ceulx +qui ont icy la matière bien affectée ont conseillé à la dicte Dame de +luy respondre que, sellon sa plus ample commission, il ayt à doubler +promptement ses forces pour poursuyvre son voyage; à quoy elle a faict +assés de difficulté, voyant que l'entreprinse se monstroit à ceste +heure plus grande et plus difficille, et de trop plus grand coust +qu'on ne la luy faisoit du commancement, tant y a qu'à leur persuasion +elle le luy a mandé; et néantmoins l'on pense qu'il trouvera assés de +résistance par dellà. + +L'on commence à sentyr qu'il y aura assés de difficulté en l'accord +des différans des Pays Bas, parce qu'on offre par dellà de restablyr +toutes choses jusques à la valleur d'une maille; et demande l'on qu'il +soit faict le semblable de ce costé, et mesmes que de ce qui aura esté +substraict, emporté, ou qui se trouvera aultrement dépéry, des +merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne, parce que cella est +advenu par la coulpe des Anglois, que le tout soit réparé par eux, en +quoy très difficilement ilz veulent entendre. Néantmoins il y a très +grande affection de chacun costé d'en sortyr. Sur ce, etc. + + Ce XXIIIe jour d'apvril 1570. + + + + +CIVe DÉPESCHE + +--du XXVIIe jour d'apvril 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Gerin Marchant_.) + + État des partis en Écosse.--Arrivée d'un ambassadeur de France + dans ce pays avec un secours d'hommes.--Débats entre les + seigneurs écossais pour la régence.--Vives sollicitations des + ennemis de Marie Stuart pour presser l'entrée de l'armée + anglaise.--Départ de la flotte pour Hambourg, et envoi des + sommes levées en Angleterre pour l'Allemagne. + + + AU ROY. + +Sire, après que j'auray, dimanche prochain, faict entendre à la Royne +d'Angleterre les louables et vertueux propos qui sont contenuz en +vostre dépesche du XIIe de ce moys, laquelle le Sr de Vassal m'a +randue le XXIIIIe, je vous informeray bien particullièrement de +l'intention, en quoy je l'auray trouvée sur les choses que je luy +proposeray de vostre part; et cependant je diray à Vostre Majesté, +touchant celles d'Escoce, que l'arrivée de vostre ambassadeur par +dellà, et ce qu'on dict qu'avec luy sont arrivez à Dombertran cinq +cens harquebouziers françoys et assés d'armes pour armer encores deux +mil hommes, faict aultrement penser à ceulx cy de l'entreprinse qu'ilz +ont au dict pays, que quant ilz l'ont premièrement délibérée; mesmes +qu'ayantz les principaulx seigneurs d'Escoce desjà heu conférance avec +luy au lieu de Donquel, l'on asseure qu'ilz ont prins, par les lettres +et bonnes offres de Vostre Majesté, une bonne résolution; sçavoir, +ceulx qui estoient demeurez en la foy de leur Royne d'y persévérer +constantment, et ceulx qui se portoient neutres de se déclairer pour +elle; tellement que tous ensemble se sont despuys acheminez à +Lislebourg: d'où les adversayres, avec l'ambassadeur de ceste Royne, +se sont aussitost despartys; et que, illec, ilz ont faict proclamer, +le XIIe de ce moys, l'authorité de leur Royne, là où millord de +Granges a déclairé qu'il tenoit le chasteau de Lislebourg pour elle; +et le duc de Chastellerault, lequel n'est encores eslargy du dict +chasteau, pour quelque occasion bien considérable, s'est aussi +déclairé du costé de la dicte Dame; et, bien que le comte de Mar n'ayt +du tout faict le semblable, il a promiz néantmoins de ne délivrer, en +façon du monde, le jeune prince aulx Anglois, et dict davantaige qu'il +ne le délivrera pas aussi aulx Françoys, ny aulx Espaignolz, ny mesmes +aulx Escoussoys. Et, par ainsy, les choses ont commancé de prandre +quelque train, pour le bien des affères de la dicte Royne d'Escoce, à +l'advantaige et réputation de Vostre Majesté. Mais, Sire, voycy +l'ordre qu'on me dict que ceulx de l'aultre party ont tenu pour y +donner empeschement; c'est qu'ilz se sont incontinent assemblez au +lieu de Domfermelin, où ilz ont résolu deux choses; l'une, de fère +tout sur l'heure aprocher le comte de Lenoz, qui est à Barwich, pour +se porter pour régent de la personne et estat de son petit filz à la +faveur de l'armée de la Royne d'Angleterre qui est en campaigne; +l'aultre, d'accorder et signer les articles de l'instruction qu'ilz +ont baillée à l'abbé de Domfermelin de tout ce qu'il vient dire, +requérir et offrir de leur part à ceste Royne. + +Sur quoy l'on m'a donné adviz fort secrect, mais de bon lieu, que +celle partie des dictes forces qui s'est trouvée plus advancée, et la +garnyson de Barwich, en nombre de quatre mil hommes de pied et quinze +centz chevaulx en tout et huict pièces de campaigne, ont desjà marché +oultre les frontières pour favoriser le dict de Lenoz, et qu'il a esté +mandé au comte de Sussex de parfère promptement sa levée de dix mil +hommes de pied et quatre mil chevaulx, et que le susdict Domfermelin +arrivera icy dans deux ou trois jours. L'on estime que les aultres +seigneurs Escouçoys envoyeront millord de Sethon ou millord Boyt +devers la dicte Dame pour l'effect que je vous ay cy devant mandé; +mais je ne laysse pour tout cella d'espérer encores bien des affères +de la royne d'Escoce. + +La flotte pour Hembourg est déjà chargée, et commance d'avaller +contrebas la Tamise. Elle est d'envyron cinquante voylles et n'y a que +deux grandz navires de ceste Royne ordonnez pour les conduyre, mais il +y en a aultres trois équipez en guerre soubz la charge de Haquens, qui +y vont, le tout aulx despens des merchans; et, soubz ceste mesmes +conserve, partent aussi les munitions qu'on envoye au North parce que +c'est tout une mesme routte. J'entendz que desjà les lettres +d'eschange, pour le parfornissement de cent cinquante mil escuz cy +devant ordonnez pour Allemaigne, sont expédiées, et qu'elles vont +avecques ceste flotte, oultre soixante mil escuz en espèces, cuillys +sur les esglizes des Flamans qui sont en ce royaulme, que le Sr de +Lombres envoye au prince d'Orange; et luy eust envoyé plus grand somme +sans ce que, à mon instance, la Royne d'Angleterre a deffandu de ne +fère aulcune cuillette de deniers, pour ce prétandu prétexte de la +deffance de la religion, sur ses subjectz, lesquelz s'y monstrent +assés vollontaires. + +Ceulx cy font tout ce qu'ilz peuvent, de leur costé, pour parvenir à +quelque accord sur les différans des Pays Bas, et en sont toutjour en +bonne espérance. Sur ce, etc. + + Ce XXVIIe jour d'apvril 1570. + + + + +CVe DÉPESCHE + +--du IIIe jour de may 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Antoine Grimault_.) + + Audience.--Déclarations faites par l'ambassadeur, au nom du roi, + tant au sujet de la pacification de France que des affaires + d'Écosse.--Irritation causée à la reine d'Angleterre par la + déclaration touchant l'Écosse, qui renferme une menace de + guerre.--Nouvelles de l'entreprise des Anglais sur l'Écosse, où + ils sont entrés en armes. + + + AU ROY. + +Sire, prévoyant que la Royne d'Angleterre n'auroit guières agréable +les deux poinctz, que j'avois à luy proposer de la dépesche de Vostre +Majesté du XIIe du passé, en ce que vous n'acceptiez son offre +d'intervenir à la paciffication de vostre royaulme, et que vous luy +touchiez vifvement le faict de la Royne d'Escoce, j'ay miz peyne, +Sire, de luy dire l'ung et l'aultre en la plus gracieuse façon que +j'ay peu; et m'a bien semblé, quant au premier, qu'elle en est +demeurée assés satisfaicte, par ce mesmement que j'ay monstré que +Vostre Majesté acceptoit plustost qu'il ne reffuzoit son offre, mais +de tant que l'affère, par la venue des depputez des princes, estoit +sur sa conclusion sans qu'il fût besoing d'entrer en nouveaulx +trettez, ainsy qu'ilz avoient toutjour dict qu'ilz ne vouloient +aulcunement capituller avec leur Souverain Seigneur, vous estimiez +que cella seroit bientost faict ou failly, par ainsy, que vous en +donriez incontinent adviz à la dicte Dame; de laquelle vous requériez +cependant de vouloir demeurer en son bon et honneste desir, qu'elle +monstroit avoir vers vous et vers voz présens affères, avec asseurance +que, en pareille ou meilleure occasion, du bien des siens vous luy +feriez paroistre par effect que vous luy correspondiez en ung +semblable debvoir de vostre bonne et mutuelle amytié envers elle. + +A quoy la dicte Dame m'a respondu que ce luy estoit ung singulier +playsir de veoir que Vostre Majesté eust prins son intention en la +bonne part, que vous l'avoit offerte, de s'employer aultant +droictement à la conservation de vostre grandeur et authorité sur voz +subjectz comme si c'estoit pour sa propre cause; et que la +satisfaction que vous luy donniez là dessus estoit si grande, que +c'estoit à elle meintennant de vous en remercyer et à prier Dieu pour +le bon succez et ferme establissement de vos dicts affères et de la +paix que vous desirez en vostre royaulme, avec plusieurs aultres +parolles, dont aulcunes, à la vérité, touchoient les difficultez qui +pouvoient encores rester en cella, et d'aultres exprimoient son +affection d'y estre employée: toutes néantmoins bien fort honnestes et +pleynes de grande démonstration d'amytié. + +Mais, quant c'est venu à l'aultre poinct, du faict de la Royne +d'Escoce, bien que je ne le luy aye baillé, sinon avec les mesmes +termes par lesquelz Votre Majesté monstre de vouloir, jusques à +l'extrémité du debvoir, constamment persévérer en son amytié et en la +paix, elle néantmoins en a heu le cueur si atteinct qu'elle n'a peu, +ny en son visaige, ny en sa parolle, dissimuler l'ennuy qu'elle en +recepvoit: dont, après aulcuns peu de motz assés incertains, tantost +de l'esbahyssement d'ung tel propos, tantost de ce que Vostre Majesté +estoit mal informée du faict: ayant là dessus appellé ceulx de son +conseil, qui estoient dans la chambre, elle leur a dict que je venois +de luy fère une bien estrange proposition, de la part de Vostre +Majesté, et qu'elle me vouloit bien prier de la leur exposer tout de +mesmes, affin qu'ilz en demeurassent mieulx instruictz. Ce que ne luy +voulant reffuzer, je l'ay de tant plus vollontiers faict et avec plus +d'expression de toutes les particullaritez de Vostre lettre, que je +sçavois que l'armée de la dicte Dame estoit desjà entrée en Escoce, et +qu'il y'en avoit là présens de ceulx qui l'avoient conseillé; lesquelz +je desiroys bien qu'ilz en demeurassent confuz: et y en avoit aussi, +qui n'attandoient qu'une semblable occasion, pour avoir de quoy luy +parler librement du faict de la Royne d'Escoce. Dont leur ay récité, +tout à plain, vostre intention, et ay miz peyne de leur monstrer +qu'elle n'estoit moins fondée en toute justice, que remplye de grande +magnanimité. + +A quoy nul d'entre eulx n'a rien respondu, sinon le marquis de +Norampthon aulcun peu de motz sur l'aprobation de l'entreprinse +d'Escoce. Mais la dicte Dame, (après m'avoir dict, ung peu en collère, +que Vostre Majesté avoit faict comme le bon médecin, qui, ayant à +bailler des pillules bien amaires à son mallade, en faisait tout le +dessus de sucre, et qu'ainsy, vostre premier propos du mercyement +avoit esté bien fort gracieulx et doulx, mais celluy d'après estoit +bien fort amer et piquant,) a commancé de me desduyre amplement +l'occasion et justiffication de son entreprinse en Escoce; et croy +qu'avec les mesmes démonstrations, que luy avoient faict ceulx qui la +luy ont conseillée, en termes assés véhémentz, mais toutesfoys bien +fort honnorables en l'endroict de Vostre Majesté; qui, en somme, +tendent à trois poinctz: l'ung, à vous fère veoir qu'il n'y avoit que +droict et rayson, en ce qu'elle faisoit et qu'elle vouloit fère, vers +la Royne d'Escoce et vers son royaulme; le second, que nul ne debvoit +trouver mauvais que justement elle poursuyvît de vanger les injures, +que injustement l'on avoit faictes à elle et à ses subjectz; et le +troisiesme, que, nonobstant tout cella, et sans s'arrester à tant de +véhémentes ou bien vériffiées, occasions de malcontantement, à quoy la +dicte Royne d'Escoce et son ambassadeur, et ceulx de ses subjectz qui +tiennent pour elle, l'avoient extrêmement provoquée, elle ne lairroit +de recepvoir les condicions qu'elle luy offriroit sur l'accommodement +de ses affères, ou bien que Vostre Majesté luy feroit offrir pour +elle; ains se disposerait tout présentement d'y entendre: mesmes que +luy en ayant desjà la dicte Dame escript une lettre et son ambassadeur +une aultre, lequel luy avoit d'abondant mandé qu'il s'estoit encores +réservé d'aultres choses, pour les luy dire en présence, elle me +promettoit, qu'il seroit bientost ouy, me priant au reste de luy +vouloir bailler par escript ce que je luy avois proposé de vostre +part, affin d'en pouvoir mieulx dellibérer, et vous y fère plus claire +et plus ample responce; comme je pense, Sire, qu'elle fera par son +ambassadeur. + +Et parce qu'il seroit long de réciter icy toutz les propos de la dicte +Dame et ceulx que je luy ay responduz, je remetz de les vous mander en +ma prochaine dépesche, par ung des miens, que je dépescheray exprès +devers Vostre Majesté, avec d'aultres choses, lesquelles avecques +ceulx cy vous feront prendre quelque jugement des intentions de la +dicte Dame. Cependant j'ay à dire à Vostre Majesté que le comte de +Sussex, sire Jehan Fauster, et milor Scrup, estans entrez par trois +divers endroictz en Escoce, y ont allumé des semblables feuz, que +aulcuns Escouçoys, avec les fuytifz d'Angleterre, avoient auparavant +allumez en la frontière de deçà, non sans que ceulx cy y ayent +toutjour crainct quelque rencontre: comme il est nouvelles que le dict +Scrup et sa trouppe y ont esté fort bien battuz. L'artillerye et les +munitions qu'on leur envoye sont desjà hors de ceste rivière, et m'a +l'on dict qu'on a adjouxté à icelles mille litz avec leurs matalas et +paillasses, comme pour accommoder deux mil soldatz dans quelque place; +et de tant que la dicte Royne d'Angleterre, parmy son discours, m'a +dict qu'elle n'estoit si sotte qu'elle ne cognût bien que toute +l'affection, que Vostre Majesté et la France ont aulx Escouçoys, +n'estoit pour proffict ny pour commodité qu'on peult tirer d'eulx, +mais seulement pour nuyre à l'Angleterre; et que Dombertran avoit +toutjour esté le port et l'entrée des Françoys et des estrangiers dans +ceste isle pour troubler le pays; (et que d'ailleurs la dicte Dame a +donné la grâce à ung Escouçoys, qui avoit esté prins au North, lequel +luy a baillé le pourtraict du chasteau de Lislebourg), il y a quelque +souspeçon qu'elle veuille assiéger l'une des dictes places, ou bien y +en fortiffier quelque aultre dans le pays pour y entretenir garnyson. +Et viens d'estre adverty, Sire, qu'elle faict mettre promptement en +mer quatre de ses grandz navyres et une gallère, avec commandement de +tenir les aultres bien fort prestz; dont, de tout ce qui succèdera de +nouveau, je mettray peyne de vous en advertir le plus promptement que +me sera possible. Sur ce, etc. + + Ce IIIe jour de may 1570. + + + + +CVIe DÉPESCHE + +--du VIIIe jour de may 1570.-- + +(_Envoyée jusques à la court par le Sr de Sabran_.) + + Vifs débats dans le conseil d'Angleterre sur le parti à prendre à + l'égard de Marie Stuart, et sur la réponse à faire au roi au + sujet de vasion en Écosse.--Ravages opérés par les Anglais dans + ce pays.--Emprunt fait pour la Rochelle.--Négociation des + Pays-Bas.--Espoir de l'ambassadeur que la paix ne sera pas + rompue.--_Mémoire._ Détail des opinions émises dans le conseil + d'Angleterre.--Réponse faite par Élisabeth à la déclaration du + roi touchant l'Écosse.--Insistance de l'ambassadeur sur les + motifs qui imposent au roi l'obligation d'exiger que les + Anglais se retirent d'Écosse, et que Marie Stuart soit rétablie + sur le trône.-_Mémoire secret._ Motifs particuliers qui ont + forcé l'ambassadeur à faire connaître à la reine d'Angleterre + la déclaration du roi sur les affaires d'Écosse. + + + AU ROY. + +Sire, ayant la Royne d'Angleterre prins ce que je luy ay dict, de +vostre intention touchant la Royne d'Escoce, en la façon que, par mes +précédantes du IIIe de ce moys, je le vous ay mandé, elle a monstré +despuys qu'elle tenoit en tant ceste vostre déclaration qu'elle +vouloit bien considéréement adviser comme elle auroit à s'y gouverner; +dont ayant là dessus assemblé les principaulx de son conseil, ilz ont +fort vifvement débattu la matière devant elle, et aulcuns d'eulx luy +ont remonstré qu'il n'y avoit nul prince de bon sens au monde, s'il +tenoit ung aultre prince entre ses mains, qui se dict compétiteur de +sa couronne, comme faisoyt la Royne d'Escoce de celle d'Angleterre, +qui le vollust jamais lascher; et qu'il n'y en avoit poinct aussi qui +vollust espargner la vie de la dicte Royne d'Escoce, si elle avoit +excité en leur estat le trouble et la rébellion des subjectz, qu'elle +avoit esmeu en cestuy cy. Les aultres luy ont représanté le contraire, +et que la plus grande seureté qu'elle pouvoit prendre pour elle, et +pour sa couronne, et pour la paix universelle de ceste isle, estoit de +s'employer droictement à la restitution de la dicte Royne d'Escoce, et +d'establyr une bien ferme amytié et bonne intelligence entre elles +deux et leurs deux royaumes; et en est leur contention venue si avant +que, les voyant la dicte Dame desjà aulx grosses parolles, les a priez +d'en remettre la dispute à elle, et qu'elle cognoissoit bien que la +matière n'estoit sans difficulté: néantmoins leur deffandoit fort +expressément de ne parler jamais de chose qui touchât ny à la vie, ny +à la personne de la Royne d'Escoce. + +Je suis attandant, sire, qu'est ce qui résultera de cette +détermination de conseil, et quelle responce la dicte Dame sera +conseillée de fère à Vostre Majesté. Cependant j'ay esté adverty que +l'exploict du comte de Sussex en Escoce a esté d'entrer en pays par +trois endroictz; sçavoir: luy avec le principal de l'armée par +Barvich, et sire Jehan Fauster avec la seconde troupe par Carleil, et +milord Escrup avec le reste par ung aultre endroict; et que, le XVIIe +d'apvril, le comte de Sussex a commancé de fère le gast, et mettre le +feu à Ware, continuant ainsy jusques à Gadenart, où il a faict miner +et pourter par terre la mayson du ler de Farneyrst; et là, le sir +Jehan Fauster, ayant aussi miz le feu partout là où il a passé, s'est +venu rejoindre à luy; et du dict Gadenart, après l'avoir bruslé, ilz +sont allez brusler la ville de Fanic, et ont pareillement miné et rasé +la maison du ler de Balchenech; puys, ont passé oultre jusques à +Quelso, auquel lieu le ler de Suffort leur est venu offrir pleiges +pour satisfaction de ce que l'on luy pouvoit demander; et peu après, +milord de Humes y est aussi venu, lequel a parlé au dict comte de +Sussex et luy a offert le semblable; mais ny l'ung ny l'aultre n'ont +raporté aulcune bonne responce: et ce faict, icelluy Sussex a ramené +ses gens, le XXIIIIe du dict moys, à Barvich. Mais, quant à milor +Escrup, qui est entré par les marches d'Ouest, les choses ne luy ont +succédé de mesmes, car il a esté rencontré par les Escouçoys qui luy +ont deffaict la pluspart de ses gens, et dict on que luy mesmes est +blessé; et que le comte de Vuesmerland s'est trouvé au combat, qui a +cuydé estre prins. Despuys, l'on m'a dict qu'ayant le dict comte de +Sussex receu le reste des forces, qui estoient demeurées derrière, +délibère de rentrer du premier jour au dict pays et aller assiéger le +chasteau de Humes, sinon que, sur ma remonstrance, ceste Royne luy +mande de ne passer oultre; tant y a que s'il le faict, je ne pense pas +que les Escouçoys ne luy donnent la bataille; mais je ne vous puys +mander, Sire, aulcune chose certaine de leur apareil, parce que les +passaiges sont tenuz extrêmement serrez. + +Il est nouvelles que le duc de Chastellerault est hors de prison, et +que ceulx qui tiennent le party de la Royne d'Escoce sont en beaucoup +plus grand nombre, et sont les principaulx et les plus fortz du pays. +Ceulx qui les favorisent icy, m'ont faict dire que, si la paix se +conclud en France, leur affère se pourtera en toutes sortes fort +bien, et que ce que j'ay déclairé à ceste Royne ne sera venu que le +plus à propos du monde; mais, si la paix ne se faict poinct, qu'ilz +craignent beaucoup que les choses n'en aillent que plus mal; et +semble, Sire, que aulcuns de ceulx de la Rochelle, qui sont icy, +n'espèrent guières qu'elle se puysse fère: mesmes j'ay adviz qu'il a +esté mandé en Hembourg de fournir promptement les cinquante mil escuz +de la lettre de crédit qui, en janvier dernier, a esté baillée à Mr le +cardinal de Chatillon, ainsy que dès lors je le vous ay escript, et +que le Sr de Lombres y envoyé présentement une aultre lettre de LX mil +{lt} sterlings pour le prince d'Orange, qui est une somme qu'il a +levée sur les esglizes des Flamans protestans résidans par deçà, et +que le cardinal de Chatillon et luy sont après à dresser des contractz +et des obligations pour fère fornyr encores par dellà cent cinquante +mil escuz sur la prochaine flotte qui va au dict Hembourg. En quoy me +semble qu'il y aura assés de difficulté, tant y a qu'ilz n'en sont +hors d'espérance; et la Royne d'Angleterre, pour recouvrer deniers +pour elle, a doublé l'emprunct, dont je vous ay naguières faict +mention, jusques au nombre de trois mille privé scelz, desquelz elle +espère tirer jusques à six ou sept cens mil escuz. + +Elle et les siens monstrent avoir une très grande affection à l'accord +des différandz des Pays Bas, et parce qu'il semble que la plus grande +difficulté est meintennant à contanter les merchans anglois, l'on m'a +dict que le secrétaire Cecille les ayantz assemblez là dessus, et les +trouvans ung peu opiniastres, leur a résoluement déclairé que les +princes veulent demeurer d'accord, par ainsy qu'ilz advisent entre +eulx d'accommoder leurs affères. Sur ce, etc. + + Ce VIIIe jour de may 1570. + + + Tout meintennant l'évesque de Roz me vient de mander qu'il a esté + appellé, ceste après dinée, pardevant quatre seigneurs de ce + conseil; lesquelz, après plusieurs propos, luy ont dict, que si + la Royne d'Escoce veult rendre les rebelles d'Angleterre, qui se + sont retirez en son royaulme, que cella mouvera grandement la + Royne, leur Mestresse, d'avoir son cueur bien disposé envers + elle; et n'ont passé plus avant: ce qu'il voyt bien estre une + invention des ennemys de sa Mestresse pour retarder toutjour ses + affères, es quelz ne luy reste plus aultre espérance, tant que + ceux qui sont ici en authorité gouverneront, que celle que la + dicte Dame a miz en Vostre Majesté. Et viens d'estre adverty que + le comte de Sussex est rentré en Escoce, qu'il a prins le + chasteau de Humes, et qu'il a miz garnyson dedans. + + + A LA ROYNE. + +Madame, saichant que la Royne d'Angleterre estoit, tous ces jours, +après à dellibérer en son conseil qu'est ce qu'elle auroit à fère ou +dire sur ce que je luy avois proposé, de la part de Voz Majestez, en +ma dernière audience, et voyant que je ne pouvois plus intervenir à +luy fère là dessus nul aultre office, que celluy que j'avois desjà +faict; qui, à la vérité, m'avoit bien semblé tel que je l'avois +plustost disposée à la modération que à continuer son entreprinse en +Escoce, j'ay envoyé ramentevoir par lettre à Mr le comte de Lestre, et +par parolle au secrétaire Cecille, les occasions qui ont meu Voz +Majestez de luy déclairer ainsy vostre intention; et comme ilz +cognoissent assés que c'est ung debvoir, notoirement apartenant à +vostre réputation: et à l'honneur de vostre couronne; lequel, quant +vous n'en eussiez rien dict, ou que vous eussiez dissimulé de ne vous +en soucyer, leur dicte Mestresse et eulx n'eussent layssé pourtant de +penser que vous ne le pouviez obmettre; et que partant ilz veuillent, +à ceste heure, bien pourvoir, de la part d'elle, qu'il ne soit faict +chose qui puisse donner commancement d'altération à ceste tant bonne +et mutuelle intelligence, qui rend Voz Majestez et la dicte Dame très +utilles amys les ungs aulx aultres, et de laquelle bonne intelligence +vous protestiez bien de ne vouloir en façon du monde (sinon contrainct +par grande nécessité du debvoir et à trop grand regrect) jamais vous +despartyr. + +Sur quoy l'ung et l'aultre m'ont mandé de fort bonnes parolles, et +telles qu'ilz me font encores reprendre quelque espérance: tant y a, +Madame, que des premières responces que la dicte Dame m'a faictes, +lesquelles je vous envoye par le Sr de Sabran, il se peult aulcunement +bien cognoistre où va son intention. Je ne cognois pas que, pour +cella, elle ayt encores changé de désir sur la paciffication de vostre +royaume; mais il me semble bien que ceulx de la nouvelle religion, qui +sont icy, n'espèrent guières qu'elle se face, lesquelz font toute la +dilligence qu'ilz peuvent de recouvrer deniers comme pour continuer la +guerre; et j'entendz qu'il vint hyer lettres d'Allemaigne à ceste +Royne, par lesquelles l'on luy mande que le duc Hery de Bronsouyc a +licencyé, par faulte de payement, la levée qu'il avoit arrestée pour +Vostre Majesté; et que le maréchal de Hes, tout aussitost, a commencé +d'en dresser une pour luy; et que l'Empereur, estant contrainct de +s'en retourner à Vienne pour mettre ordre à une grande ellévation qui +s'est sussitée en Austriche pour le faict de la religion, à laquelle +semble que le Vayvaude veuille tenir la main, qui a desjà chassé les +prestres et pillé les esglizes de ses pays, s'est excusée d'intervenir +à la prochaine diette du XXIIe de ce moys, laquelle estoit assignée à +Spire; et que, si ceulx de la religion avoient deniers, il ne fit +jamais si bon en Allemaigne que meintennant. Sur ce, etc. + +Ce VIIIe jour de may 1570. + + INSTRUCTION AU DICT SR DE SABRAN de ce qu'il aura à fère entendre + à Leurs Majestez, oultre la dépesche: + + Que naguières furent miz en dellibération au conseil de la Royne + d'Angleterre, elle présente, les trois poinctz qui s'ensuyvent: + Le premier, qu'est ce qu'il estoit besoin de fère pour se + pourvoir contre le Roy et le Roy d'Espaigne, desquelz l'amytié + estoit desjà si suspecte qu'ilz estoient pour se monstrer tous + déclairés ennemys, aussytost que l'ung pourrait avoir la paix + avecques ses subjectz, et que l'aultre seroit venu à boult des + Mores révoltez; le segond est quel ordre de bien maintenir la + religion protestante, et effacer la mémoire et le désir de la + catholique en tout ce royaume; et le troisiesme, comment procéder + si seurement au faict de la Royne d'Escoce et de son royaulme, + que tout l'advantaige en demeurast à la dicte Royne d'Angleterre + et au sien. + + Les adviz furent divers, car, quant au premier poinct, il y en + eust qui dirent que n'ayans les deux Roys aulcune juste + entreprinse en ce royaulme, comme ilz n'y avoient aussi aulcune + juste prétention, il estoit à croyre qu'ilz ne cercheroient que + d'estre satisfaictz de quelque offance, es quelles il les falloit + honnestement contanter, et par ce moyen les retenir pour amys; + les aultres opinèrent qu'il ne se failloit attandre à cella, ains + se pourvoir de bonnes et bien fermes ligues avec les princes + protestans, qui seroit le vray rempart et maintien de ceste + couronne contre leur effort. Au regard du segond, les ungs dirent + qu'il estoit bon qu'avec l'exemple de la bonne vie et de la + droicture des évesques protestans, il fût uzé de si bons + déportemens envers les Catholiques, et les fère jouyr d'ung si + paysible repos, qu'ilz n'eussent qu'à se bien contanter du + présent estat de la religion, qui avoit cours en ce royaulme, + sans essayer, avec le dangier de leurs vies et de leurs biens, + d'attempter rien pour remettre la leur; et les aultres, au + contraire, que c'estoit par toutes sortes de deffaveur et de + craincte qu'il les failloit abattre et tenir réprimez: et sur le + troisiesme, du faict de la Royne d'Escoce, parce que la matière + estoit fort affectée, il fut seulement dit qu'il failloit, devant + toutes choses, regarder à ce qui estoit plus expédiant, ou de + retenir ou de délivrer la personne de la dicte Dame; et pour lors + n'y eust que des remonstrances bien fort considérément desduictes + pour admener, de chacun costé, la dicte Dame à leur opinion, sans + qu'on en vînt rien à conclurre. + + Peu de jours après, les principaulx de la noblesse avoient si + bien disposé la dicte Dame qu'ilz pensoient n'y avoir rien plus + près d'estre exécuté que la satisfaction envers les deux Roys et + le soulaigement des Catholiques, et la liberté et restitution de + la Royne d'Escoce; et de ce dernier, l'évesque de Roz en avoit + conceu une si certaine espérance qu'il avoit desjà commancé de + proposer des conditions et offres à la Royne d'Angleterre; et + l'avoit on asseuré qu'il seroit, le lendemain, introduict vers + elle pour en traicter en présence: mais s'estant huict du conseil + bandez au contraire, ilz firent le matin venir milord Quiper + devers la dicte Dame, garny d'une préméditée remonstrance, par + laquelle il luy mit tant de dangiers et d'inconvénians devant les + yeulx, et l'irrita si fort sur des livres, que le dict évesque + avoit faict imprimer sur la deffense de l'honneur de sa Mestresse + et sur les droicts qu'elle a à la succession de ceste couronne, + que la dicte Dame, après l'avoir ouy, estima ne pouvoir, en façon + du monde, estre plus Royne, si la Royne d'Escoce luy eschapoit; + et qu'il falloit qu'avec le temps elle veist les choses + d'Angleterre et d'Escoce en meilleure disposition pour elle + qu'elles n'estoient, premier que de la délivrer. Et sur ce, les + affères de ceste pouvre princesse furent remiz en surcéance, et + le dict évesque de Roz resserré, et courriers incontinent + dépeschez vers le North pour haster le comte de Sussex à son + entreprinse. + + A quelques jours de là, j'allay déclairer l'intention du Roy là + dessus à la dicte Royne d'Angleterre, aulx propres termes qu'il + me l'avoit mandé par sa dépesche du XIIe du passé; sur lesquelles + elle fit les démonstrations de rescentymens et de courroux, que + j'ay mandé par mes lettres du IIIe du présent, mais non en sorte + qu'elle ne monstrât bien qu'elle tenoit en grand compte la + déclaration du Roy; et comme princesse nourrye à la modération et + à beaulcoup de sortes de vertu, me fit les responces qui + s'ensuyvent, par lesquelles se pourra juger ce qu'elle avoit lors + en son désir; dont cy après s'entendra si elle l'aura en rien + changé: + + Que le Roy, son bon frère, s'il l'estimoit Princesse Souveraine + et légitime, et non accusée d'aulcun mauvais cryme, et estre + aussi bien son alliée comme la Royne d'Escoce, laquelle n'estoit + mentionnée en nulz trettez, qu'elle n'y fût premier nommée et + comprinse, qu'elle s'esbahyssoit comment il voulloit meintennant + procéder d'une tant diverse vollonté entre elles deux, et comme + il voulloit avoir tant d'esgard à l'une, et si peu à l'aultre, + qu'il trouvât bon que toutes les offances de la Royne d'Escoce + luy fussent réparées, et nulles des siennes à elle; à qui + toutesfoys elles avoient plustost esté commises et en si grand + nombre, et tant dommaigeables que tout ce qu'elle cerchoit + meintennant de la dicte Royne d'Escoce et des siens n'estoit + sinon comme elle pourrait estre satisfaicte du passé et demeurer + bien asseurée de l'advenir: + + Car, oultre les vielles querelles, il estoit trop vériffié que + c'estoit la dicte Royne d'Escoce et l'évesque de Roz qui avoient + esmeu les troubles du North, et qui avoient envoyé lettres, + messaiges, bagues, argent, et fère offres de grandz sommes et + secours aulx comtes de Northomberland et Vuesmerland, pour leur + fère prendre les armes; et, après qu'ilz avoient esté deffaictz, + elle avoit donné ordre de les fère recepvoir par ceulx qui + tiennent son party en Escoce, non comme fugitifz pour garentyr + leurs vies, mais comme ennemys, poursuyvans une guerre contre + elle, et contre ses bons subjectz, à feu et à sang, et avec tant + de cruaulté sur ses frontières qu'elle seroit trop indigne + d'avoir royaulme, ny couronne, ny tiltre de Royne, si elle le + comportoit; + + Qu'en l'entreprinse, qu'elle avoit faicte pour y remédier, elle + avoit suivy l'ordre des trettez, sellon lesquelz elle avoit + escript et envoyé messagiers exprès, devers les principaulx + seigneurs et officiers d'Escoce, pour fère cesser les désordres + et avoir réparation de ceulx qui estoient desjà commiz, lesquelz + avoient respondu qu'ilz n'y pouvoient donner ordre jusqu'à ce + qu'ilz auroient accommodé leurs différandz; et en avoit aussi + adverty la Royne d'Escoce, bien qu'elle fût entre ses mains, qui + avoit seulement respondu qu'elle n'en pouvoit mais: + + Par ainsy, qu'après avoir satisfaict aux trettez, desquelz elle + sçavoit bien les termes, et ne les vouloit transgresser; ains, + suyvant sa proclamation sur ce faicte, vouloit droictement + conserver la paix avec la couronne d'Escoce, et non moins bien + tretter les bons Escouçoys, et ceulx qui ne reçoipvent ny + accompaignent ses rebelles à luy fère la guerre, que les propres + Anglois: elle avoit bien vollu aussi satisfère au debvoir qui + l'obligeait à la deffance, tuition et conservation de ses + subjectz, et qu'il n'y avoit lieu de penser qu'elle eust une plus + grande entreprinse que celle là en Escoce, et, si elle l'y + avoit, ce ne seroit à si petites forces qu'elle y entreroit. + + Et de la dicte entreprinse, quant le Roy l'entendroit bien à la + vérité, elle ne pensoit qu'il vollût condampner rien de ce qui, + en semblable occasion de la deffance de ses subjectz, il est très + certain qu'il en feroit davantaige; et bien qu'elle n'eust à s'en + justiffier qu'à Dieu seul, si avoit elle bien vollu qu'il y + intervînt tant de justice qu'elle ne peult estre raysonnablement + blâmée de nul; et que le Roy, son bon frère, ny le Roy + d'Espaigne, duquel je luy avois faict mencion, ny nul aultre + prince du monde ne la garderoient qu'elle n'essayât toutjours + tout ce qu'elle verroit et trouveroit, par conseil, estre + expédiant de fère pour la deffance de son estat, et qu'elle + vouloit bien dire que le debvoir obligeroit plus justement le Roy + de luy ayder à repoulser ses injures, que de maintenir celles que + injustement la Royne d'Escoce luy faisoit; + + Que, quant à la liberté et restablissement de la dicte Dame, + encores que le dangier des choses présentes, et l'espreuve des + passées, et le peu de seureté qu'on pouvoit prendre de ses + promesses, veu ce que son ambassadeur, en parlant d'icelles à + Ledinthon avoit dit: _Quæ in vinculis aguntur, rata non habebo, + et frangenti fidem fides frangatur eidem_; et nonobstant aussi + que la dicte Dame se fût bien fort efforcée de se déclairer + seconde personne de ce royaulme, ce que ne luy estoit loysible de + fère; et que son dict ambassadeur, oultre ses aultres mauvais + offices, eust freschement publié trois livres en ceste matière, + qui touchoient à l'estat et honneur d'elle, et de sa couronne, et + de ses conseillers; et qu'en toutes sortes la Royne d'Escoce + l'eust si mal traictée, et remué tant de choses pernitieuses en + son royaulme, qu'elle eust grand occasion d'estre infinyment + irritée contre elle, et de ne recepvoir aulcun expédiant de sa + part: + + Si, ne reffuzeroit elle toutesfoys d'ouyr et recepvoir les offres + et condicions qu'elle ou le Roy luy vouldroient fère, ainsy que + desjà la dicte Dame et l'évesque de Roz luy en avoient escript, + et luy avoient envoyé des articles assés semblables à d'aultres, + que cy devant l'on luy avoit présentez; et le dict évesque luy + avoit mandé qu'il avoit à luy proposer encores quelque chose + davantaige, de parolle; dont seroit bientost ouy: mais cependant + le Roy ne debvoit trouver mauvais qu'elle poursuyvît la vengeance + des tortz qu'on luy avoit faictz, et néantmoins me prioit de luy + bailler par escript ce que je luy avois proposé de sa part, affin + de pouvoir mieulx dellibérer, et luy en fère, puys après, plus + clayre responce. + + Je luy respondiz seulement qu'elle debvoit prendre de bonne part + ceste grande franchise, dont le Roy usoit envers elle, de luy + ouvrir ainsy clairement son intention; et que, quant bien il ne + luy en eust ainsy parlé, elle n'eust layssé pourtant de penser + qu'il estoit de son honneur et de son debvoir, non seulement de + le dire, mais de le fère ainsy qu'il le diroit; et que ce + n'estoit d'aulcune malle vollonté envers elle, ains d'une notoire + obligation envers la Royne d'Escoce, qu'il estoit contrainct d'en + user ainsy; et qu'il n'en feroit pas moins pour elle, en vertu de + leur commune confédération, si elle et son royaulme estoient en + pareille nécessité, car la loy des aliences portoit de subvenir à + ceulx des alliez qui sont oprimez, voire contre les aultres + propres alliez qui les opriment; + + Que le Roy, pour n'en venir là, desiroit qu'elle mesmes, par le + conseil de sa propre conscience, ou par celluy de son cueur qu'il + estimoit royal et droict, et encores par le conseil de ceulx, qui + plus parfaictement ayment son bien et sa grandeur, vollût adviser + qu'est ce que de ceste pouvre princesse, sa niepce, elle pouvoit + desirer davantaige, de ce qu'elle luy avoit offert; que s'il n'y + couroit ung manifeste dangier de sa conscience, ou de son + honneur, ou de sa vie, ou de la perte de son estat, il + s'asseuroit qu'elle l'accorderoit, et que luy, comme son + principal allyé, non seulement le confirmeroit, mais mettroit + peyne de le luy faire droictement accomplyr; + + Et que je luy voulois bien dire qu'après cecy, si la détention de + la dicte Royne d'Escoce continuoit, et l'invasion de son pays ne + cessoit, que le Roy demeureroit très justiffié envers Dieu et la + dicte Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, et envers toutz les + siens, comme aussi il s'en justiffieroit envers les aultres roys, + et mesmes envers les princes d'Allemaigne, qu'il n'auroit tenu à + luy d'obvier au mal qui pourra advenir, si ses tant raysonnables + offres, sur la liberté et restitution de sa belle soeur, ne sont + acceptées, et qu'il ne luy en debvra estre rien imputé. + + AULTRE INSTRUCTION A PART AU DICT SR DE SABRAN. + + La peur que j'ai heu que la déclaration du Roy à la Royne + d'Angleterre, pour les affères de la Royne d'Escoce, mit les + siens en dangier, m'a tenu en suspens si je la debvois différer, + ou non, jusques après estre bien asseuré de la paix; mais, voyant + que de demeurer sans fère quelque prompte démonstration, sur ce + que l'armée d'Angleterre estoit entrée en Escoce, diminuoit par + trop la réputation du Roy, et luy faisoit perdre les bons + serviteurs qu'il a icy et au dict pays d'Escoce, je ne l'ay + vollue différer; bien ay miz peyne d'user de tout l'artiffice + qu'il m'a esté possible pour garder, qu'en aydant les affères de + la dicte Royne d'Escoce, je n'aye poinct faict de dommaige à + ceulx du Roy; car il est sans doubte qu'ilz se portent mutuelle + faveur, et qu'on respecte les ungs pour l'amour des aultres en + ceste court. + + Et n'a esté sans que aulcuns principaulx seigneurs de ce + royaulme, et l'évesque de Roz avec eulx, n'ayent cuydé monstrer + un grand signe de malcontantement de ce que le secours de France + ne paroissoit desjà en Escoce, et que je ne protestais tout + promptement la guerre, puysque les Anglois avoient commancé + d'entrer en pays, et y fère toutz actes d'hostillité. + + Et disoient, tout hault, qu'il falloit que le Roy cessât d'estre + amy ou des Angloys, ou des Escouçoys, car il ne pouvoit meintenir + l'amytié avecques les deux, et qu'il debvoit bien considérer que + si les seigneurs catholiques de ce royaulme, qui s'estoient + asseurez qu'il favoriseroit et secourroit les affères de la Royne + d'Escoce et les leurs, quand il seroit besoing, n'eussent tenu la + main ferme à la paix d'entre la France et l'Angleterre, qu'il est + très certain que ceulx de l'aultre party eussent fait déclairer + ouvertement la Royne, leur Mestresse, pour ceulx de la Rochelle, + sur la grand instance que les princes protestans d'Allemaigne luy + en faisoient. + + Disoit davantaige le dict évesque de Roz que, si la Royne, sa + Mestresse, vouloit quicter l'alliance de France, il est sans + doubte qu'elle et luy seroient en liberté, et toutz les affères + d'Escoce se porteroient bien; et qu'il est certain que les choses + estoient venues au poinct où l'on les voyoit, d'avoir les comtes + du North prins les armes pour la liberté et restitution d'elle, + et pour l'advancement de la religion catholique, par l'exortation + de nous deux ambassadeurs de France et d'Espaigne; et que + meintennant il n'aparoissoit nul secours du costé de noz + Maistres; ains ceulx qui, soubz leur confiance, s'estoient + déclairés, demeuroient en proye de la Royne d'Angleterre, et + ceulx, qui avoient bonne intention de se déclairer, restoient, à + ceste heure, bien fort descouraigés et intimidez. + + Or, l'office, qu'ilz ont veu que j'ay despuys faict envers la + Royne d'Angleterre a beaucoup rabillé cella, et si, a miz tant de + doubte au cueur de la dicte Dame et tant de contrariété entre + ceulx de son conseil, que, confessans les ungs et les aultres la + déclaration du Roy estre très raysonnable, et fondée au debvoir + qu'il a aulx deux Roynes de vouloir retenir l'amytié de l'une et + subvenir à l'extrême nécessité de l'aultre, il semble que les + choses en viendront à quelque modération. + + Et ayant le dict évesque de Roz, par aulcuns des siens, faict + exorter l'ambassadeur d'Espaigne de concourre avecques moi en ung + semblable office, de la part de son Maistre, envers ceste Royne, + pour la Royne d'Escoce, il s'est excusé de le fère, disant y + avoir assés longtemps qu'il a devers luy une lettre à cest effect + de son dict Maistre pour la Royne d'Angleterre, mais qu'il n'a + jamais peu avoir audience d'elle, comme, à la vérité, il y a dix + sept moys qu'il ne l'a veue, et que de luy fère venir meintennant + ung nouveau ambassadeur sur cest affère, puysqu'elle en a renvoyé + deux de grande qualité, sans quasi les ouyr, qui estoient envoyez + pour les propres affères de son dict Maistre, ny aussi + d'entreprendre de parler pour aultruy, jusques à ce qu'on se sera + accommodé soy mesmes, le duc d'Alve estime qu'il seroit fort + impertinent de le fère. Néantmoins, il donne espérance du + contraire, ainsy que ce pourteur le dira à Leurs Majestez. + + + + +CVIIe DÉPESCHE + +--du XIIIe jour de may 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Oratio d'Almarana_.) + + Nouvelles de l'invasion des Anglais en Écosse.--Prise du château + de Humes, dans lequel ils se sont établis.--Nouvelles + d'Allemagne et des Pays-Bas. + + + AU ROY. + +Sire, ce qui est survenu de nouveau au quartier du North et d'Escoce, +despuys le VIIIe de ce moys, que je vous ay mandé, par le Sr de +Sabran, tout ce que, jusques alors, j'en avois aprins, est que la +Royne d'Angleterre, le jour précédant que je luy fisse instance, de +vostre part, de ne fère entrer ses forces en Escoce, ou de les +retirer, si elles y estoient entrées, avoit desjà mandé au comte de +Sussex d'y retourner par la seconde foys, pour y fère le gast; et le +dict comte n'avoit failly de se remettre incontinent en campaigne: +dont, le XXVIe et XXVIIe du passé, il a marché avecques l'armée +jusques au chasteau de Humes, lequel délibérant prendre par force, et +l'ayant faict recognoistre et aprocher le canon, ceulx qui estoient +dedans envyron quatre vingtz hommes, après qu'on a heu seulement tiré +trois coups, se sont randuz, bagues saulves, le XXIXe dudict moys: et +milord de Scrup qui, en mesmes temps, avoit marché plus avant, a esté +encores ceste foys rencontré par les fugitifz anglois, et par aulcuns +Escouçoys qui l'ont chargé, et y a heu ung assés aspre combat; mais il +s'est retiré avec la perte seulement de huict vingtz des siens, et +sans que le dict de Sussex ny luy ayent passé à plus grand exploict. +Après avoir layssé deux centz Anglois dans le dict chasteau de Humes, +ilz s'en sont retournez, le IIe de may, à Barvich, d'où j'entendz, +Sire, que icelluy de Sussex a incontinent dépesché un gentilhomme +devers la Royne, sa Mestresse, sur divers occasions: sçavoir, sur les +difficultez qui se présentoient plus grandes en ceste nouvelle guerre, +qu'on ne les pensoit du commancement; sur le peu de confiance qu'elle +doibt mettre en ces Escouçoys, qui disent estre de son party; sur +avoir suplément de deniers, affin de complyr le nombre d'hommes que +porte sa commission, car ceulx qui, jusques à ceste heure, sont entrez +en Escoce, n'ont esté guières plus de cinq mil hommes et douze centz +chevaulx en tout; et aussi, si la dicte Dame entend de fère razer le +dict chasteau ou bien le tenir; et, au reste, à quoy elle veult que +son armée s'employe le reste de cest esté. + +Sur toutes lesquelles choses l'on m'a dict que, sabmedy dernier, luy a +esté seulement respondu, que la dicte Dame luy gratiffie grandement le +bon debvoir qu'il a faict en ce voyage pour son service, et qu'elle +est après à donner ordre qu'il luy soit bientost envoyé argent et +toutes aultres provisions qui luy font besoing; qu'elle n'est encores +bien résolue du chasteau de Humes qu'est ce qu'elle en fera, mais +qu'il advise cependant de bien entretenir la garnyson qu'il y a mise; +et qu'il ne se haste de lever plus grand nombre de gens de guerre, +mais qu'il dispose si bien ceulx qu'il a avecques luy le long de la +frontière pour la garde d'icelle, qu'on n'y puisse plus retourner fère +les courses, pilleryes et brullement, que par cydevant l'on a faict; +et ne luy ordonne rien davantaige. Je ne sçay si, cy après, elle luy +commandera de rentrer encores pour la troisième foys en Escoce. + +Il est quelques nouvelles que milord de Herys a mandé au dict de +Sussex que ses mauvais déportemens contraindroient enfin les +Escouçoys, à leur grand regrect, d'avoir la guerre à la Royne, sa +Mestresse; et que s'il ne cessoit d'entreprendre en leur pays, que non +seulement ilz se mettraient en debvoir, avec le secours des Françoys +qu'ilz attandoient d'heure en heure, de l'aller combattre, mais aussi +d'entrer et venir bruller plus en avant en Angleterre qu'il n'a faict +en Escoce; et dict on que le dict de Herys et le duc de +Chastellerault, entendans que les comtes de Mar et de Glanquerne +s'estoient assemblez avec le comte de Morthon à Lislebourg, pour +s'aller joindre aulx Angloys, se sont venuz loger avec bonnes forces +sur une rivière, et leur ont empesché le passaige. J'espère que par +ces difficultez, et par la déclaration que Vostre Majesté a faicte +fère à la Royne d'Angleterre, elle se layssera ramener à quelque +meilleure rayson. Le comte de Lenoz, à ce que j'entendz, est demeuré +mallade à Barvich, et le sir Randolf l'y est venu trouver. Je ne sçay +encores s'ilz auront mandement de retourner à Lislebourg. + +La flotte des draps a heu si bon vent qu'elle peult estre meintennant +arrivée à Hembourg, et, au retour des navyres, qui la sont allés +conduyre, nous pourrons entendre quelque nouvelle d'Allemaigne. Cella +m'a l'on confirmé que les lettres de crédit, que ceulx de la nouvelle +religion ont obtenues icy, y ont esté apportées pour être forny de +dellà, jusques à cent cinquante mil escuz, s'il est besoing, ou si les +draps peuvent avoir bonne vante; et que cependant les premiers +cinquante mil escuz, ottroyez despuys le mois de janvier dernier, +seront en toutes sortes payez contant. L'on espère du premier jour la +conclusion de l'accord sur les deniers et merchandises, qui ont esté +mutuellement arrestées icy en Flandres, et ne pensent les Anglois +qu'il y puisse plus intervenir aulcune difficulté pour l'empescher. Il +est vray que l'ambassadeur d'Espaigne m'a dict que les choses n'en +sont encores si près. Sur ce, etc. + + Ce XIIIe jour de may 1570. + + + + +CVIIIe DÉPESCHE + +--du XVIIe jour de may 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Magnifique Donato._) + + Changement survenu dans les résolutions de la reine d'Angleterre, + qui hésite à poursuivre avec vigueur la guerre + d'Écosse.--Espoir de l'ambassadeur qu'elle va consentir enfin + au rétablissement de Marie Stuart.--Nouvelles d'Écosse, de la + Rochelle et des Pays-Bas. + + + AU ROY. + +Sire, ce n'est sans une très grande difficulté, mais non aussi sans +beaucoup d'estime de vostre réputation, qu'il se commance à manifester +quelque effect du bon office, que m'avez commandé de fère icy pour la +Royne d'Escoce; et ne sera encores, comme j'espère, sans quelque +accommodement de voz affères, s'il peult estre conduict à sa +perfection. Il est vray, Sire, qu'il est venu en temps que le feu +estoit le plus allumé, et que la Royne d'Angleterre se sentoit +extrêmement offancée, et que son armée estoit desjà entrée en Escoce; +à l'occasion de quoy le dict office a trouvé de l'obstacle et de +l'empeschement davantaige à estre bien receu. Néantmoins il a esté +proposé tel, et en tel façon, et sur tel rencontre que voycy, Sire, ce +que despuys s'en est ensuyvy: + +Que la Royne d'Angleterre n'a poursuyvy la guerre d'Escoce de la mesme +ardeur qu'elle l'avoit commancée, ainsy que mes précédantes vous l'ont +tesmoigné; qu'elle est entrée en ung grand doubte de son entreprinse, +puysqu'elle vous y voyt opposant, et semble bien, que desjà elle +commance de quicter l'obstinée résolution, qu'on luy avoit faict +prendre, d'en venir à boult par la force, pour dorsenavant s'y +conduyre par ung plus modéré expédiant; que les seigneurs de son +conseil en sont entrez en une grande contention et en manifeste +contradiction entre eulx; que ceulx du bon party ont reprins cueur, +qui est d'aultant diminué aulx autres; finalement, que la dicte Dame +monstre de vouloir meintennant beaulcoup plus entendre à la +restitution qu'à la ruyne de la Royne d'Escoce; et en sont les choses +si avant qu'elles doibvent estre débattues à plain fondz, et +déterminées, à Amthoncourt, mercredy prochain, que le conseil y sera +pour cest effect assemblé, et monstrent les malveuillans de reffouyr +assés la lice, dont les amys se disposent, de tant plus gaillardement, +à bien deffandre la cause qu'ilz voyent, Sire, que avez desjà commance +de la prendre à cueur, et qu'ilz ont grand confiance que vous la +favoriserez de mesmes en tout ce qu'elle aura besoing, cy après, +d'estre aydée de parolle, ou des démonstrations, ou des bons effectz +de Vostre Majesté: car sans cella ilz despèreroient non seulement de +vaincre, mais de pouvoir soubstenir les effortz et l'impétuosité des +aultres. + +Je ne sçay encores, Sire, que me promettre, ny que vous debvoir fère +espérer de l'yssue de ce conseil, veu l'instabilité que j'ay veue et +souvant esprouvée de ceulx qui en sont, et veu les artiffices de ceulx +qui plus possèdent ceste princesse; lesquelz luy ont desjà formé mil +préjudices dans son esprit contre la Royne d'Escoce. Néantmoins, de +tant qu'on m'a adverty assés en général, et sans grande +expéciffication, qu'elle veult, en toutes sortes, prandre expédiant +avecques sa cousine, et veoir comme elle pourra tretter seurement +avec elle des poinctz qui s'ensuyvent: sçavoir; du tiltre de ceste +couronne, d'une ligue et de la religion; je vous suplie très +humblement, Sire, me commander comme j'auray à me conduyre sur toutz +les trois; s'il convient que j'y intervienne au nom de Vostre Majesté; +et aussi comme, et en quelz termes il vous plairra que, au cas que on +veuille interrompre ou prolonger la matière, je poursuyve l'instance, +que j'ay desjà commancée, pour luy donner l'accomplyment que convient +à l'honneur de la parolle et déclaration de Vostre Majesté. + +J'entendz que le lair de Granges, cappitaine du chasteau de +Lislebourg, a esté essayé, par argent et par grandz promesses, de +vouloir prendre le party de la Royne d'Angleterre, mais il a fermement +respondu qu'il sera fidelle jusques à la mort à sa Mestresse; et dict +on que, despuys que l'armée d'Angleterre a heu faict les deux courses +dans l'Escoce, le comte de Morthon et ses adhérans ont esté proclamés +traystres, et rebelles, et autheurs d'avoir introduict les ennemys +dans leur pays. + +Barnabé est revenu despuys trois jours de la Rochelle, lequel monstre, +par ses propos, qu'il a esté jusques au camp des princes. Il confirme +bien fort que la paix se fera, et que Mr l'Admyral la désire; de quoy +aulcuns icy mal affectionnez monstrent n'en estre guières contantz. +Ung des gens du prince d'Orange, après avoir toutz ces jours faict de +grandes sollicitations en ceste court, se prépare de partir pour +Allemaigne. Je ne sçay encores avec quelles expéditions il y va. L'on +dict, touchant les différans des Pays Bas, qu'il y a desjà des +articles accordez sur le faict des deniers et merchandises, et que +bientost doibvent venir des commissaires flamans par deçà, pour +conclurre le tout. Sur ce, etc. + + Ce XVIIe jour de may 1570. + + En fermant la présente l'on m'est venu advertyr que l'abbé de + Domfermelin est arrivé, je ne sçay si cella traversera ce qui est + bien commancé pour la Royne d'Escoce. + + + + +CIXe DÉPESCHE + +--du XXIIe jour de may 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Le Tourne._) + + Propositions faites à l'évêque de Ross par le conseil + d'Angleterre pour la restitution de Marie Stuart.--Déclaration + de l'évéque sur les conditions qui lui sont offertes.--Mission + de l'abbé de Dunfermline en Angleterre.--Nouvelles + d'Écosse.--Doutes sur la conclusion de la paix en France; + continuation des emprunts pour la Rochelle.--État de la + négociation dans les Pays-Bas. + + + AU ROY. + +Sire, le jour que le conseil de la Royne d'Angleterre a esté assemblé +pour dellibérer, devant elle, s'il estoit expédiant ou non qu'elle +entendît à la liberté et restitution de la Royne d'Escoce, de tant que +desjà la dicte Dame estoit aulcunement bien disposée d'y entendre, les +malveuillans n'ont peu empescher que la conclusion ne soit venue à ce +que l'évesque de Roz seroit incontinent mandé pour adviser, avec luy, +comment et à quelles conditions il s'y pourroit moyenner ung bon +accommodement, qui peult estre à l'honneur et à la seurté de la Royne +d'Angleterre, et au commun repoz des deux royaulmes. Sur quoy, estant +le dict sieur évesque appellé, l'on luy a proposé les trois poinctz; +desquelz, en mes précédantes du XVIIe de ce moys, je vous ay faict +mencion: du tiltre de ce royaulme, d'une ligue et de l'establissement +de la nouvelle religion; et y a esté adjouxté celluy que je vous avois +auparavant mandé, de rendre les rebelles; et encores ung cinquiesme, +d'abstenir de tout exploict de guerre entre les deux pays pendant que +aulcuns depputez d'Escoce pourront venir par deçà pour tretter de ces +choses. Mais ce en quoy l'on a le plus incisté au dict sieur évesque a +esté des pleiges et seurtez que sa Mestresse pourra bailler pour +l'accomplissement de ce qu'elle promettra; et si elle sera poinct +contante de mettre son filz et aucuns principaux personnaiges +d'Escoce, comme le duc de Chastellerault, ou ses enfans, ou bien +d'aultres seigneurs, et quelques forteresses ez mains de la Royne +d'Angleterre; et aussi si vous, Sire, vouldrez poinct donner parolle +et bailler ostaiges pour l'entretennement du tretté qui s'en fera, +parce que principallement la dicte Dame desire que vous y soyez +comprins, affin de s'asseurer de la paix avec Vostre Majesté. + +Le dict sieur évesque leur a respondu, en général et bien fort +saigement sellon sa coustume, qu'ilz debvoient demeurer très fermement +et bien persuadez de l'affection et intention de la Royne, sa +Mestresse, qu'elle n'en a nulle plus grande, ny plus certaine dans son +cueur, que de donner à la Royne d'Angleterre, et à toute la noblesse +de son royaulme, le plus grand contantement d'elle et la plus grande +satisfaction sur ses affères qu'il luy sera possible, et qu'ilz ne +veuillent aulcunement doubter qu'elle ne condescende très +libérallement à tout ce que la dicte Royne, sa bonne soeur, et eulx +estimeront estre honneste et raysonnable de luy demander; et, quant +aulx particullaritez, qu'ilz venoient de luy desduyre, de tant que les +unes estoient en la puyssance de sa dicte Mestresse et les aultres +non, et que aulcunes sembloient estre assés aysées, les aultres très +difficiles, il les requéroit, en premier lieu, de luy ottroyer sa +liberté, et, après la liberté, d'en aller conférer avec sa dicte +Mestresse, et puys, permission à elle d'envoyer devers les Estatz de +son royaulme, affin de leur communiquer et leur fère bien recepvoir le +tout, sans lesquelz rien ne pouvoit estre bien légitimement arresté là +dessus. + +Voilà, Sire, l'ouverture qui a esté desjà faicte en cest affère, sur +lequel en celle partie qui deppend de Vostre Majesté, et toutes en +doibvent assés dépendre, il vous plairra me commander comment j'auray +à m'y conduyre, ayant cependant proposé d'ayder, en tout ce qu'il me +sera possible, l'advancement de la matière, et vous advertyr souvent +de ce qui, jour par jour, s'y fera, et puys sur la conclusion d'icelle +suyvre, le plus près que je pourray, ce que Vostre Majesté m'aura +mandé estre de son intention, et convenable à l'honneur de sa couronne +et utilité de son service. Le dict sieur évesque, ouy l'abbé de +Domfermelin, a esté appellé, mais je ne sçay encores ce qu'il a +proposé, ny ce qu'il pourra avoir obtenu, seulement l'on m'a dict +qu'il a fort incisté d'avoir de l'argent. Or, Sire, j'ay sceu +d'ailleurs que sur ce que les comtes de Morthon, de Mar et de +Glancarve, ont mandé au comte de Sussex, qu'il leur vollût promptement +envoyer ung nombre de gens de guerre, affin de conserver l'authorité +du jeune Roy, premier que tout le pays se fût remiz à l'obéyssance de +la Royne d'Escoce, sa mère, parce que le duc de Chastellerault, pour +y trouver moins de difficulté, s'efforceoyt de fère publier que toutes +choses eussent à s'administrer dorsenavant au nom et par l'authorité +d'elle, durant la minorité de son filz, il a esté mandé au dict de +Sussex qu'il ayt à leur envoyer, tout incontinent, deux mille des +meilleurs et mieulx choysiz soldatz de l'armée, soubz la conduicte du +capitaine Drury, mareschal de Barvich; non que sur ceste dellibération +n'y ayt heu beaucoup de débat dans ce conseil, mais enfin il a esté +résolu que ce ne seroit violler ny enfraindre la paix aulx Escouçoys +que d'envoyer du secours à leur Roy, et qu'il falloit ainsy tenir les +choses divisées de dellà jusques à ce qu'elles seroient composées, +icy, avec la Royne d'Escoce. + +J'estime, Sire, que cest affère marchera de mesmes que la paix de +vostre royaulme, car si l'on vous voyt démeslé de la guerre de voz +subjectz, ne fault doubter qu'on ne condescende plus ayséement icy +aulx choses justes et raysonnables que vous vouldrez demander; mais il +semble qu'ilz tiennent pour assés doubteuse la conclusion de la dicte +paix, à cause d'ung discours qui a esté envoyé de la Rochelle sur la +négociation de Mr de Biron avec Messieurs les Princes; et n'ont ceulx +de la nouvelle religion, pour le propos de la dicte paix, layssé de se +pourvoir du plus de crédit de deniers en Allemaigne qu'ilz ont peu; et +desjà y ont envoyé les lettres, ny ne cessent d'y entretenir leurs +pratiques aussi vifves comme si la guerre se debvoit encores +longuement continuer. + +Ceste princesse trouve assés de difficulté à lever l'emprunct de trois +mil privés scelz qu'elle a naguières imposez, et n'entreprend d'user +de grand contraincte en l'exaction d'iceulx, de peur de quelque +nouvelle eslévation. L'on attand l'arrivée de deux commissaires, des +quatre qui estoient allez en Flandres, lesquelz viennent pour tretter +d'aulcuns particulliers faicts qu'on leur a miz en avant, pour en +sçavoir l'intention de leur Mestresse. Ung chacun espère qu'ilz +s'accommoderont quant aulx deniers et merchandises arrestées, mais que +néantmoins le libre commerce d'entre les deux pays demeurera encores +en suspend à cause de certaines difficultez de la religion et de la +jurisdiction, dont ne se peuvent bien accorder. Sur ce, etc. + + Ce XXIIe jour de may 1570. + + + + +CXe DÉPESCHE + +--du XXVIIe jour de may 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Bordillon._) + + Discussions dans le conseil d'Angleterre.--Résolution qui a été + prise d'éviter la guerre avec la France.--Mise en liberté de + l'évêque de Ross.--Audience.--Communication donnée à Élisabeth + de l'état des négociations sur la paix en France.--Vive + insistance de l'ambassadeur pour obtenir que les Anglais se + retirent d'Écosse, et que Marie Stuart soit rendue à la + liberté.--Nécessité où se trouve le roi de prendre les armes + pour défendre les Écossais.--Explication donnée par Élisabeth + des motifs qui ont dû la forcer à envahir l'Écosse.--Résolution + du conseil.--_Accord touchant l'Écosse._ Traité conclu, sauf la + ratification du roi, entre l'ambassadeur et la reine + d'Angleterre, contenant les conditions sous lesquelles la reine + consent à retirer son armée d'Écosse, et à négocier la + restitution de Marie Stuart. + + + AU ROY. + +Sire, despuys la déclaration que Vostre Majesté m'a commandé de fère à +la Royne d'Angleterre touchant la Royne d'Escoce et son royaulme, je +n'ay cessé de la presser bien fort qu'elle y vollût prendre ung +présent expédiant, et voyant que desjà je l'y trouvois ung peu +disposée, j'ay instantment sollicité les amys de ne laysser réfroydir +la matière; lesquels ont tant faict que, nonobstant l'audacieuse +opposition des adversayres, dont les ungs ne se sont peu tenir d'user +de parolles insolentes, et les aultres se sont expressément absentez +pour y cuyder mettre du retardement, le conseil a esté tenu là dessus; +auquel, entre aultres choses, j'entendz qu'il a esté résolu, par +l'opinion de la dicte Dame, plus que par celle de nul des siens, qu'il +falloit en toutes sortes éviter d'avoir la guerre avec Vostre Majesté; +et qu'ayant bien cogneu par mes propos qu'indubitablement l'on y +viendroit, et que mesmes les Françoys seroient bientost en Escoce, si +son armée passoit plus avant en pays, et s'il n'estoit bientost prins +quelque expédiant sur les affères de la Royne d'Escoce, qu'elle +vouloit que, tout présentement, l'on y advisât. + +Sur quoy, ceulx qui nous sont contraires n'ont failly de luy +remonstrer que, pour estre le propos de la paix de vostre royaulme +plus près d'estre rompu que conclud, vous n'aviez garde d'envoyer +meintennant en Escoce les gens qui feroient bien besoing à vostre +propre défance; et que, si vous entrepreniez d'y en envoyer, ainsi que +je le donnois entendre, qu'il failloit qu'elle fît sortir ses navyres, +qui sont toutz pretz, en mer, pour vous empescher, et qu'ilz ne voyent +qu'il y eust encores nulle occasion qui la deubt divertyr de la +première dellibération. + +Les amys, au contraire, prenans fondement sur ce qu'il falloit évitter +d'avoir la guerre avec Vostre Majesté, ont asseuré, par la +cognoissance qu'ilz ont des choses de France, que les Françoys ne +fauldroient d'entrer en Escoce, si vous entendiez, Sire, que les +Anglois y prinsent pied; et que, de jetter leurs navyres dehors, il +fauldroit, s'ilz rencontroient la flotte françoyse, qu'ilz la +combatissent, et que la guerre se commenceroit trop plus ouvertement +en ceste sorte contre la France, que quant les Françoys seroient +descendu en Escoce, lesquelz ne seroient lors prins que pour +auxiliaires: mais que le meilleur estoit qu'elle commençât de tretter +avec l'évesque de Roz et avec moy de quelque bon accommodement là +dessus. + +Laquelle opinion ayant prévalu, l'évesque de Roz a esté, le deuxiesme +jour après, appellé, avec lequel ceulx de ce conseil ont entamé les +choses que je vous ay escriptes le XXIIe de ce moys; et despuys, sa +liberté luy a esté ottroyée: bien que la dicte Dame ne luy a encores +permiz de parler à elle. Et par mesme moyen elle avoit advisé que je +serois mandé, mais les adversaires l'en divertirent, sur quelque +poinct de réputation, qu'ilz lui représentoient, qu'il valloit mieux +attandre l'ocasion que je y vinse de moy mesmes; et luy célébrèrent +cependant bien fort la ropture de la paix, et mesmes firent que, sur +la confirmation de ce que Mr Norrys en avoit escript, Mr le cardinal +de Chatillon fut convyé en court, qui disna avec la dicte Dame; mais +le lendemain je vins devers elle, et ne volluz, pour aulcuns respectz, +lui monstrer les articles que Vostre Majesté m'avoit envoyez des +dernières offres faictes aulx depputez, mais pour luy oster l'opinion +que le propos de la dicte paix fût rompu, et pour remédier les choses +qui pressoient en Escoce, je luy diz que, vous ayant la Royne de +Navarre et les Princes, ses filz et nepveu, faict fère des +supplications et requestes plus amples que ne portoient les premiers +articles que leur aviez accordez, et ayant Vostre Majesté miz en +considération les infinys maulx que vostre royaulme, despuys dix ans, +a quasi continuellement souffertz par les horribles guerres, que ces +troubles ont produicts; que, pour obvier à plus grandz inconvénians, +vous aviez bien vollu condescendre à la pluspart de leurs dictes +requestes, et me commandiez de luy dire que vous vous estiez de tant +plus eslargy envers eulx, que vous vouliez qu'il aparust au monde, et +nomméement à la dicte Dame, comme aussi Dieu vous estoit tesmoing, que +vous n'aviez nulle chose plus à cueur que de réunyr toutz voz subjectz +en bonne amytié, et esgallement trestoutz les conserver; et qu'en ce +que leur aviez ottroyé de nouveau y avoit tant de quoy se contanter +pour l'exercisse de leur religion, pour l'accommodement de leurs +affères, et pour la seureté de leurs personnes, sans aparance aulcune +de deffiance à jamais, que vous ne pensiez qu'ilz se peussent tant +oublyer qu'aussitost que messieurs de Biron et de Malassize le leur +auront faict entendre, qu'ilz ne l'acceptent; qui sont deux de vostre +conseil que Vostre Majesté a renvoyé devers eulx pour en sçavoir la +résolution; et que faisant, de rechef, ung bien exprès office de +mercyement envers elle pour la bonne affection qu'elle a monstré avoir +à la paciffication de vostre royaulme, je la requisse, de vostre part, +de deux choses, lesquelles elle estoit tenue de vous accorder: la +première, que, si par ces grandes et plus que raysonnables offres, il +advenoyt qu'il ne fût besoing que Vostre Majesté lui donnast la peyne +de se travailler à les leur fère recepvoir, ains que d'eulx mesmes ilz +se disposent d'humblement les accepter, qu'il luy playse néantmoins +vous garder bien entière ceste sienne bonne vollonté, laquelle, ou +soit que vous ayez la paix, ou qu'il vous faille continuer la guerre, +vous l'estimerez très utille, ainsy que l'avez toutjour estimée très +honnorable pour vous; la seconde, que, s'ilz estoient si obstinez +qu'ilz ne s'en vollussent aulcunement contanter, ains vollussent +persévérer en leur viollente entreprinse, qu'elle veuille ainsy juger +d'eulx comme de gens qui aspirent, et néantmoins sont bien loing +d'abattre l'authorité de leur Roy et prince naturel; et qu'elle les +veuille tout aussitost déclairer non seulement indignes de sa faveur +et protection, mais très dignes qu'ilz soyent poursuyviz et réprimez +par les justes armes et d'elle et de toutz les honnorables princes qui +vivent aujourd'huy au monde. + +La dicte Dame, d'ung visaige fort joyeulx et contant, après plusieurs +mercyemens de la privée communication, que luy faisiez de voz affères, +m'a dict que les choses, à ce qu'elle voyoit, estoient en meilleurs +termes qu'on ne le luy avoit dict, et qu'elle desiroit toutjour que la +fin s'en ensuyvyst sellon le bien et repos de vostre royaulme; et +qu'elle pensoit bien qu'il pouvoit y avoir des considérations que, +possible, Vostre Majesté estimoit toucher et à sa réputation, et au +debvoir de ses subjectz, qu'ilz acceptassent d'eulx mesmes vos offres, +sans y estre induictz par la persuasion de nul autre prince, ce +qu'elle sera très ayse qu'il puisse ainsy advenir; mais si, +d'advanture, il y intervient aulcune difficulté, qu'elle vous +réservera toutjour ceste vollonté et affection qu'elle vous a offerte +pour s'y employer à toutes les heures, que vous cognoistrez qu'il en +sera besoing, avec aultant de désir de vous y conserver les +avantaiges, qui vous sont deuz, comme si elle avoit l'honneur que vous +fussiez son propre filz. + +Sur lequel propos je l'ay layssée assés discourir, et estant peu à peu +venue d'elle mesmes à parler de la bonne affection que vous monstrez +luy porter, j'ay suyvy à luy dire que c'est ce qui vous faisoit plus +de mal au cueur, qu'estant vostre dellibération de persévérer +constantment en son amytié, vous ne pouviez toutesfoys estre jamais +bien ouy d'elle sur les affères de la Royne d'Escoce, et que vous +vouliez bien dire que c'estoit, par grand force et à vostre très grand +regrect, que vous estiez contrainct d'avoir là dessus différant avec +elle, et que vous estiez hors de toute coulpe de l'altération qui en +pourroit venir entre vous, et des maulx qui s'en pourroient ensuyvre +au monde; qu'ayant Vostre Majesté, despuys l'aultre foys que j'avois +parlé à la dicte Dame, entendu ce qui avoit succédé en Escoce, vous me +commandiez de luy dire que, désormais, vous aviez, de vostre part, +satisfaict à toutz les debvoirs et paysibles offices, en quoy vous +pouviez estre obligé envers son amytié; d'avoir premièrement exorté la +Royne d'Escoce de luy donner tout le contantement d'elle et toute la +satisfaction sur ses affères, et luy réparer, à son pouvoir, toutes +les affères qu'elle luy pourroit redemander; et puys à elle, de +vouloir condescendre à telles raysonnables condicions envers la dicte +Dame, pour sa liberté et restitution, comme elle mesmes pourroit juger +estre honorables, advantaigeuses et bien seures pour elle et pour sa +couronne, non toutesfoys esloignées de l'honnesteté et modération qui +doibt estre gardée entre telles princesses, avec offre que vous les +feriez accomplyr; dont estimiez que, non seulement il vous estoit +meintennant faict tort d'estre rejetté et reffuzé là dessus, mais +encores grand injure, de ce que, sans respect de voz offres et +remonstrances, elle avoit commencé de procéder par la force, de fère +le gast, de brusler, de raser les maysons des gentishommes et usé de +toutes voyes d'hostillité dans l'Escoce; que pourtant, oultre ce que +je luy avois dict, par voz lettres du XIIe d'avril, je n'obliasse +rien de ce que je verroys par voz présentes, du IIIIe de may, estre +de vostre intention de prier et exorter la dicte Dame qu'au nom de +vostre commune amytié, et de la paix, alliance et confédération +d'entre Voz Majestez et vos couronnes, elle vollust retirer ses forces +hors du dict pays et n'en y plus envoyer; et que je vous résolusse +promptement de ce qu'en aurez à espérer, et en quelle vollonté je +pouvois cognoistre qu'elle estoit meintennant envers la liberté et +restitution de la Royne d'Escoce, parce que, allantz ses affères de +mal en piz, vous commandez de cognoistre qu'il vous falloit désormais +prendre les dilays, dont l'on luy usoit, pour manifestes reffuz; et +que vous me tanciez bien fort de quoy je vous avois longuement +entretenu sur les bonnes parolles de la dicte Dame; et qu'en lieu de +la modération que je vous avois promiz d'elle envers la Royne +d'Escoce, vous voyez qu'il n'avoit succédé qu'ung grand commancement +de guerre; que meintennant elle me mettoit encores en une plus grand +peyne commant vous pouvoir satisfaire sur ce que, de nouveau, j'avois +entendu qu'elle avoit envoyé deux mille harquebouziers au comte de +Morthon jusques à Lislebourg; en quoy je la prioys de considérer que, +puysqu'elle avoit ainsy baillé son secours aulx ennemys de la Royne +d'Escoce, avec lesquelz elle n'a nulle confédération, que vous +estimeriez vous estre beaucoup plus loysible de bailler le vostre aulx +amys de la dicte Dame, laquelle vous estoit très estroictement alyée; +et que je ne sçavois si desjà il y avoit des compaignies embarquées, +et que pourtant je luy voulois bien fère, de rechef, la mesmes +instance que dessus de vouloir retirer ses dictes forces affin de ne +vous contraindre d'user de plus grandz, extraordinaires et violantz +remèdes, que vous ne vouliez essayer en choses qu'ussiez jamais à +démeller avec elle. + +La dicte Dame, se trouvant en grand perplexité de ce propos, m'a +respondu que, despuys ma précédante audience, elle avoit toutjour +estimé que son armée seroit retirée à Barvyc, et me pouvoit jurer que +de ceste segonde entreprinse il n'y avoit que vingt quatre heures +qu'elle en avoit receu l'advis par le comte de Sussex; qui luy mandoit +qu'il avoit esté contrainct d'en user ainsy, parce que le duc de +Chastellerault avoit retiré les rebelles d'Angleterre, et les avoit +introduictz au propre conseil d'Escoce, et ne luy avoit jamais vollu +fère aulcune bonne responce, ou de les randre, ou de les habandonner; +et que pourtant vous, Sire, ne debviez trouver mauvais qu'elle +poursuyvît par dellà une entreprinse qui touchoit tant à son honneur. + +Je luy ay toutjour grandement incisté de retirer ses dictes forces, et +qu'au reste elle poursuyvyst la reddition de ses dicts rebelles par +une aultre meilleure sorte de quelque honneste traicté avec la dicte +Royne d'Escoce; sur quoy elle m'a bien dict beaucoup de bonnes +parolles, mais non qu'elle ne l'ayt ainsy lors vollu accorder: de quoy +estant sur l'heure entré en conférence avec les seigneurs de son +conseil, avec remonstrance des inconvénians qui s'en pourroit +eusuyvre, j'ay esté, le jour après, contremandé de la dicte Dame pour +me trouver de rechef avec eulx; avec lesquelz j'ay enfin arresté les +choses que Vostre Majesté verra par ung mémoire à part, lesquelles +m'ont esté après confirmées par la dicte Dame; et Vostre Majesté +aussi, s'il luy playt, les confirmera: et je mettray peyne qu'il en +sorte quelque bon effect, bien que j'entendz, Sire, que, nonobstant +cella, la dicte Dame a ordonné sortir promptement six de ses grandz +navyres, avec douze centz hommes dessus, pour garder la mer; par ce, à +mon adviz, que son ambassadeur l'a certainement advertye qu'il y a des +gens toutz prestz en Bretaigne pour passer en Escoce; et elle +vouldroit bien que ceste démonstration les retînt. Sur ce, etc. Ce +XXVIIe jour de may 1570. + + CERTEIN ACCORD FAICT AVEC LA ROYNE D'ANGLETERRE et avec les + seigneurs de son conseille touchant les choses d'Escoce, du dict + jour. + + L'ambassadeur de France a dict à la Royne d'Angleterre que le + Roy, son Maistre, la prie et l'exorte, au nom de leur commune + amytié et de la bonne paix, alliance et confédération, qui est + entre eulx et leurs couronnes, qu'elle veuille retirer ses forces + hors d'Escoce, et n'en y envoyer plus d'aultres; et que le Roy, + son dict Maistre, luy commande de le résouldre promptement en + quoy il en doibt demourer, et en quoy il doibt demeurer de + l'intention qu'il peult cognoistre qu'a meintennant la dicte + Royne d'Angleterre vers la liberté et restitution de la Royne + d'Escoce, parce que, voyant aller les affères de la dicte Dame + toujours de mal en piz, il commance désormais de prendre les + dilays, qu'on use vers elle, pour manifestes reffuz; + + Et que nul ne doibt trouver estrange, s'il prend ainsy à cueur + ceste matière; car il y va, d'ung costé, de la conservation de + l'amytié de la dicte Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, qui est + une chose qu'il estime estre de grande conséquence pour luy et + d'une grande importance pour son royaulme; et, de l'aultre, de la + protection et deffance de la Royne d'Escoce, sa belle soeur, de + laquelle il n'y a celluy qui ne voye combien il touche à sa + réputation et à l'honneur de sa couronne, et combien il est + abstraint par grandes obligations de nullement l'abandonner. + + Sur quoy la dicte Royne d'Angleterre, ayant faict aucunes + responces sur l'heure au dict ambassadeur, elle luy a, le jour + d'après, faict dire par les seigneurs de son conseil, et encores + despuys elle mesmes le luy a confirmé de sa parolle, que, pour + satisfère au désir du Roy, son bon frère, elle trouve bon qu'il + soit envoyé ung gentilhomme de qualité devers le duc de + Chastellerault et devers ces aultres seigneurs Escouçoys, qui + tiennent le party de la Royne d'Escoce, pour leur dire que, s'ilz + veulent rendre les fugitifz d'Angleterre ou bien les habandonner, + ou bien les retenir pour en rendre tel compte, comme sera porté + par le tretté qui se fera entre elle et la Royne d'Escoce, + qu'elle est contante de retirer toutes ses forces hors du dict + pays d'Escoce; + + Et, en ce que le dict duc de Chastellerault et les siens, et + pareillement le comte de Morthon et ceulx de son party, se + désarmeront d'ung costé et d'aultre, et que toute hostillité + cessera dans le dict pays et entre les deux royaulmes + d'Angleterre et d'Escoce; + + A la charge aussi que, si le Roy, avant que ces choses soient + acomplyes, avoit de sa part desjà envoyé ou faict passer de ses + forces en Escoce, la dicte Dame ne veult estre tenue d'observer + ce dessus, sinon que le dict Roy Très Chrestien les vollût + révoquer, auquel cas elle révoquera pareillement les siens; + + Et que Mr l'évesque de Roz nommera à Me Cecille le gentilhomme + que la Royne, sa Mestresse, vouldra, pour cest effect, envoyer en + Escoce, affin de luy bailler saufconduict, et en donner adviz à + Mr le comte de Sussex, devers lequel il passera, et auquel sieur + comte la dicte Royne d'Angleterre mandera d'acomplyr ceste sienne + intention, aussitost qu'il aura sceu celle du susdict duc de + Chastellerault; + + Et que, par le dict ambassadeur de France et par l'évesque de + Roz, seront baillées au gentilhomme qui yra en Escoce leurs + lettres, servans à l'accomplissement de cest affère. + + Et, quant à la liberté et restitution de la dicte Royne d'Escoce, + la dicte Royne d'Angleterre promect que, aussitost qu'elle aura + receu la responce, que la dicte Royne d'Escoce luy vouldra fère + sur les choses, qui naguières ont été trettées par son + ambassadeur, l'évesque de Roz, avec les seigneurs de ce conseil, + qu'elle y procédera avec tant de dilligence qu'elle veult bien + que le Roy Très Chrestien, son bon frère, demeure juge que plus + dilligentment il n'y pourroit estre procédé; et ainsy l'a elle + confirmé et asseuré au dict sieur ambassadeur, en parolle de + Royne et de princesse chrestienne pleyne de foy et de toute + vérité; + + Que, suyvant les choses susdictes le dict ambassadeur escripra au + Roy, son Seigneur, de ne vouloir envoyer de ses forces en Escoce, + ou, s'il y en avoit desjà envoyé quelques unes, qu'il les veuille + tout incontinent révoquer. + + + + +CXIe DÉPESCHE + +--du Ier jour de juing 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) + + Efforts de l'abbé de Dunfermline pour arrêter l'exécution du + traité conclu.--Nouvelles d'Écosse.--Armemens faits en + Angleterre.--Exécution des Northon à Londres.--Espoir que le + duc de Norfolk sera bientôt rendu à la liberté.--Nouvelles de + la Rochelle et des Pays-Bas. + + + AU ROY. + +Sire, ceulx qui sont promptz de nuyre toutjour à la Royne d'Escoce, +voyantz que la négociation que je faisois pour elle commançoyt de +succéder, se sont esforcez d'introduyre l'abbé de Domfermelin pour m'y +donner empeschement; lequel, n'ayant aporté qu'une simple lettre à la +Royne d'Angleterre pour créance, ni pour toute aultre sienne +instruction qu'ung seul blanc de ceulx qui l'ont envoyé, affin d'estre +remply icy par l'adviz de deux de ce conseil, il a vifvement incisté à +la dicte Dame, que, suyvant sa vertueuse dellibération et ses +promesses, elle vollût recepvoir le jeune Roy d'Escoce en sa +protection et le deffandre de la main meurtrière, qui naguières a +faict mourir le père, et bientost après l'oncle; et que meintennant +elle veuille, par son authorité ou par ses forces, fère aprouver les +décrectz qui, durant le gouvernement du dict oncle, ont esté faictz, +tant en faveur du dict jeune Roy que pour l'establissement de la +nouvelle religion en son royaulme; et qu'à cest effect elle envoye +réprimer les Amilthons, lesquels s'esforcent d'infirmer deux si bonnes +causes, et sont proprement ceulx qui ont receu ses rebelles; et qu'au +contraire elle haste son secours à ceulx qui soubstiennent l'une et +l'aultre, qui n'ont onques consenty de les recepvoir; et que beaucoup +d'honneur et de réputation à elle, grande seureté à son estat et +couronne, perpétuel establissement en la religion par toute ceste +isle, et ung très grand proffict et accommodement en toutz ses affères +s'en ensuyvra, sans que, en l'exécution d'une si glorieuse et utille +entreprinse, il s'y voye aulcun dangier, et bien fort peu de +difficulté. Nonobstant lesquelz artiffices, la dicte Dame n'a layssé +de fère confirmer, par le marquis de Norampton et par le comte de +Lestre, à l'évesque de Roz, les mesmes choses qu'elle m'avoit +accordées et qui estoient arrestées entre nous; dont sommes après à +les effectuer. Et cependant est arrivée la responce de la Royne +d'Escoce, sur les ouvertures que ceulx de ce conseil avoient naguières +faictes au dict évesque, lequel a demandé là dessus audience de la +dicte Royne d'Angleterre, qui ne la luy a reffuzée; et aussitost que +j'auray entendu ce qu'y sera tretté, je ne fauldray d'en donner adviz +à Vostre Majesté. + +J'entendz que les Anglois, qu'on a envoyez au comte de Morthon, sont +arrivez à Lislebourg sans aulcun rencontre et qu'ilz se tiennent là +sans fère grandz actes d'hostillité, et que le chasteau de Lislebourg +ne respond rien à la ville, seulement les lairs de Granges et +Ledinthon se tiennent dedans avec quelques aultres Escouçoys, qu'ilz y +ont miz de renfort; que le duc de Chastellerault est à Glasco, avec +bonne troupe des siens, lequel soubstient fermement l'authorité de la +Royne, sa Mestresse; et que les comtes d'Arguil et d'Honteley s'en +sont retournez pour s'establyr de mesmes en leurs quartiers. Quant à +l'aprest des six navyres de ceste Royne, il se continue, et de deux +davantaige, qui sont huict en tout des plus grandz, pour les fère +sortir en mer du premier jour avec deux mil hommes, si ne trouvons +moyen de les arrester; mais j'y feray tout ce qu'il me sera possible. + +Vendredy dernier estantz trois gentishommes de bonne qualité du North, +qui s'apelloient les Northons, condampnez à mort comme coulpables de +la dernière ellévation, ainsy qu'on les tiroit de la Tour pour les +mener au suplice, le secrétaire Cecille survint en dilligence, qui fyt +surceoyr l'exécution, et parla à eux, et estime l'on qu'il espéroit +trouver en leur dernière déposition quelque vériffication contre la +Royne d'Escoce, et contre le duc de Norfolc, mais ilz n'ont rien dict: +et le lendemain les deux ont esté exécutez. Il semble qu'il se +commance d'ouvrir des expédians pour la liberté du dict duc, auquel +trois de ce conseil sont desjà ordonnez pour aller après demain parler +à luy; et son filz aysné, le comte de Sureth, est arrivé despuys huict +jours, qui est venu trouver le comte d'Arondel son grand père +maternel. Quelcun a bien osé entreprendre d'aposer sur la porte de +l'évesque de Londres une bulle du Pape[6] contre la Royne +d'Angleterre, mais on l'a incontinent ostée, et faict on grand +dilligence de descouvrir d'où elle est venue; mais pour donner +entendre au peuple que c'est quelque aultre chose, l'on a imprimé un +aultre placart. + + [6] Cette bulle, en date du 25 février 1570, déclarait Elisabeth + hérétique et schismatique, et relevait ses sujets du serment + d'obéissance. La publication qui en fut faite à Londres causa le + supplice de Felton, mis à mort le 8 août suivant. Elle est + rapportée en entier par CAMDEN, _année_ 1570. + +L'on commance, despuys ma dernière audience, d'avoir quelque meilleure +espérance de la conclusion de la paix de vostre royaulme qu'on ne +faisoit; et aussi ung certain messagier, qui est naguière venu de la +Rochelle, semble le confirmer, bien qu'on dict qu'il a esté long temps +en mer. Je mettray peyne d'entendre ce qu'on publiera de la dépesche +qu'il aporte, et d'une aultre qui est freschement arrivée du comte +Pallatin, pour vous donner adviz de toutes deux par mes premières. Les +depputez de ceste ville, qui sont revenuz de Flandres, ont esté desjà +ouys de leur Royne, et puys en son conseil; ilz ont remonstré les +difficultez qui s'offrent encores sur le faict de ces deniers et +merchandises arrestées, et a esté remiz de leur fère responce d'icy à +huict jours, à cause des affères d'Escoce; ce qui me faict juger que, +sellon qu'ilz pourront accommoder les ungs, ilz vouldront reigler les +aultres. Tant y a qu'ilz pensent que, pour le bon succez que le Roy +d'Espaigne commance d'avoir contre les Mores, le duc d'Alve se rend +meintennant plus difficile à cest accord. Sur ce, etc. Ce Ier jour de +juing 1570. + + + + +CXIIe DÉPESCHE + +--du Ve jour de juing 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Nycolas de Le Poille._) + + Hésitation du conseil d'Angleterre à assurer l'exécution du + traité conclu.