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This file was produced from images -generously made available by the Bibliothèque nationale -de France (BnF/Gallica) - - - - - - - -Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le -typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée -et n'a pas été harmonisée. - - - - - MÉMOIRES - - DU PRINCE - - DE TALLEYRAND - - - PUBLIÉS AVEC UNE PRÉFACE ET DES NOTES - - PAR - - LE DUC DE BROGLIE - - DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE - - V - - PARIS - CALMANN LÉVY, ÉDITEUR - - RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15 - A LA LIBRAIRIE NOUVELLE - - 1892 - - Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous les pays - y compris la Suède et la Norvège. - - - - -MÉMOIRES - -DU - -PRINCE DE TALLEYRAND - -[Illustration: LE PRINCE DE TALLEYRAND 1838 -(D'après Ary Scheffer).] - - - - -AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR - - -Le cinquième et dernier volume des _Mémoires_ du prince de Talleyrand -complète la publication dont les exécuteurs testamentaires du prince -avaient laissé le soin à des mandataires de leur choix. Les éditeurs -accomplissent l'engagement qu'ils ont pris en remettant à M. le -Directeur de la Bibliothèque nationale les volumes manuscrits dont le -texte aujourd'hui imprimé est l'exacte reproduction. Il sera ainsi -aisé de se convaincre qu'ils ne se sont permis de faire subir au dépôt -qu'ils avaient reçu aucune modification et aucun retranchement -d'aucune sorte. - -A la vérité, le recueil mis ainsi à la disposition du public n'étant -point un écrit autographe mais une copie certifiée par les exécuteurs -testamentaires, cette constatation, suffisante pour attester la -sincérité scrupuleuse des éditeurs, ne le serait pas à elle seule, à -défaut d'autres témoignages, pour terminer la controverse qui a -été élevée sur le caractère des _Mémoires_ eux-mêmes. Heureusement, la -discussion à laquelle cette controverse même a donné lieu a déjà suffi -pour dissiper tous les doutes. - -La question de l'authenticité des _Mémoires_ de Talleyrand a été -débattue, en effet, à fond dans la presse et leur caractère original -établi jusqu'à l'évidence par des critiques éminents et par les juges -dont l'autorité est la moins contestée. M. Sorel dans le _Temps_, M. -Chuquet dans la _Revue critique_, M. Gustave Monod et M. Farge dans la -_Revue historique_, se sont prononcés avec la compétence que leur -donnent leurs études comparées de tous les documents touchant à -l'histoire contemporaine; et à l'appui du même jugement, M. Pierre -Bertrand a apporté dans la _Revue encyclopédique_ des détails curieux -sur les procédés de composition du prince de Talleyrand, tels qu'il a -été en mesure de les reconnaître dans la publication qu'il a faite de -plusieurs de ses lettres inédites. - -Si je reviens donc aujourd'hui sur un sujet qui peut paraître épuisé, -ce n'est pas dans la pensée de rien ajouter à des démonstrations si -concluantes, mais simplement pour en offrir la reproduction et le -résumé aux lecteurs qui, n'ayant pu suivre les phases du débat, -désireraient être fixés sur la véritable valeur de l'oeuvre mise -aujourd'hui tout entière entre leurs mains. - -Quelques mots suffiront pour rappeler sur quels points la contestation -a porté et dans quelle mesure exacte elle a été renfermée. On n'a pas -essayé d'assimiler les _Mémoires_ de Talleyrand à ces compositions -apocryphes qui abondent dans notre littérature, véritables romans -historiques, fabriqués de toutes pièces par des artistes de profession -et mis ensuite par eux sous le nom de tel ou tel personnage célèbre. -L'origine certaine des documents et l'empreinte d'un esprit supérieur -visible dans certaines parties ne pouvaient prêter à des suppositions -de cette espèce. On s'est borné à soutenir que le texte primitif avait -été mutilé, remanié et n'arrivait ainsi à la publicité qu'après avoir -subi des altérations qui le rendaient méconnaissable; et pour -justifier cette assertion, on a signalé dans le récit de la vie -publique ou privée du prince soit des lacunes qui semblent l'effet de -retranchements faits après coup par une main étrangère, soit des -confusions de faits ou de noms qui n'auraient pas dû échapper à -l'auteur puisque l'erreur porte sur des événements auxquels il a été -personnellement mêlé et sur des contemporains, adversaires ou amis, -qu'il a personnellement connus. L'absence d'un manuscrit autographe -s'expliquerait alors par le dessein, arrêté chez ceux qui l'ont -transcrit, de faire disparaître les traces des modifications qu'ils -n'auraient pas craint d'y apporter. - -On doit reconnaître, en effet, que dans les _Mémoires_ ne -figurent pas, du moins avec le même degré de détail et d'importance, -tous les événements de la vie de l'auteur qui ont trouvé place depuis -longtemps dans sa biographie. La narration passe très rapidement et -sans insister sur les débuts de la carrière politique de Talleyrand, -le rôle qu'il a joué à l'Assemblée constituante, ses rapports avec les -personnages illustres qui ont alors occupé la scène, les missions et -les fonctions publiques qu'il a remplies pendant cette première phase -de la Révolution. A ne considérer même que la dimension des récits, il -y a loin des quelques chapitres consacrés à ces années de jeunesse aux -développements qui sont réservés à l'exposition complète et détaillée -des grandes négociations de 1814 et 1830. Mais loin que cette -différence dût surprendre, on devait s'y attendre, et elle ne présente -rien à nos yeux que de très naturel. Dans le cours d'une existence -presque séculaire, Talleyrand, associé à toutes les vicissitudes dont -l'Europe et la France avaient été le théâtre pendant cette période -d'agitation, avait vu en réalité changer la face du monde autour de -lui; et par l'effet d'une si longue expérience suivie de déceptions -répétées, il devait lui arriver, comme à la plupart des hommes de sa -génération, de ne retrouver presque rien en lui de l'état d'âme et -d'esprit qu'il avait partagé avec beaucoup des plus sages de ses -contemporains. Au moment où il prenait la plume, au lendemain de la -Restauration à laquelle il avait puissamment contribué, le prince -de Talleyrand, venant de représenter la monarchie légitime à Vienne -devant l'Europe assemblée, conservait bien peu d'idées et de traits -communs avec l'abbé de Périgord siégeant au côté gauche de l'Assemblée -constituante, et il devait avoir peine à reconnaître en lui-même à -travers un passé si lointain ce modèle presque effacé. Il avait -beaucoup appris et peut-être aussi un peu oublié. Bien des résolutions -qu'il avait appuyées dans des jours d'espérance, d'illusion et d'orage -devaient lui apparaître, sinon comme un entraînement dont il n'avait -pas su se défendre, au moins comme des nécessités qu'il avait dû -subir. Comment ne se serait-il pas hâté de tourner cette page de son -histoire pour arriver rapidement à celle où étaient inscrits les -services éminents qu'il venait de rendre à son pays? Comment se -serait-il attardé à retracer avec complaisance, pour la postérité des -impressions dont il avait peut-être lui-même perdu, et dont il ne se -souciait pas, en tout cas, de raviver la mémoire? - -Un homme qui a exercé sur les affaires politiques de son temps une -action pareille à celle qui est échue à Talleyrand ne se met pas à -écrire, comme un narrateur ordinaire, uniquement pour charmer les -loisirs de l'âge avancé en repassant sur les souvenirs de sa jeunesse. -Sa pensée constante est de faire apprécier la mesure des efforts qu'il -a faits pour servir les intérêts qui lui étaient confiés et les -résultats qu'il s'applaudit d'avoir obtenus. A ce point de vue, -1789 ne rappelait à M. de Talleyrand qu'une activité dépensée sans -fruit. Est-il étonnant qu'il ait mieux aimé s'occuper de la grandeur -et de l'utilité incontestables du rôle qu'il avait joué en 1814 et -1830? On n'a point, d'ailleurs, tenu une si grande place dans son -siècle sans avoir été sujet à beaucoup d'accusations et de reproches. -Des Mémoires n'ont point alors pour but de révéler des faits inconnus, -mais de préparer les pièces d'un procès qui doit être instruit devant -l'histoire, et l'histoire elle-même y doit chercher encore moins des -informations nouvelles que les éléments propres à l'éclairer sur le -jugement qu'elle est appelée à porter. - -Je sais bien qu'on s'était fait assez généralement des _Mémoires_ de -Talleyrand une idée toute différente de celle que la connaissance -aujourd'hui complète a réalisée. Par l'effet des précautions peut-être -excessives prises par les exécuteurs testamentaires pour prévenir une -publication prématurée, on s'était plu à se figurer que le secret -n'avait pu être aussi longtemps gardé que parce qu'il portait sur des -faits de nature délicate et mystérieuse et que, le voile une fois -levé, on verrait apparaître des révélations piquantes, des portraits -satiriques, des anecdotes malignes, qui sait? peut-être même des -confidences sur les facilités que le relâchement des moeurs permettait -au clergé mondain de l'ancien régime. Le ton grave du récit -particulièrement approprié à la nature des sujets traités a -déconcerté cette curiosité frivole, et de là à supposer qu'on avait -supprimé à dessein tout ce qui aurait pu la satisfaire, il n'y avait -qu'un pas. Mais il n'était pas nécessaire d'avoir connu M. de -Talleyrand, il suffisait d'avoir vécu avec ceux qui l'avaient approché -pour n'avoir jamais conçu une idée et, par conséquent, n'avoir pas à -perdre une illusion de cette nature. Il suffisait même de se rappeler -que parmi les reproches de tout genre qu'on a pu lui faire, celui de -manquer de tact et de goût est peut-être le seul qu'on lui ait -épargné. Si des écrivains sérieux ont pu chercher dans ses _Mémoires_ -ce genre d'intérêt et s'étonner de ne l'y pas trouver, ils ont fait -preuve d'un défaut de jugement qui ne leur permettrait pas de -prétendre à la qualité d'historiens. - -On ne comprend pas davantage comment, avec la moindre habitude -d'écrire l'histoire d'après des documents originaux, on pourrait -attacher une réelle importance à quelques erreurs de chronologie ou de -noms propres qu'on a pu relever dans les _Mémoires_ de Talleyrand. Au -lieu d'y voir une marque de contrefaçon, on doit y reconnaître ce -qu'il y a de plus simple au monde: une défaillance de mémoire -inévitable au bout d'une longue vie écoulée dans des circonstances si -diverses. J'ose affirmer qu'il n'y a pas de Mémoires connus, même ceux -dont l'authenticité est la moins douteuse, qui ne renferment des -erreurs plus graves et qui, examinés à la loupe, ne supportent -moins bien l'examen. Je puis invoquer, à cet égard, mon expérience -personnelle faite dans diverses conditions. - -J'ai eu l'occasion, par exemple, dans le cours de mes travaux, -d'étudier avec soin les Mémoires laissés par les hommes qui avaient -joué pendant le XVIIIe siècle un rôle important comme ministres, -généraux ou ambassadeurs: je citerai, entre autres, le maréchal de -Belle-Isle et le marquis d'Argenson: et en comparant ensuite leurs -récits avec leur correspondance écrite pendant leur gestion, ce n'est -pas une fois, par hasard, c'est à tous moments que j'ai rencontré des -différences, des contradictions même, en apparence inconciliables, -entre le détail des faits tels qu'ils les ont rapportés après coup -dans leur retraite et tels qu'on les trouve dans leurs lettres écrites -au lendemain même du jour où les incidents se sont produits. Beaucoup -de ces différences sont motivées sans doute par le désir de se -justifier de certains reproches ou d'accroître le mérite de certains -services, mais d'autres n'ont d'explication que des oublis ou des -confusions involontaires. - -De plus, deux hommes politiques ayant tenu une place considérable dans -notre histoire contemporaine--et dont l'un a cessé de vivre--ont bien -voulu me faire part de tout ou partie de leurs souvenirs inédits, et -je me suis permis de leur signaler, dans le récit des événements où -ils avaient figuré comme acteurs principaux, des inexactitudes très -inoffensives, sans doute, et très innocentes, mais beaucoup plus -graves que celles dont on accuse les _Mémoires_ de Talleyrand, et ils -se sont empressés, sur ma seule observation, de les reconnaître et de -les réparer. - -J'ajouterai qu'appelé à publier moi-même les Souvenirs de mon père, -j'ai pu constater, d'après son propre témoignage, combien l'homme le -plus consciencieux, écrivant après de longues années, doit se défier -de la fidélité de sa mémoire et a de précautions à prendre pour ne pas -la trouver en défaut. - -On sait que le premier acte et l'un des plus caractéristiques de la -vie politique de mon père fut la résolution qu'il prit en 1815 de -siéger à la Chambre des pairs dans le procès du maréchal Ney, bien -qu'il n'eût pas encore l'âge légal pour délibérer et qu'il ne dût -l'atteindre que le jour où la sentence serait portée. Combien de fois -ne l'avais-je pas entendu raconter le détail de la première séance à -laquelle il avait assisté et dont l'impression devait être restée -gravée dans son esprit en traits ineffaçables, en raison de la gravité -et de la nouveauté du spectacle qu'il avait sous les yeux. Le sujet du -débat, me disait-il, était ce jour-là la décision du point peut-être -le plus important de la cause: la question de savoir si on -appliquerait au maréchal le bénéfice de l'amnistie promise aux -rebelles par la capitulation de Paris. Quelle surprise n'ai-je donc -pas éprouvée en retrouvant dans ses Souvenirs ces mêmes détails, mais -rapportés avec la réserve qu'on va lire: - -«Le 4 décembre, écrit-il, je pris séance, j'entrai à onze heures du -matin dans la Chambre du conseil déjà réuni: la Chambre du conseil, -c'est-à-dire le lieu où la Chambre délibérait hors la présence du -public, c'était la galerie de tableaux. Je vois encore ici la position -de chacun des membres à moi connus et la place que je pris moi-même au -dernier banc. Chose inconcevable, si j'en étais requis, je prêterais -serment que le sujet de la délibération c'était la question de savoir -si l'on permettrait au maréchal Ney de plaider la capitulation de -Paris. On sait que ce fut le tort, le grand tort, je dirai presque le -crime de la Chambre des pairs d'avoir en ceci fermé la bouche à -l'accusé. J'entends M. Molé parler dans un sens, Lanjuinais et Porcher -de Richebourg en sens opposé. Cette séance a fait époque dans ma vie. -Comment se fait-il que je me trompe? Il le faut bien, néanmoins, -puisque le procès-verbal place cette séance non le premier, mais le -dernier jour du procès à l'issue des plaidoiries. Mais tout en -reconnaissant mon erreur, c'est ma raison qui se soumet, ma mémoire -reste intraitable, et, je le répète ici, je prêterais serment contre -le procès-verbal.» - - * * * * * - -Supposons maintenant que le narrateur n'eût pas été en mesure de -consulter les procès-verbaux de la Chambre des pairs et eût mis par -écrit ses souvenirs tels qu'il les avait gardés, cette erreur de date -suffirait-elle pour contester soit la véracité de l'écrivain, -soit l'authenticité du texte[1]? - -Enfin, s'il suffisait d'une erreur sur la qualité d'un personnage -public pour mettre en doute la sincérité d'un écrit, comment expliquer -que, dans le petit nombre de lettres autographes de M. de Talleyrand -lui-même que nous possédons, on trouve, à cet égard, des méprises plus -considérables que celles qu'on a signalées dans ses _Mémoires_? -Comment expliquer, par exemple, que, parlant à l'empereur Alexandre, -il donne la qualité de beau-frère du roi Frédéric-Guillaume au chef -d'une maison assurément très illustre, mais qui ne tenait à la famille -royale de Prusse que par des liens de parenté beaucoup plus -éloignés[2], et comment expliquer qu'au lieu de réparer cette erreur, -deux jours après, il la renouvelle en rendant compte au roi Louis -XVIII de son entretien? Assurément, pour un homme de cour, pour -un diplomate vivant et causant avec les souverains, sachant combien -ils aiment peu qu'on se méprenne sur ce qui les touche, il y avait là -une inexactitude ou une maladresse beaucoup plus grande que celle qui -consiste à avoir donné au directeur Carnot, en 1796, le grade de -général, qui ne lui a été conféré qu'en 1813. - -On chercherait donc vainement à tirer parti, contre la confiance due -aux _Mémoires_ dans leur ensemble, de ces incorrections inévitables -portant sur de telles minuties. Reste à expliquer pourquoi le -manuscrit que les exécuteurs testamentaires ont laissé est une copie -certifiée et non pas un texte autographe. La réponse est des plus -simples: c'est qu'un pareil texte--au moins dans les conditions qu'on -suppose--n'a probablement jamais été entre leurs mains, et connaissant -les habitudes de M. de Talleyrand, ils n'en ont éprouvé eux-mêmes -aucune surprise. - -Tous ceux qui avaient vécu auprès de M. de Talleyrand savaient, en -effet, que le travail matériel le fatiguant, il n'écrivait de sa -propre main que ses lettres intimes ou celles que, par respect pour -les personnes à qui il les adressait, il ne se croyait pas permis de -faire passer par la plume d'un secrétaire. Pour les travaux de plus -longue haleine il dictait; la dictée faite, il la revoyait, y -apportait des corrections pour rendre l'expression plus conforme à sa -pensée; puis la pièce ainsi revue était recopiée de nouveau et classée -dans ses papiers. Quelquefois, il jetait au courant de la plume -quelques idées sur le papier et laissait à un secrétaire le soin de -relier entre eux ces fragments détachés. Enfin, quand il avait pleine -confiance dans l'intelligence et l'habileté de ce collaborateur, il se -bornait à lui faire connaître le fond de la pensée qu'il voulait -exprimer, et en se réservant à lui-même la tâche de corriger la forme -pour lui donner plus de force et d'élégance. C'étaient des textes -ainsi préparés, mais dont aucun probablement n'était de la propre main -de l'auteur, que M. de Bacourt a reçus en dépôt; et en les -transcrivant de nouveau il n'a cru altérer en rien leur caractère, ni -surtout leur enlever aucune garantie d'exactitude et d'authenticité. -Que gagnerait-on, en effet, à avoir sous les yeux ces textes -originaires (remarquez que je ne dis nullement originaux)? ce seraient -des copies tout comme celles que nous avons reçues, sauf qu'au lieu -d'être reliées en volumes et toutes d'une même main, ce seraient des -cahiers détachés peut-être d'écritures différentes, tout aussi -susceptibles et tout aussi facilement suspectées de suppression ou -d'interpolation, et pour y ajouter foi, il faudrait toujours s'en -rapporter à la loyauté des exécuteurs testamentaires et en particulier -du dernier survivant, M. de Bacourt[3]. - -Je sais bien que c'est cette loyauté même de M. de Bacourt que, sans -craindre de contredire l'opinion unanime de ceux qui l'ont connu, on -n'a pas hésité à mettre en suspicion. A cette occasion, on rappelle -que la marque de confiance dont M. de Talleyrand avait honoré M. de -Bacourt n'était pas la première du même genre qui lui eût été -conférée; son nom figure déjà en tête d'une publication faite, il y a -plusieurs années, contenant des pièces très importantes relatives aux -rapports de Mirabeau avec la cour de Louis XVI, et dont le comte de La -Marck, depuis prince d'Arenberg, avait été l'intermédiaire. M. de La -Marck en mourant avait chargé M. de Bacourt de faire connaître ces -pièces au public pour bien établir le caractère, suivant lui mal -apprécié, de ces relations secrètes de Mirabeau, et on accuse M. -de Bacourt de n'avoir pas porté un scrupule suffisant dans -l'accomplissement de ce mandat. Quelques-unes des pièces, dont on -trouve la trace, ont dû être supprimées et laissées dans l'ombre; et -on en conclut que c'est à une élimination du même genre que M. de -Bacourt a procédé dans la publication des _Mémoires_ de Talleyrand. Le -fait allégué fût-il vrai--ce que je n'ai pas à discuter ici--je ne -vois pas quelle conclusion on serait en droit de tirer d'une -assimilation faite entre deux situations qui n'ont rien de pareil. M. -de La Marck avait réuni une vaste collection de papiers de dates et -d'origines différentes. C'étaient des lettres et des notes, les unes -émanant de Mirabeau lui-même, les autres à lui adressées, d'autres -postérieures à sa mort. C'est de cet ensemble un peu confus de -documents qu'il avait entrepris de tirer la justification de l'homme -illustre dont il avait été le confident et l'ami. Mais pour atteindre -ce but et produire l'effet désiré, ou seulement pour mettre un peu -d'ordre et de clarté dans la suite des pièces et en faire comprendre -au lecteur le sens et la portée, un classement et par suite un choix -étaient à faire. C'est à cette tâche que M. de La Marck s'était -appliqué; mais le déclin de sa santé ne lui permettant pas de la mener -à fin, il léguait à M. de Bacourt le soin de l'achever dans l'esprit -et avec les intentions qui lui étaient connues. De quelque manière que -le mandataire se soit acquitté de sa commission, il usait de son -droit et surtout ne trompait personne. Car on ne voit nulle part que -M. de La Marck lui eût enjoint de mettre au jour sans distinction tout -ce que son testament lui remettait, et lui-même n'a non plus prétendu -nulle part s'être dessaisi de tout ce qu'il avait entre les mains. -Enfin--et c'est ici dans le cas présent le plus important--on ne dit -pas et même on ne soupçonne pas que M. de Bacourt ait fabriqué -lui-même aucune des pièces qu'il livrait à l'impression avec -l'intention de faire passer sa prose sous le couvert et sous le nom -d'autrui[4]. - -Tout autre et bien plus grave serait le tort ou plutôt l'injure qu'on -ferait à la mémoire de M. de Bacourt, si on admettait l'imputation -dont elle est l'objet. Chacun des volumes manuscrits des _Mémoires_ de -Talleyrand porte, on le sait, à la dernière page l'attestation, signée -par M. de Bacourt lui-même, que le contenu en est _authentique_ et -_complet_. Or admettons que, par une subtilité de conscience assez -difficile à comprendre, un homme d'honneur pût se croire autorisé à -attester l'intégrité d'un recueil qu'il aurait lui-même altéré et -mutilé. Mais une fois les suppressions et les altérations faites, pour -faire disparaître dans la suite et la trame du récit des solutions de -continuité trop visibles, il aurait fallu prendre la plume, combler -les lacunes, rétablir les transitions interrompues, en un mot prêter à -l'auteur parlant à la première personne, comme un personnage de -comédie, un langage qu'il n'a pas tenu. Les critiques de M. de Bacourt -n'ont pas reculé devant cette supposition; il y a même des chapitres -entiers où ils ont prétendu ne pas reconnaître la touche élégante et -délicate de Talleyrand, et dont ils ne font pas difficulté d'attribuer -la composition à celui qui s'est couvert de son nom. Ici, il n'y a -aucun ambage possible: le fait, s'il était vrai, serait une -falsification pure et simple et un mensonge sans aucune circonstance -atténuante. - -Comment alors ne pas tenir compte du témoignage unanime et de la -protestation indignée de tous ceux qui ont vécu auprès de M. de -Bacourt, et dont il n'est pas un qui n'atteste que le trait le plus -saillant de son caractère était une délicatesse poussée jusqu'à un -scrupule méticuleux? Telle était, d'ailleurs, son admiration profonde -et presque superstitieuse pour le maître qu'il vénérait, que l'idée de -prendre sa place et de parler en son nom était un excès de présomption -qui ne pouvait pas lui traverser l'esprit. Il n'aurait pas supposé que -le lecteur pût s'y tromper un seul instant. - -La conclusion est donc certaine. Les _Mémoires_ de Talleyrand -peuvent prendre place à un rang élevé dans cette riche collection de -souvenirs historiques qui est l'un des titres de gloire de notre -littérature, et on peut les lire avec autant de confiance que les -Mémoires de Richelieu que personne ne conteste aujourd'hui, bien qu'on -n'en connaisse aucun manuscrit, et que les trois quarts des lettres de -madame de Sévigné, dont on ne possède pas la minute. - - Duc DE BROGLIE. - - [1] C'est une erreur de date de ce genre qui a fait mettre en - doute un instant l'authenticité de la lettre de Louis XVIII à M. - de Talleyrand relative au projet formé par les Prussiens de faire - sauter le pont d'Iéna. En citant cette lettre dans ses _Mémoires_ - (C. III, p. 236) M. de Talleyrand la fait précéder de cette - suscription: Paris, le 15 juillet 1815, samedi dix heures. Cette - date ne pouvait être exacte puisque le fait auquel la lettre se - rapporte s'est passé non pas le samedi 15 mais le samedi 8 - juillet. Heureusement l'original de la lettre existe et a été - reproduit en photographie en tête du premier volume des - _Mémoires_ et elle ne porte d'autre date que celle-ci: ce samedi. - L'erreur est donc uniquement du fait de l'auteur des Mémoires qui - voulant donner, de souvenir, à la lettre une date certaine, s'est - trompé d'une semaine: Ce qui pour un incident en lui-même de peu - d'importance n'a rien d'extraordinaire. - - [2] Voir tome III, p. 71. - - [3] Voici comment M. Bertrand après avoir expliqué en détail le - mode de composition de M. de Talleyrand dont l'étude de ses - lettres et des pièces émanées de lui existant aux Affaires - étrangères a pu lui donner connaissance, résume son opinion au - sujet des Mémoires eux mêmes. - - «Le caractère des manuscrits privés et de ses Mémoires est fort - bien indiqué par cette mention de la copie laissée par M. de - Bacourt dans l'inventaire de ses papiers, inventaire qui était - joint à son testament: - - »Quatre volumes reliés en peau qui sont la seule copie authentique - et complète des _Mémoires du Prince de Talleyrand_, faite d'après - les manuscrits, dictées et copies dont M. le prince de Talleyrand - lui avait indiqué l'emploi. - - »On le voit, il est question de manuscrits, de dictées et de - copies. Les manuscrits sont évidemment toutes les pièces émanées - de divers personnages dont les originaux possédés par Talleyrand - sont aujourd'hui aux mains de M. le duc de Broglie et dont - quelques-uns ont été insérés par M. de Bacourt dans la copie des - _Mémoires_. Il est permis de supposer que les copies dont parle - l'inventaire sont des copies faites pour Talleyrand des pièces - possédées par les archives de l'Etat ou par des particuliers: il - reste les dictées. Mais que serait-ce que ces dictées sinon les - manuscrits originaux des _Mémoires_?» - - [4] Ces lignes étaient écrites avant la publication, dans la - _Revue Historique_ du 1er mars 1892, d'un travail de M. Pierre - Bertrand, qui justifie M. de Bacourt du reproche qui lui avait - été adressé. On avait signalé l'existence, dans un ouvrage - allemand, des pièces que M. de Bacourt était accusé d'avoir - supprimées et il se trouve que ces pièces figurent dans la - collection de M. de Bacourt, seulement à une date différente de - celle que le traducteur allemand leur assigne. De plus, cet - ouvrage allemand n'est que la traduction du recueil de M. de - Bacourt, faite de son consentement et avec son concours, et porte - en tête son approbation. Jamais méprise ne fut plus complète. - - - - -ONZIÈME PARTIE - -RÉVOLUTION DE 1830 (_Suite_) - -(1832-1833) - - - - -RÉVOLUTION DE 1830 (_Suite_) - -(1832-1833) - - -Avant de reprendre le récit des faits qui concernent mon ambassade à -Londres, où je retournai au commencement du mois d'octobre 1832, je -voudrais rappeler quelques incidents survenus pendant mon absence. - -A mon arrivée à Paris, au mois de juin, j'avais trouvé le ministère -français très affaibli, à la suite de la mort de M. Casimir Périer, et -ne parvenant ni à se compléter ni à se fortifier sur une base un peu -solide. Des intrigues de toute sorte se croisaient autour des -portefeuilles, l'ambition de quelques personnes gênait moins que la -présomption de tous. Voilà où conduisent les révolutions qui déplacent -tant de monde. Je me hâtai de partir pour les eaux ne me souciant -point d'assister à un pareil spectacle où je n'avais que faire. On ne -tarda pas à m'y poursuivre; on insistait pour que je retournasse -immédiatement en Angleterre. Ces instances tenaient à une autre -intrigue. On voulait établir que M. Durant de Mareuil qui me -remplaçait était insuffisant, parce que je lui avais donné la -préférence sur M. de Flahaut, vivement appuyé par le général -Sébastiani. Je ne me laissai point émouvoir par toutes ces agitations. -Je répondis de Bourbon-l'Archambauld, que rien d'urgent ne réclamait -ma présence à Londres, où les affaires suivaient leur cours naturel; -que la hâte les gâterait, plutôt qu'elle ne les servirait; qu'avant -d'être pressé, il faut surtout être raisonnable et prendre la raison -dans les hauteurs et les difficultés de sa position et même ne point -avoir l'air d'être pressé; enfin que notre position était prise, -qu'elle consistait à être bien avec l'Angleterre et à marcher avec -elle, que c'était à cela que tout devait être sacrifié, le reste -n'étant que secondaire. On revint à la charge, néanmoins, en se -montrant effrayé des plaintes violemment exprimées dans les Chambres -belges, contre la conférence de Londres, et qui pourraient, -prétendait-on, amener une reprise des hostilités. - -Pour apaiser tous ces bruits et mettre fin aux intrigues, j'annonçai -l'intention de raccourcir le temps de mon congé et de retourner dès le -mois d'août à Londres, quoique bien résolu à n'en rien faire; je -sentais le besoin de prendre du repos après les eaux de Bourbon. Cela -suffit pour déjouer l'intrigue Flahaut-Sébastiani et on me laissa -tranquille. Je me prononçai en même temps très fortement contre -l'arrogance des Belges qui ne méritaient pas que notre gouvernement se -compromît pour eux, et je demandai qu'on les forçât de céder ce qui -était raisonnable. On ne suivit guère mes conseils sur ce point et on -se pressa, au contraire, fort à tort, à mon sens, de conclure le -mariage de Madame la princesse Louise d'Orléans avec le roi -Léopold, qui eut lieu à Compiègne le 9 août. Il était bien évident que -la conclusion précipitée de ce mariage ne pouvait qu'embarrasser nos -affaires, en augmentant les exigences des révolutionnaires belges et -français. Le roi de Hollande, heureusement, se chargea de nous tirer -d'embarras par la mauvaise foi qu'il apporta dans ses négociations -avec la conférence de Londres. Celle-ci, après de longues discussions, -écrites et verbales, avec les plénipotentiaires hollandais, n'ayant pu -aboutir à aucun résultat, se vit conduite à déclarer, par un protocole -qui porte la date du 1er octobre 1832, «qu'il était devenu nécessaire -d'employer des mesures coercitives contre la Hollande pour l'obliger à -exécuter les conditions du traité signé entre les cinq puissances et -la Belgique[5]». Il est vrai qu'après cette déclaration il y eut un -dissentiment, entre les membres, de la conférence, sur la nature des -mesures coercitives à employer. Les plénipotentiaires d'Autriche, de -Prusse et de Russie ne consentirent à s'associer qu'à des mesures -pécuniaires, tandis que ceux d'Angleterre et de France se réservèrent -«de concourir à des mesures plus efficaces dans le but de mettre à -exécution un traité qui, depuis tant de mois, avait été ratifié -par leurs cours et dont l'inaccomplissement prolongé exposait à des -dangers continuels et croissants la paix de l'Europe». Le principe -ainsi posé, il s'agissait d'en faire découler les conséquences et -c'était pour obtenir ces conséquences que je me décidai à retourner à -Londres dans les premiers jours d'octobre 1832. Toutefois, avant de me -mettre en route, je tenais à être sûr qu'on était enfin parvenu à -former à Paris, un ministère qui offrît des conditions de solidité et -de durée. J'en obtins l'assurance de la bouche même du roi, la veille -de mon départ pour Londres le 9 octobre 1832[6]. - -Je crois ne pouvoir mieux donner l'idée de la situation du nouveau -cabinet français et de celle qu'il me faisait à Londres qu'en insérant -ici les lettres que les principaux membres de ce cabinet m'adressèrent -le 11 octobre, le lendemain de mon départ. - - [5] Cette déclaration était celle du plénipotentiaire anglais. Le - plénipotentiaire français était encore plus affirmatif. Il - adhérait, disait-il, en tous points à cette déclaration, et en - outre, «réservait à son gouvernement, pleine faculté d'agir pour - l'exécution du traité conclu avec la Belgique, ainsi que le droit - lui en est acquis, et suivant ce que la teneur de ses engagements - et l'intérêt de la France pourront exiger». - - Quant aux mesures de coercition pécuniaire sur lesquelles la - conférence, ainsi qu'il est dit un peu plus loin, était tombée - d'accord, elles consistaient à libérer la Belgique des arrérages - échus envers la Hollande depuis le 1er janvier 1832, et à - défalquer un million de florins par semaine du montant des dettes - de la Belgique envers la Hollande, dans le cas, où au bout d'un - délai à fixer, la radiation des arrérages ne produirait pas - l'effet qu'il était permis d'en attendre. - - [6] C'était le ministère dit du 11 octobre; il était composé - ainsi qu'il suit: Présidence du conseil et guerre, le maréchal - Soult; affaires étrangères, le duc de Broglie; intérieur, M. - Thiers; finances, M. Humann; instruction publique, M. Guizot. MM. - Barthe, d'Argout et de Rigny demeurèrent à la justice, au - commerce et à la marine. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 11 octobre 1832. - - »Mon prince, - -»Vous saviez, je le crois, au moment de votre départ, que les affaires -avaient encore une fois changé de face. Hier soir, à cinq heures, M. -le maréchal Soult est venu m'annoncer que le roi agréait mes -propositions. A sept heures le futur cabinet s'est réuni; il est ce -matin au _Moniteur_. - -»Je n'ai pas besoin de vous dire que ce cabinet est composé de tout ce -que le parti du bon ordre, de la paix, du pouvoir légal et régulier, -compte de plus décidé dans ses rangs. Je vous ai confié en grand -détail mes voeux et mes espérances. Il dépend de l'Europe et de -l'Angleterre surtout de consolider ce cabinet, et de mettre par là un -terme aux dangers que la victoire du parti contraire entraînerait, -dangers dont l'Europe aurait assurément sa bonne part. Nous allons -combattre pour la cause de la civilisation, et c'est à la civilisation -de nous aider; c'est à vous, mon prince, à lui dire ce qu'il faut -faire pour que nous ouvrions la session avec éclat. Si le cabinet -anglais vous écoute, notre triomphe est assuré au dire même de ceux -qui se montrent le plus timides. Je ne vous parle pas de moi. Je ne -vous parle pas de mes sentiments pour vous. Je vous demande conseil et -assistance, bien sûr de l'obtenir et sachant en quelles mains repose, -en ce moment, notre avenir. - -»Permettez-moi de vous renouveler l'assurance de mon tendre et sincère -attachement. - -»_P.-S._--Je joins à ce peu de mots écrits à la hâte une lettre pour -lord Grey et une autre pour lord Palmerston. Vous voyez que je -n'oublie point vos instructions et j'ai grand plaisir à les suivre. - -»Vous recevrez probablement de moi dans la même journée, une dépêche -sur la grande affaire qui vous est connue; le temps nous presse; je la -recommande encore une fois à votre amitié et à votre ascendant sur -tous ceux qui vous approchent.» - - -M. GUIZOT AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 11 octobre 1832. - - »Mon prince, - -»J'ai vivement regretté hier de ne pouvoir causer dix minutes de plus -avec vous. J'ai besoin de vous répéter combien votre concours le plus -actif, le plus décisif, nous est nécessaire. Nous voilà engagés dans -une grande lutte. Nous acceptons l'honneur et le fardeau de soutenir -la cause de l'ordre, de la paix, des intérêts légitimes et réguliers, -des vrais principes sociaux, la cause de la civilisation et de la -sécurité européenne. Nous nous y dévouerons tout entiers, sans relâche -comme sans réserve, et j'ai très bonne espérance, car la France veut -comme nous, le triomphe de cette belle et bonne cause. Mais faites en -sorte, mon prince, que notre situation soit bien comprise; qu'on sache -bien que la confiance des hommes sensés, des honnêtes gens hors de -France, comme en France, fait notre force et qu'elle ne saurait se -manifester trop tôt ni trop clairement. Investis de cette confiance, -nous pourrons beaucoup, j'ose le dire. Si elle était incomplète, -lente, timide; si nous n'en faisions pas recueillir les fruits à notre -pays, nous rencontrerions des difficultés immenses. Je suis, pour mon -compte, tout prêt à les braver, mais elles peuvent disparaître, -diminuer beaucoup, du moins, dès les premiers pas. Vous nous y -aiderez, mon prince. Ce succès-là mérite bien qu'on y fasse quelques -sacrifices. Vous savez si je suis tout à vous.» - - -L'AMIRAL COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 11 octobre 1832. - - »Mon prince, - -»Je ne veux pas laisser partir madame de Dino sans vous dire un mot et -de la composition du nouveau ministère et de son avenir. - -»Son avenir (je veux dire sa durée) importe, je le crois, à toute -l'Europe, et l'Europe, jusqu'à un certain point, peut influer sur sa -durée. - -»Malgré la violence que vont manifester nos débats, nous triompherons, -si nous avons à annoncer une conclusion raisonnable de l'affaire -belge: elle est toute pour nous dans l'évacuation d'Anvers; il faut -qu'on nous laisse aller la demander sous ses murs et nous retirer le -lendemain. - -»Il nous faut pour cela l'aveu du cabinet de Londres; le silence des -autres en sera la suite. Mais, sans cela, la lutte parlementaire peut -nous emporter et avec nous la dernière digue. - -»Votre haute influence, mon prince, peut seule nous aider. L'oeuvre -est digne de vous; nos liens avec l'Angleterre deviendraient -indestructibles et la civilisation de l'Europe, encore sauvée. - -»Madame de Dino vous dira que c'est hier à minuit et demi que les -ordonnances ont été signées. - -»Je vous renouvelle l'hommage de mon respectueux dévouement.» - - -M. THIERS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 11 octobre 1832. - - »Mon prince, - -»Le télégraphe vous annoncera bien avant moi, les choix que le roi -vient de faire. Nous avons longtemps résisté et nous le devions, pour -nous bien assurer de la solidité des résolutions royales. Aujourd'hui, -je crois que nous pouvons compter sur la fermeté du roi. Il soutiendra -de tous ses moyens constitutionnels la nouvelle administration qu'il -vient de former. Il regarde les hommes qui la composent comme les -derniers appuis du système de M. Périer, et il est convaincu que ce -système de modération, au dedans comme au dehors, peut seul assurer le -repos de la France et de l'Europe. Mais les résolutions du roi ne -suffisent pas; il faut qu'on nous aide de toutes parts. Vous le -pouvez, vous, mon prince, plus que personne. Vous le pouvez, en -éclairant le cabinet anglais sur ses intérêts et sur les nôtres, qui -aujourd'hui sont identiques. C'est l'affaire d'Anvers qui décidera de -tout. Personne dans le ministère ne veut être exigeant; mais tout le -monde sent le besoin de terminer de trop longues incertitudes et de -rasseoir les esprits. Les deux pays qui ont le plus à gagner à une -conclusion, c'est l'Angleterre et la France. Toutes deux ont besoin -que cet inconnu renfermé dans la question belge cesse, et qu'un -résultat positif termine tous les doutes. Nous sommes arrivés à ce -point, en France, que tout le monde, dans le parti modéré surtout, -demande la conclusion des affaires de la Belgique. Quelque ministère -qui arrive, la mission qu'on lui imposera sera la même: ce sera _de -donner des résultats_. Ce mot est aujourd'hui un proverbe qui -court de bouche en bouche. M. Dupin[7], M. Odilon Barrot, M. Périer, -s'il vivait, tous auraient besoin de faire la même chose. Puisqu'il -faut en finir avec les résistances calculées de la Hollande, et en -finir quel que soit le ministère, la question est de savoir s'il vaut -mieux finir cela avec nous qu'avec d'autres. Or je ne doute pas que -l'on ne reconnaisse l'avantage de traiter avec nous plutôt qu'avec -d'autres. Si, par exemple, nous prenions la citadelle d'Anvers, on -peut compter sur notre parole: nous l'évacuerions trois jours après -l'avoir prise. Tout le conseil s'y engagera. La parole de M. de -Broglie est, je crois, la plus rassurante de toutes. Pour moi, j'y -engage ma parole de ministre, ma parole d'honnête homme, et vous savez -que j'ai pour principe que la bonne foi est le seul moyen de bien -faire les grandes affaires. Je crois qu'on ne doute pas de la parole -que nous donnerions, mais on se demandera peut-être, si nous pourrons -la tenir et si nous n'aurons pas bientôt des successeurs qui -secoueront les engagements pris par nous. A cela j'ai une réponse que -je crois péremptoire. Notre majorité est assurée, si nous avons à -présenter au pays des résultats prochains. On nous fait espérer la -majorité si nous nous défendons bien, et on nous la promet comme -infaillible si l'affaire d'Anvers est terminée. C'est une exigence -parlementaire devenue irrésistible et qu'il faut absolument -satisfaire. C'est, de plus, une chose que la dignité de l'Angleterre -et de la France exige également. Si on fait cela, nous pouvons -répondre de tout. La parole que nous aurons donnée c'est nous qui -serons chargés de la tenir. Sinon, nous serons livrés à tous les -hasards de la tribune et du scrutin. Or, après nous, il n'y a que -Dupin, allié à Odilon Barrot, et assurément les exigences de ces -messieurs ne seront pas moindres, et ne seront pas toujours fondées, -comme les nôtres, sur les intérêts bien entendus des deux pays. Ainsi, -mon prince, secondez-nous de tout votre génie et de toute votre -influence. La question se résout à ces termes: - -»Tout le monde voudra Anvers. - -»Si c'est nous qui l'obtenons, nous serons assurés de la majorité et -on aura l'avantage de consolider avec nous le système de la -modération: _Nous ne le voulons que pour trois jours_. - -»Je vous demande pardon, mon prince, de vous dire ces choses que vous -savez mieux que moi; mais on a besoin de les répéter à tout le monde -et à tout instant. - -»Recevez, je vous en prie, l'assurance de mon profond respect et de -mon amitié dévouée.» - - [7] André-Marie Dupin, né en 1783, avocat sous la Restauration, - député en 1827, procureur général près la Cour de cassation en - 1830, président de la Chambre des députés de 1832 à 1840. Réélu - en 1848, il était président de l'Assemblée en 1851. Il donna sa - démission de procureur général à la suite du décret qui - confisquait les biens de la famille d'Orléans, mais il rentra en - charge en 1857 et devint également sénateur. Il mourut en 1865. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 12 octobre 1832. - - »Mon prince, - -»En vous adressant la dépêche ci-jointe, permettez-moi de rappeler à -votre souvenir et à votre bonne amitié notre position, nos besoins et -nos espérances. - -»Le ministère actuel est composé pour moitié des collègues de M. -Casimir Périer, pour moitié de ceux de ses amis politiques qui, plus -compromis encore que lui-même dans la cause de l'ordre et de la -paix, avaient été réservés par lui pour des temps meilleurs. - -»Ces temps sont arrivés. - -»L'état de la France, vous l'avez vu de vos yeux, est pleinement -satisfaisant. Le calme règne sur tous les points du territoire; -partout l'ordre renaît, les esprits se rassoient; toutes les élections -partielles sont sages et modérées; dans les villes, dans les -campagnes, les affaires reprennent à vue d'oeil; la récolte a été très -belle. - -»Une seule difficulté reste à surmonter. - -»Cette difficulté, c'est le maintien de la majorité formée l'année -dernière et qui nous a coûté tant de soins et tant d'efforts. Des -divisions politiques qui vous sont connues ont brisé cette majorité; -des préventions absurdes, des rivalités purement littéraires, de -misérables tracasseries menacent de donner à nos adversaires un -avantage sur nous qui coûterait à l'Europe des torrents de sang et des -années de calamités incalculables. - -»Si le ministère actuel ne s'était pas chargé du fardeau des affaires, -vous le savez, mon prince, vous l'avez vu vous-même, le pouvoir -passait dans des mains qui l'auraient transmis, sans le savoir, sans -le vouloir peut-être, mais inévitablement au parti de la guerre et de -l'anarchie. - -»Si le ministère actuel succombait dans la lutte, sa défaite aurait -encore plus certainement et plus directement le même résultat. - -»Il est, nous en sommes convenus ensemble, un moyen sûr de le -prévenir. - -»Que l'Angleterre nous voie, sans en prendre alarme, enlever la -citadelle d'Anvers aux Hollandais et la remettre entre les mains -des Belges. Si la session prochaine s'ouvre sous de tels auspices, -soyez certain d'un triomphe éclatant. S'il nous faut, au contraire, -défendre de nouveau à la tribune les délais, les remises, les -procrastinations de la diplomatie, notre position sera très -périlleuse, et le poids des préventions qui nous attendent en sera -très péniblement aggravé. Je ne sais si nous y pourrons résister. - -»Lorsque j'ai exposé ces idées, en votre présence, à lord Granville il -m'a fait des objections. Il m'a dit: «Mais si l'Europe se fie à votre -parole, qui lui répondra que vous resterez au pouvoir assez de temps -pour la tenir?» - -»A cela voici ma réponse: - -»Si l'Angleterre y consent, nous pouvons entrer en Belgique du 20 au -22. Nos troupes sont prêtes, elles le sont déjà; le 26 ou le 27, nous -serons sous Anvers; du 8 au 15 de novembre, la citadelle sera à nous; -du 16 au 20, nos troupes seront rentrées sur le territoire de France. -La session ne s'ouvre que le 19. L'adresse ne viendra pas avant le 1er -décembre. Ainsi tout danger de ce côté est nul. - -»Lord Granville m'a dit encore: «Mais si les Hollandais vous attaquent -pendant le siège, que ferez-vous?» - -»Ma réponse sera également simple. - -»Si les Hollandais nous attaquent, nous les repousserons jusqu'aux -limites du territoire belge. Nous prendrons l'engagement de ne pas -avancer un pouce au delà. - -»Il serait dit dans le _Moniteur_ qui annoncerait l'entrée de nos -troupes en Belgique, qu'elles n'entreront même pas dans Anvers; que la -citadelle sera remise aux mains des Belges au moment de la -capitulation; que le jour même commencerait notre mouvement -rétrograde. - -»Lord Granville a paru s'inquiéter encore de l'intervention possible -des Prussiens. Mais, d'abord, une expédition conduite avec ce degré de -célérité ne leur laisserait pas le temps de concentrer leurs troupes -qui sont fort disséminées. En second lieu, nous leur offrons, vous le -savez, d'occuper Venloo et toute la partie du territoire hollandais -qui se trouve en ce moment au pouvoir des Belges. La réponse à cette -proposition ne peut nous parvenir avant trois semaines. Les ordres -pour le rassemblement des troupes prussiennes mettraient -nécessairement le même temps pour parvenir aux généraux. Notre -expédition seraient terminée avant qu'ils fussent en mesure de faire -une démonstration sérieuse[8]. - -»Si le gouvernement anglais se refuse à cette proposition, voyez ce -qui va en résulter: - -»Premièrement, il est fort douteux que nous réussissions à contenir -les Belges. Le roi Léopold est aujourd'hui sans gouvernement -quelconque. Aucun ministre ne veut entreprendre de se charger des -affaires si le roi ne se décide à recourir à des mesures énergiques. -Le général Goblet forme à lui tout seul tout le cabinet, et veut se -retirer sous quelques jours[9]. Le roi Léopold aura la main forcée; -les Belges attaqueront; le roi des Pays-Bas les attaquera à son tour; -force nous sera bien de les défendre, et voilà véritablement la -guerre. - -»Supposez même que ceci n'arrive point, et je ne vois guère -possibilité de l'éviter, la position du cabinet français deviendra -très périlleuse à l'ouverture des Chambres. Si nous succombons dans la -lutte, le pouvoir passera au parti de la guerre, et l'expédition -d'Anvers ne sera que la moindre de ses entreprises. - -»Il me semble donc que l'expédition d'Anvers n'est pas pour l'Europe -un objet sur lequel l'alternative lui soit véritablement laissée. Il -ne s'agit pas de savoir si elle se fera; mais, qui la fera: si ce sont -les Belges ou les Français; si ce sera le parti de la guerre ou le -parti de la paix. - -»Exposant ainsi la question, il me semble qu'elle ne saurait être -douteuse. - -»L'expédition n'empêcherait nullement le blocus. Nous ne mettrions -point pour condition de notre retraite l'acceptation du traité, la -solution de la question de l'Escaut. Ce sont des points qui -resteraient à vider par voie de négociation ou par les moyens de -coercition maritime ou pécuniaire, s'il y avait lieu. Notre engagement -de quitter la Belgique immédiatement après la reddition de la -citadelle serait absolu. - -»Si vous obtenez ce point, mon prince, le cabinet que vous avez vu se -former, que vous avez eu la bonté de désirer, est assuré de s'établir, -et s'il s'établit, le repos de la France et celui de l'Europe sont -assurés. Dans le cas contraire, je ne prévois que des malheurs dont le -nombre et l'étendue sont impossibles à prévoir. - -»J'ajouterai, en finissant, que notre armée se trouve maintenant très -concentrée et en mesure d'agir. Si l'expédition ne se fait pas, il -nous faudra la disperser. Nous tremblons à chaque instant que le -choléra n'y éclate, et si nous sommes réduits à la disperser, quelle -masse d'accusations va s'élever contre nous! - -»Pardon, mon prince, de cette immense lettre, je n'ai pas eu le temps -de la méditer, je n'ai pas celui de la relire. Je me fie à votre -bonté, à votre indulgence pour excuser ce que j'ai pu dire -d'inconsidéré, pour suppléer à ce que j'ai pu omettre. Notre sort est -dans vos mains. - -»Recevez, avec votre bienveillance accoutumée, l'expression de mon -sincère et tendre attachement.» - -J'arrivai à Londres le 14 octobre, après une pénible traversée, et je -ne perdis pas un instant pour m'occuper des intérêts qui m'étaient -confiés. Le jour même de mon arrivée, j'eus une longue entrevue avec -lord Palmerston, dans laquelle je repris la suite des affaires depuis -mon départ, et traitai l'importante question qui pesait dans ce moment -sur les deux cabinets de Londres et de Paris, celle de l'exécution du -traité du 15 novembre. Je reconnus que M. Durant de Mareuil avait très -bien préparé le terrain. Comme je l'ai déjà dit, la conférence s'était -réunie le 1er octobre pour décider si des mesures coercitives contre -la Hollande étaient devenues nécessaires, et quelles seraient ces -mesures. Personne n'avait révoqué en doute la nécessité des mesures de -coercition. Seulement, comme ces mesures pouvaient être de deux -espèces, pécuniaires ou matérielles, il y avait eu sur ce point -dissentiment entre les plénipotentiaires; ceux d'Autriche, de Prusse -et de Russie déclarant qu'ils ne pourraient s'associer qu'à des -mesures pécuniaires, tandis que les plénipotentiaires de France et de -la Grande-Bretagne, regardant ces mesures comme insuffisantes, -annoncèrent l'intention de leurs cours d'en venir à de plus efficaces. -On dressa un protocole constatant cette situation et qui peut être -considéré comme le dernier acte public de la conférence, quoiqu'elle -continuât longtemps encore à exercer la grande influence qu'elle avait -acquise. - -C'était le principe posé dans le protocole du 1er octobre par les -plénipotentiaires de France et d'Angleterre qu'il s'agissait de -développer par une nouvelle négociation entre ces deux puissances. A -quelles mesures plus efficaces se résoudraient-elles? Le cabinet -français proposait de procéder militairement à l'évacuation de la -citadelle d'Anvers, pendant que des escadres française et anglaise -bloqueraient les côtes de Hollande. Le cabinet anglais, par des -raisons qu'on trouvera exposées plus loin, aurait préféré qu'on s'en -tînt au blocus des côtes. Je devais commencer par rallier lord -Palmerston et lord Grey à l'opinion du gouvernement français, et, -après de longs efforts, j'y parvins. On verra bientôt que les -difficultés que je rencontrai dans le cabinet anglais étaient encore -accrues par des intrigues qui avaient leur centre à Paris et qui -étaient dirigées contre notre cabinet. Je vais donner maintenant des -extraits de mes dépêches et lettres et de celles que je recevais, et -qui feront, je crois, saisir clairement la marche des négociations. - - [8] Les rapports de la France et de la Prusse, traversèrent une - période assez critique pendant le temps que dura l'expédition - d'Anvers. Il y est fait à plusieurs reprises allusion dans ces - _Mémoires_(voir pages 33, 63 et suivantes). Aussi, croyons-nous - utile de donner à ce sujet quelques explications.--La Prusse - voyait avec une profonde jalousie l'intervention de la France en - Belgique. M. Ancillon, personnellement hostile à la France, ne - cachait pas sa vive irritation, et M. Bresson dans sa - correspondance en transmettait les échos à Paris. C'est ainsi que - M. Ancillon déclarait que si l'armée française entrait en - Belgique, la Prusse serait obligée de prendre des mesures de - précaution telles, qu'elles ne manqueraient pas d'encourager la - résistance des Hollandais (_Dépêche de M. Bresson, du 14 - octobre_, rendant compte d'un entretien de M. Ancillon avec lord - Minto). Le 13 octobre, M. Bresson ajoutait que la Prusse dans le - cas de l'intervention française, réunirait des troupes sur la - Meuse, et que si un soldat français pénétrait en Hollande, la - Prusse y verrait un _casus belli_. M. Bresson ne se laissa pas - intimider. Il assura à Paris que la Prusse quel que fût son - déplaisir, n'oserait pas s'opposer à l'action de la France - (_Dépêches des 22 et 24 octobre_; voir également à l'Appendice p. - 486, une très belle lettre que M. Bresson écrivait le 24 octobre - au duc de Broglie). Pour calmer l'irritation du cabinet de - Berlin, le gouvernement français imagina de lui proposer - d'occuper à titre de garantie les territoires attribués à la - Hollande par le traité du 15 novembre et que la Belgique occupait - indûment; c'est-à-dire Venloo et certains districts du Limbourg - et du Luxembourg (_Dépêche du duc de Broglie à M. Bresson, 8 - octobre_, voir cette lettre à l'Appendice p. 485.) M. de - Talleyrand consulté, approuva cette idée (_Lettre de M. de - Talleyrand au duc de Broglie, du 27 octobre_, Appendice p. 487). - M. Bresson l'approuva également sauf en ce qui concernait le - Luxembourg (_Dépêche du 17 octobre_). Le cabinet prussien fut - fort perplexe. M. Ancillon parut disposé à l'accepter, mais il - demanda en outre Liège qui lui fut refusée (_Dépêche du 24 - octobre_). Finalement il recula, craignant de se brouiller avec - la Russie en paraissant accéder aux mesures de coercition contre - la Hollande, et demanda que les territoires litigieux au lieu de - lui être remis, fussent directement confiés au roi des Pays-Bas. - Le cabinet français ne pouvait accepter cette proposition bien - que l'Angleterre semblât y donner les mains. Lord Palmerston - écrivit en effet à lord Minto que les cinq puissances devraient - s'entendre pour offrir lesdits territoires au roi Guillaume - (_Dépêche de M. Bresson du 19 décembre_). Bref, aucune solution - n'intervint, et cette longue négociation n'eut d'autres résultats - que d'avoir gagné du temps et d'avoir permis à l'armée française - de s'emparer d'Anvers sans opposition de la part de la Prusse, ce - qui d'ailleurs, avait été le vrai but du cabinet français. - - [9] Le général Goblet avait été nommé ministre des affaires - étrangères le 18 septembre; il se retira le 27 septembre suivant. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 16 octobre 1832. - - »Monsieur le duc, - -»M. de Mareuil reçut hier une lettre de Berlin par laquelle M. Bresson -lui faisait part du compte qu'il vous avait rendu d'une conversation -que lord Minto[10] et lui avaient eue avec M. Ancillon, après -l'arrivée du conte Dönhoff [11], porteur du protocole du 1er -octobre[12]. - -»Je désirai que M. de Mareuil se rendît chez lord Palmerston, et -s'informât de lui, s'il n'avait pas reçu les mêmes rapports de lord -Minto, et s'il n'y trouvait pas un nouveau motif pour accélérer les -déterminations des deux cabinets de France et d'Angleterre. M. de -Mareuil vient de me rendre compte de cet entretien. Lord Palmerston -s'est montré, à lui comme à moi, pénétré du vif intérêt qui appelle -une décision prompte et complète sur la grande question du moment. Le -conseil de cabinet, tenu hier matin, en a encore examiné toutes les -parties. Il paraîtrait qu'on y aurait témoigné quelques doutes sur le -prompt succès d'une attaque de vive force contre la citadelle -d'Anvers, car lord Palmerston demanda à M. de Mareuil s'il avait à cet -égard quelques données positives qui pussent inspirer une pleine -confiance, et tout à l'heure, lord Durham est venu m'exprimer sur la -même pensée. Sans se montrer plus positif qu'il ne convient, M. de -Mareuil répondit qu'à Paris, à Bruxelles, même à La Haye, il avait -entendu des gens du métier, connaissant le fort et le faible de cette -citadelle, assurer qu'elle ne pouvait pas tenir contre une attaque -bien dirigée. Il ajouta cependant que, si elle était défendue, elle ne -serait probablement pas prise sans qu'il en résultât des dommages -considérables pour la ville, ce qui le conduisit à répéter qu'il était -nécessaire qu'on annonçât formellement à la Hollande que ces dommages -seraient compensés. Lord Palmerston parut accueillir de nouveau -cette observation, et il confirma l'espérance qu'il m'avait donnée, -que j'aurais ce soir, demain matin au plus tard, une communication -complète des résolutions du gouvernement. - -»Dans le cours de cet entretien, lord Palmerston fit mention d'un -incident qui avait causé quelque surprise au cabinet. Vous savez déjà -par une dépêche de Vienne que lord Granville vous aura communiquée, -comment quelques paroles du maréchal Maison avaient paru prématurées à -sir Frédéric Lamb, et avaient excité de la part du prince de -Metternich des représentations assez vives. - -»On a été encore plus étonné peut-être d'apprendre par une -communication du baron d'Ompteda [13], ministre de Hanovre, que le -ministre de France à Hanovre avait annoncé officiellement l'action -immédiate des deux gouvernements de France et d'Angleterre contre la -Hollande; et, en effet, il a pu paraître étrange qu'on notifiât au roi -de Hanovre une résolution du roi d'Angleterre, tandis que devant le -prince qui réunit les deux couronnes on délibère encore sur le -principe et sur les formes de cette coopération. Ce fut toutefois sans -aucune amertume que lord Palmerston fit cette observation à M. de -Mareuil, et il n'en tira qu'une conclusion pareille au sentiment qu'il -m'avait déjà exprimé: c'est qu'après l'éveil donné dans les gazettes -sur les déterminations de la France et de l'Angleterre, il était -urgent d'arriver sans retard à leur exécution.» - - [10] Gilbert Elliot, comte de Minto, né en 1782, député aux - Communes en 1806, entra à la Chambre des lords en 1814, à la mort - de son père. Il siégea dans le parti whig. En 1832, il fut nommé - ambassadeur à Berlin. En avril 1835, il devint directeur général - des postes, puis premier lord de l'amirauté. Il se retira en - 1841, puis devint en 1846 lord du sceau privé. Il quitta les - affaires en 1852 et mourut en 1859. - - [11] Conseiller de légation prussien. - - [12] Dépêche de M. Bresson au duc de Broglie, 11 octobre, (voir - p. 15). - - [13] Louis-Charles-Georges, baron d'Ompteda, né en 1767, homme - d'État et diplomate hanovrien. Il était secrétaire de légation à - Dresde en 1791, puis chargé d'affaire à Berlin en 1795. Le - Hanovre étant passé sous la domination de la Prusse, M. d'Ompteda - entra au service de cette puissance et la représenta à Dresde. En - 1815, redevenu sujet de Hanovre, il fut accrédité à Berlin. En - 1823, il devint ministre d'État, puis ministre près la personne - du roi à Londres. Il se retira en 1837 et mourut en 1854. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT - - «Londres, le 16 octobre 1832. - -»Je suis ici au milieu des intrigues continuelles de madame de -Flahaut, qui ne quitte pas lady Grey et qui tient là les plus mauvais -propos sur notre gouvernement actuel: «--Cela ne peut pas durer; le -ministère ne peut pas tenir; il n'aura pas la majorité; tout le monde -le repousse...» C'est là ce qu'elle dit à tous les coins. Aujourd'hui, -c'est chez lord Holland qu'elle tient ses assises. Avoir des affaires -difficiles à conduire, et avoir de plus des calomnies de société qui -se renouvellent à chaque heure, c'est insupportable. Le fait est que -son mari à Paris et elle à Londres nuisent véritablement au nouveau -ministère, et en vérité, c'est bien coupable. Je ne pouvais pas croire -à tout ce que l'on m'avait dit sur cela; à présent, je suis forcé de -me trouver un imbécile quand je repoussais comme calomnie tout ce que -j'entendais dire de ce ménage. J'oubliais de vous dire que madame de -Flahaut fait des éloges pompeux de Sébastiani, ajoutant: «Il faudra -bien que le roi y revienne...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 17 octobre 1832. - - »Monsieur le duc, - -Les plénipotentiaires de Russie, de Prusse et d'Autriche, ont demandé -plusieurs fois dans ces derniers jours à lord Palmerston une réunion -de la conférence pour y discuter les mesures à adopter contre la -Hollande. Ils ont fait auprès de moi, des démarches dans le même sens, -mais j'ai engagé lord Palmerston à se refuser à cette demande, en -lui faisant sentir les inconvénients d'une discussion qui ne pourrait -avoir que des résultats fâcheux en ce moment. Lord Palmerston a -partagé mon opinion sur ce point, et il ne réunira la conférence que -quand il sera en état de lui communiquer nos résolutions -définitivement arrêtées.» - - «Le 18 octobre, soir. - -»... J'avais vu ce matin lord Palmerston, il m'avait fait espérer qu'à -l'issue du conseil, j'aurais une communication positive des -résolutions du cabinet. Cependant à cette heure, le ministre n'a pas -pu me donner encore la résolution que je désirais si vivement. Il est -vrai que le roi qui devait venir aujourd'hui à Londres, n'y viendra -que demain et que sa présence est réclamée pour une sanction -définitive. Mais je dois croire aussi, d'après une conversation assez -étendue que j'aie eue avec lord Palmerston et dont je vous rendrai un -compte détaillé, que la discussion en se prolongeant au sein du -cabinet, y a fait naître, non pas de l'opposition sur le fait même de -l'exécution du traité (à cet égard, tout le monde est d'accord), mais -le besoin de porter jusqu'aux dernières limites de l'examen des -conséquences qui pourraient résulter des voies coercitives employées -en commun par la France et par l'Angleterre et que, de plus, les -conversations sur l'intérieur du pays, que je vous expliquerai dans -une lettre demain, donneraient la pensée de gagner encore du temps. -C'est la tendance de plusieurs membres du cabinet; je l'ai combattue, -je la combattrai, et j'espère vaincre; mais ce n'est qu'une espérance. -Demain, je verrai le roi, et après le conseil, j'aurai avec lord -Palmerston une explication dont immédiatement je vous donnerai -connaissance. - -»Je dois vous dire que je garde en moi la conviction que cette -discussion prolongée n'a rien qui doive vous inquiéter, et qu'elle ne -fera que donner plus de poids à la décision qui sera prise...» - - «Le 19 octobre matin - -»Je suis vraiment embarrassé de vous répéter chaque jour que ce qu'on -m'a promis la veille est encore remis au lendemain. - -»Le roi est venu hier de Windsor, j'ai eu l'honneur de lui faire ma -cour. J'ai trouvé à Saint-James tous les membres du cabinet, et j'ai -pu rappeler à plusieurs d'entre eux combien il était urgent d'arriver -à une résolution décisive sur la coopération de la France et de -l'Angleterre pour l'exécution du traité du 15 novembre. Tous ont -reconnu cette nécessité et, cependant, le conseil s'est tenu chez -le roi, et qui a duré depuis quatre heures jusqu'à sept heures et -demie a été uniquement rempli par le rapport du _Recorder_ sur les -condamnations en matière criminelle qui ont été prononcées depuis -quelques mois et par la discussion qui s'en est suivie. Lord -Palmerston m'a assuré hier au soir que la question politique du -moment n'avait pas même été présentée et qu'elle était remise à la -délibération qui aura lieu aujourd'hui chez lord Grey à East-Sheen -où tous les membres du cabinet se réunissent et doivent dîner. - -»Je vous dois cependant l'explication de ces délais telle au moins que -je l'ai recueillie dans les dernières conversations que j'ai eues avec -lord Palmerston. Hier au soir, encore, il a ajouté quelques -développements à ce qu'il m'avait dit à cet égard. - -»D'une part, il paraîtrait qu'après s'être montré parfaitement résolu -sur le principe de la coopération et de l'emploi successif et -simultané des forces de terre et de mer, le conseil a vu que -quelques-uns de ses membres, tout en reconnaissant que le nouveau -ministère français inspirait une juste confiance, témoignaient sur sa -durée des inquiétudes; que des rapports venus de Paris et colportés -ici par des bouches qu'on aurait crues plus discrètes, ont ranimé -l'opposition, en même temps que des esprits plus sages ont eux-mêmes -conçu la crainte que si des mesures coercitives exercées en commun -contre la Hollande par l'Angleterre et la France, amenaient une guerre -générale, un changement de propagande à Paris ne fît de celle-ci une -guerre de propagande à laquelle l'Angleterre ne voudrait pas se tenir -associée. - -»Cette hésitation du cabinet, d'autre part, tient aussi à des -circonstances intérieures qui ont besoin d'être développées. - -»Les embarras que donnent de nouveau la question des noirs dans les -colonies américaines et à l'île Maurice, ainsi que le besoin d'y -pourvoir, ont déjà absorbé de longues délibérations[14]. Il faut que -cette considération ait plus d'importance que d'abord on ne lui en -supposait, car lord Palmerston me l'a répété dans deux conférences -différentes. De plus, lord Palmerston pressé sur le besoin d'en finir -et sur la nécessité dans laquelle étaient la France et la Belgique -d'avoir à faire connaître à l'ouverture des Chambres une résolution -prise, et pour le moins un commencement d'exécution, s'est vu -forcé d'avouer que le gouvernement britannique éprouvait presque un -besoin contraire, et que, pour lui, un délai de quelques semaines -serait avantageux. Voici l'explication qu'il en a donnée. Le parlement -actuel est prorogé au 11 décembre. L'intention du gouvernement est de -le dissoudre. Il regarderait comme un inconvénient de le réunir -encore, et cependant si les mesures coercitives étaient immédiatement -employées contre la Hollande, comme elles ne seraient point des actes -formels de guerre, on se dispenserait de convoquer le parlement. Mais -si le roi de Hollande faisait alors lui-même une déclaration positive -de guerre, il y aurait nécessité, d'après la constitution, soit de -réunir le parlement actuel, soit de le dissoudre et d'en convoquer un -nouveau. Dans le premier cas, il faudra s'attendre à une opposition -très animée et on a lieu de croire que ce serait surtout avec cette -espérance que le roi de Hollande se porterait à la déclaration dont il -s'agit. Dans le second cas, et si la dissolution était prononcée, il -faut savoir que l'enregistrement des électeurs, d'après la loi -nouvelle, n'est pas encore assez avancé, pour qu'on n'eût point à -craindre, dans une élection immédiate, des choix d'autant plus -dangereux, qu'ils seraient faits par des hommes que l'application du -bill de réforme doit priver du droit d'élire et qui en useraient pour -la dernière fois. - -»C'était là une particularité dans la situation du cabinet -britannique, qu'il fallait bien reconnaître. Il m'était plus facile de -combattre les craintes qu'on avait témoignées sur la stabilité de -notre ministère, et je pouvais partir de l'estime qu'on lui accordait -pour établir combien il serait utile à la politique des deux cabinets -d'aider le nôtre dans sa position. J'insiste donc vivement pour -que les ouvertures qui ont été faites ici, et que lord Granville vous -a confirmées, obtiennent un prompt et plein effet. Je suis loin d'en -perdre l'espérance. Les dernières lettres de La Haye, le discours du -roi de Hollande à l'ouverture des États-généraux, et le langage -virulent des gazettes qui reçoivent les inspirations du cabinet -néerlandais, ont été appréciés ici comme d'évidents symptômes d'une -résistance toujours plus opiniâtre; et, à moins que l'intervention du -cabinet de Berlin et les lettres dont M. de Dönhoff est porteur, ne -produisent à La Haye un changement absolu, ce qu'on saura avant deux -jours, je suis fondé à ne pas croire que le gouvernement britannique -veuille reculer sur ses propres propositions, et j'accepte volontiers -comme une preuve de sa persévérance, le consentement formel qu'il -vient de donner à la jonction de nos vaisseaux aux siens dans la rade -de Spithead...» - - [14] Les esprits étaient vivement surexcités en Angleterre par la - question de l'esclavage des noirs. On sait qu'il allait être - aboli en 1834. Dès 1832, le gouvernement s'acheminait vers cette - solution et on discutait au parlement une série de mesures pour - réglementer le sort des esclaves aux colonies (ordre du conseil - du 2 novembre). L'émotion soulevée par ces discussions suscita - aux colonies des troubles assez sérieux. A la Jamaïque - l'insurrection de 1831 fut terrible. A la Trinité et à - Sainte-Lucie les colons refusèrent de se soumettre aux ordres de - la métropole. A Maurice le procureur général ayant publié un - pamphlet en faveur de la liberté des noirs, provoqua une émeute - de la part des colons. - - «Le 19 octobre, huit heures du soir. - -»Nous avons reçu très tard aujourd'hui un avertissement de lord -Palmerston pour nous réunir en conférence. Cette réunion a eu lieu à -la demande du plénipotentiaire hollandais qui avait adressé un paquet -cacheté à la conférence. Lord Palmerston n'a pu s'y refuser, comme -nous en étions convenus, puisqu'elle n'était pas provoquée par un des -trois plénipotentiaires, et qu'il s'agissait d'ailleurs d'entendre des -explications venant de Hollande et qui pouvaient être d'un haut -intérêt. - -»Le paquet du baron de Zuylen ouvert, on nous a donné lecture d'un -long factum dans lequel on cherche à réfuter le soixante-neuvième et -le soixante-dixième protocoles. Il est à remarquer que ce dernier -n'avait point été communiqué au plénipotentiaire hollandais. Du -reste, ce long morceau de polémique est sans valeur; il ne devait -avoir et n'a eu aucune influence sur la conférence; c'est évidemment -une pièce qu'on veut produire devant les États-généraux de Hollande. -Nous l'avons considéré ainsi, et nous nous sommes séparés sans prendre -aucune délibération...» - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 18 octobre 1832 - - »Mon prince, - -»Votre lettre a confirmé les espérances que m'avaient données et la -dépêche de M. de Mareuil, et la conversation de lord Granville. Nous -attendons ici avec une grande impatience votre courrier de demain, et -nous nous préparons à tout événement. La situation politique du -ministère est beaucoup meilleure que nous n'eussions osé l'espérer en -débutant. Après beaucoup de criailleries, on finit par revenir au vrai -et par se demander à quoi bon tant de tumulte. La disposition générale -des esprits, sans être encore bienveillante, devient attentive; le -propos le plus habituel maintenant est de dire: «Il faut voir ce que -fera ce ministère». Notre sort dépend donc de plus en plus de nos -oeuvres d'ici à la session, et de toutes les oeuvres, la véritable, la -seule qui préoccupe l'attention publique, c'est l'expédition d'Anvers. -Sur ce point l'opinion devient chaque jour plus exigeante; ce n'est -pas la minorité turbulente, c'est la majorité raisonnable qui presse; -je me réjouis par conséquent de plus en plus du parti que vient de -prendre le cabinet anglais, car, lors même qu'il se serait décidé -contre notre expédition, je ne vois pas qu'il eût été possible de -l'éviter. Si nous la faisons, notre succès à la Chambre est assuré. -Nous ne négligeons rien pour qu'elle n'entraîne pas trop de -complications imprévues. Notre flotte est toute prête; elle est -composée d'officiers qui, pour la plupart, ont servi avec les Anglais. -Je ne vous cacherai pas que, s'il était possible que les deux flottes -s'engageassent ensemble à l'embouchure de l'Escaut, et qu'il y eût -quelques coups de canon tirés simultanément sur les Anglais et les -Français, cela serait ici du meilleur effet: l'alliance serait de plus -en plus populaire et nous en aurions plus de liberté pour agir -conformément aux désirs du cabinet anglais. - -»Je finis, mon prince, en mettant encore une fois tous nos intérêts -dans vos mains: vous savoir à Londres est tout mon espoir et toute ma -tranquilité...» - - «Le 19 octobre, dix heures du matin. - -»... Je reçois à l'instant votre dépêche du 16 et j'y réponds par -estafette, sans attendre une minute afin de vous mettre à portée de -donner toutes les explications qui vous seront demandées. - -»L'armée française réunie sur la frontière du nord est forte de -quarante-huit mille hommes. Dix-huit mille environ sont destinés à -faire le siège d'Anvers; trente mille à prendre position sur les -routes de Berg-op-Zoom et de Bréda, en dedans des limites du -territoire belge, afin de couvrir le siège. - -»Les postes français relèveront les postes belges dans toute l'étendue -du cercle d'opérations militaires. - -»Nous demandons au roi des Belges de réunir son armée en arrière de -Turnhout, afin qu'elle menace le flanc de l'armée hollandaise, si -celle-ci se portait contre notre armée d'observation, de même que -notre armée d'observation menacerait le flanc de l'armée hollandaise, -si elle se portait contre l'armée belge en dedans des limites du -territoire belge. - -»Quant à la facilité de prendre la citadelle, le maréchal Gérard pense -qu'elle ne peut tenir plus de dix jours. Il a pris à cet égard toutes -les informations désirables. Tout est prêt. Il n'y a pas, sur ce -point, la moindre inquiétude à avoir...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 22 octobre 1832. - - »Monsieur le duc, - -J'ai reçu toutes les dépêches que vous m'avez fait l'honneur de -m'adresser jusqu'au 20 octobre inclusivement; je conçois parfaitement -les impatiences du gouvernement du roi en ce moment difficile, et vous -avez pu voir que je partageais son désir d'arriver au terme de nos -trop longues incertitudes sur la question belge. Il ne faut cependant -attribuer les hésitations du ministère anglais qu'à la gravité de -l'affaire. Lord Grey et lord Palmerston voulaient réunir le plus grand -nombre possible de membres du cabinet, et obtenir à l'unanimité une -décision que les circonstances rendent de la plus haute importance. -J'ai besoin d'appuyer sur cette considération parce que je dois à ces -deux ministres de déclarer qu'il est impossible d'apporter des -dispositions plus favorables pour nous que celles qu'ils n'ont pas -cessé de me témoigner. Vous en trouverez la preuve, monsieur le duc, -dans la convention que je viens de signer avec lord Palmerston et que -j'ai l'honneur de vous transmettre: elle remplira, j'espère, les -intentions du gouvernement du roi. - -»Il est minuit, je n'ai pas le temps de développer les différents -articles de cette convention, je ne puis que vous dire qu'il était -impossible d'en obtenir davantage. - -»Il est absolument nécessaire que les ratifications partent de Paris -le jeudi 25 au soir, afin d'être à Londres le 27 dans la journée. Je -n'ai pas besoin de vous engager au plus profond secret de cette -convention. Nous désirons qu'elle ne soit publiée qu'après avoir été -communiquée aux plénipotentiaires des trois puissances à la -conférence, ce qui aura lieu le lendemain de l'échange des -ratifications. - -»Vous penserez sans doute qu'il est concevable de prévenir les consuls -du roi, pour que les intérêts français ne soient pas compromis...» - -Ainsi que l'annonçait cette dépêche, j'avais signé, le 22 octobre au -soir, avec l'Angleterre la convention tant désirée par le gouvernement -français, et par laquelle il était décidé, sur l'invitation du roi des -Belges, que les deux puissances procéderaient à l'exécution du traité -du 15 novembre, conformément à leurs engagements; que l'évacuation -territoriale formerait un commencement d'exécution; que les -gouvernements de Hollande et de Belgique seraient requis d'opérer -réciproquement cette évacuation pour le 12 novembre; que la force -serait employée contre celui de ces gouvernements qui n'aurait pas -donné son consentement pour le 2 novembre; qu'en cas de refus de la -Hollande, l'embargo serait mis sur les vaisseaux hollandais, et que le -15 novembre une armée française entrerait en Belgique pour faire le -siège de la citadelle d'Anvers. L'inquiétude était grande à Paris, et -toutes les lettres qu'on m'écrivait, montraient avec quelle impatience -on attendait le résultat que je venais enfin d'obtenir. Cette -impatience était parfois gênante pour moi; aussi, j'écrivis à cette -époque à la princesse de Vaudémont une lettre dont je veux citer -quelques passages. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT. - - »Londres, le 25 octobre 1832 - -»... Le marquis de Lansdowne[15] part aujourd'hui pour Paris; il -donnera du courage à notre ministère qui s'effraye un peu aisément. En -tout, on a toujours, et pour toutes choses, l'air trop pressé. Cela -ôte la sécurité à ceux qui regardent. J'ai été huit jours ici, et j'ai -obtenu tout ce qu'ils désiraient et qui avait été bien préparé par -Durant. Je reçois de _Mademoiselle_ avant le huitième jour de mon -séjour à Londres une lettre d'impatience. Vous souvenez-vous quand ils -croyaient que les Belges allaient entrer en Hollande, et cela c'est il -y a trois mois?--Je leur disais que le ministère Broglie finirait par -s'arranger; ils ne voulaient pas me croire. Eh bien! il est établi, et -il restera pour du temps, s'il ne fait pas de sots procès comme celui -de M. Berryer [16]. Les voilà munis pour se présenter à la -Chambre, puisqu'ils ont l'autorisation de marcher sur Anvers. Ce qu'il -faut à présent qu'ils fassent, c'est à tout prix de se rapprocher de -la Prusse qui est bien disposée. Cela fait, le reste ira sur des -roulettes.» - -Aussitôt après la signature de la convention du 22 octobre et en -attendant les ratifications qui ne vinrent de Paris que le 27, je pris -avec lord Palmerston tous les arrangements pour son exécution. Aussi, -à l'instant même de l'échange des ratifications, la convention -ratifiée fut transmise aux plénipotentiaires des trois cours -accompagnée d'une note simple et laconique pour éviter autant que -possible une demande d'explication de leur part. Un bateau à vapeur -préparé à cet effet partit immédiatement pour Rotterdam, portant la -communication qui devait être faite à la Haye par les chargés -d'affaires de France et d'Angleterre au gouvernement des Pays-Bas et -qui, en se référant à la convention, était courte et péremptoire. -Enfin, on expédia également un courrier à Bruxelles, qui portait au -gouvernement belge une note presque identique à celle destinée au -gouvernement hollandais. Nous avions voulu témoigner par là notre -impartialité et d'ailleurs exiger de la part des Belges, la remise de -Venloo et des portions de territoire qu'ils possédaient encore -indûment et qui devaient être restituées au roi des Pays-Bas, le jour -où il accepterait le traité du 15 novembre. Nous aurions bien voulu -tirer parti de la restitution exigée des Belges, pour détacher le -gouvernement prussien des cabinets d'Autriche et de Russie. Dans ce -but, nous proposâmes de faire occuper par ses troupes, la place de -Venloo et les territoires dans le Limbourg et le Luxembourg que le -traité du 15 novembre attribuait à la Hollande, avec l'engagement -de les garder jusqu'à l'acquiescement du roi au traité et de ne les -restituer à celui-ci qu'après l'exécution de sa part des conditions du -traité. Cette proposition donna lieu à une négociation particulière et -assez compliquée avec le cabinet de Berlin, qui avait d'abord semblé -disposé à l'accepter, mais qui, en définitive, n'osa pas paraître -s'associer aux mesures coercitives prises par les deux puissances -maritimes et qui refusa[17]. Il en résulta que les Belges gardèrent -les territoires qu'on avait réclamés d'eux, ce qui rendit leur -position vis-à-vis de la Hollande encore plus favorable. - -Reprenons la suite des dépêches et lettres. - - [15] Le marquis de Lansdowne était président du conseil dans le - cabinet anglais. Il allait à Paris pour négocier des changements - à apporter dans le tarif des douanes. - - [16] Le ministère avait ordonné l'arrestation de MM. Berryer, de - Chateaubriand, Hyde de Neuville et de Fitz-James comme prévenus - de complicité avec la duchesse de Berry (7 juin). Les trois - derniers ne tardèrent pas à être mis en liberté, aucune indice - n'ayant pu être relevé contre eux. Quant à M. Berryer, il fut - jugé le 16 octobre par la Cour d'assises de Blois. Le procès - était si mal engagé que le ministère public dut abandonner la - poursuite, et l'accusé bénéficia d'un acquittement qui devint un - triomphe. - - [17] Voir page 15. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 26 octobre 1832. - - »Monsieur le duc, - -»Lord Palmerston avait convoqué ce matin la conférence à la demande de -M. de Bülow[18] qui annonçait avoir une communication à nous faire. -Cette communication était un projet de traité envoyé par le cabinet de -La Haye. Lord Palmerston et moi avons tout de suite déclaré que -les formes strictes que nous avions adoptées jusqu'à présent, ne nous -permettaient pas d'écouter les propositions venant par un autre -intermédiaire que par le plénipotentiaire reconnu de la cour qui nous -les faisait; que si M. de Zuylen avait quelque chose à nous -communiquer de la part de sa cour, nous étions prêts à l'entendre, -mais que nous ne pouvions admettre la demande de M. de Bülow.--M. de -Bülow n'a pas insisté. Nous avons ainsi éludé toute explication. Il -n'a pas même été donné lecture du projet de traité. La clause -principale de ce projet est la reconnaissance de la libre navigation -de l'Escaut, avec la réserve d'imposer des droits de trois shillings -par tonneau au lieu d'un shelling consenti par le roi Léopold et par -la Prusse. J'espère que nos ratifications seront arrivées avant que M. -de Zuylen nous soumette directement le projet de sa cour, qui -aujourd'hui n'aurait pas eu grande faveur dans la conférence. Nous -sommes tous tombés d'accord que la réunion de ce matin ne serait pas -regardée comme une conférence tenue au Foreign Office...» - - [18] Une dernière tentative avait été faite par la Prusse pour - prévenir une rupture. Le cabinet de Berlin avait transmis à La - Haye un état des concessions exigées par la conférence. Le 23 - octobre, le ministre des affaires étrangères de Hollande annonça - aux envoyés de Russie, de Prusse et d'Autriche que le roi - adhérait à ce plan, sauf quelques modifications. Le traité fut - aussitôt à Londres. On a vu quel accueil il avait trouvé près la - conférence. Quelques jours plus tard, le 9 novembre, le ministre - de Hollande à Londres le communiqua à lord Grey qui répondit que - ce traité ne levait point toutes les difficultés, que d'ailleurs - il venait trop tard, et que l'évacuation d'Anvers était désormais - le préliminaire indispensable de toute négociation nouvelle. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND - - «Paris, le 25 octobre 1832. - - »Mon prince, - -»Votre courrier est arrivé hier vers cinq heures de l'après-midi. J'ai -sur-le-champ porté au roi la convention: hier soir nous avons eu -conseil. On a passé la nuit pour préparer les ratifications; le -courrier va partir et vous le recevrez demain de bonne heure dans la -journée. - -»Je n'ai pas besoin de vous dire avec quelle joie cette nouvelle a été -reçue. Je ne vous parlerai pas non plus de notre reconnaissance pour -un tel succès. Il fallait être vous pour y réussir; vous n'aurez -jamais rendu à votre pays un plus signalé service. - -»Permettez-moi maintenant de vous adresser une ou deux questions sur -le mode d'exécution de ce traité. - -»Le roi des Belges est sommé en même temps que le roi des Pays-Bas -d'évacuer la portion de territoire qui ne lui appartient pas, aux -termes des vingt-quatre articles. - -»Si le roi de Hollande refuse d'évacuer le 2 novembre, le roi des -Belges sera-t-il tenu de le faire? Et dans ce cas, à qui remettrait-il -Venloo et les autres portions du Limbourg? - -»Il est impossible de se figurer que ce soit au roi de Hollande. - -»Si le roi des Pays-Bas accepte la proposition, s'il consent à évacuer -le territoire belge, le roi des Belges devra-t-il remettre au roi de -Hollande le territoire occupé maintenant par les Belges, avant que le -roi de Hollande ait accepté le surplus des vingt-quatre articles, -tandis qu'il contestera encore sur l'Escaut, sur le syndicat[19], sur -la navigation des eaux intermédiaires? Cela serait-il prudent? - -»Je vous fais ces questions afin que nous soyons bien fixés sur la -direction que nous devons donner au roi des Belges. Vous savez de -reste que son peuple n'est pas des plus raisonnable, et sitôt -qu'il va se sentir en confiance, il va nous susciter mille embarras -d'exécution. - -»Soyez assez bon pour me dire quelle est l'idée que vous vous faites -de la solution de ces questions. Au reste, j'espère avoir de vous une -lettre aujourd'hui même, qui peut-être résoudra tous nos doutes. - -»Agréez...» - - [19] Cette question du syndicat était difficile et demande - quelques éclaircissements. - - Une loi du 27 décembre 1822 avait créé pour le royaume des - Pays-Bas un syndicat d'amortissement en remplacement du syndicat - des Pays-Bas et de la caisse d'amortissement. Ce syndicat - d'amortissement avait été doté de 250 millions de florins. Or, par - suite de défaut ou d'irrégularité de comptabilité, il se trouvait - qu'il était en 1832 impossible de juger de l'emploi de ce crédit, - d'où impossibilité de déterminer exactement le montant de la dette - des Pays-Bas; c'est sur ce thème que les plénipotentiaires belges - et hollandais discutèrent à perte de vue. Le traité des - vingt-quatre articles avait fixé le partage de la dette, mais le - roi des Pays-Bas avait refusé d'admettre les chiffres de la - conférence. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 27 octobre 1832. - - »Monsieur le duc, - -»J'ai reçu ce matin les ratifications de la convention du 22 octobre -que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser avec votre dépêche numéro -77. Je vois avec plaisir que cette convention a rempli les intentions -du gouvernement du roi, et je vous le répète, je suis convaincu qu'il -appréciera chaque jour davantage ses conséquences importantes. Nous -venons de faire l'échange des ratifications avec lord Palmerston; je -vous enverrai celles de l'Angleterre par le prochain portefeuille. - -»Nous avons transmis la convention ratifiée aux plénipotentiaires des -trois cours d'Autriche, de Prusse et de Russie, avec la note dont je -joins une copie. - -»Un bateau à vapeur part dans une heure pour Rotterdam; il porte la -note numéro 2 aux chargés d'affaires de France et d'Angleterre à La -Haye, et un courrier, qui part également ce soir, portera à Bruxelles -la note numéro 3. - -»Quant aux explications que vous me demandez, monsieur le duc, sur la -clause de la convention relative à la remise de Venloo par les Belges, -je puis vous dire que nous n'avons jamais eu l'intention de faire -livrer Venloo au roi des Pays-Bas, avant la complète exécution du -traité du 15 novembre. La sommation sera faite aux Belges comme -témoignage de notre impartialité, mais voici le parti que nous avons -pris au sujet de cette ville. Nous devons demain, lord Palmerston et -moi, proposer au baron de Bülow de faire remettre Venloo par les -Belges à Sa Majesté le roi de Prusse, sous la condition que ce -souverain s'engagera à ne la restituer au roi des Pays-Bas, que -lorsque celui-ci aura rempli toutes les stipulations du traité du 15 -novembre. Je vous ferai connaître l'issue de cette proposition que -j'ai adoptée parce que je savais qu'elle entrait complètement dans les -vues du roi...» - - -LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Neuilly, le 25 octobre 1832. - - »Mon cher prince, - -»En signant le document important que vous venez de nous adresser, je -veux vous féliciter de l'avoir obtenu. C'est un des plus grands -services qu'il fût possible de me rendre, et un des plus grands -avantages qu'on peut assurer à la France, puisque c'est l'honorable -gage de la paix générale. Je n'ai que le temps de vous réitérer -l'expression de tous les sentiments que vous me connaissez depuis -longtemps pour vous.» - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Neuilly, le 25 octobre 1832. - -»Je reçois à l'instant votre excellente lettre du 23 et je m'empresse, -mon cher prince, de vous en remercier, et d'autant plus que vous -m'avez tirée d'une véritable inquiétude et d'un grand tourment, car -c'est vous qui m'avez appris que la grande affaire était terminée et -que la convention était signée. Il paraît que le secret avait été si -fortement recommandé que notre cher roi s'était cru obligé de n'en -rien dire ni à sa femme ni à sa soeur, ce qu'il avait exigé de M. de -Broglie, et ce que, je certifie, il a bien tenu. Je suis arrivée chez -lui triomphante, avec votre précieuse lettre et alors il s'est mis à -rire et m'a répondu: «Ce n'est pas moi qui l'ai dit.» Je vous en -remercie de tout mon coeur, et je n'ai pas besoin de vous dire qu'il -n'y aura pas d'indiscrétion faite par moi, quoique, je vous avoue, je -ne comprends pas trop pourquoi le secret. Enfin, c'est égal, cela ne -me regarde pas; mais ce que je sais, c'est que vous m'avez fait un -grand bien en me donnant cette bonne et grande nouvelle et que c'est -de bien bon coeur que je m'en félicite avec vous. Vous avez coupé le -noeud gordien, comme je vous le demandais. C'est un bien grand -événement qui assure la prospérité de notre chère France et du règne -de notre bien-aimé roi. Tout ira bien maintenant, j'espère. Notre cher -roi me charge de vous dire combien il est satisfait de la bonne -réussite de vos efforts; qu'il espère et qu'il compte que vous -achèverez aussi heureusement la grande oeuvre qu'il dit que vous seul -pouviez faire...» - - -M. GUIZOT AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 26 octobre 1832. - -»Je savais d'avance, mon prince, que vous feriez l'impossible: c'est -votre usage. J'espère que nous accomplirons ce que vous avez fait. -Nous voilà avec une dot: on nous épousera. Certainement, il faut -ménager les préventions du pays où vous êtes, et ne pas mettre le -cabinet britannique aux prises avec l'instinct britannique. Nous -sommes exactement dans la même situation; nous avons nos préjugés qui -sont puissants, nos ignorances qui sont infinies. Nous demandons qu'on -ménage aussi tout cela. Dites-nous ce qu'il faut, et dites ce qu'il -nous faut. Nous réussirons ici et à Londres, Dieu et vous aidant... - -»Rien n'est jamais fini en ce monde; et après ce que vous venez de -faire, nous vous demanderons probablement de faire beaucoup encore. -Nous avons besoin d'aller chercher de la raison partout, car nous n'en -avons pas assez sous la main. Vous nous en fournirez toujours, -n'est-ce pas? - -»J'ai proposé au roi de rétablir la classe des sciences morales et -politiques de l'Institut[20]. Cela est ici d'un bon effet, et j'ai eu -la bonne fortune de rencontrer là votre nom. Je regrette bien que vous -ne soyez pas ici pour les élections qui vont se faire; mais, quelle -que soit l'importance des académies, ce que vous faites à Londres vaut -mieux...» - - [20] Voir le rapport de M. Guizot au roi (_Journal des Débats_ du - 28 octobre). La classe des sciences morales et politiques créée - le 3 brumaire an IV par une loi de la Convention avait été - supprimée par arrêté consulaire du 3 pluviôse an XI. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 28 octobre 1832. - - »Monsieur le duc, - -»Je viens de recevoir des deux plénipotentiaires de Russie la lettre -et la note dont j'ai l'honneur de vous envoyer des copies. Nous -devions nous attendre à cette démarche de leur, part. Elle n'a fait -aucune impression sur lord Palmerston, ni sur MM. de Wessenberg et de -Bülow, et cela leur a paru être une précaution prise par les -plénipotentiaires russes, qui agissaient d'après d'anciennes -instructions de leur cour et qui, ayant une fois été blâmés pour avoir -pris sur eux, voulaient dans cette occasion faire une réserve[21]. - -»En prenant lecture de la note, vous vous arrêterez sans doute aux -premiers mots du quatrième paragraphe. MM. de Lieven et Matusiewicz -n'entendent que suspendre leur participation aux conférences; il ne -s'agit donc pas de rupture, ni même de froideur envers les deux cours: -c'est là, à mon avis, le point essentiel auquel nous devons nous -attacher. - -»J'apprends que le comte Pozzo di Borgo, qui doit être arrivé à Paris, -de retour de Russie, a tenu un très bon langage sur nos affaires à -Berlin, à Vienne et à Munich. Je vous engage à agir près de lui, dans -le sens que je viens d'avoir l'honneur de vous indiquer; c'est comme -cela que je traiterai cette question ici. Je crois même qu'à tout -prendre, cette absence momentanée des plénipotentiaires russes de -la conférence, qui d'ailleurs ne se réunit pas depuis longtemps, nous -sera utile au milieu des mesures d'exécution dans lesquelles nous -sommes entrés. L'affaire hollando-belge doit être terminée dans vingt -jours par les moyens d'action qui seront employés. C'est le temps -nécessaire pour que la réponse à la communication de notre convention -soit venue de Saint-Pétersbourg; des réunions de la conférence, -pendant ce temps, étaient devenues inutiles et pouvaient avoir de -l'inconvénient. - -»Je crois que le parti adopté par la Russie dans cette circonstance -n'aura d'autre effet que d'entretenir, un peu plus peut-être le roi -des Pays-Bas dans son obstination. - -»L'Autriche et la Prusse ne feront que de simples accusés de réception -aux communications que nous avons dû leur faire, en leur envoyant la -convention... - -»J'ai l'honneur de vous transmettre les ratifications de la -Grande-Bretagne à la convention du 22 octobre... - - [21] Voici cette note, que les plénipotentiaires russes - adressèrent à M. de Talleyrand et ù lord Palmerston en réponse à - la communication qui leur avait été faite de la convention du 22 - octobre: - - Les soussignés s'acquittent d'un ordre formel de l'empereur, leur - maître, en faisant la déclaration suivante: - - L'adoption des mesures coercitives que la France et la - Grande-Bretagne ont résolu de prendre contre la Hollande, a fait - échoir le cas où les plénipotentiaires de Russie, en vertu des - instructions dont ils sont munis et dont les plénipotentiaires des - autres cabinets n'ignorent pas la teneur, se trouvent dans la - nécessité de se retirer des conférences. - - Ils rendront compte immédiatement à leur cour des circonstances - graves qui, en altérant le caractère de la médiation pacifique à - laquelle ils ont été appelés à prendre part, ne leur permettent - plus de s'associer aux travaux de leurs collègues. - - En suspendant leur participation aux conférences, les - plénipotentiaires de Russie sont dans l'attente des déterminations - ultérieures de leur cour, motivées par la gravité des circonstances - qui ont rendu nécessaire la déclaration dont ils s'acquittent. - - LIEVEN. MATUSIEWICZ. - - «Le 30 octobre 1832. - -»Je viens d'être prévenu par lord Palmerston que des ordres partaient -ce soir même pour l'amiral Malcolm à Portsmouth, par lesquels il lui -était enjoint d'expédier demain trois frégates anglaises qui iront -croiser la première à Texel, la seconde à l'embouchure de la Meuse et -la troisième à l'embouchure de l'Escaut. Ces frégates devront engager -tous les bâtiments de commerce anglais qui pourraient se présenter -pour entrer dans les ports hollandais, à ne point s'y rendre. Elles -ont ordre de ne pas commencer les hostilités et de ne gêner en aucune -manière le commerce hollandais, mais de se défendre si elles étaient -attaquées par des vaisseaux de guerre hollandais. - -»Lord Palmerston, en me donnant cette information, m'a demandé de -faire une démarche semblable près de l'amiral français qui commande -notre escadre à Spithead. Je n'ai pas balancé à adresser des -instructions dans ce sens à M. Ducrest de Villeneuve[22], en lui -annonçant que j'en rendais immédiatement compte au gouvernement du -roi. Je l'ai invité, en conséquence, à expédier demain de concert avec -l'amiral Malcolm, trois frégates françaises qui seront chargées de la -même mission sur les mêmes points que les frégates anglaises, et qui -agiront envers les bâtiments de commerce français, de la même manière -que ces dernières envers les bâtiments de commerce anglais. - -»Je suppose, monsieur le duc, que Sa Majesté approuvera le parti que -j'ai pris: le temps ne me permettant pas d'attendre des ordres venus -de Paris, j'ai dû agir sous ma propre responsabilité.» - - [22] Alexandre-Louis Ducrest de Villeneuve, né en 1777, engagé à - quatorze ans comme novice, était capitaine de vaisseau en 1814. - En 1830, il était contre-amiral et major de la flotte à Toulon. - Il commanda en 1832 l'escadre envoyée dans l'Escaut. En 1834 il - fut nommé préfet maritime à Lorient, prit sa retraite en 1838 et - mourut en 1852. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 29 octobre 1832. - - »Mon prince, - -»Vous avez fait des merveilles; le traité, je vous l'ai dit, nous a -paru pleinement satisfaisant. Nous sommes également très contents de -la marche que vous avez suivie dans l'exécution. Le seul point que -nous recommandons très instamment à votre habileté, c'est de faire en -sorte que le roi des Belges ne soit pas pressé d'évacuer -matériellement Venloo, avant que nos troupes soient arrivées à Anvers. -Il pourrait y avoir difficulté, tapage dans les Chambres belges et -complication dans nos opérations. C'est une affaire d'un jour ou deux, -et il ne faudrait pas pour cela risquer de faire faire aux Belges -quelque grosse sottise. Si les Prussiens n'acceptent pas notre -proposition, il ne peut pas y avoir de difficulté à retarder de deux -ou trois jours, non pas l'engagement d'évacuer Venloo, mais -l'évacuation _matérielle_ de la place. Je ne sais pas même en pareil -cas, si vous jugeriez convenable que l'évacuation ait lieu, car à qui -remettre la place? Si les Prussiens acceptent, il faudra tâcher qu'ils -ne se présentent que le 15 ou le 16 novembre; j'y ferai de mon côté -mes efforts avec M. de Werther. - -»Nos affaires ministérielles vont assez bien, autant qu'il est permis -d'en juger en ce moment, où le nombre des députés arrivés n'est pas -grand encore. Si notre entreprise réussit, et j'en ai très bon espoir, -ce sera grâce à vous. Quant à moi, je mets encore plus de prix aux -sentiments que vous me témoignez qu'à l'avantage qui en résulte pour -mon pays...» - - -L'AMIRAL DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 2 novembre 1832. - - »Mon prince, - -»En faisant partir nos vaisseaux de Cherbourg j'ai donné ordre au -contre-amiral Ducrest de Villeneuve de vous rendre compte de son -arrivée, et, de plus, de se conformer à toutes les directions que vous -croiriez devoir lui donner. - -»Il m'a paru tout naturel que ces directions vinssent de Londres -sans l'intermédiaire de Paris. Le temps est précieux et il ne faut pas -le perdre en détours inutiles. Vous, mon prince, qui l'avez si -utilement employé dans cette circonstance, vous en jugerez comme moi. - -»Nos dissidents s'humanisent un peu; cependant, il serait hasardeux de -dire que tous se rangeront. Dupin est arrivé et a vu le roi hier. Il -dit qu'il ne fera pas d'opposition et qu'il s'asseoira _neutre_ au -fauteuil de la présidence. Comme membre obligé de la commission de -l'adresse, il aura quelque influence. L'opposition se propose d'y -mettre un mot significatif au sujet de la _quasi légitimité_. - -»Nous pensons que le 4 ou le 5, nous aurons la réponse de La Haye, -peut-être par Londres. Vous pourriez nous la faire donner par le -télégraphe de Calais.--La _Melpomène_ et la _Créole_ partent pour -Spithead...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 3 novembre 1832. - - »Monsieur le duc, - -»J'ai reçu ce matin une dépêche de M. le comte de Latour-Maubourg qui -me fait part d'un embarras dans lequel l'a placé une demande de M. le -général Goblet. Ce dernier en recevant la réquisition faite par suite -de la convention du 22 octobre, pour la remise par le gouvernement -belge de Venloo, des territoires du Limbourg et du Luxembourg, aurait -exigé une déclaration officielle, tendant à garantir qu'en aucun cas -la ville de Venloo et les territoires destinés à revenir à la -Hollande, ne seraient occupés par des troupes étrangères, avant que la -citadelle fût remise aux Belges. - -»Vous avez vu par la lettre dont j'ai eu l'honneur de vous adresser -une copie avant-hier que j'avais autorisé M. de Latour-Maubourg en -remettant la réquisition au général Goblet, à lui annoncer -confidentiellement que la remise des territoires ne se ferait dans -aucun cas entre les mains des Hollandais et qu'on s'occupait ici -d'arranger cette affaire de la manière la plus tranquillisante pour -les Belges. - -»Il me semble que cette communication était plus que suffisante pour -calmer les inquiétudes du gouvernement belge au moment où la France et -l'Angleterre soutiennent avec tant de vigueur les intérêts de la -Belgique. Je redoutais, je pense, avec raison, les publications -indiscrètes auxquelles le ministère belge ne s'est jamais refusé. Les -articles des journaux de Bruxelles nous ont déjà causé trop d'embarras -pour ne pas nous tenir sur nos gardes. - -»La réclamation officielle que réclame le général Goblet produirait un -très mauvais effet dans les cabinets, j'en suis convaincu. Si, comme -me l'écrit M. de Latour-Maubourg, sir Robert Adair s'est cru autorisé -à donner cette déclaration, je ne puis m'expliquer comment la -publicité immédiate de tous les actes remis au cabinet de Bruxelles ne -l'aurait pas arrêté. - -»Il est beaucoup plus important pour nous en ce moment de rassurer les -puissances par nos démarches que de satisfaire aux puériles -susceptibilités des Belges. Je crois donc que la déclaration demandée -par le général Goblet, qui, dans toutes les circonstances, s'est -montré difficultueux, devrait être nettement refusée par M. de -Latour-Maubourg; c'est dans ce sens que je m'en expliquerai avec lord -Palmerston, à ma première entrevue avec lui; il est à la campagne -jusqu'après-demain, mais je le verrai aussitôt qu'il sera -revenu[23]...» - - [23] En même temps que cette dépêche, M. de Talleyrand écrivait - au duc de Broglie la lettre particulière suivante: - - 3 novembre. - - Je vous écris aujourd'hui pour que vous sachiez bien, dans vos - rapports avec le général Goblet, à qui vous avez affaire. Le - général Goblet est un orangiste; il fait ce qu'il peut pour plaire - aux hommes du mouvement en Belgique et pour exciter à de fausses - mesures, compliquer ainsi les questions et laisser par là une porte - entr'ouverte au parti orangiste. J'ai été dans le cas de le juger - ici, où ses arrogantes difficultés n'ont pas cessé de nous gêner. - Il joue à peu près à Bruxelles le rôle de nos carlistes qui se font - républicains. Dans ma correspondance avec Sébastiani, je l'ai - plusieurs fois averti qu'il ne devait pas mettre là sa confiance... - - «Le 5 novembre. - -»J'ai reçu il y a une heure la réponse faite par le roi des Pays-Bas à -la communication qui avait été faite par les chargés d'affaires de -France et d'Angleterre[24]; j'ai l'honneur de vous en envoyer une -copie quoique je suppose qu'elle vous sera parvenue directement de La -Haye. Cette réponse est un refus rédigé dans des termes assez -adoucis...» - - [24] Le cabinet hollandais refusa de se soumettre aux injonctions - de la convention du 22 octobre. Il déclara que l'évacuation de la - Belgique par ses troupes avant l'échange des ratifications du - traité du 15 novembre serait contraire au sens des négociations, - et que d'ailleurs le devoir absolu de la Hollande était de ne pas - se dessaisir, en abandonnant Anvers, du gage qui devait lui - servir à obtenir des conditions équitables de séparation. - - -LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Foreign Office, 6 novembre 1832. - - »Mon cher prince, - -»Je vous envoie _très confidentiellement_ une copie de la lettre que -j'ai écrite aujourd'hui à l'Amirauté pour guider ce département -quant aux instructions qu'il doit donner à l'amiral Malcolm; j'en ai -envoyé copie ce soir à Granville pour qu'il la communique à votre -gouvernement, afin qu'ils puissent juger combien ils trouveront -convenable de donner des instructions semblables à l'amiral -Villeneuve. Il serait cependant utile que vous portassiez ces -instructions confidentiellement à la connaissance de votre amiral, -parce qu'il devrait savoir quels sont les ordres qui ont été donnés à -son collègue. - - »Tout à vous.» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT. - - «Londres, le 7 novembre 1832. - -»La déclaration des Russes n'a de valeur que par le bavardage qu'elle -occasionne. Le fait est que M. de Lieven ne voulait pas la faire et -que c'est Matusiewicz qui l'a décidé à la faire. Il ne faut pas -regarder cela comme une affaire. On fait beaucoup parler Pozzo. Chacun -se sert de son langage, suivant son intérêt. M. de Lieven a été -jusqu'à dire que dans l'état où étaient les affaires, nous ne pouvions -pas faire autre chose qu'une convention renfermant des conditions -finales, et que les termes dans lesquelles la nôtre était conçue lui -paraissaient fort convenables.--La date de ma lettre me fait croire -que nous arriverons au 15 sans coup férir. Ce qui se passera après est -hors de ma direction; c'est aux hommes qui conduisent la guerre à -prendre toutes leurs précautions. Politiquement les choses sont bien -placées; voilà tout ce dont j'étais chargé, et ce dont j'étais chargé, -je l'ai fait. On m'a dit à mon départ de Paris: «c'est essentiel -pour avoir la majorité»; la chose est faite; à présent, aura-t-on la -majorité? - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 8 novembre 1832. - - Mon prince, - -»Je vous écris deux lignes pour vous dire que je ne puis vous en -écrire davantage. Voici l'heure du courrier; je n'ai pu rentrer de -meilleure heure. Vous en comprendrez facilement le motif lorsque vous -saurez que madame la duchesse de Berry vient d'être arrêtée hier à -Nantes. Nous avons passé la matinée à pourvoir aux mesures nécessaires -pour sa sûreté. Ceci nous assure une majorité grande et infaillible. - - »Agréez...» - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 9 novembre 1832. - -»Assurément, mon cher prince: je suis _très contente de vous_, de vos -oeuvres et de votre lettre du premier de ce mois dont je vous remercie -de tout mon coeur. J'allais le faire hier lorsque la grande nouvelle -de l'arrestation de madame la duchesse de Berry est arrivée. C'est à -Nantes qu'elle a été prise; c'est un événement bien important et je -suis persuadée que vous approuverez l'article qui l'annonce dans le -_Moniteur_ de ce matin, et la résolution prise à cet égard par notre -gouvernement. Il me semble qu'il satisfait à tout. Cela s'est passé -très tranquillement à Nantes. Dès la veille on avait fait des visites -dans cette maison, ayant eu l'avis qu'elle y était, mais sans -rien trouver; alors le général et le préfet firent cerner par la -troupe et la garde nationale toutes les issues d'une masse de maisons -qui formaient une espèce d'île dans laquelle se trouvait celle où l'on -croyait, et avec raison, qu'était madame la duchesse de Berry, où le -préfet avait laissé des gendarmes, qui, en faisant du feu pour se -chauffer dans la cheminée d'une petite chambre au troisième, -échauffèrent tellement la plaque, que madame la duchesse de Berry, qui -se trouvait cachée dans une petite chambre derrière avec M. de -Mesnard[25], M. de Guibourg et mademoiselle de Kersabiec, étant au -moment d'être asphyxiée, ne put y tenir et en sortit en se rendant. -Sans cet extraordinaire incident, il est probable qu'on ne l'aurait -pas encore découverte. Elle a été sur-le-champ conduite au château de -Nantes. Voilà tout ce que je sais sur cet important événement jusqu'à -présent, et que je m'empresse de vous mander. - -»Chartres et Nemours partent dimanche pour l'armée; j'espère, et nous -en avons besoin en ce moment, que cela ne sera pas long et qu'ils nous -reviendront bientôt avec la grande et belle nouvelle de la reddition -d'Anvers. Je trouve que la réponse du roi de Hollande, tout en -refusant, n'annonce pas l'intention de faire une grande résistance. -Toutes les difficultés s'aplanissent pour notre juste, bonne et belle -cause, et j'ai de plus en plus la douce et ferme confiance que notre -cher roi jouira de la récompense de toutes ses peines et de tous -ses sacrifices en voyant notre chère France tranquille, heureuse et -prospère...» - - [25] Louis-Charles, comte de Mesnard, né en 1769, était en 1789 - capitaine au régiment de Conti. Il émigra, servit dans l'armée de - Condé et resta en Angleterre jusqu'à la Restauration. Il devint - alors colonel et aide de camp du duc de Berry, puis premier - écuyer de la duchesse et pair de France (1823). Après la - révolution de 1830, il accompagna la duchesse de Berry en - Angleterre, en Italie, la suivit en France, fut arrêté, jugé et - acquitté. Il quitta la France et mourut en 1842. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 11 novembre 1832. - - »Monsieur le duc, - -»M. le baron de Zuylen, après avoir vainement tenté plusieurs fois de -renouer une négociation avec lord Palmerston, s'est enfin adressé à -lord Grey, dans l'espoir, sans doute, d'obtenir quelques concessions -auxquelles lord Palmerston s'était refusé. Il s'est présenté hier chez -lord Grey, et lui a remis le projet de traité proposé par le cabinet -de Berlin dont je vous ai déjà entretenu, et la pièce que j'ai -l'honneur de vous envoyer en copie[26]. Je joins également une copie -du projet de traité que je n'ai pu me procurer qu'hier soir. - -»Lord Grey après sa conversation avec M. de Zuylen, m'a invité à me -rendre chez lui pour nous y entendre avec lord Palmerston. Il m'a -communiqué alors ce dont je viens de vous rendre compte. J'ai pu -exprimer immédiatement mon opinion sur ces nouvelles propositions du -cabinet de La Haye, et j'ai dû dire qu'il n'y avait plus de base -possible de négociation avant la reddition de la citadelle d'Anvers et -avant un engagement, pris par le roi des Pays-Bas, d'accepter le -traité du 15 novembre avec les modifications qui pourraient être -consenties par la Belgique. - -»Lord Grey qui partageait mon opinion, a rédigé un projet dans ce -sens, mais il m'a dit qu'il se croyait cependant obligé de soumettre -cette question à un conseil de cabinet, et il m'a fixé chez lord -Palmerston un rendez-vous pour aujourd'hui, à l'issue de ce conseil. -Je m'y suis rendu; il m'a remis la note ci-jointe qui a été approuvée -par le conseil, et envoyée à M. le baron de Zuylen comme réponse à sa -communication d'hier. - -»Vous remarquerez, monsieur le duc, que par cette note on se borne à -réclamer l'évacuation de la citadelle d'Anvers, comme préliminaire -indispensable à toute négociation nouvelle. Lord Grey m'a dit que dans -le conseil, on n'avait pas cru convenable d'adopter la seconde -condition du projet convenu hier entre nous, parce qu'elle ne donnait -aucune ouverture à des négociations ultérieures, en imposant d'avance -au gouvernement des Pays-Bas l'obligation d'accepter le traité du 15 -novembre et en soumettant les modifications possibles de ce traité à -la seule volonté de la Belgique. Il faut observer que la note de lord -Grey à M. le baron de Zuylen n'est point signée, ce qui lui ôte le -caractère strictement officiel; elle a paru cependant assez importante -à M. de Zuylen pour qu'il l'envoyât immédiatement à La Haye par un -courrier. - -»J'ai retrouvé dans cette circonstance comme dans toutes les autres, -lord Grey et lord Palmerston pleins d'une sincérité et d'une droiture -au-dessus de tout éloge...» - - [26] Voir page 34 et note, la réponse que lord Grey fit à M. de - Zuylen au sujet de ce projet de traité. La pièce dont il est ici - question est une note écrite qui développait cette réponse. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT. - - «Londres, le 13 novembre 1832. - -»Je vois arriver le 15 plutôt avec plaisir qu'avec inquiétude; il nous -tirera de l'incertitude si fatigante dans laquelle nous sommes. -M. de Zuylen a prodigieusement nui par ses finasseries, ses réserves -et je pourrais dire, sa mauvaise foi à une affaire que tout le monde -voulait éclaircir et terminer. Il a pris des voies détournées; il -s'est lié avec les tories pour faire dire dans les journaux ce qui -convenait aux ennemis du ministère anglais. Avec M. Falck tout se -serait arrangé depuis six mois, et le roi de Hollande serait beaucoup -mieux placé...» - - «Le 14 novembre. - -»Nous touchons au moment de l'entrée de nos troupes en Belgique; dans -peu d'heures, elles seront en marche. J'ai fait de mon côté tout ce -dont on avait besoin; j'espère qu'à Paris, tout a été préparé pour -l'action; il ne faut faire aucune perte de temps. Plus l'expédition -sera courte, plus elle sera brillante, et sans inconvénient en Europe. -L'escadre anglaise est sur les côtes de la Hollande; c'est l'amiral -Malcolm qui est avec elle. - -»Toute démonstration de l'Angleterre nous convient; car c'est par -notre union avec elle que nous éviterons la guerre, quoi qu'en -puissent dire les journaux français. Notre convention avec -l'Angleterre est trop près d'être un traité offensif et défensif pour -que les plus zélés pour la guerre ne se refroidissent pas. - -»Adieu, j'ai bien besoin d'être au courant jour par jour, de la marche -de notre armée et des mouvements des troupes prussiennes dont parlent -les journaux[27]...» - - [27] Dès l'entrée des troupes françaises en Belgique, la Prusse - concentra une armée d'observation sur la Meuse, mais elle ne fit - aucun mouvement offensif. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 16 novembre 1832. - - »Monsieur le duc, - -»On attend avec une très vive impatience des nouvelles de l'armée -française dont on dit que l'entrée en Belgique a dû avoir lieu -seulement ce matin. C'est désormais de ce côté que nous devons tourner -nos regards, et je vous prie de me tenir le plus exactement possible -au courant de tout ce qui peut offrir de l'intérêt; on cherchera sans -aucun doute à répandre ici des bruits fâcheux sur notre armée, et il -est important que je sois toujours en état de les démentir; je -voudrais même, si cela était possible, être instruit directement par -le télégraphe de Lille à Calais. Les personnes les mieux disposées -pour nous, nous témoignent de l'inquiétude; on craint que nous n'ayons -pas assez de troupes sur la frontière du Nord, et que cela ne -fournisse au prince d'Orange l'occasion de se précipiter vers le -centre de la Belgique. Je cherche à calmer ces craintes, mais il est -essentiel que je puisse toujours contredire les faux bruits qui -viendraient leur donner de la consistance...» - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 19 novembre 1832. - - »Mon prince, - -»J'ai à peine le temps de vous écrire quelques lignes. L'attentat de -ce matin ajoute au trouble de cette journée. L'indignation est grande -dans les Chambres et dans tout Paris. Probablement, cela -profitera à la bonne cause; je dis probablement, car nous sommes ici -bien mobiles. Le roi a été, comme il est toujours dans de telles -occasions, très bien, très calme, et de grand courage. Il n'a pas -voulu que le bruit de l'événement fût porté à la Chambre avant son -arrivée, et personne n'a pu s'en douter à la tranquillité de sa voix -et de sa contenance. L'effet du discours a été bon; j'espère que vous -en approuverez le ton général, la fermeté et la réserve. J'avais -ajouté un dernier paragraphe sur les négociations qui se poursuivent -en Angleterre, les postes, les vins, les livres... mais à la dernière -lecture ce paragraphe a été retranché, comme ajoutant à la longueur du -discours; j'aurai soin d'en parler dans la discussion. - -»Adieu, mon prince; l'assassin n'est pas encore connu[28]...» - - [28] On ne trouva jamais l'assassin, ce qui fit dire à - l'opposition que cet attentat n'était qu'un coup de police. On - finit par arrêter un nommé Bergeron qui fut acquitté. - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Tuileries, lundi 19 novembre 1832. - -»Que d'actions de grâces nous avons encore à rendre à la Providence, -mon cher prince! Un attentat horrible a été manqué, grâce au ciel; un -monstre a tiré un coup de pistolet sur notre bien-aimé roi, comme il -descendait le pont Royal à cheval pour se rendre à la Chambre. Il a -été admirable et d'un calme parfait, et a continué sa marche comme si -de rien n'était, n'a pas voulu qu'on en parlât dans la Chambre, et a -fait son discours d'une voix forte et ferme. Il a été reçu à -merveille. Malheureusement, le monstre n'est pas encore arrêté. -Aussitôt que la Chambre a été instruite de cet horrible attentat, -celle des pairs, aussi bien que celle des députés, par un mouvement -spontané, sont arrivées ici; et tous les membres sans exception, sauf -La Fayette et Dupont de l'Eure; mais peut-être viendront-ils. Je ne -sais si vous pourrez me lire, mon cher prince, mais vous trouverez -simple que ma main tremble: je tenais à vous écrire tout de suite par -l'estafette...» - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 22 novembre 1832. - - »Mon prince, - -»Lord Granville m'a communiqué la lettre de lord Palmerston au sujet -des commérages du gouvernement belge. Lord Palmerston a attaché à tout -ceci plus d'importance que je n'en mettais. Comme les Belges s'étaient -servis de son nom pour disputer contre nous sur l'indemnité, sur -l'affaire de M. Pescatore[29], et sur plusieurs autres points, j'étais -bien aise de savoir ce qu'il y avait de vrai dans leurs propos. Du -reste, tous ces petits tracas ne valent guère la peine qu'on s'en -occupe. - -»C'est aujourd'hui que la sommation doit être faite au général Chassé. -Se défendra-t-il? Jusqu'à quel point se défendra-t-il? C'est ce que -nous saurons bientôt, mais ce qu'il est impossible de conjecturer. -Quant à la résolution d'évacuer la Belgique après la prise de la -citadelle, et de tenir à la lettre l'engagement contracté le 22 -octobre, vous n'avez pas besoin de m'en faire souvenir. Je ne -resterais pas aux affaires une demi-heure, si ceci pouvait être pour -quelqu'un l'objet d'un doute. - -»Lord Lansdowne vous dira que nos affaires ministérielles prennent ici -le meilleur tour, que la majorité semble tout à fait ralliée. Nos amis -ne doutent pas du succès. Je ne suis pas aussi confiant...» - - [29] M. Pescatore était un membre du gouvernement civil du - Luxembourg que la gendarmerie belge avait arrêté en octobre 1831 - en représailles de l'arrestation de M. Thorn. Les deux - prisonniers furent échangés à la fin de 1832. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 26 novembre 1832. - - »Monsieur le duc, - -»Je puis vous dire que notre situation ici s'est fort améliorée dans -ces derniers jours. Les dépêches venues de Vienne et de Berlin -indiquent qu'on y a modifié les dispositions qu'un premier mouvement -d'effervescence avait laissé percer. Les ministres d'Autriche et de -Prusse à Londres vont même jusqu'à témoigner de leur désir de voir -réussir les mesures adoptées par la France et l'Angleterre contre -l'obstination si prolongée du roi des Pays-Bas. - -»Plus on y réfléchit, et plus on reste convaincu que les différents -cabinets du continent chercheront à rompre l'union de la France et de -l'Angleterre; mais qu'aussi, ils sauront se résigner à cette union et -à ses conséquences, tant qu'ils lui reconnaîtront des symptômes -évidents de durée...» - - «Le 29 novembre. - -»Je vois avec peine par les informations que vous voulez bien me -donner que de nouveaux retards ont été apportés dans les -opérations du siège de la citadelle d'Anvers. L'anxiété s'accroît ici -chaque jour, et le cabinet anglais va même jusqu'à dire qu'il attache -à la prompte reddition de cette citadelle un intérêt égal à celui que -pouvait avoir le nouveau cabinet français à la conclusion de la -convention du 22 octobre. Ce langage résume bien l'importance de la -question pour ce gouvernement; il n'est point exagéré et je partage -cette opinion. - -»Je ne suis point surpris des négligences dont vous avez à vous -plaindre de la part des Belges. On doit s'attendre à toute sorte -d'embarras venant d'eux, et je crois que les formes de ménagement que -nous adoptons généralement à leur égard ne conviennent pas à un -gouvernement si nouveau et si présomptueux. - -»Les délais de l'expédition d'Anvers font plus que jamais sentir la -nécessité de ne rien précipiter dans notre négociation avec le cabinet -prussien. Le temps est un grand maître qui arrange bien des -difficultés. Vous penserez sans doute qu'il faut se donner une grande -latitude quand on est livré aux chances d'un siège, et je vous engage -à ne rien conclure à Berlin, avant d'être sur la voie d'un résultat -certain à Anvers. Vous remarquerez que si on s'était arrêté à la date -du 5 décembre, fixée par vous en dernier lieu, pour la remise de -Venloo aux Prussiens, on se serait placé dans une situation -embarrassante. Comme la négociation se suit par M. Bresson, aidé de -lord Minto, il doit être facile de la ralentir en exprimant à propos -le besoin d'instructions communes des cabinets de Paris et de Londres. - -»Je viens de communiquer à lord Palmerston votre dépêche numéro 101, -relative aux frais de notre expédition en Belgique, que vous croyez -devoir réclamer du gouvernement belge. Je la lui ai lue tout -entière. Après l'avoir écoutée avec beaucoup d'attention, lord -Palmerston a répondu que cela ne changeait rien à son opinion, parce -que tous les motifs qui avaient été donnés dans le conseil du roi -restaient dans leur entier. J'ai essayé en vain de donner de nouveaux -développements aux arguments que me fournissait votre dépêche; et je -dois vous avouer que je ne suis pas parvenu à modifier une opinion qui -me paraît irrévocablement arrêtée. - -»J'ai ensuite entretenu lord Palmerston de la mission qui aurait été -confiée par l'Angleterre à un agent de la Porte ottomane. Il m'a -répondu qu'il avait été effectivement informé par une lettre de -Constantinople du 26 octobre de la résolution adoptée par le sultan -d'envoyer en Angleterre Namick Pacha, colonel de ses gardes; que cette -résolution n'avait pas eu l'assentiment du Divan qui avait du moins -obtenu que Namick Pacha passerait par Paris; que, du reste, quoiqu'on -sût bien que la mission de Namick se rapportait à la guerre qui existe -entre la Porte et le pacha d'Égypte, on ne connaissait point -exactement la nature des communications qu'il était chargé de faire au -gouvernement anglais; mais qu'on supposait seulement que l'intention -de la Porte avait été de donner à cette mission assez d'éclat pour -qu'elle inquiétât le pacha d'Égypte, qui ne manquerait pas d'en avoir -connaissance[30]. - -»Lord Palmerston m'a assuré en même temps que sir Stratford -Canning[31] n'avait jamais fait aucune insinuation qui pût être -regardée comme une offre réelle de secours de la part de l'Angleterre -et que vous aviez parfaitement jugé qu'il s'était borné à des paroles -de bienveillance, telles qu'il est d'usage d'en employer en pareille -occasion...» - - [30] Sur la mission de Namick Pacha, voir pages 95 et 108. - - [31] Sir Stratford Canning, ancien ambassadeur d'Angleterre près - la Porte, avait été envoyé à Constantinople en novembre 1831 avec - une mission spéciale. Il devait demander une extension de - frontières en faveur de la Grèce. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 27 novembre 1832. - - »Mon prince, - -»La réponse que je vous adresse est une réponse officielle à une -dépêche officielle. J'imagine que lord Palmerston a pris par là ses -mesures pour répondre au besoin devant le parlement. C'est par le même -motif que j'insiste. - -»Vous savez que la raison qui nous a portés à demander à la Belgique -le remboursement de nos dépenses extraordinaires, c'est le refus -positif qu'a fait la Chambre des députés, l'année dernière, de nous -allouer la dépense de notre expédition de Belgique en 1831. Nous -serions sans réponse si nous ne pouvions pas témoigner publiquement -que nous avons fait tous nos efforts pour mettre à couvert les -intérêts du trésor. Du reste, nous avons peu d'espérance de nous -enrichir avec ce qui nous en reviendra. - -»Le fait est néanmoins que notre position n'est pas analogue à celle -de l'Angleterre. Elle fournit à la cause commune une escadre; nous en -faisons autant. Elle ne demande rien à la Belgique; pour cela, nous ne -demandons rien non plus. Mais en outre, nous entreprenons à nos frais -une expédition de terre infiniment plus coûteuse que nous exécutons -seuls. - -»Lord Palmerston pense que c'est dans un intérêt uniquement européen -que nous agissons. Je ne le crois pas. La meilleure preuve que -c'est en même temps dans un intérêt purement belge, c'est que nous ne -marchons qu'à la réquisition expresse de la Belgique. Si nous ne -prenions pas Anvers, il faudrait que ce fût l'armée belge qui le prît, -et ce que nous lui demandons est très inférieur à ce qu'il lui en -coûterait pour cela. La Belgique n'en paye pas un soldat de moins, il -est vrai, mais elle paye de moins toutes les dépenses matérielles du -siège que nous faisons à nos dépens. - -»Lord Palmerston ajoute que nous avons désiré nous-mêmes, dans -l'intérêt de la formation ou du maintien du ministère que cette -expédition se fît. Ceci sort du cercle général de la discussion. C'est -une discussion sur ce qui se passe dans l'intérieur des couloirs. Ce -n'est pas un motif que nous puissions alléguer publiquement. Si nous -voulons prendre ainsi en considération les motifs secrets des choses, -alors nous pourrons dire que la crainte des sottises des Belges, la -crainte de les voir entamer une expédition contre la Hollande, la -nécessité de les tirer de la situation où ils sont, sont au nombre des -raisons qui nous ont fait désirer d'entreprendre l'expédition -d'Anvers. Ce sont certainement les provocations des Belges et leur -action sur les esprits en France, qui ont concouru pour plus de moitié -à rendre cette expédition inévitable. - -»Au reste, je le répète, il ne faut prendre les choses que pour ce -qu'elles valent: notre demande a pour but de mettre notre -responsabilité à couvert. Je crois que la dépêche de lord Palmerston -est précisément de même nature, et je vous prie de l'assurer que je -n'ai pas la moindre envie d'y voir autre chose. - -»Notre expédition ne marche pas aussi vite que je l'aurais désiré. -L'armée tout entière est arrivée à jour fixe; mais le transport de -l'artillerie de siège et des munitions a souffert et souffre -encore des retards. Le maréchal Gérard ne veut faire sa sommation -qu'au moment où toutes ses dispositions seront terminées, pour -répondre à un refus par un feu terrible. On m'assure que la sommation -doit être faite aujourd'hui, mais je crains encore du retard...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 30 novembre 1832. - - »Monsieur le duc, - -»M. le marquis de Palmella est arrivé hier à Londres, chargé d'une -mission de dom Pedro près du gouvernement anglais; il avait quitté -Oporto le 22 de ce mois. Il paraît qu'on commence à sentir dans cette -ville la nécessité de mettre fin à l'état de choses qui désole en ce -moment le Portugal[32]; le marquis de Palmella doit, en conséquence -demander un armistice au cabinet anglais. Il m'a fait des ouvertures à -ce sujet. La proposition de cet armistice n'aurait de caractère -imposant que si elle est faite en même temps par la France et par -l'Angleterre. - -»Cet armistice obtenu, on chercherait à obtenir une médiation dans -laquelle devraient paraître les puissances les plus intéressées, -c'est-à-dire, l'Espagne, l'Angleterre et la France, et il est bien -probable que si ces trois puissances s'accordaient sur ce qui est -nécessaire pour rétablir l'ordre en Portugal, le pays forcerait -les deux princes de la maison de Bragance à adopter les propositions -qui seraient faites. - -»Je vous tiendrai au courant des démarches de M. de Palmella vis-à-vis -du gouvernement anglais, et des résolutions que ce gouvernement sera -disposé à prendre. Ayez la bonté de me dire quel doit être mon langage -dans le cas où la proposition de M. de Palmella serait accueillie -ici...» - - [32] On se rappelle que dom Pedro avait débarqué le 3 mars 1832 - dans l'île de Terceira. Le 8 juillet il était entré à Porto, qui - devint le centre du gouvernement constitutionnel, tandis que dom - Miguel maintenait à Lisbonne le régime absolutiste. Une lutte - acharnée s'engagea entre les deux frères. - - «Le 1er décembre. - - »Mon cher duc, - -»Nous sommes toujours au même point; cet état de choses devient de -plus en plus pénible pour le cabinet anglais et gênant pour moi. Je -crains que cet embarras ne s'augmente encore de Berlin; nous y avons -porté la négociation de Venloo, espérant qu'à la faveur des distances -et des hésitations de M. Ancillon, nous aurions eu le temps d'enlever -Anvers et de trancher ainsi la plus forte partie de la difficulté. Les -époques que vous m'aviez indiquées comme étant nécessaires aux -opérations de notre armée, ne se sont malheureusement pas trouvées -suffisantes, et nous voici à la veille de voir une convention signée à -Berlin lorsque rien n'est commencé encore à Anvers. La sotte -fanfaronnade belge qui nous menace de ne pas remettre Venloo aux -Prussiens avant la prise d'Anvers peut tout compliquer d'une façon -vraiment fatale au repos de l'Europe. Que nous faut-il donc essayer -maintenant? Rien, si ce n'est obtenir de nouveaux délais; traîner en -longueur tout ce qui est du fait des négociations; hâter tout ce qui -est du fait de l'armée, surtout en imposer fortement au mauvais esprit -et aux ridicules prétentions des Belges. J'ai eu la preuve en main que -d'ici, bien loin de les encourager on les traite avec toute la -hauteur qu'il serait bon de leur faire trouver également chez nous. Je -vous conjure donc, mon cher duc, de n'envoyer à M. Bresson que des -instructions très vagues et de lui faire sentir que ce qu'il nous -faudrait le moins, ce serait une conclusion. Je crois même, ce que du -reste je n'ai pu ni dû indiquer dans ma dépêche, que le dénouement -entre la Belgique et la Hollande serait plus facile, si nous pouvions -rester assurés de la bienveillante neutralité de la Prusse, sans -l'appeler à un rôle plus actif. Je crois que cela n'est pas -impossible, si toutefois nous arrivons à nous rendre maîtres d'Anvers -dans un délai rapproché, et qu'à Berlin on sache toujours négocier -sans jamais conclure. - -»Je crois avoir trouvé sur ce terrain-là une combinaison qui ne serait -pas sans valeur; mais j'ai besoin de la mûrir encore avant de vous la -soumettre; aujourd'hui, je me borne à vous prier de laisser toutes les -négociations ouvertes et de n'en clore aucune. - -»Il ne faut pas oublier que l'Angleterre a laissé percer quelques -regrets de ce que les négociations avec la Prusse étaient portées à -Berlin. Cela doit de plus en plus n'y rien faire faire à M. Bresson, -sans la plus intime coopération de lord Minto. Mais, je le répète, ce -qu'il faut surtout, c'est qu'il ne s'y fasse _rien_ pour le moment et -que le langage y soit très prudent...» - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Tuileries, 2 décembre 1832. - - »Mon cher prince, - -»Je viens vous faire part avec empressement des nouvelles que nous -recevons de notre armée. Je copie ce qu'on me mande, du 30 -novembre à quatre heures après midi: - -»Nous avons ouvert la tranchée hier devant la citadelle; M. le duc -d'Orléans la commandait et dans cette première occasion où il a été au -feu et a dû sérieusement faire la guerre, le prince royal a montré -beaucoup de sang-froid, d'attention à tout prévoir et de zèle pour -parer à tout; il a sans cesse parcouru la ligne des travailleurs, -visité ses grand'gardes, assuré ses réserves; fait enfin ce qu'aurait -fait un militaire expérimenté. Grâce à une nuit extrêmement noire et -pluvieuse, nous avons pu dérober à l'ennemi cette opération délicate, -et ce n'est qu'au jour qu'il a pu nous voir couverts par une parallèle -de deux mille sept cents toises, et à l'abri de son feu. Aussi, -n'est-ce, je crois, que pour faire plaisir à M. le duc d'Orléans que, -vers midi, il a commencé à nous jeter des obus et des boulets. Le -siège a tellement avancé dans ce peu d'heures qu'il est à espérer que -le roi recevra bientôt les clefs de la citadelle. - -»C'est ce que nous souhaitons pour tout bien vivement, mon cher -prince, car vous jugez que nos coeurs sont bien agités. Le maréchal -Gérard, qui était avec Chartres à la tranchée, mande au roi qu'il est -impossible d'y avoir été plus de sang-froid et d'un courage plus -brillant. L'aide de camp du maréchal, qui a apporté les dépêches, dit -qu'au premier boulet qui a passé au-dessus de sa tête, Chartres a fait -un saut de joie et que tous les soldats se sont mis à danser. - -»Nous ignorons encore si la justice parviendra à la source de -l'horrible attentat du 19 novembre; elle en a la confiance. Ce -qu'il y a de certain, c'est que cet attentat a fait sentir -généralement et plus vivement que jamais que la France possède un -précieux trésor dans notre roi, et à quels dangers elle serait -exposée s'il lui manquait. Tous se rattachent à lui et à la monarchie -constitutionnelle; c'est ce qui nous donne cette grande majorité dans -la Chambre, qui devient excellente et nous assure la plus heureuse -session. - -»Ce qu'il faut, c'est finir l'affaire d'Anvers, et nous sommes à -l'oeuvre. Certes, les Belges devraient en être reconnaissants, heureux -et contents, mais cela n'est pas; je vous avoue que je suis indignée -de leur ingratitude et de leur bêtise. Ne grognent-ils pas encore dans -ce moment de la nouvelle division du général Schramm[33] que, d'après -les inquiétudes du gouvernement anglais que nous n'ayons pas assez de -monde en Belgique, le roi vient d'y envoyer. Il me semble, en vérité, -que le gouvernement anglais devrait bien leur faire sentir leur bêtise -et le mal qu'ils se font en cela...» - - [33] Jean-Paul Adam, comte Schramm, né en 1789, entré au service - en 1803, général de brigade en 1813. Il vécut dans la retraite - sous la Restauration, fit en 1832 la campagne d'Anvers, devint - général de division et pair de France (1839). En 1850 il fut - ministre de la guerre, et fut créé sénateur en 1852. Il mourut en - 1884. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 6 décembre 1832. - - »Mon prince, - -»Je vous envoie enfin des nouvelles du siège, qui peuvent et qui -doivent contenter le ministère anglais. Le tort a été, non pas de -manquer de parole, mais de n'avoir pas assez calculé le temps -nécessaire aux préparatifs dans cette épouvantable saison. -L'armée a fait des efforts surhumains; le placement de la dernière -batterie, exécuté à découvert sous le glacis même de la citadelle, -est, dit-on, une des entreprises les plus hardies qui aient jamais été -exécutées. On pense que sous huit jours, dix jours au plus tard, -probablement plus tôt, la citadelle sera prise. J'espère que la -nouvelle en arrivera au milieu des élections anglaises. - -»Vous verrez, par ma dépêche d'aujourd'hui, que j'ai été et dû être on -ne peut plus surpris de voir l'affaire de Venloo finir à l'improviste -par une offre de remettre cette place et le Limbourg à la Hollande. En -tout, je ne conçois rien à la marche de cette affaire. Elle est allée -à Berlin, sur une note de vous et de lord Palmerston. Revenue à -Londres, elle est retournée à Berlin, lord Palmerston se plaignant un -peu, ainsi que vous l'avez remarqué vous-même, que ce fût sans son -consentement, et voilà qu'elle se termine par une offre dont ni vous -ni moi ne sommes avertis et dont je ne sais les conditions que par des -billets de lord Palmerston à lord Granville[34]. - -»Je crains fort que cette offre ne nous lance dans de grandes -difficultés quand il en faudra venir à l'exécution; elle nous donne, -en attendant, vis-à-vis de la Prusse, un air d'incertitude et de -versatilité qui me contrarie extrêmement. Le roi est très fort contre -cette offre, et je trouve que, sous plus d'un rapport, il n'a pas -tort. - -»J'ai eu ce matin une longue conversation avec M. d'Offalia qui quitte -son poste d'ambassadeur d'Espagne ici, pour retourner à Madrid, où il -va être ministre de l'intérieur. Après beaucoup de circonstances -diverses, voici le point où il en est venu[35]. - -»Si le gouvernement anglais croit avoir à se plaindre des coups de -canon tirés à l'entrée du Douro sur un de ses bâtiments, le -gouvernement espagnol interviendra volontiers pour lui faire obtenir -satisfaction. Mais si le gouvernement anglais en prend occasion pour -rompre la neutralité et se déclarer en faveur de dom Pedro, le -gouvernement espagnol fera sur-le-champ entrer une armée en Portugal. - -»J'ai interrompu M. d'Offalia et je lui ai demandé en quelle qualité -il me parlait, si c'était une pure conversation, ou si c'était une -ouverture qu'il me faisait au nom de son gouvernement. Il m'a déclaré -qu'il ne me parlait pas comme ambassadeur, qu'il ne se regardait plus -comme tel, mais que, causant avec moi, il était bien aise de me dire -que telle était l'opinion de son gouvernement, et qu'il ne deviendrait -ministre du roi d'Espagne qu'à cette condition. - -»Je lui ai demandé alors quel usage il désirait que je fisse de sa -conversation; s'il désirait que j'en fisse part à l'ambassadeur -d'Angleterre. Il m'a donné à entendre que tel était son désir. Il -s'est longuement étendu sur ce sujet. Après l'avoir enfin écouté fort -longtemps, je lui ai dit, que puisqu'il me parlait par pure -conversation, et sans caractère officiel, j'allais continuer sur le -même ton et que je lui adresserais une question sur une idée qui me -passait par la tête, désavouant toute induction qu'il en pourrait -tirer autre que celle de me satisfaire personnellement en sachant son -opinion sur une éventualité. - -»S'il arrivait, lui ai-je dit, que la cause de doña Maria pût être -séparée de celle de la constitution, si le hasard faisait qu'il pût -être question de la placer sur le trône en laissant la constitution de -côté, seriez-vous aussi décidés à intervenir à main armée en faveur de -dom Miguel? - -»Il m'a très clairement dit que non, et que la constitution était ce -qui tenait au coeur à l'Espagne que le gouvernement actuel ne pouvait -souffrir sans périr. - -»Je n'ai pas poussé la conversation plus loin et j'en ai rendu compte -à lord Granville. Je crois que vous serez bien aise de connaître -également cette conversation. Du reste, j'entrevois bien des obstacles -et des difficultés sans nombre au projet dont vous m'avez parlé[36]. -J'attendrai, s'il y a lieu, pour en parler au conseil, que -l'Angleterre nous fasse des propositions explicites. - -»Adieu, mon prince, guérissez-vous: j'attendrai de vos nouvelles avec -grande impatience...» - - [34] Voir page 15. - - [35] Don Narcisco de Hérédia, comte d'Offalia, homme d'État - espagnol, né en 1777, secrétaire d'ambassade à Washington en - 1800. Il rentra dans la vie privée à l'avènement du roi Joseph. - En 1823, il fut nommé ministre de la justice, puis envoyé - extraordinaire à Londres (1827) et ambassadeur à Paris (1828). En - 1832 il fut ministre de l'intérieur dans le cabinet Zea-Bermudez. - En 1837, il devint chef du cabinet et ministre des affaires - étrangères. Il se retira en 1838 et mourut en 1843. - - [36] Le projet de médiation dont M. de Talleyrand avait entretenu - le duc de Broglie dans sa lettre du 30 novembre (voir page 62). - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 10 décembre 1832. - - »Monsieur le duc, - -»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 6 -de ce mois, et ce n'est pas sans surprise que j'ai lu les -informations qu'elle contient. J'ai dû en faire part immédiatement à -lord Palmerston. - -»Il serait facile, en pressant toutes les contradictions qui se -présentent dans la manière dont a été conduite l'affaire de Venloo, -d'en faire ressortir bien des motifs d'explication et de -récrimination. Comme cela serait sans aucun résultat et que même cela -pourrait compromettre le sort des graves questions qui nous occupent -et qui doivent passer avant tout, j'ai pensé qu'il valait mieux couper -court à ces explications. - -»On ne doit pas trop s'étonner d'ailleurs qu'une négociation -successivement portée à Paris, à Londres et à Berlin, ait donné lieu à -des malentendus, quand l'objet principal était d'obtenir des délais. -Le défaut d'instructions, la nécessité ou la volonté de s'en passer, -des paroles dites légèrement ou mal interprétées et mille autres -circonstances auront sans doute contribué à créer la plus grande -partie des difficultés que nous venons de rencontrer. - -»Il ne faudrait pas croire cependant, monsieur le duc, que j'aie -négligé d'exprimer mon étonnement à lord Palmerston avec la gravité -que votre lettre exigeait. J'y étais personnellement autorisé, puisque -j'avais lu la dépêche que j'ai eu l'honneur de vous adresser le 6 sous -le numéro 37; il l'avait trouvée parfaitement correcte; j'avais -moi-même, à sa demande, changé quelque chose à une phrase sans -importance. Il ne me dit pas un mot alors, des instructions qu'il -avait cru devoir adresser à lord Minto. - -»Je lui ai rappelé cette circonstance d'une manière assez vive pour -qu'il m'ait répondu que s'il avait eu tort d'agir ainsi, il avait -lui-même à se plaindre de ce qui s'était passé au sujet de la -sommation faite par le maréchal Gérard, au nom des gouvernements -de France et d'Angleterre; qu'on avait fait parler son souverain, dans -cette occasion, sans l'avoir préalablement consulté, et que le roi lui -avait témoigné le plus vif mécontentement de cette conduite. - -»Je vous le répète, monsieur le duc, j'aurais pu presser plus -longtemps lord Palmerston dans cette voie sans aucun résultat réel -pour les intérêts du gouvernement du roi; je crois donc avoir agi plus -prudemment en terminant ma conversation sans aigreur. J'ose espérer -que vous partagerez mon opinion et que vous penserez qu'il faut mettre -en oubli tous les torts qu'on peut supposer involontaires. C'est pour -l'avenir une leçon de laquelle il sera utile de profiter en se -renfermant toujours dans des démarches et des communications -officielles. J'ai, en conséquence, engagé lord Palmerston à vous -informer par l'intermédiaire de lord Granville du nouveau projet -d'arrangement dont nous nous sommes entretenus et dont je vais avoir -l'honneur de vous rendre compte. Il est nécessaire avant cela que je -réponde à une autre question renfermée dans votre dépêche. - -»Vous me demandez de vous faire connaître les raisons qui me portaient -à croire à la possibilité de réunir la conférence après la prise de la -citadelle d'Anvers. J'avais toujours pensé et lord Palmerston aussi, -que, ce fait accompli, nous trouverions dans les plénipotentiaires des -trois autres puissances, des dispositions favorables pour reprendre -les négociations interrompues par l'emploi des mesures coercitives -contré la Hollande: cela eût été un grand calmant pour la tranquillité -de l'Europe. Notre espoir à cet égard paraissait fondé jusqu'à -l'arrivée d'un courrier qui, avant-hier a apporté des dépêches de -Pétersbourg à MM. de Lieven et Matusiewicz. - -Ils ont trouvé dans ces dépêches des témoignages de la satisfaction de -l'empereur pour la conduite qu'ils ont tenue lorsque la convention du -22 octobre leur a été communiquée, et on leur annonce en même temps -qu'on leur retire les pouvoirs qu'ils avaient pour traiter en -conférence et qu'ils avaient déclaré à lord Palmerston et à moi n'être -que suspendus. Ceci détruit le plan que nous avions formé de réunir la -conférence immédiatement après la prise de la citadelle d'Anvers. - -»Dans cet état de choses il devient de la plus haute importance pour -l'Angleterre et la France de concerter la marche qu'elles jugeront -convenable d'adopter si elles étaient appelées à terminer la question -hollando-belge sans la participation des trois autres puissances. Tel -est le but du nouveau projet sur lequel je vais maintenant appeler -toute votre attention. - -»La France et l'Angleterre s'étant unies pour vaincre par la force -l'obstination du roi des Pays-Bas, elles croient qu'il est de leur -devoir, la conférence n'existant plus, de proposer à l'acceptation du -cabinet de La Haye un traité consenti par les Belges qui renfermerait -les conditions suivantes: - -»1º La remise au roi des Pays-Bas des territoires qui doivent lui -appartenir; - -»2º La remise de la part de ce souverain des forts de Lillo et de -Liefkenshoek, qui dépendent d'Anvers; - -»3º La reconnaissance par la Hollande de la libre navigation de -l'Escaut, moyennant le droit d'un florin par tonneau; - -»4º La fixation des droits de balisage et de pilotage dans l'Escaut et -dans les eaux intermédiaires; - -»5º L'ouverture de la Meuse; - -»6º L'ouverture de deux routes pour servir aux communications -commerciales de la Belgique avec l'Allemagne; - -»7º Une amnistie générale pour tous les délits politiques; - -»8º Un acte par lequel tous les anciens sujets du roi des Pays-Bas -seront déliés de leur serment de fidélité. - -»Ce traité, convenu entre la France et l'Angleterre, serait envoyé à -La Haye par des plénipotentiaires anglais et français. Je vous prie, -monsieur le duc, de vouloir bien me transmettre vos ordres à cet -égard. - -»Le cabinet anglais vient de désigner sir Stratford Canning pour se -rendre à Madrid et y suivre la médiation entre les deux princes de la -maison de Bragance dont je vous ai déjà entretenue. Il passera par -Paris où il s'arrêtera plusieurs jours pour s'entendre avec vous. Il -doit vous donner tous les détails relatifs à l'objet de sa mission. -Vous pourrez ensuite adresser à M. de Rayneval les directions que vous -jugerez convenable de lui donner...» - - -LE COMTE DE LATOUR-MAUBOURG AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Bruxelles, le 18 décembre 1832. - - »Prince, - -»Au moment du départ du courrier et mon paquet déjà fermé, je reçois -des nouvelles d'Anvers qui m'annoncent que par suite de retards -provoqués par les pluies de ces jours derniers, nous ne pourrons -commencer à battre en brèche qu'après-demain. Je dois donc modifier, à -cet égard, ce que j'ai eu l'honneur de vous mander dans ma dépêche de -ce matin. - -»Le maréchal Gérard se montre affecté des articles insérés dans -quelques journaux anglais qui prétendent que nos soldats ne vont -à la tranchée qu'à force d'eau-de-vie et de mauvais traitements de la -part des officiers. Il voudrait que ces mensonges fussent démentis par -les soins de l'ambassade française à Londres. Je me fais l'interprète -de ses voeux à cet égard avec d'autant plus d'empressement que je sais -que le colonel Caradoc (commissaire militaire anglais au quartier -général français) doit écrire en ce sens à lord Palmerston...» - - -LE BARON DURANT DE MAREUIL AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 15 décembre 1832. - - »Mon prince, - -»Je ne sais trop, mon prince, comment vous faire part de ce qui -m'arrive. - -»Depuis que je suis de retour de Londres, je ne cessais pas de -réclamer du ministre mes dernières provisions pour Berlin. D'abord il -avait désiré que j'attendisse l'ouverture des Chambres, la discussion -des adresses et les premiers actes des deux assemblées. Tout allant à -souhait, j'ai fini par demander formellement mes lettres de créance, -mes instructions, mes passeports, et voilà qu'hier même, M. le duc de -Broglie me déclare que, dans les circonstances actuelles, M. Bresson -est l'homme nécessaire à Berlin et qu'il ne peut consentir à ce qu'il -soit éloigné. Il y a plus, et j'ai dû comprendre que malgré mes -représentations, malgré l'appel que j'ai fait à toutes les raisons qui -rendraient le procédé si douloureux pour moi, il est probable que M. -Bresson sera bientôt nommé définitivement à la mission de Berlin. - -»De belles paroles, il est vrai, ont accompagné le coup qui m'était -porté; on reconnaît mes services, on rend justice à ma capacité, -on me promet la première ambassade qui sera vacante; mais pour le -moment on ne peut m'offrir que la mission de Florence. Je demande à -rester comme je suis, où je suis, jusqu'au moment où l'on jugera à -propos de m'envoyer à Berlin. Il est probable que je ne l'obtiendrai -pas. J'ai éprouvé dans ma vie politique plus d'un moment pénible; -celui-ci est le pire. Le retour de fortune que je devais à votre -influence et qui en me faisant partager vos travaux, m'avait valu plus -d'un suffrage ne m'avait point préparé à une telle disgrâce... - -» Permettez que je réclame votre intérêt et vos conseils. Excusez-moi -de mêler cette affaire personnelle aux grandes choses qui vous -occupent...