diff options
| -rw-r--r-- | 42297-0.txt | 4927 | ||||
| -rw-r--r-- | 42297-8.txt | 5320 | ||||
| -rw-r--r-- | 42297-8.zip | bin | 93850 -> 0 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 42297-h.zip | bin | 325427 -> 0 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 42297-h/42297-h.htm | 5747 |
5 files changed, 7593 insertions, 8401 deletions
diff --git a/42297-0.txt b/42297-0.txt new file mode 100644 index 0000000..01c27b8 --- /dev/null +++ b/42297-0.txt @@ -0,0 +1,4927 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42297 *** + + LES SECRETS DE NOS PÈRES + + RECUEILLIS + + PAR LE BIBLIOPHILE JACOB + + + LA + + CRYPTOGRAPHIE + + OU + + L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES + + + + + PARIS + ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-ÉDITEUR + 4-6, RUE VOLTAIRE, 4-6 + + 1858 + + PARIS.--IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1. + + + + +LA + +CRYPTOGRAPHIE + +OU + +L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES. + + + + +CHAPITRE PREMIER. + +DÉFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE; NOTIONS HISTORIQUES. + + +Nous allons essayer de faire connaître quelques-uns des procédés mis +en usage afin de permettre à des personnes séparées par des distances +souvent considérables, de communiquer entre elles, en recouvrant ces +communications du voile du mystère. + +Ces procédés forment une véritable science qui a reçu, comme tant +d'autres, un nom tiré du grec. + +La Cryptographie ou Stéganographie est l'art d'écrire de façon à +dérober à autrui la connaissance de ce qu'on a tracé. + +On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'écrit. On emploie, +en ce but, les encres du sympathie dont nous parlerons plus tard, ou +bien l'on tâche de cacher soigneusement le papier auquel on a confié +son secret. + +Mais plus habituellement on a recours aux divers procédés en usage +afin de jeter, sur une dépêche qui peut tomber dans des mains +indiscrètes, un voile qu'on fait de son mieux pour rendre +impénétrable. + +Pour atteindre ce but: + +On abrège les mots d'après un système convenu (c'est la Brachygraphie +ou Sténographie). + +On fait usage des signes dont le sens est arrêté entre les +correspondants: des lettres, des chiffres, des signes employés dans +les mathématiques et dans la chimie, des points, des lignes, des +figures quelconques ou de fantaisie, des couleurs, etc., sont d'une +grande ressource en semblable occasion. + +On emploie des mots et des phrases, auxquels on convient de donner un +sens tout autre que celui qu'on y attache dans le cours ordinaire des +choses. + +Il y a toujours eu, il y aura toujours des secrets, qu'il faudra bien +confier au papier afin de les transmettre à des correspondants dont on +est séparé par des distances plus ou moins grandes; mais on est bien +aise de dérober aux investigations d'une curiosité indiscrète ces +communications mystérieuses. + +Il a donc fallu recourir à des moyens destinés à voiler le sens des +avis qu'on voulait transmettre. De là l'origine de l'écriture en +chiffres. + +De même que tous les arts, celui-ci débute par des essais naïfs et +incomplets. Les écrivains de l'antiquité en ont conservé le souvenir. + + +§ Ier. + + De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquité. + +Hérodote nous fait connaître divers procédés un peu primitifs auxquels +eurent recours, faute de mieux, certains personnages plus ou moins +célèbres dans les annales de ces temps reculés. + +C'est d'abord un esclave dont on rase la tête, et sur la peau nue de +son crâne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On +laisse aux cheveux le temps de repousser, et on expédie cette épître +d'un nouveau genre à l'ami qu'il s'agit d'instruire de choses +importantes. Les perruques n'avaient point été inventées à cette +époque; elles auraient été d'une grande utilité en pareille +circonstance. Il va sans dire qu'un pareil procédé n'est point +susceptible d'une application fréquente. + +Un seigneur de la Cour de Perse, ayant à transmettre à Cyrus un avis +essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas précisément dans +l'écriture chiffrée, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons +parler Hérodote: + +«Harpage voulut découvrir à Cyrus son projet, mais, comme ce prince +était en Perse et que les chemins étaient gardés, il ne put trouver, +pour lui en faire part, d'autre expédient que celui-ci: S'étant fait +apporter un lièvre, il ouvrit le ventre de cet animal d'une manière +adroite et sans arracher le poil, et, dans l'état où il était, il y +mit une lettre où il avait écrit ce qu'il avait jugé à propos. L'ayant +ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en qui il +avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter à Cyrus, et de +lui dire, en le lui présentant, de l'ouvrir lui-même et sans témoins.» + + +§ II. + + La scytale des Lacédémoniens. + +Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres à ses généraux au +moyen d'une espèce de _courroie_. Voici de quelle façon Plutarque +raconte le fait dans la vie de Lysandre; nous faisons usage de la +traduction naïve du vieil Amyot: + +«Les éphores luy envoyèrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale +(comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandèrent qu'il +eust à s'en retourner aussitost comme il l'auroit reçue. Cette scytale +est une telle chose: quand les éphores envoient à la guerre un général +ou un admiral, ilz font accoustrer deux petits bâtons ronds et les +font entièrement égaler en grosseur et en grandeur; desquelz deux +bastons ilz en retiennent l'un par devers eulx et donnent l'autre à +celuy qu'ilz envoyent. Ilz appellent ces deux petits bastons scytales, +et, quand ilz veulent faire secrètement entendre quelque chose de +conséquence à leurs capitaines, ilz prennent un bandeau de parchemin +long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent à l'entour de +leur baston rond, sans laisser rien d'espace vuide entre les bords du +bandeau; puis quand ilz sont ainsi bien joints, alors ilz escrivent +sur le parchemin ainsi enrollé ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont +achevé d'escrire, ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent à leur +capitaine, lequel n'y sçauroit aultrement rien lire ny cognoistre, +parce que les lettres n'ont point de suitte ny de liaison continuée, +mais sont escartées l'une ça, l'autre là , jusqu'à ce que, prenant le +petit rouleau de bois qu'on luy a baillé à son partement, il estend la +courroye de parchemin qu'il a reçue tout à l'entour, tellement que le +tour et le ply du parchemin venant à se retrouver en la mesme couche +qu'il avoit esté plié premièrement, les lettres aussi viennent à se +rencontrer en la suitte continuée qu'elles doivent estre. Ce petit +rouleau de parchemin s'appelle aussi bien scytale comme le rouleau de +bois, ne plus ne moins que nous voyons ailleurs ordinairement que la +chose mesurée s'appelle du mesme nom que fait celle qui mesure.» + +Un poëte latin donne une application conforme à celle de Plutarque; +transcrivons ici les cinq vers qui s'accordent avec le récit du +biographe grec: + + Vel Lacedemoniano scytalem imitare, libelli + Segmina Pergamei, tereti circumdata ligno + Perpetuo inscribens versu: qui deinde solutus + Non respondentes sparso dedit ordine formas: + Donec consimilis ligni replicetur in orbem. + +Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas être +bien difficile à deviner. En effet, il était aisé de voir en tâtonnant +un peu, quelle était la ligne qui devait se joindre pour le sens à la +ligne d'en bas du papier; cette seconde ligne connue, tout le reste +était aisé à trouver: en supposant que cette seconde ligne, suite +immédiate de la première dans le sens, fût, par exemple, la cinquième, +il n'y avait qu'à aller de là à la neuvième, à la treizième, à la +dix-septième, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait toute +la première ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu'à reprendre la +seconde ligne d'en bas, puis la sixième, la dixième, la quatorzième, +et ainsi de suite. Tout cela est aisé à voir, en considérant qu'une +ligne écrite sur le rouleau devait être formée par des lignes +partielles également distantes les unes des autres. + +Un autre Lacédémonien, réfugié auprès du monarque de l'Asie, trouva +dans son patriotisme les moyens de transmettre à Sparte un avis de la +plus haute importance. C'est encore l'historien que nous avons déjà +nommé qui va nous raconter ce fait. Laissons parler Hérodote: + +«Xerxès s'étant déterminé à faire la guerre aux Grecs, Démocrate, qui +était à Suse, et qui fut informé de ses desseins, voulut en faire part +aux Lacédémoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il +était à craindre qu'on ne le découvrit, il imagina cet artifice. Il +prit des tablettes doubles, en ratissa la cire, et écrivit ensuite +sur le bois de ces tablettes les projets du roi. Après cela, il +couvrit de cire les lettres, afin que, ces tablettes n'étant point +écrites, il ne pût arriver au porteur rien de fâcheux de la part de +ceux qui gardaient les passages. L'envoyé de Démocrate les ayant +rendues aux Lacédémoniens, ils ne purent d'abord former aucune +conjecture; mais Gorgo, femme de Léonidas, imagina, dit-on, ce que ce +pouvait être et leur apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient +des caractères sur le bois. On suivit son conseil, et les caractères +furent trouvés. Les Lacédémoniens lurent ces lettres et les envoyèrent +ensuite au reste des Grecs.» + + +§ III. + + Autres systèmes cryptographiques connus des anciens. + +Blaise de Vigenère, dans son _Traité des chiffres_, livre dont nous +aurons à parler en détail, mentionne quelques-uns des procédés +qu'avaient imaginés les anciens et dont nous venons de fournir des +exemples: + +«Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en +sève dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant inséré les +lettres, la laissent reprendre et reclorre, et coupent la verge. C'est +de l'invention de Théophraste, non des plus spirituelles pour un si +subtil philosophe, joint que cela a besoin de temps, et si la +cicatrice y demeure empreinte tousjours. Le mesme se peut effectuer et +encore plus commodément dans un baston de torche en semblable bois de +sapin creusé, puis enduire la fente avec de la sciure fort subtile et +sassée, de la mesme estoffe destrempée avec de la colle blanche: de +quoy il semble qu'usa Brutus en allant à Delphes, comme le marque +Tite-Live à la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la +quatrième Décade, Polycrate et Diognète enfermèrent un brief de plomb +dans une tourte. Il y en a qui enferment leurs lettres dans un caillou +artificiel faict de ceste sorte: On prend des cailloux de rivière +qu'on faict calciner et réduire en poudre passée par un subtil tamis. +Puis on l'incorpore avec sa quarte partie de résine fondue et une de +poix, meslant bien le tout avec un baston, et estant cette composition +encore chaulde et par conséquent molle, enveloppant la lettre dedans, +façonnant le caillou devant le feu à -tout les mains trempées en eau +tiède, de la sorte que bon leur semble; cela faict, on le laisse +sécher.» + +Les Romains empruntèrent à la Grèce toutes les connaissances qu'elle +possédait, mais ils les perfectionnèrent. César employait pour sa +correspondance secrète une méthode que nous aurons occasion de faire +connaître plus tard, et qui aujourd'hui n'arrêterait pas longtemps le +plus novice des déchiffreurs. + +On a attribué à Tullius Tiron, affranchi de Cicéron, l'invention de la +méthode d'écrire en notes tachygraphiques, et on leur a même donné le +nom de _Notes tironiennes_; mais cet art était déjà connu des Grecs. +Tiron a seulement le mérite très-réel d'avoir augmenté le nombre des +signes et de les avoir distribués dans un meilleur ordre. Sa méthode, +perfectionnée par Sénèque et d'autres, s'étendit dans tout l'empire. +On s'en est servi pour les actes publics, en Allemagne, jusqu'à la fin +du dixième siècle; la France y avait renoncé un peu plus tôt. C'est de +là que les officiers publics chargés de la transcription des actes ont +reçu le nom de notaires, qu'ils conservent encore. En cessant de +faire usage des notes tironiennes, on en oublia la signification. +Quelques savants ont entrepris à cet égard des travaux importants; +citons surtout l'_Alphabetum tironianum_ du bénédictin Dom Carpentier +(_Paris_, 1747, in-fol.); on peut recourir également au _Nouveau +Traité de diplomatique_ de D. D. Tassin et Thuilier, ainsi qu'au +_Dictionnaire diplomatique_ de Dom de Vaines. Un ouvrage de J. Gruter, +_Tyronis ac Senecæ notæ_ (1603, in-folio), présente plusieurs milliers +de ces notes; chacune d'elles exprime un mot différent; les traits, +les lignes, les points dont elles se composent, devaient exposer à +bien des méprises, à moins qu'on n'écrivît avec beaucoup de lenteur et +d'attention, et nul doute que pareille écriture ne fût d'un emploi +très-incommode. + +Nous copions cinq notes tironiennes prises au hasard; elles sont un +échantillon fidèle de cette méthode sténographique. + + [Gl.] Clemens. + [Gl.] Mars. + [Gl.] Legitimus. + [Gl.] Imperator. + [Gl.] Patres conscripti. + +Au neuvième siècle, Raban-Maur, archevêque de Mayence, a rapporté deux +exemples d'un chiffre dont les Bénédictins font connaître la clef dans +leur grand _Traité de diplomatique_. Dans le premier exemple, on +supprime les voyelles et on les remplace par des signes convenus; +l'_i_ est désigné par un point, l'_a_ par deux, l'_e_ par trois, l'_o_ +par quatre, l'_u_ par cinq, de telle sorte que, pour écrire: + + _Incipit versus Bonifaciia rchi gloriosique martyris._ + +On mettra + + .Nc.p.t v[Pt.]rs[Pt.]s B::n.f:c.. :rch. gl::r.::s.q[Pt.][Pt.] + m:rt.r.s + +Dans le second exemple, on substitue à chaque voyelle la lettre +suivante. Toutefois les consonnes _b_, _f_, _k_, _p_, _x_, qui, dans +ce système, tiennent lieu de voyelles, conservent aussi leur valeur. + + +§ IV. + + Le chiffre chez les modernes. Anecdotes. + +Nous sommes peu disposé à ajouter foi à l'assertion d'un vieil +historien, d'après lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la +monarchie française aurait été versé dans les mystères de la +Cryptographie. + +«Pharamond, très-puissant roy des François en Germanie, et +quarante-troisième après Marcovir, lorsque par grande puissance il +marchoit sur les limites des Gaules, afin que secrètement il escrivist +de ses affaires, adjousta pour ses secrets des minuties pérégrines et +estranges.» + +Le moyen âge présente peu d'exemples de l'écriture en chiffres; mais, +dès l'époque de la Renaissance, la nécessité de moyens occultes de +communication se fait de plus en plus sentir au milieu des intrigues +diplomatiques qui se croisent en tous sens. Divers auteurs composent +sur pareil sujet de très-gros livres; des éditions multipliées +attestent l'utilité de pareils écrits, et chacun s'efforce de +découvrir les moyens de rendre impuissants tous les efforts des +investigateurs. + +Au dix-septième siècle, les monarques, les ministres, les +ambassadeurs, font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cessé de +s'étendre et de se perfectionner jusqu'à nos jours. + +Les dépêches chiffrées qui se sont amoncelées en quantité immense +durant cette période n'ont point été, la chose va sans dire, livrées à +la publicité; elles sont restées ensevelies dans les archives +secrètes des chancelleries; on peut toutefois rencontrer, dans des +recueils de documents éloignés de l'époque contemporaine, divers +exemples de l'emploi de la Cryptographie, divulgués par la voie de +l'impression. + +La correspondance imprimée d'un érudit célèbre qui exerça +d'importantes fonctions diplomatiques, H. Grotius, présente divers +passages écrits en chiffres. Empruntons quelques lignes à une dépêche +adressée au chancelier de Suède, Oxenstiern, dépêche qu'on lit dans +l'édition d'Amsterdam (1687, in-folio) des _Epistolæ H. Grotii_. + +«Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20, +70, 6, 10, 72, 66, 81, 47, 31, 10, 33, 66, 14, 106, 10, 33, 31, 217, +246, ab Eusebio Vindiceque auditus.... Egit plurimum cum 79, 59, 76, +72, 13, 42.» + +Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne paraît pas avoir +été fort compliqué; sa _Correspondance inédite avec Maurice le +Savant, landgrave de Hesse_, publiée par M. de Rommel (Paris, 1840, +8º), en offre plusieurs exemples, citons quelques lignes: + +«Je vous assure que je fais grand estime de leur amitié 67, 69, 68, +62, 74, 74, 18, [-63], 4["9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est +l'entremetteur. + +Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53.....» + +Quelques chiffres sont surmontés d'un trait ou du deux points; des +lettres grecques et divers signes employés par les chimistes et les +astronomes se mêlent aux chiffres. L'éditeur a reproduit le tout, sans +chercher à découvrir ce que cachait un voile qu'il aurait dû +s'efforcer de soulever. + +Mentionnons, d'après la _Biographie universelle_, une anecdote qui se +rattache à l'époque dont nous parlons: + +À la fin du seizième siècle, les Espagnols voulurent établir des +relations entre les membres épars de leur vaste monarchie, qui +embrassait alors une grande partie de l'Italie, les Pays-Bas, les +Philippines, et d'immenses contrées dans le Nouveau-Monde; car ils +avaient le plus grand intérêt à ce que leurs communications ne pussent +être découvertes: ils imaginèrent un chiffre qu'ils variaient de temps +en temps, afin de déconcerter tous ceux qui avaient tenté de percer +les mystères de leurs correspondances. Ce chiffre, composé de plus de +cinquante signes, leur fut d'une grande utilité pendant les troubles +de la Ligue et les guerres qui désolèrent alors l'Europe. +Quelques-unes de ces dépêches ayant été interceptées, Henri IV les +remit à un géomètre habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la +clef. Le mathématicien y réussit, et il parvint même à saisir le +chiffre dans toutes ses variations. La France profita pendant deux ans +de cette découverte. La Cour d'Espagne, déconcertée, accusa le +gouvernement français d'avoir à ses ordres des sorciers et de +recourir au diable afin d'obtenir la révélation des secrets +cryptographiques. Elle demanda que Viete fût jugé comme un négromant: +elle porta ses plaintes à Rome. Une prétention aussi ridicule n'excita +que le rire; le géomètre aurait pu cependant avoir des tracasseries +sérieuses, s'il n'eût été, en cette affaire, soutenu par un puissant +monarque; toute accusation de sorcellerie pouvait, en 1600, avoir des +conséquences extrêmement graves. + +L'histoire conserve le souvenir de diverses anecdotes dont l'emploi +des chiffres a été la cause; nous allons en relater quelques-unes: + +Dans le cours des longues négociations qui firent durer pendant tant +d'années le Congrès de Westphalie, les plénipotentiaires de diverses +puissances demandèrent à connaître les propositions que faisait +l'Empereur d'Allemagne concernant certains points en litige; son +ambassadeur, Isaac Voltmar, s'excusa de ne pouvoir les communiquer, en +alléguant qu'elles étaient écrites en chiffres et qu'il lui fallait +trois semaines pour en avoir la clef. Cette réponse excita un +mécontentement général, et l'envoyé du duc de Savoie s'écria: +«N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il pas +certain que le Saint-Père a dans ses mains la clef qui lie et qui +délie? (_clavem ligandi et solvendi_). Adressons-nous donc à lui, afin +qu'il nous donne la clef qui est si nécessaire en ce moment.» + +Une autre circonstance originale se montra au commencement du +dix-huitième siècle: + +L'électeur de Brandebourg, Frédéric III, avait formé le projet de +s'élever au rang des têtes couronnées et de convertir en royaume son +duché de Prusse. Il était presque impossible que ce projet pût +s'effectuer sans l'assentiment de l'Empereur d'Allemagne, suzerain du +Corps germanique. Des négociations furent donc ouvertes à Vienne: +elles s'y traînèrent des années entières; des difficultés nombreuses +s'opposaient à l'accomplissement des voeux de l'Électeur. Son ministre +auprès de la cour d'Autriche, le baron de Barthololi, se servait, pour +sa correspondance, d'un chiffre dans lequel chaque lettre de +l'alphabet était représentée par un nombre convenu; d'autres nombres +exprimaient des noms de personnes ou de lieux. + +Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jésuite, +le père Wolf, qui avait accompagné à Berlin l'ambassadeur d'Autriche, +en qualité de chapelain, et qui se livrait avec activité à des +intrigues politiques. + +Le nombre 24 signifiait l'Électeur, 110 l'Empereur, 116 le père Wolf. + +Barthololi écrivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer +l'affaire, il était indispensable que 24 (l'Électeur) adressât une +lettre autographe à 110 (l'Empereur). + +Le 0 de ce dernier nombre, étant tracé à la hâte, fut pris pour un 6, +et l'on en conclut à Berlin qu'il fallait que l'Électeur écrivît de sa +main au père Wolf. + +Frédéric III n'hésita point, et, bien que cette démarche pût lui +paraître étrange et qu'elle choquât son orgueil, il adressa de suite +au père Wolf une longue épître écrite en entier de sa main et dans +laquelle, expliquant, justifiant ses projets, il s'efforçait d'obtenir +l'appui du bon père, auquel il prodiguait les compliments et les +promesses. + +Le jésuite fut aussi surpris que flatté de recevoir une pareille +communication: elle le décida à ne rien épargner pour faire réussir +les vues du prince qui venait ainsi se mettre sous sa protection; il +s'adressa au confesseur de l'Empereur; des lettres allèrent à Rome +trouver le général de la puissante société; bientôt tous les obstacles +qui s'étaient jusqu'alors accumulés s'aplanirent, et, grâce a cette +méprise fortuite dans une dépêche chiffrée, grâce à ce 0 qui parut +transformé en un 6, l'Électeur obtint de la cour de Vienne ce que +peut-être, sans cet incident, elle lui aurait toujours refusé. Autre +chapitre à joindre à la piquante histoire des très-petites causes qui +amènent de grands événements. + + +§ V. + + Cartes mystérieuses de M. de Vergennes. + +Sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, l'écriture chiffrée devint +de plus en plus l'indispensable auxiliaire de la diplomatie; les +divers cabinets de l'Europe, engagés dans une interminable +complication d'intrigues politiques, s'efforçaient mutuellement de se +dérober leurs secrets. On enlevait les courriers, on corrompait à +force d'or les employés des chancelleries. Afin de résister aux +tentatives d'une curiosité aussi irritée, il fallut inventer des +raffinements cryptographiques de plus en plus mystérieux. + +Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères sous Louis +XVI, faisait usage, dans ses relations avec les agents diplomatiques +de la France, de procédés occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz, +avait, dit-on, été l'inventeur. Ce chiffre était employé dans les +lettres de recommandation ou dans les passeports qu'on donnait aux +étrangers qui se rendaient en France; il servait à fournir, sur eux et +à leur insu, des renseignements dont ils étaient eux-mêmes porteurs +sans le soupçonner le moins du monde. La patrie, l'âge, la religion, +la profession, le caractère, les vertus et les vices, le signalement +du personnage qu'on désignait ainsi au ministre, les motifs de son +voyage, tous ces détails et bien d'autres encore se trouvaient +indiqués sur une simple carte où rien ne sollicitait l'attention des +profanes qui n'étaient point initiés à de pareils mystères. + +Entrons à ce sujet dans quelques particularités: + +La couleur de la carte désignait la patrie de l'étranger. Le blanc +était affecté au Portugal, le rouge à l'Espagne, le jaune à +l'Angleterre, le vert à la Hollande, le blanc et le jaune à Venise, +rouge et vert à la Suisse, rouge et blanc aux États de l'Église, vert +et jaune à la Suède, vert et rouge à la Turquie, vert et blanc à la +Russie, etc. + +L'âge du porteur était exprimé par la forme de la carte. Si elle était +circulaire, c'était l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de +25 à 30, ovale; de 30 à 45, la carte était octogone; de 45 à 50, elle +était hexagone; de 55 à 60, c'était un carré; au-dessus de 60, un +carré long. + +Deux lignes placées au-dessous du nom du porteur de la carte +indiquaient sa taille. S'il était grand et maigre, les lignes étaient +ondoyantes et parallèles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une +de l'autre; une stature moyenne et petite se trouvait signalée par des +lignes droites ou courbes placées à des distances plus ou moins +éloignées. + +L'expression de la physionomie était indiquée au moyen de la figure +d'une fleur placée dans la bordure qui entourait la carte. Une rose +désignait une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un +air pensif et distingué. + +Un ruban était entortillé autour de la bordure, et, selon qu'il +descendait plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommandé était +célibataire, marié ou veuf. + +Des points placés également dans la bordure révélaient la position de +fortune. + +La religion du personnage, qu'on signalait de la sorte, était indiquée +au moyen d'un signe de ponctuation placé après son nom. S'il était +catholique, on mettait un point; luthérien, un point et une virgule; +calviniste, une virgule; juif, un trait d'union. S'il passait pour +athée, on ne mettait aucun signe. + +Des points placés au-dessus, au-dessous ou à côté de quelques mots, de +petits signes mis dans les angles de la carte, dans le genre de +ceux-ci: + +[Gl.], [Gl.], [Gl.], [Gl.], + +et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans conséquence, +indiquaient les qualités, les défauts, l'instruction du porteur de la +carte. En y jetant un coup d'oeil, le ministre apprenait en une +minute, aussi bien qu'il l'eût fait en lisant une page entière de +raisonnements, si l'individu auquel on avait remis pareil billet, +était joueur, vicieux ou duelliste; s'il venait en France pour se +marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer à l'étude; +s'il était médecin, journaliste, homme de lettres; s'il méritait +d'être soumis à une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer +aucun soupçon. Rien ne pouvait faire soupçonner qu'il y eût autant de +secrets dans un simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et +conçu, par exemple en ces termes: + + ALPHONSE D'ANGEHA + recommandé à monsieur + le comte de Vergennes par le marquis + de Puysegur, ambassadeur de France + à la cour de Lisbonne. + +Mais les lignes placées au-dessous du nom du porteur, les signes de +ponctuation, les ornemente très-peu multipliés jetés dans les coins de +la carte, étaient gros de révélations que nul n'aurait soupçonnées. + +Tout ceci est d'ailleurs raconté beaucoup plus longuement que nous ne +devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprimée en +langue allemande vers 1793. Elle a pour titre: «Correspondance de la +police secrète du comte de Vergennes, ministre de l'infortuné roi +Louis XVI.» + + +§ VI. + + La Cryptographie au dix-neuvième siècle. + +Les grands événements dont l'Europe a été le théâtre depuis une +soixantaine d'années, ont fait sentir de plus en plus l'utilité de +l'écriture chiffrée. + +Dans le cours des opérations militaires, les ordres, les dépêches, +sont très-fréquemment interceptés; il peut en résulter les +conséquences les plus graves. L'ennemi apprend de la sorte des choses +qu'il est d'un intérêt immense de lui tenir cachées: si le sens des +lettres dont il s'empare est caché sous un mystère qu'il ne peut +percer, il n'a plus entre les mains qu'un chiffon de papier qui ne lui +est d'aucun secours. + +Quelques lettres de l'empereur Napoléon, écrites dans le cours de ses +campagnes et publiées dans divers ouvrages historiques, montrent que +deux chiffres, le grand et le petit, étaient en usage parmi les +généraux français pour correspondre entre eux et avec l'état-major +général. D'un autre côté, il est certain que beaucoup de dépêches +importantes n'ont jamais été chiffrées. L'_Histoire de la guerre de la +Péninsule_, par le colonel anglais Napier, renferme un grand nombre de +lettres écrites par le roi Joseph, par des maréchaux, par des +ambassadeurs, par le ministre de la guerre à Paris; ces lettres, +remplies de détails importants, furent interceptées par les guérillas +et saisies avec les voitures de la cour lors de la bataille de +Vitoria. Si on avait eu la précaution de les mettre à l'abri sous un +procédé cryptographique habilement choisi, elles n'auraient jamais +figuré à la suite des récits d'un adversaire des armées françaises. + +Nul doute qu'à l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour +leurs communications les plus intimes et les plus secrètes, recours à +l'art du chiffre. Nous ne saurions dire quels sont maintenant les +systèmes qui obtiennent la préférence, mais nous pensons qu'ils ne +s'imitent pas de ceux dont nos pères faisaient usage et qu'il nous +reste à faire connaître. Il est difficile d'imaginer en ce genre +quelque chose de mieux que ce qui a déjà été découvert. + +Nous avons à passer en revue les écrivains qui ont successivement +exposé les mystères de la Cryptographie. + + + + +CHAPITRE II. + +AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE. + + +§ Ier. + + L'abbé Trithème. + +Le premier auteur qui ait traité _ex professo_ et en détail l'art +d'écrire en chiffres fut le célèbre Trithème, mort en 1516, abbé de +Saint-Jacques à Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe, +auteur d'un grand nombre de livres ascétiques, il ne nous appartient +que comme ayant mis au jour deux ouvrages, l'un sur la _Polygraphie_, +l'autre sur la _Stéganographie_ (_Steganographia, hoc est, ars per +occultam scripturam animi sui voluntatem absentibus aperiendi certa_). +La Polygraphie fut publiée pour la première fois à Oppenheim, en 1518, +deux ans après la mort de l'auteur; elle a souvent été réimprimée +durant le siècle qui suivit sa mise au jour. Il en existe une +traduction française par Gabriel de Collange, sous le titre de +_Polygraphie et universelle escriture cabalistique, avec la +clavicule_, etc. (_Paris_, 1541. 4º). Ce mot de _Polygraphie_ ne doit +point s'appliquer, comme d'usage, à des mélanges d'écrits de +différents genres ou sur divers sujets: Trithème veut seulement +enseigner à écrire un même mot, de plusieurs manières. Il donne des +alphabets nouveaux, composés, soit de lettres étrangères les unes aux +autres, soit de caractères de convention. Quant à la _Stéganographie_, +les expressions bizarres qui y abondent firent prendre ce traité pour +un livre de magie, et telles furent les clameurs de quelques individus +faciles à épouvanter, que le comte palatin Frédéric II, surnommé +pourtant le Sage, livra aux flammes le manuscrit autographe qui se +conservait dans sa bibliothèque. + +Il est impossible de ne pas convenir que, surchargés de détails +inutiles, accablés d'une foule de réflexions mystiques, de +considérations allégoriques, et se traînant sous le poids d'une +immense érudition cabalistique qui étale hors de tout propos les +rêveries creuses et les imaginations folles des vieux rabbins[1], les +ouvrages de Trithème sont des lectures les plus indigestes et les +plus pénibles auxquelles on puisse se condamner. Il faut du courage et +de l'attention, pour démêler au milieu de toutes ces digressions et de +toutes ces rêveries les procédés de Cryptographie qu'indique l'abbé de +Saint-Jacques. + +[Note 1: Parmi les nombreux écrits qui montrent à quel point Trithème +était infatué de pareilles idées, il faut citer sa _Chronologia +mystica de septem secundeis sive intelligentiis orbes post Deum +moventibus_. Une ancienne doctrine platonique ou cabalistique plaçait +dans chaque sphère céleste une intelligence chargée de la gouverner. +Trithème s'efforce de rattacher, à ce système, des notions historiques +et d'en établir la réalité. Un pareil livre n'eut pas moins de six ou +sept éditions. Il n'est pas surprenant que ces rapsodies +inintelligibles aient trouvé de nombreux lecteurs, et il est +extrêmement probable que le docte abbé ne se comprenait pas toujours +lui-même, lorsqu'il développait ses étranges imaginations.] + +Essayons de donner une analyse succincte des quatre livres dont se +compose la _Stéganographie_. + +Le premier livre comprend trois cent soixante-seize répétitions de +l'alphabet formé de vingt-quatre lettres; à chaque lettre correspond +un mot de la langue; le tout forme un total de neuf mille vingt-quatre +mots. Afin de faire bien comprendre ce système, il convient de +transcrire quelques-uns de ces alphabets; nous reproduirons le +premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23e, +216e et 319e). + + a Jésus, l'amour. + b le Dieu, la dilection. + c le Sauveur, la charité. + d le modérateur, la révérence. + e le pasteur, l'obéissance. + f l'auteur, le service. + g le rédempteur, le zèle. + h le prince, la mémoire. + i le fabricateur, le souvenir. + k le conservateur, la souvenance. + l le gouverneur, la faveur. + m l'empereur, l'affection. + n le roi, la loi. + o le recteur, la foi. + p le juge, l'espérance. + q l'illustrateur, le commandement. + r l'illuminateur, la recordation. + s le consolateur, la parole. + t le Seigneur, la connaissance. + u le dominateur, le saint. + x le créateur, l'amitié. + y le psalmateur, la promesse. + z le souverain, l'ordonnance. + & le protecteur, la bienveillance. + + a fragiles, Europe. + b misérables, Candie. + c ingrats, Hongrie. + d ignorants, Panonie. + e iniques, Pologne. + f injustes, Germanie. + g malheureux, Saxe. + h malicieux, Helvétie. + i obstinés, Suède. + k perdus, Italie. + l pécheurs, Romanie. + m criminels, Lombardie. + n volontaires, Espagne. + o vains, Andalousie. + p mauvais, Castille. + q détestables, Gaule. + r abominables, Bretagne. + s damnables, Normandie. + t immondes, Aquitaine. + u indigents, Guyenne. + x pauvres, Gascogne. + y pusillanimes, Auvergne. + z pervers, Bourgogne. + & abjects, France. + +Vous pouvez, au moyen de ces alphabets, exprimer votre pensée d'une +façon inintelligible pour les non initiés, et voici comment: Écrivez +d'abord sur un morceau de papier, que vous détruirez ensuite, ce que +vous voulez faire savoir, et traduisez, en posant pour la première +lettre le mot qui lui correspond dans le _premier alphabet_; pour la +seconde lettre, cherchez dans le second alphabet le mot à côté duquel +elle est placée; ainsi de suite. On a de la sorte une suite de mots +qui ne présente qu'une série de non-sens, mais, si notre correspondant +est muni (comme il doit l'être) de la copie exacte des alphabets dont +vous avez fait usage, il n'aura nulle peine à découvrir le sens qui se +cache sous cette enfilade de mots, étonnés de s'y trouver placés dans +une série bizarre. + +Trithème rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le +reproduire exactement: Un méchant vous demande une lettre +d'introduction auprès d'un de vos amis avec lequel il veut se lier. +Vous avez des motifs pour ne pas repousser cette prière; d'un autre +côté, vous voulez transmettre des renseignements exacts sur votre +recommandé. Vous le chargez alors de remettre à celui qu'il va +trouver, un écrit qui présente les phrases suivantes: + +«Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sûreté +immortelle avec ses sanctifiés en béatitude Amen. La charité +incompréhensible évangéliquement dénoncée aux hommes, reluctante +d'exhortation, réduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant +de vilipender la recordation du Rédempteur des cieux et aussi la +compagnie de la volupté ineffable que poursuivre. Parquoy, ô immondes, +soutenez pureté et serez recueillis aux règnes des déifiés et là +perpétuellement prédestinés. Abolissez donc les dissimulations de +cette charnalité, puisqu'estes heureusement compris aux exaltations du +modérateur tout voyant.» + +Cherchez à quelle lettre du premier alphabet correspond le premier +mot de cette oraison _polygraphique_, et vous trouvez la lettre _n_ à +côté du mot _le roi_. Passant au second alphabet, vous verrez que le +mot _universel_ signifie _e_. Au troisième alphabet, vous remarquerez +la lettre _v_ à côté du mot _exornant_. Au quatrième alphabet vous +noterez la lettre _o_ comme étant en regard de _les corps_: et le +cinquième montrera un _v_ dans la même ligne que le mot _manifeste_. +En continuant de la sorte, vous trouverez que la phrase ci-dessus se +traduit exactement par: + +«Ne vous servez de ce porteur, car il est menteur et larron.» + +Trithème explique qu'avec ce système on peut s'exprimer +très-facilement dans quelque langue que ce soit, il en fournit des +exemples pour l'italien et le latin; la phrase suivante: + +«Imaginez, terriens immondes, très-vite se ruinent terriennes, +ardemment fraudes avez; glace faillirez, présumerez, malheureux, etc.» + +Signifie tout simplement: _Te moneo, amice, ne in hoc negocio +immisceas_. + +L'auteur fait remarquer: + +Qu'il ne faut jamais «qu'en aucun ordre et rang alphabétique une +diction soit doublée, répétée, réitérée, ni mise en écrit par deux +fois.» + +Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oubliées ni d'omises. + +On ne doit prendre qu'un seul mot dans chaque alphabet, et il est +essentiel de ne pas laisser passer un seul alphabet sans y prendre une +expression. + +Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent être écrits +tout au long, sans abréviation, distinctement et dûment séparés. + +Il va sans dire que l'individu avec lequel vous correspondez de la +sorte doit posséder un recueil d'alphabets exactement et de tout point +semblable à celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en ce +genre un livre analogue à celui de Trithème, et il est bon que les +rois et princes en possèdent un certain nombre, afin de s'entendre +avec leurs ambassadeurs et leurs généraux, d'une manière qui ne soit +pas uniforme. + +On peut aussi convenir qu'on changera ou transportera l'ordre des mots +contenus dans chaque alphabet, et ces transpositions, qu'il y a moyen +de varier à l'infini, augmentent beaucoup la difficulté qu'offre le +déchiffrement d'une lettre écrite selon la méthode polygraphique. + +Il serait possible qu'on trouvât des inconvénients à recourir, soit à +la langue française, soit à tout autre idiome, pour la formation des +alphabets. Trithème a prévu cette difficulté; il s'est efforcé de la +résoudre, en composant des alphabets qui offrent des mots qui, +n'appartenant à aucun dialecte, peuvent servir de langue universelle. +C'est dans un jargon cabalistique ayant avec l'hébreu un certain air +de famille, qu'il est allé puiser ses matériaux. Un exemple devient +nécessaire. + +_Cabalit mossu abru massu basin sophus strabil caffulun_, etc. + +Un travail analogue à celui que nous avons déjà indiqué fera connaître +que «ces mots pérégrins,» ce langage barbare et étrange signifie: + +«Ne venez en cour, car le roi est fort offensé contre vous.» + +Le troisième livre de la _Polygraphie_ est consacré à des séries +d'alphabets de mots cabalistiques, mais il y a ici un raffinement: la +seconde lettre de chaque mot doit être extraite et écrite à la suite +l'une de l'autre; ces lettres réunies donnent le sens qu'on veut +couvrir d'un voile. + +_Anna mesar dvain rosas dumera asion afang lisamar neparo uzafun amar +achiet benadas epalam ronis orrifer olrimech mesarym lucyphus arosan_. + +Un travail dans le genre de celui dont nous avons donné l'idée, +montrera que ceci veut dire: + +«Ne vous fiez à ce porteur.» + +Il va sans dire qu'on peut convenir que la lettre significative sera +la troisième, la quatrième, n'importe enfin laquelle de chaque mot. +L'abbé de Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procédé n'est pas +trop sûr et secret, «car tout homme d'esprit et de savoir, par cas +fortuits, tant par sa curiosité que par son labeur et industrie, +pourroit trouver le secret et occulte mystère caché sous cette +écriture.» + +Le quatrième livre expose la méthode bien connue de la transposition +des lettres alphabétiques; «on peut faire et composer autant +d'alphabets différents et dissemblables, qu'il y a d'étoiles au +ciel.» + +Les vingt-quatre lettres répétées de manière à former un carré de la +façon suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse): + + ABCDEFG YZ + Bcdefgh 6A + Cdefghi B + De C + Ef G + Fg : + Gh : + : : + : : + : : + Y : + ZABCD XY + +peuvent former un grand nombre d'alphabets; on peut choisir celui +qu'on veut, et, une fois qu'on s'est mis d'accord, en faire usage pour +la correspondance secrète. + +Trithème passe ensuite à un alphabet numéral, «qui ne sera trouvé +moins sur et secret qu'il est nouveau et moderne.» + + a a 1 g f 7 n ic 13 t ih 19 + b b 2 h g 8 o id 14 u k 20 + c c 3 i h 9 p ie 15 x ka 21 + d d 4 k i 10 q if 16 y kb 22 + c e 5 l ia 11 r if 17 z kc 23 + f f 6 m ib 12 t ig 18 & kd 24 + +Avec ce système, les mots _traître_ et _méchant_ s'énoncent sous la +forme suivante: ih. if. a. h. ig. ih. if. e. kd. ib. e. ig. c. ic. a. +i. ih. + +Cette façon de cacher sa pensée est fort difficile à pénétrer; car, +suivant la remarque de l'auteur, «tous ceux qui verront l'écriture +faicte en ceste sorte et par cest alphabet, penseront et croyront que +ce sera transposition de lettres et travailleront pour néant à la +supputation et recherche d'icelles.» + +Il va sans dire que Trithème n'oublie pas un alphabet formé des +lettres ordinaires distribuées «par ordre confus, irrégulier et sans +ordre ni règle.» Il est aisé d'en composer une foule de ce genre. En +voici un exemple: + + a _o_ g _t_ n _c_ t _e_ + b _p_ h _b_ o _x_ u _k_ + c _q_ i _x_ p _h_ x _n_ + d _r_ k _&_ q _y_ y _m_ + e _i_ l _x_ r _d_ z _l_ + f _s_ m _z_ s _g_ & _f_ + +La lettre placée dans la seconde colonne doit surtout être substituée +à celle qui se trouve dans la première et qui entre dans l'avis à +chiffrer; vous écrirez: + +_Ildicg todri iki xiusizm ci....._ + +Si vous voulez dire: + +«Prends garde que l'ennemy ne...» + +C'est d'un procédé de ce genre qu'usait César pour correspondre avec +Cicéron et autres personnages de l'époque, selon le témoignage de +Suétone, procédé que l'abbé Trithème expose en ces termes: + +«Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la +quatrième lettre de l'alphabet, qui est D, pour la première lettre, +qui est A; E, pour B; F, pour C, et ainsi conséquemment transposer et +changer lesdites lettres alphabétiques.» + + +§ II. + + J. B. Porta. + +La diplomatie italienne avait, au seizième siècle, grand besoin +d'invoquer les ressources de la Cryptographie, afin de couvrir d'un +voile impénétrable des secrets souvent terribles et les plus sinistres +combinaisons. Le Conseil des Dix devait tenir à ce que ces dépêches +fussent constamment lettre close, dans toute la rigueur du mot; les +Borgia, les Visconti, les Farnèse, avaient fréquemment à transmettre +des communications qu'il fallait soustraire à tous les yeux. L'art de +l'écriture chiffrée devint une étude des plus importantes à Milan, à +Florence, à Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et +l'active curiosité s'exerçaient sur toutes sortes de sujets[2], J. B. +Porta, réunit et discuta, en s'efforçant de les perfectionner, les +diverses méthodes cryptographiques connues alors au delà des Alpes. +L'esprit net et pratique de cet écrivain le préserva complétement des +aberrations tout à fait étrangères à pareil sujet, auxquelles Trithème +s'était abandonné; il s'efforça d'être utile, mais il pécha par excès +d'imagination. À force de vouloir multiplier les procédés d'écriture +secrète, il prit la peine d'en montrer et d'en décrire un grand nombre +qui seraient d'un usage très-incommode et dont il est bien certain que +jamais personne n'a eu l'idée de faire usage. + +[Note 2: L'agriculture, l'optique, la mécanique, la mnémonique, la +météorologie, la physique, furent tour à tour l'objet des méditations +de Porta. Il fut du nombre de ces hommes hardis, conquérants, qui ne +peuvent échapper à l'influence des préjugés de leur époque, mais qui +découvrent ou pressentent de hautes vérités. + +Son traité _de la Physiognomonie humaine_, 1586, a fourni beaucoup +d'idées à Lavater. Son livre _de la Magie humaine_, très-souvent +réimprimé au seizième siècle, renferme, parmi beaucoup de faits +puérils compilés avec peu de jugement, une foule d'observations +importantes sur les miroirs, la lumière, la statique, etc. Les divers +ouvrages de cet écrivain remarquable sont analysés avec étendue dans +la _Notice historique_ de H. G. Duchesne, _sur la vie et les travaux +de Porta_ Paris, 1801, 8º, 383 pages.] + +L'ouvrage dans lequel Porta a développé ses idées, est intitulé: + +_De furtivis litterarum notis, vulgo de ziferis._ On en compte des +éditions assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563, +4º, et 1602, fº; de Montbelliard, 1592, 8º; de Strasbourg, 1606, 8º, +etc. Cet écrit est divisé en trois livres. + +Le premier, après avoir consacré quelques pages aux hiéroglyphes et à +la sténographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les +diverses manières de se faire comprendre en dérobant toutefois sa +pensée au vulgaire; le langage allégorique, métaphorique ou +énigmatique, les mots amphibologiques ou entrelacés, coupés ou +renversés, les syllabes insignifiantes ajoutées dans le discours, sont +utiles en pareille circonstance. + +On peut aussi communiquer à distance, sans se parler, et par le simple +son, qui, répété, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque +lettre des mots qu'on veut porter à une oreille amie; deux corps +frappés l'un contre l'autre, des coups donnés sur une muraille d'après +une manière convenue, servent également d'interprète. + +Les signes muets, tels que les gestes, l'emploi des emblèmes, celui +des signaux au moyen des flambeaux, occupent tour à tour Porta. + +Le douzième et dernier chapitre de son premier livre roule sur une +manière ancienne de désigner les nombres par les doigts, d'après +Bède. On n'ignorait point, dans l'antiquité le moyen de converser +secrètement au moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts +pareil au rang numérique que les lettres qu'on veut désigner tient +dans l'alphabet, soit en indiquant du doigt celles des parties du +corps dont la première lettre indique la lettre qu'il s'agit +d'exprimer. + +Notre auteur arrive à la bandelette ou scytale lacédémonienne, et il +juge avec raison que ce procédé était facile à découvrir; il signale +un moyen très-peu usité, l'emploi du fil, qui, après avoir reçu +l'écriture, peut être roulé en peloton ou être employé à coudre les +bords d'un vêtement. Il observe qu'on peut écrire sur la tranche d'un +livre obliquement inclinée ou sur un jeu de cartes disposé en biseau +ou sur les plumes des ailes déployées d'un pigeon ou d'un autre oiseau +à plumage blanc. + +Il aborde enfin plus nettement la Cryptographie proprement dite. Ce +qu'il ne dit point, peut s'analyser facilement. + +Les diverses manières de désigner l'écriture peuvent se réduire à +trois: la transposition des lettres, qui comprend le renversement des +mots, le changement des figures des lettres, et le changement de +valeur des lettres. + +La transposition des lettres dans un avis que l'on veut donner, peut +s'effectuer d'une foule de façons différentes; la première de toutes +est aussi la plus simple: elle consiste à écrire sur deux lignes, en +mettant alternativement la 1re lettre sur la 1re ligne; la 2e lettre +sur la 2e ligne; la 3e sur la 1re, et la 4e sur la 2e et ainsi de +suite. La difficulté augmente si l'on écrit sur quatre lignes: la 1re +lettre sur la 1re ligne; la 2e sur la 4e; la 3e au bout de la 1re, la +1re au bout de la 4e; la 5e sur la 2e ligne; la 6e sur la 3e; la 7e +au bout de la 2e; la 8e au bout de la 3e, en suivant ainsi le même +ordre pour le reste. + +Veut-on écrire d'une manière encore plus compliquée? On transporte toutes +les lettres de l'avis qu'on veut donner, sur des cadres de diverses +formes, soit carrés, soit triangulaires, soit parallélépipèdes, soit +sinueux, soit en losange, soit en quinconce, soit en demi-cercle, tous +divisés par des rayons qui forment autant de lignes perpendiculaires sur +des lignes droites ou courbes; et, quand l'avis a été écrit de manière à +imiter symétriquement la figure géométrique convenue, on produit la +transposition des lettres en prenant les rayons de lettres, de bas en +haut et de haut en bas, de droite à gauche ou de gauche à droite, de +manière que ces lettres, ainsi rassemblées, ne présentent aucun sens. + +Vous convient-il d'avoir recours à une autre manière de transposer les +lettres, plus indéchiffrable encore? Transcrivez à part ce que vous +voulez mander secrètement; puis écrivez en interligne, les lettres +au-dessous des lettres, une devise quelconque convenue; celle-ci, par +exemple: _L'amour est un malin enfant_, devise, qu'il faut recommencer +une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que les interlignes soient +entièrement remplis. Ensuite on a recopié sa missive secrète, et, au +lieu de transcrire par interligne la devise convenue, on met +au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui désigne le +rang que chaque lettre de cette devise tient dans l'alphabet. Ainsi, +au-dessous de la première lettre de la missive, au lieu d'un _l_ on +écrit 10; sous la seconde, au lieu d'un _a_, on écrit 1; sous la 3e, +au lieu d'un _m_, on pose 11. Ces deux opérations faites, on prépare +de la manière suivante la missive qui doit être adressée: chaque ligne +est tracée par des points, entre lesquels est un intervalle suffisant +pour y poser les lettres dans le rang que les chiffres de la devise +indiqueront. On part toujours de la dernière lettre posée, pour +compter le nombre des points à passer, avant d'arriver à l'intervalle +où doit être posée la lettre suivante de la missive; et, quand on est +parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence à compter +par les premiers points, jusqu'à ce qu'enfin toutes les lettres de la +missive soient placées dans leur rang, de sorte que la devise sert, +comme l'on voit, de clef pour connaître de quelle manière on doit +trouver, dans cette suite de lettres transposées, celles qui forment +un sens pour les remettre à leur place. + +Porta s'occupe ensuite de la façon de découvrir et d'interpréter les +lettres transposées; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les 1re, +3e, 5e, 7e, 9e lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu'à ce qu'on +trouve an mot qui forme un sens; lorsqu'on en aura trouvé un, il +deviendra plus facile d'en trouver un autre, en observant l'ordre que +tient chaque lettre du mot trouvé. On comprend qu'à cet égard il n'est +pas possible de donner aucune règle précise; la variété arbitraire des +combinaisons s'oppose à toute règle. + +Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractères +de l'alphabet, de manière que les lettres ne ressemblent à aucune de +celles connues. Pour rendre l'écriture plus indéchiffrable, on peut, +entre ces caractères, en insérer d'autres qui n'ont aucune +signification: on les place, soit au commencement, soit au milieu, +soit à la fin des mots, pour mieux tromper les curieux. Il est +certaines lettres qui peuvent être remplacées par d'autres, _q_ par +_cuu_; _x_ par _cs_; _z_ par _ss_; _y_ par _i_. On peut encore éviter +les mots où se trouvent les lettres _h_, _b_, _d_, _p_, _g_, _f_, _u_. +Il est à propos de ne pas se conformer strictement à l'orthographe. +On peut aussi changer une lettre dans un mot, un _o_ pour un _i_, un +_e_ pour _c_; un _r_ pour un _l_; _par_ pour _pré_. Les monosyllabes, +les voyelles seules, doivent être évitées avec soin; elles présentent +moins de difficultés à un déchiffreur exercé, et elles peuvent le +mettre sur la voie. On peut aussi écrire par abréviation. + +Après avoir exposé toutes ces règles, Porta envisage son sujet sous un +autre point de vue: le déchiffrement des dépêches dont on veut +pénétrer le sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de +caractères différents employés dans la missive, lesquels ne peuvent +excéder 21 ou 22; s'il s'en trouve davantage, le déchiffrement est +plus difficile, puisqu'il y aurait alors des caractères superflus ou +inutiles. Lorsque les caractères différents sont au-dessous du nombre +21 ou 22, il faut savoir quelles sont les lettres qui manquent, tâche +délicate à laquelle on ne peut procéder que par conjectures. + +Porta s'occupe des moyens de distinguer des voyelles les consonnes. +D'abord, toute les fois qu'on rencontre dans le cours de la missive +cinq caractères différents et fréquemment répétés, on peut être assuré +que ce sont des voyelles. En second lieu, on peut observer quelles +sont les lettres qui sont répétées le moins fréquemment, ce sont les +consonnes _q_, _x_, _y_ et quelquefois l'_h_; en troisième lieu, les +lettres isolées qui ne tiennent à aucun mot sont assurément des +voyelles. En quatrième lieu, lorsque les mêmes formes de caractères +commencent ou achèvent un mot, on doit présumer qu'il y a des +voyelles, car il n'arrive jamais qu'un mot commence ou finisse par +deux consonnes (n'oublions pas que Porta écrit en latin, et que c'est +à cette langue que s'appliquent tous ses raisonnements). +Cinquièmement, il faut faire attention que, lorsqu'au milieu d'un mot +il se trouve deux consonnes, la lettre qui précède et celle qui suit +sont certainement des voyelles. Cependant les lettres _h_, _l_ et _r_ +font quelquefois exception à cette règle, puisqu'on les trouve placées +en troisième consonne dans le mot. Il faut savoir aussi que deux +voyelles peuvent être à côté l'une de l'autre, et que, par conséquent, +les lettres placées avant et après sont des consonnes. + +Notre auteur dirige ensuite sa perception sur les moyens qu'on peut +employer pour découvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut +s'en trouver quatre de suite dans un même mot, comme _phthisie, +diphthongue_: alors l'_h_ aspirée se trouve placée la seconde et la +quatrième; lorsqu'il y a trois consonnes de suite, comme dans +_phrase_, _thrône_, la lettre _h_ est la seconde; et il n'y a que +trois consonnes qui admettent l'_h_, savoir _c_, _p_, _t_. Il y a +quatre consonnes qu'on appelle liquides ou mouillées, savoir _l_, +_m_, _n_, _r_. La consonne _b_ admet les lettres _l_ et _r_; exemple: +_blanc_, _bras_. La consonne _c_ les admet pareillement; par exemple: +_clair_, _scribe_. L'_r_ n'admet que l'_h_. Il est rare de trouver +ensemble l'_m_ et l'_n_, comme dans _Mnemosyne_; le _g_ et l'_n_ comme +dans _ignare_. + +Porta développe ainsi de longues et minutieuses observations sur le +retour plus ou moins fréquent des voyelles, sur leur combinaison avec +les consonnes, mais ces détails se rattachent à la langue latine et ne +sont pas susceptibles d'une application exacte à d'autres idiomes. + +Dans le quatrième livre de son traité, Porta étudie la mutation de la +valeur des lettres, de façon qu'un même caractère puisse représenter +tantôt un _a_, tantôt un _p_, tantôt un _m_. + +Il faut d'abord se faire des caractères inconnus qui représentent +vingt lettres de l'alphabet (le _k_, l'_x_, le _j_ et le _v_ étant +exclus); on a un triple cadran, dont celui du centre est mobile; tous +trois divisés en 20, 24 ou 28 parties égales, de manière que les +espaces de chacun se correspondent très-exactement. Le grand cadran +contiendra la suite des nombres depuis 1 jusqu'à 20, 24 ou 28. Le +second cadran moyen contiendra la série des vingt lettres de +l'alphabet et quatre ou huit cases en blanc, et le petit cadran +concentrique mobile portera les vingt signes en caractères +représentatifs des lettres de l'alphabet, immédiatement placés +au-dessus d'elles. Il faut d'abord écrire en écriture courante l'avis +secret qu'on veut envoyer; puis, cet écrit est mis en caractères +représentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour rendre cette +écriture très-difficile à découvrir, on fait, à chaque lettre, avancer +d'un cran le cadran mobile, de sorte que le caractère qui représentait +un _d_ représente un _e_; pour la lettre suivante, ce même caractère +représente un _f_; et ainsi des autres. De cette manière, le même +caractère ayant diverses représentations, il est aisé de sentir tout +ce qu'un pareil moyen jette d'obscurité dans une correspondance +secrète; mais il faut que les correspondants aient chacun un +instrument pareil et concertent d'avance entre eux la manière de +s'entendre. + +On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description +détaillée des combinaisons dont ce procédé est susceptible; on le +trouve, dans l'ouvrage de Porta, accompagné d'exemples et de figures +compliquées. Pour suppléer aux cadrans ci-dessus, il donne une table +de permutation très-propre à changer à volonté les signes +représentatifs. + +Les alphabets, fabriqués à plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de +lumière aux investigations des curieux, tiennent une grande place +dans le traité du savant napolitain. + +Voici un des modèles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il +regarde comme indéchiffrables. On partage les lettres en trois groupes +de trois lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante: + + +-------+-------+-------+ + | a l u | b m x | c n z | + +-------+-------+-------+ + | d o | e p | f q | + +-------+-------+-------+ + | g r | h s | i t | + +-------+-------+-------+ + +Pour répondre à ces neuf groupes, on forme neuf caractères de la forme +que voici: + + [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] + +et on ajoute à chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer +la place qu'occupe dans le tableau la lettre de l'alphabet qu'on veut +représenter; ainsi l'_n_ sera représenté par [Forme et point], le _g_ +par [Forme et point], l'_u_ par [Forme et point] et le mot _Rome_ +s'écrira: [Forme et point] [Forme et point] [Forme et point] [Forme et +point] + +On donnera aux neuf caractères telle forme qu'on voudra, et il est de +fait que des signes pareils offriront, à quiconque n'en possède pas la +clef, une énigme absolument indéchiffrable. + +Parmi les divers procédés sur lesquels il s'étend avec une +complaisante prolixité, Porta n'oublie pas la méthode dont Trithème +avait déjà formulé le principe; il propose un alphabet où chaque +lettre est accompagnée d'un mot. + + a Deus. + b creator. + c salvator. + d servator. + e judex. + f Domine. + g redemptor. + h liberator. + i sapiens. + k bone. + l benigne. + m æterne. + n juste. + o clemens. + p sancte. + q caste. + r adjuva. + s tuere. + t libera. + u conserva. + w sustenta. + x protege. + y defende. + z ignosce. + +Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'écrire le mot qui correspond à +cette même lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour exprimer le +nom de _Roma_, on mettra: _Adjuva clemens æterne Deus_; et la +traduction du mot _hostis_ (l'ennemi) sera _liberator clemens tuere, +libera sapiens tuere_. + +On comprend, d'ailleurs, que ce procédé n'offrirait pas de bien +grandes difficultés à un déchiffreur un peu sagace et au fait des +ressources de son art. + + +§ III. + + Blaise de Vigenère. + +Profitant des recherches de Trithème et de Porta, un écrivain français +du seizième siècle, plus fécond que judicieux, Blaise de Vigenère[3], +mit au jour un gros volume in-4º, lequel ne renferme pas moins de 600 +pages consacrées à la Cryptographie. L'auteur n'a point su se +préserver de l'écueil contre lequel ses prédécesseurs étaient venus +échouer. Au lieu de poser clairement et nettement des règles précises, +au lieu d'indiquer des procédés faciles à comprendre, il se plonge +dans l'océan des rêveries cabalistiques. Il reproduit, en général, les +inventions cryptographiques de Porta. + +[Note 3: Mort en 1596; il remplit d'importantes fonctions +diplomatiques, et il traduisit un grand nombre d'auteurs grecs et +latins; ses traductions sont aujourd'hui vouées à l'oubli le plus +profond, de même que son _Traité des Comètes_ et son _Traité du feu et +du sel_, quoique ce dernier écrit (c'est un livre d'alchimie) ait +obtenu trois ou quatre éditions en France, et qu'il ait même rencontré +des traducteurs qui l'ont fait passer en latin et en anglais.] + +Parmi les diverses méthodes qu'indique Vigenère, nous allons essayer +de faire comprendre la suivante: + +Dressez un tableau composé de huit colonnes et disposé de la manière +qui suit: + + +---+----+----+----+----+----+----+----+ + | | AA | BB | CC | AB | AC | BC | CB | + +---+----+----+----+----+----+----+----+ + | A | a | d | g | l | o | r | u | + | B | b | e | h | m | p | s | x | + | C | c | f | i | n | q | t | z | + +---+----+----+----+----+----+----+----+ + +On cherche, parmi les petites lettres, celle que l'on veut écrire, et, +à sa place, on pose les deux capitales qui sont dans la case +supérieure correspondante à cette lettre; on y joint la capitale de la +ligne horizontale placée à gauche, et on transcrit ces capitales ou +petites lettres; ainsi, pour écrire _le roi_, on voit que la lettre +_l_ correspond par en haut à AB, et à gauche à la lettre A: on pose +_aba_; l'_e_ sera _bbb_; le mot _roi_ s'exprimera par: _bca_, _aca_, +_ccc_. + +Vigenère n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires +d'un même livre: on convient de recourir à une page, la première +venue; on se met d'accord sur une ou deux lignes de cette page, et on +indique les diverses lettres de l'alphabet par des chiffres +correspondant à l'ordre dans lequel ces lettres se présentent. En +prenant pour exemple la troisième ligne du feuillet 3 de l'ouvrage de +Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante: + + «Partie de son âme dont elle constitue la différence.» + +et on dressera le tableau suivant: + + p a r t i e d s o n m l .... + 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 .... + +On aura soin de négliger les lettres répétées et de continuer ce +travail sur la ligne suivante si toutes les lettres de l'alphabet ne +se trouvent pas dans la ligne choisie. + +De cette manière, ces deux mots, _le pape_, seraient représentés par +les chiffres suivants: + + 12.6. 1.2.1.6. + +Le _roi_ s'exprimerait en écrivant: + + 12. 6. 3. 9. 5. + +Vigenère remarque que ce chiffre est inexpugnable, sans la +communication du secret, car que serait-il possible de conjecturer +là -dessus? + +Les vingt-quatre caractères de l'alphabet usuel lui paraissant trop +simples et trop susceptibles d'être devinés, Vigenère invente des +chiffres de 72, de 64, de 48 caractères; chaque lettre est représentée +par deux, trois ou quatre signes imaginés à plaisir et qu'on peut +varier à l'infini. + +Une autre combinaison consiste à indiquer chaque lettre de l'alphabet, +sur un chiffre; mais, afin de dérouter les curieux, on entremêle les +lettres, car les écrire à rebours de la façon suivante: + + Z Y X ... B A + 1 2 3 ... 23 24, + +serait trop naïf. On peut les diviser en deux séries, dont voici un +modèle: + + H I L M A B C D E, + +ou bien les placer de cette manière: + + L A M B N C + 1 2 3 4 5 6, + +ou bien, enfin (car ces arrangements sont susceptibles de +modifications presque infinies), assigner à chaque lettre un chiffre +de convention. + + a 15 + b 9 + c 11 + d 20 + e 3 + f 18 + g 24 + h 19 + i 16 + k 7 + l 9 + m 13 + n 1 + o 23 + p 5 + q 12 + r 8 + s 22 + t 4 + u 10 + v 2 + x 14 + y 17 + z 6 + +De cette manière, _Lyon est pris_, s'exprimerait par: 917 231, 3224, +581622. + +Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribué +arbitrairement à chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilité +presque absolue de deviner le sens de ces nombres mystérieux. + +Vigenère n'oublie point «un bel artifice de se réserver un second sens +caché parmy le premier, si l'on estoit surpris et contraint d'exhiber +son chiffre;» mais les explications qu'il donne à cet égard sont +confuses et d'une longueur telles, que, si nous avions la patience de +les transcrire, peu de personnes sans doute auraient celle de les +lire. + +Le défaut de la plupart des procédés qu'indique le _Traité des +chiffres_, c'est une extrême complication: l'auteur fait un usage +immodéré de lettres de diverses couleurs, et il expose, d'une façon +souvent très-peu claire, des systèmes de chiffres tellement +mystérieux, que celui qui voudrait en faire usage se trouverait +peut-être lui-même dans un embarras inextricable pour déchiffrer ce +qu'il aurait écrit. + +Vigenère fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la +plupart des professions: + +«Les hommes de tout temps ont esté curieux de se tracer chacun pour +soy quelques notes secrètes pour se receler de la cognoissance des +autres, comme les marchands en leurs marques et papiers de compte; les +médecins, en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs +paragraphes.» + +Il expose avec complaisance un moyen de transmettre un avis, sans +avoir recours à l'écriture, mais en employant des grains de diverses +matières, accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets. + + grains d'or, d'argent, d'ébène, d'ivoire. + d'or A B C D + d'argent E H I L + d'ébène M N O P + d'ivoire R S T V + +De sorte que le mot _deus_, par exemple, aurait pour expression, en +suivant les lignes horizontales: deux grains d'or et d'ivoire, deux +d'argent et d'or, deux grains d'ivoire, deux d'ivoire et d'argent. + +Après avoir expliqué ce procédé, Vigenère consigne, en son livre, la +réflexion que voici: + +«Au rang des chiffres ou occulte écriture, on peut bien reléguer aussi +les minutes des greffiers, notaires, sergens et semblables manières de +gens de pratique, et encore l'écriture de beaucoup de personnes, qu'à +peine autres qu'eux sçauroient lire, quoiqu'elle ne soit que des +lettres ordinaires, mais difformées de telle sorte, qu'on n'y sçauroit +presque rien discerner. Or, laissant à part ces vicieux chaffourements +qui procèdent d'insuffisance, il y en a d'autres qui consistent en +perspective, car, en y regardant de front, on n'y sçauroit rien +discerner de lisible, mais l'accommodant obliquement en l'assiette qui +luy est propre, ce qui estoit imperceptible apparoist. Il y en a +d'autres qui dépendent de la seule acuité de la vue, la lettre estant +si déliée que l'oeil à peine la peut comprendre: telle que s'est vue +de nostre temps celle d'un gentilhomme siennois, appelé _Spanocchio_, +qui écrivoit sur un velin, sans aucune abréviation, tout l'_In +principio_ de Saint-Jean, en autant ou moins d'espace que ne contient +le petit ongle, d'une lettre si exquise et si bien formée, qu'il ne +seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'après Cicéron, allègue +que toute l'_Iliade_ d'Homère, qui contient de quatorze à quinze mille +vers, avoit esté escrite de si menue lettre en velin, qu'elle pouvoit +toute entrer en une coquille de noix.» + +Le célèbre chancelier Bacon a, dans son traité _De dignitate et +augmentis scientiarum_ (livre VI, ch. 1), fait connaître un chiffre, +dont il est l'inventeur, et qui est basé sur les permutations de deux +lettres seules, _a_ et _b_, combinées par groupes de cinq. Ces deux +lettres sont susceptibles de 32 combinaisons de ce genre; il y en a +donc plus qu'il n'en faut pour exprimer l'alphabet tout entier, et +cet _alphabetum liluterarium_ (c'est ainsi que le nomme Bacon) pourra +s'écrire de la façon suivante: + + a aaaaa + b aaaab + c aaaba + d aaabb + e aabaa + f aabab + g aabba + h aabbb + i abaaa + k abaab + l ababa + m ababb + n abbaa + o abbab + p abbba + q abbbb + r baaaa + s baaab + t baaba + u baabb + w babaa + x babab + y babba + z babbb + +On comprend, du reste, qu'au lieu des lettres _a_ et _b_ on peut +prendre toute autre dont on aura envie, ou bien les remplacer par +quelque signe algébrique, ou par une marque quelconque a laquelle on +voudra s'attacher. L'inconvénient de cet alphabet, c'est que tout mot +ordinaire se trouve représenté par cinq fois plus de lettres. _Paris_, +par exemple, se traduira par _abbba aaaaa baaaa abaaa baaab_. +Lorsqu'on voudra écrire _Espagne_, il faudra prendre la peine de +tracer _aabaa baaab abbba aaaaa aabba abbaa aabaa_. Une phrase un peu +longue se trouvera ainsi exiger beaucoup de temps et une attention +fort soutenue, pour être écrite sans que quelque erreur ne vienne s'y +glisser. + +Bacon a prévu que le mystère de son alphabet ne serait pas +très-difficile à découvrir, et il a dû chercher quelques moyens, afin +de mettre sa pensée à l'abri des curieux: il a donc imaginé ce qu'il +appelle l'_alphabetum biforme_. Après avoir déchiffré la dépêche +écrite d'après la méthode que nous venons d'exposer, on n'arrive point +encore au véritable sens: il est enveloppé dans les lettres qui sont +mises en majuscules dans l'alphabet _biforme_, lettres qu'indique à +ceux qui ont la clef de ce procédé les groupes de lettres auxquels +elles correspondent. + +Pour faire comprendre ceci, il est indispensable de transcrire d'abord +ce nouvel alphabet, tel qu'il se montre dans l'ouvrage de Bacon. + + ab ab ab ab ab ab ab ab + AA aa BB bb CC cc DD dd + ab ab ab ab ab ab ab ab + EE ee FF ff GG gg HH hh + ab ab ab ab ab ab ab ab + II ii KK kk LL ll MM mm + ab ab ab ab ab ab ab ab + NN nn OO oo PP pp QQ qq + ab ab ab ab ab ab ab ab + RR rr SS ss TT tt VV vv + ab ab ab ab ab ab ab ab + uu WW ww XX xx YY ab + ZZ zz + +Supposé maintenant qu'on veuille donner avis à quelqu'un de s'enfuir, +en lui faisant passer le mot latin _fuge_, on écrira d'abord la phrase +suivante, qui présente un sens tout opposé: + + _Manere te volo donec venero._ + +En prenant dans l'alphabet ci-dessus les lettres _a_ et _b_ qui +correspondent aux lettres dont est formée cette phrase, on mettra: + + aabab baabb aabba aabaa + Maner etevo lodon ecvenero + +Ces quatre groupes d'_a_ et de _b_ réunis par cinq, indiquent, d'après +les combinaisons de l'Alphabet Biforme, les quatre lettres qui forment +le mot FUGE. + +Il faut reconnaître que les explications trop succinctes et très-peu +claires que donne Bacon à l'égard de ses procédés de chiffres, +laissent beaucoup à désirer. L'idée d'employer les combinaisons des +lettres n'est cependant point indigne d'une attention sérieuse: il y a +le germe de tout un système de chiffres qui n'a pas de limites. + +Remarquons, en effet, que des mathématiciens ont cherché le nombre des +combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupées +ensemble de toutes les manières imaginables: ils ont trouvé le chiffre +formidable de 42 quadrillons, 163,840 trillions, 398,198 billions, +058,854 millions, 693,625. Pour saisir toute l'énormité de ce nombre, +il faut se souvenir qu'on a démontré que, pour écrire toutes les +combinaisons qu'il énonce, il serait indispensable de se procurer une +feuille de papier qui aurait 421,300 fois l'étendue de la superficie +de la Terre. + + +§ IV. + + Jérôme Cardan. + +Cet Italien célèbre, qui toucha à toutes les questions[4] et qu'une +vaste érudition, jointe à des talents très-distingués, n'a point +préservé d'une accusation de folie, a dit quelques mots de la +Cryptographie dans son ouvrage _de la Subtilité_; les voici d'après la +vieille traduction française: + +«Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement +réglées et lignées; vous y ferez séparément des trous assez petits, +mais toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez +accoutumé faire vostre lettre: l'un de ces pertuis pourra tenir sept +lettres, l'autre trois, l'autre huit ou dix, de sorte que tous les +trous ou pertuis qu'aurez faits pourront tenir ensemble cent vingt +caractères ou lettres. De ces deux peaux, vous donnerez l'une à celuy +auquel vous désirez escrire, et vous retiendrez l'autre à vous; et, +lorsque voudrez escrire le plus brief et succinct que vous pourrez, de +sorte que vostre escriture n'excède pas ledit nombre de cent vingt +caractères ou lettres: qui est tout ce que les espaces et pertuis +susdits pourront comprendre. Et après, sur les pertuis, faits comme je +l'ay dit, vous escrivez, au feuillet de papier qui est dessous, le +sujet et sentence que voudrez; et, après, à un autre feuillet, et +conséquemment au troisième. Cela estant fait, vous remplacez les +espaces et distances qui demeureront vides, ainsi augmentant ou +effaçant jusques à tant que vostre sentence et sujet apparoissent et +se montrent. Vous accomplirez la seconde sentence au second feuillet +de papier, faisant extrait en telle sorte, sur la première, qu'il +semblera et apparoistra que les mots et paroles soient suivants et +consécutifs l'un après l'autre. La troisième adapterez aussi à telle +sorte et manière, que, sans aucune interruption ni intermission des +premières lettres, l'ordre, la sentence, le nombre des paroles avec la +grandeur se trouveront et apparoistront, retenant mesure, sujet et +intelligence. Et après appliquerez, sur ce papier escrit en cette +manière, le parchemin que pour cette cause vous aurez taillé et percé, +faisant en tout et partout, aux extrémitez des trous ou perçures, de +petits et subtils points, jusques à tant que le sujet et intelligence +des lettres parviennent en la sorte que vous désirez les escrire. Et +après, celuy à qui vous les enverrez, mettant sur elles son exemplaire +percé (comme il est dit), entendra subitement et facilement la +conception de vostre volonté.» + +[Note 4: L'édition de ses _Opera omnia_ (Lyon, 1663, 10 vol. in-folio) +ne renferme pas moins de 222 traités en ouvrages divers. On peut +consulter, à l'égard de cet étrange écrivain, Buhle, _Histoire de la +Philosophie_, tom. IV, p. 730-739 de la traduction française; la +_Rétrospective Review_, tom. I, p. 94-112; un article de M. Mercey, +_Revue de Paris_, juin 1841; un mémoire de M. Franck, lu en 1841 à +l'Académie des sciences morales et politiques. Quant au mérite de ses +travaux scientifiques, on peut consulter l'_Histoire des Sciences +mathématiques en Italie_, par M. Libri, tom. III, p. 107, et +l'_Histoire de la Chimie_, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a +trouvé deux biographes, l'un en Italie (Mantovani, _Vita di Cardano_, +Milano, 1821, 8º), l'autre en Angleterre (G. I., _the life and times +of G. Cardan_, London, 1836, 2 vol. 8º).] + + +§ V. + + Le duc de Brunswick. + +Au commencement du seizième siècle, un duc de Brunswick-Lunebourg, +Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur à l'étude; il publia divers +écrits sous le pseudonyme de Gustave Selenus. _Selenus_, du grec +_Selène_ (la lune), était une espèce de traduction du mot _Lunebourg_; +_Gustave_ est l'anagramme d'_Auguste_. Le jeu des échecs, +l'horticulture, l'art d'écrire en chiffres, occupèrent tour à tour +l'attention de ce prince; son livre sur le sujet que nous traitons ici +a pour titre: _Systema integrum Chryptographiæ_; c'est un in folio de +près de 500 pages. + +Trithème a fourni la majeure partie des procédés décrits dans ce gros +volume, où il se trouve malheureusement beaucoup d'idées +cabalistiques; les exemples étant pour la plupart empruntés à la +langue allemande, il n'y a pas moyen de les reproduire textuellement. + +Parmi les méthodes que décrit le duc Auguste, en voici une dont nous +n'avons pas encore fait mention: + +Formez trois colonnes, en inscrivant, à côté des cinq voyelles +répétées trois fois, les consonnes de l'alphabet: + + a _b_ a _h_ a _p_ + e _c_ e _k_ e _q_ + i _d_ i _l_ i _r_ + o _f_ o _m_ o _s_ + u _g_ u _n_ u _t_ + +Au lieu d'écrire les lettres qui emportent les mots que vous voulez +chiffrer, vous inscrivez celles qui leur correspondent. Vous mettez +par exemple un _i_ en place d'un _r_, _et vice versa_, un _o_ en place +d'un _f_, ainsi de suite. + +Pour écrire _l'empereur d'Autriche_, vous mettrez _icoakitk +iaguieak_. + +Rien n'empêche d'employer à rebours un alphabet ainsi dressé ou de +substituer quelques lettres à d'autres, en suivant une marche dont on +sera convenu: cela augmentera beaucoup les difficultés du +déchiffrement. Au moyen de méthodes semblables, le prince allemand +montre comment les mots suivante: _Cras expectabis adventum meum_, +peuvent se traduire par _zfxubzmsbeugpgeurmiothrha_. + +Les alphabets imaginaires et forgés à plaisir, que fait connaître le +prince, sont, pour la plupart, la reproduction ou l'imitation de ceux +qu'on trouvait déjà dans le livre de Porta; il a pris la peine de +faire graver (page 282) l'alphabet qu'une tradition très-peu +authentique attribue à Salomon, et il n'a point oublié celui dont les +habitants du pays d'Utopie font usage, à ce qu'affirme Thomas Morus. +Il a lui-même inventé un moyen d'exprimer les lettres, au moyen d'un +système de lignes brisées, obliques, parallèles, etc., ou bien grâce à +des groupes de points disposés de diverses manières. Nous pensons +qu'il serait superflu de donner la reproduction de ces alphabets +fantastiques, car le champ des inventions de ce genre est sans +bornes. + + + + +CHAPITRE III. + +RÈGLES ET PROCÉDÉS DE CRYPTOGRAPHIE. + + +§ Ier. + + Préceptes généraux. + +Maintenant laissons de côté les méthodes aujourd'hui abandonnées +qu'exposent les écrivains du seizième siècle, et cherchons à faire +comprendre quelques-unes des règles auxquelles se conformaient, dans +leurs dépêches chiffrées, les diplomates du siècle dernier, règles qui +servent encore habituellement de guide à leurs successeurs. + +Les signes de ponctuation sont supprimés, ou bien, lorsqu'il est +nécessaire d'en faire usage, afin de donner plus de clarté au texte +chiffré, on les indique par une marque particulière. Les accents et le +trait d'union sont abolis. + +On emploie ce qu'on nomme des non-valeurs (_otiosi characteres_), afin +de dérouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les +nombres composés entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien +et qu'il ne faut point en tenir compte dans le déchiffrement. Le +déchiffreur non initié perdra beaucoup de temps à vouloir trouver un +sens là où il n'y en a pas et sera complétement fourvoyé. + +Parfois, on a recours à un chiffre de contre-sens; on convient que les +phrases chiffrées, comprises entre deux marques convenues, telles que +des croix, des parenthèses, des chiffres déterminés à l'avance, etc., +doivent être entendues dans un sens diamétralement opposé à celui +qu'elles présentent. Par exemple, la phrase chiffrée: «Le roi est +malade, mais il va mieux et sa guérison est certaine,» doit être +interprétée ainsi tout autrement: «Sa mort est certaine.» + +Il n'est pas mal d'employer dans une dépêche chiffrée des mots de +diverses langues; le mystère sera encore plus difficile à percer; en +voici un exemple: _L'armée de l'Empereur se réunit aux troupes du +roi_; écrivez, en faisant usage du latin, de l'allemand, du français, +de l'espagnol, de l'anglais; _exercitus der Kayser se réunit à las +tropas of the king_. Chiffrez ensuite, et il sera presque impossible +de découvrir ce que vous avez confié au papier. + +Les mots écrits avec des abréviations convenues à l'avance, présentent +une ressource avantageuse; il est bon de les indiquer au moyen d'un +signe convenu. + +On a vu des hommes d'État employer la méthode d'écriture hébraïque, +c'est-à -dire ranger les chiffres de droite à gauche. + +Un procédé qui n'est pas très-compliqué consiste à dresser le tableau +suivant: + + abcd efgh iklm nopq rstu xyz + 1 2 3 4 5 6 + +et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut déguiser par un double +chiffre, dont le premier représente le groupe de lettres et le second, +le rang qu'occupe dans ce groupe la lettre qu'on a en vue. Ainsi, +l'_r_ s'exprime par 51, le _g_ par 23; pour écrire _festina lente_, on +mettra: + + 22 21 52 53 31 41 11 33 21 41 53 21 + +Il n'est pas sans exemple qu'on joigne au chiffre convenu pour +représenter telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint à +ce chiffre, en donne un autre, sur lequel les efforts les plus +opiniâtres n'ont guère de prise, lorsqu'on ne connaît pas le secret. +Supposons qu'on soit convenu que le chiffre 8 représente l'_l_, 74 +l'_é_, 31 l'_r_, 26 l'_o_, 59 l'_i_; pour écrire le _roi_, on +mettrait 8 74 31 26 59; mais, si on ajoute 6 à chacun de ces nombres, +on aura 14 80 37 32 65. + +Il va sans dire qu'au lieu d'ajouter, on est parfaitement maître de +retrancher, de multiplier, de diviser: l'essentiel est que les deux +correspondants se mettent bien d'accord sur la marche qu'ils adoptent. + + +§ II. + + Chiffre imaginé par Mirabeau. + +L'imagination active de Mirabeau touchait à tout; il inventa, dans un +moment de loisir, une méthode de chiffre qui n'est pas sans mérite. +Divisez l'alphabet en cinq parties égales, désignez d'abord chacune +des cinq divisions par un numéro, indiquez ensuite par des numéros +chacune des lettres que vous aurez groupées arbitrairement: + + 1 + c f g u z + 1 2 3 4 5 + + 2 + x n m o k + 1 2 3 4 5 + + 3 + s e h b g + 1 2 3 4 5 + + 4 + d l y q w + 1 2 3 4 5 + + 5 + n i r t v + 1 2 3 4 5 + +Les chiffres 6 à 9 et 0 sont regardés comme non-valeurs. + +On range sur deux lignes les chiffres qui expriment la lettre qu'on +veut représenter; la première de ces lignes désigne le groupe; la +deuxième la place qu'occupe dans ce groupe la lettre en question. On +indiquera donc l'_h_ par 3/3, le _t_ par 5/4, le _d_ par 4/1; à côté +de ces chiffres, tantôt à droite et tantôt a gauche, on mettra des +non-valeurs afin de dérouter; en conséquence, ces mots _le Danube_ +s'exprimeront, si l'on veut, par: + + 74 3948 27 50 16 3639 + 82 2019 26 18 47 4827 + +On comprend de reste, que ceci peut être susceptible d'une multitude +de combinaisons diverses. + + +§ III. + + Dictionnaire de convention. + +Un procédé, très-souvent mis en usage, consiste à former une espèce de +dictionnaire dans lequel des mots sont remplacés par d'autres; en +voici un exemple: + + Allies, lui. + Amiral, quand. + Arriver, être. + Armistice, car. + Attraper, pourquoi. + Attendre, amie. + Avenir, 2 + Balance, oui. + Baron, 3 + Bavarois, amen. + Bois, et. + Camp, 7 + Canon, doit. + Cavalerie, bon. + Conseil, w. + Définitif, mais. + Deux, voir. + Demander, événement. + Descendre, loi. + Division, non. + Dix, art. + Empereur, est. + Entre, tôt. + Événement, demande. + Faux, 8 + Favori, jamais. + Fureur, demain. + Général, 6 + Gloire, 104 + Gouverneur, selon. + Hommes, tard. + Honneur, gagné. + Ici, il. + Inventeur, hier. + Levé, eux. + Lignes, nous. + Maréchal, cerf. + Manoeuvres, fin. + Mille, âne. + Naples, crue. + Nouvelles, quart. + Opération, sot. + Ordre, ni. + Ostracisme, x. + Partis, et cætera. + Peur, z. + Question, ami. + Querelle, troc. + Quand, bleu. + Ravin, grand. + Renfort, son. + Risquer, bas. + Ruiner, loup. + Sottise, vert. + Surseoir, or. + Suisse, froid. + Terrain, fier. + Trois, corde. + Tuer, rond. + Union, Vienne. + Vivres, choix. + Volontaires, lois. + Voyage, Gand. + +Mots perdus qu'on intercale dans les phrases: + +_Assez_, _après_, _beaucoup_, _beauté_, _carré_, _dîner_, _honneur_, +_loterie_, _mer_, _noire_, _port_, etc. + +En se servant de cette table, voici comment on pourra rendre le +passage suivant: + +«Le Conseil n'a rien statué de définitif. Il paraît cependant qu'on ne +balance qu'entre deux partis, celui de risquer la levée du camp et +celui de demander un armistice.» + +«Le _w_ n'a encore rien, _or_ de _mais_. Il paraît cependant qu'on ne +_oui_ que _tôt voir etc._, celui de _bas_ la _eux_ du 7 et celui de +_événement_ un _car_.» + + +§ IV. + + Lettres et mots exprimés par des chiffres. + +Une des méthodes les plus généralement arrêtées consiste à représenter +chaque lettre et un certain nombre de mots, de syllabes et de noms +propres, par des chiffres; afin de mieux dérouter les investigations, +on exprime la même lettre ou le même objet par divers chiffres; les +noms de nombre eux-mêmes se traduisent par des chiffres. On forme +ainsi des tableaux qui portent le nom de _chiffre chiffrant_; en voici +un modèle. + + a 6 19 500 46 + b 8 50 250 20 + c 4 2 125 18 + d 11 41 65 87 + e 31 47 201 900 + f 49 96 113 6998 + g 23 43 68 100 + h 39 93 200 8446 + i 57 89 98 105 + k 64 86 244 9797 + l 51 69 83 111 + m 13 63 92 536 + n 54 102 107 5886 + o 58 79 129 7654 + p 21 95 140 999 + q 35 84 110 1220 + r 59 81 108 548 + s 52 74 103 1370 + t 56 82 104 925 + u 53 97 112 1000 + v 32 94 203 1266 + x 34 114 300 966 + y 67 78 201 6740 + z 42 91 106 120 + +MOTS ET SYLLABES. + + au, 72 99 1150 40 + de, 45 77 66 1777 + en, 1 15 12 1401 + est, 76 1944 30 85 + et, 7 101 1186 90 + été, 27 128 1650 171 + ici, 130 270 29 2224 + le, 9 88 109 1444 + mais, 234 71 489 2991 + non, 127 28 1849 55 + on, 88 887 75 649 + ou, 70 2471 666 48 + pour, 63 b 72 b 740 830 + que, 80 3 25 400 + le roi, 812 699 778 816 + la reine, 770 817 644 555 + le ministre N, 60 44 776 670 + le prince N, 779 61 825 819 + l'armée, 700 790 970 1200 + il est parti, 576 1620 1718 600 + il est de retour, 62 33 892 697 + il est malade, 5699 733 834 690 + il est mort, 671 863 540 4559 + , 2 b 96 b 86 c 88 d + . 9 b 90 b 92 c 98 d + ; 5 x 6 x 11 x 50 x + 1 14 26 20 b 24 + 2 16 73 18 22 + 3 9 188 37 38 + 4 1 10 15 56 + 5 115 132 650 663 + 6 119 138 192 290 + 7 116 134 195 274 + 8 118 189 194 271 + 9 117 136 189 289 + 0 190 280 651 661 + Non-valeurs, 3000 à 4500 + Contre-sens, [Signe] et : [Pt.] + +Supposons qu'on veuille chiffrer les lignes que voici: + +«Le roi est parti le 12 du courant pour l'armée, avec le prince N. et +le ministre N. [Signe] il a de bonnes intentions pour votre Majesté +[Signe]; l'armée, forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube.» + +On fera précéder cet avis de quelques mots qui lui donneront +l'apparence d'une missive relative à quelque opération de commerce ou +de banque, et on écrira: + +«Je n'ai pu encore réussir à effectuer l'emprunt que vous désirez +contracter et au sujet duquel vous m'avez écrit. 3000 4499 812 576 9 +14 16 11 53 courant 21 58 53 81 69 6 108 13 31 47 19 32 201 4 3017 779 +7 3778 66 14 b [Signe] 98 83 46 45 20 129 54 102 900 103 105 107 104 +201 5886 925 98 7654 102 52 63b 1266 96 536 90 b [Signe] 700 66 24 18 +190 280 651 661 39 58 13 63 47 74 11 129 98 82 21 6 52 74 201 81 88 65 +500 102 112 5 31. Cette affaire pourrait avoir à Hambourg des chances +de réussite.» + +Les mots, _bonnes intentions_, étant affectés du chiffre de +contre-sens, il faut comprendre: _mauvaises intentions_ ou _peu +favorables_. + + +§ V. + + Théorie des chiffres chiffrants et déchiffrants. + +Les auteurs de l'_Encyclopédie méthodique_ ne pouvaient oublier, dans +leur vaste répertoire de _omni re scibili_, l'art de l'écriture en +chiffre; voici le résumé des notions qu'ils exposent à cet égard: + +Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une légation, +le ministère des affaires étrangères lui remet ordinairement trois +_chiffres_, le chiffre chiffrant, le chiffre déchiffrant, et le +chiffre banal. Le chiffre chiffrant, partagé en colonnes, marque dans +la première non-seulement les lettres de l'alphabet, mais aussi les +syllabes, les mots et les phrases dont cet agent aura probablement +besoin dans le cours de sa négociation, les noms des souverains ou +république, de leurs principaux ministres, etc. Cette colonne est +quelquefois imprimée, mais la seconde colonne, remplie en écriture par +le département des affaires étrangères, renferme les nombres, chiffres +ou caractères par lesquels on juge à propos de désigner la lettre, le +mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant: + + _Chiffre chiffrant._ + + a 45. 260. 311. 1020. 805 + b 9. 506. 33. 1110. 21 + c 15. 36 444 20 1006 + l'empereur, 44 31 1117 + le roi d'Espagne, 35. 88. 301. 1144 + l'armée des alliés, 80. 95 1022 888 + le pape, 50 302 467 19 + avantage, 18. 75. 63 + brouiller, 22. 79 103 + +On a soin de ranger par ordre alphabétique les noms substantifs, les +verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la +commodité du chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se +servir à son choix, afin de désigner le même mot; grâce à cette +précaution, en cas d'incident, il devient plus difficile de déchiffrer +la dépêche. + +Les articles d'une dépêche qui mérite le secret se chiffrent tout au +long; on n'y met point de mots écrits en caractères ordinaires, parce +que ces mots, quelque indifférents qu'ils puissent paraître, se +trouvant dans le chiffre, peuvent faire deviner une partie du sens ou +du moins découvrir la matière qu'on traite. Il ne faut pas négliger de +distinguer tous les mots par un point, qu'on met derrière chaque +nombre, puisque, sans cette précaution, une dépêche serait +indéchiffrable pour le correspondant, qui ne pourrait se servir de sa +clef et qui verrait les nombres confondus. + +Le chiffre déchiffrant marque, dans la première colonne à gauche, tous +les nombres dont le chiffre chiffrant est composé, depuis le plus bas +jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne à droite +contient le mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre désigne. +Lorsqu'on veut chiffrer quelque dépêche, on cherche dans ce chiffre +déchiffrant la signification de chaque mot qui se présente, et on +l'écrit au-dessus entre les lignes, qui doivent être espacées +convenablement, de même que les nombres éloignés les uns des autres à +une juste distance. + +En voici un exemple: + + Le ministre d'ici est tout dévoué aux intérêts + 102 23 44 9 1204 76 336 + + de l'Angleterre; c'est le fruit de dix mille + 888 54 21 68 9 + + guinées semées à propos. + 519 1106 718 + + +§ VI. + + Autres systèmes de chiffres. + +Lorsqu'on soupçonne que les chiffres ont été vendus par des commis ou +des serviteurs infidèles, on tâche de tromper les gens qui ont fait +acquisition du chiffre. + +Alors la Cour écrit à son ministre ou bien le ministre mande à sa Cour +le contraire de ses véritables intentions. On exprime en chiffre la +contre-partie des nouvelles qu'on veut transmettre; on met ensuite, +dans la dépêche, un signe, une marque, un caractère, un mot ou une +phrase, dont on est convenu avant le départ du négociateur, indice qui +annule non-seulement tout ce qui vient d'être dit, mais qui désigne +aussi qu'on doit l'entendre dans le sens opposé; c'est ce qu'on +appelle le _chiffre annulant_. Lorsqu'on découvre qu'une puissance +rivale essaye de corrompre nos employés, on lui fait parvenir +adroitement un faux chiffre, et on l'induit en erreur en écrivant des +contre-vérités. + +La Cour donne quelquefois un chiffre différent à chacun de ses +ministres dans les pays étrangers; mais, comme il importe souvent au +bien des affaires générales, que ces ministres lient entre eux des +correspondances, on leur remet un chiffre banal qui leur est commun à +tous et dont ils peuvent se servir. + +Le chiffre à simple clef est celui où l'on se sert toujours d'une même +figure pour désigner une même lettre. + +Le chiffre à double clef est celui dans lequel on change d'alphabet à +chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles. + +Une manière plus simple est de convenir d'un même livre peu connu, ou +d'une édition ancienne, imprimée au loin, presque ignorée: on forme +une clef de trois chiffres; le premier marque la page du livre qu'on a +choisi; le second désigne la ligne de cette page; le troisième marque +le mot dont on doit se servir. Cette manière d'écrire ne peut être +devinée que de ceux qui devineront d'abord à quel livre on a recours; +elle présente d'autant plus de difficultés, que, le même mot se +trouvant en diverses pages du livre, il est presque toujours désigné +par différents chiffres; le même chiffre revient rarement désigner le +même terme. + +Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systèmes de +Cryptographie que développent les auteurs du dix-huitième siècle, +systèmes dont le fond se trouve déjà chez Vigenère et chez Porta, et +qui ne sont pas indignes d'attention, quoique, n'ayant guère été mis +en usage, ils soient demeurés dans des livres condamnés à trouver peu +de lecteurs. + + +§ VII. + + Chiffre par excellence. + +Tel est le nom que Dlandol, dans son _Contre-espion_, donne à un +chiffre, qui réunit, d'après lui, le plus grand nombre d'avantages que +l'on puisse désirer pour une correspondance secrète et qui les +réunirait tous sans exception, s'il n'était pas d'une exécution assez +lente. Cet inconvénient est compensé par l'immense difficulté, par +l'impossibilité même, on peut le dire, de découvrir, lorsqu'on ne +possède pas le mot de clef convenu entre les correspondants, le sens +d'une dépêche écrite de la sorte. + +Pour faire emploi de ce chiffre, il faut d'abord que les deux +correspondants se munissent d'un carré, qui présente pour les lettres +ce que le carré arithmétique présente pour les chiffres, c'est-à -dire +que dans l'un on multiplie des lettres, comme des chiffres dans +l'autre, en cherchant le carré correspondant aux deux termes qui se +servent réciproquement de multiplicande et de multiplicateur. + +Voulez-vous savoir, par exemple, combien font six fois quatre ou +quatre fois six? Cherchez, sur la première ligne horizontale de votre +carré, l'un de ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la +première ligne verticale, c'est-à -dire sur la première colonne. Voyez +ensuite quelle est la case qui correspond en même temps à chacune de +celles où sont ces deux nombres. Vous trouvez 24, qui est +effectivement le produit de six ou de quatre multipliés l'un par +l'autre. De même dans le carré de lettres, si vous voulez multiplier F +par M, vous trouverez S à la case qui répond à l'F de la première +ligne et à l'M de la première colonne. Vous trouvez également S à la +case qui correspond à l'M de la première ligne et à l'F de la première +colonne. Ceci posé, n'oublions pas qu'il y a un mot de clef dont les +correspondants conviennent entre eux. Supposons que ce mot de clef +soit _blanc-bec_ (et si nous prenons ce mot pour exemple, c'est qu'il +y a avantage à choisir des expressions peu usuelles et qui déjouent +tous les efforts d'imagination de ceux qui s'efforceraient de les +deviner). Il faut que vous multipliiez constamment, par les lettres du +mot choisi, toutes les lettres de la missive que vous voulez chiffrer; +puis, cela fait, vous placez chacune des lettres de _blanc-bec_ sous +chacune des véritables lettres que vous aurez à écrire, en répétant +sans cesse le mot convenu et en recommençant à l'inscrire aussitôt que +vous l'avez terminé. + +Supposons que vous veuillez, vous, général d'armée, transmettre cet +avis: + +«Nous devons décamper cette nuit:» + +Vous le disposerez de la façon suivante: + +Nous devons décamper cette nuit. + +Blan cbecbl ancblabl ancbe cblan. + +Dans cet arrangement, vous regardez chacune des lettres _vraies_ de la +missive, comme des chiffres d'un multiplicande et chacune des lettres +du mot de clef, comme un multiplicateur. Vous opérez ensuite de la +façon suivante: + +En multipliant N, première lettre _vraie_ de la dépêche, par B, +première lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carré la lettre +P, à la case qui correspond d'un côté à l'N, de l'autre au B. Vous +placez P pour première lettre de la missive chiffrée. + +La seconde vraie lettre est un O, la seconde lettre de la clef est L. +La case qui correspond à O et à L est un A, que vous posez comme +second caractère. + +La troisième vraie lettre est un U, la troisième lettre du mot de clef +un A. La case qui correspond à l'une et à l'autre lettre, vous donne +V, et la case qui correspond ensuite à S (quatrième lettre vraie) et à +N (quatrième lettre du mot de clef), est G. Vous mettez pour troisième +et quatrième caractère de votre dépêche chiffrée: V G. + +Continuant cette opération sur chaque mot de la dépêche vraie, vous +arrivez à la phrase chiffrée que voici: + + pavgggerpcesfcrsgddsxvjqxuu + +Tant qu'on ne possédera pas le mot de clef, il sera impossible de +deviner le sens d'un pareil billet. Votre correspondant déchiffrera +sans peine cette missive, en faisant une opération inverse à celle que +vous avez accomplie. + +Au-dessous du billet chiffré, il écrira chacune des lettres du mot de +clef. Il cherchera ensuite successivement dans la première colonne du +carré chaque lettre du mot de clef, et, à chaque lettre, il cherchera +sur la même ligne la lettre correspondante du billet chiffré. Alors la +lettre qui commence la colonne où se trouve cette lettre de chiffre +est la vraie; c'est celle qu'il faut écrire pour avoir la véritable +missive. + +On remarquera que chaque fois qu'une lettre se présente dans la +dépêche _vraie_, elle donne dans la dépêche chiffrée un résultat +différent; aussi toute investigation demeure-t-elle stérile, lorsqu'on +ne possède pas les mots qui forment la clef d'un pareil chiffre. + +Cette méthode est, au fond, sauf quelques légères différences, la même +que celle qu'expose le père Kircher, qu'il met en oeuvre au moyen d'un +tableau de chiffres (_abacus numeralis_), formé de lettres de +l'alphabet disposées horizontalement d'abord, verticalement ensuite, +et donnant ainsi un carré composé de 576 cases, dans chacune +desquelles est placé un chiffre. Le procédé qu'indique Neyron +(_Principes du droit des gens_, Brunswick, 1783, 8º, p. 170), rentre +dans une catégorie toute semblable. + + +§ VIII. + + Grille en châssis. + +La manière d'écrire en chiffres au moyen d'une grille en châssis est +bien simple et d'un usage facile. Elle réclame peu de temps. Il s'agit +d'avoir un châssis découpé sur la longueur des lignes, comme le +désigne la figure; celui auquel on écrit possède un instrument tout +semblable. + +Chacun des coins du châssis doit porter une marque différente, parce +que ce châssis peut se placer dans divers sens. + +Après l'avoir posé sur une feuille de papier de même grandeur, en +faisant attention aux marques des quatre coins, on transcrit, dans les +ouvertures, l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois tracée +d'après cette méthode, on lève le châssis, et, dans les intervalles +qui se rencontrent entre chacun des mots, on en écrit d'autres, afin +de remplir les vides; on doit autant que possible les choisir de +manière qu'ils puissent former un sens avec ceux qui ont été écrits +dans les ouvertures du châssis. + +Le correspondant qui reçoit cette épître applique, par-dessus chaque +page, un châssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent +masqués, et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis +qu'on s'est proposé de faire passer. + +La lecture d'une des oeuvres les plus remarquables de M. de Balzac +(_Histoire des Treize_) a révélé l'existence de la _grille_ à bien des +personnes fort peu au fait des procédés de la Cryptographie. Il +s'agit, dans le passage ci-dessous, d'un agent de change, qui, ayant +en main une lettre adressée à sa femme, lettre qui présente un +non-sens continuel, vient consulter un de ses amis, employé au +ministère des affaires étrangères: + +«--C'est une lettre à grille.. Attends. + +«Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement. + +«--Niaiserie, mon ami! C'est écrit avec une vieille grille dont se +servait l'ambassadeur de Portugal sous M. de Choiseul, lors du renvoi +des jésuites... Tiens, voici! + +«Jacques superposa un papier à jour, régulièrement découpé comme une +de ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et +Jules put alors facilement lire les phrases qui restèrent à +découvert.» + +Donnons un exemple de ce procédé. + +Supposons qu'on veuille mander ceci: + +«Vous me trouverez très-disposé à vous rendre.» + +On écrit ces mots dans l'ordre et à la place que leur assigne la +grille dont on fait usage, et on remplit les intervalles, par d'autres +mots, de façon que le tout présente un sens assez raisonnable. + + Je [=vous=] prie de [=me=] mander si vous + [=trouverez=] bon, mon [=très-=] cher, que je + [=disposé=] dès [=à =] présent des effets que + [=vous=] avez offert de me [=rendre=], etc. + +Voici maintenant le vrai sens rétabli au moyen de la grille: + + [=vous=] [=me=] + [=trouverez=] [=très-=] + [=disposé=] [=à =] + [=vous=] [=rendre=] + + +§ IX. + + Chiffre au moyen d'un cadran. + +Ce procédé est un peu compliqué. Il exige du temps et de l'attention, +mais il présente les plus grandes garanties d'un mystère impénétrable. + +Vous tracez sur un carton un cadran, que vous divisez exactement en +vingt-quatre parties égales et sur chacune desquelles vous transcrivez +une des vingt-quatre lettres de l'alphabet. + +Vous avez un autre cercle de carton mobile ayant un centre commun avec +le premier et pouvant tourner librement sur ce centre. Vous le divisez +en un même nombre de parties, et vous y transcrivez également les +diverses lettres de l'alphabet. Si les lettres sont rangées dans +l'ordre ordinaire sur les deux cadrans, l'emploi de ce moyen de +correspondance devient plus commode. + +Le cadran mobile doit être placé de manière que ses divisions +correspondent exactement à celles du premier cadran. On le dispose de +la manière que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran +intérieur correspond à la lettre A du cadran extérieur, on place en +tête de la première ligne qu'on écrit les deux lettres H et A: elles +indiquent, à celui avec lequel on correspond, de quelle manière il +doit de son côté placer la machine parfaitement semblable dont il est +muni; sans une pareille indication préliminaire, il serait impossible +de parvenir à s'entendre. + +Une fois les cadrans disposés, on prend la lettre que l'on veut +chiffrer et que l'on a d'avance écrite en caractères ordinaires; au +lieu de chacune des lettres dont les mots sont composés, on place, sur +la dépêche que l'on expédie, les lettres qui y correspondent sur le +cadran intérieur. + +Si le mot que vous voulez chiffrer est celui de _roi_, par exemple, +vous mettrez, au lieu de l'_r_, la lettre _x_ qui y correspond sur le +cadran intérieur, et ensuite, au lieu des lettres _o_ et _i_, les +lettres _v_ et _n_; vous aurez ainsi _xvn_, et le déchiffrement de ce +que vous écrirez de la sorte sera presque impossible à celui qui ne +saura pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le sût-il, ne +connaîtra pas quelle disposition vous leur donnez. + +Vous continuez de même pour toutes les lettres dont se composent tous +les mots de la dépêche qu'il s'agit de déguiser. + +Votre correspondant met à profit l'indication H A, dont il vient +d'être question: il donne à ses cadrans une disposition identique à +celle que vous avez adoptée; il cherche successivement sur le cadran +extérieur toutes les lettres qui répondent sur le cadran intérieur à +chacune de celles qu'il trouve dans votre missive, et il arrive ainsi +sans difficulté à traduire la dépêche qu'il a reçue. + + +§ X. + + De l'emploi des signes astronomiques. + +Les signes astronomiques, c'est-à -dire ceux dont on fait usage pour +désigner les planètes et les diverses parties du zodiaque ont été +plusieurs fois mis en usage comme dans la Cryptographie. Supposé que +chaque lettre soit représentée par un de ces signes, il faudra +beaucoup de temps et de peine, pour écrire une dépêche en suivant une +pareille méthode, et le secret ne sera pas mieux caché. Un chiffre de +ce genre ne présente pas plus de difficulté que celui dans lequel +chaque lettre de l'alphabet est représentée par une autre lettre, _a_, +par exemple, étant remplacé par _d_, _b_ par _e_, _c_ par _f_, ainsi +de suite. + +On éprouve moins d'embarras à faire usage d'un chiffre, dans lequel +les signes astronomiques sont mêlés à des lettres empruntées aux +alphabets hébraïque, grec ou latin, ou bien à des chiffres numériques, +à des figures de mathématiques. Chacun de ces signes exprime une +lettre, une syllabe ou un mot. Cette méthode était du goût des anciens +auteurs; mais aujourd'hui elle ne trouve guère de partisans. Vigenère +se plaît à en fournir des exemples qu'il développe avec sa prolixité +habituelle. + +Voici, parmi les procédés de ce genre, le meilleur et le plus simple. +On partage l'alphabet en cinq parties ou plus; on place chacune de ces +sections dans un carré particulier, et on désigne chaque carré par un +signe astronomique convenu. Donnons-en un exemple. + + [=abcd [Gl.]=] [=efgh [Gl.]=] [=iklm [Gl.]=] + + [=nopq [Gl.]=] [=rstuz [Gl.]