--Résolution prise par la reine de le + maintenir.--Audience accordée par Élisabeth à l'évêque de Ross. + + + AU ROI. + +Sire, premier que le comte de Sussex ayt sceu, ou au moins premier +qu'il ayt peu fère sçavoir au capitaine Drury à Lislebourg, l'accord +d'entre la Royne d'Angleterre et moy, touchant retirer les Anglois +hors d'Escoce, icelluy Drury avoit desjà envoyé sommer le duc de +Chastellerault et ceulx de son party, qui estoient au siège de Glasco, +de luy randre les fugitifz d'Angleterre, ou bien de les habandonner, +et surtout de luy donner parolle de ne recepvoir aulcuns estrangiers +dans le pays. A quoy luy estant baillé pour responce par le secrétaire +Ledinthon, qui eut charge de la luy fère, qu'ilz n'estoient prestz ny +de randre les fugitifz, ny de reffuzer aulcun secours estrangier, +ains, si les Françoys ne venoient bientost que luy mesmes les yroit +quéryr, le dict Drury avec ses Anglois, et le comte de Morthon avec un +nombre d'Escouçoys du contraire party, ont marché jusques au dict +Glasco, là, où ne les ayant le dict duc attanduz, ilz ont estimé +qu'ilz pourroient exécuter d'aultres plus grandes entreprinses, s'ilz +passoient plus avant vers Dombertran. Mais estant, sur ce poinct, +arrivé au dict de Sussex l'advertissement de l'accord, il l'a +incontinent envoyé notiffier au dict Drury, affin d'arrester son +progrès; et néantmoins parce que, par une dépesche du mesme jour, il a +escrit à sa Mestresse que les siens avoient commancé de bien fère à +Glasco, et que despuys ilz s'estoient acheminez à Dombertrand, et +qu'en mesmes temps ce que je vous ay mandé, Sire, de la bulle du Pape +estoit advenu, et aussi que de France l'on mandoit y avoir plus grande +aparance de guerre que de paix, la dicte Dame a cuydé délaysser toutz +nos bons propos d'accord pour retourner à celluy, qu'elle avoit +auparavant, de continuer la guerre en Escoce; mais j'avois desjà sa +promesse si expresse du contraire, et le fondement avoit esté miz si +bon aulx bonnes dellibérations; que les mauvais n'ont peu, pour ce +coup, remettre sur les mauvaises, dont avons tant faict qu'il a esté +résolument escript au dict de Sussex d'acomplyr icelluy accord, quant +de l'aultre costé l'on l'accomplyra. Bien luy a esté mandé qu'il ayt à +entretenir toutjours ses troupes en estat de la frontière, de peur de +la descente des Françoys, comme de mesmes a esté ordonné icy que, +pour encores, les grandz navyres ne partent point, mais que, pour la +mesmes peur du passaige des Françoys, l'on les tiegne toutz prestz à +la voyle; et les seigneurs de ce conseil ont mandé à l'évesque de Roz +et à moy qu'on avoit desjà bien advancé de satisfère de leur part aulx +choses promises, et qu'à nous touchoit meintennant de dilligenter +l'exécution du surplus. + +Cependant le dict évesque a esté admiz à la présance de la dicte Dame, +laquelle toutesfoys ne l'a receu sinon cérémonieusement et assés +sévèrement, en présence de ceulx de son conseil, à cause des +souspeçons auparavant conceues contre luy; mais après qu'en se +purgeant fort honnorablement, il a heu tout librement confessé qu'il +avoit une seule foys, et non plus, ouy ung messaige du comte de +Northomberland, qui luy offroit de mettre la Royne sa Mestresse en +liberté, et de la ramener en son royaulme, pourveu qu'on luy fornyst +de l'argent, auquel il avoit respondu que sa Mestresse ne vouloit +partir d'Angleterre sans le gré et bonne grâce de la Royne sa bonne +soeur, ny elle n'avoit point d'argent pour luy envoyer; et qu'il a eu +offert qu'au cas qu'il se peult jamais vériffier nulle aultre pratique +contre luy avec ceulx du North, qu'il renonçoyt à toutz ses privilèges +d'ambassadeur, d'évesque, et d'estrangier, et de son saufconduict, +pour se soubzmettre aulx extrêmes punitions des plus rigoureuses loix +de ce royaulme, la dicte Dame a monstré qu'elle en demeuroit +satisfaicte; et l'ayant tiré à part, a receu fort humainement de ses +mains les lettres que la Royne d'Escoce luy escripvoit, et a commancé +de tretter privéement et fort familièrement sur icelles avec luy, de +sorte que, se raportant ceste négociation aulx miennes trois +précédantes, ung chacun juge que la chose s'en va si bien acheminée, +qu'il s'en peult espérer ung assés prochain et assés bon succez. + +Je mettray peyne, Sire, de vous expéciffier par mes premières les +poinctz et particullaritez où l'on en est meintennant, et adjouxteray +seulement icy que les seigneurs du dict conseil sont en ceste ville +pour adviser de quelque expédiant avecques les marchantz, touchant +l'accommodement des différandz des Pays Bas; et aussi pour veoir comme +il faudra procéder sur le faict de la bulle du Pape, ayant esté +l'adviz d'aulcuns qu'on debvoit purger et examiner par sèrement là +dessus les principaulx Catholiques de ce royaulme, et procéder tout +incontinent contre ceulx qui se trouveront ou coulpables, ou attainctz +du faict, par la rigueur des loix mareschalles[7], qui portent +condempnation de mort sans figure de procès; mais j'entendz que la +prudence de la dicte Dame ne leur a acquiescé, laquelle ne s'est +vollue esloigner des conseilz des modérez, qui la persuadent de +n'offancer les Catholiques qui luy sont obéyssantz. Sur ce, etc. + + Ce Ve jour de juing 1570. + + [7] C'est-à-dire, les _lois martiales_. Voyez DU CANGE au mot + _Marescalcialis_, tom. IV, col. 543. + + + + +CXIIIe DÉPESCHE + +--du XIe jour de juing 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._) + + L'Évêque de Ross mis en entière liberté.--Négociation pour le + rétablissement de Marie Stuart; conditions proposées par + Élisabeth.--Espoir de l'ambassadeur que le traité pourra se + conclure prochainement, et demande d'instruction à ce + sujet.--Même espoir que la liberté sera bientôt rendue au duc + de Norfolk; chefs d'accusation sur lesquels il a été tenu de + s'expliquer.--Affaires des Pays-Bas; grand armement fait en + Angleterre, où l'on craint une entreprise de la part du duc + d'Albe.--_Mémoire._ Conditions que l'on dit être offertes par + la reine de Navarre pour la pacification de France.--Affaires + d'Écosse.--État de la négociation dans les + Pays-Bas.--Sollicitations faites auprès d'Élisabeth pour + obtenir la liberté du duc de Norfolk.--_Mémoire secret._ + Détails circonstanciés de toutes les discussions qui ont + déterminé le conseil d'Angleterre à se déclarer pour le + maintien de la paix avec la France.--Intrigue de ceux du parti + contraire, afin d'empêcher cette décision. + + + AU ROY. + +Sire, pour s'aquitter la Royne d'Angleterre de la parolle, qu'elle +m'avoit donnée, qu'aussitost qu'elle auroit receu une responce, +qu'elle attandoit de la Royne d'Escoce, elle procèderoit au faict de +sa restitution avec tant de dilligence, que Vostre Majesté jugeroit +qu'avec plus grande ne se pourroit fère, elle a desjà fort amplement +traitté, avec Mr l'évesque de Roz, des moyens et expédians qu'elle +veult estre suyviz en cella, et des seuretez et condicions qu'elle +désire luy estre gardées. A quoy le sieur évesque ne luy a contradict +en rien, ny ne luy a rien reffuzé; mais luy ayant monstre les choses +qui en cella se pourroient trouver facilles ou difficiles, elle a +monstré de ne se restraindre tant aulx plus difficiles, qu'elle ne se +veuille bien accommoder à celles qui seront en la puyssance de la +Royne d'Escoce d'acomplyr; et ainsy elle a ottroyé au dict sieur +évesque sa pleyne liberté, avec licence d'aller conférer librement +avec sa Mestresse; lequel desjà l'est allée trouver, et a emporté ung +bien ample saufconduict pour envoyer les sires de Leviston ou de +Bethon en Escoce, affin d'exécuter ce qui a esté arresté, entre la +dicte Dame et moy, de retirer les siens hors du pays. + +J'estime, Sire, que le dict évesque de Roz aura escript toute sa +dernière négociation à Mr l'archevesque de Glasco pour la fère +entendre à Vostre Majesté, qui sera cause que je ne vous toucheray icy +les particularitez d'icelle sinon en ce qu'il a semblé que la dicte +Dame vouloit fort incister d'avoir le Prince d'Escoce en ses mains; et +qu'il fût envoyé par Vostre Majesté aulcuns des parans de la Royne +d'Escoce à estre icy quelque temps ostaiges, pour l'observance des +choses qui seront promises; et que la ligue se conclût offancive et +deffancive entre l'Angleterre et l'Escoce. Mais j'espère, Sire, +qu'elle se contantera à moins; et affin que aulcune longueur n'y +puysse venir de nostre costé, le dict sieur évesque m'a très +expressément requis de suplier très humblement Vostre Majesté qu'il +vous playse m'envoyer, par ce mesme gentilhomme présent porteur, ung +pouvoir ample pour assister en vostre nom au traitté qui se fera; +lequel, pendant que les choses se monstrent en assés bonne +disposition, il estime estre très nécessaire de conclurre sans délay, +ou aultrement il y courra ung manifeste dangier d'en perdre pour +jamais l'occasion. Mais, par mesme moyen, il sera vostre bon playsir, +Sire, de m'envoyer une particulière instruction des poinctz où vous +desirez que cest affère se réduise pour vostre service, affin que +vostre intention soit (s'il m'est possible) toute la règle de ce qui +s'y fera. + +Les affères du duc de Norfolc semblent prendre ung mesme acheminement +que ceulx de la Royne d'Escoce, car la Royne, sa Mestresse, a enfin +envoyé deux de son conseil parler à luy, qui ne luy ont touché que +cinq poinctz; sçavoir: celluy de son mariage avec la Royne d'Escoce, +comme est ce qu'il l'avoit ozé pratiquer sans le sceu de sa Mestresse; +celluy d'une lettre qu'il avoit escripte au comte de Mora, où il +disoit avoir passé si avant au mariage qu'il ne pouvoit avec son +honneur et conscience s'en retirer; le troizième, s'il ne s'en vouloit +point despartyr maintennant, sans jamais y entendre, sinon avec le +congé de la dicte Royne sa Mestresse; le quatriesme estoit de la +religion, comme souffroit il que toutz ses principaulx officiers et +serviteurs fussent ou déclairez ou suspectz Catholiques; et le +cinquiesme, quelle seurté vouloit il donner à la Royne sa Mestresse de +luy demeurer à jamais fidelle et obéyssant subject et serviteur. A +toutes lesquelles choses j'entendz qu'il a si bien et sagement +respondu que la dicte Dame en est assés satisfaicte; et s'espère qu'il +sera remiz, du premier jour, en sa mayson de ceste ville, mais encores +soubz quelque garde, pour quelques jours. + +L'espérance de la paix de vostre royaulme ayde grandement à +l'advancement des affères de l'ung et de l'aultre, et estime l'on que, +succédant icelle, tout yra bien pour eulx; mais aussi, si elle ne se +conclud, aulcuns ont opinion que cecy n'aura esté qu'une aparance pour +pouvoir passer l'esté sans trouble, et qu'ilz tremperont encores cest +yver en leurs accoustumées prysons. + +J'entendz que le duc d'Alve mène ceulx cy d'ung grand artiffice sur +l'accord de leurs différantz; car, d'ung costé, il les brave bien +fort, et les adoulcit encores plus de l'aultre, et leur donne de +grandes espérances de la bonne affection que son Maistre a +d'accommoder, mieulx que jamais, leur trafficqz en toutz ses pays; +bien que, entendant la Royne d'Angleterre qu'aulcuns de ses fugitifz +sont passez devers le dict duc, et d'aultres sont allez en Espaigne, +et qu'on lève maintennant des gens de guerre en Flandres, elle +souspeçonne que c'est plustost contre elle que pour la réception de la +Royne d'Espaigne, comme l'on en faict le semblant; et, à ceste cause, +elle a commandé de mettre encores en ordre quatorze de ses grandz +navyres, oultre ceulx qui sont desjà pretz. Sur ce, etc. + + Ce XIe jour de juing 1570. + + INSTRUCTION AU SR DE VASSAL de ce qu'il fault fère entendre à + Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres: + + Qu'après que la Royne de Navarre, en apvril dernier, eust expédié + devers le Roy les Srs de Telligny et de Beauvoys, lorsqu'ilz + venoient du camp des Princes, et avec eux le Sr de La Chassetière + pour adjoinct, elle fit une dépesche par deçà, laquelle a esté si + longtemps sur mer, qu'elle n'est arrivée que despuys huict ou dix + jours: et par icelle semble qu'on ayt cogneu que la dicte Dame + inclinoit à la paix; + + Et que par le dict La Chassetière elle ayt faict dire à part au + Roy et à la Royne qu'il ne tiendroit à elle que la dicte paix ne + se fît, et qu'elle suplioit Leurs Majestez de vouloir ottroyer à + ceulx de la nouvelle religion l'éedict de l'an LXVII, qu'ilz + apellent l'éedict de Chartres, et encores ung presche davantaige + en la prévosté de Paris, et qu'avec cella elle s'esforceroit de + les fère contanter et de conclurre la dicte paix; + + Qu'aulcuns icy ont esté bien ayses de ceste disposition de la + dicte Dame, comme advenue contre leur espérance, car pensoient + que les ministres la tiendroient la plus destornée de ce désir + qu'ilz pourroient. Aultres ont estimé qu'elle s'est trop hastée + de parler d'icelluy éedict de Chartres, lequel ilz disent estre + fort dangereux et de nulle seureté; et qu'il eust toutjours esté + assés à temps de le requérir, car les menées de court ne + permettent qu'on accorde jamais les choses ainsy qu'on les + demande; ou bien attendre que le Roy l'eust offert de luy mesmes, + et que eulx l'eussent lors tout librement et avec humilité receu + de la pure concession et ottroy de Sa Majesté; + + Que despuys, ne venant de France sinon toutjours nouvelles de + continuation de guerre, et comme le Roy reffuzoit de rendre les + offices et bénéfices à ceulx de la dicte religion, et de ne payer + leurs reytres, Mr le cardinal de Chastillon, désespérant assez, + pour ceste cause, de la paix, a sollicité plus vifvement que + jamais les choses qui pouvoient servyr à se maintenir et à + maintenir ceulx de son party en réputation par deçà, et à se + procurer toutjours nouveaulx crédictz en Allemaigne. + + A quoy semble que l'ayt davantaige confirmé de fère la venue + d'ung aultre messagier, qui a esté dépesché de la Rochelle après + le retour des depputez; lequel a aporté une forme d'articles, + lesquelz à la vérité je n'ay pas veuz, mais l'on m'a dict qu'ilz + contiennent que le Roy ottroye pour seureté à ceulx de la + nouvelle religion la Rochelle, Sanxerre et Montauban, plus vingt + quatre villes pour leur exercisse, lesquelles il nommera après la + confection de la paix; que les haultz justiciers pourront fère + prescher pour eulx, leurs subjectz, et ceulx qui y pourront + assister; les gentishommes, qui ont moyenne justice, auront aussi + presche pour eulx et leur famille seulement; que la vendition des + biens eclésiastiques faicte par les Princes sera cassée; les + offices de ceulx de la dicte religion demeureront vanduz; et que + les Princes payeront et renvoyeront leurs reytres; et m'a l'on + dict que desjà l'on a envoyé les dicts articles en Allemaigne + avec des additions au marge, qui contiennent les raysons pourqnoy + on ne les peult ainsy accepter. + + Ung Allemand, qui naguières est arrivé de la part du comte + Pallatin pour donner compte à la Royne d'Angleterre de l'estat + des choses de delà, nomméement de ce qui se présume de la diette + et des nopces du prince Cazimir son filz, dict que, parce que les + levées du Roy en Allemaigne ne passent en avant, celles des + aultres demeurent aussi en suspens, mais qu'au reste elles se + tiennent prestes pour le besoing, et que le prince d'Orange s'est + retiré pour quelques jours en l'estat d'une sienne parente, + attandant les nopces du dict Cazimir, auxquelles il espère de + pouvoir radresser ses affères; et que Mr de Lizy ayant passé par + Helderberc, où il a séjourné ung jour ou deux, après avoir heu + quelque petite conférance avec le dict Sr Pallatin, a prins le + chemin de Genève avec une troupe de gentishommes Françoys qui + vont trouver le camp des Princes. + + Desquelles apparances de guerre, parce que ceulx cy voyent + qu'elles ne font poinct cesser les propos qui se mènent de la + paix, et qu'il se trouve encores des difficultez sur l'accord des + différandz des Pays Bas, ilz deviennent assez irrésoluz comme + debvoir procéder ez choses d'Escoce, et craignent bien fort que, + de les poursuyvre davantaige, la paix de France et la victoire du + Roy d'Espaigne sur les Mores[8] ne se convertissent en une guerre + sur eulx; ce qui les faict plus vollontiers incliner aulx + remonstrances que je leur fays là dessus. Et encores que le temps + et l'ocasion pressent bien fort de pourvoir aulx affères + d'Escoce, ou aultrement ilz vont incliner à la part des Anglois, + sans que les Anglois y facent plus grand effort, le mesme temps + et la mesme ocasion néantmoins semblent se monstrer bien à propos + au Roy pour pouvoir meintennant conserver, sans grand coust et + quasi par moyens paysibles, ce que sa couronne a heu toutjour + d'alliance et d'authorité au dict pays; et croy que mal ayséement + une aultre foys y pourra il, sans viollance et possible sans une + grande guerre et à grandz fraiz et difficulté, y remédier. + + [8] Cette victoire se rapporte aux avantages obtenus par don Juan + sur les Maures d'Espagne, qui s'étaient soulevés en 1569. Il + s'agit plus particulièrement ici, soit du combat devant Finix, + qui entraîna le pillage de la ville (fin avril 1570), soit du + combat livré dans les montagnes de Baza et de Filabres dans les + premiers jours de mai 1570. Ces victoires furent immédiatement + suivies d'un traité conclu ayec Abaqui, l'un des principaux chefs + des révoltés, qui se rendit auprès de Don Juan, le 19 mai, et fit + le lendemain sa soumission solennelle. Cependant la guerre + continua quelque temps encore, par suite de la résistance + d'Aben-Aboo, qui s'était fait proclamer roi d'Andalousie, sous le + nom de Muley-Abdala; elle ne finit qu'au mois de novembre + suivant, après qu'Aben-Aboo eut été tué par Seniz, autre chef des + Mores. + + Les souspeçons ne sont légiers à ceulx cy, du costé du Roy + d'Espaigne, parce que deux des principaulx hommes d'Irlande sont + allez à recours à luy, et luy sont allez offrir accez, entrée et + obéyssance pour la protection de la religion catholique en leur + pays; et pareillement aulcuns des principaulx fugitifz Anglois, + qui s'estoient retirez en Escoce, sont passez devers le duc + d'Alve. A l'ocasion de quoy, le comte de Lestre a, despuys dix + jours, faict fère une plaincte à Mr l'ambassadeur d'Espaigne de ce + qu'on recepvoit les rebelles de ce royaulme en Flandres; et il a + respondu qu'il n'en sçavoit rien, mais qu'il ne fesoit double + qu'ilz ne fussent bien receuz ez terres du Roy Catholique, + puysqu'ilz estaient chassez pour estre Catholiques, mais que ce ne + seroit pour y mener rien par armes contre la Royne d'Angleterre. + + Or, en ce qui concerne les différandz des Pays Bas, il a esté bien + près d'y mettre ung bon accord, car le duc d'Alve en a faict + toutes les démonstrations du monde; et en mesme temps est advenu + par des intelligences, que la Royne d'Angleterre a en Flandres, + qu'on luy a faict veoir la coppie d'une lettre que le Roy + d'Espaigne escripvoit au dict duc, par laquelle il luy mandoit de + regaigner, par toutz les moyens qu'il pourroit, l'amytié de la + Royne d'Angleterre et des Anglois; dont ilz estiment que la + difficulté, qu'il sentoit lors en la guerre des Mores, le faisoit + parler ainsy, et qu'à ceste heure ayant quelque bon succez en + icelle, il se veult tenir plus ferme sur la restitution des + prinses. + + Sur laquelle restitution icelluy duc, à l'arrivée des dicts + commissaires, leur a dict que la demande, qu'ilz estoient venuz + fère des biens des Anglois, estoit très raysonnable; mais que + celle des subjectz du Roy, son Maistre, qui demandoient + pareillement d'avoir les leurs, n'avoit moins de rayson, et qu'il + failloit venir à une mutuelle satisfaction des deux costez. Et + néantmoins, s'estant puys après laissé aller à des expédiantz qui + revenoient assés à son proffict, et qui donnoient grand espérance + d'ung accord, il s'en est despuys desparty par ung adviz, qu'on + luy a envoyé de deçà, d'ung aultre proffict plus grand d'envyron + cent cinquante mil escuz, s'il retient les biens des Anglois; + lesquelz biens il a desjà, pour ceste ocasion, faictz remettre de + nouveau soubz sa main, ou bien les deniers qui sont provenuz de la + vante d'iceulx; et meintennant l'on est après à fère quelque + évaluation des ungs et des aultres, pour veoir si l'on pourra + venir à quelque compensation. + + Ceulx qui ont esté les plus contraires à la Royne d'Escoce et à + ses affères commancent, à ceste heure, de se fère de feste et de + luy promettre toute faveur et secours; et le mesmes est du duc de + Norfolc, car ceulx qui ont esté ses plus mortelz ennemys se + gettent à genoulx devant la Royne, leur Mestresse, pour la suplier + pour luy; et bien qu'en cella y puisse avoir de la simulation, + pour plustost prolonger que pour désir d'ayder ses affères, ilz + semblent néantmoins estre resduictz à ung poinct que, si quelque + nouveau accidant ou quelque grand malheur ne survient, ilz seront + pour estre bientost accommodez. + + AULTRE INSTRUCTION A PART: + + Que ce qui plus me fait incister icy aulx choses d'Escoce, et en + solliciter pareillement Leurs Très Chrestiennes Majestez, est + qu'il ne peult revenir que à une merveilleuse diminution de leur + estime et grandeur, de se laysser ainsy arracher comme par force + la Royne d'Escoce et les Escouçoys de leur protection; et de + souffrir que la Royne d'Angleterre leur emporte de leur temps + ceste alliance, qui a esté conservée huict centz ans à la + couronne de France, et laquelle assés souvant luy a esté très + utille, et quelquefoys bien fort nécessaire. + + Et je considère que, de s'y opposer meintennant par Leurs + Majestez, ce n'est les mettre en nouvelle guerre, ains plustost + divertir celle qui leur pourroit venir d'icy; ny mettre le Roy en + grandz frays de ses deniers, ains empescher que les Anglois + n'envoyent les leurs en Allemaigne contre luy; ny l'attacher à de + grandes difficultez, car la seule démonstration de vouloir + envoyer mille harquebouziers en Escoce, ou le passaige d'iceulx + seulement, rendra ceste entreprinse achevée sans aulcunement + venir aulx mains, de tant qu'ung chacun juge que la Royne + d'Angleterre ne les sentyra sitost joinctz aulx Escouçoys + partisans pour leur Royne, lesquels à présent sont les plus + fortz, qu'elle ne viegne à telle composition qu'on vouldra; et + si, ne demeurera que plus ferme en la paix, joinct que je n'ay + faict ceste instance, sinon après que, par la conférance de ceulx + qui entendent bien l'estat de ce royaulme, j'ay comprins que + c'estoit jouer à boule veue. + + Et puys, je voy que ceulx qui ont persévéré jusques icy en + l'affection du Roy, s'ilz ne sont entretenuz de quelque bon + espoir, voyre de quelque démonstration de son présent secours, + comme de celluy seul entre les princes chrestiens, qui justement + et légitimement peult mouvoir ses armes en ceste cause, ilz se + vont sans aulcun doubte jetter ez braz du Roy d'Espaigne, et bien + que ce ne soit aultant de droict, comme ez braz du Roy, ilz ont + néantmoins desjà leurs messagiers devers luy, et à ceulx là est + desjà faicte promesse de secours; mesme le duc d'Alve leur donne + entendre qu'il est si prest qu'il ne reste sinon que la Royne + d'Escoce envoye son pouvoir et consantement pour l'acepter. + + Et de ce, la dicte Dame a naguières receu ses lettres ou bien + celles de son Maistre, car je ne sçay encores duquel des deux; + tant y a qu'on l'asseure fort que, en toutes sortes, elle sera + assistée et aydée à sa restitution par le Roy Catholique, lequel + cependant l'exorte de se réserver libre de son mariage, et de ne + s'obliger à nul, sinon avec l'adviz et bon conseil qu'il luy en + donnera. + + Néantmoins commanceans les affères d'Escoce de s'acheminer par la + gracieuse voye de la négociation, que Leurs Majestez m'ont + commandé de fère, j'espère qu'elles succéderont assez sellon leur + désir, sans y fère aultre effort ny despence; mais à toutes + advantures, parce que la malice des ennemys, et la faulte de + cueur des amys, et la jalouzie de ceste Royne contre sa cousine + sont choses que j'ay toutjour fort suspectes, je désire que Leurs + Majestez voyent à clair quel a esté et quel est le cours de ceste + affère, affin qu'ilz puyssent juger quant, et commant, et en + quelle sorte il y pourra fère bon. + + Après que j'ay heu, par deux foys, résoluement déclairée à la + Royne d'Angleterre qu'elle ne pouvoit, sans contravention des + trettez, envoyer ses forces en Escoce, et que pourtant elle + debvoit accepter les honnestes condicions et offres que la Royne + d'Escoce luy faisoit, par le moyen desquelles elle obtiendroit, + mieulx que par la force et sans aulcune despence, ce qu'elle + prétandoit, et si, auroit conservé l'amytié du Roy, la dicte Dame + a demeuré quelques jours fort incertaine comme elle en uzeroit; + dont aulcuns des siens, craignantz le changement de sa + dellibération, ont trouvé moyen, il y a envyron quinze jours, de + luy fère signer une lettre au comte de Sussex pour le fère passer + si avant en l'entreprise qu'on ne s'en peult plus retirer. + + De quoy m'ayant esté donné adviz, et estant bien informé que la + dicte lettre avoit esté substraicte, j'envoyay incontinent + solliciter ceulx, qui avoient bonne affection en ceste cause, de + le fère entendre à la dicte Dame, et de convaincre vers elle + ceulx qui avoient ozé entreprendre ung tel faict, et qui la + vouloient, contre toute rayson, mettre en guerre avecques le Roy. + + Ce que ayant bien oportunéement sceu fère, ilz ont si bien irrité + la dicte Dame qu'elle a monstré d'en estre fort courroucée, et + qu'en toutes sortes elle vouloit sortir par quelque aultre + meilleur moyen hors de cest affère; dont, assignant jour à ceulx + de son conseil d'en venir délibérer devant elle, les ungs, pour + rompre le coup, ont trouvé bon de s'absenter en ceste ville par + prétexte du terme de la justice, et les aultres, ne pouvant + contradire à cella, y sont venuz aussi pour le mesme prétexte, + mais en effect ce a esté pour fère des assemblées séparéement + avec les partisans et amys, pour voir comme ilz pourroient, de + chascun costé, advancer leur intention et retarder d'aultant + celle des aultres. + + Et enfin milord Quiper, qui est chef de la partie contraire, + après avoir bien consulté avecques les siens, avoit, au partir de + ceste ville, délibéré de s'en aller en la contrée pour allonger + et interrompre la matière; mais le comte d'Arondel le prévint en + son propre logis, et le somma de se trouver, le IIIe jour après, + devers la Royne leur Mestresse pour résouldre cestuy et aultres + très urgentz affères, «qui ne pouvoient, disoit il, sans mettre + la dicte Dame et son royaume en grand dangier, estre plus + prolongez.» + + Icelluy Quiper, en grand collère, luy respondit qu'il ne + délibéroit de retourner en court, qu'il ne fût plus de trois foys + fort expressément appellé, veu que la Royne tenoit si peu de + compte d'observer les choses une foys arrestées, et qu'elle + mesprisoit à ceste heure ses conseilz, et ne recepvoit plus sinon + ceulx qui luy estoient très dommaigeables, ès quelz il ne vouloit + en façon du monde intervenir. + + Le comte répliqua que à la charge qu'il avoit ne convenoit bien + de gouverner ainsy ce royaulme par collère, car c'estoit par + rayson et justice qu'il le debvoit modérer, et qu'il se sçauroit + aussi bien courroucer que luy s'il vouloit; mais qu'il prévoyoit + ung si grand inconvéniant d'une généralle sublévation en ce + royaulme et de tant de guerres avecques les estrangiers, qu'il ne + pouvoit pour son debvoir différer plus longtemps d'en avertyr sa + Mestresse, et qu'il falloit que luy, comme son premier + conseiller, s'y trouvast présent pour en dellibérer, ce que, s'il + reffuzoit de fère, qu'il fût asseuré qu'il luy seroit reproché; + et que, absent ou présant, il ne lairroit de bien chanter les + vespres au secrétaire Cecille, car ce n'estoit que d'eulx deux + que procédoit le retardement de toutz les affères de ce royaume. + Cella fut lors cause que le dict Quiper s'estant ung peu remiz, + et estant le propos venu à plus gracieulx termes entre eulx, ilz + se promirent l'ung à l'aultre de se trouver, le cinquiesme jour + après, à Amptoncourt. + + Pendant laquelle assignation, le secrétaire Cecille fit tout ce + qu'il peult pour destourner la dicte Dame de son bon propos, et + luy oza bien dire assés licentieusement, présent le comte de + Lestre, qu'elle s'en alloit habandonnée de ses meilleurs + serviteurs, puysqu'elle se vouloit ainsy précipiter d'elle mesmes + en ung manifeste et trop certain péril de sa propre personne et + estat par la restitution et dellivrance de la Royne d'Escose. + + A quoy, en collère, elle luy demanda comme il cognoissoit cella, + car jusques à ceste heure, elle n'avoit ouy nulle rayson de luy + là dessus qui ne fût playne de passion et de hayne, et comme il + ne respondoit rien, le comte de Lestre dict: «Voyez, Madame, quel + homme est le secrétaire, car se trouvant hier avec nous tous à + Londres, il asseura qu'il vous donroit conseil de restituer la + Royne d'Escoce, et meintennant il parle en toute aultre + façon.»--«Ainsy, respondit elle, me raporte il plusieurs choses + assés souvant de vostre part, qui puys après est tout le + contraire. Quoyqu'il y ayt, maistre Secretary, dict elle, je + veulx sortyr hors de cest affère et entendre à ce que le Roy me + mande, et ne m'en arrester plus à vous aultres frères en Christ.» + + Sur cella, m'estant arrivée la dépesche du Roy du IIIIe de may, + il a esté le plus à propos du monde que j'aye faict ceste + troisième recharge, du XXIIe du dict moys, à la dicte Dame, comme + je luy ay desjà mandé, par laquelle voyantz les adversayres + qu'elle se layssoit conduyre à la rayson, et que desjà elle + m'accordoit de retirer ses forces hors d'Escoce et de procéder à + la restitution de la Royne sa cousine; après que j'en ay heu + aussi parlé au conseil, ilz ont préparé l'ung d'entre eulx pour + venir, en présence des aultres, tenir le merveilleux et bien + insolant propos qui s'ensuyt; + + C'est de dire à la dicte Dame «qu'elle estoit estrangement pipée + et trompée en ceste affère, car il estoit désormais trop clair + que ceulx, de qui elle commançoyt de suyvre le conseil, estoient + toutz gens partiaulx et bandez contre elle en faveur de la Royne + d'Escoce, et qu'il n'y avoit rien plus aparant et vraysemblable; + que les propos de moy ambassadeur estoient emprumptez, ou de Mr + le cardinal de Lorrayne qui m'avoit mandé d'ainsy parler, ou de + la Royne d'Escoce qui m'en avoit prié; et que, veu les affères + que le Roy avoit chez luy, il n'estoit pour mander et encores + moins pour fère ce que je disoys; et que desjà l'on avoit passé + si avant aulx choses d'Escoce qu'il n'estoit plus temps de s'en + retirer, ny la dicte Dame ne pourroit désormais, sans dangier et + sans perdre trop de réputation, rappeller ses forces de + Lislebourg; mais que, si elle poursuyvoit son entreprinse, il + estoit trop évidant que l'Escoce s'en alloit conquise, et les + Escouçoys toutz renduz ses subjectz et tributaires, et son + authorité establye au dict pays, et sa religion à jamais + confirmée par toute l'isle; + + »Que ce qu'il disoit estoit ung bon et droict conseil, et ce + qu'on alléguoit au contraire estoit tout faulx et suspect, et + qu'il vouloit mourir pour une si digne querelle, laquelle + convenoit à la grandeur et dignité de la couronne d'Angleterre, + non de se mouvoir ainsy ny de changer de délibération pour les + parolles d'un ambassadeur, comme il sembloit que la dicte Dame + vouloit fère, et que le Roy, Henry VIIIe, n'eust pas lasché + prinse, ainsy que honteusement et misérablement l'on le + conseilloit à elle de le fère; et qu'il offrait, au cas que, pour + l'amour de la Royne d'Escoce, les Françoys passassent de deçà, + que luy mesmes luy yroit trancher la teste, s'il playsoit à la + Royne luy en bailler la commission, s'atachant particullièrement + au comte de Lestre comme pour le taxer qu'il ne se monstroit + fidelle en cest endroict à sa Mestresse.» + + Le comte luy a respondu «que ces propos estoient d'ung homme + indigne d'estre au conseil de la Royne, et que, de sa part, il + l'avoit conseillée droictement sellon conscience et honneur, et + sellon qu'il estoit dellibéré de vivre et mourir en l'opinion + qu'il luy avoit donnée, et mesmes à maintenir, contre quiconques + vouldroit dire le contraire, qu'il ne luy avoit rien dict qui ne + fût digne d'ung très bon et très fidelle conseiller, serviteur et + subject; et puysqu'ilz en venoient là, qu'ilz fissent tout le piz + qu'ilz pourroient de leur costé, et que la dicte Dame regardât + quel party elle vouldroit prandre, car luy et plusieurs aultres + estoient résoluz de persévérer à jamais en leur délibération.» + + La dicte Dame, se trouvant en perplexité, a respondu en collère + au premier qui avoit parlé, «que ses conseilz estoient toutjour + semblables à luy mesmes, qui ne luy en avoit jamais donné que de + témérayres et dangereux, et que, tant s'en falloit qu'elle vollût + avoir ung aultre royaulme au pris qu'il disoit de la vie de sa + cousine, qu'elle aymeroit mieulx avoir perdu le sien que de + l'avoir consenty; et qu'il n'entreprint sur sa teste de tenir + jamais plus un tel langaige, et qu'au reste eulx toutz mettoient + ses affères, et elle, et son estat, en grand dangier, de se + porter ainsy tant contraires et opposans en leurs opinions.» + + Sur cella, après quelque peu de silence, le comte d'Arondel a + commancé de dire «que la collère, ny la passion, ny la hayne ou + amytié, qu'on pouvoit avoir à la Royne d'Escoce, ne les debvoit + mouvoir de donner conseilz précipitez ni dangereux à leur + Mestresse, ny de venir à nulle contention entre eulx, ains + procéder en tout par prudence et modération; et que luy vouloit, + en présence d'elle et de son conseil, librement dire qu'il estoit + trop clair qu'en l'entreprinse d'ayder une partie des Escouçoys + qui estoient désobéyssantz, ou qui avoient quel autre prétexte + que ce fût contre leur Royne Souverayne, ne pouvoit avoir rien + de seurté, ny d'équité, ny de proffict, ny rien aultre chose que + force difficultez, force despences, une très mauvaise estime des + gens de bien, une grande offance des aultres princes, et une très + certaine ouverture de plusieurs guerres, que la dicte Dame et son + royaulme n'estoient pour pouvoir soubstenir; + + «Que c'estoit mal juger des parolles miennes, qu'elles fussent + empruntées, car jusques icy l'on les avoit trouvées conformes à + celles du Roy Mon Seigneur, et leur mesmes ambassadeur par ses + lettres les avoit souvant confirmées; et qu'on n'avoit encores + veu, quant ung ambassadeur d'ung si grand prince avoit + résoluement dict _ouy ou non_, qu'il se trouvât puys après + aultrement; car seroit exemple fort nouveau, qu'ung ambassadeur + se mît en dangier d'estre désadvouhé, et n'en fauldroit plus + envoyer si l'on en venoit là; par ainsy, qu'ayant esté mon dire + clair et exprès, il n'y avoit point de doubte qu'il ne fût + procédé du commandement et de l'intention du Roy Mon Seigneur; + + »Qu'il n'y auroit ny honte, ny dangier, de se retirer de ceste + entreprinse d'Escoce; de honte, parce que cella se feroit sur + l'instance et prière d'ung grand Roy pour conserver la paix et + les trettez, lequel promettoit non seulement de n'attempter rien + de son costé, mais d'accomplir toutes choses à l'advantaige de la + Royne; et encores moins de dangier, car ne seroit mal aysé de + ramener les gens qui estoient à Lislebourg jusques à Barvich, + sans qu'on en perdit pas ung; + + »Que possible le Roy Henry VIIIe n'eust pas vollu lascher prinse, + mais de son temps l'Angleterre estoit en meilleure disposition et + mieulx unye que meintennant, et si l'avoit il merveilleusement + espuysée et ruynée pour les guerres de France; ès quelles + toutesfoys il n'avoit jamais ozé rien entreprendre qu'il n'eust + ung Empereur pour compaignon, là où tant s'en failloit qu'on + peult fère meintennant estat du Roy Catholique, son filz, que au + contraire l'on l'avoit bien fort offancé, et si enfin les + entreprinses du Roy Henry en France estoient tornées à rien; que + pourtant la dicte Dame advisât de prendre l'expédiant qui plus + luy pouvoit admener de paix et de seurté en son royaulme, qui + plus luy pouvoit confirmer l'amytié des aultres princes, et qui + plus pouvoit justiffier la droicture de ses intentions envers + Dieu et les hommes.» + + A ceste opinion ayant celluy du conseil, qui est le plus homme de + guerre, adjouxté qu'il se offroit d'aller luy mesmes retirer les + Anglois, qui estoient à Lislebourg, en si bonne sorte que, sans + aulcun dangier et à l'honneur de la Royne, il les reconduyroit + toutz à Barvich, il fut conclud qu'on advertiroit incontinent le + comte de Sussex de l'accord d'entre la dicte Dame et moy, pour + donner ordre qu'on n'eust à fère nulle entreprinse davantaige + dans l'Escoce. + + Mais, le lendemain, survint ung inconvéniant qui cuyda tout + gaster, car ayant l'évesque de Roz escript une fort courtoyse + lettre au comte de Lestre pour obtenir de la Royne qu'elle luy + vollût donner audience, affin d'avoir confirmation de sa bouche + des choses que je luy avois dict qu'elle accordoit, pour les + pouvoir, plus seurement escripre; elle ne se peult tenir qu'elle + ne dict au dict comte que la lettre l'arguoit de souspeçon, qu'on + luy imposoit, d'avoir trop prins à cueur le party de la Royne + d'Escoce: laquelle parolle le piqua si fort qu'après s'estre + plainct de ce qu'elle vouloit ainsy tourner l'honnesteté de la + lettre à son trop grand préjudice, il luy dict: «qu'il ne luy + avoit jamais donné occasion de penser aultrement de luy que comme + d'ung sien bon conseiller, qui a toutes les obligations du monde + de ne luy estre jamais aultre que son très obéissant et très + fidelle serviteur; + + «Que, en ce qu'il luy conseilloit de la Royne d'Escoce, il + croyoit, comme en Dieu, que consistoit tout son repos et sa + principalle seurté, et que de fère le contraire estoit sa ruyne + et destruction, et qu'il ne changerait jamais d'adviz, estant en + elle de suyvre lequel qu'elle vouldroit; mais que, pour ne luy + donner aulcun souspeçon de luy, il se privoit désormais fort + vollontiers de n'entrer plus en son conseil.» Et ainsy s'en + partit pour lors, et s'en vint à Londres, bien que, incontinent + après, la dicte Dame luy envoya, et au marquis de Norampton, une + commission pour parler au dict évesque de Roz, affin de luy + confirmer les choses qu'il desiroit, car pour encores elle ne le + vouloit admettre en sa présence; toutesfois cella a esté rabillé + despuys, et le dict comte mesmes a faict parler le dict évesque à + la dicte Dame. + + Ceste tant grande division de court, laquelle est encores plus + grande dans le royaulme, est cause dont, pour ne laysser + intéresser le Roy ny sa couronne d'une si ancienne alliance, j'ay + ainsy entreprins de m'oposer à ceulx de ce conseil qui + s'esforcent de la luy oster, qui ne sont personnaiges guières + principaulx, ny bien fort authorizez, pour me joindre aulx + aultres qui font tout ce qu'ilz peuvent pour la luy conserver, + qui sont les premiers et plus nobles de ce royaulme, et d'en + escripre ainsy que j'ay faict à Leurs Majestez. + + + + +CXIVe DÉPESCHE + +--du XVIe jour de juing 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Vollet._) + + Nouvelle irritation d'Élisabeth contre l'évêque de Ross, Marie + Stuart et le duc de Norfolk.--Changement opéré dans les + résolutions de la reine d'Angleterre.--Nouvelles d'Écosse, où + le traité conclu par l'ambassadeur a commencé à recevoir son + exécution.--Mesures prises contre ceux qui répandraient les + bulles du pape en Angleterre.--Affaires + d'Allemagne.--Propositions que doit faire le pape à la diète de + Spire.--Messager envoyé à Londres par l'amiral Coligni.--Motifs + qui ont changé les résolutions d'Élisabeth. + + + AU ROY. + +Sire, il n'y avoit guières plus de deux heures que le Sr de Vassal +estoit party, pour vous aporter ma dépesche du XIe du présent, quand +le Sr de Sabran est arrivé avec celle de Vostre Majesté du dernier du +passé, sur laquelle m'ayant la Royne d'Angleterre assigné audience à +demain, je mettray peyne, Sire, de fère, s'il m'est possible, qu'elle +veuille bien conformer son intention à ce que me mandez estre de la +vostre; et de luy oster, si je puys, une nouvelle offance, que, +despuys huict jours, elle a conservé contre l'évesque de Ross avec +tant d'indignation qu'elle jure de ne le vouloir jamais veoir, ainsy +que le Sr de Vassal vous l'aura peu dire, chose que je crains assés +que me sera bien difficile de remédier, et qui pourra possible +retarder beaucoup les affères de la Royne d'Escoce; mesmement que +ceulx, qui nous sont contraires, ont heu desjà de quoy fère de là ung +mauvais office contre elle, c'est de changer la pluspart des bonnes +dellibérations qui avoient esté faictes sur les choses du Nord et +d'Escoce; et ont aussi miz tant de traverse à la liberté du duc de +Norfolc, qu'il semble qu'elle soit meintennant bien fort retardée, ny +ceulx qui veulent bien à la Royne d'Escoce et au dict duc n'ont peu +mieulx, pour ce coup, que de céder ung peu au courroux de leur +Mestresse; dont le comte de Lestre s'est absenté pour douze ou quinze +jours en sa maison de Quilingourt, et le comte d'Arondel s'en est venu +en ceste ville. Et cependant noz affères dorment, sinon en tant que +noz ennemys les vont réveillant pour les fère eschapper; mais j'espère +qu'après le retour du dict évesque et de ces seigneurs, nous y donrons +telle presse qu'il nous y serra baillé une bonne ou bien une mauvaise +résolution. + +J'entendz que la dicte Royne d'Angleterre a heu si grand désir de +contanter Vostre Majesté, sur ce qu'elle m'avoit promiz de révoquer +ses gens de Lislebourg, que, l'ayant, incontinent après ma précédante +audience, mandé au comte de Sussex, il les a heu retirez premier qu'on +luy ayt peu fère nul contraire mandement; de sorte que Drury, avec ses +quatorze centz hommes, car plus grand nombre n'en avoit il mené par +dellà, a esté de retour à Barvyc le IIIIe de ce moys: j'en sçauray +demain par la dicte Dame encores mieulx la certitude, et pareillement +si elle aura poinct retiré sa garnyson de Humes et de Fascastel. L'on +dict que le comte de Lenoz est arrivé à Lislebourg, et que ceulx du +party du jeune Prince, son petit filz, l'ont associé au gouvernement; +néantmoins que le duc de Chastellerault et les trois comtes +d'Honteley, d'Arguil et d'Athel, lesquelz ont, dez le Xe de may, +soubzsigné à l'authorité de la Royne d'Escoce, et qui se portent toutz +quatre conjointement lieutenants d'elle, avec l'aprobation du reste +de la noblesse et du pays, commancent de réduyre toutes choses bien +fort à leur dévotion. + +Cependant l'on se trouve icy en grand perplexité et en plusieurs +difficultez, pour la bulle dont vous ay cy devant escript, et en ont +ceulx de ce conseil miz la matière en délibération; mais ne s'en +pouvans bien accorder, ilz ont faict une grande assemblée des plus +sçavans de ce royaulme pour veoir comme il y fauldroit procéder; et +m'a l'on dict qu'il est résolu que ceulx, qui auront ozé, ou qui +auzeront cy après, entreprendre d'aficher bulles, proclamations, +placartz ou aultres telles choses si expresses contre la Royne, en +lieux publicz, seront attainctz et convaincuz de lèze majesté, et les +aultres qui s'en trouveront seulement saisis, n'encourront pas du tout +si grand crime, mais ilz n'évitteront pourtant l'indignation du +prince; et semble bien que, à l'ocasion de la dicte bulle, les +Catholiques sont plus durement traittez, et qu'on a plus grand aguet à +les observer de près qu'on n'avoit auparavant; mesmes le dict évesque +de Roz a senty que cella est venu ung peu hors de temps pour sa +Mestresse. + +L'escuyer du prince d'Orange arriva icy la sepmaine passée, sur les +navyres qui revenoient de conduyre la flotte de Hembourg; qui a aporté +lettres de son maistre à ceste Royne, et au comte de Lestre, et au +secrétaire Cecille, et encores d'aultres lettres à la dicte Dame de +son agent qui est en Allemaigne, en datte ces dernières du XXVIe de +may; qui contiennent divers adviz, premièrement, que la diette a esté +prolongée du XXIIe de may au XXIIe de juing, et que le Pape a fort +conjuré l'Empereur de s'y trouver, qui aultrement s'en vouloit fort +excuser, et ce, pour deux considérations, que Sa Saincteté a heues, +dont l'une se publie assés, qui est pour mettre en avant ung décrect +qu'il ne soit désormais plus loysible aulx Allemans d'aller travailler +les estatz des aultres princes chrestiens, par prétexte de secourir +leurs subjectz pour la cause de la religion; et l'aultre, laquelle on +tient secrecte, est pour fère passer ung aultre décrect contre les +comte Pallatin et duc de Vitemberg, et contre quelconques princes, ou +aultres, qui se seroient despartys et séparez des deux religions +receues en l'Empire: sçavoir, la Catholique et celle de la confession +d'Auguste, affin de les priver non seulement de l'eslection, dignitez, +charges, estatz et aultres leurs prééminances, mais y en subroger tout +incontinent d'aultres, et les exclurre eulx, pour jamais, de la paix +publicque d'Allemaigne. Ce qu'ayant le duc Auguste descouvert, et +craignant que la présente désauthorisation et ruyne de ces princes ne +fût puys après celle de luy mesmes, a vollu interrompre la dicte +diette; mais ne le pouvant fère, les dictes lettres portent que, par +prétexte de conduyre sa fille en son mesnaige, il s'est accompaigné du +Lansgrave et de huict ou neuf mil chevaulx, pour s'opposer aulx +décrectz, et qu'ung chacun juge, puysqu'il s'en vient ainsy à +Heldelberg, qu'il se trouvera sans faulte à la dicte diette et que mal +ayséement s'achèvera elle sans quelque tumulte, puysque luy et les +aultres princes se vont ainsy acompaignant; qu'il s'estimoit que le +Cazimir, incontinent après la dicte diette, ou bien plustost, +s'achemineroit avec ses reytres au secours des Princes et de l'Admyral +de France; que le duc Jehan Guillaume de Saxe avoit donné pour Vostre +Majesté le alliguet[9] à ses gens pour les fère marcher par tout le +moys de may; et qu'il avoit dict aulx aultres princes protestantz que +ce qu'il en faisoit n'estoit que pour se maintenir en crédit vers +Vostre Majesté, et en la pancion que vous luy donnez; laquelle luy +faisoit bien besoing pour s'entretenir, mais qu'il ne nuyroit en façon +du monde à ceulx de la nouvelle religion; et qu'au reste, l'on se +resjouyssoit bien fort en Allemaigne de ce que le Roy d'Espaigne +s'estoit modéré vers les Flamans de leur avoir ottroyé ung pardon +général par où l'on espéroit que les Pays Bas se maintiendroient en +paix; et est l'on icy après à dépescher le dict escuyer pour s'en +retourner devers son maistre. + + [9] La solde du mois. + +Mr l'Amyral a trouvé moyen de fère passer jusques icy en grand +dilligence devers Mr le cardinal de Chatillon ung messagier, qui n'a +point aporté de lettres, mais seulement créance de bouche; de laquelle +je n'ay encores entendu le contenu, sinon que on m'a dict que c'est +pour les choses d'Allemaigne, et si n'ay rien sceu du dict homme +jusques à ce qu'il a esté renvoyé, car n'a esté arresté que deux jours +icy, et s'en retourne, à ce qu'on dict, par Paris soubz quelque +passeport emprumpté. + + Ce XVIe jour de juing 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, de ce que Mr l'évesque de Roz, deux jours après que la Royne +d'Angleterre luy eust ottroyé sa liberté, a esté trouvé partant de +nuit avec le comte de Southanton, jeune seigneur catholique; et de ce +qu'on se persuade que la bulle du Pape n'a esté expédiée sans le +consentement de Voz Majestez Très Chrestiennes et du Roy d'Espaigne; +et qu'en mesmes temps milord de Morlay, principal seigneur +d'Angleterre, beau filz du comte Derby, estant appellé en ceste court +n'y est vollu venir, ains est passé delà la mer à Doncquerque; +plusieurs choses en ce royaume monstrent tendre à quelque altération, +mesmes que, pour les dicts accidentz, icelluy comte de Soutanthon a +esté mandé et aussitôt miz en arrest ez mains du capitaine de la +garde; et maistre Cormuaille, ancien conseiller, et plusieurs aultres +Catholiques ont esté examinez et aulcuns d'eux miz en la Tour; et le +duc de Norfolc, qui attandoit quelque eslargissement, a esté resserré. +Dont je crains aussi que les affères de la Royne d'Escoce, qui +commançoient de s'acheminer, en soient de mesmes bien fort esloignez +et retardez, mais je feray, pour le regard de ce dernier, le mieulx +que je pourray envers la dicte Dame pour la fère passer, oultre en ce +qu'elle m'a commancé d'accorder: et j'espère, Madame, que j'en +descouvriray demain assés son intention, bien que, pour l'absence du +comte de Lestre, ny elle ne vouldra m'en donner sa résolution, ny moy +cercher de l'avoir, si je sentz qu'il n'y face bon. Sur ce, etc. + + Ce XVIe jour de juing 1570. + + + + +CXVe DÉPESCHE + +--du XIXe jour de juing 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par Jacques Tauriel._) + + Détails d'audience.--Changement de conduite de la reine + d'Angleterre.--Ses plaintes contre le pape.--Sa colère contre + Marie Stuart et l'évêque de Ross.--Insistance de l'ambassadeur + pour que le traité touchant l'Écosse reçoive son + exécution.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle va donner les + ordres nécessaires à l'effet de faire retirer ses troupes, et + qu'elle consent à traiter de la restitution de Marie + Stuart.--Motifs secrets qui font agir la reine + d'Angleterre.--Nouvelles des protestans de France; leur désir + d'en venir prochainement à une bataille décisive. + + + AU ROY. + +Sire, il n'est advenu sinon, ainsy que je l'avois pencé, que je +trouverois à ceste heure la Royne d'Angleterre aultrement disposée que +lorsque je parlay à elle, le XXe du passé, non toutesfoys ez choses +qui sont particullières de Vostre Majesté, car en celles là m'a elle +respondu comme les aultres foys; c'est de desirer toutjour la paix de +vostre royaulme et que son ambassadeur luy puisse bientost mander la +conclusion d'icelle, estant bien marrye qu'on la va ainsy prolongeant; +et qu'elle vouldroit bien sçavoir si tout ce que les aultres, de leur +costé, disent que Vostre Majesté leur a offert est vray; et, quoy que +soit, que, comme Chrestienne, elle desire que vous les accommodiez en +leur religion, et, comme Royne, qu'ilz vous randent entièrement ce +qu'ilz doibvent à vostre authorité. + +A quoy je luy ay satisfaict, sellon que la lettre de Vostre Majesté, +du dernier du passé, m'a baillé ample argument de respondre au tout, +avec ung sommaire récit de l'estat de votre armée, soubz la conduicte +de Mr le mareschal de Cossé, et des exploictz que Mr le mareschal de +Danville a faictz du costé du Languedoc; ce qui n'a esté sans parler +des aprestz d'Allemaigne et des nopces du Cazimir, par manière +toutesfoys de me demander ce que j'en sçavois: et je n'ai obmiz de +mencionner aussi les levées du duc Jehan Guillaume de Saxe et de +Bronsouyc, comme elles commançoient de bransler pour Vostre Majesté. + +Et a la dicte Dame faict venir, par deux foys, à propos de me dire que +l'Empereur luy a naguières escript avec aultant d'abondance, +d'affection et de bienveuillance, comme au contraire le Pape s'est +esforcé de luy donner ung bien mauvais salut par une sienne bulle, en +laquelle il l'appelle _flagiciorum serva_; mais que c'est chose de +quoy elle ne se soucye guières, sinon qu'elle pense que tant +d'estranges et insolantz désordres, qu'on voyt advenir, présagent +bientost la fin du monde; et, avec un rire extraordinaire, m'a compté +la façon dont mylord de Morlay, estant désembarqué à Donquerque, a +demandé de parler au bourgemestre de la ville, se faisant ung des plus +avancez et des plus illustres seigneurs d'Angleterre. + +Et se sont jusques là toutz noz propos passez bien fort gracieusement; +mais, quant c'est venu à toucher du faict de la Royne d'Escoce, il est +bien mal aysé, Sire, que je vous puisse dire en combien de façons la +dicte Dame a monstré qu'on l'avoit de nouveau exaspérée et aigrie +contre elle et contre l'évesque de Roz; car luy ayant seulement suyvy +la teneur de voz lettres avec les honnestes satisfactions qui y sont, +elle, en commémorant ses bienfaictz vers sa cousine, m'a récité les +offances vieilles et nouvelles qu'elle a receu d'elle et de ses +ministres, et qu'elles luy estoient si griefves que, si elle les eust +tenues aussi vériffiées, il y a ung moys, comme elle faict +meintennant, elle n'eust heu garde d'entrer en nul tretté des affères +de la dicte Dame avec moy; et qu'elle entendoit que, nonobstant le +dict tretté, Vostre Majesté faisoit embarquer quelques gens en +Bretaigne pour envoyer à Dombertrand, ce qu'elle remettoit bien à +vostre discrétion, et vouldroit qu'il fût vray, car ne fauldroit plus +parler d'accord; toutesfoys qu'elle pence que c'est parce que je vous +ay mandé l'acheminement de ces harquebuziers, que le comte de Sussex +avoit envoyez au comte de Morthon, en quoy je eusse bien faict de ne +me haster de le vous escripre sans en parler à elle ou à son +secrétaire, qui m'eussent faict entendre que ce n'estoit aulcunement +pour se mesler des droictz du royaulme entre la Royne d'Escoce et son +filz, mais pour s'opposer à ceulx qui favorisoient et recepvoient ses +rebelles, et pour donner ayde à ceulx qui les vouloient chasser; que, +en ce que je lui avois dict que les Escouçoys estoient après à vous +sommer de leur envoyer secours par vertu de voz alliances, qu'elle +croyoit bien que Ledinthon, qui avoit esté le plus traystre de toutz à +sa Mestresse, conseilloit meintennant de ce fère, mais qu'elle pense +que Vostre Majesté n'escoutera de si meschantz subjectz que ceulx là, +et ne vouldra pour eulx oublyer une si rescente preuve d'amytié, comme +est celle qu'elle vous a monstrée ez présentes guerres de vostre +royaulme, d'avoir rejecté toutes les persuasions qu'on luy a faictes, +et toutes les occasions qu'on luy a offertes, d'y pouvoir fort +incommoder voz affères, et porter ung grand proffict aulx siens; que, +de ce que son ambassadeur vous avoit requiz de n'envoyer voz forces en +Escoce avec l'asseurance qu'elle n'y envoyeroit point les siennes, +que je croye fermement que tout ce qu'elle vous aura mandé ou qu'elle +vous mandera par luy, elle l'acomplyra, mais qu'il fault considérer la +distance des lieux, et qu'il n'est possible de si tost exécuter une +parolle comme elle est dicte; qu'elle remercye Vostre Majesté du +commandement que m'avez faict de ne m'espargner d'aller jusques vers +la Royne d'Escoce, s'il est besoing, pour l'exorter qu'elle luy +veuille fère d'honnestes offres, et icelles acomplyr et inviolablement +observer; qu'elle ne fait doubte qu'elle ne promette assés, mais +qu'elle ne tiendra jamais; et que l'évesque de Roz est desjà allé +devers elle pour luy parler, qui me relèvera de ceste peyne, duquel +toutesfoys elle ne peult plus espérer aulcun bon office, et que +hardyment la Royne d'Escoce envoye ung aultre ministre, car celluy là +ne parlera jamais plus à elle. + +De toutz lesquelz propoz de la dicte Dame, plains de courroux, voyant +que je ne pouvois recuillyr rien de certain, je luy ai demandé s'il +luy playsoit point accomplyr les deux choses, qu'elle m'avoit +naguières promises; de procéder dilligentment à la restitution de la +Royne d'Escoce et de retirer ses forces hors de son pays. + +La dicte Dame, intermélant plusieurs aultres propos, m'a enfin +respondu que, pour l'honneur de Vostre Majesté, elle continuera et +paraschèvera le tretté avec la dicte Dame aussitost qu'elle luy aura +faict entendre son intention sur ce que l'évesque de Roz luy aura +dict; me touchant, en passant, que d'aultres foys elle luy avoit +escript que, s'il n'estoit trouvé bon de la remettre avec +magnifficence et aparat en son pays, qu'elle estoit contante qu'on +l'envoyât privéement comme une qui retournoit aulx siens; en quoy +elle a toutjours vollu pourvoir que ce fût avec seureté de sa vie: et +quant à retirer ses forces, que je donne toute asseurance à Vostre +Majesté que, suyvant sa promesse, le comte de Sussex les a desjà +révoquées à Barvych, hormiz quelque peu de gens, qu'il a miz à la +garde de deux chasteaux; lesquelz elle ne dellibère randre, qu'elle ne +soit satisfaicte des outraiges que luy ont faict ceulx à qui ilz +apartiennent. + +A cella je luy ay répliqué que ce ne seroit retirer ses forces que de +laysser garnyson dans deux chasteaulx, et que je la pouvois asseurer +que Vostre Majesté ne s'armeroit jamais pour maintenir les rebelles +d'Angleterre, ainsy qu'elle, de son costé, disoit ne s'armer aussi +contre les droictz de la Royne d'Escoce: néantmoins de tant que ceste +alliance d'Escoce, qui a duré neuf centz ans à vostre couronne, vous +abstreinct d'assister meintennant l'auctorité de la Royne d'Escoce, +vostre belle soeur, contre ses propres rebelles; et y voulant elle, en +mesmes temps, poursuyvre les siens, qu'enfin vous viendriez aulx armes +et à la guerre entre vous contre votre propre vouloir et intention; et +que vous aviez trop plus de rayson de mettre garnyson dans Dombertrand +que elle d'en tenir dans Humes et Fascastel. + +Elle allors m'a respondu qu'elle ne sçavoit, à la vérité, comment le +comte de Sussex en a usé, ny quelles gens il a layssé dans ces +chasteaulx; mais que tout cella se pourra accommoder par le tretté, et +qu'elle desire bien sçavoir quelle responce Vostre Majesté me fera, et +ce que vous aurez respondu à son ambassadeur sur ce qu'elle, a +dernièrement tretté avec moy. + +Et layssant ainsy ces propos, nous sommes passez à d'aultres plus +gracieulx, avec lesquels s'est finye ceste audiance, despuys laquelle +m'estant pleinct au secrétaire Cecille de la dicte garnyson des deux +chasteaulx, il m'a respondu que ce n'estoit chose de conséquence; car +n'y avoit que quarante hommes en l'ung, et vingt en l'aultre; et que +le tretté mettroit fin à tout cella; me priant de continuer à fère +tousjours bons offices entre Voz Majestez, et qu'il contendra avec moy +de les fère encores meilleurs, s'il peult. Sur ce, etc. + + Ce XIXe jour de juing 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, les propos, que Vostre Majesté verra, en la lettre du Roy, que +la Royne d'Angleterre m'a tenuz, procèdent, à mon adviz, de l'une de +trois occasions et, possible, de toutes trois ensemble: la première, +des véhémentes inpressions qu'on luy a données, et qu'on luy donne +encores, de ne se debvoir jamais tenir bien asseurée de la Royne +d'Escoce, dont aulcuns me disent que, quoy aussi que la dicte Dame me +promette, son intention, ny celle des siens, n'est de se despartyr +aucunement des premières dellibérations qu'ilz ont faictes sur ceste +paouvre princesse et sur son pays, sinon qu'ilz y soyent contrainctz +par la force; la seconde, qu'on l'asseure que le capitaine La Roche et +le capitaine Puygaillard sont desjà embarquez à Suscivye, avec cinq +centz harquebouziers brethons, pour passer en Escoce: ce que la dicte +Dame m'a dict le sçavoir bien au vray, mais qu'elle est bien advertye +aussi que, le IXe de ce moys, ils n'estoient encores bougez, et, +possible, a elle vollu ainsy braver lorsqu'elle s'est trouvée en plus +grand peur; et la troisiesme est qu'on luy a fort magniffié les +forces, qui sont en l'armée des Princes de Navarre et de Condé, +l'asseurant qu'elles sont suffisantes de travailler assez toutes +celles de Voz Majestez, sans qu'en puyssiez envoyer dehors. + +Car, voycy, Madame, ce que j'entendz qu'on a miz par escript et +monstré à la dicte Royne d'Angleterre et puys publié, de main en main, +de la créance qu'a aportée le messagier de Mr l'Amyral. C'est que le +dict sieur Amyral fortiffie Roane, pour estre ung lieu très oportun et +commode à maintenir la guerre, et y fère son magazin, et pour y +retirer ses mallades; et avoir ce passaige de Loyre à son +commendement, pour y pouvoir sans difficulté recuillyr les secours +d'Allemaigne et incommoder grandement toutz les aultres pays +d'alentour; que, oultre qu'il a avec luy les viscomtes, et les troupes +de gens de cheval et de pied qui estoient en Gascoigne, qui ne sont +petites, il a recuilly en Languedoc ung grand nombre de bien bons +soldatz, et que le comte de La Rochefoucault l'est venu trouver avec +huict centz chevaulx et deux mil harquebuziers, toutz gens d'eslite; +que de la Charité est arrivé dans son camp une troupe de quatorze +centz bons hommes, toutz à cheval; que Mr de Lizy y est aussi arrivé +d'une aultre part, avec douze centz harquebuziers et cinq centz +chevaulx, lesquelz il a recuilliz en revenant d'Allemaigne; et que +tout cella ensemble faict la plus brave armée de Françoys qui de +longtemps ayt esté veue en France, oultre les reytres qu'il a, qui ne +sont guyères diminuez; et qu'il ne désire rien tant que de venir à une +journée, laquelle il cerchera de donner bientost par toutz les moyens +qu'il luy sera possible; et que l'armée du Roy, que Mr le mareschal de +Cossé conduict, est composée de huict mil Suisses nouvellement levez, +car des vieulx n'en y a guières plus, et de quatre mil Françoys, d'ung +nombre de reytres, qu'on paye à trois mil, qui ne sont que dix huict +centz, soubz la charge du jeune comte de Mensfelt, duquel il ne se +deffye pas trop, et d'envyron quatre mil chevaulx françoys; et qu'il a +esté mandé à Mr le mareschal de Damville de se joindre au sieur +mareschal de Cossé, affin de donner la bataille, laquelle néantmoins +semble qu'il la vouldra évitter; car s'est logé vers Dun le Roy, et se +couvre de la rivière d'Allyé. Lesquelles nouvelles, comme elles +mettent en grand suspens les opinions des hommes, aussi suspendent +elles les dellibérations des affères; et croy qu'elles retarderont +ceulx que nous traictons icy meintennant, attendant ce qui pourra +succéder; mesmes que j'entendz que, parmy leurs esglizes, il est desjà +ordonné de fère prières et jeunes pour ceste prochaine bataille, tant +ilz pensent que les choses en sont prez; et encores que je m'asseure, +Madame, que si cecy est vray, Voz Majestez l'auront bien entendu +d'ailleurs, toutesfoys, pour l'inportance de l'affère, et pour le +dangier qu'aulcuns personnaiges d'honneur et de bien, qui conférons +quelquefoys ensemble, avons peur que puysse avenir, je n'ay vollu +différer de le vous mander incontinent par ce courrier exprès, avec +les responses de la dicte Royne d'Angleterre. Et sur ce, etc. + + Ce XIXe jour de juing 1570. + + + + +CXVIe DÉPESCHE + +--du XXIe jour de juing 1570.-- + +(_Envoyée jusques à la court par Groignet, l'un de mes secrétaires._) + + Message de la reine d'Angleterre, afin que le roi soit + sur-le-champ averti qu'elle se considérera comme dégagée de sa + parole si l'expédition française, destinée à porter des secours + en Écosse, sort des ports de Bretagne.--Désir de l'ambassadeur + que l'on ajourne cette expédition.--Nouvelles d'Allemagne, où + tout se prépare pour donner d'importans secours aux protestans + de France.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Dispositions + prises par les protestans de France, en Angleterre et en + Allemagne, dans le but de continuer la guerre avec vigueur. + + + AU ROY. + +Sire, les responces et adviz, que je vous ay escript despuys trois +jours, m'ont semblé estre assez pressez pour les vous debvoir fère +sçavoir par ung courrier exprès, comme j'ay faict; et meintennant, +Sire, je suys instantment requiz par la Royne d'Angleterre de vous en +dépescher encores ung, tout présentement, pour vous notifier ce que, +par ung sien secrétaire, nommé maistre Sommer, elle m'a envoyé dire +jusques en mon logis: c'est qu'elle avoit bonne souvenance des choses +naguières accordées entre elle et moy, touchant la Royne d'Escoce, et +qu'elle estoit preste de les acomplyr tant à continuer et paraschever +le tretté avecques elle, que à révoquer ses forces hors de son pays, +comme desjà elle les avoit faictes retirer à Barvyc; mais que, ayant +très certain advertissement comme il s'embarquoyt des compaignies en +Bretaigne pour les envoyer de dellà, qu'elle vouloit bien déclairer à +Vostre Majesté que, si elles y passoient, elle se tenoit, d'ors et +desjà, quicte et deschargée de la promesse qu'elle m'avoit faicte, et +qu'elle exploicteroit dans le dict pays par son armée, qui est +encores entière et en estat, tout ce qu'elle verroit estre expédiant +et à propos pour son service; et qu'elle continueroit de retenir la +Royne d'Escoce là où elle est, sans plus entendre à nul tretté +avecques elle; et, de tant que cella importoit beaulcoup à vostre +commune amytié, à laquelle elle avoit regrect d'y veoir intervenir +ceste altération, me prioit que je vous en voulusse promptement +advertir par homme exprès, qui peult retourner en dilligence, affin +que je l'en peusse résouldre. + +Et bien, Sire, que j'aye respondu au dict Somer que j'avois +freschement reçeu une responce de Vostre Majesté, laquelle j'yrois +aporter à la dicte Dame, et j'espérois qu'elle la contenteroit, il n'a +layssé pourtant de percister que je debvois dépescher promptement +devers Vostre Majesté; qui est l'occasion du voyage de ce mien +secrétaire, par lequel je vous suplieray très humblement, Sire, que, +en voz propos à l'ambassadeur d'Angleterre et en voz apretz de +Bretaigne, il vous playse monstrer toutjour que vous estes prestz +d'entretenir ce qui a esté accordé en vostre nom à la dicte Dame, et +de différer l'embarquement et passaige de vostre secours en Escoce, +jusques à ce qu'aurez veu ce qui succèdera du tretté qu'elle a +commancé avec la Royne vostre belle soeur; et qu'elle veuille achever +de retirer la garnyson qui est demeurée dans Humes et Fascastel, comme +elle a desjà retiré le principal de ses aultres forces du pays, +nonobstant que vous rescentiez beaucoup ce dernier exploict de ses +gens, qui ont abattu quatre maysons du duc de Chastellerault et brullé +toutz ses villaiges. + +Et après, Sire, que j'auray parlé à la dicte Dame sur la bonne +responce, que m'avez commandé luy fère par vostre dépesche du Xe du +présent, je feray entendre ce que j'auray peu comprendre de ses +propos, tant sur ce faict de la Royne d'Escoce que sur ce que la dicte +Dame peult avoir sceu des choses d'Allemaigne: d'où j'entendz qu'elle +a freschement receu lettres, qui lui parlent de l'acheminement de +l'Empereur à Espire pour la diette; et comme la Royne d'Espaigne passe +oultre vers les Pays Bas, laquelle deux mil chevaulx allemans viennent +accompaigner jusques à Nimeguen, où le duc d'Alve la doibt aller +recepvoir, et qu'elle meyne deux de ses petitz frères pour les passer +en Espaigne, (au lieu des deux aisnez) qui s'en retourneront sur les +mesmes vaysseaulx, qui la seront allez conduyre; et que les nopces du +Cazimir ont été accomplyes, où se sont trouvez trèze mil chevaulx, +lesquelz on tient pour chose asseurée que s'acheminent incontinent en +France, au secours de Messieurs les Princes et Amyral; que les trois +électeurs laycs se sont liguez ensemble pour s'oposer aulx décrectz +qui pourroient estre faictz ou contre leur religion, ou contre les +libertez d'Allemaigne; et qu'il semble encores que c'est +principallement pour empescher que l'Empereur ne puysse fère créer son +filz roy des Romains, non sans quelque esbahyssement commant celluy de +Brandebourg s'est joinct à cella, veu qu'il est pensionnaire à six mil +escuz par an du Roy d'Espagne, et qu'il s'est toutjours monstré amy et +serviteur de la mayson d'Austriche; et que aus dictes nopces du dict +Cazimir a appareu quelque désordre de l'ung des deux ducz Jehan de +Saxe, Frédéric ou Guillaume, qui sur quelque débat a vollu tuer le +comte Pallatin; et que quelque homme Gantoys a esté prins et exécuté +pour avoir confessé qu'il estoit venu à la dicte assemblée, pour +donner un coup de pistollé au prince d'Orange. De toutes lesquelles +nouvelles, Sire, celle de la descente de ces Allemans en votre +royaulme me semble considérable, parce qu'il y a grand aparance qu'on +l'exécutera, si la paix ne se conclud bientost; et j'en ay icy de +grandz indices, et pareillement d'une armée de mer, qui se prépare par +ceulx de la nouvelle religion, de bon nombre de vaysseaulx pour fère +une descente de deux ou trois mil hommes en quelque lieu de Normandie, +Bretaigne ou Guyenne; et ne monstrent qu'ilz espèrent encores, en +façon du monde, la dicte paix, bien que, tout à ceste heure, l'on me +vient de dire qu'il a esté semé quelque bruict à la bource de ceste +ville qu'elle est desjà conclue. Sur ce, etc. + + Ce XXIe jour de juing 1570. + + + A LA ROYNE. + + (_Lettre à part du dict jour._) + +Madame, ce n'est tant pour satisfère à la Royne d'Angleterre, que je +vous envoyé présentement ce mien secrétaire, comme pour vous aporter +ceste mienne lettre à part, par laquelle je veulx bien asseurer Vostre +Majesté que, sur la créance du messagier de Mr l'Admyral, duquel je +vous ay naguières faict mencion, il a esté tenu, dez dimanche dernier, +entre les principaulx, qui sont icy, de la nouvelle religion, Françoys +et Flamans, ung conseil bien fort secrect; duquel, à la vérité, je +n'ay pas bien descouvert toutes les dellibérations, mais ceulx cy sçay +je bien de certain, c'est que, incontinent après la tenue du dict +conseil, il a esté dépesché de par eulx, coup sur coup, deux +messagiers en Hembourg, pour y aporter les lettres de responce et de +crédict, que de longtemps ilz se sont pourveuz icy pour fère leurs +payemens en Allemaigne; et que c'est pour fère incontinent marcher +leurs nouvelles levées; et qu'ilz sont après à ordonner deux d'entre +eulx pour les aller trouver, affin de les conduyre et leur servyr de +mareschaulx de camp, jusques à ce qu'ilz seront arrivez en l'armée des +Princes; et estiment le nombre des dicts Allemans non moindre que de +douze à quinze mil chevaulx; et pour ordonner aussi ung général de +mer, d'entre les gentilhommes qui sont icy, pour l'envoyer bientost +fère une descente de deux mil cinq centz hommes, en quelque lieu de +Normandie ou Bretaigne, où ilz ont intelligence; et que desjà les +vaysseaulx, les vivres et tout l'apareilh de l'entreprinse est prest à +la Rochelle, où s'yront joindre les vaysseaulx du prince d'Orange, qui +sont en ceste coste, et encores deux toutz nouveaulx qu'ung sien +serviteur a heu, despuys deux jours, permission d'aller armer et +équiper à Amthonne. Et semble qu'il y ayt icy aulcuns gentishommes +françoys qui, à regrect, feront ce voyage, et que, si Vostre Majesté +les vouloit gratiffier et les retirer au service du Roy, ilz +habandonneroient très vollontiers l'aultre party, lequel aultrement +ilz sont contrainctz de suyvre; vous suppliant très humblement, +Madame, de ottroyer au gentilhomme, pour qui le sieur de Vassal vous +aura parlé, la seureté qu'il vous demande, laquelle j'estime que +reviendra au proffict de vostre service. Et faictes semblant, Madame, +s'il vous playt, que vous n'avez heu ces adviz de moy, aultrement il +sera dangier que je ne vous en puysse plus mander, s'ilz cognoissent +que j'aye tant de notice de ces affères; car les dicts de la nouvelle +religion sont bientost advertys de tout ce que le Roy, et Vous, et +Monseigneur, dictes et faictes; et mesmes l'on m'a asseuré que, en +France, oultre ceulx de l'aultre party, il y en a aulcuns, lesquelz on +ne m'a poinct nommez, qui ne sont point déclairez de leur costé, qui +toutesfoys sont respondans de la paye de ces reytres, qui doibvent +venir. + +Par ainsy, Madame, considérant l'estat des choses, et le peu de +confiance que Voz Majestez doibvent mettre en rien qui soit que en +Dieu seul, et en vous mesmes; et que la descente du Cazimir vous doibt +estre très suspecte, pour l'alliance du duc Auguste, qui ne l'a prins +pour son gendre pour sa présente grandeur, ains possible pour celle où +il aspire par les troubles des aultres estatz; et que la Royne +d'Angleterre ne fauldra d'incliner à leur entreprinse; je ne puys que +prier Dieu bien fort dévottement qu'il vous doinct, Madame, à bientost +conclurre la paix, et la conclurre telle que la descente des Allemans +en soit bien certainement divertye, et Voz Majestez exemptes de toute +surprinse, déception et dangier. Et sur ce, etc. + + Ce XXIe jour de juing 1570. + + Je vous puys asseurer, Madame, que ceulx de la nouvelle religion, + qui sont icy, ne s'attendent aucunement à la paix, ains à + continuer la guerre; et semble que l'ambiguité et la longueur, + dont l'on procède à vous rendre response sur les articles de la + dicte paix, n'est que pour gaigner le temps et attandre leur + secours. + + + + +CXVIIe DÉPESCHE + +--du XXVe jour de juing 1570.-- + +(_Envoyée exprès par Jehan Monyer, postillon, jusques à Calais._) + + Retard apporté à la désignation d'une audience demandée par + l'ambassadeur.--Interrogatoire subi par l'évêque de Ross devant + le conseil d'Angleterre.--Conditions arrêtées dans ce conseil + au sujet du traité qui peut être conclu avec la reine + d'Écosse.--Nouvelles d'Allemagne.--Avis donné au roi d'une + entreprise qui se prépare pour opérer une descente en France. + + + AU ROY. + +Sire, affin de mettre la Royne d'Angleterre hors de la peyne, où elle +est, de l'aprest qu'on luy a dict que Vostre Majesté faict en +Bretaigne pour envoyer des gens en Escoce, je luy ay, dez mardy +dernier, envoyé demander audience, pour luy fère veoir vostre bonne +responce là dessus en la façon que par voz lettres, du Xe de ce moys, +il vous playt me le commander; et le secrétaire Cecille, ayant conféré +avecques elle, m'a respondu qu'elle ne me la pouvoit si tost ottroyer, +à cause qu'elle se trouvoit mal, comme à la vérité elle faict, de sa +jambe, mais que je luy pourrois escripre cella mesmes que j'auroys à +luy dire. Dont de tant, Sire, qu'on m'a adverty qu'il y a de +l'artiffice en cella, pour fère tremper l'évesque de Roz, et pour fère +en sorte que la dicte Dame renvoye cependant ses forces en Escoce, et +qu'elle face jetter de ses grandz navyres en mer, pour la persuasion +qu'on luy donne que, nonobstant voz bons propoz, qu'avez tenuz à son +ambassadeur, vous ne lairrez d'envoyer gens par dellà; j'ay escript ce +matin à la dicte Dame que, de tant qu'une lettre ne pourroit suffire +pour tout ce que j'avois à luy dire, ny me raporter sa responce, et +que les propos, que j'avois à luy tenir de vostre part, n'estoient +toutz que pour son contantement, que je me garderoys de les employer +ny par escript, ny par présence, en actes si contraires, comme seroit +d'en travailler sa santé, et que partant j'attendrois fort paciemment +et de bon cueur la commodité de sa convalescence; laquelle je prioys +Dieu de luy donner bientost et bien parfaicte. + +Je ne suis trop marry, Sire, de ce retardement parce que le comte de +Lestre et ceulx, qui portent faveur à ceste cause, seront cependant de +retour; en l'absence desquelz ayantz les aultres ouy l'évesque de Roz +sur le faict, dont on le chargeoit, d'avoir tretté en secret avec le +comte de Surampthon, et ayantz vollu aussi tirer de luy ce qu'il +aportoit de l'intention de sa Mestresse, sans l'admettre à la présence +de la Royne d'Angleterre, après qu'il s'est bien deschargé de l'ung, +et qu'il leur a heu remonstré qu'il ne pouvoit fère l'aultre pour +aulcunes choses secrectes qu'il ne pouvoit commettre qu'à elle mesmes, +ilz se sont desbordez jusques là de luy dire qu'ilz ne se soucyoient +pas tant de l'advancement de ceste matière qu'ilz le vollussent +presser de la leur proposer; mais, de tant que la Royne d'Escoce et +luy, qui est son ministre, et toutz les princes qui parlent pour elle, +estoient papistes, et par ainsy ennemys de leur Mestresse et de son +estat, qu'ilz tenoient pour très suspect tout ce qui se trettoit de sa +restitution; à l'ocasion de quoy il falloit, avant toutes choses, +qu'elle et luy fissent profession de la religion réformée, et bien +qu'ilz y ayent meslé quelque soubzrire, ce n'a esté toutesfoys sans +parolles véhémentes pour essayer s'ilz pourroient gaigner ce point. + +En quoy le dict sieur évesque a usé de saiges responces, qui seroient +longues à mettre icy; mais cependant j'ay descouvert, Sire, comme ne +pouvant ceulx cy vaincre le désir, que leur Mestresse a de sortyr de +cest affère, qu'ilz se sont dellibérez de se tenir fermes et résoluz +aux condicions qui s'ensuyvent: Que la religion protestante soit +establye et confirmée en Escoce; que la Royne d'Escoce se doibve +obliger, par sèrement solemnel, et fère obliger les siens, qu'elle +n'entendra jamais à nul party de mariage, sans l'exprès consantement +de la Royne d'Angleterre; qu'elle chassera les rebelles anglois, qui +se sont retirez en son pays, sans jamais plus en recepvoir, et que +désormais ilz seront randuz mutuellement par l'ung prince à l'aultre +sans contradict; qu'elle cèdera à la Royne d'Angleterre, et aulx +descendans qui procéderont d'elle, tout le droict et tiltre qu'elle +prétend à ceste couronne; qu'elle déclairera, d'ors et desjà, pour son +successeur à celle d'Escoce et à ses droictz prétanduz de ceste cy son +filz le Prince d'Escoce; que le dict Prince sera mené pour être nourry +en Angleterre soubz quelque promesse, que la dicte Royne d'Angleterre +fera, de le déclairer pareillement son successeur immédiat après elle, +au cas qu'elle n'eust point d'enfans; que ligue sera faicte, offencive +et deffencive, entre les deux roynes et leurs royaulmes à jamais, à +laquelle sera donné lieu à Vostre Majesté d'y pouvoir entrer si bon +vous semble, mais soubz des condicions que je n'ay encores peu bien +sçavoir quelles elles sont; qu'il ne sera loysible d'introduyre nul +estrangier en armes, d'où qu'ilz soient, dans le pays, ny par quelque +couleur ou prétexte que ce puisse estre; et, finalement, que Vostre +Majesté baillera ostaiges, à estre icy quelque temps, pour la seureté +des choses susdictes. + +Je n'ay encores, Sire, donné cest adviz à l'évesque de Roz, lequel +aussi n'a pas heu loysir de me conférer les offres qu'il aporte de sa +Mestresse; mais Vostre Majesté, s'il luy playt, me commandera de bonne +heure sa bonne vollonté là dessus, affin que je me trouve bien préparé +d'icelle, quant il en sera temps; car j'espère que nos amys vaincront +l'opiniastreté de noz ennemys de ne demeurer trop fermes sur si dures +condicions comme seroient toutes celles icy ensemble. + +Au surplus, Sire, il se continue fort que ceste nuée d'Allemans des +nopces du Cazimir yra estre ung orage en vostre royaulme au secours +des Princes et de l'Amyral, ayant le comte Pallatin escript par deçà +que en la dicte assemblée ne seroit rien obmiz de ce qui apartiendroit +au secours de leur religion en France; duquel secours, pour +l'incertitude de l'intention du duc Auguste, les déterminations +n'avoient peu prendre aulcune bonne résolution jusques à ceste heure; +qu'il avoit déclairé que le sien seroit le premier prest, et qu'il +l'envoyeroit à ses despens. Et estime l'on que la dicte assemblée des +nopces a esté principallement projettée pour estre une contrediette de +celle que l'Empereur a assignée à Espire, affin de résouldre, de eulx +mesmes et sans le dict Empereur, les affères d'Allemaigne à la +dévotion des trois ellecteurs laycs, qui semblent avoir tiré celluy de +Colloigne eclésiastique à leur party; et pour ordonner aussi de +l'establissement de leur religion en France et en Flandres, mais +surtout pour empescher que l'ellection du roy des Romains ne se puisse +fère en la personne du filz, ny du frère de l'Empereur, non sans +quelque opinion qu'ilz veuillent, entre eulx et de leur propre +authorité, nommer le dict Auguste roy des Romains. Et de tant, Sire, +que, de jour en jour, me viennent plusieurs indices que ceulx de la +nouvelle religion ont une descente en main en quelcun de voz portz ou +places de mer de dellà, où ilz prétendent mettre deux mil cinq centz +hommes en terre, et qu'à cest effect ilz aprestent ung grand armement +à la Rochelle; et que je sçay que les vaysseaulx du prince d'Orange, +qui sont en ceste mer estroicte, s'y préparent; aussi que j'entendz +qu'ilz sont sur la dellibération s'ilz convyeront les Anglois d'estre +de la partie, lesquelz tiennent quatorze grandz navyres et plusieurs +aultres vaysseaulx en estat, et grand nombre d'hommes enrollés pour +quelque effect; je vous suplye très humblement, Sire, qu'il vous +playse advertyr incontinent les gouverneurs de Normandie, Picardie, +Bretaigne et Guyenne, car je ne sçay proprement où s'adresse leur +entreprinse, qu'ilz ayent à y prendre garde et se préparer si bien +qu'ilz ne puissent estre surprins. Sur ce, etc. + + Ce XXVe jour de juing 1570. + + + + +CXVIIIe DÉPESCHE + +--du XXIXe jour de juing 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Dièpe par Brogle, messagier._) + + Audience.--Discussion des affaires d'Écosse.--Promesse de la + reine d'arrêter toute hostilité, et d'entendre les propositions + de l'évêque de Ross.--Désir manifesté par Élisabeth de voir la + paix rétablie en France.