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT. - - «Londres, le 20 décembre 1832. - -» Je vais écrire à Durant d'abord et ensuite à son ministre. Il est -impossible qu'on ne fasse pas pour lui, une toute autre réparation que -Florence. S'il y a un mouvement dans les ambassades et si l'on -envoyait Barante[37] à une plus grande ambassade que Turin, il serait -naturel et dans les convenances des Tuileries, de nommer à Turin M. de -Rumigny et de donner la Suisse à M. Durant. Voilà ce qu'il y aurait de -mieux.--Vous et moi, nous portons dans toutes nos relations de la -sincérité et de la fidélité. Je me garde bien de regarder si nous ne -sommes pas un peu dupes.» - - [37] Amable-Guillaume-Prosper Brugière baron de Barante, né à - Riom en 1782, auditeur au conseil d'État en 1806, sous-préfet, - puis préfet. Il donna sa démission aux Cent-jours, devint ensuite - conseiller d'État, puis député, et pair de France (1819). Après - la révolution de Juillet il fut nommé ambassadeur à Turin, puis à - Pétersbourg où il demeura jusqu'en 1848. Il mourut en 1866. - - «Le 21 décembre. - -»J'écris aujourd'hui à Durant. Je vous dirai _à vous_ que ce qu'on -fait là est très inconvenable: cela rabaisse l'administration. -J'insisterai pour qu'on lui donne Turin, si Turin devient vacant. -Mais, qu'est-ce que mon insistance? J'ai fait tout ce que l'on -voulait; on n'a plus besoin de moi, et c'est dans le besoin qu'on a -des hommes qu'est tout leur crédit. Le maréchal Gérard se plaint de ce -que, dans les journaux anglais, on blâme les lenteurs du siège, et on -dit que cela décourage les soldats. Sûrement, cela se dit dans -quelques journaux, mais d'autres disent le contraire, et alors cela ne -fait plus rien sur l'opinion. Les journaux tories disent du mal de -l'expédition; les journaux whigs et les journaux radicaux en disent du -bien, il faut se soumettre à cela. Le roi, la reine et tous les -ministres anglais s'y soumettent...» - - «Le 25 décembre. - -»Voilà Anvers pris[38]!!! La garnison est faite prisonnière de guerre -jusqu'à la reddition des forts, à ce que m'annonce le télégraphe. -Voilà donc nos princes hors de tout danger. J'en suis enchanté. -C'était un tourment réel pour moi depuis un mois. Je vis presque tout -seul, parce que, quand l'inquiétude est de tous les moments, on est -mal à son aise avec les indifférents... - -»Vous ne me mandez pas pourquoi Pozzo vient ici. Je crois, mais ceci -est pour vous seule, que c'est pour ne pas, en sa qualité de doyen du -corps diplomatique, faire le discours du jour de l'an, qui -l'embarrasserait. Voilà ce qui m'a passé par la tête et je crois que -c'est vrai. Je vous dis ce qui me vient de raisonnable, comme ce qui -vient de folie dans ma cervelle... - -»Le travail va me revenir car il faut essayer de faire faire quelque -chose au roi de Hollande et vous savez si cela est aisé. En attendant, -je donne demain à dîner à Namick Pacha et à quelques autres Turcs. Le -pacha a une jolie figure et parle très bien le français; même il -l'écrit. Il est habillé un peu à l'européenne: sur sa tête on -reconnaît un peu de l'ancien Turc...» - - [38] Le général Chassé avait capitulé le 23 décembre après - vingt-cinq jours de tranchée ouverte et dix-neuf de bombardement. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 26 décembre 1832. - - »Monsieur le duc, - -»... La nouvelle de la reddition de la citadelle d'Anvers a été reçue -à Londres, comme un nouveau gage du maintien de la paix, et on -pourrait dire que, sous ce point de vue, la satisfaction a été -générale. J'ai été, par les soins de M. le préfet du Nord, le premier -informé de la capitulation et j'ai pu me servir utilement de ce -renseignement, en l'opposant aux récits erronés de quelques -journaux...» - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 24 décembre 1832. - - »Mon prince, - -»Voilà le dénouement arrivé. Vous l'aurez su en même temps que nous. -Nous ne savons encore aucun détail. La dépêche télégraphique a -été interrompue par le mauvais temps. L'avenir est maintenant entre -vos mains, et c'est pour cela que je suis tranquille. - -»J'attends de vos nouvelles avec impatience. Nos affaires vont très -bien ici...» - - -LE BARON DURANT DE MAREUIL AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 25 décembre 1832. - -»Je ne désespère pas que cette lettre-ci, allant par l'estafette, -arrive avant ma précédente, trop courte pour que j'aie pu vous dire -que tout était enfin réparé pour moi. Je vais à Naples comme -ambassadeur. Je vous ai dit pourquoi j'aurais préféré d'être ministre -à Berlin, mais il y a ici plus qu'une compensation, et ma -reconnaissance se partage encore entre le roi, le ministre et vous, ne -doutant pas que vous n'ayez puissamment contribué à me faire obtenir -si prompte et si pleine justice. - -»Je me reprocherais d'oublier de me réjouir avec vous du dénouement -d'Anvers. Il fait ici un grand et bon effet et, sans doute, il sera -tel à Londres...» - - -LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - [_Traduction_] - - «East-Sheen, le 30 décembre 1832. - - »Cher prince de Talleyrand, - -»Mille remerciements pour votre agréable lettre. Le récit qu'elle -contient n'est pas moins que ce que j'attendais de la sage politique -et de la bonne foi du gouvernement français. La résolution de -renvoyer la garnison hollandaise sans condition est encore meilleure -que de l'avoir relâchée sur parole. »Croyez-moi toujours...» - -La citadelle d'Anvers était prise; toute cette affaire bien terminée -et au moment où tous ceux qui s'y intéressaient, jouissaient d'une -grande satisfaction, je devais, moi, être frappé d'un coup douloureux -qui me causa un profond chagrin. La princesse de Vaudémont, après une -maladie de quelques jours, mourut dans la nuit du 31 décembre au 1er -janvier 1833. Je perdais une amie avec laquelle j'étais lié depuis -cinquante ans; je l'avais connue chez sa belle-mère, madame la -comtesse de Brionne, où j'avais passé les plus agréables années de ma -jeunesse; nos rapports n'avaient jamais varié, et je ne puis me -consoler de la perte d'une aussi fidèle amie. Elle m'a rendu service, -même après sa mort, ses héritiers m'ayant renvoyé la plupart des -lettres que je lui avais adressées; c'est là où j'ai pu puiser, comme -on l'a vu, beaucoup des détails qui ont servi à rassembler mes -souvenirs et qui sans cela, auraient probablement échappé à ma -mémoire. Aussi, on me pardonnera de placer ici quelques-uns des -témoignages rendus à son noble caractère par ceux qui, plus heureux -que moi, ont pu assister à ses derniers instants.» - - -LE BARON PASQUIER AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 2 janvier 1833. - - »Mon prince, - -»Le malheur qui vient de nous frapper m'inspire le besoin de joindre -mon affection à la vôtre parce que je suis sûr qu'il ne saurait y -en avoir de plus profondément senti. - -»Vous avez été certainement informé de la maladie de madame de -Vaudémont, et les progrès en ont été si rapides que la nouvelle de sa -mort vous parviendra presque aussitôt... - -»Quand on a eu l'avantage d'être compté au nombre de ses amis, on peut -se dire qu'on vient d'être condamné à la plus grande perte qui se -puisse éprouver. Son éloge peut se faire en bien peu de mots. Elle a -eu beaucoup d'amis et n'en a jamais abandonné un, ni n'en a jamais -perdu un par sa faute. Je sais à quel point elle vous était attachée -et comprends tout le vide qu'elle va vous laisser...» - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Tuileries, le 6 janvier 1833. - -»Le malheur que je ne prévoyais que trop et que je redoutais tant pour -nous et surtout pour vous, mon cher prince, a suivi de bien près la -lettre que je vous écrivais. Il me tarde de recevoir de vos nouvelles -après ce coup si cruel pour vous, et je viens de nouveau vous en -demander. Nous sommes tous bien occupés de vous et nous sentons bien -vivement et douloureusement la perte de cette chère princesse de qui -j'avais reçu tant de preuves de véritable amitié et qui s'était si -chaudement identifiée à notre cause et à nos intérêts. Je désirerais -de tout mon coeur pouvoir apporter quelque adoucissement à la trop -juste douleur que vous ressentez et que je partage du fond de mon -âme...» - - * * * * * - -Je veux reprendre mon récit interrompu par ce douloureux incident. -J'ai déjà donné les extraits de lettres qui conduisent jusqu'à la -prise de la citadelle d'Anvers, ne voulant point interrompre ce qui -concernait cet événement; mais avant d'obtenir cette solution, on -pensera sans doute que nous avions dû nous occuper des conséquences -qu'elle pouvait avoir et surtout des mesures que les gouvernements de -France et d'Angleterre auraient à adopter. Ceci m'oblige à revenir sur -mes pas. - -On a vu dans ma dépêche du 10 décembre 1832, que dès cette époque, -lord Palmerston et moi avions songé à la marche que nous devions -suivre après la prise de la citadelle d'Anvers. Le duc de Broglie, -après les communications que je lui avais faites à ce sujet, me -transmit un mémoire excellent qui résumait parfaitement toute la -question et dont je me bornerai à énumérer ici les conclusions. - -«Aussitôt après la prise de la citadelle d'Anvers, l'armée française -se retirerait; - -»L'embargo serait maintenu; - -»Les flottes resteraient unies et ne sortiraient des dunes que quand -l'ordre leur en serait donné par les deux gouvernements; - -»Les cabinets de France et d'Angleterre feraient dresser un projet de -traité sur les bases suivantes: - -»1º La remise au roi des Pays-Bas des territoires qui doivent lui -appartenir; - -»2º La remise, de la part de ce souverain, des forts de Lillo et de -Liefkenshoek, dépendant d'Anvers, si ces forts n'étaient pas tombés au -pouvoir des Français en même temps que la citadelle; - -»3º La reconnaissance par la Hollande de la libre navigation de -l'Escaut, moyennant un droit d'un florin par tonneau; - -»4º La fixation des droits de balisage et de pilotage dans l'Escaut et -dans les eaux intermédiaires; - -»5º L'ouverture de la Meuse; - -»6º L'ouverture de deux routes pour servir aux communications -commerciales de la Belgique avec l'Allemagne; - -»7º Une amnistie générale pour tous les délits politiques; - -»8º Un acte par lequel tous les anciens sujets du roi des Pays-Bas -seraient déliés de leur serment de fidélité. - -»Ce projet de traité serait concerté avec la Belgique et serait remis -au cabinet de La Haye par les chargés d'affaires de France et -d'Angleterre dans cette résidence. - -»On pourrait s'entendre avant cela avec les cabinets de Vienne et de -Berlin pour qu'ils secondassent près du roi des Pays-Bas l'offre faite -par la France et l'Angleterre. - -»Le traité présenté au roi des Pays-Bas devrait être par lui accepté -purement et simplement sans discussion. - -»En cas d'acceptation, les mesures coercitives cesseraient -immédiatement et l'embargo serait levé. - -»En cas de refus, on négocierait l'occupation provisoire de Venloo et -du Limbourg avec la Prusse. - -»Après avoir réglé ces préliminaires, on appellerait la conférence -pour modifier le traité du 15 novembre, de concert avec la Hollande et -la Belgique, si la Hollande s'était montrée animée d'un esprit de -conciliation, ou pour trouver à la question belge un dénouement -indépendant de la volonté du roi des Pays-Bas. - -»Ce dénouement consisterait: - -»1º A régler un _statu quo_ tel qu'il dût bientôt amener le roi des -Pays-Bas à accepter le traité; - -»2º A placer le territoire belge sous la garantie de l'Europe, en -assurant à la Belgique un secours suffisant pour qu'on pût l'obliger à -désarmer sans lui laisser l'inquiétude d'aucune invasion.» - -Je ne pus communiquer immédiatement ce projet à lord Palmerston qui -s'était absenté de Londres pour son élection, rendue nécessaire par la -dissolution du parlement. Il m'avait annoncé son retour pour le 22 -décembre seulement. Je le vis le lendemain, et voici le compte rendu -de notre entretien. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 24 décembre 1832. - - »Monsieur le duc, - -»C'est seulement hier soir que je suis parvenu à voir lord Palmerston -et que j'ai pu l'entretenir du plan que le gouvernement du roi propose -de suivre lorsque la citadelle d'Anvers sera tombée en notre pouvoir. -Avant de lui laisser l'exposé dont j'ai l'honneur de vous envoyer une -copie, je le lui ai lu, afin de pouvoir développer successivement, -dans la conversation, les différentes questions qu'il renferme. - -»En lisant cet exposé, vous verrez, monsieur le duc, que j'ai -reproduit presque textuellement les considérations que vous avez si -bien fait valoir dans les dernières lettres que j'ai eu l'honneur de -recevoir de vous. - -»Notre projet a été bien accueilli par lord Palmerston; il reconnaît -l'exactitude des faits qui sont réunis dans l'exposé et il trouve que -la marche qui y est indiquée est convenable et peut devenir très -utile. Il m'a remercié de lui avoir communiqué ce travail et m'a -promis de se soumettre très prochainement à un conseil de cabinet, -dans lequel il se propose de l'appuyer. Ce n'est donc qu'après la -décision qui sera prise dans ce conseil qu'il me sera possible de vous -transmettre une réponse positive. Je ne puis pas vous désigner -précisément le jour où il aura lieu, car plusieurs des ministres ne -sont pas à Londres. Le chancelier, le marquis de Lansdowne et quelques -autres sont absents... - -»J'ai ensuite parlé à lord Palmerston des inquiétudes que l'on pouvait -éprouver sur l'intention annoncée du roi des Pays-Bas, d'entraver la -navigation de l'Escaut, et je l'ai prié de me faire connaître la -conduite que croirait devoir adopter le gouvernement britannique si ce -projet se réalisait. Il m'a répondu que la question pourrait se -résoudre de deux manières selon les mesures que prendrait le -gouvernement néerlandais. «En effet, m'a-t-il dit, le roi des Pays-Bas -doit annoncer qu'il ne ferme l'Escaut qu'aux pavillons de France, -d'Angleterre et de Belgique, ou qu'il le ferme à toutes les -nations.--Mais, dans le premier cas, lui ai-je dit, ce sera la guerre -qu'il nous déclarera.--Oui, a-t-il repris, ce sera la guerre, mais ce -sera _lui_ qui nous la déclarera, et il doit savoir qu'alors les -valeurs qui sont tombées entre nos mains, par suite du blocus et de -l'embargo, courront les chances des prises faites en temps de guerre. - -»Si le roi Guillaume, a ajouté lord Palmerston, croit devoir rendre la -fermeture de l'Escaut une mesure générale pour toutes les nations, -nous serons en droit de réclamer le concours des cabinets qui ont pris -part aux actes du congrès de Vienne, et qui, tous, sont plus ou moins -intéressés à la libre navigation des fleuves, principe reconnu -solennellement à Vienne. Rien ne nous empêchera, dans ce dernier cas, -de procéder également à la condamnation des bâtiments hollandais que -nous ne tenons encore que sous le séquestre. - -»Il me semble, monsieur le duc, que cette manière d'agir serait fondée -en raison, et qu'elle pourrait bien modifier la résolution du cabinet -de La Haye, qui connaît la profonde impression que produirait en -Hollande la saisie des bâtiments néerlandais retenus en ce moment par -la France et par l'Angleterre; et, comme ce serait un des plus sûrs -moyens de séparer les intérêts de la Hollande des intérêts du roi, on -ne devrait pas le négliger...» - - «Le 30 décembre 1832. - -»J'ai reçu ce matin, avec une bien vive satisfaction, la dépêche que -vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27. J'ai immédiatement -communiqué à lord Palmerston et à lord Grey les ordres qui ont été -adressés à M. le maréchal Gérard, au sujet de la rentrée de notre -armée en France et de la mise en liberté sur parole de la garnison -hollandaise. Ils m'ont tous deux exprimé leurs remerciements, de -manière à me faire sentir tout le prix qu'ils attachent à cette -conduite si noble et si loyale du gouvernement du roi. - -»Nous avons pensé, monsieur le duc, qu'il ne fallait pas perdre de -temps, comme vous voulez bien me le dire dans votre dépêche, pour -tenter la démarche que nous croyons tous utile de faire à La Haye, -qu'elle ait ou qu'elle n'ait pas de succès; et nous venons, en -conséquence, d'arrêter avec lord Palmerston la note qui renferme nos -propositions au roi des Pays-Bas; elle partira ce soir même et -elle sera, comme vous le désiriez, remise par les chargés d'affaires -de France et d'Angleterre à La Haye[39]. - -»J'ai l'honneur de vous envoyer une copie de cette note; vous voudrez -bien remarquer que nous nous rapprochons beaucoup des propositions que -vous m'avez transmises, le 22 de ce mois[40], et que nous avons écarté -avec soin tout ce qui pouvait servir à exciter contre nous l'opinion -publique en Hollande. - -»L'accord que je crois trouver entre notre note et les projets que -vous m'avez adressés; l'avis que vous avez bien voulu me donner par -votre dépêche d'aujourd'hui, et enfin les nouvelles que nous recevons -de La Haye, et qui nous font sentir la nécessité de hâter notre -communication au gouvernement néerlandais,--toutes ces considérations -m'ont déterminé à signer et à expédier notre note en Hollande, sans -attendre de nouveaux ordres de vous; j'ose espérer que vous ne -désapprouverez pas le parti que j'ai pris dans cette circonstance. - -»J'ai tenu à ce que notre note et nos propositions fussent rédigées -dans les termes les plus simples afin de ne pas fournir des sujets de -controverse au cabinet de La Haye, toujours si habile à les saisir. - - * * * * * - -Les chargés d'affaires de France et d'Angleterre à La Haye remirent -notre note le 2 janvier 1833 au gouvernement néerlandais. Le roi des -Pays-Bas, pressé sans doute par les plaintes de ses sujets contre les -effets de l'embargo et du blocus des ports, crut qu'il ne pouvait pas -décliner d'entrer en négociation avec les deux puissances qui lui -offraient de mettre fin à un état de choses si nuisible aux intérêts -de son pays. Il nous fit donc remettre le 9 janvier 1833 par M. de -Zuylen un contre-projet[41], en réponse au nôtre du 30 décembre, et -par ce fait, une négociation était entamée entre la France et la -Grande-Bretagne d'une part, et les Pays-Bas de l'autre[42]. - -Je n'ai point l'intention d'exposer ici les détails de cette -fastidieuse négociation qui dura près de cinq mois, avant d'aboutir à -un résultat que je constaterai en son temps. Il me suffira de dire, en -quelques mots, que le roi des Pays-Bas, fidèle à son système de -procrastination et de ruse, chercha par tous les moyens à éluder la -reconnaissance du traité du 15 novembre et à maintenir un état -provisoire qui lui laissât la possibilité de recommencer la lutte si -les chances lui paraissaient favorables. - -Cependant, nous ne nous laissâmes pas détourner de notre but, qui -était d'obtenir, soit la pleine reconnaissance du traité du 15 -novembre, soit une situation provisoire tellement avantageuse à la -Belgique et défavorable à la Hollande, qu'elle dût amener celle-ci à -un arrangement définitif. - -M. de Zuylen épuisa toutes les ressources et les arguties de la -chicane pour nous entraîner sur un autre terrain, mais vainement; et, -de guerre lasse, il quitta son poste vers le milieu du mois de mars, -et la négociation resta pendant quelques jours suspendue. Mais les -conséquences du blocus et de l'embargo se faisaient toujours sentir -trop vivement en Hollande pour que le roi ne se sentît pas forcé d'y -mettre fin. Il envoya à Londres un nouveau plénipotentiaire, M. S. -Dedel, beaucoup plus conciliant que son prédécesseur, et dont les -formes agréables aidèrent à aplanir nos discussions. Toutefois, les -pouvoirs qu'il avait reçus étaient si limités qu'il fallut employer -plus de deux mois encore avant de conclure la convention du 21 mai, -sur laquelle je me réserve de revenir plus tard. Jusque-là, je -laisserai de côté les fatigantes affaires hollando-belges, dont -l'importance était devenue presque secondaire[43]. L'attention de la -France et de l'Angleterre avait été reportée de plusieurs autres côtés -à la fois. Les affaires d'Orient[44], on l'a vu déjà, s'étaient -fort compliquées par les succès du pacha d'Égypte, Méhémet-Ali, contre -la Porte oltomane. Le nouveau gouvernement grec éprouvait des -difficultés à s'établir[45]. D'autre part, en Espagne, la présence de -M. de Zea Bermudez à la tête du ministère, au moment où Ferdinand VII -était affaibli par la maladie qui devait le conduire au tombeau, avait -suscité des embarras[46] qui s'aggravaient beaucoup par la guerre -civile prolongée en Portugal entre les deux frères dom Miguel et -dom Pedro. C'était aussi dans ce moment que le général Pozzo, -ambassadeur ordinaire de Russie en France, avait jugé bon de faire un -voyage à Londres. M. Pozzo était revenu récemment à son poste de -Paris, d'un séjour qu'il avait été faire à Pétersbourg sur l'ordre de -son souverain qui avait voulu conférer avec lui. A son retour, il -s'était arrêté à Berlin, à Munich et à Stuttgart, avec des missions à -remplir, assurait-on, près de ces différentes cours[47]. A peine -rentré à Paris, il était tout à coup parti pour Londres, au moment où -son rang de doyen du corps diplomatique l'aurait mis dans le cas de -complimenter le roi Louis-Philippe à l'occasion du jour de l'an. Ces -simples indications suffiront pour saisir le sens et la portée des -correspondances dont nous allons nous borner à donner des extraits. Je -veux rappeler encore que le gouvernement anglais venait de nommer, -pour le représenter temporairement à Madrid, sir Stratford Canning, -que la cour de Russie, par esprit de rancune contre la conduite de sir -Stratford à Constantinople[48], avait refusé de recevoir comme -ambassadeur à Pétersbourg. Sir Stratford Canning qui se rendait en -Espagne par Paris, avait reçu l'ordre de s'y arrêter, de voir le duc -de Broglie et de s'entretenir avec lui de la mission qu'il allait -remplir à Madrid. - - [39] Projet de convention présenté au gouvernement hollandais par - le marquis d'Eyragues au nom de la France et de l'Angleterre: - - 1º Le roi des Pays-Bas s'oblige à retirer ses troupes des forts de - Lillo et de Liefkenshoek. - - 2º Il s'oblige à ouvrir au commerce, aussitôt après les - ratifications, la Meuse et ses embranchements. - - 3º La navigation de l'Escaut sera libre jusqu'à la conclusion de - la paix définitive. - - 4º Les Belges évacueront et remettront au roi des Pays-Bas Venloo, - la partie hollandaise du Limbourg et la partie allemande du - Luxembourg. - - 5º Les Belges auront le libre usage d'une route allant en - Allemagne par le Limbourg, ainsi que des routes de Maestricht et - Sittard. - - 6º Le roi des Pays-Bas promet une amnistie pleine et entière. - - 7º L'armée hollandaise et l'armée belge seront remises sur le pied - de paix. - - 8º L'embargo mis en France et en Angleterre sur les navires - hollandais sera levé. - - [40] Voir ces instructions, page 81. - - [41] Le contre-projet hollandais se rapprochait sensiblement du - projet franco-anglais. Toutefois, l'article 2 ne parlait que de - la Meuse et non de ses embranchements. Pour l'Escaut, le - gouvernement hollandais réclamait la faculté de percevoir un - droit de tonneau.--Un article additionnel portait que la France - et l'Angleterre s'engageaient à obtenir de la Belgique le - payement annuel d'une somme de 8 400 000 florins à la Hollande. - Il n'était pas question de désarmement. Enfin un droit de péage - devait être établi sur la route du Limbourg. - - [42] On trouvera à l'Appendice une lettre du roi Louis-Philippe - au duc de Broglie (p. 488), et une lettre particulière du duc de - Broglie à M. de Talleyrand, dans lesquelles est exposée la ligne - de conduite qu'entendait suivre le gouvernement français dans - cette période des négociations qui suivit l'expédition d'Anvers. - - [43] Quelques mots sont nécessaires pour compléter cet exposé de - la question hollando-belge.--A la suite du contre-projet du 9 - janvier et de la prétention de la Hollande d'interdire la - navigation de l'Escaut aux navires français, anglais et belges, - une rupture survint entre les parties. Toutefois, le cabinet de - La Haye ayant cédé, les négociations furent reprises. La - conférence repoussa le contre-projet du 9 janvier et proposa un - deuxième projet de convention qui se rapprochait sensiblement du - précédent, ajoutant que les plénipotentiaires étaient prêts à - signer un traité définitif sur les bases offertes. Refus de M. de - Zuylen et deuxième contre-projet hollandais (5 février).--Réponse - très vive des membres de la conférence qui opposent une fin de - non-recevoir absolue (14 février). La Hollande semble céder. M. - de Zuylen est rappelé, remplacé par M. Dedel, et le ministre - hollandais des affaires étrangères, déclare à la tribune que ce - changement doit être interprété dans un sens favorable aux - mesures de conciliation. Toutefois, le premier projet présenté - par M. Dedel contenait encore des prétentions singulières comme - celle de refuser de reconnaître la neutralité de la Belgique (23 - mars).--Réponse de la conférence en date du 2 avril.--Réplique de - M. Dedel (16 avril).--Enfin, devant une note catégorique et - menaçante de la conférence, du 22 avril, le cabinet de La Haye - capitula et proposa, le 10 mai, des conditions qui furent - acceptées et firent l'objet du la convention du 21 mai. Voir - pages 156 et 168. - - [44] La question d'Orient va devenir la principale préoccupation - de M. de Talleyrand à Londres. L'épisode qui troubla si - profondément la diplomatie européenne pendant près de dix ans fut - la rivalité du sultan Mahmoud et du pacha d'Égypte Méhémet-Ali. - Celui-ci, né en 1769, autrefois simple soldat albanais, était - devenu vice-roi d'Égypte (1806), titre que lui avait reconnu la - Porte ottomane. Par son habileté et son énergie, il avait créé en - Égypte une armée, une flotte, une administration. En même temps, - il soumettait toute la Haute-Égypte, la Nubie, une partie de - l'Arabie, et ne cachait pas son dessein de fonder un empire - égyptien aux dépens de l'empire turc. Une rupture devait - forcément survenir entre le suzerain et le vassal. Méhémet trouva - un prétexte en 1831 dans le refus du sultan de lui donner la - Syrie pour prix de sa coopération dans la guerre de - l'indépendance hellénique. Il fit aussitôt envahir cette province - (nov. 1831) par son fils Ibrahim, qui s'empara de Gaza, Jaffa, - Saint-Jean-d'Acre, battit les troupes turques à Homs et à Beilan. - De la Syrie, Ibrahim passa en Anatolie, où il remporta la grande - victoire de Konieh (21 déc. 1832). C'est à ce moment que l'Europe - intervint. La Russie offrit des secours à la Turquie, et c'est - cette démarche qui, éveillant à juste titre les défiances de la - France et de l'Angleterre, attira tous les regards de la - diplomatie vers les rives du Bosphore. - - [45] Le roi Othon s'était embarqué le 14 janvier 1833, à - Brindisi, pour Nauplie. Des embarras de tout genre assaillaient - le nouveau gouvernement. Outre qu'une partie de la population la - plus remuante et la plus hardie, les pallikares, et à leur tête - le redoutable Colocotroni, lui était hostile, il avait une - administration entière à créer de toutes pièces dans un pays à - peine civilisé et presque sans ressources financières. - - [46] La question de la succession espagnole troublait - profondément toute la péninsule, et l'Europe n'y restait pas - indifférente. Le roi Ferdinand avait eu de son quatrième mariage - une fille, l'infante Isabelle, née le 10 octobre 1830. Les femmes - avaient autrefois régné en Espagne, mais la loi de succession - établie en 1714 par le premier roi bourbon Philippe V les avait - exclues du trône. D'après la loi salique, le trône devait donc - revenir à la mort de Ferdinand à son frère don Carlos. Mais - Ferdinand révoqua en 1830 la loi de 1714; après être revenu sur - cette révocation, il la confirma de nouveau, puis il mourut le 29 - septembre 1833, laissant la couronne à sa fille Isabelle, sous la - régence de sa mère Marie-Christine. Alors commença entre les - partisans de don Carlos et ceux de la reine Isabelle une guerre - qui dura de longues années. Don Carlos représentait le pouvoir - absolu. Marie-Christine, pour lui résister, dut s'appuyer sur les - constitutionnels. Aussi ne tarda-t-elle pas a se séparer de son - ministre, Zea Bermudez, entièrement inféodé aux idées - absolutistes. La crise espagnole se liait intimement à celle qui - sévissait alors en Portugal: car l'établissement à Lisbonne d'un - gouvernement absolu ou d'un gouvernement constitutionnel devait - avoir un contre-coup nécessaire à Madrid. Aussi, tant que le roi - Ferdinand vécut, il soutint dom Miguel. La reine régente, au - contraire, devait être favorable à doña Maria. D'ailleurs, si dom - Miguel triomphait, don Carlos trouvait en Portugal un asile et - des secours de toute sorte. On comprend dès lors comment, aux - yeux de la diplomatie européenne, la succession espagnole et - celle du Portugal ne formaient qu'une seule et même question, et - en particulier, comment la France et l'Angleterre étaient - intéressées au règne de la reine Isabelle avec un cabinet - constitutionnel. - - [47] Il paraîtrait que le comte Pozzo, dans le cours de son - voyage en Europe, avait adressé aux cabinets d'Autriche et de - Prusse un projet d'alliance avec la Russie. Ce projet déclarait - d'abord que la convention du 22 octobre entre la France et - l'Angleterre et les dangers qui pouvaient en résulter imposaient - aux trois cours l'obligation de se concerter pour le maintien de - la paix en Europe. Il était stipulé en conséquence qu'aussitôt - après l'entrée d'une armée française en Belgique, une armée - prussienne se porterait en avant et s'emparerait de Venloo et des - parties du Limbourg et du Luxembourg destinées à la Hollande. La - Prusse garderait ces territoires au nom et sous l'autorité des - trois parties contractantes, pour être remis aux Hollandais après - la prise d'Anvers. La Russie et l'Autriche déclaraient s'associer - aux opérations de la Prusse, en acceptaient la solidarité et - promettaient de la soutenir de tout leur pouvoir (_Extrait d'une - dépêche de M. Bresson au département, 14 février 1833._) - - [48] Sur la mission de sir Stratford Canning à Constantinople, - voir page 59 et note. - -M. de Broglie me fit connaître ensuite le résultat de cette entrevue -par la lettre suivante: - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 20 décembre 1832. - - »Mon prince, - -»... Sir Stratford Canning a passé deux jours ici. Il m'a communiqué -ses instructions. Son but est d'abord d'obtenir un armistice, puis -d'essayer de terminer l'affaire de Portugal en écartant les deux -frères et en établissant une régence au nom de doña Maria, sous la -condition de renoncer à la constitution de 1826. Dans l'état où se -trouve le gouvernement espagnol, j'ai peu d'espérance que sir -Stratford Canning soit écouté jusqu'à la fin de sa harangue. Il n'est -point question de l'intervention de la France dans les instructions de -sir Stratford Canning; cependant, à la fin de la conversation que nous -avons eue ensemble, il m'a exprimé le désir que le gouvernement -français s'associât à sa mission. J'en ai référé au conseil, et voici -la réponse que le roi, sur ma proposition, a décidé de faire: - -»1º Si la mission de sir Stratford Canning devait aboutir plus tôt ou -plus tard à l'emploi de la force contre dom Miguel et par suite contre -l'Espagne, le gouvernement français croit de sa loyauté de déclarer -d'avance qu'il ne pourrait s'y associer. Contre dom Miguel tout seul, -l'Angleterre n'a pas besoin de notre appui. Si l'Espagne s'en -mêle, nous ne pouvons pas faire la guerre à l'Espagne dans l'intérêt -de dom Pedro ou de sa fille, sans que cette entreprise ne prenne -sur-le-champ des deux cotés des Pyrénées un caractère révolutionnaire. -Ce serait la contre-partie de notre expédition de 1823; la guerre -générale s'ensuivrait. Il n'y aurait pas moyen de prévenir dans tous -les esprits cette idée que nous entrons en Espagne pour rétablir le -gouvernement des Cortès. - -»2º Sir Stratford Canning se propose d'argumenter de l'analogie de -situation et de droits entre la jeune doña Maria et la jeune infante -d'Espagne. Nous ne pouvons non plus nous associer à cette -argumentation. Ce serait prendre couleur d'avance dans la question de -succession d'Espagne et prendre couleur dans un sens opposé au -véritable intérêt de la France. Ce serait s'engager contre le maintien -de la loi salique et s'y engager au profit d'un parti assez faible, -fort chancelant, et qui, selon toute apparence, aura le dessous dans -la lutte, si elle vient à s'engager. - -»Sous ces deux limites nous ne demandons pas mieux que de donner à M. -de Rayneval des instructions tendant à seconder sir Stratford Canning. -La demande d'un armistice nous paraît être le point principal; cette -demande n'a point d'inconvénient; elle a l'avantage, si elle -réussissait, de donner à un tiers parti le temps de se former en -Portugal, tiers parti qui repousserait également les deux frères et -qui se déclarerait pour doña Maria sans condition. J'ignore si les -éléments de ce tiers parti existent; mais s'ils n'existent pas, -évidemment il n'y a rien à faire. - -»Quant aux mesures de pacification postérieures à l'armistice, nous -pensons que pour être seulement écouté, sir Stratford Canning -fera prudemment de ne pas s'expliquer en fermes trop catégoriques, de -se montrer prêt à en essayer de toutes sortes: doña Maria seule; une -amnistie avec dom Miguel; un mariage; que sais-je? S'il précise trop -sa proposition en commençant, il sera refusé net. En se tenant dans -les généralités, jusqu'à ce que l'état du Portugal lui fournisse un -point d'appui, il est possible que la négociation s'entame. - -»J'envoie à Rayneval des instructions en ce sens. Il secondera sir -Stratford Canning dans la demande d'un armistice et dans toutes les -mesures qui pourraient tendre à la pacification du Portugal. - -»J'espère, mon prince, que vous trouverez que nous nous sommes tenus -dans une juste mesure, eu égard à cette proposition délicate. Sir -Stratford Canning m'a paru content...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 6 janvier 1833. - - »Monsieur le duc, - -»... Lord Palmerston avait invité hier à une réunion les membres de la -conférence, sur les affaires de la Grèce, pour leur donner -communication des dernières dépêches écrites par les commissaires -démarcateurs des trois puissances en Morée. Il résulte de ces dépêches -que des difficultés se sont élevées par suite de l'inexactitude de la -carte sur laquelle les commissaires ont dû baser leurs travaux; cette -carte est, dit-on, remplie d'erreurs, mais on espère cependant arriver -à une démarcation précise qui n'entraînera aucun inconvénient... - -»Après la conférence, j'ai eu avec lord Palmerston une -conversation dans laquelle je lui ai parlé, comme vous le désiriez, de -la négociation suivie ici par Namick Pacha. Il a commencé par me -mettre au courant des circonstances qui ont amené cet envoyé de la -Porte en Angleterre. Il paraît que la cour de Russie a dernièrement -proposé au Grand Seigneur le secours d'un corps de quinze mille hommes -contre le pacha d'Égypte; ce corps aurait été détaché de l'armée russe -du Caucase et serait venu se réunir à l'armée de Syrie, commandée par -le grand visir. Le sultan a décliné l'offre de l'empereur Nicolas en -répondant que c'était sur mer qu'il avait besoin d'être soutenu en ce -moment. C'est donc dans le but d'obtenir un secours du gouvernement -anglais que Namick Pacha a été envoyé à Londres. Depuis son arrivée, -il a fait la demande formelle de l'appui des forces maritimes -britanniques dans le Levant, pour faire rentrer le pacha dans -l'obéissance. - -»Cette demande sera soumise au premier conseil de cabinet qui n'aura -pas lieu avant la fin de ce mois, les ministres anglais ne devant tous -se retrouver à Londres qu'à cette époque. - -»Lord Palmerston, tout en me disant que son opinion n'était pas formée -à cet égard, m'a cependant laissé entrevoir qu'il trouvait quelques -motifs plausibles à la demande du Grand Seigneur. Il ne s'agit pas -ici, m'a-t-il dit, d'une de ces interventions contre lesquelles -l'Angleterre s'est toujours prononcée; ce serait un appui donné à un -ancien allié contre un sujet rebelle, dont la révolte, si elle était -couronnée de succès, doit avoir les plus dangereuses conséquences pour -la tranquillité future de l'Europe. Car il est probable que la Russie, -qui aujourd'hui fait parade d'une vaine générosité envers le sultan, -ne manquera pas d'entretenir sous main la révolte du pacha. -L'intérêt de l'Europe est donc de remarquer que la Porte, placée entre -l'ambition de la Russie et celle du pacha, ne pourrait pas, dans son -état d'abaissement actuel, soutenir une pareille lutte. Si on admet la -nécessité de l'existence de l'empire ottoman, l'état critique dans -lequel il se trouve placé en ce moment fera également reconnaître la -nécessité de lui donner un appui qui, seul, peut arrêter sa ruine. - -»La manière de voir de lord Palmerston a dû être fortifiée par les -observations que nous avons souvent faites dans nos conversations sur -la politique envahissante de la Russie, car je n'ai jamais laissé -échapper l'occasion, je l'avoue, de la faire remarquer aux ministres -anglais. - -»Du reste, comme je viens d'avoir l'honneur de vous le dire, lord -Palmerston soumettra la demande du sultan au conseil, et j'aurai soin -de vous communiquer les déterminations qui y seront arrêtées. En -attendant, je verrai séparément ceux des membres du ministère qui sont -à Londres, pour connaître l'opinion qui probablement prévaudra dans le -cabinet. - -»L'heureuse influence de la prise de la citadelle d'Anvers se fait -sentir d'une manière bien évidente par la hausse de tous les fonds -publics; c'est un symptôme pacifique qui n'est pas toujours certain, -mais qui doit être remarqué, surtout quand il se manifeste au même -instant à Londres, à Paris et même à Amsterdam. Personne ne peut nier -que cet événement n'ait donné une grande force aux gouvernements -actuels de Belgique, de France et de Grande-Bretagne. C'est de la -reddition de la citadelle d'Anvers, que la Belgique peut vraiment -compter son existence, comme État indépendant. La France en éprouve -les bons effets par la marche des discussions devenues plus -faciles dans les Chambres; et le ministère anglais, soutenu par les -nouvelles élections, prend chaque jour plus de force[49]. Il vient -d'obtenir une preuve de l'affermissement de son pouvoir dans une -circonstance qui, ailleurs, pourrait paraître futile, mais qui ici -n'est pas sans importance. - -»Sa Majesté la reine d'Angleterre avait été obligée, d'après les -instances réitérées des ministres, d'éloigner d'elle, l'année -dernière, son premier chambellan, lord Howe[50], qui votait contre le -ministère dans la question de la réforme. Jusqu'à présent, Sa Majesté -s'était refusée à nommer un successeur à lord Howe; elle vient enfin -de s'y décider, et la reine a fait choix de lord Denbigh[51], partisan -très prononcé du ministère, qui regarde cette nomination comme un -premier pas vers un rapprochement avec la cour. - -»Quelques heures après son arrivée à Londres, le général Pozzo, -accompagné de M. de Lieven, a passé chez moi; nous avons eu un assez -long entretien dans lequel je dois dire que son langage a été -parfaitement convenable. Cette conduite de sa part n'a rien que de -très simple, et si je vous en parle, c'est parce que je crois que -nous devons dans cette circonstance laisser de côté tous les doutes -que nous pouvons avoir sur les dispositions de la Russie. Le général -Pozzo s'exprime peut-être avec un peu d'amertume sur le cabinet -anglais, et sur la ligne politique qu'il a adoptée. Les ministres -anglais ne sont assurément pas sans quelque méfiance de la Russie, et -cependant, ils ont fait au général Pozzo toutes les politesses -d'usage. Je me placerais, je pense, dans une fausse position si je ne -faisais pas comme eux. - -»Je n'ai pas besoin de vous dire que je mettrai la plus grande réserve -dans mes rapports avec cet ambassadeur, mais en même temps je veux -prendre pour sa véritable opinion tout le bien qu'il se croira obligé -de me dire de la France et du gouvernement du roi...» - - [49] Les élections avaient été très favorables au ministère. La - nouvelle Chambre, recrutée en très grande majorité dans le parti - whig, ne renfermait que deux faibles groupes d'opposants, les - tories d'un côté, les radicaux de l'autre. - - [50] Richard William Penn, comte Howe, petit-fils de l'amiral de - ce nom, né en 1796, entra à la Chambre des lords en 1820 sous le - titre de vicomte Curzon, fut, pendant quinze ans, grand - chambellan de la reine d'Angleterre. - - [51] William-Basile Percy-Fielding, comte de Denbigh, né en 1796, - succéda à son grand-père à la Chambre des lords, où il siégea - dans le parti tory. Il fut grand chambellan de la reine. - - «Le 11 janvier 1833. - -»... Ce que vous m'apprenez du langage que M. de Zéa aurait tenu à M. -de Rayneval, à l'occasion de la mission de sir Stratford Canning à -Madrid, n'a point lieu de me surprendre. Ce langage me paraît -s'accorder très bien avec les antécédents connus de M. de Zéa[52]. - -»Je désirerais être en état de vous fournir, monsieur le duc, les -données que vous réclamez de moi sur le véritable but qu'a eu le -cabinet anglais en envoyant sir Stratford Canning en Espagne, mais je -dois vous faire observer qu'il est à peu près impossible de se -procurer sur ce point d'autres renseignements que ceux qui vous ont -été donnés par sir Stratford Canning lui-même. Lorsque je questionnai -lord Palmerston à ce sujet, il me répondit que sir Stratford Canning -avait reçu l'ordre de vous communiquer toutes ses instructions: depuis -lors, il m'a dit que cet ambassadeur, en rendant compte des -observations que vous lui aviez faites dans ses différents entretiens -avec vous, s'en était montré satisfait, et avait ajouté qu'il les -trouvait parfaitement dans votre position. Cet ambassadeur n'est pas -encore entré en Espagne; il serait donc difficile de trouver un motif -fondé pour supposer un changement dans les directions qui lui ont été -données. - -»Je suis porté à croire qu'on a laissé à sir Stratford Canning des -pouvoirs assez étendus dans ses moyens d'action; il serait donc -possible qu'en admettant la répugnance invincible de M. de Zéa -d'adopter les propositions qui lui seront faites, le cabinet anglais -ait prévu l'éventualité où il faudrait essayer d'éloigner ce ministre -des affaires, l'état de santé de M. de Zéa en offrant d'ailleurs un -prétexte plausible. Cela m'étonnerait d'autant moins, qu'on connaît à -Londres l'influence que la cour de Russie exerce depuis longtemps sur -l'esprit de M. de Zéa, qui a été successivement consul et ministre -d'Espagne à Pétersbourg, et appelé une première fois au ministère des -affaires étrangères par le roi Ferdinand VII, à l'instigation de la -Russie. Comme on peut croire que, dans les circonstances actuelles, -l'influence russe serait employée dans des vues opposées à celles des -ministres anglais, il serait facile alors d'expliquer le but -caché qu'on attribue à la mission de sir Stratford Canning. - -»Quoi qu'il en soit de ces suppositions, vous avez à Madrid, dans la -personne de M. de Rayneval, un ambassadeur trop habile pour qu'il ne -découvre pas bientôt les véritables intentions de l'ambassadeur -anglais, et je ne doute pas qu'il ne vous transmette incessamment des -notions précieuses qu'il serait hors de mon pouvoir de vous procurer -d'ici. - -»Lord Palmerston m'a dit confidentiellement que l'empereur Nicolas -avait témoigné l'intention de ne point recevoir comme ambassadeur à sa -cour sir Stratford Canning, qui devait occuper ce poste aussitôt après -son retour de Madrid. Le cabinet anglais ne cache pas son -mécontentement de cette détermination. Je n'étais point appelé à -donner mon opinion dans cette occasion, mais j'ai pu cependant en -profiter pour faire quelques réflexions qui, j'ai lieu de le croire, -ne seront pas perdues.» - - [52] M. de Rayneval, ambassadeur de France à Madrid, écrivait à - ce sujet «que rien n'avait pu empêcher M. de Zéa d'entrer en - explications sur la mission de sir Stratford Canning; que M. de - Zéa trouvait chimérique cette proposition d'armistice faite à un - prince en possession du trône, par la puissance qui a poussé à la - guerre contre lui, et qu'il manifestait la ferme résolution de - s'opposer par tous les moyens à la violation de la neutralité. - Selon M. de Rayneval, sir Stratford Canning ne pouvait réussir - dans sa mission avant d'avoir renversé M. de Zéa (_Extrait de la - dépêche de M. de Rayneval au département, du 29 décembre 1832._) - - -LE BARON PASQUIER AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 11 janvier 1833. - - »Mon prince, - -»... Je comprends votre résolution d'en rester _là_, quand vous aurez -fini la grande affaire que vous seul pouviez mener à bien, et qui, -j'aime à le croire, touche à son terme; et cependant, je ne comprends -guère ce que deviendra la politique de notre France quand elle -manquera de la direction que vous lui imprimez. Dans l'état général -des affaires de l'Europe, il est fort difficile que de graves -circonstances ne se présentent pas à des époques fort rapprochées; et -je ne vois encore, dans le monde nouveau qui s'élève autour de -nous, personne qui soit en état d'en user habilement, je dirais -presque, de les comprendre. Toute mon espérance, en vérité, est dans -le _va da sè_. - -»Si je pouvais vous être bon ici à quelque chose, je vous prie très -instamment de disposer de moi. Je vous savais si bien et si -soigneusement informé par notre pauvre amie[53], que je ne pensais pas -qu'il y eût jamais rien à vous apprendre. Aujourd'hui, s'il en était -autrement, dites-le-moi et je suis à vos ordres. - -»Notre position intérieure est sensiblement améliorée, cela saute aux -yeux, et la manière dont l'ordre du jour a été enlevé dernièrement, à -la Chambre des députés, au sujet de la duchesse de Berry, a tiré du -pied ministériel la plus dure épine qui pût y être enfoncée[54]. Il -est donc certain qu'aujourd'hui, avec une habileté tant soit peu -commune, tout peut marcher. - -»Le Pozzo que vous me dépeignez à Londres est celui auquel je -m'attendais. L'humeur qu'il a beaucoup trop laissé voir ici est née, -je n'en doute pas, de la peur prodigieuse que son empereur lui a -inspirée. Il en est revenu terrifié, à parler littéralement. C'est -chose dont je ne puis douter, et je ne crois pas qu'il fût aisé de le -déterminer maintenant à un voyage pareil à celui qu'il a accompli -dans les six derniers mois de l'année 1832. - -»Veuillez accepter, mon prince, avec les assurances de ma haute -considération, celles d'un dévouement que je vous prie de mettre à -l'épreuve dans toutes les occasions où vous croirez pouvoir en user -utilement...» - - [53] La princesse de Vaudémont qui venait de mourir. - - [54] Séance du 5 janvier. On y discuta le rapport de M. Sapey sur - les pétitions qui avaient été adressées à la Chambre relativement - à Madame la duchesse de Berry: les unes réclamaient la mise en - liberté de la princesse, les autres demandaient qu'un plébiscite - décidât de son sort; toutes contenaient des protestations contre - la révolution de Juillet. La Chambre, après une séance longue et - tumultueuse, vota l'ordre du jour pur et simple réclamé par le - gouvernement qui gardait ainsi sa liberté d'action. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 17 janvier 1833. - - »Monsieur le duc, - -»... Je dois vous informer d'une communication assez importante qui -vient d'être faite au ministère anglais par l'ambassade d'Autriche à -Londres; elle est relative à l'état actuel du Portugal et aux moyens -de mettre un terme à la guerre civile qui désole ce pays. - -»Le ministre d'Autriche a été chargé par sa cour d'offrir au -gouvernement anglais la médiation du cabinet de Vienne dans les -affaires portugaises, et, en le déclarant à lord Palmerston, il a -ajouté que la première condition de cette médiation serait la -reconnaissance, comme roi de Portugal, de dom Miguel, qui s'engagerait -alors à donner une amnistie générale et à lever tous les séquestres -établis sur les propriétés particulières. - -»Pour appuyer cette proposition le cabinet de Vienne fait valoir que, -depuis plus de quatre ans, l'infant dom Miguel occupe le trône de -Portugal; qu'en admettant même comme fondés tous les torts reprochés à -son gouvernement, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il a reçu -l'assentiment de la grande majorité de la nation portugaise, et -l'entreprise tentée avec si peu de succès par dom Pedro est -invoquée, s'il en était besoin, comme témoignage de ce fait. - -»Le ministre d'Autriche, en terminant la communication qu'il avait -ordre de faire, a dit que son souverain s'était déterminé à cette -démarche, quelque contraire qu'elle fût aux intérêts de sa -petite-fille[55], parce qu'il était convaincu que la pacification du -Portugal était devenue par sa liaison avec la tranquillité de la -péninsule une question de la plus haute importance pour la paix de -l'Europe, et que cette pacification ne pouvait être réalisée -promptement que par la reconnaissance de l'infant dom Miguel; mais -que, du reste, il entendait que l'amnistie qu'on imposerait à ce -prince serait sans aucune restriction et donnée de manière à rassurer -toutes les opinions. - -»Lord Palmerston a sur-le-champ répondu au baron de Neumann[56] qu'il -ne s'expliquait pas trop bien l'opinion exprimée par la cour de Vienne -dans cette circonstance; qu'il lui paraissait fort étrange, pour ne -rien dire de plus, de proposer à dom Pedro de quitter le Portugal, de -livrer les Açores, d'abandonner enfin la cause de sa fille, et de ne -lui offrir, en échange de toutes ces concessions, qu'une amnistie pour -laquelle on n'aurait, en définitive, d'autre garantie que la parole -d'un prince connu pour son peu de fidélité à tenir ses engagements. -Lord Palmerston a conclu en déclinant l'acceptation de la médiation de -l'Autriche dans les termes dans lesquels elle était offerte. - -»Tel a été le résultat de cette discussion soutenue sur un ton assez -vif de la part de lord Palmerston et de celle de M. de Neumann. - -»Dans une des dernières dépêches que vous m'avez fait l'honneur de -m'écrire, vous m'avez témoigné le désir de connaître le plus ou moins -de fondement que pouvaient avoir les bruits répandus à Madrid sur le -véritable but de la mission de sir Stratford Canning. En vous -répondant, le 11 de ce mois, je vous ai indiqué quelles étaient les -difficultés qui s'opposaient à ce que je puisse me procurer des -informations précises à cet égard, mais je n'en ai pas moins cherché à -vérifier quelques-uns des faits que vous avez bien voulu me mander. Un -membre du corps diplomatique dans lequel je place quelque confiance -m'a communiqué à peu près les mêmes renseignements que ceux contenus -dans la dépêche de M. de Rayneval; mais il a appuyé son récit d'une -circonstance qui tendrait à fortifier l'opinion qu'on avait à Madrid -sur les inquiétudes de M. de Zéa. Je veux parler de l'acte solennel -par lequel Sa Majesté le roi d'Espagne, en renouvelant sa première -déclaration relative aux droits de l'infante Isabelle à succéder au -trône, annule les dispositions qu'il annonce lui avoir été arrachées -pendant sa maladie[57]. On pense que cet acte est un moyen employé par -M. de Zéa pour déjouer les manoeuvres de sir Stradfort Canning, qui -devait, comme vous me l'annonciez, essayer de lier les intérêts de -l'infante Isabelle à ceux de doña Maria, en promettant à la reine -d'Espagne l'appui de son gouvernement, pour faire respecter les droits -de sa fille, si elle voulait, de son côté, protéger la jeune reine du -Portugal. M. de Zéa aurait, dit-on, enlevé à l'ambassadeur -d'Angleterre un de ses plus puissants moyens d'action, en se -prononçant avant son arrivée d'une manière éclatante pour les droits -de l'infante Isabelle. - -»Comme la relation qui m'a été faite pourrait aussi venir de Madrid, -je ne vous la transmets qu'avec une certaine défiance. Vous serez en -position d'en vérifier bientôt l'exactitude et, je vous le répète, on -peut se reposer sur l'habileté de M. de Rayneval pour découvrir toutes -les intrigues qui ne tarderont pas à se développer dans la péninsule. - -»Parmi les différentes explications qu'on cherche à donner au voyage -de M. le général Pozzo, à Londres, il en est une qui ne m'a pas paru -dénuée de vraisemblance. On prétend que le cabinet de Pétersbourg -reçoit depuis quelques mois, sur l'Angleterre des dépêches assez -contradictoires qui lui sont adressées par le prince de Lieven d'une -part, et de l'autre par le comte Matusiewicz; qu'incertain sur -l'opinion qu'il doit se former entre les relations si différentes de -ses ministres en Angleterre, l'empereur Nicolas a désiré envoyer à -Londres le général Pozzo, qui aurait acquis toute sa confiance pendant -le séjour qu'il vient de faire à Pétersbourg, afin d'avoir par lui des -notions positives, d'après lesquelles il pût régler ses rapports -politiques avec la Grande-Bretagne. Ce voyage ne serait donc que le -complément de la mission du général Pozzo à Berlin et dans les -différentes cours d'Allemagne. Vous jugerez si cette explication a -quelque valeur...» - - [55] Doña Maria était en effet petite-fille de l'empereur - François par sa mère, l'archiduchesse Léopoldine, que dom Pedro - avait épousée en premières noces. - - [56] Secrétaire d'ambassade autrichien à Londres. Il faisait - fonction de chargé d'affaires en l'absence de l'ambassadeur, le - prince Esterhazy. - - [57] Voir page 90. - - «Le 20 janvier. - -»... J'ai déjà eu l'honneur d'appeler votre attention sur une question -dont les membres du cabinet anglais m'entretiennent souvent, et -qui est pour eux d'un grand intérêt. Il s'agit des changements qu'on -voudrait ici voir adopter dans nos lois de douane. - -»Les pétitions adressées dernièrement à la Chambre des députés à ce -sujet par le commerce de Lyon, Bordeaux, Nantes et autres villes -industrielles, ont eu un grand retentissement en Angleterre où elles -ont constaté que l'opinion publique s'était extrêmement modifiée en -France à l'égard des lois prohibitives. On pense qu'aujourd'hui il -serait facile au gouvernement français d'entrer dans une voie plus -large, et on le désire pour des raisons assez graves. - -»Le cabinet anglais actuel envisage cette question plutôt -politiquement que commercialement; car, sous ce dernier point de vue, -on a trouvé que le système de M. Huskisson[58] avait déjà produit les -plus heureux résultats, et que la diminution dans les droits -d'importation sur les soieries, les gants et autres objets, avait été -bien plus que compensée par l'accroissement immense de la -consommation. Ainsi, en ne considérant que l'intérêt commercial de -l'Angleterre, les ministres pourraient peut-être se passer des mesures -de réciprocité des autres pays, et tirer encore de grands avantages du -système libéral pour lequel ils se sont prononcés. Mais un intérêt -politique important leur fait un devoir de rechercher des relations -commerciales plus étendues avec la France. - -»Lors des dernières élections, on a prononcé dans plusieurs villes -manufacturières d'Angleterre des discours qui ne vous ont certainement -pas échappé, et dans lesquels vous aurez pu remarquer de -nombreuses allusions à l'alliance qui a récemment uni la France et la -Grande-Bretagne; on l'invoque fréquemment comme devant placer bientôt -sur une ligne plus égale les relations entre les deux pays. Les -journaux, dont l'action est si puissante en Angleterre, ont vivement -secondé cette nouvelle tendance de la classe industrielle. Aujourd'hui -le ministère sent, que, de la manière dont la Chambre des communes est -composée, il ne pourrait peut-être pas compter sur une majorité -solide, ni sur l'appui de l'opinion publique s'il ne présentait pas -quelques résultats avantageux de son alliance avec le gouvernement -français. Ce ne sont pas des privilèges nuisibles à la France qu'il -réclame; c'est un échange mieux combiné des produits des deux pays à -l'aide duquel se resserrent chaque jour davantage les liens dont les -deux nations sentiront mieux alors l'utilité et l'importance. - -»On ne doit pas perdre de vue qu'en affermissant au pouvoir le cabinet -anglais actuel, on assure une durée certaine à l'alliance intime qui -subsiste depuis quelques mois seulement, entre la France et -l'Angleterre; et que c'est cette alliance, qui en créant une force -nouvelle en Europe, réprime toutes les intrigues du Nord, et donne un -véritable point d'appui à tous les intérêts de la société. - -»Il me semble que des considérations d'une aussi haute portée -politique seront appréciées par le gouvernement du roi, et je ne doute -pas que vous n'en fassiez ressortir toute la valeur. - -»Comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le dire, presque tous les -ministres m'ont chargé de vous exprimer leurs voeux dans le sens que -je viens d'indiquer. Je vous serai particulièrement reconnaissant -de me mettre incessamment en position de leur faire connaître -l'influence que ces voeux auront eue sur les déterminations du -gouvernement français...» - - [58] William Huskisson (1770-1830) président du bureau du - commerce en 1823, avait été en cette qualité, l'un des champions - les plus ardents de la liberté du commerce. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 21 janvier 1833. - - »Mon prince, - -»J'ai peu de chose à ajouter à la dépêche officielle que je vous -adresse. Je me suis entretenu à coeur ouvert avec lord Granville sur -le contenu de cette dépêche. Ce qui va arriver en Orient, personne ne -peut le dire; mais les événements ne nous ont point pris au dépourvu, -puisque des propositions raisonnables et trouvées telles par toutes -les personnes douées de quelque sens dans l'intérieur du Divan ont -été obtenues de Méhémet-Ali par notre consul et transmises à -Constantinople par notre chargé d'affaires, et puisque c'est sur ces -propositions qu'on négocie en ce moment[59]. Il importe de bien -avertir lord Palmerston qu'il ne se fie en rien à Namick Pacha; c'est -un très petit intrigant, envoyé non par la Porte, mais par le Sérail, -ce qui ne peut être bon à rien. C'est à Constantinople qu'il faut agir -maintenant. Je crois que les intérêts du gouvernement anglais sur ce -point sont identiques au nôtre et que le temps presse. J'ai tout lieu -de croire que si nos deux gouvernements s'entendent bien, l'Autriche -finira par se réunir à nous contre l'agrandissement éventuel de -la Russie. - -»C'est là l'oeuvre que vous avez tentée au congrès de Vienne et que -les Cent-jours sont venus déranger. C'est à vous qu'il appartient de -l'achever...» - - - [59] Méhémet-Ali avait fait parvenir au sultan ses propositions - au commencement de janvier. Il offrait de traiter sur les bases - suivantes: - - Cession par la Porte des pachaliks de la Syrie moyennant tribut, - ainsi que du district d'Adana. - - Modification dans le lien qui rattachait l'Égypte à la Porte, de - façon à placer le pacha d'Égypte dans la situation des anciens - deys d'Alger. - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Tuileries, le 24 janvier 1833. - - »Mon cher prince, - -»J'ai tout de suite fait part au roi de ce que vous me mandez sur les -douanes. Il me charge de vous dire qu'il entre tout à fait dans votre -manière de voir à cet égard, et qu'il ne cesse de parler dans ce sens, -et pour amener le résultat que vous désirez et lui aussi avec toute -sagesse et raison, car, certes, notre alliance avec l'Angleterre est -plus heureuse et plus importante que jamais pour nous et pour elle. - -»C'est une bien grande nouvelle que la victoire d'Ibrahim[60]. Notre -cher roi désire vivement savoir quelles sont vos idées sur cet -événement?... quelles seront ses conséquences?... et sur ce que vous -pensez qu'il y aurait à faire maintenant, et à préparer pour les -suites qu'elles peuvent avoir et pour l'avenir. Il pense avec raison -que personne ne peut mieux juger cela que vous; et dans sa grande -confiance en vos lumières, il tient beaucoup à avoir votre avis sur -cette importante question...» - - [60] Bataille de Konieh (21 décembre 1832), où l'armée turque fut - taillée en pièces. C'est à la suite de cette bataille que furent - entamées les négociations dont il est question plus haut. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 28 janvier 1833. - - »Monsieur le duc, - -»Vous avez connu par ma dépêche numéro 56 les obstacles qui -s'opposaient à ce que je communiquasse à lord Palmerston, aussitôt que -je l'aurais désiré, l'objet de la dépêche que vous m'avez fait -l'honneur de m'adresser le 21 de ce mois. C'est avant-hier seulement -que j'ai pu le faire, et lord Palmerston me promit alors de soumettre -les propositions du gouvernement français à un conseil de cabinet -qu'il convoqua à cet effet pour le lendemain. Ce conseil a eu lieu -hier dimanche, mais avant de vous faire connaître le résultat de ses -délibérations, je dois vous entretenir de quelques circonstances qui -l'ont précédé. - -»Si vous voulez bien vous faire représenter la dépêche que j'ai eu -l'honneur de vous adresser le 6 de ce mois, vous pourrez y remarquer -que j'étais déjà fortement préoccupé alors des événements qui se -passaient en Orient; j'avoue que les dépêches que j'ai reçues de vous -le 10 et le 14 ne m'avaient point complètement rassuré et que j'étais -resté dans l'opinion qu'une action quelconque de la France et de -l'Angleterre deviendrait bientôt nécessaire de ce côté. Dans mes -conversations avec les membres du cabinet anglais, j'avais cherché à -attirer leur attention sur les graves conséquences que pouvait avoir -la lutte entre le sultan et le pacha d'Égypte, si les succès prolongés -de ce dernier devaient placer la Porte ottomane dans l'obligation de -recourir à la protection de la Russie. - -»C'est dans ces entrefaites que j'ai reçu votre dépêche numéro 13 qui -m'a fourni la preuve que mes prévisions s'étaient malheureusement -réalisées. Cette dépêche contient un admirable exposé de l'état actuel -de l'Orient et des mesures qui doivent être employées pour arrêter les -dangers qui menacent l'empire ottoman[61]. Elle m'a paru si -remarquable que j'ai cru devoir en donner lecture à lord Palmerston -dans l'entretien que j'ai eu avec lui samedi soir. Il a été frappé, -comme moi, des considérations habilement développées dans cette -dépêche, et convaincu de la nécessité dans laquelle se trouvaient -l'Angleterre et la France de prendre immédiatement un parti, et de -commencer par faire à Constantinople et à Alexandrie l'offre d'une -médiation armée à laquelle on inviterait l'Autriche à se joindre. - -»Après avoir quitté lord Palmerston, je me suis encore occupé des -moyens qui pourraient assurer le succès le plus prompt de notre -médiation, et hier matin, je lui ai écrit une lettre dont vous voudrez -bien me permettre d'insérer ici un extrait: - -»Si le cabinet anglais approuve le projet de médiation tel que je l'ai -proposé hier soir, il faudrait que la marche qui sera suivie fût -extrêmement prompte; et voici, dans mon opinion, celle qui pourrait -être adoptée. - -»Des instructions seraient rédigées pour sir Frédéric Lamb. Elles -seraient transmises à lord Granville, qui les communiquerait au duc de -Broglie. Celui-ci croirait sans doute devoir rédiger à son tour des -instructions pour le maréchal Maison, analogues à celles de lord -Palmerston. M. le duc de Broglie n'hésiterait probablement pas à les -communiquer à lord Granville, et, d'accord avec lui, ils expédieraient -chacun un courrier pour Vienne. Ces courriers partiraient ensemble. - -»Les instructions porteraient aux deux ambassadeurs à Vienne l'ordre -de proposer à M. de Metternich de joindre l'offre de la médiation de -l'Autriche à celles de la France et de l'Angleterre. - -»Si le cabinet de Vienne accepte la proposition qui lui est faite, les -deux ambassadeurs, guidés par leurs instructions dont ils n'auraient -pas la faculté de se départir, s'entendraient avec M. de Metternich -sur les termes de la médiation à proposer à Constantinople, et les -courriers anglais, français et autrichien continueraient ensuite leur -route vers cette capitale. Ils y remettraient aux représentants de -l'Autriche, de l'Angleterre et de la France, les instructions de leur -cour respective. - -»Si le cabinet de Vienne refuse la proposition, les courriers anglais -et français n'en iront pas moins directement à Constantinople. Il est -bien entendu que dans les deux cas les courriers seront porteurs de -pouvoirs et d'instructions directes de lord Palmerston et du duc de -Broglie pour les représentants de l'Angleterre et de la France, près -la Porte ottomane. - -»Tel est le plan que je proposais de suivre, monsieur le duc; il -présentait, dans mon opinion, l'avantage de hâter autant qu'il était -possible l'exécution des mesures qui me sont recommandées par votre -dépêche du 21, et de provoquer en même temps le concours de -l'Autriche. - -»Les ministres anglais, après avoir discuté pendant plusieurs heures -le projet de médiation tel que je l'avais remis à lord Palmerston, ont -fini par s'arrêter à l'idée un peu étrange d'étendre l'offre d'entrer -dans la médiation non seulement à l'Autriche, mais encore à la Russie. -Ils se sont laissés déterminer par l'importance qu'il y aurait, dans -cette circonstance, à lier la politique de la Russie à celle des trois -autres cours. - -»Cette résolution m'a été aussitôt communiquée par lord Palmerston, et -j'ai fait tous mes efforts pour la combattre dans une conférence qui a -duré plus de cinq heures. Je vous en rendrai compte demain, mais déjà -vous aurez pressenti toutes les raisons que je devais opposer au -concours de la Russie. Je n'avais rien obtenu hier lorsque nous nous -sommes séparés. En quittant lord Palmerston, je l'avais engagé à -réfléchir sur les fâcheuses complications dans lesquelles le système -du cabinet anglais nous entraînerait, et nous nous étions donné -rendez-vous pour aujourd'hui. Je sors d'une nouvelle conférence, et, -après une très longue discussion, j'ai enfin obtenu que la médiation -ne serait proposée qu'au nom de la France et de la Grande-Bretagne. -C'est demain seulement que nous en réglerons les conditions. J'ai à -peine le temps de finir cette dépêche, et vous comprendrez -l'impossibilité dans laquelle je me trouve d'entrer dans plus de -détails aujourd'hui; je les réserve pour demain. - -»Je veux seulement ajouter que lord Ponsonby a reçu l'ordre de partir -immédiatement pour Constantinople[62] et que le consul d'Angleterre à -Alexandrie, de la conduite duquel vous vous plaigniez, a été -rappelé. Le parlement se réunit demain, et c'est le 5 que le discours -du trône sera prononcé...» - - [61] Par cette dépêche (dépêche no 13 en date du 21 janvier) le - duc de Broglie invitait M. de Talleyrand à proposer au cabinet - d'Angleterre un projet de médiation commune en Orient.--Voir - cette dépêche à l'Appendice, page 493. - - [62] Lord Ponsonby venait d'être nommé ambassadeur près la Porte. - - «Le 31 janvier. - -»Vous aurez sans doute été surpris de ne pas connaître plus tôt le -résultat de la communication que vous m'aviez chargé de faire au -gouvernement anglais; j'éprouve le besoin de vous donner des -explications à ce sujet. - -»Il ne faut pas perdre de vue qu'ici, les affaires intérieures du pays -passent avant toutes les autres, quelque intérêt, d'ailleurs, que -puissent avoir ces dernières. En ce moment, le parlement vient de -s'assembler; le cabinet doit lui proposer des mesures qui le -préoccupent fortement: l'état de l'Irlande, les dîmes du clergé, les -finances réclament sa plus sérieuse attention; et il m'est souvent -impossible de la détourner du milieu de ce conflit d'intérêts si -pressants, pour la ramener à des questions de politique extérieure. -Depuis huit jours, tous mes efforts tendent à faire comprendre ce que -la question d'Orient exige de célérité, pour ne pas rendre notre -intervention ridicule; on convient de tout ce que je dis; on promet de -s'en occuper le jour même, et chaque jour on remet la question au -lendemain. Vous jugerez mieux que personne que ces retards ne sont que -la conséquence de la position où on se trouve. - -»Je vous ai annoncé par ma dépêche du 28 de nouveaux détails sur la -conversation que j'ai eue avec lord Palmerston au sujet de notre -médiation. - -»Comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le dire, le système des -ministres anglais reposait sur leur désir d'arrêter la politique -envahissante de la Russie, tout en conservant envers elle des -apparences de bonne intelligence; ils croyaient que l'adjonction de -cette puissance à notre médiation atteindrait ce but. - -»J'ai dû, en m'opposant à un pareil système, faire sentir tous les -dangers qu'il présentait. J'ai fait remarquer à lord Palmerston que la -rapidité d'exécution était la première condition de succès de notre -entreprise; que nous nous en priverions en nous mettant dans -l'obligation d'attendre la réponse de la cour de Russie, et que la -conséquence inévitable serait d'arriver trop tard à Constantinople et -à Alexandrie, que cette question de temps aurait de plus l'immense -inconvénient d'empêcher la France et l'Angleterre d'agir, puisqu'elles -se trouveraient, par le fait même de leur proposition à la Russie, -obligées à ne faire aucune démarche avant de connaître la réponse de -cette puissance, tandis que le cabinet de Pétersbourg, libre de tout -engagement pendant un certain temps encore, ne manquerait pas de -mettre ce retard à profit; que d'ailleurs, par suite de la mission du -général Mourawieff près du sultan[63], la cour de Russie avait pris le -rôle d'alliée de la Turquie, et que, dès lors, le pacha d'Égypte -serait en droit de lui refuser le caractère de médiateur. - -»J'ai enfin fait valoir près de lord Palmerston une considération qui, -pour un ministre anglais, est toujours d'un très grand poids, c'est -celle du côté constitutionnel de la question qui nous occupe; j'ai pu -lui dire à ce sujet qu'une médiation établie seulement par deux pays -soumis à des gouvernements constitutionnels trouverait une approbation -plus générale dans le parlement anglais et dans les Chambres -françaises, que si on voyait la Russie y prendre part. Cette -considération a fait assez d'impression sur lord Palmerston pour qu'il -ait cru devoir revenir sur la décision prise dans le conseil de -cabinet, et, comme ici tout finit par se résoudre en questions -parlementaires, il est probable que c'est par la considération que je -viens d'indiquer, que le cabinet anglais a été amené à changer sa -première détermination. - -»Mais si on est décidé sur la médiation en elle-même, on n'a pu encore -arrêter, ni la forme de cette médiation, ni la marche qu'on suivra. -Depuis trois jours on renvoie ces questions au lendemain, et comme -j'avais l'honneur de vous le dire au commencement de cette dépêche, -mes démarches n'ont pu, jusqu'à présent, amener aucun résultat. Je -suis porté à croire que les dernières nouvelles de Constantinople, qui -annoncent que le sultan s'est décidé à traiter avec le pacha d'Égypte, -augmenteront les hésitations des ministres; et il se pourrait bien -qu'on finît par ne prendre aucune résolution. - -»Quoi qu'il en soit, monsieur le duc, il me semble que le gouvernement -du roi s'est très bien placé, et qu'il a fait tout ce qu'on pouvait -attendre de lui dans une circonstance où la Russie était déjà engagée, -et où l'Autriche refusait d'entrer dans une médiation...» - - [63] Le général Mourawieff avait été chargé par le czar d'offrir - au sultan des secours contre Méhémet-Ali. Le sultan, sous le coup - de la défaite de Konieh, accepta d'abord avec empressement et - donna en outre son assentiment à une mission que le général - Mourawieff devait remplir à Alexandrie pour sommer Méhémet - d'arrêter ses troupes. - - Nicolas Nicolaiewitch, prince Mourawieff-Karski, né en 1793, entra - au service et fit les campagnes de 1812 à 1815, devint major - général en 1829, lieutenant général après la guerre de Pologne - (1831), fut en 1832 envoyé en Turquie et en Égypte. Disgracié de - 1838 à 1848, il devint en 1854 général en chef de l'armée du - Caucase, puis conseiller d'État (1855). Il mourut en 1866. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 28 janvier 1833. - - »Mon prince, - -»Avant-hier soir, au milieu d'une grande réunion, le charge d'affaires -de Russie, M. de Medem[64], s'approcha de moi et me demanda si je -désirais qu'il me donnât connaissance confidentiellement des -instructions données au général Mourawieff. - -»Je crus ne devoir lui témoigner aucun empressement excessif et je me -bornai à lui répondre que j'en serais très reconnaissant. - -»Ce matin, il est venu, de lui-même, me réitérer son offre, en -m'ajoutant que c'était en grande confidence qu'il me parlait, n'ayant -point d'ordres de sa cour. Puis, il a tiré de sa poche, d'abord, une -dépêche contenant un exposé des motifs généraux qui déterminent -l'empereur Nicolas à l'envoi du général Mourawieff, puis un -avertissement, que la communication des instructions données à ce -général n'est faite qu'à l'ambassadeur lui-même, qu'il ne doit point -en faire part au gouvernement français, avec lequel, est-il dit, les -rapports ne sont pas _assez confiants_ pour que l'ambassadeur de -Russie doive aller au-devant d'explications. - -»Vous noterez cependant, mon prince, que c'est le chargé d'affaires -qui a fait toutes les avances; que même je n'ai répondu à ses -ouvertures qu'avec assez d'indifférence et que c'est lui qui est -revenu à la charge. - -»Après la lecture de cette dépêche, est venue la lecture des -instructions mêmes; en voici à peu près la substance: - -»L'instruction débute par un exposé des événements d'Orient, et des -progrès de Méhémet-Ali depuis six mois. - -»Il est dit ensuite que la continuation de ces progrès amènerait -nécessairement une catastrophe; que le résultat de cette catastrophe -devant être de donner à la Russie un voisin, probablement peu disposé -à respecter le traité d'Andrinople, la Russie serait obligée de -prendre une _attitude menaçante_, ce qu'elle veut éviter. - -»Il a ajouté que l'empereur sait que Méhémet-Ali a dit que, s'il avait -été possible de prévoir les progrès de l'armée égyptienne, la Russie -se serait bien gardée de retirer son consul d'Alexandrie. - -»La mission du général Mourawieff a pour but de répondre à cette idée. - -»Le général doit se rendre d'abord à Constantinople et, là, remettre -au sultan une lettre de cabinet, portant une assurance de l'amitié -inaltérable de la Russie, de l'horreur que lui inspire la rébellion de -Méhémet-Ali, solliciter enfin de la Porte son adhésion à la démarche -que le général est chargé de faire vis-à-vis du pacha. - -»Cette adhésion obtenue, le général doit se rendre à Alexandrie et -donner à sa démarche auprès du pacha toute la solennité possible; lui -exposer sous les couleurs les plus noires toute l'énormité de ses -attentats; l'inviter à rentrer dans le devoir, et, en cas de refus, -lui déclarer qu'il n'aura à imputer qu'à lui-même les conséquences de -sa conduite.--Rien de plus. - -»Si Méhémet-Ali, touché de la remontrance, demandait au général -de se porter médiateur entre la Porte et lui, le général devrait -refuser, la Russie ne voulant pas intervenir dans les affaires des -autres, pas plus qu'elle ne souffrirait qu'on intervînt dans les -siennes. - -»(N.-B. que ceci est probablement le but de la communication; c'est ou -un reproche ou un avertissement indirect, adressé à la France.) - -»Si Méhémet-Ali persiste dans son égarement, le général doit revenir à -Saint-Pétersbourg et en rendre compte à son maître. - -»Il est ajouté dans un post-scriptum que si le général n'obtenait -pas l'adhésion de la Porte à sa mission, il retournerait à -Saint-Pétersbourg, sans aller à Alexandrie; mais le ministre de Russie -écrirait à Méhémet-Ali ce que M. de Mourawieff avait pour mission de -lui dire. - -»Le chargé d'affaires de Russie s'est épuisé en protestations sur la -ferme volonté où était son maître de n'employer que la voie -d'influence et d'exhortation; il m'a même dit et répété que l'empereur -Nicolas était plus embarrassé qu'enrichi par les provinces qu'il avait -conquises sur la Porte, et qu'il serait plus disposé à renoncer à ses -conquêtes qu'à les pousser plus loin. - -»Mon opinion sur cette communication est qu'elle ne contient que la -moitié de la vérité; qu'elle expose réellement les instructions -données au général Mourawieff dans l'hypothèse où le conflit entre la -Porte et le pacha resterait douteux, mais qu'il avait d'autres -instructions éventuelles, le cas échéant de la défaite de l'armée -musulmane, instructions en conformité desquelles il a agi, ainsi que -je vous l'ai mandé dans ma dernière dépêche. La source des -renseignements que je vous ai donnés dans cette dépêche est de -nature à ne me laisser aucun doute à cet égard. - -»Je me suis borné à répondre à cette communication en très peu de -mots, et en termes très généraux, protestant de nos desseins -pacifiques et de l'envie que nous avions de voir la querelle se -terminer à l'amiable. - -»M. de Medem m'ayant recommandé sur cette communication le plus -profond secret, je vous prie, mon prince, de conserver pour vous ces -renseignements, bien que je sois porté à penser que M. de Medem ne -s'est pas grandement compromis en me la confiant...» - - [64] Le comte de Medem, conseiller de l'ambassade de Russie à - Paris, faisait fonctions de chargé d'affaires pendant l'absence - de l'ambassadeur comte Pozzo di Borgo. - - -LE COMTE DE RAYNEVAL AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Madrid, le 25 janvier 1833. - - »Prince, - -»J'ai pensé que, dans les circonstances actuelles, il pourrait vous -être agréable d'être exactement et directement informé de la situation -dans laquelle sir Stratford Canning trouve l'Espagne. Je profite donc, -pour vous donner à ce sujet quelques détails, du premier courrier -qu'il expédie, et j'en profite avec d'autant plus d'empressement que -c'est une occasion de me rappeler à votre souvenir et de vous demander -la continuation de vos anciennes bontés. - -»Il semblait naturel de penser que le changement de politique -intérieure de l'Espagne en amènerait aussi un dans sa politique -extérieure. On a dû croire que le parti que la reine et ses adhérents -ont à combattre, étant celui qui soutient de ses voeux et peut-être de -ses secours secrets la cause de dom Miguel, l'intérêt que le cabinet -espagnol portait à ce prince devait disparaître devant un intérêt -plus rapproché et plus pressant. Mais les ministres espagnols -raisonnent autrement. Selon eux, le gouvernement ne parvient à -contenir le parti apostolique[65] qu'en usant à son égard de beaucoup -de ménagements. Ils croient qu'ils lui donneraient pour auxiliaires -tous les royalistes d'Espagne, s'ils favorisaient dom Pedro, que l'on -regarde comme le chef des libéraux de la péninsule entière, et s'ils -manquaient aux engagements précédemment pris avec dom Miguel. - -»Lorsqu'on laisse entendre qu'il serait possible d'écarter dom Pedro -et la constitution, ils répondent qu'il ne le serait pas d'écarter ses -partisans, ses ministres, ses conseillers, dont quelques-uns sont plus -dangereux que lui-même. Telle est la manière de voir de M. de Zéa et -de M. d'Offalia. Tant qu'ils conserveront la direction des affaires, -on ne doit donc pas s'attendre à voir l'Espagne adhérer à un projet de -conciliation, et cesser d'insister sur le maintien de la neutralité de -la part de toutes les puissances. Les différents partis travaillent -chacun de leur côté, mais avec une égale ardeur, contre ces ministres. -Cependant leur chute ne peut pas être regardée comme prochaine. Dans -ce moment-ci la marche qu'ils suivent dans l'affaire de la succession -leur assure la confiance et la faveur du roi et de la reine. - -»C'est réellement ce qui se passera en Portugal qui décidera de leur -sort, et peut-être de celui de la monarchie espagnole. On le sent, et -pour cette raison on s'alarme excessivement des suites que peut avoir -le différend qui s'est élevé entre notre gouvernement et celui de dom -Miguel au sujet d'un bâtiment français coulé bas dans le Douro, -et que va aggraver une autre insulte faite à notre pavillon à l'entrée -du Tage. Le cabinet espagnol soutient que le tort est de notre côté, -et par conséquent que nous ne sommes pas dans le cas de demander -réparation, mais il ne nous accuse pas d'arrière-pensées. Dans le -public on est plus sévère, et depuis le moment du départ du général -Solignac[66] pour Porto, on annonce hautement que, directement ou -indirectement, nous voulons intervenir dans la lutte des deux frères -et y mettre fin par la force. Le gouvernement espagnol juge notre -intervention plus dangereuse pour dom Miguel et le repos de la -péninsule, que celle de l'Angleterre. Aussi, dans l'instant actuel, -notre querelle avec le Portugal l'occupe-t-il presque plus que la -mission de M. Canning. - -»Voilà, prince, où nous en sommes ici. Tout cela peut mener à de -telles complications et exalter si fortement les passions qu'aucune -force humaine ne puisse sauver ce pays-ci d'une secousse. Je trouve, -dans de pareilles circonstances, le fardeau qu'on m'a donné à porter -beaucoup trop lourd. Que ne donnerais-je pas pour pouvoir recourir à -vos conseils! Mais l'éloignement, la rapidité avec laquelle les -événements marchent, y mettent malheureusement obstacle. Cependant, -quelques mots où je pourrais lire votre pensée sur l'ensemble des -affaires de la péninsule me seraient si utiles, que je ne puis -m'empêcher d'exprimer le plaisir et la reconnaissance avec lesquels -ils seraient reçus. - -»Je vous écris dans un moment où vous ressentez une vive -affliction. En perdant la princesse de Vaudémont, vous avez fait une -de ces pertes qui ne se réparent point. Je ne crois pas que jamais -amitié ait été plus vraie que celle qu'elle vous portait. Il était -impossible de la connaître sans lui être attaché. C'est un sentiment -que j'éprouvais bien sincèrement et auquel elle avait tout à fait -droit de ma part, sa bienveillance pour moi ne s'étant jamais -démentie. - - «Veuillez agréer, prince...» - - [65] Nom donné au parti absolutiste, c'est-à-dire aux carlistes. - - [66] Le général français Solignac commandait à Porto une partie - des troupes de dom Pedro. - - * * * * * - -Je suis heureux de pouvoir donner ici cette lettre de M. de Rayneval -qui fait autant d'honneur à son coeur qu'à son excellent esprit et à -son jugement. Il trace là un tableau de la péninsule qui faisait -parfaitement saisir les difficultés du présent et pressentir celles -encore plus grandes de l'avenir. Ses prévisions se sont réalisées avec -une rare exactitude; et au moment où je rassemble ces souvenirs, -l'Espagne et le Portugal sont en proie à des discordes dont il serait -impossible de présager le terme. On verra bientôt quels ont été les -efforts des gouvernements de France et d'Angleterre pour prévenir les -désordres qui menaçaient la malheureuse péninsule: puissent ces -efforts aboutir un jour à un heureux résultat! Je ne veux point -anticiper sur la marche des événements; mais il m'a été doux -d'exprimer en passant la bonne opinion que j'avais toujours eue du -caractère et de la capacité de M. de Rayneval, qui a succombé au -fardeau dont il trouvait déjà le poids trop lourd lorsqu'il m'écrivait -l'admirable lettre qu'on vient de lire. Ai-je besoin d'ajouter à cette -occasion, comme dans toutes les autres précédentes du même genre, que -je voudrais retrancher des lettres que je cite les passages flatteurs -et louangeurs pour moi, si je ne pensais pas que les éloges -mêmes, dans de pareilles circonstances, ne sont qu'un reflet de la -situation, et qu'on est d'autant plus porté à louer les autres qu'on -est soi-même plus embarrassé ou plus affligé. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 3 février 1833. - - »Monsieur le duc, - -»Les difficultés que je vous ai indiquées dans ma dépêche numéro -59[67], au sujet des affaires d'Orient, ne m'ont point empêché de -continuer à réclamer le concours du gouvernement anglais dans une -question qui m'a toujours paru du plus haut intérêt pour l'Europe. Je -puis enfin vous annoncer que mes efforts ne sont point demeurés -absolument sans résultat. Voici le parti auquel l'Angleterre s'est -arrêtée. - -»Le colonel Campbell vient d'être nommé consul général à Alexandrie; -il part demain pour se rendre en toute hâte à son poste. Les -instructions dont il sera porteur seront envoyées, par le courrier de -ce soir à lord Granville, qui doit vous les communiquer. Je puis déjà -vous dire à peu près ce que ces instructions renferment. - -»On a dû, dans les circonstances actuelles, et à d'aussi longues -distances, admettre les deux éventualités: que la paix ne serait pas -encore, ou serait déjà conclue entre le sultan et le pacha, au moment -où le colonel Campbell arrivera à Alexandrie. - -»Dans la première de ces éventualités, il devra, aussitôt après son -arrivée, témoigner hautement l'intérêt que l'Angleterre porte au -sultan, et tenir à Méhémet-Ali un langage qui lui fasse comprendre -toute l'étendue de la protection que cet intérêt peut assurer à la -Porte ottomane de la part de la Grande-Bretagne. - -»Si, comme on a tout lieu de le croire, la paix est déjà signée entre -la Turquie et l'Égypte, le colonel Campbell bornera son rôle à celui -d'observateur, mais en indiquant cependant le but primitif de sa -mission. - -»Dans les deux cas, le colonel Campbell devra entretenir des relations -intimes entre les consuls de France et d'Autriche, conserver seulement -de bons rapports avec l'agent russe, et tout entendre de lui sans lui -montrer la même confiance qu'aux deux autres. - -»Vous trouverez sans doute comme moi, que ces instructions, qui du -reste sont fort détaillées, sont d'accord avec la marche que vous avez -suivie à l'égard du pacha d'Égypte. - -»Le gouvernement anglais est informé de la résolution que le sultan a -prise de traiter avec Méhémet-Ali à la suite des instances de -l'internonce d'Autriche; il pense donc qu'une démarche directe près de -la Porte ottomane est devenue inutile aujourd'hui, et il se bornera, -de ce côté, à hâter le départ de lord Ponsonby pour Constantinople...» - - [67] Voir p. 114, la dépêche du 31 janvier. - - «Le 8 février. - -»J'ai reçu votre dépêche du 4 de ce mois. Les nouvelles de -Constantinople qu'elle renferme et que vous aviez bien voulu -communiquer à lord Granville, ont causé ici une très vive -satisfaction. On voit avec plaisir l'intervention de la France, -employée à suspendre la marche d'Ibrahim et à empêcher, par le -rétablissement de la paix en Orient, une complication qui menaçait, -sous beaucoup de rapports, d'être dangereuse[68]. On doit remarquer -que l'idée qui domine généralement en Europe, en ce moment, est -d'éviter tout ce qu'on peut appeler une affaire. Cette disposition des -esprits et même des cabinets nous est trop avantageuse pour ne pas -l'encourager par la direction de notre politique. Aussi la conduite du -chargé d'affaires de France à Constantinople, dans les dernières -circonstances, est-elle digne d'éloges.... - -»Les journaux anglais qui vous parviennent chaque jour vous tiennent -trop exactement au courant des débats du parlement, pour que je croie -devoir vous en entretenir. Vous y aurez vu que le gouvernement du roi -a été noblement défendu par lord Grey et bien apprécié par les membres -qui votent avec le ministère...» - - [68] Lorsque le premier moment d'effroi causé par la bataille de - Konieh fut passé, le sultan Mahmoud ne tarda pas à comprendre - l'imprudence qu'il avait faite en appelant les Russes en Turquie. - Aussi se ravisa-t-il et, déférant aux conseils du chargé - d'affaires de France, M. de Varennes, il se décida à négocier - avec le pacha. Il envoya en Égypte l'ancien capitan-pacha-Halil - pendant que M. de Varennes écrivait à Méhémet-Ali pour lui - persuader d'accueillir ces ouvertures, et à Ibrahim pour - l'inviter à suspendre sa marche. Ce dernier s'arrêta à Kutaya. En - même temps, le plénipotentiaire turc débarquait à Alexandrie le - 21 janvier avec mission de proposer au pacha l'investiture des - gouvernements d'Acre, de Tripoli, de Naplouse et de Jérusalem. - Méhémet réclama la Syrie entière et Adana. Ces conditions furent - acceptées par le sultan le 5 mai suivant. - - «Le 11 février. - -»Les observations que vous voulez bien me transmettre dans votre -lettre du 8, sur les dispositions des cabinets de Vienne et de Berlin, -sont, je crois, parfaitement fondées. Vous avez très bien -présenté, ce me semble, le but des plaintes de ces deux cabinets -contre le gouvernement britannique; il n'est pas douteux qu'on cherche -par tout moyen à désunir la France et l'Angleterre; l'année dernière, -on se plaignait de la domination exercée par la France sur le cabinet -anglais; cette année, c'est la prépotence de l'Angleterre qu'on -accuse, et comme l'accusation d'aujourd'hui n'est pas plus vraie que -celle de l'an dernier, il ne faut voir dans tout ceci que ce qui est -vraiment, c'est-à-dire, l'humeur qu'on éprouve à Pétersbourg, à Vienne -et à Berlin, de ce que, chaque jour, s'affermit davantage une alliance -qui place la France et l'Angleterre à la tête de l'Europe, et qui, en -assurant le maintien de la paix générale, ôte tout espoir de former -des coalitions[69]. - -»Le ministère anglais vient de montrer une grande prudence dans -sa conduite envers la Chambre des communes; il a laissé se prolonger -pendant plusieurs jours les débats de l'adresse, en réponse au -discours de la couronne; sans prendre une part directe à la -discussion, les membres les plus exagérés du parti radical n'ont mis -aucun ménagement dans leurs discours; et la violence de leur langage, -a eu pour résultat de détacher d'eux un grand nombre de leurs -adhérents qui, soit par dégoût, ou par conviction, se sont rapprochée -du gouvernement, en votant contre les amendements de l'opposition et -en faveur de l'adresse...» - - [69] L'entente anglo-française effrayait singulièrement les - cabinets du continent. M. Ancillon, notamment, ne cachait pas sa - profonde irritation, et M. Bresson, dans sa correspondance, - insistait sur le mécontentement éprouvé à Berlin par la - négociation séparée de la France et de l'Angleterre avec la - Hollande. «Les gens bien intentionnés ici, écrivait-il, comme M. - de Bernstorff par exemple, désirent que notre négociation avec le - roi des Pays-Bas obtienne un résultat satisfaisant; mais ce n'est - pas l'affaire de M. Ancillon, qui calcule sur des embarras pour - reprendre quelque ascendant ou du moins quelque importance. Je - suis persuadé qu'il nous trompe quand il nous dit qu'il continue - à porter le cabinet de La Haye à des concessions» (_Dépêche du 10 - février_). L'animosité du gouvernement prussien était - particulièrement vive contre l'Angleterre. «L'arrogance - offensante du cabinet anglais, disait M. Ancillon à M. Bresson, - tient sans doute au caractère personnel de lord Palmerston; mais - il faudra qu'elle ait un terme» (_Dépêche de M. Bresson du 17 - janvier_). De son côté, lord Minto, au sortir d'un entretien avec - le ministre prussien, écrivait à M. Bresson: «Aucune malhonnêteté - ne pouvait me surprendre, mais j'avoue que je n'étais pas préparé - à la criminelle folie que j'ai trouvée en lui hier soir: Il a nié - tout ce qu'il m'avait dit sur les affaires belges depuis que nous - nous connaissons» (_Dépêche de M. Bresson du 10 février_). A - Vienne, l'irritation et les craintes n'étaient pas moins vives. - Aussi les deux cours allemandes s'efforçaient-elles d'ébranler - l'union des deux puissances occidentales en semant entre elles - des germes de défiance. De là la tentative de rapprochement avec - la France qui eut lieu à cette époque, de la part de l'Autriche - et de la Prusse. MM. d'Appony et de Werther vinrent proposer au - duc de Broglie de reprendre, relativement aux affaires belges, - les négociations de la conférence moyennant la cessation des - mesures coercitives. Le duc, en transmettant ces informations à - M. de Talleyrand, ajoutait: «En rapprochant la démarche des - cabinets de Vienne et de Berlin de l'ensemble de leur attitude - actuelle, et du langage plus modéré que tient depuis peu la cour - de Russie, nous sommes conduits à penser que ces trois - gouvernements, craignant de voir la question belge se dénouer - sans leur participation, sont impatients de sortir du rôle passif - auquel ils se sont condamnés eux-mêmes dans un moment - d'irritation irréfléchie. Cette disposition domine surtout à - Berlin où la politique de M. Ancillon a encouru une - désapprobation presque unanime. Peut-être aussi les tentatives de - rapprochement ont-elles pour but de jeter entre la France et - l'Angleterre des germes de division ou du moins d'incertitude, - et, dans cette hypothèse, nous nous expliquerions très bien les - plaintes que l'Autriche et la Prusse ne cessent de nous adresser - sur les tendances révolutionnaires et l'affectation de prépotence - du gouvernement britannique» (_Le duc de Broglie au prince de - Talleyrand, dépêche du 7 février_. Voir également à l'Appendice, - p. 495, une longue lettre du duc de Broglie où il relate sa - conversation avec les deux ambassadeurs). - - «Le 18 février 1833. - -»... Le chargé d'affaires d'Autriche m'a lu hier une lettre de M. de -Metternich, dans laquelle se trouvent développées les vues de -l'Autriche sur les affaires actuelles de la Suisse. M. de Metternich -paraît fort préoccupé des dispositions du parti qui demande -aujourd'hui des modifications notables dans le pacte fédéral, et le -succès de cette tentative pourrait, selon lui, amener des -complications fatales aux intérêts et au repos de cette partie-là de -l'Europe[70]. - -»Sans partager ni repousser entièrement cette opinion, je dois vous -dire qu'avant même la communication du baron de Neumann, je me sentais -porté à croire que nous devions nous opposer en ce moment à toute -altération dans la politique intérieure et extérieure de la Suisse. -Vous savez à quel point vont vite les partis révolutionnaires, et -s'ils arrivaient jusqu'à toucher à la neutralité de la Suisse, -l'Autriche, le Piémont et la France se trouveraient immédiatement -placés dans des situations respectives toutes différentes de celles -dans lesquelles ils sont encore aujourd'hui. - -Je n'applique pas ma manière de voir à cet égard, simplement à la -Suisse, sur l'état de laquelle je n'ai que des notions assez vagues; -mais je pense qu'en général le gouvernement français doit éviter de -donner de l'encouragement à cet esprit novateur qui, sous le prétexte -d'améliorer, s'est emparé d'un grand nombre des pays voisins de -la France. Je crois que, pour le bien de l'Europe, il vaut mieux même -ajourner les améliorations que de provoquer des secousses. - -»J'ai parlé avec lord Palmerston des affaires de la Suisse, à peu près -dans le sens que je viens d'avoir l'honneur de vous indiquer; et si -vous partagiez mon opinion, je crois qu'il pourrait être utile d'en -entretenir lord Granville. - -»Il serait peut-être bien aussi de faire comprendre par l'ambassade -française en Suisse, que la France repousse d'avance toute -participation dans les tentatives des agitateurs qui se montreront, -sans doute, au sein de la diète helvétique, lors de sa réunion au -commencement du mois de mars prochain...» - - [70] Des troubles graves agitaient la Suisse depuis deux années. - A la suite de la révolution de Juillet, des insurrections avaient - éclaté dans plusieurs cantons; des constitutions cantonales - nouvelles s'étaient établies, si bien qu'il devenait nécessaire - de mettre le pacte fédéral en harmonie avec les réformes - particulières. La diète s'assembla le 2 juillet 1832 et décida - qu'il y avait lieu de reviser le pacte. Un projet présenté par M. - Rossi fut voté par elle, quoique avec de nombreuses - modifications, et soumis à la sanction des cantons. Ce fut - l'occasion, dans plusieurs cantons, de troubles sérieux qui - dégénérèrent en véritables guerres civiles. Aussi la diète - ajourna-t-elle le _referendum_. La constitution revisée ne fut - pas appliquée et tout demeura en suspens. - - «Le 22 février. - -»... J'ai reçu ce matin seulement, la dépêche du 18 de ce mois. -L'exposé que vous voulez bien m'adresser des dispositions nouvelles de -la Russie vient de m'être confirmé par le prince de Lieven que j'ai vu -au lever du roi et qui m'a exprimé dans les termes les plus -convenables le désir de son gouvernement d'entretenir de bons rapports -avec la France. Le prince de Lieven doit me montrer ce soir la -dernière dépêche qu'il a reçue de Pétersbourg et qui est probablement -dans le même sens que celle qui vous a été communiquée par le comte de -Médem. - -»Avant le lever du roi, j'ai eu l'honneur d'être reçu en audience -particulière par Sa Majesté qui m'a longtemps entretenu de son -attachement pour le roi des Français, de la satisfaction qu'elle -éprouvait des heureux succès de son gouvernement et de la confiance -toute particulière qu'elle plaçait en vous, monsieur le duc. En -tout, je n'ai eu qu'à me louer de l'accueil et du langage bienveillant -de Sa Majesté...» - - «Le 4 mars. - -»... M. le comte Pozzo quitte après-demain Londres pour retourner à -son poste de Paris. Je puis dire encore une fois qu'il ne m'est rien -revenu du langage de cet ambassadeur pendant son séjour ici qui ne -soit très convenable pour nous. En général, la présence à Londres du -comte Pozzo aura été dans mon opinion plutôt utile aux affaires que le -gouvernement français y traite en ce moment...» - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 9 mars 1833. - - »Mon prince, - -»Je voudrais que mon courrier pût vous porter quelque nouvelle, mais -nous en sommes fort stériles. Le ministère marche assez bien ici, et -tout semble annoncer que nous atteindrons la fin de la session sans -encombre. La majorité se tient bien, et ne se désunit que sur des -questions de peu d'importance; nos ennemis sont en grande division et -en pleine déroute: Dupin, surtout, est en décadence complète. Du -dehors, je ne sais rien; la politique me paraît stationnaire et en -expectative, soit du côté de la Hollande, soit du côté de la Belgique, -soit du côté de l'Orient.--Nous ne croyons pas pouvoir congédier la -duchesse de Berry, avant ses couches; il y a une espèce de -semi-complot carliste, pour nous y entraîner, afin qu'une fois hors de -nos mains, elle puisse tout nier. Ce n'est qu'après l'événement que le -parti aura perdu toute espérance, et nous sommes obligés -d'ajourner jusque-là l'amnistie.--Il me semble que le ministère va -très bien en Angleterre...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 14 mars 1833. - -»... Hier, au lever du roi, lord Grey m'a entretenu de la séance de la -Chambre des députés de France, dans laquelle il a été parlé de -l'occupation d'Alger[71]. Il m'a exprimé des regrets très vifs du -langage qui avait été tenu dans cette occasion, et qui lui causera, -m'a-t-il assuré, de très grands embarras à la Chambre des lords, où la -question sera incessamment traitée.--Il aurait désiré que le -gouvernement du roi évitât de prendre des engagements aussi positifs, -après surtout que les promesses faites à l'Angleterre par le dernier -gouvernement français, ont été si hostilement révélées l'année -dernière par lord Aberdeen. - -»J'ai dû répondre à lord Grey que j'aurais l'honneur de vous faire -part de ses observations et j'ai ajouté que le discours prononcé par -M. le président du conseil à ce sujet, renfermait plusieurs phrases -assez vagues pour qu'on ne pût pas préjuger les intentions du -gouvernement du roi à l'égard de l'occupation d'Alger, et que -d'ailleurs je croyais qu'on n'avait jamais songé à faire de ce -territoire qu'une colonie de répression. - -»Il serait, je pense, utile de vérifier la nature des promesses qui, -d'après lord Aberdeen, auraient été faites par le prince de Polignac. -Les traces doivent exister aux affaires étrangères. - -»Vous comprendrez, monsieur le duc, que dans la position assez -difficile du cabinet anglais, il redoute le moindre choc qui lui -viendrait du dehors, et surtout de la part de notre gouvernement qui -s'est montré opposé à ses vues dans les questions de douane. Il ne -connaît pas encore exactement l'esprit de la nouvelle Chambre des -communes, et il craint, peut-être avec raison, qu'une discussion -soulevée mal à propos ne puisse avoir une fâcheuse influence sur les -délibérations de cette Chambre qui, en ce moment, est occupée des -affaires les plus compliquées et les plus importantes. - -»Je sais bien, d'autre part, que le gouvernement du roi a aussi ses -embarras parlementaires, et j'ai plus d'une fois regretté que, dans -notre Chambre des députés, on ne comprît pas mieux les véritables -intérêts de la France, et qu'on soulevât imprudemment des questions -pour lesquelles le silence serait utile. Dans le parlement anglais, -l'opposition même ne chercherait pas à embarrasser le gouvernement par -des demandes indiscrètes qui pourraient compromettre les intérêts -matériels du pays...» - - «Le 18 mars 1833. - -»... J'ai éprouvé une satisfaction bien vive en lisant le -post-scriptum de votre dépêche numéro 34, qui contient la dépêche -télégraphique du chargé d'affaires de France à Vienne. Les nouvelles -qu'elle donne de Constantinople et qui m'ont été confirmées par -le chargé d'affaires d'Autriche, me paraissent être de la plus haute -importance. Je dois féliciter le gouvernement du roi d'un résultat tel -que celui obtenu par l'amiral Roussin; c'est un grand et beau succès -pour l'honneur de la France et pour la tranquillité de l'Europe. Je -suis convaincu que nous en ressentirons bientôt tous les bons effets -et que la politique actuelle de la France laissera une profonde -impression dans les différents cabinets[72]. - -»Le baron de Neumann m'a communiqué la dépêche qui lui a été écrite, à -ce sujet, par le prince de Metternich: les détails qu'elle renferme -vous seront parvenus après la dépêche télégraphique; mais je puis vous -dire que cette lettre de M. de Metternich est remarquable par la -satisfaction qu'elle exprime de voir les tentatives de la Russie -déjouées[73]. Il est évident que toutes les puissances qui sont -appelées à recueillir le fruit de nos efforts doivent partager les -sentiments du cabinet de Vienne. Nous en retirerons pour nous -l'immense avantage d'avoir exercé le plus noble patronage dans la -solution d'une question à la fois française et européenne, et d'avoir, -par un nouveau lien, rattaché nos intérêts à ceux des autres -gouvernements. C'est, je le répète, un beau succès, qui place le -gouvernement du roi dans la position élevée qui lui convient...» - - [71] Séance du 8 mars. A l'occasion des crédits demandés pour - l'armée d'Afrique, le maréchal Soult, président du conseil, avait - fait la déclaration suivante: «... J'ai déjà dit qu'il n'y a - aucun engagement de pris relativement à Alger envers les - puissances étrangère. La France pourra faire de ce pays tout ce - qu'elle jugera convenable d'après sa politique. Les mesures qu'a - prises le gouvernement et les fonds mêmes que nous vous demandons - rendent peu vraisemblable que nous songions à abandonner le - pays...» - - [72] Voici ce qui s'était passé à Constantinople: - - L'amiral Roussin, ambassadeur de France, était arrivé le 17 - février à Constantinople, au moment où les Russes entraient dans - le Bosphore. Il déclara aussitôt qu'il partirait sur l'heure si la - Porte ne réclamait pas le départ de la flotte russe. Le sultan - répondit que la flotte russe était sa seule sauvegarde contre les - troupes d'Ibrahim. L'amiral répliqua qu'il se faisait fort - d'imposer la paix à Méhémet et de lui faire accepter les - conditions que lui apportait Halil (voir page 126 et note). Le - divan, heureux de voir la France épouser si chaudement ses - intérêts, réclama aussitôt le départ des Russes qui se retirèrent - peu de jours après. Cette retraite fut d'abord considérée comme - une victoire pour la France, mais, le mois suivant, Méhémet ayant - nettement refusé les conditions d'Halil malgré les instances de - l'amiral, le sultan rappela les Russes, et la situation de notre - ambassadeur, qui s'était engagé imprudemment, devint très - difficile. - - [73] Tel était également le sentiment du cabinet anglais, s'il - faut en croire ce qu'écrivait lord Palmerston à son frère, sir - William Temple: «Roussin, dit-il dans sa lettre du 21 mars, a - admirablement terminé la dispute entre le Turc et l'Égyptien et a - bien fait de renvoyer l'amiral russe la queue entre les jambes» - (_Correspondance intime de lord Palmerston_). - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 18 mars 1833. - - »Mon prince, - -»Je sens comme vous tout ce qu'il y a de fâcheux, de sot et de puéril -à mettre en ce moment l'affaire d'Alger sur le tapis. Mais nous avons -affaire à des gens si déraisonnables qu'il n'est pas possible d'éviter -toute discussion sur ce misérable sujet. Toutefois, il est un point -que je désire voir bien éclairci entre le ministère anglais et nous: -c'est le fait des engagements pris envers l'Angleterre au sujet -d'Alger. J'ai fait dépouiller avec soin, avant de parler, toute la -correspondance; elle dépose, à chaque page, non seulement de l'absence -de tout engagement, mais de la résistance obstinée à tout engagement -de cette nature, résistance qui s'est perpétuée jusqu'au moment même -de la prise d'Alger, et qui avait presque amené une rupture entre la -France et l'Angleterre. J'ai fait venir M. de Bois-le-Comte[74], qui -était directeur des affaires politiques sous M. de Polignac: je -l'ai interrogé à fond sur ce point; il proteste que jamais aucun -engagement quelconque n'a été pris. Enfin je l'ai chargé de me faire -un gros mémoire sur toute l'affaire d'Alger; je ferai extraire de ce -mémoire tout ce qui concerne l'Angleterre, et je vous l'adresserai, -afin que vous en puissiez faire tel usage que de raison. Je tiens donc -essentiellement, d'une part, à bien constater que je n'ai point parlé -légèrement sur ce sujet; d'une autre part, à bien m'entendre avec le -gouvernement anglais sur la valeur et la nature de ces engagements -prétendus, dont nous ne trouvons ici, ni dans les documents, ni dans -la mémoire des personnes attachées au département, aucune trace -quelconque. Soyez assez bon, mon prince, pour en dire un mot à lord -Palmerston. Je serais très fâché, je le répète, qu'on pût m'accuser, -avec la moindre apparence de raison, d'avoir rétracté des engagements -pris même par M. de Polignac...» - - [74] Charles-Joseph-Edmond, comte de Bois-le-Comte, né en 1796, - entra en 1814 dans la diplomatie, alla à Vienne, Pétersbourg et - Madrid. En 1829, il devint directeur des affaires politiques au - ministère des affaires étrangères. Sous la monarchie de Juillet, - il devint ministre en Portugal, en Hollande et en Suisse. Il fut - créé pair de France en 1845. Il mourut en 1863. - - -LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - -_Traduction_ - - «Downing-Street, le 21 mars 1833. - - »Mon prince, - -»Je vous rends, ci-jointes, avec bien des remerciements, les pièces -que vous m'avez fait l'honneur de me confier. - -»J'y trouve tout le bon esprit et toute la droiture de M. le duc de -Broglie, et j'en conçois l'espérance que nous pourrons nous entendre -sur l'affaire d'Alger d'une manière conforme aux relations amicales -des deux gouvernements et aux intérêts européens qui s'y attachent. - - »Je vous prie...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 22 mars 1833. - - »Monsieur le duc, - -»... J'ai communiqué à lord Grey ce qui est relatif à la question -d'Alger; j'ai plus que jamais lieu de croire qu'on attache ici -beaucoup d'importance à cette question. Je recevrai avec -reconnaissance le mémoire que vous m'annoncez. Lord Palmerston a -chargé l'avocat de la couronne d'en faire un sur le même sujet; comme -il n'y a pas de pièces, je ne sais pas sur quoi il pourra le baser; -des lettres de lord Stuart à son gouvernement, rapportant des -communications verbales, me paraissent devoir fournir peu d'arguments -à des gens de bonne foi. - -»Je ne suis point surpris du mécontentement que produiront sur le -gouvernement russe et sur ses agents les résultats obtenus à -Constantinople par l'amiral Roussin; on comprend aisément, qu'après -avoir pris la direction d'une affaire de cette importance, le cabinet -russe soit blessé de la voir terminée par notre intervention. Ce -n'est, du reste, qu'une question d'amour-propre pour lui, mais c'est -pour cela même que je pense que nous devons montrer, avec plus de -modération encore, la satisfaction d'un succès que chacun saura -apprécier.» - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 22 mars 1833. - - »Mon prince, - -»... Je suis bien aise que vous soyez satisfait de la conduite de -l'amiral Roussin. Ses instructions étaient de faire en sorte, par -tous les moyens licites et raisonnables, d'empêcher que les Russes -n'occupassent Constantinople, _du consentement de la Porte_, bien sûr -que s'ils l'occupent _contre le gré_ de la Porte, cela deviendra tout -de suite une affaire européenne, et que nous aurons plus d'alliés -qu'il ne nous en faut pour les faire déguerpir. Roussin a très bien -agi. Je m'attends à une bourrasque de Saint-Pétersbourg, terrible; -mais après tout, que peuvent-ils faire? Ils ne peuvent argumenter que -contre le _procédé_, et alors je rétorquerai l'argument, et je me -plaindrai de la dissimulation qu'ils ont mise dans toute cette -affaire, du peu de sincérité de la communication de la mission de -Mourawieff... Le pauvre Pozzo est dans des transes mortelles de se -voir rappelé; le reste de la diplomatie est assez en émoi. - -»Je suis bien joyeux de l'approbation que tout ceci a rencontré en -Angleterre. L'extrême froideur avec laquelle le gouvernement anglais -avait accueilli, depuis trois mois, nos diverses ouvertures -relativement aux affaires d'Orient, me faisait craindre d'être -abandonné dans cette conjoncture, et c'est pour cette raison que, dans -le petit article inséré avant-hier dans nos journaux, je n'ai point -fait mention de la légation anglaise. Je craignais que le gouvernement -anglais ne nous accusât de vouloir le compromettre dans cette affaire; -mais, du moment qu'il témoigne l'envie d'y figurer et d'en prendre sa -part, à cela ne tienne, je vais faire rédiger demain un autre article -où la légation anglaise aura presque le beau rôle. J'espérais, ce -matin, avoir une interpellation à la Chambre des députés, où j'aurais -placé dans ma réponse la légation anglaise en première ligne, mais nos -adversaires ont trouvé le terrain trop bon pour nous, et ils ont voté -les fonds que nous demandions pour des armements dans la -Méditerranée, sans mot dire et à l'unanimité. Ne serait-il pas -possible que les Anglais envoyassent quelques renforts à leur station -navale: qu'ils en fissent mine seulement, cela serait du meilleur -effet...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 28 mars 1833. - - »Monsieur le duc, - -»Dans une des dernières dépêches que vous m'avez fait l'honneur de -m'adresser, vous avez bien voulu me parler d'un entretien que sir -Stratford Canning aurait eu avec M. de Rayneval et duquel il -résulterait que l'Angleterre ne serait pas éloignée de traiter la -question portugaise sur la base de la reconnaissance de dom Miguel. - -»J'ai déjà été dans le cas de vous exposer les difficultés qui -s'opposaient à ce que je pusse me procurer des renseignements sur les -intentions précises du cabinet anglais à l'égard du Portugal et de -l'Espagne. Je puis vous dire cependant que j'ai plus d'une fois -entretenu lord Palmerston de l'état de la péninsule, et que le langage -qu'il m'a tenu dans ces différentes occasions me persuade que -l'Angleterre n'a aucun plan arrêté pour mettre fin à l'état de choses -qui existe en Portugal. Je suis même porté à croire que depuis le -départ de sir Stratford Canning, et depuis surtout que ce diplomate a -échoué dans la négociation qu'il devait suivre à Madrid, le cabinet -anglais s'est à peu près livré aux événements pour la solution de la -question portugaise. Il attend les informations de sir Stratford -Canning, et je crois qu'il ne lui a pas envoyé d'autres -instructions que celle de se diriger d'après les circonstances. - -»Je ne vous envoie pas la note remise le 3 février par sir Stratford -Canning à M. de Zéa, ni la réponse que celui-ci a faite sous la date -du 28 février; je les ai entre les mains, mais je suppose que M. de -Rayneval n'aura pas manqué de vous transmettre des copies de ces deux -pièces. - -»Je vous renouvelle l'assurance que je ne négligerai rien pour me -procurer tous les renseignements qu'il me sera possible d'obtenir sur -la marche du gouvernement anglais dans les affaires de Portugal et -d'Espagne, et que je m'empresserai de vous les communiquer...» - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Tuileries, le 25 mars 1833. - -»Je viens vous annoncer, mon cher prince, une visite que vous aurez -bientôt à Londres: c'est celle de Chartres. Notre cher roi pense que -ce voyage qu'il lui a témoigné le désir de faire ne pourra que -produire un bon effet. Lord Granville, à qui le duc de Broglie en a -parlé, est de cet avis. Chartres m'a demandé hier soir de vous en -parler, et nous serions bien aises de savoir ce que vous en pensez. Je -crois que pour notre jeune homme c'est une bonne et utile chose; il -veut en faire une chose d'instruction et bien voir tous les beaux -établissements, tous les perfectionnements, les chemins de fer, etc. -Vous serez un bien bon guide pour lui dans ce voyage. Son projet est -de partir d'ici le jour de Pâques, le 7 avril au soir, et d'être de -retour ici pour le 1er mai, jour de la fête du roi, qui écrira -peut-être au roi d'Angleterre pour lui parler du voyage de Chartres. -Qu'en pensez-vous?...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 9 avril 1833. - - »Monsieur le duc, - -»La santé de lord Palmerston ne lui a pas encore permis de me recevoir -aujourd'hui, il n'a vu personne. J'ai passé inutilement aussi chez le -ministre de la marine, sir James Graham[75], qui est aussi indisposé, -mais je suis parvenu à voir lord Grey, auquel j'ai pu donner -connaissance des faits contenus dans la dépêche que vous avez bien -voulu m'écrire le 4 de ce mois, au sujet des affaires d'Orient. - -»Lord Grey m'a dit que l'Angleterre ne restait point inactive dans -cette grave circonstance et que des ordres avaient été expédiés pour -que tous les bâtiments disponibles de la station du Tage et des -différentes croisières anglaises dans la Méditerranée se rendissent -immédiatement devant Alexandrie. Cette force maritime est chargée -d'appuyer la négociation du colonel Campbell. Vous avez eu -connaissance des instructions qu'il a reçues en se rendant à -Alexandrie; vous pouvez, par conséquent, juger la ligne de conduite -qu'il suivra. - -»Dans le cas où le pacha d'Égypte se refuserait à consentir aux -propositions approuvées par le colonel Campbell, l'escadre anglaise ne -laissera sortir aucun bâtiment de guerre de Méhémet des ports de -l'Égypte, et interceptera en même temps tout transport d'hommes ou de -munitions qu'on essayerait d'envoyer à l'armée d'Ibrahim. - -»On a, de plus, adressé au commandant des forces navales anglaises -dans la Méditerranée l'ordre de se concerter avec l'amiral français, -si la négociation du colonel Campbell échouait à Alexandrie. - -»Telles sont les communications qu'en l'absence de lord Palmerston -j'ai reçues de lord Grey. - -»Il semblerait résulter des renseignements que vous avez eus de Vienne -et que vous m'avez fait l'honneur de me transmettre, que M. de -Metternich serait fort agité des événements qui se passent en Orient -et qu'il éprouverait une inquiétude secrète des projets ultérieurs de -la Russie. Les informations venues de Vienne à Londres, soit au -cabinet, soit aux ministres étrangers, dont j'ai eu connaissance, ne -sont pas dans le même sens. Les dépêches et les lettres particulières -annoncent, au contraire, que M. de Metternich cherche à rassurer ceux -qui se montrent effrayés de la présence des Russes dans le Bosphore, -et qu'il a une confiance pleine et entière dans les assurances données -par le cabinet de Pétersbourg et par l'empereur Nicolas. - -»Il est dit aussi dans les renseignements que vous avez de Vienne que -l'opinion publique s'y est fortement prononcée contre la Russie. Je -m'étonne un peu d'entendre parler de l'opinion publique de Vienne; mes -souvenirs, mes relations actuelles m'avaient laissé croire qu'à Vienne -il n'y avait point d'opinion publique; il y a bien une opinion de -société, mais cette société est une: elle n'est point divisée, et -c'est M. de Metternich qui la dirige; ce serait, je crois, s'abuser -beaucoup que de compter trouver là un auxiliaire dans l'opinion -publique. - -»Du reste, on croit généralement à Londres que les affaires présentes -d'Orient s'arrangeront, parce que les quatre grandes puissances, y -compris la Russie, qui y ont des intérêts plus ou moins directs, -paraissent toutes tendre vers le même but, qui est le maintien de -l'existence de l'empire ottoman...» - - «Le 11 avril 1833. - -»... La poste d'aujourd'hui nous a apporté le récit des événements qui -se sont passés à Francfort, et qui semblent être assez graves[76]. Je -vous prie de les juger sous le rapport que j'ai eu l'honneur de vous -indiquer plusieurs fois dans mes dépêches, c'est-à-dire sous le -rapport de l'influence qu'ils auront sur le cabinet autrichien. M. de -Metternich ne montre une confiance entière dans les intentions de la -Russie que parce qu'il est dominé par la crainte des troubles que -l'esprit révolutionnaire pourrait essayer de produire en Allemagne et -en Italie. Il est, en général, disposé à sacrifier la politique -extérieure de l'Autriche à ce qu'il croit être le principe essentiel -de sa politique intérieure, et, comme il trouve en ce moment dans le -gouvernement russe un ennemi déclaré de l'esprit d'innovation, il est -bien déterminé à se joindre à lui pour réprimer toutes les tentatives -des agitateurs allemands ou italiens. Ce n'est pas qu'il néglige -absolument les intérêts importants de la Hongrie et de l'Autriche -dans les affaires d'Orient, mais ce n'est pour lui qu'une question -secondaire. - -»Je ne suis point surpris des insinuations qui vous ont été faites par -MM. d'Appony et de Werther pour établir à Vienne une conférence sur -les affaires d'Orient; c'est encore une inspiration de M. de -Metternich qui, depuis l'existence de la conférence de Londres, n'a -pas dissimulé son mécontentement de voir les affaires se traiter hors -de son influence directe, et qui emploie tous ses efforts pour les -ramener à lui; c'est, je crois, tout simplement une question -d'amour-propre[77]...» - - [75] Sir James Graham, né en 1792, député aux Communes, fut - premier lord de l'amirauté dans le cabinet Grey. En 1841, il - devint ministre de l'intérieur, et, en 1852, ministre des - colonies. Il mourut en 1861. - - [76] Une insurrection sanglante avait éclaté à Francfort le 3 - avril. C'était le dernier épisode de la fermentation et des - troubles qu'avait suscités dans toute l'Allemagne la révolution - de Juillet. Le mouvement fut étouffé par les troupes de la diète - et le territoire de la république fut occupé militairement par - l'Autriche. - - [77] M. de Metternich, en effet, désirait très vivement attirer - hors de Londres le centre des négociations, particulièrement en - ce qui regardait les affaires d'Orient. Déjà au mois de janvier - il avait fait faire en ce sens, auprès du cabinet de Saint-James, - des insinuations qui avaient été repoussées. Au commencement de - février, au moment où les cours de Berlin et de Vienne - cherchèrent à se rapprocher de la France (voir page 127 et note), - une démarche qui, au fond, avait le même but, fut tentée auprès - du cabinet des Tuileries. Lorsque les événements se précipitèrent - en Orient et qu'un accord fut conclu à Constantinople entre le - sultan et le pacha d'Égypte (voir page 175), le dépit de M. de - Metternich s'accrut encore: il s'adressa à M. de Sainte-Aulaire, - à qui il répéta la proposition qu'il avait déjà faite à lord - Palmerston et au duc de Broglie. Celui-ci, en instruisant le - prince de Talleyrand de ces incidents, ajoutait: «Le prince de - Metternich, en apprenant par M. de Sainte-Aulaire les termes de - l'arrangement conclu le 5 de ce mois, a manifesté une assez vive - émotion et de l'inquiétude. Il attache au territoire d'Adana une - telle importance que, tout en pensant que les puissances doivent - unir leurs efforts pour maintenir la transaction convenue entre - la Porte et le pacha, il croit qu'il est indispensable de le - modifier à cet égard. Il parle vaguement de la nécessité de - s'entendre sur la question d'Orient et d'établir à cet effet à - Vienne non pas un congrès, non pas même une conférence régulière, - mais un centre de délibérations. Tout cela est bien confus et se - ressent singulièrement de la situation fausse et incertaine où le - cabinet de Vienne s'est placé par rapport aux événements de - l'Orient» (_Dépêche du 26 mai_). Le cabinet des Tuileries refusa - d'accéder à la demande de l'Autriche: «Nous ne donnerons aucune - suite à la proposition autrichienne, écrivait le duc de Broglie, - huit jours plus tard; M. de Sainte-Aulaire dira seulement à M. de - Metternich qu'il est autorisé à discuter avec lui toutes les - ouvertures que le chancelier croira devoir lui faire par rapport - à l'état de l'empire ottoman» (_Dépêche du 3 juin_). - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 12 avril 1833. - - »Mon prince, - -»Je me reproche de ne pas vous avoir entretenu plus au long du voyage -de M. le duc d'Orléans. Lorsqu'il en a été question pour la première -fois, les petites difficultés dont il peut être l'occasion ne -m'avaient pas frappé, je l'avoue, autant qu'elles auraient dû me -frapper. Cela m'avait paru une chose assez simple, et, pour tout dire, -je n'y avais pas assez réfléchi lorsque j'ai fait l'étourderie d'en -parler à lord Granville comme d'une chose éventuelle et possible avant -que la résolution en fût arrêtée. Il m'a pris au mot, en a écrit -sur-le-champ à son gouvernement, en m'assurant que rien ne serait plus -agréable au roi d'Angleterre. Cependant, en y pensant davantage, il -m'a paru, non point que la chose fût mauvaise à faire, mais qu'il -était bon de s'y préparer et de prendre des mesures pour qu'elle -réussît bien. C'est dans ce but que j'ai contribué de mon mieux à -faire différer le voyage. M. le duc d'Orléans ne veut ni de l'attitude -de prince royal, ni de celle de prince voyageant incognito. Reste à -savoir comment on peut lui ménager une réception convenable dans cette -position intermédiaire. Quant à moi, je ne sais si je me trompe, mais -j'insiste beaucoup auprès du roi et auprès de lui pour qu'il ait en -Angleterre l'attitude la plus aristocratique possible, et qu'il ne -donne pas aux gens qui ne demanderaient pas mieux que de le traiter en -parvenu un prétexte pour cela. Je l'ai prié d'y bien réfléchir, puis -de me communiquer ses idées sur le nombre et l'espèce de -personnes qui doivent l'accompagner, sur l'étiquette à laquelle il -veut se résigner, sur tous les accessoires, en un mot, du voyage tel -qu'il le conçoit. Lorsqu'il m'aura fait part de ses idées sur ce -sujet, je vous en écrirai, et vous demanderai vos bons conseils pour -m'aider à rectifier ce qu'il pourrait y avoir de défectueux. M. le duc -d'Orléans a beaucoup acquis; je suis certain que sa tenue sera bonne, -son désir d'aller en Angleterre tient plutôt à l'envie d'échapper à la -vie oisive de Paris qu'à toute autre chose. Il est ici absolument -étranger à toute politique, peut-être trop, car cela le rend plus -dissipé qu'il ne le serait naturellement. Au demeurant, nous avons au -moins un mois devant nous, et d'ici là, j'aurai le temps de recevoir -vos directions sur ce qui pourra le mieux réussir. - -»Nos affaires d'Orient se compliquent un peu, mais je crois cependant -que nous en viendrons à bout.» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 15 avril 1833. - - »Mon cher duc, - -»Le retard apporté au voyage de M. le duc d'Orléans a l'avantage de -lui faire éviter la petite épidémie qui règne ici: elle a saisi lord -Palmerston et M. Dedel; le roi de Hollande, malade aussi, ne répond -pas... - -»J'espère que M. le duc d'Orléans ne quittera Paris qu'après le -prochain dénouement de Blaye: il ne saurait être commode, pour un -aussi proche parent et dans des circonstances aussi particulières, de -se trouver dans un pareil moment sur une terre étrangère. On ne porte -ici aucun intérêt politique à madame la duchesse de Berry, mais -elle a inspiré une grande pitié. Pourquoi donc M. le duc d'Orléans, -qui est maître de choisir son moment, ne remettrait-il pas son voyage -après la délivrance de sa cousine? - -»Ma dépêche d'aujourd'hui est bien pauvre, car la semaine qui vient de -s'écouler a été fort terne, en apparence du moins. Si l'on en croyait -les bruits qui circulent, elle se serait passée dans une guerre -intestine qui menacerait le cabinet d'une prochaine modification. Sans -croire à un résultat aussi sérieux, il faut cependant que le ministère -éprouve, non seulement de fortes difficultés parlementaires, mais -encore des difficultés de cabinet par les nuances d'opinion de ceux -qui le composent. Je ne crois pas les choses assez avancées dans cette -route pour en faire un sujet de dépêche; je vous avoue, d'ailleurs, -tout naturellement, mon cher duc, que je n'ai pas grande opinion de -l'importance que l'on attache chez nous au secret. J'ai eu plusieurs -fois, depuis trois ans, raison de craindre que ce qui se passait au -conseil à Paris devenait promptement le domaine des salons. L'orage -qui gronde ici, dans mon opinion particulière, passera sans éclater, -mais il ne faudrait pas qu'il revînt ici que j'ai appelé votre -attention sur les difficultés intérieures de l'administration...» - - «Le 18 avril 1833. - -»J'ai vu hier lord Palmerston. En lui parlant des affaires du Levant, -je me suis servi utilement des réflexions que contenait votre dépêche -numéro 47, pour lui faire comprendre l'inconvénient d'un désaccord -même apparent, entre la Grande-Bretagne et la France, dans les -négociations suivies en ce moment à Alexandrie et à Constantinople. -Il a apprécié l'importance de ces réflexions, et m'a répondu que les -instructions du colonel Campbell lui prescrivant à peu près de -conformer sa conduite à celle du consul général de France, il ne -doutait point que notre action sur ce point ne fût simultanée; qu'à -l'égard de Constantinople, il n'avait pu approuver entièrement la -vivacité que l'amiral Roussin avait déployée dès le début de la -mission qui lui était confiée[78]; que le chargé d'affaires -d'Angleterre, qui était sans instructions, avait dû montrer une -réserve qui convenait mieux à sa position secondaire et peut-être -aussi aux circonstances dans lesquelles il se trouvait placé. - -»Je suis bien aise que vous ayez chargé lord Granville de présenter à -lord Palmerston les observations que vous a inspirées la conduite de -l'Angleterre dans les affaires d'Orient. J'ai été déjà plus d'une fois -dans le cas de vous faire remarquer que le cabinet anglais, dominé -soit par la préoccupation des progrès de la puissance égyptienne, soit -par l'indifférence qu'il apporte dans les questions de politique -extérieure qu'il ne croit pas l'intéresser directement, a toujours -accueilli froidement les propositions que je lui ai faites à diverses -reprises. Je verrai donc avec plaisir lord Granville me prêter l'appui -de son opinion près des membres du cabinet. - -»Lord Palmerston m'a dit que le chargé d'affaires d'Autriche lui avait -fait part du projet de M. de Metternich que vous avez bien voulu me -communiquer, et qui consisterait à traiter à Vienne les différentes -questions relatives aux affaires du Levant[79]. M. de Metternich -ne voudrait pas que cette négociation prît la forme d'un congrès ou -d'une conférence; il craindrait, sans doute, de paraître imiter en -quelque chose ce qui s'est fait à Londres. Lord Palmerston n'est pas -éloigné d'adopter l'idée de M. de Metternich dans ce qui se rapporte -au concours des quatre puissances pour régler la pacification du -Levant: car il pense, et je partage cette opinion, que la meilleure -manière de neutraliser les mauvaises intentions de la Russie est de -l'appeler à concourir à toutes les négociations et de la lier ainsi -par des engagements qu'elle ne refuserait que difficilement de -prendre. La Russie, agissant seule, doit appeler la plus grande -surveillance: agissant avec les trois autres puissances, le danger de -son action est très affaibli. Mais, d'autre part aussi, lord -Palmerston voudrait que cette affaire se traitât plutôt à -Constantinople qu'à Vienne. Les motifs apparents qu'il fait valoir -sont la nécessité d'être sur les lieux mêmes dans une affaire de cette -importance, et l'embarras des distances. Je crois bien cependant que -la véritable raison qui lui fait préférer Constantinople à Vienne est -l'idée que M. de Metternich, en attirant cette négociation à Vienne, -ne parvînt bientôt à y appeler les affaires de l'Europe et à diminuer -par là l'influence de l'alliance intime de la France et de -l'Angleterre, qui l'offusque toujours. Dans mon opinion, -Constantinople est préférable, parce qu'on éviterait là l'inconvénient -des retards, qui est si grave dans l'état de faiblesse de l'empire -ottoman. Je suppose que la confiance que le gouvernement du roi a -placée dans l'amiral Roussin ne pourrait que s'accorder avec le -choix de cette ville pour le centre de la négociation...» - - [78] Voir page 134. - - [79] Voir page 144. - - «Le 25 avril 1833. - -»J'ai lu avec un vif intérêt la lettre de M. Bresson du 14 avril, que -vous m'avez fait l'honneur de me communiquer[80], et j'avoue que je -fonde beaucoup d'espoir sur les résultats de la présence du comte -Matusiewicz à Berlin pour la solution de notre négociation avec le roi -des Pays-Bas. Il ne conviendrait pas, je crois, en ce moment, au -succès de l'affaire hollando-belge de témoigner de la méfiance sur les -démarches du cabinet russe, et il faut, au contraire, en tirer tous -les avantages qu'elles peuvent nous offrir. Ma vieille expérience m'a -appris qu'il est des circonstances où la confiance, même un peu -hasardée, devient de l'habileté. Cette opinion prend plus de force et -de valeur encore lorsqu'on trouve un gage de sécurité dans les -intérêts bien fondés et bien distincts de ceux à qui on se confie. - -»C'est également sur ce principe que j'établis la nécessité pour la -France, la Grande-Bretagne et surtout pour l'Autriche, de réclamer le -concours de la Russie dans les affaires d'Orient, parce que je suis -persuadé qu'il entre dans les véritables intérêts de la Russie de -rassurer l'Europe, _pour_ _le présent_, sur les projets ambitieux -qu'on lui suppose. Le langage conciliant et plein d'abnégation que M. -de Lieven n'a pas cessé de tenir ici n'a pu que me confirmer dans -cette opinion. - -»Les dernières nouvelles de Constantinople parvenues à Londres y ont -causé des alarmes peut-être exagérées et qui tiennent surtout, je -pense, à ce qu'on n'était pas préparé à la marche si rapide des -événements. Il y a eu évidemment imprévoyance de la part des -gouvernements, et c'est à une prompte réparation de cette imprévoyance -qu'il faut pourvoir aujourd'hui. - -»Le ministère anglais, qui, jusqu'à présent, s'était assez légèrement -occupé de cette grave question, commence enfin à l'apprécier à sa -juste valeur. Lord Grey et lord Palmerston m'ont parlé tous deux, avec -inquiétude, de l'état de l'Orient, avant même l'arrivée de lord -Granville. Je ne doute pas que la présence de cet ambassadeur à -Londres ne contribue à éveiller davantage l'attention du cabinet -britannique sur ce point. - -»J'ai beaucoup réfléchi sur ce qu'il y aurait de plus utile à faire -pour le Levant, et s'il est très difficile de former des combinaisons -sur des événements aussi compliqués et aussi incertains que ceux qui -se passent en Asie, il est du moins possible de se tenir en mesure -d'atténuer leurs conséquences fâcheuses, en prévenant pour un avenir -rapproché de dangereuses collisions, ou bien de sanctionner les -résultats de ces événements s'ils offrent vraiment quelque garantie -aux gouvernements européens. - -»Les dernières circonstances ayant rendu à chacun son indépendance, -mes réflexions m'ont affermi dans l'idée que, pour finir -aujourd'hui les affaires d'Orient d'une manière quelque peu rassurante -pour l'Europe, le concours des quatre puissances est absolument -nécessaire. Ce concours devrait être exprimé par une transaction -quelconque qui contiendrait l'engagement formel de la part des -puissances contractantes de ne recevoir aucune augmentation -territoriale aux dépens de l'empire ottoman. Un tel engagement -n'aurait rien d'inusité; il a même, récemment encore, été appliqué à -la question grecque, lorsque les trois puissances signataires du -traité du 6 juillet 1827 ont promis de ne faire porter le choix du -souverain de la Grèce sur aucun des membres des familles régnantes en -France, en Russie et en Angleterre. - -»Nous n'éprouverions aucun embarras à l'égard d'Alger par un pareil -engagement, le principe de notre expédition ayant reçu dans le temps -l'approbation pleine et entière de la Russie et de l'Autriche. Il -suffirait d'ailleurs, pour nous mettre parfaitement à couvert, de -choisir une époque qui ne pourrait pas laisser de doute sur notre -droit à une occupation permanente du territoire d'Alger. - -»J'ai communiqué à lord Palmerston l'avis que je viens d'avoir -l'honneur de vous exposer; il sera soumis ce soir à un conseil de -cabinet, et j'espère être demain en état de vous faire connaître une -résolution définitive...» - - [80] Dans cette dépêche, M. Bresson annonçait l'arrivée à Berlin - du comte Matusiewicz avec mission d'inviter le cabinet prussien à - s'associer à la note du 2 avril. On se rappelle (voir page 89) - que cette note avait été adressée par le prince de Talleyrand et - lord Palmerston à M. Dedel en réponse aux propositions - inadmissibles qu'il avait formulées dans son projet du 23 mars. - M. Bresson rendait compte des démarches de M. Matusiewicz qui, - disait-il, avait persuadé le roi de Prusse. Il vantait sa - hardiesse, car il agissait ainsi sans en avoir spécialement - référé à sa cour. Il parlait aussi de ses sollicitations dans le - même but auprès du ministre autrichien qui n'y avait pas répondu - et avait demandé des instructions à Vienne. - - «Le 25 avril 1833. - - »Mon cher duc, - -»Cette affaire d'Orient devient bien forte. Il est vraiment un peu -étrange que l'amiral Roussin ne se soit pas assuré des dispositions -d'Alexandrie avant de se porter fort à Constantinople[81]: c'est -ce qui nous a tous trompés. Mais enfin il faut prendre les choses où -elles sont parvenues. Ici, d'une longue léthargie on passe à une sorte -d'épouvante; cette alarme n'a cependant produit aucun expédient: -chacun alors est venu me parler et me demander mon avis. J'ai pu dire -ce que je croyais être, _dans mon opinion particulière_, la seule -bonne issue. Vous en trouverez les détails dans ma dépêche -d'aujourd'hui. Demain je pourrai vous en dire davantage; mon projet -_verbal_ devant être soumis ce soir à un conseil de cabinet. Lord -Palmerston l'a accepté ce matin avec empressement; mais, isolée, son -opinion ne suffit pas pour un commencement d'exécution qui, cette -fois-ci, je l'espère, ne se fera pas attendre, ceci étant surtout une -question d'à-propos. A demain...» - - [81] Voir page 134. - - «Le 26 avril 1833. - -»La résolution dont j'ai eu l'honneur de vous entretenir dans ma -dépêche d'hier a été adoptée par le cabinet anglais. Il va, je crois, -proposer aux gouvernements d'Autriche, de France et de Russie, de -conclure une convention qui, dans trois articles à peu près, -renfermerait: - -»1º L'engagement de ne consentir à aucun démembrement de l'empire -ottoman, soit au profit d'une des quatre parties contractantes, soit à -celui de toute autre puissance; - -»2º L'assentiment donné par les quatre cours à tout arrangement conclu -entre la Porte ottomane et le pacha d'Égypte, par suite duquel la -suzeraineté et l'intégrité de l'empire ottoman seraient maintenues; - -»3º L'engagement également pris par les quatre cours, dans le cas où -le pacha d'Égypte n'aurait pas consenti à un arrangement tel que celui -défini dans l'article précédent, de l'y contraindre par les moyens -qu'elles concerteront entre elles. - -»Je vous indique ici les trois points qui entreront dans le projet de -convention, sans pouvoir spécifier la rédaction définitive qui sera -adoptée et qui vous sera immédiatement communiquée. Ma dépêche d'hier -vous rassurera, je l'espère, sur la seule question qui intéresse -directement la France; j'ai insisté sur les dates: vous verrez si -celles qui vous sont proposées vous conviennent. - -»Je n'ai trouvé aucun inconvénient à ce que la proposition vînt de -l'Angleterre, qui ne veut avoir, dans les affaires d'Orient, qu'un -intérêt européen, et qui, n'y ayant pris jusqu'à présent aucune part -active, se trouve placée vis-à-vis des autres puissances dans une -position plus impartiale que nous. - -»Si une telle proposition n'était point acceptée par les gouvernements -d'Autriche et de Russie, nous pourrions voir dans ce refus une preuve -que ces deux gouvernements ont des arrière-pensées, peut-être des -projets arrêtés de partage: car, pour me servir d'une expression -vulgaire, _ils sont coutumiers du fait_. - -»J'attendrai avec impatience les réponses que vous voudrez bien me -faire à mes dépêches d'hier et d'aujourd'hui...» - - «Le 29 avril 1833. - -»J'apprends avec grand plaisir que vous regardez comme terminée la -discussion qui s'était élevée entre la cour de Pétersbourg et le -gouvernement français au sujet des négociations de l'amiral Roussin à -Constantinople. C'est une complication de moins dans un moment où -elles ne manquent assurément pas. - -»Quand cette dépêche vous parviendra, monsieur le duc, les journaux -anglais, qui précèdent presque toujours nos courriers, vous auront -déjà informé du grave embarras qu'a produit pour le cabinet le vote de -vendredi soir, dans la Chambre des communes, par suite duquel le droit -sur la drèche (_malt tax_) a été réduit de moitié. Cette réduction -causera dans les recettes une diminution de près de deux millions cinq -cent mille livres sterling; et si l'abolition de la taxe sur les -fenêtres(_window tax_) était adoptée demain, comme il est possible -qu'elle le soit, il se trouverait tout à coup un déficit dans les -recettes de près de cinq millions de livres sterling. - -»Le ministère a eu de fréquentes réunions depuis trois jours afin de -pourvoir à cet embarras. Il éprouve les plus grande difficultés pour -couvrir le déficit dont il est menacé... Cet incident est assez grave; -aussi a-t-il excité, ici, un mouvement très vif dans les esprits; les -fonds ont subi une altération considérable; les journaux ont redoublé -de violence dans leur polémique. On ne pense pas cependant que ce -triomphe des ennemis du ministère puisse amener sa retraite; mais il -aura le fâcheux inconvénient d'éveiller la défiance de ses partisans -et d'affaiblir par conséquent ses forces. On croit que ce soir le -ministère présentera à la Chambre des communes la résolution que le -vote de vendredi l'aura obligé de prendre; elle n'est point encore -connue, et l'heure de la marée m'empêchera sans doute de vous la -transmettre aujourd'hui. Je vous écrirai demain, à ce sujet, par -l'estafette. - -»Votre dépêche du 25, qui contenait la copie d'une lettre de M. -Bresson, du 18, m'avait causé une grande satisfaction qui n'a -malheureusement pas duré longtemps. Les dernières nouvelles de Berlin -nous apprennent que M. Ancillon, au moment de signer la note convenue -avec le comte Matusiewicz, a tout à coup changé de volonté, sous le -prétexte que la note du cabinet de La Haye, du 16 avril, devait nous -suffire par les propositions qu'elle renferme au sujet de l'armistice. -J'avoue que je ne comprends pas une pareille manière de traiter les -affaires; elle serait décourageante pour l'avenir, s'il ne fallait pas -compter un peu aussi sur quelque nouveau caprice de M. Ancillon[82]. - -»Nous n'avons pas de nouvelles de La Haye depuis l'envoi de notre note -du 22[83]: nous en attendons à chaque instant; les premières qui -arriveront n'auront probablement pas un grand intérêt. Il est bien à -craindre que les incertitudes de M. Ancillon, l'état de l'Orient, et -surtout l'embarras présent du ministère anglais, ne nous créent de -nouvelles difficultés à La Haye...» - - [82] La mission du comte Matusiewicz à Berlin avait traversé de - nombreuses vicissitudes. Elle avait d'abord semblé réussir au - point que M. Bresson avait cru pouvoir annoncer que M. - Matusiewicz partait pour La Haye, après avoir arrêté avec M. - Ancillon les termes de la note collective qui devait être remise - au cabinet néerlandais dans deux hypothèses: la première, si sa - réponse à la note du 2 avril était négative, évasive ou - dilatoire, la deuxième s'il n'y faisait pas de réponse dans un - délai raisonnable. Si la réponse était favorable, la démarche - n'aurait pas lieu et le cabinet de Berlin joindrait ses efforts à - ceux des autres cours pour hâter la conclusion d'un traité - définitif. Tout paraissait réglé, lorsque tout à coup M. Ancillon - se ravisa (_Dépêche de M. Bresson du 22 avril_) et déclara qu'il - n'y avait plus lieu à l'envoi de la note collective. Toutefois le - ministre de France revint à la charge, et avec le concours de - lord Minto, ministre d'Angleterre, il finit par persuader le roi. - Finalement, le 6 mai, M. Bresson put écrire à Paris que la note - était partie la veille pour La Haye. Il ajoutait que M. Ancillon - lui avait déclaré qu'en cas de refus du roi des Pays-Bas, la - Prusse était décidée à l'abandonner à lui-même (_Correspondance - officielle de M. Bresson_). - - [83] On se rappelle (voir page 89) que M. Dedel avait fait à la - conférence de nouvelles propositions par une note du 16 avril. - Ces propositions, jugées inadmissibles à Londres (voir à ce sujet - une lettre de lord Palmerston à M. de Talleyrand, Appendice, page - 502), avaient provoqué de la part de la conférence une réponse - très vive, sous la forme d'une lettre collective au cabinet de La - Haye. C'est cette lettre en date du 22 avril dont il est ici - question. - - «Le 29 avril 1833, au soir. - - »Mon cher duc, - -»Ennemi des prédictions, je m'abstiens d'en faire sur le résultat de -la journée, qui, cependant, est d'une grande importance pour les -destinées politiques et financières du ministère et du pays. Je me -bornerai à fixer votre attention sur le _Times_ d'aujourd'hui. Lisez, -je vous prie, le _leading-article_ et celui du _Money-market_. Vous en -sentirez sûrement toute la portée, et vous saurez alors où en est -l'Angleterre. - -»Les tories prêteront dans la séance d'aujourd'hui un appui sincère au -ministère; mais si l'on n'obtenait pas que le vote de vendredi fût -annulé, tout changerait rapidement de face ici, et l'on verrait -bientôt, comme le disait madame de Lieven hier, avec une joie -concentrée: _l'Angleterre ne peser plus guère dans la balance -européenne_. - - »Adieu, mille amitiés.» - - «Londres, le 1er mai 1833. - - »Monsieur le duc, - -»Comme j'ai eu l'honneur de vous l'annoncer hier, la séance de la -Chambre des communes n'a fini qu'à quatre heures ce matin, et par un -vote en faveur du ministère. C'est par une majorité de cent -cinquante-quatre voix que la Chambre a décidé de revenir sur -l'abolition de la taxe sur la drèche. On espère que cette circonstance -qui avait d'abord causé d'assez graves inquiétudes, rendra plus -facile la discussion du budget. Les fonds sont beaucoup montés -aujourd'hui.» - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 29 avril 1833. - - »Mon prince, - -»Vous trouverez dans ma dépêche ci-jointe la détermination prise ce -matin par le conseil du roi. Nous acceptons la proposition du cabinet -d'Angleterre quant à son principe, sauf à discuter la rédaction quand -elle nous parviendra. J'espère que l'affaire sera finie à -Constantinople avant que nous ayons réponse des deux cours d'Autriche -et de Russie; mais cela sera bon pour faire déguerpir les Russes. Je -suis bien fâché que l'Angleterre n'ait pas pris son parti plus tôt; en -vérité, ce n'est pas ma faute. Depuis mon entrée au ministère, je n'ai -cessé de la solliciter d'envoyer un ambassadeur à Constantinople. J'ai -communiqué presque jour par jour à lord Granville toutes les dépêches -que j'écrivais ou que je recevais à ce sujet; je l'ai averti, prié, -pressé; je ne lui ai rien laissé ignorer, toutes les fois qu'un -incident quelconque, de quelque importance, s'est déclaré; je vous ai -prié, mon prince, de renouveler vos ouvertures à ce sujet. Enfin, il -vaut mieux tard que jamais; j'espère encore que nous nous en tirerons -bien; mais tout serait fini, et à Alexandrie, et à Constantinople, si -le cabinet anglais avait voulu. - -»Je vous envoie une dépêche de M. Bresson, qui vous montrera que M. -Matusiewicz a échoué à Berlin[84]. Je crois qu'il nous faut maintenant -commencer à montrer les grosses dents: car, sans cela, on va nous -croire à bout de nos forces et la Hollande se moquera de nous. N'y -aurait-il pas moyen de resserrer le blocus et de peser plus -efficacement sur le commerce hollandais? Voilà la belle saison qui -s'écoule; si nous n'en profitons pas, que dira-t-on de nous? Adieu, -mon prince...» - - [84] Voir page 153. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 3 mai 1833. - - »Monsieur le duc, - -»... J'entretiens souvent lord Palmerston des moyens qui peuvent le -mieux convenir à la France et à l'Angleterre pour amener enfin un -accommodement avec le roi Guillaume, et ceux que vous m'indiquez dans -votre dépêche et dans votre lettre du 29 ont fait, plus d'une fois, le -sujet de nos conversations; mais, je dois vous dire que nous -entrevoyons, du moins pour le moment, des difficultés de plus d'un -genre dans l'exécution du plan proposé. Le cabinet anglais est -préoccupé des motions sur les affaires hollando-belges dont on le -menace dans les deux chambres du parlement, et des réclamations assez -vivement prononcées du commerce anglais contre la mesure de l'embargo. -Il craindrait donc d'augmenter en ce moment, par de nouvelles -rigueurs, le mécontentement qui a été manifesté dans les derniers -temps sur cette question. Lord Grey et lord Palmerston espèrent encore -que M. Ancillon reviendra vers nous, et que l'assistance de la Prusse -nous sera plus avantageuse qu'un redoublement de moyens coercitifs; -ils sont entretenus dans cette opinion par les lettres les plus -récentes de Berlin, qui représentent M. Ancillon comme n'étant pas -éloigné de rentrer dans le projet d'une déclaration des trois -cours à La Haye. Enfin, nous pensons tous qu'il n'est pas possible de -se déterminer à quelque chose de positif, avant de connaître la -réponse du cabinet de La Haye à notre note du 22 avril...» - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND - - «Paris, le 4 mai 1833. - - «Mon prince, - -»Vous trouverez, mon prince, dans ma dépêche officielle, le résumé de -nos nouvelles de Constantinople. L'affaire ne tient plus qu'à un fil à -Alexandrie. Ibrahim se retire; j'ai tout lieu d'espérer que les -efforts réunis de tout le monde agiront sur le pacha et que nous -emporterons le tout. Mais, il n'en devient que plus nécessaire d'agir, -dès aujourd'hui, sur la Russie, qui fait ce qu'elle peut, me -mande-t-on de Constantinople, pour empêcher le dénouement, afin de -s'impatroniser tout à son aise dans le Levant, de bien s'établir et de -ne s'en aller qu'après mille difficultés. Je suppose que les derniers -événements parlementaires en Angleterre sont le seul obstacle à la -proposition dont vous m'avez parlé, et sur laquelle je me suis -empressé de vous répondre. Après la victoire, j'espère que nous allons -reprendre l'affaire d'Orient, sur nouveaux frais, et je vous conjure -de ne pas laisser le gouvernement anglais s'endormir encore une fois. - -»Je ne sais ce que nous devons espérer ici des démarches des trois -cours à La Haye; les nouvelles de M. d'Eyragues[85] ne sont pas -rassurantes; il faut cependant en finir.--Les affaires vont bien ici; -tout annonce que la nouvelle session sera facile et courte...» - - [85] Le marquis d'Eyragues, diplomate français, alors secrétaire - d'ambassade à La Haye, où il résidait depuis 1832. Il avait - d'abord été envoyé à Copenhague en 1827. En 1835, il alla comme - premier secrétaire à Constantinople, et fut plus tard accrédité - comme ministre plénipotentiaire à Carlsruhe (1838), puis à Dresde - (1845). - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 6 mai 1833. - - »Monsieur le duc, - -»Monseigneur le duc d'Orléans est arrivé avant-hier à dix heures du -soir, après avoir fait une bonne traversée et un heureux voyage. - -»J'ai reçu la dépêche et la lettre particulière que vous avez bien -voulu m'écrire le 4 de ce mois; celle que j'ai eu l'honneur de vous -adresser le 3 se trouve répondre aux observations que vous faites sur -l'affaire hollande-belge. Je sens comme vous la nécessité de terminer -cette affaire; mais il existe ici des exigences qui en rendent, pour -le moment, la prompte solution assez difficile. Il me semble que -l'argument qui se trouve employé dans le dernier paragraphe de votre -dépêche ne paraîtra pas sans réplique; car, il faut bien remarquer que -la première expédition de Belgique et la convention du 22 octobre ont -été des actes qui, par cela même qu'ils fortifiaient le ministère -français, ont contribué à affaiblir le ministère anglais; ce qui fait -qu'il n'y a pas parité dans les deux situations. La mesure de -l'embargo a déplu beaucoup en Angleterre, et la discussion à laquelle -elle donnera lieu jeudi ou vendredi prochain, à la Chambre des -communes, ne laissera pas que de produire une fâcheuse impression sur -l'opinion publique. Comme je vous l'indiquais dans ma dernière -dépêche, les nouvelles de Berlin affermissent encore le cabinet -anglais dans la résolution d'attendre le résultat des démarches des -trois cours à La Haye, et la réponse du gouvernement des Pays-Bas, à -notre note du 23 avril; cette réponse, d'après les lettres de M. -d'Eyragues, ne se ferait plus longtemps attendre...» - - * * * * * - -En écrivant cette dépêche, je voulais calmer un peu l'ardeur du -gouvernement français qui, poussé par les Belges, était porté à -augmenter les rigueurs contre la Hollande au moment même où j'étais -persuadé que le roi des Pays-Bas allait céder, sinon sur tous les -points, du moins sur ceux qui étaient le plus importants pour la -Belgique, et, par conséquent, pour nous. Mon opinion ne tarda pas à se -trouver fondée, comme on le verra bientôt. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 13 mai 1833. - - »Monsieur le duc, - -»J'ai eu l'honneur de vous annoncer que sir Pultney Malcolm avait été -appelé au commandement de la station anglaise dans la Méditerranée. Il -doit partir immédiatement et est chargé d'instructions et de pouvoirs -beaucoup plus étendus que ceux de son prédécesseur. M. Aston[86] a dû -vous en donner communication, ainsi que de ce qui a été écrit à ce -sujet à lord Ponsonby, ambassadeur d'Angleterre à Constantinople. -L'amiral et l'ambassadeur doivent s'entendre avec l'amiral -Roussin, et on suppose ici que ce concert des deux puissances sera -suffisant pour assurer à leur politique dans le Levant l'influence -qu'elle doit y exercer dans les circonstances actuelles. - -»Le cabinet anglais abandonne le projet de convention que lord -Palmerston m'avait promis de proposer aux trois cours. Le prince de -Lieven, auquel il a été communiqué, y a fait quelques objections dont -la principale nous a un peu surpris. Il pense que l'empereur de Russie -ne pourrait jamais consentir à entrer dans une convention qui -constitue un véritable acte d'intervention dans les affaires -intérieures de la Turquie. Sur l'observation de lord Palmerston qu'il -lui paraissait que l'envoi de vaisseaux et de troupes russes à -Constantinople était un acte d'intervention bien plus positif encore, -M. de Lieven a répondu qu'il ne pouvait pas être de cet avis.--Le -sultan, a-t-il dit, a sollicité des secours de l'empereur, qui les lui -a envoyés avec la ferme résolution de les laisser à la disposition de -la Porte ottomane, aussi longtemps qu'elle les jugerait nécessaires à -sa sûreté; mais avec la même résolution de les retirer aussitôt que le -sultan en témoignerait le désir. Il s'agit donc ici du secours d'un -allié et non d'une intervention. - -»Quelque peu plausible que soit cette réponse, lord Palmerston a bien -voulu s'en contenter et ne pas poursuivre un projet qui lui paraissait -devoir rencontrer de nombreuses difficultés. - -»Vous aurez pu juger vous-même si les instructions remises à l'amiral -Malcolm sont suffisantes pour amener une heureuse solution des -affaires d'Orient. - -»Vous aurez appris par les journaux anglais le résultat de la -discussion qui a eu lieu vendredi, à la Chambre des communes, sur -l'embargo hollandais et sur l'état de la Turquie. Ce résultat, quoique -favorable au ministère, ne le rassure pas; et les plaintes assez -générales du commerce lui font impérieusement sentir la nécessité de -mettre fin aux affaires de Belgique; il serait bien difficile, -cependant, de le décider à recourir à des moyens plus puissants que -ceux qu'il a employés jusqu'à présent...» - - [86] Sir Arthur-Ingram Aston, diplomate anglais, né en 1798, - était en 1833 secrétaire d'ambassade à Paris. En 1840, il fut - nommé ministre à Madrid. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 13 mai 1833. - - »Mon prince, - -»Il n'est bruit ici que de la magnificence de vos fêtes. Le roi est -transporté de joie de l'accueil que l'on fait en Angleterre à M. le -duc d'Orléans[87], et il vous attribue avec raison la plus grande -partie de cette bonne volonté universelle. J'en suis, pour ma part, -d'autant plus réjoui, que cela répond aux bruits que nos ambassadeurs -ici s'efforcent souvent de répandre d'un refroidissement entre la -France et l'Angleterre. - -»Ce qui y répond encore mieux, ce sont les instructions de lord -Ponsonby, que M. Aston m'a communiquées ce matin, et celles données -par l'amirauté à sir Pultney Malcolm. Ces instructions sont, à très -peu de chose près, conformes aux nôtres, et je vois que nous -allons commencer à marcher du même pied en Orient. J'attends avec -impatience à toute minute les nouvelles d'Alexandrie, que le -télégraphe m'a annoncées; j'espère qu'elles nous apportent la -conclusion de l'affaire de ce côté. Reste à faire déguerpir les -Russes. - -»Si vous pouvez terminer honorablement et utilement l'affaire de la -convention provisoire avec la Hollande, vous rendrez grand service au -roi des Belges, qui ne sait plus où donner de la tête. En tout cas, -nous sommes prêts à aller aussi loin qu'on le voudra dans les mesures -coercitives. Les Chambres sont disposées à patienter, si cela est -nécessaire, et à nous approuver de tout ce que nous ferons -d'énergique. Les choses vont au mieux à l'intérieur, et jamais la -prospérité n'a repris avec un tel degré de rapidité. La tranquillité -se rétablit partout. Si rien ne nous trouble de l'extérieur, il ne -restera plus trace, dans un an, de l'agitation causée par la -révolution de Juillet. - -»Vous verrez dans le _Moniteur_ de demain tout le détail des -déclarations de Madame la duchesse de Berry; cela finit d'une manière -un peu burlesque et moins honteuse qu'il n'était permis de -l'espérer[88]...» - - [87] Le duc d'Orléans est arrivé et j'ai dîné avec lui hier chez - Talleyrand. Il est merveilleusement embelli depuis que je l'ai vu - à Paris en 1830. Déjà alors il était très bien, mais, depuis, il - est devenu un homme et un très joli garçon, et il a les manières - et le maintien qui conviennent à son rang, il a vraiment une - excellente mine de prince héritier, et d'après la conversation - que j'ai eue avec lui, son intelligence m'a paru s'être - développée aussi bien que sa personne...» (_Lord Palmerston à Sir - William Temple, 7 mai 1833_, op. cit.). - - [88] La duchesse de Berry venait de déclarer qu'elle était mariée - au comte de Luchesi-Palli. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 17 mai 1833. - - »Mon cher duc, - -»Votre amitié veut m'attribuer un peu des succès de M. le duc -d'Orléans à Londres; je conviendrai peut-être, de vous à moi, que -je n'y suis pas parfaitement étranger; mais il est vrai de dire qu'on -ne saurait être mieux, à tous les égards, que ne l'est notre jeune -prince. _La duchesse de Cumberland_[89]!!! vient de charger madame de -Dino d'engager M. le duc d'Orléans à diriger sa promenade de dimanche -vers Kew, où elle veut lui offrir un déjeuner. Pour le coup, ce sont -là les grosses cloches qui sonnent, et je crois que la liberté rendue -à la prisonnière de Blaye n'est pas étrangère à une attention aussi -marquée, et que je n'allais pas jusqu'à espérer. - -»En vous envoyant hier la note de M. Dedel[90], j'ai omis de vous dire -qu'il valait mieux n'en pas laisser prendre de copie à M. Lehon. Il y -aurait à craindre qu'il ne la fît publier trop tôt à Bruxelles, et -c'est ce qui m'a décidé à en donner seulement lecture à M. Van de -Weyer. D'ailleurs, si comme cette note nous le fait espérer, nous -arrivons bientôt à une convention préliminaire, nous devons nous tenir -en garde contre les prétentions belges qui, plus d'une fois encore, -nous gêneront. - -»Je suis charmé que les instructions données à lord Ponsonby et à -l'amiral Malcolm, vous satisfassent. Les circonstances données, je -crois, en vérité, que c'est quelque chose d'obtenir ce que l'on vient -de faire. - -»Espérons qu'il sortira enfin une convention préliminaire et -tranquillisante de la dernière note de M. Dedel à laquelle il me -semble qu'il y a peu d'objections à faire. Vous remarquerez sûrement -que le titre de grand-duc de Luxembourg est omis. Est-ce avec -intention? Nous aurons demain ou après-demain une conférence avec M. -Dedel. Je vous écrirai dès qu'il y aura quelque chose de décidé...» - - [89] Frédérique de Mecklembourg-Strélitz, soeur de la reine - Louise de Prusse, née en 1778, mariée en 1815 à Ernest-Auguste - duc de Cumberland, fils de Georges III, roi d'Angleterre, plus - tard roi de Hanovre. La duchesse de Cumberland mourut en 1841. - - [90] La note du 16 mai par laquelle, après une longue discussion, - M. Dedel déclarait que «jusqu'à la signature d'un traité - définitif, Sa Majesté Néerlandaise s'engageait à ne pas - recommencer les hostilités avec la Belgique et à laisser la - navigation de l'Escaut entièrement libre». - - «Le 20 mai 1833. - -»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser -sous le numéro 59, ainsi que les ratifications du traité -supplémentaire qui règle l'ordre de succession au trône de Grèce[91]. - -»Nous avons eu, avant-hier et aujourd'hui, des conférences de -plusieurs heures entre lord Palmerston, M. Dedel et moi, et, si -j'osais croire à la réalisation d'une espérance si souvent trompée, je -vous dirais que demain, peut-être, nous signerons la convention -préliminaire. M. Dedel, que je quitte à l'instant, hésite encore pour -un article explicatif que nous lui avons proposé, et s'il ne se décide -pas d'ici à demain, il en référera à La Haye; ce sera alors un nouveau -retard de huit jours. Dans le cas où un examen attentif de ses -instructions, lui persuaderait qu'il est autorisé à consentir à ce que -nous lui proposons, la convention serait signée demain. - -»Je n'ai pas besoin de vous assurer que je fais tout ce qui est en mon -pouvoir pour hâter la solution d'une affaire dont personne plus que -moi n'apprécie l'importance. J'aurai l'honneur de vous écrire à -l'issue de la conférence que nous devons avoir demain...» - - [91] Ce traité supplémentaire signé le 30 avril 1833 avait pour - but de préciser et de compléter les dispositions de l'article 8 - de la convention du 7 mai qui réglait la succession au trône de - Grèce. Il portait que la succession à la couronne tant dans la - branche du roi Othon que dans celles des princes Luitpold et - Adalbert, lesquelles avaient été éventuellement substituées à - celle du prince Othon, devait être établie de mâle en mâle par - ordre de primogéniture. Les femmes ne seraient habiles à succéder - à la couronne que dans le cas de l'extinction totale des - héritiers mâles légitimes dans les trois branches. - - «Le 21 mai 1833. - -»Cette fois, mes espérances n'ont point été déçues, et j'ai l'honneur -de vous transmettre la convention préliminaire que je vous annonçais -hier et que nous venons de signer avec M. Dedel[92]. Elle renferme -toutes les stipulations qui me paraissaient essentielles à obtenir: -car il résulte évidemment de cette convention que la Belgique se -trouve dans la position la plus _favorable_, et que celle du roi des -Pays-Bas est tellement _défavorable_ qu'il doit être promptement amené -à demander lui-même un traité définitif. L'ouverture de l'Escaut et le -non-payement des intérêts de la dette par la Belgique, lui en -imposeront bientôt l'obligation. Je crois donc avoir rempli -complètement les intentions du gouvernement du roi en concluant un -arrangement qui contient tout ce qu'il était possible de demander -en ce moment au gouvernement néerlandais. - -»Vous remarquerez que nous avons fait ajouter à la suite un article -séparé, qui est explicatif de l'article III, sur le sens duquel nous -ne voulions laisser aucune incertitude. Nous avions d'abord demandé -qu'il fût inséré dans le traité; mais, M. Dedel, que nous avons décidé -avec la plus grande difficulté à adopter cet article, s'est opposé à -ce qu'il fût compris dans la convention elle-même, par un motif qui -nous a paru assez fondé: c'est qu'une explication qui suivrait -immédiatement l'article III aurait l'air de jeter du doute sur la -bonne foi de la rédaction proposée par le roi des Pays-Bas, et que -nous devions au moins cette légère satisfaction à son gouvernement et -à lui-même, qui craindrait de s'exposer aux reproches de son souverain -en consentant à son insertion, telle que nous la désirions. Nous avons -cédé avec d'autant plus de facilité sur ce point, que la question en -elle-même est très peu importante, puisque l'article explicatif doit -être ratifié en même temps que la convention et avoir la même valeur -qu'elle. - -»Vous jugerez convenable de ne rien publier de la convention avant le -terme de dix jours fixé pour l'échange des ratifications. - -»Le gouvernement du roi sentira sans doute, après que cette convention -aura été ratifiée, que le moment est venu de provoquer un désarmement -en Belgique. Il serait peut-être utile, dès à présent, d'insinuer -cette mesure à Bruxelles; c'est celle qui, plus que toute autre, -hâtera l'arrangement définitif: car, la Belgique désarmant, l'armée -hollandaise se débandera ou sera bientôt licenciée, et le gouvernement -néerlandais se trouvera par cela même forcé de mettre fin à un -état de choses qui compromet si gravement son existence. - -»M. le duc d'Orléans est parti ce matin pour Liverpool et Manchester: -Son Altesse Royale sera de retour à Londres le 28...» - - [92] Par cette convention, le roi Guillaume promettait le - maintien de l'armistice, la liberté de la navigation de l'Escaut - et de la Meuse, la liberté de communication entre Maestricht, le - Brabant et l'Allemagne. D'un autre côté l'embargo sur les navires - hollandais était levé, et les prisonniers de guerre mis en - liberté. L'article explicatif dont il est question quelques - lignes plus bas était ainsi conçu: - - Il est convenu entre les hautes parties contractantes que la - stipulation relative à la cessation des hostilités, renfermée dans - l'article III de la convention de ce jour, comprend le grand-duché - de Luxembourg et la partie du Limbourg occupée provisoirement par - les troupes belges. Il est également entendu que, jusqu'à la - conclusion du traité définitif dont il est fait mention dans ledit - article III de la convention de ce jour, la navigation de l'Escaut - aura lieu telle qu'elle existait avant le 1er novembre 1832.--Le - présent article aura la même force et valeur... - - -LE BARON PASQUIER AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 18 mai 1833. - -»J'ai reçu votre lettre du 14, mon prince, et vous remercie des bons -renseignements qu'elle contient. Les succès du voyage auquel vous -présidez si bien auront ici un fort bon retentissement; non qu'il -faille espérer que notre faubourg Saint-Germain soit disposé à -entendre sitôt raison, mais parce que ses mauvaises volontés en seront -au moins un peu gênées et parce qu'il trouvera moins d'oreilles -ouvertes à ses insipides moqueries. - -»L'événement de Blaye nous est arrivé plus tôt que nous ne le -comptions; mais je dis comme vous qu'à tout prendre, le résultat a été -satisfaisant. Il ne paraît pas qu'il ait causé chez vous aucun -embarras dans la situation du prince, et c'était là un des points -essentiels. - -»Je vous remercie de l'appui que vous avez su donner à mon voeu -d'amnistie; ce voeu, je l'avoue, est devenu une idée fixe, et je ne -comprends pas que tout le monde ne comprenne pas que c'est une issue -indispensable; la seule même par laquelle on puisse sortir utilement -et honorablement d'une grande crise politique. Si on manque l'occasion -du départ de la duchesse de Berry, je ne puis imaginer quand il -s'en pourra représenter une aussi favorable. - -»Je ne vous parle pas de nos affaires intérieures; leur amélioration -saute aux yeux, et quant à celles du dehors, vous en savez sur ce -point cent fois plus long que moi. - -»Je n'ai certes pas donné ni les mains, ni mon approbation à la mesure -prise au sujet du décès de notre pauvre Dalberg[93]. Je suis, au -contraire de ceux qui réclament fortement contre et qui voudraient -même amener une décision positive avec laquelle on serait, pour -l'avenir, à l'abri de semblables avanies, dont le moindre inconvénient -est, et sera toujours, la complète inutilité[94]. On parle tant des -conséquences de la révolution de Juillet; il me semble que celle-ci ne -se peut refuser. - -»Veuillez recevoir, mon prince, avec votre bienveillance accoutumée, -les assurances de mon plus sincère attachement.» - - [93] Le duc de Dalberg était mort le 27 avril au château de - Hernsheim près de Worms à l'âge de cinquante-neuf ans. - - [94] A la suite de la mort du duc de Dalberg, le gouvernement - avait fait mettre les scellés sur ses papiers qu'il revendiquait - à cause des fonctions que le duc avait remplies (_Note de M. de - Bacourt_). - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 24 mai 1833. - - »Mon prince, - -»Recevez mes sincères félicitations; vous avez opéré comme toujours, -c'est-à-dire le mieux du monde. Si le roi des Belges a la moindre -sagesse maintenant, il s'établira tranquillement dans la -convention provisoire; renverra la moitié de son armée et déclarera -bien haut qu'il est tout prêt à signer un traité définitif; mais qu'il -souhaite que ce soit le plus tard possible, attendu que le provisoire -est tout à son avantage. S'il agit ainsi, et s'il parle ainsi, nous -aurons le traité définitif avant peu. - -»Pendant que vous faisiez ainsi merveille, nous courions ici un risque -véritable: la discussion de l'emprunt grec a été des plus pénibles, et -nous ne l'avons emporté qu'en en faisant, bon jeu bon argent, une -question de cabinet[95]. Du reste, la session marche à son terme, et -dans six semaines tout sera fini...» - - [95] D'après la convention du 7 mai 1832, qui donnait le trône de - Grèce au roi Othon, les puissances signataires (France, Russie, - Angleterre) s'étaient engagées à garantir un emprunt de soixante - millions que le jeune roi allait contracter. Les premiers revenus - de la Grèce étaient exclusivement affectés aux intérêts et au - fonds d'amortissement de cet emprunt. Le 24 janvier 1833, le - cabinet français déposa un projet de loi pour l'autoriser à - donner sa garantie. Il fut, le 4 avril, l'objet d'un rapport - favorable du colonel Paixhans. L'affaire ne vint en discussion - que le 18 mai. Le projet, ardemment combattu par l'opposition, - nécessita quatre jours de débats. Il fut enfin voté par 175 voix - contre 112. Quinze jours plus tard il fut également voté par les - pairs à la majorité de 91 voix contre 9. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 27 mai 1833. - - »Mon cher duc, - -»... On a suivi ici avec beaucoup d'intérêt la discussion de la -garantie de l'emprunt grec à la Chambre des députés, et je dois vous -dire, monsieur le duc, que l'opinion a été unanime sur les différents -discours que vous avez prononcés à cette occasion. On a généralement -admiré l'exposé si vrai, et en même temps si brillant, que vous avez -fait de toutes les négociations sur la Grèce. Il s'agissait du reste, -dans cette affaire, d'une question constitutionnelle d'une haute -importance, et vous avez très bien défini les droits que donne, et les -limites qu'impose aux Chambres, leur intervention dans les -transactions diplomatiques conclues par le gouvernement. - -»J'ai l'honneur de vous adresser une dépêche qui est arrivée ce matin -de La Haye et qui vous apprendra le bon effet qu'y a produit la -convention signée le 21. On doit, ce me semble, trouver dans cette -circonstance une nouvelle preuve de l'inconvénient qu'il y aurait eu à -se laisser trop préoccuper par quelques récits exagérés. Si on s'en -était rapporté aux informations qui, depuis plusieurs mois, étaient -transmises de différents côtés, nous aurions dû croire que la -résistance de la Hollande était insurmontable et qu'elle était -soutenue par les trois cours du Nord. Nous voyons aujourd'hui que ces -informations étaient plutôt le résultat d'impressions personnelles et -peut-être d'inexpérience dans les affaires, que d'une connaissance -approfondie de l'état de choses et des lieux. - -»On pense que les ratifications de La Haye arriveront le 29. M. Dedel, -que je viens de voir et qui a reçu aussi les nouvelles les plus -satisfaisantes de La Haye, les attend pour ce jour-là. - -»M. le duc d'Orléans est revenu aujourd'hui à quatre heures de -Liverpool. Son Altesse Royale se propose d'assister demain au -drawing-room de la reine, et de partir ensuite pour Deal afin -d'inspecter l'escadre française stationnée aux Dunes...» - - -LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Neuilly, le 25 mai 1833. - - »Mon cher prince, - -»Je ne veux pas différer davantage à vous exprimer combien je suis -sensible à l'accueil qui vient d'être fait à mon fils en Angleterre, -et combien j'apprécie toute la part que vous avez eue à préparer et à -obtenir ce succès, auquel son importance réelle et mes vieux -sentiments pour cet admirable pays me font attacher le plus grand -prix. Ce succès confirmera mon fils dans ces sentiments, et cela seul -serait un grand bien pour nos deux nations. Il le sent vivement, et me -demande de vous bien témoigner, et particulièrement à madame de Dino, -combien il est sensible à tout ce que vous avez fait pour lui dans -cette circonstance. J'espère qu'elle me permettra aussi de m'associer -à ce remerciement, en attendant que je puisse le lui réitérer -moi-même. - -»Je vous prie, mon cher prince, de rechercher et de saisir une -occasion de témoigner, de ma part et de celle de la reine, au roi et à -la reine d'Angleterre, combien nous sommes sensibles à l'accueil -qu'ils ont fait à notre fils, et à toutes les attentions dont il a été -l'objet de leur part. Vous serez de même mon fidèle interprète auprès -des princes et princesses de la famille royale, aussi bien que de -toutes les autres grandeurs anglaises et étrangères, et vous leur -direz surtout combien j'ai joui et combien je suis touché de la -manière dont mon fils a été reçu en Angleterre. - -»_And the last not least_: j'ai encore à vous faire mon compliment de -la signature de la convention du 21 mai, avec M. Dedel. Je la -regarde comme assurant la conclusion pacifique de la grande tâche que -je m'applaudis tant de vous avoir confiée, et que vous avez conduite -avec tant d'habileté et de succès. J'espère et je crois qu'on en sera -satisfait à Bruxelles, et qu'elle y produira l'effet que je regarde -comme le point décisif de la question, c'est-à-dire que la dépense -sera réduite dans les limites du revenu. Une fois cet équilibre -établi, nous attendrons avec beaucoup de patience et de résignation le -moment où le roi des Pays-Bas jugera à propos de signer le traité -définitif.» - -»Vous connaissez depuis longtemps, mon cher prince, toute mon amitié -pour vous. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 26 mai 1833. - - »Mon prince, - -»Vous trouverez dans la dépêche officielle que je vous adresse par -estafette nos dernières nouvelles de Constantinople: elles vont -jusqu'au 8 mai. - -»Le fait important, c'est la décision prise par le grand seigneur de -céder Adana à Ibrahim, et la partie importante de ce fait, c'est que -ce soit lord Ponsonby qui l'ait conseillé; cela engage le gouvernement -anglais plus que je n'aurais osé l'espérer. Maintenant tout est fini -_de droit_, et il n'y a plus de prétexte pour les Russes à rester. -Mais, _de fait_, il pourrait bien en être autrement. - -»L'amiral Roussin m'écrit une lettre où il semble fort inquiet des -efforts du comte Orloff pour rompre tout cet arrangement et établir -d'une manière durable, sinon définitive, les Russes à Constantinople; -il paraît même craindre que des dispositions ne se fassent, en secret, -pour appeler de nouvelles forces russes dans le Bosphore. Je ne sais -pas exactement quelle importance nous devons attacher à ses -appréhensions[96]. Ce théâtre de Constantinople est si mobile que les -choses y changent du blanc au noir dans une demi-journée. Toutefois, -sa lettre est conçue dans des termes tellement alarmants, qu'elle nous -a donné beaucoup à penser. J'ai cru devoir, _par extraordinaire_, la -soumettre au conseil, et le conseil a été unanimement d'avis que je -vous écrivisse à ce sujet, en vous priant de sonder le cabinet anglais -sur ses intentions dans le cas où la Russie jetterait à peu près le -masque, ferait rompre par la Porte tous les engagements pris sous -notre garantie commune et travaillerait à peu près ouvertement à -s'établir dans le Bosphore, sous l'apparence de protéger le sultan. - -»Le conseil a été d'avis de faire équiper à Toulon deux vaisseaux de -plus et de les expédier à l'amiral Hugon[97]; ces deux vaisseaux -seront prêts dans vingt jours, c'est-à-dire le 15 de juin ou -environ. Comme nous ne voudrions pas que cet accroissement de forces, -qui rendra l'escadre française supérieure à l'escadre anglaise, -excitât de la jalousie à Londres, nous désirons que vous en fassiez -part à lord Palmerston, en lui demandant de renforcer également -l'escadre anglaise. - -»Mais le point le plus important sur lequel nous désirerions nous -entendre avec le cabinet britannique, c'est la modification à faire -subir aux instructions des amiraux. - -»En ce moment, les instructions de l'amiral Malcolm sont parfaitement -en harmonie avec celles de l'amiral Hugon. Ils doivent se réunir dans -les environs de Smyrne, tout étant fini du côté de l'Égypte: ils ont, -l'un et l'autre, ordre d'attendre des instructions nouvelles, avant de -tenter de passer les Dardanelles; mais les distances sont si grandes, -qu'il nous paraît qu'on risquerait beaucoup à persister dans de -semblables dispositions. Il vaudrait mieux, à notre avis, indiquer -d'avance, et dès aujourd'hui, dans quelles circonstances les deux -ambassadeurs à Constantinople seraient autorisés à ordonner aux -amiraux de mettre ce point à couvert de la prise de possession par les -Russes. Il nous paraît que cette autorisation devrait leur être donnée -dans deux cas: - -»1º Si les forces russes leur donnent lieu de craindre, par leurs -mouvements, qu'elles ne veuillent s'emparer elles-mêmes des -Dardanelles; - -»2º Si, après la paix faite et conclue comme elle l'est en ce moment, -de nouveaux renforts sont appelés d'Odessa ou de Bucarest, car ces -renforts ne peuvent avoir d'autre but que de s'assurer une position -inexpugnable. - -»Bien entendu qu'après avoir franchi les Dardanelles, les deux -escadres s'arrêteraient, ne s'approcheraient point de Constantinople, -éviteraient toute agression et se contenteraient de repousser la force -par la force, en cas de besoin. - -»Le conseil a également décidé que notre chargé d'affaires a -Saint-Pétersbourg serait chargé de déclarer, en termes mesurés mais -décisifs, que le cabinet de France s'attend, à présent que la paix est -faite, que les Russes ne se prévaudront d'aucun vain prétexte pour -séjourner à Constantinople, et qu'ils imiteront l'exemple que nous -avons donné cette année même en Belgique. C'est également l'attitude -que je prends vis-à-vis M. Pozzo. - -»Veuillez, mon prince, communiquer ce que vous jugerez convenable dans -tout ceci au cabinet de Londres, et nous tenir au courant de ses -dispositions.» - - [96] Un arrangement était effectivement intervenu le 5 mai entre - le sultan et le pacha d'Égypte, à la suite duquel Ibrahim se - retira en deçà du Taurus. A cette nouvelle qui dérangeait tous - ses plans, l'empereur Nicolas envoya à Constantinople le comte - Orloff avec les pouvoirs les plus étendus. Les appréhensions - manifestées par l'amiral Roussin n'étaient que trop fondées, - puisque, ainsi qu'on le verra dans le suite de ce récit, le - plénipotentiaire russe réussit à signer avec la Turquie un traité - d'alliance défensive (8 juillet). Ce n'est qu'après la signature - de ce traité qui mettait en réalité la Turquie à la merci du czar - Nicolas que la flotte russe repassa le Bosphore. - - [97] Le baron Hugon, né en 1783, engagé en 1795, fit comme - capitaine de vaisseau la campagne de Navarin. En 1831, il fut - nommé contre-amiral et chargé de réprimer la piraterie grecque en - Orient. Il devint vice-amiral en 1840. Sénateur en 1852, il - mourut en 1862. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 29 mai 1833. - - »Monsieur le duc, - -»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sous -le numéro 63, et qui était relative aux affaires d'Orient. - -»Je viens d'avoir à ce sujet une longue conversation avec lord -Palmerston, qui a les mêmes nouvelles que vous, à peu près, de -Constantinople. Il pense que la cession d'Adana, une fois consentie -par la Porte, peut être regardée comme définitivement conclue, et -qu'il n'y a plus aucun prétexte pour la prolongation du séjour des -Russes dans le Bosphore. Il a déjà écrit dans ce sens au ministre -d'Angleterre à Pétersbourg, et il va renouveler les ordres qu'il -lui avait donnés et les rendre encore plus positifs. - -»Lord Palmerston se refuse à croire que le sultan, à l'instigation des -Russes, revienne sur la cession d'Adana, après les représentations qui -lui auront été faites à cet égard par les ambassadeurs de France et de -la Grande-Bretagne; mais il approuve cependant la mesure adoptée par -le gouvernement du roi d'envoyer deux vaisseaux de plus dans -l'Archipel, et il a ajouté que la même mesure serait prise par le -gouvernement anglais. Deux des bâtiments qui, par suite de la -convention du 21 mai, ne seront plus employés sur les côtes de -Hollande, vont être expédiés immédiatement pour rejoindre l'escadre de -l'amiral Malcolm. - -»Quant à l'envoi de pouvoirs aussi étendus que ceux que le -gouvernement du roi proposait d'adresser aux ambassadeurs de France et -d'Angleterre à Constantinople, lord Palmerston ne voudrait dans aucun -cas, y consentir, et à cet égard, je partage son opinion. - -»En effet, ne semblerait-il pas exorbitant d'accorder à un ambassadeur -la faculté de prendre, sans avoir préalablement consulté son -gouvernement, une résolution qui peut amener la guerre? L'inconvénient -des distances, quelque grand qu'il soit, dans les circonstances -actuelles, ne pourrait jamais justifier l'adoption d'un tel parti. Je -vous avoue que, pour mon compte, je ne voudrais pas plus donner que -recevoir de pareils pouvoirs. - -»Il me paraît que rien ne pourra faire changer sur ce point l'opinion -de lord Palmerston, qui est aussi celle de tous les ministres ses -collègues qu'il a consultés au conseil de cabinet, tenu ce matin...» - - «Le 31 mai 1833. - -»Dans la dépèche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 26 de -ce mois, vous me demandez de vous faire connaître ma manière de voir -sur la proposition de M. de Metternich à M. le comte de -Sainte-Aulaire, au sujet des affaires d'Orient[98]. J'éprouve, je -l'avoue, un certain embarras à répondre, en cette circonstance, à la -confiance que vous voulez bien me témoigner. La question d'Orient a -été, depuis six mois, appréciée dans des vues si diverses et souvent -si opposées; elle a été le motif de projets si incertains et si -mobiles, tour à tour acceptés et refusés; elle a mis en mouvement tant -d'intérêts différents, qu'il deviendra impossible, à mon avis, -d'arrêter un plan de conduite vraiment utile pour la résoudre, tant -que les puissances qui sont appelées à cette oeuvre n'auront pas -adopté un principe unique, celui de la conservation de l'empire -ottoman, assurée, du moins pour quelque temps, par la paix qui vient -d'être signée. - -»On ne peut pas s'étonner de la confusion qui a régné sur ce point, -dans les différents cabinets de l'Europe, un seul excepté, quand on -examine les sentiments divers qui les dirigeaient. Tous, à l'exception -du cabinet russe, envisageaient l'état de l'empire ottoman, d'après -des considérations relatives. Ainsi, on a vu l'Autriche dominée par -ses inquiétudes sur l'Allemagne et l'Italie; la France, favorisant, -peut-être sans s'en rendre compte, les intérêts du pacha d'Égypte, et -les abandonnant ensuite; l'Angleterre, témoignant une froideur qui a -été même jusqu'à l'indifférence. La Russie, seule, comme je le -disais, a marché vers un but positif. Aussi, par son action, -habilement conduite il faut en convenir, est-elle arrivée à un -résultat qui, s'il est avantageux pour elle, n'en est que plus -dangereux pour l'Europe. - -»J'éprouve le besoin de rappeler ici, monsieur le duc, les différentes -démarches que j'ai été dans le cas de faire près du cabinet -britannique sur les affaires du Levant, afin de montrer que, pour ma -part, je n'ai jamais négligé ce qui pouvait concourir à une heureuse -solution de ces affaires. - -»Vers la fin du mois de janvier dernier, je communiquai à lord -Palmerston, comme le constate la dépêche que j'eus l'honneur de vous -écrire, sous le numéro 57[99], un plan d'action en commun entre -l'Angleterre, la France et l'Autriche. Ce plan, qui, je crois, offrait -de grands avantages et qui avait été d'abord favorablement accueilli -par les ministres anglais, ne fut pas adopté par M. de Metternich, qui -répondit qu'il avait la plus complète confiance dans la loyauté et -dans les assurances de l'empereur Nicolas. Les choses restèrent ainsi, -livrées à elles-mêmes, ou plutôt à l'influence russe, qui ne s'était -pas endormie. - -»A la fin de février, l'amiral Roussin conclut avec la Porte, une -convention imprudente, qui établit d'abord une funeste sécurité parmi -les puissances. Je dis imprudente, puisque cet ambassadeur, avant de -la conclure, ne s'était pas assuré des intentions du pacha d'Égypte, -qu'il ne put pas décider à se rendre à ses vues. - -»Les Russes débarquèrent aux Dardanelles, et, d'accord avec la -Porte, en occupèrent différents points. Ce fut alors que je proposai -aux ministres anglais un nouveau plan qui consistait encore dans une -action commune des puissances; mais, pour cette fois, je croyais qu'il -fallait réclamer le concours de la Russie, qui, s'il présentait, à la -fin de janvier, les inconvénients que j'indiquais à cette époque, -était devenu une nécessité depuis qu'ils occupaient Constantinople. -Vous avez su, monsieur le duc, que ce plan n'avait pas eu beaucoup -plus de succès que le premier près du cabinet britannique, et qu'on -s'était borné à l'envoi de nouvelles instructions qui devaient avoir -peu d'influence sur la question principale, celle du maintien de -l'empire ottoman, libre de tout protecteur, comme de tout ennemi. - -»M. de Metternich a plusieurs fois, j'en conviens, proposé de -s'entendre pour arriver à cet important résultat; mais on doit -reconnaître que ses projets n'étaient pas plus utiles que celui qu'il -vient de développer récemment à M. le comte de Sainte-Aulaire. - -»La paix est enfin signée, et, quoi qu'il en soit des projets faits -jusqu'ici, je crois qu'il faut aujourd'hui les considérer comme -annulés par le fait même de la paix conclue entre le sultan et le -pacha d'Égypte, et nous tenir à ce fait comme à celui qui domine -désormais toute la question d'Orient. Il faut déclarer hautement que -nous regardons cette paix comme mettant fin à tout, et ne pas élever -le moindre doute sur la retraite immédiate des Russes. - -»Mon opinion serait donc de répondre aux ouvertures de M. de -Metternich qu'une réunion quelconque des puissances, pour s'entendre -sur cette affaire, est devenue inutile, puisqu'il n'y a plus rien à -arranger, et que la cession du district d'Adana n'est que la -conséquence d'une transaction entre le sultan et le pacha, -c'est-à-dire entre le souverain et son vassal, dans laquelle les -puissances n'ont aucun droit d'intervenir. - -»Je suis porté à croire ce parti le meilleur, parce que celui qui est -proposé par M. de Metternich rejetterait dans l'incertitude, -encouragerait les tergiversations du sultan, et servirait de prétexte -aux Russes pour ne pas se retirer de Constantinople. Il ferait -certainement perdre au sultan le peu de force morale qui lui reste, -et, dans l'état actuel de faiblesse de l'empire ottoman, le livrerait -à des dangers de toute espèce, en provoquant la révolte des pachas qui -soulèveraient aisément les peuples contre une intervention européenne. - -»La marche que je propose de suivre est d'ailleurs parfaitement -d'accord avec le langage que vous avez tenu à M. le comte Pozzo et à -M. d'Appony et à celui que vous avez prescrit au chargé d'affaires de -France à Pétersbourg; elle s'accorde également avec la manière de voir -de lord Palmerston qui, je pense, avec raison, ne veut pas plus de -conférences à Vienne qu'à Constantinople, où j'avais, il y a quelque -temps, et dans d'autres circonstances, proposé de les établir, et nous -croyons l'un et l'autre qu'en présence d'une volonté exprimée par -toutes les puissances, la cour de Russie n'hésitera pas à rappeler ses -troupes de Constantinople.» - - [98] Voir page 144 et note. - - [99] Voir la dépêche du 28 janvier, p. 110. - - «Le 2 juin 1833. - -»Le prince de Lieven a reçu hier des lettres de Pétersbourg, qui, en -l'informant de la signature de la paix entre le sultan et le -pacha, lui annoncent l'intention formelle de l'empereur Nicolas de -rappeler ses troupes aussitôt que la demande lui en sera faite par le -sultan. Cela s'accorde avec ce que nous pressentions ici, et j'avoue -que je suis porté à croire dans cette circonstance aux assurances de -la Russie... - -»Nous avons remis aujourd'hui, lord Palmerston et moi, à M. Van de -Weyer la note dont j'ai l'honneur de vous transmettre une copie[100]. -Son objet est, comme vous le remarquerez, d'obtenir du gouvernement -belge l'exécution immédiate des articles de la convention du 21 mai, -qui concernent la Belgique...» - - [100] Note du 1er juin. M. Van de Weyer répondit le 10 juin par - une note adressée à lord Palmerston et à M. de Talleyrand, dans - laquelle il déclarait accepter la convention du 21 mai. - - «Le 4 juin 1833. - -»J'ai l'honneur de vous transmettre une copie de la note par laquelle -lord Palmerston et moi avons communiqué la convention du 21 mai aux -plénipotentiaires d'Autriche, de Prusse et de Russie à Londres, et de -la réponse qui m'a été adressée par M. le prince de Lieven et qui est -identique avec celle des deux autres plénipotentiaires. - -»En lisant cette réponse, vous remarquerez que les plénipotentiaires -ne prennent aucun engagement, et cela s'explique tout naturellement, -puisqu'ils ont été informés par le secrétaire de l'ambassade -hollandaise, arrivé hier à Londres, que le gouvernement néerlandais -s'était adressé aux trois cabinets de Vienne, de Berlin et de -Pétersbourg, pour s'entendre avec eux sur la reprise de la négociation -avec les cinq puissances[101]. Les plénipotentiaires doivent, -conséquemment, connaître le résultat de cette démarche et les -instructions qu'elle provoquera de la part de leurs cours respectives, -avant de manifester une opinion qui, d'ailleurs n'aurait été que -personnelle de leur part dans cette circonstance. Cependant, comme en -dernier lieu, la Prusse a parlé à La Haye, au nom des trois -puissances, il serait possible que la réponse de Berlin fût suffisante -pour décider les trois plénipotentiaires à rentrer dans la conférence. - -»On doit supposer que le roi des Pays-Bas, en s'adressant aux trois -cours du Nord leur aura fait part des prétentions qu'il élèvera lors -de la négociation définitive; mais, quoi qu'il en soit, nous sommes en -droit de nous attendre que la première communication qui sera -faite à la conférence par le plénipotentiaire néerlandais renfermera -les chiffres du cabinet de La Haye sur les points financiers qui -restent à régler. S'il en était autrement, et que le roi des Pays-Bas -inventât de nouvelles difficultés qui tendraient à prolonger la -négociation, on pourrait peut-être proposer un ajournement qui -déplairait certainement en Hollande, et qui n'aurait aucun -inconvénient pour nous, puisque, aujourd'hui, la Belgique, placée dans -une situation beaucoup plus avantageuse que ne pourra la rendre le -traité définitif, est, par conséquent, en mesure d'attendre patiemment -que le gouvernement néerlandais revienne à des idées plus -raisonnables... - -»Vous trouverez dans les journaux anglais d'aujourd'hui le récit -détaillé de la séance de la Chambre des pairs d'hier soir. Le duc de -Wellington a fait la motion d'une adresse au roi, pour demander le -maintien de la stricte neutralité du gouvernement anglais dans la -lutte qui existe entre les deux princes de la maison de Bragance. -Cette motion, qui a été combattue par les ministres, a fini par être -adoptée à quatre-vingt-huit voix contre soixante-huit. On pense que -c'est une défaite, mais qu'elle sera sans importance pour le -ministère... - - [101] Il y eut à ce moment une tentative de rapprochement très - marquée entre le cabinet de La Haye et les trois cours du - continent, particulièrement celle de Berlin. M. Ancillon y - donnait les mains. M. Bresson, le 11 juin, annonçait non sans une - surprise mêlée d'inquiétude l'arrivée inopinée à Berlin du prince - Frédéric des Pays-Bas. Le 13, il rendait compte au département - d'un entretien qu'il avait eu à ce sujet avec M. Ancillon. «Le - prince Frédéric, lui avait dit le ministre prussien, est tombé à - Berlin comme une bombe dans une maison: personne n'en a été plus - surpris que le roi lui-même.» Suivant M. Ancillon, le prince - s'est annoncé comme envoyé par le roi, son père, pour remercier - le roi de Prusse et, en sa personne, les empereurs d'Autriche et - de Russie de la part qu'ils avaient prise à la conclusion de la - convention provisoire.--M. Bresson ajoutait qu'il remarquait un - changement dans la cour de Berlin. Elle désirait, disait-il, voir - la conférence abandonner son caractère d'arbitre pour prendre - celui de médiatrice. Il rappelait que quelques mois auparavant - (_Dépêche de M. Bresson, du 12 mars_) il avait déjà attiré - l'attention du cabinet français sur une lettre de M. de - Metternich, à M. Clam, agent autrichien à Berlin, communiquée par - celui-ci à M. Ancillon, qui contenait une première allusion à - cette idée. Il voyait dans ce plan la volonté très arrêtée des - cours du continent d'intervenir en faveur du roi des Pays-Bas. Le - duc de Broglie envoya aussitôt ces nouvelles à Londres, et invita - M. de Talleyrand à écarter toutes les propositions et - insinuations qui tendraient à dénaturer le caractère de la - conférence (_Dépêche du 20 juin_). - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Neuilly, le 2 juin 1833. - - »Mon cher prince, - -»Quelle bonne et excellente nouvelle, que celle de la ratification du -roi de Hollande à la convention du 21 mai! Maintenant, je n'ai -plus de doute sur la prompte et heureuse terminaison définitive de -cette si longue et si difficile affaire de Belgique. Votre manière de -voir, sur la conduite à tenir par le roi Léopold, me paraît bien juste -et bien vraie; aussi ai-je écrit dans ce sens à Bruxelles; mais il me -paraît qu'on y est bien disposé, et qu'on va s'occuper tout de suite -du désarmement... - -»Les nouvelles de Blaye sont excellentes; madame la duchesse de Berry -commence à se promener dans le jardin, et j'espère que dans peu de -temps elle sera en voyage. Elle a fait proposer à madame Laurence de -Bauffremont[102] de venir la rejoindre pour l'accompagner dans son -voyage à Palerme. Celle-ci a accepté et a été hier demander un -passeport à M. d'Argout, et la permission de s'y rendre, qui lui a été -accordée. Je viens de voir son frère Raoul[103], qui m'a dit qu'elle -partait aujourd'hui pour Blaye...» - - [102] Laurence de Montmorency, fille d'Anne de Montmorency, pair - de France, née en 1802, mariée en 1819 à Théodore, prince de - Bauffremont. Elle mourut en 1860. - - [103] Raoul, duc de Montmorency, grand d'Espagne, né en 1790, - entré au service en 1807, fut aide de camp du maréchal Davout, - puis chambellan de l'empereur; sous la Restauration il fut aide - de camp du duc d'Orléans. Il mourut en 1862. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 11 juin 1833. - - «Mon cher duc, - -»Lord Palmerston a reçu hier des nouvelles de Constantinople, qu'il a -bien voulu me communiquer. Lord Ponsonby lui écrit que, dans une -entrevue qu'il avait eue avec le comte Orloff, celui-ci lui avait -donné les assurances les plus positives et les plus satisfaisantes de -la volonté de l'empereur Nicolas de rappeler les troupes russes de -Constantinople, aussitôt après la retraite d'Ibrahim Pacha. Ces -assurances ont été répétées de tant de côtés maintenant, qu'il me -paraît impossible qu'on ne les regarde pas comme fondées. Le cabinet -russe est trop habile pour ne pas comprendre qu'une affaire comme la -destruction de l'empire ottoman ne se fait pas par un coup de main. Le -moment d'un partage n'est point encore venu, et les cabinets prudents, -qui peuvent le prévoir, ont le temps de s'y préparer. La Russie a, -cette fois-ci, gagné une grande force morale en accoutumant les Turcs -à la présence des soldats russes, et elle s'en tiendra là pour le -moment. La Pologne ne témoigne que trop bien de la marche graduée que -sait employer la politique russe dans les affaires qui paraissent même -l'intéresser davantage. - -»Lord Ponsonby rend aussi compte à lord Palmerston d'une démarche de -l'amiral Roussin près de la Porte ottomane, qui ne paraît pas avoir eu -le mérite de l'à-propos: il s'agit de la demande faite par -l'ambassadeur de France de laisser entrer l'escadre française dans le -Bosphore, au moment même où l'ambassadeur de Russie prenait -l'engagement de faire rappeler les troupes russes après la retraite -d'Ibrahim. J'éprouve du regret de ce que cette démarche ait été faite, -car, dans tous les cas, on peut trouver qu'elle a été faite trop tôt -ou trop tard. Du reste, vous aurez été déjà informé sans doute que -lord Ponsonby avait engagé l'amiral Roussin à retirer sa demande. - -»On a reçu ici le discours du roi Léopold, dans lequel on a remarqué -plus d'exigences pour l'avenir que de satisfaction du présent[104]...» - - [104] Discours prononcé par la roi des Belges à l'ouverture des - Chambres. - - «Le 24 juin 1833. - -»Je ne vous ai pas dissimulé les difficultés du ministère anglais, -mais je crois vous avoir dit aussi, il y a deux mois, que je ne -jugeais pas la crise aussi rapprochée que certaines personnes le -supposaient. Le résultat m'a donné raison; mais si les difficultés se -sont successivement aplanies, elles se sont aussi successivement -renouvelées, et il n'est que trop évident qu'elles viennent d'acquérir -un haut degré de gravité. Il ne s'agit peut-être plus uniquement de -rétablir l'harmonie entre les deux Chambres par une nouvelle et large -création de pairs, à laquelle le roi répugne, comme abus de pouvoir; -mais il s'agit encore de triompher des deux factions, radicale et -conservatrice, de la Chambre basse, qui, toutes deux, se montrent -mécontentes du _Church-Bill_[105] l'une pour ce qu'on vient d'en -retrancher, l'autre pour ce qu'on y a laissé. Réunies, ces deux -factions pourraient bien faire perdre la majorité dans la Chambre des -communes. - -»Je me tiens avec soin, et presque avec affectation, en dehors des -vives agitations du moment; mais, si, simple spectateur, je ne puis -nier l'embarras réel du cabinet, je ne puis cependant encore partager -les prévisions de ceux qui ne lui accordent plus qu'une très courte -existence. Il faut néanmoins admettre cette dernière chance comme -possible; les premières trois semaines éclairciront cette grande -question...» - - [105] Le bill de réforme de l'Église d'Irlande qui depuis deux - mois faisait l'objet de vifs débats dans le parlement. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 29 juin 1833. - - »Mon prince, - -»Les journaux vous ont appris le sort infortuné de l'amendement que -nous avions médité pour tenir lieu de la loi de douanes. A peine cet -amendement a-t-il été imprimé, qu'il a excité dans la Chambre un récri -universel; la rumeur a été si grande que presque tous ceux qui avaient -résolu de le soutenir ont perdu courage[106]. Saint-Cricq, qui devait -le développer, s'est trouvé dans la Chambre à côté de la salle; il -proteste, sur son honneur, qu'il ne s'était éloigné que pour un -instant, et que c'est le président qui, malicieusement, a fait venir -l'amendement en discussion plus tôt qu'il ne devait. Enfin, -toujours est-il que l'amendement, mis aux voix sans avoir été -développé, a été rejeté avec acclamation à une immense majorité, sans -que personne se soit senti la hardiesse de le défendre contre une -opposition si générale. On avait contre soi, outre les intéressés qui -sont en grand nombre et qui faisaient grand bruit, toute l'opposition -qui tonnait contre le pouvoir que cet amendement mettait entre les -mains du gouvernement. Je pense que le ministère anglais sera très -irrité de tout ceci, et, franchement, je ne saurais trop m'en -plaindre. La vérité, c'est que Thiers et Humann sont, au fond, très -prohibitifs, que ce n'est que par condescendance qu'ils concèdent à -mes instances et à mes efforts les modifications du tarif de douanes, -et que, s'ils n'ont mis, dans les retards apportés à la discussion de -cette loi et dans la mésaventure de l'amendement, aucune mauvaise foi, -ils n'y ont pas porté peut-être tout le zèle que j'y aurais porté -moi-même. Il faut que vous soyez assez bon pour tâcher d'adoucir le -mécontentement du gouvernement anglais. En attendant, je m'occupe de -réparer le mal en cherchant dans les lois existantes quelque moyen de -faire une partie de ce que l'amendement nous donnait le droit de -faire. J'y travaille de tout mon coeur et j'espère y réussir. J'espère -surtout, mon prince, dans votre bienveillante habileté pour réparer -nos sottises. - - »Veuillez agréer...» - - [106] La session de la Chambre allait être close sans qu'on eût - voté la nouvelle loi sur les douanes, qui contenait de notables - réductions de tarifs et qui était attendue impatiemment en - Angleterre. Aussi dans l'une des dernières séances, le 18 juin, - le cabinet fit-il présenter par M. de Saint-Cricq un article - additionnel à la loi des finances ainsi conçu: - - Des ordonnances du roi pourront, d'ici à la prochaine session des - Chambres, mettre provisoirement à exécution, par extension de la - faculté accordée par l'article 34 de la loi du 17 décembre 1814, - celles des dispositions du projet de loi sur les douanes présenté à - la Chambre des députés le 3 décembre dernier, qui, dans l'intérêt du - commerce, de l'agriculture et de l'industrie, offriraient un - caractère d'urgence. Les ordonnances qui auront été rendues en vertu - de la présente disposition seront présentées aux Chambres dans la - prochaine session pour être converties en lois. - -La lecture de cet article souleva dans la Chambre de vives -protestations, et il fut écarté sans discussion. Cependant le cabinet -passa outre, et dès le 29 juin, une ordonnance royale portant de -nombreux dégrèvements parut au _Moniteur_; elle était contresignée par -M. Thiers. - - «Paris, le 1er juillet 1833. - - »Mon prince, - -»Je vous ai parlé, dans ma dernière lettre, de la question des -douanes, de l'amendement rejeté par la Chambre des députés et de -l'espérance que j'avais de trouver dans la législation existante -quelque moyen de réparer cet accident parlementaire. Nous avons, en -effet, trouvé ce moyen, non sans engager notablement notre -responsabilité. Je suis parvenu à y déterminer mes collègues; -l'ordonnance est signée et elle paraîtra demain ou après-demain dans -le _Moniteur_; elle contient sur la soie tout ce que portait la loi -des douanes qui n'a pas été discutée. Quant aux cotons, la proposition -de la commission ne devant avoir d'effet qu'à dater de deux ans après -la promulgation de la loi, le délai est sans importance pour le -gouvernement anglais. Peu importe, en effet, que la loi ait passé ou -non dans cette session, puisque l'effet de la loi devait être différé. -Nous aurons soin seulement qu'il soit tenu compte de ce délai dans la -rédaction de la prochaine loi sur les douanes. Je pense que le -gouvernement anglais sera content de nos efforts; il aurait tort s'il -ne l'était pas, car, en vérité, nous nous compromettons assez sur ce -point: je ne sais si nous ne nous en repentirons pas.» - - * * * * * - -Je voudrais faire ici, comme je l'ai déjà fait après le récit de la -prise de la citadelle d'Anvers au mois de janvier précédent, un résumé -aussi succinct que possible de la nouvelle phase dans laquelle étaient -entrées les affaires de Hollande et de Belgique, à la suite de la -convention du 21 mai. J'épargnerai ainsi au lecteur les détails des -longues et fatigantes négociations qui recommencèrent bientôt, et qui -durèrent plusieurs mois. Ce point écarté, je n'aurais plus à extraire -des correspondances que ce qui concerne les autres affaires -européennes traitées à cette époque par l'ambassade de France à -Londres. - -Ainsi qu'on vient de le voir, le roi Guillaume des Pays-Bas avait -ratifié la convention préliminaire du 21 mai[107], qui plaçait la -Belgique dans une position si avantageuse qu'elle ne devait point -désirer la conclusion d'un traité qui réglât d'une manière définitive -ses rapports avec la Hollande. Il n'en était pas tout à fait de même -des autres puissances, et notamment pour l'Autriche et la Prusse qui, -en signant le traité du 15 novembre 1831, base de l'existence reconnue -du nouveau royaume de Belgique, avaient réservé, au nom de la diète -germanique, les droits de celles-ci sur le grand-duché de Luxembourg. -On doit se rappeler qu'en vertu de ce traité, une partie du duché de -Luxembourg avait été incorporée au royaume de Belgique, en échange -d'une portion de la province de Limbourg qui, en 1790, n'appartenait -pas aux États-généraux de Hollande. Les cabinets de Vienne et de -Berlin étaient donc spécialement intéressés à la reprise des -négociations pour arriver à un traité définitif entre la Hollande et -la Belgique, qui avait d'ailleurs été formellement stipulé dans la -convention du 21 mai. L'article V de cette convention était conçu dans -les termes suivants: - -«Les hautes parties contractantes s'engagent à s'occuper sans délai du -traité définitif qui doit fixer les relations entre les États de Sa -Majesté le roi des Pays-Bas, grand-duc de Luxembourg et la Belgique. -Elles inviteront les cours d'Autriche, de Prusse et de Russie à y -concourir.» - - [107] Les ratifications furent échangées le 29 mai à Londres. - -La France et l'Angleterre avaient fait aux trois cours cette -invitation qui fut acceptée par elles, et la conférence de Londres, -dissoute à la suite des mesures coercitives, se trouva reconstituée. - -Le traité du 15 novembre 1831, conclu entre les cinq puissances et la -Belgique, avait déclaré qu'il restait à faire un traité _direct_ entre -la Hollande et la Belgique. Mais quel devait être le caractère de ce -traité _direct_? - -D'après la note de la conférence du 15 octobre 1831, le traité direct -entre la Hollande et la Belgique aurait dû consister dans la -reproduction littérale des vingt-quatre articles qui auraient été -acceptés mot pour mot par la Hollande comme ils l'avaient été par la -Belgique. Mais cette reproduction mot pour mot était désormais -impossible: - -1º Parce que les trois cours d'Autriche, de Prusse et de Russie, en -ratifiant le traité du 15 novembre, avaient fait des réserves qui -accordaient à la Hollande le droit de provoquer de _gré à gré_ un -nouvel examen de quelques-uns des vingt-quatre articles; - -2º On avait reconnu qu'il était indispensable de donner des -éclaircissements sur ceux de ces articles qui présentaient quelques -obscurités; - -3º Enfin, les plénipotentiaires des cinq cours, faute de -renseignements suffisants, avaient dû laisser sans solution complète -des questions qu'il était nécessaire de résoudre dans un arrangement -définitif. - -Le roi des Pays-Bas s'était décidé à adjoindre son ministre des -affaires étrangères, M. Verstolck de Soelen, à son plénipotentiaire -ordinaire, M. Dedel, et le gouvernement belge, de son côté, avait -envoyé le général Goblet, ministre des affaires étrangères, pour -appuyer M. Van de Weyer. Les négociations nouvelles s'ouvraient ainsi -avec un caractère de solennité qui semblait devoir les faire aboutir. - -La conférence tint sa première séance le 15 juillet 1833, et décida -que: - -1º Les plénipotentiaires des Pays-Bas et de Belgique seraient entendus -séparément, et traités de la même manière; - -2º Que l'on négocierait autant que possible verbalement; - -3º Que le traité du 15 novembre servirait de base aux négociations; - -4º Que les articles de ce traité seraient présentés séparément à -chaque partie, et paraphés, en cas d'adoption, avec ou sans -modification. - -La question territoriale dut former le premier objet des négociations. -On n'éleva aucune objection contre les arrangements déterminés sur -cette question par le traité du 15 novembre, mais on s'arrêta à un -point secondaire. - -Ces arrangements, comme on l'a vu, reposaient sur le principe d'un -échange entre une partie du territoire belge de la province de -Limbourg et une partie du grand-duché de Luxembourg; en conséquence de -ce principe, la partie du Limbourg cédée aurait dû être substituée à -la partie du Luxembourg dans tous les rapports de ce dernier pays avec -la Confédération germanique. Mais en exprimant dans son article III la -corrélation qui existait entre les deux cessions, le traité du 15 -novembre admettait, dans son article IV, l'alternative de la réunion -de la partie du Limbourg, soit à la Hollande, soit à la Confédération -germanique, et réservait, par son article V, au roi grand-duc, de -s'entendre à cet égard avec la diète et avec les agnats de sa maison. - -Le cabinet de La Haye, qui voulait pouvoir incorporer à la Hollande la -rive droite de la Meuse, chargea ses plénipotentiaires de demander -qu'on retranchât du traité les articles III et V, et les termes -de l'article II qui indiquaient un rapport entre les deux cessions. -Les plénipotentiaires belges, après en avoir référé à leur -gouvernement, consentirent à cette suppression, sous la condition que -le roi grand-duc produirait, avant la signature du traité, le -consentement de la diète germanique et des agnats de la maison de -Nassau. Les plénipotentiaires hollandais, de leur côté, se déclarèrent -autorisés à prendre ce double engagement. - -On parapha donc de part et d'autre les articles relatifs à la -délimitation territoriale; et ensuite les articles VII, VIII, X, XV, -XVI, XVII, XVIII, XIX, XX, XXI, XXII, XXIII, XXIV, et on ajouta un -vingt-cinquième article, qui portait qu'il y aurait paix entre le roi -des Pays-Bas et le roi des Belges, etc. - -On procéda ensuite à l'examen des cinq articles qui donnaient lieu à -des réclamations de la part de la Hollande; c'étaient: l'article IX, -relatif à la navigation des fleuves et rivières; l'article XI, -concernant l'usage des routes qui traversent le Limbourg; l'article -XII, concernant la faculté d'établir un canal ou une route à travers -le Limbourg; l'article XIII, relatif au payement annuel de la dette et -à la liquidation du syndicat d'amortissement; et enfin l'article XIV, -concernant les arrérages de la dette[108]. - -La conférence suivit pendant quelque temps les deux parties dans -l'examen de ces questions; mais, lorsqu'elle eut acquis la certitude -que le cabinet de La Haye n'avait fait aucune démarche pour obtenir le -double consentement nécessaire pour la cession du Luxembourg, -elle crut devoir suspendre de nouveau les négociations, et en -subordonner la reprise à l'accomplissement de l'engagement contracté -par le roi grand-duc. Nous retrouverons plus tard la mention de cette -suspension des négociations et des raisons qui la motivèrent[109]. -Reprenons maintenant la suite des correspondances. - - [108] Cette manière de procéder ne fut pas approuvée à Paris. Le - cabinet des Tuileries ne voulait pas recommencer à négocier sur - des questions qui lui semblaient avoir été réglées par le traité - du 15 novembre. (Voir à ce sujet une lettre de Madame Adélaïde. - Appendice, page 503). - - [109] C'est le 24 août que la conférence suspendit indéfiniment - ses séances. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 4 juillet 1833. - - »Monsieur le duc, - -»... J'ai communiqué à lord Palmerston les résolutions adoptées par le -gouvernement du roi au sujet des douanes, dont vous avez bien voulu -m'informer. Lord Palmerston s'en est montré fort reconnaissant, et m'a -chargé, en son nom et en celui des autres membres du cabinet, de vous -en témoigner toute leur satisfaction. - -»J'ai eu l'honneur de vous mander que le cabinet anglais chercherait -des moyens de conciliation pour sortir des embarras qui lui avaient -été suscités dans la Chambre des communes; il a atteint ce but en -faisant à propos quelques concessions dans le bill sur les affaires -temporelles de l'Église d'Irlande. Les difficultés sont à peu près -aplanies, et le ministère paraît assuré aujourd'hui d'arriver -heureusement jusqu'à la fin de la session, au travers même des -entraves inséparables des luttes parlementaires. La session finira -probablement au milieu du mois d'août. - -»On a reçu ce matin la nouvelle sans détails du débarquement de -l'expédition dirigée par MM. de Palmella et Villaflor à Lagos, sur les -côtes des Algarves. Cette expédition, qui n'est que de deux mille cinq -cents hommes, ne s'est pas trouvée assez forte pour oser aborder à -Lisbonne, où elle comptait sur des intelligences...» - - «Le 8 juillet 1833. - -»Je suis bien aise que M. de Fréville[110] soit venu ici, il jouira du -succès qu'a eu votre courageuse ordonnance. On saura bientôt, grâce à -vos soins, que la réciprocité vaut mieux que les représailles; -celle-là n'engendre pas de querelles. Dans le mouvement actuel des -esprits, les plus timides seront forcés de voir qu'il n'est donné à -personne de faire longtemps et à meilleur marché que les autres. Le -sol ne change pas et toutes les industries s'acquièrent. - -»M. Dedel et M. Verstolck sont attendus demain matin. Il y a sept -semaines que le traité préliminaire est fait; dans ce traité, tous les -avantages sont pour les Belges; et cependant, le roi de Hollande -traîne toujours; c'est fort difficile à expliquer, car l'argent va lui -manquer, et très probablement il n'obtiendra pas des États-généraux un -nouveau crédit; du moins, c'est l'opinion générale. Je vous manderai -quelle est la première impression que j'aurai reçue au moment de -l'arrivée de ces messieurs...» - - [110] Conseiller d'État français, envoyé à Londres pour aviser à - l'application de l'ordonnance royale sur les douanes, dont il est - fait mention dans la lettre du duc de Broglie du 1er juillet - (_Note de M. de Bacourt_). - - «Le 9 juillet 1833. - -»On vient de recevoir des nouvelles de l'expédition partie d'Oporto -sous les ordres de MM. de Palmella et Villaflor. Le débarquement -a eu lieu le 24 juin, au petit port de Villa Real, dans le royaume des -Algarves, tout près de la frontière d'Espagne. Les lettres, qui sont -du 28, annoncent qu'aussitôt après le débarquement, qui s'était fait -avec très peu de résistance de la part du gouverneur miguéliste, M. de -Villaflor s'était dirigé sur Tavira et devait s'avancer de là vers -Beja, capitale de la province de l'Alentejo, où il comptait sur de -nombreuses intelligences. M. de Palmella, de son côté, s'est rendu à -Faro, où il s'occupait à organiser le royaume des Algarves; toutes les -villes du littoral avaient proclamé la reine doña Maria... Le -capitaine Napier[111], commandant de la flotte, après avoir fait -proclamer la reine à Lagos, devait se rendre à l'embouchure du Tage -pour bloquer Lisbonne...» - - [111] Le capitaine Napier commandait la flotte de dom Pedro: il - avait pris en Portugal le nom de Carlos de Ponza, parce que en - 1813 il s'était emparé avec éclat de la petite île de Ponza sur - la côte de Naples. - - Sir Charles Napier, né en 1786, capitaine de vaisseau en 1809, fit - en 1810 la campagne de Portugal et se signala à diverses reprises - jusqu'en 1815. Il fut alors mis en non-activité. En 1829, il entra - au service de dom Pedro dont il contribua à faire triompher la - cause. En 1834, il fut élu député à la Chambre des communes. Il - fut nommé commodore en 1839, contre-amiral en 1846 et vice-amiral - en 1853. Il échoua devant Cronstadt en 1854 et revint en - Angleterre où il mourut en 1860. - - «Le 14 juillet 1833. - -»La nouvelle est arrivée ce matin à Londres, que la flotte de la reine -doña Maria, commandée par l'amiral Carlos Ponza (capitaine Napier), -avait rencontré le 5 de ce mois, à la hauteur du cap Saint-Vincent, -l'escadre de dom Miguel, et qu'à la suite d'un engagement très vif, -l'amiral Ponza s'était emparé de deux vaisseaux de ligne, de deux -frégates et d'une corvette miguélistes. Cette nouvelle a produit une -grande sensation à Londres; le ministère en est très satisfait, -et on doit croire qu'elle lui sera utile dans les importantes -discussions qui vont s'ouvrir au parlement pendant cette semaine. - -»Le fils de M. de Bourmont est arrivé ici, venant de France, et -apportant des sommes assez considérables. Il a fait acheter un grand -bateau à vapeur, _the United Kingdom_, qui partira pour Lisbonne dans -le courant de la semaine, chargé de munitions, d'artillerie et -d'officiers anglais, dit-on, qu'on est parvenu à enrôler.» - - «Le 15 juillet 1833. - -»... Nous avons eu ce matin notre première conférence sur les affaires -de Hollande et de Belgique... Après la conférence, j'ai entretenu lord -Palmerston de la communication que vous avez bien voulu me faire par -votre dernière dépêche sur le projet d'un traité d'alliance offensive -et défensive entre la Russie et la Porte ottomane, dont il vous a été -rendu compte par l'amiral Roussin[112]. Lord Palmerston a reçu les -mêmes informations par lord Ponsonby, quoique d'une manière peut-être -moins positive. Sir Frédéric Lamb lui écrit aussi que M. de -Metternich, lorsqu'il lui en a parlé, s'est montré fort irrité qu'on -crût à l'existence d'un pareil traité. Lord Palmerston et moi ne -pouvons pas nous persuader que la Russie ait osé risquer une démarche -de ce genre; mais mon opinion personnelle est que, si le traité -existe, l'Autriche doit en être une des parties, car on ne peut pas -raisonnablement supposer que la Russie fît seule un traité qui -mettrait nécessairement contre elle l'Autriche, la France et -l'Angleterre; la conduite du cabinet de Vienne serait, d'ailleurs, -dans cette occasion, d'accord avec beaucoup de ses antécédents[113]...» - - [112] Voir page 176 et note et page 208. - - [113] Voir pages 208 et 210. - - «Le 19 juillet 1833. - -»La discussion sur la seconde lecture du bill relatif au temporel de -l'Église d'Irlande, qui dure depuis deux jours à la Chambre des pairs, -sera probablement terminée cette nuit. Le discours que lord Grey a -prononcé dans la première séance a produit un grand effet et a été -généralement admiré. La position du cabinet s'est fort améliorée dans -ces derniers jours; il n'est plus douteux que la seconde lecture du -bill passera, et on pense même que dans les comités il ne subira pas -de changements très importants. On attribue beaucoup à la modération -témoignée par le duc de Wellington les dispositions plus calmes et -plus conciliantes que montre, en ce moment, l'opposition dans la -Chambre des pairs... Nous n'avons aucune nouvelle de Portugal, depuis -celle de la victoire de l'amiral Napier... » - - «Le 26 juillet 1833. - -»J'ai très bien compris l'intérêt que vous deviez mettre à suivre la -marche de la négociation sur les affaires hollando-belges; aussi -continuerai-je, comme je l'ai fait depuis la reprise de la -négociation, à vous tenir au courant de toutes les délibérations de la -conférence. Vous avez toujours été et vous serez toujours au courant -de tout ce qui nous occupe si vivement ici, et, certes, à cet égard, -vous devez souvent être fatigué de la multiplicité de mes lettres et -de mes dépêches. Les autres ambassadeurs attendent généralement que -nous soyons arrivés en conférence à quelques résultats pour en écrire -à leurs cours. Je pense être le seul qui écrive presque journellement; -et c'est peut-être un tort, car j'appelle ainsi votre attention sur de -simples ébauches et j'expose par là votre jugement à rester dans un -vague qui peut même l'induire momentanément en erreur. - -»Je ne pense pas que depuis trois ans que je suis à Londres le roi ait -eu à se plaindre de faiblesse et d'imprudence de ma part, ni qu'il -puisse expliquer les lenteurs actuelles par autre chose que par cet -esprit de conciliation dont l'expérience me prouve chaque jour de plus -en plus les avantages. Je ne crois pas que ce soit le moment de -changer de système, et l'incident de Maestricht dont vous parle M. -d'Eyragues confirme cette opinion. Songez que nous avons enfin obtenu, -pour finir l'affaire belge, un concours sincère des puissances du -Nord; que nous leur devons l'assouplissement momentané, et qu'il -serait aussi facile que nuisible de compromettre leurs bonnes -dispositions _si peu instinctives_ par une complaisance illimitée pour -la Belgique. Les intérêts réels des Belges triompheront, mais leurs -besoins factices ne doivent pas venir entraver notre marche et nuire à -la bonne intelligence de l'Europe, si nécessaire dans le moment -actuel...» - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 25 juillet 1833. - - »Mon prince, - -»C'est toujours à vous qu'il faut avoir recours dans les circonstances -qui présentent quelques difficultés. Aussi, je désire vous -entretenir de bonne heure de l'affaire de Portugal et savoir quel est -votre avis sur la marche à suivre dans le cas où Lisbonne se rendrait -prochainement au marquis de Palmella. - -»A coup sûr, nous nous réjouissons de cet événement, en supposant -qu'il arrive; mais nous ne pouvons nous dissimuler qu'il ne tardera -pas à nous causer des embarras assez grands. La situation déjà bien -précaire de l'Espagne en deviendra bien plus précaire encore, et -chaque jour nous nous trouverons en présence de complications -nouvelles résultant des tentatives faites pour amener un état -révolutionnaire dans toute la péninsule. Ces difficultés seront -plus ou moins nombreuses, plus ou moins pressantes, selon que -l'établissement de la jeune reine sera dirigé par dom Pedro ou par -Palmella, selon que la charte brésilienne sera ou ne sera pas mise de -côté. Il importe, je crois, au gouvernement anglais comme à nous, que -dom Pedro et sa charte soient éloignés du Portugal le plus tôt -possible, et, pour cela, il importe que les deux gouvernements -s'entendent et se concertent de bonne heure sur la ligne de conduite -qu'ils se proposent de suivre. Nous savons par Oporto que dom Pedro a -défendu à Palmella d'entrer à Lisbonne sans lui. Nous savons également -que Palmella est décidé à ne point obéir. Nous savons également enfin -que l'impératrice a des ordres secrets pour ne point laisser -s'embarquer la jeune reine, jusqu'à ce que dom Pedro ait lui-même -écrit qu'on la lui envoyât. Il me semble que nous ne saurions songer -trop tôt à parer aux dispositions qu'il fait pour s'emparer -exclusivement de toute l'affaire. Je désirerais savoir quelles mesures -vous paraîtraient les plus efficaces pour arriver à ce but, et quelles -sont celles que vous croiriez en même temps les plus faciles à -concerter avec le gouvernement anglais. Soyez assez bon pour -m'éclairer de vos conseils sur ce point, comme sur tous les autres, et -veuillez recevoir...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 27 juillet 1833. - - »Monsieur le duc, - -»... M. Bresson vous aura sans doute mandé que Sa Majesté le roi de -Prusse a dû se rendre du 22 au 24 de ce mois à Töplitz, accompagné de -M. Ancillon, d'un autre de ses ministres, et du secrétaire de son -cabinet. Le prince Félix de Schwarzenberg[114] doit s'y être rendu en -même temps que Sa Majesté. Le prince de Metternich ira de Königswarth, -et il paraît que Sa Majesté l'empereur d'Autriche, qui, vers cette -époque, se trouvera dans ses terres en Bohême, a invité le roi de -Prusse à y venir; on croit que la réunion de ces deux souverains aura -lieu le 20 du mois d'août. On ignore encore à Londres si l'empereur -Nicolas fera partie de cette réunion...» - - [114] Félix-Louis-Jean-Frédéric prince de Schwarzenberg, général - et homme d'État autrichien. Né en 1800, il suivit à la fois la - carrière des armes et de la diplomatie, fut attaché d'ambassade à - Pétersbourg en 1824, puis à Londres (1826), à Rio-de-Janeiro - (1827), à Paris et à Berlin. Il fut ensuite nommé ministre à - Turin, d'où il passa à Parme et à Naples (1846). En 1848, il - devint le chef du cabinet autrichien et garda ces hautes - fonctions jusqu'à sa mort (1852). - - «Le 30 juillet 1833. - - »Mon cher duc, - -»Je réponds aussi vite que je peux à la lettre pleine d'amitié et de -confiance que vous m'avez écrite sur notre position et sur celle -de l'Angleterre vis-à-vis du Portugal. J'ai vu lord Palmerston à ce -sujet; il me paraît comprendre le grand avantage qu'il y aurait à -écarter dom Pedro de la cause de sa fille et ne pas répugner à -reconnaître une régence dont le duc de Bragance ne ferait pas partie -et d'accréditer, par exemple, lord William Russell auprès d'une -régence dont Palmella serait et le centre et le chef. Les deux autres -membres (parce que les affaires n'en exigent en tout que trois), -seraient donc, d'une part, M. de Villaflor, et, de l'autre, un -miguéliste modéré, s'il était possible d'en rallier un à la cause de -la jeune reine. Il serait bien heureux que le miguéliste s'appelât M. -le duc de Cadaval[115]. - -»Je suis ici dans une trop grande ignorance de l'état des esprits en -Espagne, et de votre langage à Madrid par rapport au Portugal, pour -être sûr que vous vouliez adopter la marche que je viens de vous -indiquer; mais, dans le cas où elle vous paraîtrait convenable, un -envoyé français, dans une position analogue à celle de William -Russell, et qui, sur les lieux, s'entendrait avec lui, me paraîtrait -utile à envoyer en Portugal, pour y faire valoir, en temps opportun, -les avantages de la régence, et pour la reconnaître ensuite au nom de -la France. Ce système aurait évidemment l'avantage d'établir en -Portugal un gouvernement qui agirait au nom de la jeune reine, sans -rendre sa présence à elle-même nécessaire à une époque où vous -pourriez craindre que sa belle-mère, d'après les ordres de dom Pedro, -ne mît obstacle au départ de doña Maria. La régence devrait, dans mon -opinion, et cela lui serait très facile, abandonner la constitution de -dom Pedro, ce grand épouvantail de l'Espagne, et rassurer ainsi toutes -les susceptibilités de l'Europe. Vous aurez dans la personne que vous -devriez envoyer en Portugal, un choix très difficile à faire, parce -qu'il ne faut pas surtout un homme de parti. Vous causerez, sans -doute, de tout ceci avec lord Granville, que lord Palmerston doit -mettre aujourd'hui même bien au courant de toute cette question, qui -nous a fort occupés ce matin...» - - [115] Nunho-Caëtano-Alvarez Pereira de Mello, duc de Cadaval, né - en 1798, descendait d'une branche cadette de la maison de - Bragance. Dom Miguel le nomma en 1828 président du conseil des - ministres. Il soutint énergiquement la cause absolutiste, et - après le triomphe de dom Pedro, il se réfugia à Paris où il - mourut en 1838. - - «Le 31 juillet 1833. - -»Il est minuit, la séance de la Chambre des pairs est levée; le -ministère a eu une majorité de cinquante-trois voix[116]. Vous pouvez -regarder la session comme terminée. Le ministère n'éprouvera plus de -vraies difficultés.» - - [116] C'est le vote sur le bill de réforme de l'Église d'Irlande. - Il fut voté par les pairs à la majorité de 135 voix contre 81. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 30 juillet 1833. - -»Mille grâces, mon prince, de votre aimable lettre du 26, et de votre -excellente besogne. Il me paraît que, grâce à vous, l'affaire de -Belgique est en très bon train; et je commence à espérer tout à fait -que nous en verrons la fin. Je vous prie de croire que je pense des -Belges ce que vous en pensez vous-même, et que mon unique -préoccupation, quand je vous les recommande, c'est de tâcher de leur -ôter tout prétexte de faire quelque sottise qui vienne gâter votre -ouvrage ou vous susciter de nouveaux embarras.--Nos fêtes se sont -passées à merveille[117], et réellement, si vous revenez d'ici à -quelques semaines passer un petit bout d'automne en France, vous ne -nous reconnaîtrez pas...» - - [117] Les fêtes pour l'anniversaire des journées de Juillet. - Elles furent marquées, cette année, par le rétablissement de la - statue de l'empereur sur la colonne Vendôme. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 2 aooût 1833 - -»Lord Palmerston vient de me communiquer les nouvelles suivantes de -Lisbonne: - -»La reine doña Maria a été proclamée à Lisbonne le 24 juillet. Il y a -eu le 23 un combat au sud du Tage, entre le général Villaflor et -Telles Jordaô; celui-ci est resté sur la place et ses troupes ont été -mises en déroute; le ministre d'Espagne[118] qui se battait avec les -miguélistes, a été fait prisonnier par Villaflor. Le 24 au matin, le -duc de Cadaval s'est retiré de Lisbonne avec la garnison. La -population a immédiatement et spontanément proclamé la reine doña -Maria. Dans l'après-midi du même jour, Villaflor a traversé le -Tage avec quinze cents hommes. Le 25, la flotte est entrée dans le -Tage. Le 26 au soir, l'empereur dom Pedro s'est embarqué avec tous ses -ministres à bord d'un bateau à vapeur, pour se rendre à Lisbonne, -laissant Saldanha[119] comme gouverneur civil et militaire d'Oporto. -L'armée assiégeante commençait à faire un mouvement de retraite...» - - [118] Louis-Fernandez de Cordova, général et diplomate espagnol, - né en 1799, un des plus fidèles partisans du roi Ferdinand VII, - qu'il soutint toujours contre le parti constitutionnel. Il fut - secrétaire d'ambassade à Paris en 1825, puis ministre en Prusse. - En 1832, il fut accrédité auprès de dom Miguel, dont il défendit - énergiquement la cause. Il prit part aux guerres civiles de - l'Espagne et se rangea du côté de la reine Isabelle. Il mourut en - 1840. - - [119] Joao Carlos, duc de Saldanha Oliveira e Daun, homme d'État - et général portugais, petit-fils du marquis de Pombal, né en - 1780; il accepta en 1810 la domination française et fut fait - prisonnier par les Anglais; il passa ensuite au Brésil. De retour - en Portugal, il devint ministre des affaires étrangères du roi - Jean VI. A la mort du roi, il devint le chef du parti libéral et - soutint la cause de dom Pedro. Créé maréchal en 1834, il devint, - en 1835, ministre de la guerre et président du conseil. Il quitta - le pouvoir en 1836 et fut, pendant quinze ans, mêlé à toutes les - luttes civiles du Portugal. En 1851, il s'empara du pouvoir qu'il - garda cinq ans. Le maréchal devint plus tard ministre - plénipotentiaire à Londres. Il mourut en 1875. - - «Le 2 août 1833. - -»Vous êtes déjà informé de la nouvelle qui est parvenue aujourd'hui à -Londres et dont j'ai connaissance à l'instant. On vient d'apprendre -que le traité entre la Russie et la Porte ottomane avait été signé à -Constantinople[120], et quoiqu'on annonce qu'il est purement défensif -(ce que même nous ne pourrions admettre), l'expérience prouve qu'en -pareille circonstance, un traité défensif est bien près, si cela -convient, de devenir offensif. - -»Un tel événement réclame toute l'attention du gouvernement du roi, et -c'est parce que je sens l'importance d'une action vive et prompte, que -je ne balance pas à vous communiquer quelques réflexions qui me sont -suggérées par la situation. - -»Il me semble que la France doit agir de concert avec l'Angleterre, et -vous jugerez sans doute convenable de faire connaître vos vues à cet -égard à lord Granville: de mon côté, je ferai usage de toutes les -directions que vous voudrez bien me donner. - -»D'après ce qu'on écrit de Constantinople, les ratifications du traité -ne doivent être échangées que dans deux mois; c'est un temps précieux -dont il faut tirer parti. - -»Dans l'état actuel des choses, la France et l'Angleterre ont à -choisir entre Pétersbourg, la Bohême où se trouve M. de Metternich, et -Constantinople, pour y employer toute leur influence afin d'empêcher -la ratification du traité récemment conclu. - -»A Pétersbourg, il est très probable qu'on ne s'est décidé qu'après de -mûres réflexions et en conséquence d'une politique persévérante à -entraîner la Porte dans cette alliance; il y a donc tout lieu de -craindre que les démarches des deux cours resteraient sans effet près -d'un cabinet arrêté dans ses résolutions et qui, d'ailleurs, ne montre -pas habituellement des dispositions très bienveillantes pour la France -et pour l'Angleterre. - -»Quant à M. de Metternich, par le langage qu'il a tenu à M. de -Sainte-Aulaire et à sir Frédéric Lamb, on doit le croire ou -trompé ou voulant nous tromper[121]. Dans le premier cas, on perdrait -beaucoup de temps à le désabuser, et dans le second, il ne chercherait -qu'à augmenter notre embarras par les moyens tortueux de la politique -qu'il a adoptée. Sans compter beaucoup sur l'efficacité des tentatives -qui pourraient être faites près de lui, je pense cependant qu'elles ne -devraient pas être totalement négligées. - -»Mais c'est à Constantinople qu'il faut, par-dessus tout, porter tous -nos moyens d'action; c'est là qu'il faut que les ambassadeurs de -France et d'Angleterre représentent au sultan le danger dans lequel il -se précipite; qu'ils l'implorent, qu'ils le menacent au besoin, et -surtout, qu'ils cherchent l'appui du parti considérable qui, dans le -divan et parmi les ministres, a repoussé l'alliance russe. Il n'est -pas possible de croire qu'au moment où les troupes russes -viennent de quitter Constantinople, et où le sultan a, par conséquent, -recouvré une sorte d'indépendance, la voix unie de la France et de -l'Angleterre ne se fasse pas entendre avec succès. - -»Notre seul but doit être d'empêcher la ratification du traité, et -dans mon opinion, le moyen d'y parvenir est une déclaration prompte et -énergique de deux puissances en état d'assurer à la Porte un appui qui -peut lui être devenu nécessaire par la faute à laquelle elle s'est -laissée entraîner. - -»Il me paraît que les représentants d'Angleterre et de France ont -prudemment agi, en ne faisant aucune démarche avant le départ du comte -Orloff et des troupes russes.» - - [120] C'est le traité d'Unkiar-Skelessi signé le 8 juillet entre - le comte Orloff et le gouvernement ottoman. Par ce traité, la - Russie et la Turquie contractaient une alliance défensive contre - toute attaque extérieure ou intérieure quelle qu'en fût la - nature. La Russie promettait à la Turquie, sur terre et sur mer, - tous les secours dont elle pourrait avoir besoin. Enfin, par un - article supplémentaire, il était convenu que la Porte fermerait, - en cas de nécessité, les Dardanelles, c'est-à-dire qu'elle ne - permettrait à aucun vaisseau d'y entrer sous n'importe quel - prétexte. - - Le présent traité était signé pour huit années. - - [121] M. de Sainte-Aulaire écrivait le 5 juillet au duc de - Broglie pour lui rendre compte d'un entretien qu'il venait - d'avoir avec M. de Metternich sur les affaires d'Orient: «M. de - Metternich, disait-il, prétend n'avoir aucune connaissance de ce - traité (Unkiar-Skelessi), mais il affirme que si cet acte existe, - il a été conçu et accompli non seulement sans la participation de - l'Autriche, mais sans qu'aucune circonstance ait pu éveiller les - prévisions du cabinet de Vienne. Ce serait au reste, selon lui, - une raison de plus pour marcher en commun à l'avenir, et plus on - attacherait d'importance à ce nouveau danger pour l'indépendance - de la Porte, plus la France et l'Angleterre auraient sujet de se - réunir à l'Autriche et à la Russie pour substituer un protectorat - commun à un protectorat exclusif. M. de Metternich donne des - assurances réitérées que l'Autriche ne souffrira pas, de la part - de la Russie, ni un accroissement de territoire, ni un - protectorat exclusif de la Porte. La méfiance et le mauvais - vouloir du prince de Metternich sont extrêmes contre la Russie. - Pour aucun prix cependant, il ne se déciderait à rompre - brusquement, mais il éprouve un vif désir d'organiser des - négociations communes.» Le 14 juillet suivant, M. de - Sainte-Aulaire ajoutait qu'il s'était mis d'accord avec M. de - Metternich sur la nécessité pour les quatre puissances de - notifier à la Porte qu'elles prenaient toutes un intérêt égal à - sa conservation et qu'elles entendaient protéger l'intégrité de - son territoire (_Correspondance officielle de M. de - Sainte-Aulaire_). - - «Le 2 août 1833. - - »Mon cher duc, - -»Je vous envoie des nouvelles importantes, que je crois certaines, de -Lisbonne. Dom Pedro paraît y être accouru. A l'heure qu'il est, la -régence doit être établie; aussi mon opinion d'avant-hier est hors de -propos. Mais si, par le fait, l'Angleterre et la France n'ont pu -prendre part à l'établissement de la régence, elles restent -aujourd'hui maîtresses de la reconnaître ou de ne pas la reconnaître. -Je ne puis, dans ce moment, vous dire le parti que l'Angleterre -prendra à cet égard, et peut être ne devons-nous pas, dans cette -circonstance, faire dépendre entièrement notre marche de celle qu'on -adoptera ici. L'Angleterre a des intérêts portugais directs; notre -intérêt direct à nous, c'est l'Espagne. Le Portugal est pour nous un -intérêt de _second hand_. Les conditions auxquelles il peut nous -convenir de reconnaître la régence pourraient donc ne pas être -identiquement les mêmes que celles qui conviendront à l'Angleterre. -J'ai cru devoir appeler votre attention sur tout ceci au moment de la -décision qui paraît bien près d'arriver...» - - «Le 5 août 1833. - -»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sous -le numéro 85[122], et j'ai vu avec une grande satisfaction, par les -considérations qu'elle renfermait, que mon opinion se trouve -parfaitement d'accord avec la vôtre, sur le grave événement qui vient -de se passer à Constantinople. - -»Je presse, depuis plusieurs jours, le ministère anglais de prendre un -parti sur cette question, dans le sens que je vous indiquais par ma -dernière dépêche, et je puis vous dire la résolution à laquelle il -s'est arrêté. - -»Un courrier anglais partira demain pour Constantinople et passera par -Paris. Lord Granville sera chargé de vous communiquer la dépêche -adressée à lord Ponsonby. Cette dépêche exprimera d'une manière nette -et prononcée l'étonnement et le mécontentement qu'a éprouvés le -gouvernement anglais en apprenant l'alliance conclue entre la Porte -ottomane et la Russie, et l'ordre d'en faire part au gouvernement -ottoman, en lui exposant tous les dangers de la situation dans -laquelle il s'est placé. Lord Ponsonby devra faire comprendre que la -Porte, en acceptant ce traité, renonce à son indépendance, qui, -désormais, reste soumise aux volontés et aux exigences de la Russie; -que, par ce fait seul, sa puissance se trouve anéantie aux yeux de -l'Europe, aussi bien qu'à ceux de ses peuples. Il insistera -particulièrement sur les changements qu'un tel traité doit produire -dans les rapports existants entre la Sublime Porte et ses anciens -alliés; que l'Angleterre ne peut plus la reconnaître que comme -dépendant de la Russie, et qu'en cas de guerre, par exemple, avec -cette dernière puissance, elle se verrait obligée de traiter l'empire -ottoman comme un ennemi; qu'une pareille conséquence, qui est -cependant inévitable, annulerait toutes les relations de la Porte avec -d'anciens et fidèles alliés comme l'Angleterre et la France, et la -livrerait au pouvoir de la Russie, son ennemie de tout temps. - -»Je viens de vous rapporter à peu près l'exposé de ce qui sera écrit à -lord Ponsonby; vous jugerez peut-être convenable de transmettre à -l'amiral Roussin des instructions dans le même sens. Il me paraît bien -essentiel que les deux ambassadeurs combinent d'accord toutes leurs -démarches et agissent de concert en tout point. - -»Si vous adoptiez cette marche, vous croiriez sans doute devoir -communiquer à lord Granville les instructions adressées par vous à -l'amiral Roussin. Il serait utile aussi, je pense, que le courrier -français porteur de vos ordres partît en même temps, et peut-être même -avec le courrier anglais, afin de fournir, même dans l'exécution -matérielle, une preuve de la communauté de vues de la France et de -l'Angleterre. - -»Il n'y a pas de temps à perdre, puisque c'est le 8 du mois de -septembre que doit avoir lieu l'échange des ratifications entre la -Russie et la Porte ottomane, et que c'est à empêcher cet échange que -doivent tendre tous nos efforts. - -»Vous voyez que, dans tout ceci, je ne parle pas de l'Autriche. Comme -j'avais l'honneur de vous le dire dans ma dernière dépêche, une -démarche envers l'Autriche, dans le premier moment, pourrait nous -entraver au lieu de nous servir. Mais, après le départ des deux -courriers, il y aurait peut-être de l'avantage à faire arriver à -Vienne quelques réflexions sur les circonstances, afin de se ménager -plus tard le moyen de représenter au cabinet autrichien que nous -n'avons pas négligé de lui faire connaître notre opinion, et qu'il n'a -tenu qu'à lui de s'unir avec nous, car il faut également éviter d'être -entravé et d'être accusé de manque de confiance...» - - [122] Voir la dépêche du 1er août à l'Appendice, page 504. - - «Le 5 août 1833. - -»Le gouvernement anglais s'est décide à reconnaître officiellement le -gouvernement de la reine doña Maria; et cette reconnaissance -s'exprimera simplement en accréditant près de la régence un envoyé -anglais. Lord William Russell qui, comme vous le savez, est déjà à -Lisbonne, sera chargé de cette mission, à laquelle on donnera le -caractère de mission spéciale. - -»Lord Palmerston doit écrire en même temps au ministre d'Angleterre à -Madrid, M. Addington[123], de tranquilliser le gouvernement espagnol -sur le résultat de cette reconnaissance, en lui faisant comprendre que -l'Angleterre, en agissant ainsi, avait usé du même droit que -l'Espagne, qui avait précédemment reconnu dom Miguel. M. Addington -devra aussi assurer que la ferme intention de l'Angleterre est -d'empêcher toute réaction dans la péninsule. - -»Lorsqu'il s'agira du retour de la reine doña Maria en Portugal, ne -trouveriez-vous pas convenable qu'elle fût escortée par une frégate -française et par une frégate anglaise? Je crois que le gouvernement -anglais le verrait avec plaisir...» - - [123] Henry Unwin Addington, cousin du ministre de ce nom. Né en - 1790, il entra dans la diplomatie, fut secrétaire de légation à - Berne et à Copenhague, chargé d'affaires à Washington (1822) puis - envoyé extraordinaire à Francfort (1828) et à Madrid (1829). En - 1842, il devint sous-secrétaire d'État au Foreign Office, et - conseiller privé en 1854. - - «Le 6 août 1833. - -»Je viens de voir lord Palmerston, qui m'a annoncé que le départ de -son courrier pour Constantinople était retardé jusqu'à demain. Cette -disposition du gouvernement anglais à apporter toujours des retards -dans les décisions sur les affaires d'Orient, me persuade quelquefois -qu'il n'en sent pas assez l'importance. Du reste, le gouvernement du -roi aura par là un jour de plus pour délibérer sur une affaire qui -mérite certainement la plus sérieuse attention. - -»C'est demain aussi qu'on fera partir pour Lisbonne le paquebot qui -doit porter à lord William Russell ses lettres de créance. Il me -semble que rien ne vous oblige à hâter l'envoi d'un ministre en -Portugal; ce sera, de la part de la France, une démarche beaucoup plus -prononcée que celle de l'Angleterre, qui accrédite seulement une -personne qui se trouve déjà sur les lieux. Vous avez d'ailleurs, sur -ce point, des informations qui doivent vous mettre en position de -juger beaucoup mieux que moi du moment opportun pour faire cette -démarche...» - - »Le 8 août 1833. - -»... Lord Palmerston a envoyé hier à lord William Russell ses lettres -de créance, en l'autorisant toutefois à ne pas déployer son caractère -dans le cas où des troubles, ou toute autre circonstance, lui feraient -trouver de l'inconvénient à cette démarche. C'est une information -qui peut, au besoin, ne pas vous être inutile. - -»Le gouvernement anglais avait fait demander avant-hier aux armateurs -de la cité quinze bâtiments de transport de 3 à 400 tonneaux, et dont -les services étaient réclamés pour trois mois. On a répandu le bruit -que c'était pour envoyer des troupes en Portugal, et cela paraissait -assez probable. Il semble cependant qu'on est revenu sur cette -résolution, du moins pour le moment, puisqu'on s'est borné à recevoir -les propositions des armateurs, sans leur donner de réponse positive; -on a peut-être voulu s'assurer par là seulement des facilités qu'on -pourrait se procurer dans une occasion pressante. - -»Le gouvernement anglais est d'ailleurs fort rassuré sur les -dispositions du cabinet de Madrid; les ministres m'ont dit que M. -Addington leur écrivait que, dans ses dernières conversations avec M. -de Zéa, il l'avait trouvé beaucoup plus conciliant et plus modéré, et -qu'il paraissait même vouloir repousser tout projet d'intervention de -la part de l'Espagne dans les affaires de Portugal. - -»M. Aston vous aura donné connaissance des instructions pour lord -Ponsonby, qui sont parties hier d'ici. Lord Palmerston a reçu la -communication du projet de protestation à Constantinople, dont vous -avez fait part à M. Aston; il l'a accueilli très favorablement, et je -puis vous dire qu'il entre complètement dans les vues du cabinet -anglais...» - - «Le 10 août 1833. - -»Nous avons échangé aujourd'hui avec le ministre de Bavière les -ratifications de l'article explicatif et supplémentaire de -l'article VIII de la convention signée à Londres, le 7 mai 1832, pour -l'arrangement définitif des affaires de la Grèce[124]. - -»Dans cette réunion des membres de la conférence sur les affaires de -Grèce, il a été question de la demande qui doit nous être incessamment -faite par le gouvernement grec, afin d'obtenir la garantie des trois -puissances au troisième tiers de l'emprunt. Lord Palmerston et le -prince de Lieven m'ont dit qu'ils étaient autorisés à accorder cette -garantie, et j'ai promis de demander vos ordres à cet égard; en -conséquence, je vous prie de vouloir bien me faire connaître les -intentions du gouvernement du roi, et si je suis ou non autorisé à -accéder à la demande du gouvernement grec...» - - [124] Voir page 167. - - «Le 10 août 1833. - -»Voici l'extrait des nouvelles qui sont arrivées aujourd'hui de -Portugal; elles vont jusqu'au 31 juillet et sont, en général, très -satisfaisantes pour la cause de la reine doña Maria. - -»L'empereur dom Pedro est entré à Lisbonne le 28, et un grand nombre -de personnes des classes les plus élevées, parmi lesquelles plusieurs -grands du royaume, se sont empressées de lui présenter leurs hommages -et de faire leur soumission à la jeune reine. Le patriarche de -Lisbonne n'a pas voulu suivre le duc de Cadaval et avait déjà ordonné -de nommer la reine et le régent dans les prières de l'Église... - -»Le duc de Terceira, dans l'action du 23 contre Tellez Jordaô, a pris -huit pièces de canon; l'ennemi avait perdu trois cents hommes et deux -escadrons de cavalerie. M. de Cordova, ministre d'Espagne, a été -positivement fait prisonnier pendant cette affaire, et quoiqu'il -ait été vu pendant le combat dirigeant et encourageant les troupes -miguélistes, le duc de Terceira l'a fait cependant mettre -immédiatement en liberté. Retourné à Lisbonne, M. de Cordova a fait -enlever les armes de la légation de son hôtel et s'est rendu à -Coimbre... - -»On a saisi des dépêches diplomatiques et autres qui éclairent fort -bien sur les menées des agents, des amis et des protecteurs de dom -Miguel. D'après les lettres de Porto du 29 juillet, l'ennemi aurait -perdu cinq mille hommes dans l'action du 25. On compte parmi les morts -le fils de M. de Bourmont, M. Duchâtel, le général Cardozo, et on -parle aussi d'autres personnes assez importantes qui auraient été -tuées; MM. de Bourmont[125] père, Clouet et Lemos ont été blessés...» - - [125] Louis-Anguste-Victor, comte de Ghaisnes de Bourmont, né en - 1773, était officier aux gardes françaises à l'époque de la - Révolution. Il émigra, servit dans l'armée de Condé, puis en - Vendée. Il fut arrêté sous le consulat, mais parvint à s'évader, - revint en France en 1810 et prit du service. Il devint général de - division. On connaît sa conduite en 1815. En 1829, il fut un - instant ministre de la guerre et, en 1830, commanda l'expédition - d'Alger, qui lui valut le bâton de maréchal. Il refusa de prêter - serment au roi Louis-Philippe, suivit la duchesse de Berry en - Vendée en 1832, puis se mit au service de dom Miguel, dont il - commanda les troupes. Il rentra en France en 1840 et mourut en - 1846. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 7 août 1833. - - »Mon prince, - -»Je réponds aujourd'hui à vos communications, en ce qui concerne le -traité entre la Porte et la Russie. Demain, je vous écrirai sur -l'affaire de Portugal. A chaque jour ses difficultés et ses soucis. - -»La première réflexion qui me frappe en relisant ce traité, c'est que -la question d'Orient touche à son terme, et qu'il faut éviter, quoi -que nous fassions, de la réengager, et d'en commencer une nouvelle. -Vous approuvez la conduite tenue par nos ambassadeurs; vous pensez -qu'ils ont bien fait de ne pas compromettre l'évacuation du Bosphore, -en travaillant à mettre obstacle à la signature du traité. Je le crois -comme vous, et j'en tire cette conclusion, que toute action de notre -part, qui pourrait avoir pour résultat de faire naître des embarras -nouveaux, de reproduire des complications sur le théâtre de -Constantinople, aurait plus d'inconvénients que d'avantages. - -»Une autre réflexion qui ne me touche guère moins, c'est que le traité -ne change rien matériellement à l'état actuel des choses. - -»La Porte s'engage envers la Russie à lui fournir des secours, si la -Russie les réclame. Ceci n'est qu'une pure dérision. Ce n'est pas un -avantage réel pour la Russie. Elle n'en a pas besoin, et la Porte -n'est pas en état de tenir son engagement, si elle était mise à -l'épreuve. - -»La Russie s'engage envers la Porte à lui fournir du secours si la -Porte le réclame, et dans la proportion où elle le réclamerait. Ceci -n'est guère plus sérieux. Traité ou non, la Russie sera toujours prête -à envoyer ses vaisseaux dans le Bosphore et des troupes à -Constantinople, et du moment qu'elle n'acquiert point par le traité le -droit d'en envoyer, _sans attendre la demande de la Porte_, de même -que la Porte se réserve de demander ou de ne pas demander, de régler -le nombre et la nature des secours, lorsqu'elle en demande, la Russie -n'acquiert aucun droit positif; et, je le répète, _matériellement_, -les choses restent à peu près ce qu'elles sont. - -»Mais, si le traité n'assure à la Russie aucun avantage matériel, il -aura, pour elle, un effet moral auquel elle a raison d'attacher du -prix, et que nous ne devons pas négliger. - -»Premièrement, en concluant ce traité sous les yeux de la France et de -l'Angleterre, la Russie _a le dernier_, si je puis m'exprimer ainsi; -elle termine l'affaire à son profit, et en faisant preuve d'ascendant. - -»En second lieu, le traité a l'air de sanctionner, de consacrer en -quelque sorte, ce qui s'est fait: l'intervention de la Russie dans la -querelle entre la Porte et ses pachas, l'occupation du Bosphore et de -Constantinople, au lieu d'être une chose extraordinaire, inouïe, qui -fixe tous les regards, devient une chose simple, naturelle, une -perspective habituelle de l'empire ottoman. - -»Par là, la puissance du divan, pour résister au sultan lorsque sa -peur ou la fantaisie le porte à invoquer l'assistance de la Russie, -est diminuée. - -»Par là, l'empereur de Russie acquiert la facilité de recommencer, -sans être tenu à prendre envers les puissances occidentales de -l'Europe autant de précautions, d'engagements, de ménagements. - -»Voilà, si je ne me trompe, le véritable résultat du traité. C'est à -cela qu'il faut parer, en ayant soin d'ailleurs de ne point nuire à -l'état de calme où le départ des Russes a mis Constantinople. - -»Cela posé, si nous faisions effort pour prévenir la ratification du -traité, je craindrais, ou que nous ne réussissions point, ou que nous -ne fissions plus que nous ne voulons. - -»Le traité doit être ratifié dans les deux mois ou plus tôt, _si faire -se peut_: faire se pourra très probablement. Au moment où nos -instructions arriveraient, les choses seraient probablement si -avancées, les ratifications si près d'être échangées, supposant -qu'elles ne le soient pas déjà, que la chance d'y mettre obstacle -serait fort petite, et, dans le cas où, après avoir tenté l'aventure, -nous échouerions, le triomphe de la Russie en serait plus grand, son -empire mieux affermi, son succès plus complet. - -»Admettant maintenant que nous réussissions: ce serait, au point où en -sont les choses, brouiller à mort la Russie avec la Porte; ce serait, -par conséquent, prendre l'engagement implicite de la soutenir dans -toutes ses difficultés, de l'assister dans tous ses embarras, de la -protéger dans toute la force du terme, de la prendre, en un mot, à -notre charge. C'est beaucoup pour des puissances aussi éloignées de la -Porte que la France et l'Angleterre. Et ces embarras ne seraient pas -longtemps à se faire ressentir. La Russie a tellement la main dans les -affaires de Turquie, le traité d'Andrinople lui a fait si beau jeu, la -contribution de guerre que la Porte doit encore en grande partie, -l'occupation des principautés, les troubles de la Servie[126], tant -d'autres circonstances lui donnent de tels moyens de compliquer la -situation du grand seigneur, que son oeuvre serait incessamment en bon -train, et nous, constamment obligés d'entretenir, au service de la -Porte, des soldats et des vaisseaux, si nous ne voulions pas la -voir nous échapper et se jeter de nouveau dans les bras dont nous -l'aurions à peine arrachée. - -»Ce serait, si je ne me trompe, se créer plus d'affaires qu'il ne -faut, et le remède pourrait finir par être plus dangereux que le mal. - -»Que faire donc? - -»Voici, à peu près, comment la chose se présente à mon esprit: - -»Les deux légations de France et d'Angleterre remettraient le même -jour à la Porte une note conçue à peu près en ces termes: après avoir -annoncé que le traité est venu à leur connaissance, elles s'en -plaindraient, mais en termes très mesurés, vis-à-vis de la Porte, -comme d'un manque de confiance envers des gouvernements dont la Porte -a eu constamment à se louer, qui lui ont donné sans cesse des preuves -d'intérêt et d'amitié, et qui sont toujours prêts à lui en donner. -Elles feraient remarquer que l'existence de la Porte ottomane n'étant -menacée par aucun gouvernement étranger, le maintien, l'intégrité de -l'empire ottoman étant, au contraire, invoqué, soutenu, réclamé par -toutes les puissances avec lesquelles cet empire se trouve en contact, -le traité ne peut avoir qu'un seul but, celui de consacrer et -d'établir en fait l'intervention habituelle de la Russie dans les -affaires intérieures de l'empire ottoman, c'est-à-dire de placer cet -empire sous le protectorat de la Russie, de faire de l'occupation du -Bosphore un état de choses, sinon constant, au moins simple et -nullement extraordinaire. On établirait ensuite qu'un pareil -arrangement ne saurait être admis par la France ni par l'Angleterre; -que si les particuliers ont le droit de renoncer à leur indépendance, -il n'en est pas de même des États, parce que leur indépendance -importe aux autres États et fait partie du droit public; que -l'interdiction du Bosphore aux bâtiments armés de toutes les nations -est un principe fondé sur les traités; que l'existence de la Porte -ottomane comme État _sui juris_ est un intérêt commun; qu'en -conséquence, ni la France, ni l'Angleterre ne peuvent reconnaître ni -respecter le traité en question, en tant qu'il y porterait atteinte; -et que, vienne le moment où le traité serait mis à exécution, elles se -réservent d'agir comme si le traité n'existait pas, n'entendant pas -qu'il puisse jamais être opposé, soit par la Porte, soit par la -Russie, à leurs justes réclamations qu'elles sauraient soutenir, au -besoin, ainsi qu'il conviendrait. - -»Cette note, après avoir été remise à la Porte, sans lui demander de -réponse, et comme une simple déclaration, serait communiquée à la -Russie, à Saint-Pétersbourg également par les deux légations et -également sans demander de réponse. - -»Il me semble que ce mode de procéder a d'abord l'avantage de ne point -recommencer l'affaire d'Orient, et de ne point l'engager de nouveau. -Il la laisse dans l'état de repos et d'achèvement où elle est -parvenue. - -»De plus, ce n'est point la Russie, c'est nous qui aurons le dernier -mot dans cette affaire. Quoi qu'on pût nous répliquer, nous -répondrions que nous nous en référons à notre déclaration. - -»Enfin, c'en serait assez pour annuler l'effet moral du traité. D'une -part, la portion anti-russe du gouvernement ottoman serait avertie -qu'elle a dans la France et dans l'Angleterre un appui, qu'elle -peut résister au parti opposé sans courir le risque de se trouver -seule, et, comme aux termes même du traité, le secours russe doit être -_demandé_, elle peut lutter, comme si le traité n'existait pas, pour -prévenir la demande.--D'une autre part, l'empereur de Russie est -averti que s'il prétend envoyer une seconde fois ses vaisseaux dans le -Bosphore, il sera obligé aux mêmes ménagements qu'auparavant, que les -yeux sont ouverts sur lui, que l'excuse du traité ne sera point -acceptée, que l'existence même de ce traité est un motif de plus de -surveillance et d'inquiétude. - -»Voilà, mon prince, comment je conçois l'affaire, sa conséquence et le -remède qu'il est possible d'y apporter. Plus que cela, me paraîtrait -s'engager dans une route semée d'écueils et dont la direction serait -fort obscure et fort incertaine. Soyez assez bon pour me dire jusqu'à -quel point ces idées vous paraissent plausibles, et là où elles vous -sembleraient défectueuses, pour m'indiquer les moyens de les -rectifier. - -»Quant à M. de Metternich, franchement, j'y compte peu. Fût-il de -bonne foi, je crois que sa bonne volonté de se fâcher serait de peu de -durée et de peu de conséquence. C'est un mal, néanmoins, qu'il échappe -entièrement pendant un tel moment à M. de Sainte-Aulaire et à sir -Frédéric Lamb; mais, ni l'un ni l'autre n'étant invité, je ne vois pas -de moyen qu'ils aillent courir en Bohême, à la suite de l'empereur -d'Autriche. Je tâcherai seulement d'avoir quelques nouvelles de ce qui -s'y fait par Maison qui se trouve à Carlsbad et qui a une invitation -de l'empereur d'Autriche, une espèce de rendez-vous dont il -profitera...» - - [126] En vertu du traité d'Andrinople, la Turquie avait obtenu - certains districts de la Serbie. Cette incorporation ne s'était - pas opérée sans protestations. Les habitants des districts cédés - se soulevèrent et aidés par les troupes serbes chassèrent les - Turcs. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 12 août 1833. - - »Mon cher duc, - -»Je voudrais répondre d'une manière vraiment utile à votre confiance. -Votre dernière lettre m'en donnerait à elle seule le besoin, s'il me -fallait un stimulant de plus pour souhaiter vivement que votre -ministère, déjà si heureux à tant d'égards, ne fût pas moins fécond en -bons résultats dans les nombreuses complications que chaque jour voit -éclore. - -»Celle d'Orient est incontestablement la plus grave dans sa vaste -portée. Le fait seul d'un traité entre la Porte ottomane et la Russie, -à part des autres puissances, rompt si évidemment tout équilibre, -qu'il m'a semblé que ce qu'il fallait avant tout, c'était empêcher son -existence. Comme vous, j'ai craint que nous n'arrivions trop tard, -mais j'ai pensé aussi qu'il fallait du moins avoir tenté ce que plus -tard l'opinion pourrait nous reprocher de n'avoir pas essayé. Les -autres considérations si justement développées dans votre lettre -devaient nécessairement m'échapper, puisque, manquant d'une quantité -d'informations que l'on ne peut avoir qu'aux affaires étrangères, je -ne puis être frappé que par des faits isolés. Je le suis beaucoup de -cette politique envahissante, quoique mesurée, et lentement -progressive du Nord, de cette action uniformément persévérante et -prudente, qui ne devient rapide que lorsqu'il s'agit de profiter avec -promptitude et adresse du moment vraiment opportun. C'est là ce qui -seul m'a préoccupé comme étant le vrai danger contre lequel l'Europe -civilisée réclamait l'union intime et l'union simultanée de la France -et de l'Angleterre. - -»Mais, des considérations accessoires pourront, en partie j'en -conviens, paralyser cette action, Je me rends donc à celles que vous -avez eu la bonté de me donner. Je n'y comprends pas cependant les -embarras d'argent du grand seigneur vis-à-vis de la Russie, car -l'emprunt grec lui fournit les moyens de s'acquitter du tribut qui lui -a été imposé par le traité d'Andrinople[127]. J'ignore s'il existe -quelques exigences particulières et pécuniaires de la part des Russes -pour le temps de leur occupation de Constantinople. - -»Du reste, les distances auront résolu à elles seules une partie de la -question, et le courrier anglais ainsi que le vôtre n'arriveront -probablement que pour protester contre un fait accompli. La -protestation de l'Angleterre dont lord Ponsonby a l'ordre de faire -usage, si les ratifications sont échangées, est dans le même esprit -que celle dont vous m'avez parlé dans votre lettre, et vous avez été -pris ici pour guide et pour modèle. Il n'y a donc rien à faire de plus -ici pour l'instant: il faut attendre les réponses de Constantinople. - -»Je vous mande, dans ma dépêche de ce jour, ce que l'on sait ici du -Portugal; les nouvelles sont du 31. - -»L'esprit récalcitrant du cabinet de Bruxelles est tel qu'il semble à -toute la conférence que l'on ait à coeur de fournir au roi Guillaume -les délais qu'il n'ose plus demander...» - - [127] Le traité d'Andrinople avait imposé à la Turquie un tribut - de cent trente-sept millions. Or, la Grèce ne devait à la Turquie - qu'une somme de douze millions mise à sa charge par la convention - du 16 septembre 1832 qui rectifiait sa frontière du nord. Il est - vrai que la Turquie avait eu son tribut notablement réduit par le - traité du 29 janvier 1833, mais l'écart n'en restait pas moins - considérable entre les sommes dues par la Porte à la Russie et ce - qu'elle avait à attendre de la Grèce. - - «Le 16 août 1833. - -»Les dernières nouvelles de Portugal n'ont point rassuré le -gouvernement anglais qui, depuis quelques jours surtout, partage les -appréhensions que vous m'exprimiez dans une des dernières dépêches que -vous m'avez fait l'honneur de m'écrire à l'égard des prétentions de -l'empereur dom Pedro. Les ministres anglais voudraient écarter ce -prince du Portugal, mais n'ont point encore trouvé un moyen convenable -d'atteindre ce but. Ils redoutent, pour le repos de la péninsule, -l'influence que peuvent exercer sur l'esprit de dom Pedro les hommes -exagérés qui l'entourent; et ils ne placent guère de confiance que -dans le duc de Palmella et dans le duc de Terceira. Les instructions -adressées à M. Addington et à lord William Russell, qui vous ont été -communiquées, vous auront servi utilement pour diriger la conduite du -gouvernement du roi dans une affaire qui exige de grandes -précautions...» - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 15 août 1833. - - »Mon prince, - -»Il y a huit jours, M. Aston, chargé d'affaires en l'absence de lord -Granville, m'a donné lecture, de la part de lord Palmerston, des -instructions adressées par lui à lord William Russell, instructions -qui m'ont paru très judicieuses, très raisonnables et parfaitement -adaptées à l'état actuel des affaires en Portugal. Lord Palmerston -faisait savoir en même temps au cabinet français que l'intention du -cabinet britannique était que lord William Russell fût accrédité -auprès de la régence de dom Pedro, mais en qualité d'envoyé -extraordinaire, chargé d'une mission spéciale et provisoire; -l'intention du cabinet britannique étant de ne point différer à -établir des relations diplomatiques avec le gouvernement de doña -Maria, mais de faire cependant considérer l'organisation d'une mission -ordinaire et permanente comme une faveur que dom Pedro devait mériter -par sa sagesse et sa bonne conduite. - -»Le cabinet britannique évitait de reconnaître formellement le -gouvernement de doña Maria, en se référant à la reconnaissance qui -avait eu lieu en 1826, et faisait consister la reconnaissance actuelle -dans le simple fait de la reprise des relations diplomatiques. - -»Il demandait au gouvernement français de s'associer à lui, soit dans -la nature des démarches, soit dans le choix et la qualité de l'agent -qui en serait chargé. - -»Je fis, sur-le-champ, observer à M. Aston que le gouvernement anglais -avait l'avantage de trouver sur les lieux mêmes son agent déjà établi -et tout porté, tandis que l'envoi en Portugal d'un homme du rang et de -la position de lord W. Russell serait, de notre part, une démarche -plus grave et qui engagerait davantage. Cependant, M. Aston ayant -insisté, je lui promis de prendre à ce sujet les ordres du roi et -l'avis de mes collègues. - -»L'avis du conseil fut de donner, autant qu'il dépendrait de nous, -satisfaction au gouvernement anglais, de reconnaître doña Maria, -supposant que le gouvernement anglais la reconnût, de faire consister, -comme lui, la reconnaissance dans la reprise des relations -diplomatiques, et d'envoyer en Portugal, en qualité de ministre chargé -d'une mission spéciale et provisoire, un homme du rang et de la -position de lord William Russell. Seulement, pour ne rien faire de -plus que le gouvernement anglais, je proposai, et le conseil adopta -l'expédient d'envoyer ce personnage avec doña Maria, sans titre, -et comme pour la reconduire et lui faire honneur, nous réservant de ne -lui adresser ses lettres de créance qu'après son arrivée à Lisbonne, -et lorsqu'il s'y trouverait déjà pour un autre motif. - -»Le roi avait même déjà désigné pour cet objet M. de Flahaut, que ses -relations avec l'Angleterre et le Portugal semblaient y rendre plus -propre qu'un autre. - -»Sur ces entrefaites, nous avons appris l'arrivée à Brest du marquis -de Loulé[128], venant de la part de dom Pedro, et qui a dû y rester en -quarantaine environ dix jours. On s'attendait qu'au bout de deux ou -trois jours, il enverrait ses dépêches, et qu'on saurait ce qu'il -venait faire; mais il a gardé, ou plutôt on a gardé jusqu'à hier soir -le plus profond secret sur le but de sa mission. Seulement, il était -aisé de voir qu'il y avait là quelque chose de mystérieux. Le roi -ayant été rendre visite à la duchesse de Bragance et lui offrir, si -elle le désirait, une frégate française pour la transporter en -Portugal, la trouva très froide et très réservée. - -»Enfin, hier soir, la duchesse de Bragance, étant venue voir la reine, -laissa tomber incidemment cette phrase, qu'elle se proposait de partir -sur-le-champ; que le 25, des vaisseaux portugais seraient au Havre -pour la prendre, qu'elle n'avait pas besoin de frégate française, et, -de plus, qu'elle emmenait son frère, le duc de Leuchtenberg, et -qu'elle lui avait déjà écrit de venir la trouver au Havre. C'était là -le mot de l'énigme. - -»Il est clair que l'intention de dom Pedro et de sa femme est de -travailler sur-le-champ et ouvertement au mariage du duc de -Leuchtenberg avec doña Maria. - -»Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer, mon prince, combien le -projet est insensé, et combien le procédé est offensant pour le roi. - -»Il est clair maintenant que si la cause de doña Maria a eu tant de -peine à triompher, si même elle est encore douteuse en Portugal, ce -n'est point parce que dom Miguel est aimé des Portugais; c'est parce -que dom Pedro a pris à tâche de dénaturer cette cause, de lui faire -perdre tout ce qu'elle a de national, de portugais, en l'identifiant -avec sa propre personne, avec ses folies, ses boutades et sa sotte -constitution, en la confondant avec la cause de tous les brouillons, -de tous les boute-feux, de tous les _fuor usciti_ de l'Europe: or, il -n'y a certainement pas une manière plus directe et plus inévitable de -l'achever dans l'esprit des Portugais, d'en dégoûter à la fois et les -esprits modérés et les masses, que d'essayer à faire épouser à doña -Maria un aventurier dont dom Pedro a épousé la soeur, en désespoir de -cause, et lorsque aucune famille régnante en Europe n'a plus voulu -contracter alliance avec lui. Il n'y a rien de plus propre à choquer -la fierté des Portugais qu'une telle mésalliance, et à ruiner toute -espérance d'un avenir tant soit peu tranquille. - -»Que pouvons-nous d'ailleurs, en pareil cas, dire à l'Espagne? - -»Nous avons déclaré, en 1831, que nous ne pouvions tolérer le duc de -Leuchtenberg sur le trône de Belgique, parce que ce trône serait -nécessairement le foyer des intrigues de tous les bonapartistes et de -tous les artisans de désordre qui marchent à la suite de tous les -prétendants. Comment pouvons-nous dire au gouvernement espagnol qu'il -doit voir avec indifférence le duc de Leuchtenberg sur le trône de -Portugal, lorsque ce trône deviendra inévitablement le rendez-vous, le -centre de tous _les Joséphinos_[129] et de tous les mécontents de -la péninsule? Joignez à cela la constitution, la liberté de la presse, -la tribune et les réfugiés. Comment contester au gouvernement espagnol -le droit de se défendre contre un état de choses aussi manifestement -menaçant pour son existence? - -»Enfin, la chose est grave sous un autre point de vue. C'est qu'elle -manifeste dans dom Pedro l'intention de n'en faire qu'à sa tête, -d'agir sans aucun égard pour les puissances dont le soutien lui est -nécessaire, de satisfaire tous ses caprices, et de conduire à tort et -à travers les affaires de sa fille jusqu'au point où il a si -heureusement mené les siennes propres. Si l'Angleterre et la France -lui cèdent en ce moment, si elles ne le prennent pas avec lui, -sur-le-champ, de très haut, je crois que toute chance d'exercer sur -lui le moindre ascendant disparaît. - -»Quant au roi, quelle inconvenance, je dirais presque quelle -insolence, n'est-ce pas, qu'une telle résolution ait été prise sans -lui en faire part, sans le consulter, sans l'en instruire autrement -qu'incidemment et par hasard? - -»Dans cette situation, mon prince, le gouvernement français croit -devoir demander au cabinet britannique d'agir avec lui énergiquement -contre un projet aussi fou et aussi désastreux. Il désire qu'une -démarche soit faite en commun par les deux gouvernements auprès de dom -Pedro, démarche qui consisterait a lui donner lecture d'une dépêche -conçue dans les termes les plus nets, les plus catégoriques, où le -danger et la folie du projet seraient mis à nu, et qui conclurait en -lui signifiant que les gouvernements de France et d'Angleterre -n'entendent se compromettre dans la cause de doña Maria qu'en -proportion des chances raisonnables de succès que la conduite sensée -de ceux qui la dirigent peuvent leur promettre, et que l'appui moral -ou matériel qu'on attend d'eux sera réglé par la déférence que l'on -montrera aux conseils de la sagesse et de la raison. La conclusion -définitive serait de demander l'éloignement du duc de Leuchtenberg et -l'abandon absolu du projet de mariage. - -»En proposant ainsi au gouvernement anglais une démarche en commun, -vous voyez, mon prince, que nous ne renonçons pas à établir, dès à -présent, des relations diplomatiques avec la régence de dom Pedro. -Toutefois, le procédé du duc de Bragance est, dans cette occasion, si -offensant pour le roi, qu'il lui serait impossible de persister à -envoyer avec doña Maria un personnage de quelque distinction, ni de la -faire escorter par une frégate française. Il se doit à lui-même de -ressentir l'insulte et de le témoigner hautement. Nous nous -contenterons de donner des lettres de créance à M. de Lurde[130], -secrétaire de légation en mission à Porto, et qui résidera -provisoirement à Lisbonne, avec la qualité, non pas précisément de -chargé d'affaires, ce qui indiquerait une mission permanente, mais de -_chargé des affaires de France_, et qui secondera lord William Russell -en tout ce qu'il fera pour contenir et modérer dom Pedro. Si le -gouvernement anglais est d'avis que la démarche doit être faite ainsi -que je l'ai indiquée plus haut, je communiquerai à M. Aston la -dépêche que j'adresserai à M. de Lurde, afin qu'il instruise lord -Palmerston de son contenu, et je vous en enverrai copie, mon prince. -Il serait bon, je crois, que les paroles fussent identiques, autant -que possible. - -»Je n'ai pas besoin de vous rappeler, d'ailleurs, que cette question -du mariage de doña Maria n'est pas traitée pour la première fois entre -l'Angleterre et la France. Le gouvernement anglais est déjà tombé -d'accord avec nous de l'impossibilité de tolérer le duc de -Leuchtenberg; et son avis, comme celui du gouvernement français, est -de chercher à faire épouser à doña Maria un prince de Naples, ce qui, -d'après toutes les notions que nous avons recueillies, ne paraît -nullement impossible. Dans tous les cas, il ne saurait être question -de la faire épouser à un de nos princes. C'est bien assez d'avoir à -défendre la Belgique, et plaise à Dieu que nous n'ayons jamais une -tâche pareille à remplir[131]...» - - [128] Ministre de dom Pedro, dont il avait épousé la soeur, la - princesse Anne. - - [129] On appelait ainsi à l'époque de l'occupation française, les - Espagnols partisans du roi Joseph. Par extension, ce terme - s'appliqua plus tard aux libéraux et aux révolutionnaires. - - [130] Le comte de Lurde, secrétaire de légation en Portugal - depuis 1833, avait été précédemment en mission à Rio-de-Janeiro - (1830). En 1838, il devint premier secrétaire d'ambassade à - Constantinople, puis ministre à Buenos-Ayres en 1841. - - [131] Dès le mois de février précédent, M. de Talleyrand, qui - probablement avait sondé le terrain à Paris sur cette question, - recevait de Madame Adélaïde une réponse des plus catégoriques - (Voir cette lettre à l'Appendice, page 501). - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Le 17 août 1833. - -»J'ai reçu ce matin, par estafette, la dépêche que vous m'avez fait -l'honneur de m'écrire sous le numéro 89, et j'ai profité d'un -rendez-vous que j'avais avec lord Palmerston, aujourd'hui, pour -l'entretenir des différents sujets que vous aviez recommandé à mon -attention. - -»Lorsque je lui ai parlé du voyage du duc de Leuchtenberg et du projet -de mariage avec la reine doña Maria, qui pouvait être le but de -l'empereur dom Pedro, en appelant son beau-frère près de lui, lord -Palmerston n'a pas hésité à me répondre que l'Angleterre ne pourrait -jamais donner son approbation à un pareil projet, et qu'il adoptait en -tout point les considérations que vous avez si bien fait valoir pour -que la France et l'Angleterre s'opposassent à son exécution. Il a -ajouté qu'il était tout prêt à donner à lord William Russell des -instructions qui, quant au fond, seraient telles que vous les -indiquez. La différence qui existe entre la position de la France et -de l'Angleterre vis-à-vis du Portugal pourra, peut-être, les faire -différer dans la forme de celles que vous enverrez, mais cela ne doit -avoir aucune influence sur le résultat. Vous pourrez convenir de ces -instructions avec M. Aston et les transmettre à l'agent quelconque que -vous accréditerez au Portugal. Lord William Russel recevra l'ordre de -s'entendre avec cet agent afin que leurs démarches aient lieu -simultanément. - -»J'ai pu remarquer, d'après le langage de lord Palmerston dans cette -conversation, combien étaient fondées les informations que j'ai eu -l'honneur de vous transmettre par ma dépêche d'hier sur le -mécontentement qu'inspirait au cabinet anglais la conduite de dom -Pedro...» - - «Londres, le 17 août 1833. - - »Mon cher duc, - -»Votre lettre du 15 m'est arrivée ce matin. Après l'avoir bien lue et -même méditée, ainsi que les pièces parfaitement bien faites qui y -étaient jointes, je me suis rendu chez lord Palmerston. Ma -dépêche de ce jour vous dira le résultat général et satisfaisant de -notre conversation. Voici quelques détails de plus. - -»La question belge est suspendue depuis dix jours, ce qui excède tout -le monde. A Bruxelles, on ne se fait pas faute de prolonger cet état -de choses; forts d'un provisoire avantageux, confiants, plus qu'il ne -faut, dans les liens d'une parenté française, les Belges considèrent -peu le repos, l'équilibre, l'existence _reconnue_, qui ne sauraient -ressortir vraiment que du définitif. La conférence fait une assez -sotte figure vis-à-vis de ce silence belge, tout aussi impertinent, au -dire de tous, que le sont les injures hollandaises. Vous avez bien -raison de repousser tous ces intérêts de famille entés sur de la -politique étrangère. C'est ce qui a perdu l'empereur Napoléon; c'est -ce qui nous gêne aujourd'hui à Bruxelles, et ce qui aurait fait du -Portugal une plaie pour la France, si l'on avait cherché à y marier un -de nos princes. Je vous conjure d'employer toute votre action -vis-à-vis des Belges; cela devient imminent. - -»L'Angleterre comprend parfaitement toute notre répugnance pour le duc -de Leuchtenberg, ainsi que notre juste ressentiment de l'inconvenante -conduite du duc et de la duchesse de Bragance. Lord Palmerston ne -trouve pas plus que nous qu'il faille donner à l'Espagne l'inquiétant -spectacle d'un pareil mariage. Des notes anglaises seront envoyées à -lord Russell pour mettre des obstacles sérieux à ce projet. Ce mariage -ainsi que la constitution s'évanouiraient avec la personne de dom -Pedro, mais il aurait fallu marcher ici d'un pas plus résolu, et -n'accréditer des agents diplomatiques qu'auprès d'une régence sage et -habile. Palmella et Villaflor paraissent avoir été mis de côté -par dom Pedro. Du reste, on est sans nouvelles de Lisbonne depuis -quelques jours, et il est impossible de savoir exactement ce qui s'y -passe. M. de Lurde paraît aux Anglais, pour l'instant, un agent très -suffisant; les questions un peu plus éclaircies, M. de Flahaut fera -sans doute à merveille. - -»La dépêche sur la Suisse que vous avez adressée à Berlin et à Vienne -a paru si concluante à lord Palmerston, que ses lettres sur ce sujet -ne seront, pour ainsi dire, que les paraphrases des vôtres[132]...» - - [132] Voir à l'Appendice, page 505, la dépêche en question que le - duc de Broglie avait envoyée à M. Bresson. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 17 août 1833. - - »Mon prince, - -»Les événements se succèdent rapidement, mais leur progrès journalier -démontre de plus en plus, ce me semble, la nécessité d'agir, dans les -affaires de Portugal, avec prudence et décision. Si nous laissons les -choses à leur cours naturel, avant peu, tout sera parvenu à un degré -de confusion dont le plus habile aura peine à se tirer. - -»Le but que nous devons nous proposer, si je ne me trompe, est -celui-ci: - -»1º Exclure du Portugal dom Pedro et dom Miguel; - -»2º Ajourner la mise à exécution de la constitution de 1826, jusqu'au -moment où des temps plus tranquilles permettront de la revoir et de -l'approprier aux moeurs du Portugal et à l'intérêt de tous les partis; - -»3º Marier doña Maria à quelque prince qui n'excite ni l'inquiétude de -l'Espagne, ni la jalousie de personne. - -»Dans ce but, je ne saurais croire que l'ouverture faite par M. de Zéa -à M. de Rayneval soit tout à fait à dédaigner[133]. - -»Si nous pouvions obtenir du gouvernement espagnol, qu'en lui -garantissant l'exclusion de dom Pedro et l'ajournement de la -constitution, sauf à la reviser plus tard, il reconnaîtrait doña Maria -et nous aiderait dans la négociation du mariage entre cette princesse -et un prince de Naples, je crois que nous ferions une chose sage et -qui n'excède point la mesure du possible. - -»Le gouvernement espagnol est évidemment dans une grande perplexité; -il a peu d'espérance de soutenir dom Miguel; il est mécontent de sa -conduite en ce qui se rapporte à don Carlos; il a besoin de se -remettre bien avec la cour de Naples avec laquelle la question de la -succession l'a presque brouillé; ce serait un moyen de renouer que de -lui offrir une couronne pour le second ou le troisième prince de la -maison de Naples. - -»En s'engageant dans cette voie, les gouvernements de France et -d'Angleterre non seulement auraient l'Espagne avec eux, mais auraient -avec eux toute l'Europe, et, de plus, l'immense majorité du Portugal; -ils n'auraient, à proprement parler pour adversaires, que dom Pedro et -la poignée de brouillons qui marche à sa suite. - -»Reste à savoir comment les deux gouvernements s'y prendraient pour -déposséder dom Pedro et pour achever de chasser dom Miguel, sans -intervenir ouvertement et à main armée dans les affaires du Portugal. - -»Quant à dom Miguel, sa chute serait singulièrement précipitée par -l'abandon de l'Espagne; elle résulterait naturellement du cours des -choses et des succès du parti opposé. - -»Mais pour dom Pedro, la chose est plus difficile. - -»Le vrai moyen, autant que j'en puis juger, c'est de séparer dom Pedro -de la cause de la constitution, de retourner, si je puis ainsi parler, -sa constitution contre lui. Aux termes de l'article 92 de cette -constitution, la régence est dévolue à l'héritier le plus proche après -le souverain existant. Dom Pedro n'est pas Portugais, dom Pedro n'est -pas héritier; sa régence est une usurpation; la régence appartient à -l'infante Marie Isabelle qui l'exerçait en 1826, à défaut de dom -Miguel[134]. - -»C'est sur ce terrain qu'on peut se placer. - -»Si les deux gouvernements déclarent solennellement qu'ils reprennent -les choses au point précis où elles étaient, lorsque l'appel de dom -Miguel à la lieutenance générale a tout détruit, qu'ils ne prêteront -d'appui moral et matériel qu'au gouvernement de doña Maria, tel qu'il -existait alors, il est probable qu'ils créeraient à Lisbonne un parti -portugais, qui en imposerait à dom Pedro, et finirait par l'obliger à -se retirer des affaires. En agissant ainsi, ils pourraient, si cela -était absolument nécessaire, dévier plus ou moins du système de -neutralité avec l'approbation de tout le monde, et du moment que leurs -efforts se dirigeraient à la fois contre les deux princes et pour un -dénouement à l'avantage de l'Espagne, ils seraient sûrs de ne pas -trouver de contradicteur. Leur arbitrage serait admis en fait, comme -celui de la conférence tout entier l'a été dans les affaires de -Belgique. - -»Une fois dom Pedro expulsé, il serait facile de s'entendre sur la -constitution et de la modifier dans un sens favorable à la paix de la -péninsule. - -»Je vous adresse à la hâte ces idées, mon prince, à mesure qu'elles me -traversent la tête, car je n'ai pas eu depuis ce matin le loisir d'y -réfléchir. Je les soumets, ou plutôt je les livre à votre expérience. -Tirez-en ce que vous voudrez; rien du tout même, si elles ne vous -paraissent pas susceptibles d'exécution. Nous persistons, d'ailleurs, -dans les résolutions prises à l'occasion du projet relatif au duc de -Leuchtenberg, et je vous confirme ici tout ce que je vous disais dans -ma lettre d'avant-hier...» - - [133] Le cabinet espagnol était extrêmement animé contre dom - Pedro. Il craignait de voir l'Angleterre prendre ouvertement les - armes en sa faveur et déclarait qu'il considérerait cet acte - comme une déclaration de guerre car, disait-il, la chute de dom - Miguel entraînerait celle de la monarchie actuelle en Espagne - (_Dépêches de M. de Rayneval, des 13 et 25 juillet_). Le 2 août, - à la nouvelle de l'entrée de dom Pedro à Lisbonne, le - gouvernement de Madrid devint de plus en plus pressant. M. de Zéa - proposa à M. de Rayneval d'exclure dom Pedro et d'installer doña - Maria avec une régence dont son père serait écarté (_Dépêche du - 12 août_). M. Addington fut également sondé à cet égard. Le 9 - août M. de Rayneval confirmait ses précédentes informations et - ajoutait que M. de Zéa consentait formellement à reconnaître doña - Maria pourvu qu'on lui donnât toute garantie contre dom Pedro et - sa constitution (_Correspondance officielle de M. de Rayneval_). - - [134] Dom Pedro n'était plus portugais, puisque le Brésil avait - été séparé du Portugal. Il n'était pas héritier du roi Jean VI, - puisqu'en prenant le titre d'empereur du Brésil, il avait abdiqué - ses droits à la couronne de Portugal. La régence devait donc en - effet être dévolue à l'infante Marie-Isabelle, fille du roi Jean - VI, qui était l'aînée de dom Miguel. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - »Londres, le 19 août 1833. - -»J'ai reçu ce matin la dépêche sous le numéro 90, et je me suis -empressé de voir lord Palmerston, auquel j'en ai donné communication, -ainsi que de certaines parties des lettres de M. de Rayneval[135]. Il -m'a, à son tour, donné à lire la dernière dépêche qu'il avait reçue de -M. Addington et qui porte la date du 11, c'est-à-dire un jour après -celle de M. de Rayneval. M. Addington rend compte, dans cette dépêche, -d'une conversation qu'il venait d'avoir avec M. de Zéa, dont le -langage aurait été très différent de celui qu'il avait tenu à M. de -Rayneval. - -»Au lieu de proposer, comme à ce dernier, de chercher les moyens de -s'entendre et d'essayer d'arriver à la pacification de la péninsule -par la voie de la conciliation, M. de Zéa aurait, au contraire, -déclaré à M. Addington que l'Espagne ne s'écarterait en rien de la -ligne de conduite qu'elle a suivie jusqu'à présent dans les affaires -de Portugal, et que, pour sa part, il était décidé à s'y maintenir. - -»Nous n'avons pu nous empêcher, lord Palmerston et moi, d'être frappés -de cette contradiction dans les rapports de deux ambassadeurs dans -lesquels leurs gouvernements placent, à juste titre, toute confiance, -et nous avons dû en conclure que M. de Zéa avait deux langages, et -qu'il avait voulu tromper l'un des deux ambassadeurs. - -»Je n'en ai pas moins insisté près de lord Palmerston pour obtenir, de -la part du cabinet britannique, plus de résolution dans ses -communications, soit à Lisbonne, soit à Madrid. - -»Vous aurez appris par ma dépêche numéro 159 que lord Russell agirait -de concert avec l'agent que vous accréditerez à Lisbonne pour -s'opposer au mariage projeté par l'empereur dom Pedro. Lord Palmerston -est également décidé à appuyer le plan du mariage de la reine doña -Maria avec un prince de Naples, et il fera à cet égard toutes les -démarches que vous jugerez utiles et convenables. - -»Quant à l'expulsion de dom Pedro du Portugal, et à la suspension de -la constitution de 1826[136], il partage entièrement votre manière de -voir et n'est arrêté que par la difficulté de trouver un moyen sans -violence pour y parvenir. Il craindrait tout ce qui semblerait, en -apparence, une intervention dans les affaires intérieures du pays; il -ne voudrait pas même d'une déclaration solennelle des deux -gouvernements, et qui tendrait à rétablir sous leur direction, comme -vous le proposez, l'ordre de choses qui existait en Portugal avant -l'usurpation de dom Miguel. - -»Lord Palmerston ne se dissimule pas les inconvénients de la présence -de dom Pedro en Portugal, ni la dangereuse action de la mauvaise -constitution de 1826 sur le repos de toute la péninsule; mais, comme -j'avais l'honneur de vous le dire, tout en voulant la fin, il recule -devant les moyens. Je n'ai négligé aucun des arguments que vous faites -valoir à ce sujet dans vos différentes lettres, mais je n'ai pas pu -fixer son esprit sur une de ces résolutions hardies qu'il -appartiendrait à l'Angleterre de prendre dans une pareille -circonstance. - -»Lord Palmerston m'a dit ensuite que, d'après les rapports de M. -Addington, il lui serait impossible de tenter une démarche quelconque -près du cabinet de Madrid, tant que M. de Zéa n'aurait pas fait au -gouvernement anglais des ouvertures nouvelles et du genre, à peu près, -de celles faites en dernier lieu à M. de Rayneval. Comme je l'ai -trouvé assez décidé sur ce point, je n'ai pas voulu le presser -davantage, me réservant d'ailleurs d'en entretenir lord Grey chez -lequel je me suis rendu, à l'issue de ma conversation avec lord -Palmerston. Je ne l'ai pas trouvé: j'y retournerai demain, mais je -n'ai pas voulu différer de vous transmettre des informations qu'il ne -sera peut-être pas inutile de faire arriver à Madrid.» - - [135] Voir page 237. - - [136] La constitution que dom Pedro avait donnée au Portugal, - lorsque, après la mort du roi Jean VI, il s'était emparé de la - régence au nom de sa fille doña Maria. Elle accordait le pouvoir - législatif à deux Chambres, l'une élective, l'autre à la - nomination du roi. - -LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Downing-Street, Aug. 21, 1833. - - »Mon prince, - -»Je vous renvoie avec bien des remerciements les lettres intéressantes -du duc de Broglie, que vous m'avez fait l'honneur de me confier. - -»Je trouve beaucoup de justesse dans les vues et les raisonnements du -duc, quoique je ne partage pas toutes ses craintes sur le mariage -Leuchtenberg. Je serai charmé de trouver une occasion de parler avec -vous sur cela, à mon retour de Windsor...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 22 août 1833. - -»... Je n'ai pu avoir avec lord Grey qu'une très courte conversation -sur les affaires du Portugal; il est toujours absorbé par le -parlement, et a été, de plus, passer un jour à Windsor. Il partage -certainement votre répugnance pour le mariage que dom Pedro paraît -projeter pour sa fille, mais, cependant, il n'en apprécie peut-être -pas assez toutes les graves conséquences sur l'avenir de la péninsule, -et j'ai retrouvé, dans lord Grey, comme dans lord Palmerston, si ce -n'est de l'indifférence, du moins une hésitation, une incertitude de -vues dans la question portugaise, qui pourraient avoir de bien fâcheux -résultats si elles se prolongeaient. Je vous engage à vous en ouvrir -franchement avec M. Aston...» - - «Le 23 août 1833. - -»... Lord Palmerston a paru très bien comprendre nos répugnances pour -le mariage Leuchtenberg, mais j'ai vu avec peine plusieurs autres -membres du cabinet dominés dans cette question par une sorte de -politique sentimentale, à mes yeux fort déplacée. En attendant, rien -d'utile ne se fait: dom Pedro s'établit de plus en plus dans la -régence qu'il s'est attribuée à lui-même; il la conduit à la diable, -et chaque jour, par malheur, le rend plus difficile à écarter; il est -à craindre aujourd'hui que la guerre civile ne se charge de le -culbuter...» - - «Le 26 août 1833. - -»... Les instructions que vous adressez à M. de Lurde me paraissent -rédigées dans un excellent esprit, qui s'applique à des prévisions -sagement méditées aussi bien qu'aux faits qui nous sont déjà connus. - -»Je dois féliciter de plus en plus le gouvernement du roi du système -politique qu'il a adopté dans ses relations avec l'Espagne, et -dont votre dépêche à M. de Rayneval me fournit une nouvelle preuve. Je -suis porté à croire avec vous que les ouvertures de M. de Zéa à notre -ambassadeur à Madrid ont été faites avec l'intention d'y donner suite, -et d'assurer, de commun accord avec la France et l'Angleterre, le -repos de la péninsule. Que ce langage nouveau, de la part du cabinet -de Madrid, lui ait été dicté par les craintes que lui causent les -derniers événements de Lisbonne, ou par tout autre sentiment, je pense -qu'il ne faut pas trop s'en laisser préoccuper. Aussi, n'ai-je négligé -aucun argument pour faire prévaloir dans l'opinion des ministres -anglais la nécessité de nous entendre avec l'Espagne pour régler, -d'une manière avantageuse à tous, l'avenir du Portugal. - -»J'ai eu l'honneur de vous faire connaître le mauvais effet qu'avaient -produit ici les derniers rapports de M. Addington; mais je ne crois -pas cependant que ce soit à ces rapports seuls qu'il faut attribuer -les dispositions peu favorables du cabinet anglais envers le -gouvernement espagnol, car on va jusqu'à supposer qu'il est surtout -dominé par un esprit d'animosité contre M. de Zéa, qui pourrait amener -de bien fâcheuses complications. La nomination, récemment faite, de M. -George Villiers[137] à la place de M. Addington, paraît ici un peu -empreinte de cet esprit, et, quoiqu'on y rende justice au caractère -honorable de ce nouvel envoyé, on s'effraye de ses opinions beaucoup -plus prononcées que celles de M. Addington, dans un sens qui ne -peut s'accorder avec la politique du cabinet de Madrid. La nomination -de M. Villiers est d'autant plus inopportune que M. de Zéa exprimait, -il y a peu de temps encore, le désir de conserver M. Addington à -Madrid. - -»Je dois citer encore, comme un fait à l'appui des reproches qu'on -adresse au gouvernement anglais, la publication des lettres -interceptées à Lisbonne, publication que je n'ai pas moins déplorée -que vous, monsieur le duc, et dont le ministère anglais aura bien de -la peine à se justifier[138]. On eût pu tirer un utile parti de ces -lettres, soit auprès des membres du parlement anglais, soit auprès des -gouvernements étrangers qui y sont plus ou moins compromis, et -auxquels la crainte de révélations indiscrètes aurait certainement -inspiré plus de retenue et de ménagement. Ce qui doit aussi, ce me -semble, faire regretter aujourd'hui cette imprudente publication, -c'est que le gouvernement anglais n'ait pas su profiter du seul -avantage qu'elle pouvait lui procurer, en se prononçant énergiquement -dans les affaires de Portugal. Il aurait pu se regarder comme -autorisé, d'après ces lettres, à intervenir à Lisbonne pour en -expulser dom Pedro, et faciliter le rapprochement du gouvernement de -doña Maria avec celui d'Espagne. Il lui aurait été aisé de dissimuler -cette intervention dans les affaires intérieures du pays sous une -forme quelconque, et d'ailleurs, dans ces sortes d'affaires, le succès -justifie tout. Il satisfaisait par là tous les cabinets, il imposait -silence au parti tory dans le parlement, et la tranquillité rétablie -en Portugal, même avec la suspension de la constitution de 1826, -jusqu'à la majorité de doña Maria, par exemple, lui offrait de -puissants moyens de défense contre la fraction du parlement qui -soutient les opinions les plus exagérées. - -»Ainsi que vous m'y aviez autorisé, je viens de communiquer à lord -Palmerston les instructions que vous adressez à M. de Lurde. Il s'est -montré très sensible à cette marque de confiance, et m'a chargé de -vous dire qu'il approuvait ces instructions dans toute leur -étendue, et qu'il allait écrire à lord William Russell pour l'engager -à se concerter, en général, dans ses démarches, avec M. de Lurde...» - - [137] Georges-William-Frédéric Villiers, comte de Clarendon, né - en 1800, fut, en 1833, nommé ministre à Madrid. En 1839, il - devint lord du sceau privé, chancelier du duché de Lancastre en - 1840, lord-lieutenant d'Irlande de 1847 à 1852, puis secrétaire - d'État aux affaires étrangères. Il se démit en 1858, fut de - nouveau chancelier du duché de Lancastre en 1864 et reprit le - portefeuille des affaires étrangères en 1865. - - [138] Au cours de la guerre de Portugal, un certain nombre de - lettres adressées au gouvernement de dom Miguel avaient été - interceptées et communiquées au cabinet britannique. Le _Times_ - en eut connaissance et les publia. Parmi ces correspondances, les - plus curieuses sont les rapports adressés au duc de Cadaval et au - vicomte de Santarem par un nommé Antonio Ribera Saraiva, ministre - secret de dom Miguel à Londres, qui compromettaient - singulièrement plusieurs membres considérables du parti tory et - les représentants de diverses cours du continent. La lettre du 14 - juillet 1833 (reproduite par les _Débats_ du 20 août), parle de - conférences secrètes qu'aurait eues à Londres le maréchal de - Bourmont avec lord Beresford, M. de Neumann, chargé d'affaires - d'Autriche, et M. Vial, ministre d'Espagne. L'agent portugais - s'exprimait ainsi: «Le baron de Neumann me dit que non seulement - lui, mais une foule d'autres personnes, et entre autres le duc de - Wellington, seraient charmés d'apprendre que le maréchal de - Bourmont se rendait en Portugal. Il ajouta que les trois - puissances avaient applaudi à la résolution de Sa Majesté de - prendre le maréchal à son service, et qu'en définitive, Bourmont - devait se regarder, partant pour le Portugal, non seulement comme - ayant mission de sauver la cause portugaise, mais encore celle - de la légitimité dans toute la péninsule, en Europe et dans - le monde.» Le 17 juillet, à la nouvelle de la destruction de - la flotte de dom Miguel, Ribera écrivait de nouveau: «Je ne - conserve plus aucune espérance. J'ai causé à ce sujet avec les - ambassadeurs des grandes puissances et autres grands personnages. - Tous considèrent notre cause, sinon comme entièrement perdue, du - moins comme fort compromise, et le seul espoir de ceux qui - s'intéressent à nous est que le maréchal de Bourmont doit être - maintenu à la tête des forces de terre...» - - La publication de cette correspondance causa une vive sensation en - Angleterre. Lord Palmerston fut à ce sujet questionné à la Chambre - des communes par M. Murray, qui lui demanda si ces lettres étaient - ou non authentiques. «Autant que je puis en juger, ajoutait - l'honorable membre, cette correspondance est tout à fait étrange, - et il est fâcheux d'y voir signaler certains personnages comme - agents du plus détestable gouvernement qui fût jamais. Si ces - lettres étaient vraies, elles feraient peu d'honneur au caractère - anglais, mais j'aime à croire que le noble vicomte sera à même de - les démentir.» Lord Palmerston refusa de répondre à - l'interpellateur, ce qui laissa peu de doutes sur l'authenticité - des documents publiés. - - «Le 26 août 1833. - - »Mon cher duc, - -»Voici une dépêche--celle ci-dessus--à laquelle j'ai ôté la forme -officielle, afin que vous puissiez, si vous le jugez à propos, ne la -considérer que comme une lettre particulière. J'ai cru devoir au -gouvernement les renseignements qu'elle renferme. Vous y trouverez -d'ailleurs quelques arguments dont vous pourriez, sans me citer comme -de raison, tirer parti vis-à-vis de M. Aston. Je n'ai pas besoin de -vous dire combien seraient graves les inconvénients qui résulteraient -de quelque indiscrétion directe sur le contenu de cette dépêche. - -»Le gouvernement anglais est fort mécontent de son ministre à -Pétersbourg, qui a, sans motif d'aucun genre, compromis lord Minto -près du cabinet de Berlin. J'ai fait tous mes efforts pour que lord -Minto ne souffrît pas, dans sa position, d'une indiscrétion commise -par un de ses collègues. Mon opinion est que le ministère fera -l'impossible pour étouffer cette affaire et pour conserver lord Minto -à Berlin...» - - «Le 27 août 1833. - -»Voici les nouvelles qui sont arrivées aujourd'hui à Londres de -Lisbonne et d'Oporto. - -»Lord William Russell a présenté le 15 ses lettres de créance au -régent à Lisbonne. - -»Le 16, Saldanha a battu les miguélistes devant Oporto, dont le siège -est entièrement levé, et de telle sorte qu'un grand nombre de -bâtiments de commerce sont entrés dans le Douro.