=] + +Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet rangées dans +l'ordre habituel. Lorsqu'on veut faire usage des tableaux ci-dessus, +il faut, pour exprimer chaque lettre, écrire le signe qui dénote le +carré, et indiquer la lettre qu'on a en vue par un numéro qui +correspond à la place qu'elle occupe. L'_e_ se trouvera donc +représenté par [Gl.]1, l'_m_ par [Gl.]4, l'_o_ par [Gl.]2, etc. Si +l'on veut transmettre l'avis que «l'armée a passé le Danube,» on +mettra: + + [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]e [Gl.]e [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1 + [Gl.]2 [Gl.]2 [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]1 + [Gl.]n [Gl.]4 [Gl.]2 [Gl.]1. + +Ce procédé est un peu long, puisque chaque lettre réclame remploi d'un +signe et d'un numéro; il ne présenterait pas de très-grandes +difficultés à un déchiffreur habile, s'il était mis en usage de la +manière que nous indiquons, mais il est aisé d'y ajouter des +complications qui en déguisent mieux le mystère. + + +§ XI. + + Signes de la mnémonique. + +L'idée d'appliquer à la Cryptographie les signes imaginés pour la +mnémonique ou l'art de la mémoire, s'est naturellement présentée à +quelques imaginations. Jean-Henri Dobel, dans son _Collegium +mnemonicum ou Révolutions d'un nouveau secret de l'art de la pensée_ +(en allemand, Hambourg, 1707, 4º), a travaillé en ce sens. Il désigne +par les numéros 1 à 23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit +ainsi en chiffres chaque phrase contenue dans la dépêche qu'on veut +rendre secrète. Enfin, il transforme ces chiffres en mots que donne sa +mnémonique chiffrée. Il écrit ces mots tout au long. Il arrive ainsi à +des séries de mots latins qui n'offrent aucun sens en apparence. + +Dobel représente, dans ses procédés de mnémonique, les chiffres, par +des consonnes; ainsi 1--b, p, w; 2--c, k, q, x; 3--f ou v; 4--g ou j; +5--l; 6--m; 7--n; 8--r; 9--s; 0--d ou t. Veut-il exprimer +mnémoniquement ces chiffres, il prend des mots latins dans lesquels se +rencontrent les consonnes qui correspondent aux chiffres en question. +C'est ainsi que le nombre 567 aura pour expression les lettres _l_ +_m_ _n_ et pour représenter ces lettres, il a recours aux mots: +_limen_, _lumen_, _lamina_, _columen_. + +Ce procédé exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page +entière d'écriture chiffrée est nécessaire pour exprimer quelques +lignes de la dépêche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvénients +sont cause qu'on n'a peut-être jamais fait usage de cette méthode +mnémonique, qui est, d'ailleurs, il faut en convenir, une de celles +dont l'interprétation présenterait le plus de difficultés. + + +§ XII. + + Correspondance au moyen d'un jeu de cartes. + +Il faut avoir un jeu de cartes et disposer toutes les figures dans un +ordre quelconque dont on sera convenu avec son correspondant. On doit +également déterminer l'ordre du mélange qui doit se faire de ces +cartes. + +Ces deux choses ayant été réglées, vous écrivez, comme d'ordinaire, +votre lettre sur une feuille de papier, et, arrangeant ensuite le jeu +de cartes dans l'ordre dont vous êtes convenu, vous les mêlez et vous +tracez sur chacune d'elles, en commençant par la première qui se +trouve alors dessus le jeu, successivement toutes les lettres qui +composent ce qui a été écrit sur le papier; lorsque vous avez placé +une lettre sur chacune de ces cartes, vous les mêlez de nouveau, +toujours dans le même ordre et sans y rien changer, et vous continuez +de placer de même toutes les lettres qui suivent; vous réitérez cette +opération jusqu'à ce que vous ayez transcrit toutes les lettres qui +composent ce que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un +point après chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer +la séparation de tous les mots. + +Supposons qu'on soit convenu de se servir d'un jeu de piquet de +trente-deux cartes, disposé dans l'ordre qui suit, et de mêler ce jeu, +en mettant alternativement à chaque mélange trois cartes au-dessus des +trois premières et trois au-dessous. Le jeu étant remis dans son +premier état, chaque carte sera chargée des lettres ci-après. + +On suppose que la lettre chiffrée contient la phrase suivante: + +«Je connais trop, monsieur, l'intérêt que vous prenez à tout ce qui +peut augmenter ma félicité, pour retarder plus longtemps à vous +confier le dessein que j'ai formé de m'unir par les liens les plus +sacrés à la famille de...» + + ORDRE DES CARTES LETTRES DE LA PHRASE + convenu ci-dessus, + + entre ceux qui s'écrivent. dans l'ordre où elles doivent + se trouver + sur chacune des cartes. + + _Mélange_, 1 2 3 4 5 6 + as de pique, n r t j l e + dix de carreau, s e a n u r + huit de coeur, i n r q s e + roi de pique, p p a n n é + neuf de trèfle, m e f f s s + sept de carreau, o u e i l a + neuf de carreau, e t s t t l + as de trèfle, u a l e e a + valet de coeur, r u v m s f + sept de pique, t e i s n a + dix de trèfle, r s t c l m + dix de coeur, o a. e. o r. i + dame de pique, l u p s m. l + huit de carreau, i s. o s e. l + huit de trèfle, n p u o d e. + sept de coeur, v q p a f d + dame de trèfle, t u l e. o e. + neuf de pique, s. i. u j r. etc. + roi de coeur, t g e e e. + dame de carreau, e m r. r. m + huit de pique, r e m l u + valet de trèfle, o t d p. p + sept de trèfle, n o e s. a + as de coeur, n a r. a. r. + neuf de coeur, c e. r. v l + as de carreau, s o r o j + valet de pique, t. o e u e + dix de pique, J. t. l e. e + roi de carreau, e c i d s + dame de coeur, c e. c e p + roi de trèfle, q n n a s + valet de carreau, n t g y. a + +Toutes les lettres qui composent les mots de la dépêche qu'on veut +chiffrer ayant été séparément transcrites sur ces trente-deux cartes, +comme il vient d'être indiqué, vous mêlerez indistinctement ce jeu de +cartes, et vous l'enverrez à votre correspondant. + + +Manière de lire. + +Celui qui reçoit ce jeu de cartes le dispose d'abord (eu égard à la +figure des cartes) dans l'ordre qui a été convenu; il en fait un +premier mélange, et transcrit successivement et de suite toutes les +lettres qui se trouvent les premières en tête de chacune de ces +trente-deux cartes, en ayant bien attention de ne pas les déranger de +leur ordre; après quoi, il les mêle de nouveau et recommence cette +même opération jusqu'à ce que toutes les lettres soient transcrites: +ces lettres forment naturellement le discours contenu dans la dépêche +en chiffres. + +Une précaution qui n'est pas à dédaigner consiste à écrire en encre +sympathique les caractères tracés sur ces cartes: si elles viennent à +tomber entre des mains indiscrètes, rien n'indique l'existence du +secret qui leur a été confié. + + +§ XIII. + + De l'emploi des lettres nulles, afin de cacher le sens d'une + dépêche. + +On écrit _en clair_ la dépêche qu'on veut transmettre, mais on y mêle +des mots et des syllabes de façon à obtenir une suite de mots +étrangers n'appartenant à aucune langue et qui ne présentent aucun +sens. On partage les mots composés de plusieurs syllabes, et d'un mot +on en fait plusieurs, en ajoutant des lettres que le déchiffreur +regarde comme _nulles_. + +Voici un passage emprunté à la _Germanie_ de Tacite et écrit d'après +un pareil système. + +Dans la première ligne, les trois premiers mots: _Lampsi deso saleu_, +et le dernier: _nous_, sont nuls. + +Dans chacune des lignes suivantes, le premier et le dernier mot le +sont également. + +Dans chacun des autres mots placés dans ces diverses lignes, la +première et la dernière lettre sont nulles. Il va sans dire que le +choix des syllabes et des lettres affectées de nullité est +parfaitement indifférent. + +Ceci posé, on peut écrire la phrase suivante. Nous mettons en +italique, pour plus de clarté, les lettres qu'il faut conserver; mais, +dans la dépêche chiffrée, rien ne doit distinguer ce qui est valable +et ce qui est ajouté. + +Lampsi deso saleu e_rege_su s_ex_a a_nobi_o nous futher c_litate_s +u_duces_n t_ex_t s_uirtute_y ai ma t_sumunt_a. o_nec_t g_regi_o +a_bus_o s_infini_e + +et + +yes a_ta_s s_aut_a a_libe_i st_ra_t s_potes_o e_tas_i, + +par + +la s_et_a s_duce_si sexema oplos s_potius_i sind mio s_quam_e s_impe_t +st_rio_p a_si_o o_promptui_m que + +to e_si_t e_conspi_l a_cui_z. o_si_m s_ante_r s_asi_s do le s_em_o +s_agunt_u s_admi_o e_ratio_x a_ne_s s_prae_t y + +allos o_sunt_y dorche. + +Le passage de Tacite se trouve ainsi très-clairement énoncé: + +_Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita +aut libera potestas, et duces potius quam imperio si promptui, si +conspicui, si ante aciem agunt, admiratione præsunt._ + +Comme il serait fort long d'écrire en tête et à la fin de chaque ligne +un grand nombre de mots _nuls_, on simplifie de diverses manières le +système que nous venons d'indiquer. + +On entremêle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres +prises au hasard, de façon, par exemple, que chaque lettre vraie est +précédée de deux lettres fausses. Pour écrire _nemo est domi_ +(personne n'est à la maison), vous mettrez: + + ex_n_pt_e_rk_m_bd_o_ vn_e_cs_s_mj_t_ lb_d_ku_o_ph_m_cu_i_. + +Ou bien on mêle aux mots certaines syllabes qui n'ont aucun sens. Pour +dire: _Pater meus non est domi_, vous mettrez: _Pa_ba_t_eb_er_ +_me_beub_us_ _no_bo_n_ eb_est_ _do_lo_mi_bi. _Fababribicabatober_ +voudra dire: _Fabricator_. + +Un procédé du même genre consiste à renverser les mots de l'avis à +transmettre, c'est-à -dire à les inscrire de droite à gauche, en +mettant au commencement et à la fin de chacun deux lettres qui ne +signifient rien; d'après cette méthode, pour écrire: «l'armée est +battue,» on pourra mettre: nb_eemral_xd ve_tse_jb iq_euttab_kf. + +Tout ceci, on le comprend de reste, est susceptible de modifications +très-nombreuses; mais il faut reconnaître également qu'un déchiffreur, +ayant de l'expérience et bien versé dans les mystères de la +Cryptographie, n'aurait pas beaucoup de peine pour découvrir les +secrets cachés sous un pareil voile. + + +§ XIV. + + De la stéganométrographie. + +Ce procédé est décrit en détail dans un ouvrage publié par Mathias +Uken, en 1751. Donnons une idée de ce chiffre, qu'on peut regarder à +juste titre comme un de ceux dont il serait le plus difficile de +trouver la clef. + +Vous écrivez en caractères ordinaires l'avis que vous voulez +transmettre en secret, et vous placez sous chaque lettre un chiffre, +en ayant soin de faire suivre les numéros dans l'ordre habituel. + +Supposons que vous voulez mander la nouvelle de la mort de l'empereur +d'Allemagne, nouvelle que vous exprimez en latin. + + HERI OBIIT + 1234 56789 + + C A R O L U S A U G U S T U S + 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. + + I M P E R A T O R + 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33 + +Vous vous êtes muni d'un certain nombre de tableaux numérotés; chacun +d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A à Z, et, à +côté de chaque lettre se trouve inscrit la moitié d'un vers pentamètre +ou hexamètre. Les tableaux pairs contiennent les premiers hémistiches, +les tableaux impairs les seconds; de sorte qu'en réunissant les +tableaux 1 et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici +un exemple: + + _Tableau_ 1. + + a Ne mora te teneat + + b Ne cunctare precor + + h Ne dedigneris + + + _Tableau_ 2. + + a chartæ perfringere gemmam. + + b sua vincula demere chartæ. + + e peregrinam evolvere hartam. + + + _Tableau_ 3. + + r A tibi dilectis + + + _Tableau_ 4. + + i credi venere plagis. + + + _Tableau_ 5. + + o Non tibi damniferos + + + _Tableau_ 6. + + b depinget epistola casus. + + + _Tableau_ 7. + + i Lætitias mentis + + + _Tableau_ 8. + + i demat ut illa. + +Cherchez dans le premier tableau l'hémistiche qui correspond à la +lettre H et dans le second celui qui est placé à côté de la lettre E; +voyez dans le troisième tableau quelle moitié de vers correspond à la +lettre R, et, dans le quatrième, examinez ce que vous donne I. En +écrivant à la place de chaque lettre l'hémistiche qui lui correspond, +vous exprimerez le mot _Heri_ de la manière suivante: + + Ne dedigneris peregrinam evolvere chartam, + A tibi dilectis, credi venire plagis. + +En suivant ce même procédé, vous compléterez facilement votre +dépêche. + +Il convient de se servir d'un assez grand nombre de tableaux, afin de +ne pas se trouver dans le cas de répéter les mêmes vers, si la dépêche +est un peu longue. Uken a pris la peine de dresser quarante-quatre +tableaux qui contiennent 656 hémistiches et qui offrent ainsi le moyen +de chiffrer un avis composé de ce nombre de lettres. + +Le déchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses +tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, présenter la +reproduction textuelle des vôtres; il cherche quelle est la lettre qui +correspond à chaque hémistiche, et, en écrivant successivement ces +lettres, il est promptement au fait de ce que vous lui demandez. + +On voit que la stéganométrographie est pour les non initiés une énigme +dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvénient de prendre +beaucoup de temps et d'exiger des écritures considérables, puisque +chaque lettre de l'avis à transmettre se trouve, dans la dépêche +chiffrée, exprimée par plusieurs mots. + + +§ XV. + + Chiffre formé par un système de lettres et de points. + +J. H. à Sunde, dans sa _Steganologia_, indique un chiffre assez +ingénieux, qui consiste dans l'emploi combiné des lettres et des +points. Les lettres sont réunies deux à deux, et, au-dessous de chaque +groupe, on place un système variable de points. La chose se dispose de +la sorte: + + ae io ub cd fg hk lm np qr st vy xz + [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] + +Au lieu de la lettre _a_ dans la dépêche à chiffrer, on place _e_ avec +un point devant; au lieu de l'_e_ on écrit _a_, en plaçant cette fois +le point après; au lieu du _d_ on écrit un _c_, que précèdent quatre +points disposés en carré; ainsi de suite. De cette façon, le mot +_amen_ se trouve exprimé par les lettres et les points qui suivent: + +el [Pt.] a. [Pt.] p + +et le mot _Rhin_ se chiffre de la sorte: + +q [Pts.] [Pt.] h. o [Pt.] p + + +§ XVI. + + De la substitution des lettres les unes aux autres, d'après un + système compliqué. + +Il est un système de cryptographie qui consiste simplement à remplacer +les lettres de la dépêche par d'autres lettres rangées d'après un +ordre convenu. L'opération est longue, mais on obtient ainsi la +presque certitude d'échapper aux investigations, car le grand nombre +de combinaisons dont un pareil procédé est susceptible rend la +découverte de ce secret extrêmement difficile. + +Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1 à 10 +dans l'ordre suivant: + + 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 + 4. 7. 2. 9. 1. 10. 5. 3. 6. 8. + +il faut alors que la première lettre de la vraie dépêche soit, dans +l'écrit chiffré, remplacée par la quatrième lettre de cette même +dépêche; la seconde, par la septième; la troisième, par la seconde; la +quatrième, par la neuvième; ainsi de suite. + +On range par décade ou dizaine les mots de la dépêche à chiffrer. + +Supposons qu'on veuille mander: + +«Le roi de Hanovre est très-malade, et il ne peut vivre longtemps.» + +On raisonnera de la sorte: + +La première lettre de la dépêche, _l_, correspond à la quatrième, _o_; +la seconde, _e_, à la septième, _h_; la troisième, _r_, à la seconde, +_e_; la quatrième, _o_, à la neuvième, _n_, etc. On écrira en +conséquence les lettres qui forment successivement la dépêche +chiffrée. + +À la seconde dizaine, on procède de même; la correspondance des +lettres se trouve toute nouvelle. + +Voici comment les vingt premières lettres de la phrase prise pour +exemple se trouveraient chiffrées: + + ohenloirdaetrevsstre + +Il importe de ne placer aucun point, aucun signe, qui indique la +séparation des mots ou la fin des dizaines; on peut très-bien, +d'ailleurs, au lieu de se borner à opérer sur dix lettres, étendre à +vingt ou à trente lettres ce système de remplacement. On peut aussi, à +chaque division nouvelle, employer pour les chiffres un ordre +différent, sur lequel on se sera mis d'accord. De cette manière, on +rendra le problème plus que jamais insoluble pour les non initiés; +mais il faut reconnaître que cette méthode prend du temps, et qu'à +moins d'une attention fort soutenue on est exposé, en chiffrant de la +sorte, à commettre bien des erreurs. + + +§ XVII. + + Chiffre inventé par Hermann. + +Un professeur allemand, Hermann, se vanta, en 1752, d'avoir inventé un +chiffre absolument indéchiffrable; il mit tous les mathématiciens de +l'Europe et toutes les sociétés savantes au défi d'en découvrir la +clef. Un réfugié français, Beguelin, fut assez habile ou assez bien +inspiré pour la trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les +détails de sa découverte dans les _Mémoires de l'Académie de Berlin_, +1758. + +Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractères différents et des +neuf chiffres de l'arithmétique, de 1 à 9. À chacun de ces caractères +répond immédiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et chaque +mot est séparé du suivant par un point. Plusieurs de ces caractères en +ont un autre immédiatement au-dessus d'eux, et ces caractères +supérieurs sont en partie les mêmes que les inférieurs; quelques +autres signes, qui ne consistent qu'en points ou en simples lignes, +paraissent affectés à la rangée supérieure et ne se rencontrent nulle +part dans l'inférieure. + +Après bien des tâtonnements et des vérifications, Beguelin reconnut +que le chiffre sur lequel il opérait était soumis à trois lois +particulières: + +1º Tout caractère initial inférieur dont la valeur est au-dessus de 9 +conserve sa valeur constante; + +2º Tout caractère initial inférieur dont la valeur affirmative est +au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur +ordinaire. + +3º Tout caractère initial inférieur dont la valeur négative est +au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur +ordinaire; plus une unité. + +Diverses lois particulières découlaient de ces lois générales: + +4º Le caractère supérieur initial conserve toujours sa valeur +ordinaire; + +5º Le caractère supérieur ne sert qu'à déterminer par sa valeur la +lettre placée immédiatement au-dessous et nullement celle qui suivra à +droite, à moins que le caractère inférieur ne soit zéro; + +6º Lorsqu'au milieu d'un mot il y a un signe ou un caractère +supérieur, ne fût-ce qu'un point, comme on a alors déjà deux valeurs +requises pour déterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractère +qui précède à gauche; + +7º Un point placé sur un caractère qui n'est pas un chiffre +arithmétique augmente toujours sa valeur d'une unité; + +8º Un point placé dans la figure d'un tel caractère le rend +simplement négatif, sans rien ajouter ni diminuer à sa valeur; + +9º Une valeur négative ou soustractive n'est telle que relativement au +caractère qui précède; toute valeur est affirmative ou additive par +rapport au caractère suivant. De là vient que l'initiale inférieure +est toujours affirmative, quoique le caractère soit négatif; + +10º Comme les lettres répondent à des nombres affirmatifs, la +différence entre deux caractères, dont l'un est négatif, est toujours +censée affirmative, quoique la valeur du caractère négatif soit la +plus grande; + +11º Lorsque le caractère à gauche est zéro, il faut ajouter la valeur +du caractère qui précède le zéro. + +Tout cela était assez ingénieux, mais l'accumulation de ces lois rend +un pareil chiffre d'un usage bien peu commode. Il y a de la bizarrerie +dans la détermination de la valeur des lettres alphabétiques; et la +multiplicité des règles, jointe aux divers usages d'un même signe, +donnerait certainement lieu dans la pratique à bien des fautes +d'inadvertance. + +Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manière emphatique; il +n'est guère de chiffre dont on ne puisse venir à bout, dès que l'on en +connaît la langue et que les mots sont distingués; à plus forte raison +laissent-ils échapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin +d'éviter le retour des mêmes signes pour exprimer la même lettre. Le +chiffre du professeur allemand roulait sur des valeurs numéraires; il +ne devait donc y entrer aucun chiffre arabe, ou du moins ceux-ci ne +devaient pas y conserver leur valeur connue. + +Donnons maintenant un exemple de la façon dont se présentait le +chiffre en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait +déguisée au moyen de sa méthode signifie dans une traduction mot à +mot et interlinéaire: «La orientale science, au lieu des lettres, avec +nombres et caractères, d'écrire.» + +_Die orientalische Wissenschaft, anstatt der Buchstaben, mit Zahl und +Caractern zu schreiben._ + +[Illustration: Planche de signes.] + +[Note 5: Voir la planche IX, à la fin du volume de l'Histoire de +l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.] + +Il n'a jamais été fait usage de ce chiffre, et il est demeuré dans le +domaine des théories imaginées à plaisir. En le perfectionnant, en +évitant les erreurs qu'avait commises Hermann et qui mirent +l'interprète sur la voie de sa découverte, on pourrait encore obtenir, +sinon un chiffre radicalement inexpugnable (le mot _impossible_ ne +doit pas être admis en cryptographie), du moins on en aurait un qui +présenterait les difficultés les plus formidables; mais une pareille +méthode resterait toujours un simple objet de curiosité, car elle +serait trop compliquée pour que la diplomatie en fît usage. + + +§ XVIII. + + De l'emploi des notes de musique. + +Ce système de cryptographie repose sur le même principe que celui +dont la description se trouve dans la IXe section de ce chapitre. Vous +décrivez sur un carré de carton un cadran divisé en vingt-quatre +parties égales, et dans chacune d'elles vous transcrivez une des +lettres de l'alphabet. Un autre cadran mobile, sur un point central et +concentrique au premier, est divisé de même en un pareil nombre de +parties égales. Il est réglé circulairement, comme un papier de +musique. Vous marquez, dans chacune de ces divisions, des notes du +musique différentes les unes des autres. Vous n'oublierez pas de +tracer les trois clefs de la musique dans l'intérieur du cadran, et +autour de ses divisions les divers chiffres dont les compositeurs font +usage pour exprimer les divers temps ou mesures. + +Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extérieur, de +manière qu'elle se trouve vis-à -vis de celle du cadran intérieur: +chaque lettre du premier cadran répond à une note placée sur le +second. + +Prenez ensuite une feuille de papier réglé tel que celui dont on fait +usage pour noter la musique; et, après avoir disposé vos deux cadrans, +placez, en tête de la première ligne de votre dépêche, celle des trois +clefs qui correspond aux mesures indiquées; ceci sert de règle à votre +correspondant, afin qu'il dispose de la même façon, avant +d'entreprendre le déchiffrement, le cadran qu'il a devant lui. +Transcrivez sur le papier réglé la note qui, sur le cadran intérieur, +répond aux lettres dont sont composés les mots de l'avis qu'il s'agit +de transmettre. Votre correspondant, instruit, par la clef de la +musique et par le chiffre qui désigne la mesure, de l'arrangement +qu'il doit donner à ses cadrans, substituera, en place de chaque note, +la consonne ou voyelle qui lui correspond. + +En changeant de clef à plusieurs reprises, on rend le déchiffrement +plus difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran +cryptographique. Changer de clef, c'est disposer le cadran de façon +qu'une des trois clefs de la musique réponde à un temps ou mouvement +différent; ce qui peut s'effectuer à plusieurs reprises dans la même +lettre et ce qu'on indique de la manière ci-dessus signalée. + + + + +CHAPITRE IV. + +DES DIVERSES SORTES D'ÉCRITURE ET DES DIFFÉRENTS LANGAGES DE +CONVENTION QUI SE RATTACHENT À LA CORRESPONDANCE OCCULTE. + + +§ Ier. + + Okygraphie. + +M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique à la +préfecture de la Seine, a proposé une écriture chiffrée de son +invention, dans un livre intitulé: + +_Okygraphie, ou l'art de fixer par écrit tous les sons de la parole +avec autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche +les exprime. Nouvelle méthode applicable à tous les idiomes, +présentant des moyens aussi vastes, aussi sûrs que nouveaux +d'entretenir une correspondance secrète dont les chiffres seront +absolument indéchiffrables._ Paris, 1802, _in_-12. + +Les signes qu'emploie cette méthode sont beaucoup plus simples que +ceux de l'alphabet ordinaire. Ils se réduisent à trois: _i_, _c_, +[Signe]. On les écrit sur du papier réglé dans le genre de celui qui +sert à la musique, mais avec la différence que les lignes rangées à +côté les unes des autres sont au nombre de quatre seulement. Les trois +signes indiquent leur signification, de même que les notes de musique, +d'après la position qui leur est assignée sur les lignes, et, pour +chaque signe, cette position peut se combiner de huit manières +différentes. On obtient ainsi les vingt-quatre lettres de l'alphabet, +qu'on simplifie d'ailleurs en écrivant les mots tels qu'ils se +prononcent. + +En combinant les signes de l'Okygraphie, en se mettant d'accord à +l'avance sur le sens qu'il faut attacher à chacun d'eux placé de telle +ou telle manière, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers +stratagèmes bien connus des cryptographes, on peut arriver sans peine +à former un chiffre dont le mystère restera complétement impénétrable. +M. Blanc donne, par exemple, huit alphabets divers qu'il a formés +selon sa méthode, laquelle est susceptible d'en fournir une quantité +infinie. + +L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires +étrangères, fut appelée sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour +la correspondance secrète des ambassades; M. Blanc nous fait savoir +qu'il reçut une lettre très-flatteuse signée de Son Excellence; cette +lettre rendait justice au mérite de l'Okygraphie, mais elle ajoutait +que, dans les bureaux et dans les légations, on était habitué, de +longue date, à des méthodes qui paraissaient satisfaisantes, et qu'il +n'y avait guère moyen d'y introduire l'emploi de procédés tout +nouveaux. + + +§ II. + + Pasigraphie. + +Ce mot se compose de deux mots grecs, [Grec: pasi], _à tous_, [Grec: +graphô], _j'écris_. Écrire même à ceux dont on ignore la langue, au +moyen d'une écriture qui soit l'image de la pensée que chacun rend par +différentes syllabes, c'est ce qu'on nomme _Pasigraphie_. + +Deux personnes, appartenant à deux pays différents et à deux langues +différentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent à le +pasigraphier; dès lors, ce que l'une écrit dans sa langue, l'autre +l'entend dans la sienne. Adaptez cette méthode à plusieurs langues, le +même écrit, le même imprimé sera lu en autant de langues, comme les +chiffres de l'arithmétique, les signes de la chimie et les notes de la +musique sont également intelligibles pour tout le monde, de Cadix à +Stockholm, de Boston à Calcutta. + +M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occupés de +Pasigraphie; dans le procédé qu'il emploie, il fait usage de douze +caractères; nous les reproduisons ici: + + [Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.]. + +Il serait très-long et d'un faible intérêt d'expliquer ici comment, +grâce à l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de créer une +écriture universelle qui serait entendue de tous les peuples. M. de +Maimieux exprime lui-même en ces termes l'idée qui sert de base à sa +méthode. + +«Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de +substituer le signe de la place des mots aux syllabes dont toutes les +langues composent leurs mots. Ces syllabes diffèrent d'un idiome à +l'autre, par l'effet de conventions locales qu'un étranger ne peut +connaître qu'après beaucoup d'études et un long usage. Chaque mot +présente des particularités qu'il faut savoir pour bien posséder une +langue, soumise, d'ailleurs, à des règles très-nombreuses, peu fixes, +souvent contradictoires et noyées dans un océan d'exceptions. La place +du mot pasigraphié demeurant la même pour tous les peuples, ceux-ci +s'entendent facilement, puisque les signes de la place du mot, devenus +le corps du mot, restent les mêmes, de quelques lettres que soit formé +le mot placé dans la ligne, si d'ailleurs la méthode est réduite à +douze signes qui n'éprouvent aucune exception.» + +Les signes de la Pasigraphie peuvent être employés dans l'écriture en +chiffres. Parmi les écrivains qui se sont occupés du problème de la +langue universelle, les uns, comme M. de Maimieux, ne font usage que +d'un petit nombre de caractères; d'autres (Becker, notamment, dans sa +_Notitia linguæ universalis_) ont recours à une foule de signes qui +rappellent un peu les notes tironiennes et qui se composent de lignes +droites ou courbes, combinées de diverses manières et de façon que +chaque signe exprime un mot et une idée. L'emploi d'un pareil système +serait évidemment entouré de difficultés multipliées; l'application à +la Cryptographie de signes aussi peu connus n'offrirait que de bien +minces avantages; aussi, dans la pratique, n'a-t-on jamais songé à y +recourir. + + +§ III. + + Hiéroglyphes. + +Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquité fit +usage, afin d'énoncer des préceptes, des leçons, des faits qui +demeuraient lettre close pour le vulgaire et dont l'érudition moderne +s'efforce de retrouver la clef perdue depuis bien des siècles. + +Parmi les différents systèmes d'écriture mis en usage dans le but +d'exprimer ces idées qui restaient un mystère pour les non initiés, +les fameux hiéroglyphes de l'ancienne Égypte tiennent le premier rang. + +Diodore de Sicile, au livre III de sa _Bibliothèque historique_, parle +des caractères hiéroglyphiques employés par les Égyptiens. Après avoir +dit que ces caractères offrent à nos yeux des animaux de tout genre, +des parties du corps humain, des ustensiles, des instruments, +principalement ceux dont font usage les artisans, il expose dans les +termes suivants les motifs qui leur ont fait donner ces formes: «Ce +n'est point, en effet, par l'assemblage des syllabes que chez eux +l'écriture exprime le discours, mais c'est au moyen de la figure des +objets retracés et par une interprétation métaphorique basée sur +l'exercice de la mémoire.» + +Le témoignage de cet historien grec est confirmé par celui d'un +historien latin: Ammien Marcellin constate que, «chez les anciens +Égyptiens, chaque lettre représentait un mot et quelquefois même une +phrase entière.» + +Vers la fin du second siècle, saint Clément d'Alexandrie, parlant des +voiles mystérieux dont on s'est plu souvent à entourer la science pour +n'en permettre l'abord qu'aux initiés, observe qu'on ne pouvait +atteindre que par des degrés successifs le terme le plus élevé de +l'instruction, qui était la science des hiéroglyphes. + +Trois sortes d'écritures ont été connues des anciens Égyptiens. Les +hiéroglyphes, qui représentent fidèlement des objets de la nature et +des produits de l'art, ont été regardés comme symboliques; Champollion +a fini par ne plus voir, dans ces signes, que des caractères +idéographiques; et, sans entrer ici dans une discussion qui aurait le +double tort d'être très-longue et de nous éloigner beaucoup du sujet +que nous avons en vue, nous ferons remarquer que, quel que soit +l'éclat des ingénieuses découvertes du savant illustre que nous venons +de nommer, les théories qu'il a formulées soulèvent encore, hors de la +France surtout, de vives objections de la part d'érudits fort +distingués. + +L'écriture _hiératique_ ou sacerdotale est regardée comme une +tachygraphie des hiéroglyphes, et les signes vulgaires ou +_démotiques_, comme une abréviation des hiératiques. + +La fameuse inscription de Thèbes, la seule dont l'explication soit +parvenue jusqu'à nous, exprimait, par les hiéroglyphes d'un enfant, +d'un vieillard, d'un vautour, d'un poisson, d'un hippopotame, la +sentence suivante: «Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que +l'Éternel déteste l'impureté.» + +Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frère du célèbre +créateur des études égyptiennes, résume les notions les plus +généralement reçues au sujet des hiéroglyphes: «L'écriture +hiéroglyphique, proprement dite, se compose de signes représentant des +objets du monde physique, animaux, plantes, arbres, figures de +géométrie, etc.; le tracé est parfois simplement linéaire; quelquefois +il est entièrement terminé et même colorié. Le nombre de ces signes +est d'environ huit cents. + +«L'écriture hiératique est une véritable _tachygraphie_ de la +précédente. Comme les signes hiéroglyphiques ne pouvaient être +convenablement tracés que par des personnes exercées dans l'art du +dessin, on créa un système d'écriture abrégée dont les signes étaient +d'une exécution facile, système qui n'eut d'ailleurs rien +d'arbitraire. Chaque signe hiératique fut un abrégé du signe +hiéroglyphique; au lieu de la figure entière du lion couché, par +exemple, on traça l'esquisse d'une partie de son corps, et cet abrégé +du lion conserva, dans l'écriture, la même valeur que la figure +entière.» + +Dans des pays très-éloignés des rives du Nil, on trouve une écriture +hiéroglyphique, qui offre, à certains égards, des analogies +remarquables avec les procédés des Égyptiens. Les Mexicains, avant la +conquête des Espagnols, avaient également recours à des figures +d'hommes, d'animaux, etc., pour énoncer leurs idées. + +Les noms des villes de Meacuilxochitl, Quauhtinchan et Tchuilojocan +signifient _cinq fleurs_, _maison de l'aigle_ et _lieu des miroirs_. +Pour indiquer ces trois villes, on peignait une fleur placée sur cinq +points, une maison de laquelle sortait la tête d'un aigle, et un +miroir d'obsidienne. + +Divers manuscrits hiéroglyphiques mexicains ont échappé à la +destruction, et ils figurent parmi les objets les plus précieux que +possèdent les grandes bibliothèques de l'Europe. M. de Humboldt en a +copié quelques pages dans son bel ouvrage intitulé: _Vue des +Cordillères_ (Paris, 1819, 2 vol. in-8º). Une magnifique publication +spéciale, faite aux frais d'un riche Anglais, a reproduit tout ce qui +subsiste en ce genre. Voir les _Antiquities of Mexico comprising +fac-similes of ancient mexican paintings and hieroglyphics, by lord +Kingsborough_ (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet ouvrage a coûté à +son auteur plus de 25,000 livres sterling (un million). Il en est +rendu compte dans le _Bulletin des Sciences historiques_, publié par +M. de Férussac, t. XVII, p. 63, et dans la _Revue encyclopédique_, t. +XLIX, p. 148. + +Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours +à pareilles images. + +Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées +_Sagkokok_, qui représentaient, par des caractères symboliques, les +événements qui s'étaient accomplis dans l'espace de soixante ans; +c'étaient de grandes roues divisées en soixante rayons ou en autant de +parties égales. Lederer (_Journal des Savants_, 1681, p. 75) rapporte +avoir vu dans le village de Pommacomck un de ces cycles +hiéroglyphiques, dans lequel l'époque de l'arrivée des blancs sur les +côtes de la Virginie était marquée par la figure d'un cygne vomissant +du feu, pour indiquer à la fois la valeur des Européens, leur arrivée +par eau et le mal que leurs armes à feu avaient fait aux hommes +rouges. + + +§ IV. + + Langage au moyen des gestes. + +Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une +des branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de +faire connaître ses idées d'une manière qui échappe aux personnes qui +ne sont pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet +art. Un écrivain grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité, +intitulé: _De numerorum notatione per gestum digitorum_ (Paris, 1614, +in-8º); cet opuscule est devenu très-rare, mais il a été réimprimé +dans des recueils publiés par Possin et par Fabricius, et plus +récemment dans les _Eclogæ physicæ_ de Schneider. Les Romains +portèrent au plus haut degré les ressources de la pantomime, et l'on +trouve, chez Pétrone, l'expression de _manus loquaces_. + +Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que +l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église, +écrivit un traité _De loquela per gestum digitorum_, traité qui est +compris dans le volumineux recueil de ses oeuvres[6]. + +[Note 6: Tome 1er de l'édition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio. Bède +s'appuie sur l'autorité de Plutarque, de Pline, d'Apulée, de Juvénal, +pour prouver que l'art dont il s'occupe d'énoncer les règles était +connu des anciens.] + +Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge +fit _quinault l'Angloys qui arguoyt par signes_. + +D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la _Société +philosophique de l'Amérique du Nord_, il se rencontre, parmi les +nombreuses tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des +individus qui savent tirer un parti admirable des ressources de la +pantomime pour exprimer leurs idées. Malgré la diversité des langues +en usage chez ces peuplades belliqueuses, ils n'ont jamais besoin +d'interprètes, et ils réussissent toujours à se faire comprendre sans +avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes, exécutés d'après un +système universellement adopté, sont pleins d'énergie, de netteté et +d'à -propos. + +Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du +langage manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons +de mentionner un alphabet qu'on peut appeler _alphabet facial_. + +M. Bertin, dans son _Système universel et complet de sténographie_ +(Paris, an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après +lequel la position des doigts sur le visage sert à transmettre tout +ce qu'on veut faire savoir. Il laisse de côté les voyelles isolées _o_ +et _u_, et il exprime par un même signe les lettres telles que _g_ et +_j_, _q_ et _k_, qui donnent des sons à peu près identiques. + + _Lettres_. _Traits physionomiques_. + + b Doigt placé diagonalement sous l'oeil droit et en + regard du nez. + + d » sur le coin droit de la bouche. + + FV » sur le coin gauche. + + GJ » sur la joue gauche. + + h » au sommet de la tête. + + KQ » sur la lèvre supérieure. + + l » placé diagonalement sur l'oeil gauche. + + m » sur la bouche. + + n » sur la lèvre inférieure. + + p » sur la fossette du menton. + + r Bouche ouverte. + + s Doigt couché horizontalement sur l'intervalle des + lèvres. + + t » sur le nez. + + x » au cou. + + y » à l'intervalle des sourcils. + + on » au front. + + ou » perpendiculairement sous l'oreille droite. + + oui Doigt horizontalement près de l'oreille gauche. + + au » à l'aile droite du nez. + + eu » au sourcil droit. + + ai » à l'aile gauche du nez. + + a » au sourcil gauche. + + i » à la tempe droite. + + e » à la tempe gauche. + + le, la, les, » placé verticalement devant la figure. + + _nom d'homme_, main ouverte. + + _fin de mot_, doigt fermé. + + _fin de phrase_, main fermée. + + _numération sténographique_, emploi du pouce au + lieu du doigt. + +On emploie deux doigts à la fois pour exprimer une lettre qui se +répète. + +Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois, +en ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la +seconde. + +Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il +dit un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en +les élevant ou les plaquant sur la bouche ou sur l'un des yeux.» + + +§ V. + + Langage des fleurs. + +C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des +fleurs a pris naissance; il fait partie des moeurs orientales. «Les +Chinois, dit un écrivain ingénieux, ont un alphabet composé +entièrement avec des plantes et des racines; on lit encore sur les +rochers de l'Égypte les anciennes conquêtes de ces peuples exprimées +avec des végétaux étrangers. Ce langage est donc aussi vieux que le +monde, mais il ne saurait vieillir, car chaque printemps en renouvelle +les caractères, et cependant la liberté de nos moeurs l'a relégué +parmi les amusements des harems. Les belles odalisques s'en servent +souvent pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs charmes; +une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre à un +jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique, +veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui +renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose +à ses projets, mais une tulipe au coeur noir et aux pétales enflammés +lui donne l'assurance que ses désirs sont compris et partagés; cette +ingénieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dévoiler un +secret, répand tout à coup la vie, le mouvement et l'intérêt dans ces +tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui.» + +Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche, +elle indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité. + +Un oeillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés +d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au +moral. + +L'étoilée exprime l'idée de père ou de mère; si la fleur est rouge, +les parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils sont +rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie. + +Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs: + + oreille-d'ours, soeur ou frère. + pensée, veuf ou veuve. + renoncule, soldat. + camomille, médecin. + tubéreuse, supérieur. + fleur d'oranger, richesse. + violette, patrie. + amarante, jour. + pavot, nuit. + cresson, promenade. + jasmin d'Espagne, visite. + marguerite, demande. + pied-d'alouette, voyage. + jasmin, jardin. + myrte, épouser. + romarin, pleurer, s'affliger. + anémone, se réjouir. + basilic, pleurer, s'affliger. + menthe, craindre. + muguet, innocent, bon. + lierre, éternel. + giroflée rouge, aujourd'hui. + » blanche, demain, l'avenir. + » violette, hier, jadis, le passé. + narcisse, je, moi. + ortie, fidèle. + géranium, navire, voyage par mer. + primevère, la mort. + +D'après les règles de cette langue ingénieuse, lorsqu'un jeune +habitant de Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce +message: + +«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans +le jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime, +belle jeune fille, et qui veut t'épouser.» + +Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse, +jasmin d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche, +tournesol, jasmin, marjolaine, oreille-d'ours, oeillet d'un brun +sombre, chèvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte. + +Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée aux +diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer, +nous nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un +manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en +reproduisons fidèlement le style suranné: + + giroflée rouge, beaulté. + giroflée blanche, amour chaste. + marjolaine grosse, mensonge. + marjolaine menue, bonté. + thym, persévérance. + thym coupé, vous parviendrez. + fleur de thym, à vous me donne. + laitue, bonnes nouvelles. + lys, foi. + rose blanche, j'ay bon vouloir. + bouton de rose blanche, je vous ayme. + rose rouge, largesse. + bouton de rose rouge, angoisse. + rose musquette, je vous refuse. + rose de province, soyez secret. + rose doublée de rose occasion. + musquette, + rosmarin, congé. + rosmarin coppé au boult, amour sans fin. + violette jaune, contentement. + violette de mars blanche, bon espoir. + violette de mars bleue, douleur. + violette d'oultremer, patience. + violette d'hiver, temps perdu. + ortie, trahison. + chanvre, défiance. + genêt, adresse. + fleur de genêt, pour amour j'endure. + buglosse, légèreté. + bourache, reproche. + lavandre, travers. + saulge grosse, entreprise. + saulge menue, chasteté. + ysope, amertume. + liere, ingratitude. + piment, douleur. + pavost, prison. + +Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique +ou sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du +langage des fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie, +en faisant remarquer toutefois que plusieurs de ces significations +sont très-contestables. + + abandon, anémone. + absence, absinthe. + agitation, sainfoin-oscillant. + aigreur, épine-vinette. + amabilité, jasmin blanc. + amertume, douleur, aloès. + amitié, lierre. + amour, myrte. + amour conjugal, tilleul. + amour maternel, mousse. + audace, mélèze. + austérité, chardon. + beauté capricieuse, rose musquée. + bienfaisance, pomme de terre. + bienveillance, jacinthe. + consolation, perce-neige. + constance, pyramidale bleue. + courage, peuplier noir. + cruauté, ortie. + dédain, oeillet jaune. + délicatesse, bluet. + désespoir, soucis et cyprès. + désir, jonquille. + docilité, jonc des champs. + élégance, acacia rose. + fécondité, rose trémière. + félicité, centaurée. + fierté, amaryllis. + franchise, osier. + frugalité, chicorée. + générosité, oranger. + gentillesse, rose pompon. + haine, basilic. + honte, pivoine. + immortalité, amarante. + indépendance, prunier sauvage. + injustice, houblon. + jeunesse, lilas blanc. + naïveté, argentine. + noirceur, ébénier. + prospérité, hêtre. + prudence, cormier. + puissance, impériale. + pureté, épi de la Vierge. + reconnaissance, agrimoine. + sagesse, mûrier blanc. + silence, rose blanche. + simplicité, fougère. + sommeil du coeur, pavot blanc. + temps, peuplier blanc. + tranquillité, alysse des rochers. + vérité, morelle douce-amère. + vice, ivraie. + volupté, tubéreuse. + + +§ VI. + + Des alphabets factices. + +Vigenère, dans son _Traité des chiffres_, Duret, dans son _Trésor des +langues_, et divers autres anciens auteurs ont donné des modèles +d'alphabets attribués à divers personnages célèbres de l'antiquité la +plus reculée; M. Nodier s'exprime à cet égard de la façon suivante: + +«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne +sont pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là +qu'ils annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement +qu'ils remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le +secret d'une des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce +qui donne du prix aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent, +c'est qu'on ne les a jamais reproduits depuis que l'on a fait de la +grammaire positive, parce qu'ils n'appartiennent à aucune langue dont +il soit resté des traditions. Comme débris d'une langue de convention +qui a existé, dont nous avons perdu la clef et qui ne le cédait +peut-être en rien aux langues caractéristiques de Dalgarno, de Wilkins +et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre intelligence avec +un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.» + +Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces +caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet +hébreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune +authenticité. L'alphabet d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon +sont de pure invention, tout comme celui dont un magicien célèbre, +Honorius le Thébain, se servit, dit-on, pour écrire ses livres de +sorcellerie. Vigenère a conservé les lettres sous lesquelles cet +insigne sorcier (qui n'a jamais existé) dissimulait les arcanes les +plus profonds de la nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire +ces signes étranges, auxquels quelques anciens auteurs conseillent de +recourir pour chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien +longtemps. + +On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les +recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à +plaisir et qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles +et comme renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons +pas sur ce sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous +transcrirons seulement comme échantillon une phrase prise dans un +livre de sortiléges et qui restera sans doute toujours inintelligible: + +«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton +aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.» + + + + +CHAPITRE V. + +DU RÔLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTÉRATURE. + + +§ Ier. + + Artifices imaginés pour déguiser des dates. + +Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont +employés quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une +forme énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits +qu'ils transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des +manuscrits français de la Bibliothèque impériale de Paris. + + Ce livre fut tout parfait + Eu jueillet, comme trouverez: + Pour le savoir dimynuerez + Ces diverses lignes par trait. + Vous prandrez la teste d'un moyne, + De deux cordeliers, d'un chanoyne; + Et puis un () party en dux. + Vous lairrez la teste Jhesus, + Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob, + Et prendrez un X à cop. + Puis adjoustez en ceste ryme + Ung [Gl.] prince en algorithme: + Si congnoistrez qu'il fut parfait + Le XXIIIe jueillet. + +On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des +lettres ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former +par leur réunion l'année de l'achèvement de sa transcription. Il s'est +plu à présenter cette indication d'une manière énigmatique par un jeu +assez goûté de son temps. + +La tête d'un _Moyne_, (M) mille. + +Y ajouter celles de deux _Cordeliers_ et d'un _Chanoine_, (CCC) trois +cents. + +Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents. + +Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct +Jacques et de Jacob (4 à soustraire). + +Prendre ensuite un X (10). + +La difficulté consiste à savoir ce que signifie _ung N prise en +algorithme_. Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la +rime, est _algorisme_, _algorismus_, que le dictionnaire de Du Cange +explique par _arithmetica_, _numerandi ars_. La lettre qu'il s'agit de +considérer numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin +le rôle d'un chiffre. D'après la forme que lui donne le manuscrit, on +voit qu'elle joue, peut se décomposer en un V et un I, ce qui donne en +chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces différents +nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en retranchant 4, on trouve +1512. + +Une date semblable, composée par le chanoine Charles de Bovelle, est +citée dans la Notice de M. du Sommerard _sur l'hôtel de Cluny_. + + D'un mouton et de cinq chevaux M. CCCCC + Toutes les têtes prendrez, + Et à icelles sans nuls travaux + La queue d'un veau vous joindrez, V + Et au bout adjouterez + Tous les quatre pieds d'une chatte: IIII + Rassemblez, et vous apprendrez + L'an de ma façon et ma date. + ----------------- + M. CCCCC. V. IIII + (1509) + +Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive +des copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques +volumes imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du +même genre; mentionnons-en deux exemples: + +Le _Doctrinal du temps présent_, de Pierre Michault, imprimé à Bruges, +par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur: + + Un treppier et quatre croissans + Par six croix auec sy nains faire. + Vous feront estre congnoissans, + Sans faillir, de mon miliaire. + +Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III. + +Un petit volume très-rare, le _Passe-temps et le Songe du triste_, +publié à Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour: + + L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier. + +Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche: +XXX. CCCCC. M. + + +§ II. + + Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser leurs + noms. + +Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser +leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme +plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte. + +Le _Formulaire fort récréatif de tous contratz_... fait par Bredin, +Lyon, 1594. + +Les mots _Bonté ny soit_, sont en guise de signature à la fin de +l'avis au lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de +l'auteur: _Benoist (du) Troncy_. + +Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont +vivement recherchées des bibliophiles (les _Propos rustiques_ et les +_Baliverneries d'Eutrapel_), cacha son nom sous l'anagramme de _Léon +Ladulfi_; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II, +donna ses écrits sous la signature du _comte d'Alsinois_. Le chevalier +de Cailly, dont les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie +_Collection des petits classiques françois_ (1825, 9 vol. in-16), +n'eut guère l'intention de se dérober sérieusement aux regards du +public lorsqu'il se présenta sous le nom d'_Aceilly_. + +Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons +Ancillon, signant du nom de _Ollincan_ son _Traité des eunuques_; nous +mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne déguise guère +la paternité de ses pesants commentaires sur Tacite, en les donnant +comme l'oeuvre du sieur _de La Mothes Josseval d'Aronsel_; nous +retrouverions dans Philippe Alcripe, sieur de Neri, auteur d'un +recueil facétieux devenu rare (la _Nouvelle Fabrique des excellens +traits de vérité_), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous +ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du _Gargantua_ et du +_Pantagruel_, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui +d'_Alcofribas Nasier_. + +Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des +membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une +mode qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se +douterait qu'_Euforbo Melesigenio_ désigne Calazo; c'est sous le nom +d'_Eritisco Pilenejo_ que Pagnini livra aux presses élégantes de +Bodoni sa traduction d'Anacréon. + +Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire, +Caron, auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des +bibliomanes, s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de +la disposition rétrograde des mots. Il donna un de ses écrits comme +l'oeuvre du bonze _Esiab-luc_ et comme ayant été imprimé à +_Emeluogna_. + +Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et +obscur dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause +des figures sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le +secret de son coeur dans une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la +suite les unes des autres, les lettres initiales de chacun des +chapitres de cet ouvrage: + +POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT. + +L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la tête à +Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est également +servi d'un acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des stances +placées au commencement du premier volume et dont voici +l'interprétation: _Luis Hurtado, autor, al lector da salud._ + +Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le _Messagier damours_, +révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de +l'auteur, Pilvelin. + + +§ III. + + De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la Cryptographie. + +Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie, +afin de dérober aux profanes le sens de certains passages de leurs +écrits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystère; nous +pouvons en citer plusieurs exemples. + +Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve +qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de +Lasphrise, a placé, dans ses _Oeuvres poétiques_ (Paris, 1599), une +tirade assez libre qu'il ne nous convient pas de transcrire en entier +et dont voici le début: + +_Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne_ + +_Tois enud elliv gruob uo egalliv._ + +Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que +chaque mot doit être lu de droite à gauche. + +«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc. + +Nous trouvons, dans le même volume, un sonnet en langue inconnue; il +commence ainsi: + + Cerdis zerom deronty toulpinié + Pareis hurlin linor orifieux. + +Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques +aux heureux désoeuvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à +l'étude des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de +jugement pour apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant +un pareil emploi des facultés intellectuelles. + +Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le +nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En +feuilletant l'édition de ses _Poemata_ (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8º), +nous avons remarqué que l'épigramme 276 du Ier livre (tom. I, p. 577), +_in meretricem lascivam_, est en partie chiffrée; + +Le second vers est exprimé sous cette forme: + + Conserui et dxoop nfouxmb delituit. + +et le dernier: + + Expecta nondum, Lucia, efgxuxk. + +La _Biographie universelle_, dans l'article consacré au trop célèbre +marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet +écrivain qui poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un +volumineux journal de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande +partie, en chiffres dont il avait seul la clef. + +Nous rencontrons deux ou trois pages _chiffrées_ dans une composition +spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les +plus féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la +_Physiologie du mariage_, par M. de Balzac; cherchez dans la +Méditation XXV le paragraphe intitulé: _des Religions et de la +Confession considérées dans leur rapport avec le mariage_, vous y +lirez ce qui suit: + +«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que +la dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.» + +«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet: + +«Lsuotru e-ne_d_tnim dbreaus jive_c_ udnt let_t_ em_r_nu eaCmetss +esosi ost pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeus_g_ +ienqseuedro_t_e_a_pt...» + +Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue +citation, et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à +trouver la clef du système cryptographique inventé par le joyeux +physiologiste. Quelques-uns des nombreux lecteurs de la _Physiologie +du mariage_ ont sans doute été plus intrépides et plus heureux que +nous. + +Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre de +celles que nous signalons ici. + +Les _Oeuvres poétiques_ du sieur de La Charnais, gentilhomme +nivernois, renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages, +donne la clef. Cette table est gravée à l'envers, en sorte que, pour +la lire, il faut avoir recours à un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu +le soin de donner dans sa préface cette explication à ses lecteurs. +C'est une singularité dont il serait sans doute difficile de trouver +d'autres exemples. + +Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et +d'originalité[7], a, dans un de ses récits, le _Scarabée d'or_ (_the +Gold-Bug_), raconté comment un homme, doué d'une intelligence +pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor +considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la +Louisiane, trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres +sur un vieux morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux +habitués à voir juste et loin. Voici quelle était la première ligne de +cet écrit: + + 53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 + + 8 § 60 [Gl.] 85; 1 + (;1. + * 8) + +[Note 7: Consultez une notice intéressante insérée dans la _Revue des +Deux-Mondes_, octobre 1846. + +«Autant de récits, autant d'énigmes sous diverses formes et avec des +costumes divers. Poésie, invention, effets de style, enchaînement du +drame, tout est subordonné à une bizarre préoccupation qui semble ne +connaître qu'une faculté inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une +muse, la logique. L'auteur s'occupe de juger, de classer les +probabilités; et il emploie pour ceci cet instinct, cette sagacité +particulière à l'homme, plus ou moins sûre chez l'un que chez l'autre, +et qui varie de puissance comme de but, suivant les aptitudes et le +métier de chacun.»] + +En examinant quels étaient les signes qui revenaient le plus souvent +et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant que le +caractère 8 se présentait 33 fois, + + ; 26 fois, + 4 19 fois, + +) 16 fois; + +en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus +dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des +juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut +pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages +de M. Poë comment s'accomplit ce tour de force. + + + + +CHAPITRE VI. + +DES LIVRES À CLEF. + + +Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans +lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre +artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu +sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait +sous ses yeux. + +Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la +religion et la décence, forment presque toujours la catégorie où +rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns. + +Les _Princesses malabares_: ce livre irréligieux, attribué à +Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse +indication d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici +une partie: + +_Mison_ (Simon), saint Pierre; _Tuotalic_, catholique; _Rasoni_, +raison; _Roligine_, Religion; _Ema_, âme; _Chéterine_, chrétienne; +_Gélise_, église; _Vaddi_, David, etc. On voit que l'auteur a eu +recours au plus vulgaire et au plus facile de tous les moyens de +déguisement, à l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque +les éléments du mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de +les chercher. À côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons: + +Les _Aventures de Pomponius_ (par Labadie), _Rome_ (Hollande), 1725. +Ce récit allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans) et +ses favoris, présente aussi des noms cachés sous le voile de +l'anagramme: _Relosan_, Orléans; _Lauges_, Gaules; _Cilopang_, +Polignac; _Judosb_, Dubois; _Nedoc_, Condé; _Xeamu_, Meaux. + +Dans les _Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de +la vertueuse princesse Oribelle_, par Rétif de la Bretonne, tous les +noms sont travestis: Rousseau devient _Assuero_, et Voltaire +_Iratlove_. + +N'oublions pas les _Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone_ +(par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit +nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis +XV; M. Nodier l'a reproduite dans ses _Mélanges extraits d'une petite +bibliothèque_, où il a également placé la clef d'une _nouvelle_ de +Brémond qui met en scène, sous des noms déguisés, le roi d'Angleterre +Charles II et ses favorites: _Hattigé, ou les Amours du roi de +Tamaran_, Cologne, 1676. + +Les _Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans_, présentent un mystère +qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme +d'elle-même: Louis XV, roi des Français. + +Indiquons encore: + +Les _Visites_, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8. + +_Voyage du Vallon tranquille_ (par Charpentier), réimprimé en 1796 +avec des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry. + +_Histoire de la princesse de Paphlagonie_, par mademoiselle de +Montpensier. + +_Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique_, avec la +clef, par Chevrier, La Haye, 1767. + +_Galerie des États généraux_ (par Mirabeau, de Luchet, etc.). + +Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et +nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le _Cymbalum +mundi_, de Bonaventure Des Periers. + +M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de +«production bizarre et hardie, petit chef-d'oeuvre d'esprit et de +raillerie, modèle presque inimitable de style dans le genre familier +et badin, et l'un des plus précieux monuments de la charmante +littérature du seizième siècle.» + +Le _Grand Dictionnaire historique des Précieuses_, par Somaize, 1661, +n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe. + +Vogt, dans son _Catalogus librorum rariorum_, mentionne un recueil de +poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu. +Les noms y sont anagrammatisés; _Madaavemania_ est l'âme (_anima_) +d'Adam et d'Ève qui délivre Sirchtus (_Christus_); _Rifeluc_ est +Lucifer; _Moscos_ désigne _Cosmos_, le Monde, etc. + +Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi +laisserons-nous de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy, +intitulé les _Mille et une Faveurs_, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette +longue narration, les noms des personnages sont déguisés sous le voile +de l'anagramme, se présentant sous un aspect fort bizarre, tels que +Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic, Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso, +Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa, Tanitbadan, Veoldafitular; en les +décomposant on y trouve des mots très-propres à inspirer le plus +juste effroi au chaste lecteur. + + + + +CHAPITRE VII. + +DU DÉCHIFFREMENT. + + +Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture +d'une dépêche chiffrée qui a été interceptée. + +Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore +dans quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour +l'écrire, il a été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a +fait emploi de plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont +nombreuses et réparties avec intelligence; lorsque les mêmes +syllabes, les mêmes mots, les mêmes noms, se trouvent exprimés par des +signes différents; lorsque les mots sont écrits à la suite les uns des +autres sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés, non comme ils +devaient l'être selon les règles grammaticales, mais d'une façon +arbitraire qui déroute l'observateur. + +Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la +Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne +connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à +vouloir inventer des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les +combinaisons cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il +échouera dans toutes ses tentatives, quand il se verra en présence +d'un chiffre difficile. + +La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères +qui composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de +fois. Ceci fait, on examine leurs combinaisons; on tourne, on +retourne, on dispose de toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des +conjectures se présentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel +ou tel caractère à telle ou telle lettre. + +Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se +trouvent plus d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court, +si une même lettre est désignée par des caractères différents, les +difficultés deviennent de plus en plus sérieuses: + +Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à +S'Gravesand, un exemple relatif à un chiffre écrit en latin. + + A B C + ----- --- ---- + abcdefghikf:lmkgnekdgeihekf: + + D E F + ----- ----- ---- + bceeficlah fcgfg inebh fbhic eikf: + G H I K + -------- ----- ------ + fmfpimfhiabc qilcb eieacgbfbe bg + L M + ----- --- + pigbgrbkdghikf: smkhitefm. + +Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de ponctuation ne +font pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin de faciliter +l'explication: Ce chiffre donne: + + 14 f 3 d + 14 i 2 b + 12 b 2 n + 11 e 2 p + 10 g 1 o + 9 c 1 q + 8 h 1 r + 8 k 1 s + 5 m 1 t + 4 a + +Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une +fois. + +Je vois d'abord que _h i k f_ se trouvent en deux endroits (B, M); que +_i k f_ se trouvent en un seul (F); enfin, que _h e k f_ (C) et _h i k +f_ (B, M) ont du rapport entre eux. + +D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de +mots, ce qu'on indique par les deux points: + +Dans le latin, il est ordinaire de trouver des mots où des quatre +dernières lettres les seules antépénultièmes diffèrent; lesquelles, en +ce cas, sont habituellement des voyelles, comme dans _amant_, +_legunt_, _docent_, etc.; donc _i_, _e_ sont probablement des +voyelles. + +Puisque _f m f_ (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut +raisonnablement conjecturer que _m_ ou _f_ est voyelle, car un mot n'a +jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est +probable que c'est _f_ puisque _f_ se trouve quatorze fois et _m_ +seulement cinq; donc _m_ est consonne. + +De là allant à K ou _g b f b c b g_, on voit que, puisque _f_ est +voyelle, _b_ sera consonne dans le _b f b_, par les mêmes raisons que +ci-dessus; donc _c_ sera voyelle, à cause de _b c h_. + +Dans L ou _g b g r b_, _b_ est consonne; _r_ sera consonne, parce +qu'il n'y a qu'un _r_ dans tout l'écrit; donc _g_ est voyelle. + +Dans D ou _f c g f g_, il y aurait donc un mot ou une partie de mots +en cinq voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de mot +latin qui présente cette particularité; on se tromperait donc en +prenant _f c g_, pour voyelles; donc ce n'est pas _f_, mais _m_ qui +est voyelle, et _f_ consonne; donc _b_ est voyelle (voyez K). Dans cet +endroit K, on a la voyelle _b_ trois fois, séparée seulement par une +lettre; or on trouve dans le latin des mots où pareille circonstance +se rencontre, tels que _edere_, _legere_, _munere_, _si tibi_, etc., +et comme c'est la voyelle _e_ qui est le plus fréquemment dans ce cas, +il faut en conclure que _b_ correspond probablement à l'_e_, et _i_ à +_r_. + +En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase +chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le +chiffre que nous avons reproduit, doit se traduire de la manière +suivante: + +_Perdita sunt bona; Mindarus interiit: urbs strata humi est. Esuriunt +tot quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito._ + +Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les +premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils +laissent sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette +découverte conduit à celle des consonnes. La connaissance exacte des +principes généraux qui régissent l'orthographe des diverses langues +est le fil qu'il faut suivre dans ces opérations minutieuses. + +Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer +le déchiffrement d'un écrit en langue française. + +Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots, +désigne la voyelle _e_. + +Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois, +comme dans _désirée_, _fusée_, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le même +signe placé deux fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité que +ce signe représente l'_e_. La voyelle _e_, dans un mot de deux +lettres, est toujours précédée des consonnes _c d j l m n s t_ ou +suivie de celles _n t_. + +Indépendamment de l'interjection _o_, qui n'est guère employée dans +une dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui, +seules, forment un mot complet. Ces lettres sont _a_ et _y_. Si l'on +trouve un signe isolé dans le texte chiffré, il est à croire qu'il +correspond à une de ces deux lettres. + +Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle _a_, elle +précède d'ordinaire les lettres _h_, _i_, _u_, comme dans _ah ai au_, +ou bien elle est après les lettres _l_, _m_, _n_, _s_, _t_, comme dans +_la_, _ma_, _sa_, _ta_. + +Des diphthongues, _ai_, _au_, _eu_, _oi_, _ou_, la dernière est celle +qui revient le plus souvent, surtout dans les mots de quatre +syllabes. + +Lorsque la lettre _e_ est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se termine +d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, _r_ ou _s_. + +Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est +habituellement d'un _e_. + +Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes _b_, _f_, _g_, _h_, +_p_, _q_. + +Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de +peine au déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois +comme dans _été_, _ici_, _non_, _ses_. + +Supposons que vous avez découvert le monosyllabe _le_ et que vous ayez +un autre mot de trois lettres dont les premières sont _l_ et _e_, vous +jugerez que la troisième est un _s_, attendu qu'elle est la seule qui, +dans un mot de trois lettres, puisse aller après le monosyllabe _le_ +et former le mot _les_. Dès que vous serez parvenu à connaître ce mot +_les_, si vous trouvez un mot dont les deux premiers signes soient un +_e_ et un _s_, vous en conclurez que le troisième, qui vous est encore +inconnu, doit être la lettre _t_, et que ces trois signes expriment le +mot: _est_. + +Ayant découvert la lettre _s_, vous examinerez si elle ne se trouve +pas précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la +lettre _e_, que vous connaissez déjà . Alors ce sera nécessairement un +_a_ ou un _i_. Pour vous en assurer, voyez si, dans d'autres endroits, +ce dernier signe ne précède pas, dans un autre mot de deux lettres, la +lettre _l_; en ce cas, vous serez certain que c'est un _i_. Si, au +contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe suit la lettre +_l_, vous en conclurez qu'il désigne l'_a_. + +Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou +lettres, savoir les trois voyelles _a e i_, et les trois consonnes _l +s t_, elles vous conduiront à découvrir des mots composés d'un plus +grand nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot _lettre_, où +tout se trouvera connu, excepté la lettre _r_, lettre que dès ce +moment vous pourrez ajouter à celles que vous connaissez déjà . Le mot +_cette_, où tout sera connu excepté la lettre _c_, le mot _ville_ où +la lettre _v_ seule était encore un mystère, se révéleront d'une façon +analogue. + +Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous +trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont +les lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà +connues pour en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par +ce procédé, une clef qui servira à déchiffrer aisément toute la +dépêche. + +Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit +d'avoir en vue pour divers idiomes européens. + +En anglais, l'_e_ est la voyelle qui revient le plus fréquemment; +elle est assez souvent suivie d'un _a_ comme dans _earl_ (comte), +_great_, _reason_. L'_o_ est commun dans les mots formés de deux +lettres; il est maintes fois accompagné du _w_, comme dans _grow_, +_know_, _narrowly_. L'_y_ se rencontre souvent à la fin des mots et +presque jamais au milieu. L'article indéclinable _the_ (le, la, les) +reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve à la fin +des mots, sont _ll_ et _ss_. + +En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre +voyelles, _a_, _e_, _i_, _o_; l'_u_ est rare en pareil cas. _Che_ est +le plus fréquent des mots composés de trois lettres, et aucun d'eux, +si ce n'est _gli_, n'offre un _l_ pour lettre du milieu. + +La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que +_arrepentimiento_, _verdaderamente_. La voyelle _o_ est celle qui est +la plus fréquente; à la fin des mots, elle est souvent accompagnée de +l'_s_, comme dans _nosotros_, _votos_. Au milieu des mots, _u_ est +fréquemment suivi d'un _e_; _vuestro_, _ruego_. + +Passons à l'allemand. L'_e_ est la voyelle la plus usitée; elle se +présente fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils +finissent en _er_, _es_, _en_ ou _et_. L'_n_ est la consonne qui +revient le plus souvent; l'_a_ n'est jamais à la fin d'un mot composé +de trois lettres; la consonne _c_ est toujours liée au _h_ ou au _k_. +Il n'y a qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation +_o!_ On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en +_enn_, _wenn_ et _denn_. Presque tous les mots de quatre lettres +commencent par une consonne qu'accompagne une voyelle, exemples: +_bald_, _dein_, _doch_, _etwn_, _Hand_. + +C. A. Kortum, dans ses _Principes_ (en allemand) _de la science du +déchiffrement des écrits chiffrés en langue allemande_, donne à ce +sujet de très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici, +et il soumet aux règles qu'il expose deux dépêches chiffrées. + +La première ne présente que des lettres: + + Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu + Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu.... + +La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de +chiffres et les mots ne sont pas séparés: + +64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13...... + +En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à +découvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont +connues, elles sont d'un secours pour arriver à connaître les autres. + +Les règles pour le déchiffrement, telles qu'elles ont été exposées +par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins +d'abondance de certaines lettres dans les mots, et sur leur +rapprochement. Afin de dérouter les conjectures, il faut, lorsqu'on +chiffre des dépêches, écrire les mots sans aucune séparation, +entremêler des mots pris dans une langue avec d'autres mots empruntés +à un idiome différent et ne point se conformer scrupuleusement aux +règles de l'orthographe. + +En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois +d'avoir soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur +leur signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont +la non-valeur est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre +tous ses efforts infructueux. + +C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être +bornées à l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés dans +l'ordre habituel et orthographique des mots, que des personnes qui +croyaient avoir parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées +de voir que leur secret n'en était pas un. + +Voici un fait de ce genre. + +M. Decremps, auteur de la _Magie blanche dévoilée_, se vantait de +parvenir promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin +de l'éprouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes +qu'il avait écrites en caractères dont il avait fait choix. M. +Decremps, en étudiant le retour plus ou moins fréquent de ces +caractères, en cherchant de quelle façon ils se montraient groupés +entre eux, reconnut qu'ils représentaient les diverses lettres de +l'alphabet; il trouva successivement qu'un oiseau exprimait la lettre +_a_; que l'_e_ était rendu par une tête vue de profil, et l'_i_ par la +figure d'un verre à patte. Muni de cette clef, il découvrit bien vite +qu'on lui avait adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une +des odes d'Anacréon, et il causa à son ami l'étonnement le plus vif, +en prouvant que ce que ce dernier avait cru parfaitement caché était +dévoilé. + + + + +CHAPITRE VIII. + +DES ÉCRITURES OCCULTES. + + +On donne le nom d'_encre de sympathie_ aux substances dont on fait +usage, qui ne laissent point de traces sur le papier et qui +apparaissent derechef, lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers +procédés. + +Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire +attention à ce que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse +donner lieu à quelque soupçon. Le papier doit conserver sa couleur et +son éclat habituels. Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent +être conçues de manière que le lecteur, sous les yeux de qui elles +tomberaient, n'ait aucune raison de croire qu'elles n'expriment pas +réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles n'appartiennent pas à +une correspondance sérieuse. On tracera sur les marges, entre les +lignes ou sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on veut +communiquer en secret. + +Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent +invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les +rendre au jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils +puissent être lus nettement et sans difficulté. + +On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit +dans le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a +des passages tracés en encre de sympathie. Nous n'avons pas besoin +d'ajouter que ce signe doit être mis de manière à échapper aisément +aux regards des curieux et à n'offrir aucune importance apparente. + +Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux +quelque poudre. + +On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec +tous les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou +bien avec de la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses. + +On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte +la feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée; +du charbon pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse, +peuvent servir à cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont +été tracées et elle la fait revivre. + +Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand +jour. + +L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui +apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de +l'air. On obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans +de l'acide nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide +deviennent verdâtres, lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de +manière à recevoir les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir +rougeâtre. + +On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le +papier est fortement échauffé. + +Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre; + +Avec du jus de cerise, verdâtre; + +Avec du jus d'oignon, noirâtre; + +Avec du jus de citron, brun; + +Le vinaigre donne une couleur rouge pâle; + +Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique affaibli +dans une certaine quantité d'eau. + +Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés +avec plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie +de différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former +des caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier +auquel on les a confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé +dans l'eau. Écrivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le +papier dont vous vous êtes servi et présentez-le au jour: vous +distinguerez très-bien ce qui était invisiblement écrit; les +caractères seront beaucoup plus obscurs que le reste du papier, et il +leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber. + +En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de +trois portions d'eau, on obtient des caractères qui ne paraissent +pas, lorsque le papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche, +ils disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et même +une troisième fois. + +Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les +humecte avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de +vitriol ou de couperose donne des caractères qui se montrent à l'oeil, +lorsqu'on frotte le papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont +voici la composition: noix de galle concassées et mises dans de l'eau +ou du vin blanc. On obtient le même résultat, en plaçant cette +écriture invisible entre deux papiers légèrement imbibés de cette +dernière dissolution; il faut que le tout soit enfermé et serré dans +un livre pendant quelques moments. + +Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au +moyen d'autres caractères que l'on trace dessus en se servant d'une +encre formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau. Quant +on passe l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la place +celle qui était invisible. + +L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture, +qui, une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il +suffit d'imbiber le papier de jus de citron ou de verjus, et alors +elle paraîtra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du +papier. + +Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu +éclatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert. + +Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau +pure, fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant, +lorsqu'on veille à tenir le papier renfermé et à le soustraire à +l'influence du grand air. Ces mêmes caractères, exposés au soleil, +reparaîtront au bout d'une heure ou deux. + +Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut +employer des plumes neuves et affectées à cet usage spécial. + +Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point +oublié les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement +qu'il faut «escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du +camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du +papier, qu'il faut tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir +et l'escriture demeure blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que +le papier roussisse et l'encre s'offusque; le mesme faict le jus +d'oignon et l'eau encore toute simple. Si l'on trasse quelque chose +sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict ou de l'urine, +en jectant de la cendre dessus, elle y adhère et monstre ce qui y aura +été desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre +lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc; +frottez le papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou +de couperose: l'escriture apparoistra noire. + +«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un oeuf, avec +la pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre +dedans de petits billets de papier escris des deux costez, de la +largeur de l'ouverture, non plus grande que de petit doigt et y en +peult assez tenir. Puis, on la replastre avec de la craye ou ceruse, +et de la chaulx vive empastées avec de la glaise. Si qu'il seroit bien +malaisé d'y rien remarquer ne connoistre, quand bien mesme on les +aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en leur +substance, sans que rien paroisse dehors. + +«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé, +destrempé en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout +deviendra blanc. On brusle d'autre part de la paille de froment qu'on +estend en un linge, sur quoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois +qu'elle ait emporté toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de +cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veut pas +tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui +apparoit manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait +tremper des noix de galle concassées grossièrement, tant que +l'eau-de-vie en ait attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé +dedans; l'escriture apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se +descouvrir, noire comme est la commune. En quoy il y a certain secret +qu'il ne m'a pas semblé devoir divulguer, non plus que d'une autre +manière d'encre qui s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois +sepmaines, composée de pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de +pigeon, noix de galle et autres ingrediens, mesme de l'huille de +tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y adjoustant un peu +d'encre affoiblie avecques de l'eau.» + +De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple +d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de +l'eau-forte imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture +ne soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour +écrire sur la peau, une dissolution d'argent ou de cuivre dans de +l'eau-forte, et cette opération peut se faire sur un homme endormi, +sans qu'il le sache. + +Résumons les autres détails dans lesquels cet auteur et ses émules +entrent à l'égard du sujet qui nous occupe. + +L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en +passant par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac, +avec la chaux ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche. + +Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire, +Porta indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de +bouc sur du marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles; +plongez le marbre dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ. +Imprimez sur un bois tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou +autre, des caractères, à la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce +bois à la presse jusqu'à ce que le creux ait entièrement disparu et +qu'on ne voie plus de traces de lettres; celui à qui vous enverrez ce +morceau de bois lira l'écriture en le plongeant dans l'eau. + +Enduisez un oeuf de cire; écrivez dessus, de manière à pénétrer +jusqu'à la coquille sans l'endommager; tenez l'oeuf pendant une nuit +dans une dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, enlevez la +cire, écaillez l'oeuf et mettez la coquille entre votre oeil et la +lumière, les lettres paraissent plus transparentes et très-lisibles. +La même chose a lieu en écrivant avec du jus de citron, qui amollit la +coquille de l'oeuf: faites durcir un oeuf, enduisez-le de cire, gravez +sur la cire des lettres qui laissent la coquille à découvert; mettez +l'oeuf dans une liqueur faite avec des noix de galle et de l'alun +broyés ensemble; ensuite passez-le dans de fort vinaigre: les +caractères pénétreront plus avant; ôtez la coquille, et vous verrez +sur le blanc de l'oeuf de belles lettres couleur de safran. + +Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de +citron, ou de coing, ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces +lettres sont sèches, on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes, +avec de l'encre, des choses indifférentes, afin de dérouter tout +soupçon. En approchant la lettre du feu, l'écriture cachée devient +lisible. Broyez du sel ammoniac, mêlez-le dans l'eau, écrivez avec +cette liqueur: l'écriture paraîtra de la même couleur que le papier; +approchez-le du feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec +du jus de cerises, l'écriture paraîtra verte au feu. + +Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de +l'eau seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient +invisible, en séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau +pour faire revivre l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec +une eau de vitriol distillée ne devient visible qu'en plongeant le +papier dans une infusion de noix de galle avec du verjus ou du vin, +On broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre mêlé +d'eau; on passe la décoction à la chausse, et on la met à part; on +trace ensuite, sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute +autre matière, avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs, +n'ont aucune apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de +litharge, les caractères paraissent blancs comme du lait. + +Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de +sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il +fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel, +lettre qui renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se +trouvait rien d'écrit. Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette +missive, disant que «la feuille de papier estoyt escripte, mais +l'estoyt par telle subtilité que l'on n'y voyoit point d'escripture. + +«Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt faicte +avec du sel ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans l'eaue +pour sçavoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale. Puys, +la monstra à la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus +d'oignons blancz. + +«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle +estoyt point escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de +laict de femme alaictant sa fille première née, pour veoir si elle +estoyt poinct escripte de sang de rabettes. Puys, en frotta un coing +de cendres d'ung nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte +de rosée qu'on trouve dans les pommes d'alicacahut. Puys, en frotta +ung aultre bout de la sanie des aureilles, pour veoir si elle estoyt +escripte du fiel de corbeau. Puys, la trempa en vinaigre, pour veoir +si elle estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge +de souris chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de +baleine, qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans +un bassin d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle +estoyt escripte avec alun de plume.» + +Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois +auteurs auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants +travaux: «Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la +manière de lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son traité +_peri grammaton acriton_, et Calphurnius Bassus, _de litteris +illegibilibus_.» + +Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait +inconnus; il faut donc assigner à l'imagination de maître François le +mérite de les avoir créés. + + + + +BIBLIOGRAPHIE + + +Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux +diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons +pas offrir une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne +saurait jamais se flatter d'atteindre, mais nous espérons du moins ne +pas avoir oublié d'écrits d'une importance réelle. Nous avons adopté +l'ordre alphabétique comme étant celui qui facilite le mieux les +recherches. + +_Anweisung zum Dechiffriren, oder die Kunst verborgene Schriften +aufzuloesen_, Helmstadt, 1755, in-8. + +BACO (Franc. de Verulamio). _De dignitate et augmentis scientiarum_, +lib. VI, c. I. Voir ses _Opera omnia_. Francof., 1665, folio, pag. +147-151. + +BECHERUS (J. J.). _Character pro notitia linguarum universali, +invenium steganographicum hactenus inauditum_, etc. Francofurti, 1661, +in-8. + +BEGUELIN. _Mémoire sur la découverte des lois d'un chiffre de feu le +professeur Hermann, proposé comme absolument indéchiffrable_. _Voy._ +Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de +Berlin, tom. XIV (1765) pag. 369-389. + +BELOT. _L'Oeuvre des oeuvres ou le plus parfait des sciences +stéganographiques_, Paris, 1623, in-8. + +BIELFELD (J. de), _Institutions politiques_ (la Haye, 1760, in-4), +tom. II, pag. 191. + +BREITHAUPT (Chr.). _Disquisitio historica, critica, curiosa de variis +modis occulte scribendi, tum apud veteres quum apud recentiores +usitatis_, Helmstadt, 1727, in-8. + +--_Ars decifratoria sive scientia occultas scripturas solvendi et +legendi_, Helmst., 1737, in-8, 32 et 160 pag. + +BUERGA (A.). _Pasilasie oder Grundriss einer allgemeinen Sprache_, +Berlin, 1808. + +CARLET (J. R. du). La _Cryptographie, contenant la manière d'écrire +secrètement_, Tolose, 1644, in-12. + +COLLETET. _Traittez des langues estrangères, de leurs alphabets et des +chiffres_, Paris, Promé, 1660, in-4.--C'est un abrégé imparfait du +_Traité des chiffres_ de Vigenère, et il aurait tous les caractères du +plagiat si Colletet lui-même n'avait pas prévenu cette accusation avec +une franchise peu commune. + +COLORNI (Abr.). _Scotografia italica_, Praga, 1593, in-4. + +COMIER (d'Ambrun). _Traité de la parole, langues et écritures, +contenant la sténographie impénétrable, ou l'Art d'écrire et de parler +occultement de loin et sans soupçon_. Bruxelles, 1691, in-12. + +CONRADI (Dav. Arn.). _Cryptographia denudata, sive ars deciferandi quæ +occulte scripta sunt in quocunque linguarum genere_, Lugd. Bat., 1739, +in-8, 73 pag. + +COSPI. _L'Interprétation des chiffres, ou Reigle_ (sic) _pour bien +entendre et expliquer facilement toutes sortes de chiffres simples_, +tiré de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrétaire du grand-duc de +Toscane. Augmenté et accommodé particulièrement à l'usage des langues +française et espagnole, par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641, in-8, 90 +pag. + +CRELLII (L. C.) _Diss. de scytala laconica_, Lipsiæ, 1697, in 4. + +DALGARNO (George). _Ars signorum, vulgo character universalis et +lingua philosophica_, Londini, 1667, in-8. Cet écrit a paru à M. +Nodier extrêmement remarquable (voir les _Mélanges extraits d'une +petite bibliothèque_, pag. 268, et les _Notions de linguistique_, +1834, pag. 31). Les ouvrages de Dalgarno ont été réimprimés à +Edimbourg en 1834; la _Revue d'Edimbourg_, nº 124, juillet 1835, leur +a consacré un article. + +DLANDOL. Le _Contr'espion ou les clefs de toutes les correspondances +secrètes_, Paris, 1794, 66 pag. in-8. + +FIRMAS-PERIÈS (Le comte). _Pasitélégraphie_, Stuttgard, 1811, in-8. + +FORELIUS (H.). _Dissertatio de modis occulte scribendi et præcipue de +scytala laconica_, Holmiæ, 1697, in-8. + +FRIDERICI (J. B.). _Cryptographia, oder geheimer Schriftmund und +wirkliche Correspondenz_, Hamburg, 1684, in-4. + +FUNKS (Chr. B.). _Natürliche Magie_, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y +trouve quelques détails sur l'art de déchiffrer.) + +GERRAR (DI). _Siglarium romanum sive explicatio notarum ac +litterarum_, Londres, 1793, in-4. + +GODEVIN (François), évêque d'Hereford, _Nuncius inanimatus Utopiæ_, +1629. L'auteur expose mystérieusement les avantages d'une méthode +secrète de correspondance au moyen de signes convenus. + +S'GRAVESAND, _Introductio in philosophiam_ (Lugd. Bat., 1737). Il y +est question, ch. XXXV, de l'écriture en chiffres. + +GRISCHOW (Aug.). _Introductio in philologiam generalem_, Jenæ, 1704, +in-8. Le chap. IV roule sur l'art d'écrire en chiffres avec rapidité, +et sur les moyens de découvrir pareils secrets. + +HANEDI, _Steganologia et Steganographia nova. Geheime, magische, +natürliche Red- und Schreibekunst_, Nuremberg (sans date), in-8, 299 +pag. Le véritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter, professeur de +mathématiques à Altorf, mort en 1636. + +HILLERI (L. H.) _Mysterium artis steganographicæ novissimum_, Ulmæ, +1682, in-8, 478 pag. Un errata de 6 pag. termine le volume. Cette +multitude de fautes contribua sans doute au peu de succès de ce traité +plus ample que celui de Breithaupt, mais moins méthodique. Il ne +s'adapte spécialement qu'au latin, à l'italien, à l'allemand et au +français, et seulement aux chiffres à clef simple ou dont l'alphabet +n'est pas variable. L'auteur avait donné un aperçu de son travail dans +son _Opusculum steganographicum_, publié à Tubingue en 1675. + +HINDENBURG (C. F.). _Archiv der reinen und angewandten Mathematik_. +(Les cahiers 3 et 5 roulent sur l'art de chiffrer.) + +HOTTINGA (Domin. de). _Polygraphie ou méthode universelle de +l'écriture cachée et cabalistique_, Groningue, 1620, in-4. C'est la +reproduction textuelle de la traduction de la _Polygraphie_ de +Trithème, publiée en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga n'a point +hésité à donner ce travail comme étant entièrement son oeuvre, et il +déclare, dans sa préface, qu'il lui a consacré de longues et pénibles +veilles. Il existe peu d'exemples d'un plagiat aussi effronté. + +JONES. _Hieroglyphic or a grammatical introduction to an universal +hieroglyphic language_, London, 1768. + +KALMAR (Georgius). _Præcepta grammatica atque Specimina linguæ +philosophicæ sive universalis ad omne vitæ genus adcommodatæ_. +Berolini, 1772, in-4, 56 pag. + +KIRCHERI (Athan.) _Artificium cryptographicum, seu abacus numeralis_, +dans la _Magia universalis_ de Schott, part. IV, lib. I. + +--_Polygraphia seu artificium linguarum, quocum omnibus totius mundi +populis poterit quis correspondere_, Rome, 1663, in-folio, Amsterd., +1680. Cet ouvrage curieux est divisé en trois parties; la première +offre une pasigraphie en écriture universelle que chacun peut lire +dans sa langue. Le principe d'où il part est un dictionnaire numéroté +tel que Becher l'avait proposé sans l'exécuter; Kircher l'exécuta en +petit sur cinq langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien, +l'espagnol). Son vocabulaire a environ 1,600 mots; les formes +variables des noms et des verbes sont exprimées par des signes de +convention. La seconde partie donne une sténographie plus ingénieuse +que celle de Trithème. La troisième partie concerne l'invention d'une +boîte ou bureau stéganographique pour écrire ou lire très-promptement +en chiffre quelconque. + +KLÜBER (Lud.). _Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst_, +Tubingue, 1809, in-8, 470 p. + +KORTUM (C. A.). _Anfangsgründe der Entzifferungskunst deutscher +Zifferschriften_, Duisburg, 1782, in-8, 144 pag. + +_Langage_ (Le) _muet, ou l'Art de faire l'amour sans se parler, sans +écrire et sans se voir_, Middelbourg, 1688, in-12. + +LATOUR (Charlotte de). Le _Langage des fleurs_, Paris, 1820; 6e éd., +1845, in-12, 328 p. (L'auteur de cet ouvrage, en prose et en vers, est +M. Aimé Martin.) + +LEIBNITZ. _Historia et commendatio linguæ characteristicæ +universalis_, dans ses _Oeuvres posthumes_, éditées par Rashe, 144 +pag. + +(LEMANG). _Die Kunst der Geheimschreiberei_,... im. G. L. Leipzig, +1797, in-4, 40 pag. + +LENNEP (D. J. de). _Dissert. de M. Tullio Tirone_, Amsterdam, 1804. + +LINDNER (Sam.). _Elementa artis decifratoriæ_, Regiomontani, 1770, +in-8. + +_Mysterienbuch alter und neuer Zeit, oder Anleitung geheimer Schriften +zu lesen_, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag. + +NEYRIN (J. P.). _Principes du droit des gens_. (Brunswick, 1783, +in-8), pag. 160 et suiv. + +_Nouveau Traité de diplomatique_, par deux religieux bénédictins (D. +Toussaint et D. Tassin). Paris, 1750-65. 6 vol. in-4. _Voy._ tom. III, +p. 499-622. + +NIETHAMMER (J. M.). _Ueber Pasigraphie und Ideographie_, Nurnberg, +1808, in-8. + +_Nouvelle Découverte d'une langue universelle pour les négociants_, +Paris, 1687, in-12. + +_Opus novum, præfectis arcium, imperatoribus exercituum, +exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis industriæ +et litteraturæ studiosis, principibus maxime utilissimum pro cipharis +lingua latina, græca, italica et quavis alia multiformiter +describentibus interpretandisque._ (En latin et en italien, in-8, 44 +feuillets.) À la fin on lit: Impressum Romæ, anno MDXXVI. Au second +feuillet, l'auteur se donne le nom de Jacques Silvestre, citoyen de +Florence. + +OZANAM (Jacques). _Récréations mathématiques et physiques_, 1778, 4 +vol. in-8. On y trouve diverses méthodes de Sténographie. + +PANCIROLLI (Guidonis). _Rerum memorabilium sive deperditarum +commentarius_, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv. + +_Polizeischrift, geheime, des Grafen von Vergennes_, 1793, in-8, 46 +pag. + +PORTA (J. B.). _De furtivis litterarum notis vulgo de ziferis libri +quinque_, Neapoli, 1563, in-4. Autres éditions: Londres, 1591, +in-4.--Montbelliard, 1593, in-8.--Naples, 1602, in-folio.--Strasbourg, +1603, in-8. + +--_Magia naturalis_, Naples, 1558.--Anvers, 1561.--Naples, +1589.--Leyde, 1644 et 1651. Il est question, dans le livre XVI, de +l'art de chiffrer. + +PRASSE (M. de). _De reticulis cryptographicis_, Lipsiæ, 1799, in-4, 14 +pag. + +RAMSAY (C. A.). _Art d'écrire aussi vite qu'on parle_, Paris, 1783, +in-12. L'original est en latin; il parut dès 1678 et fut réimprimé +avec une version française (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis cette +dernière date, ce livre a été souvent réimprimé en France et à +l'étranger, dans la fin du dix-septième siècle. Les anciennes +éditions portaient pour titre: _Tacheographie ou l'Art d'écrire_, etc. +On en connaît une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-8. + +SARPE, _Prolegomena ad tachygraphiam romanam_, Rostock, 1829, in-4. + +SCHMIDT (J. M.). _Vollstændiges wissenschaftliches +Gedankenverzeichniss zum Behuf einer allgemeinen Schriftsprache_, +Dillingen, 1807, in-8. + +--_Grundsætze für eine allgemeine Schriftlehre_, 1816-1818, 2 vol. +in-8. + +SCHOTT (Gaspard). _Schola steganographica in classes octo distributa_, +Nuremberg, 1665, in-4. D'autres éditions de 1666 et de 1680 sont +indiquées par les bibliographes. + +--_Thaumaturgus physicus seu magia universalis naturæ et artis_, +1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrième volume de +cet ouvrage curieux, des notions détaillées sur les divers moyens +imaginés par les anciens et les modernes, pour se communiquer leurs +pensées à l'aide de l'écriture secrète. + +SELENI, Gustavi (id est, Augusti, ducis Brunsvicensis), +_Cryptomenyticis et Cryptographiæ libri IX, in quibus et planissima +Steganographiæ J. Trithemii enodatio traditur, inspersis ubique +auctoris et aliorum non contemnendis inventis_, Luneburgi, 1624, +in-folio. + +SOLBRIT (Dav.). _Ratio scribendi per zifras_, 1726, in-8. + +--_Allgemeine Schrift oder Art durch Ziffern zu schreiben_, Coburg, +1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin précédent. + +_Steganographia recens detecta_, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgré son +titre latin, cet ouvrage est en allemand (semblable circonstance +n'est pas rare pour d'anciens écrits publiés au delà du Rhin). +L'auteur a gardé l'anonyme, mais il a signé la préface des lettres C. +W. P. + +STEIN (A.). _Ueber Schriftsprache und Pasigraphie_, München, 1809, +in-8. + +STIELER (C. von). _Deutsche Secretariatskunst_. Nuremberg, 1678, in-4. +Voir tom. I, pag. 547-555. + +STUBENRAUCH. _Histoire abrégée de la Cryptographie_. Il s'en trouve un +extrait dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, t. I, 1745, p. 105 +et suiv. + +TOD (Al.). _The olive-leafe or an universal A. B. C._, London, 1603, +in-8. + +TRITHEMII (J.). _Polygraphiæ libri VI_, Oppenheim, 1518, +in-folio.--Francof., 1550.--Colon., 1564.--Argent., 1600 et +1613.--Colon., 1671. + +--_Steganographia_, Francof., 1606.--Darmst., 1606,--Francof., +1608.--Darmst., 1621--Colon., 1635. + +--_La Polygraphie et universelle écriture de Trithème_, traduit du +latin par Gabriel de Collange[8], Paris, 1561, 1621, 1625, in-8. + +[Note 8: La triste destinée de Collange mérite qu'on en fasse mention. +Il était valet de chambre du Charles IX, et, quoique catholique zélé, +il fut une des victimes de la Saint-Barthélemi, succombant sans doute +à quelques inimitiés personnelles.] + +Voici les titres de deux ouvrages composés dans le but de défendre la +mémoire de Trithème contre l'accusation de magie dirigée contre lui: + +_Stenographiæ nec non claviculæ Salomonis germani, J. Trithemii, +genuina declaratio, auctore_ J. Caramuele, Colon., 1634, in-4. + +J. TRITHEMII _Stenographia vindicata et illustrata_, auctore W. E. +Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une édition de Nuremberg, 1721, in-4, est +citée. + +UKEN (M.). _Steganometrographia, sive artificium novum et inauditum_, +Francof., 1751, in-8, 328 p. Il en existe une traduction allemande, +Ulm, 1759. + +URQUHART (Thomas). _Logopandecteision, or an introduction to the +universal language_, London, 1653, in-4. + +VATER (J. S.). _Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la +découverte récente d'une langue universelle pouvant servir à tous les +peuples_, Leipzig, 1799, in-12, 268 pag. + +WALLIS (J.). _Opera miscellanea_, Oxoniæ, 1699, in-folio. Dans son +traité _De combinationibus et alternationibus_, ce célèbre +mathématicien donne des exemples de déchiffrement, sans expliquer +toutefois les méthodes dont il fait usage. + +WILDVOGEL (Ch.). _Diss. de scripturis terribilibus_, Francof., 1719, +in-4. + +WILKINS (évêque de Chester). _Mercure ou le Messager secret et prompt +où l'on montre comment on peut communiquer vite et sûrement ses +pensées à un ami éloigné_, Londres, 1641, in-4. (L'ouvrage est en +anglais.) + +--_Essay towards a real charater and a philosophical language_, +Londres, 1668, in-folio. Un extrait de cet ouvrage, devenu fort rare, +se trouve dans les _Transactions philosophiques_, nº 35. + +WOLKE (C. H.). _Erklærung wie wechselseitige Gedankenmittheilunen +aller cultivirten Voelker des Erdkreises, oder die Paxiphrasie möglich +und ausüblich sey, ohne Erlernung irgend einer neuen besondern, oder +einer allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache_, Dessau, 1797. + + +FIN. + + + + +TABLE DES CHAPITRES. + + + CHAPITRE Ier. Définition de la Cryptographie, son origine; + notions historiques. 1 + + CHAP. II. Auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie. 35 + + CHAP. III. Règles et procédés de Cryptographie. 91 + + CHAP. IV. Des diverses sortes d'écritures et des différents + langages de convention qui se rattachent à la correspondance + occulte. 156 + + CHAP. V. Du rôle de la Cryptographie dans la littérature. 186 + + CHAP. VI. Des livres à clef. 202 + + CHAP. VII. Du déchiffrement. 208 + + CHAP. VIII. Des écritures occultes. 225 + + Bibliographie. 242 + + + + +[Notes au lecteur de ce fichier numérique: + +--De nombreuses erreurs ont été imprimées dans cet ouvrage; peu +d'entre elles ont été corrigées lors de la création de ce fichier. + + --page 41: "Un méchant vous demande une lettre d'introduction + auprès d'un de ses amis", "ses amis" a été remplacé par "vos amis". + + --page 144: "La première lettre de la dépêche, l, correspond à la + quatrième, o; la seconde, e, à la quatrième,", "la seconde, e, à + la quatrième," a été remplacé par "la seconde, e, à la septième,". + + --page 197: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit", "nfouxnb" a été + remplacé par "nfouxmb". + + --page 220: "la consonne c est toujours liée au c", "liée au c" a + été remplacé par "liée au h". + +--Page 151: La note 5 n'a pas de référence dans le texte. + +--Les mots contenus dans [] sont imprimés dans des cases (ex: page 120). + +--Cet ouvrage contient de nombreux signes qui ne peuvent être reproduit +dans ce fichier; ils ont été remplacés par [Gl.] pour Glyphe, [Pt.] +pour Point, etc. + + --Les signes enclos dans [= =] sont encadrés dans l'ouvrage. + + --Chiffres précédés par [- sont surmontés d'un trait; ceux précédés + par [" de deux points.] + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42297 *** diff --git a/42297-8.txt b/42297-8.txt deleted file mode 100644 index 5f6eadb..0000000 --- a/42297-8.txt +++ /dev/null @@ -1,5320 +0,0 @@ -The Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob - -This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with -almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: La Cryptographie - ou l'art d'écrire en chiffres - -Author: Bibliophile Jacob - -Release Date: March 10, 2013 [EBook #42297] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CRYPTOGRAPHIE *** - - - - -Produced by Laurent Vogel, Christine P. Travers and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net -(This book was produced from scanned images of public -domain material from the Google Print project.) - - - - - - - - - - LES SECRETS DE NOS PÈRES - - RECUEILLIS - - PAR LE BIBLIOPHILE JACOB - - - LA - - CRYPTOGRAPHIE - - OU - - L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES - - - - - PARIS - ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-ÉDITEUR - 4-6, RUE VOLTAIRE, 4-6 - - 1858 - - PARIS.--IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1. - - - - -LA - -CRYPTOGRAPHIE - -OU - -L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES. - - - - -CHAPITRE PREMIER. - -DÉFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE; NOTIONS HISTORIQUES. - - -Nous allons essayer de faire connaître quelques-uns des procédés mis -en usage afin de permettre à des personnes séparées par des distances -souvent considérables, de communiquer entre elles, en recouvrant ces -communications du voile du mystère. - -Ces procédés forment une véritable science qui a reçu, comme tant -d'autres, un nom tiré du grec. - -La Cryptographie ou Stéganographie est l'art d'écrire de façon à -dérober à autrui la connaissance de ce qu'on a tracé. - -On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'écrit. On emploie, -en ce but, les encres du sympathie dont nous parlerons plus tard, ou -bien l'on tâche de cacher soigneusement le papier auquel on a confié -son secret. - -Mais plus habituellement on a recours aux divers procédés en usage -afin de jeter, sur une dépêche qui peut tomber dans des mains -indiscrètes, un voile qu'on fait de son mieux pour rendre -impénétrable. - -Pour atteindre ce but: - -On abrège les mots d'après un système convenu (c'est la Brachygraphie -ou Sténographie). - -On fait usage des signes dont le sens est arrêté entre les -correspondants: des lettres, des chiffres, des signes employés dans -les mathématiques et dans la chimie, des points, des lignes, des -figures quelconques ou de fantaisie, des couleurs, etc., sont d'une -grande ressource en semblable occasion. - -On emploie des mots et des phrases, auxquels on convient de donner un -sens tout autre que celui qu'on y attache dans le cours ordinaire des -choses. - -Il y a toujours eu, il y aura toujours des secrets, qu'il faudra bien -confier au papier afin de les transmettre à des correspondants dont on -est séparé par des distances plus ou moins grandes; mais on est bien -aise de dérober aux investigations d'une curiosité indiscrète ces -communications mystérieuses. - -Il a donc fallu recourir à des moyens destinés à voiler le sens des -avis qu'on voulait transmettre. De là l'origine de l'écriture en -chiffres. - -De même que tous les arts, celui-ci débute par des essais naïfs et -incomplets. Les écrivains de l'antiquité en ont conservé le souvenir. - - -§ Ier. - - De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquité. - -Hérodote nous fait connaître divers procédés un peu primitifs auxquels -eurent recours, faute de mieux, certains personnages plus ou moins -célèbres dans les annales de ces temps reculés. - -C'est d'abord un esclave dont on rase la tête, et sur la peau nue de -son crâne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On -laisse aux cheveux le temps de repousser, et on expédie cette épître -d'un nouveau genre à l'ami qu'il s'agit d'instruire de choses -importantes. Les perruques n'avaient point été inventées à cette -époque; elles auraient été d'une grande utilité en pareille -circonstance. Il va sans dire qu'un pareil procédé n'est point -susceptible d'une application fréquente. - -Un seigneur de la Cour de Perse, ayant à transmettre à Cyrus un avis -essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas précisément dans -l'écriture chiffrée, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons -parler Hérodote: - -«Harpage voulut découvrir à Cyrus son projet, mais, comme ce prince -était en Perse et que les chemins étaient gardés, il ne put trouver, -pour lui en faire part, d'autre expédient que celui-ci: S'étant fait -apporter un lièvre, il ouvrit le ventre de cet animal d'une manière -adroite et sans arracher le poil, et, dans l'état où il était, il y -mit une lettre où il avait écrit ce qu'il avait jugé à propos. L'ayant -ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en qui il -avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter à Cyrus, et de -lui dire, en le lui présentant, de l'ouvrir lui-même et sans témoins.» - - -§ II. - - La scytale des Lacédémoniens. - -Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres à ses généraux au -moyen d'une espèce de _courroie_. Voici de quelle façon Plutarque -raconte le fait dans la vie de Lysandre; nous faisons usage de la -traduction naïve du vieil Amyot: - -«Les éphores luy envoyèrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale -(comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandèrent qu'il -eust à s'en retourner aussitost comme il l'auroit reçue. Cette scytale -est une telle chose: quand les éphores envoient à la guerre un général -ou un admiral, ilz font accoustrer deux petits bâtons ronds et les -font entièrement égaler en grosseur et en grandeur; desquelz deux -bastons ilz en retiennent l'un par devers eulx et donnent l'autre à -celuy qu'ilz envoyent. Ilz appellent ces deux petits bastons scytales, -et, quand ilz veulent faire secrètement entendre quelque chose de -conséquence à leurs capitaines, ilz prennent un bandeau de parchemin -long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent à l'entour de -leur baston rond, sans laisser rien d'espace vuide entre les bords du -bandeau; puis quand ilz sont ainsi bien joints, alors ilz escrivent -sur le parchemin ainsi enrollé ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont -achevé d'escrire, ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent à leur -capitaine, lequel n'y sçauroit aultrement rien lire ny cognoistre, -parce que les lettres n'ont point de suitte ny de liaison continuée, -mais sont escartées l'une ça, l'autre là, jusqu'à ce que, prenant le -petit rouleau de bois qu'on luy a baillé à son partement, il estend la -courroye de parchemin qu'il a reçue tout à l'entour, tellement que le -tour et le ply du parchemin venant à se retrouver en la mesme couche -qu'il avoit esté plié premièrement, les lettres aussi viennent à se -rencontrer en la suitte continuée qu'elles doivent estre. Ce petit -rouleau de parchemin s'appelle aussi bien scytale comme le rouleau de -bois, ne plus ne moins que nous voyons ailleurs ordinairement que la -chose mesurée s'appelle du mesme nom que fait celle qui mesure.» - -Un poëte latin donne une application conforme à celle de Plutarque; -transcrivons ici les cinq vers qui s'accordent avec le récit du -biographe grec: - - Vel Lacedemoniano scytalem imitare, libelli - Segmina Pergamei, tereti circumdata ligno - Perpetuo inscribens versu: qui deinde solutus - Non respondentes sparso dedit ordine formas: - Donec consimilis ligni replicetur in orbem. - -Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas être -bien difficile à deviner. En effet, il était aisé de voir en tâtonnant -un peu, quelle était la ligne qui devait se joindre pour le sens à la -ligne d'en bas du papier; cette seconde ligne connue, tout le reste -était aisé à trouver: en supposant que cette seconde ligne, suite -immédiate de la première dans le sens, fût, par exemple, la cinquième, -il n'y avait qu'à aller de là à la neuvième, à la treizième, à la -dix-septième, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait toute -la première ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu'à reprendre la -seconde ligne d'en bas, puis la sixième, la dixième, la quatorzième, -et ainsi de suite. Tout cela est aisé à voir, en considérant qu'une -ligne écrite sur le rouleau devait être formée par des lignes -partielles également distantes les unes des autres. - -Un autre Lacédémonien, réfugié auprès du monarque de l'Asie, trouva -dans son patriotisme les moyens de transmettre à Sparte un avis de la -plus haute importance. C'est encore l'historien que nous avons déjà -nommé qui va nous raconter ce fait. Laissons parler Hérodote: - -«Xerxès s'étant déterminé à faire la guerre aux Grecs, Démocrate, qui -était à Suse, et qui fut informé de ses desseins, voulut en faire part -aux Lacédémoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il -était à craindre qu'on ne le découvrit, il imagina cet artifice. Il -prit des tablettes doubles, en ratissa la cire, et écrivit ensuite -sur le bois de ces tablettes les projets du roi. Après cela, il -couvrit de cire les lettres, afin que, ces tablettes n'étant point -écrites, il ne pût arriver au porteur rien de fâcheux de la part de -ceux qui gardaient les passages. L'envoyé de Démocrate les ayant -rendues aux Lacédémoniens, ils ne purent d'abord former aucune -conjecture; mais Gorgo, femme de Léonidas, imagina, dit-on, ce que ce -pouvait être et leur apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient -des caractères sur le bois. On suivit son conseil, et les caractères -furent trouvés. Les Lacédémoniens lurent ces lettres et les envoyèrent -ensuite au reste des Grecs.» - - -§ III. - - Autres systèmes cryptographiques connus des anciens. - -Blaise de Vigenère, dans son _Traité des chiffres_, livre dont nous -aurons à parler en détail, mentionne quelques-uns des procédés -qu'avaient imaginés les anciens et dont nous venons de fournir des -exemples: - -«Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en -sève dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant inséré les -lettres, la laissent reprendre et reclorre, et coupent la verge. C'est -de l'invention de Théophraste, non des plus spirituelles pour un si -subtil philosophe, joint que cela a besoin de temps, et si la -cicatrice y demeure empreinte tousjours. Le mesme se peut effectuer et -encore plus commodément dans un baston de torche en semblable bois de -sapin creusé, puis enduire la fente avec de la sciure fort subtile et -sassée, de la mesme estoffe destrempée avec de la colle blanche: de -quoy il semble qu'usa Brutus en allant à Delphes, comme le marque -Tite-Live à la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la -quatrième Décade, Polycrate et Diognète enfermèrent un brief de plomb -dans une tourte. Il y en a qui enferment leurs lettres dans un caillou -artificiel faict de ceste sorte: On prend des cailloux de rivière -qu'on faict calciner et réduire en poudre passée par un subtil tamis. -Puis on l'incorpore avec sa quarte partie de résine fondue et une de -poix, meslant bien le tout avec un baston, et estant cette composition -encore chaulde et par conséquent molle, enveloppant la lettre dedans, -façonnant le caillou devant le feu à-tout les mains trempées en eau -tiède, de la sorte que bon leur semble; cela faict, on le laisse -sécher.» - -Les Romains empruntèrent à la Grèce toutes les connaissances qu'elle -possédait, mais ils les perfectionnèrent. César employait pour sa -correspondance secrète une méthode que nous aurons occasion de faire -connaître plus tard, et qui aujourd'hui n'arrêterait pas longtemps le -plus novice des déchiffreurs. - -On a attribué à Tullius Tiron, affranchi de Cicéron, l'invention de la -méthode d'écrire en notes tachygraphiques, et on leur a même donné le -nom de _Notes tironiennes_; mais cet art était déjà connu des Grecs. -Tiron a seulement le mérite très-réel d'avoir augmenté le nombre des -signes et de les avoir distribués dans un meilleur ordre. Sa méthode, -perfectionnée par Sénèque et d'autres, s'étendit dans tout l'empire. -On s'en est servi pour les actes publics, en Allemagne, jusqu'à la fin -du dixième siècle; la France y avait renoncé un peu plus tôt. C'est de -là que les officiers publics chargés de la transcription des actes ont -reçu le nom de notaires, qu'ils conservent encore. En cessant de -faire usage des notes tironiennes, on en oublia la signification. -Quelques savants ont entrepris à cet égard des travaux importants; -citons surtout l'_Alphabetum tironianum_ du bénédictin Dom Carpentier -(_Paris_, 1747, in-fol.); on peut recourir également au _Nouveau -Traité de diplomatique_ de D. D. Tassin et Thuilier, ainsi qu'au -_Dictionnaire diplomatique_ de Dom de Vaines. Un ouvrage de J. Gruter, -_Tyronis ac Senecæ notæ_ (1603, in-folio), présente plusieurs milliers -de ces notes; chacune d'elles exprime un mot différent; les traits, -les lignes, les points dont elles se composent, devaient exposer à -bien des méprises, à moins qu'on n'écrivît avec beaucoup de lenteur et -d'attention, et nul doute que pareille écriture ne fût d'un emploi -très-incommode. - -Nous copions cinq notes tironiennes prises au hasard; elles sont un -échantillon fidèle de cette méthode sténographique. - - [Gl.] Clemens. - [Gl.] Mars. - [Gl.] Legitimus. - [Gl.] Imperator. - [Gl.] Patres conscripti. - -Au neuvième siècle, Raban-Maur, archevêque de Mayence, a rapporté deux -exemples d'un chiffre dont les Bénédictins font connaître la clef dans -leur grand _Traité de diplomatique_. Dans le premier exemple, on -supprime les voyelles et on les remplace par des signes convenus; -l'_i_ est désigné par un point, l'_a_ par deux, l'_e_ par trois, l'_o_ -par quatre, l'_u_ par cinq, de telle sorte que, pour écrire: - - _Incipit versus Bonifaciia rchi gloriosique martyris._ - -On mettra - - .Nc.p.t v[Pt.]rs[Pt.]s B::n.f:c.. :rch. gl::r.::s.q[Pt.][Pt.] - m:rt.r.s - -Dans le second exemple, on substitue à chaque voyelle la lettre -suivante. Toutefois les consonnes _b_, _f_, _k_, _p_, _x_, qui, dans -ce système, tiennent lieu de voyelles, conservent aussi leur valeur. - - -§ IV. - - Le chiffre chez les modernes. Anecdotes. - -Nous sommes peu disposé à ajouter foi à l'assertion d'un vieil -historien, d'après lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la -monarchie française aurait été versé dans les mystères de la -Cryptographie. - -«Pharamond, très-puissant roy des François en Germanie, et -quarante-troisième après Marcovir, lorsque par grande puissance il -marchoit sur les limites des Gaules, afin que secrètement il escrivist -de ses affaires, adjousta pour ses secrets des minuties pérégrines et -estranges.» - -Le moyen âge présente peu d'exemples de l'écriture en chiffres; mais, -dès l'époque de la Renaissance, la nécessité de moyens occultes de -communication se fait de plus en plus sentir au milieu des intrigues -diplomatiques qui se croisent en tous sens. Divers auteurs composent -sur pareil sujet de très-gros livres; des éditions multipliées -attestent l'utilité de pareils écrits, et chacun s'efforce de -découvrir les moyens de rendre impuissants tous les efforts des -investigateurs. - -Au dix-septième siècle, les monarques, les ministres, les -ambassadeurs, font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cessé de -s'étendre et de se perfectionner jusqu'à nos jours. - -Les dépêches chiffrées qui se sont amoncelées en quantité immense -durant cette période n'ont point été, la chose va sans dire, livrées à -la publicité; elles sont restées ensevelies dans les archives -secrètes des chancelleries; on peut toutefois rencontrer, dans des -recueils de documents éloignés de l'époque contemporaine, divers -exemples de l'emploi de la Cryptographie, divulgués par la voie de -l'impression. - -La correspondance imprimée d'un érudit célèbre qui exerça -d'importantes fonctions diplomatiques, H. Grotius, présente divers -passages écrits en chiffres. Empruntons quelques lignes à une dépêche -adressée au chancelier de Suède, Oxenstiern, dépêche qu'on lit dans -l'édition d'Amsterdam (1687, in-folio) des _Epistolæ H. Grotii_. - -«Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20, -70, 6, 10, 72, 66, 81, 47, 31, 10, 33, 66, 14, 106, 10, 33, 31, 217, -246, ab Eusebio Vindiceque auditus.... Egit plurimum cum 79, 59, 76, -72, 13, 42.» - -Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne paraît pas avoir -été fort compliqué; sa _Correspondance inédite avec Maurice le -Savant, landgrave de Hesse_, publiée par M. de Rommel (Paris, 1840, -8º), en offre plusieurs exemples, citons quelques lignes: - -«Je vous assure que je fais grand estime de leur amitié 67, 69, 68, -62, 74, 74, 18, [-63], 4["9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est -l'entremetteur. - -Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53.....» - -Quelques chiffres sont surmontés d'un trait ou du deux points; des -lettres grecques et divers signes employés par les chimistes et les -astronomes se mêlent aux chiffres. L'éditeur a reproduit le tout, sans -chercher à découvrir ce que cachait un voile qu'il aurait dû -s'efforcer de soulever. - -Mentionnons, d'après la _Biographie universelle_, une anecdote qui se -rattache à l'époque dont nous parlons: - -À la fin du seizième siècle, les Espagnols voulurent établir des -relations entre les membres épars de leur vaste monarchie, qui -embrassait alors une grande partie de l'Italie, les Pays-Bas, les -Philippines, et d'immenses contrées dans le Nouveau-Monde; car ils -avaient le plus grand intérêt à ce que leurs communications ne pussent -être découvertes: ils imaginèrent un chiffre qu'ils variaient de temps -en temps, afin de déconcerter tous ceux qui avaient tenté de percer -les mystères de leurs correspondances. Ce chiffre, composé de plus de -cinquante signes, leur fut d'une grande utilité pendant les troubles -de la Ligue et les guerres qui désolèrent alors l'Europe. -Quelques-unes de ces dépêches ayant été interceptées, Henri IV les -remit à un géomètre habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la -clef. Le mathématicien y réussit, et il parvint même à saisir le -chiffre dans toutes ses variations. La France profita pendant deux ans -de cette découverte. La Cour d'Espagne, déconcertée, accusa le -gouvernement français d'avoir à ses ordres des sorciers et de -recourir au diable afin d'obtenir la révélation des secrets -cryptographiques. Elle demanda que Viete fût jugé comme un négromant: -elle porta ses plaintes à Rome. Une prétention aussi ridicule n'excita -que le rire; le géomètre aurait pu cependant avoir des tracasseries -sérieuses, s'il n'eût été, en cette affaire, soutenu par un puissant -monarque; toute accusation de sorcellerie pouvait, en 1600, avoir des -conséquences extrêmement graves. - -L'histoire conserve le souvenir de diverses anecdotes dont l'emploi -des chiffres a été la cause; nous allons en relater quelques-unes: - -Dans le cours des longues négociations qui firent durer pendant tant -d'années le Congrès de Westphalie, les plénipotentiaires de diverses -puissances demandèrent à connaître les propositions que faisait -l'Empereur d'Allemagne concernant certains points en litige; son -ambassadeur, Isaac Voltmar, s'excusa de ne pouvoir les communiquer, en -alléguant qu'elles étaient écrites en chiffres et qu'il lui fallait -trois semaines pour en avoir la clef. Cette réponse excita un -mécontentement général, et l'envoyé du duc de Savoie s'écria: -«N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il pas -certain que le Saint-Père a dans ses mains la clef qui lie et qui -délie? (_clavem ligandi et solvendi_). Adressons-nous donc à lui, afin -qu'il nous donne la clef qui est si nécessaire en ce moment.» - -Une autre circonstance originale se montra au commencement du -dix-huitième siècle: - -L'électeur de Brandebourg, Frédéric III, avait formé le projet de -s'élever au rang des têtes couronnées et de convertir en royaume son -duché de Prusse. Il était presque impossible que ce projet pût -s'effectuer sans l'assentiment de l'Empereur d'Allemagne, suzerain du -Corps germanique. Des négociations furent donc ouvertes à Vienne: -elles s'y traînèrent des années entières; des difficultés nombreuses -s'opposaient à l'accomplissement des voeux de l'Électeur. Son ministre -auprès de la cour d'Autriche, le baron de Barthololi, se servait, pour -sa correspondance, d'un chiffre dans lequel chaque lettre de -l'alphabet était représentée par un nombre convenu; d'autres nombres -exprimaient des noms de personnes ou de lieux. - -Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jésuite, -le père Wolf, qui avait accompagné à Berlin l'ambassadeur d'Autriche, -en qualité de chapelain, et qui se livrait avec activité à des -intrigues politiques. - -Le nombre 24 signifiait l'Électeur, 110 l'Empereur, 116 le père Wolf. - -Barthololi écrivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer -l'affaire, il était indispensable que 24 (l'Électeur) adressât une -lettre autographe à 110 (l'Empereur). - -Le 0 de ce dernier nombre, étant tracé à la hâte, fut pris pour un 6, -et l'on en conclut à Berlin qu'il fallait que l'Électeur écrivît de sa -main au père Wolf. - -Frédéric III n'hésita point, et, bien que cette démarche pût lui -paraître étrange et qu'elle choquât son orgueil, il adressa de suite -au père Wolf une longue épître écrite en entier de sa main et dans -laquelle, expliquant, justifiant ses projets, il s'efforçait d'obtenir -l'appui du bon père, auquel il prodiguait les compliments et les -promesses. - -Le jésuite fut aussi surpris que flatté de recevoir une pareille -communication: elle le décida à ne rien épargner pour faire réussir -les vues du prince qui venait ainsi se mettre sous sa protection; il -s'adressa au confesseur de l'Empereur; des lettres allèrent à Rome -trouver le général de la puissante société; bientôt tous les obstacles -qui s'étaient jusqu'alors accumulés s'aplanirent, et, grâce a cette -méprise fortuite dans une dépêche chiffrée, grâce à ce 0 qui parut -transformé en un 6, l'Électeur obtint de la cour de Vienne ce que -peut-être, sans cet incident, elle lui aurait toujours refusé. Autre -chapitre à joindre à la piquante histoire des très-petites causes qui -amènent de grands événements. - - -§ V. - - Cartes mystérieuses de M. de Vergennes. - -Sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, l'écriture chiffrée devint -de plus en plus l'indispensable auxiliaire de la diplomatie; les -divers cabinets de l'Europe, engagés dans une interminable -complication d'intrigues politiques, s'efforçaient mutuellement de se -dérober leurs secrets. On enlevait les courriers, on corrompait à -force d'or les employés des chancelleries. Afin de résister aux -tentatives d'une curiosité aussi irritée, il fallut inventer des -raffinements cryptographiques de plus en plus mystérieux. - -Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères sous Louis -XVI, faisait usage, dans ses relations avec les agents diplomatiques -de la France, de procédés occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz, -avait, dit-on, été l'inventeur. Ce chiffre était employé dans les -lettres de recommandation ou dans les passeports qu'on donnait aux -étrangers qui se rendaient en France; il servait à fournir, sur eux et -à leur insu, des renseignements dont ils étaient eux-mêmes porteurs -sans le soupçonner le moins du monde. La patrie, l'âge, la religion, -la profession, le caractère, les vertus et les vices, le signalement -du personnage qu'on désignait ainsi au ministre, les motifs de son -voyage, tous ces détails et bien d'autres encore se trouvaient -indiqués sur une simple carte où rien ne sollicitait l'attention des -profanes qui n'étaient point initiés à de pareils mystères. - -Entrons à ce sujet dans quelques particularités: - -La couleur de la carte désignait la patrie de l'étranger. Le blanc -était affecté au Portugal, le rouge à l'Espagne, le jaune à -l'Angleterre, le vert à la Hollande, le blanc et le jaune à Venise, -rouge et vert à la Suisse, rouge et blanc aux États de l'Église, vert -et jaune à la Suède, vert et rouge à la Turquie, vert et blanc à la -Russie, etc. - -L'âge du porteur était exprimé par la forme de la carte. Si elle était -circulaire, c'était l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de -25 à 30, ovale; de 30 à 45, la carte était octogone; de 45 à 50, elle -était hexagone; de 55 à 60, c'était un carré; au-dessus de 60, un -carré long. - -Deux lignes placées au-dessous du nom du porteur de la carte -indiquaient sa taille. S'il était grand et maigre, les lignes étaient -ondoyantes et parallèles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une -de l'autre; une stature moyenne et petite se trouvait signalée par des -lignes droites ou courbes placées à des distances plus ou moins -éloignées. - -L'expression de la physionomie était indiquée au moyen de la figure -d'une fleur placée dans la bordure qui entourait la carte. Une rose -désignait une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un -air pensif et distingué. - -Un ruban était entortillé autour de la bordure, et, selon qu'il -descendait plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommandé était -célibataire, marié ou veuf. - -Des points placés également dans la bordure révélaient la position de -fortune. - -La religion du personnage, qu'on signalait de la sorte, était indiquée -au moyen d'un signe de ponctuation placé après son nom. S'il était -catholique, on mettait un point; luthérien, un point et une virgule; -calviniste, une virgule; juif, un trait d'union. S'il passait pour -athée, on ne mettait aucun signe. - -Des points placés au-dessus, au-dessous ou à côté de quelques mots, de -petits signes mis dans les angles de la carte, dans le genre de -ceux-ci: - -[Gl.], [Gl.], [Gl.], [Gl.], - -et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans conséquence, -indiquaient les qualités, les défauts, l'instruction du porteur de la -carte. En y jetant un coup d'oeil, le ministre apprenait en une -minute, aussi bien qu'il l'eût fait en lisant une page entière de -raisonnements, si l'individu auquel on avait remis pareil billet, -était joueur, vicieux ou duelliste; s'il venait en France pour se -marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer à l'étude; -s'il était médecin, journaliste, homme de lettres; s'il méritait -d'être soumis à une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer -aucun soupçon. Rien ne pouvait faire soupçonner qu'il y eût autant de -secrets dans un simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et -conçu, par exemple en ces termes: - - ALPHONSE D'ANGEHA - recommandé à monsieur - le comte de Vergennes par le marquis - de Puysegur, ambassadeur de France - à la cour de Lisbonne. - -Mais les lignes placées au-dessous du nom du porteur, les signes de -ponctuation, les ornemente très-peu multipliés jetés dans les coins de -la carte, étaient gros de révélations que nul n'aurait soupçonnées. - -Tout ceci est d'ailleurs raconté beaucoup plus longuement que nous ne -devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprimée en -langue allemande vers 1793. Elle a pour titre: «Correspondance de la -police secrète du comte de Vergennes, ministre de l'infortuné roi -Louis XVI.» - - -§ VI. - - La Cryptographie au dix-neuvième siècle. - -Les grands événements dont l'Europe a été le théâtre depuis une -soixantaine d'années, ont fait sentir de plus en plus l'utilité de -l'écriture chiffrée. - -Dans le cours des opérations militaires, les ordres, les dépêches, -sont très-fréquemment interceptés; il peut en résulter les -conséquences les plus graves. L'ennemi apprend de la sorte des choses -qu'il est d'un intérêt immense de lui tenir cachées: si le sens des -lettres dont il s'empare est caché sous un mystère qu'il ne peut -percer, il n'a plus entre les mains qu'un chiffon de papier qui ne lui -est d'aucun secours. - -Quelques lettres de l'empereur Napoléon, écrites dans le cours de ses -campagnes et publiées dans divers ouvrages historiques, montrent que -deux chiffres, le grand et le petit, étaient en usage parmi les -généraux français pour correspondre entre eux et avec l'état-major -général. D'un autre côté, il est certain que beaucoup de dépêches -importantes n'ont jamais été chiffrées. L'_Histoire de la guerre de la -Péninsule_, par le colonel anglais Napier, renferme un grand nombre de -lettres écrites par le roi Joseph, par des maréchaux, par des -ambassadeurs, par le ministre de la guerre à Paris; ces lettres, -remplies de détails importants, furent interceptées par les guérillas -et saisies avec les voitures de la cour lors de la bataille de -Vitoria. Si on avait eu la précaution de les mettre à l'abri sous un -procédé cryptographique habilement choisi, elles n'auraient jamais -figuré à la suite des récits d'un adversaire des armées françaises. - -Nul doute qu'à l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour -leurs communications les plus intimes et les plus secrètes, recours à -l'art du chiffre. Nous ne saurions dire quels sont maintenant les -systèmes qui obtiennent la préférence, mais nous pensons qu'ils ne -s'imitent pas de ceux dont nos pères faisaient usage et qu'il nous -reste à faire connaître. Il est difficile d'imaginer en ce genre -quelque chose de mieux que ce qui a déjà été découvert. - -Nous avons à passer en revue les écrivains qui ont successivement -exposé les mystères de la Cryptographie. - - - - -CHAPITRE II. - -AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE. - - -§ Ier. - - L'abbé Trithème. - -Le premier auteur qui ait traité _ex professo_ et en détail l'art -d'écrire en chiffres fut le célèbre Trithème, mort en 1516, abbé de -Saint-Jacques à Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe, -auteur d'un grand nombre de livres ascétiques, il ne nous appartient -que comme ayant mis au jour deux ouvrages, l'un sur la _Polygraphie_, -l'autre sur la _Stéganographie_ (_Steganographia, hoc est, ars per -occultam scripturam animi sui voluntatem absentibus aperiendi certa_). -La Polygraphie fut publiée pour la première fois à Oppenheim, en 1518, -deux ans après la mort de l'auteur; elle a souvent été réimprimée -durant le siècle qui suivit sa mise au jour. Il en existe une -traduction française par Gabriel de Collange, sous le titre de -_Polygraphie et universelle escriture cabalistique, avec la -clavicule_, etc. (_Paris_, 1541. 4º). Ce mot de _Polygraphie_ ne doit -point s'appliquer, comme d'usage, à des mélanges d'écrits de -différents genres ou sur divers sujets: Trithème veut seulement -enseigner à écrire un même mot, de plusieurs manières. Il donne des -alphabets nouveaux, composés, soit de lettres étrangères les unes aux -autres, soit de caractères de convention. Quant à la _Stéganographie_, -les expressions bizarres qui y abondent firent prendre ce traité pour -un livre de magie, et telles furent les clameurs de quelques individus -faciles à épouvanter, que le comte palatin Frédéric II, surnommé -pourtant le Sage, livra aux flammes le manuscrit autographe qui se -conservait dans sa bibliothèque. - -Il est impossible de ne pas convenir que, surchargés de détails -inutiles, accablés d'une foule de réflexions mystiques, de -considérations allégoriques, et se traînant sous le poids d'une -immense érudition cabalistique qui étale hors de tout propos les -rêveries creuses et les imaginations folles des vieux rabbins[1], les -ouvrages de Trithème sont des lectures les plus indigestes et les -plus pénibles auxquelles on puisse se condamner. Il faut du courage et -de l'attention, pour démêler au milieu de toutes ces digressions et de -toutes ces rêveries les procédés de Cryptographie qu'indique l'abbé de -Saint-Jacques. - -[Note 1: Parmi les nombreux écrits qui montrent à quel point Trithème -était infatué de pareilles idées, il faut citer sa _Chronologia -mystica de septem secundeis sive intelligentiis orbes post Deum -moventibus_. Une ancienne doctrine platonique ou cabalistique plaçait -dans chaque sphère céleste une intelligence chargée de la gouverner. -Trithème s'efforce de rattacher, à ce système, des notions historiques -et d'en établir la réalité. Un pareil livre n'eut pas moins de six ou -sept éditions. Il n'est pas surprenant que ces rapsodies -inintelligibles aient trouvé de nombreux lecteurs, et il est -extrêmement probable que le docte abbé ne se comprenait pas toujours -lui-même, lorsqu'il développait ses étranges imaginations.] - -Essayons de donner une analyse succincte des quatre livres dont se -compose la _Stéganographie_. - -Le premier livre comprend trois cent soixante-seize répétitions de -l'alphabet formé de vingt-quatre lettres; à chaque lettre correspond -un mot de la langue; le tout forme un total de neuf mille vingt-quatre -mots. Afin de faire bien comprendre ce système, il convient de -transcrire quelques-uns de ces alphabets; nous reproduirons le -premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23e, -216e et 319e). - - a Jésus, l'amour. - b le Dieu, la dilection. - c le Sauveur, la charité. - d le modérateur, la révérence. - e le pasteur, l'obéissance. - f l'auteur, le service. - g le rédempteur, le zèle. - h le prince, la mémoire. - i le fabricateur, le souvenir. - k le conservateur, la souvenance. - l le gouverneur, la faveur. - m l'empereur, l'affection. - n le roi, la loi. - o le recteur, la foi. - p le juge, l'espérance. - q l'illustrateur, le commandement. - r l'illuminateur, la recordation. - s le consolateur, la parole. - t le Seigneur, la connaissance. - u le dominateur, le saint. - x le créateur, l'amitié. - y le psalmateur, la promesse. - z le souverain, l'ordonnance. - & le protecteur, la bienveillance. - - a fragiles, Europe. - b misérables, Candie. - c ingrats, Hongrie. - d ignorants, Panonie. - e iniques, Pologne. - f injustes, Germanie. - g malheureux, Saxe. - h malicieux, Helvétie. - i obstinés, Suède. - k perdus, Italie. - l pécheurs, Romanie. - m criminels, Lombardie. - n volontaires, Espagne. - o vains, Andalousie. - p mauvais, Castille. - q détestables, Gaule. - r abominables, Bretagne. - s damnables, Normandie. - t immondes, Aquitaine. - u indigents, Guyenne. - x pauvres, Gascogne. - y pusillanimes, Auvergne. - z pervers, Bourgogne. - & abjects, France. - -Vous pouvez, au moyen de ces alphabets, exprimer votre pensée d'une -façon inintelligible pour les non initiés, et voici comment: Écrivez -d'abord sur un morceau de papier, que vous détruirez ensuite, ce que -vous voulez faire savoir, et traduisez, en posant pour la première -lettre le mot qui lui correspond dans le _premier alphabet_; pour la -seconde lettre, cherchez dans le second alphabet le mot à côté duquel -elle est placée; ainsi de suite. On a de la sorte une suite de mots -qui ne présente qu'une série de non-sens, mais, si notre correspondant -est muni (comme il doit l'être) de la copie exacte des alphabets dont -vous avez fait usage, il n'aura nulle peine à découvrir le sens qui se -cache sous cette enfilade de mots, étonnés de s'y trouver placés dans -une série bizarre. - -Trithème rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le -reproduire exactement: Un méchant vous demande une lettre -d'introduction auprès d'un de vos amis avec lequel il veut se lier. -Vous avez des motifs pour ne pas repousser cette prière; d'un autre -côté, vous voulez transmettre des renseignements exacts sur votre -recommandé. Vous le chargez alors de remettre à celui qu'il va -trouver, un écrit qui présente les phrases suivantes: - -«Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sûreté -immortelle avec ses sanctifiés en béatitude Amen. La charité -incompréhensible évangéliquement dénoncée aux hommes, reluctante -d'exhortation, réduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant -de vilipender la recordation du Rédempteur des cieux et aussi la -compagnie de la volupté ineffable que poursuivre. Parquoy, ô immondes, -soutenez pureté et serez recueillis aux règnes des déifiés et là -perpétuellement prédestinés. Abolissez donc les dissimulations de -cette charnalité, puisqu'estes heureusement compris aux exaltations du -modérateur tout voyant.» - -Cherchez à quelle lettre du premier alphabet correspond le premier -mot de cette oraison _polygraphique_, et vous trouvez la lettre _n_ à -côté du mot _le roi_. Passant au second alphabet, vous verrez que le -mot _universel_ signifie _e_. Au troisième alphabet, vous remarquerez -la lettre _v_ à côté du mot _exornant_. Au quatrième alphabet vous -noterez la lettre _o_ comme étant en regard de _les corps_: et le -cinquième montrera un _v_ dans la même ligne que le mot _manifeste_. -En continuant de la sorte, vous trouverez que la phrase ci-dessus se -traduit exactement par: - -«Ne vous servez de ce porteur, car il est menteur et larron.» - -Trithème explique qu'avec ce système on peut s'exprimer -très-facilement dans quelque langue que ce soit, il en fournit des -exemples pour l'italien et le latin; la phrase suivante: - -«Imaginez, terriens immondes, très-vite se ruinent terriennes, -ardemment fraudes avez; glace faillirez, présumerez, malheureux, etc.» - -Signifie tout simplement: _Te moneo, amice, ne in hoc negocio -immisceas_. - -L'auteur fait remarquer: - -Qu'il ne faut jamais «qu'en aucun ordre et rang alphabétique une -diction soit doublée, répétée, réitérée, ni mise en écrit par deux -fois.» - -Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oubliées ni d'omises. - -On ne doit prendre qu'un seul mot dans chaque alphabet, et il est -essentiel de ne pas laisser passer un seul alphabet sans y prendre une -expression. - -Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent être écrits -tout au long, sans abréviation, distinctement et dûment séparés. - -Il va sans dire que l'individu avec lequel vous correspondez de la -sorte doit posséder un recueil d'alphabets exactement et de tout point -semblable à celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en ce -genre un livre analogue à celui de Trithème, et il est bon que les -rois et princes en possèdent un certain nombre, afin de s'entendre -avec leurs ambassadeurs et leurs généraux, d'une manière qui ne soit -pas uniforme. - -On peut aussi convenir qu'on changera ou transportera l'ordre des mots -contenus dans chaque alphabet, et ces transpositions, qu'il y a moyen -de varier à l'infini, augmentent beaucoup la difficulté qu'offre le -déchiffrement d'une lettre écrite selon la méthode polygraphique. - -Il serait possible qu'on trouvât des inconvénients à recourir, soit à -la langue française, soit à tout autre idiome, pour la formation des -alphabets. Trithème a prévu cette difficulté; il s'est efforcé de la -résoudre, en composant des alphabets qui offrent des mots qui, -n'appartenant à aucun dialecte, peuvent servir de langue universelle. -C'est dans un jargon cabalistique ayant avec l'hébreu un certain air -de famille, qu'il est allé puiser ses matériaux. Un exemple devient -nécessaire. - -_Cabalit mossu abru massu basin sophus strabil caffulun_, etc. - -Un travail analogue à celui que nous avons déjà indiqué fera connaître -que «ces mots pérégrins,» ce langage barbare et étrange signifie: - -«Ne venez en cour, car le roi est fort offensé contre vous.» - -Le troisième livre de la _Polygraphie_ est consacré à des séries -d'alphabets de mots cabalistiques, mais il y a ici un raffinement: la -seconde lettre de chaque mot doit être extraite et écrite à la suite -l'une de l'autre; ces lettres réunies donnent le sens qu'on veut -couvrir d'un voile. - -_Anna mesar dvain rosas dumera asion afang lisamar neparo uzafun amar -achiet benadas epalam ronis orrifer olrimech mesarym lucyphus arosan_. - -Un travail dans le genre de celui dont nous avons donné l'idée, -montrera que ceci veut dire: - -«Ne vous fiez à ce porteur.» - -Il va sans dire qu'on peut convenir que la lettre significative sera -la troisième, la quatrième, n'importe enfin laquelle de chaque mot. -L'abbé de Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procédé n'est pas -trop sûr et secret, «car tout homme d'esprit et de savoir, par cas -fortuits, tant par sa curiosité que par son labeur et industrie, -pourroit trouver le secret et occulte mystère caché sous cette -écriture.» - -Le quatrième livre expose la méthode bien connue de la transposition -des lettres alphabétiques; «on peut faire et composer autant -d'alphabets différents et dissemblables, qu'il y a d'étoiles au -ciel.» - -Les vingt-quatre lettres répétées de manière à former un carré de la -façon suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse): - - ABCDEFG YZ - Bcdefgh 6A - Cdefghi B - De C - Ef G - Fg : - Gh : - : : - : : - : : - Y : - ZABCD XY - -peuvent former un grand nombre d'alphabets; on peut choisir celui -qu'on veut, et, une fois qu'on s'est mis d'accord, en faire usage pour -la correspondance secrète. - -Trithème passe ensuite à un alphabet numéral, «qui ne sera trouvé -moins sur et secret qu'il est nouveau et moderne.» - - a a 1 g f 7 n ic 13 t ih 19 - b b 2 h g 8 o id 14 u k 20 - c c 3 i h 9 p ie 15 x ka 21 - d d 4 k i 10 q if 16 y kb 22 - c e 5 l ia 11 r if 17 z kc 23 - f f 6 m ib 12 t ig 18 & kd 24 - -Avec ce système, les mots _traître_ et _méchant_ s'énoncent sous la -forme suivante: ih. if. a. h. ig. ih. if. e. kd. ib. e. ig. c. ic. a. -i. ih. - -Cette façon de cacher sa pensée est fort difficile à pénétrer; car, -suivant la remarque de l'auteur, «tous ceux qui verront l'écriture -faicte en ceste sorte et par cest alphabet, penseront et croyront que -ce sera transposition de lettres et travailleront pour néant à la -supputation et recherche d'icelles.» - -Il va sans dire que Trithème n'oublie pas un alphabet formé des -lettres ordinaires distribuées «par ordre confus, irrégulier et sans -ordre ni règle.» Il est aisé d'en composer une foule de ce genre. En -voici un exemple: - - a _o_ g _t_ n _c_ t _e_ - b _p_ h _b_ o _x_ u _k_ - c _q_ i _x_ p _h_ x _n_ - d _r_ k _&_ q _y_ y _m_ - e _i_ l _x_ r _d_ z _l_ - f _s_ m _z_ s _g_ & _f_ - -La lettre placée dans la seconde colonne doit surtout être substituée -à celle qui se trouve dans la première et qui entre dans l'avis à -chiffrer; vous écrirez: - -_Ildicg todri iki xiusizm ci....._ - -Si vous voulez dire: - -«Prends garde que l'ennemy ne...» - -C'est d'un procédé de ce genre qu'usait César pour correspondre avec -Cicéron et autres personnages de l'époque, selon le témoignage de -Suétone, procédé que l'abbé Trithème expose en ces termes: - -«Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la -quatrième lettre de l'alphabet, qui est D, pour la première lettre, -qui est A; E, pour B; F, pour C, et ainsi conséquemment transposer et -changer lesdites lettres alphabétiques.» - - -§ II. - - J. B. Porta. - -La diplomatie italienne avait, au seizième siècle, grand besoin -d'invoquer les ressources de la Cryptographie, afin de couvrir d'un -voile impénétrable des secrets souvent terribles et les plus sinistres -combinaisons. Le Conseil des Dix devait tenir à ce que ces dépêches -fussent constamment lettre close, dans toute la rigueur du mot; les -Borgia, les Visconti, les Farnèse, avaient fréquemment à transmettre -des communications qu'il fallait soustraire à tous les yeux. L'art de -l'écriture chiffrée devint une étude des plus importantes à Milan, à -Florence, à Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et -l'active curiosité s'exerçaient sur toutes sortes de sujets[2], J. B. -Porta, réunit et discuta, en s'efforçant de les perfectionner, les -diverses méthodes cryptographiques connues alors au delà des Alpes. -L'esprit net et pratique de cet écrivain le préserva complétement des -aberrations tout à fait étrangères à pareil sujet, auxquelles Trithème -s'était abandonné; il s'efforça d'être utile, mais il pécha par excès -d'imagination. À force de vouloir multiplier les procédés d'écriture -secrète, il prit la peine d'en montrer et d'en décrire un grand nombre -qui seraient d'un usage très-incommode et dont il est bien certain que -jamais personne n'a eu l'idée de faire usage. - -[Note 2: L'agriculture, l'optique, la mécanique, la mnémonique, la -météorologie, la physique, furent tour à tour l'objet des méditations -de Porta. Il fut du nombre de ces hommes hardis, conquérants, qui ne -peuvent échapper à l'influence des préjugés de leur époque, mais qui -découvrent ou pressentent de hautes vérités. - -Son traité _de la Physiognomonie humaine_, 1586, a fourni beaucoup -d'idées à Lavater. Son livre _de la Magie humaine_, très-souvent -réimprimé au seizième siècle, renferme, parmi beaucoup de faits -puérils compilés avec peu de jugement, une foule d'observations -importantes sur les miroirs, la lumière, la statique, etc. Les divers -ouvrages de cet écrivain remarquable sont analysés avec étendue dans -la _Notice historique_ de H. G. Duchesne, _sur la vie et les travaux -de Porta_ Paris, 1801, 8º, 383 pages.] - -L'ouvrage dans lequel Porta a développé ses idées, est intitulé: - -_De furtivis litterarum notis, vulgo de ziferis._ On en compte des -éditions assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563, -4º, et 1602, fº; de Montbelliard, 1592, 8º; de Strasbourg, 1606, 8º, -etc. Cet écrit est divisé en trois livres. - -Le premier, après avoir consacré quelques pages aux hiéroglyphes et à -la sténographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les -diverses manières de se faire comprendre en dérobant toutefois sa -pensée au vulgaire; le langage allégorique, métaphorique ou -énigmatique, les mots amphibologiques ou entrelacés, coupés ou -renversés, les syllabes insignifiantes ajoutées dans le discours, sont -utiles en pareille circonstance. - -On peut aussi communiquer à distance, sans se parler, et par le simple -son, qui, répété, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque -lettre des mots qu'on veut porter à une oreille amie; deux corps -frappés l'un contre l'autre, des coups donnés sur une muraille d'après -une manière convenue, servent également d'interprète. - -Les signes muets, tels que les gestes, l'emploi des emblèmes, celui -des signaux au moyen des flambeaux, occupent tour à tour Porta. - -Le douzième et dernier chapitre de son premier livre roule sur une -manière ancienne de désigner les nombres par les doigts, d'après -Bède. On n'ignorait point, dans l'antiquité le moyen de converser -secrètement au moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts -pareil au rang numérique que les lettres qu'on veut désigner tient -dans l'alphabet, soit en indiquant du doigt celles des parties du -corps dont la première lettre indique la lettre qu'il s'agit -d'exprimer. - -Notre auteur arrive à la bandelette ou scytale lacédémonienne, et il -juge avec raison que ce procédé était facile à découvrir; il signale -un moyen très-peu usité, l'emploi du fil, qui, après avoir reçu -l'écriture, peut être roulé en peloton ou être employé à coudre les -bords d'un vêtement. Il observe qu'on peut écrire sur la tranche d'un -livre obliquement inclinée ou sur un jeu de cartes disposé en biseau -ou sur les plumes des ailes déployées d'un pigeon ou d'un autre oiseau -à plumage blanc. - -Il aborde enfin plus nettement la Cryptographie proprement dite. Ce -qu'il ne dit point, peut s'analyser facilement. - -Les diverses manières de désigner l'écriture peuvent se réduire à -trois: la transposition des lettres, qui comprend le renversement des -mots, le changement des figures des lettres, et le changement de -valeur des lettres. - -La transposition des lettres dans un avis que l'on veut donner, peut -s'effectuer d'une foule de façons différentes; la première de toutes -est aussi la plus simple: elle consiste à écrire sur deux lignes, en -mettant alternativement la 1re lettre sur la 1re ligne; la 2e lettre -sur la 2e ligne; la 3e sur la 1re, et la 4e sur la 2e et ainsi de -suite. La difficulté augmente si l'on écrit sur quatre lignes: la 1re -lettre sur la 1re ligne; la 2e sur la 4e; la 3e au bout de la 1re, la -1re au bout de la 4e; la 5e sur la 2e ligne; la 6e sur la 3e; la 7e -au bout de la 2e; la 8e au bout de la 3e, en suivant ainsi le même -ordre pour le reste. - -Veut-on écrire d'une manière encore plus compliquée? On transporte toutes -les lettres de l'avis qu'on veut donner, sur des cadres de diverses -formes, soit carrés, soit triangulaires, soit parallélépipèdes, soit -sinueux, soit en losange, soit en quinconce, soit en demi-cercle, tous -divisés par des rayons qui forment autant de lignes perpendiculaires sur -des lignes droites ou courbes; et, quand l'avis a été écrit de manière à -imiter symétriquement la figure géométrique convenue, on produit la -transposition des lettres en prenant les rayons de lettres, de bas en -haut et de haut en bas, de droite à gauche ou de gauche à droite, de -manière que ces lettres, ainsi rassemblées, ne présentent aucun sens. - -Vous convient-il d'avoir recours à une autre manière de transposer les -lettres, plus indéchiffrable encore? Transcrivez à part ce que vous -voulez mander secrètement; puis écrivez en interligne, les lettres -au-dessous des lettres, une devise quelconque convenue; celle-ci, par -exemple: _L'amour est un malin enfant_, devise, qu'il faut recommencer -une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que les interlignes soient -entièrement remplis. Ensuite on a recopié sa missive secrète, et, au -lieu de transcrire par interligne la devise convenue, on met -au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui désigne le -rang que chaque lettre de cette devise tient dans l'alphabet. Ainsi, -au-dessous de la première lettre de la missive, au lieu d'un _l_ on -écrit 10; sous la seconde, au lieu d'un _a_, on écrit 1; sous la 3e, -au lieu d'un _m_, on pose 11. Ces deux opérations faites, on prépare -de la manière suivante la missive qui doit être adressée: chaque ligne -est tracée par des points, entre lesquels est un intervalle suffisant -pour y poser les lettres dans le rang que les chiffres de la devise -indiqueront. On part toujours de la dernière lettre posée, pour -compter le nombre des points à passer, avant d'arriver à l'intervalle -où doit être posée la lettre suivante de la missive; et, quand on est -parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence à compter -par les premiers points, jusqu'à ce qu'enfin toutes les lettres de la -missive soient placées dans leur rang, de sorte que la devise sert, -comme l'on voit, de clef pour connaître de quelle manière on doit -trouver, dans cette suite de lettres transposées, celles qui forment -un sens pour les remettre à leur place. - -Porta s'occupe ensuite de la façon de découvrir et d'interpréter les -lettres transposées; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les 1re, -3e, 5e, 7e, 9e lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu'à ce qu'on -trouve an mot qui forme un sens; lorsqu'on en aura trouvé un, il -deviendra plus facile d'en trouver un autre, en observant l'ordre que -tient chaque lettre du mot trouvé. On comprend qu'à cet égard il n'est -pas possible de donner aucune règle précise; la variété arbitraire des -combinaisons s'oppose à toute règle. - -Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractères -de l'alphabet, de manière que les lettres ne ressemblent à aucune de -celles connues. Pour rendre l'écriture plus indéchiffrable, on peut, -entre ces caractères, en insérer d'autres qui n'ont aucune -signification: on les place, soit au commencement, soit au milieu, -soit à la fin des mots, pour mieux tromper les curieux. Il est -certaines lettres qui peuvent être remplacées par d'autres, _q_ par -_cuu_; _x_ par _cs_; _z_ par _ss_; _y_ par _i_. On peut encore éviter -les mots où se trouvent les lettres _h_, _b_, _d_, _p_, _g_, _f_, _u_. -Il est à propos de ne pas se conformer strictement à l'orthographe. -On peut aussi changer une lettre dans un mot, un _o_ pour un _i_, un -_e_ pour _c_; un _r_ pour un _l_; _par_ pour _pré_. Les monosyllabes, -les voyelles seules, doivent être évitées avec soin; elles présentent -moins de difficultés à un déchiffreur exercé, et elles peuvent le -mettre sur la voie. On peut aussi écrire par abréviation. - -Après avoir exposé toutes ces règles, Porta envisage son sujet sous un -autre point de vue: le déchiffrement des dépêches dont on veut -pénétrer le sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de -caractères différents employés dans la missive, lesquels ne peuvent -excéder 21 ou 22; s'il s'en trouve davantage, le déchiffrement est -plus difficile, puisqu'il y aurait alors des caractères superflus ou -inutiles. Lorsque les caractères différents sont au-dessous du nombre -21 ou 22, il faut savoir quelles sont les lettres qui manquent, tâche -délicate à laquelle on ne peut procéder que par conjectures. - -Porta s'occupe des moyens de distinguer des voyelles les consonnes. -D'abord, toute les fois qu'on rencontre dans le cours de la missive -cinq caractères différents et fréquemment répétés, on peut être assuré -que ce sont des voyelles. En second lieu, on peut observer quelles -sont les lettres qui sont répétées le moins fréquemment, ce sont les -consonnes _q_, _x_, _y_ et quelquefois l'_h_; en troisième lieu, les -lettres isolées qui ne tiennent à aucun mot sont assurément des -voyelles. En quatrième lieu, lorsque les mêmes formes de caractères -commencent ou achèvent un mot, on doit présumer qu'il y a des -voyelles, car il n'arrive jamais qu'un mot commence ou finisse par -deux consonnes (n'oublions pas que Porta écrit en latin, et que c'est -à cette langue que s'appliquent tous ses raisonnements). -Cinquièmement, il faut faire attention que, lorsqu'au milieu d'un mot -il se trouve deux consonnes, la lettre qui précède et celle qui suit -sont certainement des voyelles. Cependant les lettres _h_, _l_ et _r_ -font quelquefois exception à cette règle, puisqu'on les trouve placées -en troisième consonne dans le mot. Il faut savoir aussi que deux -voyelles peuvent être à côté l'une de l'autre, et que, par conséquent, -les lettres placées avant et après sont des consonnes. - -Notre auteur dirige ensuite sa perception sur les moyens qu'on peut -employer pour découvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut -s'en trouver quatre de suite dans un même mot, comme _phthisie, -diphthongue_: alors l'_h_ aspirée se trouve placée la seconde et la -quatrième; lorsqu'il y a trois consonnes de suite, comme dans -_phrase_, _thrône_, la lettre _h_ est la seconde; et il n'y a que -trois consonnes qui admettent l'_h_, savoir _c_, _p_, _t_. Il y a -quatre consonnes qu'on appelle liquides ou mouillées, savoir _l_, -_m_, _n_, _r_. La consonne _b_ admet les lettres _l_ et _r_; exemple: -_blanc_, _bras_. La consonne _c_ les admet pareillement; par exemple: -_clair_, _scribe_. L'_r_ n'admet que l'_h_. Il est rare de trouver -ensemble l'_m_ et l'_n_, comme dans _Mnemosyne_; le _g_ et l'_n_ comme -dans _ignare_. - -Porta développe ainsi de longues et minutieuses observations sur le -retour plus ou moins fréquent des voyelles, sur leur combinaison avec -les consonnes, mais ces détails se rattachent à la langue latine et ne -sont pas susceptibles d'une application exacte à d'autres idiomes. - -Dans le quatrième livre de son traité, Porta étudie la mutation de la -valeur des lettres, de façon qu'un même caractère puisse représenter -tantôt un _a_, tantôt un _p_, tantôt un _m_. - -Il faut d'abord se faire des caractères inconnus qui représentent -vingt lettres de l'alphabet (le _k_, l'_x_, le _j_ et le _v_ étant -exclus); on a un triple cadran, dont celui du centre est mobile; tous -trois divisés en 20, 24 ou 28 parties égales, de manière que les -espaces de chacun se correspondent très-exactement. Le grand cadran -contiendra la suite des nombres depuis 1 jusqu'à 20, 24 ou 28. Le -second cadran moyen contiendra la série des vingt lettres de -l'alphabet et quatre ou huit cases en blanc, et le petit cadran -concentrique mobile portera les vingt signes en caractères -représentatifs des lettres de l'alphabet, immédiatement placés -au-dessus d'elles. Il faut d'abord écrire en écriture courante l'avis -secret qu'on veut envoyer; puis, cet écrit est mis en caractères -représentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour rendre cette -écriture très-difficile à découvrir, on fait, à chaque lettre, avancer -d'un cran le cadran mobile, de sorte que le caractère qui représentait -un _d_ représente un _e_; pour la lettre suivante, ce même caractère -représente un _f_; et ainsi des autres. De cette manière, le même -caractère ayant diverses représentations, il est aisé de sentir tout -ce qu'un pareil moyen jette d'obscurité dans une correspondance -secrète; mais il faut que les correspondants aient chacun un -instrument pareil et concertent d'avance entre eux la manière de -s'entendre. - -On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description -détaillée des combinaisons dont ce procédé est susceptible; on le -trouve, dans l'ouvrage de Porta, accompagné d'exemples et de figures -compliquées. Pour suppléer aux cadrans ci-dessus, il donne une table -de permutation très-propre à changer à volonté les signes -représentatifs. - -Les alphabets, fabriqués à plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de -lumière aux investigations des curieux, tiennent une grande place -dans le traité du savant napolitain. - -Voici un des modèles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il -regarde comme indéchiffrables. On partage les lettres en trois groupes -de trois lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante: - - +-------+-------+-------+ - | a l u | b m x | c n z | - +-------+-------+-------+ - | d o | e p | f q | - +-------+-------+-------+ - | g r | h s | i t | - +-------+-------+-------+ - -Pour répondre à ces neuf groupes, on forme neuf caractères de la forme -que voici: - - [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] - -et on ajoute à chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer -la place qu'occupe dans le tableau la lettre de l'alphabet qu'on veut -représenter; ainsi l'_n_ sera représenté par [Forme et point], le _g_ -par [Forme et point], l'_u_ par [Forme et point] et le mot _Rome_ -s'écrira: [Forme et point] [Forme et point] [Forme et point] [Forme et -point] - -On donnera aux neuf caractères telle forme qu'on voudra, et il est de -fait que des signes pareils offriront, à quiconque n'en possède pas la -clef, une énigme absolument indéchiffrable. - -Parmi les divers procédés sur lesquels il s'étend avec une -complaisante prolixité, Porta n'oublie pas la méthode dont Trithème -avait déjà formulé le principe; il propose un alphabet où chaque -lettre est accompagnée d'un mot. - - a Deus. - b creator. - c salvator. - d servator. - e judex. - f Domine. - g redemptor. - h liberator. - i sapiens. - k bone. - l benigne. - m æterne. - n juste. - o clemens. - p sancte. - q caste. - r adjuva. - s tuere. - t libera. - u conserva. - w sustenta. - x protege. - y defende. - z ignosce. - -Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'écrire le mot qui correspond à -cette même lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour exprimer le -nom de _Roma_, on mettra: _Adjuva clemens æterne Deus_; et la -traduction du mot _hostis_ (l'ennemi) sera _liberator clemens tuere, -libera sapiens tuere_. - -On comprend, d'ailleurs, que ce procédé n'offrirait pas de bien -grandes difficultés à un déchiffreur un peu sagace et au fait des -ressources de son art. - - -§ III. - - Blaise de Vigenère. - -Profitant des recherches de Trithème et de Porta, un écrivain français -du seizième siècle, plus fécond que judicieux, Blaise de Vigenère[3], -mit au jour un gros volume in-4º, lequel ne renferme pas moins de 600 -pages consacrées à la Cryptographie. L'auteur n'a point su se -préserver de l'écueil contre lequel ses prédécesseurs étaient venus -échouer. Au lieu de poser clairement et nettement des règles précises, -au lieu d'indiquer des procédés faciles à comprendre, il se plonge -dans l'océan des rêveries cabalistiques. Il reproduit, en général, les -inventions cryptographiques de Porta. - -[Note 3: Mort en 1596; il remplit d'importantes fonctions -diplomatiques, et il traduisit un grand nombre d'auteurs grecs et -latins; ses traductions sont aujourd'hui vouées à l'oubli le plus -profond, de même que son _Traité des Comètes_ et son _Traité du feu et -du sel_, quoique ce dernier écrit (c'est un livre d'alchimie) ait -obtenu trois ou quatre éditions en France, et qu'il ait même rencontré -des traducteurs qui l'ont fait passer en latin et en anglais.] - -Parmi les diverses méthodes qu'indique Vigenère, nous allons essayer -de faire comprendre la suivante: - -Dressez un tableau composé de huit colonnes et disposé de la manière -qui suit: - - +---+----+----+----+----+----+----+----+ - | | AA | BB | CC | AB | AC | BC | CB | - +---+----+----+----+----+----+----+----+ - | A | a | d | g | l | o | r | u | - | B | b | e | h | m | p | s | x | - | C | c | f | i | n | q | t | z | - +---+----+----+----+----+----+----+----+ - -On cherche, parmi les petites lettres, celle que l'on veut écrire, et, -à sa place, on pose les deux capitales qui sont dans la case -supérieure correspondante à cette lettre; on y joint la capitale de la -ligne horizontale placée à gauche, et on transcrit ces capitales ou -petites lettres; ainsi, pour écrire _le roi_, on voit que la lettre -_l_ correspond par en haut à AB, et à gauche à la lettre A: on pose -_aba_; l'_e_ sera _bbb_; le mot _roi_ s'exprimera par: _bca_, _aca_, -_ccc_. - -Vigenère n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires -d'un même livre: on convient de recourir à une page, la première -venue; on se met d'accord sur une ou deux lignes de cette page, et on -indique les diverses lettres de l'alphabet par des chiffres -correspondant à l'ordre dans lequel ces lettres se présentent. En -prenant pour exemple la troisième ligne du feuillet 3 de l'ouvrage de -Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante: - - «Partie de son âme dont elle constitue la différence.» - -et on dressera le tableau suivant: - - p a r t i e d s o n m l .... - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 .... - -On aura soin de négliger les lettres répétées et de continuer ce -travail sur la ligne suivante si toutes les lettres de l'alphabet ne -se trouvent pas dans la ligne choisie. - -De cette manière, ces deux mots, _le pape_, seraient représentés par -les chiffres suivants: - - 12.6. 1.2.1.6. - -Le _roi_ s'exprimerait en écrivant: - - 12. 6. 3. 9. 5. - -Vigenère remarque que ce chiffre est inexpugnable, sans la -communication du secret, car que serait-il possible de conjecturer -là-dessus? - -Les vingt-quatre caractères de l'alphabet usuel lui paraissant trop -simples et trop susceptibles d'être devinés, Vigenère invente des -chiffres de 72, de 64, de 48 caractères; chaque lettre est représentée -par deux, trois ou quatre signes imaginés à plaisir et qu'on peut -varier à l'infini. - -Une autre combinaison consiste à indiquer chaque lettre de l'alphabet, -sur un chiffre; mais, afin de dérouter les curieux, on entremêle les -lettres, car les écrire à rebours de la façon suivante: - - Z Y X ... B A - 1 2 3 ... 23 24, - -serait trop naïf. On peut les diviser en deux séries, dont voici un -modèle: - - H I L M A B C D E, - -ou bien les placer de cette manière: - - L A M B N C - 1 2 3 4 5 6, - -ou bien, enfin (car ces arrangements sont susceptibles de -modifications presque infinies), assigner à chaque lettre un chiffre -de convention. - - a 15 - b 9 - c 11 - d 20 - e 3 - f 18 - g 24 - h 19 - i 16 - k 7 - l 9 - m 13 - n 1 - o 23 - p 5 - q 12 - r 8 - s 22 - t 4 - u 10 - v 2 - x 14 - y 17 - z 6 - -De cette manière, _Lyon est pris_, s'exprimerait par: 917 231, 3224, -581622. - -Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribué -arbitrairement à chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilité -presque absolue de deviner le sens de ces nombres mystérieux. - -Vigenère n'oublie point «un bel artifice de se réserver un second sens -caché parmy le premier, si l'on estoit surpris et contraint d'exhiber -son chiffre;» mais les explications qu'il donne à cet égard sont -confuses et d'une longueur telles, que, si nous avions la patience de -les transcrire, peu de personnes sans doute auraient celle de les -lire. - -Le défaut de la plupart des procédés qu'indique le _Traité des -chiffres_, c'est une extrême complication: l'auteur fait un usage -immodéré de lettres de diverses couleurs, et il expose, d'une façon -souvent très-peu claire, des systèmes de chiffres tellement -mystérieux, que celui qui voudrait en faire usage se trouverait -peut-être lui-même dans un embarras inextricable pour déchiffrer ce -qu'il aurait écrit. - -Vigenère fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la -plupart des professions: - -«Les hommes de tout temps ont esté curieux de se tracer chacun pour -soy quelques notes secrètes pour se receler de la cognoissance des -autres, comme les marchands en leurs marques et papiers de compte; les -médecins, en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs -paragraphes.» - -Il expose avec complaisance un moyen de transmettre un avis, sans -avoir recours à l'écriture, mais en employant des grains de diverses -matières, accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets. - - grains d'or, d'argent, d'ébène, d'ivoire. - d'or A B C D - d'argent E H I L - d'ébène M N O P - d'ivoire R S T V - -De sorte que le mot _deus_, par exemple, aurait pour expression, en -suivant les lignes horizontales: deux grains d'or et d'ivoire, deux -d'argent et d'or, deux grains d'ivoire, deux d'ivoire et d'argent. - -Après avoir expliqué ce procédé, Vigenère consigne, en son livre, la -réflexion que voici: - -«Au rang des chiffres ou occulte écriture, on peut bien reléguer aussi -les minutes des greffiers, notaires, sergens et semblables manières de -gens de pratique, et encore l'écriture de beaucoup de personnes, qu'à -peine autres qu'eux sçauroient lire, quoiqu'elle ne soit que des -lettres ordinaires, mais difformées de telle sorte, qu'on n'y sçauroit -presque rien discerner. Or, laissant à part ces vicieux chaffourements -qui procèdent d'insuffisance, il y en a d'autres qui consistent en -perspective, car, en y regardant de front, on n'y sçauroit rien -discerner de lisible, mais l'accommodant obliquement en l'assiette qui -luy est propre, ce qui estoit imperceptible apparoist. Il y en a -d'autres qui dépendent de la seule acuité de la vue, la lettre estant -si déliée que l'oeil à peine la peut comprendre: telle que s'est vue -de nostre temps celle d'un gentilhomme siennois, appelé _Spanocchio_, -qui écrivoit sur un velin, sans aucune abréviation, tout l'_In -principio_ de Saint-Jean, en autant ou moins d'espace que ne contient -le petit ongle, d'une lettre si exquise et si bien formée, qu'il ne -seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'après Cicéron, allègue -que toute l'_Iliade_ d'Homère, qui contient de quatorze à quinze mille -vers, avoit esté escrite de si menue lettre en velin, qu'elle pouvoit -toute entrer en une coquille de noix.» - -Le célèbre chancelier Bacon a, dans son traité _De dignitate et -augmentis scientiarum_ (livre VI, ch. 1), fait connaître un chiffre, -dont il est l'inventeur, et qui est basé sur les permutations de deux -lettres seules, _a_ et _b_, combinées par groupes de cinq. Ces deux -lettres sont susceptibles de 32 combinaisons de ce genre; il y en a -donc plus qu'il n'en faut pour exprimer l'alphabet tout entier, et -cet _alphabetum liluterarium_ (c'est ainsi que le nomme Bacon) pourra -s'écrire de la façon suivante: - - a aaaaa - b aaaab - c aaaba - d aaabb - e aabaa - f aabab - g aabba - h aabbb - i abaaa - k abaab - l ababa - m ababb - n abbaa - o abbab - p abbba - q abbbb - r baaaa - s baaab - t baaba - u baabb - w babaa - x babab - y babba - z babbb - -On comprend, du reste, qu'au lieu des lettres _a_ et _b_ on peut -prendre toute autre dont on aura envie, ou bien les remplacer par -quelque signe algébrique, ou par une marque quelconque a laquelle on -voudra s'attacher. L'inconvénient de cet alphabet, c'est que tout mot -ordinaire se trouve représenté par cinq fois plus de lettres. _Paris_, -par exemple, se traduira par _abbba aaaaa baaaa abaaa baaab_. -Lorsqu'on voudra écrire _Espagne_, il faudra prendre la peine de -tracer _aabaa baaab abbba aaaaa aabba abbaa aabaa_. Une phrase un peu -longue se trouvera ainsi exiger beaucoup de temps et une attention -fort soutenue, pour être écrite sans que quelque erreur ne vienne s'y -glisser. - -Bacon a prévu que le mystère de son alphabet ne serait pas -très-difficile à découvrir, et il a dû chercher quelques moyens, afin -de mettre sa pensée à l'abri des curieux: il a donc imaginé ce qu'il -appelle l'_alphabetum biforme_. Après avoir déchiffré la dépêche -écrite d'après la méthode que nous venons d'exposer, on n'arrive point -encore au véritable sens: il est enveloppé dans les lettres qui sont -mises en majuscules dans l'alphabet _biforme_, lettres qu'indique à -ceux qui ont la clef de ce procédé les groupes de lettres auxquels -elles correspondent. - -Pour faire comprendre ceci, il est indispensable de transcrire d'abord -ce nouvel alphabet, tel qu'il se montre dans l'ouvrage de Bacon. - - ab ab ab ab ab ab ab ab - AA aa BB bb CC cc DD dd - ab ab ab ab ab ab ab ab - EE ee FF ff GG gg HH hh - ab ab ab ab ab ab ab ab - II ii KK kk LL ll MM mm - ab ab ab ab ab ab ab ab - NN nn OO oo PP pp QQ qq - ab ab ab ab ab ab ab ab - RR rr SS ss TT tt VV vv - ab ab ab ab ab ab ab ab - uu WW ww XX xx YY ab - ZZ zz - -Supposé maintenant qu'on veuille donner avis à quelqu'un de s'enfuir, -en lui faisant passer le mot latin _fuge_, on écrira d'abord la phrase -suivante, qui présente un sens tout opposé: - - _Manere te volo donec venero._ - -En prenant dans l'alphabet ci-dessus les lettres _a_ et _b_ qui -correspondent aux lettres dont est formée cette phrase, on mettra: - - aabab baabb aabba aabaa - Maner etevo lodon ecvenero - -Ces quatre groupes d'_a_ et de _b_ réunis par cinq, indiquent, d'après -les combinaisons de l'Alphabet Biforme, les quatre lettres qui forment -le mot FUGE. - -Il faut reconnaître que les explications trop succinctes et très-peu -claires que donne Bacon à l'égard de ses procédés de chiffres, -laissent beaucoup à désirer. L'idée d'employer les combinaisons des -lettres n'est cependant point indigne d'une attention sérieuse: il y a -le germe de tout un système de chiffres qui n'a pas de limites. - -Remarquons, en effet, que des mathématiciens ont cherché le nombre des -combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupées -ensemble de toutes les manières imaginables: ils ont trouvé le chiffre -formidable de 42 quadrillons, 163,840 trillions, 398,198 billions, -058,854 millions, 693,625. Pour saisir toute l'énormité de ce nombre, -il faut se souvenir qu'on a démontré que, pour écrire toutes les -combinaisons qu'il énonce, il serait indispensable de se procurer une -feuille de papier qui aurait 421,300 fois l'étendue de la superficie -de la Terre. - - -§ IV. - - Jérôme Cardan. - -Cet Italien célèbre, qui toucha à toutes les questions[4] et qu'une -vaste érudition, jointe à des talents très-distingués, n'a point -préservé d'une accusation de folie, a dit quelques mots de la -Cryptographie dans son ouvrage _de la Subtilité_; les voici d'après la -vieille traduction française: - -«Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement -réglées et lignées; vous y ferez séparément des trous assez petits, -mais toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez -accoutumé faire vostre lettre: l'un de ces pertuis pourra tenir sept -lettres, l'autre trois, l'autre huit ou dix, de sorte que tous les -trous ou pertuis qu'aurez faits pourront tenir ensemble cent vingt -caractères ou lettres. De ces deux peaux, vous donnerez l'une à celuy -auquel vous désirez escrire, et vous retiendrez l'autre à vous; et, -lorsque voudrez escrire le plus brief et succinct que vous pourrez, de -sorte que vostre escriture n'excède pas ledit nombre de cent vingt -caractères ou lettres: qui est tout ce que les espaces et pertuis -susdits pourront comprendre. Et après, sur les pertuis, faits comme je -l'ay dit, vous escrivez, au feuillet de papier qui est dessous, le -sujet et sentence que voudrez; et, après, à un autre feuillet, et -conséquemment au troisième. Cela estant fait, vous remplacez les -espaces et distances qui demeureront vides, ainsi augmentant ou -effaçant jusques à tant que vostre sentence et sujet apparoissent et -se montrent. Vous accomplirez la seconde sentence au second feuillet -de papier, faisant extrait en telle sorte, sur la première, qu'il -semblera et apparoistra que les mots et paroles soient suivants et -consécutifs l'un après l'autre. La troisième adapterez aussi à telle -sorte et manière, que, sans aucune interruption ni intermission des -premières lettres, l'ordre, la sentence, le nombre des paroles avec la -grandeur se trouveront et apparoistront, retenant mesure, sujet et -intelligence. Et après appliquerez, sur ce papier escrit en cette -manière, le parchemin que pour cette cause vous aurez taillé et percé, -faisant en tout et partout, aux extrémitez des trous ou perçures, de -petits et subtils points, jusques à tant que le sujet et intelligence -des lettres parviennent en la sorte que vous désirez les escrire. Et -après, celuy à qui vous les enverrez, mettant sur elles son exemplaire -percé (comme il est dit), entendra subitement et facilement la -conception de vostre volonté.» - -[Note 4: L'édition de ses _Opera omnia_ (Lyon, 1663, 10 vol. in-folio) -ne renferme pas moins de 222 traités en ouvrages divers. On peut -consulter, à l'égard de cet étrange écrivain, Buhle, _Histoire de la -Philosophie_, tom. IV, p. 730-739 de la traduction française; la -_Rétrospective Review_, tom. I, p. 94-112; un article de M. Mercey, -_Revue de Paris_, juin 1841; un mémoire de M. Franck, lu en 1841 à -l'Académie des sciences morales et politiques. Quant au mérite de ses -travaux scientifiques, on peut consulter l'_Histoire des Sciences -mathématiques en Italie_, par M. Libri, tom. III, p. 107, et -l'_Histoire de la Chimie_, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a -trouvé deux biographes, l'un en Italie (Mantovani, _Vita di Cardano_, -Milano, 1821, 8º), l'autre en Angleterre (G. I., _the life and times -of G. Cardan_, London, 1836, 2 vol. 8º).] - - -§ V. - - Le duc de Brunswick. - -Au commencement du seizième siècle, un duc de Brunswick-Lunebourg, -Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur à l'étude; il publia divers -écrits sous le pseudonyme de Gustave Selenus. _Selenus_, du grec -_Selène_ (la lune), était une espèce de traduction du mot _Lunebourg_; -_Gustave_ est l'anagramme d'_Auguste_. Le jeu des échecs, -l'horticulture, l'art d'écrire en chiffres, occupèrent tour à tour -l'attention de ce prince; son livre sur le sujet que nous traitons ici -a pour titre: _Systema integrum Chryptographiæ_; c'est un in folio de -près de 500 pages. - -Trithème a fourni la majeure partie des procédés décrits dans ce gros -volume, où il se trouve malheureusement beaucoup d'idées -cabalistiques; les exemples étant pour la plupart empruntés à la -langue allemande, il n'y a pas moyen de les reproduire textuellement. - -Parmi les méthodes que décrit le duc Auguste, en voici une dont nous -n'avons pas encore fait mention: - -Formez trois colonnes, en inscrivant, à côté des cinq voyelles -répétées trois fois, les consonnes de l'alphabet: - - a _b_ a _h_ a _p_ - e _c_ e _k_ e _q_ - i _d_ i _l_ i _r_ - o _f_ o _m_ o _s_ - u _g_ u _n_ u _t_ - -Au lieu d'écrire les lettres qui emportent les mots que vous voulez -chiffrer, vous inscrivez celles qui leur correspondent. Vous mettez -par exemple un _i_ en place d'un _r_, _et vice versa_, un _o_ en place -d'un _f_, ainsi de suite. - -Pour écrire _l'empereur d'Autriche_, vous mettrez _icoakitk -iaguieak_. - -Rien n'empêche d'employer à rebours un alphabet ainsi dressé ou de -substituer quelques lettres à d'autres, en suivant une marche dont on -sera convenu: cela augmentera beaucoup les difficultés du -déchiffrement. Au moyen de méthodes semblables, le prince allemand -montre comment les mots suivante: _Cras expectabis adventum meum_, -peuvent se traduire par _zfxubzmsbeugpgeurmiothrha_. - -Les alphabets imaginaires et forgés à plaisir, que fait connaître le -prince, sont, pour la plupart, la reproduction ou l'imitation de ceux -qu'on trouvait déjà dans le livre de Porta; il a pris la peine de -faire graver (page 282) l'alphabet qu'une tradition très-peu -authentique attribue à Salomon, et il n'a point oublié celui dont les -habitants du pays d'Utopie font usage, à ce qu'affirme Thomas Morus. -Il a lui-même inventé un moyen d'exprimer les lettres, au moyen d'un -système de lignes brisées, obliques, parallèles, etc., ou bien grâce à -des groupes de points disposés de diverses manières. Nous pensons -qu'il serait superflu de donner la reproduction de ces alphabets -fantastiques, car le champ des inventions de ce genre est sans -bornes. - - - - -CHAPITRE III. - -RÈGLES ET PROCÉDÉS DE CRYPTOGRAPHIE. - - -§ Ier. - - Préceptes généraux. - -Maintenant laissons de côté les méthodes aujourd'hui abandonnées -qu'exposent les écrivains du seizième siècle, et cherchons à faire -comprendre quelques-unes des règles auxquelles se conformaient, dans -leurs dépêches chiffrées, les diplomates du siècle dernier, règles qui -servent encore habituellement de guide à leurs successeurs. - -Les signes de ponctuation sont supprimés, ou bien, lorsqu'il est -nécessaire d'en faire usage, afin de donner plus de clarté au texte -chiffré, on les indique par une marque particulière. Les accents et le -trait d'union sont abolis. - -On emploie ce qu'on nomme des non-valeurs (_otiosi characteres_), afin -de dérouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les -nombres composés entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien -et qu'il ne faut point en tenir compte dans le déchiffrement. Le -déchiffreur non initié perdra beaucoup de temps à vouloir trouver un -sens là où il n'y en a pas et sera complétement fourvoyé. - -Parfois, on a recours à un chiffre de contre-sens; on convient que les -phrases chiffrées, comprises entre deux marques convenues, telles que -des croix, des parenthèses, des chiffres déterminés à l'avance, etc., -doivent être entendues dans un sens diamétralement opposé à celui -qu'elles présentent. Par exemple, la phrase chiffrée: «Le roi est -malade, mais il va mieux et sa guérison est certaine,» doit être -interprétée ainsi tout autrement: «Sa mort est certaine.» - -Il n'est pas mal d'employer dans une dépêche chiffrée des mots de -diverses langues; le mystère sera encore plus difficile à percer; en -voici un exemple: _L'armée de l'Empereur se réunit aux troupes du -roi_; écrivez, en faisant usage du latin, de l'allemand, du français, -de l'espagnol, de l'anglais; _exercitus der Kayser se réunit à las -tropas of the king_. Chiffrez ensuite, et il sera presque impossible -de découvrir ce que vous avez confié au papier. - -Les mots écrits avec des abréviations convenues à l'avance, présentent -une ressource avantageuse; il est bon de les indiquer au moyen d'un -signe convenu. - -On a vu des hommes d'État employer la méthode d'écriture hébraïque, -c'est-à-dire ranger les chiffres de droite à gauche. - -Un procédé qui n'est pas très-compliqué consiste à dresser le tableau -suivant: - - abcd efgh iklm nopq rstu xyz - 1 2 3 4 5 6 - -et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut déguiser par un double -chiffre, dont le premier représente le groupe de lettres et le second, -le rang qu'occupe dans ce groupe la lettre qu'on a en vue. Ainsi, -l'_r_ s'exprime par 51, le _g_ par 23; pour écrire _festina lente_, on -mettra: - - 22 21 52 53 31 41 11 33 21 41 53 21 - -Il n'est pas sans exemple qu'on joigne au chiffre convenu pour -représenter telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint à -ce chiffre, en donne un autre, sur lequel les efforts les plus -opiniâtres n'ont guère de prise, lorsqu'on ne connaît pas le secret. -Supposons qu'on soit convenu que le chiffre 8 représente l'_l_, 74 -l'_é_, 31 l'_r_, 26 l'_o_, 59 l'_i_; pour écrire le _roi_, on -mettrait 8 74 31 26 59; mais, si on ajoute 6 à chacun de ces nombres, -on aura 14 80 37 32 65. - -Il va sans dire qu'au lieu d'ajouter, on est parfaitement maître de -retrancher, de multiplier, de diviser: l'essentiel est que les deux -correspondants se mettent bien d'accord sur la marche qu'ils adoptent. - - -§ II. - - Chiffre imaginé par Mirabeau. - -L'imagination active de Mirabeau touchait à tout; il inventa, dans un -moment de loisir, une méthode de chiffre qui n'est pas sans mérite. -Divisez l'alphabet en cinq parties égales, désignez d'abord chacune -des cinq divisions par un numéro, indiquez ensuite par des numéros -chacune des lettres que vous aurez groupées arbitrairement: - - 1 - c f g u z - 1 2 3 4 5 - - 2 - x n m o k - 1 2 3 4 5 - - 3 - s e h b g - 1 2 3 4 5 - - 4 - d l y q w - 1 2 3 4 5 - - 5 - n i r t v - 1 2 3 4 5 - -Les chiffres 6 à 9 et 0 sont regardés comme non-valeurs. - -On range sur deux lignes les chiffres qui expriment la lettre qu'on -veut représenter; la première de ces lignes désigne le groupe; la -deuxième la place qu'occupe dans ce groupe la lettre en question. On -indiquera donc l'_h_ par 3/3, le _t_ par 5/4, le _d_ par 4/1; à côté -de ces chiffres, tantôt à droite et tantôt a gauche, on mettra des -non-valeurs afin de dérouter; en conséquence, ces mots _le Danube_ -s'exprimeront, si l'on veut, par: - - 74 3948 27 50 16 3639 - 82 2019 26 18 47 4827 - -On comprend de reste, que ceci peut être susceptible d'une multitude -de combinaisons diverses. - - -§ III. - - Dictionnaire de convention. - -Un procédé, très-souvent mis en usage, consiste à former une espèce de -dictionnaire dans lequel des mots sont remplacés par d'autres; en -voici un exemple: - - Allies, lui. - Amiral, quand. - Arriver, être. - Armistice, car. - Attraper, pourquoi. - Attendre, amie. - Avenir, 2 - Balance, oui. - Baron, 3 - Bavarois, amen. - Bois, et. - Camp, 7 - Canon, doit. - Cavalerie, bon. - Conseil, w. - Définitif, mais. - Deux, voir. - Demander, événement. - Descendre, loi. - Division, non. - Dix, art. - Empereur, est. - Entre, tôt. - Événement, demande. - Faux, 8 - Favori, jamais. - Fureur, demain. - Général, 6 - Gloire, 104 - Gouverneur, selon. - Hommes, tard. - Honneur, gagné. - Ici, il. - Inventeur, hier. - Levé, eux. - Lignes, nous. - Maréchal, cerf. - Manoeuvres, fin. - Mille, âne. - Naples, crue. - Nouvelles, quart. - Opération, sot. - Ordre, ni. - Ostracisme, x. - Partis, et cætera. - Peur, z. - Question, ami. - Querelle, troc. - Quand, bleu. - Ravin, grand. - Renfort, son. - Risquer, bas. - Ruiner, loup. - Sottise, vert. - Surseoir, or. - Suisse, froid. - Terrain, fier. - Trois, corde. - Tuer, rond. - Union, Vienne. - Vivres, choix. - Volontaires, lois. - Voyage, Gand. - -Mots perdus qu'on intercale dans les phrases: - -_Assez_, _après_, _beaucoup_, _beauté_, _carré_, _dîner_, _honneur_, -_loterie_, _mer_, _noire_, _port_, etc. - -En se servant de cette table, voici comment on pourra rendre le -passage suivant: - -«Le Conseil n'a rien statué de définitif. Il paraît cependant qu'on ne -balance qu'entre deux partis, celui de risquer la levée du camp et -celui de demander un armistice.» - -«Le _w_ n'a encore rien, _or_ de _mais_. Il paraît cependant qu'on ne -_oui_ que _tôt voir etc._, celui de _bas_ la _eux_ du 7 et celui de -_événement_ un _car_.» - - -§ IV. - - Lettres et mots exprimés par des chiffres. - -Une des méthodes les plus généralement arrêtées consiste à représenter -chaque lettre et un certain nombre de mots, de syllabes et de noms -propres, par des chiffres; afin de mieux dérouter les investigations, -on exprime la même lettre ou le même objet par divers chiffres; les -noms de nombre eux-mêmes se traduisent par des chiffres. On forme -ainsi des tableaux qui portent le nom de _chiffre chiffrant_; en voici -un modèle. - - a 6 19 500 46 - b 8 50 250 20 - c 4 2 125 18 - d 11 41 65 87 - e 31 47 201 900 - f 49 96 113 6998 - g 23 43 68 100 - h 39 93 200 8446 - i 57 89 98 105 - k 64 86 244 9797 - l 51 69 83 111 - m 13 63 92 536 - n 54 102 107 5886 - o 58 79 129 7654 - p 21 95 140 999 - q 35 84 110 1220 - r 59 81 108 548 - s 52 74 103 1370 - t 56 82 104 925 - u 53 97 112 1000 - v 32 94 203 1266 - x 34 114 300 966 - y 67 78 201 6740 - z 42 91 106 120 - -MOTS ET SYLLABES. - - au, 72 99 1150 40 - de, 45 77 66 1777 - en, 1 15 12 1401 - est, 76 1944 30 85 - et, 7 101 1186 90 - été, 27 128 1650 171 - ici, 130 270 29 2224 - le, 9 88 109 1444 - mais, 234 71 489 2991 - non, 127 28 1849 55 - on, 88 887 75 649 - ou, 70 2471 666 48 - pour, 63 b 72 b 740 830 - que, 80 3 25 400 - le roi, 812 699 778 816 - la reine, 770 817 644 555 - le ministre N, 60 44 776 670 - le prince N, 779 61 825 819 - l'armée, 700 790 970 1200 - il est parti, 576 1620 1718 600 - il est de retour, 62 33 892 697 - il est malade, 5699 733 834 690 - il est mort, 671 863 540 4559 - , 2 b 96 b 86 c 88 d - . 9 b 90 b 92 c 98 d - ; 5 x 6 x 11 x 50 x - 1 14 26 20 b 24 - 2 16 73 18 22 - 3 9 188 37 38 - 4 1 10 15 56 - 5 115 132 650 663 - 6 119 138 192 290 - 7 116 134 195 274 - 8 118 189 194 271 - 9 117 136 189 289 - 0 190 280 651 661 - Non-valeurs, 3000 à 4500 - Contre-sens, [Signe] et : [Pt.] - -Supposons qu'on veuille chiffrer les lignes que voici: - -«Le roi est parti le 12 du courant pour l'armée, avec le prince N. et -le ministre N. [Signe] il a de bonnes intentions pour votre Majesté -[Signe]; l'armée, forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube.» - -On fera précéder cet avis de quelques mots qui lui donneront -l'apparence d'une missive relative à quelque opération de commerce ou -de banque, et on écrira: - -«Je n'ai pu encore réussir à effectuer l'emprunt que vous désirez -contracter et au sujet duquel vous m'avez écrit. 3000 4499 812 576 9 -14 16 11 53 courant 21 58 53 81 69 6 108 13 31 47 19 32 201 4 3017 779 -7 3778 66 14 b [Signe] 98 83 46 45 20 129 54 102 900 103 105 107 104 -201 5886 925 98 7654 102 52 63b 1266 96 536 90 b [Signe] 700 66 24 18 -190 280 651 661 39 58 13 63 47 74 11 129 98 82 21 6 52 74 201 81 88 65 -500 102 112 5 31. Cette affaire pourrait avoir à Hambourg des chances -de réussite.» - -Les mots, _bonnes intentions_, étant affectés du chiffre de -contre-sens, il faut comprendre: _mauvaises intentions_ ou _peu -favorables_. - - -§ V. - - Théorie des chiffres chiffrants et déchiffrants. - -Les auteurs de l'_Encyclopédie méthodique_ ne pouvaient oublier, dans -leur vaste répertoire de _omni re scibili_, l'art de l'écriture en -chiffre; voici le résumé des notions qu'ils exposent à cet égard: - -Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une légation, -le ministère des affaires étrangères lui remet ordinairement trois -_chiffres_, le chiffre chiffrant, le chiffre déchiffrant, et le -chiffre banal. Le chiffre chiffrant, partagé en colonnes, marque dans -la première non-seulement les lettres de l'alphabet, mais aussi les -syllabes, les mots et les phrases dont cet agent aura probablement -besoin dans le cours de sa négociation, les noms des souverains ou -république, de leurs principaux ministres, etc. Cette colonne est -quelquefois imprimée, mais la seconde colonne, remplie en écriture par -le département des affaires étrangères, renferme les nombres, chiffres -ou caractères par lesquels on juge à propos de désigner la lettre, le -mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant: - - _Chiffre chiffrant._ - - a 45. 260. 311. 1020. 805 - b 9. 506. 33. 1110. 21 - c 15. 36 444 20 1006 - l'empereur, 44 31 1117 - le roi d'Espagne, 35. 88. 301. 1144 - l'armée des alliés, 80. 95 1022 888 - le pape, 50 302 467 19 - avantage, 18. 75. 63 - brouiller, 22. 79 103 - -On a soin de ranger par ordre alphabétique les noms substantifs, les -verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la -commodité du chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se -servir à son choix, afin de désigner le même mot; grâce à cette -précaution, en cas d'incident, il devient plus difficile de déchiffrer -la dépêche. - -Les articles d'une dépêche qui mérite le secret se chiffrent tout au -long; on n'y met point de mots écrits en caractères ordinaires, parce -que ces mots, quelque indifférents qu'ils puissent paraître, se -trouvant dans le chiffre, peuvent faire deviner une partie du sens ou -du moins découvrir la matière qu'on traite. Il ne faut pas négliger de -distinguer tous les mots par un point, qu'on met derrière chaque -nombre, puisque, sans cette précaution, une dépêche serait -indéchiffrable pour le correspondant, qui ne pourrait se servir de sa -clef et qui verrait les nombres confondus. - -Le chiffre déchiffrant marque, dans la première colonne à gauche, tous -les nombres dont le chiffre chiffrant est composé, depuis le plus bas -jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne à droite -contient le mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre désigne. -Lorsqu'on veut chiffrer quelque dépêche, on cherche dans ce chiffre -déchiffrant la signification de chaque mot qui se présente, et on -l'écrit au-dessus entre les lignes, qui doivent être espacées -convenablement, de même que les nombres éloignés les uns des autres à -une juste distance. - -En voici un exemple: - - Le ministre d'ici est tout dévoué aux intérêts - 102 23 44 9 1204 76 336 - - de l'Angleterre; c'est le fruit de dix mille - 888 54 21 68 9 - - guinées semées à propos. - 519 1106 718 - - -§ VI. - - Autres systèmes de chiffres. - -Lorsqu'on soupçonne que les chiffres ont été vendus par des commis ou -des serviteurs infidèles, on tâche de tromper les gens qui ont fait -acquisition du chiffre. - -Alors la Cour écrit à son ministre ou bien le ministre mande à sa Cour -le contraire de ses véritables intentions. On exprime en chiffre la -contre-partie des nouvelles qu'on veut transmettre; on met ensuite, -dans la dépêche, un signe, une marque, un caractère, un mot ou une -phrase, dont on est convenu avant le départ du négociateur, indice qui -annule non-seulement tout ce qui vient d'être dit, mais qui désigne -aussi qu'on doit l'entendre dans le sens opposé; c'est ce qu'on -appelle le _chiffre annulant_. Lorsqu'on découvre qu'une puissance -rivale essaye de corrompre nos employés, on lui fait parvenir -adroitement un faux chiffre, et on l'induit en erreur en écrivant des -contre-vérités. - -La Cour donne quelquefois un chiffre différent à chacun de ses -ministres dans les pays étrangers; mais, comme il importe souvent au -bien des affaires générales, que ces ministres lient entre eux des -correspondances, on leur remet un chiffre banal qui leur est commun à -tous et dont ils peuvent se servir. - -Le chiffre à simple clef est celui où l'on se sert toujours d'une même -figure pour désigner une même lettre. - -Le chiffre à double clef est celui dans lequel on change d'alphabet à -chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles. - -Une manière plus simple est de convenir d'un même livre peu connu, ou -d'une édition ancienne, imprimée au loin, presque ignorée: on forme -une clef de trois chiffres; le premier marque la page du livre qu'on a -choisi; le second désigne la ligne de cette page; le troisième marque -le mot dont on doit se servir. Cette manière d'écrire ne peut être -devinée que de ceux qui devineront d'abord à quel livre on a recours; -elle présente d'autant plus de difficultés, que, le même mot se -trouvant en diverses pages du livre, il est presque toujours désigné -par différents chiffres; le même chiffre revient rarement désigner le -même terme. - -Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systèmes de -Cryptographie que développent les auteurs du dix-huitième siècle, -systèmes dont le fond se trouve déjà chez Vigenère et chez Porta, et -qui ne sont pas indignes d'attention, quoique, n'ayant guère été mis -en usage, ils soient demeurés dans des livres condamnés à trouver peu -de lecteurs. - - -§ VII. - - Chiffre par excellence. - -Tel est le nom que Dlandol, dans son _Contre-espion_, donne à un -chiffre, qui réunit, d'après lui, le plus grand nombre d'avantages que -l'on puisse désirer pour une correspondance secrète et qui les -réunirait tous sans exception, s'il n'était pas d'une exécution assez -lente. Cet inconvénient est compensé par l'immense difficulté, par -l'impossibilité même, on peut le dire, de découvrir, lorsqu'on ne -possède pas le mot de clef convenu entre les correspondants, le sens -d'une dépêche écrite de la sorte. - -Pour faire emploi de ce chiffre, il faut d'abord que les deux -correspondants se munissent d'un carré, qui présente pour les lettres -ce que le carré arithmétique présente pour les chiffres, c'est-à-dire -que dans l'un on multiplie des lettres, comme des chiffres dans -l'autre, en cherchant le carré correspondant aux deux termes qui se -servent réciproquement de multiplicande et de multiplicateur. - -Voulez-vous savoir, par exemple, combien font six fois quatre ou -quatre fois six? Cherchez, sur la première ligne horizontale de votre -carré, l'un de ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la -première ligne verticale, c'est-à-dire sur la première colonne. Voyez -ensuite quelle est la case qui correspond en même temps à chacune de -celles où sont ces deux nombres. Vous trouvez 24, qui est -effectivement le produit de six ou de quatre multipliés l'un par -l'autre. De même dans le carré de lettres, si vous voulez multiplier F -par M, vous trouverez S à la case qui répond à l'F de la première -ligne et à l'M de la première colonne. Vous trouvez également S à la -case qui correspond à l'M de la première ligne et à l'F de la première -colonne. Ceci posé, n'oublions pas qu'il y a un mot de clef dont les -correspondants conviennent entre eux. Supposons que ce mot de clef -soit _blanc-bec_ (et si nous prenons ce mot pour exemple, c'est qu'il -y a avantage à choisir des expressions peu usuelles et qui déjouent -tous les efforts d'imagination de ceux qui s'efforceraient de les -deviner). Il faut que vous multipliiez constamment, par les lettres du -mot choisi, toutes les lettres de la missive que vous voulez chiffrer; -puis, cela fait, vous placez chacune des lettres de _blanc-bec_ sous -chacune des véritables lettres que vous aurez à écrire, en répétant -sans cesse le mot convenu et en recommençant à l'inscrire aussitôt que -vous l'avez terminé. - -Supposons que vous veuillez, vous, général d'armée, transmettre cet -avis: - -«Nous devons décamper cette nuit:» - -Vous le disposerez de la façon suivante: - -Nous devons décamper cette nuit. - -Blan cbecbl ancblabl ancbe cblan. - -Dans cet arrangement, vous regardez chacune des lettres _vraies_ de la -missive, comme des chiffres d'un multiplicande et chacune des lettres -du mot de clef, comme un multiplicateur. Vous opérez ensuite de la -façon suivante: - -En multipliant N, première lettre _vraie_ de la dépêche, par B, -première lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carré la lettre -P, à la case qui correspond d'un côté à l'N, de l'autre au B. Vous -placez P pour première lettre de la missive chiffrée. - -La seconde vraie lettre est un O, la seconde lettre de la clef est L. -La case qui correspond à O et à L est un A, que vous posez comme -second caractère. - -La troisième vraie lettre est un U, la troisième lettre du mot de clef -un A. La case qui correspond à l'une et à l'autre lettre, vous donne -V, et la case qui correspond ensuite à S (quatrième lettre vraie) et à -N (quatrième lettre du mot de clef), est G. Vous mettez pour troisième -et quatrième caractère de votre dépêche chiffrée: V G. - -Continuant cette opération sur chaque mot de la dépêche vraie, vous -arrivez à la phrase chiffrée que voici: - - pavgggerpcesfcrsgddsxvjqxuu - -Tant qu'on ne possédera pas le mot de clef, il sera impossible de -deviner le sens d'un pareil billet. Votre correspondant déchiffrera -sans peine cette missive, en faisant une opération inverse à celle que -vous avez accomplie. - -Au-dessous du billet chiffré, il écrira chacune des lettres du mot de -clef. Il cherchera ensuite successivement dans la première colonne du -carré chaque lettre du mot de clef, et, à chaque lettre, il cherchera -sur la même ligne la lettre correspondante du billet chiffré. Alors la -lettre qui commence la colonne où se trouve cette lettre de chiffre -est la vraie; c'est celle qu'il faut écrire pour avoir la véritable -missive. - -On remarquera que chaque fois qu'une lettre se présente dans la -dépêche _vraie_, elle donne dans la dépêche chiffrée un résultat -différent; aussi toute investigation demeure-t-elle stérile, lorsqu'on -ne possède pas les mots qui forment la clef d'un pareil chiffre. - -Cette méthode est, au fond, sauf quelques légères différences, la même -que celle qu'expose le père Kircher, qu'il met en oeuvre au moyen d'un -tableau de chiffres (_abacus numeralis_), formé de lettres de -l'alphabet disposées horizontalement d'abord, verticalement ensuite, -et donnant ainsi un carré composé de 576 cases, dans chacune -desquelles est placé un chiffre. Le procédé qu'indique Neyron -(_Principes du droit des gens_, Brunswick, 1783, 8º, p. 170), rentre -dans une catégorie toute semblable. - - -§ VIII. - - Grille en châssis. - -La manière d'écrire en chiffres au moyen d'une grille en châssis est -bien simple et d'un usage facile. Elle réclame peu de temps. Il s'agit -d'avoir un châssis découpé sur la longueur des lignes, comme le -désigne la figure; celui auquel on écrit possède un instrument tout -semblable. - -Chacun des coins du châssis doit porter une marque différente, parce -que ce châssis peut se placer dans divers sens. - -Après l'avoir posé sur une feuille de papier de même grandeur, en -faisant attention aux marques des quatre coins, on transcrit, dans les -ouvertures, l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois tracée -d'après cette méthode, on lève le châssis, et, dans les intervalles -qui se rencontrent entre chacun des mots, on en écrit d'autres, afin -de remplir les vides; on doit autant que possible les choisir de -manière qu'ils puissent former un sens avec ceux qui ont été écrits -dans les ouvertures du châssis. - -Le correspondant qui reçoit cette épître applique, par-dessus chaque -page, un châssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent -masqués, et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis -qu'on s'est proposé de faire passer. - -La lecture d'une des oeuvres les plus remarquables de M. de Balzac -(_Histoire des Treize_) a révélé l'existence de la _grille_ à bien des -personnes fort peu au fait des procédés de la Cryptographie. Il -s'agit, dans le passage ci-dessous, d'un agent de change, qui, ayant -en main une lettre adressée à sa femme, lettre qui présente un -non-sens continuel, vient consulter un de ses amis, employé au -ministère des affaires étrangères: - -«--C'est une lettre à grille.. Attends. - -«Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement. - -«--Niaiserie, mon ami! C'est écrit avec une vieille grille dont se -servait l'ambassadeur de Portugal sous M. de Choiseul, lors du renvoi -des jésuites... Tiens, voici! - -«Jacques superposa un papier à jour, régulièrement découpé comme une -de ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et -Jules put alors facilement lire les phrases qui restèrent à -découvert.» - -Donnons un exemple de ce procédé. - -Supposons qu'on veuille mander ceci: - -«Vous me trouverez très-disposé à vous rendre.» - -On écrit ces mots dans l'ordre et à la place que leur assigne la -grille dont on fait usage, et on remplit les intervalles, par d'autres -mots, de façon que le tout présente un sens assez raisonnable. - - Je [=vous=] prie de [=me=] mander si vous - [=trouverez=] bon, mon [=très-=] cher, que je - [=disposé=] dès [=à=] présent des effets que - [=vous=] avez offert de me [=rendre=], etc. - -Voici maintenant le vrai sens rétabli au moyen de la grille: - - [=vous=] [=me=] - [=trouverez=] [=très-=] - [=disposé=] [=à=] - [=vous=] [=rendre=] - - -§ IX. - - Chiffre au moyen d'un cadran. - -Ce procédé est un peu compliqué. Il exige du temps et de l'attention, -mais il présente les plus grandes garanties d'un mystère impénétrable. - -Vous tracez sur un carton un cadran, que vous divisez exactement en -vingt-quatre parties égales et sur chacune desquelles vous transcrivez -une des vingt-quatre lettres de l'alphabet. - -Vous avez un autre cercle de carton mobile ayant un centre commun avec -le premier et pouvant tourner librement sur ce centre. Vous le divisez -en un même nombre de parties, et vous y transcrivez également les -diverses lettres de l'alphabet. Si les lettres sont rangées dans -l'ordre ordinaire sur les deux cadrans, l'emploi de ce moyen de -correspondance devient plus commode. - -Le cadran mobile doit être placé de manière que ses divisions -correspondent exactement à celles du premier cadran. On le dispose de -la manière que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran -intérieur correspond à la lettre A du cadran extérieur, on place en -tête de la première ligne qu'on écrit les deux lettres H et A: elles -indiquent, à celui avec lequel on correspond, de quelle manière il -doit de son côté placer la machine parfaitement semblable dont il est -muni; sans une pareille indication préliminaire, il serait impossible -de parvenir à s'entendre. - -Une fois les cadrans disposés, on prend la lettre que l'on veut -chiffrer et que l'on a d'avance écrite en caractères ordinaires; au -lieu de chacune des lettres dont les mots sont composés, on place, sur -la dépêche que l'on expédie, les lettres qui y correspondent sur le -cadran intérieur. - -Si le mot que vous voulez chiffrer est celui de _roi_, par exemple, -vous mettrez, au lieu de l'_r_, la lettre _x_ qui y correspond sur le -cadran intérieur, et ensuite, au lieu des lettres _o_ et _i_, les -lettres _v_ et _n_; vous aurez ainsi _xvn_, et le déchiffrement de ce -que vous écrirez de la sorte sera presque impossible à celui qui ne -saura pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le sût-il, ne -connaîtra pas quelle disposition vous leur donnez. - -Vous continuez de même pour toutes les lettres dont se composent tous -les mots de la dépêche qu'il s'agit de déguiser. - -Votre correspondant met à profit l'indication H A, dont il vient -d'être question: il donne à ses cadrans une disposition identique à -celle que vous avez adoptée; il cherche successivement sur le cadran -extérieur toutes les lettres qui répondent sur le cadran intérieur à -chacune de celles qu'il trouve dans votre missive, et il arrive ainsi -sans difficulté à traduire la dépêche qu'il a reçue. - - -§ X. - - De l'emploi des signes astronomiques. - -Les signes astronomiques, c'est-à-dire ceux dont on fait usage pour -désigner les planètes et les diverses parties du zodiaque ont été -plusieurs fois mis en usage comme dans la Cryptographie. Supposé que -chaque lettre soit représentée par un de ces signes, il faudra -beaucoup de temps et de peine, pour écrire une dépêche en suivant une -pareille méthode, et le secret ne sera pas mieux caché. Un chiffre de -ce genre ne présente pas plus de difficulté que celui dans lequel -chaque lettre de l'alphabet est représentée par une autre lettre, _a_, -par exemple, étant remplacé par _d_, _b_ par _e_, _c_ par _f_, ainsi -de suite. - -On éprouve moins d'embarras à faire usage d'un chiffre, dans lequel -les signes astronomiques sont mêlés à des lettres empruntées aux -alphabets hébraïque, grec ou latin, ou bien à des chiffres numériques, -à des figures de mathématiques. Chacun de ces signes exprime une -lettre, une syllabe ou un mot. Cette méthode était du goût des anciens -auteurs; mais aujourd'hui elle ne trouve guère de partisans. Vigenère -se plaît à en fournir des exemples qu'il développe avec sa prolixité -habituelle. - -Voici, parmi les procédés de ce genre, le meilleur et le plus simple. -On partage l'alphabet en cinq parties ou plus; on place chacune de ces -sections dans un carré particulier, et on désigne chaque carré par un -signe astronomique convenu. Donnons-en un exemple. - - [=abcd [Gl.]=] [=efgh [Gl.]=] [=iklm [Gl.]=] - - [=nopq [Gl.]=] [=rstuz [Gl.]=] - -Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet rangées dans -l'ordre habituel. Lorsqu'on veut faire usage des tableaux ci-dessus, -il faut, pour exprimer chaque lettre, écrire le signe qui dénote le -carré, et indiquer la lettre qu'on a en vue par un numéro qui -correspond à la place qu'elle occupe. L'_e_ se trouvera donc -représenté par [Gl.]1, l'_m_ par [Gl.]4, l'_o_ par [Gl.]2, etc. Si -l'on veut transmettre l'avis que «l'armée a passé le Danube,» on -mettra: - - [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]e [Gl.]e [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1 - [Gl.]2 [Gl.]2 [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]1 - [Gl.]n [Gl.]4 [Gl.]2 [Gl.]1. - -Ce procédé est un peu long, puisque chaque lettre réclame remploi d'un -signe et d'un numéro; il ne présenterait pas de très-grandes -difficultés à un déchiffreur habile, s'il était mis en usage de la -manière que nous indiquons, mais il est aisé d'y ajouter des -complications qui en déguisent mieux le mystère. - - -§ XI. - - Signes de la mnémonique. - -L'idée d'appliquer à la Cryptographie les signes imaginés pour la -mnémonique ou l'art de la mémoire, s'est naturellement présentée à -quelques imaginations. Jean-Henri Dobel, dans son _Collegium -mnemonicum ou Révolutions d'un nouveau secret de l'art de la pensée_ -(en allemand, Hambourg, 1707, 4º), a travaillé en ce sens. Il désigne -par les numéros 1 à 23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit -ainsi en chiffres chaque phrase contenue dans la dépêche qu'on veut -rendre secrète. Enfin, il transforme ces chiffres en mots que donne sa -mnémonique chiffrée. Il écrit ces mots tout au long. Il arrive ainsi à -des séries de mots latins qui n'offrent aucun sens en apparence. - -Dobel représente, dans ses procédés de mnémonique, les chiffres, par -des consonnes; ainsi 1--b, p, w; 2--c, k, q, x; 3--f ou v; 4--g ou j; -5--l; 6--m; 7--n; 8--r; 9--s; 0--d ou t. Veut-il exprimer -mnémoniquement ces chiffres, il prend des mots latins dans lesquels se -rencontrent les consonnes qui correspondent aux chiffres en question. -C'est ainsi que le nombre 567 aura pour expression les lettres _l_ -_m_ _n_ et pour représenter ces lettres, il a recours aux mots: -_limen_, _lumen_, _lamina_, _columen_. - -Ce procédé exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page -entière d'écriture chiffrée est nécessaire pour exprimer quelques -lignes de la dépêche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvénients -sont cause qu'on n'a peut-être jamais fait usage de cette méthode -mnémonique, qui est, d'ailleurs, il faut en convenir, une de celles -dont l'interprétation présenterait le plus de difficultés. - - -§ XII. - - Correspondance au moyen d'un jeu de cartes. - -Il faut avoir un jeu de cartes et disposer toutes les figures dans un -ordre quelconque dont on sera convenu avec son correspondant. On doit -également déterminer l'ordre du mélange qui doit se faire de ces -cartes. - -Ces deux choses ayant été réglées, vous écrivez, comme d'ordinaire, -votre lettre sur une feuille de papier, et, arrangeant ensuite le jeu -de cartes dans l'ordre dont vous êtes convenu, vous les mêlez et vous -tracez sur chacune d'elles, en commençant par la première qui se -trouve alors dessus le jeu, successivement toutes les lettres qui -composent ce qui a été écrit sur le papier; lorsque vous avez placé -une lettre sur chacune de ces cartes, vous les mêlez de nouveau, -toujours dans le même ordre et sans y rien changer, et vous continuez -de placer de même toutes les lettres qui suivent; vous réitérez cette -opération jusqu'à ce que vous ayez transcrit toutes les lettres qui -composent ce que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un -point après chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer -la séparation de tous les mots. - -Supposons qu'on soit convenu de se servir d'un jeu de piquet de -trente-deux cartes, disposé dans l'ordre qui suit, et de mêler ce jeu, -en mettant alternativement à chaque mélange trois cartes au-dessus des -trois premières et trois au-dessous. Le jeu étant remis dans son -premier état, chaque carte sera chargée des lettres ci-après. - -On suppose que la lettre chiffrée contient la phrase suivante: - -«Je connais trop, monsieur, l'intérêt que vous prenez à tout ce qui -peut augmenter ma félicité, pour retarder plus longtemps à vous -confier le dessein que j'ai formé de m'unir par les liens les plus -sacrés à la famille de...» - - ORDRE DES CARTES LETTRES DE LA PHRASE - convenu ci-dessus, - - entre ceux qui s'écrivent. dans l'ordre où elles doivent - se trouver - sur chacune des cartes. - - _Mélange_, 1 2 3 4 5 6 - as de pique, n r t j l e - dix de carreau, s e a n u r - huit de coeur, i n r q s e - roi de pique, p p a n n é - neuf de trèfle, m e f f s s - sept de carreau, o u e i l a - neuf de carreau, e t s t t l - as de trèfle, u a l e e a - valet de coeur, r u v m s f - sept de pique, t e i s n a - dix de trèfle, r s t c l m - dix de coeur, o a. e. o r. i - dame de pique, l u p s m. l - huit de carreau, i s. o s e. l - huit de trèfle, n p u o d e. - sept de coeur, v q p a f d - dame de trèfle, t u l e. o e. - neuf de pique, s. i. u j r. etc. - roi de coeur, t g e e e. - dame de carreau, e m r. r. m - huit de pique, r e m l u - valet de trèfle, o t d p. p - sept de trèfle, n o e s. a - as de coeur, n a r. a. r. - neuf de coeur, c e. r. v l - as de carreau, s o r o j - valet de pique, t. o e u e - dix de pique, J. t. l e. e - roi de carreau, e c i d s - dame de coeur, c e. c e p - roi de trèfle, q n n a s - valet de carreau, n t g y. a - -Toutes les lettres qui composent les mots de la dépêche qu'on veut -chiffrer ayant été séparément transcrites sur ces trente-deux cartes, -comme il vient d'être indiqué, vous mêlerez indistinctement ce jeu de -cartes, et vous l'enverrez à votre correspondant. - - -Manière de lire. - -Celui qui reçoit ce jeu de cartes le dispose d'abord (eu égard à la -figure des cartes) dans l'ordre qui a été convenu; il en fait un -premier mélange, et transcrit successivement et de suite toutes les -lettres qui se trouvent les premières en tête de chacune de ces -trente-deux cartes, en ayant bien attention de ne pas les déranger de -leur ordre; après quoi, il les mêle de nouveau et recommence cette -même opération jusqu'à ce que toutes les lettres soient transcrites: -ces lettres forment naturellement le discours contenu dans la dépêche -en chiffres. - -Une précaution qui n'est pas à dédaigner consiste à écrire en encre -sympathique les caractères tracés sur ces cartes: si elles viennent à -tomber entre des mains indiscrètes, rien n'indique l'existence du -secret qui leur a été confié. - - -§ XIII. - - De l'emploi des lettres nulles, afin de cacher le sens d'une - dépêche. - -On écrit _en clair_ la dépêche qu'on veut transmettre, mais on y mêle -des mots et des syllabes de façon à obtenir une suite de mots -étrangers n'appartenant à aucune langue et qui ne présentent aucun -sens. On partage les mots composés de plusieurs syllabes, et d'un mot -on en fait plusieurs, en ajoutant des lettres que le déchiffreur -regarde comme _nulles_. - -Voici un passage emprunté à la _Germanie_ de Tacite et écrit d'après -un pareil système. - -Dans la première ligne, les trois premiers mots: _Lampsi deso saleu_, -et le dernier: _nous_, sont nuls. - -Dans chacune des lignes suivantes, le premier et le dernier mot le -sont également. - -Dans chacun des autres mots placés dans ces diverses lignes, la -première et la dernière lettre sont nulles. Il va sans dire que le -choix des syllabes et des lettres affectées de nullité est -parfaitement indifférent. - -Ceci posé, on peut écrire la phrase suivante. Nous mettons en -italique, pour plus de clarté, les lettres qu'il faut conserver; mais, -dans la dépêche chiffrée, rien ne doit distinguer ce qui est valable -et ce qui est ajouté. - -Lampsi deso saleu e_rege_su s_ex_a a_nobi_o nous futher c_litate_s -u_duces_n t_ex_t s_uirtute_y ai ma t_sumunt_a. o_nec_t g_regi_o -a_bus_o s_infini_e - -et - -yes a_ta_s s_aut_a a_libe_i st_ra_t s_potes_o e_tas_i, - -par - -la s_et_a s_duce_si sexema oplos s_potius_i sind mio s_quam_e s_impe_t -st_rio_p a_si_o o_promptui_m que - -to e_si_t e_conspi_l a_cui_z. o_si_m s_ante_r s_asi_s do le s_em_o -s_agunt_u s_admi_o e_ratio_x a_ne_s s_prae_t y - -allos o_sunt_y dorche. - -Le passage de Tacite se trouve ainsi très-clairement énoncé: - -_Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita -aut libera potestas, et duces potius quam imperio si promptui, si -conspicui, si ante aciem agunt, admiratione præsunt._ - -Comme il serait fort long d'écrire en tête et à la fin de chaque ligne -un grand nombre de mots _nuls_, on simplifie de diverses manières le -système que nous venons d'indiquer. - -On entremêle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres -prises au hasard, de façon, par exemple, que chaque lettre vraie est -précédée de deux lettres fausses. Pour écrire _nemo est domi_ -(personne n'est à la maison), vous mettrez: - - ex_n_pt_e_rk_m_bd_o_ vn_e_cs_s_mj_t_ lb_d_ku_o_ph_m_cu_i_. - -Ou bien on mêle aux mots certaines syllabes qui n'ont aucun sens. Pour -dire: _Pater meus non est domi_, vous mettrez: _Pa_ba_t_eb_er_ -_me_beub_us_ _no_bo_n_ eb_est_ _do_lo_mi_bi. _Fababribicabatober_ -voudra dire: _Fabricator_. - -Un procédé du même genre consiste à renverser les mots de l'avis à -transmettre, c'est-à-dire à les inscrire de droite à gauche, en -mettant au commencement et à la fin de chacun deux lettres qui ne -signifient rien; d'après cette méthode, pour écrire: «l'armée est -battue,» on pourra mettre: nb_eemral_xd ve_tse_jb iq_euttab_kf. - -Tout ceci, on le comprend de reste, est susceptible de modifications -très-nombreuses; mais il faut reconnaître également qu'un déchiffreur, -ayant de l'expérience et bien versé dans les mystères de la -Cryptographie, n'aurait pas beaucoup de peine pour découvrir les -secrets cachés sous un pareil voile. - - -§ XIV. - - De la stéganométrographie. - -Ce procédé est décrit en détail dans un ouvrage publié par Mathias -Uken, en 1751. Donnons une idée de ce chiffre, qu'on peut regarder à -juste titre comme un de ceux dont il serait le plus difficile de -trouver la clef. - -Vous écrivez en caractères ordinaires l'avis que vous voulez -transmettre en secret, et vous placez sous chaque lettre un chiffre, -en ayant soin de faire suivre les numéros dans l'ordre habituel. - -Supposons que vous voulez mander la nouvelle de la mort de l'empereur -d'Allemagne, nouvelle que vous exprimez en latin. - - HERI OBIIT - 1234 56789 - - C A R O L U S A U G U S T U S - 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. - - I M P E R A T O R - 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33 - -Vous vous êtes muni d'un certain nombre de tableaux numérotés; chacun -d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A à Z, et, à -côté de chaque lettre se trouve inscrit la moitié d'un vers pentamètre -ou hexamètre. Les tableaux pairs contiennent les premiers hémistiches, -les tableaux impairs les seconds; de sorte qu'en réunissant les -tableaux 1 et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici -un exemple: - - _Tableau_ 1. - - a Ne mora te teneat - - b Ne cunctare precor - - h Ne dedigneris - - - _Tableau_ 2. - - a chartæ perfringere gemmam. - - b sua vincula demere chartæ. - - e peregrinam evolvere hartam. - - - _Tableau_ 3. - - r A tibi dilectis - - - _Tableau_ 4. - - i credi venere plagis. - - - _Tableau_ 5. - - o Non tibi damniferos - - - _Tableau_ 6. - - b depinget epistola casus. - - - _Tableau_ 7. - - i Lætitias mentis - - - _Tableau_ 8. - - i demat ut illa. - -Cherchez dans le premier tableau l'hémistiche qui correspond à la -lettre H et dans le second celui qui est placé à côté de la lettre E; -voyez dans le troisième tableau quelle moitié de vers correspond à la -lettre R, et, dans le quatrième, examinez ce que vous donne I. En -écrivant à la place de chaque lettre l'hémistiche qui lui correspond, -vous exprimerez le mot _Heri_ de la manière suivante: - - Ne dedigneris peregrinam evolvere chartam, - A tibi dilectis, credi venire plagis. - -En suivant ce même procédé, vous compléterez facilement votre -dépêche. - -Il convient de se servir d'un assez grand nombre de tableaux, afin de -ne pas se trouver dans le cas de répéter les mêmes vers, si la dépêche -est un peu longue. Uken a pris la peine de dresser quarante-quatre -tableaux qui contiennent 656 hémistiches et qui offrent ainsi le moyen -de chiffrer un avis composé de ce nombre de lettres. - -Le déchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses -tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, présenter la -reproduction textuelle des vôtres; il cherche quelle est la lettre qui -correspond à chaque hémistiche, et, en écrivant successivement ces -lettres, il est promptement au fait de ce que vous lui demandez. - -On voit que la stéganométrographie est pour les non initiés une énigme -dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvénient de prendre -beaucoup de temps et d'exiger des écritures considérables, puisque -chaque lettre de l'avis à transmettre se trouve, dans la dépêche -chiffrée, exprimée par plusieurs mots. - - -§ XV. - - Chiffre formé par un système de lettres et de points. - -J. H. à Sunde, dans sa _Steganologia_, indique un chiffre assez -ingénieux, qui consiste dans l'emploi combiné des lettres et des -points. Les lettres sont réunies deux à deux, et, au-dessous de chaque -groupe, on place un système variable de points. La chose se dispose de -la sorte: - - ae io ub cd fg hk lm np qr st vy xz - [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] - -Au lieu de la lettre _a_ dans la dépêche à chiffrer, on place _e_ avec -un point devant; au lieu de l'_e_ on écrit _a_, en plaçant cette fois -le point après; au lieu du _d_ on écrit un _c_, que précèdent quatre -points disposés en carré; ainsi de suite. De cette façon, le mot -_amen_ se trouve exprimé par les lettres et les points qui suivent: - -el [Pt.] a. [Pt.] p - -et le mot _Rhin_ se chiffre de la sorte: - -q [Pts.] [Pt.] h. o [Pt.] p - - -§ XVI. - - De la substitution des lettres les unes aux autres, d'après un - système compliqué. - -Il est un système de cryptographie qui consiste simplement à remplacer -les lettres de la dépêche par d'autres lettres rangées d'après un -ordre convenu. L'opération est longue, mais on obtient ainsi la -presque certitude d'échapper aux investigations, car le grand nombre -de combinaisons dont un pareil procédé est susceptible rend la -découverte de ce secret extrêmement difficile. - -Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1 à 10 -dans l'ordre suivant: - - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 - 4. 