--Communication faite par la reine à + l'ambassadeur des nouvelles qu'elle a reçues d'Allemagne. + + + AU ROY. + +Sire, s'estant la Royne d'Angleterre assés tost repentye de ne +m'avoir, le XXIIIe du présent, ottroyé audience, elle m'a mandé, le +deuxième jour après, que je la vinse trouver quant il me plairroit; et +se sont, la lettre qu'elle me faisoit escripre là dessus par le +secrétaire Cecille et la mienne, que pour cest aultre effect je luy +escripvois, laquelle elle a heu bien agréable, rencontrées en chemin, +dont je suys allé trouver la dicte Dame le XXVIe de ce moys à Otlant; +où m'ayant faict appeller en sa chambre privée, en laquelle elle +estoit en habit de mallade, ayant sa jambe eu repoz, après m'avoir +compté de son mal, et faictes ses excuses de ne m'avoir peu si tost +ouyr comme je l'avois desiré, je luy ay ramentu les choses cy devant +accordées entre nous, et comme je n'avoys failly, suyvant son désir, +de dépescher ung homme exprès pour aporter à Vostre Majesté la +déclaration que sur icelle elle m'avoit envoyé notiffier par son +secrétaire Sommer; laquelle déclaration je luy voulois bien dire que +je ne l'avoys peu trouver guières mauvayse, encore qu'il y eust +quelque peu de menace, parce qu'il y avoit aussi de la franchise et +une vraye démonstration qu'elle faisoit de vouloir évitter toute +altération entre Voz Majestez, dont j'espérois que ce qu'elle +entendroit meintennant de vostre intention en cella la contanteroit. + +Et ainsy, Sire, je luy ay récitté mot à mot le contenu de vostre +lettre du Xe de ce moys, non sans qu'elle ayt donné une claire +cognoissance, sans en rien dissimuler, qu'elle recepvoit ung singulier +playsir de ce que je luy disoys; m'ayant tout aussitost prié bien fort +expressément de luy en vouloir bailler aultant par escript, affin de +le monstrer à quelques ungs de ses conseillers, qui luy disoient +qu'elle ne debvoit laysser de procéder et pourvoir aulx affères +d'Escoce, tout ainsy que si Vostre Majesté ne luy avoit rien faict +promettre par moy, ny luy mesmes rien dict à son ambassadeur: car +croyoient que vous n'aviez aulcune vollonté d'en rien observer, ainsy +que voz aprestz de Bretaigne, qui ne cessoient pour cella, leur en +donnoient assés bon tesmoignage; ce néantmoins qu'elle s'en vouloit +reposer en vostre parolle, comme d'ung magnanime Roy et Prince +vertueux et saige, qui regardiez à conserver l'amytié des princes voz +voysins, entre lesquelz ce seroit elle qui vous randroit la sienne +plus parfaicte et accomplye; et qui, oultre le remercyement très grand +qu'elle vous fesoit de l'esgard qu'avez heu maintennant à icelle, vous +cognoistriez qu'elle ne l'auroit moins ferme en l'observance de ses +promesses qu'elle s'asseuroit de la persévérance de la vostre, en +celles que vous luy faysiez. + +J'ay suyvy, Sire, à luy dire qu'elle trouveroit toutjour toute seurté +et vérité en voz parolles et en celles de la Royne vostre mère, et que +toutz les jours il luy viendroit nouvelles preuves, que Voz Majestez +n'avoient aultre intention que de vivre en grande unyon de paix, et de +toute bonne intelligence avecques elle; bien que je luy vollois +confesser tout librement que, le lendemain de l'aultre audience +qu'elle m'avoit donnée à Amthoncourt, je n'avoys failly de vous fère +une dépesche, non pour aigryr ainsy les matières, comme il m'avoit +semblé que je l'avois trouvée elle aigrye et changée en peu de jours, +(ce que je n'atribuoys aulcunement à elle, ains à d'aultres, qui +avoient fort à regrect la bonne unyon de Voz Majestez), mais que je ne +vous avois pas vollu celler ce qu'elle m'avoit résoluement dict de +vouloir en toutes sortes retenir les deulx chasteaulx de Humes et +Fascastel, jusques à ce que ceulx à qui ilz apartiennent eussent +satisfaict à l'obligation des frontières; et que meintennant j'avois +à la requérir très instantment de deux choses: l'une, que, de tant que +Vostre Majesté avoit tant vollu defférer à nostre accord qu'ayant ung +armement tout prest pour le secours d'Escoce, et les Escouçoys sur le +lieu qui vous requéroient de l'envoyer, et qui vous remonstroient le +gast, le bruslement et la démolition de leurs maysons nobles du pays, +et la détention de leur Royne en Angleterre; et que, nonobstant tout +cella, vous aviez différé et quasi interrompu le dict secours pour luy +complayre, qu'elle, de sa part, vollût entièrement retirer ses forces +hors du dict pays, comme elle me l'avoit promis, et nomméement celles +qu'elle avoit encores dans les deux chasteaulx; la segonde chose +estoit qu'ayant Mr l'évesque de Roz aporté toute l'intention et ung +ample pouvoir de tretter et conclurre toutes choses avec elle pour sa +Mestresse, qu'elle y vollût meintennant procéder, ainsy dilligemment +qu'elle vous avoit promiz de le fère, sans plus remettre la matière en +longueur. + +Sur lesquelles deux choses, Sire, nous avons heu beaucoup de +contention, et n'ay, pour le regard de la première, peu obtenir rien +de mieulx que ce que la dicte Dame vous prie, Sire, de vouloir laysser +les loix de leurs frontières aller leur cours accoustumé, suyvant +lequel, le différant des dicts deux chasteaulx et des aultres +attemptatz doibvent estre vuydez par les gardiens d'icelles, qui ne +fauldront de randre lors les dicts deux chasteaulx, sans que cependant +ceulx qui sont dedans facent nul acte d'hostillité, qui estoit une +rayson que, quand elle seroit vostre vassalle, vous ne la luy pouviez +bonnement reffuzer; et, quant au segond, encor qu'elle eust proposé de +ne veoyr jamais l'évesque de Roz pour des occasions, lesquelles il +n'avoit peu ny nyer ny excuser, que néantmoins elle me promettoit de +l'ouyr dans deux ou trois jours; et qu'aussitost que le sir de +Leviston, lequel nous avions dépesché en Escoce, seroit de retour avec +les aultres commissaires escouçoys, elle vacqueroit sans aulcune +intermission aulx affères de la dicte Dame. + +Après lequel propos estimant, Sire, que je ne le debvois pour ceste +fois poursuyvre plus avant, la dicte Dame m'a dict d'elle mesmes +qu'elle desiroit fort que, la première foys que je retournerois vers +elle, je lui peusse aporter la conclusion de la paix de vostre +royaulme, estant bien marrye qu'elle alloit ainsy traynant. + +Je luy ay respondu que je n'avoys nul plus grand desir que de la +pouvoir satisfaire en cella, et que ceste sienne bonne intention +obligeoit Vostre Majesté et tout vostre royaulme beaucoup à elle, ne +faysant doubte, quant elle y pourroit ayder de quelque chose, qu'elle +ne le fyst. + +«Il n'y a, respondit elle, nulle oeuvre en ce monde où je m'employasse +plus vollontiers, ny où je courusse de meilleur cueur, encores que je +soys boyteuse, que je ferois à celle là, et que de ce j'en asseurasse +Vostre Majesté.» + +J'ay là dessus passé oultre à luy dire que je craignois bien que ceste +longueur peult admener quelque chose entre deux, et attirer encores +possible en vostre royaulme une partie de ces Allemans, qui s'estoient +trouvez aux nopces du duc Cazimir; et qu'elle sçavoit bien ce qui en +estoit, qui seroit ung bon tour de bonne soeur si elle vous en vouloit +advertyr, comme je luy vouloys bien dire que la condicion de la cause +et celle de sa qualité, qui estoit Royne, l'obligeoient de le fère, et +mesmes d'empescher qu'il ne se préparât rien pour soubstenir +l'opiniastretté et obstination de voz subjectz contre vous, qui +n'estoit exemple que pernicieulx pour elle mesmes. + +Elle m'a respondu qu'elle ne sçavoit pas entièrement tout ce qui en +estoit, mais que l'Empereur luy avoit bien escript que, par prétexte +du secours de la nouvelle religion en France, il s'estoit faicte une +plus grande assemblée à ces nopces du Cazimir, que ne requéroit +l'ordre des maryez, et qu'il monstroit par sa lettre qu'il la tenoit +fort suspecte pour luy mesmes; adjouxtoit d'aultres gracieulx propos +de ce qu'il avoit veu maryer son frère l'archiduc, encor qu'il l'eust +d'aultres foys tout dédyé à elle, mais qu'il la prioyt que les dictes +nopces ne luy fussent d'aulcune jalouzie, car elles n'empescheroient +qu'il ne fût encores tout sien; et que par le propos de la dicte +lettre et par plusieurs aultres indices elle croyoit asseuréement +qu'il y auroit ung nouveau secours d'Allemans pour ceulx de la +Rochelle, si la paix ne succédoit. Et par ce, Sire, qu'il seroit trop +long de mettre icy toutz les aultres propoz qu'avons heu en ceste +audience, je les remettray à une aultre foys; et adjouxteray seulement +ung mot de la réception de vostre dépesche du XIXe de ce moys, par le +Sr de Vassal, et du voyage que faictes fère par deçà au Sr de Poigny, +lequel nous mettrons peyne de l'aprofitter le mieulx qu'il nous sera +possible. Sur ce, etc. + + Ce XXIXe jour de juing 1570. + + + + +CXIXe DÉPESCHE + +--du Ve jour de juillet 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._) + +Résolutions d'Élisabeth de maintenir l'accord fait au sujet de +l'Écosse, et d'entrer en négociation sur la restitution de Marie +Stuart.--Espoir de la prochaine liberté du duc de Norfolk.--État de la +négociation des Pays-Bas.--_Mémoire général_, sur les affaires +d'Angleterre.--Bienveillance montrée par Élisabeth aux seigneurs +catholiques.--Condition mise à la liberté du duc de Norfolk.--_Mémoire +secret._ Communication faite par l'ambassadeur à la reine d'Angleterre +de la réponse du roi sur les articles proposés pour la restitution de +Marie Stuart. + + + AU ROY. + +Sire, pour avoir Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, ainsy +vertueusement parlé, comme vous avez, à l'ambassadeur de la Royne +d'Angleterre; et pour m'avoir commandé de déclairer icy à elle vostre +résolue intention de ne vouloir habandonner aulcunement la Royne +d'Escoce, ny les affères de son royaulme; il est advenu que la dicte +Dame a cessé d'en poursuyvre plus avant l'entreprinse par la force, et +qu'elle s'est condescendue d'en venir au tretté, duquel je vous ay +desjà envoyé le commancement. Il est vray, Sire, que, despuys dix +jours, l'on luy a si bien faict acroyre que, nonobstant vostre +promesse, vous ne larriez d'envoyer des gens en Escoce, que la dicte +Dame, changeant de dellibération, avoit desjà mandé au comte de Sussex +de rentrer de rechef avec son armée en pays, et d'y saysir toutes les +places qu'il pourroit; et à l'amyral Clynton de getter promptement six +grandz navyres en mer, non pour aller attaquer la flotte des François +au combat de main, laquelle ilz entendoient estre pourveue de deux +mil bons harquebouziers, mais pour la mettre à fondz à coups de canon, +s'il estoit possible; et mandé davantaige que le sir de Leviston, +lequel nous avions dépesché vers le duc de Chastellerault et vers les +aultres seigneurs escouçoys, pour leur apporter nostre accord, fût +arresté aulx frontières; et qu'au reste elle ne tretteroit ny +admettroit jamais plus l'évesque de Roz en sa présence; s'esforceans +encores ceulx, qui menoient ceste mauvaise pratique, de me fère +retarder mon audience, affin que je ne peusse assés à temps y +remédier; dont a esté assés mal aysé, Sire, de retirer la dicte Dame +de ceste opinion. Néantmoins, j'ay miz peyne de luy dire et encores de +luy bailler par escript, si à propos, la responce de Vostre Majesté du +Xe du passé, et de l'asseurer tant de la seurté et vérité qu'elle +trouveroit toutjour en voz promesses, que, oultre les choses que je +vous ay desjà mandé qu'elle m'avoit en présence lors accordées, voicy, +Sire, ce que de ceste vostre bonne responce s'en est despuys ensuyvy: + +Que la dicte Dame a escript au comte de Sussex de casser son armée et +se retirer luy à Yorc, laissant quelques compaignies aulx gardiens des +frontières, et une petite garnyson dans Humes et Fascastel; qu'elle a +ordonné à son admyral de ne getter nulz navires dehors, ains de fère +cesser pour ceste heure tout l'armement et apareil d'iceulx; qu'elle a +mandé au comte de Lenoz, qui estoit à Lislebourg, avec trois centz +Escouçoys entretenuz aux despens de la dicte Dame, de se retirer à +Barvyc; qu'on n'eust à donner aulcun empeschement au sir de Leviston +en la frontière, ains de luy laysser librement poursuyvre son voyage; +et finalement, suyvant sa promesse, qu'elle a si paciemment ouy +l'évesque de Roz, et si favorablement receu des ouvrages, qu'il luy a +présentez de la part de sa Mestresse, lesquelz elle mesmes avoit +faictz de sa main, qu'il m'a dict n'avoir jamais heu une plus bénigne +audience de la dicte Dame ny plus pleyne de satisfaction, qu'il a +faict ceste foys, avec promesse que, aussitost que le sir de Leviston +et aultres commissaires escouçoys seront arrivez, qu'elle procèdera en +toute dilligence aulx affères de la Royne d'Escosse. Et si, semble, +Sire, que le duc de Norfolc ayt aussi assés advancé le faict de sa +liberté, et qu'il est en termes d'estre bientost remiz en son logis de +ceste ville, soubz quelque soubzmission qu'il pourra fère à la dicte +Dame. + +Au surplus, Sire, de tant qu'il se trouve meintennant beaucoup de +diminution et de deschet en la merchandise d'Espaigne, qui a esté +arresté par deçà, et que ceulx cy ne la veulent fère bonne, ny veulent +pareillement estre tenuz de celle des trèze ourques, que ceulx de la +Rochelle en ont emmené pour leur part, il semble que leur accord avec +le duc d'Alve n'est près d'estre faict; mesmes que une ordonnance, de +nouveau publiée en Flandres contre les Anglois, monstre que le duc en +est assés esloigné, bien que par aultres moyens il en faict de plus en +plus attaicher la pratique, affin de la faire tumber à son poinct, +ainsy qu'on attand là dessus des commissaires de Flandres qui doibvent +bientost arriver; et ceulx cy desirent tant d'en sortyr qu'il semble +qu'à la fin ils se layrront plyer à ce que le dict duc vouldra, comme +desjà la dicte Dame lui a offert cinquante mil escuz du sien; mais la +demande passe ung million. Les sollicitations et dilligences de ceulx +de la nouvelle religion ne s'intermettent d'une seulle heure, ce qui +faict acroyre au monde qu'ilz sçavent très bien que le propos de la +paix sera acroché à quelque difficulté, et que la guerre sera encores +continuée. Sur ce, etc. + + Ce Ve jour de juillet 1570. + + INSTRUCTION AU DICT SR DE SABRAN des choses qu'il fault fère + entendre à Leurs Majestés, oultre les lettres: + + Que la Royne d'Angleterre est bien fort sollicitée d'interrompre + la paix de France par aulcuns, qui luy font acroyre, qu'aussitost + que le Roy l'aura conclue, il se ressouviendra des mauvais + déportemens, dont les Anglois, durant ceste guerre, ont usé, par + mer et par terre, à la Rochelle, icy, et en Allemaigne, contre + luy; ce qui n'est toutesfoys leur principalle craincte, ains + qu'avec la dicte paix s'en ensuyve l'accomodement des affères de + la Royne d'Escoce, laquelle ilz cerchent de ruyner, pour préférer + à son tiltre, de la succession de ceste couronne, ses aultres + compétiteurs qui y prétendent. + + Mais comme la dicte Royne parle toutjour en fort bonne façon de + la dicte paix, aulcuns m'ont asseuré que, à bon escient, elle la + desire, et qu'elle vouldroit en toutes sortes que la querelle des + subjectz fût bien esteincte au proffict et advantaige du Roy, ny + les affères d'Escoce ne la peuvent mouvoir au contraire, parce + qu'elle veult, commant que soit, sortir d'iceulx; et seulement + elle crainct que le Roy et le Roy d'Espaigne s'accordent à sa + ruyne, car aultrement elle estime bien que, se concluant la paix + en France, le Roy recepvra en grâce ceulx de ses subjectz, qui + ont senty quelque faveur et support d'elle, et que ceulx là + seront toutjour moyen que la dicte paix soit aussi entretenue + entre la France et l'Angleterre. + + Et la cause de luy fère ainsy souspeçonner, que l'intelligence + des deux Roys soit à son dommaige, procède de la bulle; car ne + peult croyre que, sans leur consentement, le Pape l'ayt ozé + expédier ainsy rigoureuse contre elle comme elle est; joinct que + le duc d'Alve se tient à ceste heure trop plus ferme sur l'accord + des prinses qu'il ne faisoit, et a monstré une très grande + anymosité contre les Anglois par une ordonnance, qu'il a faicte + tout de nouveau publier contre eulx; et si, voyent les dicts + Anglois qu'il se pourvoyt de beaulcoup plus de forces par mer et + par terre, qu'il ne leur semble estre besoing pour la réception + ou conduicte de la Royne d'Espaigne; ce qui leur donne occasion + de croyre qu'il ayt quelque entreprinse sur ce royaulme; + entendans mesmement que le Roy d'Espaigne est fort à bout de ses + Mores, et que toutz les Catholiques, qui s'absentent d'icy, vont + à recours à luy. + + A l'occasion de quoy j'ay prins, entre deux, l'oportunité de fère + recepvoir, le mieulx que j'ay peu, à la dicte Dame les honnestes + expédians et moyens, que le Roy luy a offertz, sur ce qu'ilz + peuvent avoir à démesler l'ung avecques l'aultre; dont semble que + enfin elle se lairra conduyre à quelque rayson, et m'a l'on + asseuré que, en l'endroit des Françoys, Allemans et Flamans, de + la nouvelle religion, qui sont icy, elle a faict, despuys cinq ou + six jours, des démonstrations assés expresses qu'elle desiroit la + paix de France; et pareillement a monstré, touchant les choses + d'Escoce, qu'elle vouloit contanter le Roy; et a commandé à ceulx + de son conseil de me donner satisfaction sur les choses + raysonnables que je leur pourray demander pour les subjectz de Sa + Majesté. + + Non que, pour tout cella, je cognoisse que ceulx du dict conseil, + qui portent le faict de la religion nouvelle, aillent en rien + plus froidz ny plus remiz que de coustume, ny que les principaulx + agentz, qui sont icy pour ceste cause, intermettent une seule + sollicitation ny dilligence vers eulx, ny à tenir souvant conseil + avecques les ministres, pour envoyer lettres et messaigiers de + toutz costez et pour recouvrer pollices de crédit pour + Allemaigne, ensemble pour pourvoir, par mer et par terre, à tout + ce qu'ilz pensent estre besoing pour continuer la guerre, me + venans confirmez de plus en plus les adviz, que j'ay desjà + mandez, qu'il s'apreste ung nouveau secours d'Allemans pour eulx, + et qu'ilz préparent une descente par mer en quelque lieu de + Normandie, Picardie ou Bretaigne; dont je crains bien que ung des + serviteurs de Mr de Norrys, nommé Harcourt, qui est Françoys, + lequel a esté naguières dépesché d'icy vers son maistre, ayt heu + commission de passer pour cest effect plus avant jusques en + Allemaigne, ou jusques au camp des Princes. + + Néantmoins la démonstration de la dicte Dame est, pour ceste + heure, de vouloir trop plus entretenir l'espérance des + Catholiques en son royaume que d'essayer de la leur rompre, ny de + les mettre en aulcune souspeçon des Protestans, ayant par son + garde des sceaux, en l'audience du dernier jour du terme passé, + faict dire à l'assemblée qu'elle avoit ung très grand regret de + veoir que ses subjectz catholiques se monstrassent intimidez pour + leur religion, ny qu'il y en eust qui, pour cause d'icelle, + s'absentassent, comme ilz faisoient, de son royaulme; et qu'elle + les vouloit toutz admonester de bon cueur de déposer ceste peur, + et de prendre telle asseurance d'elle, qu'elle n'innoveroit ny + permettroit estre innové rien des ordonnances sur ce establyes + par ses Parlementz et Estatz, soubz lesquelles son royaulme avoit + desjà vescu plusieurs ans en grand repos, et qu'elle n'entendoit + en façon du monde que les Catholiques fussent forcez en leurs + consciences. + + Dont despuys, la dicte Dame, entendant qu'on avoit rigoureusement + examiné et tenu assés estroict le sir Jehan Cornouaille, jadis + conseiller de la Royne Marie, et trois aultres personnaiges + d'assés bonne qualité, qu'on avoit envoyé à la Tour pour estre + cognuz affectionnez catholiques, elle s'en est asprement prinse à + ceulx qui l'avoient osé fère; et, pour leur fère plus de honte, + elle a ottroyé que le dict Cornouaille puysse venir luy baiser la + main, pour le renvoyer libre en sa mayson, et a commandé que les + aultres soyent tirez de la Tour. + + Et, encor qu'on luy ayt vollu imprimer beaucoup de nouvelles + souspeçons du comte d'Arondel, de milord Lomeley, du viscomte de + Montégu et d'aulcuns aultres seigneurs réputez catholiques, qui, + pour ceste cause, s'estoient tenuz retirez, elle n'a layssé de + les envoyer quérir avecques faveur; et n'a rejetté les propos que + eulx mesmes et d'aultres luy ont meu sur la liberté du duc de + Norfolc, nonobstant que, ez quartiers de son duché, ayent esté + naguières surprins deux gentishommes, assés familiers et + serviteurs de sa mayson, qui pratiquoient de soublever le peuple + et se saysir du chasteau de Farlin, qui est la principalle + forteresse du pays. + + Et semble que le dict duc seroit desjà délivré, sans la + compétance où en sont le comte de Lestre et le secrétaire + Cecille, lesquelz veulent chacun en avoir tout le gré, et estime + l'on que le comte soit marry de ce que n'ayant peu conduyre ce + faict avant son partement, il ayt trouvé, à son retour, que le + dict Cecille l'avoit bien fort advancé, lequel, à ce que + j'entendz, a tenu un tel moyen vers sa Mestresse: c'est de luy + avoir persuadé qu'elle debvoit concéder l'eslargissement du dict + duc, s'il luy déclaroit par une lettre, escripte et signée de sa + main, qu'il confessoit l'avoir offancée en ce que, sans son sceu, + il avoit presté l'oreille au mariage de la Royne d'Escoce, bien + qu'il eust toutjours estimé que c'estoit pour la seurté d'elle et + pour le repoz de son royaulme, mais puysqu'elle n'estimoit qu'il + fût ainsy, et qu'il s'apercevoit à ceste heure qu'il estoit assés + aultrement, il s'en despartoit entièrement et pour jamais, et + promettoit de n'entendre à cestuy, ny à nul aultre mariage, en sa + vie, que ce ne fût avec le congé et bonne grâce de la dicte Dame: + lequel expédiant je croy qui sera suyvy. + + Estant ce dessus escript, j'ay heu adviz comme un pacquet du + docteur Mont, agent pour ceste Royne en Allemaigne, estoit + arrivé, dez hyer au soyr, par lequel il mande que le Pape faict + bien fort presser l'Empereur de commancer la diette et de + procéder à la privation et désauthorisation des trois ellecteurs + laycs, pour substituer trois princes catholiques à leur lieu; + sçavoir: l'archiduc Ferdinand, le duc de Bavière et le duc de + Bronsouyc; mais que, se trouvans les aultres accompaignés de dix + ou douze mil chevaulx, et le dict Empereur seulement de douze ou + quinze centz, il faict grand difficulté de se trouver à la dicte + diette. + + Et que, par lettres du comte Pallatin venues en mesmes pacquet, + le dict sieur comte escript que le Pape s'esforce de troubler + l'Allemaigne, ainsy qu'il a troublé le royaulme de France; et que + Dieu lui est tesmoing que, de sa part, il desire la tranquillité + et le repoz de la Chrestienté et singulièrement du dict royaume, + en ce toutesfoys que la paix s'y puisse fère estable et à la + seurté de sa religion, aultrement il promect qu'il ne sera rien + obmiz de ce qui sera besoing pour réprimer ceulx qui la veulent + empescher. Il semble que, sur ceste altération d'Allemaigne, le + dict Pallatin s'employeroit assés vollontiers à procurer la dicte + paix, dont le Roy pourra essayer de se prévaloir de leurs mesmes + divisions, et je mettray peyne de fère sonder icy, parmi les + Protestans, s'ilz sentent que d'icelles leur vienne nul + retardement ou changement en leurs affères; car j'estime bien + qu'on attandra de veoir que pourra produyre ceste diette, qui est + si suspecte aux princes protestans, premier qu'ilz se + divertissent à nulles aultres entreprinses, et cella donra + quelque loysir à Sa Majesté. + + DIRA DAVANTAIGE, DE MA PART, A LEURS MAJESTEZ: + + Que ne sachant comme la Royne d'Angleterre eust peu prandre ce + que Leurs Majestez me commandoient de luy dire, touchant la ligue + d'entre la Royne d'Escoce et elle, comme le Roy estoit contant + d'y entrer, j'ay estimé que, pour réserver tout l'advantaige à + Leurs Majestez, et obvier qu'on n'y puisse rien calompnier, que + j'en debvois parler en la façon que j'ay faict: + + C'est que j'ay dict à la dicte Dame qu'ayant le Roy entendu les + trois poinctz, ausquelz s'estoit restreinct tout le premier + pourparlé d'entre les seigneurs du conseil d'Angleterre et + l'évesque de Roz; sçavoir: de la religion, du tiltre de ceste + couronne et de la ligue; que, quant au premier, de la religion, + estant desjà certain ordre receu là dessus en Escoce, lequel la + Royne n'a jamais enfrainct, il vouloit tant seulement prier à + ceste heure la dicte Dame de ne fère force ny viollance à la + conscience de la dicte Royne d'Escoce, ny innover rien en ceste + matière qui peult admener plus d'altération au monde qu'il n'en y + a: + + Et du segond, qui est le tiltre de la couronne d'Angleterre, + qu'il desiroit que la dicte Royne d'Escoce luy en fît toute la + cession et transport, qu'elle et son conseil estimeroient luy + estre besoing pour sa perpetuelle seurté et pour ceulx qui + pourroient provenir d'elle: + + Au regard du troisiesme, qui concerne la ligue, qu'il ne seroit + marry qu'elle se fît entre elles, pourveu que ce ne fût contre + luy, ny au préjudice des aultres ligues qu'il a avec la dicte + Royne d'Angleterre et son royaume, et pareillement avec la Royne + d'Escoce et le sien; et layssay là dessus amplement discourir la + dicte Dame et estendre ses responces, sans l'interrompre de rien, + ainsy que je l'ay desjà mandé. + + Mais reprenant, puys après, le propos, je luy diz que, ayant + considéré de moy mesmes combien il sourdoit à toute heure de + grandes espines et de nouvelles difficultez en ce faict de la + restitution de la Royne d'Escoce, à cause qu'on la luy proposoit + toutjours fort suspecte du costé de France, j'avois suplié le Roy + de vouloir luy mesmes intervenir en la ligue deffencive, qui se + feroit entre elles deux, affin qu'en lieu de se deffyer de luy, + elle en print dorsenavant toute asseurance et seurté; et que le + Roy m'avoit respondu qu'il le vouldroit bien, mais qu'il ne + voyoit pas le moyen commant cella se pourroit fère; toutesfoys, + si je le voyois icy sur le lieu, qu'il s'en remettait bien à moy + de passer oultre; + + Et que je pensoys qu'il avoit regardé à la jalouzie, que les + aultres princes en pourroient prendre, et possible encores à la + diversité de la religion; dont, de tant qu'il ne m'avoit commandé + d'en déclairer si avant à la dicte Dame, et que néantmoins + c'estoit chose que je ne pouvois effectuer sans elle, je prenois + sa parolle pour garant que le propos seroit réservé et ne + passeroit plus avant qu'entre nous deux, ou bien, si elle en + vouloit communiquer à son conseil, qu'elle me promettait de ne + dire jamais que cella fût procédé de moy. + + La dicte Dame, ayant très agréable le dict propos, lequel a esté + cause que tout l'affère est retourné en bons termes, et + néantmoins, estant marrye que je y allois si réservé, me demanda, + trois ou quatre foys, si j'avois poinct pensé nul bon moyen en + cella. Je ne luy volluz soubdain respondre, affin de luy en + laysser à elle mesmes mettre quelcun en avant; mais enfin je luy + diz que celluy que je voyois le plus honeste estoit que la Royne + d'Escoce le requist, et que le Roy, pour le bien et considération + d'elle, auroit plus grande ocasion d'y entendre: et n'en est + encores la chose plus avant. + + + + +CXXe DÉPESCHE + +--du IXe jour de juillet 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Dièpe par Me Allexandre._) + + Arrivée de Mr de Poigny en Angleterre.--Affaires d'Écosse et + d'Allemagne.--Nouvelles apportées de la Rochelle; combat de + Sainte-Gemme près Luçon.--Déclaration du duc d'Albe que les + préparatifs maritimes faits dans les Pays-Bas n'ont d'autre but + que d'assurer la conduite en Espagne de la nouvelle reine. + + AU ROY. + +Sire, estant Mr de Poigny arrivé le IIIIe de ce moys en ceste ville de +Londres, j'ay envoyé, le jour d'après, fère entendre sa venue à la +Royne d'Angleterre, et la prier de nous donner audience, laquelle la +nous a prolongée jusques aujourduy, dimenche, que nous l'allons +trouver à Otland, assés incertains que pourra réuscyr de son voyage; +car il semble que la dicte Dame ayt escript à son ambassadeur par +dellà qu'il s'estoit trop advancé de vous requérir de l'envoyer, et +que desjà il s'est excusé de n'avoir onques pensé de vous parler de +telle chose. Et encores est advenu que les Escouçoys ont freschement +couru et pillé le bestial en la frontière d'Angleterre, à l'ocasion de +quoy le comte de Sussex, non seulement n'a séparé son armée, mais a +faict grande instance qu'il luy fût permiz de rentrer encores une foys +en Escoce, et a retenu pour ceste occasion quelques jours davantaige à +Auvyc le sir de Leviston, que nous envoyons en Escoce. Toutesfoys +l'on nous asseure qu'il est meintennant passé; dont n'estant encores +les choses qu'en assés bons termes, nous incisterons, aultant qu'il +nous sera possible, qu'elles soyent effectuées ainsy qu'on a commancé +de les tretter. + +Et cependant, Sire, je diray à Vostre Majesté qu'il y a quelque +aparance, parmy ceulx de la nouvelle religion qui sont icy, que la +nouvelle, qu'ilz ont despuys trois jours d'Allemaigne, leur jette +l'espérance de leur secours ung peu plus loing qu'ilz ne pensoyent, +entendans comme l'assemblée de Heldelberc s'est séparée; et que le duc +Auguste, estant allé devers l'Empereur, luy a parlé en si bonne sorte +de l'ocasion qui le pressoit de s'en retourner chez luy, que non +seulement l'Empereur le luy a permiz, mais ne luy a reffuzé son +excuse, de ne se pouvoir sitost trouver à la diette; et que despuys, +le comte Pallatin l'est semblablement allé saluer, qui luy a offert +d'intervenir luy mesmes à icelle diette, si les aultres princes y +viennent; et que, contre l'opinion qu'on avoit que, pour craincte de +ceste assemblée de Heldelberc, le dict Empereur ne passeroit oultre, +l'on mande qu'il est arrivé le XVIIIe de juing à Espire, accompaigné +seulement, oultre ceulx de sa court, du duc Jehan Georges Pallatin, +qui monstre de vouloir asprement quereller une quarte part du +Pallatinat; et que le dict Empereur est allé descendre à l'esglize +principalle, au grand contantement des Catholiques, se descouvrant de +plus en plus que icelle diette est principallement indicte pour +procéder contre les trois ellecteurs protestans, desquelz n'ayant leur +dignité prins aultre origine ny fondement que de l'authorité du Pape, +par la bulle jadis sur ce expédiée, il semble n'estre sans rayson que, +par la mesmes authorité, puysqu'ilz s'en sont substraictz, joinct +celle de l'Empereur, ilz en puissent meintennant estre fort +légitimement privez; non que les dicts de la religion se tiennent pour +cella moins asseurez que devant d'avoir leur secours, ains plus, à +ceste heure qu'ilz disent que, parce que les dits princes ont +descouvert ceste entreprinse, ilz se veulent plus évertuer, qu'ilz +n'ont encores jamais faict, pour la deffense de la religion; bien +pensent qu'affin qu'ilz se puissent mieulx opposer à tout ce qui se +pourroit décretter contre eulx, ils vouldront retenir les forces dans +le pays jusques à la fin d'icelle diette; et aussi que n'ayantz les +draps de ceste dernière flotte d'Angleterre heu encores assés bonne +vante en Hembourg, leurs lettres de crédit, qui sont assignées là +dessus, n'ont peu estre si tost employées; et le payement est retardé +d'ung moys: mais ilz n'intermettent cependant aulcune poursuyte ny +dilligence en cella, mesmes qu'on leur a escript que les deniers, pour +la levée de Vostre Majesté, sont desjà arrivez par dellà. + +Et j'entendz, Sire, que jeudy dernier, arriva ung soldat de la +Rochelle, qui magniffie bien fort quelque routte que les Huguenotz ont +donnée aulx capitaines La Rivière et Puygaillart près de Lusson[10], +où est demeuré, à ce qu'il dict, plus de cinq centz des nostres sur la +place, et dix sept capitaines avec plus de deux centz aultres +prisonniers; et, sellon les lettres que le dict soldat a apportées, +lesquelles ont esté veues en ceste court, le comte de La Roche +Foucault, qui estoit party pour s'aller joindre au camp des Princes, +s'en est retourné d'Angoulesme, à cause de la blessure du Sr de La +Noue, de qui l'on n'espère guyères la guéryson, affin de ne laysser la +Rochelle et le pays sans gouverneur; et que le dict sieur comte est +après à mettre aulx champs envyron cinq mil hommes de pied et cinq +centz chevaulx, avec trois pièces d'artillerye, pour aller reprendre +Xainctes, et de là marcher en Brouaige; et que le capitaine Sores +estant adverty que deux très riches flottes revenoient des Indes, +l'une pour Espaigne, et l'aultre pour Portugal, qui doibvent arriver à +ce moys d'aoust, est allé essayer s'il en pourra piller quelque une, +ayant, comme il semble, pour ceste occasion remiz l'entreprinse de +leur descente, dont vous ay ci devant escript, jusques à son retour; +et cependant les vaysseaulx du prince d'Orange et ceulx de quelques +pirates françoys, qu'ilz nomment le capitaine Joly, du Mur, Bouville +et aultres, ont combattu, vendredy dernier, dans ceste mer estroicte, +une flotte de douze grandes ourques, lesquelles, soubz la conserve de +deux aultres grandz navyres de guerre, passoient de Flandres en +Espaigne, et ont prins l'admyralle et une aultre des plus riches. + + [10] Combat livré à Sainte-Gemme-la-Plaine, en Poitou, dans + lequel la Noue, qui commandait les Protestans dans la Saintonge, + remporta une victoire signalée sur les troupes royales. La + blessure qu'il reçut quelques jours après, à l'assaut de + Fontenay, nécessita l'amputation du bras gauche, mais il ne tarda + pas à reprendre son commandement. + +Le duc d'Alve a fait déclairer icy par l'ambassadeur d'Espaigne que +l'armement, qu'il prépare en Flandres, n'est pour aultre effect que +pour conduyre la Royne, sa Mestresse, devers le Roy son mary, avec +l'apareil qui convient à une si grande princesse comme elle est, pour +le dangier des pirates; ce que j'estime, qu'il a fait expressément +pour garder que les Anglois n'arment de leur costé; car ilz ne +pourroient, puys après, se tenir qu'ilz n'allassent se présenter en +mer au passaige de la dicte Dame, en dangier qu'il y peult survenir +quelque accident, ce qu'il veult bien évytter; et a mandé que ceulx +qu'il a faict depputer sur le différant des merchandises, sont desjà +partys pour venir par deçà. Sur ce, etc. + + Ce IXe jour de juillet 1570. + + + + +CXXIe DÉPESCHE + +--du XIIIe jour de juillet 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Dièpe par Jehan Girault._) + + Audience accordée par la reine d'Angleterre à Mr de Poigny, + envoyé vers elle pour négocier la mise en liberté de Marie + Stuart, et son rétablissement.--Nouvelles d'Écosse.--Insistance + de l'ambassadeur pour qu'Élisabeth refuse toute protection aux + protestans de France, s'ils ne consentent pas à accepter les + conditions offertes par le roi. + + + AU ROY. + +Sire, nous avons esté, despuys quatre jours en çà, trouver la Royne +d'Angleterre à Otland, laquelle a monstré de recepvoir, avec playsir, +les lettres et recommendations, que Voz Majestez lui ont faictes +présenter par Mr de Poigny, et l'a receu à luy mesmes bien fort +favorablement; dont, après aulcuns bien honnestes propos, de l'ayse +qu'elle avoit d'entendre de voz bonnes nouvelles et vostre retour en +bonne santé vers les quartiers qui sont plus près d'icy, elle a +commancé de lyre assés hault voz lettres; sur lesquelles monstrant de +s'esbahyr de l'occasion que luy mandiez du voyage du dict Sr de +Poigny, que ce fût à l'instance de son ambassadeur, elle nous a dict, +tout clairement, qu'elle n'avoit point donné ceste charge à son +ambassadeur, ainsy qu'il se pourroit bien vériffier par la minute des +lettres que, despuys deux moys, elle lui avoit escriptes: et le +Secrétaire Cecille, lequel elle a appellé là dessus, n'a failly de le +confirmer de mesmes. + +Puys, elle a suyvy à dire qu'il estoit advenu l'ung de deux; ou qu'on +avoit équivoqué sur ce qu'elle avoit accordé que la Royne d'Escoce et +moy peussions envoyer ung gentilhomme jusques en Escoce pour voir +comme les armes s'y poseraient, et comme elle feroit retirer ses +forces hors du pays, ainsy que, pour cest effect, le sir de Leviston +estoit desjà par dellà, mais non de fère venir exprès ung gentilhomme +de France; ou bien qu'il y avoit de l'artiffice; mais, d'où que peult +venir la faulte, elle n'estoit que heureuse, puysqu'elle luy estoit +moyen de pouvoir mieulx entendre l'estat et bonne disposition de Voz +Majestez. + +A quoy ayantz vifvement incisté qu'il n'y avoit, ny pouvoit avoir, nul +mescompte ny artiffice de vostre costé, le dict Sr de Poigny a allégué +qu'il avoit veu son dict ambassadeur estre longtemps en l'audience +avec Voz Majestez à vous discourir et monstrer plusieurs papiers; et +que, au sortir de là, vous luy aviez commandé de s'en venir, qui ne +pouvoit estre, sans que le dict ambassadeur l'eust ainsi requis. Et a +poursuyvy de réciter à la dicte Dame bien particulièrement tout le +contenu de sa charge, en si bonne et gracieuse façon, qu'elle a +monstré d'en avoir tout contantement. + +Il est vray, Sire, qu'elle a commancé de respondre par une plaincte, +qu'elle nous a faicte, de l'affection que Vostre Majesté monstre de se +souvenir trop plus de la Royne d'Escoce et de ses affères que des bons +tours de bonne soeur et vraye amie, qu'elle vous a monstrez en ces +troubles de vostre royaulme; mais que pourtant elle ne veult laysser, +sur la considération qu'avez heue de n'envoyer voz forces en Escoce, +de vous en randre ung bien fort grand mercy, et non moindre pour +l'amour de vous que pour l'amour d'elle mesmes, car l'honneur est égal +à toutz deux; et qu'au reste, encores qu'on dye que les femmes ont +toutjours des responces et deffaictes toutes prestes, qu'elle n'en +usera en cest endroict, ains prendra temps pour bien consulter +l'affère, affin de nous donner, par après, plus grande satisfaction. + +Et ainsy, Sire, nous sommes attandans qu'est ce qu'elle trouvera par +son conseil qu'elle nous debvra dire; et, de tant qu'elle nous a +touché de l'armement, qu'elle dict estre encores tout prest en +Bretaigne, contre l'asseurance que je luy avois donnée que vous +l'aviez contremandé, et aussi de quelque personnaige qu'avez +freschement dépesché par mer en Escoce; et que, parmy cella, elle nous +a ramentu plusieurs offances que la Royne d'Escoce, à ce qu'elle dict, +luy a faictes, avec grande deffiance d'elle et de Mr le cardinal de +Lorrayne, je ne vois pas que nous soyons encores bien prez de +conclurre quelque bon marché entre elles. Tant y a que comme il n'a +esté, à mon adviz, rien oublyé de ce qui se pouvoit desduyre en ceste +première remonstrance, nous ne dellibérons d'estre moins pressantz en +la segonde. Ce poinct, au moins, nous demeure gaigné despuys dix +jours, que l'armée de la dicte Dame, suyvant ce que je vous ay cy +devant mandé, est entièrement cassée, et ne reste nulles aultres +forces en la frontière du North que la garnison acoustumée de Barvich +et celle qu'on a layssé dans les deux chasteaux de Humes et Fascastel. +Il est vray que, dedans Barvych, demeure ung bien fort grand appareil +de guerre, qu'on y avoit desjà préparé pour la généralle entreprinse +d'Escoce, et l'armée peult, en bien peu de jours, estre rassemblée. Je +ne sçay si le comte de Lenoz aura de mesmes obéy à ce que je vous ay +mandé, Sire, qu'on luy avoit escript de se retirer au dict Barvych et +de licentier les trois centz Escouçoys qu'on entretenoit près de luy; +car, sellon les dernières nouvelles qui sont venues de dellà, il +s'entend que le dict de Lenoz estoit encores à Esterlin, le XXVIe du +passé, avec les comtes de Morthon et de Mar, créez lieuctenans du +jeune Roy son petit filz, jusques au dixième de ce moys; auquel jour +toutz ceulx de ceste faction se debvoient trouver à Lislebourg pour +mettre quelque résolution en leurs affères. Ilz ont esté en termes de +porter le dict jeune Roy au dict Lislebourg affin qu'avec sa présence +ilz peussent recouvrer le chasteau, mais le lair de Granges a respondu +que le dict Prince y seroit le bien venu; néantmoins qu'il vouloit +demeurer le plus fort dedans, attandant que la Royne sa mère et luy +fussent d'accord comme ilz entendroient qu'il en usast. Cependant la +dicte Dame a envoyé confirmer à sa dévotion le dict de Granges, et ses +aultres bons serviteurs de dellà, par le dict sir de Leviston, qui +leur a apporté, de par elle, trois mil escuz, de la somme que je luy +ay naguières fornye, affin qu'ilz ayent de quoy se pourvoir des choses +qui sont nécessaires pour la garde du dict chasteau de Lislebourg et +de celluy de Dombertrand. + +Sur la fin de nostre audience, Sire, j'ay faict mencion à la dicte +Dame de l'estat auquel sont encores les affères de vostre royaulme, et +comme Vostre Majesté, ayant donné ung clair tesmoignage au monde de sa +bonne intention à réunyr toutz ses subjectz, et esgallement les +conserver, et d'avoir concédé à ceulx, qui se sont ellevez, une si +grande satisfaction, pour leur religion et pour leurs affères, et +encores pour la seurté de leur personnes, qu'il ne leur reste plus +aulcune excuse de ne debvoir poser les armes, ny de quoy pouvoir +alléguer à la dicte Dame, ny aulx aultres princes protestans, que vous +pourchassiez d'exterminer leur religion, puysque permettez qu'elle ayt +cours et exercisse en vostre royaulme; qu'elle veuille donques croyre +que vous ne cerchez en ceste guerre que le seul recouvrement de +l'obéyssance qu'ilz vous doibvent; et que leur entreprinse, s'ilz +passent oultre, ne peult estre dressé que contre vostre estat et +authorité; et que n'estantz naiz au pareilh degré d'honneur de Voz +Majestez, il est sans doubte que, s'ilz pouvoient avoir quelque +advantaige sur vous, que eulx et leurs semblables entreprendroient de +fère le mesmes, par toutz les aultres estatz de la Chrestienté, pour y +abattre l'authorité et esteindre le sang royal des princes souverains; +dont la priez que, s'ilz diffèrent ou reffuzent d'accepter vos +honnestes offres, qu'elle les veuille tout aussitost priver de toute +faveur et retraicte en ses portz et pays, et employer ses bons moyens, +icy et en Allemaigne, et vers les princes protestantz, desquelz ilz +attandent leur secours, et partout où elle pourra, par mer et par +terre, qu'ilz ne puissent exécuter leurs mauvaises et violantes +intentions. + +A quoy la dicte Dame m'a respondu que je luy estois tesmoing, que, +entre ses meilleurs desirs, elle avoit toutjours heu bien expécial +celluy de la paix de vostre royaulme, et qu'elle espéroit que voz +subjectz ne se diffameroient tant que de la rejetter, si les +condicions estoient telles que je disoys; et que d'autresfoys elle +m'avoit dict qu'elle vouloit réserver une oreille aulx raysons que les +aultres pourroient alléguer, lesquelz, si n'en avoient de si bonnes +qu'ilz se peussent bien excuser de l'obéyssance et déposition d'armes +que Vostre Majesté leur demande, qu'elle les tiendroit puys après pour +rebelles; et qu'elle croyt que leur longueur vient de ce que les +exemples du passé leur font peur; comme encore elle pense que, quant +Dieu vous aura donné la paix, l'on ne cessera, avant deux ans, de vous +pousser à la guerre, pour oster ceste religion, et mesmes à vous +anymer contre ce royaulme comme contre ung coin de terre qui sert de +retrette aulx Protestans; ains qu'elle sçayt bien qu'on a vollu +imprimer au cueur de Monsieur d'aspirer par ce moyen à quelque +couronne, mais qu'elle espère que vostre prudence et la sienne, et +vostre modération, résisteront à si mauvais et pernicieulx conseilz; +et, quant aulx choses d'Allemaigne, qu'elle m'a naguières adverty de +ce que l'Empereur luy en avoit escript, et bientost elle attand +lettres de dellà, desquelles elle me fera part, c'est en substance, +Sire, ce qui s'est passé en la dicte audience. Sur ce, etc. + + Ce XIVe jour de juillet 1570. + + Tout présentement viennent d'arriver les commissaires de + Flandres, que le duc d'Alve a envoyez pour venir visiter les + prinses et en fère l'évaluation. Et semble que l'espérance de + liberté est prolongée au duc de Norfolc encores pour trois moys. + + + + +CXXIIe DÉPESCHE + +--du XIXe jour de juillet 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet_.) + + Audience accordée à Mr de Poigny et à l'ambassadeur.--Refus de la + reine d'Angleterre de laisser passer Mr de Poigny en + Écosse.--Consentement qu'elle lui accorde de se rendre auprès + de Marie Stuart. + + + AU ROY. + +Sire, la Royne d'Angleterre nous a prolongé six jours entiers sa +responce, et, le septiesme, elle nous a mandé venir à Otland pour la +nous fère, qui y sommes arrivez sur le poinct qu'elle estoit preste +d'en desloger, à cause que, la nuict précédante, quelques ungs y +estoient mortz si soubdainement qu'on eust souspeçonné que ce fût de +peste. Néantmoins s'estans ceulx de son conseil incontinent assemblez, +Mr de Poigny et moy avons esté premièrement introduictz vers eulx, et +ilz nous ont faict entendre par milor Chamberlan ce qui s'en suyt: + +Que la Royne, leur Mestresse, ne voulant aulcunement contradire la +parolle de Vostre Majesté, en ce que mandiez avoir dépesché Mr de +Poigny vers elle, sur l'instance que son ambassadeur vous en avoit +faicte, elle a estimé avoir occasion de vous en remercyer, comme elle +faict de bon cueur; mais qu'elle vous prie, Sire, de croyre que son +ambassadeur n'a poinct heu ceste charge; et, quant à celle, qu'avez +donnée au dict Sr de Poigny, d'assister par deçà au tretté qui se fera +entre elle et la Royne d'Escoce, encor que ce soit chose apartenant à +elles deux, où nul aultre qu'elles et leurs subjectz n'ont que voir, +et où l'arbitrage ny l'authorité de nul aultre prince n'est requise, +néantmoins elle est contante que, luy ou moy, ou toutz deux ensemble, +interveignons pour Vostre Majesté en ce qui s'y fera, comme en ung +acte qu'elle veult vous estre tout clair et cogneu; et au regard +d'aller visiter la Royne d'Escoce, qu'ilz layssoient à la Royne, leur +Mestresse, d'en tretter avecques nous; mais, quant à passer plus avant +jusques en Escoce, de tant que cella leur sembloit debvoir plus +aporter d'empeschement que de proffict au tretté, et possible +engendrer de grandes difficultez en tout l'affère, comme desjà ung +pareil exemple les en avoit faictz saiges, qu'ilz avoient tout +librement dict à la dicte Dame, qu'il n'estoit besoing qu'elle l'y +layssât passer; à cause de quoy ilz prioient Vostre Majesté de trouver +bon que, pour n'interrompre ung si bon oeuvre, il se déportast +entièrement d'y aller. + +A quoy ayant le dict Sr de Poigny fort particullièrement et bien +respondu, et s'estant principallement arresté à ne debvoir estre +aulcunement empesché de passer en Escoce, par des raysons très +aparantes, qu'il leur a sagement et fort vifvement remonstrées; et y +ayant aussi fort fermement incisté de ma part, avec prière qu'ilz le +vollussent acompagnier d'ung aultre gentilhomme des leurs pour pouvoir +esclayrer ses actions, affin de n'en prendre point de deffiance, nous +les avons fort pressez de n'uzer en chose de si petite importance, +laquelle n'estoit que pour leur proffict, d'aulcun reffuz qui vous +peult ou mal contanter, ou préjudicier à la liberté des trettez. + +Sur quoy iceulx seigneurs, ayantz de rechef miz l'affère en +dellibération, nous ont, par le secrétaire Cecille, présens toutz les +aultres, faict dire que, considéré que en ceste cause les personnes +qui y interviennent sont Vostre Majesté, la Royne leur Mestresse et +la Royne d'Escoce, sçavoir: les deux comme principalles en intérest, +et Vous, Sire, comme allyé fort estroit à l'une, et en bonne amytié +avecques l'aultre; et que la matière touche principallement à leur +Mestresse comme invahye en son tiltre, et au nom, armes et enseignes +de son estat, par la Royne d'Escoce; laquelle n'a jamais vollu, +quelque dilligence qu'on en ayt sceu fère, aprouver le tretté sur ce +faict avec ses depputez, bien que légitimement authorisez du feu Roy +son mary, vostre frère, non sans indignité de ceste couronne: +considéré aussi que ceulx, qui tiennent son party en Escoce, non +seulement ont retiré les rebelles d'Angleterre, ains se sont joinctz +avec eulx pour venir assaillyr ce royaulme, et que, nonobstant tout +cella, ainsy que les choses estoient en termes de quelque modération +entre le comte de Sussex et les Escossoys, au moys d'apvril dernier, +survenant là dessus ung gentilhomme françoys, tout fut interrompu, et +commancèrent incontinent ceulx du dict party de la Royne d'Escoce de +tumultuer et de devenir si insolantz, que le dict de Sussex fut +contrainct de exploicter ses forces contre eulx; et encores tout +freschement le sir de Leviston n'a esté sitost par dellà que ceulx de +la frontière d'Escoce n'ayent incontinent entreprins de courre et +piller celle d'Angleterre: considéré aussi que le dict sir de Leviston +sera en brief de retour avec les aultres depputez du royaulme, +lesquelz, si ne sont desjà partys, sont si près de le fère, que le +mieulx qu'adviendroit au dict Sr de Poigny seroit ou de les faillyr en +chemyn, ou de les rencontrer en lieu, d'où possible ilz ne vouldroient +passer plus avant, jusques à ce que sa légation fût entendue de ceulx +qui les envoyent, qui seroit d'aultant retarder la besoigne; joinct +que; tant plus nous incisterions au dict voyage, plus nous le leur +rendrions suspect, et leur donrions à penser que Vostre Majesté ne +l'auroit commandé, ny pour satisfère à leur ambassadeur, ny pour +l'utillité de leur Mestresse, ainsy que nous nous esforcions de le +leur persuader; ilz percistoient, en ce qu'ilz avoient desjà conseillé +à la dicte dame, qu'il n'estoit aulcunement expédiant que le dict Sr +de Poigny passât oultre. Bien nous vouloient, quant au reste, donner +seurté pour elle qu'aussitost que les dicts seigneurs escouçoys +seroient arrivez, elle sera preste de procéder sur les affères d'entre +la Royne d'Escoce et elle, sellon le tretté qui en a desjà esté +commancé avecques moy, et dont j'en ay mis quelque forme en escript, +et d'entendre à la restitution de la dicte Dame, aultant, qu'avec son +honneur et sa seureté, elle le pourra fère. + +Et sont demeurez si fermes en cella que, ne pouvant gaigner rien +davantaige avec eulx, nous sommes allez trouver leur Mestresse; et +elle nous a tenu le mesmes langaige, adjouxtant seulement, pour le +regard de l'indignité et moquerie, que nous alléguions estre en cest +empeschement du voyage du dict Sr de Poigny en Escoce, puysqu'il +estoit si avant, qu'elle prenoit en sa charge d'en contanter Vostre +Majesté; mais, quant à aller devers la Royne d'Escoce, s'il me +sembloit que d'une telle visite, après les occasions que je sçavois +bien qu'elle luy avoit données de beaucoup d'offances, et sur +l'opinion qu'on pourroit prendre que ce fût par craincte ou par +menaces qu'elle l'ottroyoit, il n'en peult advenir de préjudice à sa +réputation, ny aulcun intérest à votre commune amytié, qu'elle estoit +contente de le permettre. + +Sur quoy je l'ay priée de prendre de bonne part l'honneste office que +Vous, Sire, faisiez envers vostre belle soeur, et qu'elle layssât aux +mal affectionnez, d'y donner telle interprétation qu'ilz vouldroient, +car ce ne pourroit jamais estre qu'à la louange de sa bonté, et vertu, +et encores à son honneur et proffict. Et ainsy, Sire, elle a donné +saufconduict au dict Sr de Poigny d'aller trouver la dicte Dame; chose +que nous n'espérions guyères et laquelle monstre desjà debvoir estre +de beaucoup de moment pour vostre service, en ce royaulme et en celluy +d'Escoce. Et avant s'acheminer, le dict Sr de Poigny a advisé de +donner entier compte de toute sa négociation à Voz Majestez, ainsy +qu'il vous plairra le voyr par ses lettres, ne voulant, Sire, pour +quelques aultres empeschemens, qui commancent de paroistre tout de +nouveau en cest affère, venantz de lieu d'où moins vous l'attandiez, +laysser d'espérer que la paix de vostre royaulme ne soit pour bientost +vuyder ceste, et encor d'aultres plus grandes difficultez; ainsy que +ceste Royne n'a vollu finir l'audience sans monstrer une conjouyssance +du bon espoir qu'elle dict avoir d'icelle, et que ce luy sera aultant +de joye, de santé et de bon portement, si elle en peult bientost +entendre la conclusion. Sur ce, etc. Ce XIXe jour de juillet 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, nous n'avons peu, pour ce coup, obtenir rien de mieulx en la +négociation de Mr de Poigny que de luy permettre qu'il puysse aller +visiter la Royne d'Escoce de la part de Voz Majestez; qui n'est si +peu, Madame, qu'on ne le tienne icy en beaucoup, et que la réputation +de vostre couronne n'en semble estre en quelque chose relevée, et +qu'on ne commance de bien espérer de tout le reste. Nous avions, avant +aller à ceste segonde audience, heu advertissement de certaynes +traverses, que la communication du Sr dom Francès avec Mr de Norrys +vous y faict, qui a esté cause que j'ai, avec le plus de véhémence et +d'affection que j'ay peu, touché à la Royne d'Angleterre les poinctz +qui la doibvent asseurer de vostre amytié, et ceulx qui la luy peuvent +rendre utille et pleyne de confiance, et le mesmes aulx seigneurs de +son conseil; dont le comte de Lestre et le secrétaire Cecille m'ont +despuys recerché de plus estroicte conférance avec eulx; et Mr de Roz +a raporté d'elle, et d'eulx, plus amples promesses sur l'advancement +de toutz les affères de sa Mestresse; ainsy que plus en particullier +je le vous manderay, dans quatre ou cinq jours, que je dépescheray ung +des miens devers Vostre Majesté. Et vous diray cependant, Madame, que +le dict Sr Norrys a mandé qu'il y avoit grand apparance que la paix +succèderoit bientost, ce qui faict monstrer ceulx cy en meilleure +disposition vers toutes les choses de vostre service. Ilz sont après à +jetter cinq grandz nayyres avec mil hommes dehors, avitaillez pour +deux moys, par prétexte d'aller réprimer les pirates, mais c'est pour +le souspeçon qu'ilz se donnent de l'armement du duc d'Alve; auquel +toutesfoys ceste Royne a naguières, par persuasion du dict Sr Norrys, +escript une lettre pleyne d'affection, affin de prendre asseurance de +luy, et luy en donner tout aultant d'elle, touchant le passaige de la +Royne d'Espaigne. J'entendz qu'il est arrivé plusieurs lettres +d'Allemaigne, et entre autres du comte Pallatin, qui semble inviter +ceste princesse à desirer la paix de France. Sur ce, etc. + + Ce XIXe jour de juillet 1570. + + + + +CXXIIIe DÉPESCHE + +--du XXVe jour de juillet 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrétaire._) + + Délibération du conseil sur la mise en liberté du duc de + Norfolk.--Dispositions prises par Élisabeth pour apaiser les + troubles de son royaume.--Préparatifs maritimes et militaires + dont on doit se défier en France, malgré les assurances de paix + et d'amitié données par la reine, et la bonne volonté qu'elle + montre à l'égard de Marie Stuart.--Nouvelles d'Écosse et + d'Allemagne.--_Mémoire général_ sur les affaires + d'Angleterre.--Détail des mesures prises en Angleterre pour se + défendre contre toute agression.--Bonnes dispositions montrées + en faveur de Marie Stuart et du duc de Norfolk.--_Mémoire + secret_. Intrigues de l'Espagne en Angleterre pour traverser + tous les projets de la France.--Mission secrète de don Francès + d'Alava.--Désir du cardinal de Chatillon de voir la + pacification s'établir en France; conditions auxquelles les + protestans offrent de se soumettre. + + + AU ROY. + +Sire, aujourduy, et tout demain, la Royne d'Angleterre sera en la +mayson du comte de Betford, à XX mil d'icy, où elle a mandé venir son +garde des sceaulx et ses aultres principaulx conseillers pour +dellibérer de la liberté du duc de Norfolc; de laquelle l'on luy donne +grande espérance qu'il la pourra obtenir bientost, à tout le moins +d'estre remiz en sa mayson. Et de là, la dicte Dame veult continuer +son progrez, sans toutesfoys esloigner guières plus que de trente mil +la ville de Londres vers Suffoc, Norfolc et Sussex, affin d'appayser +ces trois pays, qui sont voysins d'ici, lesquels ont monstré d'estre +disposez à quelque nouveaulté; et elle espère de modérer par sa +présence l'affection des hommes, et fère exploicter la justice contre +ceulx qui sont prins, et abattre toute l'intelligence qu'on luy faict +acroyre que les estrangiers ont en ces quartiers là; et, par mesme +moyen, pourvoir à la seureté de ses portz tout le long d'icelle +frontière, ainsy que, à grande dilligence, elle les faict fortiffier, +à cause qu'ilz sont exposez vers Holande et Zélande; d'où elle crainct +les entreprinses du duc d'Alve, nonobstant que dom Francès d'Alava +ayt, à ce qu'on dict, remiz elle et luy à traicter amyablement et par +lettres bien gracieuses l'ung avec l'aultre, et que le dict duc luy +ayt freschement envoyé des depputez sur le faict des prinses; mais ces +démonstrations ne la peuvent tant asseurer, comme les aultres +apparances de la sublévation, qu'elle a senty en son pays, et le +raport qu'on luy faict, qu'en l'armement de Flandres se prépare +d'embarquer trois mil chevaulx, grand nombre de gens de pied, force +artillerye, pouldres, pionniers, monitions et tout aultre appareil de +guerre, la mettent en deffiance. De quoy est advenu que la dicte Dame, +despuys six jours, a faict arrester toutz les navyres tant estrangiers +que aultres, qui sont par deçà, et serrer les passaiges, et envoyé son +admiral à Gelingan et le long de la Tamise pour ordonner une armée de +mer, du plus grand nombre de vaysseaulx et de maryniers qu'il luy sera +possible, affin de l'avoir preste à tout momant, quant il sera +besoing; et commande aussi qu'on tienne deux mil chevaulx et huict mil +hommes de pied toutz pretz. Dont je suys après, Sire, de regarder si +cest appareil se feroict poinct à quelque aultre fin contre vostre +service; mais, encore que je n'en descouvre rien, je vous suplie +néantmoins, Sire, très humblement que cecy vous serve d'ung adviz pour +ne laysser à l'arbitre des Anglois rien du vostre, qui ne soit pourveu +contre les entreprinses qu'ilz y pourroient fère; car vostre royaulme +est ouvert et exposé à toutes injures, tant que cette guerre durera. + +Je veulx toutesfoys bien asseurer Vostre Majesté que ceste Royne et +les siens m'ont, despuys dix jours, tenu des propos plus exprès de la +confirmation d'amytié entre Voz Majestez, et de la persévérance de +paix entre voz deux royaulmes, qu'ilz n'avoient faict despuys que je +suys en ceste charge; ny Mr de Roz, ny moy, ny toutz ceulx qui portons +icy le faict de la Royne d'Ecosse, n'avons jamais mieulx espéré de la +restitution d'elle que meintennant; mais il ne se fault arrester aux +parolles ny aparances de ceulx cy, ains se donner garde d'eulx, +puysqu'ilz se mettent en armes. La dicte Royne d'Escoce aura un +singulier playsir, et une fort grande consolation, d'estre visitée par +Mr de Poigny de la part de Voz Majestez, et ne vous sçaurois exprimer, +Sire, combien ung chacun estime que cella luy sera ung commancement de +bonheur et ung advancement au reste de toutz ses affères, ès quelz +l'on nous promect toutjours une prompte expédition, aussitost que les +depputez d'Escoce seront arrivez; mais je crains qu'ilz soyent +retardez pour l'occasion d'une assemblée, que ceulx du party du jeune +Prince se vouloient esforcer de tenir à Lislebourg, le Xe de ce moys, +pour y créer ung régent; à quoy le duc de Chastellerault et le comte +de Honteley délibéroient de s'oposer, et à cest effect s'estoient +acheminez avecques bonnes forces vers le dict Lislebourg. L'opinion, +que ceulx cy ont, que la paix se doibve conclurre en vostre royaulme +les faict monstrer mieulx disposez aulx choses d'Escoce, et si +d'avanture elle succède, je pense qu'ilz passeront oultre à les +accommoder. + +J'entendz que les nouvelles d'Allemaigne sont que l'Empereur n'advance +guières rien en la diette, et que les seulz ecclésiastiques le sont +venuz trouver; qu'il semble que les princes protestans, pour +empescher qu'il ne puisse fère créer son filz roi des Romains, se +veulent servyr d'une ancienne observance de l'Empire, que jamais la +dignité d'Empereur n'a passé successivement que jusques à cinq d'une +mesme famille, et qu'il est à présent le cinquiesme Empereur de la +maison d'Autriche, à quoy les princes éclésiastiques ne monstrent +guières contradire pour ne laysser aller cest estat héréditayre; que +le comte Pallatin est aproché une lieue près d'Espire accompaigné +seulement de quatre centz chevaulx, offrant de se trouver à +l'assemblée, si les aultres ellecteurs y viennent; que le reste de la +trouppe de Heldelberc est entièrement séparée, parce que l'Empereur a +faict entendre au dict Pallatin et au duc Auguste que, s'ilz se +tenoient ainsy accompaignez, qu'il manderoit aulx aultres princes de +l'Empire de s'accompaigner de mesmes, en le venant trouver; qu'il +semble que le secours, pour ceulx de la nouvelle religion en France, +est de quelques jours retardé pour attandre que produira ceste diette, +et aussi pour l'espérance, qu'on a, que la paix se doibve conclurre; +que le susdict comte Pallatin a exorté ceste Royne et les siens, et +pareillement le cardinal de Chastillon, de procurer la dicte paix; +qu'il a esté reffuzé au duc de Bronsouyc de fère une levée aulx terres +de l'évesque de Munster, et que vers le dict Munster se sussitent les +mesmes sectes qu'on y a d'aultres foys veues; que les deniers pour +ceulx de la nouvelle religion en Hembourg seront prestz à fornyr dans +la fin de ce moys; qu'il y a quelque apparance que le voyage de la +Royne d'Espaigne sera retardé, et qu'elle ne passera point par +Flandres, ains yra prendre ung aultre chemin, et que, à cause de +cella, l'on estime que le duc d'Alve commancera de réduyre bientost +son armement à ung moindre équipage, qui ne soit que pour combattre +seulement les vaysseaulx du prince d'Orange, lesquelz, en la prinse +qu'ilz ont faicte de deux grandz navyres de conserve, qui alloient +conduire une flotte vers Espaigne, et d'ung vaysseau de la dicte +flotte, ilz ont jetté en mer toutz les Espaignolz, qui estoient +dessus; et despuys le Sr de Galeace Fregose qui est icy, et ung aultre +gentilhomme, qui se dict escuyer du prince d'Orange, ont esté faictz +cappitaines des dicts deux grandz navyres de conserve, lesquelz ilz +rabillent en dilligence pour s'aller incontinent joindre aulx aultres. +Sur ce, etc. Ce XXVe jour de juillet 1570. + + INSTRUCTION DES CHOSES qu'il fault fère entendre à Leurs + Majestez, oultre le contenu des lettres: + + Qu'il semble que, par l'examen des gentishommes qui ont esté + prins en Norfolc, l'on a descouvert que l'assemblée, qu'ilz + prétandoient de fère le jour de St Jehan au dict pays, n'estoit + pour chasser les estrangiers, ainsy qu'ilz le donnoient à + entendre, ains pour commancer une généralle ellévation en ce + royaulme, tendans à trois fins: l'une, de changer l'estat du + gouvernement; l'aultre, de recouvrer l'exercice de la religion + catholique; et la tierce, de tirer le duc de Norfolc hors de + prison: sur lesquelz trois poinctz se trouve qu'ilz avoient desjà + minuté une proclamation pour l'envoyer publier partout. + + Et cella, avec la bulle qui est formelle contre ceste Royne, et + avec ung escript qui a despuys couru, encores plus formel, contre + aulcuns de ses conseillers, (et nomméement contre Quiper, + Cecille, le chancellier du domayne et le chancellier des comptes, + et dont la conclusion d'icelluy est que la communauté du + royaulme, quoyque coste, veult avoir la religion catholique), met + ceulx cy en une indubitable opinion qu'il y a une grande + conjuration desjà dressée dans le pays; + + Et qu'elle est fomentée par le Roy et le Roy d'Espaigne, sans le + consentement desquelz le Pape, comme ilz disent, n'eust jamais + osé expédier une bulle si rigoureuse comme il a faict; joinct que + l'armement qu'ilz entendoient se préparer en Bretaigne pour + colleur de secourir les Escouçoys, et l'apareil du duc d'Alve, + trop plus grand qu'il ne sembloit estre requis pour le passaige + de la Royne d'Espaigne, leur a faict croyre, jusques icy, que + tout cella se dressoit contre eulx en faveur des Catholiques de + ce royaulme. + + Dont, pour y remédier, ilz ont, en premier lieu, expédié une + ordonnance fort furieuse, du dernier du moys passé, contre les + porteurs de bulles et semeurs de ces libelles; laquelle porte + commission d'apréhender les autheurs d'iceulx, si fère se peult, + affin de les punir et de descouvrir par eulx qu'est ce qu'il y a + de plus caché en leurs déllibérations. + + Après, ilz ont dépesché trente cinq lettres aulx trente cinq + comtes de ce royaulme, pour mander aulx officiers qu'ilz ayent à + fère enroller promptement en chacune d'icelles, sellon sa portée, + ung nombre d'hommes, jusques à cinquante mil en tout, tant de + pied que de cheval, et à iceulx bailler cappitaines, lieutenantz, + enseignes, tabourins et trompettes, et leur ordonner une paye par + an d'envyron trois escuz à chacun, et ung peu plus aulx + capitaines; dont les deniers se prendront sur le plat pays, avec + commandement de fère monstres par tout ce moys, et le continuer + puys après de quartier en quartier, et qu'on ayt à les exercer + principallement à la haquebutte; + + Et ont ordonné à l'admyral Clynton de dresser ung estat, par + lequel il puysse mettre en mer, toutes les foys que la Royne, sa + Mestresse, le commandera, cinquante bons navyres de guerre avec + douze mil hommes dessus, maryniers et soldatz, et que + l'avitaillement en tout aultre appareil en soit prest et tout + dressé ez lieux qu'il cognoistra en estre besoing; + + Faisans leur compte de combattre les ennemys en mer, premier que + de leur permettre nulle descente par deçà, avec opinion que, + quant tout le monde aura bien conjuré contre eulx, qu'ilz + pourront avec ceste provision ayséement se deffandre: + + Car jugent que, s'ilz gaignent une bataille navalle, ilz pourront + bien garder qu'on n'aproche, puys après, leur coste, et, s'ilz + demeurent égaulx, qu'encores empescheront ilz qu'on n'y puysse + descendre; + + Et si, d'avanture, ilz perdent, que ce ne pourra estre sans avoir + tant rompu les ennemys qu'ilz seront contrainctz de s'en + retourner pour se reffère; que si, à toute extrémité, il advient + que les ennemys facent quelque descente, qu'allors les cinquante + mil hommes se trouveront prestz pour les combattre au + désembarquement. + + Lequel apareil inthimide grandement les Catholiques, lesquelz si + l'esté se passe sans qu'il aparoise quelque confort pour eulx, ne + s'attandent de moins que d'estre fort rigoureusement trettez + l'yver prochain; car ilz voyent que leurs adversayres, lesquelz + ont la Royne, l'authorité et la force en leurs mains, commancent + desjà de les menacer, et monstrent de n'attandre sinon que le + temps les asseure contre les entreprinses des estrangiers pour y + mettre la main. + + Et avoient les dicts Catholiques prins pour mauvais signe la + longueur que ceulx de ce conseil usoient ez affères de la Royne + d'Escoce, et en ceulx du duc de Norfolc; vers lesquelz, à cause + de ces rescentes deffiances, ilz voyoient qu'ilz alloient + changeant toutes leurs premières bonnes dellibérations, car ilz + remettoient de commancer le tretté avec l'ambassadeur de la dicte + Dame jusques à la venue des depputez d'Escoce; et sur ceulx du + duc, ilz luy avoient faict dire, le XIIe de ce moys, que, pour + aulcunes occasions, qui estoient fort considérables, la Royne, sa + Mestresse, estoit conseillée de ne luy ottroyer sa liberté + jusques après la St Michel, qui monstre bien qu'ilz ne vouloient + que gaigner temps; et cependant ilz travailloient de se liguer + davantaige avec les princes protestans. + + Et n'avoit esté sans apparance que les dicts Catholiques eussent + fondé grande espérance en l'apareil du duc d'Alve, et possible + encores quelque peu en cellui qu'ilz entendoient estre prest en + Bretaigne, mais la venue des depputez de Flandres la leur oste de + ce costé là; et l'opinion, qu'ilz ont, que la guerre doibve + continuer en France la leur fait perdre de l'aultre. + + Cella surtout les descoraige qu'ayantz, jusques à ceste heure, + pensé que le Roy d'Espaigne et ses ministres procèderaient de + bonne intelligence avecques le Roy sur les affères de la Royne + d'Escoce, qui sont conjoinctz avec ceulx de la religion + catholique en ce royaulme, ainsy que je m'en estois quelquefoys + prévalu; et comme aussi nulle aultre chose n'avoit, tant que + ceste cy, retenu ceulx de ce conseil en quelque crainte, il s'est + meintennant descouvert qu'il va tout aultrement, et que dom + Francès d'Alava a tenu de telz propos à Mr Norrys, (ainsy que le + dict Norrys l'a escript par ses dernières lettres, arrivées à sa + Mestresse, pendant que Mr de Poigny et moy attendions sa + responce,) que aulcuns, qui en ont heu assés tost la + communication, m'ont tout incontinent adverty que, à l'ocasion + d'iceulx, nous serions fort mal responduz; et que toutz les + affères, où le Roy Très Chrestien pouvoit avoir intérestz par + deçà, en demeureroient fort traversez. + + Qui a esté cause que, en l'audience ensuyvant, je me suys + eslargy, premièrement vers les seigneurs de ce conseil, parce + que, d'arrivée, nous avons esté introduictz vers eulx, et puys + envers la dicte Dame, en toutz les plus francz et ouvertz propos, + que j'ay estimé les pouvoir confirmer en l'amytié du Roy, et à + bien espérer d'icelle, sans toutesfoys toucher ung seul mot ni du + Roy d'Espaigne, ny de ses ministres; et est advenu, sur noz + remonstrances, que l'on nous a accordé une partie de ce que nous + demandions, et qu'on nous a faict, sur le reste, assés meilleure + responce que l'on n'espéroit, ainsy que je l'ay mandé par mes + précédantes. + + Et bien qu'à la grande instance de Madame de Lenoz, l'on eust + auparavant envoyé par mer vers le North un nombre d'armes, de + pouldres et d'argent, pour les fère tenir au comte de Lenoz en + Escoce, j'ay sceu néantmoins que, despuys cella, la Royne + d'Angleterre a dict à la dicte dame de Lenoz qu'elle estoit + résolue de remettre la Royne d'Escoce en son royaulme, sur les + offres qu'elle et le Roy luy faysoient, qui estoient telles + qu'avec son honneur elle ne les pouvoit reffuzer. A quoy la dicte + dame de Lenoz ayant respondu que la dicte Royne d'Escoce n'en + observeroit rien, la Royne luy a répliqué que si feroit, parce + qu'elle l'y obligeroit à peyne d'estre privée de la succession de + ce royaulme, si elle y contrevenoit, car aultrement elle ne luy + en vouloit fère tort; et n'a la dicte dame de Lenoz peu gaigner + rien davantaige, encore qu'elle ayt très instantment priée la + dicte Dame que, si elle persévérait en ceste vollonté, il luy + pleût de mander à son mary qu'il s'en retornât. + + Et le secrétaire Cecille m'a mandé que je croye fermement qu'il + ne sera miz aulcun retardement ez affères de la Royne d'Escoce, + et qu'il ne cerche, de sa part, que la seurté de sa Mestresse, + laquelle estant mortelle, et n'y ayant, après elle, nul plus + prochain au droict de ceste couronne que la Royne d'Escoce, qu'il + ne luy sera, ny meintennant, ny à l'advenir, jamais contraire; et + le mesmes a il confirmé à l'évesque de Roz, avec lequel il est + desjà entré si avant en matière qu'ilz sont quasi d'accord de + toutz les poinctz, qui sembloient estre les plus différantz. + + Encores, monstrent les affaires du duc de Norfolc qu'ilz pourront + aussi mieulx réuscyr que la responce du XIIe du présent ne le luy + faisoit espérer, et que la Royne permettra qu'ilz soient, dans + trois ou quatre jours, miz en dellibération pour après estre + procédé à sa liberté, sellon qu'ung chacun dict qu'il demeure + fort deschargé et justiffié de toutes les choses qu'on luy + pourrait imputer. + + Je veulx bien advouher que je ne cognois rien de plus exprès en + ceulx cy que leur simulation, ny rien de plus certain que leur + inconstance; par ainsy, je ne puys fère grand fondement sur + chose qu'ilz disent, ny qu'ilz promettent. Néantmoins ilz peuvent + incliner de nostre costé, aussi bien que d'ung aultre, et + j'estime qu'il n'est que bon de les y tenir bien disposez, si + l'on peult, affin de se prévaloir de la paix qu'on a avec eulx, + et évitter les inconvénians et incommoditez qui pourroient + advenir, s'ilz se despartoient du tout de nostre intelligence. + + AULTRE INSTRUCTION A PART POUR DIRE A LEURS MAJESTEZ: + + Que, jusques à ceste heure, la Royne d'Angleterre et ses + conseillers protestans avoient esté retenuz d'une grande + craincte, et les seigneurs, et gens de bien catholiques, + conduictz de grande espérance sur le faict de la Royne d'Escoce, + et sur toutz les affères de ceste isle, par l'opinion qu'ilz + avoient que le Roy d'Espaigne et le duc d'Alve seraient toutjour + en bonne intelligence avec le Roy. + + Et n'estoit peu de consolation aus dicts Catholiques de veoir en + quelle peyne les dicts Protestans vivoient pour ne sçavoir si la + bulle estoit expédiée, ou du propre mouvement du Pape, ou bien + par la réquisition du Roy, ou bien à l'instance du Roy + d'Espaigne: car ilz disoient que si c'estoit seulement du Pape, + ce n'estoit chose de moment; si c'estoit du Roy seul, encor + croyoient ilz que Mr le cardinal de Lorrayne l'auroit procuré, + sans que pour cella le Roy se vollût trop haster de rien + entreprendre; mais, si c'estoit par le commun consentement du Roy + et du Roy d'Espaigne, ilz tenoient pour indubitable que + l'entreprinse de ceste isle estoit desjà jurée entre eulx. + + En quoy, pour en avoir quelque lumyère, ilz cerchoient de toutz + costez s'il se trouveroit que moy, ou Mr l'ambassadeur + d'Espaigne, eussions tenu la main à la fère notiffier et publier + par deçà, mais il semble qu'ilz n'ont rien trouvé contre moy, + sinon qu'il leur est venu un adviz d'Itallie, par la voye de + Flandre, comme la dicte bulle a esté expédiée à l'instance de + l'ambassadeur de France, qui est à Rome, et que l'ambassadeur du + Roy Catholique par dellà n'a faict que y prester son + consentement, comme à chose apartenant de si près à la religion + catholique qu'il ne luy a esté loysible de la contradire; dont + leur semble que j'en debvois estre participant, mais je croy qu'à + ceste heure ilz en demeurent toutz esclarcy. + + Et, quant à l'ambassadeur d'Espaigne, parce que Me Felton, lequel + est accusé d'avoir affiché la dicte bulle, a confessé, estant sur + la question, que le prestre espaignol du dict sieur ambassadeur + la luy avoit baillée; qui, pour ceste occasion, s'est despuys + absenté, car il estoit commandé de le prandre, quelque part qu'il + pourroit estre trouvé, jusques en sa chambre; non seulement l'on + en a chargé le dict sieur ambassadeur, ains aussi luy impute l'on + les aultres libelles, qui ont couru en ce royaume, contre le + garde des sceaux et Cecille, et contre quelques aultres du + conseil; mais ne pouvant son prestre estre trouvé, l'on ne sçayt + commant procéder contre luy. + + Et n'ont layssé pour cella les Catholiques de s'entretenir + toutjour en l'espérance de la faveur du Roy son Maistre et du duc + d'Alve, pour les affères de la Royne d'Escoce et de la religion + catholique; de sorte que le dict Felton a bien ozé dire tout + hardyment qu'il y avoit trente mil hommes de valleur en + Angleterre, dont les six mil estoient gentishommes, et vingt cinq + milordz parmy, qui estoient toutz prestz d'exposer leurs vies + pour la mesmes querelle, qu'ilz le vouloient fère mourir à luy. + + Mais, despuys quelques jours, iceulx Catholiques non seulement se + sont retirez de ceste espérance, ains sont entrez en grand + frayeur d'estre descouvertz qu'ilz l'ayent heue, parce qu'ilz + estiment que le dict sieur ambassadeur ayt communiqué toutes + choses au Sr dom Francès d'Alava, lequel ilz tiennent aujourduy + pour trop plus grand serviteur de la Royne d'Angleterre que de + son Maistre; car Mr Norrys a escript qu'il luy a promiz de + disposer si bien les affères de la dicte Dame vers le Roy, son + dict Maistre, et vers le duc d'Alve, qu'elle n'a garde de + recepvoir aulcun mal ny dommaige d'eulx, et que hardyment elle ne + preigne peur des démonstrations et préparatifz du dict duc, car + il la veult bien asseurer qu'il n'a aulcun commandement de luy + nuyre, ny d'attampter, pour quelque occasion que ce soit, rien + par armes contre elle; et qu'au reste le dict dom Francès luy a + descouvert que c'est Mr le Nonce, qui est en France, qui a envoyé + icy la bulle à l'ambassadeur d'Espaigne pour la publier. + + Duquel acte du dict dom Francès plusieurs seigneurs et gens de + bien de ce royaulme se sont fort escandalizez, et les aulcuns se + sont confirmés en une opinion, laquelle ilz avoient desjà + conceue, que les ministres du Roy d'Espaigne vont procurant vers + ceulx cy, et partout où ilz peuvent, la continuation de la guerre + de France; et que, voyantz le faict de la Royne d'Escoce, de + laquelle ilz s'estoient desjà promiz et l'aliance, et le filz, et + le royaulme, et le tiltre d'Angleterre, se conduire meintennant + au nom et soubz la faveur du Roy, qu'ilz le veulent traverser; et + qu'ilz sont jalouz de ce que aulcuns seigneurs de ce royaulme se + monstrent bien affectionnez à Leurs Très Chrestiennes Majestez, + qui est ung propos qu'on m'a tenu, présent Mr de Poigny, auquel + je réserve d'en fère entendre le surplus à Leurs Majestez, à son + retour; et adjouxteray seulement icy une preuve, que le duc + d'Alve nous a donné de son intention en ce [qu'ayant le Pape + envoyé, par la banque d'Anvers, douze mil escuz, pour les + gentishommes fuytifz d'Angleterre, il a conseillé qu'on ne leur + envoye ny tout, ny partie de la somme, tant qu'ilz seront en + Escoce, et par ce moyen il a interrompu le dict secours.] + + Il est bien certain que, jouxte ceste communication grande + d'entre dom Francès et le dict Sr Norrys, ceste Royne a naguières + escript une bonne lettre au Roy d'Espaigne, laquelle le dict dom + Francès a prins en sa charge de la luy fère tenir, et une aultre + au duc d'Alve, par laquelle elle l'exorte de vouloir entretenir + l'alliance d'entre ceste couronne et la mayson de Bourgoigne, + comme, de sa part, elle la veult entièrement conserver: et, quant + aulx prinses, qu'elle est preste d'y satisfère de sa part, en ce + qu'il s'y veuille disposer de la sienne, et qu'il veuille + depputer des personnaiges propres pour en accorder, qui ne soyent + de ceulx qui veulent troubler ce royaume, ainsy que + l'ambassadeur, icy résidant, et ceulx, qui cy devant y ont esté + envoyé, se sont esforcez de le fère; et que de l'apareil qu'elle + entend qu'il faict bien grand par mer, il ne veuille rien + attampter en ses portz, car elle offre toute faveur et seur accez + en iceulx à la Royne d'Espaigne et à ceulx de sa troupe: tant y a + que l'ambassadeur d'Espaigne, nonobstant tout cella, ne laysse + d'estre bien fort offancé contre dom Francès, de ce qu'il a parlé + de la bulle, et desjà il en a escript au duc d'Alve. + + J'ay faict sonder, par interposée personne, Mr le cardinal de + Chatillon et le Sr de Lumbres quel desir ilz avoient à la paix et + à transférer la guerre hors de France; et voycy ce qui m'a esté + raporté des propos du dict sieur Cardinal: qu'il desire + infinyement la dicte paix, espérant par icelle jouyr de la bonne + grâce de Leurs Majestez et de six vingtz mil {lt} de rante en + France, en lieu de mille pouvrettez et indignitez, qu'il + s'esforce de supporter, le plus dignement qu'il peult, en + Angleterre; + + Que se souvenant que le Roy, et la Royne, et Monsieur, pour + fermeté de l'aultre dernière paix, luy firent l'honneur de luy en + donner leur promesse de leurs propres mains dans la sienne, et + que ceulx, qui la leur ont faicte rompre, sont ceulx mesmes avec + qui ilz ont à conclurre meintennant ceste cy, les cheveulx luy en + dressent de frayeur; + + Que le Roy a la paix très ferme et bien asseurée, toutes les foys + qu'il luy playrra, à bon esciant, que ceulx de la religion + puyssent vivre, en conscience et honneur, soubz la faveur de sa + protection, en son royaulme; + + Que, de transférer la guerre ailleurs, c'est ce que son frère, + Monsieur l'Admyral, a toutjour desiré, mais de le fère + meintennant, et laysser ceulx, qui sont de leur mesmes religion, + estre cependant massacrez, murdriz et ruinez en leurs maysons, en + France, par ceulx qui ont la justice et l'authorité et les forces + à la main, ilz sont entièrement tout résoluz du contraire; + + Que, si le Roy les veult recepvoir en sa bonne grâce, et leur + ottroyer la dicte paix et seurté qu'ilz luy demandent, comme à + ses bons subjectz, et qu'il se veuille servyr de son frère et de + luy, ilz ont en main de quoy luy fère le plus grand et le plus + notable service, que sa couronne ny nul de ses prédécesseurs + ayent receu de deux centz ans en cà; + + Qu'il cognoist bien que les Anglois ne cerchent de fère rien pour + la religion en ceste guerre, ains de travailler la France, et + qu'il crainct bien que, se faisant la paix, l'on ne le layrra + sortir, de trois moys après, de ce royaulme. + + Quant au susdict de Lumbres, lequel s'intitulle ambassadeur de + toutz les princes protestans vers ceste Royne, l'on m'a dict + qu'il desire aussi bien fort la paix de France, et vouldroit que + la guerre fût desjà transférée aulx Pays Bas, et n'eust tenu à + luy que la descente, que ceulx de la Rochelle dellibéroient de + fère en quelque port de Normandie ou Picardie, si Sores ne fût + allé sur la route des Indes, ne se fût faicte en Olande: et desjà + luy et beaucoup de ceulx de son pays font estat, par ceste paix, + de se retirer en France, car semble qu'il y ayt mutuelle + obligation entre les Françoys et Flamans, qui sont de ceste + religion, de se subvenir les ungs aulx aultres, et de ne cesser, + qu'ilz ne soyent toutz remiz en leur maysons pour y pouvoir vivre + en seurté avec l'exercice de leur religion. + + Aulcuns Françoys de la dicte religion, qui sont icy, ne prennent + nul party, attandans la dicte paix; ou bien, si elle ne succède, + ilz dellibèrent de recourir à la grâce et clémence de Sa Majesté. + + + + +CXXIVe DÉPESCHE + +--du XXXe jour de juillet 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) + + Crainte des Anglais qu'une ligue générale n'ait été formée contre + eux.--Résolution du conseil de rendre la liberté au duc de + Norfolk, et de lever une forte armée navale.--Armement de la + flotte.--Mission de Me Figuillem dans les + Pays-Bas.--Déclaration faite à l'ambassadeur que l'armement de + la flotte n'a d'autre objet que de rendre les honneurs à la + reine d'Espagne sur son passage, et de se tenir en défense + contre les entreprises que pourrait tenter le duc d'Albe. + + + AU ROY. + +Sire, s'estant la Royne d'Angleterre aperceue que le mal de son pied +empyroit par le travail de son progrez, encore qu'elle n'allât qu'en +coche, elle s'est arrestée à Cheyneys, qui est celle mayson du comte +de Betfort, où je vous ay mandé, par mes dernières, qu'elle debvoit +demeurer tout le XXVe et XXVIe de ce moys; mais elle y a séjourné +davantaige, et n'en bougera encores de quelques jours. Ceulx de son +conseil se sont assemblez au dict lieu pour prendre quelque bon ordre +sur aulcunes choses qu'ilz ont veu estre aultres, ou bien avoir aultre +événement, qu'ilz ne pensoient; premièrement, sur la détention du duc +de Norfolc, par laquelle, au lieu d'en avoir assoupy et retardé les +troubles de ce royaulme, ilz cognoissent meintennant que c'est par là +qu'ilz les ont advancez et faict naistre, car auparavant il n'y en +avoit point; et sur la guerre d'Irlande, laquelle ilz cuydoient desjà +achevée, ilz ont nouvelles que, despuys naguyères, l'on s'y est bien +battu, et que ceulx du party de la Royne, leur Mestresse, ont heu du +pyre, et que mesmes les saulvaiges monstrent de vouloir passer +oultre, et qu'ilz attandent du secours d'ailleurs; aussi sur le faict +de la Royne d'Escoce, duquel, parce que Vostre Majesté le porte et le +favorise, ilz voyent que toutz leurs affères d'Escoce en succèdent si +mal qu'ilz sont bien en peyne commant le remédier; pareillement sur +leurs différans des Pays Bas, lesquelz viennent meintennant à leur +estre de tant plus suspectz, que, par le pardon général publié en +Envers par le duc d'Alve, à vestemens blancz[11], le XVIe de ce moys, +où l'on leur faict acroyre que le prince d'Orange est comprins, et +qu'on a randu ses biens à ses enfans; et aussi par l'accord des Mores +en Espaigne[12], ilz estiment que les affères du Roy d'Espaigne +demeurent si establys en ses pays qu'il n'a rien plus à fère +meintennant que se rescentyr de l'injure, qu'ilz luy ont faicte et à +ses subjectz, ainsy que le duc d'Alve semble d'en avoir l'apareil tout +prest; et encores sur la paix de vostre royaulme, laquelle, de tant +qu'ilz la tiennent desjà comme conclue, sans qu'ilz s'en soyent +meslez, ilz craignent que Vostre Majesté se veuille de mesmes conduyre +meintennant en icelle vers eulx, comme ilz se sont assés mal déportez +vers vous durant la guerre; mais principallement sur la division et +mal contantement de leurs propres subjectz, d'où ilz prévoyent que, +s'il n'y est, devant toutes aultres choses, pourveu, ce sera de là que +leur viendront les plus dangereuses guerres et les plus grandes +difficultez dont, de tant que la Royne leur Mestresse s'oppose +toutjour bien fort aulx moyens, qu'on luy met en avant, qui tendent +ou à la guerre ou à la despence; après avoir bien longuement débattu +toutes ces matières, ilz luy ont enfin conseillé que, d'ung costé, +elle veuille mettre le duc de Norfolc hors de pryson, et que, par sa +liberté et par l'ayde qu'il luy pourra fère, elle se tirera ayséement +hors des plus apparans dangiers; et dresser, de l'aultre, tout +promptement une bonne armée de mer, qui serviroit de remédier à tout +le reste, sans regarder de si près à la despence, qu'elle y pourra +fère, qu'elle ne regarde encores plus à la conservation de son estat +et à l'honneur et grandeur de sa couronne. + + [11] Le duc d'Albe déploya, pour la publication de cette + amnistie, une pompe extraordinaire. Ces mots _vêtements blancs_ + se rapportent probablement à quelque particularité des costumes + employés dans cette cérémonie. + + [12] Voir la note ci-dessus, p. 183. + +Sur laquelle leur résolution s'estant la dicte Dame assés collérée +contre ceulx, qui l'avoient faicte estre jusques icy trop rigoureuse +contre le dict duc, leur a respondu qu'elle estoit contante de prendre +bientost ung bon expédiant avecques luy, qui ne viendroit toutesfoys +ny d'aulcun d'eulx, ny de toutz ensemble, et dont il n'en auroit à +remercyer que elle seule; et quant à dresser une armée, qu'elle ne se +vouloit opposer à leur conseil, mais seulement les prier qu'ilz +advisassent de n'entreprendre rien qui ne fût bien nécessaire, et qui +ne la mist en plus de peyne qu'elle n'est. Dont, tout sur l'heure, les +commissions ont esté dépeschées, telles que j'ay cy devant mandées à +Vostre Majesté: de dresser une armée royalle de toutz les grandz +navyres de la dicte Dame et de bon nombre d'aultres vaisseaulx +particulliers, et de lever quatre mil maryniers, et tenir prestz huict +mil hommes de pied et deux mil chevaulx; dont, quant aulx navyres et +hommes pour mettre dessus, qui sont maryniers et soldatz tout +ensemble, cella s'exécute en toute dilligence; et, dans le Xe du +prochain, j'entendz qu'il sortyra en mer sept grandz navyres des +premiers prestz, les meilleurs à la voyle, avec douze centz hommes +dessus, et les aultres suyvront après, à la mesure qu'on les aura +fornys d'hommes et de vivres; car, ilz ont desjà tout leur aultre +apareil et fornyment. Mais, quant aulx huict mil hommes de pied et +deux mil chevaulx, l'on ne se haste encores de les fère marcher. + +Or, en ce mesmes conseil, a esté advisé de renvoyer devers le duc +d'Alve maistre Fyguillem, bourgeois de ceste ville, l'ung des +commissaires des prinses, par prétexte de luy aporter une honneste +responce sur l'accord de leur différandz, comme ceste Royne le prye +d'y vouloir entendre en quelque bonne sorte, et qu'elle est contante +de reffère le nombre des merchandises et tout ce qui en est dépéry et +descheu, despuys le premier inventoire qui en fut faict; ce que +n'estant encores aprochant de la satisfaction, parce que le dict +inventoire ne contient guières bien le tiers des dictes merchandises, +ny que celle moindre partie des deniers qui estoit ez quaysses +merquées pour le Roy d'Espaigne, j'ay bien pensé qu'il n'y alloit que +pour descouvrir l'intention du dict duc, et à quoy tandoit son +armement, et quelles pratiques menoient les Anglois catholiques, qui +ont naguières passé d'Escoce et d'icy devers luy. Tant y a, Sire, que, +nonobstant cest argument, lequel m'a bien faict juger qu'en leur faict +y avoit plus de peur que d'entreprinse, voyant néantmoins que leur +appareil estoit tel qu'il le falloit avoir suspect, mesmes que nul ne +me sçavoit asseurer au vray de l'occasion d'icelluy, et qu'ilz ne +cessoient de tretter toutjour d'accord avec le duc d'Alve, j'ay pensé +qu'il estoit expédiant de les fère parler; dont ay suplié la dicte +Dame et iceulx seigneurs de son conseil que, de tant que j'avois à +vous donner adviz de leur armement, il leur pleust m'advertyr comme +ilz desiroient que je le vous escripvisse, affin d'évitter que, pour +la jalouzie que vous en pourriez avoir, vous ne leur en fissiez +prendre une aultre en vous armant de vostre costé. + +A quoy ilz m'ont respondu que je sçavois bien que le duc d'Alve +faisoit une bien fort grande armée de mer, et encor qu'il leur eust +notiffié par l'ambassadeur de son Maistre, qui est icy, et encores +faict dire à Mr Norrys par celluy qui est en France, que c'estoit +seulement pour conduyre la Royne d'Espaigne et non pour occasion +quelconque, d'où ilz deussent prendre tant soit peu de deffiance de +luy, que néantmoins la dicte Dame luy avoit bien vollu dépescher ung +messaigier pour l'advertyr qu'elle estoit dellibérée de mettre aussi +ses navyres en mer, avec sept ou huict mil hommes dessus, pour +accompaigner la dicte Royne d'Espaigne, sa bonne soeur, tout le long +de la mer de son royaulme, avec commandement à son admyral, lequel +yroit luy mesmes en l'armée, de la recepvoir, honnorer et bien tretter +en toutz ses portz et hâvres, où luy viendrait à playsir de descendre +et prendre terre: dont me prioient d'asseurer Vostre Majesté que, sur +leur vie et honneur, il n'y avoit aultre chose; et que le dict sieur +Admyral ne bougeroit que la responce du dict duc ne fût arrivée. Bien +me vouloient dire que aulcuns de leurs rebelles trettoient en secrect +et ouvertement avecques le dict duc, et que les Escossoys se vantoient +aussi qu'ilz auroient bientost ung secours de Flandres; dont se +vouloient trouver prestz à tout besoing. + +Voylà, Sire, ce qu'ilz m'ont dict, et en quelle façon ils se sont +descouvertz de la légation du susdict Figuillem, qu'ilz avoient +toutjour tenue fort secrecte; et comme, soubz démonstrations +honnestes, ilz se pourvoyent contre les malles intentions les ungs des +aultres. Je observeray le progrez de leurs actions, du plus près que +je pourray, pour vous en donner toutjour les plus seurs adviz qu'il me +sera possible; et sur ce, etc. Ce XXXe jour de juillet 1570. + + + + +CXXVe DÉPESCHE + +--du VIe jour d'aoust 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par Mr de Poigny._) + + Visite de Mr de Poigny à la reine d'Écosse.