--Les cortès ont été -convoquées à Lisbonne, et les élections doivent commencer le 1er -octobre. - -»Une autre nouvelle qui est parvenue également ce matin à Londres, et -à laquelle personne n'était préparé, est celle de l'arrivée de -l'empereur de Russie à Stettin[139]. Nous l'avons appris par un -courrier qu'a reçu le prince de Lieven. - - [139] L'empereur de Russie se rendait à Munchengrætz où il allait - se rencontrer avec l'empereur d'Autriche le 19 septembre (voir - page 271). M. Pozzo vint l'annoncer officiellement au duc de - Broglie qui en rendit compte au roi. «M. Pozzo, écrivait-il, m'a - donné lecture d'une grande dépêche de M. de Nesselrode qui - explique les motifs de ce voyage par l'envie qu'ont depuis - longtemps les trois souverains de se revoir et de se donner - mutuellement des témoignages d'amitié. Les circonstances - politiques s'y sont opposées jusqu'ici; la guerre de Pologne, le - choléra, l'état d'agitation des esprits. Aujourd'hui que l'Europe - est en pleine paix, que la Pologne est tranquille, l'affaire - d'Orient terminée, l'affaire de Belgique prête à finir, toutes - les autres affaires trop minimes pour pouvoir troubler la paix de - l'Europe, rien de s'oppose plus aux desseins des trois monarques - et leur entrevue ne saurait être interprétée d'une manière - alarmante. Il n'y faut chercher ni desseins secrets, ni concert - pour atteindre un but qui leur soit propre. C'est une preuve - d'affection réciproque qu'ils entendent se donner, il n'y faut - pas chercher autre chose.--Telle est, Sire, la substance de cette - dépêche, que j'ai écoutée sans approuver ni blâmer, comme une - chose indifférente à la France et sans témoigner la moindre - curiosité sur les détails de l'entrevue. Le temps apprendra si - cette entrevue cache quelque profond mystère. Je ne le crois pas; - néanmoins, il est bon d'être sur ses gardes et de tout observer» - (_Le duc de Broglie au roi Louis-Philippe, 30 août_). - - Une démarche analogue fut faite par M. de Lieven auprès de lord - Palmerston, qui écrivait à ce sujet à son frère: «Le motif de la - rencontre des trois souverains en Bohême s'expliquera plus tard. - Nesselrode écrit à Lieven pour que la lettre me soit montrée, que - ce n'est que _pour un épanchement de coeur_ et que la politique - n'a rien à y voir. Comment peut-on prendre la peine d'écrire de - pareilles niaiseries? C'est comme s'ils voulaient vraiment nous - empêcher de croire un mot de ce qu'ils disent...» (_Lord - Palmerston à Sir William Temple, 3 septembre 1833_). - - -LE COMTE DE RAYNEVAL AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Madrid, le 19 août 1833. - - »Mon prince, - -»Je vous remercie beaucoup de votre lettre du 27 juillet. Je conçois -le peu d'attraits qu'a aujourd'hui pour vous le séjour de Paris, et -j'avoue franchement que, pour ma part, je ne regarde pas du tout comme -une privation d'en être éloigné. Il y a pourtant des moments où -j'aurais bonne envie d'y faire une apparition, celui-ci par exemple. -Je vous y rencontrerais, et ce serait pour moi à la fois un grand -plaisir et un grand avantage. Vous éclairciriez, j'en suis certain, -une foule de doutes qui ne cessent de se présenter à mon esprit, et -vous me montreriez le chemin que je dois suivre pour me tirer des -difficultés toujours croissantes de ma position actuelle. Le ministère -devrait bien avoir la bonne idée de m'appeler, ne fût-ce que pour -quelques jours. Il me semble qu'il y a dans les affaires de ce pays-ci -des points pour lesquels les écritures ne suffisent pas, et qui -exigent des conversations. - -»On aurait pu croire à un dénouement prochain du drame qui se joue -dans notre voisinage, si dom Pedro avait voulu se résigner à -disparaître de la scène. Mais il aura pressenti qu'on était assez -disposé à se passer de lui, et il a pris ses précautions. Dom Miguel -et ses adhérents sont à peu près hors de combat. N'est-il pas à -craindre qu'un nouveau conflit ne s'élève et que le pays ne se partage -entre dom Pedro et doña Maria? L'Espagne, après quelques façons, -s'accommoderait, je pense, du règne de cette princesse; mais le père -lui fait peur. Les mesures précipitées qu'il vient de prendre -contre le clergé le font regarder ici comme un révolutionnaire des -plus fougueux[140]. Malgré cela, s'il ménage l'Espagne, l'Espagne le -laissera très tranquille. Ce gouvernement connaît sa propre faiblesse -et n'entreprendra rien s'il n'est poussé au désespoir. Il a beaucoup -de peine à se rassurer sur les vues de l'Angleterre. Le rappel de M. -Addington, quoiqu'il le prévît, lui paraît de mauvais augure; il -craint de le voir remplacer par un homme ardent et prévenu. On peut -mener très loin les Espagnols avec des ménagements; mais, si on les -brusque ou les menace, ils se cabrent, et non seulement ils ne font -rien de ce que vous voulez, mais vous pouvez même les précipiter dans -les plus dangereuses folies. - -»M. de Zéa remercie Votre Altesse de son souvenir. Il se recommande à -elle pour tâcher d'adoucir lord Palmerston, qu'il croit animé de -sentiments peu bienveillants pour l'Espagne. - -»Le roi Ferdinand est dans un fort triste état. On craint qu'il ne -passe pas le mois de septembre. Je crois que les nouvelles de sa santé -sont la véritable cause de la persistance de don Carlos à rester en -Portugal, malgré la guerre et le choléra. La mort du roi, -arrivant dans les circonstances actuelles, mettrait, à coup sûr, ce -pays-ci en combustion, et je ne sais si la tranquillité de l'Europe, -que vos soins ont si miraculeusement conservée jusqu'à présent, -résisterait à ce choc...» - - [140] Dom Pedro, entré à Lisbonne le 28 juillet, prit - sur-le-champ les rênes du gouvernement. Il suspendit la charte - jusqu'à la un de la guerre, et renvoya du ministère le duc de - Palmella qui avait la confiance de la France et de l'Angleterre, - pour s'entourer de personnages connus par l'exaltation de leurs - idées démocratiques. Il sévit également contre le clergé qui - était le plus ferme appui de dom Miguel. Le nonce du pape fut - embarqué de force pour l'Italie; les jésuites furent expulsés. - Défense fut faite de payer les redevances dues aux communautés. - Des décrets destituèrent tous les évêques nommés par dom Miguel - et défendirent aux novices actuellement dans les couvents - d'entrer dans les ordres. Enfin dom Pedro attribuait à la - couronne la totalité des présentations aux bénéfices. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 29 août 1833. - - »Monsieur le duc, - -»... J'ai l'honneur de vous transmettre le discours prononcé -aujourd'hui par Sa Majesté le roi d'Angleterre à la prorogation du -parlement. Vous y remarquerez les phrases qui se rapportent aux -questions de Hollande, de Portugal et de Turquie.--Le chancelier -quitte Londres ce soir pour deux mois, et lord Grey partira dans -quelques jours pour son château, dans le nord de l'Angleterre, où il -compte aussi passer deux mois...» - - -LE COMTE DE RAYNEVAL AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Madrid, le 24 août 1833. - - »Prince, - -»Nous voici ici dans une sorte de crise. Pendant que lord Palmerston -fait donner au cabinet de Madrid des assurances réitérées de -neutralité de la part de l'Angleterre, en exigeant plus impérieusement -que jamais celle de l'Espagne, en disant que si _un seul_ soldat -espagnol met le pied sur le territoire portugais, l'Angleterre -regardera cet acte comme une déclaration de guerre, lord William -Russell annonce qu'il a pris la résolution, pour protéger, dit-il, les -sujets anglais, de faire descendre à terre, non _un_ soldat, mais -deux mille de ceux qui sont sur l'escadre de l'amiral Parker[141], et -de leur faire occuper, non seulement le fort Saint-Julien qui défend -l'embouchure du Tage, mais aussi le fort Saint-George qui domine la -ville de Lisbonne. C'est pour une lettre adressée le 13 à M. de -Cordova, que lord Russell donne à connaître cette détermination. Elle -a causé, comme vous pouvez le penser, la plus vive impression sur ce -gouvernement-ci, qui, il y a deux jours seulement, recevait les -communications rassurantes dont j'ai fait mention plus haut. Il ne -sait si cette idée de débarquer des troupes anglaises vient de lord -William ou de son gouvernement. Il croit à la première de ces -hypothèses plutôt qu'à la seconde, qui lui paraît trop directement en -opposition avec ce que lui fait dire le cabinet britannique. Dans -l'incertitude où est M. de Zéa, il se hâte d'expédier un courrier à -Londres, pour engager le gouvernement à ne pas outrepasser les bornes -qu'il a posées lui-même, et à ne pas forcer l'Espagne à quitter, -malgré elle, la ligne de conduite qu'elle a fidèlement suivie -jusqu'ici, à la demande de l'Angleterre. Il m'assure que la note qui -sera remise à ce sujet à lord Palmerston est conçue en des termes qui -ne peuvent nullement être pris en mauvaise part. Il demande à notre -gouvernement d'appuyer cette démarche pacifique, et verrait avec -reconnaissance que vous voulussiez bien user de votre influence -personnelle pour faire changer une détermination dont on ne peut -réellement calculer les suites. Mais, j'ai bien peur que cette requête -ne vienne trop tard. Le 16, M. de Bourmont a quitté Coimbre pour -rejoindre son armée, qui marchait sur Lisbonne. Elle est forte de -quinze à seize mille hommes, non compris quelques corps détachés qui -sont sur le Tage, ou du côté de Torrès-Vedras. Avec cette force, il -peut certainement tenter d'enlever la capitale, et y parvenir. Lord -William sera, sans doute, obligé de suivre son projet, ou d'y renoncer -sans attendre les directions de son gouvernement. Tout l'avenir de la -péninsule va donc dépendre de l'idée qui lui passera par la tête. - -»On ne peut se dissimuler que ces tristes affaires de Portugal -prennent la tournure la plus fâcheuse possible. Une sanglante anarchie -se propage dans tout le pays; et dom Pedro, par tous les décrets qu'il -lance, sans interruption, blesse toutes les opinions comme tous les -intérêts, et rend presque impossible le retour de l'ordre. Il ne -manque plus que de voir l'Angleterre et l'Espagne prendre part à la -lutte, pour en être réduit à désespérer, non seulement de la -péninsule, mais de l'Europe tout entière...» - - [141] Sir William Parker, né en 1781, s'engagea tout jeune dans - la marine, devint capitaine de vaisseau en 1810, contre-amiral en - 1830, reçut en cette qualité le commandement de l'escadre que - l'Angleterre envoya vers cette époque à l'embouchure du Tage. Il - fut nommé lord de l'amirauté en 1834 et de nouveau, en 1841, - commanda à cette dernière date les forces navales anglaises dans - les mers de Chine, fut promu amiral en 1863 et mourut en 1866. - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Saint-Cloud, le 30 août 1833. - -»Je ne veux pas laisser partir M. Thiers pour Londres sans un petit -mot de moi pour vous, mon cher prince; il me l'a demandé hier soir, et -je suis bien aise de vous dire combien notre cher roi l'apprécie et -est satisfait de son esprit et de son dévouement; il va à merveille: -c'est un excellent petit homme. - -»Nous avons les nouvelles les plus satisfaisantes du voyage du -roi[142]; c'est un véritable triomphe. Je vais partir avec la reine, -mes nièces et mes deux plus jeunes neveux pour aller le rejoindre à -Cherbourg, d'où je tâcherai de vous donner de nos nouvelles. Je vous -écris en hâte, étant au moment de monter en voiture...» - - [142] Le roi était parti le 26 août pour un voyage en Normandie. - Des fêtes eurent lieu à son passage à Cherbourg où vint le - rejoindre la famille royale. Le roi fut de retour à Saint-Cloud - le 12 septembre. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 4 septembre 1833. - - »Monsieur le duc, - -»C'est seulement hier, 3, que j'ai reçu les dépêches que vous m'avez -fait l'honneur de m'écrire le 29 et le 31 du mois dernier, et dont -l'arrivée a été fort retardée par le mauvais temps. - -»Le marquis de Rezende est arrivé, il y a quelques jours, à Londres, -venant du Havre, chargé par Sa Majesté Madame la duchesse de Bragance -de demander à Sa Majesté le roi d'Angleterre la permission pour elle -et pour la reine doña Maria de venir attendre en Angleterre les -bâtiments portugais qui doivent les conduire à Lisbonne. Le marquis de -Rezende, en communiquant le but de sa mission aux ministres anglais, a -porté des plaintes très vives sur la manière dont madame la duchesse -de Bragance aurait été reçue au Havre, et particulièrement sur les -mauvais traitements que M. le duc de Leuchtenberg aurait eu à -supporter de la part des autorités du Havre[143]. - -»Lord Grey, qui m'a entretenu de la mission de M. de Rezende, m'a dit -qu'il avait reçu une copie de la protestation faite par M. le duc de -Leuchtenberg avant de quitter le Havre, et remise par lui au -sous-préfet. Il m'a paru qu'il avait été très frappé de la rédaction -de cette pièce, qu'il n'a pu me montrer parce qu'il l'avait laissée -entre les mains du roi. Lord Grey a ajouté qu'il avait pris les ordres -de Sa Majesté sur la demande faite par madame la duchesse de Bragance, -et que le roi lui avait recommandé de faire savoir a M. de Rezende -qu'il verrait avec plaisir la reine doña Maria et l'impératrice en -Angleterre, et que, s'il avait un bâtiment disponible, il l'enverrait -au Havre pour qu'elles pussent en faire usage. - -»Lorsque lord Grey m'a fait la communication dont je viens de vous -faire part, je n'avais point encore reçu votre dépêche du 31, qui -renferme des explications sur ce qui s'est passé au Havre, -relativement au duc de Leuchtenberg; mais j'ai pu cependant l'assurer -qu'il devait y avoir une grande exagération dans les récits du marquis -de Rezende; qu'il ne paraîtrait croyable à personne qu'après un séjour -de deux années en France, pendant lesquelles Leurs Majestés M. le duc -et madame la duchesse de Bragance et la reine doña Maria -n'avaient pas cessé d'être entourés d'égards et traités de la manière -la plus distinguée, on eût eu, au moment de se séparer d'eux, des -procédés inconvenants, qui sont si étrangers à la cour de France. J'ai -retrouvé, du reste, dans cette circonstance comme dans plusieurs -autres, lord Grey surpris de l'insistance que nous mettons à repousser -le duc de Leuchtenberg, et ne voulant pas comprendre qu'il s'agit ici -d'une question de dignité pour le Portugal et de tranquillité pour la -péninsule entière, sur quoi j'ai toujours particulièrement insisté. - -»J'ai eu, aujourd'hui même, avec lord Palmerston, une conversation -dans laquelle je lui ai parlé de la note qui doit lui être adressée -par le gouvernement espagnol, au sujet de l'occupation des forts de -Lisbonne par des troupes anglaises. Il n'avait pas encore reçu cette -note, mais elle lui avait été annoncée, au lever du roi, par M. Vial, -ministre d'Espagne. J'ai pu cependant saisir cette occasion qui -m'était offerte pour lui renouveler les instances que je lui ai déjà -faites à diverses reprises sur la nécessité d'un rapprochement entre -l'Angleterre et l'Espagne. Je lui ai indiqué qu'en agissant de concert -avec le cabinet de Madrid, pour empêcher des troubles révolutionnaires -dans la péninsule, il rapprocherait de lui les cabinets du continent -que des intrigues récentes avaient pu en éloigner, et qu'il -s'assurerait par là une influence profitable pour la paix de l'Europe; -que la meilleure manière de satisfaire l'Espagne en ce moment était de -renoncer à l'occupation des forts de Lisbonne, et de repousser sans -hésitation le mariage de doña Maria avec le duc de Leuchtenberg, qui -ne pouvait qu'amener à sa suite la guerre civile en Portugal et en -Espagne. - -»Lord Palmerston a écouté ces observations avec intérêt et m'a donné -sa parole de chercher dans la note du cabinet espagnol, aussitôt -qu'elle lui serait parvenue, tous les moyens possibles de rentrer avec -l'Espagne dans des relations amicales. Il m'a paru qu'il en sentait -toute l'importance, et il m'a même assuré, comme M. Aston vous l'avait -déjà annoncé, que l'autorisation donnée aux troupes anglaises -d'occuper les forts de Lisbonne avait été révoquée, et que lord -William Russell avait reçu l'ordre de se conformer aux premières -instructions qui lui avaient été transmises, et dont vous avez eu -connaissance.» - - [143] «... Le duc de Leuchtenberg était arrivé au Havre sous un - nom supposé. Le gouvernement du roi lui ayant fait représenter - qu'il ne pourrait sans inconvénient prolonger son séjour en - France où il n'était entré qu'au moyen d'un passeport irrégulier, - il a d'abord paru peu disposé à céder à cette invitation, mais il - n'a pas tardé à se raviser: il a écrit au sous-préfet que s'il - s'était rendu immédiatement au Havre, c'est qu'il avait cru y - trouver les bâtiments destinés à transporter au Portugal la - famille de dom Pedro, et que l'arrivée de ces bâtiments lui - paraissant différée, il allait partir lui-même pour Munich» (_Le - duc de Broglie au prince de Talleyrand, 31 août_). - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 5 septembre 1833. - - »Mon prince, - -»Je vous envoie une dépêche que j'ai reçue de Madrid ce matin même. -Elle n'est pas aussi satisfaisante que je l'espérais. Il est clair que -l'affaire portugaise demeurant encore dans sa crise, le gouvernement -espagnol espère trop le succès de dom Miguel pour s'ouvrir à nous -entièrement, tandis que le gouvernement anglais, regardant toujours -dom Miguel comme perdu, se ressouvient plus de ses ressentiments -contre l'Espagne que des vrais intérêts de l'Angleterre. Si Lisbonne -est emporté d'assaut, et si dom Miguel est écrasé dans l'attaque, -chaque gouvernement suivra sa pente, je le crains, et demeurera -intraitable. Mais, je ne sais si je m'abuse, aucun de ces deux -événements ne me paraît probable. A moins que dom Pedro n'ait -décidément perdu la tête, il n'ira point se faire battre en rase -campagne, et pour peu qu'il se tienne sur la défensive, ce ne -sont pas les quinze ou vingt mille hommes de Bourmont qui pourront -entrer de vive force dans une ville comme Lisbonne. La mauvaise saison -approchant, ce qui semble être l'avenir de ce malheureux pays, c'est -d'avoir ses deux capitales occupées par les pédristes, et le reste du -territoire occupé par les miguélistes ou livré à leurs ravages, et -cela, sans terme apparent, sans dénouement prochain ni probable. - -»Un tel état de choses peut-il, doit-il subsister? - -»J'avoue que j'ai peine à le croire. Je respecte beaucoup le principe -de non-intervention. Chacun pour soi, chacun chez soi, rien de plus -juste. Mais ce principe, comme tous les principes, a ses limites. Il -suppose que le pays auquel on l'applique possède en lui-même les -moyens de sortir de l'anarchie, d'échapper à la guerre civile; il -suppose, dans ce pays, une majorité et une minorité: une majorité -suffisante pour venir à bout de la minorité, tant qu'elle résiste, et -la protéger, sans traiter avec elle, quand elle a succombé. Mais, -quand une épreuve longue, patiente, sincère, a prouvé que le pays dont -il s'agit ne possède aucun des moyens nécessaires pour rétablir -l'ordre dans son propre sein; qu'il n'y a, d'aucun côté, une majorité -réelle et capable de se dessiner, de se faire obéir; quand il est -évident que la lutte ne peut finir par le triomphe absolu de qui que -ce soit, il me semble que l'humanité, la raison, le bon sens veulent -que ceux des voisins qui ont un intérêt quelconque à la pacification -du pays dont il s'agit, se concertent pour intervenir, pour faire -poser les armes aux combattants, pour régler ensuite un compromis -entre les partis opposés, en proportionnant autant que possible les -avantages réciproques à la force respective des partis. - -»Telle est, à mon avis, la position du Portugal. - -»Plus j'y réfléchis, plus j'y regarde, plus je me persuade que cette -malheureuse affaire ne peut finir que par l'intervention amicale de la -France, de l'Espagne et de l'Angleterre, intervention plus ou moins -prononcée, plus ou moins directe, plus ou moins active, selon -l'exigence du cas et la nature des circonstances; mais intervention -sans laquelle l'affaire dégénérera en une guerre entre l'Espagne et -l'Angleterre, chacune s'engageant de plus en plus au soutien de son -protégé, et faisant chaque jour de nouveaux appels à l'opinion de -chaque pays, jusqu'au point de l'exalter, de manière à se priver de -toute liberté de choisir et de se mouvoir en divers sens. - -»Je vous confie ces réflexions, mon prince, bien moins pour vous -demander de faire, en ce moment, une démarche quelconque, que pour -vous prier de préparer à l'avance celles que les événements pourraient -bientôt rendre nécessaires. S'il arrive qu'une sorte de convention -s'établisse entre les trois gouvernements pour agir simultanément dans -cette affaire, ce sera vous qui en poserez les bases. C'est votre -sagesse et votre expérience qui en sera crue par le gouvernement -anglais. Je n'aurais, à moi seul, que peu d'espérance de me faire -écouter. Je tiens d'ailleurs, avant tout, à m'éclairer de vos conseils -et à ne rien précipiter sans votre aveu...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 9 septembre 1833. - - »Monsieur Je duc, - -»La reine doña Maria et Sa Majesté la duchesse de Bragance ont -débarqué hier à Portsmouth, venant du Havre, à bord d'un bateau à -vapeur frété par un agent de dom Pedro. La jeune reine a reçu les plus -grands honneurs à son débarquement; les lords de l'amirauté qui se -trouvaient à Portsmouth se sont empressés de lui présenter leurs -hommages, ainsi que toutes les autorités civiles et militaires. Elle -est invitée à se rendre à Windsor, où il paraît qu'elle passera trois -ou quatre jours. En tout, on met une espèce d'affectation dans la -bonne réception qu'on fait à doña Maria en Angleterre; il est aisé -d'en deviner le but, et le _Times_, dans un article de son numéro de -ce matin, ne laisse aucun doute à cet égard...» - - «Le 9 septembre 1833. - - »Mon cher duc, - -»Voici le parlement dissous, les ministres anglais sont à la campagne, -et la conférence ajournée de fait jusqu'à ce qu'il plaise au roi de -Hollande de répondre et de céder. Il ne paraît disposé ni à l'un ni à -l'autre, et nous ne faisons rien qui vaille ici. - -»Je crois donc le moment opportun pour obéir aux médecins qui jugent -le changement d'air nécessaire pour me remettre de mon terrible rhume. -Ma famille me presse de me rendre à Paris, où le triste état de mon -frère exige des mesures qu'on ne croit pas pouvoir prendre sans moi, -et mes affaires personnelles, enfin, sont trop en souffrance depuis la -mort de l'homme qui les gouvernait depuis vingt-cinq ans pour que je -puisse les laisser plus longtemps à l'abandon. - -»L'état des choses me paraissant ne pas réclamer aujourd'hui d'une -façon particulière ma présence ici, je viens vous demander un congé -dont la durée dépendrait du plus ou moins d'importance dans les -affaires politiques. Je prie votre amitié de vouloir bien me -l'accorder sans délai, car je sens que ma santé a besoin de quelque -repos. - -»Je suis porté à croire que le roi des Pays-Bas trouvera moyen de nous -faire attendre longtemps sa décision; mais, lors même qu'il se -résignerait prochainement, ce n'est plus par des négociations plus ou -moins habiles qu'on l'y déterminera; la force des choses, les -avantages évidents que nous avons assurés aux Belges par notre -convention du 21 mai, et qui dureront autant que le provisoire, -pourront seuls décider le roi Guillaume à signer. La démarche de la -diète de Francfort à La Haye et notre refus de continuer ici une -négociation oiseuse aussi longtemps que le roi des Pays-Bas y -apportera des arrière-pensées, ont été deux excellentes mesures. Tout -est donc bien préparé. Tout ce qui était difficile et utile à faire -est fait. C'est maintenant au temps, et au temps lui seul, à achever. -Ma présence ici n'en hâterait ni la marche ni l'action. - -»Si, par impossible, les premières réponses de Hollande étaient assez -favorables pour me donner la certitude que le traité définitif -pourrait être conclu dans le mois de septembre, je me ferais un devoir -de ne profiter de mon congé qu'après la signature du traité; mais -cette chance est si peu vraisemblable qu'il est presque inutile de -l'admettre...» - - «Le 11 septembre 1833. - -»... J'ai lu avec un grand intérêt la dépêche de M. le comte de -Rayneval du 30 août, dont vous avez bien voulu me transmettre une -copie, et j'ai déjà fait usage de ce qu'elle contient, dans mes -conversations ici[144]. - -»M. Georges Villiers, à son passage par Paris, en se rendant en -Espagne, vous aura communiqué les vues de son gouvernement sur l'état -de la péninsule; il en avait reçu l'ordre de lord Palmerston. Il est -chargé de la réponse du cabinet anglais à la dernière note de M. de -Zéa, qui, comme vous le savez déjà, ne portait que sur deux points: -l'occupation des forts de Lisbonne par des troupes britanniques, et le -débarquement de ces mêmes troupes pour protéger les sujets anglais -dans le cas où, par suite d'un conflit à Lisbonne même, ils auraient -besoin d'une protection. Sur le premier point, vous êtes instruit que -le cabinet espagnol a eu pleine satisfaction. Quant au second, lord -Palmerston a répondu que rien ne pourrait empêcher l'amiral anglais -d'employer tous les moyens qu'il possédait pour protéger les intérêts -britanniques s'ils étaient menacés, et qu'à cet égard il avait reçu -des instructions formelles. Aux deux articles que j'ai indiqués -ci-dessus, M. de Zéa avait joint des protestations d'amitié auxquelles -lord Palmerston a répondu par des assurances du même genre. Du reste, -vous serez informé sur ces questions beaucoup mieux par votre -conversation avec M. Villiers, que je ne pourrais le faire par ma -correspondance. - -»Les nouvelles de Portugal, qui vous seront données par les journaux -anglais d'aujourd'hui, montrent que les affaires de ce pays touchent à -une crise, sinon décisive, du moins très importante. Les forces de dom -Pedro et de dom Miguel se balancent à peu près, et il est impossible -de prévoir quelle sera l'issue de la lutte. La reine doña Maria -restera jusqu'au lundi 15 à Windsor, d'où elle retournera à -Portsmouth; on annonce son départ de ce port pour Lisbonne comme très -prochain; mais vraisemblablement elle ne partira pas avant qu'on ait -reçu l'assurance qu'elle ne courra aucun danger dans sa capitale... - -»Je crois que, sans attacher une importance exagérée au voyage de -l'empereur Nicolas, il ne sera pas inutile d'en surveiller -attentivement les suites. Le retour de M. de Metternich à Vienne et de -M. Ancillon à Berlin mettra M. de Sainte-Aulaire et M. Bresson en -position de vous communiquer quelques informations à ce sujet; je vous -serai particulièrement obligé de me les faire connaître...» - - [144] M. de Rayneval, dans cette dépêche, rend compte d'un - entretien qu'il venait d'avoir avec M. de Zéa sur l'éventualité - de la médiation franco-anglaise en Portugal. Notre ambassadeur - n'avait pas caché à M. de Zéa que les deux puissances médiatrices - n'avaient pas été sans élever quelques doutes sur la sincérité du - cabinet espagnol. Le ministre protesta vivement; toutefois il - refusa d'indiquer les conditions qu'il proposerait dans - l'arrangement à intervenir en Portugal. Si dom Miguel triomphait, - l'Espagne promettait de ne laisser porter aucune atteinte aux - intérêts anglais, mais elle demandait une garantie égale de la - part de l'Angleterre en cas de succès de dom Pedro. M. de Zéa - insistait sur la modération du gouvernement espagnol qui, avec - quelques milliers d'hommes pourrait faire pencher la balance en - faveur de son candidat. M. de Rayneval terminait en disant que le - cabinet espagnol avait renoncé à l'idée d'exclure en même temps - les deux frères car le succès de dom Miguel lui paraissait - assuré. - - «Le 18 septembre 1833. - -»J'ai reçu la lettre par laquelle vous m'annoncez que Sa Majesté a -bien voulu m'accorder l'autorisation de me rendre en France. Je -voulais profiter immédiatement de cette autorisation, et j'avais -l'intention de partir le 20; mais Sa Majesté le roi d'Angleterre -m'ayant fait l'honneur de m'inviter à passer trois jours à Windsor, -j'ai dû retarder mon départ. Je ne reviendrai de Windsor que le -dimanche 22, et je partirai le 24, pour être rendu à Paris le 27. -J'aurai soin, avant de quitter Londres, de présenter M. de -Bacourt, comme chargé d'affaires, à lord Palmerston, ainsi que vous me -l'avez recommandé. - -»Il n'y a pas d'autres nouvelles de Portugal à Londres que celles -venues par la voie de France; il y a aujourd'hui vingt et un jours -qu'aucune communication directe n'a eu lieu entre Londres et Lisbonne. -L'incertitude qui règne sur l'état de cette dernière ville n'a pas -empêché l'embarquement de la reine doña Maria, qui est partie -avant-hier soir de Portsmouth, par un très mauvais temps...» - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Saint-Cloud, le 16 septembre 1833. - -»En arrivant ici, mon cher prince, j'ai trouvé votre lettre du 9, et -je me suis empressée de parler au roi de votre désir de revenir ici. -Il est toujours charmé de faire ce qui peut vous être agréable, et il -en a, sur-le-champ, entretenu le duc de Broglie, dont vous devez avoir -reçu maintenant la réponse que vous souhaitiez. Je sens combien un des -motifs qui vous rappellent à Paris est pénible pour vous, et j'y -prends bien part, comme à tout ce qui vous touche; mais je serai bien -contente de vous revoir et de pouvoir causer tout à mon aise avec -vous... Je regrette beaucoup que la résistance du roi de Hollande -retarde encore la conclusion des affaires de Belgique. Au reste, les -Belges ne sont pas de mon avis, car ils trouvent la convention du mois -de mai plus avantageuse pour eux qu'une conclusion qui les obligerait -à payer la dette, ce que, certes, je ne crois pas être bien entendu de -leur part. - -»Vous avez dans ce moment en Angleterre la petite reine de Portugal et -la duchesse de Bragance. La conduite de cette dernière et celle -de dom Pedro envers notre roi a été inconcevable, bien ingrate et bien -déplacée. Elle est partie d'ici, sans remercier le roi de l'offre -qu'il lui avait faite, à la nouvelle de l'entrée de dom Pedro à -Lisbonne, de lui donner une frégate pour l'y conduire ainsi que la -jeune reine, sans avoir prévenu le gouvernement de son départ. Dom -Pedro n'a, non seulement pas écrit au roi depuis son entrée à -Lisbonne, mais n'a pas même chargé M. de Loulé qui est venu chez le -roi pour son propre compte, d'un mot de message pour le roi, ni -d'aucuns remerciements pour tous les soins qu'il a eus de sa famille. -Il est bon que vous sachiez que madame de Loulé (soeur de dom Pedro) a -eu, pendant son séjour à Paris, soixante mille francs; celle-là en est -très reconnaissante, mais il me semble que dom Pedro doit bien aussi -quelque chose au roi. Tout cela n'est pas bien, mais je n'en fais pas -moins des voeux bien sincères pour le succès de la cause de la petite -reine. - -»A revoir bientôt, mon cher prince...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE - - «Londres, le 19 septembre 1833. - -»... En m'entretenant ce matin avec lord Palmerston de la nouvelle de -Constantinople dont vous avez bien voulu me faire part, nous nous -sommes occupés de la conduite qu'il y aurait à tenir envers le cabinet -russe, à l'égard du traité du 8 juillet qu'il a fait avec la Porte. -Nous pensons l'un et l'autre qu'il y aurait une démarche à faire à -Pétersbourg après la déclaration remise à La Porte, par les -ambassadeurs de France et d'Angleterre. Il s'agit de savoir si cette -démarche devrait consister dans une simple notification de ce qui a -été fait à Constantinople, ou dans une déclaration à peu près du -même genre que celle adressée à la Porte. Mon opinion serait pour ce -dernier moyen, qui me paraît plus net, plus franc, et qui, en même -temps, donnerait un caractère plus élevé à notre politique. Il serait, -dans tous les cas, certainement convenable et utile, après la réunion -des trois souverains du Nord, de présenter un témoignage bien marqué -de l'union de la France et de l'Angleterre. Je vous engage à vous -concerter avec lord Granville et à déterminer avec lui le parti à -prendre dans cette circonstance par les deux gouvernements. » - -»Nous sommes toujours sans nouvelles du Portugal...» - - «Le 23 septembre 1833. - -»... Lord Palmerston m'a chargé de vous offrir tous ses remerciements -pour le bon accueil que vous avez bien voulu faire à M. Georges -Villiers. Il s'est montré aussi très satisfait des dernières -instructions que vous avez adressées à M. de Rayneval, et il croit -qu'elles doivent produire un très bon effet sur le cabinet de Madrid. -Je compte toujours aller coucher demain à Douvres, et m'embarquer -après-demain matin.» - -Je quittai en effet Londres le 24 septembre, et j'arrivai à Paris le -26. - -FIN DE LA ONZIÈME PARTIE. - - - - -DOUZIÈME PARTIE - -RÉVOLUTION DE 1830 (_Suite_) - -(1833-1834) - - - - -RÉVOLUTION DE 1830 (_Suite_) - -(1833-1834) - - -En quittant Londres au mois de septembre, j'étais à peu près décidé à -ne plus y retourner. Je croyais y avoir laissé les affaires dans une -situation telle, que ma présence n'y était plus nécessaire, et, -d'autre part, mon grand âge, mes infirmités et l'état de mes affaires -personnelles, fort dérangées par mes longues absences, me faisaient -penser qu'il était temps de rentrer dans la retraite. J'aurais -probablement persévéré dans cette résolution, si des sollicitations -pressantes n'étaient venues me rappeler à Paris. Ces sollicitations -avaient commencé dès les premiers jours du mois de novembre. Je -résistai d'abord, en faisant valoir les raisons exposées plus haut; -mais le roi et le ministère insistèrent avec vivacité, et je dus me -rendre à Paris au commencement du mois de décembre, pour apprendre -quels étaient les motifs qui faisaient désirer si vivement que je -retournasse à mon poste de Londres. - -Il ne s'agissait pas seulement des négociations relatives aux affaires -de Belgique, qu'on se flattait de l'espoir de voir bientôt reprises à -la suite des démarches que le roi des Pays-Bas avait faites auprès de -la diète de Francfort et des agnats de sa maison afin d'obtenir leur -assentiment aux conditions imposées par la conférence de Londres[145]. -Le roi et son gouvernement étaient inquiets de la réunion qui avait eu -lieu pendant l'automne, en Bohême, entre les souverains de Prusse et -d'Autriche, et, au moins autant, des événements qui se passaient en -Espagne et en Portugal, et qui faisaient craindre, soit un soulèvement -révolutionnaire, soit la prolongation d'une guerre civile, incommode -et peut-être dangereuse pour notre frontière des Pyrénées. - - [145] Le roi des Pays-Bas s'était en effet déterminé à cette - démarche sur l'invitation pressante des cours de Russie, - d'Autriche et de Prusse. Le prince Félix de Schwarzenberg avait - été envoyé dans ce but à La Haye porteur de lettres autographes - des trois souverains destinées à l'éclairer «sur l'inutilité et - les dangers d'une plus longue résistance» (_Lettre de M. Bresson - à M. de Talleyrand du 29 septembre 1833_). En conséquence, au - mois de novembre suivant, le roi des Pays-Bas s'adressa aux - agnats de la maison de Nassau et à la diète pour obtenir leur - consentement respectif à la cession éventuelle de la partie - wallonne du grand-duché de Luxembourg. La diète répondit qu'elle - voulait en échange un équivalent territorial. Le roi répondit - qu'il n'avait déjà que trop fait de sacrifices et que la - Confédération germanique, n'ayant pas su garder le Luxembourg, - n'avait droit à aucun dédommagement, et l'affaire demeura en - suspens. Quant au duc de Nassau, il refusa formellement son - consentement. La négociation avait donc échoué sur les deux - points. - -Aussitôt après mon arrivée à Paris, j'eus de longues conversations -avec le roi et ses ministres, et on me communiqua toutes les -correspondances relatives à ces trois questions, qui devaient me -mettre au fait de ce qui s'était passé en mon absence. - -Sur le premier point, je ne partageai pas trop les espérances -qu'on avait conçues d'une reprise sérieuse des négociations de Londres -pour les affaires belges, et j'avoue que, s'il ne s'était agi que de -cette question, je n'aurais pas pensé qu'il fût urgent, pour moi, de -retourner en Angleterre. Les deux autres questions me parurent plus -graves. Je veux parler d'abord de la réunion des souverains de Russie, -d'Autriche et de Prusse, et de l'impression qui m'en resta. - -Cette réunion, paraît-il, avait été provoquée primitivement par le -prince de Metternich. Le chancelier d'Autriche, préoccupé des -souvenirs de l'expédition d'Ancône, et redoutant, pour la liberté -d'action de l'Autriche en Italie, les conséquences des doctrines -professées par la France et par l'Angleterre au sujet du droit -d'intervention, avait proposé au gouvernement russe de s'entendre avec -lui à cet égard, et de préparer en commun l'énoncé des principes -d'après lesquels les deux cours entendaient régler l'exercice de ce -droit. - -Le désir de se fixer sur ce point donna lieu à l'idée de se réunir, -soit en Silésie, soit en Bohême. Cette idée, mise en avant par le -cabinet de Pétersbourg, fut accueillie à Vienne avec empressement. On -croyait être assuré du concours de la Prusse, et l'empereur Nicolas, -qui devait traverser les États de son beau-père[146] pour se rendre au -lieu désigné pour l'entrevue, ne doutait pas d'emporter son accession. - - [146] L'empereur Nicolas avait épousé, en 1817, la princesse - Frédérique-Louise-Charlotte Wilhelmine, fille du roi - Frédéric-Guillaume III, née en 1797. - -Cependant, il n'y réussit pas entièrement. A Schwedt, où se tint une -réunion préparatoire, les ouvertures de l'empereur échouèrent en -partie. Le roi de Prusse déclina de prendre des engagements solennels -qui pouvaient compromettre son gouvernement dans l'esprit de -l'Allemagne, dont les tendances libérales lui étaient connues. -L'empereur Nicolas dut s'acheminer seul vers la Bohême, et se -rencontrer à Munchengrætz avec l'empereur d'Autriche. Là, on examina -en commun d'abord les questions de politique générale qui -intéressaient les deux pays, celles d'Orient et de Pologne. Le cabinet -autrichien, dominé par les craintes que lui inspiraient les -dispositions de l'Allemagne et la situation précaire de l'Italie, et -abandonnant ses traditions constantes, aurait consenti à admettre en -principe la suprématie à peu près exclusive de la Russie à -Constantinople. Il aurait également donné son approbation aux mesures -adoptées par le gouvernement russe pour enlever à la Pologne les -restes d'une existence nationale et indépendante. - -D'accord sur ces deux points, ce serait alors que M. de Metternich -aurait proposé de conclure une convention qui arrêtât, sur les bases -recommandées précédemment par l'Autriche, le principe d'un nouveau -droit d'intervention, en vertu duquel il ne serait permis à aucune -puissance d'intervenir dans les affaires intérieures d'un autre État, -si elle n'y est formellement appelée par ce même État; mais assurant -en même temps à la puissance dont le secours aurait été invoqué le -droit exclusif d'intervention, sans qu'aucun autre cabinet ait celui -d'y prendre part ou de s'y opposer. - -Le cabinet russe, qui voyait dans cette convention l'assurance de -pouvoir intervenir à son gré à Constantinople, comme le lui permet le -traité du 8 juillet dernier avec la Porte, n'aurait pas hésité à la -conclure. - -M. de Metternich, non content d'avoir obtenu de son côté le droit -d'intervenir en Italie et la certitude d'être appuyé en ce cas -par la Russie, aurait proposé, en outre, de convoquer à Vienne les -chefs des cabinets des différents États de la Confédération -germanique, et de les amener, par un acte arrêté en commun, à annuler -toutes les concessions faites, depuis 1815, par plusieurs États -constitutionnels de l'Allemagne, et qui gênaient les mesures -répressives qu'on voulait employer contre la propagation des idées -révolutionnaires. L'empereur Nicolas se serait empressé de donner son -approbation à ce projet. - -Tous ces points convenus et arrêtés entre les souverains de Russie et -d'Autriche, on aurait envoyé MM. de Nesselrode et de Ficquelmont[147] -à Berlin, pour déterminer le gouvernement prussien à entrer dans les -vues de ses deux alliés. Après une résistance assez prolongée et -beaucoup d'hésitation, le roi de Prusse aurait fini par se rendre aux -instances qui lui étaient faites, et aurait signé la convention; mais, -sous la condition formelle qu'elle resterait secrète. - - [147] Charles-Louis comte de Ficquelmont, homme d'État et général - autrichien, né en 1777, était le fils d'un émigré français tué à - Marengo. Il devint major général dans l'armée autrichienne et fut - ministre plénipotentiaire à Stockholm, Florence, Naples et - Pétersbourg. En 1840, il devint ministre de la guerre, puis des - affaires étrangères. En 1848, il fut un instant premier ministre. - Il mourut en 1857. - -Tel est à peu près le résumé des informations contenues dans les -correspondances de nos agents diplomatiques, qui me furent -communiquées. Je n'oserais pas garantir leur exactitude parfaite; mais -ce qui restait exact et vrai, c'était d'abord le traité du 8 juillet -1833, imposé par la Russie à la Porte ottomane, puis une démarche -collective, faite à Paris, dans les derniers jours du mois d'octobre -par les ministres d'Autriche, de Prusse et de Russie. Ils s'étaient -présentés successivement chez le duc de Broglie pour lui lire une -dépêche de leur cour, qui en substance renfermait ceci: je cite la -dépêche autrichienne: - -M. de Metternich commençait par exposer, dans cette dépêche, que les -trois souverains réunis en Bohême on trouvé, dans les explications -qu'ils ont eues ensemble, les preuves les moins équivoques de la -solidité des liens d'amitié qui les unissent, et des dispositions -bienveillantes dont ils sont également animés à l'égard des autres -puissances. - -Après ce préambule, le chancelier d'Autriche passait au développement -des principes que les souverains se sont accordés à reconnaître comme -pouvant seuls garantir le repos de l'Europe. - -Suivant M. de Metternich, ou plutôt, suivant les cabinets dont il se -présente ici comme l'organe, chaque gouvernement est naturellement -porté à désirer et à favoriser la diffusion des doctrines sur -lesquelles repose son existence. Ce prosélytisme est trop naturel pour -qu'on puisse penser à le condamner tant qu'il s'exerce par des voies -pacifiques, par les seules influences morales. Mais il n'en est pas de -même de ce système de propagande qui, étendant son action sur l'Europe -entière, cherche à bouleverser partout les institutions en vigueur -pour y substituer violemment de dangereuses innovations. Un pareil -système, également hostile à tous les gouvernements réguliers, doit -nécessairement être combattu par leurs efforts communs. Dans le cas où -le gouvernement français, qui a si bien su se défendre lui-même des -agressions des révolutionnaires, ne réussirait pas désormais à déjouer -également les machinations auxquelles ils se livrent sur son -territoire contre les États étrangers, il pourrait en résulter, -pour quelques-uns de ces États, des agitations et des désordres -intérieurs qui les mettraient dans l'obligation de réclamer l'appui de -leurs alliés. Cet appui ne leur serait pas refusé, et toute tentative -qui aurait pour but de s'y opposer serait envisagée, par les trois -cours, comme une hostilité dirigée contre chacune d'elles. - -Les communications faites par les ministres de Russie et de Prusse -différaient par quelques nuances dans l'exposé des doctrines, mais -s'accordaient toutes les deux dans la conclusion et constataient ainsi -qu'il y avait une solidarité véritable entre les trois cabinets dans -la démarche qu'ils venaient de faire. - -Le duc de Broglie répondit avec autant de tact que de fermeté à ces -communications[148]. Il dit aux trois ministres étrangers que, s'il ne -devait voir, dans les documents qu'ils venaient de lui dire, qu'une -profession de foi plus ou moins contestable, il croirait superflu de -la discuter; mais que, devant présumer que cette communication était -autre chose qu'une inutile manifestation de principes, il était -conduit à chercher quel en était le but. - - [148] A la suite de la démarche des ambassadeurs des trois cours - près le cabinet des Tuileries, le duc de Broglie adressa à tous - les agents de la France au dehors une circulaire dont les lignes - qui vont suivre sont l'analyse et parfois la reproduction - littérale. Cette circulaire a été publiée par M. d'Haussonville - dans son _Histoire de la Politique extérieure du Gouvernement - français_, t. I, p. 47. - -Avait-on voulu, dit-il, insinuer que le gouvernement français -favorisait la propagande révolutionnaire? Il ne le pensait pas; mais, -s'il avait, à cet égard, la moindre incertitude, il repousserait par -le démenti le plus formel l'apparence d'une imputation dans laquelle -le gouvernement du roi verrait une injure gratuite qu'il était -décidé à ne pas tolérer. On apprendrait bientôt que l'envoyé de France -près de la cour de Stockholm avait quitté cette capitale d'après les -ordres qu'il lui avait transmis, et sans prendre congé du roi -Charles-Jean, parce que ce prince avait cru pouvoir lui exprimer sur -la politique du gouvernement du roi des allusions analogues à celles -auxquelles il venait de l'aire allusion[149]. - - [149] Le roi de Suède, Charles-Jean, avait accueilli avec une - vive irritation la révolution de Juillet. A l'arrivée du nouveau - ministre de France, M. de Saint-Simon, il s'était plaint avec - amertume de la conduite du gouvernement français vis-à-vis des - autres puissances. Il l'accusait de favoriser la propagande - révolutionnaire et reprochait au roi lui-même de manquer de bonne - foi et de sincérité (_Dépêche de M. de Saint-Simon du 6 octobre - 1833_). Le cabinet des Tuileries donna immédiatement l'ordre à M. - de Saint-Simon de demander ses passeports; le roi de Suède - demeura assez embarrassé; il nia les propos qui avaient déterminé - la rupture. Toutefois l'accord ne fut rétabli qu'en 1835, époque - où M. de Mornay fut accrédité à Stockholm. - -Quant à l'espèce d'intervention que semblait annoncer la conclusion -des trois dépêches, voici la réponse qu'il y fit: «Il est des pays où, -comme nous l'avons déclaré pour la Belgique, pour la Suisse, pour le -Piémont, la France ne souffrirait à aucun prix une intervention de -forces étrangères. Il en est d'autres à l'égard desquels, sans -approuver cette intervention, elle peut ne pas s'y opposer, dans une -circonstance donnée, d'une manière aussi absolue qu'elle le ferait -dans d'autres conjonctures. C'est ce qu'on a pu voir lorsque l'armée -autrichienne est entrée en Romagne. Ce qu'il faut en conclure, c'est -que, chaque fois qu'une puissance étrangère occupera le territoire -d'un État indépendant, nous nous croirons _en droit_ de suivre la -ligne de conduite que nos intérêts exigeront. Ce sont là de ces -occasions où les règles du droit commun n'étant plus applicables, -chacun agit de part et d'autre à ses risques et périls.» - -Cette réponse, transmise aux trois cabinets, avait été reçue par eux -sans qu'ils y répliquassent[150]. C'était sur ce terrain qu'on se -trouvait, au moment où je revenais à Paris, c'est-à-dire plus d'un -mois après la réponse faite par le duc de Broglie. - - [150] Le cabinet de Berlin, notamment, qui s'était laissé - entraîner à contre-coeur par M. de Metternich, fut fort ému et - décontenancé de la réponse du duc de Broglie. (Voir à - l'Appendice, page 508, une lettre de M. Bresson à ce sujet.) - -Je ne dois pas omettre non plus de dire que pendant mon absence de -Londres, les gouvernements de France et d'Angleterre avaient adressé, -par leurs agents à Pétersbourg, une protestation formelle et identique -contre le traité dit d'Unkiar-Skelessi, signé le 8 juillet 1833 entre -la Russie et la Porte ottomane, protestation qui se terminait par la -déclaration que, pour les cabinets de Paris et de Londres, ce traité -restait comme non avenu. - -Il était évident que les trois cours d'Autriche, de Russie et de -Prusse, blessées de ce que la France et l'Angleterre, en se séparant -d'elles dans la question hollando-belge, étaient parvenues par leur -action commune à dompter l'obstination du roi des Pays-Bas; il était -évident, dis-je, que ces trois cours avaient voulu faire une -démonstration qui couvrît la défaite de leur politique. N'était-ce -qu'une démonstration, ou y avait-il eu réellement une résolution prise -d'agir en commun activement, dans tel cas donné qui pouvait se -présenter? J'en doute, mais cependant on ne devait pas négliger un -pareil symptôme, et il fallait ou répondre à des menaces par des -menaces, ce qui eût été puéril et n'eût servi à rien, ou s'arrêter à -quelque mesure qui pût empêcher les trois cours de s'avancer davantage -dans une voie périlleuse pour le maintien de la paix, et indiquer en -même temps la volonté de résister à tout acte offensif de leur part. - -Après avoir mûrement réfléchi sur cette question, je proposai au roi -et au duc de Broglie d'essayer d'amener le gouvernement anglais à -conclure avec nous un traité d'alliance, conçu dans des termes assez -généraux pour ne pas lier d'une manière gênante les deux -gouvernements, mais duquel on pourrait, au besoin, tirer les -conséquences qu'on voudrait, selon les circonstances. Et je citai, à -ce sujet, la situation précaire de l'empire ottoman et l'état de la -péninsule qui, en ce moment, causait, comme je l'ai dit plus haut, les -plus vives inquiétudes par suite des troubles qu'y provoquaient la -lutte en Espagne entre l'infant don Carlos et la reine Isabelle et -celle en Portugal, entre dom Pedro et son frère dom Miguel. On ne -pouvait pas se dissimuler, si ces troubles se prolongeaient comme tout -semblait le présager, que le moment viendrait où les intérêts français -engagés en Espagne, et les intérêts anglais engagés en Portugal, -obligeraient les gouvernements de France et d'Angleterre à exercer une -action quelconque dans la péninsule pour y mettre fin à la guerre -civile. Dans mon opinion, cette action devait être combinée entre les -deux gouvernements, et je pensais qu'il eût été utile de la rattacher -à un traité préalable, qui eût en même temps l'avantage de constater -aux yeux de tous l'union intime de la France et de l'Angleterre. -C'était, à mon sens, la meilleure réponse à faire au traité russe du 8 -juillet et aux communications insolites des trois cours du Nord. - -Je parvins à faire partager mon opinion au roi et à son gouvernement, -qui insistèrent plus fortement alors pour que je retournasse en -Angleterre. Je dus consentir à céder à leurs sollicitations tout en -leur déclarant que j'étais bien éloigné de croire que j'arriverais à -faire adopter mon idée par le gouvernement anglais. Je pensais -cependant que le résultat eût été assez important pour valoir la peine -de tenter de l'obtenir. - -Je partis donc pour Londres, après être convenu avec le duc de Broglie -qu'il me transmettrait un exposé détaillé de ses vues au sujet du -traité dont je désirais proposer la conclusion au gouvernement -anglais. C'est dans ce but qu'il m'adressa la lettre suivante que je -veux citer intégralement, toute longue qu'elle est, parce qu'elle -résume admirablement tous les arguments en faveur de l'acte politique -qu'il me semblait si important pour mon pays de faire adopter par -l'Angleterre.--La suite de ma correspondance viendra après. - - -LE DUC DE BROGLlE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 16 décembre 1833. - - »Mon prince, - -»L'idée d'une alliance défensive entre la France et la Grande-Bretagne -vous appartient. Elle vous appartient doublement. C'est vous qui m'en -avez entretenu le premier, il y a deux mois, lors de votre passage à -Paris. C'est vous qui, le premier, en avez dit quelques mots à lord -Granville. Je n'ai fait depuis que méditer et développer vos propres -raisonnements. Vous désirez néanmoins que je résume dans une lettre -purement confidentielle ceux que j'ai fait valoir en votre -absence. Vous n'y apprendrez rien de bien nouveau, mais c'est le moins -que je vous doive de déférer à ce désir. - -»Il s'agit d'une alliance défensive. - -»Il s'agit d'un traité par lequel les ennemis de l'un des deux pays -deviendraient ceux de l'autre, en cas d'agression gratuite et non -provoquée contre l'un ou l'autre. Il ne peut être question, dans aucun -cas, de faire courir à l'Angleterre, par exemple, les dangers que -pourrait entraîner une attaque juste ou injuste dirigée par la France -contre tel ou tel pays, ni de lui faire supporter les conséquences -d'une représaille que la France se serait attirée. - -»Dans l'hypothèse d'une alliance purement défensive, on peut se -demander au premier aspect si l'Angleterre a, pour y souscrire, les -mêmes motifs que la France pour la désirer. On peut se demander s'il y -a égalité d'avantages pour les deux pays, c'est-à-dire s'il y a parité -de dangers, si l'Angleterre est aussi menacée que la France. Sous ce -point de vue, la réponse ne serait pas favorable. Évidemment, la -sûreté de la France est plus menacée que celle de l'Angleterre. Bien -que les deux gouvernements aient au fond la même origine, je veux dire -une révolution juste dans son principe et modérée dans ses -conséquences; bien qu'il y ait entre les institutions des deux pays -une analogie qui va souvent jusqu'à l'identité, la France court des -dangers que ne court pas la Grande-Bretagne. Notre gouvernement est -nouveau; le gouvernement anglais remonte à cent cinquante ans. Nous -avons un prétendant à combattre; il n'est plus de prétendant au trône -d'Angleterre. Nous sommes un pays continental, par conséquent, -vulnérable sur beaucoup de points; l'Angleterre est une île et -les Anglais sont maîtres de la mer. On pourrait pousser plus loin -l'énumération des différences. - -»Mais, ou je m'abuse, ou ce point de vue est tout à fait superficiel. - -»Pour que deux pays s'associent par un traité d'alliance, il n'est pas -nécessaire qu'ils y trouvent des avantages égaux; il n'est pas -nécessaire qu'ils y trouvent les mêmes avantages. Ce qu'il faut -simplement, c'est que chacun y trouve son compte. Les avantages -peuvent être plus grands pour l'un que pour l'autre, ils peuvent être -différents, non seulement en degré, mais en nature, peu importe. -Pourvu qu'ils existent, pourvu qu'ils soient suffisants, il serait -puéril et déraisonnable d'insister sur la différence et de s'en faire -un titre pour refuser. Ce serait se faire du mal à soi-même, de peur -de faire du bien à autrui. - -»Que la France ait intérêt au traité dont il s'agit, cela est trop -évident pour que je m'arrête à le démontrer. - -»Que l'Angleterre y ait intérêt, grand et véritable intérêt, plus j'y -réfléchis, plus j'en demeure convaincu, et voici quels sont mes -motifs. - -»Je pose en fait, d'abord, que l'alliance existe, n'importe qu'on -l'écrive ou qu'on ne l'écrive pas. Je pose en fait, qu'involontairement, -par instinct, si la France devenait l'objet d'une agresison gratuite -et non provoquée, si la France était attaquée par le nord de l'Europe, -comme l'Espagne le fut par la France en 1823, l'Angleterre défendrait -la France, et prendrait fait et cause pour elle. Son gouvernement ne -pourrait l'en détourner, lors même qu'il le voudrait; il ne le -voudrait pas lors même qu'il le pourrait. - -»La révolution de 1830 a été populaire en Angleterre, dès les -premiers moments; populaire, à tel point que, représentée par lord -Stuart, certainement sous les couleurs les moins favorables, à lord -Aberdeen et au duc de Wellington qui ne devaient guère la voir de -meilleur oeil, ni lord Aberdeen, ni le duc de Wellington n'ont osé la -blâmer, ni la désavouer. Et non seulement la révolution de 1830 a été -populaire en Angleterre, la popularité est chose éphémère, mais elle y -a été nationale; je veux dire par là qu'elle y a trouvé les esprits -dans une disposition conforme aux idées et aux sentiments sur lesquels -elle se fondait; elle y a trouvé les esprits mûrs pour un grand -changement politique; préparés à en courir les chances, résolus en -même temps à n'y procéder qu'avec justice et précaution, à ne rien -donner, soit aux passions, soit au hasard. Ce que la France se voyait -forcée de conquérir, à travers les périls d'une révolution, -l'Angleterre le voulait aussi; mais, plus heureuse, elle pouvait -l'obtenir sans sortir de l'ordre légal. Le but était le même, et les -deux pays l'ont également atteint. La révolution de 1830 n'a pas été -la cause de la révolution parlementaire; elle en a été le signal, et -ce signal une fois donné, les deux nations ont marché du même pied, -dans les mêmes voies; il y a eu entre elles identité de voeux, -identité d'intérêts, identité de conduite; les ennemis de l'une, au -dedans comme au dehors, sont devenus ceux de l'autre; et devant cette -solidarité profonde ont disparu toutes les vieilles inimitiés, toutes -les anciennes jalousies, tous les préjugés invétérés. Ceci n'est -l'oeuvre de personne en particulier; aucun homme, aucun cabinet ne -peut s'en attribuer le mérite. La France et l'Angleterre ont -naturellement pris position en face des autres puissances de l'Europe, -l'une à côté de l'autre, non seulement parce que ce sont les deux -seules grandes nations qui jouissent de la liberté politique, -mais surtout, parce qu'elles ont fait simultanément un grand pas dans -la carrière de la liberté politique, un grand pas de plus et ensemble; -parce que ce double événement a éveillé au même degré, contre l'une et -contre l'autre, la défiance et l'inimitié des gouvernements absolus, -parce qu'il a créé à ces gouvernements, dans le sein des deux pays, -des auxiliaires qu'il nous importe également de contenir: en France, -les carlistes vaincus, en Angleterre, les tories dépossédés du -pouvoir. - -»Je tiens donc pour certain, je le répète, qu'il est impossible que la -France, telle que la révolution de 1830 l'a faite, soit attaquée dans -son honneur et dans sa sûreté, sans que l'Angleterre, telle que la -réforme parlementaire l'a faite, ne se sente attaquée dans son honneur -et jusqu'à un certain point dans sa sûreté. Je tiens pour certain que -tout ministère quelconque serait entraîné à défendre la France, en -pareil cas, et que si, ce qu'à Dieu ne plaise, lord Aberdeen se -trouvait alors à la tête du département des affaires étrangères en -Angleterre, il ne s'y trouverait qu'à des conditions qui -l'obligeraient d'en passer par là, bon gré mal gré, et qu'il serait -contraint de défendre la révolution de 1830, plus nécessairement -encore qu'il n'a été contraint de la reconnaître. - -»J'ajoute maintenant que ce que le mouvement des esprits, l'impulsion -nationale obligeraient en pareil cas, tout ministère quelconque à -faire, le bon sens le plus vulgaire, l'intérêt bien entendu le plus -évident le lui conseilleraient. - -»L'intérêt de l'Angleterre, c'est le maintien du _statu quo_ européen. - -»L'Angleterre s'est fait sa part en 1815; elle l'a faite large; -ce n'était que justice. Tous les pays de l'Europe avaient passé sous -le joug de Napoléon; elle seule avait résisté. Sa résistance avait -préservé l'Europe du fléau de la monarchie universelle et de la -tyrannie. Mais enfin, je le répète, l'Angleterre s'est fait largement -sa part; la position qu'elle s'est créée en l'Europe est relativement -grande et forte. Tous les changements de quelque importance qui -pourraient désormais survenir en Europe, surtout s'ils s'opéraient -sans son concours, lui seraient très désavantageux et tourneraient -nécessairement contre elle. - -»Or, supposant la France attaquée par le reste de l'Europe, il -arriverait de deux choses l'une: ou nous serions vainqueurs ou nous -serions vaincus. - -»Nous serions vainqueurs, j'en ai la ferme espérance; mais pour -vaincre, nous serions forcés de mettre en mouvement de terribles -passions au dedans et au dehors de la France. Nous serions réduits à -de rudes sacrifices; nous courrions de grandes chances. Il faudrait -satisfaire à ces passions; il nous faudrait des dédommagements de nos -sacrifices et de nos périls. Nous rentrerions forcément dans la voie -des conquêtes, et l'Angleterre, qui, dans cette hypothèse, n'aurait -rien fait pour nous, n'aurait ni le droit ni le pouvoir de s'y -opposer. - -»Que si, au contraire, nous étions vaincus, le résultat serait -précisément le même, mais en sens opposé. La France serait mutilée, -démembrée, occupée militairement, en tout ce qui ne lui serait pas -enlevé. - -»Se figure-t-on l'Angleterre assistant immobile à un tel spectacle? Se -la figure-t-on venant demander sa part des dépouilles de la révolution -de Juillet, décimée et anéantie? - -»Ce grand fait admis que, au fond, et en réalité, l'alliance subsiste, -qu'un traité d'alliance défensive entre la France et l'Angleterre ne -ferait courir aucun danger à l'Angleterre qu'elle ne court déjà -nécessairement et par la force même des choses; ne l'engage à rien, à -quoi elle ne soit pas déjà engagée nécessairement et par la force même -des choses, reste à savoir quelle est pour elle la voie la plus sûre -d'échapper à ces dangers éventuels, de prévenir les chances qu'elle ne -peut éviter complètement. - -»Je dis moi que ce moyen, c'est le traité lui-même. - -»Je dis que ce moyen, ce n'est pas d'attendre les événements, mais de -les devancer. - -»Aussi longtemps que l'union existe entre la France et l'Angleterre, -aussi longtemps qu'elle existe, non seulement au fond et en réalité, -mais extérieurement et en apparence, toute démonstration hostile de la -part des puissances du Nord est impossible. Les six cent mille hommes -dont la France dispose, joints aux armées de l'Angleterre, la marine -de la France, jointe à la marine de l'Angleterre, le crédit de la -France, joint au crédit de l'Angleterre; les moyens d'action des deux -gouvernements sur l'Italie, l'Allemagne, la Pologne, sont des choses -que les puissances du Nord ne braveront pas. Mais l'union réelle, et, -au fond, indestructible de l'Angleterre et de la France, peut être -altérée de mille manières sous un point de vue purement apparent. Rien -ne sera négligé, au dedans de chaque pays, par les partis violents, -quelle que soit leur direction, au dehors, par les gouvernements -étrangers, pour provoquer, pour cultiver, pour exploiter toutes les -causes de refroidissement. Dans les pays libres, la politique est plus -ou moins mobile; durant le cours de la dernière session, le cabinet de -Londres et celui de Paris plusieurs fois ont été sur le point de -se dissoudre et de faire place à d'autres hommes. Autres hommes, autre -système on le croira du moins; toutes les apparences de -refroidissement seront grossies, exagérées par le langage violent de -la presse; mille événements insignifiants peuvent en faire naître: des -questions de douane, l'affaire d'Alger, que sais-je? peuvent fournir -des prétextes, et les prétextes, pour peu qu'ils acquièrent la moindre -consistance, seront travestis en véritable brouillerie. Tout ceci ne -sera rien en réalité, je le répète; vienne le moment d'agir, et toutes -ces misères s'évanouiront devant une solidarité inévitable, devant une -communauté d'intérêts évidente. Mais, en attendant, le moment d'agir -sera venu; les puissances du Nord auront repris courage; elles se -seront lancées dans une carrière qui leur deviendra funeste, mais qui -ne fera pas moins peser sur la France et sur l'Angleterre, le fléau de -la guerre générale. - -»Qu'un traité d'alliance, au contraire, soit conclu, pour cinq, huit, -dix ans, plus ou moins, n'importe, toute fantaisie de ce genre passera -à la Sainte-Alliance de Münchengrætz; toute espérance sera enlevée aux -ennemis secrets ou publics des deux gouvernements, soit au dedans, -soit au dehors; toutes les difficultés accidentelles que les -événements peuvent faire naître seront réduites à leur juste valeur; -leur solution sera prévue par tout le monde, et les esprits seront en -plein repos. - -»Mais, ce n'est pas tout. - -»Une attaque à main armée contre la France n'est pas le seul danger -que coure en ce moment le _statu quo_ européen. Il est plus d'un moyen -d'y porter atteinte. On peut y préparer, en pleine paix, des -changements qu'il ne faudra plus qu'un souffle pour achever. - -»Je m'explique. - -»Il existe entre les trois puissances du Nord une solidarité -d'intérêts pareille à celle qui existe entre la France et la -Grande-Bretagne, bien que fondée sur des principes directement -opposés. Cette solidarité les tient unis, et nous avons chaque jour -des preuves de cette union. L'année qui vient de s'écouler en fournit -avec abondance. - -»Cette situation peut amener deux résultats: - -»Le premier serait l'abandon momentané de toute idée d'agrandissement, -de tout accroissement de territoire ou de prépondérance; le sacrifice -de toute politique purement prussienne, autrichienne ou russe, à une -politique de conservation européenne; c'est ce qui est arrivé en 1830, -en 1831, quand le péril des révolutions était grand et imminent. - -»Le second c'est une sorte de compromis entre les ambitions et les -prétentions des trois puissances, c'est un marché par lequel elles -s'abandonnent mutuellement telle ou telle partie de l'Europe, à charge -de revanche de part et d'autre. - -»C'est ce qui arrive aujourd'hui où les inquiétudes sont moindres, et -où les espérances de s'agrandir peuvent reprendre un peu le dessus. - -»La Russie dit à l'Autriche: au nom du ciel, ne nous brouillons pas, -restons unies contre l'ennemi commun; mais, en attendant, laissez-moi -disposer de la Turquie à ma fantaisie. L'Autriche répond: d'accord, ne -nous brouillons pas; mais, si je vous laisse disposer de la Turquie, -secondez-moi dans la domination que je veux établir en Italie; et le -marché se conclut. - -»La Prusse, à son tour, dit à l'Autriche: je veux bien vous prêter -main forte dans vos projets sur l'Italie; mais laissez-moi établir mon -système de douanes[151]; laissez-moi établir mes frontières de douane -jusque sur les bords du lac de Constance, imposer mes tarifs à toute -la Confédération, subjuguer les résistances de tous les États -récalcitrants et jeter les fondements d'une unité allemande, qui -portera ses fruits un peu plus tard. - -»Et l'Autriche laisse faire la Prusse. - -»On n'en est encore en Turquie, en Italie, en Allemagne, qu'à des -accroissements de prépondérance, qu'à des protectorats, des tutelles, -des actes de prépotence; mais quiconque a lu l'histoire, quiconque a -quelque peu d'intelligence du progrès des événements sait où cela -mène, et ce que deviennent les protectorats. - -»Maintenant, de deux choses l'une: - -»Ou la France et l'Angleterre contempleront tranquillement cette -grande altération de l'équilibre de l'Europe, cet anéantissement -successif de l'indépendance des États de second ordre, ou bien elles -saisiront les occasions de s'y opposer. Dans le premier cas, elles en -seraient considérablement amoindries, il ne faut pas s'y arrêter. Dans -le second, les voilà obligées d'agir en commun, et nous voyons déjà, -en effet, que dans l'affaire de la Turquie, les deux gouvernements -en sont au point de se concerter pour mettre ordre aux entreprises -sur Constantinople. Si les deux gouvernements agissent en commun, ils -seront obligés de se garantir mutuellement les conséquences -éventuelles de cette action commune. Voilà le traité d'alliance -défensive qui reparaît de toute nécessité; mais, cette fois encore, il -n'arrive que pour régler les conséquences de la guerre, tandis que, -conclu et publié, dès à présent, il aurait la vertu de la prévenir. - -»Supposons, en effet, qu'un traité d'alliance défensive existe entre -la France et l'Angleterre, aujourd'hui, à présent même; il n'est pas -besoin qu'il stipule autre chose que l'engagement de se soutenir -mutuellement et dans les cas qui seront jugés par les deux parties -rentrer dans la lettre du traité. Derrière cette stipulation générale, -chaque puissance placera, par la pensée, toute espèce d'article secret -destiné à prévenir les empiétements qu'elle médite. Chaque fois que -l'Angleterre élèvera la voix, on apercevra derrière les six cent mille -hommes dont la France dispose. Chaque fois que la France élèvera la -voix, on apercevra derrière la puissance et l'ascendant de -l'Angleterre. Il leur suffira de parler pour déconcerter les projets -qu'en adoptant une autre ligne de conduite elles se verraient -peut-être obligées de combattre. - -»J'ajouterai que cette alliance deviendra le point d'appui naturel de -tous les souverains qui se sentiront une velléité de résistance; du -roi de Naples, en Italie, contre la domination autrichienne; du duché -de Bade, de la ville de Francfort, du duché de Nassau, contre les -douanes prussiennes; de tous les petits princes allemands, contre la -prépotence de la diète. Elle deviendra le noyau d'un nouveau groupe -d'intérêts; elle est, à mon avis, le seul contre-poids efficace à -l'union des trois grandes monarchies du Nord. - -»Il est, enfin, une dernière considération, qui n'est que secondaire, -mais qui a cependant aussi son importance. - -»Aussi longtemps que l'union de la France et de l'Angleterre -n'existera qu'en fait, et sera susceptible en apparence de variation -et d'éventualité, d'une part, chaque gouvernement sera forcé de se -tenir en mesure à tout événement, comme s'il devait supporter seul -tout le poids des chances de l'avenir; d'une autre part, le commerce, -l'industrie de chaque pays ne se livreront à leur cours naturel -qu'avec précaution et timidité. Si l'on suppose, au contraire, l'union -publique, indissoluble, fondée sur un traité, la puissance de chacun -des deux gouvernements doublera par ce fait seul, et ils pourront, -sans aucun inconvénient, réduire leur état militaire et maritime. Or, -dans la politique intérieure de chaque gouvernement, la possibilité de -telles réductions est, à elle seule, un fait qu'il ne faut pas -dédaigner. En même temps, tous les esprits se calmeront, la confiance -dans l'avenir s'accroîtra presque sans mesure, et la richesse publique -augmentera, tandis que les dépenses diminueront. Il n'est pas de -ministère, sous un gouvernement représentatif, qui ne sache de quel -prix serait un tel résultat. - -»Telles sont, mon prince, les considérations que j'ai présentées à -lord Granville. Soit amitié pour moi, soit intérêt pour la France, et -je ne sais duquel de ces sentiments je suis le plus touché, il a paru -les trouver dignes d'être pesées mûrement. L'obstacle qui l'a frappé -le plus, c'est la difficulté de les faire pénétrer dans le public -anglais et prévaloir dès à présent dans le parlement. C'est un -obstacle dont il ne m'appartient point de mesurer la puissance; -il m'appartient bien moins encore d'indiquer les moyens d'en -triompher. Vous êtes sur les lieux, mon prince, c'est à vous -d'éclairer sur ce point le gouvernement français. Tant que vous ne -m'aurez pas donné l'espérance de voir mes idées accueillies par le -cabinet britannique, je m'abstiendrai d'en entretenir mes collègues et -de faire aucune démarche officielle. Ce sera un secret entre vous et -moi. Agréez...» - -Je suis bien aise d'avoir placé ici ce témoignage de la haute capacité -politique du duc de Broglie. Si les souvenirs que je retrace ici -voient jamais le jour, on rendra justice à la clarté et à la fermeté -des vues qui ont inspiré cette lettre, et je me persuade qu'on y -trouvera aussi la véritable base d'une alliance intime entre la France -et l'Angleterre, qui a été au début et à la fin de ma carrière -politique mon voeu le plus cher, convaincu, comme je le suis, que la -paix du monde, l'affermissement des idées libérales et les progrès de -la vraie civilisation ne peuvent reposer que sur cette base. - - [151] On sait que la Prusse, à cette époque, avait entamé une - longue suite de négociations destinées à établir l'union - douanière de l'Allemagne ou Zollverein. Déjà le 22 mars 1833 un - premier traité avait été signé entre la Prusse et huit États, - parmi lesquels la Bavière et le Wurtemberg. La Saxe y adhéra le - 30 mars. Tous les autres États de l'Allemagne entrèrent peu à peu - dans cette union qui, depuis 1871, est devenue le régime - constitutionnel de l'empire. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 24 décembre 1833. - - »Monsieur le duc, - -»J'ai beaucoup réfléchi pendant mon voyage, et depuis mon arrivée ici, -à la question qui a fait le principal objet des derniers entretiens -que j'ai eu l'honneur d'avoir avec vous avant mon départ de Paris. Je -n'ai pas varié dans mon opinion sur l'importance et l'utilité qu'il y -aurait pour le gouvernement du roi de conclure avec l'Angleterre un -traité d'alliance défensive. Je me suis attaché à rechercher le -principe d'après lequel un tel traité pourrait être le plus -avantageusement motivé, qui offrirait le plus de chances de succès -auprès du gouvernement anglais et qui, en même temps, se rapprocherait -assez des vues de quelques-uns des cabinets du continent pour espérer -les y faire entrer un jour. - -»Après avoir mûrement pesé toutes les considérations dont vous avez -bien voulu me faire dernièrement l'exposé et les avoir rapprochées des -faits que ma propre expérience m'a indiqués comme pouvant le mieux me -guider dans une affaire de cette gravité, je me suis arrêté à l'idée -que le _statu quo_, tel qu'il existe aujourd'hui en Europe, devait -être notre point de départ, et que son maintien était le meilleur -principe à choisir pour un traité d'alliance défensive entre la France -et la Grande-Bretagne. - -»Pour la France, le _statu quo_ ne présente rien qui ne soit reconnu -et admis par elle; il ne blesse sur aucun point nos intérêts -véritables, et il a, d'ailleurs, toujours fait partie du système -soutenu depuis son origine par le gouvernement français actuel. - -»Quant à l'Angleterre, il est incontestable qu'elle doit désirer de -voir maintenir en Europe l'état de choses présent; il lui garantit -tous les avantages des traités de 1815, et, comme vous l'avez très -bien remarqué, ces avantages ont été immenses. Il n'est pas besoin de -dire qu'ils n'ont rien perdu de leur force depuis 1830. Il est -possible que je me trompe, mais je ne vois pas quelles sont les -difficultés qui pourraient s'élever dans le parlement, si le -gouvernement anglais entrait avec nous dans un traité d'alliance -défensive qui serait fondé sur le maintien du _statu quo_ européen. Il -me paraît que ce traité serait justifiable dans tous ces rapports -et je dois attendre pour changer d'opinion à cet égard qu'on ait fait -valoir des objections que je ne pressens pas en ce moment. - -»En portant les yeux sur les différents cabinets du continent, on ne -peut s'empêcher de reconnaître que le traité dont je parle n'aurait -rien qui pût les effrayer; mais que, même, il rentrerait dans les -idées des plus raisonnables d'entre eux. Le _statu quo_ n'est-il pas -l'idée fixe, pour ainsi dire, de M. de Metternich? Le cabinet prussien -n'a-t-il pas témoigné sans cesse de son désir de voir la paix générale -garantie par la stabilité de ce qui existe? La Russie elle-même -n'annonce-t-elle pas avec emphase que le traité du 8 juillet avec la -Porte est la preuve la plus évidente de ses intentions favorables pour -la conservation de l'empire ottoman? Quelle est celle de ces -puissances qui oserait, avec la moindre apparence de raison, se -montrer hostile à l'union de la France et de l'Angleterre, proclamée -dans le soutien du _statu quo_ européen? S'il reste encore quelque -espoir de ramener les cabinets dont la politique plus modérée offre -des moyens de rapprochement, je ne balance pas à croire qu'un traité -conçu d'après le principe que j'indique ici ne pourrait que hâter leur -retour vers nous. - -»C'est donc sur ce terrain que j'ai cru devoir me placer pour faire -valoir, près de lord Grey et de lord Palmerston, le projet de traité -dont j'ai eu l'honneur de m'entretenir avec vous. Ces deux ministres -ont écouté fort attentivement les observations que je leur ai -développées à ce sujet, et il m'a paru qu'elles leur faisaient -impression. Cependant, comme je m'y étais attendu, ils n'ont pu que me -promettre de s'occuper de ce projet, de le discuter avec leurs -collègues et de me faire connaître ensuite la résolution que -prendrait le gouvernement britannique. - -»J'ai insisté près des deux ministres anglais pour que cette -résolution répondît à la situation des choses, c'est-à-dire qu'elle -fût grande et élevée. «Un simple expédient, leur ai-je dit, serait -fort dangereux; il paraîtrait n'être que le résultat d'une intrigue ou -que l'expression détournée de notre humeur et c'est ce que nous devons -éviter avant tout. Le vrai moyen de réussir, pour nous, est dans une -action franche, énergique, sans menaces, sans arrière-pensées.» - -»Je ne crois pas être en état de vous transmettre quelque chose de -positif sur les vues du cabinet anglais, dans cette question, avant -quelque temps. Lord Grey et lord Palmerston repartent tous deux -aujourd'hui ou demain pour la campagne et les autres ministres ne -seront à Londres que dans les premiers jours du mois de janvier. C'est -alors seulement que l'affaire pourra être traitée en conseil de -cabinet...» - -J'ajoutais dans une lettre particulière du même jour que cette -dépêche: - -«Je suis arrivé ici en même temps que votre lettre du 16. Je l'ai lue -avec la plus grande attention, et ce n'est qu'après m'en être bien -pénétré que je me suis rendu chez lord Grey, et plus tard chez lord -Palmerston. Ma dépêche vous rend compte de l'impression que ces deux -ministres m'ont paru recevoir des ouvertures que je leur ai faites. -Elles m'ont paru avoir sur eux le petit mérite de l'inattendu, du -moins quant à la forme, si ce n'est quant à l'idée du traité en -lui-même...» - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 30 décembre 1833. - - »Mon prince, - -»D'après votre désir, je vous adresse un projet de traité[152]. C'est -une simple ébauche sur laquelle le roi vous demande votre avis. Je me -suis efforcé de rédiger d'après vos propres idées; c'est pour lui -donner la plus grande généralité possible et laisser soupçonner -derrière tout ce qu'on voudra que je l'ai réduit à un préambule et à -un article, l'article n'énonçant autre chose que le simple fait de -l'alliance défensive, et renvoyant, par conséquent, tous les moyens -d'exécution à une convention spéciale à conclure, le cas échéant. Il -m'a paru, d'autre part, qu'il serait impossible que cet article unique -n'eût pas pour résultat sur les imaginations de leur faire supposer un -grand nombre d'articles secrets, et d'une autre part, il m'a paru que -ne liant le gouvernement anglais qu'au fond même de la mesure, et lui -laissant pleine liberté sur tout le reste, il devait faciliter -l'admission du principe. En réduisant le traité à son effet moral, il -écarte, en grande partie, les objections qu'on peut nous opposer. - -»J'ai fondé le préambule, comme vous le désiriez, sur le _statu quo_; -mais j'ai pensé que ce _statu quo_ devait avoir pour nom de baptême -_la foi des traités_. Il serait très impopulaire, en France, de -s'engager ostensiblement à renoncer aux départements que nous -avons perdus; mais il n'y a personne assez hardi pour venir dire qu'il -faut violer, voire même qu'il ne faut pas respecter la foi des -traités. Le reste du préambule est, ce me semble, d'un ton conciliant -et irréprochable de la part des puissances étrangères. - -»L'article séparé n'est qu'un moyen de négociation avec le -gouvernement anglais. Nous ne désirons point qu'il soit inséré dans le -traité; mais, dans le cas où le gouvernement anglais désirerait nous -engager un peu sur la question d'Orient, dans le cas où il mettrait -son consentement au prix d'un engagement éventuel, en cas que les -Russes revinssent à Constantinople, nous ne verrions pas -d'inconvénient à l'article ainsi rédigé qui ménage une grande liberté -aux deux parties, et qui, pour le ton, rentre dans le caractère même -du traité défensif. Au demeurant, je vous le répète, ceci n'est qu'une -ébauche sur laquelle nous vous demandons conseil...» - - [152] Ce projet stipulait purement et simplement une alliance - défensive. Il ajoutait que les deux parties s'engageaient à se - concerter dans toutes les occasions où le repos de l'Europe et - l'indépendance des États qui la composent leur paraîtraient - compromis. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 3 janvier 1834. - - »Mon cher duc, - -»Je vous remercie de votre lettre et du projet de traité qui -l'accompagnait et que je trouve excellent. J'espère bien qu'il nous -sera utile dans quelque temps et que nous parviendrons à en faire -comprendre l'avantage au gouvernement anglais. Pour le moment, je -crois qu'il faut le laisser dormir. C'est du moins l'impression qui me -reste des conversations fréquentes que j'ai eues dans ces derniers -jours avec lord Grey et lord Holland, les deux seuls membres du -cabinet qui soient à Londres. Vous connaissez la répugnance qu'ont -toujours montrée les ministres anglais à se gêner par des liens -qui n'ont pas un but spécial et déterminé. - -»A part des difficultés parlementaires qui vont être très importantes -ici dans les questions de politique étrangère, le gouvernement anglais -est encouragé dans son désir de ne rien précipiter par les dernières -dépêches qu'il a reçues de Vienne et de Berlin. - -»On mande de Vienne que M. de Metternich est fort embarrassé -de son congrès auquel il ne sait que proposer pour sujets de -délibération[153]. Lord Grey conclut de là, et, ce me semble, avec -raison, que si nous faisions paraître en ce moment un acte, de quelque -nature qu'il soit, entre la France et l'Angleterre, nous donnerions -matière à Vienne pour qu'on y fît quelque chose, et pour tirer M. de -Metternich de son embarras. Cette objection, qui me paraît être très -plausible, serait encore bien plus forte si, comme l'écrit de -Berlin lord Minto, la Prusse se montre disposée à se séparer des cours -d'Autriche et de Russie, dans le cas où celles-ci lui proposeraient un -accord quelconque sur les affaires d'Orient, qui pourrait déplaire à -la France et à la Grande-Bretagne. - -»Je crois donc, mon cher duc, que le moment n'est pas opportun pour -presser le gouvernement anglais. Vous devez être convaincu que je -suivrai avec soin toutes ses dispositions, et que je saisirai avec -empressement l'occasion lorsque je la jugerai favorable. - -»La réunion du parlement dans le mois prochain donnera nécessairement -lieu à des discussions sur les affaires d'Orient, car il est probable -que le discours de la couronne devra en faire mention. Il serait -possible que cette circonstance obligeât le ministère à prendre une -résolution définitive, et d'ailleurs, à cette époque, le congrès de M. -de Metternich sera fini, et nous n'aurions plus à nous inquiéter de -ses délibérations...» - - [153] Un congrès des représentants des puissances allemandes - avait été convoqué à Vienne par M. de Metternich pour délibérer - sur les intérêts généraux de la Confédération germanique. Il eut - à s'occuper de cinq groupes de questions: - - 1º Du principe que la souveraineté appartient tout entière aux - princes et non aux nations; - - 2º De la publicité des séances législatives; - - 3º Des écoles et des universités; - - 4º De la presse; - - 5º De l'accord des législations particulières avec les lois - générales. - - M. de Sainte-Aulaire tenait le cabinet français au courant de la - marche de ce congrès dont les délibérations n'eurent d'ailleurs - que peu de retentissement: «On ne doute pas, écrivait-il le 28 - novembre, qu'un plan ne soit arrêté entre l'Autriche et la Prusse, - mais ces deux puissances et surtout l'Autriche veulent que - l'initiative appartienne aux petits États dont l'indépendance - semblerait ainsi respectée. Les gouvernements secondaires, de leur - côté, très disposés à faire bon marché de leurs constitutions, - veulent cependant échapper au reproche de les avoir volontairement - sacrifiées, et veulent mettre leur responsabilité à couvert - vis-à-vis de leurs peuples» (_Dépêche de M. de Sainte-Aulaire au - département_). - - «Le 7 janvier 1834. - -»... Lord Palmerston n'est à Londres que depuis ce matin, et je n'ai -pu le voir encore; mais je sors de chez lord Grey avec lequel j'ai eu -un assez long entretien sur la question d'Orient et particulièrement -sur les rapports de l'Autriche et de l'Angleterre à l'égard de cette -question. Ce dernier point est celui que vous aviez bien voulu -m'indiquer spécialement par votre dépêche du 2 de ce mois. - -»Lord Grey m'a dit qu'effectivement le prince Esterhazy était venu -plusieurs fois dans ces derniers temps, et notamment il y a dix jours, -pour l'entretenir au nom de sa cour de l'importante affaire qui occupe -si vivement tous les cabinets de l'Europe en ce moment, et lui -avait tenu, à ce sujet, un langage très satisfaisant, en l'assurant -que M. de Metternich n'avait pas d'autre but que celui de -l'Angleterre, c'est-à-dire le maintien de l'empire ottoman. - -»Le prince Esterhazy, ayant ajouté qu'il était à craindre que, dans -cette occasion, le cabinet anglais ne se montrât trop soupçonneux -envers la Russie, lord Grey lui aurait répondu qu'il était peut-être -aussi à craindre que l'Autriche, de son côté, ne se montrât trop -confiante; que, d'ailleurs, le gouvernement anglais pourrait être -incessamment questionné au parlement sur les affaires d'Orient, et que -l'opinion publique s'était prononcée d'une manière tellement violente -en Angleterre contre les projets ambitieux de la Russie, que lui, lord -Grey, aurait besoin de témoignages bien évidents de la modération de -cette puissance pour calmer une irritation dont il reconnaissait que -la cause n'était pas sans fondement. - -»Sur cette réponse, le prince Esterhazy ayant demandé quels seraient -les témoignages qui pourraient donner de la valeur aux assurances -répétées du cabinet de Pétersbourg, lord Grey, sans vouloir les -déterminer tous spécialement, aurait indiqué, m'a-t-il dit, -l'évacuation immédiate et complète de la Moldavie et de la Valachie, -et l'abandon, de la part de la Russie, de ce qui lui reste dû par la -Turquie, par suite du traité d'Andrinople. - -»Le prince Esterhazy a promis de faire connaître à M. de Metternich -les détails de cette conversation, et a même ajouté qu'il espérait que -son gouvernement entrerait dans des idées qui lui paraissaient si -raisonnables. Le courrier du prince Esterhazy, qui portait ces -informations à Vienne, est parti il y a plusieurs jours. - -»On a reçu depuis des dépêches de sir F. Lamb, qui, d'après ce qui m'a -été dit, sont entièrement conformes au langage tenu par cet -ambassadeur à M. le comte de Sainte-Aulaire[154]. D'après ces -dépêches, il annonçait que, dans une conversation qu'il avait eue avec -M. de Metternich, celui-ci, tout en lui répétant les assurances de -modération tant de fois renouvelées par la Russie, lui aurait -cependant déclaré que l'Autriche était irrévocablement décidée à ne -pas consentir à la cession d'un simple village, qui pourrait être -faite par la Turquie à la Russie. Cette déclaration me paraît, -monsieur le duc, avoir beaucoup de valeur dans la bouche de M. de -Metternich, si surtout, comme l'aurait écrit sir F. Lamb, elle a été -faite du ton le plus positif. - -»Je dois ajouter que dans tout ceci, m'a-t-on dit, il n'y a pas eu la -moindre pensée de séparer la France de l'Angleterre, et que, s'il a -été fait moins souvent mention du gouvernement du roi, c'est parce que -le cabinet de Vienne a paru assuré de son concours pour tout ce qui -tendrait au maintien d'une paix honorable, et qu'enfin, c'était à -Londres que, dans ces derniers temps, l'irritation sur les affaires -d'Orient s'était montrée d'une manière plus marquée. Et, je le répète, -on n'a pas exprimé une seule fois la pensée de nous séparer de -l'Angleterre. - -»Lord Grey m'a fait part aussi des dépêches qu'il a reçues il y a -quelques jours de M. Bligh[155], ministre d'Angleterre à Pétersbourg. -Il paraît que ce ministre a été fort recherché dans ces derniers temps -par l'empereur, par M. de Nesselrode, et par les principaux -personnages influents; qu'on l'a prié d'exprimer à Londres les -assurances du désintéressement absolu de l'empereur dans la question -d'Orient. On a répété, à cette occasion, les déclarations précédemment -faites au sujet du traité du 8 juillet, qui n'aurait jamais été -sollicité que par la Turquie, et que toutes les pensées de l'empereur -avaient pour but le maintien de l'existence de l'empire ottoman. - -»M. le prince de Lieven, que j'ai vu fréquemment pendant le séjour que -je viens de faire à Brighton, m'a tenu absolument le même langage, et -j'ai pu remarquer que la cour de Russie attachait beaucoup d'intérêt -en ce moment à rassurer la France et la Grande-Bretagne sur les -projets d'envahissement qu'on lui attribue. - -»Il me semble qu'on peut conclure de tous ces faits que, sans partager -la confiance aveugle de M. de Metternich dans la Russie, il serait -convenable de ne pas repousser les avances que cette puissance essaye -de faire. - -»Du reste, M. de Lieven ne m'a pas caché qu'il redoutait beaucoup -l'effet que produiraient à Pétersbourg les articles récemment publiés -dans les journaux anglais et français contre la Russie. Il m'a dit, à -ce sujet: «L'empereur est jeune et peu accoutumé à supporter des -injures de ce genre. Il se sera peut-être trouvé à Moscou quand -ces journaux lui seront parvenus, et comme c'est dans cette ville -qu'existe le foyer le plus puissant du parti qui pousse à la guerre, -il est à craindre que les injures de ces journaux n'aient créé de -grandes difficultés au parti raisonnable à la tête duquel se trouve le -comte de Nesselrode, qui s'efforce toujours de ramener à la -modération.» - -»Je n'ai pu que regretter avec M. de Lieven, qu'en Russie, on comprît -si mal la liberté de la presse, sur laquelle on devrait voir, si l'on -était juste, que les gouvernements constitutionnels ont bien peu -d'influence...» - - [154] Les dépêches de M. de Sainte-Aulaire confirment en effet - celles que sir Frédéric Lamb envoyait à son gouvernement. Il - écrivait le 12 décembre que le cabinet autrichien avait été fort - satisfait des ouvertures de lord Palmerston; qu'il avait répondu - que l'Autriche et l'Angleterre avaient le même intérêt et les - mêmes vues dans la question d'Orient, mais que l'Autriche - marchait avec la Russie à qui l'Angleterre ne se fiait pas, et - que l'Angleterre marchait avec la France à qui l'Autriche ne se - fiait guère: qu'en conséquence l'Angleterre devrait accepter la - garantie de l'Autriche à l'égard de la Russie et que l'Autriche - accepterait alors la garantie de l'Angleterre à l'égard de la - France (_Correspondance officielle de M. de Sainte-Aulaire_). - - [155] Sir John Duncan Bligh, né en 1798, d'abord attaché - d'ambassade à Vienne en 1820, secrétaire de légation à Florence. - Il alla ensuite à La Haye, puis à Pétersbourg en qualité de - chargé d'affaires, devint ministre à Stockholm et enfin à Hanovre - (1838). - - «Le 10 janvier 1834. - -»J'ai lu avec un grand intérêt la dépêche que vous m'avez fait -l'honneur de m'écrire sous le numéro 2, ainsi que la copie de celle de -M. de Sainte-Aulaire, qui y était jointe[156]. Cette dernière -renferme des détails curieux et de précieuses indications. J'ai fait -usage avec discrétion de quelques-unes d'entre elles dans les -entretiens que j'ai eus depuis hier avec lord Palmerston et avec lord -Grey. En insistant près de ces deux ministres pour connaître d'une -manière plus précise encore l'état des relations de ce gouvernement-ci -avec celui d'Autriche sur les affaires d'Orient, j'ai provoqué des -explications qui me paraissent satisfaisantes. - -»Il résulte pour moi de ces explications la conviction entière que, -depuis trois mois, il y a eu beaucoup de pourparlers, de tentatives de -rapprochement entre le cabinet de Londres et celui de Vienne, et que -la question d'Orient en a fait le principal objet[157]; mais que, -jusqu'à la dernière conversation entre lord Grey et le prince -Esterhazy, dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte par ma -dernière dépêche, on n'a pas cherché à donner une forme aux vues qui -sont partagées par les deux gouvernements. - -»En indiquant assez légèrement à lord Palmerston que j'avais -connaissance des relations plus intimes qui avaient eu lieu récemment -entre sir F. Lamb et le prince de Metternich, je l'ai amené à me -communiquer les dernières dépêches de cet ambassadeur, et il a, après -notre conversation, et devant moi, donné l'ordre que des copies de ces -dépêches fussent envoyées à lord Granville qui vous les montrera. -Vous y retrouverez des récits analogues à ceux de M. de -Sainte-Aulaire. - -»Cette démonstration pleine de franchise a été accompagnée de -l'assurance réitérée que tout, dans cette affaire, se ferait -complètement de concert avec la France; j'ai reçu à cet égard, et -séparément, la parole de lord Grey aussi bien que celle de lord -Palmerston. Il me paraît assez probable que la pièce mentionnée par M. -de Sainte-Aulaire comme ayant été portée par sir F. Lamb à l'empereur -d'Autriche doit être la copie des instructions envoyées à lord -Ponsonby. On aura voulu par là convaincre l'empereur que les vues de -l'Angleterre sur l'Orient se rapprochaient de celles de l'Autriche. - -»Du reste, je serais assez porté à croire que les premières démarches -dans cette affaire ont pu venir de Londres; et ce qui me le fait -supposer, ce sont les plaintes qui m'ont été exprimées contre M. de -Metternich et contre la froideur qu'il a longtemps témoignée sur la -question d'Orient, dont il paraissait vouloir abandonner toute la -direction à la Russie. Il ne serait pas impossible non plus que lord -Palmerston, à qui les cabinets reprochent d'avoir eu, dans quelques -circonstances, un langage un peu hautain, eût jugé convenable de se -rapprocher du cabinet de Vienne, qui n'avait pas été un des moins -irrités contre le ton de ses communications. Je crois, d'autre part, -que le cabinet anglais reconnaît la justesse des reproches qui lui -sont adressés aujourd'hui sur sa conduite de l'année dernière dans les -affaires de Turquie. Il sent que, s'il avait adopté le plan que nous -lui avions proposé avant l'arrivée des Russes à Constantinople, il -aurait empêché beaucoup de mal. Ce plan, vous le savez, faisait entrer -l'Autriche dans nos efforts communs, pour arrêter les malheurs qui -menaçaient alors le sultan; vous en trouverez les traces dans mes -dépêches des 8, 28 et 31 janvier 1833[158]. - -»J'aime à croire que maintenant le gouvernement anglais, animé par le -sentiment de cette faute politique, suivra avec plus de zèle et de -persévérance la ligne qu'il a adoptée en Orient... - -»Les ouvertures faites par lord Grey, en réponse aux communications du -prince Esterhazy, devront nécessairement amener M. de Metternich à -s'expliquer nettement sur ses propres intentions. Il appréciera sans -doute la valeur de la démarche de l'Angleterre, qui a été dictée par -une parfaite convenance, car lord Grey a dit franchement à -l'ambassadeur d'Autriche que l'Angleterre désirait faire passer par le -cabinet de Vienne la demande des garanties qu'elle réclame de la -Russie, parce que cette voie indirecte ôtait à cette demande toute -apparence offensante pour l'amour-propre russe. - -»Il me paraît, monsieur le duc, que nous aurions à nous féliciter si à -Pétersbourg on se déterminait à céder sur quelques-uns des points mis -en avant par lord Grey, tels que le licenciement de l'armée de -Valachie et de Moldavie, et la dislocation de celle de Crimée. Le -gouvernement du roi trouverait devant les Chambres, aussi bien que le -cabinet anglais devant le parlement, des moyens de défense dans ces -faits, s'il était attaqué, et d'ailleurs, ils nous offriraient un -temps de repos pour mieux concerter les mesures que l'état incertain -de l'Orient rendra inévitablement nécessaires dans un temps donné. - -»Dès aujourd'hui, je pense que nous ne devons négliger aucune occasion -de convaincre la cour d'Autriche de notre intention d'agir avec -elle et avec la Grande-Bretagne dans cette affaire, et ne pas laisser -supposer que nous croyons qu'il y a eu quelques propositions faites à -notre insu. La dépêche de M. de Sainte-Aulaire présente M. de -Metternich comme disposé à entrer dans un concert commun des quatre -cours. Peut-être que plus tard, le refus de la Russie, s'il a lieu, de -céder sur les garanties qui lui sont demandées en ce moment, amènerait -le chancelier d'État à consentir à une triple alliance. Nous sommes -dans une très bonne voie, qui ne peut que s'améliorer...» - - [156] _Dépêche du comte de Sainte-Aulaire du 25 décembre._ - L'ambassadeur rend compte d'un entretien qu'il vient d'avoir avec - M. de Metternich. M. de Metternich pense que le traité du 8 - juillet entre la Russie et la Porte prépare une épouvantable - catastrophe que l'Europe doit s'appliquer à prévenir et qu'elle - ne pourra prévenir que par une action commune précédée d'un - concert commun. Il propose, en conséquence, l'ouverture d'une - conférence. M. de Tatitscheff au contraire, ne veut entendre - parler que d'une action commune à Alexandrie pour intimider - Méhémet-Ali, et M. de Sainte-Aulaire en conclut que l'Autriche et - la Russie sont en dissentiment complet sur les affaires d'Orient. - L'Autriche, ajoute-t-il, appelle l'Europe à son aide; elle - acceptera le premier appui qui lui sera offert. M. de Metternich - lui a dit en présence de M. de Tatitscheff: «Affirmez à l'amiral - Roussin qu'il n'existe pas entre nous le moindre dissentiment et - que la politique de l'Autriche est parfaitement identique avec - celle de la France dans les affaires d'Orient.»--M. de - Sainte-Aulaire annonce ensuite que sir Frédéric Lamb a été chargé - par M. de Metternich de proposer à son gouvernement d'accéder à - une profession de foi des quatre puissances relative aux affaires - d'Orient, qui prendrait la forme soit d'un traité, soit d'une - déclaration commune et qui deviendrait la base d'un droit public - européen. - - [157] M. de Sainte-Aulaire signalait également à Paris - l'influence croissante de sir Frédéric Lamb à Vienne (_Dépêche du - 12 décembre_). Il affirmait que l'ambassadeur anglais - s'efforçait, conformément aux ordres de son gouvernement, de - placer l'Angleterre entre la France et l'Autriche (_Dépêche du 25 - décembre_). Enfin, le 5 janvier il déclarait qu'il se passait - entre sir Frédéric Lamb et M. de Metternich quelque chose qu'on - voulait lui cacher. (Voir également sur ce point une dépêche du 2 - janvier du duc de Broglie à M. de Talleyrand. Appendice, p. 509.) - - [158] Voir pages 110 et 114. La dépêche du 8 janvier n'est pas - reproduite dans les _Mémoires_. - - «Le 12 janvier 1834. - -»En lisant les journaux français du 9 de ce mois, j'y ai remarqué un -article tiré de la _Gazette d'Augsbourg_ du 5, qui ne vous aura pas -échappé et qui a été répété par tous les journaux d'Angleterre. Le -correspondant de la _Gazette d'Augsbourg_, en faisant mention d'un -traité conclu entre la Russie et l'Autriche pour garantir l'existence -de l'empire ottoman, même dans le cas où la dynastie régnante -viendrait à s'éteindre, mais avec l'exclusion de Méhémet-Ali, ajoute -que le prince de Metternich a communiqué les dispositions de ce traité -à sir Frédéric Lamb, qui les a approuvées dans les termes les plus -positifs[159]. - -»Quelque rassuré que je dusse être par les déclarations des ministres -anglais, dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte par mes -dernières dépêches, la condition de l'exclusion de Méhémet-Ali, que je -savais être de nature à toucher le cabinet anglais, a élevé quelque -doute dans mon esprit, et j'ai cru devoir réclamer encore de nouvelles -explications de lord Palmerston et de lord Grey. En conséquence, je -les ai revus hier, et je dois vous répéter que leur langage est aussi -précis et aussi explicite que dans nos entretiens précédents. Sans -qu'il ait été question récemment entre nous du pacha d'Égypte, je ne -puis cependant pas négliger de vous dire que le gouvernement du roi ne -saurait apporter assez de ménagements pour ôter tout soupçon au -gouvernement anglais sur la nature des relations qu'il peut entretenir -avec ce pacha. Je suis à peu près certain qu'ici on nous suppose -toujours des arrière-pensées sur ce point. - -»Lord Palmerston m'a dit qu'il avait expédié à Paris les dépêches de -sir Frédéric Lamb, qui doivent vous être montrées; mais il m'en a -donné à lire une nouvelle qui était arrivée le matin et dans -laquelle cet ambassadeur annonce que, d'après les conversations qu'il -a eues, ainsi que M. de Sainte-Aulaire, avec le prince de Metternich, -il a acquis la conviction que le chancelier d'État ne cherchait qu'à -détacher les cours de France et d'Angleterre l'une de l'autre. Je ne -sais point jusqu'à quel point cette observation de sir Frédéric Lamb -est fondée, mais elle me paraît être une indication qui peut n'être -pas inutile. - -»Vous trouverez dans _the Globe_ d'hier soir un long article qui par -tout son ensemble offre un nouveau témoignage de la sincérité des -assurances que j'ai reçues depuis trois jours. Ce journal ministériel -insiste avec une force vraiment remarquable sur la nécessité de -l'union de l'Angleterre et de la France...» - - [159] Voici cet article: La question orientale avait pris dans - ces derniers temps une tournure qui menaçait sérieusement le - repos de l'Europe. Le traité conclu entre la Russie et la Porte - ottomane avait donné une vive inquiétude à l'Angleterre dont la - politique est principalement dirigée dans l'intérêt de son - commerce et de son industrie, tandis que la France craignait de - perdre l'influence qu'elle avait acquise à Constantinople par - suite des démonstrations énergiques de l'amiral Roussin. De là, - le froid survenu dans les relations de la Russie avec - l'Angleterre et la France... Afin d'éviter un pareil conflit, le - cabinet de Vienne qui, dans ces dernières années, a agi avec tant - d'énergie pour conserver la paix générale et le _statu quo_ - européen, s'est adressé au cabinet de Pétersbourg avec lequel il - se trouve, depuis les négociations de Munchengrætz, dans des - relations d'intimité qui rappellent celles qui existaient entre - eux lors de la guerre de Napoléon. La réponse du cabinet russe a - été des plus satisfaisantes sous tous les rapports, et on assure - qu'il vient d'être conclu un traité entre les deux cours par - lequel elles auraient garanti l'existence de l'empire turc même - pour le cas où la dynastie actuellement régnante viendrait à - s'éteindre mais avec l'absolue exclusion de Méhémet-Ali. On - assure que le prince de Metternich a communiqué, il y a deux - jours, les dispositions de ce traité à l'ambassadeur - d'Angleterre, sir F. Lamb, et que celui-ci a approuvé dans les - termes les plus positifs une négociation qui ne peut que produire - les résultats les plus heureux, et qui donne de nouveaux titres à - la reconnaissance de tous les amis de l'ordre et de la paix au - grand homme d'État qui dirige avec tant de sagesse les affaires - de l'Europe, et qui nous a si longtemps préservés des horreurs de - l'anarchie, et de la guerre. - - [_Confidentielle._] - - «Londres, le 13 janvier 1834. - - »Mon cher duc, - -»Les journaux vous disent malade. Le _Temps_ va même jusqu'à parler de -démission. Rassurez-moi sur votre santé; je ne crois pas à la -démission; je n'en veux pas. Écrivez-moi quelques lignes que je puisse -montrer à lord Grey, car il paraît un peu surpris de ce qui s'est -passé à la tribune entre vous et M. Bignon[160]. Le cabinet anglais -craint d'être parlementairement gêné par un langage qui ne serait -pas identiquement le même à Paris et à Londres sur la question -d'Orient. Il est donc tout à fait nécessaire que je puisse satisfaire -lord Grey par quelque explication qui vaudrait mieux que celle du -_Journal des Débats_, et qu'il vous serait plus commode de faire -passer par moi, que de donner à la tribune...» - - [160] Louis-Pierre-Édouard, baron Bignon, né en 1771. Il entra de - bonne heure dans la diplomatie, fut en 1797 secrétaire de - légation à Berne, puis à Milan (république cisalpine) en 1799, et - à Berlin (1800). En 1802, il devint chargé d'affaires, puis - ministre à Cassel (1804). En 1806, il fut chargé de - l'administration des provinces prussiennes. En 1809, il fut nommé - administrateur général de l'Autriche. De Vienne, il alla à - Varsovie comme ministre plénipotentiaire. Pendant les Cent-jours, - il fut sous-secrétaire d'État aux affaires étrangères, et reçut - le 22 juin, pour quelques jours, la direction de ce département. - M. Bignon fut élu député en 1817 et fut constamment réélu - jusqu'en 1837. Il fut alors nommé pair de France et mourut en - 1841. - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - »Paris, le 16 janvier 1834. - - »Mon prince, - -»Voici les faits, je les soumets à votre sagesse: - -»Mercredi dernier, 8 janvier, on est venu à la discussion du -paragraphe 16 de l'adresse. Ce paragraphe nous était annoncé comme -dirigé spécialement contre le ministère. Dans mon opinion, au -contraire, rien n'était plus aisé que de montrer qu'il contenait -l'approbation la plus éclatante de notre système depuis trois ans. M. -Bignon est venu, _au nom de la commission,_ expliquer ce paragraphe -dans un sens parfaitement raisonnable, parfaitement conforme à mon -opinion; puis ensuite, il a fait un long discours sur l'état général -de l'Europe, discours qui contenait, comme vous l'avez pu voir, -beaucoup de choses raisonnables, et beaucoup d'autres follement -exagérées. - -»Je suis monté à la tribune après lui, et j'ai pris acte, en y -adhérant, de ce qu'il avait dit, _au nom de la commission_, me -proposant d'en tirer parti le lendemain et de prouver que notre -système prévalait d'un commun accord sur celui de nos adversaires -habituels. Quant au discours même de M. Bignon, je n'en ai rien -dit, sinon que ne contenant aucune attaque contre le gouvernement, il -ne provoquait de ma part aucune réponse. J'ai terminé en remerciant M. -Bignon de la modération de son langage _envers nous_. - -»Le lendemain, j'étais gravement indisposé, tellement même, que j'ai -longtemps hésité si j'irais à la Chambre, j'ai fait cependant effort -sur moi-même. A mon arrivée, j'ai trouvé toute la Chambre en rumeur. -On avait étendu l'adhésion que j'avais donnée aux explications de la -commission, on l'avait étendue, dis-je, au discours de M. Bignon, sur -lequel je n'avais rien dit du tout. Les imaginations avaient pris feu, -tout le monde était convaincu que nous allions dans huit jours être en -guerre avec toute l'Europe. Attaqué violemment par M. Mauguin, je me -suis vu obligé de rectifier l'erreur universelle, de faire remarquer à -quoi j'avais adhéré et de rassurer les esprits. Malheureusement, je -vous le répète, j'étais trop malade pour avoir possession du mien. Au -moment où je pris la parole, je fus saisi d'un éblouissement tel, que -je fus obligé de me cramponner à la tribune et que je faillis me -trouver mal. Dans cette disposition, j'allai au plus pressé; je -répondis sans trop savoir ce que je disais; j'expliquai le traité du 8 -juillet en particulier, sur lequel on avait dit cent sottises; mais en -montrant qu'on n'en saisissait ni le sens, ni la portée; je ne pus pas -montrer suffisamment quels étaient ses vrais dangers, quel en était le -vrai caractère. Je fus obligé, je vous le répète, de couper court, et -de finir volontairement, sous peine d'être interrompu par un -étourdissement complet. En descendant de la tribune, je me mis au lit, -et on me saigna abondamment. - -»Le résultat de tout ceci, je ne me le dissimule point, est très -fâcheux pour moi et très fâcheux pour les affaires. Bien que je n'aie -rien fait ni dit de précisément répréhensible, il vaudrait mieux, je -crois, que le roi eût sous la main un autre ministre des affaires -étrangères. Mais cela n'est pas, et ma retraite décomposant le -ministère tout entier, j'ai consenti à rester. Si vous voulez vous -faire mettre sous les yeux le _Moniteur_ du 9 et celui du 10, vous -saisirez maintenant parfaitement ce qui s'est passé. J'aurais mieux -fait de ne pas m'emparer des explications données par M. Bignon au nom -de la commission, puisque je me sentais déjà indisposé le 8. J'aurais -mieux fait d'éviter toute discussion. Voilà ma faute. Je ne prétends -point l'excuser. Tout le reste a été fatal et inévitable. Si j'avais -été maître de moi-même le lendemain, au lieu de finir par un échec -pour moi, la discussion aurait fini par la défaite la plus signalée -que nos adversaires eussent essuyée depuis longtemps. - -»Vous pouvez faire, mon prince, de tous ces détails, tel usage que -vous voudrez. Je n'ai rien à cacher, rien à dissimuler, rien à -justifier. J'ai eu tort, me sentant indisposé déjà, de jouer gros jeu; -j'ai eu tort de perdre. Voilà tout ce que je puis dire...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 20 janvier 1834. - - »Mon cher duc, - -»Il y a une certaine candeur, qui, pour être parfaitement vraie, n'en -est pas moins habile. Votre excellente lettre du 16 en est la -meilleure preuve. Vous trouverez l'effet qu'elle a produit sur lord -Grey dans le billet qu'il vient de m'écrire et que je vous envoie. - -»Je suis fondé à croire que nous aurons une très bonne phrase sur la -France, dans le discours du roi d'Angleterre du 4 février; j'y ai mis -tous mes soins. Je ne puis assez vous prier d'agir sur tous les -journaux qui dépendent de vous, pour qu'ils ne reviennent pas sans -cesse sur l'incident de l'adresse; il faut qu'il soit dorénavant dans -l'oubli...» - -(_Billet joint à la lettre précédente._) - - -LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - [_Traduction._] - - «Downing-Street, le 20 janvier 1834. - - »Mon cher prince, - -»Je vous renvoie avec bien des remerciements la lettre de M. le duc de -Broglie que vous avez bien voulu me confier hier soir. - -»Je trouve dans son explication de nouvelles preuves de sa candeur, et -de son caractère probe et honorable. L'affaire a sans doute été -fâcheuse, et je craignais qu'elle ne donnât quelque avantage à la -Russie dans ses futures discussions avec nous; mais il est impossible -d'imputer au duc aucune faute, excepté celle dont il convient -lui-même. Mais cela sera de peu de conséquence tant que les deux -gouvernements continuent à maintenir l'union intime qui a été si -heureusement établie entre eux. - -»Je me réjouis fort de ce que M. de Broglie ne pense plus à donner sa -démission; elle aurait occasionné une perte irréparable pour la France -comme pour nous, qui nous fions entièrement à sa loyauté et à son -honneur. - - »Je vous prie d'agréer...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 20 janvier 1834. - - »Monsieur le duc, - -»Je vous ai écrit à la hâte avant-hier, et vous ai exprimé l'assurance -que les bruits répandus dans le public sur la retraite du cabinet -anglais étaient sans fondement. Je persiste dans mon opinion à cet -égard. Mais s'il n'est pas question d'un changement dans le ministère, -il n'est pas moins certain qu'il s'est élevé un dissentiment assez -prononcé entre quelques-uns de ses membres, et il paraît que c'est une -intervention anglaise en Portugal qui en a été la cause. Plusieurs -ministres pensaient qu'une intervention immédiate était devenue -urgente; mais, la majorité s'étant prononcée contre cette mesure, elle -a été abandonnée pour le moment. Le dernier voyage de lord Grey à -Brighton avait été motivé par cette circonstance, et on m'assure que -le roi a partagé l'opinion de la majorité de son conseil. Vous -trouverez, du reste, dans le _Times_ de ce jour, un exposé, que je -crois assez fidèle, des principes sur lesquels s'appuyent les -partisans de l'intervention en Portugal... » - -On a vu, par les extraits de ces dépêches que j'avais dû suspendre mes -démarches près du cabinet anglais pour obtenir de lui la conclusion -d'une alliance défensive entre la France et l'Angleterre. Les -difficultés que je rencontrais étaient de plus d'une sorte. On m'avait -d'abord opposé l'espoir d'un rapprochement avec l'Autriche, qu'un -pareil traité n'aurait pas manqué d'effaroucher et de rejeter plus -avant dans l'alliance russe. On m'avait fait à peu près la même -objection pour ce qui concernait la Prusse. Mais, ce n'étaient pas là -les seules entraves que je rencontrais. Il y en avait qui tenaient aux -relations extérieures de l'Angleterre; d'autres, à la situation -intérieure du cabinet. Ainsi, on redoutait, en s'engageant avec nous, -de ne plus garder la même indépendance dans les affaires de Portugal, -que l'Angleterre surveillait d'un oeil jaloux et avec la ferme -résolution d'agir sans nous sur ce point de la péninsule. On craignait -aussi que si nous lui laissions pleine liberté à cet égard, elle ne se -trouvât, par là, obligée un jour de nous laisser la même liberté -d'action dans les affaires d'Espagne. Et on sait assez que, depuis la -paix d'Utrecht, l'Angleterre a toujours cherché à combattre notre -influence en Espagne. C'est une espèce d'axiome politique que je -serais tenté de croire qu'on enseigne dans les universités d'Oxford et -de Cambridge. Enfin, le cabinet anglais était ébranlé dans son -existence; il y avait des divergences parmi ses membres sur plusieurs -questions, et, pour ne rien cacher des motifs qui pouvaient l'empêcher -de former l'alliance que je leur avais proposée, je dois dire aussi -qu'il n'était pas bien rassuré sur la durée de l'existence du -ministère français. L'incident survenu au duc de Broglie avait -entretenu ses méfiances sur ce dernier point, et je vis bien qu'il -fallait, sinon renoncer à mon projet d'alliance, du moins attendre que -quelque événement, soit en Orient, soit dans la péninsule, fît -comprendre en Angleterre l'importance de cette alliance. - -Il y eut d'ailleurs, à cette époque, une série de complications dans -la politique européenne, qui devaient être éclaircies avant que le -cabinet anglais se sentît mieux disposé pour le plan que je lui -avais présenté au nom de mon gouvernement. - -La chute du ministère Zéa à Madrid[161] avait été considérée comme un -succès pour l'Angleterre, qui attribuait à ce ministère une soumission -entière à la France et qui se réjouit, par conséquent de le voir -remplacé par M. Martinez de la Rosa[162], qu'elle espérait diriger. - - [161] M. de Zéa était tombé à la suite d'une démarche de - plusieurs capitaines-généraux qui avaient adressé à la reine - régente une _exposition_ où ils la suppliaient de renvoyer son - ministère: la question fut soumise par la reine au conseil de - régence qui décida que la retraite de M. de Zéa était nécessaire. - En conséquence, le cabinet se retira le 16 janvier. - - [162] Francisco Martinez de la Rosa, né en 1789, député aux - Cortès en 1812, était devenu l'un des membres les plus influents - du parti libéral. Il devint chef du cabinet en 1822, mais fut - exilé après le rétablissement du pouvoir absolu (1823). Il revint - dans sa patrie en 1830 et devint, en 1834, président du conseil. - En 1840, il fut ambassadeur à Paris, puis à Rome (1842). En 1844, - il entra dans le cabinet Narvaez, fut de nouveau accrédité à - Paris de 1847 à 1851, devint ensuite président de la première - chambre des cortès, puis premier secrétaire d'État (1857) et - président du conseil d'État (1858). Il mourut en 1862. - -D'un autre côté, le gouvernement russe essaya alors de se rapprocher -de la France et surtout de l'Angleterre, ce qui devait détourner -celle-ci de se lier trop intimement avec nous[163]. La suite des -lettres qu'on va lire fera mieux saisir la portée de ce que je -viens d'indiquer, ainsi que les événements qu'y s'y rattachent. - - [163] Le maréchal Maison attirait dans sa correspondance - l'attention du gouvernement sur ce revirement du cabinet de - Pétersbourg. Il écrivait, le 31 décembre, que M. de Nesselrode - lui avait exprimé toute sa satisfaction de l'attitude adoptée par - la France dans la question d'Orient. «Quand on est si près de - s'entendre, avait-il dit, on doit finir par se rapprocher.» Le 3 - janvier, le maréchal revient sur la même idée, et constate que M. - de Nesselrode lui a témoigné sa satisfaction des efforts de la - France pour consolider son gouvernement et réprimer la propagande - révolutionnaire.--Le 6 janvier, l'ambassadeur rend compte d'un - entretien qu'il vient d'avoir avec l'empereur, au cours duquel - celui-ci avait parlé de l'Angleterre avec la plus grande - violence. Il pense que le gouvernement russe, après avoir essayé, - dix-huit mois auparavant, de brouiller l'Angleterre avec la - France, cherche maintenant à brouiller la France avec - l'Angleterre (_Correspondance officielle du maréchal Maison_). - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 25 janvier 1834. - - »Monsieur le duc, - -»... Les ministres anglais partagent entièrement votre opinion sur les -avances faites récemment au gouvernement du roi par l'empereur Nicolas -et par le cabinet de Saint-Pétersbourg; ils reconnaissent avec vous -que ces dispositions si nouvelles envers la France n'ont d'autre but -que de séparer les cabinets de Paris et de Londres. On voit avec -plaisir ici que nous ne sommes point dupes de ces démonstrations, et -j'ai lieu de croire qu'on nous en tiendra compte dans l'occasion. - -»Les démarches du gouvernement russe à Stockholm et les mesures de -précaution qu'il a cru devoir prendre du côté de la Baltique indiquent -des inquiétudes qu'on ne fera rien ici pour dissiper[164]. - -»Lord Grey m'a parlé ce matin de M. Martinez de la Rosa, comme de -l'homme qui pouvait le mieux diriger les affaires d'Espagne. Je crois -que le mécontentement du gouvernement anglais contre M. de Zéa entre -pour beaucoup dans les éloges qui sont prodigués à M. Martinez. Ceci -ne vous surprendra pas. - -»Je vous remercie du mémoire que vous m'avez adressé sur la -conspiration qui a éclaté dernièrement en Grèce[165]. Il me sera -utile, lorsque nous serons appelés à nous occuper des affaires de ce -pays, ce qui, dans notre intérêt, n'est pas pressant; mais ce qui sera -sans doute le cas, lors de l'arrivée de M. Tricoupis[166] à -Londres...» - - [164] Le cabinet de Pétersbourg avait sondé le gouvernement - suédois sur l'attitude qu'il prendrait en cas d'une guerre entre - l'Angleterre et la France d'une part et la Russie de l'autre - (voir page 280). Notre chargé d'affaires à Stockholm, M. - Billecocq, eut à ce sujet un entretien avec M. de Wetterstedt, - ministre des affaires étrangères de Suède, dont il rendit compte - à Paris, dans une dépêche du 4 janvier. M. de Wetterstedt déclara - «avec une émotion extraordinaire» que la Suède n'avait pris aucun - engagement, qu'elle n'était entrée dans aucune alliance et que la - Russie lui avait laissé la faculté de conserver la plus stricte - neutralité. Quelques jours plus tard, le ministre affirmait que - si pareille guerre éclatait, la Suède ouvrirait ses ports aux - navires des deux partis (_Dépêche du 10 janvier_). Deux mois - après, M. de Wetterstedt, dans un entretien avec le chargé - d'affaires anglais, reconnaissait que la Suède avait été - formellement sollicitée par la Russie d'entrer dans une alliance - contre la France et l'Angleterre, mais qu'elle n'avait promis que - sa neutralité. (_Dépêche de M. Billecocq, du 7 mars._) - - [165] Une conspiration contre le gouvernement grec avait été - découverte à Nauplie, au mois de septembre 1833. Les conjurés - voulaient renverser la régence, proclamer la majorité du roi et - s'emparer du pouvoir sous son nom. L'arrestation des coupables - fit avorter l'entreprise. - - [166] Spiridion Tricoupis, né en 1791, homme d'État et historien - grec. Il joua un rôle actif pendant les guerres de - l'indépendance. A l'avènement du roi Othon, il fut accrédité à - Londres (1835-1838) et y revint en 1841. Il fut ministre des - affaires étrangères en 1843, puis envoyé à Paris (1850) et encore - une fois à Londres. Il fut ministre à différentes reprises entre - 1855 et 1862 et mourut en 1873. - - «Le 28 janvier 1834. - -»J'étais hier avec lord Grey et lord Palmerston lorsqu'ils ont appris -l'entrée du général Saldanha à Leirya. On la considère ici comme une -affaire dont tous les résultats sont importants, mais elle porte dans -ses détails un caractère de férocité qui fait désirer vivement de voir -finir la lutte dont le Portugal est le théâtre[167]. Il paraît certain -que le général Saldanha ne s'arrêtera pas à ce succès, et qu'il -doit immédiatement marcher sur Coimbre, afin de combiner ses -mouvements avec le corps d'armée du duc de Terceire. Ces nouvelles -sont du meilleur augure pour la solution d'une question dont, vous le -savez, le cabinet britannique avait été fort préoccupé depuis quelque -temps; elles répondent aux alarmes des partisans d'une intervention -immédiate en Portugal, et elles ont produit, pour le moment, la -renonciation, de la part du ministère anglais à toute idée d'action -directe et matérielle sur les affaires de ce pays...» - - [167] Le général Saldanha s'était emparé, le 15 janvier, de la - place forte de Leirya située à égale distance de Lisbonne et de - Porto. Sur quinze cents hommes que comprenait la garnison, à - peine une poignée de soldats put échapper aux vainqueurs. - - «Le 1er février 1834. - -»Hier au soir, à dix heures, j'ai été, comme j'avais eu l'honneur de -vous le mander dans ma dépêche du matin, chez lord Palmerston. Il m'a -donné à lire la dépêche que M. de Lieven avait reçue la veille, et -dont il lui avait confié l'original. Je l'ai lue deux fois, et il m'a -ensuite permis de prendre quelques notes... - -»Cette dépêche parait être la réponse à celle qui avait été écrite de -Londres par l'ambassadeur de Russie, le 27 décembre. M. de Lieven y -annonçait que lord Palmerston lui avait exprimé le désir d'arriver à -une explication franche entre la Russie et l'Angleterre. A cette -ouverture toute de conciliation, la Russie répond par des -protestations de son désir d'entretenir des relations de paix et de -bonne amitié. Quelques lignes plus bas, se trouvent ces mots: -_l'Angleterre est l'alliée naturelle de la Russie_. On observe ensuite -que, dans ses rapports avec l'Angleterre, la Russie a toujours suivi -et continuera à suivre les formes qu'elle a _graduellement_ employées -avec elle. On rappelle à cette occasion la note du 27 octobre[168], -à laquelle la Russie avait fait la seule réponse que sa dignité, -à ce qu'elle croit, lui permettait de faire; et là, on observe -apologétiquement que les notes n'ont point été provoquées par elle. -Cette observation faite, on se plaît à faire sentir que, dès qu'il a -paru une communication du gouvernement anglais, modérée par le fond et -conciliante dans les formes, on s'était empressé à faire une réponse -qui portât le même caractère, et que, d'après le désir que -l'Angleterre avait montré d'avoir des informations plus étendues, la -Russie s'y prêtait avec plaisir pour écarter tout ce qui pourrait -compliquer les rapports des deux États et nuire à leur bonne -intelligence. - -»Envisagée sous ce point de vue, la demande du gouvernement anglais ne -présente aux yeux du gouvernement russe aucun inconvénient, et il y -répond volontiers. - -»M. de Nesselrode donne alors des notions précises sur quelques -dispositions militaires. Il prétend que les renseignements qu'a reçus -le gouvernement britannique ne sont pas exacts, et il cherche à en -démontrer les erreurs. Les mesures militaires qu'on a signalées à -l'Angleterre ne sauraient être en aucun cas l'indice d'un système -offensif de la part de la Russie, et bien moins encore contre -l'Angleterre que contre toute autre puissance. - -»Là, viennent quelques développements. On assure: - -»_Premièrement_, que dans la mer Noire la flotte russe se trouve dans -le même état où elle était à son retour de Constantinople, et -qu'aucun armement nouveau n'a eu lieu depuis cette époque. - -»A cela, lord Palmerston m'a fait observer qu'on n'expliquait pas -pourquoi, l'expédition terminée, on conservait des forces aussi -considérables, et que cela devait naturellement faire croire qu'on -avait quelques intentions ultérieures; - -»_Secondement_, que la division cantonnée en Crimée n'est autre que -celle qui est revenue de Constantinople l'été dernier à bord de -l'escadre russe, qu'aucun renfort n'a été envoyé sur ce point, et que -les troupes réunies dans les provinces méridionales de l'empire -n'excèdent point le nombre de celles qui s'y trouvent cantonnées -depuis quinze ans; - -»_Troisièmement_. Le gouvernement russe n'hésite pas à donner -l'assurance que les bruits répandus sur l'accroissement de ses forces -maritimes dans la Baltique sont dénués de fondement. M. de Nesselrode -porte le nombre des vaisseaux à vingt-sept. Ce nombre, observe-t-il, -est loin d'approcher de celui dont disposait l'impératrice Catherine -dans ces mêmes parages, et les ouvrages des îles d'Aland se bornent à -une caserne fortifiée, propre à contenir deux bataillons. Aucun -établissement maritime n'y a été formé. Ces îles n'ont, d'ailleurs, -que des ports de refuge qui sont de secours à tout le monde et qui ne -peuvent inquiéter la Suède, qui, seule, pourrait s'en alarmer; - -»_Quatrièmement_, que les fortifications en Pologne n'ont pour objet -que la propre sécurité de l'empire, qui, comme on l'a vu il y a deux -ans, pouvait être menacée du côté où on les construit. - -»Le gouvernement pourrait trouver des motifs d'appréhension très -légitimes dans les paroles de lord Palmerston lui-même. Ces -paroles sont, aux termes de la dépêche: »Qu'il serait dans les -intérêts de l'Angleterre de préférer voir le trône du sultan occupé -par Mehémet-Ali, changement qui substituerait la puissance arabe à -l'empire ottoman. - -»Il y a dans cette citation une grande inexactitude. Lord Palmerston a -pu dire qu'il préférait voir le trône occupé par Méhémet-Ali à le voir -occupé par l'empereur de Russie. C'est là certainement le sens des -expressions employées par lord Palmerston, et ce sont, à ce qu'il m'a -dit, les expressions elles-mêmes. - -»M. de Nesselrode fait ensuite quelques réflexions au sujet des -paroles prêtées à lord Palmerston, et dit que le système qu'elles -renferment aurait pour but de remplacer une puissance alliée de la -Russie par un pouvoir hostile et dangereux au maintien de la paix en -Orient. Il convient cependant que l'Angleterre n'a point agi dans le -sens qu'on lui a gratuitement attribué, mais que l'aveu qu'une -semblable pensée ait pu subsister montre plus d'hostilité aux intérêts -de la Russie que ne le sont les forts de la Vistule contre les -intérêts de l'Angleterre. - -»De là, on arrive à dire que le traité du 8 juillet doit paraître bien -moins une arme offensive placée entre les mains de la Russie, qu'une -garantie morale contre les projets d'envahissement et de conquête -qu'une puissance arabe chercherait à étendre sur la Turquie d'Europe. - -»A la suite de ces raisonnements, on donne l'assurance que l'acte -séparé du 8 juillet n'établit point en faveur du pavillon de guerre -russe un privilège exclusif au préjudice des autres puissances, et -que, sous ce rapport, aucune altération n'a été apportée aux -usages établis par la Porte: car la Russie, ajoute-t-on, est aussi -éloignée de l'idée de vouloir les enfreindre elle-même, qu'elle est -intéressée à ne pas les voir méconnus par aucune autre puissance. - -»Viennent ensuite quelques explications sur le reproche du secret -gardé vis-à-vis des autres cours, à l'occasion de ce traité. La raison -qu'en donne M. de Nesselrode, c'est que le secret n'appartenait pas à -la Russie; qu'il appartenait uniquement à la Porte ottomane; que c'est -elle qui avait reconnu le besoin d'un traité, qui avait un intérêt -direct à cette transaction, et qu'ainsi c'était à elle à juger quand -il lui conviendrait de donner à ce document une publicité légale; la -Russie, laissant au divan la liberté la plus absolue de le publier ou -de le tenir secret. On cite ensuite (mais on n'est pas heureux dans -les citations) la convention du 22 octobre 1832, relative aux mesures -concertées entre la France et la Grande-Bretagne à l'égard de la -Hollande. On ne s'est pas rappelé que, dans cette circonstance, les -plénipotentiaires des cinq cours réunis, deux d'entre eux avaient -demandé aux trois autres s'ils voulaient prendre part aux moyens -coercitifs, et que, sur leur refus, la France et l'Angleterre avaient -déclaré qu'elles se croyaient libres d'agir séparément. Ce n'était -certainement pas là un secret. - -»Ce qu'il y a de mieux dans cette note, c'est la fin, où il est -question des pourparlers actuels, qui ont lieu à Pétersbourg entre les -représentants de la Porte. En voici à peu près les termes: - -»Le résultat de la mission de la Porte, que nous pouvons regarder -comme prochain, prouvera hautement que la Russie, persévérant dans le -système de conservation qu'elle a adopté envers l'empire ottoman, -tient à coeur de respecter son intégrité comme son indépendance, et de -fortifier l'autorité du sultan, au lieu d'y apporter la plus légère -atteinte. Les arrangements dont nous nous occupons avec Achmet Pacha, -et ce sont les dernières paroles de M. de Nesselrode, donneront un -nouveau poids aux explications franches qui font l'objet de la -présente dépêche. - -»Voilà, monsieur le duc, une analyse bien longue de la dépêche de M. -de Nesselrode au prince de Lieven, mais je n'ai pas voulu perdre -l'occasion de vous faire connaître, si vous ne l'avez pas appris par -M. le comte Pozzo, quelle est la réponse de la Russie aux reproches -qui lui ont été faits sur le mouvement qu'elle a donné à sa politique -dans le Levant. - -»En résumé, il me paraît évident que cette longue pièce russe est -essentiellement destinée à calmer les inquiétudes des cabinets de -Londres et de Paris; elle témoigne même une certaine disposition à les -satisfaire.--Mesurer le degré de confiance qu'il est convenable -d'accorder à ces démonstrations serait difficile; mais, les révoquer -absolument en doute me semblerait imprudent. Il y a de certains -caractères, tels que paraît être celui de l'empereur Nicolas, qui se -croient d'autant plus engagés qu'on leur témoigne plus de confiance... - -»J'ai l'honneur de vous transmettre des dépêches de La Haye. Vous y -verrez que le roi de Hollande n'a point épuisé ses ruses dilatoires et -qu'il attribue à un des membres de la conférence un langage évidemment -contraire aux engagements pris par tous les membres dans leurs -dernières réunions. Il ne peut y avoir eu d'ambiguïté dans les -explications de lord Palmerston à M. Dedel, et je ne puis pas -croire que les plénipotentiaires représentant les trois cours du Nord -aient montré autre chose que les dispositions conciliatrices qui leur -sont ordinaires. - -»La conférence, en se séparant, avait pris la résolution de ne se -réunir de nouveau que lorsqu'elle aurait reçu de la part du roi de -Hollande des ouvertures positives et acceptables d'arrangement final, -ou lorsqu'un des plénipotentiaires en ferait la proposition. C'est -cette voie qui a été adoptée pour reprendre la négociation; et nous -aurons, sans doute, mercredi ou jeudi une séance. Elle sera, suivant -toute apparence, sans aucun résultat...» - -J'ai dû donner ce long extrait de la dépêche du cabinet de -Saint-Pétersbourg, parce qu'elle produisit plus tard un effet assez -sérieux et qui révèle ce trait du caractère de lord Palmerston, que -j'ai déjà indiqué dans une autre circonstance; je veux parler de la -passion personnelle qu'il mettait trop souvent dans le maniement des -affaires. Ainsi, cette dépêche russe lui causa une extrême irritation -et le poussa à prendre une mesure que je trouvai au moins maladroite, -pour ne rien dire de plus. La cour d'Angleterre avait à cette époque à -nommer un ambassadeur à Pétersbourg, en remplacement de lord -Durham[169], qui avait demandé son rappel pour cause de santé. Lord -Palmerston désigna pour le remplacer sir Stratford Canning, -sachant bien que ce choix était le plus désagréable qu'il pût faire -pour la cour de Russie. En effet, lorsqu'il eut été annoncé à M. de -Nesselrode, celui-ci ne tarda pas à faire savoir à Londres que -l'empereur verrait avec beaucoup de déplaisir qu'on envoyât sir -Stratford Canning à Pétersbourg, par la raison que ce diplomate, -lorsqu'il était ambassadeur d'Angleterre à Constantinople, s'y était -montré animé des sentiments les plus hostiles contre la Russie, et -qu'ainsi, il le croyait peu propre à entretenir les bonnes relations -qu'il souhaitait voir établies entre les deux cours. Lord Palmerston -répondit, avec sa raideur ordinaire, qu'il était possible qu'un -ambassadeur d'Angleterre ait déplu à l'empereur en remplissant -consciencieusement ses devoirs et les instructions de son -gouvernement, mais qu'il ne lui paraissait pas que ce fût un motif -suffisant pour ne pas lui donner une mission à laquelle il était -appelé par ses bons services, et que, si ce choix n'était pas agréé, -le gouvernement anglais laisserait vacant le poste d'ambassadeur à -Pétersbourg. L'empereur Nicolas, à son tour, se montra fort blessé du -procédé et se décida à rappeler son ambassadeur, le prince de Lieven, -qui était accrédité à Londres depuis l'année 1812. Les deux ambassades -restèrent vacantes pendant longtemps, et les relations des deux cours -s'en ressentirent naturellement. - -Je ne partageai pas la manière de voir, ou plutôt la passion de lord -Palmerston; je pensais qu'il fallait accepter les explications de la -Russie pour ce qu'elles valaient, la surveiller, mais ne point se -brouiller avec elle, tant qu'on n'était pas sérieusement résolu à lui -faire la guerre. Aussi, j'écrivis. - - [168] Note du 27 octobre 1832 qui faisait part au gouvernement - russe de la convention franco-anglaise du 22 octobre. La Russie - adressa en réponse aux cabinets de France et d'Angleterre une - note que l'on trouvera à la page 41 (note). - - [169] Lord Durham n'était pas ambassadeur à Pétersbourg; il y - avait été envoyé en mission extraordinaire dans le but, - prétend-on, d'offrir à l'empereur Nicolas la médiation de - l'Angleterre en faveur des Polonais. Cette mission, en tout cas, - n'eut aucun résultat. Quant à l'ambassade d'Angleterre en Russie, - qui était alors sans titulaire, elle était gérée par un chargé - d'affaires, M. Bligh. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 3 février 1834. - - »Monsieur le duc, - -»J'ai reçu votre dépêche sous le numéro 8. Je vous remercie de m'avoir -communiqué la pièce qui y était jointe. Sa lecture a ajouté un degré -de conviction à l'opinion que je m'étais faite sur la conduite que le -gouvernement du roi doit tenir à l'égard de la Russie, dans un moment -où cette puissance semble être dans une voie de rapprochement. Notre -position est bonne; nous devons croire à la sincérité des -protestations du gouvernement russe. Le langage uniforme que tiennent -à Londres et à Paris les ambassadeurs, et à Pétersbourg les ministres -russes, prouve le désir et presque le besoin de nous persuader: -éclairés comme nous le sommes, que risquons-nous de paraître -convaincus? - -»Le fait est que les mouvements de la Russie sont arrêtés en ce -moment: il faudra qu'elle cherche longtemps un nouveau prétexte pour -amener une occasion de s'ingérer d'une manière directe dans les -affaires de l'empire ottoman; c'est sur cela que nous devons porter -notre surveillance. Le gouvernement anglais paraît être dans la même -voie, si, comme j'ai lieu de le penser, le discours de la couronne -s'exprime ainsi à l'égard de la Turquie: - -»La paix de la Turquie, depuis l'arrangement qui a été fait avec -Méhémet-Ali, n'a pas été interrompue, et ne sera menacée par aucun -autre danger; le gouvernement portera son attention à prévenir tout -changement dans les relations de cet empire avec les puissances que -peuvent intéresser sa stabilité future et son indépendance. - -»Je suis également fondé à croire que dans ce discours il se trouve -une phrase qui nous regarde seuls et qui est conçue à peu près dans -les termes suivants: - -»Le but constant de ma politique a été d'assurer à mon peuple la -jouissance continue du bienfait de la paix; en cela j'ai été assisté -par la bonne intelligence qui a été heureusement établie entre mon -gouvernement et celui de France; les assurances que je continue de -recevoir des dispositions amicales des autres puissances du continent -me donnent confiance dans le succès de mes efforts...» - - «Le 4 février. - -»Je reviens de la séance royale; elle a été fort brillante. Je -m'empresse de vous adresser le discours que le roi d'Angleterre a -prononcé. La France y est nommée séparément des autres puissances; le -roi a voulu que cela fût senti, par la manière dont il a prononcé le -passage qui nous concerne spécialement; il a même fait une pause avant -de prononcer ces mots: _les assurances que j'ai reçues_[170]...» - - «Le 7 février. - -»Notre conférence sur les affaires de Hollande a eu lieu à la suite -d'une convocation de lord Palmerston; elle a été longue parce -que, dans la discussion des différentes opinions, on a été amené à -revenir longuement sur le passé. - -»Les plénipotentiaires autrichiens ont pris l'initiative et ont -déclaré que leur cour, ne voulant rien négliger pour conduire à une -prompte conclusion l'affaire hollando-belge, les avait chargés -d'exprimer aux plénipotentiaires des autres cours le désir que la -négociation trop longtemps interrompue fût reprise; ils ont motivé -leur demande sur ce que le roi des Pays-Bas avait fait, comme il s'y -était engagé, les démarches convenues pour obtenir l'assentiment des -parties intéressées aux arrangements territoriaux, et qu'il avait, de -plus, envoyé de nouvelles instructions au plénipotentiaire néerlandais -pour renouer la négociation sur les objets restés en litige. - -»Lord Palmerston a pris alors la parole et, plaçant la question où -elle était restée au 30 août, lorsque la conférence s'était séparée, a -établi que rien n'était changé depuis cette époque; que la -Confédération germanique n'avait pas acquiescé à la demande du roi des -Pays-Bas[171]; que les ministres d'Autriche et de Prusse, confiants -dans leur influence, nous avaient disposés à croire au succès de -cette démarche, mais que s'étant trompés eux-mêmes, l'importante -difficulté des limites n'était pas levée, et qu'ainsi, cette première -garantie, sans laquelle on ne peut prévoir d'issue à la négociation, -n'était pas encore donnée, et paraissait loin de devoir l'être;--qu'il -en était de même sur la question des pouvoirs du plénipotentiaire -néerlandais; qu'il avait vu M. Dedel, et qu'après lui avoir fait -remarquer que les délais de la diète privaient la conférence de la -garantie qu'elle avait demandée pour arriver à la conclusion des -arrangements territoriaux, il lui avait dit qu'après les difficultés -qui se sont toujours succédé depuis trois ans, il devait lui demander -s'il avait enfin une garantie à nous donner: par exemple, s'il avait -des pouvoirs qui l'autorisassent à signer les articles paraphés par M. -Verstolck lui-même, entre autres, l'article IX et les paragraphes -qu'il contient;--que M. Dedel lui avait répondu qu'il n'y était pas -autorisé et qu'il ne pouvait prendre sur lui de signer. Lord -Palmerston a ajouté qu'il avait été obligé de conclure que des -conférences nouvelles ne mèneraient à rien, et qu'aujourd'hui la -négociation était juste au point où elle était restée il y a cinq -mois. - -»Le ministre de Prusse, M. de Bülow, a essayé de répondre et a insisté -sur la réunion de la conférence, en donnant pour raison déterminante -que le roi des Pays-Bas se servirait de notre refus auprès des -Hollandais et auprès des différents cabinets de l'Europe comme le -motif qui empêchait la négociation de se terminer. - -»J'ai pu alors établir, en reprenant plusieurs des arguments très bien -développés par lord Palmerston, que négocier encore, sans avoir -l'espérance d'arriver à une conclusion définitive, était une -manière inconvenable de placer la conférence; que nous devions -toujours nous mettre d'accord avec nous-mêmes; que la séparation des -territoires, base première du royaume de Belgique, avait été arrêtée -sans aucune réserve des puissances; qu'ainsi, nous étions liés à cet -égard...; que si M. Dedel n'avait pas de pouvoirs pour signer avec -nous ce que nous nous étions engagés à faire, il n'y avait pas de -négociation utile à suivre; qu'ainsi, mon opinion était, comme celle -de lord Palmerston, qu'il fallait, pour le moment, laisser les choses -dans l'état où elles étaient; que l'action ne nous ayant pas réussi, -il fallait avoir confiance dans la puissance de l'inaction. - -»Après quelques moments de silence, on s'est séparé, et cette -conférence, comme je l'avais prévu et comme je vous l'avais mandé, n'a -mené à rien. Les plénipotentiaires autrichien et prussien ont exécuté -exactement les ordres de leurs gouvernements; ils ne pouvaient pas -paraître se rendre aux observations que nous leur faisions, mais leur -silence a dû nous faire croire qu'ils trouvent nos raisons sans -réplique. Nous nous sommes séparés, sans ajournement, comme on le -ferait après une chose abandonnée...» - - [170] Discours prononcé par le roi à la séance d'ouverture du - parlement. Voici le texte du passage auquel fait allusion M. de - Talleyrand: - - Le but constant de ma politique a été d'assurer à mes peuples la - jouissance non interrompue du bienfait de la paix. En ceci, j'ai - été parfaitement secondé par la bonne intelligence si heureusement - établie entre mon gouvernement et celui de la France, et les - assurances que j'ai reçues des dispositions amicales des autres - puissances du continent me donnent la confiance que mes efforts - continueront d'être couronnés de succès... - - [171] On se rappelle que les négociations relatives à l'affaire - hollando-belge avaient été suspendues au mois d'août précédent, à - la suite du refus par le roi Guillaume de faire auprès de la - diète et des princes de Nassau les démarches nécessaires pour se - faire autoriser à céder à la Belgique la partie du Luxembourg que - lui attribuait le traité des vingt-quatre articles. Le roi des - Pays-Bas s'était enfin déterminé à agir, mais avait essuyé un - double refus. Il crut néanmoins que devant cette preuve de bonne - volonté, la conférence accepterait de reprendre les négociations - et donna des instructions en conséquence à ses plénipotentiaires. - On va voir quel accueil on fit à Londres à sa proposition. - - «Le 14 février 1834. - -»Sur la demande du chargé d'affaires de Grèce, M. Skinas, la -conférence s'est réunie aujourd'hui pour examiner la proposition qu'il -était chargé de nous faire, de donner notre garantie à la troisième -série de l'emprunt grec. M. Skinas nous a exposé l'état embarrassé des -finances de la Grèce, et est entré dans de grands détails à ce -sujet... Nous savions, lord Palmerston et moi, que le prince de Lieven -avait reçu des ordres qui l'empêchaient de consentir à ce que la -garantie sollicitée fût donnée... Nous l'avons donc laissé faire -valoir les difficultés que son gouvernement faisait à l'obtention de -cette garantie. Ces difficultés sont de forme. La Russie veut qu'on -exige des comptes détaillés de l'état véritable des finances grecques; -et M. Skinas ayant promis de nous les fournir dans un temps très -court, nous nous sommes rendus aux observations de M. de Lieven, qui -ne nous engageaient qu'à un délai. - -»Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer que ce qui se montre dans -l'opinion de M. le prince de Lieven n'est pas le véritable motif sur -lequel elle est fondée. La Russie ne veut pas perdre un moyen d'action -qui lui reste encore sur les affaires de la Grèce. Peut-être a-t-elle -des projets particuliers dont les difficultés présentes rendraient -l'exécution plus facile. Les renseignements que vous devez avoir vous -feront juger mieux que personne de la valeur des conjectures que nous -formons ici, et vous expliqueront probablement ce qui fait que la -Russie, qui était la première, il y a un an, à demander la garantie -des trois puissances, se montre aujourd'hui difficultueuse sur ce -point...» - - «Londres, le 23 février 1834. - -»... Je vous remercie de m'avoir donné communication de la dépêche de -M. le maréchal Maison, par laquelle il vous rend compte de la nouvelle -convention conclue le 29 janvier, à Saint-Pétersbourg, entre la Porte -ottomane et la Russie[172]. Cette convention adoucit, à certains -égards, les conditions qui avaient été imposées à la Turquie, par le -traité d'Andrinople; mais il est difficile aussi de ne pas reconnaître -que les renonciations de la Russie ne sont pas aussi étendues qu'elles -en ont l'apparence. La Turquie est pour elle un créancier insolvable; -si elle lui fait une remise de fonds, le sacrifice n'est pas grand. -L'évacuation des principautés est une mesure incomplète, car -l'occupation de Silistrie et la route militaire conservée à travers -les provinces qui doivent être évacuées sont des garanties presque -équivalentes à celles dont la Russie a fait l'abandon par le traité du -29 janvier. Il n'y a pas dans tout ceci beaucoup de générosité ni -d'abnégation. Ce qui est surtout à regretter, c'est que le -plénipotentiaire ottoman n'ait pas stipulé dans la convention le -nombre des troupes qui devront former la garnison de Silistrie. C'est -là un point important que la Porte ottomane et l'Autriche n'auraient -pas dû négliger de faire régler selon leur intérêt commun. Vous savez -ce que c'est qu'une occupation de huit ans. L'Autriche paraît avoir -oublié qu'il y a deux mois, elle disait qu'elle ne permettrait -jamais que la Russie s'emparât d'un village turc; elle aurait bien de -la peine à trouver dans ses archives qu'une occupation de huit années -ne soit pas devenue une propriété. Il serait, dans mon opinion, utile -et grand pour la politique française et anglaise réunies de s'entendre -pour faire faire à la Porte ottomane, un emprunt qui la libérât -immédiatement, et fît rentrer les principautés et la Porte elle-même -dans leurs droits de souveraineté. Jamais le crédit de notre pays et -de l'Angleterre n'aurait été plus noblement et plus politiquement -employé...» - - [172] _Dépêche du 1er février 1834_.