7. 2. 9. 1. 10. 5. 3. 6. 8. - -il faut alors que la première lettre de la vraie dépêche soit, dans -l'écrit chiffré, remplacée par la quatrième lettre de cette même -dépêche; la seconde, par la septième; la troisième, par la seconde; la -quatrième, par la neuvième; ainsi de suite. - -On range par décade ou dizaine les mots de la dépêche à chiffrer. - -Supposons qu'on veuille mander: - -«Le roi de Hanovre est très-malade, et il ne peut vivre longtemps.» - -On raisonnera de la sorte: - -La première lettre de la dépêche, _l_, correspond à la quatrième, _o_; -la seconde, _e_, à la septième, _h_; la troisième, _r_, à la seconde, -_e_; la quatrième, _o_, à la neuvième, _n_, etc. On écrira en -conséquence les lettres qui forment successivement la dépêche -chiffrée. - -À la seconde dizaine, on procède de même; la correspondance des -lettres se trouve toute nouvelle. - -Voici comment les vingt premières lettres de la phrase prise pour -exemple se trouveraient chiffrées: - - ohenloirdaetrevsstre - -Il importe de ne placer aucun point, aucun signe, qui indique la -séparation des mots ou la fin des dizaines; on peut très-bien, -d'ailleurs, au lieu de se borner à opérer sur dix lettres, étendre à -vingt ou à trente lettres ce système de remplacement. On peut aussi, à -chaque division nouvelle, employer pour les chiffres un ordre -différent, sur lequel on se sera mis d'accord. De cette manière, on -rendra le problème plus que jamais insoluble pour les non initiés; -mais il faut reconnaître que cette méthode prend du temps, et qu'à -moins d'une attention fort soutenue on est exposé, en chiffrant de la -sorte, à commettre bien des erreurs. - - -§ XVII. - - Chiffre inventé par Hermann. - -Un professeur allemand, Hermann, se vanta, en 1752, d'avoir inventé un -chiffre absolument indéchiffrable; il mit tous les mathématiciens de -l'Europe et toutes les sociétés savantes au défi d'en découvrir la -clef. Un réfugié français, Beguelin, fut assez habile ou assez bien -inspiré pour la trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les -détails de sa découverte dans les _Mémoires de l'Académie de Berlin_, -1758. - -Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractères différents et des -neuf chiffres de l'arithmétique, de 1 à 9. À chacun de ces caractères -répond immédiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et chaque -mot est séparé du suivant par un point. Plusieurs de ces caractères en -ont un autre immédiatement au-dessus d'eux, et ces caractères -supérieurs sont en partie les mêmes que les inférieurs; quelques -autres signes, qui ne consistent qu'en points ou en simples lignes, -paraissent affectés à la rangée supérieure et ne se rencontrent nulle -part dans l'inférieure. - -Après bien des tâtonnements et des vérifications, Beguelin reconnut -que le chiffre sur lequel il opérait était soumis à trois lois -particulières: - -1º Tout caractère initial inférieur dont la valeur est au-dessus de 9 -conserve sa valeur constante; - -2º Tout caractère initial inférieur dont la valeur affirmative est -au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur -ordinaire. - -3º Tout caractère initial inférieur dont la valeur négative est -au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur -ordinaire; plus une unité. - -Diverses lois particulières découlaient de ces lois générales: - -4º Le caractère supérieur initial conserve toujours sa valeur -ordinaire; - -5º Le caractère supérieur ne sert qu'à déterminer par sa valeur la -lettre placée immédiatement au-dessous et nullement celle qui suivra à -droite, à moins que le caractère inférieur ne soit zéro; - -6º Lorsqu'au milieu d'un mot il y a un signe ou un caractère -supérieur, ne fût-ce qu'un point, comme on a alors déjà deux valeurs -requises pour déterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractère -qui précède à gauche; - -7º Un point placé sur un caractère qui n'est pas un chiffre -arithmétique augmente toujours sa valeur d'une unité; - -8º Un point placé dans la figure d'un tel caractère le rend -simplement négatif, sans rien ajouter ni diminuer à sa valeur; - -9º Une valeur négative ou soustractive n'est telle que relativement au -caractère qui précède; toute valeur est affirmative ou additive par -rapport au caractère suivant. De là vient que l'initiale inférieure -est toujours affirmative, quoique le caractère soit négatif; - -10º Comme les lettres répondent à des nombres affirmatifs, la -différence entre deux caractères, dont l'un est négatif, est toujours -censée affirmative, quoique la valeur du caractère négatif soit la -plus grande; - -11º Lorsque le caractère à gauche est zéro, il faut ajouter la valeur -du caractère qui précède le zéro. - -Tout cela était assez ingénieux, mais l'accumulation de ces lois rend -un pareil chiffre d'un usage bien peu commode. Il y a de la bizarrerie -dans la détermination de la valeur des lettres alphabétiques; et la -multiplicité des règles, jointe aux divers usages d'un même signe, -donnerait certainement lieu dans la pratique à bien des fautes -d'inadvertance. - -Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manière emphatique; il -n'est guère de chiffre dont on ne puisse venir à bout, dès que l'on en -connaît la langue et que les mots sont distingués; à plus forte raison -laissent-ils échapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin -d'éviter le retour des mêmes signes pour exprimer la même lettre. Le -chiffre du professeur allemand roulait sur des valeurs numéraires; il -ne devait donc y entrer aucun chiffre arabe, ou du moins ceux-ci ne -devaient pas y conserver leur valeur connue. - -Donnons maintenant un exemple de la façon dont se présentait le -chiffre en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait -déguisée au moyen de sa méthode signifie dans une traduction mot à -mot et interlinéaire: «La orientale science, au lieu des lettres, avec -nombres et caractères, d'écrire.» - -_Die orientalische Wissenschaft, anstatt der Buchstaben, mit Zahl und -Caractern zu schreiben._ - -[Illustration: Planche de signes.] - -[Note 5: Voir la planche IX, à la fin du volume de l'Histoire de -l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.] - -Il n'a jamais été fait usage de ce chiffre, et il est demeuré dans le -domaine des théories imaginées à plaisir. En le perfectionnant, en -évitant les erreurs qu'avait commises Hermann et qui mirent -l'interprète sur la voie de sa découverte, on pourrait encore obtenir, -sinon un chiffre radicalement inexpugnable (le mot _impossible_ ne -doit pas être admis en cryptographie), du moins on en aurait un qui -présenterait les difficultés les plus formidables; mais une pareille -méthode resterait toujours un simple objet de curiosité, car elle -serait trop compliquée pour que la diplomatie en fît usage. - - -§ XVIII. - - De l'emploi des notes de musique. - -Ce système de cryptographie repose sur le même principe que celui -dont la description se trouve dans la IXe section de ce chapitre. Vous -décrivez sur un carré de carton un cadran divisé en vingt-quatre -parties égales, et dans chacune d'elles vous transcrivez une des -lettres de l'alphabet. Un autre cadran mobile, sur un point central et -concentrique au premier, est divisé de même en un pareil nombre de -parties égales. Il est réglé circulairement, comme un papier de -musique. Vous marquez, dans chacune de ces divisions, des notes du -musique différentes les unes des autres. Vous n'oublierez pas de -tracer les trois clefs de la musique dans l'intérieur du cadran, et -autour de ses divisions les divers chiffres dont les compositeurs font -usage pour exprimer les divers temps ou mesures. - -Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extérieur, de -manière qu'elle se trouve vis-à-vis de celle du cadran intérieur: -chaque lettre du premier cadran répond à une note placée sur le -second. - -Prenez ensuite une feuille de papier réglé tel que celui dont on fait -usage pour noter la musique; et, après avoir disposé vos deux cadrans, -placez, en tête de la première ligne de votre dépêche, celle des trois -clefs qui correspond aux mesures indiquées; ceci sert de règle à votre -correspondant, afin qu'il dispose de la même façon, avant -d'entreprendre le déchiffrement, le cadran qu'il a devant lui. -Transcrivez sur le papier réglé la note qui, sur le cadran intérieur, -répond aux lettres dont sont composés les mots de l'avis qu'il s'agit -de transmettre. Votre correspondant, instruit, par la clef de la -musique et par le chiffre qui désigne la mesure, de l'arrangement -qu'il doit donner à ses cadrans, substituera, en place de chaque note, -la consonne ou voyelle qui lui correspond. - -En changeant de clef à plusieurs reprises, on rend le déchiffrement -plus difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran -cryptographique. Changer de clef, c'est disposer le cadran de façon -qu'une des trois clefs de la musique réponde à un temps ou mouvement -différent; ce qui peut s'effectuer à plusieurs reprises dans la même -lettre et ce qu'on indique de la manière ci-dessus signalée. - - - - -CHAPITRE IV. - -DES DIVERSES SORTES D'ÉCRITURE ET DES DIFFÉRENTS LANGAGES DE -CONVENTION QUI SE RATTACHENT À LA CORRESPONDANCE OCCULTE. - - -§ Ier. - - Okygraphie. - -M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique à la -préfecture de la Seine, a proposé une écriture chiffrée de son -invention, dans un livre intitulé: - -_Okygraphie, ou l'art de fixer par écrit tous les sons de la parole -avec autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche -les exprime. Nouvelle méthode applicable à tous les idiomes, -présentant des moyens aussi vastes, aussi sûrs que nouveaux -d'entretenir une correspondance secrète dont les chiffres seront -absolument indéchiffrables._ Paris, 1802, _in_-12. - -Les signes qu'emploie cette méthode sont beaucoup plus simples que -ceux de l'alphabet ordinaire. Ils se réduisent à trois: _i_, _c_, -[Signe]. On les écrit sur du papier réglé dans le genre de celui qui -sert à la musique, mais avec la différence que les lignes rangées à -côté les unes des autres sont au nombre de quatre seulement. Les trois -signes indiquent leur signification, de même que les notes de musique, -d'après la position qui leur est assignée sur les lignes, et, pour -chaque signe, cette position peut se combiner de huit manières -différentes. On obtient ainsi les vingt-quatre lettres de l'alphabet, -qu'on simplifie d'ailleurs en écrivant les mots tels qu'ils se -prononcent. - -En combinant les signes de l'Okygraphie, en se mettant d'accord à -l'avance sur le sens qu'il faut attacher à chacun d'eux placé de telle -ou telle manière, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers -stratagèmes bien connus des cryptographes, on peut arriver sans peine -à former un chiffre dont le mystère restera complétement impénétrable. -M. Blanc donne, par exemple, huit alphabets divers qu'il a formés -selon sa méthode, laquelle est susceptible d'en fournir une quantité -infinie. - -L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires -étrangères, fut appelée sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour -la correspondance secrète des ambassades; M. Blanc nous fait savoir -qu'il reçut une lettre très-flatteuse signée de Son Excellence; cette -lettre rendait justice au mérite de l'Okygraphie, mais elle ajoutait -que, dans les bureaux et dans les légations, on était habitué, de -longue date, à des méthodes qui paraissaient satisfaisantes, et qu'il -n'y avait guère moyen d'y introduire l'emploi de procédés tout -nouveaux. - - -§ II. - - Pasigraphie. - -Ce mot se compose de deux mots grecs, [Grec: pasi], _à tous_, [Grec: -graphô], _j'écris_. Écrire même à ceux dont on ignore la langue, au -moyen d'une écriture qui soit l'image de la pensée que chacun rend par -différentes syllabes, c'est ce qu'on nomme _Pasigraphie_. - -Deux personnes, appartenant à deux pays différents et à deux langues -différentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent à le -pasigraphier; dès lors, ce que l'une écrit dans sa langue, l'autre -l'entend dans la sienne. Adaptez cette méthode à plusieurs langues, le -même écrit, le même imprimé sera lu en autant de langues, comme les -chiffres de l'arithmétique, les signes de la chimie et les notes de la -musique sont également intelligibles pour tout le monde, de Cadix à -Stockholm, de Boston à Calcutta. - -M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occupés de -Pasigraphie; dans le procédé qu'il emploie, il fait usage de douze -caractères; nous les reproduisons ici: - - [Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.]. - -Il serait très-long et d'un faible intérêt d'expliquer ici comment, -grâce à l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de créer une -écriture universelle qui serait entendue de tous les peuples. M. de -Maimieux exprime lui-même en ces termes l'idée qui sert de base à sa -méthode. - -«Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de -substituer le signe de la place des mots aux syllabes dont toutes les -langues composent leurs mots. Ces syllabes diffèrent d'un idiome à -l'autre, par l'effet de conventions locales qu'un étranger ne peut -connaître qu'après beaucoup d'études et un long usage. Chaque mot -présente des particularités qu'il faut savoir pour bien posséder une -langue, soumise, d'ailleurs, à des règles très-nombreuses, peu fixes, -souvent contradictoires et noyées dans un océan d'exceptions. La place -du mot pasigraphié demeurant la même pour tous les peuples, ceux-ci -s'entendent facilement, puisque les signes de la place du mot, devenus -le corps du mot, restent les mêmes, de quelques lettres que soit formé -le mot placé dans la ligne, si d'ailleurs la méthode est réduite à -douze signes qui n'éprouvent aucune exception.» - -Les signes de la Pasigraphie peuvent être employés dans l'écriture en -chiffres. Parmi les écrivains qui se sont occupés du problème de la -langue universelle, les uns, comme M. de Maimieux, ne font usage que -d'un petit nombre de caractères; d'autres (Becker, notamment, dans sa -_Notitia linguæ universalis_) ont recours à une foule de signes qui -rappellent un peu les notes tironiennes et qui se composent de lignes -droites ou courbes, combinées de diverses manières et de façon que -chaque signe exprime un mot et une idée. L'emploi d'un pareil système -serait évidemment entouré de difficultés multipliées; l'application à -la Cryptographie de signes aussi peu connus n'offrirait que de bien -minces avantages; aussi, dans la pratique, n'a-t-on jamais songé à y -recourir. - - -§ III. - - Hiéroglyphes. - -Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquité fit -usage, afin d'énoncer des préceptes, des leçons, des faits qui -demeuraient lettre close pour le vulgaire et dont l'érudition moderne -s'efforce de retrouver la clef perdue depuis bien des siècles. - -Parmi les différents systèmes d'écriture mis en usage dans le but -d'exprimer ces idées qui restaient un mystère pour les non initiés, -les fameux hiéroglyphes de l'ancienne Égypte tiennent le premier rang. - -Diodore de Sicile, au livre III de sa _Bibliothèque historique_, parle -des caractères hiéroglyphiques employés par les Égyptiens. Après avoir -dit que ces caractères offrent à nos yeux des animaux de tout genre, -des parties du corps humain, des ustensiles, des instruments, -principalement ceux dont font usage les artisans, il expose dans les -termes suivants les motifs qui leur ont fait donner ces formes: «Ce -n'est point, en effet, par l'assemblage des syllabes que chez eux -l'écriture exprime le discours, mais c'est au moyen de la figure des -objets retracés et par une interprétation métaphorique basée sur -l'exercice de la mémoire.» - -Le témoignage de cet historien grec est confirmé par celui d'un -historien latin: Ammien Marcellin constate que, «chez les anciens -Égyptiens, chaque lettre représentait un mot et quelquefois même une -phrase entière.» - -Vers la fin du second siècle, saint Clément d'Alexandrie, parlant des -voiles mystérieux dont on s'est plu souvent à entourer la science pour -n'en permettre l'abord qu'aux initiés, observe qu'on ne pouvait -atteindre que par des degrés successifs le terme le plus élevé de -l'instruction, qui était la science des hiéroglyphes. - -Trois sortes d'écritures ont été connues des anciens Égyptiens. Les -hiéroglyphes, qui représentent fidèlement des objets de la nature et -des produits de l'art, ont été regardés comme symboliques; Champollion -a fini par ne plus voir, dans ces signes, que des caractères -idéographiques; et, sans entrer ici dans une discussion qui aurait le -double tort d'être très-longue et de nous éloigner beaucoup du sujet -que nous avons en vue, nous ferons remarquer que, quel que soit -l'éclat des ingénieuses découvertes du savant illustre que nous venons -de nommer, les théories qu'il a formulées soulèvent encore, hors de la -France surtout, de vives objections de la part d'érudits fort -distingués. - -L'écriture _hiératique_ ou sacerdotale est regardée comme une -tachygraphie des hiéroglyphes, et les signes vulgaires ou -_démotiques_, comme une abréviation des hiératiques. - -La fameuse inscription de Thèbes, la seule dont l'explication soit -parvenue jusqu'à nous, exprimait, par les hiéroglyphes d'un enfant, -d'un vieillard, d'un vautour, d'un poisson, d'un hippopotame, la -sentence suivante: «Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que -l'Éternel déteste l'impureté.» - -Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frère du célèbre -créateur des études égyptiennes, résume les notions les plus -généralement reçues au sujet des hiéroglyphes: «L'écriture -hiéroglyphique, proprement dite, se compose de signes représentant des -objets du monde physique, animaux, plantes, arbres, figures de -géométrie, etc.; le tracé est parfois simplement linéaire; quelquefois -il est entièrement terminé et même colorié. Le nombre de ces signes -est d'environ huit cents. - -«L'écriture hiératique est une véritable _tachygraphie_ de la -précédente. Comme les signes hiéroglyphiques ne pouvaient être -convenablement tracés que par des personnes exercées dans l'art du -dessin, on créa un système d'écriture abrégée dont les signes étaient -d'une exécution facile, système qui n'eut d'ailleurs rien -d'arbitraire. Chaque signe hiératique fut un abrégé du signe -hiéroglyphique; au lieu de la figure entière du lion couché, par -exemple, on traça l'esquisse d'une partie de son corps, et cet abrégé -du lion conserva, dans l'écriture, la même valeur que la figure -entière.» - -Dans des pays très-éloignés des rives du Nil, on trouve une écriture -hiéroglyphique, qui offre, à certains égards, des analogies -remarquables avec les procédés des Égyptiens. Les Mexicains, avant la -conquête des Espagnols, avaient également recours à des figures -d'hommes, d'animaux, etc., pour énoncer leurs idées. - -Les noms des villes de Meacuilxochitl, Quauhtinchan et Tchuilojocan -signifient _cinq fleurs_, _maison de l'aigle_ et _lieu des miroirs_. -Pour indiquer ces trois villes, on peignait une fleur placée sur cinq -points, une maison de laquelle sortait la tête d'un aigle, et un -miroir d'obsidienne. - -Divers manuscrits hiéroglyphiques mexicains ont échappé à la -destruction, et ils figurent parmi les objets les plus précieux que -possèdent les grandes bibliothèques de l'Europe. M. de Humboldt en a -copié quelques pages dans son bel ouvrage intitulé: _Vue des -Cordillères_ (Paris, 1819, 2 vol. in-8º). Une magnifique publication -spéciale, faite aux frais d'un riche Anglais, a reproduit tout ce qui -subsiste en ce genre. Voir les _Antiquities of Mexico comprising -fac-similes of ancient mexican paintings and hieroglyphics, by lord -Kingsborough_ (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet ouvrage a coûté à -son auteur plus de 25,000 livres sterling (un million). Il en est -rendu compte dans le _Bulletin des Sciences historiques_, publié par -M. de Férussac, t. XVII, p. 63, et dans la _Revue encyclopédique_, t. -XLIX, p. 148. - -Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours -à pareilles images. - -Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées -_Sagkokok_, qui représentaient, par des caractères symboliques, les -événements qui s'étaient accomplis dans l'espace de soixante ans; -c'étaient de grandes roues divisées en soixante rayons ou en autant de -parties égales. Lederer (_Journal des Savants_, 1681, p. 75) rapporte -avoir vu dans le village de Pommacomck un de ces cycles -hiéroglyphiques, dans lequel l'époque de l'arrivée des blancs sur les -côtes de la Virginie était marquée par la figure d'un cygne vomissant -du feu, pour indiquer à la fois la valeur des Européens, leur arrivée -par eau et le mal que leurs armes à feu avaient fait aux hommes -rouges. - - -§ IV. - - Langage au moyen des gestes. - -Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une -des branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de -faire connaître ses idées d'une manière qui échappe aux personnes qui -ne sont pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet -art. Un écrivain grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité, -intitulé: _De numerorum notatione per gestum digitorum_ (Paris, 1614, -in-8º); cet opuscule est devenu très-rare, mais il a été réimprimé -dans des recueils publiés par Possin et par Fabricius, et plus -récemment dans les _Eclogæ physicæ_ de Schneider. Les Romains -portèrent au plus haut degré les ressources de la pantomime, et l'on -trouve, chez Pétrone, l'expression de _manus loquaces_. - -Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que -l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église, -écrivit un traité _De loquela per gestum digitorum_, traité qui est -compris dans le volumineux recueil de ses oeuvres[6]. - -[Note 6: Tome 1er de l'édition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio. Bède -s'appuie sur l'autorité de Plutarque, de Pline, d'Apulée, de Juvénal, -pour prouver que l'art dont il s'occupe d'énoncer les règles était -connu des anciens.] - -Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge -fit _quinault l'Angloys qui arguoyt par signes_. - -D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la _Société -philosophique de l'Amérique du Nord_, il se rencontre, parmi les -nombreuses tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des -individus qui savent tirer un parti admirable des ressources de la -pantomime pour exprimer leurs idées. Malgré la diversité des langues -en usage chez ces peuplades belliqueuses, ils n'ont jamais besoin -d'interprètes, et ils réussissent toujours à se faire comprendre sans -avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes, exécutés d'après un -système universellement adopté, sont pleins d'énergie, de netteté et -d'à-propos. - -Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du -langage manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons -de mentionner un alphabet qu'on peut appeler _alphabet facial_. - -M. Bertin, dans son _Système universel et complet de sténographie_ -(Paris, an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après -lequel la position des doigts sur le visage sert à transmettre tout -ce qu'on veut faire savoir. Il laisse de côté les voyelles isolées _o_ -et _u_, et il exprime par un même signe les lettres telles que _g_ et -_j_, _q_ et _k_, qui donnent des sons à peu près identiques. - - _Lettres_. _Traits physionomiques_. - - b Doigt placé diagonalement sous l'oeil droit et en - regard du nez. - - d » sur le coin droit de la bouche. - - FV » sur le coin gauche. - - GJ » sur la joue gauche. - - h » au sommet de la tête. - - KQ » sur la lèvre supérieure. - - l » placé diagonalement sur l'oeil gauche. - - m » sur la bouche. - - n » sur la lèvre inférieure. - - p » sur la fossette du menton. - - r Bouche ouverte. - - s Doigt couché horizontalement sur l'intervalle des - lèvres. - - t » sur le nez. - - x » au cou. - - y » à l'intervalle des sourcils. - - on » au front. - - ou » perpendiculairement sous l'oreille droite. - - oui Doigt horizontalement près de l'oreille gauche. - - au » à l'aile droite du nez. - - eu » au sourcil droit. - - ai » à l'aile gauche du nez. - - a » au sourcil gauche. - - i » à la tempe droite. - - e » à la tempe gauche. - - le, la, les, » placé verticalement devant la figure. - - _nom d'homme_, main ouverte. - - _fin de mot_, doigt fermé. - - _fin de phrase_, main fermée. - - _numération sténographique_, emploi du pouce au - lieu du doigt. - -On emploie deux doigts à la fois pour exprimer une lettre qui se -répète. - -Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois, -en ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la -seconde. - -Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il -dit un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en -les élevant ou les plaquant sur la bouche ou sur l'un des yeux.» - - -§ V. - - Langage des fleurs. - -C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des -fleurs a pris naissance; il fait partie des moeurs orientales. «Les -Chinois, dit un écrivain ingénieux, ont un alphabet composé -entièrement avec des plantes et des racines; on lit encore sur les -rochers de l'Égypte les anciennes conquêtes de ces peuples exprimées -avec des végétaux étrangers. Ce langage est donc aussi vieux que le -monde, mais il ne saurait vieillir, car chaque printemps en renouvelle -les caractères, et cependant la liberté de nos moeurs l'a relégué -parmi les amusements des harems. Les belles odalisques s'en servent -souvent pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs charmes; -une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre à un -jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique, -veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui -renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose -à ses projets, mais une tulipe au coeur noir et aux pétales enflammés -lui donne l'assurance que ses désirs sont compris et partagés; cette -ingénieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dévoiler un -secret, répand tout à coup la vie, le mouvement et l'intérêt dans ces -tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui.» - -Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche, -elle indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité. - -Un oeillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés -d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au -moral. - -L'étoilée exprime l'idée de père ou de mère; si la fleur est rouge, -les parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils sont -rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie. - -Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs: - - oreille-d'ours, soeur ou frère. - pensée, veuf ou veuve. - renoncule, soldat. - camomille, médecin. - tubéreuse, supérieur. - fleur d'oranger, richesse. - violette, patrie. - amarante, jour. - pavot, nuit. - cresson, promenade. - jasmin d'Espagne, visite. - marguerite, demande. - pied-d'alouette, voyage. - jasmin, jardin. - myrte, épouser. - romarin, pleurer, s'affliger. - anémone, se réjouir. - basilic, pleurer, s'affliger. - menthe, craindre. - muguet, innocent, bon. - lierre, éternel. - giroflée rouge, aujourd'hui. - » blanche, demain, l'avenir. - » violette, hier, jadis, le passé. - narcisse, je, moi. - ortie, fidèle. - géranium, navire, voyage par mer. - primevère, la mort. - -D'après les règles de cette langue ingénieuse, lorsqu'un jeune -habitant de Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce -message: - -«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans -le jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime, -belle jeune fille, et qui veut t'épouser.» - -Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse, -jasmin d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche, -tournesol, jasmin, marjolaine, oreille-d'ours, oeillet d'un brun -sombre, chèvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte. - -Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée aux -diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer, -nous nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un -manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en -reproduisons fidèlement le style suranné: - - giroflée rouge, beaulté. - giroflée blanche, amour chaste. - marjolaine grosse, mensonge. - marjolaine menue, bonté. - thym, persévérance. - thym coupé, vous parviendrez. - fleur de thym, à vous me donne. - laitue, bonnes nouvelles. - lys, foi. - rose blanche, j'ay bon vouloir. - bouton de rose blanche, je vous ayme. - rose rouge, largesse. - bouton de rose rouge, angoisse. - rose musquette, je vous refuse. - rose de province, soyez secret. - rose doublée de rose occasion. - musquette, - rosmarin, congé. - rosmarin coppé au boult, amour sans fin. - violette jaune, contentement. - violette de mars blanche, bon espoir. - violette de mars bleue, douleur. - violette d'oultremer, patience. - violette d'hiver, temps perdu. - ortie, trahison. - chanvre, défiance. - genêt, adresse. - fleur de genêt, pour amour j'endure. - buglosse, légèreté. - bourache, reproche. - lavandre, travers. - saulge grosse, entreprise. - saulge menue, chasteté. - ysope, amertume. - liere, ingratitude. - piment, douleur. - pavost, prison. - -Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique -ou sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du -langage des fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie, -en faisant remarquer toutefois que plusieurs de ces significations -sont très-contestables. - - abandon, anémone. - absence, absinthe. - agitation, sainfoin-oscillant. - aigreur, épine-vinette. - amabilité, jasmin blanc. - amertume, douleur, aloès. - amitié, lierre. - amour, myrte. - amour conjugal, tilleul. - amour maternel, mousse. - audace, mélèze. - austérité, chardon. - beauté capricieuse, rose musquée. - bienfaisance, pomme de terre. - bienveillance, jacinthe. - consolation, perce-neige. - constance, pyramidale bleue. - courage, peuplier noir. - cruauté, ortie. - dédain, oeillet jaune. - délicatesse, bluet. - désespoir, soucis et cyprès. - désir, jonquille. - docilité, jonc des champs. - élégance, acacia rose. - fécondité, rose trémière. - félicité, centaurée. - fierté, amaryllis. - franchise, osier. - frugalité, chicorée. - générosité, oranger. - gentillesse, rose pompon. - haine, basilic. - honte, pivoine. - immortalité, amarante. - indépendance, prunier sauvage. - injustice, houblon. - jeunesse, lilas blanc. - naïveté, argentine. - noirceur, ébénier. - prospérité, hêtre. - prudence, cormier. - puissance, impériale. - pureté, épi de la Vierge. - reconnaissance, agrimoine. - sagesse, mûrier blanc. - silence, rose blanche. - simplicité, fougère. - sommeil du coeur, pavot blanc. - temps, peuplier blanc. - tranquillité, alysse des rochers. - vérité, morelle douce-amère. - vice, ivraie. - volupté, tubéreuse. - - -§ VI. - - Des alphabets factices. - -Vigenère, dans son _Traité des chiffres_, Duret, dans son _Trésor des -langues_, et divers autres anciens auteurs ont donné des modèles -d'alphabets attribués à divers personnages célèbres de l'antiquité la -plus reculée; M. Nodier s'exprime à cet égard de la façon suivante: - -«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne -sont pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là -qu'ils annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement -qu'ils remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le -secret d'une des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce -qui donne du prix aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent, -c'est qu'on ne les a jamais reproduits depuis que l'on a fait de la -grammaire positive, parce qu'ils n'appartiennent à aucune langue dont -il soit resté des traditions. Comme débris d'une langue de convention -qui a existé, dont nous avons perdu la clef et qui ne le cédait -peut-être en rien aux langues caractéristiques de Dalgarno, de Wilkins -et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre intelligence avec -un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.» - -Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces -caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet -hébreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune -authenticité. L'alphabet d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon -sont de pure invention, tout comme celui dont un magicien célèbre, -Honorius le Thébain, se servit, dit-on, pour écrire ses livres de -sorcellerie. Vigenère a conservé les lettres sous lesquelles cet -insigne sorcier (qui n'a jamais existé) dissimulait les arcanes les -plus profonds de la nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire -ces signes étranges, auxquels quelques anciens auteurs conseillent de -recourir pour chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien -longtemps. - -On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les -recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à -plaisir et qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles -et comme renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons -pas sur ce sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous -transcrirons seulement comme échantillon une phrase prise dans un -livre de sortiléges et qui restera sans doute toujours inintelligible: - -«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton -aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.» - - - - -CHAPITRE V. - -DU RÔLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTÉRATURE. - - -§ Ier. - - Artifices imaginés pour déguiser des dates. - -Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont -employés quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une -forme énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits -qu'ils transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des -manuscrits français de la Bibliothèque impériale de Paris. - - Ce livre fut tout parfait - Eu jueillet, comme trouverez: - Pour le savoir dimynuerez - Ces diverses lignes par trait. - Vous prandrez la teste d'un moyne, - De deux cordeliers, d'un chanoyne; - Et puis un () party en dux. - Vous lairrez la teste Jhesus, - Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob, - Et prendrez un X à cop. - Puis adjoustez en ceste ryme - Ung [Gl.] prince en algorithme: - Si congnoistrez qu'il fut parfait - Le XXIIIe jueillet. - -On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des -lettres ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former -par leur réunion l'année de l'achèvement de sa transcription. Il s'est -plu à présenter cette indication d'une manière énigmatique par un jeu -assez goûté de son temps. - -La tête d'un _Moyne_, (M) mille. - -Y ajouter celles de deux _Cordeliers_ et d'un _Chanoine_, (CCC) trois -cents. - -Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents. - -Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct -Jacques et de Jacob (4 à soustraire). - -Prendre ensuite un X (10). - -La difficulté consiste à savoir ce que signifie _ung N prise en -algorithme_. Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la -rime, est _algorisme_, _algorismus_, que le dictionnaire de Du Cange -explique par _arithmetica_, _numerandi ars_. La lettre qu'il s'agit de -considérer numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin -le rôle d'un chiffre. D'après la forme que lui donne le manuscrit, on -voit qu'elle joue, peut se décomposer en un V et un I, ce qui donne en -chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces différents -nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en retranchant 4, on trouve -1512. - -Une date semblable, composée par le chanoine Charles de Bovelle, est -citée dans la Notice de M. du Sommerard _sur l'hôtel de Cluny_. - - D'un mouton et de cinq chevaux M. CCCCC - Toutes les têtes prendrez, - Et à icelles sans nuls travaux - La queue d'un veau vous joindrez, V - Et au bout adjouterez - Tous les quatre pieds d'une chatte: IIII - Rassemblez, et vous apprendrez - L'an de ma façon et ma date. - ----------------- - M. CCCCC. V. IIII - (1509) - -Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive -des copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques -volumes imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du -même genre; mentionnons-en deux exemples: - -Le _Doctrinal du temps présent_, de Pierre Michault, imprimé à Bruges, -par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur: - - Un treppier et quatre croissans - Par six croix auec sy nains faire. - Vous feront estre congnoissans, - Sans faillir, de mon miliaire. - -Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III. - -Un petit volume très-rare, le _Passe-temps et le Songe du triste_, -publié à Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour: - - L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier. - -Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche: -XXX. CCCCC. M. - - -§ II. - - Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser leurs - noms. - -Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser -leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme -plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte. - -Le _Formulaire fort récréatif de tous contratz_... fait par Bredin, -Lyon, 1594. - -Les mots _Bonté ny soit_, sont en guise de signature à la fin de -l'avis au lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de -l'auteur: _Benoist (du) Troncy_. - -Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont -vivement recherchées des bibliophiles (les _Propos rustiques_ et les -_Baliverneries d'Eutrapel_), cacha son nom sous l'anagramme de _Léon -Ladulfi_; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II, -donna ses écrits sous la signature du _comte d'Alsinois_. Le chevalier -de Cailly, dont les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie -_Collection des petits classiques françois_ (1825, 9 vol. in-16), -n'eut guère l'intention de se dérober sérieusement aux regards du -public lorsqu'il se présenta sous le nom d'_Aceilly_. - -Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons -Ancillon, signant du nom de _Ollincan_ son _Traité des eunuques_; nous -mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne déguise guère -la paternité de ses pesants commentaires sur Tacite, en les donnant -comme l'oeuvre du sieur _de La Mothes Josseval d'Aronsel_; nous -retrouverions dans Philippe Alcripe, sieur de Neri, auteur d'un -recueil facétieux devenu rare (la _Nouvelle Fabrique des excellens -traits de vérité_), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous -ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du _Gargantua_ et du -_Pantagruel_, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui -d'_Alcofribas Nasier_. - -Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des -membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une -mode qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se -douterait qu'_Euforbo Melesigenio_ désigne Calazo; c'est sous le nom -d'_Eritisco Pilenejo_ que Pagnini livra aux presses élégantes de -Bodoni sa traduction d'Anacréon. - -Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire, -Caron, auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des -bibliomanes, s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de -la disposition rétrograde des mots. Il donna un de ses écrits comme -l'oeuvre du bonze _Esiab-luc_ et comme ayant été imprimé à -_Emeluogna_. - -Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et -obscur dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause -des figures sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le -secret de son coeur dans une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la -suite les unes des autres, les lettres initiales de chacun des -chapitres de cet ouvrage: - -POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT. - -L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la tête à -Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est également -servi d'un acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des stances -placées au commencement du premier volume et dont voici -l'interprétation: _Luis Hurtado, autor, al lector da salud._ - -Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le _Messagier damours_, -révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de -l'auteur, Pilvelin. - - -§ III. - - De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la Cryptographie. - -Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie, -afin de dérober aux profanes le sens de certains passages de leurs -écrits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystère; nous -pouvons en citer plusieurs exemples. - -Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve -qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de -Lasphrise, a placé, dans ses _Oeuvres poétiques_ (Paris, 1599), une -tirade assez libre qu'il ne nous convient pas de transcrire en entier -et dont voici le début: - -_Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne_ - -_Tois enud elliv gruob uo egalliv._ - -Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que -chaque mot doit être lu de droite à gauche. - -«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc. - -Nous trouvons, dans le même volume, un sonnet en langue inconnue; il -commence ainsi: - - Cerdis zerom deronty toulpinié - Pareis hurlin linor orifieux. - -Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques -aux heureux désoeuvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à -l'étude des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de -jugement pour apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant -un pareil emploi des facultés intellectuelles. - -Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le -nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En -feuilletant l'édition de ses _Poemata_ (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8º), -nous avons remarqué que l'épigramme 276 du Ier livre (tom. I, p. 577), -_in meretricem lascivam_, est en partie chiffrée; - -Le second vers est exprimé sous cette forme: - - Conserui et dxoop nfouxmb delituit. - -et le dernier: - - Expecta nondum, Lucia, efgxuxk. - -La _Biographie universelle_, dans l'article consacré au trop célèbre -marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet -écrivain qui poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un -volumineux journal de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande -partie, en chiffres dont il avait seul la clef. - -Nous rencontrons deux ou trois pages _chiffrées_ dans une composition -spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les -plus féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la -_Physiologie du mariage_, par M. de Balzac; cherchez dans la -Méditation XXV le paragraphe intitulé: _des Religions et de la -Confession considérées dans leur rapport avec le mariage_, vous y -lirez ce qui suit: - -«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que -la dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.» - -«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet: - -«Lsuotru e-ne_d_tnim dbreaus jive_c_ udnt let_t_ em_r_nu eaCmetss -esosi ost pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeus_g_ -ienqseuedro_t_e_a_pt...» - -Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue -citation, et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à -trouver la clef du système cryptographique inventé par le joyeux -physiologiste. Quelques-uns des nombreux lecteurs de la _Physiologie -du mariage_ ont sans doute été plus intrépides et plus heureux que -nous. - -Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre de -celles que nous signalons ici. - -Les _Oeuvres poétiques_ du sieur de La Charnais, gentilhomme -nivernois, renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages, -donne la clef. Cette table est gravée à l'envers, en sorte que, pour -la lire, il faut avoir recours à un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu -le soin de donner dans sa préface cette explication à ses lecteurs. -C'est une singularité dont il serait sans doute difficile de trouver -d'autres exemples. - -Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et -d'originalité[7], a, dans un de ses récits, le _Scarabée d'or_ (_the -Gold-Bug_), raconté comment un homme, doué d'une intelligence -pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor -considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la -Louisiane, trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres -sur un vieux morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux -habitués à voir juste et loin. Voici quelle était la première ligne de -cet écrit: - - 53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 + - 8 § 60 [Gl.] 85; 1 + (;1. + * 8) - -[Note 7: Consultez une notice intéressante insérée dans la _Revue des -Deux-Mondes_, octobre 1846. - -«Autant de récits, autant d'énigmes sous diverses formes et avec des -costumes divers. Poésie, invention, effets de style, enchaînement du -drame, tout est subordonné à une bizarre préoccupation qui semble ne -connaître qu'une faculté inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une -muse, la logique. L'auteur s'occupe de juger, de classer les -probabilités; et il emploie pour ceci cet instinct, cette sagacité -particulière à l'homme, plus ou moins sûre chez l'un que chez l'autre, -et qui varie de puissance comme de but, suivant les aptitudes et le -métier de chacun.»] - -En examinant quels étaient les signes qui revenaient le plus souvent -et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant que le -caractère 8 se présentait 33 fois, - - ; 26 fois, - 4 19 fois, - +) 16 fois; - -en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus -dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des -juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut -pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages -de M. Poë comment s'accomplit ce tour de force. - - - - -CHAPITRE VI. - -DES LIVRES À CLEF. - - -Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans -lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre -artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu -sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait -sous ses yeux. - -Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la -religion et la décence, forment presque toujours la catégorie où -rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns. - -Les _Princesses malabares_: ce livre irréligieux, attribué à -Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse -indication d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici -une partie: - -_Mison_ (Simon), saint Pierre; _Tuotalic_, catholique; _Rasoni_, -raison; _Roligine_, Religion; _Ema_, âme; _Chéterine_, chrétienne; -_Gélise_, église; _Vaddi_, David, etc. On voit que l'auteur a eu -recours au plus vulgaire et au plus facile de tous les moyens de -déguisement, à l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque -les éléments du mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de -les chercher. À côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons: - -Les _Aventures de Pomponius_ (par Labadie), _Rome_ (Hollande), 1725. -Ce récit allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans) et -ses favoris, présente aussi des noms cachés sous le voile de -l'anagramme: _Relosan_, Orléans; _Lauges_, Gaules; _Cilopang_, -Polignac; _Judosb_, Dubois; _Nedoc_, Condé; _Xeamu_, Meaux. - -Dans les _Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de -la vertueuse princesse Oribelle_, par Rétif de la Bretonne, tous les -noms sont travestis: Rousseau devient _Assuero_, et Voltaire -_Iratlove_. - -N'oublions pas les _Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone_ -(par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit -nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis -XV; M. Nodier l'a reproduite dans ses _Mélanges extraits d'une petite -bibliothèque_, où il a également placé la clef d'une _nouvelle_ de -Brémond qui met en scène, sous des noms déguisés, le roi d'Angleterre -Charles II et ses favorites: _Hattigé, ou les Amours du roi de -Tamaran_, Cologne, 1676. - -Les _Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans_, présentent un mystère -qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme -d'elle-même: Louis XV, roi des Français. - -Indiquons encore: - -Les _Visites_, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8. - -_Voyage du Vallon tranquille_ (par Charpentier), réimprimé en 1796 -avec des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry. - -_Histoire de la princesse de Paphlagonie_, par mademoiselle de -Montpensier. - -_Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique_, avec la -clef, par Chevrier, La Haye, 1767. - -_Galerie des États généraux_ (par Mirabeau, de Luchet, etc.). - -Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et -nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le _Cymbalum -mundi_, de Bonaventure Des Periers. - -M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de -«production bizarre et hardie, petit chef-d'oeuvre d'esprit et de -raillerie, modèle presque inimitable de style dans le genre familier -et badin, et l'un des plus précieux monuments de la charmante -littérature du seizième siècle.» - -Le _Grand Dictionnaire historique des Précieuses_, par Somaize, 1661, -n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe. - -Vogt, dans son _Catalogus librorum rariorum_, mentionne un recueil de -poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu. -Les noms y sont anagrammatisés; _Madaavemania_ est l'âme (_anima_) -d'Adam et d'Ève qui délivre Sirchtus (_Christus_); _Rifeluc_ est -Lucifer; _Moscos_ désigne _Cosmos_, le Monde, etc. - -Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi -laisserons-nous de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy, -intitulé les _Mille et une Faveurs_, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette -longue narration, les noms des personnages sont déguisés sous le voile -de l'anagramme, se présentant sous un aspect fort bizarre, tels que -Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic, Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso, -Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa, Tanitbadan, Veoldafitular; en les -décomposant on y trouve des mots très-propres à inspirer le plus -juste effroi au chaste lecteur. - - - - -CHAPITRE VII. - -DU DÉCHIFFREMENT. - - -Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture -d'une dépêche chiffrée qui a été interceptée. - -Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore -dans quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour -l'écrire, il a été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a -fait emploi de plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont -nombreuses et réparties avec intelligence; lorsque les mêmes -syllabes, les mêmes mots, les mêmes noms, se trouvent exprimés par des -signes différents; lorsque les mots sont écrits à la suite les uns des -autres sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés, non comme ils -devaient l'être selon les règles grammaticales, mais d'une façon -arbitraire qui déroute l'observateur. - -Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la -Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne -connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à -vouloir inventer des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les -combinaisons cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il -échouera dans toutes ses tentatives, quand il se verra en présence -d'un chiffre difficile. - -La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères -qui composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de -fois. Ceci fait, on examine leurs combinaisons; on tourne, on -retourne, on dispose de toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des -conjectures se présentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel -ou tel caractère à telle ou telle lettre. - -Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se -trouvent plus d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court, -si une même lettre est désignée par des caractères différents, les -difficultés deviennent de plus en plus sérieuses: - -Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à -S'Gravesand, un exemple relatif à un chiffre écrit en latin. - - A B C - ----- --- ---- - abcdefghikf:lmkgnekdgeihekf: - - D E F - ----- ----- ---- - bceeficlah fcgfg inebh fbhic eikf: - G H I K - -------- ----- ------ - fmfpimfhiabc qilcb eieacgbfbe bg - L M - ----- --- - pigbgrbkdghikf: smkhitefm. - -Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de ponctuation ne -font pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin de faciliter -l'explication: Ce chiffre donne: - - 14 f 3 d - 14 i 2 b - 12 b 2 n - 11 e 2 p - 10 g 1 o - 9 c 1 q - 8 h 1 r - 8 k 1 s - 5 m 1 t - 4 a - -Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une -fois. - -Je vois d'abord que _h i k f_ se trouvent en deux endroits (B, M); que -_i k f_ se trouvent en un seul (F); enfin, que _h e k f_ (C) et _h i k -f_ (B, M) ont du rapport entre eux. - -D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de -mots, ce qu'on indique par les deux points: - -Dans le latin, il est ordinaire de trouver des mots où des quatre -dernières lettres les seules antépénultièmes diffèrent; lesquelles, en -ce cas, sont habituellement des voyelles, comme dans _amant_, -_legunt_, _docent_, etc.; donc _i_, _e_ sont probablement des -voyelles. - -Puisque _f m f_ (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut -raisonnablement conjecturer que _m_ ou _f_ est voyelle, car un mot n'a -jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est -probable que c'est _f_ puisque _f_ se trouve quatorze fois et _m_ -seulement cinq; donc _m_ est consonne. - -De là allant à K ou _g b f b c b g_, on voit que, puisque _f_ est -voyelle, _b_ sera consonne dans le _b f b_, par les mêmes raisons que -ci-dessus; donc _c_ sera voyelle, à cause de _b c h_. - -Dans L ou _g b g r b_, _b_ est consonne; _r_ sera consonne, parce -qu'il n'y a qu'un _r_ dans tout l'écrit; donc _g_ est voyelle. - -Dans D ou _f c g f g_, il y aurait donc un mot ou une partie de mots -en cinq voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de mot -latin qui présente cette particularité; on se tromperait donc en -prenant _f c g_, pour voyelles; donc ce n'est pas _f_, mais _m_ qui -est voyelle, et _f_ consonne; donc _b_ est voyelle (voyez K). Dans cet -endroit K, on a la voyelle _b_ trois fois, séparée seulement par une -lettre; or on trouve dans le latin des mots où pareille circonstance -se rencontre, tels que _edere_, _legere_, _munere_, _si tibi_, etc., -et comme c'est la voyelle _e_ qui est le plus fréquemment dans ce cas, -il faut en conclure que _b_ correspond probablement à l'_e_, et _i_ à -_r_. - -En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase -chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le -chiffre que nous avons reproduit, doit se traduire de la manière -suivante: - -_Perdita sunt bona; Mindarus interiit: urbs strata humi est. Esuriunt -tot quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito._ - -Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les -premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils -laissent sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette -découverte conduit à celle des consonnes. La connaissance exacte des -principes généraux qui régissent l'orthographe des diverses langues -est le fil qu'il faut suivre dans ces opérations minutieuses. - -Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer -le déchiffrement d'un écrit en langue française. - -Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots, -désigne la voyelle _e_. - -Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois, -comme dans _désirée_, _fusée_, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le même -signe placé deux fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité que -ce signe représente l'_e_. La voyelle _e_, dans un mot de deux -lettres, est toujours précédée des consonnes _c d j l m n s t_ ou -suivie de celles _n t_. - -Indépendamment de l'interjection _o_, qui n'est guère employée dans -une dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui, -seules, forment un mot complet. Ces lettres sont _a_ et _y_. Si l'on -trouve un signe isolé dans le texte chiffré, il est à croire qu'il -correspond à une de ces deux lettres. - -Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle _a_, elle -précède d'ordinaire les lettres _h_, _i_, _u_, comme dans _ah ai au_, -ou bien elle est après les lettres _l_, _m_, _n_, _s_, _t_, comme dans -_la_, _ma_, _sa_, _ta_. - -Des diphthongues, _ai_, _au_, _eu_, _oi_, _ou_, la dernière est celle -qui revient le plus souvent, surtout dans les mots de quatre -syllabes. - -Lorsque la lettre _e_ est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se termine -d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, _r_ ou _s_. - -Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est -habituellement d'un _e_. - -Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes _b_, _f_, _g_, _h_, -_p_, _q_. - -Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de -peine au déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois -comme dans _été_, _ici_, _non_, _ses_. - -Supposons que vous avez découvert le monosyllabe _le_ et que vous ayez -un autre mot de trois lettres dont les premières sont _l_ et _e_, vous -jugerez que la troisième est un _s_, attendu qu'elle est la seule qui, -dans un mot de trois lettres, puisse aller après le monosyllabe _le_ -et former le mot _les_. Dès que vous serez parvenu à connaître ce mot -_les_, si vous trouvez un mot dont les deux premiers signes soient un -_e_ et un _s_, vous en conclurez que le troisième, qui vous est encore -inconnu, doit être la lettre _t_, et que ces trois signes expriment le -mot: _est_. - -Ayant découvert la lettre _s_, vous examinerez si elle ne se trouve -pas précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la -lettre _e_, que vous connaissez déjà. Alors ce sera nécessairement un -_a_ ou un _i_. Pour vous en assurer, voyez si, dans d'autres endroits, -ce dernier signe ne précède pas, dans un autre mot de deux lettres, la -lettre _l_; en ce cas, vous serez certain que c'est un _i_. Si, au -contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe suit la lettre -_l_, vous en conclurez qu'il désigne l'_a_. - -Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou -lettres, savoir les trois voyelles _a e i_, et les trois consonnes _l -s t_, elles vous conduiront à découvrir des mots composés d'un plus -grand nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot _lettre_, où -tout se trouvera connu, excepté la lettre _r_, lettre que dès ce -moment vous pourrez ajouter à celles que vous connaissez déjà. Le mot -_cette_, où tout sera connu excepté la lettre _c_, le mot _ville_ où -la lettre _v_ seule était encore un mystère, se révéleront d'une façon -analogue. - -Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous -trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont -les lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà -connues pour en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par -ce procédé, une clef qui servira à déchiffrer aisément toute la -dépêche. - -Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit -d'avoir en vue pour divers idiomes européens. - -En anglais, l'_e_ est la voyelle qui revient le plus fréquemment; -elle est assez souvent suivie d'un _a_ comme dans _earl_ (comte), -_great_, _reason_. L'_o_ est commun dans les mots formés de deux -lettres; il est maintes fois accompagné du _w_, comme dans _grow_, -_know_, _narrowly_. L'_y_ se rencontre souvent à la fin des mots et -presque jamais au milieu. L'article indéclinable _the_ (le, la, les) -reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve à la fin -des mots, sont _ll_ et _ss_. - -En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre -voyelles, _a_, _e_, _i_, _o_; l'_u_ est rare en pareil cas. _Che_ est -le plus fréquent des mots composés de trois lettres, et aucun d'eux, -si ce n'est _gli_, n'offre un _l_ pour lettre du milieu. - -La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que -_arrepentimiento_, _verdaderamente_. La voyelle _o_ est celle qui est -la plus fréquente; à la fin des mots, elle est souvent accompagnée de -l'_s_, comme dans _nosotros_, _votos_. Au milieu des mots, _u_ est -fréquemment suivi d'un _e_; _vuestro_, _ruego_. - -Passons à l'allemand. L'_e_ est la voyelle la plus usitée; elle se -présente fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils -finissent en _er_, _es_, _en_ ou _et_. L'_n_ est la consonne qui -revient le plus souvent; l'_a_ n'est jamais à la fin d'un mot composé -de trois lettres; la consonne _c_ est toujours liée au _h_ ou au _k_. -Il n'y a qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation -_o!_ On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en -_enn_, _wenn_ et _denn_. Presque tous les mots de quatre lettres -commencent par une consonne qu'accompagne une voyelle, exemples: -_bald_, _dein_, _doch_, _etwn_, _Hand_. - -C. A. Kortum, dans ses _Principes_ (en allemand) _de la science du -déchiffrement des écrits chiffrés en langue allemande_, donne à ce -sujet de très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici, -et il soumet aux règles qu'il expose deux dépêches chiffrées. - -La première ne présente que des lettres: - - Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu - Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu.... - -La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de -chiffres et les mots ne sont pas séparés: - -64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13...... - -En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à -découvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont -connues, elles sont d'un secours pour arriver à connaître les autres. - -Les règles pour le déchiffrement, telles qu'elles ont été exposées -par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins -d'abondance de certaines lettres dans les mots, et sur leur -rapprochement. Afin de dérouter les conjectures, il faut, lorsqu'on -chiffre des dépêches, écrire les mots sans aucune séparation, -entremêler des mots pris dans une langue avec d'autres mots empruntés -à un idiome différent et ne point se conformer scrupuleusement aux -règles de l'orthographe. - -En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois -d'avoir soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur -leur signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont -la non-valeur est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre -tous ses efforts infructueux. - -C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être -bornées à l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés dans -l'ordre habituel et orthographique des mots, que des personnes qui -croyaient avoir parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées -de voir que leur secret n'en était pas un. - -Voici un fait de ce genre. - -M. Decremps, auteur de la _Magie blanche dévoilée_, se vantait de -parvenir promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin -de l'éprouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes -qu'il avait écrites en caractères dont il avait fait choix. M. -Decremps, en étudiant le retour plus ou moins fréquent de ces -caractères, en cherchant de quelle façon ils se montraient groupés -entre eux, reconnut qu'ils représentaient les diverses lettres de -l'alphabet; il trouva successivement qu'un oiseau exprimait la lettre -_a_; que l'_e_ était rendu par une tête vue de profil, et l'_i_ par la -figure d'un verre à patte. Muni de cette clef, il découvrit bien vite -qu'on lui avait adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une -des odes d'Anacréon, et il causa à son ami l'étonnement le plus vif, -en prouvant que ce que ce dernier avait cru parfaitement caché était -dévoilé. - - - - -CHAPITRE VIII. - -DES ÉCRITURES OCCULTES. - - -On donne le nom d'_encre de sympathie_ aux substances dont on fait -usage, qui ne laissent point de traces sur le papier et qui -apparaissent derechef, lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers -procédés. - -Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire -attention à ce que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse -donner lieu à quelque soupçon. Le papier doit conserver sa couleur et -son éclat habituels. Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent -être conçues de manière que le lecteur, sous les yeux de qui elles -tomberaient, n'ait aucune raison de croire qu'elles n'expriment pas -réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles n'appartiennent pas à -une correspondance sérieuse. On tracera sur les marges, entre les -lignes ou sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on veut -communiquer en secret. - -Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent -invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les -rendre au jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils -puissent être lus nettement et sans difficulté. - -On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit -dans le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a -des passages tracés en encre de sympathie. Nous n'avons pas besoin -d'ajouter que ce signe doit être mis de manière à échapper aisément -aux regards des curieux et à n'offrir aucune importance apparente. - -Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux -quelque poudre. - -On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec -tous les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou -bien avec de la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses. - -On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte -la feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée; -du charbon pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse, -peuvent servir à cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont -été tracées et elle la fait revivre. - -Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand -jour. - -L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui -apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de -l'air. On obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans -de l'acide nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide -deviennent verdâtres, lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de -manière à recevoir les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir -rougeâtre. - -On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le -papier est fortement échauffé. - -Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre; - -Avec du jus de cerise, verdâtre; - -Avec du jus d'oignon, noirâtre; - -Avec du jus de citron, brun; - -Le vinaigre donne une couleur rouge pâle; - -Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique affaibli -dans une certaine quantité d'eau. - -Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés -avec plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie -de différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former -des caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier -auquel on les a confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé -dans l'eau. Écrivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le -papier dont vous vous êtes servi et présentez-le au jour: vous -distinguerez très-bien ce qui était invisiblement écrit; les -caractères seront beaucoup plus obscurs que le reste du papier, et il -leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber. - -En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de -trois portions d'eau, on obtient des caractères qui ne paraissent -pas, lorsque le papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche, -ils disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et même -une troisième fois. - -Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les -humecte avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de -vitriol ou de couperose donne des caractères qui se montrent à l'oeil, -lorsqu'on frotte le papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont -voici la composition: noix de galle concassées et mises dans de l'eau -ou du vin blanc. On obtient le même résultat, en plaçant cette -écriture invisible entre deux papiers légèrement imbibés de cette -dernière dissolution; il faut que le tout soit enfermé et serré dans -un livre pendant quelques moments. - -Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au -moyen d'autres caractères que l'on trace dessus en se servant d'une -encre formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau. Quant -on passe l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la place -celle qui était invisible. - -L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture, -qui, une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il -suffit d'imbiber le papier de jus de citron ou de verjus, et alors -elle paraîtra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du -papier. - -Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu -éclatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert. - -Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau -pure, fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant, -lorsqu'on veille à tenir le papier renfermé et à le soustraire à -l'influence du grand air. Ces mêmes caractères, exposés au soleil, -reparaîtront au bout d'une heure ou deux. - -Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut -employer des plumes neuves et affectées à cet usage spécial. - -Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point -oublié les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement -qu'il faut «escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du -camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du -papier, qu'il faut tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir -et l'escriture demeure blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que -le papier roussisse et l'encre s'offusque; le mesme faict le jus -d'oignon et l'eau encore toute simple. Si l'on trasse quelque chose -sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict ou de l'urine, -en jectant de la cendre dessus, elle y adhère et monstre ce qui y aura -été desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre -lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc; -frottez le papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou -de couperose: l'escriture apparoistra noire. - -«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un oeuf, avec -la pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre -dedans de petits billets de papier escris des deux costez, de la -largeur de l'ouverture, non plus grande que de petit doigt et y en -peult assez tenir. Puis, on la replastre avec de la craye ou ceruse, -et de la chaulx vive empastées avec de la glaise. Si qu'il seroit bien -malaisé d'y rien remarquer ne connoistre, quand bien mesme on les -aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en leur -substance, sans que rien paroisse dehors. - -«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé, -destrempé en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout -deviendra blanc. On brusle d'autre part de la paille de froment qu'on -estend en un linge, sur quoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois -qu'elle ait emporté toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de -cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veut pas -tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui -apparoit manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait -tremper des noix de galle concassées grossièrement, tant que -l'eau-de-vie en ait attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé -dedans; l'escriture apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se -descouvrir, noire comme est la commune. En quoy il y a certain secret -qu'il ne m'a pas semblé devoir divulguer, non plus que d'une autre -manière d'encre qui s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois -sepmaines, composée de pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de -pigeon, noix de galle et autres ingrediens, mesme de l'huille de -tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y adjoustant un peu -d'encre affoiblie avecques de l'eau.» - -De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple -d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de -l'eau-forte imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture -ne soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour -écrire sur la peau, une dissolution d'argent ou de cuivre dans de -l'eau-forte, et cette opération peut se faire sur un homme endormi, -sans qu'il le sache. - -Résumons les autres détails dans lesquels cet auteur et ses émules -entrent à l'égard du sujet qui nous occupe. - -L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en -passant par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac, -avec la chaux ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche. - -Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire, -Porta indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de -bouc sur du marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles; -plongez le marbre dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ. -Imprimez sur un bois tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou -autre, des caractères, à la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce -bois à la presse jusqu'à ce que le creux ait entièrement disparu et -qu'on ne voie plus de traces de lettres; celui à qui vous enverrez ce -morceau de bois lira l'écriture en le plongeant dans l'eau. - -Enduisez un oeuf de cire; écrivez dessus, de manière à pénétrer -jusqu'à la coquille sans l'endommager; tenez l'oeuf pendant une nuit -dans une dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, enlevez la -cire, écaillez l'oeuf et mettez la coquille entre votre oeil et la -lumière, les lettres paraissent plus transparentes et très-lisibles. -La même chose a lieu en écrivant avec du jus de citron, qui amollit la -coquille de l'oeuf: faites durcir un oeuf, enduisez-le de cire, gravez -sur la cire des lettres qui laissent la coquille à découvert; mettez -l'oeuf dans une liqueur faite avec des noix de galle et de l'alun -broyés ensemble; ensuite passez-le dans de fort vinaigre: les -caractères pénétreront plus avant; ôtez la coquille, et vous verrez -sur le blanc de l'oeuf de belles lettres couleur de safran. - -Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de -citron, ou de coing, ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces -lettres sont sèches, on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes, -avec de l'encre, des choses indifférentes, afin de dérouter tout -soupçon. En approchant la lettre du feu, l'écriture cachée devient -lisible. Broyez du sel ammoniac, mêlez-le dans l'eau, écrivez avec -cette liqueur: l'écriture paraîtra de la même couleur que le papier; -approchez-le du feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec -du jus de cerises, l'écriture paraîtra verte au feu. - -Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de -l'eau seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient -invisible, en séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau -pour faire revivre l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec -une eau de vitriol distillée ne devient visible qu'en plongeant le -papier dans une infusion de noix de galle avec du verjus ou du vin, -On broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre mêlé -d'eau; on passe la décoction à la chausse, et on la met à part; on -trace ensuite, sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute -autre matière, avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs, -n'ont aucune apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de -litharge, les caractères paraissent blancs comme du lait. - -Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de -sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il -fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel, -lettre qui renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se -trouvait rien d'écrit. Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette -missive, disant que «la feuille de papier estoyt escripte, mais -l'estoyt par telle subtilité que l'on n'y voyoit point d'escripture. - -«Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt faicte -avec du sel ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans l'eaue -pour sçavoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale. Puys, -la monstra à la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus -d'oignons blancz. - -«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle -estoyt point escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de -laict de femme alaictant sa fille première née, pour veoir si elle -estoyt poinct escripte de sang de rabettes. Puys, en frotta un coing -de cendres d'ung nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte -de rosée qu'on trouve dans les pommes d'alicacahut. Puys, en frotta -ung aultre bout de la sanie des aureilles, pour veoir si elle estoyt -escripte du fiel de corbeau. Puys, la trempa en vinaigre, pour veoir -si elle estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge -de souris chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de -baleine, qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans -un bassin d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle -estoyt escripte avec alun de plume.» - -Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois -auteurs auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants -travaux: «Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la -manière de lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son traité -_peri grammaton acriton_, et Calphurnius Bassus, _de litteris -illegibilibus_.» - -Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait -inconnus; il faut donc assigner à l'imagination de maître François le -mérite de les avoir créés. - - - - -BIBLIOGRAPHIE - - -Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux -diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons -pas offrir une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne -saurait jamais se flatter d'atteindre, mais nous espérons du moins ne -pas avoir oublié d'écrits d'une importance réelle. Nous avons adopté -l'ordre alphabétique comme étant celui qui facilite le mieux les -recherches. - -_Anweisung zum Dechiffriren, oder die Kunst verborgene Schriften -aufzuloesen_, Helmstadt, 1755, in-8. - -BACO (Franc. de Verulamio). _De dignitate et augmentis scientiarum_, -lib. VI, c. I. Voir ses _Opera omnia_. Francof., 1665, folio, pag. -147-151. - -BECHERUS (J. J.). _Character pro notitia linguarum universali, -invenium steganographicum hactenus inauditum_, etc. Francofurti, 1661, -in-8. - -BEGUELIN. _Mémoire sur la découverte des lois d'un chiffre de feu le -professeur Hermann, proposé comme absolument indéchiffrable_. _Voy._ -Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de -Berlin, tom. XIV (1765) pag. 369-389. - -BELOT. _L'Oeuvre des oeuvres ou le plus parfait des sciences -stéganographiques_, Paris, 1623, in-8. - -BIELFELD (J. de), _Institutions politiques_ (la Haye, 1760, in-4), -tom. II, pag. 191. - -BREITHAUPT (Chr.). _Disquisitio historica, critica, curiosa de variis -modis occulte scribendi, tum apud veteres quum apud recentiores -usitatis_, Helmstadt, 1727, in-8. - ---_Ars decifratoria sive scientia occultas scripturas solvendi et -legendi_, Helmst., 1737, in-8, 32 et 160 pag. - -BUERGA (A.). _Pasilasie oder Grundriss einer allgemeinen Sprache_, -Berlin, 1808. - -CARLET (J. R. du). La _Cryptographie, contenant la manière d'écrire -secrètement_, Tolose, 1644, in-12. - -COLLETET. _Traittez des langues estrangères, de leurs alphabets et des -chiffres_, Paris, Promé, 1660, in-4.--C'est un abrégé imparfait du -_Traité des chiffres_ de Vigenère, et il aurait tous les caractères du -plagiat si Colletet lui-même n'avait pas prévenu cette accusation avec -une franchise peu commune. - -COLORNI (Abr.). _Scotografia italica_, Praga, 1593, in-4. - -COMIER (d'Ambrun). _Traité de la parole, langues et écritures, -contenant la sténographie impénétrable, ou l'Art d'écrire et de parler -occultement de loin et sans soupçon_. Bruxelles, 1691, in-12. - -CONRADI (Dav. Arn.). _Cryptographia denudata, sive ars deciferandi quæ -occulte scripta sunt in quocunque linguarum genere_, Lugd. Bat., 1739, -in-8, 73 pag. - -COSPI. _L'Interprétation des chiffres, ou Reigle_ (sic) _pour bien -entendre et expliquer facilement toutes sortes de chiffres simples_, -tiré de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrétaire du grand-duc de -Toscane. Augmenté et accommodé particulièrement à l'usage des langues -française et espagnole, par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641, in-8, 90 -pag. - -CRELLII (L. C.) _Diss. de scytala laconica_, Lipsiæ, 1697, in 4. - -DALGARNO (George). _Ars signorum, vulgo character universalis et -lingua philosophica_, Londini, 1667, in-8. Cet écrit a paru à M. -Nodier extrêmement remarquable (voir les _Mélanges extraits d'une -petite bibliothèque_, pag. 268, et les _Notions de linguistique_, -1834, pag. 31). Les ouvrages de Dalgarno ont été réimprimés à -Edimbourg en 1834; la _Revue d'Edimbourg_, nº 124, juillet 1835, leur -a consacré un article. - -DLANDOL. Le _Contr'espion ou les clefs de toutes les correspondances -secrètes_, Paris, 1794, 66 pag. in-8. - -FIRMAS-PERIÈS (Le comte). _Pasitélégraphie_, Stuttgard, 1811, in-8. - -FORELIUS (H.). _Dissertatio de modis occulte scribendi et præcipue de -scytala laconica_, Holmiæ, 1697, in-8. - -FRIDERICI (J. B.). _Cryptographia, oder geheimer Schriftmund und -wirkliche Correspondenz_, Hamburg, 1684, in-4. - -FUNKS (Chr. B.). _Natürliche Magie_, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y -trouve quelques détails sur l'art de déchiffrer.) - -GERRAR (DI). _Siglarium romanum sive explicatio notarum ac -litterarum_, Londres, 1793, in-4. - -GODEVIN (François), évêque d'Hereford, _Nuncius inanimatus Utopiæ_, -1629. L'auteur expose mystérieusement les avantages d'une méthode -secrète de correspondance au moyen de signes convenus. - -S'GRAVESAND, _Introductio in philosophiam_ (Lugd. Bat., 1737). Il y -est question, ch. XXXV, de l'écriture en chiffres. - -GRISCHOW (Aug.). _Introductio in philologiam generalem_, Jenæ, 1704, -in-8. Le chap. IV roule sur l'art d'écrire en chiffres avec rapidité, -et sur les moyens de découvrir pareils secrets. - -HANEDI, _Steganologia et Steganographia nova. Geheime, magische, -natürliche Red- und Schreibekunst_, Nuremberg (sans date), in-8, 299 -pag. Le véritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter, professeur de -mathématiques à Altorf, mort en 1636. - -HILLERI (L. H.) _Mysterium artis steganographicæ novissimum_, Ulmæ, -1682, in-8, 478 pag. Un errata de 6 pag. termine le volume. Cette -multitude de fautes contribua sans doute au peu de succès de ce traité -plus ample que celui de Breithaupt, mais moins méthodique. Il ne -s'adapte spécialement qu'au latin, à l'italien, à l'allemand et au -français, et seulement aux chiffres à clef simple ou dont l'alphabet -n'est pas variable. L'auteur avait donné un aperçu de son travail dans -son _Opusculum steganographicum_, publié à Tubingue en 1675. - -HINDENBURG (C. F.). _Archiv der reinen und angewandten Mathematik_. -(Les cahiers 3 et 5 roulent sur l'art de chiffrer.) - -HOTTINGA (Domin. de). _Polygraphie ou méthode universelle de -l'écriture cachée et cabalistique_, Groningue, 1620, in-4. C'est la -reproduction textuelle de la traduction de la _Polygraphie_ de -Trithème, publiée en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga n'a point -hésité à donner ce travail comme étant entièrement son oeuvre, et il -déclare, dans sa préface, qu'il lui a consacré de longues et pénibles -veilles. Il existe peu d'exemples d'un plagiat aussi effronté. - -JONES. _Hieroglyphic or a grammatical introduction to an universal -hieroglyphic language_, London, 1768. - -KALMAR (Georgius). _Præcepta grammatica atque Specimina linguæ -philosophicæ sive universalis ad omne vitæ genus adcommodatæ_. -Berolini, 1772, in-4, 56 pag. - -KIRCHERI (Athan.) _Artificium cryptographicum, seu abacus numeralis_, -dans la _Magia universalis_ de Schott, part. IV, lib. I. - ---_Polygraphia seu artificium linguarum, quocum omnibus totius mundi -populis poterit quis correspondere_, Rome, 1663, in-folio, Amsterd., -1680. Cet ouvrage curieux est divisé en trois parties; la première -offre une pasigraphie en écriture universelle que chacun peut lire -dans sa langue. Le principe d'où il part est un dictionnaire numéroté -tel que Becher l'avait proposé sans l'exécuter; Kircher l'exécuta en -petit sur cinq langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien, -l'espagnol). Son vocabulaire a environ 1,600 mots; les formes -variables des noms et des verbes sont exprimées par des signes de -convention. La seconde partie donne une sténographie plus ingénieuse -que celle de Trithème. La troisième partie concerne l'invention d'une -boîte ou bureau stéganographique pour écrire ou lire très-promptement -en chiffre quelconque. - -KLÜBER (Lud.). _Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst_, -Tubingue, 1809, in-8, 470 p. - -KORTUM (C. A.). _Anfangsgründe der Entzifferungskunst deutscher -Zifferschriften_, Duisburg, 1782, in-8, 144 pag. - -_Langage_ (Le) _muet, ou l'Art de faire l'amour sans se parler, sans -écrire et sans se voir_, Middelbourg, 1688, in-12. - -LATOUR (Charlotte de). Le _Langage des fleurs_, Paris, 1820; 6e éd., -1845, in-12, 328 p. (L'auteur de cet ouvrage, en prose et en vers, est -M. Aimé Martin.) - -LEIBNITZ. _Historia et commendatio linguæ characteristicæ -universalis_, dans ses _Oeuvres posthumes_, éditées par Rashe, 144 -pag. - -(LEMANG). _Die Kunst der Geheimschreiberei_,... im. G. L. Leipzig, -1797, in-4, 40 pag. - -LENNEP (D. J. de). _Dissert. de M. Tullio Tirone_, Amsterdam, 1804. - -LINDNER (Sam.). _Elementa artis decifratoriæ_, Regiomontani, 1770, -in-8. - -_Mysterienbuch alter und neuer Zeit, oder Anleitung geheimer Schriften -zu lesen_, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag. - -NEYRIN (J. P.). _Principes du droit des gens_. (Brunswick, 1783, -in-8), pag. 160 et suiv. - -_Nouveau Traité de diplomatique_, par deux religieux bénédictins (D. -Toussaint et D. Tassin). Paris, 1750-65. 6 vol. in-4. _Voy._ tom. III, -p. 499-622. - -NIETHAMMER (J. M.). _Ueber Pasigraphie und Ideographie_, Nurnberg, -1808, in-8. - -_Nouvelle Découverte d'une langue universelle pour les négociants_, -Paris, 1687, in-12. - -_Opus novum, præfectis arcium, imperatoribus exercituum, -exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis industriæ -et litteraturæ studiosis, principibus maxime utilissimum pro cipharis -lingua latina, græca, italica et quavis alia multiformiter -describentibus interpretandisque._ (En latin et en italien, in-8, 44 -feuillets.) À la fin on lit: Impressum Romæ, anno MDXXVI. Au second -feuillet, l'auteur se donne le nom de Jacques Silvestre, citoyen de -Florence. - -OZANAM (Jacques). _Récréations mathématiques et physiques_, 1778, 4 -vol. in-8. On y trouve diverses méthodes de Sténographie. - -PANCIROLLI (Guidonis). _Rerum memorabilium sive deperditarum -commentarius_, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv. - -_Polizeischrift, geheime, des Grafen von Vergennes_, 1793, in-8, 46 -pag. - -PORTA (J. B.). _De furtivis litterarum notis vulgo de ziferis libri -quinque_, Neapoli, 1563, in-4. Autres éditions: Londres, 1591, -in-4.--Montbelliard, 1593, in-8.--Naples, 1602, in-folio.--Strasbourg, -1603, in-8. - ---_Magia naturalis_, Naples, 1558.--Anvers, 1561.--Naples, -1589.--Leyde, 1644 et 1651. Il est question, dans le livre XVI, de -l'art de chiffrer. - -PRASSE (M. de). _De reticulis cryptographicis_, Lipsiæ, 1799, in-4, 14 -pag. - -RAMSAY (C. A.). _Art d'écrire aussi vite qu'on parle_, Paris, 1783, -in-12. L'original est en latin; il parut dès 1678 et fut réimprimé -avec une version française (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis cette -dernière date, ce livre a été souvent réimprimé en France et à -l'étranger, dans la fin du dix-septième siècle. Les anciennes -éditions portaient pour titre: _Tacheographie ou l'Art d'écrire_, etc. -On en connaît une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-8. - -SARPE, _Prolegomena ad tachygraphiam romanam_, Rostock, 1829, in-4. - -SCHMIDT (J. M.). _Vollstændiges wissenschaftliches -Gedankenverzeichniss zum Behuf einer allgemeinen Schriftsprache_, -Dillingen, 1807, in-8. - ---_Grundsætze für eine allgemeine Schriftlehre_, 1816-1818, 2 vol. -in-8. - -SCHOTT (Gaspard). _Schola steganographica in classes octo distributa_, -Nuremberg, 1665, in-4. D'autres éditions de 1666 et de 1680 sont -indiquées par les bibliographes. - ---_Thaumaturgus physicus seu magia universalis naturæ et artis_, -1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrième volume de -cet ouvrage curieux, des notions détaillées sur les divers moyens -imaginés par les anciens et les modernes, pour se communiquer leurs -pensées à l'aide de l'écriture secrète. - -SELENI, Gustavi (id est, Augusti, ducis Brunsvicensis), -_Cryptomenyticis et Cryptographiæ libri IX, in quibus et planissima -Steganographiæ J. Trithemii enodatio traditur, inspersis ubique -auctoris et aliorum non contemnendis inventis_, Luneburgi, 1624, -in-folio. - -SOLBRIT (Dav.). _Ratio scribendi per zifras_, 1726, in-8. - ---_Allgemeine Schrift oder Art durch Ziffern zu schreiben_, Coburg, -1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin précédent. - -_Steganographia recens detecta_, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgré son -titre latin, cet ouvrage est en allemand (semblable circonstance -n'est pas rare pour d'anciens écrits publiés au delà du Rhin). -L'auteur a gardé l'anonyme, mais il a signé la préface des lettres C. -W. P. - -STEIN (A.). _Ueber Schriftsprache und Pasigraphie_, München, 1809, -in-8. - -STIELER (C. von). _Deutsche Secretariatskunst_. Nuremberg, 1678, in-4. -Voir tom. I, pag. 547-555. - -STUBENRAUCH. _Histoire abrégée de la Cryptographie_. Il s'en trouve un -extrait dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, t. I, 1745, p. 105 -et suiv. - -TOD (Al.). _The olive-leafe or an universal A. B. C._, London, 1603, -in-8. - -TRITHEMII (J.). _Polygraphiæ libri VI_, Oppenheim, 1518, -in-folio.--Francof., 1550.--Colon., 1564.--Argent., 1600 et -1613.--Colon., 1671. - ---_Steganographia_, Francof., 1606.--Darmst., 1606,--Francof., -1608.--Darmst., 1621--Colon., 1635. - ---_La Polygraphie et universelle écriture de Trithème_, traduit du -latin par Gabriel de Collange[8], Paris, 1561, 1621, 1625, in-8. - -[Note 8: La triste destinée de Collange mérite qu'on en fasse mention. -Il était valet de chambre du Charles IX, et, quoique catholique zélé, -il fut une des victimes de la Saint-Barthélemi, succombant sans doute -à quelques inimitiés personnelles.] - -Voici les titres de deux ouvrages composés dans le but de défendre la -mémoire de Trithème contre l'accusation de magie dirigée contre lui: - -_Stenographiæ nec non claviculæ Salomonis germani, J. Trithemii, -genuina declaratio, auctore_ J. Caramuele, Colon., 1634, in-4. - -J. TRITHEMII _Stenographia vindicata et illustrata_, auctore W. E. -Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une édition de Nuremberg, 1721, in-4, est -citée. - -UKEN (M.). _Steganometrographia, sive artificium novum et inauditum_, -Francof., 1751, in-8, 328 p. Il en existe une traduction allemande, -Ulm, 1759. - -URQUHART (Thomas). _Logopandecteision, or an introduction to the -universal language_, London, 1653, in-4. - -VATER (J. S.). _Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la -découverte récente d'une langue universelle pouvant servir à tous les -peuples_, Leipzig, 1799, in-12, 268 pag. - -WALLIS (J.). _Opera miscellanea_, Oxoniæ, 1699, in-folio. Dans son -traité _De combinationibus et alternationibus_, ce célèbre -mathématicien donne des exemples de déchiffrement, sans expliquer -toutefois les méthodes dont il fait usage. - -WILDVOGEL (Ch.). _Diss. de scripturis terribilibus_, Francof., 1719, -in-4. - -WILKINS (évêque de Chester). _Mercure ou le Messager secret et prompt -où l'on montre comment on peut communiquer vite et sûrement ses -pensées à un ami éloigné_, Londres, 1641, in-4. (L'ouvrage est en -anglais.) - ---_Essay towards a real charater and a philosophical language_, -Londres, 1668, in-folio. Un extrait de cet ouvrage, devenu fort rare, -se trouve dans les _Transactions philosophiques_, nº 35. - -WOLKE (C. H.). _Erklærung wie wechselseitige Gedankenmittheilunen -aller cultivirten Voelker des Erdkreises, oder die Paxiphrasie möglich -und ausüblich sey, ohne Erlernung irgend einer neuen besondern, oder -einer allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache_, Dessau, 1797. - - -FIN. - - - - -TABLE DES CHAPITRES. - - - CHAPITRE Ier. Définition de la Cryptographie, son origine; - notions historiques. 1 - - CHAP. II. Auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie. 35 - - CHAP. III. Règles et procédés de Cryptographie. 91 - - CHAP. IV. Des diverses sortes d'écritures et des différents - langages de convention qui se rattachent à la correspondance - occulte. 156 - - CHAP. V. Du rôle de la Cryptographie dans la littérature. 186 - - CHAP. VI. Des livres à clef. 202 - - CHAP. VII. Du déchiffrement. 208 - - CHAP. VIII. Des écritures occultes. 225 - - Bibliographie. 242 - - - - -[Notes au lecteur de ce fichier numérique: - ---De nombreuses erreurs ont été imprimées dans cet ouvrage; peu -d'entre elles ont été corrigées lors de la création de ce fichier. - - --page 41: "Un méchant vous demande une lettre d'introduction - auprès d'un de ses amis", "ses amis" a été remplacé par "vos amis". - - --page 144: "La première lettre de la dépêche, l, correspond à la - quatrième, o; la seconde, e, à la quatrième,", "la seconde, e, à - la quatrième," a été remplacé par "la seconde, e, à la septième,". - - --page 197: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit", "nfouxnb" a été - remplacé par "nfouxmb". - - --page 220: "la consonne c est toujours liée au c", "liée au c" a - été remplacé par "liée au h". - ---Page 151: La note 5 n'a pas de référence dans le texte. - ---Les mots contenus dans [] sont imprimés dans des cases (ex: page 120). - ---Cet ouvrage contient de nombreux signes qui ne peuvent être reproduit -dans ce fichier; ils ont été remplacés par [Gl.] pour Glyphe, [Pt.] -pour Point, etc. - - --Les signes enclos dans [= =] sont encadrés dans l'ouvrage. - - --Chiffres précédés par [- sont surmontés d'un trait; ceux précédés - par [" de deux points.] - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CRYPTOGRAPHIE *** - -***** This file should be named 42297-8.txt or 42297-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/2/2/9/42297/ - -Produced by Laurent Vogel, Christine P. Travers and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net -(This book was produced from scanned images of public -domain material from the Google Print project.) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. Special rules, -set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to -copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to -protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project -Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you -charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you -do not charge anything for copies of this eBook, complying with the -rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose -such as creation of derivative works, reports, performances and -research. They may be modified and printed and given away--you may do -practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License available with this file or online at - www.gutenberg.org/license. - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy -all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. -If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project -Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the -terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or -entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement -and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic -works. See paragraph 1.E below. - -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" -or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project -Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the -collection are in the public domain in the United States. If an -individual work is in the public domain in the United States and you are -located in the United States, we do not claim a right to prevent you from -copying, distributing, performing, displaying or creating derivative -works based on the work as long as all references to Project Gutenberg -are removed. Of course, we hope that you will support the Project -Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by -freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of -this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with -the work. You can easily comply with the terms of this agreement by -keeping this work in the same format with its attached full Project -Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. - -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in -a constant state of change. If you are outside the United States, check -the laws of your country in addition to the terms of this agreement -before downloading, copying, displaying, performing, distributing or -creating derivative works based on this work or any other Project -Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning -the copyright status of any work in any country outside the United -States. - -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: - -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate -access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently -whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the -phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project -Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, -copied or distributed: - -This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with -almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - -1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived -from the public domain (does not contain a notice indicating that it is -posted with permission of the copyright holder), the work can be copied -and distributed to anyone in the United States without paying any fees -or charges. If you are redistributing or providing access to a work -with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the -work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 -through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the -Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or -1.E.9. - -1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional -terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked -to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the -permission of the copyright holder found at the beginning of this work. - -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. - -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg-tm License. - -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any -word processing or hypertext form. However, if you provide access to or -distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than -"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version -posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), -you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a -copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon -request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other -form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm -License as specified in paragraph 1.E.1. - -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided -that - -- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is - owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he - has agreed to donate royalties under this paragraph to the - Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments - must be paid within 60 days following each date on which you - prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax - returns. Royalty payments should be clearly marked as such and - sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the - address specified in Section 4, "Information about donations to - the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." - -- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm - License. You must require such a user to return or - destroy all copies of the works possessed in a physical medium - and discontinue all use of and all access to other copies of - Project Gutenberg-tm works. - -- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any - money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days - of receipt of the work. - -- You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg-tm works. - -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm -electronic work or group of works on different terms than are set -forth in this agreement, you must obtain permission in writing from -both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael -Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the -Foundation as set forth in Section 3 below. - -1.F. - -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -public domain works in creating the Project Gutenberg-tm -collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic -works, and the medium on which they may be stored, may contain -"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or -corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual -property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a -computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by -your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium with -your written explanation. The person or entity that provided you with -the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a -refund. If you received the work electronically, the person or entity -providing it to you may choose to give you a second opportunity to -receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy -is also defective, you may demand a refund in writing without further -opportunities to fix the problem. - -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER -WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO -WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. -If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the -law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be -interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by -the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any -provision of this agreement shall not void the remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance -with this agreement, and any volunteers associated with the production, -promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, -harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, -that arise directly or indirectly from any of the following which you do -or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm -work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any -Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. - - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of computers -including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation information page at www.gutenberg.org - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at 809 -North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email -contact links and up to date contact information can be found at the -Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To -SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any -particular state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. -To donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic -works. - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm -concept of a library of electronic works that could be freely shared -with anyone. For forty years, he produced and distributed Project -Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. -unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily -keep eBooks in compliance with any particular paper edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search facility: - - www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - diff --git a/42297-8.zip b/42297-8.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index a7e7c17..0000000 --- a/42297-8.zip +++ /dev/null diff --git a/42297-h.zip b/42297-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index b2acef4..0000000 --- a/42297-h.zip +++ /dev/null diff --git a/42297-h/42297-h.htm b/42297-h/42297-h.htm index 81f975a..328995b 100644 --- a/42297-h/42297-h.htm +++ b/42297-h/42297-h.htm @@ -2,8 +2,8 @@ <html lang="fr"> <head> -<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> -<title>The Project Gutenberg e-Book of La Cryptographie ou l'Art d'Écrire en Chiffres; Author: Jacob.</title> +<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=UTF-8"> +<title>The Project Gutenberg e-Book of La Cryptographie ou l'Art d'Écrire en Chiffres; Author: Jacob.</title> <link rel="coverpage" href="images/cover-page.jpg"> <style type="text/css"> @@ -93,99 +93,60 @@ p {text-indent: 1em;} </head> <body> +<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42297 ***</div> - -<pre> - -The Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob - -This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with -almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: La Cryptographie - ou l'art d'écrire en chiffres - -Author: Bibliophile Jacob - -Release Date: March 10, 2013 [EBook #42297] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CRYPTOGRAPHIE *** - - - - -Produced by Laurent Vogel, Christine P. Travers and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net -(This book was produced from scanned images of public -domain material from the Google Print project.) - - - - - - -</pre> - - -<p class="p4 center">LES SECRETS DE NOS PÈRES<br> +<p class="p4 center">LES SECRETS DE NOS PÈRES<br> <span class="smaller">RECUEILLIS</span><br> PAR LE BIBLIOPHILE JACOB</p> <p class="center">LA<br> CRYPTOGRAPHIE<br> <span class="smaller">OU<br> - L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES</span></p> + L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES</span></p> <p class="p4 smaller center">PARIS<br> - ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-ÉDITEUR<br> + ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-ÉDITEUR<br> 4-6, RUE VOLTAIRE, 4-6<br> 1858</p> -<p class="p2 smaller center">PARIS.—IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.</p> +<p class="p2 smaller center">PARIS.—IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.