--Audience de congé + lui est donnée par la reine d'Angleterre.--Heureux effet de son + voyage.--Meilleur traitement fait à Marie Stuart et au duc de + Norfolk, à qui il est permis de sortir de la Tour pour être + gardé chez lui.--Remontrances de l'ambassadeur à Élisabeth sur + les nouvelles entreprises faites contre l'Écosse.--Excuses + données par la reine.--Résolution prise de signifier le traité + aux deux partis en Écosse.--Continuation des armemens maritimes + en Angleterre.--Déclaration du duc d'Albe à Me Fuyguillem + envoyé vers lui par Élisabeth.--Arrivée à Londres d'un député + de la Rochelle. + + + AU ROY. + +Sire, après que Mr de Poigny a heu satisfaict à la visite, que Vostre +Majesté luy avoit commandé vers la Royne d'Escoce, par l'espace de +quatre jours, qu'il luy a esté permiz d'estre auprès d'elle, avec ung +infiny contantement et très grande satisfaction de la dicte Dame, il +s'en est retourné par deçà; et estant icy, nous avons ensemble +considéré que, puisqu'il estoit contrainct de se déporter du surplus +de son voyage en Escoce, parce que la Royne d'Angleterre ne le +trouvoit bon, et que les commissaires escossoys n'estoient point +arrivez, qu'il estoit expédiant qu'il ne temporisât plus en ce lieu; +dont sommes allez, le IIIIe du présent, trouver la dicte Dame à +Cheyneys, où elle est encores. A laquelle le dict Sr de Poigny a faict +entendre, bien à propos, les choses qu'il avoit veues et aprinses de +l'estat de la Royne d'Escoce, et de sa santé, et aussi de son +estroicte garde, et d'aulcunes aultres particullaritez de ses affères, +luy incistant bien fort de luy vouloir ottroyer ung peu plus de +liberté qu'elle n'a; et luy ayant au reste ramentu de rechef les +principaulx poinctz de sa charge, avec offre de passer encor en +Escoce, s'il estoit besoing, pour disposer ces seigneurs de dellà à la +continuation du tretté, la dicte Dame luy a faict plusieurs diverses +responces ès quelles, sans luy reffuzer ny accorder aussi tout ce +qu'il demandoit, sinon touchant aller en Escoce, qu'elle luy a bien +ouvertement dényé, elle a monstré, au reste, qu'elle vouloit beaucoup +defférer à Vostre Majesté; et, après qu'avec de bien honnestes +répliques, il a heu tiré d'aultres secondes et meilleures responces de +la dicte Dame, il a prins congé d'elle. Dont, de tant, Sire, que +Vostre Majesté entendra mieulx au long et par ordre de luy, que ne +feroit par ma lettre, tout ce qui s'est passé en son audience, et ce +qu'il y a proposé, ensemble ce qu'il y a obtenu, et ce que la dicte +Dame l'a prié de vous dire, je me déporteray de vous en toucher icy +plus avant, si n'est pour vous dire, Sire, qu'encor qu'il ne vous +raporte résolution de toutes choses, son voyage ne laisse pourtant +d'estre et bien utille, et heureux, puisque par icelluy est advenu que +ceste Royne a commancé de se modérer tant envers la Royne d'Escoce +qu'elle l'a layssée visiter de vostre part et luy a eslargy ung peu sa +liberté; et qu'en mesmes temps le duc de Norfolc, qui estoit en +pryson, a esté remiz en sa mayson, bien que ce soit encores soubz +quelque garde; qui sont tout présaiges de quelques bon succez ez +aultres affères de la dicte Dame. + +Or de ma part, Sire, ayant heu à remercyer la dicte Dame de la +déclaration qu'elle m'avoit mandé fère, que son armement n'estoit +aulcunement dressé ny contre Vostre Majesté, ny contre vostre +royaulme, et de ce qu'elle avoit monstré se resjouyr infinyement de la +nouvelle, que je luy avois faict entendre, qu'on tenoit en France la +paix pour faicte; et que sur le dict armement elle m'a heu confirmé le +mesmes, adjouxtant que c'estoit le duc d'Alve et non Vostre Majesté +qui avoit à se doubter d'icelluy, et qu'avec plusieurs parolles, et +par tout aultre semblant, elle a exprimé ung très grand désir à la +dicte paix, et luy tarder beaucoup que je la luy puysse bien asseurer +de vostre part, j'ay tiré le propos à luy parler des choses que nous +avions entendu d'Escoce: comme pour empescher l'effect de l'accord, +qui estoit tant bien commancé, l'on avoit trouvé moyen de retarder Mr +de Leviston (qui l'alloit notiffier aulx seigneurs d'Escoce) vingt +deux jours en la frontière de deçà, et despuys, estant passé en celle +de dellà, les adversaires de la Royne d'Escoce ne permettoient qu'il +passât oultre pour acomplyr sa légation; que cependant le comte de +Sussex avoit envoyé solliciter ceulx du party de la Royne d'Escoce de +poser les armes, d'abandonner les rebelles angloys, de ne recepvoir +les estrangiers, et de casser les proclamations, qu'ilz avoient faicte +de l'authorité de leur Royne, pour remettre le faict du gouvernement +du pays en tel estat que le comte de Mora l'avoit layssé; et que, +pendant que la dicte Dame se prenoit bien asprement à la Royne +d'Escoce de ce que ses fuytifz trouvoient faveur et retrette en son +pays, c'estoient les mauvais subjectz de la Royne d'Escoce qui +avoient relevé une forme d'authorité, en tiltre de régent, contre et +au préjudice d'icelle en son royaulme, soubz l'adveu et protection des +lettres de la dicte Royne d'Angleterre, qui avoient esté leues +publiquement en l'assemblée, y assistant maistre Randolf et son agent +par dellà; et que le comte de Lenoz, à présent créé régent, se vantoit +qu'il auroit tout secours d'elle pour estre meintenu en ceste sienne +nouvelle authorité, et que mesmes le comte de Sussex, en sa faveur, +rentreroit de rechef avecques forces en Escoce, et que l'armée de mer +de la dicte Dame seroit bientost devant Dombertran pour l'assiéger; +dont, de tant que, sur ce que je vous avois escript et asseuré du +contraire, vous aviez contremandé voz forces, qui estoient toutes +prestes en Bretaigne, et vous estiez venu de toutz ces différantz à +ung tretté d'accord, duquel ne voyez à présent sortyr nul effect, je +ne pouvois, pour ma justification envers Vostre Majesté, que recourir +à la promesse, qu'elle m'avoit faict fère là dessus par les seigneurs +de son conseil, laquelle elle m'avoit despuys confirmée en parolle de +Royne et de Princesse chrestienne, pleyne de foy et de vérité; et, +suyvant icelle, la suplyer de vouloir demeurer aulx bons termes du +dict tretté et icelluy paraschever, ou bien me dire quelle +satisfaction elle pensoit que j'en debvois donner à Vostre Majesté. + +La dicte Dame, se voyant fort pressée de ce propos, et voyant que +j'estois adverty de toutes les pratiques qui se menoient en Escoce, +s'est efforcée de leur donner le meilleur lustre qu'elle a peu, +alléguant que ceulx du party de la Royne d'Escoce, pour avoir de +rechef rentré en la frontière d'Angleterre, et avoir dressé avec milor +Dacres une bien dangereuse entreprinse sur icelle, si le comte de +Sussex ne l'eust descouverte, et pour avoir, en proclamant l'authorité +de la Royne d'Escoce, déclairé ceulx de l'aultre party rebelles, +avoient commancé les premiers de donner occasion à elle de se départyr +du dict traicté, dont estoit délibérée de ne souffrir plus leurs +attemptatz et de remédier à leurs mauvaises entreprinses. + +Je luy ay répliqué que Vostre Majesté ny la Royne d'Escoce n'aviez +rien innové de vostre part, et qu'on ne pouvoit prétendre que ceulx du +party de la Royne d'Escoce eussent aussi peu violler le tretté jusques +à ce qu'il leur auroit esté légitimement notiffié; par ainsy, que je +incistois toutjour à l'entretennement et continuation d'icelluy. + +Enfin la dicte Dame, laquelle faict grand fondement de sa parolle +jusques à me dire que si je la trouve jamais manquer d'icelle, je la +veuille estimer indigne que je face jamais plus nul office de vostre +ambassadeur vers elle, et les seigneurs de son conseil, ausquelz j'ay +aussi faict la mesme remonstrance, m'ont accordé qu'il sera donné +moyen à Mr de Leviston, ou bien à quelque aultre, qui sera +présentement dépesché d'icy, de pouvoir aller seurement jusques vers +le duc de Chastellerault, et vers les aultres seigneurs du party de la +Royne d'Escoce, pour leur signiffier l'accord encommancé, et les +sommer d'envoyer des depputez pour le continuer et parfaire. + +Cependant, Sire, la dicte Dame continue toutjour son armement en fort +grand dilligence, et n'en remect rien pour chose que le duc d'Alve luy +ayt respondu, lequel aussi, à ce que j'entendz, a parlé ung peu bien +ferme à maistre Fuyguillem, depputé de la dicte Dame, lequel est +revenu despuys trois jours: c'est qu'il luy a dict qu'il préparoit +son armée de mer pour conduyre seurement la Royne, sa Mestresse, en +Espagne, et que rien n'en estoit dressé contre les amys et confédérez +de son Maistre, mais bien pour se deffandre et se venger des injures +de ses ennemys; et quant à la pleincte qu'il faysoit que l'ambassadeur +d'Espaigne, icy résidant, avoit donné des saufconduictz aulz rebelles +d'Angleterre pour passer en Flandres; que le Roy, son Maistre, le +chastieroit s'il avait mal faict, mais que, pour un rebelle anglois +qu'il y avoit en Flandres, il y en avoit cinq centz flamans en +Angleterre: au regard de se contanter de l'accord des merchandises +sellon l'inventoire qui en avoit esté faict, qu'il vouloit de sa part +rendre aulx Anglois tout entièrement ce qu'il leur avoit faict saysir +et arrester, et qu'ainsy entendoit il qu'il fût de mesmes satisfaict +aulx subjectz de son Maistre. Bien m'a l'on dict qu'il a usé à part +d'aultres parolles gracieuses au dict Fuyguillem, qui les mect en plus +grande espérance d'accord que jamais. + +Il est arrivé, despuys lundy dernier, ung des superintendans des +finances de la Rochelle, nommé le présidant des comptes de Bretaigne, +lequel on dict estre principallement venu pour trois choses; l'une, +pour adviser le moyen de desdommaiger la Royne d'Angleterre et les +siens des trèze ourques de merchandises d'Espaigne, qui furent, dès le +commencement, menées des portz de ce royaulme à la Rochelle, et fère +pour cella, ou pour recouvrer nouveaulx deniers, pour du sel et du +vin, quelque nouveau contract entre eulx; la seconde, pour consulter +avec Mr le cardinal de Chatillon des articles de la paix, et les +notiffier, de la part de la Royne de Navarre, à ceste Royne; la +tierce, pour aporter à la dicte Dame quelques adviz et pacquetz qui +la concernent, lesquelz ilz ont surprins quelque part. Sur ce, etc. Ce +VIe jour d'aoust 1570. + + + + +CXXVIe DÉPESCHE + +--du XIe jour d'aoust 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) + + Forces de l'armée navale que l'Angleterre vient de mettre en + mer.--Crainte qu'Élisabeth, rassurée contre toute attaque de la + part du duc d'Albe, n'emploie cet armement à une entreprise sur + l'Écosse.--État des négociations au sujet de l'Écosse et de + Marie Stuart.--Conclusion de la paix en France.--Nouvelles de + la Rochelle et d'Allemagne.--Exécution de Felton à Londres; + continuation des exécutions dans le Norfolk. + + + AU ROY. + +Sire, sellon la bonne communication que j'ay faicte à Mr de Poigny, +pendant qu'avons esté ensemble, de toutes choses de deçà, dont j'ay +peu avoir quelque notice, j'espère qu'il aura donné bon compte à +Vostre Majesté non seulement de celles là qui s'y mènent ouvertement, +mais aussi d'aulcunes qui se présument, lesquelles ne sont encores +qu'en discours; et pareillement de l'estat où sont demeurées celles de +la Royne d'Escoce, de façon que je n'auray à toucher icy, sinon de ce +qui a succédé despuys son partement; qui est, Sire, que la Royne +d'Angleterre a faict donner une si grand presse à son armée de mer +qu'on l'a rendue toute preste à sortyr, dans le XXe du présent, en +nombre de XXIX de ses grandz navires, bien artillez et bien garnys de +toutes monitions de guerre, et avitaillez pour trois mois, avec cinq +mil cinq centz hommes dessus et son admyral en personne pour y +commander, oultre ung nombre d'aultres vaysseaulx, que le comte de +Betfort faict équiper en guerre au pays d'Ouest, qui doibvent sortir, +soubz la conduicte de Haquens, et trèze navyres des Françoys et des +Flamans, de la nouvelle religion, qui sont attendans en l'isle d'Ouyc. +Quelcung est revenu de la mer sur un batteau légier, qui raporte avoir +veu, sur la coste de Flandres, envyron cinquante quatre voyles desjà +hors des portz, ce qui faict davantaige haster ceulx cy en leur +entreprinse; et les seigneurs de ce conseil ont envoyé signiffier, par +deux aldremans de Londres, à Mr l'ambassadeur d'Espaigne qu'il les +veuille venir trouver, à St Auban, à XX mil d'icy, affin de conférer +ensemble; mais ne saichant comme ilz vouldroient user vers luy, il est +en doubte s'il yra. + +Je ne descouvre point encores, Sire, que la dicte Dame ayt à nul +aultre effect entreprins cest armement que pour le souspeçon du duc +d'Alve, et croy, à la vérité, que cella seul en est la première +ocasion; mais, à ceste heure, qu'elle a faicte la despense, et que le +duc luy a en plusieurs sortes déclairé qu'il ne veult rien +entreprendre contre elle, et aussi n'y a il nul aparance quelconque +qu'il soit pour le fère, ny qu'il divertisse ailleurs son armée qu'à +la conduicte de la Royne, sa Mestresse, tant qu'elle soit du tout +descendue en Espaigne, je crains que la dicte Royne d'Angleterre +employe cependant la sienne contre l'Escoce; car de la dresser contre +la France je n'en ay ny indice ny sentyment, mais quelcun m'a bien +dict qu'on la conseille de se saysir de Dombarre, et m'a l'on donné +adviz qu'elle a mandé de nouveau au comte de Sussex de tenir mil cinq +centz harquebouziers, six centz corseletz et quatre centz chevaulx, +toutz prestz en la frontière, qui est argument qu'elle espèreroit, par +ce secours de terre, facilliter l'entreprinse à son armée de mer; et +que, par mesmes moyen, elle satisferoit au comte de Lenoz, lequel luy +ayant demandé une grande provision de deniers pour souldoyer des +Escossoys près de luy, elle luy a respondu qu'elle ayme mieulx +employer son argent à souldoyer des siens que non d'en acquérryr des +estrangiers; néantmoins j'entendz qu'on l'a tant pressée qu'enfin elle +luy a envoyé trois mil {lt} d'esterlin, qui est dix mil escuz. De +cecy, Sire, et d'aulcunes conditions assés dures, que la dicte Dame a +naguières proposées, bien qu'en ryant, à Mr l'évesque de Roz, de +vouloir pour sa seurté, en restituant sa cousine, avoir des ostaiges +d'elle, et le Prince son filz, et le chasteau de Dombertran; et luy +ayant le dict sieur évesque respondu que mal ayséement se pourroit +tout cella fère, je crains que la dicte Dame se veuille pourvoir, de +bonne heure, d'aulcuns aultres moyens bien contraires à celluy du +tretté, que nous avons commancé; mais, nonobstant ceste démonstration, +nous ne layssons de luy incister toutjour qu'elle doibt demeurer aulx +bons termes du tretté, et icelluy paraschever, sellon qu'elle mesmes a +prié Mr de Poigny de vous asseurer, Sire, que, si la Royne d'Escoce +luy faict de bien honnestes et honnorables offres, qu'elle procèdera +très honnorablement envers elle; et, suyvant cella, elle nous a +despuys baillé ses lettres pour fère passer sans difficulté milord de +Leviston jusques là où le duc de Chastellerault et les aultres +seigneurs du party de la Royne d'Escoce sont assemblez, affin de leur +notiffier l'accord encommancé, et les sommer d'envoyer des depputez +pour ayder à le conclurre; et, par mesmes dépesche, nous avons adverty +les dicts seigneurs de se donner garde des entreprinses de deçà. Ceulx +qui portent icy bonne affection à la Royne d'Escoce estiment, Sire, +qu'il importe beaucoup que, en parlant à l'ambassadeur d'Angleterre, +et par aultres démonstrations en Bretaigne, Vostre Majesté face +toutjour cognoistre qu'elle desire secourir et remédier les affères de +la dicte Dame. + +J'entendz que Mr Norrys a escript, du IIIe du présent, que la paix +estoit desjà conclue dez le premier[13], et qu'il restoit rien plus à +accorder que quelque formalité sur le désarmer et sur reconduyre les +reytres hors de vostre royaulme, ce qui faict regarder à plusieurs +icy, si Vostre Majesté vouldra incister plus fort, à ceste heure, au +restablissement des choses d'Escoce, et s'il en pourra bien sortyr du +différant entre la France et l'Angleterre; mais je leur en oste +l'opinion le plus que je puys. + + [13] Cette paix, connue sous le nom de _paix boiteuse et mal + assise_, parce qu'elle fut négociée par Mr de Biron, qui était + boiteux, et par le sieur de Mesmes, seigneur de Malassise, fut + conclue à Saint-Germain-en-Laye, le 11 août 1570. Les articles au + nombre de quarante-six sont rapportés dans l'édit de + pacification, donné à Saint-Germain, le 15 du même mois. + +Le présidant venu de la Rochelle est allé desjà une foys jusques à +ceste court, et m'a l'on dict que, à cause des adviz et des lettres +interceptés, qu'il disoit aporter concernant ceste princesse, elle l'a +vollu ouyr, mais bien fort en secrect. Les depputez aussi des princes +d'Allemaigne ont esté ouys une foys, et puys se sont retirez à +Londres. Il semble que leur négociation demeure en quelque suspens par +le retour d'ung Oynfild, qui vient freschement d'Allemaigne, l'y +ayant, dez le moy de may, ceste princesse envoyé pour tretter +d'aulcunes choses fort secrectement avec les dicts princes, et mesmes +a heu grande communication avec l'évesque de Colloigne. La dicte Dame +commance de n'avoir plus si suspecte la diette d'Espire comme l'on la +luy faisoit, puisque le comte Pallatin y intervient. L'on dict que ung +agent du jeune duc des Deux Ponts est venu poursuyvre icy, contre +ceulx de la Rochelle, le payement d'environ quarante mil escuz, qui +furent trouvez ez coffres du feu duc, son père; lesquelz monsieur +l'Admyral print, avec obligation de la Royne de Navarre et des +principaulx de l'armée, qu'ilz seroient acquittez contantz en +Angeterre. Maistre Felton a esté, despuys trois jours, exécuté devant +icelle mesme porte de l'évesque de Londres, où il avoit affiché la +bulle, ayant soubstenu toutjour fort opinyastrément que l'interdict du +Pape sur ceste Royne est juste et juridique. L'on continue aussi les +exécutions en Norfolc. La dicte Dame poursuyt son progrez vers Oxfort, +et a vollu que je soys sorty de Londres, à cause de la peste, pour +pouvoir plus librement négocier avec elle. De quoi, Sire, et du +desloignement de sa court, je crains demeurer moins bien adverty de +beaucoup de choses au villaige que je n'étois à la ville, mais j'y +mettray toutjour la meilleure dilligence que je pourray. Sur ce, etc. +Ce XIe jour d'aoust 1570. + + J'ay faict courir après ce pacquet, qui estoit desjà dépesché dez + le matin, pour y adjouxter la réception de voz lettres du IIIIe + du présent, qui m'ont esté rendues par mon secrétaire, avec la + bonne et desirée nouvelle de la paix; sur laquelle, après avoir + remercyé Dieu, et, de rechef, de tout mon cueur très humblement + baysé les mains de Vostre Majesté, j'en yray demain fère la + conjoyssance à ceste Royne, laquelle, à ce que j'entendz, + dépesche ung gentilhomme en France, mais ne sçay encores sur + quelle occasion. + + + + +CXXVIIe DÉPESCHE + +--du XIIIIe jour d'aoust 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais, par Bordillon._) + + Résolution prise par la reine d'Angleterre d'envoyer Walsingham + en France. + + + AU ROY. + +Sire, il y a trois jours que la Royne d'Angleterre avoit dépesché le +Sr de Valsingan pour aller fère aulcuns offices vers Vostre Majesté, +et pour les fère en une façon, si la paix estoit faicte, et en une +aultre, s'il trouvoit qu'elle fût encores à fère; dont, à ceste heure, +que j'ay envoyé demander audience à la dicte Dame pour la luy aller +annoncer, toute bien faicte et bien conclue, elle m'a mandé que je +seray le très bien venu avec ceste très bonne nouvelle, et qu'elle a +desjà expédié ung sien gentilhomme en France pour vous en aller fère +la conjouyssance de sa part; en quoy je vous suplie très humblement, +Sire, lui agréer, et gratiffier en toutes sortes ceste sienne bonne et +prompte démonstration, ainsy qu'elle s'atend bien que, pour avoir +toutjour ouvertement déclairé qu'elle la desiroit, et pour s'estre +offerte de s'employer à la fère, et mesmes pour avoir, durant la +guerre, rejetté toutes les persuasions qu'on luy a données de se +déclairer de l'aultre party, et avoir encores, sur le pourparlé de +paix, procédé en sorte qu'elle veult bien estre veue d'avoir aydé en +quelque chose à la conclurre, elle se répute avoir grandement mérité +de vostre amytié. Et j'entendz, Sire, que, par mesmes moyen, elle vous +fera tenir quelque propos du faict d'Escoce, estant le dict de +Valsingan principallement envoyé pour notter et comprendre, aultant +qu'il luy sera possible, à quoy, après ceste paix, va l'intention de +Vostre Majesté, tant sur les choses qui ont passé du costé de ce +royaume durant la guerre, que pour voir en quoy vous persévérez +touchant celles du dict pays d'Escoce et touchant la Royne d'Escoce, +vostre belle soeur; dont j'estime, Sire, que le plus de faveur et de +grattiffication que pourrez monstrer sur celles premières, et plus de +fermeté et persévérance ez aultres, sera ce qui plus donra +d'accommodement à vostre service et plus de réputation à voz affères +de deçà. Icelluy Valsingan est tenu icy pour bien habille homme, fort +affectionné à la nouvelle religion, et très confidant du secrétaire +Cecille; qui va desjà fère ung commencement d'essay en la charge que, +à mon adviz, l'on luy a désignée d'ambassadeur ordinaire vers Vostre +Majesté après Mr Norrys. Sur ce, etc. + + Ce XIVe jour d'aoust 1570. + + + + +CXXVIIIe DÉPESCHE + +--du XVIIIe jour d'aoust 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par l'homme du Sr de Valsingan._) + + Audience.--Communication officielle donnée par l'ambassadeur à + Élisabeth de la conclusion de la paix en France.--Contentement + manifesté par la reine de cette nouvelle.--Vives démonstrations + en faveur du roi.--Promesse de la reine de hâter la conclusion + du traité avec Marie Stuart. + + + AU ROY. + +Sire, le jour de la my aoust, j'ay esté porter la certitude de la paix +de vostre royaulme à la Royne d'Angleterre, à Penleparc, qui est +trente deux mil loing de Londres; laquelle a monstré non seulement de +la bien recepvoir, mais d'en vouloir caresser et honorer la nouvelle, +ayant faict parer sa court, et estant elle mesmes parée et +merveilleusement bien en poinct; et m'a, à l'arrivée et au retour, +faict mieulx recueillyr et accompaigner que de coustume, et encores me +reconvoyer par des gentilshommes exprès une grand partie du chemyn, de +sorte qu'elle et les seigneurs de son conseil, vers lesquelz j'ay +faict aussi la conjoyssance de vostre part, n'ont rien obmiz de ce qui +se peult monstrer d'extérieur pour donner entendre qu'ilz ont ung très +grand plésir de cet accord. Mais, pour descouvrir quelque chose de +l'intérieur, j'ay dict à la dicte Dame, en luy présentant les lettres +et recommandations de Voz Majestez, que Dieu vous avoit faict la grâce +de vous donner la paix avecques voz subjectz; et qu'aussitost que vous +l'aviez peu conclurre vous luy en aviez faict la première part, affin +de luy advancer, devant les aultres princes, voz alliez et confédérez, +l'ayse et le playsir que vous estimiez qu'elle en recepvroit, parce +que, plus que nul de tous eulx, elle avoit toutjour monstré de la +desirer, et mesmes de se vouloir employer à la fère; dont cecy luy +estoit ung très asseuré tesmoignage que vous n'en avez miz rien en +oubly, et que vous luy rendrez la tranquillité de vostre royaulme +aultant utille, comme elle avoit toutjour faict paroistre qu'elle +l'auroit très agréable. + +La dicte Dame, usant de toutes les démonstrations d'ayse et de +contantement qu'il est possible, m'a respondu qu'elle ne pouvoit assés +à son gré vous remercyer de la faveur, que luy aviez faicte, de luy +advancer ceste bonne nouvelle de vostre paix, ny assés s'en conjouyr +avecques Voz Majestez; et que n'ayant heu moindre desir que vous +mesmes de la voir bien succéder, ainsy que sa conscience l'en +faisoit, à ceste heure, estre bien fort contente, et que la certitude +s'en pouvoit encores vériffier par lettres et tesmoings, elle ozoit +bien esgaller l'ayse qu'elle recepvoit d'en entendre la conclusion, à +celluy que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Messieurs vos +frères, voyre quel que soit de voz propres subjectz, en pouviez avoir; +ce que estant bien conféré avec le peu de desir que vous sçavez que +les aultres princes en avoient, elle vous layssoit à juger si une +première conjouyssance ne lui en estoit pas deuhe, et pourtant que +vous ne doubtissiez qu'elle ne la receust avec trop plus d'abondance +de playsir et d'affection, qu'elle ne le pouvoit, par parolle ny par +nulle aultre démonstration, bien exprimer; seulement elle prioyt Dieu +de la vous fère, et à voz subjectz, très longuement et heureusement +jouyr; et qu'encor qu'on luy eust vollu imprimer que vostre paix luy +seroit ung commancement de guerre, et que vous vous layrriez aisément +aller à l'instigation, que ses ennemys vous feroient, de la luy +commancer sinon directement, au moins par moyens indirectz de la Royne +d'Escoce, qu'elle ne le se vouloit toutesfoys persuader; et vous +pryoit, de tant que vous estiez sur le poinct de vous former une +inpression d'amytié ou d'ayne pour l'advenir, que vous vollussiez +retenir elle et son royaulme, qui ne sont pas des plus grandz mais non +aussi des moindres, au mesmes degré d'amytié qu'elle veult droictement +persévérer vers vous et le vostre; et que, ayant auparavant proposé de +vous dépescher le Sr de Valsingan, affin qu'il servyst à quelque bon +effect entour la conclusion de la dicte paix, elle l'y feroit encores +plus vollontiers passer, à ceste heure qu'elle estoit conclue, pour +non seulement vous en aller fère la conjoyssance, mais vous remercyer +infinyement de celle que vous luy en aviez desjà faicte. + +Je n'ay failly là dessus, Sire, d'user des meilleurs et plus +convenables propos, que j'ay peu, pour mettre la dicte Dame en grande +confiance de Vostre Majesté et de vostre royaulme; et, après avoir +touché quelque mot du commandement, que me feziez, d'avancer toutjour +les affères de la Royne d'Escoce; à quoy elle m'a respondu en très +bonne façon et avec nouvelle promesse d'y procéder du premier jour, +sellon qu'elle avoit bonnes nouvelles que les seigneurs escossoys des +deux costez s'y vouloient disposer, elle m'a licencié avec tant de +bonnes paroles et démonstrations de son contantement, et de vouloir +donner toute satisfaction à Vostre Majesté, que je craindrois d'en +diminuer la meilleure part, si je m'esforcoys de le vous vouloir +davantaige exprimer: dont la layrray à tant jusques à la prochaine +dépesche d'ung des miens, que j'envoyeray bientost devers Vostre +Majesté, par lequel je vous feray amplement entendre toutes aultres +choses. Et seulement, Sire, j'adjouxteray à ce pacquect la lettre, que +la dicte Dame vous escript, oultre celles qu'elle a baillé au dict +Valsingan pour Voz Majestez, lequel est desjà dépesché, et avecques +luy le sir Henry Coban pour aller saluer, de la part de ceste Royne, +la Royne d'Espaigne au Pays Bas; et croy qu'il passera jusques à +Espire devers l'Empereur. Sur ce, etc. + + Ce XVIIIe jour d'aoust 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, j'obmetz, tout à esciant, d'escripre à Voz Majestez par ceste +dépesche beaucoup de propos, qui ont esté tenuz entre la Royne +d'Angleterre et moy en ceste dernière audience, pour les vous mander +cy après plus expressément par ung des miens; et suffira, s'il vous +playt, Madame, que, en ceste cy, je vous dye, sur la nouvelle que j'ay +annoncée à la Royne d'Angleterre de la paix de vostre royaulme, qu'il +ne se peult exprimer ung plus grand ayse que celluy que, en parolle et +en semblant, elle a monstré d'en recepvoir; et croy que, sans la +crainte des choses d'Escoce, que son cueur aussi s'y conformeroit. +J'entendz qu'elle a prins quelque souspeçon de ce que les depputez des +Princes n'ont faict rien entendre de ceste dernière conclusion à son +ambassadeur, comme ilz avoient faict les aultresfoys; au moins n'en +avoit il encores rien escript à la dicte Dame, quant j'ay esté devers +elle, laquelle en estoit mal contante; et discouroient quelques ungs +là dessus qu'il y pourroit bien rester encores quelque difficulté: +tant y a que les choses d'icy ne layssent pourtant de prendre aultre +forme, sur ce que je leur en ay desjà dict, mesmes en l'endroict de +l'ambassadeur d'Espaigne, auquel aultrement l'on estoit prest de fère +piz que jamais. J'espère qu'il en réuscyra aussi de l'utillité à +vostre service. Sur ce, etc. + + Ce XVIIIe jour d'aoust 1570. + + + + +CXXIXe DÉPESCHE + +--du XXIe jour d'aoust 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par Guilliaume Beroudier._) + + Rapport de ce que l'ambassadeur a pu savoir des instructions + données à Walsingham.--Conclusion définitive de la paix de + France.--Instance de l'ambassadeur pour que le roi se prononce + avec fermeté sur les affaires d'Écosse.--Effet produit en + Angleterre par l'assurance que la paix est définitivement + signée en France. + + + AU ROY. + +Sire, ceste bien asseurée confirmation de la paix, qui m'est venue par +les lettres de Vostre Majesté du XIe du présent, avec les articles +d'icelle, qu'il vous a pleu par mesme moyen m'envoyer, ont miz la +Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil hors de tout doubte qu'elle +ne soit à présent bien conclue et arrestée; car, parce que Mr Norrys +leur avoit escript que, de vostre costé, Sire, elle estoit bien +signée, mais qu'elle restoit à signer par Messieurs les Princes et +Admyral, et que Mr le cardinal de Chatillon n'en avoit encores nulles +nouvelles, aussi que de dellà l'on mandoit que aulcuns s'y opposoient, +et que le parlement de Paris ne la vouloit en façon du monde +recepvoir, plusieurs ont estimé que la matière estoit encores bien +acrochée; et le Sr de Valsingan mesmes, quant il m'est venu dire +adieu, n'a sceu tenir son langaige si mesuré qu'il n'ayt assés monstré +qu'il estoit dépesché sur telle opinion. Et j'ay despuys entendu que, +l'ayant la dicte Dame faict arrester, lorsque je la suys allé trouver, +jusques après qu'elle m'auroit ouy, aussitost qu'elle a comprins par +mon récyt que les depputez estoient de rechef renvoyez avec les dicts +articles vers les Princes, elle l'a soudain faict partyr, sur la +mesme dépesche qu'elle luy avoit desjà baillée, luy mandant qu'il +n'estoit besoing d'y rien changer. + +Or, Sire, ce que j'ay peu descouvrir de sa charge est qu'ayant ceste +princesse l'esprit fort agité de tant de deffiances, que je vous ay cy +devant mandées, et se trouvant mal satisfaicte de ce que ceste +dernière conclusion de paix s'est menée si estroictement que son +ambassadeur a souspeçonné y debvoir avoir des conventions qui la +touchoient, puysqu'on les luy tenoit secrectes, elle a advisé +d'envoyer cestuy cy tout exprès par dellà affin que, trettant avec +ceulx de l'ung et l'aultre party, il puysse juger de quelle +disposition, après la dicte paix, se trouvera Vostre Majesté et vostre +royaume vers elle et le sien, avec commandement d'accommoder son +parler à l'estat où il verra que les choses seront, et de se conduyre +néantmoins en ce qu'il aura à négocier avec ceulx de la nouvelle +religion, sellon certain règlement qui a esté arresté avec les +depputez, qui sont icy, des princes d'Allemaigne, et dont l'ung d'eulx +est allé avecques luy; et de mesler, à ce que j'entendz, parmy +l'aparance d'exorter ceulx de la dicte religion à vostre obéyssance, +qu'ilz veuillent bien regarder à l'establissement de ce qui leur sera +promiz pour l'exercice d'icelle et pour l'establissement de la paix, +et que, en ces deux choses, elle et les dicts princes ne sont pour les +habandonner jamais, comme ilz ont encores tout présentement et auront +toutjour toutes choses bien prestes pour les secourir; leur +remonstrant aussi qu'ilz n'ont assés bien faict leur debvoir d'avoir +obmiz, en l'instruction qu'ilz ont donnée à leurs depputez pour fère +ce tretté, laquelle a esté envoyée icy de la Rochelle, et traduicte +incontinent en anglois et imprimée à Londres, de n'y avoir faict +quelque honnorable mencion d'elle et du bon reffuge qu'ilz ont trouvé +en son royaulme, avec d'aultres particularitez que je suys bien ayse +qu'elles n'arrivent qu'après la paix faicte; car possible n'eussent +elles de guières servy à la conclurre. + +Et au regard de Vostre Majesté, j'entans, Sire, que sa commission +porte que, au cas qu'il trouve les choses non encores bien accordées, +qu'il vous offre toutz les moyens et offices, qui seront cognuz +pouvoir procéder d'elle, pour vous ayder à les accorder avec vostre +grandeur, réputation et advantaige; mais s'il trouve la paix desjà +conclue, ainsy que, grâces à Dieu, elle l'est, qu'il vous en face la +meilleure et plus expresse conjoyssance qu'il pourra, et qu'il vous +exorte, Sire, à l'entretennement et observance d'icelle, avec offre de +tout ce qui est en la puyssance de la dicte Dame pour vous assister +contre ceulx qui la vous vouldroient traverser ou empescher; et vous +prier, au reste, de ne vous laysser jamais persuader du contraire, car +vous ayant elle jusques icy gardé ce respect d'avoir rejetté toutes +les très véhémentes persuasions qu'on luy a données de se déclairer +contre vous, elle proteste que, par cy après, elle ne le pourra plus +fère; et que, si vous entreprenez la guerre contre la religion d'où +elle est, qu'elle employera toutes ses forces, son estat et sa +couronne à la deffance, faveur et protection d'icelle; et qu'elle +entrera en la ligue des princes protestans contre Vostre Majesté, +ainsy qu'ilz ont encores icy à ceste heure leurs ambassadeurs pour +l'en solliciter; et avec charge aussi au dict Valsingan de vous fère +entendre, de la part de la dicte Dame, touchant la Royne d'Escoce, +qu'elle ne luy veult aulcun mal, ny veult en façon du monde procurer +sa ruyne, que seulement elle cerche de s'asseurer des guerres et +dangiers, qui luy ont esté toutjour imminentz du costé d'elle et de +son royaulme, chose qu'elle estime que ne debvez trouver mauvaise; et +qu'encores, pour l'amour de Vostre Majesté, sera elle contante d'user +si honorablement vers la dicte Dame, que ung chacun jugera qu'elle luy +aura la plus grande de toutes les obligations, qu'elle ayt jamais heue +à personne de ce monde. + +Qui est tout ce, Sire, que j'ay aprins de la dépesche du dict +Valsingan, et ne sçay encores s'il y a heu rien de plus ou de moins, +ou de changé despuys; dont je suplie très humblement Vostre Majesté de +gratiffier si bien à la dicte Dame ses bonnes parolles que ses +intentions en puyssent toutjour devenir meilleures, car aussi estime +elle vous avoir beaucoup obligé de ne vous avoir faict sentyr tant de +mal et d'empeschement, de son costé, comme l'on l'a bien incitée et +conseillée de vous en fère. + +Au regard, Sire, des choses d'Escoce, encores que la dicte Dame ayt, +de rechef, très expressément donné parolle à Mr de Roz de procéder au +tretté, aussitost que les depputez d'Escoce seront arrivez, car +plustost n'y veult elle nullement entendre; néantmoins, de tant que je +suys seurement adverty que le comte de Sussex, lequel a encores des +forces en la frontière, et le secrétaire Cecille mènent des pratiques, +et croy que [c'est] sans le sceu de la dicte Dame, pour tirer la +matière en longueur et pour fère rentrer de rechef les Anglois en +Escoce au secours du party du régent, qui se trouve le plus foible; il +sera le bon playsir de Vostre Majesté d'en parler en telle sorte aulx +ambassadeurs de la dicte Dame qu'ilz cognoissent que vous incistez, +Sire, très fermement à la continuation et accomplissement du tretté et +à l'entretennement de ce qui en est desjà arresté; ou autrement que +vous n'estes pour manquer de secours à ceulx de voz allyés qui ont +recours à vostre protection, et faveur. Et sur ce, etc. + + Ce XXIe jour d'aoust 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, ce peu de temps qui a passé, despuys la première nouvelle de +la conclusion de la paix, laquelle Voz Majestez m'escripvoient du +IIIIe du présent, jusques à la confirmation que j'en ay présentement +reçeue, qui n'est que six jours entre deux, nous a donné à dicerner +ceulx qui desirent icy véritablement la paix de vostre royaulme, et +l'establissement de vos affères, d'avec ceulx qui n'en cerchent que le +perpétuel trouble et la diminution de vostre grandeur; et n'en est +l'affection de la religion aulcunement la reigle, car plusieurs +catholiques et plusieurs protestans meslez ensemble, bien que par +divers respectz, monstrent d'en estre très marrys, et de mesmes +plusieurs des deux partys s'en réjouyssent conjoinctement; mais ceulx +sur toutz, ès quelz gist toute l'espérance de la religion catholique +en ce royaulme, en font une très solemnelle resjouyssance, et desirent +la conservation de vostre couronne, et croyent et espèrent que +d'icelle a de procéder la réunyon de l'esglize et le restablissement +de la religion catholique en ceste mesmes isle, aussi bien qu'en tout +le reste de la Chrestienté, par les moyens que Dieu vous inspirera, +plus qu'aulx aultres princes chrestiens, puysque à vous, plus qu'à +eulx toutz, il vous a faict sentyr combien en est dangereuse et pleyne +de toutz maulx la division. + +Les Huguenotz, qui estoient par deçà, commancent de n'y estre plus si +bien veuz qu'ilz souloient, et n'y peuvent désormais vivre sans +soupeçon. J'entendz que ceulx, qui estoient pirates, se vont peu à peu +retirant, et Clément Joly, ayant réduict tout son équipage à deux bons +navyres, s'en va avec Haquens, qui dresse une flotte pour retourner +aulx Indes. Ceulx cy ont desjà miz dehors six de leurs grandz navyres, +soubz la conduicte de maistre Charles Havart, filz de milord +Chamberlan, lequel commandera en l'armée parce que l'admyral est +mallade, et y en mettront encores quatre dans ceste sepmayne, mais ilz +ne donnent grand presse aulx aultres vingt navyres, parce qu'ilz ont +adviz que l'apareil du duc d'Alve ne peult estre prest, jusques +envyron la St Michel, bien qu'ilz sçavent qu'il est allé desjà +recuillyr la Royne, sa Mestresse, à Nimegen. Maistre Henry Coban +s'apreste toutjour pour l'aller saluer, de la part de ceste Royne, et +avecques luy s'en retourne par dellà le mesmes merchant depputé sur le +faict des merchandises, nommé Fuiguillem, qui en est naguières revenu; +et sur ce, etc. Ce XXIe jour d'aoust 1570. + + + + +CXXXe DÉPESCHE + +--du XXVIe jour d'aoust 1570.-- + +(_Envoyée jusques à la court par La Bresle, chevaulcheur._) + + Assurance de l'ambassadeur que l'armement des Anglais n'est pas + dirigé contre Calais.--Recommandation qu'il fait de se prémunir + néanmoins en France contre toute surprise.--Instance de la + reine d'Écosse pour obtenir du roi un secours efficace; sa + conviction qu'Élisabeth ne veut pas lui rendre la + liberté.--Nouvelles des Pays-Bas. + + + AU ROY. + +Sire, je n'ay trouvé nouveau l'adviz, qu'on vous a donné, de +l'entreprinse de ceulx cy sur Callais, car je pense en avoir mandé +quasi aultant à Vostre Majesté par le Sr de Sabran, sur le +commancement de juillet, et vous avoir dez lors particullarisé quant, +commant, et en quel lieu, ilz avoient proposé de fère leur descente, +mais que bientost après ilz avoient changé de dellibération, parce +qu'ilz avoient jugé que ce seroit attacher une grosse guerre, de +laquelle ilz n'avoient ny rien de bien prest pour la commancer, ny nul +moyen de la meintenir, sinon par noz troubles, lesquelz ilz voyoient +desjà incliner à la paix; et aussi qu'il m'advint lors de toucher ung +mot à quelcun des leurs de ce que j'en avois senty, et en mesmes temps +Mr de Gordan saysyt des armes qu'on pourtoit à Callais, dont +estimèrent que le tout estoit descouvert, de sorte que leur présent +armement ne monstre qu'il soit à nul aultre effect que pour tenir la +mer, sans pouvoir mettre gens en terre, ainsi que, pour en esclarcyr +davantaige Vostre Majesté, je renvoye ce mesmes courryer pour vous en +aporter l'estat, tel que je l'ay peu recouvrer, duquel encores il s'en +fault beaucoup qu'il soit ainsy bien prest, comme le dict estat le +porte; et ne le pourront avoir si soubdain faict plus grand, ny levé +les gens de guerre que n'en soyons, de quelques jours devant, +advertys. Néantmoins, Sire, ayant premièrement descouvert qu'ilz ont +heu intention de tenter quelque chose sur le brullant desir de +recouvrer Callais, et les voyant à ceste heure (bien que pour aultres +fins) estre en armes, j'ay adverty Mr de Gordan, et les aultres +gouverneurs de vostre frontière, de se tenir sur leurs gardes; et ay +suplié Vostre Majesté, comme je la suplie encore très humblement, de +leur mander de rechef qu'ilz ayent à se monstrer si préparez et +pourveuz qu'ilz facent perdre à ceulx cy toute l'ocasion et la +vollonté, qu'ilz pourroient avoir, d'y rien entreprendre. + +La Royne d'Escoce renvoye ung serviteur du Sr Douglas en France, +auquel elle a commiz une dépesche pour Vostre Majesté; et croy, Sire, +qu'elle vous persuade de tout son pouvoir, que, touchant sa liberté et +restitution, vous ne vous en veuillez plus attandre à ce que la Royne +d'Angleterre vous en fera dire ou promettre, car elle pense avoir +assés d'aparans argumens pour juger que l'intention de ceulx, qui +guydent les conseilz de la dicte Dame, n'est aulcunement d'y entendre, +ains de s'opiniastrer, de plus en plus, à sa détention et à luy fère +perdre son estat; ainsy que, despuys le commancement du tretté, ilz +ont, soubz main, faict créer le comte de Lenoz régent en Escoce, et se +préparent à ceste heure d'y envoyer gens, argent et tout aultre +secours pour le maintenir; en quoy la dicte Dame me prie que, quoyque +ceulx cy me puissent dorsenavant alléguer, je ne vous veuille plus +entretenir en aulcune espérance du dict tretté; ains que je vous +suplye très humblement, Sire, d'aller au devant de la malle +entreprinse qu'ilz ont sur elle, premier qu'ilz l'ayent du tout +ruynée, et premier qu'ilz ayent achevé de vous oster une telle allyée, +et l'alliance, et les allyez que vous avez en elle, son royaulme et +ses subjectz. Dont semble bien, Sire, que, ayant Vostre Majesté porté +jusques icy, par voz vertueuses parolles et bonnes démonstrations, +beaucoup de faveur aulx affères de la dicte Dame, lors mesmes que les +vostres sentoyent plus d'empeschement, que, grâces à Dieu, ilz ne font +à ceste heure, s'il vous playt d'en user meintennant de semblables, ou +ung peu de plus expresses, et les fère sonner au Sr de Valsingan, +avant qu'il s'en retourne, qu'elles seront de bien fort grand moment +pour meintenir la cause de la dicte Dame, jusques à ce que y puyssiez, +à bon esciant, adjouxter les effectz. Mais affin, Sire, que voyez +plus clayrement quel il y fera, je vous manderay, du premier jour, par +le Sr de Vassal, le plus particulièrement que je pourray, l'estat de +toutes choses d'icy, et ce que la Royne d'Angleterre m'aura respondu +sur le faict de son armement; laquelle je vays présentement trouver. + +Et ne vous diray davantage, Sire, sinon que le jeune Coban s'apreste +toutjour pour passer en Flandres, et ne me suys trompé du jugement, +que j'ay faict, qu'il yra jusques à Espire, dont je mettray peine +d'entendre quelque chose de sa commission. La nouvelle de la paix de +vostre royaulme a esté utille à l'ambassadeur d'Espaigne; car, oultre +qu'elle est cause qu'on ne l'a resserré, l'on luy a despuys faict +beaucoup de favorables démonstrations. Il est vray qu'on a envoyé +surprendre, jusques dans le port de Bergues en Flandres, le docteur +Estory et ung maistre Parquer, toutz deux Anglois catholiques, qui +estoient là depputez par le duc d'Alve sur la visite des merchandises +d'Angleterre pour les confisquer, et les a l'on transportez par deçà, +et tout incontinent miz dans la Tour de Londres; en quoy l'on a +manifestement viollé la franchise des Pays Bas, chose qu'on ne peult +croyre que le duc d'Alve puisse aulcunement dissimuler. Sur ce, etc. + + Ce XXVIe jour d'aoust 1570. + + + + +CXXXIe DÉPESCHE + +--du Ve jour de septembre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._) + + Audience.--Plainte de l'ambassadeur au nom du roi, qui est averti + que l'armement de la flotte d'Angleterre est destiné à une + entreprise sur Calais.--Vive protestation de la reine qu'elle + n'a jamais eu un pareil projet, et qu'elle n'a d'autre + intention que de repousser les attaques, qui pourraient être + dirigées contre elle.--Demande d'explications sur les armemens + faits en Bretagne.--Débat sur les délais apportés à la + conclusion du traité concernant Marie Stuart.--Nouvelle + invasion des Anglais en Écosse. _Mémoire._ Discussions des + Anglais sur la paix de France.--Leur crainte qu'une ligue + générale ait été formée contre eux.--Changement de conduite + d'Élisabeth à l'égard de l'ambassadeur d'Espagne.--Dispositions + prises pour éviter une attaque de la part du duc + d'Albe.--Résolution de faire sortir la flotte pour rendre + honneur à la reine d'Espagne, et se tenir prête au besoin à + livrer bataille.--Négociations d'Élisabeth en + Allemagne.--Nouvelles de la diète.--_Mémoire secret._ Assurance + donnée parle duc de Norfolk, depuis sa mise en liberté, qu'il + reste dévoué à la reine d'Écosse.--Nécessité d'imposer à la + reine d'Angleterre un délai, dans lequel le traité avec Marie + Stuart devra être conclu.--Utilité de faire quelque changement + dans la garnison de Calais.--Projet d'une entreprise du roi + d'Espagne sur l'Angleterre: insistance faite auprès de Marie + Stuart pour qu'elle s'abandonne entièrement au duc d'Albe du + soin de sa restitution.--Disposition d'Élisabeth à renouer la + négociation de son mariage avec l'archiduc Charles.--Avis d'une + correspondance entretenue avec l'Angleterre par quelqu'un qui + approche le duc d'Anjou.--Nouvelles répandues à Londres sur les + projets du roi. + + + AU ROY. + +Sire, estant la Royne d'Angleterre en une mayson esquartée dans les +boys, à quarante cinq mil de Londres, qui s'apelle Vuynck, elle m'a +mandé dire que, si l'affère dont j'avois à luy parler estoit hasté, je +vinsse prendre ma part de l'incommodité du lieu où elle estoit; mais, +si ce n'estoit chose pressée, qu'elle me prioyt d'attandre jusques au +VIIIe jour ensuyvant, qu'elle se randroit près d'Oxfort, en la mayson +de Mr de Norrys, qui seroit plus commode. Et comme elle a entendu que +je ne vouloys temporiser, et que j'estois desjà prez du dict Vuynck, +elle a envoyé trois gentishommes pour me conduyre, non en la mayson où +elle estoit, mais en une fueillée, qui lui estoit préparée pour tirer +de l'arbaleste aulx dains dedans les toilles; auquel lieu elle est +venue bientost après, grandement accompaignée, où m'ayant, avant +descendre du coche, et après en estre descendue, fort favorablement +receu, premier qu'elle se soit divertye à la chasse, m'a demandé des +nouvelles de Voz Majestez. + +Et parce qu'on m'avoit dict que le Sr de Vualsingan, touchant son +voyage en France, luy avoit escript qu'il trouvoit le monde par dellà +mal contant de la paix, je luy ay bien vollu dire, Sire, que Vostre +Majesté estoit venue à Paris en sa court de parlement pour y fère bien +recepvoir les articles de la dicte paix, lesquelz y avoient esté +acceptez avec ung grand consentz de tout ce sénat, et que de là vous +en estiez allé randre grâce à Dieu en la grand esglize de Nostre Dame, +et solemniser la feste de la my aoust; et que, le soir, estiez allé +prendre le souper en l'hostel de ville, pour mieulx establyr le repoz +entre ce grand peuple, lequel a accoustumé de servyr d'exemple aulx +autres villes voysines; et que vous estiez après à regarder +principallement à deux choses: l'une, de bailler argent aulx reytres +et estrangiers, au premier jour de septembre, affin de les chasser +eulx, et le trouble et malheur, hors de vostre royaulme; et l'aultre +estoit de jouyr heureusement de ceste paix, premièrement avec voz +subjectz, et puys avec les princes voz voysins, allyez et confédérez, +chose qui estoit bien conforme à ce qu'elle m'avoit prié dernièrement +de vous escripre: (que vous vollussiez conserver l'amytié des princes +voz voysins, comme je la pouvois bien asseurer que vous la vouliez +conserver droicte et entière envers elle, aultant qu'avec nul prince +de vostre alliance); mais qu'il y avoit ung aultre ambassadeur, lequel +je ne cognoissois point, qui vous avoit advisé, Sire, de penser tout +aultrement d'elle en vostre endroict, et qu'elle avoit fermement +résolu de vous fère bientost la guerre; dont je remercyois Dieu que la +vigillance de celluy là m'eust relevé de la plus notable infamye, où +gentilhomme eust peu tomber, d'avoir miz mon Roy, Mon Seigneur, et ses +affères en ung manifeste dangier, s'il ne vous eust advisé d'y prendre +garde, et de vous bien deffandre du costé, duquel je m'esforçoys de +vous persuader que vous seriez le moins assailly; bien que je ne +demeurois sans coulpe de m'estre layssé endormyr par ses bonnes +parolles, sur ce que m'aviez commandé d'avoir les yeulx plus ouvertz, +qui estoit l'observance et l'entretennement des trettez. + +Sur quoy la dicte Dame, pleyne d'esbahyssement, m'a demandé qui ce +pouvoit estre, et que l'infamye tumberoit plus sur elle que sur moy, +et qu'elle espéroit de nous en descharger si bien toutz deux que la +honte en demeureroit à celluy qui la nous vouloit fère. + +J'ay suyvy à luy dire que je luy en communiquerois, au long et au +plain, tout ce que Vostre Majesté m'en escripvoit, affin de procéder +ainsy clairement vers elle, comme j'avoys faict jusques icy, et comme +je la suplyois de ne me contraindre d'en user aultrement; car, pour ne +le sçavoir fère, et pour ne mettre, par ma sotise, voz affères en +dangier, j'aymois trop mieulx d'estre révoqué, et qu'elle me renvoyât +d'où j'estois venu. + +Dont, luy ayant baillé là dessus la lettre de Vostre Majesté, avec +l'adviz du VIIIe du passé, elle a leu très curieusement l'ung et +l'aultre; et puys, sans avoir guières pensé, m'a dict qu'elle me +feroit en cella une responce franche et pleyne de vérité: c'est +qu'elle prioyt Vostre Majesté de croyre que l'adviz estoit tout +entièrement faulx, et que, en son armement, elle n'avoit aultre +entreprise que celle, qu'elle m'avoit faict escripre par ceulx de son +conseil, et despuys confirmée de sa propre parolle, qui est celle, +Sire, que je vous ay desjà escripte; et que, quant il se trouveroit +aultrement, elle vouloit que vous la tinssiez pour descheue du rang de +Vostre Majesté, où Dieu l'a constituée Royne légitime et Princesse +chrestienne. Il est vray que chose semblable, ou peu différante, luy +pouvoit avoir esté offerte, mais non de six mois en ça. A quoy elle +vouhe à Dieu qu'elle n'a jamais vollu entendre, et ne le fera, soubz +tant de bonnes parolles de paix et d'amytié, comme elle m'a prié vous +asseurer de sa part; et qu'elle vouloit bien dire aussi qu'ayant +Vostre Majesté procédé en bonne façon vers elle sur les affères de la +Royne d'Escoce, qu'elle ne vouldroit que bien user vers vous, et +achever droictement le tretté qui est là dessus commancé; mais que si, +pour l'ocasion de la dicte Dame, laquelle vous sçavez qu'elle luy +tient beaucoup de tort, vous la vouliez ennuyer, (ainsy que le comte +de Betfort luy avoit escript despuys deux heures, du pays d'Ouest, que +Vostre Majesté avoit douze navyres toutz prestz et garnys de toutes +monitions de guerre à St Malo, pour les passer en Escoce, et +n'attandoit on plus que les gens de guerre pour les mettre dessus; et +que, d'abondant, vous aviez faict arrester en Bretaigne toutz les +navyres anglois comme en temps de guerre,) qu'elle s'esforceroit de +vous fère tout le pis qu'elle pourroit. + +Je répliquay, Sire, que je mettrois peyne de vous fère bien entendre +sa responce touchant le faict de Callays; et je la prioys de vous en +fère dire aultant par son ambassadeur, affin que peussiez cognoistre +que ce que je vous en escriprois procédoit de son intention, ce +qu'elle m'accorda; et, quant au reste, je la pouvois asseurer que je +ne sçavois rien de l'apareil de St Malo, mais que je mettrois +toutjours ma vie pour la seurté de la parolle, que vous luy aviez +promise: tant y a que je la suplioys ne trouver mauvais, si, pour +n'estre faulx ny desloyal à Vostre Majesté, je vous escripvois, +touchant le faict d'Escoce, qu'elle nous remettoit à un tretté, duquel +je n'espérois ny fin ny commancement: car elle n'y vouloit procéder +jusques à ce que les depputez des seigneurs d'Escoce seroient arrivez, +et le comte de Sussex empeschoit qu'ilz ne se peussent assembler pour +en eslire quelques ungs; et que la création de ce régent, lequel avoit +tout incontinent faict pendre trente trois bons serviteurs de la Royne +d'Escoce, et les aultres rolles qui se jouoyent entre le dict comte de +Sussex et les ennemys de la dicte Dame par dellà, me faisoient veoir +qu'on ne tendoit à rien moins que à la paciffication. + +A cella la dicte Dame m'a respondu qu'il n'y avoit nul tort de sa part +ny des siens, et qu'elle est toute résolue de procéder au dict tretté, +et n'attand sinon une responce de la Royne d'Escoce, laquelle +l'évesque de Roz luy doibt porter dans deux jours, pour, incontinent +après, envoyer deux de son conseil devers elle affin de tretter +ouvertement de tout ce qu'elles ont à démesler ensemble; et que +j'asseure Vostre Majesté que, s'il y a nul des siens qui veuille +traverser le dict tretté, qu'elle l'en fera amèrement repentyr. Et +m'ayant la dicte Dame tenu plusieurs aultres fort gracieulx propos, +tant du présent des haquenées qu'elle vous veult fère, que de ce +qu'elle a envoyé saluer la Royne d'Espaigne et l'Empereur, estant +venue l'heure de la chasse, elle print l'arbaleste, et tua six daims, +dont me fit faveur de m'en donner bonne part; et au prendre congé, me +pria très instantment de vous donner toute satisfaction d'elle sur le +faict du dict Callais, et luy procurer pareille satisfaction de Vostre +Majesté sur ce qu'on luy a dict de St Malo. Sur ce, etc. Ce Ve jour de +septembre 1570. + + Sur la closture de la présente, est venu adviz comme le comte de + Sussex est rentré en Escoce, ainsy que luy mesmes l'a escript. + Nous sommes après, icy, d'en demander réparation, et Vostre + Majesté y pourvoirra, s'il luy playt, par dellà. + + OULTRE LE CONTENU DES LETTRES, le dict Sr de Vassal dira, de ma + part, à Leurs Majestez: + + Qu'on juge icy diversement de la paix de France, car les ungs + disent que le Roy l'a faicte ainsy que monsieur l'Admyral l'a + vollue, luy laissant, après l'avoir veincu, plus d'exercice de sa + religion qu'il n'avoit auparavant, et toulz les estatz et villes + qu'il a demandé: les aultres, au contraire, disent que le dict + sieur Admyral s'est layssé aller aulx promesses du Roy, et qu'il + s'est condescendu aulx plus honteuses et dommaigeables condicions + de paix qu'il se pouvoit fère, ayant layssé perdre les + principalles esglizes, que ceulx de sa religion eussent ez bonnes + villes du royaulme, pour se contanter de quelques meschantz + faulxbourgs; et d'avoir soubmiz, de rechef, eulx et leurs biens + aulx parlemens, lesquelz leur sont capitalz ennemys; et d'avoir + accordé au Roy le quint de leur revenu pour payer les reytres, + dont beaucoup de Catholiques et de Protestans estrangiers, et + mesmement ceulx, qui n'ayment ny la grandeur ny l'establissement + du Roy, arguent par là qu'il y doibt avoir quelque secrecte + convention contre les estatz voysins; et descouvrent qu'en leur + cueur ilz sont marrys de la paix de France, et qu'ilz la + craignent. + + Mais d'aultres plus modérez, qui en désirent la conservation, + jugent tout librement que nul moyen plus heureux, ny plus + prudent, ny plus conjoinct d'honneur avec proffict, se pouvoit + trouver au monde, que cestuy cy de la paciffication; par laquelle + le Roy a regaigné l'obéyssance de ses subjectz, et eulx la bonne + grâce sienne, et toutz ensemble chassé le trouble et le malheur + hors du royaume. + + Et, à ce propos, la Royne d'Angleterre m'a dict que quelquefoys + ung prince pouvoit bien avoir fort bon droict sur un estat, qui + pourtant ne le jouyssoit pas, et que, hormiz le titre, il estoit + toutjour en peyne ou d'en conquerre ou d'en deffandre tout le + reste; et par ainsy que le Roy a conquiz, par ceste paix, le plus + beau royaulme de tout le monde; lequel auparavant il ne possédoit + pas, et dont nul aultre que le sien n'eust peu si longtemps + suporter les maulx de la division, sinon avec la mutation ou avec + la ruyne entière de l'estat, dont elle le conseille de ne le + mettre plus en hazard. + + Néantmoins monstrans aulcuns des principaulx du conseil de la + dicte Dame qu'ilz craignent meintennant la dicte paix, ilz + donnent à cognoistre qu'ilz ne la desiroient pas; et mesmes ung, + qui sçayt assés de leurs secretz, a raporté qu'ilz ont dict que, + si leur entreprinse de Picardie n'eust point esté descouverte, et + que je n'en eusse rien senty, ou bien que monsieur l'Admyral eust + peu conduyre son armée vers la frontière du dict pays de Picardye + ou Normandie, ilz luy eussent bien donné moyen d'évitter + l'honteuse paix qu'il a faicte. + + Et despuys la conclusion d'icelle, ceulx de ce pays n'usent de si + familière conversation avec les Françoys de leur mesmes religion, + comme ilz faisoient auparavant, et ne leur layssent nulz + marinyers anglois dans leurs vaysseaulx, bien qu'ilz n'en ayent + quasi point d'aultres; et seulement vers Mr le cardinal de + Chastillon ilz monstrent luy porter encores quelque honneur et + respect, pour l'obliger davantaige à estre ministre de conserver + la paix entre ces deux royaulmes. + + Et, encor que de certains propos qu'on leur a faict acroyre, qui + ont esté naguières tenuz près du Roy, au préjudice de ce + royaulme; et de la rescente mémoire de la bulle, avec la division + qu'ilz voyent croistre toutjour parmy leurs subjectz; et de + certaine coppie de lettre qu'ilz pensent avoir recouvert, que le + duc d'Alve a escripte à Monsieur, frère du Roy, pour l'inciter, à + ce qu'ilz disent, contre eulx; et de l'advertissement, qu'ilz + ont, que le dict duc pourchasse, envers l'Empereur, de fère + mettre en arrest toutes les merchandises d'Angleterre, qui sont + en Hembourg, pour la réparation des prinses, que les Anglois ont + faictes en mer sur les subjectz de son Maistre, la dicte Dame et + les seigneurs de son conseil soyent entrez en de bien grandz et + divers pensements, néantmoins ilz n'en ont esté guières esmeuz + jusques à la nouvelle de la paix; mais lorsqu'ilz ont veu qu'elle + estoit conclue à l'honneur et advantaige du Roy, ilz n'ont heu + rien plus hasté que de consulter et dellibérer, tout incontinent, + comme ilz se pourroyent munyr contre l'orage, qu'ilz craignent + leur advenir; en quoy ilz ont pensé qu'ilz le pourroient divertyr + par gracieuses négociations et bonnes parolles, bien que possible + esloignées de ce qu'ilz ont en intention. + + Et ont commancé de dépescher premier devers le Roy le Sr de + Vualsingan pour la conjouyssance de la paix, et pour luy donner + bonne espérance des affères de la Royne d'Escoce, avec le surplus + de sa commission, sellon que je l'ay mandé, en la sorte que je + l'ay peu descouvrir; bien que la dicte paix leur semble + formidable parce qu'ilz n'ont esté appellez à la fère, et que les + principaulx, qui guident les conseilz de la dicte Dame, + s'opinyastrent, de plus en plus, à la détention de la Royne + d'Escoce, et à interrompre le tretté encommancé, pour fère de + rechef rentrer les Anglois en Escoce, ainsy que l'empeschement + qu'on a donné à Mr de Leviston en la frontière, pour créer + cependant le comte de Lenoz régent, et la forme de procéder du + comte de Sussex contre ceulx du party de la Royne d'Escoce, le + tesmoignent; dont le Roy me commandera s'il sera expédiant que je + tire de la dicte Royne d'Angleterre une résolue responce sur le + dict affère. + + Et pour le regard du Roy d'Espaigne, ayans eulx pensé de tretter + plus mal que jamais son ambassadeur, et luy ayant mandé par ung + sien secrétaire que la Royne d'Angleterre ne le tenoit plus pour + ambassadeur, et faict dire par deulx aldremans qu'il s'en vînt + trouver ceulx du conseil à St Aulban, à XL mil de Londres, où + j'ay sceu despuys qu'ilz avoient faict préparer ung logis pour le + resserrer; l'asseurance de la paix n'est si tost arrivée qu'on + n'ayt changé de toute aultre façon en son endroict, l'envoyant + visiter avec bonnes parolles et offres d'accord sur les + différans; et luy ont envoyé Haquens pour se justiffier de ce + qu'on luy avoit rapporté qu'il dressoit une flotte pour aller aux + Indes, qui l'a asseuré qu'il n'en estoit rien, et qu'il n'avoit + intention de naviguer en lieu d'où le Roy, son Mestre, peult + estre offancé. Ilz ont envoyé Fuyguillem devers le duc d'Alve, + et ont dépesché le jeune Coban devers la Royne d'Espaigne, avec + les plus expresses parolles et les meilleures démonstrations + d'amytié, dont ilz se sont peu adviser. + + Et néantmoins, ne se trouvans bien satisfaictz de la responce, + que le duc d'Alve leur a faicte touchant son armement, parce + qu'il a faict mencion qu'il estoit dressé contre les ennemys, ilz + ont résolu de se présenter en mer, quant la dicte Dame passera, + et de disposer leurs grands navyres, en sorte qu'ilz luy gaignent + le vent, (ainsi qu'ilz disent qu'ilz ont cinq ventz qui leur + servent et qui leur donnent l'advantaige,) et en ceste sorte la + saluer et luy monstrer toutz signes d'amytié; mais s'il n'est + prins en ceste sorte de l'aultre part, et qu'ilz ne ressaluent, + et ne rendent les mesmes signes d'amytié et d'amayner, avec la + soumission requise, que, à la moindre mauvaise démonstration + qu'ilz feront, ceulx cy se tiendront pour provoquez, et + attacheront le combat. Et y a grande apparance que, si la dicte + Dame est contraincte, par quelque occasion de temps, de relascher + par deçà, qu'elle ne s'en pourra partyr quant elle vouldra, bien + qu'on luy fera tout l'honneur et bon trettement qu'il sera + possible; et monstrent ceulx cy estre toutz advertys de l'apareil + du duc d'Alve et de celluy d'Espaigne, mais ne craindre l'ung + ni l'aultre; et ont donné charge par tout le pays d'user de + signalz pour courir aulx portz, au cas que l'on y aborde, affin + d'en demeurer les maistres. + + Et ont donné charge au susdict jeune Coban, après qu'il aura + visité la Royne d'Espaigne, de passer oultre devers l'Empereur, + avec lettres, parolles et offres de grande amytié et de grande + intelligence en son endroict; et pour l'exorter de demeurer en + bonne unyon avec les princes de l'Empyre; et luy donner compte + des différans des Pays Bas; et aussi, à ce que j'entendz, quelque + peu des choses d'Escoce; mais surtout de le prier qu'il n'ordonne + rien en Hembourg contre les Anglois, ny contre leurs + merchandises; et, affin de le disposer mieulx vers elle, que + icelluy Coban luy remettra en termes, avec affection, le propos + du mariage avec l'archiduc son frère, bien que nul se peult + persuader qu'elle ayt intention de l'effectuer. + + Et cependant, en l'endroict du dict Empereur et des aultres + princes catholiques, elle faict valoir et se sert de ceste + légation des princes protestans, qui ont encores icy leurs + ambassadeurs; et je les ay faict fort observer, et ay trouvé que + entre eulx y a ung docteur, qui a seul la charge de toute la + négociation, et porte seul la parolle, sans en rien conférer aulx + aultres, personnaige si secret et réservé, qu'on ne peult tirer + ung seul mot de luy: seulement l'on m'a adverty qu'il a porté une + lettre à la dicte Dame, soubsignée de plusieurs princes, sçavoir; + des trois ellecteurs Pallatin, de Saxe, Brandebourg, les premiers + des lansgraves, après et succecifvement d'aultres, jusques à + douze des principaulx d'Allemaigne; réservé cellui de Vitemberg, + qui a accepté, à ce qu'on dict, pencion du Roy d'Espaigne, et + qu'en la dicte lettre est faicte mencion de ce que le Roy leur a + escript de la paix, et la responce qu'ilz luy ont faicte, et + qu'ilz exortent la dicte Dame d'espérer toutjour bien d'eulx, et + de s'asseurer que toutz ensemble luy demeureront bien unys en + affection et intelligence, ainsy qu'ilz le luy ont promiz; et + qu'ilz n'obmettront rien de ce qui sera requiz pour + l'establissement de leur religion, et pour la seurté des princes, + peuples et estatz, qui l'ont receue; et que, sur la dicte lettre, + il a heu quatre foys conférance, à part, avec la dicte Dame, + laquelle, à mon adviz, l'entretiendra jusques après avoir heu + responce des aultres princes, car elle ne se veult vollontiers + obliger à nulle ligue, et ne le fera sinon bien contraincte, de + tant que les plus grandz frays en auroient à tumber sur sa + bourse. + + Ce qui s'entend icy de la diette est que les trois ellecteurs ont + fort suspecte la proposition, que l'Empereur y a faicte, parce + qu'il leur semble qu'elle tend à leur oster l'authorité des + armes, et de ne pouvoir fère levées de gens de guerre en + Allemaigne, et de diminuer la grandeur de celluy de Saxe, par + prétexte de relever celle de ses cousins; et que le dict Empereur + finira la dicte diette par tout le moys d'octobre, pour s'en + retourner avant l'yver à Vienne, non sans en avoir premièrement + indicté une aultre; et qu'encores qu'il n'ayt, pour ceste foys, + procédé à la création du roy des Romains, il a néantmoins si bien + dressé la pratique, que, pourveu qu'il puysse gaigner les trois + eclésiastiques, dont ne se deffye plus que de celluy de + Colloigne, il espère qu'il le pourra effectuer, en baillant le + tiltre de roy de Bohème à ung tiers pour avoir ceste voix + davantaige aulx suffrages; et n'y obstera plus que le reiglement + de la bulle dorée de n'admettre tant d'Empereurs d'une mesmes + famille, mais le Pape y dispensera; et semble bien que, cella + advenant, l'on procédera aussi à la privation du Pallatin, car + l'on a opinion que, celluy là séparé des trois, les aultres deux + demeureront bien foybles, et que le plus grand soing, qu'ayt à + présent le Roy d'Espaigne, est de fère créer son nepveu roy des + Romains pour la conservation de ses Pays Bas et de ses estatz + d'Itallye, et qu'il n'espargne peyne, ny argent, ny nul de toulz + les moyens dont il se peult adviser, pour l'effectuer. + + DIRA D'ABONDANT, A PART, A LEURS MAJESTEZ: + + Que le duc de Norfolc, despuys estre hors de la Tour, m'a envoyé + remercyer des bons offices, qu'il a sentys de ma bonne vollonté + durant sa pryson, lesquelz luy ont esté d'un singulier espoir et + très grande consolation; et s'asseurant que cella est procédé du + commandement de Leurs Majestez Très Chrestiennes, il m'a prié de + leur en bayser très humblement les mains de sa part, et de les + asseurer qu'après sa Mestresse, il leur demeure très dévot et + fidelle serviteur plus qu'à nul prince de la terre, et qu'il leur + recommande toutjour la cause de la Royne d'Escoce, pour la + restitution de laquelle il veult mettre sa personne, sa vie et + son bien. + + Il suplie néantmoins Leurs Majestez que l'expécial propos de sa + dévotion et affection, vers leur service et vers la Royne + d'Escoce, ne passe plus avant que entre Leurs dictes Majestez et + Monseigneur, pour le dangier qu'il y a que, s'il estoit sceu de + deux endroictz, lesquelz j'ay expéciffiez au Sr de Vassal, il ne + luy en advint beaucoup de mal; bien desire qu'en ce que Leurs + Majestez vouldront parler en leur conseil des gens de bien et + principaulx de ce royaulme, qui desirent la continuation de la + paix, et l'entretennement des trettez d'entre la France et + l'Angleterre, et la restitution de la Royne d'Escoce, qu'ilz luy + facent l'honneur de le nommer toutjour des premiers. + + Leurs Majestez ont veu de quelle façon j'ay procédé ez affères de + la Royne d'Escoce, et parce qu'il semble adviz à la dicte Dame + que je me repose trop sur les parolles de la Royne d'Angleterre, + et que par icelles je pourrois interrompre le bon secours qu'elle + attend du Roy, elle m'a escript: dont Leurs Majestez, s'il leur + playt, orront là dessus le dict Sr de Vassal, et me manderont par + luy comme j'en auray à user, et si le Roy trouvera bon que, de sa + part, je face instance à la Royne d'Angleterre de restablyr, dans + ung moys, la Royne d'Escoce en son estat par la voye du tretté, + en s'acommodant entre elles mesmes de leurs différans, ou bien + luy bailler son secours pour estre remise; et, à faulte de ce + fère, que la dicte Royne d'Angleterre trouve bon que le Roy luy + baille le sien, soubz bonne seurté qu'il ne portera aulcun + dommaige ny à la Royne d'Angleterre, ny à son royaulme, ny + n'usera par mer, ny par terre, vers elle, ny vers les Anglois, + sinon comme avec bons amys, allyez et confédérez, pourveu qu'ilz + facent de mesmes. + + Au regard de l'adviz, qu'on a donné au Roy, de l'entreprinse de + Callais, je pense avoir toutjour mandé à Sa Majesté ce qui en a + esté ordinairement proposé à ceste Royne et à son conseil, + despuys que je suys par deçà, et les choses n'en sont pas passées + plus avant. Il est vray que milord Coban, despuys le XVe d'aoust, + a faict entendre à la dicte Dame que, si elle veult entretenir + quelques compaignies, l'espace de deux ou trois moys, toutes + prestes, en la coste de deçà, qu'il a promesse d'aulcuns, qui + habitent dans la ville et territoire de Callais, lesquelz ont + desjà prins argent de luy, de les mettre d'emblée dedans la dicte + ville, et de surprendre Mr de Gordan, et de le luy randre + prysonnier entre ses mains. A quoy la dicte Dame a respondu que + son advertissement venoit tard, de tant que la paix estoit desjà + conclue en France; et qu'il fauldroit rompre toutz les trettez et + commancer, à ceste heure, qui est bien hors de sayson, une grosse + guerre; en quoy je suplie très humblement Sa Majesté de regarder + s'il sera bon que la garnyson du dict Callais soit changée, + puisque les choses en sont en cest estat. + + Touchant l'intention, que le Roy d'Espaigne a sur les choses de + ceste isle, il se descouvre, de plus en plus, qu'il dellibère d'y + fère quelquefoys ung essay, quant il en aura le moyen; car il a + mandé à son ambassadeur qu'il entretienne les plus vifves qu'il + pourra, les bonnes intelligences qu'il a dans le pays, et que, + quant bien on le vouldroit renvoyer, qu'il ne bouge en façon du + monde de sa charge, jusques à ce que tous les différans de ces + prinses soyent vuydez; et, quant au faict de la Royne d'Escoce, + que le duc d'Alve a commandement résolu de la secourir, mais ne + dict en quelle façon; seulement le dict ambassadeur inciste + qu'elle se veuille mettre ez mains du dict duc, et que, sans + doubte, il pourvoirra à ses affères et à sa restitution. + + La Royne d'Angleterre, vivant en très grand deffiance du Roy + d'Espaigne, et en peu de confiance du Roy, a mandé à l'Empereur + que, si l'archiduc Charles veult passer en Angleterre, qu'il y + sera le très bien venu, et que n'estant demeuré la conclusion de + leur mariage que sur le différand de la religion, elle espère que + ses peuples luy accorderont l'exercice de la catholique à luy et + à sa mayson très vollontiers, en contemplation de ce mariage. Et + à quoy que aille ce jeu, car quelques ungs l'extiment plein de + tromperie, la dicte Dame commance de publier qu'elle assemblera + bientost ung parlement pour cest effect; et, en la dernière + audience, elle m'a dict qu'elle n'avoit nul aultre regrect, sinon + de n'avoir pensé à sa postérité, et comme je luy respondiz qu'il + y avoit encores assés temps: «Je crains, dict elle, que mon temps + ayt emporté la vollonté à ceulx qui y eussent vollu prétendre.» + + Il y a ung certain personnaige prez de Leurs Majestez et de + Monseigneur, qui escript assés souvent au secrétaire Cecille par + aultre voye que celle de Mr Norrys, et naguières luy a envoyé + deux lettres, lesquelles le Sr Espinolla et Fortivy luy ont + baillées, par où il s'esforce merveilleusement de broiller les + matières par deçà, et aigrir ceste princesse, et la mettre en + grand deffiance du Roy; mais le plus souvant il luy représente + des motz et des propos, qu'il dict que Monsieur a tenuz contre + elle, tant en sa chambre que en ses repas: et, en toutes sortes, + celluy là se monstre si malicieulx que ung Anglois, qui a + communication des dictes lettres, lequel n'ayme pas beaucoup la + France, mais ne vouldroit pourtant que la guerre se print entre + les deux royaumes, m'en a faict toucher assés expressément ung + mot, affin que j'advertisse Leurs Majestez, mesmement Monsieur, + de fère observer qui peult estre celluy qui faict ung si mauvais + office près d'eulx. Il ne se soubscript guières aux lettres, + seulement il s'est une foys soubsigné _Emanuel_. Il y a en son + cachet ung lyon rampant, et compose assés souvent ses lettres, + partie en itallien, partie en françoys, et partie en latin. Il + avoit mandé cy devant plusieurs choses, lesquelles, ayant esté + trouvées manteuses, on n'y adjouxte grand foy; mais, despuys + trois moys, ayant faict entendre à Mr Norrys que Leurs Majestez + le feroient appeller pour luy tenir ung tel et ung tel propos, et + estant ainsy advenu, il a fort regaigné son crédit. + + Il a esté escript une lestre de ceste court en la contrée, dont + les chefz m'ont esté raportez: c'est que la paix de France a esté + conclue au préjudice et pour aller faire la guerre aulx Pays Bas; + que le Roy ne prétend plus espouser la fille de l'Empereur, ains + la soeur du Prince de Navarre, et donner Madame, sa soeur, en + mariage au dict Prince de Navarre, ayant pour cest effect + interrompu le propos du Roy de Portugal, et que Mr de Guyse avoit + prétandu d'espouser Ma dicte Dame, soeur du Roy: à quoy Mr le + cardinal de Lorrayne luy tenoit la main, dont toutz deux en sont + mal veuz à la court. + + + + +CXXXIIe DÉPESCHE + +--du Xe jour de septembre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) + + Maladie de l'ambassadeur.--Mission de sir Henri Coban auprès de + la reine d'Espagne et du duc d'Albe.--Continuation des armemens + en Angleterre.--Troisième invasion du comte de Sussex en + Écosse; changement apporté dans ses résolutions par la nouvelle + de la paix de France.--Demande d'une réparation pour cette + dernière atteinte portée aux traités. + + + AU ROY. + +Sire, despuys mes précédantes, lesquelles sont du cinquiesme du +présent, je n'ay point sorty de mon logis à cause d'une grosse +fiebvre, qui m'avoit desjà surprins, quant j'allay trouver la Royne +d'Angleterre à Vuynck, et ce voyage là me l'augmenta bien fort, parce +que je le fiz par ung bien mauvais temps, de sorte qu'il ne m'a esté +possible de me ravoyr jusques à ceste heure, que, grâces à Dieu, je +commence à me trouver mieulx, et pourray continuer le service de +Vostre Majesté comme auparavant; et si, ne l'ay tant intermiz, durant +mon mal, que je n'aye toutjour heu soing de m'enquérir comme alloient +les affères en ceste cour; d'où l'on m'a raporté, Sire, qu'on y est +fort attendant de sçavoir quelle aura esté la négociation du Sr +Vualsingan devers Vostre Majesté, ainsy que le sir Henry Coban a desjà +mandé, touchant la sienne de Flandres, qu'il a esté bien veu du duc +d'Alve, et bien fort gracieusement receu de la Royne d'Espaigne, et +qu'elle a monstré tenir grand compte du messaige qu'il luy a faict de +la part de la Royne d'Angleterre, sa Mestresse, et luy a grandement +gratiffié non seulement les bonnes parolles et offres, que la dicte +Royne d'Angleterre luy a mandées, mais encores le voyage qu'elle luy +a commandé fère devers l'Empereur, son père; dont, pour ceste +occasion, elle l'a tant plustost licencié avec faveur et avec ung +présent d'une chayne de quatre centz escuz. Il a mandé aussi la belle +distribution et consulte, qui a esté faicte, de beaucoup de bienfaictz +aulx seigneurs de Flandres, à l'arrivée de la dicte Dame; ce que l'on +estime qui confirmera grandement le pays à la dévotion du Roy, son +mary, et d'elle. + +Ceulx cy cependant se hastent de getter dix grands navyres dehors, et +maistre Charles Havart, qui a charge d'y commander, est passé, despuys +trois jours, en ceste ville avec les capitaines et gentishommes qui le +vont accompaigner. L'on dit que, parce que le duc d'Alve a miz douze +navyres en mer pour la conserve de la pescherie, que ceulx cy se +veulent trouver en esgalles forces dans ce canal. + +Le comte de Betfort est encores au pays d'Ouest, où a semblé, du +commancement, qu'il n'eust esté envoyé que pour dresser certayne +flotte, de laquelle je vous ay desjà mandé que Haquens se préparoit +pour la conduyre aulx Indes; mais s'en estant despuys le dict Haquens +venu excuser envers l'ambassadeur d'Espaigne, et l'asseurer qu'il n'a +point pensé en la dicte entreprinse, et ne cessant pourtant le dict +Betfort de fère toutjour armer et équiper vaysseaulx au dict quartier +d'Ouest, je ne puys fère que je ne suplie très humblement Vostre +Majesté d'en fère donner adviz aulx gouverneurs de voz portz et places +de dessus ceste mer; et je mettray peyne d'en fère aussi advertir en +Escoce, car, pour ceste heure, je ne puys descouvrir rien de plus +particullier de la dicte entreprinse; seulement, Sire, par un nouvel +adviz qu'on m'a donné, je me confirme en l'opinion, que je vous ay +desjà mandée, qu'il est expédiant de changer quelque partie de la +garnyson de Callays sellon que Mr de Gordan estimera qu'il se debvra +fère, en la vertu et vigilance duquel ceulx cy cognoissent bien que +conciste grandement la conservation de ceste place. + +Le comte de Sussex a escript freschement une lettre au comte de +Lestre, en laquelle il s'esforce de fère trouver bon son dernier +exploict en Escoce, encores qu'il l'ayt exécuté sans le commandement +de ceste Royne ni de ceulx de son conseil, alléguant qu'il a estimé +importer beaucoup à l'honneur de la couronne d'Angleterre, et bien +fort à sa propre réputation, de ne laysser inpuny ung seul de ceulx +qui ont retiré et soubstenu les rebelles de ce royaulme; et qu'à la +vérité, il se soucye bien fort peu que la Royne d'Escoce et les siens +se trouvent offancez, pourveu qu'il ayt bien servy à la Royne, sa +Mestresse; mais qu'il a entendu que la paix est conclue en France, +sans que la dicte Royne, sa Mestresse, y soit comprinse, ny sans +qu'elle s'y soit entremise si avant qu'on ayt grand occasion de luy en +sçavoir grâce; par ainsy qu'il crainct que Vostre Majesté tourne +meintennant ses entreprinses aulx choses d'Escoce, et qu'il luy semble +que la Royne, sa Mestresse, les doibt accommoder, le plustost qu'il +luy sera possible, avec la Royne d'Escoce, et la restituer par ses +propres moyens, sans attandre que les estrangiers y mettent la main. +Qui est desjà, Sire, bon commancement de veoir réprimé, par +l'establissement de la paix et de vos affères, le cueur de cestuy cy, +qui monstroit de l'avoir merveilleusement obstiné; et le réprimera +aussi, comme j'espère, à plusieurs aultres, qui se débordoient, à +cause des troubles de vostre royaulme, en plusieurs audacieuses +entreprinses contre vostre grandeur. + +Or n'ayant, Sire, pour mon indisposition, peu aller trouver la Royne +d'Angleterre, affin de me plaindre du dict comte de Sussex; et estant +aussi Mr de Roz conseillé de n'y aller point, toutz deux avons escript +à la dicte Dame et aulx seigneurs de son conseil, et, pour mon regard, +je leur ay demandé, au nom de Vostre Majesté, que rayson et réparation +soit faicte des choses attamptées au préjudice du tretté, et que la +dicte Dame me veuille mander quelle satisfaction j'auray à donner à +Vostre Majesté de ceste dernière expédition du dict de Sussex, et en +quelle intention elle demeure du susdict tretté; dont l'on m'a desjà +adverty qu'il me sera faict une bien fort bonne responce, aussitost +que le secrétaire Cecille se trouvera ung peu mieulx; lequel, pour +quelque indisposition, n'a ozé, il y a plus de six jours, venir en la +présence de la Royne, sa Mestresse; et maistre Mildmay a esté envoyé +quéryr en dilligence, affin que le dict Cecille et luy, et Mr +l'évesque de Roz s'acheminent incontinent devers la Royne d'Escoce. +Sur ce, etc. Ce Xe jour de septembre 1570. + + Je viens d'estre adverty que le sire Guilhemme Stuart est + présantement arrivé d'Escoce, de la part du comte de Lenoz; je + croy que c'est pour mettre quelques mauvais partys en avant: nous + prendrons garde à sa négociation. + + + + +CXXXIIIe DÉPESCHE + +--du XVe jour de septembre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par Me Lavaur Féron._) + + Sortie en mer d'une partie de la flotte anglaise.--Explications + données par Élisabeth sur la récente expédition du comte de + Sussex en Écosse.--Nécessité de se montrer prêt en France à + porter secours aux Écossais.