--La convention du 29 janvier - stipulait l'évacuation par les Russes des principautés, qui - devait être effectuée avant la fin de mai suivant. Elle réglait - l'organisation de ces provinces, la quotité du tribut à payer à - la Porte, le mode de nomination des hospodars, qui seraient - choisis par le sultan sur une liste présentée par les boyards. - Les principautés auraient leur armée, leur flotte et leur - drapeau. Les sandjacks de Tcheldir et de Pasken seraient - définitivement réunis à la Turquie. - - Il était accordé à la Porte une remise de deux millions de ducats - sur les six millions que le traité d'Andrinople lui avait assignés - comme contribution. Le payement des quatre millions restants - devait être effectué en huit ans, et jusqu'à complète libération - de la Turquie, la Russie devait occuper la place de Silistrie dont - les communications avec l'empire seraient assurées par une route - militaire traversant les principautés. - - «Le 24 février. - -»En relisant aujourd'hui ce que j'ai eu l'honneur de vous écrire dans -ma dépêche d'hier sur l'utilité dont serait pour la Porte ottomane -d'être libérée, par un emprunt, des obligations qu'elle a dernièrement -contractées envers la Russie, j'ai trouvé que, pour compléter cette -idée, il fallait essayer d'associer l'Autriche au plan que je vous ai -proposé: la sûreté de ses frontières de l'est, la liberté de la -navigation du Danube, qui se trouve commandée par Silistrie, et aussi, -ses intérêts germaniques, lui font, à ce qu'il me semble, un devoir de -faire tous ses efforts pour enlever à la Russie la position que cette -puissance cherche à conserver dans les principautés. Je croirais donc -que le moment est favorable pour lui faire cette proposition, et, si -elle l'acceptait, nous trouverions pour notre compte l'immense -avantage de rompre l'unité de politique suivie par les trois -puissances du nord depuis trois ans. Cette affaire me paraît digne de -toute votre sollicitude. - -»Le ministre de Suède m'a parlé hier d'une démarche faite près de -son gouvernement par le général Suchtelen[173], ambassadeur de Russie -à Stockholm dans le dessein de connaître quelle serait la conduite de -la Suède si la guerre venait à éclater entre la France, l'Angleterre -et la Russie. Le gouvernement suédois a répondu par une note qu'il -garderait la neutralité, et il a chargé son ministre à Péterbourg de -le notifier au cabinet russe... J'ai dû vous instruire de ce fait, -quoique je croie qu'il n'aura pas de suite...» - - [173] Jean-Pierre, comte de Suchtelen, né en 1759, ancien - officier hollandais passé, en 1783, au service de la Russie, - devint général, puis ambassadeur à Stockholm. Il fit la campagne - de 1813 dans l'état-major de Bernadotte, revint à Stockholm après - la paix et y resta jusqu'à sa mort (1836). - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Tuileries, le 27 février 1834. - -»... Marseille, Lyon, Saint-Étienne et ce que nous venons d'avoir à -Paris, était une même chose, un coup monté par les mêmes factions, par -les républicains, par les associations et les sociétés secrètes[174]. -Les ouvriers de Lyon et de Saint-Étienne n'ont heureusement voulu -prendre aucune part à l'émeute, et tout est maintenant rentré dans -l'ordre dans ces trois villes. Ici, la population n'a non seulement -pris aucune part aux coupables tentatives de désordre, mais elle en a -été indignée; la garde nationale en est exaspérée, ainsi que la -troupe de ligne et, de fait, cela n'a été qu'une poignée de misérables -qui ne pouvaient donner d'inquiétudes sérieuses. En résultat, cela a -été un mal pour un bien, en faisant sentir généralement la nécessité -d'une loi pour réprimer ces associations et les sociétés secrètes et -la faisant désirer à tout le monde. On ne doute pas que cette loi -passera à la Chambre[175]... - -»Le roi pense comme vous que le nouveau traité russo-turc est une -grande amélioration, mais que cela ne peut pas changer matériellement -la position relative de la Russie et de la Turquie, qui est celle de -la force et de la nullité. Ainsi, ce que le roi croit le plus -essentiel, c'est le désarmement de la flotte de la mer Noire, parce -que tant qu'elle est armée, elle peut transporter les Russes à -Constantinople en trois jours. Une fois cette flotte désarmée, le -mouvement rapide n'est plus possible. Quant à l'évacuation des -principautés, c'est une très bonne chose, sans doute; mais avec une -route militaire et Silistrie, elle est plus apparente que réelle. - -»Le point essentiel, le noeud gordien de cette affaire, c'est la -politique de l'Autriche. La Russie ne bougera pas si elle n'a pas -l'assentiment de l'Autriche; et j'appelle assentiment, la certitude de -son inaction. La question est de savoir ce qui est fait à cet égard. -L'Angleterre est de toute manière mieux placée que nous, pour le -découvrir, et c'est à elle à nous le dire. Tâchez donc qu'elle le -fasse...» - - [174] Des troubles avaient éclaté sur divers points du - territoire, à la suite de la loi sur les crieurs publics. On sait - que la loi du 16 février les assujettissait à l'obligation de - demander une autorisation préalable. Des scènes de désordre se - produisirent, notamment, à Paris et à Lyon durant les journées - des 21, 22 et 23 février. - - [175] Cette loi fut en effet votée le 25 mars suivant par la - Chambre des députés, à la majorité de 246 voix contre 154. - - -LE COMTE DE RAYNEVAL AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - »Madrid, le 21 février 1834. - - »Mon prince, - -»J'ai respecté le repos dont j'ai pensé que vous vouliez jouir pendant -votre voyage en France. J'ai pensé que vous ne m'en voudriez pas de -vous laisser un peu oublier les affaires de la péninsule. Mais -l'occasion que m'offre aujourd'hui pour vous les rappeler le départ de -M. de Florida-Blanca[176] est trop tentante, et je n'y puis résister. - -»C'est hier que nous avons officiellement connu ici la réponse de lord -Palmerston à la demande de secours que dom Pedro avait adressée au -gouvernement anglais. Le sentiment qu'a fait éprouver au nouveau -cabinet espagnol la certitude que l'Angleterre ne voulait pas sortir -de son système d'inaction est une sorte de consternation. L'Espagne -est et sera encore longtemps hors d'état d'intervenir efficacement en -Portugal, et tant que dom Miguel et don Carlos se soutiendront, il n'y -a pour le gouvernement de la reine ni tranquillité ni sécurité. - -»M. de Florida-Blanca est chargé de commenter ce texte et de tâcher de -faire changer la détermination de l'Angleterre. On a eu ici l'idée que -si le gouvernement anglais ne pouvait décidément pas devenir -l'auxiliaire de son alliée doña Maria, il pourrait au moins la servir -indirectement en donnant des subsides à l'Espagne. Mais je crois que -le temps des subsides est passé. - -»On songe sérieusement à la convocation des cortès. C'est une -dangereuse expérience. Il n'est donné à personne d'en prévoir le -résultat; mais il est devenu impossible de ne pas la faire. Quand on -réfléchit à la tâche qu'ont à remplir ceux qui gouvernent ce pays-ci, -on est réellement près de désespérer. Voici l'énumération d'une -partie des travaux qui leur sont imposés: altérer l'ordre de -succession,--changer la forme du gouvernement,--réformer les finances -et l'administration,--étouffer la guerre civile,--pacifier un pays -voisin. Et tout cela, il faut le faire pendant une régence; et une -régence confiée à une femme! - -»M. de Florida-Blanca désire que Votre Altesse veuille bien l'honorer -de sa bienveillance et le guider par ses conseils. Il en connaît tout -le prix et est bien persuadé que c'est seulement en les suivant qu'il -peut espérer quelque succès dans la mission difficile qui lui est -confiée[177]...» - - [176] Le comte de Florida-Blanca partait pour Londres où il - venait d'être accrédité. - - [177] Le duc de Broglie écrivait en même temps à M. de - Talleyrand: - - ... Le cabinet espagnol voit toujours dans la prolongation de cette - lutte (en Portugal) un des plus grands dangers qui puissent exister - pour le trône de la reine Isabelle, et comme il croit que - l'intervention de l'Angleterre peut seule y mettre un terme, il ne - renonce pas à l'espoir d'amener enfin le cabinet de Londres a - sortir de sa neutralité. M. de Florida-Blanca, qui est attendu à - Paris d'un moment à l'autre, a ordre de presser vivement à cet - égard lord Palmerston. Je n'ai pas besoin, prince, de vous prier - d'accorder votre appui et vos conseils à la légation d'Espagne dans - toutes les circonstances où vous croirez pouvoir lui être de - quelque utilité. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 4 mars 1834. - - »Monsieur le duc, - -»Le ministère anglais a reçu des nouvelles de Portugal, qui -annoncent qu'un engagement sérieux a eu lieu près de Santarem, entre -les troupes de dom Pedro, et celles de dom Miguel[178]. Les dépêches -que M. le baron Mortier vous a écrites, et que je vous transmets -aujourd'hui, vous donneront sans doute des détails plus circonstanciés -que ceux que je pourrais vous mander. Mais je dois vous prévenir que -les rapports qui sont parvenus au ministère britannique, et même les -lettres des personnes attachées au parti de dom Pedro, s'accordent à -dire que cette affaire, si vantée d'abord, n'était rien moins que -décisive, car l'armée de dom Miguel, suivant les dernières nouvelles, -était à quatre lieues en avant de Santarem. - -»Quoique les partisans de dom Pedro considèrent ses forces militaires -comme suffisantes pour le succès de la cause de la jeune reine, -cependant, on fait encore à Londres beaucoup d'enrôlements, des achats -d'armes et de munitions de guerre...» - - [178] Le combat est du 18 février. Les troupes miguélistes - battirent en retraite après une lutte acharnée. - - «Londres, le 10 mars 1834. - -»J'ai reçu votre dépêche numéro 19. Vous ne devez pas douter de -l'empressement que je mettrai à prêter mon concours à M. de -Florida-Blanca lorsqu'il sera arrivé à Londres. Je voudrais espérer -que le gouvernement britannique, mieux éclairé sur les véritables -intérêts de la péninsule et débarrassé des entraves que lui imposent -les affaires intérieures de l'Angleterre, reconnaîtra enfin la -nécessité de renoncer à la neutralité qu'il a conservée en Portugal. -Je me suis toujours efforcé de le diriger dans cette voie, et je -continuerai à le faire après l'arrivée de M. de Florida-Blanca; mais, -j'avoue que, jusqu'à présent, j'ai peu d'espoir que nous atteignions -le but tant désiré par le gouvernement actuel de l'Espagne...» - - «Le 18 mars. - -»Je crois devoir appeler votre attention toute particulière sur le -récit de la séance de la nuit dernière à la Chambre des communes, qui -se trouve dans les journaux anglais de ce jour. Une motion de M. -Sheil[179], tendant à obtenir la remise à la Chambre de tous les -documents relatifs aux affaires d'Orient a donné lieu à une discussion -importante[180]. - -»Vous remarquerez sans doute avec plaisir les passages des discours de -lord Palmerston et de M. Stanley[181], qui se rapportent plus -spécialement aux relations politiques, si heureusement établies entre -la France et la Grande-Bretagne[182]. Le gouvernement du roi ne -pourra qu'être satisfait du langage des deux ministres anglais, qui -est, non seulement fort honorable pour la France, mais qui constate -d'une manière bien avantageuse pour nous, aux yeux de l'Europe, -l'union des deux pays. Cette union devait être le but de nos efforts; -sa réalisation nous a déjà procuré et nous promet encore, ce me -semble, de bien utiles résultats...» - - [179] Richard Lalor Sheil, né en 1791, écrivain et homme - politique irlandais. Il fut élu député à la Chambre des communes, - devint en 1839 vice-président du bureau du commerce, et en 1846 - directeur de la monnaie. En 1850, il fut nommé ministre à - Florence, et mourut l'année suivante. - - [180] La motion de M. Sheil, qui aurait eu la portée d'un vote de - défiance contre le cabinet, fut repoussée malgré l'intervention - de sir Robert Peel. - - [181] Édouard-Geoffroy Smith Stanley, comte de Derby, né en 1799 - d'abord connu sous le nom de lord Stanley, entra tout jeune à la - Chambre des communes, devint en 1830 conseiller privé et - secrétaire d'État pour l'Irlande et ministre des colonies en - 1833. Il se retira en 1834 et ne rentra aux affaires qu'en 1841, - comme ministre des colonies dans le cabinet de sir Robert Peel. - En 1852 il devint chef d'un cabinet qui ne dura que quelques - mois. Il fut de nouveau premier lord de la Trésorerie en 1858 et - une dernière fois de 1866 à 1868; il mourut en 1869. - - [182] _Lord Palmerston:_ « Les relations qui unissent la France - et l'Angleterre deviennent de jour en jour plus amicales. A - mesure que les deux gouvernements se connaissent mieux, ils - s'apprécient davantage, et c'est pour moi, je l'avoue, un - véritable sujet d'orgueil et de satisfaction de songer que les - préjugés qui divisaient les deux pays sont presque entièrement - effacés.» - - «Le 27 mars. - -»... J'ai donné lecture à lord Palmerston de la lettre que vous avez -écrite au chargé d'affaires de France à La Haye pour l'inviter à -demander à M. le baron de Zuylen des explications sur les mouvements -qui auraient eu lieu dans l'armée hollandaise[183]. Lord Palmerston a -approuvé si complètement cette démarche, qu'il en fera faire une du -même genre à La Haye et qu'il a déjà envoyé au chargé d'affaires -d'Angleterre une note qu'il devra passer à M. de Zuylen. Cette note -reproduit à peu près les termes de la lettre dont vous avez bien voulu -m'adresser une copie. - -»Je ne l'ai point détourné de donner à ses représentations à La Haye -la forme qu'il a choisie, mais je pense que votre lettre à -M. Drouyn de L'Huys[184] est préférable, et qu'il est souvent bon -d'éviter l'emploi d'une note diplomatique, dont la gravité peut -quelquefois blesser. Je suis porté à le croire, par l'exemple que je -viens précisément d'en voir. Vous avez su que le cabinet de Vienne -avait fait une réponse évasive, à peu près comme celle du cabinet de -Berlin, à la note de l'ambassadeur d'Angleterre relative aux -événements qui se sont passés dans le Luxembourg[185]. Mais, en même -temps, M. de Metternich a chargé l'ambassade d'Autriche à Londres de -donner des explications plus étendues au cabinet anglais. Ces -explications portent sur les deux faits qui ont servi de prétexte à -l'arrestation de M. Hanno, c'est-à-dire la levée de la milice et la -vente de coupes de bois dans le rayon stratégique de la forteresse de -Luxembourg. Sur le premier de ces points, M. de Metternich -soutient que le gouvernement belge était dans son tort, parce que la -levée de la milice est une question qui concerne l'autorité militaire, -et qu'à ce titre le commandant de la forteresse pouvait mettre -opposition aux mesures de l'administration belge. Quant à la vente des -coupes de bois, le chancelier d'État croit que la Belgique avait droit -d'en réclamer la jouissance, et ajoute assez ironiquement qu'à cet -égard, il ne peut pas partager l'opinion de lord Palmerston, qui, dans -le principe de la discussion, avait blâmé la réclamation des Belges. -M. de Metternich fait valoir cette dernière circonstance pour montrer -l'impartialité qu'il apporte dans l'appréciation des faits, et il -termine en exprimant l'étonnement que lui a causé la démarche faite à -Vienne par le cabinet anglais, démarche qui, dit-il, n'était motivée -par rien, puisque l'Angleterre a un ministre à Francfort, et la -Belgique, un ministre à Vienne; et que, dans l'ordre des convenances, -c'eût été un de ces deux agents qui aurait dû être chargé d'agir, et -non l'ambassade d'Angleterre en Autriche. Il règne en tout dans cette -communication de M. de Metternich un ton qui décèle toujours ses -dispositions peu bienveillantes soit pour le gouvernement anglais, -soit peut-être pour lord Palmerston seulement, et on voit que le -chancelier d'État a saisi avec empressement l'occasion de blâmer la -note remise, peut-être un peu légèrement, au cabinet autrichien par -sir F. Lamb[186]. - -»J'ai fait part à lord Palmerston des nouvelles de Madrid que vous -aviez bien voulu me transmettre. Il ne m'a témoigné que de la -satisfaction d'apprendre l'entrée en Portugal d'un corps de huit mille -Espagnols, et je n'ai pas cru devoir provoquer d'autres -explications[187]. Le cabinet anglais ne voit dans cette affaire que -la question portugaise, et tout ce qui peut en amener la solution lui -paraît avantageux. Nous sommes étonnés tous deux cependant que la -régente d'Espagne pût, dans sa situation actuelle, disposer d'un corps -de huit mille hommes; cela laisserait supposer que ses embarras sont -moins grands, en effet, qu'ils ne le paraissent, si je ne trouvais -pas, dans votre dépêche même, plus d'une raison de modifier cette -opinion...» - - [183] Cet incident n'eut pas de suite. Le duc de Broglie, en - effet, écrivait le 31 mars: «... Les inquiétudes manifestées par - les Belges ne reposaient pas, à beaucoup près, sur des faits - positifs. Aujourd'hui, elles sont entièrement dissipées, et le - cabinet de Bruxelles convient lui-même qu'il avait trop - légèrement ajouté foi aux rapports de ses agents» (_Dépêche du - duc de Broglie à M. de Talleyrand_). - - [184] Édouard Drouyn de L'Huys, né en 1805, fut nommé, en 1830 - attaché d'ambassade à Madrid, puis, fut pendant trois ans, chargé - d'affaires à La Haye, et, en 1836, premier secrétaire à Madrid. - En 1840, il devint directeur des affaires commerciales au - ministère des affaires étrangères et député de Melun en 1842. - Réélu en 1848, il devint ministre des affaires étrangères la même - année, ambassadeur à Londres (1849), de nouveau ministre en 1851, - puis vice-président du Sénat, fut encore chargé du portefeuille - des affaires étrangères, de 1852 à 1855, puis de 1862 à 1866. - Rendu à la vie privée en 1870, il mourut en 1881. - - [185] Un incident grave venait de se passer dans le Luxembourg. - Le gouvernement belge, se fondant sur le traité du 21 mai qui - avait consacré le maintien du _statu quo_ territorial en - Belgique, s'était mis en devoir de faire la vente des coupes de - bois d'usage et de lever la milice dans la partie allemande du - Luxembourg. Le général Dumoulin, qui commandait la forteresse de - Luxembourg, s'y opposa, et le gouvernement désireux d'éviter tout - conflit, ajourna ses projets. Toutefois, des affiches concernant - la levée de la milice ayant été apposées dans deux communes, le - général prussien Dumoulin fit enlever le commissaire belge du - district, M. Hanno, qui cependant se trouvait en dehors du rayon - stratégique, et le fit emprisonner(15 février). Le cabinet belge - s'adressa à la France et à l'Angleterre qui firent des - représentations à la diète. Celle-ci donna immédiatement des - ordres pour l'élargissement du commissaire belge, et le général - Dumoulin fut désavoué. - - [186] En même temps que l'Angleterre, la France était intervenue - à Vienne au sujet de cet incident. M. de Sainte-Aulaire écrivait - qu'il avait trouvé M. de Metternich fort mal disposé par la note - que venait de lui remettre sir F. Lamb. M. de Metternich - prétendit que l'Autriche ne pouvait pas plus à tout cela que les - autres puissances. Pressé par l'ambassadeur, il convint enfin que - le procédé du général Dumoulin était blâmable, et que s'il était - au service de l'Autriche, il serait immédiatement rappelé - (_Dépêche du comte de Sainte-Aulaire au département_, 9 mars). - - [187] L'intervention de l'Espagne en Portugal avait été provoquée - par l'attitude de dom Miguel qui, réfugié près de la frontière - des deux pays, avait refusé de reconnaître la reine Isabelle, - avait accueilli comme roi d'Espagne don Carlos, et lui - fournissait tous les moyens de soutenir la lutte. Le gouvernement - espagnol s'autorisa de ces faits pour envoyer en Portugal le - général Rodil, avec ordre d'assister dom Pedro (16 avril). - - «Le 31 mars. - -»Dans la dernière entrevue que j'ai eue avec lord Palmerston et avec -lord Grey avant le départ de ces deux ministres pour la campagne, ils -m'ont parlé d'une dépêche qu'ils venaient de recevoir de Vienne, et -dans laquelle sir Frédéric Lamb leur rendait compte d'une conversation -qu'il avait eue avec M. le prince de Metternich. Il paraît que dans -cette conversation, le chancelier d'État a jeté en avant une de ces -thèses qu'il aime à soutenir et à développer: celle-ci était sur -l'empire ottoman dont il annonçait la chute prochaine. Il en avait -trouvé la cause, disait-il, dans la religion mahométane qui a placé la -race turque sous le joug d'un absurde fanatisme, ennemi de tout -progrès, au milieu des populations européennes qui tendent toutes à se -modifier sans cesse. Appliquant cette opinion à la race arabe et sans -se soucier de la contradiction qu'elle rencontre dans les entreprises -hardies du pacha d'Égypte, M. de Metternich a déclaré cette dernière -race également incapable, par la même raison, de succéder utilement à -la puissance turque, et a ajouté qu'il fallait chercher une nouvelle -combinaison pour arrêter la catastrophe qui se préparait en Orient, ou -du moins pour tirer parti de ses conséquences. - -»C'est là que se seraient bornées, ce jour-là du moins, les -confidences du chancelier d'État; mais les deux ministres anglais, -voulant pénétrer plus avant dans sa pensée, se sont efforcés de -découvrir ce que le cabinet de Vienne proposerait de substituer à -l'état actuel des choses en Turquie; et après avoir rejeté l'idée, qui -leur a paru impraticable, de l'établissement d'un prince européen à -Constantinople, ils se sont arrêtés à celle qu'un partage de l'empire -ottoman devait être l'arrière-pensée dominante de M. de Metternich. Je -n'ai pas essayé de combattre cette conviction dans l'esprit de lord -Grey et de lord Palmerston, quoiqu'il me paraisse qu'ils se sont un -peu trop laissés influencer parce que M. de Metternich a dit, -peut-être avec cette légèreté qui lui est propre; mais j'ai cru devoir -vous faire part de la conversation du chancelier d'État et de -l'impression qu'elle avait produite sur le cabinet anglais. »Les -ministres, à l'occasion des fêtes de Pâques, seront absents de Londres -jusqu'au 7 avril...» - - * * * * * - -Nous en étions là de nos affaires, lorsqu'un malheureux incident vint -jeter une perturbation momentanée dans la confiance que le -gouvernement anglais paraissait avoir enfin prise dans notre cabinet; -je veux parler de la démission que le duc de Broglie se crut obligé de -donner à la suite du vote de la Chambre des députés, qui rejetait le -traité conclu entre la France et les États-Unis d'Amérique[188]. On -sait que ce traité réglait les réclamations élevées depuis vingt ans -par les États-Unis pour les déprédations qui auraient été commises par -la marine française pendant les guerres de l'empire. La France s'était -engagée à payer vingt-cinq millions de francs aux États-Unis, et c'est -à cause de cette clause que le traité avait été soumis à la Chambre -des députés. Il avait été signé par le général Sébastiani à l'époque -où il était ministre des affaires étrangères; mais le duc de Broglie -eut la générosité d'en assumer la responsabilité. Une intrigue avait -été montée dans la Chambre pour faire avorter la proposition du -gouvernement; l'intrigue réussit, et le duc de Broglie donna sa -démission. Quelques lettres que je reçus de Paris à cette occasion -offrent assez d'intérêt pour que je croie devoir leur faire trouver -place ici. - - [188] Traité du 4 juillet 1831.--La question tranchée par ce traité - était pendante depuis 1812. Les États-Unis demandaient soixante-dix - millions; ils finirent par accepter la somme de vingt-cinq millions, - offerte par la France et concédèrent en outre quelques réductions de - tarif pour nos vins et nos soies. Ce traité soumis à la chambre le - 28 mars, fut rejeté après cinq jours de discussion par 176 voix - contre 168. Le duc de Broglie donna immédiatement sa démission. - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 2 avril 1834. - - »Mon cher prince, - -»Je suis sûre que dans ce moment vous désirez une lettre de moi; -aussi, quoique je ne sache encore rien de ce qui se décide -probablement dans ce moment au conseil où notre roi est en séance -depuis ce matin dix heures et demie, et il en est deux et demie, après -en avoir eu hier soir jusqu'à minuit, je viens gémir avec vous du -déplorable vote de la Chambre et de la séance d'hier. C'est bien grave -et bien malheureux. Je comprends que le duc de Broglie et Sébastiani -ne veulent pas rester, et quelles tristes conséquences va avoir ce -rejet du traité américain. Quelle ignorance et quelle bêtise de la -part de cette Chambre qui avait été si bien pour la loi des -associations!... - -»_Trois heures_.--Le roi est encore au conseil, mais le général -Sébastiani, qui en sort, vient de me dire que c'est probablement M. de -Rigny qui sera nommé ministre des affaires étrangères. J'ignore encore -celui qui remplacera M. de Rigny à la marine. Du reste, le ministère -reste le même, ce qui était à désirer dans la circonstance actuelle. - -»On dit qu'il y a déjà réaction dans la Chambre sur le vote d'hier, et -regret. Malheureusement, il n'est plus temps...» - - «Le 4 avril. - -»J'espérais avoir à vous mander hier que l'arrangement du ministère -était terminé, comme je le pensais lorsque je vous ai écrit le 2, ce -qui était le moins de changement possible et certainement, par -cette seule raison et dans les circonstances présentes surtout, ce -qu'il y avait de mieux. C'était bien aussi l'avis du maréchal Soult, -de Sébastiani, et, dans le premier moment, de la grande majorité du -conseil. La première pierre d'achoppement a été M. Molé, auquel il y a -eu objection par égard pour vous et l'Angleterre. Effectivement, comme -vous me le dites dans votre lettre, ce n'est que l'autorité, la -longanimité et l'esprit conciliateur de notre cher roi qui sont -parvenus, jusqu'à présent, à tenir ensemble son ministère. Les hommes -se fatiguent d'être ensemble, et ce dont on était satisfait en -commençant ne contente plus au bout d'un certain temps. Le métier le -plus difficile est celui du roi qui doit accorder et tenir ensemble -les têtes; mais il en a une qui, grâce au ciel et pour le bonheur de -notre patrie, fait face à tout. Il faut sa patience, sa force d'âme et -sa ferme volonté pour y résister. Il n'y a encore rien de fait pour le -ministère. En attendant, chacun reste à son poste...» - - «Le 5 avril. - -»La grande affaire du ministère est enfin terminée d'hier soir; je -joins ici le _Moniteur_ qui vous donnera toute la nouvelle -composition[189]. Ce sont des gens de talent, et j'espère que cela -marchera bien. Je suis bien aise que cela soit fini, car notre roi a -bien besoin de pouvoir se reposer un peu des fatigues de tout -genre qu'il a eues ces jours-ci. Il y a eu un oubli dans le _Moniteur_ -que je vous envoie, mais qui sera réparé: c'est que Sébastiani est -nommé à l'ambassade de Naples, où il fera certainement très bien. - -»Une chose qui nous choque, c'est que beaucoup de journaux anglais, et -d'autres aussi, veulent attribuer à d'autres causes et à d'autres -qu'au roi et à vous le mérite de l'union de la France et de -l'Angleterre et de la pensée de l'alliance, tandis que, comme dit -notre roi, c'est lui qui en est le père et vous le parrain. Vous devez -réclamer cet honneur, et pour vous et pour lui...» - - [189] Le nouveau ministère fut constitué le 4 avril. Le maréchal - Soult, MM. Humann et Guizot conservaient leurs fonctions; M. - Thiers passait du ministère du commerce et des travaux publics à - celui de l'intérieur; M. de Rigny, du ministère de la marine aux - affaires étrangères; M. Duchâtel prit le portefeuille du - commerce, et M. Persil fut nommé garde des sceaux. L'amiral Jacob - devint ministre de la marine après le refus de l'amiral Roussin, - à qui ce portefeuille avait été offert. - - -LORD HOLLAND AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Holland House, le 4 avril 1834. - -»Quelles fâcheuses nouvelles! Ne peut-on pas espérer que M. de Broglie -reprenne son portefeuille? Pourquoi ne veut-on pas écouter le sage -conseil de cet ancien moine qui disait: - - In omnibus tuis cogitationibus sempre caveto de resignationibus. - -»Dites-moi, je vous prie, ce que vous en savez.» - - -LORD BROUGHAM AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Le 4 avril 1834. - - »Mon cher prince, - -»Mille condoléances de la démission de notre excellent ami à Paris. -Rien de plus mal à propos dans ce moment. Mais il faut redoubler nos -efforts pour que rien ne porte atteinte aux liaisons si heureusement -établies entre nos deux pays. C'est là le point sur lequel toute -ma politique extérieure tourne, à peu de chose près, et la vôtre -aussi, je le sais bien...» - - -LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 6 avril 1834. - - »Mon prince, - -»Tant qu'a duré la crise dont nous sortons, j'ai différé de vous -écrire. Je ne m'en sentais pas le courage. Quelque résolu que je -fusse, quelle que fût ma conviction que le parti que je prenais était -indispensable, en voyant le pouvoir prêt à passer aux mains de ceux -qui devaient le livrer à nos ennemis, mon angoisse était grande. Je -craignais de ne pouvoir vous la cacher. Grâce au Ciel, tout est -terminé, et heureusement terminé. Le conseil s'est reformé: il est -plus uni, plus fort, mieux assis que ne l'était le précédent; rien n'y -sera changé, tout y sera conduit avec plus d'ensemble, de vigueur et -de suite. L'impuissance de nos adversaires a été encore une fois -constatée: ils sont très honteux et très déconcertés. - -»Je n'ai donc qu'à m'applaudir de ce que j'ai fait; mais, lors même -que les événements auraient tourné autrement, je ne pourrais m'en -repentir. - -»Un ministre des affaires étrangères est obligé d'engager tous les -jours la parole de son gouvernement, de l'engager lui seul, le plus -souvent, sans consulter ses collègues, sans prendre les ordres du roi. -Chaque mot qu'il dit est recueilli sur-le-champ, et envoyé aux quatre -coins de l'Europe; il faut non seulement que sa parole soit sincère, -mais qu'elle soit sérieuse. Il faut qu'on puisse y compter non -seulement comme franchise, mais comme réalité. Il faut qu'il ait non -seulement la volonté, mais le pouvoir de tenir ce qu'il a promis. Or, -du moment qu'il est solennellement constaté que le ministre des -affaires étrangères n'est pas en position de faire respecter par les -Chambres la parole donnée au nom du gouvernement, il doit se retirer; -l'intérêt du pays l'exige, son propre honneur y est engagé. C'est -précisément parce qu'une des raisons qui ont le plus concouru à faire -rejeter le traité américain, c'était que le gouvernement serait bien -aise, au fond, qu'on lui forçât la main, que, pour ma part, je ne -pouvais pas hésiter à donner à cette infamie le plus éclatant démenti. - -»Un autre motif encore ne me laissait pas la liberté du choix. La -Chambre ne voyait pas la portée de ce qu'elle faisait; elle croyait, -quoi qu'on pût lui dire, que rejeter un traité, c'était une chose -toute simple; qu'on pouvait disposer d'un traité comme d'un amendement -sur une loi d'intérêt local; elle croyait qu'en l'avertissant des -conséquences, je lui surfaisais, pour ainsi parler; qu'en annonçant -que j'attachais à son vote mon existence ministérielle, et peut-être -celle du cabinet tout entier, c'était une façon de parler; que j'étais -une espèce de maréchal Soult, menaçant de m'en aller, et m'accommodant -ensuite du sort qu'il lui plairait de me faire. Je ne pouvais pas -hésiter à lui prouver le contraire, à lui faire savoir qu'il y a au -monde des choses et des hommes qu'on ne peut traiter avec légèreté -impunément. La leçon a été sévère et l'inquiétude bien grande dans la -majorité pendant quelques jours. J'espère que cette inquiétude portera -ses fruits. Toujours est-il qu'en ce moment la Chambre est fort -humiliée de sa conduite, et que le traité passerait, en ce moment, aux -quatre cinquièmes des voix. - -»Vous avez été si bon pour moi, mon prince, en tout temps, et -principalement depuis dix-huit mois, que je tiens à vous faire -connaître les motifs qui m'ont dirigé. Quant à mon successeur, vous le -connaissez aussi bien que moi; le roi et mes collègues ont, pour ainsi -dire, exigé que je le nommasse moi-même. Je suis parfaitement certain -qu'il continuera le plan de conduite que j'ai suivi jusqu'ici, sous -vos auspices et d'après vos conseils. C'est sa ferme résolution. Il a -beaucoup d'esprit et d'habileté. Je crois qu'il m'est sincèrement -attaché; j'en suis même sûr; tout ce que je pouvais faire de bien, il -le fera, et il le fera mieux que moi, parce que l'avènement au -ministère du commerce de M. Duchâtel[190] lui en fournira le moyen. Je -compte beaucoup sur les excellents principes et les dispositions de ce -jeune homme, pour resserrer l'alliance entre la France et -l'Angleterre. C'est un esprit très distingué. Mon seul et véritable -chagrin est de voir s'interrompre les relations habituelles que -j'entretenais avec vous et par vous avec le ministère anglais dans le -sein duquel je compte des amis, qui, je l'espère, me conserveront -quelque souvenir et trouveront que, soit en entrant au ministère, soit -en y restant, soit en en sortant, je n'ai pas fait tort à l'idée -qu'ils s'étaient formée de moi. - -»Veuillez, mon prince, me rappeler au souvenir de madame de Dino, -et compter à jamais sur mon sincère et inaltérable dévouement.» - - [190] Charles-Marie Tanneguy, comte Duchâtel, né en 1803, - conseiller d'État en 1830, fut élu député en 1833. Il fut - ministre du commerce de 1834 à 1836, puis ministre des finances - (septembre 1836) et de nouveau membre du cabinet en 1839; il - devint enfin ministre de l'intérieur de 1840 à 1848. Il vécut - dans la retraite après la révolution de Février et mourut en - 1867. - - -L'AMIRAL COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 6 avril 1834. - - »Mon prince, - -»Un orage politique vient de me lancer, bien malgré moi, sur une scène -où je reconnais mon insuffisance. Je prévois ce qui m'y attend. - -»Pour me faire triompher de ma répugnance, il a fallu qu'on me répétât -bien souvent que je ne vous serais pas personnellement désagréable, et -qu'autour de vous cela ne serait pas mal vu. - -»Acculé dans un défilé, pressé par mes collègues et voyant que, sur -mon refus, le roi n'avait qu'une ressource désespérée, j'ai accepté un -fardeau que les prochaines et pressantes discussions me rendent -effrayant. - -»Permettez-moi de compter sur votre appui et vos conseils: en en -recevant l'assurance, je me sentirai encouragé, et j'en ai besoin. - -»Je ne puis vous donner aujourd'hui tous les petits détails de ces -derniers jours, mais je n'ai pas voulu perdre un instant pour joindre -à l'annonce officielle le nouvel hommage...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE. - - «Londres, le 7 avril 1834. - - »Mon cher duc, - -»Rien n'est si honorable que votre retraite; cette pensée ne saurait -cependant être suffisante que pour vous; elle laisse chez nous -grande place aux regrets, et ceux qu'éprouve le ministère anglais, _en -totalité_, s'expriment ou se montrent de toutes manières. Vous ne -sauriez douter des miens en particulier, ainsi que de mon amitié bien -dévouée. Veuillez offrir mes tendres et respectueux hommages à madame -de Broglie. - - »Adieu...» - - «Londres, le 10 avril 1834. - - »Mon cher duc, - -»Si votre excellente lettre du 6 a encore augmenté le regret que me -cause votre retraite actuelle des affaires, elle a cependant été pour -moi l'occasion d'un grand plaisir, celui de la faire lire à lord Grey, -à lord Brougham, à lord Holland, et de voir l'impression vive et -profonde qu'elle leur a faite. Ils y ont tous trouvé de nouveaux -motifs pour vous honorer et pour bien accueillir le nom de M. de -Rigny, déjà fort considéré et fort apprécié ici. Ils ont vu avec -plaisir ce que vous me mandez sur l'invariabilité du système, des -sentiments et des principes de notre gouvernement. Voilà, mon cher -duc, ce que, pour le bien général, comme pour votre satisfaction -personnelle, vous serez aussi aise d'apprendre, que je le suis de vous -en assurer. Ne cessez pas tout à fait de m'écrire, et en me donnant de -vos nouvelles de me parler quelquefois de la France. Vos lettres -peuvent m'être très utiles: je les demande à vos moments de loisir. - -»Mille bien tendres amitiés. - -»_P.-S._--Gardez ce que je vais vous dire pour _vous_. Votre -excellente et _utile_ lettre a été à Windsor et y a produit, sous tous -les rapports, un effet excellent.» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 7 avril 1834. - - »Monsieur le comte, - -»Je viens d'apprendre, d'une manière indirecte, il est vrai, que le -roi vous avait appelé à la direction du département des affaires -étrangères, et je ne veux pas attendre la confirmation officielle de -cette nouvelle pour vous exprimer le plaisir qu'elle me fait éprouver. -Je ne doute pas qu'elle ne produise le même effet sur le gouvernement -anglais et, d'après ce que j'ai recueilli dans différentes -conversations avec Sa Majesté britannique de l'opinion qu'elle avait -de vous, j'ai acquis la conviction que le choix du roi sera, dans les -circonstances actuelles, personnellement très agréable au roi -d'Angleterre. - -»Les ministres anglais ne sont point encore rentrés en ville, et je ne -pourrai par conséquent pas voir lord Palmerston aujourd'hui, pour -l'entretenir des affaires que m'avait recommandées M. le duc de -Broglie dans les dépêches qu'il m'a écrites sous les numéros 26 et -27[191]. Je ne manquerai pas de vous rendre compte successivement du -résultat de mes démarches sur ce qui, dans ces dépêches, est relatif à -l'Espagne, au Portugal et à la diète germanique; mais je ne perds pas -de temps à appeler votre attention sur une question qui me paraît la -mériter tout entière; je veux parler des affaires de Turquie et -principalement de nos rapports avec l'Angleterre à ce sujet. - -»Le commandement si honorable et si important que vous avez -longtemps rempli dans l'archipel de la Grèce, la connaissance -approfondie que vous avez acquise des intérêts et de la situation des -diverses puissances en Orient, la position que vous occupez depuis -plusieurs années dans le gouvernement, et au moyen de laquelle vous -avez été tenu au courant de toutes les relations politiques de la -France, me dispensent, monsieur le comte, de rappeler des faits et des -événements qui sont parfaitement présents à votre mémoire. Je -m'arrêterai donc seulement à ce qui s'est passé plus récemment. - -»Si vous voulez bien vous faire représenter la dépêche que j'eus -l'honneur d'adresser à M. le duc de Broglie, le 24 décembre -dernier[192], vous y trouverez l'exposé d'un projet de traité -d'alliance défensive que j'avais soumis au cabinet anglais. Ce traité -entre la France et l'Angleterre, qui dans mon opinion devait être basé -sur le maintien du _statu quo_ européen, avait l'avantage de -s'appliquer non seulement aux affaires d'Orient, mais encore à toutes -les complications qui pouvaient surgir d'ailleurs. La dépêche que je -viens d'indiquer en contient les développements. La proposition ne fut -point accueillie par le gouvernement anglais, et si je ne dus pas -insister alors pour la faire prévaloir, je ne restai pas moins -convaincu de son utilité. - -»Plus de trois mois se sont passés depuis cette époque, et les -événements qui les ont remplis n'ont pu que me confirmer dans -l'opinion qu'un traité d'alliance défensive, tel que nous l'avions -conçu, était devenu, pour ainsi dire, une nécessité, aussi bien pour -l'Angleterre que pour la France. »En effet, les discussions dans -le parlement anglais et à la Chambre des députés ont révélé des -inquiétudes que ni les explications de la Russie, ni celles de la -Porte ottomane, n'ont été de nature à calmer complètement. Les efforts -des gouvernements du Nord, d'une part, et ceux de la presse -périodique, de l'autre, ont redoublé, pour arriver à rompre ou du -moins à affaiblir l'union intime qui existe entre la France et la -Grande-Bretagne, et on ne doit pas se dissimuler que ces tentatives -n'ont pas laissé que de faire quelque impression dans ce pays-ci. La -modification que vient de subir le cabinet français a déjà été -interprétée dans le même sens, et c'est pour tous ces motifs réunis -que je crois qu'il serait utile de renouveler en ce moment la -tentative infructueuse du mois de décembre dernier, en proposant -maintenant à l'Angleterre de faire avec nous un traité d'alliance -défensive. - -»Ce sera d'abord la meilleure réponse à faire à ceux qui nous accusent -de nous être retirés de l'alliance anglaise pour nous rapprocher de la -Russie; ce sera aussi le meilleur moyen de dissiper la méfiance du -cabinet anglais, si, par hasard, il en avait conçu sur notre bonne -foi. - -»Dans le cas où le gouvernement anglais, mieux inspiré cette fois, -entrerait dans nos vues, il est indubitable que nous en tirerions de -grands avantages. Un traité d'alliance entre les deux gouvernements -consoliderait notre situation en Europe. Il offrirait pour tous un -gage de sécurité et du maintien de la paix, parce qu'il mettrait fin à -toutes les intrigues des autres cabinets pour nous séparer. - -»Vous devez être bien persuadé, monsieur le comte, qu'en plaçant le -gouvernement du roi dans cette voie, je n'entends nullement -l'isoler en Europe, ni lui faire épouser toutes les querelles bien ou -mal fondées de l'Angleterre; un tel résultat serait tout l'opposé de -ma pensée. Je suis intimement convaincu qu'un témoignage éclatant de -l'union des deux pays ne tendrait qu'à rapprocher de nous les autres -cabinets qui, obligés d'accepter un fait consommé, n'attacheraient que -plus de prix à en atténuer les conséquences dans ce qui pourrait les -atteindre. - -»Si les considérations que je viens d'exposer vous frappaient autant -que moi, et qu'elles eussent assez de valeur pour décider le -gouvernement du roi à essayer une nouvelle tentative d'alliance avec -le gouvernement britannique, il faudrait que vous ne tardassiez pas à -en entretenir lord Granville et même lord Durham pendant son séjour à -Paris. De mon côté, je ne négligerais rien pour faire prévaloir ici -notre proposition, après que vous m'en auriez donné l'autorisation. -Vous comprenez bien qu'alors il serait nécessaire aussi de m'adresser -un plan général des conditions que vous voudriez faire entrer dans le -traité. - -»Quoi qu'il en soit, permettez-moi d'insister près de vous pour -qu'on se hâte de choisir un successeur à l'amiral Roussin à -Constantinople[193] et pour qu'on fasse porter ce choix sur un homme -habile, prudent et consommé dans les affaires. On éviterait, par là, -de mériter des reproches tels que ceux que le ministère anglais s'est -attirés lors du départ retardé de lord Ponsonby pour Constantinople...» - - [191] Ces dépêches étaient relatives aux affaires espagnoles. - (Voir la dépêche 26 à l'Appendice, page 510). - - [192] Voir page 291. - - [193] L'amiral Roussin resta à Constantinople. Comme il avait été - nommé ministre de la marine, M. de Talleyrand pensait qu'il - allait quitter son poste, mais on sait que l'amiral refusa son - portefeuille pour garder son ambassade. - - «Le 9 avril 1834. - -»J'ai reçu hier la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, -et j'ai pu faire immédiatement usage, dans mes conversations avec lord -Palmerston et lord Grey, des explications qu'elle renfermait sur la -modification qui vient d'être faite dans le ministère français. Ces -explications ont été très bien accueillies par les deux ministres qui, -comme je le prévoyais déjà dans ma dépêche d'avant-hier, ont jugé que -votre entrée au département des affaires étrangères leur donnait -l'assurance que le gouvernement du roi continuerait le même système de -modération et de fermeté dont il a recueilli des résultats si -avantageux. - -»Dans l'entretien que j'ai eu avec lord Palmerston, il a été question -des dernières notes de la Porte ottomane. Lord Palmerston, en -m'annonçant qu'aucune détermination définitive n'avait été prise à cet -égard par le gouvernement britannique, m'a dit qu'il avait cru utile -de laisser reposer cette affaire pendant quelque temps encore, et de -nous concerter plus tard sur les démarches qu'il pourrait être -nécessaire de faire, soit à Constantinople, soit ailleurs. Je n'ai pas -voulu insister sur ce point, avant de connaître votre réponse à ma -dépêche d'avant-hier. - -»... L'arrivée récente de M. le comte de Florida-Blanca, qui était en -même temps que moi chez lord Palmerston, m'a fourni une occasion -naturelle de parler à ce dernier de l'état de la péninsule. Il m'a -donné des détails à peu près conformes à ceux de la dépêche numéro 26 -de M. le duc de Broglie[194], sur ce qui s'est passé à Madrid -après l'arrivée dans cette capitale du ministre de Portugal, M. de -Sarmento. Il paraît que M. Villiers ne désespérait cependant pas -encore d'obtenir de M. Martinez de la Rosa une déclaration franche et -ouverte de la part du gouvernement espagnol contre dom Miguel[195]. -Lord Palmerston se proposait de presser M. de Florida-Blanca d'écrire -dans le même sens à sa cour. J'ai pu alors le questionner sur les -communications qui ont été faites en dernier lieu par lord Howard de -Walden[196] au gouvernement de dom Pedro. D'après les réponses de lord -Palmerston, le projet de pacification du Portugal ne serait pas aussi -avancé qu'on le présumait à Lisbonne, et les articles, qui ont été -envoyés à notre département des affaires étrangères par M. Mortier, ne -seraient que les indications des points sur lesquels le ministre -anglais a été chargé de sonder le gouvernement de dom Pedro. Le -cabinet anglais veut toujours se borner à des démarches officieuses -près des ministres portugais, et il serait encore éloigné d'intervenir -par un envoi de troupes dans la péninsule. - -»Je ne sais jusqu'à quel point cette déclaration de lord Palmerston -est vraie; je chercherai à en vérifier l'exactitude par d'autres -moyens qui ne sont pas en ce moment à ma disposition, et j'aurai -l'honneur de vous rendre compte du résultat de mes recherches...» - - [194] Voir cette dépêche à l'Appendice, page 510. - - [195] M. de Sarmento avait demandé au cabinet espagnol - d'intervenir en Portugal en faveur de dom Pedro. M. Martinez de - la Rosa avait refusé de lui venir en aide, mais il avait envoyé - un corps de troupes en Portugal pour disperser les troupes - carlistes qui s'y étaient réfugiées et qui faisaient cause - commune avec les miguélistes. C'était en somme, quoique sous une - forme déguisée et moins décisive, l'intervention que réclamait M. - de Sarmento. - - [196] Charles-Auguste Ellis, baron Howard de Walden, diplomate - anglais né en 1799, sous-secrétaire d'État aux affaires - étrangères (1824), ministre à Stockholm (1832), puis à Lisbonne - (1834) et à Bruxelles (1846). - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 10 avril 1834. - - »Mon prince, - -»Je suis bien sensible à ce que vous me dites d'obligeant. Je -comprends combien j'ai besoin de vos conseils et de votre appui, et je -les réclamerai toujours. - -»Les dépêches de Maison montrent une irritation croissante de la -Russie contre l'Angleterre. Je ne sais si je me trompe, mais le -cabinet anglais pourrait être amené par cette situation à mieux -comprendre l'idée que vous avez eue à une certaine époque, et que le -nouveau congrès de Vienne pourrait réchauffer. - -»Nos affaires intérieures vont avoir un contre-coup de ce qui se passe -à Lyon. Nous attendons ce matin des nouvelles. Celles d'hier soir -annonçaient que les troupes avaient donné franchement et enlevé les -barricades[197]. Il faut absolument que ce succès continue pour -prévenir ce qui se tramait à Strasbourg, Dijon et Châlons. Après cela, -l'exécution de la loi sur les associations sera plus facile ou moins -nécessaire. - -»Nous finirons promptement la session, vraisemblablement vers le 10 -mai, et les élections auront lieu en juin. Dupin s'est ajourné à cette -époque. - -»Les scènes de Bruxelles recommenceraient si la présence des troupes -n'arrêtait encore[198]. Latour-Maubourg pense que pour frapper un peu -sur ces _indifférents bourgeois_ de Bruxelles, il faudrait qu'il pût -s'entendre avec sir Robert Adair pour telle ou telle démarche que de -nouveaux troubles rendraient nécessaire; il sera autorisé à s'entendre -pour cela avec le ministre d'Angleterre...» - - [197] Des insurrections éclatèrent de nouveau à cette époque sur - différents points du territoire. A la suite d'une grève générale des - ouvriers de Lyon, six des principaux meneurs avaient été arrêtés. - L'ouverture de leur procès (5 avril) fut le signal d'une lutte qui - dura cinq jours. L'armée finit par rétablir l'ordre dans la ville. - En même temps, des mouvements républicains avaient troublé - Marseille, Saint-Étienne, Perpignan, Châlons et plusieurs autres - villes. A Paris, l'émeute éclata le 12 avril. Le cloître Saint-Merry - fut le théâtre d'une lutte sanglante. Le calme se rétablit le 14. - - [198] Des manifestations orangistes, peu importantes d'ailleurs, - avaient eu lieu récemment en Belgique. A ces nouvelles, les esprits - s'échauffèrent à Bruxelles et cette ville fut, le 5 et le 6 avril, - le théâtre de troubles sérieux. Des bandes de pillards dévastèrent - les maisons des partisans connus du prince d'Orange. La répression - fut prompte et énergique. - - * * * * * - -Les difficultés que la retraite du duc de Broglie du cabinet avait -créées pour le gouvernement français étaient à peine surmontées, -qu'une formidable insurrection éclatait à Lyon et ensuite à Paris. On -prit promptement tous les moyens pour la réprimer et je ne doutai pas -qu'on y parviendrait; mais ce déplorable événement n'était pas de -nature à faciliter mes négociations à Londres. J'ai eu déjà plus d'une -fois l'occasion, dans ces souvenirs, de constater combien de pareils -accidents sont peu faits pour inspirer la confiance à des -gouvernements étrangers. J'en aurais probablement éprouvé de plus -fâcheuses conséquences dans cette circonstance, si les affaires de la -péninsule n'avaient pas placé le gouvernement anglais dans la -nécessité de se rapprocher de nous. On va lire les correspondances qui -justifieront, je pense, cette observation. - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 11 avril 1834. - - »Mon prince, - -»Les tourments, depuis quinze jours, ne nous laissent pas en repos. A -celui du ministère a succédé celui de Lyon. Je viens avec empressement -vous faire part des nouvelles arrivées ce matin, qui sont un succès -complet. Les troupes sont maîtresses de toutes les positions; le -résultat est assuré, d'après ce que nous mande le préfet, le 9 au -soir; mais il y a toujours à gémir de ces victoires-là sur les -malheureux qui en sont victimes. Les insurgés étaient retirés et -cernés dans quelques petites rues encore, mais où on les aura à -discrétion; il est impossible qu'ils y tiennent. Il paraît qu'ils -avaient été casser le télégraphe du poste après Lyon; on le suppose -parce que depuis hier matin il n'y a pas eu de dépêches -télégraphiques...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 13 avril 1834. - - »Monsieur le comte, - -»Lord Palmerston m'avait invité à passer chez lui ce matin pour -m'entretenir d'une affaire qui, m'écrivait-il, méritait tout notre -intérêt. Je sors de cette entrevue qui a été assez longue, et je -m'empresse de vous en rendre compte. - -»Lord Palmerston m'a annoncé qu'il avait reçu, il y a quelques jours, -une note du nouveau ministre d'Espagne, le comte de Florida-Blanca. -Cette note, qu'il m'a montrée, contient un exposé de l'état -actuel de l'Espagne et une invitation au gouvernement anglais de -s'unir au gouvernement espagnol pour faire cesser l'agitation qui -s'est répandue dans la péninsule, par une guerre active faite en -commun contre dom Miguel et don Carlos. C'est la demande formelle -d'une intervention armée de l'Angleterre en Portugal. - -»Lord Palmerston, après m'avoir fait lire cette pièce, a ajouté que le -ministre de Portugal à Londres, M. de Sarmento, avait appuyé cette -démarche du cabinet de Madrid, verbalement à la vérité, mais en -insistant aussi fortement sur la nécessité de l'intervention armée de -l'Angleterre. - -»En présence de cette demande simultanée de l'Espagne et du Portugal, -m'a dit lord Palmerston, le gouvernement de Sa Majesté britannique a -cru ne pouvoir pas tarder davantage à prendre un parti qui lui est -commandé par les circonstances; et je suis chargé de répondre aux -ouvertures de M. de Florida-Blanca et de M. de Sarmento par un projet -de traité à signer entre l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal. Par -ce traité, l'Espagne s'engagerait à poursuivre activement et par tous -les moyens en son pouvoir l'expulsion de don Carlos et de dom Miguel -du Portugal, et de se retirer du territoire portugais aussitôt que ce -but serait atteint. Le gouvernement de doña Maria, de son côté, -prêterait les mains à l'entreprise de l'Espagne et consentirait à -accorder une amnistie générale en Portugal, et une dotation convenable -à l'infant dom Miguel, à l'expiration de la lutte. L'Angleterre, -enfin, s'engagerait à envoyer des vaisseaux sur les côtes de Portugal -et d'Espagne, pour seconder l'armée espagnole et celle de dom Pedro; -mais sous la restriction néanmoins qu'elle ne pourrait jamais être -appelée à faire débarquer des troupes anglaises sur aucun point -de la péninsule. - -»Le projet de ce traité qui est déjà rédigé, a continué lord -Palmerston, renferme en outre un article par lequel il est entendu que -les trois puissances se concerteront pour proposer à la France d'y -adhérer; et c'est pour cela que je vous ai prié de passer chez moi, -afin de connaître votre opinion sur cette proposition, et de savoir si -vous seriez disposé à donner votre adhésion au traité dont il est ici -question. - -»Je n'ai pas hésité un seul instant, monsieur le comte, à répondre à -lord Palmerston que mon gouvernement ne se refuserait point à adhérer -à un tel traité, si l'Angleterre consentait, elle, à en signer un du -genre de celui que je lui avais proposé à la fin du mois de décembre -dernier, et duquel tous les autres ne seraient plus, à l'avenir, -qu'une conséquence naturelle; mais que, pour mon compte, je ne croyais -pas l'un possible sans l'autre, et que je ferais tous mes efforts pour -détourner le gouvernement du roi de donner son adhésion à un acte qui -le placerait relativement dans une position inférieure. - -»Sur cette observation, lord Palmerston m'a dit que nous ne pouvions -pas ignorer que la situation de l'Angleterre vis-à-vis du Portugal -différait entièrement de la nôtre; qu'elle était liée par des traités -particuliers avec le Portugal, et que c'était ce motif qui expliquait -la part différente que nous prendrions dans cette transaction. - -»Mais, je lui ai fait remarquer à mon tour qu'il en était de même dans -nos rapports avec l'Espagne, que nous avions des intérêts communs de -voisinage, de frontières, de famille avec ce pays, et que nous les -compromettrions évidemment, en jouant un rôle qui, sous aucun -point de vue, ne pouvait convenir, ni à notre dignité, ni à notre -influence en Europe. - -»J'ai alors fait valoir de nouveau, près de lord Palmerston, toutes -les considérations puissantes qui devraient déterminer le gouvernement -anglais à signer avec la France un traité général d'alliance -défensive, dont il serait si facile de faire découler un arrangement -complet et définitif pour la pacification de la péninsule. Il a -vainement voulu se retrancher dans le danger que courrait l'Angleterre -en se liant par un engagement avec notre cabinet, dont l'existence -n'était pas, disait-il, encore assurée, et qui pourrait peut-être ne -pas se maintenir après les prochaines élections. Je lui ai répondu que -le danger était le même pour nous, qui pourrions avoir plus tard -affaire à une autre administration anglaise, mais que, d'ailleurs, le -gouvernement français, tel qu'il était constitué aujourd'hui, ne -pouvait jamais changer de politique envers l'Angleterre, et que, s'il -subissait une modification dans sa forme, le gouvernement anglais se -trouverait libéré, par ce fait même, d'engagements qu'il aurait -contractés sous l'empire d'autres circonstances. C'est ainsi que j'ai -combattu cette dernière objection qui me paraît aussi futile en -apparence qu'en réalité. - -»Ne voulant pas cependant repousser complètement les ouvertures de -lord Palmerston et laisser arriver à Madrid le soupçon que c'était -nous qui nous opposions à un arrangement à l'aide duquel on pourrait -espérer d'obtenir la pacification de la péninsule, j'ai fini par lui -proposer un terme moyen entre son projet et le mien, si celui-ci était -absolument rejeté par son gouvernement. Ce moyen consisterait dans un -traité entre les quatre puissances, la France, la Grande-Bretagne, -l'Espagne et le Portugal. Je lui ai fait sentir qu'il serait -possible de rédiger cet acte de façon à ce que chacune des puissances -conservât la part d'action qui lui appartient. - -»C'est sur ces termes que notre conversation a fini. Il allait se -rendre à un conseil de cabinet et m'a promis d'y faire un exposé exact -de ce qui s'était dit entre nous. Il ne m'a pas dissimulé toutefois -qu'il avait personnellement beaucoup d'objections à faire à un traité -d'alliance comme je l'avais conçu. Je lui ai répondu que je le -regrettais d'autant plus vivement que je craignais que chaque jour ne -vînt confirmer la nécessité dont ce traité aurait été pour la paix de -l'Europe...» - - «Le 14 avril, dix heures du soir. - -»Ainsi que je vous le mandais hier, un conseil de cabinet a été tenu à -la suite de ma conversation avec lord Palmerston. La proposition, -telle que je l'avais faite, d'un traité général d'alliance défensive -entre l'Angleterre et la France n'a point été adoptée par les -ministres anglais, quelque convaincus qu'ils se montrassent d'ailleurs -de la force des raisons que je leur avais données à cet égard. Ils ont -persisté dans leur projet de traité entre les cours d'Angleterre, -d'Espagne et de Portugal, auquel on nous proposerait d'adhérer. - -»J'ai vu lord Palmerston deux fois aujourd'hui. Il m'a, dans notre -première entrevue, fait part de la résolution de son gouvernement. Je -n'ai pas voulu alors insister davantage sur le traité d'alliance -défensive dont il avait encore été question la veille entre nous, -puisque, de ce côté, je ne pouvais conserver aucun espoir de succès. -Je me suis donc arrêté au projet de traité qu'il venait de me -communiquer; et c'est celui que j'ai discuté avec lui et que j'ai -refusé de signer tel qu'il était. Sur les observations que je lui ai -faites, il a dû s'entendre de nouveau avec ses collègues et avec les -ministres d'Espagne et de Portugal, pour faire subir à ce projet les -modifications que je réclamais et par suite desquelles la France -devenait partie contractante au traité, au lieu d'être seulement -partie adhérente. Je dois vous dire que j'ai eu à soutenir une lutte -prolongée avant d'obtenir cette concession. - -»Je viens de revoir lord Palmerston, et il m'a remis le nouveau projet -dont j'ai l'honneur de vous transmettre une copie. - -»Je n'ai point pris l'engagement que ce projet recevrait l'approbation -du gouvernement du roi, et en promettant seulement de vous l'envoyer, -j'y ai fait introduire plusieurs changements. Vous remarquerez entre -autres la double rédaction proposée pour une partie de l'article IV. -Il a été convenu que dans le cas où le gouvernement français -consentirait à ce que je signasse ce traité, il choisirait celle des -deux rédactions de l'article IV qui le satisferait davantage. Dans -l'état actuel des choses, j'avoue que je ne vois pas de difficulté -réelle pour le gouvernement du roi à entrer dans ce traité tel qu'il -est, et qu'il me paraît, au contraire, lui présenter de grands -avantages. - -»Je n'ai pas le temps d'ajouter aucune réflexion à ce simple narré. Je -ne puis retarder le départ de mon courrier. Lord Granville reçoit des -instructions pour s'entendre avec vous; ainsi vous pourrez lui faire -connaître vos motifs pour accorder ou refuser votre approbation. - -»Je dois vous dire que MM. de Florida-Blanca et de Sarmento, en -prenant sur eux d'apposer leur signature à ce traité qui n'est -pas tout à fait d'accord avec leurs instructions, ont demandé qu'il -n'en soit pas donné communication à l'ambassadeur d'Espagne, ni au -ministre de Portugal à Paris, ce qui leur a été promis. Ils craignent -qu'une publication prématurée faite à Madrid ou à Lisbonne ne -compromette le succès du traité, qu'on ne pourra plus refuser de -ratifier, disent-ils, lorsqu'il sera signé par les plénipotentiaires -de France et de la Grande-Bretagne. - -»Comme on est très pressé ici d'arriver à un résultat, je vous prie de -me faire parvenir votre première réponse le plus promptement possible, -et par le télégraphe.» - - «Le 15 avril 1834. - -»... Le prince de Lieven m'a donné lecture, ce matin, d'une dépêche -qu'il venait de recevoir de Pétersbourg, et dans laquelle le comte de -Nesselrode lui annonce que le gouvernement impérial de Russie est -complètement satisfait des dernières explications qui lui ont été -données par l'Angleterre et la France au sujet des affaires d'Orient. -Le vice-chancelier exprime aussi le désir de voir livrées à l'oubli -toutes les discussions qui se sont malheureusement élevées sur cette -question dans ces derniers mois, et donne l'assurance que l'empereur, -son maître, ne veut point en conserver le souvenir...» - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Tuileries, le 14 avril 1834. - -»Je ne me doutais guère hier, mon cher prince, quand je vous ai écrit -que tout était terminé à Lyon, que quelques heures après nous -aurions des barricades dans un coin de Paris[199]. Cela n'a été qu'un -piège pour commettre des assassinats, car aucune n'a tenu. C'était une -bande d'assassins et de lâches déchaînés dans Paris. Nous avons passé -une affreuse nuit et, jusqu'à présent, dans de cruelles inquiétudes -pendant les promenades de notre cher roi, et de Chartres et de -Nemours, qui ont été tous les deux, ce matin, dans la rue -Saint-Martin, et sur lesquels ces infâmes ont tiré des fenêtres d'une -maison. Grâce à Dieu, tout est fini maintenant. La Chambre des députés -vient de venir en masse chez le roi lui témoigner son indignation et -l'assurer de nouveau de son attachement à sa personne par l'organe de -son président. La Chambre des pairs va venir. La population est -excellente et dans l'indignation. La garde nationale a été admirable, -ainsi que la troupe de ligne; malheureusement, il y a eu, parmi eux, -des victimes de ces monstres...» - - [199] Voir page 360. - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 14 avril 1834, à onze heures. - - »Mon prince, - -»Il est onze heures, toute la nuit s'est passée sous les armes; les -insurgés, barricadés dans des maisons, tirent individuellement sur les -troupes; cela dégénère en assassinats partiels; il n'y a pas d'autre -résistance organisée, et on n'a pas pu faire usage de l'artillerie. -Les troupes et la garde nationale ont perdu surtout quelques -officiers, parce qu'on les choisit. Il n'y a donc aucun danger public, -mais des assassinats individuels. La journée se passera comme -cela; les troupes sont montées au dernier point et n'ont fait grâce -nulle part où elles sont entrées[200]. En ce moment, nous délibérons -sur quelques mesures à proposer aux Chambres. - -»A Lyon, tout est a peu près fini; il y a eu là de sanglantes -exécutions. A Châlons, à Dijon, à Saint-Étienne, il y avait certaines -tentatives, mais partout les troupes sont restées fermes. La garde -nationale de Paris de même, mais ailleurs on ne peut en dire autant. - -»A tout prendre, l'événement ou les événements sont de nature à donner -quelque force au gouvernement.--Je continuerai à vous tenir au courant -jusqu'à l'heure où partira l'estafette.» - - [200] C'est, en effet, au cours de cette lutte que se place le - sanglant épisode de la rue Transnonain. - - «Même jour, trois heures après midi. - -»Tout est à peu près fini dans les rues; on fouille encore quelques -maisons, et je ne puis vous donner cette foule de détails qui ne se -recueillent que les uns après les autres. - -»Nous sommes fort occupés des moyens de tirer parti de ceci pour -consolider tout ce qui est si fort ébranlé. Malheureusement, nous ne -pouvons rien contre la presse. Demain il sera porté quelque chose aux -Chambres,--_le quoi_ ne sera décidé que ce soir. Cela consistera -probablement en accroissement d'effectif d'armée. - -»Les troupes et la garde nationale sont montées au plus haut degré. -Nous expédions des courriers dans toutes les directions, car il faut -prévenir partout. Je vous demande pardon d'être si bref et si -pressé...» - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 17 avril 1834. - -»Vous aurez vu par mes précédentes dépêches que j'avais devancé les -instructions que vous m'exprimez dans votre lettre numéro 30, en -agissant par moi-même près des ministres anglais pour les amener à la -conclusion d'un traité d'alliance défensive avec nous. La circonstance -du traité sur les affaires de la péninsule m'avait paru trop -importante pour ne pas la saisir, et si je n'ai pas réussi dans mes -tentatives, je suis du moins sûr de n'avoir pas compromis la dignité -du gouvernement du roi, dont je n'avais pas eu le temps de recevoir -des instructions, lorsqu'on m'a proposé de signer le traité entre les -quatre puissances. On attend ici, avec impatience, la résolution que -vous aurez prise à l'égard de ce dernier traité; tous les membres du -cabinet que j'ai vus ce matin m'ont questionné avec empressement à ce -sujet, et je n'ai pu que leur promettre une prompte décision. - -»On est fort préoccupé des événements de Lyon et de Paris qui ont, -pour le moment, effacé tous les autres intérêts. J'ai déjà profité des -informations que renfermait votre dépêche numéro 31, et il m'a été -facile de faire comprendre les avantages que l'Angleterre, plus que -tout autre pays peut-être, retirerait d'une répression prompte et -énergique d'excès semblables à ceux commis à Lyon. L'effet en sera -d'autant plus utile ici, qu'il règne depuis quelques jours une -agitation assez grave parmi les ouvriers de plusieurs districts -manufacturiers d'Angleterre, et qui est causée par des associations de -la nature de celles que nous cherchons à détruire en France. Je -puis vous dire que l'opinion publique qui compte ici est avec nous -dans cette affaire, quoi qu'en disent quelques organes de la presse -périodique; les esprits sages savent gré au gouvernement du roi de ses -efforts pour contenir les dispositions révolutionnaires de ceux qui ne -cherchent qu'à troubler la paix de l'Europe, en livrant d'abord la -France à l'anarchie...» - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 17 avril 1834, à quatre heures. - - »Mon prince, - -»C'est autant un chagrin qu'un embarras pour moi, que de vous envoyer -des observations, au lieu d'une positive affirmation. - -»J'ai trouvé bien des scrupules, non sur le fond, parmi mes collègues, -car votre idée d'une alliance défensive est adoptée par tous, mais sur -la forme. Le roi partageait ces scrupules et se trouvait mal à l'aise, -placé dans un préambule qui reparaissait au milieu du traité. - -»Si secrète que demeure cette convention pendant quelque temps, elle -sera dépistée, et vous sentez ce qu'on peut dire, si l'article V -laissait trop entrevoir qu'à la réquisition des trois cours nous -fournirions armes et soldats, non pas certainement que nous fussions -engagés par votre rédaction, mais enfin on pourrait nous le reprocher, -et ces reproches, injustes d'ailleurs, affaibliraient l'effet de cette -convention, quant au fruit même à en retirer, qui est une plus -apparente union avec l'Angleterre. - -»Nous reconnaissons bien ici la difficulté sérieuse dont vous -avez eu à triompher pour obtenir une première concession; le moment -était contre nous; l'avenir paraissait de même: les affaires de Lyon, -celles de Paris, les impressions, tout était contraire. Aujourd'hui, -la situation est meilleure, et je n'ose pas vous dire, mon prince, que -vous pouvez en tirer parti, parce qu'on ne nous juge peut-être pas -encore à Londres comme nous nous jugeons ici. - -»Tout ceci va influer notablement sur les élections, car c'est surtout -_la classe bourgeoise électorale_ qui est menacée par ces agitations; -elle le sent, et l'effet en est incontestable à Paris. Si donc nous -pouvons hâter la fin de la Chambre et la convocation, le système sera -raffermi. C'est l'opinion des esprits réfléchis. - -»Je quitte lord Granville à l'instant, et lui ai donné toutes les -raisons que j'ai entendu développer ce matin au conseil. Il écrit à -lord Palmerston par notre estafette, et m'a paru entendre nos motifs. - -»Dans la dépêche officielle, j'ai essayé de vous aider en la rédigeant -de manière à être montrée à lord Palmerston. - -»Si, en adoptant le fond de notre pensée, il ne s'agissait que de -changer ou de tourner autrement la rédaction des deux articles restant -à leur place, dans le contre-projet, nous concevons, mon prince, que -vous ne vous croyiez pas obligé dans ce cas, et vu l'urgence, de nous -les renvoyer ici. - -»Nous voyons que cela presse, et que nous ne devons pas laisser aller -seule l'action de l'Angleterre sur l'Espagne. Nous nous sommes -prévalus d'une note antérieure de Martinez de la Rosa, et ceci -rappelle à peu près ce qui s'est passé lors du traité du 6 juillet -1827, relatif à la Grèce, dans lequel nous intervînmes, à l'aide -d'une demande du gouvernement grec. - -»Après tout, le traité quel qu'il soit fera du bruit dans le nord; -nous ne le redoutons pas, si nous pouvons parvenir à le rendre -défendable pour nous à l'intérieur. Vous seul, mon prince, pouvez -résoudre ce problème, et le roi s'abandonne avec confiance à votre -haute influence et à votre sollicitude...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 19 avril 1834. - - »Monsieur le comte, - -»J'ai reçu hier la dépêche télégraphique que vous m'avez fait -l'honneur de m'adresser le 17; et ce matin, votre dépêche numéro 32 à -laquelle était joint le projet modifié du traité entre les quatre -puissances. - -»J'avais hier, avec votre dépêche télégraphique, contenu à grand'peine -l'impatience des plénipotentiaires des trois cours, qui s'étaient -persuadés que votre consentement n'était pas douteux. - -»Aussitôt après l'arrivée de mon courrier ce matin, j'envoyai à lord -Palmerston le paquet de lord Granville qui lui était adressé, et je -lui demandai un rendez-vous dans la matinée. Il me répondit une heure -après par la lettre dont j'ai eu l'honneur de vous transmettre une -copie (voir page 377, pièce no 1), afin que vous jugiez de la nature -de l'opposition que je devais rencontrer. Je me rendis chez lui à -l'heure qu'il m'avait indiquée; et, quelque préparé que je fusse à le -trouver animé sur cette affaire, il l'était encore plus cependant -que sa lettre ne me l'avait laissé pressentir. Une difficulté à -laquelle je ne pouvais pas m'attendre augmentait mon embarras: on -avait écrit de Paris que le gouvernement du roi approuvait le traité, -tel que je l'avais envoyé, et qu'on pouvait compter que les objections -que je ferais venaient de moi seul. C'est alors que je dus faire usage -de votre dépêche numéro 32; j'en lus une partie à lord Palmerston, et, -en développant les considérations qu'elle renferme, je me retranchai -nettement dans la résolution de ne signer qu'aux conditions que vous -m'aviez imposées. Quant à l'observation qui m'était personnelle, je -fis remarquer qu'elle ne pouvait point être exacte, attendu que tout -ce qui, dans ce traité, se rapportait à la France, étant du ressort de -l'opinion publique, je n'avais pu, placé comme je l'étais, en juger -les inconvénients, et que c'était le gouvernement du roi qui, seul, -était en état de les apprécier. - -»Lorsque je quittai lord Palmerston, il se rendait au conseil, où j'ai -su que la discussion avait été très vive et où on n'avait pas -facilement admis nos observations. A l'issue de ce conseil, je me suis -rendu successivement chez lord Palmerston et chez lord Grey. Ils -étaient encore fort éloignés de se montrer convaincus de l'importance -de nos objections; mais, après une conversation de plus de deux -heures, j'obtins enfin que des changements notables seraient faits à -la rédaction du traité. La lettre de lord Palmerston, que je reçus -dans la soirée et dont je vous envoie une copie avec celle de la note -qui y était jointe (voir pièces nos 2 et 3), vous donnera une idée du -progrès que j'avais déjà fait. Il n'y avait plus qu'un seul préambule -dans lequel la France et la Grande-Bretagne étaient placées sur la -même ligne à l'égard de l'Espagne, ce qui, à mes yeux comme aux -vôtres je pense, monsieur le comte, était le point essentiel. Mais il -restait encore deux autres difficultés: l'article qui nous concerne -dans le traité était rejeté à la fin, après les articles relatifs à -l'amnistie en Portugal et à la dotation de l'infant don Carlos; mais, -ce qui est plus grave, on voulait que cet article fût rédigé ainsi -qu'il suit: - -»Sa Majesté le roi des Français s'engage à fournir, pour atteindre le -but qu'on se propose par le présent traité, tel secours qui sera -déterminé d'un commun accord entre lui et les trois autres parties -contractantes, _et lorsqu'elle sera invitée, par elles, à le faire_. - -»Je viens d'écrire à lord Palmerston, en lui renvoyant son projet de -traité, pour lui demander le retranchement des mots: _et lorsqu'elle -sera invitée, par elles, à le faire_, comme formant une répétition de -la même idée dans le même article. J'ai réclamé aussi plusieurs autres -rectifications. Je ne pourrai avoir sa réponse que demain matin, car -il est onze heures du soir, et je me décide à retarder le départ de -mon courrier afin de vous faire connaître le résultat définitif de la -négociation qui sera très probablement terminée dans la journée de -demain.» - - «Le 20 avril. - -»J'ai reçu ce matin de lord Palmerston le billet dont la copie est -jointe (voir pièce no 4) et je me suis empressé de lui répondre que -j'insistais pour le retranchement des mots que j'avais demandé hier, -ou du moins pour une autre rédaction de l'article. Il vient de -m'envoyer celle que vous trouverez dans la copie du traité qui -accompagne cette dépêche[201]; je l'ai adoptée, parce qu'elle m'a paru -être sans inconvénient et que j'étais au terme des difficultés que -décemment il m'était permis de faire. Vous pouvez regarder le traité -comme arrêté, tel que je vous l'envoie. Il faut qu'il soit soumis à -l'approbation du roi, qui est à Windsor, et copié dans les quatre -langues, ce qui me fait craindre qu'il ne puisse être encore signé -demain. Je vous l'enverrai aussitôt qu'il le sera, mais ne l'ébruitez -pas, de peur qu'il ne soit connu à Madrid avant que le ministre -d'Espagne ait eu le temps de l'y faire parvenir. - -»Je dois vous faire remarquer que je ne vous ai communiqué les lettres -de lord Palmerston que pour vous donner une connaissance précise de la -marche de la négociation. Il est très essentiel que ces lettres -restent entièrement secrètes; la moindre révélation indiscrète dans ce -sens compromettrait nos relations avec l'Angleterre, et rendrait ma -situation ici extrêmement désagréable et difficile. Je m'en rapporte à -vous pour anéantir les copies des lettres lorsque vous les aurez -lues.» - - [201] Voir page 385. - -_Pièces jointes à la lettre précédente._ - -No 1er.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Stanhope-Street, le 19 avril 1834. - - »Mon cher prince, - -»J'ai reçu avec bien des regrets le paquet que vous m'avez envoyé ce -matin. Il est fâcheux de trouver tant de difficultés là où nous ne -nous y attendions pas. On paraît avoir mal compris à Paris les -principes et le but du traité dont il s'agit, et les changements qu'on -nous propose tendraient à dénaturer la transaction. - -»On nous dit que notre gouvernement a reçu de Martinez de la Rosa une -note de la même teneur que celle qui m'a été remise par M. de -Miraflorès[202]; j'avoue que cela m'étonne, d'abord parce que la note -de M. de Miraflorès n'a pas été présentée d'après des instructions à -cet effet de sa cour, mais à ma demande, et par suite d'une -conversation que j'ai eue avec lui, et afin de me mettre à même de -rendre plus fidèlement à mes collègues les arguments dont il s'était -servi verbalement avec moi.--Ensuite, quel était le but de la note de -M. de Miraflorès? C'était de nous dire que le gouvernement espagnol, -sachant que celui de Portugal nous avait demandé un secours matériel -contre dom Miguel, verrait avec plaisir que nous consentissions à -envoyer des troupes en Portugal, puisque les intérêts de l'Espagne -souffraient de la présence de don Carlos en Portugal. Mais le -gouvernement portugais ne vous a pas adressé une pareille demande; -comment donc M. Martinez a-t-il pu vous engager à accéder à une -demande qui ne nous a pas été faite? - -»Votre gouvernement a pu recevoir quelque communication de la part de -M. Martinez, comme il en a reçu dans le temps de la part de M. de Zéa, -relative à une intervention française dans les affaires de l'Espagne; -mais il ne s'agit pas maintenant des affaires intérieures de -l'Espagne, il s'agit des affaires du Portugal. Mais pourtant, si -comme paraît croire votre gouvernement, il s'agissait d'une -intervention étrangère dans les affaires de l'Espagne, nous -n'hésiterions pas à déclarer que M. Martinez, en vous demandant une -telle intervention, méconnaîtrait les vrais intérêts de l'Espagne et -que votre gouvernement, en l'accordant, méconnaîtrait (à ce qui nous -semble) les vrais intérêts de la France. Mais en tout cas, bien loin -de nous associer à une telle demande ou de la sanctionner par un -article du traité, comme on nous propose aujourd'hui de le faire, nous -protesterions contre, comme une chose nuisible à toutes les parties. - -»Par conséquent, quant au changement qu'on voudrait faire à Paris, -dans le fond du traité, vous devez bien sentir, mon prince, que nous -ne pouvons pas l'adopter. - -»Quant aux changements de rédaction, il a coûté aux ministres -d'Espagne et de Portugal et à moi assez de travail pour mettre notre -polyglotte en harmonie; et je vous prierai de ne pas nous imposer une -nouvelle tâche. Le temps presse; nous avons perdu deux jours à cause -de la cour, mercredi et jeudi, et j'espère que vous vous trouverez -autorisé à signer la pièce telle qu'elle est. Venez ici, si vous le -pouvez, avant une heure, car à deux heures nous avons conseil. - -»Tout à vous.» - - [202] Don Manuel de Pando, marquis de Miraflorès, comte de - Florida-Blanca, né en 1792, alors envoyé extraordinaire à - Londres, fut, en 1838, ambassadeur à Paris. Il devint ensuite - chef du cabinet, puis gouverneur du domaine royal et sénateur - (1848). - -No 2.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Foreign Office, 19 avril 1834. - - »Mon cher prince, - -»Nous consentirions à substituer le paragraphe dont je vous envoie le -projet au paragraphe existant du projet de traité, et le dernier -article subirait alors le petit changement que j'y ai fait. Si cela -vous arrange, je proposerai ces changements au roi et aux -plénipotentiaires d'Espagne et de Portugal. Répondez, s'il vous plaît, -ce soir.» - -No 3.--_Joint au billet précédent._ - -«En conséquence de cet accord, Leurs Majestés les régents se sont -adressés à Leurs Majestés le roi des français et le roi de la -Grande-Bretagne, et Leurs dites Majestés, prenant en considération -l'intérêt qu'elles doivent toujours prendre à la sûreté de la -monarchie espagnole, et étant de plus animées du vif désir de -contribuer à l'établissement de la paix dans la péninsule, comme dans -toutes les autres parties de l'Europe; et Sa Majesté le roi de la -Grande-Bretagne, considérant en outre les engagements provenant de son -ancienne alliance avec le Portugal, Leurs Majestés ont consenti à -devenir parties dans l'engagement proposé.» - -No 4.--LE PRINCE DE TALLEYRAND A LORD PALMERSTON. - - «Hanover-Square, le 19 avril 1834, neuf heures du soir. - - »Dear lord Palmerston, - -»Je viens de lire avec beaucoup de soin votre nouveau projet. Puisque -vous persistez à ne pas vouloir de la rédaction du cabinet français -pour la dernière partie du préambule, je me soumets à votre manière de -voir sur ce point. - -»Quant à l'article VI, je le trouve d'abord mal placé, il devrait -venir à la suite de l'article III et former par conséquent l'article -IV du traité, attendu que les articles IV et V de votre projet ne sont -qu'accessoires; il est d'ailleurs logique et de bonne rédaction -de traité que les articles d'action précèdent ceux qui ne sont que la -conséquence. - -»J'ai une autre observation à vous faire sur le même article VI, et à -l'égard de laquelle il vous sera facile de me satisfaire, car ce ne -sont que quelques mots à effacer. Je vous demande donc de supprimer -les mots: _lorsqu'il sera invité par elles à le faire_, et de finir -simplement par les mots: _tel secours qui sera déterminé d'un commun -accord; entre lui et ses augustes alliés_.--La suppression que je vous -demande ici est grammaticale, car dans la rédaction première il y a -redondance, et d'ailleurs cela entre dans l'esprit de toute la -rédaction où la même idée est déjà établie. - -»Si vous adoptez mes très légères modifications, indiquez moi l'heure -à laquelle vous voulez signer demain, je serai à vos ordres, car alors -je prendrai sur moi de n'en pas référer à mon cabinet. - - »Tout à vous.» - -No 5.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Stanhope-Street, le 19 avril 1834, onze heures du soir. - - »Mon cher prince, - -»J'adopte très volontiers la transposition que vous proposez de -l'article VI, et je trouve avec vous que ce changement est une -amélioration sous tous les rapports. - -»Quant à la suppression des derniers mots de cet article, je dois vous -prier de faire la part de nos susceptibilités, comme nous l'avons -faite aux vôtres. Je conviens avec vous que ces paroles n'ajoutent -rien de fort essentiel au sens de l'article et que ce qu'elles -contiennent se trouve déjà exprimé par ce qui précède; mais, _nous_ y -tenons _beaucoup_, et quand je dis _nous_, je veux dire -_plusieurs_ personnes. Souvenez-vous qu'il s'agit dans le traité -uniquement d'une intervention armée dans les affaires du _Portugal_, -et que nous avons des préjugés sur ce point-là. - -»Quant à nous-mêmes, non seulement nous n'y sommes pas intervenus sans -y être spécialement invités, mais nous n'avons pas accepté -l'invitation qui nous a été faite. Ne trouvez donc pas mauvais que -nous nous montrions un petit peu doctrinaires à ce sujet. - -»Je m'occupais, à l'instant que votre billet est arrivé, à rendre -compte au roi des changements dont je vous croyais satisfait et pour -lesquels il me faut sa sanction; mais maintenant, il faut que -j'attende votre réponse à ce billet, et, par conséquent je ne pourrai -expédier mon courrier à Windsor que demain. Voilà encore une autre -journée de perdue. Contentez-vous, je vous en prie, mon prince, des -grands changements que vous avez faits dans ce projet, qui maintenant -doit être considéré plutôt comme votre enfant que le mien. - - »Tout à vous. - -No 6.--LE PRINCE DE TALLEYRAND A LORD PALMERSTON. - - »Hanover-Square: 20 avril 1834, huit heures du matin. - - »Dear lord Palmerston, - -»Nous voilà d'accord sur tous les points, excepté sur ce retranchement -de trois mots que notre amour-propre vous demande. Il ma semble que le -vôtre ne peut pas être engagé dans cette question, parce qu'il reste -évident que, même sans ces trois mots, nous ne pouvons rien faire dans -les affaires de la péninsule que de concert avec vous et les deux -autres puissances. La répétition de la même idée dans le même -article ne pourrait donc exprimer que de la méfiance. C'est ce que -nous devons éviter dans l'intérêt de nos deux pays et dans la -situation de nos deux gouvernements l'un vis-à-vis de l'autre. La -moindre trace de méfiance dans notre traité serait plus dangereuse par -ses conséquences que par le fait même, car, lorsqu'il sera public, les -hommes de l'opposition chez vous et chez nous ne manqueraient pas de -s'en emparer, et certainement au détriment de l'union intime qu'il est -si utile de ménager. Ne voyez donc dans mon insistance que le désir -d'être conséquent avec notre point de départ. Votre bon esprit -comprendra cela, arrangera toutes choses de manière à ce que votre -premier billet me dise à quelle heure je dois aller signer chez vous. -Je suis presque embarrassé des vétilles auxquelles, par mes -instructions, je suis obligé d'attacher de l'importance. - - «Tout à vous.» - -No 7.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Stanhope-Street, 20 avril 1834. - - »Mon cher prince, - -»Ma foi, vous êtes bien difficile à contenter! Je conviens cependant -avec vous que nous manquerions un but principal de notre traité, si, -au lieu de constater union et confiance, nous devions proclamer -défiance et soupçon. J'ai donc tâché[203] de rédiger l'article IV de -manière à satisfaire toutes les parties. Dites-moi si j'ai réussi -quant à vous. - -»Vous me proposez de venir signer aujourd'hui, comme si préparer un -traité était chose aussi simple qu'écrire une lettre. Mais il faut que -je soumette tous vos changements à la sanction du roi qui est à -Windsor. Et, après cela, il faut obtenir le concours des ministres -d'Espagne et de Portugal, et les introduire dans le texte espagnol et -portugais. Voilà bien de la besogne. - - »Tout à vous.» - - [203] Comparer cette deuxième rédaction qui fut définitive (p. - 386) avec le projet primitif de lord Palmerston (p. 476). - -No 8.--LE PRINCE DE TALLEYRAND A LORD PALMERSTON. - - «Hanover-Square, 20 avril 1834, deux heures après midi. - - »Dear lord Palmerston. - -»Quelque difficile que je sois, je vous rends les armes, et je me -borne pour cette fois à une observation toute grammaticale. Ne -trouvez-vous pas que l'article serait exprimé en meilleur français, en -ne suspendant pas le sens par un membre de phrase incident et inutile. -Je crois donc que nous devrions rayer les mots: _par les hautes -parties contractantes_, qui viennent couper la première partie de -l'article et en obscurcissent le sens. M. de Voltaire disait que de -tous les changements que ses amis lui proposaient de faire à ses -ouvrages, celui dont il ne s'était jamais repenti c'était d'effacer. -Vous m'appellerez quand vous voudrez de moi. - - »Tout à vous.» - -No 9.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Stanhope-Street, 20 avril 1834. - - »Mon cher prince, - -»Je suis bien fâché, mais je ne puis pas aller plus loin à votre -rencontre. Le changement que vous me proposez embellirait -peut-être le style, mais nuirait au sens. Le mot de Voltaire est vrai -quant aux livres, mais je crois que, quant aux traités, le contraire -doit plutôt s'affirmer, et qu'on pourrait bien dire que maintes -disputes entre États n'auraient jamais eu lieu, si les traités avaient -été rédigés avec plus de soin et de développement. Puis-je envoyer cet -article tel qu'il est pour l'approbation du roi? Mandez-moi un _oui_ -et vite, car vraiment le temps presse.» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 23 avril 1834. - - »Monsieur le comte, - -»Il m'a été impossible de vous transmettre hier par le portefeuille le -traité que j'ai l'honneur de vous envoyer aujourd'hui[204]. La -transcription des quatre originaux, chacun en quatre langues, a exigé -beaucoup de temps, et il y a une heure seulement que nous avons pu -signer. - -»Vous connaissez à peu près, par ma correspondance, quelles ont -été les difficultés de la négociation de ce traité; je pense qu'il -faut maintenant les livrer entièrement à l'oubli et ne plus s'occuper -que des résultats. - -»Je suis convaincu que le gouvernement du roi apprécie les avantages -du traité qui vient d'être conclu entre les quatre puissances; mais -vous voudrez bien me permettre de vous exposer succinctement les -raisons qui m'ont déterminé à nous faire entrer dans cette alliance. -Je l'ai envisagée sous ses différents points de vue, et c'est après y -avoir mûrement réfléchi que j'ai jugé qu'elle nous offrait des -avantages réels sans aucun danger. - -»Cette quadruple alliance-ci ne peut manquer certainement de faire -quelque bruit en Europe; je ne prétends pas qu'elle n'excite un -peu de jalousie de la part des grandes puissances du Nord; mais, en -réalité, je ne crois pas qu'elles s'en préoccupent au point de nous -causer plus d'embarras qu'elles ne le font depuis trois ans. Je serais -plutôt disposé à penser qu'elles mettront plus d'ardeur à nous séparer -de l'Angleterre et, par conséquent, à se montrer favorables envers -nous. Ce n'est pas notre traité qui contribuera à resserrer les liens -qui unissent les cabinets de Vienne, de Berlin et de Pétersbourg; nous -avons pu voir récemment que ces liens étaient aussi forts que -possible. Il nous sera aisé de justifier près d'eux les principes et -le but de la quadruple alliance, puisque l'état de la péninsule était -une question plus particulièrement du ressort de la politique -anglo-française. En tout, je ne puis pas me persuader que l'alliance -que nous venons de conclure, qui resserre notre intimité avec -l'Angleterre et qui place, pour ainsi dire, dans notre dépendance -l'Espagne et le Portugal, ne soit pas destinée à inspirer quelque -respect aux cabinets du Nord. Ils pourront ajouter, dans leur -pensée, la Belgique et peut-être la Suisse au cercle de notre -alliance, et dans le cas où ils ne voudraient voir dans tout ceci que -la réunion des peuples agités en ce moment par l'esprit -révolutionnaire, ils ne craindront sans doute que davantage de -provoquer les attaques d'une masse assez formidable par elle-même et -par les sympathies qu'elle entretient avec tous les autres peuples. - -»En considérant le traité spécialement dans ses rapports avec -l'Espagne, nous pouvons nous rendre la justice de n'avoir pas -compromis les intérêts de cette puissance, qui nous étaient plus -particulièrement confiés. En effet, le traité ne stipule que des -conditions utiles et honorables pour l'Espagne, et si ces conditions -ne devaient pas avoir le résultat que nous en attendons (ce qui est -fort possible dans l'état actuel de l'Espagne), ce n'est pas à nous -qu'on reprochera d'avoir attiré un fléau de plus sur ce malheureux -pays, en ajoutant la guerre étrangère à la guerre civile. Le -territoire espagnol restera inviolable et cela doit être un des -principes fixes de notre politique dans la péninsule. - -»Si nous jugions l'importance que le cabinet anglais attache à notre -participation à ce traité par les difficultés qu'il a suscitées sur sa -forme, nous devrions la croire assez grande, et il me semble que nous -ne nous tromperions pas, car aujourd'hui, il est évident que le -ministère anglais a soumis à notre contrôle toute sa politique dans la -péninsule; et quand même elle ne le serait pas dans la réalité autant -qu'il le croit, il nous suffît pour l'opinion publique qu'elle le soit -en apparence[205]. - -»Il y avait encore un point de vue sous lequel on ne devait pas -négliger d'examiner le traité: c'était celui que je considérais comme -le plus essentiel, celui enfin de son influence sur la France. J'avoue -qu'il me paraît, à cet égard, aussi irréprochable que sous tous les -autres rapports. S'agit-il de nos intérêts matériels? Nous ne sommes -engagés à rien par le fait, car si nos alliés nous appellent à -concourir à l'exécution du traité (et nous pouvons au moins douter -qu'ils le fassent, l'Angleterre consentant), nous restons maîtres de -nos résolutions, et de refuser de prendre part à toute intervention -armée, dont les mauvaises chances sont incalculables. S'il ne s'agit -que de l'amour-propre national, peut-il jamais être blessé d'un traité -dans lequel nous jouons politiquement un rôle égal à celui de -l'Angleterre, sans mettre sur pied un homme de plus et sans débourser -un sou? - -»Je le répète, monsieur le comte, je ne vois rien, dans le traité de -la quadruple alliance, qui ne soit justifiable et honorable auprès de -nos ennemis et de nos amis. Si, par ses résultats, il n'a pas toute -l'utilité que nous en espérons, il ne pourra du moins jamais être -reproché au gouvernement du roi, et nous aurons fait tout ce que les -circonstances permettaient. - -»Vous remarquerez que les ratifications doivent être échangées dans le -terme d'un mois, ou plus tôt si faire se peut; il ne faudra point -oublier qu'il est nécessaire d'envoyer trois ratifications dans les -trois langues espagnole, anglaise et portugaise. - -»J'expédie aujourd'hui même une copie de la convention à M. le comte -de Rayneval à Madrid, et une autre à M. le baron Mortier à Lisbonne.» - - [204] Voici le texte du traité tel qu'il fut signé à Londres le - 22 avril 1834: - - «S. M. la reine régente d'Espagne... et S. M. I. le duc de - Bragance... intimement convaincues que les intérêts et la sûreté - des deux couronnes exigent l'emploi immédiat et vigoureux des - efforts réciproques pour terminer les hostilités qui, si d'abord - elles eurent pour but de renverser le trône de S. M. Portugaise, - fournissent aujourd'hui appui et protection aux sujets et - mécontents du royaume d'Espagne; désirant lesdites Majestés - pourvoir à la fois aux moyens nécessaires pour rétablir la paix et - le bonheur intérieur, et resserrer, sur des bases réciproques et - solides, l'avenir des deux États, sont convenues de réunir leurs - forces dans le but d'obliger l'infant don Carlos d'Espagne et - l'infant dom Miguel de Portugal à quitter les domaines de ce - dernier royaume. - - »En conséquence de ces conventions, Leurs Majestés régentes se - sont adressées aux Majestés le roi des Français et le roi de la - Grande-Bretagne et d'Irlande. Ces deux derniers princes, - considérant l'intérêt qu'ils doivent toujours prendre à la sûreté - de la monarchie espagnole et animés du plus ardent désir de - contribuer à l'établissement de la paix, tant péninsulaire - qu'européenne, et Sa Majesté britannique considérant en outre les - obligations spéciales qui émanent de son ancienne alliance avec le - Portugal, ont consenti d'agir comme parties dans ledit traité; à - cet effet, ces Majestés ont nommé leurs plénipotentiaires... Et - les plénipotentiaires sont convenus des articles suivants: - - »I.--S. M. I. le duc de Bragance, au nom de la reine doña Maria - II, s'engage à mettre en action tous les moyens qui sont en son - pouvoir pour chasser l'infant don Carlos des domaines portugais. - - »II.--S. M. la reine d'Espagne, priée et invitée par S. M. I. le - duc de Bragance, ayant en outre de très justes et très graves - sujets de reproche contre l'infant dom Miguel pour le soutien - qu'il a prêté à l'infant don Carlos d'Espagne, s'engage à faire - entrer sur le territoire portugais le nombre de troupes espagnoles - suffisant et nécessaire pour coopérer avec celles de Sa Majesté à - la sortie de don Carlos d'Espagne et de dom Miguel du territoire - portugais... - - »III.--S. M. le roi de la Grande-Bretagne s'engage à coopérer en - employant une force navale pour seconder les opérations et - déterminations nécessaires d'après le présent traité. - - »IV.--Dans le cas où la coopération de la France serait jugée - nécessaire par les hautes parties contractantes, S. M. le roi des - Français s'engage à faire tout ce que lui et ses très augustes - alliés détermineront d'un commun accord. - - »V.--Les hautes parties contractantes sont convenues qu'en - conséquence des attributions contenues dans les précédents - articles, on procédera immédiatement à faire une déclaration - annonçant à la nation portugaise les principes et le but du - présent traité, et S. M. I. le duc de Bragance, animé du sincère - désir d'effacer tout souvenir du passé et désirant réunir autour - du trône de sa fille la nation entière, déclare son intention de - publier une amnistie complète et générale en faveur de tous les - sujets de S. M. T. F., qui, dans un temps qu'on déterminera, - rentreront dans l'obéissance; et ledit régent déclare aussi son - intention d'assurer à l'infant dom Miguel, aussitôt qu'il sera - hors des États portugais, une rente correspondant à son nom et à - sa naissance. - - »VI.--S. M. la reine d'Espagne, en vertu du présent article, - déclare son intention d'assurer à l'infant don Carlos, aussitôt - qu'il sera sorti des domaines espagnols et portugais, une rente - correspondant à son rang et à sa naissance. - - »VII.--Le présent traité sera ratifié et ces ratifications seront - échangées à Londres dans un mois, ou avant s'il était possible. - - »FLORIDA-BLANCA, TALLEYRAND, PALMERSTON, - »MORAES-SARMENTO.» - - [205] La lettre suivante de lord Palmerston est la piquante - contre-partie de cette dépêche de M. de Talleyrand. Il écrivait, - le 23 avril, à son frère sir William Temple...: «J'ai été fort - occupé, depuis le 4 de ce mois, à élaborer ma quadruple alliance - entre l'Angleterre, la France, l'Espagne et le Portugal, pour - arriver à l'expulsion de Carlos et de Miguel... Je l'ai emporté - au conseil par un coup de main, en leur enlevant le temps de - faire des objections. Je n'ai pas été aussi heureux avec le vieux - Talley (_sic_) et le gouvernement français, car ils ont fait des - objections en quantité; mais ces objections portaient toutes sur - la forme dans laquelle je leur avais proposé de se joindre à - nous. En définitive, j'ai réussi à satisfaire leur amour-propre - en leur donnant parmi nous la place qu'ils paraissaient désirer. - Je regarde ceci comme un grand coup. D'abord cela décidera - l'affaire du Portugal et servira un peu aussi à arranger celles - de l'Espagne. Mais, ce qui est d'une importance permanente et - générale, c'est que cela établit entre les États constitutionnels - de l'Occident une quadruple alliance qui servira de grand - contre-poids à la Sainte-Alliance de l'Orient...» (_Correspondance - intime de lord Palmerston_). - - * * * * * - - [C'est à l'époque de la signature de la quadruple alliance, - épilogue de l'ambassade de M. de Talleyrand à Londres, que se - termine le manuscrit des _Mémoires_. - - M. de Talleyrand, cependant, ne revint en France qu'au mois - d'août, et il eut encore, pendant ces derniers mois à traiter des - affaires importantes. Aussi avons-nous cru devoir poursuivre - jusqu'à la fin de son ambassade le travail auquel lui-même s'était - livré pour les années précédentes. Tous les matériaux étaient là: - dépêches officielles et lettres particulières. Nous nous sommes - borné, comme M. de Talleyrand l'avait fait pour les derniers - volumes, à les classer suivant un ordre rationnel. - - La correspondance particulière du prince pendant cette période a - déjà été publiée, il y a deux ans, par les soins de madame la - comtesse de Mirabeau[206]. Il eût été superflu de la rééditer - ici. Toutefois, nous avons été obligés, pour exposer aussi - clairement que possible la marche des négociations de reproduire - ici quelques-unes de ces lettres. On les trouvera aux pages 405, - 406, 423, 436, 474, 476, 478 et 480.] - - [206] Madame la comtesse de Mirabeau, nièce de M. de Bacourt, - avait à la mort de son oncle hérité de ses papiers, à l'exception - de ceux relatifs aux _Mémoires_ de M. de Talleyrand, qui avaient - fait l'objet d'un legs particulier. Toutefois, les documents - ayant trait aux derniers mois de l'ambassade de M. de Talleyrand - à Londres, que M. de Bacourt n'avait pas eu le temps de - coordonner et de classer, ne furent pas compris dans le legs des - _Mémoires_ et furent en conséquence attribués aux héritiers. Ces - papiers étant la suite évidente et naturelle des _Mémoires_, - madame de Mirabeau, au moment de la présente publication, - s'empressa de les remettre aux éditeurs. C'est à cette gracieuse - attention, qu'ils doivent de pouvoir compléter la teneur - primitive des _Mémoires_, et de les conduire jusqu'au terme de la - vie publique du prince de Talleyrand. - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, dimanche 27 avril 1834. - - »Mon prince, - -»Je profite d'un courrier qu'expédie le duc de Frias[207].--Nous avons -des nouvelles de Madrid jusqu'au 19. La presse y était mauvaise, et -l'opinion publique en général en faveur du statut royal[208]. -Burgos[209] a été remplacé par Moscoso d'Altamira[210]. - -»En général, les nouvelles d'Allemagne indiquent une certaine -disposition des cours du Nord à rejeter maintenant la faute de tous -les délais sur le duc de Nassau et d'en exonérer le roi -Guillaume; elles tendent à faire revenir les cabinets de Londres et de -Paris sur leur résolution de ne pas reprendre les conférences et se -plaignent amèrement des événements de Bruxelles. - -»Les notes pleuvent sur la Suisse: le canton de Berne va cependant -s'exécuter au sujet des réfugiés qui ont pris part au mouvement sur la -Savoie[211]. - -»A l'intérieur, nous n'aurons le complément d'effectif demandé pour -1835 que pour les six premiers mois. Il faudra obtenir le reste de la -nouvelle législature, nous avons été obligés de transiger avec la -commission qui ne voulait donner que trois mois sur 1835[212]. - -»Quesada vient d'être battu par Zumalacarreguy[213] et forcé de -rentrer à Pampelune; il a perdu deux ou trois cents hommes. - -»Rodil a failli prendre don Carlos qui en a été quitte pour ses -bagages. Je ne puis trop vous redire, mon prince, combien le traité -fait bonne mine ici et combien on vous admire pour l'avoir conclu. -Appony est le seul des étrangers qui n'en ait pas encore parlé. J'ai -terminé quelques explications en lui disant que nous n'avions pas -oublié que doña Maria était petite-fille de l'empereur François. - -»Pozzo paraît de méchante humeur. Il me semble cependant que -l'attitude prise en général par eux est, en attendant de regarder la -chose, comme de peu d'importance.» - - [207] Alors ambassadeur d'Espagne à Paris. - - [208] Constitution donnée à l'Espagne par le cabinet Martinez de - la Rosa. Elle fut promulguée le 12 juin. - - [209] Don Francisco Xavier de Burgos naquit en 1778. Ayant - accepté quelques emplois du roi Joseph, il fut exilé à la - restauration de Ferdinand. Il revint en Espagne en 1817 et se fit - un nom comme polémiste dans le parti libéral. Il devint intendant - du conseil des douanes (1827) puis conseiller supérieur des - finances, ministre de l'intérieur à la mort de Ferdinand et enfin - ministre des finances. - - [210] Don José Maria de Moscoso d'Altamira avait déjà été - ministre de l'intérieur en 1822. Quelques mois après il fut - destitué ainsi que ses collègues et emprisonné. De nouveau - ministre de l'intérieur en 1834, il fut remplacé en janvier 1835 - par don Diego Medrano. - - [211] La Suisse était à cette époque le lieu d'asile et le centre - de réunion de tous les révolutionnaires d'Europe. Vers le mois de - janvier 1834, un rassemblement d'environ un millier de réfugiés - de toutes les nations se forma dans le canton de Vaud dans le - dessein de pénétrer en Savoie et d'y proclamer la république. Le - général polonais Romarino était à la tête du mouvement. Le 2 - février, plusieurs bandes en armes passèrent la frontière et - parvinrent jusqu'à Annecy mais sans provoquer aucun mouvement - parmi la population. Elles ne tardèrent pas à être attaquées et - mises en déroute par les troupes sardes. A la suite de cette - échauffourée, la Sardaigne réclama de la Suisse des mesures - contre les réfugiés; elle exigea du directoire qu'il les expulsât - et qu'il mît en jugement les Suisses qui avaient pris part à - l'expédition. Plusieurs États appuyèrent pour leur propre compte - la démarche du cabinet sarde, et le gouvernement suisse reçut des - réclamations analogues de l'Autriche, du grand-duché de Bade, de - la Bavière, du Wurtemberg, de la Confédération germanique, du - royaume de Naples, de la Prusse et même de la Russie. Il résista - d'abord, et déclara qu'une pareille sommation portait atteinte à - l'indépendance de la Suisse. Toutefois il finit par s'exécuter du - moins en ce qui concernait l'expulsion des étrangers; le canton - de Berne lui-même qui semblait le plus rebelle, et qui avait - accueilli les réfugiés polonais avec faveur, les renvoya de son - territoire. Cet incident qui émut un instant la diplomate ne fut - clos que vers le mois de juillet. - - [212] Le ministre de la guerre avait, le 15 avril, déposé un - projet de loi pour ramener l'armée à son effectif de 360 000 - hommes. Il demandait en conséquence des crédits supplémentaires - sur les exercices 1834 et 1835. La commission ne lui alloua que - la moitié des crédits demandés et la Chambre ratifia la décision - de sa commission (13 mai). - - [213] Thomas Zumalacarreguy né en 1788, s'engagea en 1808 au - moment de l'invasion française; après la mort de Ferdinand VII, - il prit parti pour don Carlos et fut un des meilleurs généraux de - l'insurrection. Il tint la campagne pendant deux années obtint de - nombreux avantages qui rendirent son nom fameux comme chef de - partisans, mais il fut blessé mortellement au siège de Bilbao - (juin 1835). - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 28 avril 1834. - - »Monsieur le comte, - -»Lord Palmerston est pour deux ou trois jours à Windsor; c'est ce qui -m'empêche de l'entretenir, aussitôt que je l'aurais voulu, de ce qui -dans votre dépêche se rapporte à la question du Luxembourg et à la -conduite du gouvernement prussien envers le général Goblet[214]. - -»Aussitôt après le retour du ministre des affaires étrangères je le -verrai pour lui faire part de vos observations sur ces deux points et -pour concerter avec lui les mesures qu'il est convenable pour les -gouvernements de France et d'Angleterre de prendre dans cette -circonstance. - -»Le procédé du gouvernement prussien me paraît comme à vous, monsieur -le comte, inexplicable; je dirai plus, il me paraît intolérable. Nous -ne pouvons pas le laisser passer inaperçu, sans nous exposer à voir se -produire chaque jour quelque nouvelle injure gratuite ou non contre la -Belgique, et qui, en définitive, retomberait sur les deux -gouvernements qui la protègent plus spécialement. Le choix du général -Goblet pour la mission de Berlin a pu être maladroit, mais alors -c'était avant son départ de Bruxelles qui a été connu longtemps à -l'avance, que le gouvernement prussien aurait dû indiquer la -répugnance qu'il éprouverait à le recevoir. Dans l'état actuel des -choses, on ne peut reconnaître au cabinet de Berlin le droit de -repousser l'envoyé belge sous un prétexte aussi insultant que celui -qu'il met en avant, quand surtout il y a à Bruxelles un ministre -prussien accrédité et toujours traité avec considération par le -gouvernement belge. - -»Je ne puis encore prévoir quel sera le parti que lord Palmerston -adoptera à cet égard, mais je le presserai d'en prendre un -promptement. - -»Quant aux propositions d'un nouvel arrangement dans l'affaire du -Luxembourg qui ont été faites par la Prusse et l'Autriche, je ne pense -pas qu'il nous convienne d'y entrer. Elles modifieraient, comme vous -le remarquez très bien, les traités de 1815 et auraient de plus -l'inconvénient de renouveler les discussions sur la question -territoriale du traité hollando-belge, question qu'il nous -importe de considérer et de faire considérer par les autres puissances -comme irrévocablement résolue et terminée par le traité du 15 -novembre... - -»...Je suis convaincu que nous avons très bien fait de garder pour -notre part le secret du traité. On ne peut que blâmer la publication -prématurée qui en a été faite par les journaux anglais. Il y a -toujours en pareil cas beaucoup plus de convenance à ne point avoir -d'indiscrétion à se reprocher. Je suppose que les journaux sur -lesquels le gouvernement du roi exerce quelque influence, seront -chargés de faire valoir l'utilité morale et politique de ce traité -pour la France, lorsque le temps sera venu de le publier. - - [214] Le général Goblet avait été nommé ministre de Belgique à - Berlin, mais le roi de Prusse, à l'instigation, dit-on, du - cabinet de La Haye, avait refusé de le recevoir, bien qu'il eût - précédemment agréé sa nomination. - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Le jeudi 1er mai 1834. - - »Mon prince, - -»Je vous écris quelques mots au milieu des embarras du 1er mai. Goblet -est rappelé. La note de M. de Mérode[215] est ferme. Bresson a pris à -Berlin le ton un peu haut sur cette affaire et il a bien fait. Je -crois que la faute du roi Léopold a été de ne pas répondre à une -lettre particulière du roi de Prusse avant d'expédier Goblet. J'ai -communiqué à lord Granville la teneur de cette lettre. - -Le maréchal Maison me donne aujourd'hui des explications sur des -préparatifs dans la mer Noire que notre consul à Odessa aurait -annoncés et qui n'existent pas. M. Bligh ayant pu transmettre, sur la -même foi, de semblables renseignements à Londres, il sera -peut-être bon que lord Palmerston soit averti de leur exagération. - -»La Suisse prend des mesures contre ses réfugiés. Vous avez lu dans -les _Débats_ la proclamation de la police de Berne: c'est une idée que -j'avais suggérée là-bas. Je pense qu'aujourd'hui les légations -étrangères sont bien attrapées d'être reléguées à Zurich. - -»Nos journaux commencent à jaser sur le traité. La diplomatie ne nous -en parle pas encore, mais je sais qu'elle est en émoi; le parti -carliste, surtout, en trépigne... - -»Sauf la défaite de Quesada, les nouvelles de Barcelone, Valence, -Murcie, sont très bonnes. Le statut royal y a partout grand succès. La -_Gazette de Madrid_ du 23 annonce l'envoi réciproque et la réception -de ministres accrédités entre Madrid et Lisbonne: voilà la -reconnaissance formelle. - -»Don Carlos a encore été serré de près une seconde fois et perdu de -nouveau quelques équipages. - -»M. Sontag[216] revient déjà de Bruxelles où se rend M. -Périer[217]...» - - [215] Le comte Félix de Mérode, alors ministre des affaires - étrangères. - - [216] Second secrétaire d'ambassade à Londres. - - [217] Auguste-Casimir-Victor-Laurent Périer, fils de M. Périer, - alors secrétaire de légation à Bruxelles. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 1er mai 1834. - - »Monsieur le comte, - -»...J'ai pu voir lord Palmerston hier et lui parler des deux affaires -qui faisaient l'objet principal de votre dépêche numéro 33. Il adopte -en tout point votre opinion sur la conduite du gouvernement prussien -envers le général Goblet et il a écrit à Berlin pour charger lord -Minto de faire des représentations... - -»Il y a eu tant et de si diverses propositions mises en avant dans ces -derniers temps au sujet du Luxembourg, que lord Palmerston pense qu'il -ne nous convient pas de nous montrer trop préoccupés de cette affaire, -et que nous devons attendre qu'on nous soumette quelque projet positif -que la France et l'Angleterre seront toujours libres d'accepter ou de -rejeter. - -»Lord Palmerston m'a communiqué ensuite des dépêches qu'il avait -reçues de Vienne et dans lesquelles sir Frédéric Lamb lui rendait -compte de plusieurs conversations qu'il avait eues avec le prince de -Metternich, sur la reprise des conférences de Londres pour terminer -l'affaire hollando-belge. Toutes ces conversations n'ont été qu'une -longue série de raisonnements de la part du chancelier d'État pour -prouver la nécessité de réunir la conférence, et quoique, en -définitive, ils ne présentent rien de bien nouveau, lord Palmerston se -propose de charger sir Frédéric Lamb d'y répondre et d'annoncer -l'intention du gouvernement anglais de se rendre aux désirs du cabinet -autrichien, lorsqu'on aura la certitude que le roi des Pays-Bas -consent à signer les sept premiers articles du traité du 15 novembre, -sur lesquels les gouvernements d'Autriche, de Prusse et de Russie -n'ont jamais élevé la moindre contestation. Il pense, comme moi, que -le refus ou l'acceptation du roi des Pays-Bas ferait connaître -péremptoirement s'il veut ou ne veut pas finir. - -»La dépêche de lord Palmerston sera transmise à Vienne par Paris, -et lord Granville doit vous en donner communication... - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, ce 3 mai 1834. - - »Mon prince, - -»... Tout est bien embrouillé sur la frontière du nord en Espagne, et -cependant je ne vois pas Madrid s'impressionner beaucoup. Rayneval -n'en souffle mot. - -»Pozzo a dû avoir ce matin un rendez-vous avec le roi. J'ai fort -prémuni le roi; je l'ai surtout fort engagé à ne pas donner d'excuses -à Pozzo; bien moins encore de lui dire que c'était pour ne pas laisser -les Anglais tout seuls agir dans la péninsule et avoir occasion de les -surveiller. - -»Il était, je crois, disposé à tenir ce langage, mais j'y ai mis tout -ce que j'ai pu de savoir-faire pour qu'il s'en abstînt...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 9 mai 1834. - - »Monsieur le comte, - -»... Je crois qu'il serait utile de m'envoyer aussitôt que possible -les ratifications du traité du 22 avril. Celles de Portugal pourraient -arriver d'un instant à l'autre, et comme nous pouvons compter sur -celles de Madrid, on fera probablement un premier échange avec le -ministre de Portugal, si toutefois le gouvernement de dom Pedro ne -refuse pas de ratifier le traité, comme quelques personnes ici -paraissent le craindre, ce qui, je l'avoue, serait un plus grand -acte de folie de la part de ce gouvernement que tous ceux qu'on a eus -jusqu'ici à lui reprocher. - -»J'engagerai lord Palmerston à ne pas retarder davantage l'envoi à -Copenhague des instructions nécessaires pour la conclusion du traité -relatif à la traite des noirs[218]. - -»Vous aurez remarqué dans les journaux anglais l'annonce de l'arrivée -à Londres du comte de Montfort (M. Jérôme Bonaparte). Cette nouvelle -est vraie; MM. Lucien et Joseph Bonaparte continuent aussi à séjourner -ici. - - «Londres, le 15 mai 1834. - -»M. Feuillet m'a remis les ratifications du traité du 22 avril. - -»... Les deux pièces dont je joins ici des copies vous prouveront que -le gouvernement de dom Pedro s'est décidé à ratifier le traité signé à -Londres par son plénipotentiaire. On ignore encore le jour où les -ratifications portugaises arriveront ici, mais cela est moins -important maintenant que nous savons à quoi nous en tenir sur les -intentions du régent du Portugal à l'égard de ce traité. Je pense -cependant que tout sera complété dans trois ou quatre jours, à moins -que les ratifications portugaise et espagnole ne soient pas -parfaitement en règle, ce qui est à craindre d'après la hâte avec -laquelle elles ont dû être réexpédiées à Madrid et à Lisbonne. - -»Je n'ai pu voir lord Palmerston aujourd'hui; je ne manquerai pas dans -notre prochaine entrevue de lui exprimer votre désir au sujet des -affaires de la Suisse...» - - [218] Des négociations étaient alors engagées entre la France et - l'Angleterre, d'une part, et le Danemark, de l'autre, à l'effet - d'obtenir du cabinet de Copenhague son accession au traité conclu - le 30 novembre 1831 entre les cabinets de Paris et de Londres (et - complété par la convention du 22 mars 1833) pour la répression de - la traite des noirs. Le Danemark y adhéra le 26 juillet 1834. - - «Londres, le 18 mai 1834. - -»En réfléchissant attentivement au projet de déclaration dont il est -question à l'article V du traité du 22 avril[219] et que M. Martinez -de la Rosa voudrait qui fût faite par un acte collectif signé des -quatre plénipotentiaires, j'y ai reconnu plusieurs inconvénients que -je dois vous indiquer comme je les ai déjà fait pressentir à lord -Palmerston. J'y vois d'abord le fait d'une intervention directe dans -les affaires purement intérieures de la péninsule, et nous nous -engageons, ce me semble dès le premier pas, plus avant que ne nous y -oblige le traité lui-même. Car, dans cet acte, j'ai tenu à ce que nous -ne fussions que les garants des conditions de l'article V, mais que -nous ne fussions point chargés de leur exécution. Si, par les -conséquences inévitables d'une guerre telle que celle qui se fait dans -la péninsule, il arrivait que dans les villes ou places successivement -occupées par les deux partis, la déclaration des quatre cours subît -toutes les mauvaises chances d'un acte rédigé au nom d'une des deux -parties combattantes, la dignité de la France et de la Grande-Bretagne -ne se trouverait-elle pas compromise par des insultes qui -tomberaient directement sur une déclaration émanée d'elles? - -»Je ne reconnais pas, d'ailleurs, la nécessité de la démarche réclamée -par le cabinet de Madrid dans celle circonstance. Il me paraît qu'il -devrait lui suffire qu'à la suite de la publication du traité, le -gouvernement portugais fît la déclaration mentionnée et garantie par -l'article V. - -»Telles sont les observations dont j'ai fait part à lord Palmerston et -sur lesquelles j'appelle votre attention, monsieur le comte. Vous -aurez le temps de me faire connaître votre opinion définitive à ce -sujet, car on ne pourra s'occuper de la forme de la déclaration -qu'après l'échange des ratifications qui ne se fera que dans quelques -jours... - -»Lord Palmerston m'a dit qu'il allait positivement envoyer à -Copenhague les instructions nécessaires pour terminer la négociation -relative à la traite des noirs... - -»Vous aurez déjà appris, quand cette lettre sera entre vos mains, que -le cabinet anglais avait prévenu vos désirs relativement aux affaires -de Francfort[220]. Lord Granville a dû vous communiquer la dépêche que -lord Palmerston a écrite au ministre d'Angleterre dans cette ville, -pour le charger d'y faire des représentations sur les derniers -événements qui s'y sont passés et sur les projets qu'on attribue -à la diète. J'ai trouvé la lettre de lord Palmerston rédigée dans des -termes un peu trop vifs, et je crains qu'elle ne dépasse le but. Je -voudrais qu'elle vous eût produit la même impression qu'à moi, et que -le gouvernement du roi, restant dans les idées sages que vous exprimez -si bien par votre dépêche numéro 42, se bornât à faire des réserves -sur un ton assez modéré pour ne pas causer d'irritation. - -»Nous devons autant que possible ménager la susceptibilité des petits -gouvernements d'Allemagne, et témoigner de notre force par notre -modération même envers eux. Vous n'ignorez pas que, dans ces derniers -temps, le ton quelquefois provocant des agents anglais en Allemagne -n'y a pas utilement servi nos intérêts...» - - [219] Art. V.--«Il est convenu entre les hautes parties - contractantes que par suite des stipulations contenues dans les - articles précédents, une déclaration sera immédiatement publiée - annonçant à la nation portugaise les principes et le but des - engagements de ce traité.» - - [220] A la suite de l'émeute du 5 avril 1833, la diète avait - ordonné l'occupation de Francfort par une garnison moitié - autrichienne moitié prussienne, ce qui avait été la source de - rixes et de conflits journaliers avec les milices de la ville. A - l'occasion de troubles sérieux qui survinrent de nouveau le 2 - mai, la diète prit une seconde décision qui concentrait la police - et tous les pouvoirs militaires entre les mains du commandant - autrichien. Le Sénat de Francfort protesta vivement contre cette - mesure, qui ne laissait presque rien subsister de l'indépendance - de la République. C'est également cet abus de pouvoir de la part - de la Confédération qui avait provoqué l'intervention des - puissances. - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 19 mai 1834. - - »Mon prince, - -»Roussin vient de refuser[221]: on va le remplacer par l'amiral Jacob, -je crois. J'ai laissé le conseil parfaitement libre de nommer un -ministre des affaires étrangères ou un ministre de la marine. - -»Nous avons beaucoup de lettres de Constantinople et de Vienne. -Roussin mande que les préparatifs maritimes russes sont immenses et -pressés: on annonce un voyage de l'empereur en Crimée. Méhémet-Ali -s'agite sur son divan et se croit menacé, mais il est assez embarrassé -en Syrie et à Candie et ne pense plus à aller plus loin autrement -que par des intrigues dans le divan même. - -»Sainte-Aulaire pense que les trois cours du Nord feront un -arrangement séparé avec la Hollande, si les conférences ne se -reprennent pas. - -»M. de Metternich ne digère pas le traité, mais prend en apparence la -chose assez doucement. M. Ancillon est plus vif. Nous sommes dans un -petit moment d'agitation ministérielle qui n'aura pas de suites, mais -cela me fait perdre mon temps et un peu de ce que j'avais à vous -dire... - -»M. de La Fayette s'en va mourant ce soir, demain ou après au plus -tard[222]... » - - [221] Le portefeuille de la marine. - - [222] M. de La Fayette mourut le 20 mai. Ses obsèques eurent lieu - le 22 au milieu d'une immense affluence. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 22 mai 1834. - - »Monsieur le comte, - -»... Les ratifications portugaises ne sont point encore arrivées; on -ne peut expliquer ce retard que par l'état de la mer, qui n'a pas, -depuis quelques jours, favorisé les arrivages du Portugal. - -»Le prince de Lieven, ambassadeur de Russie à Londres pendant les -vingt dernières années, vient d'être rappelé par sa cour pour occuper -le poste de gouverneur ou, selon l'expression russe, de curateur du -grand-duc héréditaire, dont la majorité a été déclarée il y a peu de -jours à Pétersbourg. La lettre par laquelle on annonce à M. de Lieven -sa nomination, est conçue dans les termes les plus flatteurs et -les plus honorables. - -»Cette nouvelle a produit hier une assez vive sensation à la Bourse de -Londres, et quelques personnes ont voulu y voir la preuve d'une -rupture prochaine entre la Russie et l'Angleterre; on est déjà revenu -aujourd'hui de cette crainte non fondée. - -»M. le prince de Lieven sera fort regretté en Angleterre; il s'y était -concilié l'estime de tous ceux qui, pendant tant d'années, ont eu -occasion de reconnaître l'élévation et la noblesse de son caractère. - -»Lord Palmerston, auquel j'ai parlé ce matin du projet qu'il a envoyé -à M. Foster[223] à Turin et qui est relatif à l'accession de la -Sardaigne à la convention sur la traite des noirs, m'a avoué que -c'était par oubli que vous n'aviez pas reçu ce projet, et il m'a -promis de réparer aussi promptement que possible cet oubli, en vous -faisant remettre par lord Granville une copie du projet en question. - -»J'espère pouvoir vous adresser par le prochain courrier l'ordre du -conseil qui a levé l'embargo sur les navires hollandais en 1833.» - - [223] Auguste-Jean Foster, né en 1780, ministre plénipotentiaire - d'Angleterre en Sardaigne. - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 26 mai 1834 - - »Mon prince, - -»Le roi a été tout remué d'une lettre du roi Léopold qui lui -annonçait son projet d'établir un ordre de succession en -Belgique[224]. - -»Lehon est parti hier, et je l'ai fort prié de faire ajourner non -seulement toute résolution, mais, s'il était possible, toute -discussion sur ce sujet qui n'est pas fort goûté en France. - -»Lord Granville n'a rien reçu de Londres à ce sujet; je crois avoir -lieu de croire que cette première détermination du roi Léopold aura -surpris le cabinet de Londres comme le nôtre. - -»Nous n'avons rien de Madrid depuis le 14. L'insurrection de la -Navarre devient plus intense, mais les autres provinces n'y prennent -pas la même part...» - - [224] Le prince royal de Belgique, âgé seulement de quelques - mois, venait de mourir le 10 mai. Le roi Léopold, qui n'avait pas - d'autres enfants, voulut assurer l'hérédité de la couronne dans - sa famille en faisant proclamer par les Chambres belges les - droits éventuels de princes de la maison de Cobourg, ses parents. - C'est cette détermination du roi des Belges qui provoqua - l'intervention du roi Louis-Philippe. - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Neuilly, le 23 mai 1834. - -»Qui croirait, mon cher prince, que le roi Léopold n'ayant que -quarante-trois ans et une femme jeune et en parfaite santé, se laisse -entraîner par l'amertume que lui cause la perte de son enfant à -vouloir seul et de lui-même assurer sa succession au trône de Belgique -à ses neveux, ce à quoi il n'avait pas pensé au moment de son mariage, -ni avant, et certes il y avait moins de motifs de le faire à présent -qu'avant la naissance du cher petit que nous pleurons. Notre -Louise a prouvé qu'elle pouvait avoir des enfants et à vingt-trois -ans, fraîche et bien portante comme elle l'est, il est probable -qu'elle en aura d'autres. Vous ne serez pas surpris que notre roi lui -fasse sentir, par la lettre dont je vous envoie copie, d'abord qu'il -ne peut _seul_ et de _lui-même_ prendre une résolution de cette nature -et de cette importance, sans se concerter d'avance avec l'Angleterre -et la France, et que nous ne pouvons consentir à laisser germaniser la -Belgique ni à la laisser affubler d'une série d'agnats comme ceux du -Luxembourg qui nous ont déjà causé tant d'embarras et de difficultés; -ce que, mon cher prince, vous savez mieux que tout autre. Notre roi -pense qu'il est utile et nécessaire que vous soyez au fait de cette -affaire pour, si on y donne suite en Angleterre et que vous en -entendiez parler, prévenir dans votre sagesse les dangers et -difficultés qui en pourraient résulter pour la paix générale, en les -faisant envisager en Angleterre dans toute leur étendue. Nous nous en -remettons pour cela à votre esprit si juste et à votre zèle pour le -bien de la France.» - -LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU ROI LÉOPOLD. - - «Paris, le jeudi 22 mai 1834. - - »Mon très cher frère et excellent ami, - -»Je vous réponds séparément sur la partie importante de votre lettre -du 19 que je viens de recevoir. Ce que vous me communiquez est d'une -telle gravité que je ne conçois pas que ce soit seulement pour que je -ne l'apprenne pas par d'autres que vous m'en faites part. Des -résolutions de cette nature doivent non seulement être concertées -entre l'Angleterre et nous, mais vous ne pouvez pas les prendre sans -notre concours et notre approbation. Ni l'acte qui vous appelle au -trône, ni la constitution belge, ni les traités qui vous l'ont garanti -ne confèrent ce droit. Il faut donc qu'avant d'aller plus loin dans -cette _singulière_ matière, vous en fassiez l'objet d'une négociation -officielle de votre gouvernement avec le nôtre. Je dis _singulière_, -mon cher frère, parce qu'en vérité je ne conçois pas qu'à votre âge, -avec une femme comme la vôtre, l'amertume de la perte que nous venons -de faire vous entraîne à vous persuader qu'il est urgent de pourvoir -aux chances de votre succession, et d'affubler la Belgique d'une série -d'agnats comme ceux du Luxembourg: - -»1º Je suis loin de croire qu'un tel acte fût une garantie pour la -solidité de votre trône et je serais plutôt porté à croire que la -pensée en plairait à ceux qui ne la désirent pas, par suite des -difficultés de tout genre qu'il pourrait lui susciter. Je ne crois -point qu'il soit nécessaire pour rassurer la Belgique sur le danger du -retour des Nassau ou l'établissement de la république, car personne -n'ignore que la France ne souffrira jamais ni l'un ni l'autre. - -»2º Personne n'ignore que ce que nous voulons, c'est l'indépendance -réelle et _non nominale_ de la Belgique; que nous ne voulons nullement -qu'elle dépende de nous ni de l'Angleterre ni de tous les deux, mais -que nous voulons encore bien moins qu'elle dépende de la Prusse, de la -Confédération germanique ou de l'Allemagne. Non seulement nous avons -voulu que la Belgique fût indépendante mais nous avons établi qu'elle -serait perpétuellement neutre, afin qu'elle ne pût pas être -engagée dans de pareils liens.--L'indépendance de la Belgique nous -importe encore sous un autre rapport que vous connaissez bien: c'est -que c'est la base, le lien de notre alliance avec l'Angleterre qui -nous est si précieuse et qui est la garantie de la paix et de l'ordre -social. Nous résisterons donc à tout ce qui pourrait y porter atteinte -et _germaniser_ la Belgique, soit en entrant dans la Confédération -germanique, soit en tombant dans la dépendance d'un des États qui la -composent. - -»J'espère donc, mon cher frère, que vous allez arrêter le message de -vos Chambres dont vous me parlez, et que vous ne donnerez aucune suite -à ce projet avant d'en avoir entretenu les cabinets de Londres et de -Paris et d'avoir reçu leurs réponses. - -»Sur ce, mon frère, je vous embrasse de tout mon coeur, et je repars -pour Neuilly, étant toujours et pour la vie, - - »Votre bon frère et bien affectionné beau-père et fidèle ami. - - »LOUIS-PHILIPPE.» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 26 mai 1834. - - »Monsieur le comte, - -»J'ai vu hier soir lord Grey et l'ai entretenu du projet qu'avait le -roi Léopold de régler la succession au trône de Belgique de concert -avec les Chambres belges. J'ai aisément fait valoir près de lui les -raisons qui s'opposent à un tel projet. Je dois rendre à lord Grey la -justice de dire qu'il a saisi comme vous les inconvénients de plus -d'un genre que soulèverait le plan du roi Léopold. Il m'a positivement -donné l'assurance que l'Angleterre s'opposerait à ce que la -succession au trône fût déterminée sans le concours de la France et de -l'Angleterre. On écrira d'ici dans ce sens à Bruxelles, et je puis -ajouter même que lord Durham avec qui j'en ai parlé et dont les avis -sont en général accueillis par le roi Léopold, se propose de lui faire -connaître l'opposition qu'il trouverait en Angleterre à l'exécution de -son projet de succession.» - - «Londres, le 26 mai 1834. - -»Je m'abstiens en général de vous entretenir des débats parlementaires -d'Angleterre qui se rapportent spécialement aux affaires intérieures -du pays, parce que je sais que les journaux qui vous sont adressés -d'ici vous fournissent à cet égard beaucoup plus exactement et plus -promptement que je ne pourrais le faire tous les détails désirables. -Je dois cependant vous rendre compte aujourd'hui d'un incident très -grave qu'a amené la discussion d'un bill dans la Chambre des communes. - -»Ce bill dont la première lecture a eu lieu il y a plus de quinze -jours est relatif au rachat des dîmes du clergé protestant en Irlande. -On a calculé que, par suite des résultats financiers qu'il produirait, -il resterait en définitive un résidu dont il s'agirait de régler -l'emploi. L'un des membres du cabinet, lord John Russell, qui -soutenait le bill à la Chambre des communes, s'était prononcé -peut-être un peu intempestivement lors de la première lecture pour que -le fond restant fut employé selon la volonté du gouvernement. Cette -proposition excita un très vif dissentiment dans le cabinet dont -plusieurs membres, partageant à ce sujet l'opinion d'un parti -assez considérable dans la Chambre des communes et certainement de la -majorité de la Chambre des pairs, déclarèrent ne pouvoir l'adopter. -Les ministres qui s'opposèrent le plus fortement contre la proposition -de lord John Russel sont MM. Stanley et sir James Graham. Ils -voyaient, disaient-ils, une spoliation des biens du clergé anglican et -prétendaient que s'il restait un fond quelconque, après que toutes les -opérations du bill auraient été exécutées, ce fond devait être remis -au clergé anglican d'Irlande qui en réglerait l'usage. - -»Lord John Russell, de son côté, persistant dans l'opinion qu'il avait -émise, avait offert sa démission, si on ne l'adoptait pas. On était -parvenu cependant à lui faire retirer sa démission, et le cabinet -cherchait le moyen de mettre fin à cette difficulté, lorsqu'une motion -que M. Ward[225] doit faire demain à la Chambre des communes est venue -reproduire tous les embarras qu'on avait espéré dissiper. M. Ward -proposera que le fond en question soit employé au profit de l'Église -dissidente et de l'Église catholique d'Irlande, et il est encore -impossible de prévoir l'issue de cette motion. - -»Quelle qu'elle soit, on prétend qu'elle doit amener la sortie de -plusieurs membres du ministère. Si la proposition de M. Ward obtient -la majorité dans la Chambre, M. Stanley et sir James Graham ont -annoncé l'intention positive de se retirer; dans le cas contraire, ce -serait lord John Russell et sans doute d'autres membres du cabinet qui -quitteraient. - -»Depuis trois jours, les conseils de cabinet se succèdent sans qu'on -ait pu trouver encore le moyen de concilier les opinions divergentes -qui y sont exprimées. La retraite de M. Stanley serait une perte bien -sensible pour le ministère dont il est le plus solide et sans -contredit le plus habile soutien à la Chambre des communes. Celle de -lord Russell et d'autres membres pourrait aussi produire quelques -conséquences inattendues. - -»Enfin, monsieur le comte, vous voyez que le moment est critique, et -que, s'il ne survient pas quelque accommodement, l'existence du -cabinet actuel est compromise. - -»Vous me permettrez de ne point émettre ici de prédiction sur -l'administration qui pourrait être appelée à succéder à celle-ci; ces -prédictions seraient au moins oiseuses en présence de circonstances -aussi mobiles et aussi incertaines que celles qui peuvent s'élever -d'un instant à l'autre. Je me bornerai donc à vous tenir exactement -informé de tout ce qui parviendra à ma connaissance.» - - [225] Henry-Georges Ward, né en 1798, homme politique et - diplomate anglais. Il fut successivement secrétaire de légation à - Stockholm, La Haye et Madrid et fut nommé ministre à Mexico en - 1825. En 1832, il fut élu député. Il devint, en 1849, haut - commissaire aux îles Ioniennes, puis gouverneur de Ceylan en - 1850, et mourut en 1860. - - «Londres, le 27 mai 1834, dix heures du soir. - -»La motion de M. Ward vient d'être faite à la Chambre des communes; -elle a été secondée par M. Grote[226]. Le chancelier de l'échiquier, -lord Althorp, a, dans un discours habile, proposé l'ajournement de la -question et du parlement jusqu'à lundi. M. Grote s'est empressé -d'appuyer la proposition du ministre, en faisant allusion aux -circonstances graves auxquelles elle se rapportait. La Chambre l'a -adopté avec des acclamations très vives et très prononcées; ainsi, les -choses restent en suspens de ce côté. Il est certain, cependant, que -c'est un grand appui moral donné à la majorité du ministère, et il -paraît que M. Stanley, sir James Graham, le duc de Richmond et -peut-être lord Ripon devront se retirer. - -»Le roi, dit-on, est décidé à soutenir lord Grey et les membres du -cabinet qui marchent avec lui.» - - [226] Georges Grote, historien et homme politique anglais, né en - 1794, député aux Communes en 1832, où il siégea dans le parti - whig. Il se retira en 1841 et dès lors s'occupa exclusivement - d'histoire. On lui doit une histoire de Grèce, ouvrage - considérable qui a établi sa réputation. En 1868, il succéda à - lord Brougham comme président du conseil de l'Université de - Londres. Il mourut en 1871. - - «Londres, le 29 mai 1834. - -»... Les ratifications portugaises sont enfin arrivées ce matin à -Londres; je pense que l'échange se fera ce soir ou demain matin. -Aussitôt que j'aurai reçu les ratifications d'Angleterre, d'Espagne et -de Portugal, je les remettrai à M. Feuillet. - -»J'ai l'honneur de vous envoyer une copie de la note par laquelle lord -Palmerston doit annoncer la conclusion du traité de la quadruple -alliance aux légations étrangères accréditées en Angleterre. - -»Le duc de Richmond et lord Ripon ont positivement offert leur -démission qui a été acceptée. Cela rendra le nouvel arrangement -ministériel plus difficile, mais on croit cependant qu'il pourra être -terminé lundi, jour fixé pour la reprise des travaux de la Chambre des -communes[227]. - -»Je ne perds pas de vue la question d'Orient et j'en entretiendrai de -nouveau lord Palmerston et lord Grey aussitôt que l'organisation -nouvelle du cabinet leur laissera la liberté de s'en occuper.» - - [227] A la suite de ce remaniement, le ministère anglais perdit - quatre membres: lord Stanley, ministre des colonies et de la - guerre, fut remplacé par M. Spring-Rice aux colonies et par M. - Ellice à la guerre; sir J. Graham, premier lord de l'amirauté, - par lord Auckland; le duc de Richmond, maître général des postes, - par le marquis de Coningham; lord Ripon, lord du sceau privé, par - le comte de Carlisle. - - «Six heures du soir. - -»_P.-S._--Je sors du Foreign Office où je m'étais rendu pour procéder -à l'échange des ratifications, qui n'a pu avoir lieu, parce que -l'instrument envoyé de Lisbonne est tellement incorrect qu'il est -presque impossible de l'accepter. Parmi les irrégularités, je me -bornerai à vous indiquer le retranchement du préambule. - -»Nous cherchons les moyens de pourvoir à cet embarras, mais jusqu'à -présent nous n'avons rien trouvé. Ce retard désagréable pour nous, et -que je vous prie de tenir secret, est une grave difficulté pour le -cabinet anglais qui espérait être en état de présenter lundi prochain -le traité au parlement.» - - «Londres, le 31 mai 1834. - -»M. Feuillet, qui aura l'honneur de vous remettre cette dépêche, vous -porte en même temps les trois ratifications du traité du 22 avril. - -»Après avoir mûrement pesé les inconvénients que produirait le retard -dans l'échange des ratifications de ce traité, nous nous sommes -décidés à accepter l'instrument portugais, quelque incorrect qu'il -fût. - -»Nous avons essayé d'ailleurs de prévenir les mauvaises conséquences -de notre détermination au moyen des deux pièces dont j'ai l'honneur de -joindre ici les copies. - -»La première est une déclaration aussi explicite que possible du -ministre de Portugal à Londres, et la seconde une contre-déclaration -des plénipotentiaires des trois cours par laquelle ils prennent acte -de l'engagement solennel contracté par le plénipotentiaire portugais -de faire rectifier le plus promptement possible les erreurs commises -dans l'exécution des ratifications portugaises. - -»En prenant lecture de ces deux pièces, vous serez sans doute -convaincu comme moi, monsieur le comte, que nous ne pouvions pas faire -davantage dans l'état de choses donné. - -»Notre refus de ratifier aurait amené un délai qui ne pouvait pas être -de moins d'un mois; pendant ce temps les opérations de l'armée -espagnole restaient suspendues et l'auraient été même longtemps après, -puisqu'il aurait fallu attendre de Londres les ordres nécessaires pour -autoriser le gouvernement espagnol à agir. L'invitation que nous avons -transmise aux trois ministres d'Espagne, de France et de -Grande-Bretagne à Lisbonne, nous donne d'ailleurs la certitude que ce -n'est que quand ils auront entre les mains des ratifications -rectifiées que l'ordre d'avancer sera accordé au gouvernement -espagnol. - -»Vous trouverez jointe aussi une copie de la dépêche que je viens -d'écrire à ce sujet à M. le baron Mortier, et j'ose espérer que vous -me trouverez justifiable de lui avoir adressé des instructions sans -attendre vos ordres. La célérité, dans cette circonstance, l'emportait -sur toute autre considération. - -»Après l'échange des ratifications, nous, avons discuté le projet -d'amnistie dont il est fait mention à l'article V du traité et nous -avons arrêté la rédaction de celui que j'ai l'honneur de vous envoyer -en copie. - -»La raison qui m'a particulièrement déterminé, monsieur le comte, à -consentir à l'arrangement dont je viens de vous rendre compte, est -qu'il m'a semblé urgent de donner toute valeur au traité du 22 avril. -Les difficultés ministérielles qui se sont élevées ici dans ces -derniers jours et qui, quoique heureusement arrangées pour le moment, -peuvent encore se renouveler, rendaient de la plus haute importance -pour nous que ce traité fût ratifié par le ministère actuel ou du -moins reconnu pour tel. - -»Je pense que le gouvernement du roi, en appréciant cette -considération, approuvera la résolution que j'ai dû prendre. - -»Vous connaissez déjà par la voie des journaux les noms de ceux qui -sont appelés à remplacer les membres sortants du cabinet anglais. Dès -qu'il était certain, comme j'avais eu l'honneur de vous le mander, que -lord Grey restait à la tête des affaires, les noms des nouveaux -ministres n'offraient plus le même intérêt. - -»Il reste à savoir maintenant quel effet produira sur les deux -chambres du parlement l'arrangement ministériel. L'opinion la plus -généralement répandue est que le cabinet ne s'est pas fortifié par -l'adjonction de ceux qu'il a appelés dans son sein. Je crois cette -opinion assez fondée.» - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 1er juin 1834. - - »Mon prince, - -»Pour que vous sachiez bien pourquoi nous vous envoyons copie d'une -nouvelle instruction à M. Périer à Bruxelles; il faut vous dire -que, sur une conversation de M. Van de Weyer avec lord Palmerston, -celui-ci a écrit une lettre particulière au roi Léopold, dans laquelle -il approuve le plan de désigner un successeur. Le roi Léopold a envoyé -copie de cette lettre à son beau-père qui me l'a montrée hier; alors -nous avons écrit à Bruxelles, nous fondant non sur ce renseignement -_très confidentiel_, mais sur une dernière lettre de Périer qui -annonçait la reprise de ce plan. - -»Comme il résulte de là que lord Grey et lord Palmerston auraient -parlé en sens différent, j'ai cru devoir vous donner ce renseignement: -je vous prie de le considérer comme entre vous et moi seul; le roi -même ignore que je vous en parle. - -»Nous attendons l'arrangement ministériel à Londres avec impatience. - -»Les Portugais sont d'étranges maladroits avec leurs ratifications -écourtées: je crains bien que nous ne puissions passer outre.» - - -M. DE RAYNEVAL AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Aranjuez, le 2 juin 1834. - - »Prince, - -»Voici probablement la dernière gazette relative aux événements de la -guerre portugaise que j'aurai à vous envoyer, car la voilà finie comme -par enchantement cette guerre qu'il y a peu de jours encore, on -regardait comme interminable. C'est vous qui êtes le véritable -vainqueur en cette occurrence. - -»Le traité a tout fait. La coopération des Espagnols a bien produit -quelque effet, mais si on ne nous eût pas aperçu comme un corps -de réserve derrière eux, les armes ne fusseut certes pas tombées aussi -promptement des mains des miguélistes[228]. - -»L'accord signé par le secrétaire de la légation britannique en -Portugal et les généraux de dom Pedro relativement à don Carlos, -n'impose à ce prince aucune des conditions exigées de dom Miguel. Cela -mécontente horriblement ce cabinet-ci qui venait justement de demander -qu'avant de permettre au prétendant espagnol de s'embarquer on -déterminât entre les signataires de la convention du 22 avril le lieu -où il lui serait permis de se retirer. Un tel désir était peut-être en -opposition avec cette convention, mais ici on n'en espérait pas moins -le faire accueillir. Maintenant on craint bien qu'il ne soit trop -tard, mais si on n'obtient pas satisfaction sur ce point, on insistera -avec d'autant plus de force sur la nécessité d'obliger don Carlos, -pour recevoir la pension qui lui est assurée, à faire les mêmes -promesses que dom Miguel. Ceci est plus facile à admettre, mais ce -n'est pas tout: le cabinet espagnol propose en même temps à ses -alliés de déclarer que si les mêmes circonstances qui ont rendu leur -union nécessaire dans le but de pacifier la péninsule venaient à se -reproduire, le traité reprendrait à l'instant même toute sa force et -vigueur. - -»M. Martinez de la Rosa vient de rédiger à la hâte et d'adresser à M. -Villiers et à moi une note où les trois points que je viens d'indiquer -sont traités et dont la conclusion est d'inviter la France et -l'Angleterre à assurer à l'Espagne les garanties qu'elle réclame comme -indispensables pour son repos futur. J'aurais voulu vous envoyer cette -pièce sur laquelle Votre Altesse et lord Palmerston vont avoir à -délibérer, mais je suis forcé, faute de temps, à vous engager à en -demander communication à ce ministre...» - - [228] La guerre civile touchait en effet à son terme en Portugal. - A la suite de la bataille de Santarem (18 fév.), et des succès - répétés de l'amiral Napier et du comte de Villaflor dans le nord, - les forces miguélistes se trouvèrent entièrement désorganisées. - L'intervention espagnole précipita encore les événements. Dom - Miguel, complètement battu près de Thomar (16 mai), se retira sur - Evora où il fut cerné et contraint de se rendre à discrétion (26 - mai). Don Carlos qui avait joint ses forces aux siennes partagea - son sort. Le lendemain (27 mai), dom Pedro publia une amnistie - générale. Don Carlos fut laissé libre de se retirer sans - conditions: il s'embarqua à Aldea Gallega avec sa famille et se - rendit en Angleterre. Quant à dom Miguel il dut signer - l'engagement de quitter la Péninsule, moyennant quoi il reçut une - pension de 375 000 francs.--Après la mort de dom Pedro, le - cabinet portugais prit contre le prétendant des mesures de - rigueur. Il fut déclaré déchu de tous ses droits civils et - politiques. Toute tentative de sa part pour rentrer en Portugal - devait être punie de mort dans les vingt-quatre heures. - Toutefois, les cortès refusèrent de ratifier ce que ces mesures - avaient de trop draconien. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 5 juin 1834. - - »Monsieur le comte, - -»... Je n'ai pu voir lord Palmerston que pendant quelques instants ce -matin, mais assez de temps cependant pour l'entretenir de la reprise -du projet de pourvoir, par une mesure extraordinaire, à la succession -éventuelle du trône de Belgique. Il m'a avoué qu'après être entré -d'abord dans les idées du roi Léopold à cet égard, il cédait à -l'opinion qu'un ajournement indéfini de cette question était -préférable. Il m'a promis de transmettre demain à sir Robert Adair des -instructions dans ce sens. Il m'a d'ailleurs montré une lettre en date -du 3, qu'il venait de recevoir de cet ambassadeur, qui lui annonçait -en quelques lignes que l'ajournement que nous désirons paraissait -être adopté par le cabinet de Bruxelles lui-même. - -»J'ai eu l'honneur, monsieur le comte, en vous envoyant une copie de -la note par laquelle lord Palmerston se proposait de communiquer le -traité de quadruple alliance au corps diplomatique ici, de vous mander -que cette communication devait être faite immédiatement. Il n'en a pas -été ainsi néanmoins, et sur l'opinion émise par l'avocat de la -couronne, le cabinet anglais s'est décidé à retarder la publication du -traité jusqu'à ce qu'il ait reçu les nouvelles ratifications de -Lisbonne. S'il en était temps encore, je crois que vous feriez bien -aussi de suspendre la publication à laquelle j'ai eu le tort de vous -engager prématurément... - -»Je puis vous dire que l'escadre anglaise qui a quitté Malte n'a pas -d'autres instructions que celle de se rendre dans les eaux de Smyrne -pour reprendre la station qu'elle y occupe tous les étés. - -»On a reçu aujourd'hui des lettres de Lisbonne du 27 mai qui annoncent -que l'infant don Carlos ne s'embarquera pas sur le même bâtiment que -l'infant dom Miguel. Il paraît que le premier de ces deux princes a -demandé à être transporté à Plymouth et de là en Hollande. - -»Les nouveaux ministres, lord Auckland[229], M. Spring Rice[230] -et M. Ellice[231] ont prêté serment entre les mains du roi ce matin au -lever de Sa Majesté. - -»Le succès que le ministère a eu à la séance de la Chambre des -communes de lundi[232] n'a pas complètement encore rassuré l'opinion -publique; lord Grey lui-même ne peut se défendre d'une inquiétude -assez vive dont on retrouve les traces dans ses discours et dans la -lettre qu'il a écrite à la députation de cent cinquante membres de la -Chambre des communes qui lui avait remis une adresse pour le presser -de rester au ministère.» - - [229] Lord Auckland faisait déjà partie du précédent cabinet - comme président du bureau du commerce. - - [230] Thomas Spring Rice, né en 1790, député aux Communes en - 1820, sous-secrétaire d'État à l'intérieur en 1827. En 1830, il - devint secrétaire de la Trésorerie dans le cabinet Grey et en - 1834, ministre des colonies. En 1835 il fut nommé chancelier de - l'échiquier. Il se retira en 1839 et fut nommé pair d'Angleterre - avec le titre de baron Monteagle. Il reçut en même temps la - charge de contrôleur de la chambre du Trésor. - - [231] Edouard Ellice, né en 1781, industriel et homme d'État - anglais. Après avoir occupé de hauts emplois dans la compagnie - des fourrures de la baie d'Hudson, il entra dans la vie - politique, fut élu député en 1830, fut secrétaire de la - Trésorerie dans le cabinet Grey, puis secrétaire d'État à la - guerre, de juin à novembre 1834. En 1836, il fut chargé d'une - mission extraordinaire à Paris. Il rentra ensuite dans la vie - privée jusqu'à sa mort (1869). - - [232] C'est à cette séance qu'avait été discutée la motion de M. - Ward. A la suite d'un discours de lord Althorp, elle avait été - rejetée par la question préalable par 396 voix contre 120. - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 11 juin 1834. - - »Mon prince, - -»Il nous paraît ici que M. Grant[233] a été bien officieux et bien -prompt quant à don Carlos. S'il l'eût laissé vingt-quatre heures de -plus menacé par Rodil, on aurait eu une convention avec lui à peu -près semblable à celle qu'a souscrite dom Miguel. - -»Quoi qu'il en soit, le traité a bien atteint son but: l'expulsion des -deux prétendants, et don Carlos nous paraît être, sauf quelque chose -d'écrit, exactement dans la même situation que dom Miguel. - -»On ne pouvait dans un traité fixer leur résidence future: on ne le -peut davantage dans un supplément de traité. Quant à rendre le traité -permanent, je comprends que Martinez de la Rosa le désire comme action -morale continue sur les partisans de don Carlos; mais il ne faudrait -pas que cela devînt pour nous une nécessité ou une obligation d'une -intervention continue aussi: cela serait embarrassant. Rayneval et -Villiers me paraissent être d'accord cependant qu'il y aurait quelque -chose à ajouter. Si on le veut à Londres, nous n'y ferons pas -d'obstacle, mais nous ne voudrions pas qu'il en résultât pour nous -aucune obligation nouvelle en dehors des termes du traité dont vous -avez si bien saisi l'à-propos et calculé les effets. - -»Le duc de Frias a eu l'ordre de nous presser là-dessus. Je lui ai -simplement répondu ce matin que c'était une affaire à traiter à -Londres...» - - [233] Sir John Grant (1804-1850) était secrétaire de légation en - Portugal. Il faisait fonction de chargé d'affaires en l'absence - du ministre lord Howard de Walden. Les conditions de la - capitulation d'Evora avaient été discutées dans une conférence - entre lui, le général en chef des troupes miguélistes et le comte - de Saldanha. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 12 juin 1834. - - »Monsieur le comte, - -»... J'ai parfaitement compris la nécessité dans laquelle le -gouvernement du roi s'est trouvé de repousser les attaques de quelques -journaux français au sujet de l'échange des ratifications du -traité du 22 avril: il ne pouvait pas agir autrement, et du reste je -ne pense pas que cela, ait aucun inconvénient pour le gouvernement -anglais; on ne m'a pas fait jusqu'à présent la moindre observation à -cet égard, et je suis bien en mesure de répondre à toutes celles qui -pourraient être faites. - -»J'ai eu l'honneur de vous transmettre avant-hier la copie d'une note -adressée à lord Palmerston par le marquis de Miraflorès le jour même -où elle m'avait été communiquée. Je n'avais pas encore arrêté mes -idées sur la réponse qu'il serait convenable de faire à cette note et -je n'avais pas pu en entretenir lord Palmerston; c'est seulement hier -que nous en avons parlé[234]. - -»Je lui ai fait remarquer que nous ne devions pas répondre à cette -communication du gouvernement espagnol autrement que par un refus de -nous mêler de l'affaire qu'il recommande à nos soins: que n'étant -nullement lié à l'égard de cette question par le traité du 22 avril il -y aurait dans mon opinion quelque chose d'odieux de la part des -gouvernements de France et de la Grande-Bretagne à vouloir déterminer -le sort futur des infants don Carlos et dom Miguel après qu'ils se -trouvent expulsés de la péninsule. - -»Ces deux princes sont aujourd'hui envers l'Espagne et le Portugal -dans la même situation que tous les prétendants vis-à-vis des pays sur -lesquels ils réclament des droits. L'Angleterre, la France, la Suède -n'ont pas demandé aux autres puissances des garanties contre les -prétendants qui ont pu les inquiéter, et si les gouvernements -d'Espagne et de Portugal croient avoir de justes sujets de crainte -dans l'avenir de la part des deux infants, c'est des cortès qu'ils -doivent réclamer des mesures de rigueur contre les tentatives que ces -princes pourraient faire dans la suite et qui seraient de nature à -troubler la tranquillité de la péninsule. - -»Il m'a paru que lord Palmerston partageait ma manière de voir sur -cette question. Il s'éclairera d'ailleurs de l'opinion de son cabinet, -et de mon côté j'attendrai les instructions que j'ai eu l'honneur de -vous demander.» - - [234] Le cabinet de Madrid aurait désiré que les puissances - signataires du traité de 22 avril s'entendissent pour interdire - aux deux princes exilés, don Carlos et dom Miguel, de rentrer - dans la péninsule, et au besoin pour s'assurer de leurs - personnes. C'était là le but de la démarche de M. de Miraflorès. - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Tuileries, le 12 juin 1834. - - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -»_P.-S._--Mon frère vient de me parler de l'idée qu'on avait eue à -Madrid de faire une déclaration nouvelle sur le traité de la quadruple -alliance. Selon lui, pour lui conserver sa force et son effet, il ne -faut en rien dire surtout dans le moment où son _efficacité_ vient -d'être rendue aussi évidente, et il faut s'abstenir de toute -déclaration confirmative ou explicative parce que tout acte de ce -genre infirmerait au lieu de confirmer, et que, de plus, on pourrait -l'attribuer soit au regret que l'affaire se soit arrangée sans qu'on -ait eu besoin des troupes ou armées françaises, soit au désir de se -préparer des prétextes pour les faire marcher plus tard. - -»Il me charge de vous dire qu'il en a causé hier avec lord Granville -qui a paru très satisfait des dispositions que notre cher roi lui -a manifestées, ce qui était d'autant plus à propos, m'a dit le roi, -qu'à Madrid l'affaire a pris un faux pli et qu'il devenait plus -difficile à chaque délai de parvenir à l'effacer...» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 13 juin 1834. - - »Monsieur le comte, - -»J'ai eu l'honneur de vous expédier une dépêche télégraphique en même -temps que celle-ci: elle vous annonce l'arrivée de don Carlos à -Portsmouth, sur laquelle je n'ai pas jusqu'à présent d'autres détails -à vous transmettre. - -»J'ai reçu ce matin la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de -m'écrire le 11, et je me suis empressé de voir lord Palmerston et lord -Grey pour conférer avec eux sur les points qui y étaient traités. Ils -avaient reçu des lettres de M. Villiers qui sont parfaitement d'accord -avec la dépêche de M. de Rayneval dont vous aviez bien voulu m'envoyer -une copie. Les deux ministres étaient donc au courant des désirs et -des prétentions du gouvernement espagnol, quand je suis venu m'en -entretenir avec eux. - -»Nous avons examiné ensemble tout ce qu'il était possible de faire -dans cette circonstance et j'ai pu reconnaître bientôt que vos -prévisions s'étaient réalisées et que le gouvernement anglais ne -voulait pas aller au delà des stipulations du traité du 22 avril. Lord -Palmerston m'a positivement dit que quand les nouvelles ratifications -portugaises de ce traité auraient été échangées, il considérerait le -traité comme complété dans son exécution aussi bien que dans sa forme -et qu'il ne croyait pas que l'action de l'Angleterre dût s'étendre -plus loin que les engagements contractés par l'acte du 22 avril. -Il a ajouté qu'il avait l'intention de répondre à la note de M. de -Miraflorès et aux demandes adressées à M. Villiers par M. Martinez de -la Rosa en déclarant que le gouvernement anglais ne pouvait intervenir -dans les questions qui lui avaient été soumises et que si le -gouvernement espagnol croyait avoir quelques arrangements à négocier -avec l'infant don Carlos, c'était un négociateur espagnol qu'il devait -charger de traiter directement avec ce prince. - -»D'après les instructions que vous m'avez fait l'honneur de -m'adresser, je n'ai pas cru devoir insister près des deux ministres -anglais en faveur des demandes de l'Espagne, et je me suis borné à -leur dire que je vous rendrais compte de ma conversation avec eux. - -»Mon opinion que vous avez pu déjà pressentir par ma dépêche d'hier, -monsieur le comte, s'accorde, je l'avoue, avec celle de lord Grey et -de lord Palmerston, et si je regrette avec vous qu'on n'ait pas imposé -quelques conditions plus positives à l'infant don Carlos, je n'en -reste pas moins persuadé qu'aujourd'hui on ne peut plus traiter avec -ce prince que de gré à gré.» - - -M. DE RAYNEVAL AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Madrid, le 14 juin 1834. - - »Prince, - -»La régente a voulu vous marquer sa reconnaissance du traité du 22 -avril. M. de Florida-Blanca est chargé de vous remettre en son nom les -insignes de l'ordre de Charles III. Je me trouve très honoré d'être -par là votre confrère en chevalerie; mais comme il ne faut ôter à -personne ce qui lui appartient, je dois déclarer que je ne suis pour -rien dans cette royale résolution. L'honneur en revient tout entier à -M. Martinez de la Rosa, si ce n'est à Sa Majesté elle-même. - -»Ce ministre reçoit en même temps la même décoration. - -»J'ai à vous remercier de l'envoi que vous m'avez fait des pièces -relatives à la ratification portugaise. Y a-t-il eu là ignorance ou -mauvaise foi? Heureusement on est dispensé d'agiter cette question par -la promptitude du dénouement du triste drame qui se jouait en -Portugal. Vous aurez vu que l'amnistie convenue à Evora-Monto se -rapprochait beaucoup de celle dont vous avez arrêté le projet à -Londres. - -»Les troupes espagnoles sont déjà rentrées en Espagne on les dirige -sur la Biscaye. Il est plus à souhaiter qu'à espérer qu'à leur -approche les armes tombent des mains des insurgés, comme elles sont -tombées de celles des miguélistes. Si cela arrive, ce sera encore un -miracle dû au traité. - -»Nous avons appris aujourd'hui le succès que le ministère reformé a -obtenu dans la Chambre des communes. Cela est de bon augure. Ici, -comme chez nous, on ne parle que d'élections. Dieu veuille qu'elles -soient bonnes dans les deux pays! - -»Je crois que nous aurons très incessamment le comte Toreno[235] comme -ministre des finances.» - - [235] José Maria Queipo e Llano, comte de Toreno, homme d'État et - historien espagnol. Né en 1786, il fut en 1808 l'un des chefs de - la guerre de l'indépendance dans les Asturies, et fut élu aux - cortès de Cadix. Proscrit en 1814, il se réfugia en France, - revint en Espagne quelques années après, fut élu député en 1820, - mais dut s'expatrier de nouveau en 1823. Il fut nommé ministre - des finances en 1833, puis ministre des affaires étrangères et - président du conseil en 1835, mais se retira au bout de peu de - mois. Il mourut à Paris en 1843. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 16 juin 1834. - - »Monsieur le comte, - -»... J'ai vu avec plaisir que le gouvernement du roi avait adopté, sur -les dernières propositions du cabinet de Madrid, un parti qui -s'accorde entièrement avec les vues du ministère anglais. Vous aurez -pu juger par mes dépêches que j'étais toujours resté, à cet égard, -dans les bornes que vous me prescrivez, et dans lesquelles je continue -à croire que nous ferons bien de nous maintenir. - -»J'avais fait connaître à M. de Miraflorès, en réponse à la note qu'il -m'avait adressée, l'opinion que j'avais eu l'honneur de vous exprimer -par ma dépêche numéro 63, et comme le ministre d'Espagne avait reçu -une réponse du même genre de lord Palmerston, il s'est décidé à se -rendre à Portsmouth pour négocier directement avec don Carlos. - -»Les offres qu'il devait faire à ce prince au nom de son gouvernement -consistaient dans une pension de trente mille livres sterling -moyennant laquelle l'infant prendrait des engagements semblables à -celui qu'on a fait souscrire à dom Miguel. Le prétendant espagnol -devrait de plus renoncer à aller habiter Rome, où on craint que son -séjour en ce moment n'exerce une fâcheuse influence sur le -gouvernement papal, si mal disposé déjà pour l'Espagne. - -»M. de Miraflorès était parti avant-hier pour remplir sa mission et -lord Palmerston avait expédié de son côté à Portsmouth M. Blackhouse, -l'un des sous-secrétaires d'État des affaires étrangères; celui-ci -était chargé d'offrir à don Carlos tous les services qu'il est au -pouvoir du gouvernement anglais de lui rendre, à l'exception toutefois -d'un prêt d'argent, sur le refus duquel ce gouvernement se montre -inébranlable. Il devait, en même temps, sonder les dispositions de -l'infant au sujet des propositions de M. de Miraflorès. On a pensé que -le refus d'argent était le meilleur appui que le cabinet anglais pût -donner au négociateur espagnol, parce qu'on supposait que l'infant et -sa suite composée de plus de soixante personnes, se trouvaient dans le -dénûment le plus complet. - -»Il n'en a pas été ainsi cependant, et M. Blackhouse vient de mander à -lord Palmerston que don Carlos ne désirait pas continuer son voyage -pour le moment; qu'il voulait, au contraire, débarquer immédiatement -et avec l'intention de rester quelque temps en Angleterre. Il ne veut -pas entendre parler des propositions de M. de Miraflorès; d'après son -langage, il ne renonce à rien et ne cessera jamais de faire valoir ses -droits; et il ne veut pas consentir à recevoir un écu sous la -condition de se soumettre à un engagement restrictif quelconque. - -»Lord Palmerston attribue cette résistance de l'infant aux conseils de -la princesse de Beira et de l'évêque de Léon, qui sont à bord du -_Donegal_; et, sans se dissimuler le mauvais effet que cela peut avoir -sur les insurgés du nord de l'Espagne, il n'y attache pas cependant -une grande importance. - -»D'après les réponses de don Carlos à M. Blackhouse, le marquis de -Miraflorès a renoncé à voir le prince auquel il avait écrit la lettre -et le projet de transaction dont je joins ici les copies et il est de -retour à Londres. - -»Don Carlos a fait venir à Portsmouth M. de Sampayo, qui remplissait -les fonctions de consul général de dom Miguel, chargé de lui retenir -une maison pour quinze jours à Portsmouth et de lui chercher une -campagne dans les environs de Londres. Mais le fait le plus -remarquable et qui paraît positif, c'est que l'infant a entre les -mains de M. de Saraïva, ministre de dom Miguel à Londres, un crédit -d'un million de francs qui a été envoyé par M. de Blacas. On doit en -conclure que tout était préparé en cas d'événement, et que c'est en -Angleterre que don Carlos fixera son séjour, pour quelque temps du -moins. Il est bien entendu que le gouvernement anglais n'y mettra -aucune opposition; il voit même cette résolution sans trop de -mécontentement, dans la pensée qu'il pourra surveiller plus facilement -ses démarches et les menées de ses partisans. - -»La nouvelle de la révolution républicaine de Lisbonne, annoncée -pompeusement par quelques journaux, n'était qu'une fraude employée par -des joueurs de Bourse, qui ont tiré parti de quelques cris proférés au -théâtre, en présence de dom Pedro, et contre son gouvernement, pour -avoir laissé échapper dom Miguel. Je ne sais pas si un esprit aussi -violent d'animosité de la part du peuple portugais justifie le décret -par suite duquel tous les couvents sont abolis au Portugal et dans -toutes les possessions portugaises. Ce décret, quelque utile qu'il -puisse être en soi, me paraît avoir été rendu prématurément et -pourrait bien produire de nouveaux troubles dans le pays; le -gouvernement, à peine affermi, a commis au moins une imprudence en -provoquant le clergé tout entier uni aujourd'hui dans sa haine contre -lui, et il est impossible de ne pas reconnaître dans ce nouvel acte de -dom Pedro le mauvais esprit qui l'a dirigé depuis deux ans. - -»On annonce la prochaine arrivée en Angleterre du duc de Palmella; il -vient de Lisbonne avec l'amiral Parker qui quitte le commandement de -la station du Tage, dans lequel il est remplacé par sir William -Gage[236]. - -»Quelques personnes disent que le voyage du duc de Palmella n'a pas -d'autre but que des affaires particulières, mais on a peine à se -persuader qu'il ne soit pas motivé par des raisons politiques.» - - [236] Sir William Hall Gage, né en 1777, entra dans la marine à - dix-neuf ans, et eut une carrière des plus brillantes. Il devint - lord de l'amirauté en 1841, fut promu amiral en 1862, et mourut - en 1865. - - -LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Stanhope-Street, 16 juin 1834. - - »Mon cher prince, - -»Blackhouse me mande que don Carlos ne désire pas continuer son voyage -pour le moment; qu'au contraire, il veut débarquer tout de suite et -avec l'intention de rester ici «quelque temps».--Quant aux -propositions de Miraflorès, il ne veut pas en entendre parler; il ne -renonce à rien: il ne cessera jamais de faire valoir ses droits, et il -n'acceptera pas un seul écu à condition de rester tranquille. Il -paraît que son courage s'est merveilleusement rétabli depuis que la -baie de Biscaye se trouve entre lui et Rodil. - -»Tout ceci est assez naturel et fort peu important. Le seul résultat -en sera que l'Espagne économisera trente mille livres sterling -par an et que sa tranquillité intérieure n'en souffrira pas du tout... - - »Tout à vous. - - »PALMERSTON. - -»_P.-S._--La réponse de don Carlos ne veut dire que ceci: L'évêque de -Léon et la princesse de Beira sont avec moi.» - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 18 juin 1834. - - »Mon prince, - -»Rouen[237] me mande du 28 mai que l'escadre anglaise était à Nauplie -et qu'elle portait _quinze cents hommes de troupe_ et six pièces de -campagne. L'amiral parlait d'aller vers les Dardanelles, mais -attendrait encore quelques jours des nouvelles de Malte. - -»Cette demi-mesure me paraît singulière, mais s'accorde avec le -langage que jusqu'à la date du 30 mai tenait à Constantinople lord -Ponsonby. Je suis porté à croire que, depuis, il aura modifié ce -langage et même qu'il aura déconseillé à l'amiral de réunir ses -vaisseaux sur la côte d'Asie. En tout cas, la Russie va en prendre -prétexte pour rester armée et nous serons constamment en échec. - -»Un Russe, nommé Mayenvorth, qui fait ici son métier, dit partout -avoir reçu de Medem l'assurance que s'il entre encore un vaisseau -anglais dans la Méditerranée les Russes iront au Bosphore. Il -faut savoir que leur position maritime dans la mer Noire n'est -garantie que par les châteaux du Bosphore, car Sébastopol n'est pas en -état de défense par mer...» - - [237] Le baron Rouen était alors ministre de France en Grèce. - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 23 juin 1834. - - »Mon prince, - -»Sainte-Aulaire mande qu'il y a eu grand bruit à Vienne au sujet de -l'escadre anglaise qui a paru dans l'Archipel. Pozzo en était très -préoccupé, et je me suis tué à lui faire considérer ce mouvement sous -son véritable point de vue: une promenade navale qu'un nouvel amiral -s'est cru en droit et en devoir de faire sans but politique. Je -suppose du moins que c'est cela. - -»Les affaires de Suisse se compliquent. Rumigny[238] n'est pas -toujours adroit. Le ministre de Sardaigne me disait hier que son -cabinet se déclarant satisfait du langage de la députation, tout -tombait de soi-même, lorsqu'une nouvelle note est venue raviver la -question[239]. - -»Nous écrivons en Égypte qu'on se décide à remplir les engagements -contractés envers la Porte, et d'ôter là tout prétexte. Tout ce bruit -aboutira à donner aux Russes un prétexte de rester armés dans la -mer Noire et à nous tenir ainsi en échec de ce côté. - -»Nos élections sont très bien. Sur cent trente nominations connues à -cette heure, l'opposition en a perdu vingt-quatre remplacées -convenablement. Nous aurons deux légitimistes à Marseille[240].» - - [238] Le comte de Rumigny, alors ministre de France en Suisse. - - [239] Une députation suisse s'était rendue auprès du roi de - Sardaigne, au cours d'un voyage que ce prince faisait en Savoie, - pour lui témoigner les regrets du gouvernement suisse de - l'échauffourée du mois de février (Voir page 392, note). Le roi - l'avait fort bien accueillie, ce qui n'empêcha pas le cabinet de - Turin d'adresser le 20 juin une note au directoire, pour se - plaindre de l'insuffisance des mesures de police qu'il avait - prises. - - [240] Élections générales du 22 juin. L'opposition républicaine - en sortit considérablement diminuée. Par contre, le parti - légitimiste obtint une vingtaine de sièges. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 26 juin 1834. - - »Monsieur le comte, - -»... J'ai cherché lord Palmerston ce matin et je viens d'avoir avec -lui un entretien... - -»Il m'a avoué que M. Morier[241], tout en partageant les vues qui -dirigeaient notre ambassade en Suisse, n'était cependant pas tout à -fait d'accord avec M. de Rumigny sur la marche qu'il convenait de -suivre. M. Morier pense qu'il faut employer une grande prudence et de -l'habileté pour maintenir la diète helvétique sur le terrain où elle -s'est placée vis-à-vis des puissances limitrophes. - -»Lord Palmerston, en faisant valoir les raisons exposées par M. -Morier, m'a néanmoins dit qu'il comprenait toute l'importance qu'il y -avait dans les circonstances actuelles, à ce que la France et -l'Angleterre se montrassent unies sur toutes les questions. Il -désire que vous soyez bien convaincu qu'à cet égard il apprécie les -considérations développées dans votre dépêche. - -»Il m'a en même temps donné l'assurance qu'il allait écrire non -seulement en Suisse, mais encore aux ministres d'Angleterre à Turin, à -Stuttgard et à Munich, pour les charger de faire aux gouvernements -près desquels ils sont accrédités des représentations dans le sens que -nous désirions. - -»Comme il a cru remarquer, d'après les rapports de lord Minto, que M. -Ancillon surtout avait adopté des idées très erronées sur les affaires -de Suisse, il se propose de faire arriver aussi à Berlin des -observations qui, il l'espère, pourront produire un bon effet. J'ai -lieu de croire que les instructions de lord Palmerston aux différents -ministres que je viens d'indiquer, seront expédiées par le courrier de -demain... - -»... Il (lord Palmerston) m'a communiqué les dernières lettres de lord -Ponsonby, qui s'accordent presque identiquement avec celles de notre -ambassadeur. J'ai pu juger que les nouvelles apportées par ces -dépêches préoccupaient fortement le gouvernement anglais... - -»... J'ai obtenu de lord Palmerston qu'il transmettrait à Alexandrie -des instructions pour qu'on fît comprendre à Méhémet-Ali qu'il devait -mettre un terme à ses exigences envers la Porte. On aura de la peine à -faire entendre raison au vice-roi, sur la question de l'arriéré que -réclame le sultan, car il paraît que rien n'a été écrit à ce sujet -dans la convention de Kutaya, et que ce qui était relatif à l'arriéré -a été convenu verbalement; mais le colonel Campbell sera chargé -d'insister sur ce point, en même temps que sur celui des districts -dont Ibrahim demande la remise. - -»J'ai prié lord Palmerston de me donner de nouveaux éclaircissements -sur les mouvements de la flotte anglaise dans l'Archipel, et il m'a -fait la même réponse que celle que j'ai eu l'honneur de vous -transmettre il y a peu de temps. L'Angleterre, m'a-t-il dit, croit -qu'il est nécessaire pour sa sûreté dans l'état présent de l'orient, -d'entretenir une flotte dans l'Archipel. - -»Cette flotte qui hiverne à Malte fait tous les étés une course -d'exercice, et rien n'a dû être changé cette année à l'usage -précédemment établi. Du reste, le gouvernement anglais se verrait avec -plaisir déchargé de la dépense considérable et de l'entretien de cette -flotte, et il suffirait pour cela qu'on mît fin aux intrigues qui -agitent l'Orient. - -»Les dernières dépêches venues de Lisbonne et qui sont du 9 affirment -que les erreurs commises dans les ratifications portugaises du traité -du 22 avril ne sont point l'oeuvre de la mauvaise foi, et que nous ne -tarderons pas à recevoir de nouvelles ratifications aussi complètes -que nous étions en droit de les demander.» - - [241] Sir Robert Morier, littérateur et diplomate anglais, né en - 1790, était alors ministre en Suisse. - - «Londres, le 6 juillet 1834. - -»J'ai eu l'honneur de vous annoncer par ma dernière dépêche que je -ferais usage des observations que vous aviez bien voulu me communiquer -sur l'effet que produisaient près de plusieurs cabinets les mouvements -de la flotte anglaise dans la Méditerranée. - -»J'ai vu hier lord Palmerston assez longtemps, et après lui avoir fait -part de vos réflexions et des détails contenus dans la dépêche de -l'amiral Roussin, j'ai cru devoir l'aborder de nouveau ouvertement sur -la question d'Orient qui à bon droit préoccupe en ce moment tous -les cabinets. Après avoir passé en revue avec lui les différentes -phases de cette question, j'ai conclu en établissant que dans mon -opinion, il y avait aujourd'hui pour la France et la Grande-Bretagne à -prendre un des deux partis suivants: ou d'adopter les mesures -indiquées par l'amiral Roussin en attaquant les établissements -maritimes russes dans la mer Noire, et ceci était la guerre; ou de -persister à faire tout pour le maintien de la paix générale, et alors -il fallait éviter autant que possible les demi-mesures, les motifs -fondés d'inquiétude pour les autres puissances, et se tenir dans une -ligne de conduite ferme, mais modérée et conciliatrice. - -»J'ai laissé de côté le premier parti qu'il n'est pas nécessaire de -discuter en ce moment et qui d'ailleurs devrait avant tout être -précédé d'un traité d'alliance offensive entre l'Angleterre et la -France. - -»Je me suis donc attaché principalement à ma seconde disposition, et -j'ai rappelé les considérations que j'avais déjà développées dans mes -conversations précédentes au sujet des mouvements de la flotte -anglaise dans la Méditerranée. J'ai dit que ces mouvements ne -pouvaient avoir qu'un effet bien douteux sur le cabinet de -Saint-Pétersbourg; qu'ils n'étaient en définitive qu'une démonstration -dont il était aisé de prévoir l'issue, et que dans ces sortes -d'affaires, une demi-mesure sans résultat était plus nuisible -qu'utile. - -»Prenant enfin la question dans l'intérêt purement français, j'ai fait -comprendre à lord Palmerston que le gouvernement du roi ayant sans -cesse à répondre aux questions des représentants d'Autriche, de Prusse -et de Russie à Paris, sur l'affaire que nous traitions en ce moment, -ne pouvait se défendre d'éprouver quelque inquiétude de toute -entreprise dans la mer Noire dont il devrait répondre sur le Rhin; que -nous avions pensé qu'un traité purement défensif entre nous et -l'Angleterre aurait servi à intimider la Russie et ses alliés beaucoup -mieux que des promenades maritimes: qu'il avait fallu renoncer à ce -moyen puisqu'il répugnait pour le moment au cabinet anglais, mais que -ce cabinet ne devrait pas à son tour s'étonner si nous agissions avec -précaution et réserve dans une affaire dont les conséquences étaient -aussi importantes pour nous; que si nous ne croyions pas nécessaire, -par exemple, d'envoyer notre flotte dans l'Archipel cette année-ci (et -à cet égard, je ne connais pas la disposition de notre gouvernement), -le gouvernement anglais devrait en trouver l'explication dans les -efforts que nous faisions déjà en entretenant une armée de terre très -considérable. - -»Lord Palmerston m'a d'abord exprimé ses regrets des difficultés qui -s'étaient opposées jusqu'à présent, et qui s'opposaient encore à la -conclusion du traité dont je l'avais si souvent entretenu. - -»A la manière dont il s'est expliqué, j'ai pu juger, comme j'ai déjà -eu l'honneur de vous l'écrire, que ces difficultés ne venaient pas de -lui, et que c'était plutôt dans le cabinet qu'il trouvait de la -résistance. Je ne serais même pas surpris que le gouvernement anglais -ne revînt dans un temps peut-être prochain de ses refus réitérés et -qu'il ne consentît à faire un traité dont les avantages sont si -évidents. - -»Reprenant ensuite mes observations sur l'inutilité des mouvements de -la flotte anglaise, lord Palmerston a reproduit les considérations que -je rapportais dans ma dernière dépêche, et qui tendraient à prouver -que les inquiétudes manifestées par la Russie et l'Autriche -témoignent assez l'importance que ces puissances attachent aux -démonstrations maritimes de l'Angleterre; il est toujours convaincu de -l'efficacité de ces démonstrations, et je doute qu'on rappelle la -flotte anglaise avant la fin de l'été. - -»Lord Palmerston est convenu toutefois que l'exposé de la situation -particulière de la France que je venais de lui faire était exact, et -que nous pouvions avoir des motifs de ne pas agir de même que -l'Angleterre dans telle circonstance donnée et réciproquement. J'ai -pensé que le point essentiel pour nous serait de conserver notre -liberté d'action dans cette affaire: c'est pourquoi je lui ai demandé -catégoriquement si son gouvernement désirait que notre flotte parût -aussi cette année dans l'Archipel. - -»Il m'a répondu que, quelque satisfaisant que ce mouvement de notre -part pût être pour l'effet général, son gouvernement ne le réclamait -pas positivement. Nous en sommes restés là sur cette question, -monsieur le comte, et le résultat de ma conversation a été de me faire -connaître que l'Angleterre était déterminée à maintenir en ce moment -ses armements maritimes dans la Méditerranée, mais que nous n'étions -nullement obligés de suivre son exemple. - -»J'insisterai sur ce dernier point parce que je crois qu'en effet -notre flotte dans la Méditerranée pourrait sans inconvénient peut-être -ne pas sortir pendant cette saison actuelle. - -»Le cabinet anglais n'aura pas lieu de s'en plaindre, puisqu'il ne -nous a pas formellement invités à mettre nos vaisseaux en mer, et que -d'ailleurs nous entretenons une armée considérable qui serait d'un -grand poids dans la balance, si plus tard on devait en venir à une -rupture ouverte dans l'Orient. Ce serait au moins un équivalent -de la flotte anglaise, car il est indubitable qu'alors la guerre se -ferait sur le Rhin autant que dans la mer Noire. - -»Cette raison, qui nous justifie très bien aux yeux de l'Angleterre, -ne me paraît pas devoir être moins puissante devant les Chambres et -devant l'opinion publique en France. - -»Nous devons espérer de plus que les cabinets du Nord nous sauraient -quelque gré d'éviter une démarche qui d'ailleurs est superflue pour -démontrer l'union de l'Angleterre et de la France aujourd'hui qu'elle -est constatée d'une manière si éclatante aux yeux de l'Europe.» - - «Londres, le 7 juillet 1834. - -»... J'ai appris avec beaucoup de satisfaction que les affaires de -Suisse avaient pris une meilleure tournure; il est à espérer que les -tracasseries du cabinet autrichien cesseront devant les résolutions -définitives de la diète helvétique. Celles-ci seront sans doute -conçues dans des termes assez conciliants pour offrir aux -gouvernements d'Autriche, de Sardaigne, de Bavière, de Wurtemberg et -de Bade un moyen honorable de revenir sur les singulières prétentions -qu'ils avaient mises en avant. - -»Vous avez vu que lord Palmerston s'était exprimé avec le chargé -d'affaires d'Autriche de manière à le convaincre que l'Angleterre ne -s'était point séparée de nous dans cette question. Lord Palmerston a -compris qu'il s'agit ici, comme vous le faisiez très bien remarquer, -monsieur le comte, des principes sur lesquels repose l'alliance de la -France et de la Grande-Bretagne. L'Autriche a voulu essayer jusqu'à -quel point nos deux cabinets supporteraient ses exigences; il -était utile qu'elle nous trouvât bien résolus dans ce premier essai. - -»J'ai communiqué à lord Palmerston la note que vous avez chargé M. -Alleye[242] de remettre à la diète germanique en réponse à celle du 12 -juin. Il m'a beaucoup remercié de cette communication, et il juge la -note si parfaitement convenable qu'il se propose de faire répondre M. -Cartwright[243] à peu près dans les mêmes termes. - -»Votre manière d'envisager la lutte entre le comte d'Armansperg[244] -et les autres membres de la régence est complètement partagée par le -cabinet anglais qui continuera à appuyer de tous ses efforts le comte -d'Armansperg[245]. Je suis porté à croire que le roi de Bavière -lui-même maintiendra le comte à la tête de la régence, attendu qu'il -désire ainsi que M. de Gise, son ministre des affaires étrangères, -tenir M. d'Armansperg éloigné de la Bavière aussi longtemps que -possible. - -»Je viens d'être prévenu par le ministre de Portugal à Londres qu'on -avait remis le 21 juin à M. le baron Mortier les nouvelles -ratifications portugaises au traité du 22 avril. Aussitôt qu'elles -vous seront parvenues, monsieur le comte, vous voudrez bien remettre -les anciennes à M. le chevalier de Lima[246] qui est chargé de les -renvoyer en Portugal. Je suis bien aise que cette affaire se soit -heureusement arrangée par les moyens que nous avons employés; elle -nous avait fort embarrassés à l'époque des échanges. - -»L'infant don Carlos est établi avec toute sa famille dans sa nouvelle -résidence près de Londres; il y a été visité par le ministre des -Deux-Siciles[247] et par un grand nombre de tories. La plupart de ceux -qui l'ont vu ont été surpris de son ignorance de sa propre position et -de ses intérêts. Il reçoit le titre de roi, et son fils aîné celui de -prince des Asturies, de toutes les personnes qui s'en approchent... - -»Je viens de recevoir la lettre par laquelle vous me faites l'honneur -de m'annoncer que le roi a eu la bonté de m'accorder un congé, dont je -ne profiterai probablement qu'après la séparation du parlement.» - - [242] Le baron Alleye de Ciprey, alors ministre de France près la - Confédération germanique. - - [243] Ministre d'Angleterre près la Confédération germanique. Il - avait été précédemment commissaire de la conférence de Londres à - Bruxelles. - - [244] Joseph Louis, comte d'Armansperg (1789-1853), homme d'État - bavarois. En 1814, il avait été plénipotentiaire de Bavière au - congrès de Vienne, il fut en 1832 nommé, par le roi de Bavière, - président du conseil de régence de Grèce. - - [245] Un conseil de régence avait été nommé en Grèce par le roi - de Bavière pour gouverner pendant la minorité du roi Othon. Il se - composait du comte d'Armansperg, président, du conseiller de - Maurer et du général Heydeck. La discorde ne tarda pas à éclater - au sein du conseil. On reprochait au comte d'Armansperg de - concentrer tous les pouvoirs entre ses mains, de favoriser outre - mesure l'influence anglaise et de s'aliéner l'esprit public en - nommant des Bavarois à tous les emplois. Le 2 mai, le général - Heydeck et M. de Maurer tentèrent une sorte de coup d'État et - prirent une suite de décisions qui enlevaient à leur président - l'administration des finances et la direction des affaires - étrangères. Mais le roi de Bavière soutint M. d'Armansperg et - rappela M. de Maurer qui fut remplacé par M. de Kobell, - conseiller d'État bavarois. Le général Heydeck dut céder, et M. - d'Armansperg reprit la présidence du conseil avec tous les - pouvoirs et les prérogatives qu'il s'était attribués. - - [246] Louis-Antoine d'Abreu e Lima, vicomte de Carreira, - diplomate portugais, né en 1785, plénipotentiaire au congrès de - Vienne, secrétaire de légation et chargé d'affaires à - Pétersbourg, puis ministre à La Haye de 1824 à 1830. Il fut - accrédité à Paris en 1833. - - [247] Le comte de Ludolf. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - -[_Dépêche télégraphique._] «Londres, le 9 juillet 1834. - -»Lord Grey et lord Althorp ont offert leurs démissions au roi. Elles -ont été acceptées. Le roi a fait appeler lord Melbourne qui paraît -destiné à former le nouveau cabinet[248].» - - [248] Le cabinet anglais était profondément ébranlé depuis le - précédent remaniement. Aussi, lorsqu'au mois de juillet de - violents débats s'engagèrent à la Chambre des communes au sujet - du renouvellement du bill de coercition pour l'Irlande, lord - Althorp, chancelier de l'Échiquier, s'apercevant qu'il n'avait - plus l'autorité nécessaire pour faire adopter par les députés le - projet du gouvernement, préféra donner sa démission sans même - attendre qu'il eût été mis en minorité. Lord Grey, qui depuis - plusieurs mois aspirait à la retraite, profita de cette - circonstance et se retira des affaires. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 14 juillet 1834. - - »Monsieur le comte, - -»... Depuis quelques jours, le bruit du départ de don Carlos pour -l'Espagne s'était répandu à Londres, mais les détails qu'on donnait -sur cet événement étaient tellement vagues et contradictoires qu'il -était difficile d'y ajouter foi. Aujourd'hui même que l'événement est -hors de doute, on ne s'accorde pas sur la manière dont il a eu lieu. -D'une part, on soutient que l'infant s'est embarqué à bord du bâtiment -anglais _The United Kingdom_ pour un port du nord de l'Espagne. Ceci -est le rapport fait par la police anglaise; mais, d'autre part, le -ministre d'Espagne croit avoir la preuve que l'infant est parti de -Londres le jour même où les gazettes anglaises annonçaient qu'il -avait assisté avec toute sa famille à une représentation du Théâtre -Italien; qu'il s'est rendu à Paris, accompagné du général Moreno et -d'un Français[249] qui a organisé toute l'entreprise, et que de là le -prince et ses deux compagnons ont continué leur route vers la -frontière d'Espagne, où des intelligences préparées par M. -Calomarde[250] doivent leur avoir assuré une libre entrée en Espagne. - -»Je vous rapporte les faits qui m'ont été communiqués par lord -Palmerston et par le marquis de Miraflorès sans pouvoir vous indiquer -quels sont ceux vraiment exacts, car dans les affaires de cette nature -qui concernent presque exclusivement la police, il est difficile de -discerner d'abord la vérité. - -»La formation du nouveau cabinet anglais n'est pas encore -définitivement conclue, quoiqu'elle soit à peu près arrêtée. Le roi -avait d'abord chargé lord Melbourne d'essayer de composer un ministère -de coalition. Cette combinaison ayant échoué, Sa Majesté a tenté une -démarche près de lord Grey pour l'engager à rentrer dans les affaires, -mais les instances réitérées du roi n'ayant pu prévaloir sur la ferme -volonté qu'avait lord Grey de se retirer, lord Melbourne a été choisi -pour le remplacer comme premier lord de la Trésorerie. Il paraît que -les autres membres du cabinet seront maintenus à leur poste, et -c'est dans une réunion des ministres ce soir qu'on fera choix du -remplaçant de lord Melbourne au département de l'intérieur. Il -pourrait se faire aussi qu'on eût à choisir un successeur au marquis -de Lansdowne qui persisterait, dit-on, à se retirer. C'est lord Grey -qui seul a pu déterminer lord Althorp à redevenir chancelier de -l'Échiquier et à reprendre par conséquent la direction de la Chambre -des communes. - - [249] M. Auguet de Saint-Sylvain. - - [250] François Thadée Calomarde, homme d'État espagnol, né en - 1775, fut d'abord secrétaire au conseil de Castille, puis - ministre de la justice en 1824. Il garda son portefeuille - jusqu'en 1832, se montra zélé partisan du pouvoir absolu, et - poursuivit activement le parti constitutionnel. A la mort du roi - Ferdinand, il se rangea du côté de don Carlos et dut quitter le - pouvoir. Il se réfugia en France d'où il servit quelque temps la - cause du prétendant; mais il ne tarda pas à se désintéresser de - la vie politique et se retira à Toulouse où il mourut dans la - retraite en 1842. - - «Londres, le 15 juillet 1834. - -»... Les ministres se sont réunis dans la soirée dans le but de -s'entendre sur les arrangements que rendait nécessaire le choix fait -par le roi de lord Melbourne pour remplacer lord Grey en qualité de -premier lord de la Trésorerie. Je viens d'être informé qu'ils sont -tombés d'accord pour appeler lord Duncannon[251] au département de -l'intérieur en remplacement de lord Melbourne. Lord Duncannon, qui -était commissaire des bois et forêts sans entrée dans le cabinet, -aurait pour successeur sir John Hobhouse[252] qui, lui, deviendrait -membre du cabinet. - -»Lord Melbourne est parti ce matin pour Windsor afin de soumettre ces -propositions au roi, mais on ne doute pas qu'elles ne soient agréées -par Sa Majesté. - -»Il y aura probablement quelques autres changements de moindre -importance, par suite de la retraite de lord Howick[253], fils de lord -Grey qui occupait le poste de sous-secrétaire d'État au département de -l'intérieur[254]. - -»On peut donc regarder le cabinet comme reconstitué et se former une -opinion sur ce qu'il est aujourd'hui. - -»Je dois commencer par vous dire, monsieur le comte, que la -modification qu'il vient de subir n'altérera en rien les rapports -actuels existant entre la France et l'Angleterre. Lord Duncannon et -sir John Hobhouse ont toujours professé des sentiments qui doivent -rassurer complètement le gouvernement du roi sur ce point. - -»Si on examine la situation présente du ministère anglais à l'égard -des affaires intérieures du pays, on ne peut se dissimuler qu'il a -fait une perte irréparable dans lord Grey, dont le noble caractère et -la loyauté reconnue inspiraient de la confiance à ses partisans et -même à ses adversaires. Il est difficile de croire que les opinions -plus prononcées et plus réformatrices des deux nouveaux membres du -cabinet compensent l'éloignement de lord Grey de la haute position -qu'il occupait aux yeux du pays et de l'Europe. - -»J'entends dire par des personnes aussi impartiales qu'il est possible -d'en rencontrer au milieu des violences de l'esprit de parti que -la retraite successive, dans ces dernières semaines, de M. Stanley, de -sir J. Graham, du duc de Richmond, de lord Ripon et enfin de lord Grey -a affaibli le ministère à un point qui laisse peu de garantie pour sa -durée future. Il faudrait mieux connaître que je ne puis le faire, les -germes de division qui existeraient, dit-on, toujours dans le cabinet -pour juger jusqu'à quel point cette opinion est fondée. Ce qui paraît -hors de doute, c'est que la nécessité dans laquelle on se trouve de -faire passer à la Chambre des pairs, avant la fin de la session, le -bill sur l'Église d'Irlande, rend presque inévitable entre les deux -Chambres une collision qui est depuis si longtemps redoutée par le -gouvernement. Fera-t-on alors une nomination de pairs? Cette question, -résolue affirmativement, pourrait bien déterminer encore d'autres -membres du cabinet à se retirer: résolue négativement, on ne comprend -plus comment l'administration pourra marcher entre les volontés -opposées des deux Chambres. - -»Je n'ai pas besoin de vous rappeler, monsieur le comte, que mes -observations dans cette circonstance sont de la nature la plus -confidentielle et qu'il est utile au service du roi que rien n'en soit -indiscrètement révélé. - -»Je le répète, le cabinet anglais, tel qu'il est reconstitué restera -dans des dispositions amicales pour la France: c'est le point -essentiel pour nous et qui doit guider notre politique, jusqu'à ce que -d'autres circonstances qu'il serait imprudent de préjuger nous mettent -dans le cas de la modifier... - -»_P.-S._--On m'informe à l'instant que l'infant don Carlos qui aurait -quitté Londres le 2 de ce mois, serait débarqué le 9 dans un port -de la Biscaye où il aurait reçu un accueil très favorable. Il n'était -accompagné, dit-on, que d'un Français. Je vous transmets cette -nouvelle sans la garantir, car il est impossible, à travers la -diversité des informations qui se succèdent si rapidement, de -reconnaître l'exacte vérité. Cette dernière nouvelle est du reste -parvenue au gouvernement anglais qui y attache confiance. Ce matin -encore, M. de Miraflorès me répétait l'assurance qu'il avait entre les -mains la preuve que don Carlos avait dû traverser la France pour se -rendre en Navarre.» - - [251] John William baron Duncannon of Bessborough (1781-1847). - - [252] John Cam Hobhouse, né en 1785, fut élu député aux Communes - en 1820. En 1821 il devint secrétaire au département de la - guerre, puis secrétaire d'État pour l'Irlande, commissaire des - bois et forêts en 1834 et président du bureau des Indes en 1846. - Il fut créé pair en 1851 sous le titre de lord Broughton et - mourut en 1869. - - [253] Henry-Georges Howick, comte Grey, né en 1802, député aux - Communes en 1826, sous-secrétaire d'État aux colonies en 1830, - puis au département de l'intérieur, ministre de la guerre et - conseiller privé en 1835. Il se retira en 1839, mais fut encore - ministre des colonies de 1846 à 1852. Il succéda à son père à la - Chambre des lords en 1845 et prit dès lors le titre de comte - Grey. - - [254] Il faut ajouter également que quelques jours après, le - comte de Carlisle, lord du sceau privé, donna sa démission et fut - remplacé par lord Mulgrave. Le cabinet ainsi reconstitué dura - jusqu'au mois de novembre, époque où les tories rentrèrent au - pouvoir. - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 17 juillet 1834. - - »Mon prince, - -»Les observations contenues dans votre lettre concordent parfaitement -avec les réflexions que nous faisons ici sur la composition du cabinet -anglais. Ce qui nous importe le plus, c'est l'assurance du maintien de -la bonne intelligence entre les deux pays. Cela devient très -nécessaire dans les circonstances actuelles. - -»On mande de Gênes que, quoique dom Miguel n'ait pas voulu rompre -l'engagement qu'il a souscrit, il sera bientôt tellement renseigné et -excité, qu'il pensera à retourner dans la péninsule, s'il trouve dans -la mort ou la maladie de son frère une occasion favorable[255]. Nul -doute que don Carlos ne l'appelle et ne soit prêt à lui rendre en -Navarre l'hospitalité qu'il en a reçue en Portugal. - -»J'ai lu dans _le Globe_ du 15 un article faisant allusion aux suites -qui pourraient être données au traité du 22 avril. - -»Nul doute qu'un appel ne nous soit fait de la part de l'Espagne et -j'ai tenu, mon prince, à ce que vous puissiez sonder à l'avance le -cabinet anglais à cet égard... - -»... Le maréchal Soult a offert sa démission[256] ce matin; il la -donne sérieusement et définitivement, et dans ce moment le roi cherche -à décider Gérard que la crainte de la tribune et du fardeau fait -encore hésiter. Il pense aussi, je crois, à l'inconvénient d'entrer -seul; il parle de la faiblesse de Jacob. Je ne sais si dans ses -confidences avec Thiers il a été plus loin. Je suis pour ma part tout -prêt à faciliter les arrangements, d'autant plus que je suis seul d'un -avis contraire à celui qui prévaut de faire un long discours -d'ouverture et d'engager par là une discussion d'adresse qui me paraît -inutile, et seulement propre à agiter et à rendre la question du -dehors plus difficile à manier... - -»Madame de Dino sera plus habile que Champollion si elle déchiffre -ceci, mais j'ai la main très agitée parce que j'ai un peu de fièvre en -ce moment.» - - [255] Dom Pedro était malade depuis longtemps. Son état empira - rapidement à partir du mois d'août, et il expira le 24 septembre - à l'âge de trente-six ans. - - [256] Il y avait une véritable hostilité dans le cabinet entre le - maréchal Soult et plusieurs de ses collègues, notamment M. Guizot - et M. Thiers. Une sorte de conspiration s'organisa pour amener le - maréchal à donner sa démission. On le savait partisan du maintien - du régime militaire en Algérie. MM. Guizot et Thiers parlèrent - d'y substituer le gouvernement civil. Le maréchal Soult s'y - opposa et menaça de se retirer. On le prit au mot et sa démission - fut acceptée. Quant à l'établissement du gouvernement civil qui - avait servi de prétexte en cette circonstance, il n'en fut pas - même question à ce moment. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 17 juillet 1834. - - »Monsieur le comte, - -»J'ai l'honneur de vous transmettre une copie de la lettre que je -viens de recevoir de M. le ministre d'Espagne et qui était accompagnée -de la note, également jointe en copie, adressée par ce ministre à lord -Palmerston. Cette note qui est toute empreinte de l'irréflexion d'une -démarche faite, je pense, un peu prématurément, mettra nécessairement -le gouvernement anglais dans le cas de s'entendre avec nous sur la -conduite que les cabinets de Londres et de Paris auront à tenir dans -les circonstances nouvelles où va se trouver l'Espagne. Je vous prie, -monsieur le comte, de vouloir bien me faire connaître à cet égard les -intentions du gouvernement du roi et me donner les directions qui me -sont absolument nécessaires dans une question si importante et qui se -rattache si intimement aux intérêts de la France. - -»J'ai accusé réception simplement à M. de Miraflorès de sa note, et -comme il est évident qu'elle est son propre ouvrage et qu'il n'a pas -eu le temps de recevoir des ordres de sa cour, vous croirez sans doute -que nous devons attendre, pour prendre un parti décisif, que le -gouvernement espagnol ait communiqué directement ses vues sur ce -point. - -»J'ai l'honneur de vous envoyer un exemplaire du _bill_ rendu dans la -dernière session du parlement sur l'exécution des conventions conclues -entre la France et la Grande-Bretagne pour la répression de la traite. - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 18 juillet 1834. - - »Mon prince, - -»Je vous écris du conseil même: l'ordonnance qui nomme le maréchal -Gérard en remplacement du maréchal Soult vient d'être signée et sera -demain au _Moniteur_ avec des explications convenables pour le -maréchal Soult dont, après tout, la retraite est volontaire. - -»Nous n'avons pas de nouvelles de la frontière, si ce n'est la -concentration de forces de part et d'autre et les symptômes d'un -engagement prochain.» - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 21 juillet 1834. - - »Mon prince, - -»Je n'ai pas besoin de vous dire dans quel embarras nous met l'arrivée -de don Carlos en Espagne. - -»La reine s'y est passablement discréditée, et son parti se présente -divisé entre elle et sa soeur, au prétendant, aujourd'hui, à la tête -d'une armée. - -»D'un autre côté, les plans de finances de Toreno annoncent une -réduction d'intérêt des rentes espagnoles. Ceci touche à une infinité -de petites gens à Paris, qui commencent à jeter les hauts cris. - -»C'est sous ces différentes influences que nous allons ouvrir une -discussion publique dans laquelle le traité du 22 avril jouera un -grand rôle par ce qu'il a promis, par ce qu'il a produit d'abord, et -aussi par ce qu'il n'a pas pu prévenir. - -»Ou il existe, ou il n'existe plus.--S'il n'existe plus, nous -retombons dans notre première situation vis-à-vis du gouvernement de -la reine: reconnaissance formelle et promesse d'appui et de secours; -et nul doute qu'on ne nous fasse appel en ce sens, avec d'autant plus -de force et peut-être de raison que don Carlos aura traversé en entier -notre territoire. - -»Si le traité existe, il y aura vraisemblablement appel aux articles -III et IV[257], et la démarche de M. de Miraflorès est un -avant-coureur de celle que fera le cabinet de Madrid. - -»C'est donc le principe qu'il faut décider; nous verrons ensuite pour -les conséquences. - -»Vous remarquerez, mon prince, de quelle difficulté va être la -rédaction de la phrase du discours, puis l'adresse. Dans la -discussion, on ne manquera pas de nous dire que l'affaire de -l'Angleterre étant faite quant au Portugal, dom Miguel parti et ayant -signé sa renonciation, nous avons aidé à retirer ses marrons du feu, -puis qu'on nous a plantés là, etc. - -»Et puis, songez à tous ces mouvements carlistes sur notre frontière -du Midi, à une restauration carliste en Espagne, lorsque Berryer est -nommé député à Toulouse et à Marseille. J'aperçois déjà dans les -députés ministériels qui nous arrivent des dispositions aigres sur ce -sujet. Et ici nous retrouverons les deux partis ligués dans la Chambre -pour nous accuser de faiblesse et en même temps pour empêcher une -action plus vive de notre part dans le nord de la péninsule; et -notre parti à nous, parti moyen, mobile, niais, accessible à toutes -les fausses idées de dignité nationale, qui blâmera notre -inaction.--Le roi, je le sais, craint les puissances du Nord; il -craint la guerre, il craint d'entrer, ne fût-ce que pour faire -quelques pas, en Espagne. Je la crains aussi, mais il y a bien aussi à -craindre de l'autre côté. Au surplus, nous n'avons aucune demande de -l'Espagne. Seulement, avant qu'elle arrive, je voudrais que nous -fussions d'accord, afin que de nouvelles divisions ne se mettent pas -dans le cabinet, et j'en prévois sur ce sujet important d'assez -prochaines.» - - [257] C'étaient les articles du traité du 22 avril qui - prévoyaient l'intervention éventuelle de la France et de - l'Angleterre. Le cabinet espagnol n'y fit appel officiellement - que l'année suivante (17 mai 1835.) - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 21 juillet 1834. - - »Monsieur le comte, - -»J'ai eu hier une conversation avec lord Palmerston sur les affaires -d'Espagne et sur la nouvelle complication qu'avait créée la présence -de l'infant don Carlos dans les provinces insurgées. Il a reconnu -comme moi _que le but du traité du 22 avril n'était point atteint_ et -a paru frappé surtout de l'observation contenue dans votre dépêche -numéro 63, sur ce que les conséquences de ce traité auraient en -définitive tourné au profit de l'infant, puisqu'il se serait trouvé -transporté au milieu de ses partisans, tandis qu'avant le traité, -l'accès des provinces basques lui était à peu près fermé. - -»J'ai fait remarquer à lord Palmerston que, dès qu'il admettait avec -nous que le but du traité n'était pas rempli, il devait aussi lui -paraître nécessaire d'adopter quelque moyen de compléter l'oeuvre -que nos deux cours avaient en vue lorsqu'elles l'avaient conclu. - -»Sur ce point, m'a-t-il dit, nous ne sommes pas éloignés de penser -qu'il y a _quelque chose_ à faire pour aider la cause de la reine -d'Espagne, mais pour déterminer ce _quelque chose_, il faut connaître -la portée des demandes qui de Madrid seront faites à Paris et à -Londres. Nous allons expédier quelques bâtiments légers sur la côte du -nord de l'Espagne, pour surveiller les mouvements des insurgés; la -présence de notre pavillon sur ce point pourra n'être pas inutile au -gouvernement espagnol, et c'est la seule mesure que nous puissions -prendre jusqu'à ce que le cabinet de Madrid ait demandé un secours -plus direct. - -»Le point une fois admis par lord Palmerston que le traité du 22 -avril, quoique exécuté à la lettre, ne l'était point dans son -principe, et qu'il y avait _quelque chose_ à faire pour arriver à -cette exécution, je n'ai pas voulu insister davantage et j'aurais même -attendu pour lui en reparler une demande positive venue de Madrid, -lorsque j'ai reçu il y a quelques heures la dépêche que vous m'avez -fait l'honneur de m'écrire sous le numéro 66. - -»J'ai jugé, après avoir lu cette dépêche, que l'objet en était trop -grave pour ne pas réclamer de lord Palmerston la confirmation de ce -qu'il m'avait déclaré hier et qui répondait si bien aux questions que -vous m'adressez. L'envoi fait par le gouvernement du roi de bâtiments -devant Saint-Sébastien, Bilbao, Santander, etc., qui s'accorde avec la -mesure prise par le gouvernement anglais, m'offrait d'ailleurs -l'opportunité de revenir sur notre conversation d'hier. - -»Lord Palmerston n'a pas hésité à me répéter ce qu'il m'avait -dit, c'est-à-dire _qu'il ne regarderait pas le but du traité du 22 -avril comme atteint_, et qu'il y avait de la part de notre -gouvernement et du sien quelque chose à faire pour pourvoir à -l'exécution de cette transaction. Je reproduis ces mômes termes parce -qu'aujourd'hui comme hier ils ont été ceux employés par lord -Palmerston. - -»Il m'a informé en outre qu'il venait de recevoir une seconde note de -M. de Miraflorès par laquelle celui-ci renouvelle les demandes -comprises dans la première, et formule quelques-unes des stipulations -qui devraient être insérées dans le nouveau traité ou dans la -convention supplémentaire qu'il faudrait conclure. - -»Le marquis de Miraflorès voudrait entre autres qu'on fît entrer un -corps auxiliaire portugais en Espagne, en réciprocité du corps -espagnol qui a poursuivi les deux prétendants en Portugal. - -»Lord Palmerston m'a dit qu'il répondrait à cette note comme à la -première en déclinant de prendre aucun parti sur l'objet de son -contenu, jusqu'à ce qu'on ait connaissance des intentions du cabinet -de Madrid, et j'ai insinué que c'était surtout pour la question de -l'entrée d'un corps de troupes portugaises en Espagne, qu'il était -important de connaître les désirs du cabinet de Madrid. Vous pourrez, -ce me semble, sonder déjà M. le chevalier de Lima sur ce point assez -délicat. La mesure prise par le gouvernement anglais de faire tenir -quelques bâtiments sur la côte du nord de l'Espagne ne pourra pas -manquer de produire un bon effet; car, exécutée de concert avec celle -du même genre dont vous me parlez, elle montrera dès le principe que -nous sommes d'accord pour soutenir la cause de la reine. - -»Telles sont, monsieur le comte, les seules informations que je sois -en état de vous fournir en réponse aux dernières dépêches que vous -avez bien voulu m'écrire. - -»J'y ajouterai une seule réflexion, c'est que dans mon opinion le -gouvernement anglais verrait avec un vif déplaisir toute intervention -armée de notre part en Espagne, et que d'un autre côté, cependant, les -moyens qu'il consentirait à adopter pour secourir la cause de la reine -ne seraient probablement pas de nature à la servir suffisamment; du -reste, tout ceci ne peut être encore qu'hypothétique.» - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 25 juillet 1834. - - »Mon prince, - -»Les dépêches de Madrid ne sont pas rassurantes et ne donnent pas un -grand appétit d'aller se fourrer là. - -»Il est bon que vous sachiez que les ministres étrangers ici qui -peuvent apercevoir les dispositions personnelles du roi s'en prévalent -auprès de don Carlos qu'ils font renseigner et encourager à cet égard: -nous en avons _preuves matérielles_. - -»Ils disent beaucoup dans leurs conversations privées que ce sera la -guerre générale si nous soutenons la reine par une intervention armée: -ils _provoquent_ de leurs cours des notes précises sur ce sujet et -disent qu'elles nous arrêteront tout court. Aussi voudrais-je qu'il y -ait parti pris dans un sens ou dans un autre avant que nous entendions -un tel langage. - -»Ce qu'il y aurait de mieux, c'est que l'Espagne ne nous demandât -rien, et je n'ai encouragé Rayneval dans aucune espérance à ce sujet. - -»Les vaisseaux anglais ont quitté Smyrne et ils ont bien fait, car -cela agitait de nouveau Constantinople et tout son drogmanat à peu -près en pure perte...» - - -MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Neuilly, le 25 juillet 1834. - -»Notre cher roi, à qui j'ai lu ma lettre et qui l'approuve -complètement, veut que je vous dise quel est son langage sur l'affaire -de l'Espagne. Il donnera tout l'appui moral dont il peut disposer, -pour soutenir la couronne sur la tête de la jeune reine et donner -force et consistance à son gouvernement. Il croit que cet appui moral -sera plus efficace qu'une intervention armée; il fera donc tous ses -efforts pour être dispensé de toute intervention de ce genre, mais il -a trop l'expérience des vicissitudes humaines pour s'engager à ce -qu'elle n'ait jamais lieu; il veut au contraire qu'on sache qu'il sera -toujours prêt, quoi qu'il puisse lui en coûter, à prendre les mesures -hardies que les circonstances lui paraîtraient exiger dans l'intérêt -de la France, seul mobile de sa conduite et de sa pensée. - -»Le roi me charge en outre de vous dire qu'il sait qu'il y a des gens -qui croient qu'avec un corps de dix, douze ou quinze mille hommes, -tout au plus, de troupes françaises, on pourrait enlever don Carlos et -le transporter en France, en repliant aussitôt toutes ces troupes sur -le territoire français. Le roi ne croit point au succès d'une telle -tentative, si elle était faite. - -»Rien ne serait plus difficile que de cerner don Carlos dans les -montagnes, de le poursuivre et de l'attraper. Mais le roi croit aussi -que, même en réussissant, le nom de don Carlos _enlevé par les -Français_ serait plus formidable que sa présence qui deviendra une -source d'embarras continuels pour ses partisans et particulièrement -pour ceux qui auront à le garder. Il dit que cet enlèvement serait -assimilé en Espagne à celui de Ferdinand VII par Napoléon et serait de -même plus avantageux que nuisible à sa cause.--Tandis que si, par -l'effet de l'action espagnole, la puissance de don Carlos se trouve -amoindrie et que ce soit parce que l'Espagne ne veut pas de lui qu'il -se trouve rejeté sur le territoire français, sa cause sera perdue, et -alors on pourra prendre envers lui sans inconvénient les mesures de -sûreté qui préserveraient l'Espagne des dangers auxquels son retour -pourrait l'exposer plus tard. Voilà, mon cher prince, une des pensées -que le roi confie à votre discrétion; il sait que vous n'en ferez que -bon usage et regrette bien de ne pas vous entendre et de ne pouvoir -pas vous communiquer toutes ses opinions sur cette question si grave -et si compliquée. - -»Il vous prie d'ailleurs de ne pas perdre de vue, à tout hasard, que -toute intervention de la France en Espagne devant nécessairement -l'affaiblir sur le Rhin et sur les Alpes serait _désirée_ et non -_redoutée_ par les puissances du Nord, et que par conséquent, comme -elle pourrait décider la guerre de leur part, jamais la France ne -saurait s'y embarquer si l'Angleterre ne s'était pas liée par une -alliance à faire cause commune avec elle. - -»Tout ceci, mon cher prince, sous le sceau du plus grand secret.» - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 20 juillet 1834. - - »Monsieur le comte, - -»... J'avais vu lord Palmerston hier et dans un assez long entretien -que nous avons eu ensemble sur la situation présente de l'Espagne, je -lui ai fait pressentir toutes les difficultés que cette question -entraînait pour le gouvernement du roi, au moment où la réunion des -Chambres l'obligerait à s'expliquer sur la conduite politique qu'il -tiendrait dans les affaires de la péninsule. J'ai dit en même temps -qu'il nous était absolument nécessaire de connaître l'opinion du -cabinet anglais sur la valeur qu'il attachait au traité du 22 avril, -et de savoir si, d'après ce que lui, lord Palmerston, m'avait dit deux -jours auparavant, le gouvernement français se trouvait autorisé à -déclarer solennellement que la France et l'Angleterre reconnaissaient -toutes deux que le but du traité n'étant point atteint, il y avait -quelque nouvelle mesure à prendre pour pourvoir à son exécution. J'ai -ajouté enfin que, dans le cas où le cabinet anglais reconnaîtrait avec -nous la non-exécution du traité du 22 avril, il serait peut-être -possible de me faire connaître dès aujourd'hui, et avant même que les -demandes de secours du cabinet de Madrid nous aient été communiquées, -quels sont les moyens que l'Angleterre croirait devoir proposer pour -servir la cause de la reine d'Espagne. - -»Lord Palmerston auquel j'avais développé toutes les raisons qui me -faisaient désirer des réponses catégoriques, sinon sur tous ces -points, au moins sur celui qui était relatif à la valeur qu'on devait -attacher au traité du 22 avril, me promit de soumettre mes -observations aux autres membres du cabinet aujourd'hui dans la -matinée, et c'est le résultat de cette conférence avec ses collègues -qu'il vient de me communiquer à l'instant et que je m'empresse de vous -transmettre. - -»Le gouvernement anglais croit que dans le discours d'ouverture des -Chambres on peut introduire une phrase à peu près comme celle-ci: - -»L'Angleterre pense avec nous que le but du traité du 22 avril n'est -pas atteint, et dans ce moment-ci les quatre puissances signataires de -ce traité s'occupent à fixer les mesures qui doivent être prises dans -les circonstances actuelles. - -»Telle est, monsieur le comte, la phrase que j'ai rédigée devant lord -Palmerston et qu'il a approuvée dans tout son contenu. Le gouvernement -du roi n'est pas astreint cependant à s'en tenir aux termes mômes de -cette phrase, mais il ne pourrait pas s'écarter de l'esprit, sans -s'exposer à aller au delà de ce que le gouvernement anglais -approuverait. - -»Quant aux mesures à prendre, lord Palmerston m'a répété qu'on ne -pouvait pas s'en occuper avant d'avoir reçu les demandes du cabinet de -Madrid, et qu'il serait inutile de discuter en ce moment la question -d'une intervention armée de notre part en Espagne, avant que le -développement des événements dans la péninsule ait rendu nécessaire -une si importante démarche. - -»Je n'ai pas voulu insister davantage, parce qu'il m'a paru que, pour -le moment, la phrase que je viens d'avoir l'honneur de vous indiquer -répondait suffisamment aux exigences imposées au gouvernement du roi. -En effet, s'il s'élève une discussion à la Chambre des députés sur les -conséquences du traité du 22 avril, on pourra se borner à dire -que les puissances signataires ont reconnu que l'objet de ce traité -n'étant point atteint, elles devaient s'occuper des mesures -ultérieures à prendre, mais que ces mesures étaient le sujet d'une -négociation dont il ne serait pas convenable de dévoiler les détails. - -»Je pense, monsieur le comte, que vous partagerez mon opinion à cet -égard, et j'attendrai impatiemment votre réponse à cette dépêche. - -»Je dois ajouter que lord Palmerston m'a exprimé, en son nom et en -celui de ses collègues, le vif désir qu'une phrase de notre discours -d'ouverture rappelât l'union de la France et de la Grande-Bretagne. Il -serait aisé, je crois, de la lier à celle qui est relative aux -événements de la péninsule. - -»M. Tricoupis, ministre de Grèce à Londres, m'a fait part de quelques -propositions qui lui auraient été faites, il y a peu de jours, par le -nouveau chargé d'affaires de Russie au nom de son gouvernement. L'une -de ces propositions tendrait à faire demander, par le gouvernement -grec lui-même, aux trois cours de l'alliance, une déclaration par -laquelle la neutralité du royaume de la Grèce serait reconnue. M. -Tricoupis, en se chargeant probablement de transmettre cette ouverture -à son gouvernement, m'a dit qu'il avait répondu à M. le comte de Medem -qu'une déclaration telle qu'il la proposait devrait sans doute mettre -le gouvernement grec dans la nécessité, en cas de guerre, de fermer -ses ports aux bâtiments anglais et français. - -»La seconde proposition était relative au roi Othon, que le cabinet -russe désirerait voir embrasser la religion grecque ou du moins -déclarer sa ferme intention d'élever ses enfants dans cette religion. -M. Tricoupis doit avoir répondu que le roi Othon, n'ayant pas encore -atteint sa majorité, n'était pas obligé de s'expliquer sur ce point; -que dans tous les cas c'était une affaire de conscience qui ne pouvait -être décidée par un traité et que, quant à ce qui se rapportait à la -religion des enfants du jeune roi, il était inutile de s'en occuper, -puisqu'il n'en avait pas et qu'il n'était pas même marié.» - - «Londres, le 29 juillet 1834. - -»Je viens de voir lord Palmerston qui m'a fait part d'un changement -arrêté dans un conseil de cabinet au sujet de la phrase que j'ai eu -l'honneur de vous communiquer et qui exprimait l'opinion des -gouvernements de France et d'Angleterre sur le traité du 22 avril. Il -m'a dit que n'ayant consulté, lorsqu'il m'avait vu, que quelques-uns -de ses collègues, il avait jugé plus tard que l'objet était trop grave -pour ne pas être traité dans un conseil de cabinet, et que c'était -d'après l'avis général du conseil que la nouvelle phrase avait été -modifiée et envoyée à lord Granville pour vous être soumise. - -»Lord Palmerston m'a lu cette phrase qui me paraît contenir, quoique -d'une manière moins claire, la substance de celle que je vous avais -adressée. J'ai exprimé ma pensée à cet égard à lord Palmerston en -ajoutant qu'il était possible que le discours du roi eût déjà reçu la -sanction du conseil des ministres lorsque la communication de lord -Granville vous aura été faite et que, par conséquent, il fût trop tard -pour lui faire subir aucune modification. - -»Je crois pouvoir vous dire que dans mon opinion il n'y aurait aucun -inconvénient à maintenir la première rédaction qui vous est parvenue -par moi, si c'est celle que vous préférez.» - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 3 août 1834. - - »Mon prince, - -»J'ai parfaitement compris ce qui est arrivé: c'est que Palmerston a -saisi l'occasion de votre absence pour faire ce qui lui eût été plus -difficile, vous étant à Londres. - -»Au reste, tout cela est fini. Ici les avis sont fort partagés: les -uns disent que nous avons trop dit, les autres pas assez. - -»Dupin est contre toute intervention armée; le _Journal des Débats_ -pour toute intervention armée; je ne puis que le ralentir là-dessus, -mais non le faire taire. - -»Il nous est impossible dans les marches de montagne de bien savoir ce -que font don Carlos et Rodil. Je ne suis pas sans inquiétude sur les -dispositions, non de Rodil personnellement, mais de ses alentours. Le -massacre des moines à Madrid[258] a ravivé l'insurrection, et les -conspirations suivies et découvertes à Madrid annoncent de la division -dans le parti de la reine... - -»Les nouvelles de la Catalogue sont meilleures. Je voudrais bien que -vous puissiez m'expédier, par estafette extraordinaire, la -conversation de lord Londonderry à la Chambre des pairs[259]. Cela -tombera ici à temps pour nos débats qui vont s'ouvrir à la fin de la -semaine.» - - [258] Des scènes de meurtre avaient, en effet, ensanglanté - Madrid. Le choléra s'était répandu dans la capitale. Comme à - Paris, la populace refusant de croire à la maladie attribua - l'épidémie à des empoisonnements dont elle accusa les religieux. - Le 17 juillet, des bandes armées attaquèrent les couvents de la - ville et massacrèrent la plupart des religieux qui s'y - trouvaient. - - [259] Lord Londonderry avait annoncé qu'il ferait une motion sur - les affaires de la péninsule. Le 4 août, il prit la parole à la - Chambre des lords, et attaqua violemment la politique du - cabinet.--Voici ce qu'il disait de la France: - - «En ce qui concerne l'alliance avec la France, je ne crois pas - qu'il soit juste de donner une préférence à ce pays sur les autres - et je ne puis approuver les éloges qu'on a prodigués si souvent - aux trois journées de Juillet. - - »Louis-Philippe gouverne d'après le principe de la force; il a - rempli la province et la capitale de ses troupes; ses ordonnances, - et sa conduite en général sont aussi arbitraires que celles de - Charles X; seulement Louis-Philippe a agi avec plus de franchise - et d'habileté... En ce qui touche le quadruple traité, je ne - conçois rien réellement de plus bas, de plus atroce que la marche - qu'on a suivie à l'égard du Portugal en négociant ce traité. Nous - nous étions engagés à une neutralité positive... mais sous le - masque de la neutralité, le gouvernement préparait une - intervention armée de concert avec un puissant allié. Je crois - réellement que pour une grande nation, une pareille conduite est - atroce.» Lord Londonderry ajoutait que l'Angleterre n'avait rien - gagné à cette politique, et il concluait en demandant a qu'une - humble adresse fût présentée à Sa Majesté pour la prier d'ordonner - que des copies de toutes les correspondances et des renseignements - qui ont conduit à la négociation et à la conclusion du traité du - 22 avril fussent déposées sur le bureau.» Cette motion fut - repoussée à une grande majorité. - - «Le 4 août. - -»Harispe[260] nous mande que décidément Rodil a eu un avantage -considérable contre Zumalacarreguy: don Carlos reste adossé à -notre frontière, et Harispe ne doute guère que sous peu il ne soit -obligé de la repasser. - -»Voilà les demandes de Madrid dont lord Palmerston reçoit le double -par Villiers et par M. de Miraflorès. - -»Dans la Chambre, on est peu disposé à l'intervention armée. Le roi se -soucie peu d'une déclaration et nous pourrions, en effet, considérer -la phrase du discours comme équivalente. - -»D'un autre côté, Toreno, avec son emprunt à Londres et la banqueroute -qu'il fait à nos petits rentiers, ne nous donne aucune force pour -l'aider: on dit qu'il réduit à deux cinquièmes. Nous avions écrit -vivement là-dessus, mais l'Espagne veut une banqueroute et je crois -qu'elle ne pourra pas faire autrement. Cela rendra Toreno aussi -populaire à Madrid que peu ici...» - - [260] Jean-Isidore, comte Harispe, né en 1768, engagé volontaire - en 1792, devint général de brigade en 1807 et servit - particulièrement en Espagne. Mis en disponibilité sous la - restauration pour s'être rallié à l'empereur pendant les - Cent-jours, il reprit du service en 1830, et fut créé pair de - France. Il commandait en 1834 une division sur la frontière des - Pyrénées. Il fut nommé maréchal de France en 1851 et mourut en - 1855. - - -LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Le 4 août 1834, neuf heures du soir. - - »Mon prince, - -»Nous recevons la dépêche télégraphique suivante de Bayonne en date de -ce jour: - -»Les insurgés sont battus sur tous les points depuis le 1er. Rodil -attaque avec vigueur[261].» - -»J'aurai ce soir des détails...» - - [261] Le général Rodil venait d'être mis à la tête de forces - imposantes. Arrivé à Logrono sur l'Èbre, il apprit la nouvelle de - l'arrivée de don Carlos dans les provinces insurgées. Il résolut - de tout faire pour s'emparer de sa personne, couvrit le pays de - postes fortifiés et remporta des avantages signalés, mais le - prétendant parvint toujours à lui échapper au milieu des plus - grands dangers. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY. - - «Londres, le 5 août 1834. - - »Monsieur le comte, - -»J'ai l'honneur de vous transmettre la copie d'une pièce dont vous -avez déjà connaissance; c'est la note par laquelle lord Palmerston -avait répondu le 28 du mois dernier aux démarches renouvelées du -ministre d'Espagne à Londres. J'y joins en même temps une traduction -littérale de la nouvelle note que le marquis de Miraflorès vient -d'adresser à lord Palmerston, et dans laquelle il a exposé les -différents points que le gouvernement espagnol désire faire entrer -dans des articles additionnels au traité du 22 avril. - -»Une communication du même genre vous aura été faite sans aucun doute -par M. le duc de Frias, et comme elle aura appelé toute votre -attention, je vous serai très obligé de me faire connaître les -intentions du gouvernement du roi sur les cinq nouvelles propositions -du cabinet de Madrid. - -»La première exprime un désir qui a été prévenu par le gouvernement -français et ne pourra par conséquent donner lieu à aucune difficulté. -Je pense qu'il en est de même de la seconde[262], et quant à la -troisième qui est relative à l'entrée d'un corps de troupes -portugaises, il ne paraît guère possible, dans les circonstances -données, que nous y mettions opposition. - -»Mais c'est sur la quatrième proposition particulièrement que j'ai -besoin d'avoir des données positives, précises et les plus -détaillées. Je ne puis juger d'aucune manière quelle est la nature, la -quantité, la valeur des secours matériels que le gouvernement du roi -voudrait s'engager à fournir à l'Espagne, et je réclame en conséquence -à cet égard de votre part, monsieur le comte, un article complètement -rédigé et pour lequel je n'aie plus à peu près qu'à demander la -signature des autres plénipotentiaires. - -»Je tiendrais également à être instruit de la forme que vous désirez -donner à l'espèce de garantie et d'appui moral qui fait l'objet de la -cinquième proposition du gouvernement espagnol. - -»Vous concevez, monsieur le comte, que ces deux derniers points -renferment des questions que je ne suis pas en état de résoudre, car -il faudrait mieux connaître que je ne puis le faire les ressources que -le gouvernement du roi a l'intention d'employer en faveur de -l'Espagne, et la mesure des engagements qu'il voudrait prendre dans -les affaires de la Péninsule. - -»Comme il est très probable qu'on ne tardera pas à me demander mon -opinion sur les articles additionnels à ajouter au traité du 22 avril, -j'oserai vous prier de hâter, autant que cela sera possible, l'envoi -des directions et des ordres que j'attends de vous.» - - [262] La première proposition était relative aux mesures à - prendre par le cabinet français sur la frontière des Pyrénées; la - deuxième, aux secours que l'Angleterre devait fournir au - gouvernement de la reine Isabelle. - - «Londres, le 7 août 1834. - -»... Je viens d'avoir avec lord Palmerston un entretien au sujet des -demandes faites récemment par le cabinet de Madrid aux gouvernements -de France et d'Angleterre. Il m'a fait part des réflexions que lui -avait suggérées l'examen attentif de ces demandes et qui l'ont amené à -douter de la possibilité d'ajouter quelques articles au traité du -22 avril, ou même de conclure un nouveau traité. En effet, m'a-t-il -dit, les demandes du cabinet de Madrid portent sur des points qui ne -peuvent guère donner lieu à des stipulations de traité, mais qui -peuvent être l'objet de mesures de police que chaque gouvernement est -toujours libre d'adopter. Ainsi le gouvernement français est en droit -de défendre l'introduction en Espagne, par sa frontière de terre, de -quelque espèce de secours que ce soit destinés aux insurgés espagnols. -Il peut, de concert avec le gouvernement anglais, faire surveiller les -côtes de l'Espagne, empêcher la contrebande militaire dans les bornes -qui sont déterminées par les lois des nations. Mais il n'est pas -nécessaire que de telles mesures soient stipulées par un traité; il -serait même impossible de le faire sans reconnaître les droits des -neutres et, par conséquent, sans invalider d'avance toutes les -poursuites qui seraient faites contre des bâtiments étrangers qui -tenteraient d'aborder en Espagne pour y porter des armes, munitions, -etc., etc., aux insurgés. A moins d'une déclaration de guerre formelle -de la part de la France et de l'Angleterre contre don Carlos, qu'on ne -peut raisonnablement demander, il serait difficile pour ces deux -puissances de faire reconnaître le blocus des côtes d'Espagne par les -autres gouvernements. Il semblerait donc plus convenable que le -gouvernement espagnol déclarât ses ports en état de blocus, et que les -vaisseaux français et anglais prêtassent leur secours pour maintenir -ce blocus, en agissant toutefois dans les bornes qui leur sont -prescrites par les droits des neutres. - -»Quant aux demandes de secours matériels faites par le cabinet de -Madrid, il n'est pas besoin d'un traité pour y satisfaire; chaque -gouvernement est libre à cet égard de faire ce qui lui convient, -et les secours n'en seront pas moins réels quoique donnés sans traité. - -»Enfin, pour ce qui concerne la déclaration solennelle que le -gouvernement espagnol désire qui soit faite par les gouvernements -signataires du traité du 22 avril, le cabinet anglais n'y met aucune -opposition, mais il pense qu'une telle déclaration peut être l'objet -seulement d'une note diplomatique qui serait rendue publique à Madrid -au besoin. - -»Il ne peut être question de l'entrée de troupes portugaises en -Espagne, puisque le cabinet de Madrid n'a point fait mention de ce -projet dans les demandes qu'il a adressées au gouvernement anglais et -qu'il a insisté au contraire pour que le cordon de troupes portugaises -qui sera réuni sur la frontière du Portugal ne pénètre point en -Espagne. - -»Ayant résumé ces diverses considérations avec lord Palmerston, nous -sommes convenus de nous réunir demain aux plénipotentiaires d'Espagne -et de Portugal, d'inviter ceux-ci à nous passer une note en forme qui -renfermera les demandes qui peuvent entrer convenablement dans un -pareil document, et nous leur annoncerons en même temps notre -intention de répondre à cette note par une contre-note qui exprimera -l'opinion de nos deux gouvernements sur la situation actuelle de la -péninsule et qui contiendra les assurances de notre appui quand les -circonstances le permettront. Cette contre-note pourrait être ensuite -publiée à Madrid et prêterait sans doute au gouvernement espagnol -l'appui moral qu'il réclame de nous. - -»Tel est, monsieur le comte, le plan auquel nous nous sommes -arrêtés, qui pourra être modifié, mais qui, dans tous les cas, nous -dispensera de conclure une convention ou des articles additionnels au -traité du 22 avril. - -»Je vous serai particulièrement obligé de me faire connaître si ce -plan a mérité votre approbation et celle du gouvernement du roi.» - - «Londres, le 9 août 1834. - -»... Après plusieurs conférences entre lord Palmerston, les ministres -d'Espagne et de Portugal et moi, dans lesquelles MM. de Miraflorès et -Sarmento ont vivement insisté pour que des articles additionnels -fussent ajoutés au traité du 22 avril, nous sommes convenus du projet -de convention additionnelle que j'ai l'honneur de vous transmettre. Il -a reçu l'approbation du cabinet anglais... - -»Je n'ai pas jugé convenable cependant de me déclarer prêt à signer -ces articles additionnels et j'ai demandé à en référer à mon -gouvernement... - -»L'examen attentif du projet que je vous envoie, monsieur le comte, -vous persuadera sans doute comme à moi qu'il n'offre aucun -inconvénient réel pour le gouvernement du roi, puisqu'il ne contient -point de nouvel engagement excepté celui de ne pas laisser passer par -notre frontière des secours à l'armée de l'infant don Carlos, et sur -ce point nous avons prévenu les stipulations de l'article premier. - -»Une seule considération m'arrête, quoiqu'au fond elle me paraisse -sans importance. - -»Par l'article II, le gouvernement anglais s'engage à fournir des -secours en armes et en munitions de guerre dont la valeur lui sera -remboursée plus tard par l'Espagne. - -»Cette dernière stipulation ne pourra-t-elle pas donner lieu dans -notre Chambre des députés et dans les journaux à quelques fausses -interprétations. N'accusera-t-on pas le gouvernement du roi d'avoir -privé le commerce français de la vente des objets qui seront livrés -par l'Angleterre au gouvernement espagnol? - -»Ce reproche serait très mal fondé, certainement, car il est évident -que, comme il arrive toujours en pareil cas, l'Angleterre ne retirera -en définitive rien des déboursés qu'elle sera dans le cas de faire, et -qu'il y a un avantage positif pour nous à éviter de pareils déboursés. -Mais j'ignore si le ministère français est en mesure de faire -prévaloir cette opinion, et c'est ce qui m'a décidé à suspendre mon -consentement à l'article. - -»Au total, le projet de convention additionnelle est assez -insignifiant pour qu'il n'y ait aucun danger de notre part à -l'approuver. Il offrirait même plutôt de l'inconvénient par son -insignifiance, si nous ne pouvions toujours affirmer qu'il renferme -toute la somme des demandes faites par le cabinet de Madrid. - -»Un seul point du projet a de la valeur: c'est la reconnaissance faite -par la France et l'Angleterre que le but du traité du 22 avril n'est -pas atteint. - -»Je persiste à croire que la preuve de ce fait se serait trouvée aussi -utilement exprimée dans le discours du roi des Français à l'ouverture -des Chambres, et dans celui que le roi d'Angleterre prononcera vers la -fin de cette semaine à la prorogation du parlement. Au besoin même, un -échange de notes diplomatiques entre la France et l'Angleterre d'une -part, et l'Espagne de l'autre, aurait suffi pour remplacer le -préambule un peu pompeux d'une convention qui stipule des -obligations si peu importantes. - -»Mais enfin nous avons dû céder aux instances réitérées de MM. de -Miraflorès et de Sarmento: le premier surtout de ces messieurs nous a -fait voir des passages de dépêches de M. Martinez de la Rosa qui lui -imposent l'obligation, dit-il, d'insister pour obtenir des articles -additionnels au traité du 22 avril.» - - «Londres, le 12 août 1834. - -»... Il me paraît que le projet d'articles additionnels qui était -joint à ma dépêche s'accorde avec les intentions que vous m'exprimez -au nom du gouvernement du roi. - -»La déclaration mentionnée dans le préambule des articles est conçue -en des termes assez vagues pour ne donner lieu à aucune objection -sérieuse. - -»J'aurais préféré, comme je vous le disais dans ma dépêche d'hier, -qu'on s'en tînt à la phrase du discours du roi, mais il était -impossible de faire des articles additionnels au traité du 22 avril -sans les motiver d'une manière quelconque, et je crois que la phrase -employée dans ce but, dit aussi peu que faire se pouvait. - -»Les stipulations de l'article premier ayant reçu votre approbation, -il ne reste plus que l'objection sans importance que je vous ai -soumise sur l'article II. - -»Je ne pense pas que vous désiriez que la proposition du gouvernement -du roi au cabinet de Madrid à l'égard du transport de la légion -étrangère d'Alger sur la côte d'Espagne forme un nouvel article -additionnel. Je ne la mettrais en avant que dans le cas où vous m'en -donneriez l'ordre... - -»Au moment où je finissais cette dépêche, j'ai vu lord Palmerston qui -m'a annoncé qu'à la demande de M. de Miraflorès et d'après l'opinion -unanime du conseil, il me proposait d'ajouter l'article suivant à ceux -que j'ai eu l'honneur de vous envoyer hier: «S'il arrivait que de -nouvelles circonstances exigeassent de nouvelles mesures, les hautes -parties contractantes s'engagent à faire à ce sujet ce dont elles -pourraient convenir d'un commun accord.» - -»Je n'ai pas caché à lord Palmerston que je n'approuvais cet article -ni dans le fond, ni dans la forme qui était blessante pour le -gouvernement espagnol, puisque c'était douter d'avance de ses forces, -et que la publication d'un tel doute de la part des trois cours -pourrait produire un mauvais effet à Madrid. J'ai ajouté enfin, qu'en -nous communiquant cet article je vous exprimerais l'inconvénient que -j'y trouvais.--Si vous refusez de l'adopter, je crois qu'il serait -utile de m'écrire une dépêche assez motivée pour que je puisse la -montrer.» - - «Londres, le 15 août 1834. - -»... J'ai l'honneur de vous transmettre le discours que le roi -d'Angleterre vient de prononcer en ajournant le parlement au 25 -septembre prochain. Le roi en lisant le discours a donné aux phrases -qui concernent la politique extérieure et la France particulièrement -une expression qui a paru faire sensation dans la tribune -diplomatique.» - - «Londres, le 19 août 1834. - -»Je m'empresse de vous transmettre les articles additionnels que nous -venons de signer à l'instant. Je crois que le gouvernement du roi -ne peut qu'être satisfait de leur contenu[263]. Vous remarquerez que -nous avons fait quelques changements, ainsi que je vous l'annonçais -hier, au projet primitif de ces articles: le plus important est celui -qui termine l'article II. Par cet article l'Angleterre s'engage -vis-à-vis de la reine régente dans une politique beaucoup plus -décidée, tandis que l'article premier est resté le même et ne stipule -pour la France que des obligations qu'elle s'est déjà empressée -de remplir. Je suis bien aise que cette convention additionnelle au -traité du 22 avril ait pris par la suppression de la dernière partie -de l'article II un caractère uniquement politique[264]. Vous -remarquerez sans doute, monsieur le comte, qu'elle se lie mieux ainsi -au traité du 22 avril et aux vues que les cours ont eues en le -contractant.» - - [263] Voici le texte de la convention additionnelle au traité de - la quadruple alliance, tel qu'il fut arrêté et signé le 18 août - 1834: - - «Sa Majesté le roi des Français, Sa Majesté la reine régente - d'Espagne, ... Sa Majesté le roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne - et d'Irlande, Sa Majesté Impériale le duc de Bragance, régent du - royaume de Portugal et des Algarves, hautes parties contractantes - au traité du 22 avril 1834, ayant porté leur sérieuse attention - sur les événements récents qui ont eu lieu dans la péninsule, et - étant profondément convaincues que dans ce nouvel état de choses - de nouvelles mesures sont devenues nécessaires pour atteindre - complètement le but dudit traité; - - »Les soussignés (suivent les noms des plénipotentiaires), étant - munis de l'autorisation de leurs gouvernements respectifs sont - convenus des articles suivants additionnels au traité du 22 avril - 1834: - - »I.--Sa Majesté le roi des Français s'engage à prendre dans la - partie de ses États qui avoisine l'Espagne, les mesures les mieux - calculées pour empêcher qu'aucune espèce de secours en hommes, - armes ou munitions de guerre, soit envoyé du territoire français - aux insurgés en Espagne. - - »II.--Sa Majesté le roi du Royaume de la Grande-Bretagne et - d'Irlande s'engage à fournir à Sa Majesté Catholique tous les - secours d'armes et de munitions de guerre que Sa Majesté - Catholique pourra réclamer, et en outre à l'assister avec des - forces navales, si cela devient nécessaire. - - »III.--Sa Majesté Impériale le duc de Bragance régent du royaume - de Portugal et des Algarves... partageant complètement les - sentiments de ses augustes alliés et désirant reconnaître par un - juste retour les engagements contractés par la reine régente - d'Espagne dans le deuxième article du traité du 22 avril 1834, - s'oblige à prêter assistance si la nécessité s'en présentait à Sa - Majesté Catholique par tous les moyens qui seraient en son pouvoir - d'après la forme et la manière qui seraient convenues ensuite - entre leurs dites Majestés. - - »IV.--Les articles ci-dessus auront même force et valeur, etc. - - »TALLEYRAND, MIRAFLORÈS, - »PALMERSTON, C.-P. DE MORAES SARMENTO.» - - [264] Voir page 469 la teneur du projet primitif de cet article. Le - changement qui y avait été apporté était apprécié en ces termes par - M. de Talleyrand dans une dépêche du 17 août: - - «... Nous sommes convenus de nous borner a la signature des trois - articles en changeant toutefois quelques expressions de l'article II - qui par l'idée commerciale qu'elles apportent, ôtent de la force et - de la dignité aux mesures stipulées par cet article.» - - * * * * * - -M. de Talleyrand était arrivé au terme de sa tâche. Quelques jours -après avoir signé les articles additionnels au traité de la quadruple -alliance, il profita du congé qui lui avait été accordé et revint en -France. Trois mois après, il se déterminait à résigner ses fonctions -d'ambassadeur, et écrivait au roi à Madame Adélaïde et au ministre des -affaires étrangères les lettres qui vont suivre. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE. - - «Valençay, le 12 novembre 1834. - -»... Mademoiselle aura pu remarquer que je me suis abstenu longtemps -de lui parler de moi et de détourner un seul instant son attention de -la pénible crise[265] qui devait fatiguer le roi. Mais aujourd'hui -que cette crise est terminée, je réclame avec toute la confiance d'un -serviteur éprouvé une nouvelle preuve de la bonté de Mademoiselle. Je -la supplie de disposer favorablement le roi à la lecture d'une lettre -que j'écris au département des affaires étrangères. Elle y porte ma -démission. Je dois croire que le roi est disposé à la recevoir, -Monseigneur le duc d'Orléans m'ayant témoigné que, dans son opinion, -je ne pouvais plus être utile à Londres. Il a raison, car je suis -vieux, je suis infirme, et je m'attriste de la rapidité avec laquelle -je vois ma propre génération disparaître. Homme d'un autre temps, je -me sens devenir étranger à celui-ci. - -»Je me permettrai aussi de répéter à Mademoiselle ce que le prince -royal a fort bien senti: c'est que nous avons depuis quatre années -tiré de l'Angleterre tout ce qu'elle pouvait nous donner _d'utile_. -Puisse-t-elle ne nous rien transmettre de nuisible! L'Angleterre s'est -étrangement modifiée et je ne pense pas qu'elle puisse s'arrêter dans -la nouvelle route qu'elle parcourt. Je ne me sens pas appelé, je -l'avoue à la suivre. Ici se présente d'ailleurs, outre la différence -de système, une question de personnes. Lord Palmerston et moi, nous ne -nous entendons plus, et nous ne nous plaisons guère. Il ne faut pas -que le service du roi souffre de cette mésintelligence. Tels sont mes -motifs: je les crois fondés en raison, en convenance, et je suis -persuadé que l'admirable pénétration du roi les jugera dignes de mon -dévouement à ses intérêts. Je n'insisterai donc pas davantage sur mon -attachement à sa personne, mais je reviendrai encore une fois sur la -nécessité qu'il y a pour moi de me reposer avant de finir. Je crois -d'ailleurs devoir à la place que peut me destiner l'histoire de ne pas -compromettre le souvenir des services que j'ai été assez heureux -pour pouvoir rendre à la France à travers les vicissitudes infinies -qu'elle a traversées depuis plus de cinquante années. - -»En prolongeant mon action, désormais sans objet, je serais sans -utilité pour mon pays et ne pourrais que nuire à ma dignité -personnelle. - -»Je ne ferai aucune excuse à Mademoiselle de l'entretenir si -longuement du même objet: sa noble amitié est de nature, je le sais, à -ne pouvoir que s'augmenter de tout l'abandon de ma confiance. Un -esprit aussi élevé, une âme aussi tendre me conservera mes plus chères -consolations, son _souvenir et sa bonté..._ - - »TALLEYRAND.» - - [265] La crise ministérielle de novembre 1834. Après le ministère - des trois jours présidé par le duc de Bassano, le cabinet du 11 - octobre revint au pouvoir sous la présidence du maréchal Maison. - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES[266]. - - «Valençay, le 13 novembre 1834. - - »Monsieur le ministre, - -»Lorsque la confiance du roi m'appela il y a quatre ans à l'ambassade -de Londres, la difficulté même de la mission me fit obéir. Je crois -l'avoir accomplie utilement pour la France et pour le roi, deux -intérêts toujours présents à mon esprit, étroitement confondus dans ma -pensée. - -»Dans ces quatre années, la paix générale maintenue a permis à toutes -nos relations de se simplifier: notre politique, d'isolée qu'elle -était, s'est mêlée à celle des autres nations; elle a été acceptée, -appréciée, honorée par les honnêtes gens et par les bons esprits de -tous les pays. La coopération que nous avons obtenue de l'Angleterre, -n'a rien coûté ni à notre indépendance ni à nos susceptibilités -nationales, et tel a été notre respect pour les droits de chacun, -telle a été la franchise de nos procédés que, loin d'inspirer de la -méfiance, c'est notre garantie que l'on réclame aujourd'hui contre de -certaines directions qui inquiètent la vieille Europe. - -»C'est assurément à la haute sagesse du roi, à sa grande habileté -qu'il faut attribuer des résultats aussi satisfaisants. Je ne réclame -pour moi-même d'autre mérite que celui d'avoir deviné, avant tous la -pensée profonde du roi et de l'avoir annoncée à ceux qui, depuis, se -sont convaincus de la vérité de mes paroles. - -»Mais aujourd'hui que l'Europe connaît et admire le roi, que par cela -même, les plus grandes difficultés sont surmontées; aujourd'hui que -l'Angleterre a peut-être un besoin égal au nôtre de notre alliance -mutuelle et que la route que paraît vouloir suivre l'Angleterre doit -lui faire préférer un esprit à traditions moins anciennes que les -miennes; aujourd'hui, je crois pouvoir sans manquer de dévouement au -roi et à la France supplier respectueusement Sa Majesté d'accepter ma -démission, et vous prier, monsieur le ministre, de la lui présenter. - -»Mon grand âge, les infirmités qui en sont la suite naturelle, le -repos qu'il conseille, les pensées qu'il suggère, rendent ma démarche -bien simple, ne la justifient que trop, et en font même un devoir. Je -me confie à l'équitable bonté du roi pour en juger ainsi. Agréez... - - »Prince DE TALLEYRAND.» - - [266] A la suite de la dissolution du ministère, deux ou trois - intérimaires ayant été nommés successivement, M. de Talleyrand - dut adresser simplement cette lettre au ministre des affaires - étrangères, sans désignation de personne. (_Note de Mme la - comtesse de Mirabeau._) - - -LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS-PHILIPPE. - - «Valençay, le 23 novembre 1834. - - »Sire, - -»Votre Majesté aura pardonné le retard que j'ai mis à la remercier de -ses nouvelles bontés, de sa confiance, j'oserai presque dire de son -amitié. Je voudrais y mieux répondre, mais je ne puis me refuser aux -sérieux avertissements reçus à la triste cérémonie à laquelle j'ai dû -assister[267]. - -»J'y ai puisé le courage de persévérer dans une résolution dont le -côté vraiment douloureux pour mon coeur est de déplaire au roi. Il -m'excusera s'il consent à se souvenir du dévouement avec lequel, -malgré mon grand âge, je l'ai servi depuis quatre années, et il vaudra -bien m'en savoir encore quelque gré alors que la mort de mes vieux -amis et le poids des années ne permettent plus à mes actions de -répondre à mon zèle. - -»C'est bien à tort qu'on chercherait d'autres motifs que ceux indiqués -dans les dernières lignes de ma lettre au ministre des affaires -étrangères. Ce serait une erreur que d'avoir voulu faire de ma -démission une question de noms propres soit anglais, soit français. -J'ai, grâce à vous, Sire, obtenu pour la révolution de Juillet, le -_droit de cité_ en Europe. Ma tâche est accomplie et j'insiste -aujourd'hui pour me retirer parce que j'en ai le droit et le besoin. - -»Si je sortais de cette pensée si vraie et si simple et qu'il me -fallût d'autres motifs encore, je dirais au roi que personne -n'honore plus que moi le duc de Wellington; que je suis persuadé qu'à -lui seul appartiendra l'honneur, si toutefois cela se peut encore, -d'arrêter l'Angleterre dans sa décadence[268]. Mais quel que soit mon -respect pour son caractère, sa force et sa prudence, je ne pourrais, -sur le seul fait de sa rentrée aux affaires, retirer ma démission si -sérieusement motivée et publique depuis beaucoup de jours, sans -devenir à l'instant même un homme de parti pour les deux pays et, par -cela même moins en état de bien servir le roi. - -»Je n'ai jamais été un homme de parti; je n'ai jamais voulu l'être et -c'est ce qui a fait ma force. Lorsqu'il y a quatre ans je suis parti -pour l'Angleterre, j'étais aux yeux de la France, de cette France si -sévère dans ses susceptibilités nationales, ce que j'ai toujours voulu -être: l'homme de la France! Aujourd'hui, je serais pour elle, l'homme -du duc de Wellington. - -»Le roi oublie trop souvent dans son indulgente bonté mon grand âge: -il oublie qu'il n'est pas permis à un octogénaire de manquer de -prudence, car ce qui rend les fautes de la vieillesse si tristes, -c'est qu'elles sont irréparables. - -»Je crois qu'il sera facile au roi de faire un choix convenable pour -Londres. M. de Sainte-Aulaire saurait comme il l'a su à Rome et à -Vienne faire respecter son gouvernement et estimer sa personne. M. de -Rayneval, plein d'expérience et d'une prudence habile, serait -peut-être dans les circonstances actuelles, un meilleur choix -encore, car il connaît mieux que personne les intérêts et les -difficultés de la péninsule dont le sort occupera sans doute en -première ligne le nouveau cabinet anglais. - -»Je vois, du reste, tant d'intérêts divers à régler, ou du moins à -discuter, que je pense de plus en plus à un prochain congrès. S'il -convenait à Votre Majesté de m'y envoyer, je ferais volontiers dans -cette mission momentanée un dernier essai de mes forces. Ce n'est que -là où tout considéré, je pourrais peut-être encore servir utilement le -roi. Je ne saurais être coupable à ses yeux des torts de mon âge et -des fatigues de ma vie. - - »Je suis, Sire... - - »Prince DE TALLEYRAND.» - - [267] L'enterrement de la comtesse Tietzkewitz, née princesse - Poniatowska (_Note de Mme la comtesse de Mirabeau_). - - [268] Le cabinet de lord Melbourne venait de se retirer (14 - novembre). Le duc de Wellington avait été provisoirement appelé - au pouvoir en attendant l'arrivée de sir R. Peel, alors en - voyage, que le roi voulait charger de constituer un nouveau - ministère. Pendant près d'un mois, le duc de Wellington - représenta à lui seul tout le gouvernement anglais. Il conserva - le portefeuille des affaires étrangères dans le cabinet de sir R. - Peel. - - -LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND. - - «Paris, le 25 novembre 1834. - - »Mon cher prince, - -»Je n'ai rien vu de plus parfait, de plus noble, de plus honorable, de -mieux exprimé que la lettre que je viens de recevoir de vous. J'en -suis profondément touché. Sans doute il m'en coûte beaucoup de -reconnaître la justesse de la plupart de vos motifs pour ne pas -retourner à Londres, mais je suis trop sincère et trop ami de mes -amis, pour ne pas reconnaître que vous avez raison. Cependant, pour -pousser jusqu'au bout ma franchise, je crains que le poids de la -douleur qui vous accable ne vous ait porté à vous exagérer celui des -années et ce que vous avez considéré comme des avertissements. Croyez -que plus j'apprécie les grands services que vous m'avez rendus -ainsi que ceux que vous avez rendus à la France, plus je sens qu'il y -en a que vous seul vous pourriez encore me rendre, et vous ne vous -dissimulez sûrement pas combien votre résolution, quelque bien motivée -qu'elle soit, va augmenter mes embarras. Il est impossible de rien -arrêter avant que le ministère anglais soit reconstitué, mais j'entre -bien dans vos idées: il faut s'occuper de préparer l'avenir, et c'est -pour cela, mon cher prince, que je désire vivement que vous reveniez à -Paris le plus tôt possible. Je suis impatient de vous entendre et -d'être entendu de vous: je sens le besoin d'avoir l'assistance de -votre expérience et surtout les conseils de cette amitié éclairée qui -m'est si précieuse. J'aime à vous répéter combien vous devez compter -sur la mienne et sur tous les sentiments que je vous porte depuis si -longtemps. - - »LOUIS-PHILIPPE.» - - * * * * * - -L'ambassade de Londres est le dernier épisode de la carrière politique -du prince de Talleyrand. Il touchait d'ailleurs au terme de son -existence, car il ne survécut à sa démission que quatre années. Il les -passa dans une retraite absolue, soit dans sa terre de Valençay, soit -à Paris, dans son hôtel de la rue Saint-Florentin. C'est là qu'il -mourut le 17 mai 1838. Le matin même de sa mort, il avait signé une -rétractation solennelle des erreurs de sa vie qui avaient encouru les -censures de l'Église; il l'adressa au pape Grégoire XVI avec une -lettre de soumission. Nous ne croyons pouvoir mieux terminer les -_Mémoires_ que M. de Talleyrand a consacrés à sa vie publique qu'en -insérant ici ces deux pièces remarquables. - - -RÉTRACTATION DU PRINCE DE TALLEYRAND. - -«Touché de plus en plus par de graves considérations, conduit à juger -de sang-froid les conséquences d'une révolution qui a tout entraîné et -qui dure depuis cinquante ans, je suis arrivé, au terme d'un grand âge -et après une longue expérience, à blâmer les excès du siècle auquel -j'ai appartenu, et à condamner franchement les graves erreurs qui, -dans cette longue suite d'années, ont troublé et affligé l'Église -catholique, apostolique, romaine, et auxquelles j'ai eu le malheur de -participer. - -»S'il plaît au respectable ami de ma famille, monseigneur l'archevêque -de Paris, qui a bien voulu me faire assurer des dispositions -bienveillantes du souverain pontife à mon égard, de faire arriver au -Saint-Père, comme je le désire, l'hommage de ma respectueuse -reconnaissance et de ma soumission entière à la doctrine et à la -discipline de l'Église, aux décisions et jugements du Saint-Siège sur -les affaires ecclésiastiques de France, j'ose espérer que Sa Sainteté -daignera les accueillir avec bonté. - -»Dispensé plus tard par le vénérable Pie VII de l'exercice des -fonctions ecclésiastiques, j'ai recherché, dans ma longue carrière -politique, les occasions de rendre à la religion et à beaucoup de -membres honorables et distingués du clergé catholique tous les -services qui étaient en mon pouvoir. Jamais je n'ai cessé de me -regarder comme un enfant de l'Église. Je déplore de nouveau les -actes de ma vie qui l'ont contristée, et mes derniers voeux seront -pour elle et pour son chef suprême. - - »CHARLES-MAURICE, prince DE TALLEYRAND. - - »Signé à Paris, le 17 mai 1838.» - - [Écrit le 10 mars 1838.] - - -LETTRE DU PRINCE DE TALLEYRAND AU PAPE GRÉGOIRE XVI - - «Très Saint-Père, - -»La jeune et pieuse enfant qui entoure ma vieillesse des soins les -plus touchants et les plus tendres vient de me faire connaître les -expressions de bienveillance dont Votre Sainteté a daigné se servir à -mon égard, en m'annonçant avec quelle joie elle attend les objets -bénis qu'elle a bien voulu lui destiner: j'en suis pénétré comme au -jour où monseigneur l'archevêque de Paris me les rapporta pour la -première fois. - -»Avant d'être affaibli par la maladie grave dont je suis atteint, je -désire, très Saint-Père, vous exprimer toute ma reconnaissance et en -même temps mes sentiments. J'ose espérer que non seulement Votre -Sainteté les accueillera favorablement, mais qu'elle daignera -apprécier dans sa justice toutes les circonstances qui ont dirigé mes -actions. Des _Mémoires_ achevés depuis longtemps, mais qui, selon mes -volontés, ne devront paraître que trente ans après ma mort, -expliqueront à la postérité ma conduite pendant la tourmente -révolutionnaire. Je me bornerai aujourd'hui, pour ne pas fatiguer le -Saint-Père, à appeler son attention sur l'égarement général de -l'époque à laquelle j'ai appartenu. - -»Le respect que je dois à ceux de qui j'ai reçu le jour ne me défend -pas non plus de dire que toute ma jeunesse a été conduite vers une -profession pour laquelle je n'étais pas né. - -»Au reste, je ne puis mieux faire que de m'en rapporter, sur ce point -comme sur tout autre, à l'indulgence et l'équité de l'Église et de son -vénérable chef. - -»Je suis avec respect, très Saint-Père, de Votre Sainteté le très -humble et très obéissant fils et serviteur. - -»CHARLES-MAURICE, prince DE TALLEYRAND. - - »Fait le 10 mars 1838. Signé à Paris le 17 mai 1838.» - - FIN DE LA DOUZIÈME PARTIE. - - - - -APPENDICE - - -Nous insérons ici un certain nombre de pièces qui n'ont pas trouvé -place dans le corps des _Mémoires_, et qui se réfèrent à quelques-uns -des incidents des plus importants des négociations. Les unes sont -tirées des papiers du prince de Talleyrand, les autres des archives du -château de Broglie. Toutes sont publiées d'après les documents -originaux. - - -LE DUC DE BROGLIE A M. BRESSON[269]. - - Le 8 octobre 1832. - - Nous continuons à espérer que les mesures maritimes agiront assez - fortement sur l'esprit du roi Guillaume pour détruire ses dernières - illusions. - - Si cet espoir se réalise, toute difficulté disparaît. - - Mais il n'est pas impossible que ce prince, fortifié dans son - obstination par l'apparence de désaccord qui s'est si - malheureusement manifesté dans la conférence, persiste à repousser - le seul accommodement aujourd'hui admissible, et qu'au risque - d'appeler sur son pays de nouveaux sacrifices, il veuille encore - attendre de l'avenir des chances plus favorables qu'il attend - vainement depuis deux ans. - - Les mesures de blocus pourraient dans cette hypothèse devenir - insuffisantes. Je commence par vous dire, monsieur, que ce n'est que - lorsque cette insuffisance serait démontrée de la manière la plus - incontestable que nous nous déterminerions à l'admettre comme la - base de nos calculs et de nos prévisions. - - Mais, le fait une fois reconnu, il faudrait évidemment recourir à - des moyens plus efficaces. C'est alors, et seulement alors, que la - France et l'Angleterre devraient unir leurs forces pour obliger la - Hollande à évacuer Anvers, et il nous paraît impossible que nos - alliés n'y donnassent pas en de telles circonstances leur complet - assentiment. - - Il se présente, d'ailleurs monsieur, un moyen de ménager la - susceptibilité de la Russie et de donner à la marche des cours - alliées tous les dehors de cette entière impartialité qui, en - réalité, n'a cessé d'y présider. De même que les Hollandais occupent - Anvers qui doit un jour revenir à la Belgique, les Belges occupent - Venloo et les portions du Luxembourg et du Limbourg assignées à la - Hollande par le traité du 15 novembre. On pourrait convenir qu'en - même temps que nous prendrions possession d'Anvers, le gouvernement - prussien recevrait des mains des Belges Venloo et les territoires - dont il vient d'être question pour les garder provisoirement en - dépôt, et les remettre au roi Guillaume à l'époque où il se - déterminerait enfin à accepter le traité du 15 novembre... - - [269] Voir page 15. - - - M. BRESSON AU DUC DE BROGLIE[270]. - - Berlin, le 24 octobre 1832. - - Si nous faiblissons, si nous faisons une nouvelle concession, on en - profitera, comme on vient de le faire, pour reculer de quelques - jours, ne fût-ce même que de quelques heures, la conclusion qui nous - est devenue indispensable. Ce n'est pas mauvaise volonté, c'est peur - puérile de fantômes qu'on se crée. J'avais regretté au premier - aperçu, pour cette raison, la proposition relative à Venloo. Depuis, - je me suis convaincu qu'elle avait produit bon effet, qu'elle était - très goûtée, qu'elle rassurait. Mais ce qu'elle n'avait pas pu faire - malgré tout cela, c'était d'aiguillonner un peu le cabinet prussien. - Vous n'avez rien à appréhender de ce côté; j'y engage mon existence, - si vous l'exigez. Vous pouvez aller droit devant vous, mener à bien - votre expédition; on vous laissera faire, et si la Russie cherche à - se prévaloir de cette circonstance pour prévenir ou irriter contre - nous, elle y perdra son temps. On est ici parfaitement résigné et, - quoiqu'on ne veuille pas en convenir, on sent que nous faisons bien - et l'on nous en saura gré plus tard. - - Ne perdez donc pas un moment, monsieur le duc. Raffermissez la bonne - cause, les saines doctrines, en leur préparant un succès. Elles sont - partout, hélas! trop compromises. Vous acquerrez une grande gloire - en faisant un grand bien. Je pèse, croyez-moi, chacune de ces - paroles. Je sais que la paix ou la guerre dépendent des dispositions - de la Prusse et que, si je me trompe, les maux que je provoque ne me - laissent plus qu'à rougir et à gémir éternellement. Mais je ne me - trompe pas: je connais le terrain où je suis. - - [270] Voir page 15. - - - LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE[271]. - - [_Particulière._] - - Le 27 octobre 1832. - - Mon cher duc, - - Notre échange des ratifications vient d'être fait. Je suis bien aise - que vous soyez content et je le suis beaucoup d'avoir servi le - ministère que j'aime et dont vous êtes le principal intérêt. - - J'ai été obligé de m'occuper sans délai de toutes les communications - à faire, et j'espère que j'y ai mis toute la prudence que les - circonstances exigent. C'est en déposant Venloo entre les mains des - Prussiens que le noeud gordien sera dénoué. - - Cela est sans inconvénient, et cela nous débarrasse des exigences - des puissances du Nord qui, la Prusse satisfaite, n'oseront avoir - des doutes sur notre bonne foi. C'est, d'ailleurs, un hommage à la - personne même du roi de Prusse dont la bienveillance est fort à - soigner; car elle est une barrière et il faut la rendre - insurmontable. Je vous engage à presser M. de Werther d'écrire dans - ce sens-là à sa cour. De mon côté, j'exciterai M. de Bülow. Vous - voyez donc qu'il doit être entendu que, même le roi de Hollande - refusant, le roi des Belges doit évacuer la partie du territoire qui - ne lui appartient pas. Cela mettra d'autant plus le roi de Hollande - dans son tort sans nous mettre nous dans aucun danger, puisque nous - devons stipuler que le roi de Prusse évacuera Venloo dès que le roi - des Pays-Bas aura accédé au traité du 15 novembre. - - Adieu, mille amitiés bien tendres. - - TALLEYRAND. - - [271] Voir page 16. - - - LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU DUC DE BROGLIE[272]. - - Valenciennes, à onze heures du soir. Mercredi, 9 janvier 1833. - - Mon cher duc, - - Je m'empresse de vous renvoyer, selon votre désir, les extraits des - dépêches des 7 et 8 janvier que vous m'avez envoyés et je vous - remercie bien de ceux que vous avez pris la peine de faire vous-même - avec tant de clarté et de précision... - - ...En rapprochant toutes les circonstances, je crois que notre - expédition d'Anvers produit, au dehors comme au dedans, une - sensation bien plus forte que celle dont nous pouvions nous flatter. - Le refus de La Haye a pour objet de ne pas avoir l'air de céder à - notre force et de voir si notre désir d'éviter la guerre ne nous - fera pas céder aux insinuations et aux voeux de la Prusse, et je - pense par là-même, qu'à présent que nous avons fait des propositions - et qu'elles sont rejetées, nous devons nous abstenir d'en faire de - nouvelles et attendre que le roi de Hollande daigne nous en faire. - Je ne crois pas que nous ayons longtemps à attendre; je vois - d'autant moins de raison de lui en faire, qu'il n'ose pas fermer - l'Escaut, et que l'opinion de son pays l'éloigne de son système de - résistance. Je crois donc que c'est à notre tour à faire _les - renchéris_. Nos deux administrations sont bien rassises en France et - en Angleterre, notre union est bien resserrée par notre victoire et - la loyauté de notre rentrée; ainsi, en langage de soldat, _restons - l'arme au bras_ et voyons venir... - - L.-P. - - [272] Voir page 87. - - - LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND[273]. - - Paris, le 16 janvier 1833. - - Mon prince, - - Je vous ai fait part dans ma dernière dépêche de l'impression que - j'ai reçue en lisant la note hollandaise et le contre-projet qui - l'accompagnait. Le roi est absent. Le président du conseil l'a suivi - à l'armée. Je n'ai pu réunir encore le reste de mes collègues et - m'entretenir à fond avec eux. Je suis donc hors d'état de vous - transmettre, quant à présent, la pensée du cabinet. Les réflexions - que je vais consigner dans cette lettre me sont personnelles et je - vous les soumets simplement pour m'éclairer de vos conseils. - - La réponse du roi des Pays-Bas est telle que je l'attendais. Il - élude nos propositions et cherche à gagner du temps: le ton en est - conciliant et le but évasif. Le résultat, si nous y déférions, - serait de placer la Hollande précisément dans la position où nous - voulons et où nous avons raison de vouloir placer la Belgique. Ce - résultat serait de fonder un _statu quo_ favorable à la Hollande et - dans lequel le roi Guillaume s'établirait indéfiniment, sans - reconnaître l'indépendance de la Belgique, négociant à perte de vue - et attendant quelque chance favorable de guerre générale. - - En possession de tout le territoire que le traité du 15 novembre lui - assigne, percevant un péage sur l'Escaut, un péage sur la Meuse, - satisfait dans sa nouvelle prétention d'un droit de transit par - Sittard et Maestricht, débarrassé des intérêts de la dette belge, - affranchi de nos mesures coercitives, il nous tiendrait à - discrétion, gardant en réserve la question des eaux intermédiaires, - celle du syndicat et celle du pilotage et du balisage comme prétexte - pour chicaner et ne pas finir. - - Aussi la difficulté ne me paraît pas être de savoir si ces - propositions seront ou ne seront pas accueillies par nous, mais - quelle conduite nous devons tenir après les avoir appréciées à leur - juste valeur. - - Notre premier soin doit être, ce me semble, de bien assurer notre - position actuelle, de ne pas souffrir qu'il lui soit porté aucune - atteinte. - - Nous agissons, aux termes de la convention du 22 octobre, comme - signataires et comme garants du traité du 15 novembre. Nous avons - pris le parti d'exécuter ce traité par voie de coaction, attendu que - les négociations qu'on avait consenti à rouvrir sur deux ou trois - articles de ce traité n'avaient à ses yeux, pour but que de - l'ajourner sans terme et de finir par l'anéantir. Nous avons pris ce - parti parce que nous sommes convaincus de la mauvaise foi du roi - des Pays-Bas. Après la prise d'Anvers nous avons consenti à mettre - encore une fois sa volonté d'en finir à l'épreuve. Nous lui avons - demandé une chose bien simple, de reconnaître et d'exécuter toutes - les parties du traité qu'il ne conteste pas. A cette condition nous - lui avons promis de renoncer aux mesures coercitives. Cette - condition n'est point acceptée; nos mesures coercitives doivent - continuer. Il y va de notre dignité. Il y va de toute chance de - succès. Si nous nous en désistons avant que les trois quarts ou les - quatre cinquièmes du traité soient exécutés, nous n'avons rien fait; - nous ne tenons rien; l'expédition d'Anvers sera inutile: nous serons - même dans une position plus fâcheuse qu'auparavant: car nous aurons - montré le bout de nos forces et de notre résolution. Si nous nous - avisions alors de menacer, on se moquerait de nous. - - Un second point non moins important était l'intervention des trois - puissances. - - Le roi des Pays-Bas paraît répugner à traiter isolément avec - l'Angleterre et la France. Il réclame le concours de la conférence - tout entière. Nous n'avons aucune raison pour nous y refuser. Mais - la Prusse, l'Autriche et la Russie se sont séparées de nous sur ce - principe que l'emploi des moyens coercitifs leur paraissait injuste - et inopportun: notre opinion n'ayant pas changé, notre conduite - demeurant la même, c'est à ces puissances de se rapprocher de nous, - si elles le veulent; ce n'est pas à nous, qu'elles ont dénoncés en - quelque sorte à l'Europe, d'aller les chercher et de nous jeter dans - leurs bras. Si le roi des Pays-Bas désire leur intervention, qu'il - les ramène à nous, qu'il les réconcilie avec l'emploi des mesures - coercitives auxquelles nous ne renonçons point, ou qu'il rende - lui-même l'emploi des mesures coercitives inutiles en acceptant nos - propositions, en exécutant de prime abord toute la partie du traité - qu'il ne conteste pas. - - Quant au fond même de la question, voici ce qu'il m'en semble: nos - propositions avaient pour but de simplifier la difficulté, de - séparer la portion non contestée du traité de la portion contestée; - de mettre ainsi en évidence le peu d'importance des points en litige - et, après avoir ainsi fait ressortir ce peu d'importance, d'inviter - les deux parties, au nom du bon sens, à ne pas se condamner à des - dépenses cent fois supérieures à la valeur des objets réclamés, à - désarmer et à ne plus menacer la paix de l'Europe. - - Le roi des Pays-Bas accepte l'idée d'une convention préliminaire - mais il entend qu'on réintroduise dans cette convention deux ou - trois des points contestés. A quoi bon dès lors une convention - préalable? S'il faut négocier avec lui et avec les Belges, à quoi - bon ne pas négocier tout à fait, ne pas viser du premier coup au - définitif? - - Il me semble que nous devons lui dire: vous ne voulez pas de la - convention préliminaire, c'est-à-dire de la convention qui est toute - faite d'avance, qu'on peut accepter par _oui_ ou par _non_, - puisqu'elle ne se compose que de points préalablement consentis de - part et d'autre. Soit. Vous voulez négocier, à la bonne heure! - Négocions. Mais négocions pour tout de bon; que ce qui sera convenu - soit définitivement convenu, et alors apportez-nous simultanément - toutes vos prétentions, réglons tout par un seul et même - arrangement. N'en conservez pas en réserve pour les tirer de votre - poche lorsque l'on sera sur le point de terminer et pour tout - ajourner de nouveau. - - Je pense que ces trois idées: - - Nous voulons bien négocier, mais à la condition que les moyens - coercitifs ne seront pas discontinués; - - Nous voulons bien négocier de concert avec l'Autriche, la Prusse et - la Russie, mais à la condition que ces trois puissances se - présenteront d'elles-mêmes et ne nous demanderont pas au préalable - le sacrifice des mesures coercitives. - - Nous voulons bien négocier, mais négocier sur tous les points en - litige simultanément et en finir une fois pour toutes. Si vous - voulez la cessation des mesures coercitives, exécutez la partie du - traité que vous ne contestez pas. Si vous voulez une convention - partielle, que ce soit une convention qui porte uniquement sur des - points déjà consentis de part et d'autre et qui ne soit pas sujette - à négociation. - - Il me semble, dis-je, que ces idées, exprimées dans un langage - modéré, conciliatoire, mais ferme et résolu, serait de nature à ôter - soit au roi des Pays-Bas, soit à ses amis, toute espérance de se - jouer de nous désormais, et que la conclusion ne se ferait pas - attendre; tandis qu'au contraire, si nous donnons dans le piège, si - nous nous laissons entraîner à sacrifier d'abord les mesures - coercitives puis à rentrer dans la voix des négociations, nous - sommes certains de nous engager dans un défilé sans issue. - - Il est toutefois un dernier point, qui doit, à mon avis, être tenu - distinct de tous les autres. - - Je veux parler de la clôture de l'Escaut. Ceci est un fait nouveau - et sur lequel il importe, avant tout, de bien s'expliquer. - - La libre navigation de l'Escaut n'est pas une question - hollando-belge: c'est une question européenne. - - Toutes les nations de l'Europe, la France et l'Angleterre en - particulier, ont un intérêt direct et personnel dans cette question. - - Toutes les nations d'Europe ont droit, ont un droit direct et - personnel au maintien de la liberté de l'Escaut, aux termes de - l'article du congrès de Vienne. - - Les cinq puissances signataires du traité du 15 novembre y ont un - droit spécial. Elles ont signifié par un protocole _ad hoc_ en 1830 - qu'elles prendraient pour un acte d'hostilité de la part du roi des - Pays-Bas toute tentative de fermer l'Escaut, et le roi des Pays-Bas - a déclaré solennellement qu'il entendait laisser l'Escaut libre et - demeurer simple spectateur de ce qui s'y passerait jusqu'à la - conclusion des affaires hollando-belges. - - Les puissances ont donc un droit positif, non seulement à la liberté - de l'Escaut, mais au maintien provisoire du _statu quo_ et à - l'absence provisoire de tout péage. - - Je pense que l'Angleterre et la France doivent se refuser à toute - espèce de négociations jusqu'à l'ouverture de l'Escaut. Je croirais - même qu'il serait bon d'ajouter qu'en cas de refus sur ce point, - elles aviseront à ce qu'elles auront à faire et de donner à entendre - qu'en représailles, et considérant la clôture comme un acte - d'hostilité, elles commenceront par confisquer les bâtiments saisis, - sauf à employer leur produit à indemniser la Belgique, plus - spécialement affectée par la clôture de l'Escaut. - - Si nous ne prenons pas le soin de vider cette question avant toutes - les autres, nous pouvons être sûrs qu'on nous vendra la liberté de - l'Escaut au prix de quelque concession nouvelle. C'est un sujet - qu'il faut, ce me semble, prendre tout de suite, de très haut. - - Telles sont, mon prince, les idées qui s'offrent à mon esprit; - j'attendrai pour m'y arrêter davantage que vous m'ayez fait - connaître quel prix j'y dois attacher. Tout ce que je recueille de - la Prusse et de l'Autriche me donne à penser que, si nous tenons - bon, elles viendront à nous; mais que nous sommes arrivés à un point - critique et décisif où il dépendra de notre conduite de savoir si - c'est nous qui donnerons ou qui subirons la loi. - - Agréez, mon prince, le témoignage de mon dévouement. - - V. BROGLIE. - - [273] Voir page 87. - - - LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND[274]. - - Paris, le 21 janvier 1833. - - Prince, nous venons de recevoir de Constantinople des nouvelles bien - importantes. Le 21 du mois dernier Ibrahim Pacha a complètement - battu, auprès de Konieh, l'armée du grand-seigneur. - - ... Sauver la Porte et empêcher l'intervention de la Russie, c'est - évidemment le double but assigné en ce moment à la politique de la - France et à celle de l'Angleterre. Le concours actif et immédiat des - deux gouvernements est nécessaire pour l'assurer, et je vais vous - indiquer, prince, les mesures par lesquelles ce concours nous a paru - devoir se réaliser. - - Il serait essentiel, avant tout, que lord Ponsonby partît - sur-le-champ pour Constantinople, où sa prompte arrivée proclamerait - déjà la ferme intention du cabinet de Londres de ne pas rester - inactif au milieu de la crise à laquelle est livré l'empire ottoman. - D'accord avec l'amiral Roussin, il déclarerait à la Porte que la - France et l'Angleterre prennent sur elles de garantir la - conservation du trône du sultan, mais à la condition expresse que le - gouvernement ottoman dont elles protégeraient ainsi l'indépendance - ne la sacrifierait pas lui-même en admettant sur son territoire des - forces étrangères et en leur livrant les passages du Bosphore et des - Dardanelles, véritables clefs de l'empire. - - En même temps, les deux cours demanderaient formellement à - Méhémet-Ali d'arrêter la marche de ses troupes; elles lui - offriraient d'ailleurs leur médiation pour lui faire obtenir des - concessions raisonnables, mais en lui faisant comprendre que, dans - le cas où il voudrait abuser de ses avantages pour détrôner le - sultan ou pour lui imposer d'inadmissibles exigences, elles se - verraient réduites à la nécessité de s'interposer pour empêcher des - catastrophes inconciliables avec leurs intérêts. - - De pareilles démonstrations suffiraient probablement pour déterminer - Méhémet-Ali à se renfermer dans les limites où nous voulons que son - ambition soit contenue. Il faut néanmoins prévoir le cas où elles - demeureraient sans succès. Il est évident que, dans cet état de - choses, notre intérêt dominant, le principe qui doit nous diriger - c'est d'empêcher que la Russie n'ait aucun prétexte plausible pour - occuper, à titre d'auxiliaire de la Porte, Constantinople et les - deux détroits ainsi que les provinces de l'Asie-Mineure. Dès lors, - prince, il peut être à propos que les cabinets de France et - d'Angleterre combinent dès à présent les dispositions à prendre pour - agir, s'il y a lieu, soit sur les côtes de Syrie, soit même sur - celles de l'Égypte, de telle sorte que le divan de Constantinople, - rassuré sur son existence par une si puissante diversion, ne soit - point tenté de s'abandonner à la protection armée de la Russie. - - Veuillez, prince, ne pas perdre un moment pour conférer avec lord - Palmerston sur cette importante question. Vous comprendrez - l'impatience avec laquelle nous attendons les déterminations du - cabinet de Londres dans une circonstance où le moindre retard peut - avoir les conséquences les plus fâcheuses. - - Vous aurez à examiner s'il y a lieu à faire des déterminations que - nous pourrons prendre, l'objet d'une communication au cabinet de - Saint-Pétersbourg. Parmi les considérations qui contribueront à - former à cet égard votre manière de voir, entrera sans doute celle - du danger d'accroître encore la gravité des complications qui - peuvent surgir de l'état de l'Orient en s'en montrant d'avance trop - préoccupé. - - On nous mande de Constantinople que les missions de Prusse et - d'Autriche ont appuyé les offres du général Mourawieff. Il est - difficile de croire que cet appui soit bien sincère de la part de - l'Autriche. M. de Metternich se montre, comme on devait le prévoir, - fort troublé de la possibilité d'une intervention russe dans les - affaires de Turquie, et bien que, dans la situation actuelle de - l'Europe, on ne puisse pas s'attendre à le voir se placer, pour - l'empêcher, sur la même ligne que la France et l'Angleterre, il est - très probable qu'une fois que nous serions engagés, loin de - contrarier nos efforts, il les seconderait d'une manière quelconque - tout en les blâmant peut-être en public. Ce ministre n'est pas homme - à sacrifier à des combinaisons du moment un intérêt vital et - permanent tel qu'est, pour l'Autriche, celui d'éloigner les Russes - de Constantinople... - - [274] Voir page 111. - - - LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND[275]. - - Paris, le 8 février 1833. - - Mon prince, - - Dans ma dépêche d'hier je vous ai parlé d'une conversation que - j'avais eue la veille avec M. le comte Appony. En voici le détail; - je crois que ce récit ne sera pas sans intérêt pour vous. - - Vous n'ignorez pas qu'il y a six semaines ou environ, M. le prince - de Metternich fit proposer au gouvernement anglais de terminer - l'affaire de Belgique en réunissant une sorte de congrès, où toutes - les questions relatives à cette affaire semblaient devoir être - agitées sur nouveaux frais. La proposition était équivoque, timide; - il était insinué que le congrès pourrait se tenir ailleurs qu'à - Londres et le bruit a même couru en Allemagne que ce congrès devait - être réuni à Aix-la-Chapelle ou à Francfort. - - Quoi qu'il en soit, lord Palmerston, en réponse à cette ouverture - embarrassée et peu concluante, fit une réponse très vigoureuse. - Cette réponse formait une dépêche d'environ vingt minutes de - lecture, dont lord Granville me donna communication. Dans cette - dépêche, l'affaire de Belgique était reprise depuis les vingt-quatre - articles; il était établi avec une grande rigueur de logique que - toutes les questions relatives à l'affaire belge avaient été - définitivement résolues par le traité du 15 novembre; que la France - et l'Angleterre avaient fait accepter la solution à la Belgique; que - les trois autres puissances, loin d'agir dans le même sens sur le - roi de Hollande, l'avaient au contraire encouragé à la résistance - par les délais apportés à leur ratification; que, si quelques points - avaient depuis été remis en discussion sur la demande des trois - puissances, c'était sous condition qu'aucun changement ne - s'opérerait que du libre consentement des deux parties intéressées; - que ce consentement n'ayant pu être obtenu après six mois de - négociations nouvelles, il n'était plus resté d'autre parti que de - contraindre la Hollande à force ouverte et de l'amener au même - résultat où la Belgique s'était laissée conduire par la persuasion; - que ce parti, l'Angleterre et la France l'avaient pris sur le refus - des trois autres puissances, et que la seule chose qu'elles eussent - à faire était d'y persister, à moins que le roi de Hollande, ramené - à des sentiments plus raisonnables par l'expérience ou par les - conseils de ses alliés, nous fît des propositions qui pussent - convenir à la Belgique. Lord Palmerston concluait par le rejet de - toute proposition de nouveau congrès pour régler ce qui l'était déjà - et ne demandait plus qu'à être mis à exécution. - - C'est cette dépêche qui est devenue l'occasion de mon entretien avec - M. le comte Appony. - - ... Il m'a donné lecture d'une dépêche dans laquelle M. de - Metternich se plaint amèrement de ne plus rien comprendre à la - situation de l'affaire belge ni aux intentions de la France et de - l'Angleterre; il se plaint de ne plus voir de dénouement possible et - se montre disposé à tout abandonner; il se plaint surtout de - l'Angleterre, de lord Palmerston, de son obstination, de sa - témérité; il accuse lord Palmerston d'avoir dénaturé sa proposition. - Elle n'avait pas pour but de former un nouveau congrès, mais - seulement de renouer la conférence en y admettant les - plénipotentiaires hollandais et belges; il n'entendait pas que la - portion territoriale du traité du 15 novembre y dût être remise en - question, mais seulement les points contestés par le roi de - Hollande; il n'était pas dans sa pensée que le congrès se réunît - ailleurs qu'à Londres, etc. Après de longues lamentations, M. de - Metternich s'adresse à moi comme à un homme plus modéré, plus - conciliant que lord Palmerston (et ici force compliments et - cajoleries) afin de savoir ce que je pense, en réalité, de la - question belge, quelles sont les intentions de l'Angleterre, et si, - lorsque nous traitons ensemble, elle se conduit vis-à-vis de nous - comme elle se conduit vis-à-vis de l'Autriche, répondant à ce qu'on - ne lui dit pas, dénaturant la pensée qu'on lui communique et - échappant à toutes les prises de l'argumentation. - - A cette lecture a succédé celle d'une lettre particulière, où le - même sujet se trouve traité sous la forme de la plaisanterie et où - lord Palmerston est accusé de répondre blanc quand on lui dit noir, - et bonjour quand on lui dit bonsoir. - - J'ai écouté tout ceci très tranquillement et sans interrompre M. - Appony. Quand il a eu fini, j'ai pris la parole et je lui ai d'abord - fait remarquer que la proposition dont il était question dans cette - dépêche ne nous avait pas été communiquée par le gouvernement - autrichien. Cette remarque a fait rougir M. Appony jusqu'au blanc - des yeux. J'ai poursuivi en disant que, ne sachant point dans quels - termes la proposition était conçue, il m'était impossible de - déterminer si lord Palmerston l'avait bien ou mal comprise, ni - jusqu'à quel point il avait eu tort ou raison de la bien ou mal - comprendre; que, ne pouvant juger du mérite de la demande, je ne - pouvais juger davantage du mérite de la réponse et que je déclinais - par conséquent toute intervention dans une controverse qui était - étrangère à mon gouvernement. - - --Toutefois, ai-je repris, si vous désirez savoir quelle est la - pensée du gouvernement français sur la situation de l'affaire belge, - et sur son avenir, je n'ai point de difficulté à vous la faire - connaître et je tâcherai de vous l'expliquer assez clairement pour - ne pas mériter le reproche que M. de Metternich adresse à lord - Palmerston. - - J'ai repris alors tout le thème de la dépêche de lord Palmerston - (sans y faire d'ailleurs la moindre allusion), suivant, pied à pied, - l'ordre des raisonnements, et je lui ai dit en finissant que telle - était la pensée du gouvernement français, et qu'il n'y avait jamais - eu sur ce point entre lui et le gouvernement anglais la moindre - divergence d'opinion ni le moindre malentendu. - - Je m'arrêtais de temps en temps pour demander à M. Appony si je me - faisais bien comprendre, s'il avait besoin de plus d'explications, - s'il y avait dans mon langage quelque chose qui ne fût pas - suffisamment clair. - - M. Appony, à qui la dépêche de lord Palmerston avait sans doute été - communiquée, et qui me la voyait reproduire sous le nom du - gouvernement français, a fort bien compris que sa tentative pour - désunir les deux gouvernements, pour établir une scission entre l'un - et l'autre, n'avait aucune chance de succès; il se l'est tenu pour - dit. - - Alors, changeant de batterie, il a dit qu'il allait me parler non - plus au nom de son gouvernement, n'ayant point d'ordre à cet effet, - mais en son propre nom et par forme de conversation. - - --Tant que vous persévérerez, m'a-t-il dit, dans les mesures - coercitives, nous ne pourrons nous réunir à vous; nous sommes trop - engagés contre l'emploi de ces mesures; mais, si vous vouliez les - abandonner, la conférence se reformerait d'elle-même, et, en y - adjoignant, comme M. de Metternich le propose, les plénipotentiaires - hollandais et belges, tout se terminerait promptement. - - --Quelle garantie, lui ai-je répondu, pouvez-vous nous offrir que le - roi de Hollande se montrerait plus disposé à terminer maintenant que - par le passé? Renoncer aux mesures coercitives, c'est lui donner - gain de cause; c'est lui dire qu'il peut résister tant qu'il voudra - sans qu'il lui en arrive rien de fâcheux. Admettre son - plénipotentiaire dans la conférence et en même temps celui de - Belgique, c'est lui donner un avantage qu'il n'avait pas; c'est lui - donner à penser que tout sera remis en discussion; c'est lui fournir - le moyen de tout entraver et de mettre à chaque instant des bâtons - dans les roues. Comment espérer que les choses en iront mieux et - plus vite? - - --Oh! mais, a repris M. Appony, si la France et l'Angleterre - donnaient à l'Europe ce grand témoignage de leur désir de terminer - l'affaire de Belgique, de leur amour pour la paix, alors les trois - puissances seraient avec elles de tout coeur; nous vous seconderions - de tous nos efforts, rien ne serait négligé par nous pour déterminer - le roi de Hollande à céder. - - --Eh quoi, lui ai-je dit, est-ce donc que vous n'étiez pas avec nous - de tout coeur l'été dernier? Est-ce que vous ne nous secondiez pas de - tous vos efforts? Est-ce que vous auriez négligé quelque chose pour - décider le roi de Hollande? Est-ce que vous pourriez faire plus à - l'avenir que vous n'avez fait dans le passé? - - M. Appony a rougi pour la seconde fois et n'a pas répondu. - - Après quelques instants de silence, voyant que la conversation - allait finir, j'ai repris en lui disant:--A mon tour je ne vous - parle point ici comme organe du gouvernement français; nous causons - familièrement et nous discutons de simples hypothèses. Supposons que - l'Angleterre et la France cèdent aux _invitations_ des trois autres - puissances (j'ai insisté sur ce mot invitation); supposons qu'elles - consentent à _laisser la conférence se reformer_, en abandonnant les - mesures coercitives, et que, l'épreuve faite, le roi de Hollande se - montre tout aussi récalcitrant que par le passé, admettriez-vous - alors l'emploi des mesures coercitives? Vous réuniriez-vous à nous - pour en faire usage? - - --Mais, m'a dit M. Appony avec quelque embarras, nous ne nous étions - pas opposés aux mesures coercitives _pécuniaires_. - - --Si fait, ai-je répondu. C'est même sur ce refus que la conférence - s'est séparée. Voyez plutôt le soixante-dixième protocole. Vous y - avez consenti depuis, il est vrai, mais isolément, et c'était pour - prévenir le siège d'Anvers. D'ailleurs, si les mesures coercitives - pécuniaires ne suffisaient pas? - - --Nous avions moralement consenti aux mesures coercitives - _maritimes_. - - --Oui, mais, encore un coup, c'est lorsque vous nous avez vus - décidés à prendre Anvers et pour prévenir le siège. D'ailleurs, la - Russie n'a jamais consenti. - - --Je crois que nous irions jusque-là. - - --Si vous aviez jamais, ai-je repris en finissant, quelque - proposition à me faire sur ce sujet de la part de votre - gouvernement, j'y aurai réfléchi de mon côté. En ce moment, nous - n'avons rien à nous dire d'officiel l'un à l'autre. - - La conversation s'est terminée ainsi. - - Hier, M. de Werther est venu; il m'a lu une dépêche du même style - que celle de M. de Metternich, tendant au même but, mais plus courte - et ne parlant pas de la proposition faite à l'Angleterre; il s'en - est suivi une conversation plus courte aussi et dans laquelle j'ai - reçu les mêmes insinuations officieuses; la dépêche contenait - également des éloges et des cajoleries personnelles au détriment de - lord Palmerston et du gouvernement anglais. - - Enfin ces deux messieurs, sachant combien je suis lié avec - Sainte-Aulaire qui vient d'arriver ici, l'ont pris pour leur - confident, l'ont chargé de me répéter des conversations qu'ils - avaient eues avec lui sur le même sujet et ont même été jusqu'à lui - donner lecture des dépêches qu'ils m'avaient communiquées. - - Si vous combinez ces avances avec le ton de la dépêche de - Saint-Pétersbourg relative au maréchal Maison que Pozzo vous a - montrée, dépêche qui répond à une communication purement officielle - par des protestations d'_amitié_, et cela, au moment où je venais de - dire à dessein à M. le comte Appony (il y a environ six semaines) - que la Russie paraissait vouloir demeurer avec nous dans des - relations _pacifiques_ mais non pas _amicales_, voici la moralité - que j'en tire: - - Les trois puissances ont grand'peur de voir l'affaire belge se - terminer sans leur entremise. Le printemps approche. Les croisières - vont reprendre de l'activité. L'opinion s'ébranle en Hollande. Elles - voudraient à tout prix rentrer dans les négociations. Elles iraient - même jusqu'à approuver dans l'avenir l'emploi des mesures - coercitives; mais quant aux mesures coercitives _actuelles_, leur - amour-propre est engagé, leur désapprobation a été trop éclatante - pour qu'elles puissent reculer; il leur faut quelque expédient qui - sauve le point d'honneur. - - D'un autre côté, le roi de Hollande, qui connaît cette situation, - l'exploite en se refusant à traiter _définitivement_, sans le - concours des cinq puissances. - - Si nous pouvions, sans perdre notre position actuelle, sans nous - remettre à la discrétion des trois puissances, leur offrir un moyen - de se rallier à nous qui leur évitât l'humiliation de se contredire - et qui les enlevât au roi de Hollande et les mît de notre côté, - peut-être serait-ce bien fait d'y réfléchir. - - Voici à peu près comment je conçois la chose: - - La conférence n'existe plus, mais les éléments de la conférence - existent à Londres; les plénipotentiaires des cinq puissances s'y - trouvent encore, s'y voient journellement. - - Qui empêcherait de pressentir à la fois dans des conversations - particulières MM. de Bülow, de Wessenberg, de Lieven et M. Van de - Weyer sur la solution raisonnable à donner aux trois ou quatre - questions en litige? - - Quand on serait tombé d'accord, ou à peu près, lord Palmerston - ferait ce qu'il a fait au mois d'août dernier, il rédigerait un plan - et des articles qui seraient communiqués _officieusement_ aux - personnes qui auraient été sondées d'avance. - - Si le plan était agréé, en secret, la France et l'Angleterre - rédigeraient une convention _soi-disant préliminaire_ mais dans - laquelle _toutes_ les difficultés seraient résolues, et dont un - article spécial indiquerait seulement que ladite convention - préliminaire, agréée par la Hollande et la Belgique, par la France - et l'Angleterre, serait convertie en traité définitif par - l'approbation et la signature des plénipotentiaires russe, - autrichien et prussien, et substituée alors au traité du 15 - novembre. - - Il faudrait, dans la rédaction des articles, se rapprocher autant - que possible du projet prussien afin d'y intéresser M. de Bülow. - - La convention, une fois rédigée, serait envoyée officiellement à - Bruxelles et à La Haye, et serait en même temps communiquée - officiellement aux plénipotentiaires des trois puissances comme l'a - été la convention du 22 octobre. - - Les trois puissances appuieraient à La Haye par leurs ministres la - proposition anglo-française, se déclareraient prêtes à la convertir - en traité définitif et avertiraient le roi de Hollande que s'il - persiste à rejeter des dispositions si raisonnables, elles vont se - réunir à la France et à l'Angleterre et reformer la conférence pour - aviser aux moyens de le réduire. - - Par là les trois puissances rentreraient dans la négociation sans se - démentir trop ouvertement; leur bonne volonté actuelle pourrait être - mise à profit sans que nos mesures coercitives discontinuassent et - le roi de Hollande serait pris à son propre piège. - - Je vous soumets ces idées, mon prince, sans y attacher d'autre - importance que de m'éclaircir de vos lumières. Vous êtes sur les - lieux; vous n'y seriez pas que vous en sauriez cent fois plus que - moi. Je remets toute la conduite de cette affaire à votre prudence - et vous prie d'excuser ce long bavardage. - - Veuillez agréer le témoignage de mon dévouement. - - V. BROGLIE. - - [275] Voir page 128. - - - MADAME ADÉLAÏDE AU PRINCE DE TALLEYRAND[276]. - - Tuileries, le 13 février 1833. - - ... J'ai fait part à notre cher roi de ce que vous me mandez - relativement au Portugal et a la reine doña Maria: je vous dirai - très sincèrement que nous n'avons jamais désiré cette situation - délicate pour notre cher Nemours, ni aucun de nos enfants. Je suis - persuadée qu'ils seront beaucoup plus heureux restant en France ce - qu'ils sont. Ainsi à cet égard nos vues ne pourront jamais porter - ombrage au gouvernement anglais. Le _jamais_ m'afflige, non pour la - chose en elle-même, mais pour le sentiment que cela prouve de - préjugé et d'éloignement, de défiance qui malgré tout existe encore - contre nous, ce que je regarde comme malheureux dans les intérêts - des deux pays; mais, quant à cette affaire de Portugal, je vous le - répète, nous ne le pensons ni ne le désirons pour aucun de nos - enfants. Mais, en même temps, il me semble qu'il ne serait pas dans - nos intérêts que ce fût un archiduc, et que l'Autriche acquît par - cet arrangement une influence sur l'Espagne dans le même genre que - celle qu'elle n'a déjà que trop grande sur l'Italie. Je vous soumets - cette idée, en vous engageant à songer à un autre choix et à - m'écrire quel est votre avis sur le prince qu'il serait le plus - désirable de voir là et que nous ferions bien de soutenir. Je - penserais peut-être à un prince de Naples. Pour moi, je vous avoue - que je crois que cela vaudrait beaucoup mieux qu'un Autrichien qu'il - faut surtout éviter... - - [276] Voir page 233. - - - LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND[277]. - - Stanhope-Street, le 16 avril 1833. - - Mon cher prince, - - Voici la note que M. Dedel vient de me remettre. Elle est, comme je - lui ai remarqué, une très mince affaire après tant de réflexion. - - Quant à la nouvelle rédaction pour l'armistice, elle a le mérite - d'être incompréhensible, ou plutôt, elle est à double sens; car nous - avons toujours soutenu qu'avant novembre dernier il y avait - suspension d'armes sans terme, tandis que de l'autre côté le roi - des Pays-Bas déclarait toujours qu'il était libre de recommencer - les hostilités à tout instant. - - En ceci la note ne nous avance pas. - - Rien n'y est dit de la neutralité, et il y a ceci à remarquer qu'un - armistice est bilatéral, et que si les Hollandais provoquaient les - Belges à quelque petite agression sur les frontières ou s'ils - alléguaient quelque infraction de la part des Belges, ils pourraient - dire que l'armistice était rompu. Mais un engagement de la part de - la Hollande de respecter la neutralité de la Belgique serait un lien - dont la Hollande n'échapperait pas si facilement. - - Rien n'est dit dans cette note de l'ouverture des communications - commerciales par la ville de Maestricht, niais je m'imagine que, - lorsqu'on ouvre la rivière on ne continuerait pas à fermer les rues. - - Vous savez naturellement que le prince de Metternich propose un - arrangement qui serait excellent si la Hollande voulait l'adopter. - C'est-à-dire une convention entre nous deux et la Hollande, par - laquelle l'embargo serait levé, armistice indéfini conclu, Escaut - mis sur le pied de novembre dernier et Meuse ouverte; en même temps - un traité serait signé entre les cinq puissances et la Hollande, par - lequel cette dernière accepterait finalement les vingt et un - articles sur lesquels les réserves ne portent pas; les trois autres - articles formeraient le sujet de négociations immédiates. - - Quant à moi, je ne vois que du bon dans cette proposition. - - Mais il faut voir si elle nous arrivera de Berlin telle qu'elle est - partie de Vienne... - - [277] Voir page 156. - - - MADAME ADÉLAÏDE AU PRINCE DE TALLEYRAND[278]. - - Neuilly, le 20 juillet 1833. - - ... Je viens vous remercier de votre empressement à nous donner les - nouvelles de la conférence si intéressante pour nous. Je dois vous - dire que notre cher roi regrette beaucoup, surtout étant soutenu par - l'Angleterre, que vous n'ayez pas insisté davantage pour obtenir que - les vingt et un articles adoptés et ratifiés par les cinq - puissances ne soient pas remis en discussion.