</p> <h1><span class="pagenum"><a id="page1" name="page1"></a>(p. 1)</span> LA<br> CRYPTOGRAPHIE<br> OU<br> -L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES.</h1> +L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES.</h1> <h2>CHAPITRE PREMIER.<br> -<span class="smaller">DÉFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE; NOTIONS HISTORIQUES.</span></h2> +<span class="smaller">DÉFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE; NOTIONS HISTORIQUES.</span></h2> -<p>Nous allons essayer de faire connaître quelques-uns des procédés mis en -usage afin de permettre à des personnes séparées par des distances -souvent considérables, de communiquer entre elles, en recouvrant <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> -ces communications du voile du mystère.</p> +<p>Nous allons essayer de faire connaître quelques-uns des procédés mis en +usage afin de permettre à des personnes séparées par des distances +souvent considérables, de communiquer entre elles, en recouvrant <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> +ces communications du voile du mystère.</p> -<p>Ces procédés forment une véritable science qui a reçu, comme tant -d'autres, un nom tiré du grec.</p> +<p>Ces procédés forment une véritable science qui a reçu, comme tant +d'autres, un nom tiré du grec.</p> -<p>La Cryptographie ou Stéganographie est l'art d'écrire de façon à dérober -à autrui la connaissance de ce qu'on a tracé.</p> +<p>La Cryptographie ou Stéganographie est l'art d'écrire de façon à dérober +à autrui la connaissance de ce qu'on a tracé.</p> -<p>On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'écrit. On emploie, en +<p>On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'écrit. On emploie, en ce but, les encres du sympathie dont nous parlerons plus tard, ou bien -l'on tâche de cacher soigneusement le papier auquel on a confié son +l'on tâche de cacher soigneusement le papier auquel on a confié son secret.</p> -<p>Mais plus habituellement on a recours aux divers procédés en usage afin -de jeter, sur une dépêche qui peut tomber dans des mains indiscrètes, un -voile qu'on fait de son mieux pour rendre impénétrable.</p> +<p>Mais plus habituellement on a recours aux divers procédés en usage afin +de jeter, sur une dépêche qui peut tomber dans des mains indiscrètes, un +voile qu'on fait de son mieux pour rendre impénétrable.</p> <p>Pour atteindre ce but:</p> -<p>On abrège les mots d'après un système convenu (c'est la Brachygraphie -ou Sténographie).</p> +<p>On abrège les mots d'après un système convenu (c'est la Brachygraphie +ou Sténographie).</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> On fait usage des signes dont le sens est arrêté entre les -correspondants: des lettres, des chiffres, des signes employés dans les -mathématiques et dans la chimie, des points, des lignes, des figures +<p><span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> On fait usage des signes dont le sens est arrêté entre les +correspondants: des lettres, des chiffres, des signes employés dans les +mathématiques et dans la chimie, des points, des lignes, des figures quelconques ou de fantaisie, des couleurs, etc., sont d'une grande ressource en semblable occasion.</p> @@ -194,89 +155,89 @@ sens tout autre que celui qu'on y attache dans le cours ordinaire des choses.</p> <p>Il y a toujours eu, il y aura toujours des secrets, qu'il faudra bien -confier au papier afin de les transmettre à des correspondants dont on -est séparé par des distances plus ou moins grandes; mais on est bien -aise de dérober aux investigations d'une curiosité indiscrète ces -communications mystérieuses.</p> +confier au papier afin de les transmettre à des correspondants dont on +est séparé par des distances plus ou moins grandes; mais on est bien +aise de dérober aux investigations d'une curiosité indiscrète ces +communications mystérieuses.</p> -<p>Il a donc fallu recourir à des moyens destinés à voiler le sens des -avis qu'on <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> voulait transmettre. De là l'origine de l'écriture en +<p>Il a donc fallu recourir à des moyens destinés à voiler le sens des +avis qu'on <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> voulait transmettre. De là l'origine de l'écriture en chiffres.</p> -<p>De même que tous les arts, celui-ci débute par des essais naïfs et -incomplets. Les écrivains de l'antiquité en ont conservé le souvenir.</p> +<p>De même que tous les arts, celui-ci débute par des essais naïfs et +incomplets. Les écrivains de l'antiquité en ont conservé le souvenir.</p> -<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3> +<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3> -<p class="h3title">De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquité.</p> +<p class="h3title">De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquité.</p> -<p>Hérodote nous fait connaître divers procédés un peu primitifs auxquels +<p>Hérodote nous fait connaître divers procédés un peu primitifs auxquels eurent recours, faute de mieux, certains personnages plus ou moins -célèbres dans les annales de ces temps reculés.</p> - -<p>C'est d'abord un esclave dont on rase la tête, et sur la peau nue de son -crâne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On laisse -aux cheveux le temps de repousser, et on expédie cette épître d'un -nouveau genre à l'ami qu'il <span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> s'agit d'instruire de choses -importantes. Les perruques n'avaient point été inventées à cette époque; -elles auraient été d'une grande utilité en pareille circonstance. Il va -sans dire qu'un pareil procédé n'est point susceptible d'une application -fréquente.</p> - -<p>Un seigneur de la Cour de Perse, ayant à transmettre à Cyrus un avis -essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas précisément dans -l'écriture chiffrée, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons -parler Hérodote:</p> - -<p>«Harpage voulut découvrir à Cyrus son projet, mais, comme ce prince -était en Perse et que les chemins étaient gardés, il ne put trouver, -pour lui en faire part, d'autre expédient que celui-ci: S'étant fait -apporter un lièvre, il ouvrit le ventre de cet animal d'une manière -adroite et sans arracher le poil, et, dans l'état où il était, il y mit -une lettre où <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span> il avait écrit ce qu'il avait jugé à propos. -L'ayant ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en qui -il avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter à Cyrus, et -de lui dire, en le lui présentant, de l'ouvrir lui-même et sans -témoins.»</p> - -<h3>§ II.</h3> - -<p class="h3title">La scytale des Lacédémoniens.</p> - -<p>Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres à ses généraux au -moyen d'une espèce de <em>courroie</em>. Voici de quelle façon Plutarque +célèbres dans les annales de ces temps reculés.</p> + +<p>C'est d'abord un esclave dont on rase la tête, et sur la peau nue de son +crâne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On laisse +aux cheveux le temps de repousser, et on expédie cette épître d'un +nouveau genre à l'ami qu'il <span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> s'agit d'instruire de choses +importantes. Les perruques n'avaient point été inventées à cette époque; +elles auraient été d'une grande utilité en pareille circonstance. Il va +sans dire qu'un pareil procédé n'est point susceptible d'une application +fréquente.</p> + +<p>Un seigneur de la Cour de Perse, ayant à transmettre à Cyrus un avis +essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas précisément dans +l'écriture chiffrée, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons +parler Hérodote:</p> + +<p>«Harpage voulut découvrir à Cyrus son projet, mais, comme ce prince +était en Perse et que les chemins étaient gardés, il ne put trouver, +pour lui en faire part, d'autre expédient que celui-ci: S'étant fait +apporter un lièvre, il ouvrit le ventre de cet animal d'une manière +adroite et sans arracher le poil, et, dans l'état où il était, il y mit +une lettre où <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span> il avait écrit ce qu'il avait jugé à propos. +L'ayant ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en qui +il avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter à Cyrus, et +de lui dire, en le lui présentant, de l'ouvrir lui-même et sans +témoins.»</p> + +<h3>§ II.</h3> + +<p class="h3title">La scytale des Lacédémoniens.</p> + +<p>Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres à ses généraux au +moyen d'une espèce de <em>courroie</em>. Voici de quelle façon Plutarque raconte le fait dans la vie de Lysandre; nous faisons usage de la -traduction naïve du vieil Amyot:</p> - -<p>«Les éphores luy envoyèrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale -(comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandèrent qu'il -eust à s'en retourner aussitost comme il l'auroit <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> reçue. Cette -scytale est une telle chose: quand les éphores envoient à la guerre un -général ou un admiral, ilz font accoustrer deux petits bâtons ronds et -les font entièrement égaler en grosseur et en grandeur; desquelz deux -bastons ilz en retiennent l'un par devers eulx et donnent l'autre à +traduction naïve du vieil Amyot:</p> + +<p>«Les éphores luy envoyèrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale +(comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandèrent qu'il +eust à s'en retourner aussitost comme il l'auroit <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> reçue. Cette +scytale est une telle chose: quand les éphores envoient à la guerre un +général ou un admiral, ilz font accoustrer deux petits bâtons ronds et +les font entièrement égaler en grosseur et en grandeur; desquelz deux +bastons ilz en retiennent l'un par devers eulx et donnent l'autre à celuy qu'ilz envoyent. Ilz appellent ces deux petits bastons scytales, -et, quand ilz veulent faire secrètement entendre quelque chose de -conséquence à leurs capitaines, ilz prennent un bandeau de parchemin -long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent à l'entour de +et, quand ilz veulent faire secrètement entendre quelque chose de +conséquence à leurs capitaines, ilz prennent un bandeau de parchemin +long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent à l'entour de leur baston rond, sans laisser rien d'espace vuide entre les bords du bandeau; puis quand ilz sont ainsi bien joints, alors ilz escrivent sur -le parchemin ainsi enrollé ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont achevé -d'escrire, ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent à leur capitaine, -<span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> lequel n'y sçauroit aultrement rien lire ny cognoistre, parce que -les lettres n'ont point de suitte ny de liaison continuée, mais sont -escartées l'une ça, l'autre là, jusqu'à ce que, prenant le petit rouleau -de bois qu'on luy a baillé à son partement, il estend la courroye de -parchemin qu'il a reçue tout à l'entour, tellement que le tour et le ply -du parchemin venant à se retrouver en la mesme couche qu'il avoit esté -plié premièrement, les lettres aussi viennent à se rencontrer en la -suitte continuée qu'elles doivent estre. Ce petit rouleau de parchemin +le parchemin ainsi enrollé ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont achevé +d'escrire, ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent à leur capitaine, +<span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> lequel n'y sçauroit aultrement rien lire ny cognoistre, parce que +les lettres n'ont point de suitte ny de liaison continuée, mais sont +escartées l'une ça, l'autre là , jusqu'à ce que, prenant le petit rouleau +de bois qu'on luy a baillé à son partement, il estend la courroye de +parchemin qu'il a reçue tout à l'entour, tellement que le tour et le ply +du parchemin venant à se retrouver en la mesme couche qu'il avoit esté +plié premièrement, les lettres aussi viennent à se rencontrer en la +suitte continuée qu'elles doivent estre. Ce petit rouleau de parchemin s'appelle aussi bien scytale comme le rouleau de bois, ne plus ne moins -que nous voyons ailleurs ordinairement que la chose mesurée s'appelle du -mesme nom que fait celle qui mesure.»</p> +que nous voyons ailleurs ordinairement que la chose mesurée s'appelle du +mesme nom que fait celle qui mesure.»</p> -<p>Un poëte latin donne une application conforme à celle de Plutarque; -transcrivons <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> ici les cinq vers qui s'accordent avec le récit du +<p>Un poëte latin donne une application conforme à celle de Plutarque; +transcrivons <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> ici les cinq vers qui s'accordent avec le récit du biographe grec:</p> <p class="poem10"> @@ -286,101 +247,101 @@ biographe grec:</p> Non respondentes sparso dedit ordine formas:<br> Donec consimilis ligni replicetur in orbem.</p> -<p>Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas être -bien difficile à deviner. En effet, il était aisé de voir en tâtonnant -un peu, quelle était la ligne qui devait se joindre pour le sens à la +<p>Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas être +bien difficile à deviner. En effet, il était aisé de voir en tâtonnant +un peu, quelle était la ligne qui devait se joindre pour le sens à la ligne d'en bas du papier; cette seconde ligne connue, tout le reste -était aisé à trouver: en supposant que cette seconde ligne, suite -immédiate de la première dans le sens, fût, par exemple, la cinquième, -il n'y avait qu'à aller de là à la neuvième, à la treizième, à la -dix-septième, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait toute la -première ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu'à reprendre la seconde -<span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span> ligne d'en bas, puis la sixième, la dixième, la quatorzième, et -ainsi de suite. Tout cela est aisé à voir, en considérant qu'une ligne -écrite sur le rouleau devait être formée par des lignes partielles -également distantes les unes des autres.</p> - -<p>Un autre Lacédémonien, réfugié auprès du monarque de l'Asie, trouva dans -son patriotisme les moyens de transmettre à Sparte un avis de la plus -haute importance. C'est encore l'historien que nous avons déjà nommé qui -va nous raconter ce fait. Laissons parler Hérodote:</p> - -<p>«Xerxès s'étant déterminé à faire la guerre aux Grecs, Démocrate, qui -était à Suse, et qui fut informé de ses desseins, voulut en faire part -aux Lacédémoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il -était à craindre qu'on ne le découvrit, il imagina cet artifice. Il prit -des tablettes doubles, en ratissa la cire, et écrivit ensuite sur le -<span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> bois de ces tablettes les projets du roi. Après cela, il couvrit -de cire les lettres, afin que, ces tablettes n'étant point écrites, il -ne pût arriver au porteur rien de fâcheux de la part de ceux qui -gardaient les passages. L'envoyé de Démocrate les ayant rendues aux -Lacédémoniens, ils ne purent d'abord former aucune conjecture; mais -Gorgo, femme de Léonidas, imagina, dit-on, ce que ce pouvait être et -leur apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient des caractères sur -le bois. On suivit son conseil, et les caractères furent trouvés. Les -Lacédémoniens lurent ces lettres et les envoyèrent ensuite au reste des -Grecs.»</p> - -<h3>§ III.</h3> - -<p class="h3title">Autres systèmes cryptographiques connus des anciens.</p> - -<p>Blaise de Vigenère, dans son <cite>Traité des chiffres</cite>, livre dont nous -aurons à parler <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> en détail, mentionne quelques-uns des procédés -qu'avaient imaginés les anciens et dont nous venons de fournir des +était aisé à trouver: en supposant que cette seconde ligne, suite +immédiate de la première dans le sens, fût, par exemple, la cinquième, +il n'y avait qu'à aller de là à la neuvième, à la treizième, à la +dix-septième, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait toute la +première ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu'à reprendre la seconde +<span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span> ligne d'en bas, puis la sixième, la dixième, la quatorzième, et +ainsi de suite. Tout cela est aisé à voir, en considérant qu'une ligne +écrite sur le rouleau devait être formée par des lignes partielles +également distantes les unes des autres.</p> + +<p>Un autre Lacédémonien, réfugié auprès du monarque de l'Asie, trouva dans +son patriotisme les moyens de transmettre à Sparte un avis de la plus +haute importance. C'est encore l'historien que nous avons déjà nommé qui +va nous raconter ce fait. Laissons parler Hérodote:</p> + +<p>«Xerxès s'étant déterminé à faire la guerre aux Grecs, Démocrate, qui +était à Suse, et qui fut informé de ses desseins, voulut en faire part +aux Lacédémoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il +était à craindre qu'on ne le découvrit, il imagina cet artifice. Il prit +des tablettes doubles, en ratissa la cire, et écrivit ensuite sur le +<span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> bois de ces tablettes les projets du roi. Après cela, il couvrit +de cire les lettres, afin que, ces tablettes n'étant point écrites, il +ne pût arriver au porteur rien de fâcheux de la part de ceux qui +gardaient les passages. L'envoyé de Démocrate les ayant rendues aux +Lacédémoniens, ils ne purent d'abord former aucune conjecture; mais +Gorgo, femme de Léonidas, imagina, dit-on, ce que ce pouvait être et +leur apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient des caractères sur +le bois. On suivit son conseil, et les caractères furent trouvés. Les +Lacédémoniens lurent ces lettres et les envoyèrent ensuite au reste des +Grecs.»</p> + +<h3>§ III.</h3> + +<p class="h3title">Autres systèmes cryptographiques connus des anciens.</p> + +<p>Blaise de Vigenère, dans son <cite>Traité des chiffres</cite>, livre dont nous +aurons à parler <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> en détail, mentionne quelques-uns des procédés +qu'avaient imaginés les anciens et dont nous venons de fournir des exemples:</p> -<p>«Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en sève -dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant inséré les lettres, +<p>«Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en sève +dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant inséré les lettres, la laissent reprendre et reclorre, et coupent la verge. C'est de -l'invention de Théophraste, non des plus spirituelles pour un si subtil +l'invention de Théophraste, non des plus spirituelles pour un si subtil philosophe, joint que cela a besoin de temps, et si la cicatrice y demeure empreinte tousjours. Le mesme se peut effectuer et encore plus -commodément dans un baston de torche en semblable bois de sapin creusé, -puis enduire la fente avec de la sciure fort subtile et sassée, de la -mesme estoffe destrempée avec de la colle blanche: de quoy il semble -qu'usa Brutus en allant à Delphes, comme le marque <span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> Tite-Live à -la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la quatrième Décade, -Polycrate et Diognète enfermèrent un brief de plomb dans une tourte. Il +commodément dans un baston de torche en semblable bois de sapin creusé, +puis enduire la fente avec de la sciure fort subtile et sassée, de la +mesme estoffe destrempée avec de la colle blanche: de quoy il semble +qu'usa Brutus en allant à Delphes, comme le marque <span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> Tite-Live à +la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la quatrième Décade, +Polycrate et Diognète enfermèrent un brief de plomb dans une tourte. Il y en a qui enferment leurs lettres dans un caillou artificiel faict de -ceste sorte: On prend des cailloux de rivière qu'on faict calciner et -réduire en poudre passée par un subtil tamis. Puis on l'incorpore avec -sa quarte partie de résine fondue et une de poix, meslant bien le tout +ceste sorte: On prend des cailloux de rivière qu'on faict calciner et +réduire en poudre passée par un subtil tamis. Puis on l'incorpore avec +sa quarte partie de résine fondue et une de poix, meslant bien le tout avec un baston, et estant cette composition encore chaulde et par -conséquent molle, enveloppant la lettre dedans, façonnant le caillou -devant le feu à-tout les mains trempées en eau tiède, de la sorte que -bon leur semble; cela faict, on le laisse sécher.»</p> - -<p>Les Romains empruntèrent à la Grèce toutes les connaissances qu'elle -possédait, mais ils les perfectionnèrent. César employait <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> pour -sa correspondance secrète une méthode que nous aurons occasion de faire -connaître plus tard, et qui aujourd'hui n'arrêterait pas longtemps le -plus novice des déchiffreurs.</p> - -<p>On a attribué à Tullius Tiron, affranchi de Cicéron, l'invention de la -méthode d'écrire en notes tachygraphiques, et on leur a même donné le -nom de <em>Notes tironiennes</em>; mais cet art était déjà connu des Grecs. -Tiron a seulement le mérite très-réel d'avoir augmenté le nombre des -signes et de les avoir distribués dans un meilleur ordre. Sa méthode, -perfectionnée par Sénèque et d'autres, s'étendit dans tout l'empire. On -s'en est servi pour les actes publics, en Allemagne, jusqu'à la fin du -dixième siècle; la France y avait renoncé un peu plus tôt. C'est de là -que les officiers publics chargés de la transcription des actes ont reçu +conséquent molle, enveloppant la lettre dedans, façonnant le caillou +devant le feu à -tout les mains trempées en eau tiède, de la sorte que +bon leur semble; cela faict, on le laisse sécher.»</p> + +<p>Les Romains empruntèrent à la Grèce toutes les connaissances qu'elle +possédait, mais ils les perfectionnèrent. César employait <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> pour +sa correspondance secrète une méthode que nous aurons occasion de faire +connaître plus tard, et qui aujourd'hui n'arrêterait pas longtemps le +plus novice des déchiffreurs.</p> + +<p>On a attribué à Tullius Tiron, affranchi de Cicéron, l'invention de la +méthode d'écrire en notes tachygraphiques, et on leur a même donné le +nom de <em>Notes tironiennes</em>; mais cet art était déjà connu des Grecs. +Tiron a seulement le mérite très-réel d'avoir augmenté le nombre des +signes et de les avoir distribués dans un meilleur ordre. Sa méthode, +perfectionnée par Sénèque et d'autres, s'étendit dans tout l'empire. On +s'en est servi pour les actes publics, en Allemagne, jusqu'à la fin du +dixième siècle; la France y avait renoncé un peu plus tôt. C'est de là +que les officiers publics chargés de la transcription des actes ont reçu le nom de notaires, qu'ils conservent encore. En cessant de <span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span> faire usage des notes tironiennes, on en oublia la signification. -Quelques savants ont entrepris à cet égard des travaux importants; -citons surtout l'<cite>Alphabetum tironianum</cite> du bénédictin Dom Carpentier -(<i>Paris</i>, 1747, in-fol.); on peut recourir également au <cite>Nouveau Traité +Quelques savants ont entrepris à cet égard des travaux importants; +citons surtout l'<cite>Alphabetum tironianum</cite> du bénédictin Dom Carpentier +(<i>Paris</i>, 1747, in-fol.); on peut recourir également au <cite>Nouveau Traité de diplomatique</cite> de D. D. Tassin et Thuilier, ainsi qu'au <cite>Dictionnaire diplomatique</cite> de Dom de Vaines. Un ouvrage de J. Gruter, <cite>Tyronis ac -Senecæ notæ</cite> (1603, in-folio), présente plusieurs milliers de ces notes; -chacune d'elles exprime un mot différent; les traits, les lignes, les -points dont elles se composent, devaient exposer à bien des méprises, à -moins qu'on n'écrivît avec beaucoup de lenteur et d'attention, et nul -doute que pareille écriture ne fût d'un emploi très-incommode.</p> +Senecæ notæ</cite> (1603, in-folio), présente plusieurs milliers de ces notes; +chacune d'elles exprime un mot différent; les traits, les lignes, les +points dont elles se composent, devaient exposer à bien des méprises, à +moins qu'on n'écrivît avec beaucoup de lenteur et d'attention, et nul +doute que pareille écriture ne fût d'un emploi très-incommode.</p> <p>Nous copions cinq notes tironiennes prises au hasard; elles sont un -échantillon fidèle de cette méthode sténographique.</p> +échantillon fidèle de cette méthode sténographique.</p> <span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span> @@ -411,12 +372,12 @@ doute que pareille écriture ne fût d'un emploi très-incommode.</p> </tr> </table> -<p>Au neuvième siècle, Raban-Maur, archevêque de Mayence, a rapporté deux -exemples d'un chiffre dont les Bénédictins font connaître la clef dans -leur grand <cite>Traité de diplomatique</cite>. Dans le premier exemple, on +<p>Au neuvième siècle, Raban-Maur, archevêque de Mayence, a rapporté deux +exemples d'un chiffre dont les Bénédictins font connaître la clef dans +leur grand <cite>Traité de diplomatique</cite>. Dans le premier exemple, on supprime les voyelles et on les remplace par des signes convenus; l'<em>i</em> -est désigné par un point, l'<em>a</em> par deux, l'<em>e</em> par trois, l'<em>o</em> par -quatre, l'<em>u</em> par cinq, de telle sorte que, pour écrire:</p> +est désigné par un point, l'<em>a</em> par deux, l'<em>e</em> par trois, l'<em>o</em> par +quatre, l'<em>u</em> par cinq, de telle sorte que, pour écrire:</p> <p class="quote"><i>Incipit versus Bonifaciia rchi gloriosique martyris.</i></p> @@ -428,354 +389,354 @@ quatre, l'<em>u</em> par cinq, de telle sorte que, pour écrire:</p> B::n.f:c.. :rch. gl::r.::s.q<img src="images/img007_u.jpg" width="15" height="11" alt="Point" title=""><img src="images/img006_e.jpg" width="10" height="11" alt="Point" title=""> m:rt.r.s</p> -<p>Dans le second exemple, on substitue <span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> à chaque voyelle la lettre +<p>Dans le second exemple, on substitue <span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> à chaque voyelle la lettre suivante. Toutefois les consonnes <em>b</em>, <em>f</em>, <em>k</em>, <em>p</em>, <em>x</em>, qui, dans ce -système, tiennent lieu de voyelles, conservent aussi leur valeur.</p> +système, tiennent lieu de voyelles, conservent aussi leur valeur.</p> -<h3>§ IV.</h3> +<h3>§ IV.</h3> <p class="h3title">Le chiffre chez les modernes. Anecdotes.</p> -<p>Nous sommes peu disposé à ajouter foi à l'assertion d'un vieil -historien, d'après lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la -monarchie française aurait été versé dans les mystères de la +<p>Nous sommes peu disposé à ajouter foi à l'assertion d'un vieil +historien, d'après lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la +monarchie française aurait été versé dans les mystères de la Cryptographie.</p> -<p>«Pharamond, très-puissant roy des François en Germanie, et -quarante-troisième après Marcovir, lorsque par grande puissance il -marchoit sur les limites des Gaules, afin que secrètement il escrivist -de ses affaires, adjousta pour ses secrets des minuties pérégrines et -estranges.»</p> +<p>«Pharamond, très-puissant roy des François en Germanie, et +quarante-troisième après Marcovir, lorsque par grande puissance il +marchoit sur les limites des Gaules, afin que secrètement il escrivist +de ses affaires, adjousta pour ses secrets des minuties pérégrines et +estranges.»</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span> Le moyen âge présente peu d'exemples de l'écriture en chiffres; -mais, dès l'époque de la Renaissance, la nécessité de moyens occultes de +<p><span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span> Le moyen âge présente peu d'exemples de l'écriture en chiffres; +mais, dès l'époque de la Renaissance, la nécessité de moyens occultes de communication se fait de plus en plus sentir au milieu des intrigues diplomatiques qui se croisent en tous sens. Divers auteurs composent sur -pareil sujet de très-gros livres; des éditions multipliées attestent -l'utilité de pareils écrits, et chacun s'efforce de découvrir les moyens +pareil sujet de très-gros livres; des éditions multipliées attestent +l'utilité de pareils écrits, et chacun s'efforce de découvrir les moyens de rendre impuissants tous les efforts des investigateurs.</p> -<p>Au dix-septième siècle, les monarques, les ministres, les ambassadeurs, -font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cessé de s'étendre et de -se perfectionner jusqu'à nos jours.</p> +<p>Au dix-septième siècle, les monarques, les ministres, les ambassadeurs, +font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cessé de s'étendre et de +se perfectionner jusqu'à nos jours.</p> -<p>Les dépêches chiffrées qui se sont amoncelées en quantité immense durant -cette période n'ont point été, la chose va sans dire, livrées à la -publicité; elles sont restées ensevelies dans les archives secrètes +<p>Les dépêches chiffrées qui se sont amoncelées en quantité immense durant +cette période n'ont point été, la chose va sans dire, livrées à la +publicité; elles sont restées ensevelies dans les archives secrètes <span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> des chancelleries; on peut toutefois rencontrer, dans des -recueils de documents éloignés de l'époque contemporaine, divers -exemples de l'emploi de la Cryptographie, divulgués par la voie de +recueils de documents éloignés de l'époque contemporaine, divers +exemples de l'emploi de la Cryptographie, divulgués par la voie de l'impression.</p> -<p>La correspondance imprimée d'un érudit célèbre qui exerça d'importantes -fonctions diplomatiques, H. Grotius, présente divers passages écrits en -chiffres. Empruntons quelques lignes à une dépêche adressée au -chancelier de Suède, Oxenstiern, dépêche qu'on lit dans l'édition -d'Amsterdam (1687, in-folio) des <cite>Epistolæ H. Grotii</cite>.</p> +<p>La correspondance imprimée d'un érudit célèbre qui exerça d'importantes +fonctions diplomatiques, H. Grotius, présente divers passages écrits en +chiffres. Empruntons quelques lignes à une dépêche adressée au +chancelier de Suède, Oxenstiern, dépêche qu'on lit dans l'édition +d'Amsterdam (1687, in-folio) des <cite>Epistolæ H. Grotii</cite>.</p> -<p>«Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20, 70, +<p>«Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20, 70, 6, 10, 72, 66, 81, 47, 31, 10, 33, 66, 14, 106, 10, 33, 31, 217, 246, ab Eusebio Vindiceque auditus.... Egit plurimum cum 79, 59, 76, 72, 13, -42.»</p> +42.»</p> -<p>Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne paraît pas avoir été -fort compliqué; sa <cite>Correspondance inédite avec Maurice <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> le -Savant, landgrave de Hesse</cite>, publiée par M. de Rommel (Paris, 1840, +<p>Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne paraît pas avoir été +fort compliqué; sa <cite>Correspondance inédite avec Maurice <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> le +Savant, landgrave de Hesse</cite>, publiée par M. de Rommel (Paris, 1840, 8<sup>o</sup>), en offre plusieurs exemples, citons quelques lignes:</p> -<p>«Je vous assure que je fais grand estime de leur amitié 67, 69, 68, 62, -74, 74, 18, <span class="over">63</span>, 4[¨9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est +<p>«Je vous assure que je fais grand estime de leur amitié 67, 69, 68, 62, +74, 74, 18, <span class="over">63</span>, 4[¨9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est l'entremetteur.</p> -<p>Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53.....»</p> +<p>Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53.....»</p> -<p>Quelques chiffres sont surmontés d'un trait ou du deux points; des -lettres grecques et divers signes employés par les chimistes et les -astronomes se mêlent aux chiffres. L'éditeur a reproduit le tout, sans -chercher à découvrir ce que cachait un voile qu'il aurait dû s'efforcer +<p>Quelques chiffres sont surmontés d'un trait ou du deux points; des +lettres grecques et divers signes employés par les chimistes et les +astronomes se mêlent aux chiffres. L'éditeur a reproduit le tout, sans +chercher à découvrir ce que cachait un voile qu'il aurait dû s'efforcer de soulever.</p> -<p>Mentionnons, d'après la <cite>Biographie universelle</cite>, une anecdote qui se -rattache à l'époque dont nous parlons:</p> +<p>Mentionnons, d'après la <cite>Biographie universelle</cite>, une anecdote qui se +rattache à l'époque dont nous parlons:</p> -<p>À la fin du seizième siècle, les Espagnols voulurent établir des -relations entre les membres épars de leur vaste monarchie, <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> qui +<p>À la fin du seizième siècle, les Espagnols voulurent établir des +relations entre les membres épars de leur vaste monarchie, <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> qui embrassait alors une grande partie de l'Italie, les Pays-Bas, les -Philippines, et d'immenses contrées dans le Nouveau-Monde; car ils -avaient le plus grand intérêt à ce que leurs communications ne pussent -être découvertes: ils imaginèrent un chiffre qu'ils variaient de temps -en temps, afin de déconcerter tous ceux qui avaient tenté de percer les -mystères de leurs correspondances. Ce chiffre, composé de plus de -cinquante signes, leur fut d'une grande utilité pendant les troubles de -la Ligue et les guerres qui désolèrent alors l'Europe. Quelques-unes de -ces dépêches ayant été interceptées, Henri IV les remit à un géomètre -habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la clef. Le mathématicien y -réussit, et il parvint même à saisir le chiffre dans toutes ses -variations. La France profita pendant deux ans de cette découverte. La -Cour d'Espagne, déconcertée, accusa le gouvernement français d'avoir à +Philippines, et d'immenses contrées dans le Nouveau-Monde; car ils +avaient le plus grand intérêt à ce que leurs communications ne pussent +être découvertes: ils imaginèrent un chiffre qu'ils variaient de temps +en temps, afin de déconcerter tous ceux qui avaient tenté de percer les +mystères de leurs correspondances. Ce chiffre, composé de plus de +cinquante signes, leur fut d'une grande utilité pendant les troubles de +la Ligue et les guerres qui désolèrent alors l'Europe. Quelques-unes de +ces dépêches ayant été interceptées, Henri IV les remit à un géomètre +habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la clef. Le mathématicien y +réussit, et il parvint même à saisir le chiffre dans toutes ses +variations. La France profita pendant deux ans de cette découverte. La +Cour d'Espagne, déconcertée, accusa le gouvernement français d'avoir à ses ordres <span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> des sorciers et de recourir au diable afin d'obtenir -la révélation des secrets cryptographiques. Elle demanda que Viete fût -jugé comme un négromant: elle porta ses plaintes à Rome. Une prétention -aussi ridicule n'excita que le rire; le géomètre aurait pu cependant -avoir des tracasseries sérieuses, s'il n'eût été, en cette affaire, +la révélation des secrets cryptographiques. Elle demanda que Viete fût +jugé comme un négromant: elle porta ses plaintes à Rome. Une prétention +aussi ridicule n'excita que le rire; le géomètre aurait pu cependant +avoir des tracasseries sérieuses, s'il n'eût été, en cette affaire, soutenu par un puissant monarque; toute accusation de sorcellerie -pouvait, en 1600, avoir des conséquences extrêmement graves.</p> +pouvait, en 1600, avoir des conséquences extrêmement graves.</p> <p>L'histoire conserve le souvenir de diverses anecdotes dont l'emploi des -chiffres a été la cause; nous allons en relater quelques-unes:</p> +chiffres a été la cause; nous allons en relater quelques-unes:</p> -<p>Dans le cours des longues négociations qui firent durer pendant tant -d'années le Congrès de Westphalie, les plénipotentiaires de diverses -puissances demandèrent à connaître les propositions que faisait +<p>Dans le cours des longues négociations qui firent durer pendant tant +d'années le Congrès de Westphalie, les plénipotentiaires de diverses +puissances demandèrent à connaître les propositions que faisait l'Empereur d'Allemagne concernant certains points en litige; son ambassadeur, <span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span> Isaac Voltmar, s'excusa de ne pouvoir les -communiquer, en alléguant qu'elles étaient écrites en chiffres et qu'il -lui fallait trois semaines pour en avoir la clef. Cette réponse excita -un mécontentement général, et l'envoyé du duc de Savoie s'écria: -«N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il pas certain -que le Saint-Père a dans ses mains la clef qui lie et qui délie? -(<i>clavem ligandi et solvendi</i>). Adressons-nous donc à lui, afin qu'il -nous donne la clef qui est si nécessaire en ce moment.»</p> +communiquer, en alléguant qu'elles étaient écrites en chiffres et qu'il +lui fallait trois semaines pour en avoir la clef. Cette réponse excita +un mécontentement général, et l'envoyé du duc de Savoie s'écria: +«N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il pas certain +que le Saint-Père a dans ses mains la clef qui lie et qui délie? +(<i>clavem ligandi et solvendi</i>). Adressons-nous donc à lui, afin qu'il +nous donne la clef qui est si nécessaire en ce moment.»</p> <p>Une autre circonstance originale se montra au commencement du -dix-huitième siècle:</p> +dix-huitième siècle:</p> -<p>L'électeur de Brandebourg, Frédéric III, avait formé le projet de -s'élever au rang des têtes couronnées et de convertir en royaume son -duché de Prusse. Il était presque impossible que ce projet pût +<p>L'électeur de Brandebourg, Frédéric III, avait formé le projet de +s'élever au rang des têtes couronnées et de convertir en royaume son +duché de Prusse. Il était presque impossible que ce projet pût s'effectuer sans l'assentiment de l'Empereur d'Allemagne, suzerain du -Corps germanique. <span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> Des négociations furent donc ouvertes à -Vienne: elles s'y traînèrent des années entières; des difficultés -nombreuses s'opposaient à l'accomplissement des vœux de l'Électeur. -Son ministre auprès de la cour d'Autriche, le baron de Barthololi, se +Corps germanique. <span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> Des négociations furent donc ouvertes à +Vienne: elles s'y traînèrent des années entières; des difficultés +nombreuses s'opposaient à l'accomplissement des vœux de l'Électeur. +Son ministre auprès de la cour d'Autriche, le baron de Barthololi, se servait, pour sa correspondance, d'un chiffre dans lequel chaque lettre -de l'alphabet était représentée par un nombre convenu; d'autres nombres +de l'alphabet était représentée par un nombre convenu; d'autres nombres exprimaient des noms de personnes ou de lieux.</p> -<p>Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jésuite, le -père Wolf, qui avait accompagné à Berlin l'ambassadeur d'Autriche, en -qualité de chapelain, et qui se livrait avec activité à des intrigues +<p>Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jésuite, le +père Wolf, qui avait accompagné à Berlin l'ambassadeur d'Autriche, en +qualité de chapelain, et qui se livrait avec activité à des intrigues politiques.</p> -<p>Le nombre 24 signifiait l'Électeur, 110 l'Empereur, 116 le père Wolf.</p> +<p>Le nombre 24 signifiait l'Électeur, 110 l'Empereur, 116 le père Wolf.</p> -<p>Barthololi écrivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer -l'affaire, il était indispensable que 24 (l'Électeur) adressât une -<span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> lettre autographe à 110 (l'Empereur).</p> +<p>Barthololi écrivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer +l'affaire, il était indispensable que 24 (l'Électeur) adressât une +<span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> lettre autographe à 110 (l'Empereur).</p> -<p>Le 0 de ce dernier nombre, étant tracé à la hâte, fut pris pour un 6, et -l'on en conclut à Berlin qu'il fallait que l'Électeur écrivît de sa main -au père Wolf.</p> +<p>Le 0 de ce dernier nombre, étant tracé à la hâte, fut pris pour un 6, et +l'on en conclut à Berlin qu'il fallait que l'Électeur écrivît de sa main +au père Wolf.</p> -<p>Frédéric III n'hésita point, et, bien que cette démarche pût lui -paraître étrange et qu'elle choquât son orgueil, il adressa de suite au -père Wolf une longue épître écrite en entier de sa main et dans -laquelle, expliquant, justifiant ses projets, il s'efforçait d'obtenir -l'appui du bon père, auquel il prodiguait les compliments et les +<p>Frédéric III n'hésita point, et, bien que cette démarche pût lui +paraître étrange et qu'elle choquât son orgueil, il adressa de suite au +père Wolf une longue épître écrite en entier de sa main et dans +laquelle, expliquant, justifiant ses projets, il s'efforçait d'obtenir +l'appui du bon père, auquel il prodiguait les compliments et les promesses.</p> -<p>Le jésuite fut aussi surpris que flatté de recevoir une pareille -communication: elle le décida à ne rien épargner pour faire réussir les +<p>Le jésuite fut aussi surpris que flatté de recevoir une pareille +communication: elle le décida à ne rien épargner pour faire réussir les vues du prince qui venait ainsi se mettre sous sa protection; il -s'adressa au confesseur de l'Empereur; des lettres allèrent à Rome -trouver le général de la puissante société; bientôt tous les obstacles -qui s'étaient jusqu'alors accumulés <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> s'aplanirent, et, grâce a -cette méprise fortuite dans une dépêche chiffrée, grâce à ce 0 qui parut -transformé en un 6, l'Électeur obtint de la cour de Vienne ce que -peut-être, sans cet incident, elle lui aurait toujours refusé. Autre -chapitre à joindre à la piquante histoire des très-petites causes qui -amènent de grands événements.</p> +s'adressa au confesseur de l'Empereur; des lettres allèrent à Rome +trouver le général de la puissante société; bientôt tous les obstacles +qui s'étaient jusqu'alors accumulés <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> s'aplanirent, et, grâce a +cette méprise fortuite dans une dépêche chiffrée, grâce à ce 0 qui parut +transformé en un 6, l'Électeur obtint de la cour de Vienne ce que +peut-être, sans cet incident, elle lui aurait toujours refusé. Autre +chapitre à joindre à la piquante histoire des très-petites causes qui +amènent de grands événements.</p> -<h3>§ V.</h3> +<h3>§ V.</h3> -<p class="h3title">Cartes mystérieuses de M. de Vergennes.</p> +<p class="h3title">Cartes mystérieuses de M. de Vergennes.</p> -<p>Sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, l'écriture chiffrée devint de +<p>Sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, l'écriture chiffrée devint de plus en plus l'indispensable auxiliaire de la diplomatie; les divers -cabinets de l'Europe, engagés dans une interminable complication -d'intrigues politiques, s'efforçaient mutuellement de se dérober leurs -secrets. On enlevait les courriers, on corrompait à force d'or les -employés des <span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> chancelleries. Afin de résister aux tentatives -d'une curiosité aussi irritée, il fallut inventer des raffinements -cryptographiques de plus en plus mystérieux.</p> - -<p>Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères sous Louis XVI, +cabinets de l'Europe, engagés dans une interminable complication +d'intrigues politiques, s'efforçaient mutuellement de se dérober leurs +secrets. On enlevait les courriers, on corrompait à force d'or les +employés des <span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> chancelleries. Afin de résister aux tentatives +d'une curiosité aussi irritée, il fallut inventer des raffinements +cryptographiques de plus en plus mystérieux.</p> + +<p>Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères sous Louis XVI, faisait usage, dans ses relations avec les agents diplomatiques de la -France, de procédés occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz, avait, -dit-on, été l'inventeur. Ce chiffre était employé dans les lettres de -recommandation ou dans les passeports qu'on donnait aux étrangers qui se -rendaient en France; il servait à fournir, sur eux et à leur insu, des -renseignements dont ils étaient eux-mêmes porteurs sans le soupçonner le -moins du monde. La patrie, l'âge, la religion, la profession, le -caractère, les vertus et les vices, le signalement du personnage qu'on -désignait ainsi au ministre, les motifs de son voyage, tous ces détails -et bien d'autres encore se trouvaient <span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> indiqués sur une simple -carte où rien ne sollicitait l'attention des profanes qui n'étaient -point initiés à de pareils mystères.</p> - -<p>Entrons à ce sujet dans quelques particularités:</p> - -<p>La couleur de la carte désignait la patrie de l'étranger. Le blanc était -affecté au Portugal, le rouge à l'Espagne, le jaune à l'Angleterre, le -vert à la Hollande, le blanc et le jaune à Venise, rouge et vert à la -Suisse, rouge et blanc aux États de l'Église, vert et jaune à la Suède, -vert et rouge à la Turquie, vert et blanc à la Russie, etc.</p> - -<p>L'âge du porteur était exprimé par la forme de la carte. Si elle était -circulaire, c'était l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de 25 -à 30, ovale; de 30 à 45, la carte était octogone; de 45 à 50, elle était -hexagone; de 55 à 60, c'était un carré; au-dessus de 60, un carré long.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span> Deux lignes placées au-dessous du nom du porteur de la carte -indiquaient sa taille. S'il était grand et maigre, les lignes étaient -ondoyantes et parallèles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une de -l'autre; une stature moyenne et petite se trouvait signalée par des -lignes droites ou courbes placées à des distances plus ou moins -éloignées.</p> - -<p>L'expression de la physionomie était indiquée au moyen de la figure -d'une fleur placée dans la bordure qui entourait la carte. Une rose -désignait une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un -air pensif et distingué.</p> - -<p>Un ruban était entortillé autour de la bordure, et, selon qu'il -descendait plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommandé était -célibataire, marié ou veuf.</p> - -<p>Des points placés également dans la bordure révélaient la position de +France, de procédés occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz, avait, +dit-on, été l'inventeur. Ce chiffre était employé dans les lettres de +recommandation ou dans les passeports qu'on donnait aux étrangers qui se +rendaient en France; il servait à fournir, sur eux et à leur insu, des +renseignements dont ils étaient eux-mêmes porteurs sans le soupçonner le +moins du monde. La patrie, l'âge, la religion, la profession, le +caractère, les vertus et les vices, le signalement du personnage qu'on +désignait ainsi au ministre, les motifs de son voyage, tous ces détails +et bien d'autres encore se trouvaient <span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> indiqués sur une simple +carte où rien ne sollicitait l'attention des profanes qui n'étaient +point initiés à de pareils mystères.</p> + +<p>Entrons à ce sujet dans quelques particularités:</p> + +<p>La couleur de la carte désignait la patrie de l'étranger. Le blanc était +affecté au Portugal, le rouge à l'Espagne, le jaune à l'Angleterre, le +vert à la Hollande, le blanc et le jaune à Venise, rouge et vert à la +Suisse, rouge et blanc aux États de l'Église, vert et jaune à la Suède, +vert et rouge à la Turquie, vert et blanc à la Russie, etc.</p> + +<p>L'âge du porteur était exprimé par la forme de la carte. Si elle était +circulaire, c'était l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de 25 +à 30, ovale; de 30 à 45, la carte était octogone; de 45 à 50, elle était +hexagone; de 55 à 60, c'était un carré; au-dessus de 60, un carré long.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span> Deux lignes placées au-dessous du nom du porteur de la carte +indiquaient sa taille. S'il était grand et maigre, les lignes étaient +ondoyantes et parallèles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une de +l'autre; une stature moyenne et petite se trouvait signalée par des +lignes droites ou courbes placées à des distances plus ou moins +éloignées.</p> + +<p>L'expression de la physionomie était indiquée au moyen de la figure +d'une fleur placée dans la bordure qui entourait la carte. Une rose +désignait une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un +air pensif et distingué.</p> + +<p>Un ruban était entortillé autour de la bordure, et, selon qu'il +descendait plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommandé était +célibataire, marié ou veuf.</p> + +<p>Des points placés également dans la bordure révélaient la position de fortune.</p> -<p>La religion du personnage, qu'on signalait <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> de la sorte, était -indiquée au moyen d'un signe de ponctuation placé après son nom. S'il -était catholique, on mettait un point; luthérien, un point et une +<p>La religion du personnage, qu'on signalait <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> de la sorte, était +indiquée au moyen d'un signe de ponctuation placé après son nom. S'il +était catholique, on mettait un point; luthérien, un point et une virgule; calviniste, une virgule; juif, un trait d'union. S'il passait -pour athée, on ne mettait aucun signe.</p> +pour athée, on ne mettait aucun signe.</p> -<p>Des points placés au-dessus, au-dessous ou à côté de quelques mots, de +<p>Des points placés au-dessus, au-dessous ou à côté de quelques mots, de petits signes mis dans les angles de la carte, dans le genre de ceux-ci:</p> <p class="center"><img src="images/img008.jpg" width="400" height="50" alt="Point" title="">,</p> -<p class="noindent">et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans conséquence, -indiquaient les qualités, les défauts, l'instruction du porteur de la +<p class="noindent">et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans conséquence, +indiquaient les qualités, les défauts, l'instruction du porteur de la carte. En y jetant un coup d'œil, le ministre apprenait en une -minute, aussi bien qu'il l'eût fait en lisant une page entière de -raisonnements, si l'individu auquel on avait remis pareil billet, était +minute, aussi bien qu'il l'eût fait en lisant une page entière de +raisonnements, si l'individu auquel on avait remis pareil billet, était joueur, vicieux ou duelliste; <span class="pagenum"><a id="page31" name="page31"></a>(p. 31)</span> s'il venait en France pour se -marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer à l'étude; s'il -était médecin, journaliste, homme de lettres; s'il méritait d'être -soumis à une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer aucun -soupçon. Rien ne pouvait faire soupçonner qu'il y eût autant de secrets -dans un simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et conçu, par +marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer à l'étude; s'il +était médecin, journaliste, homme de lettres; s'il méritait d'être +soumis à une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer aucun +soupçon. Rien ne pouvait faire soupçonner qu'il y eût autant de secrets +dans un simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et conçu, par exemple en ces termes:</p> <p class="quote center"> ALPHONSE D'ANGEHA<br> - recommandé à monsieur<br> + recommandé à monsieur<br> le comte de Vergennes par le marquis<br> de Puysegur, ambassadeur de France<br> - à la cour de Lisbonne.</p> + à la cour de Lisbonne.</p> -<p>Mais les lignes placées au-dessous du nom du porteur, les signes de -ponctuation, les ornemente très-peu multipliés jetés dans les coins de -la carte, étaient gros de révélations que nul n'aurait soupçonnées.</p> +<p>Mais les lignes placées au-dessous du nom du porteur, les signes de +ponctuation, les ornemente très-peu multipliés jetés dans les coins de +la carte, étaient gros de révélations que nul n'aurait soupçonnées.</p> -<p>Tout ceci est d'ailleurs raconté beaucoup <span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> plus longuement que -nous ne devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprimée -en langue allemande vers 1793. Elle a pour titre: «Correspondance de la -police secrète du comte de Vergennes, ministre de l'infortuné roi Louis -XVI.»</p> +<p>Tout ceci est d'ailleurs raconté beaucoup <span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> plus longuement que +nous ne devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprimée +en langue allemande vers 1793. Elle a pour titre: «Correspondance de la +police secrète du comte de Vergennes, ministre de l'infortuné roi Louis +XVI.»</p> -<h3>§ VI.</h3> +<h3>§ VI.</h3> -<p class="h3title">La Cryptographie au dix-neuvième siècle.</p> +<p class="h3title">La Cryptographie au dix-neuvième siècle.</p> -<p>Les grands événements dont l'Europe a été le théâtre depuis une -soixantaine d'années, ont fait sentir de plus en plus l'utilité de -l'écriture chiffrée.</p> +<p>Les grands événements dont l'Europe a été le théâtre depuis une +soixantaine d'années, ont fait sentir de plus en plus l'utilité de +l'écriture chiffrée.</p> -<p>Dans le cours des opérations militaires, les ordres, les dépêches, sont -très-fréquemment interceptés; il peut en résulter les conséquences les +<p>Dans le cours des opérations militaires, les ordres, les dépêches, sont +très-fréquemment interceptés; il peut en résulter les conséquences les plus graves. L'ennemi apprend de la sorte des choses qu'il est d'un -intérêt immense de lui tenir cachées: si le sens des lettres dont il -s'empare est <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> caché sous un mystère qu'il ne peut percer, il n'a +intérêt immense de lui tenir cachées: si le sens des lettres dont il +s'empare est <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> caché sous un mystère qu'il ne peut percer, il n'a plus entre les mains qu'un chiffon de papier qui ne lui est d'aucun secours.</p> -<p>Quelques lettres de l'empereur Napoléon, écrites dans le cours de ses -campagnes et publiées dans divers ouvrages historiques, montrent que -deux chiffres, le grand et le petit, étaient en usage parmi les généraux -français pour correspondre entre eux et avec l'état-major général. D'un -autre côté, il est certain que beaucoup de dépêches importantes n'ont -jamais été chiffrées. L'<cite>Histoire de la guerre de la Péninsule</cite>, par le -colonel anglais Napier, renferme un grand nombre de lettres écrites par -le roi Joseph, par des maréchaux, par des ambassadeurs, par le ministre -de la guerre à Paris; ces lettres, remplies de détails importants, -furent interceptées par les guérillas et saisies avec les voitures de +<p>Quelques lettres de l'empereur Napoléon, écrites dans le cours de ses +campagnes et publiées dans divers ouvrages historiques, montrent que +deux chiffres, le grand et le petit, étaient en usage parmi les généraux +français pour correspondre entre eux et avec l'état-major général. D'un +autre côté, il est certain que beaucoup de dépêches importantes n'ont +jamais été chiffrées. L'<cite>Histoire de la guerre de la Péninsule</cite>, par le +colonel anglais Napier, renferme un grand nombre de lettres écrites par +le roi Joseph, par des maréchaux, par des ambassadeurs, par le ministre +de la guerre à Paris; ces lettres, remplies de détails importants, +furent interceptées par les guérillas et saisies avec les voitures de la cour lors de la bataille <span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span> de Vitoria. Si on avait eu la -précaution de les mettre à l'abri sous un procédé cryptographique -habilement choisi, elles n'auraient jamais figuré à la suite des récits -d'un adversaire des armées françaises.</p> +précaution de les mettre à l'abri sous un procédé cryptographique +habilement choisi, elles n'auraient jamais figuré à la suite des récits +d'un adversaire des armées françaises.</p> -<p>Nul doute qu'à l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour -leurs communications les plus intimes et les plus secrètes, recours à +<p>Nul doute qu'à l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour +leurs communications les plus intimes et les plus secrètes, recours à l'art du chiffre. Nous ne saurions dire quels sont maintenant les -systèmes qui obtiennent la préférence, mais nous pensons qu'ils ne -s'imitent pas de ceux dont nos pères faisaient usage et qu'il nous reste -à faire connaître. Il est difficile d'imaginer en ce genre quelque chose -de mieux que ce qui a déjà été découvert.</p> +systèmes qui obtiennent la préférence, mais nous pensons qu'ils ne +s'imitent pas de ceux dont nos pères faisaient usage et qu'il nous reste +à faire connaître. Il est difficile d'imaginer en ce genre quelque chose +de mieux que ce qui a déjà été découvert.</p> -<p>Nous avons à passer en revue les écrivains qui ont successivement exposé -les mystères de la Cryptographie.</p> +<p>Nous avons à passer en revue les écrivains qui ont successivement exposé +les mystères de la Cryptographie.</p> <h2><span class="pagenum"><a id="page35" name="page35"></a>(p. 35)</span> CHAPITRE II.<br> -<span class="smaller">AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE.</span></h2> +<span class="smaller">AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE.</span></h2> -<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3> +<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3> -<p class="h3title">L'abbé Trithème.</p> +<p class="h3title">L'abbé Trithème.</p> -<p>Le premier auteur qui ait traité <i>ex professo</i> et en détail l'art -d'écrire en chiffres fut le célèbre Trithème, mort en 1516, abbé de -Saint-Jacques à Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe, -auteur d'un grand nombre de livres ascétiques, il ne nous appartient que +<p>Le premier auteur qui ait traité <i>ex professo</i> et en détail l'art +d'écrire en chiffres fut le célèbre Trithème, mort en 1516, abbé de +Saint-Jacques à Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe, +auteur d'un grand nombre de livres ascétiques, il ne nous appartient que comme ayant mis au jour deux ouvrages, l'un sur la <cite>Polygraphie</cite>, -l'autre sur la <cite>Stéganographie</cite> (<i>Steganographia, <span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> hoc est, ars +l'autre sur la <cite>Stéganographie</cite> (<i>Steganographia, <span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> hoc est, ars per occultam scripturam animi sui voluntatem absentibus aperiendi -certa</i>). La Polygraphie fut publiée pour la première fois à Oppenheim, -en 1518, deux ans après la mort de l'auteur; elle a souvent été -réimprimée durant le siècle qui suivit sa mise au jour. Il en existe une -traduction française par Gabriel de Collange, sous le titre de +certa</i>). La Polygraphie fut publiée pour la première fois à Oppenheim, +en 1518, deux ans après la mort de l'auteur; elle a souvent été +réimprimée durant le siècle qui suivit sa mise au jour. Il en existe une +traduction française par Gabriel de Collange, sous le titre de <cite>Polygraphie et universelle escriture cabalistique, avec la clavicule</cite>, etc. (<i>Paris</i>, 1541. 4<sup>o</sup>). Ce mot de <em>Polygraphie</em> ne doit point -s'appliquer, comme d'usage, à des mélanges d'écrits de différents genres -ou sur divers sujets: Trithème veut seulement enseigner à écrire un même -mot, de plusieurs manières. Il donne des alphabets nouveaux, composés, -soit de lettres étrangères les unes aux autres, soit de caractères de -convention. Quant à la <cite>Stéganographie</cite>, les expressions bizarres qui y -abondent firent prendre ce traité pour un <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> livre de magie, et -telles furent les clameurs de quelques individus faciles à épouvanter, -que le comte palatin Frédéric II, surnommé pourtant le Sage, livra aux -flammes le manuscrit autographe qui se conservait dans sa bibliothèque.</p> - -<p>Il est impossible de ne pas convenir que, surchargés de détails -inutiles, accablés d'une foule de réflexions mystiques, de -considérations allégoriques, et se traînant sous le poids d'une immense -érudition cabalistique qui étale hors de tout propos les rêveries +s'appliquer, comme d'usage, à des mélanges d'écrits de différents genres +ou sur divers sujets: Trithème veut seulement enseigner à écrire un même +mot, de plusieurs manières. Il donne des alphabets nouveaux, composés, +soit de lettres étrangères les unes aux autres, soit de caractères de +convention. Quant à la <cite>Stéganographie</cite>, les expressions bizarres qui y +abondent firent prendre ce traité pour un <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> livre de magie, et +telles furent les clameurs de quelques individus faciles à épouvanter, +que le comte palatin Frédéric II, surnommé pourtant le Sage, livra aux +flammes le manuscrit autographe qui se conservait dans sa bibliothèque.</p> + +<p>Il est impossible de ne pas convenir que, surchargés de détails +inutiles, accablés d'une foule de réflexions mystiques, de +considérations allégoriques, et se traînant sous le poids d'une immense +érudition cabalistique qui étale hors de tout propos les rêveries creuses et les imaginations folles des vieux rabbins<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Go to footnote 1"><span class="smaller">[1]</span></a>, les ouvrages -<span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> de Trithème sont des lectures les plus indigestes et les plus -pénibles auxquelles on puisse se condamner. Il faut du courage et de -l'attention, pour démêler au milieu de toutes ces digressions et de -toutes ces rêveries les procédés de Cryptographie qu'indique l'abbé de +<span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> de Trithème sont des lectures les plus indigestes et les plus +pénibles auxquelles on puisse se condamner. Il faut du courage et de +l'attention, pour démêler au milieu de toutes ces digressions et de +toutes ces rêveries les procédés de Cryptographie qu'indique l'abbé de Saint-Jacques.</p> <p>Essayons de donner une analyse succincte des quatre livres dont se -compose la <cite>Stéganographie</cite>.</p> +compose la <cite>Stéganographie</cite>.</p> -<p>Le premier livre comprend trois cent soixante-seize répétitions de -l'alphabet formé de vingt-quatre lettres; à chaque lettre correspond un +<p>Le premier livre comprend trois cent soixante-seize répétitions de +l'alphabet formé de vingt-quatre lettres; à chaque lettre correspond un mot de la langue; le tout forme un total de neuf mille vingt-quatre -mots. Afin de faire bien comprendre ce système, il convient de +mots. Afin de faire bien comprendre ce système, il convient de transcrire <span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>(p. 39)</span> quelques-uns de ces alphabets; nous reproduirons le premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>, 216<sup>e</sup> et 319<sup>e</sup>).</p> @@ -788,7 +749,7 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>, </colgroup> <tr> <td><b>a</b></td> -<td>Jésus,</td> +<td>Jésus,</td> <td>l'amour.</td> </tr> <tr> @@ -799,17 +760,17 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>, <tr> <td><b>c</b></td> <td>le Sauveur,</td> -<td>la charité.</td> +<td>la charité.</td> </tr> <tr> <td><b>d</b></td> -<td>le modérateur,</td> -<td>la révérence.</td> +<td>le modérateur,</td> +<td>la révérence.</td> </tr> <tr> <td><b>e</b></td> <td>le pasteur,</td> -<td>l'obéissance.</td> +<td>l'obéissance.</td> </tr> <tr> <td><b>f</b></td> @@ -818,13 +779,13 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>, </tr> <tr> <td><b>g</b></td> -<td>le rédempteur,</td> -<td>le zèle.</td> +<td>le rédempteur,</td> +<td>le zèle.</td> </tr> <tr> <td><b>h</b></td> <td>le prince,</td> -<td>la mémoire.</td> +<td>la mémoire.</td> </tr> <tr> <td><b>i</b></td> @@ -859,7 +820,7 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>, <tr> <td><b>p</b></td> <td>le juge,</td> -<td>l'espérance.</td> +<td>l'espérance.</td> </tr> <tr> <td><b>q</b></td> @@ -888,8 +849,8 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>, </tr> <tr> <td><b>x</b></td> -<td>le créateur,</td> -<td>l'amitié.</td> +<td>le créateur,</td> +<td>l'amitié.</td> </tr> <tr> <td><b>y</b></td> @@ -915,7 +876,7 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>, </tr> <tr> <td><b>b</b></td> -<td>misérables,</td> +<td>misérables,</td> <td>Candie.</td> </tr> <tr> @@ -946,12 +907,12 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>, <tr> <td><b>h</b></td> <td>malicieux,</td> -<td>Helvétie.</td> +<td>Helvétie.</td> </tr> <tr> <td><b>i</b></td> -<td>obstinés,</td> -<td>Suède.</td> +<td>obstinés,</td> +<td>Suède.</td> </tr> <tr> <td><b>k</b></td> @@ -960,7 +921,7 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>, </tr> <tr> <td><b>l</b></td> -<td>pécheurs,</td> +<td>pécheurs,</td> <td>Romanie.</td> </tr> <tr> @@ -985,7 +946,7 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>, </tr> <tr> <td><b>q</b></td> -<td>détestables,</td> +<td>détestables,</td> <td>Gaule.</td> </tr> <tr> @@ -1030,132 +991,132 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>, </tr> </table> -<p>Vous pouvez, au moyen de ces alphabets, exprimer votre pensée d'une -façon inintelligible pour les non initiés, et voici comment: Écrivez -d'abord sur un morceau <span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> de papier, que vous détruirez ensuite, ce -que vous voulez faire savoir, et traduisez, en posant pour la première +<p>Vous pouvez, au moyen de ces alphabets, exprimer votre pensée d'une +façon inintelligible pour les non initiés, et voici comment: Écrivez +d'abord sur un morceau <span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> de papier, que vous détruirez ensuite, ce +que vous voulez faire savoir, et traduisez, en posant pour la première lettre le mot qui lui correspond dans le <em>premier alphabet</em>; pour la -seconde lettre, cherchez dans le second alphabet le mot à côté duquel -elle est placée; ainsi de suite. On a de la sorte une suite de mots qui -ne présente qu'une série de non-sens, mais, si notre correspondant est -muni (comme il doit l'être) de la copie exacte des alphabets dont vous -avez fait usage, il n'aura nulle peine à découvrir le sens qui se cache -sous cette enfilade de mots, étonnés de s'y trouver placés dans une -série bizarre.</p> - -<p>Trithème rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le -reproduire exactement: Un méchant vous demande une lettre d'introduction -auprès d'un de vos amis avec lequel il veut se lier. Vous avez des -motifs pour ne pas repousser cette prière; d'un autre côté, vous voulez -<span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span> transmettre des renseignements exacts sur votre recommandé. Vous -le chargez alors de remettre à celui qu'il va trouver, un écrit qui -présente les phrases suivantes:</p> - -<p>«Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sûreté -immortelle avec ses sanctifiés en béatitude Amen. La charité -incompréhensible évangéliquement dénoncée aux hommes, reluctante -d'exhortation, réduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant -de vilipender la recordation du Rédempteur des cieux et aussi la -compagnie de la volupté ineffable que poursuivre. Parquoy, ô immondes, -soutenez pureté et serez recueillis aux règnes des déifiés et là -perpétuellement prédestinés. Abolissez donc les dissimulations de cette -charnalité, puisqu'estes heureusement compris aux exaltations du -modérateur tout voyant.»</p> - -<p>Cherchez à quelle lettre du premier <span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>(p. 43)</span> alphabet correspond le +seconde lettre, cherchez dans le second alphabet le mot à côté duquel +elle est placée; ainsi de suite. On a de la sorte une suite de mots qui +ne présente qu'une série de non-sens, mais, si notre correspondant est +muni (comme il doit l'être) de la copie exacte des alphabets dont vous +avez fait usage, il n'aura nulle peine à découvrir le sens qui se cache +sous cette enfilade de mots, étonnés de s'y trouver placés dans une +série bizarre.</p> + +<p>Trithème rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le +reproduire exactement: Un méchant vous demande une lettre d'introduction +auprès d'un de vos amis avec lequel il veut se lier. Vous avez des +motifs pour ne pas repousser cette prière; d'un autre côté, vous voulez +<span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span> transmettre des renseignements exacts sur votre recommandé. Vous +le chargez alors de remettre à celui qu'il va trouver, un écrit qui +présente les phrases suivantes:</p> + +<p>«Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sûreté +immortelle avec ses sanctifiés en béatitude Amen. La charité +incompréhensible évangéliquement dénoncée aux hommes, reluctante +d'exhortation, réduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant +de vilipender la recordation du Rédempteur des cieux et aussi la +compagnie de la volupté ineffable que poursuivre. Parquoy, ô immondes, +soutenez pureté et serez recueillis aux règnes des déifiés et là +perpétuellement prédestinés. Abolissez donc les dissimulations de cette +charnalité, puisqu'estes heureusement compris aux exaltations du +modérateur tout voyant.»</p> + +<p>Cherchez à quelle lettre du premier <span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>(p. 43)</span> alphabet correspond le premier mot de cette oraison <em>polygraphique</em>, et vous trouvez la lettre -<em>n</em> à côté du mot <em>le roi</em>. Passant au second alphabet, vous verrez que -le mot <em>universel</em> signifie <em>e</em>. Au troisième alphabet, vous remarquerez -la lettre <em>v</em> à côté du mot <em>exornant</em>. Au quatrième alphabet vous -noterez la lettre <em>o</em> comme étant en regard de <em>les corps</em>: et le -cinquième montrera un <em>v</em> dans la même ligne que le mot <em>manifeste</em>. En +<em>n</em> à côté du mot <em>le roi</em>. Passant au second alphabet, vous verrez que +le mot <em>universel</em> signifie <em>e</em>. Au troisième alphabet, vous remarquerez +la lettre <em>v</em> à côté du mot <em>exornant</em>. Au quatrième alphabet vous +noterez la lettre <em>o</em> comme étant en regard de <em>les corps</em>: et le +cinquième montrera un <em>v</em> dans la même ligne que le mot <em>manifeste</em>. En continuant de la sorte, vous trouverez que la phrase ci-dessus se traduit exactement par:</p> -<p>«Ne vous servez de ce porteur, car il est menteur et larron.»</p> +<p>«Ne vous servez de ce porteur, car il est menteur et larron.»</p> -<p>Trithème explique qu'avec ce système on peut s'exprimer très-facilement +<p>Trithème explique qu'avec ce système on peut s'exprimer très-facilement dans quelque langue que ce soit, il en fournit des exemples pour l'italien et le latin; la phrase suivante:</p> -<p>«Imaginez, terriens immondes, très-vite se ruinent terriennes, -ardemment <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> fraudes avez; glace faillirez, présumerez, malheureux, -etc.»</p> +<p>«Imaginez, terriens immondes, très-vite se ruinent terriennes, +ardemment <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> fraudes avez; glace faillirez, présumerez, malheureux, +etc.»</p> <p>Signifie tout simplement: <i>Te moneo, amice, ne in hoc negocio immisceas</i>.</p> <p>L'auteur fait remarquer:</p> -<p>Qu'il ne faut jamais «qu'en aucun ordre et rang alphabétique une diction -soit doublée, répétée, réitérée, ni mise en écrit par deux fois.»</p> +<p>Qu'il ne faut jamais «qu'en aucun ordre et rang alphabétique une diction +soit doublée, répétée, réitérée, ni mise en écrit par deux fois.»</p> -<p>Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oubliées ni d'omises.</p> +<p>Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oubliées ni d'omises.</p> <p>On ne doit prendre qu'un seul mot dans chaque alphabet, et il est essentiel de ne pas laisser passer un seul alphabet sans y prendre une expression.</p> -<p>Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent être écrits tout -au long, sans abréviation, distinctement et dûment séparés.</p> +<p>Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent être écrits tout +au long, sans abréviation, distinctement et dûment séparés.</p> <p>Il va sans dire que l'individu avec lequel vous correspondez de la -sorte doit posséder un recueil d'alphabets exactement <span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> et de tout -point semblable à celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en -ce genre un livre analogue à celui de Trithème, et il est bon que les -rois et princes en possèdent un certain nombre, afin de s'entendre avec -leurs ambassadeurs et leurs généraux, d'une manière qui ne soit pas +sorte doit posséder un recueil d'alphabets exactement <span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> et de tout +point semblable à celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en +ce genre un livre analogue à celui de Trithème, et il est bon que les +rois et princes en possèdent un certain nombre, afin de s'entendre avec +leurs ambassadeurs et leurs généraux, d'une manière qui ne soit pas uniforme.</p> <p>On peut aussi convenir qu'on changera ou transportera l'ordre des mots contenus dans chaque alphabet, et ces transpositions, qu'il y a moyen de -varier à l'infini, augmentent beaucoup la difficulté qu'offre le -déchiffrement d'une lettre écrite selon la méthode polygraphique.</p> - -<p>Il serait possible qu'on trouvât des inconvénients à recourir, soit à la -langue française, soit à tout autre idiome, pour la formation des -alphabets. Trithème a prévu cette difficulté; il s'est efforcé de la -résoudre, en composant des alphabets qui offrent des mots qui, -n'appartenant à <span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> aucun dialecte, peuvent servir de langue -universelle. C'est dans un jargon cabalistique ayant avec l'hébreu un -certain air de famille, qu'il est allé puiser ses matériaux. Un exemple -devient nécessaire.</p> +varier à l'infini, augmentent beaucoup la difficulté qu'offre le +déchiffrement d'une lettre écrite selon la méthode polygraphique.</p> + +<p>Il serait possible qu'on trouvât des inconvénients à recourir, soit à la +langue française, soit à tout autre idiome, pour la formation des +alphabets. Trithème a prévu cette difficulté; il s'est efforcé de la +résoudre, en composant des alphabets qui offrent des mots qui, +n'appartenant à <span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> aucun dialecte, peuvent servir de langue +universelle. C'est dans un jargon cabalistique ayant avec l'hébreu un +certain air de famille, qu'il est allé puiser ses matériaux. Un exemple +devient nécessaire.</p> <p><i>Cabalit mossu abru massu basin sophus strabil caffulun</i>, etc.</p> -<p>Un travail analogue à celui que nous avons déjà indiqué fera connaître -que «ces mots pérégrins,» ce langage barbare et étrange signifie:</p> +<p>Un travail analogue à celui que nous avons déjà indiqué fera connaître +que «ces mots pérégrins,» ce langage barbare et étrange signifie:</p> -<p>«Ne venez en cour, car le roi est fort offensé contre vous.»</p> +<p>«Ne venez en cour, car le roi est fort offensé contre vous.»</p> -<p>Le troisième livre de la <cite>Polygraphie</cite> est consacré à des séries +<p>Le troisième livre de la <cite>Polygraphie</cite> est consacré à des séries d'alphabets de mots cabalistiques, mais il y a ici un raffinement: la -seconde lettre de chaque mot doit être extraite et écrite à la suite -l'une de l'autre; ces lettres réunies donnent le sens qu'on veut couvrir +seconde lettre de chaque mot doit être extraite et écrite à la suite +l'une de l'autre; ces lettres réunies donnent le sens qu'on veut couvrir d'un voile.</p> <p><i>Anna mesar dvain rosas dumera asion afang lisamar neparo uzafun amar <span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>(p. 47)</span> achiet benadas epalam ronis orrifer olrimech mesarym lucyphus arosan</i>.</p> -<p>Un travail dans le genre de celui dont nous avons donné l'idée, montrera +<p>Un travail dans le genre de celui dont nous avons donné l'idée, montrera que ceci veut dire:</p> -<p>«Ne vous fiez à ce porteur.»</p> +<p>«Ne vous fiez à ce porteur.»</p> <p>Il va sans dire qu'on peut convenir que la lettre significative sera la -troisième, la quatrième, n'importe enfin laquelle de chaque mot. L'abbé -de Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procédé n'est pas trop sûr -et secret, «car tout homme d'esprit et de savoir, par cas fortuits, tant -par sa curiosité que par son labeur et industrie, pourroit trouver le -secret et occulte mystère caché sous cette écriture.»</p> +troisième, la quatrième, n'importe enfin laquelle de chaque mot. L'abbé +de Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procédé n'est pas trop sûr +et secret, «car tout homme d'esprit et de savoir, par cas fortuits, tant +par sa curiosité que par son labeur et industrie, pourroit trouver le +secret et occulte mystère caché sous cette écriture.»</p> -<p>Le quatrième livre expose la méthode bien connue de la transposition des -lettres alphabétiques; «on peut faire et composer autant d'alphabets -différents et dissemblables, qu'il y a d'étoiles au ciel.»</p> +<p>Le quatrième livre expose la méthode bien connue de la transposition des +lettres alphabétiques; «on peut faire et composer autant d'alphabets +différents et dissemblables, qu'il y a d'étoiles au ciel.»</p> -<p>Les vingt-quatre lettres répétées de manière <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> à former un carré -de la façon suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse):</p> +<p>Les vingt-quatre lettres répétées de manière <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> à former un carré +de la façon suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse):</p> <table style="width: 50%;" border="0" cellpadding="2" summary="Esquisse."> <colgroup> @@ -1214,12 +1175,12 @@ de la façon suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse):</p> <p class="noindent">peuvent former un grand nombre d'alphabets; on peut choisir celui qu'on veut, et, une fois qu'on s'est mis d'accord, en faire usage pour la -correspondance secrète.</p> +correspondance secrète.</p> -<p>Trithème passe ensuite à un alphabet numéral, «qui ne sera trouvé moins -sur et secret qu'il est nouveau et moderne.»</p> +<p>Trithème passe ensuite à un alphabet numéral, «qui ne sera trouvé moins +sur et secret qu'il est nouveau et moderne.»</p> -<table style="width: 70%;" border="0" cellpadding="2" summary="Alphabet numéral."> +<table style="width: 70%;" border="0" cellpadding="2" summary="Alphabet numéral."> <tr> <td class="right">a</td> <td class="right">a</td> @@ -1324,19 +1285,19 @@ sur et secret qu'il est nouveau et moderne.»</p> </tr> </table> -<p><span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span> Avec ce système, les mots <em>traître</em> et <em>méchant</em> s'énoncent sous +<p><span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span> Avec ce système, les mots <em>traître</em> et <em>méchant</em> s'énoncent sous la forme suivante: ih. if. a. h. ig. ih. if. e. kd. ib. e. ig. c. ic. a. i. ih.</p> -<p>Cette façon de cacher sa pensée est fort difficile à pénétrer; car, -suivant la remarque de l'auteur, «tous ceux qui verront l'écriture +<p>Cette façon de cacher sa pensée est fort difficile à pénétrer; car, +suivant la remarque de l'auteur, «tous ceux qui verront l'écriture faicte en ceste sorte et par cest alphabet, penseront et croyront que ce -sera transposition de lettres et travailleront pour néant à la -supputation et recherche d'icelles.»</p> +sera transposition de lettres et travailleront pour néant à la +supputation et recherche d'icelles.»</p> -<p>Il va sans dire que Trithème n'oublie pas un alphabet formé des lettres -ordinaires distribuées «par ordre confus, irrégulier et sans ordre ni -règle.» Il est aisé d'en composer une foule de ce genre. En voici un +<p>Il va sans dire que Trithème n'oublie pas un alphabet formé des lettres +ordinaires distribuées «par ordre confus, irrégulier et sans ordre ni +règle.» Il est aisé d'en composer une foule de ce genre. En voici un exemple:</p> <table style="width: 50%;" border="0" cellpadding="2" summary="Alphabet."> @@ -1414,261 +1375,261 @@ exemple:</p> <td><i>f</i> </table> -<p><span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> La lettre placée dans la seconde colonne doit surtout être -substituée à celle qui se trouve dans la première et qui entre dans -l'avis à chiffrer; vous écrirez:</p> +<p><span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> La lettre placée dans la seconde colonne doit surtout être +substituée à celle qui se trouve dans la première et qui entre dans +l'avis à chiffrer; vous écrirez:</p> <p class="quote"><i>Ildicg todri iki xiusizm ci.....</i></p> <p>Si vous voulez dire:</p> -<p class="quote">«Prends garde que l'ennemy ne...»</p> +<p class="quote">«Prends garde que l'ennemy ne...»</p> -<p>C'est d'un procédé de ce genre qu'usait César pour correspondre avec -Cicéron et autres personnages de l'époque, selon le témoignage de -Suétone, procédé que l'abbé Trithème expose en ces termes:</p> +<p>C'est d'un procédé de ce genre qu'usait César pour correspondre avec +Cicéron et autres personnages de l'époque, selon le témoignage de +Suétone, procédé que l'abbé Trithème expose en ces termes:</p> -<p>«Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la -quatrième lettre de l'alphabet, qui est D, pour la première lettre, qui -est A; E, pour B; F, pour C, et ainsi conséquemment transposer et -changer lesdites lettres alphabétiques.»</p> +<p>«Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la +quatrième lettre de l'alphabet, qui est D, pour la première lettre, qui +est A; E, pour B; F, pour C, et ainsi conséquemment transposer et +changer lesdites lettres alphabétiques.»</p> -<h3><span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> § II.</h3> +<h3><span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> § II.</h3> <p class="h3title">J. B. Porta.</p> -<p>La diplomatie italienne avait, au seizième siècle, grand besoin +<p>La diplomatie italienne avait, au seizième siècle, grand besoin d'invoquer les ressources de la Cryptographie, afin de couvrir d'un -voile impénétrable des secrets souvent terribles et les plus sinistres -combinaisons. Le Conseil des Dix devait tenir à ce que ces dépêches +voile impénétrable des secrets souvent terribles et les plus sinistres +combinaisons. Le Conseil des Dix devait tenir à ce que ces dépêches fussent constamment lettre close, dans toute la rigueur du mot; les -Borgia, les Visconti, les Farnèse, avaient fréquemment à transmettre des -communications qu'il fallait soustraire à tous les yeux. L'art de -l'écriture chiffrée devint une étude des plus importantes à Milan, à -Florence, à Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et -l'active curiosité s'exerçaient sur <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> toutes sortes de sujets<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="smaller">[2]</span></a>, -J. B. Porta, réunit et discuta, en s'efforçant de les perfectionner, les -diverses méthodes cryptographiques connues alors au delà des Alpes. -L'esprit net et pratique de cet écrivain le préserva complétement des -aberrations tout à fait étrangères à pareil sujet, auxquelles Trithème -s'était abandonné; il <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span> s'efforça d'être utile, mais il pécha par -excès d'imagination. À force de vouloir multiplier les procédés -d'écriture secrète, il prit la peine d'en montrer et d'en décrire un -grand nombre qui seraient d'un usage très-incommode et dont il est bien -certain que jamais personne n'a eu l'idée de faire usage.</p> - -<p>L'ouvrage dans lequel Porta a développé ses idées, est intitulé:</p> +Borgia, les Visconti, les Farnèse, avaient fréquemment à transmettre des +communications qu'il fallait soustraire à tous les yeux. L'art de +l'écriture chiffrée devint une étude des plus importantes à Milan, à +Florence, à Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et +l'active curiosité s'exerçaient sur <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> toutes sortes de sujets<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="smaller">[2]</span></a>, +J. B. Porta, réunit et discuta, en s'efforçant de les perfectionner, les +diverses méthodes cryptographiques connues alors au delà des Alpes. +L'esprit net et pratique de cet écrivain le préserva complétement des +aberrations tout à fait étrangères à pareil sujet, auxquelles Trithème +s'était abandonné; il <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span> s'efforça d'être utile, mais il pécha par +excès d'imagination. À force de vouloir multiplier les procédés +d'écriture secrète, il prit la peine d'en montrer et d'en décrire un +grand nombre qui seraient d'un usage très-incommode et dont il est bien +certain que jamais personne n'a eu l'idée de faire usage.</p> + +<p>L'ouvrage dans lequel Porta a développé ses idées, est intitulé:</p> <p><i>De furtivis litterarum notis, vulgo de ziferis.</i> On en compte des -éditions assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563, +éditions assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563, 4<sup>o</sup>, et 1602, f<sup>o</sup>; de Montbelliard, 1592, 8<sup>o</sup>; de Strasbourg, -1606, 8<sup>o</sup>, etc. Cet écrit est divisé en trois livres.</p> - -<p>Le premier, après avoir consacré quelques pages aux hiéroglyphes et à la -sténographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les -diverses manières de se faire comprendre en dérobant toutefois sa -pensée au vulgaire; le langage <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> allégorique, métaphorique ou -énigmatique, les mots amphibologiques ou entrelacés, coupés ou -renversés, les syllabes insignifiantes ajoutées dans le discours, sont +1606, 8<sup>o</sup>, etc. Cet écrit est divisé en trois livres.</p> + +<p>Le premier, après avoir consacré quelques pages aux hiéroglyphes et à la +sténographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les +diverses manières de se faire comprendre en dérobant toutefois sa +pensée au vulgaire; le langage <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> allégorique, métaphorique ou +énigmatique, les mots amphibologiques ou entrelacés, coupés ou +renversés, les syllabes insignifiantes ajoutées dans le discours, sont utiles en pareille circonstance.</p> -<p>On peut aussi communiquer à distance, sans se parler, et par le simple -son, qui, répété, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque -lettre des mots qu'on veut porter à une oreille amie; deux corps frappés -l'un contre l'autre, des coups donnés sur une muraille d'après une -manière convenue, servent également d'interprète.</p> +<p>On peut aussi communiquer à distance, sans se parler, et par le simple +son, qui, répété, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque +lettre des mots qu'on veut porter à une oreille amie; deux corps frappés +l'un contre l'autre, des coups donnés sur une muraille d'après une +manière convenue, servent également d'interprète.</p> -<p>Les signes muets, tels que les gestes, l'emploi des emblèmes, celui des -signaux au moyen des flambeaux, occupent tour à tour Porta.</p> +<p>Les signes muets, tels que les gestes, l'emploi des emblèmes, celui des +signaux au moyen des flambeaux, occupent tour à tour Porta.</p> -<p>Le douzième et dernier chapitre de son premier livre roule sur une -manière ancienne de désigner les nombres par les doigts, d'après Bède. -On n'ignorait point, <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> dans l'antiquité le moyen de converser -secrètement au moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts -pareil au rang numérique que les lettres qu'on veut désigner tient dans +<p>Le douzième et dernier chapitre de son premier livre roule sur une +manière ancienne de désigner les nombres par les doigts, d'après Bède. +On n'ignorait point, <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> dans l'antiquité le moyen de converser +secrètement au moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts +pareil au rang numérique que les lettres qu'on veut désigner tient dans l'alphabet, soit en indiquant du doigt celles des parties du corps dont -la première lettre indique la lettre qu'il s'agit d'exprimer.</p> - -<p>Notre auteur arrive à la bandelette ou scytale lacédémonienne, et il -juge avec raison que ce procédé était facile à découvrir; il signale un -moyen très-peu usité, l'emploi du fil, qui, après avoir reçu l'écriture, -peut être roulé en peloton ou être employé à coudre les bords d'un -vêtement. Il observe qu'on peut écrire sur la tranche d'un livre -obliquement inclinée ou sur un jeu de cartes disposé en biseau ou sur -les plumes des ailes déployées d'un pigeon ou d'un autre oiseau à +la première lettre indique la lettre qu'il s'agit d'exprimer.</p> + +<p>Notre auteur arrive à la bandelette ou scytale lacédémonienne, et il +juge avec raison que ce procédé était facile à découvrir; il signale un +moyen très-peu usité, l'emploi du fil, qui, après avoir reçu l'écriture, +peut être roulé en peloton ou être employé à coudre les bords d'un +vêtement. Il observe qu'on peut écrire sur la tranche d'un livre +obliquement inclinée ou sur un jeu de cartes disposé en biseau ou sur +les plumes des ailes déployées d'un pigeon ou d'un autre oiseau à plumage blanc.</p> <p>Il aborde enfin plus nettement la Cryptographie <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span> proprement dite. Ce qu'il ne dit point, peut s'analyser facilement.</p> -<p>Les diverses manières de désigner l'écriture peuvent se réduire à trois: +<p>Les diverses manières de désigner l'écriture peuvent se réduire à trois: la transposition des lettres, qui comprend le renversement des mots, le changement des figures des lettres, et le changement de valeur des lettres.</p> <p>La transposition des lettres dans un avis que l'on veut donner, peut -s'effectuer d'une foule de façons différentes; la première de toutes est -aussi la plus simple: elle consiste à écrire sur deux lignes, en mettant +s'effectuer d'une foule de façons différentes; la première de toutes est +aussi la plus simple: elle consiste à écrire sur deux lignes, en mettant alternativement la 1<sup>re</sup> lettre sur la 1<sup>re</sup> ligne; la 2<sup>e</sup> lettre sur la 2<sup>e</sup> ligne; la 3<sup>e</sup> sur la 1<sup>re</sup>, et la 4<sup>e</sup> sur la 2<sup>e</sup> et ainsi de -suite. La difficulté augmente si l'on écrit sur quatre lignes: la 1<sup>re</sup> +suite. La difficulté augmente si l'on écrit sur quatre lignes: la 1<sup>re</sup> lettre sur la 1<sup>re</sup> ligne; la 2<sup>e</sup> sur la 4<sup>e</sup>; la 3<sup>e</sup> au bout de la 1<sup>re</sup>, la 1<sup>re</sup> au bout de la 4<sup>e</sup>; la 5<sup>e</sup> sur la 2<sup>e</sup> ligne; la 6<sup>e</sup> sur la 3<sup>e</sup>; la 7<sup>e</sup> au bout de la 2<sup>e</sup>; la 8<sup>e</sup> au bout de la 3<sup>e</sup>, en -suivant <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> ainsi le même ordre pour le reste.</p> +suivant <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> ainsi le même ordre pour le reste.</p> -<p>Veut-on écrire d'une manière encore plus compliquée? On transporte +<p>Veut-on écrire d'une manière encore plus compliquée? On transporte toutes les lettres de l'avis qu'on veut donner, sur des cadres de -diverses formes, soit carrés, soit triangulaires, soit parallélépipèdes, +diverses formes, soit carrés, soit triangulaires, soit parallélépipèdes, soit sinueux, soit en losange, soit en quinconce, soit en demi-cercle, -tous divisés par des rayons qui forment autant de lignes +tous divisés par des rayons qui forment autant de lignes perpendiculaires sur des lignes droites ou courbes; et, quand l'avis a -été écrit de manière à imiter symétriquement la figure géométrique +été écrit de manière à imiter symétriquement la figure géométrique convenue, on produit la transposition des lettres en prenant les rayons -de lettres, de bas en haut et de haut en bas, de droite à gauche ou de -gauche à droite, de manière que ces lettres, ainsi rassemblées, ne -présentent aucun sens.</p> +de lettres, de bas en haut et de haut en bas, de droite à gauche ou de +gauche à droite, de manière que ces lettres, ainsi rassemblées, ne +présentent aucun sens.</p> -<p>Vous convient-il d'avoir recours à une autre manière de transposer les -lettres, plus indéchiffrable encore? Transcrivez à part ce que vous -voulez mander secrètement; <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> puis écrivez en interligne, les +<p>Vous convient-il d'avoir recours à une autre manière de transposer les +lettres, plus indéchiffrable encore? Transcrivez à part ce que vous +voulez mander secrètement; <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> puis écrivez en interligne, les lettres au-dessous des lettres, une devise quelconque convenue; celle-ci, par exemple: <em>L'amour est un malin enfant</em>, devise, qu'il faut -recommencer une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que les -interlignes soient entièrement remplis. Ensuite on a recopié sa missive -secrète, et, au lieu de transcrire par interligne la devise convenue, on -met au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui désigne le +recommencer une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que les +interlignes soient entièrement remplis. Ensuite on a recopié sa missive +secrète, et, au lieu de transcrire par interligne la devise convenue, on +met au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui désigne le rang que chaque lettre de cette devise tient dans l'alphabet. Ainsi, -au-dessous de la première lettre de la missive, au lieu d'un <em>l</em> on -écrit 10; sous la seconde, au lieu d'un <em>a</em>, on écrit 1; sous la 3<sup>e</sup>, -au lieu d'un <em>m</em>, on pose 11. Ces deux opérations faites, on prépare de -la manière suivante la missive qui doit être adressée: chaque ligne est -tracée par des points, entre lesquels est un intervalle suffisant pour y +au-dessous de la première lettre de la missive, au lieu d'un <em>l</em> on +écrit 10; sous la seconde, au lieu d'un <em>a</em>, on écrit 1; sous la 3<sup>e</sup>, +au lieu d'un <em>m</em>, on pose 11. Ces deux opérations faites, on prépare de +la manière suivante la missive qui doit être adressée: chaque ligne est +tracée par des points, entre lesquels est un intervalle suffisant pour y poser les lettres dans le rang que les chiffres de la devise -indiqueront. <span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> On part toujours de la dernière lettre posée, pour -compter le nombre des points à passer, avant d'arriver à l'intervalle où -doit être posée la lettre suivante de la missive; et, quand on est -parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence à compter par -les premiers points, jusqu'à ce qu'enfin toutes les lettres de la -missive soient placées dans leur rang, de sorte que la devise sert, -comme l'on voit, de clef pour connaître de quelle manière on doit -trouver, dans cette suite de lettres transposées, celles qui forment un -sens pour les remettre à leur place.</p> - -<p>Porta s'occupe ensuite de la façon de découvrir et d'interpréter les -lettres transposées; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les -1<sup>re</sup>, 3<sup>e</sup>, 5<sup>e</sup>, 7<sup>e</sup>, 9<sup>e</sup> lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu'à -ce qu'on trouve an mot qui forme un sens; lorsqu'on en aura trouvé un, +indiqueront. <span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> On part toujours de la dernière lettre posée, pour +compter le nombre des points à passer, avant d'arriver à l'intervalle où +doit être posée la lettre suivante de la missive; et, quand on est +parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence à compter par +les premiers points, jusqu'à ce qu'enfin toutes les lettres de la +missive soient placées dans leur rang, de sorte que la devise sert, +comme l'on voit, de clef pour connaître de quelle manière on doit +trouver, dans cette suite de lettres transposées, celles qui forment un +sens pour les remettre à leur place.</p> + +<p>Porta s'occupe ensuite de la façon de découvrir et d'interpréter les +lettres transposées; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les +1<sup>re</sup>, 3<sup>e</sup>, 5<sup>e</sup>, 7<sup>e</sup>, 9<sup>e</sup> lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu'à +ce qu'on trouve an mot qui forme un sens; lorsqu'on en aura trouvé un, il deviendra plus facile d'en trouver un autre, en observant <span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>(p. 60)</span> -l'ordre que tient chaque lettre du mot trouvé. On comprend qu'à cet -égard il n'est pas possible de donner aucune règle précise; la variété -arbitraire des combinaisons s'oppose à toute règle.</p> - -<p>Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractères -de l'alphabet, de manière que les lettres ne ressemblent à aucune de -celles connues. Pour rendre l'écriture plus indéchiffrable, on peut, -entre ces caractères, en insérer d'autres qui n'ont aucune +l'ordre que tient chaque lettre du mot trouvé. On comprend qu'à cet +égard il n'est pas possible de donner aucune règle précise; la variété +arbitraire des combinaisons s'oppose à toute règle.</p> + +<p>Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractères +de l'alphabet, de manière que les lettres ne ressemblent à aucune de +celles connues. Pour rendre l'écriture plus indéchiffrable, on peut, +entre ces caractères, en insérer d'autres qui n'ont aucune signification: on les place, soit au commencement, soit au milieu, soit -à la fin des mots, pour mieux tromper les curieux. Il est certaines -lettres qui peuvent être remplacées par d'autres, <em>q</em> par <em>cuu</em>; <em>x</em> par -<em>cs</em>; <em>z</em> par <em>ss</em>; <em>y</em> par <em>i</em>. On peut encore éviter les mots où se -trouvent les lettres <em>h</em>, <em>b</em>, <em>d</em>, <em>p</em>, <em>g</em>, <em>f</em>, <em>u</em>. Il est à propos de -ne pas se conformer strictement à l'orthographe. On peut aussi changer +à la fin des mots, pour mieux tromper les curieux. Il est certaines +lettres qui peuvent être remplacées par d'autres, <em>q</em> par <em>cuu</em>; <em>x</em> par +<em>cs</em>; <em>z</em> par <em>ss</em>; <em>y</em> par <em>i</em>. On peut encore éviter les mots où se +trouvent les lettres <em>h</em>, <em>b</em>, <em>d</em>, <em>p</em>, <em>g</em>, <em>f</em>, <em>u</em>. Il est à propos de +ne pas se conformer strictement à l'orthographe. On peut aussi changer une lettre dans un <span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>(p. 61)</span> mot, un <em>o</em> pour un <em>i</em>, un <em>e</em> pour <em>c</em>; un -<em>r</em> pour un <em>l</em>; <em>par</em> pour <em>pré</em>. Les monosyllabes, les voyelles -seules, doivent être évitées avec soin; elles présentent moins de -difficultés à un déchiffreur exercé, et elles peuvent le mettre sur la -voie. On peut aussi écrire par abréviation.</p> - -<p>Après avoir exposé toutes ces règles, Porta envisage son sujet sous un -autre point de vue: le déchiffrement des dépêches dont on veut pénétrer -le sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de caractères -différents employés dans la missive, lesquels ne peuvent excéder 21 ou -22; s'il s'en trouve davantage, le déchiffrement est plus difficile, -puisqu'il y aurait alors des caractères superflus ou inutiles. Lorsque -les caractères différents sont au-dessous du nombre 21 ou 22, il faut -savoir quelles sont les lettres qui manquent, tâche délicate à laquelle -on ne peut procéder que par conjectures.</p> +<em>r</em> pour un <em>l</em>; <em>par</em> pour <em>pré</em>. Les monosyllabes, les voyelles +seules, doivent être évitées avec soin; elles présentent moins de +difficultés à un déchiffreur exercé, et elles peuvent le mettre sur la +voie. On peut aussi écrire par abréviation.</p> + +<p>Après avoir exposé toutes ces règles, Porta envisage son sujet sous un +autre point de vue: le déchiffrement des dépêches dont on veut pénétrer +le sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de caractères +différents employés dans la missive, lesquels ne peuvent excéder 21 ou +22; s'il s'en trouve davantage, le déchiffrement est plus difficile, +puisqu'il y aurait alors des caractères superflus ou inutiles. Lorsque +les caractères différents sont au-dessous du nombre 21 ou 22, il faut +savoir quelles sont les lettres qui manquent, tâche délicate à laquelle +on ne peut procéder que par conjectures.</p> <p><span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span> Porta s'occupe des moyens de distinguer des voyelles les consonnes. D'abord, toute les fois qu'on rencontre dans le cours de la -missive cinq caractères différents et fréquemment répétés, on peut être -assuré que ce sont des voyelles. En second lieu, on peut observer -quelles sont les lettres qui sont répétées le moins fréquemment, ce sont -les consonnes <em>q</em>, <em>x</em>, <em>y</em> et quelquefois l'<em>h</em>; en troisième lieu, les -lettres isolées qui ne tiennent à aucun mot sont assurément des -voyelles. En quatrième lieu, lorsque les mêmes formes de caractères -commencent ou achèvent un mot, on doit présumer qu'il y a des voyelles, +missive cinq caractères différents et fréquemment répétés, on peut être +assuré que ce sont des voyelles. En second lieu, on peut observer +quelles sont les lettres qui sont répétées le moins fréquemment, ce sont +les consonnes <em>q</em>, <em>x</em>, <em>y</em> et quelquefois l'<em>h</em>; en troisième lieu, les +lettres isolées qui ne tiennent à aucun mot sont assurément des +voyelles. En quatrième lieu, lorsque les mêmes formes de caractères +commencent ou achèvent un mot, on doit présumer qu'il y a des voyelles, car il n'arrive jamais qu'un mot commence ou finisse par deux consonnes -(n'oublions pas que Porta écrit en latin, et que c'est à cette langue -que s'appliquent tous ses raisonnements). Cinquièmement, il faut faire +(n'oublions pas que Porta écrit en latin, et que c'est à cette langue +que s'appliquent tous ses raisonnements). Cinquièmement, il faut faire attention que, lorsqu'au milieu d'un mot il se trouve deux consonnes, -la lettre qui <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> précède et celle qui suit sont certainement des +la lettre qui <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> précède et celle qui suit sont certainement des voyelles. Cependant les lettres <em>h</em>, <em>l</em> et <em>r</em> font quelquefois -exception à cette règle, puisqu'on les trouve placées en troisième +exception à cette règle, puisqu'on les trouve placées en troisième consonne dans le mot. Il faut savoir aussi que deux voyelles peuvent -être à côté l'une de l'autre, et que, par conséquent, les lettres -placées avant et après sont des consonnes.</p> +être à côté l'une de l'autre, et que, par conséquent, les lettres +placées avant et après sont des consonnes.</p> <p>Notre auteur dirige ensuite sa perception sur les moyens qu'on peut -employer pour découvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut -s'en trouver quatre de suite dans un même mot, comme <em>phthisie, -diphthongue</em>: alors l'<em>h</em> aspirée se trouve placée la seconde et la -quatrième; lorsqu'il y a trois consonnes de suite, comme dans <em>phrase</em>, -<em>thrône</em>, la lettre <em>h</em> est la seconde; et il n'y a que trois consonnes +employer pour découvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut +s'en trouver quatre de suite dans un même mot, comme <em>phthisie, +diphthongue</em>: alors l'<em>h</em> aspirée se trouve placée la seconde et la +quatrième; lorsqu'il y a trois consonnes de suite, comme dans <em>phrase</em>, +<em>thrône</em>, la lettre <em>h</em> est la seconde; et il n'y a que trois consonnes qui admettent l'<em>h</em>, savoir <em>c</em>, <em>p</em>, <em>t</em>. Il y a quatre consonnes qu'on -appelle liquides ou mouillées, savoir <em>l</em>, <em>m</em>, <em>n</em>, <em>r</em>. La consonne +appelle liquides ou mouillées, savoir <em>l</em>, <em>m</em>, <em>n</em>, <em>r</em>. La consonne <em>b</em> admet <span class="pagenum"><a id="page64" name="page64"></a>(p. 64)</span> les lettres <em>l</em> et <em>r</em>; exemple: <em>blanc</em>, <em>bras</em>. La consonne <em>c</em> les admet pareillement; par exemple: <em>clair</em>, <em>scribe</em>. L'<em>r</em> n'admet que l'<em>h</em>. Il est rare de trouver ensemble l'<em>m</em> et l'<em>n</em>, comme dans <em>Mnemosyne</em>; le <em>g</em> et l'<em>n</em> comme dans <em>ignare</em>.</p> -<p>Porta développe ainsi de longues et minutieuses observations sur le -retour plus ou moins fréquent des voyelles, sur leur combinaison avec -les consonnes, mais ces détails se rattachent à la langue latine et ne -sont pas susceptibles d'une application exacte à d'autres idiomes.</p> +<p>Porta développe ainsi de longues et minutieuses observations sur le +retour plus ou moins fréquent des voyelles, sur leur combinaison avec +les consonnes, mais ces détails se rattachent à la langue latine et ne +sont pas susceptibles d'une application exacte à d'autres idiomes.</p> -<p>Dans le quatrième livre de son traité, Porta étudie la mutation de la -valeur des lettres, de façon qu'un même caractère puisse représenter -tantôt un <em>a</em>, tantôt un <em>p</em>, tantôt un <em>m</em>.</p> +<p>Dans le quatrième livre de son traité, Porta étudie la mutation de la +valeur des lettres, de façon qu'un même caractère puisse représenter +tantôt un <em>a</em>, tantôt un <em>p</em>, tantôt un <em>m</em>.</p> -<p>Il faut d'abord se faire des caractères inconnus qui représentent vingt -lettres de l'alphabet (le <em>k</em>, l'<em>x</em>, le <em>j</em> et le <em>v</em> étant exclus); +<p>Il faut d'abord se faire des caractères inconnus qui représentent vingt +lettres de l'alphabet (le <em>k</em>, l'<em>x</em>, le <em>j</em> et le <em>v</em> étant exclus); on a un triple cadran, dont celui du <span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> centre est mobile; tous -trois divisés en 20, 24 ou 28 parties égales, de manière que les espaces -de chacun se correspondent très-exactement. Le grand cadran contiendra -la suite des nombres depuis 1 jusqu'à 20, 24 ou 28. Le second cadran -moyen contiendra la série des vingt lettres de l'alphabet et quatre ou +trois divisés en 20, 24 ou 28 parties égales, de manière que les espaces +de chacun se correspondent très-exactement. Le grand cadran contiendra +la suite des nombres depuis 1 jusqu'à 20, 24 ou 28. Le second cadran +moyen contiendra la série des vingt lettres de l'alphabet et quatre ou huit cases en blanc, et le petit cadran concentrique mobile portera les -vingt signes en caractères représentatifs des lettres de l'alphabet, -immédiatement placés au-dessus d'elles. Il faut d'abord écrire en -écriture courante l'avis secret qu'on veut envoyer; puis, cet écrit est -mis en caractères représentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour -rendre cette écriture très-difficile à découvrir, on fait, à chaque -lettre, avancer d'un cran le cadran mobile, de sorte que le caractère -qui représentait un <em>d</em> représente un <em>e</em>; pour la lettre suivante, ce -même caractère représente un <em>f</em>; et ainsi des autres. <span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> De cette -manière, le même caractère ayant diverses représentations, il est aisé -de sentir tout ce qu'un pareil moyen jette d'obscurité dans une -correspondance secrète; mais il faut que les correspondants aient chacun -un instrument pareil et concertent d'avance entre eux la manière de +vingt signes en caractères représentatifs des lettres de l'alphabet, +immédiatement placés au-dessus d'elles. Il faut d'abord écrire en +écriture courante l'avis secret qu'on veut envoyer; puis, cet écrit est +mis en caractères représentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour +rendre cette écriture très-difficile à découvrir, on fait, à chaque +lettre, avancer d'un cran le cadran mobile, de sorte que le caractère +qui représentait un <em>d</em> représente un <em>e</em>; pour la lettre suivante, ce +même caractère représente un <em>f</em>; et ainsi des autres. <span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> De cette +manière, le même caractère ayant diverses représentations, il est aisé +de sentir tout ce qu'un pareil moyen jette d'obscurité dans une +correspondance secrète; mais il faut que les correspondants aient chacun +un instrument pareil et concertent d'avance entre eux la manière de s'entendre.</p> -<p>On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description détaillée -des combinaisons dont ce procédé est susceptible; on le trouve, dans -l'ouvrage de Porta, accompagné d'exemples et de figures compliquées. -Pour suppléer aux cadrans ci-dessus, il donne une table de permutation -très-propre à changer à volonté les signes représentatifs.</p> +<p>On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description détaillée +des combinaisons dont ce procédé est susceptible; on le trouve, dans +l'ouvrage de Porta, accompagné d'exemples et de figures compliquées. +Pour suppléer aux cadrans ci-dessus, il donne une table de permutation +très-propre à changer à volonté les signes représentatifs.</p> -<p>Les alphabets, fabriqués à plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de -lumière aux investigations des curieux, tiennent une grande place dans -le traité du savant napolitain.</p> +<p>Les alphabets, fabriqués à plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de +lumière aux investigations des curieux, tiennent une grande place dans +le traité du savant napolitain.