--Message du cardinal de Chatillon + à l'ambassadeur. + + + AU ROY. + +Sire, lundy dernier, XIe de ce moys, le sire Charles Havart est sorty +en mer avec dix grandz navyres seulement de ceste Royne et envyron +trois mil cinq centz hommes dessus, envitaillez pour deux moys, dont +les huict centz sont harquebouziers; le surplus de l'armement se va +entretennant en petitz appareilz, sans y donner trop grand haste: dont +semble qu'on se contantera d'honnorer le passaige de la Royne +d'Espaigne de ce nombre de dix vaysseaulx, sans en mettre davantaige +dehors; et qu'on tiendra le reste de l'armée preste pour ung besoing, +si d'avanture quelque ocasion survenoit, comme, à la vérité, ceulx cy +ne se peuvent fyer ny aulx parolles ny aulx démonstrations du duc +d'Alve. Néantmoins ilz ont, despuys la paix de vostre royaulme, changé +de dellibération touchant les choses d'Espaigne, car ayant proposé, +commant que ce fût, de renvoyer ou bien de resserrer estroictement +l'ambassadeur d'Espaigne, j'entendz qu'ilz ont meintennant résolu en +ce conseil de ne parler plus de cella, et que la Royne d'Angleterre se +layssera conduyre à luy permettre de continuer son office vers elle, +si son Maistre le requiert; bien qu'elle ne le peult avoir guières +agréable parce qu'elle estime qu'il a dict et faict aulcunes choses +directement contre elle et contre l'estat de son pays. + +Au regard de ce que j'avois escript à la dicte Dame, et aulx seigneurs +de son conseil, de me fère rayson et réparation du dernier exploict, +que les Anglois ont faict en Escoce, la dicte Dame m'a mandé que je ne +vouldray estre si inique juge que de condampner l'une des parties sans +l'ouyr; et que je n'imputeray la coulpe de ce faict au comte de Sussex +son lieuctenant, quant j'entendray que milord Herys et aultres, de la +frontière d'Escoce, sont venuz accompaigner en armes les rebelles de +ce royaume pour courre et piller de rechef la frontière d'Angleterre, +et fère de telles insolances qu'ilz ont donné de très grandes +occasions au dict de Sussex de leur courre sus; choses toutesfoys +qu'elle m'asseure estre advenu sans son commandement et sans +l'ordonnance de son conseil, et en laquelle le dict de Sussex a +procédé de luy mesmes, mais avec telle modération qu'il n'a touché +qu'à ceulx qui l'avoient provoqué, dont le dommaige n'est pas grand, +et il s'est desjà retiré; et elle luy a mandé qu'il ne passe plus +oultre, parce qu'elle est résolue de pourvoir par le tretté à toutz +ces différans, qu'elle a avec la Royne d'Escoce et son royaulme, ainsy +que desjà elle a ordonnée à maistre Mildmay et au secrétaire Cecille +d'aller, pour cest effect, devers la dicte Dame; et, en ce qu'il +semble que je me voulois atacher à sa parolle et promesse, qu'elle me +veult bien dire que je n'ay heu nulle occasion et ne l'auray jamais de +me plaindre qu'elle ne me l'ayt toutjour randue véritable, me priant +de vous donner là dessus, Sire, ceste mesmes satisfaction de +l'expédition de son lieuctenant, affin que Vostre Majesté ne la +preigne en pire part qu'elle n'est. Qui est tout ce que la dicte Dame +et ceulx de son conseil ont respondu à ce que je leur avois escript. + +Or, Sire, il semble bien par aulcunes coppies de lettres, que j'ay +veues du dict de Sussex, et par ce que Mr le comte de Lestre m'en a +faict entendre, que ceste entreprinse est advenue sans le sceu de la +dicte Dame, et qu'elle n'en est guières contante; tant y a qu'on ne +désadvouhe pour cella le dict de Sussex, lequel a son garant en court, +et il a cependant porté beaucoup de dommaige d'avoir abattu sept ou +huict maysons nobles et faict le gast partout où il a passé dans le +pays. L'aparance est que ceste princesse veult en toutes sortes passer +oultre au dict tretté, meue de l'apréhention du dangier, où il luy +semble qu'aultrement elle va tumber, lequel les ennemys de la Royne +d'Escoce n'ont de quoy le luy pouvoir meintennant effacer; mais ilz la +font opiniastrer à des condicions trop dures, comme d'avoir le Prince +d'Escoce entre ses mains, quelque place et des ostaiges; dont ceulx, +qui entendent bien les affères, estiment que, pour les bien effectuer, +il est requis que la dicte Dame sente vostre secours en Escoce, ou au +moins si prest d'y passer qu'elle ne le craigne moins que s'il estoit +desjà par dellà. + +Je n'ay encores peu savoir quelle est la commission du sire Guilhaume +Stuard, lequel le comte de Lenoz a envoyé; bien m'a l'on dict qu'il +asseure que les seigneurs d'Escoce ont desjà ordonné quelques depputez +pour venir icy, mais nous incisterons qu'on passe oultre sans les +attandre. Sur ce, etc. Ce XVe jour de septembre 1570. + + Ainsy que je fermoys la présente, Mr le cardinal de Chatillon m'a + envoyé visiter et dire qu'il avoit esté se conjouyr de la paix + avecques la Royne d'Angleterre, et que bientost il retournera + prendre congé d'elle pour aller trouver Voz Majestez; mais + qu'avant partyr il ne fauldra de me venir saluer, comme + ambassadeur de son Roy et Maistre, et prendre le diner en mon + logis; et qu'il desiroit bien entendre, comme procédoient les + choses de la dicte paix en France, parce que plusieurs + attandoient de le sçavoir pour s'y retirer. J'ay respondu qu'il y + avoit assés longtemps que je n'avois point heu de dépesche, mais + que je sçavois bien que Voz Majestez donnoient bon ordre que la + paix prînt establissement et durée, dont vous plairra me + commander comme j'auray à me gouverner et conduyre envers le dict + Sr cardinal et aultres Françoys qui sont par deçà. + + + + +CXXXIVe DÉPESCHE + +--du XIXe jour de septembre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon._) + + Nouvelles de la flotte.--Négociation avec l'Espagne.--Affaires + d'Écosse.--Incertitude où sont les protestans français de + savoir s'ils peuvent rentrer en France.--Nouvelles d'Allemagne. + + + AU ROY. + +Sire, estans sortys les dix navyres de la Royne d'Angleterre soubz la +conduicte de sire Charles Havart, ainsy que je le vous ay mandé par +mes précédantes, ilz se tiennent meintennant parez en la coste de +deçà, attandans que la flotte de Flandres se mette à la voyle, et +demeurent ceulx cy assés persuadez que le passaige de la Royne +d'Espaigne sera paysible, sans rien attempter en nul de leurs portz; +mais ilz craignent grandement qu'estant arrivée par dellà, le retour +de l'armée ne soit à leur dommaige, et qu'on n'y embarque des +Hespaignolz pour fère quelque descente en Irlande, ou bien ez +quartiers du North d'Escoce, ou en quelque aultre endroict de ceste +isle, attandu mesmement que milord de Sethon et ung frère du Sr de +Ledinthon sont passez en Flandres, et qu'on dict que le comte de +Vuesmerland et la comtesse de Northomberland sont arrivez devers le +duc d'Alve, et que plusieurs fuytifz de ce royaulme sont en l'armée, +qui va conduyre la Royne d'Espaigne; dont a esté miz icy ung nouvel +ordre de tenir si pretz les aultres grandz navyres de ceste Royne +qu'il n'y puysse avoir une seule heure de retardement, quant ilz +seront commandez de sortyr, et ordonné d'augmenter les vivres, qui y +sont nécessaires pour quelque moys davantaige; bien que la dicte Dame +et les seigneurs de son conseil se contantent bien fort des bonnes +responces, que le dict duc d'Alve a faictes au jeune Coban, en ce +mesmement que, luy ayant faict pleincte de l'ambassadeur d'Espaigne, +de ce qu'il avoit dédeigné de venir devers iceulx seigneurs du +conseil, et qu'à ce moyen l'accord de leurs différans avoit esté +retardé, il luy a respondu que l'ambassadeur avoit quelque rayson de +n'avoir vollu complayre du tout à ce que les dicts du conseil luy +avoient mandé, parce qu'ilz avoient usé de trop dures formalitez +envers luy, et ne l'avoient, il y a tantost deux ans, tretté ny +recogneu pour ambassadeur, et mesmes ceste foys avoient envoyé des +aldremans devers luy comme s'il eust esté crimineulx; néantmoins qu'il +luy escriproit de ne fère plus de difficulté de convenir avec eulx, +toutes les foys qu'ilz le feroient appeller pour tretter des affères +d'entre le Roy, son Maistre, et la Royne d'Angleterre; et ainsy l'a +escript le dict duc au dict ambassadeur, de sorte qu'ilz vont, de +chacun costé, cerchant les moyens de renouer leurs affères et +d'acommoder leurs différans. + +La malladie du secrétaire Cecille a donné quelque retardement aulx +affères de la Royne d'Escoce; néantmoins l'on avoit desjà ordonné à +sire Quainols de s'aprester pour aller avec Me Mildmay devers la dicte +Dame, mais se trouvant le dict secrétaire Cecille meintennant ung peu +mieulx, le voyage luy est réservé; et cependant milor de Sussex a +escript que les seigneurs escouçoys, du party de la Royne d'Escoce, +ont tenu une grande assemblée sur les choses que nous leur avions +mandées par milor de Leviston, et qu'ilz y ont prins une résolution, +laquelle ilz envoyent fère entendre à la Royne d'Angleterre par le +dict mesmes Leviston et par aultres leurs depputez, lesquelz il +attandoit du premier jour en la frontière pour leur bailler +saufconduict de passer plus avant. Et mande néantmoins le dict de +Sussex que, en Escoce, l'on ne s'attend guières d'avoir secours de +France; tant y a qu'on m'a dict que madame de Norrys s'est pleincte +grandement à la Royne sa Mestresse de ce que le dict de Sussex est +rentré en Escoce, parce qu'ayant son mary asseuré Vostre Majesté que +cella ne se feroit point, elle craint que ne vous en preigniez +meintennant à luy, et que ne le faciez arrester et resserrer. + +Les Françoys, qui sont icy, se préparent pour retourner toutz en leurs +maysons: il est vray qu'entendans qu'à Roan, à Dieppe, à Callais, et +en quelques aultres endroictz, l'on faict difficulté de les recepvoir, +il y en a quelques ungs qui demeurent en suspens, dont envoyent devers +moy pour sçavoir comme ilz en auront à user; et je leur répond que je +n'ay pas de plus expresse déclaration de vostre intention là dessus +que celle qui est contenue par vostre éedict, et que, de ma part, je +ne voy qu'ilz ayent nulle occasion de doubter. Je ne sçay si cella +sera occasion que Mr le cardinal de Chatillon prendra le chemin de la +Rochelle pour voir, de là en hors, comme il se pourra asseurer de +l'establissement de la dicte paix. Mr le vydame, à ce que j'entendz, +part dans deux jours et va passer ou à la Rye, ou à Callais; et, de +tant, Sire, qu'on donne entendre à aulcuns merchans voz subjectz, qui +poursuyvent encores icy la restitution de leurs biens, que tout le +faict des déprédations est remiz par vostre éedict, il vous plairra me +commander ce que je leur en auray à respondre, affin qu'ilz ne facent +dorsenavant la poursuyte en vain. + +Il semble que le Sr de Chantonay, escripvant icy à l'ambassadeur +d'Espaigne, luy ayt mandé que l'Empereur n'aprouve guières la paix de +France, comme ne l'estimant de durée; et que la diette se prolongera +beaucoup oultre le moys d'octobre; et que les fianceailles de Vostre +Majesté se feront avant la Toutz Sainctz, sans toutesfoys qu'on y +attande pour cella la venue de Monseigneur vostre frère, mais plustost +celle de monsieur de Lorrayne; et que, estant le comte Pallatin à +Espire, il a entendu que ses ministres avoient presché publiquement +l'arrianisme à Heldelberc, dont il dellibéroit d'aller réprimer une +telle inpiété, mais qu'il fauldroit qu'il corrigeât premier la sienne. +Sur ce, etc. Ce XIXe jour de septembre 1570. + + + + +CXXXVe DÉPESCHE + +--du XXIIIIe jour de septembre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voie du Sr Acerbo._) + + Interruption des armemens.--Mouvement dans le pays de + Lancastre.--Négociation de l'évêque de Ross.--Conférence de + l'ambassadeur avec le cardinal de Chatillon.--Sollicitations + faites auprès de lui par le vidame de Chartres. + + + AU ROY. + +Sire, l'aprest des vingt navyres, que ceulx cy debvoient jetter +dehors, après les dix qui sont desjà sortys, se va peu à peu +discontinuant, et les a l'on ramenez de l'embouchure de la rivière de +Rochestre, où desjà ilz estoient, jusques à leur arcenal accoustumé de +Gelingan, ce qui monstre qu'à peyne s'en servyra l'on de ceste année; +les aultres dix se tiennent toutjour sur la coste près de Douvres, +attandant le passaige de la Royne d'Espaigne, à laquelle le temps ne +sert aucunement, et ceulx, qui s'y entendent, disent qu'à peyne luy +servira il encores de trois sepmaines; et est venu quelque adviz en +ceste court que le Roy d'Espaigne, son mary, luy a mandé que, si l'on +voyt que la navigation ne soit bien fort propre et fort seure, qu'elle +attande de se mettre sur mer jusques au prochain printemptz, et que +possible, entre cy et là, il aura faict dessein de la venir trouver +pour visiter ses Pays Bas: ce que possible a donné occasion à la Royne +d'Angleterre de fère cesser son armement. Laquelle aussi, comme +j'entendz, est tumbée en une grande souspeçon d'une nouvelle +ellévation qu'on luy a dict qui se prépare au pays de Lenclastre, où +semble qu'elle ayt desjà envoyé gens pour recognoistre que c'est, et +des secrettes commissions pour y remédier et apréhender quelques uns. + +Cependant il nous est venu des lettres de la Royne d'Escoce, par +lesquelles elle mande que les seigneurs d'Escoce, qui sont de son +party, luy ont envoyé la déclaration de leur vollonté: laquelle est de +fère toutjour ce qu'elle leur commandera, dont Mr l'évesque de Roz est +allé devers ceste Royne pour haster sur cella la conclusion du tretté; +et j'espère, puysque le secrétaire Cecille est à présent bien guéry, +que luy et maistre Mildmay et le dict sieur évesque s'achemineront +tout incontinent devers la dicte Royne d'Escoce pour y mettre une +bonne fin. + +Au surplus, Sire, Mr le cardinal de Chatillon est venu, despuys quatre +jours, prendre son diner en mon logis, et m'a dict que, comme vostre +très humble subject, il se sentoit tenu, et obligé à vostre service, +de ceste visite qu'il faisoit à vostre ambassadeur; et que ce qui +l'avoit engardé de la fère, durant les troubles, estoit que vous +monstriez lors, Sire, de ne prandre à gré, ains d'avoir quasi en +horreur tout ce qui procédoit de ceulx de sa religion; mais à ceste +heure qu'il playsoit à Dieu les fère jouyr du bien de vostre grâce, et +de celle de la Royne, et de Messeigneurs voz frères, et qu'il vous +playsoit les tenir au nombre de voz loyaulx et fidelles subjectz, tout +son plus grand soin estoit de vous obéyr et complayre, et prier Dieu +pour Voz Majestez et pour Mes dicts Seigneurs voz frères, et fère en +sorte que Dieu et le monde cognoissent que la contraincte demeure, +qu'il a faicte icy, ne l'a randu moins bon françoys ny moins dévot et +fidelle serviteur de vostre grandeur qu'il a esté par cy devant; et +qu'il n'a rien oublyé de l'obligation naturelle, ny encores de celle +expécialle, qu'il a à Voz Majestez et aulx feuz Roys voz +prédécesseurs; que, puys peu de jours, Messieurs les Princes de +Navarre et de Condé, et Mr l'Admyral, son frère, ont envoyé ung +gentilhomme devers ceste Royne, par lequel ilz luy ont escript à luy +de s'en aller à la Rochelle, et qu'ilz s'y rendront le plustost qu'ils +pourront, affin de pourvoir à l'accomplissement des choses qu'ilz vous +ont promises, lesquelles ne se peuvent bien effectuer sans luy et sans +aulcuns principaulx d'entre eulx; lesquelz fault que conviennent +ensemble pour admonester les aultres, ainsy qu'il a desjà fort +expressément admonesté toutz les ministres, qui estoient icy, premier +qu'ilz s'en soyent retournez, de n'excéder en rien qui soit, ny pour +quelconque occasion que puisse estre, voz permissions, ny transgresser +aulcunement voz deffances; et qu'il est besoing aussi que ce soyent +eulx qui, pour donner exemple aulx aultres de contribuer à ce qu'ilz +vous ont promiz de payer, se cothisent les premiers bien largement: +dont dellibéroit, dans six jours, aller prendre congé de ceste Royne +pour s'acheminer puys après à Ampthonne, affin d'y attandre la +commodité de son passaige, me priant bien fort de fère entendre ceste +sienne dellibération à Vostre Majesté avec plusieurs aultres bons +propos, qui seroient trop longs à mettre icy. + +Je luy ay respondu, Sire, le mieulx que j'ay peu, sellon que j'ay +estimé estre de vostre intention, conforme à la notice que j'en +pouvois avoir par vostre éedict, car de plus expécialle je n'en avois +poinct; mais je luy ay principallement incisté de vouloir dresser son +premier retour en France devers Vostre Majesté, affin de monstrer +qu'il a plus de confiance en vostre bonté et parolle que aulx rempartz +des places, qu'on a demandées pour seureté. + +A quoy il m'a répliqué que ce avoit bien esté son premier desir, mais, +puysqu'on luy mandoit de se randre ainsy bientost à la Rochelle, affin +de donner forme aulx choses qu'il falloit ordonner, à ce commancement, +pour satisfère à Vostre Majesté, et qu'avec très grande incommodité il +pourroit fère ce grand tour par terre, qu'il estoit contrainct d'y +aller par mer; mais qu'aussitost qu'on auroit pourveu à vostre +satisfaction, qu'il vous yroit très humblement bayser les mains, et à +la Royne, et à Messeigneurs voz frères, sellon qu'il espéroit que Voz +Majestez le luy permettroient, me priant cependant de le vous fère +ainsy trouver bon, et que ne veuillez jamais penser de luy que comme +d'ung vostre très humble et très obéyssant serviteur. + +Le deuxiesme jour après, à l'exemple de luy, Mr le vydame de Chartres, +estant prest à partyr, m'est aussi venu visiter avec plusieurs bonnes +parolles de l'affection et dévotion, qu'il dict avoir à vostre +service, et m'a requis de deux choses: c'est de vous vouloir +tesmoigner, par mes premières, que ses déportemenz par deçà n'ont esté +en rien contre vostre dict service; et l'aultre, de luy bailler ung +mien passeport pour se conduyre, luy, sa femme et son trein, jusques à +la Fretté, pour, incontinent après, vous aller très humblement bayser +les mains. Je luy ay agréé, en la meilleur façon que j'ay peu, sa +bonne intention vers Vostre Majesté, mais j'ay faict plusieurs +difficultez sur l'une et l'aultre de ses demandes; et qu'encor que je +ne voulois pas nyer que je ne l'eusse faict observer, je ne pouvois +toutesfoys vous justiffier en aultre sorte ses actions, parce que +toutes ne me pouvoient estre bien cogneues, que de vous dire, Sire, +que je ne sçavois pas qu'il en heust faict icy de plus mauvaises +contre vostre service que d'y estre venu; et, quant au passeport, que +ce seroit préjudicier à la liberté de la paix de luy en bailler. A +quoy il m'a répliqué que, pour le regard du premier, il se contentoit +bien de ce mien tesmoignage, mais du second, il m'en a tant pressé que +j'ai esté contrainct de lui bailler mon dict passeport. Et voylà, +Sire, tout ce qui a passé entre les dicts sieurs cardinal et vydame, +et moy, dont semble bien que les Anglois n'ont prins grand playsir à +ces deux visites; car par icelles ils sont contrainctz de fère quelque +meilleur jugement de la réunyon de vostre royaulme qu'ilz ne la +pensoient; mais je ne suis point allé randre la pareille à l'ung ny à +l'aultre en leur logis, parce que je n'en avois nul ordre de Vostre +Majesté. Sur ce, etc. + + Ce XXIVe jour de septembre 1570. + + + + +CXXXVIe DÉPESCHE + +--du pénultième jour de septembre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Campernon._) + + Négociation avec les Pays-Bas.--Retard apporté au voyage de la + reine d'Espagne.--Résolution d'Élisabeth de procéder à la + conclusion du traité avec Marie Stuart.--Mission de Mr de Vérac + en Écosse. + + + AU ROY. + +Sire, par le retour du Sr de Sabran je demeure assés esclarcy +d'aulcunes choses de vostre intention, lesquelles j'espère que me les +ferés plus parfaictement et plus particulièrement entendre, quant le +Sr de Vassal me viendra retrouver; et vous diray cependant, Sire, que +la Royne d'Angleterre, achevant son progrez de ceste année, arrive +aujourduy à Vuyndesor, où elle dellibère fère du séjour, et y +attandre le retour des gentishommes, qu'elle a envoyé en France, en +Flandres et en Allemaigne, pour, puis après, y assembler son conseil +affin de prendre résolution sur les choses qu'ilz raporteront. Les +commissaires de Flandres, qui estoient allés visiter les merchandises +arrestées ez portz de deçà, dizent qu'ilz y ont trouvé perte et +diminution de plus de la moictié; mais, touchant celles qui sont dans +Londres, l'on leur a faict acroyre que, si le duc d'Alve veut procéder +à ung bon accord de leurs différans, sellon les honnestes offres que +la Royne d'Angleterre luy a faictes, qu'on leur en révellera pour plus +de cent mil escuz davantaige qu'on ne leur a encores monstrées. A quoy +ilz respondent qu'on leur baille premièrement le vray estat d'icelles, +affin d'en fère un certain raport au dict duc, et que, puys après, +l'on pourra facillement parvenir aulx condicions de l'accord; et +veulent, chacun de son costé, gaigner l'advantaige de ce point: dont +le différant s'en entretient plus longuement, mais non sans une grande +espérance que bientost il s'accommodera: car le duc d'Alve et les +principaulx ministres du Roy d'Espaigne, qui sont en Flandres, +monstrent n'avoir aulcun plus grand soin que de regaigner l'amytié de +la Royne d'Angleterre et de s'esforcer de luy complayre; ce que la +dicte Dame, à ce qu'on m'a dict, attribue plus à la paix de vostre +royaume que à leur bonne vollonté: et dellibère, de sa part, de suyvre +et entretenir cella par les meilleures démonstrations qu'elle pourra, +mais non sans qu'elle demeure toutjour en beaucoup de souspeçon et de +deffiance, à cause de la retrette de ses subjectz fuytifz, et de la +légation d'aulcuns Escossoys devers le dict duc en Flandres. Cependant +les dix grandz navires de la dicte Dame demeurent toutjour en la coste +de deçà pour honnorer le passaige de la Royne d'Espaigne, non sans +qu'elle se repente assés de les avoir si tost faictz jetter dehors, +parce que la despance y va grande, et ne se peult juger si le temps +pourra encores servyr, de deux moys, à la dicte Royne d'Espaigne. +Néantmoins il est venu nouveau mandement à Londres de tenir encores +ung nombre de marinyers prestz, comme pour quatre navyres davantaige: +je ne sçay encores à quel effect. + +Nous avons tant pressé l'advancement des affères de la Royne d'Escoce +que le secrétaire Cecille et maistre Mildmay ont esté du tout +dépeschez, dez mardy dernier, pour aller devers la dicte Dame, et Mr +de Roz avec eulx, où j'espère qu'il se prendra quelque bon ordre pour +le restablissement d'elle à sa couronne; mais, de tant que, sur les +condicions, qu'on luy propose, plusieurs nous donnent divers conseilz, +je ne m'advanceray d'y intervenir, au nom de Vostre Majesté, sans vous +avoir faict quelque aultre dépesche plus ample et plus expresse là +dessus. Bien me confirme l'on, de plus en plus, Sire, que ceste Royne, +veult résoluement entendre à conclurre le tretté, et que cependant +elle a mandé au comte de Sussex de casser toutes les compaignies +extraordinaires, qu'il avoit levées en la frontière du North. +L'arrivée du Sr de Veyrac en Escoce met ceulx cy en quelque jalouzie, +mais il ne seroit que bon qu'ilz l'eussent encores plus grande, car je +crains bien fort qu'ayant Mr Norrys escript icy que Vostre Majesté est +résolue de n'envoyer nulles forces par dellà jusques au printemps, que +cella leur face prolonger le tretté, soubz espérance qu'il puysse +cependant survenir quelque chose à leur commodité et advantaige. Sur +ce, etc. + + Ce XXIXe jour de septembre 1570. + + + + +CXXXVIIe DÉPESCHE + +--du Ve jour d'octobre 1570.-- + +(_Envoyée jusques à Calais par ung qui s'en est allé avec le Sr +Frégouse._) + + Retour de Walsingham en Angleterre, chargé de faire connaître à + la reine la déclaration du roi touchant l'Écosse.--Prochain + départ de la reine d'Espagne.--Suspension des affaires + politiques à Londres pendant l'absence de Cécil envoyé vers + Marie Stuart.--Nouvelles d'Allemagne. + + + AU ROY. + +Sire, j'ay receu, le XXIXe du passé, les lettres qu'il a pleu à Vostre +Majesté m'escripre, du XXIIe auparavant, par le Sr de Valsingan, qui +me les a envoyées passant par Londres, et m'a mandé qu'au retour de +randre compte à sa Mestresse de ce qu'il a faict en France, qu'il me +viendra voir. Il me semble, Sire, que rien n'a pu venir plus à propos, +pour les présens affères de la Royne d'Escoce, que d'avoir Vostre +Majesté ainsy fermement et vertueusement parlé, comme avez faict, à +l'ambassadeur Mr Norrys et à luy; et dont je ne fauldray de +représanter à leur dicte Mestresse voz mesmes propos, telz qu'ilz sont +contenuz en vostre lettre, la première foys que je l'yray trouver, +ayant estimé qu'il estoit bon, pour aulcuns respectz, de les luy +réserver jusques à la venue d'une aultre vostre dépesche, pour luy +laysser cependant digérer ce faict sur le récit, que le dict de +Valsingan luy fera, des propres paroles et démonstrations qu'il a +ouyes et veues de Vostre Majesté, et aussi pour n'interrompre rien en +la commission qu'elle a donnée au secrétaire Cecille et à Maistre +Mildmay vers la Royne d'Escoce; ausquelz j'ay opinion qu'elle envoyera +en dilligence notiffier la déclaration qu'avez faict à ses dicts +ambassadeurs, affin qu'ilz ne s'en retournent sans résouldre quelque +chose avec elle; ayant plusieurs adviz, de divers lieux, assés +certains qu'il tarde infinyement à la dicte Royne d'Angleterre qu'elle +puysse, en quelque seure façon qui ayt aparance d'honneur et +d'advantaige, se démesler du faict de la dicte Dame, non sans se +repentyr de s'en estre si avant entremise. Et est sans doubte que, si +l'affère pouvoit tumber en la main de quelque aultre, qui le manyât +avec plus de modération que ne faict le secrétaire Cecille, ou que luy +mesmes, après avoir veu la Royne d'Escoce, se volust modérer, et ne +fère plus, sur des petitz momentz, naistre de si grandes difficultez +et longueurs, qu'il a faict jusques icy, que toutz les différans +d'entre ces deux Princesses et leurs deux royaulmes se pourroient +facilement et bientost accommoder, dont de ma part, Sire, je ne +fauldray d'y incister à toute heure; mais la vifve parolle et la +démonstration que Vostre Majesté fera d'un prochain secours, attandant +qu'il s'ensuyve à bon esciant, s'il est nécessaire, y servyront +infinyement. + +La dicte Royne d'Angleterre a dépesché ung saufconduict pour les +depputez d'Escoce, et a mandé au comte de Sussex de les bien recepvoir +et honorer, et qu'il advertisse ceulx du party du régent d'envoyer +promptement les leurs. Le susdict de Valsingan a desjà parlé à +quelques ungs de ses amys de la continuation de la paix de France +comme en doubte, alléguant des occasions qui luy font juger qu'elle +aura quelque establyssement, et d'aultres qui lui font croyre qu'elle +ne pourra estre de durée; dont de ce qu'il en a dict, et du rapport +qu'il en aura faict en ceste cour, je mettray peyne qu'il m'en viegne +quelque adviz, affin de le vous mander par mes premières. Il aura +encores rencontré Mr le cardinal de Chastillon en ceste dicte court, +car son congé luy avoit esté différé jusques à hyer. + +L'on estime que la Royne d'Espaigne s'embarquera à ce commancement +d'octobre, car, ayant le retour de la lune esté sur un temps propre et +qui sert bien à sa navigation, l'on estime qu'il durera assés pour la +conduyre jusques en Espaigne; dont s'atand de sçavoir comment et en +quelle bonne façon se seront déportez les navyres de la Royne +d'Angleterre à la saluer, et la convoyer le long de la coste de ce +royaume. Les commissaires de Flandres pourchassent leur congé, mais il +semble qu'on le leur prolongera jusques au retour du secrétaire +Cecille, car en son absence rien ne se dépesche; et mesmes l'on a +remiz, à cause de luy, l'ouverture du terme de la justice jusques au +premier de novembre, par prétexte toutesfoys de la peste; laquelle va +néantmoins diminuant, et chacun s'en retourne à la ville. Il semble +que Henry Coban, qui est allé devers l'Empereur, ayt heu charge de ne +presser guières son retour: dont il a cependant renvoyé ung des siens +avec une dépesche, de laquelle je n'ay encores bien aprins le contenu, +si n'est qu'il semble mander que, ne pouvant l'Empereur fère guières +réuscyr aulcune bonne résolution ez choses qu'il a proposées en la +diette, qu'il dellibère bientost la rompre; et j'entandz que le comte +Pallatin a aussi escript qu'il a quelque opinion que le Pape se soit +advancé de créer de luy mesmes, sans attandre la vollonté des +ellecteurs, l'archiduc Charles roy des Romains, et que cella sera pour +admener beaucoup de trouble en Allemaigne; dont est bruict icy que +desjà quelques princes ont esté vers Hembourg, comme pour s'asseurer +d'aulcunes levées de gens de guerre. Sur ce, etc. + + Ce Ve jour d'octobre 1570. + + + + +CXXXVIIIe DÉPESCHE + +--du Xe jour d'octobre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Troies._) + + État de la négociation en faveur de Marie Stuart.--Conduite faite + à la reine d'Espagne par la flotte anglaise.--Crainte où l'on + est en Angleterre que les hostilités commencent au retour de la + flotte espagnole.--Négociation avec les Pays-Bas.--Départ du + cardinal de Chatillon pour la Rochelle; mauvais accueil reçu à + Dieppe par le vidame de Chartres.--Prise nouvellement faite en + mer, malgré la paix, par le capitaine Sores.--Affaires + d'Allemagne. + + + AU ROY. + +Sire, rendant le Sr de Valsingan compte à la Royne, sa Mestresse, de +la négociation qu'il a faicte en France, j'entendz qu'il luy a faict +ung très bon rapport des louables qualitez de Vostre Majesté, de ce +que ung chacun vous tient pour prince magnanime, constant, certain et +bien fort véritable, et uny par ung grand et naturel amour avec la +Royne vostre mère, et avec Monseigneur vostre frère, desquelz il a +aussi fort dignement parlé; et que, par la force de leur conseil et la +fermeté de voz éedictz, la paix de vostre royaulme a d'estre +perdurable, et voz aultres affères à recepvoir beaucoup +d'establissement: dont la dicte Dame a de beaucoup davantaige estimé, +et heu en plus grand prix, les bonnes parolles de paix et d'amytié, +que Vostre Majesté luy a mandées. Et luy ayant le dict de Valsingan, +par mesmes moyen, touché le propos, que luy avez tenu, de la +restitution de la Royne d'Escoce, vostre belle soeur, avec +l'expression de l'affection qu'il a cognu que vous y aviez; et ayant, +de ma part, faict fère là dessus, le plus à propos que j'ay peu, ung +office par le comte de Lestre, il est advenu que la dicte Dame a tout +incontinent dépesché vers le secrétaire Cecille pour l'advertyr qu'il +ayt à procéder en si bonne façon vers la Royne d'Escoce, qu'il ne s'en +retourne sans conclurre quelque chose avecques elle. Dont, à la +première occasion qui me viendra d'aller parler à la dicte Dame, je +luy confirmeray ceste sienne vollonté, et n'obmettray rien de ce qui +pourra servyr à bien advancer et effectuer le propos, et à establyr +pareillement l'amytié d'entre Voz Majestez. + +L'on tient que la Royne d'Espaigne est passée, et que les navyres de +la Royne l'ont saluée et accompaignée jusques en la coste de Biscaye, +et que sire Charles Havart luy a baysé les mains avec ung présent +d'ung beau dyamant, que la Royne sa Mestresse luy a envoyé, qui est +l'ung de ceulx que le Roy d'Espaigne avoit donnez à la feu Royne +Marie, sa soeur, ou à elle, qui sont estimez valoir, l'ung huict mil +ducatz, et l'aultre cinq mil; et que la dicte Royne d'Espaigne, de son +costé, a faict bailler quatre mil ducatz au dict Havart et aulx siens; +mais la vérité et certitude de cecy se sçaura mieulx quant le dict +Havart sera de retour, lequel est encores en mer. Tant y a que ces +démonstrations, lesquels sont devenues toutes aultres qu'on ne les +sembloit préparer du commancement, donnent à cognoistre qu'il n'y a en +effect nulle malle vollonté entre les Espaignols et les Anglois, ains +qu'ilz cerchent de s'accommoder ensemble en gaignant, aultant qu'il +leur sera possible, chacun de son côté, quelque advantaige; dont usent +d'artiffice à fère bien espérer ou à intimider l'ung l'aultre en ce +qu'ilz peuvent; et semblent néantmoins que les dicts Anglois ne +demeurent meintennant sans une grande souspeçon du retour de l'armée +d'Espaigne, par ce mesmement qu'on leur a raporté que une partie +d'icelle est demeurée toute appareillée, et bon nombre de gens pretz à +s'y embarquer en Olande; et qu'ilz sçavent que aulcuns fuytifz et +aulcuns Escossoys sont toutjour près du duc d'Alve pour l'inciter à +quelque entreprinse par deçà: et à ceste occasion, mècredy dernier, +ceste Royne a faict de rechef appeller toutz les officiers de la +maryne à Vuyndesor, mais je ne sçay encores ce qu'elle leur a ordonné; +et est la dicte Dame après a fère cercher deniers de toutz costez. + +Les commissaires de Flandres s'attendent d'avoir demain leur congé, et +semble qu'ilz ne s'en retournent guières plus contantz ny mieulx +satisfaictz que quant ilz sont venuz; car, oultre la perte et +diminution qu'ilz ont trouvé ez merchandises, qui estoient encores en +estre, l'on leur a baillé ung compte si désadvantaigeulx de celles qui +ont esté vendues par auctorité de justice, tant au priz que aulx +fraicz, qu'elles ne reviennent pas au cinquiesme de la juste valleur. +Par ainsy l'accord se monstre encores assés difficile à fère, et +cependant l'on ne sçayt si le temps, et la longue souspencion du +traffic, pourra produyre quelque chose de nouveau entre eulx. + +Monsieur le cardinal de Chastillon print congé de ceste court lundy +dernier, non sans recepvoir beaucoup de faveur de ceste Royne et +plusieurs présens (de haquenées et de chiens de sang) des seigneurs +d'auprès d'elle; et s'en est allé à Hamptonne attandre la commodité de +son passaige à la Rochelle. Aulcuns demeurent escandalisez des +difficultés qu'on a faictes à Mr le vydame de Chartres à Dièpe, mais +je rendz quelque rayson là dessus, qui monstrent de les satisfère. Ung +agent de Portugal, qui est en ceste ville, dict que le capitaine Sores +s'est esforcé de piller de rechef la Madère, et qu'au retour de ceste +entreprinse il a prins un des galions du Roy de Portugal venant des +Indes, qui estoit demeuré derrière, lequel estoit bien fort riche; de +quoy ung chacun monstre icy estre fort offancé d'entendre ung tel acte +après la paix, et crainct on que de la Rochelle ayt à sortyr beaucoup +de désordre en la mer, s'il n'y est remédié. + +J'entans qu'il est arrivé des lettres d'Allemaigne, qui semblent +confirmer ce qu'on avoit auparavant escript de la création du roy des +Romains par le Pape, jusques avoir envoyé une coppie du brevet, et que +ung chacun pense que les princes ellecteurs procèderont à une +contraire ellection de leur part; mesmes qu'il semble que l'Empereur +face toute démonstration d'avoir ignoré et de n'aprouver aulcunement +ceste procédure de Sa Saincteté; et qu'il a esté descouvert qu'on +avoit de rechef incidié à la vie du comte Pallatin. Sur ce, etc. + + Ce Xe jour d'octobre 1570. + + + + +CXXXIXe DÉPESCHE + +--du XVIe jour d'octobre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par Groigniet, mon secrétaire._) + + Conditions proposées par Cécil à la reine d'Écosse.--Soulèvement + des catholiques dans le pays de Lancastre.--Ordre donné au + comte de Derby de se rendre à la cour.--Retour à Londres de sir + Charles Havart, amiral de la flotte anglaise.--_Mémoire._ + Opinions diverses sur la durée de la paix en + France.--Conférence de l'ambassadeur avec l'ambassadeur + d'Espagne.--Ligue du roi d'Espagne avec le pape et les + Vénitiens contre les Turcs.--Vives sollicitations pour que le + roi consente à en faire partie.--Offres faites par le duc + d'Albe à Élisabeth.--Négociations des Écossais avec le duc + d'Albe.--Conditions proposées à Marie Stuart, si elle veut + obtenir l'appui de l'Espagne.--Détails sur la négociation de + Cécil avec Marie Stuart.--Crainte que les Écossais n'acceptent + toutes les conditions imposées par l'Angleterre. + + + AU ROY. + +Sire, ayant le Sr de Vassal couru une si dangereuse fortune, en +voulant repasser la mer, que le naufrage de luy, et de ceulx qui +estoient en son mesme navyre, a esté tenu pour vériffié en ceste +ville, il n'est pas à croyre combien je me suys resjouy, quant, oultre +l'espérance des hommes, il a pleu à Dieu de le saulver et le fère +retourner sauf à Callais, avec les lettres et dépesches de Vostre +Majesté, où il est encores attandant le vent; mais j'espère qu'il sera +bientost icy, et qu'il me rendra instruict de l'intention de Vostre +Majesté, laquelle je mettray peyne, Sire, en ce qu'il sera besoing de +la notiffier à la Royne d'Angleterre, de la luy fère bien entendre, et +de fère, par toutz les moyens, persuasions et instances, qu'il me sera +possible, qu'elle y veuille conformer la sienne. + +Le secrétaire Cecille et son adjoinct sont arrivez avec l'évesque de +Roz, le premier de ce mois, devers la Royne d'Escoce, à laquelle ilz +ont présenté, avec grand respect et révérance, une lettre, que la +Royne d'Angleterre luy a escripte, laquelle avoit le commancement fort +rigoureux et plein d'une recordation de beaucoup d'offances qu'elle +reprochoit à la dicte Dame; mais que, pour en abolyr la mémoire, elle +luy dépeschoit ces deux siens confidans conseillers, pour préparer le +chemyn d'ung bon tretté d'amytié entre elles deux; et n'y a heu aultre +chose que cella pour le premier jour, sinon l'humayne et favorable +réception, que la dicte Dame leur a faicte. Mais, le lendemain, estans +entrez en conférance, elle leur a respondu, à chacun poinct de la +dicte lettre, avec tant de fondement de rayson et avec tant de +modestie qu'ilz ont monstré de demeurer très bien satisfaictz; et +ayant convenu la dicte Dame, pour son regard, et eulx, pour la Royne +d'Angleterre, d'ensepvelir pour jamais les choses mal passées, et de +procéder à ung renouvellement de vraye et parfaicte intelligence entre +elles, sellon que le debvoir de leur proximité et du commun proffict +de l'une et de l'aultre, et de leurs deux royaulmes, le requéroit; ilz +luy ont leu les articles de l'instruction, qu'ilz portoient, lesquelz +se sont trouvez, pour la pluspart, concerner l'expresse cession et +résignation du tiltre de ce royaulme par la dicte Royne d'Escoce au +proffict de la dicte Royne d'Angleterre, sans préjudice de la future +succession d'icelluy, au cas que la dicte Royne d'Angleterre n'ayt +point de lignée:--Que, pour seurté de cella, le Prince d'Escoce doibve +estre mené et norry en Angleterre, sans préfiger temps de le randre, +sinon au cas que la Royne, sa mère, arrive à morir, ou qu'elle luy +veuille résigner sa couronne d'Escoce;--Que gouverneurs luy seront +baillez, telz que la Royne d'Angleterre advisera, comme les comtes de +Lenoz, de Mar ou aultres;--Que trois comtes et trois lordz Escoçoys +viendront estre ostaiges, l'espace de trois ans, en ce royaulme, pour +la seurté des choses qui seront promises;--Que trois chasteaulx, +sçavoir: Humes, Fascastel et encores ung aultre, en Gallovaye ou +Quinter, demeureront, pour le dict temps, ez mains de la Royne +d'Angleterre;--Que, sans le consantement d'icelle ou de la pluspart de +la noblesse d'Escoce, la dicte Royne d'Escoce ne se maryera;--Que +ligue sera faicte entre elles et leurs deux royaumes;--Que, au cas que +nul prince estrangier, sans ocasion à luy raysonnablement donnée, +entrepreigne d'assaillyr ce royaulme, la dicte Royne d'Escoce sera +tenue de le secourir d'hommes et de navyres, aulx despens toutesfoys +de la Royne d'Angleterre;--Que le murtre du feu Roy d'Escoce et celluy +du comte de Mora seront punys;--Que le comte de Northomberland et +aultres fuytifz d'Angleterre seront randuz;--Et que, au cas que la +dicte Royne d'Escoce meuve à jamais pleinte ny querelle du tiltre de +ce royaulme, ny assiste à nul aultre, qui la veuille mouvoir en +quelque façon que ce soit contre la dicte Dame, qu'elle demeurera +privée de la future succession d'icelluy. Et avoient d'aultres +articles, concernans la seurté des subjectz d'Escoce, lesquelz ilz +n'ont encores monstrez, mais ilz ont fort incisté d'avoir promptement +la responce sur ceulx cy. + +Je ne sçay si la Royne d'Escoce l'a encores faicte, seulement j'ay +entendu qu'ung pacquet du dict secrétaire arriva, sabmedy au soir, à +la Royne d'Angleterre, et que, tout incontinent, elle assembla son +conseil; et le lendemain matin, le courrier fut renvoyé avecques +responce. + +Aulcuns amys de la dicte Royne d'Escoce m'ont faict advertyr qu'elle +est au plus grand dangier, où encores elle ayt poinct esté, à cause de +la sublévation qui se descouvre estre toute formée au pays de +Lenclastre, de laquelle on luy attribue l'ocasion, aussi bien que de +celle passée du North; et que pourtant, elle et nous, qui soubstenons +icy son faict, debvons condescendre à ce que la Royne d'Angleterre luy +vouldra demander, et luy complayre du tout, pourveu qu'elle puysse +avoir sa liberté; et ne fère difficulté de luy accorder le Prince +d'Escoce, pour quelque temps, avec honnestes condicions. Aultres de +ses amys conseillent le contraire: qu'elle peut bien accorder +hardyment toutes choses raysonnables à la Royne d'Angleterre, mais non +de luy bailler son filz, ny ostaiges, ny places; mais plustost qu'elle +mesmes offre de demeurer en Angleterre pour asseurance de ce qu'elle +promettra. Je sçay, à la vérité, qu'on tient de très dangereux +conseilz sur la personne de ceste princesse, pour l'opinion qu'on a +qu'elle ayt trop bonne part en ce royaulme, et que, quant elle sera du +tout ostée, que pareillement sa querelle sera du tout esteincte, se +persuadant que, ny les Escouçoys, ny les Anglois, ses partisans, ny +mesmes Vostre Majesté ne se soucyeront guières, puys après, de la +relever. Et est incroyable combien la Royne d'Angleterre et ceulx de +son conseil sont esmeuz pour les choses du dict pays de Lenclastre, +sans toutesfoys en fère grand démonstration; car les ayant vollues +remédier par la voye de la justice, envoyant par dellà ung procureur +fiscal, ilz ont veu que cella ne suffizoit, et que plusieurs +ouvertement se déclairoient substrectz de l'obéyssance et jurisdiction +de la Royne d'Angleterre, jusques à ce qu'elle se seroit jettée hors +de l'interdict de l'esglize catholique: dont elle a mandé au comte +Dherby, principal seigneur de tout le dict pays, de la venir trouver, +par prétexte de vouloir assembler toutz ceulx de son conseil, dont il +est l'ung des principaulx, affin de pourvoir à l'estat de ce royaume; +et qu'il veuille mener ses enfans avec luy, pour monstrer qu'ilz ne +sont coulpables d'aulcunes choses qu'on leur a vollu imposer. L'on ne +sçayt encores si le dict comte vouldra obéyr; tant y a, Sire, que je +vous ay bien vollu envoyer le susdict adviz de la Royne d'Escoce, par +homme exprès, affin qu'il vous playse m'y commander vostre vollonté; +et cependant je verray ceste princesse pour l'adoulcyr et modérer, le +plus qu'il me sera possible, sur icelluy, et pour la fère passer +oultre au tretté encommancé. + +J'entendz que sire Charles Havard a raporté à la dicte Dame ung grand +contantement du debvoir, qu'il a faict envers la Royne d'Espaigne, et +des honnestes propos, que la dicte Royne d'Espaigne l'a enchargé de +dire à la dicte Dame de sa part, ayant accepté, avec toute affection, +le présent qu'elle luy a envoyé, et ayant faict donner une chayne de +mil ducatz au dict Havart, et une aultre ung peu moindre à son vis +admyral, et encores dix aultres chaynes aulx capitaines des dix +navyres. Sur ce, etc. + + Ce XVIe jour d'octobre 1570. + + POUR FAIRE ENTENDRE A LEURS MAJESTEZ oultre ce dessus: + + Que, par aulcunes lettres, que la Royne de Navarre et Messieurs + les Princes, ses filz et nepveu, et Mr l'Admiral ont escriptes + par deçà, et par des parolles et démonstrations, dont Mr le + cardinal de Chatillon a usé, en prenant congé de ceste court, la + Royne d'Angleterre et les siens demeurent assez persuadez que la + paix de France sera de durée. + + Et y sont confirmez davantaige par la réputation, qui court, que + le Roy a prinz une ferme résolution de vouloir que, en cest + endroict. et toutz aultres, où sa parolle interviendra, qu'elle + ayt à estre très certaine et véritable, et que la Royne et + Monseigneur, frère du Roy, interposent, par une bonne + intelligence, si fermement leur conseil et authorité à cella, + qu'il n'est en la main de nul aultre de le pouvoir rompre. + + Et a raporté le Sr de Valsingan, qu'encor que le mariage des deux + filles de l'Empereur avec le Roy et le Roy d'Espaigne, et + l'intelligence que ung chacun présumoit demeurer toutjour + secrecte entre la Royne et Mr le cardinal de Lorrayne, et + l'authorité de Monseigneur, frère du Roy, lequel après avoir mené + la guerre et heu plusieurs victoires contre ceux de la nouvelle + religion, ne comporteroit jamais qu'ilz demeurassent dans le + royaulme, fussent trois occasions qu'aulcuns remarquoient pour + réputer la paix fort douteuse; néanmoins ilz jugeroient, à ceste + heure, que c'estoit par la vraye et parfaite intelligence de la + Royne, et de Monseigneur, et de Mr le cardinal de Lorrayne, et de + toutz les Princes avecques le Roy, que la dicte paix se randroit + plus ferme et plus estable; et que mesmes le conseiller Cavaignes + luy avoit dict qu'il s'en promettoit une bien longue + continuation, et en plus d'advantaiges pour eulx que les articles + ne portoient. + + Ce qui a remiz en réputation les affères du Roy en ce royaulme, + et croy que de mesmes ilz en sont relevez ailleurs, car + l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, despuys la première foys + qu'il me raporta le jugement, que le duc d'Alve faisoit de la + dicte paix, comme s'il l'estimoit pleyne de dangier pour la + Chrestienté, il dict meintennant qu'il ne faict doubte que le Roy + et son prudent conseil ne l'ayent cogneue nécessaire, et qu'il + faut que Sa Majesté Très Chrestienne la rande utille, et luy face + produyre, non seulement pour luy et pour son royaulme, mais aussi + pour ses voysins et pour toute la Chrestienté, ung vray repos. + + Et s'est le dict ambassadeur curieusement enquiz à moy de deux + choses: l'une, si je sçavois que Mr le cardinal de Chatillon eust + parlé en ceste court de tranférer meintennant la guerre, qui est + achevée en France, au pays de Flandres; et de cella il a vollu + que j'en aye sondé le dict Sr cardinal, quant il est venu en mon + logis, lequel m'a tout franchement respondu, qu'il pourrait estre + qu'il en eust parlé comme d'ung commun souhait, que toutz ceulx + de sa religion y avoient; mais non qu'il en vit l'entreprinse + bien preste; et j'en ay satisfaict le dict ambassadeur. + + Et l'aultre chose, qu'il m'a demandée, est si j'avois entendu + pourquoy le Roy avoit faict renforcer la garnyson de Péronne, de + St Quintin et des aultres villes de Picardie, et changé celle de + Callais, monstrant que le duc d'Alve en avoit prins quelque + souspeçon; à quoy je luy ay respondu que le Roy n'avoit en cella + que renvoyé les garnysons en leurs lieux accoustumés, car l'on + les en avoit tirez, durant la guerre, pour s'en servir au camp, + et que meintennant il distribuoit en ses frontières ses gens de + guerre pour plus sollager son royaume et pour ne demeurer + pourtant désarmé. + + Et, en la mesmes conférance, icelluy sieur ambassadeur, me + magniffiant grandement la ligue[14] qui a esté faicte entre le + Pape, le Roy Catholique, son Maistre, et les Véniciens contre le + Turc, m'a dict que le Roy, son Maistre, s'estimoit estre miz hors + par icelle de tout le dangier de la guerre du dict Turc, et qu'il + n'avoit qu'à contribuer seulement au secours accordé, dont se + trouvoit fort adélivré pour mettre bientost fin à la guerre des + Mores, et pour entendre aulx choses de Flandres, d'Allemaigne et + du costé de deçà; + + Que le dict ambassadeur pensoit que l'Empereur enfin entreroit en + la dicte ligue, comme il en avoit une fort grande vollonté, mais + il desiroit le fère par aprobation de la diette, affin d'obliger + les estatz d'Allemaigne à la contribution et au secours de la + dicte guerre. + + [14] Cette ligue ne fut définitivement conclue que quelque temps + après, au mois de mai 1571. Don Juan fut nommé général de la + ligue, et remporta, le 7 octobre de la même année, la célèbre + victoire de Lépante. Le pape choisit pour commandant de sa flotte + Marc-Antoine Colonne, et la république de Venise nomma pour son + amiral Sébastien Venicri, qui fut élu doge en 1577. + + Et a adjouxté que, si le Roy Très Chrestien y vouloit entrer et + quicter la pratique du Turc, retirant son ambassadeur qu'il a + près de luy, qu'il s'aquerroit ung grand nom et une grande + louange envers le Siège Apostolique et envers toute la + Chrestienté; et, quant il ne bailleroit que quatre gallères de + secours, que son nom et la réputation de la couronne de France y + en vauldroient cent. + + Je luy ay respondu que ceste ligue estoit faicte pour la + conservation des estatz, qui estoient exposez aulx entreprinses + du Turc, et que l'Empereur avoit rayson d'y entrer pour l'ocasion + des siens, aussi bien que le Pape et le Roy, son Maistre, et les + Véniciens, car toutz ensemble y estoient bien fort intéressez, et + leurs dicts estatz y couroient de grandz dangiers; mais que Dieu + avoit constitué le Roy et son royaulme en lieu, qui estoit tout + gardé des incursions du Turc; par ainsy qu'il n'avoit à fère + ligue deffencive contre celluy qui ne l'assailloit, ny le pouvoit + assaillir; et seroit en vain consommer ses forces et ses deniers + pour aultruy, et entrer en une guerre non nécessaire; mais que je + croyois bien que, quant toutz les princes chrestiens + conviendroient en une entreprinse de ruyner l'Empire du Turc et + amplier la Chrestienté, et que le Roy y verroit quelque bon + fondement, que ce seroit luy le premier qui y employeroit sa + propre personne et ses forces, aussi bien qu'avoient faict ses + prédécesseurs. + + Laquelle rayson le dict ambassadeur a monstré d'aprouver, et a + adjouxté que possible n'estoit on pas trop loing d'une si grande + et vertueuse délibération; et puys a continué me dire que les + Anglois, pour ne pouvoir bien entendre toutz les secretz de la + dicte ligue, la tenoient pour fort suspecte, comme, à la vérité, + j'ay sceu qu'iceulx Anglois discourent entre eulx, qu'ayant le + Pape passé si avant que d'avoir ouvertement interdit cette Royne + et son royaulme, et estant le Roy d'Espaigne fort offancé des + dicts Anglois, et les Véniciens assés mal contantz des prinses et + déprédations de l'année passée, qu'il est à croire qu'on n'a + dressé ceste ligue dans Rome, sans y incérer quelque article bien + exprès contre l'Angleterre, et que le général de la mer qui a + esté créé par icelle, qui est don Juan d'Austria, aspire bien + fort à l'entreprinse. + + Néantmoins, le duc d'Alve entretient les dicts Anglois en une si + ferme opinion de l'amytié du Roy, son Maistre, qu'ilz s'en + tiennent trop plus que bien asseurez; et semble que, ny luy de + son costé, ny eulx du leur, ne s'ennuyent de laysser encores les + choses en suspens, sans aultrement les esclarcyr, parce que le + temporiser vient à propos pour chacun, bien que possible non + guières pour les Mestres ny pour leurs estatz, mais pour ceulx + qui les manyent; et m'a l'on asseuré que le dict duc a offert à + ceste Royne de luy envoyer dix mil hommes de guerre, pour la + servyr en ses affères, qu'elle pourroit avoir dans son royaulme, + ou bien contre l'Escoce, si elle en a besoing: mais qu'elle n'a + accepté ny l'ung ny l'aultré, ny ne demeure pour cella trop + dellivrée du souspeçon qu'elle s'est conceue du dict duc. + + J'entendz que milord de Sethon, estant arrivé en Envers, a + soubdain envoyé demander audience à icelluy duc jusques à + Bergues, lequel s'est excusé de la luy pouvoir si tost bailler, + pour estre fort empesché à l'embarquement de la Royne, sa + Mestresse; dont le dict de Sethon, ne voulant prolonger les + matières, luy a envoyé incontinent les lettres des seigneurs + d'Escoce et une coppie de son instruction, mais le duc ne s'est + hasté pour cella de luy rien respondre, ains l'a remiz à quant il + seroit en Envers, que le conseil du pays y seroit assemblé; et + cependant il l'a faict convyer à dyner par le marquis de Chetona, + où le secrétaire Courteville s'est trouvé, avec lesquelz il a heu + grand conférance; et despuys il a envoyé icy demander qu'est ce + qu'il aura à respondre, si le dict duc requéroit d'avoir la Royne + d'Escoce entre ses mains, ou qu'elle y veuille mettre le Prince + d'Escoce son filz; s'il inciste qu'elle ne se marye sans le + conseil du Roy Catholique, et qu'elle veuille entrer en ligue + avecques luy, sans exception d'aulcune aultre ligue; s'il demande + avoir quelques portz et places au pays, pour la retrette de ceux + qu'il y envoyera; et finallement, s'il requiert que la réduction + de la religion catholique soit faicte en tout le royaulme, et que + l'aultre en soit chassée, et toutz ceulx qui en sont. + + En quoy semble que le dict de Courteville ayt desjà touché toutz + ces poinctz au dict de Sethon, et, quoy que soit, on m'a bien + baillé pour chose asseurée que maistre Jehan Amelthon, qui a + résidé despuys quinze moys, ordinairement, près du dict duc + d'Alve, a esté naguières envoyé par icelluy duc avec deux aultres + gentishommes, ung italien et ung espaignol, jusques en Escoce, + pour recognoistre quelque commode descente; et que le dict + Amelthon leur a monstre les ports et villes de Montroz et + Abredin. + + Quant, après plusieurs miennes instances et de Mr l'évesque de + Roz, la Royne d'Angleterre eust, à la fin de septembre, commandé + au secrétaire Cecille, et à maistre Mildmay, d'aller devers |a + Royne d'Escoce, elle ne se peult tenir de jetter quelques motz de + jalouzie des perfections de sa cousine, demandant au dict + secrétaire, s'il se lairroit point gaigner à elle, comme les + aultres, qui l'avoient veue; dont il tomba en ung merveilleux + doubte que le voyage luy fût pernicieux, et escripvit dez lors à + ung sien amy qu'il s'en excuseroit, s'il luy estoit possible, ce + qui donna à penser, estant incontinent après devenu mallade, + qu'il le contrafaisoit, mesmes qu'il ne se sentoit estre bien + vollu de la dicte Royne d'Escoce, et n'estimoit pouvoir raporter + honneur de ceste négociation; tant y a que, ne voulant qu'ung + aultre l'eust, il dellibéra de veincre toutz ces doubtes et + difficultez, mais, premier que de partir, affin d'oster toute + souspeçon à sa Mestresse, il dressa les articles de son + instruction, ainsy durs qu'ils sont contenuz en la lettre du Roy, + et les communica à la dicte Dame, qui les aprouva, et puys au + conseil, où quelques ungs luy remonstrèrent qu'il seroit bon de + les modérer, affin qu'ilz ne malcontentassent par trop ceste + princesse, et qu'ilz fussent aprouvez des aultres princes; mais + il respondit qu'on luy layssât manyer cest affère, lequel il + entendoit très bien, et le conduyroit à bonne fin, à l'honneur de + sa Mestresse et de son royaulme; et qu'il feroit que la Royne + d'Escoce et les princes, ses allyez, ne seroient que bien ayses + d'en passer par là. Tant y a qu'estant sur le lieu, Mr de Roz m'a + mandé qu'il monstre d'avoir une grande vollonté de conclurre le + tretté, et qu'il espère que le retour du Sr de Valsingan, sur + lequel l'on luy avoit faict une dépesche, seroit cause de luy + fère modérer les dures condicions de sa première instruction. + + Et m'a le dict sieur évesque mandé davantaige que creinct que les + seigneurs escossois, partisans de sa Mestresse, commençant de + n'espérer guières nul secours de France, condescendront à telles + condicions de tretté qu'on leur vouldra imposer; et que quelques + ungs sont desjà après à s'acommoder à l'authorité du comte de + Lenoz; ny l'arrivée du Sr de Vayrac ne les a peu tant confirmer + qu'ilz veuillent demeurer davantaige en doubte, ny mettre plus en + hazard leurs vies et leurs biens. + + Tant y a que le lair de Granges, cappitaine de Lislebourg, a + mandé que, s'il playt au Roy fère descendre mille harquebuziers + seulement ez quartiers, du Nord d'Escoce, qu'il rechassera le + dict de Lenoz et les Anglois plus loing que Barvich, et réduyra + la ville de Lislebourg à l'obéissance de la Royne sa Mestresse, + et qu'il ne sera plus parlé que de l'alliance de France en tout + le royaulme d'Escoce. + + + + +CXLe DÉPESCHE + +--du XVIIe jour d'octobre 1570.-- + +(_Envoyée exprès par ung des miens, jusques à Calais._) + + Communication officielle des articles proposés à Marie + Stuart.--Nécessité de remontrer à la reine d'Angleterre qu'elle + ne peut enlever à la France l'alliance de l'Écosse. + + + AU ROY. + +Sire, vous ayant escript, du jour de hier, assés amplement toutes +choses de deçà, ceste cy n'est que pour dire à Vostre Majesté comme, +ce matin, Mr l'évesque de Roz m'a envoyé, en grand dilligence, les +articles[15] que les depputez de la Royne d'Angleterre ont baillez à +la Royne d'Escoce, sa Mestresse, me priant de lui envoyer, tout +incontinent, le messagier avec ma responce et mon adviz là dessus; et +que je veuille considérer que le moindre dilay ou empeschement, qui +puysse intervenir en cest affère, est ung extrême détriment à sa dicte +Mestresse; mais qu'il mettra peyne d'entretenir la matière en suspens, +jusques à ce que ma response arrive, et qu'il est tout certain, si +l'on fault ceste foys de conclurre quelque chose, que la dicte Dame et +ses affères, et ceulx de son royaulme, demeurent déplorez et hors de +tout remède pour jamais. Sur quoy, Sire, j'ay esté en grand peyne, car +le faict me semble d'un costé si important, que je ne me doibz ingérer +de rien dellibérer ny respondre sur icelluy, sans exprès commandement +de Vostre Majesté, et, de l'autre, je voys ceste pouvre princesse en +si dangereux estast, que le moindre retardement peult admener une +extrême ruyne sur elle et sur son royaulme; dont, en telle extrémité, +j'ay prins expédiant de respondre premièrement au dict sieur évesque, +en la meilleur façon que j'ay peu, sellon le peu de loysir qu'il m'a +donné d'y penser, et d'envoyer tout aussitost à Vostre Majesté les +dicts articles et ma dicte responce, affin qu'il vous playse, en +mesmes dilligence, me remander vostre bon commandement; lequel je +mettray peyne, aultant qu'il me sera possible, d'exactement accomplyr; +et j'espère qu'on ne s'opiniastrera du tout à toutes les conditions +des dicts articles, ayant desjà faict office, là où j'ay cogneu en +estre besoing, pour les fère modérer; et je sçay que ce que Voz +Majestez en ont fermement et vertueusement mandé, par le Sr de +Valsingan, à ceste Royne, en fera bien rabattre quelque chose. Tant y +a que Vostre Majesté verra s'il seroit bon que, faisant appeller +l'ambassadeur d'Angleterre en sa présence, et luy monstrant d'estre +bien ayse de la continuation du tretté, vous lui faysiez tout +clairement entendre que vous ne pourriez tout ensemble meintenir +l'amytié avecques la Royne, sa Mestresse, et veoir qu'elle s'esforçât +de vous soubstraire l'alliance d'Escoce; et que, de tant que vous avez +entendu que ceulx, qui dressent le tretté, y aspirent, que vous l'avez +bien vollu exorter d'advertyr sa Mestresse qu'elle se veuille déporter +d'entreprendre une telle offance contre vous; laquelle vous ne +pourriez comporter, attandu mesmement que vous n'avez désiré ny +procuré que tout bon accord entre elle et la Royne d'Escoce, et bonne +paix entre leurs deux royaumes, pourvu que ce ne soit au préjudice de +vostre dicte alliance. Sur ce, etc. + + Ce XVIIe jour d'octobre 1570. + + [15] Ces articles, ainsi que les réponses de Marie Stuart, n'ont + pas été transcrits sur les registres de l'ambassadeur; mais ils + sont textuellement rapportés par les historiens, et notamment par + Camden at Rapin Thoiras. + + + + +CXLIe DÉPESCHE + +--du XXVe jour d'octobre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) + + Audience.--Assurances réciproques d'amitié.--Consolidation de la + paix en France.--Plainte du roi contre la dernière invasion du + comte de Sussex en Écosse.--Vive insistance de l'ambassadeur + pour qu'il soit procédé à la restitution de Marie Stuart, sous + des conditions honorables pour la France.--Plaintes + d'Élisabeth contre la reine d'Écosse.--Instance de + l'ambassadeur afin qu'une résolution définitive soit prise sans + retard.--Protestation d'Élisabeth qu'elle ne veut plus retenir + Marie Stuart en Angleterre. + + + AU ROY. + +Sire, je n'ay receu jusques au XVIIIe du présent, la dépesche de +Vostre Majesté, du XXVIe du passé, car le Sr de Vassal, qui me +l'aportoit, oultre la première tourmente, que je vous ay mandé qu'il +avoit soufferte, il a, par trois fois, despuys, s'esforceant de passer +de deçà, toutjour esté rejetté en la coste de dellà, et a esté si +travaillé de la mer, que d'une fiebvre quarte, qu'il avoit auparavant, +il est tumbé en une continue, qui l'a contrainct de demeurer du tout à +Callais, d'où il m'a envoyé le pacquet; sur lequel, Sire, ayant veu, +le XXe de ce moys, la Royne d'Angleterre, j'ay estimé luy debvoir fère +entendre le retardement d'icelluy, et comme beaucoup plustost qu'à +ceste heure, vous m'avez commandé que je l'allasse trouver, affin de +luy randre, de vostre part, le plus exprès et le plus grand mercys, +qu'il me seroit possible, pour la tant prompte et ouverte +conjouyssance, qu'elle avoit usé vers vous sur la paix de vostre +royaulme; et qu'ayant prévenu en cella toutz les aultres princes, +voz alliez, vous demeuriez très fermement persuadé que, plus +que toutz eulx, elle vous avoit véritablement desiré ce bien, et +l'establissement de voz affères; dont la priez de regarder en quoy +elle se vouldroit meintennant prévaloir de vous et de vostre présente +paix; car vous métriez peyne de la luy randre aultant utille, comme +elle avoit monstré de l'avoir toutjour très agréable; et que me +commandiez, au reste, de n'obmettre rien qui peult servir à luy fère +bien cognoistre vostre bonne affection et celle de la Royne, vostre +mère, en cest endroict; mais que je n'entreprendrois de luy en dire +davantaige, parce que Voz Majestez s'estoient mieulx sceu explicquer, +par leur propre parolle, au Sr de Valsingan, que je ne le sçaurois +fère sur vostre lettre: et comme il avoit dignement représanté +l'intention d'elle à Voz Majestez par dellà, qu'ainsy espérois je que, +à son retour, il se seroit très bien acquité de luy fère bien entendre +les vostres, et toutz les bons propos que luy avez tenuz de la +parfaicte amytié, en laquelle dellibériez persévérer avec elle et son +royaume. Et suyviz, Sire, à luy toucher quelques motz du bon et +asseuré establissement, que prènent les choses de la paix en vostre +royaulme, affin qu'elle ne donnast foy à certaine lettre, que je +sçavois qu'on luy avoit monstrée de quelcun de vostre court, qui a +escript à ung seigneur de ce royaulme, en langaige françois et lettre +françoyse fort proprement, sans toutesfoys se soubsigner, sinon par +parrafe, qu'il voyoit que les troubles alloient recommancer plus fort +que devant, en vostre royaulme, à cause de plusieurs désordres et +viollances qu'on fesoit à ceulx de la religion; et que Messieurs les +Princes avoient envoyé fère des remonstrances là dessus à Vostre +Majesté, qui leur aviez rendu de fort bonnes responces; et aviez +soubdain dépesché lettres pour y pourvoir, mais l'on n'y avoit vollu +obéyr; dont ilz avoient renvoyé vous en fère nouvelle pleinte; et +vous aviez de rechef escript que justice en fût dilligemment faicte, +mais que l'on avoit contempné et mesprisé vos lettres, ce qui leur +faisoit penser qu'il y avoit quelque très dangereuse entreprinse +couverte contre ceulx de la dicte religion; dont les dicts Princes +s'estoient retirez mal contans à la Rochelle, non sans avoir desjà +adverty leurs amys en Allemaigne. De laquelle nouvelle l'on me vouloit +bien asseurer que la dicte Dame et ceulx de son conseil seroient pour +changer beaucoup de leurs premières dellibérations, mesmement en +l'endroict de la Royne d'Escoce, si je ne mettois peyne de luy +persuader le contraire. + +Ce qui m'a faict estendre plus avant le propos, lequel seroit long à +mettre icy; mais elle a monstré de l'avoir bien fort agréable, et m'a +respondu que le dict sieur de Valsingan avoit trouvé les parolles, +dont Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, luy avoient usé sur la +conjoyssance de la paix, si pleynes d'honneur et si dignes, qu'il +n'avoit osé entreprendre de plus particullièrement les luy exprimer +que de l'asseurer que de plus dignes n'en pouvoient estre proférées de +nulz princes de la terre; et que, sur ce que je luy en disoys +meintennant, elle remercyoit infinyement Voz Majestez d'avoir vollu +ainsy pénétrer en son cueur, pour y bien cognoistre l'affection, +qu'elle a, trop plus certaine et vraye, que nul de toutz vos allyez, à +la dicte paix de vostre royaulme; et que, tout ainsy qu'elle a cy +devant prié Dieu de la vous donner, que ainsy, à ceste heure, que vous +l'avez, elle le prie de la vous conserver si entière que nulz plus +obéyssantz ny plus fidelles subjectz à leur prince que les vostres, ny +nul meilleur prince que Vostre Majesté à eulx, se puyssent trouver en +tout le monde. + +Et a poursuyvy aulcunes particullaritez qui sembloient bien extraictes +de la susdicte lettre; mais je y ay respondu en façon qu'elle m'a +semblé demeurer bien édiffiée des choses de vostre royaume; et puys +j'ay adjouxté que le Sr de Valsingan, à mon adviz, n'avoit failly de +luy dire ce que Vostre Majesté me commandoit de luy représanter +encores une foys, c'est que vous aviez esté bien fort escandalisé du +dernier exploict du comte de Sussex en Escoce, et que une seule chose +vous avoit contanté, que ses deux ambassadeurs, et moy pareillement +par mes lettres, vous avions asseuré que cella estoit advenu sans son +sceu et sans son commandement; en quoy vous la vouliez donc très +expressément prier de fère quelque réparation ou démonstration là +dessus, par où les Escouçoys peussent cognoistre que son intention, +aussi bien que la vostre, avoit esté d'abstenir de toute voye +d'hostillité, et de remettre toutz leurs différans à ung bon tretté +d'accord, ainsy que, sur la parolle d'elle, vous les en aviez +asseurez, et aviez différé de leur bailler vostre secours; et qu'au +reste vous aviez heu ung singulier playsir d'entendre qu'elle eust +envoyé ses depputez devers la Royne d'Escoce pour commancer de +procéder au tretté; et que Vous, Sire, et la Royne, chacun séparément, +en voz lettres, me commandiez de la prier et conjurer, au nom de +l'amytié, que luy portez, qu'elle vous fît meintennant cognoistre +combien elle vouloit satisfère aulx choses, qu'elle vous a faictes +espérer, et que assés souvant elle vous a promises, pour la liberté et +restitution de la Royne d'Escoce, et de tourner son cueur à ne vous +vouloir ny offancer ny mescontanter en cella, ains correspondre à ce +que, pour le seul respect de son amytié, et non d'aultre chose, vous +desiriez qu'on ne vînt aulx viollantz remèdes, dont l'on vous +recherchoit très instantment d'y user; et que plusieurs raysons, +lesquelles vous luy aviez desjà faictes entendre, pressoient vostre +honneur et vostre debvoir, et l'honneur de vostre couronne, de +n'abandonner, en façon du monde, ny la liberté, ny la restitution de +ceste pouvre princesse, vostre belle soeur, ny mesmes les affères de +ceulx qui soubstiennent son party en Escoce, quant bien elle n'y +seroit plus, et de n'y espargner nul moyen, ny pouvoir, que Dieu vous +ayt donné en ce monde; dont desiriez infinyement que le dict tretté +sortît à effect, et que, par icelluy, elle demeurast contante et bien +satisfaicte de tout ce qu'elle pouvoit honnestement et honnorablement +demander à la Royne d'Escoce, pourveu que ce ne fût contre sa +consience, ny contre sa dignité, ny contre son estat, ny au préjudice +des trettez, que vous avez avec l'Angleterre, ny derrogeant à vostre +alliance avec les Escouçoys; car, au reste, vous vouliez, de bon +cueur, estre garant de toutes les choses qui seroient promises et +accordées par le tretté. + +Auquel propos, qui a esté avec attention, mais non sans passion, fort +dilligemment escouté de la dicte Dame, elle m'a respondu qu'elle +s'esbahyssoit grandement, comme Voz Majestez Très Chrestiennes avez +tant à cueur la Royne d'Escoce, que ne vollussiez avoir aulcune +considération aulx grandes offances, qu'elle luy a faictes: +premièrement, de luy inpugner sa condicion pour la fère déclairer +illégitime; puys de s'estre attribuée le titre de son royaulme; et +finallement, d'avoir esmeu ses propres subjectz contre elle; et que ce +eust bien esté assés à Voz Majestez de l'avoir faict admonester une +foys d'y procéder, sellon que l'honneur et debvoir l'y pouvoit +convyer, sans luy en fère si souvant répéter les instances, comme, à +toutes les audiences, je ne faillois de les luy renouveller; et que, +puysque j'en avois esmeu le propos, elle me vouloit bien dire que ung +pacquet d'une dame d'Escosse luy estoit, despuys deux jours, tumbé +entre mains, dedans lequel elle avoit trouvé une enseigne d'or, en +laquelle estoit engravé ung lyon avec les armes d'Escoce, soubstenuz +de deux cornes, et ung liépart avec les armes d'Angleterre, lequel le +lyon dessiroit, et ung mot en Anglois qui dict: _ainsy abattra le Lyon +Escouçoys le Liépart Anglois_; et puys une lettre d'une dame, qui se +soubsigne _Flemy_, laquelle mande à milord de Leviston, de présenter +la dicte enseigne à la Royne d'Escoce, sa bonne Mestresse, laquelle en +entendra bien la signiffication, qui est celle propre qu'elles ont +souvant devisée et desirée entre elles; et que cella, avec plusieurs +aultres occasions, la randoient de plus en plus offancée contre la +dicte Dame. + +A quoy j'ay répliqué que, si elle considéroit en quelle bonne sorte et +modeste façon vous l'aviez toutjour faicte requérir sur les affaires +de la dicte Royne d'Escoce, elle se réputeroit vous en avoir de +l'obligation, et non qu'elle s'en tînt mal contante, comme j'espérois +que le temps le luy feroit quelquefoys cognoistre; et que, si elle y +eust vollu entendre la première foys, nous en fussions à ceste heure +aulx mercyemens, et non plus aulx tant répétées instances; et qu'au +reste je ne faysois doubte que plusieurs en Angleterre, et plusieurs +en Escoce, ne cerchassent, par le moyen d'elle, de ruyner la Royne +d'Escoce, et plusieurs aussi, par la Royne d'Escoce, de la ruyner à +elle, s'ilz pouvoient; mais qu'elles feroient bien de s'accorder +ensemble à la propre ruyne d'eulx, et à leur confusion; et que +c'estoit à elle de cercher meintennant ou sa vengeance, ou sa +seureté, en cest affère; et si c'estoit sa vengeance, qu'elle +considérât les dangereuses conséquences qui en pouvoient advenir, et +combien elle s'aquerroit par là l'indignation de toutz les aultres +princes, et la hayne généralle des habitans de ceste isle et de +presque toute la Chrestienté; si, sa seureté, que Vostre Majesté +concourroit à la luy fère trouver telle, comme elle la pourroit +désirer. + +A quoy la dicte Dame, avec affection, m'a prié de vous escripre que, +pour l'honneur de Vostre Majesté, et non pour aultre respect du monde, +elle a commancé d'envoyer ses depputez, et de procéder, envers la +Royne d'Escoce, en une façon que nul aultre prince, ny princesse +offancée comme elle, ne l'eust jamais faict, et qu'elle se contraindra +à toutes les conditions, qu'il luy sera possible, pour remettre la +dicte Dame, par la voye du tretté, le plus honnorablement qu'elle +pourra, en son royaulme; et, quant elle ne le pourra en ceste façon, +qu'encor vous donne elle parolle de la renvoyer, commant que soit, à +ceulx qui tiennent son party en son pays, car ne la veult plus retenir +en son royaulme; et que, par ainsy, elle espère vous satisfère si bien +que vous n'aurez plus occasion de vous quereller de ce faict, ny de +luy en fère plus parler. Qui sont, Sire, les principaulx poinctz qui +ont esté desduictz en ceste audience. Sur ce, etc. Ce XXVe jour +d'octobre 1570. + + + + +CXLIIe DÉPESCHE + +--du XXXe jour d'octobre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne, le postillon._) + + Négociation concernant Marie Stuart.--Nouvelles d'Écosse.--Avis + que le duc d'Albe demande à quitter le gouvernement des + Pays-Bas.--Affaires d'Allemagne.--Ligue contre les Turcs. + + + AU ROY. + +Sire, le retour des depputez de la Royne d'Angleterre ne nous faict +que bien espérer du tretté, qu'ilz ont encommancé avec la Royne +d'Escoce, de laquelle, et des responces qu'elle leur a faictes, semble +qu'ilz ayent miz peyne d'en fère prendre beaucoup de contantement à +leur Mestresse, et qu'enfin le tretté se conclurra; lequel se fût +desjà advancé de dresser, avant la venue des depputez d'Escoce, si la +malladie de milord Quiper ne fût survenue, laquelle est cause qu'on +s'est résolu d'attandre qu'ilz soient arrivez; et que cependant +icelluy Quiper pourra estre guéry. Je mettray peyne, Sire, d'entendre +par Mr de Roz, aussitost qu'il sera de retour en ce lieu, les +susdictes responces de la Royne d'Escose, affin de les vous mander; et +vous manderay, par mesmes moyen, ce que j'auray aprins d'une dépesche, +qui vient d'arriver du comte de Lenoz, laquelle aulcuns présument +estre pour certaine surcéance d'armes, qui doibt estre accordée pour +deux mois en Escoce. Et j'entens que le gentilhomme, qui l'a apportée, +dict que le duc de Chastellerault, et ceulx du party de la Royne +d'Escoce, s'opiniastrent de vouloir tenir une assemblée, sur le faict +de l'estat du pays, nonobstant la dépesche de leurs depputez par +decà; et que le Sr de Flemy est sorty en armes de Dombertran pour se +saysir des lieux plus prochains de sa place, affin d'y dresser des +logis et estables, comme pour y recepvoir la gent et cavallerie qu'il +attand bientost de France; laquelle persuasion, avec le raport que le +cappitaine Comberon faict de la ferme affection, en quoy il a trouvé +Voz Majestez vers les choses d'Escoce, pourront aulcunement servyr à +l'advancement du dict tretté. + +Et y eust pareillement servy assés le doubte, auquel la Royne +d'Angleterre demeuroit du retour de l'armée, qui est allé conduyre la +Royne d'Espaigne, si elle n'eust receu ung adviz, (qui est assés +semblable à ung aultre, que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, en +a, bien qu'il dict ne le tenir du duc d'Alve), que la dicte armée est +réservée pour ramener en Flandres la princesse de Portugal, affin d'y +estre régente, et le duc de Medina Celi, qu'elle admeyne pour y estre +cappitaine général et superintendant des affères soubz elle; et +qu'avec la mesmes armée le dict duc s'en retournera, puis après, en +Espaigne, et que, despuys l'embarquement de sa Mestresse, icelluy duc +a encores dépesché ung des siens, en dilligence, devers le Roy son +Maistre, pour fère, en toutes sortes, résouldre son congé,[16] +remonstrant son eage et son indisposition; et qu'il a remiz le pays en +ung si bon et si paysible estat, et si hors de toute souspeçon de +guerre, qu'on ne doibt plus rien craindre de ce costé, ayant faict +exécuter les principaulx chefz de la cédition, et ruyné si bien toutz +les moyens et la réputation du prince d'Orange, qu'il n'ose plus +sortyr de Nausau; qu'il a miz ung si bon nombre des principaulx +princes d'Allemaigne en la pencion de son Maistre, que les aultres ne +luy pourront nuyre; qu'il a accreu ses revenuz de Flandres de douze +centz mil escuz par an; qu'il a aschevé la forteresse d'Envers; +ordonné celle de Vallenciennes; estably les évesques; confirmé la +noblesse; réduict les loix, coustumes et ordonnances; et si bien +pourveu à toutes choses au dict pays, qu'il ne reste qu'à y entretenir +le bon ordre qu'il y layssera; et que mesmes il a acheminé en si bonne +façon ce qu'il avoit à démesler avecques les Anglois, qu'on vit en une +doulce surcéance avec eulx, avec grande espérance d'un fort prochain +et entier accord. Lequel adviz semble que la dicte Dame tienne pour +assés véritable, et quoy que ce soit, elle a fait ramener en leur +arcenal accoustumé de Gelingan les dix navyres qu'elle avoit envoyez +convoyer la Royne d'Espaigne, et a faict licencier les gens et +mariniers qui estoient dessus, et faict cesser toutz ses aultres +aprestz et apareilz de mer. + + [16] Le duc d'Albe avait été investi du gouvernement des Pays-Bas + en 1566. Le projet dont il est ici mention ne fut pas exécuté; il + fut maintenu dans sa charge jusqu'à la fin de 1573, époque à + laquelle il céda le gouvernement à don Louis de Requessens, + commandeur de Castille, après avoir publié une amnistie générale, + au mois de décembre de cette année. + +Le sire Henry Coban escript d'Espire qu'il sera respondu sur les +choses qu'il a proposées à l'Empereur, incontinent après que les +nopces de la princesse Élizabeth seront faictes, et j'entans que, à la +vérité, il a renouvellé le propos du mariage de l'archiduc Charles, +mais l'on ne l'a suyvy ainsy chauldement qu'il espéroit. D'aultres +lettres sont venues d'Allemaigne, qui font mencion de certein +différant, qui cuyda arriver à Heldelberc, devant l'Empereur, entre +Jehan Georges Pallatin et Jehan Guilhaume de Saxe, sur leur +précédance, à qui seroit premier assiz au festin, de sorte qu'ilz +furent prestz de mettre la main aulx armes; mais l'Empereur assembla +soubdein les principaulx, qui estoient près de luy, et prononcea pour +le dict Georges, remonstrant si bien la rayson à l'aultre, que la +chose se passa gracieusement; et que le comte Pallatin avoit +instamment prié l'impératrix et la princesse sa fille, qu'elles +vollussent accompaigner l'Empereur en sa mayson de Heldelberc; mais la +dicte Dame s'en estoit excusée en une façon si résolue de n'y vouloir +aulcunement aller, que le dict Pallatin en estoit demeuré assés mal +contant; que l'Empereur avoit une grande affection d'entrer en la +ligue contre le Turc, et qu'il estoit après à persuader le Vayvaulde +de renoncer à l'alliance et à la souverayneté d'icelluy, et de luy +deffandre l'entrée de la Transilvanie, luy promettant, s'il perdoit, +pour ceste occasion, rien de son estat qu'il le récompenseroit en +Bohesme; et qu'on avoit opinion, s'il pouvoit conduyre le dict +Vayvaulde à cella, que les Estats de l'Empyre luy consentiroient +vollontiers d'entrer en la dicte ligue, et s'obligeraient à luy +bailler deniers et secours pour icelle, bien qu'on souspeçonnoit assés +que, n'ayantz les Vénitiens esté secouruz à propos de ceulx de la +susdicte ligue, ils cercheront d'accommoder leurs affères et de +procurer en toutes sortes par deniers, ou bien en accordant quelque +tribut sur Chipre, de fère paix avec le dict Turc; au moyen de quoy +ceste ligue demeureroit, puys après, assés froide, et bien fort +foible. Sur ce, etc. Ce XXXe jour d'octobre 1570. + + + + +CXLIIIe DÉPESCHE + +--du IXe jour de novembre 1570.-- + +(_Envoyée à la court par Mr le secrétaire de L'Aubespine._) + + Audience.--Vives plaintes de la reine contre la réception faite + par le roi à Mr de Norris, son ambassadeur, et contre la + déclaration du roi en faveur de la reine d'Écosse.--Nécessité + où se trouve le roi de réclamer la liberté de Marie + Stuart.--Protestation qu'il ne veut pas rompre la + paix.--Communication officielle du mariage du roi.--Compliment + de la reine sur cette union.--_Lettre secrète à la reine-mère_ + sur la proposition du mariage de la reine d'Angleterre avec le + duc d'Anjou.--_Mémoire._ Bruits répandus en Angleterre et en + Allemagne que la pacification de France n'est point sérieuse, + et qu'elle cache quelque secret dessein du roi.--Détails + particuliers concernant la négociation avec la reine + d'Écosse.--Rapprochement entre l'Angleterre et + l'Espagne.