--Il croyait que la - conférence le déclarerait de prime abord aux plénipotentiaires - hollandais, et qu'elle ne s'occuperait que des trois articles - réservés. Il voit avec étonnement qu'au lieu de cela, on va - seulement parafer ceux des vingt et un articles qui s'accordent avec - le projet hollandais et que les autres seront remis en discussion, - ce qui paraît être en contradiction directe avec les engagements que - les cinq puissances ont contractés avec la Belgique par un traité - qu'elles ont formellement ratifié; et tellement, que, pour sa part, - il ne sait pas comment il pourrait ratifier un acte qui serait - entaché de cette contradiction. Je me hâte de vous en faire part, - parce que je suis sûre que ces réflexions de notre cher roi vous - frapperont, et qu'avec votre talent et votre zèle vous trouverez - moyen de remédier à ce premier début fâcheux, et qui nous tourmente - beaucoup... - - [278] Voir page 196. - - - LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND[279]. - - Paris, le 1er août 1833. - - Prince, j'ai reçu les dépêches que vous m'avez fait l'honneur de - m'écrire sous les numéros 146 et 147. Les informations que j'y ai - trouvées sur la marche et l'esprit de la négociation m'ont vivement - intéressé. - - Un courrier de l'amiral Roussin nous a appris le départ des forces - russes; cette heureuse nouvelle nous eût causé une satisfaction plus - complète si elle ne nous fût arrivée avec la confirmation à peu près - positive d'un autre fait dont jusqu'à présent nous avions aimé à - douter, la conclusion d'une alliance défensive entre la Porte et la - Russie. Je vous envoie le texte de ce traité tel que le drogman de - notre ambassadeur a pu l'écrire à la hâte sous la dictée du - Reiss-Effendi. - - Nous ignorons encore ici si cette alliance doit être rendue - publique. Il serait sans doute peu raisonnable, avant de connaître - toutes les circonstances d'un pareil événement, de vouloir arrêter - des déterminations sur ce que nous pourrons avoir à faire pour - obvier à ses conséquences: mais je crois que la France et - l'Angleterre ne pourront se dispenser de demander à la Porte des - explications sur le motif et le but d'un acte aussi inattendu et - aussi grave, d'un acte qui, ne pouvant s'expliquer de sa part par le - besoin de trouver un appui contre des ennemis extérieurs, alors que - toutes les puissances sont d'accord pour la protéger, semble avoir - pour résultat de préparer l'intervention d'un gouvernement étranger - dans les troubles intérieurs de l'empire ottoman; d'un acte, enfin, - qui peut être envisagé comme changeant les principes admis jusqu'à - présent par rapport à la navigation du Bosphore, comme créant, à cet - égard, en faveur de la Russie un privilège que les autres cours ne - sauraient jamais reconnaître. Une demande d'explications ainsi - motivée serait une protestation véritable, et je n'ai pas besoin - d'en faire ressortir les avantages. - - Veuillez en parler à lord Palmerston... - - [279] Voir page 212. - - - LE DUC DE BROGLIE A M. BRESSON.[280] - - Paris, le 13 août 1833. - - Monsieur, lorsque vous recevrez cette dépêche, vous connaîtrez déjà - les événements qui viennent d'éclater en Suisse. Tout y paraissait - tendre à un rapprochement entre les partis qui divisent depuis trois - ans la confédération helvétique. Celui qui appelle de ses voeux la - revision du pacte fédéral et qui a décrété l'émancipation de la - campagne de Bâle et des districts extérieurs de Schwytz avait déjà - fait de nombreuses concessions et se montrait disposé à en faire de - nouvelles. Les opinions extrêmes avaient perdu tout crédit dans la - diète de Zurich, soumise à l'influence exclusive des hommes modérés - et conciliants. L'assemblée de Sarnen, de son côté, semblait, depuis - peu, animée d'un esprit de paix et de sagesse; des conférences - allaient s'ouvrir sur quelques-uns des points litigieux[281]. - - Malheureusement, ces dispositions si satisfaisantes n'étaient - sincères que d'un seul côté. Les faits n'ont pas tardé à prouver que - l'attitude adoptée en dernier lieu par les cantons dont les délégués - siègent à Sarnen n'était, au moins dans la pensée de quelques-uns de - leurs meneurs, qu'un moyen d'endormir des adversaires trop - confiants, et les attaques tentées si inopinément à _Kussnacht_ et - dans la campagne de Bâle ont révélé des projets que des hommes - loyaux et amis de leur pays étaient loin de soupçonner. - - Dans ces circonstances, la diète a agi avec autant d'énergie que de - prudence. En étouffant dans son principe cet essai de guerre civile, - elle s'est donné le temps d'aviser et de pourvoir aux moyens - d'écarter par des mesures complètes les dangers qu'a signalés cette - explosion imprévue. La tâche qui lui reste à remplir est sans doute - difficile; pour ne pas manquer à ses devoirs, elle a besoin d'allier - à une sage vigueur une prudente circonspection. En même temps - qu'elle travaillera à rendre désormais impossible les agressions - d'un parti aveugle, elle devra contenir les passions du parti - opposé, dont les derniers événements ont réveillé l'ardeur - auparavant bien calmée. Elle devra comprimer les désorganisateurs, - les novateurs systématiques naguère si découragés et auxquels ce qui - vient de se passer a rendu quelques chances; une telle tâche, je le - répète, est bien délicate: néanmoins, l'exemple du passé nous donne - la ferme espérance, qu'appuyée sur le bon sens des Suisses, la diète - saura triompher de ces obstacles. - - Mais on devrait peut-être les considérer comme insurmontables si les - craintes d'une intervention étrangère venaient agiter les esprits, - blesser les susceptibilités nationales, inspirer aux uns, avec de - funestes inquiétudes, l'irritation et l'exagération qui en est la - suite, et animer les autres d'espérances aussi dangereuses que mal - fondées. Sans doute, une pareille intervention est aujourd'hui - impossible. Pour en être convaincu, il suffit de penser à la - situation de l'Europe. Néanmoins, comme les suppositions les plus - déraisonnables sont souvent les mieux accueillies dans les temps de - parti, comme elles ne trouvent que trop d'échos dans les hommes de - désordre, qui s'en servent pour agiter les masses, le gouvernement - du roi a pensé que le moyen le plus efficace de contribuer à la - tranquillité de la confédération helvétique, c'était de bien - constater, par son langage et par son attitude, le principe dont il - est résolu à ne pas se départir à l'égard de ce pays: ce principe, - c'est qu'aux Suisses seuls il appartient de terminer les différends - auxquels ils sont seuls directement intéressés, et qu'une ingérence - étrangère, quelle qu'elle fût, rendrait presque insolubles en en - faisant sans nécessité des questions européennes. - - Les cabinets de Vienne et de Berlin sont trop éclairés pour ne pas - partager au fond notre manière de voir sur l'impossibilité d'une - intervention; mais je crois qu'ils ne comprennent pas assez la - nécessité de dissiper les craintes et les espérances qu'on peut - concevoir en Suisse à ce sujet; je soupçonne même que, trompés par - des rapports inexacts, ils se font illusion sur la possibilité de - modérer, de contenir les novateurs en prenant à leur égard le ton - d'une menace vague et ambiguë: du moins n'est-ce que par cette - conjoncture que je puis m'expliquer les propos, les démarches et - l'agitation continuelle des envoyés d'Autriche et de Prusse. Ce - serait une erreur bien dangereuse; ce serait un moyen presque - infaillible d'ôter tout crédit aux partisans des mesures modérées, - qu'on accuserait de céder à des injonctions étrangères ou de les - forcer, pour éviter cette imputation, à se joindre aux opinions - extrêmes qu'ils ont pu dominer jusqu'à présent. - - Ne négligez rien, monsieur, pour faire ressortir aux yeux de M. - Ancillon l'évidence des considérations que je viens de vous - développer. Pressez-le de faire parvenir tant à l'envoyé prussien - qu'aux autorités de Neufchâtel des instructions conformes à l'esprit - de sagesse et de prudence que réclament les circonstances. J'écris - dans le même sens à M. de Rumigny et nous aimons à penser que c'est - dans cette ligne que marcheront désormais les représentants des - grandes puissances auprès de la confédération helvétique. - - Nous n'avons pas appris sans surprise que M. de Bombelles[282] - répandait le bruit d'un entretien dans lequel j'aurais exprimé à - l'ambassadeur ou au chargé d'Autriche une opinion absolument - conforme à celle de son gouvernement sur le danger d'apporter la - moindre modification au pacte fédéral de 1815. Cette assertion était - trop inexacte, elle pouvait avoir de trop graves conséquences pour - que je n'aie pas dû charger M. de Rumigny de la rectifier; mais - j'eusse souhaité, dans l'intérêt général, qu'on ne nous eût pas - contraints à constater le dissentiment qui existe entre les grandes - puissances sur une question aussi majeure. - - [280] Voir page 236. - - [281] Une guerre civile avait éclaté en 1831 entre la ville de Bâle - et la campagne qui en dépendait, provoquée par le refus du grand - conseil de la ville d'accorder aux habitants de la campagne le - retour aux anciennes franchises. La diète intervint et prononça - d'autorité la division du territoire de Bâle en deux cantons: Bâle - ville et Bâle campagne. De même à Schwytz une scission s'était - produite entre le canton primitif et les districts qui lui avaient - été adjoints: La Marche, Einsieldeln, Kussnacht et Pfaefficon.--Bâle - ville et Schwitz s'unirent aux cinq cantons d'Uri, d'Unterwald, de - Neuchâtel et des Valois et tentèrent de former une ligue séparée - pour la défense de leurs intérêts. Les six cantons dissidents - envoyèrent des délégués qui siégèrent à Sarnen, puis à Schwytz, et - se déclarèrent indépendants de la diète fédérale de Zurich. La - guerre éclata entre la confédération et les dissidents. Ceux-ci - commencèrent par s'emparer de Kussnacht mais ils ne tardèrent pas à - être vaincus. Le 4 août les troupes fédérales s'emparèrent de - Schwitz et le 10, de Bâle. - - [282] Louis, comte de Bombelles conseiller privé de l'empereur - d'Autriche, ministre plénipotentiaire d'Autriche en Suisse. - - - M. BRESSON AU DUC DE BROGLIE[283]. - - Berlin, le 17 décembre 1833. - - Monsieur le duc, - - Je vous remercie de m'avoir rendu l'organe d'une politique si nette, - si loyale et si nationale. M. Ancillon ne peut plus se faire - illusion sur les misérables manoeuvres employées pour l'abuser. Il - regrette, j'en suis sûr, ses premières insinuations. Je n'ai pas - voulu le forcer dans ses derniers retranchements, et j'ai accepté - ses explications pour mettre fin à un débat pénible. Je lui ai lu la - lettre particulière que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Il - n'a pas osé éclater contre M. de Metternich, mais il contenait à - grand'peine l'expression de son indignation. S'il manque lui-même de - franchise et s'il revient souvent sur ses paroles et ses promesses, - ce n'est point par duplicité, c'est par faiblesse. Il est incapable - d'une action double préméditée. Je ne sais ce que l'on doit le plus - admirer, de la perfidie ou de la maladresse de M. de Metternich. Il - est impossible de tomber plus à plat dans son propre piège, j'aurai - soin que tout ceci ne soit ni perdu ni oublié à Berlin. - - M. Ancillon s'est dit que, pour ne pas augmenter les inconvénients - de la démarche à laquelle il a si imprudemment associé son - gouvernement, il devait paraître conséquent avec lui-même et ne pas - la désavouer. On lui souffle probablement ce rôle de Vienne et de - Pétersbourg. Mais les entours du roi, que votre énergie a intimidés, - prodiguent des explications et des excuses qui équivalent à un - désaveu. Ce bon prince Wittgenstein, surtout, en est amusant: il - m'est si facile de l'inquiéter que je mets mes soins maintenant à le - rassurer. Il disait à lord Minto: «Mais comment donc penserions-nous - à la guerre? Il faudrait que le roi se mît à la tête de l'armée, et - voyez comme cela dérangerait toutes ses habitudes!» Tout cet - entourage se compose d'excellentes gens, très pacifiques assurément, - qui ne demandent qu'à finir leurs jours dans le calme. De flagrantes - provocations les mettraient seules en mouvement. Après le roi ce - sera autre chose, et personne ne peut prononcer avec sûreté de - jugement sur le prince royal. Mais Dieu merci! nous sommes loin de - là. Le père pourrait bien survivre au fils. L'on ne s'en plaindrait - pas en Prusse... - - Daignez... - - [283] Voir page 277. - - - LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND[284]. - - Paris, le 2 janvier 1834. - - Prince, - - ... M. de Bacourt m'avait signalé, il y a quelque temps, des - tentatives de rapprochement qui auraient eu lieu entre l'Autriche et - l'Angleterre au sujet des affaires d'Orient et j'avais appelé sur ce - point l'attention de M. de Sainte-Aulaire. Cet ambassadeur a cru de - son côté remarquer des communications plus fréquentes et plus - intimes qu'à l'ordinaire entre M. de Metternich et M. Frédéric Lamb, - surtout après l'arrivée d'un courrier que ce dernier a reçu dans la - journée du 20 décembre. Le chancelier d'Autriche, sans entrer avec - M. de Sainte-Aulaire dans de plus amples explications, lui a exprimé - la satisfaction la plus vive des nouvelles apportées par ce - courrier; il lui a dit que, grâce aux efforts du gouvernement - français pour calmer l'Angleterre, le cabinet de Londres envisageait - aujourd'hui la question d'Orient du même oeil que ceux de Vienne et - de Paris. Sir Frédéric Lamb paraît avoir tenu à M. de Sainte-Aulaire - un langage à peu près semblable. Tout cela est fort peu clair et, - tout en croyant qu'il entre dans la politique de M. de Metternich de - jeter de l'incertitude dans nos dispositions en nous donnant à - entendre qu'il s'entend d'une manière intime avec le gouvernement - britannique, je désirerais qu'il vous fût possible de nous donner - quelques informations sur ce qu'il peut y avoir de fondé dans ces - apparences de rapprochement. Je n'ai pas besoin de vous dire que, - loin de nous affliger d'une combinaison qui associerait l'Autriche à - un système de garantie contre les projets ambitieux du gouvernement - russe, nous ne pourrions, dans les circonstances actuelles, qu'y - trouver un motif de satisfaction. - - [284] Voir page 303. - - - LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND[285]. - - Paris, le 27 mars 1834. - - Prince, je vous ai fait connaître la résolution qu'avait prise le - gouvernement espagnol d'envoyer une armée en Portugal dans l'unique - objet d'y disperser les partisans de don Carlos. M. Villiers, - secondé à cet égard par M. de Rayneval, dont il avait réclamé - l'appui s'est vainement efforcé de décider M. Martinez de la Rosa à - donner à cette expédition un but plus général en la dirigeant - également contre dom Miguel et don Carlos. Le ministre espagnol s'y - est refusé, ne voulant pas, a-t-il dit, créer sans une nécessité - absolue des obstacles nouveaux au faible corps de troupes qui va - passer la frontière des deux royaumes. Nous avons lieu de croire, et - c'est aussi l'opinion de M. Villiers, que la crainte de mécontenter - les puissances du Nord est entrée pour beaucoup dans la - détermination de M. Martinez. - - Il est d'ailleurs aisé de prévoir que les troupes espagnoles, une - fois arrivées en Portugal pourront se trouver entraînées par la - force des choses à faire cause commune avec les pédristes. Cette - considération n'a pas échappé au cabinet de Madrid. Aussi, tandis - que M. Martinez de la Rosa, pour se maintenir sur le terrain où il - avait cru devoir se placer, se refusait à toutes les ouvertures de - M. Sarmento, envoyé de dom Pedro, son collègue, le ministre de la - guerre, discutait avec ce dernier un plan d'émigration combiné, sans - en avoir l'apparence et qui, en même temps qu'il doit faciliter les - mouvements des Espagnols, placera dom Miguel, à l'égard des forces - de son frère, dans une situation embarrassante et dangereuse. - - Si les Espagnols se sont décidés à une entreprise dont les - conséquences avaient longtemps semblé les effrayer, c'est parce - qu'ils ont désespéré de vaincre la répugnance de l'Angleterre à - intervenir matériellement en Portugal. Cependant, les nouvelles que - nous recevons de Lisbonne pourraient nous faire croire que cette - répugnance n'est plus aussi absolue. - - Lord Howard, après avoir reçu de Londres des pouvoirs plus étendus - que ceux dont lord W. Russell était investi, a rédigé un projet de - convention destiné à pacifier le Portugal, et qu'il a envoyé à lord - Palmerston après l'avoir communiqué à M. Mortier aussi bien qu'au - ministre de dom Pedro, qui s'en est montré satisfait. En voici les - principales clauses: - - Le gouvernement de la reine accorderait une amnistie entière à tous - ceux de ses adversaires qui lui prêteraient serment dans un temps - prescrit. Ceux qui s'y refuseraient pourraient quitter le Portugal - et vendre leurs biens. - - Les grades des officiers miguélistes leur seraient assurés avec une - demi-solde. - - Dom Miguel conserverait sa fortune personnelle et même son apanage - ou en recevrait l'équivalent. Des bâtiments portugais, français et - anglais seraient mis à sa disposition pour le transporter hors du - pays. - - Toutes les contestations qui s'élèveraient sur le sens des - stipulations de ce traité seraient jugées par une commission - composée des ministres de France et d'Angleterre et du chargé - d'affaires de Suède. - - Enfin, si dom Miguel refusait ces conditions, le gouvernement - anglais mettrait à la disposition de la reine doña Maria des troupes - de débarquement et des bâtiments de guerre pour faire cesser les - hostilités. - - Je dois remarquer que, dans la communication faite par lord Howard - au cabinet de Lisbonne, il n'a nullement été question de cette - dernière clause et que probablement même ce n'est que par - inadvertance que l'envoyé d'Angleterre l'a fait connaître à M. - Mortier. Vous en conclurez sans doute, prince, que, dans vos - entretiens avec lord Palmerston, il sera bon d'éviter d'en faire - mention. - - Ce que nous ne savons pas et ce qu'il importerait de savoir, c'est - jusqu'à quel point les idées émises par lord Howard lui sont - particulières ou se rattachent aux directions qu'il a pu recevoir. - Je désirerais qu'il vous fût possible de nous fournir à cet égard - quelques explications. Les intérêts de la France et ceux de - l'Angleterre sont identiques dans la double lutte qui ensanglante en - ce moment la péninsule. Une saine politique prescrit donc aux deux - gouvernements d'y concerter leur action, et, pour ce qui nous - regarde, nous sommes disposés à seconder de tous nos moyens le plan - adopté par le cabinet de Londres pour la pacification du Portugal, - dès que ce cabinet nous en aura fait part. - - [285] Voir pages 354 et 358. - - -FIN DE L'APPENDICE. - - - - -DE M. LE DUC DE CHOISEUL - -_Commencé à Bourbon-l'Archambauld en 1811, et fini à Châteauneuf, près -de Saint-Germain, chez madame la Duchesse de Courlande en 1816._ - - - - -DE M. LE DUC DE CHOISEUL[286] - -M. le duc de Choiseul avait de l'esprit naturel, peu d'instruction, -beaucoup d'assurance; un beau nom avec un léger vernis d'étranger qui -le classait également parmi les grands seigneurs de France et -d'Allemagne. La branche de la maison de Choiseul à laquelle il -appartenait était au service des ducs de Lorraine. Le comte de -Stainville, son père, était grand chambellan de François, dernier duc -de Lorraine, devenu grand-duc de Toscane, et ensuite empereur -d'Allemagne par son mariage avec Marie-Thérèse. C'était une chose -assez singulière en 1757, que de voir M. le comte de Stainville, -le père, chevalier de la Toison d'Or et ministre de l'empereur à -Paris, et le comte de Stainville, son fils, chevalier de l'ordre du -Saint-Esprit, ambassadeur de France à Vienne, à la cour de ce même -empereur. A cette même époque, les deux autres fils du comte de -Stainville étaient aussi, l'un abbé commandataire en France et prieur -de Reuil, et l'autre major dans un régiment de Croates au fond de la -Hongrie. - - [286] Cet écrit sur le duc de Choiseul se trouvait, dans les - papiers de M. de Talleyrand, annexé à ses _Mémoires_. Il en est - toutefois entièrement indépendant. C'est un morceau détaché, qui, - ainsi que la date en fait foi, fut commencé par le prince - plusieurs années avant qu'il songeât à mettre la main à ses - _Mémoires_. Cependant l'intérêt particulier que présente cet - écrit l'a fait joindre à la présente publication. On a déjà - indiqué dans la préface (I-XV) les raisons qui l'ont fait rejeter - à la fin du dernier volume, bien que la chronologie marquât sa - place en tête de l'ouvrage. Il a semblé préférable, en effet, de - ne pas rompre la suite et l'unité des _Mémoires_, et de prévenir - toute confusion entre les souvenirs personnels du prince et un - simple chapitre d'histoire. - -Le traité de 1736[287] ayant incorporé la Lorraine à la France, la -maison de Choiseul avait dû rentrer au berceau de ses pères. Le jeune -comte de Stainville débuta par une sous-lieutenance au régiment du -Roi, et bientôt après, obtint le régiment de Navarre. Il fit bien la -guerre comme colonel, mais il parut d'une manière encore plus -brillante dans la société. Ses premiers succès y eurent beaucoup -d'éclat. M. de Stainville fut l'amant et l'amant éperdument aimé de -madame de Gontaut[288], fille aînée de M. Crozat-Duchâtel[289], -lieutenant général, cordon rouge, sous lequel il avait servi dans la -guerre de 1740. Madame Duchâtel, née Gouffier, réunissait tous les -soirs dans sa maison quelques personnes d'un esprit distingué, -telles que madame du Deffant[290], Pont de Veyle[291], le chevalier de -Curten[292], et M. de Stainville, quoique distrait par bon nombre -d'infidélités qu'il faisait à madame de Gontaut, ne manquait guère d'y -venir quelques moments. L'exactitude d'un peu de soins était un de ses -principes. M. de Gontaut, l'un des favoris de Louis XV, d'un caractère -gai et facile, avec assez peu d'esprit, tel qu'il fallait être dans la -société de madame de Pompadour, l'avait pris dans la plus grande -amitié, mais n'avait pu encore le faire pénétrer dans cet intérieur -suprême, où l'on avait de son caractère une opinion peu avantageuse. -Il circulait autour de madame de Pompadour que M. de Stainville avait -été un des principaux modèles que Gresset[293] avait pris pour la -comédie du _Méchant_. Cela, quelques bons mots, une ambition assez -annoncée, le faisaient passer pour un homme dangereux, et -probablement, il aurait été retardé dans sa brillante carrière, si une -circonstance qui aurait dû accroître l'inquiétude que donnait son -approche, n'eût servi au contraire à le mettre hors de ligne. Le -roi témoigna quelque goût pour une très belle personne que le comte de -Choiseul-Beaupré[294], menin de M. le Dauphin, venait d'épouser; -madame de Pompadour en montrait de la jalousie. Il se formait déjà à -Versailles une espèce de parti qui favorisait cette intrigue; et M. de -Stainville, assez maltraité par madame de Pompadour, et parent de -madame de Choiseul, se trouvait naturellement rangé du côté de la -prétendante. On a supposé que lui ayant fait sa cour, et n'ayant pas -reconnu à son esprit assez d'habileté pour le rôle qu'il voulait lui -faire jouer, il l'avait sacrifiée, et avait envoyé à madame de -Pompadour, par l'entremise de M. de Gontaut, pour être montrées au -roi, les lettres que dans un premier moment de passion, elle lui avait -écrites. Et comme madame de Choiseul périt, peu de temps après, de la -manière la plus inattendue, on a prétendu, aussi, qu'il n'avait pas -été étranger à sa mort. Ce n'est pas le seul soupçon de ce genre qu'on -ait osé former sur M. de Stainville. Quelque persuadé que je sois -qu'aucun n'ait été fondé, j'éprouve une sorte d'embarras de ne pouvoir -tirer mes motifs de conviction de la moralité de sa vie, et d'être -obligé d'aller les chercher dans la légèreté de son caractère. Madame -de Pompadour, tranquillisée, chercha à se faire de nouvelles -créatures, et passa, immédiatement, trop vite peut-être, pour la -réputation de M. de Stainville, de l'éloignement le plus marqué pour -lui, à un intérêt dont elle ne tarda pas à lui donner des -preuves. Dans ces circonstances, Madame de Gontaut tomba gravement -malade, et sur son lit de mort, elle supplia sa jeune soeur, qui -n'avait que quatorze ans, d'épouser M. de Stainville, voulant -emporter, en mourant, la satisfaction d'avoir assuré la fortune de son -amant, et aussi, ce que l'exaltation de sa tête lui présentait comme -le bonheur de sa soeur. Une espèce d'enchantement que M. de Stainville -avait répandu sur toute cette famille, décida bientôt la mère ainsi -que la fille, de sorte que devenu presque immédiatement maître d'une -fortune de cent vingt mille livres de rente, il n'eut plus qu'à -s'occuper des moyens d'entrer dans une carrière dans laquelle sa -naissance, son esprit, son activité et la médiocrité de ceux qui y -occupaient les premières places, permettaient de lui donner bien des -avantages. Ses vues se portèrent sur l'ambassade de Rome. Quelques -flatteries adressées à M. Rouillé[295], ministre des affaires -étrangères, l'appui de son beau-frère, M. de Gontaut, le retour vers -lui de madame de Pompadour, un peu même de cette répugnance que le roi -lui conservait encore, tout concourut à lui faire obtenir ce brillant -éloignement; et il partit pour remplacer M. de Nivernais. La -magnificence de son début, à Rome, effaça tous les ambassadeurs qui -l'avaient précédé; le luxe prodigieux de l'entrée qu'il y fit, l'éclat -de sa maison, le choix de ses sociétés particulières, l'eurent bientôt -rendu maître de toutes les nominations ecclésiastiques; il sut gagner -l'amitié de Benoit XIV[296] qui ne l'appelait que _son cher -fils_, et qui jamais ne put lui refuser rien dans les entretiens -fréquents et tout à fait familiers qu'il avait avec lui. C'est à cette -époque que M. de Stainville reçut les premières impressions, qui ont -concouru depuis à la destruction de l'ordre des jésuites. La faveur -dont il jouissait auprès du Saint-Père le mit en confidence avec les -principaux personnages de cet ordre, et l'un des assesseurs du Général -eut l'imprudence de lui ouvrir le registre secret dans lequel _la -Société_ inscrivait tous les noms de ses élèves, avec des notes sur le -caractère et les sentiments que leur jeunesse avait pu faire -connaître, et il y lut, à son article, que l'on devait, s'il arrivait -à des places importantes, le tenir pour un homme qui n'aimait et qui -n'aimerait jamais _la Société_[297]. - - [287] Le traite de Vienne qui mit fin à la guerre de succession - de Pologne. Il reconnaissait les droits de l'électeur de Saxe qui - fut couronné sous le nom d'Auguste III. Quant à Stanislas - Leczinski dont la France avait soutenu les intérêts, il reçut en - dédommagement la Lorraine, sous cette condition, qu'à sa mort, ce - duché reviendrait à la France. Stanislas étant mort en 1766, - c'est à cette date que la Lorraine devint province française. - - [288] Antoinette Crozat du Châtel (1728-1747) fille du lieutenant - général de ce nom et de Marie Thérèse Gouffier de Heilly, épousa - en 1744, le duc Charles de Gontaut, frère cadet du maréchal de - Biron. De ce mariage naquit le duc de Lauzun. - - [289] Louis François Crozat, marquis du Châtel, appartenait à une - riche famille de financiers; un de ses membres s'était récemment - anobli en achetant le marquisat du Châtel en Bretagne. - - [290] Marie de Vichy Chamrond, née en 1697 d'une vieille famille - de Bourgogne, épousa toute jeune le marquis du Deffant, dont elle - se sépara peu après. Son salon fut durant quarante ans le centre - d'une société élégante et spirituelle. Elle mourut en 1780. - - [291] Antoine de Ferriol, comte de Pont de Veyle, naquit en 1697. - Son père était président du parlement de Metz. Lui-même fut - intendant général des classes de la marine. Il composa quelques - comédies et un grand nombre de poésies légères. Il mourut en 1774 - après avoir été pendant cinquante ans l'ami de madame du Deffant. - - [292] Maurice de Curten, issu d'une famille suisse, passée au - service de la France, né en 1692, entré à l'armée en 1706, - maréchal de camp en 1743, lieutenant général en 1748, grand croix - de l'Ordre de Saint-Louis en 1757. Il mourut en 1766. - - [293] Gresset, poète comique, né en 1709 à Amiens, mort en 1777. - _Le Méchant_ qui est sa meilleure comédie est de 1747. - - [294] François comte de Choiseul-Beaupré était lieutenant général - et menin du Dauphin. (Ce nom de _Menin_ était d'origine - espagnole; il désignait les six gentilshommes attachés - spécialement à la personne du Dauphin.) Il épousa en 1751 - mademoiselle de Romanet, nièce de madame de Pompadour. - - [295] Antoine Rouillé, comte de Jouy, né en 1689, d'une vieille - famille de robe, conseiller au parlement en 1711; secrétaire - d'État à la marine (1749) puis aux affaires étrangères (1754). Il - donna sa démission en 1757, fut nommé surintendant général des - postes, se retira en 1758 et mourut en 1761. - - [296] Benoit XIV (Prosper Lambertini) naquit à Bologne en 1675. - Entré dans les ordres, il fut nommé évêque d'Ancône, puis - archevêque de Bologne. Il était cardinal depuis 1726. En 1740 il - fut choisi pour succéder au pape Clément XII. Il mourut en 1758. - - [297] C'est en effet sous le ministère de Choiseul que les - jésuites furent expulsés de France (1762-1764). - -Le rapprochement de M. de Stainville avec madame de Pompadour n'était -pas tel, qu'il n'y eût dans la même route que celle où il se trouvait, -un homme plus avancé que lui. L'abbé de Bernis[298], favori plus -ancien et plus intime, traçait assez ennuyeusement dans -l'ambassade de Venise, les degrés de sa future élévation. - - [298] François-Joachim de Pierres, comte de Bernis, naquit au - château de Saint-Marcel en Vivarais (1715) d'une des plus - vieilles familles de France. Il fut de bonne heure destiné à - l'état ecclésiastique: toutefois, bien qu'il ait porté toute sa - jeunesse le titre d'abbé, il ne prononça ses voeux qu'à quarante - ans. Il dut à la protection de madame de Pompadour d'être nommé - ambassadeur à Venise (1752). Revenu à Paris en 1755, il négocia, - bien que n'ayant aucun titre officiel, le traité de 1756 avec - l'ambassadeur impérial. Il fut presque aussitôt nommé secrétaire - d'État aux affaires étrangères, puis cardinal. Disgracié et exilé - en 1757, il sortit de sa retraite en 1764, fut nommé archevêque - d'Alby, puis ambassadeur à Rome (1769);--il fut destitué en - février 1791 pour avoir refusé de prêter serment à la - constitution civile, et il mourut en 1794. - -M. de Stainville ne manqua pas de profiter de la connexion de leurs -affaires respectives, de quelques querelles que la république de -Venise avait alors avec le Saint Père, pour établir entre eux une -correspondance qui ne tarda pas à former une espèce d'intimité, en -sorte que l'abbé de Bernis, de retour en France, pour être le -plénipotentiaire ostensible du fameux traité de 1756, et entrer -ensuite au conseil, en qualité de ministre, attendant la prochaine -retraite de M. Rouillé, regardait M. de Slainville comme un des futurs -collaborateurs du grand et brusque changement qui allait s'opérer dans -la balance politique de l'Europe. - -De son côté, M. de Stainville, qui commençait à en avoir assez des -négociations ecclésiastiques, dévoré du désir de passer sur le théâtre -des grandes affaires qui se préparaient, entretenant une -correspondance régulière avec madame de Pompadour, soignant toutes les -commissions de curiosités ou autres, que l'Italie pouvait lui -présenter pour la favorite, obtint par elle, à la fin de 1756, un -congé qui lui permit de reparaître à Versailles. - -Dans l'hiver qui suivit, de grands changements se firent dans le -ministère[299]; il est hors de mon sujet de m'y arrêter; mais je ne -saurais, en passant, m'empêcher de dire que la destitution de M. -d'Argenson[300] et celle de M. de Machault[301] ont eu une influence -bien funeste sur les événements de la guerre qui commença en 1757. -L'abbé de Bernis était alors nommé à l'ambassade de Vienne, faveur qui -avait été la suite naturelle du traité qu'il avait signé avec M. de -Stahremberg[302]; et comme l'impératrice Marie-Thérèse pressait -vivement pour l'arrivée du ministre de France, et que le bon M. -Rouillé se défendait encore un peu dans sa place, l'abbé de Bernis, -pour ne quitter ni le terrain, ni la carrière, se fit nommer à -l'ambassade de Madrid, où il n'y avait pas d'affaires pressantes à -traiter; et M. de Stainville fut destiné à se rendre immédiatement à -Vienne, à sa place. Ses préparatifs furent prompts; tout le faste de -sa représentation y passa de Rome directement, et lui-même s'y rendit -dans les premiers jours d'août. Il trouva la cour impériale, naguère -si désolée, toute remplie des espérances que lui donnait la victoire -de Kollin[303], remportée par le maréchal Daun[304], dont l'effet -avait été la levée du siège de Prague; et celle de Hastenbeck[305] -que le maréchal d'Estrées[306] venait de remporter sur le duc de -Cumberland[307]. Deux mois plus tard, M. de Stainville aurait trouvé -dans le cabinet de Vienne les formes de la plus grande déférence; mais -à cette époque, ce cabinet avait pris une habitude hautaine. -L'ambassadeur du France fut, néanmoins, très bien traité par -l'impératrice, et accueilli d'une manière particulière par le bon -empereur François Ier qui voyait en lui un Lorrain, et le fils de son -ministre actuel à la cour de France. Mais, M. le comte de Kaunitz[308] -le reçut avec plus de froideur. La dignité qu'il affecta de marquer -dans les premières entrevues, présagea à M. de Stainville qu'il serait -loin de trouver en lui le secrétaire d'État de la cour papale. Les -médiocres conséquences de la bataille de Hastenbeck, comparées avec -quelques succès qui suivirent la grande affaire de Kollin, et la levée -du siège de Prague qui rendit disponible quarante mille hommes -enfermés dans cette ville avec le prince Charles[309], donnaient au -ministre autrichien, un ton et des formes très déplaisants pour -l'ambassadeur de France. Mais le mois de novembre arrivé, toutes les -fiertés furent confondues par les deux batailles que le roi de Prusse -gagna en personne à cinq jours l'une de l'autre; à Rosbach[310], -contre les Français, et sous les murs de Breslau[311], contre les -Autrichiens. L'armée française et l'armée autrichienne furent si -complètement battues qu'on ne sut plus lequel des deux alliés devait -être le plus humilié. Alors les reproches d'ineptie se multiplièrent -de part et d'autre. M. de Stainville, naturellement moqueur, tombait -impitoyablement sur le maréchal Daun; et M. de Kaunitz n'épargnait pas -davantage les généraux français. Le chevalier de Curten, ancien -lieutenant général se trouvait à Vienne, où il était arrivé en même -temps que M. de Stainville; il avait une commission militaire dont -l'objet était la reprise de l'électorat de Saxe, que devait faire -l'armée de Soubise, conjointement avec celle de l'empire commandée par -le prince de Hildburghausen[312]. Le chevalier de Curten passait pour -un excellent officier, et était certainement un des hommes les plus -aimables et les plus piquants de son temps. Sa mission qui était d'un -ordre inférieur se trouvait terminée par les grands faits de guerre -qui venaient d'avoir lieu, mais il en avait peu de souci. Il demandait -sans cesse ce que l'armée de l'empire était devenue, à quoi on lui -répondait par semblable question sur l'armée de Soubise. En sorte -qu'au milieu de tous ces désastres, qui devaient se terminer par -quelque modification dans l'influence germanique, ou par la cession de -quelques provinces, mais point encore par l'abdication de quelque tête -couronnée, ou par la destruction d'un royaume ou d'un empire[313], on -put passer à Vienne un hiver assez supportable. Lorsque les plaintes -de M. de Kaunitz devenaient un peu plus fortes, M. de Stainville lui -dépêchait le comte de Montazet, qui, avec les formes embarrassantes du -plus grand zèle, prenait les renseignements les plus minutieux sur la -grande armée autrichienne, et montrait un empressement excessif à la -rejoindre, étant destiné, disait-il, à avoir l'honneur d'y servir. - - [299] Allusion à la révolution de cabinet qui marqua le - rétablissement du roi. Durant sa maladie (suite de l'attentat de - Damiens), Machault et d'Argenson avaient pris sur eux de renvoyer - madame de Pompadour. A son retour, elle exigea leur destitution. - Machault céda la place à Peirenc de Moras, et d'Argenson au - marquis de Paulmy, son neveu (février 1757). - - [300] Marc-Pierre de Voyer, comte d'Argenson, né en 1696, - appartenait à une vieille famille de Touraine qui jeta un vif - éclat aux XVIIe et XVIIIe siècles. Sept de ses membres parvinrent - aux plus hautes charges de l'État. Lui-même fut lieutenant - général de la police (1720), ministre d'État (1742), secrétaire - d'État à la guerre (1743-1757). Il mourut peu après sa disgrâce - en 1764. - - [301] M. de Machault était alors secrétaire d'État à la marine. - - [302] George-Adam prince de Stahremberg, né à Londres en 1724, - d'une vieille famille autrichienne. Ambassadeur à Paris en 1755. - Rappelé à Vienne en 1766, il devint ministre d'État, puis - gouverneur des Pays-Bas. Il mourut en 1807. - - [303] Kollin, ville de Bohême, sur l'Elbe, 6.000 habitants. La - victoire des Autrichiens est du 18 juin 1757. - - [304] Léopold, comte de Daun, né à Vienne en 1705, était - feld-maréchal en 1748. Il fut généralissime des armées impériales - pendant la guerre de Sept ans. Vainqueur à Kollin et à Hochkirch, - il fut battu à Leuthen et à Torgan. Il mourut en 1766. - - [305] Hastenbeck, village de l'électorat de Hanovre. La victoire - des Français est du 20 juillet 1757. - - [306] Louis Le Tellier, marquis de Courtenvaux, duc d'Estrées, né - en 1697, était petit-fils du célèbre Louvois. Sa mère était la - soeur du comte Victor d'Estrées, maréchal de France. Celui-ci - étant mort sans enfants en 1737, son neveu hérita de son nom et - de son titre. Le comte, plus tard duc d'Estrées, fut lieutenant - général en 1744, et maréchal en 1757. Il perdit son commandement - en Allemagne à la suite d'intrigues de cour et mourut en 1771. - - [307] Guillaume-Auguste, duc de Cumberland, né en 1727, était le - troisième fils du roi Georges II. Mis à la tête des armées - anglaises du continent, il lut constamment battu. Plus heureux en - Écosse, il battit le prétendant, Charles-Édouard; il mourut eu - 1765. - - [308] Venceslas-Antoine, comte puis prince de Kaunitz-Rietberg, - né en 1711, conseiller aulique en 1735, commissaire impérial à la - diète de Ratisbonne, sous Charles VI, ambassadeur à Rome, puis à - Turin, sous Marie-Thérèse. Ministre d'État(1749), ambassadeur à - Paris. A son retour, il fut nommé chancelier de cour et d'État. - Il mourut en 1794. - - [309] Charles, prince de Lorraine, né en 1712, était le frère de - l'empereur François. Feld-maréchal général et généralissime des - troupes impériales et hongroises, il prit part aux guerres de la - succession d'Autriche et de Sept ans. - - [310] Rosbach, village de l'électorat de Saxe près de Mersebourg. - Les Français étaient commandés par Soubise. - - [311] La bataille fut livrée à 7 kilomètres de Breslau près du - village de Leuthen, ou Lissa. - - [312] Joseph de Saxe-Hildburghausen, prince souverai d'Allemagne, - né en 1702, fut nommé en 1735 feld-maréchal au service de - l'Autriche. Il dirigea en 1739 une campagne malheureuse contre - les Turcs. Il prit part sans grand succès à la guerre de Sept ans - et mourut en 1787. - - [313] Allusion aux traités imposés plus tard par Napoléon. - -On faisait de toutes parts de nouvelles levées pour la composer; et M. -de Kaunitz, tout en critiquant le pauvre maréchal Daun, que -l'impératrice soutenait à cause de madame de Daun, sa favorite, -élevait secrètement à la fortune un homme modeste que le hasard lui -avait fait rencontrer, et qui, par la levée du siège d'Olmütz[314], -devint quelques mois après, le sauveur de la puissance autrichienne. -M. de Laudon[315] fut véritablement l'homme le plus distingué de -tous ceux que l'Autriche a employés dans le cours de cette fameuse -guerre de Sept ans. Car M. de Lascy[316], dont le nom a été consacré -par la belle lettre que lui écrivit en mourant Joseph II, avait plus -de talent pour le cabinet que pour l'exécution, et s'est montré plus -propre à être un grand ministre de la guerre qu'un grand général -d'armée. - - [314] Olmütz, ville d'Autriche (Moravie). Le roi de Prusse qui - l'avait assiégée, ne put s'en emparer et dut battre en retraite. - - [315] Ernest, baron de Laudon, né à Tootzen (Livonie), d'une - famille originaire d'Écosse qui avait émigré au XIVe siècle. Il - passa huit ans au service de la Russie (1731-1739), se présenta - ensuite à Frédéric II qui le repoussa; il passa alors en - Autriche, devint général en 1757, feld-maréchal en 1758; il eut - une part glorieuse à la guerre de Septans. Appelé à diriger une - campagne contre les Turcs en 1788, il mourut au cours de ses - succès (7 juillet 1790). - - [316] Joseph, comte de Lascy naquit en 1725 à Pétersbourg d'une - famille noble d'origine irlandaise. Son père était général dans - l'armée russe. Lui-même entra dans l'armée autrichienne et devint - feld-maréchal en 1760, après de brillants succès remportés durant - la guerre de Sept ans. Après la paix, il entra au conseil aulique - et durant de longues années travailla de concert avec l'empereur - Joseph II. Chargé en 1788 de la guerre contre les Turcs, il fut - battu et demanda à être remplacé par Laudon, bien qu'il fût son - ennemi personnel. Il mourut en 1801. - -Les forces nombreuses qui se réunissaient, une organisation militaire -nouvelle qui commençait à se former, les espérances qui étaient la -suite de ces efforts et de ces changements, permirent bientôt à M. de -Kaunitz de reprendre les airs inattentifs avec lesquels il blessait -cruellement l'amour-propre de M. de Stainville. Tantôt c'était à la -comédie où leurs loges étaient absolument contiguës, M. de Kaunitz -arrivait dans la sienne, prenait une place adossée à celle de -l'ambassade, et ne s'apercevait qu'au cinquième acte que M. de -Stainvilie était à côté de lui. Une autre fois, invité à quelque dîner -solennel chez l'ambassadeur de France, au lieu d'arriver à deux -heures, il faisait impitoyablement attendre jusqu'à six, une -trentaine de personnes, qui toutes par leur rang et leur naissance, -paraissaient mériter quelques égards, et, tout à coup, au milieu du -dîner, il écartait son assiette, arrangeait la place qu'avait occupée -son couvert, tirait de sa poche une petite écritoire ou un crayon, et -se mettait à écrire, à demi couché sur la table; ou bien, il étalait -un étui de toilette et se nettoyait les dents. L'usage était de se -rassembler tous les soirs chez ce ministre, où sa soeur, madame la -comtesse de Questemberg, faisait en assez bonne femme, les honneurs du -salon. Aucun des ministres ne manquait à s'y rendre, parce que M. de -Kaunitz y paraissait assez régulièrement vers les onze heures, et que -c'était un moment favorable, ou pour l'entretenir de quelque affaire, -ou pour apprendre de lui les nouvelles qui venaient journellement des -armées; il se faisait secrètement rendre compte de l'arrivée de -l'ambassadeur de France, et dans les circonstances où il savait qu'il -importait le plus à celui-ci de lui parler, il le laissait attendre -jusqu'à une heure après minuit, et lui faisait dire par un valet de -chambre, sans même se donner la peine d'imaginer quelque excuse, qu'il -ne paraîtrait point. Alors M. de Stainville se dépitait, rentrait chez -lui, et disait à qui voulait l'entendre, qu'il était impossible de -suivre les affaires avec un tel homme. L'impératrice, qui était -informée par ses rapports intérieurs du mécontentement de M. de -Stainville, ne perdait pas une occasion de lui raconter les -inattentions, sans nombre, de M. de Kaunitz pour elle-même. Mais elle -croyait, et disait avoir un tel besoin de ce ministre, qu'elle lui -passait toutes ses fantaisies. L'indulgence de l'impératrice était -mise à tant d'épreuves, que pendant quelque temps, on a pu croire que -M. de Kaunitz avait avec cette princesse des liaisons plus -intimes que celles des affaires. Il fallut tout l'éclat d'une aventure -avec une danseuse de l'opéra pour empêcher cette opinion de trop -s'établir. Il y avait au théâtre une Italienne assez belle, nommée la -Tagliatzi. M. de Kaunitz était publiquement son amant. Quelques -rigoristes de la cour, et le médecin Wasa-Sivieten, par dévotion, et -peut-être aussi, par une envie secrète de plaire, animèrent tellement -la conscience de l'impératrice sur ce scandale, qu'elle en donna un -bien plus grand encore, en faisant enlever un matin la danseuse, et en -la faisant transporter aux frontières d'Italie avec défense absolue de -reparaître à Vienne. M. de Kaunitz se croyant outragé, monte chez -l'impératrice, sa démission à la main, fait changer sa détermination, -et la Tagliatzi revient avec tous les honneurs de l'aventure; et pour -que personne ne pût douter de son triomphe, M. de Kaunitz la mène en -calèche le lendemain de son arrivée dans toutes les promenades de -Vienne. Il ne faut pas croire davantage au sentiment qu'on a supposé -que cette princesse avait eu pour le général O'Donnell[317]; elle -aimait l'empereur, qui était beau, et auquel elle passait sa petite -infidélité avec la princesse d'Auersperg[318], en faveur des enfants -qu'elle ne cessait d'avoir. - - [317] Le général comte Charles O'Donnell né en 1715 en Irlande, - entra en 1736 au service de l'Autriche. Feld-maréchal lieutenant - en 1757, gouverneur général des Pays-Bas après la paix, puis - inspecteur général de cavalerie. Il mourut en 1775. - - [318] La princesse Josèphe d'Auersperg était la fille de Jean - prince de Trautson. Née en 1734, elle avait épousé en 1744 - Charles d'Auersperg, prince souverain d'Allemagne. - -Mais je m'écarte trop de mon sujet. L'humeur respective des deux -ministres venait au fond de ce que les deux cours n'étaient rien -moins que contentes du succès de leur grande alliance. Celle de -Vienne, qui manquait encore moins d'hommes que d'argent, ne voulait -plus du système de la combinaison des armées; on convint d'agir -séparément, et l'Autriche réclama en conséquence le choix de -l'alternative dans l'exécution du traité, qui avait fixé le secours -respectif à vingt-quatre mille hommes ou à vingt-quatre millions. -L'impératrice, qui n'avait cessé un seul jour d'employer toute sa -séduction vis-à-vis de M. de Stainville, se flattait d'emporter le -subside. Elle se fit même aider en cette occasion par l'empereur qui -traitait toujours M. de Stainville avec la familiarité d'un -compatriote, et qui croyait avoir sur lui une grande influence. -L'impératrice écrivit à madame de Pompadour; M. de Stahremberg -touchait au moment d'obtenir ce point de la facilité de l'abbé de -Bernis; l'opinion de M. de Stainville, à cet égard, retarda la -décision. Vingt-quatre millions à cette époque était un subside très -considérable. L'Angleterre, qui depuis en a prodigué d'immenses, ne -donnait à Frédéric II que cinquante mille livres sterling[319], et on -peut dire que celui-là gagnait bien son argent, et que si la France -l'eût conservé pour allié à pareil prix, l'influence autrichienne en -Allemagne n'aurait pas duré aussi longtemps. Au surplus, comme on -voulait, de part et d'autre, que ces légères altercations ne -tournassent pas au détriment de l'alliance, ce fut à cette époque -qu'on adopta le plan d'une union plus intime et plus solide, par le -projet de mariage de la jeune archiduchesse Marie Antoinette, alors au -berceau, avec le futur héritier de la couronne de France. - - [319] 1 250 000 francs. - -M. de Stainville reçut à cette occasion une marque éclatante de -satisfaction: il fut créé duc héréditaire (et prit le titre de duc de -Choiseul) en même temps que M. le comte de Gontaut son beau-frère, fut -fait duc à brevet, honneur suffisant pour ce dernier, puisque son -fils, ou plutôt celui de M. de Stainville, connu depuis sous le nom -toujours brillant de duc de Lauzun, était naturellement appelé à -hériter de la pairie du maréchal de Biron[320], son oncle. Cette -double faveur accordée en même temps aux deux amis, fut l'ouvrage de -madame de Pompadour, et le fruit de l'assiduité de M. de Gontaut, -autant que de l'exactitude de la correspondance de M. de Stainville, -qui ne faisait pas partir un courrier sans donner à la favorite dans -une lettre particulière un petit sommaire de ses dépêches. Madame de -Pompadour en aurait été moins flattée, si elle eût su combien était -étendue et confiante la correspondance privée de M. de Choiseul. Tous -les courriers portaient des lettres d'abord à madame de Robecq[321], -ensuite à madame de Luxembourg[322], à l'abbé de Bernis dont il -cherchait à affaiblir l'influence dans sa correspondance avec la -favorite, à M. de Gontaut, à M. de Soubise, à M. de Praslin[323], -au comte de Castellane[324], à M. du Châtelet[325], au chevalier de -Beauteville[326], et il en recevait des réponses qui le tenaient -exactement au courant de ce qui se passait sur le double théâtre des -intrigues de Versailles et de Paris. - - [320] Louis-Antoine de Gontaut, duc de Biron, fils du maréchal - duc de Biron, né en 1701, entra à l'armée et fit la campagne de - Bohême comme maréchal de camp; lieutenant général en 1743; - maréchal de France en 1757; gouverneur du Languedoc en 1775. Il - mourut en 1788. - - [321] La princesse Anne de Robecq était la fille du maréchal duc - de Montmorency-Luxembourg. Elle épousa Anne de Montmorency prince - de Robecq, grand d'Espagne et lieutenant général. Elle mourut en - 1760, à trente-deux ans. - - [322] Madeleine-Angélique de Neufville-Villeroi, maréchale - duchesse de Luxembourg (1707-1787). - - [323] César, comte de Choiseul, créé duc et pair en 1762 et connu - dès lors sous le nom de duc de Praslin, naquit en 1712. Il devint - lieutenant général; ambassadeur à Vienne en 1758; secrétaire - d'État aux affaires étrangères en 1760; à la marine en 1766. Il - fut exilé en 1770 et mourut en 1785. - -La tête de M. de Choiseul fut traversée un moment alors, par l'idée -d'obtenir une grande charge à la cour. Mais, M. de Gontaut lui fit -voir combien ces places étaient encombrées de survivances; il -réfléchit de son côté sur la probabilité qu'il n'aurait point -d'enfants de madame de Choiseul dont la santé était très délicate; il -avait lui-même altéré son tempérament par une jouissance qui avait -précédé de beaucoup l'époque à laquelle elle était devenue femme, et -il était résulté pour elle de cette imprudence, des inconvénients de -santé qui l'obligeaient à rester souvent sur une chaise longue. Cette -petite malade, dont la tête romanesque était dix fois plus ardente que -son corps n'avait de force, était toutefois très exigeante sur les -attentions du mariage, et fort jalouse de toutes les femmes auxquelles -son mari paraissait adresser quelques hommages. Aussi M. de Choiseul -manqua-t-il à peu près tout ce qu'il entreprit dans ce genre pendant -son séjour à Vienne. - - [324] Michel, comte de Castellane, gouverneur de Niort, - ambassadeur près la Porte, maréchal de camp en 1762. - - [325] Louis-Florent, duc du Châtelet-Lomont, né à Semur on 1727. - Il était le fils de la célèbre madame du Châtelet si connue grâce - à Voltaire. Il fut maréchal de camp et ambassadeur à Vienne. - - [326] P. du Buisson, chevalier de Beauteville, aide-maréchal - général des logis de l'armée de Flandre (1745), maréchal de camp - (1758), ministre en Suisse (1762). - -M. de Choiseul informé par M. de Gontaut, que madame de Pompadour -commençait à se dégoûter de l'abbé de Bernis qui, prêt à devenir -cardinal, faisait entrevoir des prétentions que sa capacité ne -soutenait guère, donna à ses lettres particulières la direction que -cette nouvelle circonstance exigeait. Il chercha à se faire regarder -par madame de Pompadour, comme un rival et un successeur de l'abbé de -Bernis, sur lequel elle pouvait compter, et par celui-ci comme un -coopérateur fidèle, dont il pourrait se servir, s'il parvenait à faire -le grand pas qu'il avait la secrète ambition de tenter. L'abbé de -Bernis, sûr du chapeau de cardinal, commença à parler de sa mauvaise -santé, en insinuant toutefois, après les instances qui lui étaient -faites pour rester, qu'il serait prêt à témoigner sa reconnaissance et -son dévouement, si on lui donnait la direction suprême du conseil. -C'était où on l'attendait. On se concerta pour le retour de M. de -Choiseul, et on pensa dès lors au moyen de l'investir de la charge que -le futur cardinal dédaignait d'occuper. De son côté, M. de Bernis se -mit à rédiger un long mémoire, dans lequel il essayait de démontrer au -roi la nécessité d'un premier ministre qui tînt d'une main ferme -l'ensemble des opérations de tous les départements. La situation -critique des affaires était peut-être assez favorable à cette idée. -Mais la répugnance du roi pour cette espèce de tutelle était bien -connue de madame de Pompadour qui, d'ailleurs, n'ayant plus que ce -rôle à jouer, sans avoir l'inconvénient du titre, n'avait aucune envie -de se le laisser enlever. Deux mois suffirent à toutes ces manoeuvres, -et dans les premiers jours de novembre, pendant que la barrette -arrivait de Rome, M. de Choiseul arrivait de Vienne, pour occuper le -poste que le cardinal allait quitter. L'arrivée subite de M. de -Choiseul, et l'espèce de désaccord qui existait dans les différentes -dispositions des parties intéressées, ne pouvaient pas manquer de -produire d'étranges contradictions. Ainsi dans la même semaine, M. de -Choiseul qui n'avait été présenté dans l'article officiel de la -_Gazette_, que comme un aide choisi par le cardinal pour conduire sous -sa direction le ministère des affaires étrangères, M. de Choiseul, -médiocrement accueilli par le roi, était créé pair à l'ouverture du -premier conseil, à cause de la prétention que le maréchal d'Estrées -éleva, concernant la préséance des maréchaux de France sur les ducs -qui n'étaient pas pairs. On vit aussi le cardinal quitter le logement -du secrétaire d'État, et s'installer dans un des plus grands -appartements du château de Versailles, où dès le premier mardi, jour -d'audience des ambassadeurs, il les reçut avec solennité concurremment -avec le nouveau ministre, chez lequel ils n'eurent l'air d'aller -ensuite que comme chez un premier commis, et M. de Choiseul, ministre -des affaires étrangères, duc et pair de France paraissait, au milieu -de toutes ces faveurs, n'occuper qu'un poste secondaire. Le cardinal -avait remis directement au roi son mémoire et s'emparait comme de -haute lutte de la place éminente qu'il croyait s'être assurée. Le roi -ne disait rien, laissait faire, et, sans doute se fût soumis, si -madame de Pompadour, à qui le mémoire revint de la main du roi et qui -n'en était que plus offensée, ne se fût jointe à M. de Soubise, à M. -de Gontaut et à M. de Belle-Isle[327], pour en représenter l'auteur -comme un ambitieux qui voulait s'emparer d'une place que la -considération personnelle du roi, son opinion connue à cet égard, et -les derniers conseils du cardinal de Fleury[328], devaient empêcher de -jamais rétablir. Cette forme de rappel à ses propres principes, -présenté au roi comme une marque d'attachement le plus vrai pour sa -personne et pour sa gloire, ne manqua pas son effet. On exila le -cardinal de Bernis[329]. - - [327] Louis Fouquet, duc de Belle-Isle, était le petit-fils du - fameux surintendant Fouquet. Né à Villefranche-de-Rouergue en - 1684, il entra de bonne heure à l'armée, fit comme colonel la - guerre de la succession d'Espagne. Maréchal de camp en 1719, il - fut impliqué dans le procès de Leblanc, secrétaire d'État à la - guerre, accusé de concussion, et fut enfermé à la Bastille. - Lieutenant général en 1732, il reçut en 1736 le gouvernement de - Metz et des trois évêchés. Maréchal de France en 1741, il prépara - l'élection de l'empereur Charles VII. Peu après, il s'illustrait - par la campagne de Bohême et la retraite de Prague (1743). Fait - prisonnier en Hanovre en 1744, il fut interné un an en - Angleterre. En 1757, il fut nommé secrétaire d'État à la guerre. - Il mourut en 1761. - - [328] André Hercule, cardinal de Fleury, appartenait à la vieille - noblesse du Languedoc. Il naquit à Lodève le 22 juin 1653. - Aumônier de la reine, il fut en 1698 nommé évêque de Fréjus. A la - mort de Louis XIV il fut nommé précepteur du nouveau roi sur - lequel il prit bientôt la plus grande influence. Au mois de juin - 1726, Fleury fut nommé ministre d'État et surintendant des - postes, et bientôt après créé cardinal. Il garda la direction des - affaires jusqu'à sa mort (1743). - - [329] Novembre 1758. - -Ainsi fut enlevé à la suprême direction des affaires, cet homme doux -et aimable, fait pour le charme de la société, bien plus que pour la -haute intrigue du ministère. Sa vie reprit dans la suite quelque éclat -par les moyens que lui fournirent son caractère ecclésiastique, sa -grande fortune et le bel emploi qu'il en savait faire. Il a fini sa -carrière d'une manière heureuse, puisque ses derniers moments ont été -employés à donner des soins, des marques de respect, et presque des -secours, aux vertueuses filles de son bienfaiteur. L'histoire parlera -bien peu de lui. - -M. de Choiseul resta seul chargé des affaires étrangères. L'usage -qu'il fit de son pouvoir et la situation dans laquelle il plaça la -France vis-à-vis des cours de l'Europe, ne sont peut-être pas sans -intérêt à connaître. - -Un des principaux actes de son administration, fut le traité du mois -de janvier 1759 avec l'Autriche. Par ce traité la France réduisit de -vingt-quatre millions à quatorze, le subside convenu par le traité de -1756. Mais, par une inconséquence injustifiable, on mit à la -disposition de l'Autriche des forces aussi considérables qu'on aurait -pu le faire pour un intérêt national et du premier ordre. Ce ne fut -qu'en 1761 que M. de Choiseul effrayé des maux de tout genre -qu'éprouvait la France, essaya d'en abréger la durée par une paix -particulière avec l'Angleterre, qu'il supposait devoir entraîner celle -avec l'Allemagne. Les premières paroles de rapprochement avaient été -portées par M. le bailli de Solar[330], ambassadeur de Sardaigne à -Londres. M. de Bussy[331] fut ensuite accrédité auprès de M. -Pitt[332], et M. Stanley vint en France. Quelque condescendance que M. -de Choiseul mît dans la négociation avec l'Angleterre, on ne put pas -arriver à en établir les premières bases: lord Chatam voyait encore -trop de chances heureuses dans la guerre pour vouloir sérieusement -faire la paix. Il négociait pour être populaire et il ne finissait -rien parce qu'il était homme d'État. Après des essais de tout genre, -il fallut abandonner cette idée. Le seul succès politique qu'obtint M. -de Choiseul à cette époque, et qui lui donne une sorte de place dans -l'histoire, c'est le pacte de famille avec l'Espagne[333], par lequel -on peut dire que la France, sans affaiblir sa position continentale, -en la fortifiant même, et sans prendre des engagements onéreux, était -assurée pour la paix comme pour la guerre d'une coopération durable -avec la puissance qui possédait alors les plus belles ressources -maritimes, et les riches trésors de l'Amérique et des Indes. Si cet -accord avec l'Espagne eût été fait en même temps que le traité de -Versailles avec la cour de Vienne, il est à croire que l'Angleterre -n'eût jamais obtenu les succès qui ont amené la désastreuse paix de -1763. - - [330] Ignace Solar de Breille, connu sous le nom de bailli de - Solar, né en 1715, grand-croix de Malte, ambassadeur de Sardaigne - en France (1758-1765). Il reçut, après la paix de 1763, l'abbaye - de St-Jean-des-Vignes de Soissons. - - [331] François de Bussy né en 1699, entra aux affaires étrangères - en 1725, comme chargé d'affaires à Vienne, puis à Londres (1737). - Ministre plénipotentiaire à Londres (1740). Premier commis aux - affaires étrangères (1749). Il mourut en 1780. - - [332] William Pitt, comte de Chatam, un des plus grands hommes - d'État de l'Angleterre, né en 1708, entra au parlement à - vingt-sept ans. Il fut le chef de l'opposition jusqu'en 1746; - devint alors vice-trésorier d'Irlande et conseiller privé sous le - ministère Newcastle. Premier ministre (1755-1761). En 1766, Pitt - fut créé comte de Chatam et entra à la Chambre des lords. En même - temps il fit une courte réapparition aux affaires. Il mourut en - 1775. - - [333] Le pacte de famille est une convention signée à Paris le 15 - août 1761 entre les représentants de la France (Choiseul) et - d'Espagne (Grimaldi), par laquelle les souverains de la maison de - Bourbon, Louis XV, Charles III, roi d'Espagne, Ferdinand roi des - Deux-Siciles (fils de Charles III) et Philippe duc de Parme (son - frère), contractaient une alliance défensive et offensive pour la - garantie mutuelle de leurs États. Cette alliance dura autant que - la monarchie française. - -Cette époque de notre histoire portera sans doute les publicistes, -s'il peut s'en trouver encore dans quelques années, à examiner si, en -théorie générale, les traités d'alliance permanente sont utiles aux -puissances qui les contractent. Ce genre de transaction est celui dont -on croit en général devoir recueillir le plus de résultats avantageux. -Cependant, l'expérience a prouvé que chaque puissance, en cherchant à -faire pencher la balance de son côté, apporte dans cette espèce -d'accord un esprit de réserve et d'égoïsme, qui nuit à la cause -commune. Aussitôt que les stipulations de bonne harmonie, d'assistance -de secours définis sont convenues, tous les efforts se dirigent sur -les moyens d'interpréter les clauses, d'éluder les demandes, -d'échapper enfin aux conséquences des engagements qu'on a contractés; -et quand le _casus foederis_ devient tellement évident qu'on ne peut -le méconnaître, mille circonstances deviennent alors des prétextes, -pour retarder les préparatifs et compliquer l'exécution des articles -les plus clairs. L'allié attaqué a eu le temps de perdre des -provinces, avant de recevoir un homme ou un écu de celui qui devait -lui prodiguer des secours de tout genre. Les quatre coalitions formées -successivement depuis la Révolution française, eussent-elles été aussi -promptement anéanties, si chacun des contractants eût employé de bonne -foi et à temps, tous les moyens dans l'intérêt de la cause commune? - -En supposant même de la loyauté dans l'allié dont l'intervention est -devenue nécessaire, les obstacles naturels, la distance, la lenteur -des levées, l'état des chemins dans telle saison, ne suffisent-ils pas -pour rendre inutiles des secours dont la moitié arrivée à temps -pouvait donner une autre direction et un autre résultat à des -événements importants? La Prusse certainement eût fait une plus -vigoureuse résistance, si avant la bataille d'Iéna, le quartier -général de l'empereur Alexandre eût été à Custrin, par exemple[334]. - - [334] Au moment de la bataille d'Iéna, l'armée russe n'avait pas - encore passé la frontière allemande. Napoléon dut aller la - chercher au fond de la Pologne et ne l'atteignit qu'en janvier, - c'est-à-dire trois mois après la bataille d'Iéna. - -Dans les motifs de tiédeur des alliances, il faut aussi compter pour -quelque chose le déplaisir de voir mal employés ses troupes, son -artillerie, ses magasins; de voir ses régiments placés au poste le -plus périlleux, de perdre des hommes, de dissiper son trésor, et -souvent sans retirer d'autre avantage de sa coopération, que celui -d'assister à la prise de possession des conquêtes faites par ses -alliés. - -Une grande partie des inconvénients attachés aux traités d'alliance -entre des puissances continentales, pourrait disparaître dans les -accords entre des puissances maritimes, et c'est pour cela que le -traité de 1761 avec l'Espagne, quoique fait trop tard, est encore -l'acte le plus habile du ministère de M. de Choiseul. En effet, on -comprend aisément qu'un secours, même de peu de valeur, prend tout de -suite de l'importance quand, transporté par mer, il peut menacer sur -divers points et presque au même instant les territoires de l'ennemi -commun, et qu'ensuite, lorsqu'il s'agit de régler les conditions de -paix et de partager les fruits d'une guerre heureuse, il soit possible -de faire la part d'une des puissances, sans nuire trop aux intérêts de -l'autre. - -Du reste, le peu que l'on vient de dire sur une question d'un si haut -intérêt et qui mériterait d'être traitée avec soin et développement, -ne s'applique, comme on a pu le voir, qu'au cas où la guerre, suivant -de près le traité conclu, oblige les contractants à l'exécution de ses -clauses. Car il n'y a personne qui ne doive regarder comme la plus -belle oeuvre de la politique une alliance combinée avec lenteur et -sagesse, entre des puissances de premier ordre, dans la vue généreuse -de fixer un état de paix permanent en empêchant partout la guerre, et -dont le but unique serait de forcer par une médiation juste et -imposante, au repos, à la modération, et à un libre et facile échange -des productions des différents pays, tout pouvoir inquiet, ambitieux -et prohibitif qui voudrait troubler l'équilibre général. - -Il est toutefois nécessaire d'apporter de grandes précautions dans un -pacte de cette nature; c'est dans l'intérêt de la société européenne, -c'est dans l'intérêt de tous qu'il doit être contracté. Il faut donc -que cet intérêt soit bien constaté, bien évident, et il ne l'est pas -assez, si ceux qu'il touche, c'est-à-dire les nations, ne sont pas -convaincues que c'est de leurs propres avantages qu'on s'est occupé. -Car, si elles devaient concevoir de la défiance, toute alliance des -cabinets deviendrait illusoire et même dangereuse. Dans l'état de -civilisation où l'Europe est parvenue, les peuples tendent partout à -prendre un niveau commun; et s'ils se voyaient détournés de cette -voie, ils s'en prendraient bientôt à leurs gouvernements, et agiraient -contre eux avec une force irrésistible. - -Les projets d'alliance chrétienne de Henri IV[335], de paix -perpétuelle de l'abbé de Saint-Pierre[336], ont été médités dans des -temps où les gouvernements avaient exclusivement toute la confiance -des peuples. Ceux-ci remettaient alors aux mains de leurs souverains, -le soin de prévoir et de diriger leurs destinées. Les souverains de -leur côté avaient toute l'autorité nécessaire pour conduire de si -grands intérêts. Les grands corps de l'État n'étaient que les -auxiliaires du pouvoir, et si parfois ils cherchaient à diminuer son -action, ce n'était jamais jusqu'au point de l'exposer à être à la -discrétion des peuples. L'idée de la souveraineté était entière dans -les esprits, et elle se présentait partout, comme une force tutélaire -contre laquelle nulle résistance n'était légitime. - - [335] Talleyrand rappelle ici le grand plan de réorganisation - européenne longtemps rêvé par Henri IV. Il voulait d'abord - arriver à constituer en Europe un état d'équilibre durable, et - pour cela il reléguait chaque nation dans ses frontières - naturelles. L'Europe, ainsi divisée en un certain nombre d'États - à peu près égaux en force et en étendue, eût alors été la grande - République chrétienne. Un conseil suprême de députés de tous les - États eût été chargé de prévenir les guerres en réglant les - différends. C'est de ce projet de fédération de tous les peuples - chrétiens, dont Henri IV aimait à s'entretenir avec Sully; mais - il n'eut pas le temps ni peut-être le dessein d'en entreprendre - la réalisation. - - [336] Charles Castel, abbé de Saint-Pierre (1658-1743), connu par - son projet de paix perpétuelle. Il avait repris les idées de - Henri IV et passa sa vie à soumettre aux différents ministres, - une multitude de projets de réforme. - -A une telle époque, on pouvait créer des systèmes politiques, et celui -que la grande âme de Henri IV avait su concevoir, aurait pu -s'exécuter. - -Mais les progrès de la civilisation, en élevant la partie moyenne des -peuples, ont diminué la distance qui la séparait du gouvernement. -C'est alors qu'on a commencé à examiner le mécanisme et les actes de -celui-ci: bientôt la critique est arrivée, et a conduit à la méfiance, -ce qui fait qu'aujourd'hui il faut, pour gouverner les peuples, plus -de sincérité et de sagacité que l'on n'en avait besoin autrefois. Il -faudrait donc beaucoup d'habileté et de prévoyance pour former dans un -tel état de choses, une de ces alliances dont le seul objet serait de -garantir la paix générale. - -Je m'arrête ici, étonné de n'avoir pas su résister à l'attrait des -aperçus généraux, qui m'ont fait sortir de l'objet circonscrit dans -lequel j'aurais voulu rester. - -La hauteur naturelle de M. de Choiseul, son pouvoir étendu et sans -contrôle, la légèreté de ses moeurs, lui faisaient trop mépriser les -pays nouveaux où la civilisation ne faisait que de paraître. Il -dédaigna de s'occuper des changements qui se préparaient alors dans le -Nord; et il ne sut point porter ses regards du côté de la Russie. -Cette puissance commençait cependant à suivre par une sorte -d'instinct, la politique qui la conduisait vers le centre de l'Europe, -et dont la tendance était, sans projet encore déterminé, -d'arriver à exercer un jour une influence prépondérante et dangereuse -sur les affaires du continent. Il ne vit point jusqu'où pouvaient -aller les rapports utiles que l'Angleterre commençait à avoir avec -cette puissance, et par suite de son aveuglement à cet égard, il tâcha -d'entretenir de la mésintelligence entre la Suède et le Danemark, -tandis qu'il aurait dû chercher à réunir ces deux petites puissances, -seules capables, avec l'appui de la France, de fermer à volonté la -communication commerciale qui, par la force des choses doit lier -intimement la Russie avec la Grande-Bretagne. En même temps, il -témoigna d'une manière offensante son dédain pour la cour de -Pétersbourg. Il rappela de cette capitale le vieux marquis de -l'Hôpital[337], qui jouissait d'assez de considération et même de -faveur auprès de l'impératrice Élisabeth[338]: il le remplaça par le -baron de Breteuil, simple ministre plénipotentiaire, en lui donnant de -froides instructions, qui ne lui laissaient aucune possibilité de -profiter des avantages que l'on pouvait attendre de la chute du comte -de Bestucheff[339], partisan déclaré et peut-être pensionnaire de -l'Angleterre. On ne parvint point cependant à aigrir l'Impératrice -Élisabeth, qui se prêtait d'elle-même à donner des explications au -manque d'égards qu'on avait pour elle. Mais sa mort arrivée -inopinément laissa le trône de Russie à Pierre III[340]: les -dispositions de celui-ci étaient totalement opposées à celles de sa -tante. Il était secrètement attaché au service militaire du roi de -Prusse, et en avait reçu directement, sans que cela passât par aucun -intermédiaire, et avec des formes mystiques, les grades de capitaine -et de colonel. Celui de général, dont il reçut le brevet à son -avènement, et dont il porta immédiatement l'uniforme, lui parut le -comble de la gloire. Il envoya au même instant, au général de son -armée qui combattait le roi de Prusse, l'ordre de se ranger de son -côté, et de poursuivre sous sa direction la guerre contre les -Autrichiens[341]. - - [337] Paul de Gallucio, marquis de l'Hôpital, issu d'une famille - noble d'origine napolitaine, né en 1697, entra à l'armée et - devint lieutenant général en 1745. Ambassadeur à Naples en 1739, - il passa de là à Pétersbourg. Il mourut en 1776. - - [338] Élisabeth, fille de Pierre le Grand, née en 1709, succéda - en 1741 à l'impératrice Anne et mourut en 1761. - - [339] Alexis Bestoujet-Rumine ou Bestucheff, issu, dit-on, d'une - famille d'origine anglaise émigrée en Russie au XVe siècle, - naquit à Moscou en 1693. Il entra d'abord au service de - l'électeur de Hanovre, qui, devenu roi d'Angleterre, l'envoya - comme ambassadeur à Pétersbourg. Il passa ensuite au service de - la Russie, fut ministre à Copenhague, puis ministre d'État sous - l'Impératrice Anne, et grand chancelier sous l'impératrice - Élisabeth. Exilé en 1757, il fut rappelé par Catherine en 1762 et - mourut en 1766. - - [340] Pierre III, fils de l'impératrice Anne et neveu - d'Élisabeth, épousa en 1746 Sophie d'Anhalt Zerbst, qui fut plus - tard la grande Catherine. Il monta sur le trône le 5 janvier - 1762, fut déposé peu de mois après, arrêté et étranglé dans sa - prison (juillet 1762). - - [341] Le traité de paix entre la Prusse et la Russie est du 5 mai - 1762. - -Cette extravagante politique se trouva, malheureusement pour ce -prince, associée à une autre folie plus dangereuse, celle de -manifester l'intention de répudier sa femme, la fameuse Catherine -seconde, qui ne lui permit pas de s'abandonner longtemps à tous les -caprices, auxquels le désordre de sa tête l'aurait porté. - -L'indifférence de M. de Choiseul pour ce qui se passait en Russie -était telle, qu'à l'époque de la mort violente de Pierre III, il n'y -avait de Français accrédité à Pétersbourg que l'abbé Duprat, -secrétaire du baron de Breteuil, qu'il y avait laissé comme -chargé d'affaires. C'est cet abbé qui y recueillit tous les détails -que M. de Rulhière, alors à Varsovie avec le baron de Breteuil, nous a -transmis comme témoin oculaire dans un ouvrage ou plutôt dans une -sorte de nouvelle écrite avec élégance, et où l'exactitude n'a jamais -été que secondaire. - -Un nouveau règne, un nouveau ministère, une souveraine entreprenante, -obligèrent cependant la France à avoir à Pétersbourg un véritable -agent diplomatique. M. de Choiseul se trouva forcé d'ordonner au baron -de Breteuil, qui revenait par congé, de retourner à son poste. Mais -fidèle au système qu'il avait adopté d'humilier le souverain, sans -rien faire pour contenir la politique du pays, il ne donna à M. de -Breteuil d'autre instruction que de demander à la nouvelle impératrice -l'expédition de la _Reversale_, par laquelle l'impératrice Élisabeth -en recevant de la France le titre d'impératrice, s'était soumise à ne -prétendre vis-à-vis d'elle à d'autre rang, qu'à celui accordé aux -czars de Moscovie.[342] - - [342] Jusqu'au règne d'Élisabeth, les souverains russes n'étaient - officiellement connus que sous le titre de czars de Moscovie. En - 1745, Elisabeth entreprit de se faire reconnaître par les cours - étrangères le titre d'impératrice. A cet effet, elle signa avec - la France en mars 1745, un acte dit _Reversale,_ par lequel Louis - XV «_par amitié et une attention toute particulière pour elle, - condescendait à la reconnaissance du titre impérial._» En retour - l'impératrice déclarait ne prétendre vis-à-vis de la France à un - autre rang de préséance qu'à celui de czarine de Moscovie.--Le 3 - décembre 1762, Catherine déclara que le titre impérial avait de - tout temps appartenu aux czars, et qu'elle refuserait d'entrer en - relations avec les États qui ne la reconnaîtraient pas pour - impératrice. Breteuil reçut l'ordre de confirmer la Reversale de - 1745, en en rappelant la condition résolutoire que Catherine - paraissait disposée à oublier. L'Espagne suivit son exemple. - (Voir à ce sujet, une série de pièces dans Martens, Recueil de - traités.) - -Comme ce que j'écris ici est plutôt l'esquisse d'une époque prise dans -son ensemble qu'un tableau historique de faits, je ne suis -assujetti qu'à ne pas confondre dans les impressions que je veux -laisser, les temps où la puissance de M. de Choiseul n'était pas -entière, et ceux où il était le maître absolu de la France. - -La paix était devenue le besoin général de l'Europe, et comme alors -les traités étaient fidèlement observés, les bonnes relations -pouvaient se rétablir promptement entre les États naguère -belligérants. L'occupation des pays vaincus ne se prolongeant pas au -delà de la paix, comme on l'a vu depuis, l'indépendance de chaque pays -redevenait entière, et les conséquences ruineuses de la guerre -cessaient avec elle. - -La mort de George II[343], roi d'Angleterre, permit de penser -sérieusement à la paix. George III[344], son successeur, accoutumé -pendant tout le temps qu'il avait été prince de Galles, à la plus -grande familiarité avec le comte de Bute[345], qui avait été son -gouverneur, lui accorda une telle confiance à son avènement au trône, -qu'il l'appela immédiatement à la place de lord Chatam. Le comte de -Bute devenu premier ministre, crut de son intérêt personnel, de fixer, -par une paix dont il aurait la gloire, les avantages immenses que la -guerre avait procurés à l'Angleterre. Il parla donc de la possibilité -de s'entendre. Et par les instigations du même bailli de Solar, -dont il a déjà été question, il donna de la confiance dans les -ouvertures qu'il faisait, et même de l'éclat à une nouvelle -négociation par l'envoi en France du duc de Bedford[346]. On y -répondit par celui du duc de Nivernais à Londres. Le premier avait -pour secrétaire de légation, M. Hume[347], et l'autre mena dans la -même qualité le chevalier d'Éon[348]. Malgré ces petites disparates -qui rappellent toujours la légèreté de M. de Choiseul, le traité -avança assez rapidement pour qu'au commencement de septembre 1763, il -se trouvât prêt à être signé. Il l'aurait même été alors, si, M de -Grimaldi[349] plénipotentiaire de l'Espagne, ne s'y fût opposé -dans la persuasion que les Anglais étaient à la veille d'éprouver un -grand échec à la Havane. L'échec n'eut point lieu; les Anglais prirent -la Havane, et il fallut pour la ravoir donner les Florides, dont M. de -Choiseul indemnisa l'Espagne par la cession de la Louisiane. On -consentit à tout, et on signa la paix à Fontainebleau le 2 novembre -1763[350]. - - [343] George II, roi d'Angleterre, fils de George Ier, né à - Hanovre en 1683, il monta sur le trône en 1727 et mourut en 1760. - - [344] George III, roi d'Angleterre, petit-fils de George II, né - en 1738; succéda à son grand-père. Il tomba en démence en 1810 et - mourut en 1820. - - [345] Jean Stuart, comte de Bute, né en Écosse en 1713, élu pair - d'Écosse en 1737. Gentilhomme de la Chambre du futur Georges III - et chargé de son éducation(1751), il fut à l'avènement de son - élève appelé au conseil, puis nommé secrétaire d'État et lord de - la Trésorerie(1761). Il signa le traité de 1763 et paraissait - tout-puissant lorsqu'il donna sa démission subitement. Il mourut - en 1792. - - [346] John Russell, quatrième duc de Bedford (1710-1771) était - premier lord de l'Amirauté en 1744. Il se retira en 1751, fut en - 1761, nommé lord-lieutenant d'Irlande et garde du sceau privé. A - son retour de Versailles où il avait été négocier le traité de - Paris, il entra dans le cabinet Grenville et y resta jusqu'à sa - mort. - - [347] David Hume, philosophe et historien anglais, né en 1711 à - Edimbourg. Il fut secrétaire d'ambassade à Vienne et à Turin. Il - vint à Paris en 1763 comme secrétaire de M. de Hertford, - ambassadeur d'Angleterre et non pas en 1761, avec le duc de - Bedford, comme il est dit ci-dessus. Il mourut en 1776. - - [348] Charles d'Éon de Beaumont, dit le chevalier d'Éon, né à - Tonnerre en 1728. Une célébrité singulière est restée attachée à - son nom; son sexe est resté longtemps douteux, et s'il est avéré - aujourd'hui qu'il était réellement un homme, l'opinion publique, - sur la foi d'aveux mensongers, le tint durant longtemps pour une - femme.--Le chevalier d'Éon fut un des agents les plus remuants de - la diplomatie secrète de Louis XV. Après une mission en Russie, - et un court séjour à l'armée (1758), il fut en 1762 nommé - ministre à Londres par intérim. Il ne voulut pas céder la place - au nouvel ambassadeur, le comte de Guerchy. Ce fut le point de - départ d'une série d'aventures et de complications sans fin. - Possesseur du secret du roi, il se joua pendant plusieurs années - du roi et de ses ministres, eut à Londres le train de vie le plus - brillant, et finit par forcer le roi à capituler. Louis XVI - l'autorisa à revenir en France. Il retourna peu après en - Angleterre et y mourut en 1810. - - [349] Don Geronimo duc de Grimaldi, grand d'Espagne, né à Gênes - en 1720. Il entra dans la diplomatie, fut ambassadeur à Paris en - 1761. Ministre des affaires étrangères en 1764, il donna sa - démission en 1776 et mourut en Italie en 1786. - - [350] Par ce traité désastreux la France cédait à l'Angleterre - presque toutes ses colonies; le Canada, toutes les îles et côtes - du golfe Saint-Laurent, toute l'Inde. Elle rasait de nouveau les - fortifications de Dunkerque, et évacuait le Hanovre, la Hesse et - le Brunswick. - -On peut à peine croire aujourd'hui à l'intervention dans une -négociation si importante, du bailli de Solar, représentant d'un -gouvernement qui, de nos jours, sans opposition de la part d'aucun des -cabinets de l'Europe, a été rayé du nombre des puissances. - -La paix avec le roi de Prusse suivit de quelques semaines celle avec -l'Angleterre, et elle entraîna au bout de peu de temps, celle du roi -de Prusse avec la cour de Vienne[351]. Ainsi, se termina cette fameuse -guerre de Sept ans, que nos pères trouvaient si pleine d'événements, -et qui a bien pâli pour la génération actuelle, en regard des grandes -luttes dont elle a été témoin. - - [351] Le traité de paix entre la Prusse et l'Autriche fut signé - au château de Hubertzbourg (près Leipzig) le 15 février 1763. - -L'année suivante, madame de Pompadour mourut, et il n'en résulta aucun -changement ni à l'intérieur, ni au dehors. La mort de cette femme qui -pendant tant d'années avait joué le rôle de premier ministre;--qui par -ressentiment, de quelques propos ou de quelques vers échappés contre -elle à Frédéric II, avait été l'auteur véritable de l'alliance de -la maison de France avec celle d'Autriche, dont la conséquence pouvait -être d'anéantir le faible contre-poids que la Prusse commençait à -porter dans les affaires de l'Europe;--qui avait abattu d'un souffle -le cardinal de Bernis, pour le crime d'avoir pu penser un moment à -occuper la place qu'avait eue l'évêque de Fréjus[352] au commencement -du règne;--la mort de cette femme, dis-je, fut à peine une nouvelle -pour la France et pas même une contrariété dans l'intérieur du roi. - - [352] Le cardinal de Fleury. - -Subjuguée depuis cinq ans par l'ascendant du duc de Choiseul, blasée, -fatiguée de toutes les jouissances, bravée quelquefois par celui -qu'elle avait élevé si haut, et qui des deux amies d'un ordre -subalterne qu'elle s'était attachées, madame d'Amblimont[353] et -madame d'Esparbès[354], avait séduit l'une, et écarté l'autre par une -insulte publique;--plus humiliée encore par la sorte de supériorité -que mesdames de Gramont[355] et de Beauvau[356] avaient prise dans la -société particulière du roi, dont elle n'avait plus que le triste -privilège de faire les honneurs; accablée d'infirmités qui depuis -longtemps avaient éloigné Louis XV de son lit, et qui en repoussaient -même celui qui avait été y chercher la fortune, madame de -Pompadour quitta la vie sans regret. Le roi resta indifférent, il eut -l'air d'être débarrassé plutôt que privé d'une habitude, sorte de lien -qui parmi les têtes couronnées, remplace ordinairement les penchants -naturels. On accorda deux soirées seulement à une solitude de -convenance, et dès le troisième jour après avoir chassé à Rambouillet, -et avoir reçu ensuite les courtisans à son débotté comme à -l'ordinaire, il remonta dans l'appartement de madame de Pompadour; la -chambre était la même, le lit seul en était ôté. Il y trouva madame de -Gramont, madame de Beauvau, M. de Choiseul, M. de Chauvelin[357], M. -de Gontaut et les autres personnes de sa société particulière. Le nom -de celle qui avait occupé cet appartement pendant dix-huit ans, et qui -y avait introduit tout ce qui composait l'intérieur du roi n'y fut -plus prononcé. - - [353] Probablement Marie-Anne de Chaumont-Quitry, mariée en 1754 - à Claude de Fuchsamberg comte d'Amblimont. - - [354] Mademoiselle Toinard de Jouy mariée au comte d'Esparbès de - Lussan, maréchal de camp, gouverneur de Montauban. Elle mourut - très âgée. - - [355] Béatrix de Choiseul-Stainville, duchesse de Gramont, soeur - du duc de Choiseul. - - [356] Marie-Sylvie de Rohan-Chabot, maréchale, princesse de - Beauvau-Craon. - - [357] Le chevalier Bernard de Chauvelin était brigadier en 1744, - lieutenant général en 1749, commandant en Corse, puis ministre à - Gênes, ambassadeur à Turin en 1753, grand-maître de la maison du - roi en 1765. Il mourut en 1773. - -A dater de cette époque, tout plia sous le sceptre de M. de Choiseul -dont l'audace et la volonté ne rencontraient ni échec ni -contradiction. Sa fortune était alors à son apogée; il changeait les -ministres, rappelait les ambassadeurs, inquiétait les cabinets de -l'Europe, bravait l'héritier du trône, cassait les arrêts des -parlements, rendait des arrêts du conseil; faisait des ordonnances, -donnait des lettres de cachet, obtenait des grâces de toute espèce, et -livrait la France à ses amis. Ce n'est qu'en 1768 qu'un léger nuage à -l'horizon commença de loin à le menacer. Un homme à peu près obscur -travaillait, sans sûrement en avoir le projet, à ébranler cette -fortune si bien affermie. - -M. du Barry[358], petit gentilhomme toulousain, vivait à Paris, à -l'aide de moyens assez honteux. Au fait de toutes les sales intrigues -du temps, il cherchait à se procurer par là, l'existence journalière -du libertinage, et d'un luxe à peine aperçu. - - [358] Le comte Jean du Barry-Cères, né à Levignac près Toulouse - d'une famille obscure. Venu à Paris, et n'ayant pu entrer dans la - diplomatie, il trouva moyen de réaliser une grosse fortune dans - les marchés de fournitures et de vivres. Il avait pour frère le - comte Guillaume du Barry qui fut le mari de madame du Barry. A la - mort de Louis XV, il se hâta de quitter la France, mais il revint - bientôt et se fixa à Toulouse. Il y fut guillotiné en 1794. - -Il s'était constitué donneur de soupers de femmes publiques; il en -entretenait constamment une ou deux qu'il laissait facilement passer à -d'autres hommes, quand il croyait pouvoir en tirer quelque avantage, -et son cercle en ce genre ne s'étendit guère d'abord au delà des -bureaux des ministres, parce que c'était dans ce monde qu'il -rencontrait ou quelque petite grâce bien facile, ou quelque promesse -plus facile encore à faire payer par les dupes de la province, qui -abondent toujours dans la capitale. A titre de proxénète de tout -genre, il s'était introduit chez le maréchal de Richelieu[359] et chez -le duc de Duras[360]. Il les avait même attirés dans quelques-uns -de ses soupers plus choisis où se trouvaient M. de Thiard[361], le -chevalier de Durfort[362], le comte de Bissy[363], l'abbé de Mastin, -MM. de la Tour du Pin[364], et quelques gens de lettres de bonne -humeur, tels que Moncrif[365], l'abbé Arnaud, Cailhava[366], son -compatriote Robbé[367] à qui il faisait dire des contes, les joueurs -de proverbes du temps, Goy, plus connu sous le nom de Mylord Goy, -enfin tout ce qui pouvait composer des soirées assez divertissantes. - - [359] Armand Duplessis, duc de Richelieu, était le petit-neveu du - grand cardinal. Né en 1696, il était mousquetaire à Denain - (1712). Ambassadeur à Vienne (1724). Lieutenant général en 1744, - il se distingua à Fontenoy et à Raucoux. Ambassadeur à Dresde, - maréchal de France (1748), gouverneur de Guyenne (1755). Il - commanda l'expédition de Minorque (1756) et l'armée du Hanovre - (1757). Il mourut en 1788. - - [360] Emmanuel de Durfort, duc de Duras, né en 1715 d'une vieille - famille de Guyenne. Son père était maréchal de France. Lui-même, - lieutenant général (1748), ambassadeur en Espagne (1751), premier - gentilhomme de la Chambre (1757), devint maréchal en 1775 et - mourut en 1789. - - [361] Henry, comte de Thiard, neveu du cardinal de Bissy, né en - 1726. Maréchal de camp (1760), lieutenant général et premier - gentilhomme du duc d'Orléans (1762). Il commanda en Provence - (1782), puis en Bretagne (1787), fut arrêté en 1793 et guillotiné - le 9 thermidor an II. - - [362] Le chevalier Joseph de Durfort-Boissières, né en 1745, - était capitaine au régiment de Chartres. - - [363] Claude de Thiard, connu sous le nom de comte de Bissy, - était le frère du comte de Thiard. Né en 1721, il était - lieutenant général en 1760, et commandant en Languedoc. Il mourut - en 1818. Il était membre de l'Académie. - - [364] Les La Tour du Pin appartenaient à la noblesse du Dauphiné. - Le marquis Philippe, né en 1723 était lieutenant général en 1788. - Forcé de déposer dans le procès de la Reine, son témoignage le - fit arrêter comme suspect; il fut guillotiné peu après - (1794).--Son frère, le comte Louis, né en 1726 était maréchal de - camp, et chambellan du duc d'Orléans. Il émigra et ne rentra en - France qu'à la Restauration. - - [365] François Paradis de Moncrif ainsi appelé du nom de sa mère - (Moncreiff) qui était anglaise. Il fut secrétaire du comte - d'Argenson, puis du comte de Clermont, lecteur de la Reine Marie - Leczinska, secrétaire du duc d'Orléans. Il écrivit quelques - romans, des comédies et des opéras, entra à l'Académie en 1733 et - mourut en 1770. - - [366] Jean Cailhava, né à Estandous, près Toulouse (1731), - travailla toute sa vie pour le théâtre et laissa un grand nombre - de pièces, comédies, drames et opéras; il mourut en 1813. - - [367] Pierre Robbé de Beauveset, né à Vendôme (1712). Il écrivit - des poésies légères, mais surtout des contes impies et - licencieux; il mourut en 1792. - -Son application à découvrir des débutantes dans la galanterie -l'avait mis en contact avec le fameux Lebel, premier valet de chambre -du roi, et fournisseur ordinaire de ce qu'on appelait le parc aux -cerfs. Ces deux braconniers s'étaient souvent rencontrés sur les mêmes -voies, et M. du Barry n'avait fait aucune difficulté de se mettre sous -les ordres de l'entrepreneur principal. Dans l'hiver de 1767 à 1768, -après une conversation assez triste sur les embarras du temps, sur les -difficultés attachées à leur état, quand on voulait le bien faire, M. -du Barry proposa à Lebel une jeune personne qui vivait chez lui depuis -quatre ans; mais à qui il se chargeait de faire retrouver en peu de -jours le maintien novice que l'âge du roi exigeait. Lebel, soit -entraînement, soit dénuement, le suit et voit mademoiselle -L'Ange[368], car c'était ainsi qu'on l'avait nommée dès son début. -Quelques visites faites coup sur coup à des heures solitaires, eurent -bientôt décidé ses vues personnelles. Du Barry, confident naturel des -petites entreprises de ce genre, ne perdit pas de temps pour -construire un plan de fortune, de l'espèce de ceux auxquels Lebel -pouvait coopérer. L'Ange avait une cousine peu jolie, mais d'une -tournure agréable, bonne enfant, qui demeurait avec elle dans la -maison et lui servait de compagne au dedans et au dehors. Le marquis -d'Arcambal, commandant en Corse, en était amoureux. Par M. d'Arcambal, -et par quelques commis des bureaux de la guerre, M. du Barry avait -fait avoir à un nommé Nalet, l'entreprise des vivres de Corse, assez -bonne affaire sur laquelle lui, du Barry, avait établi sa dépense -depuis deux ans. Il dit à L'Ange de flatter les désirs de Lebel, et de -lui en promettre le succès s'il la faisait arriver jusqu'au roi; et -s'il pouvait procurer une place de fermier général à ce Nalet qui -l'épouserait, et que, sur cette place, on arrangerait les parts de -chacun. Lebel, qui ne voulait point de mari dans cette affaire, dit -qu'il suffirait d'en faire un cousin: mais comme M. du Barry tenait au -mariage, et que Nalet était en Corse, on convint de la présenter au -roi comme une femme mariée, mais qui n'avait fait que passer par la -cérémonie religieuse, sans que son mari eût habité avec elle. Lebel la -fit donc venir souper chez lui à Versailles avec sa cousine. Le roi, -par une porte vitrée, peu distante de la table, eut tout le loisir de -la voir et de l'entendre, ce qui sans doute était sa coutume pour les -débuts. La première impression fut très favorable. Le maintien et les -discours avaient été arrangés de main de maître, et chacun y avait -parfaitement rempli son rôle. L'appétit pour une femme mariée, mais -encore vierge, engagea le roi à ordonner à Lebel de la faire venir une -seconde fois. C'est alors que M. du Barry fit la confidence de cette -aventure au maréchal de Richelieu, qui lui conseilla de faire de -L'Ange, au lieu de madame Nalet, la femme de son propre frère, M. -Guillaume du Barry, à l'aide d'un petit roman assez grossier dans le -fond, mais qui lui parut susceptible du développement qu'il a pris -depuis. Ce n'était donc plus une aspirante pour le parc aux cerfs que -l'on présenta au roi, mais une femme de condition; et l'on ne voulut -pas même qu'elle eût l'air dans le dénuement. M. du Barry épuisa la -caisse des vivres de Corse pour composer une garde-robe élégante, un -fastueux équipage et une riche livrée, à celle dont le but et le futur -rôle n'étaient pas encore bien arrêtés. On la fit débuter à -Compiègne dans cet éclat imprudent. Elle logeait dans la ville, se -tenait très renfermée chez elle pendant le jour, et ne sortait que les -soirs après minuit pour se rendre au château où elle couchait, et d'où -elle revenait chaque matin dans la même chaise, suivie de deux -domestiques. Il est probable que les rapports de police qui auraient -pu révéler au roi toute cette manoeuvre furent détournés par Lebel, ou -peut-être les avis ne parvinrent-ils, qu'après que la fantaisie du roi -était devenue une passion caractérisée. M. de Choiseul, au fait de -tout ce qui se passait, éprouva un peu d'inquiétude, mais ne l'exprima -que d'une manière dédaigneuse, et dans des termes méprisants qui -furent rapportés au roi par madame du Barry elle-même. Les formes que -celle-ci employa ne firent qu'augmenter la passion du monarque, et -l'aigrir contre les obstacles que sa faiblesse voyait déjà arriver. La -mort de Lebel contribua à augmenter l'ascendant de la favorite. Comme -elle avait eu l'art de témoigner au roi quelque indépendance de ce -confident, et de se montrer supérieure à la voie subalterne par -laquelle elle lui avait été amenée, tout ce que Lebel avait dit à son -avantage, jusqu'au dernier moment, se tourna dans l'esprit du roi eu -une sorte de testament de mort, dicté par la conscience du sujet le -plus fidèle. La cousine qui était restée chez M. du Barry devint, dans -l'idée du roi, cette demoiselle L'Ange dont on parlait; en sorte qu'il -s'établit dans la tête de ce pauvre prince une confusion qui acheva de -l'aveugler, et qui lui fit repousser comme absurdes ou comme des -calomnies, tous les traits de lumière qu'on essaya de lui présenter. -Le voyage de Compiègne finit ainsi. La comtesse Guillaume du Barry -revint à Paris et rentra chez le comte Jean, devenu son beau-frère, -sans avoir reçu aucun témoignage de la munificence de son royal -amant, pas même le plus léger cadeau, de manière que son -désintéressement et l'air de passion qu'elle avait su donner à toute -sa conduite, achevèrent de persuader au roi qu'il avait trouvé en elle -le suprême bonheur d'être aimé pour lui-même. Au bout de quelques -semaines, les ressources de la fourniture de Corse commencèrent à -diminuer. Conseillée par son beau-frère, madame du Barry eut la -hardiesse d'aller demander au duc de Choiseul, à Paris, une avance de -fonds pour son protégé Nalet. Elle accompagna sa demande de quelques -ouvertures de bonne intelligence. M. de Choiseul, fidèle à son orgueil -et à son désordre, eut la double maladresse et de repousser ses -insinuations, en lui disant qu'il ne savait rien de ce qui se passait -hors de son département, et de lui accorder en même temps au delà de -ses demandes. Tout périssait sans ce léger secours. Le maréchal de -Richelieu qui avait été tenu au courant par M. du Barry, jugeant alors -qu'il se préparait une grande affaire de cour, pensa qu'il n'y avait -plus de péril ni pour sa considération, ni pour sa bourse à se mettre -en avant, et il se chargea de faire réussir la demande de la -présentation de madame du Barry, en disant au roi que les du Barry lui -étaient connus, qu'ils étaient de bonne race et que, dans son -gouvernement ils étaient respectés à l'égal des premières maisons du -pays. - - [368] Marie-Jeanne Gomart de Vaubernier, comtesse du Barry, né à - Vaucouleurs en 1746. A la mort de Louis XV, elle fut exilée à - l'abbaye de Pont-aux-Dames, près de Meaux. Elle en sortit peu - après, et se retira dans son pavillon de Luciennes. Elle fut - guillotinée en 1793. - -On parvint à trouver moyennant une somme d'argent médiocre et quelques -belles promesses, une femme de qualité, la comtesse de Béarn, pour -présenter à la cour la nouvelle favorite, qui ne parut toutefois -publiquement que ce jour-là à Versailles, et ne s'occupa plus qu'à -travailler en secret à la grande explosion de sa faveur pour l'époque -du voyage de Fontainebleau. De son côté, le roi, entraîné par son -penchant et prenant de la confiance dans le succès inespéré de la -présentation, crut qu'en changeant de terrain, une grande nouveauté -pourrait être admise. Dans son travail avec M. de la Suze, grand -maréchal des logis, il réserva pour lui-même, et sans s'expliquer, -dans la distribution des logements du château de Fontainebleau, celui -que madame de Pompadour avait occupé, fit rouvrir par ses architectes -les portes de communication qui avaient été fermées du côté de son -appartement, et dès le lendemain de son arrivée dans ce nouveau -séjour, quelques domestiques et les femmes de la comtesse du Barry -vinrent s'y loger à petit bruit. Deux jours après, elle-même s'y -trouva tout établie. Mesdames de Gramont et de Beauvau, invitées le -soir même à venir souper dans l'intérieur, prirent quelque prétexte -pour s'en excuser. On s'y était attendu parce qu'on savait à quels -propos méprisants, ces dames si indulgentes pour madame de Pompadour, -s'étaient abandonnées sur la nouvelle favorite, et on s'était assuré -de quelques femmes plus d'accord avec elles-mêmes et moins -collets-montés, de madame de Béarn d'abord, de la maréchale de -Mirepoix[369], d'une vieille princesse de Talmont[370] qui était -parente de la feue reine. Les courtisans ne manquèrent pas, et ce fut -ainsi que la nouvelle maîtresse, que L'Ange destinée pour le parc aux -cerfs, un moment madame Nalet, devenue le même jour comtesse du Barry, -se trouva occuper la place de madame de Pompadour. La mort de -Lebel avait démonté les restes du parc aux cerfs; elle demeura -paisible maîtresse du coeur du roi, sans rivales, et le roi crut avoir -trouvé une nouvelle et plus agréable existence. Au retour de -Fontainebleau, le même arrangement parut naturel; presque tous les -amis de M. de Choiseul prirent la position commode et plausible de -continuer à aller tous les soirs chez madame du Barry pour la tenir, -disaient-ils, bien au fait de l'intérieur du roi. M. de Choiseul, de -son côté, se retirant chez lui avec les femmes de l'ancienne société -de madame de Pompadour, se persuada que les choses iraient de cette -manière, et que, tandis que madame du Barry resterait la maîtresse des -plaisirs, il pourrait rester le maître des affaires. - - [369] Anne de Beauvau-Craon, née en 1707, mariée en premières - noces à Jacques de Lorraine, prince de Lexing, et, en secondes - noces (1739), à Pierre de Lévis duc de Mirepoix, maréchal de - France. - - [370] Marie-Louise, princesse Jablonowska, née en 1700, épousa, - en 1730, Anne de la Trémoille, prince de Talmont. Elle mourut en - 1773.--Son père était le cousin germain du roi Stanislas. - -Cette situation assez belle en apparence, mais qui ne pouvait durer, -subsista néanmoins pendant quelque temps. Les intrigues survinrent -cependant. M. le maréchal de Richelieu introduisit M. d'Aiguillon[371], -et les critiques sur l'administration de M. de Choiseul commencèrent à -se faire jour. Les ministres, jaloux de l'influence absolue qu'il -exerçait, vinrent grossir la petite cour de la favorite: M. de la -Vrillière[372], M. Bertin[373], arrivèrent les premiers; le manteau -de l'abbé Terray[374] et la simarre du chancelier de Maupeou[375] -s'offrirent gaîment aux écarts de la poudre de sa toilette. Bientôt, -on entama contre M. de Choiseul une guerre sourde, à laquelle madame -du Barry n'avait encore aucune part. Elle était flattée, amusée même, -des visites de ces messieurs; elle avait assez de sens pour y trouver -quelque bassesse. Elle n'avait ni ne voulait prendre le goût des -affaires; son but était rempli, sa position était faite, et elle ne -désirait que d'en jouir. Quelquefois seulement, elle se permettait et -encourageait quelques sarcasmes contre les femmes de l'ancienne -société, pour affranchir le roi de toute espèce de regrets de les -avoir perdues, mais elle ne s'était encore rien permis contre M. de -Choiseul. L'éclat dont il était environné lui imposait, et quelques -égards l'auraient maintenue dans une neutralité à laquelle elle était -tout à fait disposée. Une visite de dix minutes pendant une des -chasses du roi, l'aurait à cette époque éblouie, enchantée; le roi -auquel elle n'aurait pas manqué de le dire à son retour, en aurait été -très aise. Une limite décente aurait été ainsi tracée entre eux, et -cela eût suffi pour étouffer les intrigues dans leur berceau. M. de -Choiseul se montrait disposé à cette démarche, mais la morgue des -femmes qui l'entouraient en décida autrement. Nul rapport ne put -s'établir. La séparation des partis se marqua, et madame du Barry, qui -n'aurait voulu s'occuper que de pompons, de joyeusetés et de plaisirs, -se trouva obligée à se mêler d'affaires, et à recevoir contre son gré -des leçons de politique qu'elle tâchait de répéter ensuite le moins -gauchement qu'il lui était possible. Deux années presque entières -s'écoulèrent sans que les ennemis de M. de Choiseul gagnassent du -terrain. Chaque jour, ils accusaient la favorite de mal entendre, et -de rendre encore plus mal les leçons continuelles dont ils la -fatiguaient. Les choses en étaient à ce point, lorsque au milieu de -l'année 1770 une grande querellé vint établir le champ de bataille sur -lequel tous ces intérêts de cour devaient se rencontrer. - - [371] Armand Vignerod Duplessis-Richelieu, duc d'Aiguillon, - appartenait à la famille du cardinal. Né en 1720, il devint - gouverneur de l'Alsace, puis de la Bretagne, où il eut à soutenir - une longue lutte contre le parlement de Rennes. Très hostile à - Choiseul, il le remplaça en 1770 aux affaires étrangères. C'est - pendant son ministère qu'eut lieu le partage de la Pologne. Exilé - à l'avènement de Louis XVI, il mourut en 1782. - - [372] Louis Phélippeaux, comte de Saint-Florentin, duc de la - Vrillière, né en 1705, succéda à son père comme secrétaire d'État - de la maison du roi (1725). Il fut nommé ministre d'État en 1751, - et créé duc en 1770. Il quitta le ministère en 1775 et mourut - deux ans après. - - [373] Henri Bertin, né en 1719, d'une ancienne famille de robe. - Conseiller au parlement (1741). Président du grand conseil - (1750). Intendant du Roussillon, puis de Lyon. Lieutenant général - de la police (1757). Contrôleur général (1759-1763). Forcé de - quitter ce poste devant l'hostilité du parlement, il resta - néanmoins ministre d'État. En 1774 il fut un instant secrétaire - d'État aux affaires étrangères. Il mourut en 1792. - - [374] Alors contrôleur général. - - [375] René de Maupeou, né en 1714. Conseiller au parlement. - Président à mortier (1743). Premier président (1763). Il fut - nommé chancelier en 1768. Il entreprit de débarrasser l'autorité - royale de l'hostilité permanente des parlements. Il chassa - l'ancien parlement et le remplaça par un autre, créé de toutes - pièces, et que l'histoire connaît sous le nom de parlement - Maupeou (janvier 1771). Maupeou fut exilé à l'avènement de Louis - XVI, et mourut en 1792. - -Un navigateur français avait pris possession des îles Falkland, depuis -longtemps abandonnées[376]. L'Espagne les revendiqua, remboursa les -frais de l'établissement qu'il avait formé et prétendit constater son -droit de propriété en y envoyant une petite garnison, qui certainement -n'aurait eu aucune influence sur le commerce de personne. Mais -l'Angleterre, inquiète de tout en ce genre, et se prévalant d'un -article assez vague de la paix d'Utrecht, intervint pour soutenir que -c'était à elle que ces îles devaient appartenir, et qu'elle seule -avait le droit de les faire occuper. Elle menaça l'Espagne et commença -quelques armements dont les premiers frais valaient dix fois plus que -la possession contestée, mais qui décelaient le secret désir d'arrêter -la restauration de la marine d'Espagne et celle de la marine -française. La marine de France surtout commençait à sortir de -l'anéantissement où l'avait mise la guerre de Sept ans, terminée par -le malheureux traité de 1763. M. de Choiseul n'hésita pas à se -prononcer fortement pour l'exécution du pacte de famille qui était son -ouvrage; et son cousin le duc de Praslin, qui, depuis cinq ans, avait -travaillé sans relâche et avec succès, au rétablissement de la marine, -se réunit à lui dans le conseil, pour provoquer les mesures les plus -violentes. Elles n'étaient guère plus analogues à l'état des finances -d'Espagne qu'à celui des finances de France. La cour de Madrid le -laissait bien entendre, avec soumission cependant, car depuis le -traité de 1761, elle s'était entièrement abandonnée aux directions du -cabinet de Versailles. M. de Choiseul croyant voir dans la reprise des -hostilités et dans une guerre dispendieuse, un moyen sûr pour rester -en place et pour renverser l'abbé Terray, soutenait la cause de -l'Espagne plus vivement que la cour de Madrid même, et inspirait au -ministère espagnol, des réclamations et des instances auxquelles il -prétendait ensuite qu'il n'était pas possible d'échapper. Le -contrôleur général qui, par des opérations entachées de mauvaise foi, -avait tari la source des emprunts, se trouvait à bout de voies; il ne -savait comment fournir aux demandes de fonds dont l'accablait le -ministre de la marine. Le conseil du roi était devenu une espèce -d'arène, où les deux ministres influents battaient journellement leurs -adversaires. Madame du Barry s'informait, au sortir de chaque -conseil du résultat de ces discussions, dont le roi revenait toujours -rangé à l'avis de M. de Choiseul. Déjà il était sourdement question du -renvoi de l'abbé Terray, et par un canal très sûr et inaperçu, la -favorite se trouvait secrètement disposée à l'abandonner et à -approuver la proposition que M. de Choiseul allaient faire de mettre -en sa place le conseiller d'État Foulon, directeur des finances de la -guerre et de la marine, homme possédant assez bien l'art des virements -dans les fonds de ces deux grands départements, et auquel une sorte de -langage mystérieux faisait croire des idées et des ressources. Par -suite des affaires de fournitures que M. du Barry avait protégées dans -ces deux départements, M. Foulon avait formé avec lui une liaison qui -l'assurait de son faible suffrage. - - [376] Les îles Falkland ou Malouines sont situées dans l'océan - Atlantique méridional, au large de la côte est de la Patagonie. - Découvertes au XVIe siècle, elles restèrent longtemps sans maître - reconnu. Bougainville y conduisit en 1763 une colonie de - Français; mais ceux-ci furent au bout de deux ans dépossédés par - les Espagnols. Les Anglais intervinrent alors. En 1771, l'Espagne - leur céda définitivement ces îles, et elles appartiennent - aujourd'hui, sans contestation, à l'Angleterre. - -Les attaques réitérées contre M. de Choiseul ne produisant aucun -effet, il s'éleva quelque inquiétude autour de madame du Barry. Sa -cousine Chon, placée auprès d'elle, dans un état demi-subalterne, -instruite de tout ce qui se passait, et alarmée de la puissance que la -guerre et un nouveau contrôleur général pouvaient donner à M. de -Choiseul, vint à Paris consulter M. du Barry, qui dans la vie -continuelle d'expédients qu'il avait menée, avait pris une certaine -habitude des affaires. M. du Barry tout enorgueilli du retour de ses -parentes à la ressource de ses conseils, imagina d'aller secrètement -trouver l'abbé de la Ville[377], un des premiers commis du département -des affaires étrangères. Celui-ci était un ex-jésuite, ambitieux -honteux, que quelques évêques du parti des jésuites avaient souvent -bercé de l'espérance de parvenir au ministère à son tour. Son petit -rôle se trouvait effacé par l'éclat du crédit de MM. de Choiseul, -auxquels il témoignait une soumission monacale, dont M. le duc de -Choiseul n'était pas tout à fait la dupe. M. du Barry qui portait avec -lui une intrigue et du pouvoir, eut à peine besoin de faire briller -aux yeux de l'abbé de la Ville l'espoir du ministère. Il le trouva -très au fait de l'affaire des îles Falkland, et disposé à faire valoir -les embarras pour la France d'une guerre nouvelle et sûrement -dispendieuse: «La cause est bien légère, dit l'abbé, et le vrai but ne -peut être que l'intérêt ministériel de MM. de Choiseul. Au point où en -sont les choses, ajouta-t-il, il n'y a qu'un moyen de l'empêcher: il -faudrait que le roi prît sur lui d'écrire une lettre confidentielle à -Sa Majesté Catholique. Il aurait infailliblement par sa réponse la -preuve qu'elle est disposée à éviter la guerre en renonçant aux îles -Falkland, objet de tant de bruit.»--Il n'en fallait pas davantage à du -Barry, qui se rendit immédiatement chez sa belle-soeur, et -l'endoctrina assez bien pour qu'elle pût développer au roi cette idée -en s'en appropriant l'invention, et pour achever de lui donner -confiance en la bonté de sa tête, elle lui dit: « Je parie que si vous -aviez le courage d'envoyer chercher l'abbé de la Ville, de lui -ordonner de vous parler vrai sur le succès de cette démarche directe -vis-à-vis du roi d'Espagne, il ne pourrait pas se refuser à -l'approuver, et par là vous auriez la mesure de cette grande fidélité -avec laquelle vous croyez être servi par M. de Choiseul.»--Le roi, de -plus en plus frappé de l'intelligence de sa maîtresse, lui dit: «Mais -sous quel prétexte puis-je envoyer chercher cet abbé? Le duc de -Choiseul le saura.--Que vous êtes simple et bon, lui répliqua-t-elle -alors, je ne le connais pas, moi, je ne l'ai jamais vu, mais je me -charge de le faire trouver ici, et pour vous mettre plus à votre aise, -je prétends l'y faire venir à la chute du jour, habillé en séculier, -avec une bourse à sa perruque et l'épée au côté.»--Le roi, animé par -le plaisir de voir mêler ainsi les moyens les plus comiques aux plus -sérieuses affaires, y donna son consentement. L'abbé, aussitôt -prévenu, se rendit dès le soir même en habit gris, à cet honorable et -mystérieux rendez-vous. Peu de moments après le roi y arriva, et après -quelques plaisanteries sur le costume, prit le ton de maître, mais de -maître confiant. Il dit à l'abbé qu'il avait le projet d'écrire au roi -d'Espagne, et qu'il exigeait de sa fidélité de lui dire franchement ce -qu'il pensait des dispositions réelles de Sa Majesté Catholique, ainsi -que de sa lettre. L'abbé de la Ville ne manqua pas de répondre que si -les souverains se mettaient ainsi à traiter leurs affaires, ils les -arrangeraient bientôt et rendraient le métier de leurs ministres et de -leurs ambassadeurs bien peu nécessaire. Le roi satisfait, fit ensuite -quelques reproches à l'administration de M. de Choiseul. L'abbé, avec -une réserve qui laissait apercevoir qu'il était de la même opinion, -s'abstint de parler contre son ministre, et par respect pour son -maître, dit qu'il ne se permettrait pas non plus de le défendre. -L'entretien ne dura pas longtemps. Le roi congédia l'abbé avec les -marques de la plus grande bienveillance, et celui-ci sortit la tête -remplie de chimères. Le roi se trouva donc tout résolu à écrire au roi -d'Espagne. Comme un peu d'amour-propre l'avait empêché de dire à -l'abbé de la Ville de lui faire la minute de sa lettre, il se mit à -chercher dans sa tête comment il la tournerait. La première -phrase venait difficilement. «Vous ferez cela tout de travers, lui dit -madame du Barry, laissez-moi vous en faire le projet.» Il y consentit -en riant. Et aussitôt un courrier de mademoiselle Chon est expédié -pour faire venir dans la nuit même à Luciennes M. du Barry, celui -qu'on appelait le roué, pour y faire cette importante composition. Du -Barry se mit en route à minuit, et comme il faisait un temps très noir -et que les eaux étaient débordées, il versa et pensa se noyer à -l'abreuvoir de Marly. Mais enfin il arriva, se sécha et fit ensuite -son petit travail comme il put. La lettre contenait en substance: - -«Que n'ayant eu que trop de guerres à soutenir dans le cours de son -règne, parvenu à un âge où il ne lui restait plus à souhaiter que de -finir en paix sa carrière, et d'en employer la fin à remettre l'ordre -dans son administration intérieure et surtout dans ses finances, il -confiait amicalement ce désir à son cousin, en l'assurant toutefois, -que si l'intérêt de la monarchie espagnole ou de son propre honneur -lui paraissait mériter qu'il passât par-dessus cette grande -considération, il n'hésiterait pas d'y souscrire d'après la réponse -qu'il lui ferait par la voie du courrier particulier qu'il lui -envoyait.» - - [377] L'abbé Jean-Ignace de la Ville, né en 1690. Ministre de - France à la Haye (1743), premier commis au département des - affaires étrangères (1755), évêque _in partibus_ de Triconie et - directeur des affaires étrangères (1774). Mort en 1774. Il était - entré à l'Académie en 1746. - -Madame du Barry copia de sa main ce projet de lettre; le lendemain -matin elle le fit transcrire par le roi sur sa propre table; et son -coiffeur partit chargé de cette grande mission à laquelle il n'employa -que dix-huit jours. La réponse de Charles III[378], composée par -O'Reilly[379], qui était l'homme de sa confiance particulière, fut -telle qu'on la désirait. Il y donnait au roi, son cousin, les plus -grands éloges sur le sentiment d'humanité qui le guidait, protestait -de l'entière conformité de ses voeux personnels, et s'abandonnait -absolument à sa décision. - - [378] Charles III, roi d'Espagne, fils de Philippe V et - d'Elisabeth Farnèse naquit en 1716. Il régna d'abord sur Parme, - dont il avait hérité par sa mère (1731), puis sur le royaume des - Deux-Siciles (1734). En 1759, il fut appelé au trône d'Espagne, - par la mort de son frère Ferdinand VI. Il mourut en 1788. - - [379] Alexandre, comte O'Reilly, né en Irlande vers 1730, entra - d'abord dans l'armée espagnole, passa de là en Autriche, où il - servit sous les ordres de son compatriote Lascy (1757), prit - ensuite du service en France, pour retourner de nouveau en - Espagne où il obtint le grade de colonel. Il devint - successivement gouverneur de Madrid, inspecteur général - d'infanterie et capitaine général d'Andalousie. La mort de - Charles III, le fit tomber en disgrâce (1788). Il allait prendre - le commandement de l'armée contre la France lorsqu'il mourut - (1794). - -Rien ne parut plus évident alors au roi que l'intrigue de MM. de -Choiseul. Les querelles parlementaires qui existaient à la même -époque, et dans lesquelles ils avaient pris parti contre le -chancelier, les firent représenter comme des hommes qui sacrifiaient -les affaires intérieures aussi bien que celles du dehors à leur -excessive ambition. Les propos de leur société intime furent -rapportés, exagérés et envenimés de toutes les manières. Le roi, -pendant le voyage du courrier, avait commencé à leur témoigner de la -froideur; elle se tourna en répugnance à son retour, et pendant les -trois ou quatre jours qui précédèrent leur disgrâce, ils ne purent -obtenir ni conversation, ni travail avec lui. Il en résulta même que -M. le duc de Choiseul, qui avait dans son portefeuille le compte des -dépenses de ses deux départements pendant l'année 1770, ne put le -faire approuver et signer par le roi et perdit ainsi près de quinze -cent mille francs de fonds non employés, que le roi, suivant son -usage, lui accordait comme gratification à la fin de chaque service. - -Enfin le 23 décembre 1770, le roi ayant pris courage, envoya, au -moment de partir pour la chasse, M. de la Vrillière porter à M. de -Choiseul une lettre très sèche par laquelle il l'exilait à Chanteloup, -et une, un peu moins sévère à M. de Praslin, pour lui prescrire de se -retirer immédiatement à Praslin. Le roi était si rêveur pendant toute -cette journée, et tira tant de fois sa montre, qu'on put aisément -juger qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire. Il ne parut un -peu à son aise, que lorsqu'il apprit à son retour à Versailles que ses -ordres avaient été exécutés avant midi, et qu'il avait trois -départements à donner. C'est alors que madame du Barry commença -réellement à jouer le grand rôle de favorite. Elle fit accorder, par -l'influence de M. le prince de Condé, le département de la guerre, à -M. de Monteynard[380], ancien lieutenant général, officier médiocre et -ministre plus médiocre encore. La marine, par la protection du -chancelier de Maupeou, fut confiée à M. de Boynes[381], conseiller -d'État qui avait fourni le projet du remplacement du parlement par le -grand conseil; et les affaires étrangères, qu'elle ne put de plein -saut, faire donner au duc d'Aiguillon, passèrent provisoirement dans -les débiles mains de M. de la Vrillière. L'abbé de la Ville, qui vit -des fenêtres de son bureau tous ces changements et ces départs, -ne perdit pas encore tout à fait espérance. Mais deux mois après, -lorsque madame du Barry eut triomphé de la répugnance que le roi avait -pour M. d'Aiguillon, il se trouva fort heureux de recevoir pour -récompense l'évêché _in partibus_ de Triconium, avec une abbaye. Le -roi ne voulut point qu'il quittât les bureaux où il le croyait -nécessaire. - - [380] Louis-François marquis de Monteynard, né en 1716, au - château de la Pierre, en Dauphiné, d'une vieille famille noble de - cette province. Maréchal de camp (1748), inspecteur général - d'infanterie, lieutenant général (1759), secrétaire d'État à la - guerre (1771-1774). - - [381] Etienne-François Bourgeois de Boynes, maître des requêtes, - procureur général près la chambre royale (1753), intendant de la - Franche-Comté, premier président du parlement de Besançon (1757), - conseiller d'État (1761), ministre de la marine (1771). Il donna - sa démission en 1774 et mourut en 1783. - -C'est ainsi que finit ce ministère, qu'on peut appeler un règne de -onze ans, qui a laissé quelques noms propres et très peu de faits pour -l'histoire. Un simple résumé, et les traits caractéristiques des -personnages qui ont eu quelque influence ou quelque part dans les -affaires de ce temps, aideront à déterminer l'importance que cette -période doit obtenir dans nos annales. - -Le traité de 1756, qui y tient une grande place, avait été fait avec -une précipitation inconcevable, où tout montre l'entraînement que -donnait l'humeur du traité signé au mois de janvier précédent entre -l'Angleterre et la Prusse. L'irréflexion ressort de tous les articles. -Certes, si le traité de 1756 eût été médité, s'il eût été fait par des -esprits plus calmes, si l'on eût été bien pénétré du danger que -courait la France en unissant, à une pareille époque, sa cause à celle -d'une puissance qui avait sur le continent tant de sujets de -querelles, on n'eût pas consenti à ce que, par la principale condition -du traité, on exceptât du _casus foederis_, la guerre qui éclatait au -moment même entre la France et l'Angleterre. On n'eût point été dupe -de cette apparence de réciprocité qu'établissait la garantie mutuelle, -quand cette garantie ne s'étendant qu'aux possessions que les -puissances contractantes avaient en Europe, assurait à l'Autriche tout -son territoire, et permettait, sans qu'il y eût aucune infraction de -commise, que la France occupée et épuisée par la guerre continentale, -perdît ses plus belles colonies. Mais il est juste de dire, que M. de -Choiseul n'a point été consulté et qu'il n'assista à aucune des -conférences dans lesquelles on arrêta les stipulations de ce fameux -traité. Il était à Rome, tout entier aux affaires de la Rote, ou aux -querelles des jésuites, lorsque M. l'abbé de Bernis et M. de -Stahremberg négociaient à Versailles. M. de Choiseul ne revint de Rome -qu'à la fin de cette même année 1756. Il convient donc de décharger sa -mémoire de la signature du traité, en le laissant toutefois sous le -poids de l'accusation d'un grand nombre de ses suites et de ses -funestes conséquences. - -Entraîné, comme il l'était dans le tourbillon des affections et des -intérêts de madame de Pompadour, il s'identifia avec le nouveau -système, se flattant toutefois de pouvoir en arrêter les dangers par -une surveillance continue, dont la légèreté de son caractère le -rendait parfaitement incapable. Il lui aurait fallu toujours à ses -côtés M. Pfeffel[382], pour appeler sans cesse son attention sur les -empiétements imperceptibles par lesquels la cour de Vienne, habile en -ce genre, augmentait journellement son influence, en faisant prévaloir -ses prétentions dans toutes les questions qui touchaient à la -constitution germanique, tandis que le garant de cette grande charte, -le protecteur du traité de Westphalie, le roi de France en un mot, -devint, presque sans s'en apercevoir, l'instrument des entreprises et -des succès de cette ambition graduelle. - - [382] Christian-Frédéric Pfeffel, fils de Jean-Conrad Pfeffel, - jurisconsulte et diplomate français. Né à Colmar en 1726, il fut - d'abord secrétaire d'ambassade au service de la Saxe (1754). En - 1758, il fut appelé à Paris par le cardinal de Bernis qui le - nomma conseiller de légation à Ratisbonne, puis chargé d'affaires - par intérim près la diète. En 1761, il entra au service du duc de - Deux-Ponts, qui le nomma résident en Bavière. De nouveau appelé à - Versailles en 1768, il fut attaché au département des affaires - étrangères en qualité de jurisconsulte du roi. Il resta à ce - poste jusqu'à la Révolution. Destitué en 1792, il rentra au - service du duc de Deux-Ponts et mourut en 1807. - -Ce serait, au reste, une erreur de croire, que ce que je blâme le plus -dans le traité de 1756, soit le nouveau système d'alliance qu'il -établit, et la nouvelle direction qu'il devait donner à la politique -française. Les Français, habitués depuis longtemps à regarder -l'Autriche comme une puissance rivale, naturellement ennemie, que la -France doit toujours redouter, considèrent une alliance avec elle -comme une chose monstrueuse, absolument contre nature. Le préjugé -influe beaucoup sur cette manière de voir; il faudrait peut-être en -chercher l'origine dans les rivalités personnelles des souverains qui -se sont disputé la domination de l'Italie, plutôt que dans une -rivalité des deux puissances, fondée sur la nature des choses; mais de -nos jours encore, ce préjugé est trop fort et trop généralement -répandu, pour que je ne sente point la nécessité d'expliquer à ce -sujet toute ma pensée. - -Les alliances qui ont la conquête pour objet sont pernicieuses; -d'abord, pour ceux contre qui elles sont dirigées, et en définitive, -pour ceux mêmes qui les ont faites. Mais quel que soit l'événement, -elles ne sauraient jamais être durables par mille raisons: j'en ai -rapporté quelques-unes plus haut. Ces alliances ne peuvent donc, en -aucun cas, former un système politique, et il serait hors de propos -d'en parler. - -Mais des alliances peuvent avoir pour but, non de faire la guerre, -mais de rétablir ou de maintenir la paix; non d'acquérir des -provinces, mais d'assurer à chacun des contractants la conservation de -ses possessions;--non de mettre en péril la tranquillité des autres -États, mais d'empêcher qu'aucun État puisse menacer la sécurité -d'un autre. Personne ne niera que des alliances dont toutes les -conditions seraient calculées de manière à atteindre ce but, ne -présentassent des avantages inappréciables. Mais bien peu de -puissances peuvent contracter des alliances semblables. Les grandes -puissances, ou plutôt des puissances de premier ordre, le peuvent -seules. - -Il faut ensuite que leur position géographique ne soit pas un obstacle -au développement de leurs moyens d'influence. Ainsi l'Espagne ne -pourrait entrer avec fruit dans une alliance de cette sorte; car, à -moins que l'alliance ne s'appliquât spécialement à des relations et à -des intérêts maritimes, elle n'y apporterait qu'une influence -infiniment moindre que ne semblerait le promettre sa force absolue. - -Cette influence même, à vrai dire, serait à peu près nulle.--La Prusse -est géographiquement une puissance si mal constituée, qu'elle ne peut -pas ne pas être animée de l'esprit de conquête, et qu'elle ne peut -point ne pas être dépendante. Avec une assez grande étendue de côtes, -sans pouvoir créer une marine militaire, attendu que ses revenus -bornés ne suffisent qu'à grand'peine à l'entretien de ses armées de -terre, elle sera toujours, à cet égard, à la merci de l'Angleterre qui -peut en un instant ruiner tout son commerce. Obligée de tenir ses -forces disséminées sur une bande longue et étroite, elle sera toujours -dépendante de la Russie, qui peut envahir le duché de Posen et la -Silésie, avant qu'une armée prussienne ait été réunie. - -Et pourtant, malgré une situation qui semblerait devoir commander le -repos, ou n'admettre la possibilité d'en sortir que par une -impulsion étrangère, le sentiment de sa propre conservation fait à la -Prusse une sorte de nécessité de tendre toujours à faire des -conquêtes. Un État dont la configuration est telle, que le résultat -d'une seule bataille peut être de le couper en plusieurs morceaux, de -manière à intercepter toute communication entre eux, est dans une -situation trop périlleuse et trop précaire, pour qu'il ne cherche pas -constamment à en changer, et il paraît inévitable ou que la puissance -prussienne périra bientôt, ou qu'elle réunira sous sa domination une -partie considérable de l'Allemagne. Il est bien vrai qu'à l'époque -dont nous parlons et avant le partage de la Pologne[383], elle n'était -pas exposée aux mêmes dangers, parce qu'elle n'occupait pas le même -rang; mais si elle doit plus d'éclat à l'ambition du prince célèbre -qui lui a fait prendre celui qu'elle occupe aujourd'hui, elle ne lui -devra point d'avoir rendu son existence permanente plus solidement -assurée. - - [383] Il y eut trois partages de la Pologne en 1772-1773, en - 1793, en 1795. En 1773, la Prusse obtint le pays de Warmie, les - palatinats de Pomérélie, et de Culm. En 1793, Dantzig, Thorn, - Czenstochau et la meilleure partie de la Grande-Pologne. En 1795, - la partie des palatinats de Podlachie et de Masovie située à - droite du Bug, et au nord elle s'étendit jusqu'au Niémen. - -La Russie, avant qu'elle ait pris une place dans le système politique -de l'Europe, n'avait jamais eu avec la France aucune relation suivie; -jamais aussi elle n'en eut d'intimes, depuis qu'elle s'est introduite -en Europe, si ce n'est à une époque récente où tous les rapports -naturels des différents États se trouvèrent détruits, et où ces deux -puissances étant restées seules entières sur le continent, leurs -gouvernements s'allièrent, l'un pour parvenir plus facilement -à faire de nouvelles conquêtes, l'autre dans l'espoir de les -partager[384]. De telles vues ne pouvaient manquer de mettre -promptement aux prises les deux alliés. Dans la lutte qui s'engagea, -la Russie courait peu de risques. Nous touchons encore aux dangers -auxquels la France s'est trouvée exposée. Elle porte actuellement la -peine de l'ambition qui l'avait rapprochée de la Russie. A l'avenir, -ce ne pourrait être encore que le même motif qui les réunît l'une et -l'autre. Les anciens rapports entre les différents États de l'Europe -ont été ou rétablis ou remplacés par des rapports nouveaux. Mais la -France et la Russie n'ont toujours aucun intérêt commun; tous ceux qui -les divisaient autrefois doivent les diviser désormais, s'il est -possible encore davantage. Et si, contre tous, les conseils de la -prudence, il pouvait arriver un jour que la France recherchât une -seconde fois cette alliance, l'effet inévitable et immédiat qu'elle -aurait, serait de produire un rapprochement intime entre l'Autriche et -la Prusse, qui, remontées au rang d'où elles étaient déchues, sont -aujourd'hui en état de veiller à leur propre conservation, et ne sont -plus réduites à attendre avec résignation leur salut des incertaines -combinaisons du hasard. Quelque peu de sûreté que présente l'alliance -de la Prusse, l'Autriche, n'ayant plus à choisir serait bien dans la -nécessité de s'en contenter. La France, alors, se serait placée dans -une position si fausse, que ce qu'il y aurait de plus à craindre pour -elle, serait que l'Autriche et la Prusse ne vinssent à succomber. Car, -si cela arrivait, les mêmes causes qui ont déjà changé en ennemis des -alliés si peu faits l'un pour l'autre, les auraient bientôt divisés -encore, et le succès de la nouvelle lutte qui s'engagerait entre -eux, serait bien moins douteux que celui de la première que la France -avait commencée, en traînant sous ses drapeaux les forces de presque -toute l'Europe. Un rapprochement aux dépens de la France ne manquerait -pas de s'opérer entre les trois puissances du Nord, et on verrait une -répétition des événements de 1813 et 1814, et probablement avec des -conséquences encore plus fâcheuses. - - [384] Traité de Tilsitt. - -Tout bien considéré, je ne vois que la France et l'Autriche qui -puissent former une alliance dans le but que j'ai indiqué. Leur -étendue, leur puissance, leurs richesses sont telles, qu'elles n'ont -rien à envier à personne, rien à désirer que de conserver ce qu'elles -possèdent. Elles ont la force nécessaire pour maintenir par leur -accord tout en repos autour d'elles. Les plus fortes puissances du -centre de l'Europe, elles seraient aussi les plus fortes de l'Europe -entière, si, depuis un siècle, il ne s'en était élevé une au nord, -dont les effrayants et rapides progrès doivent faire craindre que tant -d'envahissements par lesquels elle s'est déjà signalée, ne soient -encore que le prélude d'envahissements toujours croissants qui -finiront par tout engloutir. Le commun danger dont cette puissance -menace l'Autriche et la France, doit être pour elles un lien de plus, -et même le plus fort de ceux qui doivent les unir. L'une y est plus -prochainement exposée, mais dès que celle-ci aurait succombé, l'autre -ne saurait manquer de succomber à son tour; et avec elle, tout le -reste de l'Europe. - -On voit par là combien a fait de mal, surtout pour l'avenir, l'homme -qui, en forçant l'Autriche à se précipiter dans les bras de la Russie, -a avancé peut-être de plusieurs siècles la domination que prendra -cette puissance. Dieu veuille que les cabinets de l'Europe soient -assez éclairés pour ne pas la rendre prochaine! - -Dans le siècle dernier on a fait trop peu d'attention aux pas de géant -de la Russie, dès qu'elle a commencé à se montrer. Parce que, pendant -des siècles, son nom était resté pour ainsi dire inconnu, on n'a pas -imaginé que déjà elle était à craindre. On n'a pas su voir qu'un pays -qui, par son étendue et ses immenses déserts, et par la rigueur de son -climat est à l'abri de toute invasion, a sur les autres -d'incalculables avantages; que, n'ayant rien à faire pour la défense, -il peut réunir tous ses efforts pour l'attaque; que le peuple encore -tout barbare qui l'habite, joignant un courage féroce à une -grossièreté d'organes qui en double la force, une soumission absolue à -une obéissance passive, n'ayant que des besoins peu nombreux et qui ne -dépassent point les bornes du nécessaire le plus strict, est, entre -les mains de son gouvernement, un instrument aussi facile à manier -qu'il est formidable. Quoique tout cela fût palpable, on n'en -soupçonna rien; la petite vanité de quelques philosophes ayant été -flattée, il n'en fallut pas davantage pour qu'ils se missent à vanter -et Catherine II et son gouvernement, et son pays, et même ses -conquêtes. On les crut sur parole et sans examen, et bientôt la mode -vint d'admirer ce que l'on ne connaissait point, et qui n'aurait dû -inspirer que de la crainte. Qu'était-ce cependant, et qu'est-ce -toujours que cette nation, ce peuple, ce gouvernement que les -philosophes du XVIIIe siècle se sont mis si inconsidérément à prôner? -Il est assez curieux d'observer que dans le même temps qu'ils se -portaient accusateurs de tous les gouvernements de l'Europe civilisée -qu'ils représentaient comme absolus, comme oppresseurs, comme -ayant usurpé les droits des peuples, ils aient réservé toutes leurs -louanges pour un gouvernement despotique de sa nature; qu'ils se -soient attendris sur le prétendu esclavage des peuples civilisés, et -déjà depuis longtemps affranchis du lien antique de la servitude, et -qu'ils n'aient rien trouvé à dire sur le sort de tout un peuple de -serfs. Car il n'y a point de classe moyenne en Russie, mais seulement -un petit nombre de maîtres et une multitude d'esclaves[385]. Cela seul -suffit pour juger quelle distance il y a de ce pays aux autres. - - [385] L'affranchissement des serfs en Russie ne date que de 1861. - C'est l'oeuvre de l'empereur Alexandre II. - -On sent que rien de ce qui fait la véritable gloire d'une nation ne -doit s'y trouver; que là où la presque totalité des sujets est la -propriété de quelques autres, il ne saurait y avoir ni générosité ni -noblesse de sentiments. En effet, les sentiments élevés ne se font pas -remarquer chez ce peuple, soit parmi les maîtres, soit parmi les -serfs. On parle un peu de la bonté des premiers, de leur douceur -envers leurs paysans, du bonheur dont ils les font jouir. Mais cette -douceur, ce bonheur sont juste ce qu'il faut pour que le serf ne soit -pas porté, par un trop grand malaise, à penser à la possibilité de -changer de mode d'existence. C'est assurément là un bien mince sujet -d'éloge. Quoi qu'il en soit, au reste, de l'opinion que l'on peut -avoir des vertus et des vices inhérents à une telle organisation -sociale, ce qui est certain pour tout le monde, c'est que l'influence -sur le reste de l'Europe d'une nation encore complètement barbare, -quelque forme, quelque couleur que prenne son gouvernement, -serait une grande calamité. Que serait-ce donc de sa domination[386]? - - [386] Lorsque ce morceau fut écrit en 1816, l'Autriche paraissait - en effet la barrière la plus naturelle à opposer à une barbarie - menaçante. Mais depuis cette époque, dans la masse effrayante des - événements qui se sont passés de toute part, dans les - combinaisons nouvelles qui ont affranchi les esprits comme les - territoires, l'Autriche est restée stationnaire; elle est restée - vieille et isolée au milieu de l'Europe, tandis que le nord a - fait des progrès réels; la liberté s'y introduit enfin dans - toutes les branches de l'administration et des relations - politiques. La Prusse, de protégée est devenue protectrice. La - France s'est donné une forme de gouvernement qui consacre toutes - les franchises contre lesquelles l'Autriche se défend. Dès lors - les alliances naturelles ne sauraient être les mêmes, car ce qui - désormais doit faire la base de tout traité durable, c'est ce qui - appelle, étend et consacre les bienfaits de la civilisation - (1829) (_Note du prince de Talleyrand_). - -Ce n'est pas, on le voit, l'alliance en elle-même avec l'Autriche que -je blâme dans le traité de 1756, puisqu'une alliance semblable est, à -mon avis, le seul moyen de prévenir cette calamité ou d'en reculer -l'époque. Ce sont les petits motifs qui ont porté à faire ce traité, -les petites conceptions qui y ont présidé, les petits résultats qu'on -a préparés, les petites passions par lesquelles on s'est laissé -conduire; car tout a été petit dans cette circonstance. - -Ce n'est pas non plus d'avoir laissé subsister ce traité dont il n'est -pas l'auteur, que je blâme M. de Choiseul; c'est de n'avoir pas, -pendant toute la durée de sa longue et toute-puissante administration, -songé un seul moment à donner une direction vraiment utile à ce -nouveau système d'alliance, ou plutôt c'est d'avoir adopté ce système -et de n'avoir même pas entrevu de quelle manière il pouvait devenir -avantageux. Un des reproches les plus graves qu'ait mérités M. de -Choiseul est assurément de n'avoir rien vu de ce qui se passait dans -le nord; de n'avoir rien prévu de ce qui s'y préparait, et, par -conséquent, de n'avoir pourvu à rien. Cela seul suffirait pour -justifier tout ce que j'ai dit de sa légèreté, de son imprévoyance, et -du peu de profondeur de ses vues. - -Cependant, comme il n'est pas refusé aux hommes légers et qui ont de -l'esprit, d'avoir ou d'adopter quelquefois des idées utiles pourvu -qu'elles ne leur donnent pas trop de peines de détail, M. de Choiseul -pressentant le jugement de l'histoire à son égard, voulut marquer son -ministère par un acte politique qui eût quelque éclat, et qui parût -_balancer l'alliance autrichienne_. Pour cela, il conçut le projet du -_pacte de famille_ avec le roi d'Espagne et les autres souverains de -la maison de Bourbon. Nous reconnaissons volontiers que ce pacte, -signé le 15 août 1761, était une conception vraiment digne d'un homme -d'État. Il offrait de grands avantages aux puissances qui s'unissaient -par cet acte important. Pour la France, en lui assurant toute sécurité -sur sa frontière des Pyrénées, il rendait son action beaucoup plus -libre sur ses autres frontières; il lui donnait l'appui de la marine -espagnole, qui, à son tour, recevait celui de la marine française; et -toutes les deux trouvaient des ressources dans les ports de Naples et -de la Sicile. Enfin, cette union des trois branches de la maison de -Bourbon, leur donnait la domination à peu près exclusive de la -Méditerranée. - -Mais il aurait fallu, pour que le pacte de famille profitât réellement -aux trois puissances associées, qu'il eût été contracté au début de la -guerre de Sept ans et non à une époque où la France, déjà épuisée par -les désastres de cette guerre, dut entraîner l'Espagne dans sa ruine -et hâter par là, la décadence de cette dernière puissance. D'ailleurs, -comme nous l'avons dit plus haut, pour la France, le résultat le plus -clair de son alliance intime avec l'Espagne à cette époque, fut -de devoir lui abandonner la Louisiane pour l'indemniser de la perte -des Florides. - -Si nous recherchons les autres actes du ministère de M. de Choiseul -que l'histoire a recueillis, nous trouvons d'abord l'occupation du -comtat d'Avignon, opération sans utilité et sans gloire. Une fantaisie -porta à s'en emparer, la peur du diable le fit rendre. On ne se donna -pas même la peine de justifier par une raison quelconque l'invasion ni -la restitution[387]. - - [387] Avignon fut occupé en 1768 par les troupes françaises. M. - de Choiseul était alors en lutte avec la cour de Rome au sujet - des jésuites. Le pape Clément XIII avait condamné, comme - attentatoires _à la liberté de l'Église, à la cause de Dieu et - aux droits du Saint-Siège_, les édits par lesquels les jésuites - avaient été expulsés des États catholiques. Toutes les puissances - résistèrent, prenant fait et cause les unes pour les autres. - Naples s'empara de Bénévent et de Ponte-Corvo. La France occupa - Avignon. Le successeur de Clément XIII, Clément XIV, ayant signé - le bref de suppression, Avignon fut évacué aussitôt après (1773). - -La conquête de la Corse[388], qui date du même temps, doit passer pour -importante, si l'on veut oublier ce qu'elle a coûté d'hommes pour la -faire, et d'argent pour la conserver. Les avantages que l'on en -attendait pour la marine ont été à peu près nuls jusqu'à présent; mais -c'est dans la Méditerranée une province française qu'enviaient fort -les Anglais, avant de s'être emparés de Malte. Il y a des chances pour -que cette possession nous soit utile dans l'avenir. - - [388] Les Génois cédèrent la Corse à la France en toute - souveraineté, moyennant la somme de deux millions. Traité de - Versailles du 15 mai 1762. - -Une affaire de discipline intérieure et qui ne laisse pourtant pas que -de marquer dans le ministère de M. de Choiseul, a été la -destruction de l'ordre des jésuites[389]. Il avait cru rencontrer -souvent leur influence dans les affaires ecclésiastiques et dans les -querelles parlementaires; et quoique avec un clergé aussi éclairé, -aussi mêlé avec le grand monde que l'était celui de France, le travail -des jésuites eût moins d'inconvénients qu'il n'en aurait eu avec un -clergé sans lumières et sans consistance, peut-être était-il bien de -chercher à diminuer le crédit de cet ordre. On pouvait même vouloir le -détruire. Je n'examine pas cette question qui me conduirait trop au -delà de mon sujet. Mais toujours est-il vrai de dire, qu'un -gouvernement monarchique, tel qu'était celui de la France à cette -époque, pouvait trouver plus d'utilité que de danger à voir la -direction de l'esprit de famille, et jusqu'à un certain point de -l'esprit public, rester entre les mains des jésuites. On pourrait -remarquer à l'appui de cette opinion qu'en 1789, pas un des membres de -la minorité de la noblesse n'avait été élevé par les jésuites. Mais M. -de Choiseul, souverainement léger et ennemi de tous les pouvoirs qui -ne dérivaient pas de lui, détruisit les jésuites, uniquement parce -qu'il ne se croyait pas sur eux une influence première. C'était une -question d'État, il en fit une question d'intrigue. M. le duc de -la Vauguyon[390] et M. le Dauphin[391] les soutenaient; son intrigue -fut de les attaquer. Plus tard il fit la guerre aux philosophes (dans -la comédie qu'il fit faire par Palissot[392]) parce qu'ils lui -prenaient quelque portion de l'empire qu'il voulait exercer seul sur -son temps. Ce ne sont pas des raisons d'un ordre supérieur qui le -déterminèrent: il voyait des hommes qui s'étaient emparés de beaucoup -d'opinions, et il voulait, dans l'intérêt de son amour-propre, -disposer de toutes. - - [389] A la fin du XVIIIe siècle, les jésuites se virent attaques - par toutes les puissances catholiques. Le Portugal donna le - signal (1759). La France vint ensuite (1762-64) puis l'Espagne - (1766), Naples, Parme (1767), Venise Modène, la Bavière. Enfin - Marie-Thérèse elle-même suivit le mouvement. Peu après (20 - juillet 1773), le pape Clément XIV ordonnait la suppression de - l'ordre. En France, la lutte, engagée à l'occasion d'un incident - fortuit, fut vivement soutenue par Choiseul et les parlements, le - roi se laissant mener par eux. En 1762, les parlements de Paris, - Rouen, Bordeaux, Rennes, Metz, Pau, Perpignan, Aix, Toulouse, - condamnèrent au feu les statuts de la Société, et ordonnèrent à - ses membres de sortir du territoire de leur juridiction. Enfin, - en novembre 1764, une ordonnance royale supprima entièrement la - Société. - - [390] Antoine-Paul-Jacques de Quelen, duc de la Vauguyon, naquit - le 17 janvier 1706. Colonel en 1733. Brigadier en 1743 pour sa - belle conduite durant la retraite de Prague. Maréchal de camp - après Fontenoy (1745) Lieutenant général en 1748. Il avait été - nommé menin du Dauphin en 1745. En 1758 il fut nommé gouverneur - de son fils aîné le duc de Bourgogne, et fut successivement - gouverneur de ses trois autres fils. Le Dauphin mourut entre ses - bras en 1765. Lui-même mourut en 1772. - - [391] Louis, Dauphin, fils de Louis XV, né en 1729, mourut - prématurément en 1755. Il se maria deux fois; en 1745 avec - Marie-Thérèse d'Espagne morte l'année suivante sans enfants; en - 1747 avec Marie-Josèphe de Saxe dont il eut quatre fils: le duc - de Bourgogne mort jeune, et les trois princes qui furent Louis - XVI, Louis XVIII et Charles X. - - [392] Charles Palissot de Montenoy, poète français, né à Nancy - (1750). Il était le fils d'un conseiller du duc de Lorraine. On a - de lui plusieurs comédies et des poésies diverses. Il mourut en - 1814. L'auteur fait ici allusion à la campagne que Palissot - soutint contre les philosophes; il ne cessa de les attaquer sur - le théâtre et dans ses vers notamment dans _le Cercle_, comédie - où il attaque Rousseau (1755), _les Philosophes_ (1760), _les - Petites Lettres sur de grands philosophes_ (1757) dirigées contre - Diderot, la _Dunciade_ ou _guerre des sots_, poème satirique - (1764) etc. - -C'est aussi la haine de M. de Choiseul contre les jésuites, qui a été -le principal motif de la désastreuse expédition de Cayenne, au -commencement de 1764. Il en ordonna tous les détails d'après des -mémoires qui lui avaient été remis par M. de Préfontaine[393]. -Celui-ci, homme d'esprit et d'intrigue, avec quelques phrases de -philanthropie et quelques insinuations contre les jésuites, que M. de -Choiseul voulait dépouiller de leurs grandes et riches possessions -dans les colonies, parvint à faire adopter tous ses plans. - - [393] M. Brûletout de Préfontaine, habitait la Guyane depuis - vingt ans, lorsqu'il vint à Paris en 1762, offrir au duc de - Choiseul le projet d'une colonie agricole dans ce pays. Le - ministre accepta et le renvoya à Cayenne avec un brevet de - lieutenant-colonel. Il échoua dans sa tentative et mourut en - 1786. - -Par le traité de 1763, la France cédait à perpétuité le Canada et -l'Acadie[394] aux Anglais. Les habitants de ces colonies, et -particulièrement les Acadiens, montraient à la France un grand, -attachement. D'un autre côté, le sort des nègres commençait à inspirer -quelque intérêt. M. de Choiseul fit décider dans le conseil du roi, -qu'au milieu des colonies à nègres, on formerait des établissements -pour la culture desquels on n'emploierait que des blancs. Dans cette -vue, on transporta à Saint-Domingue environ trois mille Acadiens, à la -Martinique deux mille; huit cents à la Guadeloupe; la grande -expédition fut dirigée vers Cayenne. Deux cent treize bâtiments de -tout tonnage partirent de France. Ils portaient dix mille cinq cents -personnes. L'Acadie en fournit huit mille, et deux autres bâtiments -arrivèrent en même temps des différentes colonies. M. de -Chanvalon[395] avait été nommé intendant; M. de Béhague[396], -commandant militaire, et le chevalier Turgot[397], qui avait été -consulté, gouverneur général. Jamais l'imprévoyance et la légèreté -n'ont été poussées plus loin. Une vingtaine de mille hommes furent -jetés sur une plage où ils ne trouvèrent ni maisons, ni magasins, ni -apothicaireries, ni hôpitaux, ni même abris contre les ardeurs du -soleil qui, à 4° 55´, sont mortelles pour les hommes non acclimatés, -si l'on néglige quelques-unes des précautions exigées par -l'expérience. Aussi, au bout de quinze jours, la moitié de ce qui -était débarqué avait péri; et après cinq mois, il ne restait pas trois -cents personnes de l'expédition. Mais cela se passait loin, et la mode -qui entourait M. de Choiseul, fermait tous les accès à la vérité. - - [394] L'Acadie appartenait aux Anglais depuis le traité d'Utrecht - (1713). - - [395] Jean-Baptiste Thibauld de Chanvalon, né en 1725 à la - Martinique, était l'élève de Réaumur et de Jussieu. En 1757, il - fut envoyé à la Guyane comme intendant général. Arrêté à son - retour en France, et condamné à la prison perpétuelle pour - malversations (1767), il put faire reviser son procès, et fut - acquitté en 1776. Nommé commissaire général des colonies, il - mourut en 1783. - - [396] Antoine, comte de Béhague, appartenait à une famille noble - des Pays-Bas. Lieutenant-colonel en 1761, il fut nommé commandant - militaire à la Guyane (1763), maréchal de camp en 1771, - lieutenant général en 1791, gouverneur de la Martinique, où il - rétablit l'ordre troublé par la révolution. Forcé de quitter - l'île en 1793, il se rendit en Angleterre, d'où le comte d'Artois - l'envoya en Bretagne diriger l'insurrection. Il mourut en - Angleterre vers 1802. - - [397] Le chevalier Étienne Turgot, marquis de Consmont, frère du - célèbre homme d'État, appartenait à une vieille famille de - Normandie. Son père était prévôt des marchands à Paris. Il fut - d'abord chevalier de Malte et commanda une galère. Brigadier en - 1764, il fut nommé gouverneur de la Guyane. C'est lui qui fit - rappeler en France l'intendant Chanvalon; arrêté lui-même à son - retour en France, il fut bientôt relâché; il vécut dès lors dans - la retraite et mourut en 1789. - -Dans l'administration de la guerre, M. de Choiseul porta une agitation -fatigante pour les troupes. Il fit chaque année des changements. -Nouveaux genres d'instruction, nouvelles manoeuvres, nouvelle -tactique, nouveaux uniformes, tout cela plaisait à la jeune noblesse -française qui, toujours mobile et brave, admirait le ministre qui -abandonnait les anciennes idées et perfectionnait, disait-on, la -tactique par laquelle on croyait que les Prussiens s'étaient couverts -de gloire. Comme si les bons ou les mauvais succès militaires ne -dépendaient pas toujours des talents du général! L'art de la guerre -varie en Europe tous les dix ans. Tantôt telle puissance a une -meilleure infanterie, tantôt c'est la cavalerie qui décide des -combats, ou bien la supériorité est attachée à l'arme de l'artillerie. -Il n'y a point de principes fixes à cet égard; tout est dans le génie -de celui qui commande. - -L'influence de M. de Choiseul s'étendit d'une manière désastreuse sur -les finances, par les choix ineptes qu'il porta le roi à faire. Il -indiqua M. de Silhouette[398] par complaisance pour M. le duc -d'Orléans. Ce ministre débuta par faire porter la vaisselle de tous -les particuliers à la Monnaie, et celle même du roi tandis que la cour -de Vienne pour laquelle on s'était ruiné, en faisait faire une en or -et se plaisait à la montrer aux noces magnifiques de l'archiduc Joseph -avec une princesse de Parme[399]. M. de Silhouette, devenu fou au -milieu du conseil du roi, fut remplacé par M. de Laverdy[400], simple -conseiller au parlement, désigné uniquement parce qu'il était un des -plus opposés à l'enregistrement d'édits bursaux qui déplaisaient -généralement. On lui supposait du crédit dans sa compagnie. Il en -avait quand il était en opposition avec la cour; il ne s'en trouva -plus, quand il voulut la servir. M. de Laverdy devenu inutile, on le -renvoya. M. de Choiseul fit nommer à sa place M. d'Invault[401], et -avec ses formes légères, il donnait pour raison de cette préférence -qu'il l'avait toujours aimé, et qu'il avait été au collège avec lui. - - [398] Étienne Silhouette, né à Limoges le 5 juillet 1709, mort en - 1767. Conseiller au parlement de Metz, maître des requêtes, - secrétaire des commandements, puis chancelier du duc d'Orléans, - commissaire du roi près la compagnie des Indes, contrôleur - général en 1759. Il provoqua contre lui un déchaînement inoui en - suspendant durant un an les créances de l'État, et dut se retirer - après huit mois d'exercice. On ignore peut-être que ce ministre - donna son nom à ces dessins qui représentent un profil tracé - autour de l'ombre d'un visage. On prétend en effet qu'une de ses - principales distractions était de tracer de semblables portraits - sur les murs de son château, qui s'en trouvèrent bientôt - couverts. La société ne manqua pas de relever ce petit ridicule, - et donna à ces dessins le nom de leur auteur. - - [399] L'archiduc Joseph, fils de l'impératrice Marie-Thérèse, - plus tard l'empereur Joseph II, épousa le 6 octobre 1760 la - princesse Isabelle de Parme, fille du duc de Parme et nièce du - roi Charles III d'Espagne. Elle mourut sans enfant en 1763. - - [400] Clément de l'Averdy ou Laverdy, né en 1723, conseiller au - parlement, contrôleur général en 1763. Il ne resta en place que - quelques mois et vécut ensuite dans la retraite; il mourut sur - l'échafaud en novembre 1793. - - [401] Étienne Maynon, seigneur d'Invault, né en 1721; conseiller - au parlement (1741), contrôleur général et ministre d'État - (1768). Il resta peu de temps en charge. - -Il est possible de soutenir que de tous les choix faits par -l'influence de M. de Choiseul, il n'y en eut qu'un de bon, celui du -duc de Praslin. Son bonheur le servit dans cette occasion. On a cru -beaucoup qu'il n'avait cherché dans cette espèce d'association qu'un -aide soumis à ses caprices. Il se trouva, au contraire, que M. de -Praslin était un homme dont la trempe d'esprit était forte, qui avait -un caractère noble et ferme, et des idées saines qu'il exprimait même -avec un peu de rudesse. Mais ses belles qualités étaient rendues -perpétuellement inutiles par une santé misérable: il n'y avait pas un -quart d'heure de la journée pendant lequel il pût être tout entier à -son travail. Dans les moments où il se portait bien, il n'épargnait -pas à son cousin les contradictions d'opinion, et souvent même des -reproches assez sévères. On l'estimait, et on le craignait dans sa -famille. Madame de Gramont savait plier son caractère devant lui; et -comme malgré ses sourcils épais et son visage laid et grave, il avait -un fond de sensibilité, il s'était laissé aller à tant aimer le duc de -Choiseul, qu'après lui avoir montré ses erreurs, il éprouvait une -reconnaissance extrême quand il les réparait, de même que quand M. de -Choiseul persistait, M. de Praslin restait disposé à les excuser et à -les défendre. - -Le portrait de M. de Praslin que je viens de faire, me conduit -naturellement à parler de l'extérieur de M. de Choiseul. La nature -l'avait fait laid aussi: il était roux; avec un peu d'art de toilette, -il s'était à peu près travesti en blond; les formes de son visage et -celles de sa tête étaient communes; il avait les yeux spirituels, sa -taille était assez bien prise; il tirait un grand avantage de la -beauté de ses mains qui étaient petites, effilées, blanches et parées -par de beaux ongles. Son maintien hardi, son visage rond et son front -élevé, contrastaient complètement avec le toupet avancé, le teint hâve -et l'air modeste de M. de Praslin. Jamais deux hommes n'ont été, au -moral et au physique, plus dissemblables. - -Madame de Pompadour n'avait point d'esprit; ses yeux bleus sans éclat -ni vivacité décelaient le vide de sa tête. Quoiqu'elle eût été élevée -et eût vécu dans la société financière de Paris, qui était assez -distinguée alors, elle avait mauvais ton, des manières de parler -vulgaires, dont elle n'avait pu se corriger, même à Versailles. Elle -différait en tout point de madame du Barry qui, moins bien élevée, -était parvenue à avoir un langage assez pur. Madame du Barry avait les -yeux moins grands, mais ils étaient spirituels; son visage était bien -fait, et ses cheveux étaient de la plus grande beauté; elle aimait à -parler[402], et elle avait attrapé l'art de conter assez gaîment; -elles possédaient l'une et l'autre, celui de mentir, au premier degré. - - [402] Et même à écrire. Quelques pages de souvenirs écrites par - elle et confiées à Morande, auteur du _Gazettier cuirassé_, - malgré leur peu d'étendue, ne manquent ni de grâce ni d'intérêt - (_Note du prince de Talleyrand_). - -Madame de Gramont, avec un air de famille, avait eu dans sa jeunesse -ce qu'on appelle la beauté du diable. Elle était blanche, grasse et -fraîche; son caractère était élevé et son esprit était libre et fort. -Elle aurait été éloquente, si cela avait été possible avec un mauvais -son de voix. Elle écrivait bien. Elle avait dans ses manières quelque -chose d'attirant et cependant d'absolu. Dans sa chambre, elle ne -souffrait qu'une opinion; tout ce qui aimait M. de Choiseul y était -bien traité; le reste n'y entrait pas. Elle avait du culte pour son -frère, et du dévouement pour ses amis. La galanterie n'a occupé que -peu de moments dans sa jeunesse. Le jour où elle est entrée dans le -monde, elle s'est placée la première dans la société, et elle l'est -restée jusqu'à la fin de sa vie. - -Parmi les hommes qui ont joué de grands rôles sous le ministère de M. -de Choiseul, le chancelier Maupeou semble mériter une place à part. -C'était un homme à la fois plein d'invention, d'esprit, de malignité, -et caressant jusqu'au dégoût. Tous les hommes vulgaires et de mauvais -ton étaient enchantés de lui: il déplaisait à toute la bonne -compagnie: Cela lui était égal. Il suivait, sans jamais s'en écarter, -la ligne qu'une fois il s'était tracée. S'il eût vécu du temps de -Louis XI, il aurait été son premier ministre et son serviteur le plus -intime. - -M. d'Aiguillon avait commencé sa carrière comme M. de Choiseul par des -bonnes fortunes. Il en avait eu de brillantes. Il était entré dans le -monde avec plus d'avantages pour cette sorte de succès, parce qu'il -était né riche, avec des dignités acquises, et qu'il avait une -fort jolie figure. Mais il n'avait ni noblesse ni élévation de -caractère. Les affaires de la politique lui étaient absolument -étrangères; il avait peu lu, il n'avait point voyagé, et il ne -connaissait l'Europe que par la conversation de Paris. Les querelles -des pays d'états, du parlement et quelques études militaires, avaient -fait tout le travail de sa vie. - -Le grand reproche politique qu'on lui a fait, a été d'avoir ignoré le -premier partage de la Pologne, avant qu'il soit consommé, mais cette -ignorance datait de plus loin que lui: elle tenait à ce que les -manoeuvres mystérieuses de la cour de Vienne n'avaient pas été connues -sous le ministère de son prédécesseur; et c'est un coup de la fortune -de M. le duc de Choiseul, qu'il ne soit pas resté six mois de plus en -place; car il est plus que vraisemblable qu'il n'en aurait pas su -davantage. - -La disgrâce de M. de Choiseul présenta des différences extrêmement -remarquables avec les autres disgrâces ministérielles qui eurent lieu -sous le règne de Louis XV. Jusqu'à lui, aucun des ministres exilés par -ce monarque n'avait reçu de consolations ni de marques d'attachement -ou de reconnaissance, que de la part de sa famille; encore se -faisait-on un devoir de demander avec précaution, et seulement en cas -de maladie, la permission d'aller leur faire une courte visite. M. le -cardinal de Bernis à Soissons, M. d'Argenson aux Ormes, M. de Machault -à Arnouville, M. de Maurepas à Bourges, M. le Duc même[403], en -remontant plus haut, à Chantilly, étaient restés dans l'isolement -le plus complet. Personne n'osait plus prononcer leur nom en présence -du roi, qui se plaisait à voir dans ce silence absolu, de la part de -tout le monde, une approbation générale de la détermination qu'il -avait prise. Il n'en a pas été de même à l'égard de M. de Choiseul. Le -ton de la bonne compagnie pendant son long ministère était plutôt -d'être le courtisan du ministre que le courtisan du roi. - - [403] Louis Henry duc de Bourbon, petit-fils du Grand Condé, chef - du conseil de régence durant la minorité de Louis XV, premier - ministre après la mort du régent(1723). Il fut exilé en 1726 à - Chantilly par le jeune roi. - -Il était à la mode de s'identifier avec ses intérêts pendant le débat -qui eut lieu entre son crédit et celui de la favorite. La société de -madame du Barry n'avait pu s'élever à la hauteur de celle de madame de -Pompadour; ses femmes, ses hommes, ses grâces, ses ministres ne lui -donnaient qu'un éclat bien terne auprès de l'immense et puissante -société de M. de Choiseul. - -L'habitude qu'on avait prise de prononcer sans respect le nom du roi; -le mépris dont on s'était accoutumé à couvrir impunément les amis de -madame du Barry, avaient établi dans les esprits une sorte -d'indépendance que l'âge et la faiblesse du roi avaient autorisée. - -Quelques amis de M. de Choiseul, quelques jeunes gens sur lesquels il -avait répandu des grâces prématurées, osèrent demander la permission -d'aller le voir à Chanteloup. Les entours de la favorite se trompèrent -dans l'espèce de dédain qu'ils crurent devoir lui conseiller -d'affecter sur ces premières demandes; le nombre en augmenta, il ne -fut plus possible d'en refuser aucune. Plusieurs femmes donnèrent -l'exemple d'aller à Chanteloup sans permission. Beaucoup d'hommes qui -ne tenaient à la cour par les liens d'aucun service se hasardèrent à -les imiter. En sorte qu'il y eut à Chanleloup une foule et une -cour qui avaient l'air de lutter avec celles de Versailles. La -médiocrité des nouveaux ministres, le manque de considération de ceux -qui étaient restés[404], l'indifférence que portait le roi dans les -affaires les plus importantes, ôtèrent à toutes les déterminations du -conseil le caractère de la durée. Il se forma alors une mode -d'insubordination qui détruisit le prestige de l'autorité. Elle peut -être regardée comme l'origine de cet esprit de résistance qui s'est -manifesté avec tant d'éclat sous le règne suivant. - - [404] Ceux des ministres qui restèrent en charge furent La - Vrillière, Terray et Maupeou. Les nouveaux ministres furent MM. - d'Aiguillon, de Monteynard et de Boynes. - -On alla jusqu'à ériger dans les jardins de Chanteloup une pyramide, -sur laquelle la vanité inscrivit tous les noms de ceux qui vinrent -payer cet hommage de la mode à l'illustre exilé; et si l'on voulait -observer que ces mêmes noms se retrouvent vingt ans plus tard sur la -fameuse liste des émigrés, on jugerait peut-être bien de -l'inconséquence, bien de la légèreté dans les actions de la noblesse -française à cette époque, et ensuite bien de l'injustice dans ses -jugements. - -Au reste, cet esprit moqueur, léger, irréfléchi, toujours s'enivrant, -de la noblesse française, reparaît souvent dans notre histoire. On le -retrouve chez madame de Longueville comme à Coblence. Mais il est un -autre esprit, qui pour appartenir à une autre classe de la société, -n'en est pas moins français; il a fallu Henri IV pour calmer les vieux -ligueurs, bourgeois de Paris; en 1791, ils ont pu devenir les maîtres. - -Les affaires personnelles de M. de Choiseul se ressentirent bientôt de -l'immense dépense à laquelle cette espèce de gloire le condamna; le -désordre magnifique dans lequel il avait vécu à Versailles, le suivit -dans sa brillante retraite, et les revenus des ministères de la guerre -et des affaires étrangères, celui de la charge de colonel général des -Suisses, de la surintendance des postes, ainsi que les faveurs -particulières qu'il se faisait annuellement accorder, manquant à ses -recettes, il fallut y suppléer par les aliénations de son faible -patrimoine et de la fortune de madame de Choiseul; le dévouement de -celle-ci fut récompensé par le plaisir qu'elle eut de l'offrir tout -entière à sa mémoire en payant ses dettes après sa mort. - -On s'était attendu et tout portait à croire qu'à la mort de Louis XV, -l'opinion publique forcerait le nouveau roi à rappeler à la tête des -affaires un ministre, dont la disgrâce avait paru si généralement -improuvée. Mais cinq ans d'éloignement de la cour avait lassé cette -faveur populaire. L'esprit de critique et même d'opposition au -gouvernement, après l'heureux essai qu'il avait fait de ses forces à -l'occasion de l'exil de M. de Choiseul, en avait pris plus de -confiance; il s'affermissait de plus en plus, mais sa direction était -changée. - -Plus indéterminée et plus vague dans son objet, l'opposition regardait -au loin, et visait plus haut. L'intérêt pour M. de Choiseul n'était -plus rien. Aussi, malgré la faiblesse de Louis XVI, malgré le crédit -de la reine et l'appui qu'elle était portée à donner aux espérances et -à l'ambition de M. de Choiseul, ses instances ne parvinrent qu'à faire -cesser son exil. - -Les préventions du jeune roi, entretenues par Mesdames ses -tantes[405], l'emportèrent. L'esprit et les intérêts de la cour -n'étaient plus les mêmes qu'à la fin du règne de Louis XV. De nouveaux -ministres, de nouvelles espérances, des ambitions naissantes se -présentaient de toute part: les vieux courtisans s'éloignaient ou -mouraient. La reine n'avait pas été consultée sur le choix du premier -ministre. Ce choix une fois fait, il n'était plus possible d'en -revenir et d'appeler M. de Choiseul au seul poste qu'il lui convenait -d'occuper. - - [405] Louis XV eut huit filles: - - Louise-Élisabeth (1727-1759), mariée au duc de Parme.