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> Voici un des modèles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il -regarde comme indéchiffrables. On partage les lettres en trois groupes -de trois lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante:</p> +<p><span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> Voici un des modèles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il +regarde comme indéchiffrables. On partage les lettres en trois groupes +de trois lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante:</p> -<table style="width: 40%;" border="1" cellpadding="2" summary="Modèle."> +<table style="width: 40%;" border="1" cellpadding="2" summary="Modèle."> <tr> <td class="center">a l u</td> <td class="center">b m x</td> @@ -1686,30 +1647,30 @@ de trois lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante:</p> </tr> </table> -<p>Pour répondre à ces neuf groupes, on forme neuf caractères de la forme +<p>Pour répondre à ces neuf groupes, on forme neuf caractères de la forme que voici:</p> <p class="center"><img src="images/img009.jpg" width="400" height="50" alt="Trait" title="">,</p> -<p class="noindent">et on ajoute à chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer la +<p class="noindent">et on ajoute à chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer la place qu'occupe dans le tableau la lettre de l'alphabet qu'on veut -représenter; ainsi l'<em>n</em> sera <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> -représenté par <img src="images/img010.jpg" width="20" height="23" alt="Trait" title="">, +représenter; ainsi l'<em>n</em> sera <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> +représenté par <img src="images/img010.jpg" width="20" height="23" alt="Trait" title="">, le <em>g</em> par <img src="images/img011.jpg" width="20" height="22" alt="Trait" title="">, l'<em>u</em> par <img src="images/img012.jpg" width="20" height="19" alt="Trait" title=""> -et le mot <em>Rome</em> s'écrira: +et le mot <em>Rome</em> s'écrira: <img src="images/img013.jpg" width="71" height="20" alt="Trait" title=""></p> -<p>On donnera aux neuf caractères telle forme qu'on voudra, et il est de -fait que des signes pareils offriront, à quiconque n'en possède pas la -clef, une énigme absolument indéchiffrable.</p> +<p>On donnera aux neuf caractères telle forme qu'on voudra, et il est de +fait que des signes pareils offriront, à quiconque n'en possède pas la +clef, une énigme absolument indéchiffrable.</p> -<p>Parmi les divers procédés sur lesquels il s'étend avec une complaisante -prolixité, Porta n'oublie pas la méthode dont Trithème avait déjà -formulé le principe; il propose un alphabet où chaque lettre est -accompagnée d'un mot.</p> +<p>Parmi les divers procédés sur lesquels il s'étend avec une complaisante +prolixité, Porta n'oublie pas la méthode dont Trithème avait déjà +formulé le principe; il propose un alphabet où chaque lettre est +accompagnée d'un mot.</p> -<table style="width: 25%;" border="0" cellpadding="2" summary="Modèle."> +<table style="width: 25%;" border="0" cellpadding="2" summary="Modèle."> <tr> <td><b>a</b></td> <td>Deus.</td> @@ -1756,7 +1717,7 @@ accompagnée d'un mot.</p> </tr> <tr> <td><b>m</b></td> -<td>æterne.</td> +<td>æterne.</td> </tr> <tr> <td><b>n</b></td> @@ -1808,34 +1769,34 @@ accompagnée d'un mot.</p> </tr> </table> -<p><span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'écrire le mot qui -correspond à cette même lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour -exprimer le nom de <em>Roma</em>, on mettra: <i>Adjuva clemens æterne Deus</i>; et +<p><span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'écrire le mot qui +correspond à cette même lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour +exprimer le nom de <em>Roma</em>, on mettra: <i>Adjuva clemens æterne Deus</i>; et la traduction du mot <em>hostis</em> (l'ennemi) sera <i>liberator clemens tuere, libera sapiens tuere</i>.</p> -<p>On comprend, d'ailleurs, que ce procédé n'offrirait pas de bien grandes -difficultés à un déchiffreur un peu sagace et au fait des ressources de +<p>On comprend, d'ailleurs, que ce procédé n'offrirait pas de bien grandes +difficultés à un déchiffreur un peu sagace et au fait des ressources de son art.</p> -<h3>§ III.</h3> +<h3>§ III.</h3> -<p class="h3title">Blaise de Vigenère.</p> +<p class="h3title">Blaise de Vigenère.</p> -<p>Profitant des recherches de Trithème et de Porta, un écrivain français -du seizième siècle, plus fécond que judicieux, Blaise de Vigenère<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="smaller">[3]</span></a>, +<p>Profitant des recherches de Trithème et de Porta, un écrivain français +du seizième siècle, plus fécond que judicieux, Blaise de Vigenère<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="smaller">[3]</span></a>, mit au jour un gros volume <span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> in-4<sup>o</sup>, lequel ne renferme pas -moins de 600 pages consacrées à la Cryptographie. L'auteur n'a point su -se préserver de l'écueil contre lequel ses prédécesseurs étaient venus -échouer. Au lieu de poser clairement et nettement des règles précises, -au lieu d'indiquer des procédés faciles à comprendre, il se plonge dans -l'océan des rêveries cabalistiques. Il reproduit, en général, les +moins de 600 pages consacrées à la Cryptographie. L'auteur n'a point su +se préserver de l'écueil contre lequel ses prédécesseurs étaient venus +échouer. Au lieu de poser clairement et nettement des règles précises, +au lieu d'indiquer des procédés faciles à comprendre, il se plonge dans +l'océan des rêveries cabalistiques. Il reproduit, en général, les inventions cryptographiques de Porta.</p> -<p>Parmi les diverses méthodes qu'indique Vigenère, nous allons essayer de +<p>Parmi les diverses méthodes qu'indique Vigenère, nous allons essayer de faire comprendre la suivante:</p> -<p>Dressez un tableau composé de huit colonnes et disposé de la manière +<p>Dressez un tableau composé de huit colonnes et disposé de la manière qui suit:</p> <span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>(p. 71)</span> @@ -1883,23 +1844,23 @@ qui suit:</p> </tr> </table> -<p>On cherche, parmi les petites lettres, celle que l'on veut écrire, et, à -sa place, on pose les deux capitales qui sont dans la case supérieure -correspondante à cette lettre; on y joint la capitale de la ligne -horizontale placée à gauche, et on transcrit ces capitales ou petites -lettres; ainsi, pour écrire <em>le roi</em>, on voit que la lettre <em>l</em> -correspond par en haut à AB, et à gauche à la lettre A: on pose <em>aba</em>; +<p>On cherche, parmi les petites lettres, celle que l'on veut écrire, et, à +sa place, on pose les deux capitales qui sont dans la case supérieure +correspondante à cette lettre; on y joint la capitale de la ligne +horizontale placée à gauche, et on transcrit ces capitales ou petites +lettres; ainsi, pour écrire <em>le roi</em>, on voit que la lettre <em>l</em> +correspond par en haut à AB, et à gauche à la lettre A: on pose <em>aba</em>; l'<em>e</em> sera <em>bbb</em>; le mot <em>roi</em> s'exprimera par: <em>bca</em>, <em>aca</em>, <em>ccc</em>.</p> -<p>Vigenère n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires d'un -même livre: on convient de recourir à une page, la première venue; on +<p>Vigenère n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires d'un +même livre: on convient de recourir à une page, la première venue; on se met d'accord sur une ou deux lignes de cette page, et on indique <span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> les diverses lettres de l'alphabet par des chiffres -correspondant à l'ordre dans lequel ces lettres se présentent. En -prenant pour exemple la troisième ligne du feuillet 3 de l'ouvrage de -Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante:</p> +correspondant à l'ordre dans lequel ces lettres se présentent. En +prenant pour exemple la troisième ligne du feuillet 3 de l'ouvrage de +Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante:</p> -<p class="quote">«Partie de son âme dont elle constitue la différence.»</p> +<p class="quote">«Partie de son âme dont elle constitue la différence.»</p> <p class="noindent">et on dressera le tableau suivant:</p> @@ -1936,32 +1897,32 @@ Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante:</p> </tr> </table> -<p>On aura soin de négliger les lettres répétées et de continuer ce travail +<p>On aura soin de négliger les lettres répétées et de continuer ce travail sur la ligne suivante si toutes les lettres de l'alphabet ne se trouvent pas dans la ligne choisie.</p> -<p>De cette manière, ces deux mots, <em>le pape</em>, seraient représentés par les +<p>De cette manière, ces deux mots, <em>le pape</em>, seraient représentés par les chiffres suivants:</p> <p class="quote">12.6. <span class="add2em">1.2.1.6.</span></p> -<p>Le <em>roi</em> s'exprimerait en écrivant:</p> +<p>Le <em>roi</em> s'exprimerait en écrivant:</p> <p class="quote">12. 6. 3. 9. 5.</p> -<p>Vigenère remarque que ce chiffre est <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> inexpugnable, sans la +<p>Vigenère remarque que ce chiffre est <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> inexpugnable, sans la communication du secret, car que serait-il possible de conjecturer -là-dessus?</p> +là -dessus?</p> -<p>Les vingt-quatre caractères de l'alphabet usuel lui paraissant trop -simples et trop susceptibles d'être devinés, Vigenère invente des -chiffres de 72, de 64, de 48 caractères; chaque lettre est représentée -par deux, trois ou quatre signes imaginés à plaisir et qu'on peut varier -à l'infini.</p> +<p>Les vingt-quatre caractères de l'alphabet usuel lui paraissant trop +simples et trop susceptibles d'être devinés, Vigenère invente des +chiffres de 72, de 64, de 48 caractères; chaque lettre est représentée +par deux, trois ou quatre signes imaginés à plaisir et qu'on peut varier +à l'infini.</p> -<p>Une autre combinaison consiste à indiquer chaque lettre de l'alphabet, -sur un chiffre; mais, afin de dérouter les curieux, on entremêle les -lettres, car les écrire à rebours de la façon suivante:</p> +<p>Une autre combinaison consiste à indiquer chaque lettre de l'alphabet, +sur un chiffre; mais, afin de dérouter les curieux, on entremêle les +lettres, car les écrire à rebours de la façon suivante:</p> <table style="width: 30%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Combinaison."> <tr> @@ -1982,12 +1943,12 @@ lettres, car les écrire à rebours de la façon suivante:</p> </tr> </table> -<p class="noindent">serait trop naïf. On peut les diviser en deux séries, dont voici un -modèle:</p> +<p class="noindent">serait trop naïf. On peut les diviser en deux séries, dont voici un +modèle:</p> <p class="quote">H I L M A B C D E,</p> -<p class="noindent">ou bien les placer de cette manière:</p> +<p class="noindent">ou bien les placer de cette manière:</p> <table style="width: 20%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Combinaison."> <tr> @@ -2009,7 +1970,7 @@ modèle:</p> </table> <p class="noindent"><span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> ou bien, enfin (car ces arrangements sont susceptibles de -modifications presque infinies), assigner à chaque lettre un chiffre de +modifications presque infinies), assigner à chaque lettre un chiffre de convention.</p> <table style="width: 15%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Convention."> @@ -2111,46 +2072,46 @@ convention.</p> </tr> </table> -<p>De cette manière, <em>Lyon est pris</em>, s'exprimerait par: 917 231, 3224, +<p>De cette manière, <em>Lyon est pris</em>, s'exprimerait par: 917 231, 3224, 581622.</p> -<p>Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribué -arbitrairement à chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilité -presque absolue de deviner le sens de ces nombres mystérieux.</p> +<p>Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribué +arbitrairement à chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilité +presque absolue de deviner le sens de ces nombres mystérieux.</p> -<p>Vigenère n'oublie point «un bel artifice de se réserver un second sens -caché parmy le premier, si l'on estoit surpris et <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> contraint -d'exhiber son chiffre;» mais les explications qu'il donne à cet égard +<p>Vigenère n'oublie point «un bel artifice de se réserver un second sens +caché parmy le premier, si l'on estoit surpris et <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> contraint +d'exhiber son chiffre;» mais les explications qu'il donne à cet égard sont confuses et d'une longueur telles, que, si nous avions la patience de les transcrire, peu de personnes sans doute auraient celle de les lire.</p> -<p>Le défaut de la plupart des procédés qu'indique le <cite>Traité des -chiffres</cite>, c'est une extrême complication: l'auteur fait un usage -immodéré de lettres de diverses couleurs, et il expose, d'une façon -souvent très-peu claire, des systèmes de chiffres tellement mystérieux, -que celui qui voudrait en faire usage se trouverait peut-être lui-même -dans un embarras inextricable pour déchiffrer ce qu'il aurait écrit.</p> +<p>Le défaut de la plupart des procédés qu'indique le <cite>Traité des +chiffres</cite>, c'est une extrême complication: l'auteur fait un usage +immodéré de lettres de diverses couleurs, et il expose, d'une façon +souvent très-peu claire, des systèmes de chiffres tellement mystérieux, +que celui qui voudrait en faire usage se trouverait peut-être lui-même +dans un embarras inextricable pour déchiffrer ce qu'il aurait écrit.</p> -<p>Vigenère fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la plupart +<p>Vigenère fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la plupart des professions:</p> -<p>«Les hommes de tout temps ont esté curieux de se tracer chacun pour soy -quelques notes secrètes pour se receler <span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> de la cognoissance des +<p>«Les hommes de tout temps ont esté curieux de se tracer chacun pour soy +quelques notes secrètes pour se receler <span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> de la cognoissance des autres, comme les marchands en leurs marques et papiers de compte; les -médecins, en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs -paragraphes.»</p> +médecins, en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs +paragraphes.»</p> <p>Il expose avec complaisance un moyen de transmettre un avis, sans avoir -recours à l'écriture, mais en employant des grains de diverses matières, -accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets.</p> +recours à l'écriture, mais en employant des grains de diverses matières, +accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets.</p> <table style="width: 60%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Grains."> <tr> <td class="left">grains</td> <td>d'or,</td> <td>d'argent,</td> -<td>d'ébène,</td> +<td>d'ébène,</td> <td>d'ivoire.</td> </tr> <tr> @@ -2168,7 +2129,7 @@ accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets.</p> <td>L</td> </tr> <tr> -<td class="left">d'ébène</td> +<td class="left">d'ébène</td> <td>M</td> <td>N</td> <td>O</td> @@ -2187,38 +2148,38 @@ accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets.</p> suivant les lignes horizontales: deux grains d'or et d'ivoire, deux d'argent et d'or, deux grains d'ivoire, deux d'ivoire et d'argent.</p> -<p>Après avoir expliqué ce procédé, Vigenère consigne, en son livre, la -réflexion que voici:</p> +<p>Après avoir expliqué ce procédé, Vigenère consigne, en son livre, la +réflexion que voici:</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> «Au rang des chiffres ou occulte écriture, on peut bien reléguer +<p><span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> «Au rang des chiffres ou occulte écriture, on peut bien reléguer aussi les minutes des greffiers, notaires, sergens et semblables -manières de gens de pratique, et encore l'écriture de beaucoup de -personnes, qu'à peine autres qu'eux sçauroient lire, quoiqu'elle ne soit -que des lettres ordinaires, mais difformées de telle sorte, qu'on n'y -sçauroit presque rien discerner. Or, laissant à part ces vicieux -chaffourements qui procèdent d'insuffisance, il y en a d'autres qui -consistent en perspective, car, en y regardant de front, on n'y sçauroit +manières de gens de pratique, et encore l'écriture de beaucoup de +personnes, qu'à peine autres qu'eux sçauroient lire, quoiqu'elle ne soit +que des lettres ordinaires, mais difformées de telle sorte, qu'on n'y +sçauroit presque rien discerner. Or, laissant à part ces vicieux +chaffourements qui procèdent d'insuffisance, il y en a d'autres qui +consistent en perspective, car, en y regardant de front, on n'y sçauroit rien discerner de lisible, mais l'accommodant obliquement en l'assiette qui luy est propre, ce qui estoit imperceptible apparoist. Il y en a -d'autres qui dépendent de la seule acuité de la vue, la lettre estant si -déliée que l'œil à peine la peut comprendre: telle que s'est vue de -nostre temps celle d'un gentilhomme siennois, <span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> appelé -<em>Spanocchio</em>, qui écrivoit sur un velin, sans aucune abréviation, tout +d'autres qui dépendent de la seule acuité de la vue, la lettre estant si +déliée que l'œil à peine la peut comprendre: telle que s'est vue de +nostre temps celle d'un gentilhomme siennois, <span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> appelé +<em>Spanocchio</em>, qui écrivoit sur un velin, sans aucune abréviation, tout l'<cite>In principio</cite> de Saint-Jean, en autant ou moins d'espace que ne -contient le petit ongle, d'une lettre si exquise et si bien formée, -qu'il ne seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'après Cicéron, -allègue que toute l'<cite>Iliade</cite> d'Homère, qui contient de quatorze à quinze -mille vers, avoit esté escrite de si menue lettre en velin, qu'elle -pouvoit toute entrer en une coquille de noix.»</p> - -<p>Le célèbre chancelier Bacon a, dans son traité <i>De dignitate et -augmentis scientiarum</i> (livre VI, ch. 1), fait connaître un chiffre, -dont il est l'inventeur, et qui est basé sur les permutations de deux -lettres seules, <em>a</em> et <em>b</em>, combinées par groupes de cinq. Ces deux +contient le petit ongle, d'une lettre si exquise et si bien formée, +qu'il ne seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'après Cicéron, +allègue que toute l'<cite>Iliade</cite> d'Homère, qui contient de quatorze à quinze +mille vers, avoit esté escrite de si menue lettre en velin, qu'elle +pouvoit toute entrer en une coquille de noix.»</p> + +<p>Le célèbre chancelier Bacon a, dans son traité <i>De dignitate et +augmentis scientiarum</i> (livre VI, ch. 1), fait connaître un chiffre, +dont il est l'inventeur, et qui est basé sur les permutations de deux +lettres seules, <em>a</em> et <em>b</em>, combinées par groupes de cinq. Ces deux lettres sont susceptibles de 32 combinaisons de ce genre; il y en a donc plus qu'il n'en faut pour exprimer l'alphabet tout entier, et cet <cite>alphabetum <span class="pagenum"><a id="page79" name="page79"></a>(p. 79)</span> liluterarium</cite> (c'est ainsi que le nomme Bacon) -pourra s'écrire de la façon suivante:</p> +pourra s'écrire de la façon suivante:</p> <table style="width: 25%;" border="0" cellpadding="1" summary="Alphabetum."> <tr> @@ -2321,23 +2282,23 @@ pourra s'écrire de la façon suivante:</p> <p>On comprend, du reste, qu'au lieu des lettres <em>a</em> et <em>b</em> on peut prendre toute autre dont on aura envie, ou bien les remplacer par quelque signe -algébrique, ou par une marque quelconque a laquelle on voudra -s'attacher. L'inconvénient de cet alphabet, c'est que tout mot ordinaire -se trouve représenté par cinq fois plus de lettres. <em>Paris</em>, par +algébrique, ou par une marque quelconque a laquelle on voudra +s'attacher. L'inconvénient de cet alphabet, c'est que tout mot ordinaire +se trouve représenté par cinq fois plus de lettres. <em>Paris</em>, par exemple, se traduira par <em>abbba aaaaa baaaa abaaa baaab</em>. <span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span> -Lorsqu'on voudra écrire <em>Espagne</em>, il faudra prendre la peine de tracer +Lorsqu'on voudra écrire <em>Espagne</em>, il faudra prendre la peine de tracer <em>aabaa baaab abbba aaaaa aabba abbaa aabaa</em>. Une phrase un peu longue se trouvera ainsi exiger beaucoup de temps et une attention fort soutenue, -pour être écrite sans que quelque erreur ne vienne s'y glisser.</p> - -<p>Bacon a prévu que le mystère de son alphabet ne serait pas -très-difficile à découvrir, et il a dû chercher quelques moyens, afin de -mettre sa pensée à l'abri des curieux: il a donc imaginé ce qu'il -appelle l'<cite>alphabetum biforme</cite>. Après avoir déchiffré la dépêche écrite -d'après la méthode que nous venons d'exposer, on n'arrive point encore -au véritable sens: il est enveloppé dans les lettres qui sont mises en -majuscules dans l'alphabet <em>biforme</em>, lettres qu'indique à ceux qui ont -la clef de ce procédé les groupes de lettres auxquels elles +pour être écrite sans que quelque erreur ne vienne s'y glisser.</p> + +<p>Bacon a prévu que le mystère de son alphabet ne serait pas +très-difficile à découvrir, et il a dû chercher quelques moyens, afin de +mettre sa pensée à l'abri des curieux: il a donc imaginé ce qu'il +appelle l'<cite>alphabetum biforme</cite>. Après avoir déchiffré la dépêche écrite +d'après la méthode que nous venons d'exposer, on n'arrive point encore +au véritable sens: il est enveloppé dans les lettres qui sont mises en +majuscules dans l'alphabet <em>biforme</em>, lettres qu'indique à ceux qui ont +la clef de ce procédé les groupes de lettres auxquels elles correspondent.</p> <p>Pour faire comprendre ceci, il est indispensable <span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span> de transcrire @@ -2471,14 +2432,14 @@ d'abord ce nouvel alphabet, tel qu'il se montre dans l'ouvrage de Bacon.</p> </tr> </table> -<p>Supposé maintenant qu'on veuille donner avis à quelqu'un de s'enfuir, en -lui faisant passer le mot latin <em>fuge</em>, on écrira d'abord la phrase -suivante, qui présente un sens tout opposé:</p> +<p>Supposé maintenant qu'on veuille donner avis à quelqu'un de s'enfuir, en +lui faisant passer le mot latin <em>fuge</em>, on écrira d'abord la phrase +suivante, qui présente un sens tout opposé:</p> <p class="quote"><i>Manere te volo donec venero.</i></p> <p>En prenant dans l'alphabet ci-dessus les lettres <em>a</em> et <em>b</em> qui -correspondent aux lettres <span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> dont est formée cette phrase, on +correspondent aux lettres <span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> dont est formée cette phrase, on mettra:</p> <table style="width: 40%;" border="0" cellpadding="1" summary="Exemple."> @@ -2496,94 +2457,94 @@ mettra:</p> </tr> </table> -<p>Ces quatre groupes d'<em>a</em> et de <em>b</em> réunis par cinq, indiquent, d'après +<p>Ces quatre groupes d'<em>a</em> et de <em>b</em> réunis par cinq, indiquent, d'après les combinaisons de l'Alphabet Biforme, les quatre lettres qui forment le mot FUGE.</p> -<p>Il faut reconnaître que les explications trop succinctes et très-peu -claires que donne Bacon à l'égard de ses procédés de chiffres, laissent -beaucoup à désirer. L'idée d'employer les combinaisons des lettres n'est -cependant point indigne d'une attention sérieuse: il y a le germe de -tout un système de chiffres qui n'a pas de limites.</p> +<p>Il faut reconnaître que les explications trop succinctes et très-peu +claires que donne Bacon à l'égard de ses procédés de chiffres, laissent +beaucoup à désirer. L'idée d'employer les combinaisons des lettres n'est +cependant point indigne d'une attention sérieuse: il y a le germe de +tout un système de chiffres qui n'a pas de limites.</p> -<p>Remarquons, en effet, que des mathématiciens ont cherché le nombre des -combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupées -ensemble de toutes les manières imaginables: ils ont trouvé le chiffre +<p>Remarquons, en effet, que des mathématiciens ont cherché le nombre des +combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupées +ensemble de toutes les manières imaginables: ils ont trouvé le chiffre formidable de 42 quadrillons, 163,840 trillions, 398,198 billions, -<span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> 058,854 millions, 693,625. Pour saisir toute l'énormité de ce -nombre, il faut se souvenir qu'on a démontré que, pour écrire toutes les -combinaisons qu'il énonce, il serait indispensable de se procurer une -feuille de papier qui aurait 421,300 fois l'étendue de la superficie de +<span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> 058,854 millions, 693,625. Pour saisir toute l'énormité de ce +nombre, il faut se souvenir qu'on a démontré que, pour écrire toutes les +combinaisons qu'il énonce, il serait indispensable de se procurer une +feuille de papier qui aurait 421,300 fois l'étendue de la superficie de la Terre.</p> -<h3>§ IV.</h3> +<h3>§ IV.</h3> -<p class="h3title">Jérôme Cardan.</p> +<p class="h3title">Jérôme Cardan.</p> -<p>Cet Italien célèbre, qui toucha à toutes les questions<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="smaller">[4]</span></a> et qu'une -vaste érudition, <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span> jointe à des talents très-distingués, n'a -point préservé d'une accusation de folie, a dit quelques mots de la -Cryptographie dans son ouvrage <cite>de la Subtilité</cite>; les voici d'après la -vieille traduction française:</p> +<p>Cet Italien célèbre, qui toucha à toutes les questions<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="smaller">[4]</span></a> et qu'une +vaste érudition, <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span> jointe à des talents très-distingués, n'a +point préservé d'une accusation de folie, a dit quelques mots de la +Cryptographie dans son ouvrage <cite>de la Subtilité</cite>; les voici d'après la +vieille traduction française:</p> -<p>«Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement -réglées et lignées; vous y ferez séparément des trous assez petits, mais -toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez accoutumé +<p>«Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement +réglées et lignées; vous y ferez séparément des trous assez petits, mais +toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez accoutumé faire vostre lettre: l'un de ces pertuis pourra tenir sept lettres, l'autre trois, l'autre huit ou dix, de sorte que tous les trous ou -pertuis qu'aurez faits pourront tenir ensemble cent vingt caractères ou -lettres. De ces <span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> deux peaux, vous donnerez l'une à celuy auquel -vous désirez escrire, et vous retiendrez l'autre à vous; et, lorsque +pertuis qu'aurez faits pourront tenir ensemble cent vingt caractères ou +lettres. De ces <span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> deux peaux, vous donnerez l'une à celuy auquel +vous désirez escrire, et vous retiendrez l'autre à vous; et, lorsque voudrez escrire le plus brief et succinct que vous pourrez, de sorte que -vostre escriture n'excède pas ledit nombre de cent vingt caractères ou +vostre escriture n'excède pas ledit nombre de cent vingt caractères ou lettres: qui est tout ce que les espaces et pertuis susdits pourront -comprendre. Et après, sur les pertuis, faits comme je l'ay dit, vous +comprendre. Et après, sur les pertuis, faits comme je l'ay dit, vous escrivez, au feuillet de papier qui est dessous, le sujet et sentence -que voudrez; et, après, à un autre feuillet, et conséquemment au -troisième. Cela estant fait, vous remplacez les espaces et distances qui -demeureront vides, ainsi augmentant ou effaçant jusques à tant que +que voudrez; et, après, à un autre feuillet, et conséquemment au +troisième. Cela estant fait, vous remplacez les espaces et distances qui +demeureront vides, ainsi augmentant ou effaçant jusques à tant que vostre sentence et sujet apparoissent et se montrent. Vous accomplirez la seconde sentence au second feuillet de papier, faisant extrait en -telle sorte, sur la première, qu'il semblera <span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> et apparoistra que -les mots et paroles soient suivants et consécutifs l'un après l'autre. -La troisième adapterez aussi à telle sorte et manière, que, sans aucune -interruption ni intermission des premières lettres, l'ordre, la +telle sorte, sur la première, qu'il semblera <span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> et apparoistra que +les mots et paroles soient suivants et consécutifs l'un après l'autre. +La troisième adapterez aussi à telle sorte et manière, que, sans aucune +interruption ni intermission des premières lettres, l'ordre, la sentence, le nombre des paroles avec la grandeur se trouveront et -apparoistront, retenant mesure, sujet et intelligence. Et après -appliquerez, sur ce papier escrit en cette manière, le parchemin que -pour cette cause vous aurez taillé et percé, faisant en tout et partout, -aux extrémitez des trous ou perçures, de petits et subtils points, -jusques à tant que le sujet et intelligence des lettres parviennent en -la sorte que vous désirez les escrire. Et après, celuy à qui vous les -enverrez, mettant sur elles son exemplaire percé (comme il est dit), -entendra subitement et facilement la conception de vostre volonté.»</p> +apparoistront, retenant mesure, sujet et intelligence. Et après +appliquerez, sur ce papier escrit en cette manière, le parchemin que +pour cette cause vous aurez taillé et percé, faisant en tout et partout, +aux extrémitez des trous ou perçures, de petits et subtils points, +jusques à tant que le sujet et intelligence des lettres parviennent en +la sorte que vous désirez les escrire. Et après, celuy à qui vous les +enverrez, mettant sur elles son exemplaire percé (comme il est dit), +entendra subitement et facilement la conception de vostre volonté.»</p> -<h3><span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> § V.</h3> +<h3><span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> § V.</h3> <p class="h3title">Le duc de Brunswick.</p> -<p>Au commencement du seizième siècle, un duc de Brunswick-Lunebourg, -Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur à l'étude; il publia divers -écrits sous le pseudonyme de Gustave Selenus. <em>Selenus</em>, du grec -<em>Selène</em> (la lune), était une espèce de traduction du mot <em>Lunebourg</em>; -<em>Gustave</em> est l'anagramme d'<em>Auguste</em>. Le jeu des échecs, -l'horticulture, l'art d'écrire en chiffres, occupèrent tour à tour +<p>Au commencement du seizième siècle, un duc de Brunswick-Lunebourg, +Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur à l'étude; il publia divers +écrits sous le pseudonyme de Gustave Selenus. <em>Selenus</em>, du grec +<em>Selène</em> (la lune), était une espèce de traduction du mot <em>Lunebourg</em>; +<em>Gustave</em> est l'anagramme d'<em>Auguste</em>. Le jeu des échecs, +l'horticulture, l'art d'écrire en chiffres, occupèrent tour à tour l'attention de ce prince; son livre sur le sujet que nous traitons ici a -pour titre: <cite>Systema integrum Chryptographiæ</cite>; c'est un in folio de près +pour titre: <cite>Systema integrum Chryptographiæ</cite>; c'est un in folio de près de 500 pages.</p> -<p>Trithème a fourni la majeure partie des procédés décrits dans ce gros -volume, où il se trouve malheureusement beaucoup d'idées cabalistiques; -les exemples étant <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> pour la plupart empruntés à la langue +<p>Trithème a fourni la majeure partie des procédés décrits dans ce gros +volume, où il se trouve malheureusement beaucoup d'idées cabalistiques; +les exemples étant <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> pour la plupart empruntés à la langue allemande, il n'y a pas moyen de les reproduire textuellement.</p> -<p>Parmi les méthodes que décrit le duc Auguste, en voici une dont nous +<p>Parmi les méthodes que décrit le duc Auguste, en voici une dont nous n'avons pas encore fait mention:</p> -<p>Formez trois colonnes, en inscrivant, à côté des cinq voyelles répétées +<p>Formez trois colonnes, en inscrivant, à côté des cinq voyelles répétées trois fois, les consonnes de l'alphabet:</p> -<table style="width: 40%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode."> +<table style="width: 40%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode."> <tr> <td>a</td> <td><i>b</i></td> @@ -2636,84 +2597,84 @@ trois fois, les consonnes de l'alphabet:</p> </tr> </table> -<p>Au lieu d'écrire les lettres qui emportent les mots que vous voulez +<p>Au lieu d'écrire les lettres qui emportent les mots que vous voulez chiffrer, vous inscrivez celles qui leur correspondent. Vous mettez par exemple un <em>i</em> en place d'un <em>r</em>, <i>et vice versa</i>, un <em>o</em> en place d'un <em>f</em>, ainsi de suite.</p> -<p>Pour écrire <em>l'empereur d'Autriche</em>, vous mettrez <em>icoakitk iaguieak</em>.</p> +<p>Pour écrire <em>l'empereur d'Autriche</em>, vous mettrez <em>icoakitk iaguieak</em>.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> Rien n'empêche d'employer à rebours un alphabet ainsi dressé ou -de substituer quelques lettres à d'autres, en suivant une marche dont on -sera convenu: cela augmentera beaucoup les difficultés du déchiffrement. -Au moyen de méthodes semblables, le prince allemand montre comment les +<p><span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> Rien n'empêche d'employer à rebours un alphabet ainsi dressé ou +de substituer quelques lettres à d'autres, en suivant une marche dont on +sera convenu: cela augmentera beaucoup les difficultés du déchiffrement. +Au moyen de méthodes semblables, le prince allemand montre comment les mots suivante: <em>Cras expectabis adventum meum</em>, peuvent se traduire par <em>zfxubzmsbeugpgeurmiothrha</em>.</p> -<p>Les alphabets imaginaires et forgés à plaisir, que fait connaître le +<p>Les alphabets imaginaires et forgés à plaisir, que fait connaître le prince, sont, pour la plupart, la reproduction ou l'imitation de ceux -qu'on trouvait déjà dans le livre de Porta; il a pris la peine de faire -graver (page 282) l'alphabet qu'une tradition très-peu authentique -attribue à Salomon, et il n'a point oublié celui dont les habitants du -pays d'Utopie font usage, à ce qu'affirme Thomas Morus. Il a lui-même -inventé un moyen d'exprimer les lettres, au moyen d'un système de -lignes <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> brisées, obliques, parallèles, etc., ou bien grâce à des -groupes de points disposés de diverses manières. Nous pensons qu'il +qu'on trouvait déjà dans le livre de Porta; il a pris la peine de faire +graver (page 282) l'alphabet qu'une tradition très-peu authentique +attribue à Salomon, et il n'a point oublié celui dont les habitants du +pays d'Utopie font usage, à ce qu'affirme Thomas Morus. Il a lui-même +inventé un moyen d'exprimer les lettres, au moyen d'un système de +lignes <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> brisées, obliques, parallèles, etc., ou bien grâce à des +groupes de points disposés de diverses manières. Nous pensons qu'il serait superflu de donner la reproduction de ces alphabets fantastiques, car le champ des inventions de ce genre est sans bornes.</p> <h2><span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> CHAPITRE III.<br> -<span class="smaller">RÈGLES ET PROCÉDÉS DE CRYPTOGRAPHIE.</span></h2> +<span class="smaller">RÈGLES ET PROCÉDÉS DE CRYPTOGRAPHIE.</span></h2> -<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3> +<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3> -<p class="h3title">Préceptes généraux.</p> +<p class="h3title">Préceptes généraux.</p> -<p>Maintenant laissons de côté les méthodes aujourd'hui abandonnées -qu'exposent les écrivains du seizième siècle, et cherchons à faire -comprendre quelques-unes des règles auxquelles se conformaient, dans -leurs dépêches chiffrées, les diplomates du siècle dernier, règles qui -servent encore habituellement de guide à leurs successeurs.</p> +<p>Maintenant laissons de côté les méthodes aujourd'hui abandonnées +qu'exposent les écrivains du seizième siècle, et cherchons à faire +comprendre quelques-unes des règles auxquelles se conformaient, dans +leurs dépêches chiffrées, les diplomates du siècle dernier, règles qui +servent encore habituellement de guide à leurs successeurs.</p> -<p>Les signes de ponctuation sont supprimés, ou bien, lorsqu'il est -nécessaire d'en faire usage, afin de donner plus de <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> clarté au -texte chiffré, on les indique par une marque particulière. Les accents +<p>Les signes de ponctuation sont supprimés, ou bien, lorsqu'il est +nécessaire d'en faire usage, afin de donner plus de <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> clarté au +texte chiffré, on les indique par une marque particulière. Les accents et le trait d'union sont abolis.</p> <p>On emploie ce qu'on nomme des non-valeurs (<em>otiosi characteres</em>), afin -de dérouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les -nombres composés entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien -et qu'il ne faut point en tenir compte dans le déchiffrement. Le -déchiffreur non initié perdra beaucoup de temps à vouloir trouver un -sens là où il n'y en a pas et sera complétement fourvoyé.</p> - -<p>Parfois, on a recours à un chiffre de contre-sens; on convient que les -phrases chiffrées, comprises entre deux marques convenues, telles que -des croix, des parenthèses, des chiffres déterminés à l'avance, etc., -doivent être entendues dans un sens diamétralement opposé à celui -qu'elles présentent. Par exemple, la phrase chiffrée: «Le roi est -malade, mais il va <span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> mieux et sa guérison est certaine,» doit être -interprétée ainsi tout autrement: «Sa mort est certaine.»</p> - -<p>Il n'est pas mal d'employer dans une dépêche chiffrée des mots de -diverses langues; le mystère sera encore plus difficile à percer; en -voici un exemple: <i>L'armée de l'Empereur se réunit aux troupes du roi</i>; -écrivez, en faisant usage du latin, de l'allemand, du français, de -l'espagnol, de l'anglais; <i>exercitus der Kayser se réunit à las tropas +de dérouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les +nombres composés entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien +et qu'il ne faut point en tenir compte dans le déchiffrement. Le +déchiffreur non initié perdra beaucoup de temps à vouloir trouver un +sens là où il n'y en a pas et sera complétement fourvoyé.</p> + +<p>Parfois, on a recours à un chiffre de contre-sens; on convient que les +phrases chiffrées, comprises entre deux marques convenues, telles que +des croix, des parenthèses, des chiffres déterminés à l'avance, etc., +doivent être entendues dans un sens diamétralement opposé à celui +qu'elles présentent. Par exemple, la phrase chiffrée: «Le roi est +malade, mais il va <span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> mieux et sa guérison est certaine,» doit être +interprétée ainsi tout autrement: «Sa mort est certaine.»</p> + +<p>Il n'est pas mal d'employer dans une dépêche chiffrée des mots de +diverses langues; le mystère sera encore plus difficile à percer; en +voici un exemple: <i>L'armée de l'Empereur se réunit aux troupes du roi</i>; +écrivez, en faisant usage du latin, de l'allemand, du français, de +l'espagnol, de l'anglais; <i>exercitus der Kayser se réunit à las tropas of the king</i>. Chiffrez ensuite, et il sera presque impossible de -découvrir ce que vous avez confié au papier.</p> +découvrir ce que vous avez confié au papier.</p> -<p>Les mots écrits avec des abréviations convenues à l'avance, présentent +<p>Les mots écrits avec des abréviations convenues à l'avance, présentent une ressource avantageuse; il est bon de les indiquer au moyen d'un signe convenu.</p> -<p>On a vu des hommes d'État employer la méthode d'écriture hébraïque, -c'est-à-dire ranger les chiffres de droite à gauche.</p> +<p>On a vu des hommes d'État employer la méthode d'écriture hébraïque, +c'est-à -dire ranger les chiffres de droite à gauche.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> Un procédé qui n'est pas très-compliqué consiste à dresser le +<p><span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> Un procédé qui n'est pas très-compliqué consiste à dresser le tableau suivant:</p> -<table style="width: 50%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode."> +<table style="width: 50%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode."> <tr> <td>abcd</td> <td>efgh</td> @@ -2732,38 +2693,38 @@ tableau suivant:</p> </tr> </table> -<p class="noindent">et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut déguiser par un double -chiffre, dont le premier représente le groupe de lettres et le second, +<p class="noindent">et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut déguiser par un double +chiffre, dont le premier représente le groupe de lettres et le second, le rang qu'occupe dans ce groupe la lettre qu'on a en vue. Ainsi, l'<em>r</em> -s'exprime par 51, le <em>g</em> par 23; pour écrire <em>festina lente</em>, on mettra:</p> +s'exprime par 51, le <em>g</em> par 23; pour écrire <em>festina lente</em>, on mettra:</p> <p class="quote"> 22 21 52 53 31 41 11 33 21 41 53 21</p> <p>Il n'est pas sans exemple qu'on joigne au chiffre convenu pour -représenter telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint à ce -chiffre, en donne un autre, sur lequel les efforts les plus opiniâtres -n'ont guère de prise, lorsqu'on ne connaît pas le secret. Supposons -qu'on soit convenu que le chiffre 8 représente l'<em>l</em>, 74 l'<em>é</em>, 31 -l'<em>r</em>, 26 l'<em>o</em>, 59 l'<em>i</em>; pour écrire le <em>roi</em>, on mettrait 8 <span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span> -74 31 26 59; mais, si on ajoute 6 à chacun de ces nombres, on aura 14 80 +représenter telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint à ce +chiffre, en donne un autre, sur lequel les efforts les plus opiniâtres +n'ont guère de prise, lorsqu'on ne connaît pas le secret. Supposons +qu'on soit convenu que le chiffre 8 représente l'<em>l</em>, 74 l'<em>é</em>, 31 +l'<em>r</em>, 26 l'<em>o</em>, 59 l'<em>i</em>; pour écrire le <em>roi</em>, on mettrait 8 <span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span> +74 31 26 59; mais, si on ajoute 6 à chacun de ces nombres, on aura 14 80 37 32 65.</p> -<p>Il va sans dire qu'au lieu d'ajouter, on est parfaitement maître de +<p>Il va sans dire qu'au lieu d'ajouter, on est parfaitement maître de retrancher, de multiplier, de diviser: l'essentiel est que les deux correspondants se mettent bien d'accord sur la marche qu'ils adoptent.</p> -<h3>§ II.</h3> +<h3>§ II.</h3> -<p class="h3title">Chiffre imaginé par Mirabeau.</p> +<p class="h3title">Chiffre imaginé par Mirabeau.</p> -<p>L'imagination active de Mirabeau touchait à tout; il inventa, dans un -moment de loisir, une méthode de chiffre qui n'est pas sans mérite. -Divisez l'alphabet en cinq parties égales, désignez d'abord chacune des -cinq divisions par un numéro, indiquez ensuite par des numéros chacune -des lettres que vous aurez groupées arbitrairement:</p> +<p>L'imagination active de Mirabeau touchait à tout; il inventa, dans un +moment de loisir, une méthode de chiffre qui n'est pas sans mérite. +Divisez l'alphabet en cinq parties égales, désignez d'abord chacune des +cinq divisions par un numéro, indiquez ensuite par des numéros chacune +des lettres que vous aurez groupées arbitrairement:</p> -<table style="width: 20%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode."> +<table style="width: 20%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode."> <tr><td colspan="5">1</td></tr> <tr><td>c</td><td>f</td><td>g</td><td>u</td><td>z</td></tr> <tr><td>1</td><td>2</td><td>3</td><td>4</td><td>5</td></tr> @@ -2786,22 +2747,22 @@ des lettres que vous aurez groupées arbitrairement:</p> <tr><td>1</td><td>2</td><td>3</td><td>4</td><td>5</td></tr> </table> -<p>Les chiffres 6 à 9 et 0 sont regardés comme non-valeurs.</p> +<p>Les chiffres 6 à 9 et 0 sont regardés comme non-valeurs.</p> <p>On range sur deux lignes les chiffres qui expriment la lettre qu'on veut -représenter; la première de ces lignes désigne le groupe; la deuxième la +représenter; la première de ces lignes désigne le groupe; la deuxième la place qu'occupe dans ce groupe la lettre en question. On indiquera donc l'<em>h</em> par <img src="images/img014.jpg" width="7" height="20" alt="3/3" title="">, le <em>t</em> par <img src="images/img015.jpg" width="9" height="20" alt="5/4" title="">, le <em>d</em> par <img src="images/img016.jpg" width="8" height="20" alt="4/1" title="">; -à côté de ces -chiffres, tantôt à droite et tantôt a gauche, on mettra des non-valeurs -afin de dérouter; en conséquence, ces mots <i>le Danube</i> s'exprimeront, si +à côté de ces +chiffres, tantôt à droite et tantôt a gauche, on mettra des non-valeurs +afin de dérouter; en conséquence, ces mots <i>le Danube</i> s'exprimeront, si l'on veut, par:</p> <span class="pagenum"><a id="page97" name="page97"></a>(p. 97)</span> -<table style="width: 40%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode."> +<table style="width: 40%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode."> <tr> <td>74</td> <td>3948</td> @@ -2820,15 +2781,15 @@ l'on veut, par:</p> </tr> </table> -<p>On comprend de reste, que ceci peut être susceptible d'une multitude de +<p>On comprend de reste, que ceci peut être susceptible d'une multitude de combinaisons diverses.</p> -<h3>§ III.</h3> +<h3>§ III.</h3> <p class="h3title">Dictionnaire de convention.</p> -<p>Un procédé, très-souvent mis en usage, consiste à former une espèce de -dictionnaire dans lequel des mots sont remplacés par d'autres; en voici +<p>Un procédé, très-souvent mis en usage, consiste à former une espèce de +dictionnaire dans lequel des mots sont remplacés par d'autres; en voici un exemple:</p> <table style="width: 40%;" border="0" cellpadding="1" summary="Liste."> @@ -2842,7 +2803,7 @@ un exemple:</p> </tr> <tr> <td>Arriver,</td> -<td>être.</td> +<td>être.</td> </tr> <tr> <td>Armistice,</td> @@ -2893,7 +2854,7 @@ un exemple:</p> <td>w.</td> </tr> <tr> -<td>Définitif,</td> +<td>Définitif,</td> <td>mais.</td> </tr> <tr> @@ -2902,7 +2863,7 @@ un exemple:</p> </tr> <tr> <td>Demander,</td> -<td>événement.</td> +<td>événement.</td> </tr> <tr> <td>Descendre,</td> @@ -2923,10 +2884,10 @@ un exemple:</p> <tr> <td><span class="pagenum"><a id="page98" name="page98"></a>(p. 98)</span> Entre,</td> -<td>tôt.</td> +<td>tôt.</td> </tr> <tr> -<td>Événement,</td> +<td>Événement,</td> <td>demande.</td> </tr> <tr> @@ -2942,7 +2903,7 @@ Entre,</td> <td>demain.</td> </tr> <tr> -<td>Général,</td> +<td>Général,</td> <td>6</td> </tr> <tr> @@ -2959,7 +2920,7 @@ Entre,</td> </tr> <tr> <td>Honneur,</td> -<td>gagné.</td> +<td>gagné.</td> </tr> <tr> <td>Ici,</td> @@ -2970,7 +2931,7 @@ Entre,</td> <td>hier.</td> </tr> <tr> -<td>Levé,</td> +<td>Levé,</td> <td>eux.</td> </tr> <tr> @@ -2978,7 +2939,7 @@ Entre,</td> <td>nous.</td> </tr> <tr> -<td>Maréchal,</td> +<td>Maréchal,</td> <td>cerf.</td> </tr> <tr> @@ -2987,7 +2948,7 @@ Entre,</td> </tr> <tr> <td>Mille,</td> -<td>âne.</td> +<td>âne.</td> </tr> <tr> <td>Naples,</td> @@ -2998,7 +2959,7 @@ Entre,</td> <td>quart.</td> </tr> <tr> -<td>Opération,</td> +<td>Opération,</td> <td>sot.</td> </tr> <tr> @@ -3011,7 +2972,7 @@ Entre,</td> </tr> <tr> <td>Partis,</td> -<td>et cætera.</td> +<td>et cætera.</td> </tr> <tr> <td>Peur,</td> @@ -3089,33 +3050,33 @@ Entre,</td> <p>Mots perdus qu'on intercale dans les phrases:</p> -<p><i>Assez</i>, <i>après</i>, <i>beaucoup</i>, <i>beauté</i>, <i>carré</i>, <i>dîner</i>, <i>honneur</i>, +<p><i>Assez</i>, <i>après</i>, <i>beaucoup</i>, <i>beauté</i>, <i>carré</i>, <i>dîner</i>, <i>honneur</i>, <i>loterie</i>, <i>mer</i>, <i>noire</i>, <i>port</i>, etc.</p> <p>En se servant de cette table, voici <span class="pagenum"><a id="page99" name="page99"></a>(p. 99)</span> comment on pourra rendre le passage suivant:</p> -<p>«Le Conseil n'a rien statué de définitif. Il paraît cependant qu'on ne -balance qu'entre deux partis, celui de risquer la levée du camp et celui -de demander un armistice.»</p> +<p>«Le Conseil n'a rien statué de définitif. Il paraît cependant qu'on ne +balance qu'entre deux partis, celui de risquer la levée du camp et celui +de demander un armistice.»</p> -<p>«Le <em>w</em> n'a encore rien, <em>or</em> de <em>mais</em>. Il paraît cependant qu'on ne -<em>oui</em> que <em>tôt voir etc.</em>, celui de <em>bas</em> la <em>eux</em> du 7 et celui de -<em>événement</em> un <em>car</em>.»</p> +<p>«Le <em>w</em> n'a encore rien, <em>or</em> de <em>mais</em>. Il paraît cependant qu'on ne +<em>oui</em> que <em>tôt voir etc.</em>, celui de <em>bas</em> la <em>eux</em> du 7 et celui de +<em>événement</em> un <em>car</em>.»</p> -<h3>§ IV.</h3> +<h3>§ IV.</h3> -<p class="h3title">Lettres et mots exprimés par des chiffres.</p> +<p class="h3title">Lettres et mots exprimés par des chiffres.</p> -<p>Une des méthodes les plus généralement arrêtées consiste à représenter +<p>Une des méthodes les plus généralement arrêtées consiste à représenter chaque lettre et un certain nombre de mots, de syllabes et de noms -propres, par des chiffres; afin de mieux dérouter les investigations, on -exprime la même lettre ou le même objet par divers chiffres; les noms -<span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> de nombre eux-mêmes se traduisent par des chiffres. On forme +propres, par des chiffres; afin de mieux dérouter les investigations, on +exprime la même lettre ou le même objet par divers chiffres; les noms +<span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> de nombre eux-mêmes se traduisent par des chiffres. On forme ainsi des tableaux qui portent le nom de <em>chiffre chiffrant</em>; en voici -un modèle.</p> +un modèle.</p> -<table class="auto" style="width: 40%;" border="0" cellpadding="1" summary="Modèle."> +<table class="auto" style="width: 40%;" border="0" cellpadding="1" summary="Modèle."> <tr> <td>a</td> <td> </td> @@ -3355,7 +3316,7 @@ un modèle.</p> <td class="right">90</td> </tr> <tr> -<td>été,</td> +<td>été,</td> <td> </td> <td class="right">27</td> <td class="right">128</td> @@ -3459,7 +3420,7 @@ un modèle.</p> <td class="right">819</td> </tr> <tr> -<td>l'armée,</td> +<td>l'armée,</td> <td> </td> <td class="right">700</td> <td class="right">790</td> @@ -3606,7 +3567,7 @@ un modèle.</p> </tr> <tr> <td colspan="2">Non-valeurs,</td> -<td colspan="4">3000 à 4500</td> +<td colspan="4">3000 à 4500</td> </tr> <tr> <td colspan="2">Contre-sens,</td> @@ -3617,47 +3578,47 @@ un modèle.</p> <p>Supposons qu'on veuille chiffrer les lignes que voici:</p> -<p>«Le roi est parti le 12 du courant pour l'armée, avec le prince N. et le -ministre N. <span class="font200">+</span> il a de bonnes intentions pour votre Majesté <span class="font200">+</span>; -l'armée, forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube.»</p> +<p>«Le roi est parti le 12 du courant pour l'armée, avec le prince N. et le +ministre N. <span class="font200">+</span> il a de bonnes intentions pour votre Majesté <span class="font200">+</span>; +l'armée, forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube.»</p> -<p>On fera précéder cet avis de quelques mots qui lui donneront l'apparence -d'une missive relative à quelque opération de commerce ou de banque, et -on écrira:</p> +<p>On fera précéder cet avis de quelques mots qui lui donneront l'apparence +d'une missive relative à quelque opération de commerce ou de banque, et +on écrira:</p> -<p>«Je n'ai pu encore réussir à effectuer l'emprunt que vous désirez -contracter et au sujet duquel vous m'avez écrit. 3000 4499 812 576 9 14 +<p>«Je n'ai pu encore réussir à effectuer l'emprunt que vous désirez +contracter et au sujet duquel vous m'avez écrit. 3000 4499 812 576 9 14 16 11 53 <span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> courant 21 58 53 81 69 6 108 13 31 47 19 32 201 4 3017 779 7 3778 66 14 b <span class="font200">+</span> 98 83 46 45 20 129 54 102 900 103 105 107 104 201 5886 925 98 7654 102 52 63b 1266 96 536 90 b <span class="font200">+</span> 700 66 24 18 190 280 651 661 39 58 13 63 47 74 11 129 98 82 21 6 52 74 201 81 88 65 500 102 -112 5 31. Cette affaire pourrait avoir à Hambourg des chances de -réussite.»</p> +112 5 31. Cette affaire pourrait avoir à Hambourg des chances de +réussite.»</p> -<p>Les mots, <em>bonnes intentions</em>, étant affectés du chiffre de contre-sens, +<p>Les mots, <em>bonnes intentions</em>, étant affectés du chiffre de contre-sens, il faut comprendre: <em>mauvaises intentions</em> ou <em>peu favorables</em>.</p> -<h3>§ V.</h3> +<h3>§ V.</h3> -<p class="h3title">Théorie des chiffres chiffrants et déchiffrants.</p> +<p class="h3title">Théorie des chiffres chiffrants et déchiffrants.</p> -<p>Les auteurs de l'<cite>Encyclopédie méthodique</cite> ne pouvaient oublier, dans -leur vaste répertoire de <i>omni re scibili</i>, l'art de <span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span> -l'écriture en chiffre; voici le résumé des notions qu'ils exposent à cet -égard:</p> +<p>Les auteurs de l'<cite>Encyclopédie méthodique</cite> ne pouvaient oublier, dans +leur vaste répertoire de <i>omni re scibili</i>, l'art de <span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span> +l'écriture en chiffre; voici le résumé des notions qu'ils exposent à cet +égard:</p> -<p>Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une légation, le -ministère des affaires étrangères lui remet ordinairement trois -<em>chiffres</em>, le chiffre chiffrant, le chiffre déchiffrant, et le chiffre -banal. Le chiffre chiffrant, partagé en colonnes, marque dans la -première non-seulement les lettres de l'alphabet, mais aussi les +<p>Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une légation, le +ministère des affaires étrangères lui remet ordinairement trois +<em>chiffres</em>, le chiffre chiffrant, le chiffre déchiffrant, et le chiffre +banal. Le chiffre chiffrant, partagé en colonnes, marque dans la +première non-seulement les lettres de l'alphabet, mais aussi les syllabes, les mots et les phrases dont cet agent aura probablement -besoin dans le cours de sa négociation, les noms des souverains ou -république, de leurs principaux ministres, etc. Cette colonne est -quelquefois imprimée, mais la seconde colonne, remplie en écriture par -le département des affaires étrangères, renferme les nombres, chiffres -ou caractères par lesquels on juge à propos de désigner la lettre, le -mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant:</p> +besoin dans le cours de sa négociation, les noms des souverains ou +république, de leurs principaux ministres, etc. Cette colonne est +quelquefois imprimée, mais la seconde colonne, remplie en écriture par +le département des affaires étrangères, renferme les nombres, chiffres +ou caractères par lesquels on juge à propos de désigner la lettre, le +mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant:</p> <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> @@ -3705,7 +3666,7 @@ mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant:</p> <td> </td> </tr> <tr> -<td>l'armée des alliés,</td> +<td>l'armée des alliés,</td> <td class="right">80.</td> <td class="right">95</td> <td class="right">1022</td> @@ -3736,31 +3697,31 @@ mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant:</p> </tr> </table> -<p>On a soin de ranger par ordre alphabétique les noms substantifs, les -verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la commodité -du chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se servir à -son choix, afin de désigner le même mot; grâce à cette précaution, en -cas d'incident, il devient plus difficile de déchiffrer la dépêche.</p> +<p>On a soin de ranger par ordre alphabétique les noms substantifs, les +verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la commodité +du chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se servir à +son choix, afin de désigner le même mot; grâce à cette précaution, en +cas d'incident, il devient plus difficile de déchiffrer la dépêche.</p> -<p>Les articles d'une dépêche qui mérite le secret se chiffrent tout au -long; on n'y met point de mots écrits en caractères ordinaires, parce -que ces mots, quelque indifférents <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> qu'ils puissent paraître, se +<p>Les articles d'une dépêche qui mérite le secret se chiffrent tout au +long; on n'y met point de mots écrits en caractères ordinaires, parce +que ces mots, quelque indifférents <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> qu'ils puissent paraître, se trouvant dans le chiffre, peuvent faire deviner une partie du sens ou du -moins découvrir la matière qu'on traite. Il ne faut pas négliger de -distinguer tous les mots par un point, qu'on met derrière chaque nombre, -puisque, sans cette précaution, une dépêche serait indéchiffrable pour +moins découvrir la matière qu'on traite. Il ne faut pas négliger de +distinguer tous les mots par un point, qu'on met derrière chaque nombre, +puisque, sans cette précaution, une dépêche serait indéchiffrable pour le correspondant, qui ne pourrait se servir de sa clef et qui verrait les nombres confondus.</p> -<p>Le chiffre déchiffrant marque, dans la première colonne à gauche, tous -les nombres dont le chiffre chiffrant est composé, depuis le plus bas -jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne à droite -contient le mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre désigne. -Lorsqu'on veut chiffrer quelque dépêche, on cherche dans ce chiffre -déchiffrant la signification de chaque mot qui se présente, et on -l'écrit au-dessus entre les lignes, qui doivent être espacées -convenablement, de même <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> que les nombres éloignés les uns des -autres à une juste distance.</p> +<p>Le chiffre déchiffrant marque, dans la première colonne à gauche, tous +les nombres dont le chiffre chiffrant est composé, depuis le plus bas +jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne à droite +contient le mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre désigne. +Lorsqu'on veut chiffrer quelque dépêche, on cherche dans ce chiffre +déchiffrant la signification de chaque mot qui se présente, et on +l'écrit au-dessus entre les lignes, qui doivent être espacées +convenablement, de même <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> que les nombres éloignés les uns des +autres à une juste distance.</p> <p>En voici un exemple:</p> @@ -3771,9 +3732,9 @@ autres à une juste distance.</p> <td>d'ici</td> <td>est</td> <td>tout</td> -<td>dévoué</td> +<td>dévoué</td> <td>aux</td> -<td>intérêts</td> +<td>intérêts</td> </tr> <tr> <td>102</td> @@ -3808,9 +3769,9 @@ autres à une juste distance.</p> </tr> <tr><td colspan="8"> </td></tr> <tr> -<td>guinées</td> -<td>semées</td> -<td>à</td> +<td>guinées</td> +<td>semées</td> +<td>à </td> <td>propos.</td> <td colspan="4"> </td> </tr> @@ -3823,306 +3784,306 @@ autres à une juste distance.</p> </tr> </table> -<h3>§ VI.</h3> +<h3>§ VI.</h3> -<p class="h3title">Autres systèmes de chiffres.</p> +<p class="h3title">Autres systèmes de chiffres.</p> -<p>Lorsqu'on soupçonne que les chiffres ont été vendus par des commis ou -des serviteurs infidèles, on tâche de tromper les gens qui ont fait +<p>Lorsqu'on soupçonne que les chiffres ont été vendus par des commis ou +des serviteurs infidèles, on tâche de tromper les gens qui ont fait acquisition du chiffre.</p> -<p>Alors la Cour écrit à son ministre ou bien le ministre mande à sa Cour -le contraire de ses véritables intentions. On exprime en chiffre la +<p>Alors la Cour écrit à son ministre ou bien le ministre mande à sa Cour +le contraire de ses véritables intentions. On exprime en chiffre la contre-partie des nouvelles qu'on veut transmettre; on met ensuite, dans -la dépêche, un signe, une marque, un caractère, un mot ou une <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> -phrase, dont on est convenu avant le départ du négociateur, indice qui -annule non-seulement tout ce qui vient d'être dit, mais qui désigne -aussi qu'on doit l'entendre dans le sens opposé; c'est ce qu'on appelle -le <em>chiffre annulant</em>. Lorsqu'on découvre qu'une puissance rivale essaye -de corrompre nos employés, on lui fait parvenir adroitement un faux -chiffre, et on l'induit en erreur en écrivant des contre-vérités.</p> - -<p>La Cour donne quelquefois un chiffre différent à chacun de ses ministres -dans les pays étrangers; mais, comme il importe souvent au bien des -affaires générales, que ces ministres lient entre eux des -correspondances, on leur remet un chiffre banal qui leur est commun à +la dépêche, un signe, une marque, un caractère, un mot ou une <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> +phrase, dont on est convenu avant le départ du négociateur, indice qui +annule non-seulement tout ce qui vient d'être dit, mais qui désigne +aussi qu'on doit l'entendre dans le sens opposé; c'est ce qu'on appelle +le <em>chiffre annulant</em>. Lorsqu'on découvre qu'une puissance rivale essaye +de corrompre nos employés, on lui fait parvenir adroitement un faux +chiffre, et on l'induit en erreur en écrivant des contre-vérités.</p> + +<p>La Cour donne quelquefois un chiffre différent à chacun de ses ministres +dans les pays étrangers; mais, comme il importe souvent au bien des +affaires générales, que ces ministres lient entre eux des +correspondances, on leur remet un chiffre banal qui leur est commun à tous et dont ils peuvent se servir.</p> -<p>Le chiffre à simple clef est celui où l'on se sert toujours d'une même -figure pour désigner une même lettre.</p> +<p>Le chiffre à simple clef est celui où l'on se sert toujours d'une même +figure pour désigner une même lettre.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> Le chiffre à double clef est celui dans lequel on change -d'alphabet à chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles.</p> +<p><span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> Le chiffre à double clef est celui dans lequel on change +d'alphabet à chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles.</p> -<p>Une manière plus simple est de convenir d'un même livre peu connu, ou -d'une édition ancienne, imprimée au loin, presque ignorée: on forme une +<p>Une manière plus simple est de convenir d'un même livre peu connu, ou +d'une édition ancienne, imprimée au loin, presque ignorée: on forme une clef de trois chiffres; le premier marque la page du livre qu'on a -choisi; le second désigne la ligne de cette page; le troisième marque le -mot dont on doit se servir. Cette manière d'écrire ne peut être devinée -que de ceux qui devineront d'abord à quel livre on a recours; elle -présente d'autant plus de difficultés, que, le même mot se trouvant en -diverses pages du livre, il est presque toujours désigné par différents -chiffres; le même chiffre revient rarement désigner le même terme.</p> - -<p>Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systèmes de -Cryptographie <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> que développent les auteurs du dix-huitième -siècle, systèmes dont le fond se trouve déjà chez Vigenère et chez -Porta, et qui ne sont pas indignes d'attention, quoique, n'ayant guère -été mis en usage, ils soient demeurés dans des livres condamnés à +choisi; le second désigne la ligne de cette page; le troisième marque le +mot dont on doit se servir. Cette manière d'écrire ne peut être devinée +que de ceux qui devineront d'abord à quel livre on a recours; elle +présente d'autant plus de difficultés, que, le même mot se trouvant en +diverses pages du livre, il est presque toujours désigné par différents +chiffres; le même chiffre revient rarement désigner le même terme.</p> + +<p>Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systèmes de +Cryptographie <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> que développent les auteurs du dix-huitième +siècle, systèmes dont le fond se trouve déjà chez Vigenère et chez +Porta, et qui ne sont pas indignes d'attention, quoique, n'ayant guère +été mis en usage, ils soient demeurés dans des livres condamnés à trouver peu de lecteurs.</p> -<h3>§ VII.</h3> +<h3>§ VII.</h3> <p class="h3title">Chiffre par excellence.</p> -<p>Tel est le nom que Dlandol, dans son <cite>Contre-espion</cite>, donne à un -chiffre, qui réunit, d'après lui, le plus grand nombre d'avantages que -l'on puisse désirer pour une correspondance secrète et qui les réunirait -tous sans exception, s'il n'était pas d'une exécution assez lente. Cet -inconvénient est compensé par l'immense difficulté, par l'impossibilité -même, on peut le dire, de découvrir, lorsqu'on ne possède pas le mot de -clef convenu entre les correspondants, <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> le sens d'une dépêche -écrite de la sorte.</p> +<p>Tel est le nom que Dlandol, dans son <cite>Contre-espion</cite>, donne à un +chiffre, qui réunit, d'après lui, le plus grand nombre d'avantages que +l'on puisse désirer pour une correspondance secrète et qui les réunirait +tous sans exception, s'il n'était pas d'une exécution assez lente. Cet +inconvénient est compensé par l'immense difficulté, par l'impossibilité +même, on peut le dire, de découvrir, lorsqu'on ne possède pas le mot de +clef convenu entre les correspondants, <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> le sens d'une dépêche +écrite de la sorte.</p> <p>Pour faire emploi de ce chiffre, il faut d'abord que les deux -correspondants se munissent d'un carré, qui présente pour les lettres ce -que le carré arithmétique présente pour les chiffres, c'est-à-dire que +correspondants se munissent d'un carré, qui présente pour les lettres ce +que le carré arithmétique présente pour les chiffres, c'est-à -dire que dans l'un on multiplie des lettres, comme des chiffres dans l'autre, en -cherchant le carré correspondant aux deux termes qui se servent -réciproquement de multiplicande et de multiplicateur.</p> +cherchant le carré correspondant aux deux termes qui se servent +réciproquement de multiplicande et de multiplicateur.</p> <p>Voulez-vous savoir, par exemple, combien font six fois quatre ou quatre -fois six? Cherchez, sur la première ligne horizontale de votre carré, -l'un de ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la première ligne -verticale, c'est-à-dire sur la première colonne. Voyez ensuite quelle -est la case qui correspond en même temps à chacune de celles où sont ces +fois six? Cherchez, sur la première ligne horizontale de votre carré, +l'un de ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la première ligne +verticale, c'est-à -dire sur la première colonne. Voyez ensuite quelle +est la case qui correspond en même temps à chacune de celles où sont ces deux nombres. Vous trouvez 24, qui est effectivement <span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> le -produit de six ou de quatre multipliés l'un par l'autre. De même dans le -carré de lettres, si vous voulez multiplier F par M, vous trouverez S à -la case qui répond à l'F de la première ligne et à l'M de la première -colonne. Vous trouvez également S à la case qui correspond à l'M de la -première ligne et à l'F de la première colonne. Ceci posé, n'oublions +produit de six ou de quatre multipliés l'un par l'autre. De même dans le +carré de lettres, si vous voulez multiplier F par M, vous trouverez S à +la case qui répond à l'F de la première ligne et à l'M de la première +colonne. Vous trouvez également S à la case qui correspond à l'M de la +première ligne et à l'F de la première colonne. Ceci posé, n'oublions pas qu'il y a un mot de clef dont les correspondants conviennent entre eux. Supposons que ce mot de clef soit <em>blanc-bec</em> (et si nous prenons -ce mot pour exemple, c'est qu'il y a avantage à choisir des expressions -peu usuelles et qui déjouent tous les efforts d'imagination de ceux qui +ce mot pour exemple, c'est qu'il y a avantage à choisir des expressions +peu usuelles et qui déjouent tous les efforts d'imagination de ceux qui s'efforceraient de les deviner). Il faut que vous multipliiez constamment, par les lettres du mot choisi, toutes les lettres de la missive que vous voulez chiffrer; puis, cela fait, vous placez chacune -des lettres de <em>blanc-bec</em> sous chacune des véritables lettres <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> -que vous aurez à écrire, en répétant sans cesse le mot convenu et en -recommençant à l'inscrire aussitôt que vous l'avez terminé.</p> +des lettres de <em>blanc-bec</em> sous chacune des véritables lettres <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> +que vous aurez à écrire, en répétant sans cesse le mot convenu et en +recommençant à l'inscrire aussitôt que vous l'avez terminé.</p> -<p>Supposons que vous veuillez, vous, général d'armée, transmettre cet +<p>Supposons que vous veuillez, vous, général d'armée, transmettre cet avis:</p> -<p>«Nous devons décamper cette nuit:»</p> +<p>«Nous devons décamper cette nuit:»</p> -<p>Vous le disposerez de la façon suivante:</p> +<p>Vous le disposerez de la façon suivante:</p> -<p>Nous devons décamper cette nuit.</p> +<p>Nous devons décamper cette nuit.</p> <p>Blan cbecbl ancblabl ancbe cblan.</p> <p>Dans cet arrangement, vous regardez chacune des lettres <em>vraies</em> de la missive, comme des chiffres d'un multiplicande et chacune des lettres du -mot de clef, comme un multiplicateur. Vous opérez ensuite de la façon +mot de clef, comme un multiplicateur. Vous opérez ensuite de la façon suivante:</p> -<p>En multipliant N, première lettre <em>vraie</em> de la dépêche, par B, première -lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carré la lettre P, à la -case qui correspond d'un côté à l'N, de l'autre au B. Vous placez P -<span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> pour première lettre de la missive chiffrée.</p> +<p>En multipliant N, première lettre <em>vraie</em> de la dépêche, par B, première +lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carré la lettre P, à la +case qui correspond d'un côté à l'N, de l'autre au B. Vous placez P +<span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> pour première lettre de la missive chiffrée.</p> <p>La seconde vraie lettre est un O, la seconde lettre de la clef est L. La -case qui correspond à O et à L est un A, que vous posez comme second -caractère.</p> +case qui correspond à O et à L est un A, que vous posez comme second +caractère.</p> -<p>La troisième vraie lettre est un U, la troisième lettre du mot de clef -un A. La case qui correspond à l'une et à l'autre lettre, vous donne V, -et la case qui correspond ensuite à S (quatrième lettre vraie) et à N -(quatrième lettre du mot de clef), est G. Vous mettez pour troisième et -quatrième caractère de votre dépêche chiffrée: V G.</p> +<p>La troisième vraie lettre est un U, la troisième lettre du mot de clef +un A. La case qui correspond à l'une et à l'autre lettre, vous donne V, +et la case qui correspond ensuite à S (quatrième lettre vraie) et à N +(quatrième lettre du mot de clef), est G. Vous mettez pour troisième et +quatrième caractère de votre dépêche chiffrée: V G.</p> -<p>Continuant cette opération sur chaque mot de la dépêche vraie, vous -arrivez à la phrase chiffrée que voici:</p> +<p>Continuant cette opération sur chaque mot de la dépêche vraie, vous +arrivez à la phrase chiffrée que voici:</p> <p class="quote">pavgggerpcesfcrsgddsxvjqxuu</p> -<p>Tant qu'on ne possédera pas le mot de clef, il sera impossible de +<p>Tant qu'on ne possédera pas le mot de clef, il sera impossible de deviner le sens d'un pareil billet. Votre correspondant <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span> -déchiffrera sans peine cette missive, en faisant une opération inverse à +déchiffrera sans peine cette missive, en faisant une opération inverse à celle que vous avez accomplie.</p> -<p>Au-dessous du billet chiffré, il écrira chacune des lettres du mot de -clef. Il cherchera ensuite successivement dans la première colonne du -carré chaque lettre du mot de clef, et, à chaque lettre, il cherchera -sur la même ligne la lettre correspondante du billet chiffré. Alors la -lettre qui commence la colonne où se trouve cette lettre de chiffre est -la vraie; c'est celle qu'il faut écrire pour avoir la véritable missive.</p> +<p>Au-dessous du billet chiffré, il écrira chacune des lettres du mot de +clef. Il cherchera ensuite successivement dans la première colonne du +carré chaque lettre du mot de clef, et, à chaque lettre, il cherchera +sur la même ligne la lettre correspondante du billet chiffré. Alors la +lettre qui commence la colonne où se trouve cette lettre de chiffre est +la vraie; c'est celle qu'il faut écrire pour avoir la véritable missive.</p> -<p>On remarquera que chaque fois qu'une lettre se présente dans la dépêche -<em>vraie</em>, elle donne dans la dépêche chiffrée un résultat différent; -aussi toute investigation demeure-t-elle stérile, lorsqu'on ne possède +<p>On remarquera que chaque fois qu'une lettre se présente dans la dépêche +<em>vraie</em>, elle donne dans la dépêche chiffrée un résultat différent; +aussi toute investigation demeure-t-elle stérile, lorsqu'on ne possède pas les mots qui forment la clef d'un pareil chiffre.</p> -<p>Cette méthode est, au fond, sauf quelques <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> légères différences, -la même que celle qu'expose le père Kircher, qu'il met en œuvre au -moyen d'un tableau de chiffres (<i>abacus numeralis</i>), formé de lettres de -l'alphabet disposées horizontalement d'abord, verticalement ensuite, et -donnant ainsi un carré composé de 576 cases, dans chacune desquelles est -placé un chiffre. Le procédé qu'indique Neyron (<i>Principes du droit des -gens</i>, Brunswick, 1783, 8<sup>o</sup>, p. 170), rentre dans une catégorie toute +<p>Cette méthode est, au fond, sauf quelques <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> légères différences, +la même que celle qu'expose le père Kircher, qu'il met en œuvre au +moyen d'un tableau de chiffres (<i>abacus numeralis</i>), formé de lettres de +l'alphabet disposées horizontalement d'abord, verticalement ensuite, et +donnant ainsi un carré composé de 576 cases, dans chacune desquelles est +placé un chiffre. Le procédé qu'indique Neyron (<i>Principes du droit des +gens</i>, Brunswick, 1783, 8<sup>o</sup>, p. 170), rentre dans une catégorie toute semblable.</p> -<h3><span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> § VIII.</h3> +<h3><span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> § VIII.</h3> -<p class="h3title">Grille en châssis.</p> +<p class="h3title">Grille en châssis.</p> -<p>La manière d'écrire en chiffres au moyen d'une grille en châssis est -bien simple et d'un usage facile. Elle réclame peu de temps. Il s'agit -d'avoir un châssis découpé sur la longueur des lignes, comme le désigne -la figure; celui auquel on écrit possède un instrument tout semblable.</p> +<p>La manière d'écrire en chiffres au moyen d'une grille en châssis est +bien simple et d'un usage facile. Elle réclame peu de temps. Il s'agit +d'avoir un châssis découpé sur la longueur des lignes, comme le désigne +la figure; celui auquel on écrit possède un instrument tout semblable.</p> -<p>Chacun des coins du châssis doit porter une marque différente, parce que -ce châssis peut se placer dans divers sens.</p> +<p>Chacun des coins du châssis doit porter une marque différente, parce que +ce châssis peut se placer dans divers sens.</p> -<p>Après l'avoir posé sur une feuille de papier de même grandeur, en +<p>Après l'avoir posé sur une feuille de papier de même grandeur, en faisant attention aux marques des quatre coins, on transcrit, dans les -ouvertures, l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois tracée -d'après cette méthode, on lève le châssis, et, dans les intervalles qui -se rencontrent entre chacun des mots, on en <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> écrit d'autres, +ouvertures, l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois tracée +d'après cette méthode, on lève le châssis, et, dans les intervalles qui +se rencontrent entre chacun des mots, on en <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> écrit d'autres, afin de remplir les vides; on doit autant que possible les choisir de -manière qu'ils puissent former un sens avec ceux qui ont été écrits dans -les ouvertures du châssis.</p> +manière qu'ils puissent former un sens avec ceux qui ont été écrits dans +les ouvertures du châssis.</p> -<p>Le correspondant qui reçoit cette épître applique, par-dessus chaque -page, un châssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent -masqués, et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis qu'on -s'est proposé de faire passer.</p> +<p>Le correspondant qui reçoit cette épître applique, par-dessus chaque +page, un châssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent +masqués, et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis qu'on +s'est proposé de faire passer.</p> <p>La lecture d'une des œuvres les plus remarquables de M. de Balzac -(<cite>Histoire des Treize</cite>) a révélé l'existence de la <em>grille</em> à bien des -personnes fort peu au fait des procédés de la Cryptographie. Il s'agit, +(<cite>Histoire des Treize</cite>) a révélé l'existence de la <em>grille</em> à bien des +personnes fort peu au fait des procédés de la Cryptographie. Il s'agit, dans le passage ci-dessous, d'un agent de change, qui, ayant en main une -lettre adressée à sa femme, lettre qui présente un non-sens continuel, -vient consulter un de ses amis, employé au ministère des affaires -étrangères:</p> +lettre adressée à sa femme, lettre qui présente un non-sens continuel, +vient consulter un de ses amis, employé au ministère des affaires +étrangères:</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> «—C'est une lettre à grille.. Attends.</p> +<p><span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> «—C'est une lettre à grille.. Attends.</p> -<p>«Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement.</p> +<p>«Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement.</p> -<p>«—Niaiserie, mon ami! C'est écrit avec une vieille grille dont se +<p>«—Niaiserie, mon ami! C'est écrit avec une vieille grille dont se servait l'ambassadeur de Portugal sous M. de Choiseul, lors du renvoi -des jésuites... Tiens, voici!</p> +des jésuites... Tiens, voici!</p> -<p>«Jacques superposa un papier à jour, régulièrement découpé comme une de -ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et Jules put -alors facilement lire les phrases qui restèrent à découvert.»</p> +<p>«Jacques superposa un papier à jour, régulièrement découpé comme une de +ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et Jules put +alors facilement lire les phrases qui restèrent à découvert.»</p> -<p>Donnons un exemple de ce procédé.</p> +<p>Donnons un exemple de ce procédé.</p> <p>Supposons qu'on veuille mander ceci:</p> -<p>«Vous me trouverez très-disposé à vous rendre.»</p> +<p>«Vous me trouverez très-disposé à vous rendre.»</p> -<p>On écrit ces mots dans l'ordre et à la place que leur assigne la grille +<p>On écrit ces mots dans l'ordre et à la place que leur assigne la grille dont on fait usage, et on remplit les intervalles, par d'autres mots, de -façon que le tout présente un sens assez raisonnable.</p> +façon que le tout présente un sens assez raisonnable.</p> <p class="high"> <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span> Je <span class="box">vous</span> prie de <span class="box">me</span> mander si vous<br> - <span class="box">trouverez</span> bon, mon <span class="box">très-</span> cher, que je<br> - <span class="box">disposé</span> dès <span class="box">à</span> présent des effets que<br> + <span class="box">trouverez</span> bon, mon <span class="box">très-</span> cher, que je<br> + <span class="box">disposé</span> dès <span class="box">à </span> présent des effets que<br> <span class="box">vous</span> avez offert de me <span class="box">rendre</span>, etc.</p> -<p>Voici maintenant le vrai sens rétabli au moyen de la grille:</p> +<p>Voici maintenant le vrai sens rétabli au moyen de la grille:</p> <p class="high"> <span class="invis">Je</span> <span class="box">vous</span> <span class="invis">prie de</span> <span class="box">me</span> <span class="invis">mander si vous</span><br> - <span class="box">trouverez</span> <span class="invis">bon, mon</span> <span class="box">très-</span> <span class="invis">cher, que je</span><br> - <span class="box">disposé</span> <span class="invis">dès</span> <span class="box">à</span> <span class="invis">présent des effets que</span><br> + <span class="box">trouverez</span> <span class="invis">bon, mon</span> <span class="box">très-</span> <span class="invis">cher, que je</span><br> + <span class="box">disposé</span> <span class="invis">dès</span> <span class="box">à </span> <span class="invis">présent des effets que</span><br> <span class="box">vous</span> <span class="invis">avez offert de me</span> <span class="box">rendre</span>, <span class="invis">etc.</span></p> -<h3>§ IX.</h3> +<h3>§ IX.</h3> <p class="h3title">Chiffre au moyen d'un cadran.</p> -<p>Ce procédé est un peu compliqué. Il exige du temps et de l'attention, -mais il <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> présente les plus grandes garanties d'un mystère -impénétrable.</p> +<p>Ce procédé est un peu compliqué. Il exige du temps et de l'attention, +mais il <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> présente les plus grandes garanties d'un mystère +impénétrable.</p> <p>Vous tracez sur un carton un cadran, que vous divisez exactement en -vingt-quatre parties égales et sur chacune desquelles vous transcrivez +vingt-quatre parties égales et sur chacune desquelles vous transcrivez une des vingt-quatre lettres de l'alphabet.</p> <p>Vous avez un autre cercle de carton mobile ayant un centre commun avec le premier et pouvant tourner librement sur ce centre. Vous le divisez -en un même nombre de parties, et vous y transcrivez également les -diverses lettres de l'alphabet. Si les lettres sont rangées dans l'ordre +en un même nombre de parties, et vous y transcrivez également les +diverses lettres de l'alphabet. Si les lettres sont rangées dans l'ordre ordinaire sur les deux cadrans, l'emploi de ce moyen de correspondance devient plus commode.</p> -<p>Le cadran mobile doit être placé de manière que ses divisions -correspondent exactement à celles du premier cadran. On le dispose de la -manière que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran -<span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> intérieur correspond à la lettre A du cadran extérieur, on -place en tête de la première ligne qu'on écrit les deux lettres H et A: -elles indiquent, à celui avec lequel on correspond, de quelle manière il -doit de son côté placer la machine parfaitement semblable dont il est -muni; sans une pareille indication préliminaire, il serait impossible de -parvenir à s'entendre.</p> - -<p>Une fois les cadrans disposés, on prend la lettre que l'on veut chiffrer -et que l'on a d'avance écrite en caractères ordinaires; au lieu de -chacune des lettres dont les mots sont composés, on place, sur la -dépêche que l'on expédie, les lettres qui y correspondent sur le cadran -intérieur.</p> +<p>Le cadran mobile doit être placé de manière que ses divisions +correspondent exactement à celles du premier cadran. On le dispose de la +manière que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran +<span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> intérieur correspond à la lettre A du cadran extérieur, on +place en tête de la première ligne qu'on écrit les deux lettres H et A: +elles indiquent, à celui avec lequel on correspond, de quelle manière il +doit de son côté placer la machine parfaitement semblable dont il est +muni; sans une pareille indication préliminaire, il serait impossible de +parvenir à s'entendre.</p> + +<p>Une fois les cadrans disposés, on prend la lettre que l'on veut chiffrer +et que l'on a d'avance écrite en caractères ordinaires; au lieu de +chacune des lettres dont les mots sont composés, on place, sur la +dépêche que l'on expédie, les lettres qui y correspondent sur le cadran +intérieur.</p> <p>Si le mot que vous voulez chiffrer est celui de <em>roi</em>, par exemple, vous mettrez, au lieu de l'<em>r</em>, la lettre <em>x</em> qui y correspond sur le cadran -intérieur, et ensuite, au lieu des lettres <em>o</em> et <em>i</em>, les lettres <em>v</em> -et <em>n</em>; vous aurez ainsi <em>xvn</em>, et le déchiffrement <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> de ce que -vous écrirez de la sorte sera presque impossible à celui qui ne saura -pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le sût-il, ne connaîtra +intérieur, et ensuite, au lieu des lettres <em>o</em> et <em>i</em>, les lettres <em>v</em> +et <em>n</em>; vous aurez ainsi <em>xvn</em>, et le déchiffrement <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> de ce que +vous écrirez de la sorte sera presque impossible à celui qui ne saura +pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le sût-il, ne connaîtra pas quelle disposition vous leur donnez.</p> -<p>Vous continuez de même pour toutes les lettres dont se composent tous -les mots de la dépêche qu'il s'agit de déguiser.</p> +<p>Vous continuez de même pour toutes les lettres dont se composent tous +les mots de la dépêche qu'il s'agit de déguiser.</p> -<p>Votre correspondant met à profit l'indication H A, dont il vient d'être -question: il donne à ses cadrans une disposition identique à celle que -vous avez adoptée; il cherche successivement sur le cadran extérieur -toutes les lettres qui répondent sur le cadran intérieur à chacune de +<p>Votre correspondant met à profit l'indication H A, dont il vient d'être +question: il donne à ses cadrans une disposition identique à celle que +vous avez adoptée; il cherche successivement sur le cadran extérieur +toutes les lettres qui répondent sur le cadran intérieur à chacune de celles qu'il trouve dans votre missive, et il arrive ainsi sans -difficulté à traduire la dépêche qu'il a reçue.</p> +difficulté à traduire la dépêche qu'il a reçue.</p> -<h3><span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> § X.</h3> +<h3><span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> § X.</h3> <p class="h3title">De l'emploi des signes astronomiques.</p> -<p>Les signes astronomiques, c'est-à-dire ceux dont on fait usage pour -désigner les planètes et les diverses parties du zodiaque ont été -plusieurs fois mis en usage comme dans la Cryptographie. Supposé que -chaque lettre soit représentée par un de ces signes, il faudra beaucoup -de temps et de peine, pour écrire une dépêche en suivant une pareille -méthode, et le secret ne sera pas mieux caché. Un chiffre de ce genre ne -présente pas plus de difficulté que celui dans lequel chaque lettre de -l'alphabet est représentée par une autre lettre, <em>a</em>, par exemple, étant -remplacé par <em>d</em>, <em>b</em> par <em>e</em>, <em>c</em> par <em>f</em>, ainsi de suite.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> On éprouve moins d'embarras à faire usage d'un chiffre, dans -lequel les signes astronomiques sont mêlés à des lettres empruntées aux -alphabets hébraïque, grec ou latin, ou bien à des chiffres numériques, à -des figures de mathématiques. Chacun de ces signes exprime une lettre, -une syllabe ou un mot. Cette méthode était du goût des anciens auteurs; -mais aujourd'hui elle ne trouve guère de partisans. Vigenère se plaît à -en fournir des exemples qu'il développe avec sa prolixité habituelle.</p> - -<p>Voici, parmi les procédés de ce genre, le meilleur et le plus simple. On +<p>Les signes astronomiques, c'est-à -dire ceux dont on fait usage pour +désigner les planètes et les diverses parties du zodiaque ont été +plusieurs fois mis en usage comme dans la Cryptographie. Supposé que +chaque lettre soit représentée par un de ces signes, il faudra beaucoup +de temps et de peine, pour écrire une dépêche en suivant une pareille +méthode, et le secret ne sera pas mieux caché. Un chiffre de ce genre ne +présente pas plus de difficulté que celui dans lequel chaque lettre de +l'alphabet est représentée par une autre lettre, <em>a</em>, par exemple, étant +remplacé par <em>d</em>, <em>b</em> par <em>e</em>, <em>c</em> par <em>f</em>, ainsi de suite.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> On éprouve moins d'embarras à faire usage d'un chiffre, dans +lequel les signes astronomiques sont mêlés à des lettres empruntées aux +alphabets hébraïque, grec ou latin, ou bien à des chiffres numériques, à +des figures de mathématiques. Chacun de ces signes exprime une lettre, +une syllabe ou un mot. Cette méthode était du goût des anciens auteurs; +mais aujourd'hui elle ne trouve guère de partisans. Vigenère se plaît à +en fournir des exemples qu'il développe avec sa prolixité habituelle.</p> + +<p>Voici, parmi les procédés de ce genre, le meilleur et le plus simple. On partage l'alphabet en cinq parties ou plus; on place chacune de ces -sections dans un carré particulier, et on désigne chaque carré par un +sections dans un carré particulier, et on désigne chaque carré par un signe astronomique convenu. Donnons-en un exemple.</p> <span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span> @@ -4152,16 +4113,16 @@ signe astronomique convenu. Donnons-en un exemple.</p> </tr> </table> -<p>Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet rangées dans +<p>Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet rangées dans l'ordre habituel. Lorsqu'on veut faire usage des tableaux ci-dessus, il -faut, pour exprimer chaque lettre, écrire le signe qui dénote le carré, -et indiquer la lettre qu'on a en vue par un numéro qui correspond à la +faut, pour exprimer chaque lettre, écrire le signe qui dénote le carré, +et indiquer la lettre qu'on a en vue par un numéro qui correspond à la place qu'elle occupe. -L'<em>e</em> se trouvera donc représenté par <img src="images/img019.jpg" width="30" height="30" alt="Signe" title="">1, +L'<em>e</em> se trouvera donc représenté par <img src="images/img019.jpg" width="30" height="30" alt="Signe" title="">1, l'<em>m</em> par <img src="images/img020.jpg" width="30" height="30" alt="Signe" title="">4, l'<em>o</em> par <img src="images/img021.jpg" width="30" height="33" alt="Signe" title="">2, etc. Si l'on veut transmettre l'avis que -«l'armée a passé le Danube,» on mettra:</p> +«l'armée a passé le Danube,» on mettra:</p> <p><span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> <a href="#tn1">[Voir note.]</a></p> @@ -4187,78 +4148,78 @@ etc. Si l'on veut transmettre l'avis que <span class="font150">O</span>2 <span class="font150">Ɔ</span>1.</p> -<p>Ce procédé est un peu long, puisque chaque lettre réclame remploi d'un -signe et d'un numéro; il ne présenterait pas de très-grandes difficultés -à un déchiffreur habile, s'il était mis en usage de la manière que nous -indiquons, mais il est aisé d'y ajouter des complications qui en -déguisent mieux le mystère.</p> +<p>Ce procédé est un peu long, puisque chaque lettre réclame remploi d'un +signe et d'un numéro; il ne présenterait pas de très-grandes difficultés +à un déchiffreur habile, s'il était mis en usage de la manière que nous +indiquons, mais il est aisé d'y ajouter des complications qui en +déguisent mieux le mystère.</p> -<h3>§ XI.</h3> +<h3>§ XI.</h3> -<p class="h3title">Signes de la mnémonique.</p> +<p class="h3title">Signes de la mnémonique.</p> -<p>L'idée d'appliquer à la Cryptographie les signes imaginés pour la -mnémonique ou l'art de la mémoire, s'est naturellement présentée à +<p>L'idée d'appliquer à la Cryptographie les signes imaginés pour la +mnémonique ou l'art de la mémoire, s'est naturellement présentée à quelques imaginations. Jean-Henri Dobel, dans son <i>Collegium mnemonicum -ou Révolutions d'un nouveau <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> secret de l'art de la pensée</i> (en -allemand, Hambourg, 1707, 4<sup>o</sup>), a travaillé en ce sens. Il désigne par -les numéros 1 à 23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit ainsi -en chiffres chaque phrase contenue dans la dépêche qu'on veut rendre -secrète. Enfin, il transforme ces chiffres en mots que donne sa -mnémonique chiffrée. Il écrit ces mots tout au long. Il arrive ainsi à -des séries de mots latins qui n'offrent aucun sens en apparence.</p> - -<p>Dobel représente, dans ses procédés de mnémonique, les chiffres, par des +ou Révolutions d'un nouveau <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> secret de l'art de la pensée</i> (en +allemand, Hambourg, 1707, 4<sup>o</sup>), a travaillé en ce sens. Il désigne par +les numéros 1 à 23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit ainsi +en chiffres chaque phrase contenue dans la dépêche qu'on veut rendre +secrète. Enfin, il transforme ces chiffres en mots que donne sa +mnémonique chiffrée. Il écrit ces mots tout au long. Il arrive ainsi à +des séries de mots latins qui n'offrent aucun sens en apparence.</p> + +<p>Dobel représente, dans ses procédés de mnémonique, les chiffres, par des consonnes; ainsi 1—b, p, w; 2—c, k, q, x; 3—f ou v; 4—g ou j; 5—l; -6—m; 7—n; 8—r; 9—s; 0—d ou t. Veut-il exprimer mnémoniquement ces +6—m; 7—n; 8—r; 9—s; 0—d ou t. Veut-il exprimer mnémoniquement ces chiffres, il prend des mots latins dans lesquels se rencontrent les consonnes qui correspondent aux chiffres en question. C'est ainsi que le nombre 567 aura pour expression les lettres <em>l</em> <em>m</em> <em>n</em> et pour -représenter <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> ces lettres, il a recours aux mots: <em>limen</em>, +représenter <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> ces lettres, il a recours aux mots: <em>limen</em>, <em>lumen</em>, <em>lamina</em>, <em>columen</em>.</p> -<p>Ce procédé exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page -entière d'écriture chiffrée est nécessaire pour exprimer quelques lignes -de la dépêche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvénients sont cause -qu'on n'a peut-être jamais fait usage de cette méthode mnémonique, qui +<p>Ce procédé exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page +entière d'écriture chiffrée est nécessaire pour exprimer quelques lignes +de la dépêche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvénients sont cause +qu'on n'a peut-être jamais fait usage de cette méthode mnémonique, qui est, d'ailleurs, il faut en convenir, une de celles dont -l'interprétation présenterait le plus de difficultés.</p> +l'interprétation présenterait le plus de difficultés.</p> -<h3>§ XII.</h3> +<h3>§ XII.</h3> <p class="h3title">Correspondance au moyen d'un jeu de cartes.</p> <p>Il faut avoir un jeu de cartes et disposer toutes les figures dans un ordre quelconque dont on sera convenu avec son correspondant. On doit -également déterminer l'ordre du mélange qui doit se faire de ces +également déterminer l'ordre du mélange qui doit se faire de ces cartes.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> Ces deux choses ayant été réglées, vous écrivez, comme +<p><span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> Ces deux choses ayant été réglées, vous écrivez, comme d'ordinaire, votre lettre sur une feuille de papier, et, arrangeant -ensuite le jeu de cartes dans l'ordre dont vous êtes convenu, vous les -mêlez et vous tracez sur chacune d'elles, en commençant par la première +ensuite le jeu de cartes dans l'ordre dont vous êtes convenu, vous les +mêlez et vous tracez sur chacune d'elles, en commençant par la première qui se trouve alors dessus le jeu, successivement toutes les lettres qui -composent ce qui a été écrit sur le papier; lorsque vous avez placé une -lettre sur chacune de ces cartes, vous les mêlez de nouveau, toujours -dans le même ordre et sans y rien changer, et vous continuez de placer -de même toutes les lettres qui suivent; vous réitérez cette opération -jusqu'à ce que vous ayez transcrit toutes les lettres qui composent ce -que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un point après -chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer la séparation +composent ce qui a été écrit sur le papier; lorsque vous avez placé une +lettre sur chacune de ces cartes, vous les mêlez de nouveau, toujours +dans le même ordre et sans y rien changer, et vous continuez de placer +de même toutes les lettres qui suivent; vous réitérez cette opération +jusqu'à ce que vous ayez transcrit toutes les lettres qui composent ce +que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un point après +chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer la séparation de tous les mots.</p> <p>Supposons qu'on soit convenu de se servir <span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> d'un jeu de piquet de -trente-deux cartes, disposé dans l'ordre qui suit, et de mêler ce jeu, -en mettant alternativement à chaque mélange trois cartes au-dessus des -trois premières et trois au-dessous. Le jeu étant remis dans son premier -état, chaque carte sera chargée des lettres ci-après.</p> +trente-deux cartes, disposé dans l'ordre qui suit, et de mêler ce jeu, +en mettant alternativement à chaque mélange trois cartes au-dessus des +trois premières et trois au-dessous. Le jeu étant remis dans son premier +état, chaque carte sera chargée des lettres ci-après.</p> -<p>On suppose que la lettre chiffrée contient la phrase suivante:</p> +<p>On suppose que la lettre chiffrée contient la phrase suivante:</p> -<p>«Je connais trop, monsieur, l'intérêt que vous prenez à tout ce qui peut -augmenter ma félicité, pour retarder plus longtemps à vous confier le -dessein que j'ai formé de m'unir par les liens les plus sacrés à la -famille de...»</p> +<p>«Je connais trop, monsieur, l'intérêt que vous prenez à tout ce qui peut +augmenter ma félicité, pour retarder plus longtemps à vous confier le +dessein que j'ai formé de m'unir par les liens les plus sacrés à la +famille de...»</p> <table class="auto" style="width: 60%;" border="0" cellpadding="1" summary="Cartes."> <colgroup> @@ -4271,15 +4232,15 @@ famille de...»</p> <col width="10%"> </colgroup> <tr> -<td class="center">ORDRE DES CARTES<br> convenu<br> entre ceux qui s'écrivent.</td> +<td class="center">ORDRE DES CARTES<br> convenu<br> entre ceux qui s'écrivent.</td> <td class="center" colspan="6">LETTRES DE LA PHRASE<br> ci-dessus,<br> -dans l'ordre où elles doivent<br> se trouver<br> sur chacune des cartes.</td> +dans l'ordre où elles doivent<br> se trouver<br> sur chacune des cartes.</td> </tr> <tr> <td colspan="7"> </td> </tr> <tr> -<td class="center"><i>Mélange</i>,</td> +<td class="center"><i>Mélange</i>,</td> <td class="right">1</td> <td class="right">2</td> <td class="right">3</td> @@ -4325,10 +4286,10 @@ roi de pique,</td> <td class="right">a</td> <td class="right">n</td> <td class="right">n</td> -<td class="right">é</td> +<td class="right">é</td> </tr> <tr> -<td>neuf de trèfle,</td> +<td>neuf de trèfle,</td> <td class="right">m</td> <td class="right">e</td> <td class="right">f</td> @@ -4355,7 +4316,7 @@ roi de pique,</td> <td class="right">l</td> </tr> <tr> -<td>as de trèfle,</td> +<td>as de trèfle,</td> <td class="right">u</td> <td class="right">a</td> <td class="right">l</td> @@ -4382,7 +4343,7 @@ roi de pique,</td> <td class="right">a</td> </tr> <tr> -<td>dix de trèfle,</td> +<td>dix de trèfle,</td> <td class="right">r</td> <td class="right">s</td> <td class="right">t</td> @@ -4418,7 +4379,7 @@ roi de pique,</td> <td class="right">l</td> </tr> <tr> -<td>huit de trèfle,</td> +<td>huit de trèfle,</td> <td class="right">n</td> <td class="right">p</td> <td class="right">u</td> @@ -4436,7 +4397,7 @@ roi de pique,</td> <td class="right">d</td> </tr> <tr> -<td>dame de trèfle,</td> +<td>dame de trèfle,</td> <td class="right">t</td> <td class="right">u</td> <td class="right">l</td> @@ -4481,7 +4442,7 @@ roi de pique,</td> <td> </td> </tr> <tr> -<td>valet de trèfle,</td> +<td>valet de trèfle,</td> <td class="right">o</td> <td class="right">t</td> <td class="right">d</td> @@ -4490,7 +4451,7 @@ roi de pique,</td> <td> </td> </tr> <tr> -<td>sept de trèfle,</td> +<td>sept de trèfle,</td> <td class="right">n</td> <td class="right">o</td> <td class="right">e</td> @@ -4562,7 +4523,7 @@ roi de pique,</td> <td> </td> </tr> <tr> -<td>roi de trèfle,</td> +<td>roi de trèfle,</td> <td class="right">q</td> <td class="right">n</td> <td class="right">n</td> @@ -4581,57 +4542,57 @@ roi de pique,</td> </tr> </table> -<p><span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> Toutes les lettres qui composent les mots de la dépêche qu'on -veut chiffrer ayant été séparément transcrites sur ces trente-deux -cartes, comme il vient d'être indiqué, vous mêlerez indistinctement ce -jeu de cartes, et vous l'enverrez à votre correspondant.</p> +<p><span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> Toutes les lettres qui composent les mots de la dépêche qu'on +veut chiffrer ayant été séparément transcrites sur ces trente-deux +cartes, comme il vient d'être indiqué, vous mêlerez indistinctement ce +jeu de cartes, et vous l'enverrez à votre correspondant.</p> -<h4>Manière de lire.</h4> +<h4>Manière de lire.</h4> -<p>Celui qui reçoit ce jeu de cartes le dispose d'abord (eu égard à la -figure des cartes) dans l'ordre qui a été convenu; il en fait un premier -mélange, et transcrit successivement et de suite toutes les lettres qui -se trouvent les premières en tête de chacune de ces trente-deux cartes, -en ayant bien attention de ne pas les déranger de leur ordre; après -quoi, il les mêle de nouveau et recommence cette même opération jusqu'à +<p>Celui qui reçoit ce jeu de cartes le dispose d'abord (eu égard à la +figure des cartes) dans l'ordre qui a été convenu; il en fait un premier +mélange, et transcrit successivement et de suite toutes les lettres qui +se trouvent les premières en tête de chacune de ces trente-deux cartes, +en ayant bien attention de ne pas les déranger de leur ordre; après +quoi, il les mêle de nouveau et recommence cette même opération jusqu'à ce que toutes les lettres soient transcrites: ces lettres forment -naturellement le discours contenu dans la dépêche en chiffres.</p> +naturellement le discours contenu dans la dépêche en chiffres.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> Une précaution qui n'est pas à dédaigner consiste à écrire en -encre sympathique les caractères tracés sur ces cartes: si elles -viennent à tomber entre des mains indiscrètes, rien n'indique -l'existence du secret qui leur a été confié.</p> +<p><span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> Une précaution qui n'est pas à dédaigner consiste à écrire en +encre sympathique les caractères tracés sur ces cartes: si elles +viennent à tomber entre des mains indiscrètes, rien n'indique +l'existence du secret qui leur a été confié.</p> -<h3>§ XIII.</h3> +<h3>§ XIII.</h3> <p class="h3title">De l'emploi des lettres nulles, afin de cacher le sens d'une - dépêche.</p> + dépêche.</p> -<p>On écrit <em>en clair</em> la dépêche qu'on veut transmettre, mais on y mêle -des mots et des syllabes de façon à obtenir une suite de mots étrangers -n'appartenant à aucune langue et qui ne présentent aucun sens. On -partage les mots composés de plusieurs syllabes, et d'un mot on en fait -plusieurs, en ajoutant des lettres que le déchiffreur regarde comme +<p>On écrit <em>en clair</em> la dépêche qu'on veut transmettre, mais on y mêle +des mots et des syllabes de façon à obtenir une suite de mots étrangers +n'appartenant à aucune langue et qui ne présentent aucun sens. On +partage les mots composés de plusieurs syllabes, et d'un mot on en fait +plusieurs, en ajoutant des lettres que le déchiffreur regarde comme <em>nulles</em>.</p> -<p>Voici un passage emprunté à la <cite>Germanie</cite> de Tacite et écrit d'après un -pareil système.</p> +<p>Voici un passage emprunté à la <cite>Germanie</cite> de Tacite et écrit d'après un +pareil système.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> Dans la première ligne, les trois premiers mots: <i>Lampsi deso +<p><span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> Dans la première ligne, les trois premiers mots: <i>Lampsi deso saleu</i>, et le dernier: <em>nous</em>, sont nuls.</p> <p>Dans chacune des lignes suivantes, le premier et le dernier mot le sont -également.</p> +également.</p> -<p>Dans chacun des autres mots placés dans ces diverses lignes, la première -et la dernière lettre sont nulles. Il va sans dire que le choix des -syllabes et des lettres affectées de nullité est parfaitement -indifférent.</p> +<p>Dans chacun des autres mots placés dans ces diverses lignes, la première +et la dernière lettre sont nulles. Il va sans dire que le choix des +syllabes et des lettres affectées de nullité est parfaitement +indifférent.</p> -<p>Ceci posé, on peut écrire la phrase suivante. Nous mettons en italique, -pour plus de clarté, les lettres qu'il faut conserver; mais, dans la -dépêche chiffrée, rien ne doit distinguer ce qui est valable et ce qui -est ajouté.</p> +<p>Ceci posé, on peut écrire la phrase suivante. Nous mettons en italique, +pour plus de clarté, les lettres qu'il faut conserver; mais, dans la +dépêche chiffrée, rien ne doit distinguer ce qui est valable et ce qui +est ajouté.</p> <p class="noindent">Lampsi deso saleu e<i>rege</i>su s<i>ex</i>a a<i>nobi</i>o nous futher c<i>litate</i>s u<i>duces</i>n t<i>ex</i>t s<i>uirtute</i>y ai ma t<i>sumunt</i>a. o<i>nec</i>t g<i>regi</i>o a<i>bus</i>o @@ -4651,54 +4612,54 @@ s<i>agunt</i>u s<i>admi</i>o e<i>ratio</i>x a<i>ne</i>s s<i>prae</i>t y</p> <p class="noindent">allos o<i>sunt</i>y dorche.</p> -<p>Le passage de Tacite se trouve ainsi très-clairement énoncé:</p> +<p>Le passage de Tacite se trouve ainsi très-clairement énoncé:</p> <p><i>Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita aut libera potestas, et duces potius quam imperio si promptui, si conspicui, -si ante aciem agunt, admiratione præsunt.</i></p> +si ante aciem agunt, admiratione præsunt.</i></p> -<p>Comme il serait fort long d'écrire en tête et à la fin de chaque ligne -un grand nombre de mots <em>nuls</em>, on simplifie de diverses manières le -système que nous venons d'indiquer.</p> +<p>Comme il serait fort long d'écrire en tête et à la fin de chaque ligne +un grand nombre de mots <em>nuls</em>, on simplifie de diverses manières le +système que nous venons d'indiquer.</p> -<p>On entremêle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres -prises au hasard, de façon, par exemple, que chaque lettre vraie est -précédée de deux lettres <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> fausses. Pour écrire <i>nemo est domi</i> -(personne n'est à la maison), vous mettrez:</p> +<p>On entremêle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres +prises au hasard, de façon, par exemple, que chaque lettre vraie est +précédée de deux lettres <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> fausses. Pour écrire <i>nemo est domi</i> +(personne n'est à la maison), vous mettrez:</p> <p class="quote">ex<i>n</i>pt<i>e</i>rk<i>m</i>bd<i>o</i> vn<i>e</i>cs<i>s</i>mj<i>t</i> lb<i>d</i>ku<i>o</i>ph<i>m</i>cu<i>i</i>.</p> -<p>Ou bien on mêle aux mots certaines syllabes qui n'ont aucun sens. Pour +<p>Ou bien on mêle aux mots certaines syllabes qui n'ont aucun sens. Pour dire: <i>Pater meus non est domi</i>, vous mettrez: <i>Pa</i>ba<i>t</i>eb<i>er</i> <i>me</i>beub<i>us</i> <i>no</i>bo<i>n</i> eb<i>est</i> <i>do</i>lo<i>mi</i>bi. <i>Fababribicabatober</i> voudra dire: <i>Fabricator</i>.</p> -<p>Un procédé du même genre consiste à renverser les mots de l'avis à -transmettre, c'est-à-dire à les inscrire de droite à gauche, en mettant -au commencement et à la fin de chacun deux lettres qui ne signifient -rien; d'après cette méthode, pour écrire: «l'armée est battue,» on +<p>Un procédé du même genre consiste à renverser les mots de l'avis à +transmettre, c'est-à -dire à les inscrire de droite à gauche, en mettant +au commencement et à la fin de chacun deux lettres qui ne signifient +rien; d'après cette méthode, pour écrire: «l'armée est battue,» on pourra mettre: nb<i>eemral</i>xd ve<i>tse</i>jb iq<i>euttab</i>kf.</p> <p>Tout ceci, on le comprend de reste, est susceptible de modifications -très-nombreuses; mais il faut reconnaître également qu'un déchiffreur, -ayant de l'expérience et bien versé dans les mystères de <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> la -Cryptographie, n'aurait pas beaucoup de peine pour découvrir les secrets -cachés sous un pareil voile.</p> +très-nombreuses; mais il faut reconnaître également qu'un déchiffreur, +ayant de l'expérience et bien versé dans les mystères de <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> la +Cryptographie, n'aurait pas beaucoup de peine pour découvrir les secrets +cachés sous un pareil voile.</p> -<h3>§ XIV.</h3> +<h3>§ XIV.</h3> -<p class="h3title">De la stéganométrographie.</p> +<p class="h3title">De la stéganométrographie.</p> -<p>Ce procédé est décrit en détail dans un ouvrage publié par Mathias Uken, -en 1751. Donnons une idée de ce chiffre, qu'on peut regarder à juste +<p>Ce procédé est décrit en détail dans un ouvrage publié par Mathias Uken, +en 1751. Donnons une idée de ce chiffre, qu'on peut regarder à juste titre comme un de ceux dont il serait le plus difficile de trouver la clef.</p> -<p>Vous écrivez en caractères ordinaires l'avis que vous voulez transmettre +<p>Vous écrivez en caractères ordinaires l'avis que vous voulez transmettre en secret, et vous placez sous chaque lettre un chiffre, en ayant soin -de faire suivre les numéros dans l'ordre habituel.</p> +de faire suivre les numéros dans l'ordre habituel.</p> <p>Supposons que vous voulez mander la nouvelle de la mort de l'empereur d'Allemagne, <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> nouvelle que vous exprimez en latin.</p> @@ -4780,11 +4741,11 @@ d'Allemagne, <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</ </tr> </table> -<p>Vous vous êtes muni d'un certain nombre de tableaux numérotés; chacun -d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A à Z, et, à côté -de chaque lettre se trouve inscrit la moitié d'un vers pentamètre ou -hexamètre. Les tableaux pairs contiennent les premiers hémistiches, les -tableaux impairs les seconds; de sorte qu'en réunissant les tableaux 1 +<p>Vous vous êtes muni d'un certain nombre de tableaux numérotés; chacun +d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A à Z, et, à côté +de chaque lettre se trouve inscrit la moitié d'un vers pentamètre ou +hexamètre. Les tableaux pairs contiennent les premiers hémistiches, les +tableaux impairs les seconds; de sorte qu'en réunissant les tableaux 1 et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici un exemple:</p> <table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Exemple."> @@ -4798,14 +4759,14 @@ et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici un exemple:</p> <td>Ne mora te teneat</td> <td> </td> <td><b>a</b></td> -<td>chartæ perfringere gemmam.</td> +<td>chartæ perfringere gemmam.</td> </tr> <tr> <td><b>b</b></td> <td>Ne cunctare precor</td> <td> </td> <td><b>b</b></td> -<td>sua vincula demere chartæ.</td> +<td>sua vincula demere chartæ.</td> </tr> <tr> <td><span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span> @@ -4849,52 +4810,52 @@ et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici un exemple:</p> </tr> <tr> <td><b>i</b></td> -<td>Lætitias mentis</td> +<td>Lætitias mentis</td> <td> </td> <td><b>i</b></td> <td>demat ut illa.</td> </tr> </table> -<p>Cherchez dans le premier tableau l'hémistiche qui correspond à la lettre -H et dans le second celui qui est placé à côté de la lettre E; voyez -dans le troisième tableau quelle moitié de vers correspond à la lettre -R, et, dans le quatrième, examinez ce que vous donne I. En écrivant à la -place de chaque lettre l'hémistiche qui lui correspond, vous exprimerez -le mot <em>Heri</em> de la manière suivante:</p> +<p>Cherchez dans le premier tableau l'hémistiche qui correspond à la lettre +H et dans le second celui qui est placé à côté de la lettre E; voyez +dans le troisième tableau quelle moitié de vers correspond à la lettre +R, et, dans le quatrième, examinez ce que vous donne I. En écrivant à la +place de chaque lettre l'hémistiche qui lui correspond, vous exprimerez +le mot <em>Heri</em> de la manière suivante:</p> <p class="poem10"> Ne dedigneris peregrinam evolvere chartam,<br> A tibi dilectis, credi venire plagis.</p> -<p>En suivant ce même procédé, vous compléterez facilement votre dépêche.</p> +<p>En suivant ce même procédé, vous compléterez facilement votre dépêche.</p> <p><span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> Il convient de se servir d'un assez grand nombre de tableaux, -afin de ne pas se trouver dans le cas de répéter les mêmes vers, si la -dépêche est un peu longue. Uken a pris la peine de dresser -quarante-quatre tableaux qui contiennent 656 hémistiches et qui offrent -ainsi le moyen de chiffrer un avis composé de ce nombre de lettres.</p> - -<p>Le déchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses -tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, présenter la reproduction -textuelle des vôtres; il cherche quelle est la lettre qui correspond à -chaque hémistiche, et, en écrivant successivement ces lettres, il est +afin de ne pas se trouver dans le cas de répéter les mêmes vers, si la +dépêche est un peu longue. Uken a pris la peine de dresser +quarante-quatre tableaux qui contiennent 656 hémistiches et qui offrent +ainsi le moyen de chiffrer un avis composé de ce nombre de lettres.</p> + +<p>Le déchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses +tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, présenter la reproduction +textuelle des vôtres; il cherche quelle est la lettre qui correspond à +chaque hémistiche, et, en écrivant successivement ces lettres, il est promptement au fait de ce que vous lui demandez.</p> -<p>On voit que la stéganométrographie est pour les non initiés une énigme -dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvénient de prendre -beaucoup de temps et <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> d'exiger des écritures considérables, -puisque chaque lettre de l'avis à transmettre se trouve, dans la dépêche -chiffrée, exprimée par plusieurs mots.</p> +<p>On voit que la stéganométrographie est pour les non initiés une énigme +dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvénient de prendre +beaucoup de temps et <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> d'exiger des écritures considérables, +puisque chaque lettre de l'avis à transmettre se trouve, dans la dépêche +chiffrée, exprimée par plusieurs mots.</p> -<h3>§ XV.</h3> +<h3>§ XV.</h3> -<p class="h3title">Chiffre formé par un système de lettres et de points.</p> +<p class="h3title">Chiffre formé par un système de lettres et de points.</p> -<p>J. H. à Sunde, dans sa <cite>Steganologia</cite>, indique un chiffre assez -ingénieux, qui consiste dans l'emploi combiné des lettres et des points. -Les lettres sont réunies deux à deux, et, au-dessous de chaque groupe, -on place un système variable de points. La chose se dispose de la sorte:</p> +<p>J. H. à Sunde, dans sa <cite>Steganologia</cite>, indique un chiffre assez +ingénieux, qui consiste dans l'emploi combiné des lettres et des points. +Les lettres sont réunies deux à deux, et, au-dessous de chaque groupe, +on place un système variable de points. La chose se dispose de la sorte:</p> <table class="center" style="line-height: 0.5em;" border="0" cellpadding="2" summary="Points."> <tr> @@ -4927,11 +4888,11 @@ on place un système variable de points. La chose se dispose de la sorte:</p> </tr> </table> -<p>Au lieu de la lettre <em>a</em> dans la dépêche à chiffrer, on place <em>e</em> avec -un point devant; au lieu de l'<em>e</em> on écrit <em>a</em>, en plaçant cette -<span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> fois le point après; au lieu du <em>d</em> on écrit un <em>c</em>, que -précèdent quatre points disposés en carré; ainsi de suite. De cette -façon, le mot <em>amen</em> se trouve exprimé par les lettres et les points qui +<p>Au lieu de la lettre <em>a</em> dans la dépêche à chiffrer, on place <em>e</em> avec +un point devant; au lieu de l'<em>e</em> on écrit <em>a</em>, en plaçant cette +<span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> fois le point après; au lieu du <em>d</em> on écrit un <em>c</em>, que +précèdent quatre points disposés en carré; ainsi de suite. De cette +façon, le mot <em>amen</em> se trouve exprimé par les lettres et les points qui suivent:</p> <table class="center" style="width: 30%; line-height: 0.5em;" border="0" cellpadding="2" summary="Points."> @@ -4956,21 +4917,21 @@ suivent:</p> <td>p</td> </table> -<h3>§ XVI.</h3> +<h3>§ XVI.</h3> -<p class="h3title">De la substitution des lettres les unes aux autres, d'après un - système compliqué.</p> +<p class="h3title">De la substitution des lettres les unes aux autres, d'après un + système compliqué.</p> -<p>Il est un système de cryptographie qui consiste simplement à remplacer -les lettres de la dépêche par d'autres lettres rangées d'après un ordre -convenu. L'opération est longue, mais on obtient ainsi la presque -certitude d'échapper aux investigations, car le grand nombre de -combinaisons dont un pareil procédé est susceptible rend la découverte -de ce secret extrêmement difficile.</p> +<p>Il est un système de cryptographie qui consiste simplement à remplacer +les lettres de la dépêche par d'autres lettres rangées d'après un ordre +convenu. L'opération est longue, mais on obtient ainsi la presque +certitude d'échapper aux investigations, car le grand nombre de +combinaisons dont un pareil procédé est susceptible rend la découverte +de ce secret extrêmement difficile.</p> <p><span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span> Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1 -à 10 dans l'ordre suivant:</p> +à 10 dans l'ordre suivant:</p> <table class="center" style="width: 50%;" border="0" cellpadding="1" summary="Chiffres."> <tr> @@ -4999,454 +4960,454 @@ Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1 </tr> </table> -<p class="noindent">il faut alors que la première lettre de la vraie dépêche soit, dans -l'écrit chiffré, remplacée par la quatrième lettre de cette même -dépêche; la seconde, par la septième; la troisième, par la seconde; la -quatrième, par la neuvième; ainsi de suite.</p> +<p class="noindent">il faut alors que la première lettre de la vraie dépêche soit, dans +l'écrit chiffré, remplacée par la quatrième lettre de cette même +dépêche; la seconde, par la septième; la troisième, par la seconde; la +quatrième, par la neuvième; ainsi de suite.</p> -<p>On range par décade ou dizaine les mots de la dépêche à chiffrer.</p> +<p>On range par décade ou dizaine les mots de la dépêche à chiffrer.</p> <p>Supposons qu'on veuille mander:</p> -<p class="quote">«Le roi de Hanovre est très-malade, et il ne peut vivre longtemps.»</p> +<p class="quote">«Le roi de Hanovre est très-malade, et il ne peut vivre longtemps.»</p> <p>On raisonnera de la sorte:</p> -<p>La première lettre de la dépêche, <em>l</em>, correspond à la quatrième, <em>o</em>; -la seconde, <em>e</em>, à la septième, <em>h</em>; la troisième, <em>r</em>, à la seconde, -<em>e</em>; la quatrième, <em>o</em>, à la neuvième, <em>n</em>, etc. On écrira en -conséquence les lettres qui <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span> forment successivement la dépêche -chiffrée.</p> +<p>La première lettre de la dépêche, <em>l</em>, correspond à la quatrième, <em>o</em>; +la seconde, <em>e</em>, à la septième, <em>h</em>; la troisième, <em>r</em>, à la seconde, +<em>e</em>; la quatrième, <em>o</em>, à la neuvième, <em>n</em>, etc. On écrira en +conséquence les lettres qui <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span> forment successivement la dépêche +chiffrée.</p> -<p>À la seconde dizaine, on procède de même; la correspondance des lettres +<p>À la seconde dizaine, on procède de même; la correspondance des lettres se trouve toute nouvelle.</p> -<p>Voici comment les vingt premières lettres de la phrase prise pour -exemple se trouveraient chiffrées:</p> +<p>Voici comment les vingt premières lettres de la phrase prise pour +exemple se trouveraient chiffrées:</p> <p class="quote">ohenloirdaetrevsstre</p> <p>Il importe de ne placer aucun point, aucun signe, qui indique la -séparation des mots ou la fin des dizaines; on peut très-bien, -d'ailleurs, au lieu de se borner à opérer sur dix lettres, étendre à -vingt ou à trente lettres ce système de remplacement. On peut aussi, à -chaque division nouvelle, employer pour les chiffres un ordre différent, -sur lequel on se sera mis d'accord. De cette manière, on rendra le -problème plus que jamais insoluble pour les non initiés; mais il faut -reconnaître que cette méthode prend du temps, et qu'à moins d'une -attention <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> fort soutenue on est exposé, en chiffrant de la -sorte, à commettre bien des erreurs.</p> - -<h3>§ XVII.</h3> - -<p class="h3title">Chiffre inventé par Hermann.</p> - -<p>Un professeur allemand, Hermann, se vanta, en 1752, d'avoir inventé un -chiffre absolument indéchiffrable; il mit tous les mathématiciens de -l'Europe et toutes les sociétés savantes au défi d'en découvrir la clef. -Un réfugié français, Beguelin, fut assez habile ou assez bien inspiré -pour la trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les détails de -sa découverte dans les <cite>Mémoires de l'Académie de Berlin</cite>, 1758.</p> - -<p>Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractères différents et des neuf -chiffres de l'arithmétique, de 1 à 9. À chacun de ces <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span> -caractères répond immédiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et -chaque mot est séparé du suivant par un point. Plusieurs de ces -caractères en ont un autre immédiatement au-dessus d'eux, et ces -caractères supérieurs sont en partie les mêmes que les inférieurs; +séparation des mots ou la fin des dizaines; on peut très-bien, +d'ailleurs, au lieu de se borner à opérer sur dix lettres, étendre à +vingt ou à trente lettres ce système de remplacement. On peut aussi, à +chaque division nouvelle, employer pour les chiffres un ordre différent, +sur lequel on se sera mis d'accord. De cette manière, on rendra le +problème plus que jamais insoluble pour les non initiés; mais il faut +reconnaître que cette méthode prend du temps, et qu'à moins d'une +attention <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> fort soutenue on est exposé, en chiffrant de la +sorte, à commettre bien des erreurs.</p> + +<h3>§ XVII.</h3> + +<p class="h3title">Chiffre inventé par Hermann.</p> + +<p>Un professeur allemand, Hermann, se vanta, en 1752, d'avoir inventé un +chiffre absolument indéchiffrable; il mit tous les mathématiciens de +l'Europe et toutes les sociétés savantes au défi d'en découvrir la clef. +Un réfugié français, Beguelin, fut assez habile ou assez bien inspiré +pour la trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les détails de +sa découverte dans les <cite>Mémoires de l'Académie de Berlin</cite>, 1758.</p> + +<p>Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractères différents et des neuf +chiffres de l'arithmétique, de 1 à 9. À chacun de ces <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span> +caractères répond immédiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et +chaque mot est séparé du suivant par un point. Plusieurs de ces +caractères en ont un autre immédiatement au-dessus d'eux, et ces +caractères supérieurs sont en partie les mêmes que les inférieurs; quelques autres signes, qui ne consistent qu'en points ou en simples -lignes, paraissent affectés à la rangée supérieure et ne se rencontrent -nulle part dans l'inférieure.</p> +lignes, paraissent affectés à la rangée supérieure et ne se rencontrent +nulle part dans l'inférieure.</p> -<p>Après bien des tâtonnements et des vérifications, Beguelin reconnut que -le chiffre sur lequel il opérait était soumis à trois lois -particulières:</p> +<p>Après bien des tâtonnements et des vérifications, Beguelin reconnut que +le chiffre sur lequel il opérait était soumis à trois lois +particulières:</p> -<p>1<sup>o</sup> Tout caractère initial inférieur dont la valeur est au-dessus de 9 +<p>1<sup>o</sup> Tout caractère initial inférieur dont la valeur est au-dessus de 9 conserve sa valeur constante;</p> -<p>2<sup>o</sup> Tout caractère initial inférieur dont la valeur affirmative est +<p>2<sup>o</sup> Tout caractère initial inférieur dont la valeur affirmative est au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur ordinaire.</p> -<p>3<sup>o</sup> Tout caractère initial inférieur dont <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> la valeur négative +<p>3<sup>o</sup> Tout caractère initial inférieur dont <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> la valeur négative est au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur -ordinaire; plus une unité.</p> +ordinaire; plus une unité.</p> -<p>Diverses lois particulières découlaient de ces lois générales:</p> +<p>Diverses lois particulières découlaient de ces lois générales:</p> -<p>4<sup>o</sup> Le caractère supérieur initial conserve toujours sa valeur +<p>4<sup>o</sup> Le caractère supérieur initial conserve toujours sa valeur ordinaire;</p> -<p>5<sup>o</sup> Le caractère supérieur ne sert qu'à déterminer par sa valeur la -lettre placée immédiatement au-dessous et nullement celle qui suivra à -droite, à moins que le caractère inférieur ne soit zéro;</p> +<p>5<sup>o</sup> Le caractère supérieur ne sert qu'à déterminer par sa valeur la +lettre placée immédiatement au-dessous et nullement celle qui suivra à +droite, à moins que le caractère inférieur ne soit zéro;</p> -<p>6<sup>o</sup> Lorsqu'au milieu d'un mot il y a un signe ou un caractère supérieur, -ne fût-ce qu'un point, comme on a alors déjà deux valeurs requises pour -déterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractère qui précède à +<p>6<sup>o</sup> Lorsqu'au milieu d'un mot il y a un signe ou un caractère supérieur, +ne fût-ce qu'un point, comme on a alors déjà deux valeurs requises pour +déterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractère qui précède à gauche;</p> -<p>7<sup>o</sup> Un point placé sur un caractère qui n'est pas un chiffre -arithmétique augmente toujours sa valeur d'une unité;</p> +<p>7<sup>o</sup> Un point placé sur un caractère qui n'est pas un chiffre +arithmétique augmente toujours sa valeur d'une unité;</p> -<p>8<sup>o</sup> Un point placé dans la figure d'un tel caractère le rend simplement -négatif, <span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> sans rien ajouter ni diminuer à sa valeur;</p> +<p>8<sup>o</sup> Un point placé dans la figure d'un tel caractère le rend simplement +négatif, <span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> sans rien ajouter ni diminuer à sa valeur;</p> -<p>9<sup>o</sup> Une valeur négative ou soustractive n'est telle que relativement au -caractère qui précède; toute valeur est affirmative ou additive par -rapport au caractère suivant. De là vient que l'initiale inférieure est -toujours affirmative, quoique le caractère soit négatif;</p> +<p>9<sup>o</sup> Une valeur négative ou soustractive n'est telle que relativement au +caractère qui précède; toute valeur est affirmative ou additive par +rapport au caractère suivant. De là vient que l'initiale inférieure est +toujours affirmative, quoique le caractère soit négatif;</p> -<p>10<sup>o</sup> Comme les lettres répondent à des nombres affirmatifs, la -différence entre deux caractères, dont l'un est négatif, est toujours -censée affirmative, quoique la valeur du caractère négatif soit la plus +<p>10<sup>o</sup> Comme les lettres répondent à des nombres affirmatifs, la +différence entre deux caractères, dont l'un est négatif, est toujours +censée affirmative, quoique la valeur du caractère négatif soit la plus grande;</p> -<p>11<sup>o</sup> Lorsque le caractère à gauche est zéro, il faut ajouter la valeur -du caractère qui précède le zéro.</p> +<p>11<sup>o</sup> Lorsque le caractère à gauche est zéro, il faut ajouter la valeur +du caractère qui précède le zéro.</p> -<p>Tout cela était assez ingénieux, mais l'accumulation de ces lois rend un +<p>Tout cela était assez ingénieux, mais l'accumulation de ces lois rend un pareil chiffre d'un usage bien peu commode. Il y a de la bizarrerie dans -la détermination de la valeur des lettres alphabétiques; et la -multiplicité des règles, jointe aux divers <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> usages d'un même -signe, donnerait certainement lieu dans la pratique à bien des fautes +la détermination de la valeur des lettres alphabétiques; et la +multiplicité des règles, jointe aux divers <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> usages d'un même +signe, donnerait certainement lieu dans la pratique à bien des fautes d'inadvertance.</p> -<p>Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manière emphatique; il -n'est guère de chiffre dont on ne puisse venir à bout, dès que l'on en -connaît la langue et que les mots sont distingués; à plus forte raison -laissent-ils échapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin d'éviter -le retour des mêmes signes pour exprimer la même lettre. Le chiffre du -professeur allemand roulait sur des valeurs numéraires; il ne devait +<p>Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manière emphatique; il +n'est guère de chiffre dont on ne puisse venir à bout, dès que l'on en +connaît la langue et que les mots sont distingués; à plus forte raison +laissent-ils échapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin d'éviter +le retour des mêmes signes pour exprimer la même lettre. Le chiffre du +professeur allemand roulait sur des valeurs numéraires; il ne devait donc y entrer aucun chiffre arabe, ou du moins ceux-ci ne devaient pas y conserver leur valeur connue.</p> -<p>Donnons maintenant un exemple de la façon dont se présentait le chiffre -en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait déguisée au -moyen de sa méthode signifie dans une traduction mot à mot et -interlinéaire: «La orientale <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> science, au lieu des lettres, avec -nombres et caractères, d'écrire.»</p> +<p>Donnons maintenant un exemple de la façon dont se présentait le chiffre +en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait déguisée au +moyen de sa méthode signifie dans une traduction mot à mot et +interlinéaire: «La orientale <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> science, au lieu des lettres, avec +nombres et caractères, d'écrire.»</p> <p><i>Die orientalische Wissenschaft, anstatt der Buchstaben, mit Zahl und Caractern zu schreiben.</i></p> <p class="figcenter"><img src="images/img023.jpg" width="400" height="421" alt="Signes" title=""></p> -<p><span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span> Il n'a jamais été fait usage de ce chiffre, et il est demeuré -dans le domaine des théories imaginées à plaisir. En le perfectionnant, -en évitant les erreurs qu'avait commises Hermann et qui mirent -l'interprète sur la voie de sa découverte, on pourrait encore obtenir, +<p><span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span> Il n'a jamais été fait usage de ce chiffre, et il est demeuré +dans le domaine des théories imaginées à plaisir. En le perfectionnant, +en évitant les erreurs qu'avait commises Hermann et qui mirent +l'interprète sur la voie de sa découverte, on pourrait encore obtenir, sinon un chiffre radicalement inexpugnable (le mot <em>impossible</em> ne doit -pas être admis en cryptographie), du moins on en aurait un qui -présenterait les difficultés les plus formidables; mais une pareille -méthode resterait toujours un simple objet de curiosité, car elle serait -trop compliquée pour que la diplomatie en fît usage.</p> +pas être admis en cryptographie), du moins on en aurait un qui +présenterait les difficultés les plus formidables; mais une pareille +méthode resterait toujours un simple objet de curiosité, car elle serait +trop compliquée pour que la diplomatie en fît usage.</p> -<h3>§ XVIII.</h3> +<h3>§ XVIII.</h3> <p class="h3title">De l'emploi des notes de musique.</p> -<p>Ce système de cryptographie repose sur <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> le même principe que +<p>Ce système de cryptographie repose sur <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> le même principe que celui dont la description se trouve dans la IX<sup>e</sup> section de ce chapitre. -Vous décrivez sur un carré de carton un cadran divisé en vingt-quatre -parties égales, et dans chacune d'elles vous transcrivez une des lettres +Vous décrivez sur un carré de carton un cadran divisé en vingt-quatre +parties égales, et dans chacune d'elles vous transcrivez une des lettres de l'alphabet. Un autre cadran mobile, sur un point central et -concentrique au premier, est divisé de même en un pareil nombre de -parties égales. Il est réglé circulairement, comme un papier de musique. +concentrique au premier, est divisé de même en un pareil nombre de +parties égales. Il est réglé circulairement, comme un papier de musique. Vous marquez, dans chacune de ces divisions, des notes du musique -différentes les unes des autres. Vous n'oublierez pas de tracer les -trois clefs de la musique dans l'intérieur du cadran, et autour de ses +différentes les unes des autres. Vous n'oublierez pas de tracer les +trois clefs de la musique dans l'intérieur du cadran, et autour de ses divisions les divers chiffres dont les compositeurs font usage pour exprimer les divers temps ou mesures.</p> -<p>Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extérieur, de manière -qu'elle se trouve vis-à-vis de celle du cadran intérieur: chaque lettre -du premier <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> cadran répond à une note placée sur le second.</p> - -<p>Prenez ensuite une feuille de papier réglé tel que celui dont on fait -usage pour noter la musique; et, après avoir disposé vos deux cadrans, -placez, en tête de la première ligne de votre dépêche, celle des trois -clefs qui correspond aux mesures indiquées; ceci sert de règle à votre -correspondant, afin qu'il dispose de la même façon, avant d'entreprendre -le déchiffrement, le cadran qu'il a devant lui. Transcrivez sur le -papier réglé la note qui, sur le cadran intérieur, répond aux lettres -dont sont composés les mots de l'avis qu'il s'agit de transmettre. Votre +<p>Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extérieur, de manière +qu'elle se trouve vis-à -vis de celle du cadran intérieur: chaque lettre +du premier <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> cadran répond à une note placée sur le second.</p> + +<p>Prenez ensuite une feuille de papier réglé tel que celui dont on fait +usage pour noter la musique; et, après avoir disposé vos deux cadrans, +placez, en tête de la première ligne de votre dépêche, celle des trois +clefs qui correspond aux mesures indiquées; ceci sert de règle à votre +correspondant, afin qu'il dispose de la même façon, avant d'entreprendre +le déchiffrement, le cadran qu'il a devant lui. Transcrivez sur le +papier réglé la note qui, sur le cadran intérieur, répond aux lettres +dont sont composés les mots de l'avis qu'il s'agit de transmettre. Votre correspondant, instruit, par la clef de la musique et par le chiffre qui -désigne la mesure, de l'arrangement qu'il doit donner à ses cadrans, +désigne la mesure, de l'arrangement qu'il doit donner à ses cadrans, substituera, en place de chaque note, la consonne ou voyelle qui lui correspond.</p> -<p>En changeant de clef à plusieurs reprises, <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> on rend le -déchiffrement plus difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran -cryptographique. Changer de clef, c'est disposer le cadran de façon -qu'une des trois clefs de la musique réponde à un temps ou mouvement -différent; ce qui peut s'effectuer à plusieurs reprises dans la même -lettre et ce qu'on indique de la manière ci-dessus signalée.</p> +<p>En changeant de clef à plusieurs reprises, <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> on rend le +déchiffrement plus difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran +cryptographique. Changer de clef, c'est disposer le cadran de façon +qu'une des trois clefs de la musique réponde à un temps ou mouvement +différent; ce qui peut s'effectuer à plusieurs reprises dans la même +lettre et ce qu'on indique de la manière ci-dessus signalée.</p> <h2><span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> CHAPITRE IV.<br> -<span class="smaller">DES DIVERSES SORTES D'ÉCRITURE ET DES DIFFÉRENTS LANGAGES DE CONVENTION -QUI SE RATTACHENT À LA CORRESPONDANCE OCCULTE.</span></h2> +<span class="smaller">DES DIVERSES SORTES D'ÉCRITURE ET DES DIFFÉRENTS LANGAGES DE CONVENTION +QUI SE RATTACHENT À LA CORRESPONDANCE OCCULTE.</span></h2> -<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3> +<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3> <p class="h3title">Okygraphie.</p> -<p>M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique à la -préfecture de la Seine, a proposé une écriture chiffrée de son -invention, dans un livre intitulé:</p> - -<p><i>Okygraphie, ou l'art de fixer par écrit tous les sons de la parole avec -autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche les -exprime. Nouvelle méthode applicable à tous les idiomes, présentant -<span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span> des moyens aussi vastes, aussi sûrs que nouveaux d'entretenir -une correspondance secrète dont les chiffres seront absolument -indéchiffrables.</i> Paris, 1802, <i>in</i>-12.</p> - -<p>Les signes qu'emploie cette méthode sont beaucoup plus simples que ceux -de l'alphabet ordinaire. Ils se réduisent à trois: <em>i</em>, <em>c</em>, <em>Ɔ</em>. -On les écrit sur du papier réglé dans le genre de celui qui -sert à la musique, mais avec la différence que les lignes rangées à côté +<p>M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique à la +préfecture de la Seine, a proposé une écriture chiffrée de son +invention, dans un livre intitulé:</p> + +<p><i>Okygraphie, ou l'art de fixer par écrit tous les sons de la parole avec +autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche les +exprime. Nouvelle méthode applicable à tous les idiomes, présentant +<span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span> des moyens aussi vastes, aussi sûrs que nouveaux d'entretenir +une correspondance secrète dont les chiffres seront absolument +indéchiffrables.</i> Paris, 1802, <i>in</i>-12.</p> + +<p>Les signes qu'emploie cette méthode sont beaucoup plus simples que ceux +de l'alphabet ordinaire. Ils se réduisent à trois: <em>i</em>, <em>c</em>, <em>Ɔ</em>. +On les écrit sur du papier réglé dans le genre de celui qui +sert à la musique, mais avec la différence que les lignes rangées à côté les unes des autres sont au nombre de quatre seulement. Les trois signes -indiquent leur signification, de même que les notes de musique, d'après -la position qui leur est assignée sur les lignes, et, pour chaque signe, -cette position peut se combiner de huit manières différentes. On obtient +indiquent leur signification, de même que les notes de musique, d'après +la position qui leur est assignée sur les lignes, et, pour chaque signe, +cette position peut se combiner de huit manières différentes. On obtient ainsi les vingt-quatre lettres de l'alphabet, qu'on simplifie d'ailleurs -en écrivant les mots tels qu'ils se prononcent.</p> +en écrivant les mots tels qu'ils se prononcent.</p> <p>En combinant les signes de l'Okygraphie, <span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p. 158)</span> en se mettant d'accord -à l'avance sur le sens qu'il faut attacher à chacun d'eux placé de telle -ou telle manière, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers -stratagèmes bien connus des cryptographes, on peut arriver sans peine à -former un chiffre dont le mystère restera complétement impénétrable. M. -Blanc donne, par exemple, huit alphabets divers qu'il a formés selon sa -méthode, laquelle est susceptible d'en fournir une quantité infinie.</p> - -<p>L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires étrangères, -fut appelée sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour la -correspondance secrète des ambassades; M. Blanc nous fait savoir qu'il -reçut une lettre très-flatteuse signée de Son Excellence; cette lettre -rendait justice au mérite de l'Okygraphie, mais elle ajoutait que, dans -les bureaux et dans les légations, on était habitué, de longue date, à -des méthodes qui paraissaient satisfaisantes, <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> et qu'il n'y -avait guère moyen d'y introduire l'emploi de procédés tout nouveaux.</p> - -<h3>§ II.</h3> +à l'avance sur le sens qu'il faut attacher à chacun d'eux placé de telle +ou telle manière, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers +stratagèmes bien connus des cryptographes, on peut arriver sans peine à +former un chiffre dont le mystère restera complétement impénétrable. M. +Blanc donne, par exemple, huit alphabets divers qu'il a formés selon sa +méthode, laquelle est susceptible d'en fournir une quantité infinie.</p> + +<p>L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires étrangères, +fut appelée sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour la +correspondance secrète des ambassades; M. Blanc nous fait savoir qu'il +reçut une lettre très-flatteuse signée de Son Excellence; cette lettre +rendait justice au mérite de l'Okygraphie, mais elle ajoutait que, dans +les bureaux et dans les légations, on était habitué, de longue date, à +des méthodes qui paraissaient satisfaisantes, <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> et qu'il n'y +avait guère moyen d'y introduire l'emploi de procédés tout nouveaux.</p> + +<h3>§ II.</h3> <p class="h3title">Pasigraphie.</p> -<p>Ce mot se compose de deux mots grecs, πασι, <em>à tous</em>, -γραφω, <em>j'écris</em>. Écrire même à ceux dont on ignore la langue, au -moyen d'une écriture qui soit l'image de la pensée que chacun rend par -différentes syllabes, c'est ce qu'on nomme <cite>Pasigraphie</cite>.</p> +<p>Ce mot se compose de deux mots grecs, πασι, <em>à tous</em>, +γραφω, <em>j'écris</em>. Écrire même à ceux dont on ignore la langue, au +moyen d'une écriture qui soit l'image de la pensée que chacun rend par +différentes syllabes, c'est ce qu'on nomme <cite>Pasigraphie</cite>.</p> -<p>Deux personnes, appartenant à deux pays différents et à deux langues -différentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent à le -pasigraphier; dès lors, ce que l'une écrit dans sa langue, l'autre -l'entend dans la sienne. Adaptez cette méthode à plusieurs langues, le -même écrit, le même imprimé sera lu en autant de langues, comme les -chiffres de l'arithmétique, les signes de la chimie et les notes de la -musique <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> sont également intelligibles pour tout le monde, de -Cadix à Stockholm, de Boston à Calcutta.</p> +<p>Deux personnes, appartenant à deux pays différents et à deux langues +différentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent à le +pasigraphier; dès lors, ce que l'une écrit dans sa langue, l'autre +l'entend dans la sienne. Adaptez cette méthode à plusieurs langues, le +même écrit, le même imprimé sera lu en autant de langues, comme les +chiffres de l'arithmétique, les signes de la chimie et les notes de la +musique <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> sont également intelligibles pour tout le monde, de +Cadix à Stockholm, de Boston à Calcutta.</p> -<p>M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occupés de -Pasigraphie; dans le procédé qu'il emploie, il fait usage de douze -caractères; nous les reproduisons ici:</p> +<p>M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occupés de +Pasigraphie; dans le procédé qu'il emploie, il fait usage de douze +caractères; nous les reproduisons ici:</p> <p class="figcenter"><img src="images/img024.jpg" width="400" height="44" alt="Signes" title=""></p> -<p>Il serait très-long et d'un faible intérêt d'expliquer ici comment, -grâce à l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de créer une écriture +<p>Il serait très-long et d'un faible intérêt d'expliquer ici comment, +grâce à l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de créer une écriture universelle qui serait entendue de tous les peuples. M. de Maimieux -exprime lui-même en ces termes l'idée qui sert de base à sa méthode.</p> +exprime lui-même en ces termes l'idée qui sert de base à sa méthode.</p> -<p>«Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de +<p>«Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de substituer le signe de la place des mots aux syllabes dont toutes les -langues composent leurs mots. Ces syllabes diffèrent <span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> d'un -idiome à l'autre, par l'effet de conventions locales qu'un étranger ne -peut connaître qu'après beaucoup d'études et un long usage. Chaque mot -présente des particularités qu'il faut savoir pour bien posséder une -langue, soumise, d'ailleurs, à des règles très-nombreuses, peu fixes, -souvent contradictoires et noyées dans un océan d'exceptions. La place -du mot pasigraphié demeurant la même pour tous les peuples, ceux-ci +langues composent leurs mots. Ces syllabes diffèrent <span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> d'un +idiome à l'autre, par l'effet de conventions locales qu'un étranger ne +peut connaître qu'après beaucoup d'études et un long usage. Chaque mot +présente des particularités qu'il faut savoir pour bien posséder une +langue, soumise, d'ailleurs, à des règles très-nombreuses, peu fixes, +souvent contradictoires et noyées dans un océan d'exceptions. La place +du mot pasigraphié demeurant la même pour tous les peuples, ceux-ci s'entendent facilement, puisque les signes de la place du mot, devenus -le corps du mot, restent les mêmes, de quelques lettres que soit formé -le mot placé dans la ligne, si d'ailleurs la méthode est réduite à douze -signes qui n'éprouvent aucune exception.»</p> +le corps du mot, restent les mêmes, de quelques lettres que soit formé +le mot placé dans la ligne, si d'ailleurs la méthode est réduite à douze +signes qui n'éprouvent aucune exception.»</p> -<p>Les signes de la Pasigraphie peuvent être employés dans l'écriture en -chiffres. Parmi les écrivains qui se sont occupés du problème de la +<p>Les signes de la Pasigraphie peuvent être employés dans l'écriture en +chiffres. Parmi les écrivains qui se sont occupés du problème de la langue universelle, les <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> uns, comme M. de Maimieux, ne font -usage que d'un petit nombre de caractères; d'autres (Becker, notamment, -dans sa <cite>Notitia linguæ universalis</cite>) ont recours à une foule de signes +usage que d'un petit nombre de caractères; d'autres (Becker, notamment, +dans sa <cite>Notitia linguæ universalis</cite>) ont recours à une foule de signes qui rappellent un peu les notes tironiennes et qui se composent de -lignes droites ou courbes, combinées de diverses manières et de façon -que chaque signe exprime un mot et une idée. L'emploi d'un pareil -système serait évidemment entouré de difficultés multipliées; -l'application à la Cryptographie de signes aussi peu connus n'offrirait +lignes droites ou courbes, combinées de diverses manières et de façon +que chaque signe exprime un mot et une idée. L'emploi d'un pareil +système serait évidemment entouré de difficultés multipliées; +l'application à la Cryptographie de signes aussi peu connus n'offrirait que de bien minces avantages; aussi, dans la pratique, n'a-t-on jamais -songé à y recourir.</p> +songé à y recourir.</p> -<h3>§ III.</h3> +<h3>§ III.</h3> -<p class="h3title">Hiéroglyphes.</p> +<p class="h3title">Hiéroglyphes.</p> -<p>Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquité fit -usage, afin d'énoncer <span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> des préceptes, des leçons, des faits qui -demeuraient lettre close pour le vulgaire et dont l'érudition moderne -s'efforce de retrouver la clef perdue depuis bien des siècles.</p> +<p>Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquité fit +usage, afin d'énoncer <span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> des préceptes, des leçons, des faits qui +demeuraient lettre close pour le vulgaire et dont l'érudition moderne +s'efforce de retrouver la clef perdue depuis bien des siècles.</p> -<p>Parmi les différents systèmes d'écriture mis en usage dans le but -d'exprimer ces idées qui restaient un mystère pour les non initiés, les -fameux hiéroglyphes de l'ancienne Égypte tiennent le premier rang.</p> +<p>Parmi les différents systèmes d'écriture mis en usage dans le but +d'exprimer ces idées qui restaient un mystère pour les non initiés, les +fameux hiéroglyphes de l'ancienne Égypte tiennent le premier rang.</p> -<p>Diodore de Sicile, au livre III de sa <cite>Bibliothèque historique</cite>, parle -des caractères hiéroglyphiques employés par les Égyptiens. Après avoir -dit que ces caractères offrent à nos yeux des animaux de tout genre, des +<p>Diodore de Sicile, au livre III de sa <cite>Bibliothèque historique</cite>, parle +des caractères hiéroglyphiques employés par les Égyptiens. Après avoir +dit que ces caractères offrent à nos yeux des animaux de tout genre, des parties du corps humain, des ustensiles, des instruments, principalement ceux dont font usage les artisans, il expose dans les termes suivants -les motifs qui leur ont fait donner ces formes: «Ce n'est point, en -effet, par l'assemblage <span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> des syllabes que chez eux l'écriture +les motifs qui leur ont fait donner ces formes: «Ce n'est point, en +effet, par l'assemblage <span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> des syllabes que chez eux l'écriture exprime le discours, mais c'est au moyen de la figure des objets -retracés et par une interprétation métaphorique basée sur l'exercice de -la mémoire.»</p> - -<p>Le témoignage de cet historien grec est confirmé par celui d'un -historien latin: Ammien Marcellin constate que, «chez les anciens -Égyptiens, chaque lettre représentait un mot et quelquefois même une -phrase entière.»</p> - -<p>Vers la fin du second siècle, saint Clément d'Alexandrie, parlant des -voiles mystérieux dont on s'est plu souvent à entourer la science pour -n'en permettre l'abord qu'aux initiés, observe qu'on ne pouvait -atteindre que par des degrés successifs le terme le plus élevé de -l'instruction, qui était la science des hiéroglyphes.</p> - -<p>Trois sortes d'écritures ont été connues des anciens Égyptiens. Les -hiéroglyphes, qui représentent fidèlement des objets de <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> la -nature et des produits de l'art, ont été regardés comme symboliques; -Champollion a fini par ne plus voir, dans ces signes, que des caractères -idéographiques; et, sans entrer ici dans une discussion qui aurait le -double tort d'être très-longue et de nous éloigner beaucoup du sujet que -nous avons en vue, nous ferons remarquer que, quel que soit l'éclat des -ingénieuses découvertes du savant illustre que nous venons de nommer, -les théories qu'il a formulées soulèvent encore, hors de la France -surtout, de vives objections de la part d'érudits fort distingués.</p> - -<p>L'écriture <em>hiératique</em> ou sacerdotale est regardée comme une -tachygraphie des hiéroglyphes, et les signes vulgaires ou <em>démotiques</em>, -comme une abréviation des hiératiques.</p> - -<p>La fameuse inscription de Thèbes, la seule dont l'explication soit -parvenue jusqu'à nous, exprimait, par les hiéroglyphes <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> d'un +retracés et par une interprétation métaphorique basée sur l'exercice de +la mémoire.»</p> + +<p>Le témoignage de cet historien grec est confirmé par celui d'un +historien latin: Ammien Marcellin constate que, «chez les anciens +Égyptiens, chaque lettre représentait un mot et quelquefois même une +phrase entière.»</p> + +<p>Vers la fin du second siècle, saint Clément d'Alexandrie, parlant des +voiles mystérieux dont on s'est plu souvent à entourer la science pour +n'en permettre l'abord qu'aux initiés, observe qu'on ne pouvait +atteindre que par des degrés successifs le terme le plus élevé de +l'instruction, qui était la science des hiéroglyphes.</p> + +<p>Trois sortes d'écritures ont été connues des anciens Égyptiens. Les +hiéroglyphes, qui représentent fidèlement des objets de <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> la +nature et des produits de l'art, ont été regardés comme symboliques; +Champollion a fini par ne plus voir, dans ces signes, que des caractères +idéographiques; et, sans entrer ici dans une discussion qui aurait le +double tort d'être très-longue et de nous éloigner beaucoup du sujet que +nous avons en vue, nous ferons remarquer que, quel que soit l'éclat des +ingénieuses découvertes du savant illustre que nous venons de nommer, +les théories qu'il a formulées soulèvent encore, hors de la France +surtout, de vives objections de la part d'érudits fort distingués.</p> + +<p>L'écriture <em>hiératique</em> ou sacerdotale est regardée comme une +tachygraphie des hiéroglyphes, et les signes vulgaires ou <em>démotiques</em>, +comme une abréviation des hiératiques.</p> + +<p>La fameuse inscription de Thèbes, la seule dont l'explication soit +parvenue jusqu'à nous, exprimait, par les hiéroglyphes <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> d'un enfant, d'un vieillard, d'un vautour, d'un poisson, d'un hippopotame, la -sentence suivante: «Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que -l'Éternel déteste l'impureté.»</p> +sentence suivante: «Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que +l'Éternel déteste l'impureté.»</p> -<p>Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frère du célèbre -créateur des études égyptiennes, résume les notions les plus -généralement reçues au sujet des hiéroglyphes: «L'écriture -hiéroglyphique, proprement dite, se compose de signes représentant des +<p>Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frère du célèbre +créateur des études égyptiennes, résume les notions les plus +généralement reçues au sujet des hiéroglyphes: «L'écriture +hiéroglyphique, proprement dite, se compose de signes représentant des objets du monde physique, animaux, plantes, arbres, figures de -géométrie, etc.; le tracé est parfois simplement linéaire; quelquefois -il est entièrement terminé et même colorié. Le nombre de ces signes est +géométrie, etc.; le tracé est parfois simplement linéaire; quelquefois +il est entièrement terminé et même colorié. Le nombre de ces signes est d'environ huit cents.</p> -<p>«L'écriture hiératique est une véritable <em>tachygraphie</em> de la -précédente. Comme les signes hiéroglyphiques ne pouvaient être -convenablement tracés que par des <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> personnes exercées dans l'art -du dessin, on créa un système d'écriture abrégée dont les signes étaient -d'une exécution facile, système qui n'eut d'ailleurs rien d'arbitraire. -Chaque signe hiératique fut un abrégé du signe hiéroglyphique; au lieu -de la figure entière du lion couché, par exemple, on traça l'esquisse -d'une partie de son corps, et cet abrégé du lion conserva, dans -l'écriture, la même valeur que la figure entière.»</p> - -<p>Dans des pays très-éloignés des rives du Nil, on trouve une écriture -hiéroglyphique, qui offre, à certains égards, des analogies remarquables -avec les procédés des Égyptiens. Les Mexicains, avant la conquête des -Espagnols, avaient également recours à des figures d'hommes, d'animaux, -etc., pour énoncer leurs idées.</p> +<p>«L'écriture hiératique est une véritable <em>tachygraphie</em> de la +précédente. Comme les signes hiéroglyphiques ne pouvaient être +convenablement tracés que par des <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> personnes exercées dans l'art +du dessin, on créa un système d'écriture abrégée dont les signes étaient +d'une exécution facile, système qui n'eut d'ailleurs rien d'arbitraire. +Chaque signe hiératique fut un abrégé du signe hiéroglyphique; au lieu +de la figure entière du lion couché, par exemple, on traça l'esquisse +d'une partie de son corps, et cet abrégé du lion conserva, dans +l'écriture, la même valeur que la figure entière.»</p> + +<p>Dans des pays très-éloignés des rives du Nil, on trouve une écriture +hiéroglyphique, qui offre, à certains égards, des analogies remarquables +avec les procédés des Égyptiens. Les Mexicains, avant la conquête des +Espagnols, avaient également recours à des figures d'hommes, d'animaux, +etc., pour énoncer leurs idées.</p> <p>Les noms des villes de Meacuilxochitl, Quauhtinchan et Tchuilojocan signifient <em>cinq fleurs</em>, <em>maison de l'aigle</em> et <em>lieu des <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span> -miroirs</em>. Pour indiquer ces trois villes, on peignait une fleur placée -sur cinq points, une maison de laquelle sortait la tête d'un aigle, et +miroirs</em>. Pour indiquer ces trois villes, on peignait une fleur placée +sur cinq points, une maison de laquelle sortait la tête d'un aigle, et un miroir d'obsidienne.</p> -<p>Divers manuscrits hiéroglyphiques mexicains ont échappé à la -destruction, et ils figurent parmi les objets les plus précieux que -possèdent les grandes bibliothèques de l'Europe. M. de Humboldt en a -copié quelques pages dans son bel ouvrage intitulé: <cite>Vue des -Cordillères</cite> (Paris, 1819, 2 vol. in-8<sup>o</sup>). Une magnifique publication -spéciale, faite aux frais d'un riche Anglais, a reproduit tout ce qui +<p>Divers manuscrits hiéroglyphiques mexicains ont échappé à la +destruction, et ils figurent parmi les objets les plus précieux que +possèdent les grandes bibliothèques de l'Europe. M. de Humboldt en a +copié quelques pages dans son bel ouvrage intitulé: <cite>Vue des +Cordillères</cite> (Paris, 1819, 2 vol. in-8<sup>o</sup>). Une magnifique publication +spéciale, faite aux frais d'un riche Anglais, a reproduit tout ce qui subsiste en ce genre. Voir les <i>Antiquities of Mexico comprising fac-similes of ancient mexican paintings and hieroglyphics, by lord -Kingsborough</i> (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet ouvrage a coûté à son +Kingsborough</i> (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet ouvrage a coûté à son auteur plus de 25,000 livres sterling (un million). Il en est rendu -compte dans le <cite>Bulletin des Sciences historiques</cite>, publié <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> par -M. de Férussac, t. XVII, p. 63, et dans la <cite>Revue encyclopédique</cite>, t. +compte dans le <cite>Bulletin des Sciences historiques</cite>, publié <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> par +M. de Férussac, t. XVII, p. 63, et dans la <cite>Revue encyclopédique</cite>, t. XLIX, p. 148.</p> -<p>Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours à +<p>Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours à pareilles images.</p> -<p>Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées <em>Sagkokok</em>, -qui représentaient, par des caractères symboliques, les événements qui -s'étaient accomplis dans l'espace de soixante ans; c'étaient de grandes -roues divisées en soixante rayons ou en autant de parties égales. +<p>Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées <em>Sagkokok</em>, +qui représentaient, par des caractères symboliques, les événements qui +s'étaient accomplis dans l'espace de soixante ans; c'étaient de grandes +roues divisées en soixante rayons ou en autant de parties égales. Lederer (<cite>Journal des Savants</cite>, 1681, p. 75) rapporte avoir vu dans le -village de Pommacomck un de ces cycles hiéroglyphiques, dans lequel -l'époque de l'arrivée des blancs sur les côtes de la Virginie était -marquée par la figure d'un cygne vomissant du feu, pour indiquer à la -fois la valeur des Européens, leur arrivée par eau et le mal que leurs -armes à feu avaient fait aux hommes rouges.</p> +village de Pommacomck un de ces cycles hiéroglyphiques, dans lequel +l'époque de l'arrivée des blancs sur les côtes de la Virginie était +marquée par la figure d'un cygne vomissant du feu, pour indiquer à la +fois la valeur des Européens, leur arrivée par eau et le mal que leurs +armes à feu avaient fait aux hommes rouges.</p> -<h3><span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> § IV.</h3> +<h3><span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> § IV.</h3> <p class="h3title">Langage au moyen des gestes.</p> -<p>Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une des -branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de faire -connaître ses idées d'une manière qui échappe aux personnes qui ne sont +<p>Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une des +branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de faire +connaître ses idées d'une manière qui échappe aux personnes qui ne sont pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet art. Un -écrivain grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité, intitulé: +écrivain grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité, intitulé: <cite>De numerorum notatione per gestum digitorum</cite> (Paris, 1614, in-8<sup>o</sup>); cet -opuscule est devenu très-rare, mais il a été réimprimé dans des recueils -publiés par Possin et par Fabricius, et plus récemment dans les <i>Eclogæ -physicæ</i> de Schneider. Les Romains portèrent au plus haut degré les -ressources de la pantomime, et l'on trouve, <span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> chez Pétrone, +opuscule est devenu très-rare, mais il a été réimprimé dans des recueils +publiés par Possin et par Fabricius, et plus récemment dans les <i>Eclogæ +physicæ</i> de Schneider. Les Romains portèrent au plus haut degré les +ressources de la pantomime, et l'on trouve, <span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> chez Pétrone, l'expression de <em>manus loquaces</em>.</p> -<p>Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que -l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église, écrivit -un traité <cite>De loquela per gestum digitorum</cite>, traité qui est compris dans +<p>Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que +l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église, écrivit +un traité <cite>De loquela per gestum digitorum</cite>, traité qui est compris dans le volumineux recueil de ses œuvres<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Go to footnote 6"><span class="smaller">[6]</span></a>.</p> -<p>Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge fit +<p>Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge fit <em>quinault l'Angloys qui arguoyt par signes</em>.</p> -<p>D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la <i>Société -philosophique de l'Amérique du Nord</i>, il se rencontre, parmi les -nombreuses tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des +<p>D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la <i>Société +philosophique de l'Amérique du Nord</i>, il se rencontre, parmi les +nombreuses tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des individus qui savent tirer un parti admirable <span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> des ressources -de la pantomime pour exprimer leurs idées. Malgré la diversité des +de la pantomime pour exprimer leurs idées. Malgré la diversité des langues en usage chez ces peuplades belliqueuses, ils n'ont jamais -besoin d'interprètes, et ils réussissent toujours à se faire comprendre -sans avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes, exécutés d'après -un système universellement adopté, sont pleins d'énergie, de netteté et -d'à-propos.</p> +besoin d'interprètes, et ils réussissent toujours à se faire comprendre +sans avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes, exécutés d'après +un système universellement adopté, sont pleins d'énergie, de netteté et +d'à -propos.</p> <p>Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du langage manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons de mentionner un alphabet qu'on peut appeler <em>alphabet facial</em>.</p> -<p>M. Bertin, dans son <cite>Système universel et complet de sténographie</cite> -(Paris, an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après -lequel la position des doigts sur le visage sert à transmettre tout ce -qu'on veut faire savoir. Il laisse de <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span> côté les voyelles isolées -<em>o</em> et <em>u</em>, et il exprime par un même signe les lettres telles que <em>g</em> -et <em>j</em>, <em>q</em> et <em>k</em>, qui donnent des sons à peu près identiques.</p> +<p>M. Bertin, dans son <cite>Système universel et complet de sténographie</cite> +(Paris, an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après +lequel la position des doigts sur le visage sert à transmettre tout ce +qu'on veut faire savoir. Il laisse de <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span> côté les voyelles isolées +<em>o</em> et <em>u</em>, et il exprime par un même signe les lettres telles que <em>g</em> +et <em>j</em>, <em>q</em> et <em>k</em>, qui donnent des sons à peu près identiques.</p> <table border="0" cellpadding="0" summary="Alphabet facial."> <colgroup> @@ -5460,52 +5421,52 @@ et <em>j</em>, <em>q</em> et <em>k</em>, qui donnent des sons à peu près identiq </tr> <tr> <td class="center"><b>b</b></td> -<td colspan="2">Doigt placé diagonalement sous +<td colspan="2">Doigt placé diagonalement sous l'œil droit et en regard du nez.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>d</b></td> -<td class="center">»</td> +<td class="center">»</td> <td>sur le coin droit de la bouche.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>FV</b></td> -<td class="center">»</td> +<td class="center">»</td> <td>sur le coin gauche.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>GJ</b></td> -<td class="center">»</td> +<td class="center">»</td> <td>sur la joue gauche.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>h</b></td> -<td class="center">»</td> -<td>au sommet de la tête.</td> +<td class="center">»</td> +<td>au sommet de la tête.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>KQ</b></td> -<td class="center">»</td> -<td>sur la lèvre supérieure.</td> +<td class="center">»</td> +<td>sur la lèvre supérieure.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>l</b></td> -<td class="center">»</td> -<td>placé diagonalement sur l'œil gauche.</td> +<td class="center">»</td> +<td>placé diagonalement sur l'œil gauche.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>m</b></td> -<td class="center">»</td> +<td class="center">»</td> <td>sur la bouche.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>n</b></td> -<td class="center">»</td> -<td>sur la lèvre inférieure.</td> +<td class="center">»</td> +<td>sur la lèvre inférieure.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>p</b></td> -<td class="center">»</td> +<td class="center">»</td> <td>sur la fossette du menton.</td> </tr> <tr> @@ -5514,71 +5475,71 @@ l'œil droit et en regard du nez.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>s</b></td> -<td colspan="2">Doigt couché horizontalement sur l'intervalle des lèvres.</td> +<td colspan="2">Doigt couché horizontalement sur l'intervalle des lèvres.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>t</b></td> -<td class="center">»</td> +<td class="center">»</td> <td>sur le nez.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>x</b></td> -<td class="center">»</td> +<td class="center">»</td> <td>au cou.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>y</b></td> -<td class="center">»</td> -<td>à l'intervalle des sourcils.</td> +<td class="center">»</td> +<td>à l'intervalle des sourcils.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>on</b></td> -<td class="center">»</td> +<td class="center">»</td> <td>au front.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>ou</b></td> -<td class="center">»</td> +<td class="center">»</td> <td>perpendiculairement sous l'oreille droite.</td> </tr> <tr> <td class="center"><span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p. 174)</span> <b>oui</b></td> -<td colspan="2">Doigt horizontalement près de l'oreille gauche.</td> +<td colspan="2">Doigt horizontalement près de l'oreille gauche.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>au</b></td> -<td class="center">»</td> -<td>à l'aile droite du nez.</td> +<td class="center">»</td> +<td>à l'aile droite du nez.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>eu</b></td> -<td class="center">»</td> +<td class="center">»</td> <td>au sourcil droit.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>ai</b></td> -<td class="center">»</td> -<td>à l'aile gauche du nez.</td> +<td class="center">»</td> +<td>à l'aile gauche du nez.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>a</b></td> -<td class="center">»</td> +<td class="center">»</td> <td>au sourcil gauche.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>i</b></td> -<td class="center">»</td> -<td>à la tempe droite.</td> +<td class="center">»</td> +<td>à la tempe droite.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>e</b></td> -<td class="center">»</td> -<td>à la tempe gauche.</td> +<td class="center">»</td> +<td>à la tempe gauche.</td> </tr> <tr> <td class="center"><b>le, la, les</b>,</td> -<td class="center">»</td> -<td>placé verticalement devant la figure.</td> +<td class="center">»</td> +<td>placé verticalement devant la figure.</td> </tr> <tr> <td><i>nom d'homme</i>,</td> @@ -5586,72 +5547,72 @@ l'œil droit et en regard du nez.</td> </tr> <tr> <td><i>fin de mot</i>,</td> -<td colspan="2">doigt fermé.</td> +<td colspan="2">doigt fermé.</td> </tr> <tr> <td><i>fin de phrase</i>,</td> -<td colspan="2">main fermée.</td> +<td colspan="2">main fermée.</td> </tr> <tr> -<td colspan="3"><i>numération sténographique</i>, emploi du pouce au lieu du doigt.</td> +<td colspan="3"><i>numération sténographique</i>, emploi du pouce au lieu du doigt.</td> </tr> </table> -<p>On emploie deux doigts à la fois pour exprimer une lettre qui se répète.</p> +<p>On emploie deux doigts à la fois pour exprimer une lettre qui se répète.</p> -<p>Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois, -en ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la +<p>Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois, +en ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la seconde.</p> -<p>Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il -dit un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en -les élevant ou les <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> plaquant sur la bouche ou sur l'un des -yeux.»</p> +<p>Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il +dit un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en +les élevant ou les <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> plaquant sur la bouche ou sur l'un des +yeux.»</p> -<h3>§ V.</h3> +<h3>§ V.</h3> <p class="h3title">Langage des fleurs.</p> -<p>C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des -fleurs a pris naissance; il fait partie des mœurs orientales. «Les -Chinois, dit un écrivain ingénieux, ont un alphabet composé entièrement +<p>C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des +fleurs a pris naissance; il fait partie des mœurs orientales. «Les +Chinois, dit un écrivain ingénieux, ont un alphabet composé entièrement avec des plantes et des racines; on lit encore sur les rochers de -l'Égypte les anciennes conquêtes de ces peuples exprimées avec des -végétaux étrangers. Ce langage est donc aussi vieux que le monde, mais +l'Égypte les anciennes conquêtes de ces peuples exprimées avec des +végétaux étrangers. Ce langage est donc aussi vieux que le monde, mais il ne saurait vieillir, car chaque printemps en renouvelle les -caractères, et cependant la liberté de nos mœurs l'a relégué parmi +caractères, et cependant la liberté de nos mœurs l'a relégué parmi les amusements des harems. Les belles odalisques s'en servent souvent -pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs charmes; <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> -une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre à un -jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique, -veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui -renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose à -ses projets, mais une tulipe au cœur noir et aux pétales enflammés -lui donne l'assurance que ses désirs sont compris et partagés; cette -ingénieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dévoiler un -secret, répand tout à coup la vie, le mouvement et l'intérêt dans ces -tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui.»</p> +pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs charmes; <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> +une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre à un +jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique, +veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui +renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose à +ses projets, mais une tulipe au cœur noir et aux pétales enflammés +lui donne l'assurance que ses désirs sont compris et partagés; cette +ingénieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dévoiler un +secret, répand tout à coup la vie, le mouvement et l'intérêt dans ces +tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui.»</p> <p>Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche, elle -indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité.</p> +indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité.</p> -<p>Un œillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés -d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au +<p>Un œillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés +d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au moral.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span> L'étoilée exprime l'idée de père ou de mère; si la fleur est +<p><span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span> L'étoilée exprime l'idée de père ou de mère; si la fleur est rouge, les parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils -sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.</p> +sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.</p> -<p>Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs:</p> +<p>Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs:</p> <table class="auto" border="0" cellpadding="0" summary="Sens."> <tr> <td>oreille-d'ours,</td> -<td>sœur ou frère.</td> +<td>sœur ou frère.</td> </tr> <tr> -<td>pensée,</td> +<td>pensée,</td> <td>veuf ou veuve.</td> </tr> <tr> @@ -5660,11 +5621,11 @@ sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.</p> </tr> <tr> <td>camomille,</td> -<td>médecin.</td> +<td>médecin.</td> </tr> <tr> -<td>tubéreuse,</td> -<td>supérieur.</td> +<td>tubéreuse,</td> +<td>supérieur.</td> </tr> <tr> <td>fleur d'oranger,</td> @@ -5704,15 +5665,15 @@ sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.</p> </tr> <tr> <td>myrte,</td> -<td>épouser.</td> +<td>épouser.</td> </tr> <tr> <td>romarin,</td> <td>pleurer, s'affliger.</td> </tr> <tr> -<td>anémone,</td> -<td>se réjouir.</td> +<td>anémone,</td> +<td>se réjouir.</td> </tr> <tr> <td>basilic,</td> @@ -5728,19 +5689,19 @@ sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.</p> </tr> <tr> <td><span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> lierre,</td> -<td>éternel.</td> +<td>éternel.</td> </tr> <tr> -<td>giroflée rouge,</td> +<td>giroflée rouge,</td> <td>aujourd'hui.</td> </tr> <tr> -<td>» blanche,</td> +<td>» blanche,</td> <td>demain, l'avenir.</td> </tr> <tr> -<td>» violette,</td> -<td>hier, jadis, le passé.</td> +<td>» violette,</td> +<td>hier, jadis, le passé.</td> </tr> <tr> <td>narcisse,</td> @@ -5748,43 +5709,43 @@ sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.</p> </tr> <tr> <td>ortie,</td> -<td>fidèle.</td> +<td>fidèle.</td> </tr> <tr> -<td>géranium,</td> +<td>géranium,</td> <td>navire, voyage par mer.</td> </tr> <tr> -<td>primevère,</td> +<td>primevère,</td> <td>la mort.</td> </tr> </table> -<p>D'après les règles de cette langue ingénieuse, lorsqu'un jeune habitant +<p>D'après les règles de cette langue ingénieuse, lorsqu'un jeune habitant de Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce message:</p> -<p>«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans -le jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime, belle -jeune fille, et qui veut t'épouser.»</p> +<p>«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans +le jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime, belle +jeune fille, et qui veut t'épouser.»</p> -<p>Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse, -jasmin d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche, tournesol, +<p>Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse, +jasmin d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche, tournesol, jasmin, marjolaine, oreille-d'ours, œillet d'un brun sombre, -chèvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte.</p> +chèvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée -aux diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer, -nous nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un -manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en -reproduisons fidèlement le style suranné:</p> +<p><span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée +aux diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer, +nous nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un +manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en +reproduisons fidèlement le style suranné:</p> <table class="auto" border="0" cellpadding="0" summary="Sens."> <tr> -<td>giroflée rouge,</td> -<td>beaulté.</td> +<td>giroflée rouge,</td> +<td>beaulté.</td> </tr> <tr> -<td>giroflée blanche,</td> +<td>giroflée blanche,</td> <td>amour chaste.</td> </tr> <tr> @@ -5793,19 +5754,19 @@ reproduisons fidèlement le style suranné:</p> </tr> <tr> <td>marjolaine menue,</td> -<td>bonté.</td> +<td>bonté.</td> </tr> <tr> <td>thym,</td> -<td>persévérance.</td> +<td>persévérance.</td> </tr> <tr> -<td>thym coupé,</td> +<td>thym coupé,</td> <td>vous parviendrez.</td> </tr> <tr> <td>fleur de thym,</td> -<td>à vous me donne.</td> +<td>à vous me donne.</td> </tr> <tr> <td>laitue,</td> @@ -5840,15 +5801,15 @@ reproduisons fidèlement le style suranné:</p> <td>soyez secret.</td> </tr> <tr> -<td>rose doublée de rose musquette,</td> +<td>rose doublée de rose musquette,</td> <td>occasion.</td> </tr> <tr> <td>rosmarin,</td> -<td>congé.</td> +<td>congé.</td> </tr> <tr> -<td>rosmarin coppé au boult,</td> +<td>rosmarin coppé au boult,</td> <td>amour sans fin.</td> </tr> <tr> @@ -5877,19 +5838,19 @@ reproduisons fidèlement le style suranné:</p> </tr> <tr> <td>chanvre,</td> -<td>défiance.</td> +<td>défiance.</td> </tr> <tr> -<td>genêt,</td> +<td>genêt,</td> <td>adresse.</td> </tr> <tr> -<td>fleur de genêt,</td> +<td>fleur de genêt,</td> <td>pour amour j'endure.</td> </tr> <tr> <td>buglosse,</td> -<td>légèreté.</td> +<td>légèreté.</td> </tr> <tr> <td>bourache,</td> @@ -5905,7 +5866,7 @@ reproduisons fidèlement le style suranné:</p> </tr> <tr> <td>saulge menue,</td> -<td>chasteté.</td> +<td>chasteté.</td> </tr> <tr> <td>ysope,</td> @@ -5925,16 +5886,16 @@ reproduisons fidèlement le style suranné:</p> </tr> </table> -<p>Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique ou -sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du langage -des fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie, en +<p>Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique ou +sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du langage +des fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie, en faisant remarquer toutefois que plusieurs de ces significations sont -très-contestables.</p> +très-contestables.</p> <table class="auto" border="0" cellpadding="0" summary="Sens."> <tr> <td>abandon,</td> -<td>anémone.</td> +<td>anémone.</td> </tr> <tr> <td>absence,</td> @@ -5946,18 +5907,18 @@ très-contestables.</p> </tr> <tr> <td>aigreur,</td> -<td>épine-vinette.</td> +<td>épine-vinette.</td> </tr> <tr> -<td>amabilité,</td> +<td>amabilité,</td> <td>jasmin blanc.</td> </tr> <tr> <td>amertume, douleur,</td> -<td>aloès.</td> +<td>aloès.</td> </tr> <tr> -<td>amitié,</td> +<td>amitié,</td> <td>lierre.</td> </tr> <tr> @@ -5974,15 +5935,15 @@ très-contestables.</p> </tr> <tr> <td>audace,</td> -<td>mélèze.</td> +<td>mélèze.</td> </tr> <tr> -<td>austérité,</td> +<td>austérité,</td> <td>chardon.</td> </tr> <tr> -<td>beauté capricieuse,</td> -<td>rose musquée.</td> +<td>beauté capricieuse,</td> +<td>rose musquée.</td> </tr> <tr> <td>bienfaisance,</td> @@ -6005,43 +5966,43 @@ très-contestables.</p> <td>peuplier noir.</td> </tr> <tr> -<td>cruauté,</td> +<td>cruauté,</td> <td>ortie.</td> </tr> <tr> -<td>dédain,</td> +<td>dédain,</td> <td>œillet jaune.</td> </tr> <tr> -<td>délicatesse,</td> +<td>délicatesse,</td> <td>bluet.</td> </tr> <tr> -<td>désespoir,</td> -<td>soucis et cyprès.</td> +<td>désespoir,</td> +<td>soucis et cyprès.</td> </tr> <tr> -<td>désir,</td> +<td>désir,</td> <td>jonquille.</td> </tr> <tr> -<td>docilité,</td> +<td>docilité,</td> <td>jonc des champs.</td> </tr> <tr> -<td>élégance,</td> +<td>élégance,</td> <td>acacia rose.</td> </tr> <tr> -<td>fécondité,</td> -<td>rose trémière.</td> +<td>fécondité,</td> +<td>rose trémière.</td> </tr> <tr> -<td>félicité,</td> -<td>centaurée.</td> +<td>félicité,</td> +<td>centaurée.</td> </tr> <tr> -<td>fierté,</td> +<td>fierté,</td> <td>amaryllis.</td> </tr> <tr> @@ -6049,11 +6010,11 @@ très-contestables.</p> <td>osier.</td> </tr> <tr> -<td>frugalité,</td> -<td>chicorée.</td> +<td>frugalité,</td> +<td>chicorée.</td> </tr> <tr> -<td>générosité,</td> +<td>générosité,</td> <td>oranger.</td> </tr> <tr> @@ -6069,11 +6030,11 @@ très-contestables.</p> <td>pivoine.</td> </tr> <tr> -<td>immortalité,</td> +<td>immortalité,</td> <td>amarante.</td> </tr> <tr> -<td>indépendance,</td> +<td>indépendance,</td> <td>prunier sauvage.</td> </tr> <tr> @@ -6085,16 +6046,16 @@ très-contestables.</p> <td>lilas blanc.</td> </tr> <tr> -<td>naïveté,</td> +<td>naïveté,</td> <td>argentine.</td> </tr> <tr> <td>noirceur,</td> -<td>ébénier.</td> +<td>ébénier.</td> </tr> <tr> -<td>prospérité,</td> -<td>hêtre.</td> +<td>prospérité,</td> +<td>hêtre.</td> </tr> <tr> <td>prudence,</td> @@ -6102,11 +6063,11 @@ très-contestables.</p> </tr> <tr> <td>puissance,</td> -<td>impériale.</td> +<td>impériale.</td> </tr> <tr> -<td>pureté,</td> -<td>épi de la Vierge.</td> +<td>pureté,</td> +<td>épi de la Vierge.</td> </tr> <tr> <td>reconnaissance,</td> @@ -6114,15 +6075,15 @@ très-contestables.</p> </tr> <tr> <td>sagesse,</td> -<td>mûrier blanc.</td> +<td>mûrier blanc.</td> </tr> <tr> <td>silence,</td> <td>rose blanche.</td> </tr> <tr> -<td>simplicité,</td> -<td>fougère.</td> +<td>simplicité,</td> +<td>fougère.</td> </tr> <tr> <td>sommeil du cœur,</td> @@ -6133,82 +6094,82 @@ très-contestables.</p> <td>peuplier blanc.</td> </tr> <tr> -<td>tranquillité,</td> +<td>tranquillité,</td> <td>alysse des rochers.</td> </tr> <tr> -<td>vérité,</td> -<td>morelle douce-amère.</td> +<td>vérité,</td> +<td>morelle douce-amère.</td> </tr> <tr> <td>vice,</td> <td>ivraie.</td> </tr> <tr> -<td>volupté,</td> -<td>tubéreuse.</td> +<td>volupté,</td> +<td>tubéreuse.</td> </tr> </table> -<h3>§ VI.</h3> +<h3>§ VI.</h3> <p class="h3title">Des alphabets factices.</p> -<p>Vigenère, dans son <cite>Traité des chiffres</cite>, Duret, dans son <cite>Trésor des -langues</cite>, et divers <span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> autres anciens auteurs ont donné des -modèles d'alphabets attribués à divers personnages célèbres de -l'antiquité la plus reculée; M. Nodier s'exprime à cet égard de la façon +<p>Vigenère, dans son <cite>Traité des chiffres</cite>, Duret, dans son <cite>Trésor des +langues</cite>, et divers <span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> autres anciens auteurs ont donné des +modèles d'alphabets attribués à divers personnages célèbres de +l'antiquité la plus reculée; M. Nodier s'exprime à cet égard de la façon suivante:</p> -<p>«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne sont -pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là qu'ils +<p>«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne sont +pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là qu'ils annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement qu'ils -remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le secret -d'une des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce qui donne -du prix aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent, c'est qu'on +remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le secret +d'une des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce qui donne +du prix aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent, c'est qu'on ne les a jamais reproduits depuis que l'on a fait de la grammaire -positive, parce qu'ils n'appartiennent à aucune langue dont il soit -resté des traditions. Comme débris d'une langue de convention qui a -existé, dont nous avons perdu la clef et <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> qui ne le cédait -peut-être en rien aux langues caractéristiques de Dalgarno, de Wilkins -et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre intelligence avec -un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.»</p> - -<p>Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces -caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet -hébreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune authenticité. -L'alphabet d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon sont de pure -invention, tout comme celui dont un magicien célèbre, Honorius le -Thébain, se servit, dit-on, pour écrire ses livres de sorcellerie. -Vigenère a conservé les lettres sous lesquelles cet insigne sorcier (qui -n'a jamais existé) dissimulait les arcanes les plus profonds de la -nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire ces signes étranges, +positive, parce qu'ils n'appartiennent à aucune langue dont il soit +resté des traditions. Comme débris d'une langue de convention qui a +existé, dont nous avons perdu la clef et <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> qui ne le cédait +peut-être en rien aux langues caractéristiques de Dalgarno, de Wilkins +et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre intelligence avec +un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.»</p> + +<p>Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces +caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet +hébreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune authenticité. +L'alphabet d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon sont de pure +invention, tout comme celui dont un magicien célèbre, Honorius le +Thébain, se servit, dit-on, pour écrire ses livres de sorcellerie. +Vigenère a conservé les lettres sous lesquelles cet insigne sorcier (qui +n'a jamais existé) dissimulait les arcanes les plus profonds de la +nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire ces signes étranges, auxquels quelques anciens auteurs conseillent de <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span> recourir pour chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien longtemps.</p> <p>On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les -recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à -plaisir et qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles et -comme renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons pas -sur ce sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous -transcrirons seulement comme échantillon une phrase prise dans un livre -de sortiléges et qui restera sans doute toujours inintelligible:</p> +recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à +plaisir et qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles et +comme renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons pas +sur ce sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous +transcrirons seulement comme échantillon une phrase prise dans un livre +de sortiléges et qui restera sans doute toujours inintelligible:</p> -<p>«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton -aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.»</p> +<p>«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton +aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.»</p> <h2><span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> CHAPITRE V.<br> -<span class="smaller">DU RÔLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTÉRATURE.</span></h2> +<span class="smaller">DU RÔLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTÉRATURE.</span></h2> -<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3> +<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3> -<p class="h3title">Artifices imaginés pour déguiser des dates.</p> +<p class="h3title">Artifices imaginés pour déguiser des dates.</p> -<p>Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont -employés quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une -forme énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits +<p>Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont +employés quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une +forme énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits qu'ils transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des manuscrits -français de la Bibliothèque impériale de Paris.</p> +français de la Bibliothèque impériale de Paris.</p> <p class="poem10"> <span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> Ce livre fut tout parfait<br> @@ -6220,55 +6181,55 @@ français de la Bibliothèque impériale de Paris.</p> Et puis un () party en dux.<br> Vous lairrez la teste Jhesus,<br> Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob,<br> - Et prendrez un X à cop.<br> + Et prendrez un X à cop.<br> Puis adjoustez en ceste ryme<br> Ung <img src="images/img025.jpg" width="30" height="22" alt="Signe" title=""> prince en algorithme:<br> Si congnoistrez qu'il fut parfait<br> Le XXIII<sup>e</sup> jueillet.</p> <p>On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des -lettres ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former par -leur réunion l'année de l'achèvement de sa transcription. Il s'est plu à -présenter cette indication d'une manière énigmatique par un jeu assez -goûté de son temps.</p> +lettres ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former par +leur réunion l'année de l'achèvement de sa transcription. Il s'est plu à +présenter cette indication d'une manière énigmatique par un jeu assez +goûté de son temps.</p> -<p>La tête d'un <em>Moyne</em>, (M) mille.</p> +<p>La tête d'un <em>Moyne</em>, (M) mille.</p> <p>Y ajouter celles de deux <em>Cordeliers</em> et d'un <em>Chanoine</em>, (CCC) trois cents.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents.</p> +<p><span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents.</p> -<p>Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct Jacques -et de Jacob (4 à soustraire).</p> +<p>Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct Jacques +et de Jacob (4 à soustraire).</p> <p>Prendre ensuite un X (10).</p> -<p>La difficulté consiste à savoir ce que signifie <i>ung N prise en -algorithme</i>. Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la +<p>La difficulté consiste à savoir ce que signifie <i>ung N prise en +algorithme</i>. Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la rime, est <em>algorisme</em>, <em>algorismus</em>, que le dictionnaire de Du Cange explique par <em>arithmetica</em>, <em>numerandi ars</em>. La lettre qu'il s'agit de -considérer numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin le -rôle d'un chiffre. D'après la forme que lui donne le manuscrit, on voit -qu'elle joue, peut se décomposer en un V et un I, ce qui donne en -chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces différents nombres, +considérer numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin le +rôle d'un chiffre. D'après la forme que lui donne le manuscrit, on voit +qu'elle joue, peut se décomposer en un V et un I, ce qui donne en +chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces différents nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en retranchant 4, on trouve 1512.</p> -<p>Une date semblable, composée par le <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> chanoine Charles de -Bovelle, est citée dans la Notice de M. du Sommerard <cite>sur l'hôtel de +<p>Une date semblable, composée par le <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> chanoine Charles de +Bovelle, est citée dans la Notice de M. du Sommerard <cite>sur l'hôtel de Cluny</cite>.</p> -<table border="0" cellpadding="1" summary="Poème."> +<table border="0" cellpadding="1" summary="Poème."> <tr> <td>D'un mouton et de cinq chevaux</td> <td class="right">M. CCCCC</td> </tr> <tr> -<td>Toutes les têtes prendrez,</td> +<td>Toutes les têtes prendrez,</td> <td> </td> </tr> <tr> -<td>Et à icelles sans nuls travaux</td> +<td>Et à icelles sans nuls travaux</td> <td> </td> </tr> <tr> @@ -6288,7 +6249,7 @@ Cluny</cite>.</p> <td> </td> </tr> <tr> -<td>L'an de ma façon et ma date.</td> +<td>L'an de ma façon et ma date.</td> <td> </td> </tr> <tr> @@ -6304,12 +6265,12 @@ Cluny</cite>.</p> </tr> </table> -<p>Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive -des copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques -volumes imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du même +<p>Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive +des copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques +volumes imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du même genre; mentionnons-en deux exemples:</p> -<p>Le <cite>Doctrinal du temps présent</cite>, de Pierre Michault, imprimé à Bruges, +<p>Le <cite>Doctrinal du temps présent</cite>, de Pierre Michault, imprimé à Bruges, par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur:</p> <p class="poem10"> @@ -6318,130 +6279,130 @@ par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur:</p> <span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span> Vous feront estre congnoissans,<br> Sans faillir, de mon miliaire.</p> -<p>Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III.</p> +<p>Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III.</p> -<p>Un petit volume très-rare, le <cite>Passe-temps et le Songe du triste</cite>, -publié à Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour:</p> +<p>Un petit volume très-rare, le <cite>Passe-temps et le Songe du triste</cite>, +publié à Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour:</p> -<p class="quote">L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier.</p> +<p class="quote">L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier.</p> -<p>Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche: XXX. +<p>Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche: XXX. CCCCC. M.</p> -<h3>§ II.</h3> +<h3>§ II.</h3> -<p class="h3title">Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser leurs +<p class="h3title">Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser leurs noms.</p> -<p>Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser +<p>Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme -plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte.</p> +plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte.</p> -<p>Le <cite>Formulaire fort récréatif de tous <span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> contratz</cite>... fait par +<p>Le <cite>Formulaire fort récréatif de tous <span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> contratz</cite>... fait par Bredin, Lyon, 1594.</p> -<p>Les mots <em>Bonté ny soit</em>, sont en guise de signature à la fin de l'avis -au lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de l'auteur: +<p>Les mots <em>Bonté ny soit</em>, sont en guise de signature à la fin de l'avis +au lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de l'auteur: <em>Benoist (du) Troncy</em>.</p> -<p>Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont -vivement recherchées des bibliophiles (les <cite>Propos rustiques</cite> et les -<cite>Baliverneries d'Eutrapel</cite>), cacha son nom sous l'anagramme de <i>Léon -Ladulfi</i>; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II, -donna ses écrits sous la signature du <em>comte d'Alsinois</em>. Le chevalier -de Cailly, dont les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie -<cite>Collection des petits classiques françois</cite> (1825, 9 vol. in-16), n'eut -guère l'intention de se dérober sérieusement aux regards du public -lorsqu'il se présenta sous le nom d'<em>Aceilly</em>.</p> +<p>Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont +vivement recherchées des bibliophiles (les <cite>Propos rustiques</cite> et les +<cite>Baliverneries d'Eutrapel</cite>), cacha son nom sous l'anagramme de <i>Léon +Ladulfi</i>; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II, +donna ses écrits sous la signature du <em>comte d'Alsinois</em>. Le chevalier +de Cailly, dont les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie +<cite>Collection des petits classiques françois</cite> (1825, 9 vol. in-16), n'eut +guère l'intention de se dérober sérieusement aux regards du public +lorsqu'il se présenta sous le nom d'<em>Aceilly</em>.</p> <p>Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons -Ancillon, signant <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> du nom de <em>Ollincan</em> son <cite>Traité des -eunuques</cite>; nous mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne -déguise guère la paternité de ses pesants commentaires sur Tacite, en +Ancillon, signant <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> du nom de <em>Ollincan</em> son <cite>Traité des +eunuques</cite>; nous mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne +déguise guère la paternité de ses pesants commentaires sur Tacite, en les donnant comme l'œuvre du sieur <em>de La Mothes Josseval d'Aronsel</em>; nous retrouverions dans Philippe Alcripe, sieur de Neri, auteur d'un -recueil facétieux devenu rare (la <cite>Nouvelle Fabrique des excellens -traits de vérité</cite>), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous ne +recueil facétieux devenu rare (la <cite>Nouvelle Fabrique des excellens +traits de vérité</cite>), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du <cite>Gargantua</cite> et du -<cite>Pantagruel</cite>, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui +<cite>Pantagruel</cite>, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui d'<em>Alcofribas Nasier</em>.</p> -<p>Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des -membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une -mode qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se douterait -qu'<em>Euforbo Melesigenio</em> <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> désigne Calazo; c'est sous le nom -d'<em>Eritisco Pilenejo</em> que Pagnini livra aux presses élégantes de Bodoni -sa traduction d'Anacréon.</p> - -<p>Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire, Caron, -auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des bibliomanes, -s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de la disposition -rétrograde des mots. Il donna un de ses écrits comme l'œuvre du bonze -<em>Esiab-luc</em> et comme ayant été imprimé à <em>Emeluogna</em>.</p> - -<p>Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et obscur -dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause des -figures sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le secret de -son cœur dans une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la suite les +<p>Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des +membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une +mode qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se douterait +qu'<em>Euforbo Melesigenio</em> <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> désigne Calazo; c'est sous le nom +d'<em>Eritisco Pilenejo</em> que Pagnini livra aux presses élégantes de Bodoni +sa traduction d'Anacréon.</p> + +<p>Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire, Caron, +auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des bibliomanes, +s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de la disposition +rétrograde des mots. Il donna un de ses écrits comme l'œuvre du bonze +<em>Esiab-luc</em> et comme ayant été imprimé à <em>Emeluogna</em>.</p> + +<p>Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et obscur +dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause des +figures sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le secret de +son cœur dans une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la suite les unes des autres, les lettres initiales de chacun des chapitres de cet ouvrage:</p> <p class="quote smcap">POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT.</p> <p><span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p. 194)</span> L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la -tête à Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est -également servi d'un acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des -stances placées au commencement du premier volume et dont voici -l'interprétation: <em>Luis Hurtado, autor, al lector da salud.</em></p> +tête à Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est +également servi d'un acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des +stances placées au commencement du premier volume et dont voici +l'interprétation: <em>Luis Hurtado, autor, al lector da salud.</em></p> -<p>Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le <cite>Messagier damours</cite>, -révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de +<p>Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le <cite>Messagier damours</cite>, +révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de l'auteur, Pilvelin.</p> -<h3>§ III.</h3> +<h3>§ III.</h3> -<p class="h3title">De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la Cryptographie.</p> +<p class="h3title">De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la Cryptographie.</p> -<p>Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie, -afin de dérober <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> aux profanes le sens de certains passages de -leurs écrits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystère; nous +<p>Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie, +afin de dérober <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> aux profanes le sens de certains passages de +leurs écrits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystère; nous pouvons en citer plusieurs exemples.</p> -<p>Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve +<p>Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de -Lasphrise, a placé, dans ses <cite>Œuvres poétiques</cite> (Paris, 1599), une +Lasphrise, a placé, dans ses <cite>Œuvres poétiques</cite> (Paris, 1599), une tirade assez libre qu'il ne nous convient pas de transcrire en entier et -dont voici le début:</p> +dont voici le début:</p> <p><em>Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne</em></p> <p><em>Tois enud elliv gruob uo egalliv.</em></p> -<p>Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que -chaque mot doit être lu de droite à gauche.</p> +<p>Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que +chaque mot doit être lu de droite à gauche.</p> -<p>«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc.</p> +<p>«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc.</p> -<p>Nous trouvons, dans le même volume, <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> un sonnet en langue +<p>Nous trouvons, dans le même volume, <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> un sonnet en langue inconnue; il commence ainsi:</p> <p class="poem10"> - Cerdis zerom deronty toulpinié<br> + Cerdis zerom deronty toulpinié<br> Pareis hurlin linor orifieux.</p> -<p>Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques aux -heureux désœuvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à -l'étude des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de -jugement pour apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant un -pareil emploi des facultés intellectuelles.</p> +<p>Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques aux +heureux désœuvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à +l'étude des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de +jugement pour apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant un +pareil emploi des facultés intellectuelles.</p> -<p>Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le -nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En -feuilletant l'édition de ses <cite>Poemata</cite> (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8<sup>o</sup>), -nous avons remarqué que l'épigramme 276 du I<sup>er</sup> livre (tom. I, p. -577), <em>in meretricem lascivam</em>, est en partie chiffrée;</p> +<p>Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le +nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En +feuilletant l'édition de ses <cite>Poemata</cite> (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8<sup>o</sup>), +nous avons remarqué que l'épigramme 276 du I<sup>er</sup> livre (tom. I, p. +577), <em>in meretricem lascivam</em>, est en partie chiffrée;</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span> Le second vers est exprimé sous cette forme:</p> +<p><span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span> Le second vers est exprimé sous cette forme:</p> <p class="poem10"> Conserui et dxoop nfouxmb delituit.</p> @@ -6451,62 +6412,62 @@ nous avons remarqué que l'épigramme 276 du I<sup>er</sup> livre (tom. I, p. <p class="poem10"> Expecta nondum, Lucia, efgxuxk.</p> -<p>La <cite>Biographie universelle</cite>, dans l'article consacré au trop célèbre -marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet -écrivain qui poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un -volumineux journal de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande +<p>La <cite>Biographie universelle</cite>, dans l'article consacré au trop célèbre +marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet +écrivain qui poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un +volumineux journal de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande partie, en chiffres dont il avait seul la clef.</p> -<p>Nous rencontrons deux ou trois pages <em>chiffrées</em> dans une composition +<p>Nous rencontrons deux ou trois pages <em>chiffrées</em> dans une composition spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les plus -féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la -<cite>Physiologie du mariage</cite>, par M. de Balzac; cherchez dans la Méditation -XXV le <span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> paragraphe intitulé: <i>des Religions et de la Confession -considérées dans leur rapport avec le mariage</i>, vous y lirez ce qui +féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la +<cite>Physiologie du mariage</cite>, par M. de Balzac; cherchez dans la Méditation +XXV le <span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> paragraphe intitulé: <i>des Religions et de la Confession +considérées dans leur rapport avec le mariage</i>, vous y lirez ce qui suit:</p> -<p>«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que -la dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.»</p> +<p>«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que +la dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.»</p> -<p>«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet:</p> +<p>«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet:</p> -<p>«Lsuotru e-ne<i>d</i>tnim dbreaus jive<i>c</i> udnt let<i>t</i> em<i>r</i>nu eaCmetss esosi +<p>«Lsuotru e-ne<i>d</i>tnim dbreaus jive<i>c</i> udnt let<i>t</i> em<i>r</i>nu eaCmetss esosi ost pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeus<i>g</i> -ienqseuedro<i>t</i>e<i>a</i>pt...»</p> +ienqseuedro<i>t</i>e<i>a</i>pt...»</p> -<p>Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue citation, -et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à trouver la -clef du système cryptographique inventé par le joyeux physiologiste. +<p>Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue citation, +et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à trouver la +clef du système cryptographique inventé par le joyeux physiologiste. Quelques-uns des nombreux lecteurs de la <cite>Physiologie du mariage</cite> ont -sans doute été plus intrépides et plus heureux que nous.</p> +sans doute été plus intrépides et plus heureux que nous.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre +<p><span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre de celles que nous signalons ici.</p> -<p>Les <cite>Œuvres poétiques</cite> du sieur de La Charnais, gentilhomme -nivernois, renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages, donne -la clef. Cette table est gravée à l'envers, en sorte que, pour la lire, -il faut avoir recours à un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu le soin de -donner dans sa préface cette explication à ses lecteurs. C'est une -singularité dont il serait sans doute difficile de trouver d'autres +<p>Les <cite>Œuvres poétiques</cite> du sieur de La Charnais, gentilhomme +nivernois, renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages, donne +la clef. Cette table est gravée à l'envers, en sorte que, pour la lire, +il faut avoir recours à un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu le soin de +donner dans sa préface cette explication à ses lecteurs. C'est une +singularité dont il serait sans doute difficile de trouver d'autres exemples.</p> -<p>Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et -d'originalité<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="smaller">[7]</span></a>, a, dans un de ses récits, le <cite>Scarabée <span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> d'or</cite> -(<cite>the Gold-Bug</cite>), raconté comment un homme, doué d'une intelligence -pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor -considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la Louisiane, -trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres sur un vieux -morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux habitués à voir -juste et loin. Voici quelle était la première ligne de cet écrit:</p> +<p>Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et +d'originalité<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="smaller">[7]</span></a>, a, dans un de ses récits, le <cite>Scarabée <span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> d'or</cite> +(<cite>the Gold-Bug</cite>), raconté comment un homme, doué d'une intelligence +pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor +considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la Louisiane, +trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres sur un vieux +morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux habitués à voir +juste et loin. Voici quelle était la première ligne de cet écrit:</p> <p class="center"> 53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 +<br> - 8 § 60 Ɔ 85; 1 + (;1. + * 8)</p> + 8 § 60 Ɔ 85; 1 + (;1. + * 8)</p> -<p>En examinant quels étaient les signes <span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> qui revenaient le plus -souvent et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant -que le caractère 8 se présentait 33 fois,</p> +<p>En examinant quels étaient les signes <span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> qui revenaient le plus +souvent et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant +que le caractère 8 se présentait 33 fois,</p> <table border="0" style="width: 25%;" cellpadding="2" summary="Signes."> <tr> @@ -6525,140 +6486,140 @@ que le caractère 8 se présentait 33 fois,</p> <p class="noindent">en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des -juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut -pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages de -M. Poë comment s'accomplit ce tour de force.</p> +juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut +pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages de +M. Poë comment s'accomplit ce tour de force.</p> <h2><span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span> CHAPITRE VI.<br> -<span class="smaller">DES LIVRES À CLEF.</span></h2> +<span class="smaller">DES LIVRES À CLEF.</span></h2> <p>Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre -artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu -sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait +artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu +sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait sous ses yeux.</p> -<p>Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la -religion et la décence, forment presque toujours la catégorie <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> -où rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns.</p> +<p>Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la +religion et la décence, forment presque toujours la catégorie <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> +où rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns.</p> -<p>Les <cite>Princesses malabares</cite>: ce livre irréligieux, attribué à -Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse indication -d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici une partie:</p> +<p>Les <cite>Princesses malabares</cite>: ce livre irréligieux, attribué à +Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse indication +d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici une partie:</p> <p><em>Mison</em> (Simon), saint Pierre; <em>Tuotalic</em>, catholique; <em>Rasoni</em>, raison; -<em>Roligine</em>, Religion; <em>Ema</em>, âme; <em>Chéterine</em>, chrétienne; <em>Gélise</em>, -église; <em>Vaddi</em>, David, etc. On voit que l'auteur a eu recours au plus -vulgaire et au plus facile de tous les moyens de déguisement, à -l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque les éléments du -mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de les chercher. À -côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons:</p> +<em>Roligine</em>, Religion; <em>Ema</em>, âme; <em>Chéterine</em>, chrétienne; <em>Gélise</em>, +église; <em>Vaddi</em>, David, etc. On voit que l'auteur a eu recours au plus +vulgaire et au plus facile de tous les moyens de déguisement, à +l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque les éléments du +mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de les chercher. À +côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons:</p> <p>Les <cite>Aventures de Pomponius</cite> (par Labadie), <em>Rome</em> (Hollande), 1725. Ce -récit <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans) -et ses favoris, présente aussi des noms cachés sous le voile de -l'anagramme: <em>Relosan</em>, Orléans; <em>Lauges</em>, Gaules; <em>Cilopang</em>, Polignac; -<em>Judosb</em>, Dubois; <em>Nedoc</em>, Condé; <em>Xeamu</em>, Meaux.</p> +récit <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans) +et ses favoris, présente aussi des noms cachés sous le voile de +l'anagramme: <em>Relosan</em>, Orléans; <em>Lauges</em>, Gaules; <em>Cilopang</em>, Polignac; +<em>Judosb</em>, Dubois; <em>Nedoc</em>, Condé; <em>Xeamu</em>, Meaux.</p> -<p>Dans les <i>Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de -la vertueuse princesse Oribelle</i>, par Rétif de la Bretonne, tous les +<p>Dans les <i>Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de +la vertueuse princesse Oribelle</i>, par Rétif de la Bretonne, tous les noms sont travestis: Rousseau devient <em>Assuero</em>, et Voltaire <em>Iratlove</em>.</p> -<p>N'oublions pas les <cite>Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone</cite> -(par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit -nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis XV; -M. Nodier l'a reproduite dans ses <i>Mélanges extraits d'une petite -bibliothèque</i>, où il a également placé la clef d'une <em>nouvelle</em> de -Brémond qui met en scène, sous des noms déguisés, le roi <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> -d'Angleterre Charles II et ses favorites: <i>Hattigé, ou les Amours du roi +<p>N'oublions pas les <cite>Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone</cite> +(par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit +nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis XV; +M. Nodier l'a reproduite dans ses <i>Mélanges extraits d'une petite +bibliothèque</i>, où il a également placé la clef d'une <em>nouvelle</em> de +Brémond qui met en scène, sous des noms déguisés, le roi <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> +d'Angleterre Charles II et ses favorites: <i>Hattigé, ou les Amours du roi de Tamaran</i>, Cologne, 1676.</p> -<p>Les <cite>Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans</cite>, présentent un mystère -qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme d'elle-même: -Louis XV, roi des Français.</p> +<p>Les <cite>Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans</cite>, présentent un mystère +qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme d'elle-même: +Louis XV, roi des Français.</p> <p>Indiquons encore:</p> -<p>Les <cite>Visites</cite>, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8.</p> +<p>Les <cite>Visites</cite>, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8.</p> -<p><cite>Voyage du Vallon tranquille</cite> (par Charpentier), réimprimé en 1796 avec -des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry.</p> +<p><cite>Voyage du Vallon tranquille</cite> (par Charpentier), réimprimé en 1796 avec +des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry.</p> <p><cite>Histoire de la princesse de Paphlagonie</cite>, par mademoiselle de Montpensier.</p> -<p><cite>Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique</cite>, avec la +<p><cite>Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique</cite>, avec la clef, par Chevrier, La Haye, 1767.</p> -<p><cite>Galerie des États généraux</cite> (par Mirabeau, de Luchet, etc.).</p> +<p><cite>Galerie des États généraux</cite> (par Mirabeau, de Luchet, etc.).</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et -nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le <cite>Cymbalum mundi</cite>, +<p><span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et +nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le <cite>Cymbalum mundi</cite>, de Bonaventure Des Periers.</p> -<p>M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de «production +<p>M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de «production bizarre et hardie, petit chef-d'œuvre d'esprit et de raillerie, -modèle presque inimitable de style dans le genre familier et badin, et -l'un des plus précieux monuments de la charmante littérature du seizième -siècle.»</p> +modèle presque inimitable de style dans le genre familier et badin, et +l'un des plus précieux monuments de la charmante littérature du seizième +siècle.»</p> -<p>Le <cite>Grand Dictionnaire historique des Précieuses</cite>, par Somaize, 1661, -n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe.</p> +<p>Le <cite>Grand Dictionnaire historique des Précieuses</cite>, par Somaize, 1661, +n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe.</p> <p>Vogt, dans son <cite>Catalogus librorum rariorum</cite>, mentionne un recueil de -poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu. -Les noms y sont anagrammatisés; <em>Madaavemania</em> est l'âme (<em>anima</em>) -d'Adam et d'Ève qui délivre Sirchtus <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> (<em>Christus</em>); <em>Rifeluc</em> -est Lucifer; <em>Moscos</em> désigne <em>Cosmos</em>, le Monde, etc.</p> +poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu. +Les noms y sont anagrammatisés; <em>Madaavemania</em> est l'âme (<em>anima</em>) +d'Adam et d'Ève qui délivre Sirchtus <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> (<em>Christus</em>); <em>Rifeluc</em> +est Lucifer; <em>Moscos</em> désigne <em>Cosmos</em>, le Monde, etc.</p> <p>Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi -laisserons-nous de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy, -intitulé les <cite>Mille et une Faveurs</cite>, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette -longue narration, les noms des personnages sont déguisés sous le voile -de l'anagramme, se présentant sous un aspect fort bizarre, tels que +laisserons-nous de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy, +intitulé les <cite>Mille et une Faveurs</cite>, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette +longue narration, les noms des personnages sont déguisés sous le voile +de l'anagramme, se présentant sous un aspect fort bizarre, tels que Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic, Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso, Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa, Tanitbadan, Veoldafitular; en les -décomposant on y trouve des mots très-propres à inspirer le plus juste +décomposant on y trouve des mots très-propres à inspirer le plus juste effroi au chaste lecteur.</p> <h2><span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> CHAPITRE VII.<br> -<span class="smaller">DU DÉCHIFFREMENT.</span></h2> +<span class="smaller">DU DÉCHIFFREMENT.</span></h2> -<p>Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture d'une -dépêche chiffrée qui a été interceptée.</p> +<p>Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture d'une +dépêche chiffrée qui a été interceptée.</p> -<p>Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore -dans quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour -l'écrire, il a été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a fait +<p>Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore +dans quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour +l'écrire, il a été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a fait emploi de plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont nombreuses -et réparties avec intelligence; lorsque les <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span> mêmes syllabes, -les mêmes mots, les mêmes noms, se trouvent exprimés par des signes -différents; lorsque les mots sont écrits à la suite les uns des autres -sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés, non comme ils devaient -l'être selon les règles grammaticales, mais d'une façon arbitraire qui -déroute l'observateur.</p> - -<p>Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la -Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne -connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à vouloir -inventer des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les combinaisons -cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il échouera dans toutes -ses tentatives, quand il se verra en présence d'un chiffre difficile.</p> - -<p>La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères qui -composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de fois. +et réparties avec intelligence; lorsque les <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span> mêmes syllabes, +les mêmes mots, les mêmes noms, se trouvent exprimés par des signes +différents; lorsque les mots sont écrits à la suite les uns des autres +sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés, non comme ils devaient +l'être selon les règles grammaticales, mais d'une façon arbitraire qui +déroute l'observateur.</p> + +<p>Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la +Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne +connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à vouloir +inventer des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les combinaisons +cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il échouera dans toutes +ses tentatives, quand il se verra en présence d'un chiffre difficile.</p> + +<p>La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères qui +composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de fois. Ceci fait, on examine leurs <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span> combinaisons; on tourne, on -retourne, on dispose de toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des -conjectures se présentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel ou -tel caractère à telle ou telle lettre.</p> +retourne, on dispose de toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des +conjectures se présentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel ou +tel caractère à telle ou telle lettre.</p> -<p>Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se trouvent -plus d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court, si une même -lettre est désignée par des caractères différents, les difficultés -deviennent de plus en plus sérieuses:</p> +<p>Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se trouvent +plus d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court, si une même +lettre est désignée par des caractères différents, les difficultés +deviennent de plus en plus sérieuses:</p> -<p>Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à S'Gravesand, -un exemple relatif à un chiffre écrit en latin.</p> +<p>Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à S'Gravesand, +un exemple relatif à un chiffre écrit en latin.</p> <p class="noindent margin10"> <span class="add1em">A</span> @@ -6682,7 +6643,7 @@ f<span class="over">mfpimfhi</span>abc <span class="over">qilcb</span> eiea<span pi<span class="over">gbgrb</span>kdg<span class="over">hik</span>f: smkhitefm.</p> <p><span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de -ponctuation ne font pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin +ponctuation ne font pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin de faciliter l'explication: Ce chiffre donne:</p> <table style="width: 30%;" border="0" cellpadding="2" summary="Chiffre."> @@ -6747,87 +6708,87 @@ de faciliter l'explication: Ce chiffre donne:</p> </tr> </table> -<p>Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une fois.</p> +<p>Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une fois.</p> <p>Je vois d'abord que <em>h i k f</em> se trouvent en deux endroits (B, M); que <em>i k f</em> se trouvent en un seul (F); enfin, que <em>h e k f</em> (C) et <i>h i k f</i> (B, M) ont du rapport entre eux.</p> -<p>D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de mots, +<p>D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de mots, ce qu'on indique par les deux points:</p> -<p>Dans le latin, il est ordinaire de trouver <span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> des mots où des -quatre dernières lettres les seules antépénultièmes diffèrent; +<p>Dans le latin, il est ordinaire de trouver <span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> des mots où des +quatre dernières lettres les seules antépénultièmes diffèrent; lesquelles, en ce cas, sont habituellement des voyelles, comme dans <em>amant</em>, <em>legunt</em>, <em>docent</em>, etc.; donc <em>i</em>, <em>e</em> sont probablement des voyelles.</p> <p>Puisque <em>f m f</em> (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut raisonnablement conjecturer que <em>m</em> ou <em>f</em> est voyelle, car un mot n'a -jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est +jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est probable que c'est <em>f</em> puisque <em>f</em> se trouve quatorze fois et <em>m</em> seulement cinq; donc <em>m</em> est consonne.</p> -<p>De là allant à K ou <em>g b f b c b g</em>, on voit que, puisque <em>f</em> est -voyelle, <em>b</em> sera consonne dans le <em>b f b</em>, par les mêmes raisons que -ci-dessus; donc <em>c</em> sera voyelle, à cause de <em>b c h</em>.</p> +<p>De là allant à K ou <em>g b f b c b g</em>, on voit que, puisque <em>f</em> est +voyelle, <em>b</em> sera consonne dans le <em>b f b</em>, par les mêmes raisons que +ci-dessus; donc <em>c</em> sera voyelle, à cause de <em>b c h</em>.</p> <p>Dans L ou <em>g b g r b</em>, <em>b</em> est consonne; <em>r</em> sera consonne, parce qu'il -n'y a qu'un <em>r</em> dans tout l'écrit; donc <em>g</em> est voyelle.</p> +n'y a qu'un <em>r</em> dans tout l'écrit; donc <em>g</em> est voyelle.</p> <p><span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> Dans D ou <em>f c g f g</em>, il y aurait donc un mot ou une partie de mots en cinq voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de -mot latin qui présente cette particularité; on se tromperait donc en +mot latin qui présente cette particularité; on se tromperait donc en prenant <em>f c g</em>, pour voyelles; donc ce n'est pas <em>f</em>, mais <em>m</em> qui est voyelle, et <em>f</em> consonne; donc <em>b</em> est voyelle (voyez K). Dans cet -endroit K, on a la voyelle <em>b</em> trois fois, séparée seulement par une -lettre; or on trouve dans le latin des mots où pareille circonstance se +endroit K, on a la voyelle <em>b</em> trois fois, séparée seulement par une +lettre; or on trouve dans le latin des mots où pareille circonstance se rencontre, tels que <em>edere</em>, <em>legere</em>, <em>munere</em>, <em>si tibi</em>, etc., et -comme c'est la voyelle <em>e</em> qui est le plus fréquemment dans ce cas, il -faut en conclure que <em>b</em> correspond probablement à l'<em>e</em>, et <em>i</em> à <em>r</em>.</p> +comme c'est la voyelle <em>e</em> qui est le plus fréquemment dans ce cas, il +faut en conclure que <em>b</em> correspond probablement à l'<em>e</em>, et <em>i</em> à <em>r</em>.</p> -<p>En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase -chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le chiffre -que nous avons reproduit, doit se traduire de la manière suivante:</p> +<p>En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase +chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le chiffre +que nous avons reproduit, doit se traduire de la manière suivante:</p> <p><i>Perdita sunt bona; Mindarus interiit: <span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> urbs strata humi est. -Esuriunt tot quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito.</i></p> +Esuriunt tot quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito.</i></p> -<p>Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les -premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils -laissent sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette découverte -conduit à celle des consonnes. La connaissance exacte des principes -généraux qui régissent l'orthographe des diverses langues est le fil -qu'il faut suivre dans ces opérations minutieuses.</p> +<p>Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les +premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils +laissent sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette découverte +conduit à celle des consonnes. La connaissance exacte des principes +généraux qui régissent l'orthographe des diverses langues est le fil +qu'il faut suivre dans ces opérations minutieuses.</p> -<p>Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer le -déchiffrement d'un écrit en langue française.</p> +<p>Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer le +déchiffrement d'un écrit en langue française.</p> -<p>Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots, désigne +<p>Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots, désigne la voyelle <em>e</em>.</p> -<p>Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois, -comme dans <em>désirée</em>, <em>fusée</em>, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le <span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span> -même signe placé deux fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité -que ce signe représente l'<em>e</em>. La voyelle <em>e</em>, dans un mot de deux -lettres, est toujours précédée des consonnes <em>c d j l m n s t</em> ou suivie +<p>Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois, +comme dans <em>désirée</em>, <em>fusée</em>, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le <span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span> +même signe placé deux fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité +que ce signe représente l'<em>e</em>. La voyelle <em>e</em>, dans un mot de deux +lettres, est toujours précédée des consonnes <em>c d j l m n s t</em> ou suivie de celles <em>n t</em>.</p> -<p>Indépendamment de l'interjection <em>o</em>, qui n'est guère employée dans une -dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui, seules, +<p>Indépendamment de l'interjection <em>o</em>, qui n'est guère employée dans une +dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui, seules, forment un mot complet. Ces lettres sont <em>a</em> et <em>y</em>. Si l'on trouve un -signe isolé dans le texte chiffré, il est à croire qu'il correspond à +signe isolé dans le texte chiffré, il est à croire qu'il correspond à une de ces deux lettres.</p> -<p>Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle <em>a</em>, elle -précède d'ordinaire les lettres <em>h</em>, <em>i</em>, <em>u</em>, comme dans <em>ah ai au</em>, ou -bien elle est après les lettres <em>l</em>, <em>m</em>, <em>n</em>, <em>s</em>, <em>t</em>, comme dans +<p>Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle <em>a</em>, elle +précède d'ordinaire les lettres <em>h</em>, <em>i</em>, <em>u</em>, comme dans <em>ah ai au</em>, ou +bien elle est après les lettres <em>l</em>, <em>m</em>, <em>n</em>, <em>s</em>, <em>t</em>, comme dans <em>la</em>, <em>ma</em>, <em>sa</em>, <em>ta</em>.</p> -<p>Des diphthongues, <em>ai</em>, <em>au</em>, <em>eu</em>, <em>oi</em>, <em>ou</em>, la dernière est celle +<p>Des diphthongues, <em>ai</em>, <em>au</em>, <em>eu</em>, <em>oi</em>, <em>ou</em>, la dernière est celle qui revient le plus souvent, surtout dans les mots de quatre syllabes.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> Lorsque la lettre <em>e</em> est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se +<p><span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> Lorsque la lettre <em>e</em> est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se termine d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, <em>r</em> ou <em>s</em>.</p> <p>Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est habituellement @@ -6836,379 +6797,379 @@ d'un <em>e</em>.</p> <p>Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes <em>b</em>, <em>f</em>, <em>g</em>, <em>h</em>, <em>p</em>, <em>q</em>.</p> -<p>Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de peine -au déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois comme dans -<em>été</em>, <em>ici</em>, <em>non</em>, <em>ses</em>.</p> +<p>Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de peine +au déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois comme dans +<em>été</em>, <em>ici</em>, <em>non</em>, <em>ses</em>.</p> -<p>Supposons que vous avez découvert le monosyllabe <em>le</em> et que vous ayez -un autre mot de trois lettres dont les premières sont <em>l</em> et <em>e</em>, vous -jugerez que la troisième est un <em>s</em>, attendu qu'elle est la seule qui, -dans un mot de trois lettres, puisse aller après le monosyllabe <em>le</em> et -former le mot <em>les</em>. Dès que vous serez parvenu à connaître ce mot +<p>Supposons que vous avez découvert le monosyllabe <em>le</em> et que vous ayez +un autre mot de trois lettres dont les premières sont <em>l</em> et <em>e</em>, vous +jugerez que la troisième est un <em>s</em>, attendu qu'elle est la seule qui, +dans un mot de trois lettres, puisse aller après le monosyllabe <em>le</em> et +former le mot <em>les</em>. Dès que vous serez parvenu à connaître ce mot <em>les</em>, si vous trouvez un mot dont les deux premiers signes soient un -<span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> <em>e</em> et un <em>s</em>, vous en conclurez que le troisième, qui vous est -encore inconnu, doit être la lettre <em>t</em>, et que ces trois signes +<span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> <em>e</em> et un <em>s</em>, vous en conclurez que le troisième, qui vous est +encore inconnu, doit être la lettre <em>t</em>, et que ces trois signes expriment le mot: <em>est</em>.</p> -<p>Ayant découvert la lettre <em>s</em>, vous examinerez si elle ne se trouve pas -précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la lettre -<em>e</em>, que vous connaissez déjà. Alors ce sera nécessairement un <em>a</em> ou un +<p>Ayant découvert la lettre <em>s</em>, vous examinerez si elle ne se trouve pas +précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la lettre +<em>e</em>, que vous connaissez déjà . Alors ce sera nécessairement un <em>a</em> ou un <em>i</em>. Pour vous en assurer, voyez si, dans d'autres endroits, ce dernier -signe ne précède pas, dans un autre mot de deux lettres, la lettre <em>l</em>; +signe ne précède pas, dans un autre mot de deux lettres, la lettre <em>l</em>; en ce cas, vous serez certain que c'est un <em>i</em>. Si, au contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe suit la lettre <em>l</em>, vous en -conclurez qu'il désigne l'<em>a</em>.</p> +conclurez qu'il désigne l'<em>a</em>.</p> -<p>Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou +<p>Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou lettres, savoir les trois voyelles <em>a e i</em>, et les trois consonnes <i>l s -t</i>, elles vous conduiront à découvrir des mots composés d'un plus grand -<span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot <em>lettre</em>, où -tout se trouvera connu, excepté la lettre <em>r</em>, lettre que dès ce moment -vous pourrez ajouter à celles que vous connaissez déjà. Le mot <em>cette</em>, -où tout sera connu excepté la lettre <em>c</em>, le mot <em>ville</em> où la lettre -<em>v</em> seule était encore un mystère, se révéleront d'une façon analogue.</p> - -<p>Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous +t</i>, elles vous conduiront à découvrir des mots composés d'un plus grand +<span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot <em>lettre</em>, où +tout se trouvera connu, excepté la lettre <em>r</em>, lettre que dès ce moment +vous pourrez ajouter à celles que vous connaissez déjà . Le mot <em>cette</em>, +où tout sera connu excepté la lettre <em>c</em>, le mot <em>ville</em> où la lettre +<em>v</em> seule était encore un mystère, se révéleront d'une façon analogue.</p> + +<p>Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont les -lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà connues pour -en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par ce procédé, -une clef qui servira à déchiffrer aisément toute la dépêche.</p> +lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà connues pour +en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par ce procédé, +une clef qui servira à déchiffrer aisément toute la dépêche.</p> -<p>Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit d'avoir -en vue pour divers idiomes européens.</p> +<p>Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit d'avoir +en vue pour divers idiomes européens.</p> <p>En anglais, l'<em>e</em> est la voyelle qui revient <span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> le plus -fréquemment; elle est assez souvent suivie d'un <em>a</em> comme dans <em>earl</em> -(comte), <em>great</em>, <em>reason</em>. L'<em>o</em> est commun dans les mots formés de -deux lettres; il est maintes fois accompagné du <em>w</em>, comme dans <em>grow</em>, -<em>know</em>, <em>narrowly</em>. L'<em>y</em> se rencontre souvent à la fin des mots et -presque jamais au milieu. L'article indéclinable <em>the</em> (le, la, les) -reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve à la fin des +fréquemment; elle est assez souvent suivie d'un <em>a</em> comme dans <em>earl</em> +(comte), <em>great</em>, <em>reason</em>. L'<em>o</em> est commun dans les mots formés de +deux lettres; il est maintes fois accompagné du <em>w</em>, comme dans <em>grow</em>, +<em>know</em>, <em>narrowly</em>. L'<em>y</em> se rencontre souvent à la fin des mots et +presque jamais au milieu. L'article indéclinable <em>the</em> (le, la, les) +reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve à la fin des mots, sont <em>ll</em> et <em>ss</em>.</p> <p>En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre voyelles, <em>a</em>, <em>e</em>, <em>i</em>, <em>o</em>; l'<em>u</em> est rare en pareil cas. <em>Che</em> est le -plus fréquent des mots composés de trois lettres, et aucun d'eux, si ce +plus fréquent des mots composés de trois lettres, et aucun d'eux, si ce n'est <em>gli</em>, n'offre un <em>l</em> pour lettre du milieu.</p> -<p>La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que +<p>La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que <em>arrepentimiento</em>, <em>verdaderamente</em>. La voyelle <em>o</em> est celle qui est -la plus fréquente; à la fin <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span> des mots, elle est souvent -accompagnée de l'<em>s</em>, comme dans <em>nosotros</em>, <em>votos</em>. Au milieu des -mots, <em>u</em> est fréquemment suivi d'un <em>e</em>; <em>vuestro</em>, <em>ruego</em>.</p> +la plus fréquente; à la fin <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span> des mots, elle est souvent +accompagnée de l'<em>s</em>, comme dans <em>nosotros</em>, <em>votos</em>. Au milieu des +mots, <em>u</em> est fréquemment suivi d'un <em>e</em>; <em>vuestro</em>, <em>ruego</em>.</p> -<p>Passons à l'allemand. L'<em>e</em> est la voyelle la plus usitée; elle se -présente fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils +<p>Passons à l'allemand. L'<em>e</em> est la voyelle la plus usitée; elle se +présente fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils finissent en <em>er</em>, <em>es</em>, <em>en</em> ou <em>et</em>. L'<em>n</em> est la consonne qui revient -le plus souvent; l'<em>a</em> n'est jamais à la fin d'un mot composé de trois -lettres; la consonne <em>c</em> est toujours liée au <em>h</em> ou au <em>k</em>. Il n'y a -qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation <em>o!</em> On ne +le plus souvent; l'<em>a</em> n'est jamais à la fin d'un mot composé de trois +lettres; la consonne <em>c</em> est toujours liée au <em>h</em> ou au <em>k</em>. Il n'y a +qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation <em>o!</em> On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en <em>enn</em>, <em>wenn</em> et <em>denn</em>. Presque tous les mots de quatre lettres commencent par une consonne qu'accompagne une voyelle, exemples: <em>bald</em>, <em>dein</em>, <em>doch</em>, <em>etwn</em>, <em>Hand</em>.</p> <p>C. A. Kortum, dans ses <cite>Principes</cite> (en allemand) <i>de la science du -déchiffrement <span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> des écrits chiffrés en langue allemande</i>, donne à -ce sujet de très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici, -et il soumet aux règles qu'il expose deux dépêches chiffrées.</p> +déchiffrement <span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> des écrits chiffrés en langue allemande</i>, donne à +ce sujet de très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici, +et il soumet aux règles qu'il expose deux dépêches chiffrées.</p> -<p>La première ne présente que des lettres:</p> +<p>La première ne présente que des lettres:</p> <p class="poem10"> Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu<br> Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu....</p> -<p>La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de chiffres -et les mots ne sont pas séparés:</p> +<p>La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de chiffres +et les mots ne sont pas séparés:</p> <p class="quote">64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13......</p> -<p>En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à -découvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont -connues, elles sont d'un secours pour arriver à connaître les autres.</p> +<p>En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à +découvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont +connues, elles sont d'un secours pour arriver à connaître les autres.</p> -<p>Les règles pour le déchiffrement, telles <span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> qu'elles ont été -exposées par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins +<p>Les règles pour le déchiffrement, telles <span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> qu'elles ont été +exposées par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins d'abondance de certaines lettres dans les mots, et sur leur -rapprochement. Afin de dérouter les conjectures, il faut, lorsqu'on -chiffre des dépêches, écrire les mots sans aucune séparation, entremêler -des mots pris dans une langue avec d'autres mots empruntés à un idiome -différent et ne point se conformer scrupuleusement aux règles de +rapprochement. Afin de dérouter les conjectures, il faut, lorsqu'on +chiffre des dépêches, écrire les mots sans aucune séparation, entremêler +des mots pris dans une langue avec d'autres mots empruntés à un idiome +différent et ne point se conformer scrupuleusement aux règles de l'orthographe.</p> -<p>En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois d'avoir -soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur leur -signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont la -non-valeur est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre tous +<p>En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois d'avoir +soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur leur +signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont la +non-valeur est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre tous ses efforts infructueux.</p> -<p>C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être bornées -à l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés <span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> dans +<p>C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être bornées +à l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés <span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> dans l'ordre habituel et orthographique des mots, que des personnes qui -croyaient avoir parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées -de voir que leur secret n'en était pas un.</p> +croyaient avoir parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées +de voir que leur secret n'en était pas un.</p> <p>Voici un fait de ce genre.</p> -<p>M. Decremps, auteur de la <cite>Magie blanche dévoilée</cite>, se vantait de -parvenir promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin de -l'éprouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes qu'il -avait écrites en caractères dont il avait fait choix. M. Decremps, en -étudiant le retour plus ou moins fréquent de ces caractères, en -cherchant de quelle façon ils se montraient groupés entre eux, reconnut -qu'ils représentaient les diverses lettres de l'alphabet; il trouva -successivement qu'un oiseau exprimait la lettre <em>a</em>; que l'<em>e</em> était -rendu par une tête vue de profil, et l'<em>i</em> par la figure d'un verre à -patte. Muni de cette clef, il découvrit <span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> bien vite qu'on lui -avait adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une des odes -d'Anacréon, et il causa à son ami l'étonnement le plus vif, en prouvant -que ce que ce dernier avait cru parfaitement caché était dévoilé.</p> +<p>M. Decremps, auteur de la <cite>Magie blanche dévoilée</cite>, se vantait de +parvenir promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin de +l'éprouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes qu'il +avait écrites en caractères dont il avait fait choix. M. Decremps, en +étudiant le retour plus ou moins fréquent de ces caractères, en +cherchant de quelle façon ils se montraient groupés entre eux, reconnut +qu'ils représentaient les diverses lettres de l'alphabet; il trouva +successivement qu'un oiseau exprimait la lettre <em>a</em>; que l'<em>e</em> était +rendu par une tête vue de profil, et l'<em>i</em> par la figure d'un verre à +patte. Muni de cette clef, il découvrit <span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> bien vite qu'on lui +avait adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une des odes +d'Anacréon, et il causa à son ami l'étonnement le plus vif, en prouvant +que ce que ce dernier avait cru parfaitement caché était dévoilé.</p> <h2><span class="pagenum"><a id="page225" name="page225"></a>(p. 225)</span> CHAPITRE VIII.<br> -<span class="smaller">DES ÉCRITURES OCCULTES.</span></h2> +<span class="smaller">DES ÉCRITURES OCCULTES.</span></h2> <p>On donne le nom d'<em>encre de sympathie</em> aux substances dont on fait usage, qui ne laissent point de traces sur le papier et qui apparaissent -derechef, lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers procédés.</p> +derechef, lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers procédés.</p> -<p>Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire attention -à ce que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse donner lieu -à quelque soupçon. <span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> Le papier doit conserver sa couleur et son -éclat habituels. Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent être -conçues de manière que le lecteur, sous les yeux de qui elles +<p>Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire attention +à ce que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse donner lieu +à quelque soupçon. <span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> Le papier doit conserver sa couleur et son +éclat habituels. Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent être +conçues de manière que le lecteur, sous les yeux de qui elles tomberaient, n'ait aucune raison de croire qu'elles n'expriment pas -réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles n'appartiennent pas à une -correspondance sérieuse. On tracera sur les marges, entre les lignes ou -sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on veut communiquer en +réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles n'appartiennent pas à une +correspondance sérieuse. On tracera sur les marges, entre les lignes ou +sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on veut communiquer en secret.</p> -<p>Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent -invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les rendre -au jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils puissent -être lus nettement et sans difficulté.</p> +<p>Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent +invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les rendre +au jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils puissent +être lus nettement et sans difficulté.</p> -<p>On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit -dans le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a -des passages tracés en encre de <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> sympathie. Nous n'avons pas -besoin d'ajouter que ce signe doit être mis de manière à échapper -aisément aux regards des curieux et à n'offrir aucune importance +<p>On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit +dans le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a +des passages tracés en encre de <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> sympathie. Nous n'avons pas +besoin d'ajouter que ce signe doit être mis de manière à échapper +aisément aux regards des curieux et à n'offrir aucune importance apparente.</p> -<p>Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux quelque +<p>Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux quelque poudre.</p> -<p>On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec -tous les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou -bien avec de la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses.</p> +<p>On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec +tous les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou +bien avec de la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses.</p> -<p>On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte la -feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée; du -charbon pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse, peuvent -servir à cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont été tracées +<p>On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte la +feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée; du +charbon pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse, peuvent +servir à cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont été tracées et elle la fait revivre.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au +<p><span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand jour.</p> -<p>L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui -apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de -l'air. On obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans de -l'acide nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide deviennent -verdâtres, lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de manière à recevoir -les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir rougeâtre.</p> +<p>L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui +apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de +l'air. On obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans de +l'acide nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide deviennent +verdâtres, lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de manière à recevoir +les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir rougeâtre.</p> <p>On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le -papier est fortement échauffé.</p> +papier est fortement échauffé.</p> -<p>Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre;</p> +<p>Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre;</p> -<p>Avec du jus de cerise, verdâtre;</p> +<p>Avec du jus de cerise, verdâtre;</p> -<p>Avec du jus d'oignon, noirâtre;</p> +<p>Avec du jus d'oignon, noirâtre;</p> <p>Avec du jus de citron, brun;</p> -<p>Le vinaigre donne une couleur rouge pâle;</p> +<p>Le vinaigre donne une couleur rouge pâle;</p> <p><span class="pagenum"><a id="page229" name="page229"></a>(p. 229)</span> Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique -affaibli dans une certaine quantité d'eau.</p> - -<p>Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés -avec plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie de -différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former des -caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier auquel -on les a confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé dans -l'eau. Écrivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le papier -dont vous vous êtes servi et présentez-le au jour: vous distinguerez -très-bien ce qui était invisiblement écrit; les caractères seront +affaibli dans une certaine quantité d'eau.</p> + +<p>Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés +avec plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie de +différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former des +caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier auquel +on les a confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé dans +l'eau. Écrivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le papier +dont vous vous êtes servi et présentez-le au jour: vous distinguerez +très-bien ce qui était invisiblement écrit; les caractères seront beaucoup plus obscurs que le reste du papier, et il leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber.</p> -<p>En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de trois -portions d'eau, on obtient des caractères qui ne <span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> paraissent -pas, lorsque le papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche, ils -disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et même une -troisième fois.</p> - -<p>Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les -humecte avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de -vitriol ou de couperose donne des caractères qui se montrent à l'œil, -lorsqu'on frotte le papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont -voici la composition: noix de galle concassées et mises dans de l'eau ou -du vin blanc. On obtient le même résultat, en plaçant cette écriture -invisible entre deux papiers légèrement imbibés de cette dernière -dissolution; il faut que le tout soit enfermé et serré dans un livre +<p>En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de trois +portions d'eau, on obtient des caractères qui ne <span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> paraissent +pas, lorsque le papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche, ils +disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et même une +troisième fois.</p> + +<p>Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les +humecte avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de +vitriol ou de couperose donne des caractères qui se montrent à l'œil, +lorsqu'on frotte le papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont +voici la composition: noix de galle concassées et mises dans de l'eau ou +du vin blanc. On obtient le même résultat, en plaçant cette écriture +invisible entre deux papiers légèrement imbibés de cette dernière +dissolution; il faut que le tout soit enfermé et serré dans un livre pendant quelques moments.</p> -<p>Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au -moyen d'autres caractères que l'on trace dessus <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> en se servant -d'une encre formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau. -Quant on passe l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la -place celle qui était invisible.</p> +<p>Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au +moyen d'autres caractères que l'on trace dessus <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> en se servant +d'une encre formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau. +Quant on passe l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la +place celle qui était invisible.</p> -<p>L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture, -qui, une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il +<p>L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture, +qui, une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il suffit d'imbiber le papier de jus de citron ou de verjus, et alors elle -paraîtra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du papier.</p> +paraîtra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du papier.</p> -<p>Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu -éclatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert.</p> +<p>Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu +éclatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert.</p> -<p>Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau -pure, fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant, lorsqu'on -veille à tenir le papier renfermé et à le soustraire à l'influence du -grand air. Ces mêmes caractères, exposés <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> au soleil, -reparaîtront au bout d'une heure ou deux.</p> +<p>Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau +pure, fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant, lorsqu'on +veille à tenir le papier renfermé et à le soustraire à l'influence du +grand air. Ces mêmes caractères, exposés <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> au soleil, +reparaîtront au bout d'une heure ou deux.</p> -<p>Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut -employer des plumes neuves et affectées à cet usage spécial.</p> +<p>Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut +employer des plumes neuves et affectées à cet usage spécial.</p> -<p>Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point -oublié les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement -qu'il faut «escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du -camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du papier, -qu'il faut tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir et +<p>Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point +oublié les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement +qu'il faut «escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du +camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du papier, +qu'il faut tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir et l'escriture demeure blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que le papier roussisse et l'encre s'offusque; le mesme faict le jus d'oignon et l'eau encore toute simple. Si l'on trasse quelque chose sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict ou de l'urine, en jectant de -la cendre <span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> dessus, elle y adhère et monstre ce qui y aura été -desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre lieu +la cendre <span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> dessus, elle y adhère et monstre ce qui y aura été +desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc; frottez le -papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou de couperose: +papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou de couperose: l'escriture apparoistra noire.</p> -<p>«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un œuf, avec -la pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre dedans +<p>«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un œuf, avec +la pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre dedans de petits billets de papier escris des deux costez, de la largeur de l'ouverture, non plus grande que de petit doigt et y en peult assez tenir. Puis, on la replastre avec de la craye ou ceruse, et de la chaulx -vive empastées avec de la glaise. Si qu'il seroit bien malaisé d'y rien +vive empastées avec de la glaise. Si qu'il seroit bien malaisé d'y rien remarquer ne connoistre, quand bien mesme on les aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en leur <span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> substance, sans que rien paroisse dehors.</p> -<p>«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé, -destrempé en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout +<p>«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé, +destrempé en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout deviendra blanc. On brusle d'autre part de la paille de froment qu'on estend en un linge, sur quoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois -qu'elle ait emporté toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de +qu'elle ait emporté toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veut pas -tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui apparoit -manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait tremper des -noix de galle concassées grossièrement, tant que l'eau-de-vie en ait -attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé dedans; l'escriture -apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se descouvrir, noire comme +tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui apparoit +manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait tremper des +noix de galle concassées grossièrement, tant que l'eau-de-vie en ait +attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé dedans; l'escriture +apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se descouvrir, noire comme est la commune. En quoy il y a certain secret qu'il ne m'a pas <span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span> -semblé devoir divulguer, non plus que d'une autre manière d'encre qui -s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois sepmaines, composée de +semblé devoir divulguer, non plus que d'une autre manière d'encre qui +s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois sepmaines, composée de pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de pigeon, noix de galle et autres ingrediens, mesme de l'huille de tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y adjoustant un peu d'encre affoiblie avecques de -l'eau.»</p> +l'eau.»</p> -<p>De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple -d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de -l'eau-forte imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture ne -soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour écrire +<p>De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple +d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de +l'eau-forte imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture ne +soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour écrire sur la peau, une dissolution d'argent ou de cuivre dans de l'eau-forte, -et cette opération peut se faire sur un homme endormi, sans qu'il le +et cette opération peut se faire sur un homme endormi, sans qu'il le sache.</p> -<p>Résumons les autres détails dans lesquels <span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> cet auteur et ses -émules entrent à l'égard du sujet qui nous occupe.</p> +<p>Résumons les autres détails dans lesquels <span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> cet auteur et ses +émules entrent à l'égard du sujet qui nous occupe.</p> -<p>L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en -passant par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac, -avec la chaux ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche.</p> +<p>L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en +passant par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac, +avec la chaux ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche.</p> -<p>Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire, -Porta indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de bouc -sur du marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles; plongez +<p>Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire, +Porta indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de bouc +sur du marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles; plongez le marbre dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ. Imprimez sur un bois tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou autre, des -caractères, à la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce bois à la -presse jusqu'à ce que le creux ait entièrement disparu et qu'on ne voie -plus de traces de lettres; celui à qui vous enverrez ce morceau de bois -lira l'écriture en le plongeant dans l'eau.</p> +caractères, à la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce bois à la +presse jusqu'à ce que le creux ait entièrement disparu et qu'on ne voie +plus de traces de lettres; celui à qui vous enverrez ce morceau de bois +lira l'écriture en le plongeant dans l'eau.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> Enduisez un œuf de cire; écrivez dessus, de manière à -pénétrer jusqu'à la coquille sans l'endommager; tenez l'œuf pendant +<p><span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> Enduisez un œuf de cire; écrivez dessus, de manière à +pénétrer jusqu'à la coquille sans l'endommager; tenez l'œuf pendant une nuit dans une dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, -enlevez la cire, écaillez l'œuf et mettez la coquille entre votre -œil et la lumière, les lettres paraissent plus transparentes et -très-lisibles. La même chose a lieu en écrivant avec du jus de citron, +enlevez la cire, écaillez l'œuf et mettez la coquille entre votre +œil et la lumière, les lettres paraissent plus transparentes et +très-lisibles. La même chose a lieu en écrivant avec du jus de citron, qui amollit la coquille de l'œuf: faites durcir un œuf, enduisez-le de cire, gravez sur la cire des lettres qui laissent la -coquille à découvert; mettez l'œuf dans une liqueur faite avec des -noix de galle et de l'alun broyés ensemble; ensuite passez-le dans de -fort vinaigre: les caractères pénétreront plus avant; ôtez la coquille, +coquille à découvert; mettez l'œuf dans une liqueur faite avec des +noix de galle et de l'alun broyés ensemble; ensuite passez-le dans de +fort vinaigre: les caractères pénétreront plus avant; ôtez la coquille, et vous verrez sur le blanc de l'œuf de belles lettres couleur de safran.</p> -<p>Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de citron, +<p>Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de citron, ou de coing, <span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces -lettres sont sèches, on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes, avec -de l'encre, des choses indifférentes, afin de dérouter tout soupçon. En -approchant la lettre du feu, l'écriture cachée devient lisible. Broyez -du sel ammoniac, mêlez-le dans l'eau, écrivez avec cette liqueur: -l'écriture paraîtra de la même couleur que le papier; approchez-le du -feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec du jus de -cerises, l'écriture paraîtra verte au feu.</p> - -<p>Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de -l'eau seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient -invisible, en séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau pour -faire revivre l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec une eau -de vitriol distillée ne devient visible qu'en plongeant le papier dans +lettres sont sèches, on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes, avec +de l'encre, des choses indifférentes, afin de dérouter tout soupçon. En +approchant la lettre du feu, l'écriture cachée devient lisible. Broyez +du sel ammoniac, mêlez-le dans l'eau, écrivez avec cette liqueur: +l'écriture paraîtra de la même couleur que le papier; approchez-le du +feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec du jus de +cerises, l'écriture paraîtra verte au feu.</p> + +<p>Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de +l'eau seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient +invisible, en séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau pour +faire revivre l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec une eau +de vitriol distillée ne devient visible qu'en plongeant le papier dans une infusion de noix de galle avec du verjus ou du vin, <span class="pagenum"><a id="page239" name="page239"></a>(p. 239)</span> On -broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre mêlé d'eau; on -passe la décoction à la chausse, et on la met à part; on trace ensuite, -sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute autre matière, -avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs, n'ont aucune -apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de litharge, les -caractères paraissent blancs comme du lait.</p> - -<p>Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de -sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il -fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel, +broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre mêlé d'eau; on +passe la décoction à la chausse, et on la met à part; on trace ensuite, +sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute autre matière, +avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs, n'ont aucune +apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de litharge, les +caractères paraissent blancs comme du lait.</p> + +<p>Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de +sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il +fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel, lettre qui renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se -trouvait rien d'écrit. Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette -missive, disant que «la feuille de papier estoyt escripte, mais l'estoyt -par telle subtilité que l'on n'y voyoit point d'escripture.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> «Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt -faicte avec du sel ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans -l'eaue pour sçavoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale. -Puys, la monstra à la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus +trouvait rien d'écrit. Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette +missive, disant que «la feuille de papier estoyt escripte, mais l'estoyt +par telle subtilité que l'on n'y voyoit point d'escripture.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> «Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt +faicte avec du sel ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans +l'eaue pour sçavoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale. +Puys, la monstra à la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus d'oignons blancz.</p> -<p>«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle estoyt +<p>«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle estoyt point escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de laict de -femme alaictant sa fille première née, pour veoir si elle estoyt poinct +femme alaictant sa fille première née, pour veoir si elle estoyt poinct escripte de sang de rabettes. Puys, en frotta un coing de cendres d'ung -nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte de rosée qu'on +nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte de rosée qu'on trouve dans les pommes d'alicacahut. Puys, en frotta ung aultre bout de la sanie des aureilles, pour veoir si elle estoyt escripte du fiel de corbeau. Puys, la trempa en vinaigre, pour veoir si elle <span class="pagenum"><a id="page241" name="page241"></a>(p. 241)</span> @@ -7216,26 +7177,26 @@ estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge de souris chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de baleine, qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans un bassin d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle estoyt escripte -avec alun de plume.»</p> +avec alun de plume.»</p> -<p>Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois +<p>Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois auteurs auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants travaux: -«Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la manière de -lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son traité <cite>peri -grammaton acriton</cite>, et Calphurnius Bassus, <cite>de litteris illegibilibus</cite>.»</p> +«Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la manière de +lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son traité <cite>peri +grammaton acriton</cite>, et Calphurnius Bassus, <cite>de litteris illegibilibus</cite>.»</p> -<p>Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait -inconnus; il faut donc assigner à l'imagination de maître François le -mérite de les avoir créés.</p> +<p>Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait +inconnus; il faut donc assigner à l'imagination de maître François le +mérite de les avoir créés.</p> <h2><span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> BIBLIOGRAPHIE</h2> -<p>Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux -diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons pas -offrir une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne saurait -jamais se flatter d'atteindre, mais nous espérons du moins ne pas avoir -oublié d'écrits d'une importance réelle. Nous avons adopté l'ordre -alphabétique comme étant celui qui facilite le mieux les recherches.</p> +<p>Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux +diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons pas +offrir une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne saurait +jamais se flatter d'atteindre, mais nous espérons du moins ne pas avoir +oublié d'écrits d'une importance réelle. Nous avons adopté l'ordre +alphabétique comme étant celui qui facilite le mieux les recherches.</p> <div class="biblio"> <p><i>Anweisung zum Dechiffriren, oder die Kunst verborgene Schriften @@ -7248,13 +7209,13 @@ lib. VI, c. I. Voir ses <cite>Opera omnia</cite>. Francof., 1665, folio, pag. <p><span class="smcap">Becherus</span> (J. J.). <i>Character pro notitia linguarum universali, invenium steganographicum hactenus inauditum</i>, etc. Francofurti, 1661, in-8.</p> -<p><span class="smcap">Beguelin</span>. <i>Mémoire sur la découverte des lois d'un chiffre de feu le -professeur Hermann, proposé comme absolument indéchiffrable</i>. <i>Voy.</i> -Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Berlin, +<p><span class="smcap">Beguelin</span>. <i>Mémoire sur la découverte des lois d'un chiffre de feu le +professeur Hermann, proposé comme absolument indéchiffrable</i>. <i>Voy.</i> +Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Berlin, tom. XIV (1765) pag. 369-389.</p> <p><span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> <span class="smcap">Belot</span>. <i>L'Œuvre des œuvres ou le plus parfait des -sciences stéganographiques</i>, Paris, 1623, in-8.</p> +sciences stéganographiques</i>, Paris, 1623, in-8.</p> <p><span class="smcap">Bielfeld</span> (J. de), <cite>Institutions politiques</cite> (la Haye, 1760, in-4), tom. II, pag. 191.</p> @@ -7269,99 +7230,99 @@ legendi</i>, Helmst., 1737, in-8, 32 et 160 pag.</p> <p><span class="smcap">Buerga</span> (A.). <cite>Pasilasie oder Grundriss einer allgemeinen Sprache</cite>, Berlin, 1808.</p> -<p><span class="smcap">Carlet</span> (J. R. du). La <i>Cryptographie, contenant la manière d'écrire -secrètement</i>, Tolose, 1644, in-12.</p> +<p><span class="smcap">Carlet</span> (J. R. du). La <i>Cryptographie, contenant la manière d'écrire +secrètement</i>, Tolose, 1644, in-12.</p> -<p><span class="smcap">Colletet</span>. <i>Traittez des langues estrangères, de leurs alphabets et des -chiffres</i>, Paris, Promé, 1660, in-4.—C'est un abrégé imparfait du -<cite>Traité des chiffres</cite> de Vigenère, et il aurait tous les caractères du -plagiat si Colletet lui-même n'avait pas prévenu cette accusation avec +<p><span class="smcap">Colletet</span>. <i>Traittez des langues estrangères, de leurs alphabets et des +chiffres</i>, Paris, Promé, 1660, in-4.—C'est un abrégé imparfait du +<cite>Traité des chiffres</cite> de Vigenère, et il aurait tous les caractères du +plagiat si Colletet lui-même n'avait pas prévenu cette accusation avec une franchise peu commune.</p> <p><span class="smcap">Colorni</span> (Abr.). <cite>Scotografia italica</cite>, Praga, 1593, in-4.</p> -<p><span class="smcap">Comier</span> (d'Ambrun). <i>Traité de la parole, langues et écritures, contenant -la sténographie impénétrable, ou l'Art d'écrire et de parler occultement -de loin et sans soupçon</i>. Bruxelles, 1691, in-12.</p> +<p><span class="smcap">Comier</span> (d'Ambrun). <i>Traité de la parole, langues et écritures, contenant +la sténographie impénétrable, ou l'Art d'écrire et de parler occultement +de loin et sans soupçon</i>. Bruxelles, 1691, in-12.</p> -<p><span class="smcap">Conradi</span> (Dav. Arn.). <i>Cryptographia denudata, sive ars deciferandi quæ +<p><span class="smcap">Conradi</span> (Dav. Arn.). <i>Cryptographia denudata, sive ars deciferandi quæ occulte scripta sunt in quocunque linguarum genere</i>, Lugd. Bat., 1739, in-8, 73 pag.</p> -<p><span class="smcap">Cospi</span>. <cite>L'Interprétation des chiffres, ou Reigle</cite> (sic) <span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> <i>pour +<p><span class="smcap">Cospi</span>. <cite>L'Interprétation des chiffres, ou Reigle</cite> (sic) <span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> <i>pour bien entendre et expliquer facilement toutes sortes de chiffres -simples</i>, tiré de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrétaire du -grand-duc de Toscane. Augmenté et accommodé particulièrement à l'usage -des langues française et espagnole, par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641, +simples</i>, tiré de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrétaire du +grand-duc de Toscane. Augmenté et accommodé particulièrement à l'usage +des langues française et espagnole, par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641, in-8, 90 pag.</p> -<p><span class="smcap">Crellii</span> (L. C.) <cite>Diss. de scytala laconica</cite>, Lipsiæ, 1697, in 4.</p> +<p><span class="smcap">Crellii</span> (L. C.) <cite>Diss. de scytala laconica</cite>, Lipsiæ, 1697, in 4.</p> <p><span class="smcap">Dalgarno</span> (George). <i>Ars signorum, vulgo character universalis et lingua -philosophica</i>, Londini, 1667, in-8. Cet écrit a paru à M. Nodier -extrêmement remarquable (voir les <i>Mélanges extraits d'une petite -bibliothèque</i>, pag. 268, et les <cite>Notions de linguistique</cite>, 1834, pag. -31). Les ouvrages de Dalgarno ont été réimprimés à Edimbourg en 1834; la -<cite>Revue d'Edimbourg</cite>, n<sup>o</sup> 124, juillet 1835, leur a consacré un article.</p> +philosophica</i>, Londini, 1667, in-8. Cet écrit a paru à M. Nodier +extrêmement remarquable (voir les <i>Mélanges extraits d'une petite +bibliothèque</i>, pag. 268, et les <cite>Notions de linguistique</cite>, 1834, pag. +31). Les ouvrages de Dalgarno ont été réimprimés à Edimbourg en 1834; la +<cite>Revue d'Edimbourg</cite>, n<sup>o</sup> 124, juillet 1835, leur a consacré un article.</p> <p><span class="smcap">Dlandol</span>. Le <i>Contr'espion ou les clefs de toutes les correspondances -secrètes</i>, Paris, 1794, 66 pag. in-8.</p> +secrètes</i>, Paris, 1794, 66 pag. in-8.</p> -<p><span class="smcap">Firmas-Periès</span> (Le comte). <cite>Pasitélégraphie</cite>, Stuttgard, 1811, in-8.</p> +<p><span class="smcap">Firmas-Periès</span> (Le comte). <cite>Pasitélégraphie</cite>, Stuttgard, 1811, in-8.</p> -<p><span class="smcap">Forelius</span> (H.). <i>Dissertatio de modis occulte scribendi et præcipue de -scytala laconica</i>, Holmiæ, 1697, in-8.</p> +<p><span class="smcap">Forelius</span> (H.). <i>Dissertatio de modis occulte scribendi et præcipue de +scytala laconica</i>, Holmiæ, 1697, in-8.</p> <p><span class="smcap">Friderici</span> (J. B.). <i>Cryptographia, oder geheimer Schriftmund und wirkliche Correspondenz</i>, Hamburg, 1684, in-4.</p> -<p><span class="smcap">Funks</span> (Chr. B.). <cite>Natürliche Magie</cite>, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y trouve -quelques détails sur l'art de déchiffrer.)</p> +<p><span class="smcap">Funks</span> (Chr. B.). <cite>Natürliche Magie</cite>, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y trouve +quelques détails sur l'art de déchiffrer.)</p> <p><span class="smcap">Gerrar</span> (<span class="smcap">di</span>). <cite>Siglarium romanum sive explicatio notarum ac litterarum</cite>, Londres, 1793, in-4.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span> <span class="smcap">Godevin</span> (François), évêque d'Hereford, <cite>Nuncius inanimatus -Utopiæ</cite>, 1629. L'auteur expose mystérieusement les avantages d'une -méthode secrète de correspondance au moyen de signes convenus.</p> +<p><span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span> <span class="smcap">Godevin</span> (François), évêque d'Hereford, <cite>Nuncius inanimatus +Utopiæ</cite>, 1629. L'auteur expose mystérieusement les avantages d'une +méthode secrète de correspondance au moyen de signes convenus.</p> <p><span class="smcap">S'Gravesand</span>, <cite>Introductio in philosophiam</cite> (Lugd. Bat., 1737). Il y est -question, ch. <span class="smcap">XXXV</span>, de l'écriture en chiffres.</p> +question, ch. <span class="smcap">XXXV</span>, de l'écriture en chiffres.</p> -<p><span class="smcap">Grischow</span> (Aug.). <cite>Introductio in philologiam generalem</cite>, Jenæ, 1704, -in-8. Le chap. <span class="smcap">IV</span> roule sur l'art d'écrire en chiffres avec rapidité, et -sur les moyens de découvrir pareils secrets.</p> +<p><span class="smcap">Grischow</span> (Aug.). <cite>Introductio in philologiam generalem</cite>, Jenæ, 1704, +in-8. Le chap. <span class="smcap">IV</span> roule sur l'art d'écrire en chiffres avec rapidité, et +sur les moyens de découvrir pareils secrets.</p> <p><span class="smcap">Hanedi</span>, <i>Steganologia et Steganographia nova. Geheime, magische, -natürliche Red- und Schreibekunst</i>, Nuremberg (sans date), in-8, 299 -pag. Le véritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter, professeur de -mathématiques à Altorf, mort en 1636.</p> +natürliche Red- und Schreibekunst</i>, Nuremberg (sans date), in-8, 299 +pag. Le véritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter, professeur de +mathématiques à Altorf, mort en 1636.</p> -<p><span class="smcap">Hilleri</span> (L. H.) <cite>Mysterium artis steganographicæ novissimum</cite>, Ulmæ, +<p><span class="smcap">Hilleri</span> (L. H.) <cite>Mysterium artis steganographicæ novissimum</cite>, Ulmæ, 1682, in-8, 478 pag. Un errata de 6 pag. termine le volume. Cette -multitude de fautes contribua sans doute au peu de succès de ce traité -plus ample que celui de Breithaupt, mais moins méthodique. Il ne -s'adapte spécialement qu'au latin, à l'italien, à l'allemand et au -français, et seulement aux chiffres à clef simple ou dont l'alphabet -n'est pas variable. L'auteur avait donné un aperçu de son travail dans -son <cite>Opusculum steganographicum</cite>, publié à Tubingue en 1675.</p> +multitude de fautes contribua sans doute au peu de succès de ce traité +plus ample que celui de Breithaupt, mais moins méthodique. Il ne +s'adapte spécialement qu'au latin, à l'italien, à l'allemand et au +français, et seulement aux chiffres à clef simple ou dont l'alphabet +n'est pas variable. L'auteur avait donné un aperçu de son travail dans +son <cite>Opusculum steganographicum</cite>, publié à Tubingue en 1675.</p> <p><span class="smcap">Hindenburg</span> (C. F.). <cite>Archiv der reinen und angewandten Mathematik</cite>. (Les cahiers 3 et 5 roulent sur l'art de chiffrer.)</p> -<p><span class="smcap">Hottinga</span> (Domin. de). <i>Polygraphie ou méthode universelle de l'écriture -cachée et cabalistique</i>, <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> Groningue, 1620, in-4. C'est la -reproduction textuelle de la traduction de la <cite>Polygraphie</cite> de Trithème, -publiée en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga n'a point hésité à -donner ce travail comme étant entièrement son œuvre, et il déclare, -dans sa préface, qu'il lui a consacré de longues et pénibles veilles. Il -existe peu d'exemples d'un plagiat aussi effronté.</p> +<p><span class="smcap">Hottinga</span> (Domin. de). <i>Polygraphie ou méthode universelle de l'écriture +cachée et cabalistique</i>, <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> Groningue, 1620, in-4. C'est la +reproduction textuelle de la traduction de la <cite>Polygraphie</cite> de Trithème, +publiée en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga n'a point hésité à +donner ce travail comme étant entièrement son œuvre, et il déclare, +dans sa préface, qu'il lui a consacré de longues et pénibles veilles. Il +existe peu d'exemples d'un plagiat aussi effronté.</p> <p><span class="smcap">Jones</span>. <i>Hieroglyphic or a grammatical introduction to an universal hieroglyphic language</i>, London, 1768.</p> -<p><span class="smcap">Kalmar</span> (Georgius). <i>Præcepta grammatica atque Specimina linguæ -philosophicæ sive universalis ad omne vitæ genus adcommodatæ</i>. Berolini, +<p><span class="smcap">Kalmar</span> (Georgius). <i>Præcepta grammatica atque Specimina linguæ +philosophicæ sive universalis ad omne vitæ genus adcommodatæ</i>. Berolini, 1772, in-4, 56 pag.</p> <p><span class="smcap">Kircheri</span> (Athan.) <cite>Artificium cryptographicum, seu abacus numeralis</cite>, @@ -7369,40 +7330,40 @@ dans la <cite>Magia universalis</cite> de Schott, part. IV, lib. I.</p> <p>—<i>Polygraphia seu artificium linguarum, quocum omnibus totius mundi populis poterit quis correspondere</i>, Rome, 1663, in-folio, Amsterd., -1680. Cet ouvrage curieux est divisé en trois parties; la première offre -une pasigraphie en écriture universelle que chacun peut lire dans sa -langue. Le principe d'où il part est un dictionnaire numéroté tel que -Becher l'avait proposé sans l'exécuter; Kircher l'exécuta en petit sur -cinq langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien, l'espagnol). +1680. Cet ouvrage curieux est divisé en trois parties; la première offre +une pasigraphie en écriture universelle que chacun peut lire dans sa +langue. Le principe d'où il part est un dictionnaire numéroté tel que +Becher l'avait proposé sans l'exécuter; Kircher l'exécuta en petit sur +cinq langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien, l'espagnol). Son vocabulaire a environ 1,600 mots; les formes variables des noms et -des verbes sont exprimées par des signes de convention. La seconde -partie donne une sténographie plus ingénieuse que celle de Trithème. La -troisième partie concerne l'invention d'une boîte ou bureau -stéganographique <span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> pour écrire ou lire très-promptement en +des verbes sont exprimées par des signes de convention. La seconde +partie donne une sténographie plus ingénieuse que celle de Trithème. La +troisième partie concerne l'invention d'une boîte ou bureau +stéganographique <span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> pour écrire ou lire très-promptement en chiffre quelconque.</p> -<p><span class="smcap">Klüber</span> (Lud.). <cite>Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst</cite>, +<p><span class="smcap">Klüber</span> (Lud.). <cite>Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst</cite>, Tubingue, 1809, in-8, 470 p.</p> -<p><span class="smcap">Kortum</span> (C. A.). <i>Anfangsgründe der Entzifferungskunst deutscher +<p><span class="smcap">Kortum</span> (C. A.). <i>Anfangsgründe der Entzifferungskunst deutscher Zifferschriften</i>, Duisburg, 1782, in-8, 144 pag.</p> <p><cite>Langage</cite> (Le) <i>muet, ou l'Art de faire l'amour sans se parler, sans -écrire et sans se voir</i>, Middelbourg, 1688, in-12.</p> +écrire et sans se voir</i>, Middelbourg, 1688, in-12.</p> -<p><span class="smcap">Latour</span> (Charlotte de). Le <cite>Langage des fleurs</cite>, Paris, 1820; 6<sup>e</sup> éd., +<p><span class="smcap">Latour</span> (Charlotte de). Le <cite>Langage des fleurs</cite>, Paris, 1820; 6<sup>e</sup> éd., 1845, in-12, 328 p. (L'auteur de cet ouvrage, en prose et en vers, est -M. Aimé Martin.)</p> +M. Aimé Martin.)</p> -<p><span class="smcap">Leibnitz</span>. <cite>Historia et commendatio linguæ characteristicæ universalis</cite>, -dans ses <cite>Œuvres posthumes</cite>, éditées par Rashe, 144 pag.</p> +<p><span class="smcap">Leibnitz</span>. <cite>Historia et commendatio linguæ characteristicæ universalis</cite>, +dans ses <cite>Œuvres posthumes</cite>, éditées par Rashe, 144 pag.</p> <p>(<span class="smcap">Lemang</span>). <cite>Die Kunst der Geheimschreiberei</cite>,... im. G. L. Leipzig, 1797, in-4, 40 pag.</p> <p><span class="smcap">Lennep</span> (D. J. de). <cite>Dissert. de M. Tullio Tirone</cite>, Amsterdam, 1804.</p> -<p><span class="smcap">Lindner</span> (Sam.). <cite>Elementa artis decifratoriæ</cite>, Regiomontani, 1770, in-8.</p> +<p><span class="smcap">Lindner</span> (Sam.). <cite>Elementa artis decifratoriæ</cite>, Regiomontani, 1770, in-8.</p> <p><i>Mysterienbuch alter und neuer Zeit, oder Anleitung geheimer Schriften zu lesen</i>, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag.</p> @@ -7410,27 +7371,27 @@ zu lesen</i>, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag.</p> <p><span class="smcap">Neyrin</span> (J. P.). <cite>Principes du droit des gens</cite>. (Brunswick, 1783, in-8), pag. 160 et suiv.</p> -<p><cite>Nouveau Traité de diplomatique</cite>, par deux religieux bénédictins (D. +<p><cite>Nouveau Traité de diplomatique</cite>, par deux religieux bénédictins (D. Toussaint et D. Tassin). Paris, 1750-65. 6 vol. in-4. <i>Voy.</i> tom. III, p. 499-622.</p> <p><span class="smcap">Niethammer</span> (J. M.). <cite>Ueber Pasigraphie und Ideographie</cite>, Nurnberg, 1808, in-8.</p> -<p><cite>Nouvelle Découverte d'une langue universelle pour les négociants</cite>, +<p><cite>Nouvelle Découverte d'une langue universelle pour les négociants</cite>, Paris, 1687, in-12.</p> -<p><span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> <i>Opus novum, præfectis arcium, imperatoribus exercituum, -exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis industriæ -et litteraturæ studiosis, principibus maxime utilissimum pro cipharis -lingua latina, græca, italica et quavis alia multiformiter +<p><span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> <i>Opus novum, præfectis arcium, imperatoribus exercituum, +exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis industriæ +et litteraturæ studiosis, principibus maxime utilissimum pro cipharis +lingua latina, græca, italica et quavis alia multiformiter describentibus interpretandisque.</i> (En latin et en italien, in-8, 44 -feuillets.) À la fin on lit: Impressum Romæ, anno MDXXVI. Au second +feuillets.) À la fin on lit: Impressum Romæ, anno MDXXVI. Au second feuillet, l'auteur se donne le nom de Jacques Silvestre, citoyen de Florence.</p> -<p><span class="smcap">Ozanam</span> (Jacques). <cite>Récréations mathématiques et physiques</cite>, 1778, 4 vol. -in-8. On y trouve diverses méthodes de Sténographie.</p> +<p><span class="smcap">Ozanam</span> (Jacques). <cite>Récréations mathématiques et physiques</cite>, 1778, 4 vol. +in-8. On y trouve diverses méthodes de Sténographie.</p> <p><span class="smcap">Pancirolli</span> (Guidonis). <i>Rerum memorabilium sive deperditarum commentarius</i>, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv.</p> @@ -7438,7 +7399,7 @@ commentarius</i>, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv.</p> <p><cite>Polizeischrift, geheime, des Grafen von Vergennes</cite>, 1793, in-8, 46 pag.</p> <p><span class="smcap">Porta</span> (J. B.). <i>De furtivis litterarum notis vulgo de ziferis libri -quinque</i>, Neapoli, 1563, in-4. Autres éditions: Londres, 1591, +quinque</i>, Neapoli, 1563, in-4. Autres éditions: Londres, 1591, in-4.—Montbelliard, 1593, in-8.—Naples, 1602, in-folio.—Strasbourg, 1603, in-8.</p> @@ -7446,83 +7407,83 @@ in-4.—Montbelliard, 1593, in-8.—Naples, 1602, in-folio.—Strasb 1589.—Leyde, 1644 et 1651. Il est question, dans le livre XVI, de l'art de chiffrer.</p> -<p><span class="smcap">Prasse</span> (M. de). <cite>De reticulis cryptographicis</cite>, Lipsiæ, 1799, in-4, 14 +<p><span class="smcap">Prasse</span> (M. de). <cite>De reticulis cryptographicis</cite>, Lipsiæ, 1799, in-4, 14 pag.</p> -<p><span class="smcap">Ramsay</span> (C. A.). <cite>Art d'écrire aussi vite qu'on parle</cite>, Paris, 1783, -in-12. L'original est en latin; il parut dès 1678 et fut réimprimé avec -une version française (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis cette dernière -date, ce livre a été souvent réimprimé en France et à l'étranger, dans -la fin du dix-septième siècle. Les anciennes éditions <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> -portaient pour titre: <cite>Tacheographie ou l'Art d'écrire</cite>, etc. On en -connaît une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-8.</p> +<p><span class="smcap">Ramsay</span> (C. A.). <cite>Art d'écrire aussi vite qu'on parle</cite>, Paris, 1783, +in-12. L'original est en latin; il parut dès 1678 et fut réimprimé avec +une version française (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis cette dernière +date, ce livre a été souvent réimprimé en France et à l'étranger, dans +la fin du dix-septième siècle. Les anciennes éditions <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> +portaient pour titre: <cite>Tacheographie ou l'Art d'écrire</cite>, etc. On en +connaît une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-8.</p> <p><span class="smcap">Sarpe</span>, <cite>Prolegomena ad tachygraphiam romanam</cite>, Rostock, 1829, in-4.</p> -<p><span class="smcap">Schmidt</span> (J. M.). <i>Vollstændiges wissenschaftliches Gedankenverzeichniss +<p><span class="smcap">Schmidt</span> (J. M.). <i>Vollstændiges wissenschaftliches Gedankenverzeichniss zum Behuf einer allgemeinen Schriftsprache</i>, Dillingen, 1807, in-8.</p> -<p>— <cite>Grundsætze für eine allgemeine Schriftlehre</cite>, 1816-1818, 2 vol. +<p>— <cite>Grundsætze für eine allgemeine Schriftlehre</cite>, 1816-1818, 2 vol. in-8.</p> <p><span class="smcap">Schott</span> (Gaspard). <cite>Schola steganographica in classes octo distributa</cite>, -Nuremberg, 1665, in-4. D'autres éditions de 1666 et de 1680 sont -indiquées par les bibliographes.</p> +Nuremberg, 1665, in-4. D'autres éditions de 1666 et de 1680 sont +indiquées par les bibliographes.</p> -<p>— <cite>Thaumaturgus physicus seu magia universalis naturæ et artis</cite>, -1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrième volume de cet -ouvrage curieux, des notions détaillées sur les divers moyens imaginés -par les anciens et les modernes, pour se communiquer leurs pensées à -l'aide de l'écriture secrète.</p> +<p>— <cite>Thaumaturgus physicus seu magia universalis naturæ et artis</cite>, +1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrième volume de cet +ouvrage curieux, des notions détaillées sur les divers moyens imaginés +par les anciens et les modernes, pour se communiquer leurs pensées à +l'aide de l'écriture secrète.</p> <p><span class="smcap">Seleni</span>, Gustavi (id est, Augusti, ducis Brunsvicensis), <i>Cryptomenyticis -et Cryptographiæ libri IX, in quibus et planissima Steganographiæ J. +et Cryptographiæ libri IX, in quibus et planissima Steganographiæ J. Trithemii enodatio traditur, inspersis ubique auctoris et aliorum non contemnendis inventis</i>, Luneburgi, 1624, in-folio.</p> <p><span class="smcap">Solbrit</span> (Dav.). <cite>Ratio scribendi per zifras</cite>, 1726, in-8.</p> <p>— <cite>Allgemeine Schrift oder Art durch Ziffern zu schreiben</cite>, Coburg, -1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin précédent.</p> +1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin précédent.</p> -<p><cite>Steganographia recens detecta</cite>, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgré son titre +<p><cite>Steganographia recens detecta</cite>, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgré son titre latin, cet ouvrage est en allemand (semblable circonstance n'est pas -rare <span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> pour d'anciens écrits publiés au delà du Rhin). L'auteur a -gardé l'anonyme, mais il a signé la préface des lettres C. W. P.</p> +rare <span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> pour d'anciens écrits publiés au delà du Rhin). L'auteur a +gardé l'anonyme, mais il a signé la préface des lettres C. W. P.</p> -<p><span class="smcap">Stein</span> (A.). <cite>Ueber Schriftsprache und Pasigraphie</cite>, München, 1809, in-8.</p> +<p><span class="smcap">Stein</span> (A.). <cite>Ueber Schriftsprache und Pasigraphie</cite>, München, 1809, in-8.</p> <p><span class="smcap">Stieler</span> (C. von). <cite>Deutsche Secretariatskunst</cite>. Nuremberg, 1678, in-4. Voir tom. I, pag. 547-555.</p> -<p><span class="smcap">Stubenrauch</span>. <cite>Histoire abrégée de la Cryptographie</cite>. Il s'en trouve un -extrait dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, t. I, 1745, p. 105 et +<p><span class="smcap">Stubenrauch</span>. <cite>Histoire abrégée de la Cryptographie</cite>. Il s'en trouve un +extrait dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, t. I, 1745, p. 105 et suiv.</p> <p><span class="smcap">Tod</span> (Al.). <cite>The olive-leafe or an universal A. B. C.</cite>, London, 1603, in-8.</p> -<p><span class="smcap">Trithemii</span> (J.). <cite>Polygraphiæ libri VI</cite>, Oppenheim, 1518, +<p><span class="smcap">Trithemii</span> (J.). <cite>Polygraphiæ libri VI</cite>, Oppenheim, 1518, in-folio.—Francof., 1550.—Colon., 1564.—Argent., 1600 et 1613.—Colon., 1671.</p> <p>— <cite>Steganographia</cite>, Francof., 1606.—Darmst., 1606,—Francof., 1608.—Darmst., 1621—Colon., 1635.</p> -<p>— <cite>La Polygraphie et universelle écriture de Trithème</cite>, traduit du +<p>— <cite>La Polygraphie et universelle écriture de Trithème</cite>, traduit du latin par Gabriel de Collange<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Go to footnote 8"><span class="smaller">[8]</span></a>, Paris, 1561, 1621, 1625, in-8.</p> </div> -<p>Voici les titres de deux ouvrages composés dans le but de défendre la -mémoire de Trithème contre l'accusation de magie dirigée contre lui:</p> +<p>Voici les titres de deux ouvrages composés dans le but de défendre la +mémoire de Trithème contre l'accusation de magie dirigée contre lui:</p> <div class="biblio"> -<p><i>Stenographiæ nec non claviculæ Salomonis germani, J. Trithemii, genuina +<p><i>Stenographiæ nec non claviculæ Salomonis germani, J. Trithemii, genuina declaratio, auctore</i> J. Caramuele, Colon., 1634, in-4.</p> <p>J. <span class="smcap">Trithemii</span> <cite>Stenographia vindicata et illustrata</cite>, auctore W. E. -Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une édition de Nuremberg, 1721, in-4, est -citée.</p> +Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une édition de Nuremberg, 1721, in-4, est +citée.</p> <p><span class="smcap">Uken</span> (M.). <i>Steganometrographia, sive artificium <span class="pagenum"><a id="page251" name="page251"></a>(p. 251)</span> novum et inauditum</i>, Francof., 1751, in-8, 328 p. Il en existe une traduction @@ -7531,29 +7492,29 @@ allemande, Ulm, 1759.</p> <p><span class="smcap">Urquhart</span> (Thomas). <i>Logopandecteision, or an introduction to the universal language</i>, London, 1653, in-4.</p> -<p><span class="smcap">Vater</span> (J. S.). <i>Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la découverte -récente d'une langue universelle pouvant servir à tous les peuples</i>, +<p><span class="smcap">Vater</span> (J. S.). <i>Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la découverte +récente d'une langue universelle pouvant servir à tous les peuples</i>, Leipzig, 1799, in-12, 268 pag.</p> -<p><span class="smcap">Wallis</span> (J.). <cite>Opera miscellanea</cite>, Oxoniæ, 1699, in-folio. Dans son -traité <cite>De combinationibus et alternationibus</cite>, ce célèbre mathématicien -donne des exemples de déchiffrement, sans expliquer toutefois les -méthodes dont il fait usage.</p> +<p><span class="smcap">Wallis</span> (J.). <cite>Opera miscellanea</cite>, Oxoniæ, 1699, in-folio. Dans son +traité <cite>De combinationibus et alternationibus</cite>, ce célèbre mathématicien +donne des exemples de déchiffrement, sans expliquer toutefois les +méthodes dont il fait usage.</p> <p><span class="smcap">Wildvogel</span> (Ch.). <cite>Diss. de scripturis terribilibus</cite>, Francof., 1719, in-4.</p> -<p><span class="smcap">Wilkins</span> (évêque de Chester). <i>Mercure ou le Messager secret et prompt où -l'on montre comment on peut communiquer vite et sûrement ses pensées à -un ami éloigné</i>, Londres, 1641, in-4. (L'ouvrage est en anglais.)</p> +<p><span class="smcap">Wilkins</span> (évêque de Chester). <i>Mercure ou le Messager secret et prompt où +l'on montre comment on peut communiquer vite et sûrement ses pensées à +un ami éloigné</i>, Londres, 1641, in-4. (L'ouvrage est en anglais.)</p> <p>— <cite>Essay towards a real charater and a philosophical language</cite>, Londres, 1668, in-folio. Un extrait de cet ouvrage, devenu fort rare, se trouve dans les <cite>Transactions philosophiques</cite>, n<sup>o</sup> 35.</p> -<p><span class="smcap">Wolke</span> (C. H.). <i>Erklærung wie wechselseitige Gedankenmittheilunen aller -cultivirten Vœlker des Erdkreises, oder die Paxiphrasie möglich und -ausüblich sey, ohne Erlernung irgend einer neuen besondern, oder einer +<p><span class="smcap">Wolke</span> (C. H.). <i>Erklærung wie wechselseitige Gedankenmittheilunen aller +cultivirten Vœlker des Erdkreises, oder die Paxiphrasie möglich und +ausüblich sey, ohne Erlernung irgend einer neuen besondern, oder einer allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache</i>, Dessau, 1797.</p> </div> @@ -7562,33 +7523,33 @@ allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache</i>, Dessau, 1797.</p> <h2><span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> TABLE DES CHAPITRES.</h2> <ul class="toc"> -<li><span class="smcap">Chapitre</span> I<sup>er</sup>. Définition de la Cryptographie, +<li><span class="smcap">Chapitre</span> I<sup>er</sup>. Définition de la Cryptographie, son origine; notions historiques. <span class="ralign"><a href="#page1">1</a></span></li> -<li><span class="smcap">Chap.</span> II. Auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie. +<li><span class="smcap">Chap.</span> II. Auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie. <span class="ralign"><a href="#page35">35</a></span></li> -<li><span class="smcap">Chap.</span> III. Règles et procédés de Cryptographie. +<li><span class="smcap">Chap.</span> III. Règles et procédés de Cryptographie. <span class="ralign"><a href="#page91">91</a></span></li> -<li><span class="smcap">Chap.</span> IV. Des diverses sortes d'écritures et - des différents langages de convention - qui se rattachent à la correspondance +<li><span class="smcap">Chap.</span> IV. Des diverses sortes d'écritures et + des différents langages de convention + qui se rattachent à la correspondance occulte. <span class="ralign"><a href="#page156">156</a></span></li> -<li><span class="smcap">Chap.</span> V. Du rôle de la Cryptographie dans - la littérature. +<li><span class="smcap">Chap.</span> V. Du rôle de la Cryptographie dans + la littérature. <span class="ralign"><a href="#page186">186</a></span></li> -<li><span class="smcap">Chap.</span> VI. Des livres à clef. +<li><span class="smcap">Chap.</span> VI. Des livres à clef. <span class="ralign"><a href="#page202">202</a></span></li> -<li><span class="smcap">Chap.</span> VII. Du déchiffrement. +<li><span class="smcap">Chap.</span> VII. Du déchiffrement. <span class="ralign"><a href="#page208">208</a></span></li> -<li><span class="smcap">Chap.</span> VIII. Des écritures occultes. +<li><span class="smcap">Chap.</span> VIII. Des écritures occultes. <span class="ralign"><a href="#page225">225</a></span></li> <li>Bibliographie. @@ -7599,113 +7560,113 @@ allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache</i>, Dessau, 1797.</p> <div class="footnote"> <p><a id="footnote1" name="footnote1"></a> -<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: Parmi les nombreux écrits qui montrent à quel point -Trithème était infatué de pareilles idées, il faut citer sa <i>Chronologia +<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: Parmi les nombreux écrits qui montrent à quel point +Trithème était infatué de pareilles idées, il faut citer sa <i>Chronologia mystica de septem secundeis sive intelligentiis orbes post Deum -moventibus</i>. Une ancienne doctrine platonique ou cabalistique plaçait -dans chaque sphère céleste une intelligence chargée de la gouverner. -Trithème s'efforce de rattacher, à ce système, des notions historiques -et d'en établir la réalité. Un pareil livre n'eut pas moins de six ou -sept éditions. Il n'est pas surprenant que ces rapsodies inintelligibles -aient trouvé de nombreux lecteurs, et il est extrêmement probable que le -docte abbé ne se comprenait pas toujours lui-même, lorsqu'il développait -ses étranges imaginations.</p> +moventibus</i>. Une ancienne doctrine platonique ou cabalistique plaçait +dans chaque sphère céleste une intelligence chargée de la gouverner. +Trithème s'efforce de rattacher, à ce système, des notions historiques +et d'en établir la réalité. Un pareil livre n'eut pas moins de six ou +sept éditions. Il n'est pas surprenant que ces rapsodies inintelligibles +aient trouvé de nombreux lecteurs, et il est extrêmement probable que le +docte abbé ne se comprenait pas toujours lui-même, lorsqu'il développait +ses étranges imaginations.</p> <p><a id="footnote2" name="footnote2"></a> -<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: L'agriculture, l'optique, la mécanique, la mnémonique, la -météorologie, la physique, furent tour à tour l'objet des méditations de -Porta. Il fut du nombre de ces hommes hardis, conquérants, qui ne -peuvent échapper à l'influence des préjugés de leur époque, mais qui -découvrent ou pressentent de hautes vérités.</p> - -<p>Son traité <cite>de la Physiognomonie humaine</cite>, 1586, a fourni beaucoup -d'idées à Lavater. Son livre <cite>de la Magie humaine</cite>, très-souvent -réimprimé au seizième siècle, renferme, parmi beaucoup de faits puérils -compilés avec peu de jugement, une foule d'observations importantes sur -les miroirs, la lumière, la statique, etc. Les divers ouvrages de cet -écrivain remarquable sont analysés avec étendue dans la <cite>Notice +<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: L'agriculture, l'optique, la mécanique, la mnémonique, la +météorologie, la physique, furent tour à tour l'objet des méditations de +Porta. Il fut du nombre de ces hommes hardis, conquérants, qui ne +peuvent échapper à l'influence des préjugés de leur époque, mais qui +découvrent ou pressentent de hautes vérités.</p> + +<p>Son traité <cite>de la Physiognomonie humaine</cite>, 1586, a fourni beaucoup +d'idées à Lavater. Son livre <cite>de la Magie humaine</cite>, très-souvent +réimprimé au seizième siècle, renferme, parmi beaucoup de faits puérils +compilés avec peu de jugement, une foule d'observations importantes sur +les miroirs, la lumière, la statique, etc. Les divers ouvrages de cet +écrivain remarquable sont analysés avec étendue dans la <cite>Notice historique</cite> de H. G. Duchesne, <cite>sur la vie et les travaux de Porta</cite> Paris, 1801, 8<sup>o</sup>, 383 pages.</p> <p><a id="footnote3" name="footnote3"></a> <b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: Mort en 1596; il remplit d'importantes fonctions diplomatiques, et il traduisit un grand nombre d'auteurs grecs et -latins; ses traductions sont aujourd'hui vouées à l'oubli le plus -profond, de même que son <cite>Traité des Comètes</cite> et son <i>Traité du feu et -du sel</i>, quoique ce dernier écrit (c'est un livre d'alchimie) ait obtenu -trois ou quatre éditions en France, et qu'il ait même rencontré des +latins; ses traductions sont aujourd'hui vouées à l'oubli le plus +profond, de même que son <cite>Traité des Comètes</cite> et son <i>Traité du feu et +du sel</i>, quoique ce dernier écrit (c'est un livre d'alchimie) ait obtenu +trois ou quatre éditions en France, et qu'il ait même rencontré des traducteurs qui l'ont fait passer en latin et en anglais.</p> <p><a id="footnote4" name="footnote4"></a> -<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: L'édition de ses <cite>Opera omnia</cite> (Lyon, 1663, 10 vol. -in-folio) ne renferme pas moins de 222 traités en ouvrages divers. On -peut consulter, à l'égard de cet étrange écrivain, Buhle, <cite>Histoire de -la Philosophie</cite>, tom. IV, p. 730-739 de la traduction française; la -<cite>Rétrospective Review</cite>, tom. I, p. 94-112; un article de M. Mercey, -<cite>Revue de Paris</cite>, juin 1841; un mémoire de M. Franck, lu en 1841 à -l'Académie des sciences morales et politiques. Quant au mérite de ses +<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: L'édition de ses <cite>Opera omnia</cite> (Lyon, 1663, 10 vol. +in-folio) ne renferme pas moins de 222 traités en ouvrages divers. On +peut consulter, à l'égard de cet étrange écrivain, Buhle, <cite>Histoire de +la Philosophie</cite>, tom. IV, p. 730-739 de la traduction française; la +<cite>Rétrospective Review</cite>, tom. I, p. 94-112; un article de M. Mercey, +<cite>Revue de Paris</cite>, juin 1841; un mémoire de M. Franck, lu en 1841 à +l'Académie des sciences morales et politiques. Quant au mérite de ses travaux scientifiques, on peut consulter l'<i>Histoire des Sciences -mathématiques en Italie</i>, par M. Libri, tom. III, p. 107, et l'<cite>Histoire -de la Chimie</cite>, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a trouvé deux +mathématiques en Italie</i>, par M. Libri, tom. III, p. 107, et l'<cite>Histoire +de la Chimie</cite>, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a trouvé deux biographes, l'un en Italie (Mantovani, <cite>Vita di Cardano</cite>, Milano, 1821, 8<sup>o</sup>), l'autre en Angleterre (G. I., <cite>the life and times of G. Cardan</cite>, London, 1836, 2 vol. 8<sup>o</sup>).</p> <p><a id="footnote5" name="footnote5"></a> -<b>5</b>: Voir la planche IX, à la fin du volume de l'Histoire de -l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.</p> +<b>5</b>: Voir la planche IX, à la fin du volume de l'Histoire de +l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.</p> <p><a id="footnote6" name="footnote6"></a> -<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: Tome 1<sup>er</sup> de l'édition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio. -Bède s'appuie sur l'autorité de Plutarque, de Pline, d'Apulée, de -Juvénal, pour prouver que l'art dont il s'occupe d'énoncer les règles -était connu des anciens.</p> +<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: Tome 1<sup>er</sup> de l'édition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio. +Bède s'appuie sur l'autorité de Plutarque, de Pline, d'Apulée, de +Juvénal, pour prouver que l'art dont il s'occupe d'énoncer les règles +était connu des anciens.</p> <p><a id="footnote7" name="footnote7"></a> -<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Consultez une notice intéressante insérée dans la <cite>Revue +<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Consultez une notice intéressante insérée dans la <cite>Revue des Deux-Mondes</cite>, octobre 1846.</p> -<p>«Autant de récits, autant d'énigmes sous diverses formes et avec des -costumes divers. Poésie, invention, effets de style, enchaînement du -drame, tout est subordonné à une bizarre préoccupation qui semble ne -connaître qu'une faculté inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une +<p>«Autant de récits, autant d'énigmes sous diverses formes et avec des +costumes divers. Poésie, invention, effets de style, enchaînement du +drame, tout est subordonné à une bizarre préoccupation qui semble ne +connaître qu'une faculté inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une muse, la logique. L'auteur s'occupe de juger, de classer les -probabilités; et il emploie pour ceci cet instinct, cette sagacité -particulière à l'homme, plus ou moins sûre chez l'un que chez l'autre, +probabilités; et il emploie pour ceci cet instinct, cette sagacité +particulière à l'homme, plus ou moins sûre chez l'un que chez l'autre, et qui varie de puissance comme de but, suivant les aptitudes et le -métier de chacun.»</p> +métier de chacun.»</p> <p><a id="footnote8" name="footnote8"></a> -<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: La triste destinée de Collange mérite qu'on en fasse -mention. Il était valet de chambre du Charles IX, et, quoique catholique -zélé, il fut une des victimes de la Saint-Barthélemi, succombant sans -doute à quelques inimitiés personnelles.</p> +<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: La triste destinée de Collange mérite qu'on en fasse +mention. Il était valet de chambre du Charles IX, et, quoique catholique +zélé, il fut une des victimes de la Saint-Barthélemi, succombant sans +doute à quelques inimitiés personnelles.</p> </div> <div class="p4 tn"> -<p>Notes au lecteur de ce fichier numérique:</p> +<p>Notes au lecteur de ce fichier numérique:</p> -<p>—De nombreuses erreurs ont été imprimées dans cet ouvrage; peu d'entre -elles ont été corrigées lors de la création de ce fichier.</p> +<p>—De nombreuses erreurs ont été imprimées dans cet ouvrage; peu d'entre +elles ont été corrigées lors de la création de ce fichier.</p> -<p>—Page <a href="#page20">20</a>: [¨9] représente un 9 surmonté d'un tréma.</p> +<p>—Page <a href="#page20">20</a>: [¨9] représente un 9 surmonté d'un tréma.</p> -<p>—Page <a href="#page41">41</a>: "Un méchant vous demande une lettre d'introduction auprès d'un de ses amis", - "ses amis" a été remplacé par "vos amis".</p> +<p>—Page <a href="#page41">41</a>: "Un méchant vous demande une lettre d'introduction auprès d'un de ses amis", + "ses amis" a été remplacé par "vos amis".</p> -<p>—Page <a href="#page144">144</a>: "La première lettre de la dépêche, l, correspond - à la quatrième, o; la seconde, e, à la quatrième,"; "la seconde, e, à la quatrième," a été - remplacé par "la seconde, e, à la septième,".</p> +<p>—Page <a href="#page144">144</a>: "La première lettre de la dépêche, l, correspond + à la quatrième, o; la seconde, e, à la quatrième,"; "la seconde, e, à la quatrième," a été + remplacé par "la seconde, e, à la septième,".</p> -<p>—Page <a href="#page151">151</a>: La note 5 n'a pas de référence dans le texte.</p> +<p>—Page <a href="#page151">151</a>: La note 5 n'a pas de référence dans le texte.</p> -<p>—Page <a href="#page197">197</a>: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit", "nfouxnb" a été remplacé par "nfouxmb".</p> +<p>—Page <a href="#page197">197</a>: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit", "nfouxnb" a été remplacé par "nfouxmb".</p> -<p>—Page <a href="#page220">220</a>: "la consonne c est toujours liée au c", "liée au c" a été remplacé par "liée au h".</p> +<p>—Page <a href="#page220">220</a>: "la consonne c est toujours liée au c", "liée au c" a été remplacé par "liée au h".</p> <a id="tn1" name="tn1"></a> -<p>—Page <a href="#page127">127</a>: Pour rendre la lecture de la note plus simple, les signes du tableau page 126 ont été -remplacés par les caractères suivants:</p> +<p>—Page <a href="#page127">127</a>: Pour rendre la lecture de la note plus simple, les signes du tableau page 126 ont été +remplacés par les caractères suivants:</p> <p><img src="images/img018.jpg" width="30" height="30" alt="Signe" title=""> par <span class="font150">O</span></p> <p><img src="images/img019.jpg" width="30" height="30" alt="Signe" title=""> par <span class="font150">Ɔ</span></p> <p><img src="images/img020.jpg" width="30" height="30" alt="Signe" title=""> par <span class="font150">Z</span></p> @@ -7713,382 +7674,6 @@ remplacés par les caractères suivants:</p> <p><img src="images/img022.jpg" width="30" height="32" alt="Signe" title=""> par <span class="font150">♀</span></p> </div> - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CRYPTOGRAPHIE *** - -***** This file should be named 42297-h.htm or 42297-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/2/2/9/42297/ - -Produced by Laurent Vogel, Christine P. Travers and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net -(This book was produced from scanned images of public -domain material from the Google Print project.) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. Special rules, -set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to -copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to -protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project -Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you -charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you -do not charge anything for copies of this eBook, complying with the -rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose -such as creation of derivative works, reports, performances and -research. They may be modified and printed and given away--you may do -practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License available with this file or online at - www.gutenberg.org/license. - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy -all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. -If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project -Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the -terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or -entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement -and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic -works. See paragraph 1.E below. - -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" -or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project -Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the -collection are in the public domain in the United States. If an -individual work is in the public domain in the United States and you are -located in the United States, we do not claim a right to prevent you from -copying, distributing, performing, displaying or creating derivative -works based on the work as long as all references to Project Gutenberg -are removed. Of course, we hope that you will support the Project -Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by -freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of -this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with -the work. You can easily comply with the terms of this agreement by -keeping this work in the same format with its attached full Project -Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. - -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in -a constant state of change. If you are outside the United States, check -the laws of your country in addition to the terms of this agreement -before downloading, copying, displaying, performing, distributing or -creating derivative works based on this work or any other Project -Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning -the copyright status of any work in any country outside the United -States. - -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: - -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate -access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently -whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the -phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project -Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, -copied or distributed: - -This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with -almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - -1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived -from the public domain (does not contain a notice indicating that it is -posted with permission of the copyright holder), the work can be copied -and distributed to anyone in the United States without paying any fees -or charges. If you are redistributing or providing access to a work -with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the -work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 -through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the -Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or -1.E.9. - -1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional -terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked -to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the -permission of the copyright holder found at the beginning of this work. - -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. - -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg-tm License. - -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any -word processing or hypertext form. However, if you provide access to or -distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than -"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version -posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), -you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a -copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon -request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other -form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm -License as specified in paragraph 1.E.1. - -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided -that - -- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is - owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he - has agreed to donate royalties under this paragraph to the - Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments - must be paid within 60 days following each date on which you - prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax - returns. Royalty payments should be clearly marked as such and - sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the - address specified in Section 4, "Information about donations to - the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." - -- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm - License. You must require such a user to return or - destroy all copies of the works possessed in a physical medium - and discontinue all use of and all access to other copies of - Project Gutenberg-tm works. - -- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any - money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days - of receipt of the work. - -- You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg-tm works. - -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm -electronic work or group of works on different terms than are set -forth in this agreement, you must obtain permission in writing from -both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael -Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the -Foundation as set forth in Section 3 below. - -1.F. - -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -public domain works in creating the Project Gutenberg-tm -collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic -works, and the medium on which they may be stored, may contain -"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or -corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual -property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a -computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by -your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium with -your written explanation. The person or entity that provided you with -the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a -refund. If you received the work electronically, the person or entity -providing it to you may choose to give you a second opportunity to -receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy -is also defective, you may demand a refund in writing without further -opportunities to fix the problem. - -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER -WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO -WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. -If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the -law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be -interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by -the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any -provision of this agreement shall not void the remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance -with this agreement, and any volunteers associated with the production, -promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, -harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, -that arise directly or indirectly from any of the following which you do -or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm -work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any -Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. - - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of computers -including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation information page at www.gutenberg.org - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at 809 -North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email -contact links and up to date contact information can be found at the -Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To -SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any -particular state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. -To donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic -works. - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm -concept of a library of electronic works that could be freely shared -with anyone. For forty years, he produced and distributed Project -Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. -unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily -keep eBooks in compliance with any particular paper edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search facility: - - www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - - - -</pre> - +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42297 ***</div> </body> </html> |