--Plainte de Walsingham au sujet de l'accueil que lui + a fait le roi dans son audience de congé. + + + AU ROY. + +Sire, estant, sabmedy dernier, avec la Royne d'Angleterre pour luy +fère part de la dépesche, que Mr de L'Aubespine m'a apportée, et des +aultres choses qu'il m'a sagement faictes entendre de l'intention de +Vostre Majesté, j'avois advisé de luy commancer quelque gracieulx +propos de vostre mariage, ainsy qu'on m'avoit adverty que je me +gardasse bien de luy user d'aulcune rigoureuse démonstration, si je ne +voulois donner aulx ennemys de la Royne d'Escoce l'entier gain de leur +cause, et advancer grandement les affères d'Espaigne, pour d'aultaut +deffavoriser toutz ceulx de France en son endroict; et que c'estoit à +l'occasion de certaine deffaveur, que son ambassadeur luy avoit mandé +qu'il avoit naguières receu de Vostre Majesté, meslée de quelque +menace contre elle mesmes, sur les affères de la Royne d'Escoce, de +quoy elle estoit fort offancée; et que noz ennemys s'esforceroient d'y +semer encores du verre, pour randre la playe incurable; par ainsy, +qu'il estoit besoing que je radoulcisse le faict. + +Mais la dicte Dame me prévint, car aussitost que j'entray en sa +chambre privée, elle s'advança de me dire qu'elle me recepvoit mieulx +que son ambassadeur ne l'avoit esté en sa dernière audience en France, +me remonstrant la façon dont Vostre Majesté avoit parlé à luy; de +laquelle disoit estre de tant plus marrye que deux aultres +gentishommes anglois, qui n'avoient jamais plus veu vostre court, luy +avoient raporté, premier que son ambassadeur luy en eust rien escript, +qu'elle ny ses messagiers n'estoient guières prisez ny respectez en +France. + +Sur quoy l'ayant escoutée paciemment, je luy respondiz que je n'avois +rien entendu de cest affère, et que je sçavois, et estois bon +tesmoing, que Vostre Majesté avoit toutjours bien receu, avecques +beaucoup d'honneur et faveur, ses ambassadeurs, et toutz les propos +qu'ilz vous avoient toutjours tenuz de sa part, aultant que de nul +aultre prince ny princesse de la terre; ce qui me faisoit croyre que +l'ocasion n'estoit meintennant procédée de Vostre Majesté; et j'en +comprenois quelque chose parce qu'elle-mesmes disoit que vous aviez la +botte, quant son ambassadeur arriva, et que vous luy aviez demandé +comme est ce qu'il venoit à telle heure; et qu'au reste, elle debvoit +interpréter à bien la franchise de vostre parler sur les affères de la +Royne d'Escoce; mesmes que s'estant la dicte négociation continuée +despuys par lettres, vous m'aviez envoyé la coppie de celle, que vous +aviez escripte à son ambassadeur; laquelle je trouvois fort +honnorable, et bien conforme à tout ce qui pouvoit convenir à +l'entretennement de vostre commune amytié. + +Elle me répliqua qu'elle ne sçavoit que penser de la dicte réponse par +escript, et s'esbahyssoit assés comme Vostre Majesté y avoit vollu +adjouxter de sa main, me priant de la luy monstrer, si je l'avois +présente, affin que la débatissions ensemble, dont la luy ayant +monstrée, elle me dict, par deux foys, qu'elle n'estoit semblable à +celle qu'elle avoit desjà veue; et que néantmoins elle trouvoit en +ceste cy cella bien dur, que vous disiez vouloir secourir la Royne +d'Escoce en ceste sienne nécessité, et procurer sa liberté par toutz +les moyens que Dieu avoit miz en vostre puyssance; et qu'estant la +dicte Royne d'Escoce entre ses mains, vous infériez par là que si elle +ne la restituoit par le tretté, que vous luy dénonciez desjà la +guerre. + +Sur quoy je luy desduysis les raysons, par lesquelles Vostre Majesté +ne pouvoit moins dire que cella, ny moins fère que ce que vous en +disiez; et quant elle vouldroit, d'un coeur non ulcéré, considérer +l'estat de cest affère, que non seulement elle ne se tiendroit pour +offancée, ains cognoistroit vous avoir beaucoup d'obligation de +l'honneste et modeste façon, dont vous y aviez procédé; et que, +nonobstant les lettres de son dict ambassadeur, suyvant les +honnorables propos et honnestes démonstrations de contantement, dont +elle vous avoit usé touchant vostre mariage, lorsque luy en aviez +premièrement escript l'accord, vous me commandiez de luy dire en quoy +en estoient meintennant les choses; qui espériez que son playsir +augmenteroit de sçavoir qu'elles fussent ainsy bien advancées qu'elles +estoient, et prestes de recepvoir ung bien prochain et bien heureulx +accomplissement; et luy particularisay le voyage de Mr le comte de +Retz à Espire, affin d'apporter les pouvoirs à l'archiduc Ferdinand, +pour espouser, au nom de Vostre Majesté, la princesse Élizabeth sa +niepce, et comme la cérémonye s'en debvoit célébrer, le XVe du passé, +par l'archevesque de Mayance, et puys s'acheminer la dicte Dame, le +XXIIIIe du dict moys, grandement accompaignée, en France; et que +Monseigneur, frère de Vostre Majesté, et Madame de Lorrayne, vostre +soeur, estoient desjà vers la frontière pour la recepvoir et pour la +mener fère sa première entrée à Mézières, où toute sa mayson luy +seroit présentée, et de là à Compiegne, auquel lieu Voz Majestez +préparoient desjà ce qui convenoit à un si solempnel et si royal +mariage, pour le XVe du présent; et puys l'on conduyroit la dicte Dame +à St Deniz pour la sacrer et couronner Royne de France; et se parloit +de l'entrée à Paris au premier jour de l'an, quant messieurs les +mareschaulx et aultres principaulx seigneurs, qu'aviez envoyez, pour +establir, sans dilay ny excuse, vostre éedict par toutes les provinces +de vostre royaume, pourroient estre de retour; et que, comme Vostre +Majesté et la dicte Royne d'Angleterre aviez accoustumé d'agréer, +l'ung à l'aultre, la communication de voz bonnes fortunes et +prospéritez, que vous luy aviez bien vollu fère part de ceste cy, pour +l'asseurer que ceste vostre nouvelle alliance n'estoit pour diminuer, +ains pour fortiffier et augmenter davantaige celle que vous avez, et +en laquelle vous voulez bien persévérer, avec elle; et que je croyois +que vous seriez bien ayse d'entendre qu'elle fust en ces mesmes +termes, où à présent vous trouviez, fort allègre et bien disposé, +affin que mutuellement vous vous peussiez conjoyr de son contantement, +comme vous vous asseuriez qu'elle se resjouyssoit bien fort du vostre. + +La dicte Dame, avec abondance de playsir, me respondit que cest +agréable propos effaçoit beaucoup la dolleur qu'elle avoit pris de +l'aultre, et qu'elle vous randoit le plus exprès grand mercys qu'elle +pouvoit de la communication, qu'il vous playsoit luy fère, de chose si +privée, et apartenant de si près à vostre personne, comme est vostre +mariage; et qu'elle n'avoit pas pensé que les choses fussent si près +de leur accomplissement, car eust préparé d'y envoyer de ses +gentishommes pour y assister; et qu'il semble qu'encor que les +espousailles du Roy d'Espaigne ayent précédé, que néantmoins voz +nopces seront plustost consommées, et qu'elle vouldroit de bon cueur +pouvoir estre à la feste; car monstreroit à tout le monde qu'elle se +resjouyt plus véritablement de vostre prospérité et contantement, +qu'il ne luy est possible de l'exprimer par parolle; que, touchant le +premier propos concernant son ambassadeur, elle me prioit de vous en +mander le mal qu'elle en avoit sur le cueur, et qu'elle espéroit que +vous luy en donriez quelque satisfaction, qui la guériroyt, et luy +osteroit tout l'empeschement, qu'elle avoit, de ne se pouvoir tant +resjouyr de ce segond propos du mariage comme elle desireroit de le +fère; que, touchant le dict segond propos, elle vouloit prier Dieu de +bényre l'espoux, et l'espousée, et les nopces, avec toute la postérité +qui en viendroit, laquelle se pourroit dire estre de la plus royalle +et noble extraction de la terre; et que, touchant la Royne d'Escoce, +qu'elle avoit trouvé les responces, qu'elle avoit faictes à ses +depputez, fort honorables, dont n'estoient guières loing d'accord +entre elles; et que les depputez d'Escoce seroient bientost icy, pour +y procéder du premier jour, comme il luy tardoit, plus qu'à nul aultre +de ce monde, que cella prînt bientost une bonne fin; et, au regard de +ce que je luy avois touché de la pleincte de ceulx de Roan, qu'elle y +feroit dilligemment regarder par ceulx de son conseil, affin de vous +donner, en l'endroict de ceulx là, occasion de fère bien tretter toutz +ses subjectz en France, comme elle désire qu'ilz y continuent leur +traffic. + +Et y a heu plusieurs aultres privez discours entre la dicte Dame et +moy; lesquelz je remetz, avec plusieurs aultres choses, à Mr de +L'Aubespine pour les vous fère entendre, de la mesmes suffizance, +qu'il m'a très dignement raporté celles que Vostre Majesté luy avoit +donné charge de me dire, et vous présentera les recommendations de la +Royne d'Angleterre, comme elle l'a enchargé de ce fère. Sur ce, etc. +Ce IXe jour de novembre 1570. + + + A LA ROYNE. + +Madame, il est venu fort à propos, par l'arrivée de Mr de L'Aubespine, +que j'aye heu à parler à la Royne d'Angleterre du contenu de la +dépesche, qu'il m'a apportée, de Voz Majestez, du XIXe du passé; +suyvant laquelle j'ay adoulcy, par les gracieulx propos du mariage du +Roy, le mieulx que j'ay peu, le courroux, que la dicte Dame avoit, du +malcontantement, que son ambassadeur, Mr Norrys, luy avoit mandé qu'on +luy avoit naguières donné en France, ainsy que, plus au long, je +l'escriptz en la lettre du Roy, vous supliant très humblement, Madame, +que, la première foys que Voz Majestez verront le dict ambassadeur, +elles luy veuillent dire quelque bonne parolle de faveur, et me +commander, par vos premières, d'en dire quelque aultre de satisfaction +icy à la dicte Dame; car, avec bien peu, j'espère que tout cella se +rabillera. Elle a suyvy avecques playsir et a faict longuement durer +le propos, que je luy ay commancé, du dict mariage du Roy, et est +venue à parler du sien: qu'elle n'avoit faict bien de ne se maryer +poinct, mais qu'elle estoit desjà si vieille que nul, de ceulx qui y +pourroient prétandre, n'en avoit plus de volonté, et qu'elle n'avoit +jamais pensé d'en espouser, qui ne fût de mayson royalle; que +l'Empereur avoit bien employé son voyage d'avoir logé ses deux filles +aulx deux plus grandz Roys; et qu'elle avoit esté bien ayse de pouvoir +honorer celle qui estoit allée en Hespaigne, pour l'amour du père, qui +la luy avoit recommandée, et l'avoit priée de favoriser et asseurer +son passaige; et que, ayant sceu comme elle estoit arrivée, à +saulvement, en Espaigne, elle avoit soubdain dépesché ung homme exprès +à Espire pour l'en advertyr; qu'elle s'asseuroit que, là où l'Empereur +establyroit son alliance, qu'il procureroit d'y confirmer aussi celle +d'Angleterre. + +Ausquelles choses je luy ay respondu que Voz Majestez recepvroient +grand contantement des honnorables propos, qu'elle tenoit du mariage +du Roy, et loueroient fort sa prudente dellibération d'avoir réservé +franche sa vollonté pour se maryer, quant il luy plairoit, et que +mesmes ce soit avec un royal prince; que, à la vérité, elle avoit +favorisé et honnoré grandement le passaige de la Royne d'Espaigne, de +laquelle j'entendois qu'elle se contantoit bien fort, par les bonnes +parolles et honnestes lettres, que sire Charles Havart luy en avoit +raporté; et que j'espérois qu'elle recepvroit encore plus de +contantement de la Royne, sa soeur, et se termina pour lors le propos, +et toute l'audience, avec beaucoup de plésir et contantement de la +dicte Dame; laquelle, demeurant en quelque craincte de la déterminée +résolution en quoy elle voyt que Voz Majestez Très Chrestiennes, pour +leur honneur, persévèrent de vouloir secourir la Royne d'Escoce, et +néantmoins que vous avez désir de conserver son amytié, et ne +l'offancer, elle se monstre plus disposée de parachever le tretté; +lequel nous poursuyvrons, avec la plus continuelle instance, qu'il +nous sera possible, comme la Royne d'Escoce, de son costé, ne pert en +cella heure, ny moment. Sur ce, etc. + + Ce IXe jour de novembre 1570. + + + A LA ROYNE. + + (_Aultre lettre à part._) + +Madame, quant Vostre Majesté me dépescha, présent le Roy et +Monseigneur, voz enfans, pour venir en ceste charge, elle me +descouvrit ce mesmes désir, dont, à présent, il luy playt me fère +mencion par sa petite lettre du XXe du passé[17]; et je vous suplie +très humblement, Madame, de croyre que j'ay toutjour, despuys, fort +soigneusement regardé s'il y auroit nul moyen de l'effectuer, sans que +j'ay esté ny endormy, ny paresseux, de pénétrer, aultant qu'il m'a +esté possible, ez affères de deçà et en l'intention de ceux qui les +manyent, par des voyes toutesfoys bien esloignées du dict propos, pour +voir s'il y auroit rien qui s'y peult bien raporter et accomoder. En +quoy, si j'eusse trouvé quelque fondement, je n'eusse différé une +seule heure de le vous mander, ny en eusse perdu une aultre à le bien +et dilligemment poursuyvre. Mais, Madame, voycy en quoy, pour quel +regard que ce soit, en sont meintennant les choses: que la Royne +d'Angleterre, quoy qu'elle ayt donné charge au jeune Coban de +renouveller, par motz couverts et artificieulx, le propos du mariage +de l'archiduc; et que, assés souvant, elle et les siens en jettent +d'aultres, bien exprès, touchant Monseigneur vostre filz, ce n'est +toutesfoys, quant à l'archiduc, que pour monstrer de vouloir accepter +l'alliance de la maison, d'où les deux grandz Roys se sont +nouvellement allyez; et rabiller par ce moyen, si elle peult, ses +différans avec le Roy d'Espaigne, et fère prendre de là quelque +jalouzie à Voz Majestez Très Chrestiennes, comme aussi en fère prendre +encores une plus grande au Roy d'Espaigne du propos de Mon dict +Seigneur, vostre filz; et s'entretenir, par la réputation de ces deux +grandz partys, en plus grande estime envers les siens. Mais le +jugement d'ung chacun est conforme à celluy que faict Vostre Majesté, +qu'elle ne se soubsmettra jamais à nul mary, ainsy que, d'elle mesmes, +elle s'en monstre toutjour assés esloignée; et les siens l'en +détournent davantaige, affin de disposer toutjour, ainsy qu'ilz font, +d'elle et de son royaulme. + + [17] _Lettre, escrite de la main de la Roine mère, à Mr de La + Mothe Fénélon, pour lui estre rendue en mains propres_, du 20 + octobre 1570:--«Monsieur de La Mothe Fénélon, monsieur le + cardinal de Chastillon a faict tenir propos à mon fils, le duc + d'Anjou, d'une ouverture de mariage de la royne d'Angleterre et + de mon dict fils...» Voir le _Supplément à la Correspondance + Diplomatique de La Mothe Fénélon_, contenant les lettres qui lui + étaient écrites de la cour. + +Et ung des principaulx, qui soit auprès d'elle, a naguières dict que, +despuys trois moys, le vydame de Chartres a mené une secrecte pratique +avec le secrétaire Cecille, pour le mariage de Mon dict Seigneur, +vostre filz, avec elle; et qu'il a offert de fère, par ce moyen, +advancer le tiltre de ceux de Herfort à ceste couronne, au cas que la +dicte Dame ne puysse avoir d'enfans; et que le propos n'a peu estre +que bien ouy, pour le regard de Mon dict Seigneur, de presque toute la +noblesse; mais que la pluspart d'icelle l'a mal receu et heu fort +odieux touchant ceux de Herfort; et qu'il jugeoit que le dict vydame +n'y avoit pas grand moyen, mais qu'il avoit advancé cella pour +complayre au dict Cecille, sachant l'extrême affection, qu'il a, à +ceulx de Herfort; lesquelz sont deux petitz masles, issuz de celle +madame Catherine[18], prochaine de ceste couronne, qui est morte dans +la Tour. Et n'y a poinct de fille en ce royaulme, petite ny grande, +qui prétande à la dicte succession, sinon une soeur de la dicte dame +Catherine, qui est bossue, et a espousé un huissier de la salle de +présence, ny la Royne d'Angleterre n'a la vollonté d'en adopter pas +une; et croy que, quant elle le vouldroit fère, au préjudice de ceulx +qui y prétandent droict, qu'elle ne le pourroit effectuer par le +parlement, ny mesmes en fère déclairer ung des prétandans, tant les +partz sont contraires, et les maysons principalles de ce royaulme +opposantes l'une à l'aultre sur ce poinct. De quoy j'estime que le +droict de la Royne d'Escoce ne s'en rendra que plus fort, bien qu'il +semble qu'un tel faict ne se démeslera, sans beaucoup de débat. + + [18] Catherine, soeur puînée de Jeanne Gray. Elle avait épousé le + comte de Hereford, et deux enfans étaient issus de ce mariage, + Henri et Édouard. Marie, dernière soeur de Jeanne Gray, avait été + mariée à un simple gentilhomme nommé Keyt. + +Quelcun m'a dict qu'on a vollu aussi proposer le mariage du Prince de +Navarre avec ceste Royne, le faisant le plus riche subject de +l'Europe, et allégant quelques droictz, qu'il a nouvellement gaignez, +en la chambre impérialle, contre le Roy d'Espaigne, qu'on dict valloir +plusieurs millions d'or, mais le propos n'a esté suyvy. + +Or, Madame, je ne voys pas qu'il y ayt lieu de mettre, pour ceste +heure, rien en avant de nostre costé, et, par ainsy, je m'en tayray du +tout, ainsy qu'il vous playt me le commander, bien que je vous suplye +de ne laysser de suyvre et escouter bénignement ce qu'on vous en +pourra toucher, monstrant que les plus grandes difficultez vous +semblent estre du costé de la dicte Dame; sans toutesfoys advancer +parolle, de laquelle elle se puysse advantaiger. Et cependant je +veilleray, plus que jamais, sur ce qui se pourra descouvrir ou venir +en lumyère, propre à cest effect, vous voulant bien advertyr, au +reste, Madame, que de France, l'on a naguières escript à la Royne +d'Angleterre que Vostre Majesté ne desire aulcunement l'expédition des +affères de la Royne d'Escoce, ains que vous auriez playsir qu'elle ne +bougeât encores d'Angleterre; de quoy semble que l'évesque de Roz ayt +heu un semblable adviz de ceste court, mais je luy ay faict cognoistre +qu'il n'y a rien au monde plus faulx que cella. Sur ce, etc. + + Ce IXe jour de novembre 1570. + + POURRA LE DICT SIEUR DE L'AUBESPINE, oultre le contenu de la + dépesche, dire à Leurs Majestez: + + Que quelques ungs du conseil d'Angleterre incistent fermement à + la Royne, leur Mestresse, de ne debvoir, en façon du monde, + tretter avec la Royne d'Escoce; et que, pour nulles menaces, ny + effortz, qu'elle ayt à craindre du costé du Roy, elle né se doibt + haster de la délivrer, car jugent que la paix ne sera de durée en + France; et que, par aulcunes lettres et adviz, qu'ilz ont de + dellà la mer, ilz ont descouvert que le Pape, le Roy d'Espaigne, + et les Véniciens sont proprement ceulx qui ont conseillé de la + fère ainsy qu'elle est, pour peur, qu'ilz avoient, que ceux de la + nouvelle religion ne gaignassent tant d'advantaige, pendant que + eulx seroient occupez en la guerre du Turc et en celle des Mores, + qu'il ne fût, puys après, plus temps d'y remédier; et que + néantmoins, ilz ont promiz au Roy, qu'aussitost qu'ils se + verroient démeslez de ces deux guerres, qu'ilz luy fornyroient + ung si notable secours qu'il pourroit fort ayséement purger son + royaulme de toute ceste secte de Huguenotz; + + Que cella se trouvoit ainsy confirmé par une dépesche de Mr le + Nonce à l'aultre Nonce, qui est en Espaigne, laquelle avoit esté + interceptée, et qu'on avoit trouvé dedans la coppie d'une lettre + du Pape à Mr le cardinal de Lorrayne, qui en faisoit assés + expresse mencion; + + Que, nonobstant les bonnes démonstrations du Roy sur l'observance + de la paix, que les aultres Princes et les principaulx de la + court ozoient assés ouvertement déclairer qu'ilz l'avoient à + contre cueur; et que, à Thoulouse et à Lyon, ne la vouloient + encores bien recepvoir, ce qui estoit signe qu'elle s'en iroit + plustost rompue que establye; + + Et qu'ilz sçavoient que le Roy mesmes, accompaigné de Mrs les + cardinaulx, et d'aulcuns princes, et aultres plus privez de son + conseil, avoit, par acte fort secrect, dict et déclairé, en sa + court de parlement de Paris, que son intention n'estoit + d'entretenir aulcunement deux religions en son royaulme; et que + ce, qu'il avoit instantment pourchassé la paix, avoit esté pour + séparer l'armée des Huguenotz, et renvoyer les estrangiers; mais + qu'après cella il mettroit aultre ordre et une meilleure forme + aulx affères de la dicte religion; et que aulcuns des assistans + avoient fort loué et magniffié son opinion, et avoient tout hault + randu grâces à Dieu qu'il eust miz un si catholique desir dans le + cueur de nostre Roy; + + Que Messieurs les Princes et Admyral, estantz assez informez de + cecy, se tenoient sur leurs gardes, et avoient desjà envoyé + notiffier toutes ces particullaritez à leurs amys en Allemaigne; + et que mesmes les cappitaines et colonnelz, qui estoient venuz + vers Hembourg, pour s'asseurer de certaines levées de gens de + guerre pour les princes protestans, en avoient parlé assés clair; + par lesquelles remonstrances l'on a fort essayé de persuader la + dicte Dame qu'elle devoit attandre l'événement de ces choses de + France, premier que de rien remuer en celles d'Escoce. + + Mais j'ay, à ceste heure, tout à propos, par la venue du dict Sr + de L'Aubespine, notiffié à la dicte Dame, et assés publié en sa + court, le bon ordre, que le Roy a prins, d'envoyer messieurs les + mareschaulx et aultres seigneurs et cappitaines, avec des + maistres de requestes et des commissaires, par toutz les lieux et + provinces de son royaulme, pour y exécuter son éedict sans dilay, + ni excuse; ce qui faict prendre à la dicte Dame et aulx siens + meilleure opinion de nostre paix, et semble qu'elle se résould de + passer oultre au tretté de la Royne d'Escoce. + + Car voycy en quoy en sont meintennant les choses, que le + secrétaire Cecille et maistre Mildmay, estans de retour vers + elle, luy ont, d'entrée, protesté qu'encor qu'ilz eussent + l'honneur d'estre toutz entièrement siens, ses conseillers et + subjectz, qu'ilz avoient néantmoins juré à la Royne d'Escoce de + luy rapporter aultant fidellement et à la vérité tout ce qu'ilz + avoient veu, cogneu et ouy d'elle, comme s'ilz fussent ses + propres messagiers; et ainsy ont faict leur raport si bon que la + dicte Dame est demeurée fort satisfaicte de la dicte Royne, sa + cousine, et en grande vollonté de conclurre ung bon tretté avec + elle. + + Sur quoy, icelluy Cecille luy a demandé d'où estoit doncques + advenu que, pendant qu'ilz estoient sur le lieu, elle leur eust + mandé d'agraver les condicions à la dicte Royne d'Escoce, et les + luy proposer plus dures, qu'elle ne leur avoit commandé de le + fère, quant ilz partirent:--«Prenez vous en, respondit elle, à + millord Quiper, vostre beau frère; car c'est luy qui m'y a + contraincte.» + + Et j'ay sceu, à la vérité, que, quant le Sr de Valsingan revint + de France, la dicte Dame assembla ceulx de son conseil pour + déterminer des affères de la dicte Royne d'Escoce, suyvant ce que + le Roy luy en mandoit, et leur ayant elle mesmes proposé les + choses en une façon, qui la monstroient incliner bien fort à la + restitution de la dicte Dame, le dict Quiper luy respondit + seulement:--«Qu'il la voyoit si disposée en cest affère, qu'il ne + failloit que l'exécuter, sans plus le mettre en + dellibération.»--«Ouy, dict elle, beaucoup d'ocasions, à la + vérité, me meuvent de le desirer ainsy: mais je veux modérer mon + desir par vostre adviz.» Il répliqua soubdain:--«Qu'il estoit là + pour la conseiller et non pour la contredire, et que, voyant son + conseil ne pouvoir avoir lieu, qu'il se déportoit de le bailler.» + Sur quoy la dicte Dame, assés en collère, luy adressa ces + parolles:--«Je vous ay creu, ces deux ans passez, de toutes + choses, en mon royaulme, et je n'y ay veu que troubles, despenses + et dangiers. Je veux, à ceste heure, user, aultant de temps, de + mon propre conseil, pour voir si je m'en trouveray mieux.» Et, + sur ce poinct, elle se retira dans son cabinet; mais le dict + Quiper et ceulx du conseil ne layssèrent pour cella, d'altérer + assez la besoigne, et s'esforcèrent, par plusieurs moyens, de + randre, touchant ceste négociation, bien fort suspect Cecille à + la dicte Dame. + + Néantmoins, despuys le retour du dict Cecille, ayant de rechef + esté le conseil rassemblé pour ouyr son raport et les responces + de la dicte Royne d'Escoce, encor que le dict Quiper se soit + opiniastré contre la restitution d'elle, et soubstenu qu'on + debvoit délaysser ce tretté, il semble qu'il n'ayt peu rien + gaigner; et qu'à ceste occasion, il soit party de court mal + contant; et que la dicte Royne d'Angleterre se soit confirmée, de + plus en plus, de vouloir tretter. + + Dont despuys, ayant Mr l'évesque de Roz esté devers elle, elle + luy a dict:--«Que ses deux depputez luy avoient raporté beaucoup + de satisfaction de la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle trouvoit + ses responces fort honnorables; dont elles deux s'acorderoient + fort ayséement des aultres choses, qui sembloient demeurer + encores en différant; et qu'il ne restoit plus que l'arrivée des + depputez d'Escoce, lesquelz elle vouloit attandre, premier que de + passer plus oultre.» Et, comme le dict sieur évesque luy toucha + ung mot de la difficulté, qu'il y avoit, de conclurre la ligue, + de peur de préjudicier à celle de France, et qu'il la pryoit + qu'il en peult communiquer avecques moi:--«Je veulx bien, dict + elle, que vous en communiquiez à l'ambassadeur du Roy, mais il ne + fault que luy, ny aultre, m'estiment si sotte, puysque la Royne + d'Escoce est entre mes mains, que je ne veuille bien pourvoir, + premier qu'elle en sorte, qu'elle n'aille estre ung instrument à + ung aultre prince de me fère la guerre.» + + Et ainsy le dict sieur évesque de Roz, et moy, sommes après à + conférer ensemble les articles et condicions, qu'on propose à la + dicte Royne d'Escosse; en quoy je incisteray fermement que + l'intention du Roy soit suyvye, ou, au moins, qu'il ne soit faict + préjudice à rien, qui touche son service; et semble qu'il est + expédiant d'accommoder ces affères par le présent tretté, sans + les remettre à une aultre fois, car aultrement la dicte Dame et + son estat restent en ung très grand dangier; et de tant que les + dicts depputez d'Escosse sont desjà acheminez, sçavoir: du party + de la Royne, milord Herys, milord Bonet et le dict sieur évesque, + qui est desjà icy; et, de la part du régent, le comte de Morthon, + milord Clames et l'abbé de Domfermelin; et qu'on les attand toutz + dans six ou sept jours, et que desjà il se parle de l'entrevue + des deux Roynes, ung chacun espère que l'accord réuscyra. + + Pendant que les dicts depputez estoient avec la Royne d'Escosse, + elle a dépesché ung sien tapissier, nommé Serve, en Flandres, + devers milord de Sethon, luy apporter ung pouvoir et procuration + d'elle, en forme, pour tretter avec le duc d'Alve; et luy + communiquer les articles, que les dicts depputez luy ont + proposez; et l'asseurer, qu'encor qu'elle soit en beaucoup de + nécessitez, qu'elle toutesfoys ne conclurra rien sans l'adviz de + ses amys. Néantmoins, elle a, d'elle mesmes, accordé, par une + lettre de sa main, de bailler le Prince, son filz, à la Royne + d'Angleterre; et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, + conseilloit néantmoins qu'elle luy accordât plustost les places + de Dombertran, Lislebourg, et d'Esterlin, et force ostaiges, que + non le dict Prince. + + Les gracieulx propos et honnestes lettres, que la Royne + d'Espaigne a mandez à la Royne d'Angleterre, sont cause que le + dict sieur ambassadeur commance d'estre plus respecté et favorisé + des Anglois qu'il ne souloit, et qu'il est recherché, soubz main, + de vouloir demander audience de la dicte Dame, à laquelle il n'a + parlé, XXII moys a, et qu'elle la luy ottroyera fort vollontiers. + Sur quoy il a respondu qu'en ayant esté plusieurs foys reffuzé, + il importe beaucoup à l'honneur de son Maistre que la dicte Dame + la luy veuille ottroyer d'elle mesmes; et, par ainsy, qu'il est + dellibéré d'attandre qu'elle le luy mande, ou le luy face dire + par quelcun des siens. + + Et cependant, l'on a pareillement recerché le Sr Ridolfy de + reprendre le propos de l'accord des différans des prinses, sellon + ce qu'il en avoit quelquefoys miz en avant, dont desjà il en a + escript une lettre à Mr le comte de Lestre, qui monstre d'y avoir + quelque affection, et il a esté assés bien respondu. Je croy que + cest affère se rendra de tant plus facille, que les Anglois + trouveront de difficultez en nous; et semble que Mr Norrys se + soit, puys peu de jours, pleinct de quelque deffaveur, qu'on luy + a faicte en France, et que sa Mestresse en soit bien mal + contante: + + Comme aussi le Sr de Valsingan, parmy les propos, qu'il m'a + tenuz, des honnestes faveurs, qu'il avoit receues de Leurs + Majestez Très Chrestiennes, il y a meslé je ne sçay quoy de + deffaveur, qu'il luy sembloit que le Roy luy ayt faict, en la + seconde audience, de ne luy avoir monstré si bon visage, ny usé + de si gracieuses parolles, que en la première; et d'avoir, luy + présent, dict à Mr Norrys qu'il estoit marry qu'il s'en volust + sitost retourner, l'ayant trouvé homme de bien en sa charge; et + qu'il vouloit prier la Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, de ne + luy bailler poinct de successeur, qui fût turbulant, ny homme qui + n'aymât la paix et le repos; comme si Sa Majesté entendoit de + dresser ce propos à luy, car il estoit en termes de luy succéder; + et qu'il croyoit que Mr de Glasco luy eust faict donner ceste + attache, bien qu'il ne se soit, à ce qu'il dict, jamais ingéré ez + affères de la Royne d'Escosse, sinon quant la Royne, sa + Mestresse, le luy a commandé; et que je sçay bien qu'il fault + obéyr à son naturel prince, quant il commande quelque chose. + + Ce qui l'avoit fort descouragé d'accepter la légation en France, + craignant de n'estre agréable à Sa Majesté; toutesfoys que la + Royne, sa Mestresse, luy avoit commandé de s'aprester, me priant + d'asseurer Leurs dictes Majestez Très Chrestiennes que nul jamais + ne tiendra ce lieu, qui ayt plus droicte intention à meintenir la + paix et la bonne amytié entre nos deux Maistres et leurs deux + royaumes que luy; et que, s'en allant l'affère de la Royne + d'Escoce composé, il luy sembloit qu'il ne restoit plus aulcune + occasion de différant entre la France et l'Angleterre. A toutes + lesquelles choses je luy ay respondu, sellon l'honneur et + grandeur du Roy, et comme il debvoit prendre la franchise du + parler de Sa Majesté en bonne part; et luy ay donné, au reste, + toute bonne espérance de sa légation, voyant qu'aussi bien elle + luy estoit desjà commise; et estime l'on qu'encor qu'il soit tenu + pour homme fort affectionné à la religion nouvelle, et assés + contraire de la Royne d'Escoce, que néantmoins il se rendra + modéré. + + + + +CXLIVe DÉPESCHE + +--du XIIIIe jour de novembre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par le corier de Flandres._) + + Discussion des articles du traité proposé concernant la reine + d'Écosse.--Efforts de l'ambassadeur afin de faire accepter les + conditions envoyées par le roi.--Consentement de Marie Stuart à + ce que son fils soit donné en ôtage à la reine + d'Angleterre.--Motifs de cette détermination, qui est contraire + aux instructions reçues de France.--État de la négociation avec + les Pays-Bas; nouvelles de Flandre. + + + AU ROY. + +Sire, après le partement du Sr de L'Aubespine, j'ay communiqué le +contenu des lettres de Vostre Majesté, du XXVIIIe du passé, qui me +sont arrivées, ainsy qu'il partoit, à Mr l'évesque de Roz; et, suyvant +icelles, je l'ay pressé d'incister vifvement à la Royne d'Angleterre +de passer oultre au tretté encommancé, et que, de sa part, il la +veuille dorsenavant poursuyvre par la forme, et non aultrement, qu'il +a pleu à Vostre Majesté me le prescripre, luy desduysant les raysons, +pourquoy la Royne, sa Mestresse, ny luy, ne la doibvent excéder; +lesquelles raysons j'ay aussi mandées à la dicte Royne, sa Mestresse, +avec ung extraict de ce qui en est porté par vos dictes dernières. + +Sur quoy le dict sieur évesque m'a asseuré de la parfaicte +correspondance de sa dicte Mestresse, et de luy, à vouloir, en tout et +partout, suyvre l'intention et les conseils de Vostre Majesté; et que, +ayant despuys trois jours esté devers la Royne d'Angleterre, pour luy +présenter ung pourtraict, que la dicte Royne d'Escoce luy envoyoit, du +Prince son filz, il l'avoit instantment sollicitée de passer oultre à +parfère le dict tretté, et de luy déclairer si les responces, que sa +dicte Mestresse avoit faictes à ses depputez, luy sembloient +raysonnables, affin qu'il la peult advertyr de ce qu'elle en debvoit +espérer; et que la dicte Dame luy avoit respondu que les depputez, +qu'elle attandoit d'Escoce, d'ung chacun des costez, debvoient arriver +dans quatre ou cinq jours, avec le comte de Sussex et maistre Randolf, +qui venoient toutz de compaignye, et qu'estantz icy, elle feroit +incontinent procéder au dict tretté; que, quant aulx responces de sa +dicte Mestresse, elle les avoit prinses de fort bonne part, et +n'estoient trop esloignées de ce qui convenoit à fère ung bon accord; +qu'encor que la dicte Royne d'Escoce fit grande difficulté sur +l'article de la ligue, à cause de celle de France, qu'il ne falloit +qu'elle s'y arrestât; adjouxtant, avec ung soubzrire, que, puysque +Vous, Sire, vous estes meslé avec la mayson d'Autriche, qui est de sa +ligue, que vous ne debviez trouver mauvais qu'elle se meslât avec +celle d'Escoce, qui est de la vostre. A quoy luy, de Roz, luy avoit +soubdain respondu qu'il fauldroit donc qu'elle constituast ung +semblable douaire à sa Mestresse, et donnast ung semblable +entretennement des gardes, des gendarmes, des bénéfices, plusieurs +privilèges, et aultres grandz advantaiges aulx Escouçoys en +Angleterre, que Vostre Majesté leur faisoit jouyr en France; et que, +sellon son adviz, il n'aparoissoit aulcun honneste moyen de fère ligue +entre elles deux, sinon en y comprenant Vostre Majesté; et que la +dicte Dame luy avoit répliqué, là dessus, que les dicts entretennemens +estoient trop grandz pour en vouloir charger son estat, mais que, +touchant la ligue, elle m'en parleroit, et en feroit parler par son +ambassadeur à Vostre Majesté. + +Or, Sire, ce poinct de la dicte ligue, plus que nul de ceulx, qui sont +contenuz ès dicts articles, me semble importer grandement à l'honneur +et réputation de vostre couronne, et, à ceste cause, j'ay desjà dict +tout hault que j'interrompray en vostre nom l'accord, et protesteray +de l'infraction des précédans trettez, plustost que d'en laysser rien +passer. Au regard de l'aultre article, auquel Vostre Majesté estime +que je n'ay assés expressément respondu à l'évesque de Roz, touchant +ne bailler le Prince d'Escoce aulx Anglois: je vous supplie très +humblement, Sire, de croyre que je luy ay, par ung adviz escript de ma +main, premier qu'il soit allé vers sa Mestresse avec les depputez, +ainsi que je l'ay communiqué au Sr de L'Aubespine, expressément +conseillé de ne l'accorder en façon du monde; mais la dicte Dame, +suyvant d'aultres adviz, que le dict évesque mesmes luy a pareillement +apportez par escript, de plusieurs ses affectionnez et meilleurs amys +et serviteurs de ce royaulme, et aussi par l'adviz des seigneurs, qui +tiennent son party en Escoce, l'a offert à la Royne d'Angleterre par +sa lettre du séziesme du passé, comme chose, sans laquelle le dict +évesque de Roz dict que la dicte Royne d'Angleterre ne fût jamais +entrée en tretté, et sa Mestresse fût demeurée au plus dangereux estat +de sa personne et de toutz ses affères, qu'elle ayt encores esté, pour +l'ocasion de ceulx qui avoient monstré se rébeller au pays de +Lenclastre; avec ce, Sire, que ceulx de ce conseil ont toutjours +estimé qu'il ne se pourroit prendre aulcune aultre assez bonne seureté +de la dicte Royne d'Escoce, que d'avoir son filz par deçà, affin qu'il +leur fût ung instrument tout accommodé pour contenir sa mère ou pour +la déchasser; aussi qu'il semble bien que les Escouçoys, qui procurent +la restitution d'elle, ne sont que bien ayses que le Prince s'en +aille, affin que ceulx du contraire party ne puyssent plus redresser +aulcune compétance dans le pays; et encores y a il plusieurs +principaulx personnaiges en ceste court, qui incistent assés que le +dict Prince ne viegne en façon du monde en Angleterre, de peur qu'il +n'y advance et establisse par trop le droict, que sa mère a à la +succession de la couronne, au préjudice des aultres prétendans. Ce qui +faict que plus vollontiers, la dicte Royne, sa mère, consent qu'il y +soit mené, et mesmes qu'elle voyt bien que le contredire ne luy +serviroit de rien, tant la chose est hors de sa puyssance; mais l'on +n'a layssé pourtant d'envoyer solliciter les deux partys, en Escoce, +de s'y opposer; et aussi le grand père, et l'ayeulle, et plusieurs +aultres, en ce mesmes royaulme, de ne le trouver bon, et de le debvoir +empescher; pareillement à la mesme Royne d'Angleterre de luy jecter +ung escrupulle dans le cueur, touchant ce petit Prince, disant que, à +son advènement au monde, il à déchassé sa mère hors de son estat, et +qu'il pourroit bien, en venant en Angleterre, chasser sa tante hors du +sien. Tant y a, Sire, que ce poinct est desjà tenu comme pour accordé +entre elles deux; et sur cella se faict le fondement de tout le reste; +et estime l'on, Sire, pourveu que vous obteniez la restitution de la +dicte Dame et la réunyon des Escouçoys, et que l'authorité des Anglois +et leurs forces soyent mises hors du pays, que Vostre Majesté, quant +au reste, ne doibt empescher qu'elle ne se puysse prévaloir de son +filz à le bailler ostage quelque temps, pour recouvrer sa liberté, et +retirer sa personne, et son estat, horz du grand dangier où ilz sont. + +Néantmoins, Sire, en cella, et en toutz les aultres chapitres du +traicté, j'incisteray toutjour, le plus fermement qu'il me sera +possible, que l'intention de Vostre Majesté soit entièrement suyvye; +et, de tant que la Royne d'Angleterre s'est plaincte à moy des +dommageables condicions, qu'elle dict estre apposées contre +l'Angleterre, dans le dernier tretté d'entre le feu Roy, Françoys le +Grand, vostre ayeul, et Jaques quatriesme, Roy d'Escoce, lequel je +croy estre de l'an 1535[19], je supplie très humblement Vostre Majesté +de m'en fère envoyer une coppie affin d'y respondre; et me commander +au reste, Sire, touchant ce dessus, si je doibz incister tout oultre, +que la Royne d'Escoce se retire de la promesse, qu'elle a faicte, de +bailler son filz, et qu'il vous playse d'en déclairer franchement +vostre vollonté à Mr de Glasco, son ambassadeur. + + [19] Jacques IV était mort en 1513; deux ans avant l'avènement de + François Ier. L'ambassadeur veut sans doute parler du traité de + Rouen, conclu le 26 août 1517, entre Jacques V et François Ier, + et renouvelé en 1535, lorsque Jacques V épousa Madelaine de + France. + +Au surplus, Sire, les différans des Pays Bas demeuroient acrochez en +ce que, sur la diminution que le duc d'Alve a trouvé estre ez +merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne, pour en avoir une partie +esté gastée et les aultres mal vendues par deçà, il vouloit que celles +des Anglois fussent prinses en récompence, sellon qu'elles valloient +en Angleterre, et non sellon qu'elles ont esté vendues en Flandres; en +quoy il faisoit proffict d'envyron cent mil escuz; mais ceulx cy, +ayant, à ce qu'ilz disent, plus d'esgard au déshonneur que à la perte, +qui leur viendroit en cella, n'ont vollu passer ce poinct, ni accorder +aulcune inégalle et plus advantaigeuse condicion aux Espaignolz et +Flamans que à eulx; dont les lettres estoient desjà signées de ceste +Royne pour mander à maistre Figuillem, son agent à présent en +Flandres, qu'il s'en retournast tout incontinent, si le dict duc ne +vouloit tenir compte du prix, à quoy les merchandises d'Angleterre ont +esté vandues, ainsy quelle offroit de fère le semblable par deçà, de +celles d'Espaigne, et d'estre preste d'administrer justice pour +celles, qui ne se trouveraient en estre, contre ceulx qui en seroient +coulpables, ce qui alloit fère une grande interruption en tout +l'affère; mais, voulant le duc en toutes choses l'accommoder, il l'a +si bien faict négocier icy, soubz main, par l'ambassadeur d'Espaigne, +et par aultres personnes interposées, qu'il n'y a rien, à ceste heure, +plus eschauffé entre ceulx de ce conseil que d'en vouloir bientost +sortyr. Et, à cest effect, le Sr Ridolfy, qui s'en estoit auparavant +meslé, est appellé en court, et pareillement Cavalcanty et Espinola; +et s'entend que le Sr Thomas Fiesque arrivera demain, ou après demain, +de Flandres, qui aporte la résolue intention du dict duc; et est l'on +après à trouver moyen que le dict ambassadeur d'Espaigne escripve, sur +l'ocasion du passaige de la Royne d'Espaigne, et sur l'honneur et +convoy que luy ont faict les navyres d'Angleterre, et sur son arrivée +à saulvement par dellà, une bien honneste lettre à la Royne +d'Angleterre, affin qu'elle envoye aulcuns de son conseil pour en +conférer davantaige avec luy; lesquelz auront charge de lui octroyer +audience de la dicte Dame pour le jour, qu'il vouldra l'aller trouver. +Et de tant, que le Roy d'Espaigne a mandé au dict duc de regaigner, +par toutz les moyens qu'il pourra, l'amytié des Anglois; et qu'il ne +veult, sur son partement, laysser ceste besoigne en détail, il la +presse bien fort, estans venues nouvelles que le duc de Medina Celi +est prest de s'embarquer à Laredo pour passer en Flandres, où il +pourra arriver à la fin de ce moys, sur la mesmes armée qui a conduict +par dellà la Royne d'Espaigne, et que la princesse de Portugal n'y +vient poinct pour encores, mais ce sera le cardinal de Grandvelle, qui +viendra assister au dict duc de Medina Celi. Sur ce, etc. + + Ce XIVe jour de novembre 1570. + + + + +CXLVe DÉPESCHE + +--du XIXe jour de novembre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivier._) + + Retard apporté à la négociation du traité concernant la reine + d'Écosse.--Mission de lord Seyton, dans les Pays-Bas, auprès du + duc d'Albe.--Demandes faites au duc de la part de Marie + Stuart.--Nouvelles des Pays-Bas et de la Moscovie. + + + AU ROY. + +Sire, j'ay de nouveau faict entendre à la Royne d'Angleterre que les +longueurs, qu'elle avoit uzé, et qu'elle continuoit d'user, ez affères +de la Royne d'Escoce, vous avoient donné grande ocasion de parler +ainsy ferme, comme vous aviez faict, à son ambassadeur, et d'essayer, +à la fin, si pourrez accomplyr ce que franchement vous luy en avez +dict; laquelle s'est excusée que le retardement n'est cy devant +provenu, ny encores ne provient, de son costé, ains de celluy de la +Royne d'Escoce et de ses depputez, qui ne sont encores arrivez, et +qu'elle ne voyt pas comme l'on puysse bonnement procéder à fère le +tretté sans eulx, et sans ceulx du contraire party; et n'y a heu nulle +rayson, ny offre, qui l'ayt peu mouvoir de ceste opinion parce, à mon +adviz, qu'elle a promiz à ceulx du dict contraire party de ne fère +rien, qu'elle n'ayt premièrement pourveu à la seureté du jeune Prince +d'Escoce et à celle d'ung chacun d'eulx. Et ainsy nous sommes +attendans l'arrivée d'iceulx depputez, desquels je n'ay encores nulles +bien certaines nouvelles, sinon que le comte de Lenoz a escript qu'il +avoit ottroyé de bailler saufconduict à ceulx du bon party, et qu'il +nommeroit les siens aussitost qu'il sçauroit qui sont les aultres, +affin d'en envoyer de semblable qualité; et que cependant il +dépeschoit l'abbé de Domfermelin, lequel, pour ceste occasion, est +attandu, d'heure en heure, en ceste court. + +Je prends quelque argument, Sire, de l'intention de la dicte Dame, +qu'elle a vollonté d'en sortyr, sur ce que Mr Norrys l'ayant fort +instantment requise de luy donner son congé; et s'estant le secrétaire +Cecille desjà miz à dresser la dépesche du Sr de Valsingan pour luy +aller succéder, elle a considéré que, s'il partoit sur ce poinct, +Vostre Majesté pourroit concepvoir quelque mauvaise espérance des +affères de la Royne d'Escoce, tant pour le changement d'ambassadeur, +que pour le souspeçon que ce nouveau leur fût trop contraire; dont +elle a mandé au Sr Norrys d'avoir patience jusques à ce que les dicts +affères soient achevez. Bien m'a l'on dict qu'il a renvoyé en +dilligence ung des siens, pour remonstrer à la dicte Dame que le +dillay seroit par trop long; car dict qu'il n'espère veoir les affères +de la dicte Royne d'Escoce jamais accommodez, tant que certaine +occasion durera en France; laquelle, Sire, je n'ay pas encores bien +sçeu quelle elle est, et semble aussi qu'il l'ayt mandée assés en +général; car l'on m'a dict que plusieurs y font diverses +interprétations. Cependant Mr de Sethon, qui est en Flandres, m'a +escript que, si ung certain pacquet, que la Royne d'Escoce, sa +Mestresse, m'avoit adressé pour luy, luy eust esté randu pour se +pouvoir expédier du duc d'Alve, qu'il fût desjà devers Votre Majesté; +et, à la vérité, Sire, le dict pacquet a esté, par mesgarde, aporté, +dez le XXVIIe du passé, par mon secrétaire jusques à Paris; dont +j'estime qu'il l'aura meintenant receu. + +Et voycy, Sire, ce que j'ay entendu de la négociation du dict de +Sethon, qu'il a esté ouy à part, et puys en conseil, par le duc +d'Alve, sur les trois poinctz, pour lesquelz il estoit envoyé +principallement devers luy: le premier, pour avoir le secours, qu'il +leur avoit souvant promiz, le quel le dict de Sethon offroit de +conduyre en lieu seur, où il pourroit commodéement descendre, et où +l'assistance des Escouçoys et des Anglois catholiques, et tout bon +entretennement et bonne retrette ne luy deffauldroit dans le pays; le +second, pour recepvoir dix mil escuz, que le dict duc avoit accordé à +la Royne, sa Mestresse, pour la fourniture des chasteaulx de +Lislebourg et Dombertran; et le troisiesme, pour le prier d'interdire +de mesmes le commerce aulx Escouçoys en Flandres, que Vostre Majesté +le leur a prohibé en France à ceulx, qui ne sont du party de la +Royne, sa Mestresse. Sur quoy, le dernier jour du moys passé, Mr de +Noerguerme a esté envoyé devers luy pour luy fère la responce que, +touchant le secours, le duc y estoit très disposé, lequel avoit trouvé +son offre et ses autres expédiantz fort convenables à l'entreprinse; +mais l'importance d'envoyer une armée de mer en pays estrangé estoit +si grande que l'exprès commandement du Roy, son Maistre, y estoit +requis, auquel il en avoit desjà escript; et pourtant il falloit +attandre sa responce, laquelle ne tarderoit guières; que touchant les +dix mil escuz, de tant que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, +avoit escript au dict duc que la Royne d'Escoce luy dépeschoit ung +homme exprès, avecques un pacquet, pour l'advertyr en quelle sorte +elle entendoit qu'on ordonnast de la dicte somme, qui est, Sire, le +susdict pacquet qui a esté apporté à Paris, qu'il prioyt le dict de +Sethon d'avoir pacience jusques au quatriesme du présent, que le +messagier pourroit estre arrivé, dedans lequel jour, l'on la luy +feroit fornyr contante. Au regard du troisiesme, de tant que le +commerce d'Angleterre estoit fermé, et si l'on restreignoit encores +celluy d'Escoce, il en pourroit venir grand détriment aulx Pays Bas, +le dict duc, premier que d'y rien ordonner, en avoit vollu escripre au +Roy, son Maistre, duquel il feroit bientost entendre son intention, +tant sur cestuy que sur le premier article au dict de Sethon. Et +semble, Sire, que icelluy de Sethon ayt escript à sa Mestresse qu'on +l'avoit faicte plus espérer du secours du dict duc qu'il n'a trouvé +qu'elle en eust occasion, et que icelluy duc ne pense plus que à +quicter les choses pour se retirer en Hespaigne. + +Maistre Jehan Amilthon a continué une négociation séparée de celle du +dict Sr de Sethon avec le dict duc, dont monstrent n'y avoir bonne +intelligence entre eulx. C'est luy qui a conduict les deux +gentishommes espaignolz en Escoce pour visiter la descente, et les a +faict parler au comte d'Honteley, et les a promenez et festiez en +divers lieux dans le pays. + +Au surplus, Sire, l'on a appellé, despuys trois jours, les principaulx +merchans de ceste ville à Hamptoncourt pour le faict de Roan et pour +celluy des Pays Bas. J'entans, quant à celluy de Roan, qu'on me +baillera la responce par escript sur ce que j'en ay remonstré à la +Royne d'Angleterre; et, quant à l'aultre, que le comte de Lestre et le +secrétaire Cecille, si aultre empeschement ne survient, en yront +conférer avec l'ambassadeur d'Espaigne, lequel a desjà escripte la +lettre à la dicte Dame, dont, par mes précédantes, je vous ay faict +mencion; et presse l'on, de chacun costé, bien fort l'accommodement de +ces différans. A quoy sert beaucoup le mauvais trettement qu'ont +naguières receu les merchans anglois en Moscouvie, où ilz pensoient +dresser quelque grand commerce; mais l'ambassadeur moscovite, qui +naguières estoit par deçà, s'en estant retourné mal satisfaict de ce +pays, a faict emprisonner tous les Anglois, qui se sont trouvez au +sien, et a faict arrester leurs merchandises. Le susdict ambassadeur +d'Espaigne s'est conjouy en ceste court des bonnes nouvelles qu'il a +heu, que la guerre des Mores avoit du tout prins fin[20]. Quelcun, à +ce que j'entans, luy a escript que le duc de Medina Celi diffère sa +venue en Flandres jusques en janvier, et qu'il a la vollonté de passer +en France. Sur ce, etc. + + Ce XIXe jour de novembre 1570. + + [20] Voyez ci dessus la note, p. 183. + + + + +CXLVIe DÉPESCHE + +--du XXVe jour de novembre 1570.-- + +(_Envoyée par Jehan Monyer jusques à Calais exprès._) + + Déclaration du roi à l'ambassadeur d'Angleterre concernant + l'Écosse.--Irritation causée à la reine d'Angleterre par les + menaces du roi.--Opinion de l'ambassadeur qu'Élisabeth est bien + décidée à éviter la guerre.--Instance faite auprès d'elle pour + l'engager dans l'alliance d'Espagne.--Succès des efforts de + l'ambassadeur, qui parvient à empêcher l'exécution de ce + projet.--Assurance de dévouement au roi donnée par Walsingham, + désigné pour l'ambassade de France.--Remontrance faite par + l'ambassadeur à la reine d'Angleterre des motifs qui doivent + forcer le roi à secourir, même par les armes, la reine + d'Écosse. + + + AU ROY. + +Sire, entendant que Mr Norrys, par sa dernière dépesche, avoit +rafreschy à la Royne, sa Mestresse, les mesmes propos, qu'il luy avoit +auparavant escript, qu'il trouvoit en Vostre Majesté une ferme +résolution de secourir la Royne d'Escoce, et que vous continuez d'user +de parolles et démonstrations fort expresses en cella, j'ay miz peyne +de sçavoir comme la dicte Dame le prenoit; dont aulcuns, qui desirent +la modération des affères, m'ont mandé qu'elle se trouvoit toute +scandalizée qu'allors que, pour vous complayre, elle avoit envoyé deux +de ses principaulx conseillers devers la Royne d'Escoce, pour donner +commancement à ung bon tretté, et qu'à vostre instance elle avoit +envoyé retirer son armée de sur la frontière d'Escoce, c'estoit lors +proprement qu'il luy sembloit que vous aviez délayssé la voye, que +vous aviez toutjours tenue, de procéder en cest endroict par +gracieuses prières et honnestes remonstrances, pour y aller +meintennant par une aultre façon de la menacer, et de rudoyer son +ambassadeur; et qu'encores ne se sentoit elle si piquée de ce que +vous en aviez dict de vous mesmes, qui aviez parlé en Roy, ainsy qu'il +luy avenoit bien à elle de parler quelquefoys en Royne, comme de ce +que vostre conseil avoit trouvé bon qu'il en fût escript une lettre +bien expresse et bien considérée à son dict ambassadeur; et qu'elle se +résolvoit de ne fère rien par menaces, et de monstrer à tout le monde +que, si elle condescendoit à quelque accord en cest endroict, ce ne +seroit que par le seul bénéfice de sa bonne vollonté envers vous, et +de sa propre bonté envers la Royne d'Escoce, et que toutz aultres +effortz et instances ne servyroient que d'empyrer et retarder +davantaige la besoigne. + +D'aultres, qui cognoissent assés bien son intention, m'ont faict dire +qu'encor qu'elle ayt parlé ainsy devant ceulx de son conseil, affin +d'estre estimée princesse de cueur, comme, à la vérité, elle l'est, si +a elle monstré, en d'aultres siens propos, à part, qu'elle vouloit +évitter, en toutes sortes, d'avoir la guerre à Vostre Majesté; et que +c'estoit par voz vertueuses responces et par voz démonstrations et +appareilhz, qu'elle avoit passé si avant à tretter, et que, sans +cella, il y en a assés qui l'eussent bien engardée d'y toucher, et la +destourneroient encores d'y prendre jamais aulcune bonne résolution; +par ainsy, qu'ilz estimoient que toute la ressource et restablissement +de ceste pouvre princesse, et de son royaulme, concistoit en la seulle +faveur et assistance, que Vostre Majesté luy feroit; dont semble +qu'entre deux si contraires adviz le plus expédiant sera de suyvre une +voye de millieu. + +Et, à ce propos, Sire, ayant une foys la dicte Dame faict +dellibération d'envoyer ung des plus grandz d'auprès d'elle en France, +ainsy qu'elle mesmes m'en avoit touché quelque mot, pour honnorer, à +son pouvoir, les nopces de Vostre Majesté, et la venue de la Royne +Très Chrestienne; et mesmes ayant pensé que ce seroit le comte de +Lestre, comme plus agréable à Vostre Majesté, affin de fère en cella +quelque démonstration, qui correspondît à celle de l'honnorable +convoy, qu'elle a faict fère, avec grande magnifficence et grande +despence, par dix grandz navyres de guerre, à la Royne d'Espaigne, +j'ay sceu que quelques malicieulx luy sont venuz mettre en avant qu'il +y avoit grand apparance que le dict comte ne seroit bien receu; et que +Vous, Sire, aviez donné à cognoistre, en l'endroict de Mr Norrys, que +ses aultres ambassadeurs seroient peu respectez, dont debvoit +considérer combien elle demeureroit moquée et offancée, si, à ung tel +et si grand des siens, comme le dict de Lestre, n'estoit faicte la +faveur et bon recueilh et bon trettement qu'elle s'attandoit; +s'esforceans d'imprimer à la dicte Dame, bien qu'au plus loing de leur +affection, qu'elle debvoit, par toutz moyens, retourner à la bonne +intelligence du Roy d'Espaigne; et qu'allors elle n'auroit à se +craindre de la France, et pourroit, à son playsir, disposer de la +Royne d'Escoce. Sur quoy, voyantz qu'elle ne rejettoit le propos, ilz +ont essayé de l'induyre à donner audience a Mr l'ambassadeur +d'Espaigne sur l'occasion d'une lettre, qu'il luy a escripte; et +semble bien, Sire, que si, de mon costé, j'eusse aultrement usé envers +elle que sellon qu'il vous avoit pleu me le commander, sçavoir, de la +plus gracieuse et modeste façon qu'il me seroit possible, qu'elle s'y +fût condescendue, et heust du tout résolu de n'envoyer point en France +et d'interrompre possible les affères d'Escoce; mais elle s'est tenue +ferme à ne vouloir encores rien céder aulx choses d'Espaigne; et croy +que si, du costé du duc d'Alve, ne vient quelque honneste +satisfaction, que les différans auront plus empyré que amandé, d'y +avoir faict cest essay, ayant la dicte Dame mandé à son depputé, qui +est en Flandres, que, si le duc ne veult admettre la compensation des +merchandises et prendre celles d'Angleterre au priz qu'elles ont esté +vandues, qu'il s'en viegne, avec résolution qu'aussitost qu'il sera +icy, l'on procèdera à la vante de celles d'Espaigne. Dont chacun +estime que le dict duc plyera à ce poinct, et qu'il envoyera, pour +cest effect, nouveaulx depputez par deçà; bien que l'entrecours et le +commerce d'entre les deux pays n'est pour estre encores radressé. + +Cependant le propos de n'envoyer poinct en France, et d'interrompre le +tretté de la Royne d'Escoce, n'a poinct heu lieu; et a remiz la dicte +Dame d'y dellibérer, dont j'ay esté conseillé de fère là dessus une +petite négociation par lettre avec Mr le comte de Lestre, affin de luy +bailler argument d'en parler à sa Mestresse. Je ne sçay encores ce qui +en réuscyra; tant y a que, ayant moy mesmes à parler, dans ung jour ou +deux, à elle, sur l'occasion de la dépesche de Vostre Majesté, du VIe +du présent, qui m'est tout présentement arrivée, je mettray peyne de +rabiller les choses, le plus que je pourray. + +Le Sr de Valsingan est venu, ce dimenche passé, prendre son disner en +mon logis, et m'a dict que Mr Norrys avoit tant faict qu'il avoit +obtenu son congé, et que à luy estoit desjà résoluement commandé, par +la Royne, sa Mestresse, de s'aprester pour luy aller bientost +succéder; mais qu'elle n'avoit encores ordonné à l'ung le jour de son +retour, ny à l'aultre celluy de son partement; et que, pour le peu +d'establissement, qu'on disoit que la paix prenoit en France, qu'il +n'ozoit y admener encores sa femme; jusques à ce qu'il eust veu sur ce +lieu, comme il en alloit. A quoy je luy ay si bien respondu, jouxte le +contenu de ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre, qu'il en est +demeuré aultrement persuadé; et au reste, Sire, il jure et promect +d'estre ambassadeur paysible près de Vostre Majesté; et de ne cercher +aultre chose, en sa charge, que les moyens d'accroistre et augmenter +davantaige l'amytié d'entre Vous et la Royne, sa Mestresse, et la +bonne paix d'entre voz royaulmes et subjectz. Sur ce, etc. + + Ce XXVe jour de novembre 1570. + + A LA ROYNE. + +Madame, par la lettre, que j'escriptz présentement au Roy, Voz +Majestez verront comme la Royne d'Angleterre se répute estre mal +trettée et ung peu rudoyée de certains propos, qui ont esté dictz et +escriptz à son ambassadeur, touchant les affères de la Royne d'Escoce; +et n'a pas long temps qu'elle me dict qu'il sembloit que Voz Majestez +Très Chrestiennes fussent constituées entre elles, comme alliez à +toutes deux, mais tenans l'oreille, qui devoit estre ouverte de son +costé, toutjour bouchée, et celle du costé de la Royne d'Escoce très +prompte et toutjour fort ententive à toutes ses pleinctes; et que vous +ne vous portiez en cella ainsy égallement, comme l'équité et la rayson +le requéroient. + +A quoy je luy respondiz que, à la vérité, l'une et l'aultre vous +debvoient compter pour leurs principaulx alliez et confédérez; et que, +pour le regard d'elle, veu le bon estat de ses affères, Voz Majestez +n'avoient à fère aultre office, en son endroict, que de vous conjouyr +de sa prospérité, et luy offrir ce qui pouvoit estre en vostre +puyssance, pour meintenir et acroistre sa grandeur, comme, à toute +occasion, vous seriez prest de le fère; mais, quant à la Royne +d'Escoce, je craignois bien fort que ceulx, qui la voyoient ainsy +captive et deschassée de son estat, comme elle est, ne vous +estimassent beaucoup plus abstreinctz par les trettez de pourchasser +chauldement sa liberté et restitution que vous ne le faisiez; et, +quant elle vouldroit considérer ung peu de plus près cest affère, et +la despence que vous aviez desjà commancée pour préparer, dez l'esté +passé, ung secours, et l'avoir, pour l'amour d'elle, despuys révoqué, +et d'en entretenir meintennant ung aultre, sans l'envoyer, pour +attandre le tretté; tant s'en fault qu'elle se deubt tenir offancée de +Voz Majestez, que, au contraire, elle réputeroit vous avoir de +l'obligation de l'honneste et modeste façon, dont vous y aviez +procédé; et dont vous luy déclariez encores tout franchement la +contraincte nécessité, que vous aviez, d'entreprendre quelque aultre +essay, comme vous le pourriez fère, au cas qu'elle vollût rejetter +celluy de voz honnestes prières et gracieuses remonstrances. + +Ainsy la dicte Dame se modéra pour lors, et proposa d'envoyer le comte +de Lestre devers Voz Majestez, pour fère la conjouyssance des nopces +du Roy et de la venue de la Royne, vostre belle fille, et accommoder, +par mesmes moyen, le faict de la Royne d'Escoce; mais quelcun, +despuys, en a traversé le propos; dont j'en suys aulx termes, que je +mande en la dicte lettre du Roy; et essayeray, Madame, à ceste +prochaine audience, de rabiller le faict, et de moyenner, en quelque +bonne sorte, si je puys, que le dict voyage du comte de Lestre, ou au +moins de quelque aultre milor, ne soit interrompu, si toutesfoys +Vostre Majesté me faict entendre qu'elle l'ayt agréable. Sur ce, etc. + + Ce XXVe jour de novembre 1570. + + + + +CXLVIIe DÉPESCHE + +--du dernier jour de novembre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrétaire._) + + Audience.--Notification officielle des fiançailles du roi et des + fêtes ordonnées pour célébrer le mariage.--Invitation faite à + la reine d'Angleterre d'envoyer une ambassade extraordinaire au + roi, et aux seigneurs anglais d'assister au tournoi qui est + annoncé en France.--Vives sollicitations en faveur de la reine + d'Écosse.--Gracieuses réponses d'Élisabeth sur la communication + du mariage du roi.--Son emportement contre les déclarations qui + lui sont faites au sujet de l'Écosse.--Sa ferme volonté de + conclure le traité avec Marie Stuart sans l'intervention du + roi.--_Mémoire général_ sur les affaires d'Angleterre.--Détails + secrets sur les projets des catholiques dans le pays de + Lancastre; secours qu'ils demandent au roi; appui qu'ils + espèrent du duc de Norfolk.--Hésitations d'Élisabeth sur le + parti qu'elle doit prendre à l'égard de Marie Stuart; opinion + émise dans le conseil qu'il faut la faire mourir; crainte de + l'ambassadeur que l'on ait voulu l'empoisonner.--Négociations + avec l'Espagne; persistance d'Élisabeth dans son refus + d'accorder audience à l'ambassadeur d'Espagne. + + + AU ROY. + +Sire, je me suys bien aperceu, ceste foys, qu'on s'estoit efforcé de +randre la Royne d'Angleterre fort offancée contre Vostre Majesté, car +je l'ay trouvée preste de me recommancer les mesmes querelles et +plainctes, qu'elle m'avoit faicte, en la précédante audience; et, sans +ce que Mr le comte de Lestre estoit, peu d'heures auparavant, arrivé +de dehors, qui l'avoit entretenue sur une lettre, qu'il avoit +naguières receue de moy, elle ne m'eust encores randu de si gracieuses +responces, comme enfin, après avoir longuement débattu ensemble je +les ay raportées; et croy que ce a esté aussi parce que, d'entrée, je +luy ay dict que Vostre Majesté me commandoit de luy compter comme voz +fianceailles avoient esté fort honnorablement faictes à Spire, le +dernier dimenche du mois passé; et que, incontinent après, la +Princesse Elizabeth s'estoit acheminée, en bonne et grande compaignye, +pour venir en France; et que, sellon le compte de ses journées, elle +debvoit arriver à Mézières le XXe du présent, où Vostre Majesté +l'alloit rencontrer pour y célébrer, au playsir de Dieu, voz nopces, +le XXIIIe, et que bientost après, vous en retourneriez vers Paris, +pour y fère vostre entrée; auquel lieu vous aviez remiz les triumphes +des nopces, parce que Mézières estoit trop petite ville pour un tel +appareil; et y aviez, à ceste occasion, faict cryer un tournoy +général, qui seroit ouvert, à toutz venantz, le premier jour de l'an. +Ce que vous me commandiez de luy notiffier et aulx seigneurs de sa +court, affin que, s'il luy playsoit d'y en envoyer, ou permettre +qu'ilz y allassent, que Vostre Majesté et Monsieur promettiez qu'ilz y +seroient bien receuz, et leur donriez lieu, avec vous mesmes, de +s'esprouver aux honnestes exercices d'armes, qui s'y feroient; et que, +pour l'honneur d'elle, ilz y seroient respectez et favorisez; qu'il me +souvenoit bien de ce qu'elle m'avoit dict, que l'Empereur, envoyant la +Royne d'Espaigne à son mary, la luy avoit recommandée, dont elle +l'avoit grandement honnorée, et faict fort honnorablement convoyer, +avec magnifficence et despence, par dix de ses grandz navyres de +guerre, passant en ceste mer; et que, si le dict seigneur avoit, +d'avanture, oublyé de luy fère une pareille recommendation, par +lettre, de son aultre fille, qu'il envoyoit à ung grand Roy, son +mary, qui luy estoit allyé, qu'il ne layssoit pourtant de la luy +recommander de tout son cueur, et qu'il s'atandoit bien qu'elle +useroit de toutes démonstrations de bienveuillance envers elle; et, +quant bien il luy auroit plus expressément recommandé celle qu'il +envoyoit en la mayson d'Austriche, d'où il est, qu'il y avoit +plusieurs aultres bonnes occasions, qui la doibvent convyer d'avoir en +non moindre recommendation celle qui vient en la mayson de France, où +je la pouvois asseurer qu'elle estoit aultant aymée, honnorée et +respectée que en nulle aultre part de la Chrestienté; et pourtant je +m'asseurois qu'elle n'oblyeroit de envoyer quelque honnorable +ambassade en France, pour fère, tout ensemble, deux grandes +conjouyssances: l'une, pour les nopces de Vostre Majesté, et l'aultre +pour la venue de la Royne Très Chrestienne, sa bonne soeur, et bonne +voysine. Et luy ay bien vollu dire cella, Sire, parce que je sçavois +qu'on luy avoit faict rompre sa dellibération d'y envoyer; puys j'ay +adjouxté qu'elle debvoit prendre pour ung grand signe d'amytié, que +vous luy feziez communication de chose si privée, comme vostre +mariage, et que mesmes, il sembloit que vous augmentiez votre ayse du +contantement que vous pensiez luy donner de celluy que Vostre Majesté +recepvoit; que, outre cella, vous me commandiez de luy fère encores +fort bonne part d'ung aultre bien grand contantement que vous aviez de +voir vostre royaulme très paysible; et que vostre éedict s'y alloit +establissant, ainsi que vous le pouviez souhayter, de quoy vous vous +en conjoyssiez avec elle, comme avec celle qui proprement desiroit que +ceste prospérité vous fût entière, et accomplye en vostre royaulme; et +que vous luy en desiriez une toute semblable au sien, et luy offriez +tout ce qui estoit en vostre puyssance pour l'y meintenir; + +Que, pour la fin de vostre lettre, vous me commandiez luy fère +entendre le singulier playsir, que ce vous avoit esté, de voir que voz +honnestes prières et gracieuses remonstrances eussent eu tant de lieu +que, pour l'amour de vous, elle heût envoyé ses depputez devers la +Royne d'Escoce, pour donner commancement à ung bon traicté, et eust +mandé retirer son armée de sur la frontière d'Escoce; de quoy ne +vouliez faillyr de la remercyer; et la remerciés encores bien fort de +vous avoir déclairé qu'elle seroit bien ayse de pouvoir honnorablement +restituer la Royne d'Escoce par la voye du traicté; et que, quant +cella n'adviendroit ainsy, qu'encores la renvoyeroit elle aulx +seigneurs escouçoys qui tiennent son party; en quoy vous la supliez +très affectueusement d'y vouloir persévérer, et de vous en fère +bientost paroistre ceste sienne bonne intention par effect, affin de +vous descharger de l'inportunité de ceulx qui vous abstraignoient, par +vertu des traictez, de luy bailler secours; lesquelz se monstroient de +tant plus ardantz à le pourchasser, que le comte de Lenoz poursuyvoit +toutjour d'user de viollance contre eulx, au préjudice de la surcéance +d'armes; et que vous desiriez, Sire, que les conditions du traicté +réuscissent toutes bien fort seures et honnorables pour elle, et +pareillement bien honnestes et esloignées de toute offance pour la +Royne d'Escoce, et pour vous: ou bien, si c'estoit par l'aultre moyen +qu'elle la vollust restituer, que vous y requériez sa sincérité et sa +grandeur de cueur à le fère; en sorte que la liberté qu'elle luy +donroit ne luy fût ung nouveau tourment et peyne. + +La dicte Dame, depposant ung peu de la sévérité, qu'elle avoit usé à +me recepvoir, m'a respondu que ces propos luy sembloient meilleurs +qu'elle n'avoit espéré de les ouyr de Vostre Majesté, après une telle +menace et rigoureuse démonstration, que vous aviez usée vers son +ambassadeur, et préparée en Bretaigne; et qu'elle ne pouvoit fère que, +pour ceulx de vostre mariage, elle ne vous en remercyât aultant, de +vraye et bonne affection, comme il luy estoit possible de le fère, et +que vous ne vous tromperiez jamais, si vous vouliez droictement croyre +qu'elle estoit et seroit toutjours très ayse de voz prospéritez et +contantemens, aultant et plus que nul de toutz les princes de vostre +alliance; et, quoy qu'il y ayt, que vous luy feriez grand tort si ne +demeuriez très fermement persuadé que vostre mariage luy est +singulièrement agréable, et qu'elle prioyt Dieu d'y envoyer ses +bénédictions, affin qu'il fust très heureux aulx espousez, et que la +postérité en fust de mesmes très heureuse. Et s'est le propos +poursuyvy à dire que Vostre Majesté se pouvoit promettre une bonne +part de la vigne, qui est pour ceulx qui peuvent passer le premier an +de leurs nopces sans se repentyr, et que ceste vigne estoit proprement +pour les mariages si bien et si convenablement faictz comme le vostre. + +A quoy j'ay adjouxté que Vostre Majesté n'avoit garde de tumber en +nulle sorte de repentailles, et que celle de la vigne s'entendoit que +nul n'estoit maryé de si bonne heure, qu'il ne se repentît de ne +l'avoir esté plustost, et que j'espérois voir ung matin qu'elle seroit +touchée de ce repentir; ce que, en soubzriant, elle a advouhé, et que +mesmes elle en estoit desjà bien fort attaincte; et a continué que, +quant à la recommendation que l'Empereur luy avoit faicte de la Royne +d'Espaigne, cella estoit advenu, parce qu'elle avoit envoyé devers +elle en Flandres, et puys devers luy à Spyre, sur l'occasion du +différant, qu'elle avoit avec le Roy d'Espagne, qui n'estoit procédé +de luy, mais de ses ministres; et que, voyant que sa fille auroit à +passer en ceste mer, il luy avoit escript de luy vouloir randre son +passaige bien asseuré, qui aultrement, possible, ne l'eust guières +esté; et qu'encores que la Royne Très Chrestienne ne vînt poinct en +ceste mer, si ne lairroit elle de l'honnorer; et puysque je luy +faisoys ceste notiffication de la remise des triomphes à Paris, +qu'elle adviseroit d'envoyer quelcun de sa part pour fère la +conjouyssance, mais quant à tournoyer, qu'il y avoit quelques ans +qu'elle avoit entretenu sa court, comme en veufve, sans y fère +tournoys; dont craignoit que les braz de ses gentishommes fussent +devenuz si engourdiz qu'en lieu d'aller aquérir de l'honneur; ils y +gaignassent de la honte pour eulx et pour leur nation; au regard de la +paix de vostre royaulme, que Vostre Majesté ne s'en resjouyssoit pas +plus droictement qu'elle, qui ne cédoit à nul, qui, plus qu'elle, la +vous desirât stable et de durée; ce qui la faisoit de tant plus +esbahyr pourquoy Vostre Majesté entreprenoit de la rudoyer, et mal +traicter pour la Royne d'Escosse, et qu'elle n'eust jamais pensé que +vous l'eussiez vollue accomparer de respect à elle, et ne tenir en +trop meilleur compte son amytié que celle de la dicte Royne d'Escosse. + +Et s'est eslargie en tant de parolles aigres contre la dicte Royne +d'Escosse, et sur vos dictes menaces, et sur les secours qu'elle +entendoit s'aprester de rechef en Bretaigne, que je suys demeuré assés +esbahy comme la dicte Dame estoit si changée despuys l'aultre foys, +dont ne me suis peu tenir (luy gardant néantmoins toutjours tout le +respect qu'il m'a esté possible), que ne luy aye fermement répliqué +qu'elle se faisoit grand tort de prendre ainsy en mauvaise part les +très honnestes et gracieuses remonstrances, que Vostre Majesté luy +faisoit pour la Royne d'Escosse, et la franchise dont vous luy +déclairiez comme vous estiez contrainct de la secourir; qui pourtant +monstriez, par la patience dont vous y procédiez, que vous auriez +grand regrect qu'il vous en fallust venir à tant. Et n'ay obmiz de luy +respondre à toutz ses aultres argumentz, ung à ung, luy demandant +enfin quelle aultre voye donques estimoit elle que Vostre Majesté +pourroit tenir pour, tout ensemble, conserver son amytié, et +s'acquicter de son debvoir envers la Royne d'Escosse. + +A quoy, après y avoir ung peu pensé, elle m'a respondu qu'elle vous +prioyt, de toute son affection, de ne monstrer, par voz parolles et +aprestz, que vous mesprisez son amytié, et de ne vouloir traitter que +honnorablement avec elle et avec son ambassadeur, comme elle estoit +preste d'user de mesmes envers vous; car aymoit mieulx venir à toutes +aultres extrémités que de souffrir rien qui fût indigne de sa +réputation, ny de celle de sa couronne. Et quant au reste, elle me +vouloit bien dire qu'elle ne prétandoit que nul aultre prince +s'entremît du traicté d'entre elle et la Royne d'Escosse, que elles +deux, et que je ne debvois craindre qu'il s'y fît ligue contre Vostre +Majesté, mais bien pour se deffandre entre elles, si quelcun les +vouloit assaillyr; et qu'elle avoit mandé, pour le jour d'après, +l'évesque de Roz, et puys, pour le lendemain, l'abbé de Donfermelin +qui estoit desjà arrivé, affin de les ouyr, l'ung après l'aultre, et +donner, puys après, le plus d'advancement qu'elle pourroit au dict +traicté. + +Et n'ay raporté, pour ceste foys, aultre chose de la dicte Dame sinon +que noz propos se sont terminez gracieusement, et j'ay sceu despuys +qu'ilz ont eu beaucoup d'effect à la modérer sur tout ce qui peult +concerner vostre commune amytié et les affères de la dicte Royne +d'Escosse. Sur ce, etc. Ce XXXe jour de novembre 1570. + + POUR FÈRE ENTENDRE A LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu des + lettres: + + Que d'aulcunes choses, dont la Royne d'Angleterre est en peyne, + il y en a principallement trois, qui, à ceste heure, la + travaillent: l'ellévation à quoy se sont monstrez promptz ceulx + de Lenclastre, où elle n'ose toucher, de peur que le mal n'en + deviegne plus grand et plus universel en son royaulme; la seconde + est les affères de la Royne d'Escosse, lesquelz sont suportez du + Roy, et soubstenuz avec tant d'affection par une partie de ses + subjectz, et contradictz si opiniastrément par l'aultre, + mesmement par les évesques et principaulx de la nouvelle + religion, qu'elle ne sçayt quel expédiant y prendre; la + troisiesme est les différans des Pays Bas, desquelz tant plus + l'accord s'en prolonge, plus les prinses se dépérissent, et elle + s'en tient comme responsable, et les commerces cessent, desquelz + avoit accoustumé de tirer les meilleurs et plus clairs revenuz; + + Et, qui pis est, qu'il semble que ces trois causes se vont + confortant l'une à l'aultre, et qu'elles sont pour devenir toutes + à ung: à fère quelque grand effect dans ce royaulme, dont la + dicte Dame assemble souvant ceulx de son conseil pour y remédier; + et je ne sçay encores quelles résolutions ilz y mettent, parce + qu'ilz les tiennent fort secrectes, mais voycy ce que j'ay aprins + de particulier sur chacune des dictes occasions, d'où se pourra + aucunement colliger à quoy elles auront à devenir. + + Un seigneur bien entendu ez affères de ce royaulme, qui naguières + estoit en conversation avec d'aultres personnaiges de bonne + qualité, en ceste ville, leur dict que la Royne, leur Mestresse, + estoit à présent fort particullièrement informée de ce qui se + passoit au quartier de Lenclastre; et que ung des principaulx + autheurs de l'entreprinse en estoit venu descouvrir si + véritablement tout ce qui en estoit, qu'il n'avoit espargné + d'acuser son propre père, et avoit esté enfermé quatre heures + avec le secrétaire Cecille, pour luy notiffier les personnes, et + luy expécifier les dellibérations, et luy ouvrir encores les + moyens d'y remédier; + + Et que, sellon son rapport, sembloit que le comte Dherby, deux de + ses enfans, et la pluspart de la noblesse du pays se fussent + ouvertement soubstraictz de l'obéyssance de la dicte Dame, et + eussent déclairé de ne vouloir plus respondre à sa justice, ny + obéyr à chose qui se fit par son autorité, allégans que Dieu et + leur conscience les pressoient de ne recognoistre pour leur Royne + et Souveraine celle qui estoit déclairée illégitime et interdicte + par l'esglize, jusques à ce qu'elle se fût mize hors de + l'interdict; et que c'estoit sir Thomas Stanlay, second filz du + dict Dherby, qui conduysoit principallement cest affère, lequel + se promettoit d'avoir toutz les principaulx de ce royaulme de son + parti, hormiz le comte de Betfort, le comte de Huntington et le + duc de Norfolc, parce que ceulx là estaient l'un épicurien, + l'aultre sacrementaire, et le tiers neutre; et que la dicte Dame + estoit pour demeurer en grand peyne de cecy, si de Lenclastre + mesmes l'on ne luy eust mandé qu'elle ne s'en donnât poinct de + peur, car il restoit encores des gens de bien en si grand nombre + dans le pays qu'ilz romproyent ayséement les entreprinses de ces + papistes. + + J'ay entendu d'ailleurs que ung gentilhomme, que les dicts de + Lenclastre avoient envoyé devers aulcuns seigneurs des quartiers + de deçà, leur a dict qu'ilz se mettroient trente ou quarante mil + hommes assés promptement ensemble, si eulx se vouloient déclairer + ouvertement de leur party; et que iceulx seigneurs luy ont + respondu qu'ilz ne pouvoient rien fère de eulx mesmes, si le duc + de Norfolc n'estoit de la partie, lequel estoit encores dettenu, + et ne monstroit qu'il eust vollonté de rien remuer. + + Laquelle responce semble que, sans en rien communiquer au dict + duc, ilz l'ayent ainsy expressément faicte à icelluy gentilhomme + pour ne se descouvrir à nul anglois, car ilz ne se fyent les ungs + des aultres; et que néantmoins semble qu'ilz sont assez délibérez + et résolus à l'entreprinse, pourveu qu'elle soit conduicte + secrectement, et que le dict duc en veuille estre, et donner + parolle qu'il advancera le droict de la Royne d'Escosse au tiltre + de ce royaulme, et qu'il promettra que l'exercice de la religion + catholique aura cours pour ceulx qui la vouldront avoir; car + aultrement ilz aymeroient mieulx que la Royne d'Escosse print le + party du plus estrangier du monde que le sien; mais, cella + accordé, qu'ilz tiendront l'entreprinse pour bien, fort advancée, + en ce que le Pape, et le Roy, et le Roy d'Espaigne les veuillent + secourir de six mil harquebouziers seulement, en six divers + lieux, qui soient conduicts par gens, qui ne sachent en façon du + monde où ilz vont. + + Aulcuns estiment que le duc de Norfolc n'accepteroit que très + vollontiers les dictes deux conditions, mais il ne peult fère + aulcun bon fondement sur ceulx qui se meslent de l'entreprinse, + s'estant trouvé une foys trop déceu en celle de son mariage; et + aussi, qu'estant encores resserré, il estime, possible, qu'il ne + se pourroit assés bien prévaloir de ses propres moyens. + + Et d'ailleurs il se sent assés offancé d'aulcunes choses, que les + principaulx de son intelligence ont exécuté contre luy, despuys + sa détention, mesmement le viscomte de Montagu, lequel a faict + tout ce qu'il a peu en faveur de millord Dacres, de qui il a + espousé la soeur, pour débouter la niepce, qui est maryée au filz + ayné du duc, de toute la succession Dacres; et millord de + Lomelay, qui a espousé la fille du comte d'Arondel, de laquelle + il n'a poinct d'enfans, voyant que toute la succession de son + beau père va au filz ayné du dict duc, qui est filz d'une aultre + sienne fille, il l'induict de vendre, pièce à pièce, tout son + estat et ses terres; dont n'y a bonne intelligence entre les + principaulx, qui sont pour fère quelque effect. Par ainsy semble + qu'il seroit mal à propos de rien remuer, et le dict duc, de sa + part, fonde toute son espérance des affères de la Royne + d'Escosse, au secours et démonstrations du Roy; duquel il dict + qu'il veult dépendre, et qu'il espère qu'avec une bien médiocre + assistance de luy, les choses d'Escosse viendront à estre bien + remédiées, et ne trouve bon que la dicte Royne d'Escosse ny luy + s'embroillent avec les dicts de Lenclastre, lesquelz néantmoins + se promettent du dict duc et des aultres principaulx seigneurs du + royaulme, et encores des estrangiers, tout secours, quant il en + sera besoing; et, attandans cella, ilz ne remuent rien, ny ne + sont pareillement recerchez. + + Au regard des affères de la Royne d'Escosse, les depputez, qui + ont esté devers elle, ayant faict un très bon rapport des propos + et démonstrations, dont elle leur a usé, tendans à une bonne paix + et sincère amytié, sans fraulde, entre les deux Roynes et leurs + royaulmes, ilz ont ayséement induict la dicte Royne d'Angleterre + de vouloir venir en accord; laquelle a miz en considération ce + que aulcuns aultres de son conseil luy ont remonstré, qu'elle + avoit desjà beaucoup despendu pour les choses d'Escosse, sans + avoir rien estably de ce qu'elle prétandoit, et que, quant ceulx + du party de la dicte Royne d'Escosse ne viendroient estre qu'à + moictié prez secouruz du Roy, de ce que le comte de Mora et + celluy de Lenoz l'ont esté d'elle, que non seulement ilz + déboutteroient leurs adversayres, mais pourroient procurer une + dangereuse revenche contre l'Angleterre. + + Ce qui a faict que la dicte Dame s'est fort opposée à ceulx qui + vouloient interrompre le tretté, lesquelz n'ont heu enfin aulcun + plus fort argument que de luy remonstrer que, puysque le Roy + s'affectionnoit si fort à le pourchasser, elle debvoit croyre + qu'il y prétandoit quelque grand intérest, qui ne se descouvroit + encores, lequel pourroit bien revenir au dommaige d'elle; et que, + quant bien il n'y auroit, à présent, sinon ce, qu'il l'a menacée, + et qu'il a rudoyé son ambassadeur, encores importoit il + grandement à sa grandeur et réputation qu'elle ne fist rien pour + ceste foys. + + Et a cella faict tant d'impression en l'opinion de la dicte Dame + qu'elle s'est cuydée estranger de l'amityé du Roy, et se + despartyr de tout bon propos d'avec la Royne d'Escosse. + Néantmoins, en ma dernière audience, après avoir paysiblement + escoutté tout ce que je luy ay vollu dire là dessus, conforme à + l'intention du Roy, en la plus gracieuse façon et esloignée + d'offance qu'il m'a esté possible, elle m'a enfin respondu ce qui + est desduict en la lettre du Roy. + + Dont ceulx qui sont contraires au tretté, voyantz qu'elle + inclinoit toutjour de passer oultre, ont advisé de l'abstraindre, + par la conscience, de ne le vouloir aulcunement fère, que, + premier, la Royne d'Escosse n'ayt expressément promiz et fort + solennellement juré qu'elle n'innovera rien en la religion, quant + elle sera de retour en Escosse, ny pareillement en ce royaulme, + si, d'avanture, elle y vient à succéder; et nous a esté raporté + qu'ilz avoient encores passé oultre à dellibérer sur la vie de + ceste pouvre princesse; dont en estant venu un tel advertissement + à l'évesque de Roz, et s'estant là dessus la dicte Dame trouvée + bien mal, nous avons esté en grand peur d'elle, et avons miz + peyne que d'icy luy a esté envoyé aulcuns bien bons remèdes en + fort grande dilligence. + + Or, de ce qui se peult espérer de l'yssue de son faict, je l'ay + assés desduict par toutes mes dépesches précédentes, et par celle + de ceste datte, et que, nonobstant mes traverses, et empeschemens + qu'on y faict, qu'il y a grande apparance que le tretté succédera + avec le temps; et que l'abbé de Domfermelin, lequel, à ce qu'on + dict, est venu devant, de la part du comte de Lenoz, pour + l'interrompre, ne pourra sinon le retarder quelque peu de jours. + + Quant aulx différans des Pays Bas, ceulx qui ont senty que la + dicte Dame se tenoit offancée du costé de France, luy sont venuz + mettre en avant qu'en toutes sortes elle debvoit retourner à + l'intelligence du Roy d'Espaigne, et ne se soucyer de toutz les + aultres accidans du monde. A quoy l'ayans trouvée en général fort + bien disposée, ilz ont espéré de la pouvoir fère condescendre à + ce particullier, de recepvoir une lettre de l'ambassadeur + d'Espaigne, et de fère qu'elle luy randroit responce, ou luy + accorderoit audience, ou bien envoyeroit quelques ungs du conseil + pour tretter avecques luy; et, à la vérité, ilz ont trouvé moyen + de luy fère bien recepvoir la dicte lettre, en laquelle le dict + ambassadeur s'est seulement conjouy avec elle de ce que la Royne + d'Espaigne, après avoir esté honnorablement convoyée par ses + navyres, est arrivée à bon port le IIIIe du mois passé; et n'a + touché aulcun autre poinct. Mais, quant il a esté question + d'avoir la responce, et de passer plus avant avec le dict + ambassadeur, elle a respondu qu'il suffizoit, pour ceste heure, + qu'on dict à son secrétaire qu'elle avoit receu sa lettre, et + avoit esté bien ayse, comme elle le sera toutjour, d'entendre + toutes bonnes nouvelles de la Royne d'Espaigne, sa bonne soeur. + + Sur quoy aulcuns se sont entremiz d'accommoder, et les aultres de + traverser l'affère, qui enfin est demeurée en ce, que, si + l'ambassadeur avoit quelque lettre de son Maistre pour la dicte + Dame qu'il la luy envoyât, et elle adviseroit d'entrer en si bon + tretté avecques son dict Maistre, qu'elle donroit à cognoistre de + n'avoir heu jamais aultre desir que bien conserver son amytié; et + que desjà elle luy avoit escript trois lettres, despuys ces + différans, à nulle desquelles elle n'avoit esté respondue, et + qu'il importoit beaucoup à sa réputation qu'elle ne parlât ny + escripvît plus en ceste affère, jusques à ce qu'elle eust de ses + nouvelles. + + Et n'a rien servi de remonstrer à la dicte Dame que le dict + ambassadeur pouvoit avoir des lettres de son dict Maistre, + lesquelles ne luy estait loysible de présenter que par luy + mesmes; car a respondu que si son Maistre ne la pryoit, par une + sienne bien expresse lettre, de luy redonner sa présence, qu'elle + ne l'y admettra jamais; et qu'il feroit bien d'en envoyer ung + aultre, car la souvenance des choses qu'il avoit escriptes + d'elle, et de ce qu'il s'estoit meslé de l'eslévation du North et + de la bulle, ne permettoient qu'elle le peult avoir jamais + agréable. + + Et, sur ceste résolution, elle n'a plus vollu différer d'escripre + à son depputé en Flandres, que, si le duc d'Alve ne vouloit + admettre la compensation des merchandises, et prendre celles + d'Angleterre pour le priz qu'elles ont esté vandues par dellà, + qu'il s'en vint; et que, aussitost qu'il seroit icy, il seroit + procédé à la finalle vante de celles d'Espaigne, dont s'entend + que le Sr Thomas Fiesque sera de rechef dépesché pour venir + accorder ce poinct; et que le duc d'Alve ne s'y opiniastrera; et, + quant au principal faict de l'entrecours, que le Sr Ridolfy + passera bientost devers icelluy duc, pour mettre en avant quelque + bon expédiant. + + + + +CXLVIIIe DÉPESCHE + +--du VIIe jour de décembre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Guillaume Bernard._) + + Sollicitations pour ramener Élisabeth à de meilleurs sentimens + envers la France.--Prière de l'ambassadeur au roi afin de + l'engager à faire un plus favorable accueil à l'ambassadeur + d'Angleterre.--Maladie subite de Marie Stuart.--Arrivée de + quelques-uns des députés d'Écosse.--Affaires des Pays-Bas et + d'Allemagne.--Prochain départ du cardinal de Chatillon.--Espoir + de l'ambassadeur que Leicester, ou quelqu'un des grands + d'Angleterre, sera envoyé en France à l'occasion du mariage du + roi. + + + AU ROY. + +Sire, après vous avoir dépesché mon secrétaire, le dernier de l'aultre +mois, j'ay cerché de sçavoir en quelle disposition continuoit d'estre +la Royne d'Angleterre vers Vostre Majesté et vers la Royne d'Escosse; +et j'ay aprins, Sire, que luy ayant esté naguières parlé de l'ung et +de l'autre, à heure bien propre, et en termes convenables pour luy +oster l'impression de ces menaces et rigoureuses démonstrations, dont +son ambassadeur s'est plainct qu'on luy avoit usé en France, elle a +monstré d'avoir beaucoup de regrect que cella fût advenu pour +interrompre les tesmoignages de la bonne affection, qu'elle se +préparoit de manifester bientost au monde qu'elle avoit vers Vostre +Majesté; et encores de celle que, pour l'amour de vous, elle vouloit +fère sentyr à la Royne d'Escosse; et qu'on sçavoit bien qu'elle avoit +desjà proposé d'envoyer une ambassade en France, non moins honnorable +que si elle y eust dépesché ung sien propre frère, pour fère la +conjoyssance de voz nopces et de la venue de la Royne, et pour +honnorer l'ung et l'aultre, ensemble la Royne, vostre mère, de +quelques présens, et de vous gratiffier et vous accorder tout ce +qu'elle eust peu pour la Royne d'Escosse. + +Sur quoy luy ayant, l'ung de ceulx qui estoient là présens, assés +soubdain remonstré qu'elle ne debvoit laysser de le fère pour chose, +que son ambassadeur luy eust escript, parce que moy, vostre +ambassadeur par deçà, asseurois bien fort que Vostre Majesté n'avoit +aulcune vollonté de l'offancer, et que mesmes elle pouvoit cognoistre +qu'encores que vous travaillissiez de satisfère à ce que vous debviez +à la Royne d'Escosse et aulx Escossoys, vous cerchiez néantmoins de +n'avoir poinct de guerre à elle; car, d'ung costé, vous pourchassiez +le tretté, et lui déclairiez, de l'aultre, qu'au cas qu'il ne succédât +vous seriez contrainct d'envoyer vostre secours en Escosse; et s'est +esforcé, par ce moyen, de ramener la dicte Dame à sa première bonne +dellibération d'envoyer en France; de quoy elle ne s'est monstrée trop +esloignée. Néantmoins, de tant que sa principalle entente est de fère +veoir aulx siens que les princes estrangiers l'honnorent et la +respectent, et que, là où ilz ne le vouldroient fère, qu'elle a le +cueur bon pour ne leur rien céder, affin que cella luy serve pour se +maintenir en plus d'authorité dans son royaulme, elle a enfin respondu +que nul ne la debvoit conseiller de porter honneur à celluy qui luy +vouloit oster le sien, ny de recercher d'amytié celluy qui mesprisoit +la sienne, et qu'elle abaysseroit par trop la dignité de la couronne +d'Angleterre, si elle monstroit de fère quelque chose par menaces; +dont attandroit de veoir comme ses démonstrations de bonne vollonté +auroient à être bien receues en France, premier qu'elle advanturast de +les envoyer offrir. + +Sur quoy j'ay esté advisé, Sire, par ung, qui est bien affectionné à +vostre service, de vous debvoir escripre que, de tant qu'il ne vous +peult estre imputé que à grande courtoysie de defférer quelque chose +aulx dames, et que ceste cy n'a, au fondz de son cueur, que très bonne +affection de persévérer en toute amytié et intelligence avec Vostre +Majesté et avec la France; et qu'il est dangier qu'elle s'en retire, +pour s'adjoindre ung aultre party qui la recerche infinyement, et où +vous pourriez estre quelquefoys bien marry qu'elle y eust passé, +lorsque, possible, vous vouldriez, avec très grand désir, l'avoir +réservée du vostre; et que les affères d'Escosse ne succéderont que +mieulx à vostre désir, et mesmes il vous viendra plusieurs aultres +commoditez de ceste princesse et de son royaulme, si vous la +regaignez; que Vostre Majesté fera bien de porter quelque faveur à son +ambassadeur, et de luy tenir des propos honnestes, et plains d'amytié +et de bienveuillance vers elle, luy faysant quelque part des nouvelles +de vostre mariage; et que, estant les choses d'Escosse accommodées, +ainsy que vous espériez qu'elles le seroient, par le tretté, et dont +vous la priez que ce soit bientost, que vous pourrez, puys après, +vivre en une très parfaicte intelligence et entière amytié avec elle; +et que desjà le dict ambassadeur est adverty que s'il vous plaît, +Sire, parler à luy en ceste sorte, que, pour deux motz que Vostre +Majesté luy en dira, il y ayt à luy en escripre plusieurs de si bons à +sa Mestresse, qu'il luy face perdre la mémoire de ceulx qui luy ont +faict mal au cueur; et que, si Vostre Majesté avoit agréable de m'en +fère aussi toucher quelques unes en vostre première dépesche, qui +fussent assés exprès pour les pouvoir monstrer à la dicte Dame, +qu'elle en demeureroit très grandement satisfaicte, et toutes choses +en yroient mieulx. Dont de tant, Sire, que ce conseil ne peult estre +que décent à Vostre Majesté, et que ceulx, qui portent icy les affères +de la Royne d'Escosse, m'ont prié de le vous fère trouver bon, je n'ay +vollu faillyr de le vous escripre tout incontinent, et adjouxter, +Sire, qu'il me semble qu'il ne pourra estre que honneste et utille à +vostre service d'en user ainsy. + +Cependant il est advenu que la Royne d'Escosse est tumbée fort +mallade, et qu'ayant changé d'air et de logis, à Chiffil, pour cuyder +s'y trouver mieulx, son mal est augmenté, de sorte qu'elle a mandé à +l'évesque de Roz de l'aller trouver en dilligence, et de luy admener +ung homme d'esglize pour l'administrer; lequel est party ce matin pour +luy aller luy mesme fère ce sainct office, par faulte d'aultre, et a +mené deux bons mèdecins, que la Royne d'Angleterre luy a baillez, +laquelle a escript une bonne lettre à la dicte Dame, qui la consolera +grandement; car aussi nous a elle mandé que son plus grand mal est +d'ennuy de ses affères, et que nous ne demeurions en souspeçon de +l'adviz que nous luy avions mandé, parce qu'elle a fort bien prins +toutjour garde à son vivre. Nous estimons que c'est son accoustumé mal +de costé, et que bientost nous aurons meilleures nouvelles d'elle; +lesquelles, Sire, je vous feray incontinent tenir. + +L'abbé de Domfermelin a faict plusieurs vifves remonstrances à la +Royne d'Angleterre pour rompre le traicté, desquelles elle a esté +assés esmeue; mais enfin elle l'a renvoyé pour aller quérir les +aultres depputez du party du régent, avec dellibération de passer +oultre, monstrant toutesfoys n'estre contante que les depputez, qui +viennent pour le party de la Royne d'Escosse, ne sont personnaiges +plus principaulx qu'ilz ne sont: car a entendu que c'est seulement +l'évesque de Galoa et milord Leviston; mais l'on luy a donné espérance +que le comte d'Arguil pourra venir, ce qui fera encores quelque +longueur en cest affère; mais j'y donray toutjour le plus de presse +qu'il me sera possible. + +L'on s'esbahyt qu'il y a plus d'ung mois que nul courrier n'est venu +de Flandres, mais l'on ne le prend que pour bon signe, de tant +qu'ayant esté escript au depputé, qui est en Envers, d'aller +incontinent trouver le duc d'Alve à Bruxelles, pour luy proposer la +dernière offre; et que, s'il y faict nulle difficulté, qu'il s'en +retourne tout incontinent, l'on estime que le dict duc l'a acceptée, +et que l'on est meintennant après à conclurre les chappitres de +l'accord. J'entendz que le jeune Coban a esté licencié de l'Empereur, +dez le VIIIe du passé, pour s'en retourner devers sa Mestresse; il est +encores en chemin, mais ung personnaige d'assés bonne qualité, +allemant, est arrivé despuys deux jours, qui se dict ambassadeur du +duc Auguste de Saxe, duquel je n'ay encores rien aprins de sa +légation; je travailleray d'en entendre quelque chose. Monsieur le +cardinal de Chastillon partit hyer de ceste ville pour aller à +Canturbery, pour estre plus près du passaige, dellibérant d'attandre +là des nouvelles de son homme, qu'il a envoyé en France. Il m'est, de +rechef, venu visiter, avec plusieurs bonnes parolles de sa dévotion +et fidellité vers vostre service, et qu'il n'a nul plus grand desir au +monde que de vous en fère, et qu'il espère bientost vous aller bayser +les mains pour plus expressément le vous tesmoigner. Sur ce, etc. Ce +VIIe jour de décembre 1570. + + Je pense avoir desjà tant rabattu de courroux de la Royne + d'Angleterre que, si elle n'envoye le comte de Lestre en France, + que au moins y dépeschera elle ung aultre milord de bonne + qualité. + + + + +CXLIXe DÉPESCHE + +--du XIIIe jour de décembre 1570.-- + +(_Envoyée jusques à la court par Antoine Jaquet, chevaulcheur._) + + Maladie de Marie Stuart.--État de la négociation qui la + concerne.--Incertitude sur la négociation des + Pays-Bas.--Nouvelles d'Allemagne.--Réclamations relatives aux + plaintes des négocians de Rouen et de la Bretagne.--Résolution + de la reine d'Angleterre d'envoyer un ambassadeur en France, à + l'occasion du mariage du roi. + + + AU ROY. + +Sire, il n'est venu aulcunes nouvelles de la Royne d'Escosse despuys +mes aultres lettres, de devant celles icy, lesquelles sont du septième +de ce mois, qui est signe, Sire, qu'elle se trouve mieulx, ou au moins +qu'elle ne va en empyrant; car son mal est assés tost publié en ce +royaulme. J'espère que, par mes premières, je vous pourray mander +quelque chose de particullier de sa convalescence, sellon que les bons +mèdecins, qu'on lui a admené d'icy, et les bons remèdes qu'on luy a +envoyez, luy auront, avec l'ayde de Dieu, peu servir. Cependant l'abbé +de Domfermelin a fort négocié en ceste court, pour interrompre le +tretté, mais il ne l'a peu fère; dont, voyant que la Royne +d'Angleterre incistoit toutjour que les depputez de son party +vinssent, il s'est résolu de les attandre icy, et a dépesché ser +Guilhaume Stuart en poste pour les aller quéryr, et pour apporter une +dépesche et responce de la dicte Dame au comte de Lenos. Il estime que +les comtes de Morthon et de Glames viendront. L'on a opinion que les +depputez de l'aultre party sont desjà à Cheffil avec la Royne +d'Escosse, leur Mestresse, et que l'évesque de Roz, qui l'est allée +trouver, les admènera bientost par deçà. Je vays, en son absence, +entretenant, la plus vifve que je puys, la pratique du dict tretté et, +par toutes les sondes que je y fays, je trouve que la résolution +demeure ferme de passer oultre; non que pour cella, Sire, il ne s'y +voye beaucoup de difficultez, semblables à celles du passé, et mesmes +que le comte de Sussex, à son arrivée, y en a semé plusieurs de celles +qui tesmoignent le regrect, qu'il a, d'estre depposé de sa charge, et +de ce que son armée luy a esté cassée, magniffiant ces derniers +exploictz d'Escosse, et monstrant combien il seroit facille, et hors +de dangier, d'y en exécuter de plus grandz, veu les ordinaires +empeschemens, que Vostre Majesté et les princes de dellà la mer ont en +leurs affères. Néantmoins l'on pourra juger plus à clair du succez de +cest affère, quant toutz les depputez seront achevez d'arriver, ce que +je n'espère devant le huictiesme de janvier. + +Il est, coup sur coup, arrivé trois courriers de Flandres, qui sont +allez descendre au logis du secrétaire Cecille en ceste ville, où il +est encores mallade; qui les a examinez à part, et les a assés tost +expédiez vers la Royne sa Mestresse, sans permettre qu'ilz ayent rien +publié de leur dépesche. Tant y a que j'ay ung adviz d'assez bon +lieu, que le duc d'Alve, en baillant sa responce au depputté de la +dicte Dame, ne luy a accepté son offre, ny aussy ne la luy a reffuzée; +mais il luy a miz en avant d'aultres gracieulx expédientz, par +lesquelz il faict espérer à ceste princesse, et aulx siens, que non +seulement le faict de ces prinses, mais aussi celluy du commerce et de +l'entrecours, et pareillement toutz aultres différans, d'entre le Roy +Catholique et elle, et d'entre leurs pays et subjectz, se pourront +facillement accommoder, avant la fin de febvrier, ou au moins, dans +tout le mois de mars. Je ne sçay si elle s'y endormyra, mais ceulx de +son conseil monstrent qu'il y a une extrême nécessité de trafiquer en +ce royaulme, et pressent bien fort l'ambassadeur d'Espaigne de leur +ottroyer des passeportz, pour envoyer des navyres et merchandises en +Biscaye et Andelouzie. + +Le jeune Coban est arrivé, despuys trois jours, en ceste court, lequel +n'a passé en ceste ville; dont n'ay encores rien aprins de certain de +ce qu'il a raporté de sa légation. Il est vray que quelques lettres +sont venues d'Allemaigne, par lesquelles l'on escript que l'Empereur +luy a notiffié le mariage de l'archiduc Charles, son frère, avec la +fille de Bavière, et que cella, avec quelques bonnes parolles +d'amytié, ont esté toute la substance de la responce qu'il luy a +faicte. + +Il a esté procédé si gracieusement ez choses de Lenclastre, que les +sires Thomas et Edouart Stanlays et le sire Thomas Gerard, soubz +parolles de seureté, se sont enfin venuz représanter en ceste court, +où le comte de Lestre et le secrétaire Cecille leur ont, d'entrée, +monstré grand faveur. Je ne sçay quelle sera l'yssue de leur faict. Le +dict secrétaire Cecille m'a envoyé, par le Sr de Quillegray, son beau +frère, la responce, que les maire et eschevins de Londres font aulx +remonstrances de voz subjectz de Roan, et m'a mandé que, si les dicts +de Roan ne s'en contentent, qu'ilz les apostillent, ou bien qu'ilz +depputent deux d'entre eulx pour en conférer avec deux aultres de +Londres, affin de s'en accommoder ensemble. Car sa Mestresse; desire +que, pour l'honneur de Vostre Majesté, ilz soyent contantés, et le +commerce continué. Et m'a dict aussi le dict Cecille que, pour +remédier aulx désordres d'entre la Bretaigne et l'Angleterre, il vous +playse, Sire, ordonner à Mr de Montpensier de fère une recerche des +prinses et déprédations faictes aux Anglois par dellà, et y depputer +des commissaires pour en juger sommairement; et sa dicte Mestresse +pourvoyra de fère le semblable par deçà, pour la restitution des biens +des Bretons, et qu'aultrement le commerce d'entre les deux pays va +estre de tout interrompu. + +Monsieur le comte de Lecestre m'a envoyé dire, ce matin, par ung de +ses gentishommes, qu'il a continué vers la Royne, sa Mestresse, la +négociation que j'avois commancée avec luy, suyvant laquelle ayant +priz en bonne part noz remonstrances, elle s'est résolue de persévérer +en tous debvoirs de bonne amytié vers Vostre Majesté, et qu'elle +envoyera une bien honnorable ambassade en France, pour fère la +conjouyssance de voz nopces et de la venue de la Royne. J'entendz que +ce sera milord Boucart, parant en mesme degré de la dicte dame qu'est +milord d'Ousdon. Sur ce, etc. Ce XIIIe jour de décembre 1570. + + + + +CLe DÉPESCHE + +--du XVIIIe jour de décembre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) + + Nouvelles de la santé de Marie Stuart.--Préparatifs de départ de + lord Buchard et des seigneurs de sa suite pour assister aux + fêtes du mariage du roi.--Négociation des Pays-Bas.--Nouvelles + d'Allemagne.--Affaires d'Irlande. + + + AU ROY. + +Sire, suyvant ce que, en mes précédantes du XIIIe de ce moys, j'avois +espéré de vous pouvoir, par celles de ceste heure, mander de bonnes +nouvelles de la Royne d'Escoce, il est advenu que Mr l'évesque de Roz +m'a escript, du XIe de ce moys, tout l'estat auquel il l'a trouvée, +quant il est arrivé vers elle; qui est chose pitoyable à ouyr, mesmes +que, oultre la complication de beaucoup de malladies, qui la pressent, +elle est affligée d'ung extrême ennuy de ses affères, et d'un +crèvecueur trop grand, qu'elle a d'aulcunes mauvaises parolles qu'on a +aprins au Prince d'Escoce, son filz, de proférer d'elle. Néantmoins, +par la bonne dilligence et les bons remèdes, qu'on luy a usé, les +médecins jugent qu'elle est à présent hors de dangier; ce que je vous +confirmeray, Sire, par mes subséquentes, sellon la certitude qui m'en +viendra chacun jour. Les depputez de son party ne sont encores +arrivez, et estime l'on qu'on a changé l'ellection, et que le comte +d'Athil, ou celluy d'Arguil, avec milord Herys, seront envoyés. Leur +longueur aporte beaucoup de retardement à leurs propres affères, et à +ceulx de leur Mestresse. + +Cependand milord Boucard se met au plus honneste équipage qu'il peult, +pour aller trouver Vostre Majesté, et a commandé la Royne, sa +Mestresse, au comte de Rotheland, et encores à vingt chevaliers ou +gentishommes de sa court, de l'acompaigner, monstrant qu'elle veult +honnorer, à son pouvoir, ce tant illustre mariage des deux personnes, +qui sont les plus royalles et de la plus haute extraction de la +Chrestienté, et d'honnorer encores particullièrement la venue de la +Royne, comme d'une princesse, que, oultre les communes occasions de +leur mutuelle bienveuillance, elle veult, pour l'honneur de +l'Empereur, son père, contracter une fort estroicte et bien fort +espécialle amytié avec elle. Et s'attand bien aussi la dicte Dame que +Voz trois Majestez Très Chrestiennes et Messeigneurs voz frères, et +Mesdames voz soeurs, et pareillement toute la France, luy gratiffierez +ceste sienne bienveuillance et grande démonstration; laquelle je vous +puys asseurer, Sire, qu'on me la tesmoigne icy pour une fort grande +expression du desir, qu'elle a, de persévérer en toute bonne amytié +avec Vostre Majesté, et d'accommoder encores, pour l'honneur de vous, +les affères de la Royne d'Escoce; ce que je remets bien à le voir par +les effectz. Tant y a que je vous suplie très humblement, Sire, de +commander que les choses, qui conviennent à bien et favorablement +recepvoir une si notable ambassade, soient ordonnées de bonne heure. + +Au regard des différans de Flandres, j'entendz que le duc d'Alve a +faict remonstrer, soubz main, au depputé de la Royne d'Angleterre +qu'il ne pouvoit, en façon du monde, accepter son offre de prandre les +merchandises d'Angleterre au pris qu'elles avoient esté vandues; car +il y feroit, par trop, le dommaige de son Maistre, mais qu'il +s'esforceroit bien de luy fère trouver bon que ce fût sellon qu'elles +avoient vallu en Envers, ung mois auparavant les saysies, parce que +l'empeschement, survenu despuys, sur le commun commerce des deux pays, +les avoit faictes venir beaucoup plus chères; et que c'estoit ung +expédiant, qui luy sembloit fort raysonnable, et par lequel il +espéroit qu'on viendroit facillement au moyen d'accommoder les aultres +affères du commerce, et de l'entrecours, et de toutz les différans +qu'ilz pouvoient avoir ensemble; auquel expédiant, Sire, semble que +ceulx cy condescendront, mais, de tant que le dict duc n'en a encores +rien escript à l'ambassadeur, qui est icy, l'on estime que ce n'est +matière bien preste. + +Il ne se publie encores rien de la responce, que le jeune Coban a +raportée de l'Empereur; pourra estre qu'avant mes premières j'en auray +aprins quelque chose pour le vous mander, mais, quant à l'allemant, +qui estoit arrivé ung peu devant luy, c'est ung capitaine qui +s'appelle sire Mans Olsamer, d'Auxbourg, qui desire estre receu au +service et à la pencion de la Royne d'Angleterre; et, pour tesmoignage +de sa valleur, il a aporté des lettres de recommendation du duc +Auguste, et quelque présent de coffres d'Allemaigne à la dicte Dame, +et six belles pères de pistollés au comte de Lestre. L'on estime que +luy et ung aultre ambassadeur, que le comte Pallatin et le comte de +Mansfelt en mesmes temps envoyé icy, par prétexte de quelque reste de +payement de reistres, poursuyvent ce que leurs aultres ambassadeurs, +l'esté passé, avoient miz en avant d'une ligue avec ceste princesse, +dont je mettray peyne d'en entendre ce qui en est. + +L'ambassadeur d'Espaigne m'a dict qu'on avoit icy adviz d'Irlande +comme les sauvaiges ont surprins ung chasteau sur ung port de mer, +appartenant au comte d'Esmont, prisonnier en la Tour de Londres, +lequel la Royne d'Angleterre avoit commis en garde à quelque aultre +gentilhomme du pays, et que les dicts sauvaiges y ont miz une garnyzon +de Bretons, de quoy l'on ne m'a encores parlé, et je n'en ay poinct +d'adviz d'ailleurs; ayant au reste, Sire, bien dilligement considéré +ce que Vostre Majesté m'a escript, du premier de ce moys, touchant le +dict pays, qui est une chose qui se raporte assés bien à ce que je +vous en manday, dez le XIe de juing dernier; et me semble, Sire, que +ceulx cy ont meintennant fort oublyé la plus grand souspeçon qu'ilz +eussent en cest endroict, car ilz n'ont nul appareil sur mer; et si, +estiment que l'Espaigne n'est encores bien délivrée des Mores, et que +le Roy Catholique a receu honte et perte en l'entreprinse du Levant, +n'ayant son armée de rien servy au secours de Nicocye[21], ny rien +exploicté de bien, en tout le voyage, que la perte de quatre ou cinq +mil soldatz, et s'est retirée, sans bonne intelligence, d'avec celles +des aultres allyez. Possible qu'ilz s'endorment ez belles parolles du +duc d'Alve. J'essayeray de voir, ung peu de près, où en sont, à +présent, les choses, affin de vous en escripre plus à certain par mes +premières; mais il est requis, Sire, qu'on y ayt principallement +l'oeil ouvert du costé d'Espaigne et de Flandres; car c'est là, où +desjà sont passez ceulx qui ont à conduyre l'entreprinse, si aulcune +s'en faict. Sur ce etc. Ce XVIIIe jour de décembre 1570. + + [21] La ville de Nicosie, malgré les efforts de la flotte + combinée des chrétiens, fut prise par les Turcs, le 9 septembre + 1570. + + + + +CLIe DÉPESCHE + +--du XXIIIe jour de décembre 1570.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais, par Jehan Monyer._) + + Retour de sir Henri Coban de sa mission en Allemagne.--Rapport + qu'il fait à la reine de ce qui s'est passé aux fiançailles du + roi à Spire.--Conférence de l'ambassadeur et de lord + Buchard.--Instructions qui ont été données à lord Buchard par + la reine d'Angleterre.--Espoir de l'ambassadeur de ramener + Élisabeth à une entière confiance dans le roi.--Convalescence + de Marie Stuart. + + + AU ROY. + +Sire, j'ay fort dilligemment cerché de sçavoir si ceulx cy avoient nul +sentyment de l'aprest, que Vostre Majesté m'a mandé par sa lettre du +premier de ce mois, mais je trouve qu'ilz ne se deffient à ceste +heure, peu ny prou, de cest endroict, estans en termes de bien +accorder leurs différans avec le duc d'Alve; et ayant la Royne +d'Angleterre receu, par le retour du jeune Coban, qui a repassé par +Flandres, une lettre du Roy Catholique et une aultre du dict duc, +desquelles, à la vérité, je ne sçay encores la teneur; tant y a que le +dict duc luy faict espérer beaucoup de l'amytié de son Maistre, et luy +promect plusieurs bons offices de sa part; sur quoy elle et les siens +sont à présent endormys. Il est vray qu'ayant la responce, que icelluy +duc a faicte au depputé d'icy, (laquelle, du commancement, avoit +semblé fort raysonnable), esté baillée à examiner aulx gens de lettre +de ceste ville, ilz l'ont en quelque part trouvé captieuse, de sorte +qu'on estime qu'il y aura encores bien à débattre. Le dict jeune Coban +a faict ung honnorable rapport des fianceailles de Vostre Majesté, +lesquelles il a veues cellébrer à Spire, et de la bonne grâce, vertu +et débonaireté de la Royne, des vertueulx déportemens de Mr le comte +de Retz aus dites fianceailles, avec honneur et dignité, et +pareillement de monsieur le comte de Fiesque, et de toutz les +Françoys, qui estoient en leur compaignie; et s'est loué des +honnorables propos, que le dict Sr comte de Retz luy a tenuz de la +Royne d'Angleterre, sa Mestresse, et de la faveur qu'il luy a faicte +particulièrement à luy; mais quant aulx aultres contantemens, qu'il a +raporté de la cour de l'Empereur, j'entendz que sa dicte Mestresse ne +les a aulcunement goustez, ains qu'elle demeure offancée des +responces, que l'Empereur luy a faictes; lesquelles j'espère que, par +mes premières, je les vous pourray mander. + +Lundy dernier, Mr de Valsingan me fit ung somptueulx festin, auquel il +appella milord de Boucart, le comte de Rotheland, et une trouppe des +plus habilles hommes de bonne qualité de ceste ville, qui me vinrent +quérir fort honnorablement en mon logis; il me dict qu'il estoit du +tout dépesché pour aller succéder à Mr Norrys, et qu'il me donnoit +parolle, en homme de bien, de se comporter en telle sorte, en sa +légation, que Vostre Majesté en auroit tout contentement; et me fit +toute ceste compaignie une fort honneste démonstration de +bienveuillance envers la France. Le dict Sr de Boucard me dict, à +part, que sa Mestresse luy avoit commancé de bailler son instruction, +et que, sans les choses que son ambassadeur luy avoit escriptes, elle +eust faict fère le voyage par le comte de Lestre, lequel, à présent, +ne pouvoit plus estre ainsy bien prest comme elle le desireroit; bien +que je luy eusse, à ce qu'elle disoit, desjà interprété en si bonne +sorte ce que Vostre Majesté avoit faict et dict, en l'endroict de son +ambassadeur, qu'elle en demeuroit fort satisfaicte, mais qu'elle +vouloit que le dict de Boucart accomplyst si honnorablement ceste +légation au lieu du dict de Lestre, que Voz Majestez Très +Chrestiennes, et toute la France, en puissiez recepvoir le +contantement, qu'elle desireroit; et luy avoit parlé en une façon +qu'elle monstroit ne vous porter moins bonne affection, que si elle +vous estoit propre soeur germayne, et qu'elle fût vrayement fille de +la Royne, vostre mère; et qu'il y en avoit, qui luy conseilloient de +composer aultrement son langaige, quant il seroit en France, mais +qu'il n'avoit garde, et qu'il vous représenteroit droictement les +propos de sa Mestresse. Il est, à la vérité, ung bien modeste +gentilhomme, et aussi bien intentionné que j'en cognoisse poinct en +ceste court, il eust desiré que le terme de vostre entrée à Paris +n'eust pas esté si court, affin d'avoir plus de loysir de se préparer; +et luy ay donné quelque espérance qu'elle pourra estre prolongée +jusques au VIIIe ou Xe de janvier. + +Je vays demain trouver la Royne, sa Mestresse, et espère, puysqu'elle +a commancé de bien prandre mes raysons, que je la ramèneray aulx +premiers termes de la bonne amytié, que Vostre Majesté desire +continuer avec elle, sellon le bon argument que je luy en feray voir +par vos lettres du XXIIe du passé; et ne larray de luy toucher des +affères de la Royne d'Escoce, encores qu'ilz luy soyent toutjours fort +espineux; et la remercyerai de la consolation, qu'elle luy a donnée +par ses lettres, en ceste grande malladye où elle a esté, de laquelle +l'on pense icy qu'elle ne soit encores bien hors de dangier; mais, +tout présentement, ung sien serviteur, qui est son fruytier, et faict +l'office d'apoticquaire, et qui la servyt vendredy dernier à son +disner, m'a apporté certaines nouvelles qu'elle se trouve mieulx. La +Royne d'Angleterre est après à l'envoyer visiter par ung gentilhomme +des siens, et luy envoyer une bague, qu'elle a faicte fère exprès, +pour renouveler quelques merques d'amytié entre elles; et semble qu'il +ne tient plus qu'aulx depputez d'Escoce qu'on ne procède au traicté. +Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de décembre 1570. + + + + +CLIIe DÉPESCHE + +--du XXIXe jour de décembre 1570.-- + +(_Envoyée jusques à la court par le Sr de Sabran._) + + Audience.--Explication sur le mauvais accueil dont s'est plaint + l'ambassadeur d'Angleterre.--Satisfaction de la + reine.--Discussion des affaires de la reine d'Écosse.--Plainte + d'Élisabeth au sujet des menaces faites par le roi.--_Lettre + secrète à la reine-mère._ Conférence du cardinal de Chatillon + avec l'ambassadeur; projet de mariage du duc d'Anjou avec + Élisabeth.--Commencement de cette négociation.--Déclaration de + Leicester qu'il favorisera ce projet.--Propos tenu à ce sujet + par l'ambassadeur à la reine d'Angleterre.--_Mémoire._ + Proposition du comte de Sussex sur les affaires de Marie + Stuart.--Efforts des Anglais pour enlever à la France + l'alliance de l'Écosse.--Poursuites dirigées au sujet des + troubles du pays de Lancastre.--Affaires d'Espagne et des + Pays-Bas.--Confiance des Anglais dans les promesses du duc + d'Albe.--Négociation de sir Henri Coban en + Allemagne.--Mécontentement d'Élisabeth contre + l'Empereur.--Nouvelle d'un grand armement fait en Espagne. + + + AU ROY. + +Sire, j'ay dict à la Royne d'Angleterre que sur la dépesche que je +vous avois faicte par le Sr de L'Aubespine, touchant le +malcontantement qu'elle avoit des choses, qui avoient esté faictes en +l'endroict de son ambassadeur, Vostre Majesté ne m'avoit guières vollu +différer sa responce, en laquelle j'avois trouvé tout ce qui s'étoit +passé avecques luy, le jour dont il se pleignoit; dont me commandiez +de le représanter à elle par le menu, et que, s'il luy restoit nul bon +desir, ni aulcune bonne affection envers Vostre Majesté, et si elle ne +vouloit condempner la franchise et sincérité, dont vous desiriez uzer +en son endroict, vous espériez qu'elle n'interprèteroit que à bien +tout ce qui vous estoit advenu de fère et dire, lors, à son dict +ambassadeur: et néantmoins, parce que je vous avois mandé qu'elle +desiroit d'en estre satisfaicte, vous n'aviez vollu différer d'en +mettre la satisfaction dans vostre lettre, et y aviez adjouxté +l'intention, dont vous aviez parlé, des affères de la Royne d'Escoce, +et ce que vous en aviez encores sur le cueur; à quoy vous la supliez +toutjour de pourvoir, et puys veniez, en vostre lettre, à d'aultres +particullaritez, qui estoient toutes à son contantement; dont, de tant +que vous y expliquiez si bien vostre intention, que je craignois +d'offusquer beaucoup la clarté d'icelle, si je la rédigoys en mes +propos, j'avois aporté le propre extraict de vostre chiffre, pour le +luy monstrer, après toutesfoys avoir impétré d'elle qu'elle ne +prendroit, sinon en fort bonne part, tout ce qui y estoit contenu. + +La dicte Dame, me remercyant de la communication que je luy vouloys +fère de vostre dépesche, affin d'y comprendre mieulx vostre intention, +la leust fort curieusement du commancement jusques à la fin, et +considéra de prez toutes les particullaritez qui y estoient contenues; +et puys me dict qu'elle vouloit bien demeurer contante et satisfaicte +de ce qu'il vous playsoit, et prendre de bonne part les bons argumens, +qu'elle voyoit dans vostre lettre, de vostre bonne amytié vers elle; +mais cella luy faisoit mal que vous l'y colloquiez segonde, après la +Royne d'Escoce, bien qu'elle méritast d'estre première, et que, si +vous y aviez touché aulcunes honnestes et bien gracieuses +particullaritez pour elle, vous y aviez encores plus amplement +poursuyvy les affères de la dicte Royne d'Escoce; dont eust desiré +que, au moins ceste foys, vous eussiez oublyé d'y mettre le mesmes +langaige, que vous aviez escript à son dict ambassadeur, mais il y +estoit tout semblable; et qu'elle voyoit bien que vous ne l'aviez peu +dire, ny escripre, à luy, ny à moy, sans que vous ne l'eussiez heu +ainsy dans le cueur; néantmoins qu'elle estimoit que vous luy +réserviez toutjour une très bonne affection, ainsy que vous +l'escripvez; et que, pour le regard de la Royne d'Escoce, elle avoit +esté très desplaysante de sa malladye, et de ce qu'il sembloit qu'elle +ne fust encores hors de dangier, néantmoins elle l'envoyeroit visiter +par ung gentilhomme, affin de luy donner toute la consolation qu'il +luy seroit possible; qu'elle espéroit que ses depputez seroient +bientost icy, luy ayant néantmoins mandé d'en fère venir de plus +capables que ceulx qui avoient esté nommez, car c'estoit derrision +d'envoyer ceulx là; et, qu'aussitost qu'ilz seroient venuz, des deux +partys, qu'on procèderoit au tretté, auquel, quant à ce que Vostre +Majesté me commandoit de prendre garde qu'il n'y fût rien faict à +vostre préjudice, qu'elle ne le prétandoit aulcunement, mais seulement +de fère que la Royne d'Escoce ne luy nuysît poinct à elle; au regard +de voz nopces, qu'elle avoit receu ung singulier playsir d'en entendre +l'honnorable récit, que je luy en avois faict, et qu'elle se délectoit +de les ouyr cellébrer et magniffier, comme les plus honnorables de +nostre temps; (ès quelles n'avoit esté besoing de dispence, ainsy que +aulx aultres, où sembloit qu'enfin le Pape permettroit de se mesler +avec les propres soeurs); et qu'elle les envoyeroit honnorer et +aprouver encores de sa part, par ung de ses barons, qui estoit son +parant fort prochain du costé de sa mère, lequel elle avoit +expressément choisy à cest effect pour vous contanter; et vous pryoit, +Sire, de le vouloir bien recepvoir, et l'accepter avecques faveur; et +vous remercyoit, au reste, de tout son cueur, de ce que, pour vous +avoir desiré toute félicité en vostre mariage, et avoir invoqué la +bénédiction de Dieu sur icelluy, vous luy en avez souhayté ung pour +elle, qui fust à son contantement, chose qu'elle s'asseure que vous +luy vouldriez procurer de bonne affection, et elle aussi y vouldroit +suyvre très vollontiers vostre jugement, sellon qu'elle s'asseuroit +que vous luy vouliez beaucoup de bien, si elle en venoit à cella; et +qu'au reste elle n'avoit poinct doubte de l'establissement de la paix +de vostre royaulme, néantmoins qu'elle estoit infinyement bien ayse de +vous voir bien résolu de la maintenir, et que toutz vos subjectz se +rangeassent, comme ilz faisoient, à bien exactement l'observer. + +Toutz lesquelz bons propos, Sire, elle a estenduz en plusieurs +honnestes termes d'amytié et de bonne affection envers Voz Majestez +Très Chrestiennes et au plaisir, qu'elle disoit participer avec celluy +qu'elle jugeoit fort grand, et quasi incroyable, de la Royne, vostre +mère, sur les prospéritez qu'elle voyoit aujourduy en ses enfans et en +la France; ce que j'ay suyvy avec les meileures parolles, que j'ay +estimé convenir à vostre grandeur et à l'honneur et dignité du présent +estat de voz affères; et me suys ainsi licencié d'elle. + +Or, Sire, le comte de Lestre m'a faict une ouverte démonstration de +la bonne intelligence, en quoy la dicte Dame veult demeurer avec +Vostre Majesté, mais que voz ennemys luy objectent que ce n'est de la +dignité de sa couronne, ny de l'honneur de son royaume, qu'elle se +laysse aller à voz menaces sur les affères de la Royne d'Escoce, et +qu'il me vouloit dire que la dicte Dame avoit heu mille et mille foys +plus de respect à vous pour la Royne d'Escoce, que non pas à elle, et +que je pouvois dire qu'en vostre nom j'avoys tiré son affère hors des +abismes, néantmoins qu'elle en vouloit bien avoir le gré et l'honneur, +et que tout seroit gasté, si l'on y procédoit par rigueur; dont ayant +Vostre Majesté à procéder en cella avecques une femme, desiroit qu'il +vous pleust luy uzer de toutes agréables parolles, et encores de +gracieuses prières, et qu'avec ceste courtoysie le dict sieur comte +espéroit de vaincre les adversayres de ceste cause, lesquelz il estoit +incroyable combien ilz lui avoient donné de peyne jusques icy. Et sur +ce, etc. Ce XXIXe jour de décembre 1570. + + A LA ROYNE. + + (_Lettre à part._) + +Madame, j'ay à dire à Vostre Majesté touchant le particullier de la +petite lettre du XXIe de novembre que, quant Mr le cardinal de +Chastillon a repassé en ceste ville, en s'en retournant d'Amptome, il +m'est venu visiter pour satisfère, à ce qu'il dict, à son debvoir +envers Voz Majestez, et a curieusement examiné de quelle intention +Elles et Monseigneur estoient en l'entretennement de la paix, et si +elles se vouloient poinct tirer hors de la subjection du Roy +d'Espaigne et des aultres princes, qui tirannisent vostre couronne, +et si Mon dict Seigneur estoit si avant au party de la princesse de +Portugal qu'il ne peult entendre à celluy de la Royne d'Angleterre, +lequel, s'il le vouloit, se pourroit meintennant conduyre, estendant +son propos en plusieurs aultres choses, lesquelles revenoient toutes à +ces trois poinctz. + +Je luy ay respondu, quant à la paix, qu'il ne doubtât que Voz Majestez +et Monseigneur ne la rendissiez stable et de durée, jouxte l'édict, +qui en avoit esté faict, pourveu que eulx, de leur costé, +l'observassent; que vostre dellibération estoit de fère voz affères, +sans dépendre de nul aultre prince, mais qu'il seroit bien dangereux, +à la fin de ceste guerre des Protestans, d'en laysser renoveller une +des Catholiques, veu l'intelligence que luy mesmes disoit que les +aultres princes avoient dans le royaume; par ainsy qu'il vous failloit +laysser bien establyr, et qu'il considérât combien il avoit esté +besoing que Voz Majestez et Mon dict Seigneur eussiez usé d'une ferme +et constante vertu, et d'une grande magnanimité, à fère ceste paix, +estant assez contradicte de toutz les aultres princes catholiques; +que, touchant la Royne d'Angleterre, elle avoit toujour monstré ne +vouloir poinct de mary, ou de ne vouloir entendre à nul autre que à +l'archiduc; mais si, à ceste heure que Mon dict Seigneur estoit en +fleur d'eage, et florissant en toutes vertuz, aultant et, possible, +plus que nul prince de la Chrestienté, elle trouvoit bon de +l'espouser, je ne faisois doubte que luy et Voz Majestez, et toute la +France, embrassissiez ce party avec toute affection, comme le plus +grand et le plus honnorable de toutz les aultres, et duquel j'estimois +qu'adviendroit plus de réconcilliation au monde, plus de paix à la +France, et plus de terreur aulx ennemys d'icelle, que de nulle chose, +qu'il se peult aujourduy mettre en avant. + +Ce qu'il monstra de recepvoir avec affection et d'en demeurer bien +fort consollé; et s'en retourna, puys après, au logis du comte de +Lestre, où il fut tout le soir en privée conférence avecques luy: +puys, le matin, il me manda qu'il espéroit que noz propos produyroient +quelque bon effect. + +Peu de jours après, ainsi que j'étois bien mallade, le Sr Guydo +Cavalcanty me vint, par forme de visite, en mon lict entretenir d'ung +grand circuyt de bonnes parolles; lesquelles il fit tumber sur Mon +dict Seigneur, et que le mariage de l'archiduc avec la fille de +Bavière, l'indignation, que la Royne d'Angleterre en avoit prins, et +ce qu'elle vouloit bien monstrer qu'elle estoit pour trouver aussi bon +party que le sien; et puys les différans des Pays Bas, ceulx de la +Royne d'Escoce, la paix de la France, l'accommodement qui se pourroit +fère de Callais, s'il y avoit enfans, la disposition venue de +Monsieur, qui estoit desjà homme, celle qui commanceroit doresenavant +de passer de la dicte Royne d'Angleterre, estoient toutes influances +pour fère effectuer, ceste année, ung bien heureux mariage entre eulx; +et que, si je le trouvois bon, il en mettroit quelque chose, comme de +luy mesmes, en avant au secrétaire Cecille, avec de si bonnes +considérations, qu'il espéroit qu'elles auroient effect, me priant de +fère entendre ceste sienne bonne intention à Vostre Majesté. + +Auquel Cavalcanty, parce que je le cognoissois fort de ceste court, et +que c'estoit luy qui avoit toutjour entretenu le party de l'archiduc, +je respondiz que le propos me sembloit si honnorable et si +advantaigeux pour Monseigneur, que j'avois ung grand playsir qu'il me +l'eust miz en avant, et que je ne fauldrois d'en donner adviz à +Vostre Majesté, ne voyant qu'il y peult avoir que tout bien d'en +entamer telz propos, comme il les sçauroit bien penser et bien +sagement conduyre, car je le réputois pour ung expécial serviteur de +Vostre Majesté et bien affectionné à la France; que, pour ma part, ne +saichant, à présent, en quelle disposition vous en pouviez estre, je +ne luy pouvois dire sinon que, de toutz les partys, dont je vous avois +ouy fère grand cas; mesmes pour le Roy vostre filz, vous aviez +toutjour estimé le plus grand et le plus digne celluy de la Royne +d'Angleterre; et que sur ung tel fondement se pourroit bien establyr +une bonne alliance, si l'on s'y disposoit du costé de deçà. + +A trois jours de là, le dict Cavalcanty me revint trouver, qui me dict +avoir desjà ouvert ce bon propos au dict secrétaire, et qu'il l'avoit +receu avec affection, mais que, ayant esté longtemps mallade, sans +avoir veu sa Mestresse, il ne l'avoit peu suyvre; mais il l'avoit pryé +de l'aller trouver à Amthoncourt, aussitost qu'il y seroit, et qu'ilz +en tretteroient plus amplement. + +Despuys cella, Madame, j'ay esté au dict Amthoncourt, où me trouvant à +part avec le comte de Lestre, après d'aultres discours, je luy ay dict +tout ouvertement qu'ung personnaige de bonne qualité, lequel +toutesfoys je ne luy ay point nommé, m'avoit tenu le susdict propos, +lequel j'avois receu avec honneur et respect, mais que je n'en voulois +user sinon ainsy qu'il me conseilleroit; car je sçavois que Voz +Majestez le réputoient comme conseiller et protecteur de tout ce que +vous auriez à fère en ce royaulme, et que, si quelque chose debvoit +advenir de cella, vous ne vous en vouldriez jamais adresser qu'à luy. +Lequel me respondit qu'il y avoit plusieurs jours qu'il avoit desiré +de conférer avecques moy de cest affère, sur ce qui en avoit esté +desjà miz en termes par le vydame de Chartres et par d'aultres, mais, +plus expressément que par nul, par Mr le cardinal de Chastillon, qui +avoit parlé si haultement des grandes qualitez de Monsieur, comme le +cognoissant bien, qu'il l'avoit faict le plus desirable prince de la +terre; que, de sa part, il s'estoit toutjour opposé au party +d'Austriche bien que, en aparence, utille à sa Mestresse, mais +puysqu'elle estoit résolue de n'entendre à celluy de nul de ses +subjectz, qu'il se vouloit sacriffier pour conduyre celluy de +Monsieur; et qu'il y vouloit procéder en telle façon que ung esgal et +mutuel advantaige fût gardé aulx deux, affin de ne fère naistre d'ung +tel pourchaz d'amytié aulcune matière d'offance, comme il voyoit bien +qu'il en restoit quelcune assés grande du propos de l'archiduc, et +qu'on estoit pis que jamais avec le Roy d'Espaigne, nonobstant les +bonnes lettres, que luy et le duc d'Alve avoient naguières escriptes; +et que, en brief, il viendroit exprès à Londres pour me festoyer en sa +mayson, et pour tretter amplement de cest affère avecques moy; duquel +il estoit d'adviz que je touchasse cependant quelque mot à la Royne, +sa Mestresse; et qu'il espéroit que, sur ceste occasion, se dresseroit +ung voyage pour luy en France, puysqu'il avoit failly ceste foys d'y +aller; et qu'il avoit ung infiny desir d'aller bayser les mains à Voz +Majestez, comme recognoissant le Roy pour son supérieur, à cause de +l'honneur, qu'il luy avoit faict, de son ordre. + +Et de ce pas il me mena en la chambre privée de sa Mestresse, où je la +trouvay mieulx parée que de coustume, et qui monstra qu'elle +s'attandoit bien qu'en luy parlant des nopces du Roy, je luy en +desirerois une pour elle; à quoy elle m'achemina, par aulcuns siens +propos, sur lesquelz enfin je luy diz qu'il me souvenoit bien de ce +qu'elle m'avoit asseuré de n'avoir poinct faict de veu de ne se maryer +pas, et que le plus grand regrect qu'elle eust estoit de n'avoir pensé +de bonne heure à sa postérité, et qu'elle ne prendroit jamais party, +qui ne fût de mayson royalle, convenable à sa qualité; sur quoy je +serois marry qu'elle m'estimât si mal abille que je n'entendisse bien +que cella quadroit merveilleusement bien en Monseigneur, frère du Roy, +comme en celluy, lequel j'osois (sans passion ny flatterye) réputer le +plus acomply prince, qui aujourduy vesquit au monde pour mériter ses +bonnes grâces; et que je me réputerois le mieulx fortuné gentilhomme +de la terre, si je pouvois intervenir à quelque commancement d'une si +heureuse alliance, qui peult revenir à bon effect; car j'en +demeurerois cellèbre à toute la postérité. + +La dicte Dame receust merveilleusement bien ce peu de motz, et me +respondit que Monsieur estoit de telle estime et de si exellante +qualité qu'il estoit digne de quelque grandeur qui fût au monde, et +qu'elle croyoit que ses pensées estoient bien logées en plus beau lieu +qu'en elle, qui estoit desjà vieille, et qui, sans la considération de +la postérité, auroit honte de parler de mary, et qu'elle estoit desjà +de celles dont on vouldroit bien espouser le royaume, mais non pas la +royne, ainsy qu'il advenoit souvent entre les grandz, qui se maryoient +la pluspart sans se voir; et que ceulx de la mayson de France avoient +bien réputation d'estre bons marys, à bien fort honnorer leurs femmes, +mais à ne guières les aymer. Et suyvyt assés longtemps ces propos avec +toutes les plus honnestes et favorables parolles, qui se pouvoient +respondre à ung, qui monstroit ne parler aulcunement que de luy +mesmes, et sans aulcune charge. Dont ne fault doubter, Madame, que ce +qui en seroit meintennant miz en avant ne fût receu d'elle, et +embrassé de tout son royaulme, avec affection; mais je ne puys juger +encores si elle l'acomplyroit par après, car souvent elle a promiz à +ses Estats de se maryer, et puys elle a trouvé moyen d'en prolonger et +interrompre les propos. Néantmoins, de tant qu'on imputera à une très +grande faulte à la France d'avoir layssé eschapper ung si grand party, +comme est cestuy cy, qui semble se présenter à Monseigneur, je +desirerois que vous l'eussiez desjà disposé de le vouloir; et que, sur +ce qui en est desjà entamé entre Mr le comte de Lestre et moy, Vostre +Majesté me commendast de passer oultre, et me prescript la forme comme +j'aurois à le fère: car il me semble bien que ce sera à nous (si l'on +en vient là) de parler les premiers, mais qu'il fauldroit qu'ilz y +respondissent si clairement que l'affère fût plus tost conclud que +divulgué, à cause des jalouzies, traverses et inconvénians, qui y +pourroient survenir; et puys après, l'on y pourroit bien adjouxter les +cérémonyes et respectz qui y seroient nécessaires pour honnorer +l'acte; surtout je prendray garde, aultant qu'il me sera possible, que +n'y soyez trompez ny remiz à nulle longueur. Sur ce, etc. + + Ce XXIXe jour de décembre 1570. + + Encores tout présentement, je viens de recepvoir adviz, de bon + lieu, que le susdict propos commence de prendre icy grand + fondement; dont je continueray d'en escripre toutjour quelque + mot, à part, à Vostre Majesté; mais il n'y a rien plus requis que + de tenir la matière secrecte. + + ADVERTYRA LE DICT DE SABRAN LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu des + lettres: + + Que milord de Sussex a proposé, à son arrivée, de fort mauvais + conseilz contre les affères de la Royne d'Escoce, remonstrant + qu'avec quatre centz mil escuz, qui ont esté employez ceste + année, par ses mains, contre les Escouçoys, il a bien chastié + ceulx d'entre eulx, qui avoient osé offancer la Royne, sa + Mestresse, en retirant et supportant ses rebelles; et qu'il avoit + estably aulx aultres un régent à sa dévotion; et relevé si bien + la part du jeune Roy, que ceulx de l'aultre party ne faisoient + plus que ce qu'il leur ordonnoit, et les avoit presque rengez à + se soubsmettre à luy; et que, pendant que le Roy Très Chrestien + estoit encores bien laz des guerres civiles de son royaulme, et + les aultres princes de dellà la mer assés empeschez, chacun en + son estat, il s'esbahyssoit comme la Royne, sa Mestresse, se + retranchoit ainsy court à elle mesmes son entreprinse, de ne se + saysir de l'Escoce, comme il luy avoit facillité la voye de ce + fère, et de pouvoir establyr par là ung repos en ceste isle; + lequel aultrement il n'espéroit l'y veoir jamais bien asseuré, + mesmement si la Royne d'Escoce estoit restituée; et qu'on ne + pouvoit donner ung plus loyal conseil à la Royne, sa Mestresse, + que d'interrompre ce propos encommancé, et de luy fère poursuyvre + chauldement, à ce prochain printemptz, son entreprinse de + renvoyer l'armée en Escoce; car s'asseuroit dans peu de jours, la + randre maistresse de Lislebourg, Esterlin et Dombertrand, et de + forclorre aulx Françoys leur descente et retrette au dict pays; + lesquelz aussi, sellon son opinion, n'avoient, à présent, guières + à cueur les choses de deçà la mer, se trouvant seigneurs de + Callais. + + Auquel conseil s'estantz joinctz ceulx, qui avoient toutjours heu + le mesmes adviz, ilz ont euydé traverser grandement toutz noz + affères; mais la Royne mesmes n'a monstré qu'elle y inclinast; et + aulcuns seigneurs plus modérez ont remonstré au dict de Sussex + qu'il y avoit plus de dangier et d'inconvéniant, en ceste + entreprinse qu'il n'y en voyoit, de sorte qu'il n'est demeuré + bien ferme en son opinion. Il est vray que l'abbé de Domfermelin + est fort ordinaire en sa compaignye, ce qui le nous rend toutjour + assés suspect, mais l'évesque de Roz, avant partyr, luy est allé + remonstrer plusieurs choses, par lesquelles il l'a ramené à ceste + rayson que, s'il se pouvoit establyr quelque bonne seureté entre + les deux Roynes, il confessoit, veu la proximité d'elles, et le + droict de la future succession à celle d'Escoce, que le plus + expédiant seroit de la restituer; mais n'a parlé que + condicionnellement, et par difficultez, avec un désir très + ambitieux de demeurer en charge; et qu'en tout événement, il + failloit que la dicte Dame quictast l'alliance de France pour en + fère une nouvelle et perpétuelle avec la Royne d'Angleterre. + + A quoy le dict évesque luy a remonstré qu'il estoit impossible de + ce fère, et qu'il ne seroit honneste ny proffittable à la Royne + d'Angleterre de le requérir, joinct que, si elle pressoit de + cella sa Mestresse, elle la presseroit à elle de renoncer à + l'alliance de Bourgoigne. A quoy il a soubdain respondu que Dieu + vollust garder sa Mestresse d'un si dangereux conseil, comme de + quicter les anciennes alliances de sa couronne, mais qu'il + n'estoit de mesmes à ceste heure, en l'endroict de la Royne + d'Escoce, parce qu'il falloit qu'elle print la loy de la Royne + d'Angleterre. Tant y a que, despuys, il semble que, à cause du + duc de Norfolc, le dict de Sussex se soit ung peu modéré; et + toutjour le comte de Lestre et le secrétaire monstrent persévérer + droictement à vouloir que l'accord succède par le traicté; dont + nous vivons en meilleure espérance. + + Et ceste honnorable ambassade, que la Royne d'Angleterre envoye + meintennant en France, monstre qu'elle n'a le cueur esloigné de + cella; mesmes Mr le cardinal de Chastillon m'a asseuré, ceste + dernière foys qu'il m'est venu visiter, qu'il sçavoit + certainement que la résolution estoit prinse, entre la dicte Dame + et ceulx de son conseil, de restituer la Royne d'Escoce, mais que + je ne m'esbahysse de la longueur; car elle estoit naturelle à + ceulx cy, sellon que luy mesmes l'avoit esprouvé; et que, despuys + l'aultre foys qu'il avoit esté avecques moy, ayant considéré, par + les choses que Mr de Roz et moy luy avions desduictes, que le Roy + avoit grand intérest à la restitution de la dicte Royne d'Escoce, + il en avoit parlé si à propos à la Royne d'Angleterre qu'il + l'avoit fort disposée d'y prendre quelque bon expédiant. Ceulx + aussi, à qui cest affère est aultant à cueur en ceste court comme + leur propre vie, m'asseurent qu'il ne tient plus qu'à la venue + des depputez d'Escoce qu'on ne passe oultre à conclurre le + traicté, et m'ont faict advertyr de suplier Leurs Majestez Très + Chrestiennes de fère, en cest endroict, l'office que j'ay donné + charge au Sr de Sabran de leur dire. + + Le sire Thomas Stanlay a esté ouy et examiné eu ce conseil sur + les mouvemens de Lenclastre; et puys son frère Édouart après luy, + et le sir Thomas Gérard, après, en présence de toutz deux, leur + estant remonstré qu'ilz proposoient ung très mauvais exemple + d'eulx au dict pays de ne se ranger à la forme de religion, qui + estoit ordonnée, sellon les parlemens, à la tranquillité publique + du royaulme; et que, s'ilz ne s'y déportoient plus sagement, la + Royne, leur Mestresse, ne pourroit de moins que procéder contre + eulx par la voye de justice; et, pour ceste foys, ne leur ont + touché que ce point de la religion. A quoy ils ont respondu + qu'ilz estoient personnaiges qualiffiez, et bien cautionnez en ce + royaulme, et que, s'ilz se fussent sentys coulpables d'aulcune + chose envers la Royne et son estat, qu'ilz ne fussent point + venuz, et qu'ilz avoient, en toutz leurs actes, toutjours procédé + en fort gens de bien, dont les requéroient qu'ilz ne vollussent + prendre aulcune mauvaise opinion d'eulx, ny rien ordonner à leur + préjudice, que leurs accusateurs ne fussent présens, car ils + s'asseuroient de leur bien respondre, et de se bien justiffier + devant eulx. Ilz sont encores à la suyte de la court, et + cependant est venu nouvelles que celluy, qui les avoit defférèz, + est mort de quelque accidant fort soubdain et fort estrange. + + J'ay faict dire, de loing, à aulcuns, qui ont parfaicte + cognoissance des choses de ce royaulme, que j'avois entendu que + la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil avoient toutjours + heu pour suspect le retour de l'armée d'Espaigne, et qu'il + sembloit qu'à ceste heure ilz en fussent en plus grand doubte que + jamais; dont je les pryois de me mander en quoy ilz estimoient + que les choses en fussent. Lesquelz m'ont respondu quasi + conformément, de plusieurs endroictz, qu'à la vérité l'on estoit + en assés de deffiance du costé d'Espaigne et de Portugal, tant à + cause des prinses de l'an 1569, que de ce que les fuytifz de ce + royaulme s'étoient retirez vers le duc d'Alve; et que Estuqueley + estoit passé devers le Roy Catholique pour l'inviter à quelque + entreprinse en l'Yrlande, ainsy qu'il estoit homme pour le luy + sçavoir imprimer et pour se offrir à la conduyre; et que ung + itallien, nommé Lotini, lequel ceste Royne entretennoit en + Yrlande, avoit esté naguières chassé pour souspeçon, qu'on avoit + heu, qu'il s'entendit avec le dict Estuqueley; néantmoins que la + dicte Dame et toutz ceulx de son conseil demeuroient fermement + persuadez que le Roy d'Espaigne ne romproit jamais avec eulx, + tant qu'ilz seroient saysys des merchandises et deniers qu'ilz + ont prins sur luy, car il auroit aultant perdu; joinct qu'ilz + estoient si avant en traicté avec le duc d'Alve, qu'ilz + attendoient plustost accord que guerre de son costé; et que l'on + estoit après à y regarder de si près, qu'on estimoit bien qu'il + ne seroit rien layssé en différand, d'où l'on en peult venir cy + après aulx armes. Par lesquelles responces se peult assés + cognoistre que ceulx cy ne sont bien aperceuz des appareilz + d'Espaigne ni de Portugal; ce qu'ilz monstrent encores mieulx par + le peu de prévoyance qu'ilz donnent aulx choses de la guerre; car + je n'ay entendu qu'ilz ayent, pour encores, ordonné aultre chose + que aulx pourvoyeurs de la marine de sçavoir où prendre + l'avitaillement pour vingt cinq navyres, dans quinze jours, quant + il leur sera commandé. + + Tant y a que le duc d'Alve, par les difficultez qu'il faict + naistre, l'une après l'aultre, en ces différans des prinses, et + qu'il ne se haste de parler guières expressément de l'accord du + commerce, et de l'entrecours, monstre qu'il vouldroit, en quelque + façon, s'asseurer des dictes prinses, lesquelles montent à grand + somme; et puys essayer de se revencher; dont il va temporisant et + entretennant ceulx cy de parolles et de bonnes espérances, affin + qu'ilz n'y preignent garde. Et je sçay, à la vérité, qu'il a + naguières envoyé, par le jeune Coban, une lettre du Roy, son + Maistre, à la Royne d'Angleterre, en laquelle son dict Maistre + rend seulement ung fort grand et fort exprès grand mercys à la + dicte Dame pour l'honnorable convoy qu'elle a faict fère par ses + grandz navyres à la Royne, sa femme, passant en ceste mer; et ne + touche nul aultre poinct, ni mesmes luy faict aulcune mencion des + trois lettres, que la dicte Dame luy a escriptes, despuys les + dictes prinses; et, par mesme moyen, le duc d'Alve luy en a + escript une, de sa part, pour accompaigner celle de son Maistre, + et pour prendre congé d'elle, et l'exorter à l'entretennement de + la paix et de l'alliance avec son dict Maistre, avecques grandz + offres de s'employer droictement à le randre de mesmes bien + disposé envers elle. + + Quant au voyage du dict jeune Coban à Espire, l'on m'advertyt, + avant son partement, qu'il y alloit pour renouveller le propos de + l'archiduc Charles, mais ce n'estoit que une démonstration, que + la Royne d'Angleterre vouloit faire pour s'en prévaloir en ses + présens affères de dehors et de dedans son royaulme, et qu'en + effect l'envye ne luy estoit crue de se maryer; mesmes que n'y + ayant le comte de Sussex rien advancé, quant il y alla, encores + estoit il à croyre que ung jeune gentilhomme de nulle authorité, + qui à peyne avoit poil en barbe, y feroit à ceste heure encores + moins. + + Tant y a qu'avec plusieurs aultres propos d'amytié le dict Coban + a proposé à l'Empereur que sa Mestresse l'avoit envoyé vers luy + pour continuer la mesmes négociation, que, trois ans a, le comte + de Sussex luy avoit commancé; à laquelle elle n'avoit, plus tost + qu'à ceste heure, peu randre responce, pour avoir esté souvent + despuys assés mallade, et pour les guerres de France, Flandres et + aultres empeschemens, qui estoient jusques en son propre pays + survenuz; mais qu'elle n'avoit toutesfoys, en différant la + responce, pensé de rien interrompre au propos de l'archiduc son + frère, et que, s'il luy playsoit de passer meintennant en + Angleterre, il y seroit le très bien venu, et qu'estant resté + tout le différant sur sa religion, elle espéroit que ses subjectz + y consentyroient qu'il eust, pour luy et les siens, si ample + exercice d'icelle qu'il en demeureroit contant. + + Lequel propos le dict Empereur monstra recepvoir de bonne part, + et print temps de luy respondre, affin d'advertyr l'archiduc son + frère; et enfin la responce a esté que luy et son dict frère + estoient bien marrys que la bonne intention de la dicte Dame leur + eust esté si tard notiffiée; de laquelle ilz luy demeureroient + néantmoins bien fort obligez; et que son dict frère n'avoit peu + penser de moins, luy différant, elle, trois ans sa responce, + sinon qu'il n'estoit accepté; dont il avoit regardé à ung aultre + party, et desjà s'y estoit obligé avec une princesse, sa parente, + catholique, avec laquelle il n'auroit point de différent pour sa + religion; qu'il luy vouloit dire, encores une aultre foys, qu'il + avoit grand regrect que l'ocasion n'eust esté acceptée de toutz + deux, quant elle s'estoit présentée, et qu'il ne lairroit + pourtant de demeurer très bon amy et comme frère à la dicte Dame; + laquelle il vouloit au reste exorter, pour son bien, de vivre en + bonne paix avec les princes, ses voysins; dont estant meintennant + les deux plus grandz ses gendres, il auroit grand playsir qu'elle + se déportât comme bonne soeur avec eulx, et qu'il la vouloit + advertyr que de là dépendoit sa seureté et celle de son estat. Et + avec ces honnestes parolles, et quelque présent de vaysselle + d'argent, il a licencié le dict Coban. + + Laquelle responce n'a peu, en façon du monde, estre bien goustée + ny bien prinse de la dicte Dame, laquelle en demeure offancée + jusques au cueur; et ne s'est peu tenir de dire que l'Empereur + luy faisoit injure, et que, si elle estoit aussi bien homme comme + elle est femme, qu'elle le luy redemanderoit par les armes. Sur + quoy il m'est tombé entre mains une lettre d'ung seigneur de + ceste court qui mande aussi à ung aultre:--«La cause du dueil et + fâcherie de nostre Royne est asseuréement le mariage de + l'archiduc Charles avec la fille de sa soeur, la duchesse de + Bavière, soit ou que véritablement elle eust assis son amour et + fantasie en luy; ou bien qu'elle est marrye que sa beaulté et sa + grandeur n'ayent esté plus instantment requises de luy; ou bien + qu'elle a perdu, à ceste heure, l'entretien qu'elle donnoit par + là à son peuple, craignant qu'elle soit pressée par ses Estatz et + par son parlement de ne différer plus à prendre party, qui est le + principal poinct que tout son royaulme luy requiert.» + + Despuys ce que dessus escript, j'ay esté adverty qu'il vient + d'arriver ung navyre de Cadix, qui porte des lettres du IIe de ce + mois, par lesquelles l'on mande le grand aprest de guerre, qui se + faict en Espaigne; et que aulcuns l'interprètent estre contre le + Turc; aultres disent que c'est pour parachever la guerre des + Mores, qui encores se renouvelle; et aultres que c'est pour + descendre en Yrlande. Je prendray garde comme ceulx cy le + prendront et comme ilz y pourvoyrront. + + + + +CLIIIe DÉPESCHE + +--du VIe jour de janvier 1571.-- + + Nouvelles d'Espagne.--Pompe déployée pour le mariage du + roi.--Mouvemens dans les Pays-Bas et en Irlande. + + + AU ROY. + +Sire[22] + +............................................................... +Il se continue icy que le duc d'Alve partira en mars pour s'en +retourner en Espaigne, et qu'il prendra le chemyn d'Itallye, où il +layssera quelques compaignies italliennes, qui l'accompaigneront +jusques là; lesquelles pourront servyr à la guerre contre le Turcq, au +commancement du printemps; et que le duc de Medina Coeli s'embarquera, +à ce prochain febvrier, pour passer en Flandres, et qu'il admènera les +deux filz aysnez de l'Empereur; ne se faisant icy aulcune +démonstration qu'on se doubte de luy, ny de l'armée de mer, qui le +vient conduyre, parce que plusieurs vaysseaux de la dicte armée ont +passé, et qu'il est desjà arrivé en Flandres plus de deux centz voyles +d'Andelouzie ou de Portugal; qui faict encore discourir à aulcuns que +le dict duc et iceulx petitz princes pourront s'acheminer par la +France, puysqu'ilz ont layssé venir tant de vaysseaulx par deçà. + + [22] Le premier feuillet du registre, qui contient les dépêches + de l'année 1571, se trouvant déchiré, le commencement de cette + lettre manque: c'est au reste la seule lacune que présente le + manuscrit. + +L'on a heu en admiration en ceste court l'ordre, l'apareil, les riches +habitz, les présens et la despance, dont a esté usé aulx nopces de +Vostre Majesté, ainsy soubdain après la guerre passée, et de ce qui se +prépare encores pour une entrée à Paris; qui leur faict bien juger que +la grandeur de vostre estat a ung bien solide fondement, et que si +Vostre Majesté joue ung peu son jeu couvert, et commance de s'aquiter +et de fère les affères, il n'est pas à croyre combien il demeurera +d'impression au monde des grandes forces et oppulance de vostre +royaulme, et de la merveilleuse ressource qui est en icelluy. Sur ce, +etc. + + Ce VIe jour de janvier 1571. + + L'on me vient d'advertyr qu'au soir arrivèrent deux nouvelles en + ceste court: que ceulx de la nouvelle religion des Pays Bas ont + surprins un chasteau près de Groninguem, où le duc d'Alve y a + envoyé huict centz Espaignolz pour le reprendre; et que, en + Irlande, sont descenduz quelques soldats françoys, en moindre + nombre de deux centz, appellez par les saulvaiges du pays, et que + desjà le comte d'Ormont s'est esforcé de les combattre; mais ilz + se sont faictz lascher. Si ainsy est, cella troublera assés les + affaires de ce royaume. + + + + +CLIVe DÉPESCHE + +--du XIIIe jour de janvier 1571.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voie du Sr Acerbo._) + + Affaires d'Écosse.--État de la négociation de lord Seyton en + Flandre.--Nouvelles d'Espagne et d'Allemagne.--Projet de + Walsingham de traiter avec les protestans d'Allemagne.--Bruit + répandu en Angleterre que les armes ne tarderont pas à être + reprises en France.--_Lettre secrète à la reine-mère_ sur la + proposition du mariage du duc d'Anjou. + + + AU ROY. + +Sire, bien peu d'heures après que je vous ay heu faict ma dépesche du +VIe du présent, mon secrétaire est arrivé avec celle de Vostre Majesté +du XXVIe du passé, en laquelle j'ay trouvé deux de voz lettres; +desquelles l'une répond fort bien aux particullaritez que je vous +avois auparavant mandées, et l'aultre est pour la faire voir à la +Royne d'Angleterre, qui en recepvra une très acomplye satisfaction, +laquelle luy sera davantaige confirmée par les bons propos et +démonstrations, pleynes de faveur, qu'avez usé à son ambassadeur. De +quoy je mettray peyne, Sire, d'en faire icy le proffict de vostre +service, et n'obmettray de toucher à la dicte Dame les principaulx +poinctz de vos dictes lettres; et ceulx mesmement qui concernent +l'honneur et grandeur de Vostre Majesté, dont, de ce qu'elle m'y aura +respondu je ne fauldray de le vous mander par mes premières; vous +voulant au reste bien dire, Sire, touchant la mainlevée qu'avez donnée +aux merchans escossoys, qu'encor que la Royne d'Escosse se soit tenue +ung peu opiniastre à ne vouloir que cella se fît, si, étions après, Mr +de Roz et moy, à luy en oster l'opinion, parce que le comte de Lenoz +acrochoit le tretté à ce seul poinct, disant qu'il ne passeroit jamais +oultre sans que les merchans jouyssent de l'abstinence d'hostillité, +aussi bien que les aultres subjectz, et qu'elle leur estoit viollée +quand on leur faisoit saysir leurs biens et navyres. Les députez de la +dicte Dame commencent [d'arriver] aujourduy, et nous avons nouvelles +que ceulx [de l'autre parti sont] desjà en chemin; par ainsy, j'espère +que bientost [il sera procédé] au dict tretté, sellon que j'ay aussi +entendu que la Royne d'Angleterre [a] ordonné six depputez pour y +vaquer de sa part, assavoir [lord Quiper] garde des sceaulx, le +marquis de Norampthon, le comte de Lestre, le comte de Sussex, le +secrétaire Cecille, et le sixiesme reste à nommer, qu'on pense sera +maistre Mildmay. + +Cependant est advenu à Lislebourg qu'ayans deux soldatz du chateau +esté saysiz par l'autorité du comte de Lenoz, ainsy qu'ilz s'en +retournoient du Petit Lict, et menez ez prisons de la ville, le +capitaine Granges, qui en a esté offancé, a, le soir mesmes, sur le +tard, faict lascher toute l'artillerie du chasteau par dessus la +ville; et, à l'instant mesmes, a faict sortir cinquante soldatz qui +sont allez forcer les dictes prysons, et ont ramené leurs compagnons +avec eulx. De quoy le dict de Lenoz se plaint grandement, comme d'une +infraction d'abstinence d'armes, mais non sans avoir tant de peur +qu'il a cuydé habandonner Lislebourg pour se retirer à Esterling. + +J'estime, Sire, que le Sr de Sethon est maintenant devers Vostre +Majesté, ayant prins congé du duc d'Alve dez le XVIIIe du passé, après +avoir obtenu de luy les dix mil escuz, que je vous ay ci devant mandé; +desquelz j'entendz qu'il a envoyé les sept mil en Escosse, par le +frère du secrétaire Ledingthon, qui est party, le mesme jour, pour +s'aller embarquer à Fleysinghes; il en a miz deux mil en Envers pour +faire tenir à sa Mestresse, et mil pour luy; et semble qu'il n'a esté +respondu sur ce qu'il demandoit, de faire serrer le trafic aux +Escouçoys en Flandres, parce que l'ordre n'en étoit encores arrivé +d'Espaigne. Je croy, Sire, qu'il sera bon de luy temporiser aussi, +avec bonnes parolles, la responce des propositions qu'il fera à Vostre +Majesté, attandant ce qu'il succédera de ce traicté, et attandant +aussi que je vous aye mandé deux particullaritez fort considérables +qui se presentent maintenant en cest affaire. J'ay adviz que le duc +d'Alve est fort marry de ce qu'on vous a rapporté qu'il avoit envoyé +deux gentishommes en Escosse, et néantmoins l'on m'a asseuré qu'il y +en a encores despuys renvoyé ung troisiesme, mais j'eusse bien desiré +que dom Francès d'Allava n'eust pas sceu que je vous en eusse adverty. + +Le voyage que les gallaires ont faict, l'esté passé, en Levant, a +sonné fort mal icy pour la réputation du Roy d'Espaigne, mais son +ambassadeur s'esforce de luy donner beaucoup de raysons et de +couleurs, qui seroient longues à mettre en ceste lettre, dont je les +réserve à une aultre foys; tant y a qu'elles tendent toutes à rejetter +les faultes sur la malle pourvoyance et peu de conduicte des Véniciens +au faict de la guerre, ainsy que eulx mesmes, à ce qu'il dict, +l'advouhent meintenant; et sur ce qu'on s'estoit esbahy que la ligue +tardoit tant à se résouldre, il asseure qu'elle se conclurra bientost +sellon les propres chappitres, que le Roy, son Maistre, a desiré y +estre apposez; et publie encores la généralle victoire des Mores[23] +et plusieurs aultres prospéritez de son Maistre. + + [23] Cette victoire se rapporte aux divers avantages remportés à + cette époque, qui amenèrent la réduction de tous les Mores. Voyez + _note_ p. 183. + +Au reste, Sire, il s'entend, par lettres freschement venues d'Espire, +que la diette s'en alloit finyr, et que le jour estoit desjà indict, +auquel l'on la conclurroit, qui seroit sans que l'Empereur y eust +faict passer en décrect guières des choses qu'il y avoit proposées; +desquelles encor les déterminations ne seroient divulguées jusques à +ce qu'il arriveroit en Prague, qu'on les auroit cependant réduictes +par ordre et faictes imprimer; et que la liberté du duc Jehan +Guilhaume de Saxe[24], encor qu'elle fût très agréable aux princes +d'Allemaigne, elle monstroit néantmoins d'avoir quelque chose de +suspect contre le duc Auguste; et par ce, Sire, que je vous en ay +desjà mandé quelles responces le jeune Coban avoit rapportées du dict +Empereur, je ne vous en toucheray icy rien davantaige; seulement vous +diray que, suyvant la négociation, qu'il avoit commancée par dellà +avec aulcuns princes protestans, le Sr de Vualsingan a esté dépesché, +de quelques jours plus tost, pour rencontrer encores en France leurs +ambassadeurs, avec lesquelz ne faut doubter qu'il ne traicte, s'il +peult, avec affection et véhémence les choses qui concernent sa +religion, car il est des plus passionnez; dont sera bon, Sire, de le +faire ung peu observer: et a l'on aussi hasté davantaige son partement +parce que le frère du comte de Sussex, qui est ung des fugitifz du +North, s'estant retiré à Mr Norrys, pour retourner par son moyen à +l'obéyssance et grâce de sa Mestresse, et ne l'ayant le dict Sr Norrys +vollu ouyr, sans l'exprès congé d'elle, le dict de Vualsingan a heu +commandement de l'accepter, et luy offrir sa rémission, et mesmes de +l'employer, s'il est possible, à regaigner le comte de Vuesmerlan et +les aultres, qui sont dellà la mer: ce qui sera bon, Sire, de trouver +moyen d'empescher pour quelque temps, attandant que les affaires +d'Escosse soyent accommodez. + + [24] Il s'agit ici de Jean-Frédéric II, mis au ban de l'empire + pour avoir donné retraite à Guillaume de Grumbach et à ses + complices, meurtriers de l'évêque de Wurzbourg. Le duc Auguste, + chargé de l'exécution du décret, l'avait assiégé et pris par + famine, le 13 avril 1567. On négociait alors sa liberté, mais + elle ne lui fut pas rendue: il est mort en prison, à Neustad, le + 9 mai 1595, après vingt-huit ans de captivité. Le duc + Jean-Guillaume, son frère, loin de partager sa disgrâce, avait, + au contraire, été appelé à profiter de la confiscation de tous + ses biens. + +Et pour la fin, il y a ici ung advis, venu de Gennes, comme par +lettres de Thurin, du IIIIe du passé, l'on mande que les armes se vont +reprandre pour deux occasions: l'une, parce que la Royne de Navarre +use en Béarn d'une extrême rigueur contre les Catholiques; et +l'aultre, par la difficulté que Mr de Savoye faict à la comtesse +d'Autremont de luy randre quelques chasteaulx; et qu'encor que Vostre +Majesté ne puisse mais de l'une ni de l'aultre, que le feu néantmoins +s'en ralumera plus fort que jamais en vostre royaulme. Sur ce, etc. + + Ce XIIIe jour de janvier 1571. + + + A LA ROYNE. + + (_Lettre à part._) + +Madame, je puys asseurer Vostre Majesté que le faict de la petite +lettre commance d'aller bien chauldement en ceste court, duquel ayantz +les dames de la privée chambre heu quelque sentyment, elles l'ont +desjà descouvert à quelques seigneurs de ce royaulme, qui y font +diverses interprétations; et aulcuns d'eulx m'ont mandé que, de tant +qu'il semble que le cardinal de Chastillon le conduict sans moy, qu'on +n'y cerchoit guières de faire le proffict du Roy ni de son royaume. +J'ai monstré que le propos m'estoit nouveau, et que je ne pensois +qu'il y en eust rien en termes auprès de Voz Majestez; et de faict, +Madame, je travailleray, aultant qu'il me sera possible, qu'il soit +mené par le plus secret et destorné cheming que faire se pourra; car +je sentz qu'il en est besoing. Je suys adverty que celluy qui va en +France aura charge de suyvre bien curieusement ce qui luy en sera +touché, et que mesmes quelcun neutre sera possible pryé de passer en +mesme temps affin d'en entamer le propos. Je croy que Mr le comte de +Lestre m'a envoyé prier de disner demain avecques luy pour m'en +parler, et que Mr le cardinal de Chastillon revient expressément en +court pour ce faict, et que mesmes il y est, à ceste occasion, bien +desiré, possible qu'il se plaindra, par mesmes moyen, de la détention +de ses biens en France; dont de tout ce qui succèdera, et que j'en +pourray entendre, je ne fauldray d'en advertyr incontinent Vostre +Majesté. Sur ce, etc. + + Ce XIIIe jour de janvier 1571. + + + + +CLVe DÉPESCHE + +--du XVIIIe jour de janvier 1571.-- + +(_Envoyée jusques à Calais par homme exprès._) + + Audience.--Vives démonstrations d'amitié de la part d'Élisabeth + au sujet du mariage du roi.--Son intention de procéder au + traité avec la reine d'Écosse.--Nouvelle que les Gueux ont + repris les armes en Flandre.--_Lettre secrète à la reine-mère_ + sur l'état de la négociation relative au mariage du duc + d'Anjou.--Confidence de Leicester à l'ambassadeur.--Proposition + faite au nom du roi par le cardinal de Chatillon à la reine + d'Angleterre.--Discussion dans le conseil.--Divisions causées + en Angleterre par ce projet. + + + AU ROY. + +Sire, j'ay esté trouver la Royne d'Angleterre à Hamptoncourt le +XIIIIe de ce mois, laquelle n'a failly de me demander incontinent +quelles nouvelles j'avois de Vostre Majesté, et comme vous vous +trouviez en mariage. A quoy je luy ay respondu que vous me commandiez +de luy continuer encores le mesmes propos, que je luy avois desjà +commancé, de vostre conjoyssance touchant la Royne; et que, si vous +aviez receu ung singulier playsir de sa venue, il s'estoit despuys +redoublé et devenu si grand, par les vertueuses et excellentes +qualitez qui se trouvoient en elle, que vous en demeuriez le plus +content prince de la terre; mesmes qu'elle se faisoit merveilleusement +aymer et bien vouloir de la Royne, vostre mère, de Messieurs voz +frères, de Mesdames voz soeurs, de Monsieur de Lorrayne et de toutz +les princes et seigneurs de vostre court, et générallement de toute la +France; ce que vous mettiez en compte d'une grand félicité; oultre +que, à l'ocasion d'elle, les princes d'Allemaigne, (lesquelz je lui ay +nommez, sellon le contenu de vostre lettre), s'estoient despuys, par +leurs ambassadeurs, conjouys avec Vostre Majesté de ce que Dieu avoit +en ce temps réuny et renouvellé le sang de l'ancienne alliance de la +Germanye avec la France; et que, pour ceste occasion, ilz vous avoient +envoyé offrir, et à Messeigneurs voz frères, toutz leurs moyens et +forces pour vous en servyr, ainsy qu'il vous plairoit les employer, et +que leurs dicts ambassadeurs n'avoient obmiz de se conjouyr +pareillement de la paix de vostre royaulme, et de ce qu'ilz l'y +avoient trouvée très bien establye, et vous avoient suplyé de l'y +vouloir entretenir. Qui estoient choses qui vous avoient apporté +beaucoup de satisfaction; desquelles vous vouliez bien faire part à la +dicte Dame, pour le playsir que vous estimiez qu'elle en recepvroit. + +A quoy, par parolles fort expresses, elle m'a respondu qu'elle se +sentoit grandement obligée à Vostre Majesté de la communication qu'il +vous playsoit luy faire de ce propos, lequel elle réputoit très +honnorable et vrayement digne d'estre tenu entre princes, qui avoient +bonne et vraye amytié ensemble, comme elle vous suplyoit de croyre +que, de son costé, elle la vous portoit entière et parfaicte, et de +bien bonne soeur; et qu'à ceste occasion elle se resjouyssoit, non +guières moins, du beau serain que Dieu monstroit meintennant en voz +affères, après tant de divers orages que vous y aviez souffertz, que +si c'estoit pour elles mesmes, car aussi pensoit elle y participer. Et +a suyvy à parler de ceste ambassade d'Allemaigne comme d'une chose +qu'elle réputoit authoriser bien fort vostre grandeur: et puys est +retournée à ce qu'elle avoit entendu de la louable et vrayment royalle +norriture de la Royne; chose que je luy ay asseurée qui demeuroit très +confirmée par les exemples qu'elle en monstroit, et que, non moins par +effect que en tiltre, elle estoit Royne Très Chrestienne et Très +Dévotte, et au reste tant de bonne grâce, doubce et débonnaire, et +sans cérémonye, que Vostre Majesté n'avoit nul plus grand playsir que +d'estre, jour et nuict, en sa compaignye. + +A quoy elle m'a respondu que la recordation des amours du père et +grand père luy faisoient ung peu craindre que vous les vouldriez +imiter, et m'a révellé ung secrect de Vostre Majesté, lequel je +confesse, Sire, que je n'avois pas sceu; et que néantmoins si vous +continuez de rendre ainsi vostre parolle certayne et véritable, et +estre bon mary, comme vous en avez desjà la réputation, qu'elle ne +faict doubte que vostre règne n'en soit très heureux et éloigné de +ces inconvénians et disgrâces, qui ont accoutumé de venir aux princes +qui ne tiennent leur parolle, et à ceulx qui ne gardent leur loyaulté. +Et a continué ce propos et plusieurs aultres, en termes bien fort +honnorables de Voz trois Majestez très Chrestiennes et de Monseigneur +vostre frère; lesquelz j'ay suyviz sans rien obmettre de ce que j'ay +estimé convenir à vostre honneur et grandeur. + +Et pour la fin, je luy ay faict voir vostre lettre, qui portoit sa +satisfaction, laquelle elle a entièrement leue, et n'y a heu nulle +partie qu'elle n'ayt bien considéré, et où elle ne se soit arrestée +pour m'y faire de fort bonnes responces; lesquelles, en somme, sont: +qu'elle remercye Dieu que Vostre Majesté commance de cognoistre son +intention, laquelle elle peult jurer n'avoir jamais esté de vous +vouloir offancer ny nuyre; ains d'avoir toutjours désiré la +conservation de vostre authorité et l'establyssement de vostre +grandeur comme d'elle mesmes; et que son malcontantement est seulement +procédé de ce qu'elle ne s'est trouvée si aymée et bien vollue de +Vostre Majesté comme elle pensoit le mériter, et qu'elle n'advouera +jamais, quant bien on la mettroit sur la roue, qu'elle n'ayt heu +occasoin de se douloir; mais la satisfaction en est meintenant si +ample qu'elle vous en doibt de retour beaucoup de grandz mercys, et ne +vouldroit n'avoir esté offancée; qu'elle vous remercye bien grandement +du compte que vous voulez tenir de son parant, lequel elle a desjà +dépesché pour se trouver à vostre entrée; (et le comte de Lecestre +aussi a faict harnacher les haquenées, qui s'aschemineront devant;) et +que ce luy est ung singulier playsir, que vous veuillez bien recepvoir +son nouveau ambassadeur; que quant à celluy qui s'en retourne elle +vous prie de croyre qu'il a faict toutjours toutz les meilleurs +offices, pour l'entretennement de l'amytié, qu'il est possible, et +qu'il en sera pour ceste occasion mieulx receu d'elle à son retour; +qu'au surplus elle vous veult asseurer de la convalescence et bonne +santé de la Royne d'Escosse, et que desjà elle a donné audience à ses +depputez, avec lesquelz elle procèdera à faire le traicté aussitost +que ceux de l'aultre party seront arrivez, qui sera dans huict ou dix +jours au plus loing; et qu'il luy tarde, plus qu'à nulle personne qui +vive, que cest affaire soit bientost accommodé. + +Lesquelles siennes responces, Sire, j'ay miz peyne de luy gratiffier +le plus que j'ay peu au nom de Vostre Majesté, et me suys ainsy +licentié d'elle bien fort gracieusement. Et parce que j'ay trouvé une +conformité de tout ce dessus en ceulx de son conseil, je ne puys sinon +bien juger de la présente intention d'elle et d'eulx envers Vostre +Majesté; et néantmoins cella sera cause que j'observeray de plus prez +toutes choses pour voir si, soubz ceste apparance, il y auroit quelque +chose de caché, qui soit contre vostre service; car, à ce que +j'entendz, le mesmes comte de Lenoz, celluy de Morthon, et le lair de +Glannes, viennent pour se trouver au traicté. + +Au regard des différandz des Pays Bas, il n'en est rien venu par le +dernier courrier, dont ceulx cy ne sont contantz, sinon qu'on a +escript que le duc d'Alve n'a encores rien respondu au depputé +d'Angleterre sur sa dernière proposition, parce qu'on pense qu'il est +attendant sur icelle quelque ordre d'Espaigne. Sur ce, etc., + + Ce XVIIIe jour de janvier 1571. + + Présentement l'on me vient de donner adviz que les Gueux ont + recommancé la guerre en Flandres; ce qui feroit prendre assés de + nouveaulx desseings à ceulx cy. Le Sr Guilhaume Lesley, bon + subject de la Royne d'Escosse, parant de l'évesque de Roz, est + venu avec les depputez de la dicte Dame; il estime avoir de + bonnes intelligences icy, et se dict très dévot au service de + Vostre Majesté. + + + A LA ROYNE. + + (_Lettre à part._) + +Madame, avant que monsieur le comte de Lestre me menât, dimanche +dernier, en la présence de la Royne d'Angleterre, il m'entretint +quelque temps sur le faict de la petite lettre, et je me plaigniz à +luy qu'il estoit desjà trop divulgué, ce qu'il m'asseura n'estre +procédé de la court, ains de ce qu'on voyoit n'y avoir rien de plus +convenable; et, par ainsy, ung chacun en parloit; dont il vouloit +sonder, à la vérité, l'intention de la dicte Dame et de ceulx de son +conseil, affin de dresser, puys après, l'affaire en si bonne sorte +que, s'il venoit à succéder, ou bien qu'il demeurast sans effect, il +n'eust à raporter sinon contantement à chacun des costez; et qu'il me +voulloit dire tout librement, que la dicte Dame ne s'estoit jamais +monstrée disposée à prendre party, comme elle faisoit meintenant, par +ce, possible, qu'elle s'y voyoit contraincte, pour les nécessitez de +son royaulme; et que sur les privez propos, qu'il luy en avoit tenuz, +elle n'avoit rien objecté que l'eage; à quoy il avoit respondu qu'il +ne layssoit pourtant d'estre desjà homme: «Mais aussi, respondit elle, +ne laisseroit il d'estre toutjour plus jeune que moy.»--«Tant mieulx +sera ce pour vous,» avoit il respondu, en ryant. Et me pria le dict +comte d'en toucher quelque mot à la dicte Dame, laquelle, à la vérité, +a prins de fort bonne part toutz les motz que je luy ay proposez +aprochans de cella; car je ne luy en ay poinct touché de plus exprès +que de luy avoyr dict, sur le contantement que le Roy avoit de vivre +en grand amytié et privaulté avecques la Royne, que je conseillerois à +une princesse, qui vouldroit rencontrer un très parfaict et accomply +bonheur de mariage, d'en prendre de la mayson de France.--A quoy elle +m'a respondu que madame d'Estampes et madame de Vallantinois luy +faisoient encores peur, et qu'elle ne vouldroit un mary qui ne +l'honnorast seulement que pour Royne, s'il ne l'aymoit aussi pour +femme.--A quoy j'ay réplicqué que celluy, dont j'entendois parler, +entre les exellantes qualitez, dont il abondoit aultant que nul prince +de la terre, il avoit celle péculière qu'il sçavoit extrêmement bien +aymer, et se randre de mesmes parfaitement aymable.--«A la vérité, m'a +elle respondu, il a tant de perfections en luy qu'on n'en ouyt jamais +parler qu'avec grand louange.» Et, peu après que je fuz party d'avec +la dicte Dame, Mr le cardinal de Chastillon vint parler longtemps à +elle, dont je n'ay sceu ce qu'il luy dict; car, ny auparavant, ny +despuys, nous n'avons conféré ensemble: mais voycy madame ce que j'ay +aprins d'ailleurs et de fort bon lieu: + +Qu'après qu'il fût retiré, la dicte Dame assembla ceulx de son conseil +pour leur dire que le dict sieur cardinal luy avoit demandé trois +choses: l'une, si elle estoit point libre de toute promesse pour se +pouvoir maryer où elle vouldroit; l'aultre, si elle en vouloit prandre +de ceulx de son royaulme ou bien ung estrangier; et la troisiesme que, +au cas que ce fût ung estrangier, si elle vouldroit point accepter +Monsieur, frère du Roy; et qu'elle luy avoit respondu qu'elle estoit +libre, qu'elle ne vouloit point espouser de ses subjectz, et qu'elle +vouloit de bon cueur entendre au party de Monsieur avec les condicions +qui se pourront adviser. Sur quoy le dict sieur cardinal luy avoit +dict qu'il avoit donques charge de luy en parler, et luy avoit +présenté à cest effect une lettre de créance du Roy, et l'avoit priée +que, de tant que l'affaire estoit de grande conséquence au monde, +qu'elle le vollust communiquer à son conseil, premier que passer +oultre; de quoy elle leur vouloit bien dire qu'elle n'avoit trouvé +cella bon, et luy avoit respondu qu'elle estoit Royne Souverayne, qui +ne deppendoit de ceulx de son conseil, ains eulx toutz d'elle, comme +ayant leurs vies et leurs testes en sa main, et qu'ilz n'auseroient +faire que ce qu'elle vouldroit; mais, de tant qu'il luy avoit +représanté les inconvéniantz, qui avoient cuydé survenir à la feu +Royne, sa soeur, d'avoir vollu tretter son mariage avec le Roy +d'Espaigne sans ceulx de son conseil, elle luy avoit promiz de le leur +proposer; dont vouloit que eulx toutz luy en donnassent promptement +leur adviz. + +Sur quoy, iceulx du dict conseil bayssans la teste, n'en y eust pas +ung qui respondit ung seul mot, parce que le propos estoit nouveau à +la pluspart d'eulx, sinon, au bout de pièce, ung des principaulx +s'advancea de dire que Monsieur sembloit estre bien jeune pour la +dicte Dame:--«Commant, respondit elle, prenant le mot en aultre sens, +suys je pas encores pour luy satisfaire.» Et puys, suyvit à dire que +le dict sieur cardinal, oultre la lettre de créance, avoit des +articles à proposer, sur lesquelz elle estimoit estre bon de l'ouyr +pour voir si les condicions pourroient estre acceptées; ce que ung +chacun aprouva. Et pour lors, n'y eust rien davantaige sinon que, le +lendemain, Dupin et le ministre du dict sieur cardinal furent là +dessus en privée conférance plus de trois heures avec le secrétaire +Cecille. + +Duquel propos l'on me vouloit bien advertyr qu'il commançoit à courir +une merveilleuse contention dans ce royaulme sellon les parciallitez +de Bourgoigne, et sellon celles de la religion, et que aulcuns +estimoient que la dicte Dame ne se servoit d'icelluy sinon pour la +commodité de ses affaires, sans qu'elle eust aucune affection de se +maryer; et, par ainsy, que je prinse garde que le Roy ne fût trompé et +moqué. Et d'aultres, qui sont bien affectionnez au Roy, et portent le +faict de la Royne d'Escosse, et mesmes les seigneurs catholiques, +m'ont mandé qu'ilz demeuroient fort escandalizez que cest affaire se +menast par le dict sieur cardinal, et qu'ilz voyoient bien que +c'estoit plus pour accommoder le faict de ceulx de la Rochelle, que +non celluy d'entre ces deulx royaulmes, à l'intérest des catholiques; +dont ilz vouloient penser à leurs affaires, me priantz seulement de +leur vouloir estre toutjours tel comme je sçavois qu'ils s'estoient, +en temps et lieu, monstrez bons amys et serviteurs du Roy; et se sont +esforcez de m'imprimer une grand jalouzie de ce que je n'estois +participant de ce propos. + +Sur quoy, pour leur faire prendre bonne espérance et les retenir +toutjour en la dévotion, qu'ilz ont esté jusques icy vers Voz +Majestez, et pour descouvrir plus avant toutes choses par leur moyen, +je leur ay mandé que j'avois esté toutjours réputé si fidelle à vostre +service, et si loyal à voz intentions, que si cest affaire estoit en +telz termes qu'ilz dizoient, il ne passeroit guières que Voz Majestez +ne m'en fissent entendre leur intention, et que la conclusion ne se +feroit sans que je y fusse employé; dont je les asseurois que Voz +dictes Majestez ne consentyroient jamais le passaige de Monsieur en ce +royaulme, sans qu'il eust bonne intelligence avec eulx, et sans que +les affaires de la Royne d'Escosse, et les leurs, n'en demeurassent +bien accommodez, et que de cella vous leur en donriez la main et +vostre promesse; chose, Madame, que, comme elle semble nécessaire et +fort importante pour bien asseurer le négoce, ainsy est il requis +qu'elle soit tenue fort secrecte et menée bien dextrement. + +Il est venu quelque sentyment de ce party à la notice de l'ambassadeur +d'Espaigne, et de celluy, qui est agent icy pour le Pape, dont en ont +escript chauldement dellà la mer. Je sçay aussi que l'évesque de Roz +en a escript à Mr le cardinal de Lorrayne, dont ne luy fauldra dényer +le faict, s'il vous en parle, mais luy donner meilleure espérance par +là des affaires de la Royne d'Escosse que jamais. Le Sr Cavalcanty a +grand désir de passer en France pour servyr d'un tiers neutre à +mouvoir ce propos entre Vostre Majesté et milord de Boucard, parce +qu'il estime ne se pouvoir avec dignité entamer par l'ung ny l'aultre +party, sans ung tel moyen; et sur ce, etc. + + Ce XVIIIe jour de janvier 1571. + + Il semble fort requis que Vostre Majesté ne se haste de dépescher + message ny ambassade par deçà sans voir que l'affaire soit + comme tout asseuré. + + + + +CLVIe DÉPESCHE + +--du XXIIIe jour de janvier 1571.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) + + Retour d'Élisabeth à Londres après la cessation de la + peste.--Affaires d'Écosse.--Audience.--Plainte de la reine au + sujet de la descente d'un parti de Français en Irlande.--Avis + donné par elle d'une levée qui se prépare en Allemagne.--Son + désir de voir la réunion des églises proposée par le + roi.--Négociation des Pays-Bas.--_Lettre secrète à la + reine-mère._ Conférence de l'ambassadeur avec le cardinal de + Chatillon sur le projet de mariage du duc d'Anjou.--Avis sur + l'entreprise faite en Irlande par des Bretons. + + + AU ROY. + +Sire, ceulx de ceste ville de Londres ont monstré beaucoup de +resjouyssance à la venue de leur Royne, laquelle, pour cause de la +peste, n'y avoit esté, il y a deux ans. Elle va aujourduy veoir ung +bastyment nouveau qu'on y a édiffié, fort commode, et de grand +ornement, affin de luy donner le nom; qui, jusques à ceste heure, a +esté appellé par provision la _Bource_. Le festin luy est préparé en +la maison de maistre Grassein. L'on dict qu'après demain elle +descendra à Grenwich pour y passer le reste de l'yver, où se dresse +desjà le lieu pour faire ung tournoy à ce caresme prenant; duquel le +comte d'Oxfort et sire Charles Havard doivent estre les tenans. + +Les affaires de la Royne d'Escosse demeurent toutjour en bonne +disposition, attendant l'arrivée des depputez de l'aultre party, +lesquelz, parce que j'avois incisté qu'on ne les debvoit attandre, le +secrétaire Cecille m'a opiniastrément débattu que l'honneur de sa +Mestresse n'estoit de procéder sans eulx, mais, que je ne fisse nul +doubte que les choses n'allassent bien; et encores que, despuys quatre +jours aulcuns de ce conseil se soient plainctz à l'évesque de Roz +d'une entreprinse, qu'on a vollu faire en Escosse, pour tuer le comte +de Lenoz; et de ce qu'ilz ont entendu qu'on fornyst de l'argent dellà +la mer aulx rebelles d'Angleterre, ilz n'ont guières répliqué à ce +qu'il leur a respondu, qu'il estoit esbahy comme le dict de Lenoz +duroit tant au dict pays, veu les viollances et désordres qu'il y +faisoit; et, quant aux fugitifs d'Angleterre, qu'il croyoit que rien +ne leur manqueroit, mais que ce n'estoit de sa Mestresse qu'ilz +estoient secouruz, parce qu'elle n'avoit de quoy le faire. + +Et hyer, la Royne d'Angleterre, m'ayant envoyé quéryr, me dict que, si +l'on faisoit nul oultrage au dict de Lenoz, qu'elle ne procèderoit +aulcunement au dict tretté; dont j'ay conformé ma responce à celle du +dict sieur évesque de Roz, adjouxtant que rien n'en debvoit estre +imputé à la Royne d'Escosse, parce qu'elle n'en pouvoit mais, et que +mesmes l'on avoit de sa part desjà dépesché ung gentilhomme en Escosse +pour obvier à cest inconvénient. + +Et suyvyt la dicte Royne d'Angleterre à me dire que la principalle +occasion, pour laquelle elle m'avoit prié de venir, estoit pour me +communiquer ung adviz par escript, qu'on luy avoit envoyé d'Irlande, +lequel elle me prioit de faire tenir à Vostre Majesté; et que, pour ne +faire voir au monde que les armes fussent prinses entre les Françoys +et les Anglois, et ne rompre aulcunement la paix avec la France, elle +avoit faict gracieusement remonstrer au capitaine La Roche et à ceulx, +qui sont avec luy en Irlande, de se retirer; ce que, trois moys a, ilz +avoient promis de faire; mais monstrans à ceste heure qu'ilz ont une +aultre dellibération, elle vous en vouloit bien advertyr, affin qu'il +vous pleust, Sire, y pourvoir sellon que les bons trettez de paix, +qui sont entre Voz Majestez, le pouvoient requérir. + +J'ai respondu que ce propos m'estoit nouveau, comme celluy, duquel je +n'avois cy devant ouy parler, et que je le vous représanterois le +mieulx que je pourrois, avec l'exprétion des mesmes parolles, et de +l'intention, que j'avois cognue en elle, de vouloir évitter toute +occasion de différand avec Vostre Majesté; et luy en ferois tenir +vostre responce, aussitost que je l'aurois receue. + +Et s'exaspéra bien fort la dicte Dame contre celluy Fitz Maurice, qui +est en Bretaigne, disant que luy et son père avoient usurpé, comme +traystres, le tiltre du comte d'Esmont, bien que le vray comte soit +encore vivant en ce royaulme. + +Après ce propos, il en succéda ung aultre, par lequel nous vinsmes à +parler des aprestz d'Allemaigne, qui seroient longs à mettre icy, mais +je prins par là occasion de demander tout librement à la dicte Dame si +elle entendoit qu'il y eust rien de dressé contre Vostre Majesté, ny +contre vostre royaume, ainsi que, d'aultre fois, elle vous avoit bien +faict ce bon tour, de vous en réveller quelque chose par moy. + +Elle me respondit qu'encores que ses intelligences n'estoient plus +telles vers l'Allemaigne, ni avec l'Empereur, comme elles souloient, +néantmoins elle y en avoit encores d'assés bonnes pour pouvoir +asseurer Vostre Majesté qu'il s'y préparoit une levée; laquelle elle +ne sçavoit encores si viendroit à effect, mais croyoit que ce n'estoit +pour vous nuyre, car elle le vous diroit, et y opposeroit le crédit +qu'elle y pourroit avoir, mais c'estoit en faveur du prince d'Orange; +et qu'elle estoit fort marrye qu'on poursuyvît ainsy les affaires de +la religion par les armes, de quoy ne pouvoit revenir, à la fin, que +une grande ruyne à la Chrestienté; et qu'elle me prioit de vous +exorter, Sire, qu'avec la bonne intelligence, qu'avez meintenant avec +l'Empereur, vostre beau père, avec lequel elle continuoit aussi +toutjour une bien fort estroicte amytié, et avoit naguières receu de +ses lettres, il vous pleust, à ceste heure, mettre en avant quelque +favorable moyen d'accord et de réunyon en l'esglize; et que, de sa +part, elle vous y assisteroit, et ne s'y monstreroit aulcunement +opiniastre. + +Je luy louay grandement cestuy sien très vertueux desir, et, sans +toutesfois accepter ny reffuzer aussi d'en faire rien entendre à +Vostre Majesté, affin que vostre intention en cella soit réservée au +temps et moment qu'il vous semblera bon de la manifester; je la priay +seulement, en ryant, qu'elle ne vollust observer l'extrémité de ne +concéder aulx Catholiques l'exercice de leur religion en Angleterre, +comme il n'en estoit permis pas ung aulx Protestans en Espaigne, ny en +Flandres, et qu'elle suyvist l'exemple de Vostre Majesté, qui estiez +au milieu, qui avez permiz le cours des deux en vostre royaulme. + +Elle respondit que les Catholiques ne se pouvoient pas beaucoup +plaindre d'elle, et qu'elle cognoissoit le Roy d'Espaigne d'ung si bon +naturel qu'il ne vouldroit aussi retenir la Chrestienté en ce +dangereux suspend, où elle est, s'il y ozoit procurer les remèdes, +mais que les passionnez l'en empeschoient, lesquelz elle vouldroit qui +en sentissent seulz le mal. + +Et se continua assés longtemps ce propos entre la dicte Dame et moy, +au millieu duquel, me venant à toucher des différans, qu'elle accusoit +le duc d'Alve luy avoir succité avec le Roy son Maistre, me dict que +je serois tout esbahy si je sçavois quelles choses le dict duc, +despuys ung mois, avait vollu tretter avec elle, au préjudice de ses +voysins, ce qu'elle réservoit à une aultre foys, et que néantmoins +c'estoit une parenthèse digne de noter. + +Or, Sire, touchant les dicts différans, le depputé d'Angleterre, qui +est aulx Pays Bas, a escript, ceste foys, à la dicte Dame qu'il avoit +présenté à icelluy duc les derniers articles, qu'elle luy avoit +envoyez; qui les avoit cognuz si raysonnables que, ne luy restant plus +que contredire pourquoy il ne les deubt accepter, il avoit respondu +qu'il y vouloit penser: et ainsy le faict en demeure là, qui se +conforme assés à ce que Vostre Majesté m'en a mandé, en chiffre, par +ses dernières du IIIe du présent, que j'ay bien notté. Et sur ce, etc. +Ce XXIIIe jour de janvier 1571. + + + A LA ROYNE. + + (_Lettre à part._) + +Madame, s'estant Mr le cardinal de Chatillon, jeudy dernier, convyé à +disner en mon logis, il m'a compté la favorable expédition, qu'il a +obtenue de Voz Majestez, sur le recouvrement de ses biens, et comme il +s'en est venu conjouyr avec la Royne d'Angleterre; et puys m'a parlé +du faict de la petite lettre en bien fort bonne sorte, et que ce dont +je m'estois plainct au comte de Lestre, que le propos en estoit trop +divulgué, n'estoit procédé d'ailleurs que du peu de discrétion, que le +vydame y avoit tenu, qui en avoit parlé et escript icy et en France à +trop de gens, et que, de sa part, il n'en avoit jamais faict rien +sçavoir qu'à Voz Majestez; desquelles, après qu'il avoit heu responce, +il y avoit procédé le plus secrectement qu'il avoit peu; et que les +choses en estoient en assés bons termes, et ceux du conseil en +beaucoup de diverses opinions là dessus entre eulx, mais qu'il n'y +avoit encores rien de conclud. Sur quoy luy ayant aprouvé grandement +son intention et les sages moyens, qu'il tenoit, pour la bien +conduyre, je l'ay sondé de plusieurs endroictz pour voir s'il y avoit +nulle aultre fin et prétention en luy que celle qu'il monstroit en +aparance; mais toutz ses propos sont revenuz à la considération de la +grandeur que ce seroit pour Monsieur, et combien elle accroistroit +celle du Roy et de sa couronne, et ravalleroit d'aultant celle +d'Espaigne; ne me touchant toutesfois tant de particullaritez de +l'affaire comme j'en sçavois, et comme je vous en ay desjà escript; +dont j'ai fait semblant d'en sçavoir encores moins, attendant si +Vostre Majesté (pour y procéder avec plus de lumyère, par les adviz +que pourrons avoir de divers lieux) trouvera bon que nous nous +communiquons secrectement l'ung à l'aultre, car je croy bien que les +Protestans reçoipvent mieulx ce propos, venant du dict sieur cardinal +que ne feroient de moy. Et il y va, à mon opinion, d'une droicte et +bien bonne vollonté. + +Les Catholiques, qui sont la partie la plus grande, plus noble et plus +forte, et où y a plus d'asseurance, le tiennent fort suspect, et +vouldroient avoir quelque asseurance de Voz Majestez par mon moyen. La +dicte Dame nous oyt fort bien, et avec grande affection, l'ung et +l'aultre, dont Vostre Majesté me commandera comme j'en auray à uzer; +et seulement vous suplie très humblement, Madame, de réserver, entre +le Roy et Vous, et Monsieur, ce que je vous ay escript par ma petite +lettre de devant ceste cy, et ce que, cy après, je vous pourray +escripre ou mander des propos, que la dicte Dame tiendra en privé, ou +avec ceulx de son conseil, sans qu'il se puysse jamais cognoistre +qu'ilz vous viennent de moy. J'ay dict à Mr le cardinal que si le +propos alloit en avant, qu'il estoit bien besoing de le conduyre à ce +poinct qu'on ne s'advançât de le publier, ny de faire aulcune ouverte +démonstration, du costé de Voz Majestez, d'y vouloir entendre, jusques +à ce qu'on le vît tout conclud et bien arresté; car, puys après, l'on +y adjouxteroit bien toutz les honnorables actes et respectz, qu'on +vouldroit; et que surtout il n'y fût usé de longueur ny de remises. A +quoy il m'a respondu que, le lendemain, il estoit convyé en court et +qu'il verroit ce qu'il y pourroit advancer. + +J'ay sceu, Madame, que, pendant que nous estions ensemble, la Royne +d'Angleterre estoit enfermée avec ceulx de son conseil pour prandre +résolution de ce qu'elle debvoit respondre au dict sieur cardinal, et +qu'elle a la matière si à cueur qu'elle ne prend playsir de parler, ny +ouyr parler, d'aultre chose; et, de ma part, Madame, tant plus je +considère le party, plus il me semble estre grand, honnorable et +advantageux pour le Roy, et pour Monsieur; dont je ne desire sinon +qu'il soit exempt de tromperie, comme je prendray bien garde, du plus +prez qu'il me sera possible, qu'il n'y en ayt point, et que Dieu le +veuille bien achever. Et sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de janvier 1571. + + Millord de Boucard est bien fort affectionné à ce propos, et + desire y estre employé. Sa Mestresse luy a dict qu'elle réserve + de lui bailler son instruction à l'heure qu'il partyra. J'entendz + que le comte de Lestre, si cella va en avant, est desjà désigné à + passer en France pour l'aller conclurre. Je suys convyé aujourduy + avecques la Royne; sur ceste bonne occasion, je notteray ce + qu'elle me dira. + + ADVIZ SUR LES CHOSES D'IRLANDE: + + Que on auroit suborné certaines gens pour pratiquer et suciter + une rébellion en Yrlande, dont ung d'eulx se nomme de La Roche, + gouverneur de Morlays en la Basse Bretaigne, qui s'en est allé + là, avecques quatre navyres, pour se randre en l'endroict où le + comte de Desmond se tenoit, et qu'il s'en est retourné de là et a + admené avecques luy ung gentilhomme, nommé Fitz Maurice, qui, + pour le présent, se tient secrectement en la Basse Bretaigne, et + sollicite d'avoir des forces pour les mener ce printemps en + Yrlande. + + Que le capitaine de Brest auroit prins ung fort, nommé d'Ingin, + et une petite isle, non guières loing de là, en Yrlande. + + + + +CLVIIe DÉPESCHE + +--du dernier jour de janvier 1571.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._) + + Réjouissances faites à Londres pour célébrer la rentrée + d'Élisabeth.--Conversation de la reine et de l'ambassadeur au + sujet de cette fête.--Affaires d'Écosse.--État de la + négociation des Pays-Bas.--Nouvelles d'Allemagne et + d'Espagne.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Négociation du + mariage du duc d'Anjou. + + + AU ROY. + +Sire, le jour que j'ay esté convyé, pour accompaigner la Royne +d'Angleterre au festin de la Bource, n'a esté guières moins solemnel +en Londres, que celluy du couronnement de la dicte Dame, car on l'y a +receue avec concours de peuple, les rues tandues, et chacun en ordre +et en son rang, comme si ce eust esté sa première entrée; et elle a +heu grand playsir que j'y aye assisté, parce qu'il s'y est monstré +plus de grandeur, ainsy soubdain, que si la chose eust esté préméditée +de longtemps; et n'a obmiz la dicte Dame de me faire remarquer +l'affection et dévotion qui s'est veue en ce grand peuple; lequel, +despuys le matin jusques à l'heure qu'ayant donné le nouveau nom de +_Change Real_ à la Bource, elle s'est vollue retirer, envyron les +huict heures de nuict, il ne s'est lassé d'estre par les rues, les +ungs en leur rang, les aultres à la foule, avec force torches, pour +l'honnorer, et luy faire mille acclamations de joye, chose qu'elle m'a +demandée si, au petit pied, ne me faisoit pas souvenir des +resjouyssances, qu'on faisoit à Paris, quant Vostre Majesté y +arrivoit; et qu'elle me confessoit tout librement qu'il luy faisoit +grand bien au cueur de se veoir ainsy aymée et desirée de ses +subjectz, lesquelz elle sçavoit n'avoir nul plus grand regrect que, la +cognoissant mortelle, ilz ne voyoient nul certain successeur, yssu +d'elle, pour régner sur eulx, après sa mort; et que la France estoit +très heureuse de cognoistre ses Roys, et ceulx qui, par ordre, +debvoient, les ungs après les aultres, succéder à la couronne. + +J'ay respondu, le plus au contentement et satisfaction de la dicte +Dame, à toutz ses propos, qu'il m'a esté possible, louant beaucoup ce +que je voyois de sa grandeur, qui estoit à priser, sans rabattre +néantmoins rien de ce qu'on sçait assés estre de plus en la vostre; et +qu'au reste, il me sembloit qu'elle auroit bien à faire à s'excuser +envers Dieu et le monde, si elle frustroit ses subjectz de la belle +postérité, qu'elle leur pouvoit bailler, et qu'ilz attandoient d'elle +pour les gouverner; qui a esté ung article, sur lequel elle s'est +prinse à discourir plusieurs aultres choses, avec playsir et avec +modestie, lesquelles je vous puys asseurer, Sire, que ne se sont +passées sans qu'elle ayt monstré, en plusieurs endroictz, de vouloir +persévérer en grande amytié avec Vostre Majesté; et, le soir mesmes, +la résolution du voyage de milord Boucard a esté du tout prinse, luy +commandant la dicte Dame ne faillyr d'estre prest à partir demain, qui +est le premier jour de febvrier, ainsy qu'il faict. + +Or, Sire, nonobstant l'acclamation du peuple, la dicte Dame et ceulx +de son conseil ne layssent de craindre la division et sublévation du +pays: car ayans les filz du comte Dherby essayé d'obtenir leur congé +pour retourner vers leur père, il leur a esté dict qu'ilz n'en +parlassent poinct, s'ilz n'en vouloient estre du tout reffuzez, +jusques à ce que les affaires de la Royne d'Escosse fussent +accommodez, qui monstre que, par iceulx, ilz entendent acquiéter les +leurs. Et le semblable a esté dict au duc de Norfolc, de ne presser sa +plus ample liberté, jusques à ce qu'il ayt esté ordonné de celle de la +Royne d'Escosse et de sa restitution, de laquelle l'on nous faict +toutjour espérer de bien en mieulx; et qu'il n'y a retardement que de +ces depputez de l'aultre party, desquelz le comte de Lenoz a, de +rechef, escript qu'ilz estoient partys, et qu'il avoit surciz la tenue +du parlement, ainsy que la Royne d'Angleterre le luy avoit mandé, pour +remettre toutes choses à ce qui seroit ordonné par le tretté. + +Hyer, on tenoit en ceste court la pratique des différans de Flandres +pour toute désacordée, non sans beaucoup d'indignation contre le duc +d'Alve et contre l'ambassadeur d'Espaigne; mais, ce matin, par +aulcunes lettres d'Envers, s'est entendu que le dict duc avoit +condescendu à la pluspart des choses, que le depputé de Londres avoit +desirées; et que le Sr Thomas Fiesque seroit en brief par deçà pour +entièrement les conclurre. Je ne sçay s'il est ainsy, ou si c'est +artiffice: tant y a que cella ne pourra estre que pour le regard des +merchandises; car, quant à l'entrecours et commerce, j'entendz qu'il +n'en est, pour encores, faict aulcune mencion. + +Il est nouvelle icy que le duc de Sualsambourg a quatre mille chevaulx +et six mil hommes de pied ez environs d'Hembourg, et que c'est en +faveur du roy de Dannemarc, pour se rescentir d'aulcuns mauvais +déportemens, que icelle ville a uzé contre luy, durant la guerre +contre le roy de Suède, et m'a dict l'ambassadeur d'Espaigne que le +duc d'Alve est très bien adverty que ce n'est à aultres fins que pour +branqueter la dicte ville; et que ce que le comte de Vuandeberg a +aussi entreprins, de retourner en quelcune de ses terres en Frize, n'a +esté qu'une légière course, laquelle ne luy a bien réuscy; et que le +dict duc craint si peu, pour ceste année, les mouvemens d'Allemaigne, +qu'il renvoye une partie de sa cavallerie au secours des Vénitiens +contre le Turq, estimant qu'il n'eust peu rien succéder plus à propos +pour le repos de la Chrestienté que la mort soubdainement advenue du +duc Auguste[25]. Néantmoins il m'a confessé que, pour quelque +souspeçon de guerre aulx Pays Bas, le dict duc ne parloit plus de s'en +retourner en Espaigne, et que le propos du duc de Medina Coeli estoit +réfroydy, s'estans desjà expédiez les princes de Bohesme de Leurs +Majestez Catholiques pour s'en retourner par Gennes en Allemaigne, +sans qu'il fût nouvelles que le dict duc les accompaignât; qu'au reste +toutz les articles de la ligue contre le Turc estoient accordez; ne +restoit plus que celluy de la création du lieuctenant de général: que +le Pape vouloit que ce fût Marc Anthonio Collonna, et le Roy +d'Espaigne, puisque dom Joan d'Austria estoit le général, desiroit +que le commandador major de Castille ou bien Joan André Doria eussent +à commander soubz luy. Sur ce, etc. Ce XXXIe jour de janvier 1571. + + [25] Cette nouvelle était fausse. Auguste, duc et électeur de + Saxe, est mort seize ans après, le 14 mars 1586. + + A LA ROYNE. + + (_Lettre à part._) + +Madame, estant en ce festin, où j'ay esté convyé pour accompaigner la +Royne d'Angleterre, le XXIIIe de ce mois, elle a prins playsir de +deviser l'après dinée, fort longtemps avecques moy; et, entre aultres +choses, elle m'a dict qu'elle estoit résolue de se maryer, non tant +pour ne s'en sçavoir passer, (car elle en avoit assés faict de +preuve), comme pour satisfaire à ses subjectz; et aussi pour obvier, +par l'authorité d'ung mary, ou par la nayssance de quelque lignée, +s'il playsoit à Dieu luy en donner, aux entreprinses qu'elle sentoit +bien qu'on feroit contre elle, et sur son estat, si elle devenoit si +vieille qu'il n'y eust plus lieu de prendre party, ny espérance +qu'elle deubt avoir d'enfans. Il est vray qu'elle craignoit grandement +de n'estre bien aymée de celluy qui la vouldroit espouser, qui luy +seroit ung second inconvénient plus dur que le premier, car elle en +mourroit plustost; et que, pourtant, elle y vouloit bien regarder. + +Je luy ay respondu que à si prudentes considérations et si vrayes, +comme celles qu'elle disoit, je n'avois que adjouxter, sinon qu'elle +pouvoit, dans ung an, avoir bien pourveu à tout cella, si, avant les +prochaines Pasques, elle se maryoit à quelque prince royal, dont +l'ellection s'en pourroit aiséement faire; et j'en cognoissoys ung qui +estoit nay à tant de sortes de vertu, qu'il ne failloit doubter +qu'elle n'en fût fort honnorée et singulièrement bien aymée, et dont +j'espèrerois qu'au bout de neuf mois après, elle se trouveroit mère +d'ung beau filz; par ainsy, en se rendant très heureuse de mary et de +lignée, elle amortyroit, par mesmes moyen, toutes les malles +entreprinses qui se pourroient jamais dresser contre elle. + +Ce qu'elle a aprouvé bien fort, et à suivy le propos assés longtemps, +avec plusieurs parolles joyeuses et modestes; et estoit Mr le cardinal +de Chatillon au mesmes festin, auquel elle n'a point parlé à part; +mais, le lendemain, il a demandé audience, et a esté quelque temps +avec elle; puys, au retour, il m'est venu dire adieu, parce qu'il +partoit le lendemain pour Canturbery, et m'a compté l'estat où il +layssoit l'affaire, qui luy sembloit estre en termes d'y pouvoir +commancer quelque fondement, mais non qu'il y en vît encores nul pour +s'y debvoir arrester; dont dépescheroit Dupin pour le vous aller +représanter tel qu'il estoit, affin que Vostre Majesté, sellon sa +prudence, nous vollût commander, à luy et à moy, ce que nous aurions à +faire. + +Je luy descouvriz quelques choses que j'avois aprinses de sa +négociation, pour luy donner plus grand lumyère comme elle estoit +receue, et avons advisé d'user de bonne intelligence ensemble, mais +secrectement, affin d'obvier aulx soupeçons de ceste court, qui +bientost seroient si grandz en ce faict, que plus ne se peult dire; et +n'ay point faict semblant au dict sieur cardinal que Vostre Majesté +m'en ayt encores faict mencion; mais ceulx qui m'ont donné les +premiers adviz de ce qu'il en a proposé, m'ont adverty qu'à la vérité +il n'a point monstré lettre de Voz Majestez, qui luy en donnast +expresse commission; dont la dicte Dame s'estoit retirée, et avoit +dict que, quant vous y vouldriez entendre, vous m'en commanderiez +quelque chose, comme vous fiant beaucoup de moy. Et ceulx là mesmes +m'ont mandé qu'elle a parlé de ce faict à plusieurs des siens, à part +l'ung de l'aultre, et mesmes a vollu avoir le conseil du duc de +Norfolc, qui a respondu qu'il avoit esté le principal autheur +d'induyre les Estatz de ce royaulme à la suplyer de se maryer, et de +laysser à sa liberté de prendre le party que bon luy sembleroit: dont +ne vouloit changer d'opinion; que quant à Monsieur, toutes choses +estoient grandes en luy, mais qu'il falloit regarder aux condicions, +sur quoi le mariage se pourroit conclurre, qui fussent honnorables +pour sa Mestresse et heurées pour son estat. + +D'aultres m'ont mandé que les quatre principaulx, qui guydent les +intentions de la dicte Dame, se sont assemblez pour résouldre qu'est +ce qu'ilz luy en conseilleroient. Je vous manderay bientost leur +conseil, et vous adjouxteray cependant, Madame, cestuy cy du mien, +qu'encor que ceste princesse soit bonne et vertueuse, je ne la tiens +toutesfois esloignée du naturel de celles qui veulent monstrer de +fouyr, lorsque plus elles sont recerchées; et ceste nation a aussi +cella de péculier que, plus on desire quelque chose d'eulx, encor qu'à +leur proffict, plus ilz la souspeçonnent; dont sera bon de ne +descouvrir trop d'affection de vostre costé, Madame, jusques à ce +qu'ilz se soyent layssez clairement entendre du leur. Je vous +escripray bientost d'aultres choses plus importantes de ce propos par +le Sr de Vassal, qui vous pourront assés esclayrer: et sur ce, etc. Ce +XXXIe jour de janvier 1571. + + + + +CLVIIIe DÉPESCHE + +--du VIe jour de febvrier 1571.-- + +(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._) + + Négociation concernant Marie Stuart.--Congé accordé par la reine + aux fils du comte de Dherby.--Concession faite par le pape au + roi d'Espagne du royaume d'Irlande, sous la condition d'y + rétablir la religion catholique.--Entreprise préparée par les + Espagnols pour s'emparer de ce pays.--_Lettre secrète à la + reine-mère._ Négociation du mariage du duc d'Anjou.--_Mémoire._ + Nouvelles d'Allemagne.--Projet des protestans de faire une + entreprise contre les Pays-Bas.--Affaires d'Écosse.--_Mémoire + secret._ Détails circonstanciés et confidentiels sur la + proposition de mariage du duc d'Anjou. + + + AU ROY. + +Sire, s'estant la Royne d'Angleterre bien trouvée de sa santé en ceste +ville de Londres, d'où le grand yver a chassé toute souspeçon de +peste, elle s'est résolue d'y passer le reste du caresme prenant, et, +à ceste cause, s'est allée loger en sa mayson de Ouesmestre, où l'on +radresse les lisses pour le tournoy, dont je vous ay cy devant +escript; ayant remiz la dicte Dame de ne descendre à Grenvich jusques +à environ la my mars, que noz amys de ceste court nous donnent grand +espérance que les affaires de la Royne d'Escosse seront, entre cy et +là, accommodez, nonobstant les grandz empeschemens que les comte et +comtesse de Lenoz s'esforcent d'y mettre; qui, despuys huict jours, +ont donné entendre qu'il y avoit une entreprinse dressée en Escosse +pour venir enlever la dicte Dame du lieu où elle est, et l'aller +remettre par force en son estat. De quoy est advenu que le comte de +Cherosbery l'a faicte despuis fort observer, et luy a usé ceste +rigueur qui l'a faicte recheoir en fiebvre, mais l'on y a remédié le +mieulx et par le plus sage moyen qu'on a peu. Les depputez de +l'aultre party s'espèrent en ce lieu, dans cinq ou six jours, et n'est +possible que plus tost qu'ilz arrivent nous puissions aulcunement +advancer le tretté. Ceulx qui portent icy ce faict m'ont prié, Sire, +de vous advertyr en dilligence que milord Boucard a commission +expresse de vous en parler et de remander incontinent par deçà vostre +responce, et tout ce qu'il aura pu noter de vostre intention en cella, +affin que, sellon qu'il vous y aura cogneu ou remiz, ou affectionné, +l'on procède icy ou froydement, ou bien avecques effect, au dict +tretté; dont Vostre Majesté luy pourra user des mesmes parolles +vertueuses et modestes qu'il a faict jusques icy, affin de consommer +l'honnorable oeuvre, qu'avez commancé, de la restitution de ceste +princesse, qui touche assés à Vostre Majesté et à la réputation de +vostre couronne; et aussi pour obvier aulx inconvéniens qu'à faulte de +ce pourroient cy après survenir. + +Les deux filz du comte Derby, nonobstant qu'on les ayt advertys de ne +demander leur congé, n'ont layssé d'instantment le pourchasser; et +leur est advenu ce qu'ilz avoient pansé, qu'on ne le leur auzeroit +reffuzer, dont, après que la Royne leur a faict quelque réprimande, et +les a heu admonestez de se mieulx déporter pour l'advenir, avec +quelque difficulté de ne leur bailler sa main à bayser, elle les a +licenciez. + +Au surplus, Sire, aulcuns seigneurs catholiques de ce royaulme me +viennent d'advertyr qu'ilz ont tout freschement receu nouvelles de +Rome, comme le Roy d'Espaigne a envoyé proposer au Pape l'offre que +Estuqueley luy a faicte du royaulme d'Yrlande, de la part de ceulx du +pays, qui sont prestz de le recepvoir, et comme il n'y a vollu +entendre, sans la concession de Sa Saincteté, comme de celluy, de qui +relève, de droict, icelle couronne; et que Sa dicte Saincteté luy en a +desjà envoyé son consens avec permission d'entreprendre, au nom de +Dieu, ceste conqueste, en ce qu'il restablyra la religion catholique +au dict pays; et que le dict Roy est dellibéré d'y faire descendre +bientost, ou du costé d'Espaigne ou de Flandres, dix mil hommes. Je ne +sçay encores si les dicts seigneurs catholiques ont encores descouvert +rien de cecy à leur Royne; tant y a que je ne vois pas qu'il se face +nul préparatif pour y résister: et l'ambassadeur d'Espaigne m'a +curieusement enquiz comme il alloit de ces Brethons, qui estoient +descenduz au dict pays, et en quoy en estoit la plaincte, que la Royne +d'Angleterre m'en avoit faicte. A quoy je luy ay respondu, sellon +l'intention que j'ay estimé qu'il me le demandoit. Et a l'on opinion, +Sire, qu'affin que ceulx cy ne souspeçonnent rien de l'entreprinse, et +qu'ilz ne preignent nulle deffiance du Roy d'Espaigne, le duc d'Alve +les va entretenant d'ung grand artiffice sur l'accord des +merchandises, lequel pourtant se monstre enveloupé chacun jour de +nouvelles difficultez. Sur ce, etc. + + Ce VIe jour de febvrier 1571. + + + A LA ROYNE. + + (_Lettre à part._) + +Madame, j'ay sceu que des quatre seigneurs que je vous escripviz, par +ma précédante petite lettre, qui s'estoit assemblez pour dellibérer de +ce qu'ilz avoient à conseiller à leur Mestresse touchant le party de +Monseigneur vostre filz, le premier l'a plainement aprouvé comme très +bon et très honnorable; le second l'a entièrement contradict, comme +suspect à la religion protestante, plein de jalouzie aulx aultres +princes, et très dangereux pour ce royaume; le tiers a assez suyvy +ceste seconde opinion; et le quatriesme s'est joinct au premier, mais +avec ung conseil assés dangereux: c'est qu'il a dict qu'il falloit, en +toutes sortes, suyvre le propos, car si leur Mestresse estoit résolue +de se marier et de ne vouloir point des siens, il n'y avoit nul prince +si commode au monde pour elle que Monsieur, et qu'il ne falloit +doubter que le mariage ne s'en ensuyvyst, avec l'honneur et advantaige +d'elle et de son royaume: si, d'advanture, elle n'en avoit nul desir, +encores sçavoit il le moyen comme, avecques le mesmes honneur et +advantaige, après qu'on se seroit servy du propos, l'on le pourroit +rompre sans offancer Monsieur, qui n'en demeureroit que bien +affectionné à la dicte Dame, mais que tout le mal gré en tumberoit sur +le Roy, par ce qu'il n'auroit vollu accomplyr les condicions; et s'en +engendreroit une division entre les deux frères, qui ne seroit que +utille à l'Angleterre. Ce n'est pourtant, Madame, que celluy, qui a +donné ce conseil, n'ayt bonne affection au party, mais il est anglois, +et possible il a proposé cella, affin qu'il se trouve tant moins de +contradisans au présent desir de la dicte Dame, laquelle monstre +cercher bien fort qui le luy veuille aprouver; et c'est cependant un +adviz à Vostre Majesté pour divertyr que tel inconveniant n'adviegne. + +J'ay cerché de sçavoir qu'est ce qui avoit réussy du dict conseil, et +aulcuns de ceulx, qui ne sont encores bien résoluz s'ilz debvoient +trouver le dict party bon ou mauvais, m'ont mandé que toutes les +parolles et démonstrations de la dicte Dame et des siens ne sont que +simulation, affin de pouvoir bientost tenir ung parlement là dessus, +et tirer de l'argent des subjectz, et se meintenir en quelque +réputation vers eulx et vers les princes estrangiers; et que pourtant +l'on ne se doibt haster d'en parler plus avant, jusques à ce que l'on +y voye quelque meilleur fondement; et que mesmes le comte de Lestre +s'estoit de nouveau faict proposer à sa Mestresse par aulcuns des +principaulx du conseil, qui avoit fort réfroydy le propos. D'aultres +m'ont mandé que la dicte Dame persévéroit, et à bon esciant, et pour +causes nécessaires, à se vouloir marier; et que, sur le partement de +milord Boucard, entendant les diverses opinions que ceulx de son +conseil avoient là dessus, elle les avoit assemblez pour leur dire, la +larme à l'oeil, que, si nul mal venoit à elle, à sa couronne et à ses +subjectz, pour n'avoir espousé l'archiduc Charles, il debvoit estre +imputé à eulx et non à elle; qui aussi estoient cause que le Roy +d'Espaigne avoit esté offancé, et que le royaulme d'Escosse estoit en +armes contre le sien, et qu'il n'avoit tenu aussi à eulx que le Roy +n'eust esté beaucoup provoqué davantaige par leurs déportemens en +faveur de ceulx de la Rochelle, si elle ne les eust empeschez; dont +les prioit très toutz de luy ayder meintenant à rabiller toutz les +maulx par ung seul moyen, qui estoit de bien conduyre ce party de +Monsieur; et qu'elle tiendroit pour mauvais subject, et ennemy de ce +royaulme et très déloyal à son service, qui aulcunement le luy +traverseroit. Dont me vouloient bien asseurer que nulz, à présent, n'y +ozoient plus contradire. + +Je n'ay layssé, pour cella, de tenir fort suspect le comte de Lestre, +à cause de l'adviz précédant, jusques à ce que luy mesmes, lundy +dernier, s'est convyé à dyner en mon logis avec le marquis de +Norampthon, le comte de Sussex, le comte de Betfort, milord +Chamberlan, et aultres seigneurs de ceste court, tout exprès pour me +venir compter comme les partisans d'Espaigne, qui craignent +infinyement le mariage de Monsieur, et aussi le secrétaire-Cecille qui +ne veult en façon du monde que sa Mestresse ayt ny luy, ny nul aultre +mary que soy mesmes, qui est roy plus qu'elle, l'avoient fort +instantment sollicitée de vouloir accepter le dict comte de Lestre +comme celluy qui seroit de très grande satisfaction à tout le +royaulme, et qu'elle mesmes l'avoit pryé de les en remercyer; mais il +luy avoit respondu que, quant le temps luy estoit bon, ils luy avoient +esté contraires, et meintenant que le temps ne luy servoit plus ilz +monstroient de luy ayder, et qu'ilz ne faisoient cella, ny comme bons +serviteurs d'elle, ny comme vrays amys à luy, ains pour interrompre le +propos de Monsieur; par ainsy, qu'elle l'excusât s'il ne leur en +sçavoit nul gré, ny leur en randoit nul mercys. Et a adjouxté qu'il +espéroit que les amys pourroient plus en cecy que les adversayres. +J'ay donné instruction, Madame, d'aulcunes aultres particullaritez là +dessus au Sr de Vassal, comme à ung gentilhomme, que je tiens fort +secrect et fidelle, qui vous en rendra bon compte; et sur ce, etc. + + Ce VIe jour de febvrier 1571. + + DIRA LE SR DE VASSAL A LEURS MAJESTEZ, oultre les choses + susdictes: + + Que, despuys quelque temps en çà, la Royne d'Angleterre a déclaré + qu'elle se vouloit maryer, et a monstré que ce sien desir estoit + fondé sur une tant raysonnable et quasi nécessaire occasion que + plusieurs, qui souloient opinyastrer le contraire, commencent + d'en parler, à ceste heure, aultrement; néantmoins, sur ce qui + ne se peult bien dicerner encores, si elle le veult à bon + esciant, ou bien si elle le veult ainsy donner à croyre, et sur + la diversité des partys ausquelz elle pourroit entendre, et des + condicions qui auroient à se requérir, non seulement ceulx de son + conseil, mais ceulx de sa noblesse, et presque toutz ses + principaulx subjectz en sont en grand contention entre eulx, et + se bandent desjà en plusieurs conseils et assemblées secrectes + pour en tretter, sellon que le desir, ou de pourvoir à la + religion protestante; ou d'ayder à la catholique; ou de + préjudicier aulx tiltres prétendus de la succession de ce + royaulme; ou de favoriser les affaires de la Royne d'Escosse; ou + de nourryr amytié avec la France; ou bien de confirmer plus que + jamais celle de Bourgoigne; ou de n'innover rien au présent estat + de ce royaulme, qui est doulx à plusieurs, pousse les ungs et les + autres à interrompre ou bien advancer le propos. + + Néantmoins, pour estre encores ceste matière trop peu meure, la + dicte Dame réserve la tenue de son parlement jusques en may ou + juing, pour en mieulx dellibérer, lequel aultrement debvoit estre + convoqué en ce moys de janvier, sur la nécessité d'avoir argent; + car l'Allemaigne et l'Escosse, despuys deux ans, luy ont assés + espuysé ses finances; et l'interruption du commerce n'a permiz + qu'elle les ayt peu remplyr, bien que, en certain propos, elle + m'a naguières donné entendre qu'elle avoit heu si peu de + nécessité, que encores n'avoit elle aulcunement touché aulx + deniers du Roy d'Espaigne. + + Par lettres, naguières venues de dellà la mer, de divers lieux, + l'on est en diverses opinions, en ceste court, des choses + d'Allemaigne; car les ungs mandent que le duc d'Alve a + intelligence avec le duc de Sualsambourg, pensionnaire du Roy + d'Espaigne, contre la ville de Hembourg, parce qu'elle a receu le + commerce des Anglois, et est encores pleyne de leurs + merchandises, et si, a favorisé les pratiques du prince d'Orange, + et forny argent pour icelles contre les Pays Bas. + + Les aultres escripvent que les princes et capitaines, qui lèvent + gens en Allemaigne, s'entendent avec le dict de Sualsambourg et + avec le comte de Vuandeberc, et que, soubz colleur, l'ung + d'assiéger Hembourg pour le roy de Danemarc, et l'aultre de + recouvrer ses terres, ilz se préparent toutz deux, et le roy de + Dannemarc aussi, à l'entreprinse des Pays Bas, avec le secours + que le Prince d'Orange, beau frère des trois, doibt admener + d'Allemaigne; et que icelluy roy de Dannemarc dellibère + d'interrompre toutz les trafficz d'Ostrelan, et des régions + froydes, aulx Flamans; et mesmes leur serrer une rivière, par où + ilz ont accoustumé de recouvrer leurs bledz et aultres + provisions, affin de commancer, de bonne heure, à leur retrancher + vivres. + + Et adjouxtent que Monsieur, frère du Roy, n'est que bien disposé + à ceste entreprinse pour recouvrer ceste portion des dicts Pays + Bas, qui apartient à la couronne de France; et qu'il a suplié le + Roy de luy permettre de faire ung essay pour en agrandir son + appanaige, et d'y employer la gendarmerye, et ce grand nombre de + gens de guerre, qui sont meintennant en France, mesmes que les + Françoys ne desirent rien tant que cella; s'apercevans enfin des + tromperies et simulations du Roy d'Espaigne et de ses ministres, + et murmurans que les jours ont esté advancez à sa dernière femme, + Fille de France, par mauvais trettement qu'elle a reçeu avecques + luy, dont j'ay merveilleusement rejetté tout le contenu de cest + article, quant on m'en a parlé; + + Et que le duc d'Alve, craignant ung si grand orage, commance de + mettre ung grand ordre à ses affaires, à recueillyr deniers et + armes de toutz costez, et faire secrecte description de gens de + guerre. Néantmoins l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, monstre + de ne croyre, en façon du monde, qu'il y ayt nulz aprestz contre + les Pays Bas, ains tout le contraire, ainsi que je l'ay mandé par + ma précédante dépesche, qu'encor qu'il pense bien qu'il ne + tiendroit aulx Anglois que telles choses ne fussent mises en + avant et exécutées, que néantmoins la Royne d'Angleterre n'y + veult advancer ses deniers contans, ni aultre chose que parolles + et promesses, qui ne sont suffizantes pour mouvoir les Allemans, + ni pour faire marcher une armée. + + Comme, à la vérité, j'entendz que le capitaine, qui est icy pour + le duc Auguste, et qui asseure n'y avoir aulcune certitude de la + mort de son maistre, mais bien qu'il estoit fort mallade, n'a + esté encores guières bien respondu sur la pratique qu'il mène + d'avoir deniers pour les dicts aprestz d'Allemaigne; et si, + semble qu'il n'inciste pas fort que la dicte Dame veuille entrer + en nulle ligue avec les princes protestans, s'estant layssé + entendre que le dict duc Auguste aussi n'y entrera pas et qu'il + ne cerche que fère amys de toutz costez, pour s'en ayder au + besoing; néantmoins qu'il favorisera et assistera la dicte + entreprinse d'iceulx princes. + + Le susdict ambassadeur d'Espaigne a heu adviz que Mr le cardinal + de Chatillon a proposé à ceste Royne, et à ceulx de son conseil, + s'ilz trouveroient bon que le comte Ludovic de Naussau vînt avec + aulcuns bons navyres de guerre de la Rochelle pour se joindre à + ceulx du Sr de Lumbres, affin de tenir ceste mer subjecte contre + le duc d'Alve à la dévotion toutesfoys de ce royaulme, et que + cella a esté bien receu du dict conseil et favorisé du comte de + Lestre, et qu'il entend qu'on arme à cest effect à la Rochelle + plusieurs navyres, chose qu'il estime ne pouvoir estre trouvée + bonne du Roy. + + Les depputez de la Royne d'Escosse sont venuz plusieurs fois + prandre familièrement leur disner en mon logis, et m'ont, entre + aultres choses, remonstré qu'ilz sont envoyez, de la part des + principaux seigneurs de leur pays, pour assister au tretté et y + procurer la restitution de leur Mestresse, avec charge de + procéder en tout sellon qu'elle leur ordonnera, et avec article + espécial de ne faire rien au préjudice de l'alliance de France; + et qu'ilz supplient très humblement le Roy, qu'au cas que le dict + tretté ne succède, qu'il veuille avoir souvenance d'eulx; car ilz + disent avoir esté toutz essayez, l'ung après l'autre, par grandes + offres et présens, de la part de la Royne d'Angleterre, pour + suyvre son party, et qu'ilz ont tout rejetté, et ont choysy de + souffrir plustost toutes extrémitez que de quicter ung seul point + de l'alliance et dévotion qu'ilz ont à la couronne de France; + + Et que les dicts seigneurs requièrent une chose de l'évesque de + Roz et de moy, c'est que nous les veuillons advertyr, de bonne + heure, s'il y aura apparance que le tretté ne succède, affin de + se pourvoir; et que, sans mettre le Roy en nulle guerre ouverte, + s'il luy playt les ayder, quelque temps, de quatre mil escuz par + mois, pour entretenir trois cens hommes dans le chasteau de + Lislebourg, et sept cens hommes en la campaigne, ilz promettent + de faire ce qui s'ensuyt: + + Sçavoir, le lair de Granges, capitaine du dict chasteau de + Lislebourg, de surprendre les comtes de Lenoz et de Morthon, et + les mettre dans son dict chasteau, pour en faire ce que leur + Mestresse commandera, et de randre paysible et obéyssante la + ville de Lislebourg à la dicte Dame; les aultres seigneurs + qu'avec les sept centz hommes, ilz chasseront les Anglois de tout + le pays, estandront leur ligue, remettront partout l'authorité de + la Royne d'Escosse, de sorte qu'il ne se parlera plus que de luy + obéyr, et de demeurer fermes en l'alliance de France, et qu'ilz + réduyront, tout entièrement, le royaulme en l'estat qu'il estoit + auparavant, estantz toutz les principaulx de la noblesse de ce + desir, sinon le dict Lenoz, qui n'a, à présent, cinq cens escuz + de rante au dict pays, et Morthon, qui est homme nouveau et + sordide. + + Le Roy d'Espaigne a escript à son ambassadeur, qui est icy, qu'il + le résolve clairement, et en brief, de ce qui se doibt espérer de + la restitution de la Royne d'Escosse, et en quoy l'on est du + tretté, monstrant qu'il a bien fort à cueur la matière; et + icelluy ambassadeur a dict à l'évesque de Roz que son Maistre ne + regarde sinon comme le Roy commancera d'y procéder, car, de sa + part, il y est tout prest et tout résolu. Et par lettre de Rome + s'entend que le Pape a desjà miz une provision de deniers ez + mains du duc d'Alve, pour ayder l'entreprinse sellon que l'ordre + en sera mandé par Ridolfy; lequel Ridolfy et les seigneurs + catholiques de ce pays, me recerchent fort de mettre en avant que + les deux Roys se veuillent entendre et se unyr à la dicte + entreprinse; ce que j'ayme mieulx qui me soit proposé par le dict + ambassadeur, qui ne m'en a parlé, longtemps y a, que non pas par + eulx. + + Je ne puis encores juger au vray si la dellibération de la dicte + entreprinse est bien certaine, et moins encores quel événement + elle pourra avoir. Tant y a que, pour la conformité de celle + d'Yrlande, elle me semble trop esloignée du vraysemblable, et je + sens bien que les Escouçoys, doubtans du secours de France, + commancent fort d'espérer en cestuy cy; et le duc d'Alve leur a + desjà advancé quelques deniers, ainsy que je l'ay desjà escript. + + AULTRE MÉMOIRE ET INSTRUCTION A PART: + + Que le propos de maryer Monsieur avec la Royne, a prins son + commancement de ce que, ayant, en une mienne audience, parlé à la + dicte Dame des fianceailles du Roy, qui se debvoient faire à + Espire, après qu'elle se fût retirée avec ses dames, elle se + plaignit que, se faisans plusieurs honnorables mariages en la + Chrestienté, nul de son conseil ne luy parloit à elle de prandre + party, et que, si le comte de Sussex fût présent, au moins luy + ramentevroit il l'archiduc Charles. + + Ce que ayant l'une des dames raporté au comte de Lestre, il + s'esforcea, le lendemain, affin de luy complayre, de luy remettre + si bien le dict archiduc en termes, que le voyage de Coban en fut + incontinent dressé; et, de là en avant, elle monstra, de plus en + plus, estre résolue de se maryer, et de parler d'affection de + l'archiduc, de sorte que le dict comte se repentyt assés d'en + avoir meu le propos. + + Sur quoy arrivant le vydame de Chartres pour prandre congé + d'elle, il luy parla de Monsieur, frère du Roy, et en parla aussi + à plusieurs de son conseil, qui en furent les ungs bien ayses + pour traverser l'aultre propos, et les aultres marrys, qui ne + vouloient qu'on mit, en façon du monde, cestuy cy en avant. + + Dont, après que le dict Coban fût de retour avec la responce de + reffuz, elle commança lors d'ouyr, avec plus d'affection, ceulx + qui luy proposoient Monsieur; et arrivant là dessus quelque + responce du vydame, et survenant, peu après, Mr le cardinal de + Chatillon, la matière s'est si bien eschauffée que la dicte Dame + ne parle plus que de luy, et a dict, tout hault, «que les siens + l'avoient souvant pressée de se maryer, mais puys après ilz y + avoient adjouxté tant de dures condicions qu'ilz l'en avoient + engardée, et qu'elle cognoistroit meintenant qui seroient ses + bons et fidelles subjectz, et les sauroit bien remarquer, et + qu'elle tiendroit pour desloyaux ceulx qui luy traverseroient ce + tant honnorable party». + + Et comme l'une de ses dames regrettoit que Mon dict Seigneur + n'eust quelques ans davantaige, elle respondit:--«Il a vingt ans + qui en vallent vingt cinq, car il n'y a rien en son esprit, ny en + sa personne, qui ne soit d'homme de valleur.» + + Et à milord Chamberland qui luy faisoit ung compte, comme Mon + dict Seigneur avoit faict une course jusques à Roan pour voir une + jeune flamande fort belle, que le père, craignant qu'elle ne se + derrobât pour le suyvre, l'avoit jettée en haste hors de la ville + et conduicte à Dièpe, où n'attendoit que le vent pour la passer + en Angleterre, l'une des dames respondit:--«Et bien c'est qu'il + n'est point paresseux pour aller voir les dames, il ne craindra + guières de passer la mer.»--«Ce ne seroit, respondit la Royne, à + mon proffict qu'il fût si dilligent, mais il n'en est pourtant + moins à priser.» + + Et au baron de Vualfrind, lequel je luy présentay de la part du + Roy, après qu'elle luy eust assés amplement parlé du mariage de + l'archiduc, en une façon pleyne de jalouzie et de desdein, + réprouvant bien fort les nopces d'entre si prochains, comme + l'oncle et la niepce:--«Bien que le Roy d'Espaigne, disoit elle, + comme grand prince, eust possible estimé que son exemple + servyroit de loy au monde, mais c'estoit une loy contre le ciel;» + luy dit:--«Que l'archiduc luy estoit grandement obligé de ce que, + l'ayant reffusé, elle luy avoit faict trouver mieulx qu'elle, et + où l'amytié ne deffauldroit, car, s'ilz ne s'aymoient comme + espouzés, ilz s'aymeroient comme parans; et qu'elle espéroit + aussi trouver mieulx que luy, dont le regrect cesseroit des deux + costez.» Puys se corrigea que;--«A la vérité elle ne l'avoit pas + reffuzé, mais elle avoit bien différé la responce, et il ne + l'avoit vollue attandre; néantmoins elle ne lairroit d'aymer et + honnorer toutjour l'Empereur, et toute sa mayson, sans aulcun + excepter.» + + Et, au retour de là, le dict sieur baron me demanda si je pensois + qu'elle eust parlé d'affection et avec jalouzie du dict archiduc, + ou bien par manière de deviz, et qu'il se repentoit de ne luy + avoir proposé le prince Rodolfe, qui a desjà dix sept ans. Je luy + respondiz que «le voyage, que le jeune Coban avoit dernièrement + faict devers l'Empereur, monstroit que, si l'archiduc eust vollu, + à ceste heure, entendre à ce party, qu'il eust esté accepté.»--Il + répliqua «qu'il en auroit doncques beaucoup de regrect, et qu'il + s'estoit trop hasté de s'obliger à celle de Bavière, bien qu'il + me vouloit dire que les conditions, sur lesquelles on le vouloit + maryer avec ceste Royne, estoient, à ce qu'il avoit ouy dire, si + dures et iniques qu'il eust esté trop plus subject que Roy.» + + L'on me vient d'advertyr que, sabmedy dernier, se plaignant la + dicte Dame à l'admyralle Clinton et à milady Coban des + difficultez, qu'aulcuns des siens trouvoient au party de + Monsieur, comme trop jeune, elle les avoit conjuré de luy en dire + librement leur opinion, et que, comme les deux plus loyales, et + où elle se fyoit plus qu'en dames de ce monde, elles ne luy en + vollussent rien dissimuler; et que la dicte Clinton, luy ayant + fort loué ses perfections et confirmé grandement son opinion de + se maryer, avoit aprouvé entièrement qu'elle deût espouser + Monsieur; et que sa jeunesse ne luy debvoit faire peur, car il + estoit vertueux, et elle, pour luy en donner, en toutes sortes, + plus de satisfaction que nulle aultre princesse du monde ne + sçauroit faire. Ce que la dicte Dame avoit accepté avec tant de + démonstration de playsir, que milady Coban, n'y ozant rien + contradire, avoit seulement dict que les mariages estoient + toutjour mieulx faictz et plus plains de contantement, quant l'on + espousoit personne de âge pareil, ou aprochant au sien, que quant + il y avoit grande inégalité. A quoy elle avoit respondu:--«Qu'il + n'y avoit que dix ans de différant entre deux, et qu'il eust esté + fort à propos que ce eust esté luy qui les heût davantaige; mais, + puysqu'il playsoit à Dieu qu'elle fût la plus vielle, elle + espéroit qu'il se contenteroit des aultres advantaiges.» + + Il semble que milord Boucard va par dellà fort pourveu de bonne + intention en cest endroict, et qu'il desire infinyement d'y estre + employé; et le secrétaire, qu'il mène, qui luy a esté ordonné par + la dicte Dame, s'est venu offryr à moy de servyr, en tout ce + qu'il pourra, jusques à la mort; et le Sr Cavalcanty y est plus + ardant que nul, mais je ne sçay s'il a encores descouvert en + quelle intention en est Cecille; tant y a que deppendant + entièrement de luy, il sera bon d'aller ung peu réservé en son + endroict, et néantmoins s'en servyr en ce que Leurs Majestez + cognoistront qu'il leur y pourra estre ministre commode et + opportun; car, oultre qu'il se dict très dévot à la France, et + péculier serviteur de la Royne, il est fort bien entendu ez + humeurs de deçà. Il n'a vollu partyr avec le dict Boucard pour + n'estre veu aller aulcunement pour ce fait, et m'a dict qu'il + n'est pas expressément commandé de faire le voyage, mais qu'on + est bien fort ayse qu'il le face, et il part demain matin. + + + + +CLIXe DÉPESCHE + +--du XIIe jour de febvrier 1571.-- + +(_Envoyée exprès par Jehan Volet jusques à Calais._) + + Négociation de Walsingham, ambassadeur en France.--Affaires + d'Irlande; crainte des Anglais qu'une entreprise ne soit tentée + sur ce pays.--Affaires d'Écosse; retards apportés à la + conclusion du traité.--Ligue contre les Turcs.--Nouvelles + d'Allemagne. + + + AU ROY. + +Sire, par la première dépesche, que le Sr de Vualsinguan a faict par +deçà[26], il s'est si grandement loué à la Royne, sa Mestresse, de +l'honorable réception et des vertueuses responces qu'il a eues de +Vostre Majesté, et des bons propos et démonstrations que la Royne, +vostre Mère, et Monseigneur, luy ont usé, que le comte de Lestre m'a +mandé qu'elle m'en rendra ung bien fort grand mercys, la première fois +que je l'yray trouver, affin que je le vous face puys après entendre +de sa part; et que je vous représante le grand contantement qu'elle en +a reçeu, qui ne la pourriez, à ce qu'il dict, en nulle chose du monde +plus grandement gratiffier que de favoriser ses ambassadeurs. Et n'ay +point sçeu, à la vérité, Sire, que, pour ce commancement, il ayt donné +que une bien fort bonne satisfaction de Voz Majestez à sa dicte +Mestresse. Il est vray qu'il a asseuré la dicte Dame, ainsy qu'on m'a +dict, que la pratique, que le capitaine La Roche mène en Yrlande, +n'est incogneue en vostre court; de quoy aulcuns de son conseil luy +ont vollu persuader qu'elle devoit donc révoquer milord de Boucard +qui, pour ceste occasion, a esté arresté ung jour à Canturbery; mais +elle a vollu qu'il ayt passé oultre, espérant que, sur ce qu'elle m'a +naguières proposé d'icelluy faict, Vostre Majesté l'en satisfera +bientost. + + [26] Voir les _Mémoires et Instructions pour les ambassadeurs ou + Lettres et Négociations de Walsingham, ministre et secrétaire + d'état sous Élisabeth, reine d'Angleterre_, 1 vol. in-4º, + Amsterdam, 1700. + +La dicte Dame commance de tourner ses pensées aulx choses du dict pays +d'Yrlande, car, oultre le faict du dict capitaine La Roche, elle a +toutjours crainct que le Roy d'Espaigne se vouldroit revancher des +prinses de mer par quelque entreprinse sur icelluy pays; et, encores, +par le dernier courrier de Flandres, entendant que le duc d'Alve se +monstroit si réfroydy en la composition des dictes prinses, que +l'agent de la dicte Dame estoit sur le poinct de s'en revenir, sans +avoir rien faict, elle en entroit en plus grande deffiance, mais ung +aultre courrier extraordinaire en vient d'arriver, qui dict que +icelluy agent a heu, despuys huict jours, une meilleure responce du +dict duc. Néantmoins, estantz desjà aulcuns indices venuz à la dicte +Dame de la dellibération du dict Roy d'Espaigne en cella, et luy en +ayant Mr le cardinal de Chatillon, à ce qu'on m'a dict, mandé, despuys +six jours, d'aultres certains adviz, elle monstre, à présent, de le +croyre; dont a mandé à millord Sydney debitis d'Yrlande, qui estoit +prest à s'en venir par deçà, de ne bouger de sa charge, et de pourvoir +soigneusement à la garde du pays, et qu'elle donna promptement ordre +qu'il luy soit envoyé tout ce qui luy sera besoing. + +Les choses d'Escosse se brouillent de nouveau, car ceulx du party de +la Royne commancent de se revancher par dellà sur ceulx qui suyvent le +party du comte de Lenoz, et le comte de Morthon, faisant le long à +venir, prolonge icy beaucoup le tretté, ce qui donne cependant loysir +à la comtesse de Lenoz et aulx siens de remettre en l'opinion de la +Royne d'Angleterre plusieurs malles impressions contre la Royne +d'Escosse, luy persuadant qu'elle aspire à sa vie et à la déboutter de +son estat, si bien qu'elle en est entrée en de grandes souspeçons, +mesmes contre ses plus intimes conseillers; qui faict que toute ceste +court s'en trouve divisée et en grand perplexité. Dont les depputez de +la dicte Royne d'Escosse, craignans qu'enfin cella n'admène une +ropture du dict traicté, suplient, de rechef, très humblement Vostre +Majesté, de les vouloir, de bonne heure, et par secrectz moyens, +secourir de ceste provision de quatre mil escuz par moys, qu'ilz vous +demandent, durant quelque temps, affin d'exécuter promptement ce +qu'ilz ont projecté pour le restablissement de l'auctorité de leur +Mestresse, et pour la conservation de leur pays, et pour l'honneur et +la gloire de Vostre Majesté et de l'alliance qu'ilz ont avec vostre +couronne; s'asseurans que la guerre ne durera jamais ung ou deux tiers +d'an. Et m'ont proposé, au cas que voz présens affaires ne permissent, +Sire, que les puyssiez si tost ayder de ceste somme, qu'il soit vostre +bon playsir de la leur faire recouvrer sur l'afferme du douaire de +leur Mestresse, en la faisant délivrer à quelques merchans pour deux +ou trois ans à venir, moyennant qu'ilz advanceront les deniers, +desquelz, s'il en debvoit survenir cy après nul intérest à Vostre +Majesté, ou quelque diminution à leur dicte Mestresse, ilz se offrent +de le faire rembourser par les Estatz de leur pays; et ne vous auront, +à ce qu'ilz disent, moindre obligation que si le secours estoit tout +entièrement sorty de voz propres finances. A quoy vous playrra, Sire, +me faire respondre par voz premières, car, sellon que j'en entendray +vostre vollonté, je les laysseray, ou bien les divertiray d'en envoyer +poursuyvre le moyen par dellà, comme ilz ont dellibéré de faire. + +Il est nouvelles icy que l'Empereur a offert d'entrer en la ligue +contre le Turq, et que, en propre personne, il luy commancera la +guerre, pourveu que les confédérez luy veuillent souldoyer vingt mil +hommes de pied, et luy donner douze mil escuz par moys, pour les +aultres provisions de l'armée; et qu'il a esté de nouveau provoqué à +cella, à l'ocasion de ce que le Turq luy a mandé qu'il ayt à luy +remettre entièrement le tiltre du royaulme de Transilvanye, sans +jamais plus le s'aproprier. + +L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a adviz que le comte de +Sualsemberg, après avoir composé avec ceulx d'Embourg, pour quarante +mil tallardz contants, et avec ceulx de Brème pour vingt cinq mil, a +séparé ses gens; par ainsy, toute la peur de ceste guerre est +estaincte. Sur ce, etc. Ce XIIe jour de febvrier 1571. + + + + +CLXe DÉPESCHE + +--du XVIIe jour de febvrier 1571.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par Bon Jehan._) + + Affaires d'Écosse.--Efforts de l'ambassadeur pour empêcher que le + prince d'Écosse ne soit livré à la reine + d'Angleterre.--Sollicitation faite par le duc d'Albe, au nom du + roi d'Espagne, en faveur de Marie Stuart.--Négociation des + Pays-Bas. + + + AU ROY. + +Sire, par la dépesche de Vostre Majesté, du premier de ce mois, que le +Sr de Sabran m'a apportée, il m'a esté si sagement et avec tant de +bonnes considérations satisfaict sur tout ce que, par mes précédantes, +jusques au vingt quatriesme du passé, je vous avois escript de l'estat +des choses de deçà, qu'il ne me reste rien à présent que de bien +ensuyvre ce que clairement et fort exprès il vous playt m'en +commander, qui mettray peine, Sire, que vous y soyez le plus +exactement bien servy qu'il me sera possible; seulement je me trouve +empesché du faict du petit Prince d'Escosse, lequel je vous suplie +très humblement, Sire, de croyre que j'ay travaillé aultant que j'ay +peu, et sans trop me descouvrir, à disposer icy les depputez de la +Royne, sa mère, et ay pareillement envoyé disposer ceulx de l'aultre +party jusques en Escosse, pour s'opposer à ce qu'il ne soit admené par +deçà, et n'ay obmiz nul des inconvéniens qui en pourroient advenir, +que je ne les leur aye toutz représentez; et ay sondé si avant iceulx +depputez de la dicte Dame qu'ilz m'ont confessé que les seigneurs qui +les ont envoyez, déclairent, en ung article de leur instruction, +qu'ilz ne le peuvent consentyr; néantmoins qu'ilz leur ont baillé +pouvoir, à part, d'en user comme la Royne, leur Mestresse, leur +ordonnera; et m'ont remonstré que, demeurant les choses en l'estat +qu'elles sont, la Royne d'Angleterre tient en ses mains la mère, le +filz et le royaulme, et a desjà estably un sien subject pour régent au +pays, et qu'ilz ne peuvent, sans ung notable secours de Vostre +Majesté, plus différer de se soubmettre eulx mesmes à ce que la dicte +Royne d'Angleterre vouldra: sçavoir est, d'obéyr au dict régent, et +recognoistre le jeune Prince pour leur Roy, si, d'avanture, leur +Mestresse n'est bientost restituée; et que, si le tretté n'eust esté +miz en avant, par lequel l'armée d'Angleterre a esté retirée, il est +sans doubte qu'ilz se fussent desjà toutz rangez à ce party, de sorte, +Sire, qu'il ne se fault guières attandre que, du costé de la Royne +d'Escosse, laquelle a desjà baillé son consentz, ny de ceulx qui +tiennent pour elle, il se face grande résistance à cest article; qui +est néantmoins le principal, auquel la Royne d'Angleterre et les siens +incistent, et sans lequel elle monstre de vouloir poursuyvre ses +entreprinses, ainsy qu'elle les a commancées au dict pays. + +Je verray ce que je pourray faire secrectement avec les depputez de +l'aultre party, qui ne sont encores arrivez, mais l'on les attand dans +quatre jours; car il est nouvelles qu'ilz ont desjà passé Barwich, et +ne voys point, Sire, qu'il reste plus de ce costé nul moyen en cecy, +que je ne l'aye desjà tanté; dont adviserez s'il s'en pourra trouver +quelcun aultre d'ailleurs qui y puysse mieulx remédier. + +Au regard de l'article de la ligue, j'en useray tout ainsy, sans plus +ny moins, qu'il vous playst me le prescrire, et semble bien que desjà, +sur les fermes et résoluz propos, que j'en ay tenuz à la Royne +d'Angleterre et aulx siens, ilz soyent en quelques termes de n'en +parler point. + +L'évesque de Roz est allé presser les seigneurs de ce conseil de +vouloir commancer le dict tretté, plus pour cognoistre si leur +Mestresse avoit changé de vollonté que pour espérance de rien faire, +jusques à ce que les aultres soyent icy; et a trouvé qu'à leur arrivée +elle dellibère de passer oultre, meue beaucoup plus des difficultez, +qui surviennent chacun jour plus grandes, et en Escosse, et en son +pays, que de bonne affection qu'elle y ayt; et luy ont iceulx du dict +conseil dict deux choses: l'une, qu'il ne fault que la Royne, sa +Mestresse, escoutte les conseilz qu'on luy mandra de dellà la mer, de +ne consentyr que son filz viegne en Angleterre, car, sans ce poinct, +qui estoit desjà accordé par elle, il ne fault plus parler de tretté; +la segonde, qu'elle veuille délaysser du tout la pratique de se maryer +avec dom Joan d'Austria, et n'ouyr plus sur cella Mr le cardinal de +Lorrayne, qui en renouvelle, à ce qu'ilz disent, encores à présent le +propos. A quoy il a respondu en général, que, si la Royne d'Angleterre +veult bien user envers sa Mestresse, elle se peult asseurer qu'elle la +trouvera toute disposée à son amytié, et à faire toutes choses à son +contantement. + +Or, a le duc d'Alve escript, par le dernier ordinaire, une lettre à la +Royne d'Angleterre, en laquelle, entre aultres choses, il luy faict +entendre la charge, qu'il a du Roy d'Espaigne son Maistre, de la prier +bien fort affectueusement qu'elle veuille condescendre à quelque bon +accord avec la Royne d'Escosse, et luy moyéner sa restitution; et +qu'une des choses qu'il désire aultant à ceste heure est de les voir +elles deux et leur deux royaulmes en bonne paix et unyon, en quoy, +s'il se peult rien ayder et servyr, il offre de bon cueur s'y +employer. Je n'ay encores aprins les aultres particullaritez de la +dicte lettre, sinon qu'on m'a asseuré que la dicte Dame l'a heue fort +agréable, et que le secrétaire Cecille a dict que le duc d'Alve se +monstre à ceste heure fort rabillé vers elle, et la recherche beaucoup +d'amytié; et que sur ce que Me Prestal l'avoit, puys peu de jours, +vollu estreindre à quelques pratiques avec les rebelles d'Angleterre +et d'Yrlande, et avec les Escouçoys du party de la Royne, il n'y avoit +vollu entendre. Ce qui faict meintenant, Sire, que ceulx cy se +rasseurent des choses d'Yrlande; et à la vérité, la comtesse de +Northomberland, et aulcuns fuytifz, qui sont en Flandres, ont +naguières escript que le Roy d'Espaigne a bien bonne affection de les +secourir et d'entreprendre en Yrlande, mais que le duc d'Alve en +estoit tout réfroydy, et qu'il leur est besoing d'envoyer ung +personnaige de bonne qualité en Espaigne pour négocier, par eulx +mesmes, leur affaire avec le Roy d'Espaigne. Je ne sçay s'ilz auront +esleu à cella millord de Sethon; tant y a que je vous puys asseurer, +Sire, qu'il estoit, le XXIIIe du passé, au logis de l'ambassadeur +d'Escosse à Paris, possible qu'il aura passé oultre. + +L'accord des prinses estoit venu à une manifeste ropture avec le +depputé de ceste Royne, qui s'estoit desjà acheminé pour s'en +retourner, sans avoir rien faict, quant le duc d'Alve l'a contremandé +pour luy dire qu'il avoit receu nouvelles lettres d'Espaigne, par +lesquelles il luy vouloit bien signiffier la bonne intention du Roy, +son Maistre, envers la Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, et comme il +avoit desir d'accorder à toutes les choses raysonnables qu'elle +vouloit; par ainsy que les difficultez seroient bientost vuydées, et +qu'il envoyeroit un notable conseiller par deçà pour l'accommodement +de toutes choses; dont s'attand, à ceste heure icy, l'arrivée du Sr +Suenegheme de Bruges, qui vient avec le dict depputé d'Angleterre. Sur +ce, etc. Ce XVIIe jour de febvrier 1571. + + + + +CLXIe DÉPESCHE + +--du XXIIIe jour de febvrier 1571.-- + +(_Envoyée exprès jusques à Calais par ung gentilhomme escouçoys._) + + Audience.--Assurances d'amitié.--Maladie de la reine de + France.--Désaveu du roi au sujet de la descente des Bretons en + Irlande.--Satisfaction d'Élisabeth à raison du refus qu'aurait + fait le duc d'Anjou de se mettre à la tête d'une entreprise sur + l'Irlande. + + + AU ROY. + +Sire, à la dellibération, que j'avois, d'aller trouver la Royne +d'Angleterre sur ce que le Sr de Sabran m'avoit apporté, il m'y est +encores venue nouvelle occasion, par la dépesche suyvante, que j'ay +cependant receue de Vostre Majesté, du VIIIe de ce moys, de laquelle +j'ay faict de tout ung avec la première; et n'ay séparé les poinctz de +l'une ny de l'aultre, sinon par l'ordre que je les ay trouvez en +icelles, qui y sont si bien et si distinctement comprins, qu'il n'a +esté besoing d'y adjouxter du mien que seulement ce que j'ay estimé à +propos pour les faire bien prandre à la dicte Dame. + +Laquelle m'a respondu, quant au premier, qu'elle avoit ung singulier +playsir que ses ambassadeurs vous eussent bien signiffié la droicte +intention, qu'elle a, à la commune paix d'entre Voz Majestez, et à +celle particulière de vostre royaulme; et qu'elle vous prie, Sire, de +croyre que, quant au debvoir de persévérer en vostre amytié, et à +desirer le bien et establissement de voz affaires, qu'elle y est si +parfaictement disposée que nul du monde ne le sçauroit estre +davantaige; et que vous cognoistrez qu'elle l'a desjà ainsy monstré +par effectz, quant plusieurs choses, de celles qui ont passé despuys +trois ans, vous seront mieulx cogneues qu'elles ne le sont à présent; +et qu'elle vous promect, pour l'advenir, qu'il ne sortyra, de son +costé, occasion aulcune, par où vostre dicte amytié puysse estre +offancée, pourveu que vous ne veuillez poinct offancer la sienne; +qu'elle avoit grande occasion de vous remercyer de ce qu'il vous avoit +pleu fort favorablement licencier l'ung de ses ambassadeurs, et +recepvoir avec mesme faveur l'aultre, et de ce, encores, qu'avez +commancé de faire honorer grandement milord Boucart à Callais, à +Bolloigne et à Montrueil; dont il luy avoit escript le bon trettement +qu'on luy avoit faict en ces trois villes, et que Vostre Majesté aussi +ne trouveroit en eulx, s'ilz ne veulent estre traystres à elle et +désobéyssans à ses commandemens, que toute disposition de vous honorer +et servyr, et vous complayre en tout ce qu'il leur sera possible; que +la nouvelle que je luy apportois de la malladye de la Royne, à ceste +heure qu'elle guérissoit et alloit en amandant, n'estoit si facheuse à +ouyr, comme si je la luy eusse dicte, quant elle estoit en dangier, +dont elle prioyt Dieu pour sa convalescence, comme pour la sienne +propre; et que Dieu vous avoit vollu tempérer à toutz deux, par ce +petit ennuy, le grand ayse de vostre mariage, affin de le vous randre +meilleur et de plus de durée cy après; qu'encor que le sacre et +couronnement d'elle, et son entrée fussent remiz à une aultre foys, +et que ceulx, qu'elle a envoyez par dellà, ne puyssent voir toutz les +triomphes qu'ilz s'attandoient, elle toutesfois ne vouldroit avoir +différé davantaige la conjoyssance de voz nopces, ny de la venue de la +Royne, pour ne deffaillir à ce que, non moins de son affection que de +son debvoir, elle estimoit estre tenue en cella; au demeurant, qu'elle +demeuroit très contante et bien satisfaicte de la responce, que vous +luy faisiez sur les choses d'Yrlande, et encores plus de ce qu'elle +s'asseuroit que Vostre Majesté l'accomplyroit ainsy par oeuvre, comme +elle avoit desjà entendu que, sur ce que Mr le cardinal de Lorrayne et +Mr le Nunce et l'arsevesque de Glasco avoient naguières proposé à +Monsieur, frère de Vostre Majesté, de faire une entreprinse au dict +pays, il avoit esté si vertueulx et si sage, qu'il n'y avoit vollu +entendre, ny Voz Majestez Très Chrestiennes y prester l'oreille, dont +ne vouloit obmettre de vous en remercyer toutz trois de tout son +cueur; mais pourtant elle n'avoit vollu ottroyer de saufconduict au +dict arsevesque de Glasco, bien que la Royne d'Escosse le luy eust +fort instantment faict demander par l'évesque de Ross; car avoit +opinion que c'estoit plus pour venir interrompre le tretté que pour +l'advancer; et que, estant le comte de Morthon prest à arriver dans +peu d'heures, l'on procèderoit incontinent au dict tretté avec le plus +d'expédition que faire se pourroit. + +Je luy ay seulement répliqué, Sire, quant à l'entreprinse, qu'elle +disoit avoir esté proposée à Monsieur, si elle sçavoit à la vérité que +cella fût vray, et m'ayant soubdainement respondu que _ouy_, tant +certainement que mesmes elle avoit par escript le mesmes propos, qui +luy en avoit esté tenu, j'ay suyvy à luy dire qu'elle prînt bien +garde que cella ne procédast de quelque mauvaise boutique pour cuyder +luy en mettre la jalouzie dans le cueur, car Mr le cardinal estoit ung +si prudent et si advisé seigneur en ses conseilz, qu'à peyne en avoit +il miz ung tel en avant à Monsieur, en temps de si bonne paix; +néantmoins, commant que la chose allât, elle voyoit que Vostre Majesté +faisoit ung grand fondement de la parolle, que luy aviez donnée, de +désister de toute entreprinse d'armes, jusques à ce que le traicté fût +achevé, et que vous faisiez aussi pareil estat de celle que vous aviez +d'elle, pour la liberté et restitution de la Royne d'Escosse; dont je +la suplyois qu'elle y vollust meintenant mettre le desiré effect, que +Vostre Majesté attandoit de sa bonté et de sa promesse. + +Elle m'a respondu qu'elle voyoit bien que Vostre Majesté ne pourroit +jamais oublyer cest affaire, parce qu'il y en avoit assés qui le vous +recordoient, et qu'elle espéroit qu'il s'acommoderoit bientost, non +sans qu'on se mouquast assés par tout le monde d'elle, d'estre si +indulgente et facille envers celle qui l'a infinyement offancée; qu'au +reste elle recepvoit ung singulier playsir d'entendre que Vostre +Majesté eust une si vertueuse et si droicte intention à la réunyon de +l'esglize, comme je le luy asseuroys, qui ne pourroit estre que cella +n'admenast ung grand bien à la Chrestienté, et qu'elle vous y +correspondroit de sa part, avec telle affection et promptitude, comme +vous le pourriez desirer; qui pourtant vous prioyt de persévérer en ce +sainct propos, et ne vous laysser persuader à ceulx qui vous y +vouldroient proposer les armes. + +Et ainsy me suys gracieusement licencié de la dicte Dame, mais j'ay +comprins despuys, par aulcuns propos du secrétaire Cecille, qu'elle +avoit heu ung singulier playsir que Vostre Majesté n'a advoué les +choses d'Yrlande, parce qu'elle a envoyé pour surprendre ce qui s'y +trouvera de Bretons et estrangiers pour les chastier. La dicte Dame a +faict dépescher lettres à toutes ses provinces pour convoquer ung +parlement, au deuxiesme jour d'avril prochain, en ceste ville de +Londres, avec secret mandement de n'eslire aulcun depputé, qui ne soit +déclairé protestant. Elle estime que la tenue d'icelluy ne sera que de +dix jours, dedans lesquelz elle espère avoir obtenu ce qu'elle +prétend, de quelque subvention de deniers; d'un decrect sur les biens +et personnes des fugitifz; et sur quelque reiglement plus estroict en +leur religion; qui sont les trois poinctz pour lesquelz l'assemblée se +faict. Les commissaires de Flandres ne sont encores venuz, mais l'on +me vient d'advertyr que le comte de Morthon est tout meintenant +arrivé. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de febvrier 1571. + + +FIN DU TROISIÈME VOLUME. + + + + +TABLE DES MATIÈRES DU TROISIÈME VOLUME. + + +ANNÉE 1570. + + Pages + 81e _Dépêche._--4 janvier.-- + + AU ROI. 1 + Audience. _Ib._ + + A LA REINE. 6 + Nouvelles de la Rochelle. _Ib._ + Déroute des révoltés du nord. 7 + + 82e _Dépêche._--10 janvier.-- + + AU ROI. 10 + Nouvelles du nord. 10 + + A LA REINE. 12 + Craintes des Anglais. 13 + + 83e _Dépêche._--15 janvier.-- + + AU ROI. 14 + Le comte de Northumberland prisonnier. 15 + Affaires d'Allemagne et des Pays-Bas. 16 + + A LA REINE. 18 + Affaires de la Rochelle. _Ib._ + + + 84e _Dépêche._--21 janvier.-- + + AU ROI. 20 + Exécutions dans le nord. 21 + + A LA REINE. 24 + Propositions faites à Marie Stuart. _Ib._ + _Lettre en chiffre._ 26 + _Mémoire secret._ 27 + Projets du duc d'Albe. 29 + Proposition d'une ligue avec l'Espagne contre l'Angleterre. _Ib._ + + 85e _Dépêche._--28 janvier.-- + + AU ROI. 33 + Mission de Mr de Montlouet. _Ib._ + Nouvelles d'Allemagne. 35 + + 86e _Dépêche._--2 février.-- + + AU ROI. 37 + Audience. _Ib._ + Mort du comte de Murray. 39 + + A LA REINE. 40 + Affaires d'Écosse. _Ib._ + + 87e Dépêche.--10 février.-- + + AU ROI. 41 + Audience. _Ib._ + Arrestation de l'évêque de Ross. 43 + + A LA REINE. _Ib._ + Préparatifs contre l'Écosse. 44 + _Note._ État général des affaires. 45 + + 88e _Dépêche._--13 février.-- + + AU ROI. 47 + Négociation avec les Pays-Bas. _Ib._ + Affaires d'Écosse. 49 + + 89e _Dépêche._--17 février.-- + + AU ROI. 50 + Sollicitations des protestans. 51 + Préparatifs de guerre. 52 + + A LA REINE. 55 + Divisions en Angleterre. _Ib._ + _Mémoire général_ sur l'état des affaires. 54 + + 90e _Dépêche._--22 février.-- + + AU ROI. 58 + Audience. _Ib._ + + A LA REINE. 61 + Affaires de Marie Stuart. 62 + + 91e _Dépêche._--26 février.-- + + AU ROI. 63 + Affaires de la Rochelle. _Ib._ + Instances de Marie Stuart. 66 + + 92e _Dépêche._--28 février.-- + + AU ROI. 67 + Défaite de lord Dacre. _Ib._ + + 93e _Dépêche._--4 mars.-- + + AU ROI. 69 + Affaires d'Écosse. _Ib._ + + A LA REINE. 71 + Changement dans les dispositions d'Élisabeth. _Ib._ + _Mémoire._ Préparatifs de guerre en Angleterre. 72 + _Mémoire secret._ Projet pour le rétablissement de + Marie Stuart en Écosse, et de la religion catholique + en Angleterre. 76 + + 94e _Dépêche._--9 mars.-- + + AU ROI. 79 + Continuation des préparatifs de guerre. _Ib._ + + 95e _Dépêche._--14 mars.-- + + AU ROI. 82 + Satisfaction donnée à Élisabeth. _Ib._ + Affaires d'Écosse. 83 + + 96e _Dépêche._--19 mars.-- + + AU ROI. 85 + Nouvelles d'Allemagne. 86 + Succès des révoltés en Irlande. 87 + + 97e _Dépêche._--27 mars.-- + + AU ROI. 88 + Audience. _Ib._ + + A LA REINE (_lettre secrète_) 94 + Avis d'une levée d'armes en Allemagne. _Ib._ + _Mémoire_ sur les troubles du nord. 95 + _Mémoire secret._ Avis du duc d'Albe; propositions de + Cécil et de Leicester; projets des seigneurs catholiques. 98 + + 98e _Dépêche._--31 mars.-- + + AU ROI. 103 + Modération d'Élisabeth. _Ib._ + Le comte d'Arundel mis en liberté. 104 + + 99e _Dépêche._--4 avril.-- + + AU ROI. 106 + Faveur du comte d'Arundel. _Ib._ + Projet contre l'Écosse. 107 + + 100e _Dépêche._--9 avril.-- + + AU ROI. 110 + Préparatifs de guerre. _Ib._ + 101e _Dépêche._--13 avril.-- + + AU ROI. 113 + Continuation des préparatifs. _Ib._ + Nouvelles des protestans de France. 114 + + 102e _Dépêche._--18 avril.-- + + AU ROI. 116 + Nouvelles d'Écosse. _Ib._ + + A LA REINE. 120 + Nécessité de la paix en France. 121 + _Lettre secrète._ 122 + _Mémoire._ Résolution du conseil d'Angleterre. _Ib._ + _Mémoire secret_ sur divers projets de mariage. 125 + + 103e _Dépêche._--25 avril.-- + + AU ROI. 128 + Prise d'armes contre l'Écosse. _Ib._ + + 104e _Dépêche._--27 avril.-- + + AU ROI. 130 + État des partis en Écosse. _Ib._ + + 105e _Dépêche._--5 mai.-- + + AU ROI. 133 + Audience. _Ib._ + Nouvelles d'Écosse. 137 + + 106e _Dépêche._--8 mai.-- + + AU ROI. 138 + Débats dans le conseil. _Ib._ + Première invasion en Écosse. 139 + + A LA REINE. 142 + Déclaration du roi touchant l'Écosse. _Ib._ + _Mémoire général._ 144 + _Mémoire secret_ sur la déclaration du roi. 148 + + 107e _Dépêche._--13 mai.-- + + AU ROI. 150 + Nouvelles de l'invasion. _Ib._ + + 108e _Dépêche_.--17 mai.-- + + AU ROI. 154 + Hésitation d'Élisabeth à poursuivre son entreprise + sur l'Écosse. _Ib._ + + 109e _Dépêche_.--22 mai.-- + + AU ROI. 157 + Proposition d'un accord touchant Marie Stuart et l'Écosse. _Ib._ + + 110e _Dépêche_.--27 mai.-- + + AU ROI. 161 + L'évêque de Ross mis en liberté. 163 + Audience. _Ib._ + Résolution du conseil d'éviter la guerre. 168 + _Traité_ concernant l'Écosse. 169 + + 111e _Dépêche_.--1er juin.-- + + AU ROI. 171 + Affaires d'Écosse. _Ib._ + Exécution des Northon. 173 + Bulle qui déclare Élisabeth hérétique. _Ib._ + + 112e _Dépêche_.--5 juin. + + AU ROI. 174 + Maintien du traité conclu. 175 + Audience accordée à l'évêque de Ross. 176 + + 113e _Dépêche_.--11 juin.-- + + AU ROI. 178 + Liberté de l'évêque de Ross. 179 + Conditions de la restitution de Marie Stuart. _Ib._ + Interrogatoire du duc de Norfolk. 180 + _Mémoire général._ 181 + _Mémoire secret._ Discussion sur le traité. 185 + + 114e _Dépêche_.--16 juin.-- + + AU ROI. 192 + Changement dans les résolutions d'Élisabeth. _Ib._ + + A LA REINE. 196 + Mesures de rigueur contre les catholiques. _Ib._ + + 115e _Dépêche_.--19 juin.-- + + AU ROI. 198 + Audience. _Ib._ + + A LA REINE. 203 + Nouvelles de la Rochelle. 204 + + 116e _Dépêche_.--21 juin.-- + + AU ROI. 206 + Expédition de Bretagne. _Ib._ + Nouvelles d'Allemagne. 208 + + A LA REINE (_Lettre secrète_) 209 + Projets des protestans de France. _Ib._ + + 117e _Dépêche_.--25 juin.-- + + AU ROI. 212 + Conditions du traité pour Marie Stuart. 214 + Nouvelles d'Allemagne. 215 + + 118e _Dépêche_.--29 juin.-- + + AU ROI. 216 + Audience. _Ib._ + + 119e _Dépêche_.--5 juillet.-- + + AU ROI. 222 + Négociation touchant l'Écosse. _Ib._ + _Mémoire général._ 223 + _Mémoire secret._ Articles concernant Marie Stuart. 228 + + 120e _Dépêche_.--9 juillet.-- + + AU ROI. 230 + Mission de Mr de Poigny. _Ib._ + Combat de Sainte-Gemme, près Luçon. 232 + Déclaration du duc d'Albe. 233 + + 121e _Dépêche_.--14 juillet.-- + + AU ROI. 234 + Audience. _Ib._ + + 122e _Dépêche_.--19 juillet.-- + + AU ROI. 240 + Audience. _Ib._ + + A LA REINE. 244 + Espoir de la restitution de Marie Stuart. _Ib._ + + 123e _Dépêche_.--25 juillet.-- + + AU ROI. 246 + Délibération concernant le duc de Norfolk. _Ib._ + Préparatifs de guerre. 247 + Nouvelles d'Allemagne. 248 + _Mémoire général._ 250 + _Mémoire secret._ Intrigues de l'Espagne. 254 + Dispositions du cardinal de Chatillon. 256 + + 124e _Dépêche_.--30 juillet.-- + + AU ROI. 258 + Crainte en Angleterre d'une ligue générale; armemens. _Ib._ + + 125e _Dépêche_.--6 août.-- + + AU ROI. 263 + Visite de Mr de Poigny à Marie Stuart. _Ib._ + Audience. 264 + + 126e _Dépêche_.--11 août.-- + + AU ROI. 269 + Force de la flotte armée en guerre. _Ib._ + Paix de France. 272 + Exécution de Felton. 273 + + 127e _Dépêche_.--14 août.-- + + AU ROI. 274 + Mission de Walsingham en France. _Ib._ + + 128e _Dépêche_.--18 août.-- + + AU ROI. 275 + Audience. 276 + + A LA REINE. 278 + Doutes sur la paix de France. 279 + + 129e _Dépêche_.--21 août.-- + + AU ROI. 280 + Instructions de Walsingham. 281 + Affaires d'Écosse. 283 + + A LA REINE. 284 + Effet de la pacification. _Ib._ + + 130e _Dépêche_.--26 août.-- + + AU ROI. 285 + D'une entreprise sur Calais. _Ib._ + Instances de Marie Stuart. 287 + + 131e _Dépêche_.--5 septembre.-- + + AU ROI. 289 + Audience. 290 + Deuxième invasion en Écosse. 294 + _Mémoire général._ _Ib._ + _Mémoire secret._ Dévouement du duc de Norfolk à + Marie Stuart; projet de l'Espagne contre l'Angleterre. 299 + + 132e _Dépêche_.--10 septemb.-- + + AU ROI. 302 + Mission de sir Henri Coban aux Pays-Bas. _Ib._ + Troisième invasion en Écosse. 304 + + 133e _Dépêche_.--15 septemb.-- + + AU ROI. 304 + Sortie de la flotte. _Ib._ + Explications sur la dernière invasion en Écosse. 307 + Message du cardinal de Chatillon. 308 + + 134e _Dépêche_.--19 septemb.-- + + AU ROI. 309 + Négociation avec l'Espagne. 310 + Affaires d'Écosse. 311 + + 135e _Dépêche_.--24 septemb.-- + + AU ROI. 313 + Mouvement au pays de Lancastre. _Ib._ + Conférence avec le cardinal de Chatillon. 314 + + 136e _Dépêche_.--29 septemb.-- + + AU ROI. 317 + Négociation des Pays-Bas. 318 + Mission de Mr de Vérac en Écosse. 319 + + 137e _Dépêche_.--5 octobre.-- + + AU ROI. 320 + Retour de Walsingham. _Ib._ + Cécil envoyé vers Marie Stuart. 321 + Nouvelles d'Allemagne. 322 + + 138e _Dépêche_.--10 octobre.-- + + AU ROI. 323 + Passage de la reine d'Espagne. 324 + Prises faites par le capitaine Sores. 326 + + 139e _Dépêche_.--16 octobre.-- + + AU ROI. 327 + Conditions proposées à Marie Stuart. 328 + Soulèvement au pays de Lancastre. 330 + _Mémoire général._ Intrigues de l'Espagne, affaires + d'Écosse. 331 + + 140e _Dépêche_.--17 octobre.-- + + AU ROI. 336 + De l'alliance d'Écosse. 337 + + 141e _Dépêche_.--25 octobre.-- + + AU ROI. 339 + Audience. _Ib._ + + 142e _Dépêche_.--30 octobre.-- + + AU ROI. 346 + Négociation de Marie Stuart. _Ib._ + Nouvelles d'Allemagne. 348 + + 143e _Dépêche_.--9 novembre.-- + + AU ROI. 350 + Audience. _Ib._ + + A LA REINE. 355 + Nouveaux détails d'audience. _Ib._ + _Lettre secrète._ Proposition du mariage du duc d'Anjou + avec Élisabeth. 357 + _Mémoire général._ 360 + + 144e _Dépêche_.--14 novemb.-- + + AU ROI. 365 + Articles proposés à Marie Stuart. _Ib._ + Nouvelles des Pays-Bas. 369 + + 145e _Dépêche_.--19 novemb.-- + + AU ROI. 371 + Mission de lord Seyton. 373 + + 146e _Dépêche_.--25 novemb.-- + + AU ROI. 376 + Déclaration du roi concernant l'Écosse. _Ib._ + + A LA REINE. 380 + Détails d'audience. _Ib._ + + 147e _Dépêche_.--30 novembre.-- + + AU ROI. 382 + Audience. 383 + _Mémoire général._ Projet des catholiques dans + le pays de Lancastre;--Opinions émises dans le conseil + contre Marie Stuart;--Négociations de l'Angleterre avec + l'Espagne. 389 + + 148e _Dépêche_.--7 décembre.-- + + AU ROI. 394 + Maladie de Marie Stuart. 397 + Affaires des Pays-Bas et d'Allemagne. 398 + + 149e _Dépêche_.--13 décemb.-- + + AU ROI. 399 + Négociation de Marie Stuart. _Ib._ + Retour de sir Henri Coban. 400 + + 150e _Dépêche_.--18 décemb.-- + + AU ROI. 403 + Préparatifs de départ de lord Buchard. _Ib._ + Nouvelles d'Irlande. 405 + + 151e _Dépêche_.--23 décemb.-- + + AU ROI. 407 + Rapport de Coban à son retour d'Allemagne. _Ib._ + Instructions de lord Buchard. 408 + + 152e _Dépêche_.--29 décemb.-- + + AU ROI. 410 + Audience. 411 + + A LA REINE (_lettre secrète_). 414 + Négociation du mariage du duc d'Anjou. _Ib._ + _Mémoire général._ 421 + +ANNÉE 1571.--PREMIÈRE PARTIE. + + 153e _Dépêche_.--6 janvier.-- + + AU ROI. 426 + Nouvelles d'Espagne. _Ib._ + Mouvemens dans les Pays-Bas et en Irlande. 427 + + 154e _Dépêche_.--13 janvier.-- + + AU ROI. 428 + Affaires d'Écosse. _Ib._ + Mission de lord Seyton. 429 + Nouvelles d'Allemagne. 431 + + A LA REINE (_lettre secrète_). 432 + Négociation du mariage. _Ib._ + + 155e _Dépêche_.--18 janvier.-- + + AU ROI. 433 + Audience. _Ib._ + Prise d'armes des Gueux. 437 + + A LA REINE (_lettre secrète_). 438 + Négociation du mariage. _Ib._ + + 156e _Dépêche_.--23 janvier.-- + + AU ROI. 443 + Audience. 444 + + A LA REINE (_lettre secrète_). 447 + Négociation du mariage. _Ib._ + _Avis_ sur les affaires d'Irlande. 450 + + 157e _Dépêche_.--31 janvier.-- + + AU ROI. _Ib._ + Fêtes pour le retour d'Élisabeth à Londres. _Ib._ + Affaires d'Écosse. 452 + Nouvelles d'Allemagne. 453 + + A LA REINE (_lettre secrète_). 454 + Négociation du mariage. _Ib._ + + 158e _Dépêche_.--6 février.-- + AU ROI. 457 + Nouvelles de Marie Stuart. _Ib._ + Concession de l'Irlande faite par le pape au roi + d'Espagne. 458 + + A LA REINE (_lettre secrète_). 459 + Négociation du mariage. _Ib._ + _Mémoire général._ 462 + _Mémoire secret_ sur la négociation du mariage. 466 + + 159e _Dépêche_.--12 février.-- + + AU ROI. 469 + Négociation de Walsingham. _Ib._ + Affaires d'Irlande. 470 + Nouvelles d'Écosse. 471 + + 160e _Dépêche_.--17 février.-- + + AU ROI. 473 + Affaires d'Écosse. _Ib._ + Nouvelles des Pays-Bas. 476 + + 161e _Dépêche_.--23 février.-- + + AU ROI. 477 + Audience. _Ib._ + Convocation du parlement. 481 + + + FIN DE LA TABLE DU TROISIÈME VOLUME. + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Correspondance Diplomatique de +Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième, by Bertrand de Salignac de la Mothe Fénélon + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE *** + +***** This file should be named 39201-8.txt or 39201-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/9/2/0/39201/ + +Produced by Robert Connal, Hélène de Mink, and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org/license + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. |