--Anne - (1727-1752).--Marie (1728-1733).--Adélaïde (1732-1800).--Victoire - (1733-1799).--Sophie (1734-1782).--Thérèse (1736-1744).--Louise - (1737-1787). - - Madame Louise se fit carmélite. Mesdames Adélaïde, Victoire et - Sophie ne se marièrent pas et passèrent leur vie à la cour de leur - neveu Louis XVI. C'est à celles-ci qu'il est fait allusion plus - haut. - -Là, s'éteignit l'éclat de cette carrière brillante, plus remarquable -par des succès de société, que signalée dans l'histoire par des traits -caractéristiques d'un mérite réel et d'une solide gloire. M. de -Choiseul finit par le discrédit qui s'attache à un homme persécuté par -ses créanciers, et uniquement occupé à en repousser les attaques. Le -chagrin aggravant une maladie légère le conduisit au tombeau. Il -mourut sans regrets et sans bruit. M. de Choiseul ne sera pour -l'histoire qu'un homme qui a gouverné la France par le despotisme de -la mode, pendant onze années, sans que son nom rappelle ni batailles -gagnées, ni traités glorieux, ni ordonnances ou réglements utiles, et -qui a préparé de grands maux sentis jusqu'à nos jours, par -l'arbitraire qu'il a établi dans les différentes administrations, -et par l'esprit de critique et de déconsidération de l'autorité -royale, qu'il a encouragé jusqu'à la fin de sa vie. - -M. de Choiseul n'a pas senti que cet esprit de critique dans un -gouvernement arbitraire, sans issue légale, devient ainsi le plus -grand élément de décomposition. La révolution, si longtemps préparée -par tout ce qui aurait pu et dû la prévenir en est une terrible -preuve. Henri IV est le dernier de nos rois qui ait su céder et -résister quand il le fallait. - - -FIN DE M. LE DUC DE CHOISEUL. - - - - -INDEX ALPHABÉTIQUE - -DES NOMS DES PERSONNAGES - -MENTIONNÉS DANS CES MÉMOIRES - - -A - - ABERDEEN (Georges Gordon comte d'), homme d'État anglais.--III, - 331*[406], 335, 336, 337, 340, 342, 343, 346, 351, 352, 363, - 369, 371, 373, 392, 398, 406, 449, 452.--IV, 258*, 358*, 369, - 410*, 423, 427.--V, 132, 133, 282, 283. - - [406] Les chiffres romains renvoient aux volumes, les chiffres - arabes aux pages, et les astérisques (*) aux notes biographiques - et historiques. - - ABOVILLE (le comte d'), pair de France.--III, 252, 253. - - ABSAC (d'), gentilhomme du Périgord.--I, 10. - - ACHMET PACHA, diplomate ottoman.--V, 323. - - ADAIR (Sir Robert), diplomate anglais.--IV, 282*, 402.--V, 46, - 361, 418. - - ADDINGTON, vicomte SIDMOUTH (Henry), homme d'État anglais.--I, - 282*, 283. - - ADDINGTON (Henry-Unwin), diplomate anglais.--V, 214*, 216, 227, - 240, 242, 244, 245, 250. - - ADÉLAÏDE DE BOURBON (Madame).--I, 97.--V, 589. - - ADÉLAÏDE D'ORLÉANS (Madame).--I, 162,164.--III, 388, 429, 451, - 453 à 455, 457 à 460, 464, 466, 467, 469.--IV, 4, 9, 12, 13, 48, - 50, 86, 104, 106, 124, 171, 176, 177, 248, 250, 253, 255, 257, - 259, 260, 270, 273, 280, 297, 302, 304, 308, 309, 330, 333, 336, - 344, 307, 371, 381, 410, 414 à 417, 442, 444, 447, 448, 461, - 465, 468, 474, 481, 482, 486, 488, 489, 492, 496.--V, 32, 38, - 49, 55, 64, 80,109, 140, 186, 253, 264, 334, 346, 347,362, 368, - 405, 423, 456, 474, 501, 503. - - AGAR, Comte DE MOSBOURG (Michel), homme d'État français.--II, 13*. - - AGOULT (Vincent d'), aide-major aux gardes françaises.--I, 206*. - - AGOULT (Hector d'), diplomate français.--II, 507*, 531. - - AIGUILLON (Armand Vignerod Duplessis Richelieu duc d'), homme - d'État français.--III, 427.--V, 556*, 565, 566, 585. - - ALBANI (Joseph), cardinal italien.--IV, 444*. - - ALBARET (M. d').--I, 50. - - ALBUFÉRA (le duc).--Voir SUCHET. - - ALCUDIA (duchesse d').--I, 356, 379. - - ALEMBERT (Jean Lerond d'), écrivain français.--I, 83*. - - ALEXANDRA PAULOWNA (archiduchesse d'Autriche).--II, 353*, 397. - - ALEXANDRE VIII, pape.--II, 46*, 91. - - ALEXANDRE Ier, empereur de Russie.--I, 139, 279, 294, 298, 305, - 306, 314 à 316, 319 à 321, 386, 387, 393 à 400, 404, 408, 412 à - 414, 422 à 425, 428, 432, 434, 437 à 440, 443, 446 à 451.--II, - 5, 7, 147, 149, 150, 152, 153, 162 à 166, 170, 209, 210, 246, - 249, 257 à 260, 286, 292, 303, 308, 309, 312, 316, 317, 325, - 326, 328, 329, 338, 340, 349, 355, 357, 359, 362 à 367, 370, - 375, 377, 378, 386, 398, 400, 403 à 406, 408 à 411, 413, 416, - 418, 420, 426, 429, 430, 434, 436, 438 à 441, 443 à 445, 448, - 454 à 462, 464 à 468, 471, 473, 474, 476, 478, 485, 487, 489 à - 492, 499, 500, 509 à 515, 517, 522, 523, 525 à 528, 531, 532, - 535, 538, 546, 547, 549, 553, 566, 567.--III, 4, 5, 17, 19, 22, - 28, 29, 32, 33, 38, 39, 41, 44, 51, 53, 58, 64, 67, 69, 86, 93, - 95 à 97, 106 à 108, 115, 118, 120, 121, 128, 132, 139, 162, 163, - 167, 172, 173, 175 à 178, 186, 197, 239, 240, 276, 298, 404, - 405, 439.--V, 537*. - - ALIGRE (Étienne François d'), premier président du parlement de - Paris.--I, 90*, 198, 200. - - ALIX, général français.--III, 252. - - ALLEYE DE CIPREY (le baron), diplomate français.--IV, 34.--V, - 440*. - - ALTHORP (John-Charles Spencer, vicomte), homme d'État - anglais.--III, 397*.--V, 411, 442, 444. - - ALTIERI (l'abbé).--III, 162. - - AMBLIMONT (Marie-Anne de Chaumont-Quitry, comtesse d').--V, 547*. - - AMEILLE.--III, 251. - - AMÉLIE-AUGUSTE-EUGÉNIE DE BEAUHARNAIS, impératrice du Brésil.--IV, - 216, 249*, 252.--V, 203, 206, 229, 235, 254, 256, 259, 265. - - AMMÉCOURT (d'), conseiller au parlement.--I, 186. - - ANCILLON (Jean-Pierre-Frédéric), homme d'État prussien.--III, - 358*, 400.--IV, 380, 381, 392, 496.--V, 15*, 20, 63, 156, 157, - 159, 160, 204, 263, 403, 434, 507, 508, 509. - - ANDRÉ (Antoine-Balthazar-Joseph d'), directeur général de la - police.--II, 439, 502*, 505. - - ANDRÉOSSY (Antoine-François, comte), général français.--III, 23*, - 234. - - ANGE (Mademoiselle L').--Voir DU BARRY. - - ANGLÈS (Jules, comte), préfet de police.--III, 148*. - - ANGOULÊME (Louis-Antoine de Bourbon, duc d').--II, 140*, 141, 143, - 144, 146, 147, 150, 257.--III, 130, 146, 155, 167, 178, 189, - 250. - - ANGOULÊME (Marie-Thérèse, duchesse d').--II, 172, 307, 310.--III, - 19, 54, 146, 167, 189. - - ANNE D'AUTRICHE, reine de France.--I, 166. - - ANNE, reine d'Angleterre.--II, 253. - - ANNE grande-duchesse de Russie, princesse royale et plus tard - reine des Pays-Bas.--I, 422, 447.--III, 33, 34, 37, 38, 71.--IV, - 281. - - ANSTEDT (Jean baron d'), diplomate russe.--II, 421*, 445, - 540.--III, 86. - - ANTOINE, triumvir romain.--III, 8. - - ANTONIO, infant d'Espagne.--I, 318, 370*, 380, 381, 383.--II, 341. - - ANZELY (M. d').--I, 47. - - APPONY (Antoine-Rudolphe, comte d'), diplomate autrichien.--IV, - 138*, 269, 393.--V, 144, 183, 273, 393, 436, 495, 496, 497, 498, - 499, 500. - - ARCAMBAL (le marquis d'), lieutenant général.--V, 551. - - ARENBERG (Prosper-Louis, duc d').--II, 219*. - - ARENEMBERG (Comtesse d').--Voir HORTENSE. - - ARGENSON (Marc-Pierre de Voyer Comte d'), homme d'état - français.--V, 522*, 585. - - ARGOUT (Antoine-Maurice, comte d'), homme d'État français.--IV, - 83, 379, 387, 443, 446.--V, 187. - - ARISTOPHANE, poète grec.--I, 64. - - ARMANSPERG (Joseph-Louis, comte d'), homme d'État bavarois.--V, - 440*, 441. - - ARNAUD (l'abbé François).--I, 46*.--V, 550. - - ARNAULT, poète et homme politique français.--III, 252. - - ARNOLD, général américain.--I, 231*. - - ARNOULD (Sophie), actrice de l'Opéra.--I, 166*. - - ARRIGHI, duc de padoue, général français.--III, 252. - - ARSCHOT-SCHOONHOVEN (le comte d'), homme politique belge.--IV, - 119*, 264. - - ARTOIS (comte d').--Voir CHARLES X. - - ARUNDEL (lord).--III, 451. - - ASSELINE (Jean-René), théologien français.--II, 38*. - - ASTON (sir Arthur-Ingram), diplomate anglais.--V, 162*, 164, 216, - 227, 228, 233, 234, 243, 247, 257. - - ASTROS (l'abbé d').--II, 75*, 76. - - ASTURIES (le prince des).--Voir FERDINAND VII. - - ATHALIN (baron), général français.--III, 455*. - - AUBRY, garde à Valençay.--I, 383. - - AUCKLAND (George Eden, comte), homme d'État anglais.--III, - 398*.--V, 419*. - - AUERSPERG (Josèphe de Trautson, princesse d').--V, 528*. - - AUERSPERG (princesse d').--III, 97. - - AUGEREAU, duc de Castiglione, maréchal de France.--I, 273. - - AUGUET DE SAINT-SYLVAIN.--V, 443, 447. - - AUGUSTE, empereur romain.--I, 420. - - AUGUSTE II, électeur de Saxe, roi de Pologne.--II, 399. - - AUGUSTE II, roi de Saxe.--Voir FRÉDÉRIC-AUGUSTE II. - - AVAUX (le comte d'), diplomate français.--IV, 413. - - AVIAU DE SANZAY (Charles-François, comte d'), prélat - français.--II, 102*, 103. - - AWINOFF, commodore russe.--III, 363. - - AZANZA (don Joseph Miguel de), homme d'État espagnol.--I, 359*, - 370. - - -B - - BACIOCCHI (Elisa Bonaparte, princesse).--II, 167. - - BACON, philosophe anglais.--I, 81, 83. - - BACOURT (Adolphe de), diplomate français.--I, 139.--III,393.--IV, - 124, 134, 467.--V, 264, 509. - - BADE (Charles-Frédéric, grand duc de).--I, 294, 304.--III, 304, - 305, 307, 308. - - BADE (Charles-Louis-Frédéric, prince héréditaire et plus tard - grand-duc de).--I, 418*, 495, 499. - - BADE (Stéphanie de Beauharnais, princesse héréditaire, puis - grande-duchesse de).--I, 418*.--II, 147. 257. - - BADE (Guillaume, duc de).--IV, 426*. - - BAGOT (sir Charles), diplomate anglais.--IV, 281*. - - BALIVIÈRE (l'abbé de).--I, 60. - - BARANTE (Amable-Guillaume-Prospère Brugière, baron de), diplomate - français.--V, 75*. - - BARBÉ-MARBOIS (François, marquis de), homme d'État français.--I, - 299*. - - BARCLAY DE TOLLY (Michel, prince), général russe.--III, 124*. - - BARRAL (Louis, comte de), prélat français.--II, 51*, 71, 78, 88, - 99, 101, 103, 104, 105, 108, 116.--III, 252. - - BARRAS (Paul, comte de), membre du Directoire.--I, 250*, 251, 252, - 254, 271, 273. - - BARRÈRE, conventionnel.--III, 252. - - BARROT (Odilon), homme d'État français.--IV, 82*, 246, 269.--V, - 11, 12. - - BARRY (Guillaume du).--V, 552. - - BARRY-CÈRES (Jean, comte du).--V, 549* à 554, 560, 561, 563. - - BARRY (Marie-Jeanne Gomart de Vaubernier, comtesse du).--V, 551* à - 566, 584, 587. - - BARTHE (Félix), homme d'État français.--IV, 304*. - - BARTHÈS (Joseph), médecin et philosophe français.--I, 36*, 37. - - BASSANO (duc et duchesse de).--Voir MARET. - - BATHURST (Henry, comte de), homme d'État anglais.--II, 114*, - 146.--III, 45. - - BAUDRAND (le comte), général français.--III, 328*.--IV, 275, 280, - 281, 283, 284. - - BAUER (M. de).--I, 418. - - BAUFFREMONT (Laurence de Montmorency, princesse de).--V, 187*. - - BAUFFREMONT (Catherine de Paterno-Moncada, duchesse de).--IV, 333. - - BAVIÈRE (Guillaume, duc de).--I, 417. - - BAVIÈRE (Charles-Théodore, prince de).--III, 416*.--IV, 15. - - BAYANNE (Alphonse-Hubert de Lallier, duc de), prélat - français.--II, 109*. - - BÉARN (comtesse de).--V, 554, 555. - - BÉATRIX D'ESTE, archiduchesse d'Autriche.--II, 307.--III, 19, 23. - - BEAUHARNAIS (prince Eugène de), vice-roi d'Italie.--I, 402*, - 403.--II, 4, 16, 99, 121, 147, 152, 155, 257, 259, 521.--III, - 71, 162,378. - - BEAUHARNAIS (François, marquis de), diplomate français.--I, 339* à - 346, 353, 360 à 363, 366, 367. - - BEAUHARNAIS (Amélie de Bavière, princesse Eugène de).--III, 71. - - BEAUHARNAIS (Stéphanie de).--Voir BADE. - - BEAUMETZ (M. de), député aux États-Généraux.--I, 233*, 239, 240, - 247. - - BEAUMONT (Étienne-François, Fallot de), prélat français.--II, - 109*. - - BEAUSSET (Louis de), préfet du palais impérial.--I, 407*. - - BEAUTEVILLE (P. du Buisson, chevalier de), maréchal de camp.--V, - 531*. - - BEAUVAU (Marie-Sylvie de Rohan-Chabot, princesse de).--I, 59*.--V, - 547*, 548, 555. - - BECHTOLSHEIM (baronne de).--I, 437. - - BEDFORD (John Russell, duc de), homme d'État anglais.--V, 545*. - - BEHAGUE (Antoine, comte de), lieutenant général.--V, 580*. - - BEIRA (princesse de).--V, 428, 431. - - BELLE-ISLE (Louis Fouquet, duc de), maréchal de France.--V, 533*. - - BELLIARD (le comte), général et diplomate français.--III, - 252.--IV, 93*, 112, 166, 167, 181, 182, 188, 193, 194, 197 à - 202, 204, 207 à 209, 213 à 215, 219, 272, 396. - - BENAC (M. de), gentilhomme du Périgord.--I, 10, 11. - - BENOÎT XIV, pape.--V, 520*. - - BENTHAM (Jérémie), écrivain anglais.--I, 226*. - - BENTINCK (William Cavendish, lord), général anglais.--II, 15*, - 441, 449, 451, 529. - - BERESFORD (William Carr, vicomte), maréchal anglais.--II, 142*, - 143. - - BERG (le grand-duc de).--Voir MURAT. - - BERNADOTTE.--Voir CHARLES XIV. - - BERNADOTTE. (Eugénie Clary, maréchale).--Voir EUGÉNIE. - - BERNIS (François-Joachim de Pierres, comte de), cardinal - français.--V, 520* à 522, 529 à 534, 547, 567, 585. - - BERNSTORFF (Christian, comte de), homme d'État prussien.--II, - 333.--III, 358*, 400.--IV, 213, 380, 495. - - BERRY (Charles Ferdinand, duc de).--II, 257, 302.--III, 9, 33, 35, - 37, 38, 130*, 152, 155 à 157, 178.--IV, 349. - - BERRY (Marie-Caroline-Thérèse de Bourbon, duchesse de).--III, - 39*.--IV, 452, 453, 467*.--V, 49, 50, 101*, 111, 147, 165*, 166, - 170, 187. - - BERRYER (P.-Ant.), avocat et homme politique français.--V, 32*, - 451. - - BERTAZZOLI, aumônier et camérier du pape Pie VII.--II, 110. - - BERTHIER, prince de Neufchâtel et de Wagram (Alexandre), maréchal - de France.--I, 308*, 317, 374, 406, 441. - - BERTHIER prince de Wagram, (Napoléon-Alexandre), pair de - France.--III, 253. - - BERTIN (Henry), contrôleur général.--V, 557*. - - BERTIN DE VAUX (Louis-François).--III, 450*. - - BERTIN DE VAUX (Louis-François), journaliste français.--IV, 73*, - 96. - - BERTRAND, général français.--III, 251. - - BERTRAND (l'abbé).--I, 46*. - - BESNARDIÈRE (Jean-Baptiste de Gouey, comte de la), diplomate - français.--II, 136*, 137, 161, 207.--III, 212, 234. - - BESSIÈRES, duc d'Istrie, maréchal de France.--I, 370, 371. - - BESSIÈRES, duc d'Istrie (Jean-Baptiste), pair de France. - - BESTUCHEFF-RUMINE (Alexis), homme d'État russe.--V, 541*. - - BETHMANN.--I, 414. - - BEUGNOT (Jacques-Claude, comte), homme d'État français.--II, 23*, - 24, 502, 505.--III, 47. - - BIANCHETTI (comte César), homme politique italien.--IV, 117*. - - BIANCHI, général autrichien.--III, 98*. - - BIGNON (Louis-Pierre-Édouard, baron), diplomate français.--V, - 308*, 309, 310, 311. - - BIGOT DE PRÉAMENEU (Jean), homme d'État français.--II, 87*, 88, - 101, 102. - - BILLECOCQ, diplomate français.--V, 216*. - - BINGHAM.--I, 238. - - BIRON (Louis-Antoine de Gontaut duc de), maréchal de France.--V, - 530*. - - BIRON (Armand de Gontaut duc de Lauzun, comte puis duc de).--I, - 36*, 37, 159*, 160, 210.--V, 530* - - BISSY (Claude de Thiard, comte de), lieutenant général.--V, 550*. - - BJOERNSTJERNA (comte de), ministre de Suède à Londres.--V, 333. - - BLACAS D'AULPS (duc de), homme d'État français.--II, 312, 384, - 435, 472, 503.--III, 84, 129, 131, 143, 145, 177.--V, 429. - - BLACKHOUSE, sous-secrétaire d'État au Foreign Office.--V, 427, - 428, 430. - - BLANCHARD (l'abbé Pierre-Louis).--II, 42*. - - BLIGH (sir John Duncan), diplomate anglais.--V, 178, 247, 301*, - 395. - - BLOT (Pauline Charpentier d'Ennery, comtesse de).--I, 59*, 61. - - BLÜCHER, maréchal prussien.--II, 150.--III, 124, 126, 233, 236, - 273, 275. - - BOIS-LE-COMTE (Charles-Joseph-Edmond, comte de), diplomate - français.--V, 135*. - - BOISGELIN (Jean de Dieu Raymond de), prélat français.--I, 27*, 32, - 102. - - BOISGELIN (l'abbé de).--I, 50*. - - BOISSY-D'ANGLAS (le comte), homme politique français.--III, 234, - 252, 253. - - BOLINGBROKE (Henry Paulet de Saint-Jean, vicomte de), homme d'État - anglais.--I, 38*. - - BOLIVAR, homme d'État et général américain.--IV, 426*. - - BOMBELLES (Marc-Marie, marquis de), diplomate français.--III, - 179*. - - BOMBELLES (Louis, comte de), diplomate autrichien.--V, 508*. - - BONALD (de), écrivain français.--I, 30, - - BONAPARTE.--Voir NAPOLÉON. - - BONAPARTE (Joseph), roi de Naples, puis d'Espagne.--I, 282, 283, - 302, 387, 439, 447, 448.--II, 7, 12, 27 à 32, 48, 162, - 167.--III, 108*, 110, 113.--IV, 180.--V, 399. - - BONAPARTE (Louis), roi de Hollande.--I, 303*.--II, 20, 21*, 167. - - BONAPARTE (Lucien).--I, 342, 448.--IV, 180.--V, 399. - - BONAPARTE (Jérôme), roi de Westphalie.--I, 317, 419.--II, 22, 24, - 25, 167.--III, 110*.--V, 399. - - BONAPARTE (prince Charles).--IV, 100*, 179. - - BONAPARTE (prince Louis-Napoléon) plus tard Napoléon III.--IV, - 100*, 179, 180. - - BONAPARTE (Elisa).--Voir BACIOCCHI. - - BONAPARTE (Laetitia).--II, 167. - - BONAPARTE (Pauline).--Voir BORGHÈSE. - - BONIFACE VIII, pape.--II, 70. - - BONIFACE (SAINT-) légat du pape Étienne III.--II, 47. - - BORGHÈSE (Marie-Pauline Bonaparte princesse).--I, 423*.--II, - 167.--III, 110*. - - BORNOS (comte de), homme d'État espagnol.--I, 352, 353. - - BORY.--III, 252. - - BOSE (Frédéric-Guillaume, comte de), diplomate saxon.--I, 415*. - - BOSSUET.--II, 41, 53, 76, 90, 113. - - BOUCHER, cuisinier de Talleyrand.--I, 383. - - BOUFFLERS (chevalier de), maréchal de camp.--I, 62*. - - BOUFFLERS-ROUVREL (Marie de Campar-Saujon, comtesse de).--I, 43*, - 44. - - BOUGAINVILLE (Louis-Antoine de), marin français.--I, 259*. - - BOUILLÉ (comte de), diplomate français.--IV, 34. - - BOUILLON (Marie-Christine de Hesse-Rheinfelz-Rothembourg princesse - de).--I, 161*. - - BOULAY DE LA MEURTHE (M.), homme politique français.--III, 252. - - BOULOGNE (Étienne-Antoine de), prélat français.--II, 98*, 103, - 105. - - BOUQUET (dom Martin), bénédictin.--I, 26*. - - BOURBON (Louis-Henry, duc de), 1er ministre.--V, 586*. - - BOURBON (Louis-Henry-Joseph, duc de).--I, 203*, 204, 383.--III, - 130*, 155. - - BOURBON (Louise-Thérèse d'Orléans, duchesse de).--I, 178. - - BOURBON (l'abbé de).--I, 50*. - - BOURGOIN (Mademoiselle), actrice de la Comédie-Française.--I, 405. - - BOURGOING (Jean-François, baron de), diplomate français.--I, 415*. - - BOURJOLLY (Mademoiselle de).--I, 418. - - BOURJOT, diplomate français.--IV, 134. - - BOURLIER (Jean-Baptiste), prélat français.--I, 51*.--II, 52, 78, - 108, 116. - - BOURMONT (Louis-Auguste-Victor comte de Ghaisnes de), maréchal de - France.--V, 218*, 253, 258. - - BOURMONT (M. de), officier français.--V, 200, 218. - - BOURRIENNE (de), homme politique français.--III, 248*. - - BOUVIER-DUMOLARD, homme politique français.--III, 249*, 252. - - BOVARA, ministre des cultes d'Italie.--II, 101, 102. - - BOYER, général français.--I, 406. - - BOYNES (Étienne-François Bourgeois de), ministre de la marine.--V, - 565*. - - BRAGANCE (duc de).--Voir PEDRO I. - - BRAGANCE (duchesse de).--Voir AMÉLIE. - - BRAYER.--III, 251. - - BRESSON (Charles, comte), diplomate français.--III, 346*, 375, - 383, 393, 442, 461, 462, 468.--IV, 7, 8, 10, 12, 21, 24, 28, 38, - 41, 44, 49, 50, 53*, 55, 60 à 64*, 65, 66, 69*, 77, 81, 85, 93, - 99, 124, 129, 136, 379, 386, 391, 424, 483, 484, 487, 488, 490, - 491, 495.--V, 15, 19, 58, 64, 74, 150, 155, 156, 158, 204, 263, - 395, 485, 486, 505, 508. - - BRETEUIL (Louis-Auguste Le Tonnelier, baron de), homme d'État - français.--I, 60*, 90, 92, 94, 95, 102, 197, 198.--V, 541, 543. - - BRETEUIL (François-Victor Le Tonnelier de), prélat français.--I, - 25*. - - BRETEUIL (l'abbé Théodose de), chancelier du duc d'Orléans.--I, - 197*. - - BRIENNE (Étienne de Loménie, comte de), prélat et homme d'État - français.--I, 28*, 49, 59, 92, 99, 102, 106 à 110, 171, 182, - 191, 196, 202, 205*, 207. - - BRIENNE (Louis-Marie de Loménie, comte de), lieutenant - général.--I, 109*. - - BRIGNOLE-SALES (Antoine, marquis de), homme d'État sarde.--II, - 433*, 447, 449, 451. - - BRIONNE (Louis-Charles de Lorraine, prince de Lambesc, comte - de).--III, 86*. - - BRIONNE (Louis de Rohan-Montauban, comtesse de).--I, 43*, 59, 92*, - 93.--II, 289*, 290.--III, 86*, 126.--V, 79. - - BRISSOT DE WARVILLE (Jean-Pierre), homme politique français.--I, - 221*. - - BRISTOL (Frédéric-William Hervery, marquis de ), homme d'État - anglais.--IV, 333*. - - BROGLIE (Maurice-Madeleine, prince de), évêque de Gand.--II, 78*, - 103, 104, 105. - - BROGLIE (Victor, duc de), homme d'État français.--III, 360.--IV, - 151.--V, 6, 11, 12, 19, 22 à 24, 27 à 30, 34, 35, 37, 39, 40, - 42, 43, 45, 49, 51, 54, 56, 57, 60, 62, 63, 66, 69, 74, 77, 78, - 81, 83, 85, 92, 94, 98, 102, 105, 108 à 112, 114, 117, 124 à - 126, 128, 130 à 154, 157 à 168, 171, 172, 175, 178, 180, 183, - 184, 187 à 191, 197 à 218, 225 à 227, 233, 234, 236, 240, 242, - 243, 247, 251, 254, 257, 259 à 265, 274 à 279, 291, 294 à 298, - 302, 306, 308 à 318, 326, 327, 330, 331, 333 à 340, 343, 345*, - 346, 348, 349, 352 à 355, 358, 361, 485 à 488, 493, 495, 504, - 505, 508 à 510. - - BROUCKÈRE (Henry de), homme d'État belge.--IV, 148*. - - BROUGHAM (Lord Henry), homme d'État anglais.--III, 379*, 391, 397, - 456, 460.--IV, 351, 451.--V, 84, 251, 348, 353. - - BROUSSAIS, médecin français.--IV, 446*. - - BRUGES (Henri-Alphonse, vicomte de), grand-chancelier de la Légion - d'honneur.--III, 215*. - - BRUIX (Eustache), amiral français.--I, 254*. - - BRUNSWICK-OELS (Frédéric-Guillaume, duc de).--II, 221*. - - BRUTUS.--I, 445. - - BUBNA (Ferdinand, comte de), feld-maréchal autrichien.--III, 127*. - - BUCHOLZ (comte de).--I, 419. - - BUCHOLZ (comtesse de).--I, 419, - - BUCHON, journaliste et historien français.--IV, 350*. - - BUCKEBURG (prince de).--II, 427. - - BUFFON, écrivain français.--I, 34, 66. - - BUFFON (Mademoiselle de Cépoy, comtesse de).--I, 202*. - - BÜLOW (Henri, baron de), diplomate prussien.--III, 353, 373, - 402*.--IV, 20, 80, 101, 115, 132, 138, 142, 214, 392, 440, 442, - 495, 497, 498.--V, 5, 22, 34, 35, 37, 38, 41, 57, 184, 185, 328, - 329, 330, 487, 500, 501. - - BÜLOW (la baronne de).--III, 402. - - BUNBURY (sir Henry Edward), lieutenant général anglais.--II, 140*. - - BUONSIGNORI, prélat italien.--II, 88*, 109, 111. - - BURDETT (sir Francis), homme politique anglais.--IV, 437*. - - BURGHERSH (John Fane, comte de Westmoreland, lord), diplomate - anglais.--III, 99*. - - BURGOS (don Francisco Xavier de), homme d'État espagnol.--V, 391*. - - BUSSY (François de), diplomate français.--V, 535*. - - BUTE (Jean Stuart, comte de), homme d'État anglais.--V, 544*. - - BUTIAKIN (de), diplomate russe.--II, 552*, 566. - - -C - - CADAVAL (Nunho-Caëtano-Alvarez Pereira de Mello, duc de), homme - d'État portugais.--V, 205*, 207, 217. - - CADORE (duc de).--Voir CHAMPAGNY. - - CADOUDAL (Georges).--III, 303. - - CAGLIOSTRO (Joseph Balsamo, comte de).--I, 165*. - - CAILHAVA (Jean), auteur dramatique.--V, 550*. - - CALOMARDE (François Thadée), homme d'État espagnol.--V, 443*. - - CALONNE (Charles-Alexandre de), contrôleur général.--I, 40*, 43, - 59, 89, 90, 94 à 109, 168, 186. - - CALVIN.--I, 80. - - CAMBACÉRÈS (Jean-Jacques Régis de), archichancelier d'empire.--I, - 289*.--II, 8, 119. - - CAMBRONNE, général français.--III, 251. - - CAMPBELL, colonel et consul anglais.--V, 124, 125, 141, 148, 434. - - CAMPO-CHIARO (duc de), diplomate napolitain.--III, 80*, 81, 118, - 167. - - CAMPOMANEZ (don Dominigo, Fernandez de).--I, 352. - - CANAVERI (Jean-Baptiste), prélat italien.--II, 52*. - - CANCLAUX (comte de), pair de France.--III, 252, 253. - - CANNING (Georges), homme d'État anglais.--I, 226*.--III, 394, 395, - 406, 456.--IV, 76, 114. - - CANNING (sir Stratford), diplomate anglais.--II, 425*.--V, 59*, - 73, 91 à 94, 98 à 100, 104, 105, 120, 122, 139, 140, 225. - - CANOUVILLE (M. de).--I, 407, 413. - - CAPEFIGUE (Raymond), historien français.--II, 265.--IV, 344, 350*. - - CAPO D'ISTRIA (Jean, comte), homme d'État russe, plus tard - président de la Grèce.--II, 425*, 500, 548.--III, 432, 433*, - 435, 436, 437.--IV, 34, 184, 225, 352. - - CAPOUE (prince de).--Voir NAPLES. - - CAPRARA, cardinal italien.--II, 44, 58, 66, 72. - - CARADOC, colonel anglais.--V, 74. - - CARAMAN (Victor-Riquet, duc de), diplomate français.--II, 445*. - - CARDOZO.--V, 218. - - CARIGNAN (princesse de).--I, 93, 125. - - CARLOS (don), infant d'Espagne.--I, 318, 366*, 367, 374.--II, - 341.--V, 237, 250, 278, 336, 363, 376, 378, 417, 419 à 422, 424, - 425, 427 à 431, 441, 442, 446, 447, 450 à 457, 462, 463, 467, - 469, 510. - - CARNOT (Lazare), général et homme d'État français.--I, 254*, 266, - 279.--III, 252. - - CAROLINE DE BRUNSWICK, reine d'Angleterre.--II, 300.--IV, 156. - - CAROLINE (Adélaïde-Amélie-Louise-Thérèse de Saxe-Menningen), reine - d'Angleterre.--III, 342.--IV, 89.--V, 97, 173, 174. - - CAROLINE, reine de Naples.--Voir MURAT (Madame). - - CARTWRIGHT (sir Thomas), diplomate anglais.--III, 375*, 393, - 420*.--V, 440*. - - CASABIANCA (comte de), pair de France.--III, 252. - - CASA-FLORÈS (marquis de), diplomate espagnol.--II, 384*, - 398.--III, 10. - - CASELLI (Charles-François), cardinal italien.--II, 78, 103*. - - CASENOVE.--I, 232. - - CASSIUS.--I, 445. - - CASTELCICALA (prince de), diplomate napolitain.--III, 455*. - - CASTELLANE (Michel, comte de), maréchal de camp.--V, 531*. - - CASTELLAR (marquis de), lieutenant général espagnol.--I, 359, 365. - - CASTLEREAGH (Robert Stewart marquis de Londonderry, vicomte), homme - d'État anglais.--II, 269, 279*, 308, 313, 317 à 322, 330 à 333, - 335 a 337, 339, 345, 346, 351, 352, 354, 357, 363 à 367, 372, - 374 à 376, 378, 381, 387, 389, 394 à 401, 404 à 406, 409, 413 à - 416, 418, 421 à 424, 427 à 431, 433, 435, 436, 438, 441, 443, - 444, 446, 449, 451 à 454, 458, 469 à 472, 476, 477, 484 à 487, - 489 à 491, 493, 499, 500, 503, 508, 509, 512 à 514, 521, 523, - 526, 529, 532, 534 à 536, 538, 539, 543, 545, 546, 548, 550, - 552, 555, 556, 557.--III, 3, 4, 5, 8, 11, 13, 16, 21, 22, 26, - 28, 31, 32, 39, 41 à 45, 47, 49, 52, 54, 56, 57, 61, 66 à 69, 73 - à 75, 79, 82, 84, 85, 87, 89, 90, 94, 172, 204, 210, 220, 236, - 264, 270, 272, 273, 297, 298.--IV, 315. - - CASTLEREAGH (lady).--III, 54, 189. - - CASTRIES (Charles de la Croix, marquis de), maréchal de France, - ministre de la marine.--I, 42*, 54, 59. - - CASTRO.--I, 383. - - CATHCART (William, lord), amiral et diplomate anglais.--II, - 409*.--III, 113. - - CATHERINE II, impératrice de Russie.--I, 263, 279.--V, 320, 542, - 573. - - CATHERINE-PAULOWNA (grande-duchesse de Russie, duchesse - d'Oldenbourg) et plus tard reine de Wurtemberg.--II, 340*, 341, - 353*, 405, 510, 540. - - CATHERINE DE WURTEMBERG, reine de Westphalie.--III, 320. - - CATILINA.--I, 84. - - CATINAT (Nicolas de), maréchal de France.--I, 120*. - - CATON.--I, 84. - - CAULAINCOURT duc de Vicence, (Louis de), général et diplomate - français.--I, 320*, 395 à 401, 413, 423, 434, 438.--II, 136, - 149, 166, 265, 268 à 271, 566.--III, 141, 168, 183, 309, 310, - 312, 315.--IV, 34. - - CAVALLERO (Joseph, marquis de), homme d'État espagnol.--I, 352*, - 354, 355, 362, 369. - - CAVANAC (Madame de).--I, 50*. - - CAVENDISH (Henry), physicien anglais.--I, 84*. - - CELLES (Antoine-Charles Fiacre, comte de Wisher de), homme - politique belge.--III, 372*, 411, 439, 443, 444*, 445.--IV, 4, - 72, 106, 317, 326. - - CELLES (comtesse de).--III, 445. - - CÉSAR.--I, 84.--II, 532. - - CEVALLOS (don Pedro), homme d'État espagnol.--I, 354*, 358, 362, - 377 à 379.--II, 531*.--III, 10. - - CHABANNES (Marie-Élisabeth de Talleyrand, comtesse de).--I, 107*. - - CHABROL (le comte de), préfet de Montenotte.--II, 77*. - - CHALABRE.--I, 60. - - CHALAIS (Marie-Françoise de Rochechouart, princesse de).--I, 7*, - 8, 11, 14. - - CHALLAYE, diplomate français.--II, 207.--III, 346. - - CHAMILLARD (M. de), gentilhomme du Périgord.--I, 10. - - CHAMFORT (Sébastien), écrivain français.--I, 36*, 45, 47, 60. - - CHAMPAGNY, duc de Cadore (Jean Baptiste Nompère de), homme d'État - français.--I, 321*, 330, 378, 379, 400, 407.--III, 252. - - CHANVALON (Jean-Baptiste Thibauld de), commissaire général des - colonies.--V, 580*. - - CHAPTAL (Antoine), savant et homme d'État français.--I, 288*. - - CHARLEMAGNE (Mademoiselle).--I, 8. - - CHARLEMAGNE, empereur.--II, 47, 50, 68, 101. - - CHARLES-QUINT, empereur d' Allemagne.--II, 60. - - CHARLES VI, empereur d'Allemagne.--II, 230. - - CHARLES X, roi de France.--I, 60, 62, 102, 104, 123, 125, 137 à - 141.--II, 147, 152, 169, 175, 259, 260, 262, 290, 302.--III, - 130*, 151, 155, 158, 178, 238, 247, 326, 327, 348, 357, 422, - 429, 434, 451, 453, 454, 458, 459.--IV, 82. - - CHARLES III, roi d'Espagne.--IV, 561, 562, 563. - - CHARLES IV, roi d'Espagne.--I, 331 à 335, 339, 342 à 346, 351 à - 359, 368, 369, 377 à 381.--II, 242.--IV, 445. - - CHARLES XII, roi de Suède.--II, 399. - - CHARLES XIII, roi de Suède.--III, 15, 55. - - CHARLES XIV ou CHARLES-JEAN, roi de Suède.--II, 11, 147, 152, 155, - 257, 259.--III, 15, 48, 50, 54, 55, 73, 77.--V, 276*. - - CHARLES-EMMANUEL II, roi de Sardaigne.--I, 290*.--II, 228*. - - CHARLES-FÉLIX, roi de Sardaigne.--II, 228*. - - CHARLES-FRÉDÉRIC, grand-duc de Bade.--Voir BADE. - - CHARLES-LOUIS-FRÉDÉRIC, grand-duc de Bade.--Voir BADE. - - CHARLES, archiduc d'Autriche.--I, 267* 297.--III, 390*, 416, - 467.--IV, 45. - - CHARLES-THÉODORE, prince de Bavière.--Voir BAVIÈRE. - - CHARLES DE LORRAINE.--Voir LORRAINE. - - CHARLES DE NAPLES (prince).--Voir NAPLES. - - CHARLOTTE D'ANGLETERRE (princesse).--III, 434. - - CHARTRES (duc et duchesse de).--Voir ORLÉANS. - - CHARTRES (Mademoiselle de).--Voir Adélaïde D'ORLÉANS. - - CHASSÉ (baron), général hollandais.--IV, 222*, 463.--V, 56. - - CHASTELLUX (chevalier de), lieutenant général.--I, 48*. - - CHASTRE (le comte de la), ambassadeur de France à Londres.--II, - 518. - - CHATHAM (William Pitt, lord).--IV, 288.--V, 535*, 544. - - CHATEAUBRIAND (de), écrivain et homme d'État français.--III, 148*, - 229. - - CHATEAUBRUN (Jean-Baptiste-Vivien de), maître d'hôtel du duc - d'Orléans.--I, 150*. - - CHATELAIN (René-Théophile), journaliste français.--IV, 73*, 96*. - - CHATELET-LOMONT (Louis-Florent, duc du), diplomate français.--V, - 531*. - - CHAUVELIN (le chevalier Bernard de), diplomate français.--V, 548*. - - CHAUVERON (M. de), gentilhomme du Périgord.--I, 10. - - CHÉNIER (Marie-Joseph), homme politique et écrivain français.--I, - 247*. - - CHENOISE (M. de), diplomate français.--III, 357, 359, 376. - - CHEVERT (François de), lieutenant général.--I, 120*. - - CHEVREUSE (Françoise de Narbonne Pelet, duchesse de).--I, 300*. - - CHILDÉRIC III.--II, 47. - - CHOISEUL-STAINVILLE (Étienne-François, duc de).--I, 43*, 60, - 146.--V, 515 à 527, 529 à 531, 533 à 536, 538, 540, 542, 544 à - 548, 553, 554, 556 à 562, 564, 565, 567, 575 à 585, 587 à 590. - - CHOISEUL-STAINVILLE (Mademoiselle Crozat du Châtel, duchesse - de).--V, 519, 531, 589. - - CHOISEUL-BEAUPRÉ (François, comte de).--V, 518*. - - CHOISEUL-BEAUPRÉ (Mademoiselle de Romanet, comtesse de).--V, 518*. - - CHOISEUL-GOUFFIER (Auguste, comte de), diplomate et pair de - France.--I, 14*, 23*, 34, 35, 37, 45, 72. - - CHON (Mademoiselle).--V, 551, 553, 560, 563. - - CHRISTIAN VII, roi de Danemark.--III, 35, 36*. - - CICÉ (Jérôme Champion de), prélat français.--I, 49*, 102. - - CICÉRON.--I, 64, 84. - - CLAIRAULT (Alexis), savant français.--I, 83*. - - CLANCARTY (Richard Power-Trench, comte de), diplomate - anglais.--II, 409*, 451, 535, 539, 546.--III, 113, 140, 172 à - 176. - - CLAPARÈDE (le comte), général français.--I, 406*. - - CLARENDON.--Voir VILLIERS. - - CLARKE duc de Feltre, général et homme d'État français.--I, 306*, - 388.--III, 152*. - - CLAUDE, empereur romain.--I, 444. - - CLAUSEL (Bertrand), maréchal de France.--III, 251.--IV, 269*. - - CLÉMENT VII, pape.--II, 60. - - CLÉMENT DE RIS, pair de France.--III, 252. - - CLÉOPATRE.--III, 8. - - CLERMONT-GALLERANDE (Charles, marquis de), maréchal de camp et - pair de France.--I, 128*. - - CLOUET.--V, 218. - - CLUYS, homme politique français.--III, 252. - - COBENZL (Louis, comte de), homme d'État autrichien.--I, 281*, - 282.--II, 388. - - CODRONCHI, prélat italien.--II, 102. - - CODRUS.--I, 445. - - COIGNY (Henri de Franquetot, duc de), maréchal de France.--I, - 104*, 153. - - COLBERT, homme d'État français.--I, 146. - - COLCHEN (le comte), pair de France.--III, 252. - - COLLOREDO (Jérôme, comte de), général autrichien.--III, 98*. - - CONDÉ (Louis-Joseph de Bourbon, prince de).--I, 177*, 183, 203, - 204, 323.--II, 299.--V, 565. - - CONDILLAC (Etienne Bonnot de), philosophe français.--I, 85*. - - CONDORCET (M. Caritat, marquis de), philosophe français.--I, 85*, - 135. - - CONÉGLIANO.--Voir MONCEY. - - CONFLANS D'ARMENTIÈRES (Louis-Gabriel, marquis de), maréchal de - camp.--I, 158*, 159. - - CONINGHAM (marquise de).--III, 404. - - CONSALVI, cardinal, secrétaire d'État de la cour de Rome.--I, - 284*.--II, 119. - - CONSTANT (Benjamin), homme politique et écrivain français.--II, - 261.--III, 466. - - CONSTANTIN, grand-duc de Russie.--I, 407*, 414, 425.--II, 434, - 440, 445, 522. - - CONZIÉ (Louis de), prélat français.--I, 54, 59. - - COOK (H.), colonel anglais.--II, 145. - - COOK (Edouard), homme d'État anglais.--II, 374*, 526, 534. - - COPPENS (M. de), homme politique belge.--IV, 494*. - - CORCELLES (Claude de), homme politique français.--IV, 168*. - - CORDOVA (Louis-Fernandez de), général et diplomate espagnol.--V, - 207*, 217, 218, 252. - - CORMEREY (M. de).--I, 105, 106. - - CORNUDET (le comte), pair de France.--III, 252. - - CORNWALLIS (Charles lord), général et homme d'État anglais.--I, - 282*. - - CORSINI (M. de).--II, 493. - - COURLANDE (Charlotte-Dorothée de Medem, duchesse de).--II, 4*, 5, - 181*, 213. - - COURLANDE (Dorothée, princesse de).--Voir DINO. - - COURTIN, homme politique français.--III, 252. - - COUTURIER (l'abbé), supérieur du séminaire Saint-Sulpice.--I, 22*. - - CHEIDEMANN, conseiller d'État russe.--I, 414. - - CREUTZ (Gustave, comte de), diplomate suédois.--I, 46*. - - CROIX (le comte de), pair de France.--III, 252. - - CROMWELL.--I, 258. - - CROZAT DU CHATEL (Marie-Thérèse Gouffier du Heilly, marquise).--V, - 516. - - CROZAT DU CHATEL (Louis-François, marquis), lieutenant - général.--V, 516*. - - CRUSSOL (le bailli de).--III, 233. - - CUVELIER, intendant militaire autrichien.--III, 258. - - CUMBERLAND (Guillaume-Auguste, duc de).--V, 523*. - - CUMBERLAND (Frédérique de Mecklembourg-Strélitz, duchesse - de).--V, 166*. - - CURTEN (Maurice, chevalier de), lieutenant général.--V, 517*, - 524. - - CZARTORYSKI (le prince Adam).--II, 309*, 329, 389, 390, 443, 500, - 511, 515, 525, 528, 536, 547.--III, 51, 96, 115. - - CZERNICHEFF (A. de).--II, 352. - - -D - - DALBERG (Charles, baron de), prince primat de la confédération du - Rhin.--I, 417*, 428, 434, 437, 445, 446.--II, 219*, 232, 245. - - DALBERG (Émeric-Joseph, baron, puis duc de), homme d'État - français.--I, 418*.--II, 135, 149, 163, 168, 207, 208, 257 à - 260, 303, 359, 369, 400, 414, 423, 430, 432, 479, 492, 494, 508, - 520, 540, 546.--III, 113, 188, 212, 285, 333.--IV, 33, 70, 71, - 82, 94, 97, 109, 139, 140, 169, 206, 207, 267, 269, 320, 325, - 329, 339, 347, 378.--V, 171*. - - DALHOUSIE (lord), général anglais.--II, 142. - - DALMATIE (duc de).--Voir SOULT. - - DAMAS, acteur de la Comédie-Française.--I, 405. - - DAMBRAY (Charles-Henry, vicomte), homme d'État français.--II, - 173*, 518, 530. - - DAMOUR, diplomate français.--III, 26. - - DANTE.--I, 373. - - DANTZIG (duc de).--Voir LEFEBVRE. - - DARBERG (M. de).--I, 388. - - DARMSTADT (Louis, prince héréditaire, puis grand-duc de Hesse - Darmstadt).--I, 418*. - - DARU (le comte), homme d'État français.--I, 407*. - - DAUDÉ.--I, 58. - - DAUN (Léopold, comte de), feld-maréchal autrichien.--V, 522*, 524, - 525. - - DAUN (la comtesse de).--V, 525. - - DAUNOU (Pierre), homme politique français.--I, 247*.--II, 102. - - DAVOUST duc d'Auerstaedt, prince d'Eckmühl, maréchal de - France.--I, 406.--II, 79.--III, 160. - - DAWKINS, commissaire anglais en Grèce.--III, 436. - - DAZINCOURT (Joseph Albouis), directeur des spectacles de la - cour.--I, 402*, 403, 405, 429. - - DEBELLE (M.).--III, 251. - - DECAZES (Elie, duc), homme d'État français.--IV, 350. - - DECHEN (M. de).--I, 419. - - DEDEL, diplomate hollandais.--V, 88, 146, 166 à 169, 173, 175, - 194, 198, 324, 329, 330, 502. - - DEDELEY D'AGIER (le comte), pair de France.--III, 252. - - DEFFANT (Marie de Vichy-Chamrond, marquise du)--V, 517*. - - DEFERMONT, homme politique français.--III, 252. - - DEJEAN (François-André, baron), prélat français.--II, 76*. - - DEJEAN (François), général français.--III, 252. - - DEJEAN (Auguste, comte), général français.--III, 252. - - DELILLE (l'abbé), poète français.--I, 36*, 45, 60.--II, 309. - - DEMARÇAY (Marc-Jean), général et homme politique français.--IV, - 168*. - - DENBIGH (William-Basile Percy-Fielding, comte de), pair - d'Angleterre.--V, 97*. - - DENON (le baron), directeur général des musées.--I, 310*. - - DERBY.--Voir STANLEY. - - DESAIX (Louis-Antoine), général français.--I, 280*. - - DESCARTES.--I, 82. - - DESFOURNEAUX ( Etienne, comte), général français.--III, 249*. - - DESPORTES (Félix).--III, 252. - - DESPRÈS, acteur de la Comédie-Française.--I, 405. - - DESSAU (Léopold, prince d'Anhalt).--I, 417*. - - DESSOLLES (Jean), général français.--III, 154*. - - DESSOLLES (Irénée-Yves, baron), prélat français.--II, 104*. - - DEVAUX (Paul-Isidore), homme d'État belge.--IV, 166*, 215. - - DIEBITCH (Jean, comte de), feld-maréchal russe.--III, 400*.--IV, - 323. - - DIGEON (vicomte), général français.--III, 110*. - - DILLON (Arthur de), prélat français.--I, 27*, 31*, 49, 101. - - DILLON (Arthur, comte de), général français.--I, 160*. - - DINO (Edmond, comte de Périgord, duc de Dino, puis de - Talleyrand).--II, 4*, 5. - - DINO (Dorothée de Courlande, comtesse Edmond de Périgord, duchesse - de Dino, puis de Talleyrand et Sagan).--II, 5*, 208.--III, 333, - 337, 342, 459, 462, 465, 466.--IV, 172, 179, 181, 329, 469, - 495.--V, 9, 166, 174. - - DINO (Mademoiselle Pauline de).--V, 483. - - DION CASSIUS.--I, 444. - - DIRAT.--III, 252. - - DOLGOROUKI (le prince Georges), général et diplomate russe.--I, - 418*. - - DÖNHOFF (le comte), conseiller de légation prussien.--V, 20, 27. - - DORIA (Giovanni-Pamphili), cardinal italien.--II, 77, 109*, 111. - - DOMBROWSKI (Jean), général polonais.--I, 309*. - - DROUET D'ERLON, maréchal de France.--III, 153, 251. - - DROUOT, général français.--III, 251. - - DROUYEN DE L'HUYS (Édouard), diplomate et homme d'État - français.--V, 340, 341*. - - DUCHATEL (Charles-Marie Tanneguy, comte), homme d'État - français.--V, 351*. - - DUCHATEL.--V, 218. - - DUCHESNOIS (Mademoiselle), actrice de la Comédie-Française.--I, - 405*. - - DUCOS (le comte Roger), membre du Directoire.--I, 269, 273*. - - DUCREST (Charles-Louis, marquis), chancelier du duc d'Orléans.--I, - 170*, 171, 172, 178, 204. - - DUCREST.--Voir VILLENEUVE. - - DDUFRESNI.--I, 308. - - DUGNANI (Antoine), cardinal italien.--II, 109*, 111. - - DUKA (Pierre, comte), général autrichien.--II, 428*. - - DULAU (Jean-Marie), prélat français.--I, 31*, 32. - - DUMOLARD.--Voir BOUVIER. - - DUMONT (Pierre), publiciste suisse--I, 226*. - - DUMOURIEZ (Charles-François Duperrier), général français.--I, - 292*.--III, 307*, 308. - - DUNCANNON OF BESSBOROUGH (John-William, baron), homme d'État - anglais.--V, 444*, 445. - - DUNDAS (lord Melvil), homme d'État anglais.--I, 230*. - - DUPIN (André-Marie), magistrat et homme d'État français.--IV, - 21.--V, 11*, 12, 45, 131, 190, 361, 462. - - DUPONT DE L'ÉTANG (Pierre), général français.--I, 319*.--II, 478*, - 502, 505, 558. - - DUPONT DE L'EURE, homme politique français.--V, 56. - - DUPONT DE NEMOURS (Pierre), économiste français.--I, 37*, 105, - 106, 107. - - DUPORTAIL, ministre de la guerre.--I, 68*. - - DUPRAT (l'abbé).--V, 542. - - DUPUIS (Mademoiselle Rose), actrice de la Comédie-Française.--I, - 405. - - DURANT.--Voir MAREUIL. - - DURAS (Emmanuel de Durfort, duc de), maréchal de France.--V, 549*. - - DURAS (Angélique de Bournonville, maréchale duchesse de).--I, 5*. - - DURAS (Amédée de Durfort, duc de), pair de France.--II, 169*. - - DURBACH.--III, 252. - - DURFORT-BOISSIÈRES (le chevalier Joseph de).--V, 550*. - - DURFORT (Madame Étienne de).--II, 259. - - DURHAM (John-George Lambton, comte de), homme d'État - anglais.--III, 397*.--V, 20, 324*, 357, 409. - - DUROC, duc de Frioul, grand-maréchal du palais.--I, 294*, 301, - 311, 330, 346, 381, 401 à 403, 407. - - DUVAL (Pierre), recteur de l'Université.--I, 82*. - - DUVOISIN (Jean-Baptiste, baron), prélat français.--I, 51*.--II, - 44, 52, 64, 71, 78, 80, 84 à 86, 88 à 105, 108, 113, 116. - - DWERNICKI, général polonais.--IV, 221*. - - DZIALINSKI, gentilhomme polonais.--I, 310. - - -E - - EDELSHEIM (le baron d'), homme d'État badois.--III, 305, 308 à - 311. - - EGLOFFSTEIN (Auguste, baron d'), général saxon.--I, 416*. - - EINSIEDEL (le baron d'), homme d'État saxon.--I, 416.--II, - 291.--III, 105. - - ELISA.--Voir BACIOCCHI. - - ELISABETH, reine d'Angleterre.--II, 253. - - ELISABETH, impératrice de Russie.--I, 422*.--II, 307, 464, 495, - 499, 526.--III, 19, 22.--V, 541*, 542, 543. - - ELISABETH DE BOURBON (Madame).--I, 383. - - ÉLISABETH FARNÈSE, reine d'Espagne.--III, 88*. - - ELLENBOROUGH (Édouard Law, comte de), homme d'État anglais.--IV, - 451*. - - ELLICE (Édouard), homme d'État anglais.--V, 420*. - - EMERY (l'abbé Jacques-André), supérieur-général de l'ordre de - Saint Sulpice.--II, 41*, 52, 71, 78. - - ENGHIEN (Louis-Antoine-Henry de Bourbon, duc d').--I, 292, - 404.--III, 302, 306 à 311, 315, 316. - - EON DE BEAUMONT (Charles, chevalier d').--V, 545*. - - ERLON (d').--Voir DROUET D'ERLON. - - ESCOÏQUIZ (don Juan de), homme d'État espagnol.--I, 331* à 336, - 339 à 343, 352, 353, 362 à 365, 370, 375, 377 à 381. - - ESPARBÈS (Mademoiselle Toinard de Jouy, comtesse d').--V, 547*. - - ESPRESMÉNIL (Jean-Jacques du Val d'), conseiller au parlement.--I, - 188*, 191. 206, 207. - - ESSLING (prince d').--Voir MASSÉNA. - - ESTERHAZY DE GALANTHA (Paul-Antoine, prince), diplomate - autrichien.--III, 353, 373, 401*, 402.--IV, 79, 80, 103, 115, - 116, 133, 138, 142, 143, 393, 421, 498.--V, 5, 22, 37, 57, 184, - 298, 299, 303, 305, 328, 330. - - ESTERHAZY DE GALANTHA (Marie-Joséphine de Lichtenstein, - princesse).--III, 96*. - - ESTISSAC (Marie de la Rochefoucauld, duchesse d').--I, 5*. - - ESTRÉES (Louis Le Tellier, marquis de Courtenvaux, duc d') - maréchal de France.--V, 523*, 533. - - ETIENNE III, pape.--II, 47. - - ETIENNE V, pape.--II, 47. - - EUGÈNE (le prince).--Voir BEAUHARNAIS. - - EUGÉNIE BERNADOTTE, reine de Suède.--III, 50. - - EXELMANS, général français.--III, 252.--IV, 26*. - - EYRAGUES (le marquis d'), diplomate français.--V, 86, 160*, 162*, - 202. - - -F - - FABERT (Abraham), maréchal de France.--I, 120*. - - FABRE DE L'AUDE (le comte), pair de France.--III, 252. - - FABVIER (le baron), général français.--IV, 26*. - - FAGEL (Robert, baron de), général et diplomate hollandais.--III, - 148*.--IV, 435. - - FAIN (François, baron), conseiller d'État, secrétaire du cabinet - de l'empereur.--I, 406*. - - FALCK (Antoine Reinhard, baron), homme d'État hollandais.--III, - 374*, 375, 392, 423.--V, 53. - - FALKENSTEIN (le major de).--I, 417. - - FAUCHE-BOREL ( Louis) agent politique français.--III, 164*. - - FAVIER (Jean-Louis), diplomate français.--I, 58*. - - FELTRE (duc de).--Voir CLARKE. - - FERCOC, bibliothécaire du château de Valençay.--I, 383. - - FERDINAND VII, prince des Asturies, puis roi d'Espagne.--I, 318, - 331 à 336, 339, 340 à 344, 346, 351 à 353, 357, 359 à 372, 374, - 375, 377, 379 à 381, 386, 389, 390.--II, 34, 341.--III, 72, - 258.--V, 90*, 99, 104, 250, 457. - - FERDINAND 1er, roi des Deux-Siciles.--I, 265*, 302.--II, 225, 237, - 240, 241, 254, 293, 294, 306, 312.--III, 57, 67, 68, 85, 95, - 119, 180, 206, 220. - - FERDINAND II, roi des Deux-Siciles.--V, 289. - - FERDINAND, archiduc d'Autriche, grand-duc de Toscane, électeur de - Salzbourg, grand-duc de Wurtzbourg.--II, 223*, 242.--III, 62*, - 265. - - FERIA (marquis de).--I, 367. - - FERNAN-NUNÈS (comte de), diplomate espagnol.--I, 367*, 371, 374. - - FERRAND (Antoine-François-Claude, comte), homme d'État - français.--II, 173*. - - FESCH, cardinal français.--I, 260*, 423.--II, 51, 78, 96, 98. 99, - 100*, 101 à 105. - - FEUILLET, diplomate français.--V, 399, 411, 412, 413. - - FICQUELMONT (Charles-Louis, comte de), général et diplomate - autrichien.--V, 273*. - - FILANGIERI prince de Satriano, duc de Taormina (Charles), général - napolitain.--II, 456*, 473. - - FITZ-JAMES (M. de).--I, 160. - - FITZ-JAMES (Marie de Thiard, duchesse de).--I, 24*. - - FLAHAUT (Adélaïde Filleul), comtesse de Flahaut, puis marquise de - Souza.--I, 248*. - - FLAHAUT DE LA BILLARDERIE (comte de), général et diplomate - français.--III, 163*, 410 à 412, 417.--IV, 5*, 28, 29, 59, 62, - 64, 74, 311, 329, 344, 347, 387, 446, 488, 489.--V, 4, 22, 229, - 236. - - FLAHAUT DE LA BILLARDERIE (comtesse de).--IV, 344.--V, 22. - - FLAGERGUES, homme politique français.--III, 234, 235. - - FLÈCHE (Madame de la).--II, 25. - - FLÉCHIER, prélat français.--II, 80. - - FLEURY, cardinal et homme d'État français.--I, 20, 98.--V, 534*, - 547. - - FLEURY (M. de).--I, 59. - - FLEURY (l'abbé Claude), confesseur de Louis XV.--II, 40*. - - FLEURY (Anne d'Auxy de Monceaux, duchesse de).--I, 5*. - - FLEURY (Claudine de Montmorency-Laval, marquise de).--I, 161*. - - FLORIDA-BLANCA marquis de Miraflorès.--V, 336*, 337 à 339, 358, - 362, 363, 367, 377, 378*, 379, 380, 384, 422*, 425, 427, 428, - 430, 443, 447, 449, 451, 454, 464, 465, 468, 469, 471, 472. - - FOÈRE (l'abbé de), homme politique belge.--IV, 148*, 152, 159. - - FONCEMAGNE (Étienne de), sous-gouverneur du duc d'Orléans.--I, - 150*. - - FONTANA (François-Louis), cardinal italien.--II, 52*, 71. - - FONTANES (M. de), grand-maître de l'Université.--I, 435*.--II, 7, - 168. - - FONTENELLE, écrivain français.--I, 66, 82, 181. - - FONTENILLE (marquis de).--I, 128*. - - FORBIN-JANSON, homme politique français.--III, 252. - - FORELL (le baron de), diplomate saxon.--I, 361*. - - FOREST (Antoine, comte de la), diplomate français.--I, 294*, 387, - 388. - - FORMOND (M. de), diplomate français.--II, 207*.--III, 26*. - - FORNIER.--I, 95. - - FOSTER (Auguste-Jean), diplomate anglais.--V, 404*, 434. - - FOUCAULT, écuyer de M. de Talleyrand.--I, 383. - - FOUCHÉ, duc d'Otrante, ministre de la police.--I, 269*.--II, 7, 9, - 147, 257, 262.--III, 229, 233 à 236, 238, 239, 249 à 251, 254, - 255. - - FOULON (Joseph-François), conseiller d'État et intendant des - finances.--I, 57*, 60, 89, 95, 97.--V, 560. - - FOUQUET, surintendant des finances.--I, 172. - - FOURQUEUX (Michel Bouvard de), contrôleur général.--I, 106*, 107, - 108. - - FOX (Charles), homme d'État anglais.--I, 227*, 241, 283, 304, - 305.--III, 416. - - FRANCISCO, infant d'Espagne.--I, 339*, 381. - - FRANCK (Madame).--II, 300. - - FRANCKLIN.--II, 264. - - FRANÇOIS Ier, roi de France.--I, 65.--II, 57, 63. - - FRANÇOIS Ier, empereur d'Allemagne.--V, 515*, 516, 523, 528, 529. - - FRANÇOIS II comme empereur d'Allemagne et Ier comme empereur - d'Autriche.--I, 223, 277, 281, 298, 321, 424, 438, 439, - 449.--II, 10, 68, 150, 152, 258, 260, 283, 287, 310, 327, - 329, 351, 376, 397, 404, 408, 410, 411, 421, 422, 428, 461, 467, - 498, 509, 510, 527, 530, 538, 546, 547, 555.--III, 8, 24, 31, - 32, 42, 47, 56, 63, 67, 72, 81, 94, 120, 125, 163, 181 à - 183.--V, 204, 224, 270 à 274, 304, 393. - - FRANÇOIS Ier, roi des Deux-Siciles.--III, 455. - - FRANÇOIS IV (archiduc d'Autriche) duc de Modène.--II, 224*, 229. - - FRÉDÉRIC II, roi de Prusse.--I, 309, 316.--V, 524, 529, 542, 546, - 547, 570. - - FRÉDÉRIC-GUILLAUME III, roi de Prusse.--I, 298*, 303, 304, 315, - 396.--II, 150, 152, 162, 258, 286, 385, 386, 393, 395, 404, 440, - 443 à 445, 465, 469, 476, 538.--III, 52, 197, 274, 400, - 402.--IV, 329, 380, 391, 392, 495.--V, 38, 204, 271, 273, 274, - 395, 487, 509. - - FRÉDÉRIC II comme duc et 1er comme roi de Wurtemberg.--I, 294, - 296, 304, 419*, 428, 446.--II, 388, 510, 511*, 530, 540.--III, - 118, 163. - - FRÉDÉRIC-AUGUSTE 1er, roi de Saxe.--I, 310, 317*, 415, 446.--II, - 204, 219, 245, 246, 250, 283 à 285, 289, 290, 304, 306, 312, - 313, 332, 342 à 344, 350, 357, 387, 392, 393, 396, 397, 440, - 441, 450, 454, 461, 467, 472, 474, 480, 522, 525, 543, 544, 547, - 553, 553.--III, 4, 5, 8, 14, 16, 48, 53 à 55, 58, 61, 76, 84, - 93, 101, 102, 104*, 105. - - FRÉDÉRIC VI, roi de Danemark.--II, 363, 456. - - FRÉDÉRIC-GUILLAUME, prince royal de Prusse, plus tard roi sous le - titre de Frédéric-Guillaume IV.--III, 358*, 400, 402.--V, 509. - - FRÉDÉRIC-GUILLAUME-CHARLES prince des Pays-Bas.--Voir PAYS-BAS. - - FRÉDÉRIQUE-CATHERINE princesse de Wurtemberg, reine de - Westphalie.--I, 419. - - FRESSINET.--III, 252. - - FRÉTEAU DE SAINT-JUST (Emmanuel), conseiller au Parlement.--I, - 92*, 189, 191, 197. - - FREVILLE (M. de), conseiller d'État français.--V, 198*. - - FRIAS (le duc de), diplomate espagnol.--I, 367, 374.--V, 368, - 391*, 421, 475. - - FRIMONT (Jean-Philippe, comte de), général autrichien.--III, 98*, - 165, 229. - - FUNCK (le baron de), général saxon.--I, 415*. - - -G - - GABLENZ (M. de), chambellan du roi de Saxe.--I, 415. - - GABRIELLE (Jules), cardinal italien.--II, 49*. - - GAGARIN (le prince), aide de camp de l'empereur Alexandre.--I, - 414. - - GAGE (sir William Hall), amiral anglais.--V, 430*. - - GAGERN (baron Jean de), historien et diplomate allemand.--I, 279*. - - GALAIZIÈRE (le marquis Chaumont de la), conseiller d'État - français.--I, 105*, 106. - - GALITZIN (le prince).--I, 414. - - GALL (le baron de).--I, 416. - - GALLEBOIS (M. de), officier d'ordonnance du maréchal Berthier.--II, - 270. - - GALLES (Caroline de Brunswick, princesse de).--Voir CAROLINE. - - GALLOIS, marin français.--IV, 427, 433. - - GARNIER DE SAINTES, homme politique français--III, 252. - - GARRAU.--III, 252. - - GASCHET (L'abbé).--II, 42. - - GASCOYNE, général et homme politique anglais.--IV, 145*. - - GASSENDI (le comte), homme politique français.--III, 252. - - GENDEBIEN (Jean-François), homme politique belge.--III, 442*. - - GENLIS (Charles Brûlart, marquis de Sillery, comte de).--I, 162*, - 163. - - GENLIS (Félicité Ducrest de St-Aubin, marquise de Sillery, - comtesse de).--I, 162*, 163, 164, 171, 179, 248, 299, 300, 448; - III, 372, 445. - - GENOUDE (Antoine-Eugène de), journaliste français.--IV, 451*. - - GENTZ (Frédéric de), diplomate autrichien.--II, 279*, 280, 282, - 315, 318, 328, 340 à 342, 346, 347, 350, 429, 444; III, 30, 32, - 47. - - GEOFFRIN (Madame).--I, 48. - - GEORGEL (l'abbé Jean-François).--I, 92*. - - GEORGE II roi d'Angleterre.--V, 544*. - - GEORGE III roi d'Angleterre.--I, 221, 230, 276, 305; II, 203*, 221, - 379, 388, 400; III, 79; V, 544. - - GEORGE IV, prince régent, puis roi d'Angleterre.--II, 146, 301, - 396, 418, 436, 550, 551; III, 4, 168, 265 à 271, 404, 449. - - GEORGES. Voir CADOUDAL. - - GÉRARD, maréchal et homme d'État français.--III, 445; IV, 262*, - 264, 266, 271, 347, 474, 475; V, 30, 62, 65, 70, 73; V, 76, 85, - 448, 450. - - GÉRARD (La maréchale); III, 445. - - GERBIER (Pierre), avocat au parlement de Paris.--I, 105*, 106. - - GERLACHE (Étienne-Constantin, baron de), homme d'État belge.--IV, - 207. - - GERVAIS, conseiller d'État russe.--I, 414. - - GILLY, général français.--III, 251. - - GIRAC (François Bareau de) prélat français.--I, 59*. - - GIRAC (Madame de).--I, 58*. - - GIRALDO (don Pedro), colonel espagnol.--I, 339, 352, 353. - - GISE (M. de), homme d'État bavarois.--V, 441. - - GIULAY (le comte Ignace), général autrichien.--I, 301*. - - GLEICHEN (M. de).--I, 417. - - GLENELG (Charles Grant, lord), homme d'État anglais.--III, 460*. - - GLUCK.--I, 50. - - GOBLET D'ALVIELLA (le comte), général et diplomate belge.--IV, - 327*, 361, 362, 375, 479.--V, 16*, 45, 46, 393*, 394, 395, 397. - - GODERICH (Frédéric-John Robinson, comte de Ripon, lord vicomte), - homme d'État anglais.--III, 397*.--IV, 314, 317*.--V, 412, 446. - - GODOÏ, prince de la Paix (don Manuel).--I, 307*, 328 à 337, 340 à - 342, 345, 346, 351, 353 à 359, 361 à 365, 367, 378 à 381. - - GODOÏ, princesse de la Paix, (Madame).--I, 332*, 356. - - GODOÏ (don Diego).--I, 334. - - GOETHE.--I, 416, 426 à 429, 434, 436, 437, 441, 442. - - GOGEL (Alexandre), homme d'État hollandais.--II, 20*. - - GOHIER, membre du Directoire.--I, 269. - - GOISLARD.--Voir MONSABERT. - - GOLDBERG, homme politique hollandais.--II, 20. - - GOLTZ (Auguste-Frédéric, comte de), diplomate prussien.--I, 314*, - 419. - - GONTAUT (Charles, duc de).--V, 517 à 519, 530, 531, 533, 548. - - GONTAUT (Antoinette Crozat du Châtel, duchesse de).--V, 516*, 517, - 519. - - GORDON (sir R.), diplomate anglais.--IV, 154, 492*. - - GORLITZ (baron de).--I, 419. - - Gourieff (M. de), diplomate russe.--III, 366*.--IV, 425. - - GOURNAY (M. de).--I, 106. - - GOURVILLE (M. de), gentilhomme du Périgord.--I, 10. - - GOUVION (Jean-Baptiste), général français.--I, 68*. - - GOUVION-SAINT-CYR (Laurent), maréchal et homme d'État - français.--III, 238*. - - GOY (mylord).--V, 550. - - GRAHAM (sir James), homme d'État anglais.--V, 141*, 410, 412, 446. - - GRAMONT (Béatrix de Choiseul Stainville, duchesse de).--I, - 44*.--V, 547*, 548, 555, 583, 585. - - GRANT (Charles).--Voir GLENELG. - - GRANT (sir John), diplomate anglais.--V, 417, 420*. - - GRANVILLE (Thomas Leveson Gower, comte) diplomate anglais.--IV, - 85*, 91, 274, 362, 381, 385, 395 à 397, 402, 456.--V, 14, 15, - 21, 27, 28, 48, 67 à 69, 71, 108, 111, 112, 124, 125, 130, 140, - 145, 148, 151, 158, 206, 209, 212, 213, 227, 265, 279, 290, 304, - 357, 367, 373, 374, 395, 398, 401, 404, 405, 423, 461, 495. - - GRÉGOIRE LE GRAND, pape.--II, 53. - - GRÉGOIRE XIV, pape.--II, 70, - - GRÉGOIRE XVI, pape.--IV, 419, 422, 427, 433, 436, 444, 481, 483, - 496. - - GRÉGOIRE, colonel belge.--IV, 52*. - - GRENVILLE (William Wyndham lord), homme d'État anglais.--I, 229, - 305*. - - GRESSET, poète comique.--V, 517*. - - GREY (Charles, comte), homme d'État anglais.--III, 391*, 394, 396, - 397, 406, 407, 410, 414, 416, 418, 438, 466.--IV, 12, 14, - 15, 24, 56, 88, 132, 152 à 154, 237, 248, 258, 260, 271, 273, - 289, 292, 351, 358, 361, 370, 410, 423, 434, 437, 451, 455, 456, - 486.--V, 7, 19, 24, 30, 51, 52, 78, 85, 126, 132, 136, 137, 141, - 142, 151, 159, 201, 242, 243, 251, 255, 256, 293, 294, 296 à - 299, 301, 304, 305, 307 à 309, 311 à 313, 317, 343, 344, 353, - 358, 375, 408, 412, 413, 415, 416, 420, 424, 425, 442 à 446. - - GREY (Henry-Georges Howick, comte).--V, 445*. - - GREY (lady).--V, 22. - - GRIMALDI (don Geronimo, duc de), diplomate espagnol.--V, 545*. - - GRIMALDI (Joseph-Marie de), prélat italien.--II, 103*. - - GROLMANN (Charles-Guillaume de), général prussien.--III, 58*. - - GROS (Mademoiselle), actrice de la Comédie-Française.--I, 405. - - GROTE (Georges), historien et homme politique anglais.--V, 411*. - - GROUCHY (Emmanuel, marquis de), maréchal de France.--III, 251. - - GUIBOURG (M. de).--V, 50. - - GUILLAUME IV, roi d'Angleterre.--III, 340 à 342, 369, 371, 375, - 379, 391, 459.--IV, 13, 29, 147, 148, 226, 288, 293, 334, 434, - 452, 458.--V, 21, 23, 24, 71, 130, 141, 145, 174, 251, 254, 255, - 263, 312, 313, 327*, 354, 377, 380, 382, 384, 412, 420, 442 à - 444, 470, 472. - - GUILLAUME 1er, roi des Pays-Bas.--II, 221 à 223.--III, 128, 265, - 334, 339, 340, 345, 363, 364, 371 à 373, 381, 384, 393, 399, - 400, 411, 418, 422, 424, 431, 442, 444, 445, 449, 468, 469.--IV, - 3, 16 à 18, 27, 30, 35, 61, 78, 81, 99, 106, 150, 160, 172, 178, - 183, 191, 194, 195, 211, 231, 232, 238, 249, 250, 253, 255, 259, - 261, 264, 268, 270, 275, 278, 279, 281, 283, 287, 292, 296, 306, - 307, 317, 324, 328, 330, 337, 340, 343, 345, 346, 348, 354 à - 356, 368, 375 à 381, 385, 392, 406, 409, 416, 425, 428, 429, - 432, 435, 454, 455, 459 à 462, 466, 471, 472, 475, 476, 482, 493 - à 497.--V, 5, 16, 26, 27, 36, 38, 42, 47, 53, 57, 72, 77, 84, 86 - à 88, 146, 150, 159, 162, 168, 169, 175, 185, 186, 192 à 198, - 226, 260, 261, 264, 270*, 277, 323, 328*, 329, 391, 397, 485 à - 487, 488 à 492, 495, 496, 498 à 501, 503. - - GUILLAUME, prince d'Orange, prince royal des Pays-Bas et plus tard - roi sous le nom de GUILLAUME II.--III, 355, 372, 373, 377, 378, - 381, 386, 389, 390, 409, 416, 461, 463.--IV, 12 à 14, 16, 22 à - 27, 39 à 41, 50, 51*, 53, 62, 77 à 79, 86, 92, 116, 121 à 123, - 253, 263, 484, 486, 490. - - GUILLAUME, prince d'Orange et plus tard roi des Pays-Bas sous le - nom de GUILLAUME III.--III, 385. - - GUILLAUME 1er, prince royal, puis roi de Wurtemberg.--II, 25*, - 510, 524, 540. - - GUILLAUME IX.--voir HESSE-CASSEL. - - GUILLAUME, duc de Bavière.--Voir BAVIÈRE. - - GUILLAUME DE BADE.--Voir BADE. - - GUILLEMINOT*, général et diplomate français.--IV, 153 à 155, 159, - 161, 170, 226, 340*, 492*. - - GUIZOT, homme d'État français.--III, 360.--IV, 21.--V, 8, 39. - - GUSTAVE III, roi de Suède.--I, 93*. - - GUSTAVE IV, roi de Suède.--II, 383*.--III, 15*, 35, 36*, 50, 55. - - GUTAKOWSKI, gentilhomme polonais.--I, 310. - - GUTSCHMIDT (le baron de), général saxon.--I, 415. - - -H - - HAMMERSTEIN (Hans Detlef, baron de), ministre du duc - d'Oldembourg.--I, 416*. - - HAMILTON (Alexandre), général américain.--I, 241*, 244 à 247. - - HANNO, commissaire belge dans le Luxembourg.--V, 341*. - - HARDENBERG (Charles-Auguste, prince de), homme d'État prussien.--II, - 149, 279*, 280, 285, 319*, 320, 323, 345, 422, 431, 444, 457, 472, - 491, 493, 499, 523, 527, 528, 533, 539, 548.--III, 18, 20, 53, - 113, 188, 204. - - HARDI (l'abbé).--I, 15, 16. - - HAREL.--III, 252. - - HARISPE (Jean-Isidore, comte), maréchal de France.--V, 463*, 464. - - HARLAY (du), magistrat français.--II, 64. - - HARPE (Frédéric-César de la), homme politique suisse.--I, - 285*.--II, 304*, 309, 329.--III, 94, 95. - - HARPE (J. Fr. de la) écrivain français.--I, 135*. - - HARROWBY (lord).--III, 148.--IV, 451. - - HARVELAY (Madame d').--I, 107. - - HASTINGS (Warren), homme d'État anglais.--I, 226. - - HAUGWITZ (le comte d'), diplomate prussien.--I, 297, 298*, 301 à - 303, 306. - - HAUTERIVE (Alexandre-Maurice Blanc, comte d'), diplomate - français.--II, 148*, 258. - - HAVRÉ (Joseph-Anne-Auguste-Maximilien duc d'), pair de - France.--III, 249*. - - HÉLÈNE PAULOWNA, grande-duchesse de Russie.--IV, 249*. - - HELVÉTIUS (Claude-Adrien), philosophe français.--I, 84*. - - HÉNAULT (Charles), président au parlement de Paris.--I, 66. - - HÉNIN (Mademoiselle de Monconseil, princesse d').--I, 62*. - - HENRI II, roi de France.--I, 65. - - HENRI III, roi de France.--I, 65, 146. - - HENRI IV, roi de France.--I, 65, 146, 148, 149, 227.--II, 70, - 71.--V, 539*, 540, 588, 590. - - HENRI VIII, roi d'Angleterre.--II, 253. - - HENRI DE PRUSSE.--Voir PRUSSE. - - HENRI, lieutenant-colonel de gendarmerie.--I, 371, 382, 388. - - HERDA (baron de).--I, 416. - - HÉRICOURT (Louise Duché du Trousset d').--I, 45*, 46. - - HESSE-CASSEL (Guillaume IX, landgrave de).--II, 26*, 203, 221. - - HESSE-HOMBOURG (le prince de).--I, 417. - - HESSE-PHILIPPSTHAL (François, prince de).--I, 419*. - - HESSE-RHOTENBURG (le prince de).--I, 417. - - HEYDECOPER.--I, 233, 240. - - HEYTESBURY (William A'Court, baron), diplomate anglais.--IV, 108, - 118*. - - HIJAR (le duc d').--I, 367, 371. - - HILL (le vicomte), général anglais.--III, 460*. - - HINCMARD, ancien archevêque de Reims.--I, 19. - - HINUBER, général allemand.--IV, 163. - - HIRN (François-Joseph de), prélat français.--II, 103*, 105. - - HITROFF, général russe.--I, 414. - - HOBHOUSE, lord Broughton (John Cam), homme d'État anglais.--V, - 444*, 445. - - HOCHE, général français.--I, 261*. - - HOFF (Charles de), ministre d'État du duché de Saxe-Gotha.--I, - 416*. - - HOFFMANN (Jean-Godefroy de), diplomate prussien.--II, 540*. - - HOHENLOHE (le prince de).--I, 419. - - HOHENZOLLERN-HECHINGEN (le prince de).--I, 418.* - - HOHENZOLLERN-HECHINGEN (le prince héréditaire de).--I, 418. - - HOHENZOLLERN-SIGMARINGEN (Antoine, prince de).--I, 417*. - - HOLBACH (P. Thiry, baron d'), philosophe français.--I, 85*. - - HOLLAND (Henry-Richard Vassall Fox, lord), homme d'État - anglais.--III, 397*.--IV, 314, 316, 317*, 437, 451.--V, 22, - 296, 348, 353. - - HOOGWORST (Emmanuel Vanderlinden, baron d'), général belge.--III, - 390*. - - HÔPITAL (Paul Gallucio, marquis de l'), diplomate français.--V, - 541*. - - HOPPNER, consul anglais.--IV, 201, 224. - - HORTENSE DE BEAUHARNAIS, reine de Hollande.--II, 167.--IV, 179*, - 181. - - HOVEL (M. de).--I, 418. - - HOWARD DE WALDEN (Charles-Auguste Ellis, baron), diplomate - anglais.--V, 359*, 511, 512. - - HOWE (Richard William Penn, comte), pair d'Angleterre.--V, 97*. - - HOWICK.--Voir GREY. - - HUGON (le baron), amiral français.--V, 176*, 177. - - HULLIN, général français.--III, 252. - - HULLOT, gouverneur de M. de Talleyrand.--I, 16. - - HUMANN, homme d'État français.--V, 191. - - HUMBOLDT (Alexandre de), savant allemand.--I, 45*.--III, 358*. - - HUMBOLDT (Guillaume, baron de), homme d'État prussien.--II, 279, - 319, 323, 335, 346, 350, 354, 356, 412.--III, 113, 358, 402. - - HUME (David), philosophe et historien anglais.--V, 545*. - - HUSKISSON (William), homme d'État anglais.--V, 106*. - - -I - - IBRAHIM PACHA, prince égyptien.--V, 109, 126*, 142, 160, 175, - 188, 434, 493. - - INFANTADO (duc de l').--I, 335*, 336, 337, 339, 340, 352, 353, - 359, 362, 364, 365, 370, 374, 375, 377, 378. - - INNOCENT XI, pape.--II, 45*, 64, 80, 91. - - INNOCENT XII, pape.--II, 46*. - - INVAULT (Étienne Maynon d'), contrôleur général.--V, 583*. - - ISABEAU, greffier au parlement.--I, 200. - - ISABELLE, reine d'Espagne.--V, 93, 104, 105, 120, 278, 450, 455, - 456. - - ISABELLE DE PARME, impératrice d'Allemagne.--V, 582. - - ISABEY (Jean-Baptiste), peintre français.--III, 25*. - - ISENBOURG (le prince d').--II, 220. - - IZQUIERDO DE RIBERA Y LEZAUN, diplomate espagnol.--I, 330*, 346, - 369. - - -J - - JACOB, amiral français.--V, 402, 448. - - JACOBI KLOEST (le baron de), diplomate prussien.--II, 350*, 351. - - JAUCOURT (François, marquis de), homme d'État français.--II, 168*, - 305*, 310, 314, 330, 347, 351, 356, 379, 383 à 385, 400, 408, - 414, 417, 419, 440, 451, 474, 479, 507, 513, 515, 519, 530, 532, - 537, 553.--III, 6, 9, 10, 14, 15, 17, 26, 41, 47, 48, 57, 76, - 79, 83, 90, 115, 131, 135, 141, 143, 145, 164, 165, 187, 238. - - JAURÉGUI (don Thomas), officier espagnol.--I, 334. - - JEAN VI, roi de Portugal.--III, 350. - - JEAN, prince, puis roi de Saxe.--III, 387*, 390.--IV, 14, 426*. - - JEAN, archiduc d'Autriche.--II, 352*. - - JENISSON-WALLEVORT (François-Olivier, comte de), ministre de - Bavière à Londres.--V, 216. - - JÉRÔME, roi de Westphalie. Voir BONAPARTE. - - JERSEY (lady).--III, 457. - - JEPHERSON.--II, 264. - - JOINVILLE (le prince de).--IV, 174. - - JOLIVET (Jean-Baptiste, comte), ministre des finances de - Westphalie.--II, 23*, 24. - - JORDAN (de), conseiller d'État prussien.--II, 540. - - JOSEPH II, empereur d'Allemagne.--I, 177*.--V, 526, 582. - - JOSEPH, roi de Naples, puis d'Espagne. Voir BONAPARTE. - - JOSÉPHINE, impératrice des Français.--I, 295, 342, 422, 447, 448, - 451.--II, 7. - - JOUBERT, général français.--I, 270. - - JOURDAN, maréchal de France.--IV, 97*. - - JUDA, curé de Saint-Pé.--II, 139. - - JULES II, pape.--II, 70. - - JULIE.--I, 36. - - JUNOT, duc d'Abrantès, général français.--I, 319*, 330. - - -K - - KALITCHEFF (M. de), diplomate russe.--I, 278. - - KALKREUTH (Frédéric-Adolphe, comte de), feld-maréchal prussien.--I, - 314*. - - KANTZOW (chevalier de), chargé d'affaires de Suède à Lisbonne.--V, - 511. - - KAUNITZ-RIETBERG ( Venceslas-Antoine, comte puis prince de), - homme d'État autrichien.--I, 298.--III, 22.--V, 523*, 524 à 528. - - KELLER (Louis-Christophe, comte de), diplomate prussien.--I, 418*. - - KELLERMANN (François-Étienne), général français.--I, 280*. - - KERSABIEC (Mademoiselle de).--V, 50. - - KERSALAUN (comte de), gentilhomme breton.--I, 172. - - KETTELHUTT (M. de).--I, 417. - - KLÉBER, général français.--I, 271. - - KNESEBECK (Charles-Frédéric, baron de), feld-maréchal - prussien.--III, 120*. - - KOLLI.--I, 388. - - KOTZEBUE (Auguste, de), écrivain allemand.--I, 428*. - - KOURAKIN (prince), feld-maréchal et homme d'État russe.--I, 315*, - 321. - - KRUDENER (Julie de Wietinghoff, baronne de).--I, 80*. - - KRUDENER (Alexis-Constantin, baron de), diplomate russe.--III, - 108*. - - KRUDENER (M. de), diplomate russe.--IV, 77*, 78, 92. - - -L - - LA BÉDOYÈRE (Charles Huchet, comte de), général français.--III, - 150*, 251. - - LABENSKI (M.).--I, 414. - - LABORDE.--III, 251. - - LABRADOR (Pedro Gomes Kavelo, marquis de), diplomate espagnol.--I, - 370*, 378, 379.--II, 279, 282, 314, 318 à 324, 331, 335, 338, - 372, 381, 385, 452, 475, 493, 519, 531.--III, 10, 11, 16, 113. - - LACAVE, acteur de la Comédie-Française.--I, 405. - - LACÉPÈDE (le comte de), naturaliste et homme d'État - français.--III, 252. - - LACLOS (Pierre-Ambroise Choderlos de), général et écrivain - français.--I, 208*, 209, 210. - - LACROIX (Constant-Charles de), homme d'État français.--I, 252*. - - LA FAYETTE (Gilbert Motier, marquis de), général et homme - politique français.--I, 68*, 69.--III, 385.--IV, 21, 34, 94, - 322, 351.--V, 56, 403*. - - LAFFITTE (Jacques), homme d'État français.--III, 334*, 368, - 430.--IV, 33, 73, 82, 97, 100 108, 491. - - LAFONT, acteur de la Comédie-Française.--I, 405*, 431. - - LA FONTAINE.--I, 85, 254.--III, 387. - - LAGRANGE (Joseph-Louis de), savant français.--I, 134*. - - LALLEMAND (Charles-François-Antoine, comte), général - français.--III, 153*, 251.--IV, 26*. - - LALLEMAND (Henri-Dominique, baron), général français.--III, 251. - - LALLY-TOLLENDAL (Gérard, marquis de), homme d'État - français.--III, 148*. - - LAMARQUE (Maximilien, comte), général et homme politique - français.--III, 252, 334*, 440.--IV, 21, 133*, 322, 436, 467. - - LAMB (Sir Frédéric), diplomate anglais.--III, 461*.--IV, 151*, - 420.--V, 21, 111, 200, 209, 224, 300, 303 à 308, 341 à 343, 397, - 509, 510. - - LAMBALLE (le prince de).--I, 158. - - LAMBALLE ( Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan princesse - de).--I, 61*, 161, 201. - - LAMBERT (Charles-Guillaume), contrôleur général des finances.--I, - 189*. - - LAMBRUSCHINI, nonce du pape à Paris.--IV, 140. - - LAMOIGNON (Chrétien-François, marquis de), garde des sceaux.--I, - 184*, 185, 186, 189, 191, 196 205. - - LANGLOIS, précepteur de M. de Talleyrand.--I, 16, 17, 34. - - LANGSDORF (Émile, baron de), diplomate français.--III, 415*. - - LANNES, duc de Montebello, maréchal de France.--I, 300, 406. - - LANNES, duchesse de Montebello (la maréchale).--II, 10. - - LANNES, duc de Montebello (Napoléon), pair de France et - diplomate.--III, 253. - - LANSDOWNE (William Petty, marquis de), homme d'État anglais.--I, - 225*. - - LANSDOWNE (Henry Petty, marquis de), homme d'État anglais.--I, - 227*.--III, 397, 410.--V, 32*, 57, 84, 444. - - LAPLACE (P. Simon, marquis de).--I, 81*, 135. - - LA RÉVEILLÈRE-LÉPEAUX, membre du directoire.--I, 269. - - LA ROMANA (marquis de) général espagnol.--I, 330, 331*, 368. - - LASCY (Joseph, comte de), feld-maréchal autrichien.--V, 526*. - - LA TOUR-MAUBOURG ( Marie-Charles-César de Fay, comte de), général - français et pair de France.--III, 252. - - LATOUR-MAUBOURG ( Just de Fay, marquis de), général et diplomate - français.--IV, 170*. - - LATOUR-MAUBOURG (Armand-Charles-Septime, comte de), diplomate - français.--IV, 282, 285, 310, 327, 357, 361 à 363, 368, 372, - 373, 390, 395, 402.--V, 45, 46, 73, 361. - - LAUDERDALE (James Maitland, comte de), homme d'État anglais.--I, - 305*, 306. - - LAUDON (Ernest baron de), feld-maréchal autrichien.--V, 526*. - - LAUNAY (Jourdan de), gouverneur de la Bastille.--I, 125*. - - LAURAGUAIS, duc de Brancas, (Léon de), pair de France.--I, 36*. - - LAURISTON (Jacques-Bernard Law, marquis de), maréchal de - France.--I, 405*. - - LAUZUN.--Voir BIRON. - - LAVAL (Mathieu-Paul-Louis de Montmorency, vicomte de).--I, 160*. - - LAVAL (Catherine Tavernier de Boullongne, vicomtesse de).--I, 24*, - 107. - - LA VALETTE (Marie Chamans, comte de), directeur général des - postes.--I, 298*.--III, 251. - - LAVERDY (Clément de), contrôleur général.--V, 582*, 583. - - LAVOISIER (Laurent), savant français.--I, 134*. - - LAVRILLIÈRE (Louis Phélippeaux, comte de Saint-Florentin, duc - de).--V, 556*, 565. - - LAWOESTINE (la marquise de).--III, 445. - - LEBEAU (Jean-Louis-Joseph), homme d'État belge.--IV, 192*, 196, - 197, 201, 205, 211, 214, 493. - - LEBEL, valet de chambre de Louis XV.--V, 551, 552, 553, 556. - - LEBRUN, duc de Plaisance (Charles, prince), homme d'État - français.--II, 8*.--III, 252. - - LEBRUN (Denis Ecouchard), poète français.--I, 103*. - - LEBRUN (Marie-Louise Vigée), peintre.--I, 50*. - - LECOCQ (M.).--I, 419. - - LECOIGNEUX DE BELABRE (le marquis), conseiller au parlement.--I, - 92*, 189. - - LEFEBVRE duc de Dantzig, maréchal de France.--III, 252. - - LEFEBVRE duchesse de Dantzig, (la maréchale).--I, 13*. - - LEFEBVRE-DESNOUETTES (Charles, comte), général français--I, - 370.--III, 251. - - LEFEBVRE, diplomate autrichien.--III, 141*. - - LEHOC, médecin du collège d'Harcourt.--I, 15. - - LEHON (le comte), diplomate belge.--IV, 208*, 229, 232, 479.--V, - 166, 405. - - LEIKAM (M. de).--I, 417. - - LELORGNE D'IDEVILLE.--III, 252. - - LEMOS (Gil de).--I, 362. - - LEMOS.--V, 218. - - LÉON III, pape.--II, 47. - - LÉON X, pape.--II, 57*, 63. - - LÉON (évêque de).--V, 428, 431. - - LÉOPOLD DE SAXE-COBOURG-SAAFELD, roi des Belges.--I, 414*.--II, - 396, 523.--III, 421, 434, 435, 438 à 440, 463, 466 à 468.--IV, - 3, 11, 15, 26, 41*, 121, 122, 131, 148, 151, 152, 159, 160, 163, - 164, 166, 172*, 174, 177, 179, 186 à 190, 198, 199, 201, 205, - 207, 212, 214, 215, 217, 220, 222, 223, 225, 226, 230 à 234, - 236, 238, 240 à 244*, 248, 252 à 267, 272, 273, 276 à 281, 285, - 299, 305, 306, 328, 337, 343, 345, 357, 360 à 362, 366 à 377, - 402, 425, 454, 455, 459, 461, 463 à 467, 471, 473, 481, 485, - 492, 494.--V, 5, 16, 29, 31, 35, 36, 43, 165, 171, 187, 189, - 196, 395, 404, 405*, 406, 408, 409, 416, 418, 437. - - LÉOPOLD Louis-Philippe-Victor-Ernest, prince royal de - Belgique.--V, 405. - - LÉOPOLD.--Voir NAPLES. - - LEPELLETIER (Félix).--III, 252. - - LEPELLETIER (Louis-Michel, comte de Saint-Fargeau), conseiller au - parlement de Paris.--I,--193*. - - LERCHENFELD (comte de).--I, 418. - - LEROND (Madame).--I, 15. - - LESSART (Antoine de Valdeck de), homme d'État français.--I, 220*. - - LESSING, poète allemand.--I, 426. - - LEUCHTENBERG (Auguste-Charles-Eugène-Napoléon, prince - d'Eichstaedt, duc de).--III, 378*, 386, 390, 467.--IV, 6, 26, - 28, 35, 39, 41, 45, 55, 58, 59, 62, 67, 487, 488, 490.--V, 229 à - 235, 239, 242, 243, 255*, 256. - - LEYEN (prince de la).--I, 418*.--II, 323*. - - LIANCOURT.--Voir LA ROCHEFOUCAULD. - - LICHTENSTEIN (Prince Jean de).--I, 301*, 323. - - LIEVEN (Christophe Andreiewitch, prince de), général et diplomate - russe.--III, 367*, 368, 403, 404, 418, 419, 425, 437, 456.--IV, - 78, 80, 92, 121, 187, 224, 259, 355, 420.--V, 5, 22, 37, 40, 41, - 48, 71, 97, 105, 130, 151, 163, 183 à 185, 217, 248, 301, 302, - 318, 323, 325, 326, 331, 368, 403, 404, 500. - - LIEVEN (Dorothée de Benkendorf, princesse de).--III,404*, 405, - 406, 456.--IV, 12, 248.--V, 157. - - LILLE (comte de).--Voir LOUIS XVIII. - - LILLE (de), officier français.--I, 153*, 154. - - LIMA, vicomte de Carreira (Louis-Antoine d'Abrene), diplomate - portugais.--V, 441*, 454. - - LIMON (Geoffroy, marquis de), contrôleur général du duc - d'Orléans.--I, 178*, 179, 263. - - LIPPE (comtesse de la).--II,427. - - LIVERPOOL (Robert Jenkinson, comte de), homme d'État - anglais.--III, 45*. - - LOBAU.--Voir MOUTON. - - LOBO, diplomate portugais.--III, 113. - - LOCKE, philosophe anglais.--I, 81, 84. - - LONDONDERRY (Charles-William Stewart, marquis de), homme d'État - anglais.--II, 349* 353, 374, 409, 429, 539, 544, 545.--III, 21, - 113, 172, 175, 298.--IV, 313, 314, 317*, 324.--V, 463*. - - LONGUEVILLE (la duchesse de).--V, 588. - - LORRAINE (Charles, prince de), feld-maréchal autrichien.--V, 524*. - - LORRAINE (princesse, Charlotte de).--I, 93. - - LOUIS LE DÉBONNAIRE, roi de France.--II, 47, 101. - - LOUIS IX (Saint-), roi de France.--IV, 105. - - LOUIS XI, roi de France.--V, 585. - - LOUIS XII, roi de France.--II, 70, 163. - - LOUIS XIII, roi de France.--I, 146, 166. - - LOUIS XIV, roi de France.--I, 4, 53, 66 à 68, 98, 116, 117, 146, - 149, 166, 172, 227, 420, 428.--II, 11, 46, 76, 129, 164, 269, - 313, 354.--IV, 321. - - LOUIS XV, roi de France.--I, 4, 66, 146.--II, 12, 269.--V, 517, - 518, 532 à 534, 547, 548, 551 à 554, 556, 561 à 565, 582, 585, - 588 à 590. - - LOUIS XVI, roi de France.--I, 23*, 24, 34, 67, 72, 97, 99, 101 à - 106, 111, 124, 128, 130, 137, 138, 140, 146, 148, 156, 171, 172, - 175, 183 à 185, 187, 189 à 193, 196 à 200, 203 à 205, 221 à 224, - 274, 292.--II, 164,283.--V, 529, 589. - - LOUIS XVIII, roi de France.--138, 260, 287.--II, 39, 131, 146, - 165, 169, 172, 173, 204, 206, 211, 212, 214, 238, 249, 252, 255, - 263, 277, 281, 290, 298 à 300, 306, 307, 310 à 312, 317, 326, - 335, 350, 355, 359, 360, 363, 372, 380, 382, 389, 398, 403, 409, - 418, 421, 422, 427, 434, 443, 450, 457, 463, 473, 483, 492, 494, - 495, 501, 503, 505, 508, 514, 516, 518, 521, 530, 533, 536, 542, - 550, 551, 554, 566.--III, 3, 4, 7, 10 à 13, 16, 19, 23, 31, 32, - 39, 42, 46, 50, 51, 56, 61, 76, 77, 80, 84 à 87, 93, 98, 102 à - 104, 109, 113, 115, 117, 118, 121, 123, 125, 127, 129, 131, 132, - 134, 139, 140, 142, 143, 145, 146, 149, 151, 153, 155 à 161, - 164, 166, 167, 180, 182, 184 à 186, 188, 189, 194, 228 à 238, - 243, 250, 253 258, 265, 268, 274, 275, 277, 289, 296, 298, 299, - 316, 319, 345.--IV, 82. - - LOUIS-PHILIPPE, roi des Français.--I, 164.--II, 155.--III, 150 à - 155, 157, 159*, 160, 174, 327 à 330, 342, 360, 369, 372, 376 à - 378, 380, 387, 393, 411, 421, 429, 430, 440, 441. 451, 454, 457, - 459, 464.--IV, 5, 7, 9, 11 à 13, 29, 31, 34, 41, 48, 50, 52, 55, - 60, 68, 71, 75, 86, 88, 94, 97, 105, 106, 132, 173, 175, 179, - 205, 206, 243, 249, 251, 252, 255 à 259, 261, 264, 273 à 275, - 283, 289, 296, 297, 303, 305, 307, 308, 312, 321, 325, 331, 336, - 340, 345, 352, 354, 357, 360, 361, 363, 368, 369, 371, 372, 378, - 381, 382, 388, 400, 405, 411, 413, 415, 416, 427, 442 à 448, - 453, 459*, 461, 464, 465, 468 à 470, 474 à 478, 481 à 484.--V, - 6, 10, 22, 35, 38, 39, 45, 55, 65 à 67, 78, 91, 109, 130, - 141, 164, 174, 229, 231, 253, 254*, 263 à 265, 269, 270, 278, - 279, 295, 311, 335, 346 à 348, 352, 354, 369, 372, 374, 398, - 404, 406, 416, 423, 424, 441, 448, 452, 455 à 457, 464, 470, - 475, 477, 478, 480, 488, 489, 503, 504. - - LOUIS I, roi de Bavière.--III, 437.--IV, 9, 322, 349, 426.--V, - 441. - - LOUIS II, duc de Parme, roi d'Étrurie.--I, 328.--II, 519, 351. - 383*, 493.--III, 38. - - LOUIS, dauphin de France.--V, 579*. - - LOUIS (Louis-Dominique, baron), homme d'État français.--I, 89* - 92.--II, 135, 257.--III, 238, 259, 285.--IV, 448. - - LOUISE, reine de Prusse.--I, 303, 316. - - LOUISE D'ORLÉANS, reine des Belges.--IV, 459*, 461, 466, 468, - 473.--V, 5, 405, 406. - - LOULÉ (le marquis de) homme d'État portugais.--V, 229*, 265. - - LOULÉ (Anne de Bragance, marquise de).--V, 265. - - LOUVOIS, homme d'État français.--I, 146. - - LOUVOIS (Auguste-Michel, marquis de), pair de France.--III, 249*. - - LOWENHIELM (Gustave de), diplomate suédois.--II, 331, 334, 345*, - 347.--III, 50, 113. - - LUCAIN, poète latin.--II, 532. - - LUCCHESINI (Jérôme, marquis de), diplomate prussien.--I, 279*, - 308. - - LUCIEN.--Voir BONAPARTE. - - LUDOLF (le comte de), diplomate napolitain.--V, 441. - - LUIS (don), infant d'Espagne.--I, 333. - - LURDE (le comte de), diplomate français.--V, 232*, 233, 236, 243, - 246, 247. - - LUTHER.--I, 80.--II, 43. - - LUXEMBOURG (Anne de Montmorency, chevalier de), maréchal de - camp.--I, 165*. - - LUXEMBOURG (Madeleine-Angélique de Neufville-Villeroi, maréchale, - duchesse de).--I, 36*.--V, 530*. - - LUYNES (Marie Brûlart de la Borde, duchesse de).--I, 5*. - - LUYNES (Élisabeth de Montmorency-Laval, duchesse de).--I, 24*, - 105. - - LYNCH (Jean-Baptiste, comte), maire de Bordeaux, pair de - France.--II, 143*, 144. - - LYNDHURST (John-Singleton Copley, baron de).--IV, 451*, 452. - - -M - - MACANAZ (Don Pedro), homme d'État espagnol.--I, 367*, 371, 378. - - MACDONALD, duc de Tarente (Alexandre), maréchal de France.--I, - 267*.--II, 153, 166.--III, 107, 132, 151, 152, 155, 157. - - MACHAULT, comte d'Arnouville (Jean-Baptiste de), homme d'État - français.--I, 25*, 26.--V, 522*, 585. - - MACHIAVEL.--II, 160. - - MACK DE LIEBERICH (Charles, baron de), général autrichien.--I, - 296*. - - MACKINTOSH (sir James), écrivain et homme politique anglais.--IV, - 90*. - - MACLAGAN, homme politique belge.--IV, 22*. - - MADINIER, agent de change.--I, 95. - - MAHMOUD II, sultan ottoman.--59, 95, 115, 116, 118, 124, 125, 163, - 175, 176, 179, 182 à 184, 210, 211, 226, 305, 321, 434, 493, - 494. - - MAIRAN (Jean-Jacques Dortous de), écrivain français.--I, 66*, 82. - - MAISON (Joseph, marquis), maréchal de France.--III, 236, 362*, - 371, 373, 376, 378, 380, 398.--V, 21, 112, 224, 315, 331*, 360, - 395, 500. - - MALACHOWSKI, gentilhomme polonais.--I, 310. - - MALCOLM, amiral anglais.--V, 42, 43, 48, 53, 162 à 164, 166, 177, - 179. - - MALESHERBES (Chrétien-Guillaume de Lamoignon de), homme d'État - français.--I, 42*, 53, 215. - - MALMESBURY ( James-Harris, comte de), diplomate anglais.--I, 256*. - - MALOUET (Pierre-Victor, baron), homme d'État français.--I,70*. - - MANNAY (Charles), prélat français.--I, 51*.--II, 52, 71, 78, 88, - 99, 101, 103, 105, 108, 116. - - MARBOIS.--Voir BARBÉ-MARBOIS. - - MARBOT (baron de), général français.--III, 252. - - MARC-AURÈLE, empereur romain.--II, 327. - - MARCHAND (Jean-Gabriel, comte), général français.--III, 111*. - - MARCOLINI (le comte), homme d'État saxon.--I, 415*. - - MARET, duc de Bassano (Hugues), homme d'État français.--I, 51*, - 407.--II, 7.--III, 156. 304.--IV, 378, 449, 488. - - MARET, duchesse de Bassano, (Madame).--I, 300*. - - MAREUIL (le baron Durant du), diplomate français.--IV, 184*, 212, - 235, 435, 451, 454, 456, 459, 463 à 465, 478, 479.--V, 4, 18 à - 21, 28, 32, 74 à 78. - - MARIA II, reine de Portugal.--III, 349*, 350.--IV, 216, 252, 274, - 445.--V, 69, 92, 94, 103*, 104, 199, 203, 205 à 207, 214, 215, - 217, 228 à 230, 232 à 234, 237, 239, 241, 243, 246, 249, 254 à - 256, 259, 260, 263 à 265, 336, 393, 501, 512. - - MARIA-THÉRÉSA, infante d'Espagne.--I, 333. - - MARIE-AMÉLIE, reine des Français.--III, 459.--IV, 174, 416, 461, - 468, 474.--V, 174, 229. - - MARIE-AMÉLIE-AUGUSTE DE BAVIÈRE, reine de Saxe.--III, 105. - - MARIE-ANTOINETTE, reine de France.--I, 23, 60, 63, 90, 91*, 92, - 93, 95, 103, 108, 176, 177, 222.--V, 529, 589, 590. - - MARIE-CAROLINE (Charlotte), reine des Deux-Siciles.--II, 295, 304. - - MARIE-CHRISTINE, reine d'Espagne.--V, 104, 343. - - MARIE-ISABELLE, régente de Portugal.--V, 238. - - MARIE LECZINSKA, reine de France.--I, 4*. - - MARIE-LOUISE, impératrice des Français.--II, 6, 10, 99, 117, 146, - 150, 154, 155, 162, 167, 307, 351, 424, 442, 475, 498, 519, - 535.--III, 22, 59, 63, 65, 86 à 88, 127, 147, 163, 174, 182, - 183. - - MARIE-LOUISE-BÉATRIX D'ESTE, impératrice d'Autriche.--II, 283, - 307, 310, 397.--III, 19, 23, 41. - - MARIE-LOUISE, reine d'Espagne.--I, 331, 332, 335, 344, 345, 355, - 358, 368, 379, 381. - - MARIE-LOUISE, reine d'Étrurie.--I, 328, 361, 368, 381.--II, 225, - 240, 242, 432, 452, 475, 493, 498, 535, 552.--III, 62, 63, 87, - 88, 220. - - MARIE-THÉRÈSE, impératrice d'Allemagne.--V, 515*, 522, 523, 525, - 527 à 529. - - MARIOTTI (le chevalier), consul de France.--II, 512*. - - MARKOFF (Arcadi Ivanovitch, comte), diplomate russe.--I, 278*, - 279. - - MARMONT, duc de Raguse, maréchal de France.--II, 31, 162, - 178.--III, 158. - - MARMONTEL (Jean-François), écrivain fiançais.--I, 46*. - - MARSAN (Marie-Louise de Rohan Soubise, comtesse de).--I, 5* - - MARTIN Ier, pape.--II, 53. - - MARTIN, commissaire de police.--II, 258. - - MARTIN (le baron de).--I, 540, - - MARTIN (M.), ministre de France à Hanovre.--V, 21. - - MARTINEZ DE LA ROSA (Francisco), homme d'État espagnol.--V, 315*, - 317, 359, 373, 378, 379, 400, 418, 421, 425, 426, 471, 510, 511. - - MARXHANSKY (M. de).--I, 415. - - MASSÉNA, duc de Rivoli, prince d'Essling, maréchal de France.--I, - 268*.--II, 30.--III, 128, 252. - - MASSERANO (Carlo Ferrero-Fieschi, prince), grand maître des - cérémonies du roi Joseph.--I, 345*. - - MASSIAS (Nicolas, baron), diplomate français.--III, 307*, 310. - - MASTIN (l'abbé de).--V, 550. - - MASUYER (Mademoiselle).--IV, 180. - - MATHIEU, comte de la Redoute (Maurice), général français.--III, - 107*. - - MATUSIEWICZ (André-Joseph, comte de), diplomate russe.--III, 358*, - 363, 368, 373, 403, 415, 456, 457.--IV, 35, 92, 187, 259.--V, - 40, 41, 48, 71, 105, 150*, 156*, 158. - - MAUBREUIL D'ORSVAULT (Marie-Armand Guerri, marquis de).--III, - 302*, 319 à 322.--IV, 421*. - - MAUGUIN (François), homme politique français.--III, 334*, - 440.--IV, 21, 171, 304, 322, 436.--V, 310. - - MAUPEOU, homme d'État français.--I, 190.--V, 557*, 565, 585. - - MAUPERTUIS (Moreau de), écrivain français.--I, 83*. - - MAUREPAS (Jean Phelippeaux, comte de), homme d'État français.--I, - 42*, 156.--V, 585. - - MAURRIQUE (don José).--I, 331. - - MAURY (Jean), cardinal français.--II, 51*, 75, 76, 78, 106, 116. - - MAXIMILIEN-JOSEPH IV, comme duc et 1er comme roi de Bavière.--I, - 294*, 304, 403, 419, 446.--II, 302*, 376, 381, 412, 413, 473, - 547.--III, 79. - - MAYENWORTH.--V, 431. - - MAYNON.--Voir D'INVAULT. - - MECKLEMBOURG-SCHWERIN (Frédéric-François, duc de).--I, 416*. - - MECKLEMBOURG-STRELITZ (Georges-Frédéric, prince héréditaire, puis - duc de).--I, 416*. - - MEDEM (comte de), diplomate russe.--V, 117*, 119, 120, 130, 431, - 460. - - MÉDINA-COELI (duc de).--I, 367, 374. - - MEERVELDT (comte de), diplomate autrichien.--II, 441. - - MÉHÉE-LATOUCHE.--III, 252. - - MÉHÉMET-ALI, pacha d'Égypte.--V, 59, 90, 95, 96, 108, 115 à 119, - 124, 125, 141, 142, 180 à 184, 306, 307, 321, 326, 344, 402, - 434, 493, 494. - - MEILHAN (Gabriel Sénac de), écrivain et administrateur - français.--I, 60*, 89. - - MÉJAN (Étienne comte), homme politique français.--IV, 488*. - - MELBOURNE (W. Lamb, vicomte), homme d'État anglais.--III, - 397*.--IV, 230, 442 à 444. - - MELLINET (François-Aimé), général français passé au service de la - Belgique.--III, 252.--IV, 102*. - - MELZI D'ERIL (François), grand chancelier et garde des sceaux du - royaume d'Italie.--I, 289*. - - MÉNANDRE, poète grec.--I,64. - - MÉNEVAL (François, baron de), secrétaire du cabinet de - Napoléon.--I, 406*. - - MERCY (M. de).--II, 328. - - MERCY-ARGENTEAU (François, comte de), diplomate autrichien.--I, - 91*, 93. - - MERLIN DE DOUAY, homme d'État et magistrat français.--I, 261, - 269.--III, 252. - - MERLIN DE DOUAI (Madame).--I, 261. - - MÉRODE (Philippe-Félix, comte de), homme d'État belge.--III, 385*, - 386 à 390, 467.--IV, 9. 148, 156.--V, 395*. - - MESNARD (Louis-Charles, comte de), premier écuyer de la duchesse - de Berry.--V, 50*. - - METTERNICH-WINNEBOURG-OCHSENHAUSEN (Clément-Wenceslas-Lothaire - prince de).--II, 15, 151, 152, 163, 259, 265, 269, 270, 278 à - 280, 289, 290, 304, 307 à 309, 314 à 321, 328 à 338, 341 à 346, - 351,357, 358, 361, 365, 375, 376, 379, 381, 386 à 388, 395, 397, - 400 à 402, 406, 408, 410, 411, 416, 418 à 424, 427 à 433, 435, - 439, 441, 443 à 450, 453 à 458, 461, 466 à 477, 484, 488, 491, - 493, 498 à 500, 509 à 513, 524 à 528, 531 à 535, 538, 539, 542 à - 548, 551, 556, 557, 562, 566, 567.--III, 3, 5, 8*, 11, 12, - 16, 17, 20, 21, 28, 31, 32, 42, 49, 59, 63 à 65, 67, 68, 75, 79 - à 82*, 83 à 85, 87, 89, 90, 94 à 106, 113, 114, 119, 139, 162, - 165, 172, 175, 181, 183, 188, 204, 227, 238, 239, 276, 297, 358, - 400.--IV, 138, 140, 321, 350, 421, 422.--V, 21, 112, 128, 129, - 134, 142, 143, 144*, 148, 149, 180 à 183, 200, 204, 209, 224, - 263, 271 à 275, 293, 297*, 298 à 308, 341 à 344, 397, 403, 494 à - 499, 503, 508 à 510. - - METTERNNICH (Mademoiselle de).--III, 97. - - MICHIELS, diplomate belge.--IV, 191*. - - MIGNET (François-Auguste-Marie), historien français.--IV, 350. - - MIGUEL (dom), infant de Portugal.--III, 349* à 352.--IV, 81, 109, - 145, 181, 201, 210, 216, 310, 445.--V, 63, 69, 73, 91 à 93, 102, - 103, 120 à 122, 139, 186, 199, 214, 218, 230, 236 à 241, 249, - 257, 263, 278, 336, 338, 359, 361, 378, 417 à 422, 427, 429, - 447, 451, 510, 511. - - MINA, chef de bandes pendant la guerre d'Espagne.--II, 384. - - MINTO (Gilbert Elliot comte de), diplomate anglais.--IV, 495.--V, - 19*, 58, 64, 70, 247, 298, 307, 434, 509. - - MIOLLIS (François, comte) général français.--II, 49*. - - MIRABEAU (Honoré-Gabriel Riquetti de).--I, 36*, 215. - - MIRABEAU (Madame la comtesse de).--V, 390*. - - MIRAFLORÈS.--Voir FLORIDA-BLANCA. - - MIREPOIX (Anne de Beauvais Craon, princesse de).--V, 555*. - - MIROMESNIL (Armand Hue de), homme d'État français.--I, 90*, 102. - - MITHRIDATE.--I, 430.--II, 124. - - MOLÉ (Mathieu), magistrat et homme d'État français.--III, 253*. - - MOLÉ (Mathieu-Louis, comte), homme d'État français.--III, 253*, - 329, 330, 333, 335, 342, 344, 346, 348, 352, 353, 357, 359, 361, - 363, 368, 371, 373, 449, 452, 454, 457.--IV, 350.--V, 347. - - MOLLENDORF (le comte de), feld-maréchal prussien.--I, 309*. - - MOLLIEN (comte), homme d'État français.--II, 9*, 148, 258. - - MOLTKE (le baron de).--I, 419. - - MON (don Arias), gouverneur de Castille.--I, 352. - - MONCEY duc de Conegliano, maréchal de France.--III, 252, 307, 310, - 311. - - MONCK.--I, 271, 273. - - MONCRIF (François Paradis de), écrivain français.--V, 550*. - - MONGE (Gaspard), savant français.--I, 135*. - - MONSABERT (Goislard de), conseiller au parlement de Paris.--I, - 206. - - MONTAIGNE, écrivain français.--I, 81. - - MONTALIVET (le comte Bachasson de), homme d'État français.--IV, - 82*. - - MONTAZET, prélat français.--I, 25*. - - MONTAZET (le comte de), diplomate français.--V, 525. - - MONTESQUIEU, écrivain français.--I, 66, 84, 389, 435.--II, 27. - - MONTESQUIOU (François-Xavier-Marc-Antoine, abbé de), homme d'État - français.--II, 172*, 209. - - MONTESQUIOU-FEZENZAC (Pierre, comte de), pair de France.--I, 402*. - - MONTESQUIOU (Anatole, comte de), général et diplomate - français.--III, 120*, 454*. - - MONTESQUIOU (Madame de), gouvernante du roi de Rome.--III, 120, - 125, 126, 252. - - MONTESSON (Charlotte Béraud de la Haie de Riou, marquise de).--I, - 43*, 49, 59. - - MONTEYNARD (Louis-François, marquis de), lieutenant-général, - secrétaire d'État à la guerre.--V, 565*. - - MONTFORT (comte de).--Voir JÉRÔME BONAPARTE. - - MONTGELAS (Maximilien Garnerin, baron de), homme d'État - bavarois.--I, 419*. - - MONTHION, général français.--I, 368*. - - MONTHOLON (Madame de).--Voir SÉMONVILLE. - - MONTMORENCY (Valentine de Harchies, comtesse de).--I, 300*. - - MONTMORENCY (Mathieu de), député à l'Assemblée constituante.--I, - 13*. - - MONTMORENCY (Raoul, duc de).--V, 187*. - - MONTMORIN-SAINT-HEREM (Armand, comte de), homme d'État - français.--I, 102*, 204. - - MONTROND (Casimir, comte de).--III, 162*. - - MONVILLE (Thomas Boissel de), pair de France.--I, 160*. - - MORANDE (Charles Thévenot de), journaliste français.--I, 70*.--V, - 584*. - - MOREAU (Victor), général français.--I, 266*, 267, 270, 279, 280, - 292.--III, 303. - - MOREAU, architecte.--III, 25. - - MORENO, général espagnol.--V, 443. - - MORIER (sir Robert), diplomate anglais.--V, 433*. - - MORNARD, secrétaire de M. de Talleyrand.--I, 387. - - MORRIS (Madame Robert).--I, 239. - - MORTEMART (Éléonore de Montmorency, marquise de).--I, 300*. - - MORTEMART (le duc de), diplomate français.--III, 465.--IV, 34, - 92*, 108, 119, 135, 229, 329. - - MORTIER, duc de Trévise, maréchal de France.--I, 406.--II, - 162.--III, 129, 132, 153 à 160, 252, 334, 464.--IV, 111. - - MORTIER (le baron Hector), diplomate français.--IV, 322*.--V, 338, - 359, 390, 393, 396, 414, 441, 511, 512. - - MOS (le marquis de), grand maître du palais du roi d'Espagne.--I, - 354, 362. - - MOSBOURG.--Voir AGAR. - - MOSCOSO DE ALTAMIRA (don José Maria de).--V, 391*. - - MOULINS, membre du Directoire.--I, 269. - - MOUNIER (Claude, baron), administrateur français.--IV, 379*. - - MOURAWIEFF-KARSKI (Nicolas, prince), général russe.--V, 115*, 117 - à 119, 138, 444. - - MOUTON-DUVERNET, général.--III, 251*. - - MOUTON, comte de Lobau, maréchal de France.--III, 252.--IV, 474. - - MUCEY, agent des émigrés.--III, 304. - - MÜLINEN (Frédéric de), homme d'État suisse.--III, 102*. - - MÜLLER (Frédéric de), chambellan du duc de Saxe-Weimar.--I, 441, - 442. - - MÜLLER (Jean de), historien allemand.--I, 309*, 426, 435, 441, - 445, 446. - - MÜNCH-BELLINGHAUSEN (Joachim, comte de), diplomate - autrichien.--IV, 133*, 141 à 143, 164, 191. - - MUNSTER (Ernest-Frédéric, comte de), homme d'État hanovrien.--II, - 256*, 354, 367, 379, 399, 427, 508, 509, 512, 524, 525, 536, - 539. - - MURAT (Joachim), grand-duc de Berg, puis roi de Naples.--I, 304, - 309, 311, 360 à 365, 367, 369, 378 à 381.--II, 9, 12, 14 à 17, - 121, 137, 204, 225, 239, 241*, 242, 257, 293, 323, 332, 341, - 344, 361, 423, 424, 432, 433, 441, 442, 456, 473 à 475, 488, - 498, 512 à 515, 520, 521, 529 à 531, 536, 537, 549.--III, 8*, - 15, 40, 49, 57, 66 à 69, 73 à 76, 80, 81, 85, 87, 90, 95, 99, - 100, 104, 114, 118, 119, 128, 133, 140*, 164, 165, 167, 179 à - 184, 208. - - MURAT (Caroline Bonaparte), grande-duchesse de Berg, puis reine de - Naples.--II, 14 à 16, 147, 476, 488.--III, 8*. - - MUSQUIZ (M.).--I, 370, 378. - - -N - - NALET, intendant des vivres.--V, 551, 552, 554. - - NAMICK PACHA, diplomate ottoman.--V, 59, 77, 95, 108. - - NANSOUTY (Étienne Champion, comte de), général français.--I, 406*, - 437 - - NAPIER (sir Charles), amiral anglais.--V, 199*, 201. - - NAPLES (Léopold de Salerne, prince de).--III, 179*, 181. - - NAPLES (Charles-Ferdinand de Capoue, prince de).--III, 387*, 390, - 440.--IV, 4, 13, 14*, 15*, 16, 31, 39, 48, 55, 61, 70, 72, 79, - 80, 121, 122.--V, 237. - - NAPOLÉON Ier.--I, 94, 214, 255 à 263, 268 à 277, 280 à 321, 325 à - 331, 333*, 339 à 344, 346, 351, 354, 355, 361, 363, 365 à 371, - 373 à 382, 384 à 390, 393 à 405, 407, 408, 410 à 414, 420, 422 à - 453.--II, 3 à 7, 8 à 14, 16 à 22, 24 à 30, 32 à 36, 43 à 51, 55, - 58, 61 à 87, 93 à 97, 99 à 102, 104 à 106, 108, 110 à 117, 119 à - 125, 129 à 167, 173, 174, 178, 203 à 205, 209 à 212, 226, 233, - 251, 257 à 260, 262, 265, 268 à 271, 280, 284, 285, 288, 289, - 296, 298, 299, 331, 352, 355, 361, 379, 382, 417, 418, 442, 446, - 463, 475, 486, 497, 512, 515, 521, 522, 529, 530, 537, - 566.--III, 22, 33, 35, 65, 72*, 98 à 101, 103, 106* à 108, 111, - 112, 115 à 119, 121, 123, 127 à 129, 132, 134, 135, 139 à 145*, - 149 à 156, 160 à 163, 166, 169 à 176, 180 à 183, 187, 201 à 203, - 206, 207, 210, 212, 216, 223, 224, 228, 234, 250, 256, 263, 279, - 288, 290, 297, 302 à 311, 317, 319 à 321, 345, 404, 427, 444, - 458.--IV, 82, 140, 181, 206, 248, 321, 332, 378, 416, 445.--V, - 235, 284, 457, 572, - - NAPOLÉON II, roi de Rome, duc de Reichstadt.--II, 51, 74, 98, 162, - 352, 424, 442.--III, 22, 63, 120, 125, 174, 183.--IV, 140, 170, - 171. - - NARBONNE-LARA (Louis, comte de), général et diplomate - français.--35*, 37, 45. - - NARBONNE-LARA (Mademoiselle de Chalus, comtesse de).--I, 97*. - - NASSAU-SIEGEN (Othon, prince de), vice-amiral russe.--I, 263*. - - NASSAU (Guillaume, duc de).--V, 391. - - NASSAU (Frédéric, prince de).--Voir PAYS-BAS. - - NECKER, homme d'État français.--I, 30*, 48, 59, 60, 94, 98, 110, - 111*, 113, 114, 121, 220.--IV, 351. - - NEMOURS (Louis-Charles, duc de).--III, 386, 389, 411, 440, 443, - 445, 464, 467, 468.--IV, 3 à 6, 28, 39, 41 à 52, 55 à 59, 62, 67 - à 70, 88, 198, 255, 263, 264, 331, 461, 464, 482 à 484, 490.--V, - 50, 369, 502. - - NESSELRODE (comte de), homme d'État russe.--I, 321.--II, 149, 151, - 152, 162, 163, 166, 258 à 260, 278, 279, 292, 308, 320, 325, - 335, 338, 345, 390, 408, 423, 430, 446, 449, 457, 465, 472, 479, - 500, 520.--III, 113, 123, 162, 188, 363.--IV, 329.--V, 273, 301, - 302, 319 à 325, 368. - - NESSELRODE (Madame de).--IV, 249. - - NEUFCHATEL (prince de).--Voir BERTHIER. - - NEUKOMM (Sigismond), compositeur allemand.--III, 25*.--IV, 259. - - NEUMANN (baron de), diplomate autrichien.--V, 102, 103*, 104, 128, - 129, 134, 148, 439. - - NEWTON.--I, 81, 83. - - NEY prince de la Moskowa, duc d'Elchingen, maréchal de - France.--II, 166, 326.--III, 150, 154, 251. - - NICOLAÏ (Louis-Marie de), prélat français.--I, 25*. - - NICOLAÏ (Aimar-Claude de), prélat français.--I, 25*. - - NICOLAS 1er, empereur de Russie.--III, 357, 358, 363 à 368, 403, - 455, 464, 465.--IV, 3, 51, 107, 323, 329, 351, 373, 375, 380*, - 391, 392, 425, 435, 495.--V, 72, 91, 95, 100, 105, 117 à 119, - 142, 163, 181, 184, 188, 204, 220, 224, 248, 263, 270, 271* à - 274, 301, 316, 321, 323, 325. - - NIVERNAIS (Louis-Jules Mancini-Mazarin, duc de), diplomate - français.--I, 190*.--V, 519, 545. - - NOAILLES (Louis-Marie, vicomte de), général français.--I, 209* - - NOAILLES (Françoise de Talleyrand-Périgord, comtesse Just - de).--II, 4*. - - NOAILLES (Alexis, comte de), homme d'État français.--II, 208*, - 419, 421, 424, 427, 443, 451, 473, 475, 476, 491, 507.--III, 24, - 47*, 50, 113, 179, 184, 185, 212.--IV, 168*. - - NOSTITZ-RIENECK (comte de), général prussien.--IV, 321*. - - NOTHOMB (Jean-Baptiste), homme d'État belge.--IV, 215*. - - NYON (M. de), officier français.--III, 127. - - -O - - OCHS (Pierre), homme politique suisse.--I, 285*. - - O'DONNEL (Charles comte), général autrichien.--V, 528*. - - O' FABRIL (Don Gonzalo), général et homme d'État espagnol.--I, - 369*, 370. - - O'REILLY (Alexandre, comte), général espagnol.--V, 564*. - - OFFALIA (Don Narcisco de Hérédia, comte d'), homme d'État - espagnol.--V, 67, 68*, 121. - - OLAGUER.--I, 362, 369. - - OLAZABAL (M. d').--I, 372. - - OLDENBOURG, prince de Lubeck, (Pierre-Frédéric, d').--I, 416*. - - OLDENBOURG (Pierre-Frédéric-Guillaume duc de Holstein).--II, 219, - 221.--III, 35, 36*. - - OLDENBOURG (Pierre-Frédéric-Georges, duc d').--II, 353*. - - OLDENBOURG (duchesse d).--Voir CATHERINE PAULOWNA. - - OMPTEDA (Louis-Charles-Georges, baron d'), homme d'État - hanovrien.--V, 21*. - - ORANGE (prince d').--Voir GUILLAUME Ier ET GUILLAUME IIrois des - Pays-Bas. - - ORDENER (Michel), général français.--III, 309*, 315. - - ORGAZ (le comte d').--I, 334, 352, 353. - - ORLÉANS (Philippe I duc d').--I, 166*, 178. - - ORLÉANS (Louis-Philippe, duc d').--I, 178, 197. - - ORLÉANS (Louis-Philippe-Joseph, duc de Chartres, puis duc d').--I, - 49, 109, 145*, 146 à 152, 150 à 173, 175 à 180,183,187, 190 - à 198, 200 à 204, 206 à 210, 213, 214*.--II, 155.--V, 582. - - ORLÉANS (Ferdinand duc d').--IV, 255*, 264, 305, 331, 458, 467, - 476.--V, 50, 65, 140, 141, 145 à 147, 161, 164*, 165, 166, 170, - 173, 174, 360, 475. - - ORLÉANS (duc d').--Voir LOUIS-PHILIPPE. - - ORLÉANS (Louise de Bourbon-Penthièvre, duchesse de Chartres, puis, - duchesse d').--I, 145*, 152, 163, 200, 202, 203, 205. - - ORLOFF (Alexis Foedorowitch, comte, puis prince), général et - diplomate russe.--IV, 416*, 418, 420, 425, 427 à 430, 432, 433, - 435, 437, 441, 450, 499.--V, 175, 188, 211. - - ORMESSON (Henri Lefèvre d'), homme d'État français.--I, 55*. - - ORVILLIERS (Louis Guillonet, comte d'), marin français.--I, 166*. - - OSMOND (M. d'), diplomate français.--III, 187*. - - OSMOND (Antoine baron d'), prélat français.--II, 76*. - - OSMOND DE MEDAVY (Charles), prélat français.--I, 49*. - - OSZAROWSKI (comte Adam d'Alkantara), aide de camp de l'empereur - Alexandre.--I, 414*. - - OTHON DE BAVIÈRE, roi de Grèce.--III, 387*, 390, 437.--IV, 8*, - 11, 13, 14, 34, 39, 41, 220, 426, 483, 484, 488.--V, 460, 461. - - OTRANTE (duc d'). Voir FOUCHÉ. - - OTTERSTEDT (le baron d'), ministre de Prusse à Berne.--V, 507. - - OTTO, comte de Mosloy (Guillaume), diplomate français.--I, - 282*.--II, 10. - - OUBRIL (M. d'), diplomate russe.--I, 305. - - OUDINOT, duc de Reggio, maréchal de France.--I, 406.--II, 21, - 326.--III, 153. - - OULTREMONT (M. d').--III, 390. - - OUVAROFF (Théodore, comte), premier aide de camp général de - l'empereur de Russie.--I, 414*. - - OUVRARD (Julien), financier français.--IV, 429*. - - OXFORD (Édouard Harley, comte d').--II, 504*, 513, 531. - - -P - - PACCA, cardinal italien.--II, 119. - - PAIX (prince et princesse de la).--Voir GODOÏ. - - PALISSOT DE MONTENOY (Bernard), écrivain français.--V, 579*. - - PALMELLA (don Pedro de Souza-Holstein, comte, puis duc de), homme - d'État portugais.--II, 317, 319, 324, 331, 334, 337, 400.--III, - 27, 113.--IV, 310*.--V, 62, 63, 198, 199, 203, 205, 227, 235, - 430. - - PALMERSTON (Henry John Temple, lord vicomte), homme d'État - anglais.--III, 394*, 396, 401, 406 à 408, 414, 416, 418, 424, - 426, 435, 437, 438, 466, 467.--IV, 19, 20, 24, 44, 56, 62 à 64, - 76, 77, 79*, 85, 103, 104, 107, 108, 115, 117, 144, 149, 152, - 153, 161, 188, 209, 211, 224, 225, 260, 261, 288, 289, 292, 361, - 370, 393, 394, 400, 404, 418, 446, 472, 479, 480, 491, 493, 497, - 498.--V, 5, 7, 18 à 25, 27, 30, 33, 34, 37 à 43, 46, 47, 51, 52, - 56 à 61, 67, 70 à 72, 74, 81 à 85, 94 à 96, 99, 100, 103, 104, - 108 à 116, 130, 136 à 142, 146 à 153, 159, 163, 167, 177 à 184, - 187, 188, 197, 200, 205 à 207, 214 à 217, 227, 233 à 236, 240 à - 243, 246, 250 à 252, 256, 257, 262, 264, 265, 293, 294, 298, - 303, 304, 307, 317 à 321, 324 à 331, 336, 339, 340*, 342 à 344, - 354, 358, 359, 362 à 367, 373 à 384, 393 à 404, 412, 413, 416 à - 419, 422 à 430, 433 à 440, 443, 449, 452 à 454, 458 à 468, 472, - 475, 494, 502, 505, 511. - - PANCHAUD, banquier genevois.--I, 36*, 37, 58, 89. - - PARKER (sir William), amiral anglais.--V, 254*, 430. - - PASKIEWICZ, (Ivan Foedorowitch), feld-maréchal russe.--IV, 312*. - - PASQUIER (Étienne-Denis, duc), homme d'État français.--III, 238*, - 242.--IV, 33, 350, 388, 390.--V, 79, 100, 170. - - PATKUL, gentilhomme livonien.--II, 399*. - - PATRAT (Mademoiselle), actrice de la Comédie-Française.--I, 405. - - PAUL 1er, empereur de Russie.--I, 264, 277, 278, 279.--III, 34, - 35, 36*. - - PAULINE (la princesse).--Voir BORGHÈSE. - - PAYS-BAS (Guillaume-Charles-Frédéric, prince des).--III, - 346*.--IV, 220, 320, 426. - - PEDRO 1er, empereur du Brésil.--III, 344, 349*, 350.--IV, 215, - 221, 235, 236, 249, 252, 273, 274, 293, 422*.--V, 62*, 63, 68, - 73, 91 à 93, 103, 121, 186, 203 à 208, 211, 217, 227 à 238*, - 241*, 243, 246 à 253, 256, 257, 263, 265, 278, 336, 338, 429, - 430, 447*, 511. - - PEDRO II, empereur du Brésil.--IV, 216. - - PEEL (sir Robert), homme d'État anglais.--III, 376, 379, 395.--IV, - 444*. - - PEISSONEL, consul français.--I, 72. - - PENN (William), fondateur de la Pensylvanie.--I, 234*. - - PENTHIÈVRE (Louis de Bourbon, duc de).--I, 5*, 166. - - PENUELAS, homme d'État espagnol.--I, 369, 370. - - PÉPIN LE BREF, roi de France.--II, 47. - - PÉRIER (Casimir), homme d'État français.--IV, 98*, 109, 110, 112, - 115, 124 à 127, 130, 131, 134, 135, 139, 155, 167, 170, 179, - 202, 203, 205, 239, 240, 244, 247, 248, 263, 269, 286, 294, 304, - 308, 317, 320, 324, 325, 337, 339, 352 à 355, 367, 377, 379, - 382, 385, 388, 396 à 398, 401, 405, 408, 418, 427 à 430, 433, - 438*, 439, 443, 446 à 449, 452, 456 à 460, 465, 491.--V, 3, 10 - à 12. - - PÉRIER (Camille), homme politique français.--IV, 397*, 399 à 401, - 406, 408, 410. - - PÉRIER (Auguste-Casimir-Victor-Laurent), homme d'État - français.--IV, 127, 239, 244, 246, 286, 309, 337, 354, 356, - 430.--V, 396*, 415, 416. - - PÉRIGORD (Marguerite de Talleyrand, comtesse de).--I, 5*. - - PÉRIGORD (abbé de).--I, 35*, 93. - - PÉRIGORD (comte et comtesse Edmond de). Voir DINO. - - PÉRIGNON (Dominique, marquis), maréchal de France.--II, 15*. - - PERREY, secrétaire de M. de Talleyrand.--II, 207. - - PESCATORE, gouverneur civil du Luxembourg.--V, 56*. - - PÉTION (Jérôme), maire de Paris.--I, 222*. - - PETTY (lord Henry).--Voir LANSDOWNE. - - PFEFFEL (Christian-Frédéric), diplomate français, passé ensuite - au service du duc de Deux-Ponts.--V, 567*. - - PFEFFEL DE KRIEGELSTEIN (Charles-Hubert, baron de), diplomate - bavarois.--IV, 322*. - - PHILIPPE LE BEL, roi de France.--II, 70. - - PHILIPPE V, roi d'Espagne.--I, 382.--II, 11. - - PICHEGRU (Charles), général français.--I, 266*, 292.--III, 303. - - PIE VI, pape.--I, 93*, 264, 284.--II, 35, 37, 123. - - PIE VII, pape.--I, 94, 284.--II, 34 à 36, 39 à 50, 55 à 58, 61, 66 - à 69, 72 à 82, 84, 87 à 91, 93 à 95, 97, 100, 102 à 106, 110 à - 123, 433, 475.--III, 264.--V, 482. - - PIE VIII, pape.--III, 455. - - PIERRE 1er, empereur de Russie.--I, 264. - - PIERRE III, empereur de Russie.--I, 264.--III, 35, 36.--V, 542*. - - PIETRO (Michel di), cardinal italien.--II, 77*, 119, 120. - - PIOMBINO (prince de).--II, 240*, 243. - - PIRÉ, général français.--III, 252. - - PITT (William), homme d'État anglais.--I, 230*, 241, 283, 304. - - PLAISANCE (duc de).--Voir LEBRUN. - - PLINE.--I, 64. - - PLUTARQUE.--I, 64. - - POIX (Philippe de Noailles-Mouchy, prince de), lieutenant - général.--I, 62*. - - POLIGNAC (Auguste-Jules, prince de), homme d'État français.--III, - 40*.--IV, 82--V, 133, 136. - - POLIGNAC (Gabrielle de Polastron, princesse de).--I, 59*, 60, 102. - - POMMEREUIL.--III, 252. - - POMPADOUR (Madame de).--I, 5.--V, 517 à 521, 529 à 533, 546, 548, - 555, 556, 567, 584, 587. - - PONIATOWSKI (Joseph prince) maréchal de France.--I, 311*, 313. - - PONSONBY (Jean, vicomte), diplomate anglais.--III, 420*, 421, 438, - 443.--IV, 11, 12, 24, 40, 41, 53, 62, 64, 68, 69, 77, 81, 85*, - 86, 91, 99, 181 à 184, 186, 188 à 190, 193 à 201, 204, 205, - 208*, 209 à 214, 484, 490.--V, 113*, 125, 162, 164, 166, 175, - 179, 187, 188, 200, 210 à 213, 216, 226, 265, 304, 357, 431, - 434, 493. - - PONSONBY (Frédéric), colonel anglais.--II, 145. - - PONT (comte de).--I, 150. - - PONT DE VEYLE (Antoine de Ferriol, comte de).--V, 517*. - - PONTÉCOULANT (comte de), pair de France.--III, 252, 354. - - PONZA (Carlos).--Voir NAPIER. - - PORTALIS (Joseph, comte), magistrat et homme d'État - français.--II, 75*. - - POTOCKI (Alexandre), gentilhomme polonais.--I, 310. - - POTTER (Louis-Joseph-Antoine de), publiciste et homme politique - belge.--III, 385*. - - POZZO DI BORGO (Charles-André, comte), général et diplomate - russe.--II, 213*, 260, 355, 378, 511.--III, 4, 5, 14, 23, 32, - 48, 55, 72, 76, 80, 98, 107, 139, 147, 148, 164, 227, 239, 242, - 348, 358, 368, 415, 419, 457, 458, 465.--IV, 74, 269, 325, 379, - 349, 420, 421, 495.--V, 41, 48, 77, 91*, 97, 98, 101, 105, 131, - 138, 178, 183, 273, 275, 323, 326, 393, 398, 432, 436, 500. - - PRADA (Don Benito Arias de), alcade de la cour d'Espagne.--I, - 352. - - PRADEL (comte de), ministre de la maison du roi.--III, 243. - - PRADT (Dominique Dufour de), prélat français.--I, 373*.--II, 108, - 135, 258, 259. - - PRASLIN (César de Choiseul, duc de), homme d'État français.--V, - 530*, 559, 565, 583, 584. - - PRASLIN (duc de), pair de France.--III, 252. - - PRÉFONTAINE (M. Brûletout de).--V, 579*. - - PRÉVAL.--I, 165. - - PRICE (Richard), philosophe anglais.--I, 226*. - - PRIESTLEY (Joseph), savant anglais.--I, 226*. - - PRUSSE (prince Guillaume de).--I, 419*. - - PRUSSE (prince Henri de).--I, 62*. - - PUYSIEUX (Louis Brûlart, marquis de), ministre d'État.--I, 163*. - - PUYSIEUX (marquise de).--I, 163. - - -Q - - QUELEN (Hyacinthe, comte de), prélat français.--V, 482. - - QUESADA, général espagnol.--V, 393, 396. - - QUESTEMBERG (comtesse de).--V, 527. - - -R - - RABELAIS.--I, 81. - - RACINE.--I, 444. - - RADET (Étienne, baron), général français.--II, 50*. - - RADETZKY, général autrichien.--III, 98*. - - RADZIWILL (Antoine-Henry, prince de).--III, 71*. - - RAGUSE (duc de).--Voir MARMONT. - - RAMPON (comte).--III, 252. - - RASUMOFFSKI (André, comte de), diplomate russe.--II, 409* 446, - 539, 548, 554.--III, 113. - - RAUCOURT (Mademoiselle), actrice de la Comédie-Française.--I, - 405*.--III, 51*. - - RAVEZ (Simon), homme politique français.--II, 143*. - - RAYMOND, aide de camp de Barras.--I, 251. - - RAYNAL (l'abbé Guillaume-Thomas).--I, 71*, 85. - - RAYNEVAL (François-Maximilien Gérard, comte de), diplomate - français.--IV, 96*.--V, 73, 93, 94, 98*, 100, 104, 105,120, 123, - 140, 237*, 240, 242, 244, 249, 251, 261, 262*, 265, 336, - 390, 398, 416, 421, 424 à 426, 479, 510. - - RÉAL (Pierre-François, comte), préfet de police.--III, 252 307*, - 310, 311. - - RECHBERG (Joseph, comte de), général et diplomate bavarois.--III, - 248*. - - REGGIO (duc de). Voir OUDINOT. - - REGNAULD de Saint-Jean d'Angély.--III, 252. - - RÉGNIER duc de Massa (Claude-Ambroise), grand juge et ministre de - la justice.--III, 303*, 304, 310. - - REICH (baronne de).--III, 307, 309*. - - REINHARD (Charles-Frédéric, comte), diplomate français.--II, 25*, - 482*. - - RÉMUSAT (Auguste, comte de), préfet du palais.--I, 295*, 401 à - 404, 427. - - RÉMUSAT (François-Marie-Charles, comte de), homme d'État - français.--IV, 458*. - - RÉMUSAT (Madame de).--IV, 458, 460. - - RENAUDES (Martial Borge des), homme politique français.--I, 51*. - - REPECAUD, colonel français.--IV, 194. - - REPNIN (Nicolas, prince), général russe.--II, 453*, 468, 471, 472, - 476, 482. - - RETZ, cardinal français.--I, 19, 147. - - REUSS (comte de).--I, 419. - - REUSS XLI (prince de).--I, 418. - - REUSS-EBERSDORFF (prince de).--I, 417*. - - REUSS-GREIZ (prince de).--I, 417*. - - REUSS-LOBENSTEIN (prince de)--I, 417*. - - REUSS-SCHLEIZ (prince de).--I, 417*. - - RÉVEILLON, fabricant de papier peint.--I, 208*. - - REYNIÈRE (Suzanne de Jarente de la).--I, 43*, 60. - - REZENDE (le marquis de).--V, 254, 255. - - RICARD (Étienne), général français.--II, 558*.--III, 12, 13, 41, - 55, 64, 76, 131. - - RICCÉ (M. de).--I, 248. - - RICHELIEU (le cardinal de).--I, 4, 19, 33, 65, 116. - - RICHELIEU (Armand-Duplessis, duc de), maréchal de France.--V, - 549*, 552, 554, 556. - - RICHELIEU (Armand du Plessis, duc de), homme d'État français.--II, - 511*, 536, 567.--III, 239 à 243, 298.--IV, 133. - - RICHMOND (Charles, duc de), homme d'État anglais.--III, 394*, - 398.--V, 412, 446. - - RIGNY (Henry-Gauthier, comte de), amiral et homme d'État - français.--IV, 73*, 83, 95, 449, 494.--V, 9, 44, 346, 352 à 354, - 358, 360, 362, 366, 368 à 372, 374, 376, 385, 391, 393, 395, - 396, 398 à 400, 402, 404, 408, 409, 411 à 413, 415, 418, 420, - 421, 424, 427, 432, 433, 435, 439, 442, 444, 447, 449, 450, 452, - 455, 458, 461, 462, 465, 466, 469, 471, 472. - - RILLET, banquier.--I, 56. - - RIPON.--Voir GODERICH. - - RIVIÈRE (Charles-François de Riffardeau, duc de).--III, 14*. - - ROBBÉ DE BEAUVESET (Pierre), écrivain français.--V, 550*. - - ROBECQ (Anne de Montmorency Luxembourg, princesse de).--V, 530*. - - ROBECQ (Madame de).--I, 107. - - ROBESPIERRE .--I, 215.--III, 8. - - ROCHE-AYMON (Charles-Antoine, comte de la), prélat français.--I, - 18*, 23, 32. - - ROCHECHOUART (comte de).--I, 50. - - ROCHEFOUCAULD (Dominique de la), prélat français.--I, 31*. - - ROCHEFOUCAULD ( Louis-Alexandre, duc de la Roche-Guyon et de la), - député aux États généraux.--I, 215, 222*. - - ROCHEFOUCAULD, duc de Liancourt (François, de la), grand maître de - la garde-robe.--I, 47*, 60, 160, 247. - - ROCHEFOUCAULD (Polydore, comte de la), diplomate français.--III, - 408*. - - ROCHEFOUCAULD (Hyppolyte, comte de la), diplomate français.--III, - 456*. - - ROCHEFOUCAULD-SURGÈRE (vicomte Jean-François de la).--Voir - SURGÈRE. - - ROCHEJAQUELEIN (Louis du Vergier, marquis de la), maréchal de - camp.--II, 141*. - - ROCHEJAQUELEIN (Henry, marquis de la), homme politique - français.--IV, 429*. - - RODENBACH (Alexandre de), homme politique belge.--IV, 494*. - - RODIL, général espagnol.--V, 393, 420, 430, 462, 464*. - - RODOLPHE DE HABSBOURG.--II, 9. - - ROGIER (Firmin), diplomate belge.--IV, 25*. - - ROHAN (Louis-René, prince de), cardinal français.--III, 427. - - ROHAN (Victor, prince de), grand chambellan.--III, 143*, 145. - - ROHAN (Louis de).--IV, 322. - - ROHAN-GUÉMÉNÉ, duc de Montbazon et de Bouillon - (Charles-Alain-Gabriel, prince de).--III, 47, 48*, 103, 104, - 125. - - ROHAN-GUÉMÉNÉ (Ferdinand Meriadec, prince de), prélat français.--I, - 27*. - - ROMANS (Mademoiselle de).--I, 50*. - - ROMANZOFF (Nicolas, comte de), homme d'État russe.--I, 396*, 397 à - 399, 413, 414, 423, 433, 447, 448, 453. - - ROMARINO, général polonais.--IV, 312*. - - ROMILLY (Samuel), jurisconsulte anglais.--I, 226*. - - ROSARI (Giovanni), professeur et homme politique italien.--II, - 549*. - - ROTHSCHILD.--III, 546.--IV, 105, 385. - - ROUEN (le baron), diplomate français.--III, 26*.--V, 431* - - ROUILLÉ, comte de Jouy (Antoine), homme d'État français.--V, - 519*, 521, 522. - - ROUSSEL-D'URBAL (Nicolas-François), général français.--III, 111*. - - ROUSSIN (Albin Reine, baron), amiral et diplomate français.--IV, - 224*.--V, 134*, 137, 138, 148, 149, 152, 154, 163, 175, 179, - 181, 188, 200, 210, 211, 213, 265, 357*, 402, 434 à 436, 493, - 504. - - ROUX-LABORIE (Antoine), secrétaire général du gouvernement - provisoire.--III, 320*. - - ROVERELLA, cardinal italien.--II, 109. - - ROVIGO (duc de).--Voir SAVARY.--III, 319. - - RUFFO (Fabrice-Denis), cardinal italien.--II, 109*. - - RUFFO (le commandeur), diplomate napolitain.--II, 294.--III, 181*, - 185. - - RULHIÈRE (Claude), écrivain français.--I, 37*, 45, 53.--V, 543. - - RUMIGNY (Marie-Théodore de Gueulluy, comte de), général - français.--IV, 111*. - - RUMIGNY (de), diplomate français.--IV, 322*.--V, 75, 432*, 433, - 507, 508. - - RUSSEL (lord John), homme d'État anglais.--IV, 98*.--V, 409 à 411. - - RUSSEL (lord William), diplomate anglais.--V, 205, 214, 215, 227, - 228, 232, 234, 235, 241, 247, 251 à 253, 257, 511. - - -S - - SABATIER DE CABRE (l'abbé), conseiller au parlement.--I, 92*. - 179, 190, 191, 194, 195, 197. - - SAGAN (Catherine-Wilhelmine de Courlande, duchesse de).--II, 336*. - - SAINT-AUBIN (Mademoiselle de).--Voir GENLIS. - - SAINT-BLANCARD (Charles de Gontaut, marquis de).--I, 62* 160. - - SAINT-CRICQ (M. de), homme politique français.--V, 190. - - SAINT-GENIS (Nicolas de), auditeur à la cour des comptes.--I, 28*, - 105, 106. - - SAINT-GERMAIN (Claude-Louis, comte de), ministre de la guerre.--I, - 121*. - - SAINT-LAURENT (Louis), général français.--I, 406*. - - SAINT-LEU (duchesse de).--Voir HORTENSE. - - SAINT-LOUIS.--Voir LOUIS IX. - - SAINT-MARS, traducteur aux affaires étrangères.--III, 26*. - - SAINT-MARSAN (Antoine Asinari, marquis de), diplomate et homme - d'État italien.--II, 333, 433*, 447, 449, 512.--III, 107, 109, - 185. - - SAINT-PIERRE (Charles Castel, abbé de).--V, 539*. - - SAINT-PRIX, acteur de la Comédie-Française.--I, 404*, 405, 432. - - SAINT-SIMON (de).--II, 145. - - Saint-Simon (marquis de), diplomate français.--V, 276*. - - SAINT-VINCENT (Robert de), conseiller au parlement.--I, 188*. - - SAINT-VINCENT (de).--III, 252. - - SAINTE-AULAIRE (Louis-Clair de Beaupoil, comte de), diplomate - français.--IV, 139*, 245, 449;--V, 180, 182, 209, 224, 263, 300*, - 302*, 304, 306, 308, 403, 432, 479, 499, 509, 510. - - SAINTE-AULAIRE (M. de), diplomate français.--IV, 419. - - SAINTE-FOY, agent diplomatique.--I, 58*. - - SALDANHA DE GAMA (Antoine), diplomate portugais.--III, 113. - - SALDANHA OLIVEIRA È DAUN (Joao-Carlos, duc de), maréchal et - diplomate portugais.--V, 208*, 248, 317*, 318. - - SALES (comte de), diplomate sarde.--V, 432. - - SALIERI (Antonio), compositeur italien.--III, 25*. - - SALM-KYRBOURG (Frédéric V, prince de).--II, 220* - - SALM-REIFERSCHEID-DYCK (Joseph, comte, puis prince de).--I, 419*. - - SALM-SALM (Constantin-Alexandre, prince de).--II, 220*. - - SALVERTE (Anne-Joseph-Eusèbe Baconnière), homme politique - français.--IV, 169*, 269. - - SAMPAYO (M. de), consul général de dom Miguel, à Londres.--V, 429. - - SAN-CARLOS (don Joseph Michel de Carvajal, duc de), homme d'État - espagnol.--I, 362*, 370, 374, 375, 377, 386, 387. - - SAPIEHA (Alexandre, prince), chambellan de l'empereur Napoléon.--I, - 402*. - - SARAIVA (M. de), ministre de dom Miguel, à Londres.--V, 429. - - SARMENTO (M. de), diplomate portugais.--V, 359*, 363, 367, 379, - 380, 384, 414, 441, 468, 469, 471, 511. - - SAUNIER (Mademoiselle), femme de chambre de la princesse du - Chalais.--I, 11. - - SAVARY, duc de Rovigo (René), général français.--I, 366*, 367, 370 - à 372, 378, 405; II, 135, 150; III, 251, 301 à 303, 310, 316, - 318, 319; IV, 206. - - SAXE (Maurice, comte de), maréchal de France.--I, 261. - - SAXE (Antoine, prince de).--II, 342*, 397. - - SAXE (Marie-Thérèse-Josephe, archiduchesse d'Autriche, princesse - Antoine de).--II, 342*. - - SAXE-COBOURG (Ferdinand-Charles-Auguste, duc de).--II, 522*. - - SAXE-COBOURG (Léopold, duc de).--Voir LÉOPOLD. - - SAXE-COBOURG (Julie-Henriette-Ulrique, princesse de), - grande-duchesse de Russie.--II, 522*. - - SAXE-COBOURG-SAAFELD (Ernest-Antoine, duc de).--II, 522*, 523, 524, - 536; III, 35. - - SAXE-GOTHA (Auguste, duc de).--I, 415*. - - SAXE-HILDGURGHAUSEN (Joseph, prince de), feld-maréchal autrichien--V, - 524*. - - SAXE-HILDGURGHAUSEN (duchesse de).--I, 417*. - - SAXE-TESCHEN (Albert, duc de), feld-maréchal autrichien.--III, 93*. - - SAXE-WEIMAR (Charles-Auguste, grand-duc de).--I, 416*, 427*, 523*. - - SAXE-WEIMAR (Charles-Frédéric, prince héréditaire de).--I, 246, - 416*. - - SAXE-WEIMAR (duchesse de).--I, 427, 441, 466. - - SCHILLER.--I, 426. - - SCHIMMELPENNINCK (Roger-Jean, comte), homme d'État - hollandais.--II, 18*, 19. - - SCHNEIDER, général français.--IV, 184*. - - SCHÖNBERG (M. de).--I, 415. - - SCHOUWALOFF (Paul, comte), général russe.--I, 414*. - - SCHRAMM (Jean-Paul-Adam, comte), général français.--V, 66*. - - SCHRAUT (de), ministre d'Autriche en Suisse.--III, 128. - - SCHRÖDER (M. de), diplomate russe.--I, 414. - - SCHULENBURG (Frédéric-Albert, comte de), diplomate saxon.--II, - 304*, 313, 354, 381, 410, 454. - - SCHWARZBURG-RUDOLSTADT (prince de).--I, 417*. - - SCHWARZENBERG (prince de), feld-maréchal autrichien.--II, 150, - 162, 178, 260, 428, 465, 466, 490.--III, 21, 31, 86, 100, 101, - 120, 124, 181, 227. - - SCHWARZENBERG (Félix-Louis-Jean-Frédéric, prince de), général et - homme d'État autrichien.--V, 204*. - - SÉBASTIANI (Horace, comte), maréchal et homme d'État français.--I, - 399*.--III, 398, 410 à 412, 419, 423, 425, 426, 429, 437, 439, - 443, 462, 468.--IV, 6, 7, 8, 10, 14, 18, 21, 25*, 28, 29, 35, - 43, 45, 53, 56, 59 à 64, 67, 68, 72, 74, 77, 79, 81, 83, 87, 89, - 91, 92, 95, 98, 100, 102, 107, 110, 111, 115, 118, 120, 123, - 125, 131, 134 à 137, 141, 149, 152, 155 à 161, 165, 167, 170, - 181, 186, 188, 190 à 196, 200, 202, 203*, 205 à 207, 213, 217 à - 224, 227, 229*, 230, 234, 237 à 241, 246, 265, 280, 283, 289, - 293, 294, 297, 304, 309, 311, 319, 325, 332, 340, 346, 362 à - 364, 367, 372*, 374, 377, 379, 382, 384, 385, 387, 395, 396, - 405, 411, 430 438, 446 à 448, 456, 458, 461 à 463, 470, 484, - 491, 495.--V, 4, 22, 345 à 348. - - SÉBASTIANI (Jean-André Tiburce, vicomte), diplomate français.--IV, - 170*. - - SÉGUIN, trésorier du duc d'Orléans.--I, 166. - - SÉGUR (Philippe-Henry, marquis de), maréchal de France.--I, 120*. - - SÉGUR (comte de), grand-maître, des cérémonies de la cour - impériale.--III, 252. - - SÉLIM, sultan ottoman.--I, 262. - - SÉMÉLÉ (baron de), général français.--III, 110*. - - SÉMONVILLE (Charles-Louis Huguet, marquis de), grand référendaire - de la cour des pairs.--I, 174*.--II, 173.--IV, 33, 169*, 330. - - SÉMONVILLE (Mademoiselle de Rostain, comtesse de Montholon puis - marquise de).--I, 174*. - - SENAC DE MEILHAN.--Voir MEILHAN. - - SERS, diplomate français.--III, 26. - - SÉVIGNÉ (Madame de).--I, 66. - - SHEIL (Richard Lalor).--V, 339*. - - SHELDON.--I, 160. - - SICKINGEN (comte de).--II, 287*, 410, 411, 467, 546.--III, 32. - - SIDMOUTH.--Voir ADDINGTON. - - SIEYÈS (l'abbé Emmanuel-Joseph), homme politique français.--I, - 116*, 209 à 213, 269, 273. - - SILHOUETTE (Étienne), contrôleur général.--V, 582*. - - SILLERY (Madame de).--Voir GENLIS. - - SIMÉON (Joseph-Jérôme, comte), homme d'État français.--II, 23*, - 24. - - SIMIANE (Adélaïde de Damas, comtesse de).--I, 61*. - - SIX, homme politique hollandais.--II, 20. - - SIXTE-QUINT, pape.--II, 70, 71. - - SKINAS, diplomate grec.--V, 330, 331. - - SMITH (Rohert).--I, 226. - - SMITH.--I, 239. - - SOBIESKI (Jean), roi de Pologne.--I, 312. - - SOLANO, marquis del Socorro, (don Francisco), général - espagnol.--I, 353*. - - SOLAR, homme d'État espagnol.--I, 359. - - SOLAR DE BREILLE (Ignace, bailli de), diplomate sarde.--V, 535*, - 545, 546. - - SOLIGNAC, général français au service du Portugal.--V, 122*. - - SOLLES (Irénée-Yves, baron de)--Voir DESSOLLES. - - SONGEON (Jean-Marie), général français.--III, 127*. - - SONTAG, diplomate français.--V, 396*. - - SOPHIE DE BOURBON (Madame).--V, 589. - - SOPHIE-DOROTHÉE, impératrice de Russie.--III, 71. - - SOUBISE (Charles de Rohan, prince de), maréchal de France.--I, - 60*.--V, 524, 525, 530, 533. - - SOULT, duc de Dalmatie, maréchal de France.--I, 405.--II, 31, 32, - 139, 326, 502, 505, 558, 559.--III, 47, 151*, 252, 335.--IV, 33, - 97, 206, 305, 312*, 463*.--V, 6, 132*, 347, 350, 448*, 450. - - SOURCHES (Louis-François du Bouchot, comte de), grand prévôt de - France.--I, 5*. - - SOUTZA (prince), diplomate grec.--IV, 225*. - - SOUZA-BOTHELO (José, marquis de), diplomate portugais.--I, 248*. - - SOUZA (Madame de).--Voir FLAHAUT. - - SPERANSKY (M.).--I, 414. - - SPINA (Joseph, comte), cardinal italien.--II, 103*. - - SPENGTPORTEN (Joram, baron de), général suédois.--I, 278*. - - SPRING RICE, baron Monteagle, (Thomas), homme d'État anglais.--V, - 419*. - - STACKELBERG (Gustave, comte de), diplomate russe.--II, 409*.--III, - 113. - - STADION (Jean-Philippe-Joseph-Charles, comte de), homme d'État - autrichien.--II, 151*, 258, 259, 307, 428. - - STAËL (Anne-Louise Necker, baronne de).--I, 61*, 250, 252, 259. - - STAHREMBERG (George-Adam, prince de), diplomate autrichien.--V, - 522*, 529, 567. - - STAINVILLE (Étienne-François duc de).--Voir CHOISEUL STAINVILLE. - - STAINVILLE (comte de), diplomate autrichien.--V, 515, 516. - - STALA (l'abbé), bibliothécaire de San Isidro.--I, 334. - - STANISLAS II, roi de Pologne.--II, 392*. - - STANLEY (M.).--V, 535. - - STANLEY, comte de Derby (Édouard-Geoffroy-Smith).--V, 339*, 410 à - 412, 446. - - STASSART (baron de), administrateur français, puis président du - Sénat de Belgique.--III, 182*.--IV, 25*. - - STEIN (Charles, baron de), homme d'État prussien.--II, 405*, 442, - 453, 500, 541. - - STÉPHANIE.--Voir BADE. - - STEWART (lord).--II, 545.--Voir LONDONDERRY. - - STOCKMAR (Charles-Frédéric, baron de), médecin et conseiller de la - reine Victoria.--IV, 328*. - - STROGONOFF (Grégoire-Alexandrowitch, comte), diplomate russe.--I, - 358*. - - STUART DE ROTHESAY (lord), diplomate anglais.--III, 340, 450, 452, - 456, 457.--V, 137, 282. - - STUDNITZ (M. de).--I, 416. - - SUARD (Jean-Baptiste), écrivain français.--I, 435*. - - SUCHET duc d'Albuféra, maréchal de France.--I, 406.--II, - 29*.--III, 252. - - SUCHTELEN (Jean-Pierre, comte de), général et diplomate russe.--V, - 334*. - - SUÉTONE.--I, 64, 444. - - SURGÈRE (Jean-François de la Rochefoucauld, comte de).--I, 61*. - - SURLET DE CHOKIER (baron), régent de Belgique.--III, 388*.--IV, - 102, 111*, 116, 120, 121, 237, 252. - - SUZE (Louis-Michel Chamillard, comte de la), grand maréchal des - logis de la maison du roi.--I, 15*, 17.--V, 555. - - SUZE (comte de la).--I, 15*, 16. - - SYLLA.--I, 432. - - -T - - TACITE.--I, 427, 437, 442 à 446. - - TAGLIATZI, actrice de l'opéra de Vienne.--V, 528. - - TALLEYRAND-PÉRIGORD prince de Bénévent (Charles-Maurice, prince - de).--I, 3* et passim. - - TALLEYRAND-PÉRIGORD (Alexandre de), prélat français.--I, 18*, 23, - 260.--II, 39*, 170.--III, 141*. - - TALLEYRAND-PÉRIGORD (Charles-Daniel de), lieutenant général menin - du dauphin.--I, 6. - - TALLEYRAND (Louis, baron de), diplomate français.--I, 104*. - - TALLEYRAND (Alexandre-Daniel, baron de), diplomate et pair de - France.--III, 178*. - - TALLEYRAND (Auguste, comte de), diplomate français.--III, 108*, - 110, 113, 123*, 190. - - TALLEYRAND-PÉRIGORD (Alexandrine-Marie-Victoire-Éléonore de Damas, - comtesse de).--I, 44. - - TALLEYRAND (Marie-Élisabeth Chamillard, marquise de).--I, 6. - - TALLEYRAND (baronne de).--II, 295. - - TALMA, acteur de la Comédie-Française.--I, 405, 430.--II, 300. - - TALMA (Madame), actrice de la Comédie-Française.--I, 405. - - TALMONT (Marie-Louise Jablonowska, princesse de).--V, 555*. - - TANDEAU (l'abbé), conseiller au parlement.--I, 186, 187. - - TARENTE (duc de).--Voir MACDONALD. - - TATITSCHEFF, ambassadeur de Russie à Vienne.--V, 302*. - - TAUBE (comte de).--I, 419. - - TAVANNES (Charles, comte de Saulx), lieutenant-général, chevalier - d'honneur de la reine.--I, 5*. - - TAYLOR (sir Brook), diplomate anglais.--IV, 117. - - TELLES-JORDAO, général portugais.--V, 207, 217. - - TELLIER, diplomate français.--IV, 134, 136, 391, 394. - - TERCEIRA (duc de). Voir VILLAFLOR. - - TÉRENCE, poète latin.--I, 64. - - TERRAY (Joseph), contrôleur général.--I, 186*.--V, 557, 559, 560. - - TESTE (Jean-Baptiste), homme d'État et magistrat français.--IV, - 330*. - - THÉMINES (Alexandre de Lauzières de), prélat français.--I, 32*, - 207. - - THÉVENOT.--Voir MORANDE. - - THIARD (Henry, comte de), lieutenant général.--V, 550*. - - THIBAUDEAU, homme politique et administrateur français.--III, 252. - - THIELMANN, général saxon.--I, 415.--II, 362*. - - THIERS (Adolphe), homme d'État français.--IV, 33, 110.--V, 10, - 191, 253, 448. - - THOMASSIN (Louis de), oratorien.--II, 41*. - - THORN (de), homme politique belge.--IV, 455*, 479*. - - THÜMMEL (baron de).--I, 416. - - TIBÈRE, empereur romain.--I, 444. - - TILLEMANS (Jean-François), jurisconsulte et homme politique - belge.--III, 385*. - - TINSEAU (Jean-Antoine), prélat français.--I, 27*. - - TITE-LIVE, historien latin.--I,444. - - TOLSTOÏ (Pierre, comte de), général et diplomate russe.--I, 394*, - 395, 414. - - TOLSTOÏ (le comte), grand maréchal de la cour de Russie.--I, 414. - - TORENO (José-Maria Queipo è Llano, comte de), homme d'État - espagnol.--V, 426*, 450, 464. - - TORRÈS (don Sébastien de).--I, 352. - - TOUR DU PIN GOUVERNET (Frédéric, marquis de la) diplomate - français.--II, 208*, 400, 520, 535.--III, 19, 113, 128, 187, - 212. - - TOUR DU PIN (Louis, comte de la), maréchal de camp.--V, 550*. - - TOUR DU PIN (Philippe, marquis de la), lieutenant général.--V, - 550*. - - TOUR ET TAXIS (Charles-Alexandre, prince de la), grand maître des - postes impériales.--I, 417*. - - TOUR ET TAXIS (Thérèse de Mecklembourg-Strélitz, princesse de - la).--I, 417*, 424, 432 à 434, 437, 449, 450. - - TRAUTMANSDORF (prince de), conseiller d'État et grand chambellan - de l'empereur d'Autriche.--II, 328*, 488. - - TRAVANET.--I, 60. - - TREILHARD, membre du Directoire.--I, 269. - - TRÉVISE.--Voir MORTIER. - - TRICOUPIS (Spiridion), homme d'État grec.--V, 317*, 460. 461. - - TRIDENT, maître de poste à Kehl.--III, 304. - - TROUBETZKOI (prince).--I, 414. - - TRUCHSESS (comte de).--I, 419. - - TRUCHSESS (Madame de).--II, 25. - - TRUDAINE DE MONTIGNY (Ch. de), intendant général des finances.--I, - 107*. - - TUDO (Doña Josefa).--I, 355*. - - TURGOT baron de l'Aulne, (Jacques), contrôleur général.--I, 42*, - 87, 106. - - TURGOT, marquis de Consmont, (Le chevalier Étienne), gouverneur de - la Guyane.--V, 581*. - - TYSYKIEWICZ ou TIETZKIEWICZ (princesse Vincent).--I, 313.--V, - 478*. - - -V - - VAINES (Madame J. de).--I, 47*. - - VALENCE (comte de), général français.--III, 234, 252, 445. - - VALETTE (de la), grand maître de l'ordre de Malte.--I, 277, 278*. - - VANDAMME, général français.--III, 252, - - VAN DER NOOT (Henri-Charles-Nicolas), homme politique belge.--III, - 384*. - - VAN DE WEYER (Sylvain), diplomate belge.--III, 438, 463, 464, - 468.--IV, 12, 52, 68, 106, 288, 342, 375, 409, 469, 473, 479, - 490, 498.--V, 166, 184, 194, 416, 500. - - VAN EUPEN (l'abbé).--I, 384*. - - VAN PRAET (Jules), homme d'État belge.--IV, 192*, 193. - - VAN STYRUM.--II, 20. - - VARENNES, acteur de la Comédie-Française.--I, 405. - - VARENNES (M. de), diplomate français.--V, 126*. - - VATOUT (Jean), homme politique français.--IV, 111*. - - VAUDÉMONT (princesse de).--III, 448, 449, 456 à 458.--IV, 105, - 295, 296, 307, 310, 313, 325, 327, 332, 340 à 345, 352, 356, - 358, 382, 384, 387, 388, 390, 394, 395, 404 à 406, 410, 412, 420 - à 422, 425 à 429, 432, 435, 437, 440 à 442, 445 à 447, 450 à - 453, 456 à 460, 464, 467, 469, 476 à 478, 494, 499--V, 22, 32, - 48, 52, 53, 75, 76, 79, 80, 101, 123. - - VAUDREUIL (Joseph de Rigaud, comte de), pair de France.--I, 47*, - 60, 103, 104. - - VAUDREUIL (Victor-Louis Rigaud, vicomte de), diplomate - français.--III, 333*. - - VAUGUYON (Antoine-Paul-Jacques de Quelen, duc de la), gouverneur - des enfants de France.--V, 579*. - - VAULABELLE (de), historien français.--II, 163. - - VAUPALLIÈRE (M. de la).--I, 60. - - VENNINGEN (Madame de).--I, 418. - - VERDIER, général français.--I, 370, 371. - - VERGENNES (Charles-Gravier, comte de), homme d'État français.--1, - 40*, 97, 99, 101 à 103, 440. - - VERHUEL (de), ministre de Hollande à Madrid.--I, 361.* - - VERHUELL, comte de Sevenaar (Charles-Henri), amiral hollandais - passé au service de la France.--II, 19*, 20. - - VERMOND (l'abbé Mathieu de).--I, 95*. - - VERNÈGUES (de), chevalier.--II,439. - - VERSTOLCK VAN SOELEN (Jean Gilbert), diplomate hollandais.--IV, - 261*.--V, 194, 198, 329. - - VERTEUIL (M. de), gentilhomme du Périgord.--I, 10. - - VESMERANGES (de), intendant des postes.--I, 107*. - - VIAL, (diplomate espagnol.)--V, 256. - - VIANES (M. de).--I, 60. - - VICENCE (duc de).--Voir CAULAINCOURT. - - VICQ D'AZYR (Félix), premier médecin de la reine - Marie-Antoinette.--I, 135*. . - - VICTOIRE DE BOURBON (Madame).--V, 589. - - VICTOR EMMANUEL Ier, roi de Sardaigne.--II, 34, 203, 204, 227, - 228, 232, 254, 446, 450, 452, 537*.--III, 100, 207. - - VIGURI (don Luis), intendant de l'année espagnole.--I, 334. - - VILLAFLOR duc de Terceira, général portugais.--IV, 274*.--V, 198, - 199, 205, 207, 208, 217, 218, 227, 235, 318. - - VILLAIN XIV (Charles-Hippolyte), diplomate belge.--IV, 148*. - - VILLARS (Gabrielle de Noailles, duchesse de).--I, 5*. - - VILLE (l'abbé Jean Ignace de la).--V, 560*, 561, 562, 565. - - VILLÈLE (Joseph de), homme d'État français.--III, 316, 318, 319. - - VILLENA (don Juan Manuel de), premier écuyer du prince des - Asturies.--I, 339, 352, 353. - - VILLENEUVE (Alexandre-Louis Ducrest de), amiral français.--V, 43*, - 44, 48. - - VILLIERS, comte de Clarendon, (Georges-William-Frédéric), - diplomate anglais.--V, 244*, 245, 262, 263, 265, 359, 418, 421, - 424, 425, 464, 510. - - VINCENT (Charles, baron de), diplomate autrichien.--I, 313*, 424, - 425, 432, 433, 437, 438, 447, 449.--II, 485*, 559.--III, 88, 89, - 141, 180, 182, 227, 228*. - - VITROLLES (Eugène d'Arnaud, baron de), homme politique - français.--I, 138*, 139.--II, 140, 148, 149, 151, 152, 169, 257 - à 260. - - VOLTAIRE.--I, 66, 83, 146, 435.--V, 384, 385. - - VOYER (Marc-René, marquis de), lieutenant-général.--I, 152*, 153 à - 156. - - -W - - WALDECK (prince de).--1, 417. - - WALEWSKA (comtesse Anastase).--I, 312. - - WANGENHEIM (baron de).--I, 416. - - WASA (prince de), prince royal de Suède et feld-maréchal - autrichien.--III, 15*. - - WASA-SIVIETEN, médecin de la cour d'Autriche.--V, 528. - - WASHINGTON.--I, 238.--II, 264. - - WALTERSTORFF (Ernest-Frédéric de), général et diplomate - danois.--III, 182*. - - WARD (Henry-Georges), homme politique et diplomate anglais.--V, - 410*, 411. - - WATTEVILLE (Nicolas-Rodolphe de), homme d'État suisse.--III, 102*. - - WEISSE (M. de).--I, 417. - - WELLESLEY (marquis de), homme d'État anglais.--III, 460*. - - WELLESLEY POOLE (William), homme d'État anglais.--III, 148*. - - WELLINGTON (Arthur Colley Wellesley, duc de).--II, 30 à 32, 138 à - 145, 147, 150, 289, 290, 356, 381, 399, 435* à 438, 472, 484 à - 486, 493, 503, 517.--III, 39*, 41, 45, 47 à 49, 51 à 54, 57, - 59, 67, 68, 73, 76, 80, 81, 84, 99 à 101, 104 à 106, 113, 118, - 120, 121, 123, 124, 126, 135, 139, 144, 145, 147, 148, 163, 167, - 172, 178, 182. 222, 228, 233, 234, 230 à 239, 273 à 275, 277, - 331, 336, 343, 347, 348, 351, 353, 354, 356, 359, 361, 363, 364, - 366, 373, 376 à 378, 391. 393 à 395, 406, 449 à 460.--IV, 313 à - 315, 317*, 333 358, 410, 453, 456.--V, 186, 201, 282, 479*. - - WERTHER (baron de), diplomate prussien.--IV, 325*.--V, 44, 144, - 273, 275, 436, 487, 499. - - WESSENBERG-AMPFINGEN (Jean Philippe, baron de), diplomate et homme - d'État autrichien.--II, 400*, 551, 539, 548.--III, 113, 139, - 401, 402.--IV, 35, 101, 103, 159, 161, 231, 235, 249, 250, 378, - 440, 494.--V, 41, 328, 500. - - WHARNCLIFFE (James Stuart, lord).--IV, 146*, 147. - - WIELAND (Christophe-Martin), écrivain allemand.--I, 416*, 426, - 427, 434, 436, 437, 441, 443 à 445, 440. - - WINDISCHGRÆTZ (Alfred, prince de), feld-maréchal - autrichien.--340*. - - WINTZINGERODE (Ferdinand, baron de), général russe.--II, 153*. - - WINTZINGERODE (Comte de ) diplomate et homme d'État - wurtembergeois.--I, 419.--II, 540. - - WITTGENSTEIN (le prince de Sayn), homme d'État prussien.--V, 509. - - WOLKONSKI (prince) aide de camp de l'empereur Alexandre.--I, - 414.--II, 150, 457.--III, 120. - - WRÈDE (Charles-Philippe, prince de) feld-maréchal bavarois.--III, - 333, 335, 358*, 361, 369, 376, 381, 410, 412, 421, 466, 472, - 484, 490, 509, 510, 538.--III, 79,105, 248.--IV, 322. - - WURMSER (comte), intendant général de l'armée autrichienne.--III, - 256. - - WURTEMBERG (Paul, prince de)--III, 407.--IV, 34*, 249, 352, 395, - 426. - - WURTEMBERG (princesse de)--Voir FRÉDÉRIQUE-CATHERINE. - - WURTEMBERG (Antoinette-Ernestine-Amélie de Saxe-Cobourg Saafeld - duchesse de).--I, 419.--II, 536*. - - WURTEMBERG (comte de).--I, 419. - - WURTEMBERG (prince royal de).--Voir GUILLAUME. - - WYRICKI (comte).--I, 309. - - WYNX, homme d'État anglais.--IV, 101*. - - -X - - XIMÉNÈS, cardinal.--I, 19. - - -Y - - YARMOUTH (lord).--I, 305, 306. - - YORK Frédéric, duc d'York et d'Albany.--IV, 458*. - - YVON (l'abbé).--I, 152*. - - -Z - - ZASTHOW (de), aide de camp du roi Frédéric-Guillaume III.--I, - 308. - - ZEA BERMUDEZ (François), homme d'État espagnol.--III, 359*.--V, - 90, 98, 99, 104, 105, 121, 140, 216, 237, 240, 242, 244, 245, - 250, 252, 262, 263, 315*, 317, 378. - - ZERDELER (Louis), diplomate et homme d'État suisse.--II, 424*, - 426.--III, 7, 28, 102. - - ZESCHAU (de), général saxon.--III, 77*. - - ZEUGWITZ (de), officier saxon.--II, 396. - - ZICHY DE VASONYKIO (comte de), homme d'État autrichien.--II, - 397*, 428, 458. - - ZIGESAR (de).--I, 416. - - ZUMALACARREGUY (Thomas), général carliste.--V, 393*, 463. - - ZURLO (Giuseppe, comte), homme d'État italien.--II, 13*. - - ZUYLEN DE NYEVELDT (Hugo, baron de), diplomate hollandais.--III, - 423*.--IV, 183, 184, 186, 190.--V, 27, 35, 51, 53, 87, 88, 339. - - -FIN DU TOME CINQUIÈME ET DERNIER. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Mémoires du prince de Talleyrand - Volume V (of V), by Charles-Maurice de Talleyrand Périgord - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TALLEYRAND *** - -***** This file should be named 42292-8.txt or 42292-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - 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This file was produced from images -generously made available by the Bibliothèque nationale -de France (BnF/Gallica) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. Special rules, -set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to -copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to -protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project -Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you -charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you -do not charge anything for copies of this eBook, complying with the -rules is very easy. 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INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance -with this agreement, and any volunteers associated with the production, -promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, -harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, -that arise directly or indirectly from any of the following which you do -or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm -work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any -Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. - - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of computers -including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation information page at www.gutenberg.org - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at 809 -North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email -contact links and up to date contact information can be found at the -Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. 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Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm -concept of a library of electronic works that could be freely shared -with anyone. For forty years, he produced and distributed Project -Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. -unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily -keep eBooks in compliance with any particular paper edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search facility: - - www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - |
