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authornfenwick <nfenwick@pglaf.org>2025-03-08 00:39:45 -0800
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@@ -0,0 +1,27148 @@
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42463 ***
+
+LA VIE
+
+DE
+
+MADAME ÉLISABETH
+
+SOEUR DE LOUIS XVI
+
+Par M. A. de BEAUCHESNE
+
+
+OUVRAGE
+
+ENRICHI DE DEUX PORTRAITS GRAVÉS EN TAILLE-DOUCE
+
+SOUS LA DIRECTION DE M. HENRIQUEL DUPONT
+
+PAR MORSE ET ÉMILE ROUSSEAU
+
+DE FAC-SIMILÉ, D'AUTOGRAPHES ET DE PLANS
+
+
+ET PRÉCÉDÉ D'UNE
+
+LETTRE DE Mgr DUPANLOUP
+
+ÉVÊQUE D'ORLÉANS.
+
+
+TOME SECOND
+
+
+PARIS
+
+HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
+
+RUE GARANCIÈRE, 10
+
+MDCCCLXIX
+
+_Tous droits réservés._
+
+
+
+
+[Illustration: _Madame Élisabeth._]
+
+
+
+
+MADAME ÉLISABETH.
+
+
+
+
+LIVRE HUITIÈME.
+
+CAPTIVITÉ DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE.
+
+DEPUIS LE 13 AOÛT 1792 JUSQU'AU 21 JANVIER 1793.
+
+ «Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chaînes, comme si vous
+ étiez vous-mêmes avec eux; et de ceux qui sont affligés, comme
+ étant vous-mêmes dans un corps mortel.»
+
+ _Épître de S. PAUL aux Hébreux_, chap. XIII, v. 3.
+
+ Coup d'oeil rétrospectif sur le 10 août. -- Installation de la
+ famille royale dans la petite tour du Temple; Madame Élisabeth a
+ une cuisine pour demeure. -- Mademoiselle Pauline de Tourzel
+ partage sa chambre. -- Dénûment de cette jeune fille; Madame
+ Élisabeth lui donne une de ses robes, qui, n'allant point à sa
+ taille, est refaite par la Reine, par Madame Élisabeth et par
+ elle-même. -- Toutes les personnes qui ne sont pas membres de la
+ famille royale sont emmenées à la Commune. -- De là la princesse
+ de Lamballe, mesdames de Tourzel, les femmes de chambre de la
+ Reine, d'Élisabeth et des enfants, sont conduites à la Force. --
+ Emploi de la journée au Temple. -- Pénurie. -- Outrages. --
+ Manière dont les nouvelles du dehors arrivent au Roi. -- Tison et
+ sa femme, espions plus que serviteurs de la famille royale. --
+ Hue surprend Élisabeth en prière. -- Prière de la princesse. --
+ Suppression des maisons religieuses. -- Napoléon Bonaparte va
+ réclamer sa soeur à la maison de Saint-Louis, à Saint-Cyr. --
+ Difficultés qu'il éprouve: il réussit enfin. -- Manuel, au
+ Temple, rassure Louis XVI sur la vie de M. Hue. -- Registre de la
+ petite Force, écrou des prisonnières. -- Meurtre de madame de
+ Lamballe. -- Sa tête portée au Temple. -- Témoignages de
+ sympathie donnés à la famille royale, qui apprend que madame de
+ Tourzel, la princesse de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon
+ ne sont pas mortes, mais en même temps que les prisonniers de la
+ haute cour d'Orléans, et parmi eux le duc de Brissac et M. de
+ Lessart, ont été massacrés à Versailles. -- Hue fait des
+ démarches pour rentrer au Temple; sa visite à Chaumette. -- La
+ Convention remplace l'Assemblée législative. -- La royauté
+ abolie. -- Madame Élisabeth indique à Cléry la manière dont il
+ doit formuler la demande des objets nécessaires à la famille
+ royale. -- L'armoire de fer découverte. -- On enlève à la famille
+ royale tout moyen d'écrire. -- Le Roi est séparé de sa famille.
+ -- Cléry arrêté et conduit au Palais de justice; il rentre au
+ Temple. -- La Reine et Madame Élisabeth installées dans la grande
+ Tour. -- Description de leur nouvelle demeure. -- Point de
+ changement dans les habitudes de la famille. -- Surveillance plus
+ sévère. -- Le docteur Leclerc, officier municipal de service à la
+ tour, ayant remis à la Reine un remède pour sa fille qui avait
+ une dartre sur la joue, est censuré. -- Avanies. -- Élisabeth
+ sans nouvelles de ses amies. -- Maladie du Roi, du Dauphin, de la
+ Reine, de Madame Royale, de Madame Élisabeth. -- Cléry soigné par
+ la famille royale. -- Dévouement d'Élisabeth. -- Nouvelle
+ municipalité; le nombre des commissaires au Temple est doublé. --
+ Surveillance rigoureuse. -- Madame Cléry apprend à son mari que
+ le Roi sera jugé; Cléry l'apprend au Roi. -- _Louis Capet_. -- Le
+ Roi devant la Convention. -- Paroles de Madame Élisabeth à
+ Cléry. -- Moyen de s'entendre convenu entre eux. -- Le Roi
+ choisit ses conseils. -- Commission de la Convention envoyée au
+ Temple. -- Testament du Roi. -- Le Roi de nouveau devant la
+ Convention. -- Sa défense. -- Le Roi déclaré coupable. -- Message
+ à M. Edgeworth de Firmont. -- Condamnation du Roi. -- Appel à la
+ nation.
+
+
+Entraînée par les événements de la révolution, dont on peut dire
+qu'ils courent plutôt qu'ils ne marchent, l'histoire se précipite au
+dénoûment comme le drame, en laissant derrière elle les agitations
+intellectuelles et morales, les intentions qui ne se sont pas
+traduites en faits, tous ces projets mort-nés, ces combinaisons
+avortées qui font cependant partie de l'histoire, car une époque vit
+par la pensée comme par l'action. Maintenant que le sinistre
+dénoûment, précurseur d'un dénoûment plus sinistre encore, est
+intervenu, et que la famille royale est captive au Temple, le moment
+est arrivé de jeter un regard rétrospectif sur les dernières étapes de
+la route que nous avons si rapidement parcourue, et d'éclaircir une
+question qui se présente à l'esprit du lecteur comme un douloureux
+problème. D'où vient que rien n'a été tenté pour prévenir la
+catastrophe du 10 août? Cette catastrophe, qui, pour nous, a un
+caractère fatal et inévitable, était-elle donc imprévue pour les
+hommes de ce temps-là? Ou bien n'y avait-il plus personne qui songeât
+à sauver la famille royale des périls qui la menaçaient, en mettant,
+s'il le fallait, sa vie pour enjeu dans cette redoutable partie?
+
+L'historien de Madame Élisabeth n'a pas le droit de laisser ces
+questions derrière lui sans chercher à les résoudre, d'autant plus que
+la soeur de Louis XVI, entraînée dans la catastrophe commune, se
+trouva naturellement mêlée aux préoccupations et aux agitations qui la
+précédèrent. Peu à peu le jour se fait non-seulement sur l'ensemble de
+la révolution, mais sur ses détails. Les Mémoires des principaux
+personnages mêlés à ses diverses scènes viennent successivement
+éclairer les points restés dans l'ombre. C'est ainsi que les Mémoires
+de Malouet, récemment publiés par son petit-fils, nous apportent des
+lumières nouvelles sur les questions que nous avons à coeur
+d'éclaircir.
+
+Après la journée du 20 juin 1792, le parti constitutionnel, effrayé à
+son tour de la rapidité avec laquelle la révolution se précipitait
+vers l'anarchie, songea à se rapprocher du Roi et à sauver en même
+temps la Constitution, oeuvre de la veille, et la monarchie
+traditionnelle, oeuvre des siècles. On n'a point oublié la démarche
+que fit le général la Fayette en quittant son armée pour venir
+protester à l'Assemblée contre les violences du 20 juin. Ce n'était là
+que la partie extérieure de sa démarche; lui et les constitutionnels
+auraient voulu faire plus[1]. Leur désir et leur projet étaient de
+décider le Roi à partir pour l'armée, en portant, s'il le fallait, une
+division du général la Fayette sur Compiègne pour favoriser le départ
+de la famille royale, que les gardes suisses et les bataillons les
+plus fidèles de la garde nationale auraient aidée à sortir de Paris,
+malgré l'Assemblée. Ce plan, déjà conçu dans le mois de mai 1792, fut
+repris avec plus d'insistance à la fin de juin; mais il échoua, et il
+devait échouer, parce qu'il y avait trop d'ombrages entre le Roi et
+les chefs du parti constitutionnel; le passé les séparait par des
+souvenirs qui devenaient à la fois des appréhensions et des rancunes.
+Au fond, ce qu'ils proposaient à Louis XVI, c'était de se confier
+d'une manière absolue à leur génie politique, à leur énergie, à leur
+fidélité, et de refaire avec le général la Fayette la seconde édition
+de ce voyage de Varennes qui avait manqué avec un homme bien autrement
+résolu, le comte de Bouillé. Or, le Roi, la Reine et Madame Élisabeth
+croyaient peu au génie politique des constitutionnels, moins encore à
+leur énergie dans l'action, et, si l'on en excepte quelques-uns, comme
+le loyal Malouet, auquel ils accordaient une confiance méritée, ils se
+méfiaient de leur fidélité. En outre, le souvenir du funeste dénoûment
+du voyage de Varennes planait comme une ombre néfaste sur l'esprit du
+Roi, et augmentait ses répugnances. Au moins, à l'époque de ce voyage,
+Louis XVI acceptait les chances périlleuses de la fuite pour aller
+régner; en juin ou en juillet 1792, il ne les eût acceptées que pour
+aller abdiquer[2] son pouvoir entre les mains des constitutionnels,
+parti en général honnête, mais peu pratique, qui ne lui présentait ni
+un homme de gouvernement ni un homme d'action.
+
+[Note 1: «M. la Fayette, qui jugeoit plus sainement alors l'état des
+choses qu'au commencement de la révolution, dit Malouet, étoit de
+bonne foi dans son désir de se consacrer au salut du Roi et de la
+Constitution, après avoir contribué à mettre l'un et l'autre fort en
+péril. Il étoit sûr de son armée et de celle de son collègue Luckner,
+si le Roi consentoit à se mettre à leur tête. Il étoit venu au mois de
+mai à Paris pour lui en faire la proposition, et comme il savoit que
+Sa Majesté avoit confiance en moi, il me fit demander un rendez-vous
+chez madame la princesse d'Hénin, où étoient madame de Poix et madame
+de Simiane.» (_Mémoires de Malouet_, publiés par son petit-fils, t.
+II, p. 143.)]
+
+[Note 2: «Il étoit bien entendu, dit Malouet, que l'adhésion du Roi à
+l'acte constitutionnel et à ceux qui le défendoient seroit franche et
+entière.» Plus loin il ajoute: «Quels que furent les voeux, les
+espérances de la famille royale, rien ne peut justifier l'imprudence
+du Roi de s'être isolé sans défense au milieu de ses ennemis, de
+n'avoir su ni voulu rallier à lui un parti national.»
+
+Malouet, malgré ses bonnes intentions, retombe ici dans la logomachie
+qui fit tant de mal à cette époque. Où était ce parti national?
+Savait-il ce qu'il voulait, ce qu'il faisait? Avant et après Varennes,
+n'avait-il pas traité le Roi en ennemi?]
+
+Voilà la première raison du refus qu'opposa Louis XVI aux propositions
+du parti constitutionnel et du général la Fayette dans le mois qui
+précéda le 10 août, et si Madame Élisabeth n'eut pas à se prononcer
+directement, il est vraisemblable qu'elle donna à la décision de son
+frère une pleine adhésion[3]. Personne moins que cette princesse
+n'avait de confiance dans les esprits chimériques du parti
+constitutionnel, et ne leur reconnaissait moins la puissance de faire
+remonter à la monarchie la pente au bas de laquelle ils avaient tant
+contribué à la précipiter. Il faut ajouter que la manière dont le
+général la Fayette avait été reçu à Paris, et la précipitation avec
+laquelle il avait été obligé de rejoindre son armée, n'étaient pas de
+nature à donner confiance dans sa force[4].
+
+[Note 3: C'est la conviction de l'honnête Malouet: «Croira-t-on,
+dit-il, que le Roi, qui avoit l'esprit juste; que la Reine, qui ne
+manquoit ni de lumière ni de courage; que Madame Élisabeth, qui en
+avoit beaucoup, se réduisissent volontairement, au milieu des plus
+grands dangers, à une complète inaction?»]
+
+[Note 4: La Reine écrivait le 4 juillet au comte de Mercy: «Vous
+connoissez déjà les événements du 20 juin, notre position devient tous
+les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un côté,
+foiblesse et inertie de l'autre. On ne peut compter ni sur la garde
+nationale ni sur l'armée; on ne sait s'il faut rester à Paris ou se
+jeter ailleurs.» La journée du 10 août donna tristement raison à la
+Reine pour la garde nationale; la nécessité où fut le général la
+Fayette de s'enfuir et d'émigrer après le 10 août lui donna tristement
+raison pour l'armée. Malouet dit lui-même: «Dans Paris, où la majorité
+constitutionnelle étoit encore plus nombreuse que dans l'Assemblée, ce
+fut la plus vile populace et les scélérats dont elle suivait
+l'impulsion qui se montrèrent les plus forts, et imprimèrent à tous
+les citoyens la terreur qui les a dominés pendant tout le cours de la
+révolution.» (Arneth, _Marie-Antoinette_, Joseph und Leopold, p.
+265.)]
+
+Le second motif qui empêcha le Roi et la famille royale d'accepter le
+plan des constitutionnels, au succès duquel ils ne croyaient pas,
+c'est qu'ils avaient des espérances ailleurs. Malouet indique quelles
+étaient ces espérances. D'abord, la Reine comptait sur une déclaration
+de tous les rois de l'Europe, provoquée par l'Empereur son frère, qui
+rendrait l'Assemblée et Paris responsables de la vie du Roi et de
+celle de sa famille. «Je ne doute pas, dit-il, que la sécurité et les
+espérances de la Reine et de Madame Élisabeth ne se rattachassent aux
+secours des puissances étrangères que le Roi n'a jamais provoqués
+qu'avec beaucoup de circonspection et en se flattant toujours
+d'écarter une guerre nationale.» Puis il ajoute en faisant ressortir
+les inconvénients de cette combinaison, dont les scrupules
+patriotiques du Roi diminuaient encore les chances de réussite:
+«Cette combinaison étoit aussi inconséquente que toutes les autres.
+Il n'y avoit rien de précis, rien de complet dans son plan; les
+pouvoirs secrets donnés au baron de Breteuil étoient éventuels, plus
+vagues qu'illimités; ils n'appeloient point les armées étrangères ni
+les corps d'émigrés rassemblés au dehors; ils tendoient à une
+médiation des alliés de la France.»
+
+Ces observations de Malouet sont justes, excepté dans leur application
+à Madame Élisabeth, qui ne compta jamais sur les secours du dehors;
+mais elles prouvent seulement combien la position du Roi et de sa
+famille était difficile. Quoi qu'il fît, il y avait de graves
+inconvénients à ce qu'il ferait, et la pluralité des moyens entre
+lesquels on hésitait était un inconvénient de plus, parce qu'elle
+divisait les forces et l'attention, et une preuve qu'il n'y avait pas
+de solution qui s'imposât, puisqu'on était ballotté d'expédient en
+expédient. Il y avait en effet, outre la combinaison constitutionnelle
+et la combinaison européenne, une troisième combinaison contre
+laquelle Malouet s'élève avec beaucoup de force: «Je dois le dire en
+le déplorant, s'écrie-t-il, une foule d'intrigants ou de gens
+officieux entouroient la famille royale; leur zèle aveugle, indiscret,
+sans moyens, créoit des espérances de contre-révolution, entretenoit
+au nom du Roi des rapports dangereux avec les plus furieux Jacobins,
+avec divers membres de l'Assemblée. Guadet, Vergniaud, Pétion,
+Santerre, étoient admis à cette correspondance. Nous ne fûmes
+instruits qu'au dernier moment de cette misérable intrigue, et nous
+sûmes par le Roi lui-même, quelques jours avant le 10 août, que Pétion
+et Santerre avoient promis d'empêcher l'insurrection moyennant sept
+cent cinquante mille livres, qui servirent à la payer.»
+
+Ces dernières et curieuses révélations achèvent de caractériser la
+position du Roi et de la famille royale au moment du 10 août, et font
+comprendre les hésitations prolongées de Louis XVI. Les empiriques
+accouraient; chacun avait sa panacée, comme il arrive pour les malades
+désespérés. Malheureusement, et c'est ce que Malouet n'a pu voir, n'a
+pas vu, les constitutionnels, qui n'avaient plus la majorité dans
+l'Assemblée et qui parlaient de faire sortir le Roi de Paris malgré
+elle et de l'entourer de l'armée, dont ils étaient peu sûrs, comme
+l'événement le prouva après le 10 août, n'étaient pas moins empiriques
+que les autres, et leurs moyens n'étaient pas moins aventureux. Une
+circonstance fortifia la répugnance presque insurmontable du Roi à
+quitter Paris. Les chefs du parti extrême, y compris le _vertueux_
+Pétion (Louis XVI l'avait éprouvé), n'étaient pas incorruptibles.
+Sachant que leurs âmes étaient vénales, il crut moins à leur
+fanatisme, et méprisa plus ces conducteurs de la populace qu'il ne les
+craignit[5]. Louis XVI ne calcula pas assez que ces despotes de la rue
+deviennent eux-mêmes les esclaves des passions qu'ils ont surexcitées:
+ils ne conduisent pas, ils marchent devant, parce qu'ils sont poussés.
+
+[Note 5: «Le Roi, dit Malouet, n'avoit pas contre les constitutionnels
+une aversion aussi prononcée que la Reine et Madame Élisabeth; mais il
+ne s'y fioit pas, et croyoit pouvoir éviter de s'en rapprocher. Le
+parti jacobin leur inspiroit plus de mépris que de crainte..... Ils
+supposoient les révolutionnaires plus corrompus que fanatiques. (Tome
+II, page 157.)]
+
+Ce fut ainsi qu'on traversa sans parti pris, parce qu'on en avait
+plusieurs à prendre, les suprêmes journées que la monarchie eut à
+parcourir avant d'aller se briser contre l'écueil qui devenait de plus
+en plus visible pour les yeux clairvoyants. De temps en temps et de
+distance en distance, la voix des vigies s'élevait pour avertir que le
+péril grandissait et qu'on approchait du moment fatal. Ce fut ainsi
+que madame de Staël prit une honorable initiative dont la postérité
+doit tenir compte à sa mémoire. «En 1792, dit Malouet, qui la
+connaissait et l'aimait depuis son enfance, elle en étoit, comme bien
+d'autres, aux regrets et au désir de réparer les torts qui pouvoient
+être reprochés à elle-même ou aux siens. Elle m'écrivit dans les
+premiers jours de juillet pour me prier de passer chez elle; je m'y
+rendis. Je la trouvai fort agitée des scènes horribles qui s'étoient
+passées et de celles qui se préparoient, car nous étions tous
+instruits du projet arrêté pour une insurrection générale contre la
+cour dans le commencement d'août. Après quelques réflexions
+douloureuses sur cet état de choses, madame de Staël me dit avec la
+chaleur qui lui est propre: «Le Roi et la Reine sont perdus, si l'on
+ne vient promptement à leur secours, et je m'offre pour les sauver;
+oui, moi qu'ils considèrent comme une ennemie, je risquerois ma vie
+pour leur salut, et je suis à peu près sûre d'y parvenir sans leur
+faire courir aucun risque ni à moi-même. Écoutez-moi; ils ont
+confiance en vous. Voici mon projet, qui peut s'exécuter dans trois
+semaines en commençant dans deux jours les préliminaires: il y a une
+terre à vendre près de Dieppe[6]; je l'achèterai; je mènerai à chaque
+voyage un homme sûr à moi, ayant à peu près la taille et la figure du
+Roi, une femme de l'âge et de la tournure de la Reine, et mon fils,
+qui est de l'âge du Dauphin. Vous savez de quelle faveur je jouis
+parmi les patriotes. Quand on m'aura vue voyager avec cette suite deux
+fois, il me sera facile d'amener une troisième fois la famille royale,
+car je puis fort bien voyager avec mes deux femmes, et Madame
+Élisabeth sera la seconde. Voyez si vous voulez vous charger de la
+proposition; il n'y a pas de temps à perdre; rendez-moi ce soir ou
+demain la réponse du Roi.»
+
+[Note 6: La terre de Lamotte, appartenant au duc d'Orléans, qui
+cherchait en effet à la vendre. Le parc s'étendait jusqu'au bord de la
+mer.]
+
+Après avoir raconté sa conversation avec madame de Staël, Malouet
+poursuit ainsi: «Le projet me parut excellent, autant que le sentiment
+qui l'avoit suggéré. J'allai sur-le-champ trouver M. de la Porte,
+intendant de la liste civile. En lui confiant ce que je venois
+d'entendre, je l'engageai à me mener par un escalier dérobé chez le
+Roi. Il s'y rendit seul pour m'annoncer, et j'attendois dans un
+cabinet qu'on vînt m'avertir; mais au bout d'une demi-heure, je le vis
+descendre fort triste. Le Roi et la Reine, craignant que j'insistasse
+sur la proposition de madame de Staël, ne demandaient point à me voir.
+M. de la Porte ne me conseilla point de monter; il me dit que le Roi
+et la Reine n'accepteroient jamais aucun service de madame de Staël;
+qu'ils me chargeoient cependant de lui dire qu'ils étoient
+très-sensibles à ce qu'elle vouloit faire pour eux; qu'ils ne
+l'oublieroient jamais; mais qu'ils avoient des raisons pour ne point
+quitter Paris; qu'ils en avoient aussi de ne pas s'y croire dans un
+danger imminent.
+
+»M. de la Porte me confia alors, sans aucun détail, qu'on étoit en
+négociation avec les principaux Jacobins; que, moyennant de l'argent,
+ils se chargeoient de contenir le faubourg Saint-Antoine.»
+
+Ce sont les objections plus haut exposées qui reviennent.
+Non-seulement le Roi et la Reine croyaient de leur dignité de ne pas
+devenir les obligés des personnes qui les avaient offensés, mais ils
+ne croyaient pas encore leur fortune descendue à un tel degré qu'ils
+n'eussent plus qu'à sauver leur vie en renonçant à cette couronne,
+héritage de leur fils. Fuir sur le bord de la mer, c'était bientôt
+émigrer, c'était abdiquer.
+
+Malouet en convient lui-même, comme on va le voir par la suite de son
+récit: «Je fis sentir à M. de la Porte, continue-t-il, combien il
+étoit fou, coupable même de compter sur de telles ressources; que les
+choses en étoient au point qu'il falloit s'assurer de moyens positifs
+de résistance et de salut; que la prépondérance des Jacobins à Paris,
+leurs projets, leur audace et la férocité de la populace
+révolutionnaire menaçoient évidemment la vie du Roi et de la famille
+royale; qu'il n'y avoit aucun moyen de leur échapper si on ne les
+prévenoit avant l'arrivée des Marseillais, que nous savions être
+mandés par le comité de la Commune. Je lui dis qu'au défaut du projet
+de madame de Staël, M. de Montmorin s'étoit assuré de M. de Liancourt,
+qui commandoit à Rouen et qui avoit quatre régiments à ses ordres;
+qu'il seroit facile de les porter à Pontoise, où les gardes suisses
+pouvoient conduire Leurs Majestés. Je n'eus pas de peine à convaincre
+l'honnête et bon de la Porte; nous convînmes que j'écrirois au Roi,
+dans le plus grand détail, tout ce que je pensois des dangers de sa
+position et des mesures à prendre pour en sortir. Il se chargea de lui
+remettre ma lettre; j'allai la concerter avec M. de Montmorin, et je
+n'y oubliai rien. Nous avions depuis le 21 juin arrangé avec
+l'ordonnateur de la marine du Havre, M. de Mistral, dévoué au Roi,
+l'armement d'un yacht qui auroit reçu la famille royale à Rouen, et
+l'eût portée d'abord au Havre, _et, à la dernière extrémité, en
+Angleterre_. Ma lettre étoit forte, pressante, très-détaillée sur les
+dangers qui menaçoient la famille royale et sur les moyens qui nous
+restoient. Je conjurois le Roi, par toutes les raisons qu'il est
+inutile de rappeler ici, de prendre un parti ferme et prompt, de nous
+laisser le soin de préparer son évasion, ainsi que la liberté d'agir
+auprès des royalistes réunis à Paris et des gardes nationales
+dévouées, telles que les bataillons des Filles Saint-Thomas et des
+Petits-Pères.»
+
+On éprouve une douloureuse curiosité de connaître la réponse du Roi à
+cette proposition. La voici; elle est remarquable, parce qu'elle
+indique en deux mots les deux objections capitales que soulève le plan
+de Malouet:
+
+«Ma lettre, continue celui-ci, fut remise au Roi par M. de la Porte
+après son dîner, dans le cabinet de la Reine, où il étoit avec la
+princesse et Madame Élisabeth. Le Roi la lut sans mot dire, sans la
+communiquer, et il se promenoit à grands pas dans la plus vive
+anxiété. La Reine lui demanda de qui étoit cette lettre. Sa Majesté
+répondit: «Elle est de M. Malouet; je ne vous la communique pas, parce
+qu'elle vous troubleroit. Il nous est dévoué, mais il y a de
+l'exagération dans ses inquiétudes et peu de sûreté dans ses moyens...
+Nous verrons; rien ne m'oblige encore à prendre un parti hasardeux.
+L'affaire de Varennes est une leçon.»
+
+Louis XVI se faisait illusion sur un seul point, c'était quand il
+taxait d'exagération les inquiétudes de Malouet sur la gravité de la
+situation. Quant au reste, il avait raison; c'était un parti bien
+hasardeux: il jouait dans une bataille presque inévitable sa couronne
+d'abord, sa vie et celle de sa famille ensuite, et avec combien peu de
+chances de son côté, combien peu de sûreté dans les moyens! Pour que
+ce plan réussît, il fallait supposer l'invraisemblable, presque
+l'impossible; d'abord que tous ces mouvements, faciles à combiner sur
+le papier, s'exécutassent avec la même facilité dans une ville où tous
+les esprits étaient en éveil, où toutes les passions fermentaient, où
+les comités populaires avaient une police qui surveillait le château,
+trahi par des serviteurs infidèles, où l'on soupçonnait des projets de
+fuite, même quand le Roi ne voulait pas fuir;--ensuite, que la garde
+nationale, qui fut si peu nombreuse au 10 août, quand le Roi avait
+pour lui la légalité, la municipalité, le département, et en apparence
+l'Assemblée, se montrât plus nombreuse, plus hardie, en présence d'une
+convocation illégale, en agissant contre la volonté de l'Assemblée en
+dehors de l'initiative de la municipalité et du département. Il
+fallait enfin que les quatre régiments de M. de Liancourt, travaillés
+par les progrès incessants de l'esprit révolutionnaire, fussent plus
+dévoués, plus solides, plus résolus que ne l'avaient été un an
+auparavant, lors de Varennes, les troupes de M. de Bouillé, qui
+avaient montré tant d'hésitation là où elles s'étaient trouvées en
+contact avec la population, parlons plus exactement, qui étaient
+entrées en défection. Disons tout d'un mot: il fallait que la
+résolution, l'initiative, la force, toutes les chances qui
+appartenaient aux révolutionnaires passassent tout d'un coup aux
+constitutionnels; que ceux-ci fissent tout ce qu'il y avait à faire,
+et que ceux-là n'empêchassent point ce qu'il leur était facile
+d'empêcher. Si le Roi se faisait des illusions sur la gravité de la
+situation, Malouet ne s'en faisait donc pas moins sur les chances de
+réussite de son plan et sur les moyens dont disposait le parti
+constitutionnel.
+
+Mais Louis XVI poussait-il la confiance, à la fin du mois de juillet,
+aussi loin que semble le supposer Malouet? La suite du récit de
+celui-ci, dans lequel Madame Élisabeth va paraître, prouve, ce semble,
+le contraire: «La Reine et Madame Élisabeth n'ayant rien répondu (au
+Roi), dit-il, cet état d'embarras et de silence détermina M. de la
+Porte à se retirer, et on le laissa partir sans lui faire une
+question, sans le charger d'une réponse. Lorsqu'il nous rendit à M. de
+Montmorin et à moi tout ce qui s'était passé, celui-ci s'écria: «Il
+faut en prendre son parti, nous serons tous massacrés, et cela ne sera
+pas long!»
+
+»Quelques heures après cette explication, à deux heures du matin, le
+baron de Gilliers arrive fort effrayé dans ma chambre; il avoit la
+confiance de Madame Élisabeth, qui l'envoya chercher à minuit et lui
+dit: «Nous ignorons, la Reine et moi, ce que M. Malouet a écrit au
+Roi; mais il est si troublé, si agité, que nous désirons avoir
+connoissance de cette lettre. Rendez-vous chez M. Malouet, et priez-le
+de ma part de vous la confier, s'il en a la minute, ou de m'en envoyer
+le contenu.» Je remis la minute de ma lettre à M. de Gilliers, qui la
+porta à Madame Élisabeth. Cette princesse, après l'avoir lue, lui dit:
+«Il a raison, je pense comme lui: je préférerois ce parti-là à tout
+autre; mais nous sommes engagés dans d'autres mesures: Dieu sait ce
+qui arrivera!»
+
+Ainsi, Madame Élisabeth, si hasardeux que fût le parti, si peu sûrs
+que fussent les moyens, aurait préféré cette sortie armée de Paris à
+toutes les autres combinaisons; mais elle se soumettait à la volonté
+de son frère, engagé dans d'autres mesures.
+
+Après avoir lu ces détails, il est impossible de ne pas trouver la
+conclusion de Malouet sévère jusqu'à la dureté, jusqu'à l'injustice:
+
+«Ce n'est pas seulement la foiblesse du Roi et son indécision, dit-il,
+qui l'ont perdu, c'est surtout une disposition malheureuse de son
+caractère qui le portoit à une demi-confiance pour tous ceux de ses
+serviteurs qu'il estimoit, mais jamais à une confiance entière pour
+aucun. Madame Élisabeth, qui avoit plus de fermeté et d'esprit que son
+frère, participoit à ce triste défaut, et, chose encore plus
+singulière, la Reine, qui ne manquoit ni d'esprit ni de décision,
+étoit sur ce point à l'unisson avec le Roi et sa belle-soeur. Chacun
+d'eux avoit ses demi-confidents, ses agents, ses négociateurs, qui ne
+pouvoient se concerter sur rien et devoient se contrarier souvent;
+mais ce qui est tout à fait inconcevable quand on connoît bien tout ce
+qu'il y avoit de raison, d'instruction et de bons sentiments dans ces
+augustes personnes, c'est qu'à aucune époque de la révolution elles
+n'aient demandé ni accepté un plan de conduite, et pas même un plan de
+défense dans le dernier moment du péril.»
+
+Ce que ne comprenait point le parti constitutionnel, alors encore
+infatué de ses lumières et convaincu, malgré tant de fautes, de son
+infaillibilité, la postérité le comprendra peut-être. L'esprit du Roi,
+de la Reine et de Madame Élisabeth était perplexe, parce que la
+situation était profondément complexe. Dans cette situation funeste
+et inextricable, où l'on respirait la démence avec l'air, il n'y avait
+pas de plan raisonnable; tous ceux qu'on présentait étaient
+déraisonnables par quelque endroit, celui des constitutionnels comme
+les autres, on l'a vu. Le Roi, la Reine et Madame Élisabeth
+n'accordaient leur confiance entière et complète à personne, parce que
+personne ne la méritait, je ne veux point dire au point de vue du
+coeur (il y avait des coeurs nobles et dévoués à cette époque), mais
+au point de vue de la supériorité transcendante et de la capacité
+politique. Ils hésitaient à l'embranchement de plusieurs chemins qui
+pouvaient les conduire à l'abîme, parce qu'ils ne voyaient pas
+clairement une route de salut, et, au fond, personne ne la voyait
+mieux qu'eux. Quand on leur disait: «Le salut est là», ils
+regardaient; mais ils ne marchaient pas, parce qu'ils n'apercevaient
+pas le salut au bout de la voie où l'on voulait les entraîner. Ils
+prêtaient l'oreille à tous les expédients, parce que personne ne leur
+apportait la solution du problème. Au fond, les fautes de tous les
+partis, les passions et les préventions contraires avaient créé une
+situation insoluble; et quand Malouet vient dire que, «dans la
+position où étoit Louis XVI, il devoit sans doute se confier avant
+tout à l'armée nationale, se mettre à la tête des François qui
+vouloient le défendre et qui pouvoient anéantir une faction
+criminelle», il prouve une fois de plus que les constitutionnels
+prenaient les phrases pour des faits. Où était, en août 1792, l'armée
+nationale à la tête de laquelle le Roi pouvait se mettre? les
+Français, je parle des Français réunis, organisés, qui voulaient le
+défendre et qui étaient capables d'anéantir la faction des Jacobins?
+La journée du 10 août a répondu, la journée du 10 août qui ne fut pas,
+comme Malouet semble le croire, le résultat des tergiversations, des
+hésitations de la famille royale, mais la suite fatale d'une
+progression révolutionnaire dont le premier terme s'appelle les 5 et
+6 octobre, le second le 20 juin, le troisième le 10 août, qui mènera
+au 21 janvier. N'importe, on aime à savoir qu'il y avait à l'approche
+de cette terrible épreuve des coeurs généreux qui s'inquiétaient du
+sort réservé à la famille royale; qui, voyant venir la marée
+révolutionnaire destinée à l'emporter, s'agitaient pour trouver des
+digues, et qui briguaient la permission d'opposer leur poitrine au
+péril. Malouet, et ce sera l'honneur de sa vie, fut un de ces hommes.
+Il a raconté comment, jusqu'au dernier moment, dans la petite réunion
+qui avait lieu chez M. de Montmorin, on s'occupa de plans pour sauver
+la famille royale. «M. de Lally, dit-il, se trouvoit fréquemment de
+nos réunions chez M. de Montmorin, avec MM. de Malesherbes,
+Clermont-Tonnerre, Bertrand, la Tour-du-Pin et Gouverneur-Morris,
+envoyé des États-Unis, pour qui le Roi avait du goût, et qui donnait à
+Sa Majesté, mais aussi inutilement que nous, les conseils les plus
+vigoureux. C'est le 7 août que, pour la dernière fois, nous dînâmes
+ensemble. Au moment de nous séparer, nous nous fîmes tous un dernier
+adieu. Notre conférence avait pour objet de tenter un nouvel effort
+pour faire enlever par les Suisses la famille royale et la conduire à
+Pontoise. Avertis fort en détail de tous les préparatifs du 10 août,
+nous étions assemblés dès le matin chez M. de Montmorin. Il avoit
+écrit au Roi pour lui en faire part, et lui dire qu'il n'y avoit plus
+à reculer; que nous nous trouverions le lendemain avant le jour, au
+nombre de soixante-dix, aux grandes écuries, où l'ordre devoit être
+donné de nous livrer des chevaux de selle; que la garde nationale des
+Tuileries, commandée par Aclocque, aideroit à notre expédition; que
+quatre des compagnies des gardes suisses partiroient à la même heure
+de Courbevoie pour venir à la rencontre du Roi; que nous
+l'escorterions aux Champs-Élysées, où il monteroit en voiture avec sa
+famille. Le porteur de la lettre étant revenu sans réponse, M. de
+Montmorin se rendit sur-le-champ chez le Roi; Madame Élisabeth lui
+apprit que l'insurrection n'auroit point lieu; que Santerre et Pétion
+s'y étoient engagés; qu'ils avoient reçu sept cent cinquante mille
+livres pour l'empêcher et ramener les Marseillais dans le parti de Sa
+Majesté. Le Roi n'en étoit pas moins inquiet, agité, mais décidé à ne
+pas quitter Paris..... Il aimoit mieux s'exposer à tous les dangers
+que de commencer la guerre civile.»
+
+Ce furent les dernières paroles du Roi. Il ne voulait pas commencer la
+guerre civile; il ne voulait point quitter Paris, parce que, il le
+sentait bien: quitter Paris, c'était quitter la France. On a admiré à
+juste titre la trivialité patriotique d'un fougueux révolutionnaire
+répliquant à qui lui conseillait de fuir: «Est-ce qu'on emporte sa
+patrie à la semelle de ses souliers?» Mais si les souliers de Danton
+tenaient à la terre de France, Louis XVI, le descendant de tant de
+rois français, y tenait par toutes les fibres de son coeur. Ainsi, le
+10 août devait s'accomplir; il s'était accompli: Louis XVI et sa
+famille étaient au Temple.
+
+Avant de suivre la famille royale dans son triste séjour, arrêtons un
+moment nos regards sur les triomphateurs du 10 août. Le cynisme
+jacobin, qui devait plus tard envahir l'histoire et faire longtemps
+illusion à la postérité, débordait dans les écrits et dans les
+correspondances de ceux qui avaient pris une part plus ou moins
+directe à cette journée. Elle acquérait dans leur imagination
+échauffée les proportions d'une grande bataille, et les grotesques
+Tyrtées du 10 août chantaient, aux dépens de la vérité et de
+l'orthographe[7], cette victoire que la longanimité de Louis XVI et sa
+résolution inébranlable de ne pas faire couler le sang français
+avaient rendue si facile.
+
+[Note 7: Voir à la fin du volume aux pièces justificatives, nº I.]
+
+La petite tour du Temple, que la révolution assignait pour demeure à
+la famille royale, formait un carré long flanqué de deux tourelles et
+adossé à la grande tour, sans communication intérieure.
+
+La porte d'entrée, précédée de quatre marches extérieures, était
+étroite et basse, donnant sur un palier, au fond duquel s'ouvrait
+l'escalier, taillé en coquille de limaçon. Cette porte, reconnue trop
+frêle, fut raffermie par de fortes traverses et des verrous apportés
+des prisons du Châtelet. A gauche, en entrant, était la loge de deux
+portiers, Risbey et Rocher. Le rez-de-chaussée n'avait que deux
+pièces: une cuisine, dont on ne fit aucun usage, et une grande chambre
+qui servait d'entrepôt aux archives. Le premier se composait d'une
+antichambre et d'une salle à manger communiquant à un cabinet pris
+dans la tourelle, où se trouvait une bibliothèque. Mesdames Thibaud,
+Basire et Navarre couchèrent dans cette salle pendant les sept jours
+qu'elles restèrent dans cette maison d'arrêt.
+
+Au second étage, on entrait dans une antichambre fort sombre, où
+couchait la princesse de Lamballe. A gauche, la Reine occupait avec sa
+fille une chambre dont la fenêtre avait jour sur le jardin; dans cette
+chambre, moins triste que les autres, la famille royale passait
+habituellement presque toute la journée. A droite, dans une même
+chambre, couchaient le jeune prince, madame de Tourzel et madame
+Saint-Brice. On était obligé de traverser cette pièce pour entrer dans
+le cabinet de la tourelle, qui servait de garde-robe à tout ce corps
+de bâtiment, et qui était commun aux municipaux et aux soldats, aussi
+bien qu'à la famille royale.
+
+La distribution du troisième étage était la même que celle du second.
+L'antichambre placée au-dessus de la chambre de madame de Lamballe
+servait de corps de garde. En face, derrière une cloison, se trouvait
+un réduit étroit n'ayant de jour que par un châssis à vitrage adapté
+au toit. Ce fut là que s'établirent Hue et Chamilly. A droite de
+l'antichambre on entrait dans la chambre du Roi, éclairée par deux
+fenêtres dont l'une donnait sur la rotonde du Temple; le lit de Louis
+XVI était placé dans une alcôve à droite en entrant. La petite pièce
+de la tourelle lui servait de cabinet de lecture.
+
+Vis-à-vis de la chambre du Roi, et de l'autre côté de l'antichambre,
+était une ancienne cuisine qui contenait encore les ustensiles
+appropriés à sa première destination, dénoncée en outre par l'affreuse
+malpropreté qui y régnait. On devine que ce fut là le logement de
+Madame Élisabeth, car la plus mauvaise place était toujours la sienne.
+«Cette princesse, qui joignoit, raconte madame de Tourzel, à une vertu
+d'ange une bonté sans pareille, dit sur-le-champ à Pauline qu'elle
+vouloit se charger d'elle, et fit placer dans sa chambre un lit de
+sangle à côté du sien. Nous ne pourrons jamais oublier toutes les
+marques de bonté qu'elle en reçut pendant le temps qu'il nous fut
+permis d'habiter avec elle ce triste séjour.» Madame Élisabeth était
+clairvoyante dans ses affections, et si elle aimait particulièrement
+cette jeune et intéressante personne, c'est qu'elle avait entrevu tout
+ce qu'il y avait de force et de courage dans cette jeune âme.
+
+Afin de donner au lecteur une idée plus précise et plus détaillée de
+ce local, nous mettons sous ses yeux le plan du troisième étage de la
+petite tour, avec la description de son mobilier.
+
+[Illustration: PETITE TOUR.--TROISIÈME ÉTAGE.--_LE ROI_ et _MADAME
+ÉLISABETH_.
+
+ A. Antichambre.
+ B. Chambre et lit de MM. Hue et Chamilly.
+ C. Chambre du Roi.
+ 1. Lit du Roi à deux dossiers, avec ciel de lit de camelot
+ rouge et jaune.
+ 2. Commode en marqueterie, à dessus de marbre blanc.
+ 3. Grand canapé de velours cramoisi.
+ 4. Grande table à manger.
+ 5. Un buffet à quatre ventaux.
+ 6. Un guéridon avec dessus de marbre blanc.
+ Quatre fauteuils de velours d'Utrecht cramoisi.
+ Six chaises de paille.
+ D. Cabinet de lecture du Roi, avec banquettes circulaires
+ de taffetas lilas, en draperie avec franges et glands.
+ E. Cabinet de toilette.
+ 7. Armoire remplie d'estampes.
+ F. Ancienne cuisine, chambre de Madame Élisabeth.
+ 8. Lit de Madame Élisabeth.
+ 9. Lit de mademoiselle Pauline de Tourzel.
+ 10. Table.
+ 11. Un cabriolet de coton rouge, lilas et blanc.
+ Trois chaises.
+ G. Corps de garde.]
+
+Arrivés au Temple dans la soirée du lundi 13 août (et non du 14 comme
+l'ont écrit M. Hue et quelques autres), puis introduits de nuit dans
+la tour, les prisonniers ne purent prendre que le lendemain matin une
+connaissance exacte de la distribution de leur nouvelle demeure. Ils
+apprirent que, d'après les ordres du conseil de la Commune[8], des
+travaux considérables allaient être entrepris pour isoler et
+fortifier leur prison. Dans la journée même, le patriote Palloy,
+accompagné de Sautot, son collègue, et de MM. Poyet et Paris,
+architecte et inspecteur des travaux de la Commune, vint examiner les
+localités. Déjà célèbre pour avoir démoli la Bastille, cette citadelle
+de la tyrannie, ce maçon ambitieux avait brigué la gloire de
+construire la prison du tyran. L'enclos fut livré à ses ouvriers. Les
+bâtiments qui attenaient au massif de la tour, les arbres qui
+l'avoisinaient le plus, disparurent sous la pioche et sous la hache.
+On masqua des fenêtres, on exhaussa les murs d'enceinte, on créa des
+guichets et des corps de garde; des travaux de tout genre entraînèrent
+des dépenses considérables[9].
+
+[Note 8: Séance du 13 août 1792.]
+
+[Note 9: Voir à ce sujet les registres de la Commune et les Archives
+de l'Empire.]
+
+Presque tous les captifs étaient arrivés au Temple dans un dénûment
+absolu. «Tous nos effets, raconte mademoiselle Pauline de Tourzel,
+avoient été pillés dans notre appartement des Tuileries, et je ne
+possédois que la robe que j'avois sur le corps lors de ma sortie du
+château. Madame Élisabeth, à qui l'on venoit d'en envoyer
+quelques-unes, m'en donna une des siennes. Comme elle ne pouvoit aller
+à ma taille, nous nous occupâmes à la découdre pour la refaire. Tous
+les jours, la Reine, Madame et Madame Élisabeth avoient l'extrême
+bonté d'y travailler; mais nous ne pûmes la finir avant de les
+quitter.» Cette privation du nécessaire obligeait les détenus d'avoir
+avec le dehors, tantôt pour un objet, tantôt pour un autre, des
+relations gênées par mille entraves et devenues bientôt suspectes. Les
+personnes honorées du privilége de suivre la famille royale dans le
+malheur furent dénoncées à la Commune, et celle-ci, dans sa séance du
+17 août, ordonna leur enlèvement de la tour. Manuel, touché du chagrin
+que cette mesure causait à la famille royale, essaya vainement de
+faire revenir le conseil général sur son arrêté.
+
+Dans la nuit du 19 au 20 se présentèrent au Temple deux officiers
+municipaux chargés d'emmener _toutes les personnes qui n'étaient pas
+membres de la famille Capet_. «Vers minuit, dit encore mademoiselle
+Pauline, nous entendîmes frapper à la porte de notre chambre. Madame
+Élisabeth se leva sur-le-champ, m'aida même à m'habiller, m'embrassa
+et me conduisit chez la Reine. Nous trouvâmes tout le monde sur
+pied.» La Reine prétendit que madame de Lamballe étant sa parente,
+l'arrêté de la Commune ne pouvait la concerner, mais tous ses efforts
+pour l'empêcher de partir furent inutiles. «Il n'y avoit qu'à obéir
+dans la position où nous étions, dit madame de Tourzel. Je remis entre
+les mains de la Reine ce cher petit Prince, dont on porta le lit dans
+sa chambre sans qu'il se fût réveillé. Je m'abstins de le regarder,
+afin de ne pas ébranler le courage dont nous allions avoir tant
+besoin, pour ne donner aucune prise sur nous, et revenir reprendre,
+s'il étoit possible, une place que nous quittions avec tant de regret.
+La Reine vint sur-le-champ dans la chambre de madame la princesse de
+Lamballe, dont elle se sépara avec une vive douleur. Elle nous
+témoigna, à Pauline et à moi, la sensibilité la plus touchante, et me
+dit tout bas: «Si nous ne sommes pas assez heureux pour vous revoir,
+soignez bien madame de Lamballe. Dans toutes les occasions
+essentielles prenez la parole, et évitez-lui autant que possible
+d'avoir à répondre à des questions captieuses et embarrassantes.»
+Madame étoit tout interdite et bien effrayée de nous voir emmener.
+Madame Élisabeth arriva de son côté, et se joignit à la Reine pour
+nous encourager. Nous embrassâmes pour la dernière fois ces augustes
+princesses, et nous nous arrachâmes, la mort dans l'âme, d'un lieu qui
+nous rendoit si chère la pensée de pouvoir leur être de quelque
+consolation....
+
+»Nous traversâmes les souterrains à la lueur des flambeaux; trois
+fiacres nous attendoient dans la cour. Madame la princesse de
+Lamballe, ma fille Pauline et moi, montâmes dans le premier, les
+femmes de la famille royale dans le second, et MM. de Chamilly et Hue
+dans le troisième. Un municipal étoit dans chaque voiture, qui étoit
+escortée par des gendarmes et entourée de flambeaux. Rien ne
+ressembloit plus à une pompe funèbre que notre translation du Temple
+à l'hôtel de ville.»
+
+Toutes les personnes entraînées ainsi à la barre de la Commune
+espéraient revenir au Temple après leur interrogatoire, les municipaux
+qui les conduisaient semblaient leur en donner l'assurance; mais il
+n'y eut que M. Hue qui, dans la journée du 20 août, fut réintégré à la
+tour. A six heures de l'après-midi, Manuel se présenta; il dit à Louis
+XVI que non-seulement il avait échoué dans ses démarches, mais qu'il
+avait le regret de lui annoncer que madame de Lamballe, madame et
+mademoiselle de Tourzel, Chamilly et les femmes de chambre, avaient
+été conduits à l'hôtel de la Force. Madame Élisabeth se mit aussitôt à
+préparer pour les nouvelles prisonnières de La Force les choses qui
+leur étaient le plus nécessaires; la Reine voulut l'aider, et Manuel
+s'étonna de voir ces deux princesses faire des paquets de linge avec
+une simplicité touchante et un cordial empressement.
+
+Les pénibles nouvelles apportées par le procureur de la Commune
+interdisant tout espoir de revoir au Temple madame de Lamballe et
+mesdames de Tourzel, Madame Élisabeth quitta son logement du troisième
+étage et descendit s'établir dans la chambre déserte du Dauphin. Le
+lit de Marie-Thérèse, qui jusque-là avait passé les nuits près de sa
+mère, fut transporté dans la chambre de sa tante. De ce jour-là la vie
+de la famille royale prit une sorte d'uniformité.
+
+A six heures, Madame Élisabeth se levait; sa nièce ne tardait pas à
+suivre son exemple, et bien qu'elles s'aidassent mutuellement dans le
+soin de leur toilette, Madame Élisabeth apprenait à la jeune fille à se
+passer des mains d'autrui. Dès qu'elles entendaient les pas de M. Hue,
+qui, ayant fait la chambre du Roi, descendait vers huit heures pour
+disposer celle de la Reine, elles ouvraient leur verrou; la Reine, de
+son côté, en faisait autant, et voyait entrer chez elle avec M. Hue les
+commissaires constitués à la garde du Temple par la Commune. Ces
+officiers municipaux passaient la journée dans la chambre même de
+Marie-Antoinette et la nuit dans la pièce précédente, qui séparait cette
+chambre du logement de Madame Élisabeth. A neuf heures, celle-ci suivait
+la Reine et les enfants chez le Roi pour le déjeuner. Après les avoir
+servis, Hue redescendait pour faire les chambres de la Reine et des
+princesses. A dix heures, la famille se réunissait chez la Reine et y
+passait la journée. Louis XVI donnait à son fils des leçons de langue
+française, de langue latine, de géographie et d'histoire;
+Marie-Antoinette s'occupait de l'éducation de sa fille, et Madame
+Élisabeth lui enseignait le calcul et le dessin. Vers une heure, si le
+temps était beau, et quand Santerre était présent, la famille royale,
+accompagnée de quatre officiers municipaux, descendait au jardin;
+pendant la promenade, les enfants jouaient habituellement au palet ou au
+ballon, faible distraction à laquelle assez souvent mettait obstacle
+l'incertitude du temps ou l'absence du chef de la milice nationale. A
+deux heures, on remontait chez le Roi; on dînait; on descendait ensuite
+chez la Reine. C'était le moment de la récréation. Les jeux des enfants
+faisaient luire un rayon de gaieté sur l'horizon de la famille.
+Très-souvent aussi, à cette heure, Madame Élisabeth proposait à son
+frère une partie de piquet ou de tric-trac, afin de l'arracher à ses
+lectures et à son travail, auxquels il était toujours pressé de
+retourner. A sept heures, toute la famille prenait place autour d'une
+table, pour écouter la lecture que faisaient alternativement la Reine et
+Madame Élisabeth d'un livre d'histoire ou de quelque ouvrage choisi pour
+instruire la jeunesse en l'amusant. Il n'était pas rare que des
+rapprochements imprévus avec leur situation vinssent réveiller des
+sentiments pénibles. Ces applications se renouvelèrent souvent à la
+lecture de _Cécilia_ (de mistress d'Arblay). A huit heures, M. Hue
+dressait le souper du Dauphin dans la chambre de Madame Élisabeth; la
+Reine venait y présider, et le reste de la famille suivait. Louis XVI
+lui-même, pour égayer un instant cette dernière heure de la journée, se
+plaisait parfois à proposer des énigmes empruntées à quelques vieux
+_Mercure de France_ qu'il avait trouvés dans la bibliothèque de la tour.
+L'intelligence des enfants surprenait souvent le mot caché, et le sombre
+intérieur s'éclaircissait un instant à leur radieux sourire. Le petit
+Prince faisait ensuite sa prière, et Hue le couchait. La Reine et Madame
+Élisabeth restaient tour à tour auprès de lui. Après avoir servi le
+souper de la famille, Hue portait à manger à celle des deux princesses
+qui était de garde. Louis XVI, en sortant de table, revenait auprès de
+son fils; après quelques moments, il serrait à la dérobée la main de sa
+femme et de sa soeur, leur adressait un muet adieu, recevait les
+caresses de ses enfants, et remontait dans sa chambre. Marie-Antoinette
+et Madame Élisabeth, demeurées ensemble, prenaient pendant quelques
+instants leur ouvrage de tapisserie ou profitaient de l'heure où le Roi
+et les deux enfants reposaient pour réparer les habits de la famille.
+Madame Royale se couchait, et, comme son frère, elle ne tardait pas à
+s'endormir; alors, après un tendre bonsoir, les deux soeurs se
+quittaient pour se reposer. L'un des deux municipaux de service restait
+dans la pièce qui séparait leurs chambres, l'autre avait suivi le Roi.
+Ces commissaires étaient relevés à onze heures du matin, à cinq heures
+du soir et à minuit. Louis attendait pour se coucher que le nouveau
+commissaire fût arrivé, et s'il ne l'avait point encore vu, il priait
+Hue de lui demander son nom; puis la nuit enveloppait le vieux donjon du
+Temple, et le sommeil des prisonniers était souvent aussi paisible que
+leur conscience. Je me trompe: quelquefois, pendant une grande partie de
+la nuit, une femme y veillait en cachette, et à l'insu de tous, excepté
+de Hue, son complice obligé, raccommodait à la lueur d'une bougie le
+seul vêtement que possédaient le Roi et le Dauphin, et que le fidèle
+serviteur lui avait apporté à minuit. Plus d'une fois les commissaires
+de la Commune fouillèrent un vêtement qui sortait à six heures du matin
+de la chambre de Madame Élisabeth.
+
+Cette pénurie n'était pas le seul tourment de la famille royale: des
+vexations et des outrages de tout genre s'y mêlaient. Madame Élisabeth
+ne pouvait voir sans indignation que le Roi et la Reine ne
+descendaient plus au jardin sans être insultés. C'étaient d'abord
+Rocher et Risbey qui, la pipe à la bouche, les regardaient passer au
+guichet entre deux bouffées de fumée.
+
+C'étaient ensuite les gardes du service extérieur, qui, placés au bas
+de la tour, affectaient de se couvrir et de s'asseoir quand ils
+passaient, puis de se lever et de se découvrir quand ils étaient
+passés. La multitude d'ouvriers employés dans l'enceinte du Temple à
+la démolition des maisons et aux constructions des nouveaux murs ne
+permettait de donner pour promenade aux prisonniers qu'une partie de
+l'allée des marronniers. Le petit Prince y trouvait un peu d'exercice;
+mais le prix auquel ce précieux avantage était acheté pour lui par ses
+parents remplissait de larmes le coeur de Madame Élisabeth.
+
+Louis XVI, malgré ses demandes réitérées, n'avait pu obtenir la
+lecture des journaux. Un moyen fut tenté pour suppléer à leur absence.
+Le soir, des colporteurs venaient crier aux abords du Temple le
+sommaire des articles intéressants que contenaient les gazettes qu'ils
+vendaient. Au premier cri qu'il entendait, M. Hue montait dans la
+tourelle; là, se hissant à la hauteur d'une fenêtre aux deux tiers
+bouchée, il s'y cramponnait jusqu'à ce qu'il eût saisi le sens des
+principales nouvelles. Il descendait alors dans l'antichambre de la
+Reine; Madame Élisabeth au même instant passait dans sa chambre; Hue
+l'y suivait sous un prétexte quelconque et lui communiquait ce qu'il
+venait d'apprendre. Rentrée dans la chambre de Marie-Antoinette,
+Madame Élisabeth se plaçait au balcon de la seule fenêtre du Temple
+qui n'avait pas été condamnée dans la majeure partie de son ouverture;
+le Roi, sans que les commissaires en prissent ombrage, allait à cette
+fenêtre comme pour respirer; sa soeur lui transmettait ce que son
+valet de chambre lui avait dit, et c'est ainsi que l'héritier de Louis
+XIV, à force de combinaisons et de subterfuges, parvenait à connaître
+une parcelle des événements qui agitaient son empire. C'est par cette
+voie qu'il fut instruit de la mort de M. de Laporte, intendant de la
+liste civile[10], et de celle de M. Durosoi, rédacteur de _la Gazette
+de Paris_[11]. Disons aussi que parmi ces colporteurs de tristes
+nouvelles se glissaient parfois des crieurs affidés envoyés par
+quelques amis ignorés. Louis XVI entendit un jour chanter dans la rue
+cet air fort connu alors: «Henri, bon Henri, ton fils est prisonnier
+dans Paris»; et Madame Élisabeth ne put imputer qu'à une amitié du
+dehors l'air du _Pauvre Jacques_ que des joueurs de vielle firent plus
+d'une fois arriver à son oreille. Ce chant mélancolique, reflet d'un
+affectueux souvenir, faisait battre son coeur; mais les sons
+s'éteignaient bientôt et s'évanouissaient plus fugitifs que l'émotion
+qu'ils avaient fait naître.
+
+[Note 10: On avait pendu Favras sur la place de Grève, on y avait
+amené les restes palpitants de Flesselles et de de Launay: mais la
+révolution ne voulut pas que le palais du peuple fût souillé du sang
+de ses ennemis. Elle reporta ce spectacle devant le palais des rois.
+Le 24 août, M. de Laporte fut décapité sur la grande place du
+Carrousel, vis-à-vis du château des Tuileries. Il était âgé de
+quarante-neuf ans. C'était lui qui, le 22 juin 1791, avait remis à
+l'Assemblée nationale la déclaration que Louis XVI avait écrite avant
+de partir pour Varennes. Il avait entendu sa condamnation sans
+trouble; il monta sur l'échafaud avec dignité. Là, se tournant vers le
+peuple, il dit avec douceur: «Citoyens, soyez sûrs que je meurs
+innocent; car je ne puis regarder comme un crime ma fidélité à mon
+Roi: puisse mon sang, que vous désirez, vous donner plus de bonheur et
+rendre la paix à ma patrie!»]
+
+[Note 11: Marchant à la mort le 25 août, fête de saint Louis, Durosoi
+s'écria: «Il est beau pour un royaliste comme moi de mourir le jour de
+saint Louis.»]
+
+Le Roi voyant avec regret que le service à la Tour roulait entièrement
+sur M. Hue, et craignant que ses forces cessassent de répondre à son
+dévouement, fit demander au conseil de la Commune d'envoyer au Temple
+un homme propre aux ouvrages de peine. La Commune nomma pour ce
+service un ancien commis aux barrières appelé Tison, homme d'un
+naturel méfiant et dur, imbu, comme la plupart des gens de sa classe,
+de préventions contre la famille royale. Cet homme vint donc habiter
+le Temple avec sa femme, qui paraissait d'un caractère doux et
+compatissant. Il n'était point facile de se tromper longtemps sur la
+nature des services demandés à leur zèle: Madame Élisabeth s'aperçut
+bientôt que c'étaient moins des domestiques que des espions qu'on
+avait introduits dans la tour. Cependant M. Hue s'arrangea de leur
+concours, et n'eut qu'à se louer de leur zèle pendant le peu de temps
+qu'il demeura encore au Temple.
+
+Quelques jours après leur installation, Cléry, valet de chambre
+attaché au Dauphin depuis son enfance, demanda au maire de Paris à
+continuer son service auprès de ce jeune Prince. Pétion accéda à ce
+voeu, et le 26 août, un officier municipal amena Cléry au Temple.
+«Vous servirez mon fils, lui dit la Reine, et vous vous concerterez
+avec M. Hue pour ce qui nous regarde.»
+
+Le nouveau serviteur se conforma à ce programme. Pendant tout le temps
+que M. Hue demeura au Temple, Cléry, presque uniquement occupé du
+Prince royal, n'eut d'autre service auprès du Roi que le soin de le
+coiffer le matin et de rouler ses cheveux le soir. Hue demeura seul
+chargé de pourvoir aux choses nécessaires à la famille royale.
+Confident et ministre des prisonniers, c'est lui qui avait à chaque
+instant à discuter leurs intérêts avec les mandataires de la Commune.
+A combien d'ennuis, de tracasseries, d'insultes, de persécutions
+mesquines l'exposait cette mission difficile! Comme les municipaux
+élevaient souvent la voix, Madame Élisabeth se trouva plus d'une fois
+témoin des avanies que ce généreux serviteur supportait sans se
+plaindre. Plus d'une fois elle guetta l'occasion de le remercier de sa
+résignation. Le Roi, de son côté, ne lui refusait pas cet
+encouragement: «Vous avez eu beaucoup à souffrir aujourd'hui, lui
+dit-il un soir en se couchant[12]; eh bien, pour l'amour de moi,
+continuez de supporter tout, ne répliquez rien.»
+
+[Note 12: Seul moment où il pouvait laisser tomber une parole sans
+qu'elle fût ramassée par le municipal de service.]
+
+Madame Élisabeth subissait la même contrainte. Obsédée par les
+geôliers municipaux, elle ne pouvait qu'à la dérobée exprimer un désir
+à M. Hue ou lui parler de ses peines. Un jour que, à l'heure de son
+service, ce brave homme était entré chez elle, il la trouva en prière;
+son premier mouvement fut de se retirer. «Restez, lui dit-elle, vaquez
+à vos occupations; je n'en serai pas dérangée.»
+
+Voici quelle était la prière de cette femme angélique. M. Hue obtint
+la permission de la copier et nous l'a conservée:
+
+«Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, ô mon Dieu! je l'ignore. Tout ce que
+je sais, c'est qu'il n'arrivera rien que vous n'ayez prévu de toute
+éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu! pour être tranquille. J'adore
+vos desseins éternels, je m'y soumets de tout mon coeur; je veux tout,
+j'accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout; j'unis ce sacrifice
+à celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant par son sacré
+Coeur et par ses mérites infinis la patience dans nos maux et la
+parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voudrez et
+permettrez.»
+
+Sa prière achevée: «C'est moins pour le Roi malheureux, dit-elle à M.
+Hue, que pour son peuple égaré, que j'adresse au ciel des prières.
+Daigne le Seigneur se laisser fléchir et jeter sur la France un regard
+de miséricorde!...»
+
+Puis, voyant l'impression que faisaient ses actes et ses paroles:
+«Allons, du courage, ajouta-t-elle, Dieu ne nous envoie jamais plus de
+peines que nous n'en pouvons supporter.»
+
+Il mesura celles de Madame Élisabeth à son courage: c'est pour cela
+qu'il les fit si grandes. Ce courage venu d'en haut imprimait à son
+visage une sérénité telle que ceux qui l'observaient se trompaient
+quelquefois sur l'état réel de son âme. En la voyant si calme et si
+tranquille au milieu de tant de sujets de regret et de douleur, bien
+des gens se disaient: «Sans doute elle connoît les efforts que
+l'Europe absolutiste va tenter pour délivrer son frère; sans doute la
+correspondance des ci-devant princes l'entretient dans cet espoir, et
+elle est persuadée que l'heure de la délivrance approche.» Madame
+Élisabeth n'était persuadée que d'une chose, c'est que Dieu est grand,
+miséricordieux et juste; et bien insensés étaient ceux-là qui
+prenaient sa résignation à tout souffrir pour l'espoir de voir finir
+ses souffrances[13].
+
+[Note 13: La vertu de Madame Élisabeth a produit la même impression
+sur tous ceux qui l'ont connue. Madame Elliot, cette Anglaise qui
+régna tour à tour à la cour du prince de Galles et à celle du duc
+d'Orléans, en parle comme Joseph de Maistre. Lorsqu'il s'agit de
+défendre la Reine contre les calomnies auxquelles cette grande et
+infortunée princesse était en butte, la première pensée qui lui vient
+à l'esprit est celle-ci: «Marie-Antoinette fut l'amie de Madame
+Élisabeth.»--«Que ses ennemis réfléchissent un moment aux personnes
+qui formoient la société la plus intime de la Reine, s'écrie-t-elle.
+C'étoit Madame Élisabeth, soeur du Roi, qui étoit un ange aussi pur
+que la neige. L'attachement de Madame Élisabeth pour la Reine dura
+jusqu'à ses derniers moments, ce qui est une preuve surabondante de
+l'innocence de Marie-Antoinette.» (_Mémoires de madame Elliot sur la
+révolution française_, p. 36.)]
+
+La plupart des couvents d'hommes avaient été fermés à la fin de 1790.
+Quelques communautés de religieuses étaient restées debout à cause de
+certaines réserves contenues dans les décrets qui prescrivaient
+l'abolition générale de ces sortes d'établissements; mais dénoncées
+incessamment à l'Assemblée nationale, ces rares maisons exceptées de
+la proscription étaient représentées comme d'absurdes reliques de
+l'ancien régime, comme des antres de conspirations d'où partaient des
+excitations à la révolte contre le régime nouveau. Enfin, le 7 août
+1792, un décret prescrivit l'évacuation et la vente des édifices
+occupés par les religieuses, à la seule exception des hospices ouverts
+aux pauvres et aux malades. La maison de Saint-Cyr paraissait atteinte
+par ce décret, mais les Dames de Saint-Louis ne bougèrent pas; elles
+refusèrent leur porte aux officiers municipaux, préférant au regret
+humiliant de se rendre le dangereux honneur d'attendre qu'on les
+brisât. «Nous ne comptons nous ébranler, disait madame de Crécy, que
+lorsque nous aurons reçu l'ordre officiel.» Quelques familles
+s'alarmèrent. Mademoiselle de Puisaye fut retirée par ses parents.
+Napoléon de Buonaparte, lieutenant-colonel du 1er bataillon des
+volontaires de Corse, ayant été dénoncé pour avoir réprimé une émeute
+à Ajaccio, était venu à Paris pour se justifier près du ministre de la
+guerre. Injustement éconduit, et ayant reçu l'ordre d'aller reprendre
+son poste en Corse, il se rendit à Saint-Cyr le 1er septembre 1792,
+pour voir avant son départ sa soeur Marie-Anne, jeune personne de
+quinze ans[14], entrée dans la maison de Saint-Louis le 22 juin
+1784[15]. Le jeune officier avait laissé Paris en proie à l'anarchie,
+et, à la veille des massacres des prisons, il avait, sur la route de
+Paris et dans les rues de Versailles, rencontré des détachements de
+volontaires qui partaient pour la frontière en criant _Vive la
+nation!_ Plusieurs fois il avait été arrêté et obligé, malgré ses
+épaulettes, d'exhiber ses papiers et sa carte de civisme. A Saint-Cyr,
+il trouve les mêmes agitations; les cris de désordre qu'il entend dans
+le village, les symptômes de colère et de haine qu'il remarque aux
+portes mêmes de la maison de Saint-Louis, si tranquille encore lors de
+ses deux dernières visites, l'une avant le 20 juin et l'autre au
+commencement d'août, le déterminent à prévenir des éventualités
+redoutables, et à profiter de son retour au foyer paternel pour
+emmener sa soeur avec lui. Madame de Crécy combat son projet.--«Et
+quand bien même, ajoute-t-elle, je serois disposée à le seconder,
+pourrois-je faire que la communauté ne fût point prisonnière? Votre
+soeur ne peut sortir d'ici sans l'avis de la municipalité et sans
+l'ordre du directoire du district.» Napoléon Buonaparte rédige
+aussitôt dans le parloir de madame de Crécy sa pétition au directoire
+du district[16], et court chez Aubrun, épicier par état, maire de la
+Commune par intérêt, car cette dignité populaire et la belle écharpe
+aux trois couleurs qui en était les insignes, avaient donné un relief
+éclatant à son échoppe, située dans la rue basse du village, en face
+de la porte du cimetière de Saint-Louis[17]. Aubrun n'écouta pas
+d'abord sans quelque défiance ce jeune homme qui réclamait une jeune
+fille de quinze ans pour la conduire en Corse; mais ayant causé
+quelques instants avec lui sur les affaires publiques, il ne tarda
+point à subir l'autorité d'une parole nette, brève, ferme et
+accentuée. Quittant bientôt sa boutique, il alla avec son solliciteur,
+accompagné de son secrétaire-greffier, dans la maison de Saint-Louis
+pour constater la présence de mademoiselle de Buonaparte. Puis il fit
+et délivra au jeune lieutenant-colonel un acte appuyant sa demande et
+déclarant nécessaire d'y faire droit[18]. Muni de ces pièces,
+Napoléon, prompt comme l'éclair, retourne à Versailles, s'adresse au
+directoire du district, puis à celui du département, obtient
+l'autorisation qu'il réclame, repart pour Saint-Cyr avec une mauvaise
+voiture de louage, et se présente de nouveau à la maison de
+Saint-Louis. Ce frère dévoué, qui ce jour-là, au milieu des ruines de
+la monarchie, n'était occupé que du salut de sa soeur, ne se doute
+guère que, huit ans après, un décret signé de lui fondera dans cette
+royale demeure de Saint-Cyr le Prytanée français, et que, le 28 juin
+1805, il reviendra lui-même visiter ces lieux au bruit des cris
+enthousiastes de _Vive l'Empereur!_
+
+[Note 14: Elle était née à Ajaccio le 3 janvier 1777. Plus connue sous
+le nom d'Élisa, grande-duchesse, ayant le gouvernement des
+départements de la Toscane, elle épousa, le 5 mai 1797, Félix
+Baciocchi, gentilhomme corse, capitaine d'infanterie, nommé en 1805
+prince de Lucques et de Piombino.]
+
+[Note 15: Son admission avait été accordée dix-sept mois plus tôt:
+
+_Brevet de place à Saint-Cyr pour Mademoiselle de Buonaparte._
+
+«Aujourd'hui 24 novembre 1782, le Roi étant à Versailles, bien informé
+que la demoiselle Marie-Anne de Buonaparte a la naissance, l'âge et
+les qualités requises pour être admise au nombre des Demoiselles qui
+doivent être reçues dans la maison royale de Saint-Louis établie à
+Saint-Cyr, ainsi qu'il est apparu par titres, actes, certificats et
+autres preuves, conformément aux lettres patentes des mois de juin
+1686 et mars 1694, Sa Majesté lui a accordé une des deux cent
+cinquante places de ladite maison, enjoignant à la supérieure de la
+recevoir sans délai, de lui donner des instructions convenables et de
+la faire jouir des mêmes avantages dont jouissent les autres
+Demoiselles, en vertu du présent brevet, que Sa Majesté a, pour
+assurance de sa volonté, signé de sa main, et fait contre-signer par
+moi, ministre et secrétaire d'État et de ses commandements et
+finances.
+
+ »LOUIS.
+ »Le baron DE BRETEUIL.»
+
+Archives de la préfecture de Versailles.]
+
+[Note 16:
+
+ _A Messieurs les administrateurs de Versailles._
+
+«MESSIEURS,
+
+»Buonaparte, frère et tuteur de la Demoiselle Marianne Buonaparte, a
+l'honneur de vous exposer que la loi du 7 août, et particulièrement
+l'article additionnel décrété le 16 du même mois, supprimant la maison
+de Saint-Louis, il vient réclamer l'exécution de la loi, et ramener
+dans sa famille ladite Demoiselle sa soeur. Des affaires
+très-pressantes et de service public l'obligeant à partir de Paris
+sans délai, il vous prie de vouloir bien ordonner qu'elle jouisse du
+bénéfice de la loi du 16, et que le trésorier du district soit
+autorisé à lui escompter les vingt sols par lieue jusqu'à la
+municipalité d'Ajaccio, en Corse, lieu du domicile de ladite
+Demoiselle, et où elle doit se rendre auprès de sa mère.
+
+»Avec respect,
+
+ »BUONAPARTE.
+ »Le 1er septembre 1792.»
+
+»J'ai l'honneur de faire observer à messieurs les administrateurs que
+n'ayant jamais connu d'autre père que mon frère, si ses affaires
+l'obligeoient à partir sans qu'il ne m'amène avec lui, je me
+trouverois dans une impossibilité absolue d'évacuer la maison de
+Saint-Cyr.
+
+»Avec respect,
+
+ »Marianne BUONAPARTE.»]
+
+[Note 17: C'était un paysan sans instruction, mais d'un sens
+très-juste; il a administré pendant trente-huit ans sa commune. Il est
+mort en 1828.]
+
+[Note 18: «Nous, maire et officiers municipaux de Saint-Cyr, district
+de Versailles, département de Seine-et-Oise, nous étant transportés en
+la maison de Saint-Louis établie en ce lieu, et nous étant fait
+représenter les brevets et autres titres, nous avons reconnu que la
+Demoiselle Marie-Anne Buonaparte, née le 3 janvier 1777, est entrée le
+22 juin 1784 comme élève de ladite maison de Saint-Louis, où elle est
+encore dans la même qualité. Elle nous auroit témoigné le désir
+qu'elle auroit de profiter de l'occasion du retour de son frère et
+tuteur pour rentrer dans sa famille.--Vu les différentes choses que
+nous venons d'énoncer et l'embarras où se trouveroit ladite Demoiselle
+de faire un voyage aussi long, seule, et dès lors de l'impossibilité
+absolue où elle seroit d'évacuer la maison de Saint-Louis pour le 1er
+octobre, en conformité de la loi du 7 août dernier, nous n'empêchons,
+et croyons même qu'il est nécessaire de faire droit à la demande
+desdits sieur et demoiselle Buonaparte.
+
+»Fait et délivré à Saint-Cyr, au greffe municipal, cejourd'hui, 1er
+septembre 1792, le quatrième de la Liberté et le premier de l'Égalité.
+
+ »AUBRUN, maire; HOUDIN, secrétaire greffier.»]
+
+Un grand crime allait accroître les souffrances de la famille royale.
+Le 2 septembre, il y avait une vive fermentation autour du Temple;
+cependant le trouble du dehors n'avait point pénétré au dedans; et,
+comme c'était le dimanche et qu'il faisait beau temps, la famille
+royale était descendue après dîner au jardin. Les commissaires
+paraissaient soucieux et parlaient entre eux à voix basse: tout à coup
+on entend battre la générale; les municipaux font rentrer les
+prisonniers. Un instant après M. Hue est arrêté et emmené dans une
+voiture de place à l'hôtel de ville par un des commissaires (nommé
+Mathieu) et deux gendarmes. Louis XVI se demandait en vain ce qu'on
+pouvait reprocher à son fidèle serviteur; il ne trouvait que cette
+réponse: «Il m'était attaché, et c'est un grand crime.» Le lendemain
+matin, en s'habillant, il dit à Cléry, resté seul à son tour pour le
+service de toute la famille: «Savez-vous quelque chose des mouvements
+de Paris, et, avant tout, avez-vous des nouvelles de M. Hue[19]?--J'ai
+pendant la nuit, répondit Cléry, entendu dire vaguement à un municipal
+que le peuple se portait aux prisons; je ne sais rien de plus. Je vais
+chercher à me procurer des renseignements.--Prenez garde de vous
+compromettre, reprit le Roi, car alors nous resterions seuls.» Vers
+onze heures, Manuel vint au Temple, informa Louis que la vie de M. Hue
+n'était pas en péril, mais que le conseil général avait décidé qu'il
+ne rentrerait plus à la Tour, et qu'on y enverrait une autre personne
+à sa place. «Je vous remercie, répondit le Prince, je me servirai du
+valet de chambre de mon fils, et, si le conseil s'y refuse, je me
+servirai moi-même; j'y suis résolu.»
+
+[Note 19: Voici ce qu'était devenu M. Hue:
+
+Entré dans la salle de la Commune, on le plaça auprès du président. A
+quelques pas était Santerre. Ce commandant de la milice parisienne
+écoutait, d'un air grave et capable, les plans que des gens à moitié
+ivres développaient devant lui pour arrêter les armées étrangères: les
+uns, d'un air rusé, expliquaient les roueries différentes de leurs
+opérations stratégiques; les autres prenaient la ligne droite, et,
+tout franchement, proposaient de se lever en masse pour marcher à
+l'ennemi. Au parquet, place ordinaire du procureur de la Commune,
+s'agitait Billaud-Varenne, l'un des substituts, et près de lui
+Robespierre, criant, donnant des ordres et paraissant très-animé.
+
+Dans cette salle et dans les pièces voisines, le tumulte était
+extrême. Au milieu de ce désordre, le président interroge l'accusé.
+Avant que celui-ci puisse répondre, on crie de toutes parts: _A
+l'Abbaye! à la Force!_ Dans ce moment on y massacrait les prisonniers.
+
+Le calme se rétablit, l'interrogatoire commence. Des faits, la plupart
+imaginaires, sont reprochés. «Tu as, dit l'un des municipaux, fait
+entrer dans la tour du Temple une malle renfermant des rubans
+tricolores et divers déguisements; c'était pour faire évader la
+famille royale.--J'ai entendu, s'écrie un autre, le Roi lui dire
+_quarante-cinq_ et la Reine _cinquante-deux_. Ces deux mots lui
+désignaient le prince de Poix et le traître Bouillé.» Un troisième
+prétend qu'il avait commandé une veste et une culotte couleur
+savoyard, preuve certaine d'une intelligence avec le roi de
+Sardaigne[19-A]. Un quatrième revient sur des correspondances
+clandestines au moyen de caractères hiéroglyphiques dont nous avons
+parlé. D'autres l'accusent d'avoir chanté dans la tour l'air et les
+paroles: _O Richard! ô mon roi! l'univers t'abandonne!_ etc., ce qui
+était faux, M. Hue ne chantait jamais; puis enfin de s'être attiré de
+la part de la famille royale un intérêt qu'elle affectait de lui
+témoigner, tandis qu'à peine elle parlait aux commissaires de la
+Commune, ce qui était vrai. A ce dernier reproche, l'accusé reste
+muet. Les clameurs se renouvellent: _A l'Abbaye! à la Force!_ Enfin,
+la fureur contre le coupable est au comble, quand Billaud-Varenne
+s'écrie: «Ce valet, renvoyé au Temple une première fois, a trahi la
+confiance du peuple; il mérite une punition exemplaire.»--Un municipal
+se lève et dit: «Citoyens, cet homme tient les fils de la trame ourdie
+dans la tour. S'assurer de lui, le mettre au secret, en tirer tous les
+renseignements qu'il peut donner, sera plus utile et plus sage que de
+l'envoyer à l'Abbaye ou à la Force.» Quel que fût en ce moment le
+motif du municipal, son observation sauva la vie à M. Hue. Il fut
+décidé que l'accusé serait enfermé dans un des cachots de l'hôtel de
+ville. Remis aussitôt à la garde d'un guichetier, il fut conduit au
+lieu de réclusion qui lui était destiné.]
+
+[Note 19-A: M. Hue avait en effet signé et fait viser par les
+commissaires de garde la demande d'un vêtement semblable pour Tison.]
+
+En reconduisant le procureur-syndic, Cléry lui demanda si la
+fermentation continuait: «Vous vous êtes chargé d'une tâche difficile,
+répondit-il, je vous exhorte au courage.» Ces mots prononcés d'un air
+fort soucieux firent craindre à Cléry que le peuple ne se portât au
+Temple. Manuel savait que les massacres, commencés la veille à deux
+heures et demie dans les prisons, ne se ralentissaient pas. Sans
+doute, n'ayant pu les prévenir, il craignait qu'on ne lui attribuât
+une part de responsabilité dans ces horribles événements. Nous n'en
+présenterons pas ici le tableau.
+
+Peltier, témoin oculaire, a tracé de l'aspect de Paris, dans les
+journées qui précédèrent immédiatement les massacres, une description
+saisissante: «Qu'on se figure, dit-il, des rues populeuses et vivantes
+frappées tout à coup du vide et du silence de la mort avant le coucher
+du soleil, dans une des belles soirées d'été, n'offrant plus ni
+promeneurs ni voitures dans leurs espaces solitaires, et ne présentant
+au contraire dans toute leur étendue que l'aspect du néant. Toutes les
+boutiques sont fermées; chacun, retiré dans son intérieur, tremble
+pour sa vie ou sa propriété; tous sont dans l'attente des événements
+d'une nuit où chaque individu ne peut pas même espérer de ressources
+de son désespoir.»
+
+Quant aux journées de septembre elles-mêmes, c'est dans les Mémoires
+contemporains qu'on en trouvera la tradition dramatique et vivante.
+Madame Elliot[20] surtout, qui, pendant ces journées d'épouvante et
+d'horreur, sauva la vie à Champcenetz à travers d'étranges péripéties
+et par des prodiges de courage et de présence d'esprit, a laissé une
+relation empreinte de toutes ses émotions et de toutes ses anxiétés.
+Elle a raconté cette terrible visite domiciliaire avant laquelle elle
+avait fait étendre entre deux matelas, dans la ruelle de son lit, où
+elle était couchée elle-même, M. de Champcenetz, malade, tremblant la
+fièvre, et à moitié mort de terreur; les propos sanglants et les
+menaces des sicaires; sa double crainte de leur découvrir le
+malheureux proscrit et d'être étendue côte à côte avec un cadavre, car
+Champcenetz ne respirait plus. Elle a dit la consigne inexorable des
+barrières, qui ne laissaient sortir personne; les rues, les quais, les
+boulevards sillonnés de patrouilles; le cours de la Seine gardé; elle
+rencontra même le 3 septembre--avec quelle horreur!--un des plus
+sinistres trophées de ces hideux massacres qu'on portait de la Force
+au Temple. Encore une fois, notre sujet ne nous condamne pas à entrer
+dans ce récit: nous rechercherons seulement ce que sont devenues les
+personnes qui avaient suivi la famille royale des Feuillants au
+Temple, et qui lui ont été arrachées le 19 août.
+
+[Note 20: Madame Elliot est une de ces femmes à la vie légère du
+dix-huitième siècle qui, jusque dans le désordre, conservaient un
+coeur dévoué, une âme forte, le sentiment de l'honneur politique et de
+la foi chrétienne. B.]
+
+Le registre de la petite Force[21] constate qu'à l'époque de ces
+événements, cette prison renfermait cent dix femmes, la plupart
+appartenant à l'écume de la population, amenées là par la prostitution
+ou le vagabondage: malheureuses créatures, de tout âge, accusées
+d'avoir volé du linge ou de la vaisselle aux Tuileries, le 10 août, ou
+dans la nuit du 10 au 11. Parmi ces cent dix femmes, on en remarque
+neuf seulement détenues pour des faits politiques. Voici leur écrou:
+
+A la date du 19 août:
+
+ De l'ordre de M. Pétion, maire, et MM. les commissaires des
+ 48 sections.
+
+ Madame de Navarre, première femme de chambre de Madame Élisabeth,
+ Madame Basire, femme de chambre de Madame Royale,
+ Madame Thibault, première femme de chambre de la Reine,
+ Madame Saint-Brice, femme de chambre du Prince Royal,
+ Madame Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi,
+ Mademoiselle Pauline Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi,
+ Marie-Thérèse-Louise de _Savoie de Bourbon-Lamballe_,
+
+[Note 21: Conservé dans les archives de la préfecture de police.]
+
+A la date du 30 août:
+
+ Angélique-Euphrasie Peignon, épouse de M. de Septeuil, native de
+ Paris, âgée de vingt et un ans et demi, envoyée dans cette prison
+ pour y être détenue jusqu'à nouvel ordre; de l'ordre de MM. les
+ administrateurs du département de police.
+
+A la date du 2 septembre:
+
+ Madame Mackau, envoyée dans cette prison avec la demoiselle
+ Adélaïde Rotin, sa femme de chambre, prisonnière volontaire
+ auprès de sa maîtresse; de l'ordre de MM. les administrateurs de
+ police, membres de la commission de surveillance et de salut
+ public.
+
+Mademoiselle Pauline de Tourzel et madame Saint-Brice furent
+miraculeusement mises en liberté le 2 septembre. Mesdames Thibaud,
+Navarre, Basire, de Tourzel et Septeuil furent relâchées, le 3, par
+le tribunal populaire qui s'était installé à la Force. Il en fut de
+même de madame de Mackau et de sa femme de chambre, entrées dans cette
+prison la veille[22], au moment même où l'on commençait les
+massacres. Quant à madame de Lamballe, en examinant de près son écrou,
+il est facile de voir qu'une destinée particulière lui était réservée:
+les noms de _Savoie_ et de Bourbon-Lamballe sont écrits en saillie,
+avec une intention évidente; la profession n'y est point indiquée;
+tout semble annoncer le sort funeste qui l'attendait. L'histoire n'a
+pas dit nettement pourquoi elle a été assassinée: elle n'a point nommé
+d'une manière positive ses juges, je veux dire ses proscripteurs et
+ses bourreaux. La main même, la main inconnue qui, sur le registre, a
+complété l'écrou de cette infortunée princesse, s'est bornée à ajouter
+à son nom ces seuls mots, qui étaient un arrêt de mort: «Conduite le 3
+septembre au grand hôtel de la Force.»
+
+[Note 22: Madame Marie-Angélique de Fitte de Soucy, baronne de Mackau,
+sous-gouvernante des Enfants de France, née au château de Soucy le 16
+novembre 1723, est morte à Vitry-sur-Seine le 16 février 1800.
+
+Madame Élisabeth-Louise Le Noir, comtesse de Soucy, belle-soeur de
+madame de Mackau, et comme elle sous-gouvernante des Enfants de
+France, née à Paris le 31 octobre 1729, est morte à Vitry-sur-Seine le
+21 décembre 1813.
+
+Adélaïde Rotin, femme Camille, qui n'avait jamais quitté le service de
+ses deux maîtresses, ne s'éloigna pas d'elles après leur mort; grâce à
+une petite pension que la famille de Mackau lui faisait, elle passa
+ses derniers jours dans ce village, gardienne de deux tombes près
+desquelles elle espérait la sienne. Son voeu a été réalisé le 5
+juillet 1855. Elle était née à Versailles en 1768.
+
+Nous avons visité plus d'une fois cette pauvre femme, que son
+dévouement et sa mémoire rendaient fort intéressante. Voici comment
+elle nous a raconté la manière dont elle avait échappé aux massacres
+de septembre:
+
+«Née à Versailles en 1768, j'avois conséquemment vingt-quatre ans
+lorsque je me constituai prisonnière à la Force, après le 10 août
+1792. On fit beaucoup de difficulté pour m'admettre dans cette prison;
+mais mes instances furent si vives que j'eus le bonheur d'y entrer
+avec ma maîtresse, madame la baronne de Mackau. Elle et moi nous
+couchâmes sur la paille, et fûmes nourries au pain et à l'eau. En face
+de notre cachot étoit celui de la princesse de Lamballe, entrée à la
+Force quelques jours avant nous. La concierge de la prison étoit une
+très-brave femme: elle eut grande pitié de nous, et c'est à elle que
+nous dûmes de ne pas mourir de faim. Elle nous apporta pendant la nuit
+différentes nourritures pour nous soutenir.
+
+»Dans la matinée du 3 septembre, une espèce de tribunal s'installa à la
+Force dans une salle basse. Il y avoit sept ou huit personnes de la
+maison du Roi. On nous interrogea toutes; quand on s'adressa à madame de
+Mackau: «Qu'allez-vous faire? leur dis-je; elle est aliénée, elle ne
+peut vous répondre sur rien.--Prends Dieu à témoin qu'elle est
+aliénée.--Oui, certes, je prends Dieu à témoin qu'elle est aliénée, et
+qu'il lui est impossible de répondre.--Mais elle a des parents
+émigrés?--Elle n'en a aucun, m'écriai-je, bien que je susse pertinemment
+qu'elle en avoit deux.» Mon ton assuré sauva ma maîtresse. Immédiatement
+mise en liberté, elle se réfugia chez madame de Chazet, sa fille.
+Retenue après elle à la Force, on eut la cruauté de me faire assister au
+meurtre de madame de Lamballe. Dès qu'elle eut passé le guichet et mis
+le pied sur le pavé où avoit lieu le massacre général et où le sang
+couloit à flots, elle fut abattue immédiatement; on la dépouilla de tous
+ses vêtements, on lui ouvrit le corps et on lui arracha le coeur. On
+m'avoit entraînée pour être immolée aussi, et c'est ainsi que je fus
+témoin de toutes ces horreurs. Je perdis connoissance, et quand je
+repris mes sens j'étois toute nue moi-même et j'avois été livrée à
+toutes les brutalités. Au moment où on alloit me frapper, un gendarme
+prit intérêt à moi; il pleuroit à chaudes larmes; il me protégea avec
+son sabre, fut blessé au poing, et parvint à m'envelopper de son
+manteau. Plusieurs spectateurs prirent comme lui ma défense. Mon premier
+protecteur me fit aussitôt monter dans une voiture, et la populace, qui
+un instant auparavant avoit demandé ma mort, cria autour de cette
+voiture: «_Vive l'innocence reconnue!_» Les chevaux pouvoient à peine
+traverser les flots de cette multitude, et l'on mit près de deux heures
+à me conduire rue des Boucheries-Saint-Honoré, chez la lingère de madame
+de Mackau. Tout le monde se disputa le moyen de m'apporter des secours.
+Pendant que je devenois ainsi l'objet de soins et d'égards empressés,
+madame de Mackau, qui avoit appris le massacre général des prisonniers,
+ne doutoit pas que je ne fusse moi-même au nombre des victimes, et elle
+me pleuroit.
+
+»La lingère me donna tout ce qu'il me falloit pour me vêtir. Le
+gendarme qui m'avoit sauvée me conduisit chez madame de Chazet, où se
+trouvoit madame de Mackau. Obligées de quitter Paris sur-le-champ,
+nous vînmes demeurer à Vitry chez madame de Soucy.
+
+»Dans ce village où s'est écoulée presque toute mon existence, j'ai
+survécu de longues années à mes deux respectables maîtresses. Ma seule
+pensée de bonheur est de les rejoindre: ma tombe est prête auprès de
+la leur.
+
+ »_Signé_: ADÉLAÏDE CAMILLE.
+
+ »A Vitry-sur-Seine, le mardi 13 juillet 1853.»]
+
+Manuel, en quittant le Temple, y avait laissé de l'inquiétude. Depuis,
+certaines rumeurs avaient accru l'alarme: les municipaux jugèrent à
+propos d'interdire aux prisonniers la promenade du jardin. La famille
+royale, qui venait de sortir de table, se tenait réunie dans la
+chambre de la Reine. Cléry était à dîner avec Tison et sa femme;
+celle-ci jette un grand cri: une tête de femme, pâle et sanglante,
+vient d'apparaître à la croisée. Les assassins, au dehors, croient
+avoir reconnu la voix de la Reine, et accueillent par un rire joyeux
+le cri d'effroi sorti de la Tour. Cléry est remonté précipitamment: il
+prévient à voix basse Madame Élisabeth, mais son visage est tellement
+atterré que le Roi et la Reine s'en aperçoivent. «Qu'avez-vous donc,
+Cléry?» lui dit la Reine. Les deux commissaires de service étaient à
+leur poste; un troisième s'écrie en entrant et en s'adressant au Roi:
+«Les ennemis sont à Verdun; nous périrons tous, mais vous périrez le
+premier.» Un autre municipal survient, encore suivi de quatre hommes
+députés par le peuple; un d'eux demande instamment que les prisonniers
+se montrent à la fenêtre.--«Oh! non, non, de grâce! s'écrie un
+municipal de service[23] en barrant le passage au Roi, n'approchez
+pas! ne regardez pas! quelle horreur!» Voyant l'honorable opposition
+des municipaux, l'orateur de la députation s'écrie d'une voix
+satanique: «On veut vous cacher la tête de la Lamballe que l'on vous
+apportait, pour vous faire voir comment le peuple se venge de ses
+tyrans. Je vous conseille de paraître, si vous ne voulez pas que le
+peuple monte ici.» La Reine tombe évanouie. J'abrége ici le récit de
+ces horribles scènes, que le lecteur peut trouver en détail dans
+l'histoire de Louis XVII.
+
+[Note 23: Du nom de Mennessier.]
+
+Le moindre objet qui avait appartenu à l'infortunée princesse de
+Lamballe devenait pour Marie-Antoinette et pour sa fille un douloureux
+_memento_ et une nouvelle source de larmes. Madame Élisabeth ramassa
+quelques effets laissés par elle à la tour lorsqu'elle en avait été
+enlevée, les serra loin de leurs yeux, et, au premier moment
+favorable, les remit à Cléry en lui recommandant d'en faire un paquet
+et de l'adresser avec une lettre à la première femme de chambre de
+madame de Lamballe. Ni le paquet ni la lettre n'arrivèrent à leur
+destination.
+
+Parmi les commissaires chargés d'inspecter les travaux et les dépenses
+du Temple, le nommé Simon, cordonnier et officier municipal, s'était
+fait remarquer par sa rudesse et sa grossièreté. Un jour, Madame
+Élisabeth, qui avait su que sa femme était malade à l'Hôtel-Dieu, lui
+en demanda des nouvelles. «Dieu merci, elle va mieux, répondit-il, en
+ajoutant: C'est un plaisir de voir actuellement les dames de
+l'Hôtel-Dieu; elles ont bien soin des malades; je voudrais que vous
+les vissiez, elles sont aujourd'hui habillées comme ma femme, comme
+vous, mesdames, ni plus ni moins[24].»
+
+[Note 24: _Mon témoignage sur la détention de Louis XVI et de sa
+famille dans la tour du Temple_, par Ch. GORET, ancien membre de la
+Commune du 10 août 1792.--Paris, Maurille, 1825, in-8º de 71 pages.]
+
+La plupart du temps il y avait entre les municipaux de service, les
+gardes nationaux, les deux geôliers de la petite tour et les maçons
+même employés aux travaux du Temple, un odieux concert pour charger
+d'outrages ces grandeurs tombées. Nous ne redirons pas ces insultes de
+tous les jours que la famille royale eut à subir dans l'intérieur de
+sa prison ou pendant ses promenades au jardin, et qu'elle ne cessa
+d'endurer avec une inaltérable résignation. Nous préférons rappeler
+quelques rares témoignages de sympathie et de compassion qui lui
+furent offerts.
+
+Un commissaire, de garde pour la première fois, entra chez le Roi
+pendant que le petit prince prenait sa leçon de géographie. Interrogé
+par son père, qui lui demandait dans quelle partie du monde était
+située Lunéville, l'enfant répondit: «Dans l'Asie.--Comment! dans
+l'Asie! dit en souriant le municipal; vous ne connaissez pas mieux un
+lieu où vos ancêtres ont régné?» La manière dont le municipal
+relevait l'erreur plut au Roi et à la Reine. Marie-Antoinette entama
+avec lui une conversation à voix basse: «Nous supporterions plus
+facilement nos malheurs, lui dit-elle en terminant, si la plupart de
+vos collègues vous ressemblaient.»
+
+Un garde national placé en faction au bout de l'allée des marronniers
+qui servait de préau, jeune homme d'une intéressante figure, exprimait
+par son attitude et son regard le désir de donner quelques
+renseignements à la famille royale. Madame Élisabeth, dans un second
+tour de promenade, s'approcha de lui assez près pour qu'il lui parlât;
+soit crainte, soit respect, il ne l'osa point, mais quelques larmes
+brillèrent dans ses yeux, et par un signe il indiqua qu'il avait
+déposé à peu de distance un papier dans les décombres. Cléry, en
+feignant de choisir des palets pour le petit Prince, se mit à la
+recherche de ce papier; mais les commissaires l'avertirent qu'il ne
+devait pas approcher des sentinelles et qu'il eût à se retirer. On n'a
+pu deviner quelles étaient les intentions de ce jeune homme.
+
+Ce n'est pas le seul sujet d'émotion que l'heure de la promenade
+offrait aux prisonniers: parmi quelques royalistes qui profitaient
+chaque jour de ce court instant pour les voir, en se plaçant aux
+fenêtres des maisons situées autour de l'enceinte du Temple, Cléry,
+une fois, remarqua une femme qui suivait d'un oeil très-attentif tous
+les mouvements du jeune Prince lorsqu'il s'écartait de ses parents, et
+crut reconnaître en elle madame de Tourzel. Il prévint Madame
+Élisabeth. Au nom de madame de Tourzel, cette princesse, qui la
+croyait une des victimes du 2 septembre, ne put retenir ses larmes.
+«Quoi! dit-elle, elle vivroit encore!» Cléry s'était trompé; les
+renseignements qu'il obtint le lendemain lui apprirent que madame de
+Tourzel était dans une de ses terres[25]. Il apprit aussi que la
+princesse de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon, qui, le 10
+août, au moment de l'attaque, se trouvaient dans le palais des
+Tuileries, n'avaient point été comprises dans le massacre. La
+certitude qu'elles vivaient encore fut pour la famille royale, qui les
+avait pleurées, une surprise pleine de joie et comme la résurrection
+d'amis qu'on a crus perdus pour toujours; mais, hélas! elle apprit
+presque aussitôt le meurtre des prisonniers de la haute cour
+d'Orléans, et cette nouvelle affreuse lui causa un vif chagrin. Le duc
+de Brissac et M. de Lessart étaient au nombre de ces serviteurs de la
+royauté qui ne furent pas jugés, mais assassinés à Versailles le 9
+septembre 1792. La population de Versailles put voir la tête de M. de
+Brissac plantée au bout d'une des piques de la grille du château. M.
+de Brissac n'avait jamais voulu s'éloigner du danger. La dissolution
+de son régiment l'avait rendu libre; il aurait pu fuir, Louis XVI l'en
+avait prié; mais le coeur d'un sujet si dévoué était resté sourd aux
+instances d'un prince si malheureux. «Sire, avait répondu M. de
+Brissac, la fuite m'est défendue. On dirait que je suis coupable et
+l'on vous croirait complice: ma conduite serait donc pour vous une
+accusation; j'aime mieux mourir.» Il mourut.
+
+[Note 25: C'était encore une erreur. Madame et mademoiselle P. de
+Tourzel, sauvées de la Force par M. Hardy, avaient été conduites par
+lui dans un petit logement à Vincennes, où elles demeurèrent cachées
+pendant plus de trois mois. B.]
+
+Au nombre des personnes qui venaient aux environs du Temple épier
+l'instant et l'occasion d'apercevoir la famille royale, il faut citer M.
+Hue, qui, après quinze jours environ passés dans les cachots de la
+Commune, avait recouvré la liberté. Le seul adoucissement à ses peines
+était de porter ses pas vers le Temple: sa seule ambition était de
+rentrer à la Tour. Il fit à ce sujet des démarches auprès de Pétion, et
+celui-ci ayant été nommé député à la Convention, il se détermina à
+s'adresser à Chaumette, qui venait de remplacer, comme procureur de la
+Commune, Manuel, devenu aussi représentant du peuple. Il reçut de lui un
+accueil poli et presque bienveillant. Chaumette l'invita à s'asseoir, et
+ayant fait interdire sa porte, s'épancha confidentiellement avec lui,
+lui parla de son origine obscure, de sa jeunesse besoigneuse, des
+obstacles qu'il avait eu à franchir, des rigueurs qu'il avait éprouvées.
+Puis il lui fit des révélations importantes sur les infidélités de
+quelques personnes du service du Roi qui recevaient par jour, pour prix
+de leurs délations, un ou plusieurs louis stipulés payables en or. Ces
+tristes aveux confondaient la loyauté de M. Hue: il se rappela pourtant
+qu'une ou deux fois Madame Élisabeth s'était étonnée de rencontrer dans
+un journal quelques détails d'intérieur sur lesquels l'oeil du dehors
+n'avait pu tomber. Mais si la raison de Madame Élisabeth était
+clairvoyante, sa conscience étroite et scrupuleuse se serait reproché
+d'arrêter un soupçon infamant sur qui que ce fût. Et M. Hue, dans son
+ouvrage sur les _Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI_, a
+gardé sur ces traîtres une magnanime réserve, ne devant pas, dit-il,
+mettre à découvert leurs noms quand son vertueux maître les a voulu
+taire, et quand, dans son immortel testament, il a recommandé à son fils
+de ne songer qu'à leurs malheurs.
+
+Portant ensuite l'entretien sur la famille royale, Chaumette laissa
+entrevoir de l'intérêt pour le Dauphin. «Je veux, dit-il, faire donner
+quelque éducation à cet enfant; je l'éloignerai de sa famille pour lui
+faire perdre l'idée de son rang; quant au Roi, il périra. Le Roi vous
+aime.....» A ces mots, M. Hue ne put retenir ses pleurs. «Donnez un
+libre cours à votre douleur, reprit Chaumette; si vous cessiez un
+instant de regretter votre maître, moi-même je vous mépriserais.»
+
+Chaumette s'était montré confiant, mais il demeura inflexible, et M.
+Hue ne put rentrer au Temple.
+
+L'Assemblée législative avait accompli sa tâche. N'ayant ni le courage
+de la vertu ni l'énergie du crime, cette triste assemblée, dominée par
+la Commune insurrectionnelle de Paris, qui disposait de la force
+révolutionnaire, avait amené la victime au Temple. La Convention
+devait l'y venir chercher pour l'immoler. La peur ou la violence avait
+écarté des comices la plus grande partie des électeurs, et un million
+cinq cent mille votes seulement avaient été constatés au scrutin.
+Nommée sous l'impression des massacres, conçue pour ainsi dire dans le
+meurtre et dans le sang, la Convention allait se montrer digne de son
+odieuse origine: dès sa première séance, 21 septembre 1792, elle
+abolit officiellement la royauté, déjà supprimée de fait, et semblable
+à une dérision couronnée. A quatre heures du soir, un officier
+municipal nommé Lubin se rendit au Temple, entouré de gendarmes à
+cheval et d'une nombreuse populace; les trompettes sonnèrent, il se
+fit un grand silence, et Lubin, qui avait une voix de Stentor, donna
+lecture de la proclamation, que la famille royale put entendre
+distinctement:
+
+«La royauté est abolie en France. Tous les actes publics seront datés
+de la première année de la République. Le sceau de l'État portera pour
+légende ces mots: _République de France_. Le sceau national
+représentera une femme assise sur un faisceau d'armes, tenant à la
+main une pique surmontée du bonnet de la Liberté.»
+
+Pendant cette lecture, les municipaux de service[26], assis près de la
+porte de la chambre du Roi, essayaient de saisir sur la physionomie
+des prisonniers les secrètes émotions de leur âme. Louis XVI, qui
+tenait un livre à la main, continua de lire sans que la moindre
+altération parût sur ses traits. Madame Élisabeth, occupée à sa
+tapisserie, ne prit pas garde à ce qui se passait et ne quitta pas
+son ouvrage; la Reine demeura calme et digne, et les deux observateurs
+ne surprirent ni un mot ni un mouvement qui pût accroître leur
+jouissance.
+
+[Note 26: C'étaient Hébert, si connu sous le nom de Père Duchêne, et
+Destournelles, depuis ministre de l'instruction publique.]
+
+Dans la soirée, Cléry informa le Roi du besoin qu'avait son fils de
+rideaux et de couvertures pour son lit, la température s'étant
+très-refroidie depuis deux jours. Louis XVI lui dit d'en faire la
+demande par écrit, et il la signa. Cléry s'était servi des expressions
+qu'il avait jusqu'alors toujours employées: «Le Roi demande pour son
+fils, etc.»--«Vous êtes bien osé, lui dit Destournelles, d'employer
+encore un titre aboli par la volonté du peuple, comme vous venez de
+l'entendre.--J'ai entendu une proclamation, répondit Cléry, mais je
+n'en sais pas l'objet.--C'est, reprit le commissaire, l'abolition de
+la royauté, et vous pouvez dire à _monsieur_ (en montrant Louis XVI)
+de cesser de prendre un titre que le peuple ne reconnoît plus.--Je ne
+puis, dit Cléry, changer ce billet qui est déjà signé; Louis m'en
+demanderait la cause, et ce n'est pas à moi de la lui apprendre.--Vous
+ferez ce que vous voudrez, répliqua le municipal, mais je ne
+certifierai pas votre demande.» Le lendemain, Madame Élisabeth tira
+Cléry d'embarras. «Il ne faut pas, lui dit-elle, faire de cela une
+affaire: épargnons au Roi tout ennui inutile. Je vous conseille,
+Cléry, d'écrire à l'avenir pour ces sortes d'objets de la manière
+suivante: «Il est nécessaire pour le service de Louis XVI..., de
+Marie-Antoinette..., de Louis-Charles..., de Marie-Thérèse..., de
+Marie-Élisabeth..., etc...»
+
+Les travaux du Temple, quoique poussés avec activité, étaient loin
+d'être achevés; cependant le nouvel appartement destiné à Louis XVI,
+dans la grosse tour, était prêt à le recevoir. En même temps, on
+cherchait à grossir de nouveaux griefs l'acte d'accusation que la
+révolution formulait chaque jour contre ce malheureux Prince, afin de
+fournir un nouvel aliment à la colère de la rue. Dans l'embrasure
+d'une porte qui communiquait de sa chambre à celle de son fils, le
+Roi, peu de temps avant le 10 août, avait pratiqué à l'aide d'une
+vrille (seul instrument qu'il pût employer sans bruit) une ouverture
+de vingt-deux pouces de haut sur seize de large: il était parvenu à
+creuser insensiblement dans le mur, sur les mêmes dimensions, un trou
+de huit à neuf pouces de profondeur; chaque matin, il lui avait fallu
+lever le morceau qu'il avait détaché du lambris, et le soir, le
+travail terminé, le rattacher avec quatre fils. L'opération achevée,
+il avait de sa main scellé en plâtre quatre tasseaux sur lesquels il
+avait posé deux rangs de tablettes en bois, et dans cette cachette, il
+avait rangé ses papiers les plus importants. Il avait fait venir le
+serrurier Gamin pour doubler d'une feuille de tôle le morceau de
+lambris qui recouvrait cette ouverture. Cet ouvrier, honoré de la
+confiance du Roi, avait dénoncé à Roland ce fait, qui tout aussitôt
+devint une source d'accusations. La petite cachette prit dans le
+public le nom d'_armoire de fer_, et devait, dit-on, donner le fil
+d'une vaste conspiration. Le 29 septembre, à dix heures du matin, six
+officiers municipaux entrèrent dans la chambre de la Reine, où était
+réunie sa famille. L'un d'eux, nommé Charbonnier, donna lecture d'un
+arrêté du conseil de la Commune qui leur ordonnait «d'enlever papier,
+encre, plumes, crayons, et même les papiers écrits, tant sur la
+personne des détenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au valet de
+chambre et autres personnes du service de la tour; de ne leur laisser
+aucune arme quelconque, offensive ou défensive; en un mot, de prendre
+toutes précautions nécessaires pour ôter tout commerce de Louis le
+dernier avec autres personnes que les officiers municipaux[27].» Puis
+arrêtant ses regards sur Louis XVI, le même commissaire ajouta de vive
+voix: «Lorsque vous aurez besoin de quelque chose, Cléry descendra et
+écrira vos demandes sur un registre qui restera dans la salle du
+Conseil.» Sans faire la moindre observation, les captifs se
+fouillèrent, livrèrent leurs papiers, crayons, nécessaires de poche,
+etc. Les commissaires firent ensuite la visite des armoires, des
+coffres, et enlevèrent les objets désignés dans l'arrêté. Un d'eux dit
+à Cléry: «Le ci-devant Roi sera transféré ce soir même dans la tour.»
+Cléry fit part de cette pénible nouvelle à Madame Élisabeth, qui
+trouva le moyen d'en avertir son frère. Après le souper, comme Louis
+XVI quittait la chambre de Marie-Antoinette pour remonter dans la
+sienne, un commissaire lui dit d'attendre un instant, que le conseil
+avait une communication à lui faire. Les six municipaux qui, le matin,
+avaient mis à exécution un arrêté de la Commune, parurent, et
+notifièrent aux détenus un nouvel arrêté qu'ils venaient de recevoir
+du conseil général.
+
+[Note 27: Archives de l'Empire.]
+
+ * * * * *
+
+ Commune de Paris.--Du 29 septembre 1792, l'an IVe de la Liberté
+ et Ier de l'Égalité, Ier de la République française.
+
+_Extrait du registre des délibérations du conseil général._
+
+«La garde des prisonniers du Temple devenant tous les jours plus
+difficile par leur concert et les mesures qu'ils peuvent prendre entre
+eux, la responsabilité du conseil général de la commune lui impose
+l'impérieuse loi de prévenir les abus qui peuvent faciliter l'évasion
+de ces traîtres; il a pris l'arrêté suivant:
+
+»1º Que Louis et Antoinette seront séparés;
+
+»2º Que chaque prisonnier aura un cachot particulier;
+
+»3º Que le valet de chambre sera mis en état d'arrestation;
+
+»4º Adjoint avec les cinq commissaires déjà nommés, le citoyen Hébert;
+
+»5º Les autorise à mettre à exécution l'arrêté de ce soir
+sur-le-champ, même de leur ôter l'argenterie, les accessoires pour la
+bouche; en un mot, le conseil général donne plein pouvoir à ses
+commissaires d'employer tout ce que leur prudence leur prescrira pour
+la sûreté de ces otages[28].»
+
+[Note 28: Archives de l'Empire.]
+
+La Commune, dans ses prescriptions, n'avait point encore revêtu une
+forme aussi acerbe. Quoique préparé à cet événement, Louis en fut
+affecté. Marie-Antoinette et Madame Élisabeth cherchaient à lire dans
+les yeux des commissaires jusqu'où devaient s'étendre les rigueurs de
+leur mission. En recevant les adieux de sa femme et de sa soeur, Louis
+leur prit les mains et les serra avec un sentiment expressif qui
+semblait dire: Résignons-nous. Son départ les laissa dans de vives
+inquiétudes. Toutes deux pleuraient à chaudes larmes. Madame
+Élisabeth, qui trouvait toujours des paroles consolantes pour toutes
+les douleurs, devenait muette devant une infortune qu'elle croyait
+sans bornes, et que pourtant elle voyait croître de jour en jour et
+d'heure en heure.
+
+Levées de bonne heure le lendemain, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse
+vinrent frapper chez la Reine un peu plus tôt que de coutume. Comme
+Cléry avait suivi le Roi dans sa nouvelle prison, Madame Élisabeth
+accourait s'offrir pour habiller le jeune prince. L'abattement de ces
+trois pauvres femmes et de cet enfant lui-même était profond; la
+suprême consolation des malheureux est de souffrir ensemble. A dix
+heures, quand il leur fallut se mettre à table pour déjeuner, leurs
+yeux se remplirent de larmes en voyant vide la place du père de
+famille. Elles demandèrent en vain de ses nouvelles aux commissaires
+de service auprès d'elles, aucun n'en put donner; mais quelques
+instants après, un d'eux ayant été conduire dans l'appartement de la
+grosse tour des peintres et des colleurs qui n'y avaient point terminé
+leurs travaux, dit au Roi qu'il venait d'assister au déjeuner de sa
+famille et qu'elle était en bonne santé. «Je vous remercie, répondit
+Louis XVI; je vous prie de lui donner de mes nouvelles et de lui dire
+que je me porte bien. Ne pourrais-je pas, ajouta-t-il, avoir quelques
+livres que j'ai laissés dans la chambre de la Reine? Vous me feriez
+plaisir de me les envoyer.» Puis il indiqua les ouvrages qu'il
+désirait. Le représentant de la Commune fit droit à sa demande; mais
+ne sachant pas lire, il proposa à Cléry de l'accompagner. Heureux de
+l'ignorance de cet homme, Cléry s'empressa de descendre avec lui. Il
+trouva Marie-Antoinette entourée de ses enfants et de sa soeur: leur
+douleur, qui sembla augmenter à sa vue, s'exhala en mille questions
+auxquelles il ne put répondre qu'avec réserve; leurs plaintes, leurs
+paroles touchantes émurent le coeur des commissaires. «Accordez-nous
+du moins, s'écriaient-elles, la consolation de nous réunir au Roi un
+moment dans la journée, ne fût-ce qu'à l'heure des repas!--Eh bien,
+laissons-les dîner ensemble aujourd'hui, dit avec un ton d'autorité un
+municipal; mais comme notre conduite est subordonnée aux arrêtés de la
+Commune, nous ferons demain ce qu'elle aura prescrit.» A ces mots, un
+sentiment qui était presque de la joie vint soulager ces tristes âmes.
+Marie-Antoinette pressant ses enfants dans ses bras, Madame Élisabeth
+les yeux levés vers le ciel, semblaient rendre grâces à Dieu de cette
+faveur inattendue. Quelques commissaires pleuraient malgré eux. Simon
+lui-même était attendri. «Je crois, dit-il tout haut, que ces
+b......... de femmes me feraient pleurer.» Il ajouta: «Quand vous
+assassiniez le peuple au 10 août, dit-il en s'adressant à
+Marie-Antoinette, vous ne pleuriez point.--Le peuple est bien trompé
+sur nos sentiments», répondit tristement la Reine.
+
+On servit le dîner chez Louis XVI à l'heure ordinaire, et on lui amena
+sa famille. Aux transports qu'elle laissa éclater, on put juger des
+craintes qu'elle avait éprouvées. La concession faite par les
+commissaires de ce jour ne pouvant être blâmée par eux devant les
+nouveaux municipaux qui devaient les remplacer, se continua
+naturellement les jours suivants. Il ne fut plus question de l'arrêté
+du 29 septembre; la famille royale se réunit chaque jour aux heures
+des repas ainsi qu'à la promenade, et Cléry la servit comme par le
+passé.
+
+La Reine et Madame Élisabeth témoignèrent, après le dîner, le désir de
+visiter l'appartement qu'on leur préparait au-dessus de celui du Roi.
+Les commissaires les y conduisirent. Elles prièrent les ouvriers de se
+hâter, mais la besogne dura encore trois semaines. Pendant ce
+temps-là, Cléry partagea son temps entre tous les prisonniers, faisant
+leurs chambres, réglant leurs dépenses et cherchant le moyen de
+conserver quelques rapports entre eux. On comprend que ce séjour de la
+famille royale dans deux tours séparées et sans communication
+intérieure, en rendant la surveillance des municipaux plus difficile,
+la rendait aussi plus inquiète. La chose la plus futile et la plus
+insignifiante, dès qu'elle était relative à un membre de la famille
+prisonnière au Temple, empruntait immédiatement à cette circonstance
+un caractère sérieux. Un pauvre vicaire de Fontenay de Vincennes
+adressait à Madame Élisabeth quelques prétendus vers sans rime ni
+raison, et écrits dans une langue qui n'appartient ni à la prose ni à
+la poésie. Ce fatras, portant l'adresse de _Madame Élisabeth au
+Temple_, fut remis au conseil général de la Commune[29], qui le
+transmit à la commission des vingt-quatre. (Voir aux pièces
+justificatives, nº II.)
+
+[Note 29: _Extrait du registre des délibérations du conseil général du
+19 octobre 1792._
+
+«Le conseil général nomme le citoyen Léger, l'un de ses membres,
+qu'_elle_ charge de se transporter au Temple sur-le-champ pour y
+prendre une lettre adressée à Madame Élisabeth par le vicaire de
+Fontenay-sous-Bois, et l'apporter au conseil.
+
+ »_Signé_: DARNAUDERIE, vice-président;
+
+ »COULOMBEAU, secrétaire-greffier par intérim.»
+
+(Archives de l'Empire.)]
+
+On tenait éloignés du Temple les journaux qui racontaient les
+sanglants malheurs de la France, les pamphlets qui pervertissaient la
+conscience publique; mais l'injure, la menace, la calomnie adressées
+directement aux Capets servaient souvent de passe-port aux gazettes
+dans ce lazaret politique et moral où la famille royale prolongeait
+sans fin sa douloureuse quarantaine, et dans lequel on ne laissait
+pénétrer que ce qui pouvait ajouter aux tortures du présent les
+appréhensions d'un plus sinistre avenir. Ces misérables feuilles, dont
+le cynisme et le dévergondage étaient sans bornes, on les plaçait à
+dessein sur une commode ou sur une cheminée dans les appartements. Ni
+l'âge ni la vertu n'étaient épargnés. Une brochure prouvait qu'il
+fallait étouffer _les deux petits louveteaux_, c'est ainsi qu'elle
+appelait les enfants du Roi; une autre versait l'outrage à pleins
+flots sur Madame Élisabeth, cherchant à détruire l'admiration
+qu'inspiraient au public son caractère angélique et son dévouement
+fraternel.
+
+Un petit conflit d'attributions élevé entre Cléry et Tison, leurs
+prétentions jalouses aussi bien que l'habitude que prenait
+individuellement chaque détenu de s'adresser pour un service
+quelconque au commissaire qu'il croyait le mieux disposé en sa faveur,
+firent prendre par le conseil du Temple un arrêté pour réglementer la
+manière dont la famille royale présenterait à l'avenir ses demandes au
+conseil. Le municipal James, qui protégeait Tison, lui dit en lui
+annonçant le résultat de la délibération du conseil: «Sois content, le
+ministère est formé; tu as le département des femmes.»
+
+La séparation complète de la famille royale était pressentie dans cet
+arrêté. Le vendredi 26 octobre, la Reine, ses enfants et Madame
+Élisabeth furent installés dans la grosse tour. Ce moment tant
+souhaité par les prisonniers, et qui semblait leur promettre quelques
+consolations, fut marqué, de la part des municipaux, par un trait
+d'hostilité contre la Reine. Le conseil du Temple, composé de Roché,
+Jérosme, Cochois et Massé, et sur la motion d'un d'entre eux, ennemi
+personnel de Marie-Antoinette, prit un arrêté qui, sous la forme d'une
+mesure de convenance et d'ordre, retirait le jeune Louis-Charles des
+mains de sa mère et le remettait entre celles de son père[30]. Sans
+avoir préalablement notifié cette décision à Marie-Antoinette, le soir
+même de son entrée dans son nouvel appartement, on lui enleva son
+fils. La Commune s'était empressée de ratifier cet arrêté[31]. Dans
+cette même journée, pendant le dîner de la famille royale, un greffier
+et un huissier, tous deux en costume, et suivis de six gendarmes,
+étaient venus chercher Cléry pour le conduire à l'hôtel de ville,
+d'où, après six heures passées au cachot, et un long interrogatoire,
+il fut reconduit, à minuit, au Temple par les quatre officiers
+municipaux désignés pour y prendre le service.
+
+[Note 30: Commune de Paris.--Sûreté du Temple. L'an Ier de la
+République française, le 27 octobre 1792.
+
+_Extrait du registre des délibérations du conseil de service au
+Temple, en date du 26 octobre présent._
+
+«Sur les observations faites par l'un des membres de service au Temple
+que le fils de Louis Capet était jour et nuit sous la direction de
+femmes, mère et tante, considérant que cet enfant est dans l'âge où il
+doit être sous la direction des hommes, le conseil, délibérant sur cet
+objet, a arrêté et arrête qu'à l'instant le fils de Louis Capet sera
+retiré des mains des femmes pour être remis et rester entre celles de
+son père les jours et nuits, excepté qu'après l'heure du dîner il
+montera dans le logement de ses mère et tante, durant le moment où son
+père se repose, et en descendra sur les quatre à cinq heures du soir;
+le tout sous la surveillance et conduite de l'un des commissaires de
+service.
+
+»Fait au Conseil séant au Temple lesdits jour et an que dessus.
+
+ »_Signé_: MASSÉ, JÉROSME, ROCHE, COCHOIS.
+
+ »Pour extrait conforme à l'original:
+ »ROCHÉ, commissaire municipal de service
+ et président au Temple;
+ »COCHOIS, _ségrétère_.»
+
+Délivré au citoyen Cléry, de service auprès de Louis et de sa
+famille.]
+
+[Note 31: Commune de Paris.
+
+_Extrait du registre des délibérations du conseil général, du 26
+octobre 1792._
+
+«Le conseil général approuve l'arrêté pris par les commissaires des
+travaux du Temple et les commissaires du conseil du Temple, relatif à
+la translation des femmes dans la grosse tour, au troisième étage, et
+le fils du ci-devant Roi avec son père.
+
+»Les autorise à faire disposer ses (_sic_) guichets qu'ils croiront
+nécessaires dans cette même tour.
+
+ »_Signé_: BOUCHER-RENÉ, président en l'absence du maire;
+ »COULOMBEAU, secrétaire-greffier par intérim.»]
+
+Avant d'aller plus loin, il convient de mettre sous les yeux du
+lecteur un tableau fidèle du Temple tel qu'il existait au moment où
+les travaux exécutés pour la captivité de la famille royale furent
+terminés. Le plan que nous intercalons à cette page donnera d'abord
+une idée générale et exacte de l'enclos du Temple à cette époque.
+Essayons de faire connaître maintenant la nouvelle demeure que la
+truelle de la révolution venait de restaurer pour Louis XVI et pour sa
+famille dans le vieux donjon des Templiers.
+
+La grosse tour, dont la hauteur dépassait cent cinquante pieds et dont
+les murs avaient neuf pieds d'épaisseur dans leur moyenne proportion,
+formait quatre étages voûtés et soutenus au milieu par un gros pilier
+depuis le bas jusqu'au quatrième étage. L'intérieur était d'environ
+trente-quatre à trente-six pieds en carré.
+
+Le rez-de-chaussée, qui n'avait subi aucun changement, était resté
+avec ses murailles nues; mais par la sévérité même de son
+architecture, par les arêtes de sa voûte, par le fût lourd et
+l'élégant chapiteau de son pilier, et aussi par les quatre lits à
+colonnes torses adossés aux quatre murs de sa vaste salle, il
+rappelait les temps et les choses d'autrefois.
+
+Cette pièce était destinée aux commissaires de la Commune qui
+n'étaient point de service à la porte du Roi et de la Reine. Ils y
+prenaient leurs repas, y couchaient, et s'y assemblaient pour
+délibérer. Aussi appela-t-on cette pièce la _chambre du conseil_. Des
+tourelles placées aux quatre angles, la première contenait l'escalier
+qui allait jusqu'aux créneaux, la seconde servait d'armoire aux
+municipaux, la troisième de bûcher et la quatrième de garde-robe.
+L'entrée de chaque étage était fermée par deux portes, la première en
+bois de chêne garni de clous, la seconde en fer.
+
+Le premier étage, demeuré aussi dans son intégrité première, était la
+répétition du rez-de-chaussée, moins ses lits à colonnes. Il servait
+de corps de garde, et était, après celui du palais du Temple, le poste
+le plus important de l'enclos. Aux deux parois les plus larges de la
+muraille, on avait établi des planches légèrement inclinées formant
+avec quelques matelas un lit de repos pour la garde. Au milieu de la
+salle, autour du pilier, les armes se groupaient en faisceau.
+
+Le second étage, qui ne formait primitivement, comme les autres
+étages, qu'une seule pièce, avait été divisé en quatre chambres par
+des cloisons en planches, avec de faux plafonds de toile. La première
+pièce était une antichambre qui, par trois portes différentes,
+communiquait aux trois autres pièces. En face de la porte d'entrée
+était la chambre du Roi; on y plaça un lit pour son fils. De
+l'antichambre on entrait également dans la salle à manger, qui en
+était séparée par une seule cloison à vitrage. La chambre de Louis XVI
+avait une cheminée; un grand poêle ouvrant dans l'antichambre, mais
+placé au centre du carré de la tour, c'est-à-dire à la place même où
+se trouve le pilier aux étages inférieurs, chauffait les autres
+chambres. Une croisée éclairait chaque pièce, mais les barreaux de fer
+et les abat-jour, scellés et posés en dehors, empêchaient l'air de
+circuler. Les cloisons de l'appartement étaient recouvertes d'un
+papier peint. Celui de l'antichambre représentait des pierres de
+taille superposées comme on les figure au théâtre pour simuler
+l'intérieur d'une prison. A gauche en entrant, on avait placardé au
+milieu du mur la Déclaration des droits de l'homme, écrite en
+très-gros caractères et encadrée dans une large bordure tricolore. Le
+papier de la chambre du Roi était jaune glacé, semé de fleurs
+blanches. En entrant, on voyait la cheminée en face, la fenêtre à main
+droite, ainsi que la tourelle; à main gauche, le lit de Louis XVI, et
+à ses pieds le petit lit de son fils. Sur la console de la cheminée
+était posée une pendule portant gravés sur son cadran de porcelaine
+ces mots: _Lepaute, horloger du Roi_; mais dès l'installation de Louis
+(le 29 septembre) dans la grosse tour, les représentants de la Commune
+avaient collé un pain à cacheter sur le mot _Roi_. Les plaques de
+fonte de la cheminée portaient ces mots: _Liberté_, _égalité_,
+_propriété_, _sûreté_. La tourelle servait à Louis XVI de cabinet de
+lecture et d'oratoire. Ses murs enduits de plâtre étaient revêtus
+d'une peinture gris de lin. On y avait placé un tout petit poêle. Près
+du lit du jeune prince s'ouvrait une porte sur un couloir conduisant à
+gauche dans la chambre de Cléry, et plus loin, en inclinant à droite,
+à la garde-robe placée dans une seconde tourelle. Le lit de Cléry,
+parallèle à celui de son maître, n'en était séparé que par l'épaisseur
+de la cloison. La troisième tourelle, donnant dans la salle à manger,
+servait de bûcher.
+
+[Illustration: TROISIÈME ÉTAGE.
+
+ A. Escalier.
+ 1. Porte de chêne.
+ 2. Porte de fer.
+ B. Antichambre.
+ Une table en noyer.
+ Un lit de repos et des chaises.
+ C. Chambre de la Reine.
+ 3. Lit de la Reine, à colonnes en damas vert avec ses housses,
+ un sommier et deux matelas, un traversin, une couverture piqûre
+ de Marseille.
+ 4. Lit de Madame Royale, couchette à deux dossiers, une paillasse,
+ un sommier, trois matelas, un traversin et deux couvertures
+ en coton.
+ 5. Commode en bois d'acajou, à dessus de marbre, surmontée d'un
+ miroir de toilette.
+ 6. Canapé garni de son carreau et de ses deux oreillers.
+ 7. Cheminée, ornée de la pendule que nous avons indiquée, et
+ d'une glace de 45 pouces sur 36.
+ 8. Un paravent en bois de quatre feuilles, couleur d'acajou.
+ Deux tables de nuit.
+ D. Cabinet de la Reine.
+ E. Chambre de Madame Élisabeth.
+ 9. Lit en fer, garni de sa housse de toile de Jouy doublée de
+ taffetas vert, un sommier, deux matelas, un lit de plume,
+ un traversin et une couverture piqûre de Marseille.
+ 10. Commode en placage, à dessus de marbre.
+ 11. Une table en bois de noyer.
+ 12. Cheminée avec une glace de 45 pouces sur 32.
+ Deux chaises, deux fauteuils couverts en perse.
+ Flambeaux argentés.
+ F. Garde-robe.
+ G. Chambre de Tison.
+ Un lit, une commode en placage, à dessus de marbre. Un miroir
+ de toilette; une pendule de Lepaute posée sur la commode,
+ plusieurs chaises dont deux de canne. Flambeaux argentés.
+ H. Cabinet où fut enfermé Tison en septembre 1793.]
+
+Le troisième étage, contenant le logement de Marie-Antoinette et celui
+de Madame Élisabeth, était la répétition du second moins le couloir.
+La chambre de la Reine était au-dessus de celle du Roi, et son lit
+placé au même endroit que le lit du Roi. Celui de Marie-Thérèse était
+entre la cheminée et la porte du couloir supprimé. Le papier de la
+chambre, aussi bien que celui de la tourelle qui servait de cabinet
+de toilette, était entremêlé de zones vertes et bleues d'une nuance
+extrêmement tendre. La cheminée était ornée d'une pendule
+représentant la Fortune et sa roue,--singulière ironie en présence de
+la grandeur renversée! La chambre de Madame Élisabeth et celle de
+Tison étaient tapissées d'un même papier jaune très-commun. Leur
+ameublement était à peu près le même aussi: un lit de fer, une table
+en bois de noyer, une commode en placage, tels étaient les principaux
+meubles de Madame Élisabeth. Le plan descriptif de cet étage achèvera
+de le faire bien connaître.
+
+Les détails d'ameublement que nous donnons à la suite de ce plan sont
+parfaitement authentiques: ils ont été puisés dans deux inventaires,
+l'un fait à la date du 25 octobre 1792, lors de l'entrée de la famille
+royale dans la grosse tour, et l'autre le 19 janvier 1793[32].
+
+[Note 32: Archives de l'Empire, carton E, nº 6, 206.]
+
+Le quatrième étage, ne devant pas être habité, était resté dans sa
+simplicité première. Sa voûte élevée, l'absence du pilier central, le
+faisaient paraître plus grandiose que les autres étages. Quelques
+vieux meubles de rebut et quantité de planches étaient relégués dans
+les bas-côtés de cette vaste salle. Entre les créneaux et le toit de
+la grande tour régnait une galerie servant quelquefois de promenade.
+Les entre-deux des créneaux furent garnis de planches, jalousies sans
+treillis enlevant au promeneur toute possibilité de voir ou d'être
+vu[33].
+
+[Note 33: Le lecteur trouvera à la fin du volume (Documents et pièces
+justificatives, nº III) une esquisse de la physionomie extérieure du
+Temple, un aperçu du personnel commis à sa garde, et des dispositions
+prises par l'autorité républicaine.]
+
+Les habitudes de la famille ne subirent point de changements par suite
+de sa réunion dans la grosse tour. Louis XVI, en présence d'événements
+qui ne lassaient ni sa patience ni son courage, cherchait le plus
+souvent ses distractions dans la lecture; plus émue que lui,
+Marie-Antoinette s'occupait de ses enfants, demandait en vain au
+travail manuel un apaisement aux troubles de son esprit, et faisait
+matin et soir de courtes prières. Quant à Madame Élisabeth, elle ne
+s'inquiétait plus de la méchanceté des hommes. Quelquefois, dans la
+journée, au milieu des jurements et des blasphèmes, elle s'isolait
+dans sa chambre, s'agenouillait près de son lit avec une ferveur
+angélique, ou, assise sur une chaise, se recueillait dans ses
+méditations avec un calme inaltérable. Souvent, après le dîner, quand
+la promenade au jardin n'avait pas lieu, les enfants jouaient dans
+l'antichambre au siam ou au volant; Madame Élisabeth assistait à leurs
+jeux, assise près d'une table et un livre à la main. Cléry restait
+habituellement dans cette pièce, et, se conformant aux ordres de cette
+princesse, il s'asseyait aussi, et prenait un livre pour paraître
+occupé de son côté. Il était facile de voir que la division de la
+famille, ainsi parquée en deux chambres, contrariait et inquiétait
+parfois les commissaires chargés de ne laisser jamais le Roi et la
+Reine seuls, et ne voulant point se séparer eux-mêmes, tant ils se
+méfiaient l'un de l'autre, espions tout ensemble et espionnés. Madame
+Élisabeth profitait de ce moment pour entrer en communication avec
+Cléry: celui-ci prêtait l'oreille, et, pour ne pas être surpris par
+les municipaux, répondait sans détourner les yeux de sa lecture.
+Marie-Thérèse et son frère, d'accord avec leur tante, facilitaient cet
+entretien par leurs jeux bruyants ou par quelques signes annonçant
+l'entrée des commissaires. Les captifs n'avaient pas moins à se défier
+de Tison, dont les municipaux, plus d'une fois dénoncés par lui,
+avaient aussi à redouter la surveillance.
+
+Du reste, une recrudescence se manifestait dans les rigueurs
+ombrageuses du plus grand nombre des représentants de la Commune, et
+se traduisait par des actes souvent ridicules. A la fin des repas,
+Madame Élisabeth remettait à Cléry un petit couteau à lame d'or pour
+qu'il le nettoyât; un municipal, plus d'une fois, le lui arracha des
+mains, afin d'examiner si quelque papier n'était pas caché au fond de
+la gaîne. Madame Élisabeth avait chargé Cléry de renvoyer un livre de
+piété à la duchesse de Sérent; les municipaux s'emparèrent de ce
+livre, et en coupèrent toutes les marges, de peur qu'on n'y eût écrit
+quelque avis avec de l'encre sympathique. Le linge remis à la
+blanchisseuse était minutieusement inspecté à la sortie; au retour, il
+était déployé pièce par pièce et examiné au grand jour. Le livre de la
+blanchisseuse, tout autre papier servant d'enveloppe, étaient
+présentés au feu, afin de s'assurer s'il n'y avait aucune écriture
+secrète. C'étaient là les moindres avanies de la captivité.
+
+On se ferait difficilement une idée des précautions que le conseil de
+la Commune prenait pour que rien de ce qui se passait au Temple
+n'échappât à sa surveillance. Le docteur Leclerc avait porté à la
+Reine, pour sa fille, un paquet de drogues et une ordonnance de
+médecine. Le conseil général s'alarma de cette démarche, et dans sa
+séance du 27 octobre, réclama le paquet remis à Marie-Antoinette, et
+manda à sa barre M. Leclerc. «La femme de Louis Capet, dit celui-ci,
+me parla de la nécessité de faire des remèdes pour sa fille qui a une
+dartre sur la joue, et me demanda quels étoient ceux qu'elle devoit
+employer: il faut respecter les malheureux, et la fille ne doit pas
+être punie des fautes du père; d'ailleurs elle a une jolie figure, et
+il seroit dommage que cette dartre lui restât, car c'est un
+chef-d'oeuvre de la nature. (Ici l'orateur fut interrompu par le
+président, qui ajouta: _La peau du serpent est aussi un chef-d'oeuvre
+de la nature_; le conseil vous invite à _continuer sans digression_.)
+Je lui ai ordonné, dit alors M. Leclerc, de la squine et de la
+salsepareille, drogues très-simples qui ne peuvent être falsifiées:
+j'ai envoyé ce remède avec l'autorisation des commissaires, et
+l'ordonnance a été signée par eux.»
+
+Le conseil général prit l'arrêté suivant: «Le conseil général,
+prévoyant les conséquences dangereuses qui peuvent résulter de pareils
+procédés, déclare qu'il improuve la conduite du commissaire Leclerc;
+et, pour prévenir de pareils abus qui pourroient compromettre la
+surveillance et la responsabilité de la Commune, défend à toutes les
+personnes qui se trouvent au Temple, pour quelque fonction que ce
+soit, médecins, chirurgiens, pharmaciens, etc., de donner aucun avis
+ni remède de quelque nature qu'il soit, à aucun individu de la famille
+ci-devant royale, sous quelque prétexte que ce puisse être; et dans le
+cas où un membre de la famille royale auroit besoin de secours, le
+conseil déclare qu'il y sera pourvu par les maîtres de l'art reconnus
+par le conseil de la Commune; improuve ledit Leclerc, et le renvoie
+avec ses drogues, son ordonnance et le présent arrêté, au conseil
+général de la Commune.»
+
+Le plus grand tourment de Madame Élisabeth après le chagrin que lui
+causait la situation du Roi et de la Reine, c'était la désolation de
+ses amies, c'était le silence qu'elle était condamnée à garder
+vis-à-vis d'elles pour ne pas les compromettre, c'était l'inquiétude
+où elle était sur leur sort. Si elle reçoit de l'une d'elles une
+preuve de souvenir ou d'attachement, elle, elle craint que ce gage
+d'un bon sentiment ne soit imputé à crime. Aussi croit-elle de son
+devoir de les prier de renoncer, au moins pour un temps, aux
+dangereuses tentatives que leur inspire leur ingénieuse sollicitude
+pour nouer des rapports avec elle. La duchesse de Sérent a le courage
+de désobéir, et ne cesse de lui faire parvenir des témoignages de sa
+constante attention: un de ses messages est surpris. Interrogée par le
+comité révolutionnaire de sa section, madame de Sérent ose répondre
+qu'elle a l'honneur d'être dame de Madame Élisabeth de France, et
+qu'elle ne fait que remplir un devoir sacré en veillant à ce qui peut
+lui être nécessaire.
+
+De longs mois s'écoulèrent sans qu'Élisabeth reçût d'au-delà des
+frontières des nouvelles de sa famille. Son frère, le comte d'Artois,
+assidu à lui écrire régulièrement, se taisait lui-même. Une lettre
+cependant, une seule lettre lui arriva sous les verrous du Temple:
+cette lettre était écrite par sa tante Adélaïde; elle était datée de
+Rome, et relative aux événements de juin. Ce fut Manuel qui la remit
+lui-même à la princesse. Cet acte de bienveillance ne devait pas se
+renouveler. L'ère des perquisitions commença: une surveillance
+minutieuse et tracassière, une inquisition de tous les instants
+rendirent toute correspondance impossible. Les portes de la France
+demeurèrent fermées aussi bien que celles de la tour du Temple.
+
+Le 14 novembre, la maladie vint ajouter à toutes les épreuves de la
+famille royale. Louis XVI, le premier, eut une fluxion qui l'incommoda
+extrêmement. La Reine et Madame Élisabeth demandèrent qu'on fît
+appeler M. Dubois-Foucou, son dentiste; le conseil du Temple s'y
+opposa. Le conseil général de la Commune arrêta que le conseil du
+Temple lui transmettrait tous les matins le bulletin de la santé des
+prisonniers, et, apprenant que la maladie du Roi s'était aggravée, il
+nomma deux commissaires pour aller «instruire la Convention de la
+santé du ci-devant.» La fièvre étant survenue, le 22, la Commune
+avertie s'alarma, permit à M. Le Monnier, ancien premier médecin du
+Roi, d'entrer à la tour, accompagné de M. Robert, chirurgien, et
+réclama chaque jour un bulletin de la santé du malade. L'émotion de M.
+Le Monnier fut grande en revoyant son ancien maître, ainsi que Madame
+Élisabeth, à laquelle il avait voué la plus profonde affection. Il
+vint au Temple deux fois par jour pendant la semaine que dura la
+maladie du Roi. Marie-Antoinette demanda au conseil du Temple qu'il
+lui fût permis de transférer pendant ce temps-là le lit de son fils
+dans sa chambre. Le conseil le lui refusa. L'enfant eut une forte
+coqueluche accompagnée de fièvre; sa mère et Madame Élisabeth
+demandèrent à le veiller: «Vous lui avez refusé la grâce de monter
+auprès de nous, accordez-nous celle de descendre auprès de lui.»
+Prière inutile! La révolution ne se bornait plus à persécuter la
+Reine, elle persécutait la mère. Marie-Antoinette prit elle-même le
+mal qu'elle voulait guérir. La maladie se communiqua aussi à sa fille
+et à Madame Élisabeth, qui eût regretté peut-être d'être exempte du
+fléau qui atteignait tous les siens. Les médecins et les geôliers se
+rencontrèrent chaque jour.
+
+En voyant la maladie entrer dans cette prison, il semble que la
+Providence prenait à tâche d'éprouver cette grande et malheureuse
+famille par tous les genres de souffrance.
+
+Cléry tomba malade à son tour. La fièvre et une forte douleur au côté
+l'obligèrent de garder le lit. Il essaya de se lever pour habiller son
+maître: Louis refusa ses soins, lui ordonna de se coucher, et fit
+lui-même la toilette de son fils. Le petit Prince ayant recouvré la
+santé, se tint pendant une grande partie de la journée dans la chambre
+de Cléry, et de temps en temps lui apportait de la tisane.
+
+Dans la soirée, Louis XVI profita d'un moment où il était moins
+surveillé pour aller voir lui-même son valet de chambre; il le fit
+boire, et il lui dit avec bonté: «Je voudrois vous donner moi-même des
+soins, mais vous savez combien nous sommes observés; prenez courage,
+demain vous verrez mon médecin.»
+
+A l'heure du souper, la famille royale entra chez Cléry, et Madame
+Élisabeth, sans que les commissaires s'en aperçussent, lui remit une
+fiole qui contenait un looch. Cette princesse, qui était extrêmement
+enrhumée, s'en privait pour lui; il voulut refuser, elle insista.
+Après le souper, Marie-Antoinette déshabilla et coucha son fils, et
+Madame Élisabeth roula les cheveux de son frère.
+
+Revenu le lendemain, M. Le Monnier ordonna une saignée à Cléry.
+Celui-ci resta six jours au lit; chaque jour la famille royale allait
+le visiter: Madame Élisabeth lui apportait des drogues qu'elle avait
+demandées comme pour elle. Le malade reprit une partie de ses forces;
+sa fermeté s'emparant de celle dont il était témoin, il lutta avec
+énergie contre un mal qui l'aurait rendu incapable de rendre les
+services qu'il voulait rendre. Le moral a tant d'influence sur le
+physique, qu'on peut croire que cette résolution de guérir à tout prix
+contribua autant que les remèdes à lui rendre la santé.
+
+Un soir, après avoir couché le petit Prince, Cléry se retirait pour
+faire place à la Reine, qui venait, avec les princesses, embrasser son
+fils et lui donner le bonsoir dans son lit. Madame Élisabeth, que la
+surveillance des commissaires avait empêchée de parler à Cléry,
+profita de ce moment pour remettre à l'enfant une petite boîte
+d'ipécacuanha, en lui disant: «Ceci est pour Cléry, je vous prie de le
+lui remettre dès qu'il reviendra.» Les princesses remontèrent dans
+leur chambre, Louis XVI passa dans son cabinet, Cléry alla souper, et
+ne rentra que vers onze heures pour préparer le lit du Roi. Comme il
+était seul dans la chambre (Louis XVI étant encore dans la tourelle),
+le jeune prince l'appela à voix basse. Cléry, étonné qu'il ne dormît
+pas à pareille heure, lui en demanda le motif: »C'est que ma tante m'a
+remis une petite boîte pour vous, lui dit-il, et je n'ai pas voulu
+m'endormir sans vous l'avoir donnée; il étoit temps que vous vinssiez,
+car mes yeux se sont fermés plusieurs fois.»--«Les miens se remplirent
+de larmes, ajoute Cléry en racontant le trait que nous venons de
+rappeler. Le Dauphin s'en aperçut, m'embrassa, et deux minutes après
+il dormoit profondément.»
+
+Quoique placée sur le second plan dans la hiérarchie de la famille, et
+quoique aimant à s'effacer elle-même, Madame Élisabeth, on le voit,
+était toujours au premier rang dès qu'il s'agissait d'être utile ou
+de consoler. C'était un spectacle touchant que celui de cette femme
+angélique réclamant avidement sa part des tortures de sa famille; puis
+suspendant le souvenir de ses propres infortunes pour s'occuper des
+infortunes des autres, et renouvelant auprès d'un serviteur souffrant
+la tradition des exemples de son aïeul saint Louis, dont les mains
+royales se plaisaient à servir, dans les malades et les infirmes, les
+membres mêmes de Jésus-Christ.
+
+Une nouvelle municipalité avait, dans la journée du dimanche 2
+décembre, remplacé la Commune du 10 août. Un assez grand nombre des
+anciens membres avaient été réélus. Il n'y avait eu jusqu'à ce jour
+qu'un seul commissaire auprès du Roi et un auprès de la Reine: la
+nouvelle Commune décida qu'il y en aurait deux à l'avenir.
+Conformément à cet arrêté, huit municipaux se trouvèrent dès le 3
+décembre de service au Temple, quatre, comme nous l'avons dit, en
+surveillance près de la famille royale, et les quatre autres se tenant
+dans la salle du Conseil. Chaque jour, ils se renouvelaient par
+moitié. On arrivait le soir à neuf heures, on soupait, et l'on tirait
+au sort pour savoir qui serait de garde chez le Roi ou chez la Reine.
+On passait tour à tour vingt-quatre heures auprès des détenus,
+vingt-quatre heures dans la salle du Conseil. Ceux que leur billet
+avait désignés pour la nuit montaient après le souper, et restaient
+près des prisonniers jusqu'au lendemain onze heures. Après le dîner,
+ils reprenaient leur poste jusqu'à l'arrivée des nouveaux municipaux.
+C'est à cette époque que l'on commença au rez-de-chaussée de la tour
+des dispositions pour y installer quelques jours après le conseil, qui
+se tenait dans une des salles du château du Temple.
+
+Le nombre des commissaires excita entre eux une émulation de zèle
+révolutionnaire qui se traduisit par un redoublement de rigueurs
+envers les prisonniers.
+
+La surveillance devint plus active, la servitude plus étroite; on
+redoubla de dureté envers Cléry, on renouvela à Turgy, à Chrétien et à
+Marchand, qui avaient obtenu un certificat des anciens municipaux[34],
+la défense expresse de lui parler. Il restait peu d'espoir aux détenus
+de pouvoir désormais apprendre aucune nouvelle. Frappée d'un fatal
+pressentiment, Madame Élisabeth épiait avidement les regards et les
+paroles de Cléry; mais Cléry ne savait plus rien, et craignait tout.
+Cependant il ne désespérait pas tout à fait d'être informé des
+événements du dehors par sa femme, qui, sous le prétexte d'apporter du
+linge et d'autres objets nécessaires, avait obtenu la permission de
+venir au Temple une fois par semaine. Elle était toujours accompagnée
+d'une amie qui passait pour une parente. Le jeudi 6 décembre, madame
+Cléry arriva avec son honnête et courageuse complice. Son mari,
+prévenu, descendit au conseil. Tandis que, pour détourner les soupçons
+des nouveaux commissaires, elle affectait de lui parler à haute voix
+et de lui donner des détails assez oiseux sur ses affaires
+domestiques: «Mardi prochain, disait tout bas son amie, on conduit le
+Roi à la Convention; le procès va commencer; le Roi pourra prendre un
+conseil; tout cela est certain.»
+
+[Note 34: Archives de l'Empire, carton E, nº 6, 206.]
+
+Le soir, Cléry trouva le moyen, au coucher du Roi, de lui rendre compte
+de ce qu'il avait appris. Il lui fit pressentir qu'on avait le projet de
+le séparer de sa famille pendant le procès, et ajouta qu'il ne restait
+plus que quatre jours pour concerter quelque moyen de correspondance
+entre le second et le troisième étage. Le lendemain, après le déjeuner,
+Louis XVI fit part à la Reine des confidences qu'il avait reçues, et la
+Reine les transmit à Madame Élisabeth. Quelques actes semblaient déjà
+confirmer la triste annonce du procès. Le Roi venait de rentrer avec son
+fils dans son appartement, lorsqu'un municipal, à la tête d'une
+députation de la Commune, vint lui lire, d'une voix qui trahissait son
+émotion, l'arrêté qui ordonnait «d'enlever aux détenus du Temple, ainsi
+qu'à ceux qui les servent ou qui les approchent de près, toute espèce
+d'instruments tranchants ou autres armes offensives et défensives, en
+général tout ce dont on prive les autres prisonniers présumés
+criminels.» Louis XVI prit lui-même dans ses poches un couteau et un
+petit nécessaire de maroquin rouge dont il tira des ciseaux et un canif,
+et remit ces objets au commissaire. Les envoyés de la Commune firent des
+recherches dans toutes les pièces du second étage; ils confisquèrent les
+rasoirs, le compas à rouler les cheveux, le couteau de toilette, de
+petits instruments pour nettoyer les dents, et d'autres objets d'or et
+d'argent; puis ils montèrent au troisième, où ils notifièrent le même
+arrêté. «Si ce n'est que ça, dit la Reine avec un dépit marqué, il
+faudrait aussi nous prendre nos aiguilles, car elles piquent bien
+vivement.» Elle en eût peut-être dit davantage si Madame Élisabeth ne
+lui eût fait signe du coude pour l'inviter au silence. Marie-Antoinette
+et ses deux compagnes remirent leurs ciseaux. Les municipaux leur
+prirent jusqu'aux petits meubles utiles à leur travail. «Savez-vous
+bien, leur dit l'un d'eux, que nous avons ordre de vous enlever aussi
+Tison et Cléry, et de goûter à tous les mets que l'on vous sert?»
+
+Il faut le dire, les commissaires ne remplissaient pas à la lettre les
+ordres rigoureux que leur avait transmis le conseil général de la
+Commune. Les fabricateurs des lois ne les feraient pas toujours si
+dures s'ils devaient en être les exécuteurs. Quand vint l'heure du
+dîner, quelques municipaux, sous la pression de l'arrêté dont ils
+avaient donné lecture, voyaient de graves inconvénients à ce que la
+famille royale se servît de fourchettes et de couteaux; d'autres
+consentaient à laisser les fourchettes; la contestation dura quelques
+instants; enfin, l'influence bienveillante dont nous venons de parler
+l'emporta, et la majorité décida qu'aucun changement ne serait fait,
+mais qu'à la fin de chaque repas couteaux et fourchettes seraient
+enlevés.
+
+La privation des petits instruments de travail retirés aux captives
+leur devint d'autant plus pénible qu'elles furent obligées de renoncer
+à différents ouvrages qui jusqu'alors avaient contribué à les
+distraire des longs ennuis de la prison. Un jour, Madame Élisabeth
+cousait les habits de Louis XVI, et n'ayant point de ciseaux, elle
+rompit le fil avec ses dents. «Quel contraste! lui dit le Roi, qui
+fixait sur elle un regard attendri, il ne vous manquait rien dans
+votre jolie maison de Montreuil.--Ah! mon frère, répondit-elle,
+puis-je avoir des regrets quand je partage vos malheurs?»
+
+Le samedi 8 décembre vint au Temple une commission chargée de vérifier
+les dépenses des détenus. Mandé devant elle pour donner des
+explications, Cléry eut l'occasion d'apprendre d'un municipal bien
+intentionné que la séparation de Louis d'avec sa famille, arrêtée
+seulement par la Commune, n'avait point été encore prononcée par la
+Convention. De son côté, Turgy était parvenu à se procurer un journal
+qui contenait le décret portant que _Louis Capet serait traduit à la
+barre de la Convention_; il remit à Cléry ce journal, ainsi qu'un
+mémoire publié par Necker sur le procès du Roi. Le seul moyen que
+trouva Cléry de communiquer ces deux pièces à la famille royale fut de
+les cacher sous un vieux meuble dans le cabinet de garde-robe, et d'en
+prévenir Madame Élisabeth.
+
+La visite de ces deux commissions qui venaient de se succéder à la
+Tour, l'une chargée _d'enlever les armes offensives et défensives_,
+l'autre de régler les dépenses, amena un nouvel arrêté du conseil
+général qui modifia quelques mesures prises antérieurement[35]. A
+dater de ce jour, le conseil du Temple fut transféré d'une salle du
+palais au rez-de-chaussée de la Tour, disposé pour le recevoir. Aux
+aides de cuisine Turgy, Chrétien et Marchand, il fut interdit de
+sortir à l'avenir du Temple; quant aux deux officiers municipaux de
+garde auprès des prisonniers de chaque étage, ils avaient devancé
+l'ordre formel qu'ils reçurent de demeurer tous deux pendant la nuit
+dans l'antichambre: depuis le 2 décembre, ils s'étaient, à cet égard,
+conformés à l'invitation verbale de la Commune.
+
+[Note 35: «Le conseil général arrête:
+
+ »1º Que le citoyen Cléry, valet de chambre des prisonniers, sera logé
+ et couchera dans la Tour, du côté gauche donnant dans la salle à
+ manger, sans qu'il puisse coucher ailleurs sous aucun prétexte;
+
+ »2º Que le conseil du Temple sera placé dans la Tour;
+
+ »3º Que le citoyen Mathey, concierge, aura la surveillance de ladite
+ Tour, et ne pourra en sortir sous aucun prétexte;
+
+ »4º Que les guichetiers actuels, devenant inutiles par la nouvelle
+ disposition, seront réformés immédiatement, après avoir été payés
+ de ce qui leur est dû;
+
+ »5º Que la cuisine sera placée dans la Tour, et que les agents
+ sous-employés ne sortiront point;
+
+ »6º Pendant la nuit, deux officiers municipaux garderont les
+ prisonniers de chaque étage;
+
+ »7º Et enfin la même cuisine servira pour les commissaires du Temple.»
+
+ * * * * *
+
+_Nota._ L'article 1º depuis longtemps était observé; chaque soir les
+municipaux avaient soin de fermer la porte de la chambre de Cléry,
+donnant dans le couloir qui conduisait à la chambre du Roi, et d'en
+emporter la clef. L'article 5º ne fut pas mis à exécution: il y eut
+impossibilité matérielle de placer la cuisine dans la Tour.]
+
+Aux mesures de précaution exercées dans l'intérieur du Temple
+répondaient au dehors les dispositions de police les plus sévères. A
+la veille du jour _où l'on allait juger les attentats portés à la
+souveraineté du peuple et prononcer sur leur auteur_, Roland, ministre
+de l'intérieur, mandait aux administrateurs des départements de Paris
+qu'_il était de leur devoir d'être en séance permanente_. Il les
+prévenait que le _conseil exécutif aurait séances extraordinaires tous
+les jours, matin et soir; qu'il fallait que, sitôt la réception de sa
+lettre, ils lui envoyassent aux Tuileries une députation, à l'effet
+de concerter toutes les mesures que nécessiterait la tranquillité
+publique; qu'il fallait de même qu'à l'instant ils se déclarassent
+aussi en séance permanente, et que leurs bureaux fussent dans une
+perpétuelle activité; qu'ils devaient requérir la même permanence de
+la municipalité, et avoir avec elle et avec le commandant de la force
+publique une correspondance non interrompue_.
+
+Le mardi 11 décembre, dès cinq heures du matin, la générale battait
+dans tous les quartiers de Paris, et peu d'instants après la cavalerie
+et le canon entraient dans la cour du Temple. Ce bruit et cet appareil
+eussent terrifié la famille royale si elle n'en avait pas connu la
+cause. Elle feignit cependant de l'ignorer, et demanda aux municipaux
+des explications qu'elle n'obtint pas. A neuf heures, comme les autres
+jours, Louis XVI et son fils montèrent pour le déjeuner dans
+l'appartement du troisième étage. Ils restèrent pendant une heure
+réunis en famille; mais la présence permanente des commissaires mit
+obstacle à toute confidence et à tout épanchement.
+
+A dix heures, on se sépara: les regards exprimaient seuls ce que les
+lèvres ne pouvaient dire. L'enfant, comme de coutume, descendit avec son
+père. A onze heures, deux municipaux vinrent le chercher pour le
+conduire chez sa mère. Louis XVI demanda le motif de cet enlèvement. Les
+commissaires répondirent qu'ils exécutaient les ordres qu'ils avaient
+reçus. Louis embrassa son fils, et chargea Cléry de l'accompagner. Un
+municipal presque aussitôt rentra chez le Roi pour lui annoncer que le
+maire de Paris était au conseil avec un nombreux cortége, et qu'il
+allait monter. Louis XVI resta pendant deux heures d'attente livré à ses
+tristes pensées. Le secrétaire-greffier de la Commune avait oublié
+l'ampliation du décret de la Convention, et il avait fallu envoyer
+chercher cet acte, afin de pouvoir procéder régulièrement. Ce ne fut
+qu'à une heure que Chambon se présenta, accompagné de Chaumette,
+procureur général de la Commune, de Coulombeau, secrétaire-greffier, de
+Santerre, commandant de la garde nationale; le maire annonça à Louis
+qu'il venait le chercher pour le conduire à la Convention, en vertu d'un
+décret dont le secrétaire-greffier allait lui faire lecture. Coulombeau
+lut le décret. A cette expression: _Louis Capet_ sera traduit, etc.,
+«_Capet_ n'est pas mon nom, dit le Roi; un de mes ancêtres l'a porté,
+mais ce n'est pas celui de ma famille.» Puis, s'adressant à Chambon:
+«J'aurais désiré, monsieur, que les commissaires m'eussent laissé mon
+fils pendant les deux heures que j'ai passées à vous attendre. Au reste,
+ce traitement est une suite de celui que j'éprouve ici depuis quatre
+mois. Je vais vous suivre, non pour obéir à la Convention, mais parce
+que mes ennemis ont la force en main.» Deux minutes après, on entendit
+de la Tour du Temple le bruit de la voiture qui allait jeter devant une
+assemblée arbitrairement érigée en tribunal le Prince de qui, selon les
+lois traditionnelles, émanait toute justice, et au nom duquel, pendant
+plus de dix-huit ans, avaient été rendus tous les arrêts des tribunaux
+en France. On devine les angoisses des prisonnières, n'ayant autour
+d'elles que des surveillants ennemis ou indifférents, condamnés au
+mutisme. Elles virent bientôt entrer chez elles Cléry, amené par un
+commissaire. Ce municipal, homme d'extérieur honnête et de manières
+polies, resté seul avec Cléry après le départ du Roi, lui avait appris
+que Louis ne reverrait plus sa famille, mais que le maire de Paris
+devait encore consulter quelques membres de la Convention sur cette
+séparation. Cléry avait profité du bon vouloir de ce commissaire pour se
+faire conduire près du petit Prince, qui était chez sa mère.
+
+On servit le dîner, comme de coutume, dans la salle à manger du Roi.
+Le repas fut court et silencieux. Les prisonnières remontèrent
+aussitôt chez la Reine. Un seul municipal resta près d'elle après le
+dîner; c'était un jeune homme d'environ vingt-quatre ans, de la
+section du Temple, et de garde à la Tour pour la première fois. Tandis
+que Marie-Antoinette liait conversation avec lui, l'interrogeant sur
+son état, ses parents, etc., Madame Élisabeth passait dans sa chambre
+et faisait signe à Cléry de la suivre. Elle apprit par lui que la
+Commune avait résolu de séparer le Roi de sa famille; que la
+Convention ne s'était pas encore prononcée à cet égard, mais que le
+maire devait en faire la demande, et que probablement cette séparation
+aurait lieu dès le soir même. «La Reine et moi, lui dit Madame
+Élisabeth, nous nous attendons à tout, et nous ne nous faisons aucune
+illusion sur le sort que l'on prépare au Roi; il mourra victime de sa
+bonté et de son amour pour son peuple, au bonheur duquel il n'a cessé
+de travailler depuis son avénement au trône. Qu'il est cruellement
+trompé, ce peuple! La religion du Roi et sa grande confiance dans la
+Providence le soutiendront dans cette suprême adversité.... Enfin,
+Cléry, ajouta Madame Élisabeth, pensant qu'elle parlait à son
+confident pour la dernière fois, vous allez rester seul près de mon
+frère, redoublez, s'il est possible, de soins pour lui; ne négligez
+aucun moyen pour nous faire parvenir de ses nouvelles; mais pour tout
+autre objet, ne vous exposez pas, car alors nous n'aurions plus
+personne à qui nous confier.»
+
+Madame Élisabeth et Cléry cherchèrent ensemble les moyens à employer
+pour entretenir une correspondance. Turgy fut nommé comme seul digne
+d'être admis dans le secret. On convint que Cléry, comme de coutume,
+garderait le linge du petit Prince; que tous les deux jours il
+enverrait ce qui serait nécessaire à cet enfant, et profiterait de
+cette occasion pour donner des nouvelles du Roi. «Si le Roi étoit
+indisposé, ajouta Madame Élisabeth, je tiens essentiellement à en être
+instruite. Prenez ce mouchoir, vous le retiendrez tant que mon frère
+se portera bien; s'il arrivait qu'il fût malade, vous me l'enverriez
+dans le linge de mon neveu. Prenez soin de le plier de cette
+manière-ci si l'indisposition est légère, et de cette manière-là si le
+mal est plus grave. Avez-vous entendu parler de la Reine aux
+municipaux? demanda encore Madame Élisabeth avec une sorte de terreur.
+Savez-vous quel sort on lui réserve? Hélas! que peut-on lui
+reprocher?--Rien, Madame, répondit Cléry; mais que peut-on reprocher
+au Roi?--Oh! rien, rien, dit Madame Élisabeth; mais le Roi, peut-être
+le regardent-ils comme une victime nécessaire à leurs projets, à leur
+sûreté même, tandis que la Reine, au contraire, et ses enfants, ne
+sont pas un obstacle à leur ambition.» Et comme Cléry exprimait
+l'espoir que le Roi ne serait condamné qu'à la déportation: «Oh! je ne
+conserve aucune espérance», répondit Madame Élisabeth en étouffant un
+sanglot.
+
+La crainte d'être surpris par un commissaire mit fin à cet entretien,
+le plus long et le plus libre que Madame Élisabeth ait eu avec le
+serviteur de son frère. Elle rejoignit la Reine. Tison dit alors à
+Cléry: «Vous n'êtes jamais resté si longtemps avec Élisabeth; il est à
+craindre que le municipal ne s'en soit aperçu.--Il n'y a rien à
+craindre, répondit nonchalamment Cléry; Madame Élisabeth me parlait de
+son neveu, lequel probablement demeurera désormais auprès de sa mère.»
+Un instant après, Cléry, rentré chez Marie-Antoinette, était informé
+par un regard de cette princesse qu'elle était déjà instruite des
+arrangements concertés.
+
+A six heures, le conseil du Temple manda Cléry, et lui fit lecture
+d'un arrêté de la Commune lui interdisant toute communication avec la
+femme, la soeur et les enfants de Capet durant le procès.
+
+A six heures et demie, Louis XVI, escorté comme à son départ, revint à
+la Tour. Il demande aussitôt qu'on le conduise auprès de sa famille,
+on s'y refuse. Il insiste pour que du moins on la prévienne de son
+retour; on lui promet que son désir sur ce point sera satisfait. La
+Reine, instruite sur-le-champ de son arrivée, demande à le voir; les
+commissaires répondent qu'ils n'ont pas le droit d'y consentir. Elle
+le fait demander au maire, qui n'a point encore quitté la salle du
+Conseil; Chambon ne donne aucune réponse.
+
+Après les agitations de cette journée, et malgré l'obsession des
+quatre municipaux qui l'environnent, Louis se remet tranquillement à
+sa lecture. A huit heures et demie, prévenu que son souper est prêt,
+il dit aux commissaires: «Ma famille ne descendra-t-elle pas?» Point
+de réponse. «Mais au moins, ajoute-t-il, mon fils passera la nuit chez
+moi, son lit et ses effets sont ici.» Même silence. En se levant de
+table, Louis insiste de nouveau sur le désir de voir sa famille; on
+lui répond qu'on attend la décision de la Convention. Cléry donne
+alors ce qui est nécessaire pour le coucher de l'enfant. Le Roi se
+coucha à la même heure et avec le même calme que de coutume.
+
+La même tranquillité était loin de régner au troisième étage: la Reine
+avait donné son lit à son fils, et resta toute la nuit debout, dans
+une douleur si morne que sa fille et sa soeur ne voulaient pas la
+quitter; mais elle les força de rentrer chez elles en les conjurant de
+se coucher[36], ce qu'elles firent. Marie-Thérèse seule s'endormit
+bientôt: heureux âge où le sommeil a encore plus d'empire que la
+douleur!
+
+[Note 36: Récit de Marie-Thérèse-Charlotte.]
+
+Le lendemain 12 décembre, la famille séparée demanda encore à se
+revoir. Mais on lui répondit encore qu'on attendait les ordres de la
+Convention. Dans la journée, une députation de l'Assemblée apporta au
+Temple le décret qui autorisait Louis XVI à prendre un conseil. Le
+Prince désigna Target, un des principaux rédacteurs de la
+Constitution, à son défaut Tronchet, et les deux s'il lui était
+permis de les prendre. Il ajouta qu'il serait nécessaire qu'on lui
+fournît de l'encre, du papier et des plumes. Les députés firent leur
+rapport à la Convention, qui chargea immédiatement le ministre de la
+justice de transmettre à Target et à Tronchet le choix que Louis avait
+fait d'eux pour le défendre, ordonna que les municipaux de service au
+Temple les laisseraient communiquer librement avec l'accusé, et
+fourniraient à celui-ci de l'encre, des plumes et du papier. Le jeudi
+13, au matin, la députation revint à la Tour, et apprit au Roi le
+refus de Target, qui se trouvait, disait-il, par l'état d'épuisement
+de sa santé, dans l'impossibilité d'accepter une tâche qui aurait
+réclamé toutes ses forces[37]. Elle lui dit qu'on avait envoyé
+chercher M. Tronchet à sa campagne de Palaiseau, et qu'on l'attendait
+dans la journée; puis elle lui donna lecture de plusieurs lettres
+adressées à la Convention, et qui toutes sollicitaient l'honneur que
+Target venait de refuser. Une de ces lettres était de M. de
+Malesherbes[38]. Une foule de Français se présentaient, sollicitant
+aussi la gloire de défendre un prince malheureux. Un grand nombre de
+pétitions arrivaient de tous les points de la France.
+
+[Note 37: Le lecteur doit connaître la lettre de cet avocat,
+ex-constituant, qui avait accepté la défense du méprisable cardinal de
+Rohan et qui refusait son ministère au Roi:
+
+«Depuis le décret de ce matin, il devient embarrassant pour moi
+d'avoir un avis sur les faits imputés à Louis XVI. Je dois au moins
+m'abstenir de le prononcer. Je satisferai ce devoir; mais âgé de près
+de soixante ans, fatigué de maux de nerfs, de douleurs de tête et
+d'étourdissements qui durent depuis quinze ans, qui m'ont fait quitter
+la plaidoirie en 1785, et que quatre années de travaux ont aigris à un
+point insupportable, je conserve à peine les forces suffisantes pour
+remplir pendant six heures dans chaque journée les fonctions paisibles
+de juge, et j'attends avec quelque impatience le moment d'en être
+déchargé par les prochaines élections. C'est dire assez qu'il m'est
+impossible de me charger de la défense de Louis XVI. Je n'ai
+absolument rien de ce qu'il faut pour un tel ministère, et par mon
+impuissance je trahirois à la fois et la confiance du client accusé et
+l'attente publique. C'est à l'instant même que j'apprends cette
+nomination, qu'il m'étoit impossible de prévoir. Un homme libre et
+républicain ne peut pas accepter des fonctions dont il se sent
+entièrement incapable.
+
+ »Le républicain TARGET.»
+
+ * * * * *
+
+Notre impartialité nous oblige à réunir toutes les pièces de ce procès
+sous les yeux du lecteur. Dans une lettre adressée à M. de Lamartine,
+le 22 mars 1847, lors de la publication de l'_Histoire des Girondins_,
+M. P. Target, alors auditeur au conseil d'État, explique ainsi la
+conduite de son grand-père: «M. Target, affaibli par une longue
+maladie, craignit que ses efforts restassent au-dessous de son zèle,
+et il aima mieux décliner l'honneur qui lui était fait que de
+présenter une défense incomplète. Mais s'il ne parla pas, il écrivit.
+Avant les plaidoiries, il fit imprimer, publier, colporter par les
+rues un écrit signé de son nom, et dans lequel il présentait avec
+beaucoup de force les seules raisons qui pussent alors sauver
+l'auguste accusé. Les faits que je viens de rappeler sont en outre
+consignés dans un éloge de mon grand-père prononcé en 1807 par M.
+Muraire, alors premier président à la Cour de cassation. «Lorsque,
+dans cette circonstance difficile, disait M. Muraire, M. Target,
+renonçant à tout ce qu'il eût obtenu, se dévouait à ce qui ne lui
+offrait que du danger, faut-il laisser peser sur sa mémoire
+l'impression fâcheuse et injuste produite par un fait que ses
+détracteurs n'ont pas pris la peine d'approfondir?»]
+
+[Note 38:
+
+ «Paris, 11 décembre 1792.
+
+»Citoyen président, j'ignore si la Convention donnera à Louis XVI un
+conseil pour le défendre et si elle lui en laisse le choix; dans ce
+cas-là, je désire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette
+fonction, je suis prêt à m'y dévouer. Je ne vous demande pas de faire
+part à la Convention de mon offre, car je suis bien éloigné de me
+croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi.
+Mais j'ai été appelé deux fois au conseil de celui qui fut mon maître
+dans le temps que cette fonction étoit ambitionnée par tout le monde:
+je lui dois le même service lorsque c'est une fonction que bien des
+gens trouvent dangereuse. Si je connoissois un moyen possible pour lui
+faire connoître mes dispositions, je ne prendrois pas la liberté de
+m'adresser à vous. J'ai pensé que, dans la place que vous occupez,
+vous aurez plus de moyens que personne pour lui faire passer cet avis.
+
+»Je suis avec respect, etc.
+
+ »LAMOIGNON DE MALESHERBES.»]
+
+«Je suis sensible aux offres que me font ces personnes de me servir de
+conseil, répondit Louis XVI, et je vous prie de leur en témoigner ma
+reconnoissance. J'accepte M. de Malesherbes pour mon conseil. Si M.
+Tronchet ne peut me prêter ses services, je me concerterai avec M. de
+Malesherbes pour en choisir un autre.»
+
+Le Roi signa le procès-verbal de son acceptation, et le remit aux
+députés.
+
+Dans la matinée du 14 décembre, Tronchet se présenta au Temple.
+Arrêté, selon la consigne, dans le palais qui sépare la cour du
+jardin, il attendit que les commissaires vinssent l'y reconnaître.
+Conduit par eux dans la salle du Conseil, il y fut fouillé, puis il
+fut introduit dans la chambre de Louis XVI, comme le permettait le
+décret. En présence du jurisconsulte, le Prince se sentant appuyé sur
+son droit, réclama avec force la faculté de voir sa famille. N'osant
+ni accueillir ni repousser cette demande, le conseil du Temple en
+référa au conseil général de la Commune.
+
+Dans la même journée, Malesherbes fut aussi introduit, non sans avoir
+subi les formalités acerbes qui n'épargnaient personne. «Ah! c'est
+vous, mon ami? lui dit Louis XVI en le serrant dans ses bras et en le
+faisant entrer dans la tourelle; vous venez m'aider de vos conseils;
+vous ne craignez pas d'exposer votre vie pour sauver la mienne; mais
+tout sera inutile!--Non, Sire, je n'expose point ma vie, et je veux
+croire que celle de Votre Majesté ne court aucun danger. Sa cause est
+si juste et ses moyens de défense si puissants!--Si! si! ils me feront
+périr; mais ce sera gagner ma cause que de laisser une mémoire sans
+tache. Ma soeur, continua-t-il, m'a donné le nom et la demeure d'un
+prêtre insermenté qui pourrait m'assister dans mes derniers moments.
+Je vous prie de l'aller trouver de ma part, de lui remettre ce mot, et
+de le disposer à m'accorder ses secours. C'est une étrange commission
+pour un philosophe, n'est-ce pas? Ah! mon ami, combien je vous
+souhaiterais de penser comme moi! La religion instruit et console tout
+autrement que la philosophie.--Sire, cette commission n'a rien de si
+pressé, répondit Malesherbes.--Rien ne l'est davantage pour moi,»
+reprit le Roi. Le billet portait cette adresse: _A monsieur Edgeworth
+de Firmont, aux Récollets, à Paris_.
+
+Les deux défenseurs de Louis écrivirent à la Convention pour réclamer
+la communication des chefs d'accusation. Dès le lendemain,
+l'Assemblée, sur le rapport de sa commission des vingt et un, décréta
+que quatre membres de cette commission, nommés par elle-même, «se
+transporteraient sur-le-champ au Temple, remettraient à Louis les
+copies collationnées des pièces probantes de ses crimes, en
+dresseraient procès-verbal, puis placeraient sous ses yeux les
+originaux des pièces qui ne lui avaient point été présentées à la
+barre, et constateraient s'il les a reconnues.»
+
+Dans cette même journée, la Convention s'occupa aussi de la demande
+qu'avait faite le Roi de communiquer avec sa famille. L'autorisation
+fut d'abord accordée sans restriction; Tallien prétendit que la
+Commune de Paris ne se prêterait point à l'exécution d'un tel décret.
+L'Assemblée se sentit blessée par cette observation injurieuse, et
+ordonna que son auteur serait censuré et inscrit nominativement au
+procès-verbal[39]. Cependant l'autorisation déjà donnée fut combattue
+de nouveau; un moyen terme, qui était un refus déguisé, fut adopté, et
+vers une heure, le décret suivant fut apporté à la Tour: «La
+Convention nationale décrète que Louis Capet pourra voir ses enfants,
+lesquels ne pourront, jusqu'à jugement définitif, communiquer avec
+leur mère ni avec leur tante.» Louis XVI dit à Cléry: «Vous voyez dans
+quelle cruelle alternative ils me placent! Je ne puis me résoudre à
+garder mes enfants avec moi: pour ma fille, cela est impossible, et
+pour mon fils, je sens tout le chagrin que la Reine en éprouverait; il
+faut donc consentir à ce nouveau sacrifice. Ainsi, faites transporter
+son lit dans la chambre de sa mère.»
+
+[Note 39: Voir la séance de la Convention du 13 décembre 1792.]
+
+L'ordre généreux du Roi fut exécuté sur-le-champ. Le jeune Prince
+avait passé les trois dernières nuits couché sur un matelas. Cléry
+garda ses habits et son linge, et tous les deux jours il envoyait ce
+qui lui était nécessaire, selon les conventions secrètes arrêtées avec
+Madame Élisabeth.
+
+La députation de la commission des vingt et un, dont nous avons parlé,
+arriva au Temple vers trois heures et demie de l'après-midi. Elle
+était composée de Borie, Dufriche-Valazé, Poulain-Grandprey et Cochon,
+et accompagnée de Gauthier, employé au bureau des procès-verbaux de la
+Convention, nommé secrétaire de la commission; de Varennes, huissier
+de la Convention, et de Devaux, maréchal des logis des grenadiers de
+la gendarmerie nationale, commandant l'escorte des députés. Les
+municipaux vinrent vérifier leurs pouvoirs. L'un d'eux, nommé Périac,
+fit quelques difficultés pour recevoir Gauthier, Varennes et Devaux.
+«Le décret, dit-il, ne fait pas mention d'eux, et nous ne pouvons
+légalement les laisser entrer dans la Tour.» Cet obstacle levé par les
+autres membres de la Commune, la députation elle-même pénétra avec son
+entourage dans l'appartement de Louis XVI. Tronchet était près de ce
+prince. Borie annonça l'objet de la mission dont ses collègues et lui
+étaient chargés. La grande table de l'antichambre fut dressée au
+milieu de la chambre du Roi; on y plaça toutes les pièces du procès.
+Chacun prit place à l'entour: les conventionnels d'un côté, et de
+l'autre Louis XVI et son défenseur. Les deux commissaires de service
+s'assirent aussi dans la chambre; l'un d'eux était Mercereau, qui,
+après avoir travaillé quelque temps au Temple comme tailleur de
+pierre, y apparaissait cette fois comme membre du conseil général de
+la Commune.
+
+Conformément aux dispositions du décret, copie fut remise au Roi des
+pièces qu'on lui avait déjà communiquées à la barre, ainsi qu'une
+copie de l'inventaire énonciatif de ces pièces. Toutes furent
+successivement cotées, puis ensuite parafées par Louis XVI et par deux
+membres de la commission, Grandprey et Cochon. Le parafe du Roi
+n'était autre que la lettre L majuscule. On lui communiqua ensuite les
+originaux des pièces qui ne lui avaient point été présentées à la
+barre, et qui se trouvaient comprises en un second inventaire au
+nombre de cent sept; Gauthier, secrétaire de la commission, en donnait
+lecture; Valazé demandait au Roi: «Avez-vous connaissance, etc.?»
+Louis XVI répondait ordinairement oui ou non, sans autre explication.
+Borie les présentait à sa signature, ainsi que la copie que chaque
+fois Grandprey proposait de lui lire, et dont Louis le dispensait
+toujours. Cochon faisait l'appel par liasse et par numéro, et le
+secrétaire les enregistrait à mesure qu'elles étaient remises au Roi.
+
+Cette opération, commencée avant quatre heures, ne touchait pas encore
+à son terme, lorsqu'à neuf heures et demie Louis XVI interrompit la
+séance pour demander aux députés s'ils voulaient souper. Ils
+acceptèrent. Cléry leur fit aussitôt servir une volaille froide et
+quelques fruits dans la salle à manger. Tronchet ne voulut rien
+prendre, et demeura avec le Roi dans sa chambre. La Convention avait
+beau faire: la majesté du Roi survivait dans l'abaissement de
+l'accusé. Où avait-on vu avant cela un prévenu s'occupant des
+représentants de ses accusateurs comme un hôte s'occupe de ses
+invités, et veillant à ce que rien ne manquât à ceux qui s'occupaient
+de préparer son arrêt de mort?
+
+Après le souper, l'interrogatoire du royal accusé fut repris.
+Quelques-unes des liasses qu'on plaçait sous ses yeux (entre autres
+les numéros 18 et 53) contenaient des projets de constitution
+apostillés de sa main; plusieurs autres pièces (cotées 5, 6, 22, 31,
+78) étaient également annotées par lui, tantôt avec de l'encre, tantôt
+au crayon; la lettre cotée 30, adressée à M. de Bouillé, était tout
+entière de son écriture[40]; calme et presque distrait, il recevait
+toutes ces pièces _comme un grand seigneur reçoit les comptes de son
+intendant_[41]. Minuit sonnait au moment où s'acheva cette longue et
+pénible séance, en laquelle, au fantôme froid et hypocrite des
+procédures légales de la Convention nationale, la royauté déchue et
+accusée n'avait pu opposer que son calme et sa résignation. La
+commission sortit. Louis prit quelque nourriture, et sans se plaindre
+de la fatigue qu'il avait éprouvée, il demanda à Cléry si l'on avait
+retardé le souper de sa famille. Sur sa réponse négative: «J'aurais
+craint que ce retard n'eût inquiété la Reine et ma soeur», dit-il;
+puis il fit sa prière, se coucha, et s'endormit.
+
+[Note 40: Dans cette lettre, le Roi félicitait le général sur la
+conduite qu'il avait tenue à Nancy.]
+
+[Note 41: Séance du conseil général de la Commune du 27 décembre
+1792.]
+
+Malesherbes et Tronchet s'effrayaient, si ce n'est de la gravité, du
+moins du nombre des pièces d'accusation qu'il leur faudrait réfuter
+une à une; ils s'effrayaient davantage en réfléchissant que la
+Convention avait décrété qu'elle entendrait pour la dernière fois
+l'accusé le 26 décembre. Le Roi d'ailleurs s'opposait absolument à ce
+qu'ils sollicitassent aucun délai. Malesherbes le premier, craignant
+d'être vaincu par le temps ou trahi par sa propre force, songea à
+réclamer le concours d'un jeune avocat qui s'était fait un nom
+brillant au barreau de Paris; il proposa M. de Sèze à son collègue, et
+tous deux le proposèrent à Louis XVI. Le Prince ne connaissait M. de
+Sèze que de réputation. «Faites, dit-il en souriant: les médecins
+s'assemblent nombreux quand le danger est grand. Vous me prouvez que
+la maladie est de la dernière gravité; je vous montrerai, moi, que je
+suis bon malade.» Ses conseils demandèrent donc à l'Assemblée que, vu
+la brièveté du délai accordé, M. de Sèze leur fût adjoint dans la
+défense qui leur était confiée. Leur proposition fut accueillie dans
+la séance du lundi 17 décembre. Le jour même, vers les cinq heures du
+soir, les trois défenseurs vinrent au Temple, et depuis ce jour
+jusqu'au 26 décembre, ils virent régulièrement le Roi tous les trois.
+Ce malheureux Prince se sentait encouragé par leur zèle et leur
+dévouement; mais le fond de sa pensée était demeuré le même. Un jour,
+il prit à part M. de Malesherbes, et lui rappela que, dès leur
+première entrevue, il l'avait chargé d'une négociation qui
+l'intéressait vivement. «Si je n'ai pas cru, dit Malesherbes, rendre
+plus tôt compte au Roi de ma mission, je me suis toutefois conformé à
+ses ordres. M. Edgeworth ne demeure point aux Récollets; il a un
+pied-à-terre rue du Bac, mais depuis le mois de septembre il habite
+Choisy-le-Roy. Ne le connaissant point personnellement, je lui donnai
+rendez-vous chez madame de Sénozan, ma soeur. Là, Sire, je lui ai
+remis votre message, qui eût été sans doute une invitation pressante
+pour tout autre, mais qui était et qui est resté un ordre pour un tel
+homme. Il espère comme moi que la perversité humaine n'exigera jamais
+qu'il ait à vous donner une aussi cruelle preuve de dévouement. Il m'a
+chargé de mettre à vos pieds tout ce que lui dictait dans une
+circonstance si pénible un coeur flétri par la douleur.--Remerciez-le
+de ma part, répondit Louis XVI, et priez-le de ne pas quitter Paris
+dans ce moment.»
+
+Cependant Cléry avait trouvé le moyen de faire arriver par Turgy des
+nouvelles du Roi à Madame Élisabeth. Il fut lui-même, dans la journée
+du 17, averti par Turgy que cette princesse, en lui remettant sa
+serviette après le dîner, lui avait glissé dans la main un billet
+écrit avec des piqûres d'épingle, par lequel elle suppliait le Roi de
+lui écrire un mot de sa main. Cléry remit au Roi à son coucher ce
+billet de Madame Élisabeth. Possesseur de papier et d'encre depuis le
+commencement de son procès, Louis, dès le lendemain matin, écrivit à
+sa soeur une lettre qu'il remit décachetée à Cléry. «Il n'y a rien là
+qui puisse vous compromettre, lui dit-il, prenez-en lecture.» Le
+discret serviteur se permit sur ce point de désobéir à son maître, et
+remit la lettre à Turgy. Celui-ci rapporta la réponse dans un peloton
+de fil qu'il fit rouler sous le lit de Cléry en passant près de la
+porte de sa chambre. Ce mode de correspondance, inauguré ainsi,
+continua. Louis remettait des billets à Cléry, Cléry les revêtait de
+fil, de coton ou de laine, et les déposait dans l'armoire où étaient
+les assiettes pour le service de la table; Turgy presque immédiatement
+allait les prendre et les remettait à Madame Élisabeth. Moins observé
+que son camarade, Turgy, pour lui faire parvenir les réponses, avait
+recours à différents moyens; mais Cléry en inventa un qui remédia à
+bien des difficultés et épargna bien des périls. La bougie fournie
+pour le service du Roi était livrée en paquets ficelés; Cléry conserva
+la ficelle, et lorsqu'il en eut une assez grande quantité, il annonça
+à son maître qu'il pouvait à l'avenir rendre sa correspondance plus
+active. La fenêtre de la chambre de Madame Élisabeth répondait
+perpendiculairement à la fenêtre du petit corridor qui communiquait de
+la chambre de Louis XVI à celle de Cléry. En attachant les lettres à
+une ficelle, Madame Élisabeth pouvait donc les laisser glisser de sa
+croisée à celle de l'étage inférieur; l'abat-jour en forme de hotte
+placé à la fenêtre du corridor ne permettait pas de craindre que le
+message pût tomber dans le jardin; la ficelle qui descendrait la
+lettre pourrait remonter la réponse; on pourrait même, par la même
+voie, faire parvenir aux princesses un peu de papier et un peu
+d'encre, ressources dont elles étaient privées. La grande difficulté
+était levée: Cléry possédait la ficelle! Grâce aux intelligences entre
+lui et Turgy, Madame Élisabeth fut bientôt instruite du nouveau mode
+de correspondance qui avait été imaginé. Elle fut mise en possession
+de la ficelle, et, dans la matinée du 20 décembre, elle avertit Louis
+XVI qu'elle en ferait usage à huit heures du soir. C'est ainsi que le
+génie de la captivité inspirait aux membres infortunés de cette
+famille auguste les moyens de triompher de la surveillance haineuse
+qui croyait avoir rendu toute communication entre eux impossible.
+
+Ce jour-là, à quatre heures et demie, la députation de la commission
+des vingt et un, qui s'était présentée au Temple cinq jours
+auparavant, fut de nouveau introduite auprès de Louis, s'installa
+comme la première fois autour d'une table, et donna lecture à ce
+Prince de cinquante et une nouvelles pièces qu'il signa et parafa
+comme les précédentes. Ce travail dura une heure. Les membres de la
+commission et les défenseurs de Louis se rencontrèrent au pied de la
+Tour. Descendus avec les uns, Mathey et un municipal remontèrent avec
+les autres. Les affaires dont ses conseils devaient l'entretenir ne
+faisaient point oublier au Roi l'avis qu'il avait reçu de sa soeur. De
+son côté, Cléry avait tout disposé: il avait fermé la porte de sa
+chambre et celle du corridor, et s'était mis à causer tranquillement
+dans l'antichambre avec les commissaires de la Commune. Dès que
+l'aiguille marqua huit heures à la pendule de sa cheminée, Louis XVI
+se leva et sortit un instant: ses défenseurs ne se doutèrent point, en
+le voyant reparaître trois minutes après, qu'il venait de recevoir des
+nouvelles de sa famille et de lui transmettre lui-même les expressions
+de sa tendresse.
+
+Le Roi fit monter par cette poste aérienne quelques feuilles de papier
+blanc qui lui revinrent avec de douces consolations. C'était toujours
+à huit heures du soir qu'avait lieu cette correspondance.
+
+Louis XVI, depuis quelques jours, souffrait de la longueur de sa
+barbe; Cléry s'adressa aux municipaux pour obtenir des rasoirs. De
+leur côté, les princesses demandaient qu'il leur fût prêté des ciseaux
+pour se couper les ongles. Le conseil du Temple s'assembla pour
+statuer sur ces deux requêtes, et après un long examen, les renvoya à
+la décision de la Commune[42]. Celle-ci prit la résolution suivante:
+
+«Le conseil général, considérant que par l'événement du décret qui
+permet aux conseils de Louis Capet de communiquer librement avec lui,
+le conseil général n'est responsable que de l'évasion du prisonnier,
+consent que les rasoirs et les ciseaux demandés par les prisonniers
+leur soient accordés; arrête en outre que le présent arrêté ainsi que
+celui pris par les commissaires du Temple seront envoyés à la
+Convention.»
+
+[Note 42: _Extrait du registre des délibérations des commissaires de
+la Commune de service au Temple._
+
+ «Du 22 décembre 1792, an Ier de la République française.
+
+»A six heures du soir, le conseil s'est rassemblé pour prendre une
+délibération sur les deux objets ci-après:
+
+»1º Louis Capet paroît embarrassé de la longueur de sa barbe; il l'a
+témoigné diverses fois. On lui a proposé de le faire raser. Il en a
+montré de la répugnance, et a laissé voir le désir de se raser
+lui-même.
+
+»Le conseil pensa hier pouvoir lui donner l'espérance d'accéder
+aujourd'hui à sa demande; mais ce matin, on s'est aperçu que les
+rasoirs de Louis Capet n'étoient pas restés au Temple: on a pris de là
+occasion de discuter de nouveau la matière; elle a été amplement
+controversée, et le résultat a été l'opinion unanime de soumettre la
+question au conseil général de la Commune, qui, dans le cas où il
+jugera convenable de permettre à Louis Capet de se faire lui-même la
+barbe, voudra bien ordonner qu'il lui soit confié un ou deux rasoirs
+dont il fera usage sous les yeux de quatre commissaires auxquels ces
+mêmes rasoirs seront aussitôt rendus, et qui constateront que la
+remise leur en aura été faite.
+
+»2º La femme, la soeur et la fille de Louis Capet ont demandé qu'il
+leur soit prêté des ciseaux pour se couper les ongles.
+
+»Le conseil en ayant délibéré, a pareillement arrêté à l'unanimité que
+cette demande seroit soumise au conseil général de la Commune, qui
+seroit prié, dans le cas où il y donneroit son consentement, de fixer
+aussi le mode à employer à cet égard.
+
+»Arrête que la présente délibération sera envoyée au conseil général
+de la Commune dans le jour et d'assez bonne heure pour que la réponse
+soit connue dès aujourd'hui au conseil du Temple.
+
+»Et ont signé au registre:
+
+ »MAUBERT, DEFRASNE, JON, LANDRAGIN, ROBERT,
+ MALIVOIR et DESTOURNELLES.
+
+»Pour copie conforme, les jour, mois et an que dessus.
+
+ »DESTOURNELLES, officier municipal.»]
+
+Par suite de cet arrêté, le conseil du Temple confia deux rasoirs à
+Louis, à la condition de ne s'en servir que sous les yeux de deux
+municipaux, auxquels les rasoirs seraient tout aussitôt rendus; il en
+fut de même pour les ciseaux prêtés aux princesses.
+
+Noël approchait. Madame Élisabeth se préoccupait de la manière dont
+cette grande fête serait célébrée à Paris. Le lundi soir 24 décembre,
+Toulan et Lepitre se retrouvèrent ensemble de service au Temple. «La
+veille de Noël, raconte ce dernier, Chaumette fit arrêter que la messe
+de minuit ne seroit point célébrée; on lui représenta inutilement que
+cette défense pourroit donner lieu à quelque émeute; que le peuple
+n'étoit pas aussi philosophe que Chaumette et qu'il tenoit encore à
+ses anciens usages. On arrêta que des officiers municipaux ou des
+membres du conseil se rendroient aux différentes paroisses et
+s'opposeraient à ce qu'on ouvrît les portes. Qu'arriva-t-il? les
+membres de la Commune furent bafoués et battus; la messe fut chantée,
+et Chaumette en devint plus furieux contre la religion et ses
+ministres. Le 25 décembre, en entrant chez la Reine, je lui avois
+parlé de cet arrêté de la Commune, dont j'ignorois les suites. Le
+soir, nous vîmes arriver Beugniau, maître maçon, l'un de mes
+collègues, le visage légèrement balafré. Ce fut lui qui nous raconta
+de quelle manière les femmes de la halle l'avoient accueilli à
+Saint-Eustache.» Madame Élisabeth apprit ces détails sans étonnement
+et sans chagrin. «Il est bon, dit-elle, que le peuple sache que ceux
+qui prétendent le rendre libre ne veulent de liberté ni pour sa
+conscience ni pour ses prières.»
+
+Le jour de Noël, Louis, resté seul avec lui-même, écrivit son
+testament. Bien que personne n'ignore ces pages de piété, de clémence
+et de tendresse, nous croyons devoir en reproduire les passages qui se
+rapportent plus directement à notre sujet:
+
+«Je recommande à Dieu ma femme, mes enfants, ma soeur, mes tantes, mes
+frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par
+quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement
+de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma soeur,
+qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce
+s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde
+périssable.
+
+»Je prie ma soeur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes
+enfants, et de leur tenir lieu de mère s'ils avoient le malheur de
+perdre la leur.
+
+»Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à
+Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux,
+soumis et obéissants à leur mère, et reconnoissants de tous les soins
+et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mémoire de moi, je les
+prie de regarder ma soeur comme une seconde mère.»
+
+Le mercredi 26 décembre, le Roi, de peur que le bruit des tambours et
+le mouvement des troupes n'effrayassent sa famille, pria, dès le lever
+du jour, les commissaires de la prévenir qu'il allait être conduit à
+la barre de la Convention nationale. Il était cinq heures quand la
+voiture et son escorte rentrèrent au Temple: la journée avait été
+longue pour les prisonnières. Devinant leur inquiétude, Louis, dès
+qu'il fut rentré dans son appartement, prit la plume, et sans doute il
+pensa avec tristesse que les mots qu'il traçait avec empressement pour
+les rassurer ne leur parviendraient que trois heures plus tard. Ce ne
+fut en effet qu'à huit heures du soir qu'une lettre passait, par un
+fil invisible, du second au troisième étage de la tour.
+
+Le 1er janvier 1793, Cléry entra avant le jour dans la chambre de son
+maître, et entr'ouvrant les rideaux de son lit, lui demanda à voix
+basse la permission de lui présenter des voeux pour la fin de ses
+malheurs. «Je reçois vos souhaits», lui dit Louis XVI en lui tendant
+une main que Cléry baisa et mouilla de ses larmes. Le Roi se leva,
+poussa la porte entr'ouverte de sa chambre, et pria un commissaire
+d'aller s'informer de sa part de l'état de la santé de sa famille et
+de lui transmettre l'expression de ses voeux pour la nouvelle année.
+Les municipaux furent émus de l'accent avec lequel étaient prononcées
+ces simples paroles, si poignantes dans une telle situation. Le
+municipal chargé de cette mission rentra bientôt chez le Roi. «Votre
+famille, dit-il, vous remercie de vos souhaits, et vous adresse les
+siens.--Quel jour de nouvelle année!» dit Louis XVI.
+
+La jeune Marie-Thérèse tomba malade. Son père fut informé par la
+correspondance nocturne de sa situation; il s'en inquiéta assez pour
+ne plus songer à sa position personnelle. Dans ses épanchements avec
+ses défenseurs, sa parole, ses pensées revenaient sans cesse vers sa
+famille. «Au milieu de toutes mes tribulations, disait-il, la
+Providence m'a ménagé de tendres consolations; ma vie a dû un grand
+charme à mes enfants, à la Reine et à ma soeur. Je ne vous parlerai
+point de mes enfants, déjà si malheureux..... à leur âge!
+continua-t-il avec émotion; ni de ma soeur, dont la vie n'a été
+qu'affection, dévouement et courage. L'Espagne et le Piémont avaient
+paru désirer son alliance; à la mort de Christine de Saxe, les
+chanoinesses de Remiremont lui offrirent de l'élire abbesse; rien n'a
+pu la séparer de moi; elle s'est attachée à mes malheurs comme
+d'autres s'étaient attachés à mes prospérités! Mais je veux vous
+entretenir d'un cruel sujet de peine pour mon coeur; c'est de
+l'injustice des Français pour la Reine.»
+
+Alors il expliqua longuement la conduite de cette princesse, qui,
+ennemie de l'étiquette et de la contrainte, avait été jugée si
+sévèrement. «Ses manières, ajouta-t-il, nouvelles à la cour, se
+rapprochaient trop de mon goût naturel pour que je voulusse les
+contrarier..... D'abord, le public applaudissait à l'abandon des
+anciens usages; ensuite, il en a fait un crime..... Les factieux,
+dit-il en terminant, ne mettent cet acharnement à décrier et à noircir
+la Reine que pour préparer le peuple à la voir périr. Oui, mes amis,
+sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on craindrait qu'elle ne
+me vengeât. Infortunée princesse! notre mariage lui promit un trône;
+aujourd'hui, quelle perspective lui offre-t-il?» L'émotion du Prince
+avait gagné ses trois défenseurs.
+
+Cependant Louis XVI était toujours préoccupé de la santé de sa fille.
+Les nouvelles qu'il en recevait chaque soir n'étaient pas entièrement
+satisfaisantes. Un municipal officieusement chargé par lui de
+s'informer de l'état des choses avait gardé le silence. Louis
+craignait que, pour lui épargner de la peine, on ne lui cachât une
+partie de la vérité. Il confia son inquiétude à ses défenseurs.
+Ceux-ci promirent de se plaindre au conseil de ce silence, qui
+devenait une torture de plus pour le Prince captif; mais à huit
+heures, les ayant quittés un instant, le Roi rentra, et comprimant à
+regret la joie de son coeur: «Messieurs, leur dit-il avant de se
+séparer, j'ai réfléchi sur la démarche que vous voulez faire: je vous
+prie de la remettre à demain, et même de ne la point tenter avant de
+m'avoir revu.» A leur arrivée, le lendemain, il leur dit: «Je sais
+maintenant que ma fille est mieux; que Brunyer doit venir la voir, et
+que la Reine est tranquille. Dieu soit loué!» C'était, on l'a deviné,
+une lettre de Madame Élisabeth, qui la veille au soir, avait apporté
+le calme et le bonheur dans l'âme de cet infortuné Prince.
+
+Le procès touchait à sa fin. Le jeudi matin 17 janvier, Paris apprit
+le vote de mort rendu dans la nuit. A neuf heures, les trois
+défenseurs arrivèrent au Temple. Cléry alla au-devant d'eux. «Tout est
+perdu, lui dit Malesherbes, le Roi est condamné.» Louis XVI était
+assis dans sa chambre, le dos tourné vers la porte, les coudes appuyés
+sur une table, le visage couvert de ses deux mains. S'étant levé pour
+recevoir ses visiteurs, il leur dit: «Depuis deux heures, je
+réfléchissais sur le passé; je recherchais dans ma mémoire si, durant
+le cours de mon règne, j'ai donné volontairement à mes sujets un sujet
+de plainte contre moi. Eh bien! je vous le jure en toute sincérité,
+comme un homme qui va paraître devant Dieu, j'ai constamment voulu le
+bonheur de mon peuple, et je n'ai pas formé un seul voeu qui lui fût
+contraire.»
+
+Le contraste des douces paroles du Prince avec l'arrêt de mort qu'on
+lui apportait, avait jeté le trouble dans l'âme de ses défenseurs.
+Malesherbes ne put contenir sa douleur; il se jeta aux pieds du Roi,
+et, suffoqué par les sanglots, il demeura sans voix. Louis XVI le
+releva et le serra dans ses bras avec effusion: «Je m'attendais à ce
+que vos larmes m'apprennent; remettez-vous donc, mon cher Malesherbes.
+Tant mieux; oui, mieux vaut sortir enfin d'incertitude! Si vous
+m'aimez, loin de vous attrister, ne m'enviez pas le seul asile qui me
+reste.» Et comme M. de Malesherbes essayait de lui persuader que tout
+espoir n'était pas perdu: «Non, il n'y a plus d'espoir, dit-il; la
+nation est égarée, et je suis prêt à m'immoler pour elle.--Sire, en
+sortant de la Convention, quelques personnes m'ont entouré, et m'ont
+assuré que de fidèles sujets arracheraient le Roi des mains de ses
+bourreaux ou périront avec lui.--Les connaissez-vous? demanda le
+Roi.--Non, Sire; mais je pourrais les retrouver.--Eh bien, tâchez de
+les rejoindre, et déclarez-leur que je les remercie du zèle qu'ils me
+témoignent. Toute tentative exposerait leurs jours sans sauver les
+miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserver le trône et la
+vie, j'ai refusé de m'en servir: voudrais-je aujourd'hui faire couler
+pour moi le sang français!--Du moins, dit Tronchet, le Roi ne peut
+nous empêcher de nous servir de tous les moyens légaux. Nous le prions
+donc d'écrire de sa main et de signer la déclaration que voici.»
+Pressé par les instances de ses trois amis, Louis copia et signa les
+lignes suivantes, que Tronchet venait de rédiger sur le coin de la
+table:
+
+«Je dois à mon honneur, je dois à ma famille, de ne point souscrire à
+un jugement qui m'inculpe d'un crime que je ne puis me reprocher. En
+conséquence, je déclare que j'interjette appel à la nation elle-même
+du jugement de ses représentants, et je donne par ces présentes à mes
+défenseurs le pouvoir spécial, et je charge spécialement leur
+fidélité, de faire connoître cet appel à la Convention nationale par
+tous les moyens qui seront en leur pouvoir, et de demander qu'il en
+soit fait mention dans le procès-verbal de ses séances.
+
+»Fait à la tour du Temple, ce 16 janvier 1793.»
+
+Ayant tracé cet écrit, le Roi hésitait encore à le remettre à ses
+conseils. «Donnez, Sire, dit de Sèze, c'est beaucoup plus dans
+l'intérêt du peuple que dans celui du Roi que nous vous le
+demandons.--Non, reprit Louis XVI avec une bonté souriante qu'il est
+impossible de peindre, c'est beaucoup plus dans mon intérêt que dans
+celui du peuple que vous me le demandez; mais moi, je vous le donne
+dans son intérêt beaucoup plus que dans le mien. Le sacrifice de ma
+vie est si peu de chose auprès de sa gloire ou auprès de son bonheur!
+Et ne croyez pas, messieurs, que la Reine et ma soeur montrent moins
+de force et de résignation que moi. Mourir est préférable à leur
+sort.»
+
+Les défenseurs se retirèrent le coeur brisé, et cependant ils ne se
+doutaient pas qu'ils avaient vu le Roi pour la dernière fois. Le reste
+de la journée s'écoula lentement; la soirée fut encore plus triste.
+Louis XVI, comme de coutume, reçut des nouvelles de sa famille; mais
+les consolations qui s'échangeaient la nuit entre les deux étages se
+tournaient en afflictions profondes: le crieur avait appris au Temple
+la condamnation du Roi: femme, soeur, enfants, tout était plongé dans
+le désespoir.
+
+Guadet appuya l'ajournement demandé par de Sèze, Tronchet et
+Malesherbes. Merlin (de Douai) et Tallien le combattirent, le premier
+au nom du droit, le second par pitié. «C'est, dit Merlin (de Douai),
+dans l'institution des jurés qu'il est question du nombre des voix
+nécessaire pour la condamnation d'un accusé. Mais il n'en est pas
+question dans le Code pénal. C'est là l'erreur de Tronchet; il ne faut
+pas accorder les honneurs de l'ajournement à une erreur aussi
+grossière.» La Convention, convaincue par cet argument équivoque de
+l'auteur de la loi sur les suspects, décréta qu'il n'y avait pas lieu
+à délibérer sur l'ajournement proposé, et ajourna au lendemain la
+question de savoir si, oui ou non, il y aurait sursis à l'exécution du
+décret de mort contre Louis.
+
+Tallien s'opposa à la remise de la séance au lendemain. «Je motive mon
+opinion, s'écria-t-il, sur une raison d'humanité; je le répète, sur
+une raison d'humanité. Louis XVI sait qu'il est condamné; il sait que
+la motion a été faite de surseoir à son exécution; ne prolongeons pas
+les moments de sa souffrance; il est barbare de le laisser plus
+longtemps dans l'agonie; ne lui donnons pas dix fois la mort.» Cet
+homme, qui, après une séance de trente-six heures agitée par les
+passions les plus effrénées, réclamait une solution définitive de la
+question qui tenait la France et l'Europe en émoi, cet homme, qui
+invoquait l'humanité avec des cris de sang, ne fut point écouté: sur
+la demande de la Révellière-Lepaux et de Daunou, l'ajournement pur et
+simple fut prononcé. Mais la nuit ne porta point conseil aux Legendre,
+aux Couthon, aux Duhem, aux Robespierre. Dès la séance du lendemain,
+toute délibération sur le sursis fut écartée par eux et leurs séides.
+Buzot leur dit en vain: «Le défaut de formes vous sera reproché un
+jour si vous ne mettez un intervalle entre votre jugement et son
+exécution; et ce reproche, qui ne vous paraît rien aujourd'hui, vous
+paraîtra terrible lorsque les passions du moment auront fait place aux
+malheurs qui suivront l'exécution de ce jugement rendu, d'ailleurs, à
+une simple majorité de cinq voix.»
+
+Manuel, qui avait aussi donné de terribles gages à la révolution,
+s'indigna tout à coup des violences et des séductions exercées sur la
+conscience des députés. Obsédé de remords et sous le coup de cette
+terreur morale qui se change en courage, il osa, comme l'intrépide
+Lanjuinais, reprocher aux juges du malheureux Roi la violation de
+toutes les formes et de tous les principes. Ses complices s'étonnèrent
+d'un langage nouveau dans sa bouche, et le marquèrent pour le
+bourreau. Révolté de l'acharnement de Robespierre et de ses adhérents
+contre toute délibération sur le sursis, il quitta le bureau; on
+voulut s'opposer à son passage; il sortit néanmoins, et rentra
+quelques minutes après. Mais le soir, comme il se retirait, il fut
+assailli par les mêmes députés, et ses jours coururent le plus grand
+danger. Il ne reparut plus à l'Assemblée, et donna sa démission dans
+des termes qui rachèteront une partie de ses torts aux yeux de la
+postérité[43].
+
+[Note 43:
+
+«Citoyen président,
+
+»Représentant du peuple, je connois mes droits et mes devoirs, et j'ai
+toujours trop bien rempli les uns pour jamais perdre les autres.
+
+»Un délit a été commis en moi contre la nation: ne pas le dénoncer à
+la nation, ce seroit la trahir.
+
+»Secrétaire de la Convention, après une séance de quarante heures, où
+s'est décidé à cinq voix le sort de plus d'un empire, je sortois avec
+le besoin extrême d'un air plus pur, lorsqu'une bande de _juges_ tombe
+sur moi, _sur le député d'un peuple libre_! Mon premier mouvement fut
+de les punir à l'instant; mais j'étois dans la Convention, c'étoit à
+la Convention entière à se venger.
+
+»Représentants, qu'avez-vous fait? Avec la toute-puissance, vous
+n'avez pas celle d'envoyer aux quatre-vingt-quatre départements la
+liste de quelques désorganisateurs qui, par le seul talent de faire du
+bruit, vous ôtent la force de faire du bien.
+
+»La première fois que vous vous êtes laissé avilir, législateurs, vous
+avez exposé la France. Et tels que vous êtes (la vérité m'échappe),
+oui, tels que vous êtes, vous ne pouvez pas la sauver. L'homme de bien
+n'a plus qu'à s'envelopper de son manteau.
+
+»Pour moi, citoyen président, qui, quand je n'espère plus, ne crains
+encore rien, après avoir protesté à la Convention que je me
+précipiterois devant elle dans le gouffre de Curtius pour que le
+peuple fût enfin heureux, je crois devoir à ma conscience et à mes
+principes de la prévenir par ma démission, que je vous prie de
+recevoir, qu'il n'est pas en moi de le servir au poste où il m'a mis.
+
+»Je le servirai mieux dans mes foyers en me consacrant par mes écrits
+et par mes exemples à l'éducation de mes enfants, car il ne manque à
+la révolution que des hommes.»]
+
+Le dimanche 20 janvier, à deux heures, le conseil exécutif vint
+notifier au prisonnier les décrets qui le condamnaient à la peine de
+mort. La lecture de ces décrets lui fut faite par Grouvelle,
+secrétaire du conseil. Le Roi l'entendit sans que la moindre
+altération parût sur ses traits. Il tira de sa poche un portefeuille
+dans lequel il plaça le décret qu'il venait de prendre de la main de
+Grouvelle; puis retirant un autre papier de ce même portefeuille, il
+dit à Garat: «Monsieur le ministre de la justice, je vous prie de
+remettre sur-le-champ cette lettre à la Convention nationale.» Garat
+paraissant hésiter, Louis XVI ajouta: «Je vais vous en faire lecture»;
+et il lut d'une voix ferme ce qui suit:
+
+«Je demande un délai de trois jours pour pouvoir me préparer à
+paroître devant Dieu. Je demande pour cela de pouvoir librement voir
+la personne que j'indiquerai aux commissaires de la Commune, et que
+cette personne soit à l'abri de toute crainte et de toute inquiétude
+pour cet acte de charité qu'elle remplira près de moi.
+
+»Je demande d'être délivré de la surveillance perpétuelle que le
+conseil général a établie depuis quelques jours.
+
+»Je demande, dans cet intervalle, de pouvoir voir ma famille quand je
+le demanderai, et sans témoins. Je désirerois bien que la Convention
+nationale s'occupât tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle
+lui permît de se retirer librement où elle le jugeroit à propos.
+
+»Je recommande à la bienfaisance de la nation toutes les personnes qui
+m'étoient attachées: il y en a beaucoup qui avoient mis toute leur
+fortune dans leurs charges, et qui, n'ayant plus d'appointements,
+doivent être dans le besoin, ainsi que d'autres qui ne vivoient que de
+leurs appointements. Dans les pensionnaires, il y a beaucoup de
+vieillards, de femmes et d'enfants, qui n'avoient que cela pour vivre.
+
+»Fait à la tour du Temple, le vingt janvier mil sept cent
+quatre-vingt-treize.
+
+ »LOUIS.»
+
+ * * * * *
+
+Garat assura le Roi qu'il allait remettre sa lettre à la Convention.
+«Monsieur, ajouta Louis XVI, si la Convention accorde ma demande pour
+la personne que je désire, voici son adresse.» Ouvrant alors de
+nouveau son portefeuille, il en tira un papier sur lequel étaient
+écrits ces mots: M. Edgeworth de Firmont, rue du Bac, nº 483. Le Roi
+remit cette adresse à un municipal, et fit quelques pas en arrière;
+Garat et ceux qui l'accompagnaient sortirent[44]. Le ministre se hâta
+de communiquer à ses collègues les dernières demandes du Roi,
+d'appeler sur elles les décisions de la Convention, et d'envoyer
+chercher le prêtre que réclamait le condamné.
+
+[Note 44: Compte rendu à la Convention par le ministre de la justice.]
+
+Il était quatre heures et demie lorsque Garat lui-même rapporta au
+Roi la réponse de la Convention, dont voici les termes: «Il est libre
+à Louis d'appeler tel ministre du culte qu'il jugera à propos, et de
+voir sa famille librement et sans témoin; la nation, toujours grande
+et toujours juste, s'occupera du sort de sa famille; il sera accordé
+aux créanciers de sa maison de justes indemnités; la Convention
+nationale passe à l'ordre du jour sur le sursis de trois jours.»
+
+Louis XVI ne fit aucune observation. Les moments qui lui restent vont
+se partager entre sa famille, objet de ses affections terrestres, et
+son Créateur, qui le rappelle à lui. L'abbé Edgeworth parut bientôt.
+«Arrivé à l'appartement du Roi, dont toutes les portes étoient
+ouvertes, a-t-il écrit lui-même, j'aperçus ce Prince au milieu d'un
+groupe de huit ou dix personnes: c'étoit le ministre de la justice,
+accompagné de quelques membres de la Commune, qui venoit de lui lire
+le fatal décret qui fixoit irrévocablement sa mort au lendemain.
+
+»Il étoit au milieu d'eux calme, tranquille, gracieux même; et pas un
+de ceux qui l'environnoient n'avoit l'air aussi assuré que lui. Dès
+que je parus, il leur fit signe de la main de se retirer; ils
+obéirent; lui-même ferma la porte après eux, et je restai seul dans la
+chambre avec lui. Jusqu'ici j'avois assez bien réussi à concentrer les
+différents mouvements qui agitoient mon âme; mais à la vue de ce
+Prince, autrefois si grand et alors si malheureux, je ne fus plus
+maître de moi-même; mes larmes s'échappèrent malgré moi, et je tombai
+à ses pieds sans pouvoir lui faire entendre d'autre langage que celui
+de ma douleur; cette vue l'attendrit mille fois plus que le décret
+qu'on venoit de lui lire. Il ne répondit d'abord à mes larmes que par
+les siennes; mais bientôt reprenant son courage: «Pardonnez, me
+dit-il, monsieur, pardonnez à ce moment de foiblesse, si toutefois on
+peut le nommer ainsi. Depuis longtemps je vis au milieu de mes
+ennemis, et l'habitude m'a en quelque sorte familiarisé avec eux; mais
+la vue d'un sujet fidèle parle tout autrement à mon coeur; c'est un
+spectacle auquel mes yeux ne sont plus accoutumés, et il m'attendrit
+malgré moi.»
+
+A huit heures, la conversation fut interrompue par un commissaire qui
+prévint le Roi que sa famille allait descendre. Louis XVI ne put
+dissimuler son émotion: «Si l'on ne me permet point de monter chez
+elle, dit-il aux municipaux, je pourrai du moins la voir seule dans ma
+chambre?--Non, répondit l'un d'eux, nous avons arrêté avec le ministre
+de la justice que ce sera dans la salle à manger.--Vous avez entendu,
+répliqua Louis XVI, que le décret de la Convention me permet de la
+voir sans témoin.--Cela est vrai, dirent les commissaires, vous serez
+en particulier; on fermera la porte, mais par le vitrage nous aurons
+les yeux sur vous.--Faites descendre ma famille.» Le Roi entra dans la
+salle à manger; Cléry l'y suivit, et s'occupa à ranger la table de
+côté et à placer des chaises dans le fond. Louis XVI lui dit: «Il
+faudrait apporter un peu d'eau et un verre.» Sur une table se trouvait
+une carafe d'eau à la glace; Cléry n'apporta qu'un verre, qu'il plaça
+près de cette carafe. «Si la Reine buvait de cette eau-là, lui dit le
+Roi, elle pourrait en être incommodée: apportez de l'eau qui ne soit
+pas à la glace. Je craindrais que la vue de M. de Firmont ne fît trop
+de mal à ma famille: priez-le de ne pas sortir de mon cabinet.»
+
+En disant ces mots, Louis XVI prêtait l'oreille au bruit du dehors,
+allait, venait, s'arrêtait à tout moment à la porte d'entrée.....
+Enfin cette porte s'ouvre: Marie-Antoinette paraît la première, tenant
+son fils par la main; ensuite Marie-Thérèse et Madame Élisabeth. Des
+cris de douleur se mêlent seuls aux embrassements qui s'échangent. La
+Reine fait un mouvement comme pour entraîner le Roi dans sa chambre.
+«Non, lui dit celui-ci, passons dans cette salle, c'est là seulement
+que je puis vous voir.» Ils entrent dans la salle à manger, dont les
+commissaires referment la porte, qui, ainsi que la cloison, est en
+vitrage. On s'assied, la Reine à la gauche du Roi, Madame Élisabeth à
+sa droite, la jeune princesse presque en face, et le petit prince
+entre les jambes de son père. Pendant plus d'un quart d'heure, pas une
+parole ne put se faire entendre. Ce n'étaient même pas des larmes, ce
+n'étaient même pas des sanglots: c'était un cri perçant de désespoir
+qui devait être entendu dans les cours, dans le jardin et dans les
+rues voisines. Le Roi, la Reine, leurs enfants, leur soeur, tous se
+lamentaient à la fois. Enfin les larmes coulèrent, et ne s'arrêtèrent
+que lorsqu'on n'eut plus la force d'en répandre. Alors Louis XVI parla
+de son procès comme si c'était le procès d'un autre, excusa ses juges
+et recommanda de leur pardonner. Sa femme demanda avec instance que
+toute la famille passât la nuit avec lui; il se refusa cette
+consolation, en disant qu'il avait besoin de calme et de
+recueillement.
+
+Cette scène inexprimable dura sept quarts d'heure. Le Roi en voulut
+marquer la fin de manière à graver ses derniers sentiments dans le
+coeur de ses enfants. «Mon père, raconte Madame Royale, au moment de
+se séparer de nous pour jamais, nous fit promettre à tous de ne jamais
+songer à venger sa mort. Il était bien assuré que nous regardions
+comme sacré l'accomplissement de sa dernière volonté; mais la grande
+jeunesse de mon frère lui fit désirer de produire sur lui une
+impression encore plus forte. Il le prit sur ses genoux, et lui dit:
+_Mon fils, vous avez entendu ce que je viens de dire; mais comme le
+serment a encore quelque chose de plus sacré que les paroles, jurez en
+levant la main que vous accomplirez la dernière volonté de votre
+père_. Mon frère lui obéit en fondant en larmes, et cette bonté si
+touchante fit encore redoubler les nôtres.»
+
+A dix heures un quart, le Roi se leva le premier; tous s'attachèrent à
+lui: la Reine le prit par le bras droit, Madame Élisabeth par le bras
+gauche; Marie-Thérèse, du même côté que sa tante, mais un peu devant,
+tenait son père embrassé par le milieu du corps; le Dauphin, placé
+devant sa mère, la tenait d'une main et donnait l'autre à son père.
+Tous firent quelques pas vers la porte d'entrée; les gémissements
+redoublèrent. «Je vous assure, dit alors Louis XVI, que je vous verrai
+demain matin à huit heures.--Vous nous le promettez?--Je vous le
+promets.--Pourquoi pas à sept heures? dit Marie-Antoinette.--Eh bien,
+oui, répond le Roi, à sept heures; adieu!...» A ce mot d'adieu, Madame
+Royale tombe évanouie aux pieds de son père. Madame Élisabeth et Cléry
+la relèvent et la soutiennent. Le Roi, pressé de mettre fin à une
+telle scène, leur donne un dernier embrassement et s'arrache de leurs
+bras. Les portes se ferment, mais elles n'empêchent point le Roi
+d'entendre les cris de désespoir des princesses qui remontent
+lentement dans leur chambre. L'exaltation de la Reine avait quelque
+chose de fébrile qui agitait tout son être. Madame Élisabeth, tenant
+ses genoux embrassés et pleurant à chaudes larmes, la conjura de se
+calmer, en faisant à Dieu l'offrande de ses angoisses et en implorant
+sa miséricorde. Dans l'excès de son désespoir, la Reine ne pouvait
+prier, la Reine ne pouvait être consolée. Elle essaya de déshabiller
+son fils, accablé lui-même de fatigue et de chagrin; elle espérait
+qu'à son âge le sommeil s'emparerait bientôt de lui et lui enlèverait
+le sentiment de ses peines. Mais la pauvre mère présumait trop de ses
+propres forces, et peut-être sans l'assistance de sa belle-soeur ne
+serait-elle point parvenue à coucher son enfant.
+
+Dès qu'il fut endormi, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse supplièrent
+la Reine de se coucher. La Reine leur résista longtemps; puis, pour
+les tranquilliser, elle finit par se jeter tout habillée sur son lit.
+Mais que cette nuit fut longue et terrible! Depuis onze heures du soir
+jusqu'à cinq heures du matin, sa soeur et sa fille l'entendirent
+incessamment trembler de froid et de terreur. Souvent elles avaient
+prêté l'oreille au bruit de ce qui pouvait se passer dans la tour:
+elles n'avaient rien entendu.
+
+Le 21, avant le jour, Madame Élisabeth se leva et fit une courte
+prière, pendant laquelle la Reine s'habilla. Les deux princesses
+habillèrent alors les enfants. Le rappel commençait à battre dans les
+sections de Paris. Chaque bruit du dehors retentissait au coeur des
+prisonniers du Temple. Marie-Antoinette, Madame Élisabeth, les deux
+enfants, déjà debout, attendaient dans une agitation indicible
+l'époux, le frère, le père qu'ils ne devaient plus revoir. A six
+heures un quart, on ouvrit leur porte, et ce fut pour eux tout
+ensemble comme un rayon d'espoir et un mouvement de terreur. La Reine
+s'informa douloureusement de ce qui se passait. «Ma soeur, lui dit
+Madame Élisabeth, c'est un livre qu'on vient chercher pour la messe du
+Roi. Un instant après, cette sainte princesse se mit à genoux; sa
+nièce s'agenouilla aussitôt à peu de distance d'elle. La Reine, qui
+sanglotait en embrassant son fils, se calma à l'aspect de ces deux
+femmes courbées devant Dieu, et quelques minutes après, elle
+s'agenouilla avec le Dauphin devant une chaise qui les séparait, mais
+sur laquelle leurs mains s'entrelaçaient en se joignant. De temps en
+temps, la Reine levait la tête et regardait la pendule; sa soeur et
+ses enfants en faisaient autant; chaque minute qui s'écoulait ajoutait
+aux tortures de cette famille infortunée. Cette aiguille qui marchait
+allait marquer la mort de ce qu'elles avaient de plus cher au monde.
+Quoi de plus atroce que de pleurer un mari, un père, un frère plein de
+vie, comme s'il n'était déjà plus, sans pouvoir arrêter ni le cours
+inflexible des heures ni la cruauté des hommes aussi implacable que
+le temps! Un redoublement de bruit se fit dans l'enceinte et au dehors
+même du Temple. C'était le moment du départ. Nulle parole ne peut
+rendre la scène déchirante qui se passa alors. De malheureuses femmes
+en proie au désespoir, essayant d'obtenir une pitié impossible; un
+enfant s'échappant de leurs bras et courant, éperdu, égaré, vers les
+commissaires, vers les geôliers, et s'écriant avec des sanglots:
+«Laissez-moi passer, messieurs, laissez-moi passer!--Où veux-tu
+aller?--Parler au peuple pour qu'il ne fasse pas mourir mon père. Au
+nom de Dieu, laissez-moi passer!»
+
+Pauvre enfant! il ignorait que les commissaires étaient sourds, que
+les geôliers étaient insensibles, que le peuple était opprimé, abusé
+ou perverti; il ignorait qu'une minorité audacieuse et perverse
+étouffait tous les élans généreux de la France!
+
+
+
+
+LIVRE NEUVIÈME.
+
+DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU'À LA TRANSLATION DE MARIE-ANTOINETTE
+À LA CONCIERGERIE.
+
+21 JANVIER--2 AOÛT 1793.
+
+ «Ne craignez rien de ce que vous avez à souffrir... Soyez fidèles
+ jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie.»
+
+ _Apocalypse_, chap. II, v. 10.
+
+ La voiture qui emportait Louis XVI s'acheminait vers l'échafaud.
+ -- Angoisses de sa famille. -- La Reine craignant que l'émotion
+ et toute abstinence de nourriture ne fassent défaillir ses
+ enfants, les engage à prendre quelque nourriture. -- Entretien
+ avec Cléry. -- Vêtements de deuil demandés. -- Bruit nocturne. --
+ Paroles de Madame Élisabeth. -- La jeune Marie-Thérèse malade. --
+ Mot touchant de cette princesse. -- Les vêtements de deuil sont
+ apportés. -- Pressentiment de la Reine. -- Exhortation de Madame
+ Élisabeth. -- Lepitre et Toulan de service au Temple. -- Louis
+ XVII chante un couplet adressé à sa tante. -- Soins de celle-ci
+ prodigués aux deux enfants. -- Projet d'évasion proposé à la
+ Reine et à Madame Élisabeth. -- L'exécution est ajournée. --
+ Toulan remet à la Reine l'anneau nuptial et le cachet du Roi. --
+ Sur les instances de Madame Élisabeth, le projet d'évasion est
+ repris. -- Au moment de l'exécution, la Reine refuse, ne voulant
+ pas être sauvée sans ses enfants. -- Elle remercie Toulan, et lui
+ rend l'anneau et le cachet du Roi, le priant de les remettre à M.
+ de Jarjayes. -- Défection de Dumouriez. -- Création du Comité de
+ salut public. -- Louis XVII proclamé roi à l'étranger. --
+ Acrimonie et cruauté des Tison. -- Dénonciation faite par eux à
+ la Commune. -- Hébert se rend à la tour. -- Fouille à laquelle il
+ préside. -- Louis XVII malade. -- Le médecin ordinaire des
+ prisons commis pour lui donner des soins. -- Lutte des Girondins
+ et des Montagnards. -- La commission des douze. -- Les barrières
+ fermées. -- Michonis. -- Graves paroles de Madame Élisabeth et de
+ la Reine. -- Le baron de Batz: complot formé par lui pour
+ délivrer la famille royale. -- Insuccès fortuit que Simon
+ s'approprie. -- Arrêtés du Comité de salut public. -- Louis XVII
+ séparé de sa mère et de sa tante. -- Désespoir de la Reine;
+ consolations que lui prodigue Madame Élisabeth. -- Bruit répandu
+ de l'évasion du petit Capet. -- Députation envoyée au Temple pour
+ s'assurer de ce qu'il y a de vrai dans ce bruit. -- Réclamations
+ stériles adressées par Marie-Antoinette à cette députation. --
+ Manière dont Drouet rend compte de sa mission à la Convention. --
+ Tison converti par les vertus de la Reine et de Madame Élisabeth.
+ -- La femme Tison à leurs pieds est relevée par elles. -- Éloge
+ qu'elle fait d'elles à Meusnier. -- La femme Tison folle et en
+ proie aux convulsions. Elle est soignée par les princesses, puis
+ conduite à l'Hôtel-Dieu, où une femme de police est placée près
+ d'elle, chargée de recueillir tout ce qu'elle pourra dire dans
+ son délire. -- Tison essaye de racheter par son dévouement le mal
+ qu'il a fait aux royales prisonnières, et leur cache avec soin
+ les mauvais traitements que Simon fait subir à leur enfant. -- Il
+ leur apprend que presque tous les jours on le conduit au jardin
+ pour y jouer, et souvent aussi sur la plate-forme de la Tour
+ pour y respirer un bon air. -- Longues stations de sa mère, de sa
+ tante, de sa soeur, au sommet de la Tour pour y apercevoir passer
+ ce cher enfant. Elles le voient, mais pour leur malheur!
+
+
+Le bruit sourd qui avait annoncé la sortie du Roi de la tour du Temple
+se prolongea longtemps, et ce bruit, en s'affaiblissant dans l'espace,
+ne pouvait qu'aggraver encore les angoisses de sa famille; car à
+mesure que ce bruit s'éloignait, le Roi se rapprochait de l'échafaud.
+Marie-Antoinette, craignant que ses enfants, épuisés par le manque de
+nourriture aussi bien que par la privation du sommeil, n'eussent pas
+la force de supporter cette terrible épreuve, les engagea, vers dix
+heures, à prendre quelque nourriture; les pauvres enfants refusèrent,
+en recommençant à pleurer. Une demi-heure après, des cris de joie et
+des détonations d'armes se firent entendre. Madame Élisabeth, levant
+les yeux au ciel, s'écria: «Les monstres! les voilà contents!» A cette
+exclamation, Marie-Thérèse jeta des cris perçants; son petit frère
+fondit en larmes; leur mère, le front baissé, les yeux hagards,
+demeura plongée dans un désespoir morne et immobile qui ressemblait à
+la mort. Dans l'après-midi, la Reine et Madame Élisabeth demandèrent à
+voir Cléry: la vue de cet honnête homme resté dans la tour jusqu'au
+dernier moment avec Louis XVI augmenta tout ensemble et soulagea leur
+douleur: au récit des adieux et des dernières paroles de celui qui
+n'était plus, leurs pleurs coulèrent; elles réclamèrent les objets
+légués par lui, objets précieux dont Cléry venait de faire la
+déclaration au conseil du Temple, et dont nous parlerons plus loin.
+Marie-Antoinette fit demander des vêtements de deuil à ce même
+conseil, qui en référa à la Commune.
+
+Les angoisses de cette journée ne devaient point finir avec elle. Deux
+heures du matin sonnaient, et le repos n'était point encore venu pour
+les trois captives. La jeune Marie-Thérèse, par obéissance, s'était
+couchée, mais elle n'avait point fermé les yeux; sa mère et sa tante,
+assises auprès du lit du petit Prince endormi, causaient, mêlant leurs
+afflictions et leurs larmes. Le sommeil de l'enfant était calme, et
+semblait sourire. «Il a maintenant l'âge qu'avait son frère lorsqu'il
+mourut à Meudon: heureux ceux de notre maison qui sont partis les
+premiers! ils n'ont point assisté à la ruine de notre famille.»
+Surprise d'entendre, à une telle heure, parler chez la Reine, la femme
+Tison s'était levée; elle frappa à la porte, s'enquérant du motif de
+ce nocturne entretien. Son mari, qui venait de réveiller les
+commissaires de service, la suivait de près. Madame Élisabeth
+entr'ouvrit la porte, et leur dit avec douceur: «De grâce,
+laissez-nous pleurer en paix.» L'inquisition s'arrêta désarmée par
+cette voix angélique.
+
+Depuis quelques jours, Marie-Thérèse était indisposée; elle éprouvait
+dans tout le corps une grande fatigue, et ses jambes étaient enflées.
+Le chagrin avait fait empirer son mal, et pendant plusieurs jours ses
+compagnes n'avaient pu obtenir l'entrée de M. Brunyer dans la
+tour[45]. «Heureusement, dit-elle avec une simplicité touchante,
+heureusement le chagrin augmenta ma maladie au point de faire une
+diversion favorable au désespoir de ma mère.» Marie-Antoinette et
+Élisabeth passèrent les nuits à son chevet, dirigeant, appliquant
+elles-mêmes le traitement prescrit par le médecin, autorisé enfin à
+être admis auprès d'elles. Les habits de deuil demandés furent
+accordés le 23[46]. Dans la journée du 27, on en apporta une partie au
+Temple[47]. La Reine ne pouvait voir ses enfants vêtus de noir sans
+que son coeur se brisât. Elle dit un jour à Madame Élisabeth: «Je n'ai
+peut-être pas donné dans le temps au Roi tous les conseils qui
+pouvaient le sauver, mais je le rejoindrai sur l'échafaud; oui, ma
+soeur, j'y monterai aussi.--J'espère que Dieu ne permettra pas un tel
+malheur, répondit Madame Élisabeth; mais soyons prêtes, ma soeur, à
+obéir à sa volonté. Il se montre aujourd'hui sévère dans ses
+châtiments et dans ses vengeances: prions-le de nous donner la force
+d'accomplir tout ce qu'il exigera de nous.»
+
+[Note 45: Le bruit de cette maladie transpira dans Paris. On lit dans
+le _Moniteur universel_ du jeudi 24 janvier 1793:
+
+_Commune de Paris._
+
+«Du 22.--On répand dans les lieux publics et dans les sociétés
+patriotiques que la fille de Louis est morte, que la femme de Louis
+est transférée de l'hôtel de la Force à la Conciergerie. Le conseil
+général m'autorise à démentir tous ces bruits. La fille de Louis n'est
+pas malade; les personnes qu'un décret renferme au Temple y resteront
+aussi longtemps que ce décret ne sera pas rapporté.
+
+ »RÉAL, premier substitut.»]
+
+[Note 46: _Commune de Paris._--Séance du mercredi 23 janvier 1793.
+
+«Le conseil général entend la lecture d'un arrêté du conseil du Temple
+qui renvoie au conseil général à se prononcer sur deux demandes faites
+par Antoinette.
+
+»La première d'un habillement de deuil très-simple pour elle, sa soeur
+et ses enfants. Le conseil général arrête qu'il sera fait droit à
+cette demande.
+
+»Sur la seconde, à ce que Cléry soit placé auprès de son fils, comme
+il l'était primitivement, le conseil général prononce l'ajournement.»]
+
+[Note 47: Voir, à la fin du volume, les Pièces justificatives, nº IV.]
+
+Lepitre et Toulan, ces deux commissaires de la Commune qui s'étaient
+déjà créé par leur zèle des titres à la confiance de la famille
+royale, reparurent bientôt au Temple, et les pauvres recluses purent
+obtenir d'eux les détails qu'elles avaient vainement réclamés de leurs
+collègues. En effet, Toulan et Lepitre avaient pris soin de se munir
+des journaux qui rendaient compte de la mort du Roi, et ces papiers
+furent lus avec cette poignante avidité de la douleur empressée à
+connaître toutes les circonstances les mieux faites pour l'alimenter.
+
+Lepitre, qui avait conçu l'idée d'offrir à la Reine et à Madame
+Élisabeth des consolations prises à la source même de leurs peines,
+leur présenta, le jeudi 7 février, une romance qu'il avait composée
+sur la mort de Louis XVI, et que madame Cléry avait mise en musique.
+Il se trouva de nouveau de service au Temple le 1er mars, trois
+semaines après avoir fait hommage de son oeuvre; il en reçut la plus
+douce récompense que son coeur pût ambitionner: la Reine le fit entrer
+dans la chambre de Madame Élisabeth; Marie-Thérèse se mit au piano, et
+son frère, debout auprès d'elle, chanta la romance[48], dont le
+dernier couplet est adressé à Madame Élisabeth; le voici:
+
+ «Et toi, dont les soins, la tendresse,
+ Ont adouci tant de malheurs,
+ Ta récompense est dans les coeurs
+ Que tu formes à la sagesse...
+ Ah! souviens-toi des derniers voeux
+ Qu'en mourant exprima ton frère;
+ Reste toujours près de ma mère,
+ Et ses enfants en auront deux.»
+
+[Note 48: Voici les quatre premiers couplets de cette oeuvre modeste,
+qui emprunte aux circonstances un touchant intérêt:
+
+LA PIÉTÉ FILIALE.
+
+ Eh quoi! tu pleures, ô ma mère!
+ Dans tes regards fixés sur moi
+ Se peignent l'amour et l'effroi:
+ J'y vois ton âme tout entière.
+ Des maux que ton fils a soufferts
+ Pourquoi te retracer l'image?
+ Puisque ma mère les partage,
+ Puis-je me plaindre de mes fers?
+
+ Des fers! ô Louis! ton courage
+ Les ennoblit en les portant.
+ Ton fils n'a plus, en cet instant,
+ Que tes vertus pour héritage.
+ Trône, palais, pouvoir, grandeur,
+ Tout a fui pour moi sur la terre;
+ Mais je suis auprès de ma mère,
+ Je connais encor le bonheur.
+
+ Un jour, peut-être... l'espérance
+ Doit être permise au malheur;
+ Un jour, en faisant son bonheur,
+ Je me vengerai de la France.
+ Un Dieu favorable à ton fils
+ Bientôt calmera la tempête!
+ L'orage qui courbe leur tête
+ Ne détruira jamais les lis.
+
+ Hélas! si du poids de nos chaînes
+ Le ciel daigne nous affranchir,
+ Nos coeurs doubleront le plaisir
+ Par le souvenir de nos peines.
+ Ton fils, plus heureux qu'aujourd'hui,
+ Saura, dissipant tes alarmes,
+ Effacer la trace des larmes
+ Qu'en ces lieux tu verses pour lui.]
+
+La Reine était assise à côté de son fils, suivant avec attention les
+modulations émues de sa voix et les dirigeant avec soin. M. Lepitre a
+raconté cette scène[49]: «Nos larmes coulèrent, dit-il, et nous
+gardâmes un morne silence. Mais qui pourra peindre le spectacle que
+j'avois sous les yeux? la fille de Louis à son clavecin; sa mère,
+assise auprès d'elle, tenant son fils dans ses bras et les yeux
+mouillés de pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses
+enfants; Madame Élisabeth, debout à côté de sa soeur, et mêlant ses
+soupirs aux tristes accents de son neveu.»
+
+[Note 49: _Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au
+Temple, depuis le 8 décembre 1792 jusqu'au 26 mars 1793._ 2e édition.
+Paris, 1817.]
+
+Madame Élisabeth remarquait avec une satisfaction attendrie que la Reine
+était uniquement occupée de ses enfants, et elle bénissait le ciel du
+repos qu'il laissait à cette pauvre mère dans l'accomplissement de la
+seule tâche qui pouvait lui être chère encore. Madame Élisabeth l'y
+secondait avec tout son dévouement: leur sombre douleur à toutes deux ne
+s'éclairait d'un rayon fugitif qu'à cause de leur tendresse pour leurs
+deux enfants, quoique cette tendresse leur rendît souvent plus poignant
+le sentiment de leurs périls:--leur fille déjà faite aux regrets et aux
+inquiétudes, mais forte, résignée, et recueillant avec courage les
+leçons du malheur; près d'elle, son petit frère, animant tout de sa
+parole et de son sourire. La sollicitude de la Reine et de Madame
+Élisabeth à l'égard de cet enfant devait s'étendre à tous les soins, car
+la prière faite par le Roi en allant au supplice de voir Cléry reprendre
+son service auprès du jeune Prince avait été rejetée par la Commune. Les
+deux institutrices essayaient, par les ressources qu'elles avaient en
+elles-mêmes, de suppléer à l'absence des éléments d'instruction
+nécessaires: l'écriture, la géographie, l'histoire, eurent tant bien que
+mal leurs heures accoutumées. Quant à l'éducation proprement dite, il
+est facile de croire que jamais enfant n'avait été placé à meilleure
+école; car dans quel autre lieu du monde et sous quelle influence plus
+persuasive eût-il pu recevoir de plus généreuses exhortations et de plus
+magnanimes exemples? Les recommandations de son père mourant
+n'étaient-elles pas chaque jour mises en pratique sous ses yeux? Sa mère
+et sa tante perdaient-elles une occasion d'excuser devant lui leurs
+persécuteurs, en les représentant égarés par le vertige des passions
+révolutionnaires bien plus que par le mouvement de leur coeur?
+Non-seulement elles lui prêchaient le pardon des injures, mais encore,
+dans les lectures de l'histoire de France qu'elles lui faisaient
+journellement, elles avaient soin d'exalter les belles actions, les
+traits de clémence ou d'héroïsme qu'elles y rencontraient.
+
+Madame Élisabeth vit se former avec bonheur, mais non sans inquiétude,
+le projet conçu par Toulan de faire évader du Temple la Reine et ses
+enfants; ne songeant jamais à sa propre personne, elle s'effrayait des
+périls d'une entreprise dont le plan, par sa hardiesse même, plaisait
+à Marie-Antoinette: celle-ci toutefois, avant de l'adopter, désira
+qu'il obtînt l'approbation de M. de Jarjayes, homme grave déjà signalé
+à sa confiance par le succès de quelques missions importantes. Après
+deux longues conférences, Jarjayes et Toulan arrêtèrent leur plan, qui
+rendait indispensable l'association d'un second commissaire. Leur
+choix devait naturellement se porter sur Lepitre. Dans une troisième
+conférence, où celui-ci fut appelé, on s'entendit sur les moyens
+d'exécution. M. de Jarjayes se chargea de faire confectionner des
+habits d'homme pour la Reine et pour Madame Élisabeth, et les deux
+municipaux s'engagèrent à introduire ces habits dans la tour en les
+cachant sous la pelisse que l'un et l'autre avaient coutume de mettre
+par-dessus leur vêtement. Les deux princesses, à l'aide de ce
+déguisement, rehaussé de l'écharpe tricolore, devaient sortir munies
+de cartes telles que les avaient les commissaires et toutes personnes
+autorisées à entrer à la tour. La réalisation de ce plan ne paraissait
+point offrir de grandes difficultés; mais l'évasion des deux enfants
+présentait mille dangers aussi insurmontables les uns que les autres.
+Le petit Prince surtout était l'objet d'une surveillance active et
+incessante qui rendait pour lui impossible toute chance de salut. Une
+chance cependant, quoique presque impossible, parut susceptible d'être
+tentée. Un homme du peuple, nommé Jacques, venait le matin à la tour
+nettoyer les quinquets et les réverbères, et revenait le soir les
+allumer. Deux enfants à peu près de l'âge et de la taille des enfants
+de la Reine l'accompagnaient ordinairement et l'aidaient, dans son
+travail. Il n'eût pas été prudent de mettre dans la confidence cet
+employé subalterne qui ne parlait jamais ni aux municipaux ni aux
+geôliers, et ne connaissait au Temple que sa consigne. Mais voici ce
+que Toulan imagina: «Le lampiste, dit-il à ses complices, remplit son
+office entre cinq et six heures; son dernier réverbère est allumé et
+lui-même est déjà sorti du Temple lorsque, à sept heures, les
+sentinelles sont relevées. Dès qu'il se sera retiré et que les
+factionnaires seront relevés, un homme accoutré comme le lampiste,
+passant à la faveur d'une carte d'entrée sous l'oeil des premiers
+guichetiers, arrivera, sa boîte de fer-blanc au bras, à l'appartement
+de la Reine; je me trouverai là, et, le gourmandant hautement de
+n'être pas venu lui-même arranger ses quinquets: «N'avez-vous pas de
+honte, lui dirai-je, d'avoir envoyé vos deux enfants pour faire votre
+besogne à votre place?» Puis alors je lui remettrai les enfants de la
+Reine, et le prétendu lampiste s'en ira avec ses deux jeunes
+apprentis, et tous trois gagneront le coin des boulevards, où les
+attendra M. de Jarjayes.»
+
+Ce plan, qui fut agréé par Jarjayes et Lepitre, rendait nécessaire
+l'adjonction d'un nouveau confident digne d'entrer dans ce généreux
+complot et de jouer le rôle du lampiste. «J'ai un de mes amis,
+continua Toulan, homme discret et courageux, qui acceptera, j'en suis
+certain, sa part de cette périlleuse entreprise. Il se nomme Ricard,
+et est inspecteur des domaines nationaux. Je réponds de lui.»--On
+voit, d'après cet exposé, que Toulan se chargeait de présider
+spécialement aux dispositions relatives à l'évasion de la tour, et
+Jarjayes aux mesures concernant la fuite hors du territoire français.
+
+Chacun se tint prêt. Ricard, averti, se munit d'un costume
+parfaitement semblable à celui du lampiste; Jarjayes s'assura de trois
+cabriolets auxquels, au premier signal et au lieu convenu, devaient
+s'atteler de vigoureux chevaux. Il fut convenu que la Reine et son
+fils monteraient dans la première de ces voitures, conduite par M. de
+Jarjayes; Marie-Thérèse dans la seconde, conduite par Lepitre, et
+Madame Élisabeth dans la troisième, conduite par Toulan. Une fois son
+office rempli, Ricard se serait débarrassé de son déguisement, et
+serait rentré en son domicile sans que personne eût pu soupçonner la
+part heureuse prise par lui à un événement qui allait occuper le
+monde.
+
+Le succès de l'entreprise semblait assuré: Lepitre, président de la
+commission des passe-ports, avait délivré lui-même les passe-ports en
+règle; les incidents étaient calculés de manière qu'on ne pouvait se
+mettre à la poursuite des prisonniers que de longues heures après leur
+départ. Enfin, on avait réuni une somme considérable d'argent, ce nerf
+de toutes les entreprises. On devait gagner les côtes de la Normandie:
+Jarjayes s'était assuré des moyens de passer en Angleterre; un bateau
+se tenait à sa disposition sur un point convenu, près du Havre. Enfin,
+il n'était point impossible d'espérer que des mesures combinées avec
+une habileté qui n'avait rien oublié dans ses prévisions et ses
+calculs, et avec tant d'intelligence et de dévouement, conjureraient
+cette fois les chances fatales qui emportaient vers l'abîme les débris
+de la maison de France. Mais il était écrit qu'en toute circonstance
+la fortune se tournerait contre elle. Cette fois, l'obstacle ne vint
+pas, comme au voyage de Varennes, du zèle inintelligent de ses amis;
+il naquit d'un grand mouvement excité le 7 mars dans Paris par la
+nouvelle du succès des armes étrangères[50] et par la cherté des
+subsistances. Le lendemain 8 avait été le jour fixé pour l'évasion. On
+comprend qu'au milieu des émotions causées dans Paris, tout ensemble
+par l'inquiétude de l'invasion et l'appréhension de la famine,
+l'entreprise de Toulan dut être forcément remise. Les débats enflammés
+de la Convention, la violence de la Commune, le tumulte de la rue,
+tenaient en éveil la sollicitude du gouvernement et provoquaient son
+attention.
+
+[Note 50: Nous avions été contraints d'évacuer Aix-la-Chapelle et de
+lever le siége de Maëstricht.]
+
+Or sa surveillance, aux jours d'émeute, se portait toujours sur la
+prison de la famille royale. Celle-ci, qui entendait parfaitement le
+bruissement tumultueux de la grande ville, ne sachant à quelle cause
+l'attribuer, craignait que le complot ourdi pour sa délivrance n'eût
+été éventé, et que ses amis ne fussent compromis. Sa joie fut vive en
+voyant, le 8, Toulan arriver au Temple, et plus vive encore en
+apprenant de lui qu'aucune ombre de soupçon ne s'était manifestée.
+«J'aurais été désolée, lui dit la veuve de Louis XVI, de quitter ce
+séjour sans en emporter quelques objets qui me sont précieux et qui
+m'ont été légués par une main qui me fut chère et qui m'est sacrée: je
+veux parler de l'anneau nuptial et du cachet que le Roi portait
+toujours, et qu'il avait chargé Cléry de me remettre avec les cheveux
+de ma soeur Élisabeth et de mes enfants.» Toulan ne fit aucune réponse
+à ce sujet; mais il n'ignorait pas que Cléry, le jour où il avait été
+rendu à la liberté, avait, sur les ordres des municipaux, remis au
+conseil du Temple les effets dont le conseil de la Commune l'avait
+laissé dépositaire le 21 janvier, et que ces effets, parmi lesquels se
+trouvaient les objets dont parlait la Reine, avaient été placés sous
+les scellés dans la chambre du feu Roi. Le surlendemain, avant sa
+sortie du Temple, Toulan remit à Marie-Antoinette les objets qu'elle
+avait désirés, et qu'il avait retirés de dessous les scellés.
+
+Il avait eu le temps et l'adresse d'en faire exécuter d'à peu près
+semblables, et l'audace de les substituer aux premiers. On éprouve un
+sentiment qui ressemble à une consolation, à voir que la Reine de
+France, dans tout l'éclat de sa puissance et de sa gloire, à
+Versailles, n'eût point été servie avec plus de zèle et d'habileté.
+
+L'effervescence des esprits était loin de se calmer. Le 12, la conduite
+du général Dumouriez était dénoncée à la Convention par la section
+Poissonnière de Paris; le 13, pour la première fois, la Vendée, déjà
+frémissante depuis quelque temps, levait ouvertement le drapeau; et
+d'ailleurs, le tour de service de Toulan et de Lepitre ne pouvant se
+produire qu'au bout d'un certain nombre de jours, tout projet de
+délivrance se trouva ajourné. Madame Élisabeth ne s'était pas fait
+d'illusion sur les difficultés de la tentative, et cependant elle la
+regretta comme une chance de salut perdue pour la Reine. Les jours
+suivants amenèrent encore des événements qui ne firent que développer le
+système de l'intimidation. La surveillance exercée sur l'enfant royal
+devint extrême. Jarjayes, Toulan et Lepitre, forcés de limiter leur
+entreprise aux bornes du possible, concentrèrent leur pensée de
+délivrance sur la Reine et sur Madame Élisabeth. Mais ici se présentait
+une nouvelle difficulté: comment obtenir de Marie-Antoinette et de
+Madame Élisabeth de se séparer de leurs enfants? Déjà, à une époque
+moins affreuse, la Reine avait déclaré que si on voulait la sauver, il
+fallait sauver ses enfants avec elle. Quant à Madame Élisabeth, on sait
+que cette grande âme s'oubliait en toute occasion. Elle employa toute
+l'éloquence de son coeur à persuader à sa soeur que c'était un devoir
+impérieux pour elle de profiter des ressources qui lui restaient pour
+échapper à ses ennemis. «Vos jours, lui dit-elle, peuvent être menacés,
+tandis que ceux de vos enfants et les miens mêmes ne sont exposés à
+aucun danger. Vos enfants sont couverts par leur âge, et moi par ma
+nullité. Sans doute, ma soeur, les bruits odieux qui ont quelquefois
+troublé votre oreille sont imprégnés de l'exagération populaire; mais
+cependant ils arrivent au vrai lorsqu'ils expriment l'animosité publique
+excitée contre vous. L'égarement du peuple à votre égard est tel que
+vous deviendriez coupable d'en attendre les effets. Vous avez une grande
+confiance en M. de Jarjayes, et, vous le voyez, il vous envoie lui-même
+ses supplications les plus vives pour vous engager à vous prêter à
+l'exécution du nouveau plan dont Toulan vous apporte les détails.
+Peut-être est-ce la main invisible de la Providence qui vous tend cette
+planche dans le naufrage; ne la repoussez pas, je vous en supplie: je
+vous le demande au nom de vos enfants, au nom de celui dont la mémoire
+vous est sainte, et, si vous le permettez, au nom de mon amour pour
+vous.»
+
+La voix pénétrante de Madame Élisabeth se fit route au coeur de la
+Reine. Celle-ci approuva le plan; elle promit de s'y conformer. Le
+jour fut pris, le jour arriva... La veille au soir, la mère et la
+tante étaient assises au chevet du lit du jeune Prince endormi. Sa
+soeur était couchée aussi, mais la porte de sa chambre était ouverte,
+et Marie-Thérèse, occupée de l'air rêveur et triste qu'elle avait vu à
+sa mère toute la journée, n'avait point encore rencontré le sommeil.
+Elle entendit ainsi les paroles que plus tard elle a répétées. Cédant
+au sacrifice qu'on lui avait demandé, Marie-Antoinette était donc
+assise auprès du lit de son fils: «Dieu veuille, dit-elle, que cet
+enfant soit heureux!--Il le sera, ma soeur, répondit Madame Élisabeth
+en montrant à la Reine la figure douce et fière du Dauphin.--Toute
+jeunesse est courte comme toute joie, murmura Marie-Antoinette avec
+un serrement de coeur; on en finit avec le bonheur comme avec toute
+chose.» Puis, se levant, elle fit quelques pas dans sa chambre en
+disant: «Et vous-même, ma bonne soeur, quand et comment vous
+reverrai-je?... C'est impossible! c'est impossible!»
+
+La jeune Marie-Thérèse avait recueilli ces paroles, mais ce n'est que
+quelque temps après que le sens lui en fut expliqué par sa tante.
+Cette exclamation de la Reine n'était autre chose que le rejet du
+moyen de salut qui lui était offert. Son parti était pris: l'amour de
+ses enfants l'emportait sur toute autre considération, sur les prières
+de sa soeur, sur l'instinct de sa propre conservation, sur la parole
+même donnée au dévouement de ses courageux amis. Toutefois, se
+reprochant presque comme un parjure une promesse qu'elle ne voulait
+plus tenir, elle sentit qu'elle devait des explications et une amende
+honorable à ces âmes généreuses, résolues à s'exposer pour elle; et le
+lendemain, aussitôt qu'elle put parler à Toulan, qui arrivait tout ému
+de la grande action qu'il allait accomplir: «Vous allez m'en vouloir,
+lui dit-elle, mais j'ai réfléchi; il n'y a ici que danger: vaut mieux
+mort que remords.» Dans le cours de la journée, elle trouva encore le
+moyen de glisser dans l'oreille de Toulan ces paroles dont se
+souvenait cet homme intrépide en montant sur l'échafaud le 30 juin
+1794: «Je mourrai malheureuse si je n'ai pu vous prouver ma
+gratitude[51].--Et moi, madame, malheureux si je n'ai pu vous montrer
+mon dévouement.--D'après ce qui se passe, dit encore la Reine, comme
+frappée d'une sinistre prévision, je puis m'attendre d'un instant à
+l'autre à me voir privée de toute communication. Voici l'alliance, le
+cachet et le petit paquet de cheveux que je dois à vous seul d'avoir
+recouvrés. Je vous charge de les déposer entre les mains de M. de
+Jarjayes, en le priant de les faire parvenir à Monsieur et au comte
+d'Artois, ainsi que des lettres que ma soeur et moi avons écrites à
+nos frères[52].»
+
+[Note 51: La Reine voulut aussi remercier M. de Jarjayes et lui
+expliquer les motifs de son refus. Elle lui écrivit de sa main le
+billet suivant, qu'elle chargea Toulan de lui remettre; billet
+admirable que M. Chauveau-Lagarde fit, le premier, connaître dans sa
+_Note historique sur les procès de Marie-Antoinette et de Madame
+Élisabeth_.
+
+«_Nous avons fait un beau rêve. Voilà tout. Mais nous y avons beaucoup
+gagné en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre
+entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous
+trouverez toujours en moi du caractère et du courage; mais l'intérêt
+de mon fils est le seul qui me guide. Quelque bonheur que j'eusse
+éprouvé à être hors d'ici, je ne peux consentir à me séparer de lui.
+Je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, et cette idée ne me
+laisse pas même un regret._»]
+
+[Note 52: Le billet de la Reine adressé à Monsieur était ainsi conçu:
+
+«Ayant un être fidèle sur lequel nous pouvons compter, j'en profite
+pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt qui ne peut être confié
+qu'entre ses mains. Le porteur vous dira par quel miracle nous avons
+pu avoir ces précieux gages; je me réserve de vous dire moi-même un
+jour le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilité où nous
+avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles, et
+l'excès de nos malheurs, nous fait sentir encore plus vivement notre
+cruelle séparation; puisse-t-elle n'être pas longue! Je vous embrasse,
+en attendant, comme je vous aime, et vous savez que c'est de tout mon
+coeur.
+
+ »M. A.»
+
+Au bas de ce billet, Marie-Thérèse écrivit ces deux lignes:
+
+«Je suis chargée pour mon frère et moi de vous embrasser de tout notre
+coeur.
+
+ «M. T.»
+
+Voici le billet adressé par la Reine au comte d'Artois:
+
+«Ayant trouvé enfin le moyen de confier à notre frère un des seuls
+gages qui nous restent de l'être que nous chérissions et pleurons
+tous, j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui
+vînt de lui; gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre, avec
+laquelle je vous embrasse de tout mon coeur.
+
+ «M. A.»]
+
+Madame Élisabeth écrivait ces lignes à Monsieur:
+
+«Je jouis d'avance du plaisir que vous éprouverez en recevant ce gage
+de l'amitié et de la confiance; être réunie avec vous et vous voir
+heureux est tout ce que je désire: vous savez si je vous aime. Je vous
+embrasse de tout mon coeur.
+
+ »E. M.»
+
+Et au comte d'Artois:
+
+«Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frère, de pouvoir, après un
+si long espace de temps, vous parler de tous mes sentiments! Que j'ai
+souffert pour vous! Un temps viendra, j'espère, où je pourrai vous
+embrasser, et vous dire que jamais vous ne trouverez une amie plus
+vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas, j'espère.
+
+ »E. M.»
+
+ * * * * *
+
+Ce ne fut que dans les premiers jours de mai que M. de Jarjayes put
+faire parvenir ces messages à leur destination, le cachet et le paquet
+de cheveux au comte de Provence, et l'anneau et les cheveux de Louis
+XVI au comte d'Artois[53].
+
+[Note 53: M. de Jarjayes se rendit d'abord à Turin, où le roi de
+Sardaigne le retint et l'employa auprès de sa personne. C'est ce
+prince qui envoya lui-même à Monsieur, par un courrier extraordinaire,
+les dépêches de M. de Jarjayes. Monsieur écrivit de sa main à M. de
+Jarjayes une lettre datée de Hamm, le 14 mai 1793, dans laquelle il
+lui exprime ainsi ses sentiments:
+
+«Vous m'avez procuré le bien le plus précieux que j'aie au monde, la
+seule véritable consolation que j'aie éprouvée depuis nos malheurs.
+
+»Combien leur billet et l'autre gage de leur amitié, de leur
+confiance, ont pénétré mon coeur des plus doux sentiments!...
+
+»Je ne puis qu'approuver les raisons qui vous font rester en Piémont.
+Continuez à servir notre jeune et malheureux Roi comme vous avez servi
+le frère que je pleurerai toute ma vie.»]
+
+Le gouvernement révolutionnaire rencontrait dans sa marche obstacle
+sur obstacle. Le midi de la France semblait répondre aux cris de la
+Vendée. Les puissances liguées contre la France, heureuses de voir les
+torches de la guerre civile allumées dans nos provinces, se
+partageaient tranquillement les lambeaux de la Pologne. Dumouriez, qui
+venait de livrer à l'Allemagne le ministre de la guerre et les
+commissaires de la Convention, mettait à l'abri des lignes
+autrichiennes sa tête cotée à trois cent mille francs. L'annonce de
+ces événements dictait à la Commune de nouvelles mesures de
+précaution[54]; elle inspirait à la Convention de nouveaux décrets qui
+faisaient doubler la garde du Temple[55], créaient un comité de salut
+public et mettaient en arrestation toute la famille des Bourbons. Ces
+mouvements, qui agitaient la France et l'Europe, ne troublaient pas le
+morne intérieur de la tour du Temple; et le fils de Louis XVI, reconnu
+Roi de France par l'étranger, proclamé sous le nom de Louis XVII sur
+quelques points du territoire national, n'avait pour palais qu'une
+prison, pour courtisans, pour ministres et pour gardes qu'une mère
+assiégée par toutes les angoisses, mais armée d'un caractère aussi
+grand que ses malheurs; qu'une soeur plus âgée que lui, assez âgée,
+hélas! pour partager les douleurs de sa mère et pour comprendre
+l'abaissement de sa famille; qu'une tante enfin qui, portant le ciel
+dans son coeur, avait le don d'apaiser les plus vives douleurs par le
+baume de sa parole, et de rasséréner les âmes par son regard.
+
+[Note 54: Municipalité de Paris.
+
+_Extrait du registre des délibérations du conseil général du 1er avril
+1793, IIe de la République._
+
+«Sur le réquisitoire du procureur de la Commune,
+
+»Le conseil général arrête:
+
+»1º Qu'aucune personne de garde au Temple ou autrement ne pourra y
+dessiner quoi que ce soit, et que si quelqu'un est saisi en
+contravention au présent arrêté, il sera sur-le-champ mis en état
+d'arrestation et amené au conseil général, faisant en cette partie les
+fonctions de gouverneur;
+
+»2º Enjoint aux commissaires du conseil de service au Temple de ne
+tenir aucune conversation familière avec les personnes détenues, comme
+aussi de ne se charger d'aucune commission pour elles;
+
+»3º Défenses sont pareillement faites auxdits commissaires de rien
+changer ou innover aux anciens règlements pour la police de
+l'intérieur du Temple;
+
+»4º Qu'aucun employé au service du Temple ne pourra entrer dans la
+tour;
+
+»5º Qu'il y aura deux commissaires auprès des prisonniers;
+
+»6º Que Tison ni sa femme ne pourront sortir de la tour ni communiquer
+avec qui que ce soit du dehors;
+
+»7º Qu'aucun commissaire au Temple ne pourra envoyer ou recevoir de
+lettres sans qu'elles aient été préalablement lues au conseil du
+Temple;
+
+»8º Lorsque les prisonniers se promèneront sur la plate-forme de la
+Tour, ils seront toujours accompagnés de trois commissaires et du
+commandant du poste, qui les surveilleront scrupuleusement;
+
+»9º Que, conformément aux précédents arrêtés, les membres du conseil
+qui seront nommés pour faire le service du Temple passeront à la
+censure du conseil général, et sur la réclamation non motivée d'un
+seul membre, ils ne pourront être admis;
+
+»10º Enfin, que le département des travaux publics fera exécuter dans
+le jour de demain les travaux mentionnés dans son arrêté du 26 mars
+dernier.
+
+ »_Signé_: PACHE, maire.
+ »COULOMBEAU, secrétaire greffier.
+
+ »Pour extrait conforme:
+ »COULOMBEAU, secrétaire greffier.
+
+»Copié au registre.
+
+ »YON.»]
+
+[Note 55: _Décret de la Convention nationale du 4 avril 1793, l'an II
+de la République française._
+
+»La Convention nationale décrète que le conseil général de la Commune
+de Paris fera doubler sur-le-champ la garde du Temple.
+
+ »Vérifié par nous, inspecteur des bureaux des procès-verbaux,
+
+ »DELEBOV.
+
+ »Collationné à l'original par nous, président et secrétaire de la
+ Convention nationale,
+
+ »DELMAS, président.
+ »MELLINO, secrétaire.
+
+»Paris, ce 5 avril 1793, an II de la République française.»]
+
+Tison et sa femme remplissaient jusqu'au bout la mission odieuse dont
+ils s'étaient chargés. Le petit Prince, comme s'il les eût pénétrés,
+les avait pris en horreur. Malgré les recommandations de sa mère et de
+sa tante, il lui était impossible de déguiser les sentiments qu'ils
+lui inspiraient. Gourmandés un jour assez vertement par Vincent,
+commissaire de service, les deux Cerbères imputèrent aux dénonciations
+de Louis-Charles la réprimande qu'ils recevaient. Le soir, dès que
+Vincent eut été remplacé, ils entrèrent chez la Reine, et se
+répandirent en récriminations contre l'enfant, en lui jetant les
+épithètes d'_espion_ et de _délateur_, qu'ils auraient pu si justement
+s'appliquer à eux-mêmes. Marie-Antoinette leur répondit avec dignité:
+«Sachez qu'aucun des nôtres n'est d'un caractère à frapper les gens
+dans l'ombre ni moi à le tolérer.» Le ménage Tison se retira blessé au
+vif, vomissant des imprécations contre la Reine et des malédictions
+contre son enfant. Celui-ci protestait avec énergie, avec indignation.
+«Ils sont en colère, lui dit avec douceur Madame Élisabeth;
+pardonnez-leur.» Ces derniers mots furent entendus de Tison; il revint
+sur ses pas comme un furieux: «Pardonnez-leur! cria-t-il; ah çà, où
+sommes-nous? oubliez-vous que c'est le peuple seul qui a le droit de
+pardonner?»
+
+Tison continua avec un redoublement de zèle son rôle d'espionnage. Les
+trames de Toulan, quoique cachées avec une extrême habileté, n'avaient
+point été ourdies de façon que l'ombre de chaque fil fût demeurée
+imperceptible à cet Argus du Temple. Mais suspect aux commissaires
+modérés, il ne recevait jamais d'eux la moindre confidence, et le
+soupçon était entré dans son esprit bien plus par instinct que par
+observation. Il comprit que, pour arriver à tout savoir, il fallait
+capter la confiance des municipaux. Il se fit souple avec les
+inconnus, bienveillant avec les honnêtes, et demeura rude avec les
+rébarbatifs, tout en allant jusqu'à exalter devant les _sensibles_ la
+gentillesse du jeune Capet. Quand l'hypocrite crut avoir conquis la
+sympathie de quelques mandataires de la Commune, bien qu'il n'eût
+encore que de vagues soupçons, il écrivit, de concert avec sa femme,
+le 19 avril, au conseil du Temple, que _la veuve et la soeur du
+dernier tyran avaient gagné quelques officiers municipaux; qu'elles
+étaient instruites par eux de tous les événements; quelles en
+recevaient les papiers publics, et que, par leur moyen, elles
+entretenaient des correspondances_[56]. En témoignage de ce dernier
+fait, la femme Tison apporta au conseil un flambeau trouvé par elle
+dans la chambre de Madame Élisabeth, et fit remarquer aux commissaires
+une goutte de cire à cacheter qui était tombée sur une bobèche. Turgy,
+en effet, raconte[57] que, le matin même, cette princesse lui avait
+remis un billet cacheté en le priant de le faire parvenir à son
+confesseur, l'abbé Edgeworth.
+
+[Note 56: Voici ce qui se passa au conseil général de la Commune à
+l'occasion de cette dénonciation:
+
+Un des commissaires du Temple fait lecture d'un procès-verbal dressé
+au Temple en présence du maire, du procureur de la Commune et des
+commissaires de service.
+
+Ce procès-verbal contient deux déclarations faites l'une par Tison,
+faisant le service du Temple, et l'autre par Anne-Victoire Baudet,
+épouse de Tison, aussi employée au service du Temple.
+
+Il résulte de ces déclarations que quelques membres du conseil,
+savoir: Toulan, Lepitre, Brunot, Moelle, Vincent, entrepreneur de
+bâtiments, et le médecin du Temple, sont suspectés d'avoir eu des
+conférences secrètes avec les prisonniers du Temple; de leur avoir
+fourni de la cire et des pains à cacheter, des crayons, du papier, et
+enfin d'avoir favorisé des correspondances secrètes.
+
+Toulan et Vincent requièrent qu'à l'instant il soit nommé des
+commissaires pour apposer les scellés chez eux.
+
+En conséquence, le conseil général nomme Cailleux et Jérôme pour se
+transporter à l'instant chez le citoyen Toulan, à l'effet d'apposer
+les scellés sur ses papiers.
+
+Nomme pareillement Favanne et Souard pour se transporter à l'instant
+chez le citoyen Vincent, à l'effet d'apposer les scellés sur ses
+papiers, en exceptant ceux qui ont rapport à la commission des blessés
+du 10 août, dont il est chargé.
+
+A la charge par ces quatre commissaires de requérir le juge de paix de
+la section sur laquelle ils se trouveront, pour les assister dans
+leurs opérations.
+
+Quant aux citoyens suspects et absents, savoir: Lepitre, Moelle,
+Brunot et le médecin, le conseil général arrête que les
+administrateurs de police feront à l'instant apposer les scellés sur
+leurs papiers.
+
+Et sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général
+nomme Follope, Minier, Louvet et Benoît, à l'effet de se transporter
+sur-le-champ au Temple, pour, dans les appartements des prisonniers,
+faire toutes visites et recherches qu'ils jugeront convenables, comme
+aussi de fouiller lesdits prisonniers.
+
+Arrête en outre que ces mêmes commissaires lèveront les scellés
+apposés sur l'appartement du défunt Louis Capet, pour y faire
+également toutes recherches nécessaires.
+
+Hébert, substitut du procureur syndic, a été nommé avec les autres
+commissaires pour aller faire des recherches chez les prisonniers du
+Temple.»
+
+(Séance du 20 avril 1793.)]
+
+[Note 57: _Fragments historiques sur la captivité de la famille
+royale_, par TURGY, publiés par Eckard, à la suite de ses _Mémoires
+historiques sur Louis XVII_, troisième édition.]
+
+Hébert se rendit le lendemain à la tour, non pas dans le courant de la
+journée, où la famille royale vivait sur un qui-vive continuel, mais
+à dix heures et demie du soir, quand devait être commencée pour elle
+l'heure de la quiétude intérieure. Espérait-il, en arrivant à
+l'improviste, les prendre en flagrant délit de correspondance
+clandestine? La citoyenne Tison fut requise pour fouiller les femmes.
+Elle trouva sur Marie-Antoinette un portefeuille de maroquin rouge sur
+lequel quelques adresses étaient écrites au crayon, et chez Madame
+Élisabeth, le bâton de cire à cacheter mentionné plus haut, et qui
+était enfermé dans un papier avec de la poudre de buis. Encouragés par
+ces découvertes, les inquisiteurs se remirent à l'oeuvre. Ils
+arrachèrent de son lit l'enfant qui dormait profondément: sa mère le
+prit tout transi de froid dans ses bras. Ils fouillèrent dans les
+matelas, dans les paillasses, dans les vêtements, et ne trouvèrent
+rien. Nous nous trompons: en fouillant dans les effets de
+Marie-Thérèse, ils firent une découverte. «Ils me prirent, dit Madame
+Royale dans le récit qu'elle a laissé de la captivité du Temple, ils
+me prirent un Sacré-Coeur et une prière pour la France.» La visite ne
+se termina qu'à deux heures du matin[58].
+
+[Note 58:
+
+ _Extrait du procès-verbal dressé par les commissaires nommés à
+ l'effet de faire une perquisition exacte chez les prisonniers
+ détenus à la tour du Temple._
+
+«Aujourd'hui 20 avril 1793, à dix heures trois quarts du soir, en
+exécution de l'arrêté du conseil général, nous, soussignés, nous
+sommes transportés à la tour du Temple, où, à l'heure susdite, sommes
+montés à l'appartement tant de Marie-Antoinette, veuve Capet, que de
+ses enfants, pour commencer la visite des meubles et la perquisition
+sur les personnes comme il suit:
+
+»D'abord, entrés dans la chambre de ladite veuve Capet, avons fouillé
+dans les meubles, où nous n'avons trouvé rien de suspect. Sur une
+table de nuit seulement, avons trouvé un petit livre intitulé:
+_Journée du chrétien_, où étoit une image coloriée en rouge,
+représentant d'un côté un coeur embrasé, traversé d'une épée et
+entouré d'étoiles, avec cette légende: «_Cor Mariæ, ora pro nobis_; de
+l'autre côté, une couronne d'épines et une croix au-dessus du coeur
+avec cette légende: _Cor Jesu, miserere nobis_. Avons trouvé de plus
+une feuille imprimée, de quatre pages, intitulée: _Consécration de la
+France au sacré Coeur de Jésus_; elle commence par ces mots: «O
+Jésus-Christ!» On y remarque les passages suivants: «Tous les coeurs
+de ce royaume, depuis le coeur de notre auguste Monarque jusqu'à celui
+du plus pauvre de ses sujets, nous les réunissons par les désirs de la
+charité pour vous les offrir tous ensemble... Oui, Coeur de Jésus,
+nous vous offrons notre patrie tout entière et les coeurs de tous vos
+enfants... O Vierge sainte! ils sont maintenant entre vos mains; nous
+vous les avons remis en nous consacrant à vous comme à notre
+protectrice et à notre mère; aujourd'hui, nous vous en supplions,
+offrez-les au coeur de Jésus... Ah! présentés par vous, il les
+recevra, il leur pardonnera, il les bénira, il les sanctifiera, il
+sauvera la France tout entière, il y fera revivre la sainte religion.
+Ainsi soit-il, ainsi soit-il!»
+
+»Dans les poches de Marie-Antoinette étoit un portefeuille en maroquin
+rouge, où nous n'avons reconnu digne de description qu'un des
+feuillets en peau anglaise, sur lequel étoit écrit au crayon ce qui
+suit: «Brugnier, quai de l'Horloge, nº 65 (et autres noms et demeures
+de différentes personnes dont les prisonniers pouvoient avoir
+besoin).» Plus, dans les mêmes poches, un nécessaire roulé, et dans
+lequel étoit un porte-crayon d'acier non garni de crayon...
+
+»Avons fait ensuite perquisition dans la chambre qu'occupe
+Élisabeth-Marie, soeur de feu Louis Capet, où nous n'avons rien trouvé
+de suspect; seulement avons découvert dans une cassette un bâton de
+cire rouge à cacheter qui avoit déjà servi, avec de la poudre de buis
+dans le même papier... Et environ deux heures après minuit, avons clos
+le présent procès-verbal en présence desdites dames, qui ont signé
+avec nous.
+
+ »_Ainsi signé_: MARIE-ANTOINETTE, ÉLISABETH-MARIE;
+ BENOÎT, etc., etc.»]
+
+Trois jours après, les commissaires de la Commune envoyés au Temple
+pour lever les scellés apposés sur l'appartement de Louis XVI firent
+de nouvelles perquisitions dans celui des prisonnières. Ces
+perquisitions demeurèrent sans résultat; on trouva seulement un
+chapeau d'homme enfermé dans une cassette placée sous le lit de Madame
+Élisabeth. «D'où vient ce chapeau?--C'est un chapeau qui a appartenu à
+mon frère, dit Madame Élisabeth.--Qui vous l'a donné?--Lui-même, quand
+nous habitions ensemble la petite tour.--Pourquoi est-il là, et à quoi
+peut vous servir le chapeau de votre frère?--Je le garde pour
+conserver quelque chose de lui.--Nous, nous allons le conserver dans
+la salle du conseil, comme un témoignage de vos relations avec le
+dehors du Temple; car Capet n'avait qu'un chapeau, et il l'a laissé
+sur les marches de la guillotine.--Je vous assure, messieurs, que ce
+chapeau me vient de mon frère; c'est la seule chose que je possède de
+tout ce qui lui a appartenu.--Je vous fais observer qu'il n'est guère
+d'usage de conserver un chapeau comme un gage de tendresse.--Il m'est
+très-précieux, et je vous prie instamment d'obtenir qu'il me soit
+rendu.»
+
+Cependant les commissaires dénoncés par Tison avaient été suspendus de
+leurs fonctions. Le conseil de la Commune eut plus que jamais l'oeil
+et la main sur le Temple. Toute consolation s'éteignit autour des
+prisonnières. Pour surcroît de tourment, le petit Prince tomba malade
+dans les premiers jours du mois de mai. Marie-Antoinette demanda qu'on
+laissât entrer à la tour M. Brunyer, médecin ordinaire de ses enfants.
+Le conseil du Temple en référa au conseil général de la Commune.
+Celui-ci, «dans sa séance du 10 mai, arrêta que le médecin ordinaire
+des prisons irait soigner le petit Capet, attendu que ce serait
+blesser l'égalité que de lui en envoyer un autre.» Du reste, M.
+Thierry, médecin des prisons, était environné de l'estime publique. Il
+se rendit avec empressement au Temple, et ayant examiné le Dauphin,
+rassura tout d'abord la Reine et Madame Élisabeth sur sa situation. A
+leur prière, il alla conférer avec M. Brunyer, en qui elles avaient
+toute confiance, et pendant plusieurs semaines, revint chaque jour à
+la tour. Cette indisposition, quoique n'offrant pas un danger sérieux,
+ne laissa pas que de tenir en haleine jour et nuit les sollicitudes de
+ces deux coeurs maternels attachés au chevet du jeune malade pendant
+tout le temps que dura le traitement.
+
+La grande lutte des Girondins et des Montagnards, les événements de la
+Vendée, les hécatombes de la guillotine qui allaient se multipliant,
+les cent événements qui remuaient profondément la ville, n'avaient pu
+arracher la Reine et Madame Élisabeth à leurs préoccupations,
+lorsque, le 31 mai, elles entendirent un tel bruit au dehors qu'elles
+se figurèrent que le quartier brûlait. La générale, le tocsin et le
+canon d'alarme ébranlaient la ville: au Luxembourg, à Saint-Lazare, à
+l'Abbaye, dans toutes les prisons d'État, les détenus poussaient des
+cris pitoyables, s'imaginant entendre à leur porte les massacreurs de
+septembre. Madame Élisabeth interroge les municipaux. «Bah! lui
+répondit l'un d'eux, c'est la commission des douze qui cause tout ce
+tapage.» En effet, la cité révolutionnaire était sens dessus dessous:
+une commission de douze députés, chargée de rechercher les complots
+ourdis contre la liberté, était publiquement accusée d'exercer contre
+les meilleurs patriotes la plus inique inquisition. C'était là le
+thème exploité avec ardeur par les séides de Robespierre, qui espérait
+qu'une insurrection le pousserait à la dictature. Le décret qui créait
+cette commission, rendu le 18 mai, cassé par un décret du 27, rétabli
+par un décret du 28, tant étaient rapides le flux et le reflux des
+volontés et des événements dans ces temps de crise, avait fait sortir
+de dessous terre toute la population anarchique de Paris. Les
+barrières furent fermées; un décret d'accusation fut lancé «contre
+tous les députés infidèles au mandat qu'ils avaient reçu de leurs
+commettants, afin de s'emparer des traîtres et de découvrir les
+complots formés pour la perte de la République.» Cette journée, qui
+assurait la prééminence aux Montagnards, fut fertile en dénonciations
+contre les hommes soupçonnés d'être les agents actifs de la famille
+royale ou ses partisans secrets. L'épouvante qu'elle inspirait au
+dehors, la Convention la ressentit au dedans. Elle livra ses chefs
+pour se faire pardonner par la Montagne de les avoir soutenus. La
+chute des Girondins produisit une impression de terreur dans toute la
+France. Ils étaient, relativement à leurs antagonistes, la dernière
+expression des idées modérées. On comprit que leur chute faisait
+arriver les hommes et les théories extrêmes, et on les regretta de
+toute la crainte qu'inspiraient leurs héritiers.
+
+Parmi les membres de la Commune que les dénonciations n'avaient point
+épargnés se trouvait Michonis, qui avait eu l'adresse de traverser
+sans se compromettre les circonstances les plus difficiles, et
+d'écarter par d'habiles apologies des soupçons qui devenaient un arrêt
+de mort. De service au Temple, il instruisit les princesses des
+événements qui venaient de se passer, et essaya de les rassurer sur
+les intentions des Montagnards. «Monsieur Michonis, lui dit Madame
+Élisabeth, les hommes de la révolution qui ont rompu avec l'idée de
+Dieu ne s'appartiennent pas, et ils ignorent eux-mêmes où Dieu les
+mène.» Et comme ce commissaire disait à Marie-Antoinette qu'elle
+serait probablement réclamée par l'Empereur: «Que m'importe! répondit
+la Reine avec une douleur calme et froide; à Vienne, je serais ce que
+je suis ici, ce que j'étais aux Tuileries; mon unique désir est de me
+réunir à mon mari lorsque le Ciel jugera que je ne suis plus
+nécessaire à mes enfants.»
+
+Les graves paroles des deux prisonnières avaient fait une profonde
+impression sur l'esprit de Michonis. Il crut comprendre qu'il n'y
+avait plus de salut pour elles que dans la fuite. Il entra dans un
+complot tendant à enlever de leur prison la veuve, la soeur et les
+enfants de Louis XVI. Le baron de Batz était le chef de cette
+hasardeuse entreprise, dont nous emprunterons le récit à notre
+Histoire de Louis XVII.
+
+«Les recherches dont M. de Batz était l'objet depuis la tentative du
+21 janvier n'avaient point éloigné de Paris cet intrépide serviteur
+d'une cause que le malheur rendait si belle, et qui exerçait en outre
+sur les âmes magnanimes la séduction irrésistible du péril. La lutte
+opiniâtre de cet homme contre le pouvoir redoutable qui opprimait la
+nation est une des merveilles de ce temps. Partout présent et toujours
+invisible, aussi habile à dresser ses embûches qu'à esquiver celles de
+l'ennemi, il avait à sa dévotion les agents les plus prudents, et à
+ses gages les espions les plus actifs. Sa parole était plus insinuante
+encore que sa bourse n'était persuasive; et, avec une admirable
+adresse, il avait gagné plusieurs membres de la Commune et de la
+Convention, qui, si les circonstances ne leur permirent point de lui
+apporter une coopération efficace, lui restèrent du moins fidèles par
+un inviolable silence. Conspirateur acharné, ses entreprises manquées,
+il les recommençait avec une nouvelle ardeur, et il restait
+intrépidement dans cette ville où sa tête était mise à prix. Son nom
+entraînait toujours de graves mesures, des perquisitions sévères.
+L'insaisissable conjuré avait des asiles impénétrables dans Paris et
+dans les environs; mais son gîte le plus habituel et peut-être le plus
+sûr était chez Cortey, épicier, rue de la Loi[59], recommandé par sa
+réputation de _civisme_ aux suffrages de ses concitoyens, qui
+l'avaient nommé capitaine-commandant de la garde nationale de la
+section Lepelletier. Cortey était lié aussi avec Chrétien, qui était
+juré du tribunal révolutionnaire, et dont l'influence était
+toute-puissante dans les comités de cette section. Ce fut grâce à lui
+que Cortey fut compris au nombre des chefs de poste auxquels était
+confiée la garde du Temple, lorsqu'un détachement de leur bataillon y
+faisait partie de la force armée. A couvert sous la bonne renommée
+révolutionnaire de son hôte, et caché dans le fond de sa maison, le
+baron de Batz lui confia ses projets, ainsi qu'à Michonis, et prit de
+concert avec eux toutes les mesures relatives à l'exécution. Après
+cette ouverture, la première fois que Cortey fut de garde au Temple,
+Batz lui demanda de le comprendre, sous un nom supposé, dans la liste
+des hommes que sa compagnie fournissait à ce poste, afin qu'en
+s'introduisant ainsi dans la tour, il pût se faire, au préalable, une
+idée exacte des localités. L'officier se prêta à son désir: il
+l'inscrivit, sous le nom de Forget, au contrôle des hommes de service,
+et le fit ainsi pénétrer dans le Temple, où il monta la garde. Il
+fallait aussi, pour l'exécution du plan arrêté, attendre que le tour
+de garde de Cortey coïncidât avec le tour de service de Michonis. Le
+concours des deux autorités était indispensable, et plusieurs jours
+s'écoulèrent avant que le capitaine et le commissaire civil fussent
+simultanément en fonction. Batz profita de ce temps pour s'assurer,
+conjointement avec son hôte, d'une trentaine d'hommes de la section
+dont ils avaient l'un et l'autre entrevu les sentiments, apprécié le
+caractère ou éprouvé la discrétion. La bonhomie de Cortey séduisit les
+uns, la parole flatteuse de Batz entraîna les autres. Michonis, avec
+sa prudence habituelle, ne parut point de sa personne dans ce
+périlleux embauchage: il se réservait, du reste, un rôle aussi
+courageux en se chargeant de tout diriger dans l'intérieur de la tour.
+
+[Note 59: Rue Richelieu, au coin de la rue des Filles-Saint-Thomas.]
+
+»Le jour attendu arrive: l'officier et le municipal sont ensemble de
+service. Cortey entre au Temple avec son détachement, dans lequel
+figure de Batz, sous son nom de guerre. Le chef du poste arrange le
+mouvement du service de la manière la plus favorable au succès de
+l'entreprise: vingt-huit hommes sur lesquels il peut compter seront,
+depuis minuit jusqu'à deux heures, de faction ou de patrouille; le
+commissaire civil, de son côté, prend ses mesures pour être lui-même
+de garde à la même heure dans l'appartement de la famille royale. Les
+hommes de faction dans l'escalier de la tour auront endossé par-dessus
+leur habit d'amples redingotes d'uniforme; Michonis leur prendra ce
+vêtement surabondant et en revêtira les Princesses, qui, sous ce
+déguisement et l'arme au bras, seront incorporées dans une patrouille
+au milieu de laquelle on enveloppera l'enfant-Roi. Les sentinelles de
+garde dans les cours, initiées au secret, se tairont si la nuit est
+peu noire ou les réverbères peu discrets. Cortey commandera en
+personne la nombreuse patrouille et lui fera ouvrir la grande porte du
+Temple, prérogative qui n'appartient pendant la nuit qu'au commandant
+du poste. Une fois dehors, le salut du Prince et de sa famille est
+assuré: des voitures sont disposées pour une fuite rapide, rue
+Charlot, où la patrouille en passant doit laisser les prisonniers
+ainsi que Batz, Michonis, Cortey, et quelques autres qui comme eux ont
+brûlé leurs vaisseaux.
+
+»La journée, qui s'était passée sans aucun symptôme d'orage, semblait
+présager une nuit heureuse. Il était onze heures et demie. Michonis
+déjà depuis quelque temps était de service dans l'appartement des
+prisonniers, et ses collègues se reposaient ou jouaient dans la salle
+du Conseil, à l'exception de Simon, qui depuis environ une heure était
+sorti de la tour. Tous les hommes qui allaient prendre leur tour de
+garde à minuit étaient au poste. Tout à coup Simon arrive, il entre
+bruyamment au corps de garde, il ordonne d'un ton brusque de faire
+l'appel de tous les hommes présents: «Heureusement que je te vois ici,
+dit-il à Cortey, sans ta présence je ne serois pas tranquille.» M. de
+Batz voit que tout est découvert; la pensée lui vient de brûler la
+cervelle à Simon et de tenter immédiatement l'évasion par la force.
+Maîtrisant son premier mouvement, il a vite compris que l'explosion
+d'une arme à feu, en causant une alerte générale, fera échouer son
+entreprise et aggravera forcément le sort de la famille royale; il a
+compris que, n'étant pas encore maître des postes de la tour et de
+l'escalier, les hommes mêmes qui l'environnent et sur lesquels il
+pouvait compter pour une complicité passive, lui feront peut-être
+défaut s'il s'agit d'une coopération active et énergique, et, après
+tout, d'une mort presque certaine. Batz est demeuré impassible;
+l'appel terminé, Simon est monté à la tour; il exhibe un ordre du
+conseil général qui enjoint à Michonis de lui remettre ses fonctions
+et de se rendre sur-le-champ à la Commune. Michonis écoute sans
+surprise, obéit sans hésitation; il rencontre Cortey dans la première
+cour: «Que signifie tout cela? lui dit-il.--Sois tranquille, lui
+répond tout bas le capitaine, Forget est parti.»
+
+»En effet, le chef du poste n'avait pas perdu une minute. Aussitôt que
+Simon lui eut tourné le dos pour monter à la tour, il avait, sous le
+prétexte d'un bruit entendu dans la rue voisine, lancé au dehors une
+patrouille de huit hommes qui n'étaient revenus que sept. Le
+sang-froid de Batz, la présence d'esprit de Cortey avaient sauvé la
+vie à tous.
+
+»Simon n'était pas resté inactif; il avait fait une perquisition dans
+l'appartement des Princesses, dans les tours et dans toutes les
+dépendances de l'enclos; il avait interrogé tous les préposés: ses
+recherches étaient restées sans résultat. Rien de suspect ne lui était
+apparu dans l'enceinte du Temple; tout y était calme comme de coutume.
+Honteux de l'alarme inutile qu'il a causée, Simon fait après coup
+doubler tous les postes; il cherche ainsi, par les précautions qu'il
+prend, à accréditer l'idée d'un danger auquel il ne croit plus.
+
+»Or, voici ce qui s'était passé d'après le dire de Simon. Un gendarme
+d'ordonnance au Temple avait trouvé le soir, vers neuf heures, gisant
+sur le pavé devant la grande porte, un papier sans adresse, portant
+sous son pli cacheté ces mots: «Michonis vous trahira cette nuit:
+veillez!» Ce papier, ouvert par le gendarme, avait été remis par lui
+à Simon, le seul des six[60] commissaires du jour qu'il connût
+particulièrement. Simon s'était rendu en toute hâte avec ce billet au
+conseil général, qui lui avait intimé l'ordre de relever son collègue
+de ses fonctions et de l'inviter à se rendre sans retard à la barre de
+la Commune.
+
+[Note 60: Il est bon de faire remarquer ici que le nombre des
+municipaux envoyés au Temple varia plusieurs fois. D'abord on en
+envoya quatre, puis huit à l'époque du procès de Louis XVI; six après
+le 21 janvier; plus tard huit encore, ensuite quatre, puis trois. Le
+nombre variait suivant la gravité des circonstances.
+
+Il devint quelquefois si difficile de trouver des commissaires pour
+aller au Temple qu'il fallait recourir à des mesures de rigueur pour
+triompher de la résistance des récalcitrants. L'amende et la
+dénonciation du citoyen peu zélé à sa section ne suffirent pas
+longtemps. Le conseil général se vit contraint de prendre la décision
+suivante, à la date du 12 septembre 1793:
+
+«Le conseil général arrête que lorsqu'un de ses membres auquel il aura
+été écrit pour aller au Temple refusera ce service, deux gendarmes
+seront chargés de l'aller chercher pour le conduire au Temple;
+
+»Arrête en outre que le présent sera mis sur la lettre d'invitation.»
+
+Cette mesure ne tarda pas à trouver son application: «Mercredi, 18
+septembre 1793, le conseil arrête à l'égard de Forestier la stricte
+exécution de son arrêté, qui porte que lorsqu'un membre refusera de se
+rendre au Temple, d'après l'invitation qui lui en aura été faite par
+écrit, il y sera conduit par deux gendarmes;
+
+»Arrête en conséquence que deux gendarmes iront chercher Forestier.»
+
+Conformément à la même décision, deux gendarmes allèrent chercher
+
+ Le municipal Soulès, le 26 septembre 1793;
+ Le municipal Mourette, le 3 novembre;
+ Le municipal Gibert, le 21 novembre;
+ Le municipal Follope, le 13 décembre;
+ Le municipal Laurent, le 21 janvier 1794, etc.]
+
+»Docile à cet appel, Michonis eut à subir le plus minutieux
+interrogatoire. Il répondit à tout avec adresse, réfuta avec une
+bonhomie pleine d'autorité cet écrit anonyme forgé par quelque
+adversaire politique pour le compromettre, et représenta d'ailleurs
+Simon, ce qui était vrai, comme son ennemi personnel. La physionomie
+ouverte et l'apparente candeur du prévenu lui avaient déjà gagné
+l'absolution, lorsque le lendemain matin son antagoniste nocturne
+ayant rendu compte du résultat si stérile de sa mission, le conseil
+général demeura convaincu que si avec son humeur inquiète Simon était
+capable de rêver un complot, Michonis avec son franc caractère était
+incapable d'en former un.»
+
+A quoi tiennent les destinées humaines! Sans ce mot anonyme jeté dans
+un ruisseau et fortuitement trouvé par un gendarme, il est probable
+que la famille royale échappait à ses geôliers, et que la révolution
+française n'eût point été flétrie par le meurtre juridique de deux
+femmes, et par le meurtre plus lent et plus exécrable encore d'un
+enfant de dix ans.
+
+Méconnu par la Commune, Simon chercha ailleurs un appréciateur de son
+zèle. Il instruisit Robespierre de l'avis qu'il avait reçu et des
+machinations qui ne cessaient de se produire au Temple. Les
+dénonciations de Simon trouvaient toute créance de ce côté. Le
+dominateur n'ignorait pas que la conspiration était partout, que le
+nom du fils de Louis XVI était l'objet permanent des espérances
+royalistes aussi bien que le prétexte des récriminations
+révolutionnaires. C'était toujours pour un enfant et contre un enfant
+que se tramaient tous les complots plus ou moins obscurs de cette
+époque; hier c'était un projet d'évasion médité dans l'ombre,
+aujourd'hui une conspiration armée à la tête de laquelle se trouvait
+le général Dillon. Les commérages de la rue s'emparaient de ces bruits
+plus ou moins fondés. Sans chercher à connaître la vérité, le comité
+de salut public arrêta, le 1er juillet 1793:
+
+«Que le maire de Paris demeurerait chargé de prendre toutes les
+mesures convenables pour l'arrestation dudit Arthur Dillon et de ses
+complices présumés;
+
+Qu'il serait de suite procédé à l'apposition des scellés sur leurs
+papiers;
+
+Que le jeune Louis, fils de Capet, serait séparé de sa mère et placé
+dans un appartement à part, le mieux défendu de tout le local du
+Temple[61].»
+
+[Note 61: Cet arrêté est signé Cambon fils aîné,--L. B.
+Guyton,--Jeanbon Saint-André, G. Couthon,--B. Barère,--Danton.
+(Archives de l'Empire, armoire de fer, carton 13.)]
+
+Un autre arrêté du comité de salut public, daté également du 1er
+juillet, portait que le fils de Capet, séparé de sa mère, serait remis
+dans les mains d'un instituteur, au choix du conseil général de la
+Commune.
+
+Ces deux mesures, sanctionnées par la Convention, furent mises à
+exécution le 3 juillet.
+
+Dix heures allaient sonner. Le Dauphin, couché depuis plus d'une
+heure, dormait profondément. Son lit n'avait pas de rideaux; un châle
+tendu par les soins de sa mère mettait seul ses paupières closes à
+l'abri de la lumière. La veillée devait se prolonger plus tard que de
+coutume: la Reine et Madame Élisabeth s'étaient imposé la tâche de
+réparer les vêtements endommagés de la famille. Assise entre elles
+deux, Marie-Thérèse était ce soir-là leur lectrice. Après quelques
+pages du _Dictionnaire historique_[62], la jeune fille avait ouvert
+une _Semaine sainte_, et commençait à y lire des prières tirées des
+saintes Écritures. Ce livre, qui appartenait à Madame Élisabeth, avait
+été introduit dans la tour au mois de mars, quelques jours avant
+Pâques[63]. La Reine et sa soeur, tout en écoutant la lecture, avaient
+l'oreille et les yeux tournés vers le lit qui renfermait l'être si
+cher à leur coeur, et souvent, pour mieux entendre sa respiration,
+elles laissaient tomber l'ouvrage de leurs mains. La veillée allait
+ainsi, lorsque des bruits de pas retentirent. Les portes tournent sur
+leurs gonds, et six commissaires entrent dans la chambre. Un d'eux,
+prenant la parole: «Nous venons vous notifier l'ordre du comité de
+salut public, portant que le fils de Capet sera séparé de sa mère et
+de sa famille.» La Reine à ces mots se lève, et, pâle, tremblante de
+frayeur, elle s'écrie: «M'enlever mon enfant! Non, non, cela n'est pas
+possible.» Marie-Thérèse, debout près de sa mère, semblait repousser
+avec elle un ordre si dur; Madame Élisabeth, le coeur serré, regardait
+muette et immobile, et, les mains étendues sur le livre saint,
+paraissait prendre Dieu à témoin de l'impossibilité d'une pareille
+cruauté.
+
+[Note 62: Demandé le 14 juin, cet ouvrage avait été mis le 23 à la
+disposition des prisonnières.
+
+ «Du vendredi, 14 juin 1793, l'an II de la République française.
+
+»Sur la demande des commissaires de service au Temple, le conseil
+arrête que Baron, garde de la Bibliothèque, fournira sur récépissé
+
+»Les livres ci-après:
+
+ »_Dictionnaire historique_, 4 vol. in-8º, rel.
+ »Les n{os} I, II, III et IV des _Oeuvres de Voltaire_.
+
+ »SILLANS, CAZENAVE, FOUCAUX.
+
+»Nous, membres du conseil général de la Commune, de service au Temple,
+donnons le récépissé de quatre volumes intitulés: _Dictionnaire
+historique_, _Oeuvres de Voltaire_, qui ont été transportés à la Tour.
+
+»Fait au conseil du Temple ce 23 juin 1793, l'an II de la République
+française une et indivisible.
+
+ »MENNESSIER, membre du conseil général;
+ »DANGÉ.»]
+
+[Note 63: _Fragments historiques sur la captivité de la famille
+royale_, par TURGY, publiés par Eckard, à la suite de ses _Mémoires
+historiques sur Louis XVII_, troisième édition.]
+
+Après un moment de silence, la Reine, surmontant le frisson qui
+parcourait tout son être et rendait sa voix frémissante, reprit ainsi:
+«La Commune, messieurs, ne peut songer à me séparer de mon fils; il
+est si jeune, il est si faible, mes soins lui sont si nécessaires!--Le
+comité a pris cet arrêté, répliqua le municipal; la Convention a
+ratifié la mesure, et nous devons en assurer l'exécution immédiate.»
+La malheureuse mère s'écria: «Je ne pourrai jamais me résigner à cette
+séparation; au nom du Ciel, n'exigez pas de moi cette épreuve
+cruelle.» Et Marie-Thérèse pleurait de sa douleur et de celle de sa
+mère. Madame Élisabeth, s'élançant vers le lit du Dauphin, s'écria:
+«Au nom de ce que vous aimez le plus au monde, au nom de vos femmes,
+au nom de vos enfants, n'enlevez pas à cette mère le fils qu'elle
+chérit.» Puis les sanglots étouffaient les plaintes et les
+supplications. Rien ne put attendrir les membres de la Commune: «Ces
+criailleries ne servent à rien, disaient-ils: on ne vous le tuera pas,
+votre enfant, livrez-nous-le de bon gré, ou nous saurons nous en
+rendre maîtres.» Mère, tante et soeur étaient devant le lit; elles en
+défendaient les abords, mais elles furent vaincues par la force
+brutale; violemment agité dans la lutte, le rideau factice se détache,
+et tombant sur la tête de l'enfant, le réveille. Celui-ci voit ce qui
+se passe, il se jette du lit dans les bras de sa mère, et s'écrie:
+«Maman! maman! ne me quittez pas!» Et sa mère le presse sur son sein,
+le rassure, le défend, se cramponne au pilier du lit. «Ne nous battons
+pas contre des femmes, dit un des municipaux resté muet jusqu'à ce
+moment; citoyens, faisons monter la garde.» Et déjà il s'était
+approché du guichetier, demeuré debout près de la porte. «Ne faites
+pas cela, s'écria Madame Élisabeth; ce que vous exigez par la force,
+il faut bien que nous l'acceptions; mais, de grâce, donnez-nous le
+temps de respirer. Cet enfant a besoin de sommeil; ailleurs il ne
+pourrait dormir. Demain matin il vous sera remis. Laissez-le au moins
+passer la nuit dans cette chambre, et obtenez qu'il y soit ramené tous
+les soirs.» A ces mots, prononcés avec l'accent le plus émouvant, le
+silence succéda. La Reine reprit la parole: «Promettez-moi, dit-elle,
+qu'il restera dans l'enceinte de la tour, et que chaque jour il me
+sera permis de le voir, ne fût-ce qu'aux heures du repas.--Nous
+n'avons pas de comptes à te rendre, et il ne t'appartient pas
+d'interroger les intentions de la patrie. Parbleu, parce qu'on
+t'enlève ton enfant, te voilà bien malheureuse! Les nôtres vont bien
+tous les jours se faire casser la tête par les balles des ennemis que
+tu attires sur nos frontières.--Mon fils est trop jeune pour pouvoir
+encore servir son pays, dit la Reine avec douceur; mais j'espère
+qu'un jour, si Dieu le permet, il sera fier de lui consacrer sa vie.»
+
+Prières, supplications, larmes, furent stériles, et elles devaient
+l'être. Il fallut habiller l'enfant. Combien cette toilette fut
+longue, et que de pleurs mouillèrent ces vêtements tournés et
+retournés en tous sens, et passés de mains en mains, afin d'éloigner
+de quelques secondes le moment de la séparation! Madame Élisabeth
+mêlait ses soins à ceux de la Reine, et si le coeur de cette dernière
+était brisé, le sien l'était bien cruellement aussi. Les municipaux
+perdirent patience, et exigèrent la remise de l'enfant. Enfin,
+Marie-Antoinette ayant ramassé au fond de son coeur le peu de force
+qui lui restait, prit son fils devant elle, et s'asseyant sur une
+chaise, elle rapprocha d'elle cet enfant si cher et posa les mains sur
+ses petites épaules; puis calme, immobile, recueillie dans sa douleur,
+sans verser une larme, sans pousser un soupir, elle lui dit d'une voix
+solennelle: «Mon enfant, nous allons nous quitter. Souvenez-vous de
+vos devoirs quand nous ne serons plus près de vous pour vous les
+rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous éprouve, ni votre mère
+qui vous aime, ni votre tante ni votre soeur, qui vous ont donné tant
+de preuves de tendresse. Soyez sage, patient et honnête, et votre père
+vous bénira du haut du Ciel.» Elle dit, baise son fils au front, et le
+pousse vers sa tante, qui l'embrasse, ainsi que sa soeur. Le pauvre
+enfant revient encore à sa mère, et s'attache à ses genoux de toutes
+ses forces; mais la Reine le regardant d'un air doux et ferme: «Mon
+fils, il faut obéir, il le faut.--Allons, tu n'as plus, j'espère, de
+doctrine à lui faire, dit un commissaire; il faut avouer que tu as
+fièrement abusé de notre patience.--Tu pouvois te dispenser de lui
+faire la leçon», disait un autre; et entraînant violemment l'enfant,
+il sortit avec lui. Le dernier qui quitta la chambre avait gardé le
+silence pendant cette pénible scène. Son maintien était convenable.
+Croyant sans doute rassurer la sollicitude maternelle, il dit à la
+Reine d'un ton qui trahissait une certaine émotion: «Ne vous
+tourmentez pas, la nation est généreuse, elle pourvoira à l'éducation
+de votre fils[64].»
+
+[Note 64: Nous donnons ici sans commentaire l'extrait des registres du
+conseil du Temple relatif à l'enlèvement du Prince.
+
+«Le 3 juillet 1793, neuf heures et demie du soir, nous, commissaires
+de service, sommes entrés dans l'appartement de la veuve Capet, à
+laquelle nous avons notifié l'arrêté du Comité de salut public de la
+Convention nationale du 1er du présent, en l'invitant de s'y
+conformer. Après différentes instances, la veuve Capet s'est enfin
+déterminée à nous remettre son fils, qui a été conduit dans
+l'appartement désigné par l'arrêté du conseil de cejourd'hui, et mis
+entre les mains du citoyen Simon, qui s'en est chargé. Nous observons
+au surplus que la séparation s'est faite avec toute la sensibilité que
+l'on devait attendre dans cette circonstance, où les magistrats du
+peuple ont eu tous les égards compatibles avec la sévérité de leurs
+fonctions.
+
+ »_Signé_: EUDES, GAGNANT, ARNAUD, VÉRON,
+ CELLIER et DEVÈZE.»]
+
+A peine la porte fut-elle refermée que la pauvre mère ne fut plus
+maîtresse de son chagrin: c'étaient des cris de douleur, des sanglots,
+des grincements de dents. L'énergie de son caractère s'était usée dans
+la lutte, et maintenant, tout entière au sentiment de son profond
+malheur, elle se roulait sur la couche déserte de son enfant en
+demandant à Dieu ce qu'elle avait pu faire pour être condamnée à une
+telle torture. Madame Élisabeth reprit son rôle de consolatrice: se
+plaçant sur une chaise près du lit où était la Reine, elle laissa
+passer ces premières explosions du désespoir, et se borna à traduire
+par un serrement de main et un regard bien tendre ce que ses propres
+larmes l'empêchaient elle-même de dire. Mais dès que la Reine fut un
+peu calmée: «Ma soeur, lui dit-elle, j'ai admiré tout à l'heure la
+fermeté de votre âme, et j'ai remercié Dieu de ce témoignage de sa
+grâce. Et certainement, vis-à-vis de Dieu, qui nous regarde et nous
+éprouve, vous n'aurez pas moins de courage que vous n'en avez montré
+vis-à-vis de ces hommes. Ne lui demandons pas pourquoi il nous châtie;
+il le sait, lui, et cela suffit. Sans chercher à sonder ses desseins,
+acceptons la croix qu'il nous envoie et n'hésitons pas à la porter. On
+ne devient pas l'héritier de Jésus-Christ sans avoir été le compagnon
+de ses souffrances. Remettons-nous volontairement entre ses mains et
+supportons tout en pensant à lui.» Ces paroles pleines d'onction
+avaient pénétré dans le coeur de Marie-Antoinette, qui n'y répondit
+qu'en embrassant tendrement sa soeur. Les nerfs de la pauvre mère
+s'étaient un peu détendus, et ses larmes coulèrent plus facilement.
+Quelques instants après, elle se leva; elle embrassa sa fille et lui
+dit de se coucher. Les larmes recommencèrent en se disant bonsoir.
+Puis, comme Madame Élisabeth se mettait à serrer les petits vêtements
+de l'enfant, demeurés sur la table, et qui réclamaient encore le
+travail de leurs mains, les pleurs éclatèrent de nouveau, et les deux
+pauvres mères se jetèrent dans les bras l'une de l'autre.
+
+Les prisonnières ignorèrent ce que le cher enfant était devenu. Elles
+supposaient qu'il n'avait pas quitté le Temple, mais elles ne savaient
+ni dans quelles mains il avait été remis, ni comment il était traité.
+Cette incertitude où elles étaient de son sort augmentait encore
+l'amertume de leurs regrets. Quatre jours s'étaient écoulés, lorsque
+la nouvelle se répandit dans Paris que la conspiration d'Arthur
+Dillon, malgré l'arrestation de ce général, avait eu un plein succès,
+et que Louis XVII, enlevé de la tour, avait été porté en triomphe à
+Saint-Cloud. Pour faire tomber ce bruit qui agitait Paris et amenait
+une foule de monde aux abords du Temple, une députation du comité de
+sûreté générale, dont Drouet et Chabot faisaient partie, y fut
+dépêchée, afin de constater officiellement la présence du petit Capet.
+Après avoir ordonné de le faire descendre dans le jardin, afin qu'il
+puisse être vu de toute la garde montante, les deux députés que nous
+avons nommés ont un entretien à huis clos avec Simon et les municipaux
+dans la chambre du conseil; puis ils se présentent dans l'appartement
+des prisonnières, où, avec l'allure qui leur est propre, ils exercent
+une véritable perquisition. «Nous sommes venus voir, dit Drouet, s'il
+ne vous manque rien ou si vous n'avez rien de trop.--Il me manque mon
+fils, dit la Reine; il est vraiment trop cruel de m'en séparer si
+longtemps.--Votre fils ne manque pas de soins: on lui a donné un
+précepteur patriote, et vous n'avez pas plus à vous plaindre de la
+manière dont on le traite que de celle dont vous êtes ici traitée
+vous-même.--Je ne me plains que d'une chose, monsieur, c'est de
+l'absence d'un enfant qui ne m'avait jamais quittée. Depuis cinq jours
+il m'a été arraché, il ne m'a pas été permis de le voir une seule
+fois, et cependant il est encore malade[65]; il a besoin de mes soins.
+Il m'est impossible de croire que la Convention ne comprenne pas la
+légitimité de mes plaintes.»
+
+[Note 65: Nous possédons les mémoires des médicaments fournis au Temple
+pendant les mois de mai, juin et juillet, pour Marie-Antoinette, ses
+enfants et sa soeur, par le citoyen Robert, apothicaire autorisé par la
+Commune, et par ordonnance du citoyen docteur Thierry; et nous voyons
+que pendant tout le mois de juillet il y eut des remèdes livrés chaque
+jour pour le fils de Marie-Antoinette. (Pièces justificatives, nº V).]
+
+Dans le compte qu'il rendit de cette visite à la Convention nationale,
+Drouet s'exprima ainsi: «Nous sommes montés à l'appartement des
+femmes, et nous avons trouvé Marie-Antoinette, sa fille et sa soeur,
+jouissant d'une parfaite santé. On se plaît encore à répandre chez les
+nations étrangères qu'elles sont maltraitées, et, de leur aveu, fait
+en présence des commissaires de la Commune, rien ne manque à leur
+commodité.»--Et Drouet ne dit pas un mot des plaintes qu'avait élevées
+Marie-Antoinette sur la cruelle séquestration de son fils. La Reine et
+Madame Élisabeth ne cessaient d'interroger municipaux, gardiens,
+geôliers; tous répondaient qu'elles ne devaient pas s'inquiéter de
+l'enfant; qu'il était en bonnes mains, et qu'il ne manquait pas de
+soins. Ces assurances ne pouvaient les satisfaire. Il fallait qu'elles
+vissent leur enfant: elles le demandaient à tous avec des prières
+déchirantes; mais que pouvaient répondre les représentants de la
+Commune, sinon que le gouvernement avait jugé la mesure nécessaire et
+que force était de s'y conformer? Les refus ou le silence que
+rencontraient leurs supplications augmentaient chaque jour leur
+anxiété. Toutefois elles étaient loin de soupçonner dans quelles mains
+le Dauphin était tombé: elles ignoraient qu'on ne le leur avait enlevé
+que pour anéantir en lui tout à la fois et la force physique, et la
+vie intellectuelle, et la beauté morale. Leurs frayeurs à cet égard
+allaient loin, mais elles n'approchaient pas de la vérité. Lasses
+d'implorer la justice des municipaux, elles s'adressèrent à la pitié
+de Tison. Tison ne fut point sourd à leurs plaintes. Gagné depuis
+quelque temps par la résignation et la bonté des prisonnières, il
+s'était beaucoup amendé: placé près d'elles comme un espion,
+insensiblement il devenait pour elles un complice. Sa femme,
+désavouant plus tôt que lui tout son passé, s'était un jour jetée aux
+pieds de la Reine, en s'écriant devant les commissaires et sans faire
+attention à leur présence: «Madame, je demande pardon à Votre Majesté,
+je suis cause de votre mort et de celle de Madame Élisabeth.» Les
+princesses s'empressèrent de la relever et tâchèrent de la calmer;
+mais la fièvre nerveuse qui l'agitait se prolongea quelques jours. Ce
+ne fut plus alors un pardon, ce furent des soins que les princesses
+lui apportèrent. Madame Élisabeth particulièrement l'environna
+d'attentions et de paroles consolantes. La malade disait un jour à
+Meunier: «Je les plains de toute mon âme; c'est une famille généreuse
+que les pauvres ne remplaceront pas. Si vous pouviez comme moi les
+voir de près, vous diriez qu'il n'y a rien d'aussi grand sur la terre.
+Qui les a vues comme vous aux Tuileries n'a rien vu; il faut les avoir
+vues comme moi au Temple.» Les remords de cette pauvre femme avaient
+troublé sa raison[66]. Elle fut en proie à d'affreuses convulsions; on
+lui donna une garde[67]; transportée dans une chambre du palais, il
+fallut plusieurs hommes pour la contenir[68]. Au bout de six jours,
+elle fut conduite à l'Hôtel-Dieu[69]. Elle ne reparut plus au Temple.
+On mit auprès d'elle, dit Marie-Thérèse[70], une femme de la police
+pour recueillir tout ce que, dans son délire, elle pourrait laisser
+échapper sur la famille royale.
+
+[Note 66: «Les commissaires du Temple écrivent que la citoyenne Tison
+a la tête aliénée, ainsi qu'il est constaté par les certificats des
+médecins Thierry et Soupé.
+
+»Le conseil général, d'après les observations du maire, et le
+procureur de la Commune entendu, arrête:
+
+ »1º Que la citoyenne Tison sera traitée dans l'enclos du Temple et
+ hors de la tour;
+
+ »2º Qu'elle aura une garde particulière;
+
+ »3º Le conseil renvoie à l'administration du Temple pour désigner le
+ local.» (Conseil général de la Commune, séance du 29 juin 1793.)
+
+«Le conseil du Temple fait part des mesures qu'il a prises
+relativement à la maladie de la citoyenne Tison.
+
+»Le conseil général en adopte les dispositions.» (Séance du 1er
+juillet 1793.)]
+
+[Note 67: Municipalité de Paris.
+
+_Extrait du registre des délibérations du conseil du Temple._
+
+«Et le même jour, nous nous sommes informés sur-le-champ d'une garde
+pour l'installer provisoirement. L'on nous a enseigné la nommée
+Jeanne-Charlotte Gourlet, demeurant ordinairement au Temple. Nous
+l'avons acceptée, lui avons demandé de prêter le serment de
+discrétion, et de ne communiquer avec personne, ce qu'elle a promis et
+a fait à l'instant, et nous a déclaré ne savoir signer.
+
+ »Pour copie conforme:
+ »MERCIER, DUPAUMIER, QUENET, MACÉ, commissaires.
+
+ »Vu et approuvé par le conseil général de la Commune, ce 1er
+ juillet 1793, l'an II de la République une et indivisible.
+
+ »DORAT-CUBIÈRES.»
+
+ (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)]
+
+[Note 68: Récit de Turgy.]
+
+[Note 69: «On donne lecture d'une lettre des commissaires de service
+au Temple, accompagnée d'un certificat de chirurgiens et médecins, qui
+attestent que la citoyenne Tison, dont l'esprit est altéré, a besoin
+d'être transférée dans une maison particulière destinée pour le
+traitement de ce genre de maladie. Le conseil général arrête qu'elle
+sera transférée à l'Hôtel-Dieu et soignée aux frais de la Commune.»
+(Conseil général de la Commune, séance du 6 juillet 1793.)]
+
+[Note 70: Récit de la captivité du Temple.]
+
+La conversion du mari, nous l'avons dit, avait suivi celle de la
+femme. Par une conduite toute nouvelle, Tison tâcha de racheter ses
+méfaits. Il se tint à l'affût de tout ce qui pourrait intéresser la
+Reine, et lui apportait presque chaque jour des nouvelles de son fils;
+toutefois le sentiment de respectueuse pitié qui était entré dans son
+âme lui enseignant une délicatesse que ses précédents n'auraient pas
+fait soupçonner, il avait soin de lui cacher les horribles traitements
+que l'enfant subissait, et dont Tison lui-même était indigné. Il parla
+de Simon devant les princesses, mais sans le nommer, sans le
+dépeindre, sans laisser entrevoir que ce mentor donné au Dauphin
+n'était autre que le municipal qui avait toujours affecté devant le
+Roi et devant elles le langage le plus injurieux. Mais il se plaisait
+à leur raconter que l'enfant allait chaque jour prendre ses ébats au
+jardin, et qu'habituellement il y jouait au ballon; que quelquefois on
+le conduisait sur la plate-forme de la tour, où il jouissait d'un air
+excellent, et qu'enfin il avait toutes les apparences de la santé.
+Rassurées sur ce point, les royales confidentes essayaient de se faire
+initier à des détails plus intimes de son éducation. Tison s'arrêta
+prudemment: craignant de détruire dans le coeur de ces pauvres femmes
+le peu de bien qu'y avaient fait les renseignements qu'il venait de
+leur donner, il se borna à répondre qu'il lui était impossible de
+savoir lui-même ce qui se passait dans l'intérieur de l'appartement.
+
+La nouvelle de la promenade sur la plate-forme fit naître un espoir
+auquel les prisonnières se livrèrent avec bonheur. Un petit escalier
+tournant pratiqué dans la garde-robe conduisait aux combles; au faîte
+de ce petit escalier, un jour de souffrance était ouvert dans
+l'épaisseur de la muraille; de là il était possible d'apercevoir, de
+tourelle à tourelle, l'enfant au moment où il arrivait sur la
+plate-forme. Rien ne ressemblait plus à une vision, à un éclair, que
+cette apparition fugitive, et il fallait des yeux maternels pour
+reconnaître ainsi l'enfant. Dans un billet écrit à Turgy, Madame
+Élisabeth fait mention de cette circonstance: «Dites à _Fidèle_, ma
+soeur a voulu que vous le sachiez, que nous voyons tous les jours le
+petit par la fenêtre de l'escalier de la garde-robe; mais que cela ne
+vous empêche pas de nous en donner des nouvelles.»
+
+Cette faible consolation leur laissa entrevoir la possibilité d'un
+bonheur plus réel. La plate-forme se trouvait partagée en deux parties
+par une clôture en bois, et formait ainsi deux promenades, dont l'une
+était assignée au prisonnier du second étage et l'autre aux
+prisonnières du troisième. Les planches de séparation étaient
+disposées de telle manière qu'on ne pouvait se voir qu'à travers les
+fentes, et de loin, mais de plus près cependant que par l'escalier de
+la garde-robe, et surtout un peu plus longtemps. Dès lors, mère, tante
+et soeur n'eurent qu'une pensée, se trouver sur la tour au moment de
+la promenade du petit, comme elles l'appelaient dans leur doux
+langage. Mais comment ménager cette coïncidence? «Nous montions sur la
+tour bien souvent, dit Madame Royale dans son récit, parce que mon
+frère y alloit de son côté, et que le seul plaisir de ma mère étoit de
+le voir passer de loin par une petite fente.» Malheureusement il
+arrivoit bien rarement que l'heure fixée par les commissaires pour la
+promenade des prisonnières se rencontrât avec l'heure arrêtée par
+Simon pour la promenade de l'enfant. La rencontre si vivement désirée
+et si longtemps attendue dépendait donc d'un hasard heureux ou de la
+pitié complaisante des municipaux. «C'est égal, comme le dit
+Marie-Thérèse, on montoit toujours; on ne savoit pas si le petit
+viendroit, mais il pouvoit venir. Que d'heures occupées à saisir son
+passage! Que de fois, l'oreille collée sur la cloison de planches, les
+pauvres recluses, attentives, muettes, ont senti leur coeur battre au
+moindre mouvement qui se faisoit dans l'escalier! Hélas! ce faible
+bruit, avidement recueilli par leur inquiète impatience, étoit presque
+toujours trompeur: un commissaire qui montoit ou descendoit à la salle
+du conseil, un préposé qui faisoit sa ronde, une sentinelle qu'on
+relevoit dans l'escalier, avaient, sans le savoir, agité trois âmes
+d'une ardente espérance et d'un immense regret. Puis, l'heure de la
+récréation étant passée, il fallait redescendre sous les verrous.»
+
+La tentative de la veille était reprise le lendemain: infructueuse
+encore, elle était reprise les jours suivants. L'espérance, fût-elle
+toujours trompée, ne meurt pas au coeur d'une mère.
+
+La persévérance de la Reine obtint enfin son couronnement; mais le
+couronnement d'épines, le seul qu'elle connût depuis plusieurs années.
+Le mardi 30 juillet, il lui fut donné d'entrevoir encore son enfant,
+mais cette ombre de bonheur si longtemps épiée, si pieusement demandée
+au Ciel, le Ciel ne la lui accordait que pour son supplice. Oui, elle
+vit son fils... Il ne portait plus le deuil de son père; il avait sur
+la tête le bonnet rouge; il avait près de lui ce municipal jacobin qui
+s'était signalé devant Louis XVI et devant elle-même par son insolence
+et ses outrages. Par une fatalité singulière, Simon, au moment de
+monter sur la plate-forme, avait appris l'entrée du duc d'York dans
+Valenciennes, et sa colère s'épanchait sur son élève, dont il
+harcelait la marche par des jurements et des blasphèmes. L'infortunée
+Reine, sans jeter un seul cri, tombe dans les bras de sa soeur, témoin
+comme elle de ce spectacle, et toutes deux entraînent Marie-Thérèse,
+qui accourait aussi à la cloison, et dont elles épargnent la jeune âme
+en se donnant par un regard le mutuel conseil de tout lui cacher. «Il
+ne passera pas, disent-elles, il est inutile d'attendre plus
+longtemps.» Et l'on se dirige de l'autre côté de la plate-forme. Au
+bout de quelques minutes, les larmes gagnent la pauvre mère; elle se
+détourne pour les cacher... et pour revenir épier son enfant. Madame
+Élisabeth est demeurée près de sa nièce, afin de laisser la mère
+maîtresse de ses regards. Peu de temps après, en effet, le jeune
+Prince repassa, mais cette fois la tête baissée, et marchant à côté de
+Simon qui ne jurait plus. Le silence du maître, l'attitude de
+soumission de l'enfant, firent presque autant de mal à la Reine que
+les brutalités de Simon. Immobile et muette, elle resta quelques
+instants à la même place; Tison vint l'y trouver. Alors, relevant la
+tête, qu'elle tenait penchée entre ses mains, elle s'écria: «Vous
+m'avez trompée!--Non, Madame, je ne vous ai point trompée; tout ce que
+je vous ai dit est vrai; seulement, par ménagement, je ne voulais pas
+tout vous dire. Maintenant je vous dirai tout, puisque je n'ai plus
+rien à vous cacher.» Madame Élisabeth s'approcha de la Reine avec
+Marie-Thérèse, et par un regard elle l'interrogea sur ce qu'elle
+venait de voir. Un mouvement de paupière, qui traduisait toute la
+douleur enfermée dans son âme, fut la seule réponse de la Reine.
+
+Ainsi fut nettement connu le déplorable état du Dauphin: Simon ne lui
+parlait qu'en jurant, ne lui commandait qu'en le menaçant, et voulait
+le contraindre à chanter des couplets obscènes ou des chansons
+régicides. L'enfant résistait, et les coups n'avaient encore rien
+obtenu de lui. Ces détails restèrent entièrement ignorés de Madame
+Royale, et sa tante fit tous ses efforts pour qu'ils n'arrivassent
+point dans toute leur horreur à la connaissance de la Reine. Elle dit
+à Tison: «De grâce, cachons désormais ces atrocités à ma soeur:
+dites-moi tout à moi, Tison, je saurai adoucir les scènes affligeantes
+et choisir le moment de les lui transmettre. Faites cette
+recommandation, s'il est possible, à tous ceux qui donnent des
+nouvelles de mon neveu. J'espère, Tison, que vous trouverez chez eux
+cette pitié que je réclame de vous pour cette pauvre mère.»
+
+Les longs martyres de la veuve et de la soeur de Louis XVI eurent ici
+leur phase la plus douloureuse. Leur enfant malade, elles ne pouvaient
+le soigner! Malheureux, elles ne pouvaient le consoler! En danger,
+elles ne pouvaient le secourir! Son âme innocente faiblissait
+peut-être, et elles ne pouvaient la soutenir! Est-il un supplice
+comparable à ce supplice?
+
+Le soir, Madame Royale dit à sa tante: «Mon Dieu! comme ma mère a été
+triste aujourd'hui!--Chère enfant, lui répondit Madame Élisabeth,
+votre mère est triste, il est vrai, mais non pas de chagrins nouveaux.
+Ceux que vous lui connaissez, et que toutes deux nous partageons,
+l'ont accablée un peu plus aujourd'hui peut-être que ces jours passés.
+Il est des moments où l'émotion des souvenirs domine l'âme la plus
+forte. Priez, chère enfant, demandez à Dieu que ces souvenirs soient
+moins poignants pour votre mère.»--La jeune fille fit sa prière, et
+s'endormit profondément.
+
+Sa mère et sa tante veillèrent longtemps. Allant et venant, elles
+parcouraient cet humble réduit où, pendant de si longs jours, elle
+l'avaient vu, malgré les privations, les verrous et les injures, si
+vif, si léger, si affectueux et parfois si riant; travaillant,
+chantant et priant; elles rappelaient les pensées, les paroles et les
+actions de coeur du cher petit, et comment, lorsqu'il les voyait
+tristes et souffrantes, il savait trouver, pour les distraire et les
+égayer, quelques étincelles de sa gentille humeur d'autrefois.
+
+Elles remontèrent à la plate-forme le lendemain et le surlendemain.
+Elles y restèrent longtemps: rien ne parut. Oh! pourquoi cette
+terrible révélation leur avait-elle été faite? Marie-Antoinette ne
+revit pas son fils ces jours-là; elle ne devait plus le revoir, et
+elle allait emporter du Temple une source nouvelle et intarissable de
+larmes, d'inquiétudes et de tourments.
+
+Le 1er août, la Convention nationale décréta:
+
+«Marie-Antoinette est envoyée au tribunal extraordinaire; elle sera
+transférée sur-le-champ à la Conciergerie.
+
+»Tous les individus de la famille Capet seront déportés hors du
+territoire de la République, à l'exception des deux enfants de Louis
+Capet et des individus de la famille qui sont sous le glaive de la
+loi.
+
+»Élisabeth Capet ne pourra être déportée qu'après le jugement de
+Marie-Antoinette.
+
+»Les membres de la famille Capet qui sont hors le glaive de la loi
+seront déportés après le jugement, s'ils sont absous.
+
+»La dépense des deux enfants de Louis Capet sera réduite à ce qui est
+nécessaire pour l'entretien et à la nourriture de deux individus.
+
+»Les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l'église de
+Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l'étendue de
+la République, seront détruits le 10 août prochain.»
+
+Le 2 août, à deux heures du matin, on vint éveiller les trois
+prisonnières pour lire à la Reine le décret qui ordonnait sa
+translation à la Conciergerie. Marie-Thérèse nous a laissé le récit
+des derniers instants passés avec sa mère: «Elle entendit, dit-elle,
+la lecture de ce décret sans s'émouvoir et sans dire une seule
+parole.» Mais Madame Élisabeth et Madame Royale se hâtèrent de
+demander à suivre la Reine, ce qui leur fut refusé. Pendant tout le
+temps que la Reine fit le paquet de ses vêtements, les municipaux ne
+la quittèrent point: elle fut même obligée de s'habiller devant eux.
+On lui demanda ses poches, qu'elle donna; ils les fouillèrent et
+prirent tout ce qu'elles contenaient, quoiqu'il n'y eût rien
+d'important. Ils en firent un paquet pour l'envoyer au tribunal
+révolutionnaire, et dirent à la Reine que ce paquet serait ouvert
+devant elle au tribunal. Ils ne lui laissèrent qu'un mouchoir et un
+flacon. Elle partit après avoir embrassé sa fille, en l'engageant à
+conserver tout son courage, et en lui recommandant d'avoir bien soin
+de sa tante et de lui obéir comme à une seconde mère. Puis elle se
+jeta dans les bras de sa soeur et lui recommanda ses enfants. La jeune
+Princesse était tellement saisie et son affliction était si profonde
+de se voir séparée de sa mère, qu'elle n'eut pas la force de lui
+répondre. Enfin Madame Élisabeth ayant adressé quelques mots à
+l'oreille de la Reine, elle partit sans jeter davantage les yeux sur
+sa fille, dans la crainte de perdre sa fermeté. Elle fut obligée de
+s'arrêter au bas de la tour, parce que les municipaux voulurent faire
+un procès-verbal pour la décharge de sa personne. En sortant, elle se
+frappa la tête au guichet, faute de penser à se baisser; et comme on
+lui demanda si elle ne s'était pas fait de mal: «Oh! non, dit-elle,
+rien à présent ne peut plus me faire de mal.»--Elle monta en voiture
+avec un municipal et deux gendarmes.
+
+
+
+
+LIVRE DIXIÈME.
+
+DEPUIS LE DÉPART DE LA REINE JUSQU'À CELUI DE MADAME
+ÉLISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE.
+
+2 AOÛT 1793--9 MAI 1794.
+
+ «Le second malheur est passé, et le troisième viendra bientôt.»
+
+ _Apocalypse_, chap. XI, vers. 14.
+
+ Correspondance secrète établie entre la Conciergerie et le
+ Temple. -- M. Hue. -- Madame Richard. -- Eau de Ville-d'Avray
+ adressée à la Conciergerie comme elle l'avait été au Temple. --
+ Rosalie Lamorlière. -- Paquet de linges, hardes et vêtements
+ arrivant du Temple à la Conciergerie. En ouvrant ce paquet et en
+ remarquant le soin avec lequel il avait été composé,
+ Marie-Antoinette s'attendrit et reconnaît les attentions de sa
+ soeur Élisabeth. -- Aiguilles à tricoter demandées par la Reine,
+ point accordées par les municipaux. -- Blasphèmes et jurements de
+ Simon. -- Chansons révolutionnaires auxquelles se mêle la petite
+ voix de Louis XVII. -- Madame Élisabeth conjure les commissaires
+ de la Commune d'obtenir de Simon un peu plus de modération. -- Le
+ municipal Barelle. -- La fille Tison. -- Hébert, accompagné de
+ quatre membres du conseil de la Commune, se présente au Temple le
+ 21 septembre. -- Arrêtés acerbes. -- Nouvelle perquisition le 24.
+ -- Privations noblement supportées. -- La garde-robe de Louis XVI
+ brûlée sur la place de Grève. -- Procès de la Reine. -- Le maire
+ et le procureur de la commune au Temple. -- Odieuse déposition
+ arrachée au jeune Prince. -- Le lendemain, ces deux officiers de
+ la Commune retournent au Temple avec David, membre de la
+ Convention. -- Nouvel interrogatoire, où sont appelés l'enfant
+ royal, sa soeur et sa tante. -- Hue arrêté; plus de nouvelles de
+ la Reine. -- Madame Élisabeth aperçoit Louis XVII. -- Chaumette
+ se plaint au conseil de la Commune des dépenses excessives que
+ nécessite le maintien de trois individus dans la tour du Temple.
+ -- Invention d'un nouveau document pour essayer de compromettre
+ Madame Élisabeth. -- Dernier écrit de la Reine. -- Tison mis au
+ secret. -- Mort de Marie-Antoinette. -- Fournées de victimes. --
+ Terreur. -- Madame Élisabeth indignement calomniée. -- L'huissier
+ Monet au Temple. -- Adieux d'Élisabeth et de Marie-Thérèse. -- La
+ Conciergerie. -- Premier interrogatoire de Madame Élisabeth.
+
+
+Peu de jours après le départ de la Reine, Madame Élisabeth et sa nièce
+parvinrent à se procurer de ses nouvelles par l'entremise de M. Hue,
+qui fut assez heureux pour établir quelque communication entre la
+Conciergerie et la tour du Temple. Cet excellent homme n'avait pas
+tardé à rencontrer un auxiliaire dans une femme préposée à la garde
+même de Marie-Antoinette, madame Richard, désignée sous le nom de
+_Sensible_ dans la correspondance de Madame Élisabeth. Cette femme
+obtint des administrateurs de la police que les bouteilles d'eau de
+Ville-d'Avray qui étaient chaque jour envoyées au Temple pendant la
+captivité de la Reine dans cette demeure lui fussent adressées aussi
+chaque jour à la Conciergerie. Bien que cette attention parût
+contraire à l'esprit d'égalité dont le peuple avait salué
+l'inauguration avec tant d'enthousiasme, cette faveur d'une eau
+privilégiée ne fut point refusée à la _veuve Capet_, dont l'estomac ne
+pouvait supporter une autre eau.
+
+Ce ne fut pas tout. Madame Élisabeth n'ignorait pas le dénûment absolu
+où sa soeur se trouvait à la Conciergerie. Il ne lui suffisait pas de
+consoler l'orphelin, elle essaya d'être utile à la veuve. Une
+déclaration de Rosalie Lamorlière, servante à la Conciergerie durant
+la captivité de Marie-Antoinette, nous a fait savoir ce qui suit: «Le
+2 août, pendant la nuit, quand la Reine arriva du Temple, je
+remarquai, dit-elle, qu'on n'avoit amené avec elle aucune espèce de
+hardes ni de vêtements. Le lendemain et tous les jours suivants, cette
+malheureuse princesse demandait du linge, et madame Richard, craignant
+de se compromettre, n'osoit ni lui en prêter ni lui en fournir. Enfin
+le municipal Michonis, qui dans le coeur étoit honnête homme, se
+transporta au Temple, et, le dixième jour, on apporta du donjon un
+paquet que la Reine ouvrit promptement. C'étoient de belles chemises
+de batiste, des mouchoirs de poche, des fichus, des bas de soie ou de
+filoselle noirs, un déshabillé blanc pour le matin, quelques bonnets
+de nuit et plusieurs bouts de rubans de largeur inégale. Madame
+s'attendrit en parcourant ce linge, et se retournant vers madame
+Richard et moi, elle dit: «A la manière soignée de tout ceci, je
+reconnois les attentions et la main de ma pauvre soeur Élisabeth.»
+
+Au nombre des objets réclamés par la Reine figuraient ses aiguilles à
+tricoter et des bas qu'elle avait commencés pour son fils[71]. Ces
+choses furent remises avec empressement par Madame Élisabeth; mais les
+officiers municipaux prétendirent qu'il était à craindre que la veuve
+Capet ne se servît des aiguilles pour attenter à sa vie, et que par
+conséquent ils devaient s'abstenir de les joindre à l'envoi. La Reine
+fut ainsi trompée dans son espérance de travail; mais elle avait des
+nouvelles de sa fille et de sa soeur, et sa fille et sa soeur avaient
+de ses nouvelles[72]: ce fut un jour de consolation pour les deux
+captivités.
+
+[Note 71: Municipalité de Paris.--Conseil du Temple.
+
+ «Du dimanche quatre août 1793, l'an II de la
+ République une et indivisible.
+
+»CITOYENS COLLÈGUES,
+
+»Le conseil, faisant droit à votre demande de ce jour, vous envoie la
+redingote et la jupe demandées, un jupon de dessous également en
+basin, plus deux paires de bas de filoselle, une paire de chaussettes,
+et le bas à tricoter renfermé dans une corbeille; le tout inclus dans
+une serviette marquée M, coton rouge.
+
+»Il vous plaira donner un reçu desdits effets à l'ordonnance qui vous
+les remettra.
+
+»Vos collègues, les commissaires composant le conseil du Temple.
+
+ »JONQUOY, FORESTIER, SÉGUY, DAUBANCOURT, FARO.»
+
+Département de police.--Commune de Paris.
+
+ «Le 5 août 1793, l'an II de la République
+ française une et indivisible.
+
+»Nous, administrateurs au département de la police, après en avoir
+conféré avec le citoyen Fouquier-Tinville, accusateur public du
+tribunal révolutionnaire, invitons nos collègues les membres du
+conseil général de la Commune formant le conseil du Temple, à faire
+porter chaque jour deux bouteilles d'eau de Ville-d'Avray à la veuve
+Capet, détenue à la maison de justice de la Conciergerie, et sur la
+provision qui vient tous les jours de cette eau au Temple.
+
+ »BAUDRAIS, MARINO.»
+
+ (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)]
+
+[Note 72: Privée de ses aiguilles, la Reine tira les fils d'une
+vieille tenture, et à l'aide de deux bouts de plume, elle tricota une
+espèce de jarretière, que le sieur Bault, concierge de sa prison,
+recueillit avec soin, et qu'il confia à M. Hue pour en faire hommage à
+Madame Royale, qui le reçut avec un respect religieux. (_Dernières
+années du règne de Louis XVI._)]
+
+Tison, resté avec sa fille à la tour, communiquait à Madame Élisabeth
+les renseignements qu'il pouvait se procurer sur l'état de son neveu.
+Les détails que lui transmettait Tison sur la cruauté de Simon lui
+semblaient toujours exagérés; cette belle âme avait de la peine à
+croire que la férocité humaine pût aller si loin. Mais un jour elle
+fut condamnée à perdre ce reste d'illusion: Simon élevait si haut la
+voix que ses jurements et ses blasphèmes montaient jusqu'à elle, et ce
+qu'il y avait de plus douloureux, c'est que ces jurements et ces
+blasphèmes étaient parfois suivis des cris plaintifs d'un enfant.
+Madame Élisabeth, qui avait tout caché à sa nièce, ne peut plus
+révoquer en doute devant elle la conduite de Simon. La pauvre soeur a
+entendu les lamentations du frère, et, chose plus triste encore, elle
+a distingué le son de sa voix mêlée à celle du ménage Simon dans les
+chansons révolutionnaires. «Nous l'entendions tous les jours, dit-elle
+dans le récit de la captivité du Temple, chanter avec Simon _la
+Carmagnole_ et autres horreurs pareilles... La Reine heureusement ne
+les a pas entendues, elle étoit partie; c'est un supplice dont le Ciel
+l'a préservée.» Le coeur de la jeune fille, partagé entre la pensée de
+sa mère et celle de son frère, éprouvait d'inexprimables angoisses,
+que sa tante essayait en vain de soulager: il y avait des heures où la
+sainte mélancolie de la captivité s'emparait de l'une comme de l'autre
+et attristait leur front. Plus d'une fois les deux prisonnières se
+regardaient comme pour chercher des larmes dans leurs yeux. Les yeux
+de Madame Élisabeth, habitués à regarder le ciel, n'avaient pas de
+larmes. Cette femme forte soutenait sa jeune compagne non-seulement
+par sa parole, mais par son attitude même. La spiritualité d'Élisabeth
+était solide et pratique: la prière et la victoire sur soi-même
+faisaient la base de sa doctrine. On ne dira jamais assez avec quel
+dévouement, avec quelle sollicitude Madame Élisabeth lui prodiguait
+les trésors de sa raison et de son coeur. Réclamant pour elle tous les
+sacrifices, elle usait de précautions infinies, d'un art angélique
+pour écarter des lèvres de ceux qui lui étaient chers le calice dont
+elle se réservait toutes les amertumes. Sa raison persuasive savait
+adoucir les maux pour les rendre plus supportables, et sa piété,
+éclairée par la foi, savait féconder les douleurs et les rendre
+méritoires en les offrant au Ciel. C'est à cette école sacrée, sévère
+apprentissage d'une vie sévère, que la fille de Louis XVI puisa ces
+leçons de foi et d'héroïsme qui ont élevé son âme au-dessus des plus
+hautes infortunes.
+
+Au tourment de savoir le Dauphin dans une telle situation se joignit
+bientôt la douleur de ne pouvoir se procurer aucune nouvelle de la
+Reine[73]. Toute relation avait cessé avec la Conciergerie. La plus
+rigoureuse surveillance aussi bien que la terreur avaient enlevé à
+Madame Élisabeth ces rares intermédiaires par lesquels elle était plus
+d'une fois parvenue à adoucir la position de la Reine en lui faisant
+passer des nouvelles rassurantes sur ses enfants. Elle-même, dès la
+nuit où Marie-Antoinette avait été enlevée du Temple, avait cru, dans
+la crainte de la compromettre, devoir anéantir des crayons et quelques
+petites feuilles de papier qu'elle tenait cachés dans un coin sous le
+papier qui tapissait sa chambre. Tout instrument matériel de
+correspondance lui faisait donc défaut. Mais que ne peut le génie de
+la captivité? La malheureuse Reine parvint à faire réclamer des effets
+qu'elle avait laissés à la tour[74] et dont elle avait, disait-elle,
+le plus pressant besoin. Par ce moyen, la prison du Temple et le
+cachot de la Conciergerie échangèrent encore une fois quelques
+paroles. Celles que Madame Élisabeth envoyait à sa belle-soeur
+donnaient sur le pauvre petit Prince des renseignements qui n'étaient
+pas exacts: il est des situations où la conscience la plus droite se
+fait un devoir de taire la vérité.
+
+[Note 73: On la traitait déjà en condamnée avant même qu'elle fût
+jugée; voici le procès-verbal de la visite que lui firent les
+administrateurs de police pour s'emparer, au nom de la nation, de ces
+objets dont on ne se sépare ordinairement qu'avec la vie.
+
+Département de police.--Commune de Paris.
+
+«Du 10 septembre 1793, l'an IIe de la République française une et
+indivisible.
+
+»Nous, administrateurs au département de police, en vertu de
+l'injonction du comité de sûreté générale de la Convention nationale,
+datée d'hier, nous sommes transportés à la maison de justice de la
+Conciergerie, où étant parvenus à la chambre occupée par la veuve
+Capet, l'avons sommée, au nom de la loi, de nous remettre ses bagues
+et joyaux, ce qu'elle a fait à l'instant, consistant en un anneau d'or
+qui s'ouvre, dans lequel elle a déclaré qu'il y avait des cheveux, et
+sur lequel il y a différents chiffres; une autre à pierre et à
+talisman; une autre à pivot, émaillée, ayant une étoile d'un côté et
+un T et un L de l'autre, laquelle elle a déclaré renfermer aussi des
+cheveux; une autre en forme de petit collier et destinée pour le petit
+doigt; une montre d'or à répétition et à quantième, inventée par
+Bréguet, à Paris, nº 46, quai de l'Horloge, marquée R. A., ensuite A.
+M., avec une autre aiguille dont nous n'avons connu l'usage, laquelle
+est garnie d'une chaîne en acier et à une branche, avec un cachet en
+or s'ouvrant, dont une partie représente un A et un M; un autre cachet
+en acier portant pour empreinte deux flambeaux et pour légende l'amour
+et la fidélité, et différents chiffres sur les côtés simulant un
+almanach; un médaillon en or appendu à une petite chaîne, aussi d'or,
+servant de collier, ledit médaillon renfermant des cheveux entrelacés;
+un bouton à jour qui nous a paru être d'argent.
+
+»Lecture à elle faite du présent, a dit icelui contenir vérité,
+qu'elle y persiste et a signé avec nous et les deux citoyens gendarmes
+de service auprès d'elle, et la citoyenne Harel, aussi de service; le
+citoyen Leblanc, chef du bureau central; la Bussière, secrétaire du
+département de police, et la citoyenne Richard, épouse du citoyen
+Richard, concierge de ladite maison de la Conciergerie; et après
+ladite lecture, nous nous sommes aperçus qu'il était dit dans le
+présent que la montre était à quantième, qu'au contraire elle est à
+secondes.
+
+ »_Signé_ à la minute:
+ »MARIE-ANTOINETTE; DES FRENNES, GILBERT, HEUSSÉE,
+ administrateurs; LEBLANC, LA BUSSIÈRE, RICHARD
+ et HAREL.»
+
+«Et à l'instant, nous, administrateurs et dénommés d'autre part, nous
+sommes transportés au domicile du citoyen Richard, concierge, où étant
+parvenus, nous avons intimé l'ordre aux citoyens des Frennes et
+Gilbert, gendarmes, et à la citoyenne Harel de se retirer à l'instant,
+avec tous les effets qui pourraient leur appartenir, de la chambre
+occupée par la veuve Capet, où ils ont été de garde jusqu'à présent, à
+quoi ils ont obéi à l'instant; et leur avons aussi enjoint de rester
+dans ladite maison de justice jusqu'après notre rapport fait à nos
+collègues; nous avons aussi enjoint au citoyen Richard, concierge, de
+prendre toutes les mesures et précautions envers ladite veuve Capet,
+qu'il est d'usage et d'obligation de prendre envers ceux qui sont
+détenus au secret; avons pareillement enjoint au commandant du poste
+de la gendarmerie, appelé à cet effet, de faire poser à l'instant un
+factionnaire à la porte de ladite chambre de la veuve Capet, et en
+dehors, lequel aura pour consigne de ne laisser parler, ni
+communiquer, ni approcher personne de ladite porte, que le citoyen
+concierge et son épouse, et un autre factionnaire dans la cour, près
+les fenêtres de ladite chambre occupée par la veuve Capet, lequel aura
+pour consigne de ne laisser approcher personne à la distance de dix
+pas, et ne laisser parler ni communiquer qui que ce soit, sous tel
+prétexte que ce puisse être, laquelle consigne a été donnée à
+l'instant, et les factionnaires posés suivant le rapport dudit citoyen
+commandant du poste et du brigadier de service à la grande réserve,
+laquelle consigne ledit citoyen commandant s'oblige de faire exécuter
+de relevée en relevée, et transmettre à celui par qui il sera
+remplacé.
+
+»Lecture à eux faite du présent, ont dit icelui contenir vérité,
+qu'ils satisferaient au contenu, et ont signé avec nous.
+
+ »_Signé_ à la minute:
+ »DE BUSNE, LECOMTE, LEBLANC, HAREL, GILBERT,
+ DES FRENNES, RICHARD, LA BUSSIÈRE et HEUSSÉE,
+ administrateurs.
+
+ »Pour copie conforme à l'original:
+ »N. FROIDURE.»]
+
+[Note 74: «Citoyens collègues, Marie-Antoinette me charge de lui faire
+passer quatre chemises et une paire de souliers non numérotés, dont
+elle a un pressant besoin.
+
+»J'espère que vous voudrez bien les faire remettre au porteur de la
+présente.
+
+»Je suis avec fraternité,
+
+ »MICHONIS.
+
+ »De la Conciergerie, ce 19 août.»
+ (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)
+
+ * * * * *
+
+Commune de Paris.
+
+ «Le 26 septembre 1793, l'an II de la République une et indivisible.»
+
+«Citoyens, nos collègues, sur la demande qui nous a été faite par la
+veuve Capet de différents objets relatifs à des besoins de vêtements,
+l'administration de police vous invite à faire des recherches dans
+tout ce qui reste d'habillements au Temple à l'usage de la veuve
+Capet, afin de savoir si les articles qui lui sont nécessaires et
+qu'elle demande sont dans la garde-robe qui est au Temple, et, dans le
+cas où ils y seraient, de nous les envoyer de suite, attendu qu'il en
+résultera une économie.
+
+»Nous vous envoyons ci-joint la note des objets.
+
+ »Les administrateurs de police,
+ »MENNESSIER, CAILLEUX.»
+
+ (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)]
+
+Si nous ne l'avons point dit encore, nos lecteurs ont compris sans
+doute que Madame Élisabeth n'avait rien négligé pour obtenir de Simon
+un peu plus de réserve dans ses paroles et de modération dans ses
+gestes. Bien que, dans la prison du Temple, elle fût moins
+communicative que la Reine, et que, en général, elle montrât plus de
+fierté que sa belle-soeur, parlant beaucoup moins aux mandataires de
+la Commune, pas un municipal de maintien convenable ou de physionomie
+avenante n'était depuis quelque temps venu au Temple sans qu'elle lui
+eût adressé ses plaintes, en le conjurant d'intervenir auprès du
+farouche précepteur. Mais les uns ne voulurent pas examiner ce que ces
+plaintes avaient de fondé, ne se sentant ni le droit ni le pouvoir
+d'improuver la conduite de Simon; les autres, trouvant ces plaintes
+injustes ou tout au moins exagérées, les repoussèrent avec dédain;
+d'autres enfin, plus fanatiques, répondirent à ces plaintes par
+l'éloge de celui-là même contre lequel elles étaient portées. Un seul
+fut accessible aux prières de Madame Élisabeth: ce fut Barelle, maçon
+de son métier, homme simple et sans éducation, mais d'un coeur
+bienveillant; il était père, il porta courageusement quelques
+observations au démagogue acariâtre dont il avait lui-même entendu les
+jurements pendant qu'il était de service chez les Princesses. Ces
+observations, bien que revêtues de formes polies et caressantes,
+furent mal reçues. Simon rejeta sur le caractère roide et indocile de
+son élève les rigueurs dont il était parfois obligé d'user. «Je sais
+ce que je fais et ce que j'ai à faire, ajouta-t-il; à ma place vous
+_iriez_ peut-être plus vite.» L'intervention de Barelle n'eut d'autre
+effet que de rendre plus dure la captivité du jeune Louis.
+
+Le 26 août, la fille de Tison, qui allait quitter le Temple, demanda
+à voir le petit Capet. Faut-il voir dans sa démarche un désir
+personnel de dire adieu au charmant enfant, que, malgré la première
+influence de ses parents, elle n'avait jamais pu voir sans émotion, ou
+faut-il y trouver une suggestion de Madame Élisabeth, dans l'espoir
+d'obtenir quelques renseignements sur son neveu? Quoi qu'il en soit,
+cette démarche n'eut d'autre résultat que de faire passer à l'examen
+le plus minutieux la personne de la jeune fille, ainsi que le paquet
+qu'elle portait à sa mère à l'Hôtel-Dieu[75].
+
+[Note 75: Municipalité de Paris.
+
+»Nous recommandons aux citoyens commandants de la force armée de
+laisser sortir la fille du citoyen Tison avec un paquet dans une
+serviette, contenant des vieux souliers et un vieux paquet de gaze,
+lesquels nous avons vérifiés au Temple, ce 26 août 1793.
+
+ »N. GUÉRIN, ARNAUD, LUBIN, PAQUOTE, commissaires.»]
+
+Le 21 septembre, Hébert, substitut du procureur de la Commune,
+accompagné de Jonquoy, Lelièvre, Camus et Grenard, officiers
+municipaux, se présente à la tour. Marie-Thérèse, assise près de sa
+tante, tenait en main un almanach républicain qu'elle s'empressa de
+refermer. «Si vos saints ne s'y trouvent pas, lui dit Hébert, vous y
+trouverez nos fêtes nationales. Nous aurons demain une cérémonie
+civique en l'honneur de l'anniversaire de la République. Le peuple
+sera notre Dieu: il ne doit point y en avoir d'autre; mais ce n'est
+pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.»
+
+Il leur déclare alors qu'il est porteur d'un arrêté de la Commune qui
+ordonne de resserrer plus étroitement encore les deux prisonnières, et
+de leur retirer la personne qui les sert. «Dans toutes les maisons de
+détention, leur dit-il, les détenus n'ont personne pour les servir;
+l'exception faite pour vous offense la justice et la moralité
+publiques, l'égalité devant régner dans les prisons comme partout
+ailleurs. A l'avenir, Hanriot et le porteur d'eau auront seuls le
+droit d'entrer ici[76].»
+
+[Note 76: Voici le compte rendu de ce qui s'était passé dans la
+journée au conseil général de la Commune.
+
+«Le substitut du procureur de la Commune demande, comme mesure de
+sûreté et conforme à l'égalité, que demain toute la cuisine du Temple
+soit supprimée et tous les domestiques et valets renvoyés, et que les
+prisonniers qui y sont renfermés ne soient pas traités différemment
+que tous les détenus dans les autres maisons d'arrêt, et que, dès ce
+soir, il sera nommé une commission pour aller faire exécuter cet
+arrêté au Temple. Son réquisitoire est adopté à l'unanimité.
+
+»Les membres nommés pour cette commission sont: Grenard, Lelièvre,
+Camus et Jonquoy.
+
+»Les mêmes mesures sont prises relativement à la veuve Capet; le
+conseil arrête que la nourriture de ladite Capet sera réduite au
+simple nécessaire; que, par respect pour l'égalité, elle sera traitée
+comme tous les autres prisonniers indistinctement, et qu'elle n'aura
+d'autres domestiques que ceux qui servent les prisons, et que cet
+arrêté sera aussi signifié au concierge de la Conciergerie.» (Archives
+de l'hôtel de ville.)]
+
+Le substitut du procureur est obéi. Tison, disgracié, est refoulé dans
+la tourelle qui lui servira de prison. A l'avenir, les deux recluses
+feront leur lit et balayeront leur chambre; leur porte ne s'ouvrira
+plus que pour laisser arriver leurs aliments; elles ne doivent plus
+voir un visage humain ni entendre une voix humaine. Le sombre visiteur
+qu'elles viennent de recevoir provoque des mesures qui rendront plus
+dur encore le régime de leur prison. Les deux arrêtés suivants sont
+pris le lendemain par la Commission du Temple:
+
+ _Du 22 septembre 1793, l'an II de la République une et indivisible._
+
+_Le conseil, considérant que la plus grande économie doit régner et
+être observée, arrête ce qui suit_:
+
+ 1º _Qu'à compter de ce jour, l'usage de la pâtisserie et de la
+ volaille, pour toute table, sera supprimé_;
+
+ 2º _Que les détenues n'auront à leur déjeuner qu'une sorte
+ d'aliment_;
+
+ 3º _Qu'à leur dîner, il ne leur sera donné qu'un potage, un
+ bouilli et un plat quelconque. Il leur sera délivré en outre une
+ demi-bouteille de vin ordinaire, par jour, pour chacune d'elles;_
+
+ 4º _Au souper, elles auront deux plats._
+
+Le second arrêté porte:
+
+ 1º _Qu'à compter de ce jour, il ne sera plus fourni de bougie
+ dans l'intérieur de la tour; que les prisonniers ne seront plus
+ éclairés qu'avec de la chandelle; qu'il ne sera brûlé de bougie
+ qu'au bureau du conseil;_
+
+ 2º _Que l'argenterie, la porcelaine sera interdite, et que l'on
+ ne servira plus que des couverts d'étain et de la faïence
+ commune._
+
+ Les commissaires de service au Temple,
+
+ VIALLARD, ROBIN, TONNELIER, VÉRON.
+
+ * * * * *
+
+Une perquisition plus rigoureuse que les précédentes était faite, le
+24 septembre, chez Madame Élisabeth[77]. L'inauguration du nouveau
+régime prescrit par les arrêtés que nous venons de transcrire avait
+été faite avec un zèle irréprochable. Non-seulement toute délicatesse
+était supprimée dans la nourriture, mais des draps d'écurie en toile
+jaune étaient substitués aux draps blancs, la faïence à la porcelaine,
+l'étain à l'argenterie, la chandelle à la bougie. Madame Élisabeth
+supportait les privations aussi bien que les outrages avec un calme
+impassible et religieux qui étonnait ses gardiens. Elle ne redoutait
+la persécution que pour sa nièce, objet de ses soins et de sa
+tendresse. Elle acceptait avec une sorte de joie le changement apporté
+à ses aliments. Les jours d'abstinence, elle conserva tant qu'elle le
+put l'habitude du maigre, ne mangeant que du pain lorsque la
+nourriture qu'on lui présentait n'était pas conforme aux prescriptions
+de l'Église. On cessa de lui fournir de l'eau de Ville-d'Avray, à
+laquelle elle était accoutumée depuis son jeune âge. Ce fut pour elle
+une privation réelle; mais sa piété reçut comme une mortification le
+refus qu'on lui en fit.
+
+[Note 77: «Un des commissaires nommés par le conseil général pour
+faire perquisition chez les prisonniers du Temple et en retirer tous
+les objets de luxe, rend compte de sa mission.
+
+»Il dit que les commissaires ont retiré et fait mettre sous les
+scellés les porcelaines qu'ils ont trouvées.
+
+»Il a ajouté qu'ils ont trouvé dans une commode appartenant à
+Élisabeth deux rouleaux chacun de quarante pièces d'or de la valeur de
+vingt-quatre livres, que ladite Élisabeth a déclaré lui avoir été
+donnés en dépôt par la veuve Lamballe à l'époque du 10 août 1792, et
+que ces mêmes pièces avaient été confiées à la veuve Lamballe par une
+autre personne.
+
+»Le conseil arrête le dépôt au trésor national des pièces d'or
+ci-dessus mentionnées, ainsi que des mille écus trouvés lors de la
+mort de Capet, ainsi que des différentes décorations qu'il portait de
+son vivant; et a nommé pour commissaires à cet effet les commissaires
+déjà nommés.
+
+»Sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général
+arrête que le lit, les habits et tout ce qui servait au logement et au
+vêtement de Capet sera, dimanche prochain, brûlé en place de Grève;
+les commissaires nommés à cet effet sont Grenard, Lelièvre, etc.
+
+ »LUBIN, vice-président.
+ »DORAT-CUBIÈRES.»
+
+(Séance du mardi 24 septembre 1793.)»]
+
+Au premier repas qui suivit l'arrêté dont nous avons le texte plus
+haut, Madame Élisabeth dit à sa jeune compagne: «C'est le pain du
+pauvre: nous sommes pauvres aussi. Combien d'infortunés en ont moins
+encore!»
+
+Madame Élisabeth ignorait que cette recrudescence de colère ne
+s'arrêtait pas aux vivants: elle s'attaquait à celui qui n'était plus.
+La Commune faisait brûler sur un bûcher, en place de Grève, la
+garde-robe de Louis XVI, placée jusque-là sous les scellés[78].
+
+[Note 78:
+
+_Conseil général de la Commune de Paris._
+
+ (Séance du lundi 30 septembre 1793.)
+
+«Le secrétaire greffier rend compte du brûlement de la garde-robe de
+Capet, qui a eu lieu hier dimanche, 29 du présent.
+
+»Le dimanche 29 septembre 1793, l'an II de la République française, le
+citoyen Camus, commissaire nommé à cet effet par le conseil général,
+ayant fait transporter au dépôt du secrétariat de la maison commune la
+garde-robe de feu Capet, j'ai trouvé qu'elle était enveloppée dans une
+toile cousue et cachetée en six endroits; après avoir reconnu les
+cachets sains et entiers, j'ai fait l'ouverture du paquet, et j'ai
+trouvé les effets suivants, savoir:
+
+»Un chapeau, une boîte d'écaille cassée, un petit paquet de lisières
+et de rubans blancs, six habits, tant de drap que de soie et de petit
+velours; une redingote de drap, huit vestes, tant de drap, petit
+velours, soie que de lin; dix culottes idem, deux robes de chambre
+blanches, une camisole de satin ouatée, cinq pantalons, dix-neuf
+vestes blanches.
+
+»Lesquels effets j'ai fait transporter sur la place de Grève par les
+garçons de bureau, après les avoir préalablement fait vérifier par les
+citoyens Pierre-Jacques Legrand et Étienne-Antoine Souard,
+commissaires, qui se sont transportés avec moi en ladite place, où
+j'ai trouvé un bûcher préparé, sur lequel tous les effets ont été
+rangés, et les commissaires y ayant mis le feu, ils ont été réduits en
+cendres, au désir de l'arrêté du conseil général.
+
+ »_Signé_ à la minute:
+ »LEGRAND, SOUARD, membres de la Commune;
+ »COULOMBEAU, secrétaire greffier.»]
+
+Madame Élisabeth avait eu, dès ses premiers ans, de petites
+incommodités qui n'affectaient point le fond de son tempérament. Les
+chagrins les ayant rendues moins supportables, elle se fit mettre un
+cautère au bras. Longtemps on lui refusa de l'onguent pour le panser.
+Moins inhumain que les autres, un municipal lui en fit donner un jour;
+mais elle ne put jamais obtenir pour sa nièce le jus d'herbes dont
+cette Princesse faisait usage[79].
+
+[Note 79: _Vie de Madame Élisabeth de France_. Paris, Vauquelin, 1814,
+in-24 de 105 pages.]
+
+La Convention était pressée de voir s'instruire le procès de
+Marie-Antoinette; elle sentait derrière elle les impatiences de la
+Commune, bien autrement implacables que les siennes. Le 3 octobre, sur
+la proposition d'un de ses membres, «elle décréta que le tribunal
+révolutionnaire s'occuperoit sans délai et sans interruption du
+jugement de la veuve Capet.» Fouquier, dont la conscience n'était
+cependant pas, comme on sait, très-scrupuleuse, répondit au président
+de la Convention qu'il lui était impossible de s'occuper de ce
+procès, n'en ayant point les pièces élémentaires[80]. Hébert, de
+concert avec Simon et le citoyen Daujon, officier municipal, avait
+conçu le projet de fournir à ce procès une pièce devant laquelle
+devaient pâlir toutes celles du dossier accusateur. Dans la matinée du
+13 vendémiaire an II (4 octobre 1793), Chaumette est prévenu par Simon
+que le petit Capet se trouve disposé à répondre à toutes les questions
+qu'on aurait à lui faire dans l'intérêt de la justice. Le maire et le
+procureur de la Commune annoncent qu'ils se rendront au Temple le
+surlendemain, et le conseil général désigne deux de ses membres pour
+les accompagner[81].
+
+[Note 80:
+
+ «_Paris, ce 5 octobre 1793, l'an IIe de la République une
+ et indivisible._
+
+»CITOYEN PRÉSIDENT,
+
+»_J'ai l'honneur d'informer la Convention que le décret par elle rendu
+le 3 de ce mois, portant que le tribunal révolutionnaire s'occupera
+sans délai et sans interruption du jugement de la veuve Capet, m'a été
+transmis hier soir. Mais jusqu'à ce jour, il ne m'a été transmis
+aucunes pièces relatives à MARIE-ANTOINETTE; de sorte que, quelque
+désir que le tribunal ait d'exécuter les décrets de la Convention, il
+se trouve dans l'impossibilité d'exécuter ce décret tant qu'il n'aura
+pas ces pièces._]
+
+[Note 81: Le conseil général nomme Laurent et Friry, qui s'adjoindront
+au citoyen maire, au procureur de la Commune et aux commissaires déjà
+nommés pour aller au Temple. (Séance du 4 octobre 1793.)]
+
+En effet, le 15 vendémiaire (6 octobre), Pache et Chaumette et les
+deux municipaux arrivent à la tour. Leur entrée dans la chambre de
+Simon impose à l'enfant, dont l'ivresse, préparée avant l'heure,
+commençait à se dissiper. Heussée, administrateur de police, donne
+lecture d'un interrogatoire écrit d'avance, et, si l'on en croit une
+tradition contemporaine, rédigé par Daujon. Dans ce _factum_, produit
+d'une imagination perverse, le petit Prince répond comme on voulait
+qu'il répondît, et à cette heure on vient lui demander de signer comme
+on voulait qu'il signât. Encouragé, poursuivi, harcelé, fatigué par
+ses visiteurs, il signe. Cette signature toute tremblée avec laquelle
+on espérait accuser la Reine n'accuse que ceux qui ont conduit, nous
+voulons dire qui ont égaré la main de l'enfant. L'acte, signé aussi de
+Pache, Chaumette et Hébert; de Friry et Laurent, commissaires du
+conseil général; de Séguy, commissaire de service au Temple; de
+Heussée, administrateur de police, et de Simon, est emporté comme un
+trésor au comité de sûreté générale.
+
+Cependant les ennemis de la Reine se demandent si le poison de la
+calomnie placé sur les lèvres du fils suffit pour tuer l'honneur de la
+mère, et s'il ne convient pas d'appuyer de témoignages sérieux la
+déposition d'un enfant auquel il est facile de faire dire ce qu'on
+veut. Dès le lendemain 16 vendémiaire (7 octobre), Pache et Chaumette
+retournent au Temple; David, ami de Chaumette et membre du comité de
+sûreté générale, demande à les accompagner; il en est de même de
+Daujon, qui, selon la tradition dont j'ai parlé, venait de recevoir au
+sein du comité quelques félicitations au sujet de la pièce dont il
+était le rédacteur. Peut-être espèrent-ils, à l'aide de leurs
+questions captieuses, surprendre à la fille et à la soeur de Louis XVI
+quelques mots qui, interprétés avec adresse, pourront appuyer
+l'échafaudage des calomnies entassées contre la Reine. Pache,
+Chaumette et David, introduits dans la tour, s'installent dans la
+salle du conseil et donnent l'ordre d'y faire descendre la fille de
+Capet. Frappées de stupeur et d'effroi, les deux prisonnières
+demandent instamment qu'on ne les sépare point. La jeune orpheline,
+forcée d'obéir, descend. Pour la première fois depuis qu'elle est
+enfermée dans le Temple, Madame Élisabeth se trouve seule. Le tendre
+et dernier objet de ses affections lui est-il enlevé sans retour?
+Jusqu'à présent ceux qui sont descendus ne sont pas remontés. Le père
+a rencontré en bas le bourreau, et, ce qui est plus effrayant encore,
+le fils y a trouvé Simon. L'esprit de Madame Élisabeth est livré aux
+conjectures les plus cruelles; mais elle est loin de deviner ce qui
+ne s'est vu dans les annales d'aucune nation; et, certes, elle
+taxerait de mensonge l'écho de la tour, s'il lui apportait en ce
+moment ce qui se dit dans la salle du Conseil. Elle-même pourra-t-elle
+le croire quand elle sera condamnée à l'entendre?
+
+Marie-Thérèse, arrivée au bas de l'escalier, avait rencontré son
+frère, et elle le pressait dans ses bras. Simon le lui arracha.
+L'enfant sortait de la salle où David avait demandé à revoir le fils
+du tyran et à l'entendre déclarer qu'il reconnaissait comme exact et
+vrai ce qu'il avait dit et signé la veille. L'enfant déconcerté avait
+fait un signe affirmatif, et, sur l'injonction de son maître, avait
+répondu: «Oui.»
+
+Sa soeur est introduite. Le maire de Paris, le premier, l'interroge
+sur les intelligences de ses parents avec les princes étrangers,
+intelligences qu'elle doit avoir connues. Les réponses de
+Marie-Thérèse sont si nettes et si fermes que les commissaires ne
+jugent pas à propos de pousser plus loin cette banale imputation.
+Chaumette aborde alors les questions qui étaient l'objet sérieux de
+l'interrogatoire. La jeune fille écoute d'abord sans rien comprendre,
+puis tout à coup la rougeur lui monte au visage, et les paroles de
+Chaumette, devenues plus explicites et plus claires, soulèvent de
+mépris et d'horreur tout ce qu'il y avait de sang chrétien et de sang
+filial dans cette angélique enfant. «Chaumette, dit-elle dans sa
+relation, m'interrogea sur mille vilaines choses dont on accusoit ma
+mère et ma tante. Je fus atterrée par une telle horreur, et si
+indignée que, malgré toute la peur que j'éprouvois, je ne pus
+m'empêcher de dire que c'étoit une infamie; malgré mes larmes, ils
+insistèrent beaucoup. Il y a des choses que je n'ai pas comprises,
+mais ce que je comprenois étoit si horrible que je pleurois
+d'indignation.»
+
+Les cyniques accusateurs ne s'arrêtèrent pas devant le cri de la
+nature insultée. Ils rappelèrent le jeune Louis rampant sous la
+domination de son maître; ils établirent entre ces deux témoins la
+confrontation la plus pénible, la contradiction la plus cruelle, et
+firent ainsi, pendant trois heures, en présence d'un frère de huit
+ans, subir à l'innocence d'une jeune fille aussi pure que le lis qui
+sert d'emblème à sa royale maison, l'ignominieux supplice d'un
+interrogatoire que la vertu ne saurait comprendre, et dont
+l'indignation ne suffit pas pour faire justice. Le procès-verbal de
+cet interrogatoire porte encore la signature de Louis-Charles Capet,
+tracée d'une main vacillante; elle est précédée de celle de
+Marie-Thérèse et suivie de celle de leurs interrogateurs.
+
+Madame Royale demanda alors à être réunie à sa mère. «Cela est
+impossible, lui répondit Chaumette; retirez-vous, et ne dites rien à
+votre tante, que nous allons faire descendre.»
+
+Marie-Thérèse se jetait à peine dans les bras de Madame Élisabeth que
+celle-ci lui est enlevée, sans savoir ce qui s'est passé, sans savoir
+ce qu'elle doit espérer ou craindre. Descendue à la salle du Conseil,
+Pache et Chaumette l'interrogent. Comme elle répondait à leurs
+questions avec une sorte de dignité fière, Chaumette s'en offensa au
+point de lui dire: «Baissez un peu le ton; vous êtes devant vos
+magistrats: laissez là vos arrogances de cour.» Madame Élisabeth ne
+répond rien; mais connaissant quelque peu David pour l'avoir vu dans
+plus d'une occasion à Versailles, où son titre de premier peintre du
+Roi lui donnait ses entrées, et lui voyant sa tabatière à la main:
+«Monsieur David, lui dit-elle de ce ton de douceur et de bonté qui lui
+était familier, voudriez-vous me donner une prise de tabac? Je suis
+bien enrhumée du cerveau.» Et en même temps elle faisait un geste
+comme pour la prendre. «Apprenez, lui répond David, que vous n'êtes
+pas faite pour mettre vos doigts dans ma tabatière.» Puis il versa un
+peu de tabac dans le creux que forme le pouce, et l'offrit à Madame
+Élisabeth, qui lui tourna le dos. Après ce lâche outrage fait, je ne
+dirai pas à une princesse, mais à une femme, à une femme prisonnière
+et malheureuse, l'interrogatoire reprit son cours. Il n'avait d'abord
+touché qu'aux choses de la politique, et maintenant il déroule sous
+les yeux de Madame Élisabeth ce long tissu d'infamies dont on a chargé
+la Reine et elle-même. Ses perfides questionneurs voient bientôt
+qu'ils attendraient en vain de ce ferme esprit une phrase ambiguë dont
+il leur deviendrait possible d'abuser. Toutefois, avant de mettre fin
+à leur poursuite, ils confrontent l'enfant avec Madame Élisabeth, afin
+de faire rougir devant lui la vertu de sa tante, comme ils avaient
+fait rougir l'innocence de sa soeur. Cet interrogatoire est signé de
+Madame Élisabeth, de Louis-Charles, de David, de Pache, de Chaumette,
+de Daujon, de Séguy, de Laurent et de Heussée, administrateur de
+police. Nous donnons ici le _fac-simile_ de ces signatures.
+
+L'odieuse épreuve est terminée. Remontée dans sa chambre: «Oh! mon
+enfant!» s'écrie Madame Élisabeth en tendant les bras à sa nièce. Le
+silence seul peut exprimer le bouleversement et la confusion qu'elles
+éprouvent également. Leurs larmes coulent; pour la première fois leurs
+regards s'évitent. Un instant elles demeurent étroitement embrassées,
+puis elles se mettent à genoux, offrant leur humiliation et leur
+douleur au Dieu des humbles et des affligés.
+
+Leurs réponses nettes et exemptes de toute équivoque avaient
+déconcerté les combinaisons des pervers, réduits à s'en tenir au
+procès-verbal attribué à Daujon et adopté par Hébert. La visite des
+commissaires au Temple ne fut pas toutefois sans résultat: les images
+dont on avait souillé l'imagination des pauvres prisonnières
+laissaient un grand trouble dans leur âme; puis la captivité devint
+plus morne et plus dure. Turgy, qui, employé au service intérieur de
+la tour, était le seul qui ne leur fût pas indifférent ou hostile, fut
+expulsé avec un certain nombre de personnes jugées inutiles ou
+devenues suspectes[82]. Voici le dernier billet que Madame Élisabeth
+lui écrivit:
+
+[Note 82: Déjà, depuis un mois, la Commune avait pris un arrêté qui
+expulsait du Temple Turgy, Chrétien, Marchand, et en général toutes
+les personnes suspectées d'incivisme.
+
+«Lecture faite d'un arrêté du conseil du Temple, qui demande le
+remplacement de plusieurs individus occupés maintenant dans cette
+maison, et qui ont appartenu autrefois au ci-devant comte d'Artois;
+
+»Le conseil général en confirme les dispositions; arrête en
+conséquence que les citoyens Piquet et sa famille, portiers;
+Rockentroh et sa famille, lingers; Baron, portier; Gourlet et sa
+femme, guichetiers; Quenel, commissionnaire; Chrétien, Marchand et
+Turgy, garçons servants; la citoyenne Leclerc, femme d'un gendarme
+ci-devant piqueur du comte d'Artois; la femme et les enfants de
+Salmon, ci-devant son valet de pied, et la famille Ango, au nombre de
+quatre personnes, ci-devant garçon d'argenterie, seront expulsés.»]
+
+ «Le 11 octobre 1793, à deux heures un quart.
+
+»Je suis bien affligée. Ménagez-vous pour le temps où nous serons plus
+heureux et où nous pourrons vous récompenser. Emportez la consolation
+d'avoir servi de bons et malheureux maîtres.
+
+»Recommandez à Fidèle (Toulan) de ne pas trop se hasarder pour nos
+signaux (par le cor). Si le hasard vous fait voir madame Mallemain,
+dites-lui de nos nouvelles, et que je pense à elle.
+
+»Adieu, honnête homme et fidèle sujet: que le Dieu auquel vous êtes
+fidèle vous soutienne et vous console dans ce que vous avez à
+souffrir!»
+
+Le 13 octobre, M. Hue fut arrêté. De ce moment, Madame Élisabeth ne
+put rien apprendre de ce qui se passait. Toute intelligence cessa pour
+elle au dehors comme au dedans. Elle n'eut plus de nouvelles de la
+Reine. Nous n'avons point à regretter pour elle cette privation.
+Marie-Antoinette, dont le procès commençait le 14, montait le 16 sur
+l'échafaud. L'ignorance de toute chose où vit Madame Élisabeth peut
+accroître ses inquiétudes, mais elle lui épargne une plus grande
+douleur. Il est à remarquer que les municipaux de service, les
+gardiens, tous les employés, et Simon lui-même, gardèrent en cette
+circonstance une charitable discrétion.
+
+Quelques jours après, vers le soir, Madame Élisabeth entendit un bruit
+de querelle dans l'appartement de Simon. Elle craignit naturellement
+que cette rude voix, qui lui était bien connue, ne s'adressât à la
+victime accoutumée. Cette pensée l'occupa la nuit et le lendemain et
+le surlendemain; n'entendant plus rien et privée de toute nouvelle,
+elle monta au comble de la tourelle par l'escalier de la garde-robe,
+et s'établit en observation à la petite fenêtre que nous avons
+indiquée. Le second jour, elle fut payée de ses peines: le maître et
+l'élève se montrèrent sur la plate-forme; ils s'arrêtèrent même un
+instant, de manière à être vus de la patiente spectatrice, si bien
+qu'elle ne put savoir si elle n'avait point été aperçue elle-même ou
+si elle devait n'attribuer qu'au hasard le regard qu'à leur passage
+l'un et l'autre avaient dirigé de son côté.
+
+Madame Élisabeth et Marie-Thérèse, qui avaient été confrontées avec
+l'enfant dans la scène du 7 octobre, avaient pu se convaincre par leurs
+yeux qu'il était extrêmement changé; mais l'altération de ses traits
+n'était rien auprès de la révolution qui s'était opérée dans ses idées
+et son langage, et c'était ce changement moral qui sans doute avait le
+plus péniblement affecté sa tante. Jamais, on doit le croire, elle ne
+sentit plus vivement la profonde infortune de sa famille. Cependant,
+courbée sous la main de Dieu, qui semblait chaque jour s'appesantir
+davantage, elle s'abandonnait avec résignation à sa volonté, et le
+remerciait des consolations qu'il daignait encore lui permettre; car
+cette prison du Temple, où elle pouvait pleurer tranquillement avec sa
+nièce, pouvait d'un jour à l'autre lui être enlevée!--Chaumette, en
+effet, avait plus d'une fois représenté cette maison d'arrêt comme un
+asile spécial, exceptionnel, aristocratique, contraire au principe
+d'égalité proclamé par la République. Dans le courant du mois de
+novembre, il reprit cette question au point de vue de l'économie, et
+«fit sentir au conseil général de la Commune le ridicule de conserver
+dans la tour du Temple trois individus qui nécessitaient une surcharge
+de service et des dépenses excessives[83].» Faisant droit au
+réquisitoire de son procureur, la Commune arrêta qu'elle se porterait en
+masse à la Convention pour demander la translation des prisonniers du
+Temple dans les prisons ordinaires, et leur assujettissement au
+traitement uniforme de tous les détenus. Plus circonspect que le conseil
+général, le Comité de salut public reçut avec réserve la proposition de
+cette mesure: il manda Chaumette, écouta ses raisons, les discuta, et
+finit par maintenir dans ses priviléges cette dure prison que la Commune
+révolutionnaire chicanait aux enfants des rois émancipateurs des
+communes.
+
+[Note 83: Le procureur de la Commune se récrie sur les dépenses
+énormes que nécessite la garde des individus détenus dans la Tour. Il
+requiert, et le conseil arrête que, le décadi prochain, il se
+transportera en masse à la Convention pour lui demander que les
+prisonniers du Temple soient renvoyés dans les prisons ordinaires et
+traités comme les détenus ordinaires, et que ces individus soient
+jugés dans le plus court délai. (Conseil général de la Commune; séance
+du 26 brumaire an II, 16 novembre 1793.)
+
+Cette résolution fut renouvelée cinq jours après:
+
+«Le conseil général arrête que, le quintidi prochain, il se
+transportera en masse à la Convention pour lui demander à être
+déchargé de la garde du Temple, et que les prisonniers qui y sont
+détenus soient transférés dans les prisons ordinaires, et charge
+Legrand de faire une pétition à cet égard.» (Séance de la Commune du
+1er frimaire an II, 21 novembre 1793.)]
+
+Ces enfants des rois, dans l'abjection, conservaient toute leur
+dignité. Rocher, un des gardiens du Temple, disait le 12 novembre
+1793: «Madame Élisabeth ne voulait pas me saluer; elle y est
+maintenant forcée, parce qu'il faut qu'elle se baisse pour passer sous
+le guichet. Je fume ma pipe, et je lui lâche une bouffée à son
+passage.» La municipalité de Paris ne se tint pas pour battue: elle
+essaya de se venger de l'échec qu'elle venait d'éprouver, et renouvela
+dans les appartements du Temple de rigoureuses perquisitions, avec
+l'espoir d'y découvrir des papiers ou indices quelconques capables de
+compromettre Madame Élisabeth. Elle ne fut pas plus heureuse sur ce
+terrain. Mais il n'y avait pas d'obstacles qui pussent l'empêcher
+d'arriver au but qu'elle voulait atteindre: elle emprunta de nouveau
+la main du pauvre petit orphelin du Temple pour frapper la seconde
+mère qu'elle avait résolu de lui enlever. Simon, dans la fabrication
+de cette nouvelle oeuvre, ne fut secondé ni par les conseils d'Hébert
+ni par la rédaction de Daujon. Aussi le procès-verbal que, seul, il
+fit dresser aux municipaux, se ressent-il de l'absence de complices
+aussi habiles. Nos lecteurs en jugeront.
+
+
+COMMUNE DE PARIS.
+
+«Le cinquième jour du deuxième mois de l'an second de la République
+une et indivisible, à huit heures du soir;
+
+»Le citoyen Simon est venu au conseil du Temple pour lui faire part
+d'une conversation qu'il avoit eue avec le petit Capet, par laquelle
+un membre de la Commune paroissoit avoir eu des intelligences avec sa
+mère. Simon ne voulant pas nommer le membre sans qu'au préalable le
+conseil eût reçu lui-même la déclaration du petit, alors le conseil a
+nommé les citoyens Foloppe et Figuet pour interroger le petit Capet;
+ces deux membres sont de suite montés dans sa chambre, où étant, et en
+présence de la citoyenne Simon, ils ont fait rouler la conversation
+sur différentes choses, et l'amenant insensiblement sur les membres de
+la Commune, il a dit:
+
+»Qu'un jour Simon étant de service au Temple auprès de sa mère avec
+Jobert, ledit Jobert avoit remis ce jour-là deux billets sans que
+Simon fut (_sic_) aperçu; que cette espièglerie avoit fait rire
+beaucoup ces dames, d'autant plus qu'elles avoient trompé la vigilance
+de Simon, mais que lui déclarant n'avoit point vu les billets,
+seulement que ces dames le lui avoient dit.
+
+»Les commissaires dénommés descendus au conseil ont donné lecture de
+la présente déclaration; alors Simon a dit qu'elle étoit conforme à
+celle que le petit Capet lui avoit fait (_sic_) verbalement.
+
+»Lecture faite au petit Capet de la présente déclaration, a dit
+qu'elle contient vérité, y persiste et a signé.
+
+»Et avant de signer, le petit Capet a dit que sa mère craignoit sa
+tante, et que sa tante étoit celle qui exécutoit mieux les complots.»
+
+[Illustration: Fac-similé d'écriture.]
+
+Ce document, qui nous semble plus absurde encore que révoltant, ne
+satisfit pas la Commune; elle demanda des déclarations de faits plus
+explicites et plus graves. Un nouveau procès-verbal fut fabriqué, mais
+n'offrant guère plus de garanties et de preuves que le précédent.
+
+Voici ce procès-verbal:
+
+«Cejourd'hui 13 frimaire, l'an II de la République une et indivisible,
+nous, commissaires de la Commune, de service au Temple, sur
+l'avertissement à nous donné par le citoyen Simon, que Charles Capet
+avoit à dénoncer des faits qu'il nous importoit de connoître pour le
+salut de la République, nous nous sommes transportés, quatre heures de
+relevée, dans l'appartement dudit Charles Capet, qui nous a déclaré ce
+qui suit:
+
+»Que, depuis environ quinze jours ou trois semaines, il entend les
+détenues frapper tous les jours consécutifs, entre six heures et neuf
+heures; que, depuis avant-hier, ce bruit s'est fait un peu plus tard
+et a duré plus longtemps que tous les jours précédents; que ce bruit
+paroît partir de l'endroit correspondant au bûcher; que, de plus, il
+connoît, à la marche qu'il distingue de ce bruit, que, pendant ce
+temps, les détenues quittent la place du bûcher par lui indiquée pour
+se transporter dans l'embrasure de la fenêtre de leur chambre à
+coucher, ce qui fait présumer qu'elles cachent quelques objets dans
+ces embrasures; il pense que ce pourroit être de faux assignats, mais
+qu'il n'en est pas sûr, et qu'elles pourroient les passer par la
+fenêtre pour les communiquer à quelqu'un.
+
+»Ledit Charles nous a également déclaré que, dans le temps qu'il étoit
+avec les détenues, il a vu un morceau de bois garni d'une épingle
+crochue et d'un long ruban, avec lequel il suppose que les détenues
+ont pu communiquer par lettres avec feu Capet.
+
+»Et de plus, que ledit Charles se rappelle qu'il lui a été dit que,
+s'il descendoit avec son père, il lui fit ressouvenir de passer tous
+les jours, à huit heures et demie du soir, dans le passage qui conduit
+à la tourelle, où se trouve une fenêtre de l'appartement des détenues.
+
+»Charles Capet nous a déclaré de plus qu'il étoit fortement persuadé
+que les détenues avoient quelques intelligences ou correspondances
+avec quelqu'un.
+
+»De plus, nous a déclaré qu'il avoit entendu lire dans une lettre que
+Cléry avoit proposé à feu Capet le moyen de correspondance présumé par
+lui déclarant; que Capet avoit répondu à Cléry que cela ne pouvoit se
+pratiquer, et que cette réponse n'avoit été faite à Cléry qu'à la fin
+qu'il ne se doutât pas de ladite correspondance.
+
+»Déclare qu'il a vu les détenues fort inquiètes, parce qu'une de leurs
+lettres étoit tombée dans la cour.
+
+»Ayant demandé au citoyen Simon s'il avoit connoissance du bruit
+ci-dessus énoncé, il a répondu qu'ayant l'ouïe un peu dure, il n'avoit
+rien entendu; mais la citoyenne Simon, son épouse, a confirmé les
+dires dudit Charles Capet relativement au bruit.
+
+»Ledit citoyen Simon nous a dit que, depuis environ huit jours, ledit
+Charles Capet se tourmentoit pour faire sa déclaration aux membres du
+conseil.
+
+»Lecture faite auxdits déclarants, ont reconnu contenir vérité et ont
+signé ledit jour et an que dessus.
+
+ »_Signé_: Charles CAPET, SIMON, femme SIMON,
+ REMY, SÉGUY, ROBIN, SILLANS.]
+
+ * * * * *
+
+Un détail nous frappe, c'est le refus fait par Simon de s'associer à
+sa femme et à son élève dans la première déposition que contient cette
+pièce, et qui est relative au bruit entendu dans l'appartement des
+prisonnières. Dans le prétexte qu'il allègue de sa surdité pour
+n'avoir point connaissance de ce bruit, ne serait-on pas disposé à
+voir plutôt de sa part un calcul raisonné pour donner plus de crédit à
+ses autres allégations, notamment à celle-ci, que, _depuis environ
+huit jours, Charles Capet se tourmentait pour faire sa déclaration aux
+membres du conseil_.
+
+Je ne crois pas que dans la longue suite des méfaits révolutionnaires
+il y ait eu rien de plus odieux que cette intrigue ténébreuse, ourdie
+pour exploiter la peur et l'ignorance d'un enfant qui, vaincu par les
+mauvais traitements, témoigne contre la mémoire de son père, concourt
+à la mort de sa mère, déjà sur les marches de l'échafaud, et contribue
+à pousser vers le même but sa seconde mère, l'angélique Élisabeth.
+Employer l'innocence au crime, n'est-ce pas un plaisir de démon?
+
+La Commune de Paris recula devant l'impossibilité d'asseoir une
+accusation capitale sur de pareils motifs; mais le récit d'un enfant
+_dénonçant lui-même les petites intrigues de sa tante et de sa mère ne
+pouvait que plaire à la moralité du conseil général_[84]. On sait
+combien Marie-Antoinette, jusqu'à ses derniers moments, fut préoccupée
+de la crainte que les paroles odieuses mises dans la bouche de son
+fils ne tombassent sur le coeur meurtri de Madame Élisabeth, ou ne
+fussent même dirigées contre elle comme un moyen de calomnie. «J'ai à
+vous parler, lui dit-elle dans cette lettre admirable qu'elle lui a
+laissée en montant à l'échafaud, et que Madame Élisabeth n'a jamais
+lue, j'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon coeur: je sais
+combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine; pardonnez-lui, ma
+chère soeur; pensez à l'âge qu'il a, et combien il est facile de faire
+dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas.»
+
+[Note 84: Expression d'un membre du conseil général.]
+
+Madame Élisabeth n'avait point à pardonner: elle n'ignorait pas plus
+que la Reine la source de toutes ces suggestions perfides, et jamais
+elle n'a songé à en accuser un enfant. Les paroles de celui-ci
+pouvaient devenir la cause de sa mort, mais non le sujet du moindre
+ressentiment.
+
+Tison, enfermé, nous l'avons dit, dans la tourelle depuis le 21
+septembre, supportait en silence la captivité comme une expiation de
+sa conduite passée. Cependant, inquiet de sa femme et de sa fille,
+dont il ne pouvait avoir de nouvelles, il se décida, le 10 décembre, à
+solliciter sa liberté. Sa demande fut combattue par Hébert, jaloux de
+conserver sous sa main un témoin capable de fournir d'utiles
+renseignements sur la soeur du tyran. Le Comité de salut public
+ordonna qu'avant de statuer sur la pétition, on interrogerait
+soigneusement le pétitionnaire. L'interrogatoire n'ayant amené aucune
+charge contre Madame Élisabeth, le Comité, loin d'accorder une grâce
+qui n'était point achetée par une délation, arrêta que Tison serait
+mis au secret et réduit au plus strict nécessaire.
+
+A dater de cette époque, Madame Élisabeth entra dans une phase
+d'abandon et de solitude qu'il nous devient impossible de décrire:
+misère monotone, sombre, terne, privée de cet éclat qui rayonne
+d'ordinaire à l'entour des infortunes royales. Mais elle ne se
+plaignait pas: elle n'avait de pitié que pour sa petite compagne, qui
+était dans un âge où le malheur est comme une surprise faite à la
+nature. Madame Élisabeth lui parlait avec cette onction religieuse
+puisée aux sources d'eaux vives de la foi, de l'espérance et de
+l'amour, qui transfigurent l'âme et lui font trouver partout son
+Thabor. «Les souffrances de cette vie, disait-elle, n'ont aucune
+proportion avec la gloire future qu'elles nous font mériter.
+Jésus-Christ n'a-t-il pas marché devant nous chargé de la croix?
+Souvenez-vous, mon enfant, des paroles que votre père vous adressait
+la veille du jour où, pour la première fois, vous alliez recevoir le
+sang de l'Agneau. Il vous disait: La religion est la source du bonheur
+et notre soutien dans l'adversité; ne croyez pas que vous en soyez à
+l'abri: vous ne savez pas, ma fille, à quoi la Providence vous
+destine...»
+
+Les paroles prononcées par le Roi dans son palais prolongeaient ainsi
+leur écho dans une prison qui donnait à leurs accents quelque chose de
+prophétique, et devenait pour sa fille le meilleur des enseignements.
+
+Un jour, Madame Élisabeth ayant ouvert un papier qu'elle portait sur
+elle, et qui contenait des cheveux du Roi son frère et de la Reine
+Marie-Antoinette (Dieu lui envoya-t-il en ce moment le pressentiment
+de sa destinée prochaine?), Madame Élisabeth, dis-je, coupa une tresse
+de ses propres cheveux, la plaça avec les deux autres mèches dans le
+même paquet, et le remettant à sa nièce:
+
+«Gardez, lui dit-elle, ma fille, ces tristes souvenirs: c'est le seul
+héritage que puissent vous transmettre votre père, votre mère, qui
+vous ont tant aimé, et moi qui vous aime aussi bien tendrement. On m'a
+enlevé plumes, papier, crayon: je ne puis rien vous léguer par écrit;
+du moins, ma chère enfant, retenez bien les consolations que je vous
+ai données: elles suppléeront aux livres qui vous manquent. Élevez
+votre âme à Dieu; il nous éprouve parce qu'il nous aime: il nous
+apprend le néant des grandeurs. Ah! mon enfant, dit-elle en pleurant
+et en la serrant dans ses bras, Dieu seul est vrai, Dieu seul est
+grand[85].»
+
+[Note 85: _Les derniers régicides, ou Madame Élisabeth de France et
+Louis XVII_, par M. le Cher de M.... (Brochure in-8º de 109 pages,
+publiée à Londres; J. de Boffe, Gerard street, Soho, 1796.)]
+
+Retranchées, pour ainsi dire, du nombre des vivants, les deux recluses
+passaient leurs jours, occupées l'une de l'autre, s'entretenant de
+leurs souvenirs, de leurs craintes mêlées de bien peu d'espérances,
+mais d'une soumission entière à la volonté de Dieu. Elles n'apprirent
+plus rien de ce qui se passait sur la terre; elles ignorèrent
+l'échafaud dressé par Robespierre et Danton pour immoler Hébert et
+les hébertistes[86]; l'échafaud dressé douze jours après par
+Robespierre pour abattre Danton[87]; puis, huit jours plus tard, pour
+abattre Chaumette[88]. La terreur régnait sur la France. Du haut des
+guillotines, ses sanglantes forteresses, la minorité commandait.
+Devant elle se taisait la nation, la liberté s'agenouillait,
+l'humanité se voilait la face. Les Saint-Just, les Collot d'Herbois,
+les Carrier, les Lebon, allaient porter dans les provinces l'épouvante
+et la mort. La famine désolait le pays; les passions révolutionnaires
+s'agitaient dans les clubs et par les rues, hâtant l'action mortelle
+de la misère. Au front de chaque maison pend un écriteau proclamant la
+liberté ou la mort. Sur chaque porte est affichée la liste des
+habitants de la maison, moyen de contrôle si l'on veut savoir, table
+de proscription si l'on veut tuer[89]. Onze mille quatre cents
+aristocrates sont entassés dans les palais et les couvents de Paris,
+transformés en prisons. Le crime et la peur sont partout; dans les
+rues, on évite de se reconnaître, ou si on s'aborde, on échange deux
+mots à voix basse; on marche vite, à moins qu'un crieur proclamant
+l'arrêt des condamnés, on ne s'arrête pour écouter le nom d'un parent,
+d'un ami, peut-être son propre nom. La nuit est aussi troublée que le
+jour. Des arrestations se font aux flambeaux; des domestiques ont
+dénoncé leurs maîtres à leurs sections, tandis que d'autres servent
+sans gages des maîtres restés sans ressources. Comme si le temps ne
+suffisait pas aux juges pour condamner, on adopte le système des
+jugements en masse. La guillotine en permanence abat les têtes sans
+les compter[90]. Le sang qui coule à flots, loin d'étancher la soif
+des tyrans, semble l'irriter encore. Il n'y a plus de rois à jeter en
+holocauste au sphinx de la révolution, et la nation épouvantée se
+trouve face à face avec la sombre énigme de son existence. Tout est
+tumulte, désordre, vertige et rage: la civilisation et la barbarie se
+cherchent dans les ténèbres pour s'arracher leur secret; duel
+horrible, pareil à celui de ces deux hommes enfermés dans une cave
+avec des poignards, et qui ne se voyaient qu'aux éclairs de leurs
+yeux. La patience des opprimés apparaît dans ces jours horribles comme
+un phénomène aussi inexplicable que la perversité des oppresseurs.
+L'intelligence politique s'était retirée dans quelques âmes
+méditatives qui réfléchissaient à l'écart, ou dans quelques cerveaux
+astucieux qui remuaient la multitude. Le reste n'avait plus de
+confiance en soi-même, et laissait faire, comme courbé sous la main de
+Dieu: tremblant et résigné, tout un peuple attendait dans une muette
+épouvante, pareil à ces Indiens qui, lorsque le tigre apparaît, se
+prosternent, ferment les yeux, et restent immobiles jusqu'à ce que la
+bête rugissante ait choisi sa proie.
+
+[Note 86: Le 4 germinal an II (24 mars 1794), _fournée_ de dix-neuf
+personnes, parmi lesquelles le général Ronsin (ci-devant homme de
+lettres), général de l'armée révolutionnaire; Momoro, imprimeur-libraire
+et administrateur du département de Paris, et Anacharsis Clootz,
+l'orateur du genre humain.]
+
+[Note 87: Le 16 germinal an II (5 avril 1794), _fournée_ de quinze,
+parmi lesquels figurent Fabre d'Églantine, François Chabot, Camille
+Desmoulins, Phelippeaux, Bazire, Hérault de Séchelles, les deux frères
+Frey et le général Westermann.]
+
+[Note 88: Le 24 germinal an II (13 avril 1794), _fournée_ de vingt et
+un. On y remarque le général Arthur Dillon, Gobel, ci-devant évêque de
+Paris, et la jeune veuve de Camille Desmoulins.]
+
+[Note 89: Voici comment, dès le 6 avril 1793, la Commune de Paris
+avait prescrit l'exécution de cette mesure:
+
+«Le conseil général, considérant la négligence que les citoyens
+apportent à l'exécution de la loi concernant l'affiche, à l'extérieur
+des maisons, des noms de tous les individus qui y habitent;
+
+»Arrête que l'instruction suivante sera imprimée, affichée, et que les
+commissaires de police des sections seront tenus, sous leur
+responsabilité, de faire mettre ladite loi à exécution.
+
+_»Instruction relative au tableau qui doit être fait de tous les
+citoyens habitants de Paris, et placé à l'extérieur de chaque maison,
+aux termes du décret du 29 mars dernier._
+
+ »1º Indiquer en tête le nom du propriétaire, s'il habite la
+ maison, ou à son défaut le principal locataire, s'il y en a un,
+ ou du régisseur.
+
+ »2º Diviser par étages de la manière suivante:
+
+ REZ-DE-CHAUSSÉE.
+ N. N.
+ ENTRE-SOL.
+ PREMIER ÉTAGE, ETC.
+
+»L'état doit présenter sans interruption toutes les personnes qui
+logent au même étage, et même toutes celles qui composent un ménage.
+
+Exemple:
+
+ _A tel étage: Le citoyen tel, son épouse, tant d'enfants de tel sexe;
+ ensuite les domestiques._
+
+»Il est nécessaire de mettre les prénoms ou noms de baptême et les
+surnoms, le sexe et l'âge de chacun. Le nom principal à désigner est
+celui que porte ordinairement l'individu et sous lequel il est
+généralement connu, et non celui de sa famille, si ce n'est pas celui
+qu'on lui donne dans le public.
+
+»On ne peut se dispenser de faire connaître l'état de chaque individu
+ou de déclarer qu'il est sans état, car le titre de _citoyen_ ou de
+_citoyenne_ est une désignation trop vague ou plutôt n'en est pas une.
+
+»L'affiche doit être écrite lisiblement, placée au lieu le plus
+apparent à l'extérieur, et de manière que tout le monde puisse
+aisément la parcourir des yeux tout entière sans en perdre un seul
+nom.
+
+»Il ne doit être omis aucune personne; une seule omission enfreint la
+loi et expose à des peines sévères.
+
+»Chaque fois qu'il y a du changement, il faut en faire mention dans
+l'affiche, soit en retranchant le nom des personnes qui ont quitté la
+maison, soit en ajoutant celui des nouveaux locataires et de ceux
+mêmes qui ne logent que momentanément.
+
+»Toutes les contraventions seront imputées aux propriétaires ou
+principaux locataires, ou régisseurs, et seront punies avec sévérité;
+car on ne veut pas que cette mesure de salut public reste sans
+exécution ou soit éludée et tournée en dérision.
+
+»Le conseil général arrête que le double des tableaux d'inscription
+sera visé par les comités des sections;
+
+»Que les commissaires de police vérifieront l'exactitude desdits
+tableaux et prendront les mesures nécessaires pour empêcher qu'ils ne
+soient enlevés ou détériorés.» (Séance du conseil général de la
+Commune de Paris du samedi 6 avril 1793.)]
+
+[Note 90: Au milieu de tant d'immolations, la tristesse de la
+physionomie était devenue une trahison et la gaieté un devoir. Dans la
+séance du 23 ventôse an II (15 mars 1794), Barère disait:
+
+«Allez aujourd'hui dans les rues de Paris, vous y reconnaîtrez les
+aristocrates à leur mine allongée...»
+
+«Oui, ajoutait Couthon, en temps de révolution, tous les bons citoyens
+doivent être physionomistes: c'est sur la physionomie que vous
+reconnaîtrez un conspirateur, le complice des traîtres mis sous la loi
+de la justice; ces hommes ont l'oeil hagard, l'air consterné, des
+mines basses et patibulaires. Bons citoyens, saisissez ces traîtres et
+arrêtez-les!» (Vifs applaudissements.)--(_Moniteur_ du 26 ventôse an
+II, 16 mars 1794.)]
+
+Madame Élisabeth se prosternait aussi, mais c'était les yeux levés
+vers le ciel. Retenue autrefois à la cour par son dévouement pour son
+frère, elle n'y avait vécu que pour prendre sa part des tribulations
+et des larmes. Aujourd'hui, tout ce que l'intérêt a de plus tendre, la
+religion de plus sublime, l'amitié de plus consolateur, elle le met en
+oeuvre pour former l'esprit et le coeur de sa royale nièce. Sans
+désirer la bienvenue de ce grand libérateur qu'on appelle la mort,
+elle se met en mesure de le recevoir dignement; mais sa belle âme,
+quoique impatiente peut-être d'entrer dans les secrets de Dieu, tient
+à ce monde par le malheur qu'elle y partage, par les chagrins qu'elle
+y adoucit. L'état d'incertitude où elle se trouve du sort du Dauphin
+vient accroître l'anxiété que lui cause l'absence de toute nouvelle de
+la Reine. Depuis plusieurs mois, elle n'a entendu ni chansons ni
+jurements retentir dans l'appartement du second étage. Elle est montée
+mainte et mainte fois aux combles par l'escalier de la garde-robe, et
+jamais, depuis la fin de janvier, elle n'a aperçu l'enfant. A-t-il été
+délivré? Habite-t-il une autre partie du Temple? De grands changements
+se préparent-ils?
+
+Oui, un grand changement se préparait. Déjà, dès le quintidi frimaire
+de l'an II (25 novembre 1793), la municipalité de Paris avait adressé
+à la Convention nationale la pétition suivante:
+
+«LÉGISLATEURS,
+
+»Vous avez décrété l'égalité source du bonheur public; elle s'établit
+sur des bases désormais inébranlables; et cependant elle est violée,
+cette égalité, et de la manière la plus révoltante, dans les vils
+restes de la tyrannie, dans les prisonniers du Temple. Pourroient-ils
+encore, ces restes abominables, être comptés pour quelque chose dans
+les circonstances actuelles, ce ne seroit qu'en raison de l'intérêt
+que la patrie auroit d'empêcher qu'ils ne déchirassent son sein et ne
+renouvelassent les atrocités commises par les deux monstres qui leur
+ont donné le jour. Si donc tel est à leur égard le seul et unique
+intérêt de la République, c'est sous sa surveillance entière qu'ils
+doivent être placés, et ils ne sont plus ces temps horribles où une
+faction liberticide, dont le glaive de la loi a fait justice, avoit
+choisi comme moyen de vengeance contre une Commune patriote qu'elle
+abhorroit, une responsabilité qui outrageoit toutes les lois et qui
+pèse depuis plus de quinze mois sur la tête de chacun des membres de
+la Commune de Paris.
+
+»La raison, la justice, l'égalité vous crient, législateurs, de faire
+cesser cette responsabilité.
+
+»Et comme il est plus que temps de rendre à leurs travaux deux cent
+cinquante sans-culottes qu'on emploie injustement chaque jour à la
+garde des prisonniers du Temple, la Commune de Paris attend de votre
+sagesse:
+
+»1º Que vous enverrez au plus tôt l'infâme Élisabeth au tribunal
+révolutionnaire;
+
+»2º Qu'à l'égard de la postérité du tyran, vous prendrez des mesures
+promptes pour la faire transférer dans telle prison que vous aurez
+choisie, pour y être renfermée avec les précautions convenables, à
+l'effet d'y être traitée dans le système de l'égalité et de la même
+manière que les autres détenus dont la République a eu besoin de
+s'assurer.
+
+ »DUNOUY, RENARD, LE CLERC,
+ »LEGRAND, r. de la Commune; DORIGNY.»
+
+ * * * * *
+
+Envoyée à sa date au Comité de sûreté générale, cette adresse y avait
+sommeillé six mois. Mais les voeux qu'elle exprimait n'avaient point
+été mis en oubli dans la région la plus ardente de la révolution.
+
+Ce n'est pas la première fois que cette pensée m'est venue en écrivant
+ce triste récit: si l'on songeait aux infortunes du Temple, si grandes
+et si imméritées, il n'y a pas de malheureux qui ne se réconciliât
+avec son malheur, pas de misérable accablé par sa destinée qui ne
+bénît Dieu sous le poids de son fardeau. Que ceux qui se plaignent de
+la méchanceté des hommes pensent à Madame Élisabeth, et ils cesseront
+de se laisser abattre par le découragement.
+
+«Il n'est pas, écrivait le Père Lenfant dès le mois d'avril 1791, il
+n'est pas jusqu'à la vertu la plus pure, la plus soutenue et la plus
+universellement reconnue, qui ne soit indignement outragée. Madame
+Élisabeth est déchirée par les plus sanglantes et les plus absurdes
+calomnies[91].»
+
+[Note 91: _Mémoires et correspondance secrète du Père Lenfant_. Paris,
+1834, t. I, p. 343.]
+
+Ces outrages s'étaient accrus avec le besoin qu'éprouvaient les
+niveleurs de trouver criminelles toutes les supériorités sociales; ces
+calomnies s'étaient propagées avec l'intérêt qu'avaient les pervers à
+légitimer les tortures exercées contre les personnes de sang royal. La
+moralité de Madame Élisabeth fut insultée dans ce récit immonde que la
+Commune de Paris fit signer au royal Enfant du Temple pour
+compromettre sa mère et sa tante et les envoyer à l'échafaud. La mort
+même ne désarmera point les persécuteurs. Trois ans après l'immolation
+de Madame Élisabeth, sa mémoire sera outragée dans un ouvrage qui aura
+la prétention de donner les _portraits des personnages célèbres de la
+Révolution_[92].
+
+[Note 92: J'ai voulu lire dans le tome III de Bonneville l'article qui
+commence ainsi:
+
+«Huitième et dernier enfant de Louis, Dauphin de France, fils de
+Louis XV, et de Marie-Josèphe _de Saxe_, sa seconde femme,
+Élisabeth-Philippine-Marie-Hélène, dite _de France_, eut bien peu de
+temps à se féliciter du hasard qui avoit placé son berceau à côté du
+trône...» Je n'infligerai pas cet odieux _factum_ à mes lecteurs. Il est
+d'autant plus infâme qu'il est hypocrite. Bonneville procède par
+insinuation et par réticence, et il n'a pas même le triste courage de
+ses ineptes calomnies. Il affecte même quelquefois de prendre la défense
+de Madame Élisabeth contre les attaques inqualifiables qu'il reproduit.
+Il a de la peine, dit-il, à croire qu'elles soient vraies... C'est une
+vipère qui panse avec sa bave la blessure que vient de faire sa dent
+venimeuse.]
+
+Laissez les années se succéder, un temps viendra où les calomnies se
+tairont, où la vérité apparaîtra dans tout son jour.
+
+Madame Élisabeth arrive au terme que Dieu lui a assigné dans ses
+rigueurs comme dans ses miséricordes. Elle avait exprimé la résolution
+de partager les chagrins et les périls de sa famille: elle a tenu
+toutes ses promesses; à Versailles, dans les troubles du 6 octobre; à
+Paris, dans la morne solitude des Tuileries; sur la route de Varennes,
+dans la néfaste journée du 20 juin, dans la nuit sanglante du 10 août,
+dans la loge du Logographe, témoin des affronts et des menaces; dans
+la tour du Temple, témoin des adieux et de l'agonie. Oui, elle a tenu
+toutes les promesses qu'elle avait faites à Dieu: Dieu à cette heure
+va tenir les siennes.
+
+Qu'importe la route quand le ciel est le but! Au-dessus de l'injustice
+des hommes apparaît la justice de Dieu qui récompense, et quand c'est
+la vertu qui meurt, l'échafaud n'est qu'un degré qui rapproche du
+ciel.
+
+Le 20 floréal an II (9 mai 1794), vers sept heures du soir,
+_l'huissier Monet se rendit au Temple accompagné des citoyens
+Fontaine, adjudant général d'artillerie de l'armée parisienne, et
+Saraillée, aide de camp du général Hanriot; il présenta aux membres du
+conseil Mouret, Eudes, Magendie et Godefroi, une lettre de Fouquier,
+accusateur public près le tribunal révolutionnaire, portant invitation
+de remettre entre les mains desdits susnommés la soeur de Louis
+Capet_[93].
+
+[Note 93: Procès-verbal de la translation d'Élisabeth-Marie Capet à la
+Conciergerie.]
+
+Les préliminaires d'usage s'étaient prolongés dans la salle du
+Conseil, et pendant la conversation engagée entre les commissaires et
+leurs sinistres visiteurs, l'heure s'était écoulée: déjà Madame
+Élisabeth et Marie-Thérèse se disposaient à se coucher, lorsqu'elles
+entendirent ouvrir les verrous. Elles se hâtent de passer leur robe,
+qu'elles venaient d'ôter. «Citoyenne, dit un des commissaires en
+ouvrant la porte de Madame Élisabeth, descends tout de suite, on a
+besoin de toi.--Ma nièce reste-t-elle ici?--Cela ne te regarde pas, on
+s'en occupera après.»
+
+Madame Élisabeth embrasse sa jeune compagne, et, pour calmer ses
+inquiétudes, lui dit: «Soyez tranquille, je vais remonter.--Non, tu ne
+remonteras pas, répond le commissaire Eudes[94]; prends ton bonnet et
+descends.» Elle obéit, relève l'orpheline, qui s'affaisse dans ses
+bras, et lui dit: «Allons, ayez du courage et de la fermeté, espérez
+toujours en Dieu, servez-vous des bons principes de religion que vos
+parents vous ont donnés, et soyez fidèle aux dernières recommandations
+de votre père et de votre mère.» La tante et la nièce demeurent un
+instant embrassées; puis s'arrachant brusquement à cette étreinte,
+Madame Élisabeth se dirige d'un pas rapide vers la porte extérieure en
+disant encore: «Pensez à Dieu, mon enfant!»
+
+[Note 94: Guillotiné le 11 thermidor an II.]
+
+Madame Élisabeth descend. On la fait entrer dans la salle du Conseil.
+Là, pendant que l'on rédige le procès-verbal de décharge des geôliers,
+on visite ses poches. Les envoyés de Fouquier signent sur le registre
+du Temple la remise qui leur est faite de la prisonnière. Ils la font
+traverser, sous une pluie battante, le jardin et la première cour; là,
+ils montent dans un fiacre avec elle et la conduisent à la
+Conciergerie, où elle est déposée dans le greffe. Il était en ce
+moment huit heures. A dix heures, on la conduit du greffe dans la
+salle du conseil du tribunal révolutionnaire. Là, par-devant Gabriel
+Deliége, juge, assisté de Ducray, commis greffier, et en présence de
+Fouquier, elle subit son premier interrogatoire.
+
+
+PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME ÉLISABETH.
+
+«_Cejourd'hui, vingt floréal de l'an deux de la République française,
+une et indivisible, nous_, Gabriel Deliége, _juge président du
+tribunal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 10 mars 1793,
+sans aucun recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des
+pouvoirs délégués au tribunal par la loi du 5 avril de la même année,
+assisté de_ Anne Ducray, _commis greffier du tribunal, en l'une des
+salles de l'auditoire au palais, et en présence d'_Antoine-Quentin
+Fouquier, _l'accusateur public, avons fait amener de la maison de_ la
+Conciergerie la cy-après nommée, _auquel avons demandé ses noms, âge,
+profession, pays et demeure_;
+
+_A répondu se nommer_ Élisabeth-Marie Capet, soeur de Louis Capet,
+âgée de trente ans, native de Versailles, département de
+Seine-et-Oise.
+
+Avez-vous, avec le dernier tyran, conspiré contre la sûreté et la
+liberté du peuple françois?
+
+J'ignore à qui vous donnez ce titre, mais je n'ai jamais désiré que le
+bonheur des François.
+
+Avez-vous entretenu des correspondances et intelligences avec les
+ennemis intérieurs et extérieurs de la République, notamment avec les
+frères de Capet et les vôtres, et ne leur avez-vous pas fourni des
+secours en argent?
+
+Je n'ai jamais connu que des amis des François; jamais je n'ai fourni
+des secours à mes frères, et, depuis le mois d'août 1792, je n'ai reçu
+de leurs nouvelles ni ne leur ai donné des miennes.
+
+Ne leur avez-vous pas fait passer des diamants?
+
+Non.
+
+Je vous observe que votre réponse n'est point exacte sur l'article des
+diamants, attendu qu'il est notoire que vous avez fait vendre vos
+diamants en Hollande et autres pays étrangers, et que vous en avez
+fait passer le prix en provenant, par vos agents, à vos frères, pour
+les aider à soutenir leur rébellion contre le peuple françois.
+
+Je dénie le fait, parce qu'il est faux.
+
+Je vous observe que dans le procès qui eut lieu en novembre 1792,
+relativement au prétendu vol des diamants fait au ci-devant
+Garde-meuble, il a été établi et prouvé aux débats qu'il avoit été
+distrait une portion de diamants dont vous vous pariez autrefois;
+qu'il a pareillement été prouvé que le prix en avoit été transmis à
+vos frères par vos ordres: pourquoi je vous somme de vous expliquer
+catégoriquement sur ces faits.
+
+J'ignore les vols dont vous venez de me parler. J'étois à cette époque
+au Temple, et je persiste au surplus dans ma précédente dénégation.
+
+N'avez-vous pas eu connoissance que le voyage déterminé par votre
+frère Capet et Marie-Antoinette pour Saint-Cloud, à l'époque du 18
+avril 1791, n'avoit été imaginé que pour saisir l'occasion favorable
+de sortir de France?
+
+Je n'ai eu connoissance de ce voyage que par l'intention qu'avoit mon
+frère de prendre l'air, attendu qu'il n'étoit pas bien portant.
+
+Je vous demande s'il n'est pas vrai au contraire que ce voyage n'a été
+arrêté que par suite des conseils des différentes personnes qui se
+rendoient alors habituellement au ci-devant château des Thuileries,
+notamment de Bonnal, ex-évêque de Clermont, et autres prélats et
+évêques; et vous-même, n'avez-vous pas sollicité le départ de votre
+frère?
+
+Je n'ai point sollicité le départ de mon frère, qui n'a été décidé que
+d'après l'avis des médecins.
+
+N'est-ce pas pareillement a votre sollicitation et à celle de
+Marie-Antoinette, votre belle-soeur, que Capet, votre frère, a fui de
+Paris dans la nuit du 20 au 21 juin 1791?
+
+J'ai appris dans la journée du 20 que nous devions tous partir dans la
+nuit suivante, et je me suis conformée à cet égard aux ordres de mon
+frère.
+
+Le motif de ce voyage n'étoit-il pas de sortir de France et de vous
+réunir aux émigrés et aux ennemis du peuple françois?
+
+Jamais mon frère ni moi n'avions eu l'intention de quitter notre pays.
+
+Je vous observe que cette réponse ne paroît pas exacte, car il est
+notoire que Bouillé avoit donné les ordres à différents corps de
+troupes de se trouver au point convenu pour protéger cette évasion, de
+manière de pouvoir vous faire sortir, ainsi que votre frère et autres,
+du territoire françois, et que même tout étoit préparé à l'abbaye
+d'Orval, située sur le territoire du despote autrichien, pour vous
+recevoir. Je vous observe au surplus que les noms par vous supposés et
+votre frère ne permettent pas de douter de vos intentions.
+
+Mon frère devoit aller à Montmédy, et je ne lui connoissois point
+d'autres intentions.
+
+Avez-vous connoissance qu'il ait été tenu des conciliabules secrets
+chez Marie-Antoinette, ci-devant Reine, lesquels s'appeloient comités
+autrichiens.
+
+J'ai parfaite connoissance qu'il n'y en a jamais eu.
+
+Je vous observe qu'il est cependant notoire que ces conciliabules
+tenoient de deux jours l'un depuis minuit jusqu'à trois heures du
+matin, et que même ceux qui y étoient admis passoient par la pièce que
+l'on appelloit alors la Galerie des tableaux.
+
+Je n'en ai aucune connoissance.
+
+N'étiez-vous pas aux Thuileries le 28 février 1791, 20 juin et 10 août
+1792?
+
+J'étois au château les trois jours, et notamment le 10 août 1792,
+jusqu'au moment où je me suis rendu avec mon frère à l'Assemblée
+nationale.
+
+Ledit jour 28 février, n'avez-vous pas eu connoissance que le
+rassemblement des ci-devant marquis, chevaliers et autres, armés de
+sabres et de pistolets, étoit encore pour favoriser une nouvelle
+évasion de votre frère et de toute la famille, et que l'affaire de
+Vincennes arrivée le même jour n'a été imaginée que pour faire
+diversion?
+
+Je n'en ai aucune connoissance.
+
+Qu'avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 août?
+
+Je suis restée dans la chambre de mon frère, et nous avons veillé.
+
+Je vous observe qu'ayant chacun vos appartements, il paroît étrange
+que vous vous soyez réunis dans celui de votre frère, et sans doute
+cette réunion avoit un motif que je vous interpelle d'expliquer.
+
+Je n'avois d'autre motif que celui de me réunir toujours chez mon
+frère lorsqu'il y avoit du mouvement dans Paris.
+
+Cette même nuit, n'avez-vous pas été avec Marie-Antoinette dans une
+salle où étoient les Suisses occupés à faire des cartouches, et
+notamment n'y avez-vous pas été de neuf heures et demie à dix heures
+du soir?
+
+Je n'y ai pas été, et n'ai nulle connoissance de cette salle.
+
+Je vous observe que cette réponse n'est point exacte, car il est
+encore établi dans différents procès qui ont eu lieu au tribunal du 17
+août 1792, que Marie-Antoinette et vous aviez été plusieurs fois dans
+la nuit trouver les gardes suisses; que vous les aviez fait boire, et
+les aviez engagés à confectionner la fabrication des cartouches, dont
+Marie-Antoinette avoit mordu plusieurs.
+
+Cela n'a pas existé, et je n'en ai aucune connoissance.
+
+Je vous représente que les faits sont trop notoires pour ne pas vous
+rappeler les différentes circonstances relatives à ceux par vous
+déniés, et pour ne pas savoir le motif qui avoit déterminé le
+rassemblement des troupes de tout genre qui se sont trouvées réunies
+cette nuit aux Thuileries. Pourquoi je vous somme de nouveau de
+déclarer si vous persistez dans vos précédentes dénégations, et à nier
+les motifs de ce rassemblement.
+
+Je persiste dans mes précédentes dénégations, et j'ajoute que je ne
+connoissois point de motifs de rassemblement. Je sais seulement, comme
+je l'ai déjà dit, que les corps constitués pour la sûreté de Paris
+étoient venus avertir mon frère qu'il y avoit du mouvement dans les
+faubourgs, et que dans ces occasions la garde nationale se rassembloit
+pour sa sûreté, comme la constitution le prescrivoit.
+
+Lors de l'évasion du 20 juin, n'est-ce pas vous qui avez emmené les
+enfants?
+
+Non, je suis sortie seule.
+
+Avez-vous un défenseur ou voulez-vous en nommer un?
+
+Je n'en connois pas.--Pourquoi lui avons nommé le citoyen Chauveau
+pour conseil.
+
+Lecture du présent interrogatoire, a persisté et a signé avec nous et
+notre greffier.
+
+[Illustration: Signatures.]
+
+Le lecteur doit remarquer que la signature de Madame Élisabeth est ici
+telle qu'elle se trouve dans tous les actes de sa vie. Ses
+interrogateurs n'exigèrent point d'elle, à ce qu'il paraît, d'y
+ajouter ce nom de Capet que la Révolution avoit inventé pour les
+Bourbons, s'imaginant que c'étoit le nom du chef de leur race.
+
+Après avoir mis sa signature au bas de chaque page de cet
+interrogatoire, Élisabeth-Marie fut ramenée dans sa prison. Elle ne se
+faisait aucune illusion sur le sort qui lui était réservé, et elle ne
+songea plus qu'à paraître, non pas devant ses juges de la terre, car
+elle n'avait rien à attendre de ceux-là que la fin de ses tourments,
+mais devant le Juge tout-puissant dont elle espérait sa récompense.
+Elle savait qu'elle eût en vain réclamé l'assistance d'un prêtre
+catholique non assermenté, et elle ne voulut point perdre quelques
+minutes à implorer une faveur qui avait été accordée au Roi son frère,
+mais qui depuis un an eût été regardée comme un crime. Elle se
+résigna, offrit directement au Seigneur miséricordieux le sacrifice de
+sa vie, et puisa dans sa foi vive la force dont elle avait besoin pour
+l'accomplir dignement.
+
+
+
+
+LIVRE ONZIÈME.
+
+MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH.
+
+ «Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied.»
+
+ _Actes des Apôtres_, chap. VIII, v. 49.
+
+ La Conciergerie au mois de mars 1793. -- Ce qu'elle était au mois
+ de mai 1794. -- Madame de la Fayette. -- Haly, concierge de la
+ prison du collége du Plessis. -- Paroles de Fouquier. --
+ Chauveau-Lagarde demande à voir Madame Élisabeth: refus de
+ l'accusateur public, sous le prétexte qu'elle ne sera pas jugée
+ de sitôt. -- Poussé par une anxiété instinctive, Chauveau-Lagarde
+ entre le lendemain dans la salle des assises, et aperçoit Madame
+ Élisabeth au premier rang des accusés. -- Leur interrogatoire. --
+ Le _Moniteur_ n'a point dit qu'Élisabeth fut défendue; elle le
+ fut pourtant, bien qu'elle ne l'eût pas demandé et qu'elle
+ s'inquiétât peu de l'être. -- Résumé des débats; questions posées
+ par le président; verdict des jurés; arrêt de mort. -- Parmi les
+ vingt-cinq condamnés, on signale une femme enceinte; Madame
+ Élisabeth fait avertir les juges, et la sauve. -- Paroles de
+ Fouquier au président; réponse de Dumas. -- Les condamnés sont
+ conduits dans la salle des apprêts suprêmes. -- Influence
+ qu'exerce sur eux Madame Élisabeth; consolations qu'elle leur
+ prodigue; courage qu'elle leur inspire. -- Madame de Sénozan. --
+ MM. de Montmorin et Bullier. -- M. de Brienne, ancien ministre de
+ la guerre et maire de Brienne; paroles que lui adresse Madame
+ Élisabeth. -- Désespoir de madame de Montmorin, puis sa
+ résignation. -- Madame de Crussol d'Amboise. -- Grande
+ satisfaction de Madame Élisabeth: tous ses compagnons d'infortune
+ font résolûment à Dieu le sacrifice de leur vie. -- Dernier
+ appel. -- Madame Élisabeth assise sur la charrette à côté de
+ mesdames de Sénozan et de Crussol. -- A la descente du pont Neuf,
+ le mouchoir qui couvre la tête de Madame Élisabeth tombe aux
+ pieds du bourreau. -- Arrivé à la place de la Révolution,
+ celui-ci lui tend la main comme pour l'aider à descendre;
+ Élisabeth détourne la tête. -- Devant l'échafaud, nul ne
+ défaillit. -- Madame de Crussol appelée la première. -- Comment,
+ dans ce dernier moment, Élisabeth apprend que la Reine n'existe
+ plus. -- Madame Élisabeth immolée la dernière. -- Son corps est
+ jeté dans un panier avec les autres cadavres, et sa tête avec les
+ autres têtes dans un second panier. -- La charrette se met en
+ marche. -- Rues du Rocher et d'Errancis, barrière de Monceaux,
+ _Clos du Christ_. -- Fournées précédentes d'Hébert et des
+ hébertistes, de Danton et des quatorze compagnons de mort que son
+ généreux ami Robespierre lui avait donnés, _de la conspiration
+ des prisons_, puis enfin de Malesherbes et de ses enfants. -- Le
+ cadavre de Madame Élisabeth et les vingt-trois autres sont mis à
+ nu et inhumés ensemble dans une fosse de douze à quinze pieds de
+ largeur et autant de longueur. -- Douleur que produit en Europe
+ le meurtre de Madame Élisabeth, et particulièrement à Turin et au
+ château de Wartegg, près Rorschach, où vivait retirée la famille
+ de Bombelles. -- Madame de Raigecourt adresse ses respectueuses
+ condoléances à la jeune Marie-Thérèse; réponse de celle-ci. --
+ Lettre du comte de Provence à madame des Montiers. -- La commune
+ révolutionnaire de Versailles s'emparant de la maison Élisabeth,
+ Jacques et Marie, mis en prison, y sont oubliés. -- Leur misère
+ éveille la pitié des magistrats; leur détention est déclarée une
+ injustice, mais aucune indemnité ne leur est attribuée. --
+ Retirés à Bulle, ils y passent en paix une quarantaine d'années.
+ -- Fondation d'une manufacture d'horlogerie dans la maison de
+ Montreuil. -- L'entreprise demeure sans succès.
+
+
+On se ferait difficilement une idée de ce qu'étaient les prisons de
+Paris pendant la révolution. Déjà, dans un _Rapport au ministre de
+l'intérieur sur l'état des prisons de la Conciergerie_, à la date du
+17 mars 1793, le citoyen Grandpré s'exprimait ainsi:
+
+«Je viens de faire une nouvelle visite des prisons de la Conciergerie.
+L'impression horrible que j'ai éprouvée à la vue des malheureux
+amoncelés dans cette affreuse demeure est inexprimable, et je ne puis
+concevoir encore la barbarie des officiers de police chargés de la
+surveiller et l'insouciance des tribunaux à absoudre ou condamner les
+accusés. Toutes les prisons ont été vidées à l'époque à jamais
+exécrable des 2 et 3 septembre dernier. Cependant elles contiennent
+aujourd'hui 950 individus. Il y en a 320 à l'hôtel de la Force, 44 à
+Sainte-Pélagie, 206 à Bicêtre, et 380 à la Conciergerie. Cette
+dernière prison, qui, par sa position près du tribunal criminel, a
+toujours été destinée pour les criminels, et qui ne devroit être
+considérée, d'après la nouvelle organisation, que comme maison de
+justice, sert cependant tout à la fois de maison d'arrêt, de maison de
+justice et de force. Il faut toute la surveillance et tout le
+dévouement d'un concierge incorruptible et de guichetiers éprouvés
+tels que ceux qui en ont la garde, pour qu'il n'y arrive pas chaque
+jour des événements sans nombre et des évasions multipliées, comme
+cela arrive journellement dans presque tous les départements. J'y ai
+vu une trentaine d'hommes et femmes condamnés à mort, qui tous se sont
+pourvus en cassation, dont les procès languissent, et qui emploient
+tout le temps qu'on leur laisse à faire toutes sortes de tentatives
+soit pour attenter à leur vie, soit pour opérer un soulèvement au
+dehors ou même au dedans; et leur rassemblement prodigieux, en leur
+montrant leur force, fait craindre à tout moment que leurs projets ne
+réussissent. Ce qui contribue plus à les désespérer et à leur faire
+tout entreprendre, c'est l'inhumanité avec laquelle on les entasse
+dans la même chambre et les tourments incalculables qu'ils éprouvent
+pendant la nuit. Je les ai visitées à l'ouverture, et je ne connois
+point d'expression assez forte pour peindre le sentiment d'horreur que
+j'ai éprouvé en voyant dans une seule pièce 26 hommes rassemblés,
+couchés sur 21 paillasses, respirant l'air le plus infect, et couverts
+de lambeaux à moitié pourris; dans une autre, 45 hommes entassés sur
+10 grabats; dans une troisième, 38 moribonds pressés sur 9 couchettes;
+dans une quatrième, très-petite, 14 hommes ne pouvant trouver de place
+dans 4 cases; enfin, dans une cinquième, sixième et septième pièce, 85
+malheureux se froissant les uns les autres pour pouvoir s'étendre sur
+16 paillasses remplies de vermine, et ne pouvant tous trouver le moyen
+de poser leur tête. Un pareil spectacle m'a fait reculer d'épouvante,
+et je frissonne encore en voulant en donner une idée. Les femmes sont
+traitées de la même manière. 54 d'entre elles sont forcées de se
+coucher sur 19 paillasses ou de se relayer alternativement pour rester
+debout et ne pas étouffer en se mettant les unes sur les autres. Il y
+a dans cette maison 47 hommes et 12 femmes qui ont le privilége d'être
+à la pension et de coucher dans des lits séparés. Cette distinction
+m'a paru barbare, injuste et injurieuse à l'humanité. La loi qui
+distribue le pain également entre chaque détenu ne peut avoir eu
+l'intention de donner à l'homme aisé un asile commode et de mettre
+l'indigent dans un tombeau. Toute inégalité doit disparoître devant
+elle. De quelque état ou condition qu'ils soient, elle voit les
+accusés du même oeil, et leur promet à tous le même traitement
+jusqu'à l'instant de leur jugement. Mais la justice semble endormie;
+ses oracles ne se rendent plus, ou le peu qui lui échappent sont sans
+effet, au moyen du tribunal de cassation, où l'appel en est porté, et
+où les affaires restent en suspens. Cependant les prisons s'engorgent
+chaque jour: presque aucun prisonnier n'en sort; un grand nombre y
+arrive sans cesse; au milieu de cette effroyable quantité, le juré
+d'accusation se tait, ou ne se livre que négligemment à des fonctions
+dont le terme trop éloigné l'effarouche; il choisit les individus dont
+il veut s'occuper de préférence, et des malheureux arrêtés depuis
+plusieurs mois ont la douleur de n'avoir pas encore été interrogés: il
+y en a dans ce cas 34, dont j'indique les noms et la date de
+l'arrestation dans un tableau joint au présent rapport.
+
+»Je dois encore appeler l'attention du ministre sur le sort d'un assez
+grand nombre de malheureux échappés au carnage du mois de septembre,
+et réintégrés depuis dans les prisons, en vertu d'ordres la plupart
+arbitraires et sans cause. La crise perpétuelle où se trouve la
+République, les mouvemens intérieurs et fréquents qui en sont la
+suite, les bruits qu'on ne cesse de répandre d'un nouveau massacre,
+l'image toujours présente de celui qui s'est effectué sous leurs yeux,
+jettent la terreur dans l'âme de ces infortunés; ils souffrent mille
+morts chaque jour et maudissent le moment qui ne leur a sauvé la vie
+que pour les livrer de nouveau au supplice journalier d'une
+incertitude cent fois plus cruelle que tous les genres de mort
+possibles. Regardera-t-on comme une absolution de leurs fautes
+l'épreuve à laquelle ils ont été soumis aux journées de septembre et
+la liberté qui leur a été accordée? C'est une question que le ministre
+Roland a soumise le 16 novembre au ministre de la justice, et sur
+laquelle il seroit important de prononcer. Il n'y a pas de délit qui
+ne doive être effacé pour des gens qui ont été plusieurs jours sous le
+couteau, et la situation pénible où ils se retrouvent en ce moment,
+et dans laquelle ils sont depuis plusieurs mois, les met sans doute
+dans le cas de l'indulgence.
+
+ »Paris, le 17 mars 1793, l'an II de la République française.
+ »GRANDPRÉ.»
+
+ * * * * *
+
+Les choses ne se passaient plus ainsi en mai 1794. La justice n'était
+plus endormie, pour nous servir des termes du rapport qu'on vient de
+lire. Les inquiétudes de l'attente étaient épargnées au suspect et les
+longues terreurs au condamné. Les prisons se remplissaient chaque
+jour, mais chaque jour elles étaient vidées par le bourreau.
+
+Un prisonnier de 1794 nous a laissé la description de la Conciergerie
+telle qu'elle était à cette époque:
+
+«La première entrée, dit-il, est fermée de deux guichets[95]. Ces deux
+guichets sont à peu près à trois pieds l'un de l'autre. Ils sont tenus
+chacun par un porte-clefs. Tous les porte-clefs ne sont pas admis
+indistinctement à l'honneur de ces premiers guichets: on choisit les
+plus vigoureux et ceux qui ont le coup d'oeil plus subtil. Il faut,
+disent-ils, avoir de la tête pour de pareilles fonctions. Aussi les
+postulants attendent-ils quelquefois longtemps. Un bouquet placé
+au-dessus de la porte annonce une nouvelle promotion. Le promu se fait
+coiffer ce jour-là par un perruquier, met ses plus beaux habits. Son
+air satisfait et capable annonce qu'il sent sa dignité et qu'il n'est
+pas au-dessous du choix dont on l'a honoré. Le soir, les flots de vin
+redoublent et terminent un si beau jour.
+
+[Note 95: On appelle guichet une petite porte haute d'environ trois
+pieds et demi, pratiquée dans une porte plus grande. Lorsqu'on entre,
+il faut en même temps hausser le pied et baisser considérablement la
+tête, de manière que si on ne se casse pas le nez sur son genou, on
+court risque de se fendre le crâne contre la pièce de traverse de la
+grande porte, ce qui est arrivé plus d'une fois. On appelle aussi
+guichet la première pièce d'entrée.]
+
+»Dans la première pièce, appelée guichet, au bout d'une grande table,
+sur un fauteuil, est le gouverneur de la maison, ou bien la respectable
+moitié de lui-même, ou bien le plus ancien des porte-clefs, qui les
+représente en ce cas. Ces gouverneurs-là sont devenus, par le temps où
+nous sommes, des personnages très-considérables. Les parents, amis ou
+amies des prisonniers, font ordinairement une cour très-assidue au
+concierge Richard pour se faire entr'ouvrir un guichet. On le salue
+profondément; quand il est de bonne humeur, il sourit; quand au
+contraire il est morose, il fronce le sourcil; c'est Jupiter qui fait
+trembler l'Olympe d'un coup d'oeil. Aussi les prisonniers ont-ils
+toujours l'attention d'épier ses bons moments, et alors on s'évertue à
+présenter humblement le placet.
+
+»C'est de ce fauteuil qu'émanent les ordres pour la police de la
+maison. C'est à ce fauteuil que sont évoquées les querelles des
+guichetiers entre eux et des guichetiers avec les prisonniers. C'est à
+ce fauteuil que les malheureux détenus portent leurs humbles
+réclamations quand ils obtiennent la faveur d'y être admis. C'est de
+ce fauteuil que part quelquefois un regard de protection qui console,
+et souvent un coup d'oeil qui foudroie. Du reste, la femme Richard
+tient sa maison d'une manière étonnante: on n'a ni plus de mémoire, ni
+plus de présence d'esprit, ni une connoissance plus exacte des détails
+les plus minutieux.
+
+»Outre le concierge ou son représentant, il y a dans le guichet un
+ancien porte-clefs qui divague. C'est, sans qu'il y paroisse,
+l'inspecteur des personnes qui entrent ou qui sortent. Quand il a des
+distractions, on entend sortir du fauteuil ces vigilantes paroles:
+«_Allumez le miston!_» (_Allumez_, mot d'argot qui veut dire regarde
+sous le nez, _miston_, de l'individu.) Le guichetier les répète à ses
+camarades qui sont de service aux portes. Lorsqu'il entre un nouveau
+prisonnier, on recommande aux guichetiers d'_allumer le miston_, afin
+qu'il soit généralement connu et ne puisse se donner pour étranger.
+
+»A main gauche en entrant dans le guichet est le greffe. Cette pièce
+est partagée en deux par des barreaux. Une moitié est destinée aux
+écritures, l'autre moitié est le lieu où l'on dépose les condamnés;
+c'est là qu'ils ont quelquefois attendu trente-six heures le moment
+fatal où l'exécuteur des jugements criminels (que les guichetiers
+appellent dans leur langage _tôle_) leur fait subir les redoutables
+apprêts de leur supplice[96].»
+
+[Note 96: Nous reproduisons ici la continuation de ce récit, à la fin
+duquel on verra dans quel état tombaient les âmes qui n'étaient point
+soutenues par la force surnaturelle de la religion: elles se
+dissolvaient pour ainsi dire sous l'excès de la souffrance, et le
+sentiment moral, ce soleil des intelligences, s'y éteignait.
+
+«Du greffe, on entre de plain-pied, en ouvrant toutefois d'énormes
+portes, dans des cachots appelés _la Souricière_. Il faudroit plutôt
+les nommer _la Ratière_. Un citoyen nommé _Beauregard_, homme aussi
+honnête qu'aimable, acquitté par le tribunal révolutionnaire, fut mis
+à son arrivée dans ce cachot. Les rats lui mangèrent en différents
+endroits sa culotte, sans respect pour son derrière; nombre de
+prisonniers ont vu les trous, et il fut obligé de se couvrir toute la
+nuit la figure de ses mains pour sauver son nez et ses oreilles.
+
+»Le jour pénètre à peine dans ces cachots; les pailles dont se compose
+la litière des prisonniers, bientôt corrompues par le défaut d'air et
+par la puanteur des seaux (en terme de prison _griaches_) où les
+prisonniers font leurs besoins, exhalent une infection telle, que dans
+le greffe même on est empoisonné lorsqu'on ouvre les portes.
+
+»En face de la porte d'entrée est le guichet qui conduit à la cour des
+femmes, à l'infirmerie, et en général ce qu'on appelle, je ne sais
+pourquoi, _le côté des douze_. Nous y reviendrons.
+
+»A droite, sur deux angles, sont des fenêtres qui éclairent fort
+imparfaitement deux cabinets où couchent les guichetiers de garde
+pendant la nuit; c'est aussi dans ces cabinets qu'on dépose les femmes
+qui ont été condamnées à mort. Entre ces deux angles est un troisième
+guichet qui conduit au _préau_; c'est le côté le plus recommandable de
+cette prison et le mieux fait pour fixer le regard de l'observateur.
+Il faut pour y arriver franchir quatre guichets. On laisse à gauche la
+chapelle et la chambre du conseil, deux pièces également remplies de
+lits dans ces derniers temps; la seconde étoit occupée par la veuve de
+Capet.
+
+»Je n'entreprendrai point de décrire tous les lieux de cette vaste et
+dégoûtante enceinte. Je remarquerai seulement qu'à droite en entrant
+dans la cour, à l'extrémité d'une espèce de galerie, est une double
+porte, dont l'une entièrement de fer; que ces portes ferment le cachot
+surnommé _de la Bûche nationale_ depuis le massacre du mois de
+septembre 1792 (vieux style), et que l'on traverse ce cachot pour
+arriver dans les salles du palais, au moyen d'un obscur escalier
+dérobé et verrouillé dans deux ou trois endroits différents. Les
+prisonniers sont à la pistole, ou à la paille, ou dans les cachots.
+Ces prisonniers ont un régime différent. Les cachots ne s'ouvrent que
+pour donner la nourriture, faire les visites et vider les _griaches_.
+Les chambres de la paille ne diffèrent des cachots qu'en ce que leurs
+malheureux habitants sont tenus d'en sortir entre huit et neuf heures
+du matin. On les fait rentrer environ une heure avant le soleil
+couché. Pendant la journée, les portes de leurs cachots sont fermées,
+et ils sont obligés de se morfondre dans la cour ou de s'entasser,
+s'il pleut, dans les galeries qui l'entourent, où ils sont infectés de
+l'odeur des urines, etc. Du reste, mêmes incommodités dans ces
+hideuses demeures; point d'air, des pailles pourries.
+
+»Entassés jusqu'à cinquante dans un même trou, le nez sur leurs
+ordures, ils se communiquent les maladies, les malpropretés dont ils
+sont accablés. Allez visiter les cachots qui sont pratiqués dans les
+grosses tours que vous voyez du quai de l'Horloge, ceux qu'on appelle
+_le grand César, Bonbec, Saint-Vincent, Bel-Air_, etc., et dites si la
+mort n'est pas préférable à un pareil séjour.
+
+»Ne croyez pas que les incommodités du logement soient les seules que
+les prisonniers aient à supporter; il faudroit pour juger jusqu'à
+quelle humiliation, jusqu'à quelle dégradation on peut réduire des
+hommes, il faudroit assister à la fermeture des portes et à l'appel
+nominal qui la précède. Figurez-vous trois ou quatre guichetiers
+ivres, avec une demi-douzaine de chiens en arrêt, tenant en main une
+liste incorrecte qu'ils ne peuvent lire. Ils appellent un nom,
+personne ne se reconnoît; ils jurent, tempêtent, menacent; ils
+appellent de nouveau, on s'explique, on les aide, on parvient enfin à
+comprendre qui ils ont voulu nommer. Ils font entrer en comptant le
+troupeau, ils se trompent; alors, avec une colère toujours croissante,
+ils ordonnent de sortir; on sort, on rentre, on se trompe encore, et
+ce n'est quelquefois qu'après trois ou quatre épreuves que leur vue
+brouillée parvient enfin à s'assurer que le nombre est complet.
+
+»Mais quel contraste! Est-ce une bizarrerie de la nature ou un effet
+de sa sagesse? La première lueur d'espérance, l'approche d'un plaisir
+dissipent en un instant les plus noirs chagrins, les plus cruelles
+inquiétudes, et la prison la plus hideuse, l'enfer va se changer en un
+temple de Gnide. Vous entendez dans la cour du préau un éternel
+bourdonnement, un murmure sombre et les cris effrayants des
+guichetiers; ils ont des voix terribles et qui semblent avoir été
+faites exprès. Rien n'est plus fatigant que ce bruit et ce spectacle,
+si vous pouvez y échapper pour revenir au principal guichet.
+
+»Après avoir franchi la première grille, j'ai déjà dit qu'il y en a
+quatre, vous vous trouvez dans une enceinte formée toute de barreaux
+de fer. Lorsque les communications avec l'extérieur subsistoient,
+c'est là que les prisonniers de ce côté voyoient leurs connoissances.
+Les femmes, dont la sensibilité, le courage plus résolu, l'âme plus
+compatissante, plus portée à secourir, à partager le malheur, les
+femmes étoient presque les seules qui osassent y pénétrer....
+
+»Le guichet d'entrée, occupé de même par les prisonniers du côté des
+douze, n'offroit pas un spectacle moins pittoresque. En effet, quoi de
+plus singulier pour l'oeil de l'observateur? des femmes et leurs
+maris, des maîtresses et leurs amants rangés sur des bancs contre les
+murs: les uns s'attendrissent, versent des larmes; d'autres, condamnés
+à mort, quelquefois chantent. Par une fenêtre de ces cabinets, on
+aperçoit sur un lit de douleur une malheureuse femme veillée par un
+gendarme, et qui attend, la pâleur sur le front, l'instant de son
+supplice. Des gendarmes remplissent les guichets; ceux-ci conduisent
+des prisonniers, dont on délie les mains, et que l'on précipite dans
+un cachot; ceux-là demandent d'autres prisonniers pour les transférer,
+les lient et les emmènent, tandis qu'un huissier, à l'oeil hagard, à
+la voix insolente, donne des ordres, se fâche, et se croit un héros
+parce qu'il insulte impunément à des malheureux qui ne peuvent lui
+répondre par des coups de bâton.
+
+»Il n'y a rien d'exagéré dans ce que je viens de dire, et plusieurs
+personnes qui sont venues ou ont vécu dans les prisons se rappelleront
+d'avoir vu tout cela dans le même moment.
+
+»J'ai dit que les chiens jouoient un grand rôle dans ces prisons;
+cependant un fait que j'ai entendu souvent raconter prouvera que leur
+fidélité n'est pas à toute épreuve. Parmi ces chiens, il en est un
+distingué par sa taille, sa force et son intelligence. Ce Cerbère se
+nomme _Ravage_. Il étoit chargé pendant la nuit de la garde de la cour
+du préau. Des prisonniers avoient, pour s'échapper, fait un trou (en
+argot, un _housard_); rien ne s'opposoit plus à leur dessein, sinon la
+vigilance de _Ravage_ et le bruit qu'il pourroit faire. _Ravage_ se
+tait; mais le lendemain matin, on s'aperçut qu'on lui avoit attaché à
+la queue un assignat de cent sous avec un petit billet où étoient
+écrits ces mots: _On peut corrompre Ravage avec un assignat de cent
+sous et un paquet de pieds de mouton_. Ravage promenant et publiant
+ainsi son infamie, fut un peu décontenancé par les attroupements qui
+se formèrent autour de lui et les éclats de rire qui partoient de tous
+côtés. Il en fut quitte, dit-on, pour cette petite humiliation et
+quelques heures de cachot.
+
+»Revenons au côté _des douze_. Ce côté a aussi une cour qu'occupent
+les femmes. La partie occupée par les hommes n'a d'autre promenade
+qu'un corridor obscur, dans lequel il faut tenir le jour le réverbère
+allumé, et un petit vestibule séparé de la cour des femmes par une
+grille. Les hommes peuvent parler aux femmes à travers cette grille,
+et plus d'une fois les tendres épanchements de l'amour y ont fait
+oublier aux malheureux l'horreur de leur demeure.
+
+»Les chambres des femmes sont aussi divisées en chambres à la pistole
+et en chambres à la paille. Les pistoles occupent le premier, les
+chambres des _pailleuses_[96-A] sont au rez-de-chaussée, derrière une
+arcade; elles sont obscures, humides, et aussi malsaines que
+malpropres. Le gouvernement devroit bien s'occuper de les rendre
+salubres, en n'oubliant jamais que l'innocence a été forcée de les
+habiter. Il faudroit aussi un régime qui ne tendît pas à dégrader les
+êtres qui y sont soumis.
+
+»Il n'y a de ce côté pour les hommes que des chambres a la pistole,
+c'est-à-dire que l'on paye le loyer des lits que l'on occupe. Il y a
+autant de lits dans une chambre qu'elle en peut contenir. On payoit
+d'abord pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois et 22 livres 10
+sous les mois suivans. On a réduit ce loyer à 15 livres par mois. Le
+même lit a souvent rapporté plusieurs loyers en un mois[96-B]; aussi
+la Conciergerie est-elle le premier hôtel garni de Paris quant au
+produit.
+
+»L'un des grands inconvénients de ce côté étoit le voisinage de
+l'infirmerie; on y a longtemps vécu au milieu des fièvres les plus
+dangereuses. Les malades, entassés deux à deux sur de méchants
+grabats, étoient bien ce que la misère humaine peut offrir de plus
+déplorable: les médecins daignoient à peine les examiner; il sembloit
+qu'il y eût des coeurs faits pour s'endurcir à l'approche du malheur.
+Ils avoient une ou deux _ptisannes_ qui étoient, comme on dit, des
+selles à tous chevaux, et qu'ils appliquoient à toutes maladies,
+encore étoient-elles administrées avec une négligence vraiment
+impardonnable. C'étoit une chose curieuse de voir avec quel dédain et
+quelle suffisance ils faisoient leurs visites. Un jour, le docteur en
+chef s'approche d'un lit et tâte le pouls du malade. «Ah! dit-il, il
+est mieux qu'hier.--Oui, citoyen docteur, répond l'infirmier, il est
+beaucoup mieux, mais ce n'est pas le même; le malade d'hier est mort,
+et celui-ci a pris sa place.--Ah! c'est différent; eh bien, qu'on
+fasse la _ptisanne_.»
+
+»Cette anecdote en rappelle une autre qui eut lieu à peu près dans le
+même temps. On se souvient peut-être d'un individu qui se faisoit
+appeler _Marat-Mauger_, commissaire du pouvoir exécutif à Nancy et
+dans le département de la Meurthe, dénoncé comme ayant usé envers les
+citoyens de toutes sortes de vexations. Ce Mauger donna l'exemple le
+plus terrible de la manière dont un coquin peut être tourmenté par les
+remords. Il rappela les fureurs d'Oreste, et Le Kain auroit pu trouver
+en lui un modèle. Attaqué d'une fièvre très-violente, il se levoit sur
+son lit, et là, avec des convulsions vraiment effrayantes, et d'une
+voix épouvantée, il s'écrioit: «_Voyez-vous dans les ombres de ces
+voûtes la main de mon frère? Il écrit en lettres de sang: Tu as mérité
+la mort!_» Il périt en effet au milieu des transports de cette
+frénésie[96-C].
+
+»Il régnoit parmi les prisonniers de ce côté un genre de courage et de
+gaieté vraiment remarquable; on ne se fera jamais une idée juste d'une
+existence semblable: aussi je n'entreprendrai pas de la dépeindre; je
+me contenterai de citer quelques passages de deux lettres de l'un de
+ces prisonniers à un ami, et que celui-ci a bien voulu me communiquer:
+
+«....... Si je vois avec quelque sang-froid le moment où je perdrois
+la vie, je le dois surtout au spectacle qui se renouvelle à chaque
+instant dans cette maison; elle est l'antichambre de la mort. Nous
+vivons avec elle. On soupe, on rit avec des compagnons d'infortune;
+l'arrêt fatal est dans leur poche. On les appelle le lendemain au
+tribunal; quelques heures après nous apprenons leur condamnation; ils
+nous font faire leurs compliments en nous assurant de leur courage.
+Notre train de vie ne change point pour cela; c'est un mélange
+d'horreur sur ce que nous voyons et d'une gaieté en quelque sorte
+féroce, car nous plaisantons souvent sur les objets les plus
+effrayants, au point que nous démontrions tous les jours à un nouvel
+arrivé de quelle manière cela se fait, par le moyen d'une chaise à qui
+nous faisions faire la bascule. Tiens, dans ce moment, en voici un qui
+chante:
+
+ Quand ils m'auront guillotiné,
+ Je n'aurai plus besoin de né.
+
+»Je dois t'ajouter, pour te prouver combien nous avons de moyens de
+nous endurcir, qu'une malheureuse femme condamnée vient de me faire
+appeler: «_La source de mes larmes est tarie, m'a-t-elle dit, il ne
+m'en est pas échappé une depuis hier soir. La plus sensible des femmes
+n'est plus susceptible d'aucun sentiment; les affections qui faisoient
+le bonheur de ma vie ont perdu toute leur force. Je ne regrette rien,
+et je vois avec indifférence le moment de ma mort._»
+
+»Cette femme est madame _Lariolette de Tournay_: elle dit avoir
+dépensé des sommes énormes pour la cause de la liberté; commissaires
+nationaux, généraux, officiers des armées françoises, ont été
+accueillis dans sa maison avec autant de distinction que de zèle. Elle
+attribue ses malheurs à son mari. Elle s'est fait peindre ces jours-ci
+la main appuyée sur une tête de mort; elle a dû lui envoyer ce
+portrait. L'allégorie est cruelle si le motif en est vrai!...
+
+»Les hommes sont trop méchants, trop inutilement atroces, et je ne
+regretterois pas une existence aussi pénible et qui ne me présente
+qu'un avenir encore plus affreux. Tu vas me croire fou; ma foi, non!
+
+»Je ne fus jamais si raisonnable; j'apprécie les choses ce qu'elles
+valent, et le plus grand bienfait de la nature (la vie, dont tu me
+parles dans une de tes lettres), me paroît à moi une corvée fort
+incommode, que la nature, si toutefois elle n'est pas une force
+aveugle, pouvoit épargner à des êtres qui n'ont pas même assez de
+raison pour apercevoir leurs sottises. Je suis si las de vivre parmi
+les hommes, que je ne serois pas fâché de les quitter. J'ai déjà,
+comme je t'ai dit, essayé l'épreuve; c'est le moment de véritable
+calme que j'aie goûté depuis que je suis ici, etc...»
+
+»C'étoit une chose touchante de voir un nombre de prisonniers prévenus
+de délits contre la patrie ne respirer cependant que pour elle et pour
+sa liberté.»]
+
+[Note 96-A: On appelle _pailleux_ et _pailleuses_ ceux et celles qui,
+n'ayant pas de moyen de payer le loyer d'un lit, sont obligés de
+coucher sur la paille.]
+
+[Note 96-B: Dans les derniers temps de la tyrannie de Robespierre,
+lorsque le tribunal envoyait les victimes à la mort par charretées,
+quarante ou cinquante lits étaient occupés tous les jours par de
+nouveaux hôtes qui payaient quinze livres pour une nuit, ce qui
+donnait par mois un produit de dix-huit à vingt-deux mille livres.]
+
+[Note 96-C: On honore sa mémoire de cette épitaphe:
+
+ Dans un corps sale et pourri
+ Gisait une âme épouvantable.
+ Depuis ce matin, Dieu merci,
+ Et l'âme et le corps sont au diable.]
+
+C'est dans cette pièce que Madame Élisabeth avait passé les deux
+heures qui avaient précédé son interrogatoire.
+
+Peut-être sera-t-on disposé à croire qu'entre cet interrogatoire et
+le jugement il y eut l'intervalle de temps nécessaire pour que
+l'accusée pût réunir ses moyens de défense. Ce serait mal connaître
+l'époque révolutionnaire que de céder à une pareille illusion. Madame
+de la Fayette[97], si admirable par le caractère aussi énergique que
+généreux qu'elle déploya au milieu de ces scènes d'horreur, raconte
+qu'ayant été transférée de la Force au collége du Plessis, Haly,
+concierge de cette dernière prison, lui dit un jour: «Je sors de chez
+Fouquier-Tinville; je l'ai trouvé étendu sur le tapis, pâle, anéanti;
+ses filles le caressoient et essuyoient la sueur de son front. Il me
+répondit lorsque je lui demandai ses ordres pour la liste du
+lendemain: «Laissez-moi, Haly, je n'y suffis pas; quel métier!» Puis,
+comme par instinct, il ajouta: «Voyez mon secrétaire; il m'en faut
+soixante, n'importe lesquels; qu'il les assortisse[98].»
+
+[Note 97: Madame de la Fayette, née Noailles, était un modèle de
+bienveillance, de piété et de dévouement conjugal. La journée du 15
+octobre 1795 fut un des plus beaux jours de sa vie. Ce jour-là, elle
+obtint la faveur de se constituer prisonnière avec ses deux filles
+dans les cachots d'Olmutz, auprès de son mari, dont elle partagea la
+captivité pendant deux ans.
+
+Elle mourut à Paris dans la nuit de Noël (25 décembre) 1807, et fut,
+selon son désir, inhumée à Picpus, funèbre asile qu'elle avait fondé
+avec sa soeur, la marquise de Montaigu. B.]
+
+[Note 98: _Les prisons en 1793_, par madame la comtesse DE BOHME, née
+de Girardin, 1 vol. in-8º, p. 130.]
+
+On le voit, c'est irrégulièrement et au hasard que l'on tuait dans ce
+temps-là. Aussi l'interrogatoire que nous avons donné plus haut n'est
+qu'une comédie dérisoire qui ne présente aucune garantie à
+l'innocence.
+
+On n'impute même à l'accusée aucun grief qui lui soit personnel. Elle
+est la soeur de Louis XVI, l'amie de Marie-Antoinette: voilà ses
+crimes. Si le tribunal est d'avance résolu à tuer la prévenue, la
+prévenue sait elle-même, à n'en pas douter, qu'elle n'a pas de justice
+à attendre du tribunal.
+
+Cependant quelqu'un, se disant autorisé par Madame Élisabeth, restée
+en réalité étrangère à cette démarche, était allé avertir M.
+Chauveau-Lagarde qu'il était désigné pour la défendre. Il se présenta
+aussitôt à la prison, afin de s'entretenir avec elle de son acte
+d'accusation. On ne lui permit point de lui parler. Il réclama près de
+Fouquier-Tinville, qui lui répondit: «Vous ne pouvez la voir
+aujourd'hui; rien ne presse: elle ne sera pas jugée de sitôt.»
+Cependant, malgré la fausse assertion de Fouquier, le procès de madame
+Élisabeth allait bientôt commencer. Je ne sais quel vague
+pressentiment, quelle appréhension et quelle anxiété douloureuse
+poussèrent le lendemain matin M. Chauveau-Lagarde dans la salle des
+assises. Quelle fut sa surprise lorsqu'il aperçut Madame Élisabeth,
+vêtue de blanc, environnée d'un grand nombre d'accusés, assise sur le
+haut des gradins, où on l'avait placée la première pour la mettre plus
+en évidence! Toute conférence avec elle lui était nécessairement
+interdite. Elle ignore même sans doute qu'un homme, dans cette
+enceinte, se lèvera pour la défendre. Parmi les personnes qu'on lui a
+associées, au nombre de vingt-quatre dans l'acte d'accusation, il en
+est quelques-unes qu'elle a quelquefois rencontrées à la cour: la
+marquise de Sénozan, soeur de Malesherbes; madame de Crussol
+d'Amboise; M. de Loménie, ancien ministre de la guerre, et madame de
+Montmorin, veuve de l'ancien ministre des affaires étrangères massacré
+à l'Abbaye le 2 septembre 1792. La soeur de Louis XVI était inconnue
+de presque tous les autres accusés. Cependant, dès le matin,
+quelqu'un, dans les corridors de la Conciergerie, ayant prononcé le
+nom d'Élisabeth, ce nom, du guichet au greffe, de la prison au préau,
+avait couru de bouche en bouche, et l'attention de tous les
+prisonniers s'était portée sur elle. La soeur de Louis XVI n'en fut
+pas troublée: toujours maîtresse d'elle-même, elle avait tant de
+sérénité et de sang-froid qu'elle en communiquait aux âmes les plus
+troublées: elle ne songeait qu'à donner des consolations, la paix du
+coeur et la grâce de Dieu à ces infortunes sans espoir, pour
+lesquelles toutes portes étaient fermées, excepté celle qui ouvrait du
+côté du ciel.
+
+Cependant René-François Dumas, président du tribunal, a ouvert
+l'audience; Gabriel Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, sont assis
+à ses côtés.
+
+Gilbert Liendon, substitut de l'accusateur public, soutient
+l'accusation; Charles-Adrien Legris, greffier, rédige le
+procès-verbal.
+
+Les jurés, au nombre de quinze, sont les citoyens Trinchard, Laporte,
+Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest, Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyère,
+Prieur, Besnard, Fiévée, Sambat et Desboisseaux.
+
+Le président Dumas, s'adressant à Madame Élisabeth:
+
+Quel est votre nom?
+
+_R._ Élisabeth-Marie.
+
+ * * * * *
+
+Le _Moniteur_ ne dit pas, mais un grand nombre de personnes présentes
+ont raconté qu'à cette première question Madame Élisabeth répondit:
+«Je me nomme Élisabeth-Marie de France, soeur de Louis XVI, tante de
+Louis XVII, votre Roi.» J'ai connu moi-même une personne digne de foi
+qui m'a assuré avoir entendu ces paroles, et j'ai l'intime conviction
+qu'elles ont été prononcées.
+
+ * * * * *
+
+_D._ Votre âge?
+
+_R._ Trente ans.
+
+_D._ Où êtes-vous née?
+
+_R._ A Versailles.
+
+_D._ Où résidez-vous?
+
+_R._ A Paris.
+
+[Illustration: ACTE D'ACCUSATION.
+
+Antoine-Quentin Fouquier, Accusateur Public du Tribunal
+Révolutionnaire, établi à Paris par décret de la Convention nationale
+du 10 mars 1793, l'an deuxième de la République, sans aucun recours au
+Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l'article
+deux d'un autre décret de la Convention du 5 avril suivant, portant:
+«Que l'Accusateur Public dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter,
+poursuivre et juger sur la dénonciation des autorités constituées ou
+des citoyens».
+
+Expose,]
+
+Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation, dont la teneur
+suit[99]:
+
+[Note 99: Nous intercalons à cette page le commencement de ce factum,
+reproduisant en _fac-simile_ la pièce imprimée et remplie par
+l'écriture autographe de l'accusateur public.]
+
+«ANTOINE-QUENTIN FOUQUIER,
+
+»Accusateur public du Tribunal Révolutionnaire établi à Paris par
+décret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, l'an deuxième de
+la République, sans aucun recours au Tribunal de cassation, en vertu
+du pouvoir à lui donné par l'article deux d'un autre décret de la
+Convention du 5 avril suivant, portant «que l'Accusateur public dudit
+Tribunal est autorisé à faire arrêter, poursuivre et juger, sur la
+dénonciation des autorités constituées ou des citoyens;»
+
+»Expose que, par différents arrêtés du comité de sûreté générale de la
+Convention, des comités révolutionnaires de différentes sections de
+Paris, du département de l'Yonne, et en vertu de mandats d'arrêt
+décernés par l'accusateur public, ont été traduits au Tribunal:
+
+ 1º Marie Élisabeth Capet, soeur de Louis Capet, le dernier des
+ tirans des Français, âgée de trente ans, née à Versailles;
+
+ 2º Anne _Duwaes, veuve de L'aigle_, cy devant marquise, née à
+ Keisnist, dans la campagne de Westphalie, demeurant à Montagne
+ belair, cy devant Saint Germain en Laye, département de Seine et
+ Oise, âgée de cinquante cinq ans;
+
+ 3º Louis Bernardin Leneuf _Sourdeval_, âgé de soixante neuf ans,
+ né à Caen, ex comte, demeurant actuellement à Chatou, département
+ de Seine et Oise, avant demeurant dans le district de Caen,
+ département du Calvados;
+
+ 4º Anne Nicole _Lamoignon_, veuve du cy devant marquis de
+ _Senozan_, âgée de soixante seize ans, né à Paris, y demeurant;
+
+ 5º Claude Louise Angélique _Bersin_, femme séparée de corps et de
+ biens, depuis huit ans, de _Crussol d'Amboise_, âgée de soixante
+ et quatre ans, cy devant marquise, née à Paris, y demeurant;
+
+ 6º Georges _Folloppe_, âgé de soixante quatre ans, officier
+ municipal de la Commune de Paris et pharmacien, né à Écales Alix,
+ près d'Yvetot, demeurant à Paris, rue et porte Honoré;
+
+ 7º Denise _Buard_, fille, âgée de cinquante deux ans, vivant de
+ son bien, née à Paris, y demeurant, rue Florentin, nº 674;
+
+ 8º Louis Pierre Marcel _Letellier_, dit _Bullier_, âgé de 21 ans
+ et demi, cy devant employé à l'habillement, né à Paris, y
+ demeurant, rue Florentin, nº 674;
+
+ 9º Charles _Cressy Champmilon_, âgé de trente trois ans, cy
+ devant noble, ayant servi en qualité de sous lieutenant dans le
+ cy devant régiment de vieille marine, natif de Courlon, près
+ Sens, département de l'Yonne, depuis s'annonçant avoir fait le
+ commerce;
+
+ 10º Théodore _Hall_, âgé de vingt six ans, manufacturier et
+ négotiant, natif de Sens, y demeurant, département de l'Yonne;
+
+ 11º Alexandre François _Lomenie_, âgé de _trente_ six ans, né à
+ Marseille, y demeurant, cy devant colonel du régiment des
+ chasseurs, cy devant Champagne, qu'il a quitté en mil sept cent
+ quatre vingt dix, ex comte, domicilie à Brienne, et arrêté à Sens
+ en visite;
+
+ 12º Louis Marie Athanase _Lomenie_, âgé de soixante quatre ans,
+ né à Paris, ex ministre de la guerre, et depuis la révolution
+ maire de Brienne[100];
+
+[Note 100: Nous possédons quelques pages écrites par lui à la hâte
+pour sa défense, et qu'on ne lui donna point le temps de lire devant
+le tribunal. Voir aux Pièces justificatives, nº VI.]
+
+ 13º Antoine Hugues Calixte _Montmorin_, âgé de vingt deux ans, né
+ à Versailles, sous lieutenant dans le cinquième régiment de
+ chasseurs à cheval, grade dont il a donné sa démission le cinq
+ septembre mil sept cent quatre vingt douze, demeurant à Passy,
+ département de l'Yonne;
+
+ 14º Jean Baptiste _Lhoste_, âgé de quarante sept ans, né à
+ Forges, dans le cy devant Clermontois, agent de Serilly, dont il
+ étoit le domestique, demeurant à Paris;
+
+ 15º Martial _Lomenie_, ex coadjuteur de l'évêché du département
+ de l'Yonne, âgé de trente ans, né à Marseille, demeurant à Sens,
+ ex noble;
+
+ 16º Antoine Jean François _Megret de Serilly_, âgé de quarante
+ huit ans, né à Paris, cy devant trésorier général de la guerre
+ jusqu'en mil sept cent quatre vingt sept, et cultivateur depuis
+ mil sept cent quatre vingt neuf, demeurant à Passy, district de
+ Sens, département (_sic_);
+
+ 17º Antoine Jean Marie _Megret Détigny_, âgé de quarante six ans,
+ né à Paris, cy devant sous aide major des cy devant gardes
+ françaises, qu'il a quitté en mil sept cent quatre vingt sept, ex
+ noble, demeurant à Sens, département de Lyonne;
+
+ 18º Charles _Lomenie_, âgé de trente trois ans, né à Marseille,
+ cy devant chevallier de Saint Louis et de Cincinnatus, domiciliée
+ à Brienne, département de Laube.
+
+ 19º Françoise Gabrielle _Taneffe_, veuve _Montmorin_, ex ministre
+ des affaires étrangères, née à Chadrin, en Auvergne, département
+ du Puy de Dôme, âgée de cinquante sept ans, demeurante, lors de
+ son arrestation, à Passy, département de Lyonne, chez la nommée
+ Serilly;
+
+ 20º Anne Marie Charlotte _Lomenie_, divorcée de l'émigré Canizy,
+ âgée de vingt neuf ans, née à Paris, domiciliée à Sens,
+ département de Lyonne, et à Paris, rue Georges, section du
+ Mont-Blanc, nº 18;
+
+ 21. Marie Anne Catherine _Rosset_, âgée de quarante quatre ans,
+ née à Rochefort, département de la Charente, femme de Charles
+ Christophe Rossel-Cercy, officier de marine émigré, demeurant,
+ lors de son arrestation, à Sens;
+
+ 22. Élisabeth Jacqueline _Lhermitte_, femme de Rosset, âgée de
+ soixante cinq ans, née à Paris, demeurant à Sens. Son mari cy
+ devant lieutenant colonel des carabiniers, maréchal de camp, ex
+ noble, émigré;
+
+ 23. Louis Claude Lhermitte de Chambertrand, âgé de soixante ans,
+ né à Sens, y demeurant, prêtre et ex chanoine de la cy devant
+ cathédrale de Sens, ex noble;
+
+ 24. Anne Marie Louise _Thomas, f{e} Serilly_, âgée de trente un
+ ans, née à Paris, demeurant à Passy, département de Lyonne;
+
+ 25. Et Jean Baptiste _Dubois_, âgé de quarante un ans, né à
+ Merfy, district de Reims, département de la Marne, domestique
+ d'Étigny, qui demeurait chez sa mère, vieille rue du Temple;
+
+»Que c'est à la famille des Capets que le peuple français doit tous
+les maux sous le poids desquels il a gémi pendant tant de siècles.
+
+»C'est au moment où l'excès de l'oppression a forcé le peuple de
+briser ses chaînes, que toute cette famille s'est réunie pour le
+plonger dans un esclavage plus cruel encore que celui dont il vouloit
+sortir. Les crimes de tous genres, les forfaits amoncelés de Capet, de
+la Messaline Antoinette, des deux frères Capet et d'Élisabeth, sont
+trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en retracer ici l'horrible
+tableau. Ils sont écrits en caractères de sang dans les annalles de la
+révolution, et les atrocités inouies exercées par les barbares émigrés
+ou les sanguinaires satellites des despotes, les meurtres, les
+incendies, les ravages enfin, ces assassinats inconnus aux monstres
+les plus féroces, qu'ils commettent sur le territoire français, sont
+encore commandés par cette détestable famille, et pour livrer de
+nouveau une grande nation au despotisme et aux fureurs de quelques
+individus.
+
+»Élisabeth a partagé tous ses crimes: elle a coopéré à toutes les
+trames, à tous les complots formés par ses infâmes frères, par la
+scéleratte et impudique Antoinette, et toute la horde des
+conspirateurs qui s'étoient réunis autour d'eux; elle est associée à
+tous leurs projets; elle encourage les assassins de la patrie, les
+complots de juillet mil sept cent quatre vingt neuf, la conjuration du
+six octobre suivant, dont les Destaing et les Villeroy, et d'autres
+qui viennent d'être frappés du glaive de la loi, étoient les agents;
+enfin toute cette chaîne non interrompue de conspirations, pendant
+quatre ans entiers, ont été suivis et secondés de tous les moyens qui
+étoient au pouvoir d'Élisabeth. C'est elle qui, au mois de juin mil
+sept cent quatre vingt onze, fait passer les diamants, qui étoient une
+propriété nationale, a l'infâme d'Artois, son frère, pour le mettre en
+état d'exécuter les projets concertés avec lui, et soudoyer des
+assassins contre la patrie: c'est elle qui entretient avec son autre
+frère, devenu aujourdhuy l'objet de la dérision, du mépris des
+despotes coalisés chez lesquels il est allé déposer son imbécille et
+lourde nullité, la correspondance la plus active; c'est elle qui
+vouloit, par l'orgueil et le dédain le plus insultant, avilir et
+humilier les hommes libres qui consacroient leur temps à garder leur
+tyran; c'est elle enfin qui prodiguoit des soins aux assassins envoyés
+aux Champs élisées par le despote provoquer les braves Marseillois, et
+pansoit les blessures qu'ils avoient reçues dans leur fuite
+précipitée.
+
+»Élisabeth avoit médité avec Capet et Antoinette le massacre des
+citoyens de Paris dans l'immortelle journée du dix aoust. Elle
+veilloit dans l'espoir d'être témoin de ce carnage nocturne. Elle
+aidoit la barbare Antoinette a mordre des balles, et encourageoit par
+ses discours des jeunes personnes que des prêtres fanatiques avoient
+conduites au château pour cette horrible occupation. Enfin, trompée
+dans l'espoir que toute cette horde de conspirateurs avoit que tous
+les citoyens se présenteroient pendant la nuit pour renverser la
+tyrannie, elle fuit au jour avec le tyran et sa femme, et va attendre
+dans le temple de la souveraineté nationale que la horde d'esclaves
+soudoyés et dévoués aux forfaits de cette cour parricide aye noyé dans
+le sang des citoyens la liberté, et lui aye fourni les moyens
+d'égorger ensuite ces représentants, au milieu desquels ils avoient
+été chercher un asile.
+
+»Enfin on l'a vu, depuis le supplice mérité du plus coupable des
+tyrans qui ait déshonoré la nature humaine, provoquer le
+rétablissement de la tyrannie en prodiguant avec Antoinette au fils de
+Capet les hommages de la royauté et les prétendus honneurs du
+throne[101].»
+
+[Note 101: Voir, p. 205, la liste des coaccusés de Madame Élisabeth.]
+
+ * * * * *
+
+En vérité, on se demande si l'on rêve quand on lit ce libelle de
+Fouquier, où les arguments sont des sophismes, où les épithètes sont
+des injures, où les faits relatés sont des mensonges. Mais on se
+souvient que si un tel accusateur pouvait les imaginer, et si un tel
+tribunal était digne de les entendre, Madame Élisabeth aussi était
+capable de les pardonner.
+
+ * * * * *
+
+ _Procès-verbal de la séance du tribunal révolutionnaire, établi
+ par la loi du 10 mars 1793, et en vertu de la loi du 5 avril de
+ la même année, séant à Paris, au palais de justice._
+
+Du vingt et un floréal de l'an second de la République françoise, dix
+heures du matin.
+
+L'audience ouverte au public, le tribunal, composé des citoyens
+René-François Dumas, président; Gabriel Deliége et Antoine-Marie
+Maire, juges; de Gilbert Lieudon, adjoint de l'accusateur public, et
+Charles-Adrien Legris, commis greffier.
+
+Sont entrés:
+
+Les citoyens Trinchard, Laporte, Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest,
+Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyer, Prieur, Besnard, Fiévée, Sambatz et
+Desboisseaux, jurés de jugement; ensuite ont été introduits à la
+barre, libres et sans fers, et placés de manière qu'ils étoient vus et
+entendus du tribunal et des auditeurs: Élisabeth Capet; Anne Duwaes,
+veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval; Anne-Nicole
+Lamoignon, veuve Sénozan; Georges Foloppe, Denise Buard,
+Louis-Pierre-Marcel Le Tellier, et dix-huit autres ci-après nommés,
+accusés; et aussi les citoyens Chauveau, la Fleutrie, Boutroux,
+Duchâteau, Julienne, Sezille, leurs conseils et défenseurs officieux,
+qui ont prêté le serment de n'employer que la vérité dans la défense
+des accusés, et de se comporter avec décence et modération; ensuite
+les témoins de l'accusateur public ont été pareillement introduits.
+
+Le président, en présence de tout l'auditoire, composé comme
+ci-dessus, a fait prêter auxdits jurés, à chacun individuellement, le
+serment suivant: «Citoyen, vous jurez et promettez d'examiner avec
+l'attention la plus scrupuleuse les charges portées contre les
+dénommés, accusés présents devant vous (ci-devant nommés), de ne
+communiquer avec personne jusqu'après votre déclaration; de n'écouter
+ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l'affection; de vous
+décider d'après les charges et moyens de défense, et suivant votre
+confiance et votre intime conviction, avec l'impartialité et la
+fermeté qui conviennent à un homme libre.» Après avoir prêté ledit
+serment, lesdits jurés se sont placés sur leurs siéges dans
+l'intérieur de l'auditoire, en face des accusés et des témoins.
+
+Le président a dit aux accusés qu'ils pouvoient s'asseoir; après quoi
+il leur a demandé leurs nom, âge, profession, demeure, et le lieu de
+leur naissance.
+
+A quoi ils ont répondu se nommer Élisabeth Capet, soeur de Louis
+Capet, dernier tyran des François, demeurant à Paris.
+
+2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de
+cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la
+montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de
+Seine-et-Oise.
+
+3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, âgé de soixante-neuf ans, etc.
+
+[Suit la liste, voir page 205.]
+
+Le président a averti les accusés d'être attentifs à ce qu'ils
+alloient entendre, et il a ordonné au greffier de lire l'acte
+d'accusation. Le greffier a fait ladite lecture, ainsi que la loi
+relative aux faux témoins, à haute et intelligible voix. Le président
+a dit aux accusés: «Voilà de quoi vous êtes accusés; vous allez
+entendre les charges qui vont être produites contre vous.»
+
+Le témoin présenté par l'accusateur public et assigné à sa requête a
+été introduit en l'audience, et après avoir entendu la lecture faite
+par le greffier, s'est retiré.
+
+Le président a ensuite fait appeler le témoin pour faire sa
+déclaration, et avant de la faire il lui a fait prêter le serment
+suivant: «Tu jures et promets de parler sans haine, sans crainte, de
+dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité»; ensuite il lui a
+demandé s'il est parent, ami, allié, serviteur ou domestique des
+accusés ou de l'accusateur public; si c'est des accusés présents
+devant lui, qu'il lui a fait examiner, qu'il entend parler; s'il les
+connoissoit avant le fait qui a donné lieu à l'accusation, à quoi il a
+répondu de la manière et ainsi qu'il suit:
+
+La citoyenne Marie Bocage, femme Journaud, âgée de trente-trois ans,
+née à la montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye,
+domestique, demeurant audit lieu, connoît l'accusée veuve de l'Aigle;
+n'est parente, dépose, etc.
+
+Le président fait les questions suivantes à Madame Élisabeth:
+
+Où étiez-vous dans les journées des 12, 13 et 14 juillet 1789,
+c'est-à-dire aux époques des premiers complots de la cour contre le
+peuple?
+
+J'étois dans le sein de ma famille. Je n'ai connu aucun des complots
+dont vous me parlez; ce sont des événements que j'étois loin de
+prévoir et de seconder.
+
+Lors de la fuite du tyran, votre frère, à Varennes, ne l'avez-vous pas
+accompagné?
+
+Tout m'ordonnoit de suivre mon frère, et je m'en suis fait un devoir
+dans cette occasion comme dans toute autre.
+
+N'avez-vous pas figuré dans l'orgie infâme et scandaleuse des gardes
+du corps, et n'avez-vous pas fait le tour de la table avec
+Marie-Antoinette pour faire répéter à chacun des convives le serment
+affreux d'exterminer les patriotes pour étouffer la liberté dans sa
+naissance et rétablir le trône chancelant?
+
+J'ignore absolument si l'orgie dont il s'agit a eu lieu, mais je
+déclare n'en avoir été aucunement instruite.
+
+Vous ne dites pas la vérité, et votre dénégation ne peut vous être
+d'aucune utilité, lorsqu'elle est démentie d'une part par la notoriété
+publique, et de l'autre par la vraisemblance qui persuade à tout homme
+sensé qu'une femme aussi intimement liée que vous l'étiez avec
+Marie-Antoinette, et par les liens du sang et par ceux de l'amitié la
+plus étroite, n'a pu se dispenser de partager ses machinations, d'en
+avoir eu communication et de les avoir favorisées de tout son pouvoir;
+vous avez nécessairement, d'accord avec la femme du tyran, provoqué le
+serment abominable prêté par les satellites de la cour, d'assassiner
+et anéantir la liberté dans son principe; vous avez également provoqué
+les outrages sanglants faits au signe précieux de la liberté, la
+cocarde tricolore, en la faisant fouler aux pieds par tous vos
+complices?
+
+J'ai déjà déclaré que tous ces laits m'étoient étrangers, je n'y dois
+point d'autre réponse.
+
+Où étiez-vous dans la journée du 10 août 1792?
+
+J'étois au château, ma résidence ordinaire et naturelle depuis quelque
+temps.
+
+N'avez-vous pas passé la nuit du 9 au 10 août dans la chambre de votre
+frère, et n'avez-vous pas eu avec lui des conférences secrètes qui
+vous ont expliqué le but, le motif de tous les mouvements et
+préparatifs qui se faisoient sous vos yeux?
+
+J'ai passé chez mon frère la nuit dont vous me parlez; jamais je ne
+l'ai quitté; il avoit beaucoup de confiance en moi, et cependant je
+n'ai rien remarqué dans sa conduite ni dans ses discours qui pût
+m'annoncer ce qui s'est passé depuis.
+
+Mais votre réponse blesse à la fois la vérité et la vraisemblance, et
+une femme comme vous, qui a manifesté dans tout le cours de la
+révolution une opposition aussi frappante au nouvel ordre de choses,
+ne peut être crue lorsqu'elle veut faire croire qu'elle ignore la
+cause des rassemblements de toute espèce qui se faisoient au château
+la veille du 10 août. Voudriez-vous nous dire ce qui vous a empêchée
+de vous coucher la nuit du 9 au 10 août?
+
+Je ne me suis pas couchée parce que les corps constitués étoient venus
+faire part à mon frère de l'agitation, de la fermentation des
+habitants de Paris, et des dangers qui pouvoient en résulter.
+
+Vous dissimulez en vain, surtout d'après les différents aveux de la
+femme Capet, qui vous a désignée comme ayant assisté à l'orgie des
+gardes du corps, comme l'ayant soutenue dans ses craintes et ses
+alarmes du 10 août sur les jours de Capet et de tout ce qui pouvoit
+l'intéresser. Mais ce que vous nieriez infructueusement, c'est la part
+active que vous avez prise à l'action qui s'est engagée entre les
+patriotes et les satellites de la tyrannie; c'est votre zèle et votre
+ardeur à servir les ennemis du peuple, à leur fournir des balles que
+vous preniez la peine de mâcher, comme devant être dirigées contre les
+patriotes, comme destinées à les moissonner. Ce sont les voeux bien
+publics que vous faisiez pour que la victoire demeurât au pouvoir des
+partisans de votre frère, les encouragements en tout genre que vous
+donniez aux assassins de la patrie: que répondez-vous à ces derniers
+faits?
+
+Tous ces faits qui me sont imputés sont autant d'indignités dont je
+suis bien loin de m'être souillée.
+
+Lors du voyage de Varennes, n'avez-vous pas fait précéder l'évasion
+honteuse du tyran de la soustraction des diamants dits de la couronne,
+appartenant alors à la nation, et ne les avez-vous pas envoyés à
+d'Artois?
+
+Ces diamants n'ont pas été envoyés à d'Artois; je me suis bornée à les
+déposer entre les mains d'une personne de confiance.
+
+Voudriez-vous désigner le dépositaire de ces diamants, nous le nommer?
+
+M. de Choiseul est celui que j'avois choisi pour recevoir ce dépôt.
+
+Que sont devenus les diamants que vous dites avoir confiés à Choiseul?
+
+J'ignore absolument quel a pu être le sort de ces diamants, n'ayant
+pas eu l'occasion de voir M. de Choiseul; je n'en ai point eu
+d'inquiétude et je ne m'en suis nullement occupée.
+
+Vous ne cessez d'en imposer sur toutes les interpellations qui vous
+sont faites, et singulièrement sur le fait des diamants; car un
+procès-verbal du 12 septembre 1792, bien rédigé en connoissance de
+cause par les représentants du peuple lors de l'affaire relative au
+vol de ces diamants, constate d'une manière sans réplique que ces
+diamants ont été envoyés à d'Artois. N'avez-vous pas entretenu des
+correspondances avec votre frère, le ci-devant Monsieur?
+
+Je ne me rappelle pas d'en avoir entretenu, surtout depuis qu'elles
+sont prohibées.
+
+N'avez-vous pas donné des soins en pansant vous-même les blessures des
+assassins envoyés aux Champs-Élysées par votre frère contre les braves
+Marseillois?
+
+Je n'ai jamais su que mon frère eût envoyé des assassins contre qui
+que ce soit; s'il m'est arrivé de donner des secours à quelques
+blessés, l'humanité seule a pu me conduire dans le pansement de leurs
+blessures; je n'ai point eu besoin de m'informer de la cause de leurs
+maux pour m'occuper de leur soulagement; je ne m'en fais pas un
+mérite, et je ne m'imagine pas que l'on puisse m'en faire un crime!
+
+Il est difficile d'accorder ces sentiments d'humanité dont vous vous
+parez avec cette joie cruelle que vous avez montrée en voyant couler
+des flots de sang dans la journée du 10 août. Tout nous autorise à
+croire que vous n'êtes humaine que pour les assassins du peuple, et
+que vous avez toute la férocité des animaux les plus sanguinaires pour
+les défenseurs de la liberté; loin de secourir ces derniers, vous
+provoquiez leur massacre par vos applaudissements; loin de désarmer
+les meurtriers du peuple, vous leur prodiguiez à pleines mains les
+instruments de la mort à l'aide desquels vous vous flattiez, vous et
+vos complices, de rétablir le despotisme et la tyrannie. Voilà
+l'humanité des dominateurs des nations, qui de tout temps ont sacrifié
+des millions d'hommes à leurs caprices, à leur ambition et à leur
+cupidité! L'accusée Élisabeth, dont le plan de défense est de nier
+tout ce qui est à sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir
+qu'elle a bercé le petit Capet dans l'espoir de succéder au trône de
+son père, et qu'elle a ainsi provoqué la royauté?
+
+Je causois familièrement avec cet infortuné, qui m'étoit cher à plus
+d'un titre, et je lui administrois en conséquence les consolations qui
+me paroissoient capables de le dédommager de la perte de ceux qui lui
+avoient donné le jour.
+
+C'est convenir en d'autres termes que vous nourrissiez le petit Capet
+des projets de vengeance que vous et les vôtres n'avez cessé de former
+contre la liberté, et que vous vous flattiez de relever les débris
+d'un trône brisé en l'inondant du sang des patriotes!
+
+ * * * * *
+
+Le président procède ensuite à l'interrogatoire des autres accusés,
+interrogatoire qui se borne à quelques questions insignifiantes. Le
+_Moniteur_, et après lui les historiens, ne font aucune mention des
+paroles du défenseur de Madame Élisabeth; et ce silence semblerait
+annoncer que Madame Élisabeth ne fut pas défendue. Cependant si le
+débat fut rapide, si tout rapport entre l'accusée et son défenseur a
+été matériellement interdit, il est notoire que Chauveau-Lagarde se
+leva après l'interrogatoire, et fit entendre une courte plaidoirie,
+dont il nous a donné lui-même la substance:
+
+«Je fis observer, dit-il, qu'il n'y avoit au procès qu'un protocole
+banal d'accusation, sans pièces, sans interrogatoire, sans témoins, et
+que par conséquent, là où il n'existoit aucun élément légal de
+conviction, il ne sauroit y avoir de conviction légale.
+
+»J'ajoutai qu'on ne pouvoit donc opposer à l'auguste accusée que ses
+réponses aux questions qu'on venoit de lui faire, puisque c'étoit dans
+ces réponses elles seules que tous les débats consistoient; mais que
+ces réponses elles-mêmes, loin de la condamner, devoient au contraire
+l'honorer à tous les yeux, puisqu'elles ne prouvoient rien autre chose
+que la bonté de son coeur et l'héroïsme de son amitié.
+
+»Puis, après avoir développé ces premières idées, je finis en disant
+qu'au lieu d'une défense je n'aurois plus à présenter pour Madame
+Élisabeth que son apologie; mais que dans l'impuissance où j'étois
+d'en trouver une qui fût digne d'elle, il ne me restoit plus qu'une
+seule observation à faire: c'est que la Princesse qui avoit été à la
+cour de France le plus parfait modèle de toutes les vertus ne pouvoit
+pas être l'ennemie des François.
+
+»Il est impossible de peindre la fureur avec laquelle Dumas
+m'apostropha, en me reprochant d'avoir eu _l'audace de parler_ de ce
+qu'il appeloit _les prétendues vertus de l'accusée, et d'avoir ainsi
+corrompu la morale publique_. Il fut aisé de s'apercevoir que Madame
+Élisabeth, qui jusqu'alors étoit restée calme et comme insensible à
+ses propres dangers, fut émue de ceux auxquels je venois de
+m'exposer.»
+
+Après que l'accusateur public et les défenseurs ont été entendus, le
+président déclare les débats fermés; il fait le résumé du procès, je
+dois dire des différents procès, car il y en avait autant que
+d'accusés; puis il remet au président du jury l'écrit suivant, servant
+de préambule à une question qui est uniformément la même pour chacun
+des accusés:
+
+«Il a existé des complots et conspirations formés par Capet, sa femme,
+sa famille, ses agents et ses complices, par suite desquels des
+provocations à la guerre extérieure de la part des tyrans coalisés, à
+la guerre civile dans l'intérieur, ont été formées, des secours en
+hommes et en argent ont été fournis aux ennemis, des troupes ont été
+rassemblées, des dispositions ont été faites, des chefs nommés pour
+assassiner le peuple, anéantir la liberté et rétablir le despotisme.
+
+»Anne-Élisabeth Capet est-elle complice de ces complots?»
+
+Les jurés, après quelques minutes de délibération, rentrent à la salle
+d'audience, et donnent une déclaration affirmative contre Madame
+Élisabeth et les autres accusés.
+
+Vu par le tribunal révolutionnaire l'acte d'accusation dressé par
+l'accusateur public près icelui,
+
+1. Contre Élisabeth Capet, soeur de Louis Capet, dernier tyran des
+François, née à Paris, y demeurant;
+
+2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de
+cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la
+montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de
+Seine-et-Oise.
+
+3. Louis Bernardin Leneuf Sourdeval, etc....
+
+[Suit la liste des 25 accusés précédemment donnée.] et dont la teneur
+suit:
+
+Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public, etc., expose, etc.
+
+[Répétition de l'acte d'accusation.]
+
+L'ordonnance de prise de corps rendue par le tribunal ledit jour
+contre Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, Louis-Bernardin
+Leneuf Sourdeval, etc....
+
+[Suit la liste des 25 accusés.]
+
+Le procès-verbal d'écrou et remise de leurs personnes en la maison de
+justice de la Conciergerie, aussi du même jour; et la déclaration du
+juré du jugement faite individuellement et à haute et intelligible
+voix en l'audience publique du tribunal, portant «qu'il a existé des
+complots et conspirations formés par Capet, etc.»
+
+[Ici répétition de l'ordonnance de prise de corps rendue par le
+tribunal.]
+
+Qu'il est constant que
+
+Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf
+Sourdeval, etc.,
+
+[Liste des 25.]
+
+sont convaincus d'être complices de ces complots;
+
+Le tribunal, après avoir entendu l'accusateur public sur l'application
+de la loi, condamne Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve _de l'Aigle_;
+Louis-Bernard _Leneuf Sourdeval_, Anne-Nicole _Lamoignon, veuve
+Sénozan_; Claude-Louise-Angélique _Bersin, femme Crussol d'Amboise_;
+Georges _Foloppe_, Denise _Buard_, Louis-Pierre-Marcel _Letellier,
+dit Bullier_; Charles _Cressy-Champmilon_, Théodore _Hall_,
+Alexandre-François _Loménie_, Louis-Marie-Athanase _Loménie_,
+Antoine-Hugues-Calixte _Montmorin_, Jean-Baptiste _l'Hoste_, Martial
+_Loménie_, Antoine-Jean-François _Mégret-Sérilly_, Antoine-Jean-Marie
+_Mégret-d'Étigny_, Charles _Loménie_, Françoise-Gabrielle _Taneff,
+veuve Montmorin_; Anne-Marie-Charlotte _Loménie, femme divorcée de
+l'émigré Canilly_; Marie-Anne-Catherine _Rosset, femme Rosset-Cercy_;
+Élisabeth Jacqueline _l'Hermite, femme Rosset_; Louis-Claude
+_l'Hermite-Chambertrand_; Anne-Marie-Louise _Thomas, femme
+Mégret-Sérilly_, et Jean-Baptiste _Dubois_, À LA PEINE DE MORT,
+conformément à l'article quatre de la première section du titre
+premier de la deuxième partie du Code pénal, dont a été fait lecture,
+et lequel est ainsi conçu: «Toute manoeuvre, toute intelligence avec
+les ennemis de la France tendant soit à faciliter leur entrée dans les
+dépendances de l'empire françois, soit à leur livrer des villes,
+forteresses, ports, vaisseaux, magasins ou arsenaux appartenant à la
+France, soit à leur fournir des secours en soldats, argent, vivres ou
+munitions, soit à favoriser d'une manière quelconque le progrès de
+leurs armes sur le territoire françois ou contre nos forces de terre
+ou de mer, soit à ébranler la fidélité des officiers, soldats et des
+autres citoyens envers la nation françoise, seront punis de mort», et
+encore en conformité de l'article deux de la seconde section du titre
+premier de la seconde partie du Code pénal, dont a été pareillement
+fait lecture, et lequel est ainsi conçu: «Toutes conspirations et
+complots tendant à troubler l'État par une guerre civile en armant les
+citoyens les uns contre les autres ou contre l'exercice de l'autorité
+légitime, seront punis de mort»;
+
+Déclare les biens desdits Élisabeth Capet, veuve de l'Aigle, Leneuf
+Sourdeval, etc.,
+
+[Suit la liste.]
+
+acquis à la République. En conséquence de l'article deux du titre
+deux de la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize (vieux
+style), dont a été aussi fait lecture, et lequel est ainsi conçu: «Les
+biens de ceux qui seront condamnés à la peine de mort seront acquis à
+la République, sauf à pourvoir à la subsistance des veuves, enfants,
+s'ils n'ont pas de biens d'ailleurs»,
+
+Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public le présent jugement
+sera exécuté dans les vingt-quatre heures sur la place de la
+Révolution de cette ville, et qu'il sera imprimé, lu, publié et
+affiché dans toute l'étendue de la République.
+
+Fait et prononcé en l'audience publique du tribunal le vingt et unième
+jour de floréal, l'an deuxième de la République françoise une et
+indivisible, par les citoyens René-François Dumas, président; Gabriel
+Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, qui ont signé le présent
+jugement avec le greffier.
+
+[Illustration: Signatures.]
+
+En conséquence, ils sont tous condamnés à mort. Comme nos lecteurs ont
+pu le remarquer, les noms de dix femmes figuraient dans l'acte
+d'accusation. Une d'elles, quoique enceinte, avait refusé de se
+soustraire, par sa déclaration, au sort commun. Madame Élisabeth fait
+avertir les juges, et la sauve[102].
+
+[Note 102: Cejourdhuy vingt un floréal, l'an deuxième de la
+République, sur l'avis à nous donné par l'accusateur public qu'une des
+condamnées par jugement du tribunal de cejourd'huy avoit des
+déclarations à faire, nous Pierre André Coffinhal, juge du tribunal,
+en présence de Michel Nicolas Gribauval, l'un des substituts de
+l'accusateur public, et assisté de Anne Ducray, commis greffier, nous
+sommes transporté au greffe de la maison d'arrêt de la Conciergerie,
+où nous avons mandé et fait venir par devant nous la nommée Anne Marie
+Louise Thomas, femme Serilly, âgée de trente un ans, condamnée à la
+peine de mort par jugement du tribunal de cejourdhuy, laquelle nous a
+déclaré quelle étoit enceinte d'environ six semaines, de laquelle
+déclaration lui avons donné acte; en conséquence et ouy l'accusateur
+public, disons quelle sera vue et visitée à l'instant par les
+officiers de santé assermentés près le tribunal, pour, après leur
+rapport sur l'état deladitte f{e} Serilly, être par l'accusateur
+public requis et par le tribunal ordonné ce qu'il appartiendra.
+
+De ce que dessus avons dressé le présent procès verbal, que nous avons
+signé avec laditte f{e} Serilly, l'accusateur public et le commis
+greffier.
+
+ GRIBAUVAL, subst. DUCRAY. THOMAS SERILLY. COFFINHAL.
+
+ * * * * *
+
+Nous, officiers de santé assermentés au tribunal criminel
+révolutionnaire, assiste de la citoyene Paquin, femme sage, pour le
+tribunal;
+
+Sur la réquisitoire de laqusateur publique, nous nous sommes
+transporte en la maison dite de la Conciergerie pour y voir et visiter
+la nomé Anne Marie Louise Thomas, femme Cerilly, condanné à mort
+cejourdhuy par jugement dudit tribunal, afin dy constater létat de
+grossesse de six semaine, conformément à sa déclaration.
+
+Après la visite la plus scrupuleuse tant des parties intérieures
+questerieure, nous avons trouvée le col de la matrice très bas et dure
+et gonflé, le ventre tendue et gonflé, les seins douloureux et peu
+élevé; nous ayant répondue sur les diférentes questions que nous lui
+avons faite sur son état, quel avoit éprouvé quelque uns des simptomes
+et accident qu'éprouvent ordinairements les femmes dans le
+commencement de leurs grossesse. Nous avons reconue que tout ces
+signes annonçoient bien un commencement de grossesse, que depuis près
+de deux mois elle n'avoit pas ses règles. Mais comme tout ces signes
+et simptomes souvent en imposent et ne sont pas sufisans pour porter
+un jugement définitif, nous renvoyons a un termes plus éloigné, qui
+est le cinquième mois, ou la nature n'y les simptomes ne peuvent plus
+en imposer. A Paris, ce vingt un floréal de l'an deux de la République
+françoise une et indivisible.
+
+ PAQUIN, veuve PRIOUX. BAVARD.
+
+ * * * * *
+
+_Tribunal révolutionnaire._
+
+Vu par le tribunal révolutionnaire établi par la loi du 10 mars 1793,
+sans recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des pouvoirs
+délégués au tribunal par la loi du cinq avril de la même année, séant
+au Palais de justice, à Paris, la déclaration faite par Anne Marie
+Louise Thomas, femme Serilly, le vingt-un floréal présent mois,
+l'ordonnance du tribunal étant ensuite; ensemble le rapport des
+officiers de santé et matrone assermentés; ensemble le réquisitoire de
+l'accusateur public; tout considéré,
+
+Le tribunal assemblé en la chambre du conseil, attendu l'incertitude
+sur l'état actuel de la femme Serilly, résultant du rapport des
+officiers de santé du tribunal, ordonne qu'il sera surcis à
+l'exécution du jugement dujourdhuy à l'égard de la femme Serilly,
+jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.
+
+Fait et jugé en la chambre du conseil, le vingt deux floréal l'an
+deuxième de la République, par les citoyens Subleyrac, vice président,
+Denizot, Ardouin, Deliége et Maire, juges, qui ont signé le présent
+jugement avec le commis greffier.
+
+ SUBLEYRAC.
+ DENIZOT. A. M. MAIRE. ARDOUIN.
+ DELIÉGE.
+
+_Nota_. Anne-Marie-Louise Thomas, femme Megret-Serilly, fut transférée
+à l'Évêché, d'où elle fut mise en liberté après le 9 thermidor. B.]
+
+Les mots de _peine de mort_ et d'_exécution dans les vingt-quatre
+heures_ avaient produit un léger mouvement sur les bancs où sont assis
+les accusés. Mais ces mots, Madame Élisabeth les a entendus sans
+changer de visage. Oublieuse d'elle-même, sa pensée, qui est toute en
+Dieu, se reporte sur ceux qu'on a associés à sa condamnation, et avec
+lesquels elle est ramenée pour quelques instants à la Conciergerie.
+
+Au moment où elle sortait du tribunal, Fouquier dit au président: «Il
+faut avouer cependant qu'elle n'a pas poussé une plainte.--De quoi se
+plaindroit-elle donc, Élisabeth de France[103]? répondit Dumas avec
+une gaieté ironique. Ne lui avons-nous pas formé aujourd'hui une cour
+d'aristocrates digne d'elle? Et rien ne l'empêchera de se croire
+encore dans les salons de Versailles quand elle va se voir, au pied de
+la sainte guillotine, entourée de toute cette fidèle noblesse[104].»
+
+[Note 103: Cette expression ironique _Élisabeth de France_ dans la
+bouche de Dumas, en rappelant la réponse qu'elle lui a faite elle-même
+quand il lui a demandé son nom, apporte, ce me semble, une grande
+force à l'opinion que j'ai émise plus haut. B.]
+
+[Note 104: Ces détails ont été affirmés par des membres du jury et par
+des spectateurs présents au jugement; M. Georges Duval, qui les tenait
+d'eux, les rapporte dans ses _Souvenirs thermidoriens_.]
+
+Ces vingt-quatre personnes marquées pour l'échafaud, défilant
+lentement sous de longues voûtes au milieu des spectateurs, qui, pour
+les voir passer, se rangent en haie avec une inconcevable avidité,
+sont conduites dans la salle des condamnés à mort pour y attendre le
+bourreau. Cette salle, longue, étroite, obscure, n'est séparée du
+greffe que par une porte et une cloison vitrées, et n'a pour tout
+mobilier que des bancs de bois adossés à la muraille.
+
+Réunie à ces infortunés, qu'elle regarde comme autant d'amis qui
+doivent l'accompagner au Ciel, Madame Élisabeth a bientôt pris au
+milieu d'eux la place qui lui appartient: elle leur parle avec un
+calme et une douceur inexprimables; elle domine leurs tortures morales
+par la sérénité de son regard, par la tranquillité de son maintien,
+par l'ascendant de sa parole. Telle nous l'avons vue à Versailles, à
+Montreuil, au milieu de ses amies dévouées qui faisaient le charme de
+sa vie, s'oubliant pour ne songer qu'à elles, prenant intérêt à tout
+ce qui les intéressait, et ne laissant jamais échapper l'occasion de
+jeter dans leur âme une de ces semences évangéliques que récolte le
+divin Moissonneur, telle nous la retrouvons dans ces dernières heures
+à la Conciergerie, au milieu des victimes qui doivent l'accompagner à
+l'échafaud, aussi douce, aussi aimable, aussi calme, mais le front
+déjà rayonnant de l'auréole de son martyre.
+
+Elle excite leur confiance en Celui qui couronne les épreuves
+supportées avec courage, les sacrifices saintement accomplis. Sous
+cette parole pénétrante, Madame de Sénozan, la plus âgée des
+vingt-cinq victimes, se rassure, et offre à Dieu le peu qui lui reste
+de vie avec la même facilité que MM. de Montmorin et Bullier, ces deux
+jeunes gens de vingt ans, font l'abandon des longues perspectives
+ouvertes devant eux dans le temps. M. de Loménie, ancien ministre de
+la guerre et maire de Brienne, que n'ont pu sauver les vives
+réclamations des communes voisines de cette ville, s'indignait avec
+une sorte d'exaltation, non pas d'être condamné, mais de se voir
+imputer à crime, par Fouquier, les témoignages d'affection et de
+gratitude que lui ont conquis les services rendus par lui à son
+département. Madame Élisabeth s'approche de lui, et lui dit avec
+douceur: «S'il est beau de mériter l'estime de ses concitoyens, croyez
+qu'il est encore plus beau de mériter la clémence de Dieu. Vous avez
+montré à vos compatriotes à faire le bien: vous leur montrerez comment
+on meurt quand on a la conscience en paix[105].»
+
+[Note 105: Nous devons ces détails au sieur Ferry, garçon de bureau
+(en 1825) au département des beaux-arts, qui les tenait du sieur
+Geoffroy, son oncle, gardien (en 1794) de la maison d'arrêt de la
+Folie-Renaud, lequel se trouvait à cette heure à la Conciergerie, où
+il venait, selon l'usage, faire le dépôt de la défroque des
+suppliciés.]
+
+Madame de Montmorin, dont presque toute la famille a été mise à mort
+par la révolution, ne peut se faire à l'idée de l'immolation de son
+fils; celui-ci la rassure avec le courage et la tendresse du
+dévouement filial. Le sacrifice exigé semble impossible à cette mère
+désespérée: «Je veux bien mourir, dit-elle en sanglotant, mais je ne
+puis le voir mourir.--Vous aimez votre fils, lui dit alors Madame
+Élisabeth, et vous ne voulez pas qu'il vous accompagne! Vous allez
+trouver les félicités du Ciel, et vous voulez qu'il demeure sur cette
+terre, où il n'y a aujourd'hui que tourments et douleurs!» Sous
+l'impression de ces paroles, le coeur de madame de Montmorin s'ouvre à
+un rayon d'extase; ses fibres se détendent, ses larmes coulent, et
+serrant avec transport son enfant dans ses bras: «Viens, viens,
+s'écrie-t-elle, nous monterons ensemble[106].»
+
+[Note 106: Une sainte fille du nom de _Marguerite_, au service de M.
+le marquis de Fenouil, et qui avait été jetée à la Conciergerie pour
+n'avoir point voulu déposer contre son maître, fut témoin de cette
+scène. Elle connaissait madame de Montmorin, dont son père infirme
+avait reçu plus d'un bienfait. Ayant appris en 1828 que Marguerite
+était au service de M. le marquis de la Suze, grand maréchal des logis
+du Roi, je demandai à la voir, et elle me raconta ces détails, que je
+suis heureux de consigner ici. B.]
+
+Les êtres les plus susceptibles de faiblesse dans le cours ordinaire
+de la vie bravent héroïquement la mort quand un grand sentiment les
+anime. La marquise de Crussol d'Amboise faisait habituellement coucher
+deux de ses femmes dans sa chambre: une araignée lui faisait peur;
+l'idée d'un péril même imaginaire la remplissait d'épouvante.
+L'exemple de Madame Élisabeth la transforme tout à coup: elle est
+calme au tribunal, dans la prison, devant la mort.
+
+L'émotion s'est communiquée à tous les condamnés. Madame Élisabeth
+leur apparaît, à cette heure terrible, illuminée du triple reflet du
+divin Maître; car devant ces coeurs brisés qui l'entouraient, elle
+manifeste la vérité qui éclaire, la douceur qui attire, la sainteté
+qui édifie.
+
+«On n'exige point de nous, dit-elle, comme des anciens martyrs, le
+sacrifice de nos croyances; on ne nous demande que l'abandon de notre
+misérable vie: faisons à Dieu ce faible sacrifice avec résignation.»
+Rien de plus propre à remuer profondément les âmes que ce souffle
+ardent de la foi qui domine le sentiment de la douleur. Jamais cette
+ferme et vivifiante espérance, dont l'Église a fait une vertu, jamais
+la charité, jamais le courage, n'ont inspiré des paroles plus tendres
+et plus héroïques. Quelle paupière ne se mouillerait au cri de cette
+belle âme qui console et qui relève tant d'âmes déchirées ou abattues!
+Élisabeth ne cherche point à combattre et à ne pas mourir, elle ne
+proteste pas contre l'iniquité des hommes, elle n'a pas un mot de
+regret, encore moins un mot de reproche: elle va vers Dieu avec
+confiance; elle ne veut pas y aller seule, elle entraîne ses
+compagnons, et leur montre les bras miséricordieux qui leur sont
+ouverts.
+
+Cette femme angélique rencontrait donc, dans ce dernier moment, un
+grand sujet de joie: elle avait ranimé des âmes endolories ou inertes;
+elle avait fait pénétrer la vigueur de la foi dans les défaillances de
+la nature. Elle avait fait de cette dernière heure d'agonie l'épreuve
+préparatoire du sacrifice; elle avait émoussé l'aiguillon de la mort,
+et fait poindre à des yeux déjà fermés au monde les lueurs anticipées
+de la délivrance.
+
+Le dernier appel se fait bientôt entendre. La toilette funèbre
+s'accomplit. Les portes de la prison s'ouvrent, et les charrettes du
+bourreau, que Barère appelait les _bières des vivants_, reçoivent les
+condamnés. Madame Élisabeth se trouve assise sur la même charrette que
+mesdames de Sénozan et de Crussol d'Amboise, et elle s'entretient avec
+elles pendant le trajet de la Conciergerie à la place Louis XV. Aux
+plaintes qui échappent à quelques-uns des condamnés, elle répond par
+de touchantes exhortations. À la descente du pont Neuf, rapporte un
+témoin oculaire, le mouchoir blanc qui couvre la tête de la Princesse
+se détache et tombe aux pieds de l'exécuteur, qui le ramasse. Dès ce
+moment, Madame Élisabeth, demeurée seule, tête nue, au milieu de ses
+compagnons d'infortune, attire par cela même tous les regards; et
+c'est ainsi que tant de personnes, qui, sans cette circonstance, ne
+l'eussent peut-être point remarquée, ont pu rendre témoignage du calme
+et de la sérénité de ses traits. On arrive à la place de la
+Révolution: Madame descend la première. Le bourreau, comme pour
+l'aider, lui tend la main. La princesse regarde de côté, et ne
+s'appuie pas sur cette main qui s'offre à elle. Les victimes avaient
+trouvé au pied de l'échafaud une banquette sur laquelle on les fit
+asseoir. On présume que cette attention inaccoutumée était due à un
+calcul de prudence: le gouvernement révolutionnaire avait craint,
+a-t-on dit, que la fournée étant considérable, il ne se trouvât
+quelques patients qu'une trop longue attente devant l'instrument de
+mort eût fait défaillir. Aucun ne défaillit[107]. Encouragé par la
+présence et le regard de la soeur de Louis XVI, chaque condamné s'est
+promis de se lever bravement à l'appel de son nom, et d'accomplir sa
+tache avec fermeté. Le premier nom prononcé par l'exécuteur est celui
+de madame de Crussol. Madame de Crussol se lève aussitôt, va
+s'incliner devant Madame Élisabeth, et témoignant hautement le respect
+et l'amour que la princesse lui inspire, elle lui demande la
+permission de l'embrasser. «Bien volontiers, et de tout mon coeur»,
+lui dit Madame Élisabeth avec cette expression d'affabilité qui lui
+était si naturelle; et la royale victime avançant son visage, lui
+donne le baiser d'adieu, de supplice et de gloire[108]. Toutes les
+femmes qui suivirent obtinrent le même témoignage d'affection. Elles
+montèrent ainsi à l'échafaud, sacrées par cet angélique baiser, qui
+rappelle les actes des martyrs, pour la bienheureuse immortalité. Les
+hommes s'honorèrent aussi de leur respect pour Madame Élisabeth, en
+allant, chacun à son tour, courber devant elle la tête qui, une minute
+après, tombait sous le couperet de la guillotine. Déjà plusieurs têtes
+étaient tombées, lorsqu'un homme de la lie du peuple, curieux de
+savoir quelle était la personne qu'on saluait ainsi, parvint à
+apercevoir sa figure, et reconnut Madame Élisabeth. «On a beau lui
+faire des salamalecs, dit-il avec une expression cynique, la voilà
+f..... comme l'Autrichienne.» Cet homme était assez près du banc pour
+que sa parole y fût entendue. Madame Élisabeth, qui n'avait que de
+vagues soupçons sur le meurtre de la Reine, bénit le Ciel en apprenant
+qu'elle avait cessé de souffrir et qu'elle allait la retrouver au sein
+de Dieu. Pendant tout le temps que dura le sacrifice, la sainte femme
+qui semblait y présider ne cessa de dire le _De profundis_. Celle qui
+allait mourir priait pour les morts. Elle était réservée à périr la
+dernière. Les maîtres de la guillotine ne pouvant la tuer qu'une fois,
+voulurent du moins qu'elle se sentît mourir autant de fois qu'elle
+verrait de victimes immolées sous ses yeux. Quand la vingt-troisième
+vint s'incliner devant elle, elle lui dit: «Courage et foi dans la
+miséricorde de Dieu»; puis elle se lève elle-même pour se tenir prête
+à l'appel de l'exécuteur. Elle monte d'un pas ferme les marches de
+l'échafaud; ici encore le bourreau lui tend la main; mais l'attitude
+de la victime lui fait comprendre qu'elle est assez forte pour y
+monter sans secours, et, regardant le ciel, elle se livre à
+l'exécuteur. Son fichu tombant à terre au moment où on l'attache à la
+planche fatale, laisse apercevoir une médaille d'argent représentant
+une Immaculée Conception de la Vierge, qui était, ainsi qu'une petite
+clef de portefeuille, attachée à son cou par un menu cordon de
+soie[109]. L'aide du bourreau se mettant en devoir de lui enlever ce
+signe de piété, elle lui dit: «Au nom de votre mère, monsieur,
+couvrez-moi.» Ce fut le dernier mot de Madame Élisabeth. Jusqu'alors,
+à aucune exécution on n'avait remarqué autant d'émotion autour de la
+guillotine. Il n'y eut pas de cris de Vive la République! Chacun s'en
+alla triste de son côté. Le témoin oculaire dont je tiens ces détails
+ajouta: «Au moment où j'aperçus la charrette sur laquelle on plaçait
+les cadavres et les têtes des victimes, je suis partie comme le
+vent[110].»
+
+[Note 107: S'il était vrai, comme on l'a prétendu, que Fouquier eût
+_fait la proposition de saigner les condamnés pour affaiblir le
+courage qui les accompagnait jusqu'à la mort_, on serait disposé à
+croire qu'il regretta que l'application de cette atroce mesure n'ait
+pu être faite à la fournée du 10 mai 1794.
+
+«Le fait de cette proposition, dit M. Berriat-Saint-Prix, ne figure
+pas dans le compte rendu de Donzelot, mais il n'en est pas moins
+prouvé à mes yeux, et voici mes raisons:--Les questions résolues
+affirmativement par le jury embrassaient vingt-neuf faits distincts, y
+compris celui-là[107-A]; sur ce nombre, vingt-sept se retrouvent dans
+le compte rendu, lequel s'arrête à l'audience du 2 floréal. Il est
+permis de supposer que la proposition de _la saignée_ fut établie sur
+les neuf audiences suivantes, omises par Donzelot. On ne comprend pas,
+en effet, comment le jury aurait sans preuve déclaré constant ce fait
+si étrange, alors qu'il ne constatait les vingt-sept autres que sur
+d'évidentes démonstrations.»
+
+(_La Justice révolutionnaire à Paris_, Cosse et Marchal, place
+Dauphine, 1861.)]
+
+[Note 107-A: Jugement rendu contre Fouquier, in-4º, page 1 à 5.
+Bibliothèque du Louvre.]
+
+[Note 108: Son mari. A. E. F. G. Crussol d'Amboise, âgé de
+soixante-sept ans, ex-membre de l'Assemblée constituante, né à
+Aurillac, département du Cantal, domicilié à Paris, fut condamné à
+mort comme conspirateur, le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), par
+le tribunal révolutionnaire de Paris.]
+
+[Note 109: Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal
+révolutionnaire, à la date du 22 floréal.
+
+«Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens
+criminels, lequel a déposé un médaillon en verre à cercles d'or
+renfermant un crucifix de même métal;
+
+»Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de France
+et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe, et le dernier
+une tête d'homme;
+
+»Une chaîne de col en or, à laquelle est attaché un coeur renfermant
+des cheveux et une petite croix d'or;
+
+»Une médaille d'argent représentant une Immaculée Conception de la
+ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille qu'il déclare
+appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et qu'il a trouvée sur
+elle en la conduisant au supplice, et a signé avec moi greffier
+soussigné.
+
+ »DESMOREST, WOLFF.»
+
+Cette déclaration du commis de l'exécuteur est précédée (sur le
+registre des dépôts faits au greffe du tribunal révolutionnaire) de la
+déclaration faite par le concierge de la maison d'arrêt de la
+Conciergerie des objets de garde-robe ou autres appartenant à
+_Élisabeth Capet et à ses complices_. Voir aux Documents, nº VII.]
+
+[Note 110: Le témoin dont il est ici question est madame Marie
+Valienne, femme Hervé, puis femme Baudoin, concierge de l'hospice
+Devillas, rue du Regard.]
+
+[Illustration: Procès-verbal d'exécution de mort.
+
+L'an {quatre} de la République Française, le {vingt un floréal} à la
+requête du citoyen Accusateur-public près le Tribunal Révolutionnaire,
+établi au Palais, à Paris, par la loi du 10 mars 1793, sans aucun
+recours au Tribunal de cassation, lequel fait élection au Greffe dudit
+Tribunal séant au Palais; je me suis {......} Huissier-audiencier
+audit Tribunal, soussigné, transporté en la maison-de-Justice audit
+Tribunal, pour l'exécution du Jugement rendu par le Tribunal
+{Cejourd'huy} contre {Marie Élizabeth Capet} qui {la} condamne à la
+peine de mort, pour les causes énoncées audit jugement, et de suite je
+l'{ai} remis{e} à l'exécuteur des jugemens criminels, et à la
+Gendarmerie qui {l'ont} conduit sur la place de {la révolution} où,
+sur un échaffaud dressé sur ladite place, {laquelle a}, en notre
+présence, subi la peine de mort; et de tout ce que dessus, ai fait et
+rédigé le présent procès-verbal, pour servir et valoir ce que de
+raison, dont acte.
+
+{signature}
+
+Enregistré {gratis}, à Paris, le {23 floréal} l'an {quatre} de la
+République une et indivisible.
+
+{signature}]
+
+«Toutes les relations et tous les mémoires de ce temps s'accordent à
+dire qu'à l'instant où Madame Élisabeth reçut le coup mortel, une
+odeur de rose se répandit sur toute la place Louis XV[111].»
+
+[Note 111: _Mémoires de madame de Genlis_. Paris, Ladvocat, 1825, t.
+VI, p. 117.
+
+Madame de Genlis ajoute en note: «On voit dans la _Vie des saints_ que
+ce miracle d'une odeur suave se répandant tout à coup est arrivé plus
+d'une fois au moment de la mort de saints personnages.»
+
+On trouve dans l'ouvrage de Görres intitulé: _la Mystique divine_, le
+récit d'une multitude de phénomènes identiques. En voici un extrait:
+
+«Lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il est en odeur de sainteté, cette
+expression n'est pas seulement une figure, mais elle est fondée sur
+l'expérience. La chambre de la bienheureuse Liduine était, au
+témoignage de Thomas à Kempis, remplie d'un parfum délicieux
+qu'exhalait sa personne, et qui faisait croire à tous ceux qui
+entraient qu'elle avait sur elle quelque aromate.
+
+»Lorsque saint Ménard fut assassiné dans sa solitude, il sortit de son
+cadavre une odeur très-agréable qui se répandit jusque dans la forêt
+environnante. Le corps de saint Dominique exhalait une odeur
+semblable, et elle s'attacha pour longtemps aux mains de ceux qui
+l'avaient enseveli. Après la mort de saint Gandolphe, son corps
+répandit aussi un doux parfum qui remplit la maison pendant quinze
+jours. Ce même phénomène se reproduisit chez le frère Robert, de
+Naples, chez Jeanne de la Croix, chez François de Sainte-Marie et chez
+François de la Conception, quoique tous fussent morts de maladies qui
+ont coutume d'être accompagnées de mauvaises odeurs. Il faut que ce
+parfum de sainteté soit bien pénétrant, puisque les actes de saint
+Trévère rapportent qu'on le sentait à un mille à la ronde lorsqu'on
+ouvrit son tombeau.» (_La Mystique divine, naturelle et diabolique_,
+par GÖRRES, ouvrage traduit de l'allemand par C. Sainte-Foi;
+Poussielgue-Rusand. Paris, 1854. Tome I, chap. IV, p. 292 et 295.)]
+
+A deux pas de la guillotine stationnait une charrette[112] attelée de
+deux chevaux, et contenant deux grands paniers destinés à recevoir
+l'un les corps, l'autre les têtes des suppliciés. L'horreur
+qu'éprouveront ceux qui liront ces détails, je l'éprouve avant eux en
+les écrivant. Lorsque les bourreaux eurent jeté au panier la
+vingt-quatrième tête, qui était celle de Madame Élisabeth, ils
+étendirent son corps, couvert de ses vêtements, sur le monceau de
+cadavres entassés dans l'autre panier; il s'ensuivit que ses vêtements
+étaient à peine ensanglantés, tandis que ceux placés au fond du panier
+semblaient avoir été baignés dans le sang.
+
+[Note 112: Les charrettes qui devaient transporter les condamnés à
+l'échafaud étaient commandées d'avance en nombre suffisant; les places
+des victimes étaient comptées; ces charrettes arrivaient à la porte de
+la Conciergerie vers dix heures du matin, midi au plus tard. Plusieurs
+fois l'audience de la salle de l'_Égalité_ (aujourd'hui la chambre
+civile de la Cour de cassation) ayant été terminée par la condamnation
+de cinq ou six accusés seulement, Fouquier fit ajouter au bas de
+l'ordre pour l'exécuteur, que lui présentait à signer le greffier:
+«L'exécuteur fera amener six ou sept charrettes», ce qui annonçait
+l'espoir que les accusés alors en jugement dans la salle de la
+_Liberté_, au nombre de trente, plus ou moins, seraient également
+condamnés. (Note empruntée au livre de M. Berriat Saint-Prix, _la
+Justice révolutionnaire_.)]
+
+[Illustration: PLAN DU CIMETIÈRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE
+CLOS DU CHRIST.
+
+ PLAN DU CIMETIÈRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE CLOS DU CHRIST.
+
+ A. Rue des Errancis, prolongement de la rue du Rocher.
+ B. Maison du Christ.
+ C. Porte condamnée.
+ D. Porte cochère.
+ E. Porte de la cour au jardin.
+ F. Porte cochère par où entraient les charrettes.
+ G. Endroit où l'on croyait que les restes de Madame Élisabeth
+ étaient enfouis.
+ H. Fosse commune où reposent les victimes du 10 mai 1794.
+ I. Petite porte communiquant du jardin dans le clos du Christ.
+ K. Lieu où M. Viger de Jolival supposait que le duc d'Orléans était
+ inhumé.
+ L. et M. Grande fosse commune où ont été ensevelies les victimes
+ de la réaction thermidorienne.
+ N. Cour.
+ O. Jardin.
+ P. Parc de Monceaux.
+ Q. Maison de l'octroi.
+ R. Chemin de la barrière de Monceaux à celle de Clichy.
+ S. Barrière de Monceaux.]
+
+La charrette se met en marche, escortée par la gendarmerie. La foule
+s'ouvre devant elle. Quelques cris de _Vive la République!_ poussés au
+départ par un reste d'agents de la police municipale, s'éteignent
+bientôt. Le convoi marchant lentement, suit les rues des
+Champs-Élysées, de la Madeleine, de l'Arcade, de la Pologne,
+Saint-Lazare et du Rocher. Le peuple s'arrête pour le voir passer: de
+rares fenêtres légèrement entr'ouvertes laissent apercevoir le front
+de quelques personnes muettes et immobiles, peut-être agenouillées. Le
+cortége gravit très-lentement la rue du Rocher, et s'arrête un instant
+(sans doute pour laisser souffler les chevaux) à l'endroit où finit la
+montée et où cette voie quittait, à cette époque, le nom de rue du
+Rocher pour prendre celui de rue des Errancis, rue n'existant alors
+qu'au tracé et conduisant à la barrière de Monceaux. A cent pas en
+deçà de cette barrière, le convoi passe entre la seule maison qui
+s'élevait sur cette route et un tas de pierres qui lui faisait face à
+droite, servant naguère de piédestal à un calvaire abattu par la
+révolution. Il arrive à la barrière, il la franchit; puis, prenant à
+gauche, il tourne le dos au pavillon de l'octroi, et fait halte devant
+une porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte de la ville et
+marqué par la lettre F dans le plan que nous mettons ici sous les yeux
+du lecteur. Cette porte s'ouvre, et la charrette entre dans un enclos
+qui, depuis deux mois environ, servait de cimetière aux suppliciés du
+tribunal révolutionnaire. Le cimetière de la Madeleine, doublement
+peuplé par la faux naturelle de la mort et par le couperet de la
+guillotine, n'avait plus de terre pour recouvrir les os des
+trépassés. Il y avait longtemps d'ailleurs que les habitants du
+quartier s'étaient plaints des miasmes fétides qui s'exhalaient de ce
+cimetière[113].
+
+[Note 113: Déjà, à l'époque des grandes chaleurs de l'été précédent,
+les habitants du quartier de la Madeleine avaient exprimé des plaintes
+à ce sujet. Un citoyen du quartier du Roule, dans la séance de sa
+section, le 17 juillet 1793, avait proposé d'adresser à cet égard une
+réclamation au conseil de la Commune. Les exigences hygiéniques
+avaient enfin déterminé l'ouverture d'un nouveau cimetière.
+
+«_Séance de la section du Roule du 17 juillet 1793._
+
+»Un membre monte à la tribune, et lit un mémoire signé d'un grand
+nombre de citoyens, tendant à inviter la Commune à donner un autre
+emplacement au cimetière de la paroisse de la Madeleine, dont l'odeur
+cadavéreuse et putréfiante, y est-il dit, devient insupportable aux
+citoyens qui l'avoisinent, et dangereuse à la ville de Paris.
+
+»La section arrête que cette demande sera transmise à la Commune.»
+
+«_Séance du 18._
+
+»À propos de la lecture du procès-verbal, un membre fait observer que
+l'arrêté pris dans la séance précédente est dangereux, impolitique et
+capable d'accréditer les bruits faux que les ennemis du bien public
+font courir en disant que la peste règne dans Paris.
+
+»L'assemblée, considérant qu'il n'est rien que la malveillance
+n'emploie pour éloigner les bons citoyens de Paris, rapporte son
+arrêté.»]
+
+Dès que la charrette est entrée dans le nouvel enclos, la porte se
+referme immédiatement: gendarmes et curieux se retirent; deux
+charretiers et un commissaire de police accompagnent seuls la voiture.
+
+Ce terrain, qui, comme on le voit, s'élargissait en s'étendant vers le
+parc de Monceaux avec lequel il était contigu, était naguère consacré
+à la culture: une moitié était encore en plates-bandes, et l'autre
+conservait la trace de sillons interrompus çà et là par des tranchées
+ouvertes et dont quelques-unes avaient été remplies dans les jours
+précédents, ainsi que l'attestait la terre tout récemment remuée et
+fort mal nivelée en certains endroits, car on était pressé, et le
+triangle de la guillotine allait plus vite que la pioche du
+fossoyeur. Ce champ de repos avait été inauguré le 4 germinal an II
+(24 mars 1794) par cette fournée de victimes que Robespierre et
+Danton, malgré leur antipathie mutuelle, avaient d'un commun accord
+marquées pour l'échafaud, le jour où ils s'étaient aperçus qu'Hébert
+et ses partisans cherchaient à élever la puissance de la Commune
+au-dessus de celle de la Convention[114].
+
+[Note 114: Le lecteur trouvera à la fin de l'Appendice les listes des
+fournées de victimes qui ont précédé, accompagné ou suivi dans
+l'enclos du Christ la dépouille de Madame Élisabeth.]
+
+Danton n'avait pas tardé à rejoindre dans ce lieu les adversaires
+qu'il y avait envoyés, et son cadavre y avait été apporté avec ceux
+des quatorze compagnons de mort que Robespierre lui avait donnés.
+
+Huit jours après, une large tranchée y avait reçu encore une bande de
+vingt et un suppliciés pour lesquels on avait inventé un nouveau
+crime, la _conspiration des prisons_, conspiration dans laquelle
+Chaumette se trouvait être le complice d'Arthur Dillon et de la jeune
+veuve de Camille Desmoulins; puis neuf jours à peine étaient écoulés,
+et de la guillotine était arrivée encore en cet enclos une nouvelle
+colonie funèbre, à la tête de laquelle figurait le vertueux
+Malesherbes, appuyé sur deux générations de ses enfants.
+
+Et maintenant voici que sous cette terre où sont déjà ensevelis
+quelques-uns des juges de son frère, la fille des Rois Très-Chrétiens
+vient dormir son dernier sommeil avec sa nombreuse escorte de martyrs.
+Au bord de la fosse indiquée dans le plan par la lettre H, la
+charrette s'arrête. Cette fosse, d'après les appréciations du
+fossoyeur dont nous aurons occasion de parler plus loin, a été creusée
+sur une largeur de douze à quinze pieds et autant de longueur, à
+quelques pas du petit mur qui sépare l'enclos du jardin. On procède au
+déchargement de la voiture sanglante. D'après la déclaration du
+témoin oculaire que nous venons de citer, le corps de Madame
+Élisabeth, reconnu par les charretiers à ses vêtements et à la place
+qu'il occupait sur le sommet de la charrette, est posé le premier ou
+des premiers sur le bord de la fosse, où il est aussitôt mis à nu, car
+les barbares de ce temps-là ne respectaient ni la vie ni la mort.
+
+Tous les corps sont successivement dépouillés de leurs habits avant
+d'être précipités dans la fosse. Un registre est tenu de ces effets
+divers, qui doivent être ensuite remis à l'Hôtel-Dieu. De temps à
+autre les fossoyeurs descendent dans la fosse pour ranger les
+cadavres, afin qu'ils n'y soient pas trop entassés: ils placent
+alternativement un corps, le tronc tourné du côté du mur, et un autre,
+le tronc vers le milieu de la fosse; il y avait par conséquent, dans
+sa largeur, deux rangs de corps par couche horizontale. Afin de
+ménager l'emplacement, on étend sur ce premier rang horizontal
+d'autres couches de cadavres, placés comme les premiers, c'est-à-dire
+le haut du corps et les pieds en sens opposés; chaque couche de corps
+est recouverte d'environ six pouces de terre, et les fosses sont
+recouvertes d'environ trois pieds de terre dans la partie supérieure.
+Le corps de Madame Élisabeth, toujours d'après le témoignage du
+fossoyeur, doit être couché sur le ventre, dans le fond de la fosse,
+du côté le plus rapproché du mur.
+
+Les têtes ayant été placées indistinctement dans les vides, le
+fossoyeur n'a pu indiquer où pouvait être enfouie celle de Madame
+Élisabeth. On verra dans l'Appendice que nous donnons à la fin du
+volume, avant les Pièces justificatives, la correspondance à laquelle
+ont donné lieu les recherches qui ont été faites en 1817 pour
+retrouver les dépouilles de Madame Élisabeth: ces pièces
+administratives peuvent seules donner une idée des horribles détails
+d'une telle inhumation.
+
+La nouvelle du meurtre de Madame Élisabeth avait ému l'Europe; mais
+chez aucun peuple, dans aucune famille, la douleur n'avait été plus
+profonde qu'à la cour de Turin. Le prince et la princesse de Piémont
+espéraient que le meurtre du Roi et de la Reine de France avait
+assouvi la colère de la révolution, et malgré les épouvantes
+qu'inspirait la tyrannie de la démagogie, ils s'étaient persuadé que
+Madame Élisabeth n'en serait pas victime. S'il était en France une
+personne que l'affection de Clotilde distinguât de toutes les autres,
+c'était assurément sa soeur, sa première amie, qu'elle avait élevée
+par l'exemple autant que madame de Mackau par les conseils. Les
+souvenirs de l'enfance, la communauté de la foi, les déceptions de la
+vie, les terreurs et les deuils des dernières années, tout avait
+concouru à resserrer pour elles les liens du sang, et à les attacher
+plus étroitement l'une à l'autre.
+
+Le prince de Piémont fut instruit avant sa femme du meurtre de Madame
+Élisabeth. Ce prince, qui partageait la piété et tous les sentiments
+de famille de sa compagne, se présente devant elle, le front incliné,
+les yeux humides et le crucifix à la main, et lui dit ces simples
+paroles: «Il faut faire un grand sacrifice.»
+
+Clotilde avait compris. Les déchirements de son coeur lui avaient dit
+que sa soeur n'était plus.
+
+«Clotilde triomphant aussitôt d'elle-même, rapporte l'historien de sa
+vie[115], éleva ses yeux vers le ciel, et adorant Dieu et ses
+incompréhensibles décrets, répondit sans différer, avec une présence
+d'esprit admirable: «Le sacrifice en est fait.» Il est vrai qu'elle
+eut à peine prononcé ces édifiantes paroles qu'elle s'évanouit, et cet
+évanouissement, dont elle ne fut pas la maîtresse, nous paraît être
+une nouvelle preuve de sa force et de sa vertu, puisqu'en attestant sa
+sensibilité, il attestait aussi la violence qu'elle avait dû se faire
+pour étouffer la voix du sang et les plaintes de la nature. Au reste,
+revenue à elle, elle reprit son premier calme, et quelques moments
+après, appelée comme à l'ordinaire pour se mettre à table avec la
+famille royale, elle y alla avec courage et maîtrisa son trouble,
+cacha sous son front serein la tristesse dont elle était pénétrée.
+Tous ceux qui étaient présents en furent attendris et édifiés.
+
+[Note 115: LUDOVICO BOTTIGLIA. Traduction de J. B. Idt, professeur au
+collége royal de Lyon. Lyon et Paris, in-8º, p. 79 à 82.]
+
+»Une procession publique de pénitence avait déjà été annoncée pour ce
+jour-là: on voulait la renvoyer, ou du moins empêcher la princesse d'y
+assister; mais elle ne céda rien, et persista à vouloir la suivre avec
+les autres. La douleur de son âme était peinte sur son visage, et elle
+n'en poursuivait pas moins son chemin avec le plus profond
+recueillement. Ceux qui la voyaient passer pleuraient de tendresse et
+de compassion, tandis que n'accordant rien à l'humanité, elle ne
+versait pas une larme, elle n'interrompait point ses prières. Une de
+ses femmes de chambre marchait derrière elle pour être plus à portée
+de la secourir si elle se trouvait incommodée, comme on avait lieu de
+le craindre; mais elle eut la force de faire toutes les stations, et
+arrivée à l'église des Pères Philippins, elle leur annonça elle-même
+la fin déplorable de sa soeur, et d'un oeil sec, leur demanda pour
+elle l'assistance de leurs prières.
+
+»Il est cependant un degré au-dessus duquel ne put s'élever la vertu:
+Clotilde avait combattu et triomphé; mais ce combat intérieur avait
+été si violent, il lui en avait tant coûté pour remporter la victoire,
+que le tour de la procession terminé, elle se trouva dans un
+épuisement total; ses pieds ne pouvaient plus la soutenir, et, rentrée
+dans son appartement, elle fut obligée de se mettre au lit.
+
+»Dès ce moment elle ne parla plus de Madame Élisabeth que pour
+rappeler les belles qualités dont elle était ornée et faire l'éloge de
+ses vertus. Elle garda aussi sur ses bourreaux un silence profond,
+voyant dans ce tragique événement un de ces coups que la Providence
+divine frappe quelquefois pour purifier les âmes; et étant d'ailleurs
+persuadée que l'esprit humain ne peut sonder les décrets éternels, et
+que souvent ce qui nous fait le plus de peine est précisément ce qui
+doit le plus contribuer à notre bien spirituel. Elle voulut avoir une
+copie de la prière que l'illustre victime avait composée elle-même,
+récitée tous les jours de sa longue captivité, et répétée encore au
+pied de l'horrible échafaud[116].»
+
+[Note 116: L'année 1796 devait la soumettre à de nouvelles épreuves.
+La mort du roi Victor-Amédée appelait son époux au trône de Sardaigne,
+ébranlé depuis quatre ans par la révolution française. La nouvelle
+reine se servit de son autorité pour honorer la religion, protéger les
+arts et soulager les pauvres. Elle ne jouit guère que deux ans de
+cette consolation. Le 6 décembre 1798, le Directoire déclara la guerre
+à Charles-Emmanuel IV, et le força de quitter Turin. La Reine le
+suivit en Toscane, et s'embarqua avec lui à Livourne. Arrivés en
+Sardaigne, ils y passèrent sept mois. Ayant un moment espéré que
+quelques avantages remportés par les Russes pourraient leur ouvrir la
+route de leurs États, ils revinrent sur le continent: la fortune se
+tourna de nouveau contre eux, et les réduisit à changer souvent de
+séjour. Ils habitèrent tour à tour Florence, Rome et Naples. Dans ces
+différentes demeures, les habitudes de la Reine restaient les mêmes:
+elle prodiguait à son mari, souffrant fort souvent d'une névralgie,
+les soins les plus assidus comme les plus affectueux; et le temps
+qu'elle avait de libre après l'accomplissement de ses devoirs, elle le
+consacrait aux pratiques de la religion, au soulagement de la
+souffrance et de la misère, auxquelles elle donnait elle-même
+l'exemple de la douceur, de la patience et de l'humilité.
+
+Ayant appris que le souverain Pontife avait été enlevé de Rome, et se
+trouvait momentanément dans la Chartreuse, près de Florence, le Roi et
+la Reine de Sardaigne, ainsi que le grand-duc de Toscane,
+s'empressèrent de l'aller visiter. On imagine mieux qu'on ne le décrit
+ce que dut avoir de touchant une telle entrevue, dans une circonstance
+qui réunissait des exemples si éclatants de la fragilité des grandeurs
+humaines. En s'inclinant devant le chef suprême de l'Église,
+Charles-Emmanuel lui dit: «J'oublie dans des moments si doux toutes
+mes disgrâces; je ne regrette point le trône que j'ai perdu: je
+retrouve tout à vos pieds.--Hélas! cher Prince, répondit le
+Saint-Père, tout n'est que vanité; nous en sommes, vous et moi, la
+triste preuve. Portons nos regards vers le ciel, c'est là que nous
+attendent des trônes qui ne périront jamais.» Le Roi et la Reine, qui
+se disposaient à retourner en Sardaigne, pressaient le saint vieillard
+de les accompagner. «Venez, venez avec nous, Saint-Père, disait la
+soeur de Madame Élisabeth, nous nous consolerons ensemble: vous
+trouverez dans vos enfants tous les soins respectueux que mérite un si
+tendre père.--Je ne puis accepter vos offres généreuses, répondit le
+Pape, mon grand âge ne le permet pas, mes infirmités le refusent, et
+la crainte d'éveiller le soupçon de nos ennemis le défend.» Leurs
+adieux furent déchirants: c'était la séparation d'amis qui ne doivent
+plus se revoir.
+
+Marie-Clotilde mourut à Naples le 7 mars 1802. Dans tous les lieux
+qu'elle avait habités, la réputation de sa sainteté s'était répandue.
+Le pape Pie VII, qui avait été témoin de ses vertus, la déclara
+vénérable par un décret du 10 avril 1808.]
+
+La fatale nouvelle circulait et faisait partout couler bien des
+larmes, mais nulle part peut-être plus qu'au château de Wartegg, près
+de Rohrschak, dans le canton de Saint-Gall en Suisse[117], où vivait
+retirée la famille de Bombelles. Sans être parfaitement rassurée sur
+le sort de la princesse, elle s'était attachée avec ardeur à cette
+pensée que la perversité humaine s'arrêterait devant un crime
+non-seulement si odieux, mais si inutile.
+
+[Note 117: Le prince Béda, abbé de Saint-Gall, était propriétaire du
+château de Wartegg.
+
+Il avait donné à bail ce manoir à la famille de la Tour-Valsassina,
+qui, au moment de l'émigration française, le loua au marquis de
+Bombelles.
+
+Dans son journal manuscrit, conservé aux archives de Saint-Gall, t.
+284, nous voyons que la famille de Bombelles était installée à Wartegg
+en décembre 1791, et que le 4 janvier 1792 M. de Bombelles vint avec
+toute sa famille à Saint-Gall faire visite au prince abbé et dîner
+avec lui.]
+
+Le journal qui en contient le récit arrive un matin au château, et à
+l'instant le meurtre est su de tout le monde. Madame de Bombelles
+seule, qui est encore au lit, ne le sait pas. Un domestique entre dans
+son appartement; ses larmes et le nom de Madame Élisabeth qu'il
+prononce ont tout fait comprendre. Madame de Bombelles jette un cri et
+tombe sur son oreiller, sans mouvement et sans vie. Son mari accourt,
+l'environne de soins; elle respire et fait un effort pour se relever,
+mais le choc terrible que lui a imprimé la fatale nouvelle a pour
+ainsi dire faussé chez elle les ressorts de la nature, et un rire
+effrayant éclate sur ses lèvres plissées et tordues par la douleur. A
+l'aspect de cet accès de démence, une sorte d'intuition venue du coeur
+inspire à M. de Bombelles le seul moyen peut-être qui pût rappeler la
+nature à elle-même. «Ses enfants! s'écrie-t-il, vite ses
+enfants!»--Ses enfants, qui savent déjà que le bourreau vient de leur
+prendre une mère, accourent et se précipitent sur le lit de celle
+qu'ils sont menacés de perdre encore. Leur effroi, leurs cris, leurs
+larmes, le nom d'Élisabeth prononcé au milieu des sanglots, cette
+scène déchirante où la tendresse et le désespoir mêlent et confondent
+leurs plus douces émotions et leurs plus terribles angoisses,
+finissent par ramener madame de Bombelles au sentiment vrai de son
+inconsolable douleur.
+
+Le château de Wartegg prit le deuil: père, mère, enfants, ne pouvaient
+se regarder sans verser des larmes; le souvenir de Madame Élisabeth
+devint l'entretien incessant de cette famille éplorée. Privée de sa
+fortune par la révolution, elle vivait à l'étranger des libéralités de
+la maison royale de Naples, que le malheur força bientôt à se réduire
+elle-même. Les événements qui suivirent obligèrent madame de Bombelles
+à quitter la Suisse. Elle se rendit dans le village de Menowitz, aux
+environs de Brünn, en Moravie, et peu de temps après dans la ville
+même de Brünn. Les années s'écoulèrent sans adoucir ses regrets, la
+mémoire de sa royale amie remplissait toutes ses pensées et inspirait
+toutes ses actions. Elle avait à peine le nécessaire, et elle trouvait
+le moyen d'ouvrir autour d'elle cette source de bonnes oeuvres dont
+Madame Élisabeth lui avait donné le secret. A la suite d'une couche
+malheureuse, elle mourut au mois de septembre 1800, à l'âge de
+trente-huit ans, dans cette ville de Brünn, témoin de ses vertus et de
+sa charité, et où sa mémoire est demeurée en vénération[118].
+
+[Note 118: _Traduction d'un article de la Gazette de Brünn du mercredi
+1er octobre 1800._
+
+«Le vrai mérite est sans ostentation; il n'appartient qu'à la justice
+de l'histoire de lui ériger un autel incorruptible dans le coeur de
+tout homme de bien. La vertu la plus pure, la piété sans hypocrisie,
+la tendresse conjugale et maternelle portée au plus haut degré, le
+courage et la grandeur d'âme dans les plus grands malheurs, la bonté
+du coeur, une bienfaisance sans bornes dans une situation gênée, un
+esprit cultivé, une amitié noble et constante, toutes ces qualités se
+trouvoient réunies dans une femme: toutes ces qualités firent vénérer
+madame de Bombelles, qu'une mort prématurée arracha des bras de six
+orphelins, à la suite d'une couche malheureuse, dans la
+trente-neuvième année de son âge, et conduisit dans un monde où elle
+reçoit la récompense due à ses souffrances et à ses vertus. Tous ceux
+qui l'ont connue, qui l'ont vue grande et élevée dans le malheur, qui
+l'ont admirée sous les titres respectables de mère, d'épouse et
+d'amie, ne pourront refuser des larmes à sa mémoire, et à ses mânes le
+souhait d'une paix sainte et inaltérable.»
+
+_Traduction d'un autre article de la même gazette, du samedi 4 octobre
+1800._
+
+«Les hommes reconnoissants forment, dans le grand tableau du monde, le
+groupe le plus intéressant; car il n'est aucune vertu, si élevée
+qu'elle soit, à laquelle le céleste sentiment de la reconnoissance ne
+mérite de servir de pendant. Nous fûmes témoin, lundi dernier, d'une
+scène des plus touchantes, des plus sublimes, près du cercueil de la
+défunte madame de Bombelles. La gratitude y célébra une fête digne du
+Ciel, et offrit un laurier à la vertu dans le tombeau. Les habitants
+de Menowitz (village non loin de Brünn, où la défunte habita quelque
+temps) apprirent la mort de cette vénérable femme, et plusieurs
+d'entre eux se hâtèrent d'arriver à la ville et dans la maison du
+deuil. C'étoit le jour des funérailles, et le cercueil étoit déjà
+fermé. Les bonnes gens en demandèrent l'ouverture avec des cris
+déchirants, pour voir encore une fois leur bienfaitrice, leur mère,
+pour baiser encore une fois ses froides mains. Le cercueil fut ouvert;
+et ces créatures reconnoissantes, pâles et plongées dans une douleur
+muette, les yeux baignés de larmes, entourèrent le corps de leur
+bienfaitrice. Ce spectacle étoit digne de compassion, et en même temps
+de l'enthousiasme des âmes sensibles qui savent apprécier le mérite de
+la vertu. Enfin ce chagrin muet éclata en plaintes amères: alors sa
+main glacée fut couverte de baisers brûlants; alors les vêtements de
+la défunte furent arrosés des larmes du sentiment, de ces larmes que
+tous les trésors de la terre ne peuvent acheter sans la vertu, dont
+elles sont le prix. Chacun de ces hommes reconnoissants essaya de
+peindre aux assistants, avec tout le feu renfermé dans ses veines, les
+bienfaits qu'il en avoit reçus: «_Au lit de ma femme malade, elle
+veilloit jour et nuit.--Elle ferma les yeux de ma mère.--Elle me donna
+des drogues de sa propre main et me soigna.--Elle pansa mes plaies, et
+me mit en état de soutenir mes vieux parents._» Ainsi s'écrioient
+ensemble ces coeurs nobles et sensibles; et ils adressoient leurs
+voeux au Ciel pour qu'il accordât la paix éternelle à sa belle âme,
+pour prix de tant de bienfaits. Que sont toutes les louange achetées
+avec de l'or auprès d'un tel éloge funèbre! Oh! celui qui, au récit de
+pareilles scènes, n'aimeroit pas la vertu, n'ouvriroit pas son coeur
+aux malheureux, qui ne répandroit pas des trésors, souvent mal acquis,
+dans le sein des infortunés; celui qui ne cesseroit pas de poursuivre
+la vertu, d'opprimer le mérite, qu'il descende un jour au tombeau sans
+être aimé, sans être pleuré! c'est la plus grande punition, et dont
+il sentira, dans un autre monde seulement, toute l'étendue.»]
+
+On comprend la profonde affliction que durent ressentir les autres
+amies de Madame Élisabeth, et en particulier madame de Raigecourt et
+madame des Montiers. Madame de Raigecourt, qui crut devoir envoyer ses
+respectueuses condoléances à Madame Royale, sortie sept mois après de
+la prison du Temple, reçut d'elle la lettre suivante, datée de Vienne:
+
+ «12 mars 1796.
+
+ »Madame, votre visage ni votre nom assurément ne me sont
+ inconnus; on a du plaisir à se rappeler les personnes fidèles, et
+ vous êtes du nombre: je sais bien l'attachement que vous aviez
+ pour ma vertueuse tante Élisabeth; elle vous aimait beaucoup
+ aussi, et m'a souvent parlé de vous et du chagrin qu'elle avait
+ d'être séparée de vous. Je vous remercie de la joie que vous
+ témoignez de ma délivrance, c'est un miracle que le ciel
+ réservait à l'Empereur, et dont je serai toujours reconnaissante.
+ Je sais que vous n'êtes sortie que par l'ordre de ma tante; je
+ partage tous les tourments que vous avez soufferts, et assurément
+ je prendrai toujours le plus grand intérêt à tout ce qui vous
+ arrive comme à l'amie de ma chère tante Élisabeth. Vous me dites
+ que vous avez un de ses portraits bien ressemblant; je voudrais
+ que vous me le fissiez passer; je vous promets de vous le rendre;
+ je vous prie de l'envoyer sûrement à l'évêque de Nancy, qui est
+ chargé de mes affaires ici.
+
+ »MARIE-THÉRÈSE de France.»
+
+ * * * * *
+
+De son côté madame des Montiers avait écrit au comte de Provence pour
+lui exprimer la part bien vive qu'elle prenait à ses douleurs
+fraternelles. Le prince lui répondit de sa main:
+
+ «A Vérone, ce 30 mai 1794.
+
+«Si je puis éprouver, Madame, quelque consolation dans ma juste et
+profonde douleur, c'est en pensant qu'elle est partagée par les
+personnes qui veulent bien avoir quelque bonté pour moi. Personne ne
+sait mieux que moi combien ma pauvre soeur avoit d'amitié pour vous,
+ni combien vous l'aimiez, et je juge de votre douleur par celle que je
+ressens moi-même. Puisse l'attachement aussi pur qu'invariable que
+vous me connoissez pour vous, vous être de quelque consolation! Soyez
+au moins bien persuadée que c'en sera une pour moi, dans des temps
+plus heureux, de faire tous mes efforts pour vous adoucir la cruelle
+et irréparable perte que nous venons de faire.
+
+»Adieu, Madame, recevez avec votre bonté ordinaire l'assurance des
+tendres et respectueux sentiments que je vous ai voués, et qui
+dureront autant que ma vie.
+
+ »LOUIS-STANISLAS-XAVIER.»
+
+ * * * * *
+
+Les regrets exprimés ici par un frère de Madame Élisabeth ne font pas
+oublier ceux que les plus humbles serviteurs de cette princesse lui
+conservèrent jusqu'à leurs derniers jours. Jacques et Marie n'avaient
+cessé, tant qu'ils l'avaient pu, d'être fidèles à l'ordre établi à
+Montreuil par leur royale maîtresse; mais, après le 10 août, la
+famille royale ayant été conduite au Temple, la Commune
+révolutionnaire de Versailles ne tarda point à s'emparer de cette
+demeure de Montreuil que les pauvres avaient pris coutume de regarder
+comme la maison nourricière de leurs enfants. Jacques et Marie, qui
+savaient peu dissimuler leurs sentiments et dont l'origine helvétique
+était un crime aux yeux des révolutionnaires, furent arrêtés et mis en
+prison, où ils furent longtemps oubliés. Ils en sortirent au mois de
+ventôse an II, et sollicitèrent la bienfaisance des directeurs du
+district de Versailles[119]. Leur extrême misère éveilla la pitié des
+magistrats de ce temps, qui déclarèrent que leur détention avait été
+une injustice et qu'ils avaient droit à des indemnités. Malgré nos
+persévérantes recherches, il nous a été impossible de trouver la
+preuve qu'un secours quelconque leur ait été accordé, et nous ne
+pouvons dire comment ils parvinrent à traverser la France et à
+regagner, avec leur enfant, l'heureuse contrée où ils avaient échangé
+leurs premières paroles d'amour. L'honneur d'avoir appartenu à Madame
+Élisabeth les environna de l'estime et de l'intérêt de tous les
+habitants de Bulle. La révolution, qu'ils avaient cru fuir, vint les
+trouver dans leur pays natal[120]; mais leur union tranquille n'en fut
+pas troublée. Jacques et Marie ne cessèrent point de pleurer leur
+bienfaitrice, sur laquelle chaque jour on se plaisait à les
+interroger. Ils apprirent à leurs enfants à prier pour elle et à bénir
+sa mémoire. Dieu ne voulut pas que ces deux êtres, qui avaient tant
+souffert ici-bas de leur première séparation, fussent séparés
+longtemps dans un monde meilleur. Marie mourut la première; elle
+mourut le 5 janvier 1835[121]; Jacques alla la rejoindre le 2
+septembre de l'année suivante[122].
+
+[Note 119: «_Liste civile._--Bosson et sa femme, ci-devant attachés au
+service d'Élisabeth Capet, réclament de la justice des magistrats
+administrateurs du directoire du district les six derniers mois 1793
+de leurs gages, et jusqu'à l'évacuation de leur logement, pour
+laquelle ils ont obéis à l'instant même que les ordres leur a été
+signifiés, au lieu qu'ils occupoient en la maison du Grand-Montreuil.
+
+»Ils sont sans place et sans pain;--se recommandent à votre
+bienfaisance.
+
+ »BOSSON.»
+
+«Soit communiqué au directeur de l'agence nationale de
+l'enregistrement et des domaines, pour donner des renseignements et
+son avis le plus promptement possible, attendu l'extrême misère où les
+requérants ont été réduits par l'effet d'une détention non méritée.
+Fait au district de Versailles, le trois germinal, l'an second de la
+République.
+
+ «GAUTHIER. MACÉ BAIGNEUX.»
+
+«_Avis du directeur de l'agence nationale de l'enregistrement._--Vû la
+pétition du citoyen Bosson et de sa femme, tendante à obtenir de
+l'administration le payement de leurs gages des six derniers mois de
+1793, comme attachés à la maison du Grand-Montreuil, séquestrée sur
+Élisabeth Capet.
+
+»Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement observe que
+Bosson et sa femme, qui n'ont justifié ny de leur qualité ny de leurs
+droits, étoient l'un vacher et la femme laitière dans la maison
+d'Élisabeth Capet;
+
+»Que les vaches ayant été vendues en octobre 1792, le vacher et la
+laitière sont devenus inutiles; que les dispositions des loix
+concernant les gagistes de la cy devant liste civile sont communes aux
+personnes qui étoient attachées à Élisabeth Capet;
+
+»Qu'ainsi Bosson et sa femme ont dû se regarder comme supprimés à
+compter du 31 décembre 1792; mais qu'ils ont droit aux indemnités ou
+pensions promises par le décret du 27 août 1793, et qu'ils doivent
+être renvoyés devant le citoyen Henry, commissaire-liquidateur de la
+cy-devant liste civile.
+
+»A Versailles, 11 germinal de l'an II de la République françoise, une
+et indivisible.
+
+ »DESCHESNE.»]
+
+[Note 120: Nous en avons trouvé des traces dans le registre des
+archives de la noble bourgeoisie et ville de Bulle:
+
+ «1798.
+
+»Cette année mémorable qui changea la face des affaires en Suisse fut
+précédée par des démonstrations qui furent très-vives dans le pays de
+Vaux déjà dès le commencement du mois de décembre. Le lendemain de la
+foire du mois de janvier 1798 fut le jour où l'arbre de la liberté fut
+arboré sur le Tilleul, à Bulle. Dès lors Bulle se constitua en comité
+central correspondant avec Vevey et Lausanne. Un autre comité central
+s'établit à Grand-Villard, qui correspondit aussi, comme celui de
+Bulle, avec Vevey et Lausanne. Il s'agissait de récupérer les droits
+de l'ancienne patrie de Vaux.
+
+»Parmi les actes de dévouement pour la cause de la liberté, on peut
+citer celui des frères Gex, qui fabriquèrent un canon de bois cerclé
+en fer, et qui figura au camp de Russille, près d'Avry-devant-Pont.
+
+»Les détails de cette révolution se trouveront dans un autre ouvrage.
+L'heure étoit venue où la Suisse devoit aussi avoir son tour, et au 4
+mars les François entrèrent à Fribourg; combat meurtrier à la Singine;
+Berne est prise par Schombourg; les gouvernements aristocratiques
+disparoissent; la Suisse se constitue en une république une et
+indivisible; un directoire, un sénat, un grand conseil, siégent
+d'abord à Arau, ensuite à Lucerne, enfin à Berne, où, après plusieurs
+changements dans ces premières autorités et dans sa forme, le
+gouvernement unitaire fut culbuté par la troupe du général Bachman et
+de son collègue Aufdermour, qui forcèrent le gouvernement unitaire à
+se réfugier à Lausanne, où le général Rapp se trouva et fit connoître
+aux Suisses la volonté de Napoléon, premier consul de France, d'être
+le médiateur de la Suisse. Bachman et sa compagnie mirent bas les
+armes; le gouvernement unitaire fut rétabli à Berne, et une consulte
+fut envoyée à Paris de toute la Suisse, qui en apporta l'acte de
+médiation, qui fut mis en activité par M. le comte Louis d'Affry, en
+sa qualité de premier landamman de la Suisse; avoyer de Fribourg sous
+ce régime, mort d'un coup d'apoplexie, il emporta les regrets de ses
+concitoyens.
+
+»Sous le gouvernement de l'acte de médiation tout comme sous
+l'unitaire, Bulle conserva une préfecture et un tribunal de première
+instance.
+
+ * * * * *
+
+»L'acte de médiation faisoit de Bulle le chef-lieu d'un des cinq
+districts du canton de Fribourg.--Il donna un membre au conseil d'État
+dans la personne de M. Nicolas-André de Castella, dernier banneret de
+Bulle.» (Extrait d'un registre intitulé: _Annalise des Archives de la
+noble bourgeoisie et ville de Bulle_.)]
+
+[Note 121: Voir, aux Pièces justificatives, nº VIII, son acte de
+décès.]
+
+[Note 122: Voir son acte de décès, au nº IX des Pièces
+justificatives.]
+
+Montreuil avait perdu la maison hospitalière où tous les enfants
+étaient assurés de trouver leur nourriture. Le district de Versailles,
+n'ignorant pas le regret et la gêne que causait à tant de familles le
+tarissement de cette source de secours toujours ouverte à leurs
+besoins, crut devoir prendre un arrêté qui convertissait en hospice la
+maison Élisabeth. C'était rendre un hommage involontaire à la bonté de
+cette princesse, qui avait fait de sa demeure le point de mire vers
+lequel se tournaient toutes les souffrances, de sorte qu'on ne faisait
+que continuer ses traditions en la transformant en Hôtel-Dieu. Mais
+cette mesure, fort belle sur le papier, ne reçut aucune exécution;
+l'asile de Montreuil demeura sombre et muet: l'âme de la charité était
+absente.
+
+Dans la maison Élisabeth (c'est ainsi que l'on continuait de
+l'appeler) restèrent installés les anciens serviteurs de la princesse,
+ainsi que les gardiens des scellés que la révolution y avait envoyés.
+
+En vertu d'une loi du 7 messidor an III (jeudi 25 juin 1795), portant
+qu'une horlogerie automatique serait sans délai formée à Versailles,
+Charles Delacroix, représentant du peuple, en mission dans le
+département de Seine-et-Oise, _arrêta, le 29 brumaire an IV_ (20
+novembre 1795), _que la maison dite Élisabeth, l'orangerie et la
+vacherie qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits
+bâtiments, seraient affectés_ à cet établissement, placé sous la
+direction des citoyens Lemaire et Glaesner[123].
+
+[Note 123: Voir Pièces justificatives, nº X.]
+
+Malgré la jouissance gratuite de ces bâtiments et terrains concédés
+pendant quinze ans, la manufacture d'horlogerie, qui devait recevoir
+chaque année cent élèves, ne prospéra point; elle fut supprimée par un
+arrêté du Premier Consul, daté du 17 ventôse an IX[124] (8 mars 1801),
+et mise à la disposition de la régie du domaine national et de
+l'enregistrement.
+
+[Note 124: Voir Pièces justificatives, nº X.]
+
+L'architecte du palais national de Versailles ayant déclaré que la
+maison Élisabeth _étoit tellement endommagée qu'il faudroit employer
+une somme de 25,000 francs pour sa réparation, et la régie, de son
+côté, ayant observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés
+dans cette ville, les locations de ladite maison y seroient difficiles
+et d'un foible produit_, on en conclut qu'il était plus avantageux de
+la vendre dans l'état où elle se trouvait que de la réparer[125].
+Cette proposition fut agréée par l'autorité supérieure; la vente aux
+enchères fut annoncée pour le 27 messidor de l'an X (vendredi 16
+juillet 1802), et la maison Élisabeth, avec ses dépendances, fut
+adjugée _moyennant les prix et somme de 75,900 francs, au citoyen
+Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
+l'Université, nº 269_[126].
+
+[Note 125: Voir Pièces justificatives, nº X.]
+
+[Note 126: Voir Pièces justificatives, nº X.]
+
+Avant son aliénation définitive, la demeure de Madame Élisabeth avait
+été condamnée à la stérilité. Dès le mois d'octobre 1792, ses vaches
+nourricières avaient été vendues; ses belles fleurs, orgueil de ses
+jardins, avaient été enlevées et dispersées[127]. Sa maison, d'abord
+mais inutilement désignée pour devenir un hospice, puis consacrée à
+une institution industrielle, avait subi des dégradations déplorables,
+sans servir à des travaux utiles.
+
+[Note 127: Voir Pièces justificatives, nº XI.]
+
+Un triste et invincible attrait nous ramène à ce cimetière où gisent
+les restes vénérables de Madame Élisabeth, et qui, pendant la période
+révolutionnaire, était plus connu du charretier du bourreau que du
+conducteur des pompes funèbres. Les inhumations des victimes tombées
+sur l'échafaud de la place du 21 janvier s'y succèdent chaque jour.
+Ennuyé de tuer en détail, le tribunal révolutionnaire, le 29 prairial
+an II (17 juin 1794), avait livré à la guillotine, _par amalgame et en
+masse_, selon l'expression de Fouquier-Tinville, cinquante-quatre
+victimes, différentes de rang et d'opinion, et étrangères les unes aux
+autres. Le 10 thermidor envoya dans ce champ funèbre les principaux
+chefs du parti qui venait de succomber, les deux Robespierre,
+Saint-Just, Couthon, Hanriot, Dumas, et ce Simon dont le nom odieux
+est lié à jamais à celui d'un héroïque enfant. Mais cette _fournée_
+n'était que de vingt-deux hommes.
+
+Le lendemain, 11 thermidor, il y eut une fournée bien autrement
+considérable: les vainqueurs avaient eu le loisir de faire des
+désignations nombreuses, et d'atteindre la plupart des membres de la
+Commune qui avaient longtemps prévalu contre la Convention.
+L'exécution de soixante et onze condamnés envoyés à l'échafaud par
+leurs anciens complices forma un lac de sang sur la place où Madame
+Élisabeth avait été frappée.
+
+Il ne faut pas croire que la guillotine chômât après ces satisfactions
+terribles données aux exigences de la réaction: la recomposition du
+tribunal révolutionnaire, la fermeture du club des Jacobins, la
+dépanthéonisation (expression du temps) des restes de Marat, ne
+suffirent point pour apaiser les indignations de la conscience
+publique. Le sang appelle le sang. Parmi les suppliciés, on ne compta
+pas seulement les criminels auteurs de tant de supplices, les Carrier,
+les Fouquier-Tinville, les Lebon: les vainqueurs du 10 thermidor
+n'étaient guère moins pervers que les vaincus. Ce fut ainsi que la
+réaction atteignit souvent l'innocence et la vertu, qui ne
+désapprenaient pas encore le chemin de l'échafaud.
+
+Ce champ de repos où arrivaient concurremment les cercueils fermés par
+une mort naturelle, aussi bien que les cadavres mutilés par le
+bourreau, ne tarda point à se remplir.
+
+Disons aussi qu'à partir du 26 prairial an II (14 juin 1794),
+l'échafaud fut transporté de la place de la Révolution à la porte
+Saint-Antoine; puis, deux jours après, à la barrière du _Trône
+renversé_, où il resta en permanence jusqu'au 9 thermidor.
+
+Deux ans après, par un arrêté de l'administration centrale du
+département de la Seine, le cimetière de Montmartre fut ouvert[128],
+et celui de Monceaux ne servit plus aux sépultures. La grande porte,
+pratiquée dans le mur d'enceinte de Paris et donnant accès dans le
+champ du Christ, demeura fermée. Les orphelins qu'avait faits la
+révolution n'avaient point assisté aux funérailles de leurs pères; ils
+ignoraient même, pour la plupart, le lieu où elle avait enfoui leurs
+restes. Longtemps la stérile curiosité d'un public dominé par la
+terreur s'inquiéta beaucoup plus des prisons que des cimetières,
+beaucoup plus de la guillotine que de la sépulture. La plupart de ceux
+qui avaient connu le champ du Christ en oublièrent la route. Le
+silence se fit à l'entour comme au dedans. Les années s'écoulèrent,
+emportant avec elles les traditions du passé, abattant quelques
+pauvres croix de bois pourries au milieu des grandes herbes et
+effaçant tout vestige de tombes.
+
+[Note 128: Ce cimetière qui porta d'abord la dénomination de _Champ de
+Repos_, fut créé par un arrêté de l'administration centrale du
+département de la Seine, du 8 messidor an VI (26 juin 1798), dans un
+terrain d'un hectare deux mille sept cent trente-six mètres
+cinquante-sept centimètres, situé au-dessus du boulevard de la
+barrière Blanche, cédé à la ville par le citoyen Aymé pour la somme de
+quatre mille huit cents francs. Par cet arrêté, le cimetière Roch fut
+définitivement fermé.
+
+Le _Champ de Repos_ se trouva bientôt trop petit.
+
+Par un décret, daté du camp impérial d'Ebersdorf, du 28 mai 1809, le
+conseiller d'État, préfet du département de la Seine, fut autorisé à
+acquérir, pour cause d'utilité publique, au nom de la ville de Paris,
+un terrain de quinze hectares, situé à l'entrée de la plaine de
+Clichy, pour servir à l'établissement d'un nouveau lieu de sépulture,
+destiné à remplacer le cimetière Montmartre.
+
+Un autre décret impérial, du 13 août 1811, modifiant ce décret,
+ordonna que le cimetière existant au bas de Montmartre serait agrandi
+dans sa partie nord et nord-ouest, et autorisa la ville de Paris à
+faire acquisition de douze hectares de terrain pour l'agrandissement
+du cimetière, en le prolongeant à travers le chemin des Batignolles,
+qui sera déplacé.
+
+Enfin, un arrêté préfectoral du 10 février 1818 fit procéder
+immédiatement au mesurage des douze hectares de terrain dont
+l'acquisition est ordonnée par le décret susrelaté. B.]
+
+[Illustration:
+
+PLAN DE L'ANCIEN CIMETIÈRE DE LA MADELEINE
+
+Converti en jardin par M. Descloseaux, rue d'Anjou Saint-Honoré, nº
+48,
+
+DANS LEQUEL ONT ÉTÉ DÉPOSÉS
+
+LES RESTES DU ROI LOUIS XVI ET DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE.
+
+_Maison et Jardin de M. Descloseaux._
+
+ I. Fosse dans laquelle ont été inhumés, le 6 juin 1770, cent
+ trente-trois corps des personnes qui ont péri sur la place Louis
+ XV, dans la rue Royale ou à la porte Saint-Honoré, à la suite des
+ fêtes célébrées pour le mariage de M. le Dauphin.
+
+ II. Première fosse, située près du mur mitoyen du jardin
+ Descloseaux, dans laquelle ont été mis les corps de quatre
+ prêtres et d'environ cinq cents Suisses, tués aux Tuileries le 10
+ août 1792.
+
+ III. Deuxième fosse, dans laquelle ont été enterrés cinq cents
+ autres Suisses, également tués aux Tuileries le 10 août 1792.
+
+ IV. Tombeau de Louis XVI, inhumé le 21 janvier 1793, à dix heures
+ et demie du matin. On fit une fosse de huit pieds de profondeur,
+ dans laquelle on mit beaucoup de chaux. Le 16 octobre de la même
+ année, le corps de la Reine fut enterré à côté de celui du Roi.
+
+ V. Fosse de Charlotte Corday.
+
+ VI. Grande fosse ouverte peu de temps après la mort du Roi et
+ comblée en décembre 1794. Le corps de M. le duc d'Orléans y fut
+ déposé, ainsi qu'un très-grand nombre d'autres victimes.
+
+ VII. Grande fosse qui a dû recevoir près de mille victimes.]
+
+En 1790, M. Viger de Jolival, ancien directeur des fermes, avait fait
+l'acquisition de la maison du Christ, du jardin et de l'enclos qui en
+dépendent. La ville de Paris s'empara du petit enclos, contigu au
+jardin, et en fit un cimetière; plus tard, ce même enclos fut loué à
+un habitant de Monceaux qui y fauchait de l'herbe et y semait des
+pommes de terre. M. Viger n'ignorait pas que parmi les victimes qui y
+étaient inhumées se trouvaient les restes de Madame Élisabeth. Il fit
+entourer d'un treillage l'endroit indiqué dans notre plan[129] par la
+lettre G, et y fit poser une pierre tumulaire sur laquelle étaient
+écrits ces deux mots: _Madame Élisabeth_. Mais les déclarations de
+Joly, fossoyeur du cimetière à l'époque du 21 floréal an II (10 mai
+1794) semblent prouver que M. Viger se trompait sur l'emplacement de
+la sépulture de cette princesse. Son erreur était encore plus grave au
+sujet de la dépouille mortelle du duc d'Orléans, qu'il prétendait être
+ensevelie à l'endroit désigné par la lettre K. Les restes de ce prince
+n'avaient point été amenés dans ce cimetière, qui ne fut ouvert que
+cinq mois après sa mort: ils reposaient dans celui de la Madeleine,
+en un coin diamétralement opposé à l'angle où se trouvaient les
+tombes du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette. Les deux
+branches de la maison de Bourbon demeurèrent séparées dans la mort,
+comme elles l'avaient été dans la vie. Nous ne croyons pas nous
+écarter trop de notre sujet en reproduisant ici le plan du cimetière
+de la Madeleine, avec quelques indications qui ne seront peut-être pas
+sans intérêt pour le lecteur.
+
+[Note 129: Voir page 232 de ce volume.]
+
+M. Viger, après avoir fait dans sa propriété de l'enclos du Christ les
+deux réserves dont nous avons parlé, rendit le reste du champ à la
+culture. La porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte et par
+où entraient les charrettes remplies par le bourreau, ne s'ouvrit plus
+qu'à de bien rares intervalles pour laisser passer le laboureur. Un
+homme qui travaillait enfant dans ces lieux, et qui plus d'une fois
+m'y a conduit dans le cours de ces quinze dernières années[130], me
+racontait que son père l'envoyait souvent travailler dans le _champ du
+Christ_, en lui recommandant de ne pas toucher aux terrains marqués
+par une claire-voie.
+
+[Note 130: Le sieur Fauconnier, 12, rue d'Asnières,
+Batignolles-Paris.]
+
+Les choses en étaient là, lorsque s'accomplirent les graves événements
+de 1814. La maison de Bourbon n'avait pu enterrer ses morts après la
+grande bataille de la révolution. Il était naturel qu'en rentrant sur
+le sol de la patrie elle s'occupât de ce soin pieux. D'ailleurs, le
+retour des exilés, ces absents temporaires, rappelait les morts, ces
+absents éternels, ensevelis avec trop peu de larmes, _paucioribus
+lacrymis_, comme l'a écrit le grand historien de Rome; et depuis que
+les roulements de tambour et les fanfares de la victoire ne
+retentissaient plus, il semblait qu'on entendait sortir de ces sillons
+où l'on avait fauché une génération humaine, un bruit de gémissements
+et de sanglots. La restauration de la maison de Bourbon ramenait
+elle-même la pensée publique sur les royales victimes de la
+Révolution.
+
+La loi qui avait consacré un deuil général en expiation du crime
+commis le 21 janvier 1793, avait prescrit qu'un monument serait élevé
+au fils et à la soeur de Louis XVI. Nous avons, dans un ouvrage
+relatif _à la vie, à l'agonie et à la mort de Louis XVII_, exposé les
+motifs qui rendirent stériles, relativement à ce jeune prince, les
+dispositions de cette loi. Les difficultés qui s'était présentées pour
+retrouver les restes de l'orphelin du Temple devenaient plus grandes
+encore pour rechercher ceux de Madame Élisabeth, enfouis dans une
+fosse commune avec les dépouilles des vingt-trois autres personnes
+frappées avec elle sur l'échafaud du 21 floréal. Le gouvernement de la
+Restauration n'avait recueilli que des renseignements inexacts sur la
+sépulture des victimes révolutionnaires.
+
+Un respectable vieillard, M. Descloseaux, propriétaire rue d'Anjou
+d'une maison contiguë au cimetière de la Madeleine, avait été témoin
+oculaire de l'inhumation des restes du roi Louis XVI et de la reine
+Marie-Antoinette dans ce cimetière, et s'était persuadé que tous les
+suppliciés de la place de la Révolution y avaient été également
+ensevelis. Sa déclaration, formulée dans ce sens et signée par lui, le
+4 juin 1814, avait accrédité une erreur que lui-même, mieux informé
+plus tard, s'empressa de réparer par un acte authentique à la date du
+22 mai 1816[131].
+
+[Note 131:
+
+ _Déclaration de M. Descloseaux, chevalier de l'Ordre du Roi,
+ du 22 mai 1816, devant Me Deguingand, notaire à Monceaux_.
+
+Je soussigné, Pierre-Louis OLLIVIER DESCLOSEAUX, chevalier de l'Ordre
+du Roi, demeurant actuellement rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré,
+nº 62, premier arrondissement, déclare erroné le certificat que j'ai
+signé le quatre juin mil huit cent quatorze, étant à la suite d'une
+liste imprimée par Lottin, dans le courant de la même année, ayant
+pour titre: «_Liste des personnes qui ont péri par jugement du
+tribunal révolutionnaire, depuis le vingt-six août dix-sept
+cent quatre-vingt-douze, jusqu'au treize juin dix-sept cent
+quatre-vingt-quatorze (vingt-cinq prairial an deux), laquelle liste
+contient les noms de treize cent quarante-trois victimes._»
+
+Attendu qu'il est constant et hors de doute que, sur la demande des
+propriétaires et habitans de la rue d'Anjou, le cimetière de la
+Madeleine a été fermé antérieurement au vingt-quatre mars dix-sept
+cent quatre-vingt-quatorze (quatre germinal an deux), et que de suite
+il a été ouvert près de la barrière de Monceaux (vulgairement
+Mousseaux) un autre cimetière, dans lequel a été porté HÉBERT, dit le
+_Père Duchesne_, indiqué sous le nº 496 de ladite liste, d'où il
+résulte la preuve, d'après la liste imprimée par Lottin, que huit cent
+quarante-huit victimes ont été portées au cimetière de Monceaux, et
+non à celui de la rue d'Anjou; en conséquence je déclare, moi
+Descloseaux, que c'est par erreur qu'il est dit, dans le certificat
+signé de moi, que toutes les personnes comprises dans cette liste, et
+au nombre de treize cent quarante-trois, ont été inhumées dans le
+cimetière de la rue d'Anjou, et que je n'ai pas entendu y comprendre
+celles qui ont été reçues au cimetière de Monceaux, indiquées sous les
+huit cent quarante-huit derniers numéros. Cette erreur provient de ce
+que j'ai considéré la désignation du cimetière de la Madeleine comme
+étant commune aux deux cimetières de la rue d'Anjou et Monceaux,
+attendu qu'ils avaient successivement servi au même usage.
+
+De ce qui vient d'être dit, il reste constant que les tristes restes
+de MADAME ÉLISABETH, soeur de Sa Majesté Louis XVI, et de M. de
+MALESHERBES, sont déposés dans le cimetière de Monceaux. (Voir les
+n{os} 679 et 901.)
+
+En foi de quoi j'ai signé le présent certificat pour rendre hommage à
+la vérité, consentant qu'il soit déposé par-devant notaire, et qu'il
+en soit délivré toutes copies nécessaires à qui de droit et à mes
+frais.
+
+A Paris, ce dix-neuf mai dix-huit cent seize.
+
+Approuvé le contenu au certificat ci-dessus écrit de la main de M.
+d'Anjou, mon gendre. _Signé_ OLLIVIER DESCLOSEAUX, chevalier de
+l'Ordre du Roi.
+
+En marge est écrit: Enregistré à Neuilly, le vingt-un mai mil huit
+cent seize, fol. 14 recto, cases 1 et 2. Reçu deux francs vingt
+centimes. _Signé_ MAUROY.
+
+«Il est ainsi en ladite déclaration, duement certifiée véritable,
+signée, paraphée et annexée à un acte de dépôt passé devant Me Élie
+DEGUINGAND, notaire à Monceaux, boulevard extérieur de Paris,
+soussigné, le vingt-deux mai mil huit cent seize, enregistré; le tout
+étant en la possession dudit Me DEGUINGAND.» Délivré ces présentes le
+trente juin mil huit cent seize.
+
+ DEGUINGAND.]
+
+L'année suivante, dans les derniers jours du mois de mars, fut dressé
+un acte notarié établissant la notoriété du cimetière de
+Monceaux[132].
+
+[Note 132:
+
+ _Acte de notoriété concernant le cimetière de Monceaux,
+ du 30 et 31 mars 1817, devant Me Deguingand, notaire._
+
+Par-devant Me Élie DEGUINGAND, notaire royal à la résidence de
+Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins
+ci-après nommés, soussignés,
+
+SONT COMPARUS:
+
+ 1º M. Philippe CARDINET, marchand de vin traiteur;
+ 2º M. Louis-Auguste POITEVIN, propriétaire et cultivateur;
+ 3º M. François CUREL, propriétaire et marchand épicier;
+ 4º M. Étienne DESGRAIS, propriétaire et cultivateur;
+ 5º M. François CHARLES, propriétaire et cultivateur;
+ 6º M. Étienne-François FAUCONNIER, propriétaire et cultivateur;
+ 7º M. Pierre GILLET, propriétaire et cultivateur;
+ 8º M. Claude LEBERT, cultivateur et propriétaire;
+ 9º Et M. Jacques-Louis CHARLES, propriétaire et paveur;
+
+Tous demeurant à Monceaux, commune de Clichy-la-Garenne, département
+de la Seine;
+
+Lesquels ont attesté pour notoriété constante, et comme étant à leur
+parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés;
+
+SAVOIR:
+
+ 1º Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de
+ Paris, c'est-à-dire au mois de mars dix-sept cent
+ quatre-vingt-quatorze, le Gouvernement, existant à cette époque
+ s'est emparé pour le même usage d'un terrain dépendant de la
+ maison dite _du Christ_, située à la barrière de Monceaux
+ (vulgairement _Mousseaux_).
+
+ 2º Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une
+ partie du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard
+ extérieur, vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une ouverture,
+ depuis fermée par une grande porte qui existe encore
+ actuellement.
+
+ 3º Et que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai
+ dix-sept cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de MADAME
+ ÉLISABETH, soeur de Sa Majesté Louis XVIII, roi de France.
+
+Trois jours après, l'ancien concierge du cimetière de Monceaux faisait
+devant le même officier public la déclaration suivante:
+
+Par-devant Me Élie DEGUINGAND, notaire royal, à la résidence de
+Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins
+ci-après nommés, soussignés,
+
+EST COMPARU,
+
+Étienne-Pierre JOLY, ancien concierge du cimetière de Monceaux, et
+actuellement concierge du cimetière de Montmartre, demeurant aux
+Batignolles, nº 42, commune de Clichy.
+
+Lequel a attesté pour notoriété constante, et comme étant à sa
+parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés;
+
+SAVOIR:
+
+ 1º Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de
+ Paris, c'est-à-dire au mois de mars mil sept cent
+ quatre-vingt-quatorze, le gouvernement existant à cette époque
+ s'est emparé, pour le même usage, d'un terrain actuellement
+ dépendant de la maison dite du _Christ_, situé à la barrière de
+ Monceaux (vulgairement Mousseaux);
+
+ 2º Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une
+ partie du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard
+ extérieur de Paris, vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une
+ ouverture, depuis fermée par une grande porte qui existe encore
+ actuellement;
+
+ 3º Que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai mil sept
+ cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de MADAME
+ ÉLISABETH, soeur de S. M. LOUIS XVIII, ROI de France;
+
+ 4º Et enfin que c'est dans ce lieu qu'ont aussi été apportés tous
+ les corps des personnes qui ont été condamnées par le tribunal
+ révolutionnaire, et exécutées sur la place LOUIS XV, depuis le
+ quatre germinal an deux (vingt-quatre mars mil sept cent
+ quatre-vingt-quatorze) jusqu'à la fermeture dudit cimetière.
+
+Desquelles déclarations il a été dressé le présent acte pour servir et
+valoir ce que de raison.
+
+Fait et passé à Monceaux, en l'étude, l'an mil huit cent dix-sept, le
+trois avril, en présence de Jean-Nicolas Couttard, instituteur, et
+Pierre-Augustin Meigneux, commis marchand épicier, demeurant tous deux
+audit Monceaux, témoins instrumentaires requis conformément à la loi,
+et a le comparant signé avec lesdits témoins et ledit Me DEGUINGAND,
+notaire soussigné, après lecture faite de la minute des présentes,
+demeurée à Me DEGUINGAND, notaire soussigné.
+
+En marge de ladite minute est écrit:
+
+Enregistré à Neuilly, le quatre avril mil huit cent dix-sept, folio
+167 recto, case 7. Reçu deux francs vingt centimes. _Signé_ MAUROY.
+
+Délivré ces présentes le cinq avril mil huit cent dix-sept.
+
+ DEGUINGAND.]
+
+Dès le 11 janvier 1817, M. Bélanger, dessinateur ordinaire du cabinet
+et de la chambre du Roi, avait adressé le rapport suivant à M. de
+Pradel, chargé du portefeuille de la maison de Sa Majesté:
+
+«MONSIEUR LE COMTE,
+
+»Le corps de Madame Élisabeth de France a été porté dans une fosse
+commune, près la barrière de Mousseaux, dans un terrain (_intra
+muros_) qui appartient à M. Viger, ancien directeur des fermes. Ce
+domaine contient environ sept arpents, sur lequel il existe deux
+maisons d'habitation séparées l'une de l'autre.
+
+»Dans la même fosse qui contient les restes de cette auguste et
+infortunée princesse, se trouvent réunis ceux des personnes qui ont
+partagé la gloire de son martyre.
+
+»Toute espèce de translation étant impossible, on peut, ainsi que vous
+l'avez sagement proposé, faire de ce local, sans beaucoup de dépense,
+un lieu d'expiation et de recueillement, dont les dispositions,
+d'après les détails du plan que j'ai l'honneur de vous adresser,
+offriraient l'aspect austère d'une enceinte religieuse, où quelque
+petit monument attesterait aux siècles à venir jusqu'à quel excès de
+déraison et de délire peut se porter un peuple quand il brise ses
+institutions sociales et qu'il rompt le joug salutaire des lois de la
+morale et de la religion.
+
+»J'ai rédigé le projet que j'ai l'honneur de vous adresser sur des
+dispositions d'économie. Une enceinte fermée, plantée de cyprès et
+autres arbres convenables à un champ de repos, une pyramide élevée sur
+la fosse, des cyprès mémoratifs avec quelque inscription, une chapelle
+sépulcrale simple dans ses décors, qui offrirait aux habitants de
+Mousseaux, qui n'ont plus d'église pour la célébration de la messe,
+les jours de fêtes et dimanches, un lieu de recueillement.
+
+»Ce domaine offre la disposition avantageuse de deux maisons
+d'habitation, l'une convenable pour l'ecclésiastique qui desservirait
+la chapelle, et l'autre au concierge qui gardera le champ du repos.
+
+»J'estime toute cette dépense, y compris l'acquisition des sept
+arpents de terre, des deux maisons, des embellissements, des
+plantations et de la construction de la chapelle, à trois cent mille
+francs.
+
+»Des détails plus précis donneraient peut-être des résultats plus
+économiques.
+
+»Je m'estimerai heureux si, témoin de tant de profanations politiques
+et sacrées, je pouvais avoir contribué à la décision qui sera
+prononcée à cet égard.
+
+»J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur le comte, votre
+très-humble et très-obéissant serviteur,
+
+ »BÉLANGER.»
+
+ »Paris, le 11 janvier 1817.»
+
+ * * * * *
+
+De son côté, M. Viger de Jolival avait, le 25 du même mois, tenté près
+des vicaires généraux du diocèse de Paris une démarche ayant pour but
+de les intéresser à la cession qu'il était disposé à faire de sa
+propriété au gouvernement du Roi, et, le 4 février, il écrivait au
+préfet de la Seine relativement au monument à élever à la mémoire de
+Madame Élisabeth. Il crut aussi devoir adresser une requête analogue à
+M. le vicomte de Montmorency[133]. Ni les propositions de M. Bélanger
+ni celles de M. Viger de Jolival ne furent accueillies. Nous dirons
+dans l'Appendice que nous inscrirons à la fin de ce volume, avant les
+Pièces justificatives, les difficultés, pour ainsi dire
+insurmontables, que rencontrèrent les recherches qui furent tentées
+pour arriver à la découverte certaine des restes de Madame Élisabeth.
+M. Lainé, ministre de l'intérieur, sous l'autorité duquel le préfet de
+police avait dirigé ces lamentables travaux, regarda comme un devoir
+de soumettre au Roi les lettres qui en exposaient les détails. Louis
+XVIII, assez peu crédule de sa nature, et pour qui les reliques de
+Louis XVI et de Marie-Antoinette, malgré les actes publics qui en
+établissaient l'authenticité, paraissaient à peine offrir une garantie
+suffisante, donna l'ordre de s'abstenir de recherches qui,
+lorsqu'elles ne sont pas motivées par des indications certaines,
+ressemblent à une profanation: or celles-ci ne pouvaient avoir pour
+résultat qu'une découverte d'ossements douteux. On renonça donc à
+toute pensée d'exhumation.
+
+[Note 133: Se déclarant _propriétaire et gardien depuis vingt-sept ans
+de l'enceinte où repose la dépouille mortelle de Madame Élisabeth,
+clos inaccessible au public, resté inculte et vierge depuis le 10 mai
+1792_, et ayant pour objet _la possibilité de l'érection d'un monument
+à la mémoire de cette princesse_. (Catalogue Laverdet, mai 1857.)]
+
+On avait voulu trop faire et l'on ne fit point assez. La plus simple
+convenance conseillait d'acquérir ce cimetière et d'y ériger un
+monument. On n'en fit rien. M. Viger de Jolival perdit l'espoir de
+céder au gouvernement royal le terrain qui contenait les restes
+d'Élisabeth, de Malesherbes, des fermiers généraux, des présidents du
+Parlement de Paris et d'une multitude de personnages considérables.
+
+Peut-être l'empressement du propriétaire du terrain à en tirer parti
+diminua-t-il la disposition du gouvernement à l'acquérir, parce que
+celui-ci ne vit qu'une spéculation dans une affaire où il y avait des
+considérations d'un ordre supérieur à envisager. Cependant, si
+l'enquête, poursuivie avec tant de soin, n'avait pu donner
+d'indications précises sur les moyens de discerner les reliques de la
+soeur de Louis XVI au milieu de tant de restes, elle avait mis deux
+points hors de doute: la présence des dépouilles mortelles de la
+princesse dans l'_enclos du Christ_, et l'indication de la fosse où
+elles reposent, avec un grand nombre des plus illustres victimes de la
+révolution, et à quelques pas des proscripteurs les plus redoutables
+de cette époque néfaste, couchés dans la paix du même tombeau. Cela
+suffisait pour que l'enclos marqué de tels souvenirs fût conservé
+comme une de ces pages d'histoire qui, respectées au milieu de tous
+les changements, parlent du passé à l'avenir.
+
+Le temps a marché. Peu à peu la spéculation s'est emparée de ces
+terrains. Quelques chétives maisons s'y sont assises, quelques hangars
+s'y sont élevés; mais ceux qui les habitent ou qui les exploitent ne
+se doutent pas de ce qui s'est passé dans ces lieux. La population,
+qui se renouvelle encore plus vite aux abords des barrières qu'au
+centre même de la cité, ignore tellement à quel usage ces terrains ont
+servi, qu'un terrassier ayant trouvé, il y a quelques années, des
+ossements humains en creusant les fondations d'un bâtiment, mille
+conjectures étranges ont occupé l'imagination des habitants de ce
+quartier. Dans ces derniers temps encore, de nouveaux ossements,
+appartenant à des individus des deux sexes, et remontant, d'après les
+examens de la science, à soixante-dix ou soixante-quinze ans, sont
+apparus en grand nombre sous la pioche des ouvriers occupés à des
+fouilles au boulevard de Monceaux. Ces débris, remplissant plusieurs
+tombereaux, ont été transportés aux Catacombes[134].
+
+[Note 134: C'est par erreur qu'un article du _Droit_ du mois de
+juillet 1865, et après lui plusieurs autres journaux, ont prétendu que
+«cet emplacement faisait autrefois partie du cimetière de la Madeleine
+de la Ville-l'Évêque, où avaient été déposés les corps de Louis XVI et
+de Marie-Antoinette, ainsi que ceux des victimes de la Terreur.» Il y
+avait loin du cimetière de la Madeleine au cimetière de Monceaux. B.]
+
+Ainsi donc, si Madame Élisabeth avait mis tous ses soins à fuir
+l'ostentation pendant sa vie, Dieu a voulu lui ménager jusque dans la
+mort l'obscurité qu'elle avait aimée.
+
+ * * * * *
+
+Madame, après avoir prêché l'humilité devant l'échafaud, vous vous y
+êtes humblement offerte. Vos dépouilles ont été, avec les dépouilles
+de tous vos compagnons funèbres, enfouies pêle-mêle dans la terre, et
+pas une pierre n'en marquera même la place!
+
+Mais les haines qui vous ont persécutée sont éteintes: les calomnies
+qui s'étaient dressées contre vous se sont dissipées comme ces nuées
+qu'amasse un jour d'orage, et que le vent emporte, en détruisant
+l'obstacle passager qui empêchait la terre de jouir de la lumière du
+soleil, dont l'éclat, invisible un moment aux regards des hommes, n'a
+pas cessé de rayonner dans le ciel. C'est l'image de votre sublime
+vertu méconnue un jour sur la terre, toujours connue du regard de
+Dieu.
+
+Vous aviez ému et attendri le monde par l'onction de votre parole.
+Aujourd'hui vous le tiendrez et plus ému et plus attendri encore par
+la douceur de votre souvenir; car vous avez parlé plus haut dans votre
+mort que dans votre vie.
+
+Cédant à une inspiration venue de notre coeur, et soutenu dans notre
+tâche par le culte que nous vous avions voué, nous avons consacré de
+longues journées à rassembler quelques nouveaux détails sur votre
+personne; nous les avons enregistrés dans ce livre avec conscience,
+avec respect; et bien souvent des larmes sont venues obscurcir notre
+vue et arrêter notre plume, en vous surprenant si sévère pour
+vous-même, si soumise aux volontés de Dieu, qui devenaient les vôtres,
+si miséricordieuse envers les faibles, si bonne pour vos amies, si
+généreuse envers vos ennemis, et si douce envers la mort. Mais je ne
+veux plus parler de vous avec ce chagrin amer qui convient mal à
+l'admiration de l'angélique sérénité de votre grande âme; j'ai été à
+la peine en racontant votre martyre, je suis maintenant au triomphe:
+je me reprocherais ma douleur comme une impiété, ne voulant plus voir
+dans votre mort que votre triomphe éternel.
+
+Par une rencontre où nous aimons mieux voir le doigt de la Providence
+qu'un concours de circonstances tout fortuit, la révolution sembla
+exécuter, après votre mort, les ordres que vous-même eussiez donnés,
+si vous eussiez cru pouvoir commander, et devoir être obéie. Les
+vêtements dont vous étiez couverte à votre dernière heure furent
+portés dans un hospice pour servir aux pauvres et aux malades, ces
+membres souffrants de Notre-Seigneur, que vous secouriez pendant votre
+vie; votre maison de Montreuil, que vous aviez tant aimée, garda le
+nom de maison Élisabeth et fut destinée à devenir un hôtel-Dieu;
+enfin, le champ du Christ reçut votre corps, tandis que votre âme
+montait au ciel.
+
+Mais ce n'est point à nous qu'il appartient de vous honorer dignement.
+Sans chercher à devancer le cours des âges, il nous est permis de
+prévoir qu'un hommage bien autrement éclatant sera rendu un jour à
+votre mémoire: il est une autorité sacrée, qui, comme Dieu, n'oublie
+pas les âmes qui sortent victorieuses du siècle, par la simplicité
+dans le courage, par l'humilité dans la vertu, par la candeur dans
+l'héroïsme. Un jour viendra, nous le croyons, où, d'après les
+souvenirs et les témoignages des événements et des hommes, l'Église
+inscrira le nom d'Élisabeth dans ces impérissables légendes où les
+générations chrétiennes vont chercher leurs protecteurs et leurs
+modèles.
+
+
+
+
+APPENDICE.
+
+DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES
+
+QUI ONT ÉTÉ FAITES AUX MOIS DE MARS, D'AVRIL ET DE MAI
+
+POUR RETROUVER ET CONSTATER
+
+LES RESTES DE MADAME ÉLISABETH.
+
+
+Le 22 mars, le ministre de l'intérieur (M. Lainé), en adressant au
+préfet de la Seine (M. de Chabrol) une lettre de M. Viger de Jolival,
+ancien directeur des fermes, lui demandait des renseignements sur
+l'inhumation de Madame Élisabeth.
+
+Cette lettre et cette note furent transmises par le préfet de la
+Seine, en ces termes, au préfet de police:
+
+«M. le comte de Chabrol a l'honneur de transmettre confidentiellement
+à son collègue M. le comte Anglès une note accompagnée d'une lettre à
+la date du 22 mars qu'il vient de recevoir de S. Exc. le ministre de
+l'intérieur, et à laquelle M. le comte Anglès a sans doute plus de
+moyens que lui de répondre d'une manière positive; il le prie de
+vouloir bien réunir tous les renseignements qui peuvent répondre aux
+vues du ministre.
+
+»Il le prie d'agréer l'assurance de sa haute considération.
+
+ »Paris, le 24 mars 1817.»
+
+ * * * * *
+
+Un scrupule administratif occupa les bureaux de la police. Était-il
+dans les convenances que le préfet de police fût mis en action par le
+préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été
+chargé confidentiellement par le ministre?
+
+Interrogé sur cette question, un chef de bureau de la préfecture de
+police répondait à M. le comte Anglès:
+
+ «25 mars 1817.
+
+»En proposant à Son Excellence le projet de lettre ci-joint pour le
+ministre de l'intérieur, au sujet des communications de M. le préfet
+du département (reconnaissance du lieu d'inhumation des restes de
+_Madame Élisabeth_), on a l'honneur de lui faire part d'un scrupule
+naturel: le ministre de l'intérieur sera-t-il ou non dans le cas de se
+formaliser d'une communication faite par M. le préfet de la Seine de
+pièces qui lui avaient été adressées à lui seul, et de voir, hors des
+convenances peut-être, M. le préfet de police mis en action par M. le
+préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été chargé
+directement et particulièrement par le ministre?
+
+»Le ministre n'a rien transmis, rien demandé à M. le préfet de police;
+ce n'est pas non plus de la part du ministre que M. le préfet du
+département laisse à M. le préfet de police à suivre une opération
+dont il a recueilli et transmis les premiers éléments à S. Exc. le
+ministre de l'intérieur, qui ne les avait demandés qu'à lui, préfet du
+département, et confidentiellement.
+
+»M. le préfet de police n'a-t-il pas à craindre de commettre M. le
+préfet du département avec le ministre par une lettre qui n'est point
+provoquée?
+
+»A considérer la démarcation naturelle des attributions des autorités,
+il semble qu'il y a inconvénient et irrégularité dans la marche
+actuelle de cette affaire; peut-être, pour la suite qu'elle doit avoir
+conformément aux intentions du Roi, prendrait-elle une direction
+claire plutôt des instructions que Son Excellence prendrait
+directement du ministre, que par la voie d'une correspondance dont il
+peut être ou mécontent ou surpris.
+
+ »BOUCHER.»
+
+ * * * * *
+
+La lettre suivante, formulée par M. Boucher, fut adoptée et adressée
+par le ministre d'État, préfet de police, à M. le ministre de
+l'intérieur.
+
+ «25 mars 1817.
+
+»MONSEIGNEUR,
+
+»M. le préfet du département de la Seine m'a transmis
+confidentiellement une lettre que Votre Excellence lui a écrite le 22
+de ce mois pour lui demander les renseignements qu'il pourrait se
+procurer sur l'époque et le lieu de l'inhumation des restes de _Madame
+Élisabeth_.
+
+»Je vois par une note transmise à M. le préfet du département par
+Votre Excellence, et dont il me donne également communication, que M.
+le préfet lui avait adressé déjà des renseignements qu'il avait
+obtenus du sieur Viger de Jolival, propriétaire du terrain où
+l'inhumation avait eu lieu, ainsi que le plan descriptif de la
+propriété avec un aperçu du monument; mais que ces documents ne
+satisfaisaient point Votre Excellence sur la question essentielle,
+celle de l'authenticité.
+
+»M. le préfet du département fonde la communication qu'il me fait par
+une note en date d'hier sur la présomption que j'aurais plus de moyens
+que lui de répondre aux vues de Votre Excellence.
+
+»Comme je n'ai aucune connaissance de ce qui a été fait à cet égard
+dans le principe, et que les premiers renseignements recueillis par M.
+le préfet du département sont entre les mains de Son Excellence, je ne
+puis que la prier de vouloir bien me faire connaître si son intention
+serait que je fisse des recherches et une enquête pour obtenir des
+informations plus positives.
+
+»Dans ce cas, il me serait nécessaire d'avoir toutes les notions
+antérieures qui sont parvenues à Votre Excellence et à M. le préfet du
+département.
+
+»J'ai l'honneur, etc., etc.»
+
+ * * * * *
+
+M. le vicomte Lainé répondit:
+
+ «Paris, le 31 mars 1817.
+
+»Monsieur le comte, M. Viger de Jolival, propriétaire de la maison
+dite du Christ, barrière de Mousseaux, et d'un terrain en dépendant, a
+déclaré que S. A. R. Madame Élisabeth avait été inhumée dans ce
+terrain.
+
+»Le Roi m'a ordonné de faire à ce sujet toutes les recherches
+convenables.
+
+»Je vous serai obligé de me communiquer tous les renseignements que
+vous pourrez vous procurer pour constater ce fait d'une manière
+indubitable et pour faire reconnaître les cendres de Madame Élisabeth,
+que l'on dit avoir été ensevelie en même temps que plusieurs autres
+personnes. Ce doit être là le but des recherches, afin que la
+translation à Saint-Denis puisse être opérée, suivant le degré de
+certitude qui aura été acquis.
+
+»J'ai l'honneur d'être, etc.
+
+ »_Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,_
+
+ »LAINÉ.»
+
+ * * * * *
+
+Cette lettre étant demeurée sans réponse, le ministre de l'intérieur
+en fit le rappel au préfet de police le 18 avril, en ajoutant: «Je
+vous prie de me répondre sur cette demande le plus tôt possible.»
+
+De son côté, M. de Giry, administrateur des affaires ecclésiastiques
+au ministère de l'intérieur, avait, dès le 1er avril, écrit
+officieusement à M. Anglès:
+
+ «Paris, le [1er avril] 1817.
+
+»Voici ce qui est arrivé au sujet des recherches à faire pour
+constater tout ce qui peut avoir trait aux cendres de Madame
+Élisabeth.
+
+»Le ministre me remit, il y a quelques jours, une note portant que M.
+Viger de Jolival, propriétaire d'une maison dite du Christ et jardin
+en dépendant, barrière de Mousseaux, avait fourni à _M. le préfet de
+la Seine_ et à MM. les vicaires généraux des renseignements et un
+projet sur un monument à élever en l'honneur de Madame Élisabeth sur
+le terrain même, après acquisition faite (par la ville de Paris).
+
+»Je finissais le travail ordinaire; le ministre, en me remettant la
+note, qui m'était alors inconnue, n'ajouta que ces mots: «Voyez tout
+ce que l'on peut faire.»
+
+»Averti par la lecture qu'il y avait des antécédents, je me les fis
+remettre. Ils étaient déjà parvenus, avec envoi de M. le préfet, dans
+un bureau qui avait traité sous le rapport d'acquisition (160,000 fr.)
+et de monument. Que pourrait-on faire si l'on n'y mettait encore
+autant et plus, et puis des gardiens dans ce quartier isolé, et puis
+un service journalier, etc.? J'entrevis _quatre à cinq cent mille
+francs_ de dépense.
+
+»J'arrivai au travail avec deux lettres: une aux vicaires généraux
+pour avoir tout ce qui leur avait été communiqué; l'autre est celle
+que M. le comte de Chabrol a renvoyée à M. le comte Anglès. L'avis
+joint était de ma façon, parce que je craignais que M. le préfet ne
+suivît la chose dans le sens du premier projet, et qu'il me paraissait
+qu'on ne pouvait trop appuyer sur la nécessité de _constater_ les
+cendres, de les distinguer et de les transférer alors à Saint-Denis,
+plutôt que de s'arrêter à tout autre plan d'exécution imparfaite et
+dispendieuse.
+
+»Je ne songeai pas dans le moment au préfet de police; le ministre n'y
+songea pas davantage; mais hier, averti ou mieux avisé, il a écrit à
+M. le préfet de police. La lettre, soumise aux formalités du départ,
+se sera croisée.
+
+»Il paraît que l'idée de translation à Saint-Denis, dans le cas où
+l'on réussirait à distinguer les cendres de Madame Élisabeth, est
+conforme à l'intention du Roi.
+
+»Il paraît encore que l'intérêt du propriétaire, déjà bercé de l'idée
+de vendre, pourra rendre la vérification plus difficile. Ce n'est pas
+le cas de parler d'adresse et d'habileté au ministre préfet qui veille
+sur Paris.
+
+»Au surplus, j'ai parlé ce matin à M. Lainé de la question que vous
+m'avez adressée, mon très-honoré et très-cher ministre, et je lui en
+ai parlé comme je devais le faire, et de manière à remplir votre
+commission en entier. Je puis donc vous assurer que l'énoncé de la
+note Jolival, portant que le préfet de la Seine et les vicaires
+généraux de Paris avaient ses premiers renseignements, a été (sans
+autre réflexion) la cause que l'on s'est adressé à cet administrateur
+et à MM. les vicaires généraux.
+
+»Quant aux antécédents, ils sont uniquement relatifs à la dépense à
+mettre à la charge de la ville de Paris. Ils s'étaient passés entre M.
+le préfet et M. le sous-secrétaire d'État en dernier lieu.
+
+»Enfin M. Lainé se défend même d'avoir coopéré à ce qui regarde les
+restes de Molière et de la Fontaine. Il m'a répondu qu'au surplus cela
+avait dû être traité comme objet d'art. M'a-t-il bien ou mal entendu?
+
+»Je n'ai pas voulu insister.
+
+»Mais, j'ose vous le répéter, quoique sans doute la chose soit
+superflue, s'il est reconnu qu'acheter et bâtir serait intempestif,
+que transférer à Saint-Denis serait dans les voeux du Roi, il y aura
+des précautions à prendre pour éluder l'intérêt du propriétaire.
+
+»J'écris de chez moi, les affaires courantes ne me l'ayant pas permis
+dans la journée. Pardon de la prolixité, mais les enfants et les
+grands me détournent également. Demain j'aurai l'honneur de vous
+envoyer le dossier entier.
+
+»Veuillez agréer mon respectueux et profond dévouement,
+
+ »DE GIRY.»
+
+ * * * * *
+
+Le préfet de police autorisa M. de Chanay, chef de la première
+division, à prendre lui-même dans l'enclos du Christ des
+renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de Madame
+Élisabeth.
+
+ «Paris, 18 avril 1817.
+
+»Le ministre d'État, préfet de police, autorisons le sieur de Chanay,
+chef de la première division des bureaux de notre préfecture, à se
+transporter à la barrière de Mousseaux, où est située la maison dite
+du Christ, appartenant à M. Viger de Jolival, et à visiter l'enclos de
+ladite maison, à l'effet de reconnaître les lieux et d'y prendre des
+renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de S. A. R. Madame
+Élisabeth, soeur du Roi, et d'y recevoir en forme la déclaration du
+sieur Joly, ancien concierge de ce local, aujourd'hui concierge du
+cimetière Montmartre, qui sera invité à s'y rendre pour le même
+objet.--Ledit chef de division se fera assister, s'il le juge
+nécessaire, du commissaire de police du quartier du Roule et d'un
+officier de paix, afin de pouvoir faire sur les lieux toutes les
+observations demandées et y recevoir toutes les déclarations qui
+pourraient fournir d'utiles renseignements.
+
+ »_Le ministre d'État, préfet de police,_
+
+ »Comte ANGLÈS.»
+
+ * * * * *
+
+Le 21 avril, M. Boucher, chef de bureau à la préfecture de police,
+soumettait à son chef le rapport suivant:
+
+ «21 avril 1817.
+
+»On a l'honneur de rendre compte à Son Excellence du résultat des
+premières démarches qui ont été faites pour parvenir à des
+renseignements positifs sur la sépulture _distincte_ des restes de Son
+Altesse Royale Madame Élisabeth, soeur du Roi Louis XVI.
+
+»M. de Giry, qui dirige l'administration des affaires ecclésiastiques
+au ministère de l'intérieur, avait expliqué dans une lettre
+particulière à Son Excellence la raison pour laquelle les premières
+communications avaient été faites au département de la Seine. L'enclos
+connu sous le nom de la _maison du Christ_, barrière de Mousseaux,
+dans lequel les dépouilles mortelles de Madame Élisabeth ont été
+déposées avec les restes de beaucoup d'autres victimes des fureurs
+révolutionnaires, est une propriété à M. Viger de Jolival, qui offrait
+de la vendre.
+
+»M. de Giry avait annoncé à Son Excellence l'envoi prochain de pièces
+essentielles pour suivre cette affaire, et qu'il veut bien confier
+aujourd'hui. Ces pièces et les renseignements que j'ai recueillis
+conduiront-ils au but désiré, la connaissance positive de la sépulture
+de Madame Élisabeth, assez positive enfin pour qu'il y fait un moyen
+de la _constater_? On le dit à regret à Son Excellence, on ne le croit
+pas. M. Viger de Jolival le faisait déjà bien entrevoir dans une
+lettre qu'il écrivait à MM. les vicaires généraux au mois de février
+dernier; la phrase est précise: «C'est donc à vous, Messieurs, leur
+dit-il, qu'il appartient de faire connaître publiquement le lieu où
+reposent (mêlés, il est vrai, avec ceux de beaucoup de victimes moins
+illustres, mais non moins innocentes) les restes infortunés de la
+soeur du bon Roi Louis XVI.»
+
+»D'après les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, MM. les
+vicaires généraux s'étaient empressés de recueillir des renseignements
+de M. Desclozeaux et de M. Bélanger, architecte, indépendamment de
+ceux qu'ils avaient eus de M. Viger de Jolival.
+
+»Le certificat de M. Desclozeaux ne fait connaître autre chose sinon
+que les restes de Madame Élisabeth ont bien été déposés dans l'enclos
+du Christ, à Mousseaux, et non au cimetière de la rue d'Anjou, comme
+aurait pu le faire croire une liste imprimée des victimes du tribunal
+révolutionnaire.
+
+»Une lettre adressée par M. Bélanger à MM. les vicaires généraux fait
+également présumer qu'il n'y aurait aucun moyen de distinguer les
+restes de Madame Élisabeth, et que toutes les victimes de ce temps
+affreux ont été confondues dans une même fosse.
+
+»M. Bélanger ne parle que _du lieu où gît la fosse_ et du monument
+expiatoire qu'on pourrait élever au-dessus, en forme de pyramide, dont
+il donna le dessin.
+
+»Enfin MM. les vicaires généraux, dans une lettre qu'ils écrivirent au
+ministre de l'intérieur le 26 mars 1817, en lui transmettant ces
+pièces avec quelques autres, firent bien entrevoir la difficulté qu'il
+y aurait de parvenir à séparer les cendres de Madame Élisabeth, qui
+ont été confondues avec celles de tant d'autres victimes. Et M.
+Jalabert, que j'ai eu l'avantage de voir ce matin, n'a pas dissimulé
+qu'il regardait la chose comme impossible; aussi le voeu de MM. les
+vicaires généraux se bornait-il à l'érection d'un monument et d'une
+chapelle expiatoire[135]. M. de Giry m'avait conseillé une démarche
+auprès de M. Desclozeaux, dont la mort ne lui était plus sans doute
+revenue à la mémoire; mais je n'en ai pas moins recueilli de mesdames
+Desclozeaux des détails dont elles avaient été informées comme leur
+père. Il en résulterait que bien avant le 10 mai 1794, jour où périt
+Madame Élisabeth, c'est-à-dire depuis la fin de mars, nombre de
+victimes avaient déjà été précipitées dans une grande fosse, où l'on
+entassait les corps sans ménagement comme sans distinction; que le 10
+mai les vingt-cinq victimes avaient été transportées dans un même
+panier; que depuis ce jour jusqu'à la fin de juin, et sans
+discontinuité dans ce laps de temps, d'autres victimes ont été
+entassées par douzaines dans ce même endroit; que la gaieté
+sanguinaire, la férocité, la monstruosité des êtres qui recevaient les
+corps et faisaient le service de la fosse sont au-dessus de toute
+expression, au point qu'il aurait été fort dangereux d'annoncer
+quelque sensibilité à leurs yeux et de vouloir se livrer à quelque
+devoir d'humanité ou de pitié.
+
+»En un mot, d'après tout ce que les dames Desclozeaux ont su de leur
+père, le projet de parvenir à distinguer les restes de Madame
+Élisabeth dans le mélange de tant de restes ne pourrait jamais
+conduire à un résultat; en un mot, il serait impossible d'en venir à
+_constater_, premier point cependant pour remplir les intentions de Sa
+Majesté.
+
+»Néanmoins il se peut qu'on ait, en termes vagues, donné le nom de
+fosse à un endroit spacieux jusqu'à un certain point, s'il faut s'en
+rapporter au devis estimatif que M. de Jolival a donné de sa
+propriété. Il y est dit que sur dix-neuf cent trente et une toises
+_quarrées_, six cents ont servi aux inhumations. Une inspection du
+terrain deviendrait donc absolument nécessaire pour qu'on put émettre
+une dernière opinion.
+
+»On ne pouvait se permettre de se présenter sans mission et sans
+instructions ni auprès de M. de Jolival ni dans sa propriété. M. de
+Giry a fait entendre à Son Excellence qu'il fallait quelque adresse
+pour une communication à ce propriétaire, qui avait calculé d'avance
+le prix d'une vente, et qui comptait sur l'emploi de son terrain pour
+un monument distingué, surtout M. de Jolival ignorant les intentions
+de Sa Majesté pour qu'il soit fait un transport à Saint-Denis des
+restes de Madame Élisabeth, dispositions, on le sent, qui dérangent
+tous les calculs du propriétaire.
+
+»Il n'y a qu'un ordre de Son Excellence, et un ordre dont les motifs
+ne seraient pas donnés, qui puisse faciliter l'accès dans le terrain;
+peut-être est-ce au propriétaire lui-même qu'il faudrait ensuite
+l'exhiber, à moins que Son Excellence ne pensât que, vu l'urgence, il
+pût être seulement exhibé au concierge ou portier de la maison. Ce
+dernier passe pour connaître assez bien la disposition des lieux.
+
+»L'assistance d'un commissaire de police serait-elle alors nécessaire
+pour qu'il pût verbaliser au besoin? C'est une question que Son
+Excellence est priée de résoudre; mais, au surplus, peut-être ne
+serait-il pas inutile que la personne qui ira visiter le terrain soit
+accompagnée d'un architecte.
+
+»A moins que Son Excellence ne préfère une autre mesure, qui serait
+d'obtenir tous les documents préliminaires par voie secrète et par une
+entremise ménagée auprès du concierge.
+
+»Son Excellence écrirait au ministre de l'intérieur pour lui faire
+connaître que les démarches ont été faites pour obtenir les premiers
+résultats sans lesquels il serait impossible que les intentions de Sa
+Majesté fussent remplies, mais que ce qu'on a pu recueillir de
+renseignements jusqu'à ce moment ne laisse malheureusement entrevoir
+aucun succès; qu'aussitôt qu'on en aura complétement acquis la
+certitude, on s'empressera de l'en informer.
+
+ »BOUCHER.»
+
+[Note 135: MM. les vicaires généraux ont cherché à connaître et à
+retrouver ceux d'entre les ecclésiastiques qui, par pitié comme par
+humanité, suivaient discrètement, encourageaient, consolaient,
+exhortaient des yeux les victimes qu'on traînait à la mort par
+vingtaine et trentaine à la fois, afin de savoir si quelqu'un de ces
+prêtres bienfaisants n'aurait pas quelques lumières à donner sur la
+sépulture de Madame Élisabeth. M. de Sambucy est jusqu'à présent le
+seul qu'ils aient pu découvrir. Mais M. de Sambucy n'a suivi les
+victimes ce jour-là que jusqu'à la place où elles ont été frappées; il
+se rappelle des circonstances de leur supplice, et notamment de celui
+de Madame Élisabeth, qui fut réservée pour la dernière et avait dû
+voir périr conséquemment dix-huit personnes avant elle, suivant M. de
+Sambucy, et vingt-quatre suivant ce qu'ont assuré les dames
+Desclozeaux[135-A]. Sur d'autres indications, MM. les vicaires
+généraux doivent voir encore deux ecclésiastiques, et donner
+connaissance demain au ministre de l'intérieur de ce qu'ils auraient
+pu apprendre.]
+
+[Note 135-A: Il est de notre devoir de rectifier cette note sur deux
+points: 1º Ni M. de Sambucy ni mesdames Desclozeaux n'étaient dans le
+vrai: la fournée du 21 floréal an II (10 mai 1794) se composait de
+vingt-cinq personnes qui toutes, sans exception, furent condamnées à
+mort. Madame Mégret de Sérilly, quoiqu'elle se crût enceinte, ne
+réclama point. Madame Élisabeth, nous l'avons dit plus haut, avertie
+de l'état de cette malheureuse femme, le dénonça au tribunal, qui fit
+suspendre pour elle l'exécution du jugement. Donc le nombre exact des
+victimes de cette journée était de vingt-quatre. 2º Je m'étonne que
+MM. les vicaires généraux n'aient point cité le nom du respectable
+Père Carrichon à côté de celui de M. de Sambucy. Le lecteur trouvera,
+au nº XII des documents mis à la fin de ce volume, un témoignage
+éclatant du dévouement de ce digne prêtre.]
+
+ * * * * *
+
+Sur les données de ce rapport, approuvé par le comte Anglés, la lettre
+suivante fut rédigée et envoyée au ministre:
+
+ «22 avril 1817.
+
+»MONSEIGNEUR,
+
+»Votre Excellence, sur la déclaration de M. Viger de Jolival,
+propriétaire d'une maison dite du Christ, près la barrière de
+Mousseaux, que S. A. R. Madame Élisabeth, soeur du Roi Louis XVI,
+avait été inhumée dans ce terrain, m'a chargé de faire les recherches
+nécessaires pour parvenir à constater le fait d'une manière
+indubitable, afin que les cendres de cette princesse pussent être
+transférées à Saint-Denis suivant les intentions du Roi.
+
+»J'ai fait prendre à cet égard tous les renseignements sur
+l'exactitude desquels on dût compter. Ils s'accordent bien sur la
+notoriété de l'inhumation de Madame Élisabeth au terrain dont il
+s'agit; mais, d'après tous les détails que j'ai recueillis jusqu'à ce
+moment, j'entrevois les plus grands obstacles à faire reconnaître les
+cendres de cette princesse, qui paraissent se trouver confondues avec
+celles du grand nombre de victimes déposées dans le temps en ce même
+lieu sans aucune distinction. Je crains en conséquence, Monseigneur,
+qu'il me soit impossible d'en venir à _constater_ d'abord le lieu
+positif de l'inhumation, et encore moins ensuite l'identité des
+cendres, deux points également importants. Il me paraît que MM. les
+vicaires généraux, dans les indications qu'ils cherchent à se procurer
+de leur côté, ne conçoivent pas plus d'espérance que moi, et ils se
+proposent d'écrire à ce sujet à Votre Excellence.
+
+»Cependant je fais continuer les démarches et les recherches avec le
+plus grand soin, et je m'empresserai d'informer Votre Excellence de
+leur résultat.
+
+»J'ai l'honneur, etc.
+
+ »_Le ministre d'État_, etc.»
+
+ * * * * *
+
+Pendant que les premiers magistrats de la cité réunissaient leurs
+efforts pour découvrir le lieu de la sépulture d'Élisabeth,
+l'archiviste Peuchet, occupé du même objet, confessait de son côté son
+impuissance; mais ses regrets se voilaient aussitôt d'une pieuse
+consolation. «Si ses restes nous échappent, dit-il dans un billet à
+cette date du 22 avril, nous avons d'elle un exemple parfait à suivre
+de piété, de grandeur et de résignation sublime.»
+
+Deux jours après, l'officier de paix Burger adressait à la préfecture
+de police le résultat de sa visite au cimetière de Monceaux.
+
+ «Ce 24 avril 1817.
+
+_»Rapport particulier sur la sépulture de Madame Élisabeth._
+
+»Je me suis transporté hier matin à la barrière de Mousseaux, près de
+laquelle est située la maison dite du Christ, appartenant à M. Viger
+de Jolival. Dans l'enclos de cette propriété se trouve un terrain de
+la forme d'un triangle équilatéral d'une petite dimension; c'est dans
+ce lieu que reposent les restes de cette princesse, avec une grande
+quantité d'autres victimes.
+
+»Le concierge de cette maison s'est d'abord refusé d'acquiescer à la
+demande que je lui fis de visiter le cimetière, sous prétexte que son
+maître a recommandé de ne laisser pénétrer en ces lieux d'autres
+personnes que celles munies de cartes; cependant il ne tint pas contre
+l'offre d'une récompense, et j'obtins ainsi la permission de m'y
+promener.
+
+»J'entrai par la porte D et traversai la cour; de là le concierge me
+conduisit directement au cimetière par la porte I, la seule qui
+communique maintenant avec ce lieu funèbre. Ce terrain est inculte et
+sauvage; il n'a point été travaillé depuis l'époque fatale où il
+servit de sépulture; seulement une seule fois le concierge
+d'aujourd'hui, en fouillant prés de la porte C, trouva un squelette
+qu'il enterra aussitôt.
+
+»Non loin de l'entrée du jardin, à l'endroit indiqué H, le terrain
+s'est affaissé d'environ deux pieds; toutes les années il baisse
+davantage: c'est là que, d'après le dire de tout le monde, repose
+l'infortunée princesse, avec une quantité d'autres victimes. Cette
+fosse, puisque c'en était une, avait à sa base comme à la superficie
+une étendue de trois toises carrées dans tous les sens et dix-huit à
+vingt pieds de profondeur.
+
+»Le concierge me fit remarquer un tertre de gazon, G, sur lequel est
+une pierre avec cette inscription: _Madame Élisabeth_; je lui demandai
+s'il était bien sûr que ce fût effectivement l'endroit où avait été
+déposée la princesse; que j'avais lu qu'elle avait été malheureusement
+confondue avec les autres victimes de la journée du 10 mai. «Le
+fossoyeur, qui existe encore, répliqua-t-il, a eu soin de distinguer
+ces restes précieux; cela est tellement vrai que l'exhumation doit
+avoir lieu le 10 mai prochain et le transport du corps être fait à
+Saint-Denis.» Je vis bien que mon conducteur était peu informé, et je
+le jugeai surtout lorsqu'il m'assura avec la même croyance qu'à la
+fosse H était enterré M. le duc d'Orléans. Je lui demandai encore
+depuis combien de temps il servait M. Viger: il m'a dit cinq ans. Je
+le quittai après lui avoir préalablement fait donner l'adresse du
+fossoyeur en question; il m'indiqua M. Joly, concierge du cimetière de
+Montmartre. Je m'y rendis sur-le-champ, j'eus le bonheur de le
+rencontrer. Cet homme reçut d'abord mes ouvertures avec défiance et
+retenue; je m'efforçai de lui inspirer des sentiments plus favorables,
+en lui persuadant que c'est le gouvernement, justement impatient de
+savoir si l'on pouvait espérer un résultat satisfaisant, qui avait
+ordonné une enquête. M. Joly m'annonça que c'est lui qui, au péril de
+sa vie, avait mis le Roi dans un cercueil, dans le temps qu'il
+exerçait le même emploi au cimetière de la Madeleine; que, transféré
+de là à Mousseaux, il a enterré, le 10 mai 1794, Madame Élisabeth
+avec vingt à vingt-cinq personnes, tant hommes que femmes, et qu'elles
+ont toutes été enfermées dans la même fosse (H). Je lui demandai s'il
+n'y avait pas d'autres témoins de l'enterrement; il dit que hors le
+charretier, qui est mort, et un commissaire de police dont il ignore
+le sort, personne autre n'était présent. Je questionnai M. Joly sur
+diverses circonstances qui ont accompagné cette inhumation et les
+indices qui pourraient aider nos recherches; il me donna les détails
+suivants: le 10 mai dans l'après-midi, une charrette conduisit par la
+porte F les corps de vingt à vingt-cinq malheureux, les têtes toutes
+ensemble dans un panier et les corps pèle-mèle dans un autre. M. Joly
+apprit du charretier que Madame Élisabeth était du nombre des
+victimes. Avant de les jeter dans la fosse (qui ne contenait encore
+aucun cadavre), on dépouilla les corps de leurs vêtements, bijoux ou
+autres marques, et ils furent ainsi ensevelis ensemble, sans
+distinction, et recouverts seulement de trois pieds de terre. Ainsi il
+n'est pas permis d'espérer qu'un signe quelconque puisse aider à
+découvrir l'objet des recherches. Cependant M. Joly, qui seul peut
+donner des renseignements positifs, n'a point paru m'avoir fait une
+entière confidence de ce qu'il sait; et, tout en avouant que la chose
+était bien difficile, il ne détruit pas l'espoir de trouver le corps.
+Il pourrait se faire qu'ayant mis tant de zèle et de dévouement à
+conserver les restes précieux du Roi martyr, il ait rangé le corps de
+Madame Élisabeth de manière à le retrouver lorsque le temps et les
+circonstances le permettraient. Quoi qu'il en soit, M. Joly m'a promis
+de venir chez moi samedi prochain pour m'entretenir de cette affaire
+et nous aider, s'il est possible, pour le succès de cette pieuse
+entreprise.
+
+ »BURGER.»
+
+ * * * * *
+
+Ce récit de Burger, suivi de près d'une nouvelle lettre du ministère
+de l'intérieur, échauffa le zèle préfectoral.
+
+ «Paris, le 26 avril 1817.
+
+»Monsieur le comte, en me prévenant que vos premières démarches pour
+constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame Élisabeth, soeur
+du Roi, vous laissent peu d'espoir de réussir, vous m'annoncez que
+vous avez ordonné de nouvelles recherches dont vous me communiquerez
+le résultat.
+
+»Cet objet tient aux affections les plus chères de Sa Majesté et
+appartient à l'histoire. Il est donc convenable qu'il reste au moins
+des témoignages irrécusables que rien n'a été négligé pour arriver au
+plus haut degré de certitude.
+
+»Je vous serai obligé, en conséquence, lorsque vous croirez avoir
+épuisé tous les moyens d'y parvenir, de m'adresser un rapport
+circonstancié des informations prises et des témoignages recueillis.
+
+»J'ai l'honneur, etc.
+
+»_Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,_
+
+ »LAINÉ.»
+
+ * * * * *
+
+Je prie M. de Chanay de recevoir en forme la déclaration du sieur Joly
+et de donner suite à son projet de visiter ce terrain.
+
+ (_Note de M. Anglés._) B.
+
+ * * * * *
+
+Au rapport de Burger, qui laissait entrevoir non pas la probabilité,
+mais la possibilité du succès; à cette lettre du ministre, qui au nom
+du Roi lui-même encourageait l'entreprise, se joignirent les
+dépositions de l'ancien concierge de Monceaux qui permettaient de
+concevoir quelque espérance. Voici dans quels termes M. de Chanay,
+chargé par son chef d'intervenir dans cette affaire, rendait compte au
+préfet du premier interrogatoire qu'il fit subir au sieur Joly:
+
+«_Rapport particulier._
+
+»J'ai entendu le concierge Joly. Cet homme paraît sage et de
+très-bonne foi; il est assuré que le corps de Madame Élisabeth de
+France est dans le lieu qu'il indique. Il sait même comment le corps a
+été placé et dans quelle direction; mais il est à une grande
+profondeur, et une quantité de corps ont été rangés par couches dans
+cette même fosse, que le sieur Joly estime avoir été creusée sur une
+largeur de douze pieds et autant en longueur. La nudité absolue de
+tous les corps ôte tout espoir de retrouver des signes qui puissent
+les faire reconnaître.
+
+»La seule indication de M. Joly qui pût conduire à un résultat, c'est
+qu'il assure que dans la couche où a été placé le corps de Son Altesse
+Royale, il n'y a eu de placés _que des corps masculins_. Si cela était
+bien certain, il se présenterait sans doute de grandes difficultés
+pour parvenir à cette couche; mais enfin ce succès ne semblerait pas
+impossible en y employant du temps, des soins, des précautions et peu
+de monde, et en suivant les indications du sieur Joly assisté d'un
+commissaire spécialement désigné.
+
+»Mais dans tous les cas, soit qu'on ne juge pas à propos de faire
+cette recherche difficile, soit qu'on se borne à vouloir faire
+reconnaître l'emplacement exact de la fosse où cette précieuse victime
+a été placée, il semble qu'il serait convenable de constater la
+dimension de cette fosse et sa situation tandis que le sieur Joly est
+vivant et disposé à donner tous les renseignements que sa mémoire lui
+fournit.
+
+»Il est même probable que la vue des lieux lui rappellerait quelques
+détails qui, s'ils n'étaient pas utiles pour retrouver les restes de
+l'auguste princesse, seraient du moins précieux comme renseignements
+certains sur le lieu où ils sont placés. Il s'est souvenu qu'au moment
+de cette inhumation il tournait le dos au soleil, et il sait à quelle
+distance du mur la fosse a été ouverte, etc.
+
+»Dans cet état de choses, sans avoir plus que M. le préfet l'espoir
+d'un résultat satisfaisant, j'ai l'honneur de lui proposer de
+m'autoriser à y aller avec M. Burger et le concierge Joly et M.
+Rouhaut, comme curieux et en donnant quelque argent au concierge du
+lieu, ou d'y aller avec une invitation officielle au propriétaire de
+laisser examiner les lieux.
+
+»Dans tous les cas, je ferais un rapport avec plus de certitude et
+circonstancié, n'y eût-il d'autre résultat pour Votre Excellence que
+de faire constater l'emplacement de l'inhumation, que le propriétaire
+indique d'ailleurs d'une manière erronée. Ce serait n'avoir perdu ni
+son temps ni sa peine.
+
+»Je prie Son Excellence de vouloir bien faire connaître ses
+intentions.
+
+ »D. CH.»
+
+ * * * * *
+
+M. de Chanay remettait, le 29 avril, au ministre d'État, préfet de
+police, la déclaration et les réponses du sieur Joly, ainsi qu'un
+rapport circonstancié, et de la visite qu'il avait faite sur les
+lieux, et des renseignements qu'il y avait recueillis. Voici ces
+documents:
+
+ «Paris, le 29 avril 1817.
+
+»J'ai l'honneur de transmettre à M. le préfet la déclaration et les
+réponses du sieur Joly, ainsi que mon rapport circonstancié de la
+visite que j'ai faite hier sur les lieux.
+
+»Votre Excellence jugera peut-être convenable, pour éviter toutes les
+indiscrétions, d'en parler elle-même au ministre et de lui communiquer
+confidentiellement ces pièces.
+
+ »CH.»
+
+
+I.
+
+_Déclaration._
+
+«L'an mil huit cent dix-sept, le vingt-huit avril, à onze heures du
+matin, se sont présentés à mon domicile, près et hors la barrière de
+Clichy, nº 42, les sieurs de Chanay, chef de la première division de
+la préfecture de police, et Burger, officier de paix, lesquels m'ayant
+déclaré que, en vertu des ordres de S. Exc. le ministre d'État, préfet
+de police, dont ils sont porteurs, ils sont chargés de visiter le clos
+de la maison du Christ, sis près et en dedans la barrière de
+Mousseaux, afin de recueillir les plus petits détails comme les
+moindres circonstances qui pourraient aider à connaître le lieu de la
+sépulture de S. A. R. Madame Élisabeth, déposée par moi dans ledit
+enclos le 10 mai 1794, avec nombre d'autres victimes suppliciées le
+même jour. A ces causes, ces messieurs m'ont invité à les accompagner
+dans l'enclos dit du Christ, ce à quoi j'ai déféré sur l'heure.
+
+»En sortant de mon domicile, nous descendîmes le boulevard extérieur
+de la barrière de Clichy à celle de Mousseaux, et rentrâmes dans Paris
+par la rue du Rocher, sur laquelle la maison du Christ fait face à
+droite, et frappâmes à l'entrée principale, située rue de Valois. Le
+concierge, après quelques difficultés, nous laissa pénétrer dans
+l'enceinte intérieure; de là nous entrâmes dans le jardin, obliquant à
+droite pour nous porter vers le mur de séparation du jardin d'avec
+l'enclos autrefois destiné aux sépultures. Non loin de la porte de
+communication, j'indiquai à M. Burger, qui se trouvait près de moi,
+l'endroit où doit se trouver la fosse où repose la princesse, et lui
+ajoutai que s'il existait deux fosses, c'était dans celle longeant
+parallèlement le mur de séparation le plus proche de la porte cochère
+donnant sur l'extérieur, par où entraient les victimes, que la
+princesse avait été inhumée.
+
+»En effet, après avoir franchi le terrain qui nous séparait encore de
+ce lieu funèbre, je reconnus parfaitement les lieux que je visitais
+pour la seconde fois depuis l'époque fatale de la révolution. A quatre
+pieds en avant de la porte, nous obliquâmes légèrement à droite, et
+nous distinguâmes facilement l'emplacement d'une fosse par
+l'affaissement des terres; c'est là que M. Viger de Jolival fit élever
+une (_sic_) tertre de gazon et placer une pierre carrée sur laquelle
+on lit _Madame Élisabeth_. Après m'être recueilli, je vis clairement
+que ce n'est point dans cette fosse que repose la princesse; et,
+soutenant mon premier dire, je cherchai la seconde, qui devait être
+située non loin, en approchant perpendiculairement vers la porte
+cochère placée au nord-est de l'enclos. Je n'eus point de peine à
+reconnaître l'emplacement de cette fosse, dont l'affaissement,
+beaucoup plus sensible que dans la première, laissait aisément
+distinguer un espace de douze à quinze pieds carrés, auquel il
+manquait à peu près un pied et demi pour être au niveau du terrain.
+Cette dimension est à quelque chose près la surface de toutes les
+fosses que nous ouvrions en ce lieu. Ainsi, en me rappelant, aussi
+bien qu'un si long espace de temps me permit de le faire, j'avais
+indiqué d'avance et la disposition de la fosse où se trouve la
+princesse, sa grandeur, et distingué la véritable d'entre celles qui
+sont en ce lieu. Une circonstance particulière avait aidé ma mémoire:
+je me rappelai que ma mère, morte environ trois ans après l'inhumation
+de la princesse, je la plaçai dans la même direction de la fosse et
+contre le mur; ma femme fit une croix au-dessus avec une pierre; je
+distinguai encore ce signe, et les sieurs de Chanay et Burger l'ont
+reconnu avec moi.
+
+»Ces détails ne laissant plus aucun doute sur l'endroit de la
+sépulture, je me plaçai sur le côté nord-ouest de la fosse, dans la
+même position où j'étais au moment où la charrette arrivant sur les
+bords, déchargea les cadavres; ma mémoire me confirma alors l'idée,
+que j'avais annoncée d'avance, qu'à l'heure de six et sept heures du
+soir je travaillai le soleil sur le dos et la face tournée du côté du
+mur du jardin. Mon camarade, un commissaire de police et les
+charretiers furent les seuls individus présents à l'inhumation; à
+l'exception du commissaire de police, dont j'ignore le sort, il
+n'existe plus d'autre témoin oculaire. Nous dépouillâmes les corps et
+les jetâmes sans aucun vêtement dans la fosse; je reconnus Madame
+Élisabeth au dire des charretiers et à ses habits; elle a été
+pareillement dépouillée et jetée sans distinction dans la fosse; mais
+je me rappelle qu'après que tous les cadavres furent descendus, nous
+nous plaçâmes dans la fosse pour les ranger par ordre; que Madame
+Élisabeth se trouve au milieu de la première ou de la seconde couche,
+le tronc perpendiculairement posé du côté du mur, et les pieds vers le
+côté nord-ouest de la fosse; je me rappelle également que son corps se
+trouve avec plusieurs corps masculins rangés ainsi que je vais
+l'indiquer, c'est-à-dire que, pour ménager les places, nous placions
+alternativement un tronc et les pieds, de manière qu'une couche de
+cadavres se trouvait serrée sans aucun intervalle de terre. Après
+avoir rempli l'espace vide, nous recouvrions les corps avec environ
+six pouces de terre.
+
+»La fosse que j'indique comme devant renfermer les cendres de Madame
+Élisabeth est la moins profonde du même côté: elle peut avoir de douze
+à quinze pieds de profondeur; ainsi Madame Élisabeth, couchée sur le
+ventre entre plusieurs hommes de la manière que je l'indique, doit se
+trouver au fond ou à quatorze pouces du sol.
+
+»D'après cette déclaration, qui est conforme à l'exacte vérité,
+j'estime que la recherche du corps, quoique pénible et difficile, peut
+être tentée avec quelque apparence de succès. Pour y parvenir, il
+faudrait avec soin ouvrir une tranchée perpendiculairement au mur du
+jardin, au côté nord-est de la fosse, afin de déterminer la profondeur
+et le nombre de couches de cadavres; qu'ensuite, pour déterminer d'une
+manière certaine qu'il n'existe pas d'autre fosse plus près de la
+porte que celle dont il est question, il serait nécessaire d'ouvrir un
+boyau d'une vingtaine de pieds sur six de profondeur, à partir de la
+fosse et longeant parallèlement le mur du jardin.
+
+»Le soussigné déclare en outre qu'il a été nommé en 1789 concierge du
+cimetière de la Madeleine; qu'en l'an II, lors de la fermeture de ce
+cimetière, il a été appelé à Mousseaux, où il est resté jusqu'à la
+fermeture en l'an V; qu'ensuite, nommé à celui de Saint-Roch, il y est
+pareillement resté jusqu'à sa fermeture en l'an VI, et qu'il occupe
+maintenant la même place à Montmartre depuis cette époque.
+
+»De tout quoi j'ai fait la présente déclaration les jour, mois et an
+que dessus.
+
+ »DE CHANAY, chef de la 1re division.
+ »JOLY.
+ »BURGER.»
+
+
+II.
+
+NOUVELLES QUESTIONS EXPLICATIVES
+A FAIRE.
+
+ RÉPONSES AUX QUESTIONS.
+
+1º Pouvez-vous vous rappeler quelle était la
+profondeur de la fosse quand vous y descendîtes le
+10 mai pour y ranger les corps? Vous aviez une
+échelle sans doute?
+
+ 1º M. Joly ne se rappelle précisément ni la profondeur
+ de la fosse à cette époque ni la hauteur de l'échelle
+ dont on se servait pour y descendre.
+
+2º La terre du fond semblait-elle dure comme une
+terre où il n'y a pas eu de précédente et plus
+profonde inhumation?
+
+ 2º M. Joly ne s'en souvient pas.
+
+3º Quand on déchargeait les corps de la charrette,
+les précipitait-on l'un après l'autre après leur
+dépouillement, ou les dépouillait-on tous avant de
+les précipiter?
+
+ 3º Quand la charrette était arrivée sur le bord de la
+ fosse, on procédait au dépouillement des vêtements. (Un
+ registre était tenu de ces effets divers, qui étaient
+ ensuite remis à l'Hôtel-Dieu.) De temps à autre les
+ fossoyeurs descendaient dans la fosse pour ranger les
+ corps afin qu'ils ne fussent pas trop entassés.
+
+4º Puisque vous assurez que le corps de la
+princesse est placé le tronc du côté du mur, il
+faut ou que vous l'ayez reconnu et distingué dans
+la fosse, ou qu'il y ait été précipité le dernier
+ou des derniers, après avoir remarqué par vous et
+votre camarade sur le bord de la fosse.
+
+ 4º Réponse affirmative sur tous les points de la
+ question. A ajouté que le conducteur de la voiture avait
+ dit: Que c'était son corps, qu'il était le dernier ou
+ des derniers placés sur la charrette, par conséquent
+ au-dessus des autres, et les vêtements étaient aussi peu
+ ensanglantés.
+
+ Tous les autres l'étaient beaucoup.
+
+5º Comment ont été placées les têtes des corps?
+
+ 5º Les têtes ont été placées indistinctivement dans les
+ vides.
+
+6º De quelle épaisseur de terre environ étaient
+recouvertes les couches de corps?
+
+ 6º Il est difficile d'estimer même approximativement le
+ nombre des corps de chaque couche: 1º parce que, outre
+ les suppliciés, il arrivait des corps envoyés par l'état
+ civils et des cercueils; ceux-ci tenaient plus de place;
+ 2º parce qu'il y avait des enfants; 3º parce qu'une même
+ couche étant composée de deux rangs, elle n'était pas
+ faite le même jour. A l'égard de 10 mai, le sieur Joly
+ se rappelle très-bien que les suppliciés furent placés
+ dans la partie de la fosse la plus rapprochée du mur;
+ que le même jour la partie antérieure de la fosse ne fut
+ point remplie, et enfin _que le corps de la princesse
+ a été placé vers le milieu de la fosse dans le rang
+ supérieur de la couche et la face antérieure du corps
+ tournée sur le rang inférieur._
+
+7º Combien estimez-vous qu'il pouvait y avoir de
+corps par chaque couche sur toute la surface
+carrée de la fosse?
+
+8º La fosse a-t-elle été remplie jusqu'au niveau
+de la superficie? A quelle profondeur estimez-vous
+qu'on trouve les restes des derniers corps
+inhumés?
+
+ 7º et 8º Les couches des corps étaient chacune
+ recouvertes d'environ six pouces de terre et les fosses
+ recouvertes dans la partie supérieure d'environ trois
+ pieds de terre, de sorte que les premiers corps ou les
+ premiers vestiges qu'on en trouverait devraient être à
+ trois pieds environ au-dessus de la superficie. Il faut
+ cependant remarquer que lorsque le sieur Joly a quitté
+ l'enclos il y avait quelques élévations ou tertres qui
+ ont disparu, soit qu'on ait enlevé des terres restant
+ des remblais, soit que pour cultiver le sol on ait
+ nivelé toutes les inégalités. Ces renseignements ne
+ peuvent être justement donnés que par le propriétaire.
+
+Nous avons signé et parafé les questions et réponses ci-dessus _ne
+varientur_.
+
+ Paris, 29 avril 1817, à la préfecture de police,
+
+ DE CHANAY,
+ Chef de la 1re division.
+
+ JOLY.
+
+
+III.
+
+ _Rapport particulier à S. E. le ministre d'État, préfet de
+ police, sur le résultat d'une visite dans l'enclos du sieur de
+ Jolival, pour constater le lieu de l'inhumation de S. A. R.
+ Madame Élisabeth, soeur du Roi._
+
+«Ce matin, 28 avril 1817, à midi, conformément aux ordres de Votre
+Excellence et pour remplir avec le plus possible d'exactitude et de
+soin les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, et donner
+toute la suite convenable aux indications précédemment recueillies, je
+me suis rendu à la barrière de Clichy et au cimetière Montmartre,
+accompagné de l'officier de paix Burger, qui avait pris les premières
+informations et obtenu les premiers documents du nommé Joly,
+anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison dite du
+Christ près Mousseaux. Là j'ai invité ledit Joly, aujourd'hui
+concierge du cimetière Montmartre, à me suivre dans l'enclos du sieur
+Viger de Jolival, ce qu'il a fait aussitôt avec empressement.
+
+»Arrivés à la grande porte d'entrée de ladite maison, le jardinier
+nous l'a ouverte; j'ai demandé la liberté d'entrer dans le jardin et
+de visiter l'enclos. Ayant reconnu l'officier de paix Burger, il a
+consenti à nous laisser entrer, mais seulement pour peu de temps,
+craignant, a-t-il dit, qu'une trop longue visite ne fût pour lui un
+sujet de reproche.
+
+»Après lui avoir promis de n'y rester que le temps nécessaire pour de
+simples vérifications, nous avons traversé la cour et une partie du
+jardin, nous dirigeant à l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du
+petit enclos de l'inhumation. Le jardinier était en avant avec le
+sieur Burger; j'étais à dessein resté en arrière avec le sieur Joly.
+Arrivés à environ trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos
+dont nous étions encore séparés par le mur, je me suis arrêté et j'ai
+demandé au sieur Joly s'il se remettait parfaitement dans l'esprit la
+disposition du local; aussitôt, me montrant de la main une partie du
+mur à droite de la petite porte qui en peut être éloignée de douze ou
+quinze pas: C'est là derrière, m'a-t-il dit, qu'est _la fosse_. Je
+fais remarquer cette circonstance à Son Excellence, parce qu'elle
+prouve que le sieur Joly connaît bien l'emplacement et parce que cette
+indication donnée sans voir le terrain prouve qu'il en avait un
+souvenir exact. En effet, étant entré dans l'enclos par la petite
+porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué, j'ai
+vu un terrain couvert de gazon en partie affaissé sur une surface
+carrée de quatorze ou quinze pieds, comme il l'avait annoncé.
+
+»Cette indication est encore essentielle parce qu'il y a évidemment eu
+deux larges fosses, et que le propriétaire même du terrain ayant
+négligé ou cru inutile de consulter le nommé Joly[136] (seul témoin, à
+ce qu'il paraît, des inhumations faites dans ces temps funestes), a
+cru que Madame Élisabeth a été inhumée dans la grande fosse qui est
+presque en face de la petite porte; dans cette persuasion ou plutôt
+cette erreur, il a fait planter sur le terrain affaissé de cette fosse
+plus nouvelle quelques arbustes et arbres verts, et sur un tertre de
+gazon il a fait poser une pierre grise polie où on lit ces mots:
+_Madame Élisabeth_. Ces plantations, cette espèce de monument
+provisoire sont nouveaux, les arbres ne semblent pas avoir deux ans.
+Tout porte à faire penser que les cendres de l'auguste victime ne sont
+point là, mais bien dans l'autre fosse, plus ancienne et moins vaste,
+indiquée par le sieur Joly avant d'être dans l'enclos et indiquée avec
+précision.
+
+[Note 136: Le sieur Joly n'a point été consulté par le propriétaire
+avant qu'il eût désigné par une pierre le lieu où il supposait que
+reposent les cendres de Madame Élisabeth, mais depuis il fut appelé
+par le sieur de Jolival. Celui-ci lui montrant le terrain et
+l'affaissement qu'il avait désignés comme recouvrant les restes de la
+princesse, le concierge Joly lui dit: «Vous vous trompez, elle n'est
+pas là. Mais il ne lui indiqua point, ajouta-t-il, l'endroit où elle
+est réellement.»
+
+Le sieur Joly n'a revu que cette seule fois le terrain de l'enclos,
+qui, étant déjà cultivé, avait bien changé d'aspect.]
+
+»Quelque pénibles que soient ces détails, il est nécessaire que je les
+rapporte pendant qu'ils sont bien présents à mon esprit, parce qu'ils
+donnent dans leur ensemble la preuve de la véracité des indications
+du nommé Joly.
+
+»Dans l'interrogatoire que je lui avais fait deux jours avant, il
+m'avait répondu entre autres circonstances que le 10 mai, à l'heure de
+l'inhumation, quand ils étaient en face de la fosse, ils tournaient le
+dos au soleil couchant; cette position nous a paru à peu près exacte.
+La fosse rapprochée du mur par le côté de l'est ne pouvait être
+abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, et les côtés nord et sud
+devaient être occupés par la terre sortie de la fosse.
+
+»Une autre observation doit être placée ici, quoique peu importante,
+c'est que la femme du sieur Joly se souvient que la mère de son mari a
+été inhumée contre le mur et que cette fosse était très-près de la
+fosse où ont été placés les restes de Son Altesse Royale et des autres
+victimes inhumées le même jour que la princesse. Or le lieu de cette
+fosse particulière est indiqué par le sieur Joly et sa femme entre la
+fosse la plus rapprochée du mur et la partie de l'enclos qui la sépare
+de la grande porte par où l'on amenait les corps sur des charrettes.
+
+»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses,
+visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant
+par la grande porte de l'enclos: l'une plus près du mur et plus près
+de la grande porte, dont la dimension pouvait être de douze à quinze
+pieds carrés; l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au
+milieu du terrain de l'enclos. C'est dans cette seconde fosse que le
+propriétaire a présumé qu'étaient placés les restes de la princesse.
+C'est dans la première que le sieur Joly assure et a la conviction
+entière que Son Altesse Royale a été inhumée.
+
+»Il faut encore avoir le courage d'écrire des détails plus minutieux
+et plus affligeants.
+
+»Le sieur Joly s'est rappelé la position qu'il occupait alors sur ce
+même terrain et pour l'emploi terrible qu'il remplissait à cette
+cruelle époque. Il avait dix-huit ou dix-neuf ans, il était fossoyeur;
+ils étaient deux, l'autre est mort, le charretier également. Nul autre
+individu n'entrait dans l'enclos pour l'inhumation[137]. Des
+gendarmes ou des soldats fermaient la porte quand la charrette était
+entrée, et de peur que des curieux ne vissent à travers la porte, on
+bouchait avec une planche ou une pierre les trous qui se trouvaient
+dans la porte.
+
+[Note 137: A l'exception d'un commissaire ou agent de la Commune,
+quand il s'agissait d'inhumations ordinaires, car il assure que pour
+les suppliciés on ne faisait pas de procès-verbal d'inhumation, que
+l'on se contentait de tenir note de leurs dépouilles.]
+
+»Le local bien reconnu par le sieur Joly, il ne paraît point douteux
+que la fosse indiquée par lui ne soit bien celle où ont été placés les
+corps des victimes immolées le 10 mai 1794.
+
+»Mais voici des détails affreux et plus positifs encore à l'égard de
+l'auguste princesse.
+
+»La soeur de nos rois fut assassinée la dernière parmi les victimes de
+ce jour; sa tête, séparée du corps, fut montrée au peuple et mise avec
+les têtes des autres victimes dans un seul et même panier; mais le corps
+de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut placé le dernier sur la
+charrette. Arrivée dans l'enclos de l'inhumation, la charrette fut
+déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier ou des premiers
+sur le bord de la fosse; là son corps fut reconnu, dit le sieur Joly,
+désigné et dépouillé de tout vêtement: c'était l'usage ou l'ordre de ces
+barbares, qui ne respectaient ni la vie ni la mort. Tous les corps
+étaient ainsi dépouillés avant d'être précipités dans la fosse; ainsi,
+dans ces remuements successifs, le corps de la princesse devait avoir
+été précipité le dernier ou l'un des derniers. C'est ce qui explique
+comment il se trouve, suivant le témoignage du fossoyeur, placé dans le
+fond de la fosse et du coté le plus rapproché du mur, celui par où les
+fossoyeurs, quand ils étaient descendus, arrangeaient les corps de
+manière à ce qu'ils occupassent le moins d'espace possible, et en outre,
+deux rangs de corps étaient placés immédiatement les uns sur les autres,
+mais horizontalement et recouverts d'une couche de terre, épaisse
+d'environ un demi-pied. Les fossoyeurs plaçaient alternativement un
+corps le tronc du côté du mur et un autre le tronc vers le milieu de la
+fosse, et dans sa largeur il y avait par conséquent deux rangs de corps
+par couche horizontale[138]. Il serait inutile de faire le douloureux
+calcul du nombre de rangs et de couches que comportait une fosse de
+dix-huit pieds environ de profondeur sur douze ou quinze d'ouverture en
+carré. Le fossoyeur Joly n'est pas sûr du nombre qu'elle a reçu, et il
+n'est que trop probable qu'elle a été remplie, puisque plus tard on en a
+rempli une seconde.
+
+[Note 138: Une plus ample explication et des questions réitérées
+faites au sieur Joly font connaître qu'outre le premier rang
+horizontal on plaçait immédiatement un second rang horizontal sur le
+premier, et toujours le haut du corps et les pieds en opposition ou
+sens opposé, ainsi que les faces, afin de ménager l'emplacement. Cette
+observation fait prévoir les plus grandes difficultés à obtenir un
+résultat, mais enfin il faut dire les choses comme elles se passaient
+et comme elles sont.]
+
+»Mais ce qu'il importe de conclure de ces affreux détails, c'est que
+les indications du fossoyeur Joly présentent de grandes probabilités,
+et que les renseignements qu'il donne sont très-vraisemblables.
+
+»Le sieur Joly, soit par conviction produite par le souvenir, soit par
+l'effet de ses calculs sur les dispositions qu'il a faites sur le bord
+et à l'intérieur de la fosse et dans l'enclos, dit:
+
+»1º Je suis assuré que le corps de la princesse est là dans cette
+fosse et non ailleurs.
+
+»2º Je suis assuré que le corps de la princesse est l'un des premiers
+rangés dans la fosse ce jour-là, et par conséquent il est dans la
+partie de la fosse la plus proche du mur et de la grande porte, vers
+le milieu de la couche.
+
+»3º Il assure que ce corps a été rangé le tronc du côté du mur et les
+pieds vers le milieu de la fosse.
+
+»4º Il croit être assuré que les corps placés auprès sont des corps de
+sexe masculin.
+
+»Voilà ce qu'il a constamment répété, comme en ayant la conviction.
+
+»Ce que le sieur Joly ne peut affirmer, c'est la profondeur positive
+de la fosse à l'époque du 10 mai (il croit qu'elle était d'environ
+dix-huit pieds). Il ne se rappelle pas certainement si la fosse était
+nouvellement creusée ou si elle était plus ancienne et s'il y avait
+eu déjà des inhumations.
+
+»Il croit aussi que dans la suite on y a placé des corps enfermés dans
+des cercueils, ce qui diminuerait le nombre des corps qu'elle aurait
+pu contenir.
+
+»Résulte-t-il de ces détails et de ces indications des renseignements
+suffisants et assez sûrs pour que l'on puisse et doive entreprendre
+des recherches et en attendre des résultats certains, ou se
+bornera-t-on à regarder comme certaine l'existence des cendres de
+l'auguste princesse dans cette fosse? Sur le témoignage du fossoyeur
+Joly, qui dans ses indications paraît sage, raisonnable, véridique et
+sûr de son fait, qui paraît d'ailleurs être le seul témoin vivant de
+ces tristes événements, se bornera-t-on à projeter un monument digne
+des vertus de la soeur de nos Rois, pour l'élever sur ce terrain
+consacré par d'aussi cruels souvenirs? C'est ce qu'il appartient au
+Gouvernement de décider.
+
+»Pour moi, Monseigneur, en vous rendant ce compte de la mission
+douloureuse et cependant si intéressante que vous m'avez confiée, je
+crois avoir donné une preuve nouvelle et irrécusable de mon zèle et de
+mon dévouement sans bornes à notre auguste Souverain. Sans la pensée
+qu'un sujet fidèle et dévoué pouvait seul y mettre ces soins et ce vif
+intérêt qui peuvent approcher du succès que vous désiriez obtenir, je
+n'aurais point eu le courage et la présence d'esprit nécessaires pour
+ces recherches.
+
+»S'il m'était permis à la suite de ce rapport de vous exprimer mon
+opinion particulière, je dirais à Votre Excellence avec plus
+d'assurance à présent:
+
+»1º Qu'un succès complet me semble toujours difficile, mais non
+impossible;
+
+»2º Que pour arriver à un résultat, dans le cas où il serait jugé
+possible et même probable, il me semblerait convenable de faire cette
+recherche sans éclat, en silence, discrètement, avec très-peu
+d'ouvriers, en y employant beaucoup de temps et de précautions, et
+après avoir combiné tous les préparatifs de ce travail et les moyens
+de le poursuivre; après avoir consulté quelques personnes habiles et
+pris les arrangements convenables avec le propriétaire du terrain.
+
+»Si Votre Excellence, après avoir rendu ce nouveau compte de nos
+démarches au Ministre de l'intérieur, en recevait l'autorisation de
+faire procéder à une fouille pour vérifier la justesse des indications
+contenues dans la déclaration du sieur Joly, il me semblerait aussi
+prudent de mettre le moins possible de personnes dans le secret de
+cette recherche incertaine[139].
+
+[Note 139: Cependant, afin d'écarter toute possibilité et même tout
+soupçon de fraude et de supercherie, il serait convenable de nommer
+plusieurs commissaires, dont un au moins serait sans cesse présent au
+travail et en dresserait chaque jour une espèce de rapport ou
+procès-verbal.
+
+Il conviendrait aussi, en cas que l'entreprise fût faite, que la fosse
+fût garantie par un toit en planches ou une toile, afin que la pluie
+ne dérangeât point le travail et ne nuisît point aux opérations.]
+
+Le concierge Joly, l'officier de paix Burger, deux ouvriers adroits,
+discrets et intelligents, suffiraient pour cette épreuve. Nous nous
+chargerions avec zèle du soin de découvrir des ouvriers capables de ce
+travail et de consulter des personnes habiles pour les diriger.
+
+»Il faudrait faire une enceinte fermée par des planches dans l'enclos
+même, pour éviter les regards des curieux, empêcher les journaux
+indiscrets d'en occuper le public; et si les indications se trouvaient
+justifiées, alors seulement on appellerait à les reconnaître les
+témoins ou plutôt les juges du succès. Si au contraire les indications
+ne se réalisaient pas, on cesserait les recherches et l'on se
+bornerait à croire le témoignage du fossoyeur Joly, qui affirme que
+les restes de la princesse ont été placés là, mais sans pouvoir les
+reconnaître parmi ceux des autres victimes.
+
+ »DE CHANAY.»
+
+ * * * * *
+
+Pendant le cours de ces investigations, poursuivies avec autant de
+zèle que de persévérance, un service solennel était célébré pour
+Madame Élisabeth dans toutes les paroisses de France le 10 mai, jour
+anniversaire de sa mort.
+
+Le 11 mai, le ministre d'État, préfet de police, mettait sous les yeux
+du ministre de l'intérieur les détails qu'il était parvenu à
+recueillir sur l'inhumation de la princesse:
+
+ Paris, le 11 mai 1817.
+
+«MONSEIGNEUR,
+
+»La lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence le 22
+avril dernier, en l'informant que les démarches faites jusqu'alors
+pour constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame Élisabeth me
+laissaient peu d'espoir de réussir, annonçait que de nouvelles
+recherches devaient avoir lieu par suite des dispositions que j'avais
+prises: je m'empresse de mettre sous les yeux de Votre Excellence,
+conformément à la lettre du 26 du même mois, le détail des
+informations et des témoignages que je suis parvenu jusqu'à présent à
+recueillir.
+
+»Je m'étais assuré qu'il n'existait plus qu'un seul homme, le sieur
+Joly, anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison
+dite du Christ près Mousseaux, et aujourd'hui concierge du cimetière
+Montmartre, qui pût donner, comme témoin oculaire, les indications
+désirées. Le sieur Joly avait assisté à la sépulture de Madame
+Élisabeth; ses souvenirs, sa présence dans l'enclos où la sépulture
+avait été faite, ses remarques, devaient être constatés avec la plus
+scrupuleuse exactitude. Des questions utiles pouvaient être suggérées
+par ses observations sur le lieu même, et il fallait s'y présenter
+avec beaucoup de précautions, autant à cause du secret que la nature
+des recherches rendait nécessaire que par rapport au propriétaire, qui
+s'était flatté d'abord de tirer un grand parti de son terrain, sur
+lequel on avait proposé d'ériger un monument à la mémoire de l'auguste
+victime: je jugeai donc convenable de remettre à M. de Chanay, chef de
+la première division des bureaux de ma préfecture, le soin de visiter
+l'enclos avec le sieur Joly, et je le fis accompagner d'un officier de
+paix, le sieur Burger, qui déjà avait été chargé de prendre auprès du
+sieur Joly les premiers documents.
+
+»Le 28 avril, à midi, cette visite eut lieu. Après avoir traversé la
+cour et une partie du jardin de M. Viger de Jolival, on s'est dirigé à
+l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du petit enclos de
+l'inhumation. A trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos,
+et avant d'arriver au mur de séparation, Joly, interrogé s'il se
+remettait parfaitement dans l'esprit la disposition du local, montra
+aussitôt de la main une partie de ce mur à droite de la petite porte
+et qui peut en être éloignée de douze à quinze pas, en disant: _C'est
+là derrière qu'est la fosse!_ Cette indication, donnée de loin et sans
+hésiter, prouverait qu'il avait un souvenir exact du lieu de la
+sépulture, et d'autant plus qu'étant entré dans l'enclos par la petite
+porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué, on a
+vu un terrain en partie couvert de gazon et affaissé sur une surface
+carrée de quatorze à quinze pieds, comme Joly l'avait annoncé.
+
+»L'indication donnée par ce dernier est encore d'autant plus
+essentielle qu'elle a fait reconnaître que ce n'est point dans la
+grande fosse, presque en face de la petite porte, mais dans l'autre
+fosse, plus ancienne et moins vaste, qu'ont dû avoir été déposés les
+restes de S. A. R. Madame Élisabeth. Ainsi M. Viger de Jolival s'était
+évidemment trompé en faisant placer sur le terrain affaissé de la
+première fosse une pierre sur laquelle on lisait l'inscription:
+_Madame Élisabeth_.
+
+»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses
+visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant
+par la grande porte de l'enclos, l'une plus près du mur et de la
+grande porte, et dont la dimension pouvait être de douze à quinze
+pieds carrés, l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au
+milieu du terrain de l'enclos. C'est dans la première de ces fosses
+que le sieur Joly assure, d'après son entière conviction, que Son
+Altesse Royale a été inhumée.
+
+»On a vérifié une circonstance particulière précédemment énoncée par
+le sieur Joly dans ses interrogatoires à ma préfecture: il avait dit
+que le 10 mai, à l'heure de l'inhumation, lorsque lui et les autres
+personnes qui s'y trouvaient étaient en face de la fosse, ils
+tournaient le dos au soleil couchant; cette position a paru à peu près
+exacte, la fosse, rapprochée du mur par le côté de l'est, ne pouvant
+être abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, parce que les côtés
+nord et sud devaient être occupés par les terres extraites de la
+fosse.
+
+»Le local ainsi reconnu d'après les indications du sieur Joly, il
+restait à remplir une tâche bien douloureuse, celle de constater les
+détails qui pouvaient aider à identifier les cendres de l'illustre
+martyre. Quelque affligeants que soient ces détails, il est cependant
+indispensable de les retracer ici.
+
+»Madame Élisabeth fut la dernière des victimes qui périrent le 10 mai
+1794. Cette tête auguste fut mise avec les autres dans un seul et même
+panier. Le corps de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut
+placé le dernier sur la charrette. Lorsque la charrette, arrivée dans
+l'enclos, fut déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier,
+ou l'un des premiers, sur le bord de la fosse. Là, son corps fut
+reconnu, a dit le sieur Joly, dépouillé de tout vêtement avant d'être
+précipité dans la fosse, où il l'a été probablement le dernier ou l'un
+des derniers, à cause des remuements successifs des autres corps
+dépouillés de même. C'est ce qui expliquerait comment il se trouve
+(suivant le témoignage du fossoyeur, le sieur Joly) placé dans le fond
+de la fosse et du côté le plus rapproché du mur.
+
+»Le sieur Joly assure que le corps de la princesse a été rangé le
+ventre tourné vers la terre, de manière que le tronc se trouve du côté
+du mur et les pieds vers le milieu de la fosse; il croit de plus être
+assuré que les corps placés de l'un et de l'autre côté auprès de celui
+de la princesse sont des corps du sexe masculin. Pour ménager
+l'espace, les corps étaient placés immédiatement les uns sur les
+autres, en ligne horizontale, chaque corps ayant alternativement le
+tronc du côté du mur et le tronc vers le milieu de la fosse. Par
+conséquent il y avait deux rangs de corps par chaque couche
+horizontale. On mettait aussi les pieds et les troncs des corps en
+opposition, de même que les faces, afin de ménager le terrain.
+
+»Ce que le sieur Joly n'a pu affirmer, c'est l'exacte profondeur de la
+fosse à l'époque du 10 mai 1794. Il croit qu'elle était d'environ
+dix-huit pieds de profondeur sur douze à quinze d'ouverture en carré,
+et qu'il y a été fait aussi des inhumations ordinaires de corps
+enfermés dans des cercueils.
+
+»En résultat, les indications du sieur Joly semblent présenter des
+probabilités; qu'il soit aujourd'hui le seul témoin oculaire encore
+existant, c'est ce qu'il est naturel de conclure de l'inutilité des
+recherches qui ont été faites pour en découvrir d'autres que lui, et
+des détails qu'il a donnés sur ce qui se passait à l'époque cruelle
+des exécutions révolutionnaires. Il n'y avait à Mousseaux que deux
+fossoyeurs, lui compris. Ces deux hommes et le conducteur de la fatale
+charrette étaient seuls admis dans l'enclos. Il leur a survécu. Aucun
+agent de la commune n'assistait, s'il faut l'en croire, à l'inhumation
+des victimes, et jamais agent de la commune ou commissaire de police,
+à cette époque[140], n'entrait dans l'enclos que pour constater des
+inhumations ordinaires; mais quant aux victimes des fureurs
+révolutionnaires, il n'était jamais dressé de procès-verbal de leur
+inhumation (toujours suivant les dépositions du sieur Joly), et
+seulement on prenait la note de leurs dépouilles. Des gendarmes ou des
+soldats fermaient la porte de l'enclos dès que la charrette y était
+entrée, et ne laissaient aux curieux aucun moyen de voir ce qui se
+faisait dans l'intérieur, et même les trous qui se trouvaient dans la
+porte étaient bouchés avec une pierre.
+
+[Note 140: Dans sa déclaration du 28 avril, le sieur Joly a dit le
+contraire. B.]
+
+»La déclaration du sieur Joly, en date du 28 avril dernier, a fourni
+la matière des détails dont j'ai l'honneur de rendre compte à Votre
+Excellence.
+
+»Je joins ici une copie de la déclaration du sieur Joly, ainsi qu'un
+plan qui mettra Votre Excellence plus à portée d'en suivre les détails
+topographiques.
+
+»Je regrette vivement de ne pouvoir donner à Votre Excellence, au lieu
+de certitudes, que des probabilités pour le succès des recherches et
+des travaux qui tendraient à faire reconnaître les restes de l'auguste
+princesse parmi ceux de tant d'autres victimes, mais du moins Votre
+Excellence pourra juger de ce qui resterait à faire, et décider si les
+informations dont j'ai l'honneur de lui soumettre les résultats
+présentent assez d'espoir de succès pour donner lieu à des recherches
+ultérieures, et dans ce cas je la prierais de vouloir bien me faire
+connaître ses intentions.
+
+»J'ai l'honneur, etc.
+
+ »LE MINISTRE D'ÉTAT, PRÉFET.»
+
+ * * * * *
+
+Là s'arrêtent les documents relatifs à la sépulture de Madame
+Élisabeth. Il fallut donc perdre l'espoir de retrouver, d'une manière
+certaine, ses précieux restes. Obligé de renoncer à se défaire d'une
+façon lucrative de son enclos, M. Viger de Jolival chercha à se
+dédommager de cet échec.
+
+La lettre suivante initie le lecteur à une démarche que M. Viger tenta
+près du commissaire de police du quartier du Roule. Celui-ci comprit
+tout ce que cette démarche offrait d'inconvenant et d'inadmissible. Il
+la fit connaître en ces termes au préfet de police:
+
+ Paris, ce 20 mai 1817.
+
+«MONSIEUR LE COMTE,
+
+»M. Viger de Jolival, propriétaire d'une maison rue de Valois, nº 15,
+devenu acquéreur d'un terrain qui servit de sépulture à dix-sept cent
+quarante-cinq victimes des fureurs du temps, parmi lesquelles reposent
+les restes de Madame Élisabeth, m'a proposé, comme moyen d'éviter
+l'assujettissement de donner l'entrée de son jardin aux personnes qui
+se présentent assez souvent par curiosité pour visiter ce lieu, de
+l'autoriser à placer sur le mur extérieur, en face de l'endroit où
+l'on pense que le corps de Son Altesse Royale a été inhumé, une
+inscription indicative à ce sujet.
+
+»Avant de soumettre sa demande à Votre Excellence et afin d'être plus
+à même de vous la présenter, j'ai visité le terrain accompagné de son
+jardinier: il résulte de cet examen que deux fosses larges et
+profondes, remarquables par le surbaissement des terres, y ont été
+ouvertes; que celle à droite cache le plus grand nombre de ces
+victimes; que sur la seconde il a été élevé un petit tertre en verdure
+et placé une pierre funéraire portant pour inscription: _Ici repose
+Madame Élisabeth._
+
+»Près du mur de clôture de Paris, il existe un autre surbaissement
+petit, mais visible, au-dessus duquel est un pied de rosier qui paraît
+déjà ancien, et contre l'enduit du mur une rayure qui semble avoir été
+faite avec un corps quelconque et à dessein.
+
+»Ce jardinier a fait sur cet endroit une remarque que son habitude de
+manier la terre lui aura suggérée, et d'après laquelle cette princesse
+et les vingt-quatre personnes qui partagèrent son martyre pourraient
+avoir été déposées: c'est en face de ce même endroit et contre le mur
+extérieur que M. Viger désirerait être autorisé à placer l'inscription
+qu'il a projetée; je lui ferai connaître la réponse de Votre
+Excellence.
+
+»Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de mon respect.
+
+ _»Le commissaire de police du quartier du Roule,_
+
+ »BRUZELIN.»
+
+ * * * * *
+
+Une note, conservée aux archives de la préfecture de police, est ainsi
+conçue: «Le 29 mai 1817, écrit à M. le commissaire de police du
+quartier du Roule, de la part de M. de Chanay, que S. Exc. le ministre
+d'État, préfet de police, n'accueillerait point du tout la proposition
+que M. Viger de Jolival paraît avoir l'intention de lui faire.
+
+»M. Boucher a signé la lettre adressée à M. le commissaire de police.»
+
+ * * * * *
+
+Ainsi se termina cette triste et pieuse croisade, dont le résultat
+final n'était malheureusement que trop prévu. Aux regrets du Roi et de
+la famille royale s'associèrent tous les coeurs généreux et
+compatissants. Le Parisien, si vite oublieux, s'étonna d'apprendre que
+dans ce coin de terre obscur et caché à l'extrémité de sa ville la
+petite-fille et la soeur des Rois eût été enterrée sans linceul et
+sans bière. Il ignorait, et il ignore encore le nombre des holocaustes
+dont le dénoûment s'est accompli en cette étroite enceinte,
+aujourd'hui envahie par le boulevard Malesherbes. En publiant ici _in
+extenso_ les _fournées_ de suppliciés dont les restes ont été enfouis
+dans le clos du Christ, c'est en quelque sorte une révélation que nous
+croyons apporter à nos concitoyens. Il est à regretter que l'édilité
+parisienne, habituellement jalouse de concilier ce qui est dû aux
+convenances morales avec les justes exigences des améliorations
+utiles, n'ait pas été avertie à temps, de manière à pouvoir tenir
+compte, dans ses plans, des pieux souvenirs recueillis sur ce point
+obscur de la grande cité, et que, le premier, j'ai mis en lumière.
+Malheureusement, le compas de l'architecte et la truelle du maçon ont
+marché plus vite que l'enquête du chercheur des choses d'autrefois et
+la plume de l'écrivain.
+
+Le 4 germinal an II, le cimetière de la Madeleine fut fermé; celui de
+Monceaux fut ouvert, et reçut ce jour-là les restes mortels d'Hébert
+et des hébertistes. Voici la liste des exécutions et des décès:
+
+Le Tribunal révolutionnaire établi à Paris par décret de la Convention
+nationale du 10 mars 1793, l'an deuxième de la République, sans aucun
+recours au Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par
+l'article deux d'un autre décret de la Convention du 5 avril suivant,
+portant «que l'Accusateur public dudit Tribunal est autorisé à faire
+arrêter, poursuivre et juger, sur la dénonciation des autorités
+constituées ou des citoyens:» (le même préambule se retrouve en tête
+de chaque jugement).
+
+Par jugement du 4 germinal an II (24 mars 1794), appert:
+
+ 1. Jacques-René Hébert, substitut de l'agent national de la
+ Commune de Paris, âgé de 35 ans, natif d'Alençon, département de
+ l'Orne, domicilié à Paris, rue Neuve-de-Égalité.
+
+ 2. Charles-Philippe Ronsin, avant la révolution homme de lettres,
+ puis commissaire de guerre ordonnateur, adjoint au ministre de la
+ guerre, général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42 ans, natif
+ de Soissons, département de l'Aisne, domicilié à Paris, boulevard
+ Montmartre, nº 27.
+
+ 3. Antoine-François Momoro, imprimeur-libraire et administrateur
+ du département de Paris, âgé de 38 ans, natif de Besançon,
+ département du Doubs, domicilié à Paris, rue de la Harpe, nº 71.
+
+ 4. François-Nicolas Vincent, ci-devant clerc de procureur, puis
+ membre de la Commune, et actuellement secrétaire général du
+ département de la guerre, âgé de 27 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue des Citoyennes, section de Mutius-Scévola.
+
+ 5. Michel Laumur, ci-devant lieutenant-colonel de la marine et
+ colonel d'infanterie au 6e régiment de l'armée du Nord, et
+ général de brigade, âgé de 63 ans, natif de Paris, y domicilié,
+ rue Croix-des-Petits-Champs, nº 42.
+
+ 6. Jean-Conrad Kock, banquier, âgé de 38 ans, natif d'Ulm, en
+ Hollande, habitant en France depuis 1787, demeurant à Passy,
+ près Paris, et encore à Paris, rue Neuve-de-l'Égalité, nº 314.
+
+ 7. Pierre-Jean Proly, négociant, puis rédacteur de journal, âgé
+ de 42 ans, natif de Bruxelles, en France depuis 1782, demeurant à
+ Paris, rue Vivienne, nº 7.
+
+ 8. François Desfieux, marchand de vin de Bordeaux, âgé de 39 ans,
+ natif de Bordeaux, domicilié à Paris, rue des
+ Filles-Saint-Thomas, nº 20.
+
+ 9. Anacharsis Clootz (Jean-Baptiste), homme de lettres, ci-devant
+ député à la Convention nationale, âgé de 38 ans, natif de Clèves,
+ dans la Belgique, habitant en France depuis 27 ans, demeurant à
+ Paris, rue de Mesnard, nº 563.
+
+ 10. Jacob Peyrera, manufacturier de tabac, âgé de 51 ans, natif
+ de Bayonne, département des Basses-Pyrénées, demeurant à Paris,
+ rue Saint-Denis, nº 413, section Bon-Conseil.
+
+ 11. Marie-Anne-Catherine Latreille, âgée de 34 ans, native de
+ Montreuil-Belley, département de Rhône-et-Loire, demeurant à
+ Paris depuis six mois, rue et maison Bussy, femme Questineau.
+
+ 12. Jean-Antoine-Florent Armand, élève en chirurgie, âgé de 26
+ ans, natif de Chaylac, département de l'Ardèche, domicilié à
+ Paris depuis un an, rue et maison Bussy.
+
+ 13. Jean-Baptiste Aucard, employé au comité des recherches du
+ département de Paris, âgé de 52 ans, natif de Grenoble,
+ département de l'Isère, domicilié à Paris, rue des
+ Mauvais-Garçons Saint-Germain, ci-devant coupeur de gants,
+ journalier.
+
+ 14. Frédéric-Pierre Ducroquet, ci-devant perruquier-coiffeur et
+ parfumeur, et depuis commissaire aux accaparements, âgé de 31
+ ans, natif d'Amiens, département de la Somme, demeurant à Paris,
+ rue du Paon, nº 2, section de Marat.
+
+ 15. Armand-Hubert Leclerc, chef de division au bureau de la
+ guerre, âgé de 44 ans, natif de Cany, département de la
+ Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue Grange-Batelière, nº 10,
+ et ancien archiviste du ci-devant évêché de Beauvais.
+
+ 16. Jean-Charles Bourgeois, ci-devant menuisier, employé dans les
+ bureaux de la guerre, et commandant de la force armée de sa
+ section, âgé de 26 ans, natif de Paris, y demeurant, rue des
+ Sans-Culottes, ci-devant Guisarde, section de Mutius-Scévola.
+
+ 17. Albert Mazuel, ancien cordonnier, depuis brodeur, et après
+ aide de camp de Bouchotte, ministre de la guerre, chef d'escadron
+ de la cavalerie révolutionnaire, commandant temporaire de la
+ Ville-Affranchie, âgé de 28 ans, natif de Commune-Affranchie.
+
+ 18. Antoine Descomble, ancien garçon épicier, âgé de 29 ans,
+ natif de Besançon, département du Doubs, domicilié à Paris, rue
+ Sainte-Croix de la Bretonnerie, nº 21, section des
+ Droits-de-l'Homme.
+
+ 19. Pierre-Ulric Dubuisson, homme de lettres, nommé à différentes
+ époques commissaire du pouvoir exécutif, âgé de 48 ans, natif de
+ Laval, département de la Mayenne, domicilié à Paris, rue
+ Saint-Honoré, nº 1447;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort;--et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement étant signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Tirard et Napier, huissiers du tribunal
+révolutionnaire, appert avoir été constaté que le jugement ci-dessus a
+été exécuté sur la place publique de la Révolution de cette ville, où
+les ci-dessus nommés ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, _Signé_: WOLF, commis greffier.
+
+La même clause se retrouve à la fin de chaque jugement. Nous nous
+bornerons, dans tous ceux qui vont suivre, à donner le nom de
+l'huissier du tribunal révolutionnaire qui a été témoin de l'exécution
+à mort des victimes, et le nom du greffier qui en a certifié l'extrait
+conforme.
+
+Le _Moniteur_ du 5 germinal an II dit que «la femme Questineau s'étant
+déclarée enceinte, a obtenu un sursis.» Nous voyons pourtant le nom de
+cette femme parmi ceux des victimes. Le _Moniteur_ ajoute:
+
+«Le citoyen Taboureau, de la section de Marat, est le seul des accusés
+qui ait été acquitté.»
+
+C'est Laboureau qu'il faut lire. Ce Laboureau était un médecin qui fit
+plus tard un rapport sur ce qu'il avait vu et entendu dans la prison
+sur les accusés. En 1790, il avait publié un journal sous ce titre:
+_l'Avocat du peuple._
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 5 germinal an II (25 mars
+1794), appert:
+
+ 1. Joseph-Jacques Rouganne de Vichy, âgé de 63 ans, y demeurant,
+ département de l'Allier, ci-devant inspecteur des marchandises
+ anglaises, demeurant à Vichy, département de l'Allier;
+
+ 2. Jean Rouganne-Desbaradines, âgé de 52 ans, né à Cuny, y
+ demeurant, département de l'Allier, ci-devant garde du dernier
+ tyran;
+
+ 3. Et Pierre Rouganne-Belbat, âgé de 31 ans, natif d'Aigueperse,
+ département du Puy-de-Dôme, y demeurant, vivant de son revenu;
+
+ Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
+ d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 germinal an II (26 mars
+1794), appert:
+
+ 1. Charles-Auguste la Cour-Balleroy, âgé de 74 ans, de la commune
+ de Balleroy, district de Bayeux, y demeurant, ci-devant
+ lieutenant général.
+
+ 2. Et François-Auguste la Cour-Balleroy, son frère, âgé de 67
+ ans, né de Paris, y demeurant, ci-devant commandeur de Malte et
+ maréchal de camp;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jean-Louis Gouttes, âgé de 54 ans, né de Tulles, département de
+ la Corrèze, ci-devant évêque du département de Seine-et-Loire,
+ demeurant à Autun, chef-lieu du département;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Étienne Thiry, âgé de 24 ans, né à Sedan, maréchal des logis au
+ 8e régiment de hussards, demeurant à Paris, place des
+ Victoires-Nationales;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Denis Loisel, âgé de 42 ans, né de Mondétour, garde des bois
+ nationaux, demeurant à Boississe-le-Bertrand, district de Melun;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 germinal an II (27 mars
+1794), appert:
+
+ Marie-Catherine Chamboran, née à Confolent, département de la
+ Haute-Vienne, âgée de 59 ans, ci-devant religieuse carmélite à
+ Saint-Denis (Franciade), y demeurant.
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Claire-Madeleine Lambertie, femme Villemin, âgée de 41 ans,
+ vivant de son bien, née à Montluçon, demeurant à Paris;
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Henri Moreau, âgé de 67 ans, né à Montpellier, département de
+ l'Hérault, ci-devant accusateur public, près le point central de
+ l'armée du Nord;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 8 germinal an II (28 mars
+1794), appert:
+
+ Jacques Pernet, âgé de 56 ans, né à Bar-sur-Aube, ci-devant
+ chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine de dragons,
+ cultivateur, demeurant à Tranault, département de l'Aube;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jean-Baptiste Presselet, ci-devant capucin, né à Acqs,
+ département de la Haute-Saône, demeurant à Gray, même
+ département;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:
+
+ Jean-Baptiste Colignon, âgé de 61 ans, né de Metz, y demeurant,
+ imprimeur;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Louis-François Poiré, âgé de 36 ans, huissier à la Convention
+ nationale, né d'Autribois, demeurant à Paris, rue
+ Saint-Dominique, section Grenelle;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, huissier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jean-Valery-Marie Harelle, âgé de 30 ans, né de l'Aigle, y
+ demeurant, négociant;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:
+
+ 1. Jacques-Nicolas Adam, âgé de 36 ans, ex-religieux bénédictin,
+ né à Paris, y demeurant, à Saint-Martin-des-Champs;
+
+ 2. Jean-Baptiste Courtin, âgé de 79 ans, né à Rouen, ex-religieux
+ bénédictin, demeurant audit couvent Saint-Martin;
+
+ 3. Et Joseph-Antoine Meffre, âgé de 57 ans, né à Aubignan,
+ district de Carpentras, demeurant audit couvent Saint-Martin;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 11 germinal an II (31 mars 1794), appert:
+
+ Jean-François Hollet, âgé de 34 ans, bijoutier, natif de
+ Luciennes, département de Seine-et-Oise, demeurant à Paris, aux
+ Trois-Bouteilles, marché Saint-Martin;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Louis-François Lavergne-Chanlorier, âgé de 50 ans passés, né à
+ Angoulême, y demeurant ordinairement, commandant de la ville de
+ Longwy;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Philippe-Barthélemy-Simon Gaillard, âgé de 26 ans, né à Cormille,
+ département de Seine-et-Oise, garçon papetier à Paris, y
+ demeurant;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, 11 germinal (31 mars 1794), appert:
+
+ Victoire Regnier, femme Lavergne, âgée d'environ 26 ans, née à
+ Angoulême, demeurant à Paris, rue Traversière, faubourg Germain;
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Joseph Nègre, âgé de 61 ans, né à Lavergne, département du
+ Lot, ci-devant fermier de Barbotan, demeurant à Julliac;
+
+ 2. Et Joseph-Claire Barbotan, âgé de 75 ans, ex-comte et
+ ex-constituant, né et demeurant à Borner, district de Nogard,
+ département du Gard;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 12 germinal an II (1er avril 1794), appert:
+
+ Louis-Simon Collivet, âgé de 25 ans, natif de Lagny, département
+ de l'Orne, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, chez le citoyen
+ Delorme, marchand épicier;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Euloge Schneider, âgé de 37 ans, natif de Winfeld, demeurant à
+ Strasbourg, département du Bas-Rhin, ci-devant accusateur public
+ près le tribunal criminel dudit département;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Charles-Victoire-François Sallabery, âgé de 62 ans, né à Paris,
+ ci-devant noble et président de la chambre des comptes de Paris,
+ juge de paix de la ville de Blois, officier municipal de la même
+ ville, y demeurant;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Antoine Brochet, dit Saint-Prest, âgé de 25 ans, ex-noble et
+ garde de Capet, né à Paris, demeurant à Gray, district de la
+ Ferté-Bernard, département de la Sarthe;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 13 germinal an II (2 avril 1794), appert:
+
+ Jean Marquet, âgé de 27 ans, né à Cyray, département de la
+ Charente, y demeurant, marchand de beurre frais.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 16 germinal an II (5 avril 1794), appert:
+
+ 1. Philippe-François-Nazaire Fabre Déglantine, ci-devant homme de
+ lettres et député à la Convention nationale, âgé de 39 ans, natif
+ de Carcassonne, domicilié à Paris, rue Ville-l'Évêque.
+
+ 2. Joseph Launay, homme de loi et député à la Convention
+ nationale, âgé de 39 ans, natif d'Angers, domicilié ordinairement
+ à Anvers, et à Paris, boulevard Montmartre, nº 5.
+
+ 3. François Chabot, ci-devant capucin et représentant du peuple,
+ âgé de 37 ans, natif de Saint-Geniest, département de l'Aveyron,
+ domicilié à Paris, rue d'Anjou, nº 19.
+
+ 4. Lucie-Simplice-Camille-Benoist Desmoulins, homme de lettres,
+ âgé de 33 ans, natif de Guise, district de Vervins, domicilié à
+ Paris, place du Théâtre-Français.
+
+ 5. Jean-François Lacroix, soldat, capitaine de milice, puis homme
+ de loi et ex-député à la Convention nationale, âgé de 40 ans,
+ natif de Pont-Audemer, département de l'Eure, domicilié à Paris,
+ rue Lazare, nº 6.
+
+ 6. Pierre Phelippeaux, homme de loi et député à la Convention
+ nationale, âgé de 35 ans, natif de Ferrière, département de
+ l'Oise, domicilié à Paris, rue de l'Échelle, nº 3.
+
+ 7. Claude Bazire, commis aux Archives des états de la Bourgogne,
+ commandant de la garde et député à la Convention nationale, âgé
+ de 29 ans, natif de Dijon, département de la Côte-d'Or, domicilié
+ à Paris, rue Saint-Pierre-Montmartre.
+
+ 8. Marie-Jean Hérault de Séchelles, député à la Convention
+ nationale, âgé de 34 ans, natif de Paris, y domicilié, rue
+ Basse-du-Rempart, nº 14.
+
+ 9. Georges-Jacques Danton, député à la Convention nationale, âgé
+ de 34 ans, natif de Darcy-sur-Aube, département de l'Aube,
+ domicilié à Paris, rue et section de Marat.
+
+ 10. Marc-René Sahuguet Despagnac, ci-devant abbé et employé aux
+ fournitures des haras, âgé de 41 ans, natif de Brie, département
+ de la Corrèze, domicilié à Paris, rue de l'Université, près
+ l'ancienne barrière.
+
+ 11. Simon Kotloo Junius Frey, fournisseur à l'armée, âgé de 35
+ ans, natif de Bruyen, en Moravie, domicilié à Paris, rue d'Anjou
+ Saint-Honoré, nº 19.
+
+ 12. André-Marie Gusman, âgé de 41 ans, natif de Grenade, en
+ Espagne, naturalisé Français en 1751.
+
+ 13. Emmanuel Frey, âgé de 27 ans, natif de Bruyen, en Moravie,
+ domicilié à Paris, rue d'Anjou Saint-Honoré, nº 19.
+
+ 14. Jean-Frédéric Deiderinchen, avocat de la cour du roi de
+ Danemark, âgé de 51 ans, natif de Luxembourg, pays de Holstein,
+ en Danemark, domicilié à Paris, rue des Petits-Augustins.
+
+ 15. François-Joseph Westermann, ci-devant aide de camp de
+ Dumouriez, depuis général de division, âgé de 38 ans, natif de
+ Motzheim, département du Bas-Rhin.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 17 germinal an II (6 avril 1794), appert:
+
+ Louis Hannapier des Ormes, âgé de 45 ans, né à Orléans, résidant
+ dans la commune de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, district
+ d'Orléans, département du Loiret, cultivateur et ci-devant maître
+ particulier des eaux et forêts à Beaugency, même département;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Pierre Reignier, âgé de 38 ans, né et demeurant à Pontoise,
+ département de Seine-et-Oise, tailleur d'habits;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Philippe Barron de Channois, ex-noble, âgé de 66 ans, né à
+ Châtillon-sur-Indre, département de l'Indre, propriétaire,
+ demeurant en la commune de Genille, département d'Indre-et-Loire;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 18 germinal an II (7 avril 1794), appert:
+
+ 1. Jean-François Jullien, âgé de 60 ans, né à Loris, département
+ du Loiret, ex-officier municipal de la commune de Montargis, y
+ demeurant, et chirurgien;
+
+ 2. Marie-Joseph-Hippolyte Pelé-Varenues, âgé de 57 ans passés, né
+ à Sens, ci-devant receveur particulier des finances et receveur
+ du district de Montargis, y demeurant;
+
+ 3. François-Joseph Bizot, âgé de 50 ans, né à Besançon, ex-maire
+ de la commune de Montargis, y demeurant;
+
+ 4. Et Charles-Léonard Lavillette, âgé de 45 ans, natif de
+ Clamecy, ci-devant président de l'élection de Montargis, juge du
+ district de Bois-Commun et administrateur du directoire du
+ district de Montargis, y demeurant;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Antoine-Louis-Claude Saint-Germain d'Apchon, ex-marquis et
+ maréchal de camp, âgé de 45 ans, né à Paris, demeurant rue
+ Saint-Louis, nº 87, section de l'Indivisibilité;
+
+ 2. Et Élisabeth-Thérèse Pacorée, âgée de 69 ans passés, veuve de
+ Pericard, ex-maître des comptes, belle-mère de d'Apchon, née à
+ Paris, même demeure que dessus;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Jean-Joseph Mouzin, âgé de 28 ans, notaire à Dijon,
+ département de la Côte-d'Or, né et demeurant audit Dijon;
+
+ 2. Et Bernard Perruchot, âgé de 35 ans 1/2, demeurant à Montant,
+ district de Saint-Jean-de-Losne, département de la Côte-d'Or,
+ ci-devant notaire.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour 18 germinal (7 avril 1794), appert:
+
+ 1. François-Pierre Lamotte-Senonnes, âgé de 36 ans, ci-devant
+ noble, né à Senonnes, département de la Mayenne, demeurant à
+ Bonneuil, district de Bourg-l'Égalité;
+
+ 2. Et Susanne Drouillard, âgée de 33 ans, née à Saint-Domingue,
+ épouse dudit Senonnes;
+
+ Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 19 germinal (8 avril 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Pierre Danquechin-Dorval, âgé de 40 ans passés, ex-noble,
+ cultivateur, officier public et municipal de la commune de
+ Montreuil, près Paris, y demeurant;
+
+ 2. Pierre-Saturnin Lardin, âgé de 31 ans, né à Nogent-sur-Marne,
+ demeurant à Montreuil, près Paris, vigneron;
+
+ 3. Et Louise-Adélaïde Danquechin, âgée de 27 ans, femme de Pierre
+ Saturnin Lardin, demeurant avec lui audit Montreuil;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jeanne Agronde Marsilly, veuve de Pierre-Armand Henique de
+ Chenely, âgée de 47 ans, née à Dijon, département de la
+ Côte-d'Or, demeurant à Paris, rue de la Harpe;
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Joseph-Louis Gaudron, âgé de 27 ans et 1/2, né à Limeray,
+ district d'Amboise, département d'Indre-et-Loire, ex-curé
+ constitutionnel de Négron, y demeurant, même département;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Guillaume Gemptel, âgé de 26 ans, né à Bousie, dans la ci-devant
+ Normandie, cuisinier, demeurant à Paris, maison ci-devant appelée
+ des Anglais;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Angélique Boiry, femme de Pierre-Antoine Bonfant, âgée de 50 ans,
+ née à Douay, département du Nord, femme de chambre de la femme
+ d'Hervilly, ex-noble, demeurant à Daignecourt, département de la
+ Somme;
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 23 germinal (12 avril 1794), appert:
+
+ Claude Chouchon, dit Chanson, âgé de 66 ans, né et demeurant à
+ Montélimart, département de la Drôme, ex-général de brigade de
+ l'armée des Pyrénées-Orientales;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 24 germinal (13 avril 1794), appert:
+
+ Louis-Guillaume-André Brossard, âgé de 39 ans passés, né à
+ Terrasson, département de la Dordogne, secrétaire du comité
+ révolutionnaire de la ville de Périgueux, y demeurant;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, exécution du 24 germinal an II (13 avril 1794):
+
+ 1. Philibert Simon, député à la Convention nationale, natif de
+ Rumilly (Mont-Blanc), domicilié à Paris, rue Traversière-Honoré.
+
+ 2. Arthur Dillon, ci-devant général divisionnaire, âgé de 43 ans,
+ natif de Braywick, en Angleterre, domicilié à Paris, rue Jacob,
+ nº 38.
+
+ 3. Jean-Baptiste Gobel, ci-devant évêque de Paris, âgé de 67 ans,
+ natif de Thann, département du Haut-Rhin, domicilié à Paris, île
+ de la Fraternité, quai de l'Égalité, nº 13.
+
+ 4. Jean-Michel Beysser, général de brigade dans l'armée de
+ l'Ouest, âgé de 40 ans, natif de Ribauviller, en Alsace,
+ département du Haut-Rhin, domicilié ordinairement à Lorient.
+
+ 5. Gaspard Chaumette, agent national de la Commune de Paris,
+ ci-devant procureur de ladite Commune, âgé de 31 ans, natif de
+ Nevers (Nièvre), domicilié à Paris, rue de l'Observatoire, aux
+ Visitandines, et avant rue du Paon, section de Marat.
+
+ 6. Marie-Marguerite-Françoise Goupil, âgée de 38 ans, native de
+ Paris, y domiciliée, rue Neuve-de-l'Égalité, cour des Forges,
+ veuve de..... Hébert.
+
+ 7. Jean-Baptiste-Ernest Bucher (de l'Épinois), commandant de la
+ garde nationale de Mesnil-Saint-Denis, âgé de 43 ans, natif
+ d'Amiens, département de la Somme, domicilié à
+ Mesnil-Saint-Denis, district de Versailles, département de
+ Seine-et-Oise.
+
+ 8. Marie-Marc-Antoine Barras, ancien administrateur du district
+ de Toulouse, âgé de 30 ans, natif de Toulouse, département de la
+ Haute-Garonne, y domicilié.
+
+ 9. Jean-Jacques Lacombe, vivant de son revenu, âgé de 33 ans,
+ natif de Cajac (Lot), domicilié à Paris, maison garnie des
+ Français, rue de Thionville, nº 30, section de Marat.
+
+ 10. Jean-Maurice-François Lebrasse, lieutenant de gendarmerie
+ près les tribunaux, âgé de 31 ans, natif de Rennes, département
+ de l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Paris, rue Jacques, nº 27.
+
+ 11. Anne-Lucile-Philippe Laridon Duplessis, âgée de 23 ans,
+ native de Paris, y domiciliée, rue du Théâtre-Français, veuve de
+ Lucie-Simplice-Camille-Benoît Desmoulins.
+
+ 12. Antoine Duret, adjudant général de l'armée des Alpes, âgé de
+ 44 ans, natif de Roanne-en-Forez, domicilié à Montbrissey,
+ département de la Loire, lors de son arrestation à Feure.
+
+ 13. Guillaume Lassalle, officier de marine, âgé de 24 ans, natif
+ de Boulogne-sur-Mer, département du Pas-de-Calais, domicilié à
+ Paris, maison de France, rue Neuve-de-l'Égalité.
+
+ 14. Alexandre Nourry Grammont, officier de la cavalerie
+ révolutionnaire, et avant employé au bureau de la guerre, âgé de
+ 19 ans, natif de Limoges, département de la Haute-Vienne,
+ domicilié à Paris, passage des Petits-Pères, nº 3, section de
+ Guillaume-Tell.
+
+ 15. Nourry Grammont, ci-devant artiste du théâtre Montansier,
+ ensuite adjudant général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42
+ ans, natif de La Rochelle (Charente-Inférieure), domicilié à
+ Paris, passage des Petits-Pères, section de Guillaume-Tell.
+
+ 16. Jean-Marie Lepallus, juge de la commission révolutionnaire de
+ Feure, âgé de 26 ans, natif de Matour, district de Charonne,
+ département de Saône-et-Loire, domicilié ordinairement à Néardor,
+ département de Rhône-et-Loire.
+
+ 17. Jean-François Lambert, porte-clefs de la maison d'arrêt du
+ Luxembourg, âgé de 25 ans, natif de Boysne, département du
+ Loiret, domicilié à Paris, rue de la Convention.
+
+ 18. Marie-Sébastien Brumeau-Lacroix, membre du comité
+ révolutionnaire de la section de l'Unité, âgé de 26 ans,
+ domicilié à Paris, rue du Colombier.
+
+ 19. Edme Rameau, prêtre, âgé de 41 ans, natif d'Auxerre,
+ département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Sauveur.
+
+ 20. Louis-Guillaume-André Brossard, secrétaire du comité
+ révolutionnaire de la ville de Périgueux, âgé de 32 ans, natif de
+ Terrasson, département de la Dordogne, demeurant à Périgueux.
+
+ 21. Étienne Ragondet, ci-devant marchand de chevaux, commandant
+ du bataillon de la section de la République, et inspecteur dans
+ les charrois des armées, âgé de 46 ans, natif de Paris, demeurant
+ à Capy, près Péronne, département de la Somme.
+
+Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et du
+procès-verbal d'exécution dressé par (le nom en blanc), en date du 24
+germinal (13 avril).
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 25 germinal (14 avril 1794), appert:
+
+ Jacques-Augustin Labarbery de Refluvel, âgé de 60 ans, ex-noble,
+ ci-devant capitaine dans les gardes françaises, et ci-devant
+ seigneur de Villers-Vermont, né à Paris, y demeurant, rue des
+ Francs-Bourgeois, au Marais;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ François-Charles Gattey, âgé de 38 ans, né à Autun, libraire,
+ demeurant à Paris, maison Égalité, nº 14;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirart.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Henri Morisset, âgé de 39 ans, né à Pereuse, département de
+ l'Yonne, juge au tribunal du district de Montargis, département
+ du Loiret, y demeurant, chapelier et procureur de la commune de
+ Château-Renard;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirart.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 26 germinal (15 avril 1794), appert:
+
+ 1. Aimé Courandin, âgé de 31 ans, né à Angers, département de
+ Maine-et-Loire, ci-devant conseiller du tyran Capet, au présidial
+ d'Angers, et ensuite juge du tribunal du district d'Angers, y
+ demeurant;
+
+ 2. Louis-Étienne Brevet, dit Beaujour, âgé de 30 ans, né à
+ Angers, ci-devant avocat du tyran Capet au présidial d'Angers,
+ ensuite commissaire national près le tribunal du district
+ d'Angers, y demeurant;
+
+ 3. Jean-Baptiste la Réveillière, âgé de 41 ans, né à Montaigu,
+ département de la Vendée, ci-devant conseiller au présidial
+ d'Angers, et ensuite président du tribunal criminel du
+ département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers;
+
+ 4. Bieusie Louis Dieusie, âgé de 45 ans, né à Mésange, district
+ d'Ancenis, département de la Loire-Inférieure, ex-noble et député
+ à l'Assemblée constituante, cultivateur, et président du
+ département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers;
+
+ 5. Et Joseph-François-Alexandre Teissier Duclozeau, âgé de 40
+ ans, né aux Rosiers, district de Saumur, physicien, ci-devant
+ membre du conseil général du département de Maine-et-Loire, et
+ ensuite volontaire dans le 3e bataillon du même département,
+ demeurant à Vannes;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Victoire Lescale, femme Roger, âgée de 40 ans, sans état, née à
+ Villotte-devant-Loupy, district de Bar-sur-Ornain, département de
+ la Meuse;
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Chateau.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Marie-Claudine Gattey, âgée de 39 ans, née à Autun, département
+ de la Côte-d'Or, ci-devant religieuse de Saint-Lazare, demeurant
+ à Paris, chez la veuve Leyrand, rue Boucher, nº 14;
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Gaspard Roger, âgé de 38 ans, né et demeurant à
+ Neuville-sur-Ornain, département de la Meuse, salpêtrier;
+
+ 2. Marie-Jeanne Lescale, âgée de 52 ans, fille vivant de son
+ industrie, née à Villot, même département, demeurant audit
+ Neuville;
+
+ 3. Charles-Mathias d'Alençon, âgé de 67 ans, ex-noble et comte,
+ né à Bar, demeurant audit Neuville;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 27 germinal (16 avril 1794), appert:
+
+ Hugues-Louis-Jean Pelletier Chambure, âgé de 37 ans, natif de
+ Tonnerre, département de l'Yonne, employé dans les subsistances
+ militaires en qualité de sous-directeur, à Arras;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Jean Huet, âgé de 32 ans, né à Orléans, département du Loiret,
+ perruquier, demeurant à Paris, rue Nicaise;
+
+ 2. Pierre Laville, âgé de 31 ans, né à Monpont, district de
+ Mussidan, département de la Dordogne, cordonnier, demeurant à
+ Paris, rue Rohan, nº 33; membre du comité révolutionnaire de la
+ section des Tuileries;
+
+ 3. Et Pierre Lapeyre, âgé de 30 ans, né à Lachaud, district de
+ Périgueux, département de la Dordogne, chirurgien, demeurant à
+ Paris, rue de Rohan, nº 62, et membre du comité révolutionnaire
+ de la section des Tuileries;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ François-Clément Cassegrain, âgé de 76 ans, né à Paris, demeurant
+ à Pithiviers-le-Vieil, département (en blanc), curé de
+ Pithiviers;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Nicolas Lutterot, âgé de 33 ans, né à Sens, département de
+ l'Yonne, charpentier, demeurant à Sens.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire le 28 germinal an II
+(17 avril 1794), etc., appert:
+
+ 1. Charles Acot, dit Thibault, âgé de 23 ans, né à Autigny,
+ département de l'Yonne, marchand de vin, demeurant à Paris, rue
+ de la Vannerie, nº 49;
+
+ 2. Hyacinthe Mermin, âgé de 30 ans, frotteur, né à Avançay,
+ département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue Saint-Landry,
+ en la Cité, nº 8;
+
+ 3. Pierre-Louis Henry, âgé de 33 ans, marchand de toiles et
+ d'indiennes, né à Méry, département de la Marne, demeurant à
+ Paris, rue de la Vannerie, nº 49;
+
+ 4. Hyacinthe Simille, âgé de 29 ans, frotteur, né à Avançay,
+ département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue André des Arts;
+
+ 5. Et Jean-Louis Pautone, âgé de 31 ans, né à Buri, département
+ de Seine-et-Oise, garçon pâtissier traiteur, demeurant à Paris,
+ rue Jean Fleury.
+
+ Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution
+ dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution
+ de cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Degaiguée, etc., appert que lesdits
+Charles Acot dit Thibault, H. Mermin, Pierre-Louis Henry, Hyacinthe
+Simille, et Jean-Louis Pautone, ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Joseph Baudot, âgé de 44 ans, né à Besançon, département du
+ Doubs, ci-devant bénédictin, principal du collége de Toul, et
+ desservant de Tremblecourt, y demeurant, département de la
+ Meurthe.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jean-Pierre Challot, âgé de 28 ans, né à Château-Roué,
+ département de la Meurthe, ci-devant desservant de la cure de
+ Marsal, même département, y demeurant.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jean Decous, âgé de 70 ans, né à Treignat, département de la
+ Corrèze, ci-devant curé de la commune de Neuvy, demeurant à
+ Limoges.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 29 germinal (18 avril 1794), appert:
+
+ Brice Prévôt, âgé de 28 ans, né à Saint-Front, département de
+ l'Orne, demeurant à Paris, cul-de-sac Berthault, chapelier.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ François Magny, âgé de 24 ans, tailleur d'habits, né à Limoges, y
+ demeurant, soldat au 6e régiment de Hussards-Cavalerie.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, le 29 germinal, au palais,
+etc. (18 avril 1794), appert:
+
+ 1. Antoine-Grégoire Genest, âgé de 27 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue des Moineaux, banquier;
+
+ 2. Pierre Hariage de Guiberville, âgé de 72 ans, né à Paris, y
+ demeurant, cul-de-sac de Taitbout, ci-devant président au
+ Parlement;
+
+ 3. Marie-Claude Hariage, veuve Debonnaire, âgée de 45 ans,
+ ex-noble, née à Paris, y demeurant, rue Neuve-des-Capucines;
+
+ 4. Marie-Charlotte Debonnaire, femme divorcée de Louis-François
+ le Peletier, ci-devant officier dans le régiment de Capet, âgée
+ de 21 ans, née à Paris, y demeurant;
+
+ 5. Marie la Laurencie-Charras, âgée de 42 ans, native de Charras,
+ département de la Charente, demeurant à Asnières;
+
+ 6. Didier-René-François Mesnard de Chousy, âgé de 64 ans, attaché
+ à la maison Capet, demeurant à Paris, rue de Clichy;
+
+ 7. Jean-Didier-René Mesnard de Chousy, fils, âgé de 35 ans, natif
+ de Versailles, demeurant à Paris, rue Lazare, section du
+ Mont-Blanc;
+
+ 8. Marie-Adrienne Gonnel, veuve Vierville, âgée de 49 ans, native
+ de Paris, y demeurant, rue de Clichy, nº 14;
+
+ 9. Adélaïde-Marguerite Demerle, femme divorcée de Duchilleur,
+ âgée de 41 ans, native de Paris, y demeurant, rue du
+ Faubourg-Montmartre;
+
+ 10. Louis-Georges Gougenot, âgé de 36 ans, natif de Paris,
+ ci-devant syndic de la ci-devant compagnie des Indes, demeurant
+ rue le Peletier;
+
+ 11. Angélique-Michel Destat Bellecourt, âgé de 33 ans, natif de
+ Paris, ci-devant officier au service de la Russie, demeurant rue
+ Basse-du-Rempart;
+
+ 12. Jeanne-Marie Nogué, veuve de Robin Divry, femme
+ d'Angélique-Michel Destat de Bellecourt, native de Bayonne, âgée
+ de 30 ans, demeurant à Paris, rue Basse-du-Rempart, nº 9;
+
+ 13. Sébastien Rollat, ex-noble, âgé de 52 ans, natif de Brujac,
+ département de l'Allier, demeurant à Paris, rue des
+ Filles-Saint-Thomas;
+
+ 14. René Rollat, fils dudit Rollat, né à Paris, âgé de 39 ans,
+ ancien officier à la suite du ci-devant régiment Colonel général
+ dragons, demeurant à Paris, rue des Filles-Saint-Thomas;
+
+ 15. Jean Robin, âgé de 43 ans, officier de maison chez le nommé
+ Hariage Guiberville, natif de Valence, demeurant à Paris,
+ cul-de-sac Taitbout;
+
+ 16. François-Michel Paymal, âgé de 29 ans, natif de Versailles,
+ département de Seine-et-Oise, domestique de la nommée Hariage,
+ demeurant à Paris, rue Neuve-des-Capucines;
+
+ 17. Et Jean-Joseph Laborde, âgé de 70 ans, né à Juca en Espagne,
+ ci-devant banquier du gouvernement, demeurant à Mireville,
+ département de Seine-et-Marne;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, etc. Par procès-verbal d'exécution, signé par Auvray,
+appert les ci-dessus nommés avoir été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, séant à Paris, au palais,
+le 1er floréal an II (20 avril 1794), appert:
+
+ 1. Louis le Peletier Rozambo, âgé de 46 ans, ex-noble, ci-devant
+ président à mortier au ci-devant parlement de Paris, né à Paris,
+ demeurant à Malesherbes, département du Loiret;
+
+ 2. Urbain-Élisabeth Segla, âgé de 37 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à Toulouse,
+ département de la Haute-Garonne, y demeurant;
+
+ 3. Philippe-Joseph-Marie Cussac, âgé de 67 ans, ex-noble,
+ ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à
+ Toulouse, y demeurant;
+
+ 4. Jean-Jacques Balsac Firmi, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
+ né à Senergues, département de l'Aveyron, demeurant à Toulouse;
+
+ 5. Jean-François Montaigu, âgé de 64 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
+ né à Toulouse, y demeurant;
+
+ 6. Anne-Joseph Lafont, âgé de 60 ans, ex-noble, et ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
+ demeurant à Toulouse;
+
+ 7. Joseph-Julien-Honoré Rigaut, âgé de 45 ans, ex-noble,
+ ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à
+ Castres, département du Tarn, demeurant à Toulouse;
+
+ 8. Nicolas-Étienne le Noir, âgé de 38 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller au ci-devant parlement de Paris, première chambre des
+ requêtes, né à Paris, y demeurant, rue Apolline;
+
+ 9. François-Matthieu du Port, âgé de 76 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à
+ Paris, y demeurant, rue Saint-Louis, au Marais;
+
+ 10. Louis-Jean-Népomucène-Marie-François Camus Laguibourgère, âgé
+ de 46 ans, né à Rennes, département d'Ille-et-Vilaine, demeurant
+ à Paris, rue Jacques, vis-à-vis des Mathurins;
+
+ 11. Henry-Louis Fredy, âgé de 74 ans, ex-noble, conseiller de
+ grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à Paris, y
+ demeurant, rue Antoine;
+
+ 12. Charles-Jean-Pierre Dupuis de Marée, âgé de 61 ans, ex-noble,
+ ci-devant conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de
+ Paris, né à Paris, y demeurant, rue Michel le Peltier;
+
+ 13. Léonard-Louis Saguier de Mardeuil, âgé de 59 ans, ex-noble,
+ conseiller au ci-devant parlement de Paris, né à Châlons,
+ département de la Marne, demeurant à Paris, rue de la Fraternité;
+
+ 14. Étienne Pasquier, âgé de 58 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à
+ Paris, y demeurant, rue Madeleine, nº 8;
+
+ 15. Pierre-Daniel Bourrée Corberon, âgé de 77 ans, ex-noble,
+ ci-devant président de la première chambre des enquêtes du
+ ci-devant parlement de Paris, né à Paris, demeurant à Toulouse;
+
+ 16. Barthélemy-Gabriel Rolland, âgé de 64 ans, ex-noble,
+ ci-devant président des requêtes du ci-devant parlement de Paris,
+ né à Paris, demeurant à Chambaudouin, département du Loiret;
+
+ 17. Jean-Baptiste Louis Oursain Debure, âgé de 47 ans, ci-devant
+ noble et conseiller des requêtes du palais du ci-devant parlement
+ de Paris, né à Paris, demeurant rue Boucherat;
+
+ 18. Jean-François-Manie Rouhette, âgé de 27 ans, ex-noble,
+ ci-devant conseiller des requêtes du parlement de Paris, né à
+ Paris, y demeurant, rue Paul;
+
+ 19. Antoine-Louis-Hyacinthe Hocquart, âgé de 55 ans, ex-noble,
+ ci-devant premier président de la cy-devant cour des aides à
+ Paris, né à Paris, y demeurant;
+
+ 20. Nicolas-Agnès-François Nort, âgé de 68 ans, ex-noble et
+ ci-devant comte colonel d'infanterie, né à Rennes, département
+ d'Ille-et-Vilaine, demeurant aux Invalides;
+
+ 21. Armand-Guillaume-François de Gourgues, âgé de 57 ans,
+ ex-noble, ci-devant président à mortier au ci-devant parlement de
+ Paris, né à Paris, demeurant à Poissy, département de
+ Seine-et-Oise;
+
+ 22. Jean-Baptiste-Gaspard Bochard Saron, âgé de 64 ans, ex-noble,
+ ci-devant premier président du parlement de Paris, né à Paris, y
+ demeurant, rue de l'Université;
+
+ 23. Édouard-François-Matthieu Molé-Champlatreux, âgé de 34 ans,
+ ex-noble, ci-devant président au ci-devant parlement de Paris, né
+ à Paris, y demeurant, rue Dominique, faubourg Germain;
+
+ 24. Henri-Guy Sallier, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant
+ président de la ci-devant cour des aides de Paris, né à
+ Rochembray, demeurant à Paris, rue du Grand-Chantier;
+
+ 25. Anne-Louis-François-de-Paule le Fèvre d'Ormesson, âgé de 42
+ ans, ex-noble, ci-devant président du parlement de Paris, né à
+ Paris, y demeurant, rue Guillaume, faubourg Germain,
+ ex-constituant, et commissaire aux monuments publics et
+ ex-bibliothécaire;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Auvray, l'un des huissiers du tribunal
+révolutionnaire, en date du 1er floréal, appert avoir été constaté que
+le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits ci-dessus nommés ont été mis à
+mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 1er floréal an II
+(20 avril 1794), appert:
+
+ 1. Nicolas Saint-Blin, âgé de 40 ans, né à Paris, ci-devant noble
+ et comte, demeurant à Villeberny, district de Semur, département
+ de la Côte-d'Or;
+
+ 2. Auguste-Louis-Zacharie Espiard de Dalleray, âgé de 63 ans, né
+ à Dijon et y demeurant, vivant de son revenu, ci-devant
+ conseiller au parlement de Dijon;
+
+ 3. Pierre Guillemin, âgé de 29 ans, né à Dijon et y demeurant,
+ clerc de notaire avant la révolution, et depuis commis aux
+ ponts-et-chaussées;
+
+ 4. Pierre-Jacques-Barthélemy Guénichot, ex-noble, âgé de 27 ans,
+ né à Dijon, demeurant à Nogent, district de Semur, département de
+ la Côte-d'Or;
+
+ 5. Charles-Joseph-Jullien, âgé de 49 ans, né à Joinville,
+ département de la Haute-Marne, ci-devant cordelier et curé
+ d'Autricourt, y demeurant;
+
+ 6. Et Théophile Berlier, âgé de 60 ans, né à Châtillon, ci-devant
+ garde-manteau de la ci-devant maîtrise des eaux et forêts de
+ Châtillon-sur-Seine, y demeurant, département de la Ferre;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier, etc.
+Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 2 floréal an II
+(21 avril 1794), appert:
+
+ François-Philippe de Caux, âgé de 54 ans, natif de
+ Rouge-Moutiers, district de Pont-Audemer, département de l'Eure,
+ demeurant à Bretot, même district, prêtre et ci-devant titulaire
+ de la chapelle de Bretot;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Alexandre Beaugrand, âgé de 50 ans, né à Sens, département de
+ l'Yonne, demeurant à Orbeaux, district de Pithiviers, département
+ du Loiret;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Pierre Lafargue, âgé de 55 ans, né à Cognac, district de
+ Cognac, département de la Charente, agent de commerce et fermier,
+ demeurant à Paris, rue Neuve de l'Égalité, nº 304;
+
+ 2. Marie-Marguerite-Geneviève-Victoire Lemesle, femme Boulani,
+ âgée de 50 ans, née..., demeurant à Dieppe, département de la
+ Seine-Inférieure;
+
+ 3. André-Guillaume Bellepacaume, âgé de 51 ans, né et demeurant à
+ Paris, place des Trois-Maries, nº 36, section du Muséum,
+ ci-devant marchand mercier, actuellement sans état;
+
+ 4. Jean-François-Joseph Descamps, âgé de 28 ans, natif d'Aire,
+ district de Saint-Omer, département du Pas-de-Calais, imprimeur,
+ demeurant à Douai;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 3 floréal an II (22 avril
+1794), appert:
+
+ 1. Jacques Duval Despréménil, ex-constituant, âgé de 48 ans,
+ natif de Pondichéry, domicilié à Mériffou, commune de La Remuée,
+ département de la Seine-Inférieure.
+
+ 2. Jacques-Guillaume Thouret, ex-constituant, ex-président du
+ tribunal de cassation, âgé de 48 ans, natif de Pont-l'Évêque,
+ département du Calvados, domicilié à Paris, rue des
+ Petits-Augustins, nº 21.
+
+ 3. Isaac-René-Gui Lechappelier, ex-constituant, âgé de 39 ans,
+ natif de Rennes, département de l'Ille-et-Vilaine, y domicilié,
+ et ayant un domicile à Paris, rue Montmartre.
+
+ 4. François Hell, ci-devant procureur général syndic des états
+ d'Alsace, grand bailli de Langres et administrateur du
+ département du Haut-Rhin, âgé de 63 ans, natif de Keseinhem,
+ susdit département, domicilié à Paris, rue Helvétius.
+
+ 5. Chrétien-Guillaume Lamoignon Malesherbes, ex-noble et
+ ex-ministre du tyran, âgé de 72 ans, natif de Paris, domicilié à
+ Malesherbes, département du Loiret.
+
+ 6. Antoinette-Marguerite-Thérèse Lamoignon Malesherbes, native de
+ Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, veuve
+ de..... Lepelletier Rozambo.
+
+ 7. Aline-Thérèse Lepelletier Rozambo, âgée de 23 ans, native de
+ Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, mariée
+ à..... Châteaubriand.
+
+ 8. Jean-Baptiste-Auguste Châteaubriand, ex-noble et ex-capitaine
+ de cavalerie, âgé de 34 ans, natif de Saint-Malo, département de
+ l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Malesherbes, département du
+ Loiret.
+
+ 9. Diane-Adélaïde Rochechouart, ex-noble, âgée de 64 ans, native
+ de Paris, y domiciliée, rue Grange-Batelière, veuve de.....
+ Duchatelet.
+
+ 10. Béatrix Choiseul, ex-noble, âgée de 64 ans, native de
+ Lunéville, domiciliée à Paris, rue Grange-Batelière, mariée
+ à..... Grammont.
+
+ 11. Victoire Boucher Rochechouart, ex-noble, âgée de 49 ans,
+ native de Paris, y domiciliée, rue du Mont-Blanc, veuve de.....
+ Pontville.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 12. Louis-Pierre Mousset, charpentier et ci-devant procureur de
+ la Commune de Donnery, âgé de 42 ans, natif de Saint-Marceau
+ d'Orléans, département du Loiret, domicilié audit Donnery.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 4 floréal (23 avril 1794),
+appert:
+
+ François-Abraham Reclesne, âgé de 61 ans, ci-devant noble, né à
+ Lyonne, canton de Cognat, district de Gannat, département de
+ l'Allier, y demeurant.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Louis-Benjamin Calmer, âgé de 44 ans, à la Haye en Hollande,
+ naturalisé Français depuis 1769, ci-devant marchand d'étoffes et
+ ensuite courtier de change, demeurant à Paris, rue Choiseul, nº
+ 13, section le Pelletier;
+
+ 2. François Gallay, âgé de 50 ans, né à Martigny en Suisse,
+ frotteur domestique chez le citoyen Baglion, demeurant rue
+ Dominique-Germain;
+
+ 3. Marguerite Horiout, femme Farizol, âgée de 50 ans, née à
+ Baugon, département de l'Orne, ouvrière, demeurant à Paris, rue
+ de Grenelle, au Gros-Caillou;
+
+ 4. Marie-Louise Coutelet, veuve Neuve-Église, âgée de 36 ans, née
+ à Rennes, chef dans les filatures nationales établies maison des
+ ci-devant Jacobins, rue Jacques;
+
+ 5. Louis Roux, âgé de 50 ans, né à Bourgoing, département de
+ l'Isère, tabletier, demeurant à Paris, rue des Arcis, nº 205;
+
+ 6. Jean Chemin, âgé de 50 ans, né à Logny, département de l'Orne,
+ domestique chez le citoyen Cardinal, demeurant à Paris, rue de
+ Malte, section du Temple.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour 4 floréal an II (23 avril 1794), appert:
+
+ 1. Jeanne-Élisabeth Bertaux, âgée de 48 ans, fille, sage-femme
+ née à Pithiviers, département du Loiret, demeurant à Paris, rue
+ de Bièvre;
+
+ 2. François Bonin, âgé de 47 ans, imprimeur, né à Sonchamp,
+ département de l'Eure, demeurant à Paris, rue Zacharie;
+
+ 3. Matthieu Schwerger, âgé de 40 ans, cordonnier, né à Menzenger
+ en Brisgau, demeurant à Paris, rue de la Harpe;
+
+ 4. Jean Pommeraye, âgé de 40 ans, né à Orléans, ci-devant
+ perruquier et canonnier de la section de la Réunion, casernée à
+ Popincourt;
+
+ 5. Jean-François Noël, âgé de 34 ans, né à Verneuil, district de
+ Beauvais, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, maison de Reims.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Antoine Barthélemy, âgé de 40 ans, homme de loi, commissaire du
+ pouvoir exécutif près le tribunal du district de Gannat,
+ département de l'Allier, né à Riom, département du Puy-de-Dôme,
+ ci-devant procureur de la commune de Gannat, y demeurant.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée,
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+_Fournée des habitants de Verdun, immolés le 5 floréal an II_ (24
+avril 1794).
+
+L'âge des _Vierges de Verdun_, accusées d'avoir offert des dragées au
+roi de Prusse, a été l'objet de discussions. On les a rajeunies, on
+les a vieillies, suivant qu'on a interrogé à ce sujet le _Moniteur_ ou
+le bulletin du tribunal révolutionnaire. Ayant eu soin de prendre mes
+vérifications sur la minute même de leur jugement, je puis offrir à
+mes lecteurs des renseignements authentiques:
+
+ 1. Henri-François Croyer, âgé de 52 ans, ci-devant capitaine
+ d'ouvriers d'artillerie, né à Laon (Aisne), demeurant à Verdun;
+
+ 2. Jean-Baptiste Pellegrin, âgé de 52 ans, capitaine de
+ gendarmerie, natif de Gondrecourt (Meuse), demeurant à Verdun;
+
+ 3. Michel Joulin, âgé de 31 ans, gendarme, né à Cornet, en Anjou,
+ demeurant à Verdun;
+
+ 4. Nicolas Milly, âgé de 31 ans, gendarme, natif de Verdun;
+
+ 5. Badillon-Leclerc, âgé de 42 ans, gendarme, né à Thionville,
+ demeurant à Verdun;
+
+ 6. Gérard Desprez, âgé de 50 ans, né à Givet de Saint-Hilaire,
+ Ardennes, demeurant à Verdun, gendarme de la brigade de Verdun;
+
+ 7. Pierre Thuilleur, âgé de 61 ans, né à Verdun, y demeurant;
+
+ 8. Henri-Barthélemy Grimoard, âgé de 70 ans, colonel d'un
+ régiment provincial, de l'artillerie de Metz, natif de Verdun, y
+ demeurant;
+
+ 9. Jean-Baptiste-Philibert Perrin, âgé de 50 ans, droguiste, né
+ et demeurant à Verdun;
+
+ 10. Alexandre-Joseph Neyon, âgé de 57 ans, lieutenant-colonel du
+ 2e bataillon de la Meuse, natif de Soisy, demeurant à Driencourt,
+ même département;
+
+ 11. Jean-Baptiste Barthe, âgé de 60 ans 1/2, receveur de la
+ commune et juge de paix de la ville de Verdun, y demeurant, né à
+ Thierville, Meuse;
+
+ 12. Nicolas Lamele, âgé de 47 ans, avoué, né à Morge-Moulin,
+ district d'Étain, demeurant à Verdun;
+
+ 13. Jacques-Nicolas d'Aubermesnil, âgé de 75 ans, ci-devant major
+ de la citadelle de Verdun, et y demeurant, né à Aubermesnil, près
+ Dieppe;
+
+ 14. Anne Grandfèvre, femme Tabouillot, âgée de 46 ans, née à
+ Verdun, vivant de son revenu, demeurant à Verdun;
+
+ 15. Thérèse Pierson, femme Bestel, cordonnière, âgée de 41 ans,
+ demeurant à Verdun;
+
+ 16. Marie-Françoise Henry, femme Lalance, âgé de 69 ans, née à
+ Verdun, y demeurant;
+
+ 17. Françoise Herbignon, veuve Masson, en son vivant procureur du
+ tyran en la ci-devant maîtrise des eaux et forêts, âgée de 55
+ ans, née près Bar-le-Duc, demeurant à Verdun;
+
+ 18. Susanne Henry, fille de Henry, président du ci-devant
+ bailliage de Verdun, âgée de 26 ans, née et demeurant à Verdun;
+
+ 19. Gabrielle Henry, aussi fille dudit Henry, âgée de 25 ans, née
+ et demeurant à Verdun;
+
+ 20. Marguerite-Angélique Lagirouzière, fille de Lagirouzière,
+ prévôt de campagne, âgée de 48 ans, demeurant à Verdun;
+
+ 21. Geneviève-Élisabeth Dauphin, veuve Brigand, capitaine des
+ grenadiers de France, âgée de 56 ans, demeurant à Verdun;
+
+ 22. Anne Vatrin, fille de défunt Vatrin, ci-devant militaire,
+ âgée de 25 ans, née à Étain, demeurant à Verdun;
+
+ 23. Henriette Vatrin, fille dudit Vatrin, âgée de 23 ans, née à
+ Étain, demeurant à Verdun;
+
+ 24. Hélène Vatrin, aussi fille dudit Vatrin, née à Étain, âgée de
+ 22 ans, demeurant à Verdun;
+
+ 25. Jean Gossin, âgé de 69 ans, ci-devant chanoine de la
+ Madeleine de Verdun, né à Fresne en Lorraine;
+
+ 26. Jean-Michel Colloz, âgé de 72 ans, ci-devant bénédictin,
+ prieur de Saint-Thierry, archiviste et bibliothécaire de Verdun,
+ natif du duché de Bouillon, demeurant à Verdun;
+
+ 27. Guillain Lefebvre, âgé de 62 ans, ci-devant bénédictin, natif
+ de Cartigny, près Péronne (Somme), demeurant à Verdun;
+
+ 28. Claude-Élisabeth Lacordière, âgé de 59 ans 1/2, doyen du
+ chapitre de la cathédrale de Verdun, y demeurant;
+
+ 29. Christophe Herbillon, âgé de 76 ans, ci-devant curé de
+ Saint-Médard de Verdun, né à Boureuil, près Varennes (Meurthe),
+ demeurant à Bar-sur-Ornain;
+
+ 30. Marguerite Croutte, âgée de 48 ans, née à Verdun, horlogère;
+
+ 31. François Chotain fils, âgé de 31 ans, né à Verdun, y
+ demeurant, perruquier;
+
+ 32. François Fortain, âgé de 43 ans, marchand cirier, demeurant à
+ Verdun.
+
+ 33. Jacques Petit, âgé de 50 ans, né et demeurant à Verdun.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+L'âge de Claire Tabouillot et de Barbe Henry, dont les noms figuraient
+sur la liste des accusés, leur fit trouver grâce près de leurs juges,
+qui _se bornèrent_ à les condamner à vingt ans de détention et à six
+heures d'exposition sur l'échafaud!
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 floréal an II (23 avril
+1794), appert:
+
+ Jean-Nicolas Lallemand, âgé de 41 ans 1/2, né à Dieuze,
+ département de la Meurthe, ex-curé de la ci-devant paroisse de
+ Houdelmont, même département, y demeurant.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Étienne-Alexandre-Jacques Anisson du Perron, âgé de 44 ans, né
+ à Paris, y demeurant, rue des Orties du Louvre, directeur de
+ l'Imprimerie nationale;
+
+ 2. Louis-Charles-Nicolas-Emmanuel Letoffier, âgé de 68 ans, né à
+ Banon, district de Rethel, département des Ardennes, cultivateur,
+ demeurant à Corbeil;
+
+ 3. François Gourou, âgé de 35 ans, né à Tours, fabricant de
+ papiers, demeurant à Paris, rue Nicaise;
+
+ 4. Jean-Claude Jacquet, âgé de 59 ans, né à Lons-le-Saulnier,
+ homme de loi, demeurant à Paris, rue Feydeau, nº 38;
+
+ 5. Jean-Baptiste le Bault, âgé de 30 ans, né à Paris, receveur
+ des propriétés d'Anisson du Perron, ci-devant secrétaire du
+ district de Corbeil, demeurant à Ris.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 floréal an II (26 avril
+1794), appert:
+
+ François-Albert Mangin, âgé de 34 ans, né à Genicourt,
+ département de la Meuse, demeurant à Paris, faubourg
+ Poissonnière, nº 11, ci-devant cocher de place et de particulier.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Armande-Amédée-Victoire Baillard-Trousseboire, femme Bellecise,
+ âgée de 18 ans révolus, née à Paris, y demeurant, rue Thorigny,
+ et à la Motte, district de Cusset, département de l'Allier,
+ ex-noble.
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Gabriel Trinquelague, demeurant à Uzès, département du Gard,
+ ci-devant capitaine au 34e régiment d'infanterie.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour 7 floréal an II (26 avril 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Joseph Duc, âgé de 32 ans, né à Caman, district de Cluse,
+ département du Mont-Blanc, notaire;
+
+ 2. Joseph-Philibert Curton, âgé de 44 ans, né à Samoen, même
+ district, habitant de la commune de Tanninge, même département;
+
+ 3. Jean-Baptiste Bojonet, âgé de 43 ans, né à Tanninge,
+ département du Mont-Blanc, y demeurant;
+
+ 4. Et Claude-François Pralon, âgé de 58 ans, né à Tanninge,
+ département du Mont-Blanc, y demeurant;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 8 floréal an II (27 avril 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Pierre Lambert, âgé de 28 ans, né à Guyenne, département
+ de Seine-et-Marne, garçon boucher;
+
+ 2. François-Germain Savoye, âgé de 42 ans, né à Bezet-Germain,
+ district de Château-Thierry, département de l'Ain, y demeurant,
+ postillon et charretier d'artillerie;
+
+ 3. Pierre Guéniot, vigneron, né à Sulpice de Favières,
+ département de Seine-et-Oise, demeurant à Jon-la-Montagne;
+
+ 4. Et Claude-Toussaint Leclerc, âgé de 60 ans, vigneron et
+ cultivateur à Beaunecourt, lieu de sa naissance, y demeurant,
+ département de Seine-et-Oise, assesseur de juge de paix.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert:
+
+ 1. Pierre-Jean Jean, âgé de 20 ans, né à Colmey, département de
+ la Moselle, y demeurant, tisserand;
+
+ 2. Et Jean-Nicolas Nicolas, âgé de 52 ans, né à Archicourt,
+ département de la Moselle, cordonnier, demeurant à Colmey.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert que:
+
+ 1. Gabriel-Louis Neufville, ci-devant duc de Villeroy[141], âgé
+ de 63 ans, natif de Paris, y demeurant, rue de Lille, ci-devant
+ Bourbon, nº 552, ci-devant duc et pair et capitaine de la
+ première compagnie française des gardes du dernier tyran;
+
+[Note 141: «Le ci-devant duc de Villeroy, le plus nul des hommes et le
+plus circonspect, fut une des victimes de la loi des suspects; ses
+domestiques l'accompagnèrent et ne le quittèrent que quand les verrous
+furent tirés sur lui. Personne n'avait fait plus de dons à la nation.
+Sommes immenses, chevaux, équipages, il avait tout offert à son pays.
+Ses gens avaient ordre de ne le plus servir, de faire exactement leur
+service dans la garde nationale; à ces conditions, ils étaient par lui
+nourris, logés et vêtus; il était riche, il faisait le bien, il fut à
+l'échafaud.» (_Mémoires sur les prisons_, t. II, _la Mairie_, _la
+Force_ et _le Plessis_, p. 238.)
+
+«Le duc de Villeroy et le comte de Brienne, lors de leur détention à
+la Conciergerie, refusèrent un jour de faire une partie de piquet,
+parce qu'on leur présentait des cartes qui n'étaient pas
+républicaines. (RIOUFFE, _Mémoires d'un détenu_, p. 85.)
+
+(Détails reproduits dans le _Tribunal révolutionnaire de Paris_, de E.
+CAMPARDON, in-8º, t. I, p. 311.)]
+
+ 2. Louis Thiroux Crosne, âgé de 57 ans, né à Paris, ci-devant
+ lieutenant de police et conseiller d'État, demeurant à Paris, rue
+ de Bracque, au Marais;
+
+ 3. Philippe-Antoine-Gabriel-Victor de la Tour-du-Pin Gouvernet,
+ âgé de 72 ans, natif de Fourent en Champagne, ci-devant marquis
+ et lieutenant général des armées, demeurant à Auteuil lors de son
+ arrestation;
+
+ 4. Jean-Frédéric la Tour-du-Pin, âgé de 67 ans, né à Grenoble,
+ département de l'Isère, ancien lieutenant général des armées, et
+ ci-devant ministre de la guerre, qualifié comte, demeurant, lors
+ de son arrestation, chez la Tour-du-Moulin Gouvernet, son parent,
+ à Auteuil;
+
+ 5. Claude Lemelletier, âgé de 37 ans, né à Commune-Affranchie,
+ département de Rhône-et-Loire, chirurgien, demeurant à Trévoux,
+ département de l'Ain;
+
+ 6. Jean-Marie-Angélique Gabet, âgé de 34 ans, né à
+ Commune-Affranchie, ci-devant membre du tribunal de Trévoux, y
+ demeurant, et lors de son arrestation, à Paris, maison de
+ Varsovie, rue des Bons-Enfants;
+
+ 7. Catherine-Louise Lamoignon, âgée de 78 ans, née à Paris, y
+ demeurant, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, ci-devant
+ marquise;
+
+ 8. Denis-François Angrand Dalleray, âgé de 78 ans, né à Paris,
+ demeurant cul-de-sac Pocquet, section de l'Homme-Armé, ci-devant
+ lieutenant civil;
+
+ 9. Charles-Grangier la Ferrière, âgé de 56 ans, né à
+ Pont-Château, département de la Loire-Inférieure, général de
+ brigade, arrêté à Mende;
+
+ 10. Charles-Pierre-César-Prosper Mergot-Moutagon, âgé de 50 ans,
+ natif de Précigné, ex-noble, ci-devant garde du tyran Capet;
+
+ 11. Nicolas-François-Olivier Despalières, ex-noble, âgé de 61
+ ans, natif de Moulins, département de l'Allier, demeurant à
+ Paris, rue du Paon, ci-devant chanoine de Montpellier;
+
+ 12. Marguerite-Marie-Louise Brangelogne, veuve de Paris-Montbrun,
+ âgée de 69 ans, née à Paris, y demeurant, rue Avoye, nº 5,
+ ex-noble;
+
+ 13. Jean-Louis Bravart Deissat Duprat, âgé de 50 ans, né à
+ Boujac, près Riom, en Auvergne, demeurant à Busset, district de
+ Cusset, département de l'Allier, ex-noble et ci-devant comte;
+
+ 14. Marie-Nicole Brangelogne, âgée de 67 ans, née à Paris, y
+ demeurant, rue Avoye, ex-noble et ex-religieuse;
+
+ 15. Madeleine Thouret, âgée de 31 ans, né à Moulins, département
+ de l'Allier, y demeurant;
+
+ 16. Thomas Gouffé, âgé de 50 ans, natif d'Étiolles, département
+ de Seine-et-Marne, homme de loi, demeurant à Paris;
+
+ 17. Charles-Hyacinthe Humbert, âgé de 28 ans, né à Connois,
+ département de la Meurthe, ci-devant sous-lieutenant du 47e
+ régiment ci-devant Lorraine, et actuellement vivant de son
+ revenu;
+
+ 18. François-Joseph Feydeau, âgé de 50 ans, né à Metz, ci-devant
+ capitaine dans le régiment infanterie ci-devant Dauphin,
+ demeurant à Paris, rue Neuve-Eustache, nº 4;
+
+ 19. François-Jean Pichard du Page, âgé de 44 ans, né à
+ Fontenay-le-Peuple, ci-devant homme de loi, ex-procureur général
+ syndic du département de la Vendée, en 1791, actuellement de la
+ commune de Fontenay-le-Peuple, y demeurant;
+
+ 20. Jean Chopinet dit Chevalier, âgé de 23 ans, né à Moulins,
+ département de l'Allier, maréchal des logis du 7e régiment de
+ hussards, demeurant à Paris, rue des Hommes-Libres;
+
+ 21. Paul-Louis Deveylle, ex-noble, âgé de 54 ans, né à
+ Châtillon-les-Nonce, département de l'Ain, demeurant à Garneray;
+
+ 22. Charles-Marc-Antoine Jardin, âgé de 71 ans, ci-devant
+ greffier en chef au Châtelet;
+
+ 23. Alexandre-Benjamin Ropiquet, âgé de 42 ans, marchand de
+ toiles et de tabac, natif de Saint-Longys, département de la
+ Sarthe, demeurant à Paris, rue des Hommes-Libres;
+
+ 24. Jacques-Joseph Jocaille dit Saint-Hilaire, âgé de 50 ans,
+ natif de Cambray, district de Cambray, département du Nord,
+ demeurant audit lieu, ex-noble;
+
+ 25. Pierre Martin, âgé de 55 ans, né à Orléans, y demeurant,
+ département du Loiret;
+
+ 26. Armand-Louis-François-Edme Béthune-Charost, âgé de 23 ans,
+ natif de Paris, demeurant à Calais, même département, ci-devant
+ duc;
+
+ 27. Aymar-Charles-François-Nicolaï, âgé de 57 ans, né à Paris,
+ rue des Enfants-Rouges, ci-devant premier président du grand
+ conseil;
+
+ 28. Marie-Louise-Victoire Sourches, veuve Vallière, née à Paris,
+ y demeurant, rue du Grand-Chantier, nº 11;
+
+ 29. Louise-Antoinette Farjaun, veuve Bussy, âgée de 68 ans, née à
+ Montpellier, ci-devant comtesse, arrêtée à Chartres, demeurant à
+ Paris, rue du Grand-Chantier, nº 11.
+
+ 30. Antoine-Jean Terray, âgé de 44 ans, ci-devant intendant de
+ Lyon, aujourd'hui Commune-Affranchie, ex-noble, né à Paris,
+ demeurant à Lamotte-du-Tilly, district de Nogent-sur-Seine,
+ département de l'Aube;
+
+ 31. Joseph-Fidèle Ginot, âgé de 28 ans, né à Poitiers,
+ département de la Vienne, ci-devant avocat au Parlement de Paris,
+ demeurant rue du Grand-Chantier;
+
+ 32. Marie-Nicole Pernet, femme Terray, âgée de 43 ans, née à
+ Dijon, département de la Côte-d'Or, demeurant audit lieu de
+ Lamotte;
+
+ 33. Charles-Henri Estaing, âgé de 65 ans, natif de Ravel,
+ département du Puy-de-Dôme, ancien amiral et lieutenant général,
+ demeurant à Paris, rue Helvétius, nº 52, section le Peletier;
+
+Ont été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution dudit
+jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de cette
+ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Degaignée, un des huissiers du tribunal
+révolutionnaire, en date du 9 floréal de l'an II de la République
+française, une et indivisible, appert avoir été constaté que le
+jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 12 floréal (1er mai 1794), appert:
+
+ 1. Augustin-Henri Langlois de Pommeuse, âgé de 50 ans, né à
+ Paris, y demeurant, rue Chapon au Marais, ci-devant conseiller au
+ ci-devant parlement de Paris;
+
+ 2. Adélaïde-Sophie Chuppin, femme dudit Langlois de Pommeuse,
+ âgée de 43 ans, née à Paris, y demeurant, rue Chapon, avec son
+ mari;
+
+ 3. Auguste-Louis Langlois de Guérard, âgé de 46 ans, né à Paris,
+ y demeurant, rue des Bons-Enfants, section de la Halle au blé,
+ ci-devant officier aux gardes;
+
+ 4. Étienne Vignié, âgé de 40 ans, né à Rigueux, département de
+ Seine-et-Marne, demeurant à Pommeuse, prêtre et chapelain du
+ nommé Langlois de Pommeuse;
+
+ 5. Claude-Louis Deligny, âgé de 44 ans, né à Boutigny, demeurant
+ à Paris, cultivateur fermier de Langlois de Pommeuse;
+
+ 6. Et Gervais Seurre, âgé de 44 ans, né à Migneville, demeurant à
+ Paris, domestique de Langlois de Pommeuse;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 12 floréal (1er mai 1794), appert:
+
+ 1. Pierre Landois, âgé de 30 ans, né à Saint-Nicolas, département
+ de l'Eure, demeurant à Evreux, huissier;
+
+ 2. Et Jean Glutron, âgé de 39 ans, né à Brovelle, demeurant à
+ Évreux, entrepreneur de convois militaires, aubergiste;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Nappier.
+
+Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Louis-Ignace Chalmeton, âgé de 40 ans, né à Chambonas,
+ département de l'Ardèche, demeurant à Uzès, département du Gard,
+ avocat procureur syndic du district d'Uzès;
+
+ 2. Claude Ancôme Bernard, âgé de 32 ans, né à Besançon,
+ département du Doubs, y demeurant, marchand de bois, notable de
+ la commune, juge au tribunal de commerce, commandant en second de
+ la garde nationale;
+
+ 3. Jean-Antoine Poulet, âgé de 60 ans, né à Besançon, y
+ demeurant, notable et commissaire de section, agent de
+ Beaufremont;
+
+ 4. Guillaume Nogaret, âgé de 46 ans, né à Dijon, département de
+ la Côte-d'Or, demeurant à Besançon, commis marchand;
+
+ 5. François-Joseph Monthon, âgé de 35 ans, né à Turin en Savoye
+ (sic), demeurant à Burginien, département du Mont-Blanc, garde du
+ tyran, Sarde et lieutenant de gendarmerie;
+
+ 6. Et Jacques Rabaut, âgé de 56 ans, né à Jason, département (en
+ blanc), demeurant à Marseille, négociant armateur;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Nappier.
+
+Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 13 floréal an II (2 mai 1798), appert:
+
+ 1. Denis Carbillet, âgé de 52 ans, né à Langres, département de
+ la Haute-Marne, demeurant à Paris, rue des Petites-Écuries,
+ ci-devant menuisier du ci-devant d'Artois, lieutenant du
+ ci-devant bataillon dit Saint-Lazare, section Poissonnière;
+
+ 2. Pierre Diacon, âgé de 50 ans, né à Colombines, près Neufchâtel
+ en Suisse, ancien militaire de la maison de la guerre,
+ actuellement inspecteur des armes à feu à l'Arsenal, à Paris, y
+ demeurant;
+
+ 3. Et Laurent Pétra, âgé de 55 ans, né à la Fère en Tardenois,
+ département de l'Aisne, ci-devant curé de la commune de Lévemont,
+ département de l'Oise, et y demeurant;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 14 floréal (3 mai 1794), appert:
+
+ Denis Repoux Chevagny, âgé de 72 ans, né à Lazy, département de
+ la Nièvre, ci-devant auditeur des comptes de Dôle, demeurant à
+ Lazy;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, établi par la loi du
+10 mars 1793, l'an II de la République, séant à Paris, au palais, le
+14 floréal (3 mai 1794), appert:
+
+ 1. Gabriel Tassin, dit de l'Étang, âgé de 50 ans, né et demeurant
+ à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, ci-devant banquier et
+ commandant des Filles Saint-Thomas;
+
+ 2. Louis-Daniel Tassin, âgé de 52 ans, né et demeurant à Paris,
+ rue des Filles-Saint-Thomas, ci-devant banquier, électeur, député
+ suppléant à l'Assemblée constituante, officier municipal et
+ administrateur des vivres à Paris;
+
+ 3. Jean-Philippe Wenmaring, né à Malchem, département du
+ Bas-Rhin, demeurant à Paris, rue de Gramont, ci-devant commis
+ banquier et capitaine des grenadiers du bataillon des
+ Filles-Saint-Thomas;
+
+ 4. Simon Picquet, âgé de 39 ans, né à Strasbourg, demeurant à
+ Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, marchand brocanteur,
+ ci-devant aide de camp de Crillon le cadet à l'armée des
+ Ardennes;
+
+ 5. Pierre-Étienne Engibeau, âgé de 37 ans et demeurant à Paris,
+ rue Vivienne, nº 63, traiteur et ci-devant grenadier des
+ Filles-Saint-Thomas;
+
+ 6. François Parizeau, âgé de 50 ans, né à Ville-Affranchie,
+ demeurant à Paris, rue de la Loi, ci-devant commissaire de la
+ comptabilité, grenadier des Filles-Saint-Thomas et aide de camp
+ de Lafayette;
+
+ 7. Charles-Jean-Baptiste Deschamps Tresfontaines, âgé de 51 ans,
+ né à Rouen, département de la Seine-Inférieure, demeurant à
+ Paris, rue Colbert, employé aux droits d'enregistrement en
+ qualité de sous-chef;
+
+ 8. Joseph-Louis Maulguet, âgé de 46 ans, né à Paris, demeurant à
+ Villers-Cotterets, département de l'Aisne, ci-devant architecte;
+
+ 9. Thomas-Simon Bérard, âgé de 53 ans, né à Commune-Affranchie,
+ demeurant à Paris, rue Gramont, section le Peletier, ci-devant
+ négociant armateur, ex-capitaine de la 3e compagnie du bataillon
+ des Filles-Saint-Thomas;
+
+ 10. Pierre-Jacques Perret, âgé de 36 ans, né à Manteville,
+ département du Calvados, demeurant à Évreux, département de
+ l'Eure, ayant un autre domicile à Paris, rue Dominique, ci-devant
+ agent de change et commandant du bataillon des Petits-Pères;
+
+ 11. Louis-Gabriel d'Hangest, âgé de 48 ans, né à Rumilly,
+ département des Ardennes, demeurant à Paris, rue Chabannais,
+ ci-devant mousquetaire et chevalier de Saint-Louis, et
+ actuellement papetier, grenadier des Filles-Saint-Thomas;
+
+ 12. François-Henri Laurent, âgé de 28 ans, vitrier, né et
+ demeurant à Paris, rue Feydeau;
+
+ 13. Et Étienne-Jacques-Armand Rougemont, né à Coursemont,
+ département de la Sarthe, directeur de la comptabilité des
+ loteries;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du tribunal
+révolutionnaire, en date du 14 floréal, appert avoir été constaté que
+le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 15 floréal an II (4 mai 1794), appert:
+
+ 1. François Lacroix, âgé de 52 ans, natif de Nancy, département
+ de la Meurthe, ci-devant employé à la loterie nationale,
+ demeurant à Paris;
+
+ 2. Auguste-Joseph Saintenoy, âgé de 18 ans 1/2, confiseur, né à
+ Orchies, demeurant à Paris;
+
+ 3. Jean-François Durand, âgé de 24 ans, natif de Neufchâteau,
+ gendarme à pied à la 32e division stationnaire à l'armée du Nord;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 15 floréal (4 mai 1794), appert:
+
+ 1. Claude-Antoine Cleriac Labeaume, âgé de 61 ans, né à Nancy,
+ département de la Meurthe, ex-marquis, demeurant à Paris, rue
+ Cérutti, nº 2;
+
+ 2. Antoine Dutailly, âgé de 52 ans, né à Besançon, département du
+ Doubs, y demeurant, homme de loi, agent de Choiseul-la-Beaume;
+
+ 3. Claude-Philippe Moniotte, âgé de 76 ans, né à Besançon, y
+ demeurant, ex-conseiller au présidial et juge du tribunal du
+ district de Besançon;
+
+ 4. Jacques-Louis le Bègue Oyseville, âgé de 58 ans, né à
+ Pithiviers, y demeurant, département du Loiret, ex-noble, maire
+ et président du district de Pithiviers, y demeurant;
+
+ 5. Julien-François Boire, âgé de 68 ans, né à Paris, y demeurant,
+ quai des Tournelles, nº 6, ex-avocat au parlement de Paris;
+
+ 6. Marie-Pierre-Thomas Mauvielle, âgé de 59 ans, né à Coutances,
+ département de la Manche, demeurant à Saint-Lô, même département;
+
+ 7. Georges le Bienlais de Wiesval, âgé de 76 ans, né au Rocher,
+ district d'Avranches, département de la Manche, demeurant à
+ Paris, rue du Four-Germain, nº 52, ex-noble, et
+ lieutenant-colonel de cavalerie et chevalier de Saint-Louis;
+
+ 8. Marc-Antoine Levis, âgé de 55 ans, né à Lugny, département de
+ Saône-et-Loire, ex-comte et chevalier de Saint-Louis, et
+ ex-député à l'Assemblée constituante, demeurant à Paris, rue
+ Helvétius, nº 53;
+
+ 9. Théodore-Joseph Boissard, âgé de 56 ans, né à Pontarlier,
+ département du Doubs, y demeurant, ex-avocat et procureur syndic
+ du district de Pontarlier;
+
+ 10. Et Charles-Jérôme, âgé de 37 ans, né à Paris, y demeurant,
+ rue de Seine, nº 1064, notaire;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, le jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du
+tribunal, en date du 15 floréal, appert avoir été constaté que le
+jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 16 floréal an II (5 mai 1794), appert:
+
+ 1. Jacques-Jean la Bussière, âgé de 53 ans, né de la commune de
+ Dampierre, demeurant à Angelier, département de la Nièvre,
+ ancien capitaine du régiment d'Auvergne, ex-noble;
+
+ 2. Marie-Caconne-Joséphine Thomassine Duverne, âgée de 36 ans,
+ native de Mingot, demeurant à Cosne, département de la Nièvre;
+
+ 3. Jeanne Dreux, femme Lichy, ex-noble, âgée de 62 ans, native de
+ Sauvigny, département de l'Allier, demeurant à Cosne;
+
+ 4. Et Marie-Florence Valori, veuve de François-Étienne Mazin,
+ noble, âgée de 67 ans, native du Quesnoy, demeurant à Dampierre,
+ département de la Nièvre;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 16 floréal (5 mai 1794), appert:
+
+ 1. Claude-Françoise Loisellier, âgée de 47 ans, de Paris, y
+ demeurant, ci-devant faiseuse de modes;
+
+ 2. Félicité-Mélanie Lunouf, âgée de 21 ans, née à Paris,
+ demeurant rue Montmartre, ouvrière en robes;
+
+ 3. Marie-Madeleine Virolle, âgée de 25 ans, née à Angoulême,
+ coiffeuse, demeurant à Paris, rue Coquillière;
+
+ 4. Jacques Duchesne, âgé de 60 ans, né à Verdun, demeurant à
+ Chaillot, facteur militaire de la section des Champs-Élysées;
+
+ 5. Et Jean Sauvage, âgé de 34 ans, armurier et canonnier du
+ Panthéon français;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 17 floréal an II
+(6 mai 1794), appert:
+
+ 1. Henri-Jacques Poulet, âgé de 56 ans, natif de Metz,
+ département de la Moselle, ex-noble et ci-devant conseiller au
+ parlement de Metz, et procureur syndic du département de la
+ Moselle;
+
+ 2. Matthieu Sequer, âgé de 65 ans, né à Daillange, district de
+ Briey, département de la Moselle, homme de loi, membre du
+ directoire du département de la Moselle, demeurant à Briey;
+
+ 3. Jean-Christophe Thibault, âgé de 60 ans, né à Isminy, district
+ de Dieuze, département de la Meurthe, employé dans les salines,
+ ex-administrateur du département de la Moselle, demeurant à Metz;
+
+ 4. Martin Baulaire, âgé de 38 ans, né à Rodemack, district de
+ Thionville, département de la Moselle, demeurant à Metz;
+
+ 5. Jean-Claude Géant, âgé de 41 ans, natif de Ravil, district de
+ Boulay, département de la Moselle, maire et aubergiste à
+ Pont-à-Chaussy, ex-administrateur du département de la Moselle;
+
+ 6. François Collin, âgé de 54 ans, né à Metz, département de la
+ Moselle, ex-administrateur dudit département;
+
+ 7. Michel Wagner, âgé de 43 ans, cultivateur et ex-administrateur
+ du département de la Moselle, né à Sarre-Libre;
+
+ 8. Jacques Libre Briand, âgé de 34 ans, né à Paris, demeurant à
+ Buchy, district de Morhange, département de la Moselle, et agent
+ national près le même district;
+
+ 9. Jean-Baptiste-Nicolas Flosse le jeune, âgé de 36 ans, né à
+ Boulay, département de la Moselle, maître de poste et
+ entrepreneur des étapes, membre du directoire du département de
+ la Moselle, demeurant à Boullay;
+
+ 10. Jacques-Libre Pierron, âgé de 32 ans, natif de
+ Villers-la-Montague, district de Longwy, département de la
+ Moselle, juge au tribunal de Briey, y demeurant;
+
+ 11. Et Alexandre-Nicolas Courtois, âgé de 33 ans, natif de
+ Longuyon, district de Longwy, département de la Moselle,
+ suppléant au tribunal du district et ex-administrateur du
+ département de la Moselle;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 17 floréal an II (6 mai 1794), appert:
+
+ 1. Charles-Joseph Lejollivet, âgé de 67 ans, ingénieur vétéran
+ des ponts-et-chaussées et architecte du ci-devant Roi, né à
+ Orléans, demeurant à Dijon;
+
+ 2. Denis Lamugnière, âgé de 65 ans, né à Poiseul-les-Saulx,
+ département de la Côte-d'Or, greffier de la ci-devant maîtrise
+ des eaux et forêts de Dijon, y demeurant;
+
+ 3. Étienne Guelaud, âgé de 60 ans, né à Dijon, département de la
+ Côte-d'or, avoué au tribunal de commerce dudit lieu, y demeurant;
+
+ 4. Joseph Galleton, âgé de 50 ans, perruquier, né à Dijon,
+ département de la Côte-d'Or, y demeurant;
+
+ 5. Jean-Baptiste Thierry, âgé de 29 ans, perruquier, né à Dijon,
+ y demeurant;
+
+ 6. Claude Joudrier, âgé de 36 ans, perruquier, né à Dijon, y
+ demeurant;
+
+ 7. Jacques Testard, âgé de 49 ans, né à Saulieu, département de
+ la Côte-d'Or, ci-devant procureur à Dijon, y demeurant;
+
+ 8. François Bille, âgé de 26 ans, perruquier, né à Dijon, y
+ demeurant;
+
+ 9. Jean-Baptiste Sallez, âgé de 42 ans, né à Mâcon, limonadier,
+ demeurant à Saulieu (Côte-d'Or);
+
+ 10. Jean-Baptiste Guenot, âgé de 46 ans, né à Autun, département
+ de la Haute-Saône, commis dans la régie des cuirs à Dôle avant la
+ révolution, et depuis pour l'approvisionnement des armées,
+ demeurant à Saint-Jean de Losne;
+
+ 11. Claude Chaussier, âgé de 51 ans, marchand de bois pour le
+ service de la marine, né à Dijon, y demeurant;
+
+ 12. Alexandre Jaucourt, âgé de 56 ans, né à Cernay, département
+ du Loiret, ex-marquis, demeurant à Arcomey;
+
+ 13. Et Charlotte-Aimée Damoiseau, femme Montheraut, ex-noble,
+ âgée de 67 ans, née à Vizerny, département de la Côte-d'Or,
+ demeurant à Dijon;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par l'un
+des huissiers du tribunal révolutionnaire.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 18 floréal (7 mai 1794), appert:
+
+ 1. Jean-François Rameau, âgé de 57 ans, ex-député suppléant à
+ l'Assemblée constituante et assesseur du juge de paix de Cosne, y
+ demeurant;
+
+ 2. Jean-Louis-Rameau, âgé de 72 ans, natif de Neuzy, assesseur du
+ juge de paix de Cosne, y demeurant;
+
+ 3. Et Jean-François Guillaumot, âgé de 27 ans, né à Clamecy,
+ département de la Nièvre, demeurant à Cosne, ci-devant clerc de
+ notaire;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ François Petit-Jean, âgé de 48 ans, né à Toul, y demeurant,
+ département de la Meurthe, ci-devant trésorier des dépenses de la
+ guerre;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. François-René-Louis Chevandier, âgé de 32 ans, né à Valdrôme,
+ y demeurant, département de la Drôme, lieutenant dans la
+ gendarmerie nationale;
+
+ 2. Vincent Ferrier, âgé de 33 ans, né à Rieux, département de la
+ Haute-Garonne, demeurant au Buis;
+
+ 3. Joseph Sulpice, âgé de 23 ans, né au Mans, département de la
+ Sarthe, ci-devant domestique chez Duclos Besignan, demeurant
+ commune de ce nom, département de la Drôme;
+
+ 4. Joseph-Hyacinthe Guintrand, âgé de 30 ans environ,
+ matelassier, demeurant à Vezon, ci-devant Comtat, département de
+ la Drôme;
+
+ 5. Jean-Joseph Fity, âgé de 30 ans, né à Nevers, département de
+ la Nièvre, menuisier, demeurant au Buis;
+
+ 6. Et François Paschal, âgé de 30 ans, né à Lecan, département
+ des Basses-Alpes, demeurant au Buis, département de la Drôme;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 19 floréal an II (8 mai 1794), appert:
+
+ 1. Clément de Laage père, âgé de 70 ans, ci-devant fermier
+ général, demeurant à Paris, rue Neuve-Grange-Batelière, né à
+ Saintes, département de la Charente-Inférieure;
+
+ 2. Louis-Balthazar Dangers-Bagneux, âgé de 55 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue des Quatre-Fils, ci-devant fermier général;
+
+ 3. Jacques Paulze, âgé de 71 ans, né à Montbrison, département de
+ Seine-et-Oise, demeurant à Paris, rue des Piques, ci-devant
+ fermier général;
+
+ 4. Antoine-Laurent Lavoisier, âgé de 50 ans, né à Paris, y
+ demeurant, boulevard de la Madeleine, section des Piques,
+ ci-devant fermier général.
+
+ 5. François Puissant, âgé de 59 ans, né au Port de l'Égalité,
+ département du Morbihan, demeurant à Paris, rue Mesnard,
+ ci-devant fermier général;
+
+ 6. Alexandre-Victor Saint-Amand, âgé de 74 ans, né à Marseille,
+ ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue
+ Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis celle d'Antin;
+
+ 7. Gilbert-Georges Monteloup, âgé de 68 ans, né à Montaigne,
+ département du Puy-de-Dôme, ci-devant fermier général, demeurant
+ à Paris, rue Honoré, nº 88;
+
+ 8. Adam-François-Paul Saint-Christau, âgé de 44 ans, né à Rennes,
+ département d'Ille-et-Vilaine, ci-devant fermier général,
+ demeurant à Paris rue Thévenot, et, à la campagne, à la
+ Ferté-sous-Reuilly, département de l'Indre, district d'Issoudun;
+
+ 9. Jean-Baptiste Boullongne, âgé de 45 ans, né à Paris, y
+ demeurant, place de la Révolution, ci-devant fermier général;
+
+ 10. Louis-Marie le Bas Courmon, âgé de 52 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue Cérutti, ci-devant fermier général, et depuis
+ régisseur général;
+
+ 11. Charles-René Perceval Frileuse, âgé de 35 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue Thérèse, section de la Montagne, et actuellement à
+ Nantes-sur-Seine, ci-devant fermier général;
+
+ 12. Nicolas-Jacques Papillon Dauteroche, âgé de 64 ans, né à
+ Châlons, département de la Marne, district de ce nom, ci-devant
+ fermier général, demeurant à Paris, rue Madeleine-Honoré;
+
+ 13. Jean-Germain Maubert Neuilly, âgé de 64 ans, né à Paris,
+ ci-devant fermier général, demeurant à Noisy-le-Grand;
+
+ 14. Jacques-Joseph Brac la Perrière, âgé de 68 ans, né à
+ Ville-Affranchie, département de Rhône-et-Loire, ci-devant
+ fermier général, demeurant à Mantes-sur-Seine, département de
+ Seine-et-Oise;
+
+ 15. Claude-François Rougeot, âgé de 76 ans, natif de Dijon,
+ département de la Côte-d'Or, ci-devant fermier général, demeurant
+ à Paris, rue de la Révolution, nº 23, ayant un domicile à
+ Fontainebleau;
+
+ 16. François-Jean Vente, âgé de 68 ans, né à Dieppe, département
+ de la Seine-Inférieure, ci-devant fermier général, demeurant à
+ Paris, rue de Gramont;
+
+ 17. Denis-Henri Fabure, âgé de 47 ans, né à Paris, ci devant
+ fermier général, demeurant à Caen, département du Calvados;
+
+ 18. Nicolas Deveile, âgé de 44 ans, natif de Lagrele, département
+ de Rhône-et-Loire, ex-fermier général, demeurant à Paris, place
+ des Piques, section du même nom;
+
+ 19. Clément Cugnat l'Épinay, âgé de 55 ans, né à Paris,
+ ex-fermier général, y demeurant, rue de la Jussienne, section du
+ Contrat-Social;
+
+ 20. Jean-Louis Loiseau Béranger, âgé de 62 ans, né à Paris,
+ ex-fermier général, rue Neuve-Luxembourg, section des Piques;
+
+ 21. Louis-Adrien Prévost d'Arlincourt, âgé de 50 ans, natif
+ d'Évreux, département d'Eure-et-Loir, ex-fermier général,
+ demeurant à Migny-le-Hameau, district de Versailles, département
+ de Seine-et-Oise;
+
+ 22. Jérôme-François-Hector Saleur de Grizian, âgé de 64 ans, né à
+ Paris, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue des
+ Moulins, section de la Montagne, nº 496;
+
+ 23. Étienne-Marc de Haye, âgé de 36 ans, natif de Paris,
+ ci-devant fermier général, demeurant à Paris, place de la
+ Révolution, nº 3, et dans la commune de Saint-Firmin, district de
+ Senlis, département de l'Oise;
+
+ 24. François-Marie Ménage Pressigny, âgé de 60 ans, natif de
+ Bordeaux, ex-fermier général, demeurant à Paris, rue des
+ Jeûneurs, nº 25, section de Brutus;
+
+ 25. Guillaume Couturier, âgé de 60 ans, natif d'Orléans,
+ ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue de Cléry,
+ section de Brutus;
+
+ 26. Louis-Philippe Durancel, âgé de 40 ans, natif de Paris,
+ ex-fermier général, demeurant à Paris, rue Cadet, nº 8, section
+ du Faubourg-Montmartre;
+
+ 27. Alexandre-Philibert-Pierre Perceval, âgé de 36 ans, né à
+ Paris, ex-fermier général, demeurant à Grainville, district de
+ Caen, département du Calvados;
+
+ 28. Jean-François Didelot, âgé de 59 ans, né à Châlons-sur-Marne,
+ ex-fermier général et régisseur, demeurant à Paris, rue de
+ Buffaut, section du Faubourg-Montmartre;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Leclerc, huissier du tribunal
+révolutionnaire, en date du 19 floréal, appert avoir été constaté que
+le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où les susnommés ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 21 floréal an II (10 mai 1794), appert:
+
+ 1. Élisabeth-Marie-Hélène Capet, soeur de Louis Capet, âgée de 30
+ ans, native de Versailles, département de Seine-et-Oise,
+ domiciliée à Paris;
+
+ 2. Anne Duwaes, âgée de 55 ans, native de Keisnith, en Allemagne,
+ domiciliée à la Montagne-du-Bon-Air, département de
+ Seine-et-Oise, veuve de....... Laigle, ci-devant marquis;
+
+ 3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, ex-comte, âgé de 69 ans,
+ natif de Caen, département du Calvados, domicilié à Chatou,
+ département de Seine-et-Oise;
+
+ 4. Anne-Nicole Lamoignon, âgée de 76 ans, native de Paris, y
+ domiciliée, veuve du ci-devant marquis de Senozan;
+
+ 5. Claude-Louise-Angélique Bersin, ex-marquise, âgée de 64 ans,
+ native de Paris, y domiciliée, femme séparée de corps et de biens
+ de Crussol d'Amboise;
+
+ 6. Georges Folloppe, pharmacien, ex-officier municipal de la
+ Commune, âgé de 64 ans, natif de Écalalix, près Yvetot, domicilié
+ à Paris, rue et porte Honoré;
+
+ 7. Denise Buard, âgée de 52 ans, native de Paris, y domiciliée,
+ rue Florentin, nº 674;
+
+ 8. Louis-Pierre-Marcel Letellier, dit Bullier, ci-devant employé
+ à l'habillement des troupes, âgé de 21 ans et demi, natif de
+ Paris, y domicilié, rue Florentin, nº 674;
+
+ 9. Charles Cressy Champmilon, ex-noble et ci-devant officier de
+ marine, âgé de 33 ans, natif de Courton, près Sens, département
+ de l'Yonne, y domicilié;
+
+ 10. Théodore Hall, manufacturier et négociant, âgé de 26 ans,
+ natif de Seuzy, département de l'Yonne, y domicilié;
+
+ 11. Alexandre-François Lomenie, ex-comte, et ci-devant colonel du
+ régiment des chasseurs dit Champagne, âgé de 36 ans, natif de
+ Marseille, domicilié à Brienne, département de l'Aube;
+
+ 12. Louis-Marie-Athanase Lomenie, ex-ministre de la guerre et
+ maire de Brienne, âgé de 64 ans, natif de Paris, domicilié à
+ Brienne, département de l'Aube;
+
+ 13. Antoine-Hugues-Calixte Montmorin, sous-lieutenant dans le 5e
+ régiment des chasseurs à cheval, âgé de 22 ans, natif de
+ Versailles, département de Seine-et-Oise, domicilié à Passy;
+
+ 14. Jean-Baptiste Lhoste, agent et domestique de Megret de
+ Sérilly, âgé de 47 ans, natif de Forgère, domicilié à Paris;
+
+ 15. Martial Lomenie, ex-noble et coadjuteur de l'évêché du
+ département de l'Yonne, âgé de 30 ans, natif de Marseille,
+ domicilié à Sens;
+
+ 16. Antoine-Jean-François Megret de Sérilly, ci-devant trésorier
+ général de la guerre, et depuis cultivateur, âgé de 48 ans, natif
+ de Paris, domicilié à Passy, près Sens;
+
+ 17. Antoine-Jean-Marie Megret Detigny, ex-noble, ci-devant
+ sous-aide-major du régiment des ci-devant gardes françaises, âgé
+ de 46 ans, natif de Paris, domicilié à Sens;
+
+ 18. Charles Lomenie, ci-devant chevalier des ordres dits de
+ Saint-Louis et de Cincinnatus, âgé de 33 ans, natif de Marseille,
+ domicilié à Brienne, département de l'Aube;
+
+ 19. Françoise-Gabrielle Tanneffe, âgée de 50 ans, native de
+ Chadieu, département du Puy-de-Dôme, domiciliée chez Megret
+ Sérilly, à Passy, département de l'Yonne, veuve de Montmorin,
+ ministre des affaires étrangères;
+
+ 20. Anne-Marie-Charlotte Lomenie, âgée de 29 ans, native de
+ Paris, domiciliée à Sens et à Paris, rue Georges, section du
+ Mont-Blanc, nº 18, divorcée de l'émigré Canizy;
+
+ 21. Marie-Anne-Catherine Rosset, âgée de 44 ans, native de
+ Rochefort, département de la Charente, domiciliée à Sens, mariée
+ à Charles-Christophe Rosset Cercy, ci-devant officier de marine,
+ émigré;
+
+ 22. Élisabeth-Jacqueline Lhermitte, âgée de 65 ans, mariée au
+ ci-devant comte Rosset, ex-noble et ci-devant lieutenant-colonel
+ des carabiniers, et maréchal de camp, émigré;
+
+ 23. Louis-Claude Lhermitte Chambertrand, ex-chanoine de la
+ ci-devant cathédrale de Sens, ex-noble, âgé de 60 ans, natif de
+ Sens;
+
+ 24. Anne-Marie-Louise Thomas, âgée de 31 ans, native de Paris,
+ domiciliée à Passy, département de l'Yonne, mariée à Megret
+ Sérilly;
+
+ 25. Jean-Baptiste Dubois, domestique de Megret Detigny, âgé de 41
+ ans, natif de Merfit, district de Reims, département de la Marne,
+ domicilié chez ledit Megret Detigny.
+
+Avoir été condamnés, etc. Vu l'extrait du jugement du tribunal
+révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution dressé par Château, en
+date du 21 floréal.
+
+_Signé_: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 22 floréal an II (11 mai 1794), appert:
+
+ 1. Angélique Des Marais, âgée de 59 ans, née à Paris, y
+ demeurant, rue Saint-Étienne, ci-devant religieuse des Filles
+ Saint-Thomas;
+
+ 2. Geneviève-Barbe Guoyon, âgée de 77 ans, née à Paris, demeurant
+ rue Saint-Étienne, couturière;
+
+ 3. Anne-Catherine Aubert, âgée de 39 ans, ex-religieuse,
+ demeurant rue Saint-Étienne;
+
+ 4. Antoine-Louis Desmonceaux, âgé de 37 ans, né à Paris,
+ ci-devant vicaire de Saint-Paul, et actuellement commis des
+ Receveurs de la Ville, demeurant à Paris;
+
+ 5. Et Louis-Paul-François Lecointre, âgé de 73 ans, né à
+ Nogent-le-Rotrou, ex-chanoine du Mans, demeurant à Paris, rue du
+ Paon.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Joseph-Saint-Germain de Villeplat, âgé de 66 ans, ci-devant
+ fermier général, né à Valence, département de la Drôme, demeurant
+ à Fontainebleau;
+
+ 2. Et Marie-Marguerite Pericard, veuve Ressy, âgée de 71 ans, née
+ à Roinville, près Dourdan, demeurant à Paris, cul-de-sac
+ Saint-Pharon;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 23 floréal an II (12 mai 1794), appert:
+
+ 1. Hugues Lastic, âgé de 74 ans, ex-comte et noble, né à
+ Saint-Martin-sous-Liron, district de Saint-Flour, département du
+ Cantal, demeurant à Lescure, près Saint-Flour;
+
+ 2. Pierre Raclet, âgé de 70 ans, né à Dijon, ex-directeur de la
+ Régie générale, demeurant à Sommevoire, département de la
+ Haute-Marne;
+
+ 3. Nicolas-François Bocquenet, âgé de 52 ans, né à Coiffy,
+ département de la Haute-Marne, homme de loi, demeurant à
+ Chaumont, susdit département;
+
+ 4. Alexandre Thomassin, âgé de 44 ans, né à Saint-Dizier,
+ département de la Haute-Marne, ex-noble, demeurant à
+ Saint-Dizier;
+
+ 5. Alexandre-Claudine-Félicité Mandat, femme Thomassin, âgée de
+ 26 ans, née à Neuilly, département de la Haute-Marne, demeurant à
+ Saint-Dizier;
+
+ 6. Et Jean Fougeret, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+ du Grand-Chantier, ex-receveur général des finances.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Joseph-Didier Vailleraut, âgé de 62 ans, né à Langres,
+ département de la Haute-Marne, ci-devant curé de Montargis, y
+ demeurant;
+
+ 2. Et Jean-Baptiste-Benjamin Lambert, âgé de 23 ans, né à Dieppe,
+ département de la Seine-Inférieure, surnuméraire au bureau de
+ l'enregistrement à Dieppe, y demeurant.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 24 floréal an II (13 mai 1794), appert:
+
+ 1. Jacques-Amable-Gilbert Rollet-Davaux, ex-noble, ex-président
+ du ci-devant présidial de la ci-devant sénéchaussée de Riom, né à
+ Riom, département du Puy-de-Dôme, âgé de 68 ans;
+
+ 2. Adrienne-Françoise Vilaine Davaux, femme dudit Rollet, âgée de
+ 59 ans, ex-noble, née à la Châtre, département de l'Indre,
+ demeurant à Riom;
+
+ 3. André Louher, âgé de 67 ans, notaire, etc., procureur fiscal
+ dudit Rollet-Davaux, né à Billy, département de l'Allier,
+ demeurant à Puyredan;
+
+ 4. Jean-Baptiste Vlebeski, âgé de 48 ans, ci-devant contrôleur
+ des vingtièmes, né à Longueville-en-Caux, département de la
+ Seine-Inférieure, actuellement visiteur des rôles, demeurant à
+ Dieppe, même département;
+
+ 5. Et Anne-Joseph Lauloup, âgé de 65 ans, ex-noble et médecin à
+ Saint-Loup, département des Côtes-du-Nord, y demeurant.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Gilles Joüen, maréchal des logis du régiment ci-devant dragons
+ Conty, demeurant à Pacy, département de l'Eure;
+
+ 2. Et Étienne Mauger, âgé de 40 ans, né à Rouen, ex-bénédictin et
+ curé constitutionnel de Wy, près de Rouen, y demeurant.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour copie conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert:
+
+ 1. Charles-Adrien Prévôt d'Arlincourt, âgé de 73 ans, ci-devant
+ secrétaire de Capet et fermier général, natif de Doullens,
+ département de la Somme, demeurant au Mont-Valérien;
+
+ 2. Louis Mercier, âgé de 78 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+ Bergère, ci-devant fermier général;
+
+ 3. Jean-Claude-Doüet, âgé de 73 ans, né à Ville-Affranchie,
+ département de Rhône-et-Loire, ci-devant fermier général,
+ demeurant à Paris, rue Bergère;
+
+ 4. Et Marie-Claude Bataille-Frances, femme Doüet, âgée de 60 ans,
+ née à Strasbourg, département du Bas-Rhin, demeurant à Paris, rue
+ Bergère.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert:
+
+ 1. François Dominique Mory, âgé de 56 ans, ex-noble, né à Nancy,
+ département de la Meurthe, y demeurant, homme de lettres;
+
+ 2. Léopold-Remi-François Mori, âgé de 18 ans et demi, né à
+ Boudonville, près Nancy, pharmacien à l'hospice de Nancy, y
+ demeurant;
+
+ 3. Pierre-Agricole Sagny, âgé de 28 ans, né à Troly-aux-Bois,
+ près Soissons, département de l'Aisne, hussard au 6e régiment, en
+ garnison à Chauny;
+
+ 4. Et Benoît Pinteux-Gournay, âgé de 24 ans, né à Limoges,
+ département de la Haute-Vienne, tisserand, demeurant à Borny,
+ département de l'Eure.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jacques Yel, âgé de 47 ans, natif d'Arnouville, département du
+ Cher, ci-devant procureur du ci-devant parlement de Paris,
+ demeurant à La Motte, département du Cher.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 26 floréal an II (15 mai 1794), appert:
+
+ 1. Pierre-Antoine-Joseph Chiavarry, âgé de 38 ans, né à Arles,
+ département des Bouches-du-Rhône, y demeurant, ex-noble et
+ capitaine au ci-devant régiment Dauphin infanterie;
+
+ 2. Antoine-Barthélemy Fassin, âgé de 41 ans, médecin, né à Arles,
+ département des Bouches-du-Rhône, y demeurant;
+
+ 3. Étienne Meynier, âgé de 65 ans, né à Nîmes, département du
+ Gard, y demeurant, ex-noble et ex-constituant;
+
+ 4. Alexandre Fénard, âgé de 44 ans, né à Bitche, département de
+ la Moselle, ex-notaire, procureur syndic du district de Bitche, y
+ demeurant;
+
+ 5. Pierre Henry, âgé de 56 ans, né à Sarreguemines, département
+ de la Moselle, demeurant à Bouquenom, greffier du tribunal de
+ Neuf-Savardin, département du Bas-Rhin, membre du district de
+ Bitche;
+
+ 6. Dominique Knoepffler, âgé de 37 ans, né à Bitche, y demeurant,
+ administrateur du district de Bitche;
+
+ 7. Et Matthieu Blass, âgé de 44 ans, né à Schwatzenhotz,
+ cultivateur, demeurant à Bouquenom, administrateur du district de
+ Bitche.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ François Bertrand, né à Saint-Fleury en Auvergne, département du
+ Puy-de-Dôme, ferblantier, demeurant à Seurre, département de la
+ Côte-d'Or.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 27 floréal an II (16 mai 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Pierre Gravier, âgé de 56 ans, né à Colmars, département
+ des Basses-Alpes, demeurant à Mons, district de Loudun,
+ département de la Vienne, ci-devant secrétaire du tyran;
+
+ 2. Antoine-Louis Lartigue, âgé de 60 ans, né à Toulouse,
+ département de la Haute-Garonne, demeurant à Fontenay-aux-Roses,
+ curé de ladite commune;
+
+ 3. Jean-Baptiste Aubisso, âgé de 39 ans, né à Bergerac,
+ département de la Dordogne, y demeurant, et à Paris, rue
+ Helvétius, nº 673, commissaire à Tirier;
+
+ 4. Charles Bezard, âgé de 49 ans, né à Montpellier, demeurant à
+ Paris, rue Neuve-des-Capucines, négociant, ex-administrateur de
+ la caisse d'escompte;
+
+ 5. Théodore Moreau, âgé de 28 ans, né à Paris, demeurant à
+ Versailles, professeur de mathématiques, adjoint aux adjudants
+ généraux de l'armée du Nord;
+
+ 6. Et Pierre-Louis Rousselet, âgé de 52 ans, né à Beaugency,
+ département du Loiret, ci-devant bénédictin, et curé
+ constitutionnel de la commune de Damme-Marie-les-Fontaines, y
+ demeurant;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Jean-Baptiste Toulon, âgé de 36 ans, né à Saint-Martignan,
+ district de Luçon, département de l'Allier, garde des bois
+ nationaux, demeurant à Lonbeau, commune d'Archignac, même
+ département;
+
+ 2. François Toulon, âgé de 33 ans, aussi garde des bois
+ nationaux, né audit Martignan, demeurant à Nocy, département de
+ l'Allier;
+
+ 3. Et Jean-Baptiste Baret, âgé de 33 ans, né à Vicq-sur-Hautbois,
+ district de la Châtre, département de l'Indre, y demeurant,
+ cultivateur, et ci-devant huissier;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 28 floréal an II (17 mai 1794), appert:
+
+ 1. Antoine Labattu, âgé de 48 ans, né à Valence-d'Agen,
+ département de Lot-et-Garonne, demeurant à Paris, rue
+ Bourg-l'Abbé, nº 57, cordonnier soumissionnaire et fournisseur de
+ souliers pour les armées de la République;
+
+ 2. Bertrand Dora, âgé de 38 ans, né à Savignac, demeurant à
+ Orléans, tailleur d'habits, membre du comité militaire de la
+ commune d'Orléans, surveillant d'un atelier d'habillements pour
+ les défenseurs de la République;
+
+ 3. François Ledet, âgé de 28 ans, né à Ganville-d'Aumale,
+ département de Paris, soumissionnaire et fournisseur de la
+ République;
+
+ 4. François Le Roy, âgé de 41 ans, né à Orléans, département du
+ Loiret, y demeurant, tondeur de draps et fournisseur de la
+ République;
+
+ 5. Et Timothée Deligny, âgé de 55 ans, né à Paris, résidant à
+ Rouen, département de la Seine-Inférieure, colleur de papiers.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Claude Rougaune, âgé de 70 ans, ci-devant curé à
+ Clermont-Ferrand, natif d'Écure, département de l'Allier,
+ demeurant au Mont-Valérien, près Paris;
+
+ 2. Guillaume-Jérôme Romé, ex-noble, âgé de 46 ans, né à Fécamp,
+ département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la
+ Loi;
+
+ 3. Jean-François-Sixte Isnard, âgé de 29 ans, né à Cygalière,
+ district de Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, ex-noble,
+ se disant cultivateur, demeurant à Cygalière;
+
+ 4. Raymond-Gabriel Dusaulnier, ex-noble, âgé de 61 ans, né à
+ Brioude, demeurant à Boursat, département du Puy-de-Dôme;
+
+ 5. Louis Millange, âgé de 45 ans, né à Valroque dans les
+ Cévennes, district du Vigan, département du Gard,
+ quartier-maître-trésorier du premier corps des hussards de la
+ Liberté;
+
+ 6. Et François Périllat, né à Grand-Bouvion, département du
+ Mont-Blanc, demeurant à la Suze, même district.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 29 floréal an II (18 mai 1794), appert:
+
+ 1. André Sabatery, âgé de 33 ans, né à Valréas, département de
+ Vaucluse, maire de la commune de ce nom, demeurant audit Valréas;
+
+ 2. Antoine Mathieu, âgé de 30 ans, né à Saint-Martin de
+ Chichilienne, département de l'Isère, emballeur aux effets de
+ campement de Franciade, département de Paris, y demeurant;
+
+ 3. Jean Porta, âgé de 24 ans, maçon, né à Bansia, dans les États
+ de Venise, demeurant à Paris, caserne Popincourt, canonnier;
+
+ 4. Et Claude Cézeron, âgé de 26 ans, né à Paris, commis de
+ receveur des rentes, demeurant à Paris, rue de l'Échiquier,
+ section Poissonnière.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Philibert-Pierre-Catherine Bourrée-Corberon, âgé de 47 ans, né
+ à Paris, ex-noble, et lieutenant aide-major des gardes
+ françaises, demeurant à Beauvais;
+
+ 2. Jean-Félix Blanquet, âgé de 59 ans, né à Dieppe, département
+ de la Seine-Inférieure, y demeurant, épicier armateur;
+
+ 3. Jean-Louis Dipse, âgé de 56 ans, né district de Dieppe, y
+ demeurant, vivant de son revenu;
+
+ 4. Claude-François Colliez, âgé de 42 ans, né à Paris, agent de
+ Bourrée de Corberon, demeurant à Troissereux, district de
+ Beauvais;
+
+ 5. Denis-Joseph Clerc, âgé de 56 ans, natif de Lacheux, district
+ de Pontarlier, département du Doubs, y demeurant, fileur de
+ laine;
+
+ 6. Pierre-André Teyssert, âgé de 53 ans, né à Marseille,
+ demeurant à Mâcon, département de Saône-et-Loire, teneur de
+ livres de commerce;
+
+ 7. Et Louis Pacot, âgé de 34 ans, né à Couvin, pays de Liége,
+ ex-prêtre, demeurant à Guymenée, dans ledit pays.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour extrait conforme, NEYROT, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 1er prairial (20 mai 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Antoine Teyssier, âgé de 50 ans, né à Nîmes, département
+ du Gard, ex-baron, et ex-constituant, et ex-maire de Nîmes,
+ demeurant à Lagny-sur-Marne;
+
+ 2. Jacques-Marie Boyer-Brun, âgé de 39 ans, né à Nîmes, homme de
+ lettres, ex-substitut du procureur de la commune de Nîmes,
+ demeurant à Paris, rue des Fossés-Montmartre, nº 7;
+
+ 3. Jacques-François Descombiers, âgé de 66 ans, né à Nîmes,
+ ex-noble, ancien lieutenant au ci-devant régiment royal
+ d'infanterie, demeurant à Nîmes;
+
+ 4. Jean Filsac, âgé de 36 ans, né à Cahors, département du Lot, y
+ demeurant, homme de loi, et secrétaire général du département du
+ Lot;
+
+ 5. Pierre-Constant La Barthe, âgé de 74 ans, né à Cessac,
+ département du Lot, ci-devant négociant, demeurant à Pradines,
+ près Cahors;
+
+ 6. Jean-Nicolas Burgère, âgé de 41 ans, né à Cahors, y demeurant,
+ ex-notaire et ex-juge du tribunal du district de Cahors;
+
+ 7. Charlotte-Geneviève Saisseval, veuve Dutillet, âgée de 49 ans,
+ née à Paris, demeurant à Provins, département de Seine-et-Marne;
+
+ 8. Et Marie-Thérèse Clerse, femme Rolland, âgée de 48 ans, née à
+ Paris, femme de chambre de la femme Dutillet, demeurant à
+ Provins;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, 1er prairial (20 mars 1794), appert:
+
+ 1. François-Alexandre Suremain, âgé de 38 ans, ex-noble, vivant
+ de ses revenus, natif d'Ossone, département de la Côte-d'Or;
+
+ 2. Marie-Pierrette Heneveux, veuve de Le Pelaprat, âgée de 47
+ ans, native de Paris, libraire, demeurant à Paris, rue du Roule,
+ nº 11;
+
+ 3. Michel Webert, âgé de 25 ans, né à Saverne, département du
+ Bas-Rhin, libraire à Paris, y demeurant, passage du
+ Cloître-Honoré;
+
+ 4. Marie-Claudine Lucas de Blayre, âgée de 27 ans, née à
+ Saint-Domingue, demeurant à Paris, rue Merry;
+
+ 5. Gabriel-Charles Doyen, âgé de 31 ans, né à Versailles,
+ département de Seine-et-Oise, ci-devant cuisinier de la femme du
+ tyran, demeurant à Paris, rue Nicaise, nº 506;
+
+ 6. Joseph Houssaye, dit Laviolette, âgé de 21 ans, né à Amiens,
+ département de la Somme, ci-devant bijoutier et depuis adjudant
+ général de l'armée révolutionnaire, demeurant à Paris, maison de
+ Molière, rue aux Ours;
+
+ 7. Matthieu Marbey, âgé de 27 ans, né à Commune-Affranchie,
+ bonnetier, demeurant à Paris, rue Française;
+
+ 8. Antoine Brezillon, âgé de 40 ans, né à Grandpré, district du
+ même nom, brigadier de gendarmerie nationale, à la résidence de
+ la Chapelle-Égalité, district de Nemours, département de
+ Seine-et-Marne.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 2 prairial (21 mai 1794), appert:
+
+ 1. Claude Simard, âgé de 68 ans, né à Libreval, département du
+ Cher, ex-prêtre, demeurant à Bourges;
+
+ 2. Agate-Élisabeth Ragot, ex-religieuse, âgée de 54 ans, née à
+ Libreval, département du Cher, demeurant à Bourges;
+
+ 3. Et Louis-François Vassal, âgé de 35 ans, ex-noble, né à
+ Fraicenet, département du Lot, demeurant à Paris, rue Thionville.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tirrard.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. François Tournacos, âgé de 37 ans, né à Metz, se disant baron
+ allemand, demeurant à Luxembourg, en Allemagne;
+
+ 2. Pierre-François Nicolas, né à Longehaut, district d'Ornans,
+ département du Doubs, domestique de Kerry, Irlandais, demeurant à
+ Paris, rue Michodière, section Le Pelletier;
+
+ 3. Caprot Brunel, âgé de 44 ans, né à Capronne, département de la
+ Haute-Loire, domestique chez Kierry, demeurant à Paris, rue
+ Taitbout, section du Mont-Blanc;
+
+ 4. Gabriel Delignon, âgé de 42 ans, né à Villaine, département de
+ la Côte-d'Or, y demeurant, maître d'écriture;
+
+ 5. Et Dominique Lafillard, âgé de 63 ans, ci-devant caissier de
+ la maison d'Artois, argentier de la maison d'Angoulême, et
+ depuis receveur des rentes et agent d'affaires, demeurant à
+ Paris, rue des Fontaines.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tirrard.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:
+
+ 1. Claude-Alexandre Leflot, âgé de 43 ans, né à Nevers,
+ département de la Nièvre, demeurant à Trigésus, capitaine général
+ des douanes de la République;
+
+ 2. Félix Royer, âgé de 28 ans, né à Bagnols, département du Gard,
+ chasseur dans la légion des Alpes;
+
+ 3. Pierre-Gervais Namys, âgé de 47 ans, né à Paris, y demeurant,
+ rue Pagevin, employé aux Fermes, ci-devant capitaine de la
+ section des Petits-Pères;
+
+ 4. Et Louis-Philippe Bourgeois, âgé de 32 ans, né à Uzès,
+ département du Gard, demeurant à Paris, perruquier.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:
+
+ 1. Cyr Vasseur, âgé de 42 ans, né à Harly-Pontlieu, département
+ de la Somme, ci-devant caporal dans l'armée révolutionnaire,
+ demeurant à Paris, rue Verneuil;
+
+ 2. Jean-Baptiste Keutschen, âgé de 36 ans, né à Deynieux, dans la
+ Forêt-Noire, en Allemagne, tailleur, demeurant à Paris, rue
+ Croix, chaussée d'Antin, nº 9;
+
+ 3. Jean Jaroufflet, âgé de 51 ans, né à Moulins, département de
+ l'Allier, y demeurant, notaire public;
+
+ 4. Jean Coursin, âgé de 41 ans, né à Carnay, district
+ d'Avranches, département de la Manche, brocanteur, demeurant à
+ Paris, rue de la Licorne;
+
+ 5. Louis Carré, âgé de 31 ans, né à Brienne, département de
+ l'Aube, épicier, demeurant rue de Sartines, section de la Halle
+ au Beurre;
+
+ 6. Maria-Nicolas Gaidon, âgé de 34 ans, né à Méjuive, département
+ du Mont-Blanc, fruitier, demeurant à Paris, rue d'Hauteville,
+ section Poissonnière;
+
+ 7. Pierre Paul, âgé de 40 ans, né à Paris, y demeurant, rue de la
+ Mortellerie, marchand de cannes;
+
+ 8. Et Jean Juery, âgé de 30 ans, né à Perrel, département du
+ Cantal, brocanteur, demeurant à Paris, rue Honoré, en face des
+ Jacobins.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 4 prairial (23 mai 1794), appert:
+
+ 1. Joseph-Antoine Barrême, âgé de 31 ans, né à Tarascon,
+ ex-noble, ex-hussard du premier régiment;
+
+ 2. Joseph-Henri Barrême, âgé de 35 ans, né à Tarascon, ex-noble,
+ hussard et brigadier du premier régiment;
+
+ 3. Joseph-Auguste Barrême, âgé de 32 ans, né à Tarascon,
+ ex-noble, et hussard du premier régiment;
+
+ 4. Anne Ferry, veuve Dupré, âgée de 52 ans, garde-malade, née à
+ Malo, département de la Côte-d'Or, demeurant à Paris, quai de
+ Gèvres, nº 7;
+
+ 5. Jean-Baptiste Lanoue, âgé de 37 ans, peintre en bâtiment, né à
+ Paris, y demeurant, rue Quincampoix, nº 33;
+
+ 6. Nicolas Aubry, âgé de 72 ans, né à Divry, ci-devant Normandie,
+ demeurant à Paris, rue Nicolas-du-Chardonnet, au dépôt des
+ huiles;
+
+ 7. Et Pierre-Louis Didier, âgé de 35 ans, commis papetier à
+ Paris, y demeurant, rue et cul-de-sac Dominique d'Enfer, nº 7.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Jean Canolle père, âgé de 50 ans, né à Benac, en Périgord,
+ minéralogiste, demeurant à Paris, au Gros-Caillou;
+
+ 2. Avoye Paville Costard, fille âgée de 25 ans, travaillant au
+ Journal des Spectacles, née à Paris, y demeurant, rue des
+ Fossés-Montmartre;
+
+ 3. Alexandre Provenchère, âgé de 58 ans, né à Saint-Eubille,
+ département de Seine-et-Oise, ex-administrateur de l'habillement
+ des troupes de la République, demeurant à Paris, place du
+ Chevalier du Guet;
+
+ 4. André Dorly, âgé de 60 ans, né à Versailles, commissaire des
+ guerres jusqu'au 1er juillet 1793, domicilié à Paris, rue Neuve
+ des Petits-Champs, section de la Montagne;
+
+ 5. Gabriel-Joseph Fortin, âgé de 44 ans, né à Paris, y demeurant,
+ rue des Mauvaises-Paroles, ci-devant employé à l'habillement des
+ troupes, et commis chez le nommé Leroux, négociant;
+
+ 6. Antoine-Martin Barth, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant,
+ rue Denis, et fournisseur de la République;
+
+ 7. Jean-François Lemarcant, âgé de 69 ans, né à... (_en blanc_),
+ ouvrier en guêtres et fournisseur, demeurant à Paris.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 5 prairial (24 mai 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Baptiste-Marie-Thomas Domangeville, âgé de 30 ans, né à
+ Paris, ex-noble, ancien capitaine au 5e régiment de cavalerie,
+ demeurant à Vernasal, département de la Haute-Loire;
+
+ 2. Simon Tisserand, âgé de 40 ans, né à Vesoul, département de la
+ Haute-Saône, ci-devant postillon chez Duchâtelet, demeurant à
+ Paris, rue Grenelle-Saint-Germain;
+
+ 3. Et Jean-Baptiste Gauthier, âgé de 50 ans, né à
+ Château-Porcien, département des Ardennes, concierge de la
+ chambre d'arrêt de la mairie, demeurant à Paris, rue Martin.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Jean-Baptiste-Charles Durand, âgé de.... (_en blanc_) ans, né
+ à Paris, employé au magasin des troupes, à Franciade, y
+ demeurant;
+
+ 2. Jean-Antoine Pascal, âgé de 41 ans, lieutenant de gendarmerie
+ nationale, attaché à la force publique de l'armée du Rhin, né à
+ Commune-Affranchie, demeurant à Paris;
+
+ 3. Et François Paulin, âgé de 35 ans, professeur de géographie et
+ de grammaire, né à la Chapelle, département de la Haute-Marne,
+ demeurant à Paris, rue Montmartre, nº 226.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 6 prairial (25 mai 1794), appert:
+
+ 1. François Joly, âgé de 56 ans, ci-devant inspecteur général des
+ rôles du département de la Côte-d'Or, né à Pontarlier-sur-Saône,
+ même département, demeurant à Dijon;
+
+ 2. Pierre Mauclair, âgé de 39 ans, brocanteur et ci-devant
+ marchand de serre-tête, né à Troyes, département de l'Aube,
+ demeurant à Paris, rue des Grands-Degrés, nº 16;
+
+ 3. Et Louis-Claude-Joseph Lancry-Pronleroy, âgé de 26 ans,
+ ci-devant officier des gardes françaises, ex-noble et ex-comte,
+ né à Paris, y demeurant, rue Basse-du-Rempart.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Jean-Baptiste-Charles Piragues Lille-Don, âgé de 58 ans, né à
+ Lille-Don, département du Loiret, ex-noble, et cultivateur,
+ demeurant à Villemandier, district de Montargis, même
+ département;
+
+ 2. Jacques-Jean-Baptiste Cuvier, âgé de 42 ans, ci-devant
+ architecte, et depuis cultivateur et membre du comité
+ révolutionnaire de la commune de Vanves, y demeurant, né à Paris;
+
+ 3. Marie-Anne Demeaux, femme de Joseph Hébert, âgée de 50 ans,
+ née à Notre-Dame de Guem, près Auxerre, département de l'Yonne,
+ demeurant à Paris, rue de la Licorne, corroyeuse;
+
+ 4. Catherine Pérard, âgée de 39 ans, née à Gissé en Bourgogne,
+ près Flavigny, demeurant à Paris, rue du Poirier, blanchisseuse;
+
+ 5. Pierre Prudhomme, âgé de 48 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+ et section de la Cité, marchand de poisson.
+
+ 6. Et Françoise Lambert, femme Prudhomme, née à Toul, département
+ d'Indre-et-Loire, âgée de soixante ans, marchande de poisson,
+ demeurant à Paris.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 7 prairial (26 mai 1794), appert:
+
+ 1. Claude-Michel-Louis Milscent, créole, âgé de 54 ans, né à
+ Saint-Domingue, ci-devant capitaine des milices bourgeoises, et
+ se disant homme de lettres et auteur du journal appelé _le
+ Créole_, demeurant à Paris, rue Honoré, nº 120;
+
+ 2. Et Jean-Baptiste-Marie Hannonet, âgé de 51 ans, receveur de la
+ régie des sels, né à Guiscard, département de l'Oise, et receveur
+ du district de Noyon, y demeurant.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tirrard.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 8 préréal [_sic_] (27 mai 1794), appert:
+
+ 1. Charles-Philibert-Marie-Gaston Lévis-Mirepoix, âgé de 41 ans,
+ né à Saint-Martin d'Estraux, demeurant à Paris, rue de Verneuil,
+ nº 432, ex-noble, ex-constituant et ex-maréchal de camp;
+
+ 2. Matthieu-Jouze Jourdan, âgé de 45 ans, né à Saint-Jean,
+ département de la Haute-Loire, demeurant à Avignon, ci-devant
+ négociant, depuis général de l'armée d'Avignon, et à présent chef
+ d'escadron de la gendarmerie;
+
+ 3. Jean Donnadieu, âgé de 50 ans, né à Arles, département des
+ Bouches-du-Rhône, général de brigade, à l'armée du Bas-Rhin;
+
+ 4. Antoine-Louis-Michel Judde, âgé de 46 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue François, au Marais, ex-conseiller au ci-devant
+ Châtelet de Paris;
+
+ 5. Catherine Mathieu, femme Vigneron, âgée de 41 ans, née à
+ Nancy, y demeurant;
+
+ 6. Susanne Vigneron, âgée de 23 ans, née à Nancy, y demeurant;
+
+ 7. Pierre-Félix Primeau, âgé de 42 ans, né à Vaussais,
+ département des Deux-Sèvres, sous-lieutenant au 17e régiment de
+ cavalerie;
+
+ 8. Nicolas-Jacques Beauregard, âgé de 42 ans, né à Versailles,
+ sous-lieutenant au 17e régiment de cavalerie;
+
+ 9. Jacques-Joseph-Laurent Faret-Preberon, âgé de 44 ans, né à
+ Salins, département du Jura, chef d'escadron du 17e régiment de
+ cavalerie;
+
+ 10. Avocalie-Joseph Daviot-Hery, âgé de 19 ans, né à Chinon,
+ département d'Indre-et-Loire, lieutenant au 17e régiment de
+ cavalerie;
+
+ 11. Étienne Lecandre, âgé de 27 ans, né à Saintes, département de
+ la Charente-Inférieure, capitaine au 17e régiment de cavalerie;
+
+ 12. Jean-François Bugnolot, âgé de 25 ans, né au Petit-Bay,
+ département de la Haute-Saône, chirurgien-major du 17e régiment
+ de cavalerie;
+
+ 13. Joseph Mollet, âgé de 48 ans, né à Saint-Michel, département
+ des Basses-Alpes, sous-lieutenant au 17e régiment de cavalerie;
+
+ 14. Claude Juy, âgé de 26 ans, né à Langres, département de la
+ Haute-Marne, sous-lieutenant au 17e régiment de cavalerie;
+
+ 15. Pierre-Claude-Marie Prihé, âgé de 46 ans, né à Nevers, chef
+ de brigade au 17e régiment;
+
+ 16. Étienne-Philippe Vérillot, âgé de 26 ans, né à Langres,
+ sous-lieutenant au 17e régiment;
+
+ 17. Étienne Jourdeuil, âgé de 29 ans, né à Bussière,
+ sous-lieutenant au 17e régiment;
+
+ 18. Jean Arnaud, âgé de 44 ans, né à Limoges, sous-lieutenant au
+ 17e régiment;
+
+ 19. Claude Bonnot, âgé de 27 ans, né à Genets, adjudant au 17e
+ régiment;
+
+ 20. Et François Poisson, né à Épinal, âgé de 37 ans,
+ sous-lieutenant au 17e régiment.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 8 prairial (27 mai 1794), appert:
+
+ 1. Augustin Binet, âgé de 28 ans, né à Amiens, département de la
+ Somme, y demeurant, coupeur de velours et sergent du 8e bataillon
+ de la Somme;
+
+ 2. Jean-Baptiste Avenet, âgé de 36 ans, né et demeurant à
+ Saint-Germain-la-Campagne, département de l'Eure, dentiste;
+
+ 3. Et Étienne Hourry, âgé de 50 ans, né à Pezé-le-Robert,
+ terrassier.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 9 prairial (28 mai 1794), appert:
+
+ 1. Claude-Joseph Villemin, âgé de 26 ans, journalier, né à Guyans
+ en Venne, département du Doubs, y demeurant;
+
+ 2. Sylvain Dumazet, âgé de 25 ans, ci-devant verrier, depuis
+ colporteur à Paris, rue des Barres, section de l'Arsenal, né à
+ Argenton, département de l'Indre;
+
+ 3. Firmin Baillot, âgé de 37 ans, né à Lironville, département de
+ la Meurthe, ci-devant volontaire du bataillon de la section des
+ Gravilliers, enrôlé pour la Vendée, râpeur de tabac, demeurant à
+ Paris, rue de Crussol, marais du Temple;
+
+ 4. Françoise Chevalier, âgée de 28 ans, née à Besançon,
+ département du Doubs, y demeurant;
+
+ 5. Félix Simon, âgé de 62 ans, cloutier, ensuite domestique de
+ Trivelle, ci-devant conseiller au ci-devant parlement de
+ Besançon, né à Rosureux, département du Doubs, y demeurant.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Pierre-François Fénaux, âgé de 40 ans, né à Dalincourt,
+ département d'Évreux, charretier chez Claude Léger, demeurant à
+ Rosay, département de Seine-et-Oise;
+
+ 2. Claude Léger, âgé de 49 ans, né à Villemur, département de
+ (_en blanc_), demeurant à Rosay;
+
+ 3. Martin Olivier, né à Saint-Martin des Champs, département de
+ Seine-et-Oise, âgé de 58 ans, vigneron et maire de la commune
+ dudit Saint-Martin des Champs, y demeurant;
+
+ 4. Éloy Duhamel, âgé de 54 ans, né à Aix, département de
+ Seine-et-Oise, tuileur et agent national de la commune de
+ Saint-Martin des Champs, y demeurant;
+
+ 5. Nicolas Letellier, âgé de 35 ans, né à Septeuil, département
+ de Seine-et-Oise, vigneron et membre du comité de surveillance de
+ la commune de Saint-Martin des Champs, y demeurant;
+
+ 6. André Rageot, âgé de 36 ans, tailleur d'habits, membre du
+ comité de surveillance de la commune de Saint-Martin des Champs,
+ né à Guerville;
+
+ 7. Jean Petit, âgé de 49 ans, né à Aulnay, département de
+ Seine-et-Oise, tonnelier et maire de la commune d'Aulnay, y
+ demeurant;
+
+ 8. Guillaume Fréron, âgé de 45 ans, né à Arnouville, département
+ de Seine-et-Oise, journalier, demeurant à Saint-Martin des
+ Champs;
+
+ 9. Et Marie-Anne Fréron, femme Rageot, âgée de 40 ans, née à
+ Arnouville, département de Seine-et-Oise, couturière, demeurant à
+ Saint-Martin des Champs;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:
+
+ 1. Augustin-François César-Dauphin-Leval, âgé de 49 ans, né à
+ Montferrand, département du Puy-de-Dôme, ci-devant breveté du
+ grade de colonel, et capitaine en second des grenadiers des
+ gardes françaises, demeurant à Moncel-Gelat, même département;
+
+ 2. Jean Joussineau de La Tourdonnois, âgé de 64 ans, né à Sinwit,
+ département de la Corrèze, demeurant à la Rode, département du
+ Puy-de-Dôme, ci-devant capitaine de carabiniers, ex-noble,
+ ex-comte et ex-colonel à la suite de la cavalerie, demeurant à
+ Paris, rue Traversière;
+
+ 3. Claire Nantia, âgée de 41 ans, née à Nantia, département de la
+ Haute-Vienne, ex-noble, demeurant à Rouel, département de la
+ Haute-Vienne;
+
+ 4. Louis-Jacques Ferruyant, âgé de 37 ans, né et demeurant à La
+ Motte Terray, département des Deux-Sèvres, ci-devant trésorier de
+ France;
+
+ 5. Jean Dut, âgé de 24 ans, né à Morillac, département du Cantal,
+ marchand forain, sans domicile fixe;
+
+ 6. Pierre Morillon Dubellay, âgé de 77 ans, marchand de draps et
+ soies, né et demeurant à Poitiers, département de la Vienne;
+
+ 7. Jean-Antoine Guybora, âgé de 24 ans, vigneron, journalier, né
+ et demeurant à Saint-Gerionne, département de la Marne, soldat du
+ 11e régiment de hussards;
+
+ 8. Nicolas-Marie Compin, âgé de 64 ans, né à Malta, département
+ de Saône-et-Loire, cultivateur et agent national de la commune
+ d'Avrai;
+
+ 9. Et Nicolas dit Montpansin, âgé de 65 ans, né à Saint-Pourçain,
+ département de l'Allier, demeurant à Souitte, même département,
+ ex-bailli des lazaristes et ex-subdélégué.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:
+
+ 1. Louis César Bégu, âgé de 40 ans, né à Tours, département
+ d'Indre-et-Loire, ci-devant ....... chef du premier bataillon
+ dudit département, demeurant à Tours;
+
+ 2. Claude Lacroix, âgé de 38 ans, né à Chaource, département de
+ l'Aube, y demeurant, cultivateur, ci-devant garde de bois;
+
+ 3. Pierre-Joseph Lecocq, âgé de 60 ans, né à Querqueville, près
+ Cherbourg, département de la Manche, ex-curé de la commune de
+ Cottençon, district de Provins, département de Seine-et-Marne;
+
+ 4. Et Louis-Julien Moret, âgé de 46 ans, né à Arcis-sur-Aube,
+ département de l'Aube, ex-curé, demeurant à Premier-Fait, même
+ département.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 12 prairial (31 mai 1794), appert:
+
+ 1. Édouard-Marie Marguerie, âgé de 38 ans, ex-noble, major en
+ second dans le 42e régiment d'infanterie, ex-colonel de la garde
+ constitutionnelle du tyran, né à Bayeux, département du Calvados,
+ résidant à Agy, près Bayeux;
+
+ 2. Louis Duvivier, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+ des Juifs, nº 17, section des Droits de l'homme, employé à
+ l'extraordinaire des guerres;
+
+ 3. Jean-Baptiste-Pierre Bauffre, âgé de 66 ans, né à Châteauneuf,
+ département d'Eure-et-Loir, demeurant à Paris, rue des Martyrs,
+ nº 59, section du Mont-Blanc;
+
+ 4. Amable Chantemerle, âgé de 37 ans, instituteur et homme de
+ lettres, ex-prêtre, né à Thiers, département du Puy-de-Dôme,
+ demeurant à Paris, rue du Mont-Blanc, nº 384;
+
+ 5. Jean Pierson, âgé de 33 ans, né à Beffroy, district de
+ Commercy, département de la Meuse, employé aux bureaux des
+ émigrés, secrétaire de défunt Malesherbes, demeurant à Paris, rue
+ des Martyrs;
+
+ 6. Et Claude-François-Marie Simonet, âgé de 42 ans, né à Dijon,
+ département de la Côte-d'Or, ex-fermier général, demeurant à
+ Dijon.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Joseph Pont, âgé de 51 ans, né à Tournus, département de
+ Saône-et-Loire, ci-devant curé de Courteneau, y demeurant, même
+ département;
+
+ 2. Pierre Saint-Saulieu, âgé de 44 ans, né à Monteau, département
+ de l'Eure, ci-devant feudiste, demeurant à l'abbaye de Cormeil;
+
+ 3. Thomas Casimir Héry, âgé de 25 ans, né à Orléans, département
+ du Loiret, se disant cultivateur, officier dans le 25e régiment,
+ demeurant commune de Fleury, même département;
+
+ 4. Thérèse-Françoise Lamarre, âgée de 60 ans, née à
+ Bar-sur-Ornain, ci-devant noble, demeurant audit Bar;
+
+ 5. Jean-Hyacinthe Caron, âgé de 36 ans, né à Arviny, district de
+ Bar-sur-Ornain, ci-devant curé, demeurant à Moulins, même
+ district;
+
+ 6. Philippe Huguet, âgé de 30 ans, né à Bruxelles, faiseur de
+ bas, demeurant à Paris, rue Pot-de-Fer;
+
+ 7. Sylvain Hugault, âgé de 59 ans, né à Bourges, ci-devant curé
+ d'Issoudun, demeurant à Issoudun, département d'Indre-et-Loire.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 13 prairial (1er juin 1794), appert:
+
+ 1. Alexandre Brillon-Saint-Cyr, âgé de 52 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue de Bercy, au Marais, ex-maître des comptes;
+
+ 2. Louis-Joseph Germain, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant,
+ rue des Bourdonnais, marchand d'étoffes de soie;
+
+ 3. Thomas-Augustin Bellet, âgé de 37 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue des Blancs-Manteaux, ci-devant auditeur des
+ comptes;
+
+ 4. François-Martin Chauvereau, âgé de 37 ans, né à Tours,
+ département d'Indre-et-Loire, commis marchand chez Germain,
+ demeurant à Paris, rue Cloche-Perche;
+
+ 5. Antoine-Charles Lherbette, âgé de 34 ans, né à
+ Sainte-Menehould, département de la Haute-Marne, ci-devant agent
+ de change, demeurant à Paris, rue des Blancs-Manteaux;
+
+ 6. Louis Bois-Marié, âgé de 23 ans, né à Longny, district de
+ Mortagne, département de l'Orne, demeurant à Paris, rue
+ Jean-Fleury;
+
+ 7. Jérôme-Robert Millin du Perreux, âgé de 62 ans, né à Nevers,
+ département de la Nièvre, demeurant au Perreux, district de
+ l'Égalité, département de Paris, administrateur des loteries;
+
+ 8. Jean Auger, âgé de 23 ans, né à Paris, brigadier-fourrier au
+ 8e régiment de hussards, demeurant à Chaillot;
+
+ 9. Et Jacques-Adrien Mégard, âgé de 26 ans, né à Ratéville,
+ département de la Seine-Inférieure, agent de Thorelli,
+ Napolitain, demeurant à Paris, grande rue du faubourg Antoine.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Louis Martin-Brille, âgé de 30 ans, né à Limay, département de
+ Seine-et-Oise, marchand de journaux, demeurant à Paris, rue des
+ Lavandières, nº 191;
+
+ 2. Étienne Berthier, âgé de 43 ans, né à Besançon, département du
+ Doubs, fondeur et doreur, demeurant à Dijon;
+
+ 3. Jean Levasseur, âgé de 38 ans, né à Krienne, département de la
+ Seine-Inférieure, ex-curé de la commune de Laumont-la-Poterie,
+ même département;
+
+ 4. Et Jacques Serigny, âgé de 53 ans, né à Bouillant, département
+ de la Côte-d'Or, ex-curé de la commune de Lumigny, même
+ département, y demeurant.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 14 prairial (2 juin 1794), appert:
+
+ 1. Bonaventure Ferrey, âgé de 32 ans, né à Gray, département de
+ la Haute-Saône, demeurant à Saint-Denis-sur-Sarton, département
+ de l'Orne, prêtre chapelain de l'église de Coutances, puis curé
+ audit Saint-Denis;
+
+ 2. Jean-Baptiste Barré, âgé de 68 ans, né et demeurant à Paris,
+ rue Coq-Héron, nº 424, ci-devant procureur au Châtelet et avoué;
+
+ 3. Philippe Perrin, âgé de 26 ans, né à Cognac, département de la
+ Charente, y demeurant, négociant en eaux-de-vie;
+
+ 4. André-Jacques-Salomon Daniau, âgé de 26 ans, né à Cognac,
+ demeurant à Ecoigneux, district de Saintes, même département,
+ agriculteur;
+
+ 5. Valérie Marentin, femme Pasquet Saint-Projet, âgée de 40 ans,
+ née à la Rochefoucauld, département de la Haute-Charente, y
+ demeurant, et à Perusel, campagne près la Rochefoucauld; son mari
+ garde du tyran;
+
+ 6. Louis-Auguste-François Bongard-d'Aspremont, âgé de 68 ans, né
+ au Val d'Arnois, district de Dieppe, département de la
+ Seine-Inférieure, demeurant à Jaucourt, district des Andelys,
+ département de l'Eure, vivant de son bien, ex-noble et
+ ex-marquis;
+
+ 7. Louis Armand, âgé de 61 ans, né à Lainville, département de
+ Seine-et-Marne, demeurant au Plessis-Mériot, département de
+ Seine-et-Marne, garde-chasse du ci-devant duc de Mortemart, et
+ ensuite vigneron;
+
+ 8. Jean-François-Célestin Lecocq, âgé de 30 ans, né à Lille,
+ département du Nord, y demeurant, ci-devant clerc de notaire, et
+ depuis boulanger;
+
+ 9. Jean-Pierre Maindouze, âgé de 53 ans, né à Toulouse,
+ département de la Haute-Garonne, demeurant à Paris, rue du
+ Théâtre-Français, commis en chef au bureau des affaires
+ étrangères;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Bernard-Louis Cassaigne, âgé de 41 ans, né à Béziers,
+ département de l'Hérault, ex-vicaire de la ci-devant paroisse
+ Saint-Nicolas des Champs, ensuite desservant de la commune de
+ Luneray, près Dieppe, département de la Seine-Inférieure, y
+ demeurant;
+
+ 2. Marie-Joseph-Adrien Bourdet, âgé de 33 ans, né à Saint-Valery,
+ département de l'Oise, ex-vicaire de la ci-devant paroisse
+ Saint-André des Arts, à Paris, rue du Cimetière-André;
+
+ 3. Et Jean-Baptiste Dupain, âgé de 21 ans, marchand de bois, né
+ et demeurant à Paris, rue des Fossés-Saint-Bernard.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 15 prairial (3 juin 1794), appert:
+
+ 1. Claude Lefranc, âgé de 54 ans, chirurgien appointé dans le 7e
+ régiment de hussards, né à Ivry, près Paris, département de
+ Seine-et-Marne, demeurant à Paris, rue du Battoir;
+
+ 2. Philippe Martin, âgé de 65 ans, né à Delu, département de la
+ Meuse, y demeurant, et cordonnier;
+
+ 3. Alexandre Cordelois, âgé de 36 ans, né à Cambray, chirurgien,
+ ci-devant adjudant général de la garde nationale du Quesnoy,
+ demeurant à Wettingue, département du Nord;
+
+ 4. Armand Quidet, âgé de 64 ans, né à Nourval, département des
+ Ardennes, soldat invalide, demeurant à Vouziers;
+
+ 5. Et Jean-Joseph de Flandres, âgé de 58 ans, brigadier de la
+ deuxième division de la gendarmerie, natif d'Hanappe, département
+ de l'Oise, demeurant à Bouchain, département du Nord.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, 15 prairial (3 juin 1794), appert:
+
+ 1. Louis-George Desrousseaux, âgé de 42 ans, né à Sedan,
+ département des Ardennes, y demeurant, fabricant de draps,
+ cultivateur, ex-maire de la commune de Sedan;
+
+ 2. Jean-Baptiste-Delfine Le Gardeur, âgé de 52 ans, né à Sedan, y
+ demeurant, fabricant, membre de la municipalité de Sedan;
+
+ 3. François-Pierre Le Gardeur, âgé de 60 ans, né à Verdun,
+ département de la Meuse, ci-devant fabricant de draps, ci-devant
+ notable de la commune de Sedan, président du tribunal de commerce
+ et du bureau de paix de la même commune, y demeurant;
+
+ 4. Nicolas Rollin-Hussin père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y
+ demeurant, fabricant de draps et officier municipal de la même
+ commune;
+
+ 5. Yvon-Georges-Jacques Saint-Pierre, âgé de 55 ans, né aux
+ Aussieux, département de la Seine-Inférieure, demeurant à Sedan,
+ vivant de son revenu, ci-devant officier municipal de la commune
+ de Sedan;
+
+ 6. Pierre-Charles Fournier, âgé de 42 ans, né à Sedan, y
+ demeurant, officier municipal de ladite commune et épicier;
+
+ 7. Jean-Baptiste Petit, fils, âgé de 50 ans, né à Mézières,
+ département des Ardennes, médecin, officier municipal de la
+ commune de Sedan, y demeurant;
+
+ 8. Louis-François Gigoux Saint-Simon, âgé de 61 ans, avant la
+ révolution aide-major de la place de Sedan, né à Mesle,
+ département des Deux-Sèvres, officier municipal de la commune de
+ Sedan, y demeurant;
+
+ 9. Jean-Louis Lenoir Peyre, âgé de 39 ans, né à Sedan,
+ teinturier, et ci-devant procureur de la commune de Sedan, y
+ demeurant;
+
+ 10. Nicolas Waroguier, âgé de 62 ans, né à Givet, district de
+ Sainte-Menehould, ci-devant notable de la commune de Sedan, y
+ demeurant;
+
+ 11. Augustin Grosselin père, âgé de 66 ans, marchand épicier,
+ ci-devant notable de la commune de Sedan, y demeurant;
+
+ 12. Jean-Charles-Nicolas Lechanteur, âgé de 31 ans, né à
+ Brillangois, district de Sedan, brasseur, ci-devant notable de la
+ commune de Sedan, et actuellement administrateur du district de
+ Sedan, y demeurant;
+
+ 13. Henri Mesmer, âgé de 52 ans, né à Sedan, brasseur, ex-notable
+ de la commune de Sedan, y demeurant;
+
+ 14. Étienne Henneci, âgé de 46 ans, né à Sedan, libraire,
+ ex-notable de la commune de Sedan, y demeurant;
+
+ 15. Louis Edet-Jeames, âgé de 46 ans, né à Sedan, y demeurant,
+ charpentier, et ex-notable de la commune de Sedan;
+
+ 16. Étienne-Nicolas-Joseph Chayaux-Cailloux, âgé de 41 ans, né à
+ Sedan, y demeurant, brasseur, et ex-notable de la commune de
+ Sedan;
+
+ 17. Pierre Gibon-Vermon, âgé de 44 ans, né à Sedan, y demeurant,
+ brasseur, et ex-notable de la commune de Sedan;
+
+ 18. Simon-Jacques Delatre, âgé de 44 ans, né à Sedan, y
+ demeurant, ex-notable de Sedan;
+
+ 19. Louis Edet, âgé de 64 ans, né à Sedan, y demeurant,
+ menuisier, ex-notable de la commune de Sedan;
+
+ 20. Jean-Baptiste Ludet père, âgé de 64 ans, chef armurier, et
+ ex-notable de la commune de Sedan;
+
+ 21. Antoine-Charles Rousseau, âgé de 56 ans, né à Paris,
+ manufacturier de draps, ex-notable de la commune de Sedan, y
+ demeurant;
+
+ 22. Pierre Dalché père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant,
+ orfévre, ex-notable de la commune de Sedan;
+
+ 23. Hermès Servais, âgé de 66 ans, né à Francquemont,
+ manufacturier de poêles, ex-notable de la commune de Sedan, y
+ demeurant;
+
+ 24. Michel Noël, dit Laurent, âgé de 63 ans, né à Sedan, y
+ demeurant, confiseur, et officier municipal de la commune de
+ Sedan;
+
+ 25. Louis-Joseph Béchet, âgé de 60 ans, né à Sedan,
+ manufacturier, ex-officier municipal de la commune de Sedan,
+ demeurant à Philippeville;
+
+ 26. Paul-Stanislas-Édouard Béchet, âgé de 38 ans, né à Sedan,
+ fabricant de draps, administrateur et receveur de l'hôpital de la
+ même commune, et ci-devant officier municipal, demeurant à Sedan;
+
+ 27. Et Claude Faussois, âgé de 65 ans, né à Montfaucon, district
+ de Château-Thierry, département de la Marne, traiteur, ex-notable
+ de la commune de Sedan, demeurant à Lagny-Baugny, département
+ des Ardennes.
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Chasteau, huissier du tribunal
+révolutionnaire, le 15 prairial, appert avoir été constaté que le
+jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 16 prairial an II (4 juin 1794), appert:
+
+ Le tribunal criminel du département de Paris a condamné à la
+ peine de mort Charles Le Brun, âgé de 40 ans, natif de Chelles,
+ département de Seine-et-Marne, sans état, demeurant rue
+ Bourtibourg, nº 15, convaincu de complicité de fabrication et
+ émission de faux assignats.
+
+Il a été exécuté le même jour, à 8 heures 25 minutes du soir, sur la
+_place de la Maison commune_, en présence de Heurtin, l'un des
+huissiers du tribunal, qui en a dressé procès-verbal.
+
+Certifié véritable et délivré par moi, Le Bois, accusateur public
+du tribunal criminel du département de Paris,
+
+ LE BOIS.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. François-Dauphin Goursac, âgé de 61 ans, né à Chassenuit,
+ district de la Rochefoucauld, département de la Charente,
+ ex-noble, ci-devant chevau-léger, retiré lieutenant de cavalerie,
+ demeurant à la Rochefoucauld;
+
+ 2. Thérèse Thomas, veuve de François Goursac, aussi ex-noble,
+ âgée de 80 ans, née à Augoulême, demeurant à Goursac;
+
+ 3. Jeanne-Dauphin Goursac, fille âgée de 54 ans, née à
+ Chasseneuil, demeurant à Goursac, ex-noble;
+
+ 4. Jacquette Gonin, femme divorcée de Pasquier Larevenchère, âgée
+ de 43 ans, née à Chasseneuil, demeurant à la Rochefoucauld;
+
+ 5. Jacques Clément, âgé de 41 ans, né à Derac, district
+ d'Angoulême, ci-devant curé de Vervant, district de la
+ Rochefoucauld, y demeurant;
+
+ 6. Jacques-Dauphin Lapeyre, ex-noble, âgé de 53 ans, né à
+ Roussine, district de la Rochefoucauld, cultivateur, demeurant à
+ Breuil;
+
+ 7. Et Marie-Louise Dufour, fille âgée de 66 ans, née à Limoges,
+ femme de compagnie de Goursac, demeurant à Chasseneuil.
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution
+dressé par Auvray, huissier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Étienne-Michel Le Duc Bieville, âgé de 69 ans, ex-noble,
+ ex-conseiller au ci-devant parlement de Rouen, et ex-gentilhomme
+ de la chambre du tyran, né à Rouen, département de Seine-et-Oise
+ (_sic_), demeurant à Paris, rue Grange-Batelière;
+
+ 2. Antoine-Louis Le Duc Bieville fils, âgé de 27 ans, ex-noble et
+ lieutenant dans le ci-devant régiment de chasseurs des Vosges, né
+ à Paris, demeurant à Belleville, près Paris;
+
+ 3. Jean-François Du Fouleur, âgé de 38 ans, né à Paris, demeurant
+ rue Montmartre, notaire;
+
+ 4. Jean-Jacques Meynard, âgé de 46 ans, commis à la comptabilité,
+ né à Alby, département du Tarn, demeurant à Paris, rue
+ Montmartre;
+
+ 5. Alexis Moreuil, âgé de 49 ans, ex-maître d'hôtel du ci-devant
+ duc de la Marck, employé à la liquidation des dettes de la
+ Commune de Paris, né à Ferrières, département de la Somme,
+ demeurant à Paris, rue Faubourg-Honoré;
+
+ 6. Nicolas-Toussaint Leteneur, âgé de 64 ans, ex-noble et
+ ex-chevalier du ci-devant ordre Saint-Louis, né à Breteuil,
+ département de l'Oise, demeurant à Versailles;
+
+ 7. Bernard Sauriel, âgé de 33 ans, ex-lieutenant d'une compagnie
+ de volontaires du 4e bataillon de la Meurthe, à Laronne,
+ département de la Meurthe, demeurant au dépôt, à Nancy;
+
+ 8. Jean-François Thirial, âgé de 40 ans, ex-constituant, médecin,
+ né à Compiègne, département de l'Oise, demeurant à Versailles;
+
+ 9. Grégoire-Philippe Lorenzo, âgé de 29 ans, homme de lettres,
+ fonctionnaire public à Bruxelles comme commissaire, né à
+ Dunkerque, département du Nord;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 17 prairial (5 juin 1794), appert:
+
+ 1. Élisabeth-Marie Guiller, femme de Thomas Guiller, dit _Nonac_,
+ ex-noble et ex-secrétaire du tyran, âgée de 45 ans, née à
+ Châteauneuf, département d'Eure-et-Loir, demeurant à
+ Choisy-sur-Seine;
+
+ 2. Jean-Antoine Méraud, né à l'Écluse, département du
+ Puy-de-Dôme, demeurant à la Meilleraye, département de la Sarthe,
+ ex-curé constitutionnel dudit lieu;
+
+ 3. Louis-Henri Villeneuve-Trans, âgé de 59 ans, né à Marseille,
+ département des Bouches-du-Rhône, ex-noble et ex-colonel du
+ ci-devant régiment de Roussillon infanterie, demeurant à Paris,
+ rue Vivienne, nº 4.
+
+ 4. Joseph Daigue, domestique du ci-devant duc de Luxembourg, âgé
+ de 32 ans, né à Pacy, département du Mont-Blanc, demeurant à
+ Paris, rue Martin, section des Amis de la patrie;
+
+ 5. Paul Mezeray, âgé de 45 ans, né à Montargis, département du
+ Loiret, demeurant à Paris, rue Roquépine, employé aux domaines
+ nationaux;
+
+ 6. Et Marie-Madeleine Perrier, veuve Fontenay, ex-noble, âgée de
+ 57 ans, née à Villiers, département de l'Orne, demeurant à
+ Vincennes, département de Paris;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 18 prairial (6 juin 1794), appert:
+
+ 1. Charles-François Mercier d'Aubeville, âgé de 69 ans, ci-devant
+ président de l'élection de Pithiviers, juge du tribunal du
+ district de Pithiviers, demeurant audit lieu;
+
+ 2. Thomas Roustat, âgé de 57 ans, cultivateur, garde-bois du
+ ci-devant Terray, né à Quincy, département de l'Aube, demeurant à
+ Lamotte, même département;
+
+ 3. Jean Rolland, âgé de 40 ans, né à Lamotte, département de
+ l'Aube, y demeurant;
+
+ 4. Jean Vaudier-Dock, âgé de 25 ans, serrurier, né à Bruges,
+ Flandre, y demeurant; déserteur autrichien;
+
+ 5. Jacques Dauphin-Chadebeau, âgé de 43 ans, manouvrier, natif de
+ la Paque, département de la Charente, demeurant à Goursac, même
+ département;
+
+ 6. Angélique Jacquemont, veuve Padel, âgée de 49 ans, travaillant
+ en linge, née à Saint-Brie, département de l'Yonne, demeurant
+ Pointe-Eustache;
+
+ 7. Nicolas Vial, âgé de 71 ans, né à Commune-Affranchie,
+ département de Rhône-et-Loire, demeurant à Charenton, près Paris,
+ ancien négociant;
+
+ 8. Victoire Leclerc, veuve Labathie, âgée de 34 ans, née à
+ Compiègne, demeurant à Vitry-sur-Marne, département de la Marne;
+
+ 9. Et Denise-Élisabeth Marchais, femme Vial, âgée de 53 ans, née
+ à Paris, demeurant à Charenton;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du même jour 18 prairial an II (6 juin 1794), appert:
+
+ 1. François-Joseph-Élisabeth Thomas Lavalette, âgé de 39 ans, né
+ à Paris, ex-vicomte, ex-officier au ci-devant régiment des gardes
+ françaises en qualité de lieutenant en second, demeurant à Paris,
+ section Le Pelletier, nº 171;
+
+ 2. Joseph Aboulin, âgé de 39 ans, né à Cassade, district de
+ Montauban, département du Lot, lieutenant au 18e régiment de
+ dragons, y demeurant ordinairement;
+
+ 3. Joseph Fournier, âgé de 31 ans, né à Burillier, district de
+ Montagnac, département de la Dordogne, y demeurant, ex-curé
+ constitutionnel et instituteur;
+
+ 4. Thomas Delainey, âgé de 17 ans, Irlandais, déserteur du 9e
+ régiment, domicilié à Paris;
+
+ 5. Patrice Roden, âgé de 28 ans, tisserand, né en Irlande, soldat
+ déserteur dans le régiment de Berne;
+
+ 6. Pierre-Jacques Soubry, âgé de 33 ans, laboureur, né dans la
+ Flandre autrichienne;
+
+ 7. Albert Calvert, âgé de 28 ans, né à Bruges, en Flandre, y
+ demeurant, charpentier;
+
+ 8. Joseph Forrest, âgé de 27 ans, né à Bruges, y demeurant,
+ écrivain;
+
+ 9. Jacques Mordolk, âgé de 20 ans, perruquier, né en Écosse,
+ valet de chambre du comte de Notriock;
+
+ 10. Guillaume-Jacques Cousin, âgé de 45 ans, né à Rouen,
+ département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la
+ Loi, nº 206;
+
+ 11. William Newton, âgé de 33 ans, né en Angleterre, colonel de
+ cavalerie à l'École militaire, demeurant à Paris, rue de la Loi;
+
+ 12. Et Élisabeth-Françoise Forceville, âgée de 42 ans, née à
+ Forceville, district d'Amiens, département de la Somme, ex-noble,
+ demeurant à Paris, rue de l'Observatoire;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Chasteau.
+
+Pour extrait conforme: NEIROT, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 19 prairial an II (7 juin 1794), appert:
+
+ 1. Pierre Lecointre, âgé de 18 ans et demi, volontaire dans le
+ 10e régiment d'artillerie légère, né à Saint-Jouy, département de
+ la Seine-Inférieure, y demeurant;
+
+ 2. Guillaume Thezut, âgé de 38 ans, ex-noble, né à Aumont,
+ département de Saône-et-Loire, y demeurant;
+
+ 3. Louis Le Coq, âgé de 30 ans, né à Balancourt, département de
+ Seine-et-Oise, potier de terre, et ci-devant domestique de
+ Roland, ex-ministre, demeurant à Paris, rue de la Tannerie;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tavernier.
+
+NEIROT, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, 19 prairial (7 juin 1794), appert:
+
+ 1. Charles-François, dit Cadet, âgé de 37 ans, né à
+ Boissy-sur-Marne, département de Seine-et-Marne, cultivateur,
+ demeurant à Champoget, même département;
+
+ 2. Antoine Rayer, âgé de 34 ans, né aux Granges, commune dudit
+ Boissy, y demeurant, cultivateur;
+
+ 3. Pierre-Louis Bachelier, âgé de 44 ans, né à Doux, département
+ de Seine-et-Marne, y demeurant, cultivateur;
+
+ 4. Remy Lecinque, âgé de 50 ans, né à Nancy, département de la
+ Meurthe, commissaire aux ventes, demeurant à Paris, rue de
+ Touraine, nº 3;
+
+ 5. Pierre-Nicolas Domont, âgé de 36 ans, né à Louvancourt,
+ département de la Somme, employé à l'administration des domaines
+ nationaux;
+
+ 6. Joseph-Simon Larget, âgé de 31 ans, né à Ongelat, département
+ du Jura, employé à l'administration des domaines nationaux,
+ demeurant à Paris, rue Chabannais;
+
+ 7. Nicolas-Pierre Boucher, âgé de 45 ans, né à Bar-sur-Bugency, y
+ demeurant, notaire et ex-administrateur du département des
+ Ardennes;
+
+ 8. Jacques Chauzy, âgé de 63 ans, né à Vaudé, département des
+ Ardennes, y demeurant, cultivateur et ex-administrateur dudit
+ département;
+
+ 9. Jean-Baptiste-Antoine Bourgeois, âgé de 34 ans, né à Mézières,
+ département de la Meurthe, y demeurant, administrateur du
+ département des Ardennes;
+
+ 10. Jean-Sulpice Gromaire, âgé de 56 ans, né à Chomery,
+ département des Ardennes, y demeurant, notaire et
+ ex-administrateur du département des Ardennes;
+
+ 11. Étienne Deshayes, âgé de 43 ans, né à Rethel, département des
+ Ardennes, y demeurant, homme de loi, procureur général syndic du
+ département des Ardennes;
+
+ 12. Henry Dessaulty, âgé de 43 ans, né à Bierne, département des
+ Ardennes, ex-noble, cultivateur, membre du conseil général dudit
+ département, demeurant à Montlaurent;
+
+ 13. Pierre Namur, âgé de 60 ans, né à Lugny (?), département des
+ Ardennes, y demeurant, cultivateur, administrateur dudit
+ département;
+
+ 14. Jean Legrand, âgé de 45 ans, né à Gouvellemont, département
+ des Ardennes, y demeurant, ex-administrateur dudit département,
+ cultivateur;
+
+ 15. Jean-Jacques Le Maire, âgé de 66 ans, né à Sainte-Menehould,
+ département des Ardennes, cultivateur, ex-administrateur dudit
+ département, demeurant à Champigneul;
+
+ 16. Jean-Baptiste Blay, âgé de 29 ans, né à Wernencourt,
+ département des Ardennes, y demeurant, laboureur,
+ ex-administrateur dudit département;
+
+ 17. Claude-Jean-Baptiste Gérard, âgé de 49 ans, né à Mouzon,
+ département des Ardennes, ex-administrateur dudit département,
+ demeurant à Sedan;
+
+ 18. Marie-Claude-Gabriel Gérard, âgé de 34 ans, né audit Mouzon,
+ district de Sedan, demeurant audit Sedan, homme de loi,
+ ex-administrateur du département des Ardennes;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 23 prairial (11 juin 1794), appert:
+
+ 1. Étienne-Hubert-Bonaventure Chaput-Dubost, âgé de 54 ans, né à
+ Cusset, département de l'Allier, ex-subdélégué, ex-procureur du
+ tyran, et depuis son commissaire près le tribunal dudit Cusset;
+
+ 2. Jeanne-Danielle Teyras, femme Chaput-Dubost, âgée de 52 ans,
+ demeurant à Cusset;
+
+ 3. Claude-Gilbert Chaput-Dubost, dit Champcourt, âgé de 26 ans,
+ sans état, né et demeurant à Cusset;
+
+ 4. Cosme-Marie Chaput-Dubost, âgé de 24 ans, sans état, né et
+ demeurant à Cusset;
+
+ 5. Denis Courtin, âgé de 58 ans, né à Saint-James, département du
+ Cher, brigadier de la 32e division de gendarmerie, demeurant à
+ Paris, rue du Théâtre-Français, nº 7;
+
+ 6. Nicolas Jaunin, âgé de 72 ans, né à Dijon, département de la
+ Côte-d'Or, gagne-denier, demeurant à Paris, rue Montorgueil;
+
+ 7. Bon-Jacques-René Hébert, âgé de 23 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue des Tournelles, nº 38, entrepreneur des bois de
+ chauffage pour l'armée;
+
+ 8. Lambert Lamandin, âgé de 38 ans, né à Consart, district
+ d'Avesnes, département du Nord, marchand de chevaux et de bois,
+ fournisseur pour l'armée;
+
+ 9. Saint-Clair Rouillon, âgé de 19 ans, préposé au bois de
+ chauffage, né à Alençon, y demeurant;
+
+ 10. Gabriel Guérin-Lucas, âgé de 41 ans, né à Châteauroux,
+ actuellement _Indreville_, y demeurant, fournisseur
+ soumissionnaire pour l'équipement des volontaires d'Indreville;
+
+ 11. Et Pierre Robert, âgé de 37 ans, né à Saint-Georges-sur-Cher,
+ demeurant à Paris, rue Saint-Gilles, au Marais, nº 91;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 29 prairial an II (17 juin 1794), appert:
+
+ 1. Henry Admiral, âgé de 50 ans, natif de Auzolet, département du
+ Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, rue Favart, nº 4, ci-devant
+ domestique, ensuite attaché à la loterie ci-devant royale en
+ qualité de garçon de bureau;
+
+ 2. François Cardinal, instituteur et maître de pension, âgé de 40
+ ans, natif de Bussière, département de la Haute-Marne, domicilié
+ à Paris, rue de Tracy, nº 7;
+
+ 3. Pierre-Balthasard Roussel, âgé de 26 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue Helvétius, nº 70;
+
+ 4. Marie-Susanne Chevalier, âgée de 34 ans, native de
+ Saint-Sauvan, département de la Vienne, domiciliée à Paris, rue
+ Chabannais, nº 47, femme séparée depuis trois ans de......
+ Lamartinière;
+
+ 5. Claude Paindavoine, âgé de 53 ans, natif de Lépine,
+ département de la Marne, domicilié à Paris, rue
+ Neuve-des-Petits-Champs, nº 19, concierge de la maison des
+ ci-devant loteries;
+
+ 6. Aimée-Cécile Renault, âgée de 20 ans, native de Paris, y
+ domiciliée, rue de la Lanterne, fille d'Antoine Renault et
+ de......;
+
+ 7. Antoine Renault, papetier et cartier, âgé de 92 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de la Lanterne, section de la Cité;
+
+ 8. Antoine-Jacques Renault, papetier, âgé de 31 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de la Lanterne.....;
+
+ 9. Edme-Jeanne Renault, ex-religieuse, âgée de 60 ans, native de
+ Paris, y domiciliée, rue Babylone, nº 698;
+
+ 10. Jean-Baptiste Porteboeuf, âgé de 43 ans, natif de Thoiré,
+ département de la Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue
+ Honoré, nº 510;
+
+ 11. André Saintanac, élève en chirurgie et employé à l'hôpital
+ militaire de Choisy-sur-Seine, âgé de 22 ans, natif de Bordeaux,
+ département de Bec d'Ambès, domicilié audit Choisy, et
+ précédemment à Paris, rue Quincampoix, maison garnie, ci-devant
+ dite de la Couronne;
+
+ 12. Anne-Madeleine-Lucile Parmentier, âgée de 52 ans, native de
+ Clermont, département de l'Oise, domiciliée à Paris, rue Honoré,
+ nº 510; mariée à Alexandre Lemoine Crécy;
+
+ 13. François Lafosse, chef de la surveillance de police de Paris,
+ âgé de 44 ans, natif de Versailles, département de
+ Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple, nº
+ 32;
+
+ 14. Jean-Louis-Michel Devaux, employé, âgé de 29 ans, natif de
+ Doullens, département de la Somme, domicilié à Paris, rue Barbe,
+ section de Bonne-Nouvelle;
+
+ 15. Louis-Eustache-Joseph Potier (Delille), âgé de 44 ans, natif
+ de Lille, département du Nord, domicilié à Paris, rue Favart,
+ imprimeur et membre du comité révolutionnaire de la section
+ Lepelletier;
+
+ 16. François-Charles Virot Sombreuil, ex-gouverneur des
+ Invalides, âgé de 74 ans, natif de Insishain (_sic_), département
+ du Haut-Rhin, domicilié à la maison nationale des Invalides;
+
+ 17. Stanislas Virot Sombreuil, âgé de 26 ans, natif de
+ Lechoisier, département de la Haute-Vienne, domicilié à Poissy,
+ ex-capitaine de hussards et ex-capitaine de la garde nationale de
+ Poissy;
+
+ 18. Jean-Guet Henoc Rohan-Rochefort, ex-noble, domicilié à
+ Rochefort, département de la Charente-Inférieure;
+
+ 19. Pierre Laval-Montmorency, ex-noble, âgé de 25 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue du Bac;
+
+ 20. Étienne Jardin, âgé de 48 ans, natif de Versailles,
+ département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Cadet,
+ directeur des transports militaires depuis la révolution, et
+ avant piqueur du tyran;
+
+ 21. Charles-Marie-Antoine Sartine, ex-maître des requêtes, âgé de
+ 34 ans, natif de Paris, y domicilié, rue Vivienne, fils de.....;
+
+ 22. Barthélemy Constant, gendarme, âgé de 42 ans, natif de
+ Grasse, département du Var, domicilié à Paris, rue du
+ Faubourg-Martin, nº 185;
+
+ 23. Joseph-Henry Burlandeux, ex-officier de paix, âgé de 39 ans,
+ natif de Saullier, département du Var, domicilié à Paris, rue du
+ Faubourg-Martin, nº 64;
+
+ 24. Louis-Marie-François Saint-Mauris de Montbarey, ex-prince et
+ ancien militaire, âgé de 38 ans, natif de Paris, y domicilié,
+ faubourg Honoré, nº 49;
+
+ 25. Joseph-Guillaume Lescuyer, musicien, âgé de 46 ans, natif
+ d'Antibes, département du Var, domicilié à Paris, rue
+ Poissonnière, nº 16;
+
+ 26. Achille Viart, ci-devant militaire, âgé de 51 ans, natif
+ de....., en Amérique, domicilié à Mariac, département de Bec
+ d'Ambès;
+
+ 27. Jean-Louis Biret Tissot, domestique de la femme Grandmaison,
+ âgé de 35 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Mesnard;
+
+ 28. Théodore-Jauge, banquier, âgé de 47 ans, natif de Bordeaux,
+ département de Bec d'Ambès, domicilié à Paris, rue du Mont-Blanc;
+
+ 29. Catherine-Susanne Vincent, âgée de 45 ans, native de Paris, y
+ domiciliée, rue de Mesnard, mariée à..... Gryois;
+
+ 30. Françoise-Augustine Santuare, âgée de 40 ans, native de l'île
+ Bourbon, en Afrique, domiciliée à Marefosse, département de la
+ Seine-Inférieure, mariée à..... Desprémenil;
+
+ 31. Charles-Armand-Augustin Depont, ex-noble, âgé de 49 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Notre-Dame-des-Champs;
+
+ 32. Joseph-Victor Cortey, épicier, âgé de 37 ans, natif de
+ Symphorien, département de la Loire, domicilié à Paris, rue de la
+ Loi;
+
+ 33. François Paumier, ci-devant marchand de bois, âgé de 39 ans,
+ natif de Aunay, département de la Nièvre;
+
+ 34. Jean-François Deshayes, âgé de 68 ans, natif de Herserange,
+ département de la Moselle, domicilié à Luçon, marchand et membre
+ du comité de surveillance dudit lieu;
+
+ 35. François-Augustin Ozanne, ex-officier de paix, âgé de 40 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue de la Vieille-Monnaie;
+
+ 36. Charles-François-René Duhardaz Dauteville, ex-noble, âgé de
+ 23 ans, natif du Mans, département de la Sarthe, domicilié à
+ Paris, rue Basse-du-Rempart, nº 20;
+
+ 37. Louis Comte, négociant, âgé de 49 ans, natif de Varennes,
+ département de Saône-et-Loire, domicilié à Paris, rue Thomas du
+ Louvre, grande maison de France;
+
+ 38. Jean-Baptiste Michonis, limonadier et ex-administrateur de
+ police, âgé de 59 ans, natif de Paris, y domicilié;
+
+ 39. Philippe-Charles-Élysée Baussancourt, sous-lieutenant de
+ carabiniers, âgé de 27 ans, natif de Vitry-le-Français;
+
+ 40. Louis Karadec, agent de change, âgé de 45 ans, natif de
+ Lisieux, département du Calvados, domicilié à Paris, rue du
+ Faubourg-du-Temple;
+
+ 41. Théodore Marsan, âgé de 27 ans, natif de Toulouse,
+ département de la Haute-Garonne, domicilié à Paris, rue de Cléry,
+ nº 95;
+
+ 42. Nicolas-Joseph Egrée, brasseur, âgé de 40 ans, natif de
+ Cateau-Cambrésis, département du Nord, domicilié à Suresnes,
+ département de Paris;
+
+ 43. Henri Menil-Simon, ci-devant capitaine de cavalerie, âgé de
+ 53 ans, natif de Buley, département de la Nièvre, domicilié à
+ Vigneux, département de Seine-et-Oise;
+
+ 44. Jeanne-Françoise-Louise Demier Sainte-Amarante, âgée de 42
+ ans, native de Saintes, département de la Charente, domiciliée à
+ Cercy, département de Seine-et-Oise;
+
+ 45. Charlotte-Rose Sainte-Amarante, âgée de 19 ans, native de
+ Paris, domiciliée à Cercy, département de la Nièvre, mariée à
+ Sartine;
+
+ 46. Louis Sainte-Amarante, âgé de 17 ans, natif de Paris,
+ domicilié à Cercy;
+
+ 47. Gabriel-Jean-Baptiste Briel, ex-prêtre, âgé de 56 ans, natif
+ de Montier-sur-Faulx, département du Mont-Blanc, domicilié à
+ Arcueil, et auparavant à Paris, rue Helvétius;
+
+ 48. Marie Grandmaison, ci-devant Buret, ci-devant actrice des
+ Italiens, âgée de 27 ans, native de Blois, département de
+ Loir-et-Cher, domiciliée à Paris, rue Mesnard, nº 7;
+
+ 49. Marie-Nicole Bouchard, âgée de 18 ans, native de Paris, y
+ domiciliée, rue Mesnard, nº 7;
+
+ 50. Jean-Baptiste Marino, peintre en porcelaine, administrateur
+ de police, âgé de 37 ans, natif de Sceaux, district du Bourg de
+ l'Égalité, domicilié à Paris, rue Helvétius;
+
+ 51. Nicolas-André-Marie Froidure, ex-administrateur de police,
+ âgé de 29 ans, natif de Tours, département d'Indre-et-Loire,
+ domicilié à Paris, rue Honoré, nº 91;
+
+ 52. Antoine-Prosper Soulès, ex-administrateur de police et
+ officier municipal, âgé de 31 ans, natif de Avize, département de
+ la Marne, domicilié à Paris, rue Taranne, nº 38.
+
+ 53. François Dangé, ex-administrateur de police, âgé de 47 ans,
+ natif de Chesey, département de Cher-et-Loir, domicilié à Paris,
+ rue de la Roquette, nº 36;
+
+ 54. Marie-Maximilien-Hercule Rosset, se disant comte de
+ Fleury[142], âgé de 23 ans, domicilié à Paris.
+
+[Note 142: Le jeune comte de Fleury avait été, en 1793, envoyé comme
+suspect dans la prison du Luxembourg. Il conservait, quoique détenu,
+toute la gaieté, tous les goûts de son âge, et jouait pendant une
+bonne partie de la journée à la balle et aux barres dans la cour du
+Luxembourg. Ayant vu périr presque toute sa famille, il écrivit au
+président du tribunal révolutionnaire le billet suivant, que deux ou
+trois feuilles du temps ont publié: «Homme de sang, égorgeur,
+cannibale, monstre, scélérat, tu as fait périr ma famille; tu vas
+envoyer à l'échafaud ceux qui paraissent aujourd'hui devant ton
+tribunal; tu peux me faire subir le même sort, car je te déclare que
+je partage leurs sentiments.» Dumas dit à Fouquier en lui présentant
+le petit papier: «Voilà le billet doux qu'on m'écrit; je t'invite à en
+prendre lecture; que faut-il répondre à celui qui me l'adresse?--Ce
+monsieur me paraît pressé, répond l'accusateur public; eh bien, nous
+allons le satisfaire.» Des gendarmes tout aussitôt furent chercher ce
+jeune homme, que l'on fit monter sur les gradins avec cinquante-trois
+personnes accusées d'être les assassins ou les complices des assassins
+de Collot d'Herbois ou de Maximilien Robespierre. Il n'en connaissait
+aucun. Il n'en fut pas moins, comme les autres, conduit à l'échafaud
+en chemise rouge.]
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
+d'exécution, en date du 29 prairial.
+
+ _Signé_: LÉCRIVAIN, greffier.
+ CLAUDE-ANTOINE DELTROIT, officier public.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 4 messidor (22 juin 1794), appert:
+
+ 1. Thomas-Thérèse Vanyer, âgé de 61 ans, né à Paris, ex-chanoine
+ de Saint-Quentin, département des Ardennes, y demeurant;
+
+ 2. Pierre-Alexandre Lhuillier, âgé de 33 ans, né et demeurant à
+ Paris, rue de Vendôme, receveur des rentes;
+
+ 3. Remy Carra, âgé de 26 ans, chapelier, né à Saint-Chamond,
+ département de Loire, demeurant à Paris, rue Marguerite,
+ ex-maréchal des logis de la 3e compagnie de la légion allobroge;
+
+ 4. Jean-Baptiste Calmar, âgé de 20 ans, marchand de rubans, né à
+ Bonnet-la-Montagne, département de Loire, demeurant commune
+ d'Armes, ci-devant Saint-Étienne;
+
+ 5. Jean Blanc, âgé de 57 ans, quincaillier, né à la Montagne,
+ département de l'Aveyron, y demeurant;
+
+ 6. Jean-Antoine Tricot, âgé de 55 ans, né à Paris, y demeurant,
+ rue Jacob, ex-prêtre, chanoine de Saint-Quentin, département des
+ Ardennes;
+
+ 7. Et François-René Cucu d'Hérouville, âgé de 69 ans, né et
+ demeurant à Paris, section des Droits de l'Homme, contrôleur des
+ rentes et receveur de l'Hôtel-Dieu;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Le passage quotidien des charrettes du tribunal révolutionnaire par la
+longue rue Saint-Honoré, jusqu'à la rue Royale, fatiguait depuis
+longtemps ces quartiers populeux, saisis de dégoût et d'horreur, et,
+chaque jour, obligés de fermer leurs boutiques. Les plaintes des
+habitants, à la fin, avaient été écoutées. Le 21 prairial (9 juin
+1794), les bières vivantes (c'est ainsi qu'on appelait les charrettes
+qui conduisaient les condamnés à la mort) avaient été dirigées sur la
+place Antoine, où la guillotine s'était installée, sur le terrain de
+la Bastille. Elle n'y fonctionna que trois jours: elle eut toutefois
+le temps d'y recevoir sept fournées; puis, sur les réclamations des
+citoyens du quartier, le fatal instrument dut s'éloigner encore
+jusqu'à cette porte de Paris qu'on appela, à cette époque, tour à tour
+la barrière du ci-devant Trône, ou du Trône renversé, ou place de la
+Déchéance, et enfin barrière de Vincennes. Il y eut une seule
+exception faite le 4 messidor (22 juin 1794) pour la construction de
+l'échafaud sur l'ancienne place Louis XV.
+
+On comprend que les solennelles immolations de la grande journée du 10
+thermidor, et celles qui devaient suivre, exigeassent une mise en
+scène plus grandiose et un plus formidable appareil: les vainqueurs ne
+négligèrent rien pour offrir cette satisfaction aux vaincus.
+
+_Exécution du 10 thermidor an II_ (28 juillet 1794).
+
+ 1. Maximilien Robespierre, âgé de 35 ans, natif d'Arras,
+ domicilié à Paris, rue Honoré, section des Piques;
+
+ 2. Georges Couthon, âgé de 38 ans, natif d'Orzay, département du
+ Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, cour du Manége;
+
+ 3. Louis-Jean-Baptiste-Thomas Lavalette, âgé de 40 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue Honoré, nº 320;
+
+ 4. François Hauriot, âgé de 35 ans, natif de Nanterre, près
+ Paris, domicilié à Paris, rue de la Clef;
+
+ 5. René-François Dumas, âgé de 37 ans, natif de Jussey,
+ département de la Haute-Saône, domicilié à Paris, rue de
+ Seine-Germain, maison de convenance;
+
+ 6. Antoine Saint-Just, âgé de 26 ans, natif de Lisé, département
+ de la Nièvre, domicilié à Paris, rue Caumartin, nº 3;
+
+ 7. Claude-François Payan, âgé de 27 ans, natif de
+ Saul-les-Fontaines, département de la Drôme, domicilié à Paris,
+ rue de la Liberté, section de Marat;
+
+ 8. Jacques-Claude Bernard, âgé de 34 ans, domicilié à Paris, rue
+ Bernard, section de Montreuil;
+
+ 9. Adrien-Nicolas Gobeau, âgé de 26 ans, natif de Vincennes,
+ département de Paris, domicilié à Paris, rue de la Chaise, nº
+ 530, section de la Croix-Rouge;
+
+ 10. Antoine Gency, profession de tonnelier, âgé de 23 ans, natif
+ de Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue de
+ Lourcine, faubourg Marcel;
+
+ 11. Nicolas-Joseph Vivier, âgé de 50 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue Germain-Muséum;
+
+ 12. Jean-Baptiste-Edmond Lescot-Fleuriot, profession artiste, âgé
+ de 43 ans, natif de Bruxelles, domicilié à Paris, à la mairie;
+
+ 13. Antoine Simon, cordonnier, âgé de 58 ans, natif de Troyes,
+ département de l'Aube, domicilié à Paris, rue Marat, nº 32;
+
+ 14. Denis-Étienne Laurent, âgé de 32 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue Gît-le-Coeur, nº 13;
+
+ 15. Jacques-Louis-Frédéric Wouarnée, âgé de 29 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de l'Hirondelle, nº 10;
+
+ 16. Jean-Étienne Forestier, profession fondeur, âgé de 47 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue du Plâtre-Avoye;
+
+ 17. Augustin-Bon-Joseph Robespierre, natif d'Arras, domicilié à
+ Paris, rue Florentin;
+
+ 18. Nicolas Guérin, profession receveur à la ville, âgé de 52
+ ans, natif de Beaumont-sur-Orne, département du Calvados,
+ domicilié à Paris, rue du Faubourg-Montmartre, nº 50;
+
+ 19. Jean-Baptiste-Mathieu Dhazard, profession perruquier, âgé de
+ 36 ans, natif de Paris, y domicilié, rue Honoré, nº 101, section
+ des Gardes-Françaises;
+
+ 20. Christophe Cochefer, profession tapissier, natif de Gonesse,
+ département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Merry, nº
+ 413;
+
+ 21. Charles-Jacques-Mathieu Bougon, âgé de 57 ans, natif de
+ Trouville, département du Calvados, domicilié à Paris, rue
+ Lazare, nº 64, section du Mont-Blanc;
+
+ 22. Jean-Marie Quenet, profession marchand de bois, natif de
+ Commune-Affranchie, domicilié à Paris, rue de la Mortellerie, nº
+ 78;
+
+ Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
+ d'exécution dressé par Neirot, commis greffier.
+
+Pour extrait conforme, TRIAL, officier public.
+
+ * * * * *
+
+_Exécution du 11 thermidor an II_ (29 juillet 1794).
+
+Le lendemain, la fournée fut plus considérable: les vainqueurs, qui
+avaient d'abord frappé leurs ennemis les plus redoutés, avaient eu le
+temps de faire des désignations plus nombreuses, et d'atteindre la
+plupart des membres de la Commune, qui avait longtemps prévalu contre
+la Convention. Le lecteur trouvera dans ces listes les noms de
+plusieurs commissaires du Temple.
+
+ 1. Bertrand Arnaud, secrétaire et membre du conseil général de la
+ Commune, âgé de 55 ans, natif de Tigne, département du
+ Mont-Blanc, domicilié à Paris, rue Favart, nº 4;
+
+ 2. Jean-Baptiste Crépin Taillebot, profession maçon, âgé de 58
+ ans, natif de Jouy-le-Peuple, département de Seine-et-Oise,
+ domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple;
+
+ 3. Servais-Baudoin Boullanger, profession joaillier, âgé de 38
+ ans, natif de Liége, domicilié à Paris, rue Honoré, nº 59;
+
+ 4. Prosper Sijas, profession commis, âgé de 35 ans, natif de
+ Vire, département du Calvados, domicilié à Paris, rue
+ Grange-Batelière, nº 21;
+
+ 5. Pierre Remy, profession tabletier, âgé de 45 ans, natif de
+ Chaumont, département de la Haute-Marne, domicilié à Paris, rue
+ Louis, nº 595, section de l'Indivisibilité;
+
+ 6. Claude-Antoine Deltroit, profession meunier, âgé de 43 ans,
+ natif de Pontoise, département de Seine-et-Oise, domicilié à
+ Paris, quai de la Mégisserie, nº 21;
+
+ 7. Jean-Guillaume-François Vaucanu, profession mercier, âgé de 37
+ ans, natif de Germain-de-Montgommery, département du Calvados,
+ domicilié à Paris, rue du Monceau;
+
+ 8. Claude Bigant, profession peintre, âgé de 40 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue des Boulangers-Victor, nº 5, section des
+ Sans-Culottes;
+
+ 9. Jean-Charles Lesire, profession cultivateur, âgé de 48 ans,
+ natif de Rosay, département de Seine-et-Marne, domicilié à Paris,
+ quai de l'Union, section de la Fraternité;
+
+ 10. Jean-Baptiste-Emmanuel Legendre, âgé de 62 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de la Monnaie, nº 515, section du Muséum;
+
+ 11. Jean-Philippe-Victor Charlemagne, profession instituteur, âgé
+ de 26 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Cléry, nº 92;
+
+ 12. Pierre-Nicolas Delacour, profession notaire, âgé de 37 ans,
+ natif de Beauvais, département de l'Oise, domicilié à Paris, rue
+ Neuve-Eustache, section de Brutus;
+
+ 13. Augustin-Germain Jobert, profession négociant, âgé de 50 ans,
+ natif de Montigny-sur-Aube, département de la Côte-d'Or,
+ domicilié à Paris, rue des Prêcheurs;
+
+ 14. Pierre-Louis Paris, âgé de 35 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue des Carmes, nº 27, section du Panthéon;
+
+ 15. Claude Jonquoy, profession tabletier, âgé 44 ans, natif de
+ Massiac, département du Cantal, domicilié à Paris, rue
+ Jean-Robert, nº 15, section des Gravilliers;
+
+ 16. René-Toussaint Daubancourt, profession coffretier, âgé de 53
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Petits-Champs, nº 23,
+ section de la Halle aux blés;
+
+ 17. Jean-Baptiste Vincent, profession entrepreneur de bâtiments,
+ âgé de 36 ans, natif de Moutier-Saint-Jean, département de la
+ Côte-d'Or, domicilié à Paris, rue de Cléry, section de
+ Bonne-Nouvelle;
+
+ 18. Martin Wichterich, profession cordonnier, âgé de 45 ans,
+ natif de Cologne, domicilié à Paris, rue de Lappe, section de
+ Popincourt;
+
+ 19. Pierre Henry, profession receveur de loterie, âgé de 48 ans,
+ natif de Riz, département du Var, domicilié à Paris, rue Antoine,
+ section de l'Indivisibilité;
+
+ 20. Jean Cazenave, profession commis marchand, âgé de 38 ans,
+ natif de Belleville, près Paris, domicilié à Paris, rue
+ d'Orléans, section de l'Homme-Armé;
+
+ 21. Jean-Louis Gibert, profession de pâtissier, âgé de 43 ans,
+ natif de Luzancy-la-Marne, département de Seine-et-Marne,
+ domicilié à Paris, faubourg Denis, nº 25, section du Nord;
+
+ 22. Pierre Girod, profession mercier, âgé de 27 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue des Deux-Ponts, nº 10, section de la
+ Fraternité, marié à Antoinette-Adélaïde Rominira;
+
+ 23. François Pelletier, profession marchand de vins, âgé de 33
+ ans, natif de Cheminon, département de la Marne, domicilié à
+ Paris, rue du Faubourg-Denis;
+
+ 24. Nicolas Jérosme, profession tourneur, âgé de 44 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue Jacques-la-Boucherie, nº 213;
+
+ 25. Jean-Baptiste Cochois, profession commis-marchand, âgé de 53
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue de l'Égalité;
+
+ 26. Jean-Léonard Sarrot, profession peintre, âgé de 31 ans, natif
+ de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Franciade, nº 45;
+
+ 27. René Grenard, profession fabricant de papier, âgé de 45 ans,
+ natif de la Garenne, département de Seine-et-Oise, domicilié à
+ Paris, rue et section des Piques;
+
+ 28. Jacques Lasnier, profession homme d'affaires, âgé de 52 ans,
+ natif de Bezoir-Laférière, département de Seine-et-Marne,
+ domicilié à Paris, rue du Four-Germain, nº 286;
+
+ 29. Marc-Martial-André Mercier, profession libraire, âgé de 43
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue Neuve-des-Capucines, nº
+ 188, marié à Anne de By;
+
+ 30. Jean-Pierre Bernard, profession homme de confiance, âgé de 38
+ ans, natif de la Chalade, département de la Meuse, domicilié à
+ Paris, rue Germain-Muséum;
+
+ 31. Étienne-Antoine Souars, âgé de 56 ans, natif d'Aubervilliers,
+ dit les Vertus, district de Franciade, domicilié à Paris, rue des
+ Vieux-Augustins, nº 32;
+
+ 32. Dominique Mettot, profession agent d'affaires, âgé de 45 ans,
+ natif de Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, à
+ la maison commune;
+
+ 35. Louis-Joseph Mercier, profession menuisier, âgé de 40 ans,
+ natif de Sacy-le-Grand, département de l'Oise, domicilié à Paris,
+ rue des Trois-Pistolets, nº 14, section de l'Arsenal;
+
+ 34. Jean-Jacques Baurieux, profession horloger, âgé de 45 ans,
+ natif de Dartois, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à
+ Paris, rue du Faubourg-Honoré, nº 19;
+
+ 35. Antoine Jametel, âgé de 54 ans, natif de Moissy, département
+ de Seine-et-Marne, domicilié à Paris, rue de la
+ Grande-Truanderie, nº 18; marié à Louise-Pauline Noiseux;
+
+ 36. Ponce Tanchou, profession graveur, âgé de 32 ans, natif de
+ Bourges, département du Cher, domicilié à Paris, cloître
+ Notre-Dame, nº 42; marié à Jeanne-Louise Beliaz;
+
+ 37. Marc-Louis Desvieux, âgé de 44 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue Montorgueil;
+
+ 38. François-Auguste Paff, profession bonnetier, âgé de 41 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue de la Joaillerie, section des
+ Arcis, marié à Catherine-Françoise Bourgain;
+
+ 39. Jacques-Mathurin Lelièvre, profession graveur, âgé de 40 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Martin, nº 252;
+
+ 40. Louis-François Dorigny, profession de charpentier, âgé de 36
+ ans, natif de Bruyère, département de l'Aisne, domicilié à Paris,
+ rue Popincourt, nº 17;
+
+ 41. Pierre-Alexandre Louvet, profession peintre, âgé de 33 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue des Blancs-Manteaux, nº 52;
+ marié à Françoise Liédé;
+
+ 42. Jean-Jacques Lubin, profession peintre, âgé de 29 ans, natif
+ de Paris, y domicilié, rue de la Révolution, nº 24;
+
+ 43. Jacques-Pierre Coru, profession grainier, âgé de 63 ans,
+ natif de Nocé, département de l'Orne, domicilié à Paris, rue
+ Antoine, nº 229;
+
+ 44. Pierre-Simon-Joseph Jault, profession artiste, âgé de 30 ans,
+ natif de Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue
+ Claude, nº 371;
+
+ 45. Jean-Baptiste Bergot, profession employé aux cuirs, âgé de 56
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue Française, nº 11;
+
+ 46. Jacques-Nicolas Lumière, profession musicien, âgé de 45 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Thibautodé, nº 4;
+
+ 47. Jean Paquotte, profession ciseleur, âgé de 48 ans, natif de
+ Troyes, département de l'Aube, domicilié à Paris, à la ci-devant
+ abbaye Germain, nº 1114;
+
+ 48. Jacques-Nicolas Blin, écrivain expert, âgé de 63 ans, natif
+ d'Aubanton, département de l'Aisne, domicilié à Paris, rue Paul,
+ nº 37;
+
+ 49. Marie-François Langlois, profession papetier, âgé de 37 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Jacques, nº 196;
+
+ 50. Jean-Nicolas-Langlois, profession serrurier, âgé de 49 ans,
+ natif de Rouen, département de la Seine-Inférieure, domicilié à
+ Paris, rue Georges, nº 38;
+
+ 51. Jacques Moine, profession commis teneur de livres, âgé de 39
+ ans, natif de Commune-Affranchie, domicilié à Paris, vieille rue
+ du Temple, nº 78;
+
+ 52. Jean-Baptiste Chavigny, profession commis, âgé de 55 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Montmartre, nº 42;
+
+ 53. Charles Huant Desboisseaux, âgé de 39 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue de la Fraternité;
+
+ 54. André Marcel, profession maçon, âgé de 53 ans, natif de
+ Rosny, département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, faubourg
+ Martin;
+
+ 55. Martial Gamory, profession coiffeur, âgé de 46 ans, natif de
+ Guéret, département de la Creuse, domicilié à Paris, rue du
+ Coq-Honoré;
+
+ 56. Pierre Haener, profession imprimeur, âgé de 52 ans, natif de
+ Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, rue Martin,
+ nº 34;
+
+ 57. Pierre-Jacques Le Grand, profession homme d'affaires, âgé de
+ 51 ans, natif de Paris, y domicilié, rue d'Enfer, en la Cité, nº
+ 5;
+
+ 58. Pierre-Léon Lamiral, profession fruitier, âgé de 38 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Beauregard, section de
+ Bonne-Nouvelle, époux de Marie Grain;
+
+ 59. Jean-Pierre Eudes, profession tailleur de pierre, âgé de 31
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Juifs, nº 38;
+
+ 60. Edme-Marguerite Lauvin, âgé de 60 ans, natif de Vezelay,
+ département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Geoffroy-Lasnier,
+ nº 23;
+
+ 61. Pierre Dumez, profession ingénieur, âgé de 37 ans, natif de
+ la Ferté-sur-Ourcq, département de l'Aisne, domicilié à Paris,
+ rue de la Harpe, nº 26;
+
+ 62. Denys Dumontier, profession tailleur, âgé de 51 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de la Poterie;
+
+ 63. Jean-Claude Girardin, profession éventailliste, âgé de 48
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue Transnonain, nº 38;
+
+ 64. Jacques-Louis Cresson, profession ébéniste, âgé de 49 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue des Deux-Écus, nº 38;
+
+ 65. François-Laurent Chatelin, profession professeur de dessin,
+ âgé de 43 ans, natif de Nancy, département de la Meurthe,
+ domicilié à Paris, rue Quincampoix, nº 98;
+
+ 66. Joseph Alavoine, profession tailleur, âgé de 63 ans, natif de
+ la Verrière, département de l'Oise, domicilié à Paris, Grands
+ Piliers de la Tonnellerie;
+
+ 67. Pierre-François Deraux, profession jardinier, âgé de 53 ans,
+ natif de Goupillère, département du Calvados, domicilié à Paris,
+ rue Plumet, section du Bonnet-Rouge; marié à Élisabeth-Charlotte
+ Dive;
+
+ 68. Claude Benard, âgé de 28 ans, natif de Paris, y domicilié,
+ rue Boucher;
+
+ 69. Jacques Morel, profession écrivain, âgé de 55 ans, natif de
+ Vandoeuvre, département de l'Aube, domicilié à Paris, rue de
+ Marché-aux-Poirées, nº 559;
+
+ 70. Nicolas Naudin, profession menuisier, âgé de 35 ans, natif de
+ Ville-sur-Iron, département de la Moselle, domicilié à Paris, rue
+ Charlot, nº 5;
+
+ 71. Joseph Ravel, profession chirurgien, âgé de 48 ans, natif de
+ Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à Paris,
+ rue Antoine, nº 36;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution,
+en date du 11 de ce mois.
+
+ _Signé_: NEIROT, commis greffier
+ (jusqu'à Jametel, le 35e sur la liste).
+ DUCRAY, commis greffier
+ (depuis Tanchou, le 36e, jusqu'à la fin).
+
+ * * * * *
+
+On le voit, ce jour-là, soixante et onze individus, déclarés complices
+de la Commune rebelle, montèrent sur l'échafaud de l'homme dont ils
+s'étaient faits les séides. Parmi eux, le lecteur aura remarqué Sijas,
+le président du conseil général dans la nuit du 9 au 10 thermidor;
+Jobert et Bergot, ces tristes administrateurs de police, célèbres par
+leur cruauté envers les détenus; puis Boulanger, ce commandant de la
+garde nationale qui se faisait suivre d'une guillotine. Parmi les
+condamnés, il faut citer encore Besnard, Desboisseaux et le musicien
+Lumière, la terreur de leurs sections.
+
+Le 12 thermidor, le sanglant tribunal tint sa dernière séance. Douze
+démagogues, la plupart membres de la Commune, portèrent leurs têtes
+sur l'échafaud. Au milieu d'eux se dessinent deux hommes affreux,
+Nicolas et Arthur, le premier tout meurtri des coups injurieux dont
+Camille Desmoulins l'avait flagellé dans son _Vieux Cordelier_; le
+second, plus horriblement célèbre encore, pour avoir dévoré, au 10
+août, le coeur d'un soldat suisse assassiné par lui.
+
+Enfin, par un décret conventionnel du 14 thermidor (1er août 1794),
+l'exécrable loi du 22 prairial fut rapportée.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire établi par la loi du
+10 mars 1793, an deuxième de la République française (_sic_), séant à
+Paris, au Palais, le 12 thermidor (30 juillet 1794), appert:
+
+ 1. Charles-Nicolas Leleu, âgé de 40 ans, né à Vitry-sur-Marne,
+ perruquier et membre du conseil général de la Commune, demeurant
+ à Paris, rue Dominique, faubourg Germain, nº 335;
+
+ 2. Léopold Nicolas, imprimeur et juré du tribunal
+ révolutionnaire, âgé de 37 ans, né à Mirecourt, département des
+ Vosges, demeurant à Paris, rue Honoré, nº 355;
+
+ 3. Jean-François Lechenard, âgé de 37 ans, né à Rans, district de
+ Dôle, département du Jura, tailleur et juré au tribunal du 17
+ août, membre du conseil général de la Commune, demeurant à Paris,
+ rue Montorgueil, nº 59;
+
+ 4. François Tortot, horloger et administrateur de police, âgé de
+ 31 ans, né à Paris, y demeurant, rue Bernard, nº 10, faubourg
+ Antoine;
+
+ 5. Pierre-François Guéniard, ébéniste, membre du conseil général
+ de la Commune, né à Paris, y demeurant, rue de la Roquette, nº
+ 68;
+
+ 6. Pierre Cietty, peintre et membre de la Commune, âgé de 41 ans,
+ né à Trafuil, en Lombardie, demeurant à Paris, rue de Montreuil,
+ nº 51;
+
+ 7. Jean-Étienne Lahure, âgé de 38 ans, né à Montreuil,
+ département de Paris, bijoutier, commandant en second de la
+ section de Popincourt, demeurant à Paris, rue de Popincourt;
+
+ 8. François-Henri Camus, né à Paris, âgé de 47 ans, négociant
+ avant la révolution, membre de la Commune de Paris, demeurant à
+ Paris, rue Montmartre, 84;
+
+ 9. Pierre-Eustache Gillet-Marie, âgé de 41 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue de Bourgogne, nº 1465, ex-membre du conseil
+ général de la Commune;
+
+ 10. Antoine Frery, né à Nancy, département de la Meurthe,
+ demeurant à Paris, rue des Vieux-Augustins, âgé de 62 ans, membre
+ du conseil général de la Commune;
+
+ 11. Jean-Jacques Arthur, fabricant de papiers, membre de la
+ Commune, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant, rue des Piques;
+
+ 12. Jean-Baptiste Grillet, âgé de 67 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue Bertin-Poirée, nº 16, peintre de portraits et
+ membre de la Commune;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Leclerc.
+
+Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 1er fructidor (18 août 1794), appert:
+
+ 1. Antoine-Paul Lavaur, âgé de 31 ans, natif de Montfaucon,
+ département du Lot, homme de loi, y demeurant;
+
+ 2. Et Jean Saumont, dit Labran, âgé de 54 ans, cultivateur, natif
+ de Roussinet, département de la Dordogne, demeurant à Busserole,
+ même département;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Leclerc.
+
+Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 5 fructidor (22 août 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Baptiste Mitre Gouard, âgé de 29 ans, natif d'Aix,
+ département des Bouches-du-Rhône, volontaire au premier bataillon
+ des Phocéens, demeurant à Marseille;
+
+ 2. Et François Deschamps, âgé de 29 ans, natif de Crévis,
+ département de l'Aube, agent de la commission du commerce et aide
+ de camp de Hanriot, demeurant à Paris, rue des Petits-Augustins,
+ nº 15;
+
+Avoir été condamnés et exécutés sur la place publique de la Grève et
+de la _Révolution_ (_sic_). Procès-verbal d'exécution dressé par
+Auvray.
+
+Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 6 fructidor l'an II (23 août 1794), appert:
+
+ Pierre-André Coffinhal (n'a dit son âge ni le lieu de sa
+ naissance), ex-président du tribunal révolutionnaire et membre de
+ la Commune de Paris, y demeurant rue Regratière, section de la
+ Fraternité;
+
+ Mis hors la loi par décret des 9 et 18 thermidor, a été livré à
+ l'exécuteur des jugements criminels par ordonnance du tribunal en
+ date dudit jour 18 thermidor, et exécuté le même jour sur la
+ place de la Révolution, à six heures quinze minutes du soir, en
+ présence de Heurtin, huissier du tribunal, qui en a dressé
+ procès-verbal.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 15 fructidor an II
+(1er septembre 1794), appert:
+
+ Julien-Joseph Lemonnier, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant
+ rue de la Mortellerie, section de la Maison Commune, membre du
+ comité civil et capitaine de la garde nationale;
+
+ Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Leclerc.
+
+Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Julien-Joseph Lemonnier, si j'en crois les registres de l'Hôtel de
+ville, fut la dernière victime immolée sur la place de la Révolution,
+et, partant, probablement la dernière dont les restes furent inhumés
+dans l'enclos du Christ.
+
+Les condamnés qui vinrent après, et dont le nombre diminua
+insensiblement, furent tous guillotinés en place de Grève. Leurs
+dépouilles furent vraisemblablement inhumées pour la plupart dans les
+cimetières de Sainte-Marguerite ou de Clamart. Quelques morts
+privilégiés furent seulement portés dans l'enclos funèbre de Picpus.
+
+
+
+
+LETTRES
+
+DE
+
+MADAME ÉLISABETH.
+
+
+Je crois devoir faire suivre la vie de Madame Élisabeth d'un certain
+nombre de ses lettres, choisies de manière à faire connaître la
+princesse dans les situations les plus diverses de fortune, d'esprit
+et de coeur. M. Feuillet de Conches, on le sait, a publié récemment la
+correspondance complète de Madame Élisabeth, beau monument élevé, par
+une main habile, à la gloire de cette princesse, et il a enrichi le
+texte de notes explicatives d'un grand intérêt. Les lettres que je
+vais donner, et dont je n'avais pu citer çà et là, dans le cours de
+mon récit, que quelques fragments détachés, seront les meilleures
+pièces justificatives de cet ouvrage. On y verra d'abord la princesse,
+au début de sa belle jeunesse, avec la vivacité d'un esprit pénétrant
+et l'indépendance d'un caractère inclinant à l'espièglerie. Puis on
+assistera aux progrès de son jugement; on verra se lever dans cette
+belle âme toutes les qualités et toutes les vertus, toutes les nobles
+aspirations, et l'on s'étonnera de cette sagesse précoce qui fit de
+Madame Élisabeth la plus utile et la meilleure des amies, comme elle
+était la plus dévouée et la plus courageuse des soeurs.
+
+Sa correspondance avec la marquise de Bombelles et la marquise de
+Raigecourt, dont je dois la communication aux familles de ces deux
+nobles dames si dignes de l'affection que leur témoignait la
+princesse, met dans une vive lumière l'élévation de l'esprit, la
+droiture de la raison, la bonté et l'ouverture de coeur de la soeur de
+Louis XVI. Toujours elle s'occupe des intérêts, de la sécurité, du
+bonheur de ses deux amies, avant de s'occuper de ses propres
+convenances, du bonheur qu'elle aurait à les avoir auprès d'elle. Elle
+les aime mieux éloignées et tranquilles qu'en France exposées et
+menacées.
+
+Ses lettres à madame la marquise des Montiers, plus jeune que ses deux
+autres amies, et dont elle appréciait l'esprit charmant, l'heureux
+naturel, en appréhendant un peu les saillies de son imagination, ont
+un autre caractère. La tendresse est la même, mais elle prend un
+accent presque maternel pour conseiller, avertir, diriger «_son
+démon_», comme elle appelle cette jeune et aimable femme, dans les
+situations difficiles où elle se trouve. Ce que Madame Élisabeth aime
+par-dessus tout dans ses amies, c'est leur âme. Leur dignité et leur
+honneur dans ce monde, leur salut dans l'autre, l'occupent bien
+autrement que leur félicité passagère, quoiqu'elle fasse tout pour y
+contribuer. Elle a pour elles une amitié vraiment chrétienne, et l'on
+voit qu'elle veut continuer éternellement dans le ciel les affections
+commencées ici-bas. Ces lettres à madame la marquise des Montiers sont
+complétement inédites. J'en dois la communication à l'obligeance de M.
+le comte Stanislas des Montiers, heureux comme toute sa famille de
+contribuer à tout ce qui peut servir à mettre en relief la gloire de
+Madame Élisabeth.
+
+Ses lettres à madame Marie de Causans, qui se destinait à la vie
+religieuse, ont un autre caractère. Elles sont pleines d'une haute
+spiritualité, tempérée par cette prudence et ce bon sens qui forment
+comme le fond de la nature de Madame Élisabeth. Personne ne parle
+mieux de la soumission à la volonté de Dieu et de la résignation que
+cette princesse, qui devait pousser cette vertu jusqu'à l'héroïsme.
+En même temps elle prémunit la fille de sa vénérable amie, madame de
+Causans, contre les entraînements de l'imagination qui font
+quelquefois embrasser la vie religieuse à des personnes qui n'ont pas
+les dons nécessaires pour s'y sanctifier, et prennent pour une
+vocation réelle et durable un dégoût passager du monde ou un chagrin
+que le temps emportera avec tout le reste. Madame Élisabeth, si sévère
+pour elle-même, condamne le scrupule. Sa religion est sincère,
+profonde, pleine d'onction, mais éclairée, et elle s'étonne quand
+l'abbé de Lubersac lui donne des détails sur les superstitions que la
+population italienne mêle au catholicisme.
+
+Je ne crois pas que dans toute cette correspondance il y ait des lettres
+plus remarquables que celles qui sont adressées à cet abbé de Lubersac,
+aumônier de Madame Victoire, qui avait émigré à Rome avec Mesdames de
+France, et qui, rentré à Paris dans le mois d'août 1792, périt dans les
+massacres de septembre. L'abbé de Lubersac traînait à l'étranger un noir
+chagrin;--étaient-ce les malheurs qu'il laissait derrière lui,
+étaient-ce ceux qu'il entrevoyait dans les ombres de l'avenir, qui
+plongeaient son esprit dans cette morne tristesse?--Madame Élisabeth,
+dont l'âme était plus fortement trempée, le soutenait par des conseils
+qui prenaient insensiblement la forme d'exhortations. Les rôles
+s'étaient peu à peu intervertis sans que les deux correspondants s'en
+aperçussent. La princesse soutenait le prêtre et l'aidait à porter sa
+croix, faisant ainsi l'apprentissage du rôle sublime qu'elle remplit
+plus tard auprès des compagnons de son funèbre itinéraire de la
+Conciergerie à l'échafaud.
+
+Dans cette correspondance, qui remonte jusqu'à l'ancien régime, et à
+une époque (1778) où la révolution, comme l'a dit Chateaubriand, ne
+frappait pas encore à l'huis de l'histoire, et qui ne se ferme que le
+10 août 1792, journée néfaste après laquelle la famille royale
+prisonnière entra au Temple, on retrouve, à mesure que les événements
+se succèdent, l'impression qu'ils produisent sur Madame Élisabeth, et
+l'appréciation qu'elle porte sur les hommes et sur les choses. La
+convocation des états généraux, le serment du Jeu de paume, le 15
+juillet et la prise de la Bastille, les journées des 5 et 6 octobre,
+avec le lamentable retour à Paris de la famille royale prisonnière, la
+constitution civile du clergé, le fatal voyage à Varennes, la journée
+du 20 juin, cette préface du 10 août, viennent tour à tour jeter un
+sinistre reflet dans les lettres de Madame Élisabeth à ses amies, à
+l'abbé de Lubersac, au comte d'Artois. Une de ses plus remarquables
+lettres est adressée à ce prince, pour lequel elle avait la plus vive
+tendresse, et, si j'ose le dire, une de ces faiblesses de coeur que
+les soeurs sérieuses ont pour celui de leurs frères dont l'impétueuse
+ardeur a besoin d'être dirigée et retenue. Chose remarquable, Madame
+Élisabeth, cette princesse d'un coeur si bienveillant, incline presque
+toujours vers les partis de vigueur. Elle comprend que la faiblesse
+devant une révolution qui ne perd ni une occasion, ni une concession,
+ni une minute, contribue à tout perdre. Elle le répète souvent dans
+ses lettres. La vigueur dans la politique, l'union dans le parti
+royaliste et dans la famille royale, voilà ce que recommande Madame
+Élisabeth; et, dans sa lettre au comte d'Artois, elle insiste de la
+manière la plus forte et la plus raisonnable sur la nécessité de ne
+pas contrarier à Coblentz la politique de Louis XVI.
+
+A mesure que les lettres se rapprochent par leurs dates de la fatale
+journée du 10 août, la faible lueur d'espérance qui jetait çà et là
+quelques reflets lumineux, pâlit et s'éteint. La princesse voit venir
+la catastrophe, mais elle sait où est pour elle le poste du devoir, de
+l'honneur et de la tendresse fraternelle; elle y reste. Advienne que
+pourra! elle remplira jusqu'au bout la sainte et angélique mission que
+la Providence lui a donnée. Les _Sursum corda_ reviennent alors plus
+fréquents sous sa plume dans ses lettres avec ses amies; elle ne
+regarde plus, elle n'espère plus que du côté du ciel.
+
+ * * * * *
+
+I.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+Vous croyez peut-être que je suis consolée, point du tout; d'autant
+plus que moi, qui déteste les explications, je viens d'en avoir une
+avec ma tante. La Reine y a été ce matin pour lui demander ce qu'elle
+avoit hier, et elle lui a dit qu'elle étoit fort mécontente de moi,
+parce que je ne lui avois pas écrit avant mon inoculation, et qu'elle
+devoit m'en parler. J'y ai donc été ce soir: je suis arrivée chez ma
+tante Victoire, qui m'a parlé avec beaucoup d'amitié, et qui m'a dit
+que j'avois eu tort de ne leur pas écrire, ce dont je suis convenue,
+et lui ai demandé pardon. De là, j'ai été chez ma tante Adélaïde, qui,
+le plus aigrement possible, m'a dit: «J'ai parlé à la Reine de vous ce
+matin. Que dites-vous de votre conduite, depuis qu'il est question de
+vous inoculer?--Comment, ma tante, lui ai-je dit, qu'est-ce que j'ai
+fait?--Vous ne nous avez pas seulement remerciées.» Et elle reprit, de
+ce que nous nous enfermions avec vous; et pendant Choisy et Marly nous
+n'avons pas entendu parler de vous.--Je lui représentai qu'entre ses
+deux voyages j'étois venue chez elle et que je l'avois remerciée;
+qu'en cela je n'avois fait que mon devoir, mais que je l'avois fait. A
+cette réponse, elle s'est un peu embarrassée, et m'a dit entre ses
+dents:--Ah! une fois en passant, mais je ne leur avois point
+écrit.--Je lui ai dit qu'en cela j'avois eu tort, et que je leur en
+demandois pardon; que pour la Muette et Meudon, je n'y avois aucune
+part et point de tort.--Elle m'a dit qu'elle ne me parloit point de
+cela; et sur ce elle a changé de conversation, étant toujours
+embarrassée. En sortant de chez elle, je lui ai encore dit que
+j'espérois qu'elle me pardonnoit; elle m'a répondu que ce n'étoit que
+la crainte qu'elle avoit eue d'être oubliée de moi qui l'avoit fâchée,
+m'aimant beaucoup, et qu'elle espéroit que cela ne seroit jamais.--Je
+lui ai dit que je tâcherois de mériter son amitié, et que je lui
+demandois de me conserver toujours la sienne. De là je suis revenue et
+ai mandé cela à la Reine, et puis à mon petit ange. Je ne puis te
+celer que je n'ai que la moitié des torts dont je suis convenue; mais
+il faut mettre la paix dans la maison, et dans ce quartier-là il
+faudroit au moins M. Le Chat pour l'établir bien solidement.
+
+A propos, mon ange, je t'en prie, si tu as le temps, fais chercher
+Campana; fais-toi peindre pour ta petite servante; dis-lui de faire
+ton portrait de la grandeur de ceux des médaillons, et coiffée et
+habillée comme celui qu'il a fait de moi, et qui n'est pas comme le
+tien. Ne va pas l'oublier, car je te tuerois ainsi que ton fils.
+Mande-moi de ses nouvelles, et fais dépêcher Campana. La baronne doit
+revenir aujourd'hui, ainsi je ne te charge de rien pour elle, mais dis
+à madame de Travanet que je meurs d'envie de la voir; et dis aussi à
+la personne qui n'ose se nommer qu'elle ait soin d'acheter des
+polonoises, pour pouvoir rester chez la baronne, quand j'irai, ce qui,
+j'espère, sera bientôt. En vérité, madame Angélique, vous devez être
+bien contente de moi, car mes lettres sont assez longues et les lignes
+assez serrées; je vais arranger mes affaires et tu les trouveras en
+très-bon ordre. Mande-moi toutes les grimaces qu'a faites ta
+belle-soeur pendant le mariage, et toutes les bêtises qu'elle aura
+dites, qui certainement t'ont beaucoup ennuyée si tu les as écoutées,
+et qui m'amuseront beaucoup en les lisant. Adieu, ma petite soeur
+Saint-Ange; il me paroît qu'il y a mille ans que je ne t'ai vue. Je
+t'embrasse de tout mon coeur, et suis de Votre Altesse
+
+ La très-humble et très-obéissante servante et sujette.
+
+ ÉLISABETH DE FRANCE,
+ dite la Folle.
+
+ Ce 27 novembre 1779.
+
+ * * * * *
+
+II.
+
+A LA MARQUISE DE CAUSANS.
+
+ Du 3 septembre 1784.
+
+Je vous ai fait promettre par votre fille de vous rendre un compte
+exact de ma journée de lundi[143]. Nous sommes parties à dix heures du
+matin: il faisait une pluie à verse; mais, malgré cela, tout le monde
+étoit de bonne humeur. Nous sommes arrivées, et avons été sur-le-champ
+à l'église; madame de Brébent y est entrée ensuite. La cérémonie a
+commencé, et tout s'est passé comme à celle de madame de Fontanges,
+excepté qu'elle a communié avec la même hostie sur laquelle elle avoit
+prononcé ses voeux; puis on l'a habillée, et elle a été sous le drap
+mortuaire. A suivi le moment que j'aime le mieux, qui est le baiser de
+paix. Il me fait toujours un effet que je ne puis rendre; c'est de si
+bon coeur que nous nous embrassons, quoique nous ne nous connoissions
+pas, qu'il est impossible de ne pas être attendrie; mais je n'ai
+pourtant pas pleuré: ce n'est pas mon usage. Pour Bombelles, elle
+étoit en sanglots, ce qui a été cause de grandes railleries, qu'elle a
+soutenues avec plus de courage que la migraine qui a suivi. Plusieurs
+de ces dames pleuroient aussi. Ainsi, vous n'eussiez pas été
+embarrassée, malgré les assistants. J'ai été fort heureuse, et voilà
+tout. Mais, le mercredi, j'avois oublié mon bonheur. Celui que je
+goûte ici est tranquille. Je m'occupe beaucoup depuis huit jours que
+j'y suis; j'écris des lettres innombrables: cela ne me plaît guère;
+mais lorsqu'on passe autant d'heures dans la journée sans voir autre
+chose que son chien, ma chère, on n'est pas fâché d'avoir ce genre
+d'occupation. Je vous prie de croire que sans cela j'en aurois
+beaucoup d'autres; par exemple le dessin. Il y a trois jours que je
+crie après M. B.[144] et qu'il ne vient pas: je meurs de peur qu'il ne
+soit mort. Quand je dis que je l'attends depuis trois jours, il faut
+compter que c'est depuis hier. Je vais commencer un petit dessin pour
+les dames de Saint-Cyr; il est charmant. Je n'ai pas dit à [Bombelles]
+que c'étoit pour elles, car je crois que cela l'auroit mise de
+mauvaise humeur.
+
+[Note 143: Madame Élisabeth assistait volontiers aux professions
+religieuses, y trouvant une sorte d'édification.]
+
+[Note 144: M. van Blarenberghe, maître de dessin de Madame Élisabeth
+et des princes, fils du comte d'Artois.]
+
+J'attends avec impatience des nouvelles des courses de vos enfants. Je
+ne doute pas qu'ils n'aient été reçus à merveille; mais je voudrois
+bien qu'il me fût permis de croire à la guérison de votre jambe: je ne
+désire rien tant. Enfin, mon coeur, je juge d'après toutes les
+souffrances que vous éprouvez, que vous faites votre purgatoire dans
+ce monde; car, malgré vos douleurs, votre caractère est toujours le
+même: toujours la même amabilité, la même confiance en Dieu, enfin la
+même résignation, sans compter toutes les vertus qui naissent de cette
+résignation. Comment pouvez-vous, malgré toutes vos douleurs de corps
+et d'esprit, vous croire trop heureuse? C'est une grâce bien
+particulière de Dieu. Je l'en bénis, et de ce qu'il m'a choisie pour
+en être l'instrument. Soyez sûre, mon coeur, que rien ne me peut
+faire plus de plaisir que de penser que j'ai pu adoucir un peu
+l'amertume de vos maux. Que vous êtes bonne de m'associer à vos
+prières! Oui, mon coeur, aucune de vos enfants ne vous oubliera, je
+puis vous en répondre. J'oubliois de vous dire que, malgré le monde,
+j'avois passé quelque temps avec mon dépôt dans la chambre du conseil,
+et une grande partie du reste avec D.[145] et plusieurs autres dames.
+
+[Note 145: La comtesse Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame
+Élisabeth.]
+
+Votre fille fera bien d'arriver, car je serois capable de lui enlever
+son trésor. Je sens que je m'y attache beaucoup, et je me propose de
+lui en faire peur.
+
+ * * * * *
+
+III.
+
+A MADAME MARIE DE CAUSANS.
+
+ 8 décembre 1785.
+
+Je suis émue et affligée au dernier point, mon coeur, de l'état de
+votre mère: l'arrêt de Séguy[146] me fait frémir. J'écrirai à madame
+de Lastic[147] pour que l'on trouve des prétextes pour faire rester
+votre soeur à Fontainebleau. Ils seront d'autant plus aisés que,
+quoiqu'elle soit bien, de longtemps elle ne sera en état d'être
+transportée. Si vous ne craignez pas d'attendrir votre mère, dites-lui
+combien je partage ses douleurs, que je voudrois les prendre toutes,
+que je suis bien affligée de ne pouvoir lui rendre les soins que la
+tendre amitié que j'ai pour elle me dicteroit. Il m'en coûte bien,
+depuis trois semaines, d'être princesse: c'est une terrible charge
+souvent, mais jamais elle n'est plus désagréable que lorsqu'elle
+empêche le coeur d'agir.
+
+[Note 146: Médecin du Roi, n'ayant quartier.]
+
+[Note 147: Fille du marquis de Montesquiou-Fezensac, qui avait pris
+dans la révolution un parti dont sa famille était fort affligée.]
+
+Vous avez sous vos yeux, mon coeur, le triomphe de la religion: je ne
+doute pas que vous n'éprouviez, dans l'occasion, qu'elle seule peut
+nous faire supporter le malheur, et, s'il étoit possible, le rendre
+léger. Croyez que vous aurez la grâce d'une résignation parfaite à la
+volonté de Dieu. Il ne faut qu'un véritable désir pour l'obtenir, et
+vous sentez trop combien elle vous est nécessaire pour ne pas la
+désirer vivement. Espérez tout de ce Père qui vous aime si tendrement;
+il vous soutiendra, il partagera votre peine et la rendra moins
+pesante. Pardon, mon coeur, de ce petit morceau de sermon, quoiqu'il
+soit médiocre: dans la position où vous êtes, l'on est toujours bien
+aise d'entendre un peu parler de Dieu. C'est ce qui m'a encouragée à
+cette insolence.
+
+Je prierai certainement les dames de Saint-Cyr de prier pour votre
+mère, et elles le feront de tout leur coeur, car elles aiment beaucoup
+votre mère. Je vous en prie, dites-lui que je prie aussi pour elle.
+J'ai eu peur, le jour que je l'ai vue, qu'elle ne fût fâchée, parce
+que je lui ai dit que je ne priois pas; et quoiqu'elles soient bien
+mauvaises, je les fais depuis ce moment exactement.
+
+Madame de Choiseul[148] n'aura votre lettre que demain, parce que ces
+vilains pots[149] sont d'une inexactitude affreuse et qu'elle n'est
+arrivée que très-tard: le courrier était parti. Adieu, mon coeur;
+j'espère que vous avez un peu d'amitié pour moi: cela me feroit bien
+plaisir, vous aimant beaucoup. Je vous embrasse de tout mon coeur.
+
+[Note 148: Madame la comtesse de Choiseul-Gouffier, femme de
+l'ambassadeur du Roi à Constantinople.]
+
+[Note 149: Voitures du temps qui étaient encore en usage sous la
+Restauration et stationnaient sur la place Louis XV; elles étaient
+alors connues sous le nom de coucous.]
+
+ * * * * *
+
+IV.
+
+A MADAME MARIE DE CAUSANS.
+
+ 14 décembre 1785.
+
+Votre lettre m'a touchée, mon coeur, à un point que je ne puis rendre
+que foiblement: la résignation et le courage de votre mère, son désir
+de recevoir encore Celui qui lui donne la paix et la tranquillité,
+l'état où vous êtes, tout ce que vous me dites, m'a émue à un point
+extrême. J'ai été bien attendrie de son souvenir, je vous l'ai déjà
+dit, mon coeur; mais je ne puis trop le répéter: c'est une vraie peine
+pour moi de ne pouvoir la soigner. Si je n'avois pas craint de
+l'émouvoir, j'aurois au moins été la voir; mais je me suis refusé
+cette consolation. Mais, mon coeur, si elle marquoit le moindre désir
+que j'y allasse, j'espère que vous me le manderiez, et que vous
+n'auriez nulle crainte de me faire voir un spectacle aussi touchant:
+il ne pourroit que m'édifier. Cependant, ne faites point naître ce
+désir: il seroit trop dangereux s'il ne venoit point d'elle.
+
+Il seroit bien difficile que vous ayez des consolations sensibles dans
+le moment où vous êtes; mais votre résignation vous en attirera; et si
+vous voulez bien vous examiner, mon coeur, le calme que vous
+ressentiez ce matin ne vient-il pas de Dieu, peut-être même de la
+lecture que vous avez faite cette nuit, qui ne vous a point fait effet
+dans le moment, mais qui a gravé dans votre coeur les vérités qu'elle
+contient, et dont vous vous faites l'application sans vous en douter?
+Croyez que Dieu a beau avoir l'air sévère, il est toujours plein de
+miséricorde pour ceux qui le servent fidèlement. Ne recherchez point
+des consolations dans ce moment, ce ne seroit pas le moyen d'en
+obtenir; contentez-vous de continuer, comme vous faites, à lui offrir
+à tous moments vos peines et le sacrifice qu'il exige peut-être de
+vous. Regardez en même temps tout ce qui peut être un sujet de
+consolation: jugez votre malheur d'après celui des autres, et vous
+verrez encore que vous êtes moins à plaindre que vos soeurs. Vous
+jouissez au moins des derniers moments où vous pouvez voir, entendre
+votre mère, et lui rendre tous les soins que votre coeur vous dicte;
+au lieu qu'elles joindront au malheur de ne la plus voir celui de ne
+l'avoir pas vue jusqu'au dernier moment. Que cette idée vous fasse
+supporter votre peine, sans vous pénétrer de celle à venir des autres.
+Raigecourt ne saura pas de sitôt nos inquiétudes; je prierai madame de
+Lastic de me mander quand elle voudra revenir, pour que vous y
+envoyiez quelqu'un. On ne m'avoit point mandé qu'elle fût inquiète et
+agitée, mais qu'elle parloit souvent de son fils, et qu'on la
+distrayoit de cette idée. Je n'en suis pas fâchée; cela prouve qu'elle
+recouvre toutes ses facultés. Le pauvre curé qui a eu la bêtise de lui
+dire, en a, dit-on, une attaque de chagrin. Je suis bien aise pour
+votre mère, et pour vous surtout, que l'abbé Lenfant[150] soit venu;
+il vous aura fait du bien par sa morale et sa douceur, qui prêche
+aussi bien que lui.
+
+[Note 150: Né à Lyon le 6 septembre 1726, l'abbé Lenfant, jésuite,
+avait été prédicateur du roi de Pologne Stanislas et de l'empereur
+Joseph II. Rentré en France, il fut choisi par Louis XVI pour son
+confesseur, lorsque l'abbé Poupart, curé de Saint-Eustache, eut prêté
+serment à la constitution civile du clergé. Conduit à l'Abbaye après
+la catastrophe du 10 août, il y fut massacré dans la matinée du 3
+septembre.
+
+«Le lundi 3 septembre, raconte Saint-Méard, à dix heures du matin,
+l'abbé Lenfant et l'abbé de Rastignac parurent dans la tribune de la
+chapelle qui nous servoit de prison. Ils nous annoncèrent que notre
+dernière heure approchoit, et nous invitèrent à nous recueillir pour
+recevoir leur bénédiction. Un mouvement électrique impossible à
+définir nous précipita tous à genoux, et, les mains jointes, nous la
+reçûmes. Ce moment, quoique consolant, fut un des plus terribles que
+nous ayons éprouvés. A la veille de paroître devant l'Être suprême,
+agenouillés devant deux de ses ministres, nous présentions un
+spectacle indéfinissable. L'âge avancé de ces deux vieillards (l'abbé
+Lenfant avait soixante-dix ans), leur position au-dessus de nous, la
+mort planant sur nos têtes et nous environnant de toutes parts, tout
+répandoit sur cette cérémonie une teinte auguste et lugubre; elle nous
+rapprochoit de la Divinité; elle nous rendoit le courage; tout
+raisonnement étoit suspendu, et le plus froid, le plus incrédule en
+reçut autant d'impression que le plus ardent et le plus sensible. Une
+demi-heure après, ces deux prêtres furent massacrés, et nous
+entendîmes leurs cris. (_Agonie de trente-huit heures._)]
+
+J'espère, mon coeur, que vous serez convaincue que dans tous les temps
+vous trouverez en moi une amie prête à vous rendre tous les services
+que cette même amitié exigera, et que je n'oublierai jamais celle que
+votre mère veut bien avoir pour moi, qui en suis peut-être digne par
+le prix que j'y attache et le tendre retour dont je la paye. Je vous
+embrasse mille fois de tout mon coeur. J'espère que vous ne montrez
+mes lettres à personne: elles ne sont bonnes que pour vous, qui voulez
+bien les souffrir.
+
+ * * * * *
+
+V.
+
+A MADAME MARIE DE CAUSANS.
+
+ [Cette lettre est écrite au commencement de l'année 1786, après
+ la réception de celle qui annonçait la mort de madame de Causans,
+ arrivée le 5 janvier 1786.]
+
+Votre lettre m'a pénétrée, mon coeur, et d'admiration et de douleur.
+Oui, certainement, votre mère jouissoit déjà du bonheur qui lui est
+réservé: il est impossible de n'être pas consolé de la voir pénétrée
+de l'amour de Dieu et du désir de le posséder à jamais. Vous êtes bien
+heureuse, mon coeur, d'avoir aussi bien profité des exemples d'un
+aussi bon modèle. Dieu vous en récompensera, en vous accordant les
+grâces dont vous avez besoin dans cette occasion. Ayez confiance en
+lui, mon coeur: il n'abandonnera ni votre soeur ni vous, et lui
+donnera la force de soutenir cet assaut. Votre frère mandera à madame
+de Lastic ce qu'il voudra qu'elle fasse: elle pense qu'il faut
+attendre, pour commencer à lui dire que votre mère est malade, qu'elle
+soit retournée et l'amener à Versailles, sans lui rien dire de plus,
+pour éviter qu'elle retombe malade là-bas. Lorsqu'elle le saura, il me
+semble que rien ne peut vous empêcher de venir la voir. Cependant je
+vous prie de ne pas le faire sans que les médecins aient décidé qu'il
+n'y a pas d'inconvénients. Et soyez sûre que nous hâterons ce moment
+le plus que nous pourrons pour la consolation des deux, car je ne
+doute pas qu'elle ne le désire beaucoup.
+
+Vous n'avez pas besoin de la prier de se souvenir de vous. Soyez sûre,
+mon coeur, qu'elle ne cessera de veiller sur ses enfants, et de
+demander tout ce qui leur sera utile: aussi suis-je bien
+reconnoissante que vous m'ayez mise du nombre. Je redoute, comme vous,
+ces foiblesses qui vous ont effrayée: il faut mettre, à son exemple,
+nos craintes et nos désirs au pied du crucifix; lui seul peut nous
+apprendre à supporter les épreuves auxquelles le Ciel nous destine.
+C'est là le livre des livres, mon coeur: lui seul élève et console
+l'âme affligée. Dieu étoit innocent, et il a souffert plus que nous ne
+pourrons jamais souffrir et dans notre coeur et dans notre corps: ne
+devons-[nous] pas nous trouver heureuses d'être aussi intimement unies
+à Celui qui a tout fait pour nous? Que cette idée nous encourage, mon
+coeur, nous fortifie! Il y a de cruels moments à passer dans la vie;
+mais c'est pour arriver à un bien précieux pour quiconque est un peu
+pénétré d'amour de Dieu: et qui sait si nous n'y serons pas bientôt, à
+cet instant redouté de tant de personnes, et si désiré de votre mère!
+Tâchons de mériter qu'il soit aussi calme et aussi exemplaire.
+
+Quoique je vous exhorte, mon coeur, à la résignation, je puis vous
+assurer que je suis bien loin de l'être et pénétrée des grandes
+vérités dont je vous parle.
+
+Je n'ai point envoyé Loustonneau à Fontainebleau; c'est lui qui, par
+amitié pour votre soeur, y a été: il reviendra demain, l'après-midi.
+Adieu, mon coeur; j'espère que vous êtes convaincue de l'amitié que
+j'ai pour vous, et que je n'ai pas besoin de vous l'assurer davantage.
+
+Si vous allez à Suzy, vous continuerez à m'écrire, lorsque vous en
+aurez envie et besoin. Je n'en sais plus l'adresse. Je vous embrasse
+de tout mon coeur.
+
+ * * * * *
+
+VI.
+
+A MADAME MARIE DE CAUSANS.
+
+ Ce 10 avril 1786.
+
+Enfin, mon coeur, cette lettre vous trouvera à Paris. Je suis une bien
+ingrate créature: vous êtes si généreuse dans vos sacrifices, qu'il
+est indigne à moi de vous parler du bonheur que j'éprouve de sentir
+votre soeur plus près de moi. Je voudrois bien être déjà au mardi de
+Pâques: cela n'est pas trop bien; car cette semaine est bien bonne,
+bien sainte, bien capable de renouveler en nous cette ferveur qui a
+tant de penchant à se refroidir. Vous serez peut-être affligée de vous
+retrouver à Paris, et vous le serez surtout d'entrer à Bellechasse:
+cela est parfaitement simple; mais, mon coeur, vous êtes destinée à y
+vivre; il faut vous y rendre heureuse; et pour cela il faut vous faire
+un plan de vie tout occupée, où le monde n'entre pour rien, dont rien
+ne vous dérange, que vous suiviez du moment même où vous aurez mis le
+pied dans le couvent. Vous allez me trouver bien sévère; mais, mon
+coeur, l'homme est si foible, que nécessairement il se relâche
+toujours dans ses bonnes résolutions; et vous seriez bien étonnée si,
+ne vous ayant pas forcée dans le commencement, malgré tout ce que vous
+vous êtes promis, de découvrir, au bout de deux mois, que vous n'avez
+pas suivi votre plan, et que vous avez une peine presque insurmontable
+à vous y remettre! Je vous en parle par expérience: j'ai été
+très-dissipée cette année; le voyage de Saint-Cloud, et même l'été,
+m'avoient absolument ôté le goût de la vie presque solitaire que je
+mène. Je m'ennuyois, je me déplaisois chez moi; et enfin, si une grâce
+particulière ne fût venue m'aider, j'aurois peut-être fini par haïr
+parfaitement la vie tranquille et douce, loin du tumulte de ce monde,
+qui n'a que trop de charmes pour un coeur qui craint de rentrer en
+lui-même et de se voir tel qu'il est. Vous êtes, Dieu merci, loin de
+cet état; mais vous avouez vous-même que vous aimeriez le monde, le
+spectacle: vous n'y êtes pas destinée; votre état, votre âge, vos
+principes, les ordres de votre mère. Il faut donc éviter tout ce qui
+peut vous faire sentir ce vide, cet abandon, ce besoin que votre coeur
+a d'attachements, toutes armes dont le démon se sert et dont il se
+servira avec bien plus de force et de malice dans le moment où vous
+quitterez votre soeur. Il faut user de votre courage, mon coeur, de
+votre religion. Vous avez le bonheur d'avoir un confesseur en qui vous
+pouvez avoir toute confiance; c'est un grand don du Ciel: profitez-en:
+ouvrez-lui votre coeur sans aucune réserve; la plus petite vous
+priveroit peut-être de bien des grâces; et quel soulagement
+n'éprouve-t-on pas de pouvoir verser toutes ses peines dans le sein
+d'un ami sincère, éclairé, qui vous présentera toujours le véritable
+remède, qui vous entendra parfaitement lorsque vous lui parlerez de
+votre mère, de vos regrets, des lumières que vous trouviez en elle et
+qui vous manquent maintenant; qui vous rappellera les grands exemples
+qu'elle vous a donnés toute sa vie!
+
+J'ai fait mes pâques ce matin; je me suis remis à la mémoire une
+certaine semaine sainte que j'ai passée avec votre mère. Que nous
+étions heureuses! jamais je n'en passerai de pareille. Mais elle m'a
+promis que je persévérerois; elle en sera la cause: ses exemples
+pendant sa vie, cette dernière parole, la lettre qu'elle m'a écrite,
+tout me donne de la confiance. Vous lui avez dit de me regarder au
+nombre de ses enfants: ah! j'y suis bien de coeur, car je l'aimois
+bien tendrement. Mais j'ai peur de vous attendrir en vous rappelant un
+souvenir aussi touchant que pénible pour votre coeur. Je me suis
+laissée aller au désir du mien en parlant d'un objet aussi intéressant
+pour l'un que pour l'autre: n'en parlez pas à votre soeur; sa santé
+exige plus de ménagement. Pardon aussi de mon sermon.
+
+ * * * * *
+
+VII.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Samedi [vraisemblablement de l'année 1786].
+
+Je possède au monde deux amies, et elles sont toutes deux loin de moi.
+Cela est trop pénible: il faut absolument que l'une de vous revienne.
+Si vous ne revenez pas, j'irai à Saint-Cyr sans vous, et je me
+vengerai encore en mariant notre protégée sans vous. Mon coeur est
+plein du bonheur de cette pauvre enfant qui pleure de joie, et vous
+n'êtes pas là! J'ai visité deux autres familles pauvres sans vous!
+J'ai prié Dieu sans vous! Mais j'ai prié pour vous, car vous avez
+besoin de sa grâce, et j'ai besoin qu'il vous touche, vous qui
+m'abandonnez. Je ne sais pas comment cela se fait, je vous aime
+cependant toujours tendrement.
+
+ ÉLISABETH-MARIE.
+
+ * * * * *
+
+VIII.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 27 novembre 1786.
+
+Tu vois que je t'obéis, mon enfant, car me voilà encore. Tu me gâtes;
+tu m'écris bien exactement, cela me fait bien plaisir; mais j'ai peur
+que tu ne te fasses mal à la tête. Il faut te ménager. Je prêche
+contre mon intérêt, car je suis bien heureuse lorsque je reconnois ton
+écriture; mais je t'aime, et j'aime mieux la santé que tout. Je suis
+bien aise que tu souffres mon bavardage avec tant de patience. Tu dis
+que Fontainebleau ne m'a pas gâtée, j'aime à le croire. Tu trouveras
+peut-être cette phrase un peu orgueilleuse; mais je t'assure, mon
+coeur, que je suis pourtant loin de croire que je puisse en rester là.
+Je sens que j'ai encore bien du chemin à faire pour être bien selon
+Dieu. Le monde juge bien légèrement, et sur peu de chose il vous
+établit une bonne ou mauvaise réputation. Il n'en est pas ainsi de
+Dieu: il ne vous juge que sur l'intérieur; et plus l'on en impose au
+dehors, plus il sera sévère pour le dedans. Je lisois l'autre jour un
+discours de l'abbé Asselin[151], sur la nécessité de se sanctifier,
+chacun dans l'état où le Ciel l'a placé; je vous assure, mon coeur,
+qu'il fait frémir pour ceux qui disent: «Je veux être bien, mais je
+n'ai pas la prétention d'être saint.» Il relève cela avec une force
+qui en prouve le ridicule d'une manière où il n'y a rien à répliquer.
+En tout, ce livre est superbe. Je suis fâchée de ne l'avoir pas connu
+avant ton départ, car je suis sûre qu'il t'auroit fait plaisir. Je ne
+sais si je t'ai dit que tu m'avois redonné du zèle pour l'abbé Nollet.
+Je vais le reprendre avec un peu plus de suite. J'aimerai à m'occuper
+de ta science favorite[152]; mais je n'espère pas y réussir comme
+toi:--Souvent mon esprit est ailleurs.
+
+[Note 151: Ce docteur de Sorbonne, principal du collége d'Harcourt,
+était né à Vire en 1682, et avait pris le goût de la poésie dans la
+compagnie de Thomas Corneille. Ses vers, empreints d'un caractère
+religieux, furent couronnés aux Jeux floraux, voire à l'Académie
+française; ce qui ne l'empêcha pas de mourir presque ignoré dans sa
+retraite, à Issy, le 11 octobre 1767.]
+
+[Note 152: La physique, dont l'abbé Nollet avait fait une étude
+particulière, et dont il avait répandu le goût en France. Ce savant,
+né en 1700 au village de Pimpré, près de Noyon, mourut entre les bras
+de ses élèves le 24 avril 1770, aux galeries du Louvre, où le Roi lui
+avait accordé un logement.]
+
+Je suis convaincue de ce que tu me mandes de tes succès: tu es faite
+pour en avoir. Si en France on a le mauvais goût de ne pas admirer ta
+grâce, au moins tu as la consolation de savoir que l'on t'aime pour de
+meilleures raisons. Je ne serois pas fâchée que la nécessité de faire
+des frais et de te rendre aimable te donne un peu plus d'habitude du
+monde, quoique tu aies ce qu'il faut pour y être bien, et qu'en effet
+tu y sois très-joliment. Un peu plus d'habitude ne te fera pas de mal.
+Je suis bien insolente ou bien mondaine, n'est-il pas vrai, mon coeur?
+Tu me pardonnes, j'espère, le premier, et tu ne crois pas au second.
+Ne va pourtant pas prendre les manières portugaises. Elles peuvent
+être parfaites, mais j'aime que tu ne te formes pas sur elles. Tu es
+bien bête d'avoir eu peur à tes audiences, puisque ton compliment
+étoit fait. Je trouve qu'il n'est embarrassant de parler que lorsque
+l'on ne s'est pas fait un discours. Étoit-il de toi? J'ai bien ri de
+ton _molto obligato_: cela tient beaucoup de l'_effecticement_ de ton
+cher cousin.
+
+J'ai bien envie de savoir des nouvelles de Charles. S'il étoit ici et
+que tu t'avisasses d'être inquiète, je me moquerois bien de toi. Aussi
+ne le suis-je pas; mais je voudrois que tu dormisses; rien n'est plus
+sain pour toi.
+
+Je suis à Montreuil depuis neuf heures; il fait un temps charmant. Je
+me suis promenée avec R...[153] pendant une heure presque trois
+quarts. Lastic est restée avec Amédée, qui est grandie et embellie que
+c'est incroyable. Madame d'Albert de Rioms vient dîner chez moi, ce
+qui fait que ma lettre sera moins longue. Il faut pourtant que je te
+conte que madame du Chastelet est dame d'honneur de ma tante; après
+avoir bien dit qu'elle ne vouloit pas faire planche, elle a accepté.
+Je trouve que c'est complétement ridicule d'avoir fait bien du bruit,
+pour finir par se soumettre à la volonté du Roi, qui ne veut pas la
+titrer, car voilà ce qui lui tenoit au coeur. On est malheureux
+d'être ambitieux. Cela fait faire souvent de grandes bêtises. Ton
+collègue me fait frémir, et je suis bien aise que M. de Bombelles ne
+soit pas tenté de le prendre pour modèle. A propos de lui, la duchesse
+de Duras, que j'ai vue hier (et avec qui je suis comme un bijou), est
+un peu fâchée contre ton mari. Il lui avoit promis des instructions
+pour son fils, devoit les lui porter, ensuite les lui envoyer de
+Brest; mais il en a été comme de mon voyage, il est parti sans les lui
+donner. Elle m'en a parlé d'une manière qui t'auroit touchée, sans
+aucune aigreur; mais les larmes lui sont venues aux yeux en pensant
+que c'étoit un moyen de moins pour préserver son fils des dangers
+auxquels il va être exposé. Que ton mari répare bien vite avec toute
+la grâce dont il est capable. Tu as bien raison, mon coeur, de
+t'appliquer dans les commencements à te vaincre; sans madame de
+Travanet, tu serois perdue si tu cédois une fois, et deux ans sont
+bien longs à passer ensemble. Nous en parlerons plus amplement dans un
+autre moment. Je me dépêche trop pour avoir le sens commun, et je
+griffonne trop. Adieu; ces dames t'embrassent de tout leur coeur, et
+moi aussi. Que n'est-ce vrai!
+
+[Note 153: Madame de Raigecourt.]
+
+ * * * * *
+
+IX.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 9 avril 1787.
+
+ (_Lisez Mathieu Loensberg_[154].)
+
+[Note 154: Ces trois mots, placés en tête de la lettre, sont de la
+main de Madame Élisabeth.]
+
+M. de Calonne est renvoyé d'hier; sa malversation est si prouvée, que
+le Roi s'y est décidé, et que je ne crains pas de te mander la joie
+excessive que j'en ressens et que tout le monde partage. Il a eu ordre
+de rester à Versailles jusqu'au moment où son successeur sera nommé,
+pour lui rendre compte des affaires et de ses projets. On vient de me
+mander que c'étoit M. de Fourqueux qui le remplace. On me mande aussi
+que M. le Garde des sceaux est renvoyé, et M. de La Moignon a sa
+place. Je sais toujours si mal les nouvelles, par des voies si peu au
+fait, que je n'ose pas t'assurer ces dernières. Mais pour M. de
+Calonne, j'en suis bien sûre. Une de mes amies disoit, il y a quelque
+temps, que je ne l'aimois pas, mais que dans peu je changerois. Je ne
+sais si son renvoi y contribuera; il auroit fallu qu'il fît bien des
+choses pour me faire changer sur son compte. Il doit être un peu
+inquiet sur son sort. On dit que ses amis font une très-bonne
+contenance. Je crois que le diable n'y perd rien, et qu'ils sont loin
+d'être satisfaits. C'est M. de Montmorin qui lui a donné son audience
+de congé. J'espère que le baron de Breteuil n'aura pas voulu s'en
+charger; cela lui feroit honneur[155]. L'Assemblée continuera comme
+auparavant et sur les mêmes plans. Les Notables parleront avec plus de
+liberté, quoiqu'ils ne s'en gênassent guère, et j'espère qu'il en
+résultera du bien. Mon frère a de si bonnes intentions, il désire tant
+le bien, de rendre ses peuples heureux; il s'est conservé si pur,
+qu'il est impossible que Dieu ne bénisse pas toutes ses bonnes
+qualités par de grands succès. Il a fait ses pâques aujourd'hui. Dieu
+l'aura encouragé, lui aura fait connoître la bonne voie: j'espère
+beaucoup. Dans son compliment, le prédicateur l'a infiniment encouragé
+à prendre conseil de son coeur. Il avoit bien raison, car il est bien
+bon et bien supérieur à toute la Cour réunie. J'ai l'air d'une vraie
+campagnarde; je te dis que l'on m'a mandé tout cela, c'est que je suis
+à Montreuil depuis midi. J'ai été à vêpres à la paroisse. Elles sont
+aussi longues que l'année passée, et ton cher vicaire chante l'_O
+filii_ d'une manière aussi agréable. Des Es. a pensé éclater, et moi
+de même.
+
+[Note 155: Le baron de Breteuil, alors ministre de la maison du Roi et
+du département de Paris, avait été représentant du Roi près l'électeur
+de Cologne, près Catherine II, près le roi de Suède, puis avait
+remplacé le cardinal Louis de Rohan près l'empereur d'Autriche. Dans
+les phases diverses de sa carrière, il avait conquis l'estime de tous
+les gens de bien.]
+
+Je suis au désespoir du sacrifice que tu me fais de ton singe,
+d'autant que je ne pourrai le garder; ma tante Victoire a une peur
+affreuse de ces animaux et seroit fâchée peut-être que j'en eusse un.
+Ainsi, mon coeur, malgré toutes ses grâces et la main dont il me
+vient, il faudra s'en détacher. Si tu veux, je te le renverrai, sinon
+j'en ferai présent à M. de Guéménée. J'en suis au désespoir, je sens
+que c'est très-maussade, que cela te contrariera beaucoup, et j'en
+suis d'autant plus fâchée. Ce qui me console, c'est qu'à cause de tes
+enfants tu serois peut-être obligée de t'en défaire, parce que cela
+pourroit être dangereux.
+
+Félicie devient très-gentille, sa tache s'efface beaucoup; j'espère
+qu'elle ne paroîtra pas du tout. Avant ton arrivée, quoique je sois
+charmée du départ de M. de Calonne, j'ai peur que la petite ne s'en
+affecte pour son père, quoique pourtant il n'y gagne ni n'y perde, pas
+même un protecteur.
+
+Tu es d'une philosophie qui m'enchante, mon coeur; tu en seras plus
+heureuse, et tu sais si je désire de te le savoir. Je ne comprends pas
+trop pourquoi tu dis que M. de C.[156] est mauvais politique; il me
+semble que l'on est fort content de lui, qu'il a fait d'assez belles
+choses, et que M. de Ségur vient de faire la bêtise la plus pommée que
+l'on puisse voir en accompagnant l'Impératrice sur la route de
+Kherson. Elle remue terriblement, la bonne dame, ce qui me déplaît
+beaucoup: je suis partisante du repos. En conséquence, ce que je t'ai
+mandé pour Minette n'aura, je crois, pas lieu. Ce n'étoit pas un homme
+assez bien né. Pour l'autre, mon coeur, je crois qu'il faut attendre
+comme nous avons déjà fait. Il y a bien des choses à voir et pour elle
+et pour moi. Car il ne suffit pas de trouver des gens qui prêtent; il
+faut voir comment on rendra, et si l'on ne se mettra pas dans
+l'impossibilité de faire d'autre chose nécessaire et pour le moins
+aussi juste. Tout cela, mon coeur, il sera temps d'y penser quand
+j'aurai vingt-cinq ans. Jusque-là.....
+
+[Note 156: Le maréchal de Castries.]
+
+ * * * * *
+
+X.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 8 février 1788[157].
+
+[Note 157: La reproduction de cette lettre et des deux suivantes,
+jusqu'à ce jour inédites, est interdite.]
+
+Ta lettre me fait bien de la peine, ma petite, par l'excessive
+inquiétude où tu étois de la pauvre Félicie. Tu auras su, bientôt
+après, sa mort, et le courage de sa mère; elle va bien à présent:
+l'enfant qu'elle va avoir la distraira de la perte qu'elle a faite,
+surtout nourrissant. Elle t'aura sûrement mandé que tous les avis de
+ce pays étoient contre, et que c'est un médecin de Stuttgard qui l'a
+décidée; j'ai peur qu'elle n'ait pas tout à fait raison. Cependant
+comme elle mènera une vie plus calme qu'à sa première nourriture,
+l'enfant pourra devenir plus fort. Je crois qu'elle ne me pardonneroit
+pas si elle savoit ce que je pense sur cela. Je voudrois bien que tu
+eusses le temps de la voir un peu avant son départ. Je ne t'avois
+point parlé de la maladie de Félicie, parce que ta mère étoit à Paris,
+et que je ne savois pas ce que l'on te mandoit, ce qui a fait que je
+ne t'ai pas écrit aussi la première poste après sa mort.
+
+J'ai montré à ta mère ce que tu me marques pour ton logement; je
+voudrois que tu eusses celui de la Chapelle, mais il ne te convient
+pas, à ce que l'on te dit, et puis il est bien un peu cher, je crois
+qu'il va à cinq mille livres; mais il a l'agrément d'être le plus près
+de la pièce du Dragon, quoiqu'il y ait une très-petite rue à passer;
+enfin, ta mère, ton frère, la Chapelle, amies et Raigecourt, s'en
+occupent tant qu'ils peuvent; ainsi, si tu n'es pas bien logée, ce
+sera faute de s'entendre, plutôt que manque de s'en occuper.
+
+Mon neveu[158] est toujours dans un état très-inquiétant, l'on ne s'en
+doute pas, ce qui me fait espérer qu'il s'en tirera; car, si tu t'en
+souviens, cela lui a porté bonheur dans le temps où il a été à la
+Muette. Cette tranquillité évite bien des peines, mais aussi le coup
+est-il bien plus cruel lorsqu'il est inattendu. Je crois t'avoir déjà
+dit tout cela, mais c'est que j'en suis pénétrée.
+
+[Note 158: Le premier Dauphin.]
+
+Raigecourt est toujours grosse, et je crois que, cette fois-ci, c'est
+pour tout de bon: elle a passé l'époque de sa seconde fausse couche et
+se ménage assez pour croire qu'elle n'aura pas d'accidents; le seul
+qu'elle ait jusqu'à ce moment, ce sont des maux de coeur affreux et
+une peur pas mal grande, qu'elle a dissimulée le plus qu'elle peut,
+mais qui, malgré cela, est très-visible. Si par hasard tu lui écris,
+ne lui en parle pas.
+
+Le Parlement, dit-on, va encore s'assembler pour les lettres de
+cachet. Tout cela est du rabâchage pour ce moment-ci. Je voudrois
+qu'il ne fut plus question de lui lorsque tu reviendras, pour le bien
+que je te veux, car il est bien ennuyeux, presque autant que le temps,
+qui, hier, étoit superbe, doux, un beau soleil; aujourd'hui, il fait
+noir et froid, ce qui, comme tu sais, ne m'empêche pourtant pas de
+sortir. En conséquence je te quitte pour aller rejoindre M. Huvé[159],
+et donner des ordres. Je suis tout étonnée de penser que, l'année
+prochaine, je serai au moment de coucher ici; je sens que cela me
+paroîtra tout drôle. Adieu, ma petite, je t'aime et t'embrasse de tout
+mon coeur.
+
+[Note 159: Architecte des bâtiments royaux, restaurait en ce moment la
+maison de la princesse.]
+
+J'oubliois de te dire que je trouve ton D. un drôle d'homme de
+s'enflammer comme cela pour quelqu'un qu'il n'a jamais vu; tu feras
+très-sagement de traîner cette affaire en longueur, car je ne crois
+pas qu'elle ait lieu, et il vaut mieux que tu sois ici lorsqu'elle
+sera rompue tout à fait. Si tu étois encore en colère lorsque tu auras
+reçu ma lettre, tu l'auras tournée contre moi d'après ce que je te
+mandois, et cette idée m'affecte considérablement. Mon seul espoir est
+que ta fureur n'aura pas été longue. Adieu. Je te quitte tout de bon.
+
+ * * * * *
+
+XI.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Sans date, mais vers 1788 ou 89.
+
+J'en suis à désirer que ton pauvre frère soit délivré de tous ses
+maux, et que sa vie ne se prolonge pas aux dépens de tout ce qu'il
+souffre au physique et au moral. Je suis désespérée de ne pouvoir
+partager les soins, et pense avec bien de la peine à l'état
+d'affliction où tu es en ce moment-ci. J'ai vu, ce matin, le
+baron[160]. J'y ai mené Bombon, qu'il a beaucoup caressé. J'ai été
+fort contente de ma conversation avec lui, et il a fini par me
+promettre de parler à la Reine et à la duchesse de Polignac. La seule
+chose qui m'ait déplu, c'est qu'il m'a dit qu'on vouloit donner
+C.....[161] à M. de la Luzerne. Il veut que je parle aussi à la Reine,
+mais il ne veut pas absolument que je parle de Dresde, prétendant
+qu'il ne faut lui présenter aucunes difficultés qui demandent
+réflexion, et je me suis promis, malgré cela, en me gardant bien de le
+lui dire, que je la prierois de déclarer qu'elle ne vouloit pas que tu
+fusses davantage en Allemagne. Somme toute, je suis contente. Je te
+ferai plus de détails quand je te verrai. Quoique ma lettre ennuie
+beaucoup les personnes qui me la voient écrire, il faut encore que je
+te dise que Rayneval, chez qui j'ai été avec madame Duval, m'a dit que
+le baron sortoit de chez lui, et qu'il lui avoit beaucoup parlé de
+toi. J'ai pensé que mon audience du matin n'y avoit rien gâté. Il faut
+encore que je te dise que j'ai fait un grand éloge au baron de ta
+raison, du froid et de la résignation avec lesquels tu soutenois
+toutes les persécutions que tu avois éprouvées; il est convenu de tout
+cela, et m'a dit qu'il avoit été parfaitement content de la manière
+dont tu lui avois parlé au sujet de tes affaires. Adieu, mon enfant,
+donne-moi de tes nouvelles demain matin; remercie ta soeur de ce
+qu'elle a bien voulu m'écrire, et dis à madame de Bombelles tout ce
+que j'éprouve pour elle dans ce moment-ci.
+
+[Note 160: M. de Breteuil.]
+
+[Note 161: Constantinople. Cette ambassade, dont les émoluments
+étaient considérables, était l'objet de l'ambition de M. de Bombelles,
+qui n'avait point de fortune, avait déjà plusieurs enfants, et était,
+par sa position officielle, obligé à une grande représentation. B.]
+
+ * * * * *
+
+XII.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+Je suis dans l'enchantement de l'énorme gratification qu'on vous a
+donnée; j'ai peur que le Roi ne se ruine avec ces libéralités-là. Si
+j'étois de ton mari, malgré la modestie de cette somme, je la
+laisserois à M. d'Harvelay, pour prouver à M. de Vergennes que vous
+demandez davantage, parce que vous en avez véritablement besoin, et
+pour qu'il voie bien que c'est pour payer vos dettes, et que, puisque
+vous donnez un si petit à-compte, quand vous en aurez davantage, vous
+l'emploierez au même usage. J'espère bien que l'année prochaine il
+vous en donnera un peu plus. J'ai commencé par la lettre de M. de
+Vergennes, je lisois bien vite, parce que je croyois que j'allois
+voir des choses superbes, et j'ai été un peu étonnée. Au reste, après
+avoir bien réfléchi, je ne crois pas que cela soit mauvaise volonté de
+sa part; mais comme on a été obligé de donner des gratifications pour
+les fêtes, elles ont pu gêner et diminuer celle-là.
+
+Adieu, mon coeur, j'espère que votre médecine vous fera du bien;
+tâchez de vous calmer.
+
+ * * * * *
+
+XIII.
+
+A MADAME MARIE DE CAUSANS.
+
+ [Dans les premiers mois de 1789.]
+
+Oui, certes, mon coeur, je vous écrirai avant que vous soyez au
+noviciat; mais j'espère bien qu'il ne vous sera pas défendu de
+recevoir des lettres après. Il est vrai que nous serons plus gênées
+par l'inspection de la maîtresse; mais cela ne m'empêchera pas de vous
+dire tout ce que je pense. Vous serez peut-être étonnée, mon coeur,
+que, d'après toutes les réflexions, consultations et épreuves que vous
+avez faites, je ne sois pas encore assez convaincue de la solidité et
+de la réalité de votre vocation, pour ne pas craindre que vous n'ayez
+pas réfléchi comme il faut. Premièrement, mon coeur, on ne peut
+connoître si une vocation est vraiment l'ouvrage de Dieu, que lorsque
+avec le désir de suivre sa volonté, l'on s'est pourtant permis de
+combattre de bonne foi le penchant qui porte à se consacrer à lui;
+sans cela, l'on court le risque de se méprendre, et de suivre une
+ferveur passagère qui tient souvent au besoin du coeur, qui, n'ayant
+pas d'objets d'attachement, croit se sauver du danger d'en former que
+le Ciel n'approuveroit pas, en se consacrant à Dieu. Ce motif est
+louable, mais il ne suffit pas; il tient à la passion, il tient au
+désir et au besoin que le coeur a de former un lien qui le remplisse,
+dans le moment, tout entier. Mais, je vous le demande, mon coeur, Dieu
+peut-il approuver cette offrande? peut-il être touché du sacrifice
+d'une âme qui ne se donne à lui que pour se débarrasser d'elle-même?
+Vous savez que, pour faire un voeu quelconque, il faut une volonté
+libre, réfléchie, dénuée de toute espèce de passion; il en est de même
+pour celui d'une religieuse, et ces dispositions sont encore plus
+essentielles. Le monde vous étoit odieux; mais étoit-ce dégoût ou
+regret? Ne croyez pas que si ce dernier l'emportoit, votre vocation
+soit naturelle et vraie. Non, mon coeur, le Ciel vous envoyoit une
+tentation, il falloit la supporter, et ne prendre votre résolution de
+vous consacrer à lui que lorsqu'elle auroit été passée.
+
+Deuxièmement, mon coeur, il faut avoir l'esprit bien mortifié pour
+prendre l'engagement que vous voulez prendre. Voilà l'essentiel, la
+véritable vocation. Tout ce qui tient au corps coûte peu, l'on s'y
+accoutume; mais il n'en est pas de même de ce qui tient à l'esprit et
+au coeur.
+
+Vous êtes tranquille sur le compte de d'Ampurie[162] parce que vous
+avez consulté l'archevêque; je rends hommage à ses vertus avec
+plaisir, mais permettez-moi de vous dire que, de l'aveu de ceux qui le
+connoissent le plus, il est impossible d'être moins capable de
+conduire une âme. Je ne vous en parle pas seulement d'après les
+autres, mon coeur, c'est d'après ce que j'ai vu. J'ai été dans le cas
+de connoître un prêtre que l'archevêque avoit laissé prêt à se livrer
+au plus grand désespoir, qu'il n'imaginoit de secourir ni de conseils
+ni de tout ce qui pouvoit contribuer à sa consolation. Cependant, mon
+coeur, ce n'étoit là que son strict devoir. Or, comment voulez-vous,
+d'après cela, que je sois tranquille sur le conseil qu'il vous a donné
+sur un simple aperçu, sans avoir causé avec vous, sans être entré dans
+des détails où il est impossible d'entrer par lettre, que je m'en
+rapporte au conseil du directeur du couvent, qui, tout honnête homme
+qu'il puisse être, ne peut pas être juge impartial dans cette affaire?
+
+[Note 162: Madame la marquise de Causans avait quatre filles:
+
+L'aînée, mademoiselle de Causans, avait épousé M. de Sade;
+
+La seconde, Caroline de Causans, titrée comtesse de Vincens, fut
+mariée au marquis de Raigecourt;
+
+La troisième, Marie de Causans, comtesse de Mauléon, après avoir perdu
+sa mère, était entrée comme novice au Saint-Sépulcre, à Bellechasse.
+Les troubles de la Révolution mirent forcément obstacle à la
+réalisation de son projet d'entrer en religion.
+
+Elle en éprouvait d'autant plus de regrets qu'elle avait sous sa garde
+sa jeune soeur, Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, dont il est
+ici question, et qui plus tard fut mariée au comte de Schulenburg.]
+
+Si d'Ampurie n'est pas mariée dans trois ans, et qu'elle soit obligée
+d'aller à son Chapitre, vous en rapporterez-vous à ses dix-huit ans,
+pour croire qu'elle aura toujours une conduite sage, mesurée, qu'elle
+n'aura pas besoin du conseil d'une amie, d'une soeur qui lui servoit
+de mère, pour qui elle seroit parvenue à en avoir tous les sentiments?
+qu'en l'abandonnant à elle-même, vous remplirez le devoir le plus
+sacré que vous ayez jamais à remplir, celui d'une mère mourante qui
+s'en est rapportée à vous, qui vous a choisie comme celle qui pouvoit
+le plus la remplacer avec succès; d'une mère qui n'auroit certes pas
+abandonné ses enfants à toute la séduction du monde pour se livrer à
+un goût de retraite et de dévotion qu'elle n'auroit pas cru dans la
+règle? Non, mon coeur, il me sera toujours impossible de croire que
+vous remplissez votre devoir, que vous accomplissez la volonté de Dieu
+en vous consacrant à lui dans ce moment. Au nom de ce même Dieu que
+vous voulez servir d'une manière plus parfaite, consultez encore, mon
+coeur, mais consultez des gens plus éclairés, des gens qui n'aient
+aucun intérêt ni pour ni contre le parti que vous voulez prendre;
+exposez-leur votre position; laissez-vous examiner de bonne foi: vous
+seriez aussi coupable en exagérant votre désir comme en le
+dissimulant. Et, mon coeur, si, pendant votre noviciat, vous éprouvez
+la moindre peine, je vous le demande en grâce, consultez les mêmes
+personnes, ne vous en rapportez pas à ceux qui vous diroient que ce ne
+sont que des tentations; il faut les connoître, il faut les peser,
+voir si, lorsque vous serez engagée, elles ne feront pas le malheur de
+votre vie. Enfin, mon coeur, j'ose vous demander, au nom de l'amitié
+que vous avez pour moi, au nom de ce que vous avez de plus cher en ce
+monde, au nom de votre respectable mère, de ne négliger aucune des
+précautions que ceux qui vous sont attachés et qui ont des droits sur
+votre amitié pourront vous suggérer, pour vous assurer de plus en plus
+de la vérité de votre vocation. Ce sera peut-être une croix pour vous,
+mais elle vous attirera plus de grâces par la suite.
+
+Travaillez à me rassurer, mon coeur, en me parlant des épreuves
+auxquelles vous vous êtes livrée. Je ne vous parle pas de celles du
+corps: elles sont absolument nulles pour moi, parce qu'elles ne
+tiennent qu'à l'habitude; mais si vous avez combattu votre vocation;
+si vous vous sentez parfaitement calme et libre de toutes peines
+d'esprit; que ce ne soit pas avec vivacité que vous vous livriez à
+Dieu. Si votre esprit est mortifié, si vous ne vous faites pas un
+tableau parfait du couvent où vous entrez, si vous comptez y trouver
+des gens qu'il vous faudra supporter, des objets de _scandale_[163];
+car ne croyez pas, mon coeur, qu'un couvent en soit exempt aux yeux
+d'une religieuse: plus on est parfait, plus on veut rencontrer dans
+les autres les mêmes sentiments, et vous ne serez pas à l'abri de
+cette tentation; car, j'en conviens, cela en est une, mais qui devient
+une réalité par un excès d'amour de Dieu. Il est bien peu de couvents
+où la charité règne assez pour ne pas connoître ce défaut.
+
+[Note 163: Les petits défauts qui sont à peine remarqués dans le monde
+deviennent un objet de _scandale_ au couvent, où l'on doit vivre de la
+vie parfaite. Les lignes qui suivent expliquent clairement la pensée
+de Madame Élisabeth.]
+
+Enfin, mon coeur, dans quelque position que vous vous trouviez,
+comptez assez sur mon amitié et sur un vif intérêt de ma part, pour me
+parler toujours avec confiance de ce qui vous touche. J'ose dire le
+mériter, par les vrais sentiments que j'ai pour vous, et le tendre
+intérêt que m'inspireront toujours les enfants de votre respectable et
+tendre mère. Je vous embrasse et vous aime de tout mon coeur.
+
+Je vous demande en grâce de ne pas vous contenter de lire une fois ma
+lettre.
+
+ * * * * *
+
+XIV.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Versailles, le 15 juillet 1789.
+
+Que tu es aimable, mon coeur! Toutes les affreuses nouvelles d'hier
+n'avoient pu parvenir à me faire pleurer; mais la lecture de ta
+lettre, en portant de la consolation dans mon coeur par l'amitié que
+tu me témoignes, m'a fait verser bien des larmes. Il seroit bien
+triste pour moi de partir sans toi. Je ne sais pas si le Roi sortira
+de Versailles. Je ferois ce que tu désires, s'il en étoit question. Je
+ne sais pas ce que je désire sur cela. Dieu sait le meilleur parti à
+prendre. Nous avons un homme pieux à la tête du Conseil[164],
+peut-être l'éclairera-t-il! Priez beaucoup, mon coeur; ménagez-vous
+bien, ne troublez pas votre lait. Vous feriez mal, je crois, de
+sortir. Ainsi, ma petite, je fais le sacrifice de te voir. Sois
+convaincue qu'il en coûte à mon coeur. Je t'aime, ma petite, mieux que
+je ne puis le dire. Dans tous les temps, dans tous les moments, je
+penserai de même. J'espère que le mal n'est pas aussi grand que l'on
+se le figure. Ce qui me le fait croire, c'est le calme de Versailles.
+Il n'étoit pas bien sûr, hier, que M. de Launey fût pendu: on avoit
+pris, dans la journée, un autre homme pour lui. Je m'attacherai, comme
+tu me le conseilles, au char de _Monsieur_, mais je crois que les
+roues n'en valent rien. Adieu, mon coeur, je vous embrasse aussi
+tendrement que je vous aime.
+
+[Note 164: M. le baron de Breteuil.]
+
+ * * * * *
+
+XV.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Versailles, le 5 août 1789.
+
+La joie de vous savoir en bonne santé a été très-grande dans ce
+monde-ci. Les premières nouvelles que nous aurons seront encore mieux
+reçues, et par-dessus tout les quatrièmes. Dans toutes autres
+occasions, il seroit généreux de partager la joie de la petite
+baronne; mais dans celle-ci, elle ne peut pas même nous en savoir bon
+gré. Je vous ai tenu parole, mon enfant; je n'ai pas été fâchée de
+vous dire adieu; mais je ne sais pas si cela vient de là, mais je me
+sens d'une humeur de chien. Ne vous en donnez pourtant pas les gants.
+Oui, je vous le répète, et vous le répéterai et vous le dirai sans
+cesse, je suis charmée que vous alliez nourrir Henri IV dans un pays
+où l'air est plus chaud et par conséquent plus propre à l'éducation
+que vous voulez lui donner. Jouissez bien du bonheur de voir la
+petite; animez-vous l'une l'autre à tout ce qu'il est dans votre âme
+de chercher, pour fortifier votre moral, qui, étant éloigné d'un lieu
+qui vous est cher sous mille rapports, doit un peu souffrir.
+Réjouissez-vous des nouvelles que je vais vous apprendre, si vous ne
+les savez pas encore. D'abord, les ministres sont nommés et paroissent
+approuvés par le public. L'archevêque de Bordeaux[165] a les sceaux,
+celui de Vienne[166] la feuille des bénéfices, M. de la Tour du
+Pin-Paulin[167] la guerre, et le maréchal de Beauvau[168] au Conseil.
+Secondement, la nuit de mardi à mercredi, l'Assemblée a duré jusqu'à
+deux heures. La noblesse, avec un enthousiasme digne du coeur
+françois, a renoncé à tous ses droits féodaux et au droit de chasse.
+La pêche y sera, je crois, comprise. Le clergé a de même renoncé aux
+dîmes, aux casuels et à la possibilité d'avoir plusieurs bénéfices.
+Cet arrêté a été envoyé dans toutes les provinces. J'espère que cela
+fera finir la brûlure des châteaux. Ils se montent à soixante-dix.
+C'étoit à qui feroit le plus de sacrifices: tout le monde étoit
+magnétisé.
+
+[Note 165: M. Champion de Cicé. Ce prélat, député de la sénéchaussée
+de Bordeaux aux états généraux, passa un des premiers à la chambre du
+tiers, fit, le 27 juillet 1789, au nom du comité de constitution, un
+long rapport sur les droits de l'homme et sur la forme à donner au
+Corps législatif. La popularité que ces actes lui acquirent le porta à
+la place de garde des sceaux. Il contre-signa à ce titre le décret de
+la constitution civile du clergé. Il donna sa démission en novembre
+1790, époque à laquelle on déclara que les ministres avaient perdu la
+confiance de la nation. Il passa à l'étranger, revint en France le 18
+brumaire an VIII (9 novembre 1799), fut pourvu en 1802, par le premier
+consul, de l'archevêché d'Aix. Né à Rennes en 1735, il est mort en
+1810. Mademoiselle Champion de Cicé, sa soeur, avait été compromise
+dans le complot du 3 nivôse an IX (24 décembre 1800) (pour avoir donné
+asile à Carbon, dit le petit François, qui conduisait la charrette de
+la machine infernale); mais elle fut acquittée par le tribunal
+criminel de la Seine.]
+
+[Note 166: Né en 1715, ce frère de l'auteur de _Didon_, fort
+recommandable par ses lumières et ses moeurs, étant premier aumônier
+de Louis XV, répondit à ce prince qui lui demandait s'il saurait bien
+dire le _Benedicite_: «Non, Sire, près de Votre Majesté, je ne sais
+que rendre grâce.» D'abord évêque du Puy, puis archevêque de Vienne,
+il combattit les philosophes et les idéologues. Entré au conseil et
+chargé de la feuille des bénéfices, le Pape s'adressa à lui pour
+l'engager à combattre de tous ses efforts toute innovation relative au
+clergé. «Vous êtes, lui disait-il, mieux à même que tout autre de
+rendre le service éminent que je vous demande. Vous avez déjà plus
+d'une fois prouvé votre zèle à sauvegarder la saine doctrine. Le temps
+presse; il n'y a pas un moment à perdre pour sauver la religion, le
+Roi et votre patrie. Vous pourrez certainement engager Sa Majesté à
+refuser cette funeste sanction. La résistance fût-elle pleine de
+dangers, il n'est jamais permis de paroître un instant abandonner la
+foi catholique, même avec le dessein de revenir sur ses pas quand les
+circonstances auront changé.» L'archevêque était affaibli par l'âge,
+et n'avait plus assez de caractère pour faire une telle démarche. Sa
+santé périclitant de jour en jour, il s'éteignit le 29 décembre 1790,
+dans sa soixante-quinzième année.]
+
+[Note 167: La Tour du Pin (Jean-Frédéric, comte de), lieutenant
+général des armées du Roi, fut député de la noblesse de Saintes aux
+états généraux, se rangea du côté de la minorité de son ordre, et fut
+bientôt après appelé au ministère de la guerre. Le 4 août, il informa
+l'Assemblée de sa nomination, protesta de son attachement à ses
+décrets, et présenta un plan pour l'organisation de l'armée. Il donna
+sa démission avec les autres ministres dès qu'ils furent déclarés
+avoir perdu la confiance nationale. Appelé en témoignage dans le
+procès de la Reine, il rendit à cette auguste princesse la justice
+qu'elle méritait et l'entoura des respects qui lui étaient dus.
+Traduit quelques jours après elle, il monta à son tour sur le même
+échafaud. Né à Grenoble en 1728, il périt le 28 avril 1794.]
+
+[Note 168: Si le maréchal Charles-Just de Beauvau eût précédé Bayard,
+on lui eût probablement donné le surnom de cet incomparable chevalier.
+Nommé gouverneur du Languedoc, Beauvau se distingua dans ses nouvelles
+fonctions par la chaleur de son zèle à secourir les tristes victimes
+de la révocation de l'édit de Nantes, et par une persévérance que la
+crainte même d'une disgrâce ne put ébranler. Des femmes protestantes
+qui gémissaient dans les cachots durent à l'humanité du maréchal un
+adoucissement à leurs maux. Le chevalier de Boufflers, qui a fait son
+éloge, raconte la belle réponse faite par M. de Beauvau à quelqu'un
+qui lui adressait une observation à ce sujet: «Le Roi, monsieur, est
+maître de m'ôter le commandement qu'il m'a donné, mais non de
+m'empêcher de remplir mes devoirs selon ma conscience et mon
+honneur.»--Né à Lunéville le 10 septembre 1720, le maréchal de Beauvau
+mourut à Paris le 21 mai 1793.]
+
+Il n'y a jamais eu tant de joie et de cris. On doit chanter un _Te
+Deum_ à la chapelle et donner au Roi le titre de Restaurateur de la
+liberté françoise. On a aussi parlé d'abolir les engagements
+perpétuels, et la noblesse a renoncé aux places, pensions, etc. Cet
+article n'est pourtant pas totalement passé. Je crois, mon coeur, que
+vous serez assez contente des bonnes nouvelles que je vous apprends.
+Je n'ose pas me flatter que mes lettres soient toujours aussi
+intéressantes.
+
+Votre mère, que je quitte dans l'instant....
+
+ * * * * *
+
+XVI.
+
+A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC.
+
+ 16 octobre 1789.
+
+Je ne puis résister, Monsieur, au désir de vous donner moi-même de
+mes nouvelles. Je sais l'intérêt que vous voulez bien y prendre; je ne
+doute pas qu'il ne me porte bonheur. Croyez qu'au milieu du trouble et
+de l'horreur qui nous poursuivent, j'ai bien pensé à vous, à la peine
+que vous éprouviez, et que j'ai eu une grande consolation en voyant
+votre écriture. Ah! Monsieur, quelles journées que celles du lundi et
+du mardi[169]! Elles ont fini pourtant beaucoup mieux que les cruautés
+qui s'étoient passées dans la nuit ne pouvoient le faire croire. Une
+fois entrés dans Paris, nous avons pu nous livrer à l'espérance,
+malgré les cris désagréables que nous entendions autour de la voiture:
+ceux de _Vive le Roi! vive la Nation!_ étoient les plus forts. Une
+fois à l'hôtel de ville, ceux de _Vive le Roi!_ furent les seuls qui
+se firent entendre. Les propos de ceux qui entouroient notre voiture
+étoient les meilleurs possibles. La Reine, qui a eu un courage
+incroyable, commence à être mieux vue par le peuple. J'espère qu'avec
+le temps, une conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour des
+Parisiens, qui n'ont été que trompés. Mais les gens de Versailles,
+Monsieur! Avez-vous jamais vu une ingratitude plus affreuse? Non, je
+crois que le Ciel, dans sa colère, a peuplé cette ville de monstres
+sortis des enfers. Qu'il faudra de temps pour leur faire sentir leurs
+torts! Et si j'étois roi, qu'il m'en faudroit pour croire à leur
+repentir! Que d'ingrats pour un honnête homme! Croiriez-vous bien,
+Monsieur, que tous nos malheurs, loin de me ramener à Dieu, me donnent
+un véritable dégoût pour tout ce qui est prière. Demandez au Ciel pour
+moi la grâce de ne pas tout abandonner. Je vous le demande en grâce;
+et prêchez-moi un peu, je vous prie: vous savez la confiance que j'ai
+en vous. Demandez aussi que tous les revers de la France fassent
+rentrer en eux-mêmes ceux qui pourroient peut-être y avoir contribué
+par leur irréligion. Adieu, Monsieur, croyez à toute l'estime que j'ai
+pour vous, et au regret que j'ai d'en être éloignée.
+
+[Note 169: 5 et 6 octobre.]
+
+La personne qui vous remettra cette lettre se chargera de la réponse.
+
+ * * * * *
+
+XVII.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Ce 8 décembre 1789.
+
+Je suis bien aise, mademoiselle Bombelinette, que vous ayez reçu ma
+lettre, puisqu'elle vous a fait plaisir, et je lui sais très-mauvais
+gré d'avoir été si longtemps en chemin. La vôtre a été beaucoup plus
+aimable. Vous ne pouvez pas vous faire une idée du bruit qu'il y a eu
+aujourd'hui à l'Assemblée. Nous entendions les cris en passant sur la
+terrasse des Feuillants. Cela faisoit horreur. On vouloit revenir sur
+un décret qui avoit passé samedi, non-seulement par assis et levé,
+mais encore par l'appel nominal. La même chose est arrivée ce matin,
+et il faut espérer que l'on ne reviendra plus sur ce décret, qui me
+paroît fort raisonnable: vous l'apprendrez par les gazettes.
+
+Je ne mets point du tout de courage à ne point parler de Montreuil.
+Vous voulez, mon coeur, juger trop avantageusement de moi. Mais c'est
+qu'apparemment je n'y pensois pas lorsque je t'ai écrit. J'en ai
+souvent des nouvelles. Jacques vient tous les jours m'apporter ma
+crème. Flury[170], Coupry[171], Marie[172] et madame Du Coudray
+viennent me voir de temps en temps. Tout cela a l'air de m'aimer
+toujours; et M. Huret, que j'oubliois, n'est pas bien mal..... Venons
+maintenant à la maison. Le salon se meubloit lorsque je l'ai quitté.
+Il étoit disposé à être fort agréable. Jacques est dans son nouveau
+logement. Madame Jacques est grosse, et toutes mes vaches le sont
+aussi. Il y a en ce moment un veau qui vient de naître. Pour les
+poules, je ne vous en parlerai pas, parce que je les ai un peu
+délaissées. Je ne sais si vous aviez vu mon petit cabinet du fond
+meublé. Il est bien joli. Ma bibliothèque est presque finie. Pour la
+chapelle, Corille est tout seul à y travailler; tu juges si cela va
+vite. C'est même par charité pour lui que j'ai permis qu'il continuât
+à y mettre un peu de plâtre. Comme il y est tout seul, cela ne peut
+pas être compté comme une dépense. Je suis fâchée de ne pas y aller,
+tu le croiras facilement; mais les chevaux sont pour moi une bien plus
+grande privation. Cependant, comme je ne puis pas en faire usage, j'y
+pense le moins possible; mais je sens qu'à mesure que mon sang se
+calme, cette privation se fait plus sentir; j'en aurai plus de plaisir
+lorsque je pourrai satisfaire mon goût. Et ce pauvre Saint-Cyr, ah! il
+est bien malheureux! J'ai reçu hier une lettre charmante de
+Draquelonde; je leur parlerai de toi demain, car je compte y écrire.
+Te souviens-tu de Croisard, le fils de la femme de garde-robe de ma
+soeur? Eh bien, il est aujourd'hui attaché à mes pas en qualité de
+capitaine. Je dis _attaché_, parce que l'on ne nous quitte pas plus
+que l'ombre ne fait le corps. Ne crois pas que cela me contrarie.
+Comme mes courses ne sont pas variées, cela m'est bien égal. Au reste,
+je me promène tant que je peux. Sois bien tranquille: encore ce matin
+j'ai marché pendant une grande heure.
+
+[Note 170: Concierge de la maison Élisabeth.]
+
+[Note 171: Maître jardinier, mort le 8 nivôse an II (28 décembre
+1793).]
+
+[Note 172: Marie Magnin, femme de Jacques Bosson.]
+
+Minette et sa mère étoient à Chartres depuis longtemps. Elles y sont
+toujours. La fille dit qu'elle s'ennuie; je ne le crois pas trop,
+parce qu'elle y est plus distraite qu'à Versailles. Elle m'écrit assez
+souvent. Elle m'a mandé hier qu'elle avoit été à confesse, et que cela
+l'avoit tout soulagée, qu'elle vouloit y aller souvent. Je souhaite
+que cela soit vrai. As-tu déjà fait une nouvelle connoissance, et
+comment t'en trouves-tu? Ton curé n'est point content de ce que nous
+avons quitté Versailles. Adieu, ma chère petite; je t'aime et
+t'embrasse de tout mon coeur. Tu es bien gentille d'aimer beaucoup la
+Princesse, qui te le rend bien!
+
+ * * * * *
+
+XVIII.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Paris, ce 20 février 1890.
+
+Tu n'auras qu'un mot de moi, ma pauvre Bombe; j'ai été avertie trop
+tard qu'il y avoit une occasion, et puis j'ai la tête et le coeur si
+pleins de la journée d'hier, que je n'ai pas trop la possibilité de
+penser à autre chose: le pauvre M. de Favras, dont tu as peut-être
+connu l'affaire par les journaux, a été pendu hier. Je souhaite que
+son sang ne retombe pas sur ses juges; mais personne (à l'exception du
+peuple et de cette classe d'êtres auxquels on ne peut pas donner le
+nom d'hommes, tant ce seroit avilir l'humanité) ne comprend pourquoi
+il a été condamné. Il a eu l'imprudence de vouloir servir son Roi,
+voilà son crime. J'espère que cette injuste exécution fera l'effet des
+persécutions, et que de ses cendres il renaîtra des gens qui aimeront
+encore leur patrie et qui la vengeront des traîtres qui la trompent.
+J'espère aussi que le Ciel, en faveur du courage qu'il a témoigné
+pendant quatre heures qu'il a été à l'hôtel de ville avant son
+exécution, lui aura pardonné ses péchés. Priez Dieu pour lui, mon
+coeur: vous ne pourrez pas faire une plus belle oeuvre. Du reste,
+l'Assemblée est toujours la même: les monstres en sont les maîtres.
+Enfin, le croirois-tu? le Roi n'aura pas encore toute la puissance
+exécutrice nécessaire pour qu'il ne soit pas absolument nul dans son
+royaume. Depuis quatre jours, l'on s'occupe de faire une loi pour
+apaiser les troubles, eh bien! ils ne cessent de s'occuper d'autres
+choses beaucoup moins essentielles pour le bonheur des hommes. Enfin,
+Dieu récompensera les bons dans le Ciel, et punira ceux qui trompent
+le peuple, le Roi, et tous ceux qui, par la droiture de leur
+caractère, ne peuvent pas se résoudre à voir le mal tel qu'il est.
+
+Adieu, ma petite, je me porte bien, je t'aime bien; fais-en autant,
+pour l'amour de ta Princesse, et espérons en un temps plus heureux.
+Ah! comme nous en jouirons! J'embrasse tes petits enfants de tout mon
+coeur.
+
+Tu sais le règlement fait pour les moines et les religieux. N'en dis
+rien à personne, mais l'on dit qu'il sortira bien des gens des
+couvents, et même de religieuses. J'espère que la maison de Saint-Cyr
+n'éprouvera pas de changement. Mais son sort n'est pas encore décidé.
+
+Ta mère se porte bien.
+
+ * * * * *
+
+XIX.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Paris, ce 1er mai 1790.
+
+Tu es bien plus parfaite que moi; tu crains _la guerre civile_; moi,
+je t'avoue que je la regarde comme nécessaire: premièrement, je crois
+qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est divisé en
+deux partis, et que le parti le plus foible n'obtient la vie sauve
+qu'en se laissant dépouiller, il m'est impossible de ne pas appeler
+cela une guerre civile. De plus, jamais l'anarchie ne pourra finir
+sans cela; et je crois que plus on retardera, plus il y aura de sang
+répandu. Voilà mon principe. Il peut être faux; cependant, si j'étois
+roi, il seroit mon guide, et peut-être éviteroit-il de grands
+malheurs. Mais comme, Dieu merci, ce n'est pas moi qui gouverne, je
+me contente, tout en approuvant les projets de mon frère, de lui dire
+sans cesse qu'il ne sauroit être trop prudent et qu'il ne faut rien
+hasarder.
+
+Je ne suis pas étonnée que la démarche que le Roi a faite le 4 février
+lui ait fait un grand tort dans l'esprit des étrangers. J'espère
+pourtant qu'elle n'a pas découragé nos alliés, et qu'ils auront enfin
+pitié de nous. Notre séjour ici nuit beaucoup aux affaires. Je
+voudrois pour tout au monde en être dehors, mais c'est bien difficile.
+Cependant, j'espère que cela viendra. Si j'ai cru un moment que nous
+avions bien fait de venir à Paris, depuis longtemps j'ai changé
+d'avis; mais, mon coeur, si nous avions su profiter du moment, croyez
+que nous aurions fait beaucoup de bien. Mais il falloit avoir de la
+fermeté; mais il falloit ne pas avoir peur que les provinces se
+fâchassent contre la capitale; il falloit affronter les dangers: nous
+en serions sortis vainqueurs.
+
+ * * * * *
+
+XX.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Paris, ce 18 mai 1790.
+
+Tu auras vu par les papiers publics, ma chère enfant, qu'il avoit été
+question de ton mari à l'Assemblée, mais tu auras su en même temps que
+l'on n'avoit pas seulement écouté M. de Lameth. Ainsi, mon coeur, cela
+ne doit pas t'inquiéter. Il y avoit quelqu'un qui, à propos du
+discours de M. de Lameth, disoit qu'apparemment il craignoit que ton
+mari ne rendît Venise aristocrate, puisqu'il ne vouloit pas qu'il y
+restât. J'ai trouvé ce propos charmant. Ta mère, qui assurément n'est
+pas froide sur tes intérêts, n'est point agitée de ce qui s'est passé.
+Ainsi, mon coeur, laisse gronder l'orage sans te troubler.
+
+Je t'envoie une lettre pour une femme que tu dois voir dans peu. Tu me
+manderas comment tu l'auras trouvée. Je te vois d'ici te changeant
+toutes les deux en fontaines. Dis à sa nièce bien des choses de ma
+part sur la perte qu'elle vient de faire. Et puis, parle beaucoup,
+avec le mari, de son corps, et tu seras aussi heureuse qu'il soit
+possible de l'être dans ce moment-ci. Pour moi, j'éprouve une vraie
+jouissance lorsque j'en reconnois quelques-uns dans les galeries.
+
+Nous sommes enfin sortis de notre tanière. Le Roi va, je crois, monter
+à cheval pour la troisième fois, et moi j'y ai déjà monté une. Je n'ai
+pas été très-lasse, et je compte recommencer vendredi. Je vais ce
+matin à Bellevue. J'ai le besoin de voir un jardin anglois, et j'y
+vais pour cela. Pendant ce temps-là, l'Assemblée s'occupera d'ôter au
+Roi le droit de faire la paix ou la guerre. Bientôt, je pense qu'on
+lui ôtera le droit de porter sa couronne, car c'est à peu près tout ce
+qui lui reste. Tu sais sans doute ce qui se passe en Dauphiné et dans
+les provinces adjacentes. La mort de De Bossette fait horreur.
+Qu'est-ce qu'il étoit au mari de ta nièce? Adieu, ma petite, je
+t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. Comment va ton petit monstre
+d'Henri?
+
+J'oubliois de te parler de la raison de ton mari. J'en suis édifiée,
+touchée et enchantée. Je voudrois savoir ta réforme faite, parce que
+c'est toujours un moment désagréable.
+
+ * * * * *
+
+XXI.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Ce 27 juin 1790.
+
+Il y a longtemps que je ne vous ai écrit, ma petite Bombelinette.
+Aussi je prends ce soir les avances, afin de n'être pas prise au
+dépourvu par la poste, comme il arrive souvent lorsque l'on a assez de
+goût pour la sainte paresse. Je ne vous parlerai pas de tous les
+décrets que l'on rend à la journée, et surtout de celui d'un certain
+samedi dont je ne sais plus le quantième. Il afflige peu des personnes
+qu'il attaque, mais bien les malveillants et ceux qui l'ont rendu, car
+il est devenu le sujet de la dissipation des sociétés. Pour moi,
+j'espère bien m'appeler mademoiselle Capet, ou Hugues, ou Robert, car
+je ne crois pas que je puisse prendre le véritable, celui de France.
+Cela m'amuse beaucoup; et si ces messieurs vouloient ne rendre que de
+ces décrets-là, je joindrois l'amour au profond respect dont je suis
+pénétrée pour eux. Tu trouveras mon style un peu léger, vu la
+circonstance; mais comme il ne contient pas de contre-révolution, tu
+me le pardonneras. Loin d'y penser, nous allons nous réjouir dans
+quinze jours avec toutes les milices du Royaume pour célébrer les
+fameuses journées du 14 et du 15 juillet, dont peut-être tu as entendu
+parler. On apprête le Champ de Mars. Il pourra contenir six cent mille
+âmes. J'espère, pour leur salut et pour le mien, qu'il ne fera pas le
+chaud qu'il a fait la semaine passée; car je crois que la messe que
+nous entendrons en ce moment pourroit être mal entendue, vu que, pour
+ma part, avec l'amour que j'ai pour le chaud, je crois que j'y
+crèverois. Sans cela, j'espère bien n'y pas laisser mon pauvre corps,
+qui pourroit bien, en quittant cet endroit, ne pas se rafraîchir de
+quelque temps; mais au contraire j'espère bien le ramener tout comme
+il y aura été. Pardonne-moi toutes ces bêtises; mais j'ai tant étouffé
+la semaine passée, et à la revue de la milice, et dans mon petit
+appartement, que j'en suis encore toute saisie. Et puis, il faut bien
+rire un peu, cela fait du bien. Madame d'Aumale me disoit toujours,
+dans mon enfance, qu'il falloit rire, que cela dilatoit les poumons.
+
+J'achève ma lettre à Saint-Cloud. Me voilà rétablie dans le jardin,
+mon écritoire ou mon livre à la main; et là je prends patience et des
+forces pour le reste de ce que j'ai à faire. Ta mère, que je viens de
+quitter, se porte très-joliment. Adieu, je t'aime et t'embrasse de
+tout mon coeur. As-tu sevré ton petit monstre, et comment t'en
+trouves-tu?
+
+ * * * * *
+
+XXII.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Ce 10 juillet 1790.
+
+J'ai reçu ta lettre par ce Monsieur qui est retourné à Venise, mais
+trop tard pour y pouvoir répondre, en ayant une autre à écrire plus
+pressée. Nous touchons, ma chère enfant, comme le dit la chanson, au
+moment de la crise de la Fédération. Elle aura lieu mercredi; je suis
+bien convaincue qu'il ne s'y passera rien de très-fâcheux. M. le duc
+d'Orléans n'est pas encore ici, peut-être y sera-t-il ce soir ou
+demain; peut-être ne reviendra-t-il jamais. J'ai l'opinion que c'est à
+peu près indifférent. Il est tombé dans un tel mépris que sa présence
+sera cause de peu de mouvement. L'Assemblée paroît décidément séparée
+en deux partis, celui de M. de La Fayette et celui de M. le duc
+d'Orléans, autrement appelé celui des Lameth. Je dis cela parce que le
+public le croit; moi j'ai l'opinion qu'ils ne sont pas aussi mal
+ensemble qu'ils veulent le paroître. Que cela soit ou que cela ne soit
+pas, il paroît que celui de M. de La Fayette est beaucoup plus
+considérable, et cela doit être un bien, parce qu'il est moins
+sanguinaire, et paroît vouloir servir le Roi en consolidant l'ouvrage
+immortel dont Target[173] accoucha le 4 février de l'an 90.
+
+[Note 173: Target passait avec raison pour le membre le plus actif du
+comité de la constitution. Aussi dans le monde n'était-il question que
+des couches de Me Target. On publia _cinq bulletins des couches de Me
+Target, père et mère de la constitution des ci-devant François, conçue
+aux Menus, présentée au Jeu de paume et née au Manège._]
+
+Toutes les réflexions que tu fais sur le séjour du [Roi] sont
+très-justes, il y a longtemps que j'en suis convaincue; celles qui
+suivent sont bonnes à suivre, sont même nécessaires. Mais de tout cela
+il n'en sera rien, à moins que le Ciel ne s'en mêle. Prie-le bien fort
+pour cela, car nous en avons grand besoin. Cela me fait bien de la
+peine, parce que j'ai une certaine frayeur que l'ennui ne gagne tant
+que l'on ne puisse résister au désir de s'amuser un peu, et d'une
+manière qui peut être ou fort utile ou fort malheureuse pour
+l'éternité. Le choix est difficile à faire dans deux choses aussi
+rapprochées que celles-là, quoiqu'au premier coup d'oeil elles
+paroissent fort dissemblables. Mais ton esprit est si fin, si juste,
+qu'il apercevra sans peine le point qui les unit sans que je me donne
+la peine de le démontrer. Si tu me trouves le sens commun, il faut
+convenir que tu seras bien indulgente.
+
+L'Assemblée a décrété hier que le Roi seroit seul avec elle dans la
+Fédération, le président à sa droite; le reste de sa famille sera, je
+crois, aux fenêtres de l'École militaire. Le Roi avoit désiré d'en
+être entouré; mais, comme de raison, on n'a pas pris garde aux désirs
+de celui qui n'a de pouvoir que celui que la Nation lui délègue. Tu
+sais que j'ai le bonheur de connoître beaucoup un des membres de cette
+auguste famille du siècle passé; eh bien, je vous fais part que tout
+cela lui est bien égal: elle n'en est affligée que par rapport à la
+Reine, pour qui c'est un soufflet donné à tour de bras, et d'autant
+mieux appliqué qu'il a été ménagé de loin, et que jusqu'au dernier
+moment on avoit dit au Roi que le contraire passeroit.
+
+Je suis fâchée de penser que tu n'es plus à la campagne, parce que
+cela te fait du bien et du plaisir; mais je suis bien édifiée de ta
+résignation et de ton amour pour tes devoirs. J'espère que tes enfants
+te ressembleront et serviront Dieu et leur maître comme de bons
+chrétiens, et tes enfants doivent servir l'un et l'autre, ayant de si
+bons exemples sous leurs yeux. A propos, je suis bien fâchée que ma
+phrase t'ait déplu, ce n'étoit pas mon intention, comme tu peux bien
+l'imaginer. Je n'ai pensé qu'au temps qu'il y avoit que ton mari ne
+s'étoit occupé de ce métier qui demande un peu de pratique, surtout
+s'il le suivoit dans la position où il est[174]. Mais je te fais
+réparation, et te dirai que je suis convaincue que le zèle que
+certainement il y mettroit pourroit suppléer à ce qui lui manqueroit
+de science, si par hasard il en avoit perdu. Mais je ne puis te
+dissimuler que, malgré la grandeur de tes sentiments, je ne me soucie
+point du tout que ton mari soit appelé. J'ajouterai que je ne crois
+pas qu'il le doive en conscience, parce que son sort est fixé et qu'il
+ne peut le changer sans tout abandonner de bonne volonté ou de force.
+Pèse encore cette réflexion, et sois bien convaincue que je n'ai
+jamais eu le désir de te faire de la peine, notre amitié est trop
+vraie pour que tu puisses en douter. Tes parents se portent bien. Je
+t'embrasse de tout mon coeur; je suis bien fâchée de ce que tu me
+mandes de Font. J'espère que tu te trompes; si cela étoit, que nous
+serions ou bêtes ou malheureuses! etc. Mais plus j'y réfléchis, ainsi
+qu'à ses propos, et moins je le crois.
+
+[Note 174: «Il étoit question de m'employer militairement à la suite
+de M. le comte d'Artois, et Madame Élisabeth le voyoit avec peine.»
+(_Note du marquis de Bombelles._)]
+
+M. de N., je crois, n'avoit pas besoin des conseils de l'homme dont tu
+me parles pour le rejoindre. Je crois que l'autre n'auroit pas
+souffert un séjour plus long, mais c'est toujours fort bien à lui de
+l'avoir senti. S'il pouvoit de même se persuader de rester toujours où
+il est avec l'autre, cela seroit bien heureux pour tout le monde.
+
+ * * * * *
+
+XXIII.
+
+LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Ce 16 août 1790.
+
+Eh bien, ma Bombe, tu es en colère contre moi; tu aurois raison si
+j'avois tort, mais, en conscience, je ne puis pas en convenir. Le
+Monsieur qui t'a apporté une lettre de ta mère en a, je crois, une de
+moi que je charge une autre personne de te remettre, ou si ce n'est
+pas lui, tu en recevras une du même temps; du moins il me semble
+qu'autant que je puis m'en ressouvenir, voilà la raison pour laquelle
+je ne lui en ai pas donné. Si je me trompe, et que je ne t'aie pas
+écrit du tout, c'est sûrement la faute du temps qui me manquoit; car
+tu sais bien que, dans tous les moments, je serai bien aise de causer
+à mon aise avec toi, et que celui-ci étant encore plus intéressant, je
+ne le laisserai pas échapper. Au reste, pour obtenir tout à fait mon
+pardon, je te promets de t'écrire par la première occasion, si
+pourtant j'ai quelque chose à te mander; car je ne crois pas que vous
+désiriez que je vous fasse des contes.
+
+Je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas encore reçu ton élixir, car
+Raigecourt te l'a envoyé il y a déjà quelque temps. Elle est à la
+campagne dans ce moment-ci, avec son mari, dans une nouvelle terre
+qu'ils ont achetée. Elle est agréable; mais ne pouvant en jouir pour
+Stani, elle lui fait beaucoup moins de plaisir. Je suis bien aise que
+ton pauvre Henry ne te donne plus d'inquiétude. La description que tu
+me fais de ta campagne fait bien envie. Jouissez-en bien, mon enfant;
+ne vous occupez point d'idées qui puissent rendre nul le bonheur que
+la nature vous offre. Joignez-y le véritable, celui d'une conscience
+bien pure, d'un coeur bien rempli de l'objet qui seul peut consoler
+dans les maux qui accablent notre patrie, et tu pourras te vanter
+d'être philosophe, et philosophe chrétien, bien loin des principes de
+tes anciens amis, que l'expérience doit te faire juger avec des yeux
+moins indulgents.
+
+La mère Bastide vient de terminer sa longue carrière avec le calme
+qu'elle a eu toute sa vie. Je l'ai vue depuis sa mort, elle n'étoit
+pas du tout changée. C'est bien jaune un cadavre, mais cela ne fait
+pas trop d'horreur. Je ne sais plus si tu en as vu, je ne crois pas, à
+moins que cela ne fût la mère Beaugeard[175].
+
+[Note 175: Mère de M. Beaugeard, secrétaire des commandements de la
+Reine _pour les années paires_.]
+
+Nous sommes toujours à Saint-Cloud, toujours dans la même position,
+attendant avec résignation ce que le Ciel nous réserve. Bonsoir, ma
+chère Bombe; je t'embrasse de tout mon coeur, je t'aime beaucoup, et
+je voudrois bien être avec toi dans un petit coin de ta campagne.
+Bitche pense-t-il toujours à moi?
+
+ * * * * *
+
+XXIV.
+
+A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[176].
+
+[Note 176: La reproduction de cette lettre et de la suivante est
+interdite.]
+
+ Ce 29 août 1790.
+
+J'ai reçu votre lettre, mon coeur; elle m'a bien touchée; je n'ai
+jamais douté de vos sentiments pour moi, mais les marques que vous
+m'en donnez me font grand plaisir. Il m'auroit été infiniment agréable
+de vous revoir cet automne, mais je sens la position de votre mari, et
+je consens très-fort au projet qu'il a formé de passer l'hiver en pays
+étranger. Je vous avoue même que votre position me le fait désirer: ce
+pays-ci est tranquille, mais d'un moment à l'autre il peut ne l'être
+plus. Vous êtes trop vive pour vous exposer à faire vos couches dans
+un lieu où l'on peut craindre chaque jour quelque mouvement; votre
+santé n'y résisteroit pas; de plus, avec cette disposition-là, les
+suites de vos couches seroient beaucoup plus fâcheuses. Faites toutes
+ces réflexions pour vous aider, mon coeur, à faire le sacrifice que la
+fortune de votre mari et sa position vis-à-vis de sa mère vous
+obligent de faire. Si de vous dire que je l'approuve peut en effet
+vous le faire un peu mieux supporter, je vous le répéterai sans cesse;
+mais, mon coeur, ce que je ne saurois trop vous répéter, et que je
+voudrois que vous eussiez gravé dans le coeur et dans l'esprit, c'est
+que ce moment-ci doit être décisif pour votre bonheur et votre
+réputation. Vous allez être livrée à vous-même, dans un pays étranger,
+ne pouvant recevoir de conseil que de vous-même. Peut-être y
+rencontrerez-vous des Parisiens dont la réputation ne soit pas
+très-bonne: il est bien difficile dans un autre pays de ne pas voir
+ses compatriotes; mais ne les voyez qu'avec une telle prudence, réglez
+tellement vos démarches sur la raison, que nul ne puisse tenir un
+propos sur vous. Surtout, mon coeur, cherchez à plaire à votre mari;
+quoique vous ne m'ayez jamais parlé de lui, je le connois assez pour
+savoir qu'il a de bonnes qualités, mais qu'il peut en avoir qui ne
+vous plaisent pas autant. Faites-vous la loi de ne jamais vous arrêter
+sur celles-là, et surtout de ne jamais permettre que l'on vous en
+parle; vous le lui devez, vous vous le devez à vous-même. Cherchez à
+fixer son coeur: si vous le possédez bien, vous serez toujours
+heureuse. Rendez-lui sa maison agréable, qu'il y retrouve toujours une
+femme empressée à lui plaire, occupée de ses devoirs, de ses enfants,
+et vous gagnerez par là sa confiance; et si une fois vous l'avez bien,
+vous ferez, avec l'esprit que le Ciel vous a donné, et un peu
+d'adresse, tout ce que vous voudrez. Mais, ma chère enfant, songez
+avant tout à sanctifier toutes vos bonnes qualités par un grand amour
+pour Dieu; pratiquez votre religion, vous y trouverez une force, des
+ressources dans toutes vos peines, des consolations qu'elle seule peut
+faire goûter. Ah! y a-t-il un bonheur plus grand que celui d'être
+toujours bien avec sa conscience? Conservez-le, ce bonheur, et vous
+verrez que les tourments de la vie sont bien peu de chose comparés
+avec les tourments qu'éprouvent les gens livrés à toutes les passions.
+Que la dévotion de votre belle-mère ne vous en dégoûte pas: il est des
+gens à qui le Ciel n'accorde pas la grâce de la connoître sous son
+vrai jour; il faut prier que le Ciel l'éclaire. Je suis bien aise que
+votre mari connoisse ses défauts, mais je serois fâchée que par des
+plaisanteries ou autrement vous les lui fassiez remarquer. Pardon, mon
+coeur, de tout mon bavardage; mais je vous aime trop pour ne pas vous
+dire tout ce que je crois utile à votre bonheur. Vous me dites, avec
+toute l'amabilité dont vous êtes capable, que si vous valez quelque
+chose vous me le devez; prenez-y garde, c'est m'encourager à vous
+ennuyer encore.
+
+Mandez-moi si vous avez reçu une lettre de moi, que je vous ai écrite
+peu de jours après la Fédération; il y en avoit une pour votre
+belle-mère: comme c'est une occasion, elle a été longtemps en chemin.
+Adieu, mon coeur, écrivez-moi tant que vous en aurez le désir. Si vous
+avez besoin d'ouvrir votre coeur, ouvrez-le-moi, et croyez que vous ne
+pouvez pas vous adresser à quelqu'un qui vous aime plus tendrement que
+moi. Vous me manderez votre adresse. J'oubliois de vous répondre pour
+M. d'A. Ne pouvant, vu la position de mes affaires, rien faire pour
+lui dans ce moment, je désire que vous priiez la personne qui vous en
+a parlé, s'il se trouvoit dans une position plus critique, qu'il est
+toujours à craindre que les circonstances amènent, de vous le mander;
+pour lors je ferois ce qu'il me seroit possible, et cela seroit plus
+naturel que de leur envoyer de but en blanc, je craindrois que leur
+amour-propre n'en fût choqué. Dites à votre mari de ma part que
+j'espère que votre économie, et la sienne, fera qu'au printemps je
+pourrai avoir le plaisir de vous voir. Recommandez-lui aussi de me
+donner de vos nouvelles dès que vous serez accouchée. J'embrasse vous
+et votre fils de tout mon coeur.
+
+Dites bien des choses à votre belle-mère; je lui écrirai dans peu.
+Bombe se porte bien. Je suis bien fâchée que le mariage de Pauline ne
+se fasse pas.
+
+ * * * * *
+
+XXV.
+
+A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS.
+
+ Ce 27 septembre 1790.
+
+Te voilà donc à Genève, mon coeur, te voilà à seize lieues de tes
+parents, et ne pouvant pas y aller; je conçois la peine que cela te
+fait, mais je suis enchantée du courage que tu y as mis. Qu'il est
+bien fait d'éviter par des plaintes inutiles de mettre du froid,
+souvent de l'humeur, dans le ménage: une femme doit tout sacrifier
+pour que la paix y règne, et voilà ce que Démon commence à sentir;
+cela me fait un plaisir extrême, car j'aime Démon de tout mon coeur;
+je désire la voir heureuse, mais je veux par-dessus tout la savoir
+remplissant bien tous ses devoirs, ayant une bonne conduite, ferme et
+réfléchie, qui la mette dans le cas de n'avoir jamais de remords; et
+pour lors je serai assurée de son bonheur, parce qu'il consiste,
+par-dessus tout, dans la paix de la conscience, et qu'avec l'aide de
+Dieu, lorsque la conscience ne reproche rien, on supporte facilement
+les peines et les contrariétés dont ce monde est semé. Je ne vous
+gronderai pas, mon petit Démon, d'avoir le coeur serré, il est des
+occasions où il est difficile de lui faire violence, mais j'espérerai
+toujours qu'un courage chrétien vous mettra dans le cas de ne pas le
+montrer. Votre devoir vous fait la loi de respecter les volontés de
+votre mari, soumettez-vous-y, et n'employez jamais vis-à-vis de lui
+d'autres armes que celles de la persuasion.
+
+Non, mon coeur, jamais je ne pourrai assimiler vos sentiments avec
+ceux de la personne dont vous me parlez; je ne doute pas de votre
+attachement, j'aime à croire que vous ne changerez jamais, et me fais
+un plaisir de penser que sous tous les rapports votre conduite me
+mettra dans le cas de vous aimer toujours. Ce seroit une vraie peine
+pour moi d'être obligée de changer; mais, mon coeur, si vous mettez
+quelque prix à mon amitié, songez que c'est à votre bonne conduite que
+vous la devrez. Si vous trouvez une occasion, mandez-moi, je vous en
+prie, ce qui vous a fait quitter si brusquement les Fraises; si vous
+avez eu quelques torts de vivacité, ayez la bonne foi de me les
+avouer, et mandez-moi un peu comment vous êtes avec votre mari. Si je
+vous fais des questions indiscrètes, pardonnez-les, mon coeur, à
+l'intérêt que je prends à tout ce qui vous touche. Vous ferez bien de
+nourrir votre fille (car je suis convaincue que vous en aurez une);
+ménagez-vous bien, calmez votre sang autant que possible, n'exagérez
+en rien l'éducation physique que vous lui donnerez, suivez les
+conseils des gens sages et éclairés, et surtout apprenez à tenir un
+enfant, car au premier jour vous l'étoufferez si vous n'avez pas plus
+de talent que vous n'en aviez pour Stani[177]. Il est bien gentil de
+penser à moi; j'espère que ta petite m'aimera un peu, à l'exemple de
+son frère.
+
+[Note 177: Stanislas, l'aîné de ses enfants, filleul de _Monsieur_ et
+de Madame Élisabeth.]
+
+Que vous faites bien, mon coeur, de ne chercher à vous lier qu'avec
+des femmes raisonnables! Rien de plus dangereux pour une jeune
+personne que des femmes qui n'ont pas de très-bons principes, rien ne
+les perd plus vite. Adieu, mon coeur, je vous embrasse bien
+tendrement; donnez-moi souvent de vos nouvelles.
+
+A propos, j'oubliois de vous dire que l'on est très-sévère pour la
+femme dont nous parlions plus haut; ses principes du moment sont
+mauvais, mais je crois sa conduite intérieure intacte; elle est
+inconséquente, voilà ce qui la perdra de réputation, mais je crois
+pouvoir répondre que son coeur est pur et droit.
+
+ * * * * *
+
+XXVI.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 2 décembre 1790.
+
+Je profite, ma Bombe, du départ de l'ambassadeur[178] pour causer un
+petit moment avec toi, pour gémir sur les malheurs de ma patrie et sur
+le peu de remède qui se présente. La religion plus attaquée que jamais
+me donne lieu de craindre que Dieu ne nous abandonne totalement. On
+dit que les provinces souffrent avec peine l'exécution des décrets sur
+la cessation du service divin dans les cathédrales, mais avec cela
+elles sont fermées. Il en est ainsi de tout: on gémit, mais le mal ne
+s'en opère pas moins. De temps en temps la Providence nous ménage
+quelques rayons d'espoir, mais leur lumière est bien vite effacée.
+Mais ne nous livrons pas à des idées si tristes, parlons de l'oncle de
+la petite-fille de Vitry[179] que tu connois. Sa position est toujours
+critique; il paroît que son commerce se remettroit si ses parents
+vouloient l'aider, mais il a affaire à des gens peu confiants, et ce
+défaut-là est tellement dans leur caractère, qu'ils ne confieroient
+pas la moindre lettre de change aux gens les plus habiles pour la
+faire valoir. J'en ai encore la triste expérience sous mes yeux, et
+cela me fait de la peine, parce que tu sais combien je m'intéresse à
+eux. Et puis, je sens que l'oncle doit être fatigué et ennuyé à
+l'excès de voir sa maison de banque ruinée. Il pouvoit chercher
+d'autres amis que ses parents pour demander conseil, et comme la plus
+grande partie de l'héritage qu'il attend vient d'eux, il seroit ruiné
+à pure perte. Tout cela est affligeant. De tout côté, l'on voit des
+familles dans la désolation, pour les affaires publiques et
+particulières. Bon Dieu, dans quel temps nous avez-vous fait naître!
+Moi qui, il y a quelques années, me réjouissois de n'être pas née dans
+le siècle passé! Grand Dieu! que les lumières des hommes sont bornées,
+même dans les choses qui paroissent les plus simples!
+
+[Note 178: M. de Bombelles retournait à son poste.]
+
+[Note 179: L'Empereur. (_Note de M. de Bombelles._)]
+
+Je n'ai pas été inquiète, comme je l'aurois pu, des dangers qu'a
+courus mon frère; tu sais qu'en général je ne crois au mal que
+lorsqu'il est fait. J'ai conservé ce caractère, quoiqu'une triste
+expérience eût dû me rendre plus craintive. Je crois que c'est une
+grâce du Ciel, car sans cela je n'existerois pas. Il a préservé ma
+famille de tant de maux que je serois ingrate si n'avois pas toute
+confiance en lui. Adieu, ma petite; prie-le bien pour le moment
+présent et pour l'avenir. Mais demande-lui par-dessus tout que la foi
+soit conservée dans ce royaume, et qu'il éloigne de nous les schismes
+qui nous menacent. Adieu, je t'aime de tout mon coeur, et suis par
+conséquent charmée de te savoir bien loin; c'est un des effets de la
+révolution.
+
+Dites à la comtesse D.[180], en cas que cette lettre arrive avant
+celle que je lui écrirai lundi, qu'elle va être payée de ses
+appointements, mais qu'il faudroit qu'elle chargeât quelqu'un de sûr
+de recevoir pour elle, de manière que ses créanciers ne puissent pas
+s'emparer de cet argent.
+
+[Note 180: Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame Élisabeth.
+(_Note de M. de Bombelles._)]
+
+ * * * * *
+
+XXVII.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ 30 décembre 1790.
+
+Je vois d'ici _ta perfection_ étant dans une douleur mortelle de
+l'acceptation que le Roi vient de donner. Dieu nous réservoit ce coup:
+qu'il soit le dernier, et qu'il ne permette pas que le schisme
+s'établisse. Voilà tout ce que je demande. La réponse du Pape n'est
+point arrivée, je crois; elle est bien intéressante. Au reste, mon
+coeur, cette acceptation a été donnée le jour de saint Étienne.
+Apparemment que ce bienheureux martyr doit être maintenant notre
+modèle. Tu sais que je n'ai point d'horreur pour les coups de pierres;
+ainsi cela m'arrange assez. On dit qu'il y a sept curés de Paris qui
+ont prêté le serment. Je ne croyois pas que le nombre fut aussi
+considérable. Tout cela fait un très-mauvais effet dans mon âme; car,
+loin de me rendre dévote, cela m'ôte tout espoir que la colère de Dieu
+s'apaise. Tu sens bien que ton curé est bien décidé à suivre la loi de
+l'Évangile, et non celle que l'on veut établir. On dit qu'un membre de
+la commune a voulu gagner celui de Sainte-Marguerite, en lui disant
+que l'estime que l'on avoit pour lui, la prépondérance qu'il avoit
+dans le monde, seroient capables de ramener la paix en entraînant les
+esprits. Le curé lui a répondu: «Monsieur, c'est par toutes les
+raisons que vous venez de me donner que je ne prêterai pas le serment,
+et que je n'agirai pas contre ma conscience.» Une chose que ceci m'a
+fait découvrir et qui fait horreur, c'est combien les curés de
+campagne sont peu instruits.
+
+Je suis confondue de ce que tu m'as mandé de la part de ton mari.
+Tâche de me dire que tu lui as donné cet ordre. Ses affaires ne vont
+pas bien. La personne qui lui a fait connoître celui qui devoit lui
+faire faire cette acquisition lui a envoyé trois paquets avec prière
+d'en accuser réception. Il n'en a pas entendu parler. Demande-lui si
+c'est qu'il ne les a pas reçus, et réponds-moi, parce que je le dirai
+à la personne intéressée.
+
+Adieu, je vous embrasse de tout mon coeur et vous aime de même.
+
+ * * * * *
+
+XXVIII.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 7 janvier 1791.
+
+Des gens plus diligents que moi vous auront sûrement mandé ce qui
+s'est passé à l'Assemblée mardi: enfin, mon coeur, la Religion s'est
+rendue maîtresse de la peur. Dieu a parlé au coeur des évêques et des
+curés. Ils ont senti tout ce que leur caractère leur inspiroit de
+devoirs, ils ont déclaré qu'ils ne prêteroient pas le serment. Pour le
+moins vingt du côté de gauche se sont rétractés; on n'a pas voulu les
+écouter. Mais Dieu les voyoit, et leur aura pardonné une erreur causée
+par toutes les voies de séduction dont il est possible de se servir.
+Un curé du côté gauche a mis beaucoup de fermeté pour ne pas le
+prêter. On dit que cette journée désappointe bien des gens: tant pis
+pour eux; ils n'ont que ce qu'ils méritent; mais ce qu'il y a de
+triste, c'est qu'ils s'en vengeront, Dieu seul sait comment. Qu'il ne
+nous abandonne pas tout à fait, voilà à quoi nous devons borner nos
+voeux. Je n'ai point de goût pour les martyres; mais je sens que je
+serois très-aise d'avoir la certitude de le souffrir plutôt que
+d'abandonner le moindre article de ma foi. J'espère que si j'y suis
+destinée, Dieu m'en donnera la force. Il est si bon, si bon! C'est un
+père si occupé du véritable bonheur de ses enfants, que nous devons
+avoir toute confiance en lui. As-tu été touchée, le jour des Rois, de
+la bonté de Dieu qui appela les gentils à lui dans ce moment? Ces
+gentils, c'étoit nous. Remercions-le donc bien; soyons fidèles à notre
+foi; ranimons-la; ne perdons jamais de vue ce que nous lui devons, et
+sur tout le reste abandonnons-nous avec une confiance vraiment
+filiale.
+
+J'ai eu, ces jours-ci, une peine bien réelle, que tu partageras sans
+doute: cette pauvre madame de Cimery[181] qui, comme tu sais, avoit
+mal au sein depuis cinq semaines, étoit presque alitée; dans la nuit
+du dimanche au lundi, son âme, après avoir reçu le matin son Créateur,
+a été prendre sa place dans le ciel; car j'espère bien qu'elle est
+heureuse, et qu'elle a reçu la récompense d'une vie entière de vertu
+et de malheur.
+
+[Note 181: Première femme de chambre de la princesse; elle était de
+son nom mademoiselle Antoinette-Jacqueline Brochet.]
+
+Je la regrette vivement: elle étoit d'une grande ressource pour moi;
+et jamais je ne la pourrai remplacer, non pas pour les qualités que je
+puis désirer dans une première femme, mais dans celles qui convenoient
+à mon coeur, à mon esprit et à mes sentiments. Je la regrette comme
+mon amie, mais je la crois heureuse, et cette idée me console.
+
+ * * * * *
+
+XXIX.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 24 janvier 1791.
+
+Enfin, ma Bombe, nous voilà arrivées à l'instant où il faut que je te
+dise ma façon de penser sur la conduite de ton mari. La délicatesse
+de ma conscience m'a empêchée jusqu'à ce moment de t'en parler. Tes
+parents, comme tu sais, désiroient vivement que ton mari se soumît à
+l'ordre de l'Assemblée et du Roi. L'état des affaires de ton mari
+pouvoit être d'un si grand poids, qu'il me paroissoit possible qu'il
+pût l'emporter sur les considérations qui ont décidé ton mari.
+D'autres parleroient de tes quatre enfants. Le sort qui les attend est
+cruel; mais j'avoue que lorsqu'il s'agit d'un serment que la
+conscience, l'opinion, l'attachement à ses maîtres dément, je ne
+trouve pas que leur infortune doive empêcher de le refuser. Il n'y a
+donc que ses dettes qui eussent pu l'engager à le prêter. Par elles,
+il se voyoit forcé; et comme il ne juroit que ce que le Roi a juré
+lui-même, et doit jurer de nouveau à la fin de la Constitution, il
+auroit été possible que ton mari imitât son maître, et suivît le sort
+qui entraîne les malheureux François. Des théologiens ont cette
+opinion. Je crois donc que cela eût été possible. Mais je t'avoue que
+si ton mari avoit seulement eu dix mille livres de rente, je n'aurois
+pas balancé à lui conseiller le refus le plus formel. Tu vois par tout
+ce que je te mande que je ne suis pas bien décidée sur ce que j'aurois
+fait à sa place. L'antique honneur, un certain esprit de noblesse
+chevaleresque qui ne mourra jamais dans les coeurs françois, me font
+estimer l'action de ton mari. Mais le risque qu'il court de manquer à
+ses créanciers, et le scrupule de jurer de maintenir de tout son
+pouvoir ce que dans le fond de l'âme on maudit journellement, tout
+cela se combat si vivement dans mon âme, qu'il ne me reste que la
+possibilité de partager les peines que tu vas éprouver, et d'être
+occupée de ce que tu vas devenir. Comment tes pauvres enfants
+s'habitueront-ils au mal-être, après avoir été élevés dans l'aisance?
+et puis le regret de ne pouvoir faire pour toi tout ce que mon coeur
+me dicte! Mais, ma petite, parle-moi toujours franchement de ta
+position, et sois sûre que je ferai tous les sacrifices possibles pour
+te la rendre moins désagréable. Je ne te promets pas de donner à ta
+pauvre Coty ce que tu lui donnois; mais sois sûre que je la secourrai
+le plus que je pourrai. J'espère que ton mari et toi conserverez la
+paix, la résignation et la douceur chrétiennes qui seules peuvent
+faire soutenir le malheur présent et ceux que l'on craint. Mon frère
+me dit un bien extrême de toi et de ton mari. Il est gentil, mon
+frère; il m'a écrit en arrivant; cela m'a fait bien plaisir. Mais je
+suis désolée de la longueur que les lettres mettent à arriver. Comme
+cela, on n'est plus au courant sur rien. Nous avons eu un peu de bruit
+aujourd'hui à la barrière de la Villette. Il y a eu un combat entre
+des chasseurs et des contrebandiers. Il y a trois hommes de tués, et à
+peu près douze blessés. On prétend que le peuple ne veut plus de
+barrières; cela ne laisseroit pas que d'embarrasser l'Assemblée sur le
+chapitre des impôts. Adieu, ma petite. Je t'embrasse de tout mon coeur
+et t'aime de même. Je laisse à ta mère à te rendre compte de sa
+conversation avec ton ministre.
+
+Envoie cette lettre à mon frère, s'il n'est plus avec toi.
+
+ * * * * *
+
+XXX.
+
+A MADAME DES MONTIERS[182].
+
+[Note 182: La reproduction de cette lettre est interdite.]
+
+ Ce 11 février 1791.
+
+Vous êtes bien aimable, mon Démon, de m'avoir donné de vos nouvelles
+le plus tôt que vous avez pu. Je suis charmée que votre couche ait été
+aussi heureuse, et qu'à ça près d'un peu de mal à la poitrine, vous
+soyez contente de votre santé. Je ne suis pas fâchée que vous n'ayez
+pas nourri, peut-être cette entreprise eût-elle été trop forte pour
+vous. Votre Adolphe est-il nourri chez vous, le voyez-vous souvent,
+vous sentez-vous déjà de la tendresse pour lui? Stani n'en est-il pas
+jaloux? Je sens, mon coeur, la peine très-réelle que vous avez
+éprouvée de n'avoir pas votre mère à vos couches; je la partage par
+toute l'amitié que j'ai pour vous, mais je vous félicite en même temps
+d'avoir eu assez d'empire sur vous pour n'en pas parler, et quoique
+vous en disiez, j'espère que ce sacrifice vous vaudra quelque grâce du
+Ciel. Vous êtes faite pour être bonne chrétienne, mon coeur; les
+malheurs publics et un peu les particuliers doivent vous déterminer à
+prendre ce parti, le meilleur de tous. Je crois vous l'avoir déjà
+mandé, votre mari vous aime, mais il est jaloux des sentiments que
+vous avez pour vos parents; il ne s'agit, pour vous rendre heureuse,
+que de faire vos efforts pour le convaincre que ces sentiments ne
+nuisent nullement à ceux que vous avez pour lui. Vous avez de
+l'esprit, employez-le à cela, et je vous réponds qu'après quelque
+temps d'épreuve vous finirez par être beaucoup plus heureuse que vous
+ne pouvez vous en flatter à présent. Que votre mère s'y prête en
+oubliant les torts de son gendre; un esprit du genre du sien ne peut
+être ramené que par la douceur et un oubli total des torts que son
+amour-propre lui reproche, et dont ce même amour-propre l'empêche de
+convenir. Mais votre conduite, vos complaisances adoucissant ce
+sentiment en lui, et le mettant à son aise avec vous, l'amèneront sans
+qu'il s'en doute à avoir en vous la confiance qu'une conduite sage et
+réfléchie vous aura méritée. Je voudrois pouvoir hâter ce moment; mes
+voeux sont bien vrais pour votre bonheur, et j'aime à être convaincue
+que vous serez heureuse un jour comme vous le mériterez.
+
+Est-il vrai que madame de Staël a demandé publiquement pardon à sa
+mère, à un prêche, de s'être mariée contre son gré? Avez-vous du monde
+qui vous convienne à Genève? Mandez-moi un peu avec qui vous êtes
+liée, et si la vie que vous menez est un peu plus agréable. Votre
+belle-mère me marque que vous allez faire fondre cette grosseur que
+vous avez au cou. Si vous prenez ce parti, ménagez-vous pendant
+longtemps, mon coeur. Ne prendrez-vous pas aussi quelque chose pour
+votre poitrine? Donnez-moi des nouvelles de tout cela. Adieu, mon
+coeur, croyez à la vérité de mon amitié pour vous, au désir que j'ai
+de vous revoir, et au regret que m'inspire l'incertitude du moment où
+j'aurai ce plaisir. Je vous embrasse de tout mon coeur.
+
+ * * * * *
+
+XXXI.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 12 février 1791.
+
+Je ne t'écris qu'un petit mot aujourd'hui: 1º l'heure de la poste me
+presse; 2º je vais monter à cheval avec la Reine et Lastic à ce triste
+bois de Boulogne. Mais il fait un si beau temps, que cela le rendra
+peut-être un peu plus gai. Je crois l'hiver tout à fait passé, et je
+m'en réjouis, autant que l'on peut prendre part au beau temps dans le
+château des Tuileries. Mes tantes partent de lundi en huit, malgré
+toutes les motions faites au Palais-Royal et au club des Jacobins
+établi à Sèvres. On dit qu'elles seront arrêtées et fouillées en
+chemin; c'est un petit mal auquel je ne crois pas. Je pense que cela a
+été beaucoup dit pour les effrayer et les empêcher de partir; mais
+heureusement on n'en est pas venu à bout. Je ne sais si je t'ai mandé
+que l'abbé Madier alloit avec elles: il partira huit jours après
+elles. Pense un peu, mon coeur, aux angoisses où je serai, la première
+fois que je m'adresserai à un autre prêtre, moi qui ai toujours été à
+l'abbé Madier depuis l'âge de neuf ou dix ans. Je suis à peu près
+décidée: je crois que je prendrai le confesseur de madame
+Doudeauville: on en dit beaucoup de bien, et j'espère qu'il n'est ni
+trop doux ni trop sévère. Je te manderai ce qui en est lorsque j'y
+aurai été. Je suis convaincue que tu enrages un peu dans le fond de
+l'âme de ce que je ne pense pas à ton curé, et tu vas croire que c'est
+parce que je l'ai vu; non, point du tout, c'est tout simplement parce
+que je ne crois pas qu'il me convînt; et puis, dans ce moment, j'aime
+mieux avoir un confesseur dont on parle moins, et que je puisse
+espérer de garder. Au reste, je sens que je vais trôler mon âme de
+confesseur en confesseur, ce qui ne laisse pas que de me déplaire,
+quoique j'en aie bonne envie. Devine, si tu peux, cette énigme. Sur
+ce, je te souhaite le bonsoir, et t'embrasse de tout mon coeur. Je ne
+sais plus quand tu accouches: mande-le-moi.
+
+Dis bien des choses au maréchal de Broglie de ma part, et assure-le de
+l'estime que j'ai pour ses vertus. Parle aussi de moi à ta princesse.
+
+ * * * * *
+
+XXXII.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 15 février 1791.
+
+J'ai reçu toutes tes lettres, ma pauvre Rage; celle du 25 ne m'est
+parvenue qu'hier, et celle du 7 avant-hier. Mais, avant que d'y
+répondre, il faut que je te demande mille fois pardon de ne t'avoir
+pas écrit depuis dimanche, pour te donner des nouvelles de ton curé;
+mais, par étourderie, je me suis persuadée que la poste partoit le
+dimanche au lieu du lundi. Et jeudi, j'ai eu plusieurs choses à faire
+dans la matinée; l'heure de la poste s'est passée, et je n'ai plus eu
+la possibilité que de me livrer à des regrets. Aussi, aujourd'hui je
+m'y prends à sept heures du matin, pour être bien sûre de n'y pas
+manquer. Lundi, je t'écrirai aussi; mais je puis te dire d'avance
+qu'il ne se passera rien de fâcheux. Ton curé dira la messe de bonne
+heure, et ne fera pas le prône. Les gros bonnets de la paroisse n'y
+seront pas non plus. Il y a un moine qui prêche dans la paroisse, qui
+a proposé au curé de faire le prône, pour empêcher les prêtres de
+courir des risques. Il disoit au curé que si on le tuoit, il n'y
+auroit pas grand mal à cela. C'est un des jeunes prêtres de la
+paroisse qui prêchera. On m'a dit son nom, mais je l'ai oublié.
+
+Toute la communauté a été parfaite pour le curé, et ne l'a pas quitté
+tant qu'il a été dans l'église et la sacristie.
+
+Je suis désolée, mon coeur, de la peur indigne que vous a faite M. Le
+Blond[183]. Nous sommes loin encore de toutes les idées qu'il t'a fait
+venir; je suis bien aise que ton enfant ne s'en soit pas ressenti. Si
+tu n'as pas de bon accoucheur, pourquoi ne ferois-tu pas venir M.
+Piron? C'est une dépense, il est vrai; mais pour ta santé et celle de
+ton enfant, il me semble que tu dois te la permettre. Je suis bien
+fâchée d'être si loin de toi, et de ne pouvoir me permettre de causer
+comme je le voudrois pour toi; mais, mon coeur, calme-toi. Je conçois
+que cette proposition paroisse difficile, mais cela est nécessaire. Tu
+te brûles le sang, tu te rends plus malheureuse encore que tu ne
+devrois: tout cela, mon coeur, n'est pas dans l'ordre de la
+Providence. Il faut se soumettre à ses décrets; il faut que cette
+soumission nous porte au calme, sans cela elle n'est que sur nos
+lèvres et non dans notre coeur.
+
+[Note 183: Il est question de M. Le Blond au premier livre de cet
+ouvrage comme donnant des leçons d'histoire et de géographie à Madame
+Élisabeth.]
+
+Lorsque Jésus-Christ fut trahi, abandonné, il n'y eut que son coeur
+qui souffrit de tant d'outrages; son extérieur étoit calme, et
+prouvoit que Dieu étoit vraiment en lui. Nous devons l'imiter, et Dieu
+doit être en nous. Ainsi, mon coeur, calmez-vous, soumettez-vous, et
+adorez en paix les décrets de la Providence, sans vous permettre de
+porter vos regards sur un avenir affreux pour quiconque ne voit
+qu'avec des yeux humains. Mais heureusement vous n'êtes pas dans ce
+cas-là; et Dieu vous a trop comblée de grâces pour que vous ne mettiez
+pas votre vertu à attendre patiemment la fin de sa colère.
+
+Quant à moi, mon coeur, je suis loin d'être dans votre position. Je ne
+dirai pas que la vertu en soit cause; mais, plus à portée des
+consolations, au milieu de beaucoup de peines, d'inquiétudes, je suis
+calme, et j'espère une éternité heureuse. Ne me crois ni folle ni
+gourmande. J'aime à bien dîner, mais j'aime pourtant encore autre
+chose. Quant à ce que tu me marques sur moi, crois, mon coeur, que je
+ne manquerai jamais à l'honneur, et que je saurai toujours remplir les
+obligations que m'imposent mes principes, ma position, ma réputation;
+et j'espère que Dieu me donnera la lumière nécessaire pour me conduire
+toujours sagement, et ne pas m'écarter de la voie qu'il m'a tracée.
+Mais pour juger de tout cela, mon coeur, il faudroit être près de moi.
+De loin, un acte de chevalerie enchante; vu de près, il n'est souvent
+qu'un mouvement de dépit ou de quelque autre sentiment qui ne vaut pas
+mieux aux yeux des gens sages.
+
+J'ai donné à madame Navarre la place de madame de Cimery. Il m'en
+coûte beaucoup de lui voir prendre son service. Jusqu'à ce moment, il
+me semble que l'autre existe encore; et c'est une si grande perte pour
+moi, que je voudrois me faire illusion le plus possible. Madame
+Navarre est celle de mes femmes qui me convient le mieux; mais ce
+n'est pas et ce ne sera jamais madame de Cimery, car elle réunissoit
+tout. Adieu, mon coeur, je vous embrasse bien tendrement, et vous
+souhaite calme, patience, résignation, courage et confiance. C'est une
+étourderie de cet homme qui est si beau qui l'a forcé de prendre le
+parti qu'il a pris.
+
+Quant aux deux êtres que vous et d'autres redoutez tant, on a tort de
+les croire dans la position que l'on dit: cela n'existera jamais; mais
+j'avoue qu'ils ont toutes les apparences pour eux[184].
+
+[Note 184: Deux députés du côté gauche, que l'excès du mal ramenait à
+de meilleurs principes, et qui avaient eu aux Tuileries des
+conférences pour concerter ce qu'ils voulaient ou pouvaient faire.
+Madame Élisabeth repousse les idées que la méchanceté voulait attacher
+à ces entretiens. (_Note de M. Ferrand._)
+
+Ces deux députés étaient Danton et Guadet. (Voir _Louis XVII_, tome
+1er, livre V, p. 227, 6e édition, in-8º.--Henri Plon.)]
+
+On n'a pas demandé d'augmentation de chevaux pour moi. Ce qui peut
+avoir donné lieu à ce que l'on vous a dit, c'est que je veux avoir
+toujours un page et un écuyer avec moi; je trouve que cela doit être;
+mais cela ne convenoit pas aux gens de l'écurie, ce dont je me moque,
+trouvant indécent d'être avec des piqueurs dans ce moment-ci.
+
+ * * * * *
+
+XXXIII.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 28 février 1791.
+
+Tu sais sans doute que mes tantes sont parties. Tu sais sans doute
+qu'elles ont été arrêtées à Arnay-le-Duc. Tu sais sans doute que
+_Monsieur_ a eu la visite, mardi dernier, des filles de la rue
+Saint-Honoré et de leur société, qui l'ont prié de ne pas sortir du
+royaume. Tu sais sans doute que jeudi, jour où l'on a appris que mes
+tantes étoient arrêtées, l'Assemblée a rendu un décret qui disoit que
+Arnay-le-Duc avoit eu tort, et que le pouvoir exécutif seroit supplié
+de donner des ordres pour qu'elles pussent continuer leur route. Tu
+sais sans doute que les chefs des Jacobins n'étant pas de cet avis, et
+voulant que le président engageât le Roi à les faire revenir, une
+foule de badauds s'est portée sous les fenêtres du Roi, parmi laquelle
+il y avoit peut-être une centaine de femmes qui se sont égosillées
+pendant quatre heures pour voir le Roi et lui faire la même demande
+que les Jacobins. Mais le Roi n'ayant pas paru, et la garde ayant fait
+une très-bonne contenance, il a bien fallu, lorsque l'on a eu la
+permission de la municipalité de repousser la force par la force, que
+le peuple cédât. A peine le tambour a-t-il paru sur la terrasse, que
+tout le monde a pris la fuite. M. de La Fayette et la garde se sont
+conduits parfaitement bien. Le château étoit comble de gens qui
+étoient pleins de bonne volonté. Le Roi a parlé avec force à M.
+Bailly. Enfin tout s'est passé le mieux du monde. Aussi hier n'y
+a-t-il jamais eu tant de monde chez le Roi et chez la Reine. Il y
+avoit longtemps que nous étions un peu seules au jeu; mais, hier, il
+étoit superbe. Je ne puis vous rendre le plaisir que j'ai éprouvé. Ah!
+mon coeur, le sang françois est toujours le même: on lui a donné une
+dose d'opium bien forte; mais elle n'a pas attaqué le fond de leur
+coeur. Il n'est point glacé, et l'on aura beau faire, il ne changera
+jamais. Pour moi, je sens que, depuis trois jours, j'aime ma patrie
+mille fois davantage.
+
+Tout ce que tu me mandes de ton mari me fait grand plaisir. Ah! s'il
+peut parvenir à se débarrasser de l'empirique qui donne de si
+mauvaises drogues[185], cela seroit bien heureux. Les nouvelles que
+j'ai reçues de ses amis éloignés me font craindre qu'il ne le puisse
+pas. Le printemps avance beaucoup; sa santé pourroit bien s'en
+ressentir. A cette époque, les humeurs sont toujours bien plus en
+mouvement, et comme il n'a pas l'habitude de l'exercice, je crains
+qu'elles ne lui jouent un mauvais tour. Convenez qu'il n'y auroit pas
+pour lui de meilleur remède; mais lorsque l'on a été élevé à Paris,
+il semble que l'on soit destiné à ne faire jamais usage de ses jambes.
+Je sens même que, sans y être élevé, pour peu que l'on l'habite, on
+perd le goût de la promenade, ou, pour mieux dire, l'usage.
+
+[Note 185: C'est de M. de Calonne que Madame Élisabeth entend parler
+ici.]
+
+Voilà ta petite belle-soeur débarrassée d'une partie de sa nombreuse
+compagnie. M. le prince de C.[186] est à Worms, et sa fille doit le
+joindre dès qu'elle sera guérie.
+
+[Note 186: Le prince de Condé.]
+
+Notre pauvre Saint-Cyr est plus que jamais dans la position la plus
+critique. On vend leur bien. Ta mère y a été la semaine passée; moi,
+je profiterai d'un jour calme pour y aller: j'en ai envie, et cela me
+coûtera horriblement. Il n'y a rien de pis que de n'avoir aucune
+consolation à présenter à des gens aussi malheureux. Adieu, je vous
+embrasse, ma chère Bombe, et vous aime du plus tendre de mon coeur.
+
+Vous ai-je dit que l'abbé Madier alloit à Rome? La semaine prochaine
+je ferai une nouvelle connoissance, ce qui ne me fait pas grand
+plaisir.
+
+Je crains fort que l'oncle de la petite de Vitry ne se joigne à son
+ami avant que celui-ci ait fait les premières avances. Il seroit
+pourtant bien avantageux qu'il pût venir le voir venir: tout le monde
+le désire; et moi, l'intérêt que j'y prends me le fait souhaiter pour
+son bonheur.
+
+ Ce 1er.
+
+Nous avons eu du train hier. Les gens de bonne volonté, à force d'en
+avoir, ont trouvé le moyen de déplaire à la garde, qui étoit
+parfaitement disposée pour le Roi. On a voulu détruire Vincennes; mais
+la garde est arrivée à temps pour l'empêcher. Tout est calme ce matin.
+Nous nous portons tous bien. L'heure de la poste m'empêche d'entrer
+dans tous les détails que tu pourrois désirer; mais sois tranquille,
+tout est bien.
+
+ * * * * *
+
+XXXIV.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ 11 mars 1791.
+
+J'ai reçu ta lettre, qui ne me fait pas grand plaisir; je ne sais rien
+de ce que tu me mandes. Depuis longtemps, je n'avois point eu de
+nouvelles détaillées, et ce n'étoit qu'à force d'esprit que j'étois au
+courant. Cependant j'approuvois tout ce que tu me mandes. Si tu peux
+entrer un peu en détails sur tout ce que tu pourras; si ton mari est
+avec toi, qu'il écrive sous ta dictée, parce que cela te fatigue.
+Est-ce que tu n'as pas reçu mes crayons? Le Roi est malade depuis huit
+jours: la scène de lundi y a bien contribué[187]. Il va mieux. Adieu,
+je t'embrasse de tout mon coeur.
+
+[Note 187: Les ressorts qui faisaient mouvoir le peuple l'avaient
+dirigé, le lundi 28 février, vers le donjon de Vincennes. Depuis la
+prise de la Bastille, on ne voulait plus de prisons royales: en
+conséquence, rien ne paraissait plus sage et plus juste que de
+détruire celle-là aussi bien que les autres. Pendant que La Fayette se
+portait avec la troupe à la défense du donjon, un flot de peuple
+envahissait le château des Tuileries, d'où l'on tentait, criaient-ils,
+d'enlever le Roi pour le conduire à Metz. De leur côté, environ quatre
+cents jeunes gens armés s'étaient donné rendez-vous au château,
+croyant le Roi en danger. Cette échauffourée reçut le nom de _Journée
+des poignards_.]
+
+ * * * * *
+
+XXXV.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 3 avril 1791.
+
+Je t'écris dans un moment bien satisfaisant pour quiconque croit en
+Dieu et en son Église. Les curés intrus sont établis ce matin. J'ai
+entendu toutes les cloches de Saint-Roch. Je ne puis vous dissimuler
+que cela m'a mise dans une fureur affreuse; et puis je ne suis pas
+contente de moi. J'aurois dû me piquer de dévotion aujourd'hui, pour
+au moins réparer un peu tout ce que l'on fait contre Dieu: ne
+v'là-t-il pas qu'au lieu de cela j'ai été pis qu'une bûche! Je ne sais
+pas comment le bon Dieu fera pour me sauver, car je ne m'y prête
+guère. Le curé de Saint-Roch a dit sa messe à cinq heures et demie; il
+y a eu beaucoup de communions. Il a fait un fort beau discours, où il
+a parlé de la persécution. Les gens qui communioient étoient fort
+touchés. Sais-tu que Loustonneau est devenu un petit saint? Cela me
+fait plaisir; c'est là le fruit de la charité qu'il a toute sa vie
+exercée. Sais-tu que M. de Bonnay va à confesse au curé, et qu'il est
+dans la grande voie? Cela me fait encore bien plaisir. Tout ceci fait
+rentrer bien des gens en eux-mêmes. Je vois tout ce qui est répandu
+dans la bonne compagnie penser à merveille. J'ai causé, l'autre jour,
+avec M. de Nivernois sur la religion, et j'en fus parfaitement
+contente. Madame de Mirepoix est devenue très-pieuse. La petite de
+Maillé va à merveille; mais malheureusement le peuple et le bourgeois
+ne vont pas si bien. Il y en a beaucoup qui sont affligés, mais ce qui
+paroît, ce qui fait nombre, est bien mauvais. L'archevêque vient de
+donner une ordonnance superbe, mais sévère, sur notre position. Dieu
+veuille qu'elle soit suivie! Un homme qui la lisoit l'autre jour, dit,
+après l'avoir achevée: Si je perdois trois cent mille livres de
+rentes, j'en dirois autant. Et cet homme est pourtant ce que l'on
+appelle un honnête homme.
+
+Je suis contente de mes gens: Deshaies est charmant. Il y en a dans le
+nombre qui ne sont pas aussi parfaits; mais celui-là est vraiment
+distingué. Mademoiselle Bénard, M. de Blaremberg, etc., tout cela est
+parfaitement. C'est une grande jouissance pour moi. Je ne puis penser
+sans frémir à la quinzaine de Pâques. Je voudrois bien ne la point
+passer ici; mais peut-on s'en flatter! Ah! mon coeur, vous avez beau
+grogner, votre grossesse vous a procuré un grand bonheur en vous
+éloignant du schisme et de la division la plus affreuse.
+
+Je suis bien fâchée que tu souffres autant des dents. N'aurois-tu pas
+besoin d'être saignée? tu ne l'as pas été, je crois, depuis que tu es
+grosse. Comme tu as un travail difficile, ne ferois-tu pas bien de
+prendre cette précaution? Je ne demande pas mieux de tenir ta petite,
+si _Monsieur_ le veut. Si tu veux, je lui donnerai le nom d'Hélène. Si
+tu voulois accoucher le 3 de mai, à une heure du matin[188], cela
+seroit très-bien, pourvu pourtant que cela lui promette un avenir plus
+heureux que le mien; qu'elle n'entende jamais parler d'états généraux
+ni de schisme.
+
+[Note 188: Jour et heure de la naissance de Madame Élisabeth. «Comme
+toutes ces petites recherches de l'amitié sont bonnes, simples,
+touchantes! Il n'y a ni étude ni contrainte; c'est un coeur plein qui
+a besoin de s'épancher.» (_Note de M. Ferrand._) Voir aux Pièces
+justificatives, nº XIII, à la fin de ce volume, et autres documents
+concernant Madame Élisabeth.]
+
+Mirabeau a pris le parti d'aller voir dans l'autre monde si la
+révolution y étoit approuvée. Bon Dieu! quel réveil que le sien! On
+dit qu'il a vu une heure son curé. Il est mort avec tranquillité, se
+croyant empoisonné: il n'en avoit pourtant point les symptômes; au
+reste, il doit être ouvert aujourd'hui. On l'a montré au peuple après
+sa mort. Beaucoup en sont fâchés; les aristocrates le regrettent
+beaucoup. Depuis trois mois, il s'étoit montré pour le bon parti: on
+espéroit en ses talents. Pour moi, quoique très-aristocrate, je ne
+puis m'empêcher de regarder sa mort comme un trait de la Providence
+sur ce royaume. Je ne crois pas que ce soit par des gens sans
+principes et sans moeurs que Dieu veuille nous sauver. Je garde cette
+opinion pour moi, parce qu'elle n'est pas politique, mais j'aime mieux
+celles qui sont religieuses. Je suis sûre que tu seras de mon avis.
+
+Le pauvre Lastic va encore éprouver un chagrin: son frère est nommé à
+Dresde et va partir dans trois mois avec femme et enfants. Cela mettra
+un grand vide dans son intérieur, et quand il est aussi triste par
+lui-même, c'est un vrai malheur.
+
+M. d'Albignac[189] vient passer quelques jours ici. Je le verrai
+aujourd'hui; cela me fait bien plaisir. Tu m'avois promis de me donner
+de ses nouvelles, mais tu n'en as rien fait.
+
+[Note 189: Officier des gardes du corps, fort dévoué à la famille
+royale, émigré en 1790; rentré en France après le 18 brumaire, il
+vécut dans la retraite jusqu'à la Restauration. Louis XVIII le nomma
+major général de ses gardes du corps.]
+
+J'ai reçu par une voie sûre des nouvelles de Bombe. Le mari n'est pas
+aussi mal qu'elle le croit avec Ø et son ami [V=][190]. Il croit avoir
+le crédit du bon sens; cela seroit bien heureux; mais, mon coeur, sur
+cela comme sur tout le reste, abandonnons-nous à la Providence.
+
+[Note 190: Dans la _Correspondance de Madame Élisabeth_, page 245, M.
+Feuillet de Conches nous apprend que le signe Ø veut dire le comte
+d'Artois, et le signe [V=] M. de Calonne.]
+
+Hélas! si nous avions la confiance nécessaire, nous serions sauvés;
+notre âme ne seroit pas triste. Que j'en suis loin! il me semble que
+l'air de Trèves n'est pas plus porté à la gaieté que celui-ci.
+Résignons-nous, mon coeur, cela seul peut fléchir la colère de Dieu;
+et demandons pour nos maîtres les dons du Saint-Esprit. De bonnes âmes
+se réunissent au nombre de sept, d'ici à Pâques, pour demander chacune
+un don pour le Roi, dans les communions qu'elles font, ou à la messe.
+Si tu pouvois établir cette dévotion dans les bonnes âmes qui habitent
+Trèves, tu ferois bien.
+
+J'aurai, d'ici à quelques jours, des nouvelles détaillées de ce qui
+nous intéresse. Si je peux, je t'en ferai part.
+
+Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur. Le petit de Chamissot est-il
+arrivé à bon port?
+
+Je viens d'apprendre que M. d'André ayant fait une motion pour que
+l'on s'occupât de l'élection des membres de la nouvelle législature,
+cela a été décrété tout d'une voix. Je ne le conçois pas.
+
+ * * * * *
+
+XXXVI.
+
+A MADAME LA MARQUISE DE BOMBELLES,
+
+A L'HÔTEL DE FRANCE, A STUTTGARD.
+
+ Ce 21 avril 1791.
+
+Tu sens, ma Bombe, qu'il faut que je n'aie pas eu absolument le temps
+pour ne t'avoir pas écrit un mot ces jours-ci. Je ne te donnerai point
+de détails de la journée de lundi; je t'avoue que je ne les sais pas
+encore. Tout ce que je sais, c'est que le Roi vouloit aller à
+Saint-Cloud, qu'il s'est campé dans sa voiture où il est resté deux
+heures, que la garde et le peuple ont fermé le passage, et qu'il a été
+obligé de ne pas sortir. J'ignore combien l'on nous retiendra;
+j'imagine que ce sera jusqu'après Pâques. Nous nous portons tous bien;
+je t'écris à la hâte, parce que je fais ma toilette pour aller à
+l'office, car l'on veut bien encore nous permettre d'y assister.
+Adieu; crois que je serai toujours digne des sentiments de ceux qui
+veulent bien avoir de l'estime pour moi, et que quelque chose qu'il
+arrive, je vivrai et mourrai sans avoir rien à me reprocher vis-à-vis
+de Dieu et des hommes.
+
+Je ne te parle pas de la joie que m'a fait éprouver la bonté de la
+Reine de Naples[191]; mais tu me connois assez pour suppléer à tout ce
+que je ne puis exprimer dans le moment, mais que mon coeur sent si
+bien. Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.
+
+[Note 191: Cette princesse venait de donner sur sa cassette une
+pension de douze mille livres à M. de Bombelles. (Voir la page 240 de
+ce volume.)]
+
+ * * * * *
+
+XXXVII.
+
+A L'ABBÉ DE LUBERSAC.
+
+ 23 mai 1791.
+
+J'ai reçu votre lettre, Monsieur: les détails que vous me faites de
+votre voyage m'ont fait grand plaisir; et si je ne craignois pas de
+vous fatiguer, je vous prierois de les continuer. Les dangers que vous
+avez courus m'ont fait frémir; mais les regrets continuels que vous
+éprouvez me font une peine affreuse. Ah! Monsieur, poussez votre vertu
+jusqu'à vous en rendre maître: vous le devez pour ce Dieu à qui vous
+avez tout sacrifié; vous le devez au soin de votre santé. Songez
+combien votre existence est nécessaire à toute votre famille; et
+prenez sur vous de soutenir sans trop de découragement la nouvelle
+épreuve que le Ciel vous envoie. Il falloit pour votre perfection que
+Dieu vous détachât tout à fait des biens de ce monde, même des plus
+simples. Vous savez, plus que tout autre, combien Dieu donne de force
+pour supporter les maux de ce monde; tâchez donc de ne vous y point
+laisser aller. Ne vous persuadez point que l'air ne vous vaut rien;
+ménagez-vous, mais distrayez-vous par les beautés dont la ville que
+vous habitez est remplie. Après avoir admiré la main sublime qui forma
+ces immenses rochers, et ces torrents qui ont pensé vous entraîner
+dans leurs abîmes, admirez l'industrie que Dieu a donnée à l'homme, et
+comment il peut, grâce à cette industrie, tirer des chefs-d'oeuvre des
+choses les plus brutes. Mais je m'aperçois que je me mêle de ce que je
+n'ai que faire; car je ne fais que rabâcher ce que vous me dites sans
+cesse. Pardonnez, Monsieur, au désir que j'ai de vous voir un peu
+sorti de ce fonds de tristesse qui vous suit partout. Je vous voudrois
+le calme de l'abbé Madier; mais il n'est pas donné à tout le monde:
+c'est une grâce spéciale. Je suis fâchée que vous soyez encore privé
+de sa société; cela eût été une ressource pour vous: j'espère qu'il se
+rétablira parfaitement de sa maladie. D'après l'intérêt que vous
+voulez bien prendre à moi, je vous dirai que le Ciel m'a fait la grâce
+de faire un choix pour le remplacer, qui, sous tous les rapports, me
+convient parfaitement. Il entend ce que je lui dis, et me présente
+toujours un remède efficace aux maux dont je lui fais l'aveu. Il a de
+l'esprit, de la douceur sans foiblesse, une grande connoissance du
+coeur humain et un grand amour pour Dieu. Remerciez ce Dieu pour moi
+de la grâce qu'il m'a faite de m'adresser à lui. Je prierai pour vous,
+puisque vous le désirez, dès demain. Je m'en humilierai; car je vous
+avoue que rien n'y porte tant à l'humilité que d'invoquer le Ciel pour
+des personnes de qui l'on est si éloigné d'approcher pour la vertu. Je
+compte recevoir demain ce Dieu si bon. Ah! Monsieur, que j'en suis
+indigne, et que je suis loin de m'en rendre digne! Cependant j'ai
+bonne envie de me sauver; car au moins faut-il ne pas perdre le fruit
+des épreuves que le Ciel vous envoie: elles sont bien fortes; elles le
+seroient encore plus pour des gens moins légers, et qui les
+sentiroient plus profondément. Mais, de quelque manière qu'elles
+soient senties, il faut qu'elles sauvent; et voilà pourquoi je me
+recommande instamment à vos prières. Je vous quitte à regret; mais il
+est tard, et il faut que ce soit à vous que j'écrive, pour n'avoir pas
+déjà quitté mon écritoire: mais lorsque je cause avec vous, j'éprouve
+une vraie satisfaction. Adieu, Monsieur; ne doutez pas de mes
+sentiments et du plaisir que me font vos lettres; aussi, tant que vos
+yeux n'en seront point fatigués, écrivez-moi, je vous en prie. Nous
+sommes assez tranquilles ici depuis l'affaire du 18 avril[192].
+
+[Note 192: Ce jour-là, le Roi avait formé le projet d'aller à
+Saint-Cloud pour faire ses pâques. On répandit dans le public que ce
+voyage n'était qu'un prétexte pour fuir la capitale. On appuyait ces
+soupçons sur le départ des évêques de Senlis et de Metz, les premiers
+aumôniers de Louis XVI. Une masse de peuple pénétra dans les cours du
+palais. Malgré les cris d'opposition qui s'élevaient, le Roi parut et
+monta en voiture. M. de La Fayette voulut protéger la volonté du Roi,
+la troupe refusa de lui obéir. Plus d'une heure se passe entre la
+volonté du Prince et celle du peuple, entre une partie des troupes qui
+veut obéir et l'autre qui refuse. Ennuyé d'une scène aussi
+scandaleuse, Louis XVI descendit de voiture, et rentra dans son
+palais. Il se rendit au sein de l'Assemblée, et lui fit part de son
+mécontentement avec d'autant plus de raison qu'il eût désiré prouver
+à l'Europe _qu'il était libre dans Paris_.]
+
+ * * * * *
+
+XXXVIII.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 10 juillet 1791.
+
+J'ai reçu votre petite lettre, ma chère Bombe; j'y réponds de même.
+Quoique nous différions d'opinions, les marques d'amitié que vous m'y
+donnez me font un bien grand plaisir. Tu sais qu'en général j'y suis
+sensible, et tu peux juger si, dans un moment comme celui-ci, l'amitié
+ne devient pas mille fois plus précieuse. Tu as une mauvaise tête;
+ménage-la, mon coeur, tranquillise-toi: tout ce qui t'intéresse se
+porte bien. Que la petite trouve dans ce billet tout ce que je ne puis
+exprimer. Le mot qu'elle a mis dans la lettre m'a fait aussi un grand
+plaisir. J'espère qu'elle n'en doute pas. Paris et le Roi sont
+toujours dans la même position: le premier tranquille, et le second
+gardé à vue ainsi que la Reine. Même, hier, on a établi une espèce de
+camp sous leurs fenêtres, de peur qu'ils ne sautent dans le jardin,
+qui est hermétiquement fermé, et qui est rempli de sentinelles, entre
+autres deux ou trois sous ces mêmes fenêtres. Adieu, mon coeur, je
+vous embrasse tendrement ainsi que la petite. On dit que l'affaire du
+Roi sera rapportée bientôt et qu'après il aura sa liberté. La loi pour
+les émigrants est très-sévère; ils payeront les trois cinquièmes de
+leurs biens.
+
+ La fin de la lettre est écrite en encre sympathique.
+
+Non, mon coeur, je suis bien loin de permettre votre retour. Ce n'est
+pas assurément que je ne fusse charmée de vous voir, mais c'est parce
+que je suis convaincue que tu ne serois pas en sûreté ici.
+Conserve-toi pour des moments plus heureux, où nous pourrons peut-être
+jouir en paix de l'amitié qui nous unit. J'ai été bien malheureuse; je
+le suis moins. Si je voyois un terme à tout ceci, je supporterois plus
+facilement ce qui arrive; mais c'est le temps de s'abandonner
+entièrement entre les mains de Dieu, chose en vérité à faire par le
+comte d'Artois. Nous devons même lui écrire pour l'y engager. Nos
+maîtres le veulent. Je ne crois pas que cela le décide. Notre voyage
+avec Barnave et Pétion s'est passé le plus ridiculement. Vous croyez
+sans doute que nous étions au supplice; point du tout. Ils ont été
+bien, surtout le premier, qui a beaucoup d'esprit et qui n'est point
+féroce comme on le dit. J'ai commencé par leur montrer franchement mon
+opinion sur leurs opérations, et nous avons, après, causé le reste du
+voyage, comme si nous étions étrangers à la chose. Barnave a sauvé les
+gardes du corps qui étoient avec nous, que la garde nationale vouloit
+massacrer en arrivant. On dit qu'à... [Là s'arrête le récit.]
+
+ * * * * *
+
+XXXIX.
+
+A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC.
+
+ 29 juillet 1791.
+
+J'ai reçu votre lettre ces jours-ci. J'espère, Monsieur, que vous ne
+doutez pas de l'intérêt avec lequel je l'ai lue. Votre santé me paroît
+moins mauvaise; mais je crains que les dernières nouvelles que vous
+avez reçues de votre pays ne vous aient fait une trop vive impression.
+Plus que jamais l'on est dans le cas de dire qu'un coeur sensible est
+un don cruel. Heureux celui qui pourroit être indifférent aux maux de
+sa patrie, de tout ce que l'on a de plus cher! J'ai éprouvé combien
+cet état étoit à désirer pour ce monde, et je vis dans l'espoir que le
+contraire peut être utile pour l'autre. Cependant, je vous l'avouerai,
+je suis bien loin de la résignation que je désirerois avoir. L'abandon
+à la volonté de Dieu n'est encore que dans la superficie de mon
+esprit. Cependant, après avoir été pendant près d'un mois dans un état
+violent, je commence à reprendre un peu mon assiette; les événements
+qui paroissent se calmer en sont cause. Dieu veuille que cela dure un
+peu, et que le Ciel se laisse toucher! Vous ne pouvez imaginer combien
+les âmes ferventes redoublent de zèle; le Ciel ne peut pas être sourd
+à tant de voeux qui lui sont offerts avec tant de confiance. C'est du
+coeur de Jésus que l'on semble attendre toutes les grâces dont on a
+besoin; la ferveur de cette dévotion semble redoubler: plus nos maux
+augmentent, plus on y adresse des voeux. Toutes les communautés font
+de ferventes prières; mais il faudroit que tout le monde s'unît pour
+fléchir le Ciel; et voilà ce qu'il faut commencer par obtenir, et ne
+s'occuper que du bien de la religion. Mais malheureusement il est
+très-aisé de fort bien parler sur tout cela, beaucoup plus que
+d'exécuter; voilà ce que j'éprouve sans cesse, et ce qui m'impatiente,
+au lieu de m'humilier.
+
+Je suis fâchée pour vous que votre frère vous ait quitté; ce devoit
+être pour vous une grande ressource. Ne pourriez-vous pas obtenir de
+demeurer avec...? au moins vous auriez une société agréable; car vous
+me paroissez mener la vie du monde la plus triste et la moins conforme
+à votre santé.
+
+Vous me demandez mon avis sur le projet que vous aviez formé. Si vous
+voulez que je vous parle franchement, je ne prendrois pas le sujet que
+vous aviez choisi. Nous sommes encore trop corrompus pour que des
+vertus auxquelles beaucoup ne croient pas puissent faire effet. De
+plus, il me seroit impossible de vous donner des renseignements sur
+cela; car je n'en ai aucun. Mais je crois que si vous avez le désir
+d'écrire, tout sujet de morale chrétienne sera bien traité par vous;
+et si vous voulez que je vous dise encore mon avis sur cela, je vous
+dirai que je choisirois plutôt un sujet fort de raisonnement que de
+sentiment; cela conviendroit mieux à la situation où se trouve votre
+âme. Songez, en lisant ceci, que vous avez voulu que je vous dise ce
+que je pensois; et ne doutez pas, je vous prie, de la parfaite estime
+que j'ai pour vous, et du plaisir que me font vos lettres.
+
+ * * * * *
+
+XL.
+
+A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[193].
+
+[Note 193: La reproduction de cette lettre est interdite.]
+
+ Ce 30 août 1791.
+
+Je ne puis vous dissimuler, mon cher Démon, que votre silence
+m'étonnoit et m'affligeoit, même la jalousie s'emparoit de moi, car je
+savois que vous aviez trouvé le temps d'écrire à Coblentz; mais enfin
+votre lettre, que j'ai reçue hier au soir, a remis tout dans l'ordre.
+Blanche est en Normandie depuis un mois; je ne sais si elle aura reçu
+vos lettres, elle n'en avoit point eu avant son départ. Je voudrois
+pouvoir me flatter, mon coeur, que votre retour sera aussi prompt que
+je le désire, mais sur cela il n'y a que la Providence qui puisse me
+donner cet espoir; elle est si bonne, que je suis pleine de confiance
+qu'elle me procurera le plaisir de vous revoir, toujours aimable,
+bonne, et conservant de l'amitié pour moi. Je voudrois pouvoir ajouter
+que deux ans auront mis du calme et de la bonne réflexion dans la tête
+de ce Démon que j'aime et embrasse de tout mon coeur.
+
+ * * * * *
+
+XLI.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 8 septembre 1791.
+
+Ce n'est pas, je crois, ma faute, ma Bombe, si tu n'as pas eu de mes
+nouvelles: ta mère m'a donné une adresse qui ne me paroît pas du tout
+devoir mener à ton château; mais elle me soutient qu'elle est bonne,
+il faut bien me soumettre à la croire. Je suis charmée que tu aies
+trouvé un peu de société, car cela fait toujours du bien, quand ce ne
+seroit que pour savoir des nouvelles et pouvoir renouveler un peu ses
+idées, ce dont on a grand besoin. Pour ici, on a beau faire, c'est
+toujours la même chose: la Révolution, ses suites, l'entrée des
+émigrés, voilà sur quoi roulent toutes les conversations des cercles
+de Paris. Tu sais sûrement que la Constitution est entre les mains du
+Roi depuis samedi, et qu'il réfléchit sur la réponse qu'il fera. Le
+temps nous apprendra ce qu'il aura décidé dans sa sagesse. Il faut
+demander à l'Esprit-Saint de lui faire part de quelques-uns de ses
+dons: il en a bon besoin. Je voudrois avoir quelque chose d'amusant à
+te mander; mais nous n'abondons pas dans cette marchandise, d'autant
+que le pain qui commence à renchérir ici, en rappelant un temps fort
+triste, fait craindre pour cet hiver assez de mouvements, sans compter
+tout ce dont on nous menace pour l'automne, ce qui est fort triste,
+car il n'y a plus moyen de se faire illusion, puisque l'Assemblée
+elle-même en parle comme d'un malheur auquel elle s'attend. Il est
+vrai que la force que donne l'amour de la liberté rassure beaucoup; et
+le patriotisme remplacera aisément l'ordre et la subordination des
+troupes. Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur.
+
+ * * * * *
+
+XLII.
+
+A MADAME DE BOMBELLES,
+
+SOUS LE NOM DE MADAME DE SCHWARZENGALD.
+
+A RORSCHACH, PAR SAINT-GALL, EN SUISSE.
+
+ Ce 22 septembre 1791.
+
+Je suis charmée, ma petite Bombe, de la recrue que tu as faite pour ta
+société, car on a beau dire, l'hiver on en a un peu besoin, surtout un
+homme qui n'a pas la ressource de l'ouvrage. Je suis fâchée du chagrin
+que tu as éprouvé par la perte de M. de Rosenberg, ce sera une vraie
+consolation pour son frère d'être avec toi; mais je crains que cela
+n'attriste la solitude. Oui, mon coeur, je voudrois pouvoir m'y
+transporter. Que j'y trouverois de douceur! Mais la Providence m'a
+placée où je suis: ce n'est pas moi qui l'ai choisi; tu crois bien,
+qu'elle m'y retient, il faut donc s'y soumettre. Mon sort m'y
+paroîtroit plus doux si je voyois l'union dont je te parlois dans ma
+dernière lettre, et que je trouverois l'hiver court, si, malgré toutes
+les peines qu'il nous annonce, il pouvoit l'amener! Et que n'ai-je ici
+les moyens que j'aurois autre part! car j'y travaillerais avec bien du
+zèle. Mais mettons en Dieu notre confiance: il sait ce qu'il faut à
+chacun de ses enfants; il en aura soin, gardons-nous d'en douter. Nous
+ne sommes pas faits pour vivre heureux dans ce monde. La vue de
+l'éternité devroit soutenir tous et particulièrement ceux qui sont
+comblés de ses grâces. Sois tranquille pour ta mère, ma petite, elle
+se porte bien; je ne crois même pas que tu la trouves changée, si tu
+la voyois. Je ne comprends pas comment l'on peut supporter tout ce que
+l'on a à souffrir dans ce moment, les secousses étant fréquentes. Nous
+en avons éprouvé de bien douces, en revoyant des êtres qui ont couru
+de bien grands dangers, mais qui heureusement sont tous en bonne
+santé. La Providence a bien veillé sur eux; non, elle n'abandonne
+jamais. Oh! que l'on seroit heureux si l'on avoit une foi vive! Ton
+mari est donc allé faire une course légère, et tu es restée dans ta
+solitude, avec tes enfants, tes livres et ta pensée. En voilà bien
+assez pour toi.
+
+Nous sommes toujours tranquilles ici. Il paroît une lettre des
+Princes[194], et une déclaration de l'Empereur et du roi de
+Prusse[195]. La lettre est bien forte; mais le reste ne l'est pas.
+Cependant plusieurs personnes croient y voir les Cieux ouverts. Pour
+moi, qui ne suis pas si crédule, je lève les mains au Ciel, et lui
+demande de nous préserver de maux inutiles. Tu en ferois, je crois,
+tout autant.
+
+[Note 194: Voir aux Pièces justificatives, nº XIV.]
+
+[Note 195: Réunis au château de Pilnitz, en Saxe, où s'était rendu le
+comte d'Artois, l'empereur Léopold II, Frédéric-Guillaume II, roi de
+Prusse, et Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, signèrent la célèbre
+déclaration dans laquelle ils signalaient à toutes les cours de
+l'Europe la cause du Roi de France comme la cause commune de toutes
+les têtes couronnées. Ce château royal, détruit en 1818, a été rebâti
+depuis.]
+
+La vicomtesse est chez elle, Tilly et des Essarts en Bourbonnois, et
+Blanche en Normandie. Mais je pense qu'elle reviendra bientôt. Sais-tu
+que l'on nous a menés à l'Opéra mardi, et que lundi nous allons aux
+François! Nous faisons notre coeurs de spectacle. Lorsqu'il sera fini,
+j'en serai charmée.
+
+Adieu, je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.
+
+ * * * * *
+
+XLIII.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 6 octobre 1791.
+
+Il y a aujourd'hui deux ans, ma chère Bombe, que nous étions encore
+dans le lieu de ma naissance. C'est vers cette heure-ci qu'il a été
+décidé que nous le quitterions. Cela est un peu triste, car jamais
+l'on ne verra une habitation plus agréable pour moi. Tu me demandes si
+je vais à M.[196] Non, mon coeur, et certes je n'irai pas que la ville
+dans laquelle il est n'ait avoué ses torts. J'en enrage; mais je crois
+le devoir. Quant à Saint-Cyr, je n'ose pas y aller: le village est si
+mal pour ces Dames que je ne puis y aller, dans la crainte que le
+lendemain l'on ne fasse une descente chez elles, disant que j'ai
+apporté une contre-révolution. Cependant, j'ai écrit à Ligondès pour
+la prier de me marquer le moment qu'elle croira que je pourrai avoir
+ce plaisir.
+
+[Note 196: «Montreuil, où Madame Élisabeth avoit une maison de
+campagne, et qui est une sorte de faubourg de Versailles.» (_Note de
+M. de Bombelles._)]
+
+Je suis charmée de ce que tu me marques du bon sens de ton prince
+moine[197]. Si tout le monde avoit comme lui senti la nécessité de
+laisser chacun dans la place où la Providence l'a placé, nous
+n'aurions pas à gémir sur les maux de notre patrie. La nouvelle
+législature a commencé à attaquer les droits que la Constitution avoit
+donnés au Roi. Elle a décrété qu'elle devoit être indépendante de la
+volonté du Roi lorsqu'il y étoit, et qu'en conséquence ils seroient
+assis avant que le Roi s'assoie; qu'il n'auroit pas un fauteuil
+différent de celui du président, et que l'on ne lui donneroit plus le
+titre de _Sire_ ni de _Majesté_; mais qu'en lui parlant on diroit
+toujours _Roi des François_[198]. Tout cela feroit rire, si l'on n'y
+découvroit pas un désir violent de détruire toute la Constitution. On
+dit que Thouret étoit dans une colère affreuse, et M. de Cordorcet
+enchanté.
+
+[Note 197: Clément-Venceslas, prince de Saxe, né le 28 septembre 1739,
+électeur et archevêque de Trèves le 10 février 1768.]
+
+[Note 198: Voici ce décret, qui était l'oeuvre de Couthon:
+
+Article I. Au moment où le Roi entrera dans l'Assemblée, tous les
+membres se tiendront debout et découverts.
+
+Art. II. Le Roi arrivé au bureau, chacun des membres pourra s'asseoir
+et se couvrir.
+
+Art. III. Il y aura au bureau, et sur la même ligne, deux fauteuils
+semblables; celui à gauche du président sera destiné pour le Roi.
+
+Art. IV. Dans le cas où le président ou tout autre membre de
+l'Assemblée auroit été préalablement chargé par l'Assemblée d'adresser
+la parole au Roi, il ne lui donnera, conformément à la Constitution,
+d'autre titre que celui de _Roi des Français_, et il en sera de même
+dans les députations qui pourront être envoyées au Roi.
+
+Art. V. Lorsque le Roi se retirera de l'Assemblée, les membres seront,
+comme à son arrivée, debout et découverts.
+
+Art. VI. Enfin la députation qui recevra et qui reconduira le Roi sera
+de douze membres.
+
+Ce décret, dès qu'il fut connu dans Paris, y produisit le plus fâcheux
+effet; il fut dès le lendemain matin rapporté sur la proposition de M.
+Vosgien.]
+
+Adieu, ma Bombe, voilà le commencement de nos nouvelles. D'ici à un
+mois, je crois qu'il y en aura bien d'autres du même genre. Mais à
+chaque chose suffit son mal. On parle d'un congrès à Aix-la-Chapelle.
+J'imagine que là l'on cherchera à prévoir tout ce que la nouvelle
+législature sera dans le cas d'entreprendre. Sans cela leur but
+manquera, crois-en ma prédiction. Dieu veuille que d'autres y pensent.
+Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur.
+
+L'Assemblée a rétracté le décret de la veille. Le Roi y va ce matin
+pour en faire l'ouverture, et leur lâchera un petit discours. J'ignore
+ce qu'il contiendra.
+
+ * * * * *
+
+XLIV.
+
+A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[199].
+
+[Note 199: La reproduction de cette lettre est interdite.]
+
+ Ce 20 octobre 1791.
+
+J'ai reçu votre jolie lettre, mon cher Démon. Non, mon coeur, vous
+auriez bien tort de craindre d'être oubliée, croyez que je n'ai point
+le sort dont on soupçonne bien des gens et que l'absence ne fait point
+de tort à mes sentiments. Non, tant que je ne saurai rien qui puisse
+m'affliger sur Démon, je l'aimerai bien tendrement; ainsi, lorsqu'il
+lui prendra fantaisie de s'inquiéter sur cela, en faisant son examen
+le soir, elle pourra répondre à tout ce que son imagination lui aura
+dit. Je crois lui avoir dit cela cent fois, mais si elle me prend pour
+une rabâcheuse avec quelque raison, elle se dira que c'est encore une
+preuve de la sincère amitié que j'ai pour elle. Je serai charmée, mon
+petit Démon, lorsque vous pourrez me venir voir, mais je n'en prévois
+pas l'époque. Votre mari est-il avec vous, mon coeur, ou êtes-vous
+avec votre mère? Et votre second fils, qu'en avez-vous fait? J'ai vu
+avant-hier votre beau-frère, il n'est pas embelli. On dit que les
+émigrés vont être maltraités par l'Assemblée; le sieur Brissot en fit
+hier la motion, qui doit être discutée. Adieu, mon petit Démon, je
+vous embrasse de tout mon coeur.
+
+ * * * * *
+
+XLV.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ [Vers la fin d'octobre.]
+
+J'ai l'âme toute noire, ma chère Rage. Il faut que tu en prennes ton
+parti, et tu en devineras bien la raison, car je n'aime point du tout
+tout ce que je vois. Lis et entends. Dieu veuille que j'aie tort!
+Sais-tu bien que ce que tu me marques à la fin de ta lettre n'a pas le
+sens commun? Il y a quatre mois, cela eût été fort différent. Mais à
+présent c'est un être de raison que de penser que cela puisse faire le
+plus petit effet. Mais notre sort sera toujours d'être bêtes et
+maladroits, ce dont j'enrage de bon coeur. Quant à ce que tu me
+marques pour une certaine personne de ma connoissance, je te fais part
+qu'elle ne trouve pas que tu aies raison; que son opinion ne sera, je
+crois, jamais douteuse, mais que mille raisons lui font croire qu'elle
+est où elle doit être.--Si tu ne l'approuvois pas, elle en seroit
+bien fâchée. Mais je crois que, si elle pouvoit causer avec toi, elle
+te convaincroit. Lastic est ici d'avant-hier; ce qui a fait un
+sensible plaisir à ta très-humble servante, quoiqu'elle lui ait dit
+bien des choses qui lui font peine. La pauvre petite est bien
+malheureuse, sent bien vivement sa position; mais tout cela est soumis
+à la Providence d'une manière qu'il faudroit imiter. Nous irons
+galoper demain ensemble, et cela me plaît.
+
+Je te fais compliment sur la dent d'Hélène: c'est en avoir de bien
+bonne heure. J'ai peur qu'elle ne te morde beaucoup. Adieu, ma petite.
+Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. Le bien de ta belle-soeur
+est-il près de Saint-Domingue?
+
+ * * * * *
+
+XLVI.
+
+A MADAME DE BOMBELLES,
+
+SOUS LE NOM DE MADAME DE SCHWARZENGALD.
+
+PAR SAINT-GALL, EN SUISSE, A RORSCHACH.
+
+ Ce 8 novembre 1791.
+
+Sais-tu bien, ma Bombe, que si je ne comptois pas sur ton amitié, sur
+ton indulgence, je serois un peu honteuse du temps qu'il y a que je
+t'ai écrit? Mais que veux-tu? c'est pour mieux faire que j'ai eu tort.
+Je voulois t'écrire un peu longuement, et je ne m'en suis jamais
+trouvé le temps. Heureusement que l'arrivée de M. de Vaines[200]
+t'aura bien occupée et distraite de l'idée de n'avoir pas de nouvelles
+de ta patrie. Ta mère t'a écrit il y a huit jours, cela t'aura prouvé
+que tout étoit encore sur ses pieds; que, malgré tous les blasphèmes
+que l'on n'a cessé de vomir contre Dieu et ses ministres, le Ciel
+n'étoit pas encore tombé sur nous. Après-demain, l'on dit que l'on
+s'occupera des prêtres non assermentés, et de leur assurer paix,
+tranquillité et libre exercice de la religion. Cela te paroît suspect;
+mais patience, attends pour juger que le décret soit rendu.
+
+[Note 200: Lecteur de la Chambre et du Cabinet du Roi.]
+
+Tu sais sans doute les tristes nouvelles des îles, elles sont
+confirmées d'hier par une lettre de M. de Blanchelande[201]. On
+craignoit la famine pour la ville du Cap, et il tenoit ses vaisseaux
+prêts pour faire embarquer les femmes et les enfants et les sauver,
+tandis qu'eux chercheroient à se défendre. Ils avoient envoyé demander
+secours aux Anglois. Voilà le commerce de la France totalement ruiné,
+et ce superbe royaume humilié jusque dans la poussière. Au moins, s'il
+l'étoit de coeur, Dieu pourroit en être touché; mais, hélas! que
+peut-on faire avec des coeurs corrompus, trompés par l'illusion la
+plus adroite et la plus perfide! Mais adieu, je t'aime et t'embrasse
+de tout mon coeur. Il fait, si tu veux le savoir, un froid de loup,
+depuis trois jours particulièrement. Il y a déjà assez de glace dans
+les bassins pour remplir les glacières. Si l'hiver est aussi froid
+qu'il s'annonce, je ne comprends pas ce que les pauvres deviendront.
+
+[Note 201: Philibert-François Rouvel de Blanchelande, gouverneur de
+Saint-Domingue, né à Dijon en 1735, dut tout à lui-même. Resté
+orphelin en bas âge, sans fortune, il entra à douze ans dans un
+régiment d'artillerie, et devint, jeune encore, major au régiment des
+grenadiers de France. S'étant plus tard distingué dans la défense de
+l'île de Saint-Vincent, où avec cent cinquante hommes il força quatre
+mille Anglais à reprendre la mer, il reçut pour récompense le grade de
+brigadier, suivi de près du gouvernement de l'île de Tabago. A
+l'époque de la Révolution, il rentra en France, et se retira dans le
+village de Chaussin, en Franche-Comté; bientôt après il fut arraché au
+repos pour aller reprendre le gouvernement de Saint-Domingue. A cette
+époque, un décret de la Convention affranchissait les nègres;
+Blanchelande ne put conjurer l'orage; il mit quelque temps sa tête à
+l'abri en cherchant un refuge au Cap; dénoncé par Brissot et Lasource,
+il fut amené en France, et sur la proposition de Garnier, de Saintes,
+il fut envoyé au tribunal révolutionnaire, où, malgré les efforts de
+Tronçon-Ducoudray, il fut condamné à mort le 15 avril 1793. Le
+président lui ayant demandé s'il avait quelque chose à dire: «Je jure
+par Dieu que je vais voir tout à l'heure, répondit-il, que je n'ai
+trempé pour rien dans le fait que l'on m'impute.» Il était âgé de
+cinquante-huit ans. Son fils, qui avait été son aide de camp, fut
+traduit aussi devant le tribunal de sang et mis à mort le 2 thermidor
+an II (20 juillet 1794). Il n'avait que vingt ans.]
+
+J'ai eu hier l'avantage de voir ton cher beau-frère. Tu juges toute la
+joie que j'en ai ressentie. Mais, pour le coup, adieu.
+
+ La fin de la lettre est écrite en encre sympathique.
+
+Enfin, ma Bombe, l'on sent ici la nécessité de se rapprocher de
+Coblentz. On va envoyer quelqu'un qui y restera et qui correspondra avec
+le baron de Breteuil[202]. Mais il me reste une crainte dans cette
+démarche, c'est qu'elle ne soit faite que pour arrêter des démarches
+fâcheuses et qui sont fort à craindre, et non pas pour arriver à une
+confiance méritée. Cependant, qu'arrivera-t-il si elle n'existe pas?
+C'est que nous serons la dupe de toutes les puissances de l'Europe.
+Cependant, ma Bombe, le moment est bien intéressant. Je suis d'avis que
+ton mari soit où il est, car je suis sûre qu'il penseroit comme moi, et
+qu'il engageroit le baron de Breteuil à se porter de bonne foi à ce
+nouvel ordre de choses. Nous voilà aux portes de l'hiver, c'est le
+moment des négociations. Elles peuvent avoir une heureuse issue, mais
+seulement si l'on agit d'accord. Si cela n'existe pas, souviens-toi de
+ce que je te dis:--Au printemps, ou la guerre civile la plus affreuse
+s'établira en France, ou chaque province se donnera un maître. Ne crois
+pas la politique de Vienne très-désintéressée: il s'en faut de beaucoup.
+Elle n'oublie pas que l'Alsace lui a appartenu. Toutes les autres sont
+bien aises d'avoir une raison pour nous laisser dans l'humiliation.
+Songe au temps qui s'est passé depuis notre retour de Varennes. Ces
+événements ont-ils remué l'Empereur? N'a-t-il pas été le premier à
+montrer de l'incertitude sur ce qu'il devoit faire? Croire, comme bien
+des gens l'assurent, que c'est la Reine qui l'arrête, me paroît un être
+de raison et presque un crime. Mais je me permets de penser que la
+politique vis-à-vis de cette puissance n'a pas été menée avec assez
+d'habileté. Si cela est, je trouve que l'on a eu tort; mais il seroit
+impardonnable si, d'après le décret qui a été rendu hier sur les
+émigrants, on n'en sentoit pas le danger. Juge à la quantité qui sont là
+s'il sera possible de les retenir, et ce que deviendront la France et
+son chef s'ils prennent ce parti sans secours étranger. Réfléchis à tout
+cela, ma Bombe; et si ton mari trouve qu'il y ait en effet un grand
+danger à.....[203], ou qu'il engage son ami à marcher de bonne foi, je
+m'attends bien que, dans le premier moment, l'homme qui sera chargé
+d'aller à Coblentz éprouvera peut-être quelques difficultés; mais il ne
+faut pas que cela l'alarme, parlant au nom du Roi, et ne mettant aucune
+roideur à soutenir son avis; mais en le raisonnant bien, il y entraînera
+les autres.
+
+[Note 202: «Voilà qui réfute les mensongères assertions de M. de
+Bertrand de Moleville sur ce que le baron de Breteuil n'avoit pas de
+pleins pouvoirs du Roi en novembre 1791.» (_Note du comte de
+Bombelles._)
+
+Voici quelle était la formule des pleins pouvoirs confiés par Louis
+XVI à M. de Breteuil:
+
+«Monsieur le baron de Breteuil, connoissant tout votre zèle et votre
+fidélité, et voulant vous donner une preuve de ma confiance, je vous
+ai choisi pour vous confier les intérêts de ma couronne. Les
+circonstances ne me permettent pas de vous donner des instructions sur
+tel ou tel objet et d'avoir avec vous une correspondance suivie. Je
+vous envoie la présente pour vous servir de pleins pouvoirs et
+d'autorisation vis-à-vis les différentes puissances avec lesquelles
+vous pouvez avoir à traiter pour moi. Vous connoissez mes intentions,
+et je laisse à votre prudence à en faire l'usage que vous jugerez
+nécessaire pour le bien de mon service. J'approuve tout ce que vous
+ferez pour arriver au but que je me propose, qui est le rétablissement
+de mon autorité légitime et le bonheur de mon peuple. Sur ce, je prie
+Dieu, monsieur le baron de Breteuil,» etc.]
+
+[Note 203: Le papier est arraché à cette place.]
+
+Adieu, accuse-moi la réception de cette lettre; et si ton mari fait
+quelques démarches vis-à-vis du baron, qu'il ne sache pas que je l'en
+ai prié, ni même que je t'ai parlé de tout cela.
+
+ * * * * *
+
+XLVII.
+
+A L'ABBÉ DE LUBERSAC.
+
+ 14 novembre 1791.
+
+J'ai vu avec plaisir par votre dernière lettre, Monsieur, que votre
+santé étoit un peu moins mauvaise: l'hiver sera, dans le pays que vous
+habitez, un bien bon temps pour vous. Tous les détails que vous me
+donnez m'ont fait un grand plaisir. La dévotion des Romains ne me
+tente point du tout. Est-il possible qu'il y ait encore tant de
+superstition! Je ne connois rien qui rabaisse l'homme comme de penser
+que dans cette ville qui a été celle des lumières, qui devroit être la
+mieux instruite de la vraie piété, puisque c'est de là que nous
+recevons l'explication des devoirs qui nous sont tracés; que dans
+cette même ville l'on craigne de changer le genre de dévotion du
+peuple, crainte de l'arracher de son coeur; notre exemple
+n'encouragera certes pas sur cela: car, à force de lumières, nous
+sommes parvenus à une incrédulité, à une indifférence bien
+affligeante, et effrayante pour le moment présent et pour ses suites.
+Cependant l'on n'a point encore porté de décret contre les prêtres;
+l'Assemblée paroît vouloir y mettre une grande sévérité. Si vous lisez
+les papiers publics, vous devez voir qu'il n'y a pas d'indécence que
+l'on ne se permette contre eux: cependant Dieu permet que la religion
+se soutienne au milieu de cette demi-persécution. Les couvents,
+ouverts par ordre du département, présentent le spectacle le plus
+édifiant. Les églises sont remplies, les communions sont innombrables,
+et tout cela se passe avec le plus grand calme. Dieu veuille que
+quelques esprits malins ne viennent pas déranger tout cela! ce dont je
+ne serois point étonnée: car, pour nos péchés, Dieu leur a donné un
+bien grand pouvoir sur notre malheureuse patrie.
+
+Il faut que je vous quitte, Monsieur, mais cela ne sera pas sans vous
+prier de ne pas m'oublier, et vous assurer, de mon côté, que je
+n'oublie point votre affaire: mais ce cruel moment, qui retarde tout,
+y met souvent obstacle. Ne vous inquiétez pas, et soyez convaincu de
+mes sentiments pour vous.
+
+ * * * * *
+
+XLVIII.
+
+A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[204].
+
+[Note 204: La reproduction de cette lettre est interdite.]
+
+ Ce 17 janvier 1792.
+
+Je vous fais mon compliment, mon coeur, de ce que votre fils s'est
+bien tiré de sa petite vérole; elle est si mauvaise cette année, que
+l'on doit regarder comme une grâce spéciale de la Providence de s'en
+tirer. Votre Stani est bien aimable de se souvenir de moi, cela sera
+un grand personnage lorsque je le reverrai; j'ai bien envie, mon
+coeur, que ce temps ne soit pas bien éloigné, j'espère que vous n'en
+doutez pas. Vous ne me parlez pas de votre santé; est-elle bonne, la
+ménagez-vous? On dit que vous lui faites faire quelques culbutes en
+phaéton. Je conçois l'indignation que vous avez éprouvée en voyant M.
+des Essarts au bal: il faut le plaindre, mon coeur, il le mérite; il
+n'a pas senti tout ce qu'il perdoit; un jour peut-être il le sentira:
+des Essarts, née pour plaire à tout ce qui savoit l'apprécier, n'a pas
+été heureuse en ce monde comme elle auroit dû l'être, à en juger par
+nos yeux; mais Dieu savoit bien ce qu'il faisoit: étant destinée à
+habiter peu de temps sur cette terre malheureuse, il l'a purifiée par
+mille épreuves diverses, afin de pouvoir la mieux récompenser. La
+pauvre petite jouit maintenant des sacrifices que Dieu a exigés
+d'elle. Sa mère est bien à plaindre, mais sa vertu et son courage
+sont au-dessus de tout ce que l'on peut dire; soumise à la volonté de
+Dieu, elle est calme et résignée à tout ce qu'il demande d'elle. Que
+de réflexions ces événements ne doivent-ils pas faire faire! Si Démon
+n'étoit pas de sa nature si étourdie, je dirois qu'elle en a sûrement
+fait son profit. Je regrette des Essarts de toute mon âme, mais quand
+je pense à ce qu'elle auroit peut-être eu à souffrir, j'admire la
+bonté de Dieu.
+
+Je suis charmée, mon coeur, de ce que vous me dites sur des êtres qui
+me sont bien chers; je désire vivement les voir heureux, et bien
+d'autres encore. Adieu, ma petite Démon, je vous embrasse et vous aime
+de tout mon coeur.
+
+Dites bien des choses à votre mari et à votre beau-frère, et embrassez
+Stani pour moi.
+
+ * * * * *
+
+XLIX.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 24 janvier 1792.
+
+Tu veux que je te prêche, ma chère Raigecourt. J'en aurois bonne
+envie, si je croyois que cela te fût le moins du monde utile. Mais je
+ne puis te dissimuler que Dieu ne m'a pas accordé grâce pour cela. Si
+j'étois votre directeur, je sais bien ce que je vous dirois, et ce que
+j'exigerois de vous; mais ne l'étant pas, tout ce que je me permettrai
+de te dire, c'est que je ne crois pas que tu sois dans la voie de
+Dieu. Tu te fais illusion par l'humiliation où tu tiens ton esprit;
+sur la douleur que tu reçois toujours de la mort de ton fils. Cette
+humilité nourrit ton amour-propre, aigrit ton coeur, met ton âme à la
+gêne, et nuit au sacrifice que Dieu a exigé de toi, que tu n'as pas
+encore fait et qu'il attend avec toute la patience et la bonté d'un
+père et d'un ami indulgent. Mais, me direz-vous: je dis à Dieu qu'il a
+raison. C'est fort bien; mais je te connois, Raigecourt: cette parole
+ne s'échappe jamais sans un serrement de coeur affreux. Eh bien! si
+j'étois toi, je ne dirois plus cette parole, mais bien celle-ci:
+«Seigneur, je m'abandonne à tout ce qu'il plaira à votre bonté
+d'ordonner pour mon salut. Sauvez-moi, mon Dieu, et que je vous aime:
+voilà tout ce que je désire.»
+
+Je joindrois à cette aspiration le sentiment de l'abandon du coeur, et
+le calme que nécessairement elle doit te faire éprouver. Joins à cela
+de demander à Dieu de faire lui-même pour vous et avec vous ce
+sacrifice que vous n'avez pas encore arraché de votre coeur.
+Joignez-le à celui de Jésus-Christ. Mettez-vous en esprit au pied de
+la Croix. Laissez couler le sang de Jésus-Christ sur vos plaies.
+Demandez-lui de les guérir. Et si après avoir mis tout cela en
+pratique, vous vous trouvez soulagée, et presque froide, prenez bien
+garde d'en remercier Dieu et de ne vous pas faire de reproche
+d'insensibilité, que vous croiriez peu mériter par le contraste de
+votre position. Mais, mon coeur, ne mettez tout ceci en pratique que
+si vous vous y sentez de l'attrait, si votre coeur est touché; car
+s'il ne l'est pas, tout cela ne vaudroit rien. Vis-à-vis de Dieu,
+l'esprit doit être mis totalement de côté, le coeur doit seul agir
+avec la plus grande simplicité et confiance.
+
+J'ai fait remettre ta lettre: on m'a dit que l'on te répondroit. Nous
+avons eu du tapage pour le sucre tous ces jours-ci. Aujourd'hui tout
+est calme; du moins je le crois, car c'est sur le rapport des autres
+que je crois qu'il y en a eu, n'ayant pas vu le moindre mouvement.
+
+La Princesse prend du quinquina. Son écriture n'est pas changée, ce
+qui me prouve qu'elle n'est pas très-affoiblie. Adieu, je t'embrasse
+de tout mon coeur et t'aime de même.
+
+Je t'envoie des pratiques de dévotion que nous commençons samedi
+prochain.
+
+ * * * * *
+
+L.
+
+AU COMTE D'ARTOIS.
+
+ Le 19 février 1792.
+
+Vous savez, mon cher Frère, quelle est mon amitié pour vous, et si je
+me réjouis de vous savoir en bonne santé. Je crois, moi qui suis sur
+les lieux, que vous êtes injuste envers la personne: vous n'avez pas
+au fond de meilleure amie. Je prie Dieu qu'il répande sur vous ses
+bénédictions et ses lumières, et vous jugerez mieux. L'éloignement est
+par tous les côtés une calamité et une souffrance, puisqu'il jette des
+nuages où ne devroit luire que l'amitié. Je vous écrirai plus au long
+sur tout cela par l'occasion que vous savez, et je vous prouverai que
+jamais vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre et dévouée
+que moi.
+
+ * * * * *
+
+LI.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 22 février 1792.
+
+Je verrai, mon coeur, dans un moment où ma bourse sera moins vide, ce
+que je pourrai faire pour ces bons et saints Pères de la Vallée
+Sainte[205]. Quelle vie que celle-là! et combien nous devrions rougir
+en lui comparant la nôtre! Cependant une partie de ces saints n'ont
+peut-être pas autant de péchés que nous à expier. Ce qui doit
+consoler, c'est que Dieu n'exige pas de tout le monde ce qu'il exige
+d'eux, et que, pourvu que l'on soit fidèle dans le peu que l'on fait,
+il est content.
+
+[Note 205: Les Trappistes.]
+
+Je te trouve d'une grande sévérité pour Françoise[206]. Je souhaite
+que cela tourne bien. Mais je ne puis te dissimuler que je trouve que
+tu joues gros jeu. Songe qu'elle n'est peut-être pas destinée à vivre
+retirée dans un chapitre; qu'un temps viendra où elle pourra aller au
+bal, et que pour lors elle se livrera avec plus de fureur à ce
+plaisir. Je crois qu'il seroit plus prudent de l'y mener quelquefois,
+et de s'attacher, dans les conversations que tu pourrois avoir avec
+elle, à lui faire sentir le vide des plaisirs de ce bas monde. Au
+reste, mon coeur, je ne sais pas pourquoi je te parle de cela, car
+Dieu, que tu consultes sûrement avec soin, te donne les lumières dont
+tu as besoin pour la bien conduire, et puisque son confesseur est de
+cette sévérité-là, je n'ai rien à dire. Mais, mon coeur, est-ce le
+tien que tu lui as donné? Si cela est, pourquoi ne l'aimes-tu pas? Il
+me semble que ton zèle devroit être satisfait de la pâture qu'on lui
+donne. J'en juge d'après cet échantillon.
+
+[Note 206: Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, soeur de madame
+de Raigecourt.]
+
+La Reine et ses enfants ont été avant-hier à la Comédie. Il y a eu un
+tapage infernal d'applaudissements. Les Jacobins ont voulu faire le
+train; mais ils ont été battus. On a fait répéter quatre fois le duo
+du valet et de la femme de chambre des _Événements imprévus_, où il
+est parlé de l'amour qu'ils ont pour leur maître et leur maîtresse; et
+au moment où ils disent: _Il faut les rendre heureux_, une grande
+partie de la salle s'est écriée: Oui, oui!... Conçois-tu notre nation!
+Il faut convenir qu'elle a de charmants moments. Sur ce, je te
+souhaite le bonsoir et te prie de bien prier Dieu, ce carême, pour
+qu'il nous regarde en pitié; mais, mon coeur, aie soin de ne penser
+qu'à sa gloire, et mets de côté tout ce qui tient au monde. Je
+t'embrasse.
+
+ * * * * *
+
+LII.
+
+AU COMTE D'ARTOIS.
+
+ Le 23 février 1792.
+
+Votre dernière lettre m'a été remise ce matin, mon cher Frère, et j'ai
+été bien heureuse d'y trouver moins d'amertume que dans la précédente.
+Cependant, je vous ai promis d'ajouter quelques mots à ce que je vous
+ai écrit il y a quelques jours, et je suis votre amie trop sincère
+pour ne pas le faire. Je trouve que le fils[207] a trop de sévérité
+pour la belle-mère[208]. Elle n'a pas les défauts qu'on lui reproche.
+Je crois qu'elle a pu écouter des conseils suspects, mais elle
+supporte les maux qui l'accablent avec un courage fort, et il faut
+encore plus la plaindre que la blâmer, car elle a de bonnes
+intentions. Elle cherche à fixer les incertitudes du père[209], qui,
+pour le malheur de sa famille, n'est plus le maître, et je ne sais si
+Dieu voudra que je me trompe, mais je crains bien qu'elle ne soit
+l'une des premières victimes de tout ce qui se passe, et j'ai le coeur
+trop serré à ce pressentiment pour avoir encore du blâme. Dieu est
+bon, il ne voudra pas continuer à laisser subsister le peu d'accord
+qu'il y a dans une famille à qui l'ensemble et la bonne harmonie
+seroient si utiles; j'en frémis quand j'y pense, et cela m'ôte le
+sommeil, car ce désaccord nous tuera tous. Vous savez la différence
+d'habitudes et de sociétés que votre soeur a toujours eue avec la
+belle-mère: malgré cela, on se sentiroit du rapprochement pour elle
+quand on la voit injustement accuser et quand on regarde en face
+l'avenir. C'est bien fâcheux que le fils n'ait rien voulu ou pu faire
+pour gagner l'ami intime[210] du frère de la belle-mère. Ce vieux
+renard la jouoit, et il eût fallu prendre sur soi, s'il avoit été
+possible, et faire le sacrifice de s'entendre avec lui pour le déjouer
+et prévenir le mal devenu effrayant aujourd'hui. De deux maux le
+moindre. Tous les gens de cette sorte me font peur: ils ont de
+l'esprit, mais à quoi leur est-il bon? Avec cela il faut aussi du
+coeur, et ils n'en ont pas. Ils n'ont que de l'intrigue, et c'est bien
+désagréable qu'ils entraînent tant de gens. Il auroit fallu être plus
+fins qu'eux.
+
+[Note 207: Le comte d'Artois.]
+
+[Note 208: La Reine.]
+
+[Note 209: Louis XVI.]
+
+[Note 210: Le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur de l'Empereur près
+le Roi.]
+
+Paris est presque tranquille. L'autre jour il y a eu à la Comédie, où
+étoit la Reine avec ses enfants, un tapage infernal qui a fini par une
+scène étonnante dont beaucoup de gens ont été attendris:--la plus
+grande partie de la salle a crié _Vive le Roi!_ et _Vive la Reine!_ à
+faire tomber les voûtes: on a battu ceux qui n'étoient pas du même
+avis, et on a fait répéter quatre fois un duo qui prêtoit à des
+rapprochements. Mais c'est un moment, un éclair comme en a la nation,
+et Dieu sait si cela continuera.
+
+L'idée de l'Empereur me tourmente; s'il nous fait la guerre, il y aura
+une affreuse explosion. Que Dieu veille sur nous! Il a appesanti sa
+main sur ce royaume d'une manière visible. Prions-le, mon cher frère;
+lui seul connoît les coeurs et il est la seule digne espérance. Je
+vais passer ce carême à lui demander de nous regarder en pitié;
+d'arranger les affaires entre cette famille que j'aime tant; j'ai cela
+bien à coeur, je consacrerois ma vie à le demander à deux genoux, et
+je voudrois être digne d'être exaucée. Ce n'est que lui qui peut
+changer notre sort, faire cesser le vertige de cette nation si bonne
+au fond, et vous donner la santé et le repos. Adieu. Que me
+demandez-vous? Quelles sont mes occupations aujourd'hui? Si je monte
+à cheval et si je vais encore à Saint-Cyr?--A peine ose-t-on faire ses
+devoirs depuis plus d'un an! Je vous embrasse de tout mon coeur.
+_Miserere nobis._
+
+ * * * * *
+
+LIII.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 6 avril 1792.
+
+Comme je ne veux pas que tu me grondes, je t'écris le Jeudi saint:
+n'est-ce pas beau? Aussi tu n'auras qu'un très-petit mot. Voilà donc
+le roi de Suède assassiné! Chacun à son tour. Il a eu un courage
+incroyable. Nous ignorons encore sa mort; mais il y a à parier qu'il
+l'est, d'après la manière dont le pistolet étoit chargé.
+
+Tu es toute en dévotion. As-tu eu un bel office, un beau reposoir? Ta
+petite te permet-elle d'y aller? Adieu, mon coeur; je t'embrasse bien
+tendrement. Quand tu sèvreras, je m'occuperai de te faire avoir un
+logement, car le tien est donné.
+
+ * * * * *
+
+LIV.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 18 avril 1792.
+
+Je te fais mon compliment, mon coeur, de ce que ta petite a reçu les
+cérémonies du baptême: ta soeur ne m'a pas envoyé le discours de ton
+saint évêque[211]; j'espère l'avoir sous quelques jours. Tu crois
+peut-être que nous sommes encore dans l'agitation de la fête de
+Châteauvieux, point du tout: tout est fort tranquille. Le peuple a été
+voir dame Liberté tremblotante sur son char de triomphe, mais il
+haussoit les épaules. Trois ou quatre cents sans-culottes suivoient en
+criant: _La Nation! la liberté! les sans-culottes! au diable La
+Fayette!_ Tout cela étoit bruyant, mais triste. Les gardes nationaux
+ne s'en sont point mêlés; au contraire, ils étoient en colère; et
+Pétion est, dit-on, honteux de sa conduite. Le lendemain, une pique et
+un bonnet rouge s'est promené dans le jardin, sans bruit, et n'y est
+pas resté longtemps.
+
+[Note 211: Henri-Louis-René Desnos, sacré le 25 décembre 1769,
+dépossédé en 1790.
+
+A sa place, que rendait vacante son refus de prêter serment à la
+constitution civile du clergé, fut élu Jean-Baptiste Aubry, curé de
+Véel dans le duché de Bar. Le président de l'Assemblée nationale, à
+l'ouverture de la séance du 24 février 1791, annonça la nomination
+d'Aubry comme évêque constitutionnel de la Meuse en même temps que
+celle de Robert Lindet, évêque de l'Eure, et celle de Massieu, évêque
+de l'Oise. Aubry était inconnu. Député du clergé du bailliage de
+Bar-le-Duc aux états généraux, il n'y avait donné aucun signe de vie:
+son silence y fut regardé comme une adhésion aux principes
+révolutionnaires, et les suffrages étaient volontiers allés chercher
+un homme dont l'existence était simple, et paraissait étrangère à
+toute intrigue. Il quitta en 1793 la crosse épiscopale pour exercer la
+profession d'avocat, et devint ensuite administrateur de son
+département.
+
+Lors de la réorganisation des tribunaux, qui eut lieu en 1811, il
+obtint la place de conseiller à la cour impériale de Colmar, qu'il
+occupait encore au moment de la Restauration.]
+
+Oui, mon coeur, je serai bien aise de te revoir; mais il faut voir la
+tournure que tout ceci prendra. La première fois que je t'écrirai, je
+te dirai si j'ai pu te trouver un logement. J'en ai bonne envie; car
+il me déplairoit beaucoup de te savoir à l'autre bout de Paris, et de
+ne pouvoir te voir autant que je le voudrois; au lieu que, si tu étois
+dans le château, nous passerions souvent les matinées ensemble. Je
+t'avoue que cette idée me tourne un peu la tête, et je la voudrois
+déjà voir exécutée; mais patience. Depuis trois ans nous sommes à ce
+régime; peut-être qu'à la fin nous nous en trouverons bien.
+
+Bombe fait faire sa première communion à Louis; il me semble qu'il s'y
+prépare fort bien; elle y met tous ses soins. Tu as encore le temps
+d'attendre avant que d'en être là. Tu es bien heureuse, car cela doit
+bien troubler.
+
+Le gouverneur de _M. le Prince Royal_ est nommé d'aujourd'hui; c'est
+M. de Fleurieu[212], celui qui a été ministre. L'Assemblée, à cette
+nouvelle, a renvoyé la lettre du Roi au comité, pour savoir si c'est
+au Roi ou à elle à le nommer. C'est, dit-on, un honnête homme; pour
+moi, je ne le connois pas. Adieu, mon coeur, je t'embrasse et t'aime
+de tout mon coeur.
+
+[Note 212: Voir la note mise au bas de la page 431 du tome Ier.]
+
+Le Roi de Suède est mort avec beaucoup de courage. Quel dommage qu'il
+ne fût pas catholique! il eût été un vrai héros. Son pays paroît
+tranquille.
+
+ * * * * *
+
+LV.
+
+A L'ABBÉ DE LUBERSAC.
+
+ 15 mai 1792.
+
+Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, Monsieur; ce n'est pas
+faute d'en avoir envie: mais je mène une vie si coupée, qu'il ne m'est
+pas possible d'écrire comme je le voudrois. Je ne puis vous dire assez
+combien j'ai été touchée de votre lettre. Le désir que vous me
+témoignez de me voir réunie à celles qui ont tant de bontés pour moi,
+m'a fait un grand plaisir; mais il est des positions où l'on ne peut
+pas disposer de soi, et c'est là la mienne: la ligne que je dois
+suivre m'est tracée si clairement par la Providence, qu'il faut bien
+que j'y reste; tout ce que je désire, c'est que vous vouliez bien
+prier pour moi, pour obtenir de la bonté de Dieu que je sois ce qu'il
+désire. S'il me réserve encore dans ma vie des moments de calme, ah!
+je sens que j'en jouirai bien, au lieu de me soumettre aux épreuves
+qu'il m'envoie! J'envie ceux qui, calmes intérieurement et tranquilles
+à l'extérieur, peuvent à tous les instants ramener leurs âmes vers
+Dieu, lui parler, et surtout l'écouter: pour moi, qui suis destinée à
+tout autre chose, cet état me paroît un vrai paradis.
+
+Si Minette vaut quelque chose, c'est bien à vous qu'elle le devra.
+J'en ai été contente dans le court séjour qu'elle a fait ici: elle
+n'est pas heureuse, et c'est une bonne école. Elle a trouvé à Chartres
+un homme de mérite, à en juger d'après ce qu'elle dit, et en qui elle
+paroît avoir confiance. Je l'ai fort engagée à le voir souvent;
+j'espère qu'elle y est exacte.
+
+Je vois avec peine approcher les chaleurs; c'est un mauvais temps pour
+vous: je désire beaucoup qu'elles soient moins fortes que l'année
+passée. Adieu, Monsieur: croyez que vos lettres me font un vrai
+plaisir, et que je serai charmée le jour où je pourrai vous revoir. En
+attendant, priez Dieu pour nous.
+
+J'ai si peu de temps, qu'il m'est difficile de m'unir aux prières que
+l'on fait; mais j'y dresserai quelquefois mon intention, pour
+participer aux grâces qu'elles doivent attirer. Vous voyez que le moi
+n'est point du tout mort en moi.
+
+ * * * * *
+
+LVI.
+
+A L'ABBÉ DE LUBERSAC.
+
+ 22 juin 1792.
+
+Cette lettre sera un peu longtemps en chemin; mais j'aime mieux ne pas
+laisser échapper une occasion de causer avec vous. Je suis persuadée
+que vous avez ressenti presque aussi vivement que nous, Monsieur, le
+coup qui vient de nous frapper[213]; il est d'autant plus affreux,
+qu'il déchire le coeur, et ôte tout repos d'esprit. L'avenir paroît un
+gouffre, d'où l'on ne peut sortir que par un miracle de la Providence;
+et le méritons-nous? A cette demande, on sent tout le courage manquer.
+Qui de nous peut se flatter qu'il lui sera répondu: _Oui, tu le
+mérites!_ Tout le monde souffre; mais, hélas! nul ne fait pénitence;
+on ne retourne point son coeur vers Dieu. Moi-même combien de
+reproches n'ai-je pas à me faire! Entraînée par le tourbillon du
+malheur, je ne m'occupois pas de demander à Dieu les grâces dont nous
+avons besoin; je m'appuyois sur les secours humains, et j'étois plus
+coupable qu'un autre; car qui plus que moi est l'enfant de la
+Providence? Mais ce n'est pas tout de reconnoître ses fautes, il faut
+les réparer; je ne le puis seule, Monsieur: ayez la charité de
+m'aider. Demandez au Ciel, non pas un changement qu'il plaira à Dieu
+de nous envoyer quand il l'aura jugé convenable dans sa sagesse; mais
+bornons-nous à lui demander qu'il éclaire, qu'il touche les coeurs;
+que surtout il parle à deux êtres bien malheureux, mais qui le seront
+encore plus si Dieu ne les appelle à lui. Hélas! le sang de
+Jésus-Christ a coulé pour eux comme pour le solitaire qui pleure sans
+cesse des fautes légères. Dites-lui souvent: _Si vous voulez, vous
+pouvez les guérir;_ et démontrez-lui bien la gloire qu'il en tirera.
+En me lisant, vous allez me croire un peu folle, mais pardonnez à
+l'excès des maux dont mon âme est atteinte: jamais je ne les ai si
+vivement sentis. Dieu les connoît; Dieu sait les remèdes qu'il doit
+appliquer, mais sa bonté permet qu'on lui fasse les demandes dont on a
+besoin: et j'use, comme vous voyez, de cette permission.
+
+[Note 213: Journée du 20 juin.
+
+La même date avait, on le voit, après un an, ramené de nouveaux
+malheurs: le Roi, blessé dans ses droits les plus sacrés par la
+violation de sa propre demeure et les outrages dirigés contre sa
+personne et sa famille, n'obtint d'autres satisfactions que celles
+qu'il se fit à lui-même, en publiant une proclamation pleine de
+sagesse, de courage et de modération. Voir aux Pièces justificatives,
+nº XV.]
+
+Je suis fâchée de vous écrire dans un style aussi noir; mais mon coeur
+l'est tellement, qu'il me seroit bien difficile de parler autrement.
+Ne croyez pas pour cela que ma santé s'en ressente; non, je me porte
+bien: Dieu me fait la grâce de conserver de la gaieté. Je désire
+vivement que la vôtre se conserve; je voudrois la savoir meilleure;
+mais comment l'espérer avec votre sensibilité? Rappelons-nous qu'il
+est une autre vie, où nous serons amplement récompensés des peines de
+celle-ci, et vivons dans l'espoir de nous y réunir un jour, après
+cependant avoir eu encore le plaisir de nous revoir dans celle-ci;
+car, malgré l'excès de ma noirceur, je ne puis croire que tout soit
+désespéré. Adieu, Monsieur: priez pour moi, je vous en prie, après
+avoir prié pour les autres, et donnez-moi souvent de vos nouvelles:
+c'est une consolation pour moi.
+
+ * * * * *
+
+LVII.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ 3 juillet 1792.
+
+Depuis trois jours on comptoit sur un grand mouvement dans Paris; mais
+on croyoit avoir pris les précautions nécessaires pour parer à tous
+les dangers. Mercredi matin, la cour et le jardin étoient pleins de
+troupes. A midi, on apprend que le faubourg Saint-Antoine étoit en
+marche; il portoit une pétition à l'Assemblée, et n'annonçoit pas le
+projet de traverser les Tuileries. Quinze cents hommes défilèrent dans
+l'Assemblée, peu de gardes nationaux, quelques invalides; le reste
+étoit des sans-culottes et des femmes. Trois officiers municipaux
+vinrent demander au Roi de permettre que la troupe défilât dans le
+jardin, disant que l'Assemblée étoit gênée par l'affluence, et les
+passages si encombrés, que les portes pourroient être forcées. Le Roi
+leur dit de s'entendre avec le commandant pour les faire défiler le
+long de la terrasse des Feuillants, et sortir par la porte du Manége.
+Peu de temps après les autres portes du jardin furent ouvertes, malgré
+les ordres donnés. Bientôt le jardin fut rempli. Les piques
+commencèrent à défiler en ordre sous la terrasse de devant le château,
+où il y avoit trois rangs de gardes nationaux; ils sortoient par la
+porte du pont Royal, et avoient l'air de passer sur le Carrousel, pour
+regagner le faubourg Saint-Antoine. A trois heures, ils firent mine de
+vouloir enfoncer la porte de la grande cour. Deux officiers municipaux
+l'ouvrirent. La garde nationale, qui n'avoit pas pu parvenir à obtenir
+des ordres depuis le matin, eut la douleur de les voir traverser la
+cour sans pouvoir leur barrer le chemin. Le département avoit donné
+ordre de repousser la force par la force; mais la municipalité n'en a
+pas tenu compte. Nous étions, dans ce moment, à la fenêtre du Roi. Le
+peu de personnes qui étoient chez son valet de chambre vinrent nous
+rejoindre. On ferme les portes; un moment après nous entendons cogner:
+c'étoient Aclocque et quelques grenadiers et volontaires qu'il
+amenoit; il demanda au Roi de se montrer seul. Le Roi passa dans sa
+première antichambre. Là, M. d'Hervilly vint le joindre avec encore
+trois ou quatre grenadiers qu'il avoit engagés à venir avec lui. Au
+moment où le Roi passoit dans son antichambre, des gens attachés à la
+Reine la firent rentrer de force chez son fils. Plus heureuse qu'elle,
+je ne trouvai personne qui m'arrachât d'auprès du Roi. A peine la
+Reine l'étoit-elle, que la porte fut enfoncée par les piques. Le Roi,
+dans cet instant, monta sur des coffres qui sont dans les fenêtres; le
+maréchal de Mouchy, MM. d'Hervilly, Aclocque et une douzaine de
+grenadiers l'entourèrent. Je restai auprès du panneau, environnée des
+ministres, de M. de Marsilly et de quelques gardes nationaux. Les
+piques entrèrent dans la chambre comme la foudre; ils cherchoient le
+Roi, surtout un, qui, dit-on, tenoit les plus mauvais propos. Un
+grenadier rangea son arme en disant: _Malheureux! c'est ton Roi!_ Ils
+se mirent en même temps à crier: _Vive le Roi!_ Le reste des piques
+répondit machinalement à ce cri; la chambre fut pleine en moins de
+temps que je n'en parle, tous demandant la sanction et le renvoi des
+ministres. Pendant quatre heures, le même cri fut répété. Des membres
+de l'Assemblée vinrent peu de temps après; MM. Vergniaux et Isnard
+parlèrent fort bien au peuple pour leur dire qu'ils avoient tort de
+demander ainsi au Roi la sanction, et les engagèrent à se retirer;
+mais ce fut comme s'ils ne parloient pas. Ils étoient bien longtemps
+avant que de pouvoir se faire entendre; et à peine avoient-ils
+prononcé un mot, que les cris recommençoient. Enfin Pétion et des
+membres de la municipalité arrivèrent; le premier harangua le peuple,
+et, après avoir loué la _dignité_ et l'_ordre_ avec lequel il avoit
+marché, il l'engagea à se retirer dans le _même calme_, afin que l'on
+ne pût lui reprocher de s'être livré à aucun excès dans une fête
+civique. Enfin, le peuple commença à défiler. J'oubliois de vous dire
+que, peu de temps après que le peuple fut entré, des grenadiers
+s'étoient fait jour et l'avoient éloigné du Roi. Pour moi, j'étois
+montée sur la fenêtre du côté de la chambre du Roi. Un grand nombre de
+gens attachés au Roi s'étoient présentés chez lui le matin; il leur
+fit donner ordre de s'éloigner, craignant la journée du _dix-huit
+avril_. Je voudrois m'étendre là-dessus; mais, ne le pouvant, je me
+promets simplement d'y revenir; tout ce que je puis dire, c'est que
+celui qui a donné l'ordre a bien fait, et que la conduite des autres
+est parfaite. Mais revenons à la Reine, que j'ai laissée entraînée
+malgré elle chez mon neveu; on avoit emporté si vite ce dernier dans
+le fond de l'appartement, qu'elle ne le vit plus en entrant chez lui;
+vous pouvez imaginer l'état de désespoir où elle fut. M. Hue,
+huissier, et M. de Vincent, officier, étoient avec lui; enfin on le
+lui ramena. Elle fit tout au monde pour rentrer chez le Roi, mais MM.
+de Choiseul et d'Haussonville, ainsi que nos dames qui étoient là,
+l'en empêchèrent. Un moment après, on entendit enfoncer les portes: il
+n'y en avoit plus qu'une que le peuple ne put trouver; et trompé par
+un des gens de mon neveu, qui lui dit que la Reine étoit à
+l'Assemblée, il se dispersa dans l'appartement. Pendant ce temps-là,
+les grenadiers entrèrent dans la chambre du conseil: on la mit, et les
+enfants, derrière la table du conseil; les grenadiers et d'autres
+personnes bien attachées l'entourèrent, et le peuple défila devant
+elle. Une femme lui mit le bonnet rouge sur la tête, ainsi qu'à mon
+neveu. Le Roi l'avoit presque du premier moment. Santerre, qui
+conduisoit le défilé, vint la haranguer, et lui dit qu'on la trompoit
+en lui disant que le peuple ne l'aimoit pas; quelle l'étoit, et qu'il
+l'assuroit qu'elle n'avoit rien à craindre. «L'on ne craint jamais
+rien, répondit-elle, lorsque l'on est avec de braves gens.» En même
+temps, elle tendit la main aux grenadiers qui étoient auprès d'elle,
+qui se jetèrent tous dessus. Cela fut fort touchant.
+
+Les députés qui étoient venus étoient venus de bonne volonté. Une
+vraie députation arriva et engagea le Roi à rentrer chez lui. Comme on
+me le dit, et que je ne voulois pas me trouver rester dans la foule,
+je sortis environ une heure avant lui; je rejoignis la Reine, et vous
+jugez avec quel plaisir je l'embrassai. J'avois pourtant ignoré les
+risques qu'elle avoit courus. Le Roi rentré dans sa chambre, rien ne
+fut plus touchant que le moment où la Reine et ses enfants se jetèrent
+à son cou. Des députés qui étoient là fondoient en larmes: les
+députations se relevèrent de demi-heure en demi-heure, jusqu'à ce que
+le calme fût rétabli totalement. On leur montra les violences qui
+avoient été commises. Ils furent tous très-bien dans l'appartement du
+Roi, lequel fut parfait pour eux. A dix heures, le château étoit vide,
+et chacun se retira chez soi.
+
+Le lendemain, la garde nationale, après avoir montré la plus grande
+douleur d'avoir eu les mains liées, et d'avoir vu devant ses yeux tout
+ce qui s'étoit passé, obtint de Pétion l'ordre de tirer. A sept
+heures, on dit que les faubourgs marchoient: la garde se mit sous les
+armes avec le plus grand zèle. Des députés de l'Assemblée vinrent de
+bonne volonté demander au Roi s'il croyoit qu'il y eût du danger, pour
+qu'elle se transportât chez lui. Le Roi les remercia. Vous verrez leur
+dialogue dans tous les journaux ainsi que celui de Pétion, qui vint
+dire au Roi que ce n'étoit que peu de monde qui vouloit planter un
+mai[214].
+
+[Note 214: Le 6 juillet, le directoire du département de Paris,
+considérant que Pétion avait manqué à son devoir en n'empêchant point
+les désordres de cette affreuse journée, le suspendit de ses
+fonctions, sans avoir égard à la défense élevée en sa faveur par
+Roederer, procureur général du département.
+
+Le Roi, à la date du 11 juillet, approuva cette mesure; l'Assemblée,
+par un décret daté du 13, leva la suspension, après avoir, par un
+décret du 11, proclamé la patrie en danger.]
+
+ [La lettre jusqu'à cet alinéa est de main étrangère; le dernier
+ paragraphe est seul de la main de Madame Élisabeth.]
+
+Comme je savois que la duchesse de Duras t'avoit donné de mes
+nouvelles, et que je n'ai pas trouvé un instant pour t'écrire, je ne
+me suis pas trop tourmentée; aujourd'hui même, je n'ai qu'un moment.
+Nous sommes jusqu'à ce moment tranquilles; l'arrivée de M. de La
+Fayette fait un peu de mouvement dans les esprits. Les Jacobins
+dorment. Voilà le détail de la journée du 20. Adieu, je me porte bien,
+je t'aime, je t'embrasse, et suis bien aise que tu ne te sois pas
+trouvée dans cette bagarre.
+
+ * * * * *
+
+LVIII.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 8 juillet 1792.
+
+Il faudroit vraiment toute l'éloquence de madame de Sévigné pour
+rendre tout ce qui s'est passé hier; car c'est bien la chose la plus
+surprenante, la plus extraordinaire, la plus grande, la plus petite,
+etc., etc. Mais heureusement l'expérience peut un peu aider la
+compréhension. Enfin, voilà les Jacobins, les Feuillants, les
+Républicains, les Monarchistes, qui, abjurant tous leurs discordes, et
+se réunissant près de l'arbre inébranlable de la Constitution et de la
+liberté, se sont promis bien sincèrement de marcher la loi à la main,
+et de ne pas s'en écarter[215]. Heureusement, le mois d'août
+s'approche, moment où toutes les feuilles étant bien développées,
+l'arbre de la liberté présentera un ombrage plus sûr. Notre ville est
+tranquille et le sera pour la fédération. Je tremble qu'il n'y ait
+quelque cérémonie religieuse: tu connois mon goût pour elles: demande
+à Dieu, mon coeur, qu'il me donne force et conseil. Adieu; je
+t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.
+
+[Note 215: Dans la séance du samedi 7 juillet 1792, Lamourette, évêque
+constitutionnel du Rhône, rappela l'Assemblée nationale à l'union et à
+la concorde: «A quoi, dit-il, se réduisent ces défiances? Une partie
+de l'Assemblée attribue à l'autre le dessein séditieux de vouloir
+détruire la monarchie; les autres attribuent à leurs collègues le
+dessein de vouloir la destruction de l'Église constitutionnelle, et le
+gouvernement aristocratique connu sous le nom des deux Chambres. Voilà
+les défiances désastreuses qui divisent l'empire. Eh bien, foudroyons,
+Messieurs, par une exécration commune et par un irrévocable serment,
+foudroyons et la République et les deux Chambres. (La salle retentit
+d'applaudissements unanimes de l'Assemblée et des tribunes, et des
+cris plusieurs fois répétés de: _Oui, oui, nous ne voulons que la
+Constitution!_) Jurons de n'avoir qu'un seul esprit, qu'un seul
+sentiment, de nous confondre en une seule et même masse d'hommes
+libres, également redoutables et à l'anarchie et à l'esprit féodal...
+Je demande que l'Assemblée mette aux voix cette proposition simple:
+_Que ceux qui abjurent également et exècrent la République et les deux
+Chambres se lèvent._ (Les applaudissements des tribunes continuent.
+L'Assemblée se lève tout entière. Tous les membres se confondent et
+s'embrassent.)
+
+Cette scène est connue sous le nom de _Baiser de Lamourette_.]
+
+
+
+
+NOTES, DOCUMENTS
+
+ET
+
+PIÈCES JUSTIFICATIVES.
+
+
+I.
+
+LETTRE ÉCRITE DE PARIS PAR M. REPIQUET,
+
+ _Fédéré d'Autun, district d'Autun, département de Saone et Loire,
+ à M. Repiquet, son frère, citoyen audit Autun, sur les événements
+ du_ 10 _août_ 1792, _l'an 4 de la liberté. Imprimée aux frais de
+ la Société, des Amis de la Constitution de ladite ville._
+
+MON FRAIRE, MON CHER AMI,
+
+Je ne peut pas atantre que les chose soit terminé pour tan faire par,
+ainsi qua toute la société des ami de la constitussion d'Autun, qui
+sont mes fraire, que jesper que tu voudra bien leur témogné la
+fraternité qui ne finira qua la mort envair moi. Je te fait par de la
+bataille que nous avont u yaire vendredi dix aoust, comme je te lavais
+promis, que je ne quiterais Paris que quant le coup serait porté; mais
+se coup ne sera jamais houblié, car il doit aitre ymmortelle.
+
+Ci je te parle, croit que c'est un raive; si j'éxiste, c'est que la
+mort n'a pas voulu de moi. Mon ami, je te diré que la nuit du neuf au
+disse, nous somme sorti des Jacobin à minuit, ayant les hordre de nos
+commissair.
+
+Lhordre était de nous transporter tous les fédérés, les un au
+faubourgt St. Entoine, et les autre au Cordelié ou sont les
+Marsaillois; les autre dans les section les plus patriote, de fasson
+que nous avons passé cette maime nuit sans panser à dormir. Pour
+conquir sa liberté, il ne faut plus panser de fermé les yeux, au
+contraire, il faut les ouvrire, et avoir de bonnes aureille. Moi qui
+ne connais pas assés les section de Paris, je messuis transporté de
+suite avecque quelques un des jeune gens d'Autun, dans le bataillon de
+Marsaille, comme javais ma confiance en eux. Les fédérés de Nime, de
+Monpeillé, de Macon, nous nous somme tous joint, de fasson que nous
+nous somme trouvé aux environ de trois bataillon, tous desterminé à
+périre pour conquir la liberté. Nous lavons juré, nous la
+soutiendront: aprest nous, nos enfant prendront vengensse, et ils
+trionferont. Pour moi, mon ami, jétais chef de ploton, quand nous
+avons entré au tuillerie, il li en avait quelqun qui ne se soussiest
+pas di entrer, parce que les bal commensait desja a pleuvoir; pour les
+en courager dantrer, je leur ai dit courage mes enfent, ce nest pas
+sur nous quon tire.
+
+Je neu pas prononsé ses mot quil en tomba catorse de mon ploton, et
+moi surpri de me voir qua trois de ma section, les gueux nous on tiré
+a mitraille, car ils croyoit nous faire reculer et doné la terreur au
+peuple. Mais des fédéré qui on juré devant leur munisipalité
+respective, qui sacrifirait leur sanc, leur fortune, pour la deffance
+de la patrie, ne peuve pas reculer. Nous ne pouvous pas mourire pour
+la plus bel cose, et moi comme tu sai qui suis acoutumé de mourir, je
+ni pansait pas.
+
+Je nés pas encore vu tous les jeune gensse d'Autun; je les cherche
+tous les jour, tout ce que jan sait, quil se sont bien montré et bien
+ardie au feu: il ni a que Mersié de blessé dans une main, je ne sai
+sil en sera extropié. Je cherché dans les cor mort si je ne trouverai
+pas le petit Migniot, frère du charpantier de Marchau, que lon ma dit
+avoir été tué dans la compagni de Monpellié; mais il ma été impossible
+dans navoir de nouvelle. Comme nous étion tous séparés, il ni avait
+pas possible que nous fussion dans la maime compagnie, dhalleur il
+n'est pas possible de reconnaître personne dans les mort. On fait
+nombre de quatre mille, san conté que la riviere en est presque
+plaine, on dirait du bois a flotter. Le chatau des tuillerie brule
+toujours trai fort, le feu ne peut si éteindre, car sest un enfaire.
+Les diable son sorti et demande pardon au peuple; mais le peuple
+courageux et plaint de bonté, a méprisé ses demon, et les a lessé alé
+à leur malheureu sor. Le cheffe des diable avec proserpine se sont
+sauvé avec leur famille, dans l'assemblé nationalle ou on a commi que
+des péché mortelle; comme tu voi qui se ressemble sasemble. Il navais
+pas malle choisi, car il avait choisi des homme abillé de rouge,
+appelés Suisse, pour desfendre les crime qu'il comaitait dans ces
+enfair.
+
+Enfin, mon ami, nous étion plus de cinq cent mille soldat commandé par
+le dieux de lunivert, nous ne lavons pas vu, mais nous lavon entendu;
+il a parlé dans nos coeur, nous étion tous fraire. Des charbonier, des
+masson, des porte fait, en généralle de toute les langue, nous navion
+que le maime langage; nous nous embrassion tous, et nous ne fesion
+qune maime famile. Jés étés mangés par des charbonnié et par baucoup
+douvrier, de sorte qu'il manbrassait. Enfin mon cher ami il li a eu
+des section de Paris qui ont tiré sur nous comme sur des lou garou,
+mais nous les avons baré par la rue de Grenelle et de la section des
+grenadier des file St. Thomas. Jan on compté 48 étandu, entrautre le
+capitaine qui étais d'une grosseur a faire peur a un enfant trouvé; on
+voyoit bien que ce bougre navais été nourie quau chatau des tuillerie,
+car il ni a que des cochon de cette espaisse. On ne veut pas dire
+combien ce qui li a de mort, car cest tairible: ce nest pas fini, car
+il ni a point de nosse quil ni ai de landemain. Aujourdhui jé vu
+couper au moins trois cent taite; on jette les corp dans la rivier, et
+porte les taite. On ne fini pas; tous les aristocrate i passeront: on
+prent leur non en écri, et il y a des comissaire pour montrer leur
+maison. Mais, mon ami, _je te prie de faire par à tous les patriote_
+DE FAIRE COULER DU SANG LE MOINS QU'IL SERA POSSIBLE _dans notre
+pays_, peut aitre que ces gensse ecaré ne tarderont pas à vous
+demandés pardon: nessités pas à les pardonner, mais faitte leur sentir
+quil sont dans la poussier; Paris leur doit doner exemple.
+
+Toute la cavallerie étais pour nous et l'infanterie, mais il li en a
+eu baucoup de tué par les section aristocrate. Il ni a plus
+daristocrate à Paris, tous crie vive la nation; mais il ne faut pas si
+fié que quant nous en auront curé le ny. A linstant que je técri, on
+bat la généralle de toute par. Je fini vite en courant dans mon
+bataillon qui sont les Marsaillois. Les misérable ont perdu 150 homme,
+tant tué que blaissé, jé vu faire lapelle. Mon amie, tu sai que je né
+point d'ortograffe, et que je ne sé point faire de frase, mais au moin
+il me raiste que je parle de coeur en jurant de vivre libre ou mourir.
+
+ Ton fraire Repiquet.
+
+_Poste scriptome._
+
+Je te diré quil métait arrivé davoir desja tué un Garde du Roi, près
+le pallais royale, et un autre le bras, qui na pas mieux vécu que le
+premier, car il avait lalter coupé, pour avoir dit vive le Roi, et
+merde pour la nation. Il li a un trop lon destaille pour tans faire
+par; tu le saura par les Autunois.
+
+Jés tué quatre Suise dans les cavau des tuillerie, quil sestais cachés
+derrier des taunaux: il était comme des lievre caché. Le premier je
+lui ai coupé un bras, ausito une femme la porté au bout d'une pique.
+Pour ten dire davantage je ne peut; tout ce qui li a, que nous en
+avons tué soixante traise dans les cavos. Actuelment on peut me tué
+quent on voudra; jé tué le nombre que je demandais auparavant; mais
+puisque ji suis, il ne me turont quen ma présence.
+
+ REPIQUET.
+
+ A AUTUN, DE L'IMPRIMERIE DE P. P. DE JUSSIEU, 1792.
+
+ * * * * *
+
+II.
+
+COMMUNE DE PARIS.
+
+ Le 20 octobre 1792, l'an 4e de la liberté, 1er de la République
+ française, et 1er de l'égalité.
+
+SECRÉTAIRE-GREFFIER.
+
+Je joins ici, Citoyens, une lettre adressée à Madame Élisabeth, dont
+ce renvoy par devers vous a été arrêté par le conseil général de la
+Commune.
+
+Je vous prie de m'en accuser réception.
+
+ MÉYÉE.
+
+Les citoyens membres de la Convention nationale et composant la
+commission des 24.
+
+ Notre soeur Élisabeth,
+ Prenez votre chapelet,
+ Il sera la victoire,
+ Toute pleine, de gloire.
+
+ Commencés, par la Croix,
+ C'est le signe, des Roys,
+ Jésus, fils de Marie,
+ Ditte, qu'il vous marie,
+
+ Avec le Roy François,
+ Oh Dieu quelle joye.
+ N'est-ce pas un bon souhait?
+
+ Voilà une bonne proye.
+ Rions, chantons cette fois,
+ L'amour a fait son employe.
+
+ * * * * *
+
+ Je t'ay vu, mon Citron,
+ Dans la Loire, en plongeon;
+ Bien nager quelle gloire?
+ Estre mis dans l'histoire.
+
+ Ah le brave Français,
+ Je ne suis point Anglais,
+ Parti pour l'Allemagne?
+ Oui voilà ma campagne.
+
+ Traître, grand ennemi,
+ Trop infidèle ami!
+ Contre nous porter arme!
+
+ Quelle plus triste allarme!
+ J'aime le Roy François.
+ Comme moy donc, franc sois.
+
+Citron est le chien du prince Louis, que j'ay vu en passant à Tours.
+Il s'amusoit avec luy, à le faire nager dans la Loire. J'ay fait ce
+petit sonnet à sa gloire. A ce titre, s'il pouvoit vous recréer un
+moment, je m'en féliciterois: et ma joye iroit de pair avec le respect
+dans lequel je suis pleinement,
+
+ MADAME,
+
+ Votre serviteur le plus respectueux,
+
+ J. GUILLEMETEAU,
+
+ Curé de Biarge et vic. de Fontenay de Vincennes.
+
+ 7 octobre 1792.
+
+ _A Madame, Madame Élisabeth, dans le Temple, rue du Temple, à Paris._
+
+Madame Élisabeth dit dans une de ses lettres qu'elle était effrayée de
+l'ignorance du bas clergé: elle avait bien raison. B.
+
+ * * * * *
+
+III.
+
+Après avoir esquissé, au livre huitième de cette histoire, la
+distribution intérieure de l'édifice du Temple, essayons de donner une
+idée générale de sa physionomie extérieure, un aperçu du personnel
+commis à sa garde et des dispositions prises par l'autorité
+républicaine.
+
+A la grande porte de la rue du Temple était un portier nommé Darque,
+naguère bedeau du grand prieuré, homme simple et bon, qui n'avait pas
+la prétention de descendre du même sang que la glorieuse vierge
+d'Orléans, quoique souvent cette consonnance de noms lui attirât des
+plaisanteries grossières. Serviteur sexagénaire de l'hôtel de Conti,
+il avait été surpris par la Révolution dans l'exercice de ses
+fonctions paisibles et dans la quiétude de ses vieux jours. Du reste,
+il comprenait peu les choses qui se passaient alors sous ses yeux, et
+c'était un grand bienfait de la Providence; les vicissitudes qui
+entraînaient les hommes et les choses lui avaient laissé un abri sous
+le toit où il avait vieilli, et cela lui suffisait; il se regardait
+comme étant partie intrinsèque du Temple.
+
+Dans la loge de Darque pendait un cordon à sonnette correspondant par
+un fil de fer à l'intérieur de la salle du conseil, située, dès le
+premier jour de la détention du Roi dans l'intérieur du palais du
+Temple, et, à dater du 8 décembre, au rez-de-chaussée de la grosse
+tour. Un nombre de coups convenu révélait aux officiers municipaux
+préposés à la garde du Temple la nature des messages ou l'importance
+des visiteurs. Un carillon prolongé annonçait la venue d'une autorité
+supérieure. A ce bruit, les municipaux venaient eux-mêmes reconnaître
+les personnages puissants et les introduire, s'il y avait lieu. Ces
+membres de la Commune furent d'abord au nombre de huit, jour et nuit
+de service dans l'intérieur du Temple, un près de Louis XVI, un près
+de Marie-Antoinette, et les six autres composant le conseil de la
+garde du Temple. Deux couchaient dans l'antichambre du Roi et deux
+dans celle de la Reine, les quatre autres dans la chambre du conseil.
+Ces huit commissaires, dont le service durait pendant quarante-huit
+heures, se renouvelaient chaque jour quatre par quatre, désignés par
+le sort dans le conseil de la Commune. Étant de service auprès des
+prisonniers, ils étaient tenus de ne répondre qu'aux questions vagues
+et sans importance qu'on leur faisait, et le plus laconiquement
+possible.
+
+A droite et à gauche, dans la cour, s'élevaient plusieurs corps de
+bâtiment affectés à différents services; à droite, était l'appartement
+de Jubaud, ancien concierge du palais; le nouvel économe, du nom de
+Coru, occupa une partie de ce logement.
+
+Dans le bâtiment de gauche, faisant face à l'habitation de Coru,
+demeurait l'ancien suisse du château du Temple, nommé Gachet, protégé
+de M. le comte d'Artois, vieux débris, comme Darque, de cet ancien
+régime sous lequel on buvait et l'on chantait, sans prévoir quel
+terrible visiteur viendrait briser les verres et interrompre les
+chansons. Les orages du temps avaient quelque peu assombri l'humeur
+joviale du vieux Gachet, mais ils n'avaient pas dérangé l'antique
+habitude qu'il avait prise de vendre à boire à ses voisins. Depuis
+1784 sa petite industrie était exploitée par un vieux célibataire
+nommé Lefèvre; assez étranger au grand drame qui se jouait sous ses
+yeux, Lefèvre ne voyait dans le passage au Temple des officiers
+municipaux et de la force armée, qu'une chance heureuse pour son
+commerce, et, sans souhaiter malheur à la famille royale dont il avait
+reçu les bienfaits, il acceptait volontiers un état de choses qui
+achalandait son cabaret. La triste humanité est ainsi faite; quand on
+n'est pas soutenu par un sentiment plus haut, on juge l'histoire
+générale au point de vue de sa propre histoire. On s'assemblait chez
+le père Lefèvre pour savoir ce qui se passait, pour converser sur les
+affaires du jour: c'était le rendez-vous des nouvellistes du
+voisinage.
+
+A gauche également, et sous le même toit que la _buvette du père
+Lefèvre_ (car c'est ainsi qu'on appelait cet établissement), se
+trouvaient les cuisines qui alimentaient non-seulement les
+prisonniers, mais les commissaires de la Commune, les officiers, et
+dans la suite le poste tout entier de la force armée; enfin tous les
+employés tenus par leur service à ne pas sortir du Temple.
+
+Le palais ou château faisait face à la porte d'entrée et fermait dans
+toute sa largeur la première cour. Dans le château était le grand
+poste du Temple. Il résulte des états journaliers du service de cette
+époque, que la garde du Temple se composait de: 1 commandant général,
+1 chef de légion, 1 sous-adjudant général, 1 adjudant-major, 1
+porte-drapeau, 20 artilleurs, 2 pièces de canon, et formait, avec les
+gardes nationaux, en y comprenant les officiers et sous-officiers, un
+effectif de deux cent quatre-vingt-sept hommes. Cette garde était
+fournie chaque jour au Temple tour à tour par les huit divisions de la
+garde nationale parisienne. Après la mort du Roi, cet effectif fut
+réduit à deux cent huit hommes, y compris quatorze canonniers.
+
+On entrait au jardin par l'intérieur du château: ce fut pour obvier à
+cet inconvénient que, d'après l'ombrageuse inspiration de la Commune
+et sous sa surveillance sévère, le patriote Palloy (on ne le nommait
+jamais sans cette qualification) éleva plus tard, au milieu de
+l'espace qui séparait le château de la tour, un gros mur qui forma
+ainsi une nouvelle cour entre le château et le jardin.
+
+Ce nouveau mur avait deux portes, l'une charretière, fermée par une
+forte cloison de chêne, garnie de barres de fer et de verrous, et que
+l'on ne pouvait ouvrir sans le concours de deux guichetiers,
+possesseurs chacun d'une clef différente.
+
+La seconde porte, à gauche et tout à côté de la première, consistait
+en un guichet étroit; deux clefs étaient également nécessaires pour
+en opérer l'ouverture; ces clefs étaient aux mains de deux hommes
+dont les loges étaient situées à côté de ces deux portes, l'une en
+dedans, l'autre en dehors. Un fil de fer et une double sonnette
+ralliaient ces deux cases à travers le mur. Les deux guichetiers
+passaient là les jours et les nuits sans interruption aucune, dérangés
+à toute minute, dépendant l'un de l'autre, et condamnés, comme
+Sisyphe, à une action continuelle. L'un de ces suppliciés s'appelait
+Richard, l'autre Mancel.
+
+Dès qu'on avait franchi ces portes, tous les bâtiments contigus à la
+tour ayant été démolis, le sombre édifice, dépositaire des débris de
+la royauté, apparaissait dans sa libre tristesse, dégagé de toutes
+parts, et renfermé, avec quelques bouquets d'arbres, entre quatre
+murailles nues. Son complet isolement lui imprimait encore un
+caractère plus religieux et plus redoutable. A ses angles, quatre
+tourelles rondes élançaient leurs toits aigus, que dominait de sa
+masse imposante le pignon également aigu du donjon. L'oeil ne
+retrouvait dans leurs girouettes découpées à jour aucunes traces
+d'armoiries; aucun cartouche de pierre n'indiquait non plus, au-dessus
+de la porte d'entrée, la féodalité des âges de foi: le passage des
+templiers n'y était pas inscrit; les écussons des grands maîtres
+n'étalaient point leurs émaux sur un portail guilloché. Tout le
+monument était grave et empreint de la physionomie des temps
+guerriers, mais n'ayant rien d'épique ni de romanesque dans son
+architecture simple et sévère, dépouillée de ces belles fantaisies, de
+ces images capricieuses que le moyen âge taillait dans la pierre.
+
+Depuis que, veuf de ses nobles hôtes, veuf aussi de son arsenal et de
+ses trophées, il avait, silencieux, servi d'asile à de poudreuses
+archives, une sombre mélancolie planait sur lui et semblait annoncer
+qu'il devait un jour servir de prison. On sentait, en effet, en le
+regardant, qu'absente à l'extérieur, la gaieté ne pouvait habiter le
+dedans, et que la main de l'adversité devait seule pousser des
+habitants dans une telle demeure. Théâtre parfaitement approprié à la
+terrible tragédie qui allait s'y accomplir, l'architecte, en le
+faisant si lugubre, semblait l'avoir prédestiné à l'usage qu'il venait
+de recevoir.
+
+Voici l'état nominatif de toutes les personnes employées à la bouche
+et à la sûreté de la maison du Temple pendant les premiers temps de la
+captivité de la famille royale. Nous mettons en regard le traitement
+qui leur était alloué.
+
+ Gagnié[216], chef de cuisine 4,000 fr. par an.
+ Remy, chef d'office 3,000 --
+ Maçon, second chef d'office 2,400 --
+ Nivet, pâtissier 2,100 --
+ Meunier, rôtisseur[217] 2,400 --
+ Mauduit, argentier, homme du garde-manger 2,400 --
+ Penaut, garçon de cuisine 1,500 --
+ Marchand[218], garçon servant 1,500 --
+ Turgy[219], id. 1,500 --
+ Chrétien[220], id. 1,500 --
+ Guillot, garçon d'office 1,200 --
+ Adrien, laveur 1,200 --
+ Fontaine, garçon pour le service de la bouche 600 --
+ Tison, au service de Marie-Antoinette, d'Élisabeth,
+ et de la fille d'Antoinette 6,000 --
+ La femme dudit Tison (Anne-Victoire Baudet) 3,000 --
+ Mathey, concierge de la Tour 6,000 --
+ Rocher, guichetier 6,000 --
+ Risbey, id. 6,000 --
+ Richard-Fontaine[221], gardien du guichet entre le
+ Château et la tour 3,000 --
+ Mancel[222], d'abord balayeur, depuis collègue de
+ Richard-Fontaine, aux gages de 1,000 --
+ Le Baron[223], concierge et gardien des scellés 2,000 --
+ Le Baron, porte-clef 1,200 --
+ Jérôme[224], id. 1,200 --
+ Gourlet[225], id. et garçon du conseil 1,200 --
+ Angot[226], scieur de bois 1,000 --
+ Vincent-Petit Ruffon, scieur et porteur de bois 1,200 --
+ Herse, id. 1,000 --
+ Jean Quenel, commissionnaire 1,000 --
+ Danjout, perruquier 600 --
+ Roekenstroh[227], surveillante de la lingerie 1,000 --
+ Roekenstroh, commis de l'économe (âgé de 15 ans
+ et demi) 1,000 --
+ Darque, portier à la grande porte 1,500 --
+ Picquet[228], portier des écuries 600 --
+
+[Note 216: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.]
+
+[Note 217: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.]
+
+[Note 218: Ci-devant servant aux Tuileries.]
+
+[Note 219: _Id._]
+
+[Note 220: _Id._]
+
+[Note 221: Ci-devant terrassier.]
+
+[Note 222: Ci-devant balayeur à la maison d'Artois. Vieil invalide
+auquel le comte d'Artois avait donné cette retraite.]
+
+[Note 223: Ci-devant frotteur à la maison d'Artois (dont il portait la
+livrée ainsi que Mancel).]
+
+[Note 224: Ci-devant tourneur.]
+
+[Note 225: Ci-devant employé au service du citoyen Jubaud.]
+
+[Note 226: Ci-devant gardien d'argenterie à la maison d'Artois.]
+
+[Note 227: Ci-devant employée en cette qualité à la maison d'Artois.]
+
+[Note 228: Ci-devant employé en cette qualité à la maison d'Artois.]
+
+Ce nombreux personnel fut successivement modifié et diminué; les
+traitements, qui tous étaient imputés sur le fonds de 500,000 francs
+décrété le 12 août 1792 pour la dépense du Roi et de sa famille,
+furent réduits; les abus qui s'étaient glissés dans une première
+organisation furent redressés par l'autorité; plusieurs employés
+furent destitués, d'autres remplacés. C'est ainsi que dès le 12
+décembre 1792 Rocher et Risbey furent renvoyés; que Guillot, Adrien et
+Fontaine furent remplacés par Caron, Lermuzeaux et Vandebourg; que
+plus tard, le 13 octobre 1793, Turgy, Chrétien et Marchand furent
+congédiés; que Coru, l'économe qui avait pris la place de Jubaud, fut
+contraint de la donner à Lelièvre; et que celui-ci, compromis par des
+dénonciations, la perdit un instant, la reprit, et finit par la céder
+à Liénard. C'est sous ce dernier, en fructidor an II, que les grandes
+réformes furent opérées. Liénard en donna lui-même l'exemple, en
+proposant de restreindre son propre traitement à 3,000 francs. Gagnié
+fut remercié et remplacé par Meunier.
+
+Un document indique aussi que Monnier, porte-clefs en chef de la tour
+(qui ne fut, à ce qu'il semble, employé que peu de temps en cette
+qualité, car son nom ne figure même pas sur les contrôles), avait été,
+sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le 1er
+ventôse an II.
+
+ * * * * *
+
+IV.
+
+[Orthographe conservée.[229]]
+
+[Note 229: Nous avons cru devoir conserver à ces pièces leur orthographe.]
+
+_Mémoire de madame Marie Antoinette,_
+
+Pare Sainte Foy dite Breton couturier.
+
+ Du 27 janvier 1793.
+
+ Fait un pierrot grand deuille de fleures 24#
+ Fournie les rubans 6#
+ Fournie les busques et bouton 4 10s.
+
+ Le 30. Une robe de même fleurés grand deuille 24
+ Fournie les rubans 6
+ Fournie les busque 2 10
+ Deux jupon de tafetas dHitaly noire 12
+ Fournie les rubans 2
+
+ Le 28 mars refaitte un pierrot et le jupon de fleurés 15
+ Fournie les rubans 6
+ Fournie les busque et bouton 4 10
+ Fournie une aune de fleurés pour les manches à 9# 9#
+
+ Le 3 avrille faitte un pierrot de fleurés grand deuille 24
+ Fournie les rubans 6
+ Fournie les busque et bouton 4
+ Un jupon de tafetas dHitaly noire 6
+
+ 23 mai un pierrot de fleurés grand deuille 15
+ Fournie deux aune un quare de fleürés pour ce
+ pierrot--à 9# laune fait 20# 5
+ Plus une aune et 1 mis de florence pour corsage et
+ doublure des manches à 6# 10s. f. 9# 15
+ Fournie les busque et bouton 4 10
+ ------------
+ 205# 10
+
+Bon pour cent quarante-neuf livres dix sols.
+
+ C. (_Coru._)
+
+ * * * * *
+
+_Mémoire des fournitures d'étoffe de soye faites pour le service de
+Marie-Antoinette._
+
+Par Le Normand, marchand à Paris.
+
+Livré à mademoiselle Bertin:
+
+ Mars. 6 aunes fleuret noir large à 9# 54#
+ 2 voile noir a 3 6
+
+ 28... Livré à madame Chaumet:
+ 21 aunes double florence noir à 6 10 136 10
+
+ Livré à madame Le Breton:
+ 11 aunes fleuret noir large à 10 110
+ 5 aunes 1/2 tafétat noir première
+ qualité à 12. 66
+ 2 aunes 1/2 florence noire à 6 10 16 5
+ -----------
+ 388 15
+
+ * * * * *
+
+_Memoire de madame Élisabeth_,
+
+Pare Sainte Foy dite Breton couturier.
+
+ Du 27 janvier 1793...
+
+ Une redingotte chemise de florence noire hoittés 30#
+ Fournie la hoitte 5
+ Fournie du bougrand pour le collet 2 10 s.
+ Fournie les rubans et bouton 6
+ Fournie les ballene 6 10
+ Un pierrot de fleures grand deüille 24
+ Fournie les rubans et bouton 6
+ Fournie les ballene 6 10
+
+ Le 29 déshoittés la robe de florence noire 15
+
+ Faitte deux jupon de tafetas dHithaly noire 12
+ Fournie les rubans 2
+
+ Le 4 avrille refaite un pierrot et remis des
+ manches neuf 15
+
+ Fournie une aune de fleürés pour manche à 9#, f. 9
+ Plus une aune de florence pour doublure à 6# 10 s. 6 10
+ Fournie les rubans pour le jupon et pierrot 6
+ Fournie les ballene 6 10
+
+ Le 13 une redingotte chemise de florence noire 30
+
+ Fournie du bougrand pour le collet 2 10
+ Fournie les rubans 6
+ Fournie les ballene 6 10
+ Fournie les bouton 1 4
+
+ Total 204# 14
+
+Bon pour cent quarante livres dix sols.
+
+ C.
+
+ * * * * *
+
+_Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soies d'or
+et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
+cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris._
+
+Du 26 mars 1793.
+
+Fourni à la fille d'Antoinette:
+
+ 1 aune 1/2 fleuret noir 11# 6# 10s.
+ 1 -- 1/2 florence noir 6 10 19 15
+ 5 avril, 1 aune » fleuret noir. » » 11 »
+ » -- 1/2 florence noir. 6 10 3 5
+ 23. 2 -- » florence noir. 6 10 13 »
+ ----------
+ Total. 63 10s.
+
+Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
+à soixante et trois livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.
+
+ BARBIER ET Cie.
+
+ * * * * *
+
+_Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soie d'or
+et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
+cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris._
+
+Du 4 avril 1793.
+
+Fourni à Élisabeth Capet:
+
+ 22 aunes florence noir. 6 10s. 143# »
+ 10 -- fleuret noir. 11 » 110 »
+ 6 aunes 1/2 taffetas noir. 11 » 71 10
+ ------------
+ Total. 324# 10
+
+Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
+à trois cent vingt-quatre livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.
+
+ BARBIER ET Cie.
+
+(_Archives de l'Empire_, carton E, nº 6,207.)
+
+ * * * * *
+
+V.
+
+_Mémoire des médicaments fournis au Temple pendant le mois de may,
+pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le citoyen Robert
+apothicaire authorisé par la commune et par les ordonnances du citoyen
+docteur Thiery._
+
+Pour Marie Antoinette:
+
+ 1793. Mai 1er. Un bouillon medicinale fait au bain
+ marie composé de veau, poulet, et plantes diverses. 5#
+
+ 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. Chaque jours le même
+ bouillon réitéré 45#
+
+ Plus une boëte de gomme pectorale 3
+
+ 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours
+ le bouillon cy dessus réitéré 50
+
+Pour le fils de Marie Antoinette:
+
+ Mai 12. Douze onces de miel de Narbonne 3 12
+
+ 13. Deux bouteilles de petit lait clarifié 2
+
+ 14. Deux bouteilles idem. 2
+
+ 15. 16. Bouteilles idem. 4
+
+ 17. Une médecine composée de follicules manne
+ choisis, coriandre, et sel de Glauber 3
+
+ La même médecine de précaution 3
+
+ Une bouteille de petit lait 1
+
+ Quatre onces de bayes de genievre 1 4
+
+ 18. Une bouteille de petit lait 1
+
+ Une livre de miel de Narbonne 4 16
+ ----------
+ Suite et montant de l'autre part 128# 12s.
+
+Pour le fils de Marie Antoinette:
+
+ May 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. Chaque
+ jours une bouteille de petit lait 10
+
+ 29. La médecine du 17 réitérée 3
+
+ Idem la même médecine de précaution 3
+
+ 30. 31. Le petit lait réitéré 2
+
+ Un cornet de baye de genievre 1 4
+
+ Une boette de parfums 2
+
+Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette:
+
+ Mai 1er. Un bouillon médicinal fait au bain marie,
+ composé avec sucs de plantes, sel de Glauber,
+ etc. 4
+
+ 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Chaque jours le même
+ bouillon réitéré 40
+
+ 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. Chaque jours
+ le bouillon idem. 40
+
+ 22. 23. 24. 25. Le bouillon réitéré 16
+
+ Plus douze onces d'eau de roses 3
+
+ 26. 27. 28. 29. 30. 31. Chaque jours le bouillon id. 24
+
+ Pour Élisabeth soeure de Marie Antoinette:
+
+ May 25. Quatre grands rouleaux de sparadrap de
+ diapalme 20
+ -------
+ 296# 16s.
+
+ * * * * *
+
+_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le courant du mois
+de juin, pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le
+citoyen Robert apothicaire authorisé par la commune et par ordonnance
+du citoyen docteur Thiery._
+
+Pour le fils de Marie Antoinette:
+
+ 1793. Juin 1er. Une bouteille de petit lait clarifié 1
+
+ 2. 3. 4. 5. Chaque jours le petit lait réitéré 4
+
+ Plus fournis un thermometre pour les bains 4
+
+ 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jouis une bouteille de
+ petit lait 7
+
+ 13. Un bouillon médicinal fait au bain marie, composé
+ avec cuisses et reins de grenouilles, avec addition
+ de sucs de plantes, et terre folliée minérale 5
+
+ 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon
+ réitéré 35
+
+ 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. Chaque jours le
+ bouillon idem. 50
+
+Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette.
+
+ Juin 1er. Un bouillon médicinal fait au bain marie
+ (composé avec sucs de plantes, sel de Glauber,
+ etc.) 4
+
+ 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Chaque jours le bouillon réitéré. 28
+
+ Plus douze onces d'eau de roses. 3
+
+ 9. 10. 11. 12. 13. Chaque jours le bouillon. 20
+
+ 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon
+ réitéré 28
+ ------
+ 189#
+
+ * * * * *
+
+_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le mois de juillet
+pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure par le citoyen Robert
+apothicaire, authorisé par la commune et par ordonnances du citoyen
+docteur Thiery._
+
+Pour Marie Antoinette, sa fille et Élisabethe:
+
+ 1793, l'an IIe de la République.
+
+ Juillet 12. Une chopine d'eau de fleurs d'oranges
+ double distillée au bain marie 12
+
+ Trois flacons de sel volatil de vinaigre camphré 18
+
+ Un cornet de genievre " 12
+
+Pour le fils de Marie Antoinette:
+
+ Juillet 1. Un bouillon medicinal fait au bain marie
+ avec veau, cuisses et reins de grenouilles, suc de
+ plantes et terre folliée 5
+
+ 2. Le bouillon réitéré 5
+
+ Douze onces de miel de Narbonne 4 16
+
+ 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jours le
+ bouillon ci-dessus réitéré 50
+
+ 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. Chaque jours
+ le bouillon idem. 50
+
+ 23. 24. 25. Le bouillon idem. 15
+
+ 26. Un lavement composé avec coralline de Corse,
+ suc de citron et huile d'olive 1 10
+
+ Plus fournis une seringue, avec son canon d'yvoir 14
+
+ 27. Un lavement 1 10
+
+ 28. Le lavement idem. 1 10
+
+ Plus 4 onces de sirop vermifuge 1 4
+
+ 29. 30. 31. Chaque jours le lavement 4 10
+
+ Plus 4 onces de sirop vermifuge 1 4
+
+Pour la citoyene Tison:
+
+ Juillet 4. Une potion calmante 2
+
+ 5. La potion idem. 2
+
+ Plus deux pintes de petit lait avec le sirop de
+ violettes 4
+
+ 6. Un rouleau d'orgeat 2 10
+
+ Deux pintes de petit lait réitéré 4
+
+ La potion double réitérée 4
+
+ 7. Une pinte de petit lait 2
+
+ La potion double réitérée 4
+
+ 8 et 9. Chaque jours le petit lait 4
+
+ Plus deux potions 4
+ --------
+ 218# 6s.
+
+(_Archives de l'Empire_, série E, nº 6207.)
+
+ * * * * *
+
+VI.
+
+DÉTAILS DE LA CONDUITE DU CITOYEN LOMÉNIE
+
+ Depuis le 1er mai 1789 jusqu'à ce jour.
+
+Au 1er mai 1789 j'étais à Paris, où je remplissais tous les devoirs
+d'un bon citoyen; j'en suis parti le 18 juin de cette année pour
+Brienne; je n'ai cessé d'y annoncer à mes concitoyens une révolution
+qui devait les rétablir dans leurs droits et faire un jour leur
+bonheur. Je n'ai cessé de prendre à tous les événements publics la
+part que tout bon patriote devait prendre; j'ai envoyé la plus grande
+partie de ma vaisselle, j'ai payé mes dons patriotiques; enfin
+l'établissement des assemblées primaires et des municipalités ayant
+été décrété, mes concitoyens me connaissant, me rendant justice depuis
+longtemps, me proposèrent d'être maire; je l'acceptai avec
+reconnaissance, en leur disant en même temps que s'ils avaient plus de
+confiance en quelque autre, je les priais de le choisir; que je me
+verrais avec le même plaisir un de leurs concitoyens sans charge, et
+que je n'acceptais celle qu'ils me proposaient que par l'espoir de
+pouvoir leur être utile et leur donner des preuves de mon attachement.
+Je fus élu maire à l'unanimité; je fus également électeur, et depuis
+ce moment jusqu'à ce jour je n'ai cessé d'être maire et de recevoir
+chaque jour des marques de la confiance de mes concitoyens. Je ne suis
+pas sorti de Brienne jusqu'au mois de décembre 1791, que pour aller
+passer de temps en temps trois ou quatre jours à Sens et trois fois en
+1790, et deux autres en 1791, pour aller passer à Paris trois ou
+quatre jours chaque fois, en 1790. J'y ai passé un mois au mois de
+janvier. Au mois de décembre 1791 j'ai été à Paris et j'y suis resté
+jusqu'au mois de mai 1792, que je suis revenu à Brienne. Au mois de
+novembre précédent, lors du renouvellement des municipalités, je
+représentai à ma commune que devant aller à Paris où j'avais affaire,
+si elle pensait que mon voyage fût incompatible avec les fonctions de
+ma place de maire, je la priais de ne pas m'y réélire. Elle s'y refusa
+constamment, me réélut de nouveau, et pendant mon séjour à Paris j'ai
+fait deux ou trois petits voyages à Brienne pour venir remplir
+quelquefois les fonctions de ma place. Depuis le mois de mai 1792
+jusqu'à ce jour je ne suis pas sorti de Brienne que pour aller
+quelquefois à Sens, voir trois fois ou quatre fois mon malheureux
+frère, qui vient de mourir victime des mauvais traitements que lui ont
+fait éprouver des hommes qui n'en méritent pas le nom; j'ai fait tous
+les dons patriotiques demandés, et bien au delà. Lors de l'invasion de
+l'ennemi jusqu'à Châlons, à quinze lieues de Brienne, je n'ai cessé
+d'exciter tous mes concitoyens à voler au secours de la patrie. Leur
+bonne volonté ayant été arrêtée par les ordres venus de n'envoyer que
+des hommes armés, j'ai engagé à mes dépens plusieurs citoyens, j'ai
+contribué à leur équipement, armement, et j'ai établi une
+correspondance avec nos armées pour avoir des nouvelles; mes chevaux
+ont été employés à cet usage et au service de la gendarmerie nationale
+et à des patrouilles continuelles pour surveiller les malveillants;
+ils l'ont été au transport des vivres et des fourrages. Je n'ai cessé
+d'exercer jour et nuit mes fonctions avec zèle et activité, et mes
+concitoyens me rendront sur cet objet la justice qui m'est due.
+
+Depuis, je n'ai cessé d'exciter le zèle de mes concitoyens pour entrer
+au service de la patrie, j'en ai engagé près de vingt à mes dépens, et
+donné des gratifications aux autres; tous mes chevaux n'ont pas cessé
+de faire tous les envois utiles à la patrie; lorsque l'on a planté
+l'arbre de la liberté, j'ai parlé à mes concitoyens comme un bon
+patriote doit parler, et tous l'attesteront; j'ai établi à mes frais
+l'autel de la patrie. J'ai contribué à toutes les fêtes civiques et en
+ai presque toujours fait les frais. Je suis honteux de parler de ces
+misères, personne n'est plus persuadé que moi que c'est aux riches à
+faire ces dépenses, qu'ils sont trop heureux d'être en état de les
+faire, et que les égoïstes qui s'y refusent sont des hommes
+méprisables; mais on veut un compte de ma conduite, et je le rends.
+
+L'armée de Mayence a passé à Brienne au mois d'août 1793, j'ai été
+averti de son passage la veille de celui de la première colonne, et
+l'on m'a annoncé que suivant toutes les apparences il faudrait fournir
+du pain; secondé par le zèle de mes concitoyens, auxquels je ne puis
+donner trop d'éloges, j'ai préparé dans la nuit même six mille rations
+de pain, j'en ai fourni à l'armée plus de quinze mille et à un prix
+très-inférieur à celui que payait la nation partout ailleurs; sachant
+la pénurie où était la ville de Troyes pour fournir cette armée, j'ai
+envoyé dix-huit cents rations de pain; la viande, le vin, le logement,
+tout a été fourni abondamment et de manière que les citoyens composant
+cette armée, en passant dans des villes bien plus considérables que
+Brienne, criaient: Vive la commune de Brienne! J'ai passé quatre jours
+et presque quatre.....[230] [Ici s'arrête ce fragment.]
+
+[Note 230: Note conservée au dossier de Madame Élisabeth, Archives de
+l'Empire, W. 363; pièce nº 24:
+
+«Jugement du 21 floréal.
+
+»Acte d'accusation contre Loménie et autres.
+
+»Il y avait au procès une foule de délibérations de communes qui
+attestaient le civisme de Loménie de Brienne, ex-ministre, et
+cependant Fouquier, qui ne pouvait pas ignorer toutes ces
+attestations, lui en fait un crime dans son acte d'accusation.
+
+»_Le jugement a été signé en blanc rempli depuis; un grand blanc est
+rayé, il est signé_ DELIÉGE, DUMAS, MAIRE.
+
+»Dans la même affaire, la femme Maigret de Sérilly s'étant déclarée
+enceinte, il a été sursis à son exécution. Quoiqu'elle ait été
+postérieurement élargie par ordre du comité de sûreté générale, elle
+est néanmoins inscrite au nombre des morts sur les registres de la
+Commune.»
+
+ * * * * *
+
+Madame Maigret de Sérilly, on le voit, ne monta point sur l'échafaud.
+Cependant son nom est inscrit sur les registres de l'état civil comme
+ayant péri avec Madame Élisabeth. Au procès de Fouquier-Tinville, le
+17 floréal an III (6 mai 1795), elle se présenta à l'audience, tenant
+en main son extrait mortuaire, qui lui avait été délivré par la
+municipalité de Paris.
+
+Grandpré fit la déposition suivante dans le procès de
+Fouquier-Tinville:
+
+«Je me rappelle que le tour d'un des Loménie venu, il dit au tribunal:
+«Vous m'accusez d'émigration; je n'ai pas eu le pouvoir de produire
+mes moyens de défense à un défenseur officieux; mais je n'en ai pas
+besoin, j'ai dans ma poche tous mes certificats de résidence qui
+constatent ma présence en France depuis le commencement de la
+Révolution jusqu'au moment de mon incarcération. Ils sont signés, aux
+termes de la loi, de neuf témoins, et ils sont sans interruption.
+Comme je ne suis prévenu que du fait d'émigration, ma défense consiste
+dans la représentation de ces certificats, et je demande au tribunal
+de vouloir bien les faire mettre sous les yeux des jurés.» Ces
+certificats ont été effectivement remis sur-le-champ aux jurés, qui
+les emportèrent, sans les lire, dans la chambre des délibérations, et
+revinrent une demi-heure après, bien convaincus des crimes de tous les
+accusés. Loménie fut condamné comme tous les autres en qualité
+d'émigré.» B.]
+
+ * * * * *
+
+VII.
+
+EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉPÔTS
+
+AU GREFFE DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE.
+
+[Orthographe conservée.]
+
+ Du 22 floréal.
+
+_Femme Crussolle Damboise._
+
+Est comparu le citoyen Richard, lequel a déposé:
+
+ Une tabatière d'agathe, fond vert, à cercles d'or, octogone;
+ Une tabatière de cristal avec un cercle et gorge d'or;
+ Un petit coeur de verre garni en or, dans lequel un petit crucifix;
+ Un étui à dez en or avec un dez d'or;
+ Un étui de nacre à gorge d'or dans sa boîte de chagrin;
+ Un tire-bouchon à queue d'or ou de vermeil;
+ Un chapelet avec médailles d'argent;
+ Un cachet d'argent;
+ Et soixante-dix-huit livres en écus qu'il a déclaré appartenir à
+ la femme Crussolle Damboise, condamnée à mort.
+
+
+_Buart._
+
+ Plus une paire de boucles d'oreilles d'or;
+ Un anneau d'or;
+ Une épingle à chignon d'argent;
+
+Qu'il a déclaré appartenir à Buard, aussi condamné à mort.
+
+
+_Inconnu._
+
+ Plus un couteau garni en or;
+ Une paire de ciseaux garni en or avec étui de galuchat;
+ Deux couteaux à manches garnis en or, dont un à lame d'or;
+
+Qu'il a déclaré appartenir à un des condamnés à mort avec Élisabeth
+Capet, dont il ignore le nom.
+
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+
+
+_Femmes d'Élisabeth._
+
+ Plus deux couverts;
+ Un couteau à lame d'argent;
+ Une cuillère à caffé d'argent;
+
+Qu'il a déclaré appartenir à des femmes condamnées à mort avec la
+femme Élisabeth Capet.
+
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+
+
+_Dubois._
+
+ Plus vingt-cinq livres qu'il a déclaré appartenir à Dubois, aussi
+ condamné à mort.
+
+
+_Inconnu exécuté le_ 21.
+
+ Plus une montre d'argent, du nom de Lecomte, nº 557, qu'il a
+ déclaré appartenir à un particulier exécuté avec Élisabeth
+ Capet, dont il ignore le nom.
+
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+
+
+_Femme Crussolle._
+
+ Plus un peignoir;
+ Une petite boite de sapin;
+ Une chemise;
+ Sept mouchoirs blancs;
+ Trois mouchoirs de mousseline;
+ Un fichu de linon;
+ Une paire de bas de soie blancs;
+ Une paire de poches;
+ Trois serviettes, un torchon, un bandeau, un sac-ouvrage de toile;
+
+Qu'il a déclaré appartenir à la femme Crussolle, aussi condamnée
+à mort;
+
+Déchargé le 25 floréal.
+
+
+_Femme Rosset-Crécy._
+
+ Plus une petite boite;
+ Un peignoir;
+ Dix fichus de mousseline ou linon;
+ Un bonnet monté;
+ Un tabellier;
+ Une taie d'oreiller;
+ Une mantille noire;
+ Sept paires de manchettes;
+ Et un paquet de chiffons qu'il a déclaré appartenir à la femme
+ Rosset-Crécy.
+ Déchargé le 25 floréal.
+
+
+_Aux six femmes complices d'Élisabeth._
+
+ Plus un drap;
+ Neuf chemises de femme;
+ Quatre chemises d'homme;
+ Douze camisoles et corsets;
+ Sept jupons;
+ Quatre gilets blancs et de couleur;
+ Une petite redingotte de toile de couleur rayée;
+ Une autre de drap marron;
+ Une autre de drap mélangé verdâtre;
+ Un jupon de soie vert;
+ Un jupon et son casaquin de toile de coton rayé;
+ Une robe de toile de coton rayé;
+ Un autre jupon aussi rayé;
+ Trois tabliers de différentes couleurs;
+ Cinquante serviettes;
+ Trente-cinq mouchoirs blancs;
+ Trente petits fichus simples et autres;
+ Deux peignoirs;
+ Une paire de poches;
+ Cinq mantilles blanches;
+ Huit bonnets ronds de nuit;
+ Sept paires de bas;
+ Un paquet de chiffons;
+ Un bonnet de coton;
+
+Qu'il a déclaré appartenir à six femmes condamnées à mort avec
+Élisabeth Capet, et dont il ne se souvient pas du nom.
+
+Déchargé le 25 floréal.
+
+
+_Soeur de Capet._
+
+ Plus deux anneaux d'or;
+ Un étui de chagrin vert, contenant deux flacons à bouchons d'or,
+ dont l'un est cassé, avec charnière et bouton d'or;
+ Une montre à boite d'or à répétition, portant sur le mouvement
+ le nº 127, avec une chaîne d'or cassée, garnie d'un cachet
+ d'or à trois compartiments, dont le premier est gravé des
+ armes de France du tems des tirans;
+ Trois cachets en acier;
+ Deux clefs de montre;
+ Et deux clefs de portefeuille aussi en acier;
+ Une bague en or en forme de navette, sur laquelle est incrusté
+ des cheveux et des lettres en perles fines, le cristal cassé;
+ Un portefeuille de maroquin rouge;
+
+Qu'il a déclaré appartenir à ladite Élisabeth Capet, condamnée à
+mort;
+
+Déchargé le 6 pluviôse.
+
+Et a signé avec moi, greffier soussigné.
+
+ WOLFF RICHARD.
+
+
+Du même jour.
+
+Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens
+criminels, lequel a déposé:
+
+_Élisabeth Capet._
+
+ Un médaillon en verre à cercles d'or renfermant un crucifix de
+ même métal;
+ Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de
+ France et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe,
+ et le dernier une tête d'homme;
+ Une chaîne de col en or, à laquelle est attachée un coeur renfermant
+ des cheveux et une petite croix d'or;
+ Une médaille d'argent représentant une immaculée conception
+ de la ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille;
+
+Qu'il déclare appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et
+qu'il a trouvé sur elle en la conduisant au supplice.
+
+Et a signé avec moi, greffier soussigné.
+
+DESMOREST. WOLFF.
+
+ * * * * *
+
+VIII.
+
+ACTE DE DÉCÈS DE MARIE.
+
+Anno millesimo octingentesimo trigesimo quinto, die vero quinta
+januarii, mortua est Maria Francisca, filia Francisci Josephi Magnin,
+ex Marsens, et Claudiæ natæ Bosson, ex loco Riaz, uxor vero Jacobi
+Bosson ex Bellegarde, Bulli habitans, et die septima ejusdem a me
+infra scripto parocho in coemeteria ecclesiæ parochialis Sancti Petri
+ad Vincula urbis Bulli sepulta est.
+
+ Quod conforme sit originali testor:
+
+ J. J. CRAUSAZ, parochus.
+
+ Bulli, die 8{væ} 7{bris} 1861.
+
+Marie-Françoise, fille de François-Joseph Magnin, de Marsens, et de
+Claudie Bosson, du lieu de Riaz, femme de Jacques Bosson, de
+Bellegarde, demeurant à Bulle, y est morte le 5 janvier 1835, et a été
+enterrée le 7 du même mois dans le cimetière de l'église paroissiale
+de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle. B.
+
+ * * * * *
+
+IX.
+
+ACTE DE DÉCÈS DE JACQUES.
+
+38. Anno millesimo octingentesimo trigesimo sexto, die vero secunda
+septembris, obiit Jacobus, filius defuncti Jacobi Boschong vel Bosson
+ex Bellegarde [_verbum radiatum_, conju], viduus vero Mariæ-Franciscæ
+natæ Magnin, ex Marsens, defuncto die quinta januarii anno millesimo
+octingentesimo trigesimo quinto, Bulli habitans, et die quarta ejusdem
+mensis a me infra scripto parocho in coemeterio ecclesiæ parochialis
+Sancti Petri ad Vincula urbis Bulli sepultus est.
+
+ Quod conforme sit originali testor.
+
+ J. J. CRAUSAZ, parochus.
+
+ Bulli. die 8{væ} 7{bris} 1861.
+
+L'an 1836, le 2 septembre, mourut Jacques, fils de feu Jacques
+Boschong ou Bosson, de Bellegarde, veuf de Marie-Françoise, née
+Magnin, de Marsens, décédée le 5 janvier 1835, demeurant à Bulle, et
+le quatrième jour du même mois a été enterré dans le cimetière de
+l'église paroissiale de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle.
+B.
+
+ * * * * *
+
+X.
+
+MAISON DE MADAME ÉLISABETH.
+
+I.
+
+AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.
+
+LIBERTÉ, ÉGALITÉ.
+
+Charles DELACROIX, représentant du peuple, en mission dans le
+département de Seine-et-Oise;
+
+Vu la loi du 7 messidor dernier, portant, art. 5, qu'il sera formé
+sans délai à Versailles un établissement d'horlogerie automatique;
+que les citoyens Lemaire et Glaesner y jouiront pendant quinze années
+gratuitement d'une maison nationale qui sera déterminée par le comité
+d'agriculture et des arts et des finances réunis, sur le rapport de la
+commission des arts;
+
+Que cette manufacture prendra chaque année cent élèves dont le régime
+sera le même que pour ceux de Besançon; copie certifiée de l'arrêté du
+comité de salut public, en date du 12 fructidor dernier; la lettre du
+comité d'agriculture et des arts, en date du 22 du courant, par
+laquelle il m'engage, pendant mon séjour à Versailles, à donner tous
+mes soins à l'établissement de ladite manufacture. Instruit qu'il
+avoit été pris un arrêté du comité des finances portant que ladite
+manufacture seroit établie dans la maison nationale du garde-meuble;
+mais que différents obstacles se sont opposés à l'exécution de ce
+projet, ainsi que de ceux qui y avoient substitué le ci-devant couvent
+des Ursulines ou celui des Récollets; qu'il est urgent de destiner à
+cet établissement une maison convenable et qui ne soit occupée par
+aucun établissement public:
+
+Après avoir visité avec lesdits citoyens Lemaire et Glaesner et le
+citoyen Grenus, agent de la commission d'agriculture et des arts, la
+maison d'Élisabeth, située avenue de Paris, et m'être convaincu
+qu'elle présente des emplacements convenables et suffisants pour
+l'établissement des ateliers et le logement des ouvriers, n'exigera
+que des réparations peu considérables, telles que rétablissement de
+quelques cloisons, portes et cheminées, enlevées ou détruites pour
+l'établissement d'un hôpital qui y avoit été formé; j'arrête ce qui
+suit:
+
+ARTICLE 1er. La maison dite d'Élisabeth, l'orangerie et la vacherie
+qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits bâtiments
+sont affectés à la manufacture d'horlogerie automatique établie à
+Versailles.
+
+ART. 2. Lesdits terrains seront bornés au levant par un mur qui sera
+construit dans la direction de celui qui ferme le petit jardin de la
+vacherie, au levant, et prolongé jusqu'au mur de clôture du côté de
+l'avenue de Paris.
+
+ART. 3. Les terrains au levant dudit mur resteront à la disposition de
+l'administration du district pour être aliénés. Elle sera tenue
+d'imposer à l'adjudicataire la clause expresse de construire ledit mur
+à ses frais dans six mois, pour tout délai, à compter de
+l'adjudication.
+
+ART. 4. Les citoyens Lemaire et Glaesner seront remis sans délai en
+possession desdits bâtiments et terrains ci-dessus désignés.
+
+ART. 5. Le citoyen Loiseleur, inspecteur des bâtiments nationaux à
+Versailles, est requis de faire le détail et devis estimatif des
+cloisons, cheminées et portes à rétablir dans lesdits bâtiments, et
+des menues réparations à y faire.
+
+ART. 6. Lesdits ouvrages, attendu l'urgence, seront faits par économie
+sous l'inspection et surveillance immédiate dudit citoyen Loiseleur,
+qui rendra compte de l'exécution à l'administration dudit département
+et à la commission d'agriculture et des arts.
+
+ART. 7. Les dépenses qu'exigeront ledit ouvrage seront acquittées par
+le receveur du district de Versailles et imputées sur les fonds mis à
+la disposition de ladite commission.
+
+ART. 8. Le citoyen Loiseleur est autorisé à tirer des magasins des
+bâtiments nationaux les matériaux qui peuvent s'y trouver propres à la
+confection desdits travaux. Il l'est également à se faire délivrer,
+des exploitations qui se font dans le territoire de Versailles, les
+bois de charpente, madriers et planches qui ne se trouveraient pas
+dans les magasins des bâtiments nationaux, et qui seront nécessaires
+tant pour lesdits travaux que pour l'établissement des ateliers.
+
+ART. 9. Il sera libre auxdits citoyens de défricher les bouquets de
+bois existants dans le local ci-dessus désigné, et de les cultiver
+ainsi qu'ils jugeront à propos.
+
+ART. 10. Il sera dressé un état des lieux aussitôt après la confection
+des réparations et rétablissements ci-dessus désignés, lequel sera
+souscrit par lesdits citoyens Lemaire et Glaesner, avec l'obligation
+de les remettre en bon état, au terme prescrit par le décret ci-dessus
+cité pour leur jouissance. Ce terme court à compter du 1er brumaire
+prochain.
+
+ART. 11. Le procureur général syndic du département, et par suite le
+commissaire national près ladite administration, est chargé de
+surveiller l'exécution du présent arrêté, qui sera de suite communiqué
+aux comités de salut public, des finances et d'agriculture et arts
+réunis. A Versailles, le 29 brumaire de l'an IV de la République
+françoise.
+
+ _Signé:_ CH. DELACROIX. Pour copie conforme: CH. DELACROIX.
+
+ Pour copie conforme: FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU.
+
+ * * * * *
+
+II.
+
+_Extrait des registres des délibérations des consuls de la
+République._
+
+ Paris, le 17 ventôse l'an IX de la République française,
+ une et indivisible (8 mars 1801).
+
+Les consuls de la République, sur le rapport du ministre de
+l'intérieur, le conseil d'État entendu, arrêtent:
+
+ARTICLE 1er. Les manufactures d'horlogerie établies à Versailles, sous
+la direction des citoyens Lemaire et Glaësner, et à Grenoble, sous
+celle des citoyens Flaissière et compagnie, sont supprimées.
+
+ART. 2. Le ministre de l'intérieur réglera les indemnités qui peuvent
+être dues, soit aux entrepreneurs de ces horlogeries, en supposant
+qu'ils aient rempli leurs engagements, soit aux autres artistes venus
+de l'étranger pour partager leurs travaux, à la charge par les
+entrepreneurs de rendre compte de l'emploi des fonds qui ont été mis à
+leur disposition. Les fonds nécessaires au payement des indemnités
+seront pris sur ceux accordés annuellement pour l'encouragement des
+arts.
+
+ART. 3. La régie des domaines nationaux fera faire sur-le-champ
+l'inventaire du mobilier appartenant à la nation, dépendant desdites
+manufactures, et elle en prendra possession. Les maisons nationales
+occupées par ces établissements seront rendues à la disposition de la
+régie dans le délai de trois mois.
+
+ART. 4. Les ministres de l'intérieur et des finances sont chargés de
+l'exécution du présent arrêté.
+
+ Le Premier Consul, _signé:_ BONAPARTE.
+
+ Par le Premier Consul, _le secrétaire d'État_,
+
+ _Signé:_ H. B. MARET.
+
+ Pour ampliation,
+
+ _Le ministre de l'intérieur_, CHAPTAL.
+
+ * * * * *
+
+III.
+
+ Paris, le 9 fructidor an VIII de la République une et indivisible
+ (27 août 1800).
+
+_Le conseiller d'État ayant le département des domaines nationaux au
+préfet du département de Seine-et-Oise._
+
+Vous savez, citoyen préfet, qu'un arrêté des consuls du 17 ventôse
+dernier a supprimé la manufacture d'horlogerie établie à Versailles,
+et ordonné que la maison dite Élisabeth, qui étoit affectée à cet
+établissement, seroit mise à la disposition de la régie du domaine
+national et de l'enregistrement dans le délai de trois mois.
+
+L'architecte du palais national de Versailles ayant prévenu le
+ministre de l'intérieur que cette maison étoit tellement endommagée
+qu'il faudroit employer une somme de vingt-cinq mille francs pour la
+réparer, ce ministre, citoyen préfet, vous a demandé votre avis, et
+vous avez pensé, ainsi que le même ministre l'a marqué à celui des
+finances, le 3 floréal dernier, qu'il seroit plus avantageux de vendre
+cette maison, dans l'état où elle se trouve, que de la réparer.
+
+De son côté, la régie des domaines a adressé au ministre des finances,
+le 18 du mois dernier, un devis dressé le 9 par l'architecte des
+bâtiments nationaux. Il en résulte que les frais de réparations
+indispensables s'élèveroient à 10,157 fr. 82 c., dont 4,018 fr. 61 c.
+à la charge des occupants, mais que la totalité de la dépense
+tomberoit vraisemblablement au compte de la République, attendu que
+les occupants jouissoient, soit comme attachés à la manufacture
+d'horlogerie, soit en vertu d'une permission du ministre de
+l'intérieur, et que lors de leur entrée en jouissance l'état des lieux
+n'a pas été constaté.
+
+La régie a observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés à
+Versailles, les locations de la maison Élisabeth y seroient difficiles
+et d'un foible produit; qu'en conséquence il étoit plus avantageux
+d'aliéner cette maison.
+
+Tout concourt donc, citoyen préfet, à ce que vous preniez des mesures
+pour l'aliénation de la maison dont il s'agit.
+
+ Je vous salue. J. REGNIER.
+
+ * * * * *
+
+IV.
+
+ VENTE DES DOMAINES NATIONAUX
+
+ en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X (5 et 6 mai 1802).
+
+ DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE.--_Commune de Versailles._--3e
+ arrondissement.
+
+L'an X de la République française, le vingt-troisième jour du mois de
+messidor à midi, il a été procédé, devant le préfet du département de
+Seine-et-Oise, en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X, à la
+réception des premières enchères pour la vente des biens nationaux
+désignés dans l'affiche approuvée le 8 dudit mois messidor, laquelle a
+été publiée et apposée dans les lieux prescrits par l'article II du
+titre III du décret du 14 mai 1790. En conséquence, il a été annoncé
+que les premières enchères alloient être reçues sur chacun des
+articles de l'affiche, lecture préalablement faite d'icelle et du
+cahier des charges rédigé par le directeur de la régie de
+l'enregistrement, présent à la séance.
+
+ ARTICLE II DE L'AFFICHE 71.
+
+ _Biens provenant de la ci-devant liste civile._
+
+La maison dite _Élisabeth_ et ses dépendances, situées dans la ville
+de Versailles.
+
+Cette propriété est divisée en cinq lots, suivant le procès-verbal
+d'estimation qui en a été dressé par le citoyen Duclos, le 5
+vendémiaire an X, dûment enregistré, lesdits lots désignés et évalués
+ainsi qu'il suit:
+
+PREMIER LOT.
+
+ Le premier lot indiqué par la lettre A au plan annexé audit
+ procès-verbal, consistant dans le bâtiment d'habitation, une
+ portion des deux premières cours et environ un hectare
+ quatre-vingt-quatorze ares soixante centiares de jardin, est
+ estimé valoir en revenu annuel la somme de dix-sept cents
+ francs, ci. 1,700f
+ ========
+ Lequel multiplié par six produit un capital de 10,200
+
+ A quoi ajoutant 10 p. 100 1,020
+ --------
+ Il en résulte une première mise à prix de 11,220f ci. 11,220f
+
+DEUXIÈME LOT.
+
+ Le deuxième lot, coté B au plan, composé des bâtiments
+ dits les écuries et cuisines, des cours qu'ils renferment,
+ d'une portion des deux premières cours, contenant environ
+ un hectare cinquante ares soixante-douze centiares,
+ est estimé valoir au revenu annuel 1,200f
+ ========
+ Et en capital le revenu multiplié comme ci-dessus 7,200
+
+ A quoi ajoutant 10 p. 100 720
+ --------
+ Il en résulte un total de 7,920f ci. 7,920
+
+TROISIÈME LOT.
+
+ Le troisième lot, coté C au plan, composé des bâtiments
+ dits le logement du jardinier, de la cour au-devant, et
+ d'environ soixante-seize ares trente centiares de jardin,
+ est estimé en revenu 240f
+ --------
+ Total à reporter 19,140f
+
+ Report 19,140f
+
+ Et en capital le revenu multiplié par six donne 1,440
+
+ A quoi ajoutant le dixième 144
+
+ Il en résulte une première mise à prix de 1,594f ci. 1,584
+
+QUATRIÈME LOT.
+
+ Le quatrième, coté D au plan, composé du bâtiment dit
+ l'orangerie et de celui connu sous la dénomination de la
+ laiterie, d'une petite cour et d'environ trente-cinq ares
+ cinquante-huit centiares de jardin; le tout estimé valoir
+ un revenu annuel de 160 francs 160f
+ =====
+ Lequel multiplié par six produit un capital de 960
+
+ A quoi ajoutant 10 p. 100 96
+ --------
+ Il en résulte un total de 1,056 ci. 1,056
+
+CINQUIÈME LOT.
+
+ Le cinquième et dernier lot, coté E au plan, composé du
+ bâtiment dit la conciergerie, d'une cour et d'une portion
+ de jardin d'environ quinze ares vingt centiares, estimé,
+ en revenu annuel, la somme de 200f
+ =====
+ Lequel revenu multiplié par six produit un
+ capital de 1,200
+
+ A quoi ajoutant 10 p. 100 120
+ --------
+ Il en résulte une première mise à prix de 1,320f ci. 1,320
+ --------
+ Total 23,100f
+
+_Réserves._
+
+Ne font point partie de la vente les glaces, tablettes, chambranles de
+marbre, bras de cheminées, bronzes incrustés ou tenant au corps
+principal de maçonnerie des cheminées, les jalousies, les poêles,
+bancs de pierre et autres ornements qui pourroient exister dans les
+bâtiments; ces objets sont réputés mobilier et seront vendus comme
+tels.
+
+_Charges particulières._
+
+Dans le cas où la propriété dont il s'agit seroit adjugée
+partiellement, chaque acquéreur sera tenu de se conformer aux clauses
+et conditions insérées au procès-verbal d'estimation annexé au
+présent, et qui lui sont imposées relativement au partage du jardin,
+à la distribution des eaux, à la clôture des terrains respectivement
+affectés à chaque lot, à la mitoyenneté des murs et aux charges
+auxquelles seront spécialement assujettis les acquéreurs.
+
+Pour l'exécution de ces clauses il sera délivré extrait dudit
+procès-verbal à chacun de ces acquéreurs, qui sera également tenu de
+laisser faire au citoyen Hubert, portier de ladite maison, la récolte
+des grains, fruits et légumes, existant actuellement sur les terrains
+dépendants de ladite propriété, sauf cependant à l'indemniser à dire
+d'experts, attendu que ledit Hubert a été autorisé à les cultiver par
+décision du préfet du 24 floréal dernier.
+
+_Nota._ Il ne sera fait aucune coupure à la conduite qui donne l'eau
+au cinquième lot: cette conduite devant subsister telle qu'elle est.
+
+Lecture faite à haute et intelligible voix, par le secrétaire général
+de la préfecture, des charges, clauses et conditions ci-dessus, les
+enchères ont été ouvertes:
+
+ _Savoir:_
+
+ 11,220f montant de la mise à prix du 1er lot.
+
+ 7,920 -- -- 2e lot.
+
+ 1,584 -- -- 3e lot.
+
+ 1,056 -- -- 4e lot.
+
+ 1,320 -- -- 5e lot.
+
+ Et enfin sur celle de 23,100 -- -- de l'ensemble
+
+de la propriété, personne n'ayant enchéri, tant sur la mise à prix de
+chacun de ces lots que sur celle de la totalité du domaine, le préfet
+a renvoyé l'adjudication définitive au 27 du mois de messidor, jour
+indiqué par l'affiche, et le présent procès-verbal a été clos.
+
+Et le vingt-septième jour du mois de messidor l'an X de la République
+française, le préfet du département de Seine-et-Oise, en présence du
+directeur de la régie de l'enregistrement, et lecture préalable faite
+par le secrétaire général du cahier des charges insérées dans le
+procès-verbal ci-dessus, a procédé, en exécution des lois précitées, à
+l'adjudication définitive du bien national (en question); duquel bien
+la désignation a été insérée dans le procès-verbal des premières
+enchères ci-dessus, suivant lequel il n'a point été porté d'enchère
+au-dessus de la mise à prix tant des différents lots que de l'ensemble
+de la propriété; en conséquence il a été allumé des feux, d'abord sur
+le montant de la mise à prix de chacun des lots telle qu'elle est
+établie d'autre part.
+
+PREMIER LOT.
+
+Au huitième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
+moyennant 34,600 francs; un neuvième feu s'étant éteint sans que
+pendant sa durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné
+acte audit citoyen Durand.
+
+DEUXIÈME LOT.
+
+Au quatrième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand
+pour 17,400 francs. Un cinquième feu s'étant éteint, sans qu'il ait
+été fait aucune offre, le préfet en a pareillement donné acte audit
+Durand.
+
+TROISIÈME LOT.
+
+Au troisième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher
+pour 6,800 francs. Un sixième feu s'étant éteint sans que pendant sa
+durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a aussi donné acte
+au citoyen Boucher.
+
+QUATRIÈME LOT.
+
+Au quatrième feu, la dernière est restée au citoyen Cossin pour 6,750
+francs. Un cinquième feu s'étant éteint sans qu'il ait été fait aucune
+offre, le préfet en a donné acte au citoyen Cossin.
+
+CINQUIÈME LOT.
+
+Au sixième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher pour
+7,850 francs. Un septième feu s'étant éteint sans que pendant sa durée
+il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné acte audit citoyen
+Boucher.
+
+Cette opération terminée, les enchères ont été reçues en la manière
+accoutumée sur l'ensemble du domaine, prenant pour base la somme de
+73,400 francs, montant des offres faites pour acquérir divisément
+cette même propriété.
+
+Au premier feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
+moyennant la somme de 75,200 francs; au deuxième, au citoyen Villers
+pour 75,600 francs; au troisième, au même, moyennant 75,900 francs.
+
+Un autre feu ayant été allumé et s'étant éteint sans que pendant sa
+durée il ait été mis aucune enchère, le préfet a déclaré le citoyen
+Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
+l'Université, 269, adjudicataire définitif, et lui a adjugé la
+totalité de la maison dite Élisabeth et ses dépendances, tel que ce
+domaine est ci-devant désigné, moyennant le prix et somme de
+soixante-quinze mille neuf cents francs, aux charges, clauses et
+conditions insérées dans le premier procès-verbal d'enchères, sous
+l'obligation et garantie de tous les biens meubles et immeubles,
+présents et à venir, dudit citoyen Villers, et spécialement les biens
+présentement vendus, sans qu'une obligation déroge à l'autre.
+
+L'acquéreur a déclaré qu'il se réservoit la faculté de nommer son
+command dans les délais prescrits par la loi.
+
+ G. GARNIER.
+
+Enregistré à Versailles, le 7 thermidor an X de la République. Reçu
+seize cent soixante-neuf francs quatre-vingts centimes.
+
+ NOEL.
+
+ Archives de Versailles.
+
+ * * * * *
+
+XI.
+
+DISTRICT DE VERSAILLES.--COMMISSION DES ARTS.--PLANTES.
+
+Nous, commissaire nommé par le Directoire du département de
+Seine-et-Oise, en conformité des loix et lettres ministérielles sur la
+disposition du mobilier national à l'effet d'opérer la distraction des
+objets précieux et particulièrement des plantes rares qui se
+trouveront dans les maisons cy-devant royales, religieuses et des
+émigrés dudit département, pour procéder à l'enlèvement desdits objets
+et les faire transporter au lieu désigné pour le dépôt.
+
+Nous nous sommes transporté à la maison cy-devant à Élisabeth à
+Montreuil, accompagné d'un officier de la municipalité, où étant avons
+sommé le citoyen Coupry, jardinier de ladite maison, de nous
+introduire dans les jardins à l'effet d'y remplir notre mission, ce
+qu'ayant fait, nous avons procédé au triage et estimation des plantes
+de la manière suivante.
+
+OBJETS RÉSERVÉS POUR LE DÉPÔT.
+
+_Plantes d'orangerie._
+
+ 4 Atriplex portulacoïdes.
+ 4 Pistacia Terebinthus.
+ 2 Erica mammosa.
+ 2 Lavatera gallica.
+ 5 Buphthalmum fruticosum.
+ 2 Lycium afrum.
+ 4 Salvia aurea.
+ 2 Conyza glutinosa.
+ 2 Salvia mexicana.
+ 2 Salvia argentea.
+ 3 Salvia paniculata.
+ 1 Salvia pomifera.
+ 1 Salvia canariensis.
+ 2 Salvia macrophylia.
+ 1 Salvia cretica.
+ 6 Teucrium latifolium.
+ 4 Teucrium betonicæfolium.
+ 1 Teucrium fruticans.
+ 5 Teucrium chamædrifolium hirsutum.
+ 4 Artemisia capillaris.
+ 3 Artemisia moxa.
+ 3 Solanum sodomæum.
+ 3 Phillyrea angustifolia.
+ 1 Phillyrea latifolia.
+ 1 Anagyris foetida.
+ 4 Atropa solanacea.
+ 2 Ephedra nova.
+ 2 Cineraria populifolia.
+ 4 Cineraria maritima.
+ 6 Cineraria amelloïdes.
+ 2 Medicago arborea.
+ 1 Medicago marina.
+ 1 Anthyllis barba-Jovis.
+ 2 Anthyllis Hermanniæ.
+ 2 Tarchonanthas camphoratus.
+ 4 Rhus angustifolia.
+ 1 Rhus glabra.
+ 4 Hypericum marylandicum.
+ 1 Marrubium crispum.
+ 2 Vitex agnus castus.
+ 1 Agave americana variegata.
+ 5 Carex plantaginea.
+ 3 Gnaphalium foetidum.
+ 2 Gnaphalium stoechas.
+ 2 Gnaphalium orientalis.
+ 12 Pots d'ixia, différentes espèces.
+ 3 Gladiolas tristis.
+ 1 Cistus populifolius.
+ 1 Cistus purpareus.
+ 2 Cistus laurifolius.
+ 6 Cneorum tricoccum.
+ 1 Asparagus acutifolius.
+ 1 Serratula chamæpeuce.
+ 2 Carthamus salicifolius.
+ 2 Quercus suber.
+ 4 Physalis somnifera.
+ 4 Centaurea sempervirens.
+ 2 Vaccinium oxycoccos.
+ 2 Salicornia fruticosa.
+ 4 Sonchus fruticosus.
+ Cotyledon orbiculata.
+ 2 Echium orientale latifolium.
+ 1 Echium angustifolium.
+ 1 Asclepias fruticosa.
+ 1 Statice mucronata.
+ 1 Statice Limonium.
+ 2 Parietaria arborea.
+ 1 Erigeron foetidum.
+ 1 Cercodia erecta.
+ 1 Sida nova.
+ 1 Aristolochia sempervirens.
+ 2 Rumex Lunaria.
+ 2 Lavandula stoechas.
+ 1 Scabiosa palæstina.
+ 1 Ficus pumila.
+ 1 Statice monopetala latifolia.
+ 1 Psoralea pinnata.
+ 1 Atraphaxis undulata.
+ 1 Athanasia maritima.
+ 1 Eupatorium angustifolium.
+ 2 Oenothera rosea.
+ 6 Oenothera pumila.
+ 1 Urtica nivea.
+ 3 Inula crithmoïdes.
+ 1 Hypoxis japonica.
+ 4 Senecio halimifolia.
+ 1 Tanacetum novum.
+ 1 Polypedium cambricum.
+ 1 Phlomis laciniata.
+ 1 Chrysophyllum glabrum.
+ 3 Arenaria balearica.
+ 3 Linnæa borealis.
+ Arundo donax variegata.
+ 1 Ulmus pumila.
+ 1 Clutia pulchella.
+ 1 Spartium lusitanicum.
+ 2 Mimosa arborea.
+ 2 Sterculia platanifolia.
+ 1 Bignonia crucigera.
+ 1 Baccharis ivæfolia.
+ 3 Scolymus maculatus.
+ 4 Chrysanthemum serotinum.
+ 1 Panicum novum.
+ 1 Lantana odorata.
+ 1 Cassia marylandica.
+ 4 Centaurea ferox.
+ 1 Teucrium novum.
+ 1 Zanthoxylum trifoliatum.
+ 1 Malva Sherardiana.
+ 1 Ceratonia siliqua.
+
+La totalité des plantes en pots réservées pour le dépôt se monte à la
+quantité de deux cent quarante-cinq individus et environ un cent de
+plantes vivaces.
+
+OBJETS DÉSIGNÉS POUR LA VENTE.
+
+_Orangerie._
+
+ 4 Orangers de 39 pouces de caisse.
+ 1 -- de 34 -- --
+ 1 -- de 33 -- --
+
+ 2 Orangers de 31 pouces de caisse.
+ 3 -- de 30 -- --
+ 2 -- de 24 -- --
+
+ Treize Orangers de différentes espèces estimés l'un
+ dans l'autre 60# pièce 780# s.
+
+ 2 Orangers de 18 pouces de caisse.
+ 4 -- de 16 -- --
+ 2 -- de 14 -- --
+
+ Huit Orangers, petites caisses, estimés l'un dans
+ l'autre la somme de 24# 192
+
+ 15 Grenadiers de quinze à vingt-deux pouces de caisse,
+ estimés l'un dans l'autre à 18# 270
+
+ 1 Myrte, caisse 12
+ 2 Oliviers, caisse, à 12# 24
+ 1 Laurier franc, caisse 10
+ 2 Bosia yervamora, à 10# 20
+ 3 Justicia adathoda, à 12# 36
+ 1 Althæa 8
+ 12 Lauriers-roses, à 10# 120
+ 2 Lentisques, à 8# 16
+
+_Plantes d'orangerie en pots._
+
+ 6 Atriplex portulacoïdes, à 8 sols 2 8
+ 2 Buddleia globosa, à 10 sols 1
+ 4 Pistacia Terebinthus, à 15 sols 3
+ 1 Sapindus Saponaria 1
+ 5 Melia azedarach, à 10 sols 2 10
+ 6 Teucrium latifolium, à 10 sols 3
+ 2 Ceanothus africanus, à 15 sols 1 10
+ 34 Solanum pseudo-capsicum, à 10 sols 17
+ 2 Solanum tomentosum, à 15 sols 1 10
+ 4 Solanum sodomæum, à 10 sols 2
+ 4 Solanum bonariense, à 8 sols 1 12
+ 2 Yucca gloriosa, à 1# 2
+ 4 Cupressus sempervirens, à 10 sols 2
+ 6 Cineraria amelloïdes, à 10 sols 3
+ 1 Coronilla glauca 15
+ 5 Viburnum Tinus, à 10 sols 2 10
+ 18 Thlaspi vivaces, à 5 sols 4 10
+ ----------
+ 1,539 05
+
+ 1 Agave americana 1
+ 6 Cneorum tricoccum, à 8 sols 2 8
+ 1 Vitis arborea 8
+ 4 Sonchus fruticosus, à 1# 4
+ 1 Celastrus pyracantha, à 10 sols 10
+ 3 Celastrus buxifolius, à 10 sols 1 10
+ 2 Aloe verrucosa, à 8 sols 16
+ 12 Mesembryanthemum ou ficoïdes de différentes espèces,
+ à 10 sols 6
+ 5 Cacalia laciniata, à 8 sols 2
+ 2 Psoralea palæstina, à 8 sols 16
+ 1 Euphorbia caput Medusæ 10
+ 8 Phlomis fruticosa, à 10 sols 4
+ 2 Inula crithmoïdes, à 18 sols 1 16
+ 6 Leonurus ou Queue de lion, à 10 sols 3
+ 1 Bosia yervamora 10
+ 1 Stachys circinata 8
+ 2 Smilax aspera, à 10 sols 1
+ 1 Sempervivum arboreum 1
+ 2 Crassula orbiculata, à 8 sols 16
+ 2 Physalis somnifera, à 10 sols 1
+ 58 Geranium en pots de différentes espèces, à 8 sols 23 8
+ 8 Geranium dans des vases de faïence, à 6# 48
+ 12 Vases de faïence vides mutilés, à 1# 12
+ 100 pots vides, à 8 sols 40
+
+_Pépinière._
+
+ 300 Pins d'Écosse, à 1# 300
+ 10 Sapinettes, à 1# 10
+ 35 Thuyas, à 5 sols 8 15
+ 40 Marronniers, à 15 sols 30
+ 50 Spiræa populifolia, à 10 sols 25
+ 150 Arbres de Sainte-Lucie, à 8 sols 60
+ 150 Érables à feuilles de frêne, à 10 sols 75
+ 250 Cerisiers à grappes, à 5 sols 62 10
+ 200 Cornouillers sanguins, à 4 sols 40
+ 60 Ébéniers, à 10 sols 30
+ 18 Frênes de différentes espèces, à 10 sols 9
+ 30 Lonicera Diervilla, à 2 sols 3
+ 40 Seringas, à 4 sols 8
+ 80 Lilas, à 10 sols 40
+ ----------
+ Total 2392# 6s.
+
+Il se trouve aussi dans une des cours un dépôt de terre de bruyère que
+l'on peut estimer à soixante tombereaux environ, réserve pour le
+dépôt des plantes à Trianon. Près de cette cour est un grand carré
+planté de différents arbres étrangers pour former une école de
+botanique; on se réserve aussi d'en enlever ce qui conviendra pour
+être transporté audit dépôt.
+
+OBJETS RÉCLAMÉS PAR LA CITOYENNE BROWN,
+
+_ci-devant jardinière du potager à Versailles._
+
+ 28 Orangers en caisse de 14 à 18 pouces.
+ 2 Lauriers-roses.
+ 50 Pots de lilas de Perse.
+ 50 Pots de rosiers.
+ Et différents arbustes et arbres verts.
+
+Cette réclamation est attestée de nombre de citoyens.
+
+Et après avoir fait l'examen général, tant en ce qui concerne les
+plantes d'orangerie que celles de pleine terre, et n'y ayant plus rien
+trouvé, nous avons terminé le présent inventaire et avons signé à
+Versailles, le 8 octobre 1793, l'an deuxième de la République une et
+indivisible.
+
+ COUPRY. F. REMILLY. PERADON, commissaire.
+
+_Nota._ Le commissaire estime qu'il seroit plus avantageux de faire la
+vente de tous ces objets sur le lieu au mois de mars prochain, que de
+transporter une partie à l'orangerie et l'autre à Trianon; que
+d'ailleurs l'orangerie de cette maison est grande et en assez bon état
+pour contenir cette quantité de plantes tant en caisses qu'en pots; en
+y faisant cependant une petite réparation, soit pour ce qui regarde la
+maçonnerie pour poser l'imposte, le vitrier pour six carreaux cassés,
+et les châssis des volets de la porte d'entrée, et le cintre à garnir
+en grosse toile; si l'administration se décide à envoyer le tout tant
+à l'orangerie qu'à Trianon, il faudra nécessairement abattre deux
+parties de mur pour la sortie des orangers. Cette dépense sera
+beaucoup plus considérable que celle pour la réparation de ladite
+orangerie, et l'opération plus longue et plus difficile.
+
+Cette observation a été communiquée au directoire du district.
+
+ PERADON.
+
+ * * * * *
+
+II.
+
+_Rapport du commissaire à la disposition des plantes, relativement au
+jardin d'Élisabeth Capet, à Montreuil._
+
+Le commissaire à la disposition particulière des plantes, d'après
+différents renseignements pris en ce qui concerne le jardin
+appartenant cy-devant à Élisabeth Capet, à Montreuil, et examiné les
+pièces suivantes, particulièrement le rapport du comité de
+surveillance, qui annonce que celui fait par les citoyens Richard et
+Pineaux, nommés commissaires par les représentants du peuple à l'effet
+de rendre compte du produit et des frais d'entretien dudit jardin; que
+ces deux commissaires ont observé qu'il seroit plus avantageux de
+confier à deux cultivateurs l'entretien et le produit de ce jardin,
+c'est-à-dire que Virey seroit chargé de la conduite de l'orangerie et
+plantes rares, et Doré de la partie des fruits et légumes.
+
+Ayant examiné en outre un marché fait par le citoyen Couturier, qui
+accorde à Virey la jouissance en totalité des productions du jardin
+pour lui tenir lieu d'indemnité pour son entretien, indépendamment des
+gages d'un premier garçon qui lui seront accordés, à la charge par lui
+de fournir des légumes à l'infirmerie pour la valeur de 200#[231] à
+son estimation, ainsi qu'il est énoncé audit marché.
+
+[Note 231: Surchargé: il y avait auparavant 150.]
+
+De plus, un autre rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il est
+dit que la dépense pour l'entretien du jardin peut être mise en
+compensation avec le produit des fruits et légumes, et que même le
+jardinier pourra fournir à l'infirmerie des légumes pour la valeur de
+200#, ce qui forme, on l'aperçoit, une grande différence avec le
+marché fait par le citoyen Couturier.
+
+D'après toutes ces observations, le commissaire estime que, pour
+l'intérêt de l'administration, aucun des marchés ou arrangements tels
+que ceux susdits ne peuvent avoir lieu.
+
+1º L'entretien desdits jardins, serres et orangeries, ne doit être
+alloué qu'à une seule personne, comme il s'est pratiqué jusqu'à
+présent; 2º que le marché fait par le citoyen Couturier est onéreux à
+l'administration, par la raison qu'il s'est présenté deux
+soumissionnaires, dont l'un, connu autant par sa probité que par son
+talent, s'est offert le premier, et a fait sa soumission d'entretenir
+les jardins, bosquets, orangerie, etc., pour la jouissance du produit
+seulement.
+
+Quant au rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il n'est point
+parlé de gages de premier garçon, mais au contraire que le jardinier
+sera encore assez indemnisé en fourniture sur son produit pour la
+somme de 200# de légumes à l'infirmerie, l'administration décidera
+dans sa sagesse sur cet objet; elle voudra bien observer que le
+citoyen Virey est un père de famille, bon patriote et bon cultivateur;
+qu'il occupe maintenant cette place, et semble mériter la préférence,
+en acceptant toutefois les conditions du premier soumissionnaire.
+
+Il existe dans cette maison la quantité de cinquante-huit panneaux,
+dont quelques-uns sont mutilés, et dix-huit arrosoirs en cuivre rouge
+et jaune; l'administration voudra-t-elle accorder quelques-uns de ces
+objets à Virey pour son usage, et vendre l'autre partie, excepté ceux
+qui sont en réquisition?
+
+A Versailles, le 10 ventôse, l'an II de la République une et
+indivisible (28 février 1794).
+
+ PERADON.
+
+ * * * * *
+
+III.
+
+ 14 ventôse l'an II de la République une et indivisible
+ (4 mars 1794).
+
+Suivant le rapport fait à l'administration par le citoyen Peradon,
+commissaire artiste, sur le jardin cy-devant appartenant à Élisabeth
+Capet, à Montreuil, il s'est présenté pour l'entretien de ce jardin
+plusieurs soumissionnaires, également connus par leurs talents et leur
+probité, qui proposent de se charger de la culture du potager, de
+l'orangerie et des jardins sans appointements, moyennant qu'on leur en
+abandonne les produits;
+
+Le citoyen Virey, qui cultive actuellement ce jardin, demande, outre
+la jouissance des fruits, le traitement annuel de premier garçon, qui
+est de 1,000 à 1,200#.
+
+La disproportion qui existe entre ces différentes soumissions est
+d'autant plus sensible que, par un rapport des citoyens Richard et
+Pineaux, où il n'est point fait mention de gages, il est dit que le
+jardinier sera suffisamment indemnisé par le produit du jardin, en
+fournissant même pour 200# de légumes à l'infirmerie.
+
+Quelques égards que mérite le citoyen Virey, on ne peut se dissimuler
+que l'intérêt de la République ne permet pas de faire en sa faveur un
+sacrifice annuel de 1,200#, lorsqu'il est notoire que le jardin peut
+être cultivé par des mains habiles sans qu'il en coûte rien à la
+nation. Tout ce que semble exiger la justice en faveur du citoyen
+Virey, bon patriote et père de famille, c'est de lui accorder la
+préférence dans le cas où il se chargeroit de l'entretien desdits
+jardins aux mêmes conditions que les autres soumissionnaires.
+
+Il existe dans la maison cinquante-huit panneaux et dix-huit arrosoirs
+en cuivre rouge et jaune, dont la commission propose de mettre une
+partie à la disposition du jardinier; il demande à cet égard les
+ordres de l'administration;
+
+Ouï l'agent national en ses conclusions,
+
+L'administration, considérant que l'intérêt de la République lui
+impose impérieusement la loi de mettre dans toutes les parties
+l'économie dont elles sont susceptibles, lorsqu'à cette économie se
+trouvent joints les avantages qui résulteroient d'une plus forte
+dépense, et désirant d'ailleurs concilier les égards dus au citoyen
+Virey avec le bien public, premier objet de ses considérations, estime
+que les potager, orangerie et jardins, cy-devant appartenants à
+Élisabeth Capet, à Montreuil, seront loués à l'enchère en la manière
+accoutumée, et aux charges qui seront prescrites par les cahiers;
+
+Arrête en outre que, sur les cinquante-huit panneaux et dix-huit
+arrosoirs qui se trouvent dans ladite maison, il sera mis à la
+disposition du locataire trente panneaux et dix arrosoirs, dont
+l'estimation sera faite pour qu'il ait à les représenter, lorsqu'il en
+sera requis, tels qu'il les aura reçus, et que les panneaux et
+arrosoirs restants seront mis en réserve pour servir lorsqu'il y aura
+lieu et ainsi que l'administration en ordonnera.
+
+ * * * * *
+
+IV.
+
+ Versailles, le 25 frimaire l'an III de la République une et
+ indivisible (15 décembre 1794).
+
+_Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement et des
+domaines à l'agent national du district de Versailles._
+
+ CITOYEN,
+
+Par une lettre du 15 thermidor dernier, l'administration du district a
+informé la commission des revenus nationaux que, malgré les
+précautions qu'elle avoit prises, elle n'avoit pu empêcher les
+dégradations considérables qui se commettoient journellement dans la
+maison d'Élisabeth Capet, située à Montreuil, et elle a imputé ces
+dégradations aux malades de l'hospice militaire qui avoit été établi
+dans cette maison.
+
+Il résulte des informations prises par la commission des secours
+publics, à laquelle la commission des revenus nationaux avoit porté
+ses plaintes, que ces dégradations ont été principalement commises par
+le citoyen Leblanc, locataire actuel du jardin, qui y laisse
+habituellement pâturer ses vaches.
+
+Ces faits étant consignés dans un procès-verbal, rapporté le 9
+thermidor dernier par les membres du comité de surveillance de
+l'hôpital, je te prie de faire informer sur ce délit, et d'intenter,
+s'il y a lieu, une action contre le locataire, tant en réparations
+qu'en indemnité des dommages qui seront reconnus être procédés de son
+fait. Comme je ne doute nullement qu'avant de mettre le locataire en
+jouissance il n'ait été dressé un état descriptif des lieux, et que le
+cahier des charges de l'adjudication ne l'ait expressément assujetti à
+les entretenir et à les rendre en bon état de culture à l'expiration
+de sa jouissance, il sera facile de l'obliger à réparer les
+dégradations commises.
+
+Salut et fraternité.
+
+ GARNIER-DESCHESNE.
+
+ * * * * *
+
+XII.
+
+RÉCIT DU PÈRE CARRICHON,
+
+PRÊTRE DE LA CONGRÉGATION DE L'ORATOIRE,
+
+ Témoin de la mort de mesdames la maréchale de Noailles, la
+ duchesse d'Ayen, et la vicomtesse de Noailles, condamnées à mort
+ par le tribunal révolutionnaire le 4 thermidor an II (22 juillet
+ 1794).
+
+Mesdames la maréchale de Noailles, la duchesse d'Ayen et la vicomtesse
+de Noailles furent détenues dans leur hôtel depuis le mois de
+septembre 1793 jusqu'en avril 1794. Je connoissois la première de vue
+seulement, et d'une manière particulière les deux autres, que je
+voyois ordinairement une fois la semaine. La Terreur croissoit avec le
+crime. Leurs victimes devenoient plus nombreuses. Un jour qu'on en
+parloit et qu'on s'exhortoit à se préparer à l'être, je leur dis par
+une espèce de pressentiment: «Si vous allez à la guillotine et que
+Dieu m'en donne la force, je vous y accompagnerai.» Elles me prennent
+au mot, ajoutant avec vivacité: «Nous le promettez-vous?» J'hésite un
+moment. «Oui, repris-je, et pour que vous me reconnoissiez bien,
+j'aurai un habit bleu foncé et une veste rouge.» Depuis elles me
+rappelèrent souvent ma promesse. Au mois d'avril, la semaine, je
+crois, après Pâques, elles sont conduites toutes trois au Luxembourg.
+J'en ai souvent des nouvelles par celui qui leur a rendu avec un zèle
+si délicat tant de services et dans leurs personnes et dans celles de
+leurs enfants. Ma promesse est rappelée. Le 27 juin, un vendredi, il
+vient de leur part me prier de rendre au maréchal de Mouchy et à sa
+femme le service que je leur avois promis. Je vais au palais. Je
+parviens à entrer dans la cour. Je les ai sous les yeux et de fort
+près pendant plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy, que je
+n'avois vus qu'une fois chez eux et que je connoissois mieux qu'ils ne
+me connoissoient, ne me reconnoissent point. Je fais ce que je peux
+pour eux. Le maréchal étoit singulièrement édifiant et prioit
+vocalement de tout son coeur. La veille il avoit dit, en quittant le
+Luxembourg, à ceux qui lui marquoient de l'intérêt: «A dix-sept ans
+j'ai monté à l'assaut pour mon Roi, à soixante-dix-huit je vais à
+l'échafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux.»
+J'évite des détails qui deviendroient immenses. Ce jour-là, je crois
+inutile et même je ne me sens point capable d'aller jusqu'à la
+guillotine. J'en augure mal pour la promesse spéciale faite à leurs
+parentes. Que j'aurois à dire sur tous les nombreux convois qui
+précédèrent et suivirent celui du 27, convois fortunés ou infortunés,
+selon les dispositions de ceux qui les formoient, tableaux déchirants
+lors même que les caractères et tous les signes extérieurs annonçoient
+une mort chrétienne, lors même qu'ils étoient accompagnés des grandes
+consolations produites par les vertus chrétiennes; mais bien autrement
+déchirants, lorsqu'ils en fournissoient peu ou point, et que les
+condamnés sembloient passer de l'enfer de ce monde à celui de l'autre!
+
+Le 22 juillet, un mardi, jour de sainte Madeleine, j'étois chez moi,
+et vers onze heures. J'allois sortir. On frappe. J'ouvre et je vois
+les enfants Noailles et leur instituteur; les enfants avec la gaieté
+de leur âge qui couvroit le fond de tristesse que nourrissoit en eux
+la détention de leurs parentes; ils alloient se promener et prendre
+l'air de la campagne: l'instituteur, pâle, défiguré, pensif et
+triste.--Ce contraste me frappe. «Passons, me dit-il, dans votre
+chambre, laissons les enfants dans votre cabinet.» Nous nous séparons;
+les enfants se mettent à jouer; nous entrons dans la chambre. Il se
+jette dans un fauteuil: «C'en est fait, mon ami; ces dames sont au
+tribunal révolutionnaire. Je viens vous sommer de tenir votre parole.
+Je vais les conduire à Vincennes pour y voir la petite Euphémie. Dans
+le bois je préparerai ces malheureux enfants à cette terrible perte
+qu'ils ignorent.» Quelque préparé que je fusse depuis longtemps, je
+suis déconcerté. Toute cette affreuse situation des mères, des
+enfants, de leur digne instituteur, cette gaieté suivie de tant de
+tristesse, la petite Euphémie âgée alors d'environ quatre ans, tout se
+peint à mon imagination en traits de feu inimitables. Je reviens à moi
+à l'instant, et après quelques demandes, réponses et autres lugubres
+détails, je dis: «Partez, je vais changer d'habits. Quelle commission!
+Priez Dieu qu'il me donne la force de l'exécuter.»--Nous nous levons,
+passons dans le cabinet où nous trouvons les enfants, s'amusant, gais
+et contents autant qu'ils pouvoient l'être; ce que nous éprouvions à
+leur vue, ce qu'ils ignoroient, ce qu'ils alloient apprendre, rend le
+contraste plus frappant, me serre le coeur. Je fais bonne contenance
+et les congédie. Resté seul, je me sens épouvanté, fatigué. Mon Dieu,
+ayez pitié d'elles, d'eux et de moi!
+
+Je change d'habits et vais faire quelques courses projetées, avec un
+poids dans l'âme bien accablant. Je les interromps pour aller au
+palais entre une et deux heures. Je veux entrer. Impossibilité. Je
+prends des informations de quelqu'un qui sort, comme doutant encore de
+la réalité de l'annonce; l'illusion de l'espérance est la dernière
+détruite. Par ce qu'il me dit, je ne peux plus douter. Je reprends mes
+courses, elles me conduisent jusqu'au faubourg Saint-Antoine, et avec
+quelle pensée, quelle agitation intérieure, quel effroi secret joint à
+une tête malade! Ayant affaire à une personne de confiance, je
+m'ouvre, elle m'encourage au nom de Dieu. Pour dissiper le mal de
+tête, je la prie de me faire un peu de café. Il me fait quelque bien.
+Je reviens au palais très-lentement, très-pensif, très-irrésolu,
+désirant de ne point arriver, ou de ne point trouver celles qui m'y
+appellent: j'arrive avant cinq heures. Rien n'annonce le départ. Je
+monte tristement les degrés de la Sainte-Chapelle, je me promène dans
+la grande salle, aux environs, je m'assieds, je me lève, je ne parle à
+qui que ce soit, je cache sous un air sérieux un fond très-agité et
+très-chagrin; de temps en temps un triste coup d'oeil sur la cour pour
+voir si le départ s'annonce. Je reviens. Ma fréquente exclamation
+intérieure étoit: Dans deux heures, dans une heure et demie, elles ne
+seront donc plus! Je ne puis exprimer combien cette idée m'affectoit
+et m'a affecté toute la vie quand j'ai pu l'appliquer: jamais heure ne
+m'a paru si longue et si courte que celle qui s'écoula depuis cinq
+heures jusqu'à six, pour divers motifs qui se croisoient, se
+combattoient, se détruisoient et me faisoient passer des illusions du
+vain espoir à des craintes malheureusement trop réelles.
+
+Enfin aux mouvements je juge que les victimes vont sortir de la
+prison. Je descends et vais me placer près de la grille par où elles
+sortent, puisqu'il n'est plus possible depuis quinze jours de pénétrer
+dans la cour. La première charrette se remplit, s'avance vers moi. Il
+y avoit huit dames très-édifiantes, sept pour moi inconnues; la
+dernière, dont j'étois fort proche, étoit la maréchale de Noailles. De
+n'y point voir sa belle-fille et petite-fille, ce fut là un foible et
+dernier rayon d'espérance; car, hélas! sur la deuxième charrette
+montent la mère et la fille. Celle-ci étoit en blanc, qu'elle n'avoit
+quitté depuis la mort de son beau-père et de sa belle-mère; elle
+paroissoit âgée de vingt-quatre ans au plus; celle-là de quarante, en
+déshabillé rayé bleu et blanc. Je les voyois encore de loin. Six
+hommes se placèrent après elles, les deux premiers, je ne sais
+comment, à un peu plus de distance qu'à l'ordinaire, comme pour leur
+donner plus de liberté, et avec un air d'égard et de respect dont je
+leur sus bon gré. A peine sont-elles placées, que la fille témoigne à
+sa mère ce vif et tendre intérêt si connu: j'entends dire auprès de
+moi: «Voyez donc cette jeune fille, comme elle s'agite! comme elle
+parle!»--Elle ne paroît pas triste. Je crois qu'elle me cherche des
+yeux; il me semble entendre tout ce qu'elles se disent: «Il n'y est
+pas.--Regarde encore.--Maman, rien ne m'échappe, je vous l'assure, il
+n'y est pas.» Elles oublient que je leur avois fait annoncer
+l'impossibilité de me trouver là. La première charrette reste près de
+moi au moins un quart d'heure. Elle avance. La deuxième va passer. Je
+m'apprête. Elle passe, ces dames ne me voient pas. Je rentre dans le
+palais, fais un grand détour et viens me placer à l'entrée du pont au
+Change, dans un endroit apparent. Mesdames de Noailles jettent les
+yeux de tous côtés; elles passent et ne me voient pas. Je les suis le
+long du pont, séparé de la foule, cependant assez près d'elles; madame
+de Noailles, toujours cherchant, ne m'aperçoit pas.
+
+L'inquiétude se peint sur la physionomie de madame d'Ayen, sa fille
+redouble d'attention sans succès. Je suis tenté d'y renoncer. J'ai
+fait ce que j'ai pu; partout ailleurs la foule sera plus grande, il
+n'y a pas moyen. Je suis fatigué.--J'allois me retirer. Le ciel se
+couvre, le tonnerre se fait entendre au loin. Tentons encore. Et par
+des chemins détournés j'arrive dans la rue Saint-Antoine, après la rue
+de Fourcy, presque vis-à-vis la trop fameuse Force, avant la
+charrette. Alors souffle un vent violent, l'orage éclate; les éclairs,
+les coups de tonnerre se succèdent rapidement. La pluie commence.
+C'est un torrent. Je me retire sur le seuil d'une boutique qui m'est
+toujours présente et que je ne vois jamais sans attendrissement. En un
+instant la rue est balayée. Plus de monde qu'aux portes, boutiques et
+fenêtres: plus d'ordre dans la marche; les cavaliers, les fantassins
+vont plus vite, comme ils peuvent, les charrettes aussi. Elles sont au
+petit Saint-Antoine et je suis encore indécis: la première passe
+devant moi. Un mouvement précipité et comme involontaire me fait
+quitter la boutique, et me voilà seul tout près de ces dames. Madame
+de Noailles m'aperçoit, et souriant semble dire: «Vous voilà donc
+enfin! Ah! que nous en sommes aises! Nous vous avons bien
+cherché.--Maman, le voilà.» A cet instant madame d'Ayen renaît, et
+toutes mes irrésolutions cessent, je me sens un courage
+extraordinaire. Trempé de sueur et de pluie, je n'y pense plus, je
+continue à marcher près d'elles. Sur les marches de l'église
+Saint-Louis, j'apperçois un ami pénétré pour elles de respect,
+d'attachement, cherchant à leur rendre le même service. Son visage,
+son attitude annoncent tout ce qu'il sent en les voyant. Je lui prends
+la main avec un saisissement d'attendrissement mais aussi tout de
+force. «Bonsoir, mon ami.» Là est une place, plusieurs rues y
+aboutissent. L'orage est au plus haut point, le vent plus impétueux.
+Les dames de la première charrette en sont fort tourmentées, surtout
+la maréchale de Noailles; son grand bonnet renversé laisse voir
+quelques cheveux gris; elle chancelle sur sa misérable planche, sans
+dossier, les mains liées derrière le dos. Aussitôt un tas de gens qui
+se trouvent là, la reconnoissent, ne font attention qu'à elle, et
+augmentent son tourment, qu'elle supporte avec patience, par leurs
+cris insultants. «La voilà donc cette maréchale, menant autrefois si
+grand train et qui alloit dans des beaux carrosses, la voilà dans la
+charrette tout comme les autres!» etc. Rien de plus insupportable pour
+tout être sensible que ces cris de cannibales. Les malheureux sont des
+objets sacrés, surtout quand ils sont innocents. Les cris continuent,
+le ciel est plus noir, la pluie plus forte. Nous voilà à la place qui
+précède le faubourg Saint-Antoine. Je devance, j'examine, et je me
+dis: Voilà le meilleur endroit pour leur accorder ce qu'elles désirent
+tant. La charrette alloit moins vite; je m'arrête, je me tourne vers
+elles: je fais à madame de Noailles un signe qu'elle comprend
+parfaitement.--«... Maman, M. X. va nous donner l'absolution.»
+Aussitôt elles baissent la tête avec un air de piété, de repentance,
+de joie, d'attendrissement qui m'embaume; je lève la main, reste la
+tête couverte, et prononce très-distinctement, et avec une attention
+surnaturelle, la formule entière d'absolution et les paroles qui la
+suivent; elles s'unissent mieux que jamais. Je n'oublierai jamais ce
+ravissant tableau, digne du pinceau d'un Raphaël, après lequel tout ce
+qui reste n'est que baume et consolation.
+
+Dès ce moment l'orage s'apaise, la pluie diminue, il semble n'avoir
+existé que pour le succès si désiré de part et d'autre; j'en bénis
+Dieu, elles en font autant, leur extérieur n'annonce que contentement,
+sérénité, allégresse. En s'avançant dans le faubourg, la foule
+curieuse revient, borde les deux côtés, insulte les premières dames,
+surtout la maréchale, rien à ses deux parentes; la pluie cesse.
+
+Tantôt je devance, tantôt j'accompagne. Après l'abbaye Saint-Antoine,
+j'aperçois auprès de moi un jeune homme, prêtre, dont pour quelques
+motifs je suspecte les sentiments. Il m'embarrasse. Je crains qu'il ne
+me reconnoisse, je rétrograde, j'avance, heureusement il ne me
+reconnoît point; il double le pas et je ne le vois plus.
+
+Enfin nous arrivons au lieu fatal. Ce qui se passe en moi ne peut se
+peindre. Quel moment! Quelle séparation! Quelle douleur dans ces
+enfants, dans ces soeurs, nièces, qui restent dans cette vallée de
+larmes! Je les vois encore pleines de santé. Elles auroient été si
+utiles à leur famille, et dans un instant je ne les verrai plus!.....
+Quelle idée! quel déchirement! mais non sans de grandes consolations
+en les contemplant si résignées. Les charrettes s'arrêtent, l'échafaud
+se présente, je frissonne; les cavaliers et les fantassins
+l'entourent; autour d'eux un cercle plus nombreux de spectateurs, la
+plupart riant et s'amusant de ce désolant spectacle: je suis au milieu
+d'eux dans une situation bien différente. J'aperçois le maître
+bourreau et deux valets, dont il est distingué par la jeunesse, par
+l'air d'un petit-maître manqué et le costume. L'un des valets est
+remarquable par sa taille, son embonpoint, la rose qu'il a à la
+bouche, ses manches retroussées, ses cheveux en queue et crépus, l'air
+de sang-froid et de réflexion avec lequel il agit, enfin une de ces
+physionomies régulières et frappantes, quoique sans élévation, qui ont
+pu servir de modèles aux grands peintres quand ils ont représenté des
+bourreaux dans l'histoire des martyrs. Il faut le dire, soit par un
+fonds d'humanité, soit habitude ou désir d'avoir plus tôt fait, le
+supplice étoit singulièrement adouci par leur promptitude, leur
+attention à descendre tous les condamnés avant de commencer à les
+placer le dos à l'échafaud, de manière qu'ils ne puissent rien voir;
+je leur en sus quelque gré, ainsi que de la décence qu'ils observoient
+et de leur sérieux constant, sans aucun air riant, insultant, tout le
+temps que je les vis.
+
+Pendant qu'ils aident à descendre les dames de la première charrette,
+madame de Noailles me cherche des yeux; elle m'aperçoit: c'est ici le
+pendant ravissant du premier tableau, si ravissant aussi. Que ne me
+dit-elle pas par ses regards, tantôt élevés au ciel, tantôt abaissés
+vers la terre, si doux, si animés, si expressifs, si célestes, tantôt
+fixés sur moi de manière à me faire distinguer si mes compagnons
+tigres avoient été plus réfléchis! J'enfonce mon chapeau sans la
+perdre de vue; je l'entendois: «Mon sacrifice est fait. Que je laisse
+de personnes chères! Mais Dieu m'appelle; nous en avons la douce et
+ferme espérance. Nous ne les oublierons point. Recevez nos tendres
+adieux pour elles, nos remercîments pour vous. Adieu! Puissions-nous
+nous revoir dans le ciel! Adieu!» Il est impossible de rendre des
+signes aussi pieux, aussi vifs, d'une éloquence aussi touchante, qui
+faisoient dire à mes tigres: «Ah! cette jeune, comme elle est
+contente, comme elle lève les yeux au ciel, comme elle prie! Mais à
+quoi cela lui sert-il?» Puis par réflexion: «Ah! les scélérats de
+calottins!» Le dernier adieu prononcé, elles descendent. Je ne me
+sentois plus, à la fois déchiré, attendri et consolé. Combien je
+remercie Dieu de n'avoir pas attendu ce moment pour leur donner
+l'absolution, encore plus quand elles montèrent à l'échafaud! Elles
+n'auroient pas pu s'unir comme elles avoient fait. Je quitte l'endroit
+où j'étois. Je passe d'un autre côté. Pendant qu'on fait descendre les
+autres, je me trouve en face de l'escalier, sur lequel étoit appuyée
+la première victime, qui étoit un vieillard en cheveux blancs, grand,
+l'air d'un bonhomme, qu'on disoit être un fermier général. Auprès de
+lui une dame très-édifiante que je ne connoissois pas; ensuite la
+maréchale, vis-à-vis de moi, en deuil, assise sur un bloc de bois ou
+de pierre qui s'étoit trouvé là, ouvrant des yeux grands, fixes. Tous
+les autres, sur plusieurs lignes, étoient rangés au bas de l'échafaud
+du côté qui regardoit l'ouest ou le faubourg Saint-Antoine. Je cherche
+ces dames. Je ne peux apercevoir que la mère, mais dans cette attitude
+de dévotion simple, noble, résignée, les yeux fermés, plus l'air
+inquiet, en un mot telle qu'elle étoit lorsqu'elle approchoit de la
+table sacrée. Quelle impression j'en reçus! Elle est ineffaçable. Plût
+à Dieu que j'en profitasse! A cet instant me revient à l'idée un
+passage de cette belle lettre des Églises de Vienne et de Lyon sur le
+martyre de saint Pothin et ses compagnons, où il est dit en parlant de
+sainte Blandine, attachée au poteau et exposée aux bêtes: «Ses
+compagnons croyoient voir en la personne de leur soeur Celui qui avoit
+été crucifié pour les sauver.»
+
+Tous sont descendus. Le sacrifice va commencer. La joie, le bruit, les
+affreux quolibets des spectateurs tigres redoublent et accroissent le
+supplice, doux en lui-même, mais atroce par trois coups qu'on entend
+l'un après l'autre, surtout par la quantité de sang versé et la vue de
+cette foule bruyante et tigresse. Le bourreau et ses valets montent,
+arrangent tout. Le premier se revêt, sur ses habits, d'un surtout
+ensanglanté, se place à gauche, à l'ouest, les autres à droite, à
+l'est, regardant Vincennes. Son grand valet est surtout l'objet de
+l'admiration et des éloges des cannibales, par son air capable et
+réfléchi, comme ils disent. Tout étant prêt, le vieillard monte à
+l'aide des bourreaux. Le maître bourreau le prend par le bras gauche,
+le grand valet par le droit, l'autre par les jambes; en un instant il
+est couché sur le ventre, la tête séparée et jetée ensuite avec le
+corps tout habillé dans un vaste tombereau, où tout nage dans le sang.
+Et toujours de même. Quelle horrible boucherie! Comme le coeur bat!
+C'est à ce moment qu'on voudroit être loin! c'est à ce moment qu'on
+voudroit être prêt et monter tout de suite si on étoit bien préparé,
+tant la mort, atroce pour ceux qui restent et qui sont sensibles,
+paroît facile et douce pour ceux qui s'en vont, quand on songe aux
+circonstances où il faut vivre! Combien j'ai regretté de n'avoir pas
+suivi ces victimes, en pensant que plus on avance, plus on reçoit de
+grâces divines, et plus on en abuse!
+
+La maréchale monte la troisième sur l'échafaud; il fallut échancrer le
+haut de son habillement pour lui découvrir le cou. Impatient de m'en
+aller, je voulois avaler le calice jusqu'à la lie et tenir ma parole,
+puisque Dieu me donnoit la force de me posséder au milieu de tant de
+frissonnements. Madame d'Ayen monte la dixième. Qu'elle me parut
+contente de mourir avant sa fille, et la fille de ne pas passer avant
+la mère! Montée, le maître bourreau lui arrache son bonnet. Comme il
+tenoit par une épingle qu'il n'avoit pas eu l'attention d'ôter, les
+cheveux soulevés et tirés avec force lui causèrent une douleur qui se
+peignit sur ses traits. La mère disparoît, et sa digne et tendre fille
+la remplace. Quelle émotion en voyant cette jeune dame tout en blanc,
+paroissant beaucoup plus jeune qu'elle n'étoit, semblable à un doux et
+tendre agneau qu'on va égorger! Je croyois assister au martyre d'une
+de ces jeunes vierges ou saintes femmes telles qu'elles sont
+représentées dans les beaux tableaux du Corrége et du Dominiquin.
+
+Ce qui est arrivé à sa mère lui arrive. Même inattention pour
+l'épingle, même douleur, même signe. Quel sang abondant et vermeil
+sortit de la tête et du cou! Que la voilà bienheureuse! m'écriai-je
+intérieurement quand on jeta son corps dans cet épouvantable cercueil.
+Je m'en vais; mais je suis arrêté un moment par l'air, les traits et
+la taille de celui qui venoit après elle. C'étoit un homme de cinq
+pieds huit à neuf pouces, gros à proportion, d'une figure
+très-imposante. Je l'avois remarqué au bas de l'échafaud. Il s'en
+étoit éloigné pendant qu'on immoloit les autres, afin de voir ce qui
+s'y passoit. Sa grande taille avoit servi sa curiosité. Il monte avec
+fermeté, regarde les bourreaux, le lit et l'instrument de mort avec
+des regards intrépides, trop fiers peut-être. O mon Dieu! dis-je en
+moi-même, faites qu'il n'y ait en lui que christianisme, et non la
+seule philosophie! Quel dommage qu'un si bel homme fût damné!
+ajoutai-je en me rappelant le pape saint Grégoire, qui, en voyant à
+Rome de beaux esclaves anglois, s'écria: «Quel dommage que de si beaux
+visages soient sous l'empire du démon!» Cette vue lui donna la
+première idée de la célèbre mission d'Angleterre, dont il chargea dans
+la suite son disciple saint Augustin.
+
+L'homme dont je viens de parler était Gossin[232] ou Gossuin, qui a
+tant contribué à diviser la France en départements. J'ai entendu dire
+qu'il avoit de la religion, et que ses malheurs, sa prison, en avoient
+ranimé, fortifié tous les sentiments. _Amen._
+
+[Note 232: P. F. Gossin, né à Souilly, arrondissement et à trois
+lieues et demie de Verdun, âgé de quarante ans, un des plus beaux
+hommes de ce temps, ex-lieutenant civil et criminel au bailliage de
+Bar-le-Duc et ex-député aux États généraux, avait été mandé par le roi
+de Prusse à Verdun, après la prise de cette ville, en septembre 1792.
+Il avait d'abord refusé d'obéir; mais ayant fini par céder aux désirs
+du peuple de Bar et aux instances de ses collègues, ses ennemis en
+profitèrent, après la retraite des Prussiens, pour l'accuser de
+trahison. Le 5 septembre, il annonça à l'Assemblée nationale qu'il
+_avait été forcé d'obtempérer à la sommation du duc de Brunswick, pour
+régler les affaires du département_. Un décret le mit en accusation.
+D'abord enfermé au Luxembourg, il fut condamné à mort le 4 thermidor
+an II (22 juillet 1794) par le tribunal révolutionnaire de Paris,
+comme ayant obéi aux ordres du roi de Prusse et comme complice d'une
+conspiration dans la prison où il était détenu. B.]
+
+Après sa mort, je quitte tout, hors de moi-même. Je m'aperçois alors
+que je suis tout glacé, à cause d'une forte transpiration et d'une
+forte pluie que j'avois éprouvées et qui s'étoient séchées; mais,
+grâce à Dieu, je ne me sentois point incommodé. Je double le pas, tout
+rempli de ce déchirant mais bien beau, bien grand, bien consolant,
+bien touchant spectacle. Je répétois ce que j'ai répété souvent: «Non,
+je ne voudrois pas pour cent mille écus n'en avoir pas été témoin. Je
+n'ai rien vu qui approche de cela. Que de profit à en tirer!» Quand je
+le quittai, il étoit près de huit heures. En vingt minutes, on avoit
+fait descendre quarante ou cinquante personnes, et immolé douze.
+
+Bientôt je suis à la rue Saint-Antoine. Je monte dans une maison où
+étoit une respectable famille de ma connoissance, composée du mari, de
+la femme et d'un fils unique charmant d'environ quatre ans. «Vous
+voilà! D'où venez-vous si tard, si loin de chez vous?--Ah! je viens
+d'être témoin d'un spectacle après lequel nous sommes les plus
+insensés des hommes et les plus grands ennemis de nous-mêmes, si nous
+n'en profitons pas pour travailler plus fortement à notre salut.»
+J'entre ensuite dans les détails qui, en produisant leur
+attendrissement, renouvelèrent le mien. J'y soupai, et me retirai fort
+tard. La nuit fut très-agitée; un sommeil entrecoupé ou accompagné de
+tout ce que j'avois vu ou entendu. La fatigue, que j'avois peu sentie,
+se fit sentir les jours suivants, mais, grâce à Dieu, sans
+indisposition. J'étois tout attendri, mais tout embaumé. Ah!
+m'écriois-je souvent, que mon âme vive de la vie des justes et que je
+meure de leur mort! Pendant longtemps la pensée de ce spectacle a
+produit en moi un certain frémissement, surtout lorsque je passois
+dans ces endroits si remarquables par ce que j'y avois vu. Ce
+frémissement venoit de ce que cette pensée étoit accompagnée d'une
+autre sur leur bonheur contrastant avec le vide qu'elles avoient
+laissé, la perte que nous avions faite, les dangers et les malheurs
+toujours renaissants où nous vivions. Le vendredi suivant, 25 juillet,
+je dînois avec et chez deux amis. Après le dîner, nous nous livrions à
+d'intéressants épanchements qui, malgré tous les accents de la
+tristesse, nous paroissoient si doux par les réflexions et
+consolations qui s'y mêloient et par la sage liberté qui y régnoit,
+dans une crise où tout étoit licence pour les méchants, tout étoit
+servitude pour les autres, au point de craindre, pour ainsi dire, que
+les murs ne parlassent. A cinq heures du soir, on frappe, et je vois
+entrer le digne ami qui m'avoit déjà averti deux fois. «Qui vous
+amène?--Je vous cherche depuis deux heures; désespérant de vous
+trouver, à tout hasard je suis venu ici.--Pourquoi?--Pour vous engager
+à rendre aux tantes des enfants, mesdames de Duras et Lafayette, le
+même service que vous avez rendu à leurs mères. Elles vont partir pour
+l'échafaud.--Ah! cher ami, que demandez-vous encore? Je connois peu
+ces dames, et il n'est pas sûr qu'elles me reconnoissent et que je les
+reconnoisse.»
+
+Je combats, il redouble de prières; mes amis se joignent à lui. Je
+cède et je reprends ce triste chemin du palais. Il est temps, les
+charrettes sortent, s'arrêtent en attendant les dernières. Sur la
+première étoient des dames: je n'en reconnois aucune. J'examine,
+considère, tourne, retourne; non, ou je suis bien trompé, les tantes
+n'y sont point, grâce à Dieu. Cependant, pour ne rien omettre,
+j'interroge des spectateurs bien instruits, et avec la douleur que
+nous font éprouver ces inconnues, j'ai la joie de n'y point trouver
+les chères tantes. Dieu vouloit les conserver pour leurs familles qui
+les respectent et les aiment tant et avec tant de raison, me procurer
+l'avantage de les connoître d'une manière aussi particulière que
+celles dont la vie et surtout la mort m'ont tant édifié, et me faire
+trouver dans leur connoissance ce que j'avois perdu dans les autres,
+et dans ma situation, mes chagrins, mes malheurs, dont un irréparable,
+ces marques d'intérêt, d'attachement, et ces consolations que partage
+si bien un beau-frère, ami, et que je chercherois en vain dans
+plusieurs liés cependant avec moi. Puisse le Dieu tout-puissant et
+tout miséricordieux répandre sur leurs familles toutes les
+bénédictions que je lui demande pour la mienne, et nous réunir tous
+avec celles qui nous ont devancés dans ce séjour où il n'y aura plus
+de révolution à craindre ou à espérer, dans cette patrie qui aura,
+comme dit saint Augustin, la vérité pour roi, la charité pour loi, et
+pour mesure l'éternité!
+
+ * * * * *
+
+Le Père Carrichon (Antoine-Philibert), ecclésiastique, prêtre de la
+ci-devant congrégation de l'Oratoire, est décédé le 30 juillet 1818,
+en sa maison, rue Saint-Jacques, nº 277; ses obsèques se firent le 1er
+août, à sept heures du matin, en l'église de Saint-Jacques du
+Haut-Pas, sa paroisse. Il était âgé de soixante-neuf ans. B.
+
+ * * * * *
+
+XIII.
+
+PIÈCES DIVERSES CONCERNANT MADAME ÉLISABETH.
+
+
+I.
+
+ACTE DE BAPTÊME DE MADAME ÉLISABETH.
+
+EXTRAIT DU REGISTRE DES BAPTÊMES _de l'Église Royale et Paroissiale de
+Notre-Dame de Versailles, diocèse de Paris, pour l'année mil sept cent
+soixante-quatre,_ fol. 33.
+
+L'an mil sept cent soixante-quatre, le trois may, très haute et très
+puissante princesse Madame Élizabethe-Philippe-Marie-Heleine de
+France, née d'aujourd'huy, fille de très haut, très puissant et
+excellent prince Louis, Dauphin de France, et de très haute, très
+puissante et excellente princesse Marie-Josèphe, princesse de Saxe,
+Dauphine de France, son épouse, a été baptizée par Monseigneur
+Charle-Antoine de la Roche-Aimon, archevêque-duc de Reims, pair et
+grand aumonier de France, en presence de nous curé soussigné. Le
+parein a été très haut et très puissant prince Dom Philippe, infant
+d'Espagne, duc de Parme, Plaisance et Guastalle; la mareine a été
+très haute, très puissante et très excellente princesse Élizabethe,
+princesse de Parme, Reine doüarière d'Espagne. Le parein représenté
+par très haut et très puissant prince Louis-Auguste de France, duc de
+Berry, et la mareine représentée par très haute et très puissante
+princesse Madame Marie-Adélaïde de France, fille du Roy, qui ont été
+nommés l'un et l'autre à cet effet, Sa Majesté présente au baptême. Et
+ont signés à la minute:
+
+ LOUIS.
+ MARIE.
+ LOUIS.
+ LOUIS-AUGUSTE.
+ LOUIS-STANISLAS-XAVIER.
+ CHARLE-PHILIPPE.
+ MARIE-ADÉLAÏDE.
+ VICTOIRE-LOUISE-MARIE-THÉRÈSE.
+ SOPHIE-PHILIPPE-ÉLIZABETHE-JUSTINE.
+ LOUISE-MARIE.
+ [±] CHARLE-ANTOINE, _archevêque-duc de Reims,
+ grand aumônier de France_, et ALLART, curé.
+
+Nous soussigné, Prêtre de la Congrégation de la Mission, faisant les
+fonctions Curiales en l'Église Royale et Paroissiale de Notre-Dame de
+Versailles, Dépositaire des Registres de la même Église; Certifions le
+présent Extrait véritable et conforme à l'Original. A Versailles, le
+sixième du mois d'aoust mil sept cent soixante-seize.
+
+ COLLIGNON, _prêtre de la Mission_[233].
+
+[Note 233: Archives, section historique, K 147, nº 4.]
+
+ * * * * *
+
+II.
+
+NOURRICE DE MADAME ÉLISABETH.
+
+Marie-Thérèse Hecquet, née le lundi 24 mars 1732, sur la paroisse de
+Saint-Acheul, du légitime mariage de Charles Hecquet, laboureur,
+demeurant au village de Boutillerie, et d'Anne Merelle, ses père et
+mère; baptisée le même jour en l'église paroissiale de Saint-Acheul,
+ayant pour parrain Antoine Hecquet, son oncle paternel, et pour
+marraine Marie-Thérèse Vasseur, sa tante, épouse dudit Antoine
+Hecquet.
+
+L'acte de baptême est signé Demonclot, chanoine régulier et curé de
+Saint-Acheul.
+
+L'extrait de baptême, collationné, délivré le 8 octobre 1779, est
+signé Pelletier, prêtre, docteur en théologie de la Faculté de Paris
+et vicaire de ladite paroisse, dame Marie-Thérèse Hecquet, épouse du
+sieur Jean Levallery, bourgeois de Paris, née le 24 mars 1732, à
+Saint-Acheul, élection et généralité d'Amiens, baptisée [le même jour]
+du même mois dans la paroisse dudit lieu, nourrice de Son Altesse
+Royale Madame Élisabeth de France, demeurant à Paris, au
+Palais-Bourbon, faubourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice,
+déclare avoir obtenu du Roi les grâces pécuniaires ci-après,
+
+Savoir:
+
+ Une pension de deux mille quatre cents livres
+ sur le trésor de la Maison de Sa Majesté, de
+ l'échéance de janvier (dont il lui reste dû
+ l'année 1777, l'année 1778 et la portion de
+ temps de l'année 1779), ce qui lui a été
+ accordé en sadite qualité de nourrice sans
+ brevet, ci 2,400#
+
+ Une autre pension de douze cent quinze livres
+ sur le Trésor royal, et payée jusqu'à présent
+ par MM. les gardes dudit Trésor, accordée à
+ ladite dame Levallery, pour lui tenir lieu
+ d'une place de femme de chambre de feu Madame
+ la Dauphine, employée dans l'état du Roi,
+ sous le titre de _Pension du bas âge_, sans
+ brevet, et dû 1778 et 1779, ci 1,215
+
+ Une autre pension de trois cents livres,
+ accordée à la dame Levallery au même titre,
+ pour lui tenir lieu de son logement, dont est
+ dû les années 1777, 1778 et la portion de
+ l'année 1779, ces trois pensions créées en 1765 300
+
+ Une pension de huit cents livres, accordée au
+ sieur Louis-Joseph-Frédéric Levallery, son
+ fils, né le 28 janvier 1764, baptisé le 29 du
+ même mois en la paroisse Saint-Sulpice de
+ Paris, par un brevet de Sa Majesté du 12
+ novembre 1771, payable sur les quittances de
+ la dame Levallery jusqu'à ce que son fils ait
+ atteint l'âge de vingt ans, dont il est dû 800
+ -------
+ Montant général des grâces 4,915#
+
+Il y a, indépendamment de cette déclaration manuscrite des grâces
+pécuniaires accordées à la nourrice de Madame Élisabeth, un brevet
+officiel, en partie imprimé, pareil à celui de la nourrice de
+_Monsieur_, de M. le comte d'Artois, etc. B.
+
+ * * * * *
+
+III.
+
+APPOINTEMENTS DES DAMES DE COMPAGNIE DE MADAME ÉLISABETH.
+
+_État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux
+dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth,
+depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786._
+
+Savoir:
+
+ A la dame marquise de Sorans, 4,000#
+ A la dame marquise de Causans, 4,000
+ A la dame comtesse de Canillac, 4,000
+ A la dame comtesse de Bombelles, 4,000
+ A la dame vicomtesse d'Imécourt et la dame comtesse
+ de la Bourdonnaye, adjointe et survivante, 4,000
+ A la dame comtesse de Deux-Ponts, 4,000
+ A la dame comtesse de Clermont-Tonnerre, 4,000
+ A la dame marquise de la Rochefontenille, 4,000
+ A la dame marquise des Essarts, 4,000
+ A la dame comtesse Louise de Causans, 4,000
+ A la dame marquise de Lastic, 4,000
+ A la dame vicomtesse de Blangy, 4,000
+ A la dame Anna-Bella-Henriette de Drummont de Melfort,
+ comtesse de Marguerye, Mémoire.
+ A la dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire sans
+ appointements, Mémoire.
+ A la dame marquise des Montiers, id., Mémoire.
+ Somme totale, cinquante-deux mille livres, cy., 52,000#
+
+Garde de mon Trésor royal, Me Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes,
+payez comptant aux dames dénommées au présent état la somme de
+cinquante-deux mille livres pour leurs appointements, en leur qualité
+susdite, depuis le 15 mai 1785 jusques et compris le 14 mai 1786,
+présente année.
+
+ Fait à Versailles, le 1er juin 1786.
+
+ Collationné.
+
+ Le baron de BRETEUIL.
+
+ * * * * *
+
+_État des gages, appointements et pensions que le Roi veut et ordonne
+être payés aux personnes qui servent près Madame Élisabeth pendant le
+quartier de janvier de la présente année 1786._
+
+Savoir:
+
+_Aumônier ordinaire._
+
+ Le sieur Hyacinthe Bonniol de Montégut, attendu
+ qu'il n'a pas d'appointements Mémoire.
+
+_Chevalier d'honneur._
+
+ Au sieur comte de Coigny 225#
+ A lui pour entretennement 900
+
+_Premier écuyer._
+
+ Au sieur comte d'Adhémar 150
+ A lui pour entretennement 900
+
+_Dame d'honneur._
+
+ A la dame comtesse Diane de Polignac, pour gages 300
+ A elle pour sa pension 1,500
+
+_Dame d'atours._
+
+ A la dame marquise de Sorans, pour gages 150
+ A elle pour sa pension 1,000
+
+_Médecin._
+
+ Le sieur Le Monnier, y étant pourvu d'ailleurs Mémoire.
+
+_Chirurgien._
+
+ Le sieur Loustonau, y étant pourvu d'ailleurs Mémoire.
+
+_Secrétaire du cabinet._
+
+ Au sieur de Champfort, à raison de 2,000# par an 500#
+ (Les années 1785 et 1786 ont été expédiées par
+ ordonnance provisoire.)
+
+_Femmes de chambre._
+
+ A la dame Marie-Marguerite Soufflet-Pernot, première,
+ et Marie-Marguerite Pernot, sa fille, épouse du
+ sieur Guichard, en survivance 70
+
+ A elle, pour l'entretien d'un valet 91 5s
+
+ A la dame Antoinette-Jacqueline Brochet, épouse du
+ sieur de Cimery, tant pour gages que pour l'entretien
+ d'un valet 161 5
+
+_Autres._
+
+ A Jeanne-Françoise d'Aigremont-Malivoire 25
+ A Marie-Françoise-Victoire Dousset de Saint-Brice 25
+ A Antoinette-Marie Drivet de Lau 25
+ A Julie-Charlotte-Marie de Cagny[234] 25
+ A Marie-Barbe Besnard 25
+ A Marie-Marguerite Pernot, épouse du sieur Guichard 25
+ A Madeleine-Félicité de Casaubon, veuve Delor
+ femme de Saint-Gand 25
+ A Marie Langaudre-Tergat »
+ A la dame Roube »
+ A Sophie-Léocade le Gagneur »
+ A Marie-Thérèse Lalin de Navarre »
+ A la dame Duprat, épouse du sieur Malmain »
+ La demoiselle Charlotte-Rosalie Damesme, la demoiselle
+ Jeanne-Julie d'Harmeville, la demoiselle de Montgiroux,
+ la demoiselle Malivoire, la demoiselle la Caze,
+ la dame Perronnel, la demoiselle Guéroult de MacCarty,
+ surnuméraires Mémoire.
+
+_Coiffeuses._
+
+ A la demoiselle Jean-Baptiste Jaime 25#
+ A la demoiselle Marguerite Rosalie le Guay 25
+
+_Blanchisseuse._
+
+ A Marie-Thérèse Albert 5
+
+_Empeseuse et faiseuse de collerettes._
+
+ A la demoiselle Marie-Catherine Defforges 5
+ A elle pour façon, fournitures et charbon 300
+
+_Écuyer ordinaire._
+
+ Au sieur Dubourquet de Saint-Pardoux 300
+
+_Porte-manteau._
+
+ Au sieur Martineau 150
+
+_Valets de chambre._
+
+ A Jean Béranger 50
+ A Didier Viard 50
+ A Sorel 50
+ A Renault 50
+
+_Garçons de la chambre._
+
+ A Jean-Pierre Duval 25
+ A Jacques Corset 25
+ A Sébastien Thirgarder Duparc 25
+ A Deshayes 25
+
+_Valet de chambre tapissier._
+
+ A Antoine Jubin 75
+ A lui pour fournitures 75
+
+_Valets de garde-robe._
+
+ A Jean-Baptiste Vatel 25
+ A Nicolas Vatel 25
+
+_Portefaix._
+
+ A François Girard 7 10s
+ A Camille 7 10
+
+_Porte-chaise d'affaires._
+
+ A Catherine-Agathe Lefebvre, femme Longpré 50
+ A elle, pour ses fournitures 15
+
+_Argentier._
+
+ Au sieur de Laulhannier 100
+
+ Somme totale 6,787# 10s
+
+[Note 234: Retirée le 14 janvier en 1787, remplacée par la demoiselle
+Malivoire.]
+
+Garde de mon Trésor royal, Me Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes,
+payez comptant au sieur Randon de la Tour la somme de six mille sept
+cent quatre-vingt-sept livres dix sols, pour employer au fait de sa
+charge même, icelle délivrer aux personnes dénommées au présent état,
+pour leurs gages pendant le quartier de janvier de la présente année.
+
+ Fait à Versailles, le 1er avril 1786.
+
+ Collationné.
+
+ Le baron de BRETEUIL.
+
+ * * * * *
+
+IV.
+
+MEUBLES DE L'APPARTEMENT DE MADAME ÉLISABETH AU CHATEAU DE VERSAILLES
+EN 1787.
+
+_Première antichambre._
+
+ 2 banquettes couvertes d'ouvrage de Savonnerie, fond bleu, dessin de
+ diverses couleurs, de 6 pieds de long sur 18 pouces de profondeur,
+ garnies de frange de soie torse de plusieurs couleurs; les bois
+ peints, l'une en rouge et filets dorés, et l'autre en blanc.
+
+ 2 tabourets de panne cramoisie, bois dorés.
+
+ 1 lustre de fer à quatre branches peint en blanc, et binets en
+ cuivre de 18 pouces de haut, avec un cordon de soie cramoisie et or.
+
+ 1 commode de bois de noyer de 3 pieds 1/2 de long, 20 pouces de
+ profondeur et 32 pouces de haut, ayant 4 tiroirs, dont 2 grands et
+ 2 petits, fermant à clef, garnie d'entrées de serrures et portant de
+ bronze en couleur d'or.
+
+ 1 petite table de sapin pliante.
+
+ 1 miroir de toilette à bordure de noyer.
+
+ 1 chaise de paille.
+
+ 1 paravent de 8 feuilles de 20 pouces sur 6 pieds de haut, couvert
+ en toile d'Alençon cramoisie.
+
+ 1 paravent de 6 pieds de haut à 6 feuilles de 20 pouces de large,
+ couvert idem.
+
+_Deuxième antichambre._
+
+ 1 portière du char à or de 2 aunes 1/4 de cours sur 2 aunes 7/8 de
+ haut.
+
+ 1 portière semblable à la précédente.
+
+ 2 tabourets de panne cramoisie à bois dorés.
+
+ 1 tabouret de panne idem, bois peint en rouge et filets dorés.
+
+ 1 paravent de 6 feuilles de 6 pieds de haut, couvert de drap rouge
+ des deux côtés, cloué de cloux dorés sur galon d'or faux.
+
+ 4 parties de rideaux de croisées de 2 lés, chacune de grosdetours
+ cramoisi, sur 11 pieds 6 pouces de haut, bordées de galon de soie.
+
+ 1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer.
+
+ 1 petit lustre de grenailles et petites poires à 8 bobèches, monture
+ dorée, 21 pouces de diamètre sur 32 pouces de haut, avec un cordon
+ de soie cramoisie et or.
+
+ 2 commodes plaquées de bois de rose et violette, chacune de 4 pieds
+ de long, 23 pouces de profondeur sur 31 pouces de haut, ayant 4
+ tiroirs, dont 2 grands et 2 petits, fermant à clef, garnies
+ d'entrées de serrures, portants et chaussons de cuivre doré d'or
+ moulu, avec dessus de marbre brèche d'Alep, dont un cassé par le
+ milieu.
+
+ 1 table ronde ployante de bois d'acajou de 5 pieds de diamètre,
+ couverte de velours verd, pieds tournés.
+
+ 1 petite table à écrire de bois de noyer.
+
+ 1 écritoire en pupitre portatif de bois rose et violet, garnie
+ d'encrier, poudrier et boîte à éponge d'argent, argenterie non
+ numérotée ni poids marqué.
+
+ 1 commode de bois de noyer à 2 grands et 2 petits tiroirs, ornée de
+ portants et entrées de serrures en couleur, avec dessus de marbre de
+ 3 pieds 1/2 de large, 22 pouces de profondeur.
+
+_Pièce à côté pour les garçons de la chambre._
+
+ 1 couchette à 2 chevets de 3 pieds de large, à fond sanglé, garnie
+ de roulettes à galets.--Le coucher composé de: 1 sommier crin et
+ toile à carreaux;
+
+ 2 mattelas de laine et toile idem;
+
+ 1 lit et 1 traversin de plume et coutil;
+
+ 2 couvertures de laine;
+
+ 2 rideaux d'alcôve à 4 lés chaque sur 11 pieds 1/2;
+
+ 1 pente de 6 pieds de long, le tout de fleuret bleu et blanc;
+
+ 2 parties de rideaux de croisée d'un lé chaque de toile de coton sur
+ 6 pieds de haut;
+
+ 1 table de hêtre avec un tiroir à la face de 3 pieds 1/2 de long, 2
+ pieds de profondeur;
+
+ 6 chaises de paille satinée verd et blanc.
+
+_Cabinet, ou Pièces de nobles en été._
+
+ 1 meuble de damas de Gênes cramoisi, orné de grand et petit galon,
+ avec frange et molet en or, consistant en:
+
+ 12 ployants garnis d'un grand galon de 20 lignes et d'un autre de 12
+ lignes, avec frange de 3 pouces, et les bois sculptés dorés;
+
+ 1 paravent de 6 feuilles de 4 pieds de haut, orné des mêmes galons,
+ et cloué à triple rang de cloux dorés sur galon d'or fin et
+ charnières en étoffe;
+
+ 1 écran sculpté et orné idem;
+
+ 6 parties de portières de 3 lés chacune, ornés aux montants et
+ travers du haut de molet et frange d'or par le bas, doublées de
+ taffetas, sur 10 pieds de haut;
+
+ 6 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours
+ cramoisi, avec frange et mollet d'or idem, sur 12 pieds de haut;
+
+ 6 parties de rideaux de vitrage d'un lé 1/2 chaque de mousseline
+ rayée et brodée sur 4 pieds de haut;
+
+ 2 encoignures de marqueterie plaquées en bois satiné et champ de
+ bois d'amaranthe, ouvrant à un venteau dont le devant est orné d'un
+ vase de fleurs plaqué sur fond de bois gris satiné, la frise à
+ tiroir plaqué en bois vert, ornées de moulures, encadrements de
+ panneaux ciselés, rinceaux, pieds et chûtes de pilastres, frise à
+ entrelacs d'ornements, le tout en bronze doré d'or moulu et dessus
+ de marbre fin de 25 pouces de profondeur sur 34 pouces 1/2 de haut;
+
+ 2 lustres à 6 lumières de cristal de Bohême, montures dorées, de 26
+ pouces de diamètre sur 3 pieds 9 pouces de haut, avec:
+
+ 2 cordons et 4 glands en soie cramoisie, ornés de cartisanne et
+ couronnes;
+
+ 4 girandoles à 5 lumières de cristal de Bohême terminées par une
+ fleur de lys, montures de cuivre doré, à trépied et plateaux en
+ bronze doré, 30 pouces de haut, 16 pouces de large;
+
+ 1 feu à 4 branches à recouvrement orné sur le devant de postes et
+ doubles pilastres surmontés de cassollettes et couronne, boucliers
+ posés au centre du recouvrement, le grand socle à consoles surmonté
+ d'un vase à anses, orné de guirlandes, terminé par une flamme de
+ bronze doré, 17 pouces de haut sur 17 de large;
+
+ 2 paires bras de cheminée à trois branches, celles de côté torses et
+ toutes trois fixées sur une gaîne ornée de palmettes, avec frises à
+ entrelacs surmontées d'un vase à cannelure torse et à anses
+ d'ornement terminé par un bouton de graine, 22 pouces de haut, 17
+ pouces de large, bassin à cannelure et festons;
+
+ 1 belle pendule de cheminée en marbre blanc représentant un portique
+ d'architecture orné dans la frise du bas de 3 bas-reliefs, l'un
+ caractérisant la Paix, l'autre l'Abondance, et l'autre la Gloire
+ tenant un buste oval, figure d'Henri IV; le portique orné de
+ pilastres cannelés et moulures au contour du chapiteau à oves et
+ dards, surmonté d'un vase à anses et paquets de laurier sur le
+ ceintre du chapiteau, la pendule placée au centre du portique dans
+ sa boîte à ornements; le tout de bronze doré au mat, ainsi que la
+ lentille, figure de soleil, de 26 pouces de haut sur 15 pouces de
+ face, par Lépine.
+
+_Pièce des nobles en hiver._
+
+ 1 meuble de velours de soie cramoisi doublé de grosdetours cramoisi,
+ orné de 2 galons d'or, dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes
+ 1/2, consistant en:
+
+ 6 parties de portière de 3 lés chacune doublées de grosdetours et
+ ornées des 2 galons, sur 10 pieds 4 pouces de haut;
+
+ 1 paravent de 6 feuilles sur 4 pieds, charnière en étoffe, chaque
+ feuille ornée des 2 galons, 1 rang de cloux dorés au pourtour et 1
+ rang idem sur le champ, sur galon d'or fin;
+
+ 1 écran à coulisse, le châssis orné des 2 côtés des 2 galons d'or
+ avec tresse et galon d'or, le bois sculpté doré;
+
+ 11 pliants ornés des 2 galons et frange de 3 pouces en or, les bois
+ sculptés dorés.
+
+ Les rideaux de croisées servent pour les deux saisons: voyez le
+ meuble d'été à l'Inventaire.
+
+_Chambre à coucher en hiver._
+
+ 4 parties de portières de 3 lés chacune, de velours, doublées de
+ grosdetours cramoisi sur 2 aunes 7/8 de haut, ornées de 2 galons,
+ dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes 1/2 de large.
+
+_Chambre à coucher en été._
+
+ Un meuble de damas de Lyon verd, dessin à palmes, orné de grand et
+ petit galon à la Bourgogne et frange d'or, suivant le détail
+ ci-après, les pentes chantournées et soubassements ornés de
+ broderie d'or.
+
+ 1 tapisserie en 3 pièces galonnées de grand et petit galon d'or,
+ contenant ensemble 47 pieds 9 pouces de cours sur 14 pieds 2
+ pouces de haut, doublée de toile.
+
+ 1 lit à colonnes à 2 chevets de 5 pieds de large, 6 pieds 1/2 de
+ long, 11 pieds 6 pouces de haut, impériale en voussure surmontée
+ d'une corniche sculptée à feuilles d'acanthe et perles; la
+ couchette à 2 dossiers chantournés à bois couvert, ainsi que les
+ soubassements; le bois peint en blanc, ferrures apparentes,
+ double-tringles et agraffes dorées, garniture de roulettes à
+ équerre et chassis du fond sanglé.
+
+ Les étoffes composées d'une impériale et son petit fond à double
+ galon, 4 petites pentes ornées de frange par le bas et petit galon
+ par le haut; 4 grandes pentes ornées de grand et petit galon,
+ frange de 4 pouces brodée en ornements sur le corps, 2 chantournés
+ à double face brodés _idem_ et ornés de grand et petit galon, 3
+ soubassements brodés, galonnés comme les grandes pentes avec
+ frange par le bas; 4 rideaux de 7 lés chaque ornés de grand et
+ petit galon sur les montants travers du bas et cantonnières, 4
+ foureaux des colonnes en damas, 4 embrasse-rideaux en gros cordon
+ d'or avec glands _idem_;
+
+ 1 courtepointe ornée d'un grand et deux rangs de petit galon;
+
+ 2 rideaux d'entour de 7 lés chaque bordés au pourtour de petit
+ galon et double-rang sur les montants des cantonnières du devant
+ seulement en grosdetours verd.
+
+Le coucher composé de:
+
+ 4 malelats laine et futaine;
+
+ 1 lit et 2 traversins de duvet et basin avec souilles de taffetas
+ blanc;
+
+ 4 parties de portières de 4 lés chacune, galonnées d'un grand et
+ petit galon d'or, doublées de grosdetours, sur 10 pieds de haut;
+
+ 2 parties de rideaux de croisées de 2 lés chaque en grosdetours
+ verd, ornées d'un petit galon d'or au pourtour, sur 13 pieds de
+ haut, rempliées à 11 pieds 6 pouces;
+
+ 2 fauteuils pieds à gaine, cannelures torses sculptées de culots
+ enfilés dans la ceinture du siége, _idem_ aux accotoirs avec
+ palmettes, feuilles d'eau à refend au pourtour du dossier, garnis
+ et couverts comme le meuble avec grand et petit galons, cloués de
+ cloux dorés sur galon d'or fin, les bois sculptés dorés;
+
+ 2 carreaux ornés de 1 grand et 2 petits galons avec 4 glands d'or
+ aux coins desdits;
+
+ 8 ployants garnis de large galon et frange d'or; 1 écran garni de
+ large galon et d'un gland d'or avec sa tresse de soie verte; 1
+ paravent de 6 feuilles à bois couvert des 2 côtés, garni d'un
+ grand galon d'or, et triple rang de cloux doré sur galon d'or fin,
+ sur 4 pieds de hauteur; le bois sculpté doré; le tout avec housses
+ de grosdetours;
+
+ 1 marchepied à 2 degrés de damas cramoisi avec sa housse de
+ grosdetours verd;
+
+ 1 commode de marquetterie à dessus de marbre verd campan, ayant 5
+ tiroirs dont 2 grands et 3 petits dans la frise, plaqué en bois
+ verd, 4 paneaux de côté en bois satiné avec filets noir et blanc
+ et champ de bois d'amaranthe, une table saillante au milieu,
+ représentant un trophée pastoral et vase en placage sur fond de
+ bois gris satiné, les arrière-corps en mosaïque de bois ombrés sur
+ fond même bois; ladite commode ornée de socle, pieds à rouleaux et
+ palmettes ornées de gaine, chûtes et paquets de laurier, cadres de
+ panneaux, moulures unies à chapelets et feuilles, rais-de-coeur,
+ et rosettes guirlandes de laurier et chûtes en paquet, portants à
+ ornements et corbeilles, la frise du centre en entrelacs, à
+ rosettes et culots, le tout de bronze doré d'or moulu, longue de 5
+ pieds 1/2 sur 25 pouces de profondeur et 37 pouces de haut;
+
+ 1 feu dont la grille à 4 branches en 2 parties de fer poli de 23
+ pouces de profondeur, ayant chacune sur le devant une forte
+ garniture à recouvrement de bronze ciselé et doré d'or moulu, orné
+ d'entrelacs et rosettes, et sur le dessus d'une volute à palmettes
+ et laurier en paquet, et petit vase à anse de 15 pouces de haut,
+ le grand socle à piédouche orné de guirlandes de fleurs,
+ d'entrelacs dans la frise, surmonté d'un fort vase à cannelures et
+ godrons, guirlandes de laurier à anses et tête de bélier, terminé
+ par un bouton de graine, 22 pouces de haut sur 18 pouces de face,
+ avec pelle, pincette et tenaille garnies de boutons de cuivre
+ ciselés et dorés;
+
+ 1 lustre de cristal de Bohême à 8 lumières accouplées sur double
+ bobèche, monture dorée, 32 pouces de diamètre sur 3 pieds 6 pouces
+ de haut, avec 1 cordon et 2 glands de soie verte et or, orné de
+ cartisanne d'or;
+
+ 2 paires de bras à 3 branches, celles de côté torses, ornées de
+ palmettes et graine, cannelure et godrons, binets à festons, la
+ gaine à palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté d'un
+ bouton de graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large;
+
+ 1 belle pendule de cheminée en marbre blanc, architecture et
+ chapiteau, le socle orné de frises à entrelacs d'ornements, porté
+ par 8 piédouches, une double frise _idem_ avec moulure, ciselés,
+ surmontés de 2 enfants soutenant le chapiteau et portant une
+ guirlande de fruits et fleurs, le dessous du chapiteau orné d'oves
+ et surmonté d'un nuage et de deux enfants, l'un tenant une
+ couronne et l'autre traçant une carte géographique, la pendule
+ placée au centre du chapiteau avec son cadre de bronze ciselé doré
+ d'or mat, 19 pouces de haut, 21 pouces de face;
+
+ 1 écran de bois d'acajou à châssis de taffetas verd;
+
+ 2 rideaux de vitrage d'un lé 1/2 chaque, de mousseline rayée et
+ brodée sur 4 pieds de haut.
+
+_Meuble d'hyver._
+
+ Un meuble de velours de soie cramoisi orné de frange et galon
+ d'or, consistant en:
+
+ 1 lit à la duchesse, composé de trois grandes et 4 petites pentes
+ enrichies de feuilles et ornements de broderie, et de 2 galons
+ d'or garnies de grande frange d'or, fond grand, dossier chantourné
+ aussi brodé en or, bonnes-grâces en dedans et au dehors,
+ courtepointe garnie de sesd. 2 galons et 3 soubassements garnis
+ desd. galons et frange, et 2 rideaux sur 3 au. 1/4 de haut, garnis
+ desd. galons et doublés de grosdetours cramoisi, avec 4 pommes, 4
+ bouquets de plumes et 4 aigrettes.
+
+ Le bois du lit à fond sanglé en 2 parties dont les vis sont
+ dorées, de 5 pieds de large, 6 pieds 4 pouces de long, sur 12
+ pieds 1/2 de haut.
+
+Le coucher:
+
+ 3 fauteuils à carreaux, 12 ployants, 1 écran, 1 paravent de 6
+ feuilles sur 4 pieds de haut; garni d'un galon d'or avec une
+ tresse à l'écran, les bois sculptés dorés;
+
+ 4 portières (pour cet article, voir, page 536, _Chambre à coucher
+ en hiver_: 4 parties de portières, etc.)
+
+ 4 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours
+ cramoisi, garnis de galon d'or sur 13 pieds de haut.
+
+ Pièces tapisserie, dessin de Teniers, de la manufacture de
+ Beauvais.
+
+_Grand cabinet._
+
+ Un meuble de grosdetours fond blanc à bouquets et ruban bleu
+ brochés, encadré de bordures de même étoffe, dessein à treillage
+ verd et fleurs, profilet de milleret verd, et orné d'une crête de
+ soie nuée assortie, consistant en:
+
+ 1 lit de repos de 6 pieds de long et 27 pouces de profondeur,
+ garni à plateforme, 1 matelas portant son soubassement drapé, orné
+ de frange et glands, 3 oreillers avec 4 glands chacun; les
+ oreillers garnis de mouchoirs de taffetas blanc.
+
+ Au dessus dud. lit de repos: 1 pente drapée de 6 pieds de long
+ avec écharpe de 2 pieds 6 pouces, frange et 8 galons doublés de
+ grosdetours blanc, 2 écharpes doubles en bonnes-grâces de 2 lés
+ chaque, encadrées, ornés de molets et frangeou doublées de
+ taffetas blanc avec cordon et 6 glands de 9 pieds de haut;
+
+ 5 cordons de soie nuée, dont 4 avec glands.
+
+ 2 bergères quarrées, 2 bergères ceintrées, 8 fauteuils, 6 chaises,
+ à carreaux, 1 chaise sans carreau, 1 écran à chapeau, garnis de
+ crête, les bois sculptés à rais-de-coeur et perles à la ceinture,
+ pieds à gaine, palmettes et pilastres aux consoles rais-de-coeur,
+ ficelle et pommes de graine au dossier peint en blanc avec
+ mouchoir de taffetas blanc.
+
+ A la croisée: une pente drapée et ses deux écharpes de 3 pieds de
+ long, 2 doubles écharpes en bonnes-grâces encadrées et bordées de
+ molet et frangeou de 12 pieds de haut, garnies de 12 glands,
+ cordon et noeuds d'embrasses;
+
+ 2 parties de rideaux de croisée de 2 lés de grosdetours blanc,
+ avec grande bordure et molet de soie nuée;
+
+ 2 parties de rideau de vitrage de 2 lés chacun de taffetas blanc
+ sur 5 pieds de haut;
+
+ 1 chaise de damas bleu, clouée de cloux dorés sur bois à moulures,
+ pieds à gaine peint en blanc;
+
+ 3 petits écrans de bois d'acajou avec châssis de taffetas
+ cramoisi;
+
+ 1 lustre à 6 lumières de cristal de roche, monture dorée,
+ garniture de grenailles à rosette et en filage et poire depuis 3
+ pouces 1/2 à 2 pouces, la boule de 3 pouces 1/2 de diamètre, le
+ lustre de 25 pouces de diamètre sur 36 pouces de haut, avec 1
+ cordon, 1 rosasse et 1 gland de soie nuée ornés de cartisane;
+
+ 1 feu à 4 branches et à recouvrement avec frise sur le devant
+ ornées à entrelacs à rosettes, culots et cadres de perles, le
+ dessus orné de branches et fruits de vigne, sur le dedans un socle
+ à colonne cannelée sur piedouche, surmonté d'un nuage et de 2
+ tourterelles; le grand socle à cannelures et tigettes avec
+ guirlandes de fleurs et fruits de vigne, surmonté d'un vase à
+ cassolette à trépied et tête de satyre; le corps de la cassolette
+ à cannelures torses, terminé par une flamme, 17 pouces de haut sur
+ 16 pouces de large, bronze doré, pelle, pincette et tenaille à
+ boutons dorés;
+
+ 2 paires de bras à trois branches, celles de côté torses, ornées
+ de palmettes et graine, cannelures et godrons, binets à festons,
+ la gaine à palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté
+ d'un vase à anses et cannelures torses, terminé d'un boulon de
+ graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large.
+
+ A la croisée, 1 store de 6 pieds 6 pouces de large, avec son
+ taffetas de 12 pieds de haut.
+
+_Garde-robe._
+
+ 1 table de nuit de bois d'acajou à 2 tablettes de marbre blanc
+ veiné, ayant un tiroir à droite à bouton et rosette de bronze en
+ couleur.
+
+_Escalier qui conduit du grand cabinet à la bibliothèque._
+
+ Les marches couvertes en moquettes.
+
+ Le mur tendu en gros de tour bleu.
+
+ La rampe garnie et couverte de fleuret bleu.
+
+ 1 cordon d'écuyer en fil bleu.
+
+_Pièce du billard et bibliothèque._
+
+ Un meuble de damas (de Lyon) verd et blanc, dessin à figures à
+ enfants, cascades et fleurs, orné de frange, glands, cordon et
+ crête à la niche.
+
+ 1 pente et 2 doubles écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut, le tout
+ de 22 pouces de long, doublées de grosdetours verd avec cordon, 10
+ glands, 2 noeuds et une cocarde.
+
+ 1 banquette à plateforme de 6 pieds 2 pouces de long sur 27 pouces
+ de profondeur, avec son matelas, le devant relevé en draperie avec
+ 8 glands; 3 oreillers garnis de 4 glands chacun, 2 rondins avec 2
+ glands à chacun.
+
+ 1 canapé à joncs fermé de 5 pieds 6 pouces, garni à plateforme
+ avec son matelas, soubassement drapé orné de frange et 6 glands, 2
+ carreaux et 2 rondins garnis de glands; le tout en damas verd et
+ blanc, orné de crête assortie, le bois à moulures peint en blanc.
+
+ 2 bergères, 8 fauteuils, à carreaux, 1 écran à chapeau, couverts
+ dudit damas, ornés de crête assortie clouée, bois à moulures
+ peints en blanc.
+
+ 1 pente drapée formant le ceintre de la croisée, ornée de 8 glands
+ et 1 noeud.
+
+ 1 tapis de pied à moquette, dessin cordon jaune à médaillons de 9
+ lés et 2 bandes, non compris bordure sur 16 pieds.
+
+ 1 embrassement de croisée de 4 lés sans bordure sur 7 pieds 6
+ pouces de long, doublé de toile.
+
+ 1 bureau plaqué de bois satiné et amaranthe de 4 pieds 3 pouces de
+ large, 24 pouces de profondeur et 26 pouces de haut avec roulettes
+ sous les pieds, une tablette entre les pieds, ceintrée, 3 tiroirs
+ par devant, fermant à clef, dans l'un une écritoire portative
+ ornée de bronze de 9 pouces sur 5 pouces 1/2, garnie d'encrier,
+ poudrier, boite à éponge de cuivre doré, les pieds à gaine, le
+ dessus de maroquin verd avec vignette d'or au pourtour, une
+ balustrade à jour par 3 côtés, ainsi que la tablette du dessous,
+ avec cadres de panneaux et des pieds en gaine et anneaux de cuivre
+ ciselé, doré d'or moulu.
+
+ 1 feu à 4 branches et à recouvrement porté sur piédouche orné dans
+ la frise de rinceaux et épis, et sur le dessus d'entrelacs
+ surmontés d'une coque et d'oeufs unis, le grand socle avec frise à
+ épis, surmonté d'un vase uni avec anneaux et chaînes, terminé
+ d'une flamme, 15 pouces de hauteur sur 14 pouces 1/2.
+
+ 2 paires de bras à 3 branches, dont 2 à cannelures, la 3e composée
+ de branches, feuilles et fruits de laurier, le tout lié d'un ruban
+ sur le carquois auquel est réuni un arc, le tout portant 30 pouces
+ de haut sur 13 pouces de large, à carquois et flèches de bronze
+ doré, or moulu.
+
+ 1 billard en bois de chêne couleur d'acajou, 5 pieds 9 pouces sur
+ 11 pieds de long, couvert de son drap vert cloué de cloux dorés
+ sur galon d'or fin, et garni de tous ses accessoirs.
+
+ 1 housse de basanne jaune doublée de toile verte.
+
+ 1 banvole de bois de chêne, cordon de banvole en soie verte et
+ gland au milieu _idem_.
+
+_Cabinet près la pièce des bains._
+
+ Un meuble de damas cramoisi et blanc (de Lyon), dessin à cartouche
+ de fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre,
+ orné de frange, crête et glands.
+
+ 7 pièces de tapisserie produisant ensemble 12 lés sur 7 pieds de
+ haut, bordée chacune d'une crête de soie nuée.
+
+ 4 parties de rideaux de 4 lés 1/2 chacune, doublées de taffetas
+ blanc, bordée de crête sur 10 pieds de haut, avec 4 noeuds et 8
+ glands.
+
+ 1 fauteuil quarré, 4 cabriolets, 2 chaises à la Reine; ces siéges
+ sont à carreaux couverts dud. damas, cloués de cloux dorés à olive
+ avec nervure, les bois sculptés peints en blanc, avec mouchoirs de
+ taffetas blanc.
+
+ 4 rideaux de vitrage d'un lé 1/2 chaque, de mousseline rayée et
+ brodée sur 3 pieds de haut.
+
+ 2 _idem_ de porte-vitrées d'un lé, plissés haut et bas sur 4 pieds
+ de haut.
+
+ 2 autres _idem_ sur 6 pieds 1/2 de haut.
+
+ 2 cordons de sonnette et 2 glands de soie cramoisi et blanc.
+
+ 1 encoignure de marquetterie à 1 venteau plaqué en bois de
+ palixandre, panneau et arrière-corps en mosaïque ombré sur fond de
+ bois gris satiné, la frise du bas en bois gris, celle du haut en
+ bois verd, pilastres des pieds en bois gris à filets; le tout orné
+ de sabots à palmettes, rinceaux et moulures, quart de rond à
+ godrons, cadres, panneaux à rais-de-coeur, rosettes aux angles, la
+ frise du milieu à cannaux et tigettes, celles de côté à entrelacs
+ d'ornements, rosasses de soleil dans les cases, 1 médaillon au
+ milieu du panneau du centre composé de nuages, carquois et
+ tourterelles au cadre, branches de laurier et noeud en ruban, le
+ tout en bronze doré d'or au mat, avec dessus de marbre blanc veiné
+ de 19 pouces de profondeur sur 34 pouces de haut.
+
+ Bras de cheminée à 1 branche garni à cannelures et tigettes, porté
+ par une écharpe liée sur un clou de bronze doré, de 13 pouces de
+ haut.
+
+ 1 feu à 4 branches à recouvrement anglois orné dans la frise
+ d'entrelacs en balustres à jour surmonté de cornes de brandons à
+ cannelures, terminées de flammes, 10 pouces de haut et 10 pouces
+ de large, avec pelle et pincette ornées de boutons.
+
+_Boudoir._
+
+ Un meuble de damas cramoisi et blanc de Lyon, dessin à cartouche
+ de fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre,
+ orné de frange, crête et glands.
+
+ 4 pièces de tapisserie produisant ensemble 8 lés sur 7 pieds de
+ haut, bordée de crête de soie unie.
+
+ 1 lit de repos ou banquette ceintrée dans le pourtour de la
+ croisée, de 6 pieds 8 pouces du derrière et le retour de 4 pieds
+ chaque côté, 9 pouces de hauteur de siége, pieds à gaine cannelés,
+ peint en blanc, garni à plateforme, un carreau de duvet et coutil
+ avec soubassement en draperie garnie de frange avec cordon et 12
+ glands chacun et mouchoirs de taffetas blanc.
+
+ 1 pente et 2 écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut doublées en
+ taffetas blanc, ornées de frange avec cordon, 12 glands et 1
+ noeud.
+
+ 2 rideaux de 4 lés chaque, bordés de crête, doublés de taffetas
+ blanc.
+
+ 2 noeuds, cordon et 1 glands.
+
+ 3 grands fauteuils, 1 bergère, 4 chaises, à carreaux couverts
+ _idem_, cloués de cloux dorés à olives avec nervure, les bois
+ sculptés, peints en blanc et mouchoirs de taffetas blanc.
+
+ 4 cordons de sonnette et 4 glands.
+
+ 2 rideaux de vitrage de 2 lés, mousseline rayée et brodée sur 3
+ pieds de haut.
+
+ 2 bras à une branche, garni, à cannelures et tigettes, portés par
+ une écharpe liée sur un clou, de bronze doré de 30 pouces de haut.
+
+ 1 feu à 4 branches à recouvrement porté sur 4 pieds cannelés avec
+ frise en soubassement orné de palmettes et feuillage, surmonté
+ d'un rang de perles, le dessus du socle orné d'un sphinx, et
+ draperie en bronze doré, or moulu, 10 pouces de haut sur 10 pouces
+ 1/2 de large, pelle, pincette ornées de boulons dorés.
+
+PREMIÈRE FEMME DE CHAMBRE.
+
+_Chambre._
+
+ Un meuble de toile peinte, fond dessin courant de roses et
+ diverses fleurs, bordé en galon de soie verd, composé de:
+
+ 2 pièces de tapisserie, ensemble 10 lés, sur 6 pieds 4 pouces de
+ haut;
+
+ 1 lit en niche de lad. toile, composé de 3 dossiers, 1 fond sur
+ son chassis et la tringle, 1 pente de dehors, 4 pentes de dedans,
+ 2 rideaux de 3 lés chacun sur 8 pieds 10 pouces de haut, doublées
+ de toile Laval blanche, 2 chantournés doublés de toile d'Alençon
+ écrue, 1 courtepointe festonnée et 2 mains, le tout de toile Laval
+ bordé de galon de soie verd;
+
+ La couchette peinte en blanc à 2 chantournés, roulettes à galets,
+ coulisses dessous, et fond sanglé de 6 pieds de long, 3 pieds 4
+ pouces de large;
+
+ Le coucher composé d'un sommier crin et toile, 2 malelats laine et
+ futaine, 1 lit et 1 traversin de plume et coutil, un traversin de
+ toile et crin, et 2 couvertures 5 points;
+
+ 1 bergère en cabriolet à carreau, 2 fauteuils en cabriolet garni,
+ 4 chaises à la Reine _idem_, couverts de lad. toile avec crête de
+ soie nuée, bois à moulures, peints en blanc;
+
+ 1 secrétaire en armoire de bois de noyer couleur d'acajou, de 2
+ pieds 1/2 de large sur 4 pieds 1/2 de haut, avec dessus de marbre
+ blanc veiné avec garniture à anneaux dorés d'or moulu;
+
+ 1 commode de bois de noyer couleur d'acajou à 3 grands tiroirs
+ fermant à clef, garnie d'anneaux et entrées de cuivre en couleur
+ d'or de 3 pieds 1/2 sur 22 pouces de profondeur, avec dessus de
+ marbre blanc veiné;
+
+ 1 table à écrire de bois de noyer de 27 pouces de large;
+
+ 1 demi-toilette en bois de noyer et sa garniture complette, de 29
+ pouces de large, 16 pouces 1/2 de profondeur, et garniture
+ complette ordinaire;
+
+ 2 chaises de paille satinée verd et blanc;
+
+ 1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer poli, garniture en
+ cuivre.
+
+_Salon._
+
+ 2 pièces de tapisserie contenant ensemble 7 lés 1/2 de toile
+ peinte sur 7 pieds de haut, pareille à celle du meuble de la
+ chambre.
+
+ 1 canapé à jonc de 6 pieds de long, garni à la plateforme avec un
+ matelas et 2 oreillers de paille à carreaux de fonds et dossiers
+ de lad. toile.
+
+ 1 bergère en bois de tourneur, dossier à carreau et jonc, fermée,
+ fond de paille et plateforme, avec son carreau en plume de lad.
+ toile.
+
+ 2 chaises à la Reine garnies, bois à moulures, peints en blanc,
+ couvertes de lad. toile.
+
+ 1 rideau d'un lé 1/2 de toile de coton sur 3 pieds 1/2 de haut.
+
+ 1 grille de fer à 4 branches avec pelle et pincette de fer poli.
+
+ 1 lit dans une armoire sur un fond sanglé à bascule, garni de 2
+ matelas laine et toile, 1 traversin plume et coutil, 2 couvertures
+ laine blanche.
+
+_Petite pièce à côté._
+
+ 1 commode en bois de noyer à pieds tournés, 2 grands et petits
+ tiroirs, garniture à anneaux ciselés à perles, entrées de serrures
+ de bronze en couleur de 3 pieds 1/2 de large sur 20 pouces.
+
+ 1 miroir de toilette à bordure de noyer, garni d'équerres et
+ charnières de cuivre de 14 pouces sur 12 pouces.
+
+ 1 bidet à planche de bois de noyer. 2 chaises d'affaires en pot à
+ oille en bois _idem_.
+
+ 3 chaises de paille satinée verd et blanc.
+
+ 1 dite à la capucine.
+
+_Garde-robe aux atours._
+
+ 1 lit à colonnes de 4 pieds de large, 6 pieds de long et 6 pieds
+ de haut, en fleuret rayé bleu et blanc.
+
+ Les étoffes composées d'un fond, 4 petites et 3 grandes pentes, un
+ dossier, 2 rideaux de 7 lés chacun, 2 bonnes-grâces d'un lé 1/2
+ sur 6 pieds de haut, 1 chantourné, 1 courtepointe, 2 mains, 4
+ fourreaux de colonnes, 4 petites et 2 grandes pentes.
+
+ La couchette à 1 chevet, fond sanglé et roulettes à galets.
+
+ 2 matelas, dont un de futaine, 1 sommier crin et toile de Flandre,
+ 1 lit de plume en coutil, 1 traversin de _idem_, 2 couvertures de
+ laine blanche, [le tout] de quatre pieds de large.
+
+ Deux parties de rideaux d'un lé et demi chaque, sur 6 pieds 4
+ pouces de haut.
+
+ 4 fauteuils en cabriolet couvert de moquette bleue et blanche, les
+ bois vernis.
+
+ Une table à quadrille pliante, couverte de drap verd; le dessus
+ plaqué en damier en bois de merisier et filet.
+
+ 6 chaises de paille fine.
+
+_Pour domestique._
+
+ 1 lit de sangle de 3 pieds de large, 6 pieds de long, garni de 2
+ matelas laine et toile, 1 traversin de plume et coutil, 2
+ couvertures de laine.
+
+ 1 grille à 4 branches à 2 pommes, le tout de fer poli.
+
+ARGENTERIE MARQUÉE E.
+
+_Chambre._
+
+Vermeil.
+
+ M. Onc. Gros.
+
+ Un crachoir 2 5 6
+ Deux flacons et leurs bouchons 4 3 »
+ Deux boites à poudre couvertes 6 » 2
+ Une tasse couverte et sa soucoupe 6 » 5
+ Deux gobelets couverts et une soucoupe 4 5 7
+ Un pot à l'eau et sa jatte ovale 9 5 »
+ Deux boites à mouches 1 6 2
+ Un coffre aux racines 1 5 6
+ Un pot à pâtes » 5 2
+ Deux couverts composés chacun d'une cuiller,
+ fourchette et couteau, pesant 1 5 2
+ Quatre flambeaux de 7 pouces 1/2 de haut 10 4 5
+ Un petit bougeoir 1 2 6
+ Six assiettes chantournées 16 » 2
+ La garniture du miroir de toilette 9 » »
+ Deux flambeaux de poing 11 7 1
+ Une gantière 6 4 6
+ Un benitier 1 5 1
+ Deux petites cuillers à café » 2 7
+ ------------------------
+ 96 6 4
+
+Argent blanc.
+
+ 12 flambeaux modèle pareil à ceux du Roi,
+ haut de 9 pouces 2 lignes, avec bobêches 42 4 7
+
+
+V.
+
+ÉTAT DES DIAMANTS ET PERLES APPARTENANTS A MADAME ÉLISABETH.
+
+ARTICLE 1er. Une grande paire de girandoles à trois poires composée de
+cent trente-six brillants.
+
+ART. 2. Cinq boucles de corset composées de quatre-vingts brillants.
+
+ART. 3. Une montre avec des cercles en diamants et sa chaîne aussi en
+diamants; la montre et la chaîne sont composées de cent quarante-trois
+brillants.
+
+ART. 4. Une paire d'anneaux montée en chaîne, composés de vingt
+brillants.
+
+ART. 5. Douze gerbes composées de neuf cent soixante-six brillants.
+
+ART. 6. Cent soixante et un châtons de brillants montés à jour.
+
+ART. 7. Un anneau en diamants, monté à jour, composé de treize
+brillants.
+
+ART. 8. Deux bagues formant huit pans avec un gros diamant sur les
+compositions. Plus une bague à cheveux avec un entourage composé de
+seize brillants.
+
+ART. 9. Une chaîne en perles et diamants avec deux barettes; la
+première barette est composée de deux brillants: la grande barette est
+composée de cinq brillants; les glands, la clef et les porte-mousquetons
+de ladite chaîne sont garnis de petits brillants.
+
+
+ÉTAT DES PERLES.
+
+ARTICLE 1er. Une paire d'anneaux enfilée composée de quarante-deux
+perles.
+
+ART. 2. Une paire de catenats, montée en or avec dix perles sur le
+milieu du catenat et trente-six sur les côtés: les douze rangs de
+perles desdits catenats sont composés de deux cent quatre-vingt-huit
+perles.
+
+ART. 3. Cinq boucles de corsets montées en or composées de cent dix
+perles.
+
+ART. 4. Un médaillon avec un portrait entouré de vingt-quatre perles.
+
+ART. 5. Un esclavage composé de cent dix perles.
+
+Plus cinq rangs de perles composés de trois cent trois perles.
+
+Plus un petit rang composé de neuf perles médiocres.
+
+Plus un anneau monté en or avec des perles.
+
+Plus une bague à cheveux avec une perle sur le milieu du cristal.
+
+ * * * * *
+
+VI.
+
+ÉTAT DES DISTRIBUTIONS.
+
+_Étrennes._
+
+ Aux cochers et postillons de la grande écurie 48#
+ Aux grands valets de pied 24
+ Aux petits valets de pied 24
+ Aux cochers de la petite écurie 24
+ Aux postillons de la petite écurie 12
+ Aux palfreniers de la petite écurie 12
+ Aux porteurs du Roi 24
+ Aux valets de pied de la Reine 24
+ Aux cochers et postillons de la Reine 24
+ Aux porteurs de la Reine 12
+
+_Écurie de Monsieur._
+
+ Aux valets de pied 24
+ Aux cochers et postillons 24
+ Aux porteurs 12
+
+_Écurie de Madame._
+
+ Aux valets de pied 24
+ Aux cochers et postillons 24
+ Aux porteurs 12
+
+_Écurie de Mgr comte d'Artois._
+
+ Aux valets de pied 24
+ Aux cochers et postillons 24
+ Aux porteurs 12
+
+_Écurie de Madame comtesse d'Artois._
+
+ Aux valets de pied 24
+ Aux cochers et postillons 24
+ Aux porteurs 12
+
+_Garde-meuble._
+
+ Aux garçons du garde-meuble 48
+ Aux garçons de boutique 18
+ Au suisse du garde-meuble 12
+ Au suisse du côté du Roi 24
+ Au suisse du côté de Madame 24
+ Au suisse de la patrouille 12
+ Au suisse de la chapelle 12
+ Au suisse des cariolles 12
+ Au suisse des bosquets 12
+
+_A plusieurs garçons._
+
+ A l'allumeur 6
+ Au balayeur des cours 6
+ Au garçon des glacières 12
+ Au porteur de bois 12
+ Au fontainier 18
+ Aux deux frotteurs de l'appartement de Madame 24
+ Pour les balais 24
+ Au jardinier de l'Orangerie 9
+ Au facteur 12
+ Aux garçons apothicaires 48
+
+_Aux gardes françoises, suisses et autres._
+
+ A la musique et tambours des gardes françoises 48
+ Aux mêmes des gardes suisses 48
+ Au tambour du guet de Paris 12
+ Au tambour de la ville de Paris 12
+ Au tambour des Invalides 12
+
+_Aux Couvents._
+
+ Aux Capucins de Meudon 12
+ A la Charité de Paris 12
+
+_Gobelet._
+
+ Aux garçons du gobelet 60
+ A l'homme chargé de l'eau de Ville d'Avrai et la glace 12
+
+_Bouche._
+
+ Aux garçons de la bouche 60
+ Aux garçons de vaisselle 24
+ Aux laveurs de vaisselle 12
+ Au linger 24
+ Aux garçons servants 72
+ A Maurice 24
+ Au commissionnaire de la chambre 24
+ A Mme Birebome 24
+ A la jardinière de Sceaux 6
+ Au porte-table 24
+ Aux ramoneurs 12
+ Au courrier de la petite écurie 12
+ A Gedon 6
+ Aux frotteurs du Roi 12
+ A la porteuse d'eau 12
+ Aux ouvriers des latrines 6
+ Aux poissardes de Paris 24
+ Aux poissardes de Versailles 24
+ Aux garçons allumeurs de l'appartement 24
+ Aux commis des bâtiments, pour les réverbères 12
+ Aux gondoliers 72
+ Au domestique de M. Bourdet 12
+ Pour la bûche de Noël 48
+ A l'homme qui monte le charbon chez Madame 12
+ Au boulanger de la Reine 24
+ Au frère carme qui apporte une boëte d'eau 24
+ Pour le Journal de Paris 33
+ A celui qui l'apporte 3
+ Au fontainier qui fournit l'eau des réservoirs des
+ bornes 12
+ Au laveur des marbres pour toute l'année 12
+ A l'homme qui apporte la Gazette 6
+ Au garçon de Mlle Moulliard 6
+ -------
+ Total des étrennes 1743
+
+_Étrennes de la Petite Maison._
+
+ A M. Sulot 240
+ A Mme Fleury 192
+ A Mme Ducoudret 144
+ A sa domestique 24
+ Au frotteur 72
+ Au suisse 72
+ A Coupery, premier garçon jardinier 96
+ Au deuxième garçon 72
+ A la fille de basse-cour 48
+ Au fontainier 12
+ A la soeur de Coupery 48
+ -------
+ Total 1020
+
+ _A la fête des jardiniers, à Coupery_ 72#
+ Au second garçon 48
+ Aux ouvriers 108
+ -------
+ 228
+
+_Pâques._
+
+ Pour la palme 24
+ A Notre-Dame pour la permission de faire gras 120
+ Pour les pâques, à chaque paroisse 120# 240
+ Aux pauvres de Noyon 24
+ Aux 13 couvents de Ste-Claire, à chacun 6# 78
+ Pour la Terre sainte 6
+ Pour la confrairie de Courbevoie 6
+ A l'Ave-Maria d'Alençon 6
+ A l'Ave-Maria de Pont-à-Mousson 6
+ A l'écaillier, à la mi-carême 24
+ -------
+ 534
+
+_Pain béni._
+
+ Pain béni du Roi 12
+ Pain béni de la Reine 12
+ Pain béni de Monsieur 12
+ Pain béni de Madame 12
+ Pain béni de Mgr comte d'Artois 12
+ Pain béni de Mme comtesse d'Artois 12
+ Pain béni de Madame Élisabeth 12
+ Pain béni de Madame Adélaïde 12
+ Pain béni de Madame Victoire 12
+ Pain béni de Monsieur le duc d'Orléans 12
+ Pain béni de Monsieur le duc de Penthièvre 12
+ -------
+ 132
+
+_Mois de février._
+
+ Pour le cierge de la Passion 24
+ Pour celui du Saint-Sépulcre 24
+ Pour celui de Notre-Dame de Bonne délivrance 24
+ -------
+ 72
+
+_Mois de mai._
+
+ Pour les oranges 24
+ Tambours et musique des gardes françoises 48
+ Tambours et musique des gardes suisses 48
+ Tambours du guet de Paris 12
+ Tambours de la ville de Paris 12
+ Tambours des Invalides 12
+ Pour le beurre de mai 18
+ Pour le changement de meuble d'été 24
+ Pour le menuisier 12
+ Pour le serrurier 12
+ Pour le vitrier 12
+ Pour la brioche des tailleurs de pierre 12
+ -------
+ 246
+
+_Mois de juin._
+
+ Pour les pains de fleurs d'orange 24
+ Pour l'eau de fleurs d'orange 24
+ -------
+ 48
+
+_Mois de juillet._
+
+ Pour les brioches au porteur du Roi 24
+ Au porteur de la Reine 12
+ Au porteur de Monsieur 12
+ Au porteur de Madame 12
+ Au porteur de Mgr comte d'Artois 12
+ Au porteur de Mme comtesse d'Artois 12
+ Pour la brioche de la confrairie de St-Christophe 12
+ -------
+ 96
+
+_Mois d'août._
+
+ Pour le pain béni de St-Roch 12
+ Aux Filles de l'Ave-Maria, Capucines de Paris 24
+ Tambours et musique des gardes suisses 48
+ Tambour du guet 12
+ Tambour de la ville de Paris 12
+ Tambour des Invalides 12
+ Aux poissardes de Paris 24
+ Pour le pain béni de la confrairie de St-Roch 12
+ Pour le pain béni de la confrairie de St-Louis 6
+ -------
+ 210
+
+_Mois d'octobre._
+
+ Aux Frères des Bons-Hommes, pour du muscat 6
+ Pour le raisin d'Alexandrie 12
+ Pour le raisin de M. de Talaru 24
+ -------
+ 42
+
+_Mois de novembre._
+
+ Au suisse du garde-meuble pour le changement d'hyver 24
+ Aux Hermites de Sénart 120
+ Au menuisier 12
+ Au serrurier 12
+ Au vitrier 12
+ Aux porteurs de Madame, pour les chaussons 24
+ Pour la confrairie de l'Immaculée Conception, au mois
+ de décembre 24
+ Pour la brioche de Ste-Geneviève 12
+ Pour le pain béni de St-Antoine, au mois de janvier 6
+ -------
+ 246
+
+_Voyage de Marli._
+
+ Au porteur du Roi 24
+ Aux valets de pied 24
+ Aux filles de garde-robe 18
+ Aux premier et second frotteur 24
+ A M. le curé, pour les pauvres 120
+ Au facteur 6
+ Aux porteurs bleùs 12
+ Aux suisses de patrouille 6
+ Aux balayeurs, frotteurs et allumeurs 36
+ Aux Soeurs-Grises 96
+ Au balayeur de la chapelle St-Louis 6
+ Aux gardes-bosquets 12
+
+_Garde-meuble._
+
+ Au concierge 48
+ Au garçon de boutique 9
+ A celui qui entre et ôte les lits 9
+ Au garçon du garde-meuble 48
+ Au Cordelier qui dit la messe 24
+ Au matelassier 6
+ Au garçon de fourière 6
+ Au jardinier 9
+ Au fontainier 12
+ Au petit clerc qui porte l'eau bénite 3
+ Aux suisses qui passent la nuit au salon 12
+ Autre suisse du salon 12
+ Au suisse de la chapelle 12
+ Au suisse de la chapelle du commun 12
+ Au suisse de la paroisse 6
+
+_Gobelet._
+
+ Aux aides du gobelet. 24
+ Au maître d'hôtel qui sert les femmes. 24
+ Au maître d'hôtel des hommes. 12
+ Au garçon de vaisselle. 12
+ Au laveur. 6
+ A la lingerie. 12
+ Au garçon linger. 6
+ A Buffigney, porte-table. 6
+ Au porte-table de Madame. 3
+ ------
+ Total du voyage de Marli 717
+
+_Voyage de Compiègne._
+
+ A M. Bonneval pour les gardes-chasse. 120
+ A la concierge du grand château. 120
+ Aux deux inspecteurs des bâtimens. 120
+ Aux deux suisses du château. 24
+
+_Garde-Meuble._
+
+ Aux garçons du garde-meuble. 72
+ Au suisse du garde-meuble porteur. 24
+ Au garçon de boutique. 12
+ Au commis du garde-meuble mis par M. de Pommery. 48
+
+_A l'Église._
+
+ Au curé de St-Jacques. 48
+ Au curé de St-Antoine. 48
+ Aux Soeurs de la Charité de St-Jacques. 24
+ Aux Soeurs de la Charité de St-Antoine. 24
+ A l'Hôpital général. 24
+ A la tourière des Carmélites. 9
+ A la tourière de St-Marie. 9
+ A la tourière de l'Hôtel-Dieu. 9
+ Aux Jacobins. 9
+ Aux Cordeliers. 9
+ Aux Capucins. 24
+ Aux prisonniers. 24
+ Au suisse de St-Jacques. 12
+ Au bedeau de St-Jacques. 12
+ Aux Frères des écolles. 12
+ Aux Minimes. 9
+ Au suisse de St-Corneille. 9
+ Aux Carmélites. 240
+ Pour la quête des fêtes et grandes messes. 288
+ Pour les quêtes de St-Jacques. 120
+
+_A plusieurs garçons._
+
+ A l'inspecteur pour distribuer aux ouvriers,
+ chacun 6 fr. 60
+ A l'allumeur. 6
+ Au balayeur. 6
+ A celui qui nettoye les privés. 6
+ A l'homme des glacières. 6
+ Au valet de ville. 12
+ Au jardinier. 6
+ Aux tambours de ville. 6
+ Au portier de la terrasse. 6
+ Au frotteur du château. 12
+ Au pompier. 6
+ Au poseur de sonnettes. 6
+ Au facteur. 6
+ Au garçon de fourière. 6
+ Aux deux garçons qui apportent le bois. 6
+
+_Écurie._
+
+ Aux porteurs de Madame. 24
+ Aux valets de pied. 48
+ Aux courriers. 48
+
+_Gobelet._
+
+ Aux aides du gobelet. 24
+ Au garçon de vaisselle. 12
+ Au laveur de vaisselle. 12
+ Au garçon qui apporte la glace. 12
+ Au linger. 6
+
+_Bouche._
+
+ Aux aides de la bouche. 24
+ Aux garçons servants. 24
+ Pour le boudin de sanglier. 18
+
+_Pain béni._
+
+ Celui du Roi. 12
+ Celui de la Reine. 12
+ Celui de Monsieur. 12
+ Celui de Madame. 12
+ Celui de Mgr comte d'Artois. 12
+ Celui de Madame comtesse d'Artois 12
+ Celui de Madame Élisabeth 12
+ Celui de Madame Adélaïde 12
+ Celui de Madame Victoire 12
+ Gratification aux valets de garde-robe 120
+ -------
+ Total du voyage de Compiègne 3720
+
+_Voyage de Fontainebleau._
+
+ Au concierge du grand château, cour royale 120
+ Au concierge de la cour du Cheval blanc 36
+ Au concierge de la cour des cuisines 36
+ A l'inspecteur des bâtimens 96
+ Au suisse du château 18
+ Aux gardes-chasses 96
+ A l'inspecteur des bâtimens, pour distribuer aux
+ ouvriers 60
+ Au balayeur 6
+ Au fontainier et plombier 6
+ Aux frotteurs de Madame Élisabeth 24
+ Au garçon de fourière 6
+ Au porteur d'eau 6
+ A celui qui nettoye les privés 6
+ A l'allumeur 6
+ A celui qui apporte le sucre d'orge de Moret 12
+ Au frotteur de Fontainebleau 12
+ Pour le boudin de sanglier 18
+ Au facteur 6
+ Au jardinier de l'orangerie 12
+ Au jardinier du potager 12
+ Aux paysans de la Fontaine-Madon 48
+ Au ramoneur 6
+ Aux journailliers qui passent les nuits de veille 12
+
+_Garde-meuble._
+
+ Aux garçons du garde-meuble 72
+ Aux garçons de boutique 24
+ Aux portefaix du garde-meuble 24
+ Aux commis du garde-meuble 48
+
+_A l'Église._
+
+ Aux Carmes des Basses-Loges 48
+ Aux Filles bleues 96
+ Au curé de la paroisse 48
+ A la Charité d'Avons 24
+ Aux Soeurs de la Charité 24
+ Aux Soeurs des écoles 24
+ Aux Capucins de Melun 6
+ Aux Recolets de Melun 6
+ Au bedeau et au suisse qui apportent le fruit de la
+ ville 24
+ Au clerc de la chapelle de la cour ovale 6
+ Au bedeau de la chapelle 12
+
+_Gobelet._
+
+ Aux aides du gobelet 24
+ Au garçon de vaisselle 12
+ Au laveur de vaisselle 6
+ Au garçon linger 6
+ A celui qui apporte la glace 6
+
+_Bouche._
+
+ Aux aides de la bouche 24
+ Aux garçons servants 24
+
+_Écurie._
+
+ Aux porteurs 24
+ Aux valets de pied 48
+ Au courrier 48
+ Aux cochers du Roi 96
+
+_Pain béni._
+
+ Pain béni du Roi 12
+ Pain béni de la Reine 12
+ Pain béni de Monsieur 12
+ Pain béni de Madame 12
+ Pain béni de Mgr comte d'Artois 12
+ Pain béni de Madame comtesse d'Artois 12
+ Pain béni de Madame Élisabeth 12
+ Pain béni de Madame Adélaïde 12
+ Pain béni de Madame Victoire 12
+ Gratification aux valets de garde-robe 120
+ -------
+ Tot. du voy. de Fontainebleau 1692
+
+_Voyage de Trianon._
+
+ Au garde-bosquets. 12
+ A l'homme qui nettoye les flambeaux. 6
+ Pour le gobelet à Mrs Grandeau et Bernard. 7
+ ------
+ Total du voyage de Trianon. 384
+
+_Voyage de Saint-Cloud._
+
+ Aux garçons du château. 96
+ A la lingerie. 24
+ Aux filles de garde-robe. 12
+ Aux frotteurs. 24
+ Aux porteurs de lits. 24
+ Au maître d'hôtel des femmes. 24
+ Au maître d'hôtel des hommes. 12
+ Aux hommes qui portent l'eau. 24
+ Aux deux facteurs. 24
+ Aux trois suisses des appartements. 72
+ A Julie. 24
+ A celui qui nettoye les flambeaux. 12
+ Aux aides du gobelet. 72
+ -----
+ Tot. du voyage de Saint-Cloud. 444
+
+ * * * * *
+
+VII.
+
+ÉTAT DES PENSIONS QUE FAIT MADAME et dont madame Desguichard est
+chargée.
+
+ A l'homme qui a soin de Panurge. 288#
+ A Mrs les curés pour aumônes. 1728
+ A M. Boyli. 600
+ A M. Gayette. 600
+ A Mlle Le Gagneur. 400
+ A la protégée de Mme de Tilly. 200
+ A Mme Malivoire. 600
+ A M. Malivoire le fils. 500
+ A Mlle Benard. 600
+ A Mme de Cagny. 600
+ A Mme de l'Eau. 600
+ A Mme de Mongiraud. 1200
+ A Mlle de Loyens, à payer à M. de Gassouville. 300
+ A M. Pernot bon. 200
+ A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré. 400
+ A Mlle Dorival, pour Mlle de Berne, l'aînée. 300
+ A Mlle de Berne, la cadette. 150
+ A la protégée de Mme d'Aumale. 300
+ A Mlle Welfeld. 300
+ A M. Coquelin. 300
+ A M. Noël Offroy, ancien porteur. 144
+ A M. Klein de Vilquoy. 144
+ A la veuve Grandin. 72
+ Aux Filles violettes. 72
+ A Marianne Pinois. 72
+ A Pierre. 200
+ A Joseph Pauleur à Bicêtre, à payer à M. Duval. 150
+ A La Plasse, maçon. 72
+ A la soeur de Coupery. 600
+ Au courrier. 288
+ A la porteuse d'eau. 144
+ A la femme Mercier. 144
+ A Mme de Melardin, pour l'entretien de sa fille. 144
+ A Mlle Le Gagneur, pour l'apprentissage d'un enfant. 72
+ A la veuve Bosserelle. 72
+ Au petit Louis. 36
+ A la nourrice de Mlle Malivoire. 36
+ A Mme Maréchal de Vassant. 200
+ A M. l'abbé Le Sure. 150
+ A Mlle Pierre. 72
+ Pour les enfants Millard. 144
+ A la soeur Françoise, pour la veuve Dubois. 144
+ A la veuve Marquis. 72
+ A la femme Le Rête. 72
+ A la veuve Boissant. 72
+ A la femme Chinevrier. 72
+ Au petit garçon qui est à Paris. 120
+ Au petit garçon de la femme Robinet. 36
+ Au vacher suisse. 1095
+ A M. de Boisgelin pour une place fondée. 300
+ A Mlle de Pelleport, à payer en avril. 300
+ A M. de Jussan, à payer à M. de Béon. 48
+ A Mlle Dorival, pour des pauvres. 72
+ A la boulangerie de pain de seigle. 144
+ -----
+ Total des pensions par année
+ que paye Mme Desguichard. 15741
+
+ Le douzième. 1311# 15s.
+_Pensions par quartier._
+
+ A M. Bolly. 150
+ A Mlle Dorival, pour des pauvres. 18
+ A M. Gayette. 150
+ A Mme Malivoire. 150
+ A M. Malivoire fils. 125
+ A Mlle Bénard. 140
+ A Mme de Lau. 150
+ A Mme de Mongiraud. 300
+ A Mme de Cagny. 150
+ A M. de Gassonville, pour Mlle de Loyens. 75
+ A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré. 100
+ A Mme d'Aumale, pour sa protégée. 75
+ A Mme de Tilly, pour une demoiselle de condition. 50
+ A Mlle Le Gagneur. 100
+ A Mlle Dorival pour Mlles de Berne. 112# 10s
+ A M. Pernot bon. 50
+ A Mme Wilfeld. 75
+ A M. Coquelin. 75
+ A Pierre. 50
+ A M. Klein de Vilquoi. 36
+ A Noël Offroy. 36
+ A M. Duval, pour Joseph Pauleur. 37 10
+ A Marianne Pinois. 18
+ Aux Filles violettes. 18
+ A la veuve Grandin. 18
+ A La Plasse, maçon. 18
+ A Mme Maréchal de Vassant. 50
+ A M. l'abbé Le Sure. 37 10
+ ----------
+ 2374
+
+ Le tiers est de 791# 6s. 8d.
+
+_Pensions à payer par mois._
+
+ A Messieurs les curés 144
+ Au courrier 24
+ A la porteuse d'eau 12
+ A la femme Mercier 12
+ A la soeur de Coupery 50
+ A la veuve Bosserel 6
+ Au petit Louis 3
+ A la nourrice de Mlle Malivoire 3
+ A Mme de Milardin pour l'entretien de sa fille 12
+ A Mlle Le Gagneur, pour l'apprentissage d'un enfant 6
+ A la boulangère de pain de seigle, même époque pour
+ l'année 12
+ A la soeur Françoise, pour la veuve Dubois 12
+ A Mme Royer, pour les enfants de Millard 12
+ A Mlle Dauge, pour Mlle Pierre 6
+ Au vacher suisse 91 5
+ A la femme Le Rête 6
+ A la veuve Boissant 6
+ A la veuve Marquis 6
+ A la femme Chenevrier 6
+ A Foucaut pour le mois du chien 24
+ A l'enfant de la femme Robinet 3
+ Au petit garçon qui est à Paris 10
+ ------
+ 466# 5s.
+
+_Pensions à payer par madame de Cimeri._
+
+ A Mme Sulpice 1200
+ A Marie Micot 200
+ A Mlle Duprat 200
+ A Mme Desforges 200
+ A M. Blaremberg 600
+ A Mlle Malivoire 600
+ A Mlle Testar 400
+ A Mme de Cailus 400
+ A Mme L'Échevin 400
+ A Marianne 72
+ A Vendoulet 192
+ Aux porteurs des femmes 360
+ A Marie 100
+ A Mme Quotrot 250
+ A la petite Pêchés 150
+ A Camille 150
+ A M. de Rousse 864
+
+Payé en janvier.
+
+ A M. du Mignau 150
+ A M. Pascal 70
+ Au garçon du gobelet 12
+ Au suisse de la chapelle 48
+ A M. Pascal en feuvrier 120
+ -------
+ Total des pensions payées
+ Mme de Cimery 7038
+ Le douzième 586# 10s
+ L'abbé Osselin 400
+
+_Pensions à payer par quartier._
+
+ A Mme Sulpice 300
+ A Marie Micot 50
+ A Mlle Duprat 50
+ A Mme Desforges 50
+ A Mme Blaremberg 150
+ A Mlle Malivoire 150
+ A Mme Testar 100
+ A Mme de Cailus 100
+ A Mme L'Échevin 100
+ A Marianne 18
+ A Vandoulet 48
+ Aux porteurs des femmes 90
+ A Marie 25
+ A Mme Quotrot 62 10s
+ A la petite Pechés 112 10
+ A Camille 37 10
+ A M Déroune 216
+ --------
+ 1659 10
+ Le tiers est de 553# 3s 4d
+
+_Récapitulation._
+
+ Étrennes 1743#
+ Étrennes de la petite maison de Madame 1020
+ Pour la fête des jardiniers 228
+ Pour les pâques 534
+ Pour les pains bénis 132
+ Pour le mois de février 72
+ Pour le mois de mai 246
+ Pour le mois de juin 48
+ Pour le mois de juillet 96
+ Pour le mois d'août 210
+ Pour le mois d'octobre 42
+ Pour le mois de novembre 246
+ Pour le voyage de Marli 717
+ Pour le voyage de Compiègne 3720
+ Pour le voyage de Fontainebleau 1692
+ Pour le voyage de Trianon 384
+ Pour le voyage de Saint-Cloud 444
+ Pensions par année payées par madame Desguichards 15741
+ Pensions payées par madame de Cimery 7038
+ ---------
+ Somme totale 34359#
+
+ * * * * *
+
+VIII.
+
+_État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux
+dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth,
+depuis le 15 mai 1789 jusques et compris le 14 mai 1790._
+
+ A la dame marquise de Sorans 4
+ A la dame marquise de Causans 4
+ A la dame comtesse de Canillac 4
+ A la dame comtesse de Bombelles 4
+ A la dame vicomtesse d'Imecourt 4
+ A la dame comtesse de Clermont-Tonnerre 4
+ A la dame marquise des Essarts 4
+ A la dame Louise de Causans, marquise de Raigecourt 4
+ A la dame marquise de Lastic 4
+ A la dame vicomtesse de Blangy 4
+ A la dame Anne Bella Henriette de Drumont de Melfort,
+ comtesse de Marguerie 4
+ A la dame comtesse de la Bourdonnaye 4
+ A la dame marquise de Fournaise 4
+ La dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire
+ sans appointements Mémoire.
+ La dame marquise des Montiers, id. Mémoire.
+ La dame comtesse de Deux-Ponts, id. Mémoire.
+ La dame marquise de La Rochefontenille, id. Mémoire.
+ ----------
+ Somme totale, cinquante-deux mille livres, cy. 52,000#
+
+Administrateur de mon Trésor royal, chargé du département de la
+caisse générale, Me Joseph Durney, payés comptant au sieur Savalete
+de Langes, l'un des administrateurs de mon Trésor royal chargé du
+payement des pensions et autres dépenses énoncées dans mon édit du
+mois de mars 1788, la somme de cinquante-deux mille livres pour les
+appointements des dames dénommées au présent état, depuis le 15 mai
+1789, jusques et compris le 14 mai de la présente année. Fait à Paris,
+le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.
+
+ LOUIS.
+ Comptant au Trésor royal.
+ _Bon:_ LOUIS.
+ DE SAINT-PRIEST.
+
+ * * * * *
+
+IX.
+
+DÉTAIL DES DÉPENSES EXTRAORDINAIRES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH.
+
+ En 1788 elle a coûté 70,585# 17s
+ En 1789 48,592 10
+ En 1790 29,725 12
+ En 1791 17,548 »
+ -------------
+ Total 166,451# 19s
+
+ * * * * *
+
+_Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
+chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788._
+
+ A Jubin, tapissier 6,000#
+ A Lenormand, étoffes 3,801
+ A de la Roue, toilette 7,562
+ A Vanot, lingère 3,340 10s
+ A Daguerre, ébéniste 15,583
+ Manufacture de Sève 3,855
+ Moutard, libraire 1,093
+ Grégoire, libraire 1,854
+ Blaizot, libraire 187
+ Le Duc, musique 132
+ Chenu, relieur 427
+ Joly, sculpteur, bordures de portraits 1,551
+ --------------
+ 45,385# 10s
+
+ Desjardins, horloger 152
+ Baince, lait d'ânesse 1,200
+ Bourdet, dentiste 162
+ Massé, orphèvre 81
+ Beaulieu, soyes à broder 500
+ Cabat d'or, soyes à broder 677
+ Guyard, peintre 576
+ Robert, peintre 1,000
+ Bro, racomodeuse de dentelles 671
+ Habillements de deux garçons 920 4
+ Voitures de la cour 1,419
+ Letellier, papier 100 3
+ Traitements et gratifications 17,682
+ ------------
+ 70,585# 17s
+
+ * * * * *
+
+_Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
+chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1789._
+
+ Bertin, modes, pour ancien mémoire 7,761#
+ Le Normand, étoffes 200
+ Jubin, tapissier 2,979
+ Du Buquoy, tapisseries 7,788
+ Crampe, tapisseries 1,945 10s
+ Cabat d'or, soyes à broder 973 6
+ Bro, racomodeuse de dentelles 1,126
+ De la Roue, parasols 168
+ D'aguerre, ébéniste 1,968
+ Joly, bordures de portraits 396
+ Guyard, peintre 388
+ Grégoire, libraire 887
+ Moutard, libraire 942 18
+ Chenu, relieur 447
+ Bourdet, dentiste 162
+ Dujardins, horloger 158
+ Ducis, fayancier 121
+ Habillement des garçons 531
+ Voitures de la cour 2,102 16
+ Traitements et gratifications 17,548
+ ------------
+ 48,592# 10s
+
+ * * * * *
+
+_Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
+chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1790._
+
+ Bertin, intérêts, et reste d'un mémoire 3,125#
+ Le Normand, étoffes 804 15s
+ Jubin, tapissier 1,232 16
+ Cabat d'or, soyes à broder 112 10
+ De la Roue, ébéniste 263
+ Letellier, papetier 411 9
+ Bataille, parfumeur 464 12
+ Moutard, libraire 96
+ Dujardins, horloger 176
+ Chenu, relieur 226
+ Joly, sculpteur, bordures 300
+ Habillement des garçons 531
+ Voitures de la cour 3,983
+ Bourdel, dentiste 162
+ Dépenses du secrétaire de la chambre 289 10
+ Traitements et gratifications 17,548
+ ------------
+ 29,725# 12s
+
+ * * * * *
+
+_État et détail des traitements affectés sur les dépenses annuelles
+extraordinaires de la chambre de Madame Élisabeth._
+
+ Grandin, commissionnaire 900#
+ Birbonne, porte-chaise 600
+ Dauge, baigneuse 1,200
+ Rosni, garde-dentelles 800
+ Léonard, coëffeur 600
+ Quatre garçons de la chambre à 600# 2,400
+ Sorel, surnuméraire 750
+ Quatre valets de chambre à chacun 600# 2,400
+ Merieux, surnuméraire 600
+ Massot, gardien 1,500
+ Deux portéffets à 900# 1,800
+ Deux frotteurs à 700# 1,400
+ Deux feutiers à 300# 600
+ Un suisse 48
+ Desjardins, horloger 150
+ Imbert, secrétaire de la chambre pour tout 1,800
+ ----------
+ 17,548#
+
+ * * * * *
+
+X.
+
+DÉMÉNAGEMENT DES MEUBLES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH,
+
+qui ont été transportés au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame, nº 9,
+par Jubin, valet de chambre, tapissier.
+
+Sçavoir:
+
+_Première antichambre._
+
+ Un charriot à bois.
+
+ Deux paniers.
+
+_Antichambre des valets de chambre._
+
+ Une grande table des valets de pied.
+
+ Une grande table ronde à manger, faite en bois d'acajou.
+
+ Douze chaises de table, garnies en velours, dont quatre sont à
+ carreau.
+
+ Une bouillotte de verre, garnie en argent, pour faire de
+ l'herbe-aux-charpentiers.
+
+_Chapelle._
+
+La chapelle est composée d'un autel et de deux coffres, dont je n'ai
+pas les clefs.
+
+ Le coffre de l'argenterie de la chambre, dont je n'ai point la
+ clef.
+
+ Un grand panier rempli des pots de chambre de garde-robe.
+
+ Le Couronnement de Louis XVI, en gravure, pris de la chambre des
+ garçons de la chambre.
+
+ Un marchepied d'antichambre.
+
+_Cabinet des nobles._
+
+ Quatre servantes en bois d'acajou, où il manque un sceau argenté.
+
+ Une table ronde du déjeuner de Madame, ayant un dessus de marbre
+ blanc, et couverte en drap.
+
+ Deux voyageuses en bois doré, couvertes de velours vert.
+
+ Une table de tric-trac avec sa garniture en bois de rose.
+
+ Deux chaises carrées pour les femmes, couvertes en velours
+ d'Utrecht cramoisi.
+
+ Deux tables à jouer couvertes en velours, une de piquet, une de
+ quinze.
+
+ Une boîte à livres de la voiture de Madame.
+
+ Deux boîtes à échecs, une d'ivoire et l'autre en bois.
+
+ Le damier de Madame.
+
+ Un jeu d'oie en bois de rose.
+
+ Une boîte en façon de nacre qui en renferme plusieurs petites.
+
+ Un petit coffre en basane rouge.
+
+ Le jeu de loto.
+
+ Un dévidoir des valets de pied.
+
+_Chambre à coucher._
+
+ Le coffre de toilette et son pied, dont je n'ai point la clef.
+
+ La table de toilette.
+
+ Deux vases de dessus la cheminée, tous deux de porcelaine, où sont
+ peints des petits oiseaux, un des deux ayant le bouton de son
+ couvercle cassé.
+
+ Le groupe de Madame, fille du Roi, assise sur un dauphin, sa
+ colonne de stuc, le groupe de plâtre; la figure a le pouce du pied
+ cassé et un doigt de la main gauche.
+
+ Huit écrans en bois d'acajou, un brodé.
+
+ Une boîte, remplie de huit livres, à madame de Clermont.
+
+ Un livre de musique, intitulé _Sargine_.
+
+ Le grand carton à soie, rempli de plusieurs effets, tels que un
+ sac de damas, orné tout autour d'un galon et de deux glands en or,
+ et d'autres menus effets.
+
+ Une petite écritoire noire.
+
+ Trois petits cartons à filets.
+
+ Une grande boîte à poudre en bois d'acajou, avec sa houppe.
+
+ Un petit fouet vert, avec une poignée en or et trois viroles.
+
+ Une grande corbeille du coucher, garnie de taffetas vert et d'une
+ dentelle d'or.
+
+ Deux petites corbeilles.
+
+ Une grosse pelote en satin blanc brodé, qui sert à renfermer les
+ linges de toilette.
+
+ Un petit groupe représentant Madame et Monseigneur le Dauphin,
+ avec son pied de porcelaine.
+
+ Un grand sceau à laver les pieds.
+
+ Un moulin à battre le beurre.
+
+ Deux petits cadres, représentant Monsieur le Dauphin défunt et
+ Madame la Dauphine.
+
+_Garde-robe._
+
+ Un bidet en velours vert avec sa garniture.
+
+ Un bidet sans garniture.
+
+ Un corps de tablettes pour les pots-de-chambre, avant un dessus de
+ marbre et une galerie en cuivre.
+
+ Une table de nuit à dessus de marbre blanc.
+
+_Lieux à l'anglaise._
+
+ Un petit corps de tablettes à dessus de marbre.
+
+ Une garniture de cuivre en forme de galerie.
+
+ Un sceau de faïence à laver les pieds.
+
+ Une lunette en maroquin noir.
+
+ Un marabout de fer-blanc.
+
+ Deux pots-pourris de porcelaine.
+
+ Dix bourdalous en porcelaine.
+
+ Sept bourdalous en faïence.
+
+_Cabinet intérieur._
+
+ Une table en bois de rose garnie de velours, dont je n'ai pas la
+ clef.
+
+ Deux petites chiffonnières rondes à dessus de marbre.
+
+ Une grande pendule avec ses garnitures.
+
+ Le Portrait de Madame de Piémont, en petit.
+
+ Louis XV, en gravure.
+
+ Madame de Piémont, peinte sur un cadre oval.
+
+ Un tableau représentant Jacques Ier, roi de la Grande-Bretagne.
+
+ Un petit chien, dans un cadre oval.
+
+ Le jardin de Trianon, en peinture.
+
+ Une petite table de toilette de lit.
+
+ Une petite table en bois de rose et dessus de marbre.
+
+ Une petite bibliothèque à panneaux grillés, à dessus de marbre
+ commun.
+
+ Un devidoir.
+
+ Un petit coffre de noyer, où il manque un tiroir.
+
+ Un petit coffre de bois d'acajou, garni de cuivre, dont je n'ai
+ pas la clef.
+
+ Deux boîtes renfermant quatre cylindres de la pendule: trois dans
+ une, et une dans l'autre.
+
+ Un verre de microscope monté en cuivre.
+
+ Quatre écrans de cheminée à main.
+
+ Une petite boîte en nacre à parfiler.
+
+ Une autre petite boîte, en forme d'éventail, sans clef.
+
+ Un petit marteau avec une hache.
+
+ Deux petits dévidoirs.
+
+ Quatre cannes et le petit bâton pour peindre.
+
+_Bibliothèque._
+
+ Une écritoire sans fin, composée de plusieurs choses, telles que:
+ un grattoir, un poinçon, un manche de canif d'ivoire, une petite
+ règle d'ébène, un moyen compas et une grande paire de ciseaux.
+
+ Un bureau en bois de rose, de cinq pieds de long, couvert en
+ maroquin vert et orné d'une petite galerie.
+
+ Une petite écritoire dorée, en bois de rose.
+
+ Deux petits globes terrestres; il y en a un qui a quelque chose de
+ cassé.
+
+ Deux petits vases de porcelaine, ornés de bouquets de fleurs en
+ biscuit, et leurs bocaux de verre.
+
+ Deux bras de cheminée en flèche.
+
+ Un feu à vase, pelle et tenaille.
+
+ Deux petits tableaux en bordure de sapin.
+
+ Un moyen tableau représentant la ville et le port de Syra.
+
+ Un marchepied en bois d'acajou.
+
+ La lunette des lieux à l'anglaise.
+
+ Quatre métiers de tapisserie, deux de bois d'acajou et deux de
+ noyer.
+
+CABINET AUX ENTRESOLS.
+
+_Garde-robe._
+
+ Un petit corps de tablettes à pots de chambre.
+
+ Un pot-pourri en porcelaine.
+
+ Un gros globe.
+
+ Une table en bois de hêtre, garnie de dorure.
+
+ Deux petits globes pleins.
+
+ Deux petits vases blancs à tête de bélier, montés en girandole.
+
+ Un feu en galerie, pelle, tenaille et pincette.
+
+ Un tableau représentant saint Labre.
+
+_Cabinet à côté des bains._
+
+ Un feu en galerie, tenaille, pelle et pincette.
+
+ Deux girandoles portées par deux femmes dorées, sur une colonne de
+ marbre blanc.
+
+ Deux tables de mathématique en bois d'acajou, une sans clef, avec
+ deux bougeoirs doubles dorés, et deux petits pupitres.
+
+ Un pupitre à jour en bois de noyer.
+
+ Un violon.
+
+ Deux bras de cheminée ayant chacun une bobèche.
+
+ Le meuble de bains complet.
+
+_Chambre des femmes._
+
+ Une table en bois d'acajou couverte en drap.
+
+ÉTAT DE CE QUI ÉTAIT RENFERMÉ DANS LA COMMMODE DES GARÇONS DE LA
+CHAMBRE.
+
+ Une boîte à fiches.
+
+ Une boîte de loto.
+
+ Une boîte à fiches, où il manque une corbeille.
+
+ Deux sacs de peau, pour mettre des livres.
+
+ Six petits parasols.
+
+ Six petits rateaux.
+
+ Cinq petits paniers, dont quatre garnis.
+
+_Lit des garçons de la chambre._
+
+ Deux matelas.
+
+ Une mauvaise couverture.
+
+_Armoire des galeries._
+
+ Un moyen paravent.
+
+ Cinq petits paravents.
+
+ Un écran.
+
+ Une échelle double.
+
+ Deux pliants en bois, de maroquin vert.
+
+ Une chaise de velours bleu.
+
+ Les deux lits complets de veille des femmes.
+
+ * * * * *
+
+XI.
+
+LISTE DES LIVRES DE MADAME PORTÉS A PARIS.
+
+_In-4º._
+
+ VOL.
+
+ Histoire universelle, par une société de gens de lettres, 43
+ Histoire universelle, par M. de Thou, 16
+ Histoire de l'Église gallicane, 16
+ Histoire de l'Église, par M. l'abbé de Choisy, 11
+ Les Hommes illustres de Plutarque, par M. Dacier, 9
+ Histoire de Polibe, 7
+ Abrégé chronologique de l'histoire de France, par Mezeray, 4
+ Histoire de France, par M. Velly, et continuateurs, 23
+ Histoire de Constantinople, 8
+ Histoire de l'Asie, de l'Affrique et de l'Amérique, 5
+ Recueil de Gazettes de France, 147
+
+_In-8º._
+
+ Offices et traité de Cicéron, 2
+ Pensées de Marc Aurèle, 1
+ Traité des loix civiles, 1
+ Traité de la puissance ecclésiastique, 1
+ Les Quatre âges de la pairie, 2
+ Instruction de Catherine II, 1
+ Histoire du droit naturel, 2
+ Jurisprudence du Grand Conseil, 1
+ Principes de la législation universelle, 2
+ La Trigonométrie, 1
+ Leçons de mathématique, par l'abbé de la Caille et Marie, 1
+ Flore de Bourgogne, 2
+ Manuel de botanique, 1
+ Le Nouveau la Quintinie, 4
+ Des oeuvres du chevalier Linné, 4
+ Oeuvres de Demosthènes, 4
+ Oeuvres de Virgile, par l'abbé Desfontaines, 4
+ L'Iliade, traduite en vers français, 2
+ Numa Pompilius, 1
+ La Henriade, 2
+ Commentaire sur la Henriade par Labeaumelle, 2
+ La Gieresolemme liberata, 2
+ L'Eneïde de Virgile, par Annibal Caro, 2
+ Orlando furioso (8º maximo), 4
+ Saggio sopra l'uomo, par Pope, 1
+ Oeuvres de Pope, 8
+ Oeuvres d'Young, 4
+ Théâtre des Grecs, traduction nouvelle, 10
+ Oeuvres de Racine, édition de Didot, 3
+ La Dunciade, 2
+ Théâtre des jeunes personnes, par Mme de Genlis, 4
+ Proverbes dramatiques, 6
+ Histoire de la poësie, par Brown, 1
+ Oeuvres de Saint-Foix, 6
+ Oeuvres de Mme Ricoboni, 8
+ Oeuvres de Falconet, 6
+ Oeuvres de La Monnoye, 3
+ Vie privée des François, 3
+ Les Histoires d'Elsin, 1
+ Oeuvres de Le Franc de Pompignan, 6
+ Le Théâtre du monde, 4
+ Tableau historique, 4
+ Essai sur les femmes, 1
+ Commerce des grains, 1
+ Loisirs du chevalier Déon, 13
+ Mélanges d'une grande bibliothèque, 58
+ Histoire de la littérature d'Italie, 5
+ Lettres sur l'éducation, par Mme de Genlis, 3
+ Cours d'études, par M. l'abbé de Condillac, 10
+ Dictionnaire historique, 6
+ Dictionnaire des antiquités romaines, 2
+ Histoire d'Espagne, par Ferreras; (les 3 premiers prêtés à
+ M. le Comte), 16
+ Collection des Mémoires sur l'histoire de France, 36
+ Mémoires sur les Isles de ponce, 1
+ Négociations de la France et de l'Angleterre, 1
+ Voyage à l'Isle de France, 2
+ Le Mercure françois, 25
+ Les Chronologies septenaire et novenaire, 4
+ La Satyre Ménippée, 3
+ Mémoires sur l'histoire de France, 2
+ Le Cabinet des fées, 37
+
+_In-12._
+
+ Psaumes du P. Berthier, 8
+ Nouveau Testament, 1
+ Sermons du P. Bourdaloüe, 20
+ Sermons de Massillon, 15
+ L'Année du chrétien, 18
+ L'Année évangélique, 7
+ L'Évangile médité, 12
+ La Religion méditée, 6
+ Quinzaine de Pasques, 1
+ Semaine sainte, 1
+ Prières du P. Sanadon, 1
+ Le Propre de l'oraison, 1
+ Bréviaire de Paris avec le supplément, 9
+ Missel de Paris, 8
+ Livre d'église, 2
+ Missel de Paris, 4
+ Office divin, 1
+ Office de la Vierge, 1
+ Diurnal romain, 1
+ Prières du matin, 1
+ Nouvelles Heures, 1
+ Visites au Saint-Sacrement, 1
+ Recueil de prières, 1
+ Prières durant la messe, 1
+ Essais philosophiques sur l'entendement humain, 4
+ Manuel d'Épictète, 2
+ Essais de Montagne, 5
+ La Sagesse de Charon, 1
+ Entretiens de Phocion, 1
+ Histoire naturelle, générale et particulière, par M. de Buffon, 51
+ Leçons de physique, par l'abbé Nollet, 6
+ Oeuvres d'Homère, traduction par M. Gin, 8
+ P. Virgilii opera, 2
+ C. Julii Cæsaris Commentarios, etc., 2
+ Le Paradis perdu de Milton, 3
+ La Lusiade de Camoëns, 3
+ Oeuvres de Gresset, 2
+ Lettres de Pline, 3
+ Lettres de Mme de Sévigné, 8
+ Lettres d'un François, par l'abbé Le Blanc, 3
+ Traité des études, par M. Rollin, 4
+ École de littérature, 2
+ Oeuvres de Sophocle et autres, 3
+ Terence et Plaute, 6
+ De Metastase, 10
+ Théâtre de P. Corneille, 6
+ -- de Thomas Corneille, 5
+ Oeuvres de Racine, 3
+ -- de Voltaire, 8
+ Théâtre françois, 12
+ Nouveau théâtre françois, 8
+ Histoire du théâtre françois, par MM. Parfait, 15
+ Théâtre anglois, 8
+ Lettre sur le théâtre anglois, 2
+ Dissertation sur la tragédie, 2
+ Remarques sur Racine et la vie du même, 5
+ Oeuvres de Malherbe, 3
+ -- de Racan, 2
+ -- de Sarazia, 1
+ -- de Voiture, 2
+ -- de La Fontaine, 3
+ -- de Lamotte, 10
+ -- de Gedoyn, 1
+ Poésies de Malleville, 1
+ Voyage de Chapelle et Bachaumont, 1
+ De la Bibliothèque des romans, 97
+ Vie du baron de Trenck, 1
+ Oeuvres de Boileau, 5
+ Mémoires politiques et militaires de France, 6
+ Histoire du règne de Henry II, 2
+ Mémoires de Mme de Staal, 3
+ Campagnes de Villars, 2
+ Mémoires de Mlle de Montpensier, 8
+ Mémoires de la duchesse de Nemours, 1
+ Vie du cardinal de Richelieu, 2
+ Anecdotes du cardinal de Richelieu, 2
+ Parallèle du cardinal de Richelieu et du cardinal de Mazarin, 1
+ Vie du duc de Rohan, 2
+ Vie du P. Joseph du Tremblay, 1
+ Vie du brave Crillon, 2
+ Mémoires de Vieilleville, 5
+ Histoire d'Angleterre, par M. Hume, 18
+ Histoire d'Écosse, par Robertson, 3
+ Mémoires d'Anne d'Autriche, 6
+ Histoire de Charles VI, 9
+ Histoire de Charles VII, 2
+ Histoire de M. de Turenne, 1
+ Histoire de Louis XIV, 3
+ Mémoires de Laporte, 1
+ Mémoires de Mme de Lafayette, 2
+ Mémoires de Lenet, 2
+ Histoire du prince de Condé, 4
+ Histoire de la régence de Marie de Médicis, 2
+ Vie de Marie de Médicis, 2
+ Mémoires du comte d'Avaux, 6
+ Mémoires de Montausier, 2
+ Mémoires de Berwick, 2
+ Mémoires du marquis de Feuquières, 3
+ Traité de paix de Nimègue, 2
+ Traité de Westphalie, 6
+ Histoire de Henry le Grand, par Perefixe, 1
+ Vie du cardinal de Richelieu, 6
+ Histoire de Henry IV, 4
+ Mémoires du prince de Tarente, 1
+ Histoire de Tancrède de Rohan, 1
+ Mémoires du duc de Villars, 3
+ Paix de Riswick, 1
+ Mémoires sur la succession d'Espagne, 3
+ Histoire de Russie, par M. Lévêque, 5
+ Histoire du traité des Pyrénées, 2
+ Lettres de Mme de Pompadour, 2
+ Mémoires de Gourville, 2
+ Mémoires du comte de Gramont, 2
+ Histoire de Louis XI, par M. Duclos, 3
+ Géographie moderne, 2
+ Mémoires de la Colonie, 2
+ L'Esprit de la Ligue, 3
+ Ambassades de Messieurs de Noailles, 5
+ Lettres du cardinal d'Ossat, 5
+ Le Courtisan prédestiné, 1
+ Mémoires de Bellièvre, 2
+ Histoire de Louis XIII, 4
+ Le Siècle de Louis XIV, 3
+ Mémoires du maréchal de Berwick, 2
+ Mémoires pour servir à l'histoire de France, 4
+ L'Âme des Bourbons, 2
+ Ambassade de Bassompierre, 4
+ Mémoires de Bassompierre, 3
+ Mémoires de Montrésor, 2
+ Mémoires de Louis XIV, 2
+ Mémoires de Navailles, 1
+ Mémoires de Villegomblain, 2
+ Mémoires sur la paix de Riswick, 5
+ Mémoires d'Omer Talon, 8
+ Vie du maréchal de Villars, 4
+ Journal de Louis XI, 1
+ Histoire de Louis XI, 6
+ Histoire de Louis XII 2
+ Guerre de 1741, 1
+ Campagne de Noailles, 2
+ Campagnes de Coigny, 8
+ Mémoires de Louis XIV, 2
+ Mémoires du cardinal de Retz, 4
+ Mémoires de M. Joly, 3
+ Lettres du cardinal Mazarin, 2
+ Mémoires de Brienne, 2
+ Maisons souveraines, 2
+ Abrégé chronologique du droit public d'Allemagne, 2
+ Histoire du duc d'Epernon, 4
+ Mémoires de Montglat, 4
+ Abrégé chronologique de l'histoire d'Italie, 1
+ Mémoires de Terlon, 2
+ Mémoires du marquis de La Fare, 1
+ Mémoires du comte de Forbin, 2
+ Mémoires de Lahoussaye, 3
+ Mémoires de Condé, 2
+ Mémoires de M. de Tavanes, 1
+ Mémoires de Puységur, 2
+ Mémoires de Tourville, 3
+ Histoire de François Ier, 8
+ Mémoires de Dubellay-Langey, 7
+ Histoire du duc de Montmorency, 1
+ Histoire de Henry, duc de Bouillon, 3
+ Mémoires du comte d'Estrade, 9
+ Mémoires sur la paix d'Utrecht, 6
+ Congrès d'Utrecht, 1
+ Campagne du duc de Vendôme, 1
+ Mémoires du chevalier Temple, 1
+ Mémoires du duc de Guise, 2
+ Histoire de la royne Marguerite, 1
+ Mémoires de Sully, 8
+ Intrigues du cabinet sous Henry IV, 4
+ Lettres et Mémoires de Mme de Maintenon, 15
+ Journal historique de M. de Maupeou, 3
+ La Mémoire artificielle, 2
+ Tables chronologiques de l'abbé Lenglet, 2
+ Abrégé chronologique de l'histoire de France, 5
+ Vie d'Ayder-Ali-kan, 1
+ Lettres édifiantes, 26
+ Anecdotes de la Chine, 6
+ Vie de sainte Thérèse, de Madame Louise et quelques histoires
+ de Maimbourg, 15
+ Mercure de France depuis 1717 jusqu'en 1787, 506
+ Nouvelle traduction des oeuvres de Plutarque (in-8º), 22
+
+Cette liste contient deux mille soixante et quinze volumes. Seyaux
+n'ayant trouvé ni Missel, ni Bréviaire romain en françois, croit
+qu'ils ont été portés à Bellevüe.
+
+ * * * * *
+
+XII.
+
+LIVRES RETIRÉS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL.
+
+Chefs d'oeuvre de P. et de Th. Corneille, le premier tome petit in-12,
+les deux autres manquent.
+
+ Robinson Crusöé, trois vol. in-12.
+ Cleveland, six vol. in-12.
+ Romans de mad. Riccoboni, 2 vol.
+ Amours de Théagenes et Chariclée, 2 vol. in-12.
+ Les mille et une nuits, 6 vol.
+ Cabinet des Fées, 37 vol., dont il manque les tomes 14 et 26.
+ Lettres sur l'éducation ou Adèle et Théodore, 3 vol, in-8º.
+ Télémaque, 2 vol. in-12.
+
+Il manque encore dans la classe des romans:
+
+ Miss Anysie, 1 vol. in-12.
+ Histoire de Marguerite de Valois, Reine de Navarre, 6 vol. in-12.
+ The history of Emily Montague, 4 vol. in-12.
+ Contes des Fées, par mad. d'Aunoy, 4 vol. in-12.
+
+ * * * * *
+
+XIII.
+
+NOUVELLES PUBLICATIONS.
+
+ Observations sur la société et les moyens de ramener l'ordre,
+ 1 vol. in-12.
+ Mémoire sur le mariage des Protestants, 1 vol. in-8º.
+ Discours sur le projet d'accorder un état civil aux Protestants,
+ 1 vol. in-8º.
+ Éclaircissements historiques sur la révocation de l'Édit de Nantes,
+ 1 vol. in-8º.
+ Assemblée des Notables en 1787. Mémoires et observations en 4 divisions,
+ 2 vol. in-4º.
+ Réponse de M. de Calonne à M. Necker, avec les pièces justificatives,
+ 1 vol. in-8º.
+ Des Droits et des Devoirs du Citoyen, par l'abbé de Mably,
+ 1 vol. in-12.
+ Constitution de l'Angleterre, par M. de Lolme,
+ 2 vol. in-8º.
+ Aux Bataves, sur le Statoudhérat, par le comte de Mirabeau,
+ 1 vol. in-8º.
+ Exposition et Défense de notre Constitution monarchique, par M. Moreau,
+ 2 vol. in-8º.
+ Demandes aux États Généraux ou Recueil des Cahiers, 1789,
+ 4 vol. in-8º.
+ Situation politique de la France, et ses rapports actuels avec toutes
+ les puissances de l'Europe, par M. Peyssonnet, 1789, 2 vol. in-8º.
+ Observations sur le Contrat social de J. J. Rousseau, par le P. Berthier,
+ 1789, 1 vol. in-12.
+ Le mal et le remède; mémoire sur la milice de l'armée, 1789,
+ 1 vol. in-8º.
+ Réponse à la motion et au discours de M. l'abbé de Périgord, évêque
+ d'Autun, 1789, 1 vol. in-12.
+ Le vrai Patriote, par M. Putod, 1789, 1 vol. in-8º.
+ Voeu d'un Patriote sur la médecine en France, 1789, 1 vol. in-8º.
+ Maison du Roi, ce qu'elle étoit, ce qu'elle est, ce qu'elle devroit
+ être, 1789, 1 vol. in-4º.
+ Le Déficit vaincu, par M. de Favras, 1789, 1 vol. in-4º broché.
+ Principes opposés au système de M. Necker, par le même, 1 vol.
+ in-4º broché.
+ Appel au Tribunal de l'Opinion publique, par M. Mounier; Genève,
+ 1790, 1 vol. in-8º.
+ Affaires de Nismes des 13, 14 et 15 juin 1790, 1 vol. in-8º.
+ Compte rendu de cette affaire, par M. de Marguerites, député à
+ l'Assemblée et maire de Nismes.
+ L'Art du fabricant d'étoffes de soye, par M. Paulet, 1789,
+ in-fº broché.
+
+(Ouvrage en huit sections; il en faudrait sept pour compléter cet
+objet, Madame n'en ayant qu'une.)
+
+ Plan d'Éducation nationale ou abrégé des études de l'homme fait,
+ 1789, 2 vol. in-8º.
+ Opinions de l'abbé Maury, 1790, 1791, 1 vol. in-8º.
+ Recueil des opinions du comte Stanislas de Clermont-Tonnerre,
+ Paris, 1791 4 vol. in-8º.
+ Réflexions sur les affaires politiques du temps présent de la
+ France, 1790, 1 vol. in-8º.
+ De l'État de la France présent et à venir, par M. de Calonne,
+ 1790, 1 vol. in-8º.
+ Réflexions sur la Révolution de France, par M. Burke, 4e édition,
+ 1791, 1 vol. in-8º.
+ Discours et lettres de M. Burke, 1790 et 1791, 1 vol. in-8º.
+ Discours sur les finances de l'État, par M. Necker, à l'Assemblée,
+ 1 vol. in-4º.
+ Sur l'Administration de M. Necker, par lui-même, 1791, 1 vol. in-8º.
+ Offrande aux François, 1791, 1 vol. in-8º.
+ Le _Naviget antyciras_ ou système sans principes, 1791, 1 vol. in-8º.
+ Situation actuelle de la France, par M. Bonvalet-Desbrosses, 1791,
+ 1 vol. in-8º.
+ Procédure criminelle au Châtelet en 1789 et 1790, 1 vol. in-8º.
+ Justification de M. de Favras, 1791, 1 vol. in-8º.
+
+_Recueil de pièces en 4 volumes_.
+
+Le premier renfermant:
+
+ 1º L'Adresse du Département de Paris au Roi;
+
+ 2º L'Adresse du même Département à l'Assemblée;
+
+ 3º Compte rendu par une partie des membres de l'Assemblée sur le
+ Décret du 28 mars 1791;
+
+ 4º Le Règne de Louis XVI mis sous les yeux de l'Europe;
+
+ 5º Elan du coeur et de la raison, ou Justice rendüe à la Reine;
+
+ 6º Adresse de l'abbé Raynal lüe le 31 mai 1791 à l'Assemblée;
+
+ 7º Triomphe prochain de la Royauté et de la Monarchie françoise;
+
+ 8º Plan d'une constitution libre et heureuse;
+
+ 9º Hommage et Bouquet à Louis XVI;
+
+ 10º Adresse de M. Putod, médecin du Roi;
+
+ 11º Adresse des Bons François au Roi.
+
+Le second renfermant:
+
+ 1º Précis de ce qui s'est passé à la séance de l'Assemblée du 13
+ février 1790;
+
+ 2º Motion sur la suppression des ordres religieux, par M. l'Évêque de
+ Nancy;
+
+ 3º Réflexions sur l'état religieux;
+
+ 4º Discours de M. l'Archevêque d'Aix sur la vente des biens du Clergé;
+
+ 5º Quelle doit être l'influence de l'Assemblée sur les matières
+ ecclésiastiques et religieuses? par l'Évêque de Nancy;
+
+ 6º Insuffisance de la Déclaration de M. l'Evêque de Clermont au sujet
+ du Serment civique;
+
+ 7º Discours de M. l'Évêque de Lisieux aux Officiers municipaux;
+
+ 8º Réflexions sur la Liberté du Culte;
+
+ 9º Courtes observations sur la Liberté des Cultes;
+
+ 10º Lettre de l'Evêque de Rennes aux Électeurs du Département d'Isle
+ et Vilaine;
+
+ 11º Lettre de l'Archevêque d'Aix aux Électeurs du Département des
+ Bouches du Rhône;
+
+ 12º Instruction pastorale de l'Evêque de Boulogne;
+
+ 13º Le Comte Duprat devenu Théologien;
+
+ 14º Mon Apologie;
+
+ 15º Adresse aux vrais Catholiques de France, par M. Pottier;
+
+ 16º Adresse aux Vierges chrétiennes et religieuses de France, par le
+ même.
+
+Le troisième renfermant:
+
+ 1º Lettre du comte de Lally-Tollendal, du 10 octobre 1789;
+
+ 2º Protestation du Prince-Evêque de Spire;
+
+ 3º Lettre du marquis de Laqueuille à ses commettans du ..... février
+ 1790;
+
+ 4º Extrait d'une lettre écrite de Valenciennes, le 8 février 1790, à
+ M. Nicodême, Député;
+
+ 5º Motion de M. Malouet sur le Discours du Roi, du 4 février 1790;
+
+ 6º Opinion de M. Malouet, prononcée le 20 février 1790, sur le
+ rétablissement de l'ordre public;
+
+ 7º Opinion de l'Abbé de Bonneval sur le même sujet;
+
+ 8º Opinion du comte de la Galissonnière sur l'exercice du Droit de la
+ Guerre et de la Paix;
+
+ 9º Opinion du marquis d'Estourmel sur la même question;
+
+ 10º Second compte rendu par M. le marquis d'Estourmel à ses
+ commettans;
+
+ 11º Compte rendu par le même;
+
+ 12º Observations de M. Henry, député, sur une partie du rapport de M.
+ Chabroud;
+
+ 13º Opinion de M. de Guilhermi, député, sur le même rapport;
+
+ 14º Compte par une partie des membres de l'Assemblée sur le même
+ rapport;
+
+ 15º Lettre de M. Guilhermi à ses commettans du 22 octobre 1790;
+
+ 16º Développement des principes de plusieurs Députés laïcs;
+
+ 17º Déclaration d'une partie des Députés aux États Généraux sur l'acte
+ constitutionnel;
+
+ 18º Compte rendu par une partie des Députés à leurs commétans;
+
+ 19º Troisième Lettre de l'Abbé Bonneval à ses commettans;
+
+ 20º Opinion de M. Savary de Lancosme, député, sur la révision des
+ décrets.
+
+Le quatrième volume renfermant:
+
+ 1º Les Cromwels françois démasqués;
+
+ 2º Point d'accomodement;
+
+ 3º Les torts et les intérêts de chacun;
+
+ 4º Réflexions politiques importantes sur la révision des décrets;
+
+ 5º Dénonciation, par le viconte de Mirabeau;
+
+ 6º Des Clubs politiques et des libelles;
+
+ 7º Réflexions d'un Garde National de province;
+
+ 8º Problème à résoudre relativement au serment prêté par M. de
+ Brienne, Archevêque de Sens;
+
+ 9º Trahison découverte du comte de Mirabeau;
+
+ 10º Lettre de M. le Duc de Villequier et de M. le Marquis de Duras;
+
+ 11º Mémoire des Officiers du Corps des Carabiniers;
+
+ 12º Réflexions d'un Militaire au sujet du Serment proposé aux
+ Officiers de l'Armée;
+
+ 13º La Révolution Françoise, pot-pourri.
+
+ * * * * *
+
+XIV.
+
+_Mémoire des ouvrages fait et fournis pour Son Altesse Royale Madame
+Élisabeth de France_,
+
+Par Bourbon, cordonnier, rüe des Vieux Auxgustins, à Paris.
+
+1792.
+
+ Ce 6 avril, une paire de soulle de tafetat noire 9#
+ Le 8 -- id. 9
+ Le 9 -- id. 9
+ Le 14 -- id. 9
+ Ce 16 -- id. 9
+ Ce 21 -- id. 9
+ Le 25 -- id. 9
+ Le 28 -- deux paires de tafetat, un gris, un bleux 18
+ Le 29 -- une paire de taffetat rosse 9
+ Le 2 may, une paire de taffetat gris 9
+ Le 4 -- id. 9
+ Le 7 -- une paire de taffetat violet 9
+ Le 8 -- une paire de taffetat prune glace 9
+ Le 12 -- deux paire de tafetat, une carmelite glace, une
+ gris de ferre 18
+ Le 16 -- deux paire de tafetat, une rosse, une bleux 18
+ Le 20 -- deux paire de tafetat, une gros vert, une puce 18
+ Le 23 -- deux paire de tafetat, une gris de ferre, une bleux 18
+ Le 27 -- deux paire de tafetat, une violet, une puce glaces 18
+ Le 28 -- une paire de tafetat noire 9
+ Le 1er juin, id. 9
+ Le 6 -- id. 9
+ Le 9 -- id. 9
+ Le 12 -- id. 9
+ Le 15 -- id. 9
+ Le 22 -- id. 9
+ Le 27 -- id. 9
+ Le 30 -- id. 9
+ Totale 297#
+
+Il y a dans la même liasse un mémoire des médicaments livrés à madame
+Lejeune à la Garde-robe des atours de Madame Élisabeth de
+France,--mémoire du 11 janvier au 20 décembre 1791, montant à la somme
+de 96# 17 s.,--et acquitté le 30 janvier 1792, à Paris.
+
+ «Pour MM. les apothicaires du Roi: PAILHÉS.»
+
+ * * * * *
+
+DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH,
+
+SISE AU GRAND MONTREUIL.
+
+
+I.
+
+_État du produit de la maison et jardin situé près la porte de Buc, à
+Montreuil_.
+
+Année 1790.
+
+ Un millier de bottes de foin évalué au prix de 25#
+ le cent, cy 250#
+ 350 bottes de reguain à 15# 52 10s.
+ 5 septiers d'avoine à 20# 100
+ 4 septiers 1/2 d'orge à 12# 54
+ La pâture des vaches après la récolte est estimée au
+ plus à 24
+ Le fruit n'a pas donné cette année. Ils ont tous
+ manqués au printemps; il n'est restée que quelques
+ pêches de mauvaises qualités et des raisins qui sont
+ mangées par les oiseaux et par les insectes.
+ Total du produit 480# 10s.
+
+La récolte des fruits dans une bonne année ne peut pas excéder la
+valeur de 150 liv.; les arbres étant très-vieux, leur produit ne peut
+que diminuer.
+
+La maison est en très-mauvais état et susceptible de fortes
+réparations.
+
+Les murs de clostures ont le plus grand besoin d'être recrepis pour
+détruire les insectes, et conserver le fruit des espaliers.
+
+L'abondance des fourages en fait baisser le prix, qui, année commune,
+peut être porté au tiers en sus de ceux mentionnés cy-dessus. Il en
+résulte que, année commune, le fruit compris, le produit pourroit être
+de 700#, non compris la maison, dont on pourroit tirer party.
+
+ * * * * *
+
+II.
+
+_Consigne du suisse de garde pour le jardin et bosquets de la maison
+de Madame Élisabeth, à Montreuil._
+
+ Première consigne donné par M. Huvé.
+
+1º Le suisse du jardin s'entendra avec le suisse de la porte pour
+qu'il n'entre personne dans les jardins, sous quelque prétexte que ce
+soit, lorsque Madame y est, et même personne en aucun tems, à moins
+qu'on ne soit accompagné du concierge ou munie d'un billet de Madame.
+
+2º Ne laisser sortir aucun ouvrier par les portes du jardin, à moins
+qu'il ne travail au jardinage. Ils ont les portes des cours ou on
+travaille qui doivent leur suffire.
+
+3º Faire une tournée au moins par nuit et toujours à des heures
+différentes, en observant que s'il se trouve des gens du dehors,
+essayant d'entrer soit en forçant les serures, soit par-dessus les
+murs, de les déposer, si il le peut, chez le suisse, ou du moins de
+bien prendre leur signalement, si ce netoit quelqu'un de la maison;
+alors il en feroit seulement la declaration au sieur Huvé, inspecteur
+des bâtiments, ou à touttes autres personnes que Madame indiqueroit.
+
+4º Enfin le suisse garde-bosquet veilleroit à ce que rien ne fut
+enlevé de nuit ou de jour, qu'il n'en puisse rendre compte, sans
+aucunes conivances ni animosité pour ou contre qui que ce soit.
+
+ * * * * *
+
+III.
+
+_Consigne du suisse de garde pour les jardins et bosquets de la maison
+de Madame Élisabeth, à Montreuil._
+
+ Donné par le s{r} Sulleau, concierge de la maison, comme suplément
+ à celle à lui donné par M. Huvé.
+
+1º Le suisse du jardin, en se conformant exactement à ce qui lui est
+enjoint par la consigne que lui a donné M. Huvé, observera que
+personne ne sorte par le jardin aucuns meubles ou paquets, à moins que
+ce ne soit par l'ordre de Madame ou que le concierge présent ne lui
+dise que cela est nécessaire; cette circonstance excepté, on doit
+toujours passer par la porte du suisse. Si quelqu'un vouloit tenter de
+le faire, il en avertiroit le concierge après les avoir fait retourner
+sur leurs pas.
+
+2º Quelques soient les personnes qui entreront avec permission de
+Madame, et essentiellement si Madame permettoit qu'on entrat les
+dimanches, le suisse observera qu'on ne touche point aux fleurs et
+qu'on ne joue à aucuns jeux; enfin que toutte décence soit observé. Si
+quelqu'un manquoit à cette règle, il leur en feroit l'observation pour
+que cela cessent sur-le-champ.
+
+3º Les personnes de la maison ne doivent en aucun tems faire entrer
+personne dans le jardin, surtout quand Madame est chez elle ou quand
+elle doit y venir. Ils ne doivent jamais y faire entrer de compagnie
+sans la permission de Madame. Cependant la volonté de Madame n'étant
+pas de les empêcher de voir leur famille touttesfois que ce sont gens
+honnêtes, et ce pendant les abcences et voyages, si il leur arivent de
+sortir avec eux, la bonté de Madame peut alors être interprettée, cela
+n'arrivant que rarement et eux ne quittant pas les personnes; alors le
+suisse peut les laisser passer, mais en observant quil n'ayent pas de
+compagnie, et s'il leur arivoit de repetter cela souvent, le suisse
+alors prendroit note des jours et du nombre de personnes qu'ils auroit
+conduit, et la remettroit au concierge, pour quil leur montre la
+circonspection qu'ils doivent avoir, et alors ils seroit
+personnellement privés de voir même leur parent, si ils ne l'observoit
+pas soigneusement.
+
+Les garçons jardiniers ne doivent faire entrer aucune compagnie dans
+le jardin, et si quelques personnes entrent de la part du maître
+jardinier, il doit toujours les accompagner, devant seul répondre des
+motifs pour lesquels il les aura fait entrer.
+
+4º A l'égard de la sortie et entrée des arbres et arbustes, le
+jardinier seul doit répondre de son service; mais lui seul aussi doit
+faire, ou être présent à la sortie, pour justifier que c'est lui qui
+le fait faire.
+
+5º Le suisse doit veiller avec soins à ce que, qui que ce puissent
+être, ne tentent de pêcher dans la rivière du jardin; il saisira et
+emportera tous les ustensiles propre à la pêche, et il fera en sorte
+de savoir qui auroit cherché à en faire usage; il en avertira le
+concierge, qui en rendra compte à Madame.
+
+6º Le suisse observera que tout cela devant se faire pour le bon
+ordre, il ne faut mettre ni humeur ni vivacité toujours déplacée, et
+qui sont blâmables dans tous les cas, en ce qu'elles sont opposées au
+respect düe à Madame et à sa maison.
+
+ * * * * *
+
+IV.
+
+OUVRAGES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL
+
+qui seroient également bien placés dans celle de Paris.
+
+ Entretiens de Cicéron sur la nature des dieux, par l'abbé
+ d'Olivet, 2 vol. in-12.
+ Pensées de Cicéron, trad. par le même, 1 vol. in-12.
+ Offices de Cicéron, trad. par de Barett, 1 vol. in-12.
+ Oeuvres de Sénèque, trad. par La Grange, 6 vol. in-12.
+ Oeuvres morales de Plutarque, trad. par Amyot
+ Traité de l'Amitié, par M. de Sacy, 1 vol. in-12.
+ Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune; trad. par de
+ Sacy, 1 vol. in-12.
+ Philippiques de Démosthènes et Catilinaires de Cicéron,
+ Paris, 1777, par l'abbé d'Olivet, 1 vol. in-12.
+ Traité de l'Orateur de Cicéron, trad. par l'abbé Colin,
+ 1 vol. in-12.
+ Tusculanes de Cicéron, trad. par l'abbé d'Olivet,
+ 1 vol. in-12.
+ La mort d'Abel, poëme de Gessner, 1 vol. in-12.
+ Lettres de Pline le Jeune, 2 vol. in-12.
+ De la Décadence des Lettres et des Moeurs, par M. de Juvigny,
+ 1 vol. in-8º.
+ Abrégé de l'Histoire grecque, 1 vol. in-12.
+ Histoires de Salluste, trad. par M. Beauzée, 1 vol. in-12.
+ Vie d'Alexandre, trad. de Quint-Curce, trad. par Mignot,
+ 2 vol. in-8º.
+ Essai sur les règnes de Claude et de Néron et sur les moeurs
+ et écrits de Sénèque, 1 vol. in-12.
+ Histoire de la Décadence de l'Empire romain, trad. de Gibbon,
+ 4 vol. in-8º.
+ Vie de l'Empereur Julien, par l'abbé de la Bléterie, 1 vol. in-12.
+ Vie de l'Empereur Jovien, par le même, 1 vol. in-12.
+ Histoire de la dernière révolution de Suède, trad. de Schéridan,
+ 1 vol. in-8º.
+
+AUGMENTATIONS PROPOSÉES.
+
+_Théologie_.
+
+ La Sainte Bible, trad. par Le Maistre de Sacy, édition de 1746.
+ (Chés Onfroy.), 31 vol. in-8º.
+ La même, par de Carrières, seulement en françois.
+ Élévations sur les Mystères, de Bossuet.
+ Sermons du même.
+ Sermons du P. Terasson.
+ Sermons du P. Cheminais.
+ Sermons du P. Ségaud.
+ Sermons de l'abbé de Maroles.
+ Sermons de l'abbé Clément.
+ Et bientôt ceux de l'ancien évêque de Senez.
+ Catéchisme du Bougeant
+ 4 vol. in-12.
+ Catéchisme de Paris.
+ L'Influence de la Religion naturelle, par le P. Griffet
+ 2 vol. in-12.
+ Confessions de saint Augustin, trad. par D. J. Martin, 1741
+ 2 vol. in-12.
+ Soliloques et Méditations de saint Augustin.
+ L'Ange conducteur.
+ Mandement de M. l'évêque de Saint-Malo sur les saints Anges, 1757.
+ Traité de la véritable et solide piété, d'après saint François
+ de Sales.
+ Instruction pastorale du cardinal de Luynes contre la Doctrine
+ des incrédules 1 vol. in-12.
+ Le Déisme réfuté par lui-même.
+ Les Fondements de la foy, par Aymé
+ 2 vol.
+ Existence de Dieu, par Fénélon.
+ Lettres sur la Religion, par le même.
+ De l'Éducation des filles, du même.
+ Traité des devoirs de la vie chrétienne, par le P. de Tracy, théatin
+ 2 vol. in-12.
+ Instruction de l'Empereur François Ier aux Princes ses enfants
+ 1 vol. in-8º.
+ L'Esprit de sainte Thérèse, recueilli de ses ouvrages
+ 1 vol. in-8º.
+ Voyes du salut dans les principes de saint Charles
+ 1 vol. in-12.
+ Dictionnaire des Conciles
+ 1 vol. in-8º.
+ Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes
+ 2 vol. in-8º.
+ Dictionnaire historique des Auteurs ecclésiastiques
+ 2 vol. in-8º.
+ Institution au droit canonique, de Fleury, avec des notes
+ de Boucher d'Argis.
+
+_Sciences et arts._
+
+ École des Moeurs, par l'abbé Blanchard
+ 3 vol. in-12.
+ Spectacle de la Nature, de Pluche
+ 9 vol. in-12.
+ Histoire du Ciel, du même
+ 2 vol. in-12.
+ Oeuvres de Sigaud de La Fond, physique.
+
+_Belles-Lettres._
+
+ Principes de Littérature, de Le Batteux
+ 5 vol. in-12.
+ Oraisons funèbres de Mascaron.
+ Horace, trad. par M. Binet.
+ Oeuvres de Lefranc de Pompignan.
+
+_Histoire._
+
+ Géographie de Grenet.
+ L'Art de vérifier les dates.
+ Histoire sacrée de Pridaux
+ 6 vol. in-12.
+ Abrégé de l'histoire ecclésiastique de Lhomond
+ 1 vol.
+ Histoire abrégée de la Religion, du même
+ 1 vol.
+ Vie des Saints, par Mezenguy
+ 1 vol.
+ Vie des Saints, trad. de l'anglais, par Godescard
+ 12 vol. in-8º.
+ Vie des Pères du Désert, par le P. Marin
+ 9 vol. in-12.
+ Histoire des Celtes
+ 2 vol. in-12.
+ Histoire de France depuis l'établissement de la monarchie
+ françoise jusqu'à Louis XV, par le P. Daniel,
+ continuée et enrichie de notes par le
+ P. Grifet, 17 vol. in-4º.
+ Tableau de l'histoire de France
+ 2 vol.
+ L'Esprit de la Fronde, par Mailly
+ 5 vol.
+ Mémoires et Réflexions sur les principaux événements
+ du règne de Louis XIV, 1 vol. in-12.
+ Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV, par
+ l'abbé de Choisy, 1 vol. in-12.
+ Journal historique ou fastes du Règne de Louis XV
+ 1 vol. in-8º.
+ Histoire des Campagnes du maréchal de Maillebois
+ en Italie, en 1745 et 1746, 3 vol. in-4º.
+ Histoire du maréchal de Saxe, par le baron d'Espagnac
+ 3 vol. in-12.
+ Lettres du cardinal d'Ossat.
+ Mémoires de M. de Torcy pour servir à l'histoire
+ des négociations depuis le traité de paix de Riswick
+ jusqu'à la paix d'Utrecht.
+ Histoire des traités de Westphalie, par le P. Bougeant
+ 6 vol. in-12.
+ Histoire de Suède, par le baron de Puffendorff
+ 3 vol. in-12.
+ Histoire de Danemark, par Mallet
+ 6 vol. in-12.
+ Histoire générale de Pologne, par l'abbé de Solignac
+ 5 vol. in-12.
+ Histoire de Jean Sobiesky, Roi de Pologne, par
+ l'abbé Coyer, 2 vol. in-12.
+ Histoire de l'état présent de la Russie depuis 1714
+ jusqu'en 1720, 2 vol. in-12.
+ Révolutions de Corse
+ 2 vol. in-12.
+ Histoire générale de Portugal, par La Clède
+ 2 vol. in-4º.
+ Abrégé chronologique de l'histoire de Lorraine
+ 2 vol. in-8º.
+ Histoire de la vie et du règne de Frédéric-Guillaume,
+ Roi de Prusse, 2 vol. in-12.
+ Histoire de l'Empire ottoman, par M. Mignot, 1771
+ 4 vol. in-12.
+ Histoire des Arabes sous le gouvernement des Califes,
+ par l'abbé de Marigny, 4 vol. in-12.
+ Histoire du Japon, par le P. Charlevoix, 1754
+ 6 vol. in-12.
+ Histoire de Siam, par M. Turpin, 1771
+ 2 vol. in-12.
+ Histoire générale des conjurations et conspirations,
+ par Duport du Tertre, Paris, 1762, 10 vol. in-12.
+ Dictionnaire historique des Grands Hommes
+ 9 vol. in-8º.
+ Dictionnaire historique des Grands Hommes, de
+ l'abbé L'Advocat, 3 vol. in-8º.
+ Histoire de l'Académie françoise depuis son établissement
+ jusqu'en 1652, par Pélisson, 2 vol. in-12.
+ Histoire de l'Académie royale des Belles-Lettres, par
+ M. de Boze, 1740, 3 vol. in-12.
+ Bibliothèque des Anciens Philosophes, trad. par
+ Dacier, 11 vol. in-12.
+
+ * * * * *
+
+V.
+
+L'an second de la République françoise, de l'ère ancienne mil sept
+cent quatre-vingt douze, le 12 mars, à cinq heures de relevée, en
+vertu de l'arrêté du directoire du district de Versailles, en date du
+9 du courant, nous, Jean Gazard, commis de l'administration du
+district, nous sommes transporté avec le citoyen Huvé, inspecteur des
+bâtiments, en cette ville, avenue de Paris, à la maison dite de Madame
+Élisabeth, conformément à la réquisition du citoyen Couturier,
+régisseur du domaine de Versailles, à l'effet de lever et apposer les
+scellés sur plusieurs portes de ladite maison; où étant, nous avons
+levé le scellé apposé sur une porte cochère, donnant de la petite cour
+dudit bâtiment sur l'avenue de Paris, afin de laisser l'usage libre du
+guichet de ladite porte, et l'avons apposé sur le verrouil de ladite
+grande porte; de là nous sommes transportés à deux autres petites
+portes, communiquant du jardin dans une des cours du bâtiment, où nous
+avons également apposé le scellé sur l'entrée des serrures; et,
+n'ayant point le cachet du district, nous nous sommes servi d'un petit
+cachet de montre, ayant pour empreinte un coeur percé de deux flèches,
+surmonté de ces mots: _Je suis blessé_, lequel cachet, nous avons
+remis entre les mains des administrateurs du directoire du district
+pour servir à la confrontation et reconnoissance desdits scellés quand
+le cas le requerra; et du tout, avons dressé le présent procès-verbal,
+les jours et an que d'autre part.
+
+ GAZARD, _commissaire_. HUVÉ.
+
+ * * * * *
+
+VI.
+
+Le citoyen Sulleau, concierge garde-meuble de la maison de Madame
+Élisabeth à Montreuil, a l'honneur d'observer à monsieur le maire et
+messieurs les officiers municipaux de Versailles, qu'il est en sa
+qualité de garde-meuble chargé sur sa responsabilité de tous les
+effets contenus en laditte maison, sous l'inspection général de M.
+Restout, nommé par M. le ministre de l'intérieur à cet effet, et à qui
+il doit rendre compte de tous les objets remis à sa garde et
+responsabilité suivant les inventaires généraux, déposés au
+Garde-meuble.
+
+Le citoyen Sulleau a pour l'aider à la surveillance et manutention de
+sa place le nommé Flury, homme honnête et sûre dont il garantie la
+fidélité et l'honnêteté comme de tous autres gens de la maison qui lui
+sont subordonnés.--Il s'est trouvé de nécessité en 1791 à réclamer la
+justice de messieurs de la municipalité, sur les prétentions et
+démarches du suisse nommé Hubert, et il a eu la satisfaction
+d'éprouver alors une justice satisfaisante.
+
+Aujourd'hui 8 octobre 1792, il vient d'être apposé des scellés sur
+toutes les portes extérieures de la maison, sous prétexte qu'on
+pourrait on sortir des effets; cette précaution ne peut en rien
+augmenter la responsabilité du dépositaire, devient nul pour le
+résultat, mais infiniment sensible et douloureuse pour tous les
+individus attachés à la maison. Ils en ont tous marqué leur douleur au
+citoyen Sulleau, qui bien convaincu de leur honnêteté reconnue depuis
+dix ans, ne peut se refuser de réclamer l'attention de monsieur le
+maire sur un acte qui véritablement ne porte que sur eux seuls, et
+avec d'autant plus d'injustice que cette précaution est sollicité par
+un homme qui n'est responsable de rien, et qui de touts les temps a
+fait preuve du désir de nuire, et cela sans aucun...
+
+ SULLEAU.
+
+Nous, commissaire nommé pour examiner la nécessité de lever le scellé
+sur la porte cochère du côté du jardinier, avons reconnu qu'elle étoit
+réelle, le service des fumiers et autres charois ne pouvant avoir lieu
+que par là. En foi de quoi nous avons signé le présent rapport, à la
+maison commune, le 8 octobre 1792, l'an premier de la République
+françoise.
+
+ HUVÉ.
+
+ * * * * *
+
+VII.
+
+L'an premier de la République françoise, les citoyens Boissy et Borel
+ayant été autorisséz par un réquisitoire de la municipalité de
+Versailles signéz Richaud maire, Couturier procureur de la Commune,
+Gaucher municipal, ce sont transportez en la maison de la soeur du
+ci-devant Roi, avenuë de Paris, est ont apposez les scellés sur toutes
+les portes extérieur de la sudite maison et du jardin. Le sieur
+Heuber, suisse et gardien, nous ayant représentéz de ne point apposéz
+le scelléz sur la porte extérieur de la vacherie en nous disant qu'ils
+étoit nécessaire que les animeaux sortent pour aller aux champs, ce
+que nous avons vûe raisonnable cela ne nous nous (_sic_) a pourtant
+pas empêchéz de les poser sur toutes les portes intérieur qui
+communiquent de la susdite vacherie au jardin, afin d'empêcher toutes
+les communications. Nous nous sommes transportéz de là à une petite
+maison qui n'est séparéz que d'une porte en treilliage fermant à clef,
+n'ayant pas trouvéz cette fermeture suffisante, nous avons voulut
+apposer le scelléz sur la porte de clôture qui donne sur une petite
+rüe. Le citoyen Pélican et la dame Piout cetant présentéz à l'instant
+nous ont exibéz une oppositions de leurs part en nous représentant
+que cette petite maison appartenoit à la ci-devant baronne de Mackau;
+sur les représentations du citoyen Heuber, suisse et gardien qu'il
+sufisoit seulement de poser le scelléz sur la sudite porte de
+treilliage, ce que nous avons fait à l'instant, le sieur Sulleau
+s'étant aussi présentéz avec le jardinier, n'ayant point parût
+satisfaits de notre opération, même nous exibant en plusieurs pièces,
+nous disant qu'ils étoient les ministres de l'intérieur et nous disant
+d'une voix foible qu'ils croyoient être suffisamment autorissez par le
+moyens de ces pieces de s'opposer au scelléz nous avons regardez cela
+comme des mots qui ne peuvent convenirent qu'à des hommes foibles.
+Nous lui avons dits que s'il avoit des droits qui les fassent valoir à
+la maison comune, pour nous, cela ne nous empècheroient pas de
+continuer nos opérations. C'est ce que nous avons fait s'en crainte,
+est avons signées le présent à Versailles, ce 8 octobre 1792, l'an
+premier de République françoise.
+
+ BOISSY. BORET.
+
+Faite en présence des citoyens HEUBER, BONIFACY, _garde-bosquet_.
+
+ * * * * *
+
+VIII.
+
+_État de ce que nous avons trouvéz dans la vacherie._
+
+Cinq vaches est une genise, un cheval est une petite voiture d'osier
+couverte, avec tous ces harnois; nous avons crue devoir prendre ce
+détail à cause que ces animeaux sont sujette à la sortie pour leurs
+subsistance. A Versailles, le 8 octobre 1792, l'an premier de la
+République françoise.
+
+ BOISSY. BORET.
+
+ * * * * *
+
+IX.
+
+Sur la réprésentation que les citoyens Heuber, suisse et gardien,
+Bonifacy, garde-bosquet, que l'on dévastoient tout les jours les
+jardins par la coupe journailliere des arbres et la pêche qui si fait
+continuellement par des gens de la maison, ainsi que des étrangers
+qu'ils introduisent à leurs compagnies, croyant toujours être sous la
+protection de la soeur du ci-devant Roi, nous ont dits qu'ils seroient
+bien aise d'être autorisséz d'un pouvoir de la municipalités qui les
+autorisent à pouvoir empêcher tous ces desordres, est ont signées.
+
+ HEUBER, BONIFACY, _garde-bosquet_,
+
+ PRÉVOT, _commissionnaire du sieur Fleury, garçon tapissier_.
+
+ * * * * *
+
+X.
+
+MESSIEURS,
+
+Noël Gauthier et Julien Gauthier frères, tous deux frotteurs des
+appartements de la petite maison de Madame Élisabeth, avenuë de Paris,
+
+Ont l'honneur de vous représenter que depuis le départ de cette
+princesse, ils sont resté gardien l'un de l'aile droite et l'autre de
+l'aile gauche de laditte maison, couchant dans les appartements,
+ignorent le motif pour lequel M. Suleau concierge vient de nommer et
+faire recevoir deux autres gardiens, au préjudice des exposants qui
+osent se flatter qu'on ne peut rien leur reprocher,
+
+Pendant les trois mois qu'ils ont gardés le premier scellé les jours
+et nuits par ordres du sieur Suleau dont il en ont point été payé.
+
+Ils vous supplient, Messieurs, de vouloir bien leur rendre justice.
+
+ * * * * *
+
+XI.
+
+_Procès-verbal._
+
+Aujourd'hui le 9 octobre 1792, l'an premier de la République, en vertu
+d'un réquisitoire du bureau municipal, signé des citoyens Couturier
+procureur de la commune, Huvé et Gauchez officiers municipaux, qui ont
+nommé les citoyens Boissy et Geoffroy comissaires a l'apposition des
+scellées dans la maison de la Damme Élisabeth, soeur du ci-devant Roi,
+ont pris pour témoins l'apposition desdits scellées, le citoyens Flury,
+attaché à la conciergerie du Garde-meuble de ladite maison, ainsi que le
+nommé Prévot, journallier employé par le citoyen Sulleau, qu'il a été
+posé quatre-vingt et tant de scellées dont quatre-vingt-une clef, il est
+resté ouvert et à la jouissance des personnes dénommées ci-apprès et qui
+sont meublés conformément aux inventaires dont la minute est déposé au
+bureau du Garde-meuble national à Versailles, dont le citoyen le Clerc
+se charge de la représenter à la première réquisition de la
+municipalité; lesdits logements actuellement occuppées par les personnes
+susdites, consiste savoir celui du citoyen Sullau, concierge du
+Garde-meuble; Fleury, garçon du Garde-meuble attaché au concierge, et le
+représentant en son absence; la veuve du Coudray, femme de charge et
+lingerie; la demoiselle Simon, ouvrière; Marie, laitièrre, Prévot,
+journallier; Noël, frotteur, Juillien, second frotteur, Doré, garçon
+jardinier, le suisse de la porte, nommé Ubert, Boniface, suisse
+garde-bosquet; Cadeau, balayeur, demeurant sur l'ancienne cour basse,
+sur l'avenuë, et dans le pavillon, ruë ci-devant Champ-la-Garde; Jaques
+Bosson, vacher; Coupry, maître jardinier.
+
+Lesdits commissaires ont nommé les citoyens Flury et Prévots ci-dessus
+dénommés gardiens de l'intérieur et extérieur de ladite maison, qu'ils
+l'ont acceptés et signés avec nous le présent procès-verbal, et est
+comparu au moment où l'on posoit les scellées, le citoyen Sullau
+ci-devant dénommé, et qui a signé avec nous.
+
+De plus, avons établi les citoyens Ubert suisse des portes, et
+Bonifacy garde-bosquet, a qui nous avons délivré des pouvoirs comme
+gardiens des scellées extérieurs et sureté générale dans leurs postes.
+
+Clos le présent présent (_sic_) procès-verbal en présence des citoyens
+Sullau, Fleury, Prévot, Ubert, Boniface, le Clerc.
+
+ SULLEAU. FLURY. LECLERC. HEUBER.
+
+ BONIFACY, _garde-bosquet_.
+
+ BOISSY. GEOFFROY. HEUBER.
+
+ * * * * *
+
+XII.
+
+ A Versailles, le 5 mars 1793, l'an II de la République.
+
+CITOYEN,
+
+J'ai ordonné ce matin, en conséquence de votre lettre d'hier, la
+fermeture de deux portes à la maison cy-devant de Madame Élisabeth,
+mais on m'a observé que si l'on condamnoit celle de la petite cour
+côté de l'avenuë de Paris, le gardien de ce côté-là ne pourroit plus
+sortir d'aucun côté.
+
+Il n'y auroit d'autre moyen, en persistant de lui interdire le passage
+par le jardin, que de lui faire ouvrir le guichet de la grande porte,
+après en avoir levé les scellés, car ils sont sur toutes les portes
+intérieures qui conduisent à la grande cour; mais il y communiqueroit
+par dehors.
+
+J'ai appris, cher concitoyen, que vous étiez débarassé de votre rhume,
+j'en suis bien aise, mais moi je suis pris par tous les bouts, au pied
+par une reculade imprévue, à la tête par un rhume oppiniâtre, et par
+tout le corps je ne scais pourquoi.
+
+Je suis votre frère en patriotisme,
+
+ _Le maire de Versailles_, HUVÉ.
+
+Vu par nous administrateurs composant le directoire du district de
+Versailles, pour être exécuté par le citoyen inspecteur des bâtiments
+de l'arrondissement, en présence du citoyen Gazard, commis de
+l'administration, chargé de lever et apposer les scellés où besoin
+sera.
+
+A Versailles, 9 mars 1793, l'an deux de la République.
+
+ BOYELLEAU, BÉZARD, _v. p._ DEVEZE, _pr. s._ CHAILLIOU.
+
+ COURRAUT.
+
+ * * * * *
+
+XIII.
+
+ A Versailles, le 7 mars 1793, l'an II de la République.
+
+CITOYEN,
+
+Je vous prévient que Madame Élisabeth, avoit une chien de sûreté a sa
+maison, elle faisoit donner six livres de pain par jour, le citoyen
+Thierry, boulanger du ci-devant Roi, est m'en avoit donnez la garde
+comme étant le gardien de ladite maison, mais trouvant qu'un seul
+chien ne suffisoit pas pour la sûreté de la maison, Madame Élisabeth
+m'a ordonnez en différentes fois d'en élever plusieurs, comme il
+plaisoit à Madame Élisabeth d'en disposer à sa volonté, et quel en
+faisoit des cadots, laqu'elle m'avoit promis un dedomagement, mais
+comme n'étant point revenuë, je n'ai toujours eut que la nouriture du
+premier, dont ledit citoyen Thierry a cessez de fournir le pain le 1er
+mars de la présente année 1793; est je me trouve avoir trois gros
+chiens à ma charge, est des frais d'en avoir elever et nourries
+plusieurs dont deux jusqu'à présent s'en avoir eut aucun dédomagement;
+est ayant prévenüe les citoyens qui ont posez les scellés, comment est
+que je pouroit faire avec ces chiens, s'il falloit m'en défaire, où en
+prévenir la municipalité, ils monts ordonnez de les garder jusqu'à la
+levée des scellés. Mais n'ayant plus le pain est n'ayant aucun
+dédomagement pour les nourirents je ne peut pas garder trois gros
+chiens à ma charge.
+
+ HEUBER, _gardien de la maison ci-devant Madame Élisabeth_.
+
+ * * * * *
+
+_Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement._
+
+Le directeur de la régie nationale qui a pris communication de la
+pétition de l'autre part, est d'avis:
+
+1º Que le citoyen Hubert soit autorisé à conserver un chien de
+basse-cour pour la garde de la maison Élisabeth Capet, située à
+l'extrémité de l'avenüe de Paris;
+
+2º Qu'il lui soit tenu compte de cet objet de dépense à compter du 1er
+de ce mois, sur le pied qui sera déterminé par le directoire du
+district;
+
+3º Enfin, que ledit Hubert vende, s'il est possible, ou donne les
+autres chiens qui sont inutiles. Le directeur observe au surplus que
+si les meubles existants dans cette maison étoient vendus ou
+transportés ailleurs, on trouveroit sans doute à la louer, ce qui
+produiroit le double avantage de supprimer toute espèce de dépense, et
+de procurer à la République un revenu dont elle est privée.
+
+Versailles, 18 mars 1793, le deuxième de la République françoise.
+
+ DESCHESNE.
+
+ * * * * *
+
+XIV.
+
+_Extrait du registre des délibérations du directoire du département de
+Seine-et-Oise._
+
+ Séance publique du 8 juin 1793, l'an II de la République française.
+
+Vu par le directeur la réclamation de sept ouvriers jardiniers,
+employés au jardin ci-devant appartenant à la soeur de Louis Capet,
+dépendant de la liste civile et situé au grand Montreuil, qui a pour
+objet le payement de trente-six livres chacun, qu'ils déclarent avoir
+ci-devant été dans l'usage de recevoir annuellement à titre de
+gratification, et n'avoir pas touché depuis 1791 inclusivement;
+
+Le certificat du jardinier de ce jardin qui atteste cet usage;
+
+Le renvoi de ladite demande de la part du district au directeur de la
+régie;
+
+L'avis du directeur de la régie du 2 janvier dernier;
+
+L'avis au district de Versailles du 11 dudit mois de janvier;
+
+Ouï le procureur général sindic,
+
+Le directoire, attendû que les sept ouvriers réclamants n'étoient pas
+mis en oeuvre de l'ordre direct de la ci-devant Madame Élisabeth, mais
+bien pour le jardinier personnellement, et que c'est conséquemment à
+celui-ci de pourvoir tant à leurs salaires qu'à leurs gratifications
+s'il le juge à propos;
+
+Arrête qu'il n'y a pas lieu d'accorder les gratifications requises.
+
+Pour expédition, signés Richaud et Bocquet, secrétaire.
+
+ Pour copie conforme:
+
+ GAZARD, _secrétaire_.
+
+ * * * * *
+
+XV.
+
+Aujourd'hui lundi cinq août mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an
+deux de la République une et indivisible, nous, J. M. Musset,
+Claude-Étienne Contant et Nicolas Monjardet, commissaires de la
+Convention nationale du district de Versailles et de la municipalité
+de ladite ville, nous sommes transportés dans la maison ci-devant
+occupée par Élisabeth Capet, avenue de Paris, à l'effet d'examiner si
+les meubles des appartements de cette maison n'étoient point
+endommagés par les vers ou autrement. Nous nous sommes fait
+accompagner dans la visite que nous avons faite de plusieurs de ces
+appartements par le citoyen Hubert, l'épouse du citoyen Fleury et le
+citoyen Prévost, tous trois gardiens des scellés de ladite maison.
+
+Les meubles que nous avons examinés sont ceux des appartements dont
+les portes d'entrée sont numérotées 1 et 2, -- 16 et 17, -- 12 et 13,
+-- 14, 15, -- 18 et 20, desquelles portes nous avons levé les scellés,
+trouvés intacts.
+
+Voyant que ces meubles étoient tout neufs et fort peu endommagés des
+vers, nous avons jugé inutile d'en examiner un plus grand nombre, et
+nous nous sommes bornés à en faire battre plusieurs couchers et
+chaises sortis à cet effet dans la cour, en en prenant note; après
+quoi nous avons fait exactement replacer chacun à sa place, avons fait
+entièrement refermer lesdits appartements, et les scellés ont été
+réapposés par le commissaire du district sur chacune desdites portes.
+
+Ensuite nous avons cru devoir, avant de terminer, visiter aussi les
+meubles de l'appartement d'Élisabeth Capet. Nous avons à cet effet
+levé les scellés mis sur la porte d'entrée, et après avoir entré dans
+l'antichambre, nous avons trouvé déchiré dans le milieu, et vis-à-vis
+la jonction des deux battants de la porte, le papier des scellés mis
+sur la porte à gauche qui est celle de l'appartement; et cette porte
+ouverte, le pesne de la serrure étant hors de la gâche, sur quoi il
+nous a été observé par lesdits gardiens que cette porte, fermée ainsi
+peut-être par inadvertance, pouvoit avoir été la cause du déchirement
+de ce papier dans quelque moment où il y aura eu du vent.
+
+Nous avons vérifié que les meubles de cet appartement, qui sont
+précieux, n'étoient nullement endommagés. Nous avons refermé ladite
+porte trouvée ouverte, mais sans y apposer de nouveaux scellés,
+observant que ceux de la porte d'entrée suffisoient, et les scellés
+ont été réapposés sur celle-ci.
+
+De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, fait double
+pour être déposé au district et l'autre entre les mains des
+représentants du peuple, et avons signé avec lesdits gardiens
+présents, l'un d'eux représentés par son épouse, les an, mois et jour
+susdits. Et avons remis à la maison commune les clefs desdits
+appartements où elles étoient déposées.
+
+ MONJARDET, J. M. MUSSET, _commissaire national_, PRÉVOST, COUTANT,
+ _commissaire du district_, HEUBER, Femme FLURY.
+
+ * * * * *
+
+XVI.
+
+_Aux citoyens administrateurs du directoire du district de
+Seine-et-Oise._
+
+CITOYENS,
+
+Coupry, jardinier dans la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, est
+décédé hier 8 nivôse à la suite d'une maladie; comme j'ai toujours
+veillié autant qu'il a dependû de moi aux interest de la République,
+si j'ai pû obtenir quelque confiance, je prie les citoyens
+administrateurs de vouloir bien me maintenir dans l'emploi provisoire
+de la surveillance du jardin et orangerie, ou il ce trouve maintenant
+beaucoup de plantes appartenant à la nation auxquelles j'ai toujours
+donné mes soins.
+
+ LACOLONGE.
+
+A Versailles, ce 9 nivôse, l'an second de la République françoise (29
+décembre 1793).
+
+Salut et fraternité.
+
+ * * * * *
+
+_Avis du directeur de la régie nationale._
+
+Le directeur de la régie observe que, vû la vigilance et la probité
+bien reconnues du citoyen Lacolonge, l'administration adoptera une
+mesure fort sage, en lui confiant provisoirement le soin de veiller à
+la conservation des jardins, orangerie, plantes et arbustes de la
+maison d'Élisabeth Capet: il avoit la confiance de Coupry; personne ne
+connoît mieux que lui les détails de cette maison, il n'est donc pas
+possible de faire meilleur choix.
+
+Il est vraisemblable que des anciens ouvriers, qui ont travaillé dans
+le jardin dépendant de ladite maison, feront des démarches pour
+remplacer Coupry; mais il seroit contraire à l'intérêt de la
+République de les laisser s'immiscer dans une administration où il
+régnoit une foule d'abus qu'on a attribués à plusieurs d'entr'eux.
+
+Versailles, ce 21 nivôse de l'an II de la République une et
+indivisible (10 janvier 1794).
+
+ DESCHESNE.
+
+ * * * * *
+
+XVII.
+
+Aujourd'hui sept ventôse, an second de la République françoise une et
+indivisible (25 février 1794), à quatre heures de relevée, moi,
+soussigné, comissaire nommé par l'administration du district de
+Versailles, département de Seine-et-Oise, par comission en datte du 24
+pluviôse, pour la levée des scellés apposés au local du palais
+National et autres lieux dépendants de la ci-devant liste civile,
+assisté du citoyen Tissot, notable, comissaire pour la municipalité,
+nous nous sommes transporté au local dit Maison Élisabeth, où, après
+vérification faite des scellés apposés sur différentes portes
+environnant le jardin et autres issues de la maison, nous en avons
+fait la levée ainsi qu'il suit, savoir:
+
+ Pº A une porte de la cour des cuisines;
+
+ 2º Une grande porte donnant sur l'avenue de Paris;
+
+ 3º Une porte donnant sous la voûte qui conduit à l'avenue de Paris;
+
+ 4º Une porte donnant sur la ruelle, au bout du jardin Lemonier;
+
+ 5º A la porte de communication du jardin dudit Lemonier;
+
+ 6º A la porte de communication du jardin de la citoyenne Makau;
+
+ 7º A la porte donnant à la maison de la femme Diane Polignac;
+
+ 8º A la porte du jardin du petit bâtiment détaché;
+
+ 9º A la porte cochère du petit bâtiment id.
+
+Plus, le citoyen Flury, concierge de laditte maison, nous a fait voir
+des chassis de couche vitré, au nombre de soixante-dix-sept de 4 pieds
+carrés, et huit de 18 pouces sur 4 pieds, dont il a donné note au
+citoyen L'Oiseleur, inspecteur de laditte maison.
+
+La levée des scellés étant terminés, nous donnons décharge aux
+gardiens ci-après dénommés, savoir:
+
+Le citoyen Flury,
+
+Prévost,
+
+Heubert,
+
+Bonifacy.
+
+Et a ledit citoyen Flury signé avec nous, comme restant concierge, ce
+jour et an que dessus.
+
+ TISSOT, _notable_. COSTAR, _commissaire du district_. FLURY.
+
+ * * * * *
+
+XVIII
+
+_Aux citoyens administrateurs composant le directoire du district de
+Versailles._
+
+CITOYENS,
+
+Le citoyen Jean-Philippe Quadot, ci-devant balayeur de la maison de
+ci-devant Élisabeth Capet, soumets sous vos yeux sa triste position,
+etant pere de famille: est peu favorisez de la fortune, il ose espérer
+de votre justices le soutien que tous citoyen doit attendre de vous
+magistrats, lorsque la demande d'un réclamant ce trouve fondé; c'est
+dans cette espoir qu'ils vous soumets les reclamations suivante.
+
+Jean-Philippe Quadot, âgé de soixante ans, pere de famille et
+indigent, a servie sous le règne du tyran Louis quinzième du nom, dans
+le ci-devant régiment de Normandie, où il fit cinq campagne durant les
+guerres d'Hanôvre; sortie du service militaire en 1757 (v. stile) il
+entra l'année ensuite au ci-devant château, en qualité de garçon
+marbrier pour l'entretien et la propreté de toute les marbres qui
+dépendoient des appartements dudit château, ainsi que de ceux de la
+chapelle; ayant de paye vingt sols par jour; ce qui ne pouvoit qu'à
+peine le faire subsanter lui est sa famille, mais dans lespoir où le
+réclamant étoit que l'on prendroit son sort et son ancien service en
+considération fait qu'il a toujours espérez jusqu'en 1789 (v. stile)
+où la ci-devant Élisabeth le prit à son service en qualité de
+balayeur, ordonnant qu'il fut habillez logez chauffez et eclairez, lui
+accordant aussi trente sols par jours de gage. Ce qui ne fut pas
+exécuté t'elle qu'elle l'avoit ordonnée, n'ayant étté logez qu'un an
+après etre entrée à son service, est n'ayant point étté habillez du
+tout, pour les trente sols par jour de gage la première année nayant
+étté payéz par le citoyen Sulleau concierge de la maison qui en etoit
+chargéz à raison de vingt quatre sols la seconde à raison de vingt six
+sols et la troisième à raison de vingt huit sols par jour jusqu'aux
+premier novembre; où ayant fait observer audit citoyen Sulleau que ce
+n'étoit point là les ordres de la maîtresse de le payer depuis vingt
+quatre sols jusqu'à vingt huit sols puisqu'elle avoit ordonné de le
+payer à raison de trente sols par jour; sur quoi le dit concierge lui
+dit qu'il n'étoit jamais content et comment faisoit-il au château
+lorsqu'il n'avoit que vingt sols, à quoi le citoyen Quadot a répondu
+qu'il avoit des Bonnes-âmes qui l'aidoit lui est sa famille, est que
+sa femme travailloit mais que n'étant plus jeune ni lui non plus ils
+seroit bien malheureux qu'ils fussent obligéz d'aller mendier leurs
+pains, tandis que lui concierge ne ce contentant pas de sa place
+cherchoit encor à retenir le salaire d'un malheureux. Cependant
+d'après cette explication il le paya à raison de trente sols par jour
+depuis le mois de novembre 1792 (v. style); quand au bois et la
+chandelle, il n'en avoit pas la moitié de son besoin.
+
+Voici le précis de son état qu'il vous a exposéz.--Actuellement voici
+où ce borne sa demarche auprès de vous citoyens administrateurs.
+
+Le citoyen Flüry garçon du citoyen Sulleau, ordonna le 18 ventôse au
+citoyen Quadot dévacuer le logement qu'il occupe dans la maison de
+rendre les meubles dans le délai de vingt-quatre heures; le malheureux
+Quadot malade d'un coup de pied de cheval qu'il a reçue dans lestomac,
+s'en le sols s'en lit pour ce coucher lui et sa famille...
+
+Je pase sous silence a votre humanité le tableau douloureux d'une
+famille abandonnée, réduite au désespoir.
+
+N'ayant aucunes resources que de votre justices et ayant une conduite
+s'en reproche.
+
+Vous fait la demande de son logement jusqu'au moment où l'on
+disposeroit de la maison autrement: en titre de charité après
+trente-six ans de service; est vous demande aussi de lui faire avoir
+son lit à la prissez un sixième en sus de l'estimation.
+
+Justices qu'il attend de vous citoyens administrateurs ce qui le
+pénétrera de la plus vive reconnoissance.
+
+Le citoyen Quadot ne schachant point signée à fait une
+
+ X
+
+_La demande du sieur Quadot est appuyée ainsi par sa section._
+
+Les président et secrétaires de la treizième section au nom de leurs
+concitoyens atestent que le citoyen Kadot est un bon citoyen, qu'il
+est père de quatre enfans dont trois à sa charge et un dans l'armée
+révolutionnaire, qu'en outre il est privé de toute fortune. En
+conséquence, il invite les membres du district de prendre en
+considération son honnêteté, les besoins de sa famille, et de
+permettre qu'il reste dans le logement qu'il occupe jusqu'à ce qu'il
+plaise à la justice du district d'en ordonner autrement.
+
+Versailles, le 21 ventôse, l'an deuxième de la République une et
+indivisible. (11 mars 1794.)
+
+ TARDIF, _secrétaire_.
+
+Le registre des délibérations de l'administration du district de
+Versailles nous apprend que,
+
+Dans la séance publique du 16 germinal an II (5 avril 1794),
+
+«Ouï l'agent national provisoire,
+
+»L'administration considérant que la position du réclamant exige des
+égards; que l'humanité souffrante ne peut qu'engager à secourir les
+infortunés;
+
+»Considérant que les intérêts de la République ne doivent pas être
+compromis;
+
+»Arrête que le citoyen Kadot jouira provisoirement du logement qu'il
+occupe à la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, jusqu'à ce qu'il ait
+été pris un parti par l'administration pour la vente ou la location de
+cette maison.
+
+ »Pour expédition,
+
+ »BOURNIZET, _Américain_.
+
+ »LECLERC, _p._ {le} _s._»
+
+ * * * * *
+
+XIV
+
+LETTRE DES PRINCES AU ROI.
+
+
+SIRE, NOTRE FRÈRE ET SEIGNEUR,
+
+Lorsque l'assemblée qui vous doit l'existence, et qui ne l'a fait
+servir qu'à la destruction de votre pouvoir, se croit au moment de
+consommer sa coupable entreprise; lorsqu'à l'indignité de vous tenir
+captif au milieu de votre capitale, elle ajoute la perfidie de vouloir
+que vous dégradiez votre trône de votre propre main; lorsqu'elle ose
+enfin vous présenter l'option, ou de souscrire des décrets qui
+feroient le malheur de vos peuples, ou de cesser d'être roi, nous nous
+empressons d'apprendre à Votre Majesté que les puissances dont nous
+avons réclamé pour elle le secours, sont déterminées à y employer
+leurs forces; que l'Empereur et le roi de Prusse viennent d'en
+contracter l'engagement mutuel. Le sage Léopold, aussitôt après avoir
+assuré la tranquillité de ses États et amené celle de l'Europe, a
+signé cet engagement à Pilnitz, le 29 du mois dernier, conjointement
+avec le digne successeur du grand Frédéric; ils en ont remis
+l'original entre nos mains, et pour le faire parvenir à votre
+connoissance nous le ferons imprimer à la suite de cette lettre, la
+publicité étant aujourd'hui la seule voie de communication dont vos
+cruels oppresseurs n'aient pu nous priver.
+
+Les autres cours sont dans les mêmes dispositions que celles de Vienne
+et de Berlin. Les princes et États de l'Empire ont déjà protesté, dans
+des actes authentiques, contre les lésions faites à des droits qu'ils
+ont résolu de soutenir avec vigueur. Vous ne sauriez douter, Sire, du
+vif intérêt que les rois Bourbons prennent à votre situation; Leurs
+Majestés Catholique et Sicilienne en ont donné des témoignages non
+équivoques. Les généreux sentiments du roi de Sardaigne, notre
+beau-père, ne peuvent pas être incertains. Vous avez droit de compter
+sur ceux des Suisses, les bons et anciens amis de la France. Jusque
+dans le fond du Nord, un roi magnanime[235] veut aussi contribuer à
+rétablir votre autorité; et l'immortelle Catherine, à qui aucun genre
+de gloire n'est étranger, ne laissera pas échapper celle de défendre
+la cause des souverains.
+
+[Note 235: Le roi de Suède.]
+
+Il n'est point à craindre que la nation britannique, trop généreuse
+pour contrarier ce qu'elle trouve juste, trop éclairée pour ne pas
+désirer ce qui intéresse sa propre tranquillité, veuille s'opposer aux
+vues de cette noble et irrésistible confédération.
+
+Ainsi, dans vos malheurs, Sire, vous avez la consolation de voir les
+puissances conspirer à les faire cesser, et votre fermeté, dans le
+moment critique où vous êtes, aura pour appui l'Europe entière.
+
+Ceux qui savent qu'on n'ébranle vos résolutions qu'en attaquant votre
+sensibilité, voudront sans doute vous faire envisager l'aide des
+puissances étrangères comme pouvant devenir funeste à vos sujets; ce
+qui n'est que vue auxiliaire, ils le travestiront en vue hostile, et
+vous peindront le royaume inondé de sang, déchiré dans toutes ses
+parties, menacé de démembrements. C'est ainsi qu'après avoir toujours
+employé les plus fausses alarmes pour causer les maux les plus réels,
+ils veulent se servir encore du même moyen pour les perpétuer; c'est
+ainsi qu'ils espèrent faire supporter le fléau de leur odieuse
+tyrannie, en faisant croire que tout ce qui la combat conduit au plus
+dur despotisme.
+
+Mais, Sire, les intentions des souverains qui vous donneront des
+secours sont aussi droites, aussi pures que le zèle qui nous les fait
+solliciter; elles n'ont rien d'effrayant ni pour l'État, ni pour vos
+peuples: ce n'est point les attaquer, c'est leur rendre le plus
+signalé de tous les services, que de les arracher au despotisme des
+démagogues, aux calamités de l'anarchie. Vous vouliez assurer plus que
+jamais la liberté de vos sujets, quand des séditieux vous ont ravi la
+vôtre; ce que nous faisons pour parvenir à vous la rendre, avec la
+mesure d'autorité qui vous appartient légitimement, ne peut être
+suspecté de volonté oppressive; c'est au contraire venger la liberté
+que de réprimer la licence; affranchir la nation, que de rétablir la
+force publique, sans laquelle elle ne peut être libre. Ces principes,
+Sire, sont les vôtres; le même esprit de modération et de bienfaisance
+qui caractérise toutes vos actions sera la règle de notre conduite: il
+est l'âme de toutes nos démarches auprès des cours étrangères; et
+dépositaires des témoignages positifs des vues aussi généreuses,
+qu'équitables qui les animent, nous pouvons garantir qu'elles n'ont
+d'autre désir que de vous remettre en possession du gouvernement de
+vos États, pour que vos peuples puissent jouir en paix des bienfaits
+que vous leur avez destinés.
+
+Si les rebelles opposent à ce désir une résistance opiniâtre et
+aveugle, qui force les armées étrangères de pénétrer dans le royaume,
+eux seuls les y auront attirées, sur eux seuls rejailliroit le sang
+coupable qu'il seroit nécessaire de répandre; la guerre seroit leur
+ouvrage. Le but des puissances étrangères n'est que de soutenir la
+partie saine de la nation contre la partie délirante, et d'éteindre au
+sein du royaume le volcan du fanatisme, dont les éruptions propagées
+menacent tous les empires.
+
+D'ailleurs, Sire, il n'y a pas lieu de croire que les François,
+quelque soin qu'on prenne d'enflammer leur bravoure naturelle, en
+exaltant, en électrisant toutes les têtes par des prestiges de
+patriotisme et de liberté, veuillent longtemps sacrifier leur repos,
+leurs biens et leur sang pour soutenir une innovation extravagante qui
+n'a fait que des malheureux. L'ivresse n'a qu'un temps; les succès du
+crime ont des bornes; et on se lasse bientôt des excès, quand on est
+soi-même victime. Bientôt on se demandera pourquoi on se bat, et l'on
+verra que c'est pour servir l'ambition d'une troupe de factieux qu'on
+méprise, contre un roi qui s'est toujours montré juste et humain;
+pourquoi l'on se ruine, et l'on verra que c'est pour assouvir la
+cupidité de ceux qui se sont emparés de toutes les richesses de
+l'État, qui en font le plus détestable usage, et qui, chargés de
+restaurer les finances publiques, les ont précipitées dans un abîme
+épouvantable; pourquoi on viole les devoirs les plus sacrés, et l'on
+verra que c'est pour devenir plus pauvres, plus souffrants, plus
+vexés, plus imposés qu'on ne l'avoit jamais été; pourquoi on
+bouleverse l'ancien gouvernement, et l'on verra que c'est dans le vain
+espoir d'en introduire un qui, s'il étoit praticable, seroit mille
+fois plus abusif, mais dont l'exécution est absolument impossible;
+pourquoi l'on persécute les ministres de Dieu, et l'on verra que c'est
+pour favoriser les desseins d'une secte orgueilleuse qui a résolu de
+détruire toute religion, et par conséquent de déchaîner tous les
+crimes.
+
+Déjà même toutes ces vérités sont devenues sensibles, déjà le voile de
+l'imposture se déchire de toutes parts, et les murmures contre
+l'assemblée qui a usurpé tous les pouvoirs et anéanti tous les droits
+s'étendent d'une extrémité du royaume à l'autre.
+
+Ne jugez pas, Sire, de la disposition du plus grand nombre par le
+mouvement des plus turbulents; ne jugez pas le sentiment national
+d'après l'inaction de la fidélité et son apparente indifférence.
+Lorsque vous fûtes arrêté à Varennes et lorsqu'une troupe de
+satellites vous reconduisit à Paris, l'effroi glaçoit alors tous les
+esprits et faisoit régner un morne silence. Ce qu'on vous cacha, ce
+qui dénote bien mieux le changement qui s'est fait et se fait encore
+de jour en jour dans l'opinion, ce sont les marques de mécontentement
+qui percent de toutes les provinces, et qui n'attendent qu'un appui
+pour éclater davantage; c'est la demande que plusieurs départements
+viennent de former pour que l'Assemblée ait à rendre compte des sommes
+immenses qu'elle a dilapidées depuis sa gestion; c'est la frayeur que
+ses chefs laissent apercevoir, et leurs tentatives réitérées pour
+entrer en accommodement; ce sont les plaintes du commerce et
+l'explosion récente du désespoir de nos colonies; c'est enfin la
+pénurie absolue du numéraire, le refus des contribuables de payer les
+impôts, l'attente d'une banqueroute prochaine, la défection des
+troupes qui, victimes de tous les genres de séduction, commencent à
+s'en indigner, et le progrès toujours croissant des émigrations. Il
+est impossible de se méprendre à de pareils signes, et leur notoriété
+est telle que l'audace même des séducteurs du peuple ne sauroit en
+contester la vérité.
+
+Ne croyez donc pas, Sire, à l'exagération des dangers par lesquels on
+s'efforce de vous effrayer. On sait que, peu sensible à ceux qui ne
+menaceroient que votre personne, vous l'êtes infiniment à ceux qui
+tomberoient sur vos peuples, ou qui pourroient frapper des objets
+chers à votre coeur, et c'est sur eux qu'on a la barbarie de vous
+faire frémir continuellement, en même temps qu'on a l'impudence de
+vanter votre liberté. Mais depuis trop longtemps on abuse de cet
+artifice, et le moment est venu de rejeter sur les factieux qui vous
+outragent l'arme de la terreur qui jusqu'ici a fait toute leur force.
+
+Les grands forfaits ne sont point à craindre lorsqu'il n'y a aucun
+intérêt à les commettre, ni aucun moyen d'éviter, en les commettant,
+une punition terrible. Tout Paris sait, tout Paris doit savoir que si
+une scélératesse fanatique ou soudoyée osoit attenter à vos jours ou à
+ceux de la Reine, des armées puissantes, chassant devant elles une
+milice foible par indicispline, découragée par les remords,
+viendroient aussitôt fondre sur la ville impie qui auroit attiré sur
+elle la vengeance du ciel et l'indignation de l'univers. Aucun des
+coupables ne pourroit échapper aux plus rigoureux supplices; donc
+aucun d'eux ne voudra s'y exposer.
+
+Mais si la plus aveugle fureur armoit un bras parricide, vous verriez,
+Sire, n'en doutez pas, des milliers de citoyens fidèles se précipiter
+autour de la famille royale, vous couvrir, s'il le falloit, de leurs
+corps, et verser tout leur sang pour défendre le vôtre... Eh! pourquoi
+cesseriez-vous de compter sur l'affection d'un peuple dont vous n'avez
+pas cessé un seul moment de vouloir le bonheur?
+
+Le François se laisse facilement égarer, mais facilement aussi il
+rentre dans la route du devoir; ses moeurs sont naturellement trop
+douces pour que ses actions soient longtemps féroces; et son amour
+pour ses rois est trop enraciné dans son coeur, pour qu'une illusion
+funeste ait pu l'en arracher entièrement.
+
+Qui pourroit être plus porté que nous à concevoir des alarmes sur la
+situation d'un frère tendrement chéri? Mais, au dire même de vos plus
+téméraires oppresseurs, ce refus du résumé constitutionnel, que nous
+apprenons vous avoir été présenté par l'Assemblée, le 3 de ce mois, ne
+vous exposeroit qu'au danger d'être destitué par elle de la royauté;
+or ce danger n'en est pas un. Qu'importe que vous cessiez d'être roi
+aux yeux des factieux, lorsque vous le seriez plus glorieusement et
+plus solidement que jamais aux yeux de toute l'Europe et dans le coeur
+de tous vos sujets fidèles? Qu'importe que, par une entreprise
+insensée, on osât vous déclarer déchu du trône de vos ancêtres,
+lorsque les forces combinées de toutes les puissances sont préparées
+pour vous y maintenir et punir les vils usurpateurs qui en auroient
+souillé l'éclat?
+
+Le danger seroit bien plus grand si, en paroissant consentir à la
+dissolution de la monarchie, vous paroissiez affaiblir vos droits
+personnels aux secours de tous les monarques, et si vous sembliez vous
+séparer de la cause des souverains en consacrant une doctrine qu'ils
+sont obligés de proscrire. Le péril augmenteroit en proportion de ce
+que vous montreriez moins de confiance dans les moyens préservateurs;
+il augmenteroit à mesure que l'impression du caractère auguste qui
+fait trembler le crime aux pieds de la majesté royale dignement
+soutenue, perdroit de sa force; il augmenteroit lorsque l'apparence de
+l'abandon des intérêts de la religion pourroit exciter la fermentation
+la plus redoutable; il augmenteroit enfin, si, vous résignant à
+n'avoir plus que le vain titre d'un roi sans pouvoir, vous paroissiez,
+au jugement de l'univers, abdiquer la couronne, dont chacun sait que
+la conservation exige celle des droits inaliénables qui y sont
+essentiellement inhérents.
+
+Le plus sacré des devoirs, Sire, ainsi que le plus vif attachement,
+nous portent à mettre sous vos yeux toutes ces conséquences
+dangereuses de la moindre apparence de foiblesse, en même temps que
+nous vous présentons la masse des forces imposantes qui doit être la
+sauvegarde de votre fermeté.
+
+Nous devons encore vous annoncer, et même nous jurons à vos pieds, que
+si des motifs qu'il nous est impossible d'apercevoir, mais qui ne
+pourroient avoir pour principe que l'excès de la violence et une
+contrainte qui, pour être déguisée, n'en seroit que plus cruelle,
+forçoient votre main de souscrire une acceptation que votre coeur
+rejette, que votre intérêt et celui de vos peuples repoussent, et que
+votre devoir de roi vous interdit expressément, nous protesterions à
+la face de toute la terre, et de la manière la plus solennelle, contre
+cet acte illusoire et tout ce qui pourroit en dépendre; nous
+démontrerions qu'il est nul par lui-même, nul par le défaut de
+liberté, nul par le vice radical de toutes les opérations de
+l'Assemblée usurpatrice, qui, n'étant pas assemblée d'états généraux,
+n'est rien. Nous sommes fondés sur les droits de la nation entière à
+rejeter des décrets diamétralement contraires à son voeu exprimé par
+l'unanimité des cahiers, et nous désavouerions pour elle des
+mandataires infidèles qui, en violant les ordres et transgressant la
+mission qu'elle leur avoit donnée, ont cessé d'être ses représentants;
+nous soutiendrions, ce qui est évident, qu'ayant agi contre leur
+titre, ils ont agi sans pouvoir, et que ce qu'ils n'ont pu faire
+légalement ne peut être accepté validement. Notre protestation, signée
+avec nous par tous les princes de votre sang qui nous sont réunis,
+seroit commune à toute la maison de Bourbon, à qui ses droits
+éventuels à la couronne imposent le devoir d'en défendre l'auguste
+dépôt. Nous protesterions pour vous-même, Sire, en protestant pour vos
+peuples, pour la religion, pour les maximes fondamentales de la
+monarchie et pour tous les ordres de l'État.
+
+Nous protesterions pour vous et en votre nom contre ce qui n'en auroit
+qu'une fausse empreinte. Votre voix étant étouffée par l'oppression,
+nous en serions les organes nécessaires, et nous exprimerions vos
+vrais sentiments, tels qu'ils sont consignés au serment de votre
+avénement au trône, tels qu'ils sont constatés par les actions de
+votre vie entière, tels qu'ils se sont montrés dans la déclaration que
+vous avez faite au moment où vous vous êtes cru libre; vous ne pouvez
+pas, vous ne devez pas en avoir d'autres, et votre volonté n'existe
+que dans les actes où elle respire librement.
+
+Nous protesterions pour vos peuples, qui, dans leur délire, ne peuvent
+apercevoir combien ce fantôme de constitution nouvelle qu'on fait
+briller à leurs yeux et aux pieds duquel on les fait jurer vainement,
+leur deviendroit funeste. Lorsque ces peuples, ne connoissant plus ni
+chef légitime, ni leurs intérêts les plus chers, se laissent entraîner
+à leur perte; lorsque, aveuglés par de trompeuses promesses, ils ne
+voient pas qu'on les anime eux-mêmes à détruire les gages de leur
+sûreté, les soutiens de leur repos, les principes de leur subsistance
+et tous les liens de leur association civile, il faut en réclamer pour
+eux le rétablissement, il faut les sauver de leur propre frénésie.
+
+Nous protesterions pour la religion de nos pères, qui est attaquée
+dans ses dogmes et dans son culte, comme dans ses ministres; et
+suppléant à l'impuissance où vous serez de remplir vous-même vos
+devoirs de fils aîné de l'Église, nous prendrions en votre nom la
+défense de ses droits, nous nous opposerions à des spoliations qui
+tendent à l'avenir; nous nous élèverions avec force contre des actes
+qui menacent le royaume des horreurs du schisme, et nous professerions
+hautement notre attachement inaltérable aux règles ecclésiastiques
+admises dans l'État, desquelles vous avez juré de maintenir
+l'observation.
+
+Nous protesterions pour les maximes fondamentales de la monarchie,
+dont il ne vous est pas permis, Sire, de vous départir, que la nation
+elle-même a déclarées inviolables, et qui seroient totalement
+renversées par les décrets qu'on vous présente, spécialement par ceux
+qui, en excluant le Roi de l'exercice du pouvoir législatif,
+abolissent la royauté même; par ceux qui en détruisent tous les
+soutiens, en supprimant les rangs intermédiaires; par ceux qui, en
+nivelant tous les états, anéantissent jusqu'au principe de
+l'obéissance; par ceux qui enlèvent au monarque les fonctions les plus
+essentielles du gouvernement monarchique, ou qui le rendent subordonné
+dans celles qu'ils lui laissent; par ceux enfin qui ont armé le
+peuple, qui ont annulé la force publique, et qui, en confondant tous
+les pouvoirs, ont introduit en France la tyrannie populaire.
+
+Nous protesterions pour tous les ordres de l'État, parce que,
+indépendamment de la suppression intolérable et impossible prononcée
+contre les deux premiers ordres, tous ont été lésés, vexés,
+dépouillés, et nous aurions à réclamer tout à la fois les droits du
+clergé, qui n'a voulu montrer une ferme et généreuse résistance que
+pour les intérêts du ciel et les fonctions du saint ministère; les
+droits de la noblesse, qui, plus sensible aux outrages faits au trône
+dont elle est l'appui qu'à la persécution qu'elle éprouve, sacrifie
+tout pour manifester par un zèle éclatant qu'aucun obstacle ne peut
+empêcher un chevalier françois de demeurer fidèle à son roi, à sa
+patrie, à son honneur; les droits de la magistrature qui regrette,
+beaucoup plus que la privation de son état, de se voir réduite à gémir
+en silence de l'abandon de la justice, de l'impunité des crimes et de
+la violation des lois dont elle est essentiellement dépositaire;
+enfin, des droits des possesseurs quelconques, puisqu'il n'est point
+en France de propriété qui ait été respectée, point de citoyens
+honnêtes qui n'aient souffert.
+
+Comment pourriez-vous, Sire, donner une approbation sincère et valide
+à la prétendue constitution qui a produit tant de maux!
+
+Dépositaire usufruitier du trône que vous avez hérité de vos aïeux,
+vous ne pouvez ni en aliéner les droits patrimoniaux, ni détruire la
+base constitutive sur laquelle il est assis.
+
+Défenseur-né de la religion de vos États, vous ne pouvez pas consentir
+à ce qui tend à sa ruine, et abandonner ses ministres à l'opprobre.
+
+Débiteur de la justice à vos sujets, vous ne pouvez pas renoncer à la
+fonction essentiellement royale de la leur faire rendre par les
+tribunaux légalement constitués et d'en surveiller vous-même
+l'administration.
+
+Protecteur des droits de tous les ordres et des possessions de tous
+les particuliers, vous ne pouvez pas les laisser violer et anéantir
+par la plus arbitraire des oppressions.
+
+Enfin, père de vos peuples, vous ne pouvez pas les livrer au désordre
+de l'anarchie.
+
+Si le crime qui vous obsède et la violence qui vous lie les mains ne
+vous permettent pas de remplir ces devoirs sacrés, ils n'en sont pas
+moins gravés dans votre coeur en traits ineffaçables, et nous
+accomplirons votre volonté réelle en suppléant, autant qu'il est en
+nous, à l'impuissance où vous êtes de l'exercer. Dussiez-vous même
+nous le défendre, et fussiez-vous forcé de vous dire libre en nous le
+défendant, ces défenses évidemment contraires à vos sentiments,
+puisqu'elles le seroient au premier de vos devoirs; ces défenses
+sorties du sein de votre captivité, qui ne cessera réellement que
+quand vos peuples seront rentrés dans le devoir et vos troupes sous
+votre obéissance; ces défenses qui ne pourroient avoir plus de valeur
+que tout ce que vous avez fait avant votre sortie et que vous avez
+désavoué ensuite; ces défenses enfin, qui seroient imprégnées de la
+même nullité que l'acte approbatif contre lequel nous serions obligés
+de protester, ne pourroient certainement pas nous faire trahir notre
+devoir, sacrifier vos intérêts et manquer à ce que la France auroit
+droit d'exiger de nous en pareille circonstance; nous obéirons, Sire,
+à vos véritables commandements, en résistant à des défenses
+extorquées, et nous serions sûrs de votre approbation en suivant les
+lois de l'honneur. Notre parfaite soumission vous est trop connue pour
+que jamais elle vous paroisse douteuse. Puissions-nous être bientôt au
+moment heureux où, rétabli en pleine liberté, vous nous verrez voler
+dans vos bras, y renouveler l'hommage de notre obéissance et en donner
+l'exemple à tous vos sujets.
+
+Nous sommes, Sire, notre frère et seigneur, de Votre Majesté
+
+ Les très-humbles et très-obéissants frères, serviteurs et sujets,
+
+ LOUIS-STANISLAS-XAVIER. CHARLES-PHILIPPE.
+
+ Au château de Schonburnstust, près Coblentz, le 10 septembre 1791.
+
+ * * * * *
+
+XV
+
+PROCLAMATION DU ROI
+
+A L'OCCASION DE LA JOURNÉE DU 20 JUIN 1792.
+
+Les Français n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude égarée
+par quelques factieux est venue à main armée dans l'habitation du Roi,
+a traîné du canon jusque dans la salle des gardes, a enfoncé les
+portes de son appartement à coups de hache, et là, abusant
+audacieusement du nom de la nation, elle a tenté d'obtenir par la
+force la sanction que Sa Majesté a constitutionnellement refusée à
+deux décrets.
+
+Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa
+conscience et son amour pour le bien public.
+
+Le Roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter; mais il a
+besoin de dire à la nation française que la violence, à quelque excès
+qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un consentement à
+tout ce qu'il trouvera contraire à l'intérêt public. Il expose sans
+regret sa tranquillité, sa sûreté; il sacrifie même sans peine la
+jouissance des droits qui appartiennent à tous les hommes, et que la
+loi devrait faire respecter chez lui, comme chez tous les citoyens;
+mais, comme représentant héréditaire de la nation française, il a des
+devoirs sacrés à remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de son
+repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs.
+
+Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de
+plus, ils peuvent le commettre. Dans l'état de crise où elle se
+trouve, le Roi donnera jusqu'au dernier moment à toutes les autorités
+constituées l'exemple du courage et de la fermeté qui seuls peuvent
+sauver l'empire. En conséquence, il ordonne à tous les corps
+administratifs et municipaux de veiller à la sûreté des personnes et
+des propriétés.
+
+ _Signé:_ LOUIS.
+
+FIN.
+
+
+
+
+TABLE
+
+DU SECOND VOLUME.
+
+ LIVRE VIII. CAPTIVITÉ DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE (depuis le
+ 13 août 1792 jusqu'au 21 janvier 1793) 1
+
+ ---- IX. DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU'À LA TRANSLATION DE
+ MARIE-ANTOINETTE À LA CONCIERGERIE (21 janvier--2 août 1793) 103
+
+ ---- X. DEPUIS LE DÉPART DE LA REINE JUSQU'À CELUI DE MADAME
+ ÉLISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE
+ (2 août 1793--9 mai 1794) 149
+
+ ---- XI. MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH 191
+
+ APPENDICE.--DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES QUI ONT ÉTÉ
+ FAITES POUR RETROUVER ET CONSTATER LES RESTES DE
+ MADAME ÉLISABETH 263
+
+ LETTRES DE MADAME ÉLISABETH 371
+
+ NOTES, DOCUMENTS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES 477
+
+ I. Lettre écrite de Paris par M. Repiquet, fédéré d'Autun,
+ département de Saône-et-Loire, à M. Repiquet, son frère,
+ citoyen audit Autun, sur les événements du 10 août 477
+
+ II. Lettre du vicaire de Fontenay de Vincennes à Madame
+ Élisabeth 480
+
+ III. Aspect extérieur de la tour du Temple; personnel commis
+ à sa garde; dispositions prises pour la sûreté de cette
+ prison 481
+
+ IV. Mémoire de madame Marie-Antoinette 486
+
+ V. Mémoires des médicaments fournis au Temple pendant les
+ mois de _mai_, _juin_ et _juillet_ 1793 489
+
+ VI. Détails que M. de Loménie de Brienne, ancien ministre
+ de la guerre, n'a pu lire ni faire lire pour sa
+ justification 493
+
+ VII. Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal
+ révolutionnaire 496
+
+ VIII. Acte de décès de Marie Magnin, femme de Jacques Bosson 499
+
+ IX. Acte de décès de Jacques Bosson 500
+
+ X. Maison de Madame Élisabeth 500
+
+ I. Arrêté de Delacroix, affectant à la manufacture
+ d'une horlogerie automatique la maison dite Élisabeth,
+ l'orangerie et la vacherie qui en dépendent, et plaçant
+ cet établissement sous la direction des citoyens
+ Glaesner et Lemaire 500
+
+ II. Arrêté consulaire supprimant la manufacture
+ d'horlogerie de Versailles 503
+
+ III. L'aliénation de la maison Élisabeth est décidée 503
+
+ IV. Vente de la maison Élisabeth 504
+
+ XI.--I. Le 8 octobre 1793, triage, réserve et vente des
+ fleurs du jardin de Montreuil 509
+
+ II. Le 10 ventôse an II (28 février 1794), le commissaire
+ à la disposition des plantes fait son rapport 513
+
+ III. Le 14 ventôse an II (4 mars 1794), l'administration
+ décide que la location des potagers, orangerie et
+ jardins, ci-devant appartenant à Élisabeth Capet,
+ sera mise à l'enchère 515
+
+ IV. Le 25 frimaire an III (15 décembre 1794), le
+ directeur de l'agence nationale de l'enregistrement
+ et des domaines annonce qu'il résulte des informations
+ prises que les dégradations journalières commises dans
+ le jardin Élisabeth sont le fait du citoyen Leblanc,
+ locataire actuel du jardin, qui y laisse habituellement
+ pâturer ses vaches. Il invite l'agent national à intenter
+ au délinquant, s'il y a lieu, une action judiciaire 516
+
+ XII. Récit du Père Carrichon 517
+
+ XIII. Pièces diverses concernant Madame Élisabeth 527
+
+ I. Son acte de baptême 527
+
+ II. Sa nourrice 528
+
+ III. État des appointements de ses dames de compagnie 530
+
+ IV. État des meubles de son appartement au château de
+ Versailles 533
+
+ V. État de ses diamants et perles 547
+
+ VI. État des distributions d'étrennes 548
+
+ VII. Registre des pensions trouvé chez Madame Élisabeth 554
+
+ VIII. Appointements de ses dames de compagnie en 1790 557
+
+ IX. Détail des dépenses extraordinaires de la chambre de
+ Madame Élisabeth 558
+
+ X. Déménagement des meubles de la chambre de Madame
+ Élisabeth, qui ont été transportés au Garde-meuble,
+ rue Neuve-Notre-Dame, nº 9, par Jubin, valet de
+ chambre tapissier 561
+
+ XI. Liste des livres de Madame portés à Paris 565
+
+ XII. Livres retirés de la bibliothèque de Montreuil 569
+
+ XIII. Nouvelles publications 570
+
+ XIV. Mémoire des ouvrages faits et fournis pour S. A. R.
+ Madame Élisabeth de France par Bourbon 574
+
+DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH, SISE AU GRAND MONTREUIL.
+
+ I. Maison de Montreuil et son jardin; le produit pendant
+ l'année 1790 575
+
+ II. Consigne du suisse de garde pour le jardin et les
+ bosquets de la maison de Montreuil, donnée par M. Huvé 576
+
+ III. Autre consigne, donnée par le sieur Sulleau 576
+
+ IV. Ouvrages de la bibliothèque de Montreuil qui seraient
+ également bien placés dans celle de Paris 578
+
+ V. Apposition des scellés sur les portes de la maison
+ Élisabeth, 12 mars 1792 581
+
+ VI. 8 octobre 1792. Les individus autorisés à demeurer dans la
+ maison Élisabeth témoignent, par l'organe du citoyen Sulleau,
+ concierge garde-meuble de ladite maison, le désagrément et la
+ gène qu'ils éprouvent de l'apposition des scellés 582
+
+ VII. Les citoyens Boissy et Borel, avec l'autorisation de la
+ commune de Versailles, apposent les scellés sur toutes les
+ portes extérieures de la maison et du jardin Élisabeth,
+ malgré les représentations du sieur Sulleau 583
+
+ VIII. État de la vacherie au mois d'octobre 1792 584
+
+ IX. Heuber, suisse et gardien de la maison Élisabeth, et
+ Bonifacy, garde-bosquets, se plaignent des dégâts qui se
+ font journellement dans l'enclos 584
+
+ X. Réclamations de Noël Gauthier et de Jullien Gauthier
+ frères 585
+
+ XI. Règlement de l'apposition des scellés, noms des personnes
+ employées et autorisées à loger dans la maison Élisabeth 585
+
+ XII. Lettre du maire de Versailles autorisant l'ouverture de la
+ grande porte de la maison: ordre donné à ce sujet par le
+ directoire du district de Versailles 586
+
+ XIII. Heuber, gardien de la maison Élisabeth, n'ayant pas de pain
+ pour nourrir ses trois gros chiens, demande ce qu'il doit en
+ faire.
+
+ Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement 587
+
+ XIV. Sept ouvriers jardiniers de la maison Élisabeth réclament
+ le payement de trente-six livres chacun, qu'ils recevaient
+ annuellement, à titre de gratification, de l'ordre de la
+ princesse.
+
+ Réponse du directoire du département 588
+
+ XV. Musset, Contant et Monjardet, commissaires de la Convention
+ nationale, du district de Versailles et de la municipalité
+ de ladite ville, visitent la maison Élisabeth, et en examinent
+ les appartements et les meubles 589
+
+ XVI. Le 9 nivôse an II, Lacolonge sollicite la place de jardinier
+ de la maison Élisabeth, laissée vacante par le décès de Coupry.
+ Cette demande est appuyée par le directeur de la régie
+ nationale 590
+
+ XVII. Le 7 ventôse an II (25 février 1794), les scellés sont levés
+ sur toutes les portes extérieures de la propriété 591
+
+ XVIII. Le citoyen Quadot, qui a servi sous le tyran Louis XV, et
+ qui est chargé de famille et sans ressource, réclame la faveur
+ d'être réintégré dans le logement qu'il occupait dans la maison
+ Élisabeth. Sa demande, appuyée par sa section, est couronnée
+ de succès 592
+
+ XIV. Lettre des Princes au Roi 594
+
+ XV. Proclamation du Roi à propos de la journée du 20
+ juin 1792 602
+
+
+PLACEMENT DES GRAVURES ET AUTOGRAPHES.
+
+ Portrait de Madame Élisabeth à vingt-neuf ans Au frontispice.
+
+ Acte d'accusation 204
+
+ Procès-verbal d'exécution de mort 230
+
+ Plan du cimetière de Monceaux 232
+
+ Plan de l'ancien cimetière de la Madeleine 251
+
+
+[Notes au lecteur de ce fichier numérique:
+
+--L'orthographe trouvée dans le livre a été conservée, mais certains
+accents ont été restaurés pour faciliter la lecture.
+
+--Les lettres supérieures inhabituelles sont entre parenthèses.
+
+--Le signe [V=] représente un V avec deux barres horizontales et Ø est
+un O barré horizontalement. Le signe [±] représente une croix.
+
+--Le signe utilisé comme signe monétaire dans ce fichier est différent de
+celui utilisé dans le livre [#].
+
+--Dans l'illustration "Procès-verbal d'exécution de mort", les mots
+entre parenthèses sont manuscrits.]
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame Élisabeth, soeur de
+Louis XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne
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+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42463 ***
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-The Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame lisabeth, soeur de Louis
-XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne
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-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: La Vie de Madame lisabeth, soeur de Louis XVI (Volume 2 / 2)
-
-Author: Alcide de Beauchesne
-
-Commentator: Monseigneur Dupanloup
-
-Illustrator: Morse et Emile Rousseau
-
-Release Date: April 3, 2013 [EBook #42463]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE DE MADAME ELISABETH, VOL 2 ***
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-Produced by Mireille Harmelin, wagner, Christine P. Travers
-and the Online Distributed Proofreading Team at
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-public domain material made available by the University
-of Toronto Libraries
-(http://link.library.utoronto.ca/booksonline/).)
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-
-
-LA VIE
-
-DE
-
-MADAME LISABETH
-
-SOEUR DE LOUIS XVI
-
-Par M. A. de BEAUCHESNE
-
-
-OUVRAGE
-
-ENRICHI DE DEUX PORTRAITS GRAVS EN TAILLE-DOUCE
-
-SOUS LA DIRECTION DE M. HENRIQUEL DUPONT
-
-PAR MORSE ET MILE ROUSSEAU
-
-DE FAC-SIMIL, D'AUTOGRAPHES ET DE PLANS
-
-
-ET PRCD D'UNE
-
-LETTRE DE Mgr DUPANLOUP
-
-VQUE D'ORLANS.
-
-
-TOME SECOND
-
-
-PARIS
-
-HENRI PLON, IMPRIMEUR-DITEUR
-
-RUE GARANCIRE, 10
-
-MDCCCLXIX
-
-_Tous droits rservs._
-
-
-
-
-[Illustration: _Madame lisabeth._]
-
-
-
-
-MADAME LISABETH.
-
-
-
-
-LIVRE HUITIME.
-
-CAPTIVIT DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE.
-
-DEPUIS LE 13 AOT 1792 JUSQU'AU 21 JANVIER 1793.
-
- Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chanes, comme si vous
- tiez vous-mmes avec eux; et de ceux qui sont affligs, comme
- tant vous-mmes dans un corps mortel.
-
- _ptre de S. PAUL aux Hbreux_, chap. XIII, v. 3.
-
- Coup d'oeil rtrospectif sur le 10 aot. -- Installation de la
- famille royale dans la petite tour du Temple; Madame lisabeth a
- une cuisine pour demeure. -- Mademoiselle Pauline de Tourzel
- partage sa chambre. -- Dnment de cette jeune fille; Madame
- lisabeth lui donne une de ses robes, qui, n'allant point sa
- taille, est refaite par la Reine, par Madame lisabeth et par
- elle-mme. -- Toutes les personnes qui ne sont pas membres de la
- famille royale sont emmenes la Commune. -- De l la princesse
- de Lamballe, mesdames de Tourzel, les femmes de chambre de la
- Reine, d'lisabeth et des enfants, sont conduites la Force. --
- Emploi de la journe au Temple. -- Pnurie. -- Outrages. --
- Manire dont les nouvelles du dehors arrivent au Roi. -- Tison et
- sa femme, espions plus que serviteurs de la famille royale. --
- Hue surprend lisabeth en prire. -- Prire de la princesse. --
- Suppression des maisons religieuses. -- Napolon Bonaparte va
- rclamer sa soeur la maison de Saint-Louis, Saint-Cyr. --
- Difficults qu'il prouve: il russit enfin. -- Manuel, au
- Temple, rassure Louis XVI sur la vie de M. Hue. -- Registre de la
- petite Force, crou des prisonnires. -- Meurtre de madame de
- Lamballe. -- Sa tte porte au Temple. -- Tmoignages de
- sympathie donns la famille royale, qui apprend que madame de
- Tourzel, la princesse de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon
- ne sont pas mortes, mais en mme temps que les prisonniers de la
- haute cour d'Orlans, et parmi eux le duc de Brissac et M. de
- Lessart, ont t massacrs Versailles. -- Hue fait des
- dmarches pour rentrer au Temple; sa visite Chaumette. -- La
- Convention remplace l'Assemble lgislative. -- La royaut
- abolie. -- Madame lisabeth indique Clry la manire dont il
- doit formuler la demande des objets ncessaires la famille
- royale. -- L'armoire de fer dcouverte. -- On enlve la famille
- royale tout moyen d'crire. -- Le Roi est spar de sa famille.
- -- Clry arrt et conduit au Palais de justice; il rentre au
- Temple. -- La Reine et Madame lisabeth installes dans la grande
- Tour. -- Description de leur nouvelle demeure. -- Point de
- changement dans les habitudes de la famille. -- Surveillance plus
- svre. -- Le docteur Leclerc, officier municipal de service la
- tour, ayant remis la Reine un remde pour sa fille qui avait
- une dartre sur la joue, est censur. -- Avanies. -- lisabeth
- sans nouvelles de ses amies. -- Maladie du Roi, du Dauphin, de la
- Reine, de Madame Royale, de Madame lisabeth. -- Clry soign par
- la famille royale. -- Dvouement d'lisabeth. -- Nouvelle
- municipalit; le nombre des commissaires au Temple est doubl. --
- Surveillance rigoureuse. -- Madame Clry apprend son mari que
- le Roi sera jug; Clry l'apprend au Roi. -- _Louis Capet_. -- Le
- Roi devant la Convention. -- Paroles de Madame lisabeth
- Clry. -- Moyen de s'entendre convenu entre eux. -- Le Roi
- choisit ses conseils. -- Commission de la Convention envoye au
- Temple. -- Testament du Roi. -- Le Roi de nouveau devant la
- Convention. -- Sa dfense. -- Le Roi dclar coupable. -- Message
- M. Edgeworth de Firmont. -- Condamnation du Roi. -- Appel la
- nation.
-
-
-Entrane par les vnements de la rvolution, dont on peut dire
-qu'ils courent plutt qu'ils ne marchent, l'histoire se prcipite au
-dnoment comme le drame, en laissant derrire elle les agitations
-intellectuelles et morales, les intentions qui ne se sont pas
-traduites en faits, tous ces projets mort-ns, ces combinaisons
-avortes qui font cependant partie de l'histoire, car une poque vit
-par la pense comme par l'action. Maintenant que le sinistre
-dnoment, prcurseur d'un dnoment plus sinistre encore, est
-intervenu, et que la famille royale est captive au Temple, le moment
-est arriv de jeter un regard rtrospectif sur les dernires tapes de
-la route que nous avons si rapidement parcourue, et d'claircir une
-question qui se prsente l'esprit du lecteur comme un douloureux
-problme. D'o vient que rien n'a t tent pour prvenir la
-catastrophe du 10 aot? Cette catastrophe, qui, pour nous, a un
-caractre fatal et invitable, tait-elle donc imprvue pour les
-hommes de ce temps-l? Ou bien n'y avait-il plus personne qui songet
- sauver la famille royale des prils qui la menaaient, en mettant,
-s'il le fallait, sa vie pour enjeu dans cette redoutable partie?
-
-L'historien de Madame lisabeth n'a pas le droit de laisser ces
-questions derrire lui sans chercher les rsoudre, d'autant plus que
-la soeur de Louis XVI, entrane dans la catastrophe commune, se
-trouva naturellement mle aux proccupations et aux agitations qui la
-prcdrent. Peu peu le jour se fait non-seulement sur l'ensemble de
-la rvolution, mais sur ses dtails. Les Mmoires des principaux
-personnages mls ses diverses scnes viennent successivement
-clairer les points rests dans l'ombre. C'est ainsi que les Mmoires
-de Malouet, rcemment publis par son petit-fils, nous apportent des
-lumires nouvelles sur les questions que nous avons coeur
-d'claircir.
-
-Aprs la journe du 20 juin 1792, le parti constitutionnel, effray
-son tour de la rapidit avec laquelle la rvolution se prcipitait
-vers l'anarchie, songea se rapprocher du Roi et sauver en mme
-temps la Constitution, oeuvre de la veille, et la monarchie
-traditionnelle, oeuvre des sicles. On n'a point oubli la dmarche
-que fit le gnral la Fayette en quittant son arme pour venir
-protester l'Assemble contre les violences du 20 juin. Ce n'tait l
-que la partie extrieure de sa dmarche; lui et les constitutionnels
-auraient voulu faire plus[1]. Leur dsir et leur projet taient de
-dcider le Roi partir pour l'arme, en portant, s'il le fallait, une
-division du gnral la Fayette sur Compigne pour favoriser le dpart
-de la famille royale, que les gardes suisses et les bataillons les
-plus fidles de la garde nationale auraient aide sortir de Paris,
-malgr l'Assemble. Ce plan, dj conu dans le mois de mai 1792, fut
-repris avec plus d'insistance la fin de juin; mais il choua, et il
-devait chouer, parce qu'il y avait trop d'ombrages entre le Roi et
-les chefs du parti constitutionnel; le pass les sparait par des
-souvenirs qui devenaient la fois des apprhensions et des rancunes.
-Au fond, ce qu'ils proposaient Louis XVI, c'tait de se confier
-d'une manire absolue leur gnie politique, leur nergie, leur
-fidlit, et de refaire avec le gnral la Fayette la seconde dition
-de ce voyage de Varennes qui avait manqu avec un homme bien autrement
-rsolu, le comte de Bouill. Or, le Roi, la Reine et Madame lisabeth
-croyaient peu au gnie politique des constitutionnels, moins encore
-leur nergie dans l'action, et, si l'on en excepte quelques-uns, comme
-le loyal Malouet, auquel ils accordaient une confiance mrite, ils se
-mfiaient de leur fidlit. En outre, le souvenir du funeste dnoment
-du voyage de Varennes planait comme une ombre nfaste sur l'esprit du
-Roi, et augmentait ses rpugnances. Au moins, l'poque de ce voyage,
-Louis XVI acceptait les chances prilleuses de la fuite pour aller
-rgner; en juin ou en juillet 1792, il ne les et acceptes que pour
-aller abdiquer[2] son pouvoir entre les mains des constitutionnels,
-parti en gnral honnte, mais peu pratique, qui ne lui prsentait ni
-un homme de gouvernement ni un homme d'action.
-
-[Note 1: M. la Fayette, qui jugeoit plus sainement alors l'tat des
-choses qu'au commencement de la rvolution, dit Malouet, toit de
-bonne foi dans son dsir de se consacrer au salut du Roi et de la
-Constitution, aprs avoir contribu mettre l'un et l'autre fort en
-pril. Il toit sr de son arme et de celle de son collgue Luckner,
-si le Roi consentoit se mettre leur tte. Il toit venu au mois de
-mai Paris pour lui en faire la proposition, et comme il savoit que
-Sa Majest avoit confiance en moi, il me fit demander un rendez-vous
-chez madame la princesse d'Hnin, o toient madame de Poix et madame
-de Simiane. (_Mmoires de Malouet_, publis par son petit-fils, t.
-II, p. 143.)]
-
-[Note 2: Il toit bien entendu, dit Malouet, que l'adhsion du Roi
-l'acte constitutionnel et ceux qui le dfendoient seroit franche et
-entire. Plus loin il ajoute: Quels que furent les voeux, les
-esprances de la famille royale, rien ne peut justifier l'imprudence
-du Roi de s'tre isol sans dfense au milieu de ses ennemis, de
-n'avoir su ni voulu rallier lui un parti national.
-
-Malouet, malgr ses bonnes intentions, retombe ici dans la logomachie
-qui fit tant de mal cette poque. O tait ce parti national?
-Savait-il ce qu'il voulait, ce qu'il faisait? Avant et aprs Varennes,
-n'avait-il pas trait le Roi en ennemi?]
-
-Voil la premire raison du refus qu'opposa Louis XVI aux propositions
-du parti constitutionnel et du gnral la Fayette dans le mois qui
-prcda le 10 aot, et si Madame lisabeth n'eut pas se prononcer
-directement, il est vraisemblable qu'elle donna la dcision de son
-frre une pleine adhsion[3]. Personne moins que cette princesse
-n'avait de confiance dans les esprits chimriques du parti
-constitutionnel, et ne leur reconnaissait moins la puissance de faire
-remonter la monarchie la pente au bas de laquelle ils avaient tant
-contribu la prcipiter. Il faut ajouter que la manire dont le
-gnral la Fayette avait t reu Paris, et la prcipitation avec
-laquelle il avait t oblig de rejoindre son arme, n'taient pas de
-nature donner confiance dans sa force[4].
-
-[Note 3: C'est la conviction de l'honnte Malouet: Croira-t-on,
-dit-il, que le Roi, qui avoit l'esprit juste; que la Reine, qui ne
-manquoit ni de lumire ni de courage; que Madame lisabeth, qui en
-avoit beaucoup, se rduisissent volontairement, au milieu des plus
-grands dangers, une complte inaction?]
-
-[Note 4: La Reine crivait le 4 juillet au comte de Mercy: Vous
-connoissez dj les vnements du 20 juin, notre position devient tous
-les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un ct,
-foiblesse et inertie de l'autre. On ne peut compter ni sur la garde
-nationale ni sur l'arme; on ne sait s'il faut rester Paris ou se
-jeter ailleurs. La journe du 10 aot donna tristement raison la
-Reine pour la garde nationale; la ncessit o fut le gnral la
-Fayette de s'enfuir et d'migrer aprs le 10 aot lui donna tristement
-raison pour l'arme. Malouet dit lui-mme: Dans Paris, o la majorit
-constitutionnelle toit encore plus nombreuse que dans l'Assemble, ce
-fut la plus vile populace et les sclrats dont elle suivait
-l'impulsion qui se montrrent les plus forts, et imprimrent tous
-les citoyens la terreur qui les a domins pendant tout le cours de la
-rvolution. (Arneth, _Marie-Antoinette_, Joseph und Leopold, p.
-265.)]
-
-Le second motif qui empcha le Roi et la famille royale d'accepter le
-plan des constitutionnels, au succs duquel ils ne croyaient pas,
-c'est qu'ils avaient des esprances ailleurs. Malouet indique quelles
-taient ces esprances. D'abord, la Reine comptait sur une dclaration
-de tous les rois de l'Europe, provoque par l'Empereur son frre, qui
-rendrait l'Assemble et Paris responsables de la vie du Roi et de
-celle de sa famille. Je ne doute pas, dit-il, que la scurit et les
-esprances de la Reine et de Madame lisabeth ne se rattachassent aux
-secours des puissances trangres que le Roi n'a jamais provoqus
-qu'avec beaucoup de circonspection et en se flattant toujours
-d'carter une guerre nationale. Puis il ajoute en faisant ressortir
-les inconvnients de cette combinaison, dont les scrupules
-patriotiques du Roi diminuaient encore les chances de russite:
-Cette combinaison toit aussi inconsquente que toutes les autres.
-Il n'y avoit rien de prcis, rien de complet dans son plan; les
-pouvoirs secrets donns au baron de Breteuil toient ventuels, plus
-vagues qu'illimits; ils n'appeloient point les armes trangres ni
-les corps d'migrs rassembls au dehors; ils tendoient une
-mdiation des allis de la France.
-
-Ces observations de Malouet sont justes, except dans leur application
- Madame lisabeth, qui ne compta jamais sur les secours du dehors;
-mais elles prouvent seulement combien la position du Roi et de sa
-famille tait difficile. Quoi qu'il ft, il y avait de graves
-inconvnients ce qu'il ferait, et la pluralit des moyens entre
-lesquels on hsitait tait un inconvnient de plus, parce qu'elle
-divisait les forces et l'attention, et une preuve qu'il n'y avait pas
-de solution qui s'impost, puisqu'on tait ballott d'expdient en
-expdient. Il y avait en effet, outre la combinaison constitutionnelle
-et la combinaison europenne, une troisime combinaison contre
-laquelle Malouet s'lve avec beaucoup de force: Je dois le dire en
-le dplorant, s'crie-t-il, une foule d'intrigants ou de gens
-officieux entouroient la famille royale; leur zle aveugle, indiscret,
-sans moyens, croit des esprances de contre-rvolution, entretenoit
-au nom du Roi des rapports dangereux avec les plus furieux Jacobins,
-avec divers membres de l'Assemble. Guadet, Vergniaud, Ption,
-Santerre, toient admis cette correspondance. Nous ne fmes
-instruits qu'au dernier moment de cette misrable intrigue, et nous
-smes par le Roi lui-mme, quelques jours avant le 10 aot, que Ption
-et Santerre avoient promis d'empcher l'insurrection moyennant sept
-cent cinquante mille livres, qui servirent la payer.
-
-Ces dernires et curieuses rvlations achvent de caractriser la
-position du Roi et de la famille royale au moment du 10 aot, et font
-comprendre les hsitations prolonges de Louis XVI. Les empiriques
-accouraient; chacun avait sa panace, comme il arrive pour les malades
-dsesprs. Malheureusement, et c'est ce que Malouet n'a pu voir, n'a
-pas vu, les constitutionnels, qui n'avaient plus la majorit dans
-l'Assemble et qui parlaient de faire sortir le Roi de Paris malgr
-elle et de l'entourer de l'arme, dont ils taient peu srs, comme
-l'vnement le prouva aprs le 10 aot, n'taient pas moins empiriques
-que les autres, et leurs moyens n'taient pas moins aventureux. Une
-circonstance fortifia la rpugnance presque insurmontable du Roi
-quitter Paris. Les chefs du parti extrme, y compris le _vertueux_
-Ption (Louis XVI l'avait prouv), n'taient pas incorruptibles.
-Sachant que leurs mes taient vnales, il crut moins leur
-fanatisme, et mprisa plus ces conducteurs de la populace qu'il ne les
-craignit[5]. Louis XVI ne calcula pas assez que ces despotes de la rue
-deviennent eux-mmes les esclaves des passions qu'ils ont surexcites:
-ils ne conduisent pas, ils marchent devant, parce qu'ils sont pousss.
-
-[Note 5: Le Roi, dit Malouet, n'avoit pas contre les constitutionnels
-une aversion aussi prononce que la Reine et Madame lisabeth; mais il
-ne s'y fioit pas, et croyoit pouvoir viter de s'en rapprocher. Le
-parti jacobin leur inspiroit plus de mpris que de crainte..... Ils
-supposoient les rvolutionnaires plus corrompus que fanatiques. (Tome
-II, page 157.)]
-
-Ce fut ainsi qu'on traversa sans parti pris, parce qu'on en avait
-plusieurs prendre, les suprmes journes que la monarchie eut
-parcourir avant d'aller se briser contre l'cueil qui devenait de plus
-en plus visible pour les yeux clairvoyants. De temps en temps et de
-distance en distance, la voix des vigies s'levait pour avertir que le
-pril grandissait et qu'on approchait du moment fatal. Ce fut ainsi
-que madame de Stal prit une honorable initiative dont la postrit
-doit tenir compte sa mmoire. En 1792, dit Malouet, qui la
-connaissait et l'aimait depuis son enfance, elle en toit, comme bien
-d'autres, aux regrets et au dsir de rparer les torts qui pouvoient
-tre reprochs elle-mme ou aux siens. Elle m'crivit dans les
-premiers jours de juillet pour me prier de passer chez elle; je m'y
-rendis. Je la trouvai fort agite des scnes horribles qui s'toient
-passes et de celles qui se prparoient, car nous tions tous
-instruits du projet arrt pour une insurrection gnrale contre la
-cour dans le commencement d'aot. Aprs quelques rflexions
-douloureuses sur cet tat de choses, madame de Stal me dit avec la
-chaleur qui lui est propre: Le Roi et la Reine sont perdus, si l'on
-ne vient promptement leur secours, et je m'offre pour les sauver;
-oui, moi qu'ils considrent comme une ennemie, je risquerois ma vie
-pour leur salut, et je suis peu prs sre d'y parvenir sans leur
-faire courir aucun risque ni moi-mme. coutez-moi; ils ont
-confiance en vous. Voici mon projet, qui peut s'excuter dans trois
-semaines en commenant dans deux jours les prliminaires: il y a une
-terre vendre prs de Dieppe[6]; je l'achterai; je mnerai chaque
-voyage un homme sr moi, ayant peu prs la taille et la figure du
-Roi, une femme de l'ge et de la tournure de la Reine, et mon fils,
-qui est de l'ge du Dauphin. Vous savez de quelle faveur je jouis
-parmi les patriotes. Quand on m'aura vue voyager avec cette suite deux
-fois, il me sera facile d'amener une troisime fois la famille royale,
-car je puis fort bien voyager avec mes deux femmes, et Madame
-lisabeth sera la seconde. Voyez si vous voulez vous charger de la
-proposition; il n'y a pas de temps perdre; rendez-moi ce soir ou
-demain la rponse du Roi.
-
-[Note 6: La terre de Lamotte, appartenant au duc d'Orlans, qui
-cherchait en effet la vendre. Le parc s'tendait jusqu'au bord de la
-mer.]
-
-Aprs avoir racont sa conversation avec madame de Stal, Malouet
-poursuit ainsi: Le projet me parut excellent, autant que le sentiment
-qui l'avoit suggr. J'allai sur-le-champ trouver M. de la Porte,
-intendant de la liste civile. En lui confiant ce que je venois
-d'entendre, je l'engageai me mener par un escalier drob chez le
-Roi. Il s'y rendit seul pour m'annoncer, et j'attendois dans un
-cabinet qu'on vnt m'avertir; mais au bout d'une demi-heure, je le vis
-descendre fort triste. Le Roi et la Reine, craignant que j'insistasse
-sur la proposition de madame de Stal, ne demandaient point me voir.
-M. de la Porte ne me conseilla point de monter; il me dit que le Roi
-et la Reine n'accepteroient jamais aucun service de madame de Stal;
-qu'ils me chargeoient cependant de lui dire qu'ils toient
-trs-sensibles ce qu'elle vouloit faire pour eux; qu'ils ne
-l'oublieroient jamais; mais qu'ils avoient des raisons pour ne point
-quitter Paris; qu'ils en avoient aussi de ne pas s'y croire dans un
-danger imminent.
-
-M. de la Porte me confia alors, sans aucun dtail, qu'on toit en
-ngociation avec les principaux Jacobins; que, moyennant de l'argent,
-ils se chargeoient de contenir le faubourg Saint-Antoine.
-
-Ce sont les objections plus haut exposes qui reviennent.
-Non-seulement le Roi et la Reine croyaient de leur dignit de ne pas
-devenir les obligs des personnes qui les avaient offenss, mais ils
-ne croyaient pas encore leur fortune descendue un tel degr qu'ils
-n'eussent plus qu' sauver leur vie en renonant cette couronne,
-hritage de leur fils. Fuir sur le bord de la mer, c'tait bientt
-migrer, c'tait abdiquer.
-
-Malouet en convient lui-mme, comme on va le voir par la suite de son
-rcit: Je fis sentir M. de la Porte, continue-t-il, combien il
-toit fou, coupable mme de compter sur de telles ressources; que les
-choses en toient au point qu'il falloit s'assurer de moyens positifs
-de rsistance et de salut; que la prpondrance des Jacobins Paris,
-leurs projets, leur audace et la frocit de la populace
-rvolutionnaire menaoient videmment la vie du Roi et de la famille
-royale; qu'il n'y avoit aucun moyen de leur chapper si on ne les
-prvenoit avant l'arrive des Marseillais, que nous savions tre
-mands par le comit de la Commune. Je lui dis qu'au dfaut du projet
-de madame de Stal, M. de Montmorin s'toit assur de M. de Liancourt,
-qui commandoit Rouen et qui avoit quatre rgiments ses ordres;
-qu'il seroit facile de les porter Pontoise, o les gardes suisses
-pouvoient conduire Leurs Majests. Je n'eus pas de peine convaincre
-l'honnte et bon de la Porte; nous convnmes que j'crirois au Roi,
-dans le plus grand dtail, tout ce que je pensois des dangers de sa
-position et des mesures prendre pour en sortir. Il se chargea de lui
-remettre ma lettre; j'allai la concerter avec M. de Montmorin, et je
-n'y oubliai rien. Nous avions depuis le 21 juin arrang avec
-l'ordonnateur de la marine du Havre, M. de Mistral, dvou au Roi,
-l'armement d'un yacht qui auroit reu la famille royale Rouen, et
-l'et porte d'abord au Havre, _et, la dernire extrmit, en
-Angleterre_. Ma lettre toit forte, pressante, trs-dtaille sur les
-dangers qui menaoient la famille royale et sur les moyens qui nous
-restoient. Je conjurois le Roi, par toutes les raisons qu'il est
-inutile de rappeler ici, de prendre un parti ferme et prompt, de nous
-laisser le soin de prparer son vasion, ainsi que la libert d'agir
-auprs des royalistes runis Paris et des gardes nationales
-dvoues, telles que les bataillons des Filles Saint-Thomas et des
-Petits-Pres.
-
-On prouve une douloureuse curiosit de connatre la rponse du Roi
-cette proposition. La voici; elle est remarquable, parce qu'elle
-indique en deux mots les deux objections capitales que soulve le plan
-de Malouet:
-
-Ma lettre, continue celui-ci, fut remise au Roi par M. de la Porte
-aprs son dner, dans le cabinet de la Reine, o il toit avec la
-princesse et Madame lisabeth. Le Roi la lut sans mot dire, sans la
-communiquer, et il se promenoit grands pas dans la plus vive
-anxit. La Reine lui demanda de qui toit cette lettre. Sa Majest
-rpondit: Elle est de M. Malouet; je ne vous la communique pas, parce
-qu'elle vous troubleroit. Il nous est dvou, mais il y a de
-l'exagration dans ses inquitudes et peu de sret dans ses moyens...
-Nous verrons; rien ne m'oblige encore prendre un parti hasardeux.
-L'affaire de Varennes est une leon.
-
-Louis XVI se faisait illusion sur un seul point, c'tait quand il
-taxait d'exagration les inquitudes de Malouet sur la gravit de la
-situation. Quant au reste, il avait raison; c'tait un parti bien
-hasardeux: il jouait dans une bataille presque invitable sa couronne
-d'abord, sa vie et celle de sa famille ensuite, et avec combien peu de
-chances de son ct, combien peu de sret dans les moyens! Pour que
-ce plan russt, il fallait supposer l'invraisemblable, presque
-l'impossible; d'abord que tous ces mouvements, faciles combiner sur
-le papier, s'excutassent avec la mme facilit dans une ville o tous
-les esprits taient en veil, o toutes les passions fermentaient, o
-les comits populaires avaient une police qui surveillait le chteau,
-trahi par des serviteurs infidles, o l'on souponnait des projets de
-fuite, mme quand le Roi ne voulait pas fuir;--ensuite, que la garde
-nationale, qui fut si peu nombreuse au 10 aot, quand le Roi avait
-pour lui la lgalit, la municipalit, le dpartement, et en apparence
-l'Assemble, se montrt plus nombreuse, plus hardie, en prsence d'une
-convocation illgale, en agissant contre la volont de l'Assemble en
-dehors de l'initiative de la municipalit et du dpartement. Il
-fallait enfin que les quatre rgiments de M. de Liancourt, travaills
-par les progrs incessants de l'esprit rvolutionnaire, fussent plus
-dvous, plus solides, plus rsolus que ne l'avaient t un an
-auparavant, lors de Varennes, les troupes de M. de Bouill, qui
-avaient montr tant d'hsitation l o elles s'taient trouves en
-contact avec la population, parlons plus exactement, qui taient
-entres en dfection. Disons tout d'un mot: il fallait que la
-rsolution, l'initiative, la force, toutes les chances qui
-appartenaient aux rvolutionnaires passassent tout d'un coup aux
-constitutionnels; que ceux-ci fissent tout ce qu'il y avait faire,
-et que ceux-l n'empchassent point ce qu'il leur tait facile
-d'empcher. Si le Roi se faisait des illusions sur la gravit de la
-situation, Malouet ne s'en faisait donc pas moins sur les chances de
-russite de son plan et sur les moyens dont disposait le parti
-constitutionnel.
-
-Mais Louis XVI poussait-il la confiance, la fin du mois de juillet,
-aussi loin que semble le supposer Malouet? La suite du rcit de
-celui-ci, dans lequel Madame lisabeth va paratre, prouve, ce semble,
-le contraire: La Reine et Madame lisabeth n'ayant rien rpondu (au
-Roi), dit-il, cet tat d'embarras et de silence dtermina M. de la
-Porte se retirer, et on le laissa partir sans lui faire une
-question, sans le charger d'une rponse. Lorsqu'il nous rendit M. de
-Montmorin et moi tout ce qui s'tait pass, celui-ci s'cria: Il
-faut en prendre son parti, nous serons tous massacrs, et cela ne sera
-pas long!
-
-Quelques heures aprs cette explication, deux heures du matin, le
-baron de Gilliers arrive fort effray dans ma chambre; il avoit la
-confiance de Madame lisabeth, qui l'envoya chercher minuit et lui
-dit: Nous ignorons, la Reine et moi, ce que M. Malouet a crit au
-Roi; mais il est si troubl, si agit, que nous dsirons avoir
-connoissance de cette lettre. Rendez-vous chez M. Malouet, et priez-le
-de ma part de vous la confier, s'il en a la minute, ou de m'en envoyer
-le contenu. Je remis la minute de ma lettre M. de Gilliers, qui la
-porta Madame lisabeth. Cette princesse, aprs l'avoir lue, lui dit:
-Il a raison, je pense comme lui: je prfrerois ce parti-l tout
-autre; mais nous sommes engags dans d'autres mesures: Dieu sait ce
-qui arrivera!
-
-Ainsi, Madame lisabeth, si hasardeux que ft le parti, si peu srs
-que fussent les moyens, aurait prfr cette sortie arme de Paris
-toutes les autres combinaisons; mais elle se soumettait la volont
-de son frre, engag dans d'autres mesures.
-
-Aprs avoir lu ces dtails, il est impossible de ne pas trouver la
-conclusion de Malouet svre jusqu' la duret, jusqu' l'injustice:
-
-Ce n'est pas seulement la foiblesse du Roi et son indcision, dit-il,
-qui l'ont perdu, c'est surtout une disposition malheureuse de son
-caractre qui le portoit une demi-confiance pour tous ceux de ses
-serviteurs qu'il estimoit, mais jamais une confiance entire pour
-aucun. Madame lisabeth, qui avoit plus de fermet et d'esprit que son
-frre, participoit ce triste dfaut, et, chose encore plus
-singulire, la Reine, qui ne manquoit ni d'esprit ni de dcision,
-toit sur ce point l'unisson avec le Roi et sa belle-soeur. Chacun
-d'eux avoit ses demi-confidents, ses agents, ses ngociateurs, qui ne
-pouvoient se concerter sur rien et devoient se contrarier souvent;
-mais ce qui est tout fait inconcevable quand on connot bien tout ce
-qu'il y avoit de raison, d'instruction et de bons sentiments dans ces
-augustes personnes, c'est qu' aucune poque de la rvolution elles
-n'aient demand ni accept un plan de conduite, et pas mme un plan de
-dfense dans le dernier moment du pril.
-
-Ce que ne comprenait point le parti constitutionnel, alors encore
-infatu de ses lumires et convaincu, malgr tant de fautes, de son
-infaillibilit, la postrit le comprendra peut-tre. L'esprit du Roi,
-de la Reine et de Madame lisabeth tait perplexe, parce que la
-situation tait profondment complexe. Dans cette situation funeste
-et inextricable, o l'on respirait la dmence avec l'air, il n'y avait
-pas de plan raisonnable; tous ceux qu'on prsentait taient
-draisonnables par quelque endroit, celui des constitutionnels comme
-les autres, on l'a vu. Le Roi, la Reine et Madame lisabeth
-n'accordaient leur confiance entire et complte personne, parce que
-personne ne la mritait, je ne veux point dire au point de vue du
-coeur (il y avait des coeurs nobles et dvous cette poque), mais
-au point de vue de la supriorit transcendante et de la capacit
-politique. Ils hsitaient l'embranchement de plusieurs chemins qui
-pouvaient les conduire l'abme, parce qu'ils ne voyaient pas
-clairement une route de salut, et, au fond, personne ne la voyait
-mieux qu'eux. Quand on leur disait: Le salut est l, ils
-regardaient; mais ils ne marchaient pas, parce qu'ils n'apercevaient
-pas le salut au bout de la voie o l'on voulait les entraner. Ils
-prtaient l'oreille tous les expdients, parce que personne ne leur
-apportait la solution du problme. Au fond, les fautes de tous les
-partis, les passions et les prventions contraires avaient cr une
-situation insoluble; et quand Malouet vient dire que, dans la
-position o toit Louis XVI, il devoit sans doute se confier avant
-tout l'arme nationale, se mettre la tte des Franois qui
-vouloient le dfendre et qui pouvoient anantir une faction
-criminelle, il prouve une fois de plus que les constitutionnels
-prenaient les phrases pour des faits. O tait, en aot 1792, l'arme
-nationale la tte de laquelle le Roi pouvait se mettre? les
-Franais, je parle des Franais runis, organiss, qui voulaient le
-dfendre et qui taient capables d'anantir la faction des Jacobins?
-La journe du 10 aot a rpondu, la journe du 10 aot qui ne fut pas,
-comme Malouet semble le croire, le rsultat des tergiversations, des
-hsitations de la famille royale, mais la suite fatale d'une
-progression rvolutionnaire dont le premier terme s'appelle les 5 et
-6 octobre, le second le 20 juin, le troisime le 10 aot, qui mnera
-au 21 janvier. N'importe, on aime savoir qu'il y avait l'approche
-de cette terrible preuve des coeurs gnreux qui s'inquitaient du
-sort rserv la famille royale; qui, voyant venir la mare
-rvolutionnaire destine l'emporter, s'agitaient pour trouver des
-digues, et qui briguaient la permission d'opposer leur poitrine au
-pril. Malouet, et ce sera l'honneur de sa vie, fut un de ces hommes.
-Il a racont comment, jusqu'au dernier moment, dans la petite runion
-qui avait lieu chez M. de Montmorin, on s'occupa de plans pour sauver
-la famille royale. M. de Lally, dit-il, se trouvoit frquemment de
-nos runions chez M. de Montmorin, avec MM. de Malesherbes,
-Clermont-Tonnerre, Bertrand, la Tour-du-Pin et Gouverneur-Morris,
-envoy des tats-Unis, pour qui le Roi avait du got, et qui donnait
-Sa Majest, mais aussi inutilement que nous, les conseils les plus
-vigoureux. C'est le 7 aot que, pour la dernire fois, nous dnmes
-ensemble. Au moment de nous sparer, nous nous fmes tous un dernier
-adieu. Notre confrence avait pour objet de tenter un nouvel effort
-pour faire enlever par les Suisses la famille royale et la conduire
-Pontoise. Avertis fort en dtail de tous les prparatifs du 10 aot,
-nous tions assembls ds le matin chez M. de Montmorin. Il avoit
-crit au Roi pour lui en faire part, et lui dire qu'il n'y avoit plus
- reculer; que nous nous trouverions le lendemain avant le jour, au
-nombre de soixante-dix, aux grandes curies, o l'ordre devoit tre
-donn de nous livrer des chevaux de selle; que la garde nationale des
-Tuileries, commande par Aclocque, aideroit notre expdition; que
-quatre des compagnies des gardes suisses partiroient la mme heure
-de Courbevoie pour venir la rencontre du Roi; que nous
-l'escorterions aux Champs-lyses, o il monteroit en voiture avec sa
-famille. Le porteur de la lettre tant revenu sans rponse, M. de
-Montmorin se rendit sur-le-champ chez le Roi; Madame lisabeth lui
-apprit que l'insurrection n'auroit point lieu; que Santerre et Ption
-s'y toient engags; qu'ils avoient reu sept cent cinquante mille
-livres pour l'empcher et ramener les Marseillais dans le parti de Sa
-Majest. Le Roi n'en toit pas moins inquiet, agit, mais dcid ne
-pas quitter Paris..... Il aimoit mieux s'exposer tous les dangers
-que de commencer la guerre civile.
-
-Ce furent les dernires paroles du Roi. Il ne voulait pas commencer la
-guerre civile; il ne voulait point quitter Paris, parce que, il le
-sentait bien: quitter Paris, c'tait quitter la France. On a admir
-juste titre la trivialit patriotique d'un fougueux rvolutionnaire
-rpliquant qui lui conseillait de fuir: Est-ce qu'on emporte sa
-patrie la semelle de ses souliers? Mais si les souliers de Danton
-tenaient la terre de France, Louis XVI, le descendant de tant de
-rois franais, y tenait par toutes les fibres de son coeur. Ainsi, le
-10 aot devait s'accomplir; il s'tait accompli: Louis XVI et sa
-famille taient au Temple.
-
-Avant de suivre la famille royale dans son triste sjour, arrtons un
-moment nos regards sur les triomphateurs du 10 aot. Le cynisme
-jacobin, qui devait plus tard envahir l'histoire et faire longtemps
-illusion la postrit, dbordait dans les crits et dans les
-correspondances de ceux qui avaient pris une part plus ou moins
-directe cette journe. Elle acqurait dans leur imagination
-chauffe les proportions d'une grande bataille, et les grotesques
-Tyrtes du 10 aot chantaient, aux dpens de la vrit et de
-l'orthographe[7], cette victoire que la longanimit de Louis XVI et sa
-rsolution inbranlable de ne pas faire couler le sang franais
-avaient rendue si facile.
-
-[Note 7: Voir la fin du volume aux pices justificatives, n I.]
-
-La petite tour du Temple, que la rvolution assignait pour demeure
-la famille royale, formait un carr long flanqu de deux tourelles et
-adoss la grande tour, sans communication intrieure.
-
-La porte d'entre, prcde de quatre marches extrieures, tait
-troite et basse, donnant sur un palier, au fond duquel s'ouvrait
-l'escalier, taill en coquille de limaon. Cette porte, reconnue trop
-frle, fut raffermie par de fortes traverses et des verrous apports
-des prisons du Chtelet. A gauche, en entrant, tait la loge de deux
-portiers, Risbey et Rocher. Le rez-de-chausse n'avait que deux
-pices: une cuisine, dont on ne fit aucun usage, et une grande chambre
-qui servait d'entrept aux archives. Le premier se composait d'une
-antichambre et d'une salle manger communiquant un cabinet pris
-dans la tourelle, o se trouvait une bibliothque. Mesdames Thibaud,
-Basire et Navarre couchrent dans cette salle pendant les sept jours
-qu'elles restrent dans cette maison d'arrt.
-
-Au second tage, on entrait dans une antichambre fort sombre, o
-couchait la princesse de Lamballe. A gauche, la Reine occupait avec sa
-fille une chambre dont la fentre avait jour sur le jardin; dans cette
-chambre, moins triste que les autres, la famille royale passait
-habituellement presque toute la journe. A droite, dans une mme
-chambre, couchaient le jeune prince, madame de Tourzel et madame
-Saint-Brice. On tait oblig de traverser cette pice pour entrer dans
-le cabinet de la tourelle, qui servait de garde-robe tout ce corps
-de btiment, et qui tait commun aux municipaux et aux soldats, aussi
-bien qu' la famille royale.
-
-La distribution du troisime tage tait la mme que celle du second.
-L'antichambre place au-dessus de la chambre de madame de Lamballe
-servait de corps de garde. En face, derrire une cloison, se trouvait
-un rduit troit n'ayant de jour que par un chssis vitrage adapt
-au toit. Ce fut l que s'tablirent Hue et Chamilly. A droite de
-l'antichambre on entrait dans la chambre du Roi, claire par deux
-fentres dont l'une donnait sur la rotonde du Temple; le lit de Louis
-XVI tait plac dans une alcve droite en entrant. La petite pice
-de la tourelle lui servait de cabinet de lecture.
-
-Vis--vis de la chambre du Roi, et de l'autre ct de l'antichambre,
-tait une ancienne cuisine qui contenait encore les ustensiles
-appropris sa premire destination, dnonce en outre par l'affreuse
-malpropret qui y rgnait. On devine que ce fut l le logement de
-Madame lisabeth, car la plus mauvaise place tait toujours la sienne.
-Cette princesse, qui joignoit, raconte madame de Tourzel, une vertu
-d'ange une bont sans pareille, dit sur-le-champ Pauline qu'elle
-vouloit se charger d'elle, et fit placer dans sa chambre un lit de
-sangle ct du sien. Nous ne pourrons jamais oublier toutes les
-marques de bont qu'elle en reut pendant le temps qu'il nous fut
-permis d'habiter avec elle ce triste sjour. Madame lisabeth tait
-clairvoyante dans ses affections, et si elle aimait particulirement
-cette jeune et intressante personne, c'est qu'elle avait entrevu tout
-ce qu'il y avait de force et de courage dans cette jeune me.
-
-Afin de donner au lecteur une ide plus prcise et plus dtaille de
-ce local, nous mettons sous ses yeux le plan du troisime tage de la
-petite tour, avec la description de son mobilier.
-
-[Illustration: PETITE TOUR.--TROISIME TAGE.--_LE ROI_ et _MADAME
-LISABETH_.
-
- A. Antichambre.
- B. Chambre et lit de MM. Hue et Chamilly.
- C. Chambre du Roi.
- 1. Lit du Roi deux dossiers, avec ciel de lit de camelot
- rouge et jaune.
- 2. Commode en marqueterie, dessus de marbre blanc.
- 3. Grand canap de velours cramoisi.
- 4. Grande table manger.
- 5. Un buffet quatre ventaux.
- 6. Un guridon avec dessus de marbre blanc.
- Quatre fauteuils de velours d'Utrecht cramoisi.
- Six chaises de paille.
- D. Cabinet de lecture du Roi, avec banquettes circulaires
- de taffetas lilas, en draperie avec franges et glands.
- E. Cabinet de toilette.
- 7. Armoire remplie d'estampes.
- F. Ancienne cuisine, chambre de Madame lisabeth.
- 8. Lit de Madame lisabeth.
- 9. Lit de mademoiselle Pauline de Tourzel.
- 10. Table.
- 11. Un cabriolet de coton rouge, lilas et blanc.
- Trois chaises.
- G. Corps de garde.]
-
-Arrivs au Temple dans la soire du lundi 13 aot (et non du 14 comme
-l'ont crit M. Hue et quelques autres), puis introduits de nuit dans
-la tour, les prisonniers ne purent prendre que le lendemain matin une
-connaissance exacte de la distribution de leur nouvelle demeure. Ils
-apprirent que, d'aprs les ordres du conseil de la Commune[8], des
-travaux considrables allaient tre entrepris pour isoler et
-fortifier leur prison. Dans la journe mme, le patriote Palloy,
-accompagn de Sautot, son collgue, et de MM. Poyet et Paris,
-architecte et inspecteur des travaux de la Commune, vint examiner les
-localits. Dj clbre pour avoir dmoli la Bastille, cette citadelle
-de la tyrannie, ce maon ambitieux avait brigu la gloire de
-construire la prison du tyran. L'enclos fut livr ses ouvriers. Les
-btiments qui attenaient au massif de la tour, les arbres qui
-l'avoisinaient le plus, disparurent sous la pioche et sous la hache.
-On masqua des fentres, on exhaussa les murs d'enceinte, on cra des
-guichets et des corps de garde; des travaux de tout genre entranrent
-des dpenses considrables[9].
-
-[Note 8: Sance du 13 aot 1792.]
-
-[Note 9: Voir ce sujet les registres de la Commune et les Archives
-de l'Empire.]
-
-Presque tous les captifs taient arrivs au Temple dans un dnment
-absolu. Tous nos effets, raconte mademoiselle Pauline de Tourzel,
-avoient t pills dans notre appartement des Tuileries, et je ne
-possdois que la robe que j'avois sur le corps lors de ma sortie du
-chteau. Madame lisabeth, qui l'on venoit d'en envoyer
-quelques-unes, m'en donna une des siennes. Comme elle ne pouvoit aller
- ma taille, nous nous occupmes la dcoudre pour la refaire. Tous
-les jours, la Reine, Madame et Madame lisabeth avoient l'extrme
-bont d'y travailler; mais nous ne pmes la finir avant de les
-quitter. Cette privation du ncessaire obligeait les dtenus d'avoir
-avec le dehors, tantt pour un objet, tantt pour un autre, des
-relations gnes par mille entraves et devenues bientt suspectes. Les
-personnes honores du privilge de suivre la famille royale dans le
-malheur furent dnonces la Commune, et celle-ci, dans sa sance du
-17 aot, ordonna leur enlvement de la tour. Manuel, touch du chagrin
-que cette mesure causait la famille royale, essaya vainement de
-faire revenir le conseil gnral sur son arrt.
-
-Dans la nuit du 19 au 20 se prsentrent au Temple deux officiers
-municipaux chargs d'emmener _toutes les personnes qui n'taient pas
-membres de la famille Capet_. Vers minuit, dit encore mademoiselle
-Pauline, nous entendmes frapper la porte de notre chambre. Madame
-lisabeth se leva sur-le-champ, m'aida mme m'habiller, m'embrassa
-et me conduisit chez la Reine. Nous trouvmes tout le monde sur
-pied. La Reine prtendit que madame de Lamballe tant sa parente,
-l'arrt de la Commune ne pouvait la concerner, mais tous ses efforts
-pour l'empcher de partir furent inutiles. Il n'y avoit qu' obir
-dans la position o nous tions, dit madame de Tourzel. Je remis entre
-les mains de la Reine ce cher petit Prince, dont on porta le lit dans
-sa chambre sans qu'il se ft rveill. Je m'abstins de le regarder,
-afin de ne pas branler le courage dont nous allions avoir tant
-besoin, pour ne donner aucune prise sur nous, et revenir reprendre,
-s'il toit possible, une place que nous quittions avec tant de regret.
-La Reine vint sur-le-champ dans la chambre de madame la princesse de
-Lamballe, dont elle se spara avec une vive douleur. Elle nous
-tmoigna, Pauline et moi, la sensibilit la plus touchante, et me
-dit tout bas: Si nous ne sommes pas assez heureux pour vous revoir,
-soignez bien madame de Lamballe. Dans toutes les occasions
-essentielles prenez la parole, et vitez-lui autant que possible
-d'avoir rpondre des questions captieuses et embarrassantes.
-Madame toit tout interdite et bien effraye de nous voir emmener.
-Madame lisabeth arriva de son ct, et se joignit la Reine pour
-nous encourager. Nous embrassmes pour la dernire fois ces augustes
-princesses, et nous nous arrachmes, la mort dans l'me, d'un lieu qui
-nous rendoit si chre la pense de pouvoir leur tre de quelque
-consolation....
-
-Nous traversmes les souterrains la lueur des flambeaux; trois
-fiacres nous attendoient dans la cour. Madame la princesse de
-Lamballe, ma fille Pauline et moi, montmes dans le premier, les
-femmes de la famille royale dans le second, et MM. de Chamilly et Hue
-dans le troisime. Un municipal toit dans chaque voiture, qui toit
-escorte par des gendarmes et entoure de flambeaux. Rien ne
-ressembloit plus une pompe funbre que notre translation du Temple
- l'htel de ville.
-
-Toutes les personnes entranes ainsi la barre de la Commune
-espraient revenir au Temple aprs leur interrogatoire, les municipaux
-qui les conduisaient semblaient leur en donner l'assurance; mais il
-n'y eut que M. Hue qui, dans la journe du 20 aot, fut rintgr la
-tour. A six heures de l'aprs-midi, Manuel se prsenta; il dit Louis
-XVI que non-seulement il avait chou dans ses dmarches, mais qu'il
-avait le regret de lui annoncer que madame de Lamballe, madame et
-mademoiselle de Tourzel, Chamilly et les femmes de chambre, avaient
-t conduits l'htel de la Force. Madame lisabeth se mit aussitt
-prparer pour les nouvelles prisonnires de La Force les choses qui
-leur taient le plus ncessaires; la Reine voulut l'aider, et Manuel
-s'tonna de voir ces deux princesses faire des paquets de linge avec
-une simplicit touchante et un cordial empressement.
-
-Les pnibles nouvelles apportes par le procureur de la Commune
-interdisant tout espoir de revoir au Temple madame de Lamballe et
-mesdames de Tourzel, Madame lisabeth quitta son logement du troisime
-tage et descendit s'tablir dans la chambre dserte du Dauphin. Le
-lit de Marie-Thrse, qui jusque-l avait pass les nuits prs de sa
-mre, fut transport dans la chambre de sa tante. De ce jour-l la vie
-de la famille royale prit une sorte d'uniformit.
-
-A six heures, Madame lisabeth se levait; sa nice ne tardait pas
-suivre son exemple, et bien qu'elles s'aidassent mutuellement dans le
-soin de leur toilette, Madame lisabeth apprenait la jeune fille se
-passer des mains d'autrui. Ds qu'elles entendaient les pas de M. Hue,
-qui, ayant fait la chambre du Roi, descendait vers huit heures pour
-disposer celle de la Reine, elles ouvraient leur verrou; la Reine, de
-son ct, en faisait autant, et voyait entrer chez elle avec M. Hue les
-commissaires constitus la garde du Temple par la Commune. Ces
-officiers municipaux passaient la journe dans la chambre mme de
-Marie-Antoinette et la nuit dans la pice prcdente, qui sparait cette
-chambre du logement de Madame lisabeth. A neuf heures, celle-ci suivait
-la Reine et les enfants chez le Roi pour le djeuner. Aprs les avoir
-servis, Hue redescendait pour faire les chambres de la Reine et des
-princesses. A dix heures, la famille se runissait chez la Reine et y
-passait la journe. Louis XVI donnait son fils des leons de langue
-franaise, de langue latine, de gographie et d'histoire;
-Marie-Antoinette s'occupait de l'ducation de sa fille, et Madame
-lisabeth lui enseignait le calcul et le dessin. Vers une heure, si le
-temps tait beau, et quand Santerre tait prsent, la famille royale,
-accompagne de quatre officiers municipaux, descendait au jardin;
-pendant la promenade, les enfants jouaient habituellement au palet ou au
-ballon, faible distraction laquelle assez souvent mettait obstacle
-l'incertitude du temps ou l'absence du chef de la milice nationale. A
-deux heures, on remontait chez le Roi; on dnait; on descendait ensuite
-chez la Reine. C'tait le moment de la rcration. Les jeux des enfants
-faisaient luire un rayon de gaiet sur l'horizon de la famille.
-Trs-souvent aussi, cette heure, Madame lisabeth proposait son
-frre une partie de piquet ou de tric-trac, afin de l'arracher ses
-lectures et son travail, auxquels il tait toujours press de
-retourner. A sept heures, toute la famille prenait place autour d'une
-table, pour couter la lecture que faisaient alternativement la Reine et
-Madame lisabeth d'un livre d'histoire ou de quelque ouvrage choisi pour
-instruire la jeunesse en l'amusant. Il n'tait pas rare que des
-rapprochements imprvus avec leur situation vinssent rveiller des
-sentiments pnibles. Ces applications se renouvelrent souvent la
-lecture de _Ccilia_ (de mistress d'Arblay). A huit heures, M. Hue
-dressait le souper du Dauphin dans la chambre de Madame lisabeth; la
-Reine venait y prsider, et le reste de la famille suivait. Louis XVI
-lui-mme, pour gayer un instant cette dernire heure de la journe, se
-plaisait parfois proposer des nigmes empruntes quelques vieux
-_Mercure de France_ qu'il avait trouvs dans la bibliothque de la tour.
-L'intelligence des enfants surprenait souvent le mot cach, et le sombre
-intrieur s'claircissait un instant leur radieux sourire. Le petit
-Prince faisait ensuite sa prire, et Hue le couchait. La Reine et Madame
-lisabeth restaient tour tour auprs de lui. Aprs avoir servi le
-souper de la famille, Hue portait manger celle des deux princesses
-qui tait de garde. Louis XVI, en sortant de table, revenait auprs de
-son fils; aprs quelques moments, il serrait la drobe la main de sa
-femme et de sa soeur, leur adressait un muet adieu, recevait les
-caresses de ses enfants, et remontait dans sa chambre. Marie-Antoinette
-et Madame lisabeth, demeures ensemble, prenaient pendant quelques
-instants leur ouvrage de tapisserie ou profitaient de l'heure o le Roi
-et les deux enfants reposaient pour rparer les habits de la famille.
-Madame Royale se couchait, et, comme son frre, elle ne tardait pas
-s'endormir; alors, aprs un tendre bonsoir, les deux soeurs se
-quittaient pour se reposer. L'un des deux municipaux de service restait
-dans la pice qui sparait leurs chambres, l'autre avait suivi le Roi.
-Ces commissaires taient relevs onze heures du matin, cinq heures
-du soir et minuit. Louis attendait pour se coucher que le nouveau
-commissaire ft arriv, et s'il ne l'avait point encore vu, il priait
-Hue de lui demander son nom; puis la nuit enveloppait le vieux donjon du
-Temple, et le sommeil des prisonniers tait souvent aussi paisible que
-leur conscience. Je me trompe: quelquefois, pendant une grande partie de
-la nuit, une femme y veillait en cachette, et l'insu de tous, except
-de Hue, son complice oblig, raccommodait la lueur d'une bougie le
-seul vtement que possdaient le Roi et le Dauphin, et que le fidle
-serviteur lui avait apport minuit. Plus d'une fois les commissaires
-de la Commune fouillrent un vtement qui sortait six heures du matin
-de la chambre de Madame lisabeth.
-
-Cette pnurie n'tait pas le seul tourment de la famille royale: des
-vexations et des outrages de tout genre s'y mlaient. Madame lisabeth
-ne pouvait voir sans indignation que le Roi et la Reine ne
-descendaient plus au jardin sans tre insults. C'taient d'abord
-Rocher et Risbey qui, la pipe la bouche, les regardaient passer au
-guichet entre deux bouffes de fume.
-
-C'taient ensuite les gardes du service extrieur, qui, placs au bas
-de la tour, affectaient de se couvrir et de s'asseoir quand ils
-passaient, puis de se lever et de se dcouvrir quand ils taient
-passs. La multitude d'ouvriers employs dans l'enceinte du Temple
-la dmolition des maisons et aux constructions des nouveaux murs ne
-permettait de donner pour promenade aux prisonniers qu'une partie de
-l'alle des marronniers. Le petit Prince y trouvait un peu d'exercice;
-mais le prix auquel ce prcieux avantage tait achet pour lui par ses
-parents remplissait de larmes le coeur de Madame lisabeth.
-
-Louis XVI, malgr ses demandes ritres, n'avait pu obtenir la
-lecture des journaux. Un moyen fut tent pour suppler leur absence.
-Le soir, des colporteurs venaient crier aux abords du Temple le
-sommaire des articles intressants que contenaient les gazettes qu'ils
-vendaient. Au premier cri qu'il entendait, M. Hue montait dans la
-tourelle; l, se hissant la hauteur d'une fentre aux deux tiers
-bouche, il s'y cramponnait jusqu' ce qu'il et saisi le sens des
-principales nouvelles. Il descendait alors dans l'antichambre de la
-Reine; Madame lisabeth au mme instant passait dans sa chambre; Hue
-l'y suivait sous un prtexte quelconque et lui communiquait ce qu'il
-venait d'apprendre. Rentre dans la chambre de Marie-Antoinette,
-Madame lisabeth se plaait au balcon de la seule fentre du Temple
-qui n'avait pas t condamne dans la majeure partie de son ouverture;
-le Roi, sans que les commissaires en prissent ombrage, allait cette
-fentre comme pour respirer; sa soeur lui transmettait ce que son
-valet de chambre lui avait dit, et c'est ainsi que l'hritier de Louis
-XIV, force de combinaisons et de subterfuges, parvenait connatre
-une parcelle des vnements qui agitaient son empire. C'est par cette
-voie qu'il fut instruit de la mort de M. de Laporte, intendant de la
-liste civile[10], et de celle de M. Durosoi, rdacteur de _la Gazette
-de Paris_[11]. Disons aussi que parmi ces colporteurs de tristes
-nouvelles se glissaient parfois des crieurs affids envoys par
-quelques amis ignors. Louis XVI entendit un jour chanter dans la rue
-cet air fort connu alors: Henri, bon Henri, ton fils est prisonnier
-dans Paris; et Madame lisabeth ne put imputer qu' une amiti du
-dehors l'air du _Pauvre Jacques_ que des joueurs de vielle firent plus
-d'une fois arriver son oreille. Ce chant mlancolique, reflet d'un
-affectueux souvenir, faisait battre son coeur; mais les sons
-s'teignaient bientt et s'vanouissaient plus fugitifs que l'motion
-qu'ils avaient fait natre.
-
-[Note 10: On avait pendu Favras sur la place de Grve, on y avait
-amen les restes palpitants de Flesselles et de de Launay: mais la
-rvolution ne voulut pas que le palais du peuple ft souill du sang
-de ses ennemis. Elle reporta ce spectacle devant le palais des rois.
-Le 24 aot, M. de Laporte fut dcapit sur la grande place du
-Carrousel, vis--vis du chteau des Tuileries. Il tait g de
-quarante-neuf ans. C'tait lui qui, le 22 juin 1791, avait remis
-l'Assemble nationale la dclaration que Louis XVI avait crite avant
-de partir pour Varennes. Il avait entendu sa condamnation sans
-trouble; il monta sur l'chafaud avec dignit. L, se tournant vers le
-peuple, il dit avec douceur: Citoyens, soyez srs que je meurs
-innocent; car je ne puis regarder comme un crime ma fidlit mon
-Roi: puisse mon sang, que vous dsirez, vous donner plus de bonheur et
-rendre la paix ma patrie!]
-
-[Note 11: Marchant la mort le 25 aot, fte de saint Louis, Durosoi
-s'cria: Il est beau pour un royaliste comme moi de mourir le jour de
-saint Louis.]
-
-Le Roi voyant avec regret que le service la Tour roulait entirement
-sur M. Hue, et craignant que ses forces cessassent de rpondre son
-dvouement, fit demander au conseil de la Commune d'envoyer au Temple
-un homme propre aux ouvrages de peine. La Commune nomma pour ce
-service un ancien commis aux barrires appel Tison, homme d'un
-naturel mfiant et dur, imbu, comme la plupart des gens de sa classe,
-de prventions contre la famille royale. Cet homme vint donc habiter
-le Temple avec sa femme, qui paraissait d'un caractre doux et
-compatissant. Il n'tait point facile de se tromper longtemps sur la
-nature des services demands leur zle: Madame lisabeth s'aperut
-bientt que c'taient moins des domestiques que des espions qu'on
-avait introduits dans la tour. Cependant M. Hue s'arrangea de leur
-concours, et n'eut qu' se louer de leur zle pendant le peu de temps
-qu'il demeura encore au Temple.
-
-Quelques jours aprs leur installation, Clry, valet de chambre
-attach au Dauphin depuis son enfance, demanda au maire de Paris
-continuer son service auprs de ce jeune Prince. Ption accda ce
-voeu, et le 26 aot, un officier municipal amena Clry au Temple.
-Vous servirez mon fils, lui dit la Reine, et vous vous concerterez
-avec M. Hue pour ce qui nous regarde.
-
-Le nouveau serviteur se conforma ce programme. Pendant tout le temps
-que M. Hue demeura au Temple, Clry, presque uniquement occup du
-Prince royal, n'eut d'autre service auprs du Roi que le soin de le
-coiffer le matin et de rouler ses cheveux le soir. Hue demeura seul
-charg de pourvoir aux choses ncessaires la famille royale.
-Confident et ministre des prisonniers, c'est lui qui avait chaque
-instant discuter leurs intrts avec les mandataires de la Commune.
-A combien d'ennuis, de tracasseries, d'insultes, de perscutions
-mesquines l'exposait cette mission difficile! Comme les municipaux
-levaient souvent la voix, Madame lisabeth se trouva plus d'une fois
-tmoin des avanies que ce gnreux serviteur supportait sans se
-plaindre. Plus d'une fois elle guetta l'occasion de le remercier de sa
-rsignation. Le Roi, de son ct, ne lui refusait pas cet
-encouragement: Vous avez eu beaucoup souffrir aujourd'hui, lui
-dit-il un soir en se couchant[12]; eh bien, pour l'amour de moi,
-continuez de supporter tout, ne rpliquez rien.
-
-[Note 12: Seul moment o il pouvait laisser tomber une parole sans
-qu'elle ft ramasse par le municipal de service.]
-
-Madame lisabeth subissait la mme contrainte. Obsde par les
-geliers municipaux, elle ne pouvait qu' la drobe exprimer un dsir
- M. Hue ou lui parler de ses peines. Un jour que, l'heure de son
-service, ce brave homme tait entr chez elle, il la trouva en prire;
-son premier mouvement fut de se retirer. Restez, lui dit-elle, vaquez
- vos occupations; je n'en serai pas drange.
-
-Voici quelle tait la prire de cette femme anglique. M. Hue obtint
-la permission de la copier et nous l'a conserve:
-
-Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, mon Dieu! je l'ignore. Tout ce que
-je sais, c'est qu'il n'arrivera rien que vous n'ayez prvu de toute
-ternit. Cela me suffit, mon Dieu! pour tre tranquille. J'adore
-vos desseins ternels, je m'y soumets de tout mon coeur; je veux tout,
-j'accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout; j'unis ce sacrifice
- celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant par son sacr
-Coeur et par ses mrites infinis la patience dans nos maux et la
-parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voudrez et
-permettrez.
-
-Sa prire acheve: C'est moins pour le Roi malheureux, dit-elle M.
-Hue, que pour son peuple gar, que j'adresse au ciel des prires.
-Daigne le Seigneur se laisser flchir et jeter sur la France un regard
-de misricorde!...
-
-Puis, voyant l'impression que faisaient ses actes et ses paroles:
-Allons, du courage, ajouta-t-elle, Dieu ne nous envoie jamais plus de
-peines que nous n'en pouvons supporter.
-
-Il mesura celles de Madame lisabeth son courage: c'est pour cela
-qu'il les fit si grandes. Ce courage venu d'en haut imprimait son
-visage une srnit telle que ceux qui l'observaient se trompaient
-quelquefois sur l'tat rel de son me. En la voyant si calme et si
-tranquille au milieu de tant de sujets de regret et de douleur, bien
-des gens se disaient: Sans doute elle connot les efforts que
-l'Europe absolutiste va tenter pour dlivrer son frre; sans doute la
-correspondance des ci-devant princes l'entretient dans cet espoir, et
-elle est persuade que l'heure de la dlivrance approche. Madame
-lisabeth n'tait persuade que d'une chose, c'est que Dieu est grand,
-misricordieux et juste; et bien insenss taient ceux-l qui
-prenaient sa rsignation tout souffrir pour l'espoir de voir finir
-ses souffrances[13].
-
-[Note 13: La vertu de Madame lisabeth a produit la mme impression
-sur tous ceux qui l'ont connue. Madame Elliot, cette Anglaise qui
-rgna tour tour la cour du prince de Galles et celle du duc
-d'Orlans, en parle comme Joseph de Maistre. Lorsqu'il s'agit de
-dfendre la Reine contre les calomnies auxquelles cette grande et
-infortune princesse tait en butte, la premire pense qui lui vient
- l'esprit est celle-ci: Marie-Antoinette fut l'amie de Madame
-lisabeth.--Que ses ennemis rflchissent un moment aux personnes
-qui formoient la socit la plus intime de la Reine, s'crie-t-elle.
-C'toit Madame lisabeth, soeur du Roi, qui toit un ange aussi pur
-que la neige. L'attachement de Madame lisabeth pour la Reine dura
-jusqu' ses derniers moments, ce qui est une preuve surabondante de
-l'innocence de Marie-Antoinette. (_Mmoires de madame Elliot sur la
-rvolution franaise_, p. 36.)]
-
-La plupart des couvents d'hommes avaient t ferms la fin de 1790.
-Quelques communauts de religieuses taient restes debout cause de
-certaines rserves contenues dans les dcrets qui prescrivaient
-l'abolition gnrale de ces sortes d'tablissements; mais dnonces
-incessamment l'Assemble nationale, ces rares maisons exceptes de
-la proscription taient reprsentes comme d'absurdes reliques de
-l'ancien rgime, comme des antres de conspirations d'o partaient des
-excitations la rvolte contre le rgime nouveau. Enfin, le 7 aot
-1792, un dcret prescrivit l'vacuation et la vente des difices
-occups par les religieuses, la seule exception des hospices ouverts
-aux pauvres et aux malades. La maison de Saint-Cyr paraissait atteinte
-par ce dcret, mais les Dames de Saint-Louis ne bougrent pas; elles
-refusrent leur porte aux officiers municipaux, prfrant au regret
-humiliant de se rendre le dangereux honneur d'attendre qu'on les
-brist. Nous ne comptons nous branler, disait madame de Crcy, que
-lorsque nous aurons reu l'ordre officiel. Quelques familles
-s'alarmrent. Mademoiselle de Puisaye fut retire par ses parents.
-Napolon de Buonaparte, lieutenant-colonel du 1er bataillon des
-volontaires de Corse, ayant t dnonc pour avoir rprim une meute
- Ajaccio, tait venu Paris pour se justifier prs du ministre de la
-guerre. Injustement conduit, et ayant reu l'ordre d'aller reprendre
-son poste en Corse, il se rendit Saint-Cyr le 1er septembre 1792,
-pour voir avant son dpart sa soeur Marie-Anne, jeune personne de
-quinze ans[14], entre dans la maison de Saint-Louis le 22 juin
-1784[15]. Le jeune officier avait laiss Paris en proie l'anarchie,
-et, la veille des massacres des prisons, il avait, sur la route de
-Paris et dans les rues de Versailles, rencontr des dtachements de
-volontaires qui partaient pour la frontire en criant _Vive la
-nation!_ Plusieurs fois il avait t arrt et oblig, malgr ses
-paulettes, d'exhiber ses papiers et sa carte de civisme. A Saint-Cyr,
-il trouve les mmes agitations; les cris de dsordre qu'il entend dans
-le village, les symptmes de colre et de haine qu'il remarque aux
-portes mmes de la maison de Saint-Louis, si tranquille encore lors de
-ses deux dernires visites, l'une avant le 20 juin et l'autre au
-commencement d'aot, le dterminent prvenir des ventualits
-redoutables, et profiter de son retour au foyer paternel pour
-emmener sa soeur avec lui. Madame de Crcy combat son projet.--Et
-quand bien mme, ajoute-t-elle, je serois dispose le seconder,
-pourrois-je faire que la communaut ne ft point prisonnire? Votre
-soeur ne peut sortir d'ici sans l'avis de la municipalit et sans
-l'ordre du directoire du district. Napolon Buonaparte rdige
-aussitt dans le parloir de madame de Crcy sa ptition au directoire
-du district[16], et court chez Aubrun, picier par tat, maire de la
-Commune par intrt, car cette dignit populaire et la belle charpe
-aux trois couleurs qui en tait les insignes, avaient donn un relief
-clatant son choppe, situe dans la rue basse du village, en face
-de la porte du cimetire de Saint-Louis[17]. Aubrun n'couta pas
-d'abord sans quelque dfiance ce jeune homme qui rclamait une jeune
-fille de quinze ans pour la conduire en Corse; mais ayant caus
-quelques instants avec lui sur les affaires publiques, il ne tarda
-point subir l'autorit d'une parole nette, brve, ferme et
-accentue. Quittant bientt sa boutique, il alla avec son solliciteur,
-accompagn de son secrtaire-greffier, dans la maison de Saint-Louis
-pour constater la prsence de mademoiselle de Buonaparte. Puis il fit
-et dlivra au jeune lieutenant-colonel un acte appuyant sa demande et
-dclarant ncessaire d'y faire droit[18]. Muni de ces pices,
-Napolon, prompt comme l'clair, retourne Versailles, s'adresse au
-directoire du district, puis celui du dpartement, obtient
-l'autorisation qu'il rclame, repart pour Saint-Cyr avec une mauvaise
-voiture de louage, et se prsente de nouveau la maison de
-Saint-Louis. Ce frre dvou, qui ce jour-l, au milieu des ruines de
-la monarchie, n'tait occup que du salut de sa soeur, ne se doute
-gure que, huit ans aprs, un dcret sign de lui fondera dans cette
-royale demeure de Saint-Cyr le Prytane franais, et que, le 28 juin
-1805, il reviendra lui-mme visiter ces lieux au bruit des cris
-enthousiastes de _Vive l'Empereur!_
-
-[Note 14: Elle tait ne Ajaccio le 3 janvier 1777. Plus connue sous
-le nom d'lisa, grande-duchesse, ayant le gouvernement des
-dpartements de la Toscane, elle pousa, le 5 mai 1797, Flix
-Baciocchi, gentilhomme corse, capitaine d'infanterie, nomm en 1805
-prince de Lucques et de Piombino.]
-
-[Note 15: Son admission avait t accorde dix-sept mois plus tt:
-
-_Brevet de place Saint-Cyr pour Mademoiselle de Buonaparte._
-
-Aujourd'hui 24 novembre 1782, le Roi tant Versailles, bien inform
-que la demoiselle Marie-Anne de Buonaparte a la naissance, l'ge et
-les qualits requises pour tre admise au nombre des Demoiselles qui
-doivent tre reues dans la maison royale de Saint-Louis tablie
-Saint-Cyr, ainsi qu'il est apparu par titres, actes, certificats et
-autres preuves, conformment aux lettres patentes des mois de juin
-1686 et mars 1694, Sa Majest lui a accord une des deux cent
-cinquante places de ladite maison, enjoignant la suprieure de la
-recevoir sans dlai, de lui donner des instructions convenables et de
-la faire jouir des mmes avantages dont jouissent les autres
-Demoiselles, en vertu du prsent brevet, que Sa Majest a, pour
-assurance de sa volont, sign de sa main, et fait contre-signer par
-moi, ministre et secrtaire d'tat et de ses commandements et
-finances.
-
- LOUIS.
- Le baron DE BRETEUIL.
-
-Archives de la prfecture de Versailles.]
-
-[Note 16:
-
- _A Messieurs les administrateurs de Versailles._
-
-MESSIEURS,
-
-Buonaparte, frre et tuteur de la Demoiselle Marianne Buonaparte, a
-l'honneur de vous exposer que la loi du 7 aot, et particulirement
-l'article additionnel dcrt le 16 du mme mois, supprimant la maison
-de Saint-Louis, il vient rclamer l'excution de la loi, et ramener
-dans sa famille ladite Demoiselle sa soeur. Des affaires
-trs-pressantes et de service public l'obligeant partir de Paris
-sans dlai, il vous prie de vouloir bien ordonner qu'elle jouisse du
-bnfice de la loi du 16, et que le trsorier du district soit
-autoris lui escompter les vingt sols par lieue jusqu' la
-municipalit d'Ajaccio, en Corse, lieu du domicile de ladite
-Demoiselle, et o elle doit se rendre auprs de sa mre.
-
-Avec respect,
-
- BUONAPARTE.
- Le 1er septembre 1792.
-
-J'ai l'honneur de faire observer messieurs les administrateurs que
-n'ayant jamais connu d'autre pre que mon frre, si ses affaires
-l'obligeoient partir sans qu'il ne m'amne avec lui, je me
-trouverois dans une impossibilit absolue d'vacuer la maison de
-Saint-Cyr.
-
-Avec respect,
-
- Marianne BUONAPARTE.]
-
-[Note 17: C'tait un paysan sans instruction, mais d'un sens
-trs-juste; il a administr pendant trente-huit ans sa commune. Il est
-mort en 1828.]
-
-[Note 18: Nous, maire et officiers municipaux de Saint-Cyr, district
-de Versailles, dpartement de Seine-et-Oise, nous tant transports en
-la maison de Saint-Louis tablie en ce lieu, et nous tant fait
-reprsenter les brevets et autres titres, nous avons reconnu que la
-Demoiselle Marie-Anne Buonaparte, ne le 3 janvier 1777, est entre le
-22 juin 1784 comme lve de ladite maison de Saint-Louis, o elle est
-encore dans la mme qualit. Elle nous auroit tmoign le dsir
-qu'elle auroit de profiter de l'occasion du retour de son frre et
-tuteur pour rentrer dans sa famille.--Vu les diffrentes choses que
-nous venons d'noncer et l'embarras o se trouveroit ladite Demoiselle
-de faire un voyage aussi long, seule, et ds lors de l'impossibilit
-absolue o elle seroit d'vacuer la maison de Saint-Louis pour le 1er
-octobre, en conformit de la loi du 7 aot dernier, nous n'empchons,
-et croyons mme qu'il est ncessaire de faire droit la demande
-desdits sieur et demoiselle Buonaparte.
-
-Fait et dlivr Saint-Cyr, au greffe municipal, cejourd'hui, 1er
-septembre 1792, le quatrime de la Libert et le premier de l'galit.
-
- AUBRUN, maire; HOUDIN, secrtaire greffier.]
-
-Un grand crime allait accrotre les souffrances de la famille royale.
-Le 2 septembre, il y avait une vive fermentation autour du Temple;
-cependant le trouble du dehors n'avait point pntr au dedans; et,
-comme c'tait le dimanche et qu'il faisait beau temps, la famille
-royale tait descendue aprs dner au jardin. Les commissaires
-paraissaient soucieux et parlaient entre eux voix basse: tout coup
-on entend battre la gnrale; les municipaux font rentrer les
-prisonniers. Un instant aprs M. Hue est arrt et emmen dans une
-voiture de place l'htel de ville par un des commissaires (nomm
-Mathieu) et deux gendarmes. Louis XVI se demandait en vain ce qu'on
-pouvait reprocher son fidle serviteur; il ne trouvait que cette
-rponse: Il m'tait attach, et c'est un grand crime. Le lendemain
-matin, en s'habillant, il dit Clry, rest seul son tour pour le
-service de toute la famille: Savez-vous quelque chose des mouvements
-de Paris, et, avant tout, avez-vous des nouvelles de M. Hue[19]?--J'ai
-pendant la nuit, rpondit Clry, entendu dire vaguement un municipal
-que le peuple se portait aux prisons; je ne sais rien de plus. Je vais
-chercher me procurer des renseignements.--Prenez garde de vous
-compromettre, reprit le Roi, car alors nous resterions seuls. Vers
-onze heures, Manuel vint au Temple, informa Louis que la vie de M. Hue
-n'tait pas en pril, mais que le conseil gnral avait dcid qu'il
-ne rentrerait plus la Tour, et qu'on y enverrait une autre personne
- sa place. Je vous remercie, rpondit le Prince, je me servirai du
-valet de chambre de mon fils, et, si le conseil s'y refuse, je me
-servirai moi-mme; j'y suis rsolu.
-
-[Note 19: Voici ce qu'tait devenu M. Hue:
-
-Entr dans la salle de la Commune, on le plaa auprs du prsident. A
-quelques pas tait Santerre. Ce commandant de la milice parisienne
-coutait, d'un air grave et capable, les plans que des gens moiti
-ivres dveloppaient devant lui pour arrter les armes trangres: les
-uns, d'un air rus, expliquaient les roueries diffrentes de leurs
-oprations stratgiques; les autres prenaient la ligne droite, et,
-tout franchement, proposaient de se lever en masse pour marcher
-l'ennemi. Au parquet, place ordinaire du procureur de la Commune,
-s'agitait Billaud-Varenne, l'un des substituts, et prs de lui
-Robespierre, criant, donnant des ordres et paraissant trs-anim.
-
-Dans cette salle et dans les pices voisines, le tumulte tait
-extrme. Au milieu de ce dsordre, le prsident interroge l'accus.
-Avant que celui-ci puisse rpondre, on crie de toutes parts: _A
-l'Abbaye! la Force!_ Dans ce moment on y massacrait les prisonniers.
-
-Le calme se rtablit, l'interrogatoire commence. Des faits, la plupart
-imaginaires, sont reprochs. Tu as, dit l'un des municipaux, fait
-entrer dans la tour du Temple une malle renfermant des rubans
-tricolores et divers dguisements; c'tait pour faire vader la
-famille royale.--J'ai entendu, s'crie un autre, le Roi lui dire
-_quarante-cinq_ et la Reine _cinquante-deux_. Ces deux mots lui
-dsignaient le prince de Poix et le tratre Bouill. Un troisime
-prtend qu'il avait command une veste et une culotte couleur
-savoyard, preuve certaine d'une intelligence avec le roi de
-Sardaigne[19-A]. Un quatrime revient sur des correspondances
-clandestines au moyen de caractres hiroglyphiques dont nous avons
-parl. D'autres l'accusent d'avoir chant dans la tour l'air et les
-paroles: _O Richard! mon roi! l'univers t'abandonne!_ etc., ce qui
-tait faux, M. Hue ne chantait jamais; puis enfin de s'tre attir de
-la part de la famille royale un intrt qu'elle affectait de lui
-tmoigner, tandis qu' peine elle parlait aux commissaires de la
-Commune, ce qui tait vrai. A ce dernier reproche, l'accus reste
-muet. Les clameurs se renouvellent: _A l'Abbaye! la Force!_ Enfin,
-la fureur contre le coupable est au comble, quand Billaud-Varenne
-s'crie: Ce valet, renvoy au Temple une premire fois, a trahi la
-confiance du peuple; il mrite une punition exemplaire.--Un municipal
-se lve et dit: Citoyens, cet homme tient les fils de la trame ourdie
-dans la tour. S'assurer de lui, le mettre au secret, en tirer tous les
-renseignements qu'il peut donner, sera plus utile et plus sage que de
-l'envoyer l'Abbaye ou la Force. Quel que ft en ce moment le
-motif du municipal, son observation sauva la vie M. Hue. Il fut
-dcid que l'accus serait enferm dans un des cachots de l'htel de
-ville. Remis aussitt la garde d'un guichetier, il fut conduit au
-lieu de rclusion qui lui tait destin.]
-
-[Note 19-A: M. Hue avait en effet sign et fait viser par les
-commissaires de garde la demande d'un vtement semblable pour Tison.]
-
-En reconduisant le procureur-syndic, Clry lui demanda si la
-fermentation continuait: Vous vous tes charg d'une tche difficile,
-rpondit-il, je vous exhorte au courage. Ces mots prononcs d'un air
-fort soucieux firent craindre Clry que le peuple ne se portt au
-Temple. Manuel savait que les massacres, commencs la veille deux
-heures et demie dans les prisons, ne se ralentissaient pas. Sans
-doute, n'ayant pu les prvenir, il craignait qu'on ne lui attribut
-une part de responsabilit dans ces horribles vnements. Nous n'en
-prsenterons pas ici le tableau.
-
-Peltier, tmoin oculaire, a trac de l'aspect de Paris, dans les
-journes qui prcdrent immdiatement les massacres, une description
-saisissante: Qu'on se figure, dit-il, des rues populeuses et vivantes
-frappes tout coup du vide et du silence de la mort avant le coucher
-du soleil, dans une des belles soires d't, n'offrant plus ni
-promeneurs ni voitures dans leurs espaces solitaires, et ne prsentant
-au contraire dans toute leur tendue que l'aspect du nant. Toutes les
-boutiques sont fermes; chacun, retir dans son intrieur, tremble
-pour sa vie ou sa proprit; tous sont dans l'attente des vnements
-d'une nuit o chaque individu ne peut pas mme esprer de ressources
-de son dsespoir.
-
-Quant aux journes de septembre elles-mmes, c'est dans les Mmoires
-contemporains qu'on en trouvera la tradition dramatique et vivante.
-Madame Elliot[20] surtout, qui, pendant ces journes d'pouvante et
-d'horreur, sauva la vie Champcenetz travers d'tranges pripties
-et par des prodiges de courage et de prsence d'esprit, a laiss une
-relation empreinte de toutes ses motions et de toutes ses anxits.
-Elle a racont cette terrible visite domiciliaire avant laquelle elle
-avait fait tendre entre deux matelas, dans la ruelle de son lit, o
-elle tait couche elle-mme, M. de Champcenetz, malade, tremblant la
-fivre, et moiti mort de terreur; les propos sanglants et les
-menaces des sicaires; sa double crainte de leur dcouvrir le
-malheureux proscrit et d'tre tendue cte cte avec un cadavre, car
-Champcenetz ne respirait plus. Elle a dit la consigne inexorable des
-barrires, qui ne laissaient sortir personne; les rues, les quais, les
-boulevards sillonns de patrouilles; le cours de la Seine gard; elle
-rencontra mme le 3 septembre--avec quelle horreur!--un des plus
-sinistres trophes de ces hideux massacres qu'on portait de la Force
-au Temple. Encore une fois, notre sujet ne nous condamne pas entrer
-dans ce rcit: nous rechercherons seulement ce que sont devenues les
-personnes qui avaient suivi la famille royale des Feuillants au
-Temple, et qui lui ont t arraches le 19 aot.
-
-[Note 20: Madame Elliot est une de ces femmes la vie lgre du
-dix-huitime sicle qui, jusque dans le dsordre, conservaient un
-coeur dvou, une me forte, le sentiment de l'honneur politique et de
-la foi chrtienne. B.]
-
-Le registre de la petite Force[21] constate qu' l'poque de ces
-vnements, cette prison renfermait cent dix femmes, la plupart
-appartenant l'cume de la population, amenes l par la prostitution
-ou le vagabondage: malheureuses cratures, de tout ge, accuses
-d'avoir vol du linge ou de la vaisselle aux Tuileries, le 10 aot, ou
-dans la nuit du 10 au 11. Parmi ces cent dix femmes, on en remarque
-neuf seulement dtenues pour des faits politiques. Voici leur crou:
-
-A la date du 19 aot:
-
- De l'ordre de M. Ption, maire, et MM. les commissaires des
- 48 sections.
-
- Madame de Navarre, premire femme de chambre de Madame lisabeth,
- Madame Basire, femme de chambre de Madame Royale,
- Madame Thibault, premire femme de chambre de la Reine,
- Madame Saint-Brice, femme de chambre du Prince Royal,
- Madame Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi,
- Mademoiselle Pauline Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi,
- Marie-Thrse-Louise de _Savoie de Bourbon-Lamballe_,
-
-[Note 21: Conserv dans les archives de la prfecture de police.]
-
-A la date du 30 aot:
-
- Anglique-Euphrasie Peignon, pouse de M. de Septeuil, native de
- Paris, ge de vingt et un ans et demi, envoye dans cette prison
- pour y tre dtenue jusqu' nouvel ordre; de l'ordre de MM. les
- administrateurs du dpartement de police.
-
-A la date du 2 septembre:
-
- Madame Mackau, envoye dans cette prison avec la demoiselle
- Adlade Rotin, sa femme de chambre, prisonnire volontaire
- auprs de sa matresse; de l'ordre de MM. les administrateurs de
- police, membres de la commission de surveillance et de salut
- public.
-
-Mademoiselle Pauline de Tourzel et madame Saint-Brice furent
-miraculeusement mises en libert le 2 septembre. Mesdames Thibaud,
-Navarre, Basire, de Tourzel et Septeuil furent relches, le 3, par
-le tribunal populaire qui s'tait install la Force. Il en fut de
-mme de madame de Mackau et de sa femme de chambre, entres dans cette
-prison la veille[22], au moment mme o l'on commenait les
-massacres. Quant madame de Lamballe, en examinant de prs son crou,
-il est facile de voir qu'une destine particulire lui tait rserve:
-les noms de _Savoie_ et de Bourbon-Lamballe sont crits en saillie,
-avec une intention vidente; la profession n'y est point indique;
-tout semble annoncer le sort funeste qui l'attendait. L'histoire n'a
-pas dit nettement pourquoi elle a t assassine: elle n'a point nomm
-d'une manire positive ses juges, je veux dire ses proscripteurs et
-ses bourreaux. La main mme, la main inconnue qui, sur le registre, a
-complt l'crou de cette infortune princesse, s'est borne ajouter
- son nom ces seuls mots, qui taient un arrt de mort: Conduite le 3
-septembre au grand htel de la Force.
-
-[Note 22: Madame Marie-Anglique de Fitte de Soucy, baronne de Mackau,
-sous-gouvernante des Enfants de France, ne au chteau de Soucy le 16
-novembre 1723, est morte Vitry-sur-Seine le 16 fvrier 1800.
-
-Madame lisabeth-Louise Le Noir, comtesse de Soucy, belle-soeur de
-madame de Mackau, et comme elle sous-gouvernante des Enfants de
-France, ne Paris le 31 octobre 1729, est morte Vitry-sur-Seine le
-21 dcembre 1813.
-
-Adlade Rotin, femme Camille, qui n'avait jamais quitt le service de
-ses deux matresses, ne s'loigna pas d'elles aprs leur mort; grce
-une petite pension que la famille de Mackau lui faisait, elle passa
-ses derniers jours dans ce village, gardienne de deux tombes prs
-desquelles elle esprait la sienne. Son voeu a t ralis le 5
-juillet 1855. Elle tait ne Versailles en 1768.
-
-Nous avons visit plus d'une fois cette pauvre femme, que son
-dvouement et sa mmoire rendaient fort intressante. Voici comment
-elle nous a racont la manire dont elle avait chapp aux massacres
-de septembre:
-
-Ne Versailles en 1768, j'avois consquemment vingt-quatre ans
-lorsque je me constituai prisonnire la Force, aprs le 10 aot
-1792. On fit beaucoup de difficult pour m'admettre dans cette prison;
-mais mes instances furent si vives que j'eus le bonheur d'y entrer
-avec ma matresse, madame la baronne de Mackau. Elle et moi nous
-couchmes sur la paille, et fmes nourries au pain et l'eau. En face
-de notre cachot toit celui de la princesse de Lamballe, entre la
-Force quelques jours avant nous. La concierge de la prison toit une
-trs-brave femme: elle eut grande piti de nous, et c'est elle que
-nous dmes de ne pas mourir de faim. Elle nous apporta pendant la nuit
-diffrentes nourritures pour nous soutenir.
-
-Dans la matine du 3 septembre, une espce de tribunal s'installa la
-Force dans une salle basse. Il y avoit sept ou huit personnes de la
-maison du Roi. On nous interrogea toutes; quand on s'adressa madame de
-Mackau: Qu'allez-vous faire? leur dis-je; elle est aline, elle ne
-peut vous rpondre sur rien.--Prends Dieu tmoin qu'elle est
-aline.--Oui, certes, je prends Dieu tmoin qu'elle est aline, et
-qu'il lui est impossible de rpondre.--Mais elle a des parents
-migrs?--Elle n'en a aucun, m'criai-je, bien que je susse pertinemment
-qu'elle en avoit deux. Mon ton assur sauva ma matresse. Immdiatement
-mise en libert, elle se rfugia chez madame de Chazet, sa fille.
-Retenue aprs elle la Force, on eut la cruaut de me faire assister au
-meurtre de madame de Lamballe. Ds qu'elle eut pass le guichet et mis
-le pied sur le pav o avoit lieu le massacre gnral et o le sang
-couloit flots, elle fut abattue immdiatement; on la dpouilla de tous
-ses vtements, on lui ouvrit le corps et on lui arracha le coeur. On
-m'avoit entrane pour tre immole aussi, et c'est ainsi que je fus
-tmoin de toutes ces horreurs. Je perdis connoissance, et quand je
-repris mes sens j'tois toute nue moi-mme et j'avois t livre
-toutes les brutalits. Au moment o on alloit me frapper, un gendarme
-prit intrt moi; il pleuroit chaudes larmes; il me protgea avec
-son sabre, fut bless au poing, et parvint m'envelopper de son
-manteau. Plusieurs spectateurs prirent comme lui ma dfense. Mon premier
-protecteur me fit aussitt monter dans une voiture, et la populace, qui
-un instant auparavant avoit demand ma mort, cria autour de cette
-voiture: _Vive l'innocence reconnue!_ Les chevaux pouvoient peine
-traverser les flots de cette multitude, et l'on mit prs de deux heures
- me conduire rue des Boucheries-Saint-Honor, chez la lingre de madame
-de Mackau. Tout le monde se disputa le moyen de m'apporter des secours.
-Pendant que je devenois ainsi l'objet de soins et d'gards empresss,
-madame de Mackau, qui avoit appris le massacre gnral des prisonniers,
-ne doutoit pas que je ne fusse moi-mme au nombre des victimes, et elle
-me pleuroit.
-
-La lingre me donna tout ce qu'il me falloit pour me vtir. Le
-gendarme qui m'avoit sauve me conduisit chez madame de Chazet, o se
-trouvoit madame de Mackau. Obliges de quitter Paris sur-le-champ,
-nous vnmes demeurer Vitry chez madame de Soucy.
-
-Dans ce village o s'est coule presque toute mon existence, j'ai
-survcu de longues annes mes deux respectables matresses. Ma seule
-pense de bonheur est de les rejoindre: ma tombe est prte auprs de
-la leur.
-
- _Sign_: ADLADE CAMILLE.
-
- A Vitry-sur-Seine, le mardi 13 juillet 1853.]
-
-Manuel, en quittant le Temple, y avait laiss de l'inquitude. Depuis,
-certaines rumeurs avaient accru l'alarme: les municipaux jugrent
-propos d'interdire aux prisonniers la promenade du jardin. La famille
-royale, qui venait de sortir de table, se tenait runie dans la
-chambre de la Reine. Clry tait dner avec Tison et sa femme;
-celle-ci jette un grand cri: une tte de femme, ple et sanglante,
-vient d'apparatre la croise. Les assassins, au dehors, croient
-avoir reconnu la voix de la Reine, et accueillent par un rire joyeux
-le cri d'effroi sorti de la Tour. Clry est remont prcipitamment: il
-prvient voix basse Madame lisabeth, mais son visage est tellement
-atterr que le Roi et la Reine s'en aperoivent. Qu'avez-vous donc,
-Clry? lui dit la Reine. Les deux commissaires de service taient
-leur poste; un troisime s'crie en entrant et en s'adressant au Roi:
-Les ennemis sont Verdun; nous prirons tous, mais vous prirez le
-premier. Un autre municipal survient, encore suivi de quatre hommes
-dputs par le peuple; un d'eux demande instamment que les prisonniers
-se montrent la fentre.--Oh! non, non, de grce! s'crie un
-municipal de service[23] en barrant le passage au Roi, n'approchez
-pas! ne regardez pas! quelle horreur! Voyant l'honorable opposition
-des municipaux, l'orateur de la dputation s'crie d'une voix
-satanique: On veut vous cacher la tte de la Lamballe que l'on vous
-apportait, pour vous faire voir comment le peuple se venge de ses
-tyrans. Je vous conseille de paratre, si vous ne voulez pas que le
-peuple monte ici. La Reine tombe vanouie. J'abrge ici le rcit de
-ces horribles scnes, que le lecteur peut trouver en dtail dans
-l'histoire de Louis XVII.
-
-[Note 23: Du nom de Mennessier.]
-
-Le moindre objet qui avait appartenu l'infortune princesse de
-Lamballe devenait pour Marie-Antoinette et pour sa fille un douloureux
-_memento_ et une nouvelle source de larmes. Madame lisabeth ramassa
-quelques effets laisss par elle la tour lorsqu'elle en avait t
-enleve, les serra loin de leurs yeux, et, au premier moment
-favorable, les remit Clry en lui recommandant d'en faire un paquet
-et de l'adresser avec une lettre la premire femme de chambre de
-madame de Lamballe. Ni le paquet ni la lettre n'arrivrent leur
-destination.
-
-Parmi les commissaires chargs d'inspecter les travaux et les dpenses
-du Temple, le nomm Simon, cordonnier et officier municipal, s'tait
-fait remarquer par sa rudesse et sa grossiret. Un jour, Madame
-lisabeth, qui avait su que sa femme tait malade l'Htel-Dieu, lui
-en demanda des nouvelles. Dieu merci, elle va mieux, rpondit-il, en
-ajoutant: C'est un plaisir de voir actuellement les dames de
-l'Htel-Dieu; elles ont bien soin des malades; je voudrais que vous
-les vissiez, elles sont aujourd'hui habilles comme ma femme, comme
-vous, mesdames, ni plus ni moins[24].
-
-[Note 24: _Mon tmoignage sur la dtention de Louis XVI et de sa
-famille dans la tour du Temple_, par Ch. GORET, ancien membre de la
-Commune du 10 aot 1792.--Paris, Maurille, 1825, in-8 de 71 pages.]
-
-La plupart du temps il y avait entre les municipaux de service, les
-gardes nationaux, les deux geliers de la petite tour et les maons
-mme employs aux travaux du Temple, un odieux concert pour charger
-d'outrages ces grandeurs tombes. Nous ne redirons pas ces insultes de
-tous les jours que la famille royale eut subir dans l'intrieur de
-sa prison ou pendant ses promenades au jardin, et qu'elle ne cessa
-d'endurer avec une inaltrable rsignation. Nous prfrons rappeler
-quelques rares tmoignages de sympathie et de compassion qui lui
-furent offerts.
-
-Un commissaire, de garde pour la premire fois, entra chez le Roi
-pendant que le petit prince prenait sa leon de gographie. Interrog
-par son pre, qui lui demandait dans quelle partie du monde tait
-situe Lunville, l'enfant rpondit: Dans l'Asie.--Comment! dans
-l'Asie! dit en souriant le municipal; vous ne connaissez pas mieux un
-lieu o vos anctres ont rgn? La manire dont le municipal
-relevait l'erreur plut au Roi et la Reine. Marie-Antoinette entama
-avec lui une conversation voix basse: Nous supporterions plus
-facilement nos malheurs, lui dit-elle en terminant, si la plupart de
-vos collgues vous ressemblaient.
-
-Un garde national plac en faction au bout de l'alle des marronniers
-qui servait de prau, jeune homme d'une intressante figure, exprimait
-par son attitude et son regard le dsir de donner quelques
-renseignements la famille royale. Madame lisabeth, dans un second
-tour de promenade, s'approcha de lui assez prs pour qu'il lui parlt;
-soit crainte, soit respect, il ne l'osa point, mais quelques larmes
-brillrent dans ses yeux, et par un signe il indiqua qu'il avait
-dpos peu de distance un papier dans les dcombres. Clry, en
-feignant de choisir des palets pour le petit Prince, se mit la
-recherche de ce papier; mais les commissaires l'avertirent qu'il ne
-devait pas approcher des sentinelles et qu'il et se retirer. On n'a
-pu deviner quelles taient les intentions de ce jeune homme.
-
-Ce n'est pas le seul sujet d'motion que l'heure de la promenade
-offrait aux prisonniers: parmi quelques royalistes qui profitaient
-chaque jour de ce court instant pour les voir, en se plaant aux
-fentres des maisons situes autour de l'enceinte du Temple, Clry,
-une fois, remarqua une femme qui suivait d'un oeil trs-attentif tous
-les mouvements du jeune Prince lorsqu'il s'cartait de ses parents, et
-crut reconnatre en elle madame de Tourzel. Il prvint Madame
-lisabeth. Au nom de madame de Tourzel, cette princesse, qui la
-croyait une des victimes du 2 septembre, ne put retenir ses larmes.
-Quoi! dit-elle, elle vivroit encore! Clry s'tait tromp; les
-renseignements qu'il obtint le lendemain lui apprirent que madame de
-Tourzel tait dans une de ses terres[25]. Il apprit aussi que la
-princesse de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon, qui, le 10
-aot, au moment de l'attaque, se trouvaient dans le palais des
-Tuileries, n'avaient point t comprises dans le massacre. La
-certitude qu'elles vivaient encore fut pour la famille royale, qui les
-avait pleures, une surprise pleine de joie et comme la rsurrection
-d'amis qu'on a crus perdus pour toujours; mais, hlas! elle apprit
-presque aussitt le meurtre des prisonniers de la haute cour
-d'Orlans, et cette nouvelle affreuse lui causa un vif chagrin. Le duc
-de Brissac et M. de Lessart taient au nombre de ces serviteurs de la
-royaut qui ne furent pas jugs, mais assassins Versailles le 9
-septembre 1792. La population de Versailles put voir la tte de M. de
-Brissac plante au bout d'une des piques de la grille du chteau. M.
-de Brissac n'avait jamais voulu s'loigner du danger. La dissolution
-de son rgiment l'avait rendu libre; il aurait pu fuir, Louis XVI l'en
-avait pri; mais le coeur d'un sujet si dvou tait rest sourd aux
-instances d'un prince si malheureux. Sire, avait rpondu M. de
-Brissac, la fuite m'est dfendue. On dirait que je suis coupable et
-l'on vous croirait complice: ma conduite serait donc pour vous une
-accusation; j'aime mieux mourir. Il mourut.
-
-[Note 25: C'tait encore une erreur. Madame et mademoiselle P. de
-Tourzel, sauves de la Force par M. Hardy, avaient t conduites par
-lui dans un petit logement Vincennes, o elles demeurrent caches
-pendant plus de trois mois. B.]
-
-Au nombre des personnes qui venaient aux environs du Temple pier
-l'instant et l'occasion d'apercevoir la famille royale, il faut citer M.
-Hue, qui, aprs quinze jours environ passs dans les cachots de la
-Commune, avait recouvr la libert. Le seul adoucissement ses peines
-tait de porter ses pas vers le Temple: sa seule ambition tait de
-rentrer la Tour. Il fit ce sujet des dmarches auprs de Ption, et
-celui-ci ayant t nomm dput la Convention, il se dtermina
-s'adresser Chaumette, qui venait de remplacer, comme procureur de la
-Commune, Manuel, devenu aussi reprsentant du peuple. Il reut de lui un
-accueil poli et presque bienveillant. Chaumette l'invita s'asseoir, et
-ayant fait interdire sa porte, s'pancha confidentiellement avec lui,
-lui parla de son origine obscure, de sa jeunesse besoigneuse, des
-obstacles qu'il avait eu franchir, des rigueurs qu'il avait prouves.
-Puis il lui fit des rvlations importantes sur les infidlits de
-quelques personnes du service du Roi qui recevaient par jour, pour prix
-de leurs dlations, un ou plusieurs louis stipuls payables en or. Ces
-tristes aveux confondaient la loyaut de M. Hue: il se rappela pourtant
-qu'une ou deux fois Madame lisabeth s'tait tonne de rencontrer dans
-un journal quelques dtails d'intrieur sur lesquels l'oeil du dehors
-n'avait pu tomber. Mais si la raison de Madame lisabeth tait
-clairvoyante, sa conscience troite et scrupuleuse se serait reproch
-d'arrter un soupon infamant sur qui que ce ft. Et M. Hue, dans son
-ouvrage sur les _Dernires annes du rgne et de la vie de Louis XVI_, a
-gard sur ces tratres une magnanime rserve, ne devant pas, dit-il,
-mettre dcouvert leurs noms quand son vertueux matre les a voulu
-taire, et quand, dans son immortel testament, il a recommand son fils
-de ne songer qu' leurs malheurs.
-
-Portant ensuite l'entretien sur la famille royale, Chaumette laissa
-entrevoir de l'intrt pour le Dauphin. Je veux, dit-il, faire donner
-quelque ducation cet enfant; je l'loignerai de sa famille pour lui
-faire perdre l'ide de son rang; quant au Roi, il prira. Le Roi vous
-aime..... A ces mots, M. Hue ne put retenir ses pleurs. Donnez un
-libre cours votre douleur, reprit Chaumette; si vous cessiez un
-instant de regretter votre matre, moi-mme je vous mpriserais.
-
-Chaumette s'tait montr confiant, mais il demeura inflexible, et M.
-Hue ne put rentrer au Temple.
-
-L'Assemble lgislative avait accompli sa tche. N'ayant ni le courage
-de la vertu ni l'nergie du crime, cette triste assemble, domine par
-la Commune insurrectionnelle de Paris, qui disposait de la force
-rvolutionnaire, avait amen la victime au Temple. La Convention
-devait l'y venir chercher pour l'immoler. La peur ou la violence avait
-cart des comices la plus grande partie des lecteurs, et un million
-cinq cent mille votes seulement avaient t constats au scrutin.
-Nomme sous l'impression des massacres, conue pour ainsi dire dans le
-meurtre et dans le sang, la Convention allait se montrer digne de son
-odieuse origine: ds sa premire sance, 21 septembre 1792, elle
-abolit officiellement la royaut, dj supprime de fait, et semblable
- une drision couronne. A quatre heures du soir, un officier
-municipal nomm Lubin se rendit au Temple, entour de gendarmes
-cheval et d'une nombreuse populace; les trompettes sonnrent, il se
-fit un grand silence, et Lubin, qui avait une voix de Stentor, donna
-lecture de la proclamation, que la famille royale put entendre
-distinctement:
-
-La royaut est abolie en France. Tous les actes publics seront dats
-de la premire anne de la Rpublique. Le sceau de l'tat portera pour
-lgende ces mots: _Rpublique de France_. Le sceau national
-reprsentera une femme assise sur un faisceau d'armes, tenant la
-main une pique surmonte du bonnet de la Libert.
-
-Pendant cette lecture, les municipaux de service[26], assis prs de la
-porte de la chambre du Roi, essayaient de saisir sur la physionomie
-des prisonniers les secrtes motions de leur me. Louis XVI, qui
-tenait un livre la main, continua de lire sans que la moindre
-altration part sur ses traits. Madame lisabeth, occupe sa
-tapisserie, ne prit pas garde ce qui se passait et ne quitta pas
-son ouvrage; la Reine demeura calme et digne, et les deux observateurs
-ne surprirent ni un mot ni un mouvement qui pt accrotre leur
-jouissance.
-
-[Note 26: C'taient Hbert, si connu sous le nom de Pre Duchne, et
-Destournelles, depuis ministre de l'instruction publique.]
-
-Dans la soire, Clry informa le Roi du besoin qu'avait son fils de
-rideaux et de couvertures pour son lit, la temprature s'tant
-trs-refroidie depuis deux jours. Louis XVI lui dit d'en faire la
-demande par crit, et il la signa. Clry s'tait servi des expressions
-qu'il avait jusqu'alors toujours employes: Le Roi demande pour son
-fils, etc.--Vous tes bien os, lui dit Destournelles, d'employer
-encore un titre aboli par la volont du peuple, comme vous venez de
-l'entendre.--J'ai entendu une proclamation, rpondit Clry, mais je
-n'en sais pas l'objet.--C'est, reprit le commissaire, l'abolition de
-la royaut, et vous pouvez dire _monsieur_ (en montrant Louis XVI)
-de cesser de prendre un titre que le peuple ne reconnot plus.--Je ne
-puis, dit Clry, changer ce billet qui est dj sign; Louis m'en
-demanderait la cause, et ce n'est pas moi de la lui apprendre.--Vous
-ferez ce que vous voudrez, rpliqua le municipal, mais je ne
-certifierai pas votre demande. Le lendemain, Madame lisabeth tira
-Clry d'embarras. Il ne faut pas, lui dit-elle, faire de cela une
-affaire: pargnons au Roi tout ennui inutile. Je vous conseille,
-Clry, d'crire l'avenir pour ces sortes d'objets de la manire
-suivante: Il est ncessaire pour le service de Louis XVI..., de
-Marie-Antoinette..., de Louis-Charles..., de Marie-Thrse..., de
-Marie-lisabeth..., etc...
-
-Les travaux du Temple, quoique pousss avec activit, taient loin
-d'tre achevs; cependant le nouvel appartement destin Louis XVI,
-dans la grosse tour, tait prt le recevoir. En mme temps, on
-cherchait grossir de nouveaux griefs l'acte d'accusation que la
-rvolution formulait chaque jour contre ce malheureux Prince, afin de
-fournir un nouvel aliment la colre de la rue. Dans l'embrasure
-d'une porte qui communiquait de sa chambre celle de son fils, le
-Roi, peu de temps avant le 10 aot, avait pratiqu l'aide d'une
-vrille (seul instrument qu'il pt employer sans bruit) une ouverture
-de vingt-deux pouces de haut sur seize de large: il tait parvenu
-creuser insensiblement dans le mur, sur les mmes dimensions, un trou
-de huit neuf pouces de profondeur; chaque matin, il lui avait fallu
-lever le morceau qu'il avait dtach du lambris, et le soir, le
-travail termin, le rattacher avec quatre fils. L'opration acheve,
-il avait de sa main scell en pltre quatre tasseaux sur lesquels il
-avait pos deux rangs de tablettes en bois, et dans cette cachette, il
-avait rang ses papiers les plus importants. Il avait fait venir le
-serrurier Gamin pour doubler d'une feuille de tle le morceau de
-lambris qui recouvrait cette ouverture. Cet ouvrier, honor de la
-confiance du Roi, avait dnonc Roland ce fait, qui tout aussitt
-devint une source d'accusations. La petite cachette prit dans le
-public le nom d'_armoire de fer_, et devait, dit-on, donner le fil
-d'une vaste conspiration. Le 29 septembre, dix heures du matin, six
-officiers municipaux entrrent dans la chambre de la Reine, o tait
-runie sa famille. L'un d'eux, nomm Charbonnier, donna lecture d'un
-arrt du conseil de la Commune qui leur ordonnait d'enlever papier,
-encre, plumes, crayons, et mme les papiers crits, tant sur la
-personne des dtenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au valet de
-chambre et autres personnes du service de la tour; de ne leur laisser
-aucune arme quelconque, offensive ou dfensive; en un mot, de prendre
-toutes prcautions ncessaires pour ter tout commerce de Louis le
-dernier avec autres personnes que les officiers municipaux[27]. Puis
-arrtant ses regards sur Louis XVI, le mme commissaire ajouta de vive
-voix: Lorsque vous aurez besoin de quelque chose, Clry descendra et
-crira vos demandes sur un registre qui restera dans la salle du
-Conseil. Sans faire la moindre observation, les captifs se
-fouillrent, livrrent leurs papiers, crayons, ncessaires de poche,
-etc. Les commissaires firent ensuite la visite des armoires, des
-coffres, et enlevrent les objets dsigns dans l'arrt. Un d'eux dit
- Clry: Le ci-devant Roi sera transfr ce soir mme dans la tour.
-Clry fit part de cette pnible nouvelle Madame lisabeth, qui
-trouva le moyen d'en avertir son frre. Aprs le souper, comme Louis
-XVI quittait la chambre de Marie-Antoinette pour remonter dans la
-sienne, un commissaire lui dit d'attendre un instant, que le conseil
-avait une communication lui faire. Les six municipaux qui, le matin,
-avaient mis excution un arrt de la Commune, parurent, et
-notifirent aux dtenus un nouvel arrt qu'ils venaient de recevoir
-du conseil gnral.
-
-[Note 27: Archives de l'Empire.]
-
- * * * * *
-
- Commune de Paris.--Du 29 septembre 1792, l'an IVe de la Libert
- et Ier de l'galit, Ier de la Rpublique franaise.
-
-_Extrait du registre des dlibrations du conseil gnral._
-
-La garde des prisonniers du Temple devenant tous les jours plus
-difficile par leur concert et les mesures qu'ils peuvent prendre entre
-eux, la responsabilit du conseil gnral de la commune lui impose
-l'imprieuse loi de prvenir les abus qui peuvent faciliter l'vasion
-de ces tratres; il a pris l'arrt suivant:
-
-1 Que Louis et Antoinette seront spars;
-
-2 Que chaque prisonnier aura un cachot particulier;
-
-3 Que le valet de chambre sera mis en tat d'arrestation;
-
-4 Adjoint avec les cinq commissaires dj nomms, le citoyen Hbert;
-
-5 Les autorise mettre excution l'arrt de ce soir
-sur-le-champ, mme de leur ter l'argenterie, les accessoires pour la
-bouche; en un mot, le conseil gnral donne plein pouvoir ses
-commissaires d'employer tout ce que leur prudence leur prescrira pour
-la sret de ces otages[28].
-
-[Note 28: Archives de l'Empire.]
-
-La Commune, dans ses prescriptions, n'avait point encore revtu une
-forme aussi acerbe. Quoique prpar cet vnement, Louis en fut
-affect. Marie-Antoinette et Madame lisabeth cherchaient lire dans
-les yeux des commissaires jusqu'o devaient s'tendre les rigueurs de
-leur mission. En recevant les adieux de sa femme et de sa soeur, Louis
-leur prit les mains et les serra avec un sentiment expressif qui
-semblait dire: Rsignons-nous. Son dpart les laissa dans de vives
-inquitudes. Toutes deux pleuraient chaudes larmes. Madame
-lisabeth, qui trouvait toujours des paroles consolantes pour toutes
-les douleurs, devenait muette devant une infortune qu'elle croyait
-sans bornes, et que pourtant elle voyait crotre de jour en jour et
-d'heure en heure.
-
-Leves de bonne heure le lendemain, Madame lisabeth et Marie-Thrse
-vinrent frapper chez la Reine un peu plus tt que de coutume. Comme
-Clry avait suivi le Roi dans sa nouvelle prison, Madame lisabeth
-accourait s'offrir pour habiller le jeune prince. L'abattement de ces
-trois pauvres femmes et de cet enfant lui-mme tait profond; la
-suprme consolation des malheureux est de souffrir ensemble. A dix
-heures, quand il leur fallut se mettre table pour djeuner, leurs
-yeux se remplirent de larmes en voyant vide la place du pre de
-famille. Elles demandrent en vain de ses nouvelles aux commissaires
-de service auprs d'elles, aucun n'en put donner; mais quelques
-instants aprs, un d'eux ayant t conduire dans l'appartement de la
-grosse tour des peintres et des colleurs qui n'y avaient point termin
-leurs travaux, dit au Roi qu'il venait d'assister au djeuner de sa
-famille et qu'elle tait en bonne sant. Je vous remercie, rpondit
-Louis XVI; je vous prie de lui donner de mes nouvelles et de lui dire
-que je me porte bien. Ne pourrais-je pas, ajouta-t-il, avoir quelques
-livres que j'ai laisss dans la chambre de la Reine? Vous me feriez
-plaisir de me les envoyer. Puis il indiqua les ouvrages qu'il
-dsirait. Le reprsentant de la Commune fit droit sa demande; mais
-ne sachant pas lire, il proposa Clry de l'accompagner. Heureux de
-l'ignorance de cet homme, Clry s'empressa de descendre avec lui. Il
-trouva Marie-Antoinette entoure de ses enfants et de sa soeur: leur
-douleur, qui sembla augmenter sa vue, s'exhala en mille questions
-auxquelles il ne put rpondre qu'avec rserve; leurs plaintes, leurs
-paroles touchantes murent le coeur des commissaires. Accordez-nous
-du moins, s'criaient-elles, la consolation de nous runir au Roi un
-moment dans la journe, ne ft-ce qu' l'heure des repas!--Eh bien,
-laissons-les dner ensemble aujourd'hui, dit avec un ton d'autorit un
-municipal; mais comme notre conduite est subordonne aux arrts de la
-Commune, nous ferons demain ce qu'elle aura prescrit. A ces mots, un
-sentiment qui tait presque de la joie vint soulager ces tristes mes.
-Marie-Antoinette pressant ses enfants dans ses bras, Madame lisabeth
-les yeux levs vers le ciel, semblaient rendre grces Dieu de cette
-faveur inattendue. Quelques commissaires pleuraient malgr eux. Simon
-lui-mme tait attendri. Je crois, dit-il tout haut, que ces
-b......... de femmes me feraient pleurer. Il ajouta: Quand vous
-assassiniez le peuple au 10 aot, dit-il en s'adressant
-Marie-Antoinette, vous ne pleuriez point.--Le peuple est bien tromp
-sur nos sentiments, rpondit tristement la Reine.
-
-On servit le dner chez Louis XVI l'heure ordinaire, et on lui amena
-sa famille. Aux transports qu'elle laissa clater, on put juger des
-craintes qu'elle avait prouves. La concession faite par les
-commissaires de ce jour ne pouvant tre blme par eux devant les
-nouveaux municipaux qui devaient les remplacer, se continua
-naturellement les jours suivants. Il ne fut plus question de l'arrt
-du 29 septembre; la famille royale se runit chaque jour aux heures
-des repas ainsi qu' la promenade, et Clry la servit comme par le
-pass.
-
-La Reine et Madame lisabeth tmoignrent, aprs le dner, le dsir de
-visiter l'appartement qu'on leur prparait au-dessus de celui du Roi.
-Les commissaires les y conduisirent. Elles prirent les ouvriers de se
-hter, mais la besogne dura encore trois semaines. Pendant ce
-temps-l, Clry partagea son temps entre tous les prisonniers, faisant
-leurs chambres, rglant leurs dpenses et cherchant le moyen de
-conserver quelques rapports entre eux. On comprend que ce sjour de la
-famille royale dans deux tours spares et sans communication
-intrieure, en rendant la surveillance des municipaux plus difficile,
-la rendait aussi plus inquite. La chose la plus futile et la plus
-insignifiante, ds qu'elle tait relative un membre de la famille
-prisonnire au Temple, empruntait immdiatement cette circonstance
-un caractre srieux. Un pauvre vicaire de Fontenay de Vincennes
-adressait Madame lisabeth quelques prtendus vers sans rime ni
-raison, et crits dans une langue qui n'appartient ni la prose ni
-la posie. Ce fatras, portant l'adresse de _Madame lisabeth au
-Temple_, fut remis au conseil gnral de la Commune[29], qui le
-transmit la commission des vingt-quatre. (Voir aux pices
-justificatives, n II.)
-
-[Note 29: _Extrait du registre des dlibrations du conseil gnral du
-19 octobre 1792._
-
-Le conseil gnral nomme le citoyen Lger, l'un de ses membres,
-qu'_elle_ charge de se transporter au Temple sur-le-champ pour y
-prendre une lettre adresse Madame lisabeth par le vicaire de
-Fontenay-sous-Bois, et l'apporter au conseil.
-
- _Sign_: DARNAUDERIE, vice-prsident;
-
- COULOMBEAU, secrtaire-greffier par intrim.
-
-(Archives de l'Empire.)]
-
-On tenait loigns du Temple les journaux qui racontaient les
-sanglants malheurs de la France, les pamphlets qui pervertissaient la
-conscience publique; mais l'injure, la menace, la calomnie adresses
-directement aux Capets servaient souvent de passe-port aux gazettes
-dans ce lazaret politique et moral o la famille royale prolongeait
-sans fin sa douloureuse quarantaine, et dans lequel on ne laissait
-pntrer que ce qui pouvait ajouter aux tortures du prsent les
-apprhensions d'un plus sinistre avenir. Ces misrables feuilles, dont
-le cynisme et le dvergondage taient sans bornes, on les plaait
-dessein sur une commode ou sur une chemine dans les appartements. Ni
-l'ge ni la vertu n'taient pargns. Une brochure prouvait qu'il
-fallait touffer _les deux petits louveteaux_, c'est ainsi qu'elle
-appelait les enfants du Roi; une autre versait l'outrage pleins
-flots sur Madame lisabeth, cherchant dtruire l'admiration
-qu'inspiraient au public son caractre anglique et son dvouement
-fraternel.
-
-Un petit conflit d'attributions lev entre Clry et Tison, leurs
-prtentions jalouses aussi bien que l'habitude que prenait
-individuellement chaque dtenu de s'adresser pour un service
-quelconque au commissaire qu'il croyait le mieux dispos en sa faveur,
-firent prendre par le conseil du Temple un arrt pour rglementer la
-manire dont la famille royale prsenterait l'avenir ses demandes au
-conseil. Le municipal James, qui protgeait Tison, lui dit en lui
-annonant le rsultat de la dlibration du conseil: Sois content, le
-ministre est form; tu as le dpartement des femmes.
-
-La sparation complte de la famille royale tait pressentie dans cet
-arrt. Le vendredi 26 octobre, la Reine, ses enfants et Madame
-lisabeth furent installs dans la grosse tour. Ce moment tant
-souhait par les prisonniers, et qui semblait leur promettre quelques
-consolations, fut marqu, de la part des municipaux, par un trait
-d'hostilit contre la Reine. Le conseil du Temple, compos de Roch,
-Jrosme, Cochois et Mass, et sur la motion d'un d'entre eux, ennemi
-personnel de Marie-Antoinette, prit un arrt qui, sous la forme d'une
-mesure de convenance et d'ordre, retirait le jeune Louis-Charles des
-mains de sa mre et le remettait entre celles de son pre[30]. Sans
-avoir pralablement notifi cette dcision Marie-Antoinette, le soir
-mme de son entre dans son nouvel appartement, on lui enleva son
-fils. La Commune s'tait empresse de ratifier cet arrt[31]. Dans
-cette mme journe, pendant le dner de la famille royale, un greffier
-et un huissier, tous deux en costume, et suivis de six gendarmes,
-taient venus chercher Clry pour le conduire l'htel de ville,
-d'o, aprs six heures passes au cachot, et un long interrogatoire,
-il fut reconduit, minuit, au Temple par les quatre officiers
-municipaux dsigns pour y prendre le service.
-
-[Note 30: Commune de Paris.--Sret du Temple. L'an Ier de la
-Rpublique franaise, le 27 octobre 1792.
-
-_Extrait du registre des dlibrations du conseil de service au
-Temple, en date du 26 octobre prsent._
-
-Sur les observations faites par l'un des membres de service au Temple
-que le fils de Louis Capet tait jour et nuit sous la direction de
-femmes, mre et tante, considrant que cet enfant est dans l'ge o il
-doit tre sous la direction des hommes, le conseil, dlibrant sur cet
-objet, a arrt et arrte qu' l'instant le fils de Louis Capet sera
-retir des mains des femmes pour tre remis et rester entre celles de
-son pre les jours et nuits, except qu'aprs l'heure du dner il
-montera dans le logement de ses mre et tante, durant le moment o son
-pre se repose, et en descendra sur les quatre cinq heures du soir;
-le tout sous la surveillance et conduite de l'un des commissaires de
-service.
-
-Fait au Conseil sant au Temple lesdits jour et an que dessus.
-
- _Sign_: MASS, JROSME, ROCHE, COCHOIS.
-
- Pour extrait conforme l'original:
- ROCH, commissaire municipal de service
- et prsident au Temple;
- COCHOIS, _sgrtre_.
-
-Dlivr au citoyen Clry, de service auprs de Louis et de sa
-famille.]
-
-[Note 31: Commune de Paris.
-
-_Extrait du registre des dlibrations du conseil gnral, du 26
-octobre 1792._
-
-Le conseil gnral approuve l'arrt pris par les commissaires des
-travaux du Temple et les commissaires du conseil du Temple, relatif
-la translation des femmes dans la grosse tour, au troisime tage, et
-le fils du ci-devant Roi avec son pre.
-
-Les autorise faire disposer ses (_sic_) guichets qu'ils croiront
-ncessaires dans cette mme tour.
-
- _Sign_: BOUCHER-REN, prsident en l'absence du maire;
- COULOMBEAU, secrtaire-greffier par intrim.]
-
-Avant d'aller plus loin, il convient de mettre sous les yeux du
-lecteur un tableau fidle du Temple tel qu'il existait au moment o
-les travaux excuts pour la captivit de la famille royale furent
-termins. Le plan que nous intercalons cette page donnera d'abord
-une ide gnrale et exacte de l'enclos du Temple cette poque.
-Essayons de faire connatre maintenant la nouvelle demeure que la
-truelle de la rvolution venait de restaurer pour Louis XVI et pour sa
-famille dans le vieux donjon des Templiers.
-
-La grosse tour, dont la hauteur dpassait cent cinquante pieds et dont
-les murs avaient neuf pieds d'paisseur dans leur moyenne proportion,
-formait quatre tages vots et soutenus au milieu par un gros pilier
-depuis le bas jusqu'au quatrime tage. L'intrieur tait d'environ
-trente-quatre trente-six pieds en carr.
-
-Le rez-de-chausse, qui n'avait subi aucun changement, tait rest
-avec ses murailles nues; mais par la svrit mme de son
-architecture, par les artes de sa vote, par le ft lourd et
-l'lgant chapiteau de son pilier, et aussi par les quatre lits
-colonnes torses adosss aux quatre murs de sa vaste salle, il
-rappelait les temps et les choses d'autrefois.
-
-Cette pice tait destine aux commissaires de la Commune qui
-n'taient point de service la porte du Roi et de la Reine. Ils y
-prenaient leurs repas, y couchaient, et s'y assemblaient pour
-dlibrer. Aussi appela-t-on cette pice la _chambre du conseil_. Des
-tourelles places aux quatre angles, la premire contenait l'escalier
-qui allait jusqu'aux crneaux, la seconde servait d'armoire aux
-municipaux, la troisime de bcher et la quatrime de garde-robe.
-L'entre de chaque tage tait ferme par deux portes, la premire en
-bois de chne garni de clous, la seconde en fer.
-
-Le premier tage, demeur aussi dans son intgrit premire, tait la
-rptition du rez-de-chausse, moins ses lits colonnes. Il servait
-de corps de garde, et tait, aprs celui du palais du Temple, le poste
-le plus important de l'enclos. Aux deux parois les plus larges de la
-muraille, on avait tabli des planches lgrement inclines formant
-avec quelques matelas un lit de repos pour la garde. Au milieu de la
-salle, autour du pilier, les armes se groupaient en faisceau.
-
-Le second tage, qui ne formait primitivement, comme les autres
-tages, qu'une seule pice, avait t divis en quatre chambres par
-des cloisons en planches, avec de faux plafonds de toile. La premire
-pice tait une antichambre qui, par trois portes diffrentes,
-communiquait aux trois autres pices. En face de la porte d'entre
-tait la chambre du Roi; on y plaa un lit pour son fils. De
-l'antichambre on entrait galement dans la salle manger, qui en
-tait spare par une seule cloison vitrage. La chambre de Louis XVI
-avait une chemine; un grand pole ouvrant dans l'antichambre, mais
-plac au centre du carr de la tour, c'est--dire la place mme o
-se trouve le pilier aux tages infrieurs, chauffait les autres
-chambres. Une croise clairait chaque pice, mais les barreaux de fer
-et les abat-jour, scells et poss en dehors, empchaient l'air de
-circuler. Les cloisons de l'appartement taient recouvertes d'un
-papier peint. Celui de l'antichambre reprsentait des pierres de
-taille superposes comme on les figure au thtre pour simuler
-l'intrieur d'une prison. A gauche en entrant, on avait placard au
-milieu du mur la Dclaration des droits de l'homme, crite en
-trs-gros caractres et encadre dans une large bordure tricolore. Le
-papier de la chambre du Roi tait jaune glac, sem de fleurs
-blanches. En entrant, on voyait la chemine en face, la fentre main
-droite, ainsi que la tourelle; main gauche, le lit de Louis XVI, et
- ses pieds le petit lit de son fils. Sur la console de la chemine
-tait pose une pendule portant gravs sur son cadran de porcelaine
-ces mots: _Lepaute, horloger du Roi_; mais ds l'installation de Louis
-(le 29 septembre) dans la grosse tour, les reprsentants de la Commune
-avaient coll un pain cacheter sur le mot _Roi_. Les plaques de
-fonte de la chemine portaient ces mots: _Libert_, _galit_,
-_proprit_, _sret_. La tourelle servait Louis XVI de cabinet de
-lecture et d'oratoire. Ses murs enduits de pltre taient revtus
-d'une peinture gris de lin. On y avait plac un tout petit pole. Prs
-du lit du jeune prince s'ouvrait une porte sur un couloir conduisant
-gauche dans la chambre de Clry, et plus loin, en inclinant droite,
- la garde-robe place dans une seconde tourelle. Le lit de Clry,
-parallle celui de son matre, n'en tait spar que par l'paisseur
-de la cloison. La troisime tourelle, donnant dans la salle manger,
-servait de bcher.
-
-[Illustration: TROISIME TAGE.
-
- A. Escalier.
- 1. Porte de chne.
- 2. Porte de fer.
- B. Antichambre.
- Une table en noyer.
- Un lit de repos et des chaises.
- C. Chambre de la Reine.
- 3. Lit de la Reine, colonnes en damas vert avec ses housses,
- un sommier et deux matelas, un traversin, une couverture piqre
- de Marseille.
- 4. Lit de Madame Royale, couchette deux dossiers, une paillasse,
- un sommier, trois matelas, un traversin et deux couvertures
- en coton.
- 5. Commode en bois d'acajou, dessus de marbre, surmonte d'un
- miroir de toilette.
- 6. Canap garni de son carreau et de ses deux oreillers.
- 7. Chemine, orne de la pendule que nous avons indique, et
- d'une glace de 45 pouces sur 36.
- 8. Un paravent en bois de quatre feuilles, couleur d'acajou.
- Deux tables de nuit.
- D. Cabinet de la Reine.
- E. Chambre de Madame lisabeth.
- 9. Lit en fer, garni de sa housse de toile de Jouy double de
- taffetas vert, un sommier, deux matelas, un lit de plume,
- un traversin et une couverture piqre de Marseille.
- 10. Commode en placage, dessus de marbre.
- 11. Une table en bois de noyer.
- 12. Chemine avec une glace de 45 pouces sur 32.
- Deux chaises, deux fauteuils couverts en perse.
- Flambeaux argents.
- F. Garde-robe.
- G. Chambre de Tison.
- Un lit, une commode en placage, dessus de marbre. Un miroir
- de toilette; une pendule de Lepaute pose sur la commode,
- plusieurs chaises dont deux de canne. Flambeaux argents.
- H. Cabinet o fut enferm Tison en septembre 1793.]
-
-Le troisime tage, contenant le logement de Marie-Antoinette et celui
-de Madame lisabeth, tait la rptition du second moins le couloir.
-La chambre de la Reine tait au-dessus de celle du Roi, et son lit
-plac au mme endroit que le lit du Roi. Celui de Marie-Thrse tait
-entre la chemine et la porte du couloir supprim. Le papier de la
-chambre, aussi bien que celui de la tourelle qui servait de cabinet
-de toilette, tait entreml de zones vertes et bleues d'une nuance
-extrmement tendre. La chemine tait orne d'une pendule
-reprsentant la Fortune et sa roue,--singulire ironie en prsence de
-la grandeur renverse! La chambre de Madame lisabeth et celle de
-Tison taient tapisses d'un mme papier jaune trs-commun. Leur
-ameublement tait peu prs le mme aussi: un lit de fer, une table
-en bois de noyer, une commode en placage, tels taient les principaux
-meubles de Madame lisabeth. Le plan descriptif de cet tage achvera
-de le faire bien connatre.
-
-Les dtails d'ameublement que nous donnons la suite de ce plan sont
-parfaitement authentiques: ils ont t puiss dans deux inventaires,
-l'un fait la date du 25 octobre 1792, lors de l'entre de la famille
-royale dans la grosse tour, et l'autre le 19 janvier 1793[32].
-
-[Note 32: Archives de l'Empire, carton E, n 6, 206.]
-
-Le quatrime tage, ne devant pas tre habit, tait rest dans sa
-simplicit premire. Sa vote leve, l'absence du pilier central, le
-faisaient paratre plus grandiose que les autres tages. Quelques
-vieux meubles de rebut et quantit de planches taient relgus dans
-les bas-cts de cette vaste salle. Entre les crneaux et le toit de
-la grande tour rgnait une galerie servant quelquefois de promenade.
-Les entre-deux des crneaux furent garnis de planches, jalousies sans
-treillis enlevant au promeneur toute possibilit de voir ou d'tre
-vu[33].
-
-[Note 33: Le lecteur trouvera la fin du volume (Documents et pices
-justificatives, n III) une esquisse de la physionomie extrieure du
-Temple, un aperu du personnel commis sa garde, et des dispositions
-prises par l'autorit rpublicaine.]
-
-Les habitudes de la famille ne subirent point de changements par suite
-de sa runion dans la grosse tour. Louis XVI, en prsence d'vnements
-qui ne lassaient ni sa patience ni son courage, cherchait le plus
-souvent ses distractions dans la lecture; plus mue que lui,
-Marie-Antoinette s'occupait de ses enfants, demandait en vain au
-travail manuel un apaisement aux troubles de son esprit, et faisait
-matin et soir de courtes prires. Quant Madame lisabeth, elle ne
-s'inquitait plus de la mchancet des hommes. Quelquefois, dans la
-journe, au milieu des jurements et des blasphmes, elle s'isolait
-dans sa chambre, s'agenouillait prs de son lit avec une ferveur
-anglique, ou, assise sur une chaise, se recueillait dans ses
-mditations avec un calme inaltrable. Souvent, aprs le dner, quand
-la promenade au jardin n'avait pas lieu, les enfants jouaient dans
-l'antichambre au siam ou au volant; Madame lisabeth assistait leurs
-jeux, assise prs d'une table et un livre la main. Clry restait
-habituellement dans cette pice, et, se conformant aux ordres de cette
-princesse, il s'asseyait aussi, et prenait un livre pour paratre
-occup de son ct. Il tait facile de voir que la division de la
-famille, ainsi parque en deux chambres, contrariait et inquitait
-parfois les commissaires chargs de ne laisser jamais le Roi et la
-Reine seuls, et ne voulant point se sparer eux-mmes, tant ils se
-mfiaient l'un de l'autre, espions tout ensemble et espionns. Madame
-lisabeth profitait de ce moment pour entrer en communication avec
-Clry: celui-ci prtait l'oreille, et, pour ne pas tre surpris par
-les municipaux, rpondait sans dtourner les yeux de sa lecture.
-Marie-Thrse et son frre, d'accord avec leur tante, facilitaient cet
-entretien par leurs jeux bruyants ou par quelques signes annonant
-l'entre des commissaires. Les captifs n'avaient pas moins se dfier
-de Tison, dont les municipaux, plus d'une fois dnoncs par lui,
-avaient aussi redouter la surveillance.
-
-Du reste, une recrudescence se manifestait dans les rigueurs
-ombrageuses du plus grand nombre des reprsentants de la Commune, et
-se traduisait par des actes souvent ridicules. A la fin des repas,
-Madame lisabeth remettait Clry un petit couteau lame d'or pour
-qu'il le nettoyt; un municipal, plus d'une fois, le lui arracha des
-mains, afin d'examiner si quelque papier n'tait pas cach au fond de
-la gane. Madame lisabeth avait charg Clry de renvoyer un livre de
-pit la duchesse de Srent; les municipaux s'emparrent de ce
-livre, et en couprent toutes les marges, de peur qu'on n'y et crit
-quelque avis avec de l'encre sympathique. Le linge remis la
-blanchisseuse tait minutieusement inspect la sortie; au retour, il
-tait dploy pice par pice et examin au grand jour. Le livre de la
-blanchisseuse, tout autre papier servant d'enveloppe, taient
-prsents au feu, afin de s'assurer s'il n'y avait aucune criture
-secrte. C'taient l les moindres avanies de la captivit.
-
-On se ferait difficilement une ide des prcautions que le conseil de
-la Commune prenait pour que rien de ce qui se passait au Temple
-n'chappt sa surveillance. Le docteur Leclerc avait port la
-Reine, pour sa fille, un paquet de drogues et une ordonnance de
-mdecine. Le conseil gnral s'alarma de cette dmarche, et dans sa
-sance du 27 octobre, rclama le paquet remis Marie-Antoinette, et
-manda sa barre M. Leclerc. La femme de Louis Capet, dit celui-ci,
-me parla de la ncessit de faire des remdes pour sa fille qui a une
-dartre sur la joue, et me demanda quels toient ceux qu'elle devoit
-employer: il faut respecter les malheureux, et la fille ne doit pas
-tre punie des fautes du pre; d'ailleurs elle a une jolie figure, et
-il seroit dommage que cette dartre lui restt, car c'est un
-chef-d'oeuvre de la nature. (Ici l'orateur fut interrompu par le
-prsident, qui ajouta: _La peau du serpent est aussi un chef-d'oeuvre
-de la nature_; le conseil vous invite _continuer sans digression_.)
-Je lui ai ordonn, dit alors M. Leclerc, de la squine et de la
-salsepareille, drogues trs-simples qui ne peuvent tre falsifies:
-j'ai envoy ce remde avec l'autorisation des commissaires, et
-l'ordonnance a t signe par eux.
-
-Le conseil gnral prit l'arrt suivant: Le conseil gnral,
-prvoyant les consquences dangereuses qui peuvent rsulter de pareils
-procds, dclare qu'il improuve la conduite du commissaire Leclerc;
-et, pour prvenir de pareils abus qui pourroient compromettre la
-surveillance et la responsabilit de la Commune, dfend toutes les
-personnes qui se trouvent au Temple, pour quelque fonction que ce
-soit, mdecins, chirurgiens, pharmaciens, etc., de donner aucun avis
-ni remde de quelque nature qu'il soit, aucun individu de la famille
-ci-devant royale, sous quelque prtexte que ce puisse tre; et dans le
-cas o un membre de la famille royale auroit besoin de secours, le
-conseil dclare qu'il y sera pourvu par les matres de l'art reconnus
-par le conseil de la Commune; improuve ledit Leclerc, et le renvoie
-avec ses drogues, son ordonnance et le prsent arrt, au conseil
-gnral de la Commune.
-
-Le plus grand tourment de Madame lisabeth aprs le chagrin que lui
-causait la situation du Roi et de la Reine, c'tait la dsolation de
-ses amies, c'tait le silence qu'elle tait condamne garder
-vis--vis d'elles pour ne pas les compromettre, c'tait l'inquitude
-o elle tait sur leur sort. Si elle reoit de l'une d'elles une
-preuve de souvenir ou d'attachement, elle, elle craint que ce gage
-d'un bon sentiment ne soit imput crime. Aussi croit-elle de son
-devoir de les prier de renoncer, au moins pour un temps, aux
-dangereuses tentatives que leur inspire leur ingnieuse sollicitude
-pour nouer des rapports avec elle. La duchesse de Srent a le courage
-de dsobir, et ne cesse de lui faire parvenir des tmoignages de sa
-constante attention: un de ses messages est surpris. Interroge par le
-comit rvolutionnaire de sa section, madame de Srent ose rpondre
-qu'elle a l'honneur d'tre dame de Madame lisabeth de France, et
-qu'elle ne fait que remplir un devoir sacr en veillant ce qui peut
-lui tre ncessaire.
-
-De longs mois s'coulrent sans qu'lisabeth ret d'au-del des
-frontires des nouvelles de sa famille. Son frre, le comte d'Artois,
-assidu lui crire rgulirement, se taisait lui-mme. Une lettre
-cependant, une seule lettre lui arriva sous les verrous du Temple:
-cette lettre tait crite par sa tante Adlade; elle tait date de
-Rome, et relative aux vnements de juin. Ce fut Manuel qui la remit
-lui-mme la princesse. Cet acte de bienveillance ne devait pas se
-renouveler. L're des perquisitions commena: une surveillance
-minutieuse et tracassire, une inquisition de tous les instants
-rendirent toute correspondance impossible. Les portes de la France
-demeurrent fermes aussi bien que celles de la tour du Temple.
-
-Le 14 novembre, la maladie vint ajouter toutes les preuves de la
-famille royale. Louis XVI, le premier, eut une fluxion qui l'incommoda
-extrmement. La Reine et Madame lisabeth demandrent qu'on ft
-appeler M. Dubois-Foucou, son dentiste; le conseil du Temple s'y
-opposa. Le conseil gnral de la Commune arrta que le conseil du
-Temple lui transmettrait tous les matins le bulletin de la sant des
-prisonniers, et, apprenant que la maladie du Roi s'tait aggrave, il
-nomma deux commissaires pour aller instruire la Convention de la
-sant du ci-devant. La fivre tant survenue, le 22, la Commune
-avertie s'alarma, permit M. Le Monnier, ancien premier mdecin du
-Roi, d'entrer la tour, accompagn de M. Robert, chirurgien, et
-rclama chaque jour un bulletin de la sant du malade. L'motion de M.
-Le Monnier fut grande en revoyant son ancien matre, ainsi que Madame
-lisabeth, laquelle il avait vou la plus profonde affection. Il
-vint au Temple deux fois par jour pendant la semaine que dura la
-maladie du Roi. Marie-Antoinette demanda au conseil du Temple qu'il
-lui ft permis de transfrer pendant ce temps-l le lit de son fils
-dans sa chambre. Le conseil le lui refusa. L'enfant eut une forte
-coqueluche accompagne de fivre; sa mre et Madame lisabeth
-demandrent le veiller: Vous lui avez refus la grce de monter
-auprs de nous, accordez-nous celle de descendre auprs de lui.
-Prire inutile! La rvolution ne se bornait plus perscuter la
-Reine, elle perscutait la mre. Marie-Antoinette prit elle-mme le
-mal qu'elle voulait gurir. La maladie se communiqua aussi sa fille
-et Madame lisabeth, qui et regrett peut-tre d'tre exempte du
-flau qui atteignait tous les siens. Les mdecins et les geliers se
-rencontrrent chaque jour.
-
-En voyant la maladie entrer dans cette prison, il semble que la
-Providence prenait tche d'prouver cette grande et malheureuse
-famille par tous les genres de souffrance.
-
-Clry tomba malade son tour. La fivre et une forte douleur au ct
-l'obligrent de garder le lit. Il essaya de se lever pour habiller son
-matre: Louis refusa ses soins, lui ordonna de se coucher, et fit
-lui-mme la toilette de son fils. Le petit Prince ayant recouvr la
-sant, se tint pendant une grande partie de la journe dans la chambre
-de Clry, et de temps en temps lui apportait de la tisane.
-
-Dans la soire, Louis XVI profita d'un moment o il tait moins
-surveill pour aller voir lui-mme son valet de chambre; il le fit
-boire, et il lui dit avec bont: Je voudrois vous donner moi-mme des
-soins, mais vous savez combien nous sommes observs; prenez courage,
-demain vous verrez mon mdecin.
-
-A l'heure du souper, la famille royale entra chez Clry, et Madame
-lisabeth, sans que les commissaires s'en aperussent, lui remit une
-fiole qui contenait un looch. Cette princesse, qui tait extrmement
-enrhume, s'en privait pour lui; il voulut refuser, elle insista.
-Aprs le souper, Marie-Antoinette dshabilla et coucha son fils, et
-Madame lisabeth roula les cheveux de son frre.
-
-Revenu le lendemain, M. Le Monnier ordonna une saigne Clry.
-Celui-ci resta six jours au lit; chaque jour la famille royale allait
-le visiter: Madame lisabeth lui apportait des drogues qu'elle avait
-demandes comme pour elle. Le malade reprit une partie de ses forces;
-sa fermet s'emparant de celle dont il tait tmoin, il lutta avec
-nergie contre un mal qui l'aurait rendu incapable de rendre les
-services qu'il voulait rendre. Le moral a tant d'influence sur le
-physique, qu'on peut croire que cette rsolution de gurir tout prix
-contribua autant que les remdes lui rendre la sant.
-
-Un soir, aprs avoir couch le petit Prince, Clry se retirait pour
-faire place la Reine, qui venait, avec les princesses, embrasser son
-fils et lui donner le bonsoir dans son lit. Madame lisabeth, que la
-surveillance des commissaires avait empche de parler Clry,
-profita de ce moment pour remettre l'enfant une petite bote
-d'ipcacuanha, en lui disant: Ceci est pour Clry, je vous prie de le
-lui remettre ds qu'il reviendra. Les princesses remontrent dans
-leur chambre, Louis XVI passa dans son cabinet, Clry alla souper, et
-ne rentra que vers onze heures pour prparer le lit du Roi. Comme il
-tait seul dans la chambre (Louis XVI tant encore dans la tourelle),
-le jeune prince l'appela voix basse. Clry, tonn qu'il ne dormt
-pas pareille heure, lui en demanda le motif: C'est que ma tante m'a
-remis une petite bote pour vous, lui dit-il, et je n'ai pas voulu
-m'endormir sans vous l'avoir donne; il toit temps que vous vinssiez,
-car mes yeux se sont ferms plusieurs fois.--Les miens se remplirent
-de larmes, ajoute Clry en racontant le trait que nous venons de
-rappeler. Le Dauphin s'en aperut, m'embrassa, et deux minutes aprs
-il dormoit profondment.
-
-Quoique place sur le second plan dans la hirarchie de la famille, et
-quoique aimant s'effacer elle-mme, Madame lisabeth, on le voit,
-tait toujours au premier rang ds qu'il s'agissait d'tre utile ou
-de consoler. C'tait un spectacle touchant que celui de cette femme
-anglique rclamant avidement sa part des tortures de sa famille; puis
-suspendant le souvenir de ses propres infortunes pour s'occuper des
-infortunes des autres, et renouvelant auprs d'un serviteur souffrant
-la tradition des exemples de son aeul saint Louis, dont les mains
-royales se plaisaient servir, dans les malades et les infirmes, les
-membres mmes de Jsus-Christ.
-
-Une nouvelle municipalit avait, dans la journe du dimanche 2
-dcembre, remplac la Commune du 10 aot. Un assez grand nombre des
-anciens membres avaient t rlus. Il n'y avait eu jusqu' ce jour
-qu'un seul commissaire auprs du Roi et un auprs de la Reine: la
-nouvelle Commune dcida qu'il y en aurait deux l'avenir.
-Conformment cet arrt, huit municipaux se trouvrent ds le 3
-dcembre de service au Temple, quatre, comme nous l'avons dit, en
-surveillance prs de la famille royale, et les quatre autres se tenant
-dans la salle du Conseil. Chaque jour, ils se renouvelaient par
-moiti. On arrivait le soir neuf heures, on soupait, et l'on tirait
-au sort pour savoir qui serait de garde chez le Roi ou chez la Reine.
-On passait tour tour vingt-quatre heures auprs des dtenus,
-vingt-quatre heures dans la salle du Conseil. Ceux que leur billet
-avait dsigns pour la nuit montaient aprs le souper, et restaient
-prs des prisonniers jusqu'au lendemain onze heures. Aprs le dner,
-ils reprenaient leur poste jusqu' l'arrive des nouveaux municipaux.
-C'est cette poque que l'on commena au rez-de-chausse de la tour
-des dispositions pour y installer quelques jours aprs le conseil, qui
-se tenait dans une des salles du chteau du Temple.
-
-Le nombre des commissaires excita entre eux une mulation de zle
-rvolutionnaire qui se traduisit par un redoublement de rigueurs
-envers les prisonniers.
-
-La surveillance devint plus active, la servitude plus troite; on
-redoubla de duret envers Clry, on renouvela Turgy, Chrtien et
-Marchand, qui avaient obtenu un certificat des anciens municipaux[34],
-la dfense expresse de lui parler. Il restait peu d'espoir aux dtenus
-de pouvoir dsormais apprendre aucune nouvelle. Frappe d'un fatal
-pressentiment, Madame lisabeth piait avidement les regards et les
-paroles de Clry; mais Clry ne savait plus rien, et craignait tout.
-Cependant il ne dsesprait pas tout fait d'tre inform des
-vnements du dehors par sa femme, qui, sous le prtexte d'apporter du
-linge et d'autres objets ncessaires, avait obtenu la permission de
-venir au Temple une fois par semaine. Elle tait toujours accompagne
-d'une amie qui passait pour une parente. Le jeudi 6 dcembre, madame
-Clry arriva avec son honnte et courageuse complice. Son mari,
-prvenu, descendit au conseil. Tandis que, pour dtourner les soupons
-des nouveaux commissaires, elle affectait de lui parler haute voix
-et de lui donner des dtails assez oiseux sur ses affaires
-domestiques: Mardi prochain, disait tout bas son amie, on conduit le
-Roi la Convention; le procs va commencer; le Roi pourra prendre un
-conseil; tout cela est certain.
-
-[Note 34: Archives de l'Empire, carton E, n 6, 206.]
-
-Le soir, Clry trouva le moyen, au coucher du Roi, de lui rendre compte
-de ce qu'il avait appris. Il lui fit pressentir qu'on avait le projet de
-le sparer de sa famille pendant le procs, et ajouta qu'il ne restait
-plus que quatre jours pour concerter quelque moyen de correspondance
-entre le second et le troisime tage. Le lendemain, aprs le djeuner,
-Louis XVI fit part la Reine des confidences qu'il avait reues, et la
-Reine les transmit Madame lisabeth. Quelques actes semblaient dj
-confirmer la triste annonce du procs. Le Roi venait de rentrer avec son
-fils dans son appartement, lorsqu'un municipal, la tte d'une
-dputation de la Commune, vint lui lire, d'une voix qui trahissait son
-motion, l'arrt qui ordonnait d'enlever aux dtenus du Temple, ainsi
-qu' ceux qui les servent ou qui les approchent de prs, toute espce
-d'instruments tranchants ou autres armes offensives et dfensives, en
-gnral tout ce dont on prive les autres prisonniers prsums
-criminels. Louis XVI prit lui-mme dans ses poches un couteau et un
-petit ncessaire de maroquin rouge dont il tira des ciseaux et un canif,
-et remit ces objets au commissaire. Les envoys de la Commune firent des
-recherches dans toutes les pices du second tage; ils confisqurent les
-rasoirs, le compas rouler les cheveux, le couteau de toilette, de
-petits instruments pour nettoyer les dents, et d'autres objets d'or et
-d'argent; puis ils montrent au troisime, o ils notifirent le mme
-arrt. Si ce n'est que a, dit la Reine avec un dpit marqu, il
-faudrait aussi nous prendre nos aiguilles, car elles piquent bien
-vivement. Elle en et peut-tre dit davantage si Madame lisabeth ne
-lui et fait signe du coude pour l'inviter au silence. Marie-Antoinette
-et ses deux compagnes remirent leurs ciseaux. Les municipaux leur
-prirent jusqu'aux petits meubles utiles leur travail. Savez-vous
-bien, leur dit l'un d'eux, que nous avons ordre de vous enlever aussi
-Tison et Clry, et de goter tous les mets que l'on vous sert?
-
-Il faut le dire, les commissaires ne remplissaient pas la lettre les
-ordres rigoureux que leur avait transmis le conseil gnral de la
-Commune. Les fabricateurs des lois ne les feraient pas toujours si
-dures s'ils devaient en tre les excuteurs. Quand vint l'heure du
-dner, quelques municipaux, sous la pression de l'arrt dont ils
-avaient donn lecture, voyaient de graves inconvnients ce que la
-famille royale se servt de fourchettes et de couteaux; d'autres
-consentaient laisser les fourchettes; la contestation dura quelques
-instants; enfin, l'influence bienveillante dont nous venons de parler
-l'emporta, et la majorit dcida qu'aucun changement ne serait fait,
-mais qu' la fin de chaque repas couteaux et fourchettes seraient
-enlevs.
-
-La privation des petits instruments de travail retirs aux captives
-leur devint d'autant plus pnible qu'elles furent obliges de renoncer
- diffrents ouvrages qui jusqu'alors avaient contribu les
-distraire des longs ennuis de la prison. Un jour, Madame lisabeth
-cousait les habits de Louis XVI, et n'ayant point de ciseaux, elle
-rompit le fil avec ses dents. Quel contraste! lui dit le Roi, qui
-fixait sur elle un regard attendri, il ne vous manquait rien dans
-votre jolie maison de Montreuil.--Ah! mon frre, rpondit-elle,
-puis-je avoir des regrets quand je partage vos malheurs?
-
-Le samedi 8 dcembre vint au Temple une commission charge de vrifier
-les dpenses des dtenus. Mand devant elle pour donner des
-explications, Clry eut l'occasion d'apprendre d'un municipal bien
-intentionn que la sparation de Louis d'avec sa famille, arrte
-seulement par la Commune, n'avait point t encore prononce par la
-Convention. De son ct, Turgy tait parvenu se procurer un journal
-qui contenait le dcret portant que _Louis Capet serait traduit la
-barre de la Convention_; il remit Clry ce journal, ainsi qu'un
-mmoire publi par Necker sur le procs du Roi. Le seul moyen que
-trouva Clry de communiquer ces deux pices la famille royale fut de
-les cacher sous un vieux meuble dans le cabinet de garde-robe, et d'en
-prvenir Madame lisabeth.
-
-La visite de ces deux commissions qui venaient de se succder la
-Tour, l'une charge _d'enlever les armes offensives et dfensives_,
-l'autre de rgler les dpenses, amena un nouvel arrt du conseil
-gnral qui modifia quelques mesures prises antrieurement[35]. A
-dater de ce jour, le conseil du Temple fut transfr d'une salle du
-palais au rez-de-chausse de la Tour, dispos pour le recevoir. Aux
-aides de cuisine Turgy, Chrtien et Marchand, il fut interdit de
-sortir l'avenir du Temple; quant aux deux officiers municipaux de
-garde auprs des prisonniers de chaque tage, ils avaient devanc
-l'ordre formel qu'ils reurent de demeurer tous deux pendant la nuit
-dans l'antichambre: depuis le 2 dcembre, ils s'taient, cet gard,
-conforms l'invitation verbale de la Commune.
-
-[Note 35: Le conseil gnral arrte:
-
- 1 Que le citoyen Clry, valet de chambre des prisonniers, sera log
- et couchera dans la Tour, du ct gauche donnant dans la salle
- manger, sans qu'il puisse coucher ailleurs sous aucun prtexte;
-
- 2 Que le conseil du Temple sera plac dans la Tour;
-
- 3 Que le citoyen Mathey, concierge, aura la surveillance de ladite
- Tour, et ne pourra en sortir sous aucun prtexte;
-
- 4 Que les guichetiers actuels, devenant inutiles par la nouvelle
- disposition, seront rforms immdiatement, aprs avoir t pays
- de ce qui leur est d;
-
- 5 Que la cuisine sera place dans la Tour, et que les agents
- sous-employs ne sortiront point;
-
- 6 Pendant la nuit, deux officiers municipaux garderont les
- prisonniers de chaque tage;
-
- 7 Et enfin la mme cuisine servira pour les commissaires du Temple.
-
- * * * * *
-
-_Nota._ L'article 1 depuis longtemps tait observ; chaque soir les
-municipaux avaient soin de fermer la porte de la chambre de Clry,
-donnant dans le couloir qui conduisait la chambre du Roi, et d'en
-emporter la clef. L'article 5 ne fut pas mis excution: il y eut
-impossibilit matrielle de placer la cuisine dans la Tour.]
-
-Aux mesures de prcaution exerces dans l'intrieur du Temple
-rpondaient au dehors les dispositions de police les plus svres. A
-la veille du jour _o l'on allait juger les attentats ports la
-souverainet du peuple et prononcer sur leur auteur_, Roland, ministre
-de l'intrieur, mandait aux administrateurs des dpartements de Paris
-qu'_il tait de leur devoir d'tre en sance permanente_. Il les
-prvenait que le _conseil excutif aurait sances extraordinaires tous
-les jours, matin et soir; qu'il fallait que, sitt la rception de sa
-lettre, ils lui envoyassent aux Tuileries une dputation, l'effet
-de concerter toutes les mesures que ncessiterait la tranquillit
-publique; qu'il fallait de mme qu' l'instant ils se dclarassent
-aussi en sance permanente, et que leurs bureaux fussent dans une
-perptuelle activit; qu'ils devaient requrir la mme permanence de
-la municipalit, et avoir avec elle et avec le commandant de la force
-publique une correspondance non interrompue_.
-
-Le mardi 11 dcembre, ds cinq heures du matin, la gnrale battait
-dans tous les quartiers de Paris, et peu d'instants aprs la cavalerie
-et le canon entraient dans la cour du Temple. Ce bruit et cet appareil
-eussent terrifi la famille royale si elle n'en avait pas connu la
-cause. Elle feignit cependant de l'ignorer, et demanda aux municipaux
-des explications qu'elle n'obtint pas. A neuf heures, comme les autres
-jours, Louis XVI et son fils montrent pour le djeuner dans
-l'appartement du troisime tage. Ils restrent pendant une heure
-runis en famille; mais la prsence permanente des commissaires mit
-obstacle toute confidence et tout panchement.
-
-A dix heures, on se spara: les regards exprimaient seuls ce que les
-lvres ne pouvaient dire. L'enfant, comme de coutume, descendit avec son
-pre. A onze heures, deux municipaux vinrent le chercher pour le
-conduire chez sa mre. Louis XVI demanda le motif de cet enlvement. Les
-commissaires rpondirent qu'ils excutaient les ordres qu'ils avaient
-reus. Louis embrassa son fils, et chargea Clry de l'accompagner. Un
-municipal presque aussitt rentra chez le Roi pour lui annoncer que le
-maire de Paris tait au conseil avec un nombreux cortge, et qu'il
-allait monter. Louis XVI resta pendant deux heures d'attente livr ses
-tristes penses. Le secrtaire-greffier de la Commune avait oubli
-l'ampliation du dcret de la Convention, et il avait fallu envoyer
-chercher cet acte, afin de pouvoir procder rgulirement. Ce ne fut
-qu' une heure que Chambon se prsenta, accompagn de Chaumette,
-procureur gnral de la Commune, de Coulombeau, secrtaire-greffier, de
-Santerre, commandant de la garde nationale; le maire annona Louis
-qu'il venait le chercher pour le conduire la Convention, en vertu d'un
-dcret dont le secrtaire-greffier allait lui faire lecture. Coulombeau
-lut le dcret. A cette expression: _Louis Capet_ sera traduit, etc.,
-_Capet_ n'est pas mon nom, dit le Roi; un de mes anctres l'a port,
-mais ce n'est pas celui de ma famille. Puis, s'adressant Chambon:
-J'aurais dsir, monsieur, que les commissaires m'eussent laiss mon
-fils pendant les deux heures que j'ai passes vous attendre. Au reste,
-ce traitement est une suite de celui que j'prouve ici depuis quatre
-mois. Je vais vous suivre, non pour obir la Convention, mais parce
-que mes ennemis ont la force en main. Deux minutes aprs, on entendit
-de la Tour du Temple le bruit de la voiture qui allait jeter devant une
-assemble arbitrairement rige en tribunal le Prince de qui, selon les
-lois traditionnelles, manait toute justice, et au nom duquel, pendant
-plus de dix-huit ans, avaient t rendus tous les arrts des tribunaux
-en France. On devine les angoisses des prisonnires, n'ayant autour
-d'elles que des surveillants ennemis ou indiffrents, condamns au
-mutisme. Elles virent bientt entrer chez elles Clry, amen par un
-commissaire. Ce municipal, homme d'extrieur honnte et de manires
-polies, rest seul avec Clry aprs le dpart du Roi, lui avait appris
-que Louis ne reverrait plus sa famille, mais que le maire de Paris
-devait encore consulter quelques membres de la Convention sur cette
-sparation. Clry avait profit du bon vouloir de ce commissaire pour se
-faire conduire prs du petit Prince, qui tait chez sa mre.
-
-On servit le dner, comme de coutume, dans la salle manger du Roi.
-Le repas fut court et silencieux. Les prisonnires remontrent
-aussitt chez la Reine. Un seul municipal resta prs d'elle aprs le
-dner; c'tait un jeune homme d'environ vingt-quatre ans, de la
-section du Temple, et de garde la Tour pour la premire fois. Tandis
-que Marie-Antoinette liait conversation avec lui, l'interrogeant sur
-son tat, ses parents, etc., Madame lisabeth passait dans sa chambre
-et faisait signe Clry de la suivre. Elle apprit par lui que la
-Commune avait rsolu de sparer le Roi de sa famille; que la
-Convention ne s'tait pas encore prononce cet gard, mais que le
-maire devait en faire la demande, et que probablement cette sparation
-aurait lieu ds le soir mme. La Reine et moi, lui dit Madame
-lisabeth, nous nous attendons tout, et nous ne nous faisons aucune
-illusion sur le sort que l'on prpare au Roi; il mourra victime de sa
-bont et de son amour pour son peuple, au bonheur duquel il n'a cess
-de travailler depuis son avnement au trne. Qu'il est cruellement
-tromp, ce peuple! La religion du Roi et sa grande confiance dans la
-Providence le soutiendront dans cette suprme adversit.... Enfin,
-Clry, ajouta Madame lisabeth, pensant qu'elle parlait son
-confident pour la dernire fois, vous allez rester seul prs de mon
-frre, redoublez, s'il est possible, de soins pour lui; ne ngligez
-aucun moyen pour nous faire parvenir de ses nouvelles; mais pour tout
-autre objet, ne vous exposez pas, car alors nous n'aurions plus
-personne qui nous confier.
-
-Madame lisabeth et Clry cherchrent ensemble les moyens employer
-pour entretenir une correspondance. Turgy fut nomm comme seul digne
-d'tre admis dans le secret. On convint que Clry, comme de coutume,
-garderait le linge du petit Prince; que tous les deux jours il
-enverrait ce qui serait ncessaire cet enfant, et profiterait de
-cette occasion pour donner des nouvelles du Roi. Si le Roi toit
-indispos, ajouta Madame lisabeth, je tiens essentiellement en tre
-instruite. Prenez ce mouchoir, vous le retiendrez tant que mon frre
-se portera bien; s'il arrivait qu'il ft malade, vous me l'enverriez
-dans le linge de mon neveu. Prenez soin de le plier de cette
-manire-ci si l'indisposition est lgre, et de cette manire-l si le
-mal est plus grave. Avez-vous entendu parler de la Reine aux
-municipaux? demanda encore Madame lisabeth avec une sorte de terreur.
-Savez-vous quel sort on lui rserve? Hlas! que peut-on lui
-reprocher?--Rien, Madame, rpondit Clry; mais que peut-on reprocher
-au Roi?--Oh! rien, rien, dit Madame lisabeth; mais le Roi, peut-tre
-le regardent-ils comme une victime ncessaire leurs projets, leur
-sret mme, tandis que la Reine, au contraire, et ses enfants, ne
-sont pas un obstacle leur ambition. Et comme Clry exprimait
-l'espoir que le Roi ne serait condamn qu' la dportation: Oh! je ne
-conserve aucune esprance, rpondit Madame lisabeth en touffant un
-sanglot.
-
-La crainte d'tre surpris par un commissaire mit fin cet entretien,
-le plus long et le plus libre que Madame lisabeth ait eu avec le
-serviteur de son frre. Elle rejoignit la Reine. Tison dit alors
-Clry: Vous n'tes jamais rest si longtemps avec lisabeth; il est
-craindre que le municipal ne s'en soit aperu.--Il n'y a rien
-craindre, rpondit nonchalamment Clry; Madame lisabeth me parlait de
-son neveu, lequel probablement demeurera dsormais auprs de sa mre.
-Un instant aprs, Clry, rentr chez Marie-Antoinette, tait inform
-par un regard de cette princesse qu'elle tait dj instruite des
-arrangements concerts.
-
-A six heures, le conseil du Temple manda Clry, et lui fit lecture
-d'un arrt de la Commune lui interdisant toute communication avec la
-femme, la soeur et les enfants de Capet durant le procs.
-
-A six heures et demie, Louis XVI, escort comme son dpart, revint
-la Tour. Il demande aussitt qu'on le conduise auprs de sa famille,
-on s'y refuse. Il insiste pour que du moins on la prvienne de son
-retour; on lui promet que son dsir sur ce point sera satisfait. La
-Reine, instruite sur-le-champ de son arrive, demande le voir; les
-commissaires rpondent qu'ils n'ont pas le droit d'y consentir. Elle
-le fait demander au maire, qui n'a point encore quitt la salle du
-Conseil; Chambon ne donne aucune rponse.
-
-Aprs les agitations de cette journe, et malgr l'obsession des
-quatre municipaux qui l'environnent, Louis se remet tranquillement
-sa lecture. A huit heures et demie, prvenu que son souper est prt,
-il dit aux commissaires: Ma famille ne descendra-t-elle pas? Point
-de rponse. Mais au moins, ajoute-t-il, mon fils passera la nuit chez
-moi, son lit et ses effets sont ici. Mme silence. En se levant de
-table, Louis insiste de nouveau sur le dsir de voir sa famille; on
-lui rpond qu'on attend la dcision de la Convention. Clry donne
-alors ce qui est ncessaire pour le coucher de l'enfant. Le Roi se
-coucha la mme heure et avec le mme calme que de coutume.
-
-La mme tranquillit tait loin de rgner au troisime tage: la Reine
-avait donn son lit son fils, et resta toute la nuit debout, dans
-une douleur si morne que sa fille et sa soeur ne voulaient pas la
-quitter; mais elle les fora de rentrer chez elles en les conjurant de
-se coucher[36], ce qu'elles firent. Marie-Thrse seule s'endormit
-bientt: heureux ge o le sommeil a encore plus d'empire que la
-douleur!
-
-[Note 36: Rcit de Marie-Thrse-Charlotte.]
-
-Le lendemain 12 dcembre, la famille spare demanda encore se
-revoir. Mais on lui rpondit encore qu'on attendait les ordres de la
-Convention. Dans la journe, une dputation de l'Assemble apporta au
-Temple le dcret qui autorisait Louis XVI prendre un conseil. Le
-Prince dsigna Target, un des principaux rdacteurs de la
-Constitution, son dfaut Tronchet, et les deux s'il lui tait
-permis de les prendre. Il ajouta qu'il serait ncessaire qu'on lui
-fournt de l'encre, du papier et des plumes. Les dputs firent leur
-rapport la Convention, qui chargea immdiatement le ministre de la
-justice de transmettre Target et Tronchet le choix que Louis avait
-fait d'eux pour le dfendre, ordonna que les municipaux de service au
-Temple les laisseraient communiquer librement avec l'accus, et
-fourniraient celui-ci de l'encre, des plumes et du papier. Le jeudi
-13, au matin, la dputation revint la Tour, et apprit au Roi le
-refus de Target, qui se trouvait, disait-il, par l'tat d'puisement
-de sa sant, dans l'impossibilit d'accepter une tche qui aurait
-rclam toutes ses forces[37]. Elle lui dit qu'on avait envoy
-chercher M. Tronchet sa campagne de Palaiseau, et qu'on l'attendait
-dans la journe; puis elle lui donna lecture de plusieurs lettres
-adresses la Convention, et qui toutes sollicitaient l'honneur que
-Target venait de refuser. Une de ces lettres tait de M. de
-Malesherbes[38]. Une foule de Franais se prsentaient, sollicitant
-aussi la gloire de dfendre un prince malheureux. Un grand nombre de
-ptitions arrivaient de tous les points de la France.
-
-[Note 37: Le lecteur doit connatre la lettre de cet avocat,
-ex-constituant, qui avait accept la dfense du mprisable cardinal de
-Rohan et qui refusait son ministre au Roi:
-
-Depuis le dcret de ce matin, il devient embarrassant pour moi
-d'avoir un avis sur les faits imputs Louis XVI. Je dois au moins
-m'abstenir de le prononcer. Je satisferai ce devoir; mais g de prs
-de soixante ans, fatigu de maux de nerfs, de douleurs de tte et
-d'tourdissements qui durent depuis quinze ans, qui m'ont fait quitter
-la plaidoirie en 1785, et que quatre annes de travaux ont aigris un
-point insupportable, je conserve peine les forces suffisantes pour
-remplir pendant six heures dans chaque journe les fonctions paisibles
-de juge, et j'attends avec quelque impatience le moment d'en tre
-dcharg par les prochaines lections. C'est dire assez qu'il m'est
-impossible de me charger de la dfense de Louis XVI. Je n'ai
-absolument rien de ce qu'il faut pour un tel ministre, et par mon
-impuissance je trahirois la fois et la confiance du client accus et
-l'attente publique. C'est l'instant mme que j'apprends cette
-nomination, qu'il m'toit impossible de prvoir. Un homme libre et
-rpublicain ne peut pas accepter des fonctions dont il se sent
-entirement incapable.
-
- Le rpublicain TARGET.
-
- * * * * *
-
-Notre impartialit nous oblige runir toutes les pices de ce procs
-sous les yeux du lecteur. Dans une lettre adresse M. de Lamartine,
-le 22 mars 1847, lors de la publication de l'_Histoire des Girondins_,
-M. P. Target, alors auditeur au conseil d'tat, explique ainsi la
-conduite de son grand-pre: M. Target, affaibli par une longue
-maladie, craignit que ses efforts restassent au-dessous de son zle,
-et il aima mieux dcliner l'honneur qui lui tait fait que de
-prsenter une dfense incomplte. Mais s'il ne parla pas, il crivit.
-Avant les plaidoiries, il fit imprimer, publier, colporter par les
-rues un crit sign de son nom, et dans lequel il prsentait avec
-beaucoup de force les seules raisons qui pussent alors sauver
-l'auguste accus. Les faits que je viens de rappeler sont en outre
-consigns dans un loge de mon grand-pre prononc en 1807 par M.
-Muraire, alors premier prsident la Cour de cassation. Lorsque,
-dans cette circonstance difficile, disait M. Muraire, M. Target,
-renonant tout ce qu'il et obtenu, se dvouait ce qui ne lui
-offrait que du danger, faut-il laisser peser sur sa mmoire
-l'impression fcheuse et injuste produite par un fait que ses
-dtracteurs n'ont pas pris la peine d'approfondir?]
-
-[Note 38:
-
- Paris, 11 dcembre 1792.
-
-Citoyen prsident, j'ignore si la Convention donnera Louis XVI un
-conseil pour le dfendre et si elle lui en laisse le choix; dans ce
-cas-l, je dsire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette
-fonction, je suis prt m'y dvouer. Je ne vous demande pas de faire
-part la Convention de mon offre, car je suis bien loign de me
-croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi.
-Mais j'ai t appel deux fois au conseil de celui qui fut mon matre
-dans le temps que cette fonction toit ambitionne par tout le monde:
-je lui dois le mme service lorsque c'est une fonction que bien des
-gens trouvent dangereuse. Si je connoissois un moyen possible pour lui
-faire connotre mes dispositions, je ne prendrois pas la libert de
-m'adresser vous. J'ai pens que, dans la place que vous occupez,
-vous aurez plus de moyens que personne pour lui faire passer cet avis.
-
-Je suis avec respect, etc.
-
- LAMOIGNON DE MALESHERBES.]
-
-Je suis sensible aux offres que me font ces personnes de me servir de
-conseil, rpondit Louis XVI, et je vous prie de leur en tmoigner ma
-reconnoissance. J'accepte M. de Malesherbes pour mon conseil. Si M.
-Tronchet ne peut me prter ses services, je me concerterai avec M. de
-Malesherbes pour en choisir un autre.
-
-Le Roi signa le procs-verbal de son acceptation, et le remit aux
-dputs.
-
-Dans la matine du 14 dcembre, Tronchet se prsenta au Temple.
-Arrt, selon la consigne, dans le palais qui spare la cour du
-jardin, il attendit que les commissaires vinssent l'y reconnatre.
-Conduit par eux dans la salle du Conseil, il y fut fouill, puis il
-fut introduit dans la chambre de Louis XVI, comme le permettait le
-dcret. En prsence du jurisconsulte, le Prince se sentant appuy sur
-son droit, rclama avec force la facult de voir sa famille. N'osant
-ni accueillir ni repousser cette demande, le conseil du Temple en
-rfra au conseil gnral de la Commune.
-
-Dans la mme journe, Malesherbes fut aussi introduit, non sans avoir
-subi les formalits acerbes qui n'pargnaient personne. Ah! c'est
-vous, mon ami? lui dit Louis XVI en le serrant dans ses bras et en le
-faisant entrer dans la tourelle; vous venez m'aider de vos conseils;
-vous ne craignez pas d'exposer votre vie pour sauver la mienne; mais
-tout sera inutile!--Non, Sire, je n'expose point ma vie, et je veux
-croire que celle de Votre Majest ne court aucun danger. Sa cause est
-si juste et ses moyens de dfense si puissants!--Si! si! ils me feront
-prir; mais ce sera gagner ma cause que de laisser une mmoire sans
-tache. Ma soeur, continua-t-il, m'a donn le nom et la demeure d'un
-prtre inserment qui pourrait m'assister dans mes derniers moments.
-Je vous prie de l'aller trouver de ma part, de lui remettre ce mot, et
-de le disposer m'accorder ses secours. C'est une trange commission
-pour un philosophe, n'est-ce pas? Ah! mon ami, combien je vous
-souhaiterais de penser comme moi! La religion instruit et console tout
-autrement que la philosophie.--Sire, cette commission n'a rien de si
-press, rpondit Malesherbes.--Rien ne l'est davantage pour moi,
-reprit le Roi. Le billet portait cette adresse: _A monsieur Edgeworth
-de Firmont, aux Rcollets, Paris_.
-
-Les deux dfenseurs de Louis crivirent la Convention pour rclamer
-la communication des chefs d'accusation. Ds le lendemain,
-l'Assemble, sur le rapport de sa commission des vingt et un, dcrta
-que quatre membres de cette commission, nomms par elle-mme, se
-transporteraient sur-le-champ au Temple, remettraient Louis les
-copies collationnes des pices probantes de ses crimes, en
-dresseraient procs-verbal, puis placeraient sous ses yeux les
-originaux des pices qui ne lui avaient point t prsentes la
-barre, et constateraient s'il les a reconnues.
-
-Dans cette mme journe, la Convention s'occupa aussi de la demande
-qu'avait faite le Roi de communiquer avec sa famille. L'autorisation
-fut d'abord accorde sans restriction; Tallien prtendit que la
-Commune de Paris ne se prterait point l'excution d'un tel dcret.
-L'Assemble se sentit blesse par cette observation injurieuse, et
-ordonna que son auteur serait censur et inscrit nominativement au
-procs-verbal[39]. Cependant l'autorisation dj donne fut combattue
-de nouveau; un moyen terme, qui tait un refus dguis, fut adopt, et
-vers une heure, le dcret suivant fut apport la Tour: La
-Convention nationale dcrte que Louis Capet pourra voir ses enfants,
-lesquels ne pourront, jusqu' jugement dfinitif, communiquer avec
-leur mre ni avec leur tante. Louis XVI dit Clry: Vous voyez dans
-quelle cruelle alternative ils me placent! Je ne puis me rsoudre
-garder mes enfants avec moi: pour ma fille, cela est impossible, et
-pour mon fils, je sens tout le chagrin que la Reine en prouverait; il
-faut donc consentir ce nouveau sacrifice. Ainsi, faites transporter
-son lit dans la chambre de sa mre.
-
-[Note 39: Voir la sance de la Convention du 13 dcembre 1792.]
-
-L'ordre gnreux du Roi fut excut sur-le-champ. Le jeune Prince
-avait pass les trois dernires nuits couch sur un matelas. Clry
-garda ses habits et son linge, et tous les deux jours il envoyait ce
-qui lui tait ncessaire, selon les conventions secrtes arrtes avec
-Madame lisabeth.
-
-La dputation de la commission des vingt et un, dont nous avons parl,
-arriva au Temple vers trois heures et demie de l'aprs-midi. Elle
-tait compose de Borie, Dufriche-Valaz, Poulain-Grandprey et Cochon,
-et accompagne de Gauthier, employ au bureau des procs-verbaux de la
-Convention, nomm secrtaire de la commission; de Varennes, huissier
-de la Convention, et de Devaux, marchal des logis des grenadiers de
-la gendarmerie nationale, commandant l'escorte des dputs. Les
-municipaux vinrent vrifier leurs pouvoirs. L'un d'eux, nomm Priac,
-fit quelques difficults pour recevoir Gauthier, Varennes et Devaux.
-Le dcret, dit-il, ne fait pas mention d'eux, et nous ne pouvons
-lgalement les laisser entrer dans la Tour. Cet obstacle lev par les
-autres membres de la Commune, la dputation elle-mme pntra avec son
-entourage dans l'appartement de Louis XVI. Tronchet tait prs de ce
-prince. Borie annona l'objet de la mission dont ses collgues et lui
-taient chargs. La grande table de l'antichambre fut dresse au
-milieu de la chambre du Roi; on y plaa toutes les pices du procs.
-Chacun prit place l'entour: les conventionnels d'un ct, et de
-l'autre Louis XVI et son dfenseur. Les deux commissaires de service
-s'assirent aussi dans la chambre; l'un d'eux tait Mercereau, qui,
-aprs avoir travaill quelque temps au Temple comme tailleur de
-pierre, y apparaissait cette fois comme membre du conseil gnral de
-la Commune.
-
-Conformment aux dispositions du dcret, copie fut remise au Roi des
-pices qu'on lui avait dj communiques la barre, ainsi qu'une
-copie de l'inventaire nonciatif de ces pices. Toutes furent
-successivement cotes, puis ensuite parafes par Louis XVI et par deux
-membres de la commission, Grandprey et Cochon. Le parafe du Roi
-n'tait autre que la lettre L majuscule. On lui communiqua ensuite les
-originaux des pices qui ne lui avaient point t prsentes la
-barre, et qui se trouvaient comprises en un second inventaire au
-nombre de cent sept; Gauthier, secrtaire de la commission, en donnait
-lecture; Valaz demandait au Roi: Avez-vous connaissance, etc.?
-Louis XVI rpondait ordinairement oui ou non, sans autre explication.
-Borie les prsentait sa signature, ainsi que la copie que chaque
-fois Grandprey proposait de lui lire, et dont Louis le dispensait
-toujours. Cochon faisait l'appel par liasse et par numro, et le
-secrtaire les enregistrait mesure qu'elles taient remises au Roi.
-
-Cette opration, commence avant quatre heures, ne touchait pas encore
- son terme, lorsqu' neuf heures et demie Louis XVI interrompit la
-sance pour demander aux dputs s'ils voulaient souper. Ils
-acceptrent. Clry leur fit aussitt servir une volaille froide et
-quelques fruits dans la salle manger. Tronchet ne voulut rien
-prendre, et demeura avec le Roi dans sa chambre. La Convention avait
-beau faire: la majest du Roi survivait dans l'abaissement de
-l'accus. O avait-on vu avant cela un prvenu s'occupant des
-reprsentants de ses accusateurs comme un hte s'occupe de ses
-invits, et veillant ce que rien ne manqut ceux qui s'occupaient
-de prparer son arrt de mort?
-
-Aprs le souper, l'interrogatoire du royal accus fut repris.
-Quelques-unes des liasses qu'on plaait sous ses yeux (entre autres
-les numros 18 et 53) contenaient des projets de constitution
-apostills de sa main; plusieurs autres pices (cotes 5, 6, 22, 31,
-78) taient galement annotes par lui, tantt avec de l'encre, tantt
-au crayon; la lettre cote 30, adresse M. de Bouill, tait tout
-entire de son criture[40]; calme et presque distrait, il recevait
-toutes ces pices _comme un grand seigneur reoit les comptes de son
-intendant_[41]. Minuit sonnait au moment o s'acheva cette longue et
-pnible sance, en laquelle, au fantme froid et hypocrite des
-procdures lgales de la Convention nationale, la royaut dchue et
-accuse n'avait pu opposer que son calme et sa rsignation. La
-commission sortit. Louis prit quelque nourriture, et sans se plaindre
-de la fatigue qu'il avait prouve, il demanda Clry si l'on avait
-retard le souper de sa famille. Sur sa rponse ngative: J'aurais
-craint que ce retard n'et inquit la Reine et ma soeur, dit-il;
-puis il fit sa prire, se coucha, et s'endormit.
-
-[Note 40: Dans cette lettre, le Roi flicitait le gnral sur la
-conduite qu'il avait tenue Nancy.]
-
-[Note 41: Sance du conseil gnral de la Commune du 27 dcembre
-1792.]
-
-Malesherbes et Tronchet s'effrayaient, si ce n'est de la gravit, du
-moins du nombre des pices d'accusation qu'il leur faudrait rfuter
-une une; ils s'effrayaient davantage en rflchissant que la
-Convention avait dcrt qu'elle entendrait pour la dernire fois
-l'accus le 26 dcembre. Le Roi d'ailleurs s'opposait absolument ce
-qu'ils sollicitassent aucun dlai. Malesherbes le premier, craignant
-d'tre vaincu par le temps ou trahi par sa propre force, songea
-rclamer le concours d'un jeune avocat qui s'tait fait un nom
-brillant au barreau de Paris; il proposa M. de Sze son collgue, et
-tous deux le proposrent Louis XVI. Le Prince ne connaissait M. de
-Sze que de rputation. Faites, dit-il en souriant: les mdecins
-s'assemblent nombreux quand le danger est grand. Vous me prouvez que
-la maladie est de la dernire gravit; je vous montrerai, moi, que je
-suis bon malade. Ses conseils demandrent donc l'Assemble que, vu
-la brivet du dlai accord, M. de Sze leur ft adjoint dans la
-dfense qui leur tait confie. Leur proposition fut accueillie dans
-la sance du lundi 17 dcembre. Le jour mme, vers les cinq heures du
-soir, les trois dfenseurs vinrent au Temple, et depuis ce jour
-jusqu'au 26 dcembre, ils virent rgulirement le Roi tous les trois.
-Ce malheureux Prince se sentait encourag par leur zle et leur
-dvouement; mais le fond de sa pense tait demeur le mme. Un jour,
-il prit part M. de Malesherbes, et lui rappela que, ds leur
-premire entrevue, il l'avait charg d'une ngociation qui
-l'intressait vivement. Si je n'ai pas cru, dit Malesherbes, rendre
-plus tt compte au Roi de ma mission, je me suis toutefois conform
-ses ordres. M. Edgeworth ne demeure point aux Rcollets; il a un
-pied--terre rue du Bac, mais depuis le mois de septembre il habite
-Choisy-le-Roy. Ne le connaissant point personnellement, je lui donnai
-rendez-vous chez madame de Snozan, ma soeur. L, Sire, je lui ai
-remis votre message, qui et t sans doute une invitation pressante
-pour tout autre, mais qui tait et qui est rest un ordre pour un tel
-homme. Il espre comme moi que la perversit humaine n'exigera jamais
-qu'il ait vous donner une aussi cruelle preuve de dvouement. Il m'a
-charg de mettre vos pieds tout ce que lui dictait dans une
-circonstance si pnible un coeur fltri par la douleur.--Remerciez-le
-de ma part, rpondit Louis XVI, et priez-le de ne pas quitter Paris
-dans ce moment.
-
-Cependant Clry avait trouv le moyen de faire arriver par Turgy des
-nouvelles du Roi Madame lisabeth. Il fut lui-mme, dans la journe
-du 17, averti par Turgy que cette princesse, en lui remettant sa
-serviette aprs le dner, lui avait gliss dans la main un billet
-crit avec des piqres d'pingle, par lequel elle suppliait le Roi de
-lui crire un mot de sa main. Clry remit au Roi son coucher ce
-billet de Madame lisabeth. Possesseur de papier et d'encre depuis le
-commencement de son procs, Louis, ds le lendemain matin, crivit
-sa soeur une lettre qu'il remit dcachete Clry. Il n'y a rien l
-qui puisse vous compromettre, lui dit-il, prenez-en lecture. Le
-discret serviteur se permit sur ce point de dsobir son matre, et
-remit la lettre Turgy. Celui-ci rapporta la rponse dans un peloton
-de fil qu'il fit rouler sous le lit de Clry en passant prs de la
-porte de sa chambre. Ce mode de correspondance, inaugur ainsi,
-continua. Louis remettait des billets Clry, Clry les revtait de
-fil, de coton ou de laine, et les dposait dans l'armoire o taient
-les assiettes pour le service de la table; Turgy presque immdiatement
-allait les prendre et les remettait Madame lisabeth. Moins observ
-que son camarade, Turgy, pour lui faire parvenir les rponses, avait
-recours diffrents moyens; mais Clry en inventa un qui remdia
-bien des difficults et pargna bien des prils. La bougie fournie
-pour le service du Roi tait livre en paquets ficels; Clry conserva
-la ficelle, et lorsqu'il en eut une assez grande quantit, il annona
- son matre qu'il pouvait l'avenir rendre sa correspondance plus
-active. La fentre de la chambre de Madame lisabeth rpondait
-perpendiculairement la fentre du petit corridor qui communiquait de
-la chambre de Louis XVI celle de Clry. En attachant les lettres
-une ficelle, Madame lisabeth pouvait donc les laisser glisser de sa
-croise celle de l'tage infrieur; l'abat-jour en forme de hotte
-plac la fentre du corridor ne permettait pas de craindre que le
-message pt tomber dans le jardin; la ficelle qui descendrait la
-lettre pourrait remonter la rponse; on pourrait mme, par la mme
-voie, faire parvenir aux princesses un peu de papier et un peu
-d'encre, ressources dont elles taient prives. La grande difficult
-tait leve: Clry possdait la ficelle! Grce aux intelligences entre
-lui et Turgy, Madame lisabeth fut bientt instruite du nouveau mode
-de correspondance qui avait t imagin. Elle fut mise en possession
-de la ficelle, et, dans la matine du 20 dcembre, elle avertit Louis
-XVI qu'elle en ferait usage huit heures du soir. C'est ainsi que le
-gnie de la captivit inspirait aux membres infortuns de cette
-famille auguste les moyens de triompher de la surveillance haineuse
-qui croyait avoir rendu toute communication entre eux impossible.
-
-Ce jour-l, quatre heures et demie, la dputation de la commission
-des vingt et un, qui s'tait prsente au Temple cinq jours
-auparavant, fut de nouveau introduite auprs de Louis, s'installa
-comme la premire fois autour d'une table, et donna lecture ce
-Prince de cinquante et une nouvelles pices qu'il signa et parafa
-comme les prcdentes. Ce travail dura une heure. Les membres de la
-commission et les dfenseurs de Louis se rencontrrent au pied de la
-Tour. Descendus avec les uns, Mathey et un municipal remontrent avec
-les autres. Les affaires dont ses conseils devaient l'entretenir ne
-faisaient point oublier au Roi l'avis qu'il avait reu de sa soeur. De
-son ct, Clry avait tout dispos: il avait ferm la porte de sa
-chambre et celle du corridor, et s'tait mis causer tranquillement
-dans l'antichambre avec les commissaires de la Commune. Ds que
-l'aiguille marqua huit heures la pendule de sa chemine, Louis XVI
-se leva et sortit un instant: ses dfenseurs ne se doutrent point, en
-le voyant reparatre trois minutes aprs, qu'il venait de recevoir des
-nouvelles de sa famille et de lui transmettre lui-mme les expressions
-de sa tendresse.
-
-Le Roi fit monter par cette poste arienne quelques feuilles de papier
-blanc qui lui revinrent avec de douces consolations. C'tait toujours
- huit heures du soir qu'avait lieu cette correspondance.
-
-Louis XVI, depuis quelques jours, souffrait de la longueur de sa
-barbe; Clry s'adressa aux municipaux pour obtenir des rasoirs. De
-leur ct, les princesses demandaient qu'il leur ft prt des ciseaux
-pour se couper les ongles. Le conseil du Temple s'assembla pour
-statuer sur ces deux requtes, et aprs un long examen, les renvoya
-la dcision de la Commune[42]. Celle-ci prit la rsolution suivante:
-
-Le conseil gnral, considrant que par l'vnement du dcret qui
-permet aux conseils de Louis Capet de communiquer librement avec lui,
-le conseil gnral n'est responsable que de l'vasion du prisonnier,
-consent que les rasoirs et les ciseaux demands par les prisonniers
-leur soient accords; arrte en outre que le prsent arrt ainsi que
-celui pris par les commissaires du Temple seront envoys la
-Convention.
-
-[Note 42: _Extrait du registre des dlibrations des commissaires de
-la Commune de service au Temple._
-
- Du 22 dcembre 1792, an Ier de la Rpublique franaise.
-
-A six heures du soir, le conseil s'est rassembl pour prendre une
-dlibration sur les deux objets ci-aprs:
-
-1 Louis Capet parot embarrass de la longueur de sa barbe; il l'a
-tmoign diverses fois. On lui a propos de le faire raser. Il en a
-montr de la rpugnance, et a laiss voir le dsir de se raser
-lui-mme.
-
-Le conseil pensa hier pouvoir lui donner l'esprance d'accder
-aujourd'hui sa demande; mais ce matin, on s'est aperu que les
-rasoirs de Louis Capet n'toient pas rests au Temple: on a pris de l
-occasion de discuter de nouveau la matire; elle a t amplement
-controverse, et le rsultat a t l'opinion unanime de soumettre la
-question au conseil gnral de la Commune, qui, dans le cas o il
-jugera convenable de permettre Louis Capet de se faire lui-mme la
-barbe, voudra bien ordonner qu'il lui soit confi un ou deux rasoirs
-dont il fera usage sous les yeux de quatre commissaires auxquels ces
-mmes rasoirs seront aussitt rendus, et qui constateront que la
-remise leur en aura t faite.
-
-2 La femme, la soeur et la fille de Louis Capet ont demand qu'il
-leur soit prt des ciseaux pour se couper les ongles.
-
-Le conseil en ayant dlibr, a pareillement arrt l'unanimit que
-cette demande seroit soumise au conseil gnral de la Commune, qui
-seroit pri, dans le cas o il y donneroit son consentement, de fixer
-aussi le mode employer cet gard.
-
-Arrte que la prsente dlibration sera envoye au conseil gnral
-de la Commune dans le jour et d'assez bonne heure pour que la rponse
-soit connue ds aujourd'hui au conseil du Temple.
-
-Et ont sign au registre:
-
- MAUBERT, DEFRASNE, JON, LANDRAGIN, ROBERT,
- MALIVOIR et DESTOURNELLES.
-
-Pour copie conforme, les jour, mois et an que dessus.
-
- DESTOURNELLES, officier municipal.]
-
-Par suite de cet arrt, le conseil du Temple confia deux rasoirs
-Louis, la condition de ne s'en servir que sous les yeux de deux
-municipaux, auxquels les rasoirs seraient tout aussitt rendus; il en
-fut de mme pour les ciseaux prts aux princesses.
-
-Nol approchait. Madame lisabeth se proccupait de la manire dont
-cette grande fte serait clbre Paris. Le lundi soir 24 dcembre,
-Toulan et Lepitre se retrouvrent ensemble de service au Temple. La
-veille de Nol, raconte ce dernier, Chaumette fit arrter que la messe
-de minuit ne seroit point clbre; on lui reprsenta inutilement que
-cette dfense pourroit donner lieu quelque meute; que le peuple
-n'toit pas aussi philosophe que Chaumette et qu'il tenoit encore
-ses anciens usages. On arrta que des officiers municipaux ou des
-membres du conseil se rendroient aux diffrentes paroisses et
-s'opposeraient ce qu'on ouvrt les portes. Qu'arriva-t-il? les
-membres de la Commune furent bafous et battus; la messe fut chante,
-et Chaumette en devint plus furieux contre la religion et ses
-ministres. Le 25 dcembre, en entrant chez la Reine, je lui avois
-parl de cet arrt de la Commune, dont j'ignorois les suites. Le
-soir, nous vmes arriver Beugniau, matre maon, l'un de mes
-collgues, le visage lgrement balafr. Ce fut lui qui nous raconta
-de quelle manire les femmes de la halle l'avoient accueilli
-Saint-Eustache. Madame lisabeth apprit ces dtails sans tonnement
-et sans chagrin. Il est bon, dit-elle, que le peuple sache que ceux
-qui prtendent le rendre libre ne veulent de libert ni pour sa
-conscience ni pour ses prires.
-
-Le jour de Nol, Louis, rest seul avec lui-mme, crivit son
-testament. Bien que personne n'ignore ces pages de pit, de clmence
-et de tendresse, nous croyons devoir en reproduire les passages qui se
-rapportent plus directement notre sujet:
-
-Je recommande Dieu ma femme, mes enfants, ma soeur, mes tantes, mes
-frres, et tous ceux qui me sont attachs par les liens du sang ou par
-quelque autre manire que ce puisse tre. Je prie Dieu particulirement
-de jeter des yeux de misricorde sur ma femme, mes enfants et ma soeur,
-qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grce
-s'ils viennent me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde
-prissable.
-
-Je prie ma soeur de vouloir bien continuer sa tendresse mes
-enfants, et de leur tenir lieu de mre s'ils avoient le malheur de
-perdre la leur.
-
-Je recommande bien vivement mes enfants, aprs ce qu'ils doivent
-Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux,
-soumis et obissants leur mre, et reconnoissants de tous les soins
-et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mmoire de moi, je les
-prie de regarder ma soeur comme une seconde mre.
-
-Le mercredi 26 dcembre, le Roi, de peur que le bruit des tambours et
-le mouvement des troupes n'effrayassent sa famille, pria, ds le lever
-du jour, les commissaires de la prvenir qu'il allait tre conduit
-la barre de la Convention nationale. Il tait cinq heures quand la
-voiture et son escorte rentrrent au Temple: la journe avait t
-longue pour les prisonnires. Devinant leur inquitude, Louis, ds
-qu'il fut rentr dans son appartement, prit la plume, et sans doute il
-pensa avec tristesse que les mots qu'il traait avec empressement pour
-les rassurer ne leur parviendraient que trois heures plus tard. Ce ne
-fut en effet qu' huit heures du soir qu'une lettre passait, par un
-fil invisible, du second au troisime tage de la tour.
-
-Le 1er janvier 1793, Clry entra avant le jour dans la chambre de son
-matre, et entr'ouvrant les rideaux de son lit, lui demanda voix
-basse la permission de lui prsenter des voeux pour la fin de ses
-malheurs. Je reois vos souhaits, lui dit Louis XVI en lui tendant
-une main que Clry baisa et mouilla de ses larmes. Le Roi se leva,
-poussa la porte entr'ouverte de sa chambre, et pria un commissaire
-d'aller s'informer de sa part de l'tat de la sant de sa famille et
-de lui transmettre l'expression de ses voeux pour la nouvelle anne.
-Les municipaux furent mus de l'accent avec lequel taient prononces
-ces simples paroles, si poignantes dans une telle situation. Le
-municipal charg de cette mission rentra bientt chez le Roi. Votre
-famille, dit-il, vous remercie de vos souhaits, et vous adresse les
-siens.--Quel jour de nouvelle anne! dit Louis XVI.
-
-La jeune Marie-Thrse tomba malade. Son pre fut inform par la
-correspondance nocturne de sa situation; il s'en inquita assez pour
-ne plus songer sa position personnelle. Dans ses panchements avec
-ses dfenseurs, sa parole, ses penses revenaient sans cesse vers sa
-famille. Au milieu de toutes mes tribulations, disait-il, la
-Providence m'a mnag de tendres consolations; ma vie a d un grand
-charme mes enfants, la Reine et ma soeur. Je ne vous parlerai
-point de mes enfants, dj si malheureux..... leur ge!
-continua-t-il avec motion; ni de ma soeur, dont la vie n'a t
-qu'affection, dvouement et courage. L'Espagne et le Pimont avaient
-paru dsirer son alliance; la mort de Christine de Saxe, les
-chanoinesses de Remiremont lui offrirent de l'lire abbesse; rien n'a
-pu la sparer de moi; elle s'est attache mes malheurs comme
-d'autres s'taient attachs mes prosprits! Mais je veux vous
-entretenir d'un cruel sujet de peine pour mon coeur; c'est de
-l'injustice des Franais pour la Reine.
-
-Alors il expliqua longuement la conduite de cette princesse, qui,
-ennemie de l'tiquette et de la contrainte, avait t juge si
-svrement. Ses manires, ajouta-t-il, nouvelles la cour, se
-rapprochaient trop de mon got naturel pour que je voulusse les
-contrarier..... D'abord, le public applaudissait l'abandon des
-anciens usages; ensuite, il en a fait un crime..... Les factieux,
-dit-il en terminant, ne mettent cet acharnement dcrier et noircir
-la Reine que pour prparer le peuple la voir prir. Oui, mes amis,
-sa mort est rsolue. En lui laissant la vie, on craindrait qu'elle ne
-me venget. Infortune princesse! notre mariage lui promit un trne;
-aujourd'hui, quelle perspective lui offre-t-il? L'motion du Prince
-avait gagn ses trois dfenseurs.
-
-Cependant Louis XVI tait toujours proccup de la sant de sa fille.
-Les nouvelles qu'il en recevait chaque soir n'taient pas entirement
-satisfaisantes. Un municipal officieusement charg par lui de
-s'informer de l'tat des choses avait gard le silence. Louis
-craignait que, pour lui pargner de la peine, on ne lui cacht une
-partie de la vrit. Il confia son inquitude ses dfenseurs.
-Ceux-ci promirent de se plaindre au conseil de ce silence, qui
-devenait une torture de plus pour le Prince captif; mais huit
-heures, les ayant quitts un instant, le Roi rentra, et comprimant
-regret la joie de son coeur: Messieurs, leur dit-il avant de se
-sparer, j'ai rflchi sur la dmarche que vous voulez faire: je vous
-prie de la remettre demain, et mme de ne la point tenter avant de
-m'avoir revu. A leur arrive, le lendemain, il leur dit: Je sais
-maintenant que ma fille est mieux; que Brunyer doit venir la voir, et
-que la Reine est tranquille. Dieu soit lou! C'tait, on l'a devin,
-une lettre de Madame lisabeth, qui la veille au soir, avait apport
-le calme et le bonheur dans l'me de cet infortun Prince.
-
-Le procs touchait sa fin. Le jeudi matin 17 janvier, Paris apprit
-le vote de mort rendu dans la nuit. A neuf heures, les trois
-dfenseurs arrivrent au Temple. Clry alla au-devant d'eux. Tout est
-perdu, lui dit Malesherbes, le Roi est condamn. Louis XVI tait
-assis dans sa chambre, le dos tourn vers la porte, les coudes appuys
-sur une table, le visage couvert de ses deux mains. S'tant lev pour
-recevoir ses visiteurs, il leur dit: Depuis deux heures, je
-rflchissais sur le pass; je recherchais dans ma mmoire si, durant
-le cours de mon rgne, j'ai donn volontairement mes sujets un sujet
-de plainte contre moi. Eh bien! je vous le jure en toute sincrit,
-comme un homme qui va paratre devant Dieu, j'ai constamment voulu le
-bonheur de mon peuple, et je n'ai pas form un seul voeu qui lui ft
-contraire.
-
-Le contraste des douces paroles du Prince avec l'arrt de mort qu'on
-lui apportait, avait jet le trouble dans l'me de ses dfenseurs.
-Malesherbes ne put contenir sa douleur; il se jeta aux pieds du Roi,
-et, suffoqu par les sanglots, il demeura sans voix. Louis XVI le
-releva et le serra dans ses bras avec effusion: Je m'attendais ce
-que vos larmes m'apprennent; remettez-vous donc, mon cher Malesherbes.
-Tant mieux; oui, mieux vaut sortir enfin d'incertitude! Si vous
-m'aimez, loin de vous attrister, ne m'enviez pas le seul asile qui me
-reste. Et comme M. de Malesherbes essayait de lui persuader que tout
-espoir n'tait pas perdu: Non, il n'y a plus d'espoir, dit-il; la
-nation est gare, et je suis prt m'immoler pour elle.--Sire, en
-sortant de la Convention, quelques personnes m'ont entour, et m'ont
-assur que de fidles sujets arracheraient le Roi des mains de ses
-bourreaux ou priront avec lui.--Les connaissez-vous? demanda le
-Roi.--Non, Sire; mais je pourrais les retrouver.--Eh bien, tchez de
-les rejoindre, et dclarez-leur que je les remercie du zle qu'ils me
-tmoignent. Toute tentative exposerait leurs jours sans sauver les
-miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserver le trne et la
-vie, j'ai refus de m'en servir: voudrais-je aujourd'hui faire couler
-pour moi le sang franais!--Du moins, dit Tronchet, le Roi ne peut
-nous empcher de nous servir de tous les moyens lgaux. Nous le prions
-donc d'crire de sa main et de signer la dclaration que voici.
-Press par les instances de ses trois amis, Louis copia et signa les
-lignes suivantes, que Tronchet venait de rdiger sur le coin de la
-table:
-
-Je dois mon honneur, je dois ma famille, de ne point souscrire
-un jugement qui m'inculpe d'un crime que je ne puis me reprocher. En
-consquence, je dclare que j'interjette appel la nation elle-mme
-du jugement de ses reprsentants, et je donne par ces prsentes mes
-dfenseurs le pouvoir spcial, et je charge spcialement leur
-fidlit, de faire connotre cet appel la Convention nationale par
-tous les moyens qui seront en leur pouvoir, et de demander qu'il en
-soit fait mention dans le procs-verbal de ses sances.
-
-Fait la tour du Temple, ce 16 janvier 1793.
-
-Ayant trac cet crit, le Roi hsitait encore le remettre ses
-conseils. Donnez, Sire, dit de Sze, c'est beaucoup plus dans
-l'intrt du peuple que dans celui du Roi que nous vous le
-demandons.--Non, reprit Louis XVI avec une bont souriante qu'il est
-impossible de peindre, c'est beaucoup plus dans mon intrt que dans
-celui du peuple que vous me le demandez; mais moi, je vous le donne
-dans son intrt beaucoup plus que dans le mien. Le sacrifice de ma
-vie est si peu de chose auprs de sa gloire ou auprs de son bonheur!
-Et ne croyez pas, messieurs, que la Reine et ma soeur montrent moins
-de force et de rsignation que moi. Mourir est prfrable leur
-sort.
-
-Les dfenseurs se retirrent le coeur bris, et cependant ils ne se
-doutaient pas qu'ils avaient vu le Roi pour la dernire fois. Le reste
-de la journe s'coula lentement; la soire fut encore plus triste.
-Louis XVI, comme de coutume, reut des nouvelles de sa famille; mais
-les consolations qui s'changeaient la nuit entre les deux tages se
-tournaient en afflictions profondes: le crieur avait appris au Temple
-la condamnation du Roi: femme, soeur, enfants, tout tait plong dans
-le dsespoir.
-
-Guadet appuya l'ajournement demand par de Sze, Tronchet et
-Malesherbes. Merlin (de Douai) et Tallien le combattirent, le premier
-au nom du droit, le second par piti. C'est, dit Merlin (de Douai),
-dans l'institution des jurs qu'il est question du nombre des voix
-ncessaire pour la condamnation d'un accus. Mais il n'en est pas
-question dans le Code pnal. C'est l l'erreur de Tronchet; il ne faut
-pas accorder les honneurs de l'ajournement une erreur aussi
-grossire. La Convention, convaincue par cet argument quivoque de
-l'auteur de la loi sur les suspects, dcrta qu'il n'y avait pas lieu
- dlibrer sur l'ajournement propos, et ajourna au lendemain la
-question de savoir si, oui ou non, il y aurait sursis l'excution du
-dcret de mort contre Louis.
-
-Tallien s'opposa la remise de la sance au lendemain. Je motive mon
-opinion, s'cria-t-il, sur une raison d'humanit; je le rpte, sur
-une raison d'humanit. Louis XVI sait qu'il est condamn; il sait que
-la motion a t faite de surseoir son excution; ne prolongeons pas
-les moments de sa souffrance; il est barbare de le laisser plus
-longtemps dans l'agonie; ne lui donnons pas dix fois la mort. Cet
-homme, qui, aprs une sance de trente-six heures agite par les
-passions les plus effrnes, rclamait une solution dfinitive de la
-question qui tenait la France et l'Europe en moi, cet homme, qui
-invoquait l'humanit avec des cris de sang, ne fut point cout: sur
-la demande de la Rvellire-Lepaux et de Daunou, l'ajournement pur et
-simple fut prononc. Mais la nuit ne porta point conseil aux Legendre,
-aux Couthon, aux Duhem, aux Robespierre. Ds la sance du lendemain,
-toute dlibration sur le sursis fut carte par eux et leurs sides.
-Buzot leur dit en vain: Le dfaut de formes vous sera reproch un
-jour si vous ne mettez un intervalle entre votre jugement et son
-excution; et ce reproche, qui ne vous parat rien aujourd'hui, vous
-paratra terrible lorsque les passions du moment auront fait place aux
-malheurs qui suivront l'excution de ce jugement rendu, d'ailleurs,
-une simple majorit de cinq voix.
-
-Manuel, qui avait aussi donn de terribles gages la rvolution,
-s'indigna tout coup des violences et des sductions exerces sur la
-conscience des dputs. Obsd de remords et sous le coup de cette
-terreur morale qui se change en courage, il osa, comme l'intrpide
-Lanjuinais, reprocher aux juges du malheureux Roi la violation de
-toutes les formes et de tous les principes. Ses complices s'tonnrent
-d'un langage nouveau dans sa bouche, et le marqurent pour le
-bourreau. Rvolt de l'acharnement de Robespierre et de ses adhrents
-contre toute dlibration sur le sursis, il quitta le bureau; on
-voulut s'opposer son passage; il sortit nanmoins, et rentra
-quelques minutes aprs. Mais le soir, comme il se retirait, il fut
-assailli par les mmes dputs, et ses jours coururent le plus grand
-danger. Il ne reparut plus l'Assemble, et donna sa dmission dans
-des termes qui rachteront une partie de ses torts aux yeux de la
-postrit[43].
-
-[Note 43:
-
-Citoyen prsident,
-
-Reprsentant du peuple, je connois mes droits et mes devoirs, et j'ai
-toujours trop bien rempli les uns pour jamais perdre les autres.
-
-Un dlit a t commis en moi contre la nation: ne pas le dnoncer
-la nation, ce seroit la trahir.
-
-Secrtaire de la Convention, aprs une sance de quarante heures, o
-s'est dcid cinq voix le sort de plus d'un empire, je sortois avec
-le besoin extrme d'un air plus pur, lorsqu'une bande de _juges_ tombe
-sur moi, _sur le dput d'un peuple libre_! Mon premier mouvement fut
-de les punir l'instant; mais j'tois dans la Convention, c'toit
-la Convention entire se venger.
-
-Reprsentants, qu'avez-vous fait? Avec la toute-puissance, vous
-n'avez pas celle d'envoyer aux quatre-vingt-quatre dpartements la
-liste de quelques dsorganisateurs qui, par le seul talent de faire du
-bruit, vous tent la force de faire du bien.
-
-La premire fois que vous vous tes laiss avilir, lgislateurs, vous
-avez expos la France. Et tels que vous tes (la vrit m'chappe),
-oui, tels que vous tes, vous ne pouvez pas la sauver. L'homme de bien
-n'a plus qu' s'envelopper de son manteau.
-
-Pour moi, citoyen prsident, qui, quand je n'espre plus, ne crains
-encore rien, aprs avoir protest la Convention que je me
-prcipiterois devant elle dans le gouffre de Curtius pour que le
-peuple ft enfin heureux, je crois devoir ma conscience et mes
-principes de la prvenir par ma dmission, que je vous prie de
-recevoir, qu'il n'est pas en moi de le servir au poste o il m'a mis.
-
-Je le servirai mieux dans mes foyers en me consacrant par mes crits
-et par mes exemples l'ducation de mes enfants, car il ne manque
-la rvolution que des hommes.]
-
-Le dimanche 20 janvier, deux heures, le conseil excutif vint
-notifier au prisonnier les dcrets qui le condamnaient la peine de
-mort. La lecture de ces dcrets lui fut faite par Grouvelle,
-secrtaire du conseil. Le Roi l'entendit sans que la moindre
-altration part sur ses traits. Il tira de sa poche un portefeuille
-dans lequel il plaa le dcret qu'il venait de prendre de la main de
-Grouvelle; puis retirant un autre papier de ce mme portefeuille, il
-dit Garat: Monsieur le ministre de la justice, je vous prie de
-remettre sur-le-champ cette lettre la Convention nationale. Garat
-paraissant hsiter, Louis XVI ajouta: Je vais vous en faire lecture;
-et il lut d'une voix ferme ce qui suit:
-
-Je demande un dlai de trois jours pour pouvoir me prparer
-parotre devant Dieu. Je demande pour cela de pouvoir librement voir
-la personne que j'indiquerai aux commissaires de la Commune, et que
-cette personne soit l'abri de toute crainte et de toute inquitude
-pour cet acte de charit qu'elle remplira prs de moi.
-
-Je demande d'tre dlivr de la surveillance perptuelle que le
-conseil gnral a tablie depuis quelques jours.
-
-Je demande, dans cet intervalle, de pouvoir voir ma famille quand je
-le demanderai, et sans tmoins. Je dsirerois bien que la Convention
-nationale s'occupt tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle
-lui permt de se retirer librement o elle le jugeroit propos.
-
-Je recommande la bienfaisance de la nation toutes les personnes qui
-m'toient attaches: il y en a beaucoup qui avoient mis toute leur
-fortune dans leurs charges, et qui, n'ayant plus d'appointements,
-doivent tre dans le besoin, ainsi que d'autres qui ne vivoient que de
-leurs appointements. Dans les pensionnaires, il y a beaucoup de
-vieillards, de femmes et d'enfants, qui n'avoient que cela pour vivre.
-
-Fait la tour du Temple, le vingt janvier mil sept cent
-quatre-vingt-treize.
-
- LOUIS.
-
- * * * * *
-
-Garat assura le Roi qu'il allait remettre sa lettre la Convention.
-Monsieur, ajouta Louis XVI, si la Convention accorde ma demande pour
-la personne que je dsire, voici son adresse. Ouvrant alors de
-nouveau son portefeuille, il en tira un papier sur lequel taient
-crits ces mots: M. Edgeworth de Firmont, rue du Bac, n 483. Le Roi
-remit cette adresse un municipal, et fit quelques pas en arrire;
-Garat et ceux qui l'accompagnaient sortirent[44]. Le ministre se hta
-de communiquer ses collgues les dernires demandes du Roi,
-d'appeler sur elles les dcisions de la Convention, et d'envoyer
-chercher le prtre que rclamait le condamn.
-
-[Note 44: Compte rendu la Convention par le ministre de la justice.]
-
-Il tait quatre heures et demie lorsque Garat lui-mme rapporta au
-Roi la rponse de la Convention, dont voici les termes: Il est libre
- Louis d'appeler tel ministre du culte qu'il jugera propos, et de
-voir sa famille librement et sans tmoin; la nation, toujours grande
-et toujours juste, s'occupera du sort de sa famille; il sera accord
-aux cranciers de sa maison de justes indemnits; la Convention
-nationale passe l'ordre du jour sur le sursis de trois jours.
-
-Louis XVI ne fit aucune observation. Les moments qui lui restent vont
-se partager entre sa famille, objet de ses affections terrestres, et
-son Crateur, qui le rappelle lui. L'abb Edgeworth parut bientt.
-Arriv l'appartement du Roi, dont toutes les portes toient
-ouvertes, a-t-il crit lui-mme, j'aperus ce Prince au milieu d'un
-groupe de huit ou dix personnes: c'toit le ministre de la justice,
-accompagn de quelques membres de la Commune, qui venoit de lui lire
-le fatal dcret qui fixoit irrvocablement sa mort au lendemain.
-
-Il toit au milieu d'eux calme, tranquille, gracieux mme; et pas un
-de ceux qui l'environnoient n'avoit l'air aussi assur que lui. Ds
-que je parus, il leur fit signe de la main de se retirer; ils
-obirent; lui-mme ferma la porte aprs eux, et je restai seul dans la
-chambre avec lui. Jusqu'ici j'avois assez bien russi concentrer les
-diffrents mouvements qui agitoient mon me; mais la vue de ce
-Prince, autrefois si grand et alors si malheureux, je ne fus plus
-matre de moi-mme; mes larmes s'chapprent malgr moi, et je tombai
- ses pieds sans pouvoir lui faire entendre d'autre langage que celui
-de ma douleur; cette vue l'attendrit mille fois plus que le dcret
-qu'on venoit de lui lire. Il ne rpondit d'abord mes larmes que par
-les siennes; mais bientt reprenant son courage: Pardonnez, me
-dit-il, monsieur, pardonnez ce moment de foiblesse, si toutefois on
-peut le nommer ainsi. Depuis longtemps je vis au milieu de mes
-ennemis, et l'habitude m'a en quelque sorte familiaris avec eux; mais
-la vue d'un sujet fidle parle tout autrement mon coeur; c'est un
-spectacle auquel mes yeux ne sont plus accoutums, et il m'attendrit
-malgr moi.
-
-A huit heures, la conversation fut interrompue par un commissaire qui
-prvint le Roi que sa famille allait descendre. Louis XVI ne put
-dissimuler son motion: Si l'on ne me permet point de monter chez
-elle, dit-il aux municipaux, je pourrai du moins la voir seule dans ma
-chambre?--Non, rpondit l'un d'eux, nous avons arrt avec le ministre
-de la justice que ce sera dans la salle manger.--Vous avez entendu,
-rpliqua Louis XVI, que le dcret de la Convention me permet de la
-voir sans tmoin.--Cela est vrai, dirent les commissaires, vous serez
-en particulier; on fermera la porte, mais par le vitrage nous aurons
-les yeux sur vous.--Faites descendre ma famille. Le Roi entra dans la
-salle manger; Clry l'y suivit, et s'occupa ranger la table de
-ct et placer des chaises dans le fond. Louis XVI lui dit: Il
-faudrait apporter un peu d'eau et un verre. Sur une table se trouvait
-une carafe d'eau la glace; Clry n'apporta qu'un verre, qu'il plaa
-prs de cette carafe. Si la Reine buvait de cette eau-l, lui dit le
-Roi, elle pourrait en tre incommode: apportez de l'eau qui ne soit
-pas la glace. Je craindrais que la vue de M. de Firmont ne ft trop
-de mal ma famille: priez-le de ne pas sortir de mon cabinet.
-
-En disant ces mots, Louis XVI prtait l'oreille au bruit du dehors,
-allait, venait, s'arrtait tout moment la porte d'entre.....
-Enfin cette porte s'ouvre: Marie-Antoinette parat la premire, tenant
-son fils par la main; ensuite Marie-Thrse et Madame lisabeth. Des
-cris de douleur se mlent seuls aux embrassements qui s'changent. La
-Reine fait un mouvement comme pour entraner le Roi dans sa chambre.
-Non, lui dit celui-ci, passons dans cette salle, c'est l seulement
-que je puis vous voir. Ils entrent dans la salle manger, dont les
-commissaires referment la porte, qui, ainsi que la cloison, est en
-vitrage. On s'assied, la Reine la gauche du Roi, Madame lisabeth
-sa droite, la jeune princesse presque en face, et le petit prince
-entre les jambes de son pre. Pendant plus d'un quart d'heure, pas une
-parole ne put se faire entendre. Ce n'taient mme pas des larmes, ce
-n'taient mme pas des sanglots: c'tait un cri perant de dsespoir
-qui devait tre entendu dans les cours, dans le jardin et dans les
-rues voisines. Le Roi, la Reine, leurs enfants, leur soeur, tous se
-lamentaient la fois. Enfin les larmes coulrent, et ne s'arrtrent
-que lorsqu'on n'eut plus la force d'en rpandre. Alors Louis XVI parla
-de son procs comme si c'tait le procs d'un autre, excusa ses juges
-et recommanda de leur pardonner. Sa femme demanda avec instance que
-toute la famille passt la nuit avec lui; il se refusa cette
-consolation, en disant qu'il avait besoin de calme et de
-recueillement.
-
-Cette scne inexprimable dura sept quarts d'heure. Le Roi en voulut
-marquer la fin de manire graver ses derniers sentiments dans le
-coeur de ses enfants. Mon pre, raconte Madame Royale, au moment de
-se sparer de nous pour jamais, nous fit promettre tous de ne jamais
-songer venger sa mort. Il tait bien assur que nous regardions
-comme sacr l'accomplissement de sa dernire volont; mais la grande
-jeunesse de mon frre lui fit dsirer de produire sur lui une
-impression encore plus forte. Il le prit sur ses genoux, et lui dit:
-_Mon fils, vous avez entendu ce que je viens de dire; mais comme le
-serment a encore quelque chose de plus sacr que les paroles, jurez en
-levant la main que vous accomplirez la dernire volont de votre
-pre_. Mon frre lui obit en fondant en larmes, et cette bont si
-touchante fit encore redoubler les ntres.
-
-A dix heures un quart, le Roi se leva le premier; tous s'attachrent
-lui: la Reine le prit par le bras droit, Madame lisabeth par le bras
-gauche; Marie-Thrse, du mme ct que sa tante, mais un peu devant,
-tenait son pre embrass par le milieu du corps; le Dauphin, plac
-devant sa mre, la tenait d'une main et donnait l'autre son pre.
-Tous firent quelques pas vers la porte d'entre; les gmissements
-redoublrent. Je vous assure, dit alors Louis XVI, que je vous verrai
-demain matin huit heures.--Vous nous le promettez?--Je vous le
-promets.--Pourquoi pas sept heures? dit Marie-Antoinette.--Eh bien,
-oui, rpond le Roi, sept heures; adieu!... A ce mot d'adieu, Madame
-Royale tombe vanouie aux pieds de son pre. Madame lisabeth et Clry
-la relvent et la soutiennent. Le Roi, press de mettre fin une
-telle scne, leur donne un dernier embrassement et s'arrache de leurs
-bras. Les portes se ferment, mais elles n'empchent point le Roi
-d'entendre les cris de dsespoir des princesses qui remontent
-lentement dans leur chambre. L'exaltation de la Reine avait quelque
-chose de fbrile qui agitait tout son tre. Madame lisabeth, tenant
-ses genoux embrasss et pleurant chaudes larmes, la conjura de se
-calmer, en faisant Dieu l'offrande de ses angoisses et en implorant
-sa misricorde. Dans l'excs de son dsespoir, la Reine ne pouvait
-prier, la Reine ne pouvait tre console. Elle essaya de dshabiller
-son fils, accabl lui-mme de fatigue et de chagrin; elle esprait
-qu' son ge le sommeil s'emparerait bientt de lui et lui enlverait
-le sentiment de ses peines. Mais la pauvre mre prsumait trop de ses
-propres forces, et peut-tre sans l'assistance de sa belle-soeur ne
-serait-elle point parvenue coucher son enfant.
-
-Ds qu'il fut endormi, Madame lisabeth et Marie-Thrse supplirent
-la Reine de se coucher. La Reine leur rsista longtemps; puis, pour
-les tranquilliser, elle finit par se jeter tout habille sur son lit.
-Mais que cette nuit fut longue et terrible! Depuis onze heures du soir
-jusqu' cinq heures du matin, sa soeur et sa fille l'entendirent
-incessamment trembler de froid et de terreur. Souvent elles avaient
-prt l'oreille au bruit de ce qui pouvait se passer dans la tour:
-elles n'avaient rien entendu.
-
-Le 21, avant le jour, Madame lisabeth se leva et fit une courte
-prire, pendant laquelle la Reine s'habilla. Les deux princesses
-habillrent alors les enfants. Le rappel commenait battre dans les
-sections de Paris. Chaque bruit du dehors retentissait au coeur des
-prisonniers du Temple. Marie-Antoinette, Madame lisabeth, les deux
-enfants, dj debout, attendaient dans une agitation indicible
-l'poux, le frre, le pre qu'ils ne devaient plus revoir. A six
-heures un quart, on ouvrit leur porte, et ce fut pour eux tout
-ensemble comme un rayon d'espoir et un mouvement de terreur. La Reine
-s'informa douloureusement de ce qui se passait. Ma soeur, lui dit
-Madame lisabeth, c'est un livre qu'on vient chercher pour la messe du
-Roi. Un instant aprs, cette sainte princesse se mit genoux; sa
-nice s'agenouilla aussitt peu de distance d'elle. La Reine, qui
-sanglotait en embrassant son fils, se calma l'aspect de ces deux
-femmes courbes devant Dieu, et quelques minutes aprs, elle
-s'agenouilla avec le Dauphin devant une chaise qui les sparait, mais
-sur laquelle leurs mains s'entrelaaient en se joignant. De temps en
-temps, la Reine levait la tte et regardait la pendule; sa soeur et
-ses enfants en faisaient autant; chaque minute qui s'coulait ajoutait
-aux tortures de cette famille infortune. Cette aiguille qui marchait
-allait marquer la mort de ce qu'elles avaient de plus cher au monde.
-Quoi de plus atroce que de pleurer un mari, un pre, un frre plein de
-vie, comme s'il n'tait dj plus, sans pouvoir arrter ni le cours
-inflexible des heures ni la cruaut des hommes aussi implacable que
-le temps! Un redoublement de bruit se fit dans l'enceinte et au dehors
-mme du Temple. C'tait le moment du dpart. Nulle parole ne peut
-rendre la scne dchirante qui se passa alors. De malheureuses femmes
-en proie au dsespoir, essayant d'obtenir une piti impossible; un
-enfant s'chappant de leurs bras et courant, perdu, gar, vers les
-commissaires, vers les geliers, et s'criant avec des sanglots:
-Laissez-moi passer, messieurs, laissez-moi passer!--O veux-tu
-aller?--Parler au peuple pour qu'il ne fasse pas mourir mon pre. Au
-nom de Dieu, laissez-moi passer!
-
-Pauvre enfant! il ignorait que les commissaires taient sourds, que
-les geliers taient insensibles, que le peuple tait opprim, abus
-ou perverti; il ignorait qu'une minorit audacieuse et perverse
-touffait tous les lans gnreux de la France!
-
-
-
-
-LIVRE NEUVIME.
-
-DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU' LA TRANSLATION DE MARIE-ANTOINETTE
- LA CONCIERGERIE.
-
-21 JANVIER--2 AOT 1793.
-
- Ne craignez rien de ce que vous avez souffrir... Soyez fidles
- jusqu' la mort, et je vous donnerai la couronne de vie.
-
- _Apocalypse_, chap. II, v. 10.
-
- La voiture qui emportait Louis XVI s'acheminait vers l'chafaud.
- -- Angoisses de sa famille. -- La Reine craignant que l'motion
- et toute abstinence de nourriture ne fassent dfaillir ses
- enfants, les engage prendre quelque nourriture. -- Entretien
- avec Clry. -- Vtements de deuil demands. -- Bruit nocturne. --
- Paroles de Madame lisabeth. -- La jeune Marie-Thrse malade. --
- Mot touchant de cette princesse. -- Les vtements de deuil sont
- apports. -- Pressentiment de la Reine. -- Exhortation de Madame
- lisabeth. -- Lepitre et Toulan de service au Temple. -- Louis
- XVII chante un couplet adress sa tante. -- Soins de celle-ci
- prodigus aux deux enfants. -- Projet d'vasion propos la
- Reine et Madame lisabeth. -- L'excution est ajourne. --
- Toulan remet la Reine l'anneau nuptial et le cachet du Roi. --
- Sur les instances de Madame lisabeth, le projet d'vasion est
- repris. -- Au moment de l'excution, la Reine refuse, ne voulant
- pas tre sauve sans ses enfants. -- Elle remercie Toulan, et lui
- rend l'anneau et le cachet du Roi, le priant de les remettre M.
- de Jarjayes. -- Dfection de Dumouriez. -- Cration du Comit de
- salut public. -- Louis XVII proclam roi l'tranger. --
- Acrimonie et cruaut des Tison. -- Dnonciation faite par eux
- la Commune. -- Hbert se rend la tour. -- Fouille laquelle il
- prside. -- Louis XVII malade. -- Le mdecin ordinaire des
- prisons commis pour lui donner des soins. -- Lutte des Girondins
- et des Montagnards. -- La commission des douze. -- Les barrires
- fermes. -- Michonis. -- Graves paroles de Madame lisabeth et de
- la Reine. -- Le baron de Batz: complot form par lui pour
- dlivrer la famille royale. -- Insuccs fortuit que Simon
- s'approprie. -- Arrts du Comit de salut public. -- Louis XVII
- spar de sa mre et de sa tante. -- Dsespoir de la Reine;
- consolations que lui prodigue Madame lisabeth. -- Bruit rpandu
- de l'vasion du petit Capet. -- Dputation envoye au Temple pour
- s'assurer de ce qu'il y a de vrai dans ce bruit. -- Rclamations
- striles adresses par Marie-Antoinette cette dputation. --
- Manire dont Drouet rend compte de sa mission la Convention. --
- Tison converti par les vertus de la Reine et de Madame lisabeth.
- -- La femme Tison leurs pieds est releve par elles. -- loge
- qu'elle fait d'elles Meusnier. -- La femme Tison folle et en
- proie aux convulsions. Elle est soigne par les princesses, puis
- conduite l'Htel-Dieu, o une femme de police est place prs
- d'elle, charge de recueillir tout ce qu'elle pourra dire dans
- son dlire. -- Tison essaye de racheter par son dvouement le mal
- qu'il a fait aux royales prisonnires, et leur cache avec soin
- les mauvais traitements que Simon fait subir leur enfant. -- Il
- leur apprend que presque tous les jours on le conduit au jardin
- pour y jouer, et souvent aussi sur la plate-forme de la Tour
- pour y respirer un bon air. -- Longues stations de sa mre, de sa
- tante, de sa soeur, au sommet de la Tour pour y apercevoir passer
- ce cher enfant. Elles le voient, mais pour leur malheur!
-
-
-Le bruit sourd qui avait annonc la sortie du Roi de la tour du Temple
-se prolongea longtemps, et ce bruit, en s'affaiblissant dans l'espace,
-ne pouvait qu'aggraver encore les angoisses de sa famille; car
-mesure que ce bruit s'loignait, le Roi se rapprochait de l'chafaud.
-Marie-Antoinette, craignant que ses enfants, puiss par le manque de
-nourriture aussi bien que par la privation du sommeil, n'eussent pas
-la force de supporter cette terrible preuve, les engagea, vers dix
-heures, prendre quelque nourriture; les pauvres enfants refusrent,
-en recommenant pleurer. Une demi-heure aprs, des cris de joie et
-des dtonations d'armes se firent entendre. Madame lisabeth, levant
-les yeux au ciel, s'cria: Les monstres! les voil contents! A cette
-exclamation, Marie-Thrse jeta des cris perants; son petit frre
-fondit en larmes; leur mre, le front baiss, les yeux hagards,
-demeura plonge dans un dsespoir morne et immobile qui ressemblait
-la mort. Dans l'aprs-midi, la Reine et Madame lisabeth demandrent
-voir Clry: la vue de cet honnte homme rest dans la tour jusqu'au
-dernier moment avec Louis XVI augmenta tout ensemble et soulagea leur
-douleur: au rcit des adieux et des dernires paroles de celui qui
-n'tait plus, leurs pleurs coulrent; elles rclamrent les objets
-lgus par lui, objets prcieux dont Clry venait de faire la
-dclaration au conseil du Temple, et dont nous parlerons plus loin.
-Marie-Antoinette fit demander des vtements de deuil ce mme
-conseil, qui en rfra la Commune.
-
-Les angoisses de cette journe ne devaient point finir avec elle. Deux
-heures du matin sonnaient, et le repos n'tait point encore venu pour
-les trois captives. La jeune Marie-Thrse, par obissance, s'tait
-couche, mais elle n'avait point ferm les yeux; sa mre et sa tante,
-assises auprs du lit du petit Prince endormi, causaient, mlant leurs
-afflictions et leurs larmes. Le sommeil de l'enfant tait calme, et
-semblait sourire. Il a maintenant l'ge qu'avait son frre lorsqu'il
-mourut Meudon: heureux ceux de notre maison qui sont partis les
-premiers! ils n'ont point assist la ruine de notre famille.
-Surprise d'entendre, une telle heure, parler chez la Reine, la femme
-Tison s'tait leve; elle frappa la porte, s'enqurant du motif de
-ce nocturne entretien. Son mari, qui venait de rveiller les
-commissaires de service, la suivait de prs. Madame lisabeth
-entr'ouvrit la porte, et leur dit avec douceur: De grce,
-laissez-nous pleurer en paix. L'inquisition s'arrta dsarme par
-cette voix anglique.
-
-Depuis quelques jours, Marie-Thrse tait indispose; elle prouvait
-dans tout le corps une grande fatigue, et ses jambes taient enfles.
-Le chagrin avait fait empirer son mal, et pendant plusieurs jours ses
-compagnes n'avaient pu obtenir l'entre de M. Brunyer dans la
-tour[45]. Heureusement, dit-elle avec une simplicit touchante,
-heureusement le chagrin augmenta ma maladie au point de faire une
-diversion favorable au dsespoir de ma mre. Marie-Antoinette et
-lisabeth passrent les nuits son chevet, dirigeant, appliquant
-elles-mmes le traitement prescrit par le mdecin, autoris enfin
-tre admis auprs d'elles. Les habits de deuil demands furent
-accords le 23[46]. Dans la journe du 27, on en apporta une partie au
-Temple[47]. La Reine ne pouvait voir ses enfants vtus de noir sans
-que son coeur se brist. Elle dit un jour Madame lisabeth: Je n'ai
-peut-tre pas donn dans le temps au Roi tous les conseils qui
-pouvaient le sauver, mais je le rejoindrai sur l'chafaud; oui, ma
-soeur, j'y monterai aussi.--J'espre que Dieu ne permettra pas un tel
-malheur, rpondit Madame lisabeth; mais soyons prtes, ma soeur,
-obir sa volont. Il se montre aujourd'hui svre dans ses
-chtiments et dans ses vengeances: prions-le de nous donner la force
-d'accomplir tout ce qu'il exigera de nous.
-
-[Note 45: Le bruit de cette maladie transpira dans Paris. On lit dans
-le _Moniteur universel_ du jeudi 24 janvier 1793:
-
-_Commune de Paris._
-
-Du 22.--On rpand dans les lieux publics et dans les socits
-patriotiques que la fille de Louis est morte, que la femme de Louis
-est transfre de l'htel de la Force la Conciergerie. Le conseil
-gnral m'autorise dmentir tous ces bruits. La fille de Louis n'est
-pas malade; les personnes qu'un dcret renferme au Temple y resteront
-aussi longtemps que ce dcret ne sera pas rapport.
-
- RAL, premier substitut.]
-
-[Note 46: _Commune de Paris._--Sance du mercredi 23 janvier 1793.
-
-Le conseil gnral entend la lecture d'un arrt du conseil du Temple
-qui renvoie au conseil gnral se prononcer sur deux demandes faites
-par Antoinette.
-
-La premire d'un habillement de deuil trs-simple pour elle, sa soeur
-et ses enfants. Le conseil gnral arrte qu'il sera fait droit
-cette demande.
-
-Sur la seconde, ce que Clry soit plac auprs de son fils, comme
-il l'tait primitivement, le conseil gnral prononce l'ajournement.]
-
-[Note 47: Voir, la fin du volume, les Pices justificatives, n IV.]
-
-Lepitre et Toulan, ces deux commissaires de la Commune qui s'taient
-dj cr par leur zle des titres la confiance de la famille
-royale, reparurent bientt au Temple, et les pauvres recluses purent
-obtenir d'eux les dtails qu'elles avaient vainement rclams de leurs
-collgues. En effet, Toulan et Lepitre avaient pris soin de se munir
-des journaux qui rendaient compte de la mort du Roi, et ces papiers
-furent lus avec cette poignante avidit de la douleur empresse
-connatre toutes les circonstances les mieux faites pour l'alimenter.
-
-Lepitre, qui avait conu l'ide d'offrir la Reine et Madame
-lisabeth des consolations prises la source mme de leurs peines,
-leur prsenta, le jeudi 7 fvrier, une romance qu'il avait compose
-sur la mort de Louis XVI, et que madame Clry avait mise en musique.
-Il se trouva de nouveau de service au Temple le 1er mars, trois
-semaines aprs avoir fait hommage de son oeuvre; il en reut la plus
-douce rcompense que son coeur pt ambitionner: la Reine le fit entrer
-dans la chambre de Madame lisabeth; Marie-Thrse se mit au piano, et
-son frre, debout auprs d'elle, chanta la romance[48], dont le
-dernier couplet est adress Madame lisabeth; le voici:
-
- Et toi, dont les soins, la tendresse,
- Ont adouci tant de malheurs,
- Ta rcompense est dans les coeurs
- Que tu formes la sagesse...
- Ah! souviens-toi des derniers voeux
- Qu'en mourant exprima ton frre;
- Reste toujours prs de ma mre,
- Et ses enfants en auront deux.
-
-[Note 48: Voici les quatre premiers couplets de cette oeuvre modeste,
-qui emprunte aux circonstances un touchant intrt:
-
-LA PIT FILIALE.
-
- Eh quoi! tu pleures, ma mre!
- Dans tes regards fixs sur moi
- Se peignent l'amour et l'effroi:
- J'y vois ton me tout entire.
- Des maux que ton fils a soufferts
- Pourquoi te retracer l'image?
- Puisque ma mre les partage,
- Puis-je me plaindre de mes fers?
-
- Des fers! Louis! ton courage
- Les ennoblit en les portant.
- Ton fils n'a plus, en cet instant,
- Que tes vertus pour hritage.
- Trne, palais, pouvoir, grandeur,
- Tout a fui pour moi sur la terre;
- Mais je suis auprs de ma mre,
- Je connais encor le bonheur.
-
- Un jour, peut-tre... l'esprance
- Doit tre permise au malheur;
- Un jour, en faisant son bonheur,
- Je me vengerai de la France.
- Un Dieu favorable ton fils
- Bientt calmera la tempte!
- L'orage qui courbe leur tte
- Ne dtruira jamais les lis.
-
- Hlas! si du poids de nos chanes
- Le ciel daigne nous affranchir,
- Nos coeurs doubleront le plaisir
- Par le souvenir de nos peines.
- Ton fils, plus heureux qu'aujourd'hui,
- Saura, dissipant tes alarmes,
- Effacer la trace des larmes
- Qu'en ces lieux tu verses pour lui.]
-
-La Reine tait assise ct de son fils, suivant avec attention les
-modulations mues de sa voix et les dirigeant avec soin. M. Lepitre a
-racont cette scne[49]: Nos larmes coulrent, dit-il, et nous
-gardmes un morne silence. Mais qui pourra peindre le spectacle que
-j'avois sous les yeux? la fille de Louis son clavecin; sa mre,
-assise auprs d'elle, tenant son fils dans ses bras et les yeux
-mouills de pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses
-enfants; Madame lisabeth, debout ct de sa soeur, et mlant ses
-soupirs aux tristes accents de son neveu.
-
-[Note 49: _Quelques souvenirs ou notes fidles sur mon service au
-Temple, depuis le 8 dcembre 1792 jusqu'au 26 mars 1793._ 2e dition.
-Paris, 1817.]
-
-Madame lisabeth remarquait avec une satisfaction attendrie que la Reine
-tait uniquement occupe de ses enfants, et elle bnissait le ciel du
-repos qu'il laissait cette pauvre mre dans l'accomplissement de la
-seule tche qui pouvait lui tre chre encore. Madame lisabeth l'y
-secondait avec tout son dvouement: leur sombre douleur toutes deux ne
-s'clairait d'un rayon fugitif qu' cause de leur tendresse pour leurs
-deux enfants, quoique cette tendresse leur rendt souvent plus poignant
-le sentiment de leurs prils:--leur fille dj faite aux regrets et aux
-inquitudes, mais forte, rsigne, et recueillant avec courage les
-leons du malheur; prs d'elle, son petit frre, animant tout de sa
-parole et de son sourire. La sollicitude de la Reine et de Madame
-lisabeth l'gard de cet enfant devait s'tendre tous les soins, car
-la prire faite par le Roi en allant au supplice de voir Clry reprendre
-son service auprs du jeune Prince avait t rejete par la Commune. Les
-deux institutrices essayaient, par les ressources qu'elles avaient en
-elles-mmes, de suppler l'absence des lments d'instruction
-ncessaires: l'criture, la gographie, l'histoire, eurent tant bien que
-mal leurs heures accoutumes. Quant l'ducation proprement dite, il
-est facile de croire que jamais enfant n'avait t plac meilleure
-cole; car dans quel autre lieu du monde et sous quelle influence plus
-persuasive et-il pu recevoir de plus gnreuses exhortations et de plus
-magnanimes exemples? Les recommandations de son pre mourant
-n'taient-elles pas chaque jour mises en pratique sous ses yeux? Sa mre
-et sa tante perdaient-elles une occasion d'excuser devant lui leurs
-perscuteurs, en les reprsentant gars par le vertige des passions
-rvolutionnaires bien plus que par le mouvement de leur coeur?
-Non-seulement elles lui prchaient le pardon des injures, mais encore,
-dans les lectures de l'histoire de France qu'elles lui faisaient
-journellement, elles avaient soin d'exalter les belles actions, les
-traits de clmence ou d'hrosme qu'elles y rencontraient.
-
-Madame lisabeth vit se former avec bonheur, mais non sans inquitude,
-le projet conu par Toulan de faire vader du Temple la Reine et ses
-enfants; ne songeant jamais sa propre personne, elle s'effrayait des
-prils d'une entreprise dont le plan, par sa hardiesse mme, plaisait
- Marie-Antoinette: celle-ci toutefois, avant de l'adopter, dsira
-qu'il obtnt l'approbation de M. de Jarjayes, homme grave dj signal
- sa confiance par le succs de quelques missions importantes. Aprs
-deux longues confrences, Jarjayes et Toulan arrtrent leur plan, qui
-rendait indispensable l'association d'un second commissaire. Leur
-choix devait naturellement se porter sur Lepitre. Dans une troisime
-confrence, o celui-ci fut appel, on s'entendit sur les moyens
-d'excution. M. de Jarjayes se chargea de faire confectionner des
-habits d'homme pour la Reine et pour Madame lisabeth, et les deux
-municipaux s'engagrent introduire ces habits dans la tour en les
-cachant sous la pelisse que l'un et l'autre avaient coutume de mettre
-par-dessus leur vtement. Les deux princesses, l'aide de ce
-dguisement, rehauss de l'charpe tricolore, devaient sortir munies
-de cartes telles que les avaient les commissaires et toutes personnes
-autorises entrer la tour. La ralisation de ce plan ne paraissait
-point offrir de grandes difficults; mais l'vasion des deux enfants
-prsentait mille dangers aussi insurmontables les uns que les autres.
-Le petit Prince surtout tait l'objet d'une surveillance active et
-incessante qui rendait pour lui impossible toute chance de salut. Une
-chance cependant, quoique presque impossible, parut susceptible d'tre
-tente. Un homme du peuple, nomm Jacques, venait le matin la tour
-nettoyer les quinquets et les rverbres, et revenait le soir les
-allumer. Deux enfants peu prs de l'ge et de la taille des enfants
-de la Reine l'accompagnaient ordinairement et l'aidaient, dans son
-travail. Il n'et pas t prudent de mettre dans la confidence cet
-employ subalterne qui ne parlait jamais ni aux municipaux ni aux
-geliers, et ne connaissait au Temple que sa consigne. Mais voici ce
-que Toulan imagina: Le lampiste, dit-il ses complices, remplit son
-office entre cinq et six heures; son dernier rverbre est allum et
-lui-mme est dj sorti du Temple lorsque, sept heures, les
-sentinelles sont releves. Ds qu'il se sera retir et que les
-factionnaires seront relevs, un homme accoutr comme le lampiste,
-passant la faveur d'une carte d'entre sous l'oeil des premiers
-guichetiers, arrivera, sa bote de fer-blanc au bras, l'appartement
-de la Reine; je me trouverai l, et, le gourmandant hautement de
-n'tre pas venu lui-mme arranger ses quinquets: N'avez-vous pas de
-honte, lui dirai-je, d'avoir envoy vos deux enfants pour faire votre
-besogne votre place? Puis alors je lui remettrai les enfants de la
-Reine, et le prtendu lampiste s'en ira avec ses deux jeunes
-apprentis, et tous trois gagneront le coin des boulevards, o les
-attendra M. de Jarjayes.
-
-Ce plan, qui fut agr par Jarjayes et Lepitre, rendait ncessaire
-l'adjonction d'un nouveau confident digne d'entrer dans ce gnreux
-complot et de jouer le rle du lampiste. J'ai un de mes amis,
-continua Toulan, homme discret et courageux, qui acceptera, j'en suis
-certain, sa part de cette prilleuse entreprise. Il se nomme Ricard,
-et est inspecteur des domaines nationaux. Je rponds de lui.--On
-voit, d'aprs cet expos, que Toulan se chargeait de prsider
-spcialement aux dispositions relatives l'vasion de la tour, et
-Jarjayes aux mesures concernant la fuite hors du territoire franais.
-
-Chacun se tint prt. Ricard, averti, se munit d'un costume
-parfaitement semblable celui du lampiste; Jarjayes s'assura de trois
-cabriolets auxquels, au premier signal et au lieu convenu, devaient
-s'atteler de vigoureux chevaux. Il fut convenu que la Reine et son
-fils monteraient dans la premire de ces voitures, conduite par M. de
-Jarjayes; Marie-Thrse dans la seconde, conduite par Lepitre, et
-Madame lisabeth dans la troisime, conduite par Toulan. Une fois son
-office rempli, Ricard se serait dbarrass de son dguisement, et
-serait rentr en son domicile sans que personne et pu souponner la
-part heureuse prise par lui un vnement qui allait occuper le
-monde.
-
-Le succs de l'entreprise semblait assur: Lepitre, prsident de la
-commission des passe-ports, avait dlivr lui-mme les passe-ports en
-rgle; les incidents taient calculs de manire qu'on ne pouvait se
-mettre la poursuite des prisonniers que de longues heures aprs leur
-dpart. Enfin, on avait runi une somme considrable d'argent, ce nerf
-de toutes les entreprises. On devait gagner les ctes de la Normandie:
-Jarjayes s'tait assur des moyens de passer en Angleterre; un bateau
-se tenait sa disposition sur un point convenu, prs du Havre. Enfin,
-il n'tait point impossible d'esprer que des mesures combines avec
-une habilet qui n'avait rien oubli dans ses prvisions et ses
-calculs, et avec tant d'intelligence et de dvouement, conjureraient
-cette fois les chances fatales qui emportaient vers l'abme les dbris
-de la maison de France. Mais il tait crit qu'en toute circonstance
-la fortune se tournerait contre elle. Cette fois, l'obstacle ne vint
-pas, comme au voyage de Varennes, du zle inintelligent de ses amis;
-il naquit d'un grand mouvement excit le 7 mars dans Paris par la
-nouvelle du succs des armes trangres[50] et par la chert des
-subsistances. Le lendemain 8 avait t le jour fix pour l'vasion. On
-comprend qu'au milieu des motions causes dans Paris, tout ensemble
-par l'inquitude de l'invasion et l'apprhension de la famine,
-l'entreprise de Toulan dut tre forcment remise. Les dbats enflamms
-de la Convention, la violence de la Commune, le tumulte de la rue,
-tenaient en veil la sollicitude du gouvernement et provoquaient son
-attention.
-
-[Note 50: Nous avions t contraints d'vacuer Aix-la-Chapelle et de
-lever le sige de Mastricht.]
-
-Or sa surveillance, aux jours d'meute, se portait toujours sur la
-prison de la famille royale. Celle-ci, qui entendait parfaitement le
-bruissement tumultueux de la grande ville, ne sachant quelle cause
-l'attribuer, craignait que le complot ourdi pour sa dlivrance n'et
-t vent, et que ses amis ne fussent compromis. Sa joie fut vive en
-voyant, le 8, Toulan arriver au Temple, et plus vive encore en
-apprenant de lui qu'aucune ombre de soupon ne s'tait manifeste.
-J'aurais t dsole, lui dit la veuve de Louis XVI, de quitter ce
-sjour sans en emporter quelques objets qui me sont prcieux et qui
-m'ont t lgus par une main qui me fut chre et qui m'est sacre: je
-veux parler de l'anneau nuptial et du cachet que le Roi portait
-toujours, et qu'il avait charg Clry de me remettre avec les cheveux
-de ma soeur lisabeth et de mes enfants. Toulan ne fit aucune rponse
- ce sujet; mais il n'ignorait pas que Clry, le jour o il avait t
-rendu la libert, avait, sur les ordres des municipaux, remis au
-conseil du Temple les effets dont le conseil de la Commune l'avait
-laiss dpositaire le 21 janvier, et que ces effets, parmi lesquels se
-trouvaient les objets dont parlait la Reine, avaient t placs sous
-les scells dans la chambre du feu Roi. Le surlendemain, avant sa
-sortie du Temple, Toulan remit Marie-Antoinette les objets qu'elle
-avait dsirs, et qu'il avait retirs de dessous les scells.
-
-Il avait eu le temps et l'adresse d'en faire excuter d' peu prs
-semblables, et l'audace de les substituer aux premiers. On prouve un
-sentiment qui ressemble une consolation, voir que la Reine de
-France, dans tout l'clat de sa puissance et de sa gloire,
-Versailles, n'et point t servie avec plus de zle et d'habilet.
-
-L'effervescence des esprits tait loin de se calmer. Le 12, la conduite
-du gnral Dumouriez tait dnonce la Convention par la section
-Poissonnire de Paris; le 13, pour la premire fois, la Vende, dj
-frmissante depuis quelque temps, levait ouvertement le drapeau; et
-d'ailleurs, le tour de service de Toulan et de Lepitre ne pouvant se
-produire qu'au bout d'un certain nombre de jours, tout projet de
-dlivrance se trouva ajourn. Madame lisabeth ne s'tait pas fait
-d'illusion sur les difficults de la tentative, et cependant elle la
-regretta comme une chance de salut perdue pour la Reine. Les jours
-suivants amenrent encore des vnements qui ne firent que dvelopper le
-systme de l'intimidation. La surveillance exerce sur l'enfant royal
-devint extrme. Jarjayes, Toulan et Lepitre, forcs de limiter leur
-entreprise aux bornes du possible, concentrrent leur pense de
-dlivrance sur la Reine et sur Madame lisabeth. Mais ici se prsentait
-une nouvelle difficult: comment obtenir de Marie-Antoinette et de
-Madame lisabeth de se sparer de leurs enfants? Dj, une poque
-moins affreuse, la Reine avait dclar que si on voulait la sauver, il
-fallait sauver ses enfants avec elle. Quant Madame lisabeth, on sait
-que cette grande me s'oubliait en toute occasion. Elle employa toute
-l'loquence de son coeur persuader sa soeur que c'tait un devoir
-imprieux pour elle de profiter des ressources qui lui restaient pour
-chapper ses ennemis. Vos jours, lui dit-elle, peuvent tre menacs,
-tandis que ceux de vos enfants et les miens mmes ne sont exposs
-aucun danger. Vos enfants sont couverts par leur ge, et moi par ma
-nullit. Sans doute, ma soeur, les bruits odieux qui ont quelquefois
-troubl votre oreille sont imprgns de l'exagration populaire; mais
-cependant ils arrivent au vrai lorsqu'ils expriment l'animosit publique
-excite contre vous. L'garement du peuple votre gard est tel que
-vous deviendriez coupable d'en attendre les effets. Vous avez une grande
-confiance en M. de Jarjayes, et, vous le voyez, il vous envoie lui-mme
-ses supplications les plus vives pour vous engager vous prter
-l'excution du nouveau plan dont Toulan vous apporte les dtails.
-Peut-tre est-ce la main invisible de la Providence qui vous tend cette
-planche dans le naufrage; ne la repoussez pas, je vous en supplie: je
-vous le demande au nom de vos enfants, au nom de celui dont la mmoire
-vous est sainte, et, si vous le permettez, au nom de mon amour pour
-vous.
-
-La voix pntrante de Madame lisabeth se fit route au coeur de la
-Reine. Celle-ci approuva le plan; elle promit de s'y conformer. Le
-jour fut pris, le jour arriva... La veille au soir, la mre et la
-tante taient assises au chevet du lit du jeune Prince endormi. Sa
-soeur tait couche aussi, mais la porte de sa chambre tait ouverte,
-et Marie-Thrse, occupe de l'air rveur et triste qu'elle avait vu
-sa mre toute la journe, n'avait point encore rencontr le sommeil.
-Elle entendit ainsi les paroles que plus tard elle a rptes. Cdant
-au sacrifice qu'on lui avait demand, Marie-Antoinette tait donc
-assise auprs du lit de son fils: Dieu veuille, dit-elle, que cet
-enfant soit heureux!--Il le sera, ma soeur, rpondit Madame lisabeth
-en montrant la Reine la figure douce et fire du Dauphin.--Toute
-jeunesse est courte comme toute joie, murmura Marie-Antoinette avec
-un serrement de coeur; on en finit avec le bonheur comme avec toute
-chose. Puis, se levant, elle fit quelques pas dans sa chambre en
-disant: Et vous-mme, ma bonne soeur, quand et comment vous
-reverrai-je?... C'est impossible! c'est impossible!
-
-La jeune Marie-Thrse avait recueilli ces paroles, mais ce n'est que
-quelque temps aprs que le sens lui en fut expliqu par sa tante.
-Cette exclamation de la Reine n'tait autre chose que le rejet du
-moyen de salut qui lui tait offert. Son parti tait pris: l'amour de
-ses enfants l'emportait sur toute autre considration, sur les prires
-de sa soeur, sur l'instinct de sa propre conservation, sur la parole
-mme donne au dvouement de ses courageux amis. Toutefois, se
-reprochant presque comme un parjure une promesse qu'elle ne voulait
-plus tenir, elle sentit qu'elle devait des explications et une amende
-honorable ces mes gnreuses, rsolues s'exposer pour elle; et le
-lendemain, aussitt qu'elle put parler Toulan, qui arrivait tout mu
-de la grande action qu'il allait accomplir: Vous allez m'en vouloir,
-lui dit-elle, mais j'ai rflchi; il n'y a ici que danger: vaut mieux
-mort que remords. Dans le cours de la journe, elle trouva encore le
-moyen de glisser dans l'oreille de Toulan ces paroles dont se
-souvenait cet homme intrpide en montant sur l'chafaud le 30 juin
-1794: Je mourrai malheureuse si je n'ai pu vous prouver ma
-gratitude[51].--Et moi, madame, malheureux si je n'ai pu vous montrer
-mon dvouement.--D'aprs ce qui se passe, dit encore la Reine, comme
-frappe d'une sinistre prvision, je puis m'attendre d'un instant
-l'autre me voir prive de toute communication. Voici l'alliance, le
-cachet et le petit paquet de cheveux que je dois vous seul d'avoir
-recouvrs. Je vous charge de les dposer entre les mains de M. de
-Jarjayes, en le priant de les faire parvenir Monsieur et au comte
-d'Artois, ainsi que des lettres que ma soeur et moi avons crites
-nos frres[52].
-
-[Note 51: La Reine voulut aussi remercier M. de Jarjayes et lui
-expliquer les motifs de son refus. Elle lui crivit de sa main le
-billet suivant, qu'elle chargea Toulan de lui remettre; billet
-admirable que M. Chauveau-Lagarde fit, le premier, connatre dans sa
-_Note historique sur les procs de Marie-Antoinette et de Madame
-lisabeth_.
-
-_Nous avons fait un beau rve. Voil tout. Mais nous y avons beaucoup
-gagn en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre
-entier dvouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous
-trouverez toujours en moi du caractre et du courage; mais l'intrt
-de mon fils est le seul qui me guide. Quelque bonheur que j'eusse
-prouv tre hors d'ici, je ne peux consentir me sparer de lui.
-Je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, et cette ide ne me
-laisse pas mme un regret._]
-
-[Note 52: Le billet de la Reine adress Monsieur tait ainsi conu:
-
-Ayant un tre fidle sur lequel nous pouvons compter, j'en profite
-pour envoyer mon frre et ami ce dpt qui ne peut tre confi
-qu'entre ses mains. Le porteur vous dira par quel miracle nous avons
-pu avoir ces prcieux gages; je me rserve de vous dire moi-mme un
-jour le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilit o nous
-avons t jusqu' prsent de pouvoir vous donner de nos nouvelles, et
-l'excs de nos malheurs, nous fait sentir encore plus vivement notre
-cruelle sparation; puisse-t-elle n'tre pas longue! Je vous embrasse,
-en attendant, comme je vous aime, et vous savez que c'est de tout mon
-coeur.
-
- M. A.
-
-Au bas de ce billet, Marie-Thrse crivit ces deux lignes:
-
-Je suis charge pour mon frre et moi de vous embrasser de tout notre
-coeur.
-
- M. T.
-
-Voici le billet adress par la Reine au comte d'Artois:
-
-Ayant trouv enfin le moyen de confier notre frre un des seuls
-gages qui nous restent de l'tre que nous chrissions et pleurons
-tous, j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui
-vnt de lui; gardez-le en signe de l'amiti la plus tendre, avec
-laquelle je vous embrasse de tout mon coeur.
-
- M. A.]
-
-Madame lisabeth crivait ces lignes Monsieur:
-
-Je jouis d'avance du plaisir que vous prouverez en recevant ce gage
-de l'amiti et de la confiance; tre runie avec vous et vous voir
-heureux est tout ce que je dsire: vous savez si je vous aime. Je vous
-embrasse de tout mon coeur.
-
- E. M.
-
-Et au comte d'Artois:
-
-Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frre, de pouvoir, aprs un
-si long espace de temps, vous parler de tous mes sentiments! Que j'ai
-souffert pour vous! Un temps viendra, j'espre, o je pourrai vous
-embrasser, et vous dire que jamais vous ne trouverez une amie plus
-vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas, j'espre.
-
- E. M.
-
- * * * * *
-
-Ce ne fut que dans les premiers jours de mai que M. de Jarjayes put
-faire parvenir ces messages leur destination, le cachet et le paquet
-de cheveux au comte de Provence, et l'anneau et les cheveux de Louis
-XVI au comte d'Artois[53].
-
-[Note 53: M. de Jarjayes se rendit d'abord Turin, o le roi de
-Sardaigne le retint et l'employa auprs de sa personne. C'est ce
-prince qui envoya lui-mme Monsieur, par un courrier extraordinaire,
-les dpches de M. de Jarjayes. Monsieur crivit de sa main M. de
-Jarjayes une lettre date de Hamm, le 14 mai 1793, dans laquelle il
-lui exprime ainsi ses sentiments:
-
-Vous m'avez procur le bien le plus prcieux que j'aie au monde, la
-seule vritable consolation que j'aie prouve depuis nos malheurs.
-
-Combien leur billet et l'autre gage de leur amiti, de leur
-confiance, ont pntr mon coeur des plus doux sentiments!...
-
-Je ne puis qu'approuver les raisons qui vous font rester en Pimont.
-Continuez servir notre jeune et malheureux Roi comme vous avez servi
-le frre que je pleurerai toute ma vie.]
-
-Le gouvernement rvolutionnaire rencontrait dans sa marche obstacle
-sur obstacle. Le midi de la France semblait rpondre aux cris de la
-Vende. Les puissances ligues contre la France, heureuses de voir les
-torches de la guerre civile allumes dans nos provinces, se
-partageaient tranquillement les lambeaux de la Pologne. Dumouriez, qui
-venait de livrer l'Allemagne le ministre de la guerre et les
-commissaires de la Convention, mettait l'abri des lignes
-autrichiennes sa tte cote trois cent mille francs. L'annonce de
-ces vnements dictait la Commune de nouvelles mesures de
-prcaution[54]; elle inspirait la Convention de nouveaux dcrets qui
-faisaient doubler la garde du Temple[55], craient un comit de salut
-public et mettaient en arrestation toute la famille des Bourbons. Ces
-mouvements, qui agitaient la France et l'Europe, ne troublaient pas le
-morne intrieur de la tour du Temple; et le fils de Louis XVI, reconnu
-Roi de France par l'tranger, proclam sous le nom de Louis XVII sur
-quelques points du territoire national, n'avait pour palais qu'une
-prison, pour courtisans, pour ministres et pour gardes qu'une mre
-assige par toutes les angoisses, mais arme d'un caractre aussi
-grand que ses malheurs; qu'une soeur plus ge que lui, assez ge,
-hlas! pour partager les douleurs de sa mre et pour comprendre
-l'abaissement de sa famille; qu'une tante enfin qui, portant le ciel
-dans son coeur, avait le don d'apaiser les plus vives douleurs par le
-baume de sa parole, et de rassrner les mes par son regard.
-
-[Note 54: Municipalit de Paris.
-
-_Extrait du registre des dlibrations du conseil gnral du 1er avril
-1793, IIe de la Rpublique._
-
-Sur le rquisitoire du procureur de la Commune,
-
-Le conseil gnral arrte:
-
-1 Qu'aucune personne de garde au Temple ou autrement ne pourra y
-dessiner quoi que ce soit, et que si quelqu'un est saisi en
-contravention au prsent arrt, il sera sur-le-champ mis en tat
-d'arrestation et amen au conseil gnral, faisant en cette partie les
-fonctions de gouverneur;
-
-2 Enjoint aux commissaires du conseil de service au Temple de ne
-tenir aucune conversation familire avec les personnes dtenues, comme
-aussi de ne se charger d'aucune commission pour elles;
-
-3 Dfenses sont pareillement faites auxdits commissaires de rien
-changer ou innover aux anciens rglements pour la police de
-l'intrieur du Temple;
-
-4 Qu'aucun employ au service du Temple ne pourra entrer dans la
-tour;
-
-5 Qu'il y aura deux commissaires auprs des prisonniers;
-
-6 Que Tison ni sa femme ne pourront sortir de la tour ni communiquer
-avec qui que ce soit du dehors;
-
-7 Qu'aucun commissaire au Temple ne pourra envoyer ou recevoir de
-lettres sans qu'elles aient t pralablement lues au conseil du
-Temple;
-
-8 Lorsque les prisonniers se promneront sur la plate-forme de la
-Tour, ils seront toujours accompagns de trois commissaires et du
-commandant du poste, qui les surveilleront scrupuleusement;
-
-9 Que, conformment aux prcdents arrts, les membres du conseil
-qui seront nomms pour faire le service du Temple passeront la
-censure du conseil gnral, et sur la rclamation non motive d'un
-seul membre, ils ne pourront tre admis;
-
-10 Enfin, que le dpartement des travaux publics fera excuter dans
-le jour de demain les travaux mentionns dans son arrt du 26 mars
-dernier.
-
- _Sign_: PACHE, maire.
- COULOMBEAU, secrtaire greffier.
-
- Pour extrait conforme:
- COULOMBEAU, secrtaire greffier.
-
-Copi au registre.
-
- YON.]
-
-[Note 55: _Dcret de la Convention nationale du 4 avril 1793, l'an II
-de la Rpublique franaise._
-
-La Convention nationale dcrte que le conseil gnral de la Commune
-de Paris fera doubler sur-le-champ la garde du Temple.
-
- Vrifi par nous, inspecteur des bureaux des procs-verbaux,
-
- DELEBOV.
-
- Collationn l'original par nous, prsident et secrtaire de la
- Convention nationale,
-
- DELMAS, prsident.
- MELLINO, secrtaire.
-
-Paris, ce 5 avril 1793, an II de la Rpublique franaise.]
-
-Tison et sa femme remplissaient jusqu'au bout la mission odieuse dont
-ils s'taient chargs. Le petit Prince, comme s'il les et pntrs,
-les avait pris en horreur. Malgr les recommandations de sa mre et de
-sa tante, il lui tait impossible de dguiser les sentiments qu'ils
-lui inspiraient. Gourmands un jour assez vertement par Vincent,
-commissaire de service, les deux Cerbres imputrent aux dnonciations
-de Louis-Charles la rprimande qu'ils recevaient. Le soir, ds que
-Vincent eut t remplac, ils entrrent chez la Reine, et se
-rpandirent en rcriminations contre l'enfant, en lui jetant les
-pithtes d'_espion_ et de _dlateur_, qu'ils auraient pu si justement
-s'appliquer eux-mmes. Marie-Antoinette leur rpondit avec dignit:
-Sachez qu'aucun des ntres n'est d'un caractre frapper les gens
-dans l'ombre ni moi le tolrer. Le mnage Tison se retira bless au
-vif, vomissant des imprcations contre la Reine et des maldictions
-contre son enfant. Celui-ci protestait avec nergie, avec indignation.
-Ils sont en colre, lui dit avec douceur Madame lisabeth;
-pardonnez-leur. Ces derniers mots furent entendus de Tison; il revint
-sur ses pas comme un furieux: Pardonnez-leur! cria-t-il; ah , o
-sommes-nous? oubliez-vous que c'est le peuple seul qui a le droit de
-pardonner?
-
-Tison continua avec un redoublement de zle son rle d'espionnage. Les
-trames de Toulan, quoique caches avec une extrme habilet, n'avaient
-point t ourdies de faon que l'ombre de chaque fil ft demeure
-imperceptible cet Argus du Temple. Mais suspect aux commissaires
-modrs, il ne recevait jamais d'eux la moindre confidence, et le
-soupon tait entr dans son esprit bien plus par instinct que par
-observation. Il comprit que, pour arriver tout savoir, il fallait
-capter la confiance des municipaux. Il se fit souple avec les
-inconnus, bienveillant avec les honntes, et demeura rude avec les
-rbarbatifs, tout en allant jusqu' exalter devant les _sensibles_ la
-gentillesse du jeune Capet. Quand l'hypocrite crut avoir conquis la
-sympathie de quelques mandataires de la Commune, bien qu'il n'et
-encore que de vagues soupons, il crivit, de concert avec sa femme,
-le 19 avril, au conseil du Temple, que _la veuve et la soeur du
-dernier tyran avaient gagn quelques officiers municipaux; qu'elles
-taient instruites par eux de tous les vnements; quelles en
-recevaient les papiers publics, et que, par leur moyen, elles
-entretenaient des correspondances_[56]. En tmoignage de ce dernier
-fait, la femme Tison apporta au conseil un flambeau trouv par elle
-dans la chambre de Madame lisabeth, et fit remarquer aux commissaires
-une goutte de cire cacheter qui tait tombe sur une bobche. Turgy,
-en effet, raconte[57] que, le matin mme, cette princesse lui avait
-remis un billet cachet en le priant de le faire parvenir son
-confesseur, l'abb Edgeworth.
-
-[Note 56: Voici ce qui se passa au conseil gnral de la Commune
-l'occasion de cette dnonciation:
-
-Un des commissaires du Temple fait lecture d'un procs-verbal dress
-au Temple en prsence du maire, du procureur de la Commune et des
-commissaires de service.
-
-Ce procs-verbal contient deux dclarations faites l'une par Tison,
-faisant le service du Temple, et l'autre par Anne-Victoire Baudet,
-pouse de Tison, aussi employe au service du Temple.
-
-Il rsulte de ces dclarations que quelques membres du conseil,
-savoir: Toulan, Lepitre, Brunot, Moelle, Vincent, entrepreneur de
-btiments, et le mdecin du Temple, sont suspects d'avoir eu des
-confrences secrtes avec les prisonniers du Temple; de leur avoir
-fourni de la cire et des pains cacheter, des crayons, du papier, et
-enfin d'avoir favoris des correspondances secrtes.
-
-Toulan et Vincent requirent qu' l'instant il soit nomm des
-commissaires pour apposer les scells chez eux.
-
-En consquence, le conseil gnral nomme Cailleux et Jrme pour se
-transporter l'instant chez le citoyen Toulan, l'effet d'apposer
-les scells sur ses papiers.
-
-Nomme pareillement Favanne et Souard pour se transporter l'instant
-chez le citoyen Vincent, l'effet d'apposer les scells sur ses
-papiers, en exceptant ceux qui ont rapport la commission des blesss
-du 10 aot, dont il est charg.
-
-A la charge par ces quatre commissaires de requrir le juge de paix de
-la section sur laquelle ils se trouveront, pour les assister dans
-leurs oprations.
-
-Quant aux citoyens suspects et absents, savoir: Lepitre, Moelle,
-Brunot et le mdecin, le conseil gnral arrte que les
-administrateurs de police feront l'instant apposer les scells sur
-leurs papiers.
-
-Et sur le rquisitoire du procureur de la Commune, le conseil gnral
-nomme Follope, Minier, Louvet et Benot, l'effet de se transporter
-sur-le-champ au Temple, pour, dans les appartements des prisonniers,
-faire toutes visites et recherches qu'ils jugeront convenables, comme
-aussi de fouiller lesdits prisonniers.
-
-Arrte en outre que ces mmes commissaires lveront les scells
-apposs sur l'appartement du dfunt Louis Capet, pour y faire
-galement toutes recherches ncessaires.
-
-Hbert, substitut du procureur syndic, a t nomm avec les autres
-commissaires pour aller faire des recherches chez les prisonniers du
-Temple.
-
-(Sance du 20 avril 1793.)]
-
-[Note 57: _Fragments historiques sur la captivit de la famille
-royale_, par TURGY, publis par Eckard, la suite de ses _Mmoires
-historiques sur Louis XVII_, troisime dition.]
-
-Hbert se rendit le lendemain la tour, non pas dans le courant de la
-journe, o la famille royale vivait sur un qui-vive continuel, mais
- dix heures et demie du soir, quand devait tre commence pour elle
-l'heure de la quitude intrieure. Esprait-il, en arrivant
-l'improviste, les prendre en flagrant dlit de correspondance
-clandestine? La citoyenne Tison fut requise pour fouiller les femmes.
-Elle trouva sur Marie-Antoinette un portefeuille de maroquin rouge sur
-lequel quelques adresses taient crites au crayon, et chez Madame
-lisabeth, le bton de cire cacheter mentionn plus haut, et qui
-tait enferm dans un papier avec de la poudre de buis. Encourags par
-ces dcouvertes, les inquisiteurs se remirent l'oeuvre. Ils
-arrachrent de son lit l'enfant qui dormait profondment: sa mre le
-prit tout transi de froid dans ses bras. Ils fouillrent dans les
-matelas, dans les paillasses, dans les vtements, et ne trouvrent
-rien. Nous nous trompons: en fouillant dans les effets de
-Marie-Thrse, ils firent une dcouverte. Ils me prirent, dit Madame
-Royale dans le rcit qu'elle a laiss de la captivit du Temple, ils
-me prirent un Sacr-Coeur et une prire pour la France. La visite ne
-se termina qu' deux heures du matin[58].
-
-[Note 58:
-
- _Extrait du procs-verbal dress par les commissaires nomms
- l'effet de faire une perquisition exacte chez les prisonniers
- dtenus la tour du Temple._
-
-Aujourd'hui 20 avril 1793, dix heures trois quarts du soir, en
-excution de l'arrt du conseil gnral, nous, soussigns, nous
-sommes transports la tour du Temple, o, l'heure susdite, sommes
-monts l'appartement tant de Marie-Antoinette, veuve Capet, que de
-ses enfants, pour commencer la visite des meubles et la perquisition
-sur les personnes comme il suit:
-
-D'abord, entrs dans la chambre de ladite veuve Capet, avons fouill
-dans les meubles, o nous n'avons trouv rien de suspect. Sur une
-table de nuit seulement, avons trouv un petit livre intitul:
-_Journe du chrtien_, o toit une image colorie en rouge,
-reprsentant d'un ct un coeur embras, travers d'une pe et
-entour d'toiles, avec cette lgende: _Cor Mari, ora pro nobis_; de
-l'autre ct, une couronne d'pines et une croix au-dessus du coeur
-avec cette lgende: _Cor Jesu, miserere nobis_. Avons trouv de plus
-une feuille imprime, de quatre pages, intitule: _Conscration de la
-France au sacr Coeur de Jsus_; elle commence par ces mots: O
-Jsus-Christ! On y remarque les passages suivants: Tous les coeurs
-de ce royaume, depuis le coeur de notre auguste Monarque jusqu' celui
-du plus pauvre de ses sujets, nous les runissons par les dsirs de la
-charit pour vous les offrir tous ensemble... Oui, Coeur de Jsus,
-nous vous offrons notre patrie tout entire et les coeurs de tous vos
-enfants... O Vierge sainte! ils sont maintenant entre vos mains; nous
-vous les avons remis en nous consacrant vous comme notre
-protectrice et notre mre; aujourd'hui, nous vous en supplions,
-offrez-les au coeur de Jsus... Ah! prsents par vous, il les
-recevra, il leur pardonnera, il les bnira, il les sanctifiera, il
-sauvera la France tout entire, il y fera revivre la sainte religion.
-Ainsi soit-il, ainsi soit-il!
-
-Dans les poches de Marie-Antoinette toit un portefeuille en maroquin
-rouge, o nous n'avons reconnu digne de description qu'un des
-feuillets en peau anglaise, sur lequel toit crit au crayon ce qui
-suit: Brugnier, quai de l'Horloge, n 65 (et autres noms et demeures
-de diffrentes personnes dont les prisonniers pouvoient avoir
-besoin). Plus, dans les mmes poches, un ncessaire roul, et dans
-lequel toit un porte-crayon d'acier non garni de crayon...
-
-Avons fait ensuite perquisition dans la chambre qu'occupe
-lisabeth-Marie, soeur de feu Louis Capet, o nous n'avons rien trouv
-de suspect; seulement avons dcouvert dans une cassette un bton de
-cire rouge cacheter qui avoit dj servi, avec de la poudre de buis
-dans le mme papier... Et environ deux heures aprs minuit, avons clos
-le prsent procs-verbal en prsence desdites dames, qui ont sign
-avec nous.
-
- _Ainsi sign_: MARIE-ANTOINETTE, LISABETH-MARIE;
- BENOT, etc., etc.]
-
-Trois jours aprs, les commissaires de la Commune envoys au Temple
-pour lever les scells apposs sur l'appartement de Louis XVI firent
-de nouvelles perquisitions dans celui des prisonnires. Ces
-perquisitions demeurrent sans rsultat; on trouva seulement un
-chapeau d'homme enferm dans une cassette place sous le lit de Madame
-lisabeth. D'o vient ce chapeau?--C'est un chapeau qui a appartenu
-mon frre, dit Madame lisabeth.--Qui vous l'a donn?--Lui-mme, quand
-nous habitions ensemble la petite tour.--Pourquoi est-il l, et quoi
-peut vous servir le chapeau de votre frre?--Je le garde pour
-conserver quelque chose de lui.--Nous, nous allons le conserver dans
-la salle du conseil, comme un tmoignage de vos relations avec le
-dehors du Temple; car Capet n'avait qu'un chapeau, et il l'a laiss
-sur les marches de la guillotine.--Je vous assure, messieurs, que ce
-chapeau me vient de mon frre; c'est la seule chose que je possde de
-tout ce qui lui a appartenu.--Je vous fais observer qu'il n'est gure
-d'usage de conserver un chapeau comme un gage de tendresse.--Il m'est
-trs-prcieux, et je vous prie instamment d'obtenir qu'il me soit
-rendu.
-
-Cependant les commissaires dnoncs par Tison avaient t suspendus de
-leurs fonctions. Le conseil de la Commune eut plus que jamais l'oeil
-et la main sur le Temple. Toute consolation s'teignit autour des
-prisonnires. Pour surcrot de tourment, le petit Prince tomba malade
-dans les premiers jours du mois de mai. Marie-Antoinette demanda qu'on
-laisst entrer la tour M. Brunyer, mdecin ordinaire de ses enfants.
-Le conseil du Temple en rfra au conseil gnral de la Commune.
-Celui-ci, dans sa sance du 10 mai, arrta que le mdecin ordinaire
-des prisons irait soigner le petit Capet, attendu que ce serait
-blesser l'galit que de lui en envoyer un autre. Du reste, M.
-Thierry, mdecin des prisons, tait environn de l'estime publique. Il
-se rendit avec empressement au Temple, et ayant examin le Dauphin,
-rassura tout d'abord la Reine et Madame lisabeth sur sa situation. A
-leur prire, il alla confrer avec M. Brunyer, en qui elles avaient
-toute confiance, et pendant plusieurs semaines, revint chaque jour
-la tour. Cette indisposition, quoique n'offrant pas un danger srieux,
-ne laissa pas que de tenir en haleine jour et nuit les sollicitudes de
-ces deux coeurs maternels attachs au chevet du jeune malade pendant
-tout le temps que dura le traitement.
-
-La grande lutte des Girondins et des Montagnards, les vnements de la
-Vende, les hcatombes de la guillotine qui allaient se multipliant,
-les cent vnements qui remuaient profondment la ville, n'avaient pu
-arracher la Reine et Madame lisabeth leurs proccupations,
-lorsque, le 31 mai, elles entendirent un tel bruit au dehors qu'elles
-se figurrent que le quartier brlait. La gnrale, le tocsin et le
-canon d'alarme branlaient la ville: au Luxembourg, Saint-Lazare,
-l'Abbaye, dans toutes les prisons d'tat, les dtenus poussaient des
-cris pitoyables, s'imaginant entendre leur porte les massacreurs de
-septembre. Madame lisabeth interroge les municipaux. Bah! lui
-rpondit l'un d'eux, c'est la commission des douze qui cause tout ce
-tapage. En effet, la cit rvolutionnaire tait sens dessus dessous:
-une commission de douze dputs, charge de rechercher les complots
-ourdis contre la libert, tait publiquement accuse d'exercer contre
-les meilleurs patriotes la plus inique inquisition. C'tait l le
-thme exploit avec ardeur par les sides de Robespierre, qui esprait
-qu'une insurrection le pousserait la dictature. Le dcret qui crait
-cette commission, rendu le 18 mai, cass par un dcret du 27, rtabli
-par un dcret du 28, tant taient rapides le flux et le reflux des
-volonts et des vnements dans ces temps de crise, avait fait sortir
-de dessous terre toute la population anarchique de Paris. Les
-barrires furent fermes; un dcret d'accusation fut lanc contre
-tous les dputs infidles au mandat qu'ils avaient reu de leurs
-commettants, afin de s'emparer des tratres et de dcouvrir les
-complots forms pour la perte de la Rpublique. Cette journe, qui
-assurait la prminence aux Montagnards, fut fertile en dnonciations
-contre les hommes souponns d'tre les agents actifs de la famille
-royale ou ses partisans secrets. L'pouvante qu'elle inspirait au
-dehors, la Convention la ressentit au dedans. Elle livra ses chefs
-pour se faire pardonner par la Montagne de les avoir soutenus. La
-chute des Girondins produisit une impression de terreur dans toute la
-France. Ils taient, relativement leurs antagonistes, la dernire
-expression des ides modres. On comprit que leur chute faisait
-arriver les hommes et les thories extrmes, et on les regretta de
-toute la crainte qu'inspiraient leurs hritiers.
-
-Parmi les membres de la Commune que les dnonciations n'avaient point
-pargns se trouvait Michonis, qui avait eu l'adresse de traverser
-sans se compromettre les circonstances les plus difficiles, et
-d'carter par d'habiles apologies des soupons qui devenaient un arrt
-de mort. De service au Temple, il instruisit les princesses des
-vnements qui venaient de se passer, et essaya de les rassurer sur
-les intentions des Montagnards. Monsieur Michonis, lui dit Madame
-lisabeth, les hommes de la rvolution qui ont rompu avec l'ide de
-Dieu ne s'appartiennent pas, et ils ignorent eux-mmes o Dieu les
-mne. Et comme ce commissaire disait Marie-Antoinette qu'elle
-serait probablement rclame par l'Empereur: Que m'importe! rpondit
-la Reine avec une douleur calme et froide; Vienne, je serais ce que
-je suis ici, ce que j'tais aux Tuileries; mon unique dsir est de me
-runir mon mari lorsque le Ciel jugera que je ne suis plus
-ncessaire mes enfants.
-
-Les graves paroles des deux prisonnires avaient fait une profonde
-impression sur l'esprit de Michonis. Il crut comprendre qu'il n'y
-avait plus de salut pour elles que dans la fuite. Il entra dans un
-complot tendant enlever de leur prison la veuve, la soeur et les
-enfants de Louis XVI. Le baron de Batz tait le chef de cette
-hasardeuse entreprise, dont nous emprunterons le rcit notre
-Histoire de Louis XVII.
-
-Les recherches dont M. de Batz tait l'objet depuis la tentative du
-21 janvier n'avaient point loign de Paris cet intrpide serviteur
-d'une cause que le malheur rendait si belle, et qui exerait en outre
-sur les mes magnanimes la sduction irrsistible du pril. La lutte
-opinitre de cet homme contre le pouvoir redoutable qui opprimait la
-nation est une des merveilles de ce temps. Partout prsent et toujours
-invisible, aussi habile dresser ses embches qu' esquiver celles de
-l'ennemi, il avait sa dvotion les agents les plus prudents, et
-ses gages les espions les plus actifs. Sa parole tait plus insinuante
-encore que sa bourse n'tait persuasive; et, avec une admirable
-adresse, il avait gagn plusieurs membres de la Commune et de la
-Convention, qui, si les circonstances ne leur permirent point de lui
-apporter une coopration efficace, lui restrent du moins fidles par
-un inviolable silence. Conspirateur acharn, ses entreprises manques,
-il les recommenait avec une nouvelle ardeur, et il restait
-intrpidement dans cette ville o sa tte tait mise prix. Son nom
-entranait toujours de graves mesures, des perquisitions svres.
-L'insaisissable conjur avait des asiles impntrables dans Paris et
-dans les environs; mais son gte le plus habituel et peut-tre le plus
-sr tait chez Cortey, picier, rue de la Loi[59], recommand par sa
-rputation de _civisme_ aux suffrages de ses concitoyens, qui
-l'avaient nomm capitaine-commandant de la garde nationale de la
-section Lepelletier. Cortey tait li aussi avec Chrtien, qui tait
-jur du tribunal rvolutionnaire, et dont l'influence tait
-toute-puissante dans les comits de cette section. Ce fut grce lui
-que Cortey fut compris au nombre des chefs de poste auxquels tait
-confie la garde du Temple, lorsqu'un dtachement de leur bataillon y
-faisait partie de la force arme. A couvert sous la bonne renomme
-rvolutionnaire de son hte, et cach dans le fond de sa maison, le
-baron de Batz lui confia ses projets, ainsi qu' Michonis, et prit de
-concert avec eux toutes les mesures relatives l'excution. Aprs
-cette ouverture, la premire fois que Cortey fut de garde au Temple,
-Batz lui demanda de le comprendre, sous un nom suppos, dans la liste
-des hommes que sa compagnie fournissait ce poste, afin qu'en
-s'introduisant ainsi dans la tour, il pt se faire, au pralable, une
-ide exacte des localits. L'officier se prta son dsir: il
-l'inscrivit, sous le nom de Forget, au contrle des hommes de service,
-et le fit ainsi pntrer dans le Temple, o il monta la garde. Il
-fallait aussi, pour l'excution du plan arrt, attendre que le tour
-de garde de Cortey concidt avec le tour de service de Michonis. Le
-concours des deux autorits tait indispensable, et plusieurs jours
-s'coulrent avant que le capitaine et le commissaire civil fussent
-simultanment en fonction. Batz profita de ce temps pour s'assurer,
-conjointement avec son hte, d'une trentaine d'hommes de la section
-dont ils avaient l'un et l'autre entrevu les sentiments, apprci le
-caractre ou prouv la discrtion. La bonhomie de Cortey sduisit les
-uns, la parole flatteuse de Batz entrana les autres. Michonis, avec
-sa prudence habituelle, ne parut point de sa personne dans ce
-prilleux embauchage: il se rservait, du reste, un rle aussi
-courageux en se chargeant de tout diriger dans l'intrieur de la tour.
-
-[Note 59: Rue Richelieu, au coin de la rue des Filles-Saint-Thomas.]
-
-Le jour attendu arrive: l'officier et le municipal sont ensemble de
-service. Cortey entre au Temple avec son dtachement, dans lequel
-figure de Batz, sous son nom de guerre. Le chef du poste arrange le
-mouvement du service de la manire la plus favorable au succs de
-l'entreprise: vingt-huit hommes sur lesquels il peut compter seront,
-depuis minuit jusqu' deux heures, de faction ou de patrouille; le
-commissaire civil, de son ct, prend ses mesures pour tre lui-mme
-de garde la mme heure dans l'appartement de la famille royale. Les
-hommes de faction dans l'escalier de la tour auront endoss par-dessus
-leur habit d'amples redingotes d'uniforme; Michonis leur prendra ce
-vtement surabondant et en revtira les Princesses, qui, sous ce
-dguisement et l'arme au bras, seront incorpores dans une patrouille
-au milieu de laquelle on enveloppera l'enfant-Roi. Les sentinelles de
-garde dans les cours, inities au secret, se tairont si la nuit est
-peu noire ou les rverbres peu discrets. Cortey commandera en
-personne la nombreuse patrouille et lui fera ouvrir la grande porte du
-Temple, prrogative qui n'appartient pendant la nuit qu'au commandant
-du poste. Une fois dehors, le salut du Prince et de sa famille est
-assur: des voitures sont disposes pour une fuite rapide, rue
-Charlot, o la patrouille en passant doit laisser les prisonniers
-ainsi que Batz, Michonis, Cortey, et quelques autres qui comme eux ont
-brl leurs vaisseaux.
-
-La journe, qui s'tait passe sans aucun symptme d'orage, semblait
-prsager une nuit heureuse. Il tait onze heures et demie. Michonis
-dj depuis quelque temps tait de service dans l'appartement des
-prisonniers, et ses collgues se reposaient ou jouaient dans la salle
-du Conseil, l'exception de Simon, qui depuis environ une heure tait
-sorti de la tour. Tous les hommes qui allaient prendre leur tour de
-garde minuit taient au poste. Tout coup Simon arrive, il entre
-bruyamment au corps de garde, il ordonne d'un ton brusque de faire
-l'appel de tous les hommes prsents: Heureusement que je te vois ici,
-dit-il Cortey, sans ta prsence je ne serois pas tranquille. M. de
-Batz voit que tout est dcouvert; la pense lui vient de brler la
-cervelle Simon et de tenter immdiatement l'vasion par la force.
-Matrisant son premier mouvement, il a vite compris que l'explosion
-d'une arme feu, en causant une alerte gnrale, fera chouer son
-entreprise et aggravera forcment le sort de la famille royale; il a
-compris que, n'tant pas encore matre des postes de la tour et de
-l'escalier, les hommes mmes qui l'environnent et sur lesquels il
-pouvait compter pour une complicit passive, lui feront peut-tre
-dfaut s'il s'agit d'une coopration active et nergique, et, aprs
-tout, d'une mort presque certaine. Batz est demeur impassible;
-l'appel termin, Simon est mont la tour; il exhibe un ordre du
-conseil gnral qui enjoint Michonis de lui remettre ses fonctions
-et de se rendre sur-le-champ la Commune. Michonis coute sans
-surprise, obit sans hsitation; il rencontre Cortey dans la premire
-cour: Que signifie tout cela? lui dit-il.--Sois tranquille, lui
-rpond tout bas le capitaine, Forget est parti.
-
-En effet, le chef du poste n'avait pas perdu une minute. Aussitt que
-Simon lui eut tourn le dos pour monter la tour, il avait, sous le
-prtexte d'un bruit entendu dans la rue voisine, lanc au dehors une
-patrouille de huit hommes qui n'taient revenus que sept. Le
-sang-froid de Batz, la prsence d'esprit de Cortey avaient sauv la
-vie tous.
-
-Simon n'tait pas rest inactif; il avait fait une perquisition dans
-l'appartement des Princesses, dans les tours et dans toutes les
-dpendances de l'enclos; il avait interrog tous les prposs: ses
-recherches taient restes sans rsultat. Rien de suspect ne lui tait
-apparu dans l'enceinte du Temple; tout y tait calme comme de coutume.
-Honteux de l'alarme inutile qu'il a cause, Simon fait aprs coup
-doubler tous les postes; il cherche ainsi, par les prcautions qu'il
-prend, accrditer l'ide d'un danger auquel il ne croit plus.
-
-Or, voici ce qui s'tait pass d'aprs le dire de Simon. Un gendarme
-d'ordonnance au Temple avait trouv le soir, vers neuf heures, gisant
-sur le pav devant la grande porte, un papier sans adresse, portant
-sous son pli cachet ces mots: Michonis vous trahira cette nuit:
-veillez! Ce papier, ouvert par le gendarme, avait t remis par lui
- Simon, le seul des six[60] commissaires du jour qu'il connt
-particulirement. Simon s'tait rendu en toute hte avec ce billet au
-conseil gnral, qui lui avait intim l'ordre de relever son collgue
-de ses fonctions et de l'inviter se rendre sans retard la barre de
-la Commune.
-
-[Note 60: Il est bon de faire remarquer ici que le nombre des
-municipaux envoys au Temple varia plusieurs fois. D'abord on en
-envoya quatre, puis huit l'poque du procs de Louis XVI; six aprs
-le 21 janvier; plus tard huit encore, ensuite quatre, puis trois. Le
-nombre variait suivant la gravit des circonstances.
-
-Il devint quelquefois si difficile de trouver des commissaires pour
-aller au Temple qu'il fallait recourir des mesures de rigueur pour
-triompher de la rsistance des rcalcitrants. L'amende et la
-dnonciation du citoyen peu zl sa section ne suffirent pas
-longtemps. Le conseil gnral se vit contraint de prendre la dcision
-suivante, la date du 12 septembre 1793:
-
-Le conseil gnral arrte que lorsqu'un de ses membres auquel il aura
-t crit pour aller au Temple refusera ce service, deux gendarmes
-seront chargs de l'aller chercher pour le conduire au Temple;
-
-Arrte en outre que le prsent sera mis sur la lettre d'invitation.
-
-Cette mesure ne tarda pas trouver son application: Mercredi, 18
-septembre 1793, le conseil arrte l'gard de Forestier la stricte
-excution de son arrt, qui porte que lorsqu'un membre refusera de se
-rendre au Temple, d'aprs l'invitation qui lui en aura t faite par
-crit, il y sera conduit par deux gendarmes;
-
-Arrte en consquence que deux gendarmes iront chercher Forestier.
-
-Conformment la mme dcision, deux gendarmes allrent chercher
-
- Le municipal Souls, le 26 septembre 1793;
- Le municipal Mourette, le 3 novembre;
- Le municipal Gibert, le 21 novembre;
- Le municipal Follope, le 13 dcembre;
- Le municipal Laurent, le 21 janvier 1794, etc.]
-
-Docile cet appel, Michonis eut subir le plus minutieux
-interrogatoire. Il rpondit tout avec adresse, rfuta avec une
-bonhomie pleine d'autorit cet crit anonyme forg par quelque
-adversaire politique pour le compromettre, et reprsenta d'ailleurs
-Simon, ce qui tait vrai, comme son ennemi personnel. La physionomie
-ouverte et l'apparente candeur du prvenu lui avaient dj gagn
-l'absolution, lorsque le lendemain matin son antagoniste nocturne
-ayant rendu compte du rsultat si strile de sa mission, le conseil
-gnral demeura convaincu que si avec son humeur inquite Simon tait
-capable de rver un complot, Michonis avec son franc caractre tait
-incapable d'en former un.
-
-A quoi tiennent les destines humaines! Sans ce mot anonyme jet dans
-un ruisseau et fortuitement trouv par un gendarme, il est probable
-que la famille royale chappait ses geliers, et que la rvolution
-franaise n'et point t fltrie par le meurtre juridique de deux
-femmes, et par le meurtre plus lent et plus excrable encore d'un
-enfant de dix ans.
-
-Mconnu par la Commune, Simon chercha ailleurs un apprciateur de son
-zle. Il instruisit Robespierre de l'avis qu'il avait reu et des
-machinations qui ne cessaient de se produire au Temple. Les
-dnonciations de Simon trouvaient toute crance de ce ct. Le
-dominateur n'ignorait pas que la conspiration tait partout, que le
-nom du fils de Louis XVI tait l'objet permanent des esprances
-royalistes aussi bien que le prtexte des rcriminations
-rvolutionnaires. C'tait toujours pour un enfant et contre un enfant
-que se tramaient tous les complots plus ou moins obscurs de cette
-poque; hier c'tait un projet d'vasion mdit dans l'ombre,
-aujourd'hui une conspiration arme la tte de laquelle se trouvait
-le gnral Dillon. Les commrages de la rue s'emparaient de ces bruits
-plus ou moins fonds. Sans chercher connatre la vrit, le comit
-de salut public arrta, le 1er juillet 1793:
-
-Que le maire de Paris demeurerait charg de prendre toutes les
-mesures convenables pour l'arrestation dudit Arthur Dillon et de ses
-complices prsums;
-
-Qu'il serait de suite procd l'apposition des scells sur leurs
-papiers;
-
-Que le jeune Louis, fils de Capet, serait spar de sa mre et plac
-dans un appartement part, le mieux dfendu de tout le local du
-Temple[61].
-
-[Note 61: Cet arrt est sign Cambon fils an,--L. B.
-Guyton,--Jeanbon Saint-Andr, G. Couthon,--B. Barre,--Danton.
-(Archives de l'Empire, armoire de fer, carton 13.)]
-
-Un autre arrt du comit de salut public, dat galement du 1er
-juillet, portait que le fils de Capet, spar de sa mre, serait remis
-dans les mains d'un instituteur, au choix du conseil gnral de la
-Commune.
-
-Ces deux mesures, sanctionnes par la Convention, furent mises
-excution le 3 juillet.
-
-Dix heures allaient sonner. Le Dauphin, couch depuis plus d'une
-heure, dormait profondment. Son lit n'avait pas de rideaux; un chle
-tendu par les soins de sa mre mettait seul ses paupires closes
-l'abri de la lumire. La veille devait se prolonger plus tard que de
-coutume: la Reine et Madame lisabeth s'taient impos la tche de
-rparer les vtements endommags de la famille. Assise entre elles
-deux, Marie-Thrse tait ce soir-l leur lectrice. Aprs quelques
-pages du _Dictionnaire historique_[62], la jeune fille avait ouvert
-une _Semaine sainte_, et commenait y lire des prires tires des
-saintes critures. Ce livre, qui appartenait Madame lisabeth, avait
-t introduit dans la tour au mois de mars, quelques jours avant
-Pques[63]. La Reine et sa soeur, tout en coutant la lecture, avaient
-l'oreille et les yeux tourns vers le lit qui renfermait l'tre si
-cher leur coeur, et souvent, pour mieux entendre sa respiration,
-elles laissaient tomber l'ouvrage de leurs mains. La veille allait
-ainsi, lorsque des bruits de pas retentirent. Les portes tournent sur
-leurs gonds, et six commissaires entrent dans la chambre. Un d'eux,
-prenant la parole: Nous venons vous notifier l'ordre du comit de
-salut public, portant que le fils de Capet sera spar de sa mre et
-de sa famille. La Reine ces mots se lve, et, ple, tremblante de
-frayeur, elle s'crie: M'enlever mon enfant! Non, non, cela n'est pas
-possible. Marie-Thrse, debout prs de sa mre, semblait repousser
-avec elle un ordre si dur; Madame lisabeth, le coeur serr, regardait
-muette et immobile, et, les mains tendues sur le livre saint,
-paraissait prendre Dieu tmoin de l'impossibilit d'une pareille
-cruaut.
-
-[Note 62: Demand le 14 juin, cet ouvrage avait t mis le 23 la
-disposition des prisonnires.
-
- Du vendredi, 14 juin 1793, l'an II de la Rpublique franaise.
-
-Sur la demande des commissaires de service au Temple, le conseil
-arrte que Baron, garde de la Bibliothque, fournira sur rcpiss
-
-Les livres ci-aprs:
-
- _Dictionnaire historique_, 4 vol. in-8, rel.
- Les n{os} I, II, III et IV des _Oeuvres de Voltaire_.
-
- SILLANS, CAZENAVE, FOUCAUX.
-
-Nous, membres du conseil gnral de la Commune, de service au Temple,
-donnons le rcpiss de quatre volumes intituls: _Dictionnaire
-historique_, _Oeuvres de Voltaire_, qui ont t transports la Tour.
-
-Fait au conseil du Temple ce 23 juin 1793, l'an II de la Rpublique
-franaise une et indivisible.
-
- MENNESSIER, membre du conseil gnral;
- DANG.]
-
-[Note 63: _Fragments historiques sur la captivit de la famille
-royale_, par TURGY, publis par Eckard, la suite de ses _Mmoires
-historiques sur Louis XVII_, troisime dition.]
-
-Aprs un moment de silence, la Reine, surmontant le frisson qui
-parcourait tout son tre et rendait sa voix frmissante, reprit ainsi:
-La Commune, messieurs, ne peut songer me sparer de mon fils; il
-est si jeune, il est si faible, mes soins lui sont si ncessaires!--Le
-comit a pris cet arrt, rpliqua le municipal; la Convention a
-ratifi la mesure, et nous devons en assurer l'excution immdiate.
-La malheureuse mre s'cria: Je ne pourrai jamais me rsigner cette
-sparation; au nom du Ciel, n'exigez pas de moi cette preuve
-cruelle. Et Marie-Thrse pleurait de sa douleur et de celle de sa
-mre. Madame lisabeth, s'lanant vers le lit du Dauphin, s'cria:
-Au nom de ce que vous aimez le plus au monde, au nom de vos femmes,
-au nom de vos enfants, n'enlevez pas cette mre le fils qu'elle
-chrit. Puis les sanglots touffaient les plaintes et les
-supplications. Rien ne put attendrir les membres de la Commune: Ces
-criailleries ne servent rien, disaient-ils: on ne vous le tuera pas,
-votre enfant, livrez-nous-le de bon gr, ou nous saurons nous en
-rendre matres. Mre, tante et soeur taient devant le lit; elles en
-dfendaient les abords, mais elles furent vaincues par la force
-brutale; violemment agit dans la lutte, le rideau factice se dtache,
-et tombant sur la tte de l'enfant, le rveille. Celui-ci voit ce qui
-se passe, il se jette du lit dans les bras de sa mre, et s'crie:
-Maman! maman! ne me quittez pas! Et sa mre le presse sur son sein,
-le rassure, le dfend, se cramponne au pilier du lit. Ne nous battons
-pas contre des femmes, dit un des municipaux rest muet jusqu' ce
-moment; citoyens, faisons monter la garde. Et dj il s'tait
-approch du guichetier, demeur debout prs de la porte. Ne faites
-pas cela, s'cria Madame lisabeth; ce que vous exigez par la force,
-il faut bien que nous l'acceptions; mais, de grce, donnez-nous le
-temps de respirer. Cet enfant a besoin de sommeil; ailleurs il ne
-pourrait dormir. Demain matin il vous sera remis. Laissez-le au moins
-passer la nuit dans cette chambre, et obtenez qu'il y soit ramen tous
-les soirs. A ces mots, prononcs avec l'accent le plus mouvant, le
-silence succda. La Reine reprit la parole: Promettez-moi, dit-elle,
-qu'il restera dans l'enceinte de la tour, et que chaque jour il me
-sera permis de le voir, ne ft-ce qu'aux heures du repas.--Nous
-n'avons pas de comptes te rendre, et il ne t'appartient pas
-d'interroger les intentions de la patrie. Parbleu, parce qu'on
-t'enlve ton enfant, te voil bien malheureuse! Les ntres vont bien
-tous les jours se faire casser la tte par les balles des ennemis que
-tu attires sur nos frontires.--Mon fils est trop jeune pour pouvoir
-encore servir son pays, dit la Reine avec douceur; mais j'espre
-qu'un jour, si Dieu le permet, il sera fier de lui consacrer sa vie.
-
-Prires, supplications, larmes, furent striles, et elles devaient
-l'tre. Il fallut habiller l'enfant. Combien cette toilette fut
-longue, et que de pleurs mouillrent ces vtements tourns et
-retourns en tous sens, et passs de mains en mains, afin d'loigner
-de quelques secondes le moment de la sparation! Madame lisabeth
-mlait ses soins ceux de la Reine, et si le coeur de cette dernire
-tait bris, le sien l'tait bien cruellement aussi. Les municipaux
-perdirent patience, et exigrent la remise de l'enfant. Enfin,
-Marie-Antoinette ayant ramass au fond de son coeur le peu de force
-qui lui restait, prit son fils devant elle, et s'asseyant sur une
-chaise, elle rapprocha d'elle cet enfant si cher et posa les mains sur
-ses petites paules; puis calme, immobile, recueillie dans sa douleur,
-sans verser une larme, sans pousser un soupir, elle lui dit d'une voix
-solennelle: Mon enfant, nous allons nous quitter. Souvenez-vous de
-vos devoirs quand nous ne serons plus prs de vous pour vous les
-rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous prouve, ni votre mre
-qui vous aime, ni votre tante ni votre soeur, qui vous ont donn tant
-de preuves de tendresse. Soyez sage, patient et honnte, et votre pre
-vous bnira du haut du Ciel. Elle dit, baise son fils au front, et le
-pousse vers sa tante, qui l'embrasse, ainsi que sa soeur. Le pauvre
-enfant revient encore sa mre, et s'attache ses genoux de toutes
-ses forces; mais la Reine le regardant d'un air doux et ferme: Mon
-fils, il faut obir, il le faut.--Allons, tu n'as plus, j'espre, de
-doctrine lui faire, dit un commissaire; il faut avouer que tu as
-firement abus de notre patience.--Tu pouvois te dispenser de lui
-faire la leon, disait un autre; et entranant violemment l'enfant,
-il sortit avec lui. Le dernier qui quitta la chambre avait gard le
-silence pendant cette pnible scne. Son maintien tait convenable.
-Croyant sans doute rassurer la sollicitude maternelle, il dit la
-Reine d'un ton qui trahissait une certaine motion: Ne vous
-tourmentez pas, la nation est gnreuse, elle pourvoira l'ducation
-de votre fils[64].
-
-[Note 64: Nous donnons ici sans commentaire l'extrait des registres du
-conseil du Temple relatif l'enlvement du Prince.
-
-Le 3 juillet 1793, neuf heures et demie du soir, nous, commissaires
-de service, sommes entrs dans l'appartement de la veuve Capet,
-laquelle nous avons notifi l'arrt du Comit de salut public de la
-Convention nationale du 1er du prsent, en l'invitant de s'y
-conformer. Aprs diffrentes instances, la veuve Capet s'est enfin
-dtermine nous remettre son fils, qui a t conduit dans
-l'appartement dsign par l'arrt du conseil de cejourd'hui, et mis
-entre les mains du citoyen Simon, qui s'en est charg. Nous observons
-au surplus que la sparation s'est faite avec toute la sensibilit que
-l'on devait attendre dans cette circonstance, o les magistrats du
-peuple ont eu tous les gards compatibles avec la svrit de leurs
-fonctions.
-
- _Sign_: EUDES, GAGNANT, ARNAUD, VRON,
- CELLIER et DEVZE.]
-
-A peine la porte fut-elle referme que la pauvre mre ne fut plus
-matresse de son chagrin: c'taient des cris de douleur, des sanglots,
-des grincements de dents. L'nergie de son caractre s'tait use dans
-la lutte, et maintenant, tout entire au sentiment de son profond
-malheur, elle se roulait sur la couche dserte de son enfant en
-demandant Dieu ce qu'elle avait pu faire pour tre condamne une
-telle torture. Madame lisabeth reprit son rle de consolatrice: se
-plaant sur une chaise prs du lit o tait la Reine, elle laissa
-passer ces premires explosions du dsespoir, et se borna traduire
-par un serrement de main et un regard bien tendre ce que ses propres
-larmes l'empchaient elle-mme de dire. Mais ds que la Reine fut un
-peu calme: Ma soeur, lui dit-elle, j'ai admir tout l'heure la
-fermet de votre me, et j'ai remerci Dieu de ce tmoignage de sa
-grce. Et certainement, vis--vis de Dieu, qui nous regarde et nous
-prouve, vous n'aurez pas moins de courage que vous n'en avez montr
-vis--vis de ces hommes. Ne lui demandons pas pourquoi il nous chtie;
-il le sait, lui, et cela suffit. Sans chercher sonder ses desseins,
-acceptons la croix qu'il nous envoie et n'hsitons pas la porter. On
-ne devient pas l'hritier de Jsus-Christ sans avoir t le compagnon
-de ses souffrances. Remettons-nous volontairement entre ses mains et
-supportons tout en pensant lui. Ces paroles pleines d'onction
-avaient pntr dans le coeur de Marie-Antoinette, qui n'y rpondit
-qu'en embrassant tendrement sa soeur. Les nerfs de la pauvre mre
-s'taient un peu dtendus, et ses larmes coulrent plus facilement.
-Quelques instants aprs, elle se leva; elle embrassa sa fille et lui
-dit de se coucher. Les larmes recommencrent en se disant bonsoir.
-Puis, comme Madame lisabeth se mettait serrer les petits vtements
-de l'enfant, demeurs sur la table, et qui rclamaient encore le
-travail de leurs mains, les pleurs clatrent de nouveau, et les deux
-pauvres mres se jetrent dans les bras l'une de l'autre.
-
-Les prisonnires ignorrent ce que le cher enfant tait devenu. Elles
-supposaient qu'il n'avait pas quitt le Temple, mais elles ne savaient
-ni dans quelles mains il avait t remis, ni comment il tait trait.
-Cette incertitude o elles taient de son sort augmentait encore
-l'amertume de leurs regrets. Quatre jours s'taient couls, lorsque
-la nouvelle se rpandit dans Paris que la conspiration d'Arthur
-Dillon, malgr l'arrestation de ce gnral, avait eu un plein succs,
-et que Louis XVII, enlev de la tour, avait t port en triomphe
-Saint-Cloud. Pour faire tomber ce bruit qui agitait Paris et amenait
-une foule de monde aux abords du Temple, une dputation du comit de
-sret gnrale, dont Drouet et Chabot faisaient partie, y fut
-dpche, afin de constater officiellement la prsence du petit Capet.
-Aprs avoir ordonn de le faire descendre dans le jardin, afin qu'il
-puisse tre vu de toute la garde montante, les deux dputs que nous
-avons nomms ont un entretien huis clos avec Simon et les municipaux
-dans la chambre du conseil; puis ils se prsentent dans l'appartement
-des prisonnires, o, avec l'allure qui leur est propre, ils exercent
-une vritable perquisition. Nous sommes venus voir, dit Drouet, s'il
-ne vous manque rien ou si vous n'avez rien de trop.--Il me manque mon
-fils, dit la Reine; il est vraiment trop cruel de m'en sparer si
-longtemps.--Votre fils ne manque pas de soins: on lui a donn un
-prcepteur patriote, et vous n'avez pas plus vous plaindre de la
-manire dont on le traite que de celle dont vous tes ici traite
-vous-mme.--Je ne me plains que d'une chose, monsieur, c'est de
-l'absence d'un enfant qui ne m'avait jamais quitte. Depuis cinq jours
-il m'a t arrach, il ne m'a pas t permis de le voir une seule
-fois, et cependant il est encore malade[65]; il a besoin de mes soins.
-Il m'est impossible de croire que la Convention ne comprenne pas la
-lgitimit de mes plaintes.
-
-[Note 65: Nous possdons les mmoires des mdicaments fournis au Temple
-pendant les mois de mai, juin et juillet, pour Marie-Antoinette, ses
-enfants et sa soeur, par le citoyen Robert, apothicaire autoris par la
-Commune, et par ordonnance du citoyen docteur Thierry; et nous voyons
-que pendant tout le mois de juillet il y eut des remdes livrs chaque
-jour pour le fils de Marie-Antoinette. (Pices justificatives, n V).]
-
-Dans le compte qu'il rendit de cette visite la Convention nationale,
-Drouet s'exprima ainsi: Nous sommes monts l'appartement des
-femmes, et nous avons trouv Marie-Antoinette, sa fille et sa soeur,
-jouissant d'une parfaite sant. On se plat encore rpandre chez les
-nations trangres qu'elles sont maltraites, et, de leur aveu, fait
-en prsence des commissaires de la Commune, rien ne manque leur
-commodit.--Et Drouet ne dit pas un mot des plaintes qu'avait leves
-Marie-Antoinette sur la cruelle squestration de son fils. La Reine et
-Madame lisabeth ne cessaient d'interroger municipaux, gardiens,
-geliers; tous rpondaient qu'elles ne devaient pas s'inquiter de
-l'enfant; qu'il tait en bonnes mains, et qu'il ne manquait pas de
-soins. Ces assurances ne pouvaient les satisfaire. Il fallait qu'elles
-vissent leur enfant: elles le demandaient tous avec des prires
-dchirantes; mais que pouvaient rpondre les reprsentants de la
-Commune, sinon que le gouvernement avait jug la mesure ncessaire et
-que force tait de s'y conformer? Les refus ou le silence que
-rencontraient leurs supplications augmentaient chaque jour leur
-anxit. Toutefois elles taient loin de souponner dans quelles mains
-le Dauphin tait tomb: elles ignoraient qu'on ne le leur avait enlev
-que pour anantir en lui tout la fois et la force physique, et la
-vie intellectuelle, et la beaut morale. Leurs frayeurs cet gard
-allaient loin, mais elles n'approchaient pas de la vrit. Lasses
-d'implorer la justice des municipaux, elles s'adressrent la piti
-de Tison. Tison ne fut point sourd leurs plaintes. Gagn depuis
-quelque temps par la rsignation et la bont des prisonnires, il
-s'tait beaucoup amend: plac prs d'elles comme un espion,
-insensiblement il devenait pour elles un complice. Sa femme,
-dsavouant plus tt que lui tout son pass, s'tait un jour jete aux
-pieds de la Reine, en s'criant devant les commissaires et sans faire
-attention leur prsence: Madame, je demande pardon Votre Majest,
-je suis cause de votre mort et de celle de Madame lisabeth. Les
-princesses s'empressrent de la relever et tchrent de la calmer;
-mais la fivre nerveuse qui l'agitait se prolongea quelques jours. Ce
-ne fut plus alors un pardon, ce furent des soins que les princesses
-lui apportrent. Madame lisabeth particulirement l'environna
-d'attentions et de paroles consolantes. La malade disait un jour
-Meunier: Je les plains de toute mon me; c'est une famille gnreuse
-que les pauvres ne remplaceront pas. Si vous pouviez comme moi les
-voir de prs, vous diriez qu'il n'y a rien d'aussi grand sur la terre.
-Qui les a vues comme vous aux Tuileries n'a rien vu; il faut les avoir
-vues comme moi au Temple. Les remords de cette pauvre femme avaient
-troubl sa raison[66]. Elle fut en proie d'affreuses convulsions; on
-lui donna une garde[67]; transporte dans une chambre du palais, il
-fallut plusieurs hommes pour la contenir[68]. Au bout de six jours,
-elle fut conduite l'Htel-Dieu[69]. Elle ne reparut plus au Temple.
-On mit auprs d'elle, dit Marie-Thrse[70], une femme de la police
-pour recueillir tout ce que, dans son dlire, elle pourrait laisser
-chapper sur la famille royale.
-
-[Note 66: Les commissaires du Temple crivent que la citoyenne Tison
-a la tte aline, ainsi qu'il est constat par les certificats des
-mdecins Thierry et Soup.
-
-Le conseil gnral, d'aprs les observations du maire, et le
-procureur de la Commune entendu, arrte:
-
- 1 Que la citoyenne Tison sera traite dans l'enclos du Temple et
- hors de la tour;
-
- 2 Qu'elle aura une garde particulire;
-
- 3 Le conseil renvoie l'administration du Temple pour dsigner le
- local. (Conseil gnral de la Commune, sance du 29 juin 1793.)
-
-Le conseil du Temple fait part des mesures qu'il a prises
-relativement la maladie de la citoyenne Tison.
-
-Le conseil gnral en adopte les dispositions. (Sance du 1er
-juillet 1793.)]
-
-[Note 67: Municipalit de Paris.
-
-_Extrait du registre des dlibrations du conseil du Temple._
-
-Et le mme jour, nous nous sommes informs sur-le-champ d'une garde
-pour l'installer provisoirement. L'on nous a enseign la nomme
-Jeanne-Charlotte Gourlet, demeurant ordinairement au Temple. Nous
-l'avons accepte, lui avons demand de prter le serment de
-discrtion, et de ne communiquer avec personne, ce qu'elle a promis et
-a fait l'instant, et nous a dclar ne savoir signer.
-
- Pour copie conforme:
- MERCIER, DUPAUMIER, QUENET, MAC, commissaires.
-
- Vu et approuv par le conseil gnral de la Commune, ce 1er
- juillet 1793, l'an II de la Rpublique une et indivisible.
-
- DORAT-CUBIRES.
-
- (Archives de l'Empire, carton E, n 6206.)]
-
-[Note 68: Rcit de Turgy.]
-
-[Note 69: On donne lecture d'une lettre des commissaires de service
-au Temple, accompagne d'un certificat de chirurgiens et mdecins, qui
-attestent que la citoyenne Tison, dont l'esprit est altr, a besoin
-d'tre transfre dans une maison particulire destine pour le
-traitement de ce genre de maladie. Le conseil gnral arrte qu'elle
-sera transfre l'Htel-Dieu et soigne aux frais de la Commune.
-(Conseil gnral de la Commune, sance du 6 juillet 1793.)]
-
-[Note 70: Rcit de la captivit du Temple.]
-
-La conversion du mari, nous l'avons dit, avait suivi celle de la
-femme. Par une conduite toute nouvelle, Tison tcha de racheter ses
-mfaits. Il se tint l'afft de tout ce qui pourrait intresser la
-Reine, et lui apportait presque chaque jour des nouvelles de son fils;
-toutefois le sentiment de respectueuse piti qui tait entr dans son
-me lui enseignant une dlicatesse que ses prcdents n'auraient pas
-fait souponner, il avait soin de lui cacher les horribles traitements
-que l'enfant subissait, et dont Tison lui-mme tait indign. Il parla
-de Simon devant les princesses, mais sans le nommer, sans le
-dpeindre, sans laisser entrevoir que ce mentor donn au Dauphin
-n'tait autre que le municipal qui avait toujours affect devant le
-Roi et devant elles le langage le plus injurieux. Mais il se plaisait
- leur raconter que l'enfant allait chaque jour prendre ses bats au
-jardin, et qu'habituellement il y jouait au ballon; que quelquefois on
-le conduisait sur la plate-forme de la tour, o il jouissait d'un air
-excellent, et qu'enfin il avait toutes les apparences de la sant.
-Rassures sur ce point, les royales confidentes essayaient de se faire
-initier des dtails plus intimes de son ducation. Tison s'arrta
-prudemment: craignant de dtruire dans le coeur de ces pauvres femmes
-le peu de bien qu'y avaient fait les renseignements qu'il venait de
-leur donner, il se borna rpondre qu'il lui tait impossible de
-savoir lui-mme ce qui se passait dans l'intrieur de l'appartement.
-
-La nouvelle de la promenade sur la plate-forme fit natre un espoir
-auquel les prisonnires se livrrent avec bonheur. Un petit escalier
-tournant pratiqu dans la garde-robe conduisait aux combles; au fate
-de ce petit escalier, un jour de souffrance tait ouvert dans
-l'paisseur de la muraille; de l il tait possible d'apercevoir, de
-tourelle tourelle, l'enfant au moment o il arrivait sur la
-plate-forme. Rien ne ressemblait plus une vision, un clair, que
-cette apparition fugitive, et il fallait des yeux maternels pour
-reconnatre ainsi l'enfant. Dans un billet crit Turgy, Madame
-lisabeth fait mention de cette circonstance: Dites _Fidle_, ma
-soeur a voulu que vous le sachiez, que nous voyons tous les jours le
-petit par la fentre de l'escalier de la garde-robe; mais que cela ne
-vous empche pas de nous en donner des nouvelles.
-
-Cette faible consolation leur laissa entrevoir la possibilit d'un
-bonheur plus rel. La plate-forme se trouvait partage en deux parties
-par une clture en bois, et formait ainsi deux promenades, dont l'une
-tait assigne au prisonnier du second tage et l'autre aux
-prisonnires du troisime. Les planches de sparation taient
-disposes de telle manire qu'on ne pouvait se voir qu' travers les
-fentes, et de loin, mais de plus prs cependant que par l'escalier de
-la garde-robe, et surtout un peu plus longtemps. Ds lors, mre, tante
-et soeur n'eurent qu'une pense, se trouver sur la tour au moment de
-la promenade du petit, comme elles l'appelaient dans leur doux
-langage. Mais comment mnager cette concidence? Nous montions sur la
-tour bien souvent, dit Madame Royale dans son rcit, parce que mon
-frre y alloit de son ct, et que le seul plaisir de ma mre toit de
-le voir passer de loin par une petite fente. Malheureusement il
-arrivoit bien rarement que l'heure fixe par les commissaires pour la
-promenade des prisonnires se rencontrt avec l'heure arrte par
-Simon pour la promenade de l'enfant. La rencontre si vivement dsire
-et si longtemps attendue dpendait donc d'un hasard heureux ou de la
-piti complaisante des municipaux. C'est gal, comme le dit
-Marie-Thrse, on montoit toujours; on ne savoit pas si le petit
-viendroit, mais il pouvoit venir. Que d'heures occupes saisir son
-passage! Que de fois, l'oreille colle sur la cloison de planches, les
-pauvres recluses, attentives, muettes, ont senti leur coeur battre au
-moindre mouvement qui se faisoit dans l'escalier! Hlas! ce faible
-bruit, avidement recueilli par leur inquite impatience, toit presque
-toujours trompeur: un commissaire qui montoit ou descendoit la salle
-du conseil, un prpos qui faisoit sa ronde, une sentinelle qu'on
-relevoit dans l'escalier, avaient, sans le savoir, agit trois mes
-d'une ardente esprance et d'un immense regret. Puis, l'heure de la
-rcration tant passe, il fallait redescendre sous les verrous.
-
-La tentative de la veille tait reprise le lendemain: infructueuse
-encore, elle tait reprise les jours suivants. L'esprance, ft-elle
-toujours trompe, ne meurt pas au coeur d'une mre.
-
-La persvrance de la Reine obtint enfin son couronnement; mais le
-couronnement d'pines, le seul qu'elle connt depuis plusieurs annes.
-Le mardi 30 juillet, il lui fut donn d'entrevoir encore son enfant,
-mais cette ombre de bonheur si longtemps pie, si pieusement demande
-au Ciel, le Ciel ne la lui accordait que pour son supplice. Oui, elle
-vit son fils... Il ne portait plus le deuil de son pre; il avait sur
-la tte le bonnet rouge; il avait prs de lui ce municipal jacobin qui
-s'tait signal devant Louis XVI et devant elle-mme par son insolence
-et ses outrages. Par une fatalit singulire, Simon, au moment de
-monter sur la plate-forme, avait appris l'entre du duc d'York dans
-Valenciennes, et sa colre s'panchait sur son lve, dont il
-harcelait la marche par des jurements et des blasphmes. L'infortune
-Reine, sans jeter un seul cri, tombe dans les bras de sa soeur, tmoin
-comme elle de ce spectacle, et toutes deux entranent Marie-Thrse,
-qui accourait aussi la cloison, et dont elles pargnent la jeune me
-en se donnant par un regard le mutuel conseil de tout lui cacher. Il
-ne passera pas, disent-elles, il est inutile d'attendre plus
-longtemps. Et l'on se dirige de l'autre ct de la plate-forme. Au
-bout de quelques minutes, les larmes gagnent la pauvre mre; elle se
-dtourne pour les cacher... et pour revenir pier son enfant. Madame
-lisabeth est demeure prs de sa nice, afin de laisser la mre
-matresse de ses regards. Peu de temps aprs, en effet, le jeune
-Prince repassa, mais cette fois la tte baisse, et marchant ct de
-Simon qui ne jurait plus. Le silence du matre, l'attitude de
-soumission de l'enfant, firent presque autant de mal la Reine que
-les brutalits de Simon. Immobile et muette, elle resta quelques
-instants la mme place; Tison vint l'y trouver. Alors, relevant la
-tte, qu'elle tenait penche entre ses mains, elle s'cria: Vous
-m'avez trompe!--Non, Madame, je ne vous ai point trompe; tout ce que
-je vous ai dit est vrai; seulement, par mnagement, je ne voulais pas
-tout vous dire. Maintenant je vous dirai tout, puisque je n'ai plus
-rien vous cacher. Madame lisabeth s'approcha de la Reine avec
-Marie-Thrse, et par un regard elle l'interrogea sur ce qu'elle
-venait de voir. Un mouvement de paupire, qui traduisait toute la
-douleur enferme dans son me, fut la seule rponse de la Reine.
-
-Ainsi fut nettement connu le dplorable tat du Dauphin: Simon ne lui
-parlait qu'en jurant, ne lui commandait qu'en le menaant, et voulait
-le contraindre chanter des couplets obscnes ou des chansons
-rgicides. L'enfant rsistait, et les coups n'avaient encore rien
-obtenu de lui. Ces dtails restrent entirement ignors de Madame
-Royale, et sa tante fit tous ses efforts pour qu'ils n'arrivassent
-point dans toute leur horreur la connaissance de la Reine. Elle dit
- Tison: De grce, cachons dsormais ces atrocits ma soeur:
-dites-moi tout moi, Tison, je saurai adoucir les scnes affligeantes
-et choisir le moment de les lui transmettre. Faites cette
-recommandation, s'il est possible, tous ceux qui donnent des
-nouvelles de mon neveu. J'espre, Tison, que vous trouverez chez eux
-cette piti que je rclame de vous pour cette pauvre mre.
-
-Les longs martyres de la veuve et de la soeur de Louis XVI eurent ici
-leur phase la plus douloureuse. Leur enfant malade, elles ne pouvaient
-le soigner! Malheureux, elles ne pouvaient le consoler! En danger,
-elles ne pouvaient le secourir! Son me innocente faiblissait
-peut-tre, et elles ne pouvaient la soutenir! Est-il un supplice
-comparable ce supplice?
-
-Le soir, Madame Royale dit sa tante: Mon Dieu! comme ma mre a t
-triste aujourd'hui!--Chre enfant, lui rpondit Madame lisabeth,
-votre mre est triste, il est vrai, mais non pas de chagrins nouveaux.
-Ceux que vous lui connaissez, et que toutes deux nous partageons,
-l'ont accable un peu plus aujourd'hui peut-tre que ces jours passs.
-Il est des moments o l'motion des souvenirs domine l'me la plus
-forte. Priez, chre enfant, demandez Dieu que ces souvenirs soient
-moins poignants pour votre mre.--La jeune fille fit sa prire, et
-s'endormit profondment.
-
-Sa mre et sa tante veillrent longtemps. Allant et venant, elles
-parcouraient cet humble rduit o, pendant de si longs jours, elle
-l'avaient vu, malgr les privations, les verrous et les injures, si
-vif, si lger, si affectueux et parfois si riant; travaillant,
-chantant et priant; elles rappelaient les penses, les paroles et les
-actions de coeur du cher petit, et comment, lorsqu'il les voyait
-tristes et souffrantes, il savait trouver, pour les distraire et les
-gayer, quelques tincelles de sa gentille humeur d'autrefois.
-
-Elles remontrent la plate-forme le lendemain et le surlendemain.
-Elles y restrent longtemps: rien ne parut. Oh! pourquoi cette
-terrible rvlation leur avait-elle t faite? Marie-Antoinette ne
-revit pas son fils ces jours-l; elle ne devait plus le revoir, et
-elle allait emporter du Temple une source nouvelle et intarissable de
-larmes, d'inquitudes et de tourments.
-
-Le 1er aot, la Convention nationale dcrta:
-
-Marie-Antoinette est envoye au tribunal extraordinaire; elle sera
-transfre sur-le-champ la Conciergerie.
-
-Tous les individus de la famille Capet seront dports hors du
-territoire de la Rpublique, l'exception des deux enfants de Louis
-Capet et des individus de la famille qui sont sous le glaive de la
-loi.
-
-lisabeth Capet ne pourra tre dporte qu'aprs le jugement de
-Marie-Antoinette.
-
-Les membres de la famille Capet qui sont hors le glaive de la loi
-seront dports aprs le jugement, s'ils sont absous.
-
-La dpense des deux enfants de Louis Capet sera rduite ce qui est
-ncessaire pour l'entretien et la nourriture de deux individus.
-
-Les tombeaux et mausoles des ci-devant rois, levs dans l'glise de
-Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l'tendue de
-la Rpublique, seront dtruits le 10 aot prochain.
-
-Le 2 aot, deux heures du matin, on vint veiller les trois
-prisonnires pour lire la Reine le dcret qui ordonnait sa
-translation la Conciergerie. Marie-Thrse nous a laiss le rcit
-des derniers instants passs avec sa mre: Elle entendit, dit-elle,
-la lecture de ce dcret sans s'mouvoir et sans dire une seule
-parole. Mais Madame lisabeth et Madame Royale se htrent de
-demander suivre la Reine, ce qui leur fut refus. Pendant tout le
-temps que la Reine fit le paquet de ses vtements, les municipaux ne
-la quittrent point: elle fut mme oblige de s'habiller devant eux.
-On lui demanda ses poches, qu'elle donna; ils les fouillrent et
-prirent tout ce qu'elles contenaient, quoiqu'il n'y et rien
-d'important. Ils en firent un paquet pour l'envoyer au tribunal
-rvolutionnaire, et dirent la Reine que ce paquet serait ouvert
-devant elle au tribunal. Ils ne lui laissrent qu'un mouchoir et un
-flacon. Elle partit aprs avoir embrass sa fille, en l'engageant
-conserver tout son courage, et en lui recommandant d'avoir bien soin
-de sa tante et de lui obir comme une seconde mre. Puis elle se
-jeta dans les bras de sa soeur et lui recommanda ses enfants. La jeune
-Princesse tait tellement saisie et son affliction tait si profonde
-de se voir spare de sa mre, qu'elle n'eut pas la force de lui
-rpondre. Enfin Madame lisabeth ayant adress quelques mots
-l'oreille de la Reine, elle partit sans jeter davantage les yeux sur
-sa fille, dans la crainte de perdre sa fermet. Elle fut oblige de
-s'arrter au bas de la tour, parce que les municipaux voulurent faire
-un procs-verbal pour la dcharge de sa personne. En sortant, elle se
-frappa la tte au guichet, faute de penser se baisser; et comme on
-lui demanda si elle ne s'tait pas fait de mal: Oh! non, dit-elle,
-rien prsent ne peut plus me faire de mal.--Elle monta en voiture
-avec un municipal et deux gendarmes.
-
-
-
-
-LIVRE DIXIME.
-
-DEPUIS LE DPART DE LA REINE JUSQU' CELUI DE MADAME
-LISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE.
-
-2 AOT 1793--9 MAI 1794.
-
- Le second malheur est pass, et le troisime viendra bientt.
-
- _Apocalypse_, chap. XI, vers. 14.
-
- Correspondance secrte tablie entre la Conciergerie et le
- Temple. -- M. Hue. -- Madame Richard. -- Eau de Ville-d'Avray
- adresse la Conciergerie comme elle l'avait t au Temple. --
- Rosalie Lamorlire. -- Paquet de linges, hardes et vtements
- arrivant du Temple la Conciergerie. En ouvrant ce paquet et en
- remarquant le soin avec lequel il avait t compos,
- Marie-Antoinette s'attendrit et reconnat les attentions de sa
- soeur lisabeth. -- Aiguilles tricoter demandes par la Reine,
- point accordes par les municipaux. -- Blasphmes et jurements de
- Simon. -- Chansons rvolutionnaires auxquelles se mle la petite
- voix de Louis XVII. -- Madame lisabeth conjure les commissaires
- de la Commune d'obtenir de Simon un peu plus de modration. -- Le
- municipal Barelle. -- La fille Tison. -- Hbert, accompagn de
- quatre membres du conseil de la Commune, se prsente au Temple le
- 21 septembre. -- Arrts acerbes. -- Nouvelle perquisition le 24.
- -- Privations noblement supportes. -- La garde-robe de Louis XVI
- brle sur la place de Grve. -- Procs de la Reine. -- Le maire
- et le procureur de la commune au Temple. -- Odieuse dposition
- arrache au jeune Prince. -- Le lendemain, ces deux officiers de
- la Commune retournent au Temple avec David, membre de la
- Convention. -- Nouvel interrogatoire, o sont appels l'enfant
- royal, sa soeur et sa tante. -- Hue arrt; plus de nouvelles de
- la Reine. -- Madame lisabeth aperoit Louis XVII. -- Chaumette
- se plaint au conseil de la Commune des dpenses excessives que
- ncessite le maintien de trois individus dans la tour du Temple.
- -- Invention d'un nouveau document pour essayer de compromettre
- Madame lisabeth. -- Dernier crit de la Reine. -- Tison mis au
- secret. -- Mort de Marie-Antoinette. -- Fournes de victimes. --
- Terreur. -- Madame lisabeth indignement calomnie. -- L'huissier
- Monet au Temple. -- Adieux d'lisabeth et de Marie-Thrse. -- La
- Conciergerie. -- Premier interrogatoire de Madame lisabeth.
-
-
-Peu de jours aprs le dpart de la Reine, Madame lisabeth et sa nice
-parvinrent se procurer de ses nouvelles par l'entremise de M. Hue,
-qui fut assez heureux pour tablir quelque communication entre la
-Conciergerie et la tour du Temple. Cet excellent homme n'avait pas
-tard rencontrer un auxiliaire dans une femme prpose la garde
-mme de Marie-Antoinette, madame Richard, dsigne sous le nom de
-_Sensible_ dans la correspondance de Madame lisabeth. Cette femme
-obtint des administrateurs de la police que les bouteilles d'eau de
-Ville-d'Avray qui taient chaque jour envoyes au Temple pendant la
-captivit de la Reine dans cette demeure lui fussent adresses aussi
-chaque jour la Conciergerie. Bien que cette attention part
-contraire l'esprit d'galit dont le peuple avait salu
-l'inauguration avec tant d'enthousiasme, cette faveur d'une eau
-privilgie ne fut point refuse la _veuve Capet_, dont l'estomac ne
-pouvait supporter une autre eau.
-
-Ce ne fut pas tout. Madame lisabeth n'ignorait pas le dnment absolu
-o sa soeur se trouvait la Conciergerie. Il ne lui suffisait pas de
-consoler l'orphelin, elle essaya d'tre utile la veuve. Une
-dclaration de Rosalie Lamorlire, servante la Conciergerie durant
-la captivit de Marie-Antoinette, nous a fait savoir ce qui suit: Le
-2 aot, pendant la nuit, quand la Reine arriva du Temple, je
-remarquai, dit-elle, qu'on n'avoit amen avec elle aucune espce de
-hardes ni de vtements. Le lendemain et tous les jours suivants, cette
-malheureuse princesse demandait du linge, et madame Richard, craignant
-de se compromettre, n'osoit ni lui en prter ni lui en fournir. Enfin
-le municipal Michonis, qui dans le coeur toit honnte homme, se
-transporta au Temple, et, le dixime jour, on apporta du donjon un
-paquet que la Reine ouvrit promptement. C'toient de belles chemises
-de batiste, des mouchoirs de poche, des fichus, des bas de soie ou de
-filoselle noirs, un dshabill blanc pour le matin, quelques bonnets
-de nuit et plusieurs bouts de rubans de largeur ingale. Madame
-s'attendrit en parcourant ce linge, et se retournant vers madame
-Richard et moi, elle dit: A la manire soigne de tout ceci, je
-reconnois les attentions et la main de ma pauvre soeur lisabeth.
-
-Au nombre des objets rclams par la Reine figuraient ses aiguilles
-tricoter et des bas qu'elle avait commencs pour son fils[71]. Ces
-choses furent remises avec empressement par Madame lisabeth; mais les
-officiers municipaux prtendirent qu'il tait craindre que la veuve
-Capet ne se servt des aiguilles pour attenter sa vie, et que par
-consquent ils devaient s'abstenir de les joindre l'envoi. La Reine
-fut ainsi trompe dans son esprance de travail; mais elle avait des
-nouvelles de sa fille et de sa soeur, et sa fille et sa soeur avaient
-de ses nouvelles[72]: ce fut un jour de consolation pour les deux
-captivits.
-
-[Note 71: Municipalit de Paris.--Conseil du Temple.
-
- Du dimanche quatre aot 1793, l'an II de la
- Rpublique une et indivisible.
-
-CITOYENS COLLGUES,
-
-Le conseil, faisant droit votre demande de ce jour, vous envoie la
-redingote et la jupe demandes, un jupon de dessous galement en
-basin, plus deux paires de bas de filoselle, une paire de chaussettes,
-et le bas tricoter renferm dans une corbeille; le tout inclus dans
-une serviette marque M, coton rouge.
-
-Il vous plaira donner un reu desdits effets l'ordonnance qui vous
-les remettra.
-
-Vos collgues, les commissaires composant le conseil du Temple.
-
- JONQUOY, FORESTIER, SGUY, DAUBANCOURT, FARO.
-
-Dpartement de police.--Commune de Paris.
-
- Le 5 aot 1793, l'an II de la Rpublique
- franaise une et indivisible.
-
-Nous, administrateurs au dpartement de la police, aprs en avoir
-confr avec le citoyen Fouquier-Tinville, accusateur public du
-tribunal rvolutionnaire, invitons nos collgues les membres du
-conseil gnral de la Commune formant le conseil du Temple, faire
-porter chaque jour deux bouteilles d'eau de Ville-d'Avray la veuve
-Capet, dtenue la maison de justice de la Conciergerie, et sur la
-provision qui vient tous les jours de cette eau au Temple.
-
- BAUDRAIS, MARINO.
-
- (Archives de l'Empire, carton E, n 6206.)]
-
-[Note 72: Prive de ses aiguilles, la Reine tira les fils d'une
-vieille tenture, et l'aide de deux bouts de plume, elle tricota une
-espce de jarretire, que le sieur Bault, concierge de sa prison,
-recueillit avec soin, et qu'il confia M. Hue pour en faire hommage
-Madame Royale, qui le reut avec un respect religieux. (_Dernires
-annes du rgne de Louis XVI._)]
-
-Tison, rest avec sa fille la tour, communiquait Madame lisabeth
-les renseignements qu'il pouvait se procurer sur l'tat de son neveu.
-Les dtails que lui transmettait Tison sur la cruaut de Simon lui
-semblaient toujours exagrs; cette belle me avait de la peine
-croire que la frocit humaine pt aller si loin. Mais un jour elle
-fut condamne perdre ce reste d'illusion: Simon levait si haut la
-voix que ses jurements et ses blasphmes montaient jusqu' elle, et ce
-qu'il y avait de plus douloureux, c'est que ces jurements et ces
-blasphmes taient parfois suivis des cris plaintifs d'un enfant.
-Madame lisabeth, qui avait tout cach sa nice, ne peut plus
-rvoquer en doute devant elle la conduite de Simon. La pauvre soeur a
-entendu les lamentations du frre, et, chose plus triste encore, elle
-a distingu le son de sa voix mle celle du mnage Simon dans les
-chansons rvolutionnaires. Nous l'entendions tous les jours, dit-elle
-dans le rcit de la captivit du Temple, chanter avec Simon _la
-Carmagnole_ et autres horreurs pareilles... La Reine heureusement ne
-les a pas entendues, elle toit partie; c'est un supplice dont le Ciel
-l'a prserve. Le coeur de la jeune fille, partag entre la pense de
-sa mre et celle de son frre, prouvait d'inexprimables angoisses,
-que sa tante essayait en vain de soulager: il y avait des heures o la
-sainte mlancolie de la captivit s'emparait de l'une comme de l'autre
-et attristait leur front. Plus d'une fois les deux prisonnires se
-regardaient comme pour chercher des larmes dans leurs yeux. Les yeux
-de Madame lisabeth, habitus regarder le ciel, n'avaient pas de
-larmes. Cette femme forte soutenait sa jeune compagne non-seulement
-par sa parole, mais par son attitude mme. La spiritualit d'lisabeth
-tait solide et pratique: la prire et la victoire sur soi-mme
-faisaient la base de sa doctrine. On ne dira jamais assez avec quel
-dvouement, avec quelle sollicitude Madame lisabeth lui prodiguait
-les trsors de sa raison et de son coeur. Rclamant pour elle tous les
-sacrifices, elle usait de prcautions infinies, d'un art anglique
-pour carter des lvres de ceux qui lui taient chers le calice dont
-elle se rservait toutes les amertumes. Sa raison persuasive savait
-adoucir les maux pour les rendre plus supportables, et sa pit,
-claire par la foi, savait fconder les douleurs et les rendre
-mritoires en les offrant au Ciel. C'est cette cole sacre, svre
-apprentissage d'une vie svre, que la fille de Louis XVI puisa ces
-leons de foi et d'hrosme qui ont lev son me au-dessus des plus
-hautes infortunes.
-
-Au tourment de savoir le Dauphin dans une telle situation se joignit
-bientt la douleur de ne pouvoir se procurer aucune nouvelle de la
-Reine[73]. Toute relation avait cess avec la Conciergerie. La plus
-rigoureuse surveillance aussi bien que la terreur avaient enlev
-Madame lisabeth ces rares intermdiaires par lesquels elle tait plus
-d'une fois parvenue adoucir la position de la Reine en lui faisant
-passer des nouvelles rassurantes sur ses enfants. Elle-mme, ds la
-nuit o Marie-Antoinette avait t enleve du Temple, avait cru, dans
-la crainte de la compromettre, devoir anantir des crayons et quelques
-petites feuilles de papier qu'elle tenait cachs dans un coin sous le
-papier qui tapissait sa chambre. Tout instrument matriel de
-correspondance lui faisait donc dfaut. Mais que ne peut le gnie de
-la captivit? La malheureuse Reine parvint faire rclamer des effets
-qu'elle avait laisss la tour[74] et dont elle avait, disait-elle,
-le plus pressant besoin. Par ce moyen, la prison du Temple et le
-cachot de la Conciergerie changrent encore une fois quelques
-paroles. Celles que Madame lisabeth envoyait sa belle-soeur
-donnaient sur le pauvre petit Prince des renseignements qui n'taient
-pas exacts: il est des situations o la conscience la plus droite se
-fait un devoir de taire la vrit.
-
-[Note 73: On la traitait dj en condamne avant mme qu'elle ft
-juge; voici le procs-verbal de la visite que lui firent les
-administrateurs de police pour s'emparer, au nom de la nation, de ces
-objets dont on ne se spare ordinairement qu'avec la vie.
-
-Dpartement de police.--Commune de Paris.
-
-Du 10 septembre 1793, l'an IIe de la Rpublique franaise une et
-indivisible.
-
-Nous, administrateurs au dpartement de police, en vertu de
-l'injonction du comit de sret gnrale de la Convention nationale,
-date d'hier, nous sommes transports la maison de justice de la
-Conciergerie, o tant parvenus la chambre occupe par la veuve
-Capet, l'avons somme, au nom de la loi, de nous remettre ses bagues
-et joyaux, ce qu'elle a fait l'instant, consistant en un anneau d'or
-qui s'ouvre, dans lequel elle a dclar qu'il y avait des cheveux, et
-sur lequel il y a diffrents chiffres; une autre pierre et
-talisman; une autre pivot, maille, ayant une toile d'un ct et
-un T et un L de l'autre, laquelle elle a dclar renfermer aussi des
-cheveux; une autre en forme de petit collier et destine pour le petit
-doigt; une montre d'or rptition et quantime, invente par
-Brguet, Paris, n 46, quai de l'Horloge, marque R. A., ensuite A.
-M., avec une autre aiguille dont nous n'avons connu l'usage, laquelle
-est garnie d'une chane en acier et une branche, avec un cachet en
-or s'ouvrant, dont une partie reprsente un A et un M; un autre cachet
-en acier portant pour empreinte deux flambeaux et pour lgende l'amour
-et la fidlit, et diffrents chiffres sur les cts simulant un
-almanach; un mdaillon en or appendu une petite chane, aussi d'or,
-servant de collier, ledit mdaillon renfermant des cheveux entrelacs;
-un bouton jour qui nous a paru tre d'argent.
-
-Lecture elle faite du prsent, a dit icelui contenir vrit,
-qu'elle y persiste et a sign avec nous et les deux citoyens gendarmes
-de service auprs d'elle, et la citoyenne Harel, aussi de service; le
-citoyen Leblanc, chef du bureau central; la Bussire, secrtaire du
-dpartement de police, et la citoyenne Richard, pouse du citoyen
-Richard, concierge de ladite maison de la Conciergerie; et aprs
-ladite lecture, nous nous sommes aperus qu'il tait dit dans le
-prsent que la montre tait quantime, qu'au contraire elle est
-secondes.
-
- _Sign_ la minute:
- MARIE-ANTOINETTE; DES FRENNES, GILBERT, HEUSSE,
- administrateurs; LEBLANC, LA BUSSIRE, RICHARD
- et HAREL.
-
-Et l'instant, nous, administrateurs et dnomms d'autre part, nous
-sommes transports au domicile du citoyen Richard, concierge, o tant
-parvenus, nous avons intim l'ordre aux citoyens des Frennes et
-Gilbert, gendarmes, et la citoyenne Harel de se retirer l'instant,
-avec tous les effets qui pourraient leur appartenir, de la chambre
-occupe par la veuve Capet, o ils ont t de garde jusqu' prsent,
-quoi ils ont obi l'instant; et leur avons aussi enjoint de rester
-dans ladite maison de justice jusqu'aprs notre rapport fait nos
-collgues; nous avons aussi enjoint au citoyen Richard, concierge, de
-prendre toutes les mesures et prcautions envers ladite veuve Capet,
-qu'il est d'usage et d'obligation de prendre envers ceux qui sont
-dtenus au secret; avons pareillement enjoint au commandant du poste
-de la gendarmerie, appel cet effet, de faire poser l'instant un
-factionnaire la porte de ladite chambre de la veuve Capet, et en
-dehors, lequel aura pour consigne de ne laisser parler, ni
-communiquer, ni approcher personne de ladite porte, que le citoyen
-concierge et son pouse, et un autre factionnaire dans la cour, prs
-les fentres de ladite chambre occupe par la veuve Capet, lequel aura
-pour consigne de ne laisser approcher personne la distance de dix
-pas, et ne laisser parler ni communiquer qui que ce soit, sous tel
-prtexte que ce puisse tre, laquelle consigne a t donne
-l'instant, et les factionnaires poss suivant le rapport dudit citoyen
-commandant du poste et du brigadier de service la grande rserve,
-laquelle consigne ledit citoyen commandant s'oblige de faire excuter
-de releve en releve, et transmettre celui par qui il sera
-remplac.
-
-Lecture eux faite du prsent, ont dit icelui contenir vrit,
-qu'ils satisferaient au contenu, et ont sign avec nous.
-
- _Sign_ la minute:
- DE BUSNE, LECOMTE, LEBLANC, HAREL, GILBERT,
- DES FRENNES, RICHARD, LA BUSSIRE et HEUSSE,
- administrateurs.
-
- Pour copie conforme l'original:
- N. FROIDURE.]
-
-[Note 74: Citoyens collgues, Marie-Antoinette me charge de lui faire
-passer quatre chemises et une paire de souliers non numrots, dont
-elle a un pressant besoin.
-
-J'espre que vous voudrez bien les faire remettre au porteur de la
-prsente.
-
-Je suis avec fraternit,
-
- MICHONIS.
-
- De la Conciergerie, ce 19 aot.
- (Archives de l'Empire, carton E, n 6206.)
-
- * * * * *
-
-Commune de Paris.
-
- Le 26 septembre 1793, l'an II de la Rpublique une et indivisible.
-
-Citoyens, nos collgues, sur la demande qui nous a t faite par la
-veuve Capet de diffrents objets relatifs des besoins de vtements,
-l'administration de police vous invite faire des recherches dans
-tout ce qui reste d'habillements au Temple l'usage de la veuve
-Capet, afin de savoir si les articles qui lui sont ncessaires et
-qu'elle demande sont dans la garde-robe qui est au Temple, et, dans le
-cas o ils y seraient, de nous les envoyer de suite, attendu qu'il en
-rsultera une conomie.
-
-Nous vous envoyons ci-joint la note des objets.
-
- Les administrateurs de police,
- MENNESSIER, CAILLEUX.
-
- (Archives de l'Empire, carton E, n 6206.)]
-
-Si nous ne l'avons point dit encore, nos lecteurs ont compris sans
-doute que Madame lisabeth n'avait rien nglig pour obtenir de Simon
-un peu plus de rserve dans ses paroles et de modration dans ses
-gestes. Bien que, dans la prison du Temple, elle ft moins
-communicative que la Reine, et que, en gnral, elle montrt plus de
-fiert que sa belle-soeur, parlant beaucoup moins aux mandataires de
-la Commune, pas un municipal de maintien convenable ou de physionomie
-avenante n'tait depuis quelque temps venu au Temple sans qu'elle lui
-et adress ses plaintes, en le conjurant d'intervenir auprs du
-farouche prcepteur. Mais les uns ne voulurent pas examiner ce que ces
-plaintes avaient de fond, ne se sentant ni le droit ni le pouvoir
-d'improuver la conduite de Simon; les autres, trouvant ces plaintes
-injustes ou tout au moins exagres, les repoussrent avec ddain;
-d'autres enfin, plus fanatiques, rpondirent ces plaintes par
-l'loge de celui-l mme contre lequel elles taient portes. Un seul
-fut accessible aux prires de Madame lisabeth: ce fut Barelle, maon
-de son mtier, homme simple et sans ducation, mais d'un coeur
-bienveillant; il tait pre, il porta courageusement quelques
-observations au dmagogue acaritre dont il avait lui-mme entendu les
-jurements pendant qu'il tait de service chez les Princesses. Ces
-observations, bien que revtues de formes polies et caressantes,
-furent mal reues. Simon rejeta sur le caractre roide et indocile de
-son lve les rigueurs dont il tait parfois oblig d'user. Je sais
-ce que je fais et ce que j'ai faire, ajouta-t-il; ma place vous
-_iriez_ peut-tre plus vite. L'intervention de Barelle n'eut d'autre
-effet que de rendre plus dure la captivit du jeune Louis.
-
-Le 26 aot, la fille de Tison, qui allait quitter le Temple, demanda
- voir le petit Capet. Faut-il voir dans sa dmarche un dsir
-personnel de dire adieu au charmant enfant, que, malgr la premire
-influence de ses parents, elle n'avait jamais pu voir sans motion, ou
-faut-il y trouver une suggestion de Madame lisabeth, dans l'espoir
-d'obtenir quelques renseignements sur son neveu? Quoi qu'il en soit,
-cette dmarche n'eut d'autre rsultat que de faire passer l'examen
-le plus minutieux la personne de la jeune fille, ainsi que le paquet
-qu'elle portait sa mre l'Htel-Dieu[75].
-
-[Note 75: Municipalit de Paris.
-
-Nous recommandons aux citoyens commandants de la force arme de
-laisser sortir la fille du citoyen Tison avec un paquet dans une
-serviette, contenant des vieux souliers et un vieux paquet de gaze,
-lesquels nous avons vrifis au Temple, ce 26 aot 1793.
-
- N. GURIN, ARNAUD, LUBIN, PAQUOTE, commissaires.]
-
-Le 21 septembre, Hbert, substitut du procureur de la Commune,
-accompagn de Jonquoy, Lelivre, Camus et Grenard, officiers
-municipaux, se prsente la tour. Marie-Thrse, assise prs de sa
-tante, tenait en main un almanach rpublicain qu'elle s'empressa de
-refermer. Si vos saints ne s'y trouvent pas, lui dit Hbert, vous y
-trouverez nos ftes nationales. Nous aurons demain une crmonie
-civique en l'honneur de l'anniversaire de la Rpublique. Le peuple
-sera notre Dieu: il ne doit point y en avoir d'autre; mais ce n'est
-pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.
-
-Il leur dclare alors qu'il est porteur d'un arrt de la Commune qui
-ordonne de resserrer plus troitement encore les deux prisonnires, et
-de leur retirer la personne qui les sert. Dans toutes les maisons de
-dtention, leur dit-il, les dtenus n'ont personne pour les servir;
-l'exception faite pour vous offense la justice et la moralit
-publiques, l'galit devant rgner dans les prisons comme partout
-ailleurs. A l'avenir, Hanriot et le porteur d'eau auront seuls le
-droit d'entrer ici[76].
-
-[Note 76: Voici le compte rendu de ce qui s'tait pass dans la
-journe au conseil gnral de la Commune.
-
-Le substitut du procureur de la Commune demande, comme mesure de
-sret et conforme l'galit, que demain toute la cuisine du Temple
-soit supprime et tous les domestiques et valets renvoys, et que les
-prisonniers qui y sont renferms ne soient pas traits diffremment
-que tous les dtenus dans les autres maisons d'arrt, et que, ds ce
-soir, il sera nomm une commission pour aller faire excuter cet
-arrt au Temple. Son rquisitoire est adopt l'unanimit.
-
-Les membres nomms pour cette commission sont: Grenard, Lelivre,
-Camus et Jonquoy.
-
-Les mmes mesures sont prises relativement la veuve Capet; le
-conseil arrte que la nourriture de ladite Capet sera rduite au
-simple ncessaire; que, par respect pour l'galit, elle sera traite
-comme tous les autres prisonniers indistinctement, et qu'elle n'aura
-d'autres domestiques que ceux qui servent les prisons, et que cet
-arrt sera aussi signifi au concierge de la Conciergerie. (Archives
-de l'htel de ville.)]
-
-Le substitut du procureur est obi. Tison, disgraci, est refoul dans
-la tourelle qui lui servira de prison. A l'avenir, les deux recluses
-feront leur lit et balayeront leur chambre; leur porte ne s'ouvrira
-plus que pour laisser arriver leurs aliments; elles ne doivent plus
-voir un visage humain ni entendre une voix humaine. Le sombre visiteur
-qu'elles viennent de recevoir provoque des mesures qui rendront plus
-dur encore le rgime de leur prison. Les deux arrts suivants sont
-pris le lendemain par la Commission du Temple:
-
- _Du 22 septembre 1793, l'an II de la Rpublique une et indivisible._
-
-_Le conseil, considrant que la plus grande conomie doit rgner et
-tre observe, arrte ce qui suit_:
-
- 1 _Qu' compter de ce jour, l'usage de la ptisserie et de la
- volaille, pour toute table, sera supprim_;
-
- 2 _Que les dtenues n'auront leur djeuner qu'une sorte
- d'aliment_;
-
- 3 _Qu' leur dner, il ne leur sera donn qu'un potage, un
- bouilli et un plat quelconque. Il leur sera dlivr en outre une
- demi-bouteille de vin ordinaire, par jour, pour chacune d'elles;_
-
- 4 _Au souper, elles auront deux plats._
-
-Le second arrt porte:
-
- 1 _Qu' compter de ce jour, il ne sera plus fourni de bougie
- dans l'intrieur de la tour; que les prisonniers ne seront plus
- clairs qu'avec de la chandelle; qu'il ne sera brl de bougie
- qu'au bureau du conseil;_
-
- 2 _Que l'argenterie, la porcelaine sera interdite, et que l'on
- ne servira plus que des couverts d'tain et de la faence
- commune._
-
- Les commissaires de service au Temple,
-
- VIALLARD, ROBIN, TONNELIER, VRON.
-
- * * * * *
-
-Une perquisition plus rigoureuse que les prcdentes tait faite, le
-24 septembre, chez Madame lisabeth[77]. L'inauguration du nouveau
-rgime prescrit par les arrts que nous venons de transcrire avait
-t faite avec un zle irrprochable. Non-seulement toute dlicatesse
-tait supprime dans la nourriture, mais des draps d'curie en toile
-jaune taient substitus aux draps blancs, la faence la porcelaine,
-l'tain l'argenterie, la chandelle la bougie. Madame lisabeth
-supportait les privations aussi bien que les outrages avec un calme
-impassible et religieux qui tonnait ses gardiens. Elle ne redoutait
-la perscution que pour sa nice, objet de ses soins et de sa
-tendresse. Elle acceptait avec une sorte de joie le changement apport
- ses aliments. Les jours d'abstinence, elle conserva tant qu'elle le
-put l'habitude du maigre, ne mangeant que du pain lorsque la
-nourriture qu'on lui prsentait n'tait pas conforme aux prescriptions
-de l'glise. On cessa de lui fournir de l'eau de Ville-d'Avray,
-laquelle elle tait accoutume depuis son jeune ge. Ce fut pour elle
-une privation relle; mais sa pit reut comme une mortification le
-refus qu'on lui en fit.
-
-[Note 77: Un des commissaires nomms par le conseil gnral pour
-faire perquisition chez les prisonniers du Temple et en retirer tous
-les objets de luxe, rend compte de sa mission.
-
-Il dit que les commissaires ont retir et fait mettre sous les
-scells les porcelaines qu'ils ont trouves.
-
-Il a ajout qu'ils ont trouv dans une commode appartenant
-lisabeth deux rouleaux chacun de quarante pices d'or de la valeur de
-vingt-quatre livres, que ladite lisabeth a dclar lui avoir t
-donns en dpt par la veuve Lamballe l'poque du 10 aot 1792, et
-que ces mmes pices avaient t confies la veuve Lamballe par une
-autre personne.
-
-Le conseil arrte le dpt au trsor national des pices d'or
-ci-dessus mentionnes, ainsi que des mille cus trouvs lors de la
-mort de Capet, ainsi que des diffrentes dcorations qu'il portait de
-son vivant; et a nomm pour commissaires cet effet les commissaires
-dj nomms.
-
-Sur le rquisitoire du procureur de la Commune, le conseil gnral
-arrte que le lit, les habits et tout ce qui servait au logement et au
-vtement de Capet sera, dimanche prochain, brl en place de Grve;
-les commissaires nomms cet effet sont Grenard, Lelivre, etc.
-
- LUBIN, vice-prsident.
- DORAT-CUBIRES.
-
-(Sance du mardi 24 septembre 1793.)]
-
-Au premier repas qui suivit l'arrt dont nous avons le texte plus
-haut, Madame lisabeth dit sa jeune compagne: C'est le pain du
-pauvre: nous sommes pauvres aussi. Combien d'infortuns en ont moins
-encore!
-
-Madame lisabeth ignorait que cette recrudescence de colre ne
-s'arrtait pas aux vivants: elle s'attaquait celui qui n'tait plus.
-La Commune faisait brler sur un bcher, en place de Grve, la
-garde-robe de Louis XVI, place jusque-l sous les scells[78].
-
-[Note 78:
-
-_Conseil gnral de la Commune de Paris._
-
- (Sance du lundi 30 septembre 1793.)
-
-Le secrtaire greffier rend compte du brlement de la garde-robe de
-Capet, qui a eu lieu hier dimanche, 29 du prsent.
-
-Le dimanche 29 septembre 1793, l'an II de la Rpublique franaise, le
-citoyen Camus, commissaire nomm cet effet par le conseil gnral,
-ayant fait transporter au dpt du secrtariat de la maison commune la
-garde-robe de feu Capet, j'ai trouv qu'elle tait enveloppe dans une
-toile cousue et cachete en six endroits; aprs avoir reconnu les
-cachets sains et entiers, j'ai fait l'ouverture du paquet, et j'ai
-trouv les effets suivants, savoir:
-
-Un chapeau, une bote d'caille casse, un petit paquet de lisires
-et de rubans blancs, six habits, tant de drap que de soie et de petit
-velours; une redingote de drap, huit vestes, tant de drap, petit
-velours, soie que de lin; dix culottes idem, deux robes de chambre
-blanches, une camisole de satin ouate, cinq pantalons, dix-neuf
-vestes blanches.
-
-Lesquels effets j'ai fait transporter sur la place de Grve par les
-garons de bureau, aprs les avoir pralablement fait vrifier par les
-citoyens Pierre-Jacques Legrand et tienne-Antoine Souard,
-commissaires, qui se sont transports avec moi en ladite place, o
-j'ai trouv un bcher prpar, sur lequel tous les effets ont t
-rangs, et les commissaires y ayant mis le feu, ils ont t rduits en
-cendres, au dsir de l'arrt du conseil gnral.
-
- _Sign_ la minute:
- LEGRAND, SOUARD, membres de la Commune;
- COULOMBEAU, secrtaire greffier.]
-
-Madame lisabeth avait eu, ds ses premiers ans, de petites
-incommodits qui n'affectaient point le fond de son temprament. Les
-chagrins les ayant rendues moins supportables, elle se fit mettre un
-cautre au bras. Longtemps on lui refusa de l'onguent pour le panser.
-Moins inhumain que les autres, un municipal lui en fit donner un jour;
-mais elle ne put jamais obtenir pour sa nice le jus d'herbes dont
-cette Princesse faisait usage[79].
-
-[Note 79: _Vie de Madame lisabeth de France_. Paris, Vauquelin, 1814,
-in-24 de 105 pages.]
-
-La Convention tait presse de voir s'instruire le procs de
-Marie-Antoinette; elle sentait derrire elle les impatiences de la
-Commune, bien autrement implacables que les siennes. Le 3 octobre, sur
-la proposition d'un de ses membres, elle dcrta que le tribunal
-rvolutionnaire s'occuperoit sans dlai et sans interruption du
-jugement de la veuve Capet. Fouquier, dont la conscience n'tait
-cependant pas, comme on sait, trs-scrupuleuse, rpondit au prsident
-de la Convention qu'il lui tait impossible de s'occuper de ce
-procs, n'en ayant point les pices lmentaires[80]. Hbert, de
-concert avec Simon et le citoyen Daujon, officier municipal, avait
-conu le projet de fournir ce procs une pice devant laquelle
-devaient plir toutes celles du dossier accusateur. Dans la matine du
-13 vendmiaire an II (4 octobre 1793), Chaumette est prvenu par Simon
-que le petit Capet se trouve dispos rpondre toutes les questions
-qu'on aurait lui faire dans l'intrt de la justice. Le maire et le
-procureur de la Commune annoncent qu'ils se rendront au Temple le
-surlendemain, et le conseil gnral dsigne deux de ses membres pour
-les accompagner[81].
-
-[Note 80:
-
- _Paris, ce 5 octobre 1793, l'an IIe de la Rpublique une
- et indivisible._
-
-CITOYEN PRSIDENT,
-
-_J'ai l'honneur d'informer la Convention que le dcret par elle rendu
-le 3 de ce mois, portant que le tribunal rvolutionnaire s'occupera
-sans dlai et sans interruption du jugement de la veuve Capet, m'a t
-transmis hier soir. Mais jusqu' ce jour, il ne m'a t transmis
-aucunes pices relatives MARIE-ANTOINETTE; de sorte que, quelque
-dsir que le tribunal ait d'excuter les dcrets de la Convention, il
-se trouve dans l'impossibilit d'excuter ce dcret tant qu'il n'aura
-pas ces pices._]
-
-[Note 81: Le conseil gnral nomme Laurent et Friry, qui s'adjoindront
-au citoyen maire, au procureur de la Commune et aux commissaires dj
-nomms pour aller au Temple. (Sance du 4 octobre 1793.)]
-
-En effet, le 15 vendmiaire (6 octobre), Pache et Chaumette et les
-deux municipaux arrivent la tour. Leur entre dans la chambre de
-Simon impose l'enfant, dont l'ivresse, prpare avant l'heure,
-commenait se dissiper. Heusse, administrateur de police, donne
-lecture d'un interrogatoire crit d'avance, et, si l'on en croit une
-tradition contemporaine, rdig par Daujon. Dans ce _factum_, produit
-d'une imagination perverse, le petit Prince rpond comme on voulait
-qu'il rpondt, et cette heure on vient lui demander de signer comme
-on voulait qu'il signt. Encourag, poursuivi, harcel, fatigu par
-ses visiteurs, il signe. Cette signature toute tremble avec laquelle
-on esprait accuser la Reine n'accuse que ceux qui ont conduit, nous
-voulons dire qui ont gar la main de l'enfant. L'acte, sign aussi de
-Pache, Chaumette et Hbert; de Friry et Laurent, commissaires du
-conseil gnral; de Sguy, commissaire de service au Temple; de
-Heusse, administrateur de police, et de Simon, est emport comme un
-trsor au comit de sret gnrale.
-
-Cependant les ennemis de la Reine se demandent si le poison de la
-calomnie plac sur les lvres du fils suffit pour tuer l'honneur de la
-mre, et s'il ne convient pas d'appuyer de tmoignages srieux la
-dposition d'un enfant auquel il est facile de faire dire ce qu'on
-veut. Ds le lendemain 16 vendmiaire (7 octobre), Pache et Chaumette
-retournent au Temple; David, ami de Chaumette et membre du comit de
-sret gnrale, demande les accompagner; il en est de mme de
-Daujon, qui, selon la tradition dont j'ai parl, venait de recevoir au
-sein du comit quelques flicitations au sujet de la pice dont il
-tait le rdacteur. Peut-tre esprent-ils, l'aide de leurs
-questions captieuses, surprendre la fille et la soeur de Louis XVI
-quelques mots qui, interprts avec adresse, pourront appuyer
-l'chafaudage des calomnies entasses contre la Reine. Pache,
-Chaumette et David, introduits dans la tour, s'installent dans la
-salle du conseil et donnent l'ordre d'y faire descendre la fille de
-Capet. Frappes de stupeur et d'effroi, les deux prisonnires
-demandent instamment qu'on ne les spare point. La jeune orpheline,
-force d'obir, descend. Pour la premire fois depuis qu'elle est
-enferme dans le Temple, Madame lisabeth se trouve seule. Le tendre
-et dernier objet de ses affections lui est-il enlev sans retour?
-Jusqu' prsent ceux qui sont descendus ne sont pas remonts. Le pre
-a rencontr en bas le bourreau, et, ce qui est plus effrayant encore,
-le fils y a trouv Simon. L'esprit de Madame lisabeth est livr aux
-conjectures les plus cruelles; mais elle est loin de deviner ce qui
-ne s'est vu dans les annales d'aucune nation; et, certes, elle
-taxerait de mensonge l'cho de la tour, s'il lui apportait en ce
-moment ce qui se dit dans la salle du Conseil. Elle-mme pourra-t-elle
-le croire quand elle sera condamne l'entendre?
-
-Marie-Thrse, arrive au bas de l'escalier, avait rencontr son
-frre, et elle le pressait dans ses bras. Simon le lui arracha.
-L'enfant sortait de la salle o David avait demand revoir le fils
-du tyran et l'entendre dclarer qu'il reconnaissait comme exact et
-vrai ce qu'il avait dit et sign la veille. L'enfant dconcert avait
-fait un signe affirmatif, et, sur l'injonction de son matre, avait
-rpondu: Oui.
-
-Sa soeur est introduite. Le maire de Paris, le premier, l'interroge
-sur les intelligences de ses parents avec les princes trangers,
-intelligences qu'elle doit avoir connues. Les rponses de
-Marie-Thrse sont si nettes et si fermes que les commissaires ne
-jugent pas propos de pousser plus loin cette banale imputation.
-Chaumette aborde alors les questions qui taient l'objet srieux de
-l'interrogatoire. La jeune fille coute d'abord sans rien comprendre,
-puis tout coup la rougeur lui monte au visage, et les paroles de
-Chaumette, devenues plus explicites et plus claires, soulvent de
-mpris et d'horreur tout ce qu'il y avait de sang chrtien et de sang
-filial dans cette anglique enfant. Chaumette, dit-elle dans sa
-relation, m'interrogea sur mille vilaines choses dont on accusoit ma
-mre et ma tante. Je fus atterre par une telle horreur, et si
-indigne que, malgr toute la peur que j'prouvois, je ne pus
-m'empcher de dire que c'toit une infamie; malgr mes larmes, ils
-insistrent beaucoup. Il y a des choses que je n'ai pas comprises,
-mais ce que je comprenois toit si horrible que je pleurois
-d'indignation.
-
-Les cyniques accusateurs ne s'arrtrent pas devant le cri de la
-nature insulte. Ils rappelrent le jeune Louis rampant sous la
-domination de son matre; ils tablirent entre ces deux tmoins la
-confrontation la plus pnible, la contradiction la plus cruelle, et
-firent ainsi, pendant trois heures, en prsence d'un frre de huit
-ans, subir l'innocence d'une jeune fille aussi pure que le lis qui
-sert d'emblme sa royale maison, l'ignominieux supplice d'un
-interrogatoire que la vertu ne saurait comprendre, et dont
-l'indignation ne suffit pas pour faire justice. Le procs-verbal de
-cet interrogatoire porte encore la signature de Louis-Charles Capet,
-trace d'une main vacillante; elle est prcde de celle de
-Marie-Thrse et suivie de celle de leurs interrogateurs.
-
-Madame Royale demanda alors tre runie sa mre. Cela est
-impossible, lui rpondit Chaumette; retirez-vous, et ne dites rien
-votre tante, que nous allons faire descendre.
-
-Marie-Thrse se jetait peine dans les bras de Madame lisabeth que
-celle-ci lui est enleve, sans savoir ce qui s'est pass, sans savoir
-ce qu'elle doit esprer ou craindre. Descendue la salle du Conseil,
-Pache et Chaumette l'interrogent. Comme elle rpondait leurs
-questions avec une sorte de dignit fire, Chaumette s'en offensa au
-point de lui dire: Baissez un peu le ton; vous tes devant vos
-magistrats: laissez l vos arrogances de cour. Madame lisabeth ne
-rpond rien; mais connaissant quelque peu David pour l'avoir vu dans
-plus d'une occasion Versailles, o son titre de premier peintre du
-Roi lui donnait ses entres, et lui voyant sa tabatire la main:
-Monsieur David, lui dit-elle de ce ton de douceur et de bont qui lui
-tait familier, voudriez-vous me donner une prise de tabac? Je suis
-bien enrhume du cerveau. Et en mme temps elle faisait un geste
-comme pour la prendre. Apprenez, lui rpond David, que vous n'tes
-pas faite pour mettre vos doigts dans ma tabatire. Puis il versa un
-peu de tabac dans le creux que forme le pouce, et l'offrit Madame
-lisabeth, qui lui tourna le dos. Aprs ce lche outrage fait, je ne
-dirai pas une princesse, mais une femme, une femme prisonnire
-et malheureuse, l'interrogatoire reprit son cours. Il n'avait d'abord
-touch qu'aux choses de la politique, et maintenant il droule sous
-les yeux de Madame lisabeth ce long tissu d'infamies dont on a charg
-la Reine et elle-mme. Ses perfides questionneurs voient bientt
-qu'ils attendraient en vain de ce ferme esprit une phrase ambigu dont
-il leur deviendrait possible d'abuser. Toutefois, avant de mettre fin
- leur poursuite, ils confrontent l'enfant avec Madame lisabeth, afin
-de faire rougir devant lui la vertu de sa tante, comme ils avaient
-fait rougir l'innocence de sa soeur. Cet interrogatoire est sign de
-Madame lisabeth, de Louis-Charles, de David, de Pache, de Chaumette,
-de Daujon, de Sguy, de Laurent et de Heusse, administrateur de
-police. Nous donnons ici le _fac-simile_ de ces signatures.
-
-L'odieuse preuve est termine. Remonte dans sa chambre: Oh! mon
-enfant! s'crie Madame lisabeth en tendant les bras sa nice. Le
-silence seul peut exprimer le bouleversement et la confusion qu'elles
-prouvent galement. Leurs larmes coulent; pour la premire fois leurs
-regards s'vitent. Un instant elles demeurent troitement embrasses,
-puis elles se mettent genoux, offrant leur humiliation et leur
-douleur au Dieu des humbles et des affligs.
-
-Leurs rponses nettes et exemptes de toute quivoque avaient
-dconcert les combinaisons des pervers, rduits s'en tenir au
-procs-verbal attribu Daujon et adopt par Hbert. La visite des
-commissaires au Temple ne fut pas toutefois sans rsultat: les images
-dont on avait souill l'imagination des pauvres prisonnires
-laissaient un grand trouble dans leur me; puis la captivit devint
-plus morne et plus dure. Turgy, qui, employ au service intrieur de
-la tour, tait le seul qui ne leur ft pas indiffrent ou hostile, fut
-expuls avec un certain nombre de personnes juges inutiles ou
-devenues suspectes[82]. Voici le dernier billet que Madame lisabeth
-lui crivit:
-
-[Note 82: Dj, depuis un mois, la Commune avait pris un arrt qui
-expulsait du Temple Turgy, Chrtien, Marchand, et en gnral toutes
-les personnes suspectes d'incivisme.
-
-Lecture faite d'un arrt du conseil du Temple, qui demande le
-remplacement de plusieurs individus occups maintenant dans cette
-maison, et qui ont appartenu autrefois au ci-devant comte d'Artois;
-
-Le conseil gnral en confirme les dispositions; arrte en
-consquence que les citoyens Piquet et sa famille, portiers;
-Rockentroh et sa famille, lingers; Baron, portier; Gourlet et sa
-femme, guichetiers; Quenel, commissionnaire; Chrtien, Marchand et
-Turgy, garons servants; la citoyenne Leclerc, femme d'un gendarme
-ci-devant piqueur du comte d'Artois; la femme et les enfants de
-Salmon, ci-devant son valet de pied, et la famille Ango, au nombre de
-quatre personnes, ci-devant garon d'argenterie, seront expulss.]
-
- Le 11 octobre 1793, deux heures un quart.
-
-Je suis bien afflige. Mnagez-vous pour le temps o nous serons plus
-heureux et o nous pourrons vous rcompenser. Emportez la consolation
-d'avoir servi de bons et malheureux matres.
-
-Recommandez Fidle (Toulan) de ne pas trop se hasarder pour nos
-signaux (par le cor). Si le hasard vous fait voir madame Mallemain,
-dites-lui de nos nouvelles, et que je pense elle.
-
-Adieu, honnte homme et fidle sujet: que le Dieu auquel vous tes
-fidle vous soutienne et vous console dans ce que vous avez
-souffrir!
-
-Le 13 octobre, M. Hue fut arrt. De ce moment, Madame lisabeth ne
-put rien apprendre de ce qui se passait. Toute intelligence cessa pour
-elle au dehors comme au dedans. Elle n'eut plus de nouvelles de la
-Reine. Nous n'avons point regretter pour elle cette privation.
-Marie-Antoinette, dont le procs commenait le 14, montait le 16 sur
-l'chafaud. L'ignorance de toute chose o vit Madame lisabeth peut
-accrotre ses inquitudes, mais elle lui pargne une plus grande
-douleur. Il est remarquer que les municipaux de service, les
-gardiens, tous les employs, et Simon lui-mme, gardrent en cette
-circonstance une charitable discrtion.
-
-Quelques jours aprs, vers le soir, Madame lisabeth entendit un bruit
-de querelle dans l'appartement de Simon. Elle craignit naturellement
-que cette rude voix, qui lui tait bien connue, ne s'adresst la
-victime accoutume. Cette pense l'occupa la nuit et le lendemain et
-le surlendemain; n'entendant plus rien et prive de toute nouvelle,
-elle monta au comble de la tourelle par l'escalier de la garde-robe,
-et s'tablit en observation la petite fentre que nous avons
-indique. Le second jour, elle fut paye de ses peines: le matre et
-l'lve se montrrent sur la plate-forme; ils s'arrtrent mme un
-instant, de manire tre vus de la patiente spectatrice, si bien
-qu'elle ne put savoir si elle n'avait point t aperue elle-mme ou
-si elle devait n'attribuer qu'au hasard le regard qu' leur passage
-l'un et l'autre avaient dirig de son ct.
-
-Madame lisabeth et Marie-Thrse, qui avaient t confrontes avec
-l'enfant dans la scne du 7 octobre, avaient pu se convaincre par leurs
-yeux qu'il tait extrmement chang; mais l'altration de ses traits
-n'tait rien auprs de la rvolution qui s'tait opre dans ses ides
-et son langage, et c'tait ce changement moral qui sans doute avait le
-plus pniblement affect sa tante. Jamais, on doit le croire, elle ne
-sentit plus vivement la profonde infortune de sa famille. Cependant,
-courbe sous la main de Dieu, qui semblait chaque jour s'appesantir
-davantage, elle s'abandonnait avec rsignation sa volont, et le
-remerciait des consolations qu'il daignait encore lui permettre; car
-cette prison du Temple, o elle pouvait pleurer tranquillement avec sa
-nice, pouvait d'un jour l'autre lui tre enleve!--Chaumette, en
-effet, avait plus d'une fois reprsent cette maison d'arrt comme un
-asile spcial, exceptionnel, aristocratique, contraire au principe
-d'galit proclam par la Rpublique. Dans le courant du mois de
-novembre, il reprit cette question au point de vue de l'conomie, et
-fit sentir au conseil gnral de la Commune le ridicule de conserver
-dans la tour du Temple trois individus qui ncessitaient une surcharge
-de service et des dpenses excessives[83]. Faisant droit au
-rquisitoire de son procureur, la Commune arrta qu'elle se porterait en
-masse la Convention pour demander la translation des prisonniers du
-Temple dans les prisons ordinaires, et leur assujettissement au
-traitement uniforme de tous les dtenus. Plus circonspect que le conseil
-gnral, le Comit de salut public reut avec rserve la proposition de
-cette mesure: il manda Chaumette, couta ses raisons, les discuta, et
-finit par maintenir dans ses privilges cette dure prison que la Commune
-rvolutionnaire chicanait aux enfants des rois mancipateurs des
-communes.
-
-[Note 83: Le procureur de la Commune se rcrie sur les dpenses
-normes que ncessite la garde des individus dtenus dans la Tour. Il
-requiert, et le conseil arrte que, le dcadi prochain, il se
-transportera en masse la Convention pour lui demander que les
-prisonniers du Temple soient renvoys dans les prisons ordinaires et
-traits comme les dtenus ordinaires, et que ces individus soient
-jugs dans le plus court dlai. (Conseil gnral de la Commune; sance
-du 26 brumaire an II, 16 novembre 1793.)
-
-Cette rsolution fut renouvele cinq jours aprs:
-
-Le conseil gnral arrte que, le quintidi prochain, il se
-transportera en masse la Convention pour lui demander tre
-dcharg de la garde du Temple, et que les prisonniers qui y sont
-dtenus soient transfrs dans les prisons ordinaires, et charge
-Legrand de faire une ptition cet gard. (Sance de la Commune du
-1er frimaire an II, 21 novembre 1793.)]
-
-Ces enfants des rois, dans l'abjection, conservaient toute leur
-dignit. Rocher, un des gardiens du Temple, disait le 12 novembre
-1793: Madame lisabeth ne voulait pas me saluer; elle y est
-maintenant force, parce qu'il faut qu'elle se baisse pour passer sous
-le guichet. Je fume ma pipe, et je lui lche une bouffe son
-passage. La municipalit de Paris ne se tint pas pour battue: elle
-essaya de se venger de l'chec qu'elle venait d'prouver, et renouvela
-dans les appartements du Temple de rigoureuses perquisitions, avec
-l'espoir d'y dcouvrir des papiers ou indices quelconques capables de
-compromettre Madame lisabeth. Elle ne fut pas plus heureuse sur ce
-terrain. Mais il n'y avait pas d'obstacles qui pussent l'empcher
-d'arriver au but qu'elle voulait atteindre: elle emprunta de nouveau
-la main du pauvre petit orphelin du Temple pour frapper la seconde
-mre qu'elle avait rsolu de lui enlever. Simon, dans la fabrication
-de cette nouvelle oeuvre, ne fut second ni par les conseils d'Hbert
-ni par la rdaction de Daujon. Aussi le procs-verbal que, seul, il
-fit dresser aux municipaux, se ressent-il de l'absence de complices
-aussi habiles. Nos lecteurs en jugeront.
-
-
-COMMUNE DE PARIS.
-
-Le cinquime jour du deuxime mois de l'an second de la Rpublique
-une et indivisible, huit heures du soir;
-
-Le citoyen Simon est venu au conseil du Temple pour lui faire part
-d'une conversation qu'il avoit eue avec le petit Capet, par laquelle
-un membre de la Commune paroissoit avoir eu des intelligences avec sa
-mre. Simon ne voulant pas nommer le membre sans qu'au pralable le
-conseil et reu lui-mme la dclaration du petit, alors le conseil a
-nomm les citoyens Foloppe et Figuet pour interroger le petit Capet;
-ces deux membres sont de suite monts dans sa chambre, o tant, et en
-prsence de la citoyenne Simon, ils ont fait rouler la conversation
-sur diffrentes choses, et l'amenant insensiblement sur les membres de
-la Commune, il a dit:
-
-Qu'un jour Simon tant de service au Temple auprs de sa mre avec
-Jobert, ledit Jobert avoit remis ce jour-l deux billets sans que
-Simon fut (_sic_) aperu; que cette espiglerie avoit fait rire
-beaucoup ces dames, d'autant plus qu'elles avoient tromp la vigilance
-de Simon, mais que lui dclarant n'avoit point vu les billets,
-seulement que ces dames le lui avoient dit.
-
-Les commissaires dnomms descendus au conseil ont donn lecture de
-la prsente dclaration; alors Simon a dit qu'elle toit conforme
-celle que le petit Capet lui avoit fait (_sic_) verbalement.
-
-Lecture faite au petit Capet de la prsente dclaration, a dit
-qu'elle contient vrit, y persiste et a sign.
-
-Et avant de signer, le petit Capet a dit que sa mre craignoit sa
-tante, et que sa tante toit celle qui excutoit mieux les complots.
-
-[Illustration: Fac-simil d'criture.]
-
-Ce document, qui nous semble plus absurde encore que rvoltant, ne
-satisfit pas la Commune; elle demanda des dclarations de faits plus
-explicites et plus graves. Un nouveau procs-verbal fut fabriqu, mais
-n'offrant gure plus de garanties et de preuves que le prcdent.
-
-Voici ce procs-verbal:
-
-Cejourd'hui 13 frimaire, l'an II de la Rpublique une et indivisible,
-nous, commissaires de la Commune, de service au Temple, sur
-l'avertissement nous donn par le citoyen Simon, que Charles Capet
-avoit dnoncer des faits qu'il nous importoit de connotre pour le
-salut de la Rpublique, nous nous sommes transports, quatre heures de
-releve, dans l'appartement dudit Charles Capet, qui nous a dclar ce
-qui suit:
-
-Que, depuis environ quinze jours ou trois semaines, il entend les
-dtenues frapper tous les jours conscutifs, entre six heures et neuf
-heures; que, depuis avant-hier, ce bruit s'est fait un peu plus tard
-et a dur plus longtemps que tous les jours prcdents; que ce bruit
-parot partir de l'endroit correspondant au bcher; que, de plus, il
-connot, la marche qu'il distingue de ce bruit, que, pendant ce
-temps, les dtenues quittent la place du bcher par lui indique pour
-se transporter dans l'embrasure de la fentre de leur chambre
-coucher, ce qui fait prsumer qu'elles cachent quelques objets dans
-ces embrasures; il pense que ce pourroit tre de faux assignats, mais
-qu'il n'en est pas sr, et qu'elles pourroient les passer par la
-fentre pour les communiquer quelqu'un.
-
-Ledit Charles nous a galement dclar que, dans le temps qu'il toit
-avec les dtenues, il a vu un morceau de bois garni d'une pingle
-crochue et d'un long ruban, avec lequel il suppose que les dtenues
-ont pu communiquer par lettres avec feu Capet.
-
-Et de plus, que ledit Charles se rappelle qu'il lui a t dit que,
-s'il descendoit avec son pre, il lui fit ressouvenir de passer tous
-les jours, huit heures et demie du soir, dans le passage qui conduit
- la tourelle, o se trouve une fentre de l'appartement des dtenues.
-
-Charles Capet nous a dclar de plus qu'il toit fortement persuad
-que les dtenues avoient quelques intelligences ou correspondances
-avec quelqu'un.
-
-De plus, nous a dclar qu'il avoit entendu lire dans une lettre que
-Clry avoit propos feu Capet le moyen de correspondance prsum par
-lui dclarant; que Capet avoit rpondu Clry que cela ne pouvoit se
-pratiquer, et que cette rponse n'avoit t faite Clry qu' la fin
-qu'il ne se doutt pas de ladite correspondance.
-
-Dclare qu'il a vu les dtenues fort inquites, parce qu'une de leurs
-lettres toit tombe dans la cour.
-
-Ayant demand au citoyen Simon s'il avoit connoissance du bruit
-ci-dessus nonc, il a rpondu qu'ayant l'oue un peu dure, il n'avoit
-rien entendu; mais la citoyenne Simon, son pouse, a confirm les
-dires dudit Charles Capet relativement au bruit.
-
-Ledit citoyen Simon nous a dit que, depuis environ huit jours, ledit
-Charles Capet se tourmentoit pour faire sa dclaration aux membres du
-conseil.
-
-Lecture faite auxdits dclarants, ont reconnu contenir vrit et ont
-sign ledit jour et an que dessus.
-
- _Sign_: Charles CAPET, SIMON, femme SIMON,
- REMY, SGUY, ROBIN, SILLANS.]
-
- * * * * *
-
-Un dtail nous frappe, c'est le refus fait par Simon de s'associer
-sa femme et son lve dans la premire dposition que contient cette
-pice, et qui est relative au bruit entendu dans l'appartement des
-prisonnires. Dans le prtexte qu'il allgue de sa surdit pour
-n'avoir point connaissance de ce bruit, ne serait-on pas dispos
-voir plutt de sa part un calcul raisonn pour donner plus de crdit
-ses autres allgations, notamment celle-ci, que, _depuis environ
-huit jours, Charles Capet se tourmentait pour faire sa dclaration aux
-membres du conseil_.
-
-Je ne crois pas que dans la longue suite des mfaits rvolutionnaires
-il y ait eu rien de plus odieux que cette intrigue tnbreuse, ourdie
-pour exploiter la peur et l'ignorance d'un enfant qui, vaincu par les
-mauvais traitements, tmoigne contre la mmoire de son pre, concourt
- la mort de sa mre, dj sur les marches de l'chafaud, et contribue
- pousser vers le mme but sa seconde mre, l'anglique lisabeth.
-Employer l'innocence au crime, n'est-ce pas un plaisir de dmon?
-
-La Commune de Paris recula devant l'impossibilit d'asseoir une
-accusation capitale sur de pareils motifs; mais le rcit d'un enfant
-_dnonant lui-mme les petites intrigues de sa tante et de sa mre ne
-pouvait que plaire la moralit du conseil gnral_[84]. On sait
-combien Marie-Antoinette, jusqu' ses derniers moments, fut proccupe
-de la crainte que les paroles odieuses mises dans la bouche de son
-fils ne tombassent sur le coeur meurtri de Madame lisabeth, ou ne
-fussent mme diriges contre elle comme un moyen de calomnie. J'ai
-vous parler, lui dit-elle dans cette lettre admirable qu'elle lui a
-laisse en montant l'chafaud, et que Madame lisabeth n'a jamais
-lue, j'ai vous parler d'une chose bien pnible mon coeur: je sais
-combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine; pardonnez-lui, ma
-chre soeur; pensez l'ge qu'il a, et combien il est facile de faire
-dire un enfant ce qu'on veut, et mme ce qu'il ne comprend pas.
-
-[Note 84: Expression d'un membre du conseil gnral.]
-
-Madame lisabeth n'avait point pardonner: elle n'ignorait pas plus
-que la Reine la source de toutes ces suggestions perfides, et jamais
-elle n'a song en accuser un enfant. Les paroles de celui-ci
-pouvaient devenir la cause de sa mort, mais non le sujet du moindre
-ressentiment.
-
-Tison, enferm, nous l'avons dit, dans la tourelle depuis le 21
-septembre, supportait en silence la captivit comme une expiation de
-sa conduite passe. Cependant, inquiet de sa femme et de sa fille,
-dont il ne pouvait avoir de nouvelles, il se dcida, le 10 dcembre,
-solliciter sa libert. Sa demande fut combattue par Hbert, jaloux de
-conserver sous sa main un tmoin capable de fournir d'utiles
-renseignements sur la soeur du tyran. Le Comit de salut public
-ordonna qu'avant de statuer sur la ptition, on interrogerait
-soigneusement le ptitionnaire. L'interrogatoire n'ayant amen aucune
-charge contre Madame lisabeth, le Comit, loin d'accorder une grce
-qui n'tait point achete par une dlation, arrta que Tison serait
-mis au secret et rduit au plus strict ncessaire.
-
-A dater de cette poque, Madame lisabeth entra dans une phase
-d'abandon et de solitude qu'il nous devient impossible de dcrire:
-misre monotone, sombre, terne, prive de cet clat qui rayonne
-d'ordinaire l'entour des infortunes royales. Mais elle ne se
-plaignait pas: elle n'avait de piti que pour sa petite compagne, qui
-tait dans un ge o le malheur est comme une surprise faite la
-nature. Madame lisabeth lui parlait avec cette onction religieuse
-puise aux sources d'eaux vives de la foi, de l'esprance et de
-l'amour, qui transfigurent l'me et lui font trouver partout son
-Thabor. Les souffrances de cette vie, disait-elle, n'ont aucune
-proportion avec la gloire future qu'elles nous font mriter.
-Jsus-Christ n'a-t-il pas march devant nous charg de la croix?
-Souvenez-vous, mon enfant, des paroles que votre pre vous adressait
-la veille du jour o, pour la premire fois, vous alliez recevoir le
-sang de l'Agneau. Il vous disait: La religion est la source du bonheur
-et notre soutien dans l'adversit; ne croyez pas que vous en soyez
-l'abri: vous ne savez pas, ma fille, quoi la Providence vous
-destine...
-
-Les paroles prononces par le Roi dans son palais prolongeaient ainsi
-leur cho dans une prison qui donnait leurs accents quelque chose de
-prophtique, et devenait pour sa fille le meilleur des enseignements.
-
-Un jour, Madame lisabeth ayant ouvert un papier qu'elle portait sur
-elle, et qui contenait des cheveux du Roi son frre et de la Reine
-Marie-Antoinette (Dieu lui envoya-t-il en ce moment le pressentiment
-de sa destine prochaine?), Madame lisabeth, dis-je, coupa une tresse
-de ses propres cheveux, la plaa avec les deux autres mches dans le
-mme paquet, et le remettant sa nice:
-
-Gardez, lui dit-elle, ma fille, ces tristes souvenirs: c'est le seul
-hritage que puissent vous transmettre votre pre, votre mre, qui
-vous ont tant aim, et moi qui vous aime aussi bien tendrement. On m'a
-enlev plumes, papier, crayon: je ne puis rien vous lguer par crit;
-du moins, ma chre enfant, retenez bien les consolations que je vous
-ai donnes: elles suppleront aux livres qui vous manquent. levez
-votre me Dieu; il nous prouve parce qu'il nous aime: il nous
-apprend le nant des grandeurs. Ah! mon enfant, dit-elle en pleurant
-et en la serrant dans ses bras, Dieu seul est vrai, Dieu seul est
-grand[85].
-
-[Note 85: _Les derniers rgicides, ou Madame lisabeth de France et
-Louis XVII_, par M. le Cher de M.... (Brochure in-8 de 109 pages,
-publie Londres; J. de Boffe, Gerard street, Soho, 1796.)]
-
-Retranches, pour ainsi dire, du nombre des vivants, les deux recluses
-passaient leurs jours, occupes l'une de l'autre, s'entretenant de
-leurs souvenirs, de leurs craintes mles de bien peu d'esprances,
-mais d'une soumission entire la volont de Dieu. Elles n'apprirent
-plus rien de ce qui se passait sur la terre; elles ignorrent
-l'chafaud dress par Robespierre et Danton pour immoler Hbert et
-les hbertistes[86]; l'chafaud dress douze jours aprs par
-Robespierre pour abattre Danton[87]; puis, huit jours plus tard, pour
-abattre Chaumette[88]. La terreur rgnait sur la France. Du haut des
-guillotines, ses sanglantes forteresses, la minorit commandait.
-Devant elle se taisait la nation, la libert s'agenouillait,
-l'humanit se voilait la face. Les Saint-Just, les Collot d'Herbois,
-les Carrier, les Lebon, allaient porter dans les provinces l'pouvante
-et la mort. La famine dsolait le pays; les passions rvolutionnaires
-s'agitaient dans les clubs et par les rues, htant l'action mortelle
-de la misre. Au front de chaque maison pend un criteau proclamant la
-libert ou la mort. Sur chaque porte est affiche la liste des
-habitants de la maison, moyen de contrle si l'on veut savoir, table
-de proscription si l'on veut tuer[89]. Onze mille quatre cents
-aristocrates sont entasss dans les palais et les couvents de Paris,
-transforms en prisons. Le crime et la peur sont partout; dans les
-rues, on vite de se reconnatre, ou si on s'aborde, on change deux
-mots voix basse; on marche vite, moins qu'un crieur proclamant
-l'arrt des condamns, on ne s'arrte pour couter le nom d'un parent,
-d'un ami, peut-tre son propre nom. La nuit est aussi trouble que le
-jour. Des arrestations se font aux flambeaux; des domestiques ont
-dnonc leurs matres leurs sections, tandis que d'autres servent
-sans gages des matres rests sans ressources. Comme si le temps ne
-suffisait pas aux juges pour condamner, on adopte le systme des
-jugements en masse. La guillotine en permanence abat les ttes sans
-les compter[90]. Le sang qui coule flots, loin d'tancher la soif
-des tyrans, semble l'irriter encore. Il n'y a plus de rois jeter en
-holocauste au sphinx de la rvolution, et la nation pouvante se
-trouve face face avec la sombre nigme de son existence. Tout est
-tumulte, dsordre, vertige et rage: la civilisation et la barbarie se
-cherchent dans les tnbres pour s'arracher leur secret; duel
-horrible, pareil celui de ces deux hommes enferms dans une cave
-avec des poignards, et qui ne se voyaient qu'aux clairs de leurs
-yeux. La patience des opprims apparat dans ces jours horribles comme
-un phnomne aussi inexplicable que la perversit des oppresseurs.
-L'intelligence politique s'tait retire dans quelques mes
-mditatives qui rflchissaient l'cart, ou dans quelques cerveaux
-astucieux qui remuaient la multitude. Le reste n'avait plus de
-confiance en soi-mme, et laissait faire, comme courb sous la main de
-Dieu: tremblant et rsign, tout un peuple attendait dans une muette
-pouvante, pareil ces Indiens qui, lorsque le tigre apparat, se
-prosternent, ferment les yeux, et restent immobiles jusqu' ce que la
-bte rugissante ait choisi sa proie.
-
-[Note 86: Le 4 germinal an II (24 mars 1794), _fourne_ de dix-neuf
-personnes, parmi lesquelles le gnral Ronsin (ci-devant homme de
-lettres), gnral de l'arme rvolutionnaire; Momoro, imprimeur-libraire
-et administrateur du dpartement de Paris, et Anacharsis Clootz,
-l'orateur du genre humain.]
-
-[Note 87: Le 16 germinal an II (5 avril 1794), _fourne_ de quinze,
-parmi lesquels figurent Fabre d'glantine, Franois Chabot, Camille
-Desmoulins, Phelippeaux, Bazire, Hrault de Schelles, les deux frres
-Frey et le gnral Westermann.]
-
-[Note 88: Le 24 germinal an II (13 avril 1794), _fourne_ de vingt et
-un. On y remarque le gnral Arthur Dillon, Gobel, ci-devant vque de
-Paris, et la jeune veuve de Camille Desmoulins.]
-
-[Note 89: Voici comment, ds le 6 avril 1793, la Commune de Paris
-avait prescrit l'excution de cette mesure:
-
-Le conseil gnral, considrant la ngligence que les citoyens
-apportent l'excution de la loi concernant l'affiche, l'extrieur
-des maisons, des noms de tous les individus qui y habitent;
-
-Arrte que l'instruction suivante sera imprime, affiche, et que les
-commissaires de police des sections seront tenus, sous leur
-responsabilit, de faire mettre ladite loi excution.
-
-_Instruction relative au tableau qui doit tre fait de tous les
-citoyens habitants de Paris, et plac l'extrieur de chaque maison,
-aux termes du dcret du 29 mars dernier._
-
- 1 Indiquer en tte le nom du propritaire, s'il habite la
- maison, ou son dfaut le principal locataire, s'il y en a un,
- ou du rgisseur.
-
- 2 Diviser par tages de la manire suivante:
-
- REZ-DE-CHAUSSE.
- N. N.
- ENTRE-SOL.
- PREMIER TAGE, ETC.
-
-L'tat doit prsenter sans interruption toutes les personnes qui
-logent au mme tage, et mme toutes celles qui composent un mnage.
-
-Exemple:
-
- _A tel tage: Le citoyen tel, son pouse, tant d'enfants de tel sexe;
- ensuite les domestiques._
-
-Il est ncessaire de mettre les prnoms ou noms de baptme et les
-surnoms, le sexe et l'ge de chacun. Le nom principal dsigner est
-celui que porte ordinairement l'individu et sous lequel il est
-gnralement connu, et non celui de sa famille, si ce n'est pas celui
-qu'on lui donne dans le public.
-
-On ne peut se dispenser de faire connatre l'tat de chaque individu
-ou de dclarer qu'il est sans tat, car le titre de _citoyen_ ou de
-_citoyenne_ est une dsignation trop vague ou plutt n'en est pas une.
-
-L'affiche doit tre crite lisiblement, place au lieu le plus
-apparent l'extrieur, et de manire que tout le monde puisse
-aisment la parcourir des yeux tout entire sans en perdre un seul
-nom.
-
-Il ne doit tre omis aucune personne; une seule omission enfreint la
-loi et expose des peines svres.
-
-Chaque fois qu'il y a du changement, il faut en faire mention dans
-l'affiche, soit en retranchant le nom des personnes qui ont quitt la
-maison, soit en ajoutant celui des nouveaux locataires et de ceux
-mmes qui ne logent que momentanment.
-
-Toutes les contraventions seront imputes aux propritaires ou
-principaux locataires, ou rgisseurs, et seront punies avec svrit;
-car on ne veut pas que cette mesure de salut public reste sans
-excution ou soit lude et tourne en drision.
-
-Le conseil gnral arrte que le double des tableaux d'inscription
-sera vis par les comits des sections;
-
-Que les commissaires de police vrifieront l'exactitude desdits
-tableaux et prendront les mesures ncessaires pour empcher qu'ils ne
-soient enlevs ou dtriors. (Sance du conseil gnral de la
-Commune de Paris du samedi 6 avril 1793.)]
-
-[Note 90: Au milieu de tant d'immolations, la tristesse de la
-physionomie tait devenue une trahison et la gaiet un devoir. Dans la
-sance du 23 ventse an II (15 mars 1794), Barre disait:
-
-Allez aujourd'hui dans les rues de Paris, vous y reconnatrez les
-aristocrates leur mine allonge...
-
-Oui, ajoutait Couthon, en temps de rvolution, tous les bons citoyens
-doivent tre physionomistes: c'est sur la physionomie que vous
-reconnatrez un conspirateur, le complice des tratres mis sous la loi
-de la justice; ces hommes ont l'oeil hagard, l'air constern, des
-mines basses et patibulaires. Bons citoyens, saisissez ces tratres et
-arrtez-les! (Vifs applaudissements.)--(_Moniteur_ du 26 ventse an
-II, 16 mars 1794.)]
-
-Madame lisabeth se prosternait aussi, mais c'tait les yeux levs
-vers le ciel. Retenue autrefois la cour par son dvouement pour son
-frre, elle n'y avait vcu que pour prendre sa part des tribulations
-et des larmes. Aujourd'hui, tout ce que l'intrt a de plus tendre, la
-religion de plus sublime, l'amiti de plus consolateur, elle le met en
-oeuvre pour former l'esprit et le coeur de sa royale nice. Sans
-dsirer la bienvenue de ce grand librateur qu'on appelle la mort,
-elle se met en mesure de le recevoir dignement; mais sa belle me,
-quoique impatiente peut-tre d'entrer dans les secrets de Dieu, tient
- ce monde par le malheur qu'elle y partage, par les chagrins qu'elle
-y adoucit. L'tat d'incertitude o elle se trouve du sort du Dauphin
-vient accrotre l'anxit que lui cause l'absence de toute nouvelle de
-la Reine. Depuis plusieurs mois, elle n'a entendu ni chansons ni
-jurements retentir dans l'appartement du second tage. Elle est monte
-mainte et mainte fois aux combles par l'escalier de la garde-robe, et
-jamais, depuis la fin de janvier, elle n'a aperu l'enfant. A-t-il t
-dlivr? Habite-t-il une autre partie du Temple? De grands changements
-se prparent-ils?
-
-Oui, un grand changement se prparait. Dj, ds le quintidi frimaire
-de l'an II (25 novembre 1793), la municipalit de Paris avait adress
- la Convention nationale la ptition suivante:
-
-LGISLATEURS,
-
-Vous avez dcrt l'galit source du bonheur public; elle s'tablit
-sur des bases dsormais inbranlables; et cependant elle est viole,
-cette galit, et de la manire la plus rvoltante, dans les vils
-restes de la tyrannie, dans les prisonniers du Temple. Pourroient-ils
-encore, ces restes abominables, tre compts pour quelque chose dans
-les circonstances actuelles, ce ne seroit qu'en raison de l'intrt
-que la patrie auroit d'empcher qu'ils ne dchirassent son sein et ne
-renouvelassent les atrocits commises par les deux monstres qui leur
-ont donn le jour. Si donc tel est leur gard le seul et unique
-intrt de la Rpublique, c'est sous sa surveillance entire qu'ils
-doivent tre placs, et ils ne sont plus ces temps horribles o une
-faction liberticide, dont le glaive de la loi a fait justice, avoit
-choisi comme moyen de vengeance contre une Commune patriote qu'elle
-abhorroit, une responsabilit qui outrageoit toutes les lois et qui
-pse depuis plus de quinze mois sur la tte de chacun des membres de
-la Commune de Paris.
-
-La raison, la justice, l'galit vous crient, lgislateurs, de faire
-cesser cette responsabilit.
-
-Et comme il est plus que temps de rendre leurs travaux deux cent
-cinquante sans-culottes qu'on emploie injustement chaque jour la
-garde des prisonniers du Temple, la Commune de Paris attend de votre
-sagesse:
-
-1 Que vous enverrez au plus tt l'infme lisabeth au tribunal
-rvolutionnaire;
-
-2 Qu' l'gard de la postrit du tyran, vous prendrez des mesures
-promptes pour la faire transfrer dans telle prison que vous aurez
-choisie, pour y tre renferme avec les prcautions convenables,
-l'effet d'y tre traite dans le systme de l'galit et de la mme
-manire que les autres dtenus dont la Rpublique a eu besoin de
-s'assurer.
-
- DUNOUY, RENARD, LE CLERC,
- LEGRAND, r. de la Commune; DORIGNY.
-
- * * * * *
-
-Envoye sa date au Comit de sret gnrale, cette adresse y avait
-sommeill six mois. Mais les voeux qu'elle exprimait n'avaient point
-t mis en oubli dans la rgion la plus ardente de la rvolution.
-
-Ce n'est pas la premire fois que cette pense m'est venue en crivant
-ce triste rcit: si l'on songeait aux infortunes du Temple, si grandes
-et si immrites, il n'y a pas de malheureux qui ne se rconcilit
-avec son malheur, pas de misrable accabl par sa destine qui ne
-bnt Dieu sous le poids de son fardeau. Que ceux qui se plaignent de
-la mchancet des hommes pensent Madame lisabeth, et ils cesseront
-de se laisser abattre par le dcouragement.
-
-Il n'est pas, crivait le Pre Lenfant ds le mois d'avril 1791, il
-n'est pas jusqu' la vertu la plus pure, la plus soutenue et la plus
-universellement reconnue, qui ne soit indignement outrage. Madame
-lisabeth est dchire par les plus sanglantes et les plus absurdes
-calomnies[91].
-
-[Note 91: _Mmoires et correspondance secrte du Pre Lenfant_. Paris,
-1834, t. I, p. 343.]
-
-Ces outrages s'taient accrus avec le besoin qu'prouvaient les
-niveleurs de trouver criminelles toutes les supriorits sociales; ces
-calomnies s'taient propages avec l'intrt qu'avaient les pervers
-lgitimer les tortures exerces contre les personnes de sang royal. La
-moralit de Madame lisabeth fut insulte dans ce rcit immonde que la
-Commune de Paris fit signer au royal Enfant du Temple pour
-compromettre sa mre et sa tante et les envoyer l'chafaud. La mort
-mme ne dsarmera point les perscuteurs. Trois ans aprs l'immolation
-de Madame lisabeth, sa mmoire sera outrage dans un ouvrage qui aura
-la prtention de donner les _portraits des personnages clbres de la
-Rvolution_[92].
-
-[Note 92: J'ai voulu lire dans le tome III de Bonneville l'article qui
-commence ainsi:
-
-Huitime et dernier enfant de Louis, Dauphin de France, fils de
-Louis XV, et de Marie-Josphe _de Saxe_, sa seconde femme,
-lisabeth-Philippine-Marie-Hlne, dite _de France_, eut bien peu de
-temps se fliciter du hasard qui avoit plac son berceau ct du
-trne... Je n'infligerai pas cet odieux _factum_ mes lecteurs. Il est
-d'autant plus infme qu'il est hypocrite. Bonneville procde par
-insinuation et par rticence, et il n'a pas mme le triste courage de
-ses ineptes calomnies. Il affecte mme quelquefois de prendre la dfense
-de Madame lisabeth contre les attaques inqualifiables qu'il reproduit.
-Il a de la peine, dit-il, croire qu'elles soient vraies... C'est une
-vipre qui panse avec sa bave la blessure que vient de faire sa dent
-venimeuse.]
-
-Laissez les annes se succder, un temps viendra o les calomnies se
-tairont, o la vrit apparatra dans tout son jour.
-
-Madame lisabeth arrive au terme que Dieu lui a assign dans ses
-rigueurs comme dans ses misricordes. Elle avait exprim la rsolution
-de partager les chagrins et les prils de sa famille: elle a tenu
-toutes ses promesses; Versailles, dans les troubles du 6 octobre;
-Paris, dans la morne solitude des Tuileries; sur la route de Varennes,
-dans la nfaste journe du 20 juin, dans la nuit sanglante du 10 aot,
-dans la loge du Logographe, tmoin des affronts et des menaces; dans
-la tour du Temple, tmoin des adieux et de l'agonie. Oui, elle a tenu
-toutes les promesses qu'elle avait faites Dieu: Dieu cette heure
-va tenir les siennes.
-
-Qu'importe la route quand le ciel est le but! Au-dessus de l'injustice
-des hommes apparat la justice de Dieu qui rcompense, et quand c'est
-la vertu qui meurt, l'chafaud n'est qu'un degr qui rapproche du
-ciel.
-
-Le 20 floral an II (9 mai 1794), vers sept heures du soir,
-_l'huissier Monet se rendit au Temple accompagn des citoyens
-Fontaine, adjudant gnral d'artillerie de l'arme parisienne, et
-Saraille, aide de camp du gnral Hanriot; il prsenta aux membres du
-conseil Mouret, Eudes, Magendie et Godefroi, une lettre de Fouquier,
-accusateur public prs le tribunal rvolutionnaire, portant invitation
-de remettre entre les mains desdits susnomms la soeur de Louis
-Capet_[93].
-
-[Note 93: Procs-verbal de la translation d'lisabeth-Marie Capet la
-Conciergerie.]
-
-Les prliminaires d'usage s'taient prolongs dans la salle du
-Conseil, et pendant la conversation engage entre les commissaires et
-leurs sinistres visiteurs, l'heure s'tait coule: dj Madame
-lisabeth et Marie-Thrse se disposaient se coucher, lorsqu'elles
-entendirent ouvrir les verrous. Elles se htent de passer leur robe,
-qu'elles venaient d'ter. Citoyenne, dit un des commissaires en
-ouvrant la porte de Madame lisabeth, descends tout de suite, on a
-besoin de toi.--Ma nice reste-t-elle ici?--Cela ne te regarde pas, on
-s'en occupera aprs.
-
-Madame lisabeth embrasse sa jeune compagne, et, pour calmer ses
-inquitudes, lui dit: Soyez tranquille, je vais remonter.--Non, tu ne
-remonteras pas, rpond le commissaire Eudes[94]; prends ton bonnet et
-descends. Elle obit, relve l'orpheline, qui s'affaisse dans ses
-bras, et lui dit: Allons, ayez du courage et de la fermet, esprez
-toujours en Dieu, servez-vous des bons principes de religion que vos
-parents vous ont donns, et soyez fidle aux dernires recommandations
-de votre pre et de votre mre. La tante et la nice demeurent un
-instant embrasses; puis s'arrachant brusquement cette treinte,
-Madame lisabeth se dirige d'un pas rapide vers la porte extrieure en
-disant encore: Pensez Dieu, mon enfant!
-
-[Note 94: Guillotin le 11 thermidor an II.]
-
-Madame lisabeth descend. On la fait entrer dans la salle du Conseil.
-L, pendant que l'on rdige le procs-verbal de dcharge des geliers,
-on visite ses poches. Les envoys de Fouquier signent sur le registre
-du Temple la remise qui leur est faite de la prisonnire. Ils la font
-traverser, sous une pluie battante, le jardin et la premire cour; l,
-ils montent dans un fiacre avec elle et la conduisent la
-Conciergerie, o elle est dpose dans le greffe. Il tait en ce
-moment huit heures. A dix heures, on la conduit du greffe dans la
-salle du conseil du tribunal rvolutionnaire. L, par-devant Gabriel
-Delige, juge, assist de Ducray, commis greffier, et en prsence de
-Fouquier, elle subit son premier interrogatoire.
-
-
-PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME LISABETH.
-
-_Cejourd'hui, vingt floral de l'an deux de la Rpublique franaise,
-une et indivisible, nous_, Gabriel Delige, _juge prsident du
-tribunal rvolutionnaire tabli Paris par la loi du 10 mars 1793,
-sans aucun recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des
-pouvoirs dlgus au tribunal par la loi du 5 avril de la mme anne,
-assist de_ Anne Ducray, _commis greffier du tribunal, en l'une des
-salles de l'auditoire au palais, et en prsence d'_Antoine-Quentin
-Fouquier, _l'accusateur public, avons fait amener de la maison de_ la
-Conciergerie la cy-aprs nomme, _auquel avons demand ses noms, ge,
-profession, pays et demeure_;
-
-_A rpondu se nommer_ lisabeth-Marie Capet, soeur de Louis Capet,
-ge de trente ans, native de Versailles, dpartement de
-Seine-et-Oise.
-
-Avez-vous, avec le dernier tyran, conspir contre la sret et la
-libert du peuple franois?
-
-J'ignore qui vous donnez ce titre, mais je n'ai jamais dsir que le
-bonheur des Franois.
-
-Avez-vous entretenu des correspondances et intelligences avec les
-ennemis intrieurs et extrieurs de la Rpublique, notamment avec les
-frres de Capet et les vtres, et ne leur avez-vous pas fourni des
-secours en argent?
-
-Je n'ai jamais connu que des amis des Franois; jamais je n'ai fourni
-des secours mes frres, et, depuis le mois d'aot 1792, je n'ai reu
-de leurs nouvelles ni ne leur ai donn des miennes.
-
-Ne leur avez-vous pas fait passer des diamants?
-
-Non.
-
-Je vous observe que votre rponse n'est point exacte sur l'article des
-diamants, attendu qu'il est notoire que vous avez fait vendre vos
-diamants en Hollande et autres pays trangers, et que vous en avez
-fait passer le prix en provenant, par vos agents, vos frres, pour
-les aider soutenir leur rbellion contre le peuple franois.
-
-Je dnie le fait, parce qu'il est faux.
-
-Je vous observe que dans le procs qui eut lieu en novembre 1792,
-relativement au prtendu vol des diamants fait au ci-devant
-Garde-meuble, il a t tabli et prouv aux dbats qu'il avoit t
-distrait une portion de diamants dont vous vous pariez autrefois;
-qu'il a pareillement t prouv que le prix en avoit t transmis
-vos frres par vos ordres: pourquoi je vous somme de vous expliquer
-catgoriquement sur ces faits.
-
-J'ignore les vols dont vous venez de me parler. J'tois cette poque
-au Temple, et je persiste au surplus dans ma prcdente dngation.
-
-N'avez-vous pas eu connoissance que le voyage dtermin par votre
-frre Capet et Marie-Antoinette pour Saint-Cloud, l'poque du 18
-avril 1791, n'avoit t imagin que pour saisir l'occasion favorable
-de sortir de France?
-
-Je n'ai eu connoissance de ce voyage que par l'intention qu'avoit mon
-frre de prendre l'air, attendu qu'il n'toit pas bien portant.
-
-Je vous demande s'il n'est pas vrai au contraire que ce voyage n'a t
-arrt que par suite des conseils des diffrentes personnes qui se
-rendoient alors habituellement au ci-devant chteau des Thuileries,
-notamment de Bonnal, ex-vque de Clermont, et autres prlats et
-vques; et vous-mme, n'avez-vous pas sollicit le dpart de votre
-frre?
-
-Je n'ai point sollicit le dpart de mon frre, qui n'a t dcid que
-d'aprs l'avis des mdecins.
-
-N'est-ce pas pareillement a votre sollicitation et celle de
-Marie-Antoinette, votre belle-soeur, que Capet, votre frre, a fui de
-Paris dans la nuit du 20 au 21 juin 1791?
-
-J'ai appris dans la journe du 20 que nous devions tous partir dans la
-nuit suivante, et je me suis conforme cet gard aux ordres de mon
-frre.
-
-Le motif de ce voyage n'toit-il pas de sortir de France et de vous
-runir aux migrs et aux ennemis du peuple franois?
-
-Jamais mon frre ni moi n'avions eu l'intention de quitter notre pays.
-
-Je vous observe que cette rponse ne parot pas exacte, car il est
-notoire que Bouill avoit donn les ordres diffrents corps de
-troupes de se trouver au point convenu pour protger cette vasion, de
-manire de pouvoir vous faire sortir, ainsi que votre frre et autres,
-du territoire franois, et que mme tout toit prpar l'abbaye
-d'Orval, situe sur le territoire du despote autrichien, pour vous
-recevoir. Je vous observe au surplus que les noms par vous supposs et
-votre frre ne permettent pas de douter de vos intentions.
-
-Mon frre devoit aller Montmdy, et je ne lui connoissois point
-d'autres intentions.
-
-Avez-vous connoissance qu'il ait t tenu des conciliabules secrets
-chez Marie-Antoinette, ci-devant Reine, lesquels s'appeloient comits
-autrichiens.
-
-J'ai parfaite connoissance qu'il n'y en a jamais eu.
-
-Je vous observe qu'il est cependant notoire que ces conciliabules
-tenoient de deux jours l'un depuis minuit jusqu' trois heures du
-matin, et que mme ceux qui y toient admis passoient par la pice que
-l'on appelloit alors la Galerie des tableaux.
-
-Je n'en ai aucune connoissance.
-
-N'tiez-vous pas aux Thuileries le 28 fvrier 1791, 20 juin et 10 aot
-1792?
-
-J'tois au chteau les trois jours, et notamment le 10 aot 1792,
-jusqu'au moment o je me suis rendu avec mon frre l'Assemble
-nationale.
-
-Ledit jour 28 fvrier, n'avez-vous pas eu connoissance que le
-rassemblement des ci-devant marquis, chevaliers et autres, arms de
-sabres et de pistolets, toit encore pour favoriser une nouvelle
-vasion de votre frre et de toute la famille, et que l'affaire de
-Vincennes arrive le mme jour n'a t imagine que pour faire
-diversion?
-
-Je n'en ai aucune connoissance.
-
-Qu'avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 aot?
-
-Je suis reste dans la chambre de mon frre, et nous avons veill.
-
-Je vous observe qu'ayant chacun vos appartements, il parot trange
-que vous vous soyez runis dans celui de votre frre, et sans doute
-cette runion avoit un motif que je vous interpelle d'expliquer.
-
-Je n'avois d'autre motif que celui de me runir toujours chez mon
-frre lorsqu'il y avoit du mouvement dans Paris.
-
-Cette mme nuit, n'avez-vous pas t avec Marie-Antoinette dans une
-salle o toient les Suisses occups faire des cartouches, et
-notamment n'y avez-vous pas t de neuf heures et demie dix heures
-du soir?
-
-Je n'y ai pas t, et n'ai nulle connoissance de cette salle.
-
-Je vous observe que cette rponse n'est point exacte, car il est
-encore tabli dans diffrents procs qui ont eu lieu au tribunal du 17
-aot 1792, que Marie-Antoinette et vous aviez t plusieurs fois dans
-la nuit trouver les gardes suisses; que vous les aviez fait boire, et
-les aviez engags confectionner la fabrication des cartouches, dont
-Marie-Antoinette avoit mordu plusieurs.
-
-Cela n'a pas exist, et je n'en ai aucune connoissance.
-
-Je vous reprsente que les faits sont trop notoires pour ne pas vous
-rappeler les diffrentes circonstances relatives ceux par vous
-dnis, et pour ne pas savoir le motif qui avoit dtermin le
-rassemblement des troupes de tout genre qui se sont trouves runies
-cette nuit aux Thuileries. Pourquoi je vous somme de nouveau de
-dclarer si vous persistez dans vos prcdentes dngations, et nier
-les motifs de ce rassemblement.
-
-Je persiste dans mes prcdentes dngations, et j'ajoute que je ne
-connoissois point de motifs de rassemblement. Je sais seulement, comme
-je l'ai dj dit, que les corps constitus pour la sret de Paris
-toient venus avertir mon frre qu'il y avoit du mouvement dans les
-faubourgs, et que dans ces occasions la garde nationale se rassembloit
-pour sa sret, comme la constitution le prescrivoit.
-
-Lors de l'vasion du 20 juin, n'est-ce pas vous qui avez emmen les
-enfants?
-
-Non, je suis sortie seule.
-
-Avez-vous un dfenseur ou voulez-vous en nommer un?
-
-Je n'en connois pas.--Pourquoi lui avons nomm le citoyen Chauveau
-pour conseil.
-
-Lecture du prsent interrogatoire, a persist et a sign avec nous et
-notre greffier.
-
-[Illustration: Signatures.]
-
-Le lecteur doit remarquer que la signature de Madame lisabeth est ici
-telle qu'elle se trouve dans tous les actes de sa vie. Ses
-interrogateurs n'exigrent point d'elle, ce qu'il parat, d'y
-ajouter ce nom de Capet que la Rvolution avoit invent pour les
-Bourbons, s'imaginant que c'toit le nom du chef de leur race.
-
-Aprs avoir mis sa signature au bas de chaque page de cet
-interrogatoire, lisabeth-Marie fut ramene dans sa prison. Elle ne se
-faisait aucune illusion sur le sort qui lui tait rserv, et elle ne
-songea plus qu' paratre, non pas devant ses juges de la terre, car
-elle n'avait rien attendre de ceux-l que la fin de ses tourments,
-mais devant le Juge tout-puissant dont elle esprait sa rcompense.
-Elle savait qu'elle et en vain rclam l'assistance d'un prtre
-catholique non asserment, et elle ne voulut point perdre quelques
-minutes implorer une faveur qui avait t accorde au Roi son frre,
-mais qui depuis un an et t regarde comme un crime. Elle se
-rsigna, offrit directement au Seigneur misricordieux le sacrifice de
-sa vie, et puisa dans sa foi vive la force dont elle avait besoin pour
-l'accomplir dignement.
-
-
-
-
-LIVRE ONZIME.
-
-MEURTRE DE MADAME LISABETH.
-
- Le ciel est mon trne, et la terre est mon marchepied.
-
- _Actes des Aptres_, chap. VIII, v. 49.
-
- La Conciergerie au mois de mars 1793. -- Ce qu'elle tait au mois
- de mai 1794. -- Madame de la Fayette. -- Haly, concierge de la
- prison du collge du Plessis. -- Paroles de Fouquier. --
- Chauveau-Lagarde demande voir Madame lisabeth: refus de
- l'accusateur public, sous le prtexte qu'elle ne sera pas juge
- de sitt. -- Pouss par une anxit instinctive, Chauveau-Lagarde
- entre le lendemain dans la salle des assises, et aperoit Madame
- lisabeth au premier rang des accuss. -- Leur interrogatoire. --
- Le _Moniteur_ n'a point dit qu'lisabeth fut dfendue; elle le
- fut pourtant, bien qu'elle ne l'et pas demand et qu'elle
- s'inquitt peu de l'tre. -- Rsum des dbats; questions poses
- par le prsident; verdict des jurs; arrt de mort. -- Parmi les
- vingt-cinq condamns, on signale une femme enceinte; Madame
- lisabeth fait avertir les juges, et la sauve. -- Paroles de
- Fouquier au prsident; rponse de Dumas. -- Les condamns sont
- conduits dans la salle des apprts suprmes. -- Influence
- qu'exerce sur eux Madame lisabeth; consolations qu'elle leur
- prodigue; courage qu'elle leur inspire. -- Madame de Snozan. --
- MM. de Montmorin et Bullier. -- M. de Brienne, ancien ministre de
- la guerre et maire de Brienne; paroles que lui adresse Madame
- lisabeth. -- Dsespoir de madame de Montmorin, puis sa
- rsignation. -- Madame de Crussol d'Amboise. -- Grande
- satisfaction de Madame lisabeth: tous ses compagnons d'infortune
- font rsolment Dieu le sacrifice de leur vie. -- Dernier
- appel. -- Madame lisabeth assise sur la charrette ct de
- mesdames de Snozan et de Crussol. -- A la descente du pont Neuf,
- le mouchoir qui couvre la tte de Madame lisabeth tombe aux
- pieds du bourreau. -- Arriv la place de la Rvolution,
- celui-ci lui tend la main comme pour l'aider descendre;
- lisabeth dtourne la tte. -- Devant l'chafaud, nul ne
- dfaillit. -- Madame de Crussol appele la premire. -- Comment,
- dans ce dernier moment, lisabeth apprend que la Reine n'existe
- plus. -- Madame lisabeth immole la dernire. -- Son corps est
- jet dans un panier avec les autres cadavres, et sa tte avec les
- autres ttes dans un second panier. -- La charrette se met en
- marche. -- Rues du Rocher et d'Errancis, barrire de Monceaux,
- _Clos du Christ_. -- Fournes prcdentes d'Hbert et des
- hbertistes, de Danton et des quatorze compagnons de mort que son
- gnreux ami Robespierre lui avait donns, _de la conspiration
- des prisons_, puis enfin de Malesherbes et de ses enfants. -- Le
- cadavre de Madame lisabeth et les vingt-trois autres sont mis
- nu et inhums ensemble dans une fosse de douze quinze pieds de
- largeur et autant de longueur. -- Douleur que produit en Europe
- le meurtre de Madame lisabeth, et particulirement Turin et au
- chteau de Wartegg, prs Rorschach, o vivait retire la famille
- de Bombelles. -- Madame de Raigecourt adresse ses respectueuses
- condolances la jeune Marie-Thrse; rponse de celle-ci. --
- Lettre du comte de Provence madame des Montiers. -- La commune
- rvolutionnaire de Versailles s'emparant de la maison lisabeth,
- Jacques et Marie, mis en prison, y sont oublis. -- Leur misre
- veille la piti des magistrats; leur dtention est dclare une
- injustice, mais aucune indemnit ne leur est attribue. --
- Retirs Bulle, ils y passent en paix une quarantaine d'annes.
- -- Fondation d'une manufacture d'horlogerie dans la maison de
- Montreuil. -- L'entreprise demeure sans succs.
-
-
-On se ferait difficilement une ide de ce qu'taient les prisons de
-Paris pendant la rvolution. Dj, dans un _Rapport au ministre de
-l'intrieur sur l'tat des prisons de la Conciergerie_, la date du
-17 mars 1793, le citoyen Grandpr s'exprimait ainsi:
-
-Je viens de faire une nouvelle visite des prisons de la Conciergerie.
-L'impression horrible que j'ai prouve la vue des malheureux
-amoncels dans cette affreuse demeure est inexprimable, et je ne puis
-concevoir encore la barbarie des officiers de police chargs de la
-surveiller et l'insouciance des tribunaux absoudre ou condamner les
-accuss. Toutes les prisons ont t vides l'poque jamais
-excrable des 2 et 3 septembre dernier. Cependant elles contiennent
-aujourd'hui 950 individus. Il y en a 320 l'htel de la Force, 44
-Sainte-Plagie, 206 Bictre, et 380 la Conciergerie. Cette
-dernire prison, qui, par sa position prs du tribunal criminel, a
-toujours t destine pour les criminels, et qui ne devroit tre
-considre, d'aprs la nouvelle organisation, que comme maison de
-justice, sert cependant tout la fois de maison d'arrt, de maison de
-justice et de force. Il faut toute la surveillance et tout le
-dvouement d'un concierge incorruptible et de guichetiers prouvs
-tels que ceux qui en ont la garde, pour qu'il n'y arrive pas chaque
-jour des vnements sans nombre et des vasions multiplies, comme
-cela arrive journellement dans presque tous les dpartements. J'y ai
-vu une trentaine d'hommes et femmes condamns mort, qui tous se sont
-pourvus en cassation, dont les procs languissent, et qui emploient
-tout le temps qu'on leur laisse faire toutes sortes de tentatives
-soit pour attenter leur vie, soit pour oprer un soulvement au
-dehors ou mme au dedans; et leur rassemblement prodigieux, en leur
-montrant leur force, fait craindre tout moment que leurs projets ne
-russissent. Ce qui contribue plus les dsesprer et leur faire
-tout entreprendre, c'est l'inhumanit avec laquelle on les entasse
-dans la mme chambre et les tourments incalculables qu'ils prouvent
-pendant la nuit. Je les ai visites l'ouverture, et je ne connois
-point d'expression assez forte pour peindre le sentiment d'horreur que
-j'ai prouv en voyant dans une seule pice 26 hommes rassembls,
-couchs sur 21 paillasses, respirant l'air le plus infect, et couverts
-de lambeaux moiti pourris; dans une autre, 45 hommes entasss sur
-10 grabats; dans une troisime, 38 moribonds presss sur 9 couchettes;
-dans une quatrime, trs-petite, 14 hommes ne pouvant trouver de place
-dans 4 cases; enfin, dans une cinquime, sixime et septime pice, 85
-malheureux se froissant les uns les autres pour pouvoir s'tendre sur
-16 paillasses remplies de vermine, et ne pouvant tous trouver le moyen
-de poser leur tte. Un pareil spectacle m'a fait reculer d'pouvante,
-et je frissonne encore en voulant en donner une ide. Les femmes sont
-traites de la mme manire. 54 d'entre elles sont forces de se
-coucher sur 19 paillasses ou de se relayer alternativement pour rester
-debout et ne pas touffer en se mettant les unes sur les autres. Il y
-a dans cette maison 47 hommes et 12 femmes qui ont le privilge d'tre
- la pension et de coucher dans des lits spars. Cette distinction
-m'a paru barbare, injuste et injurieuse l'humanit. La loi qui
-distribue le pain galement entre chaque dtenu ne peut avoir eu
-l'intention de donner l'homme ais un asile commode et de mettre
-l'indigent dans un tombeau. Toute ingalit doit disparotre devant
-elle. De quelque tat ou condition qu'ils soient, elle voit les
-accuss du mme oeil, et leur promet tous le mme traitement
-jusqu' l'instant de leur jugement. Mais la justice semble endormie;
-ses oracles ne se rendent plus, ou le peu qui lui chappent sont sans
-effet, au moyen du tribunal de cassation, o l'appel en est port, et
-o les affaires restent en suspens. Cependant les prisons s'engorgent
-chaque jour: presque aucun prisonnier n'en sort; un grand nombre y
-arrive sans cesse; au milieu de cette effroyable quantit, le jur
-d'accusation se tait, ou ne se livre que ngligemment des fonctions
-dont le terme trop loign l'effarouche; il choisit les individus dont
-il veut s'occuper de prfrence, et des malheureux arrts depuis
-plusieurs mois ont la douleur de n'avoir pas encore t interrogs: il
-y en a dans ce cas 34, dont j'indique les noms et la date de
-l'arrestation dans un tableau joint au prsent rapport.
-
-Je dois encore appeler l'attention du ministre sur le sort d'un assez
-grand nombre de malheureux chapps au carnage du mois de septembre,
-et rintgrs depuis dans les prisons, en vertu d'ordres la plupart
-arbitraires et sans cause. La crise perptuelle o se trouve la
-Rpublique, les mouvemens intrieurs et frquents qui en sont la
-suite, les bruits qu'on ne cesse de rpandre d'un nouveau massacre,
-l'image toujours prsente de celui qui s'est effectu sous leurs yeux,
-jettent la terreur dans l'me de ces infortuns; ils souffrent mille
-morts chaque jour et maudissent le moment qui ne leur a sauv la vie
-que pour les livrer de nouveau au supplice journalier d'une
-incertitude cent fois plus cruelle que tous les genres de mort
-possibles. Regardera-t-on comme une absolution de leurs fautes
-l'preuve laquelle ils ont t soumis aux journes de septembre et
-la libert qui leur a t accorde? C'est une question que le ministre
-Roland a soumise le 16 novembre au ministre de la justice, et sur
-laquelle il seroit important de prononcer. Il n'y a pas de dlit qui
-ne doive tre effac pour des gens qui ont t plusieurs jours sous le
-couteau, et la situation pnible o ils se retrouvent en ce moment,
-et dans laquelle ils sont depuis plusieurs mois, les met sans doute
-dans le cas de l'indulgence.
-
- Paris, le 17 mars 1793, l'an II de la Rpublique franaise.
- GRANDPR.
-
- * * * * *
-
-Les choses ne se passaient plus ainsi en mai 1794. La justice n'tait
-plus endormie, pour nous servir des termes du rapport qu'on vient de
-lire. Les inquitudes de l'attente taient pargnes au suspect et les
-longues terreurs au condamn. Les prisons se remplissaient chaque
-jour, mais chaque jour elles taient vides par le bourreau.
-
-Un prisonnier de 1794 nous a laiss la description de la Conciergerie
-telle qu'elle tait cette poque:
-
-La premire entre, dit-il, est ferme de deux guichets[95]. Ces deux
-guichets sont peu prs trois pieds l'un de l'autre. Ils sont tenus
-chacun par un porte-clefs. Tous les porte-clefs ne sont pas admis
-indistinctement l'honneur de ces premiers guichets: on choisit les
-plus vigoureux et ceux qui ont le coup d'oeil plus subtil. Il faut,
-disent-ils, avoir de la tte pour de pareilles fonctions. Aussi les
-postulants attendent-ils quelquefois longtemps. Un bouquet plac
-au-dessus de la porte annonce une nouvelle promotion. Le promu se fait
-coiffer ce jour-l par un perruquier, met ses plus beaux habits. Son
-air satisfait et capable annonce qu'il sent sa dignit et qu'il n'est
-pas au-dessous du choix dont on l'a honor. Le soir, les flots de vin
-redoublent et terminent un si beau jour.
-
-[Note 95: On appelle guichet une petite porte haute d'environ trois
-pieds et demi, pratique dans une porte plus grande. Lorsqu'on entre,
-il faut en mme temps hausser le pied et baisser considrablement la
-tte, de manire que si on ne se casse pas le nez sur son genou, on
-court risque de se fendre le crne contre la pice de traverse de la
-grande porte, ce qui est arriv plus d'une fois. On appelle aussi
-guichet la premire pice d'entre.]
-
-Dans la premire pice, appele guichet, au bout d'une grande table,
-sur un fauteuil, est le gouverneur de la maison, ou bien la respectable
-moiti de lui-mme, ou bien le plus ancien des porte-clefs, qui les
-reprsente en ce cas. Ces gouverneurs-l sont devenus, par le temps o
-nous sommes, des personnages trs-considrables. Les parents, amis ou
-amies des prisonniers, font ordinairement une cour trs-assidue au
-concierge Richard pour se faire entr'ouvrir un guichet. On le salue
-profondment; quand il est de bonne humeur, il sourit; quand au
-contraire il est morose, il fronce le sourcil; c'est Jupiter qui fait
-trembler l'Olympe d'un coup d'oeil. Aussi les prisonniers ont-ils
-toujours l'attention d'pier ses bons moments, et alors on s'vertue
-prsenter humblement le placet.
-
-C'est de ce fauteuil qu'manent les ordres pour la police de la
-maison. C'est ce fauteuil que sont voques les querelles des
-guichetiers entre eux et des guichetiers avec les prisonniers. C'est
-ce fauteuil que les malheureux dtenus portent leurs humbles
-rclamations quand ils obtiennent la faveur d'y tre admis. C'est de
-ce fauteuil que part quelquefois un regard de protection qui console,
-et souvent un coup d'oeil qui foudroie. Du reste, la femme Richard
-tient sa maison d'une manire tonnante: on n'a ni plus de mmoire, ni
-plus de prsence d'esprit, ni une connoissance plus exacte des dtails
-les plus minutieux.
-
-Outre le concierge ou son reprsentant, il y a dans le guichet un
-ancien porte-clefs qui divague. C'est, sans qu'il y paroisse,
-l'inspecteur des personnes qui entrent ou qui sortent. Quand il a des
-distractions, on entend sortir du fauteuil ces vigilantes paroles:
-_Allumez le miston!_ (_Allumez_, mot d'argot qui veut dire regarde
-sous le nez, _miston_, de l'individu.) Le guichetier les rpte ses
-camarades qui sont de service aux portes. Lorsqu'il entre un nouveau
-prisonnier, on recommande aux guichetiers d'_allumer le miston_, afin
-qu'il soit gnralement connu et ne puisse se donner pour tranger.
-
-A main gauche en entrant dans le guichet est le greffe. Cette pice
-est partage en deux par des barreaux. Une moiti est destine aux
-critures, l'autre moiti est le lieu o l'on dpose les condamns;
-c'est l qu'ils ont quelquefois attendu trente-six heures le moment
-fatal o l'excuteur des jugements criminels (que les guichetiers
-appellent dans leur langage _tle_) leur fait subir les redoutables
-apprts de leur supplice[96].
-
-[Note 96: Nous reproduisons ici la continuation de ce rcit, la fin
-duquel on verra dans quel tat tombaient les mes qui n'taient point
-soutenues par la force surnaturelle de la religion: elles se
-dissolvaient pour ainsi dire sous l'excs de la souffrance, et le
-sentiment moral, ce soleil des intelligences, s'y teignait.
-
-Du greffe, on entre de plain-pied, en ouvrant toutefois d'normes
-portes, dans des cachots appels _la Souricire_. Il faudroit plutt
-les nommer _la Ratire_. Un citoyen nomm _Beauregard_, homme aussi
-honnte qu'aimable, acquitt par le tribunal rvolutionnaire, fut mis
- son arrive dans ce cachot. Les rats lui mangrent en diffrents
-endroits sa culotte, sans respect pour son derrire; nombre de
-prisonniers ont vu les trous, et il fut oblig de se couvrir toute la
-nuit la figure de ses mains pour sauver son nez et ses oreilles.
-
-Le jour pntre peine dans ces cachots; les pailles dont se compose
-la litire des prisonniers, bientt corrompues par le dfaut d'air et
-par la puanteur des seaux (en terme de prison _griaches_) o les
-prisonniers font leurs besoins, exhalent une infection telle, que dans
-le greffe mme on est empoisonn lorsqu'on ouvre les portes.
-
-En face de la porte d'entre est le guichet qui conduit la cour des
-femmes, l'infirmerie, et en gnral ce qu'on appelle, je ne sais
-pourquoi, _le ct des douze_. Nous y reviendrons.
-
-A droite, sur deux angles, sont des fentres qui clairent fort
-imparfaitement deux cabinets o couchent les guichetiers de garde
-pendant la nuit; c'est aussi dans ces cabinets qu'on dpose les femmes
-qui ont t condamnes mort. Entre ces deux angles est un troisime
-guichet qui conduit au _prau_; c'est le ct le plus recommandable de
-cette prison et le mieux fait pour fixer le regard de l'observateur.
-Il faut pour y arriver franchir quatre guichets. On laisse gauche la
-chapelle et la chambre du conseil, deux pices galement remplies de
-lits dans ces derniers temps; la seconde toit occupe par la veuve de
-Capet.
-
-Je n'entreprendrai point de dcrire tous les lieux de cette vaste et
-dgotante enceinte. Je remarquerai seulement qu' droite en entrant
-dans la cour, l'extrmit d'une espce de galerie, est une double
-porte, dont l'une entirement de fer; que ces portes ferment le cachot
-surnomm _de la Bche nationale_ depuis le massacre du mois de
-septembre 1792 (vieux style), et que l'on traverse ce cachot pour
-arriver dans les salles du palais, au moyen d'un obscur escalier
-drob et verrouill dans deux ou trois endroits diffrents. Les
-prisonniers sont la pistole, ou la paille, ou dans les cachots.
-Ces prisonniers ont un rgime diffrent. Les cachots ne s'ouvrent que
-pour donner la nourriture, faire les visites et vider les _griaches_.
-Les chambres de la paille ne diffrent des cachots qu'en ce que leurs
-malheureux habitants sont tenus d'en sortir entre huit et neuf heures
-du matin. On les fait rentrer environ une heure avant le soleil
-couch. Pendant la journe, les portes de leurs cachots sont fermes,
-et ils sont obligs de se morfondre dans la cour ou de s'entasser,
-s'il pleut, dans les galeries qui l'entourent, o ils sont infects de
-l'odeur des urines, etc. Du reste, mmes incommodits dans ces
-hideuses demeures; point d'air, des pailles pourries.
-
-Entasss jusqu' cinquante dans un mme trou, le nez sur leurs
-ordures, ils se communiquent les maladies, les malproprets dont ils
-sont accabls. Allez visiter les cachots qui sont pratiqus dans les
-grosses tours que vous voyez du quai de l'Horloge, ceux qu'on appelle
-_le grand Csar, Bonbec, Saint-Vincent, Bel-Air_, etc., et dites si la
-mort n'est pas prfrable un pareil sjour.
-
-Ne croyez pas que les incommodits du logement soient les seules que
-les prisonniers aient supporter; il faudroit pour juger jusqu'
-quelle humiliation, jusqu' quelle dgradation on peut rduire des
-hommes, il faudroit assister la fermeture des portes et l'appel
-nominal qui la prcde. Figurez-vous trois ou quatre guichetiers
-ivres, avec une demi-douzaine de chiens en arrt, tenant en main une
-liste incorrecte qu'ils ne peuvent lire. Ils appellent un nom,
-personne ne se reconnot; ils jurent, temptent, menacent; ils
-appellent de nouveau, on s'explique, on les aide, on parvient enfin
-comprendre qui ils ont voulu nommer. Ils font entrer en comptant le
-troupeau, ils se trompent; alors, avec une colre toujours croissante,
-ils ordonnent de sortir; on sort, on rentre, on se trompe encore, et
-ce n'est quelquefois qu'aprs trois ou quatre preuves que leur vue
-brouille parvient enfin s'assurer que le nombre est complet.
-
-Mais quel contraste! Est-ce une bizarrerie de la nature ou un effet
-de sa sagesse? La premire lueur d'esprance, l'approche d'un plaisir
-dissipent en un instant les plus noirs chagrins, les plus cruelles
-inquitudes, et la prison la plus hideuse, l'enfer va se changer en un
-temple de Gnide. Vous entendez dans la cour du prau un ternel
-bourdonnement, un murmure sombre et les cris effrayants des
-guichetiers; ils ont des voix terribles et qui semblent avoir t
-faites exprs. Rien n'est plus fatigant que ce bruit et ce spectacle,
-si vous pouvez y chapper pour revenir au principal guichet.
-
-Aprs avoir franchi la premire grille, j'ai dj dit qu'il y en a
-quatre, vous vous trouvez dans une enceinte forme toute de barreaux
-de fer. Lorsque les communications avec l'extrieur subsistoient,
-c'est l que les prisonniers de ce ct voyoient leurs connoissances.
-Les femmes, dont la sensibilit, le courage plus rsolu, l'me plus
-compatissante, plus porte secourir, partager le malheur, les
-femmes toient presque les seules qui osassent y pntrer....
-
-Le guichet d'entre, occup de mme par les prisonniers du ct des
-douze, n'offroit pas un spectacle moins pittoresque. En effet, quoi de
-plus singulier pour l'oeil de l'observateur? des femmes et leurs
-maris, des matresses et leurs amants rangs sur des bancs contre les
-murs: les uns s'attendrissent, versent des larmes; d'autres, condamns
- mort, quelquefois chantent. Par une fentre de ces cabinets, on
-aperoit sur un lit de douleur une malheureuse femme veille par un
-gendarme, et qui attend, la pleur sur le front, l'instant de son
-supplice. Des gendarmes remplissent les guichets; ceux-ci conduisent
-des prisonniers, dont on dlie les mains, et que l'on prcipite dans
-un cachot; ceux-l demandent d'autres prisonniers pour les transfrer,
-les lient et les emmnent, tandis qu'un huissier, l'oeil hagard,
-la voix insolente, donne des ordres, se fche, et se croit un hros
-parce qu'il insulte impunment des malheureux qui ne peuvent lui
-rpondre par des coups de bton.
-
-Il n'y a rien d'exagr dans ce que je viens de dire, et plusieurs
-personnes qui sont venues ou ont vcu dans les prisons se rappelleront
-d'avoir vu tout cela dans le mme moment.
-
-J'ai dit que les chiens jouoient un grand rle dans ces prisons;
-cependant un fait que j'ai entendu souvent raconter prouvera que leur
-fidlit n'est pas toute preuve. Parmi ces chiens, il en est un
-distingu par sa taille, sa force et son intelligence. Ce Cerbre se
-nomme _Ravage_. Il toit charg pendant la nuit de la garde de la cour
-du prau. Des prisonniers avoient, pour s'chapper, fait un trou (en
-argot, un _housard_); rien ne s'opposoit plus leur dessein, sinon la
-vigilance de _Ravage_ et le bruit qu'il pourroit faire. _Ravage_ se
-tait; mais le lendemain matin, on s'aperut qu'on lui avoit attach
-la queue un assignat de cent sous avec un petit billet o toient
-crits ces mots: _On peut corrompre Ravage avec un assignat de cent
-sous et un paquet de pieds de mouton_. Ravage promenant et publiant
-ainsi son infamie, fut un peu dcontenanc par les attroupements qui
-se formrent autour de lui et les clats de rire qui partoient de tous
-cts. Il en fut quitte, dit-on, pour cette petite humiliation et
-quelques heures de cachot.
-
-Revenons au ct _des douze_. Ce ct a aussi une cour qu'occupent
-les femmes. La partie occupe par les hommes n'a d'autre promenade
-qu'un corridor obscur, dans lequel il faut tenir le jour le rverbre
-allum, et un petit vestibule spar de la cour des femmes par une
-grille. Les hommes peuvent parler aux femmes travers cette grille,
-et plus d'une fois les tendres panchements de l'amour y ont fait
-oublier aux malheureux l'horreur de leur demeure.
-
-Les chambres des femmes sont aussi divises en chambres la pistole
-et en chambres la paille. Les pistoles occupent le premier, les
-chambres des _pailleuses_[96-A] sont au rez-de-chausse, derrire une
-arcade; elles sont obscures, humides, et aussi malsaines que
-malpropres. Le gouvernement devroit bien s'occuper de les rendre
-salubres, en n'oubliant jamais que l'innocence a t force de les
-habiter. Il faudroit aussi un rgime qui ne tendt pas dgrader les
-tres qui y sont soumis.
-
-Il n'y a de ce ct pour les hommes que des chambres a la pistole,
-c'est--dire que l'on paye le loyer des lits que l'on occupe. Il y a
-autant de lits dans une chambre qu'elle en peut contenir. On payoit
-d'abord pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois et 22 livres 10
-sous les mois suivans. On a rduit ce loyer 15 livres par mois. Le
-mme lit a souvent rapport plusieurs loyers en un mois[96-B]; aussi
-la Conciergerie est-elle le premier htel garni de Paris quant au
-produit.
-
-L'un des grands inconvnients de ce ct toit le voisinage de
-l'infirmerie; on y a longtemps vcu au milieu des fivres les plus
-dangereuses. Les malades, entasss deux deux sur de mchants
-grabats, toient bien ce que la misre humaine peut offrir de plus
-dplorable: les mdecins daignoient peine les examiner; il sembloit
-qu'il y et des coeurs faits pour s'endurcir l'approche du malheur.
-Ils avoient une ou deux _ptisannes_ qui toient, comme on dit, des
-selles tous chevaux, et qu'ils appliquoient toutes maladies,
-encore toient-elles administres avec une ngligence vraiment
-impardonnable. C'toit une chose curieuse de voir avec quel ddain et
-quelle suffisance ils faisoient leurs visites. Un jour, le docteur en
-chef s'approche d'un lit et tte le pouls du malade. Ah! dit-il, il
-est mieux qu'hier.--Oui, citoyen docteur, rpond l'infirmier, il est
-beaucoup mieux, mais ce n'est pas le mme; le malade d'hier est mort,
-et celui-ci a pris sa place.--Ah! c'est diffrent; eh bien, qu'on
-fasse la _ptisanne_.
-
-Cette anecdote en rappelle une autre qui eut lieu peu prs dans le
-mme temps. On se souvient peut-tre d'un individu qui se faisoit
-appeler _Marat-Mauger_, commissaire du pouvoir excutif Nancy et
-dans le dpartement de la Meurthe, dnonc comme ayant us envers les
-citoyens de toutes sortes de vexations. Ce Mauger donna l'exemple le
-plus terrible de la manire dont un coquin peut tre tourment par les
-remords. Il rappela les fureurs d'Oreste, et Le Kain auroit pu trouver
-en lui un modle. Attaqu d'une fivre trs-violente, il se levoit sur
-son lit, et l, avec des convulsions vraiment effrayantes, et d'une
-voix pouvante, il s'crioit: _Voyez-vous dans les ombres de ces
-votes la main de mon frre? Il crit en lettres de sang: Tu as mrit
-la mort!_ Il prit en effet au milieu des transports de cette
-frnsie[96-C].
-
-Il rgnoit parmi les prisonniers de ce ct un genre de courage et de
-gaiet vraiment remarquable; on ne se fera jamais une ide juste d'une
-existence semblable: aussi je n'entreprendrai pas de la dpeindre; je
-me contenterai de citer quelques passages de deux lettres de l'un de
-ces prisonniers un ami, et que celui-ci a bien voulu me communiquer:
-
-....... Si je vois avec quelque sang-froid le moment o je perdrois
-la vie, je le dois surtout au spectacle qui se renouvelle chaque
-instant dans cette maison; elle est l'antichambre de la mort. Nous
-vivons avec elle. On soupe, on rit avec des compagnons d'infortune;
-l'arrt fatal est dans leur poche. On les appelle le lendemain au
-tribunal; quelques heures aprs nous apprenons leur condamnation; ils
-nous font faire leurs compliments en nous assurant de leur courage.
-Notre train de vie ne change point pour cela; c'est un mlange
-d'horreur sur ce que nous voyons et d'une gaiet en quelque sorte
-froce, car nous plaisantons souvent sur les objets les plus
-effrayants, au point que nous dmontrions tous les jours un nouvel
-arriv de quelle manire cela se fait, par le moyen d'une chaise qui
-nous faisions faire la bascule. Tiens, dans ce moment, en voici un qui
-chante:
-
- Quand ils m'auront guillotin,
- Je n'aurai plus besoin de n.
-
-Je dois t'ajouter, pour te prouver combien nous avons de moyens de
-nous endurcir, qu'une malheureuse femme condamne vient de me faire
-appeler: _La source de mes larmes est tarie, m'a-t-elle dit, il ne
-m'en est pas chapp une depuis hier soir. La plus sensible des femmes
-n'est plus susceptible d'aucun sentiment; les affections qui faisoient
-le bonheur de ma vie ont perdu toute leur force. Je ne regrette rien,
-et je vois avec indiffrence le moment de ma mort._
-
-Cette femme est madame _Lariolette de Tournay_: elle dit avoir
-dpens des sommes normes pour la cause de la libert; commissaires
-nationaux, gnraux, officiers des armes franoises, ont t
-accueillis dans sa maison avec autant de distinction que de zle. Elle
-attribue ses malheurs son mari. Elle s'est fait peindre ces jours-ci
-la main appuye sur une tte de mort; elle a d lui envoyer ce
-portrait. L'allgorie est cruelle si le motif en est vrai!...
-
-Les hommes sont trop mchants, trop inutilement atroces, et je ne
-regretterois pas une existence aussi pnible et qui ne me prsente
-qu'un avenir encore plus affreux. Tu vas me croire fou; ma foi, non!
-
-Je ne fus jamais si raisonnable; j'apprcie les choses ce qu'elles
-valent, et le plus grand bienfait de la nature (la vie, dont tu me
-parles dans une de tes lettres), me parot moi une corve fort
-incommode, que la nature, si toutefois elle n'est pas une force
-aveugle, pouvoit pargner des tres qui n'ont pas mme assez de
-raison pour apercevoir leurs sottises. Je suis si las de vivre parmi
-les hommes, que je ne serois pas fch de les quitter. J'ai dj,
-comme je t'ai dit, essay l'preuve; c'est le moment de vritable
-calme que j'aie got depuis que je suis ici, etc...
-
-C'toit une chose touchante de voir un nombre de prisonniers prvenus
-de dlits contre la patrie ne respirer cependant que pour elle et pour
-sa libert.]
-
-[Note 96-A: On appelle _pailleux_ et _pailleuses_ ceux et celles qui,
-n'ayant pas de moyen de payer le loyer d'un lit, sont obligs de
-coucher sur la paille.]
-
-[Note 96-B: Dans les derniers temps de la tyrannie de Robespierre,
-lorsque le tribunal envoyait les victimes la mort par charretes,
-quarante ou cinquante lits taient occups tous les jours par de
-nouveaux htes qui payaient quinze livres pour une nuit, ce qui
-donnait par mois un produit de dix-huit vingt-deux mille livres.]
-
-[Note 96-C: On honore sa mmoire de cette pitaphe:
-
- Dans un corps sale et pourri
- Gisait une me pouvantable.
- Depuis ce matin, Dieu merci,
- Et l'me et le corps sont au diable.]
-
-C'est dans cette pice que Madame lisabeth avait pass les deux
-heures qui avaient prcd son interrogatoire.
-
-Peut-tre sera-t-on dispos croire qu'entre cet interrogatoire et
-le jugement il y eut l'intervalle de temps ncessaire pour que
-l'accuse pt runir ses moyens de dfense. Ce serait mal connatre
-l'poque rvolutionnaire que de cder une pareille illusion. Madame
-de la Fayette[97], si admirable par le caractre aussi nergique que
-gnreux qu'elle dploya au milieu de ces scnes d'horreur, raconte
-qu'ayant t transfre de la Force au collge du Plessis, Haly,
-concierge de cette dernire prison, lui dit un jour: Je sors de chez
-Fouquier-Tinville; je l'ai trouv tendu sur le tapis, ple, ananti;
-ses filles le caressoient et essuyoient la sueur de son front. Il me
-rpondit lorsque je lui demandai ses ordres pour la liste du
-lendemain: Laissez-moi, Haly, je n'y suffis pas; quel mtier! Puis,
-comme par instinct, il ajouta: Voyez mon secrtaire; il m'en faut
-soixante, n'importe lesquels; qu'il les assortisse[98].
-
-[Note 97: Madame de la Fayette, ne Noailles, tait un modle de
-bienveillance, de pit et de dvouement conjugal. La journe du 15
-octobre 1795 fut un des plus beaux jours de sa vie. Ce jour-l, elle
-obtint la faveur de se constituer prisonnire avec ses deux filles
-dans les cachots d'Olmutz, auprs de son mari, dont elle partagea la
-captivit pendant deux ans.
-
-Elle mourut Paris dans la nuit de Nol (25 dcembre) 1807, et fut,
-selon son dsir, inhume Picpus, funbre asile qu'elle avait fond
-avec sa soeur, la marquise de Montaigu. B.]
-
-[Note 98: _Les prisons en 1793_, par madame la comtesse DE BOHME, ne
-de Girardin, 1 vol. in-8, p. 130.]
-
-On le voit, c'est irrgulirement et au hasard que l'on tuait dans ce
-temps-l. Aussi l'interrogatoire que nous avons donn plus haut n'est
-qu'une comdie drisoire qui ne prsente aucune garantie
-l'innocence.
-
-On n'impute mme l'accuse aucun grief qui lui soit personnel. Elle
-est la soeur de Louis XVI, l'amie de Marie-Antoinette: voil ses
-crimes. Si le tribunal est d'avance rsolu tuer la prvenue, la
-prvenue sait elle-mme, n'en pas douter, qu'elle n'a pas de justice
- attendre du tribunal.
-
-Cependant quelqu'un, se disant autoris par Madame lisabeth, reste
-en ralit trangre cette dmarche, tait all avertir M.
-Chauveau-Lagarde qu'il tait dsign pour la dfendre. Il se prsenta
-aussitt la prison, afin de s'entretenir avec elle de son acte
-d'accusation. On ne lui permit point de lui parler. Il rclama prs de
-Fouquier-Tinville, qui lui rpondit: Vous ne pouvez la voir
-aujourd'hui; rien ne presse: elle ne sera pas juge de sitt.
-Cependant, malgr la fausse assertion de Fouquier, le procs de madame
-lisabeth allait bientt commencer. Je ne sais quel vague
-pressentiment, quelle apprhension et quelle anxit douloureuse
-poussrent le lendemain matin M. Chauveau-Lagarde dans la salle des
-assises. Quelle fut sa surprise lorsqu'il aperut Madame lisabeth,
-vtue de blanc, environne d'un grand nombre d'accuss, assise sur le
-haut des gradins, o on l'avait place la premire pour la mettre plus
-en vidence! Toute confrence avec elle lui tait ncessairement
-interdite. Elle ignore mme sans doute qu'un homme, dans cette
-enceinte, se lvera pour la dfendre. Parmi les personnes qu'on lui a
-associes, au nombre de vingt-quatre dans l'acte d'accusation, il en
-est quelques-unes qu'elle a quelquefois rencontres la cour: la
-marquise de Snozan, soeur de Malesherbes; madame de Crussol
-d'Amboise; M. de Lomnie, ancien ministre de la guerre, et madame de
-Montmorin, veuve de l'ancien ministre des affaires trangres massacr
- l'Abbaye le 2 septembre 1792. La soeur de Louis XVI tait inconnue
-de presque tous les autres accuss. Cependant, ds le matin,
-quelqu'un, dans les corridors de la Conciergerie, ayant prononc le
-nom d'lisabeth, ce nom, du guichet au greffe, de la prison au prau,
-avait couru de bouche en bouche, et l'attention de tous les
-prisonniers s'tait porte sur elle. La soeur de Louis XVI n'en fut
-pas trouble: toujours matresse d'elle-mme, elle avait tant de
-srnit et de sang-froid qu'elle en communiquait aux mes les plus
-troubles: elle ne songeait qu' donner des consolations, la paix du
-coeur et la grce de Dieu ces infortunes sans espoir, pour
-lesquelles toutes portes taient fermes, except celle qui ouvrait du
-ct du ciel.
-
-Cependant Ren-Franois Dumas, prsident du tribunal, a ouvert
-l'audience; Gabriel Delige et Antoine-Marie Maire, juges, sont assis
- ses cts.
-
-Gilbert Liendon, substitut de l'accusateur public, soutient
-l'accusation; Charles-Adrien Legris, greffier, rdige le
-procs-verbal.
-
-Les jurs, au nombre de quinze, sont les citoyens Trinchard, Laporte,
-Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest, Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyre,
-Prieur, Besnard, Five, Sambat et Desboisseaux.
-
-Le prsident Dumas, s'adressant Madame lisabeth:
-
-Quel est votre nom?
-
-_R._ lisabeth-Marie.
-
- * * * * *
-
-Le _Moniteur_ ne dit pas, mais un grand nombre de personnes prsentes
-ont racont qu' cette premire question Madame lisabeth rpondit:
-Je me nomme lisabeth-Marie de France, soeur de Louis XVI, tante de
-Louis XVII, votre Roi. J'ai connu moi-mme une personne digne de foi
-qui m'a assur avoir entendu ces paroles, et j'ai l'intime conviction
-qu'elles ont t prononces.
-
- * * * * *
-
-_D._ Votre ge?
-
-_R._ Trente ans.
-
-_D._ O tes-vous ne?
-
-_R._ A Versailles.
-
-_D._ O rsidez-vous?
-
-_R._ A Paris.
-
-[Illustration: ACTE D'ACCUSATION.
-
-Antoine-Quentin Fouquier, Accusateur Public du Tribunal
-Rvolutionnaire, tabli Paris par dcret de la Convention nationale
-du 10 mars 1793, l'an deuxime de la Rpublique, sans aucun recours au
-Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir lui donn par l'article
-deux d'un autre dcret de la Convention du 5 avril suivant, portant:
-Que l'Accusateur Public dudit Tribunal est autoris faire arrter,
-poursuivre et juger sur la dnonciation des autorits constitues ou
-des citoyens.
-
-Expose,]
-
-Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation, dont la teneur
-suit[99]:
-
-[Note 99: Nous intercalons cette page le commencement de ce factum,
-reproduisant en _fac-simile_ la pice imprime et remplie par
-l'criture autographe de l'accusateur public.]
-
-ANTOINE-QUENTIN FOUQUIER,
-
-Accusateur public du Tribunal Rvolutionnaire tabli Paris par
-dcret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, l'an deuxime de
-la Rpublique, sans aucun recours au Tribunal de cassation, en vertu
-du pouvoir lui donn par l'article deux d'un autre dcret de la
-Convention du 5 avril suivant, portant que l'Accusateur public dudit
-Tribunal est autoris faire arrter, poursuivre et juger, sur la
-dnonciation des autorits constitues ou des citoyens;
-
-Expose que, par diffrents arrts du comit de sret gnrale de la
-Convention, des comits rvolutionnaires de diffrentes sections de
-Paris, du dpartement de l'Yonne, et en vertu de mandats d'arrt
-dcerns par l'accusateur public, ont t traduits au Tribunal:
-
- 1 Marie lisabeth Capet, soeur de Louis Capet, le dernier des
- tirans des Franais, ge de trente ans, ne Versailles;
-
- 2 Anne _Duwaes, veuve de L'aigle_, cy devant marquise, ne
- Keisnist, dans la campagne de Westphalie, demeurant Montagne
- belair, cy devant Saint Germain en Laye, dpartement de Seine et
- Oise, ge de cinquante cinq ans;
-
- 3 Louis Bernardin Leneuf _Sourdeval_, g de soixante neuf ans,
- n Caen, ex comte, demeurant actuellement Chatou, dpartement
- de Seine et Oise, avant demeurant dans le district de Caen,
- dpartement du Calvados;
-
- 4 Anne Nicole _Lamoignon_, veuve du cy devant marquis de
- _Senozan_, ge de soixante seize ans, n Paris, y demeurant;
-
- 5 Claude Louise Anglique _Bersin_, femme spare de corps et de
- biens, depuis huit ans, de _Crussol d'Amboise_, ge de soixante
- et quatre ans, cy devant marquise, ne Paris, y demeurant;
-
- 6 Georges _Folloppe_, g de soixante quatre ans, officier
- municipal de la Commune de Paris et pharmacien, n cales Alix,
- prs d'Yvetot, demeurant Paris, rue et porte Honor;
-
- 7 Denise _Buard_, fille, ge de cinquante deux ans, vivant de
- son bien, ne Paris, y demeurant, rue Florentin, n 674;
-
- 8 Louis Pierre Marcel _Letellier_, dit _Bullier_, g de 21 ans
- et demi, cy devant employ l'habillement, n Paris, y
- demeurant, rue Florentin, n 674;
-
- 9 Charles _Cressy Champmilon_, g de trente trois ans, cy
- devant noble, ayant servi en qualit de sous lieutenant dans le
- cy devant rgiment de vieille marine, natif de Courlon, prs
- Sens, dpartement de l'Yonne, depuis s'annonant avoir fait le
- commerce;
-
- 10 Thodore _Hall_, g de vingt six ans, manufacturier et
- ngotiant, natif de Sens, y demeurant, dpartement de l'Yonne;
-
- 11 Alexandre Franois _Lomenie_, g de _trente_ six ans, n
- Marseille, y demeurant, cy devant colonel du rgiment des
- chasseurs, cy devant Champagne, qu'il a quitt en mil sept cent
- quatre vingt dix, ex comte, domicilie Brienne, et arrt Sens
- en visite;
-
- 12 Louis Marie Athanase _Lomenie_, g de soixante quatre ans,
- n Paris, ex ministre de la guerre, et depuis la rvolution
- maire de Brienne[100];
-
-[Note 100: Nous possdons quelques pages crites par lui la hte
-pour sa dfense, et qu'on ne lui donna point le temps de lire devant
-le tribunal. Voir aux Pices justificatives, n VI.]
-
- 13 Antoine Hugues Calixte _Montmorin_, g de vingt deux ans, n
- Versailles, sous lieutenant dans le cinquime rgiment de
- chasseurs cheval, grade dont il a donn sa dmission le cinq
- septembre mil sept cent quatre vingt douze, demeurant Passy,
- dpartement de l'Yonne;
-
- 14 Jean Baptiste _Lhoste_, g de quarante sept ans, n
- Forges, dans le cy devant Clermontois, agent de Serilly, dont il
- toit le domestique, demeurant Paris;
-
- 15 Martial _Lomenie_, ex coadjuteur de l'vch du dpartement
- de l'Yonne, g de trente ans, n Marseille, demeurant Sens,
- ex noble;
-
- 16 Antoine Jean Franois _Megret de Serilly_, g de quarante
- huit ans, n Paris, cy devant trsorier gnral de la guerre
- jusqu'en mil sept cent quatre vingt sept, et cultivateur depuis
- mil sept cent quatre vingt neuf, demeurant Passy, district de
- Sens, dpartement (_sic_);
-
- 17 Antoine Jean Marie _Megret Dtigny_, g de quarante six ans,
- n Paris, cy devant sous aide major des cy devant gardes
- franaises, qu'il a quitt en mil sept cent quatre vingt sept, ex
- noble, demeurant Sens, dpartement de Lyonne;
-
- 18 Charles _Lomenie_, g de trente trois ans, n Marseille,
- cy devant chevallier de Saint Louis et de Cincinnatus, domicilie
- Brienne, dpartement de Laube.
-
- 19 Franoise Gabrielle _Taneffe_, veuve _Montmorin_, ex ministre
- des affaires trangres, ne Chadrin, en Auvergne, dpartement
- du Puy de Dme, ge de cinquante sept ans, demeurante, lors de
- son arrestation, Passy, dpartement de Lyonne, chez la nomme
- Serilly;
-
- 20 Anne Marie Charlotte _Lomenie_, divorce de l'migr Canizy,
- ge de vingt neuf ans, ne Paris, domicilie Sens,
- dpartement de Lyonne, et Paris, rue Georges, section du
- Mont-Blanc, n 18;
-
- 21. Marie Anne Catherine _Rosset_, ge de quarante quatre ans,
- ne Rochefort, dpartement de la Charente, femme de Charles
- Christophe Rossel-Cercy, officier de marine migr, demeurant,
- lors de son arrestation, Sens;
-
- 22. lisabeth Jacqueline _Lhermitte_, femme de Rosset, ge de
- soixante cinq ans, ne Paris, demeurant Sens. Son mari cy
- devant lieutenant colonel des carabiniers, marchal de camp, ex
- noble, migr;
-
- 23. Louis Claude Lhermitte de Chambertrand, g de soixante ans,
- n Sens, y demeurant, prtre et ex chanoine de la cy devant
- cathdrale de Sens, ex noble;
-
- 24. Anne Marie Louise _Thomas, f{e} Serilly_, ge de trente un
- ans, ne Paris, demeurant Passy, dpartement de Lyonne;
-
- 25. Et Jean Baptiste _Dubois_, g de quarante un ans, n
- Merfy, district de Reims, dpartement de la Marne, domestique
- d'tigny, qui demeurait chez sa mre, vieille rue du Temple;
-
-Que c'est la famille des Capets que le peuple franais doit tous
-les maux sous le poids desquels il a gmi pendant tant de sicles.
-
-C'est au moment o l'excs de l'oppression a forc le peuple de
-briser ses chanes, que toute cette famille s'est runie pour le
-plonger dans un esclavage plus cruel encore que celui dont il vouloit
-sortir. Les crimes de tous genres, les forfaits amoncels de Capet, de
-la Messaline Antoinette, des deux frres Capet et d'lisabeth, sont
-trop connus pour qu'il soit ncessaire d'en retracer ici l'horrible
-tableau. Ils sont crits en caractres de sang dans les annalles de la
-rvolution, et les atrocits inouies exerces par les barbares migrs
-ou les sanguinaires satellites des despotes, les meurtres, les
-incendies, les ravages enfin, ces assassinats inconnus aux monstres
-les plus froces, qu'ils commettent sur le territoire franais, sont
-encore commands par cette dtestable famille, et pour livrer de
-nouveau une grande nation au despotisme et aux fureurs de quelques
-individus.
-
-lisabeth a partag tous ses crimes: elle a coopr toutes les
-trames, tous les complots forms par ses infmes frres, par la
-scleratte et impudique Antoinette, et toute la horde des
-conspirateurs qui s'toient runis autour d'eux; elle est associe
-tous leurs projets; elle encourage les assassins de la patrie, les
-complots de juillet mil sept cent quatre vingt neuf, la conjuration du
-six octobre suivant, dont les Destaing et les Villeroy, et d'autres
-qui viennent d'tre frapps du glaive de la loi, toient les agents;
-enfin toute cette chane non interrompue de conspirations, pendant
-quatre ans entiers, ont t suivis et seconds de tous les moyens qui
-toient au pouvoir d'lisabeth. C'est elle qui, au mois de juin mil
-sept cent quatre vingt onze, fait passer les diamants, qui toient une
-proprit nationale, a l'infme d'Artois, son frre, pour le mettre en
-tat d'excuter les projets concerts avec lui, et soudoyer des
-assassins contre la patrie: c'est elle qui entretient avec son autre
-frre, devenu aujourdhuy l'objet de la drision, du mpris des
-despotes coaliss chez lesquels il est all dposer son imbcille et
-lourde nullit, la correspondance la plus active; c'est elle qui
-vouloit, par l'orgueil et le ddain le plus insultant, avilir et
-humilier les hommes libres qui consacroient leur temps garder leur
-tyran; c'est elle enfin qui prodiguoit des soins aux assassins envoys
-aux Champs lises par le despote provoquer les braves Marseillois, et
-pansoit les blessures qu'ils avoient reues dans leur fuite
-prcipite.
-
-lisabeth avoit mdit avec Capet et Antoinette le massacre des
-citoyens de Paris dans l'immortelle journe du dix aoust. Elle
-veilloit dans l'espoir d'tre tmoin de ce carnage nocturne. Elle
-aidoit la barbare Antoinette a mordre des balles, et encourageoit par
-ses discours des jeunes personnes que des prtres fanatiques avoient
-conduites au chteau pour cette horrible occupation. Enfin, trompe
-dans l'espoir que toute cette horde de conspirateurs avoit que tous
-les citoyens se prsenteroient pendant la nuit pour renverser la
-tyrannie, elle fuit au jour avec le tyran et sa femme, et va attendre
-dans le temple de la souverainet nationale que la horde d'esclaves
-soudoys et dvous aux forfaits de cette cour parricide aye noy dans
-le sang des citoyens la libert, et lui aye fourni les moyens
-d'gorger ensuite ces reprsentants, au milieu desquels ils avoient
-t chercher un asile.
-
-Enfin on l'a vu, depuis le supplice mrit du plus coupable des
-tyrans qui ait dshonor la nature humaine, provoquer le
-rtablissement de la tyrannie en prodiguant avec Antoinette au fils de
-Capet les hommages de la royaut et les prtendus honneurs du
-throne[101].
-
-[Note 101: Voir, p. 205, la liste des coaccuss de Madame lisabeth.]
-
- * * * * *
-
-En vrit, on se demande si l'on rve quand on lit ce libelle de
-Fouquier, o les arguments sont des sophismes, o les pithtes sont
-des injures, o les faits relats sont des mensonges. Mais on se
-souvient que si un tel accusateur pouvait les imaginer, et si un tel
-tribunal tait digne de les entendre, Madame lisabeth aussi tait
-capable de les pardonner.
-
- * * * * *
-
- _Procs-verbal de la sance du tribunal rvolutionnaire, tabli
- par la loi du 10 mars 1793, et en vertu de la loi du 5 avril de
- la mme anne, sant Paris, au palais de justice._
-
-Du vingt et un floral de l'an second de la Rpublique franoise, dix
-heures du matin.
-
-L'audience ouverte au public, le tribunal, compos des citoyens
-Ren-Franois Dumas, prsident; Gabriel Delige et Antoine-Marie
-Maire, juges; de Gilbert Lieudon, adjoint de l'accusateur public, et
-Charles-Adrien Legris, commis greffier.
-
-Sont entrs:
-
-Les citoyens Trinchard, Laporte, Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest,
-Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyer, Prieur, Besnard, Five, Sambatz et
-Desboisseaux, jurs de jugement; ensuite ont t introduits la
-barre, libres et sans fers, et placs de manire qu'ils toient vus et
-entendus du tribunal et des auditeurs: lisabeth Capet; Anne Duwaes,
-veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval; Anne-Nicole
-Lamoignon, veuve Snozan; Georges Foloppe, Denise Buard,
-Louis-Pierre-Marcel Le Tellier, et dix-huit autres ci-aprs nomms,
-accuss; et aussi les citoyens Chauveau, la Fleutrie, Boutroux,
-Duchteau, Julienne, Sezille, leurs conseils et dfenseurs officieux,
-qui ont prt le serment de n'employer que la vrit dans la dfense
-des accuss, et de se comporter avec dcence et modration; ensuite
-les tmoins de l'accusateur public ont t pareillement introduits.
-
-Le prsident, en prsence de tout l'auditoire, compos comme
-ci-dessus, a fait prter auxdits jurs, chacun individuellement, le
-serment suivant: Citoyen, vous jurez et promettez d'examiner avec
-l'attention la plus scrupuleuse les charges portes contre les
-dnomms, accuss prsents devant vous (ci-devant nomms), de ne
-communiquer avec personne jusqu'aprs votre dclaration; de n'couter
-ni la haine ou la mchancet, ni la crainte ou l'affection; de vous
-dcider d'aprs les charges et moyens de dfense, et suivant votre
-confiance et votre intime conviction, avec l'impartialit et la
-fermet qui conviennent un homme libre. Aprs avoir prt ledit
-serment, lesdits jurs se sont placs sur leurs siges dans
-l'intrieur de l'auditoire, en face des accuss et des tmoins.
-
-Le prsident a dit aux accuss qu'ils pouvoient s'asseoir; aprs quoi
-il leur a demand leurs nom, ge, profession, demeure, et le lieu de
-leur naissance.
-
-A quoi ils ont rpondu se nommer lisabeth Capet, soeur de Louis
-Capet, dernier tyran des Franois, demeurant Paris.
-
-2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, ge de
-cinquante-cinq ans, ne Keisnith, en Allemagne, demeurant la
-montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, dpartement de
-Seine-et-Oise.
-
-3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, g de soixante-neuf ans, etc.
-
-[Suit la liste, voir page 205.]
-
-Le prsident a averti les accuss d'tre attentifs ce qu'ils
-alloient entendre, et il a ordonn au greffier de lire l'acte
-d'accusation. Le greffier a fait ladite lecture, ainsi que la loi
-relative aux faux tmoins, haute et intelligible voix. Le prsident
-a dit aux accuss: Voil de quoi vous tes accuss; vous allez
-entendre les charges qui vont tre produites contre vous.
-
-Le tmoin prsent par l'accusateur public et assign sa requte a
-t introduit en l'audience, et aprs avoir entendu la lecture faite
-par le greffier, s'est retir.
-
-Le prsident a ensuite fait appeler le tmoin pour faire sa
-dclaration, et avant de la faire il lui a fait prter le serment
-suivant: Tu jures et promets de parler sans haine, sans crainte, de
-dire la vrit, toute la vrit, rien que la vrit; ensuite il lui a
-demand s'il est parent, ami, alli, serviteur ou domestique des
-accuss ou de l'accusateur public; si c'est des accuss prsents
-devant lui, qu'il lui a fait examiner, qu'il entend parler; s'il les
-connoissoit avant le fait qui a donn lieu l'accusation, quoi il a
-rpondu de la manire et ainsi qu'il suit:
-
-La citoyenne Marie Bocage, femme Journaud, ge de trente-trois ans,
-ne la montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye,
-domestique, demeurant audit lieu, connot l'accuse veuve de l'Aigle;
-n'est parente, dpose, etc.
-
-Le prsident fait les questions suivantes Madame lisabeth:
-
-O tiez-vous dans les journes des 12, 13 et 14 juillet 1789,
-c'est--dire aux poques des premiers complots de la cour contre le
-peuple?
-
-J'tois dans le sein de ma famille. Je n'ai connu aucun des complots
-dont vous me parlez; ce sont des vnements que j'tois loin de
-prvoir et de seconder.
-
-Lors de la fuite du tyran, votre frre, Varennes, ne l'avez-vous pas
-accompagn?
-
-Tout m'ordonnoit de suivre mon frre, et je m'en suis fait un devoir
-dans cette occasion comme dans toute autre.
-
-N'avez-vous pas figur dans l'orgie infme et scandaleuse des gardes
-du corps, et n'avez-vous pas fait le tour de la table avec
-Marie-Antoinette pour faire rpter chacun des convives le serment
-affreux d'exterminer les patriotes pour touffer la libert dans sa
-naissance et rtablir le trne chancelant?
-
-J'ignore absolument si l'orgie dont il s'agit a eu lieu, mais je
-dclare n'en avoir t aucunement instruite.
-
-Vous ne dites pas la vrit, et votre dngation ne peut vous tre
-d'aucune utilit, lorsqu'elle est dmentie d'une part par la notorit
-publique, et de l'autre par la vraisemblance qui persuade tout homme
-sens qu'une femme aussi intimement lie que vous l'tiez avec
-Marie-Antoinette, et par les liens du sang et par ceux de l'amiti la
-plus troite, n'a pu se dispenser de partager ses machinations, d'en
-avoir eu communication et de les avoir favorises de tout son pouvoir;
-vous avez ncessairement, d'accord avec la femme du tyran, provoqu le
-serment abominable prt par les satellites de la cour, d'assassiner
-et anantir la libert dans son principe; vous avez galement provoqu
-les outrages sanglants faits au signe prcieux de la libert, la
-cocarde tricolore, en la faisant fouler aux pieds par tous vos
-complices?
-
-J'ai dj dclar que tous ces laits m'toient trangers, je n'y dois
-point d'autre rponse.
-
-O tiez-vous dans la journe du 10 aot 1792?
-
-J'tois au chteau, ma rsidence ordinaire et naturelle depuis quelque
-temps.
-
-N'avez-vous pas pass la nuit du 9 au 10 aot dans la chambre de votre
-frre, et n'avez-vous pas eu avec lui des confrences secrtes qui
-vous ont expliqu le but, le motif de tous les mouvements et
-prparatifs qui se faisoient sous vos yeux?
-
-J'ai pass chez mon frre la nuit dont vous me parlez; jamais je ne
-l'ai quitt; il avoit beaucoup de confiance en moi, et cependant je
-n'ai rien remarqu dans sa conduite ni dans ses discours qui pt
-m'annoncer ce qui s'est pass depuis.
-
-Mais votre rponse blesse la fois la vrit et la vraisemblance, et
-une femme comme vous, qui a manifest dans tout le cours de la
-rvolution une opposition aussi frappante au nouvel ordre de choses,
-ne peut tre crue lorsqu'elle veut faire croire qu'elle ignore la
-cause des rassemblements de toute espce qui se faisoient au chteau
-la veille du 10 aot. Voudriez-vous nous dire ce qui vous a empche
-de vous coucher la nuit du 9 au 10 aot?
-
-Je ne me suis pas couche parce que les corps constitus toient venus
-faire part mon frre de l'agitation, de la fermentation des
-habitants de Paris, et des dangers qui pouvoient en rsulter.
-
-Vous dissimulez en vain, surtout d'aprs les diffrents aveux de la
-femme Capet, qui vous a dsigne comme ayant assist l'orgie des
-gardes du corps, comme l'ayant soutenue dans ses craintes et ses
-alarmes du 10 aot sur les jours de Capet et de tout ce qui pouvoit
-l'intresser. Mais ce que vous nieriez infructueusement, c'est la part
-active que vous avez prise l'action qui s'est engage entre les
-patriotes et les satellites de la tyrannie; c'est votre zle et votre
-ardeur servir les ennemis du peuple, leur fournir des balles que
-vous preniez la peine de mcher, comme devant tre diriges contre les
-patriotes, comme destines les moissonner. Ce sont les voeux bien
-publics que vous faisiez pour que la victoire demeurt au pouvoir des
-partisans de votre frre, les encouragements en tout genre que vous
-donniez aux assassins de la patrie: que rpondez-vous ces derniers
-faits?
-
-Tous ces faits qui me sont imputs sont autant d'indignits dont je
-suis bien loin de m'tre souille.
-
-Lors du voyage de Varennes, n'avez-vous pas fait prcder l'vasion
-honteuse du tyran de la soustraction des diamants dits de la couronne,
-appartenant alors la nation, et ne les avez-vous pas envoys
-d'Artois?
-
-Ces diamants n'ont pas t envoys d'Artois; je me suis borne les
-dposer entre les mains d'une personne de confiance.
-
-Voudriez-vous dsigner le dpositaire de ces diamants, nous le nommer?
-
-M. de Choiseul est celui que j'avois choisi pour recevoir ce dpt.
-
-Que sont devenus les diamants que vous dites avoir confis Choiseul?
-
-J'ignore absolument quel a pu tre le sort de ces diamants, n'ayant
-pas eu l'occasion de voir M. de Choiseul; je n'en ai point eu
-d'inquitude et je ne m'en suis nullement occupe.
-
-Vous ne cessez d'en imposer sur toutes les interpellations qui vous
-sont faites, et singulirement sur le fait des diamants; car un
-procs-verbal du 12 septembre 1792, bien rdig en connoissance de
-cause par les reprsentants du peuple lors de l'affaire relative au
-vol de ces diamants, constate d'une manire sans rplique que ces
-diamants ont t envoys d'Artois. N'avez-vous pas entretenu des
-correspondances avec votre frre, le ci-devant Monsieur?
-
-Je ne me rappelle pas d'en avoir entretenu, surtout depuis qu'elles
-sont prohibes.
-
-N'avez-vous pas donn des soins en pansant vous-mme les blessures des
-assassins envoys aux Champs-lyses par votre frre contre les braves
-Marseillois?
-
-Je n'ai jamais su que mon frre et envoy des assassins contre qui
-que ce soit; s'il m'est arriv de donner des secours quelques
-blesss, l'humanit seule a pu me conduire dans le pansement de leurs
-blessures; je n'ai point eu besoin de m'informer de la cause de leurs
-maux pour m'occuper de leur soulagement; je ne m'en fais pas un
-mrite, et je ne m'imagine pas que l'on puisse m'en faire un crime!
-
-Il est difficile d'accorder ces sentiments d'humanit dont vous vous
-parez avec cette joie cruelle que vous avez montre en voyant couler
-des flots de sang dans la journe du 10 aot. Tout nous autorise
-croire que vous n'tes humaine que pour les assassins du peuple, et
-que vous avez toute la frocit des animaux les plus sanguinaires pour
-les dfenseurs de la libert; loin de secourir ces derniers, vous
-provoquiez leur massacre par vos applaudissements; loin de dsarmer
-les meurtriers du peuple, vous leur prodiguiez pleines mains les
-instruments de la mort l'aide desquels vous vous flattiez, vous et
-vos complices, de rtablir le despotisme et la tyrannie. Voil
-l'humanit des dominateurs des nations, qui de tout temps ont sacrifi
-des millions d'hommes leurs caprices, leur ambition et leur
-cupidit! L'accuse lisabeth, dont le plan de dfense est de nier
-tout ce qui est sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir
-qu'elle a berc le petit Capet dans l'espoir de succder au trne de
-son pre, et qu'elle a ainsi provoqu la royaut?
-
-Je causois familirement avec cet infortun, qui m'toit cher plus
-d'un titre, et je lui administrois en consquence les consolations qui
-me paroissoient capables de le ddommager de la perte de ceux qui lui
-avoient donn le jour.
-
-C'est convenir en d'autres termes que vous nourrissiez le petit Capet
-des projets de vengeance que vous et les vtres n'avez cess de former
-contre la libert, et que vous vous flattiez de relever les dbris
-d'un trne bris en l'inondant du sang des patriotes!
-
- * * * * *
-
-Le prsident procde ensuite l'interrogatoire des autres accuss,
-interrogatoire qui se borne quelques questions insignifiantes. Le
-_Moniteur_, et aprs lui les historiens, ne font aucune mention des
-paroles du dfenseur de Madame lisabeth; et ce silence semblerait
-annoncer que Madame lisabeth ne fut pas dfendue. Cependant si le
-dbat fut rapide, si tout rapport entre l'accuse et son dfenseur a
-t matriellement interdit, il est notoire que Chauveau-Lagarde se
-leva aprs l'interrogatoire, et fit entendre une courte plaidoirie,
-dont il nous a donn lui-mme la substance:
-
-Je fis observer, dit-il, qu'il n'y avoit au procs qu'un protocole
-banal d'accusation, sans pices, sans interrogatoire, sans tmoins, et
-que par consquent, l o il n'existoit aucun lment lgal de
-conviction, il ne sauroit y avoir de conviction lgale.
-
-J'ajoutai qu'on ne pouvoit donc opposer l'auguste accuse que ses
-rponses aux questions qu'on venoit de lui faire, puisque c'toit dans
-ces rponses elles seules que tous les dbats consistoient; mais que
-ces rponses elles-mmes, loin de la condamner, devoient au contraire
-l'honorer tous les yeux, puisqu'elles ne prouvoient rien autre chose
-que la bont de son coeur et l'hrosme de son amiti.
-
-Puis, aprs avoir dvelopp ces premires ides, je finis en disant
-qu'au lieu d'une dfense je n'aurois plus prsenter pour Madame
-lisabeth que son apologie; mais que dans l'impuissance o j'tois
-d'en trouver une qui ft digne d'elle, il ne me restoit plus qu'une
-seule observation faire: c'est que la Princesse qui avoit t la
-cour de France le plus parfait modle de toutes les vertus ne pouvoit
-pas tre l'ennemie des Franois.
-
-Il est impossible de peindre la fureur avec laquelle Dumas
-m'apostropha, en me reprochant d'avoir eu _l'audace de parler_ de ce
-qu'il appeloit _les prtendues vertus de l'accuse, et d'avoir ainsi
-corrompu la morale publique_. Il fut ais de s'apercevoir que Madame
-lisabeth, qui jusqu'alors toit reste calme et comme insensible
-ses propres dangers, fut mue de ceux auxquels je venois de
-m'exposer.
-
-Aprs que l'accusateur public et les dfenseurs ont t entendus, le
-prsident dclare les dbats ferms; il fait le rsum du procs, je
-dois dire des diffrents procs, car il y en avait autant que
-d'accuss; puis il remet au prsident du jury l'crit suivant, servant
-de prambule une question qui est uniformment la mme pour chacun
-des accuss:
-
-Il a exist des complots et conspirations forms par Capet, sa femme,
-sa famille, ses agents et ses complices, par suite desquels des
-provocations la guerre extrieure de la part des tyrans coaliss,
-la guerre civile dans l'intrieur, ont t formes, des secours en
-hommes et en argent ont t fournis aux ennemis, des troupes ont t
-rassembles, des dispositions ont t faites, des chefs nomms pour
-assassiner le peuple, anantir la libert et rtablir le despotisme.
-
-Anne-lisabeth Capet est-elle complice de ces complots?
-
-Les jurs, aprs quelques minutes de dlibration, rentrent la salle
-d'audience, et donnent une dclaration affirmative contre Madame
-lisabeth et les autres accuss.
-
-Vu par le tribunal rvolutionnaire l'acte d'accusation dress par
-l'accusateur public prs icelui,
-
-1. Contre lisabeth Capet, soeur de Louis Capet, dernier tyran des
-Franois, ne Paris, y demeurant;
-
-2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, ge de
-cinquante-cinq ans, ne Keisnith, en Allemagne, demeurant la
-montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, dpartement de
-Seine-et-Oise.
-
-3. Louis Bernardin Leneuf Sourdeval, etc....
-
-[Suit la liste des 25 accuss prcdemment donne.] et dont la teneur
-suit:
-
-Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public, etc., expose, etc.
-
-[Rptition de l'acte d'accusation.]
-
-L'ordonnance de prise de corps rendue par le tribunal ledit jour
-contre lisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, Louis-Bernardin
-Leneuf Sourdeval, etc....
-
-[Suit la liste des 25 accuss.]
-
-Le procs-verbal d'crou et remise de leurs personnes en la maison de
-justice de la Conciergerie, aussi du mme jour; et la dclaration du
-jur du jugement faite individuellement et haute et intelligible
-voix en l'audience publique du tribunal, portant qu'il a exist des
-complots et conspirations forms par Capet, etc.
-
-[Ici rptition de l'ordonnance de prise de corps rendue par le
-tribunal.]
-
-Qu'il est constant que
-
-lisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf
-Sourdeval, etc.,
-
-[Liste des 25.]
-
-sont convaincus d'tre complices de ces complots;
-
-Le tribunal, aprs avoir entendu l'accusateur public sur l'application
-de la loi, condamne lisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve _de l'Aigle_;
-Louis-Bernard _Leneuf Sourdeval_, Anne-Nicole _Lamoignon, veuve
-Snozan_; Claude-Louise-Anglique _Bersin, femme Crussol d'Amboise_;
-Georges _Foloppe_, Denise _Buard_, Louis-Pierre-Marcel _Letellier,
-dit Bullier_; Charles _Cressy-Champmilon_, Thodore _Hall_,
-Alexandre-Franois _Lomnie_, Louis-Marie-Athanase _Lomnie_,
-Antoine-Hugues-Calixte _Montmorin_, Jean-Baptiste _l'Hoste_, Martial
-_Lomnie_, Antoine-Jean-Franois _Mgret-Srilly_, Antoine-Jean-Marie
-_Mgret-d'tigny_, Charles _Lomnie_, Franoise-Gabrielle _Taneff,
-veuve Montmorin_; Anne-Marie-Charlotte _Lomnie, femme divorce de
-l'migr Canilly_; Marie-Anne-Catherine _Rosset, femme Rosset-Cercy_;
-lisabeth Jacqueline _l'Hermite, femme Rosset_; Louis-Claude
-_l'Hermite-Chambertrand_; Anne-Marie-Louise _Thomas, femme
-Mgret-Srilly_, et Jean-Baptiste _Dubois_, LA PEINE DE MORT,
-conformment l'article quatre de la premire section du titre
-premier de la deuxime partie du Code pnal, dont a t fait lecture,
-et lequel est ainsi conu: Toute manoeuvre, toute intelligence avec
-les ennemis de la France tendant soit faciliter leur entre dans les
-dpendances de l'empire franois, soit leur livrer des villes,
-forteresses, ports, vaisseaux, magasins ou arsenaux appartenant la
-France, soit leur fournir des secours en soldats, argent, vivres ou
-munitions, soit favoriser d'une manire quelconque le progrs de
-leurs armes sur le territoire franois ou contre nos forces de terre
-ou de mer, soit branler la fidlit des officiers, soldats et des
-autres citoyens envers la nation franoise, seront punis de mort, et
-encore en conformit de l'article deux de la seconde section du titre
-premier de la seconde partie du Code pnal, dont a t pareillement
-fait lecture, et lequel est ainsi conu: Toutes conspirations et
-complots tendant troubler l'tat par une guerre civile en armant les
-citoyens les uns contre les autres ou contre l'exercice de l'autorit
-lgitime, seront punis de mort;
-
-Dclare les biens desdits lisabeth Capet, veuve de l'Aigle, Leneuf
-Sourdeval, etc.,
-
-[Suit la liste.]
-
-acquis la Rpublique. En consquence de l'article deux du titre
-deux de la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize (vieux
-style), dont a t aussi fait lecture, et lequel est ainsi conu: Les
-biens de ceux qui seront condamns la peine de mort seront acquis
-la Rpublique, sauf pourvoir la subsistance des veuves, enfants,
-s'ils n'ont pas de biens d'ailleurs,
-
-Ordonne qu' la diligence de l'accusateur public le prsent jugement
-sera excut dans les vingt-quatre heures sur la place de la
-Rvolution de cette ville, et qu'il sera imprim, lu, publi et
-affich dans toute l'tendue de la Rpublique.
-
-Fait et prononc en l'audience publique du tribunal le vingt et unime
-jour de floral, l'an deuxime de la Rpublique franoise une et
-indivisible, par les citoyens Ren-Franois Dumas, prsident; Gabriel
-Delige et Antoine-Marie Maire, juges, qui ont sign le prsent
-jugement avec le greffier.
-
-[Illustration: Signatures.]
-
-En consquence, ils sont tous condamns mort. Comme nos lecteurs ont
-pu le remarquer, les noms de dix femmes figuraient dans l'acte
-d'accusation. Une d'elles, quoique enceinte, avait refus de se
-soustraire, par sa dclaration, au sort commun. Madame lisabeth fait
-avertir les juges, et la sauve[102].
-
-[Note 102: Cejourdhuy vingt un floral, l'an deuxime de la
-Rpublique, sur l'avis nous donn par l'accusateur public qu'une des
-condamnes par jugement du tribunal de cejourd'huy avoit des
-dclarations faire, nous Pierre Andr Coffinhal, juge du tribunal,
-en prsence de Michel Nicolas Gribauval, l'un des substituts de
-l'accusateur public, et assist de Anne Ducray, commis greffier, nous
-sommes transport au greffe de la maison d'arrt de la Conciergerie,
-o nous avons mand et fait venir par devant nous la nomme Anne Marie
-Louise Thomas, femme Serilly, ge de trente un ans, condamne la
-peine de mort par jugement du tribunal de cejourdhuy, laquelle nous a
-dclar quelle toit enceinte d'environ six semaines, de laquelle
-dclaration lui avons donn acte; en consquence et ouy l'accusateur
-public, disons quelle sera vue et visite l'instant par les
-officiers de sant asserments prs le tribunal, pour, aprs leur
-rapport sur l'tat deladitte f{e} Serilly, tre par l'accusateur
-public requis et par le tribunal ordonn ce qu'il appartiendra.
-
-De ce que dessus avons dress le prsent procs verbal, que nous avons
-sign avec laditte f{e} Serilly, l'accusateur public et le commis
-greffier.
-
- GRIBAUVAL, subst. DUCRAY. THOMAS SERILLY. COFFINHAL.
-
- * * * * *
-
-Nous, officiers de sant asserments au tribunal criminel
-rvolutionnaire, assiste de la citoyene Paquin, femme sage, pour le
-tribunal;
-
-Sur la rquisitoire de laqusateur publique, nous nous sommes
-transporte en la maison dite de la Conciergerie pour y voir et visiter
-la nom Anne Marie Louise Thomas, femme Cerilly, condann mort
-cejourdhuy par jugement dudit tribunal, afin dy constater ltat de
-grossesse de six semaine, conformment sa dclaration.
-
-Aprs la visite la plus scrupuleuse tant des parties intrieures
-questerieure, nous avons trouve le col de la matrice trs bas et dure
-et gonfl, le ventre tendue et gonfl, les seins douloureux et peu
-lev; nous ayant rpondue sur les difrentes questions que nous lui
-avons faite sur son tat, quel avoit prouv quelque uns des simptomes
-et accident qu'prouvent ordinairements les femmes dans le
-commencement de leurs grossesse. Nous avons reconue que tout ces
-signes annonoient bien un commencement de grossesse, que depuis prs
-de deux mois elle n'avoit pas ses rgles. Mais comme tout ces signes
-et simptomes souvent en imposent et ne sont pas sufisans pour porter
-un jugement dfinitif, nous renvoyons a un termes plus loign, qui
-est le cinquime mois, ou la nature n'y les simptomes ne peuvent plus
-en imposer. A Paris, ce vingt un floral de l'an deux de la Rpublique
-franoise une et indivisible.
-
- PAQUIN, veuve PRIOUX. BAVARD.
-
- * * * * *
-
-_Tribunal rvolutionnaire._
-
-Vu par le tribunal rvolutionnaire tabli par la loi du 10 mars 1793,
-sans recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des pouvoirs
-dlgus au tribunal par la loi du cinq avril de la mme anne, sant
-au Palais de justice, Paris, la dclaration faite par Anne Marie
-Louise Thomas, femme Serilly, le vingt-un floral prsent mois,
-l'ordonnance du tribunal tant ensuite; ensemble le rapport des
-officiers de sant et matrone asserments; ensemble le rquisitoire de
-l'accusateur public; tout considr,
-
-Le tribunal assembl en la chambre du conseil, attendu l'incertitude
-sur l'tat actuel de la femme Serilly, rsultant du rapport des
-officiers de sant du tribunal, ordonne qu'il sera surcis
-l'excution du jugement dujourdhuy l'gard de la femme Serilly,
-jusqu' ce qu'il en ait t autrement ordonn.
-
-Fait et jug en la chambre du conseil, le vingt deux floral l'an
-deuxime de la Rpublique, par les citoyens Subleyrac, vice prsident,
-Denizot, Ardouin, Delige et Maire, juges, qui ont sign le prsent
-jugement avec le commis greffier.
-
- SUBLEYRAC.
- DENIZOT. A. M. MAIRE. ARDOUIN.
- DELIGE.
-
-_Nota_. Anne-Marie-Louise Thomas, femme Megret-Serilly, fut transfre
- l'vch, d'o elle fut mise en libert aprs le 9 thermidor. B.]
-
-Les mots de _peine de mort_ et d'_excution dans les vingt-quatre
-heures_ avaient produit un lger mouvement sur les bancs o sont assis
-les accuss. Mais ces mots, Madame lisabeth les a entendus sans
-changer de visage. Oublieuse d'elle-mme, sa pense, qui est toute en
-Dieu, se reporte sur ceux qu'on a associs sa condamnation, et avec
-lesquels elle est ramene pour quelques instants la Conciergerie.
-
-Au moment o elle sortait du tribunal, Fouquier dit au prsident: Il
-faut avouer cependant qu'elle n'a pas pouss une plainte.--De quoi se
-plaindroit-elle donc, lisabeth de France[103]? rpondit Dumas avec
-une gaiet ironique. Ne lui avons-nous pas form aujourd'hui une cour
-d'aristocrates digne d'elle? Et rien ne l'empchera de se croire
-encore dans les salons de Versailles quand elle va se voir, au pied de
-la sainte guillotine, entoure de toute cette fidle noblesse[104].
-
-[Note 103: Cette expression ironique _lisabeth de France_ dans la
-bouche de Dumas, en rappelant la rponse qu'elle lui a faite elle-mme
-quand il lui a demand son nom, apporte, ce me semble, une grande
-force l'opinion que j'ai mise plus haut. B.]
-
-[Note 104: Ces dtails ont t affirms par des membres du jury et par
-des spectateurs prsents au jugement; M. Georges Duval, qui les tenait
-d'eux, les rapporte dans ses _Souvenirs thermidoriens_.]
-
-Ces vingt-quatre personnes marques pour l'chafaud, dfilant
-lentement sous de longues votes au milieu des spectateurs, qui, pour
-les voir passer, se rangent en haie avec une inconcevable avidit,
-sont conduites dans la salle des condamns mort pour y attendre le
-bourreau. Cette salle, longue, troite, obscure, n'est spare du
-greffe que par une porte et une cloison vitres, et n'a pour tout
-mobilier que des bancs de bois adosss la muraille.
-
-Runie ces infortuns, qu'elle regarde comme autant d'amis qui
-doivent l'accompagner au Ciel, Madame lisabeth a bientt pris au
-milieu d'eux la place qui lui appartient: elle leur parle avec un
-calme et une douceur inexprimables; elle domine leurs tortures morales
-par la srnit de son regard, par la tranquillit de son maintien,
-par l'ascendant de sa parole. Telle nous l'avons vue Versailles,
-Montreuil, au milieu de ses amies dvoues qui faisaient le charme de
-sa vie, s'oubliant pour ne songer qu' elles, prenant intrt tout
-ce qui les intressait, et ne laissant jamais chapper l'occasion de
-jeter dans leur me une de ces semences vangliques que rcolte le
-divin Moissonneur, telle nous la retrouvons dans ces dernires heures
- la Conciergerie, au milieu des victimes qui doivent l'accompagner
-l'chafaud, aussi douce, aussi aimable, aussi calme, mais le front
-dj rayonnant de l'aurole de son martyre.
-
-Elle excite leur confiance en Celui qui couronne les preuves
-supportes avec courage, les sacrifices saintement accomplis. Sous
-cette parole pntrante, Madame de Snozan, la plus ge des
-vingt-cinq victimes, se rassure, et offre Dieu le peu qui lui reste
-de vie avec la mme facilit que MM. de Montmorin et Bullier, ces deux
-jeunes gens de vingt ans, font l'abandon des longues perspectives
-ouvertes devant eux dans le temps. M. de Lomnie, ancien ministre de
-la guerre et maire de Brienne, que n'ont pu sauver les vives
-rclamations des communes voisines de cette ville, s'indignait avec
-une sorte d'exaltation, non pas d'tre condamn, mais de se voir
-imputer crime, par Fouquier, les tmoignages d'affection et de
-gratitude que lui ont conquis les services rendus par lui son
-dpartement. Madame lisabeth s'approche de lui, et lui dit avec
-douceur: S'il est beau de mriter l'estime de ses concitoyens, croyez
-qu'il est encore plus beau de mriter la clmence de Dieu. Vous avez
-montr vos compatriotes faire le bien: vous leur montrerez comment
-on meurt quand on a la conscience en paix[105].
-
-[Note 105: Nous devons ces dtails au sieur Ferry, garon de bureau
-(en 1825) au dpartement des beaux-arts, qui les tenait du sieur
-Geoffroy, son oncle, gardien (en 1794) de la maison d'arrt de la
-Folie-Renaud, lequel se trouvait cette heure la Conciergerie, o
-il venait, selon l'usage, faire le dpt de la dfroque des
-supplicis.]
-
-Madame de Montmorin, dont presque toute la famille a t mise mort
-par la rvolution, ne peut se faire l'ide de l'immolation de son
-fils; celui-ci la rassure avec le courage et la tendresse du
-dvouement filial. Le sacrifice exig semble impossible cette mre
-dsespre: Je veux bien mourir, dit-elle en sanglotant, mais je ne
-puis le voir mourir.--Vous aimez votre fils, lui dit alors Madame
-lisabeth, et vous ne voulez pas qu'il vous accompagne! Vous allez
-trouver les flicits du Ciel, et vous voulez qu'il demeure sur cette
-terre, o il n'y a aujourd'hui que tourments et douleurs! Sous
-l'impression de ces paroles, le coeur de madame de Montmorin s'ouvre
-un rayon d'extase; ses fibres se dtendent, ses larmes coulent, et
-serrant avec transport son enfant dans ses bras: Viens, viens,
-s'crie-t-elle, nous monterons ensemble[106].
-
-[Note 106: Une sainte fille du nom de _Marguerite_, au service de M.
-le marquis de Fenouil, et qui avait t jete la Conciergerie pour
-n'avoir point voulu dposer contre son matre, fut tmoin de cette
-scne. Elle connaissait madame de Montmorin, dont son pre infirme
-avait reu plus d'un bienfait. Ayant appris en 1828 que Marguerite
-tait au service de M. le marquis de la Suze, grand marchal des logis
-du Roi, je demandai la voir, et elle me raconta ces dtails, que je
-suis heureux de consigner ici. B.]
-
-Les tres les plus susceptibles de faiblesse dans le cours ordinaire
-de la vie bravent hroquement la mort quand un grand sentiment les
-anime. La marquise de Crussol d'Amboise faisait habituellement coucher
-deux de ses femmes dans sa chambre: une araigne lui faisait peur;
-l'ide d'un pril mme imaginaire la remplissait d'pouvante.
-L'exemple de Madame lisabeth la transforme tout coup: elle est
-calme au tribunal, dans la prison, devant la mort.
-
-L'motion s'est communique tous les condamns. Madame lisabeth
-leur apparat, cette heure terrible, illumine du triple reflet du
-divin Matre; car devant ces coeurs briss qui l'entouraient, elle
-manifeste la vrit qui claire, la douceur qui attire, la saintet
-qui difie.
-
-On n'exige point de nous, dit-elle, comme des anciens martyrs, le
-sacrifice de nos croyances; on ne nous demande que l'abandon de notre
-misrable vie: faisons Dieu ce faible sacrifice avec rsignation.
-Rien de plus propre remuer profondment les mes que ce souffle
-ardent de la foi qui domine le sentiment de la douleur. Jamais cette
-ferme et vivifiante esprance, dont l'glise a fait une vertu, jamais
-la charit, jamais le courage, n'ont inspir des paroles plus tendres
-et plus hroques. Quelle paupire ne se mouillerait au cri de cette
-belle me qui console et qui relve tant d'mes dchires ou abattues!
-lisabeth ne cherche point combattre et ne pas mourir, elle ne
-proteste pas contre l'iniquit des hommes, elle n'a pas un mot de
-regret, encore moins un mot de reproche: elle va vers Dieu avec
-confiance; elle ne veut pas y aller seule, elle entrane ses
-compagnons, et leur montre les bras misricordieux qui leur sont
-ouverts.
-
-Cette femme anglique rencontrait donc, dans ce dernier moment, un
-grand sujet de joie: elle avait ranim des mes endolories ou inertes;
-elle avait fait pntrer la vigueur de la foi dans les dfaillances de
-la nature. Elle avait fait de cette dernire heure d'agonie l'preuve
-prparatoire du sacrifice; elle avait mouss l'aiguillon de la mort,
-et fait poindre des yeux dj ferms au monde les lueurs anticipes
-de la dlivrance.
-
-Le dernier appel se fait bientt entendre. La toilette funbre
-s'accomplit. Les portes de la prison s'ouvrent, et les charrettes du
-bourreau, que Barre appelait les _bires des vivants_, reoivent les
-condamns. Madame lisabeth se trouve assise sur la mme charrette que
-mesdames de Snozan et de Crussol d'Amboise, et elle s'entretient avec
-elles pendant le trajet de la Conciergerie la place Louis XV. Aux
-plaintes qui chappent quelques-uns des condamns, elle rpond par
-de touchantes exhortations. la descente du pont Neuf, rapporte un
-tmoin oculaire, le mouchoir blanc qui couvre la tte de la Princesse
-se dtache et tombe aux pieds de l'excuteur, qui le ramasse. Ds ce
-moment, Madame lisabeth, demeure seule, tte nue, au milieu de ses
-compagnons d'infortune, attire par cela mme tous les regards; et
-c'est ainsi que tant de personnes, qui, sans cette circonstance, ne
-l'eussent peut-tre point remarque, ont pu rendre tmoignage du calme
-et de la srnit de ses traits. On arrive la place de la
-Rvolution: Madame descend la premire. Le bourreau, comme pour
-l'aider, lui tend la main. La princesse regarde de ct, et ne
-s'appuie pas sur cette main qui s'offre elle. Les victimes avaient
-trouv au pied de l'chafaud une banquette sur laquelle on les fit
-asseoir. On prsume que cette attention inaccoutume tait due un
-calcul de prudence: le gouvernement rvolutionnaire avait craint,
-a-t-on dit, que la fourne tant considrable, il ne se trouvt
-quelques patients qu'une trop longue attente devant l'instrument de
-mort et fait dfaillir. Aucun ne dfaillit[107]. Encourag par la
-prsence et le regard de la soeur de Louis XVI, chaque condamn s'est
-promis de se lever bravement l'appel de son nom, et d'accomplir sa
-tache avec fermet. Le premier nom prononc par l'excuteur est celui
-de madame de Crussol. Madame de Crussol se lve aussitt, va
-s'incliner devant Madame lisabeth, et tmoignant hautement le respect
-et l'amour que la princesse lui inspire, elle lui demande la
-permission de l'embrasser. Bien volontiers, et de tout mon coeur,
-lui dit Madame lisabeth avec cette expression d'affabilit qui lui
-tait si naturelle; et la royale victime avanant son visage, lui
-donne le baiser d'adieu, de supplice et de gloire[108]. Toutes les
-femmes qui suivirent obtinrent le mme tmoignage d'affection. Elles
-montrent ainsi l'chafaud, sacres par cet anglique baiser, qui
-rappelle les actes des martyrs, pour la bienheureuse immortalit. Les
-hommes s'honorrent aussi de leur respect pour Madame lisabeth, en
-allant, chacun son tour, courber devant elle la tte qui, une minute
-aprs, tombait sous le couperet de la guillotine. Dj plusieurs ttes
-taient tombes, lorsqu'un homme de la lie du peuple, curieux de
-savoir quelle tait la personne qu'on saluait ainsi, parvint
-apercevoir sa figure, et reconnut Madame lisabeth. On a beau lui
-faire des salamalecs, dit-il avec une expression cynique, la voil
-f..... comme l'Autrichienne. Cet homme tait assez prs du banc pour
-que sa parole y ft entendue. Madame lisabeth, qui n'avait que de
-vagues soupons sur le meurtre de la Reine, bnit le Ciel en apprenant
-qu'elle avait cess de souffrir et qu'elle allait la retrouver au sein
-de Dieu. Pendant tout le temps que dura le sacrifice, la sainte femme
-qui semblait y prsider ne cessa de dire le _De profundis_. Celle qui
-allait mourir priait pour les morts. Elle tait rserve prir la
-dernire. Les matres de la guillotine ne pouvant la tuer qu'une fois,
-voulurent du moins qu'elle se sentt mourir autant de fois qu'elle
-verrait de victimes immoles sous ses yeux. Quand la vingt-troisime
-vint s'incliner devant elle, elle lui dit: Courage et foi dans la
-misricorde de Dieu; puis elle se lve elle-mme pour se tenir prte
- l'appel de l'excuteur. Elle monte d'un pas ferme les marches de
-l'chafaud; ici encore le bourreau lui tend la main; mais l'attitude
-de la victime lui fait comprendre qu'elle est assez forte pour y
-monter sans secours, et, regardant le ciel, elle se livre
-l'excuteur. Son fichu tombant terre au moment o on l'attache la
-planche fatale, laisse apercevoir une mdaille d'argent reprsentant
-une Immacule Conception de la Vierge, qui tait, ainsi qu'une petite
-clef de portefeuille, attache son cou par un menu cordon de
-soie[109]. L'aide du bourreau se mettant en devoir de lui enlever ce
-signe de pit, elle lui dit: Au nom de votre mre, monsieur,
-couvrez-moi. Ce fut le dernier mot de Madame lisabeth. Jusqu'alors,
- aucune excution on n'avait remarqu autant d'motion autour de la
-guillotine. Il n'y eut pas de cris de Vive la Rpublique! Chacun s'en
-alla triste de son ct. Le tmoin oculaire dont je tiens ces dtails
-ajouta: Au moment o j'aperus la charrette sur laquelle on plaait
-les cadavres et les ttes des victimes, je suis partie comme le
-vent[110].
-
-[Note 107: S'il tait vrai, comme on l'a prtendu, que Fouquier et
-_fait la proposition de saigner les condamns pour affaiblir le
-courage qui les accompagnait jusqu' la mort_, on serait dispos
-croire qu'il regretta que l'application de cette atroce mesure n'ait
-pu tre faite la fourne du 10 mai 1794.
-
-Le fait de cette proposition, dit M. Berriat-Saint-Prix, ne figure
-pas dans le compte rendu de Donzelot, mais il n'en est pas moins
-prouv mes yeux, et voici mes raisons:--Les questions rsolues
-affirmativement par le jury embrassaient vingt-neuf faits distincts, y
-compris celui-l[107-A]; sur ce nombre, vingt-sept se retrouvent dans
-le compte rendu, lequel s'arrte l'audience du 2 floral. Il est
-permis de supposer que la proposition de _la saigne_ fut tablie sur
-les neuf audiences suivantes, omises par Donzelot. On ne comprend pas,
-en effet, comment le jury aurait sans preuve dclar constant ce fait
-si trange, alors qu'il ne constatait les vingt-sept autres que sur
-d'videntes dmonstrations.
-
-(_La Justice rvolutionnaire Paris_, Cosse et Marchal, place
-Dauphine, 1861.)]
-
-[Note 107-A: Jugement rendu contre Fouquier, in-4, page 1 5.
-Bibliothque du Louvre.]
-
-[Note 108: Son mari. A. E. F. G. Crussol d'Amboise, g de
-soixante-sept ans, ex-membre de l'Assemble constituante, n
-Aurillac, dpartement du Cantal, domicili Paris, fut condamn
-mort comme conspirateur, le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), par
-le tribunal rvolutionnaire de Paris.]
-
-[Note 109: Extrait du registre des dpts au greffe du tribunal
-rvolutionnaire, la date du 22 floral.
-
-Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'excuteur des jugemens
-criminels, lequel a dpos un mdaillon en verre cercles d'or
-renfermant un crucifix de mme mtal;
-
-Un cachet d'or en trois parties reprsentant l'un les armes de France
-et de Navarre de l'ancien rgime, l'autre une colombe, et le dernier
-une tte d'homme;
-
-Une chane de col en or, laquelle est attach un coeur renfermant
-des cheveux et une petite croix d'or;
-
-Une mdaille d'argent reprsentant une Immacule Conception de la
-ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille qu'il dclare
-appartenir lisabeth Capet, condamne mort, et qu'il a trouve sur
-elle en la conduisant au supplice, et a sign avec moi greffier
-soussign.
-
- DESMOREST, WOLFF.
-
-Cette dclaration du commis de l'excuteur est prcde (sur le
-registre des dpts faits au greffe du tribunal rvolutionnaire) de la
-dclaration faite par le concierge de la maison d'arrt de la
-Conciergerie des objets de garde-robe ou autres appartenant
-_lisabeth Capet et ses complices_. Voir aux Documents, n VII.]
-
-[Note 110: Le tmoin dont il est ici question est madame Marie
-Valienne, femme Herv, puis femme Baudoin, concierge de l'hospice
-Devillas, rue du Regard.]
-
-[Illustration: Procs-verbal d'excution de mort.
-
-L'an {quatre} de la Rpublique Franaise, le {vingt un floral} la
-requte du citoyen Accusateur-public prs le Tribunal Rvolutionnaire,
-tabli au Palais, Paris, par la loi du 10 mars 1793, sans aucun
-recours au Tribunal de cassation, lequel fait lection au Greffe dudit
-Tribunal sant au Palais; je me suis {......} Huissier-audiencier
-audit Tribunal, soussign, transport en la maison-de-Justice audit
-Tribunal, pour l'excution du Jugement rendu par le Tribunal
-{Cejourd'huy} contre {Marie lizabeth Capet} qui {la} condamne la
-peine de mort, pour les causes nonces audit jugement, et de suite je
-l'{ai} remis{e} l'excuteur des jugemens criminels, et la
-Gendarmerie qui {l'ont} conduit sur la place de {la rvolution} o,
-sur un chaffaud dress sur ladite place, {laquelle a}, en notre
-prsence, subi la peine de mort; et de tout ce que dessus, ai fait et
-rdig le prsent procs-verbal, pour servir et valoir ce que de
-raison, dont acte.
-
-{signature}
-
-Enregistr {gratis}, Paris, le {23 floral} l'an {quatre} de la
-Rpublique une et indivisible.
-
-{signature}]
-
-Toutes les relations et tous les mmoires de ce temps s'accordent
-dire qu' l'instant o Madame lisabeth reut le coup mortel, une
-odeur de rose se rpandit sur toute la place Louis XV[111].
-
-[Note 111: _Mmoires de madame de Genlis_. Paris, Ladvocat, 1825, t.
-VI, p. 117.
-
-Madame de Genlis ajoute en note: On voit dans la _Vie des saints_ que
-ce miracle d'une odeur suave se rpandant tout coup est arriv plus
-d'une fois au moment de la mort de saints personnages.
-
-On trouve dans l'ouvrage de Grres intitul: _la Mystique divine_, le
-rcit d'une multitude de phnomnes identiques. En voici un extrait:
-
-Lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il est en odeur de saintet, cette
-expression n'est pas seulement une figure, mais elle est fonde sur
-l'exprience. La chambre de la bienheureuse Liduine tait, au
-tmoignage de Thomas Kempis, remplie d'un parfum dlicieux
-qu'exhalait sa personne, et qui faisait croire tous ceux qui
-entraient qu'elle avait sur elle quelque aromate.
-
-Lorsque saint Mnard fut assassin dans sa solitude, il sortit de son
-cadavre une odeur trs-agrable qui se rpandit jusque dans la fort
-environnante. Le corps de saint Dominique exhalait une odeur
-semblable, et elle s'attacha pour longtemps aux mains de ceux qui
-l'avaient enseveli. Aprs la mort de saint Gandolphe, son corps
-rpandit aussi un doux parfum qui remplit la maison pendant quinze
-jours. Ce mme phnomne se reproduisit chez le frre Robert, de
-Naples, chez Jeanne de la Croix, chez Franois de Sainte-Marie et chez
-Franois de la Conception, quoique tous fussent morts de maladies qui
-ont coutume d'tre accompagnes de mauvaises odeurs. Il faut que ce
-parfum de saintet soit bien pntrant, puisque les actes de saint
-Trvre rapportent qu'on le sentait un mille la ronde lorsqu'on
-ouvrit son tombeau. (_La Mystique divine, naturelle et diabolique_,
-par GRRES, ouvrage traduit de l'allemand par C. Sainte-Foi;
-Poussielgue-Rusand. Paris, 1854. Tome I, chap. IV, p. 292 et 295.)]
-
-A deux pas de la guillotine stationnait une charrette[112] attele de
-deux chevaux, et contenant deux grands paniers destins recevoir
-l'un les corps, l'autre les ttes des supplicis. L'horreur
-qu'prouveront ceux qui liront ces dtails, je l'prouve avant eux en
-les crivant. Lorsque les bourreaux eurent jet au panier la
-vingt-quatrime tte, qui tait celle de Madame lisabeth, ils
-tendirent son corps, couvert de ses vtements, sur le monceau de
-cadavres entasss dans l'autre panier; il s'ensuivit que ses vtements
-taient peine ensanglants, tandis que ceux placs au fond du panier
-semblaient avoir t baigns dans le sang.
-
-[Note 112: Les charrettes qui devaient transporter les condamns
-l'chafaud taient commandes d'avance en nombre suffisant; les places
-des victimes taient comptes; ces charrettes arrivaient la porte de
-la Conciergerie vers dix heures du matin, midi au plus tard. Plusieurs
-fois l'audience de la salle de l'_galit_ (aujourd'hui la chambre
-civile de la Cour de cassation) ayant t termine par la condamnation
-de cinq ou six accuss seulement, Fouquier fit ajouter au bas de
-l'ordre pour l'excuteur, que lui prsentait signer le greffier:
-L'excuteur fera amener six ou sept charrettes, ce qui annonait
-l'espoir que les accuss alors en jugement dans la salle de la
-_Libert_, au nombre de trente, plus ou moins, seraient galement
-condamns. (Note emprunte au livre de M. Berriat Saint-Prix, _la
-Justice rvolutionnaire_.)]
-
-[Illustration: PLAN DU CIMETIRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE
-CLOS DU CHRIST.
-
- PLAN DU CIMETIRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE CLOS DU CHRIST.
-
- A. Rue des Errancis, prolongement de la rue du Rocher.
- B. Maison du Christ.
- C. Porte condamne.
- D. Porte cochre.
- E. Porte de la cour au jardin.
- F. Porte cochre par o entraient les charrettes.
- G. Endroit o l'on croyait que les restes de Madame lisabeth
- taient enfouis.
- H. Fosse commune o reposent les victimes du 10 mai 1794.
- I. Petite porte communiquant du jardin dans le clos du Christ.
- K. Lieu o M. Viger de Jolival supposait que le duc d'Orlans tait
- inhum.
- L. et M. Grande fosse commune o ont t ensevelies les victimes
- de la raction thermidorienne.
- N. Cour.
- O. Jardin.
- P. Parc de Monceaux.
- Q. Maison de l'octroi.
- R. Chemin de la barrire de Monceaux celle de Clichy.
- S. Barrire de Monceaux.]
-
-La charrette se met en marche, escorte par la gendarmerie. La foule
-s'ouvre devant elle. Quelques cris de _Vive la Rpublique!_ pousss au
-dpart par un reste d'agents de la police municipale, s'teignent
-bientt. Le convoi marchant lentement, suit les rues des
-Champs-lyses, de la Madeleine, de l'Arcade, de la Pologne,
-Saint-Lazare et du Rocher. Le peuple s'arrte pour le voir passer: de
-rares fentres lgrement entr'ouvertes laissent apercevoir le front
-de quelques personnes muettes et immobiles, peut-tre agenouilles. Le
-cortge gravit trs-lentement la rue du Rocher, et s'arrte un instant
-(sans doute pour laisser souffler les chevaux) l'endroit o finit la
-monte et o cette voie quittait, cette poque, le nom de rue du
-Rocher pour prendre celui de rue des Errancis, rue n'existant alors
-qu'au trac et conduisant la barrire de Monceaux. A cent pas en
-de de cette barrire, le convoi passe entre la seule maison qui
-s'levait sur cette route et un tas de pierres qui lui faisait face
-droite, servant nagure de pidestal un calvaire abattu par la
-rvolution. Il arrive la barrire, il la franchit; puis, prenant
-gauche, il tourne le dos au pavillon de l'octroi, et fait halte devant
-une porte charretire pratique dans le mur d'enceinte de la ville et
-marqu par la lettre F dans le plan que nous mettons ici sous les yeux
-du lecteur. Cette porte s'ouvre, et la charrette entre dans un enclos
-qui, depuis deux mois environ, servait de cimetire aux supplicis du
-tribunal rvolutionnaire. Le cimetire de la Madeleine, doublement
-peupl par la faux naturelle de la mort et par le couperet de la
-guillotine, n'avait plus de terre pour recouvrir les os des
-trpasss. Il y avait longtemps d'ailleurs que les habitants du
-quartier s'taient plaints des miasmes ftides qui s'exhalaient de ce
-cimetire[113].
-
-[Note 113: Dj, l'poque des grandes chaleurs de l't prcdent,
-les habitants du quartier de la Madeleine avaient exprim des plaintes
- ce sujet. Un citoyen du quartier du Roule, dans la sance de sa
-section, le 17 juillet 1793, avait propos d'adresser cet gard une
-rclamation au conseil de la Commune. Les exigences hyginiques
-avaient enfin dtermin l'ouverture d'un nouveau cimetire.
-
-_Sance de la section du Roule du 17 juillet 1793._
-
-Un membre monte la tribune, et lit un mmoire sign d'un grand
-nombre de citoyens, tendant inviter la Commune donner un autre
-emplacement au cimetire de la paroisse de la Madeleine, dont l'odeur
-cadavreuse et putrfiante, y est-il dit, devient insupportable aux
-citoyens qui l'avoisinent, et dangereuse la ville de Paris.
-
-La section arrte que cette demande sera transmise la Commune.
-
-_Sance du 18._
-
- propos de la lecture du procs-verbal, un membre fait observer que
-l'arrt pris dans la sance prcdente est dangereux, impolitique et
-capable d'accrditer les bruits faux que les ennemis du bien public
-font courir en disant que la peste rgne dans Paris.
-
-L'assemble, considrant qu'il n'est rien que la malveillance
-n'emploie pour loigner les bons citoyens de Paris, rapporte son
-arrt.]
-
-Ds que la charrette est entre dans le nouvel enclos, la porte se
-referme immdiatement: gendarmes et curieux se retirent; deux
-charretiers et un commissaire de police accompagnent seuls la voiture.
-
-Ce terrain, qui, comme on le voit, s'largissait en s'tendant vers le
-parc de Monceaux avec lequel il tait contigu, tait nagure consacr
- la culture: une moiti tait encore en plates-bandes, et l'autre
-conservait la trace de sillons interrompus et l par des tranches
-ouvertes et dont quelques-unes avaient t remplies dans les jours
-prcdents, ainsi que l'attestait la terre tout rcemment remue et
-fort mal nivele en certains endroits, car on tait press, et le
-triangle de la guillotine allait plus vite que la pioche du
-fossoyeur. Ce champ de repos avait t inaugur le 4 germinal an II
-(24 mars 1794) par cette fourne de victimes que Robespierre et
-Danton, malgr leur antipathie mutuelle, avaient d'un commun accord
-marques pour l'chafaud, le jour o ils s'taient aperus qu'Hbert
-et ses partisans cherchaient lever la puissance de la Commune
-au-dessus de celle de la Convention[114].
-
-[Note 114: Le lecteur trouvera la fin de l'Appendice les listes des
-fournes de victimes qui ont prcd, accompagn ou suivi dans
-l'enclos du Christ la dpouille de Madame lisabeth.]
-
-Danton n'avait pas tard rejoindre dans ce lieu les adversaires
-qu'il y avait envoys, et son cadavre y avait t apport avec ceux
-des quatorze compagnons de mort que Robespierre lui avait donns.
-
-Huit jours aprs, une large tranche y avait reu encore une bande de
-vingt et un supplicis pour lesquels on avait invent un nouveau
-crime, la _conspiration des prisons_, conspiration dans laquelle
-Chaumette se trouvait tre le complice d'Arthur Dillon et de la jeune
-veuve de Camille Desmoulins; puis neuf jours peine taient couls,
-et de la guillotine tait arrive encore en cet enclos une nouvelle
-colonie funbre, la tte de laquelle figurait le vertueux
-Malesherbes, appuy sur deux gnrations de ses enfants.
-
-Et maintenant voici que sous cette terre o sont dj ensevelis
-quelques-uns des juges de son frre, la fille des Rois Trs-Chrtiens
-vient dormir son dernier sommeil avec sa nombreuse escorte de martyrs.
-Au bord de la fosse indique dans le plan par la lettre H, la
-charrette s'arrte. Cette fosse, d'aprs les apprciations du
-fossoyeur dont nous aurons occasion de parler plus loin, a t creuse
-sur une largeur de douze quinze pieds et autant de longueur,
-quelques pas du petit mur qui spare l'enclos du jardin. On procde au
-dchargement de la voiture sanglante. D'aprs la dclaration du
-tmoin oculaire que nous venons de citer, le corps de Madame
-lisabeth, reconnu par les charretiers ses vtements et la place
-qu'il occupait sur le sommet de la charrette, est pos le premier ou
-des premiers sur le bord de la fosse, o il est aussitt mis nu, car
-les barbares de ce temps-l ne respectaient ni la vie ni la mort.
-
-Tous les corps sont successivement dpouills de leurs habits avant
-d'tre prcipits dans la fosse. Un registre est tenu de ces effets
-divers, qui doivent tre ensuite remis l'Htel-Dieu. De temps
-autre les fossoyeurs descendent dans la fosse pour ranger les
-cadavres, afin qu'ils n'y soient pas trop entasss: ils placent
-alternativement un corps, le tronc tourn du ct du mur, et un autre,
-le tronc vers le milieu de la fosse; il y avait par consquent, dans
-sa largeur, deux rangs de corps par couche horizontale. Afin de
-mnager l'emplacement, on tend sur ce premier rang horizontal
-d'autres couches de cadavres, placs comme les premiers, c'est--dire
-le haut du corps et les pieds en sens opposs; chaque couche de corps
-est recouverte d'environ six pouces de terre, et les fosses sont
-recouvertes d'environ trois pieds de terre dans la partie suprieure.
-Le corps de Madame lisabeth, toujours d'aprs le tmoignage du
-fossoyeur, doit tre couch sur le ventre, dans le fond de la fosse,
-du ct le plus rapproch du mur.
-
-Les ttes ayant t places indistinctement dans les vides, le
-fossoyeur n'a pu indiquer o pouvait tre enfouie celle de Madame
-lisabeth. On verra dans l'Appendice que nous donnons la fin du
-volume, avant les Pices justificatives, la correspondance laquelle
-ont donn lieu les recherches qui ont t faites en 1817 pour
-retrouver les dpouilles de Madame lisabeth: ces pices
-administratives peuvent seules donner une ide des horribles dtails
-d'une telle inhumation.
-
-La nouvelle du meurtre de Madame lisabeth avait mu l'Europe; mais
-chez aucun peuple, dans aucune famille, la douleur n'avait t plus
-profonde qu' la cour de Turin. Le prince et la princesse de Pimont
-espraient que le meurtre du Roi et de la Reine de France avait
-assouvi la colre de la rvolution, et malgr les pouvantes
-qu'inspirait la tyrannie de la dmagogie, ils s'taient persuad que
-Madame lisabeth n'en serait pas victime. S'il tait en France une
-personne que l'affection de Clotilde distingut de toutes les autres,
-c'tait assurment sa soeur, sa premire amie, qu'elle avait leve
-par l'exemple autant que madame de Mackau par les conseils. Les
-souvenirs de l'enfance, la communaut de la foi, les dceptions de la
-vie, les terreurs et les deuils des dernires annes, tout avait
-concouru resserrer pour elles les liens du sang, et les attacher
-plus troitement l'une l'autre.
-
-Le prince de Pimont fut instruit avant sa femme du meurtre de Madame
-lisabeth. Ce prince, qui partageait la pit et tous les sentiments
-de famille de sa compagne, se prsente devant elle, le front inclin,
-les yeux humides et le crucifix la main, et lui dit ces simples
-paroles: Il faut faire un grand sacrifice.
-
-Clotilde avait compris. Les dchirements de son coeur lui avaient dit
-que sa soeur n'tait plus.
-
-Clotilde triomphant aussitt d'elle-mme, rapporte l'historien de sa
-vie[115], leva ses yeux vers le ciel, et adorant Dieu et ses
-incomprhensibles dcrets, rpondit sans diffrer, avec une prsence
-d'esprit admirable: Le sacrifice en est fait. Il est vrai qu'elle
-eut peine prononc ces difiantes paroles qu'elle s'vanouit, et cet
-vanouissement, dont elle ne fut pas la matresse, nous parat tre
-une nouvelle preuve de sa force et de sa vertu, puisqu'en attestant sa
-sensibilit, il attestait aussi la violence qu'elle avait d se faire
-pour touffer la voix du sang et les plaintes de la nature. Au reste,
-revenue elle, elle reprit son premier calme, et quelques moments
-aprs, appele comme l'ordinaire pour se mettre table avec la
-famille royale, elle y alla avec courage et matrisa son trouble,
-cacha sous son front serein la tristesse dont elle tait pntre.
-Tous ceux qui taient prsents en furent attendris et difis.
-
-[Note 115: LUDOVICO BOTTIGLIA. Traduction de J. B. Idt, professeur au
-collge royal de Lyon. Lyon et Paris, in-8, p. 79 82.]
-
-Une procession publique de pnitence avait dj t annonce pour ce
-jour-l: on voulait la renvoyer, ou du moins empcher la princesse d'y
-assister; mais elle ne cda rien, et persista vouloir la suivre avec
-les autres. La douleur de son me tait peinte sur son visage, et elle
-n'en poursuivait pas moins son chemin avec le plus profond
-recueillement. Ceux qui la voyaient passer pleuraient de tendresse et
-de compassion, tandis que n'accordant rien l'humanit, elle ne
-versait pas une larme, elle n'interrompait point ses prires. Une de
-ses femmes de chambre marchait derrire elle pour tre plus porte
-de la secourir si elle se trouvait incommode, comme on avait lieu de
-le craindre; mais elle eut la force de faire toutes les stations, et
-arrive l'glise des Pres Philippins, elle leur annona elle-mme
-la fin dplorable de sa soeur, et d'un oeil sec, leur demanda pour
-elle l'assistance de leurs prires.
-
-Il est cependant un degr au-dessus duquel ne put s'lever la vertu:
-Clotilde avait combattu et triomph; mais ce combat intrieur avait
-t si violent, il lui en avait tant cot pour remporter la victoire,
-que le tour de la procession termin, elle se trouva dans un
-puisement total; ses pieds ne pouvaient plus la soutenir, et, rentre
-dans son appartement, elle fut oblige de se mettre au lit.
-
-Ds ce moment elle ne parla plus de Madame lisabeth que pour
-rappeler les belles qualits dont elle tait orne et faire l'loge de
-ses vertus. Elle garda aussi sur ses bourreaux un silence profond,
-voyant dans ce tragique vnement un de ces coups que la Providence
-divine frappe quelquefois pour purifier les mes; et tant d'ailleurs
-persuade que l'esprit humain ne peut sonder les dcrets ternels, et
-que souvent ce qui nous fait le plus de peine est prcisment ce qui
-doit le plus contribuer notre bien spirituel. Elle voulut avoir une
-copie de la prire que l'illustre victime avait compose elle-mme,
-rcite tous les jours de sa longue captivit, et rpte encore au
-pied de l'horrible chafaud[116].
-
-[Note 116: L'anne 1796 devait la soumettre de nouvelles preuves.
-La mort du roi Victor-Amde appelait son poux au trne de Sardaigne,
-branl depuis quatre ans par la rvolution franaise. La nouvelle
-reine se servit de son autorit pour honorer la religion, protger les
-arts et soulager les pauvres. Elle ne jouit gure que deux ans de
-cette consolation. Le 6 dcembre 1798, le Directoire dclara la guerre
- Charles-Emmanuel IV, et le fora de quitter Turin. La Reine le
-suivit en Toscane, et s'embarqua avec lui Livourne. Arrivs en
-Sardaigne, ils y passrent sept mois. Ayant un moment espr que
-quelques avantages remports par les Russes pourraient leur ouvrir la
-route de leurs tats, ils revinrent sur le continent: la fortune se
-tourna de nouveau contre eux, et les rduisit changer souvent de
-sjour. Ils habitrent tour tour Florence, Rome et Naples. Dans ces
-diffrentes demeures, les habitudes de la Reine restaient les mmes:
-elle prodiguait son mari, souffrant fort souvent d'une nvralgie,
-les soins les plus assidus comme les plus affectueux; et le temps
-qu'elle avait de libre aprs l'accomplissement de ses devoirs, elle le
-consacrait aux pratiques de la religion, au soulagement de la
-souffrance et de la misre, auxquelles elle donnait elle-mme
-l'exemple de la douceur, de la patience et de l'humilit.
-
-Ayant appris que le souverain Pontife avait t enlev de Rome, et se
-trouvait momentanment dans la Chartreuse, prs de Florence, le Roi et
-la Reine de Sardaigne, ainsi que le grand-duc de Toscane,
-s'empressrent de l'aller visiter. On imagine mieux qu'on ne le dcrit
-ce que dut avoir de touchant une telle entrevue, dans une circonstance
-qui runissait des exemples si clatants de la fragilit des grandeurs
-humaines. En s'inclinant devant le chef suprme de l'glise,
-Charles-Emmanuel lui dit: J'oublie dans des moments si doux toutes
-mes disgrces; je ne regrette point le trne que j'ai perdu: je
-retrouve tout vos pieds.--Hlas! cher Prince, rpondit le
-Saint-Pre, tout n'est que vanit; nous en sommes, vous et moi, la
-triste preuve. Portons nos regards vers le ciel, c'est l que nous
-attendent des trnes qui ne priront jamais. Le Roi et la Reine, qui
-se disposaient retourner en Sardaigne, pressaient le saint vieillard
-de les accompagner. Venez, venez avec nous, Saint-Pre, disait la
-soeur de Madame lisabeth, nous nous consolerons ensemble: vous
-trouverez dans vos enfants tous les soins respectueux que mrite un si
-tendre pre.--Je ne puis accepter vos offres gnreuses, rpondit le
-Pape, mon grand ge ne le permet pas, mes infirmits le refusent, et
-la crainte d'veiller le soupon de nos ennemis le dfend. Leurs
-adieux furent dchirants: c'tait la sparation d'amis qui ne doivent
-plus se revoir.
-
-Marie-Clotilde mourut Naples le 7 mars 1802. Dans tous les lieux
-qu'elle avait habits, la rputation de sa saintet s'tait rpandue.
-Le pape Pie VII, qui avait t tmoin de ses vertus, la dclara
-vnrable par un dcret du 10 avril 1808.]
-
-La fatale nouvelle circulait et faisait partout couler bien des
-larmes, mais nulle part peut-tre plus qu'au chteau de Wartegg, prs
-de Rohrschak, dans le canton de Saint-Gall en Suisse[117], o vivait
-retire la famille de Bombelles. Sans tre parfaitement rassure sur
-le sort de la princesse, elle s'tait attache avec ardeur cette
-pense que la perversit humaine s'arrterait devant un crime
-non-seulement si odieux, mais si inutile.
-
-[Note 117: Le prince Bda, abb de Saint-Gall, tait propritaire du
-chteau de Wartegg.
-
-Il avait donn bail ce manoir la famille de la Tour-Valsassina,
-qui, au moment de l'migration franaise, le loua au marquis de
-Bombelles.
-
-Dans son journal manuscrit, conserv aux archives de Saint-Gall, t.
-284, nous voyons que la famille de Bombelles tait installe Wartegg
-en dcembre 1791, et que le 4 janvier 1792 M. de Bombelles vint avec
-toute sa famille Saint-Gall faire visite au prince abb et dner
-avec lui.]
-
-Le journal qui en contient le rcit arrive un matin au chteau, et
-l'instant le meurtre est su de tout le monde. Madame de Bombelles
-seule, qui est encore au lit, ne le sait pas. Un domestique entre dans
-son appartement; ses larmes et le nom de Madame lisabeth qu'il
-prononce ont tout fait comprendre. Madame de Bombelles jette un cri et
-tombe sur son oreiller, sans mouvement et sans vie. Son mari accourt,
-l'environne de soins; elle respire et fait un effort pour se relever,
-mais le choc terrible que lui a imprim la fatale nouvelle a pour
-ainsi dire fauss chez elle les ressorts de la nature, et un rire
-effrayant clate sur ses lvres plisses et tordues par la douleur. A
-l'aspect de cet accs de dmence, une sorte d'intuition venue du coeur
-inspire M. de Bombelles le seul moyen peut-tre qui pt rappeler la
-nature elle-mme. Ses enfants! s'crie-t-il, vite ses
-enfants!--Ses enfants, qui savent dj que le bourreau vient de leur
-prendre une mre, accourent et se prcipitent sur le lit de celle
-qu'ils sont menacs de perdre encore. Leur effroi, leurs cris, leurs
-larmes, le nom d'lisabeth prononc au milieu des sanglots, cette
-scne dchirante o la tendresse et le dsespoir mlent et confondent
-leurs plus douces motions et leurs plus terribles angoisses,
-finissent par ramener madame de Bombelles au sentiment vrai de son
-inconsolable douleur.
-
-Le chteau de Wartegg prit le deuil: pre, mre, enfants, ne pouvaient
-se regarder sans verser des larmes; le souvenir de Madame lisabeth
-devint l'entretien incessant de cette famille plore. Prive de sa
-fortune par la rvolution, elle vivait l'tranger des libralits de
-la maison royale de Naples, que le malheur fora bientt se rduire
-elle-mme. Les vnements qui suivirent obligrent madame de Bombelles
- quitter la Suisse. Elle se rendit dans le village de Menowitz, aux
-environs de Brnn, en Moravie, et peu de temps aprs dans la ville
-mme de Brnn. Les annes s'coulrent sans adoucir ses regrets, la
-mmoire de sa royale amie remplissait toutes ses penses et inspirait
-toutes ses actions. Elle avait peine le ncessaire, et elle trouvait
-le moyen d'ouvrir autour d'elle cette source de bonnes oeuvres dont
-Madame lisabeth lui avait donn le secret. A la suite d'une couche
-malheureuse, elle mourut au mois de septembre 1800, l'ge de
-trente-huit ans, dans cette ville de Brnn, tmoin de ses vertus et de
-sa charit, et o sa mmoire est demeure en vnration[118].
-
-[Note 118: _Traduction d'un article de la Gazette de Brnn du mercredi
-1er octobre 1800._
-
-Le vrai mrite est sans ostentation; il n'appartient qu' la justice
-de l'histoire de lui riger un autel incorruptible dans le coeur de
-tout homme de bien. La vertu la plus pure, la pit sans hypocrisie,
-la tendresse conjugale et maternelle porte au plus haut degr, le
-courage et la grandeur d'me dans les plus grands malheurs, la bont
-du coeur, une bienfaisance sans bornes dans une situation gne, un
-esprit cultiv, une amiti noble et constante, toutes ces qualits se
-trouvoient runies dans une femme: toutes ces qualits firent vnrer
-madame de Bombelles, qu'une mort prmature arracha des bras de six
-orphelins, la suite d'une couche malheureuse, dans la
-trente-neuvime anne de son ge, et conduisit dans un monde o elle
-reoit la rcompense due ses souffrances et ses vertus. Tous ceux
-qui l'ont connue, qui l'ont vue grande et leve dans le malheur, qui
-l'ont admire sous les titres respectables de mre, d'pouse et
-d'amie, ne pourront refuser des larmes sa mmoire, et ses mnes le
-souhait d'une paix sainte et inaltrable.
-
-_Traduction d'un autre article de la mme gazette, du samedi 4 octobre
-1800._
-
-Les hommes reconnoissants forment, dans le grand tableau du monde, le
-groupe le plus intressant; car il n'est aucune vertu, si leve
-qu'elle soit, laquelle le cleste sentiment de la reconnoissance ne
-mrite de servir de pendant. Nous fmes tmoin, lundi dernier, d'une
-scne des plus touchantes, des plus sublimes, prs du cercueil de la
-dfunte madame de Bombelles. La gratitude y clbra une fte digne du
-Ciel, et offrit un laurier la vertu dans le tombeau. Les habitants
-de Menowitz (village non loin de Brnn, o la dfunte habita quelque
-temps) apprirent la mort de cette vnrable femme, et plusieurs
-d'entre eux se htrent d'arriver la ville et dans la maison du
-deuil. C'toit le jour des funrailles, et le cercueil toit dj
-ferm. Les bonnes gens en demandrent l'ouverture avec des cris
-dchirants, pour voir encore une fois leur bienfaitrice, leur mre,
-pour baiser encore une fois ses froides mains. Le cercueil fut ouvert;
-et ces cratures reconnoissantes, ples et plonges dans une douleur
-muette, les yeux baigns de larmes, entourrent le corps de leur
-bienfaitrice. Ce spectacle toit digne de compassion, et en mme temps
-de l'enthousiasme des mes sensibles qui savent apprcier le mrite de
-la vertu. Enfin ce chagrin muet clata en plaintes amres: alors sa
-main glace fut couverte de baisers brlants; alors les vtements de
-la dfunte furent arross des larmes du sentiment, de ces larmes que
-tous les trsors de la terre ne peuvent acheter sans la vertu, dont
-elles sont le prix. Chacun de ces hommes reconnoissants essaya de
-peindre aux assistants, avec tout le feu renferm dans ses veines, les
-bienfaits qu'il en avoit reus: _Au lit de ma femme malade, elle
-veilloit jour et nuit.--Elle ferma les yeux de ma mre.--Elle me donna
-des drogues de sa propre main et me soigna.--Elle pansa mes plaies, et
-me mit en tat de soutenir mes vieux parents._ Ainsi s'crioient
-ensemble ces coeurs nobles et sensibles; et ils adressoient leurs
-voeux au Ciel pour qu'il accordt la paix ternelle sa belle me,
-pour prix de tant de bienfaits. Que sont toutes les louange achetes
-avec de l'or auprs d'un tel loge funbre! Oh! celui qui, au rcit de
-pareilles scnes, n'aimeroit pas la vertu, n'ouvriroit pas son coeur
-aux malheureux, qui ne rpandroit pas des trsors, souvent mal acquis,
-dans le sein des infortuns; celui qui ne cesseroit pas de poursuivre
-la vertu, d'opprimer le mrite, qu'il descende un jour au tombeau sans
-tre aim, sans tre pleur! c'est la plus grande punition, et dont
-il sentira, dans un autre monde seulement, toute l'tendue.]
-
-On comprend la profonde affliction que durent ressentir les autres
-amies de Madame lisabeth, et en particulier madame de Raigecourt et
-madame des Montiers. Madame de Raigecourt, qui crut devoir envoyer ses
-respectueuses condolances Madame Royale, sortie sept mois aprs de
-la prison du Temple, reut d'elle la lettre suivante, date de Vienne:
-
- 12 mars 1796.
-
- Madame, votre visage ni votre nom assurment ne me sont
- inconnus; on a du plaisir se rappeler les personnes fidles, et
- vous tes du nombre: je sais bien l'attachement que vous aviez
- pour ma vertueuse tante lisabeth; elle vous aimait beaucoup
- aussi, et m'a souvent parl de vous et du chagrin qu'elle avait
- d'tre spare de vous. Je vous remercie de la joie que vous
- tmoignez de ma dlivrance, c'est un miracle que le ciel
- rservait l'Empereur, et dont je serai toujours reconnaissante.
- Je sais que vous n'tes sortie que par l'ordre de ma tante; je
- partage tous les tourments que vous avez soufferts, et assurment
- je prendrai toujours le plus grand intrt tout ce qui vous
- arrive comme l'amie de ma chre tante lisabeth. Vous me dites
- que vous avez un de ses portraits bien ressemblant; je voudrais
- que vous me le fissiez passer; je vous promets de vous le rendre;
- je vous prie de l'envoyer srement l'vque de Nancy, qui est
- charg de mes affaires ici.
-
- MARIE-THRSE de France.
-
- * * * * *
-
-De son ct madame des Montiers avait crit au comte de Provence pour
-lui exprimer la part bien vive qu'elle prenait ses douleurs
-fraternelles. Le prince lui rpondit de sa main:
-
- A Vrone, ce 30 mai 1794.
-
-Si je puis prouver, Madame, quelque consolation dans ma juste et
-profonde douleur, c'est en pensant qu'elle est partage par les
-personnes qui veulent bien avoir quelque bont pour moi. Personne ne
-sait mieux que moi combien ma pauvre soeur avoit d'amiti pour vous,
-ni combien vous l'aimiez, et je juge de votre douleur par celle que je
-ressens moi-mme. Puisse l'attachement aussi pur qu'invariable que
-vous me connoissez pour vous, vous tre de quelque consolation! Soyez
-au moins bien persuade que c'en sera une pour moi, dans des temps
-plus heureux, de faire tous mes efforts pour vous adoucir la cruelle
-et irrparable perte que nous venons de faire.
-
-Adieu, Madame, recevez avec votre bont ordinaire l'assurance des
-tendres et respectueux sentiments que je vous ai vous, et qui
-dureront autant que ma vie.
-
- LOUIS-STANISLAS-XAVIER.
-
- * * * * *
-
-Les regrets exprims ici par un frre de Madame lisabeth ne font pas
-oublier ceux que les plus humbles serviteurs de cette princesse lui
-conservrent jusqu' leurs derniers jours. Jacques et Marie n'avaient
-cess, tant qu'ils l'avaient pu, d'tre fidles l'ordre tabli
-Montreuil par leur royale matresse; mais, aprs le 10 aot, la
-famille royale ayant t conduite au Temple, la Commune
-rvolutionnaire de Versailles ne tarda point s'emparer de cette
-demeure de Montreuil que les pauvres avaient pris coutume de regarder
-comme la maison nourricire de leurs enfants. Jacques et Marie, qui
-savaient peu dissimuler leurs sentiments et dont l'origine helvtique
-tait un crime aux yeux des rvolutionnaires, furent arrts et mis en
-prison, o ils furent longtemps oublis. Ils en sortirent au mois de
-ventse an II, et sollicitrent la bienfaisance des directeurs du
-district de Versailles[119]. Leur extrme misre veilla la piti des
-magistrats de ce temps, qui dclarrent que leur dtention avait t
-une injustice et qu'ils avaient droit des indemnits. Malgr nos
-persvrantes recherches, il nous a t impossible de trouver la
-preuve qu'un secours quelconque leur ait t accord, et nous ne
-pouvons dire comment ils parvinrent traverser la France et
-regagner, avec leur enfant, l'heureuse contre o ils avaient chang
-leurs premires paroles d'amour. L'honneur d'avoir appartenu Madame
-lisabeth les environna de l'estime et de l'intrt de tous les
-habitants de Bulle. La rvolution, qu'ils avaient cru fuir, vint les
-trouver dans leur pays natal[120]; mais leur union tranquille n'en fut
-pas trouble. Jacques et Marie ne cessrent point de pleurer leur
-bienfaitrice, sur laquelle chaque jour on se plaisait les
-interroger. Ils apprirent leurs enfants prier pour elle et bnir
-sa mmoire. Dieu ne voulut pas que ces deux tres, qui avaient tant
-souffert ici-bas de leur premire sparation, fussent spars
-longtemps dans un monde meilleur. Marie mourut la premire; elle
-mourut le 5 janvier 1835[121]; Jacques alla la rejoindre le 2
-septembre de l'anne suivante[122].
-
-[Note 119: _Liste civile._--Bosson et sa femme, ci-devant attachs au
-service d'lisabeth Capet, rclament de la justice des magistrats
-administrateurs du directoire du district les six derniers mois 1793
-de leurs gages, et jusqu' l'vacuation de leur logement, pour
-laquelle ils ont obis l'instant mme que les ordres leur a t
-signifis, au lieu qu'ils occupoient en la maison du Grand-Montreuil.
-
-Ils sont sans place et sans pain;--se recommandent votre
-bienfaisance.
-
- BOSSON.
-
-Soit communiqu au directeur de l'agence nationale de
-l'enregistrement et des domaines, pour donner des renseignements et
-son avis le plus promptement possible, attendu l'extrme misre o les
-requrants ont t rduits par l'effet d'une dtention non mrite.
-Fait au district de Versailles, le trois germinal, l'an second de la
-Rpublique.
-
- GAUTHIER. MAC BAIGNEUX.
-
-_Avis du directeur de l'agence nationale de l'enregistrement._--V la
-ptition du citoyen Bosson et de sa femme, tendante obtenir de
-l'administration le payement de leurs gages des six derniers mois de
-1793, comme attachs la maison du Grand-Montreuil, squestre sur
-lisabeth Capet.
-
-Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement observe que
-Bosson et sa femme, qui n'ont justifi ny de leur qualit ny de leurs
-droits, toient l'un vacher et la femme laitire dans la maison
-d'lisabeth Capet;
-
-Que les vaches ayant t vendues en octobre 1792, le vacher et la
-laitire sont devenus inutiles; que les dispositions des loix
-concernant les gagistes de la cy devant liste civile sont communes aux
-personnes qui toient attaches lisabeth Capet;
-
-Qu'ainsi Bosson et sa femme ont d se regarder comme supprims
-compter du 31 dcembre 1792; mais qu'ils ont droit aux indemnits ou
-pensions promises par le dcret du 27 aot 1793, et qu'ils doivent
-tre renvoys devant le citoyen Henry, commissaire-liquidateur de la
-cy-devant liste civile.
-
-A Versailles, 11 germinal de l'an II de la Rpublique franoise, une
-et indivisible.
-
- DESCHESNE.]
-
-[Note 120: Nous en avons trouv des traces dans le registre des
-archives de la noble bourgeoisie et ville de Bulle:
-
- 1798.
-
-Cette anne mmorable qui changea la face des affaires en Suisse fut
-prcde par des dmonstrations qui furent trs-vives dans le pays de
-Vaux dj ds le commencement du mois de dcembre. Le lendemain de la
-foire du mois de janvier 1798 fut le jour o l'arbre de la libert fut
-arbor sur le Tilleul, Bulle. Ds lors Bulle se constitua en comit
-central correspondant avec Vevey et Lausanne. Un autre comit central
-s'tablit Grand-Villard, qui correspondit aussi, comme celui de
-Bulle, avec Vevey et Lausanne. Il s'agissait de rcuprer les droits
-de l'ancienne patrie de Vaux.
-
-Parmi les actes de dvouement pour la cause de la libert, on peut
-citer celui des frres Gex, qui fabriqurent un canon de bois cercl
-en fer, et qui figura au camp de Russille, prs d'Avry-devant-Pont.
-
-Les dtails de cette rvolution se trouveront dans un autre ouvrage.
-L'heure toit venue o la Suisse devoit aussi avoir son tour, et au 4
-mars les Franois entrrent Fribourg; combat meurtrier la Singine;
-Berne est prise par Schombourg; les gouvernements aristocratiques
-disparoissent; la Suisse se constitue en une rpublique une et
-indivisible; un directoire, un snat, un grand conseil, sigent
-d'abord Arau, ensuite Lucerne, enfin Berne, o, aprs plusieurs
-changements dans ces premires autorits et dans sa forme, le
-gouvernement unitaire fut culbut par la troupe du gnral Bachman et
-de son collgue Aufdermour, qui forcrent le gouvernement unitaire
-se rfugier Lausanne, o le gnral Rapp se trouva et fit connotre
-aux Suisses la volont de Napolon, premier consul de France, d'tre
-le mdiateur de la Suisse. Bachman et sa compagnie mirent bas les
-armes; le gouvernement unitaire fut rtabli Berne, et une consulte
-fut envoye Paris de toute la Suisse, qui en apporta l'acte de
-mdiation, qui fut mis en activit par M. le comte Louis d'Affry, en
-sa qualit de premier landamman de la Suisse; avoyer de Fribourg sous
-ce rgime, mort d'un coup d'apoplexie, il emporta les regrets de ses
-concitoyens.
-
-Sous le gouvernement de l'acte de mdiation tout comme sous
-l'unitaire, Bulle conserva une prfecture et un tribunal de premire
-instance.
-
- * * * * *
-
-L'acte de mdiation faisoit de Bulle le chef-lieu d'un des cinq
-districts du canton de Fribourg.--Il donna un membre au conseil d'tat
-dans la personne de M. Nicolas-Andr de Castella, dernier banneret de
-Bulle. (Extrait d'un registre intitul: _Annalise des Archives de la
-noble bourgeoisie et ville de Bulle_.)]
-
-[Note 121: Voir, aux Pices justificatives, n VIII, son acte de
-dcs.]
-
-[Note 122: Voir son acte de dcs, au n IX des Pices
-justificatives.]
-
-Montreuil avait perdu la maison hospitalire o tous les enfants
-taient assurs de trouver leur nourriture. Le district de Versailles,
-n'ignorant pas le regret et la gne que causait tant de familles le
-tarissement de cette source de secours toujours ouverte leurs
-besoins, crut devoir prendre un arrt qui convertissait en hospice la
-maison lisabeth. C'tait rendre un hommage involontaire la bont de
-cette princesse, qui avait fait de sa demeure le point de mire vers
-lequel se tournaient toutes les souffrances, de sorte qu'on ne faisait
-que continuer ses traditions en la transformant en Htel-Dieu. Mais
-cette mesure, fort belle sur le papier, ne reut aucune excution;
-l'asile de Montreuil demeura sombre et muet: l'me de la charit tait
-absente.
-
-Dans la maison lisabeth (c'est ainsi que l'on continuait de
-l'appeler) restrent installs les anciens serviteurs de la princesse,
-ainsi que les gardiens des scells que la rvolution y avait envoys.
-
-En vertu d'une loi du 7 messidor an III (jeudi 25 juin 1795), portant
-qu'une horlogerie automatique serait sans dlai forme Versailles,
-Charles Delacroix, reprsentant du peuple, en mission dans le
-dpartement de Seine-et-Oise, _arrta, le 29 brumaire an IV_ (20
-novembre 1795), _que la maison dite lisabeth, l'orangerie et la
-vacherie qui en dpendent, les cours et terrains situs entre lesdits
-btiments, seraient affects_ cet tablissement, plac sous la
-direction des citoyens Lemaire et Glaesner[123].
-
-[Note 123: Voir Pices justificatives, n X.]
-
-Malgr la jouissance gratuite de ces btiments et terrains concds
-pendant quinze ans, la manufacture d'horlogerie, qui devait recevoir
-chaque anne cent lves, ne prospra point; elle fut supprime par un
-arrt du Premier Consul, dat du 17 ventse an IX[124] (8 mars 1801),
-et mise la disposition de la rgie du domaine national et de
-l'enregistrement.
-
-[Note 124: Voir Pices justificatives, n X.]
-
-L'architecte du palais national de Versailles ayant dclar que la
-maison lisabeth _toit tellement endommage qu'il faudroit employer
-une somme de 25,000 francs pour sa rparation, et la rgie, de son
-ct, ayant observ que, vu le grand nombre des btiments inoccups
-dans cette ville, les locations de ladite maison y seroient difficiles
-et d'un foible produit_, on en conclut qu'il tait plus avantageux de
-la vendre dans l'tat o elle se trouvait que de la rparer[125].
-Cette proposition fut agre par l'autorit suprieure; la vente aux
-enchres fut annonce pour le 27 messidor de l'an X (vendredi 16
-juillet 1802), et la maison lisabeth, avec ses dpendances, fut
-adjuge _moyennant les prix et somme de 75,900 francs, au citoyen
-Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant Paris, rue de
-l'Universit, n 269_[126].
-
-[Note 125: Voir Pices justificatives, n X.]
-
-[Note 126: Voir Pices justificatives, n X.]
-
-Avant son alination dfinitive, la demeure de Madame lisabeth avait
-t condamne la strilit. Ds le mois d'octobre 1792, ses vaches
-nourricires avaient t vendues; ses belles fleurs, orgueil de ses
-jardins, avaient t enleves et disperses[127]. Sa maison, d'abord
-mais inutilement dsigne pour devenir un hospice, puis consacre
-une institution industrielle, avait subi des dgradations dplorables,
-sans servir des travaux utiles.
-
-[Note 127: Voir Pices justificatives, n XI.]
-
-Un triste et invincible attrait nous ramne ce cimetire o gisent
-les restes vnrables de Madame lisabeth, et qui, pendant la priode
-rvolutionnaire, tait plus connu du charretier du bourreau que du
-conducteur des pompes funbres. Les inhumations des victimes tombes
-sur l'chafaud de la place du 21 janvier s'y succdent chaque jour.
-Ennuy de tuer en dtail, le tribunal rvolutionnaire, le 29 prairial
-an II (17 juin 1794), avait livr la guillotine, _par amalgame et en
-masse_, selon l'expression de Fouquier-Tinville, cinquante-quatre
-victimes, diffrentes de rang et d'opinion, et trangres les unes aux
-autres. Le 10 thermidor envoya dans ce champ funbre les principaux
-chefs du parti qui venait de succomber, les deux Robespierre,
-Saint-Just, Couthon, Hanriot, Dumas, et ce Simon dont le nom odieux
-est li jamais celui d'un hroque enfant. Mais cette _fourne_
-n'tait que de vingt-deux hommes.
-
-Le lendemain, 11 thermidor, il y eut une fourne bien autrement
-considrable: les vainqueurs avaient eu le loisir de faire des
-dsignations nombreuses, et d'atteindre la plupart des membres de la
-Commune qui avaient longtemps prvalu contre la Convention.
-L'excution de soixante et onze condamns envoys l'chafaud par
-leurs anciens complices forma un lac de sang sur la place o Madame
-lisabeth avait t frappe.
-
-Il ne faut pas croire que la guillotine chmt aprs ces satisfactions
-terribles donnes aux exigences de la raction: la recomposition du
-tribunal rvolutionnaire, la fermeture du club des Jacobins, la
-dpanthonisation (expression du temps) des restes de Marat, ne
-suffirent point pour apaiser les indignations de la conscience
-publique. Le sang appelle le sang. Parmi les supplicis, on ne compta
-pas seulement les criminels auteurs de tant de supplices, les Carrier,
-les Fouquier-Tinville, les Lebon: les vainqueurs du 10 thermidor
-n'taient gure moins pervers que les vaincus. Ce fut ainsi que la
-raction atteignit souvent l'innocence et la vertu, qui ne
-dsapprenaient pas encore le chemin de l'chafaud.
-
-Ce champ de repos o arrivaient concurremment les cercueils ferms par
-une mort naturelle, aussi bien que les cadavres mutils par le
-bourreau, ne tarda point se remplir.
-
-Disons aussi qu' partir du 26 prairial an II (14 juin 1794),
-l'chafaud fut transport de la place de la Rvolution la porte
-Saint-Antoine; puis, deux jours aprs, la barrire du _Trne
-renvers_, o il resta en permanence jusqu'au 9 thermidor.
-
-Deux ans aprs, par un arrt de l'administration centrale du
-dpartement de la Seine, le cimetire de Montmartre fut ouvert[128],
-et celui de Monceaux ne servit plus aux spultures. La grande porte,
-pratique dans le mur d'enceinte de Paris et donnant accs dans le
-champ du Christ, demeura ferme. Les orphelins qu'avait faits la
-rvolution n'avaient point assist aux funrailles de leurs pres; ils
-ignoraient mme, pour la plupart, le lieu o elle avait enfoui leurs
-restes. Longtemps la strile curiosit d'un public domin par la
-terreur s'inquita beaucoup plus des prisons que des cimetires,
-beaucoup plus de la guillotine que de la spulture. La plupart de ceux
-qui avaient connu le champ du Christ en oublirent la route. Le
-silence se fit l'entour comme au dedans. Les annes s'coulrent,
-emportant avec elles les traditions du pass, abattant quelques
-pauvres croix de bois pourries au milieu des grandes herbes et
-effaant tout vestige de tombes.
-
-[Note 128: Ce cimetire qui porta d'abord la dnomination de _Champ de
-Repos_, fut cr par un arrt de l'administration centrale du
-dpartement de la Seine, du 8 messidor an VI (26 juin 1798), dans un
-terrain d'un hectare deux mille sept cent trente-six mtres
-cinquante-sept centimtres, situ au-dessus du boulevard de la
-barrire Blanche, cd la ville par le citoyen Aym pour la somme de
-quatre mille huit cents francs. Par cet arrt, le cimetire Roch fut
-dfinitivement ferm.
-
-Le _Champ de Repos_ se trouva bientt trop petit.
-
-Par un dcret, dat du camp imprial d'Ebersdorf, du 28 mai 1809, le
-conseiller d'tat, prfet du dpartement de la Seine, fut autoris
-acqurir, pour cause d'utilit publique, au nom de la ville de Paris,
-un terrain de quinze hectares, situ l'entre de la plaine de
-Clichy, pour servir l'tablissement d'un nouveau lieu de spulture,
-destin remplacer le cimetire Montmartre.
-
-Un autre dcret imprial, du 13 aot 1811, modifiant ce dcret,
-ordonna que le cimetire existant au bas de Montmartre serait agrandi
-dans sa partie nord et nord-ouest, et autorisa la ville de Paris
-faire acquisition de douze hectares de terrain pour l'agrandissement
-du cimetire, en le prolongeant travers le chemin des Batignolles,
-qui sera dplac.
-
-Enfin, un arrt prfectoral du 10 fvrier 1818 fit procder
-immdiatement au mesurage des douze hectares de terrain dont
-l'acquisition est ordonne par le dcret susrelat. B.]
-
-[Illustration:
-
-PLAN DE L'ANCIEN CIMETIRE DE LA MADELEINE
-
-Converti en jardin par M. Descloseaux, rue d'Anjou Saint-Honor, n
-48,
-
-DANS LEQUEL ONT T DPOSS
-
-LES RESTES DU ROI LOUIS XVI ET DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE.
-
-_Maison et Jardin de M. Descloseaux._
-
- I. Fosse dans laquelle ont t inhums, le 6 juin 1770, cent
- trente-trois corps des personnes qui ont pri sur la place Louis
- XV, dans la rue Royale ou la porte Saint-Honor, la suite des
- ftes clbres pour le mariage de M. le Dauphin.
-
- II. Premire fosse, situe prs du mur mitoyen du jardin
- Descloseaux, dans laquelle ont t mis les corps de quatre
- prtres et d'environ cinq cents Suisses, tus aux Tuileries le 10
- aot 1792.
-
- III. Deuxime fosse, dans laquelle ont t enterrs cinq cents
- autres Suisses, galement tus aux Tuileries le 10 aot 1792.
-
- IV. Tombeau de Louis XVI, inhum le 21 janvier 1793, dix heures
- et demie du matin. On fit une fosse de huit pieds de profondeur,
- dans laquelle on mit beaucoup de chaux. Le 16 octobre de la mme
- anne, le corps de la Reine fut enterr ct de celui du Roi.
-
- V. Fosse de Charlotte Corday.
-
- VI. Grande fosse ouverte peu de temps aprs la mort du Roi et
- comble en dcembre 1794. Le corps de M. le duc d'Orlans y fut
- dpos, ainsi qu'un trs-grand nombre d'autres victimes.
-
- VII. Grande fosse qui a d recevoir prs de mille victimes.]
-
-En 1790, M. Viger de Jolival, ancien directeur des fermes, avait fait
-l'acquisition de la maison du Christ, du jardin et de l'enclos qui en
-dpendent. La ville de Paris s'empara du petit enclos, contigu au
-jardin, et en fit un cimetire; plus tard, ce mme enclos fut lou
-un habitant de Monceaux qui y fauchait de l'herbe et y semait des
-pommes de terre. M. Viger n'ignorait pas que parmi les victimes qui y
-taient inhumes se trouvaient les restes de Madame lisabeth. Il fit
-entourer d'un treillage l'endroit indiqu dans notre plan[129] par la
-lettre G, et y fit poser une pierre tumulaire sur laquelle taient
-crits ces deux mots: _Madame lisabeth_. Mais les dclarations de
-Joly, fossoyeur du cimetire l'poque du 21 floral an II (10 mai
-1794) semblent prouver que M. Viger se trompait sur l'emplacement de
-la spulture de cette princesse. Son erreur tait encore plus grave au
-sujet de la dpouille mortelle du duc d'Orlans, qu'il prtendait tre
-ensevelie l'endroit dsign par la lettre K. Les restes de ce prince
-n'avaient point t amens dans ce cimetire, qui ne fut ouvert que
-cinq mois aprs sa mort: ils reposaient dans celui de la Madeleine,
-en un coin diamtralement oppos l'angle o se trouvaient les
-tombes du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette. Les deux
-branches de la maison de Bourbon demeurrent spares dans la mort,
-comme elles l'avaient t dans la vie. Nous ne croyons pas nous
-carter trop de notre sujet en reproduisant ici le plan du cimetire
-de la Madeleine, avec quelques indications qui ne seront peut-tre pas
-sans intrt pour le lecteur.
-
-[Note 129: Voir page 232 de ce volume.]
-
-M. Viger, aprs avoir fait dans sa proprit de l'enclos du Christ les
-deux rserves dont nous avons parl, rendit le reste du champ la
-culture. La porte charretire pratique dans le mur d'enceinte et par
-o entraient les charrettes remplies par le bourreau, ne s'ouvrit plus
-qu' de bien rares intervalles pour laisser passer le laboureur. Un
-homme qui travaillait enfant dans ces lieux, et qui plus d'une fois
-m'y a conduit dans le cours de ces quinze dernires annes[130], me
-racontait que son pre l'envoyait souvent travailler dans le _champ du
-Christ_, en lui recommandant de ne pas toucher aux terrains marqus
-par une claire-voie.
-
-[Note 130: Le sieur Fauconnier, 12, rue d'Asnires,
-Batignolles-Paris.]
-
-Les choses en taient l, lorsque s'accomplirent les graves vnements
-de 1814. La maison de Bourbon n'avait pu enterrer ses morts aprs la
-grande bataille de la rvolution. Il tait naturel qu'en rentrant sur
-le sol de la patrie elle s'occupt de ce soin pieux. D'ailleurs, le
-retour des exils, ces absents temporaires, rappelait les morts, ces
-absents ternels, ensevelis avec trop peu de larmes, _paucioribus
-lacrymis_, comme l'a crit le grand historien de Rome; et depuis que
-les roulements de tambour et les fanfares de la victoire ne
-retentissaient plus, il semblait qu'on entendait sortir de ces sillons
-o l'on avait fauch une gnration humaine, un bruit de gmissements
-et de sanglots. La restauration de la maison de Bourbon ramenait
-elle-mme la pense publique sur les royales victimes de la
-Rvolution.
-
-La loi qui avait consacr un deuil gnral en expiation du crime
-commis le 21 janvier 1793, avait prescrit qu'un monument serait lev
-au fils et la soeur de Louis XVI. Nous avons, dans un ouvrage
-relatif _ la vie, l'agonie et la mort de Louis XVII_, expos les
-motifs qui rendirent striles, relativement ce jeune prince, les
-dispositions de cette loi. Les difficults qui s'tait prsentes pour
-retrouver les restes de l'orphelin du Temple devenaient plus grandes
-encore pour rechercher ceux de Madame lisabeth, enfouis dans une
-fosse commune avec les dpouilles des vingt-trois autres personnes
-frappes avec elle sur l'chafaud du 21 floral. Le gouvernement de la
-Restauration n'avait recueilli que des renseignements inexacts sur la
-spulture des victimes rvolutionnaires.
-
-Un respectable vieillard, M. Descloseaux, propritaire rue d'Anjou
-d'une maison contigu au cimetire de la Madeleine, avait t tmoin
-oculaire de l'inhumation des restes du roi Louis XVI et de la reine
-Marie-Antoinette dans ce cimetire, et s'tait persuad que tous les
-supplicis de la place de la Rvolution y avaient t galement
-ensevelis. Sa dclaration, formule dans ce sens et signe par lui, le
-4 juin 1814, avait accrdit une erreur que lui-mme, mieux inform
-plus tard, s'empressa de rparer par un acte authentique la date du
-22 mai 1816[131].
-
-[Note 131:
-
- _Dclaration de M. Descloseaux, chevalier de l'Ordre du Roi,
- du 22 mai 1816, devant Me Deguingand, notaire Monceaux_.
-
-Je soussign, Pierre-Louis OLLIVIER DESCLOSEAUX, chevalier de l'Ordre
-du Roi, demeurant actuellement rue d'Anjou, faubourg Saint-Honor,
-n 62, premier arrondissement, dclare erron le certificat que j'ai
-sign le quatre juin mil huit cent quatorze, tant la suite d'une
-liste imprime par Lottin, dans le courant de la mme anne, ayant
-pour titre: _Liste des personnes qui ont pri par jugement du
-tribunal rvolutionnaire, depuis le vingt-six aot dix-sept
-cent quatre-vingt-douze, jusqu'au treize juin dix-sept cent
-quatre-vingt-quatorze (vingt-cinq prairial an deux), laquelle liste
-contient les noms de treize cent quarante-trois victimes._
-
-Attendu qu'il est constant et hors de doute que, sur la demande des
-propritaires et habitans de la rue d'Anjou, le cimetire de la
-Madeleine a t ferm antrieurement au vingt-quatre mars dix-sept
-cent quatre-vingt-quatorze (quatre germinal an deux), et que de suite
-il a t ouvert prs de la barrire de Monceaux (vulgairement
-Mousseaux) un autre cimetire, dans lequel a t port HBERT, dit le
-_Pre Duchesne_, indiqu sous le n 496 de ladite liste, d'o il
-rsulte la preuve, d'aprs la liste imprime par Lottin, que huit cent
-quarante-huit victimes ont t portes au cimetire de Monceaux, et
-non celui de la rue d'Anjou; en consquence je dclare, moi
-Descloseaux, que c'est par erreur qu'il est dit, dans le certificat
-sign de moi, que toutes les personnes comprises dans cette liste, et
-au nombre de treize cent quarante-trois, ont t inhumes dans le
-cimetire de la rue d'Anjou, et que je n'ai pas entendu y comprendre
-celles qui ont t reues au cimetire de Monceaux, indiques sous les
-huit cent quarante-huit derniers numros. Cette erreur provient de ce
-que j'ai considr la dsignation du cimetire de la Madeleine comme
-tant commune aux deux cimetires de la rue d'Anjou et Monceaux,
-attendu qu'ils avaient successivement servi au mme usage.
-
-De ce qui vient d'tre dit, il reste constant que les tristes restes
-de MADAME LISABETH, soeur de Sa Majest Louis XVI, et de M. de
-MALESHERBES, sont dposs dans le cimetire de Monceaux. (Voir les
-n{os} 679 et 901.)
-
-En foi de quoi j'ai sign le prsent certificat pour rendre hommage
-la vrit, consentant qu'il soit dpos par-devant notaire, et qu'il
-en soit dlivr toutes copies ncessaires qui de droit et mes
-frais.
-
-A Paris, ce dix-neuf mai dix-huit cent seize.
-
-Approuv le contenu au certificat ci-dessus crit de la main de M.
-d'Anjou, mon gendre. _Sign_ OLLIVIER DESCLOSEAUX, chevalier de
-l'Ordre du Roi.
-
-En marge est crit: Enregistr Neuilly, le vingt-un mai mil huit
-cent seize, fol. 14 recto, cases 1 et 2. Reu deux francs vingt
-centimes. _Sign_ MAUROY.
-
-Il est ainsi en ladite dclaration, duement certifie vritable,
-signe, paraphe et annexe un acte de dpt pass devant Me lie
-DEGUINGAND, notaire Monceaux, boulevard extrieur de Paris,
-soussign, le vingt-deux mai mil huit cent seize, enregistr; le tout
-tant en la possession dudit Me DEGUINGAND. Dlivr ces prsentes le
-trente juin mil huit cent seize.
-
- DEGUINGAND.]
-
-L'anne suivante, dans les derniers jours du mois de mars, fut dress
-un acte notari tablissant la notorit du cimetire de
-Monceaux[132].
-
-[Note 132:
-
- _Acte de notorit concernant le cimetire de Monceaux,
- du 30 et 31 mars 1817, devant Me Deguingand, notaire._
-
-Par-devant Me lie DEGUINGAND, notaire royal la rsidence de
-Monceaux, boulevard extrieur de Paris, en prsence des tmoins
-ci-aprs nomms, soussigns,
-
-SONT COMPARUS:
-
- 1 M. Philippe CARDINET, marchand de vin traiteur;
- 2 M. Louis-Auguste POITEVIN, propritaire et cultivateur;
- 3 M. Franois CUREL, propritaire et marchand picier;
- 4 M. tienne DESGRAIS, propritaire et cultivateur;
- 5 M. Franois CHARLES, propritaire et cultivateur;
- 6 M. tienne-Franois FAUCONNIER, propritaire et cultivateur;
- 7 M. Pierre GILLET, propritaire et cultivateur;
- 8 M. Claude LEBERT, cultivateur et propritaire;
- 9 Et M. Jacques-Louis CHARLES, propritaire et paveur;
-
-Tous demeurant Monceaux, commune de Clichy-la-Garenne, dpartement
-de la Seine;
-
-Lesquels ont attest pour notorit constante, et comme tant leur
-parfaite connaissance, les faits ci-aprs rapports;
-
-SAVOIR:
-
- 1 Que, lors de la fermeture du cimetire de la Madeleine de
- Paris, c'est--dire au mois de mars dix-sept cent
- quatre-vingt-quatorze, le Gouvernement, existant cette poque
- s'est empar pour le mme usage d'un terrain dpendant de la
- maison dite _du Christ_, situe la barrire de Monceaux
- (vulgairement _Mousseaux_).
-
- 2 Que pour l'entre de ce dernier cimetire on a dmoli une
- partie du mur d'enceinte de Paris, et pratiqu sur le boulevard
- extrieur, vis--vis le btiment de la barrire, une ouverture,
- depuis ferme par une grande porte qui existe encore
- actuellement.
-
- 3 Et que c'est dans ce lieu qu'ont t ports, le dix mai
- dix-sept cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de MADAME
- LISABETH, soeur de Sa Majest Louis XVIII, roi de France.
-
-Trois jours aprs, l'ancien concierge du cimetire de Monceaux faisait
-devant le mme officier public la dclaration suivante:
-
-Par-devant Me lie DEGUINGAND, notaire royal, la rsidence de
-Monceaux, boulevard extrieur de Paris, en prsence des tmoins
-ci-aprs nomms, soussigns,
-
-EST COMPARU,
-
-tienne-Pierre JOLY, ancien concierge du cimetire de Monceaux, et
-actuellement concierge du cimetire de Montmartre, demeurant aux
-Batignolles, n 42, commune de Clichy.
-
-Lequel a attest pour notorit constante, et comme tant sa
-parfaite connaissance, les faits ci-aprs rapports;
-
-SAVOIR:
-
- 1 Que, lors de la fermeture du cimetire de la Madeleine de
- Paris, c'est--dire au mois de mars mil sept cent
- quatre-vingt-quatorze, le gouvernement existant cette poque
- s'est empar, pour le mme usage, d'un terrain actuellement
- dpendant de la maison dite du _Christ_, situ la barrire de
- Monceaux (vulgairement Mousseaux);
-
- 2 Que pour l'entre de ce dernier cimetire on a dmoli une
- partie du mur d'enceinte de Paris, et pratiqu sur le boulevard
- extrieur de Paris, vis--vis le btiment de la barrire, une
- ouverture, depuis ferme par une grande porte qui existe encore
- actuellement;
-
- 3 Que c'est dans ce lieu qu'ont t ports, le dix mai mil sept
- cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de MADAME
- LISABETH, soeur de S. M. LOUIS XVIII, ROI de France;
-
- 4 Et enfin que c'est dans ce lieu qu'ont aussi t apports tous
- les corps des personnes qui ont t condamnes par le tribunal
- rvolutionnaire, et excutes sur la place LOUIS XV, depuis le
- quatre germinal an deux (vingt-quatre mars mil sept cent
- quatre-vingt-quatorze) jusqu' la fermeture dudit cimetire.
-
-Desquelles dclarations il a t dress le prsent acte pour servir et
-valoir ce que de raison.
-
-Fait et pass Monceaux, en l'tude, l'an mil huit cent dix-sept, le
-trois avril, en prsence de Jean-Nicolas Couttard, instituteur, et
-Pierre-Augustin Meigneux, commis marchand picier, demeurant tous deux
-audit Monceaux, tmoins instrumentaires requis conformment la loi,
-et a le comparant sign avec lesdits tmoins et ledit Me DEGUINGAND,
-notaire soussign, aprs lecture faite de la minute des prsentes,
-demeure Me DEGUINGAND, notaire soussign.
-
-En marge de ladite minute est crit:
-
-Enregistr Neuilly, le quatre avril mil huit cent dix-sept, folio
-167 recto, case 7. Reu deux francs vingt centimes. _Sign_ MAUROY.
-
-Dlivr ces prsentes le cinq avril mil huit cent dix-sept.
-
- DEGUINGAND.]
-
-Ds le 11 janvier 1817, M. Blanger, dessinateur ordinaire du cabinet
-et de la chambre du Roi, avait adress le rapport suivant M. de
-Pradel, charg du portefeuille de la maison de Sa Majest:
-
-MONSIEUR LE COMTE,
-
-Le corps de Madame lisabeth de France a t port dans une fosse
-commune, prs la barrire de Mousseaux, dans un terrain (_intra
-muros_) qui appartient M. Viger, ancien directeur des fermes. Ce
-domaine contient environ sept arpents, sur lequel il existe deux
-maisons d'habitation spares l'une de l'autre.
-
-Dans la mme fosse qui contient les restes de cette auguste et
-infortune princesse, se trouvent runis ceux des personnes qui ont
-partag la gloire de son martyre.
-
-Toute espce de translation tant impossible, on peut, ainsi que vous
-l'avez sagement propos, faire de ce local, sans beaucoup de dpense,
-un lieu d'expiation et de recueillement, dont les dispositions,
-d'aprs les dtails du plan que j'ai l'honneur de vous adresser,
-offriraient l'aspect austre d'une enceinte religieuse, o quelque
-petit monument attesterait aux sicles venir jusqu' quel excs de
-draison et de dlire peut se porter un peuple quand il brise ses
-institutions sociales et qu'il rompt le joug salutaire des lois de la
-morale et de la religion.
-
-J'ai rdig le projet que j'ai l'honneur de vous adresser sur des
-dispositions d'conomie. Une enceinte ferme, plante de cyprs et
-autres arbres convenables un champ de repos, une pyramide leve sur
-la fosse, des cyprs mmoratifs avec quelque inscription, une chapelle
-spulcrale simple dans ses dcors, qui offrirait aux habitants de
-Mousseaux, qui n'ont plus d'glise pour la clbration de la messe,
-les jours de ftes et dimanches, un lieu de recueillement.
-
-Ce domaine offre la disposition avantageuse de deux maisons
-d'habitation, l'une convenable pour l'ecclsiastique qui desservirait
-la chapelle, et l'autre au concierge qui gardera le champ du repos.
-
-J'estime toute cette dpense, y compris l'acquisition des sept
-arpents de terre, des deux maisons, des embellissements, des
-plantations et de la construction de la chapelle, trois cent mille
-francs.
-
-Des dtails plus prcis donneraient peut-tre des rsultats plus
-conomiques.
-
-Je m'estimerai heureux si, tmoin de tant de profanations politiques
-et sacres, je pouvais avoir contribu la dcision qui sera
-prononce cet gard.
-
-J'ai l'honneur d'tre avec respect, Monsieur le comte, votre
-trs-humble et trs-obissant serviteur,
-
- BLANGER.
-
- Paris, le 11 janvier 1817.
-
- * * * * *
-
-De son ct, M. Viger de Jolival avait, le 25 du mme mois, tent prs
-des vicaires gnraux du diocse de Paris une dmarche ayant pour but
-de les intresser la cession qu'il tait dispos faire de sa
-proprit au gouvernement du Roi, et, le 4 fvrier, il crivait au
-prfet de la Seine relativement au monument lever la mmoire de
-Madame lisabeth. Il crut aussi devoir adresser une requte analogue
-M. le vicomte de Montmorency[133]. Ni les propositions de M. Blanger
-ni celles de M. Viger de Jolival ne furent accueillies. Nous dirons
-dans l'Appendice que nous inscrirons la fin de ce volume, avant les
-Pices justificatives, les difficults, pour ainsi dire
-insurmontables, que rencontrrent les recherches qui furent tentes
-pour arriver la dcouverte certaine des restes de Madame lisabeth.
-M. Lain, ministre de l'intrieur, sous l'autorit duquel le prfet de
-police avait dirig ces lamentables travaux, regarda comme un devoir
-de soumettre au Roi les lettres qui en exposaient les dtails. Louis
-XVIII, assez peu crdule de sa nature, et pour qui les reliques de
-Louis XVI et de Marie-Antoinette, malgr les actes publics qui en
-tablissaient l'authenticit, paraissaient peine offrir une garantie
-suffisante, donna l'ordre de s'abstenir de recherches qui,
-lorsqu'elles ne sont pas motives par des indications certaines,
-ressemblent une profanation: or celles-ci ne pouvaient avoir pour
-rsultat qu'une dcouverte d'ossements douteux. On renona donc
-toute pense d'exhumation.
-
-[Note 133: Se dclarant _propritaire et gardien depuis vingt-sept ans
-de l'enceinte o repose la dpouille mortelle de Madame lisabeth,
-clos inaccessible au public, rest inculte et vierge depuis le 10 mai
-1792_, et ayant pour objet _la possibilit de l'rection d'un monument
- la mmoire de cette princesse_. (Catalogue Laverdet, mai 1857.)]
-
-On avait voulu trop faire et l'on ne fit point assez. La plus simple
-convenance conseillait d'acqurir ce cimetire et d'y riger un
-monument. On n'en fit rien. M. Viger de Jolival perdit l'espoir de
-cder au gouvernement royal le terrain qui contenait les restes
-d'lisabeth, de Malesherbes, des fermiers gnraux, des prsidents du
-Parlement de Paris et d'une multitude de personnages considrables.
-
-Peut-tre l'empressement du propritaire du terrain en tirer parti
-diminua-t-il la disposition du gouvernement l'acqurir, parce que
-celui-ci ne vit qu'une spculation dans une affaire o il y avait des
-considrations d'un ordre suprieur envisager. Cependant, si
-l'enqute, poursuivie avec tant de soin, n'avait pu donner
-d'indications prcises sur les moyens de discerner les reliques de la
-soeur de Louis XVI au milieu de tant de restes, elle avait mis deux
-points hors de doute: la prsence des dpouilles mortelles de la
-princesse dans l'_enclos du Christ_, et l'indication de la fosse o
-elles reposent, avec un grand nombre des plus illustres victimes de la
-rvolution, et quelques pas des proscripteurs les plus redoutables
-de cette poque nfaste, couchs dans la paix du mme tombeau. Cela
-suffisait pour que l'enclos marqu de tels souvenirs ft conserv
-comme une de ces pages d'histoire qui, respectes au milieu de tous
-les changements, parlent du pass l'avenir.
-
-Le temps a march. Peu peu la spculation s'est empare de ces
-terrains. Quelques chtives maisons s'y sont assises, quelques hangars
-s'y sont levs; mais ceux qui les habitent ou qui les exploitent ne
-se doutent pas de ce qui s'est pass dans ces lieux. La population,
-qui se renouvelle encore plus vite aux abords des barrires qu'au
-centre mme de la cit, ignore tellement quel usage ces terrains ont
-servi, qu'un terrassier ayant trouv, il y a quelques annes, des
-ossements humains en creusant les fondations d'un btiment, mille
-conjectures tranges ont occup l'imagination des habitants de ce
-quartier. Dans ces derniers temps encore, de nouveaux ossements,
-appartenant des individus des deux sexes, et remontant, d'aprs les
-examens de la science, soixante-dix ou soixante-quinze ans, sont
-apparus en grand nombre sous la pioche des ouvriers occups des
-fouilles au boulevard de Monceaux. Ces dbris, remplissant plusieurs
-tombereaux, ont t transports aux Catacombes[134].
-
-[Note 134: C'est par erreur qu'un article du _Droit_ du mois de
-juillet 1865, et aprs lui plusieurs autres journaux, ont prtendu que
-cet emplacement faisait autrefois partie du cimetire de la Madeleine
-de la Ville-l'vque, o avaient t dposs les corps de Louis XVI et
-de Marie-Antoinette, ainsi que ceux des victimes de la Terreur. Il y
-avait loin du cimetire de la Madeleine au cimetire de Monceaux. B.]
-
-Ainsi donc, si Madame lisabeth avait mis tous ses soins fuir
-l'ostentation pendant sa vie, Dieu a voulu lui mnager jusque dans la
-mort l'obscurit qu'elle avait aime.
-
- * * * * *
-
-Madame, aprs avoir prch l'humilit devant l'chafaud, vous vous y
-tes humblement offerte. Vos dpouilles ont t, avec les dpouilles
-de tous vos compagnons funbres, enfouies ple-mle dans la terre, et
-pas une pierre n'en marquera mme la place!
-
-Mais les haines qui vous ont perscute sont teintes: les calomnies
-qui s'taient dresses contre vous se sont dissipes comme ces nues
-qu'amasse un jour d'orage, et que le vent emporte, en dtruisant
-l'obstacle passager qui empchait la terre de jouir de la lumire du
-soleil, dont l'clat, invisible un moment aux regards des hommes, n'a
-pas cess de rayonner dans le ciel. C'est l'image de votre sublime
-vertu mconnue un jour sur la terre, toujours connue du regard de
-Dieu.
-
-Vous aviez mu et attendri le monde par l'onction de votre parole.
-Aujourd'hui vous le tiendrez et plus mu et plus attendri encore par
-la douceur de votre souvenir; car vous avez parl plus haut dans votre
-mort que dans votre vie.
-
-Cdant une inspiration venue de notre coeur, et soutenu dans notre
-tche par le culte que nous vous avions vou, nous avons consacr de
-longues journes rassembler quelques nouveaux dtails sur votre
-personne; nous les avons enregistrs dans ce livre avec conscience,
-avec respect; et bien souvent des larmes sont venues obscurcir notre
-vue et arrter notre plume, en vous surprenant si svre pour
-vous-mme, si soumise aux volonts de Dieu, qui devenaient les vtres,
-si misricordieuse envers les faibles, si bonne pour vos amies, si
-gnreuse envers vos ennemis, et si douce envers la mort. Mais je ne
-veux plus parler de vous avec ce chagrin amer qui convient mal
-l'admiration de l'anglique srnit de votre grande me; j'ai t
-la peine en racontant votre martyre, je suis maintenant au triomphe:
-je me reprocherais ma douleur comme une impit, ne voulant plus voir
-dans votre mort que votre triomphe ternel.
-
-Par une rencontre o nous aimons mieux voir le doigt de la Providence
-qu'un concours de circonstances tout fortuit, la rvolution sembla
-excuter, aprs votre mort, les ordres que vous-mme eussiez donns,
-si vous eussiez cru pouvoir commander, et devoir tre obie. Les
-vtements dont vous tiez couverte votre dernire heure furent
-ports dans un hospice pour servir aux pauvres et aux malades, ces
-membres souffrants de Notre-Seigneur, que vous secouriez pendant votre
-vie; votre maison de Montreuil, que vous aviez tant aime, garda le
-nom de maison lisabeth et fut destine devenir un htel-Dieu;
-enfin, le champ du Christ reut votre corps, tandis que votre me
-montait au ciel.
-
-Mais ce n'est point nous qu'il appartient de vous honorer dignement.
-Sans chercher devancer le cours des ges, il nous est permis de
-prvoir qu'un hommage bien autrement clatant sera rendu un jour
-votre mmoire: il est une autorit sacre, qui, comme Dieu, n'oublie
-pas les mes qui sortent victorieuses du sicle, par la simplicit
-dans le courage, par l'humilit dans la vertu, par la candeur dans
-l'hrosme. Un jour viendra, nous le croyons, o, d'aprs les
-souvenirs et les tmoignages des vnements et des hommes, l'glise
-inscrira le nom d'lisabeth dans ces imprissables lgendes o les
-gnrations chrtiennes vont chercher leurs protecteurs et leurs
-modles.
-
-
-
-
-APPENDICE.
-
-DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES
-
-QUI ONT T FAITES AUX MOIS DE MARS, D'AVRIL ET DE MAI
-
-POUR RETROUVER ET CONSTATER
-
-LES RESTES DE MADAME LISABETH.
-
-
-Le 22 mars, le ministre de l'intrieur (M. Lain), en adressant au
-prfet de la Seine (M. de Chabrol) une lettre de M. Viger de Jolival,
-ancien directeur des fermes, lui demandait des renseignements sur
-l'inhumation de Madame lisabeth.
-
-Cette lettre et cette note furent transmises par le prfet de la
-Seine, en ces termes, au prfet de police:
-
-M. le comte de Chabrol a l'honneur de transmettre confidentiellement
- son collgue M. le comte Angls une note accompagne d'une lettre
-la date du 22 mars qu'il vient de recevoir de S. Exc. le ministre de
-l'intrieur, et laquelle M. le comte Angls a sans doute plus de
-moyens que lui de rpondre d'une manire positive; il le prie de
-vouloir bien runir tous les renseignements qui peuvent rpondre aux
-vues du ministre.
-
-Il le prie d'agrer l'assurance de sa haute considration.
-
- Paris, le 24 mars 1817.
-
- * * * * *
-
-Un scrupule administratif occupa les bureaux de la police. tait-il
-dans les convenances que le prfet de police ft mis en action par le
-prfet de la Seine pour une opration dont ce dernier avait t
-charg confidentiellement par le ministre?
-
-Interrog sur cette question, un chef de bureau de la prfecture de
-police rpondait M. le comte Angls:
-
- 25 mars 1817.
-
-En proposant Son Excellence le projet de lettre ci-joint pour le
-ministre de l'intrieur, au sujet des communications de M. le prfet
-du dpartement (reconnaissance du lieu d'inhumation des restes de
-_Madame lisabeth_), on a l'honneur de lui faire part d'un scrupule
-naturel: le ministre de l'intrieur sera-t-il ou non dans le cas de se
-formaliser d'une communication faite par M. le prfet de la Seine de
-pices qui lui avaient t adresses lui seul, et de voir, hors des
-convenances peut-tre, M. le prfet de police mis en action par M. le
-prfet de la Seine pour une opration dont ce dernier avait t charg
-directement et particulirement par le ministre?
-
-Le ministre n'a rien transmis, rien demand M. le prfet de police;
-ce n'est pas non plus de la part du ministre que M. le prfet du
-dpartement laisse M. le prfet de police suivre une opration
-dont il a recueilli et transmis les premiers lments S. Exc. le
-ministre de l'intrieur, qui ne les avait demands qu' lui, prfet du
-dpartement, et confidentiellement.
-
-M. le prfet de police n'a-t-il pas craindre de commettre M. le
-prfet du dpartement avec le ministre par une lettre qui n'est point
-provoque?
-
-A considrer la dmarcation naturelle des attributions des autorits,
-il semble qu'il y a inconvnient et irrgularit dans la marche
-actuelle de cette affaire; peut-tre, pour la suite qu'elle doit avoir
-conformment aux intentions du Roi, prendrait-elle une direction
-claire plutt des instructions que Son Excellence prendrait
-directement du ministre, que par la voie d'une correspondance dont il
-peut tre ou mcontent ou surpris.
-
- BOUCHER.
-
- * * * * *
-
-La lettre suivante, formule par M. Boucher, fut adopte et adresse
-par le ministre d'tat, prfet de police, M. le ministre de
-l'intrieur.
-
- 25 mars 1817.
-
-MONSEIGNEUR,
-
-M. le prfet du dpartement de la Seine m'a transmis
-confidentiellement une lettre que Votre Excellence lui a crite le 22
-de ce mois pour lui demander les renseignements qu'il pourrait se
-procurer sur l'poque et le lieu de l'inhumation des restes de _Madame
-lisabeth_.
-
-Je vois par une note transmise M. le prfet du dpartement par
-Votre Excellence, et dont il me donne galement communication, que M.
-le prfet lui avait adress dj des renseignements qu'il avait
-obtenus du sieur Viger de Jolival, propritaire du terrain o
-l'inhumation avait eu lieu, ainsi que le plan descriptif de la
-proprit avec un aperu du monument; mais que ces documents ne
-satisfaisaient point Votre Excellence sur la question essentielle,
-celle de l'authenticit.
-
-M. le prfet du dpartement fonde la communication qu'il me fait par
-une note en date d'hier sur la prsomption que j'aurais plus de moyens
-que lui de rpondre aux vues de Votre Excellence.
-
-Comme je n'ai aucune connaissance de ce qui a t fait cet gard
-dans le principe, et que les premiers renseignements recueillis par M.
-le prfet du dpartement sont entre les mains de Son Excellence, je ne
-puis que la prier de vouloir bien me faire connatre si son intention
-serait que je fisse des recherches et une enqute pour obtenir des
-informations plus positives.
-
-Dans ce cas, il me serait ncessaire d'avoir toutes les notions
-antrieures qui sont parvenues Votre Excellence et M. le prfet du
-dpartement.
-
-J'ai l'honneur, etc., etc.
-
- * * * * *
-
-M. le vicomte Lain rpondit:
-
- Paris, le 31 mars 1817.
-
-Monsieur le comte, M. Viger de Jolival, propritaire de la maison
-dite du Christ, barrire de Mousseaux, et d'un terrain en dpendant, a
-dclar que S. A. R. Madame lisabeth avait t inhume dans ce
-terrain.
-
-Le Roi m'a ordonn de faire ce sujet toutes les recherches
-convenables.
-
-Je vous serai oblig de me communiquer tous les renseignements que
-vous pourrez vous procurer pour constater ce fait d'une manire
-indubitable et pour faire reconnatre les cendres de Madame lisabeth,
-que l'on dit avoir t ensevelie en mme temps que plusieurs autres
-personnes. Ce doit tre l le but des recherches, afin que la
-translation Saint-Denis puisse tre opre, suivant le degr de
-certitude qui aura t acquis.
-
-J'ai l'honneur d'tre, etc.
-
- _Le ministre secrtaire d'tat au dpartement de l'intrieur,_
-
- LAIN.
-
- * * * * *
-
-Cette lettre tant demeure sans rponse, le ministre de l'intrieur
-en fit le rappel au prfet de police le 18 avril, en ajoutant: Je
-vous prie de me rpondre sur cette demande le plus tt possible.
-
-De son ct, M. de Giry, administrateur des affaires ecclsiastiques
-au ministre de l'intrieur, avait, ds le 1er avril, crit
-officieusement M. Angls:
-
- Paris, le [1er avril] 1817.
-
-Voici ce qui est arriv au sujet des recherches faire pour
-constater tout ce qui peut avoir trait aux cendres de Madame
-lisabeth.
-
-Le ministre me remit, il y a quelques jours, une note portant que M.
-Viger de Jolival, propritaire d'une maison dite du Christ et jardin
-en dpendant, barrire de Mousseaux, avait fourni _M. le prfet de
-la Seine_ et MM. les vicaires gnraux des renseignements et un
-projet sur un monument lever en l'honneur de Madame lisabeth sur
-le terrain mme, aprs acquisition faite (par la ville de Paris).
-
-Je finissais le travail ordinaire; le ministre, en me remettant la
-note, qui m'tait alors inconnue, n'ajouta que ces mots: Voyez tout
-ce que l'on peut faire.
-
-Averti par la lecture qu'il y avait des antcdents, je me les fis
-remettre. Ils taient dj parvenus, avec envoi de M. le prfet, dans
-un bureau qui avait trait sous le rapport d'acquisition (160,000 fr.)
-et de monument. Que pourrait-on faire si l'on n'y mettait encore
-autant et plus, et puis des gardiens dans ce quartier isol, et puis
-un service journalier, etc.? J'entrevis _quatre cinq cent mille
-francs_ de dpense.
-
-J'arrivai au travail avec deux lettres: une aux vicaires gnraux
-pour avoir tout ce qui leur avait t communiqu; l'autre est celle
-que M. le comte de Chabrol a renvoye M. le comte Angls. L'avis
-joint tait de ma faon, parce que je craignais que M. le prfet ne
-suivt la chose dans le sens du premier projet, et qu'il me paraissait
-qu'on ne pouvait trop appuyer sur la ncessit de _constater_ les
-cendres, de les distinguer et de les transfrer alors Saint-Denis,
-plutt que de s'arrter tout autre plan d'excution imparfaite et
-dispendieuse.
-
-Je ne songeai pas dans le moment au prfet de police; le ministre n'y
-songea pas davantage; mais hier, averti ou mieux avis, il a crit
-M. le prfet de police. La lettre, soumise aux formalits du dpart,
-se sera croise.
-
-Il parat que l'ide de translation Saint-Denis, dans le cas o
-l'on russirait distinguer les cendres de Madame lisabeth, est
-conforme l'intention du Roi.
-
-Il parat encore que l'intrt du propritaire, dj berc de l'ide
-de vendre, pourra rendre la vrification plus difficile. Ce n'est pas
-le cas de parler d'adresse et d'habilet au ministre prfet qui veille
-sur Paris.
-
-Au surplus, j'ai parl ce matin M. Lain de la question que vous
-m'avez adresse, mon trs-honor et trs-cher ministre, et je lui en
-ai parl comme je devais le faire, et de manire remplir votre
-commission en entier. Je puis donc vous assurer que l'nonc de la
-note Jolival, portant que le prfet de la Seine et les vicaires
-gnraux de Paris avaient ses premiers renseignements, a t (sans
-autre rflexion) la cause que l'on s'est adress cet administrateur
-et MM. les vicaires gnraux.
-
-Quant aux antcdents, ils sont uniquement relatifs la dpense
-mettre la charge de la ville de Paris. Ils s'taient passs entre M.
-le prfet et M. le sous-secrtaire d'tat en dernier lieu.
-
-Enfin M. Lain se dfend mme d'avoir coopr ce qui regarde les
-restes de Molire et de la Fontaine. Il m'a rpondu qu'au surplus cela
-avait d tre trait comme objet d'art. M'a-t-il bien ou mal entendu?
-
-Je n'ai pas voulu insister.
-
-Mais, j'ose vous le rpter, quoique sans doute la chose soit
-superflue, s'il est reconnu qu'acheter et btir serait intempestif,
-que transfrer Saint-Denis serait dans les voeux du Roi, il y aura
-des prcautions prendre pour luder l'intrt du propritaire.
-
-J'cris de chez moi, les affaires courantes ne me l'ayant pas permis
-dans la journe. Pardon de la prolixit, mais les enfants et les
-grands me dtournent galement. Demain j'aurai l'honneur de vous
-envoyer le dossier entier.
-
-Veuillez agrer mon respectueux et profond dvouement,
-
- DE GIRY.
-
- * * * * *
-
-Le prfet de police autorisa M. de Chanay, chef de la premire
-division, prendre lui-mme dans l'enclos du Christ des
-renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de Madame
-lisabeth.
-
- Paris, 18 avril 1817.
-
-Le ministre d'tat, prfet de police, autorisons le sieur de Chanay,
-chef de la premire division des bureaux de notre prfecture, se
-transporter la barrire de Mousseaux, o est situe la maison dite
-du Christ, appartenant M. Viger de Jolival, et visiter l'enclos de
-ladite maison, l'effet de reconnatre les lieux et d'y prendre des
-renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de S. A. R. Madame
-lisabeth, soeur du Roi, et d'y recevoir en forme la dclaration du
-sieur Joly, ancien concierge de ce local, aujourd'hui concierge du
-cimetire Montmartre, qui sera invit s'y rendre pour le mme
-objet.--Ledit chef de division se fera assister, s'il le juge
-ncessaire, du commissaire de police du quartier du Roule et d'un
-officier de paix, afin de pouvoir faire sur les lieux toutes les
-observations demandes et y recevoir toutes les dclarations qui
-pourraient fournir d'utiles renseignements.
-
- _Le ministre d'tat, prfet de police,_
-
- Comte ANGLS.
-
- * * * * *
-
-Le 21 avril, M. Boucher, chef de bureau la prfecture de police,
-soumettait son chef le rapport suivant:
-
- 21 avril 1817.
-
-On a l'honneur de rendre compte Son Excellence du rsultat des
-premires dmarches qui ont t faites pour parvenir des
-renseignements positifs sur la spulture _distincte_ des restes de Son
-Altesse Royale Madame lisabeth, soeur du Roi Louis XVI.
-
-M. de Giry, qui dirige l'administration des affaires ecclsiastiques
-au ministre de l'intrieur, avait expliqu dans une lettre
-particulire Son Excellence la raison pour laquelle les premires
-communications avaient t faites au dpartement de la Seine. L'enclos
-connu sous le nom de la _maison du Christ_, barrire de Mousseaux,
-dans lequel les dpouilles mortelles de Madame lisabeth ont t
-dposes avec les restes de beaucoup d'autres victimes des fureurs
-rvolutionnaires, est une proprit M. Viger de Jolival, qui offrait
-de la vendre.
-
-M. de Giry avait annonc Son Excellence l'envoi prochain de pices
-essentielles pour suivre cette affaire, et qu'il veut bien confier
-aujourd'hui. Ces pices et les renseignements que j'ai recueillis
-conduiront-ils au but dsir, la connaissance positive de la spulture
-de Madame lisabeth, assez positive enfin pour qu'il y fait un moyen
-de la _constater_? On le dit regret Son Excellence, on ne le croit
-pas. M. Viger de Jolival le faisait dj bien entrevoir dans une
-lettre qu'il crivait MM. les vicaires gnraux au mois de fvrier
-dernier; la phrase est prcise: C'est donc vous, Messieurs, leur
-dit-il, qu'il appartient de faire connatre publiquement le lieu o
-reposent (mls, il est vrai, avec ceux de beaucoup de victimes moins
-illustres, mais non moins innocentes) les restes infortuns de la
-soeur du bon Roi Louis XVI.
-
-D'aprs les intentions de S. Exc. le ministre de l'intrieur, MM. les
-vicaires gnraux s'taient empresss de recueillir des renseignements
-de M. Desclozeaux et de M. Blanger, architecte, indpendamment de
-ceux qu'ils avaient eus de M. Viger de Jolival.
-
-Le certificat de M. Desclozeaux ne fait connatre autre chose sinon
-que les restes de Madame lisabeth ont bien t dposs dans l'enclos
-du Christ, Mousseaux, et non au cimetire de la rue d'Anjou, comme
-aurait pu le faire croire une liste imprime des victimes du tribunal
-rvolutionnaire.
-
-Une lettre adresse par M. Blanger MM. les vicaires gnraux fait
-galement prsumer qu'il n'y aurait aucun moyen de distinguer les
-restes de Madame lisabeth, et que toutes les victimes de ce temps
-affreux ont t confondues dans une mme fosse.
-
-M. Blanger ne parle que _du lieu o gt la fosse_ et du monument
-expiatoire qu'on pourrait lever au-dessus, en forme de pyramide, dont
-il donna le dessin.
-
-Enfin MM. les vicaires gnraux, dans une lettre qu'ils crivirent au
-ministre de l'intrieur le 26 mars 1817, en lui transmettant ces
-pices avec quelques autres, firent bien entrevoir la difficult qu'il
-y aurait de parvenir sparer les cendres de Madame lisabeth, qui
-ont t confondues avec celles de tant d'autres victimes. Et M.
-Jalabert, que j'ai eu l'avantage de voir ce matin, n'a pas dissimul
-qu'il regardait la chose comme impossible; aussi le voeu de MM. les
-vicaires gnraux se bornait-il l'rection d'un monument et d'une
-chapelle expiatoire[135]. M. de Giry m'avait conseill une dmarche
-auprs de M. Desclozeaux, dont la mort ne lui tait plus sans doute
-revenue la mmoire; mais je n'en ai pas moins recueilli de mesdames
-Desclozeaux des dtails dont elles avaient t informes comme leur
-pre. Il en rsulterait que bien avant le 10 mai 1794, jour o prit
-Madame lisabeth, c'est--dire depuis la fin de mars, nombre de
-victimes avaient dj t prcipites dans une grande fosse, o l'on
-entassait les corps sans mnagement comme sans distinction; que le 10
-mai les vingt-cinq victimes avaient t transportes dans un mme
-panier; que depuis ce jour jusqu' la fin de juin, et sans
-discontinuit dans ce laps de temps, d'autres victimes ont t
-entasses par douzaines dans ce mme endroit; que la gaiet
-sanguinaire, la frocit, la monstruosit des tres qui recevaient les
-corps et faisaient le service de la fosse sont au-dessus de toute
-expression, au point qu'il aurait t fort dangereux d'annoncer
-quelque sensibilit leurs yeux et de vouloir se livrer quelque
-devoir d'humanit ou de piti.
-
-En un mot, d'aprs tout ce que les dames Desclozeaux ont su de leur
-pre, le projet de parvenir distinguer les restes de Madame
-lisabeth dans le mlange de tant de restes ne pourrait jamais
-conduire un rsultat; en un mot, il serait impossible d'en venir
-_constater_, premier point cependant pour remplir les intentions de Sa
-Majest.
-
-Nanmoins il se peut qu'on ait, en termes vagues, donn le nom de
-fosse un endroit spacieux jusqu' un certain point, s'il faut s'en
-rapporter au devis estimatif que M. de Jolival a donn de sa
-proprit. Il y est dit que sur dix-neuf cent trente et une toises
-_quarres_, six cents ont servi aux inhumations. Une inspection du
-terrain deviendrait donc absolument ncessaire pour qu'on put mettre
-une dernire opinion.
-
-On ne pouvait se permettre de se prsenter sans mission et sans
-instructions ni auprs de M. de Jolival ni dans sa proprit. M. de
-Giry a fait entendre Son Excellence qu'il fallait quelque adresse
-pour une communication ce propritaire, qui avait calcul d'avance
-le prix d'une vente, et qui comptait sur l'emploi de son terrain pour
-un monument distingu, surtout M. de Jolival ignorant les intentions
-de Sa Majest pour qu'il soit fait un transport Saint-Denis des
-restes de Madame lisabeth, dispositions, on le sent, qui drangent
-tous les calculs du propritaire.
-
-Il n'y a qu'un ordre de Son Excellence, et un ordre dont les motifs
-ne seraient pas donns, qui puisse faciliter l'accs dans le terrain;
-peut-tre est-ce au propritaire lui-mme qu'il faudrait ensuite
-l'exhiber, moins que Son Excellence ne penst que, vu l'urgence, il
-pt tre seulement exhib au concierge ou portier de la maison. Ce
-dernier passe pour connatre assez bien la disposition des lieux.
-
-L'assistance d'un commissaire de police serait-elle alors ncessaire
-pour qu'il pt verbaliser au besoin? C'est une question que Son
-Excellence est prie de rsoudre; mais, au surplus, peut-tre ne
-serait-il pas inutile que la personne qui ira visiter le terrain soit
-accompagne d'un architecte.
-
-A moins que Son Excellence ne prfre une autre mesure, qui serait
-d'obtenir tous les documents prliminaires par voie secrte et par une
-entremise mnage auprs du concierge.
-
-Son Excellence crirait au ministre de l'intrieur pour lui faire
-connatre que les dmarches ont t faites pour obtenir les premiers
-rsultats sans lesquels il serait impossible que les intentions de Sa
-Majest fussent remplies, mais que ce qu'on a pu recueillir de
-renseignements jusqu' ce moment ne laisse malheureusement entrevoir
-aucun succs; qu'aussitt qu'on en aura compltement acquis la
-certitude, on s'empressera de l'en informer.
-
- BOUCHER.
-
-[Note 135: MM. les vicaires gnraux ont cherch connatre et
-retrouver ceux d'entre les ecclsiastiques qui, par piti comme par
-humanit, suivaient discrtement, encourageaient, consolaient,
-exhortaient des yeux les victimes qu'on tranait la mort par
-vingtaine et trentaine la fois, afin de savoir si quelqu'un de ces
-prtres bienfaisants n'aurait pas quelques lumires donner sur la
-spulture de Madame lisabeth. M. de Sambucy est jusqu' prsent le
-seul qu'ils aient pu dcouvrir. Mais M. de Sambucy n'a suivi les
-victimes ce jour-l que jusqu' la place o elles ont t frappes; il
-se rappelle des circonstances de leur supplice, et notamment de celui
-de Madame lisabeth, qui fut rserve pour la dernire et avait d
-voir prir consquemment dix-huit personnes avant elle, suivant M. de
-Sambucy, et vingt-quatre suivant ce qu'ont assur les dames
-Desclozeaux[135-A]. Sur d'autres indications, MM. les vicaires
-gnraux doivent voir encore deux ecclsiastiques, et donner
-connaissance demain au ministre de l'intrieur de ce qu'ils auraient
-pu apprendre.]
-
-[Note 135-A: Il est de notre devoir de rectifier cette note sur deux
-points: 1 Ni M. de Sambucy ni mesdames Desclozeaux n'taient dans le
-vrai: la fourne du 21 floral an II (10 mai 1794) se composait de
-vingt-cinq personnes qui toutes, sans exception, furent condamnes
-mort. Madame Mgret de Srilly, quoiqu'elle se crt enceinte, ne
-rclama point. Madame lisabeth, nous l'avons dit plus haut, avertie
-de l'tat de cette malheureuse femme, le dnona au tribunal, qui fit
-suspendre pour elle l'excution du jugement. Donc le nombre exact des
-victimes de cette journe tait de vingt-quatre. 2 Je m'tonne que
-MM. les vicaires gnraux n'aient point cit le nom du respectable
-Pre Carrichon ct de celui de M. de Sambucy. Le lecteur trouvera,
-au n XII des documents mis la fin de ce volume, un tmoignage
-clatant du dvouement de ce digne prtre.]
-
- * * * * *
-
-Sur les donnes de ce rapport, approuv par le comte Angls, la lettre
-suivante fut rdige et envoye au ministre:
-
- 22 avril 1817.
-
-MONSEIGNEUR,
-
-Votre Excellence, sur la dclaration de M. Viger de Jolival,
-propritaire d'une maison dite du Christ, prs la barrire de
-Mousseaux, que S. A. R. Madame lisabeth, soeur du Roi Louis XVI,
-avait t inhume dans ce terrain, m'a charg de faire les recherches
-ncessaires pour parvenir constater le fait d'une manire
-indubitable, afin que les cendres de cette princesse pussent tre
-transfres Saint-Denis suivant les intentions du Roi.
-
-J'ai fait prendre cet gard tous les renseignements sur
-l'exactitude desquels on dt compter. Ils s'accordent bien sur la
-notorit de l'inhumation de Madame lisabeth au terrain dont il
-s'agit; mais, d'aprs tous les dtails que j'ai recueillis jusqu' ce
-moment, j'entrevois les plus grands obstacles faire reconnatre les
-cendres de cette princesse, qui paraissent se trouver confondues avec
-celles du grand nombre de victimes dposes dans le temps en ce mme
-lieu sans aucune distinction. Je crains en consquence, Monseigneur,
-qu'il me soit impossible d'en venir _constater_ d'abord le lieu
-positif de l'inhumation, et encore moins ensuite l'identit des
-cendres, deux points galement importants. Il me parat que MM. les
-vicaires gnraux, dans les indications qu'ils cherchent se procurer
-de leur ct, ne conoivent pas plus d'esprance que moi, et ils se
-proposent d'crire ce sujet Votre Excellence.
-
-Cependant je fais continuer les dmarches et les recherches avec le
-plus grand soin, et je m'empresserai d'informer Votre Excellence de
-leur rsultat.
-
-J'ai l'honneur, etc.
-
- _Le ministre d'tat_, etc.
-
- * * * * *
-
-Pendant que les premiers magistrats de la cit runissaient leurs
-efforts pour dcouvrir le lieu de la spulture d'lisabeth,
-l'archiviste Peuchet, occup du mme objet, confessait de son ct son
-impuissance; mais ses regrets se voilaient aussitt d'une pieuse
-consolation. Si ses restes nous chappent, dit-il dans un billet
-cette date du 22 avril, nous avons d'elle un exemple parfait suivre
-de pit, de grandeur et de rsignation sublime.
-
-Deux jours aprs, l'officier de paix Burger adressait la prfecture
-de police le rsultat de sa visite au cimetire de Monceaux.
-
- Ce 24 avril 1817.
-
-_Rapport particulier sur la spulture de Madame lisabeth._
-
-Je me suis transport hier matin la barrire de Mousseaux, prs de
-laquelle est situe la maison dite du Christ, appartenant M. Viger
-de Jolival. Dans l'enclos de cette proprit se trouve un terrain de
-la forme d'un triangle quilatral d'une petite dimension; c'est dans
-ce lieu que reposent les restes de cette princesse, avec une grande
-quantit d'autres victimes.
-
-Le concierge de cette maison s'est d'abord refus d'acquiescer la
-demande que je lui fis de visiter le cimetire, sous prtexte que son
-matre a recommand de ne laisser pntrer en ces lieux d'autres
-personnes que celles munies de cartes; cependant il ne tint pas contre
-l'offre d'une rcompense, et j'obtins ainsi la permission de m'y
-promener.
-
-J'entrai par la porte D et traversai la cour; de l le concierge me
-conduisit directement au cimetire par la porte I, la seule qui
-communique maintenant avec ce lieu funbre. Ce terrain est inculte et
-sauvage; il n'a point t travaill depuis l'poque fatale o il
-servit de spulture; seulement une seule fois le concierge
-d'aujourd'hui, en fouillant prs de la porte C, trouva un squelette
-qu'il enterra aussitt.
-
-Non loin de l'entre du jardin, l'endroit indiqu H, le terrain
-s'est affaiss d'environ deux pieds; toutes les annes il baisse
-davantage: c'est l que, d'aprs le dire de tout le monde, repose
-l'infortune princesse, avec une quantit d'autres victimes. Cette
-fosse, puisque c'en tait une, avait sa base comme la superficie
-une tendue de trois toises carres dans tous les sens et dix-huit
-vingt pieds de profondeur.
-
-Le concierge me fit remarquer un tertre de gazon, G, sur lequel est
-une pierre avec cette inscription: _Madame lisabeth_; je lui demandai
-s'il tait bien sr que ce ft effectivement l'endroit o avait t
-dpose la princesse; que j'avais lu qu'elle avait t malheureusement
-confondue avec les autres victimes de la journe du 10 mai. Le
-fossoyeur, qui existe encore, rpliqua-t-il, a eu soin de distinguer
-ces restes prcieux; cela est tellement vrai que l'exhumation doit
-avoir lieu le 10 mai prochain et le transport du corps tre fait
-Saint-Denis. Je vis bien que mon conducteur tait peu inform, et je
-le jugeai surtout lorsqu'il m'assura avec la mme croyance qu' la
-fosse H tait enterr M. le duc d'Orlans. Je lui demandai encore
-depuis combien de temps il servait M. Viger: il m'a dit cinq ans. Je
-le quittai aprs lui avoir pralablement fait donner l'adresse du
-fossoyeur en question; il m'indiqua M. Joly, concierge du cimetire de
-Montmartre. Je m'y rendis sur-le-champ, j'eus le bonheur de le
-rencontrer. Cet homme reut d'abord mes ouvertures avec dfiance et
-retenue; je m'efforai de lui inspirer des sentiments plus favorables,
-en lui persuadant que c'est le gouvernement, justement impatient de
-savoir si l'on pouvait esprer un rsultat satisfaisant, qui avait
-ordonn une enqute. M. Joly m'annona que c'est lui qui, au pril de
-sa vie, avait mis le Roi dans un cercueil, dans le temps qu'il
-exerait le mme emploi au cimetire de la Madeleine; que, transfr
-de l Mousseaux, il a enterr, le 10 mai 1794, Madame lisabeth
-avec vingt vingt-cinq personnes, tant hommes que femmes, et qu'elles
-ont toutes t enfermes dans la mme fosse (H). Je lui demandai s'il
-n'y avait pas d'autres tmoins de l'enterrement; il dit que hors le
-charretier, qui est mort, et un commissaire de police dont il ignore
-le sort, personne autre n'tait prsent. Je questionnai M. Joly sur
-diverses circonstances qui ont accompagn cette inhumation et les
-indices qui pourraient aider nos recherches; il me donna les dtails
-suivants: le 10 mai dans l'aprs-midi, une charrette conduisit par la
-porte F les corps de vingt vingt-cinq malheureux, les ttes toutes
-ensemble dans un panier et les corps ple-mle dans un autre. M. Joly
-apprit du charretier que Madame lisabeth tait du nombre des
-victimes. Avant de les jeter dans la fosse (qui ne contenait encore
-aucun cadavre), on dpouilla les corps de leurs vtements, bijoux ou
-autres marques, et ils furent ainsi ensevelis ensemble, sans
-distinction, et recouverts seulement de trois pieds de terre. Ainsi il
-n'est pas permis d'esprer qu'un signe quelconque puisse aider
-dcouvrir l'objet des recherches. Cependant M. Joly, qui seul peut
-donner des renseignements positifs, n'a point paru m'avoir fait une
-entire confidence de ce qu'il sait; et, tout en avouant que la chose
-tait bien difficile, il ne dtruit pas l'espoir de trouver le corps.
-Il pourrait se faire qu'ayant mis tant de zle et de dvouement
-conserver les restes prcieux du Roi martyr, il ait rang le corps de
-Madame lisabeth de manire le retrouver lorsque le temps et les
-circonstances le permettraient. Quoi qu'il en soit, M. Joly m'a promis
-de venir chez moi samedi prochain pour m'entretenir de cette affaire
-et nous aider, s'il est possible, pour le succs de cette pieuse
-entreprise.
-
- BURGER.
-
- * * * * *
-
-Ce rcit de Burger, suivi de prs d'une nouvelle lettre du ministre
-de l'intrieur, chauffa le zle prfectoral.
-
- Paris, le 26 avril 1817.
-
-Monsieur le comte, en me prvenant que vos premires dmarches pour
-constater l'identit des cendres de S. A. R. Madame lisabeth, soeur
-du Roi, vous laissent peu d'espoir de russir, vous m'annoncez que
-vous avez ordonn de nouvelles recherches dont vous me communiquerez
-le rsultat.
-
-Cet objet tient aux affections les plus chres de Sa Majest et
-appartient l'histoire. Il est donc convenable qu'il reste au moins
-des tmoignages irrcusables que rien n'a t nglig pour arriver au
-plus haut degr de certitude.
-
-Je vous serai oblig, en consquence, lorsque vous croirez avoir
-puis tous les moyens d'y parvenir, de m'adresser un rapport
-circonstanci des informations prises et des tmoignages recueillis.
-
-J'ai l'honneur, etc.
-
-_Le ministre secrtaire d'tat au dpartement de l'intrieur,_
-
- LAIN.
-
- * * * * *
-
-Je prie M. de Chanay de recevoir en forme la dclaration du sieur Joly
-et de donner suite son projet de visiter ce terrain.
-
- (_Note de M. Angls._) B.
-
- * * * * *
-
-Au rapport de Burger, qui laissait entrevoir non pas la probabilit,
-mais la possibilit du succs; cette lettre du ministre, qui au nom
-du Roi lui-mme encourageait l'entreprise, se joignirent les
-dpositions de l'ancien concierge de Monceaux qui permettaient de
-concevoir quelque esprance. Voici dans quels termes M. de Chanay,
-charg par son chef d'intervenir dans cette affaire, rendait compte au
-prfet du premier interrogatoire qu'il fit subir au sieur Joly:
-
-_Rapport particulier._
-
-J'ai entendu le concierge Joly. Cet homme parat sage et de
-trs-bonne foi; il est assur que le corps de Madame lisabeth de
-France est dans le lieu qu'il indique. Il sait mme comment le corps a
-t plac et dans quelle direction; mais il est une grande
-profondeur, et une quantit de corps ont t rangs par couches dans
-cette mme fosse, que le sieur Joly estime avoir t creuse sur une
-largeur de douze pieds et autant en longueur. La nudit absolue de
-tous les corps te tout espoir de retrouver des signes qui puissent
-les faire reconnatre.
-
-La seule indication de M. Joly qui pt conduire un rsultat, c'est
-qu'il assure que dans la couche o a t plac le corps de Son Altesse
-Royale, il n'y a eu de placs _que des corps masculins_. Si cela tait
-bien certain, il se prsenterait sans doute de grandes difficults
-pour parvenir cette couche; mais enfin ce succs ne semblerait pas
-impossible en y employant du temps, des soins, des prcautions et peu
-de monde, et en suivant les indications du sieur Joly assist d'un
-commissaire spcialement dsign.
-
-Mais dans tous les cas, soit qu'on ne juge pas propos de faire
-cette recherche difficile, soit qu'on se borne vouloir faire
-reconnatre l'emplacement exact de la fosse o cette prcieuse victime
-a t place, il semble qu'il serait convenable de constater la
-dimension de cette fosse et sa situation tandis que le sieur Joly est
-vivant et dispos donner tous les renseignements que sa mmoire lui
-fournit.
-
-Il est mme probable que la vue des lieux lui rappellerait quelques
-dtails qui, s'ils n'taient pas utiles pour retrouver les restes de
-l'auguste princesse, seraient du moins prcieux comme renseignements
-certains sur le lieu o ils sont placs. Il s'est souvenu qu'au moment
-de cette inhumation il tournait le dos au soleil, et il sait quelle
-distance du mur la fosse a t ouverte, etc.
-
-Dans cet tat de choses, sans avoir plus que M. le prfet l'espoir
-d'un rsultat satisfaisant, j'ai l'honneur de lui proposer de
-m'autoriser y aller avec M. Burger et le concierge Joly et M.
-Rouhaut, comme curieux et en donnant quelque argent au concierge du
-lieu, ou d'y aller avec une invitation officielle au propritaire de
-laisser examiner les lieux.
-
-Dans tous les cas, je ferais un rapport avec plus de certitude et
-circonstanci, n'y et-il d'autre rsultat pour Votre Excellence que
-de faire constater l'emplacement de l'inhumation, que le propritaire
-indique d'ailleurs d'une manire errone. Ce serait n'avoir perdu ni
-son temps ni sa peine.
-
-Je prie Son Excellence de vouloir bien faire connatre ses
-intentions.
-
- D. CH.
-
- * * * * *
-
-M. de Chanay remettait, le 29 avril, au ministre d'tat, prfet de
-police, la dclaration et les rponses du sieur Joly, ainsi qu'un
-rapport circonstanci, et de la visite qu'il avait faite sur les
-lieux, et des renseignements qu'il y avait recueillis. Voici ces
-documents:
-
- Paris, le 29 avril 1817.
-
-J'ai l'honneur de transmettre M. le prfet la dclaration et les
-rponses du sieur Joly, ainsi que mon rapport circonstanci de la
-visite que j'ai faite hier sur les lieux.
-
-Votre Excellence jugera peut-tre convenable, pour viter toutes les
-indiscrtions, d'en parler elle-mme au ministre et de lui communiquer
-confidentiellement ces pices.
-
- CH.
-
-
-I.
-
-_Dclaration._
-
-L'an mil huit cent dix-sept, le vingt-huit avril, onze heures du
-matin, se sont prsents mon domicile, prs et hors la barrire de
-Clichy, n 42, les sieurs de Chanay, chef de la premire division de
-la prfecture de police, et Burger, officier de paix, lesquels m'ayant
-dclar que, en vertu des ordres de S. Exc. le ministre d'tat, prfet
-de police, dont ils sont porteurs, ils sont chargs de visiter le clos
-de la maison du Christ, sis prs et en dedans la barrire de
-Mousseaux, afin de recueillir les plus petits dtails comme les
-moindres circonstances qui pourraient aider connatre le lieu de la
-spulture de S. A. R. Madame lisabeth, dpose par moi dans ledit
-enclos le 10 mai 1794, avec nombre d'autres victimes supplicies le
-mme jour. A ces causes, ces messieurs m'ont invit les accompagner
-dans l'enclos dit du Christ, ce quoi j'ai dfr sur l'heure.
-
-En sortant de mon domicile, nous descendmes le boulevard extrieur
-de la barrire de Clichy celle de Mousseaux, et rentrmes dans Paris
-par la rue du Rocher, sur laquelle la maison du Christ fait face
-droite, et frappmes l'entre principale, situe rue de Valois. Le
-concierge, aprs quelques difficults, nous laissa pntrer dans
-l'enceinte intrieure; de l nous entrmes dans le jardin, obliquant
-droite pour nous porter vers le mur de sparation du jardin d'avec
-l'enclos autrefois destin aux spultures. Non loin de la porte de
-communication, j'indiquai M. Burger, qui se trouvait prs de moi,
-l'endroit o doit se trouver la fosse o repose la princesse, et lui
-ajoutai que s'il existait deux fosses, c'tait dans celle longeant
-paralllement le mur de sparation le plus proche de la porte cochre
-donnant sur l'extrieur, par o entraient les victimes, que la
-princesse avait t inhume.
-
-En effet, aprs avoir franchi le terrain qui nous sparait encore de
-ce lieu funbre, je reconnus parfaitement les lieux que je visitais
-pour la seconde fois depuis l'poque fatale de la rvolution. A quatre
-pieds en avant de la porte, nous obliqumes lgrement droite, et
-nous distingumes facilement l'emplacement d'une fosse par
-l'affaissement des terres; c'est l que M. Viger de Jolival fit lever
-une (_sic_) tertre de gazon et placer une pierre carre sur laquelle
-on lit _Madame lisabeth_. Aprs m'tre recueilli, je vis clairement
-que ce n'est point dans cette fosse que repose la princesse; et,
-soutenant mon premier dire, je cherchai la seconde, qui devait tre
-situe non loin, en approchant perpendiculairement vers la porte
-cochre place au nord-est de l'enclos. Je n'eus point de peine
-reconnatre l'emplacement de cette fosse, dont l'affaissement,
-beaucoup plus sensible que dans la premire, laissait aisment
-distinguer un espace de douze quinze pieds carrs, auquel il
-manquait peu prs un pied et demi pour tre au niveau du terrain.
-Cette dimension est quelque chose prs la surface de toutes les
-fosses que nous ouvrions en ce lieu. Ainsi, en me rappelant, aussi
-bien qu'un si long espace de temps me permit de le faire, j'avais
-indiqu d'avance et la disposition de la fosse o se trouve la
-princesse, sa grandeur, et distingu la vritable d'entre celles qui
-sont en ce lieu. Une circonstance particulire avait aid ma mmoire:
-je me rappelai que ma mre, morte environ trois ans aprs l'inhumation
-de la princesse, je la plaai dans la mme direction de la fosse et
-contre le mur; ma femme fit une croix au-dessus avec une pierre; je
-distinguai encore ce signe, et les sieurs de Chanay et Burger l'ont
-reconnu avec moi.
-
-Ces dtails ne laissant plus aucun doute sur l'endroit de la
-spulture, je me plaai sur le ct nord-ouest de la fosse, dans la
-mme position o j'tais au moment o la charrette arrivant sur les
-bords, dchargea les cadavres; ma mmoire me confirma alors l'ide,
-que j'avais annonce d'avance, qu' l'heure de six et sept heures du
-soir je travaillai le soleil sur le dos et la face tourne du ct du
-mur du jardin. Mon camarade, un commissaire de police et les
-charretiers furent les seuls individus prsents l'inhumation;
-l'exception du commissaire de police, dont j'ignore le sort, il
-n'existe plus d'autre tmoin oculaire. Nous dpouillmes les corps et
-les jetmes sans aucun vtement dans la fosse; je reconnus Madame
-lisabeth au dire des charretiers et ses habits; elle a t
-pareillement dpouille et jete sans distinction dans la fosse; mais
-je me rappelle qu'aprs que tous les cadavres furent descendus, nous
-nous plames dans la fosse pour les ranger par ordre; que Madame
-lisabeth se trouve au milieu de la premire ou de la seconde couche,
-le tronc perpendiculairement pos du ct du mur, et les pieds vers le
-ct nord-ouest de la fosse; je me rappelle galement que son corps se
-trouve avec plusieurs corps masculins rangs ainsi que je vais
-l'indiquer, c'est--dire que, pour mnager les places, nous placions
-alternativement un tronc et les pieds, de manire qu'une couche de
-cadavres se trouvait serre sans aucun intervalle de terre. Aprs
-avoir rempli l'espace vide, nous recouvrions les corps avec environ
-six pouces de terre.
-
-La fosse que j'indique comme devant renfermer les cendres de Madame
-lisabeth est la moins profonde du mme ct: elle peut avoir de douze
- quinze pieds de profondeur; ainsi Madame lisabeth, couche sur le
-ventre entre plusieurs hommes de la manire que je l'indique, doit se
-trouver au fond ou quatorze pouces du sol.
-
-D'aprs cette dclaration, qui est conforme l'exacte vrit,
-j'estime que la recherche du corps, quoique pnible et difficile, peut
-tre tente avec quelque apparence de succs. Pour y parvenir, il
-faudrait avec soin ouvrir une tranche perpendiculairement au mur du
-jardin, au ct nord-est de la fosse, afin de dterminer la profondeur
-et le nombre de couches de cadavres; qu'ensuite, pour dterminer d'une
-manire certaine qu'il n'existe pas d'autre fosse plus prs de la
-porte que celle dont il est question, il serait ncessaire d'ouvrir un
-boyau d'une vingtaine de pieds sur six de profondeur, partir de la
-fosse et longeant paralllement le mur du jardin.
-
-Le soussign dclare en outre qu'il a t nomm en 1789 concierge du
-cimetire de la Madeleine; qu'en l'an II, lors de la fermeture de ce
-cimetire, il a t appel Mousseaux, o il est rest jusqu' la
-fermeture en l'an V; qu'ensuite, nomm celui de Saint-Roch, il y est
-pareillement rest jusqu' sa fermeture en l'an VI, et qu'il occupe
-maintenant la mme place Montmartre depuis cette poque.
-
-De tout quoi j'ai fait la prsente dclaration les jour, mois et an
-que dessus.
-
- DE CHANAY, chef de la 1re division.
- JOLY.
- BURGER.
-
-
-II.
-
-NOUVELLES QUESTIONS EXPLICATIVES
-A FAIRE.
-
- RPONSES AUX QUESTIONS.
-
-1 Pouvez-vous vous rappeler quelle tait la
-profondeur de la fosse quand vous y descendtes le
-10 mai pour y ranger les corps? Vous aviez une
-chelle sans doute?
-
- 1 M. Joly ne se rappelle prcisment ni la profondeur
- de la fosse cette poque ni la hauteur de l'chelle
- dont on se servait pour y descendre.
-
-2 La terre du fond semblait-elle dure comme une
-terre o il n'y a pas eu de prcdente et plus
-profonde inhumation?
-
- 2 M. Joly ne s'en souvient pas.
-
-3 Quand on dchargeait les corps de la charrette,
-les prcipitait-on l'un aprs l'autre aprs leur
-dpouillement, ou les dpouillait-on tous avant de
-les prcipiter?
-
- 3 Quand la charrette tait arrive sur le bord de la
- fosse, on procdait au dpouillement des vtements. (Un
- registre tait tenu de ces effets divers, qui taient
- ensuite remis l'Htel-Dieu.) De temps autre les
- fossoyeurs descendaient dans la fosse pour ranger les
- corps afin qu'ils ne fussent pas trop entasss.
-
-4 Puisque vous assurez que le corps de la
-princesse est plac le tronc du ct du mur, il
-faut ou que vous l'ayez reconnu et distingu dans
-la fosse, ou qu'il y ait t prcipit le dernier
-ou des derniers, aprs avoir remarqu par vous et
-votre camarade sur le bord de la fosse.
-
- 4 Rponse affirmative sur tous les points de la
- question. A ajout que le conducteur de la voiture avait
- dit: Que c'tait son corps, qu'il tait le dernier ou
- des derniers placs sur la charrette, par consquent
- au-dessus des autres, et les vtements taient aussi peu
- ensanglants.
-
- Tous les autres l'taient beaucoup.
-
-5 Comment ont t places les ttes des corps?
-
- 5 Les ttes ont t places indistinctivement dans les
- vides.
-
-6 De quelle paisseur de terre environ taient
-recouvertes les couches de corps?
-
- 6 Il est difficile d'estimer mme approximativement le
- nombre des corps de chaque couche: 1 parce que, outre
- les supplicis, il arrivait des corps envoys par l'tat
- civils et des cercueils; ceux-ci tenaient plus de place;
- 2 parce qu'il y avait des enfants; 3 parce qu'une mme
- couche tant compose de deux rangs, elle n'tait pas
- faite le mme jour. A l'gard de 10 mai, le sieur Joly
- se rappelle trs-bien que les supplicis furent placs
- dans la partie de la fosse la plus rapproche du mur;
- que le mme jour la partie antrieure de la fosse ne fut
- point remplie, et enfin _que le corps de la princesse
- a t plac vers le milieu de la fosse dans le rang
- suprieur de la couche et la face antrieure du corps
- tourne sur le rang infrieur._
-
-7 Combien estimez-vous qu'il pouvait y avoir de
-corps par chaque couche sur toute la surface
-carre de la fosse?
-
-8 La fosse a-t-elle t remplie jusqu'au niveau
-de la superficie? A quelle profondeur estimez-vous
-qu'on trouve les restes des derniers corps
-inhums?
-
- 7 et 8 Les couches des corps taient chacune
- recouvertes d'environ six pouces de terre et les fosses
- recouvertes dans la partie suprieure d'environ trois
- pieds de terre, de sorte que les premiers corps ou les
- premiers vestiges qu'on en trouverait devraient tre
- trois pieds environ au-dessus de la superficie. Il faut
- cependant remarquer que lorsque le sieur Joly a quitt
- l'enclos il y avait quelques lvations ou tertres qui
- ont disparu, soit qu'on ait enlev des terres restant
- des remblais, soit que pour cultiver le sol on ait
- nivel toutes les ingalits. Ces renseignements ne
- peuvent tre justement donns que par le propritaire.
-
-Nous avons sign et paraf les questions et rponses ci-dessus _ne
-varientur_.
-
- Paris, 29 avril 1817, la prfecture de police,
-
- DE CHANAY,
- Chef de la 1re division.
-
- JOLY.
-
-
-III.
-
- _Rapport particulier S. E. le ministre d'tat, prfet de
- police, sur le rsultat d'une visite dans l'enclos du sieur de
- Jolival, pour constater le lieu de l'inhumation de S. A. R.
- Madame lisabeth, soeur du Roi._
-
-Ce matin, 28 avril 1817, midi, conformment aux ordres de Votre
-Excellence et pour remplir avec le plus possible d'exactitude et de
-soin les intentions de S. Exc. le ministre de l'intrieur, et donner
-toute la suite convenable aux indications prcdemment recueillies, je
-me suis rendu la barrire de Clichy et au cimetire Montmartre,
-accompagn de l'officier de paix Burger, qui avait pris les premires
-informations et obtenu les premiers documents du nomm Joly,
-anciennement employ aux inhumations de l'enclos de la maison dite du
-Christ prs Mousseaux. L j'ai invit ledit Joly, aujourd'hui
-concierge du cimetire Montmartre, me suivre dans l'enclos du sieur
-Viger de Jolival, ce qu'il a fait aussitt avec empressement.
-
-Arrivs la grande porte d'entre de ladite maison, le jardinier
-nous l'a ouverte; j'ai demand la libert d'entrer dans le jardin et
-de visiter l'enclos. Ayant reconnu l'officier de paix Burger, il a
-consenti nous laisser entrer, mais seulement pour peu de temps,
-craignant, a-t-il dit, qu'une trop longue visite ne ft pour lui un
-sujet de reproche.
-
-Aprs lui avoir promis de n'y rester que le temps ncessaire pour de
-simples vrifications, nous avons travers la cour et une partie du
-jardin, nous dirigeant l'ouest vers le mur qui spare le jardin du
-petit enclos de l'inhumation. Le jardinier tait en avant avec le
-sieur Burger; j'tais dessein rest en arrire avec le sieur Joly.
-Arrivs environ trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos
-dont nous tions encore spars par le mur, je me suis arrt et j'ai
-demand au sieur Joly s'il se remettait parfaitement dans l'esprit la
-disposition du local; aussitt, me montrant de la main une partie du
-mur droite de la petite porte qui en peut tre loigne de douze ou
-quinze pas: C'est l derrire, m'a-t-il dit, qu'est _la fosse_. Je
-fais remarquer cette circonstance Son Excellence, parce qu'elle
-prouve que le sieur Joly connat bien l'emplacement et parce que cette
-indication donne sans voir le terrain prouve qu'il en avait un
-souvenir exact. En effet, tant entr dans l'enclos par la petite
-porte et ayant aussitt regard droite vers le point indiqu, j'ai
-vu un terrain couvert de gazon en partie affaiss sur une surface
-carre de quatorze ou quinze pieds, comme il l'avait annonc.
-
-Cette indication est encore essentielle parce qu'il y a videmment eu
-deux larges fosses, et que le propritaire mme du terrain ayant
-nglig ou cru inutile de consulter le nomm Joly[136] (seul tmoin,
-ce qu'il parat, des inhumations faites dans ces temps funestes), a
-cru que Madame lisabeth a t inhume dans la grande fosse qui est
-presque en face de la petite porte; dans cette persuasion ou plutt
-cette erreur, il a fait planter sur le terrain affaiss de cette fosse
-plus nouvelle quelques arbustes et arbres verts, et sur un tertre de
-gazon il a fait poser une pierre grise polie o on lit ces mots:
-_Madame lisabeth_. Ces plantations, cette espce de monument
-provisoire sont nouveaux, les arbres ne semblent pas avoir deux ans.
-Tout porte faire penser que les cendres de l'auguste victime ne sont
-point l, mais bien dans l'autre fosse, plus ancienne et moins vaste,
-indique par le sieur Joly avant d'tre dans l'enclos et indique avec
-prcision.
-
-[Note 136: Le sieur Joly n'a point t consult par le propritaire
-avant qu'il et dsign par une pierre le lieu o il supposait que
-reposent les cendres de Madame lisabeth, mais depuis il fut appel
-par le sieur de Jolival. Celui-ci lui montrant le terrain et
-l'affaissement qu'il avait dsigns comme recouvrant les restes de la
-princesse, le concierge Joly lui dit: Vous vous trompez, elle n'est
-pas l. Mais il ne lui indiqua point, ajouta-t-il, l'endroit o elle
-est rellement.
-
-Le sieur Joly n'a revu que cette seule fois le terrain de l'enclos,
-qui, tant dj cultiv, avait bien chang d'aspect.]
-
-Quelque pnibles que soient ces dtails, il est ncessaire que je les
-rapporte pendant qu'ils sont bien prsents mon esprit, parce qu'ils
-donnent dans leur ensemble la preuve de la vracit des indications
-du nomm Joly.
-
-Dans l'interrogatoire que je lui avais fait deux jours avant, il
-m'avait rpondu entre autres circonstances que le 10 mai, l'heure de
-l'inhumation, quand ils taient en face de la fosse, ils tournaient le
-dos au soleil couchant; cette position nous a paru peu prs exacte.
-La fosse rapproche du mur par le ct de l'est ne pouvait tre
-aborde que par le ct ouest ou sud-ouest, et les cts nord et sud
-devaient tre occups par la terre sortie de la fosse.
-
-Une autre observation doit tre place ici, quoique peu importante,
-c'est que la femme du sieur Joly se souvient que la mre de son mari a
-t inhume contre le mur et que cette fosse tait trs-prs de la
-fosse o ont t placs les restes de Son Altesse Royale et des autres
-victimes inhumes le mme jour que la princesse. Or le lieu de cette
-fosse particulire est indiqu par le sieur Joly et sa femme entre la
-fosse la plus rapproche du mur et la partie de l'enclos qui la spare
-de la grande porte par o l'on amenait les corps sur des charrettes.
-
-Le sieur Joly a constamment assur qu'il devait y avoir deux fosses,
-visibles par l'affaissement du terrain et situes gauche en entrant
-par la grande porte de l'enclos: l'une plus prs du mur et plus prs
-de la grande porte, dont la dimension pouvait tre de douze quinze
-pieds carrs; l'autre plus loigne de la grande porte et plus au
-milieu du terrain de l'enclos. C'est dans cette seconde fosse que le
-propritaire a prsum qu'taient placs les restes de la princesse.
-C'est dans la premire que le sieur Joly assure et a la conviction
-entire que Son Altesse Royale a t inhume.
-
-Il faut encore avoir le courage d'crire des dtails plus minutieux
-et plus affligeants.
-
-Le sieur Joly s'est rappel la position qu'il occupait alors sur ce
-mme terrain et pour l'emploi terrible qu'il remplissait cette
-cruelle poque. Il avait dix-huit ou dix-neuf ans, il tait fossoyeur;
-ils taient deux, l'autre est mort, le charretier galement. Nul autre
-individu n'entrait dans l'enclos pour l'inhumation[137]. Des
-gendarmes ou des soldats fermaient la porte quand la charrette tait
-entre, et de peur que des curieux ne vissent travers la porte, on
-bouchait avec une planche ou une pierre les trous qui se trouvaient
-dans la porte.
-
-[Note 137: A l'exception d'un commissaire ou agent de la Commune,
-quand il s'agissait d'inhumations ordinaires, car il assure que pour
-les supplicis on ne faisait pas de procs-verbal d'inhumation, que
-l'on se contentait de tenir note de leurs dpouilles.]
-
-Le local bien reconnu par le sieur Joly, il ne parat point douteux
-que la fosse indique par lui ne soit bien celle o ont t placs les
-corps des victimes immoles le 10 mai 1794.
-
-Mais voici des dtails affreux et plus positifs encore l'gard de
-l'auguste princesse.
-
-La soeur de nos rois fut assassine la dernire parmi les victimes de
-ce jour; sa tte, spare du corps, fut montre au peuple et mise avec
-les ttes des autres victimes dans un seul et mme panier; mais le corps
-de la princesse, recouvert de ses vtements, fut plac le dernier sur la
-charrette. Arrive dans l'enclos de l'inhumation, la charrette fut
-dcharge, le corps de la princesse fut pos le premier ou des premiers
-sur le bord de la fosse; l son corps fut reconnu, dit le sieur Joly,
-dsign et dpouill de tout vtement: c'tait l'usage ou l'ordre de ces
-barbares, qui ne respectaient ni la vie ni la mort. Tous les corps
-taient ainsi dpouills avant d'tre prcipits dans la fosse; ainsi,
-dans ces remuements successifs, le corps de la princesse devait avoir
-t prcipit le dernier ou l'un des derniers. C'est ce qui explique
-comment il se trouve, suivant le tmoignage du fossoyeur, plac dans le
-fond de la fosse et du cot le plus rapproch du mur, celui par o les
-fossoyeurs, quand ils taient descendus, arrangeaient les corps de
-manire ce qu'ils occupassent le moins d'espace possible, et en outre,
-deux rangs de corps taient placs immdiatement les uns sur les autres,
-mais horizontalement et recouverts d'une couche de terre, paisse
-d'environ un demi-pied. Les fossoyeurs plaaient alternativement un
-corps le tronc du ct du mur et un autre le tronc vers le milieu de la
-fosse, et dans sa largeur il y avait par consquent deux rangs de corps
-par couche horizontale[138]. Il serait inutile de faire le douloureux
-calcul du nombre de rangs et de couches que comportait une fosse de
-dix-huit pieds environ de profondeur sur douze ou quinze d'ouverture en
-carr. Le fossoyeur Joly n'est pas sr du nombre qu'elle a reu, et il
-n'est que trop probable qu'elle a t remplie, puisque plus tard on en a
-rempli une seconde.
-
-[Note 138: Une plus ample explication et des questions ritres
-faites au sieur Joly font connatre qu'outre le premier rang
-horizontal on plaait immdiatement un second rang horizontal sur le
-premier, et toujours le haut du corps et les pieds en opposition ou
-sens oppos, ainsi que les faces, afin de mnager l'emplacement. Cette
-observation fait prvoir les plus grandes difficults obtenir un
-rsultat, mais enfin il faut dire les choses comme elles se passaient
-et comme elles sont.]
-
-Mais ce qu'il importe de conclure de ces affreux dtails, c'est que
-les indications du fossoyeur Joly prsentent de grandes probabilits,
-et que les renseignements qu'il donne sont trs-vraisemblables.
-
-Le sieur Joly, soit par conviction produite par le souvenir, soit par
-l'effet de ses calculs sur les dispositions qu'il a faites sur le bord
-et l'intrieur de la fosse et dans l'enclos, dit:
-
-1 Je suis assur que le corps de la princesse est l dans cette
-fosse et non ailleurs.
-
-2 Je suis assur que le corps de la princesse est l'un des premiers
-rangs dans la fosse ce jour-l, et par consquent il est dans la
-partie de la fosse la plus proche du mur et de la grande porte, vers
-le milieu de la couche.
-
-3 Il assure que ce corps a t rang le tronc du ct du mur et les
-pieds vers le milieu de la fosse.
-
-4 Il croit tre assur que les corps placs auprs sont des corps de
-sexe masculin.
-
-Voil ce qu'il a constamment rpt, comme en ayant la conviction.
-
-Ce que le sieur Joly ne peut affirmer, c'est la profondeur positive
-de la fosse l'poque du 10 mai (il croit qu'elle tait d'environ
-dix-huit pieds). Il ne se rappelle pas certainement si la fosse tait
-nouvellement creuse ou si elle tait plus ancienne et s'il y avait
-eu dj des inhumations.
-
-Il croit aussi que dans la suite on y a plac des corps enferms dans
-des cercueils, ce qui diminuerait le nombre des corps qu'elle aurait
-pu contenir.
-
-Rsulte-t-il de ces dtails et de ces indications des renseignements
-suffisants et assez srs pour que l'on puisse et doive entreprendre
-des recherches et en attendre des rsultats certains, ou se
-bornera-t-on regarder comme certaine l'existence des cendres de
-l'auguste princesse dans cette fosse? Sur le tmoignage du fossoyeur
-Joly, qui dans ses indications parat sage, raisonnable, vridique et
-sr de son fait, qui parat d'ailleurs tre le seul tmoin vivant de
-ces tristes vnements, se bornera-t-on projeter un monument digne
-des vertus de la soeur de nos Rois, pour l'lever sur ce terrain
-consacr par d'aussi cruels souvenirs? C'est ce qu'il appartient au
-Gouvernement de dcider.
-
-Pour moi, Monseigneur, en vous rendant ce compte de la mission
-douloureuse et cependant si intressante que vous m'avez confie, je
-crois avoir donn une preuve nouvelle et irrcusable de mon zle et de
-mon dvouement sans bornes notre auguste Souverain. Sans la pense
-qu'un sujet fidle et dvou pouvait seul y mettre ces soins et ce vif
-intrt qui peuvent approcher du succs que vous dsiriez obtenir, je
-n'aurais point eu le courage et la prsence d'esprit ncessaires pour
-ces recherches.
-
-S'il m'tait permis la suite de ce rapport de vous exprimer mon
-opinion particulire, je dirais Votre Excellence avec plus
-d'assurance prsent:
-
-1 Qu'un succs complet me semble toujours difficile, mais non
-impossible;
-
-2 Que pour arriver un rsultat, dans le cas o il serait jug
-possible et mme probable, il me semblerait convenable de faire cette
-recherche sans clat, en silence, discrtement, avec trs-peu
-d'ouvriers, en y employant beaucoup de temps et de prcautions, et
-aprs avoir combin tous les prparatifs de ce travail et les moyens
-de le poursuivre; aprs avoir consult quelques personnes habiles et
-pris les arrangements convenables avec le propritaire du terrain.
-
-Si Votre Excellence, aprs avoir rendu ce nouveau compte de nos
-dmarches au Ministre de l'intrieur, en recevait l'autorisation de
-faire procder une fouille pour vrifier la justesse des indications
-contenues dans la dclaration du sieur Joly, il me semblerait aussi
-prudent de mettre le moins possible de personnes dans le secret de
-cette recherche incertaine[139].
-
-[Note 139: Cependant, afin d'carter toute possibilit et mme tout
-soupon de fraude et de supercherie, il serait convenable de nommer
-plusieurs commissaires, dont un au moins serait sans cesse prsent au
-travail et en dresserait chaque jour une espce de rapport ou
-procs-verbal.
-
-Il conviendrait aussi, en cas que l'entreprise ft faite, que la fosse
-ft garantie par un toit en planches ou une toile, afin que la pluie
-ne dranget point le travail et ne nuist point aux oprations.]
-
-Le concierge Joly, l'officier de paix Burger, deux ouvriers adroits,
-discrets et intelligents, suffiraient pour cette preuve. Nous nous
-chargerions avec zle du soin de dcouvrir des ouvriers capables de ce
-travail et de consulter des personnes habiles pour les diriger.
-
-Il faudrait faire une enceinte ferme par des planches dans l'enclos
-mme, pour viter les regards des curieux, empcher les journaux
-indiscrets d'en occuper le public; et si les indications se trouvaient
-justifies, alors seulement on appellerait les reconnatre les
-tmoins ou plutt les juges du succs. Si au contraire les indications
-ne se ralisaient pas, on cesserait les recherches et l'on se
-bornerait croire le tmoignage du fossoyeur Joly, qui affirme que
-les restes de la princesse ont t placs l, mais sans pouvoir les
-reconnatre parmi ceux des autres victimes.
-
- DE CHANAY.
-
- * * * * *
-
-Pendant le cours de ces investigations, poursuivies avec autant de
-zle que de persvrance, un service solennel tait clbr pour
-Madame lisabeth dans toutes les paroisses de France le 10 mai, jour
-anniversaire de sa mort.
-
-Le 11 mai, le ministre d'tat, prfet de police, mettait sous les yeux
-du ministre de l'intrieur les dtails qu'il tait parvenu
-recueillir sur l'inhumation de la princesse:
-
- Paris, le 11 mai 1817.
-
-MONSEIGNEUR,
-
-La lettre que j'ai eu l'honneur d'crire Votre Excellence le 22
-avril dernier, en l'informant que les dmarches faites jusqu'alors
-pour constater l'identit des cendres de S. A. R. Madame lisabeth me
-laissaient peu d'espoir de russir, annonait que de nouvelles
-recherches devaient avoir lieu par suite des dispositions que j'avais
-prises: je m'empresse de mettre sous les yeux de Votre Excellence,
-conformment la lettre du 26 du mme mois, le dtail des
-informations et des tmoignages que je suis parvenu jusqu' prsent
-recueillir.
-
-Je m'tais assur qu'il n'existait plus qu'un seul homme, le sieur
-Joly, anciennement employ aux inhumations de l'enclos de la maison
-dite du Christ prs Mousseaux, et aujourd'hui concierge du cimetire
-Montmartre, qui pt donner, comme tmoin oculaire, les indications
-dsires. Le sieur Joly avait assist la spulture de Madame
-lisabeth; ses souvenirs, sa prsence dans l'enclos o la spulture
-avait t faite, ses remarques, devaient tre constats avec la plus
-scrupuleuse exactitude. Des questions utiles pouvaient tre suggres
-par ses observations sur le lieu mme, et il fallait s'y prsenter
-avec beaucoup de prcautions, autant cause du secret que la nature
-des recherches rendait ncessaire que par rapport au propritaire, qui
-s'tait flatt d'abord de tirer un grand parti de son terrain, sur
-lequel on avait propos d'riger un monument la mmoire de l'auguste
-victime: je jugeai donc convenable de remettre M. de Chanay, chef de
-la premire division des bureaux de ma prfecture, le soin de visiter
-l'enclos avec le sieur Joly, et je le fis accompagner d'un officier de
-paix, le sieur Burger, qui dj avait t charg de prendre auprs du
-sieur Joly les premiers documents.
-
-Le 28 avril, midi, cette visite eut lieu. Aprs avoir travers la
-cour et une partie du jardin de M. Viger de Jolival, on s'est dirig
-l'ouest vers le mur qui spare le jardin du petit enclos de
-l'inhumation. A trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos,
-et avant d'arriver au mur de sparation, Joly, interrog s'il se
-remettait parfaitement dans l'esprit la disposition du local, montra
-aussitt de la main une partie de ce mur droite de la petite porte
-et qui peut en tre loigne de douze quinze pas, en disant: _C'est
-l derrire qu'est la fosse!_ Cette indication, donne de loin et sans
-hsiter, prouverait qu'il avait un souvenir exact du lieu de la
-spulture, et d'autant plus qu'tant entr dans l'enclos par la petite
-porte et ayant aussitt regard droite vers le point indiqu, on a
-vu un terrain en partie couvert de gazon et affaiss sur une surface
-carre de quatorze quinze pieds, comme Joly l'avait annonc.
-
-L'indication donne par ce dernier est encore d'autant plus
-essentielle qu'elle a fait reconnatre que ce n'est point dans la
-grande fosse, presque en face de la petite porte, mais dans l'autre
-fosse, plus ancienne et moins vaste, qu'ont d avoir t dposs les
-restes de S. A. R. Madame lisabeth. Ainsi M. Viger de Jolival s'tait
-videmment tromp en faisant placer sur le terrain affaiss de la
-premire fosse une pierre sur laquelle on lisait l'inscription:
-_Madame lisabeth_.
-
-Le sieur Joly a constamment assur qu'il devait y avoir deux fosses
-visibles par l'affaissement du terrain et situes gauche en entrant
-par la grande porte de l'enclos, l'une plus prs du mur et de la
-grande porte, et dont la dimension pouvait tre de douze quinze
-pieds carrs, l'autre plus loigne de la grande porte et plus au
-milieu du terrain de l'enclos. C'est dans la premire de ces fosses
-que le sieur Joly assure, d'aprs son entire conviction, que Son
-Altesse Royale a t inhume.
-
-On a vrifi une circonstance particulire prcdemment nonce par
-le sieur Joly dans ses interrogatoires ma prfecture: il avait dit
-que le 10 mai, l'heure de l'inhumation, lorsque lui et les autres
-personnes qui s'y trouvaient taient en face de la fosse, ils
-tournaient le dos au soleil couchant; cette position a paru peu prs
-exacte, la fosse, rapproche du mur par le ct de l'est, ne pouvant
-tre aborde que par le ct ouest ou sud-ouest, parce que les cts
-nord et sud devaient tre occups par les terres extraites de la
-fosse.
-
-Le local ainsi reconnu d'aprs les indications du sieur Joly, il
-restait remplir une tche bien douloureuse, celle de constater les
-dtails qui pouvaient aider identifier les cendres de l'illustre
-martyre. Quelque affligeants que soient ces dtails, il est cependant
-indispensable de les retracer ici.
-
-Madame lisabeth fut la dernire des victimes qui prirent le 10 mai
-1794. Cette tte auguste fut mise avec les autres dans un seul et mme
-panier. Le corps de la princesse, recouvert de ses vtements, fut
-plac le dernier sur la charrette. Lorsque la charrette, arrive dans
-l'enclos, fut dcharge, le corps de la princesse fut pos le premier,
-ou l'un des premiers, sur le bord de la fosse. L, son corps fut
-reconnu, a dit le sieur Joly, dpouill de tout vtement avant d'tre
-prcipit dans la fosse, o il l'a t probablement le dernier ou l'un
-des derniers, cause des remuements successifs des autres corps
-dpouills de mme. C'est ce qui expliquerait comment il se trouve
-(suivant le tmoignage du fossoyeur, le sieur Joly) plac dans le fond
-de la fosse et du ct le plus rapproch du mur.
-
-Le sieur Joly assure que le corps de la princesse a t rang le
-ventre tourn vers la terre, de manire que le tronc se trouve du ct
-du mur et les pieds vers le milieu de la fosse; il croit de plus tre
-assur que les corps placs de l'un et de l'autre ct auprs de celui
-de la princesse sont des corps du sexe masculin. Pour mnager
-l'espace, les corps taient placs immdiatement les uns sur les
-autres, en ligne horizontale, chaque corps ayant alternativement le
-tronc du ct du mur et le tronc vers le milieu de la fosse. Par
-consquent il y avait deux rangs de corps par chaque couche
-horizontale. On mettait aussi les pieds et les troncs des corps en
-opposition, de mme que les faces, afin de mnager le terrain.
-
-Ce que le sieur Joly n'a pu affirmer, c'est l'exacte profondeur de la
-fosse l'poque du 10 mai 1794. Il croit qu'elle tait d'environ
-dix-huit pieds de profondeur sur douze quinze d'ouverture en carr,
-et qu'il y a t fait aussi des inhumations ordinaires de corps
-enferms dans des cercueils.
-
-En rsultat, les indications du sieur Joly semblent prsenter des
-probabilits; qu'il soit aujourd'hui le seul tmoin oculaire encore
-existant, c'est ce qu'il est naturel de conclure de l'inutilit des
-recherches qui ont t faites pour en dcouvrir d'autres que lui, et
-des dtails qu'il a donns sur ce qui se passait l'poque cruelle
-des excutions rvolutionnaires. Il n'y avait Mousseaux que deux
-fossoyeurs, lui compris. Ces deux hommes et le conducteur de la fatale
-charrette taient seuls admis dans l'enclos. Il leur a survcu. Aucun
-agent de la commune n'assistait, s'il faut l'en croire, l'inhumation
-des victimes, et jamais agent de la commune ou commissaire de police,
- cette poque[140], n'entrait dans l'enclos que pour constater des
-inhumations ordinaires; mais quant aux victimes des fureurs
-rvolutionnaires, il n'tait jamais dress de procs-verbal de leur
-inhumation (toujours suivant les dpositions du sieur Joly), et
-seulement on prenait la note de leurs dpouilles. Des gendarmes ou des
-soldats fermaient la porte de l'enclos ds que la charrette y tait
-entre, et ne laissaient aux curieux aucun moyen de voir ce qui se
-faisait dans l'intrieur, et mme les trous qui se trouvaient dans la
-porte taient bouchs avec une pierre.
-
-[Note 140: Dans sa dclaration du 28 avril, le sieur Joly a dit le
-contraire. B.]
-
-La dclaration du sieur Joly, en date du 28 avril dernier, a fourni
-la matire des dtails dont j'ai l'honneur de rendre compte Votre
-Excellence.
-
-Je joins ici une copie de la dclaration du sieur Joly, ainsi qu'un
-plan qui mettra Votre Excellence plus porte d'en suivre les dtails
-topographiques.
-
-Je regrette vivement de ne pouvoir donner Votre Excellence, au lieu
-de certitudes, que des probabilits pour le succs des recherches et
-des travaux qui tendraient faire reconnatre les restes de l'auguste
-princesse parmi ceux de tant d'autres victimes, mais du moins Votre
-Excellence pourra juger de ce qui resterait faire, et dcider si les
-informations dont j'ai l'honneur de lui soumettre les rsultats
-prsentent assez d'espoir de succs pour donner lieu des recherches
-ultrieures, et dans ce cas je la prierais de vouloir bien me faire
-connatre ses intentions.
-
-J'ai l'honneur, etc.
-
- LE MINISTRE D'TAT, PRFET.
-
- * * * * *
-
-L s'arrtent les documents relatifs la spulture de Madame
-lisabeth. Il fallut donc perdre l'espoir de retrouver, d'une manire
-certaine, ses prcieux restes. Oblig de renoncer se dfaire d'une
-faon lucrative de son enclos, M. Viger de Jolival chercha se
-ddommager de cet chec.
-
-La lettre suivante initie le lecteur une dmarche que M. Viger tenta
-prs du commissaire de police du quartier du Roule. Celui-ci comprit
-tout ce que cette dmarche offrait d'inconvenant et d'inadmissible. Il
-la fit connatre en ces termes au prfet de police:
-
- Paris, ce 20 mai 1817.
-
-MONSIEUR LE COMTE,
-
-M. Viger de Jolival, propritaire d'une maison rue de Valois, n 15,
-devenu acqureur d'un terrain qui servit de spulture dix-sept cent
-quarante-cinq victimes des fureurs du temps, parmi lesquelles reposent
-les restes de Madame lisabeth, m'a propos, comme moyen d'viter
-l'assujettissement de donner l'entre de son jardin aux personnes qui
-se prsentent assez souvent par curiosit pour visiter ce lieu, de
-l'autoriser placer sur le mur extrieur, en face de l'endroit o
-l'on pense que le corps de Son Altesse Royale a t inhum, une
-inscription indicative ce sujet.
-
-Avant de soumettre sa demande Votre Excellence et afin d'tre plus
- mme de vous la prsenter, j'ai visit le terrain accompagn de son
-jardinier: il rsulte de cet examen que deux fosses larges et
-profondes, remarquables par le surbaissement des terres, y ont t
-ouvertes; que celle droite cache le plus grand nombre de ces
-victimes; que sur la seconde il a t lev un petit tertre en verdure
-et plac une pierre funraire portant pour inscription: _Ici repose
-Madame lisabeth._
-
-Prs du mur de clture de Paris, il existe un autre surbaissement
-petit, mais visible, au-dessus duquel est un pied de rosier qui parat
-dj ancien, et contre l'enduit du mur une rayure qui semble avoir t
-faite avec un corps quelconque et dessein.
-
-Ce jardinier a fait sur cet endroit une remarque que son habitude de
-manier la terre lui aura suggre, et d'aprs laquelle cette princesse
-et les vingt-quatre personnes qui partagrent son martyre pourraient
-avoir t dposes: c'est en face de ce mme endroit et contre le mur
-extrieur que M. Viger dsirerait tre autoris placer l'inscription
-qu'il a projete; je lui ferai connatre la rponse de Votre
-Excellence.
-
-Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de mon respect.
-
- _Le commissaire de police du quartier du Roule,_
-
- BRUZELIN.
-
- * * * * *
-
-Une note, conserve aux archives de la prfecture de police, est ainsi
-conue: Le 29 mai 1817, crit M. le commissaire de police du
-quartier du Roule, de la part de M. de Chanay, que S. Exc. le ministre
-d'tat, prfet de police, n'accueillerait point du tout la proposition
-que M. Viger de Jolival parat avoir l'intention de lui faire.
-
-M. Boucher a sign la lettre adresse M. le commissaire de police.
-
- * * * * *
-
-Ainsi se termina cette triste et pieuse croisade, dont le rsultat
-final n'tait malheureusement que trop prvu. Aux regrets du Roi et de
-la famille royale s'associrent tous les coeurs gnreux et
-compatissants. Le Parisien, si vite oublieux, s'tonna d'apprendre que
-dans ce coin de terre obscur et cach l'extrmit de sa ville la
-petite-fille et la soeur des Rois et t enterre sans linceul et
-sans bire. Il ignorait, et il ignore encore le nombre des holocaustes
-dont le dnoment s'est accompli en cette troite enceinte,
-aujourd'hui envahie par le boulevard Malesherbes. En publiant ici _in
-extenso_ les _fournes_ de supplicis dont les restes ont t enfouis
-dans le clos du Christ, c'est en quelque sorte une rvlation que nous
-croyons apporter nos concitoyens. Il est regretter que l'dilit
-parisienne, habituellement jalouse de concilier ce qui est d aux
-convenances morales avec les justes exigences des amliorations
-utiles, n'ait pas t avertie temps, de manire pouvoir tenir
-compte, dans ses plans, des pieux souvenirs recueillis sur ce point
-obscur de la grande cit, et que, le premier, j'ai mis en lumire.
-Malheureusement, le compas de l'architecte et la truelle du maon ont
-march plus vite que l'enqute du chercheur des choses d'autrefois et
-la plume de l'crivain.
-
-Le 4 germinal an II, le cimetire de la Madeleine fut ferm; celui de
-Monceaux fut ouvert, et reut ce jour-l les restes mortels d'Hbert
-et des hbertistes. Voici la liste des excutions et des dcs:
-
-Le Tribunal rvolutionnaire tabli Paris par dcret de la Convention
-nationale du 10 mars 1793, l'an deuxime de la Rpublique, sans aucun
-recours au Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir lui donn par
-l'article deux d'un autre dcret de la Convention du 5 avril suivant,
-portant que l'Accusateur public dudit Tribunal est autoris faire
-arrter, poursuivre et juger, sur la dnonciation des autorits
-constitues ou des citoyens: (le mme prambule se retrouve en tte
-de chaque jugement).
-
-Par jugement du 4 germinal an II (24 mars 1794), appert:
-
- 1. Jacques-Ren Hbert, substitut de l'agent national de la
- Commune de Paris, g de 35 ans, natif d'Alenon, dpartement de
- l'Orne, domicili Paris, rue Neuve-de-galit.
-
- 2. Charles-Philippe Ronsin, avant la rvolution homme de lettres,
- puis commissaire de guerre ordonnateur, adjoint au ministre de la
- guerre, gnral de l'arme rvolutionnaire, g de 42 ans, natif
- de Soissons, dpartement de l'Aisne, domicili Paris, boulevard
- Montmartre, n 27.
-
- 3. Antoine-Franois Momoro, imprimeur-libraire et administrateur
- du dpartement de Paris, g de 38 ans, natif de Besanon,
- dpartement du Doubs, domicili Paris, rue de la Harpe, n 71.
-
- 4. Franois-Nicolas Vincent, ci-devant clerc de procureur, puis
- membre de la Commune, et actuellement secrtaire gnral du
- dpartement de la guerre, g de 27 ans, natif de Paris, y
- domicili, rue des Citoyennes, section de Mutius-Scvola.
-
- 5. Michel Laumur, ci-devant lieutenant-colonel de la marine et
- colonel d'infanterie au 6e rgiment de l'arme du Nord, et
- gnral de brigade, g de 63 ans, natif de Paris, y domicili,
- rue Croix-des-Petits-Champs, n 42.
-
- 6. Jean-Conrad Kock, banquier, g de 38 ans, natif d'Ulm, en
- Hollande, habitant en France depuis 1787, demeurant Passy,
- prs Paris, et encore Paris, rue Neuve-de-l'galit, n 314.
-
- 7. Pierre-Jean Proly, ngociant, puis rdacteur de journal, g
- de 42 ans, natif de Bruxelles, en France depuis 1782, demeurant
- Paris, rue Vivienne, n 7.
-
- 8. Franois Desfieux, marchand de vin de Bordeaux, g de 39 ans,
- natif de Bordeaux, domicili Paris, rue des
- Filles-Saint-Thomas, n 20.
-
- 9. Anacharsis Clootz (Jean-Baptiste), homme de lettres, ci-devant
- dput la Convention nationale, g de 38 ans, natif de Clves,
- dans la Belgique, habitant en France depuis 27 ans, demeurant
- Paris, rue de Mesnard, n 563.
-
- 10. Jacob Peyrera, manufacturier de tabac, g de 51 ans, natif
- de Bayonne, dpartement des Basses-Pyrnes, demeurant Paris,
- rue Saint-Denis, n 413, section Bon-Conseil.
-
- 11. Marie-Anne-Catherine Latreille, ge de 34 ans, native de
- Montreuil-Belley, dpartement de Rhne-et-Loire, demeurant
- Paris depuis six mois, rue et maison Bussy, femme Questineau.
-
- 12. Jean-Antoine-Florent Armand, lve en chirurgie, g de 26
- ans, natif de Chaylac, dpartement de l'Ardche, domicili
- Paris depuis un an, rue et maison Bussy.
-
- 13. Jean-Baptiste Aucard, employ au comit des recherches du
- dpartement de Paris, g de 52 ans, natif de Grenoble,
- dpartement de l'Isre, domicili Paris, rue des
- Mauvais-Garons Saint-Germain, ci-devant coupeur de gants,
- journalier.
-
- 14. Frdric-Pierre Ducroquet, ci-devant perruquier-coiffeur et
- parfumeur, et depuis commissaire aux accaparements, g de 31
- ans, natif d'Amiens, dpartement de la Somme, demeurant Paris,
- rue du Paon, n 2, section de Marat.
-
- 15. Armand-Hubert Leclerc, chef de division au bureau de la
- guerre, g de 44 ans, natif de Cany, dpartement de la
- Seine-Infrieure, domicili Paris, rue Grange-Batelire, n 10,
- et ancien archiviste du ci-devant vch de Beauvais.
-
- 16. Jean-Charles Bourgeois, ci-devant menuisier, employ dans les
- bureaux de la guerre, et commandant de la force arme de sa
- section, g de 26 ans, natif de Paris, y demeurant, rue des
- Sans-Culottes, ci-devant Guisarde, section de Mutius-Scvola.
-
- 17. Albert Mazuel, ancien cordonnier, depuis brodeur, et aprs
- aide de camp de Bouchotte, ministre de la guerre, chef d'escadron
- de la cavalerie rvolutionnaire, commandant temporaire de la
- Ville-Affranchie, g de 28 ans, natif de Commune-Affranchie.
-
- 18. Antoine Descomble, ancien garon picier, g de 29 ans,
- natif de Besanon, dpartement du Doubs, domicili Paris, rue
- Sainte-Croix de la Bretonnerie, n 21, section des
- Droits-de-l'Homme.
-
- 19. Pierre-Ulric Dubuisson, homme de lettres, nomm diffrentes
- poques commissaire du pouvoir excutif, g de 48 ans, natif de
- Laval, dpartement de la Mayenne, domicili Paris, rue
- Saint-Honor, n 1447;
-
-Avoir t condamns la peine de mort;--et ordonn que l'excution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
-cette ville, ledit jugement tant sign du prsident et du greffier.
-
-Par procs-verbal dress par Tirard et Napier, huissiers du tribunal
-rvolutionnaire, appert avoir t constat que le jugement ci-dessus a
-t excut sur la place publique de la Rvolution de cette ville, o
-les ci-dessus nomms ont t mis mort.
-
-Pour extrait conforme, _Sign_: WOLF, commis greffier.
-
-La mme clause se retrouve la fin de chaque jugement. Nous nous
-bornerons, dans tous ceux qui vont suivre, donner le nom de
-l'huissier du tribunal rvolutionnaire qui a t tmoin de l'excution
- mort des victimes, et le nom du greffier qui en a certifi l'extrait
-conforme.
-
-Le _Moniteur_ du 5 germinal an II dit que la femme Questineau s'tant
-dclare enceinte, a obtenu un sursis. Nous voyons pourtant le nom de
-cette femme parmi ceux des victimes. Le _Moniteur_ ajoute:
-
-Le citoyen Taboureau, de la section de Marat, est le seul des accuss
-qui ait t acquitt.
-
-C'est Laboureau qu'il faut lire. Ce Laboureau tait un mdecin qui fit
-plus tard un rapport sur ce qu'il avait vu et entendu dans la prison
-sur les accuss. En 1790, il avait publi un journal sous ce titre:
-_l'Avocat du peuple._
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 5 germinal an II (25 mars
-1794), appert:
-
- 1. Joseph-Jacques Rouganne de Vichy, g de 63 ans, y demeurant,
- dpartement de l'Allier, ci-devant inspecteur des marchandises
- anglaises, demeurant Vichy, dpartement de l'Allier;
-
- 2. Jean Rouganne-Desbaradines, g de 52 ans, n Cuny, y
- demeurant, dpartement de l'Allier, ci-devant garde du dernier
- tyran;
-
- 3. Et Pierre Rouganne-Belbat, g de 31 ans, natif d'Aigueperse,
- dpartement du Puy-de-Dme, y demeurant, vivant de son revenu;
-
- Avoir t condamns la peine de mort, etc. Procs-verbal
- d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 6 germinal an II (26 mars
-1794), appert:
-
- 1. Charles-Auguste la Cour-Balleroy, g de 74 ans, de la commune
- de Balleroy, district de Bayeux, y demeurant, ci-devant
- lieutenant gnral.
-
- 2. Et Franois-Auguste la Cour-Balleroy, son frre, g de 67
- ans, n de Paris, y demeurant, ci-devant commandeur de Malte et
- marchal de camp;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Jean-Louis Gouttes, g de 54 ans, n de Tulles, dpartement de
- la Corrze, ci-devant vque du dpartement de Seine-et-Loire,
- demeurant Autun, chef-lieu du dpartement;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- tienne Thiry, g de 24 ans, n Sedan, marchal des logis au
- 8e rgiment de hussards, demeurant Paris, place des
- Victoires-Nationales;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Denis Loisel, g de 42 ans, n de Mondtour, garde des bois
- nationaux, demeurant Boississe-le-Bertrand, district de Melun;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 7 germinal an II (27 mars
-1794), appert:
-
- Marie-Catherine Chamboran, ne Confolent, dpartement de la
- Haute-Vienne, ge de 59 ans, ci-devant religieuse carmlite
- Saint-Denis (Franciade), y demeurant.
-
-Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Claire-Madeleine Lambertie, femme Villemin, ge de 41 ans,
- vivant de son bien, ne Montluon, demeurant Paris;
-
-Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Henri Moreau, g de 67 ans, n Montpellier, dpartement de
- l'Hrault, ci-devant accusateur public, prs le point central de
- l'arme du Nord;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 8 germinal an II (28 mars
-1794), appert:
-
- Jacques Pernet, g de 56 ans, n Bar-sur-Aube, ci-devant
- chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine de dragons,
- cultivateur, demeurant Tranault, dpartement de l'Aube;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Jean-Baptiste Presselet, ci-devant capucin, n Acqs,
- dpartement de la Haute-Sane, demeurant Gray, mme
- dpartement;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:
-
- Jean-Baptiste Colignon, g de 61 ans, n de Metz, y demeurant,
- imprimeur;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Louis-Franois Poir, g de 36 ans, huissier la Convention
- nationale, n d'Autribois, demeurant Paris, rue
- Saint-Dominique, section Grenelle;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, huissier.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Jean-Valery-Marie Harelle, g de 30 ans, n de l'Aigle, y
- demeurant, ngociant;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:
-
- 1. Jacques-Nicolas Adam, g de 36 ans, ex-religieux bndictin,
- n Paris, y demeurant, Saint-Martin-des-Champs;
-
- 2. Jean-Baptiste Courtin, g de 79 ans, n Rouen, ex-religieux
- bndictin, demeurant audit couvent Saint-Martin;
-
- 3. Et Joseph-Antoine Meffre, g de 57 ans, n Aubignan,
- district de Carpentras, demeurant audit couvent Saint-Martin;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 11 germinal an II (31 mars 1794), appert:
-
- Jean-Franois Hollet, g de 34 ans, bijoutier, natif de
- Luciennes, dpartement de Seine-et-Oise, demeurant Paris, aux
- Trois-Bouteilles, march Saint-Martin;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Louis-Franois Lavergne-Chanlorier, g de 50 ans passs, n
- Angoulme, y demeurant ordinairement, commandant de la ville de
- Longwy;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Philippe-Barthlemy-Simon Gaillard, g de 26 ans, n Cormille,
- dpartement de Seine-et-Oise, garon papetier Paris, y
- demeurant;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, 11 germinal (31 mars 1794), appert:
-
- Victoire Regnier, femme Lavergne, ge d'environ 26 ans, ne
- Angoulme, demeurant Paris, rue Traversire, faubourg Germain;
-
-Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Joseph Ngre, g de 61 ans, n Lavergne, dpartement du
- Lot, ci-devant fermier de Barbotan, demeurant Julliac;
-
- 2. Et Joseph-Claire Barbotan, g de 75 ans, ex-comte et
- ex-constituant, n et demeurant Borner, district de Nogard,
- dpartement du Gard;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 12 germinal an II (1er avril 1794), appert:
-
- Louis-Simon Collivet, g de 25 ans, natif de Lagny, dpartement
- de l'Orne, demeurant Paris, rue de la Verrerie, chez le citoyen
- Delorme, marchand picier;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Euloge Schneider, g de 37 ans, natif de Winfeld, demeurant
- Strasbourg, dpartement du Bas-Rhin, ci-devant accusateur public
- prs le tribunal criminel dudit dpartement;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Charles-Victoire-Franois Sallabery, g de 62 ans, n Paris,
- ci-devant noble et prsident de la chambre des comptes de Paris,
- juge de paix de la ville de Blois, officier municipal de la mme
- ville, y demeurant;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Antoine Brochet, dit Saint-Prest, g de 25 ans, ex-noble et
- garde de Capet, n Paris, demeurant Gray, district de la
- Fert-Bernard, dpartement de la Sarthe;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 13 germinal an II (2 avril 1794), appert:
-
- Jean Marquet, g de 27 ans, n Cyray, dpartement de la
- Charente, y demeurant, marchand de beurre frais.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 16 germinal an II (5 avril 1794), appert:
-
- 1. Philippe-Franois-Nazaire Fabre Dglantine, ci-devant homme de
- lettres et dput la Convention nationale, g de 39 ans, natif
- de Carcassonne, domicili Paris, rue Ville-l'vque.
-
- 2. Joseph Launay, homme de loi et dput la Convention
- nationale, g de 39 ans, natif d'Angers, domicili ordinairement
- Anvers, et Paris, boulevard Montmartre, n 5.
-
- 3. Franois Chabot, ci-devant capucin et reprsentant du peuple,
- g de 37 ans, natif de Saint-Geniest, dpartement de l'Aveyron,
- domicili Paris, rue d'Anjou, n 19.
-
- 4. Lucie-Simplice-Camille-Benoist Desmoulins, homme de lettres,
- g de 33 ans, natif de Guise, district de Vervins, domicili
- Paris, place du Thtre-Franais.
-
- 5. Jean-Franois Lacroix, soldat, capitaine de milice, puis homme
- de loi et ex-dput la Convention nationale, g de 40 ans,
- natif de Pont-Audemer, dpartement de l'Eure, domicili Paris,
- rue Lazare, n 6.
-
- 6. Pierre Phelippeaux, homme de loi et dput la Convention
- nationale, g de 35 ans, natif de Ferrire, dpartement de
- l'Oise, domicili Paris, rue de l'chelle, n 3.
-
- 7. Claude Bazire, commis aux Archives des tats de la Bourgogne,
- commandant de la garde et dput la Convention nationale, g
- de 29 ans, natif de Dijon, dpartement de la Cte-d'Or, domicili
- Paris, rue Saint-Pierre-Montmartre.
-
- 8. Marie-Jean Hrault de Schelles, dput la Convention
- nationale, g de 34 ans, natif de Paris, y domicili, rue
- Basse-du-Rempart, n 14.
-
- 9. Georges-Jacques Danton, dput la Convention nationale, g
- de 34 ans, natif de Darcy-sur-Aube, dpartement de l'Aube,
- domicili Paris, rue et section de Marat.
-
- 10. Marc-Ren Sahuguet Despagnac, ci-devant abb et employ aux
- fournitures des haras, g de 41 ans, natif de Brie, dpartement
- de la Corrze, domicili Paris, rue de l'Universit, prs
- l'ancienne barrire.
-
- 11. Simon Kotloo Junius Frey, fournisseur l'arme, g de 35
- ans, natif de Bruyen, en Moravie, domicili Paris, rue d'Anjou
- Saint-Honor, n 19.
-
- 12. Andr-Marie Gusman, g de 41 ans, natif de Grenade, en
- Espagne, naturalis Franais en 1751.
-
- 13. Emmanuel Frey, g de 27 ans, natif de Bruyen, en Moravie,
- domicili Paris, rue d'Anjou Saint-Honor, n 19.
-
- 14. Jean-Frdric Deiderinchen, avocat de la cour du roi de
- Danemark, g de 51 ans, natif de Luxembourg, pays de Holstein,
- en Danemark, domicili Paris, rue des Petits-Augustins.
-
- 15. Franois-Joseph Westermann, ci-devant aide de camp de
- Dumouriez, depuis gnral de division, g de 38 ans, natif de
- Motzheim, dpartement du Bas-Rhin.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 17 germinal an II (6 avril 1794), appert:
-
- Louis Hannapier des Ormes, g de 45 ans, n Orlans, rsidant
- dans la commune de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, district
- d'Orlans, dpartement du Loiret, cultivateur et ci-devant matre
- particulier des eaux et forts Beaugency, mme dpartement;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Pierre Reignier, g de 38 ans, n et demeurant Pontoise,
- dpartement de Seine-et-Oise, tailleur d'habits;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Philippe Barron de Channois, ex-noble, g de 66 ans, n
- Chtillon-sur-Indre, dpartement de l'Indre, propritaire,
- demeurant en la commune de Genille, dpartement d'Indre-et-Loire;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'exc. dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 18 germinal an II (7 avril 1794), appert:
-
- 1. Jean-Franois Jullien, g de 60 ans, n Loris, dpartement
- du Loiret, ex-officier municipal de la commune de Montargis, y
- demeurant, et chirurgien;
-
- 2. Marie-Joseph-Hippolyte Pel-Varenues, g de 57 ans passs, n
- Sens, ci-devant receveur particulier des finances et receveur
- du district de Montargis, y demeurant;
-
- 3. Franois-Joseph Bizot, g de 50 ans, n Besanon, ex-maire
- de la commune de Montargis, y demeurant;
-
- 4. Et Charles-Lonard Lavillette, g de 45 ans, natif de
- Clamecy, ci-devant prsident de l'lection de Montargis, juge du
- district de Bois-Commun et administrateur du directoire du
- district de Montargis, y demeurant;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'exc. dress par Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Antoine-Louis-Claude Saint-Germain d'Apchon, ex-marquis et
- marchal de camp, g de 45 ans, n Paris, demeurant rue
- Saint-Louis, n 87, section de l'Indivisibilit;
-
- 2. Et lisabeth-Thrse Pacore, ge de 69 ans passs, veuve de
- Pericard, ex-matre des comptes, belle-mre de d'Apchon, ne
- Paris, mme demeure que dessus;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'exc. dress par Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Jean-Joseph Mouzin, g de 28 ans, notaire Dijon,
- dpartement de la Cte-d'Or, n et demeurant audit Dijon;
-
- 2. Et Bernard Perruchot, g de 35 ans 1/2, demeurant Montant,
- district de Saint-Jean-de-Losne, dpartement de la Cte-d'Or,
- ci-devant notaire.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'exc. dress par Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour 18 germinal (7 avril 1794), appert:
-
- 1. Franois-Pierre Lamotte-Senonnes, g de 36 ans, ci-devant
- noble, n Senonnes, dpartement de la Mayenne, demeurant
- Bonneuil, district de Bourg-l'galit;
-
- 2. Et Susanne Drouillard, ge de 33 ans, ne Saint-Domingue,
- pouse dudit Senonnes;
-
- Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 19 germinal (8 avril 1794), appert:
-
- 1. Jean-Pierre Danquechin-Dorval, g de 40 ans passs, ex-noble,
- cultivateur, officier public et municipal de la commune de
- Montreuil, prs Paris, y demeurant;
-
- 2. Pierre-Saturnin Lardin, g de 31 ans, n Nogent-sur-Marne,
- demeurant Montreuil, prs Paris, vigneron;
-
- 3. Et Louise-Adlade Danquechin, ge de 27 ans, femme de Pierre
- Saturnin Lardin, demeurant avec lui audit Montreuil;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Jeanne Agronde Marsilly, veuve de Pierre-Armand Henique de
- Chenely, ge de 47 ans, ne Dijon, dpartement de la
- Cte-d'Or, demeurant Paris, rue de la Harpe;
-
-Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Joseph-Louis Gaudron, g de 27 ans et 1/2, n Limeray,
- district d'Amboise, dpartement d'Indre-et-Loire, ex-cur
- constitutionnel de Ngron, y demeurant, mme dpartement;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Guillaume Gemptel, g de 26 ans, n Bousie, dans la ci-devant
- Normandie, cuisinier, demeurant Paris, maison ci-devant appele
- des Anglais;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Anglique Boiry, femme de Pierre-Antoine Bonfant, ge de 50 ans,
- ne Douay, dpartement du Nord, femme de chambre de la femme
- d'Hervilly, ex-noble, demeurant Daignecourt, dpartement de la
- Somme;
-
-Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 23 germinal (12 avril 1794), appert:
-
- Claude Chouchon, dit Chanson, g de 66 ans, n et demeurant
- Montlimart, dpartement de la Drme, ex-gnral de brigade de
- l'arme des Pyrnes-Orientales;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 24 germinal (13 avril 1794), appert:
-
- Louis-Guillaume-Andr Brossard, g de 39 ans passs, n
- Terrasson, dpartement de la Dordogne, secrtaire du comit
- rvolutionnaire de la ville de Prigueux, y demeurant;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, excution du 24 germinal an II (13 avril 1794):
-
- 1. Philibert Simon, dput la Convention nationale, natif de
- Rumilly (Mont-Blanc), domicili Paris, rue Traversire-Honor.
-
- 2. Arthur Dillon, ci-devant gnral divisionnaire, g de 43 ans,
- natif de Braywick, en Angleterre, domicili Paris, rue Jacob,
- n 38.
-
- 3. Jean-Baptiste Gobel, ci-devant vque de Paris, g de 67 ans,
- natif de Thann, dpartement du Haut-Rhin, domicili Paris, le
- de la Fraternit, quai de l'galit, n 13.
-
- 4. Jean-Michel Beysser, gnral de brigade dans l'arme de
- l'Ouest, g de 40 ans, natif de Ribauviller, en Alsace,
- dpartement du Haut-Rhin, domicili ordinairement Lorient.
-
- 5. Gaspard Chaumette, agent national de la Commune de Paris,
- ci-devant procureur de ladite Commune, g de 31 ans, natif de
- Nevers (Nivre), domicili Paris, rue de l'Observatoire, aux
- Visitandines, et avant rue du Paon, section de Marat.
-
- 6. Marie-Marguerite-Franoise Goupil, ge de 38 ans, native de
- Paris, y domicilie, rue Neuve-de-l'galit, cour des Forges,
- veuve de..... Hbert.
-
- 7. Jean-Baptiste-Ernest Bucher (de l'pinois), commandant de la
- garde nationale de Mesnil-Saint-Denis, g de 43 ans, natif
- d'Amiens, dpartement de la Somme, domicili
- Mesnil-Saint-Denis, district de Versailles, dpartement de
- Seine-et-Oise.
-
- 8. Marie-Marc-Antoine Barras, ancien administrateur du district
- de Toulouse, g de 30 ans, natif de Toulouse, dpartement de la
- Haute-Garonne, y domicili.
-
- 9. Jean-Jacques Lacombe, vivant de son revenu, g de 33 ans,
- natif de Cajac (Lot), domicili Paris, maison garnie des
- Franais, rue de Thionville, n 30, section de Marat.
-
- 10. Jean-Maurice-Franois Lebrasse, lieutenant de gendarmerie
- prs les tribunaux, g de 31 ans, natif de Rennes, dpartement
- de l'Ille-et-Vilaine, domicili Paris, rue Jacques, n 27.
-
- 11. Anne-Lucile-Philippe Laridon Duplessis, ge de 23 ans,
- native de Paris, y domicilie, rue du Thtre-Franais, veuve de
- Lucie-Simplice-Camille-Benot Desmoulins.
-
- 12. Antoine Duret, adjudant gnral de l'arme des Alpes, g de
- 44 ans, natif de Roanne-en-Forez, domicili Montbrissey,
- dpartement de la Loire, lors de son arrestation Feure.
-
- 13. Guillaume Lassalle, officier de marine, g de 24 ans, natif
- de Boulogne-sur-Mer, dpartement du Pas-de-Calais, domicili
- Paris, maison de France, rue Neuve-de-l'galit.
-
- 14. Alexandre Nourry Grammont, officier de la cavalerie
- rvolutionnaire, et avant employ au bureau de la guerre, g de
- 19 ans, natif de Limoges, dpartement de la Haute-Vienne,
- domicili Paris, passage des Petits-Pres, n 3, section de
- Guillaume-Tell.
-
- 15. Nourry Grammont, ci-devant artiste du thtre Montansier,
- ensuite adjudant gnral de l'arme rvolutionnaire, g de 42
- ans, natif de La Rochelle (Charente-Infrieure), domicili
- Paris, passage des Petits-Pres, section de Guillaume-Tell.
-
- 16. Jean-Marie Lepallus, juge de la commission rvolutionnaire de
- Feure, g de 26 ans, natif de Matour, district de Charonne,
- dpartement de Sane-et-Loire, domicili ordinairement Nardor,
- dpartement de Rhne-et-Loire.
-
- 17. Jean-Franois Lambert, porte-clefs de la maison d'arrt du
- Luxembourg, g de 25 ans, natif de Boysne, dpartement du
- Loiret, domicili Paris, rue de la Convention.
-
- 18. Marie-Sbastien Brumeau-Lacroix, membre du comit
- rvolutionnaire de la section de l'Unit, g de 26 ans,
- domicili Paris, rue du Colombier.
-
- 19. Edme Rameau, prtre, g de 41 ans, natif d'Auxerre,
- dpartement de l'Yonne, domicili Paris, rue Sauveur.
-
- 20. Louis-Guillaume-Andr Brossard, secrtaire du comit
- rvolutionnaire de la ville de Prigueux, g de 32 ans, natif de
- Terrasson, dpartement de la Dordogne, demeurant Prigueux.
-
- 21. tienne Ragondet, ci-devant marchand de chevaux, commandant
- du bataillon de la section de la Rpublique, et inspecteur dans
- les charrois des armes, g de 46 ans, natif de Paris, demeurant
- Capy, prs Pronne, dpartement de la Somme.
-
-Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel rvolutionnaire et du
-procs-verbal d'excution dress par (le nom en blanc), en date du 24
-germinal (13 avril).
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 25 germinal (14 avril 1794), appert:
-
- Jacques-Augustin Labarbery de Refluvel, g de 60 ans, ex-noble,
- ci-devant capitaine dans les gardes franaises, et ci-devant
- seigneur de Villers-Vermont, n Paris, y demeurant, rue des
- Francs-Bourgeois, au Marais;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Franois-Charles Gattey, g de 38 ans, n Autun, libraire,
- demeurant Paris, maison galit, n 14;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirart.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Henri Morisset, g de 39 ans, n Pereuse, dpartement de
- l'Yonne, juge au tribunal du district de Montargis, dpartement
- du Loiret, y demeurant, chapelier et procureur de la commune de
- Chteau-Renard;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirart.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 26 germinal (15 avril 1794), appert:
-
- 1. Aim Courandin, g de 31 ans, n Angers, dpartement de
- Maine-et-Loire, ci-devant conseiller du tyran Capet, au prsidial
- d'Angers, et ensuite juge du tribunal du district d'Angers, y
- demeurant;
-
- 2. Louis-tienne Brevet, dit Beaujour, g de 30 ans, n
- Angers, ci-devant avocat du tyran Capet au prsidial d'Angers,
- ensuite commissaire national prs le tribunal du district
- d'Angers, y demeurant;
-
- 3. Jean-Baptiste la Rveillire, g de 41 ans, n Montaigu,
- dpartement de la Vende, ci-devant conseiller au prsidial
- d'Angers, et ensuite prsident du tribunal criminel du
- dpartement de Maine-et-Loire, demeurant Angers;
-
- 4. Bieusie Louis Dieusie, g de 45 ans, n Msange, district
- d'Ancenis, dpartement de la Loire-Infrieure, ex-noble et dput
- l'Assemble constituante, cultivateur, et prsident du
- dpartement de Maine-et-Loire, demeurant Angers;
-
- 5. Et Joseph-Franois-Alexandre Teissier Duclozeau, g de 40
- ans, n aux Rosiers, district de Saumur, physicien, ci-devant
- membre du conseil gnral du dpartement de Maine-et-Loire, et
- ensuite volontaire dans le 3e bataillon du mme dpartement,
- demeurant Vannes;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Victoire Lescale, femme Roger, ge de 40 ans, sans tat, ne
- Villotte-devant-Loupy, district de Bar-sur-Ornain, dpartement de
- la Meuse;
-
-Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Chateau.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Marie-Claudine Gattey, ge de 39 ans, ne Autun, dpartement
- de la Cte-d'Or, ci-devant religieuse de Saint-Lazare, demeurant
- Paris, chez la veuve Leyrand, rue Boucher, n 14;
-
-Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Gaspard Roger, g de 38 ans, n et demeurant
- Neuville-sur-Ornain, dpartement de la Meuse, salptrier;
-
- 2. Marie-Jeanne Lescale, ge de 52 ans, fille vivant de son
- industrie, ne Villot, mme dpartement, demeurant audit
- Neuville;
-
- 3. Charles-Mathias d'Alenon, g de 67 ans, ex-noble et comte,
- n Bar, demeurant audit Neuville;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 27 germinal (16 avril 1794), appert:
-
- Hugues-Louis-Jean Pelletier Chambure, g de 37 ans, natif de
- Tonnerre, dpartement de l'Yonne, employ dans les subsistances
- militaires en qualit de sous-directeur, Arras;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.
-
-Pour copie conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Jean Huet, g de 32 ans, n Orlans, dpartement du Loiret,
- perruquier, demeurant Paris, rue Nicaise;
-
- 2. Pierre Laville, g de 31 ans, n Monpont, district de
- Mussidan, dpartement de la Dordogne, cordonnier, demeurant
- Paris, rue Rohan, n 33; membre du comit rvolutionnaire de la
- section des Tuileries;
-
- 3. Et Pierre Lapeyre, g de 30 ans, n Lachaud, district de
- Prigueux, dpartement de la Dordogne, chirurgien, demeurant
- Paris, rue de Rohan, n 62, et membre du comit rvolutionnaire
- de la section des Tuileries;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Franois-Clment Cassegrain, g de 76 ans, n Paris, demeurant
- Pithiviers-le-Vieil, dpartement (en blanc), cur de
- Pithiviers;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Nicolas Lutterot, g de 33 ans, n Sens, dpartement de
- l'Yonne, charpentier, demeurant Sens.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire le 28 germinal an II
-(17 avril 1794), etc., appert:
-
- 1. Charles Acot, dit Thibault, g de 23 ans, n Autigny,
- dpartement de l'Yonne, marchand de vin, demeurant Paris, rue
- de la Vannerie, n 49;
-
- 2. Hyacinthe Mermin, g de 30 ans, frotteur, n Avanay,
- dpartement du Mont-Blanc, demeurant Paris, rue Saint-Landry,
- en la Cit, n 8;
-
- 3. Pierre-Louis Henry, g de 33 ans, marchand de toiles et
- d'indiennes, n Mry, dpartement de la Marne, demeurant
- Paris, rue de la Vannerie, n 49;
-
- 4. Hyacinthe Simille, g de 29 ans, frotteur, n Avanay,
- dpartement du Mont-Blanc, demeurant Paris, rue Andr des Arts;
-
- 5. Et Jean-Louis Pautone, g de 31 ans, n Buri, dpartement
- de Seine-et-Oise, garon ptissier traiteur, demeurant Paris,
- rue Jean Fleury.
-
- Avoir t condamns la peine de mort et ordonn que l'excution
- dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution
- de cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.
-
-Par procs-verbal dress par Degaigue, etc., appert que lesdits
-Charles Acot dit Thibault, H. Mermin, Pierre-Louis Henry, Hyacinthe
-Simille, et Jean-Louis Pautone, ont t mis mort.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Joseph Baudot, g de 44 ans, n Besanon, dpartement du
- Doubs, ci-devant bndictin, principal du collge de Toul, et
- desservant de Tremblecourt, y demeurant, dpartement de la
- Meurthe.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Jean-Pierre Challot, g de 28 ans, n Chteau-Rou,
- dpartement de la Meurthe, ci-devant desservant de la cure de
- Marsal, mme dpartement, y demeurant.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour copie conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Jean Decous, g de 70 ans, n Treignat, dpartement de la
- Corrze, ci-devant cur de la commune de Neuvy, demeurant
- Limoges.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 29 germinal (18 avril 1794), appert:
-
- Brice Prvt, g de 28 ans, n Saint-Front, dpartement de
- l'Orne, demeurant Paris, cul-de-sac Berthault, chapelier.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Franois Magny, g de 24 ans, tailleur d'habits, n Limoges, y
- demeurant, soldat au 6e rgiment de Hussards-Cavalerie.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, le 29 germinal, au palais,
-etc. (18 avril 1794), appert:
-
- 1. Antoine-Grgoire Genest, g de 27 ans, n Paris, y
- demeurant, rue des Moineaux, banquier;
-
- 2. Pierre Hariage de Guiberville, g de 72 ans, n Paris, y
- demeurant, cul-de-sac de Taitbout, ci-devant prsident au
- Parlement;
-
- 3. Marie-Claude Hariage, veuve Debonnaire, ge de 45 ans,
- ex-noble, ne Paris, y demeurant, rue Neuve-des-Capucines;
-
- 4. Marie-Charlotte Debonnaire, femme divorce de Louis-Franois
- le Peletier, ci-devant officier dans le rgiment de Capet, ge
- de 21 ans, ne Paris, y demeurant;
-
- 5. Marie la Laurencie-Charras, ge de 42 ans, native de Charras,
- dpartement de la Charente, demeurant Asnires;
-
- 6. Didier-Ren-Franois Mesnard de Chousy, g de 64 ans, attach
- la maison Capet, demeurant Paris, rue de Clichy;
-
- 7. Jean-Didier-Ren Mesnard de Chousy, fils, g de 35 ans, natif
- de Versailles, demeurant Paris, rue Lazare, section du
- Mont-Blanc;
-
- 8. Marie-Adrienne Gonnel, veuve Vierville, ge de 49 ans, native
- de Paris, y demeurant, rue de Clichy, n 14;
-
- 9. Adlade-Marguerite Demerle, femme divorce de Duchilleur,
- ge de 41 ans, native de Paris, y demeurant, rue du
- Faubourg-Montmartre;
-
- 10. Louis-Georges Gougenot, g de 36 ans, natif de Paris,
- ci-devant syndic de la ci-devant compagnie des Indes, demeurant
- rue le Peletier;
-
- 11. Anglique-Michel Destat Bellecourt, g de 33 ans, natif de
- Paris, ci-devant officier au service de la Russie, demeurant rue
- Basse-du-Rempart;
-
- 12. Jeanne-Marie Nogu, veuve de Robin Divry, femme
- d'Anglique-Michel Destat de Bellecourt, native de Bayonne, ge
- de 30 ans, demeurant Paris, rue Basse-du-Rempart, n 9;
-
- 13. Sbastien Rollat, ex-noble, g de 52 ans, natif de Brujac,
- dpartement de l'Allier, demeurant Paris, rue des
- Filles-Saint-Thomas;
-
- 14. Ren Rollat, fils dudit Rollat, n Paris, g de 39 ans,
- ancien officier la suite du ci-devant rgiment Colonel gnral
- dragons, demeurant Paris, rue des Filles-Saint-Thomas;
-
- 15. Jean Robin, g de 43 ans, officier de maison chez le nomm
- Hariage Guiberville, natif de Valence, demeurant Paris,
- cul-de-sac Taitbout;
-
- 16. Franois-Michel Paymal, g de 29 ans, natif de Versailles,
- dpartement de Seine-et-Oise, domestique de la nomme Hariage,
- demeurant Paris, rue Neuve-des-Capucines;
-
- 17. Et Jean-Joseph Laborde, g de 70 ans, n Juca en Espagne,
- ci-devant banquier du gouvernement, demeurant Mireville,
- dpartement de Seine-et-Marne;
-
-Avoir t condamns la peine de mort, et ordonn que l'excution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
-cette ville, etc. Par procs-verbal d'excution, sign par Auvray,
-appert les ci-dessus nomms avoir t mis mort.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, sant Paris, au palais,
-le 1er floral an II (20 avril 1794), appert:
-
- 1. Louis le Peletier Rozambo, g de 46 ans, ex-noble, ci-devant
- prsident mortier au ci-devant parlement de Paris, n Paris,
- demeurant Malesherbes, dpartement du Loiret;
-
- 2. Urbain-lisabeth Segla, g de 37 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, n Toulouse,
- dpartement de la Haute-Garonne, y demeurant;
-
- 3. Philippe-Joseph-Marie Cussac, g de 67 ans, ex-noble,
- ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, n
- Toulouse, y demeurant;
-
- 4. Jean-Jacques Balsac Firmi, g de 60 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
- n Senergues, dpartement de l'Aveyron, demeurant Toulouse;
-
- 5. Jean-Franois Montaigu, g de 64 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
- n Toulouse, y demeurant;
-
- 6. Anne-Joseph Lafont, g de 60 ans, ex-noble, et ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
- demeurant Toulouse;
-
- 7. Joseph-Julien-Honor Rigaut, g de 45 ans, ex-noble,
- ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, n
- Castres, dpartement du Tarn, demeurant Toulouse;
-
- 8. Nicolas-tienne le Noir, g de 38 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller au ci-devant parlement de Paris, premire chambre des
- requtes, n Paris, y demeurant, rue Apolline;
-
- 9. Franois-Matthieu du Port, g de 76 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, n
- Paris, y demeurant, rue Saint-Louis, au Marais;
-
- 10. Louis-Jean-Npomucne-Marie-Franois Camus Laguibourgre, g
- de 46 ans, n Rennes, dpartement d'Ille-et-Vilaine, demeurant
- Paris, rue Jacques, vis--vis des Mathurins;
-
- 11. Henry-Louis Fredy, g de 74 ans, ex-noble, conseiller de
- grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, n Paris, y
- demeurant, rue Antoine;
-
- 12. Charles-Jean-Pierre Dupuis de Mare, g de 61 ans, ex-noble,
- ci-devant conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de
- Paris, n Paris, y demeurant, rue Michel le Peltier;
-
- 13. Lonard-Louis Saguier de Mardeuil, g de 59 ans, ex-noble,
- conseiller au ci-devant parlement de Paris, n Chlons,
- dpartement de la Marne, demeurant Paris, rue de la Fraternit;
-
- 14. tienne Pasquier, g de 58 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, n
- Paris, y demeurant, rue Madeleine, n 8;
-
- 15. Pierre-Daniel Bourre Corberon, g de 77 ans, ex-noble,
- ci-devant prsident de la premire chambre des enqutes du
- ci-devant parlement de Paris, n Paris, demeurant Toulouse;
-
- 16. Barthlemy-Gabriel Rolland, g de 64 ans, ex-noble,
- ci-devant prsident des requtes du ci-devant parlement de Paris,
- n Paris, demeurant Chambaudouin, dpartement du Loiret;
-
- 17. Jean-Baptiste Louis Oursain Debure, g de 47 ans, ci-devant
- noble et conseiller des requtes du palais du ci-devant parlement
- de Paris, n Paris, demeurant rue Boucherat;
-
- 18. Jean-Franois-Manie Rouhette, g de 27 ans, ex-noble,
- ci-devant conseiller des requtes du parlement de Paris, n
- Paris, y demeurant, rue Paul;
-
- 19. Antoine-Louis-Hyacinthe Hocquart, g de 55 ans, ex-noble,
- ci-devant premier prsident de la cy-devant cour des aides
- Paris, n Paris, y demeurant;
-
- 20. Nicolas-Agns-Franois Nort, g de 68 ans, ex-noble et
- ci-devant comte colonel d'infanterie, n Rennes, dpartement
- d'Ille-et-Vilaine, demeurant aux Invalides;
-
- 21. Armand-Guillaume-Franois de Gourgues, g de 57 ans,
- ex-noble, ci-devant prsident mortier au ci-devant parlement de
- Paris, n Paris, demeurant Poissy, dpartement de
- Seine-et-Oise;
-
- 22. Jean-Baptiste-Gaspard Bochard Saron, g de 64 ans, ex-noble,
- ci-devant premier prsident du parlement de Paris, n Paris, y
- demeurant, rue de l'Universit;
-
- 23. douard-Franois-Matthieu Mol-Champlatreux, g de 34 ans,
- ex-noble, ci-devant prsident au ci-devant parlement de Paris, n
- Paris, y demeurant, rue Dominique, faubourg Germain;
-
- 24. Henri-Guy Sallier, g de 60 ans, ex-noble, ci-devant
- prsident de la ci-devant cour des aides de Paris, n
- Rochembray, demeurant Paris, rue du Grand-Chantier;
-
- 25. Anne-Louis-Franois-de-Paule le Fvre d'Ormesson, g de 42
- ans, ex-noble, ci-devant prsident du parlement de Paris, n
- Paris, y demeurant, rue Guillaume, faubourg Germain,
- ex-constituant, et commissaire aux monuments publics et
- ex-bibliothcaire;
-
-Avoir t condamns la peine de mort, et ordonn que l'excution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
-cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.
-
-Par procs-verbal dress par Auvray, l'un des huissiers du tribunal
-rvolutionnaire, en date du 1er floral, appert avoir t constat que
-le jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
-Rvolution de cette ville, o lesdits ci-dessus nomms ont t mis
-mort.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, etc., le 1er floral an II
-(20 avril 1794), appert:
-
- 1. Nicolas Saint-Blin, g de 40 ans, n Paris, ci-devant noble
- et comte, demeurant Villeberny, district de Semur, dpartement
- de la Cte-d'Or;
-
- 2. Auguste-Louis-Zacharie Espiard de Dalleray, g de 63 ans, n
- Dijon et y demeurant, vivant de son revenu, ci-devant
- conseiller au parlement de Dijon;
-
- 3. Pierre Guillemin, g de 29 ans, n Dijon et y demeurant,
- clerc de notaire avant la rvolution, et depuis commis aux
- ponts-et-chausses;
-
- 4. Pierre-Jacques-Barthlemy Gunichot, ex-noble, g de 27 ans,
- n Dijon, demeurant Nogent, district de Semur, dpartement de
- la Cte-d'Or;
-
- 5. Charles-Joseph-Jullien, g de 49 ans, n Joinville,
- dpartement de la Haute-Marne, ci-devant cordelier et cur
- d'Autricourt, y demeurant;
-
- 6. Et Thophile Berlier, g de 60 ans, n Chtillon, ci-devant
- garde-manteau de la ci-devant matrise des eaux et forts de
- Chtillon-sur-Seine, y demeurant, dpartement de la Ferre;
-
-Avoir t condamns la peine de mort et ordonn que l'excution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
-cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier, etc.
-Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 2 floral an II
-(21 avril 1794), appert:
-
- Franois-Philippe de Caux, g de 54 ans, natif de
- Rouge-Moutiers, district de Pont-Audemer, dpartement de l'Eure,
- demeurant Bretot, mme district, prtre et ci-devant titulaire
- de la chapelle de Bretot;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Alexandre Beaugrand, g de 50 ans, n Sens, dpartement de
- l'Yonne, demeurant Orbeaux, district de Pithiviers, dpartement
- du Loiret;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Pierre Lafargue, g de 55 ans, n Cognac, district de
- Cognac, dpartement de la Charente, agent de commerce et fermier,
- demeurant Paris, rue Neuve de l'galit, n 304;
-
- 2. Marie-Marguerite-Genevive-Victoire Lemesle, femme Boulani,
- ge de 50 ans, ne..., demeurant Dieppe, dpartement de la
- Seine-Infrieure;
-
- 3. Andr-Guillaume Bellepacaume, g de 51 ans, n et demeurant
- Paris, place des Trois-Maries, n 36, section du Musum,
- ci-devant marchand mercier, actuellement sans tat;
-
- 4. Jean-Franois-Joseph Descamps, g de 28 ans, natif d'Aire,
- district de Saint-Omer, dpartement du Pas-de-Calais, imprimeur,
- demeurant Douai;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 3 floral an II (22 avril
-1794), appert:
-
- 1. Jacques Duval Desprmnil, ex-constituant, g de 48 ans,
- natif de Pondichry, domicili Mriffou, commune de La Remue,
- dpartement de la Seine-Infrieure.
-
- 2. Jacques-Guillaume Thouret, ex-constituant, ex-prsident du
- tribunal de cassation, g de 48 ans, natif de Pont-l'vque,
- dpartement du Calvados, domicili Paris, rue des
- Petits-Augustins, n 21.
-
- 3. Isaac-Ren-Gui Lechappelier, ex-constituant, g de 39 ans,
- natif de Rennes, dpartement de l'Ille-et-Vilaine, y domicili,
- et ayant un domicile Paris, rue Montmartre.
-
- 4. Franois Hell, ci-devant procureur gnral syndic des tats
- d'Alsace, grand bailli de Langres et administrateur du
- dpartement du Haut-Rhin, g de 63 ans, natif de Keseinhem,
- susdit dpartement, domicili Paris, rue Helvtius.
-
- 5. Chrtien-Guillaume Lamoignon Malesherbes, ex-noble et
- ex-ministre du tyran, g de 72 ans, natif de Paris, domicili
- Malesherbes, dpartement du Loiret.
-
- 6. Antoinette-Marguerite-Thrse Lamoignon Malesherbes, native de
- Paris, domicilie Malesherbes, dpartement du Loiret, veuve
- de..... Lepelletier Rozambo.
-
- 7. Aline-Thrse Lepelletier Rozambo, ge de 23 ans, native de
- Paris, domicilie Malesherbes, dpartement du Loiret, marie
- ..... Chteaubriand.
-
- 8. Jean-Baptiste-Auguste Chteaubriand, ex-noble et ex-capitaine
- de cavalerie, g de 34 ans, natif de Saint-Malo, dpartement de
- l'Ille-et-Vilaine, domicili Malesherbes, dpartement du
- Loiret.
-
- 9. Diane-Adlade Rochechouart, ex-noble, ge de 64 ans, native
- de Paris, y domicilie, rue Grange-Batelire, veuve de.....
- Duchatelet.
-
- 10. Batrix Choiseul, ex-noble, ge de 64 ans, native de
- Lunville, domicilie Paris, rue Grange-Batelire, marie
- ..... Grammont.
-
- 11. Victoire Boucher Rochechouart, ex-noble, ge de 49 ans,
- native de Paris, y domicilie, rue du Mont-Blanc, veuve de.....
- Pontville.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 12. Louis-Pierre Mousset, charpentier et ci-devant procureur de
- la Commune de Donnery, g de 42 ans, natif de Saint-Marceau
- d'Orlans, dpartement du Loiret, domicili audit Donnery.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 4 floral (23 avril 1794),
-appert:
-
- Franois-Abraham Reclesne, g de 61 ans, ci-devant noble, n
- Lyonne, canton de Cognat, district de Gannat, dpartement de
- l'Allier, y demeurant.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Louis-Benjamin Calmer, g de 44 ans, la Haye en Hollande,
- naturalis Franais depuis 1769, ci-devant marchand d'toffes et
- ensuite courtier de change, demeurant Paris, rue Choiseul, n
- 13, section le Pelletier;
-
- 2. Franois Gallay, g de 50 ans, n Martigny en Suisse,
- frotteur domestique chez le citoyen Baglion, demeurant rue
- Dominique-Germain;
-
- 3. Marguerite Horiout, femme Farizol, ge de 50 ans, ne
- Baugon, dpartement de l'Orne, ouvrire, demeurant Paris, rue
- de Grenelle, au Gros-Caillou;
-
- 4. Marie-Louise Coutelet, veuve Neuve-glise, ge de 36 ans, ne
- Rennes, chef dans les filatures nationales tablies maison des
- ci-devant Jacobins, rue Jacques;
-
- 5. Louis Roux, g de 50 ans, n Bourgoing, dpartement de
- l'Isre, tabletier, demeurant Paris, rue des Arcis, n 205;
-
- 6. Jean Chemin, g de 50 ans, n Logny, dpartement de l'Orne,
- domestique chez le citoyen Cardinal, demeurant Paris, rue de
- Malte, section du Temple.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour 4 floral an II (23 avril 1794), appert:
-
- 1. Jeanne-lisabeth Bertaux, ge de 48 ans, fille, sage-femme
- ne Pithiviers, dpartement du Loiret, demeurant Paris, rue
- de Bivre;
-
- 2. Franois Bonin, g de 47 ans, imprimeur, n Sonchamp,
- dpartement de l'Eure, demeurant Paris, rue Zacharie;
-
- 3. Matthieu Schwerger, g de 40 ans, cordonnier, n Menzenger
- en Brisgau, demeurant Paris, rue de la Harpe;
-
- 4. Jean Pommeraye, g de 40 ans, n Orlans, ci-devant
- perruquier et canonnier de la section de la Runion, caserne
- Popincourt;
-
- 5. Jean-Franois Nol, g de 34 ans, n Verneuil, district de
- Beauvais, demeurant Paris, rue de la Verrerie, maison de Reims.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Antoine Barthlemy, g de 40 ans, homme de loi, commissaire du
- pouvoir excutif prs le tribunal du district de Gannat,
- dpartement de l'Allier, n Riom, dpartement du Puy-de-Dme,
- ci-devant procureur de la commune de Gannat, y demeurant.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne,
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-_Fourne des habitants de Verdun, immols le 5 floral an II_ (24
-avril 1794).
-
-L'ge des _Vierges de Verdun_, accuses d'avoir offert des drages au
-roi de Prusse, a t l'objet de discussions. On les a rajeunies, on
-les a vieillies, suivant qu'on a interrog ce sujet le _Moniteur_ ou
-le bulletin du tribunal rvolutionnaire. Ayant eu soin de prendre mes
-vrifications sur la minute mme de leur jugement, je puis offrir
-mes lecteurs des renseignements authentiques:
-
- 1. Henri-Franois Croyer, g de 52 ans, ci-devant capitaine
- d'ouvriers d'artillerie, n Laon (Aisne), demeurant Verdun;
-
- 2. Jean-Baptiste Pellegrin, g de 52 ans, capitaine de
- gendarmerie, natif de Gondrecourt (Meuse), demeurant Verdun;
-
- 3. Michel Joulin, g de 31 ans, gendarme, n Cornet, en Anjou,
- demeurant Verdun;
-
- 4. Nicolas Milly, g de 31 ans, gendarme, natif de Verdun;
-
- 5. Badillon-Leclerc, g de 42 ans, gendarme, n Thionville,
- demeurant Verdun;
-
- 6. Grard Desprez, g de 50 ans, n Givet de Saint-Hilaire,
- Ardennes, demeurant Verdun, gendarme de la brigade de Verdun;
-
- 7. Pierre Thuilleur, g de 61 ans, n Verdun, y demeurant;
-
- 8. Henri-Barthlemy Grimoard, g de 70 ans, colonel d'un
- rgiment provincial, de l'artillerie de Metz, natif de Verdun, y
- demeurant;
-
- 9. Jean-Baptiste-Philibert Perrin, g de 50 ans, droguiste, n
- et demeurant Verdun;
-
- 10. Alexandre-Joseph Neyon, g de 57 ans, lieutenant-colonel du
- 2e bataillon de la Meuse, natif de Soisy, demeurant Driencourt,
- mme dpartement;
-
- 11. Jean-Baptiste Barthe, g de 60 ans 1/2, receveur de la
- commune et juge de paix de la ville de Verdun, y demeurant, n
- Thierville, Meuse;
-
- 12. Nicolas Lamele, g de 47 ans, avou, n Morge-Moulin,
- district d'tain, demeurant Verdun;
-
- 13. Jacques-Nicolas d'Aubermesnil, g de 75 ans, ci-devant major
- de la citadelle de Verdun, et y demeurant, n Aubermesnil, prs
- Dieppe;
-
- 14. Anne Grandfvre, femme Tabouillot, ge de 46 ans, ne
- Verdun, vivant de son revenu, demeurant Verdun;
-
- 15. Thrse Pierson, femme Bestel, cordonnire, ge de 41 ans,
- demeurant Verdun;
-
- 16. Marie-Franoise Henry, femme Lalance, g de 69 ans, ne
- Verdun, y demeurant;
-
- 17. Franoise Herbignon, veuve Masson, en son vivant procureur du
- tyran en la ci-devant matrise des eaux et forts, ge de 55
- ans, ne prs Bar-le-Duc, demeurant Verdun;
-
- 18. Susanne Henry, fille de Henry, prsident du ci-devant
- bailliage de Verdun, ge de 26 ans, ne et demeurant Verdun;
-
- 19. Gabrielle Henry, aussi fille dudit Henry, ge de 25 ans, ne
- et demeurant Verdun;
-
- 20. Marguerite-Anglique Lagirouzire, fille de Lagirouzire,
- prvt de campagne, ge de 48 ans, demeurant Verdun;
-
- 21. Genevive-lisabeth Dauphin, veuve Brigand, capitaine des
- grenadiers de France, ge de 56 ans, demeurant Verdun;
-
- 22. Anne Vatrin, fille de dfunt Vatrin, ci-devant militaire,
- ge de 25 ans, ne tain, demeurant Verdun;
-
- 23. Henriette Vatrin, fille dudit Vatrin, ge de 23 ans, ne
- tain, demeurant Verdun;
-
- 24. Hlne Vatrin, aussi fille dudit Vatrin, ne tain, ge de
- 22 ans, demeurant Verdun;
-
- 25. Jean Gossin, g de 69 ans, ci-devant chanoine de la
- Madeleine de Verdun, n Fresne en Lorraine;
-
- 26. Jean-Michel Colloz, g de 72 ans, ci-devant bndictin,
- prieur de Saint-Thierry, archiviste et bibliothcaire de Verdun,
- natif du duch de Bouillon, demeurant Verdun;
-
- 27. Guillain Lefebvre, g de 62 ans, ci-devant bndictin, natif
- de Cartigny, prs Pronne (Somme), demeurant Verdun;
-
- 28. Claude-lisabeth Lacordire, g de 59 ans 1/2, doyen du
- chapitre de la cathdrale de Verdun, y demeurant;
-
- 29. Christophe Herbillon, g de 76 ans, ci-devant cur de
- Saint-Mdard de Verdun, n Boureuil, prs Varennes (Meurthe),
- demeurant Bar-sur-Ornain;
-
- 30. Marguerite Croutte, ge de 48 ans, ne Verdun, horlogre;
-
- 31. Franois Chotain fils, g de 31 ans, n Verdun, y
- demeurant, perruquier;
-
- 32. Franois Fortain, g de 43 ans, marchand cirier, demeurant
- Verdun.
-
- 33. Jacques Petit, g de 50 ans, n et demeurant Verdun.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
-L'ge de Claire Tabouillot et de Barbe Henry, dont les noms figuraient
-sur la liste des accuss, leur fit trouver grce prs de leurs juges,
-qui _se bornrent_ les condamner vingt ans de dtention et six
-heures d'exposition sur l'chafaud!
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 6 floral an II (23 avril
-1794), appert:
-
- Jean-Nicolas Lallemand, g de 41 ans 1/2, n Dieuze,
- dpartement de la Meurthe, ex-cur de la ci-devant paroisse de
- Houdelmont, mme dpartement, y demeurant.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. tienne-Alexandre-Jacques Anisson du Perron, g de 44 ans, n
- Paris, y demeurant, rue des Orties du Louvre, directeur de
- l'Imprimerie nationale;
-
- 2. Louis-Charles-Nicolas-Emmanuel Letoffier, g de 68 ans, n
- Banon, district de Rethel, dpartement des Ardennes, cultivateur,
- demeurant Corbeil;
-
- 3. Franois Gourou, g de 35 ans, n Tours, fabricant de
- papiers, demeurant Paris, rue Nicaise;
-
- 4. Jean-Claude Jacquet, g de 59 ans, n Lons-le-Saulnier,
- homme de loi, demeurant Paris, rue Feydeau, n 38;
-
- 5. Jean-Baptiste le Bault, g de 30 ans, n Paris, receveur
- des proprits d'Anisson du Perron, ci-devant secrtaire du
- district de Corbeil, demeurant Ris.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 7 floral an II (26 avril
-1794), appert:
-
- Franois-Albert Mangin, g de 34 ans, n Genicourt,
- dpartement de la Meuse, demeurant Paris, faubourg
- Poissonnire, n 11, ci-devant cocher de place et de particulier.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Armande-Amde-Victoire Baillard-Trousseboire, femme Bellecise,
- ge de 18 ans rvolus, ne Paris, y demeurant, rue Thorigny,
- et la Motte, district de Cusset, dpartement de l'Allier,
- ex-noble.
-
-Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Gabriel Trinquelague, demeurant Uzs, dpartement du Gard,
- ci-devant capitaine au 34e rgiment d'infanterie.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour 7 floral an II (26 avril 1794), appert:
-
- 1. Jean-Joseph Duc, g de 32 ans, n Caman, district de Cluse,
- dpartement du Mont-Blanc, notaire;
-
- 2. Joseph-Philibert Curton, g de 44 ans, n Samoen, mme
- district, habitant de la commune de Tanninge, mme dpartement;
-
- 3. Jean-Baptiste Bojonet, g de 43 ans, n Tanninge,
- dpartement du Mont-Blanc, y demeurant;
-
- 4. Et Claude-Franois Pralon, g de 58 ans, n Tanninge,
- dpartement du Mont-Blanc, y demeurant;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 8 floral an II (27 avril 1794), appert:
-
- 1. Jean-Pierre Lambert, g de 28 ans, n Guyenne, dpartement
- de Seine-et-Marne, garon boucher;
-
- 2. Franois-Germain Savoye, g de 42 ans, n Bezet-Germain,
- district de Chteau-Thierry, dpartement de l'Ain, y demeurant,
- postillon et charretier d'artillerie;
-
- 3. Pierre Guniot, vigneron, n Sulpice de Favires,
- dpartement de Seine-et-Oise, demeurant Jon-la-Montagne;
-
- 4. Et Claude-Toussaint Leclerc, g de 60 ans, vigneron et
- cultivateur Beaunecourt, lieu de sa naissance, y demeurant,
- dpartement de Seine-et-Oise, assesseur de juge de paix.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 9 floral an II (28 avril 1794), appert:
-
- 1. Pierre-Jean Jean, g de 20 ans, n Colmey, dpartement de
- la Moselle, y demeurant, tisserand;
-
- 2. Et Jean-Nicolas Nicolas, g de 52 ans, n Archicourt,
- dpartement de la Moselle, cordonnier, demeurant Colmey.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 9 floral an II (28 avril 1794), appert que:
-
- 1. Gabriel-Louis Neufville, ci-devant duc de Villeroy[141], g
- de 63 ans, natif de Paris, y demeurant, rue de Lille, ci-devant
- Bourbon, n 552, ci-devant duc et pair et capitaine de la
- premire compagnie franaise des gardes du dernier tyran;
-
-[Note 141: Le ci-devant duc de Villeroy, le plus nul des hommes et le
-plus circonspect, fut une des victimes de la loi des suspects; ses
-domestiques l'accompagnrent et ne le quittrent que quand les verrous
-furent tirs sur lui. Personne n'avait fait plus de dons la nation.
-Sommes immenses, chevaux, quipages, il avait tout offert son pays.
-Ses gens avaient ordre de ne le plus servir, de faire exactement leur
-service dans la garde nationale; ces conditions, ils taient par lui
-nourris, logs et vtus; il tait riche, il faisait le bien, il fut
-l'chafaud. (_Mmoires sur les prisons_, t. II, _la Mairie_, _la
-Force_ et _le Plessis_, p. 238.)
-
-Le duc de Villeroy et le comte de Brienne, lors de leur dtention
-la Conciergerie, refusrent un jour de faire une partie de piquet,
-parce qu'on leur prsentait des cartes qui n'taient pas
-rpublicaines. (RIOUFFE, _Mmoires d'un dtenu_, p. 85.)
-
-(Dtails reproduits dans le _Tribunal rvolutionnaire de Paris_, de E.
-CAMPARDON, in-8, t. I, p. 311.)]
-
- 2. Louis Thiroux Crosne, g de 57 ans, n Paris, ci-devant
- lieutenant de police et conseiller d'tat, demeurant Paris, rue
- de Bracque, au Marais;
-
- 3. Philippe-Antoine-Gabriel-Victor de la Tour-du-Pin Gouvernet,
- g de 72 ans, natif de Fourent en Champagne, ci-devant marquis
- et lieutenant gnral des armes, demeurant Auteuil lors de son
- arrestation;
-
- 4. Jean-Frdric la Tour-du-Pin, g de 67 ans, n Grenoble,
- dpartement de l'Isre, ancien lieutenant gnral des armes, et
- ci-devant ministre de la guerre, qualifi comte, demeurant, lors
- de son arrestation, chez la Tour-du-Moulin Gouvernet, son parent,
- Auteuil;
-
- 5. Claude Lemelletier, g de 37 ans, n Commune-Affranchie,
- dpartement de Rhne-et-Loire, chirurgien, demeurant Trvoux,
- dpartement de l'Ain;
-
- 6. Jean-Marie-Anglique Gabet, g de 34 ans, n
- Commune-Affranchie, ci-devant membre du tribunal de Trvoux, y
- demeurant, et lors de son arrestation, Paris, maison de
- Varsovie, rue des Bons-Enfants;
-
- 7. Catherine-Louise Lamoignon, ge de 78 ans, ne Paris, y
- demeurant, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, ci-devant
- marquise;
-
- 8. Denis-Franois Angrand Dalleray, g de 78 ans, n Paris,
- demeurant cul-de-sac Pocquet, section de l'Homme-Arm, ci-devant
- lieutenant civil;
-
- 9. Charles-Grangier la Ferrire, g de 56 ans, n
- Pont-Chteau, dpartement de la Loire-Infrieure, gnral de
- brigade, arrt Mende;
-
- 10. Charles-Pierre-Csar-Prosper Mergot-Moutagon, g de 50 ans,
- natif de Prcign, ex-noble, ci-devant garde du tyran Capet;
-
- 11. Nicolas-Franois-Olivier Despalires, ex-noble, g de 61
- ans, natif de Moulins, dpartement de l'Allier, demeurant
- Paris, rue du Paon, ci-devant chanoine de Montpellier;
-
- 12. Marguerite-Marie-Louise Brangelogne, veuve de Paris-Montbrun,
- ge de 69 ans, ne Paris, y demeurant, rue Avoye, n 5,
- ex-noble;
-
- 13. Jean-Louis Bravart Deissat Duprat, g de 50 ans, n
- Boujac, prs Riom, en Auvergne, demeurant Busset, district de
- Cusset, dpartement de l'Allier, ex-noble et ci-devant comte;
-
- 14. Marie-Nicole Brangelogne, ge de 67 ans, ne Paris, y
- demeurant, rue Avoye, ex-noble et ex-religieuse;
-
- 15. Madeleine Thouret, ge de 31 ans, n Moulins, dpartement
- de l'Allier, y demeurant;
-
- 16. Thomas Gouff, g de 50 ans, natif d'tiolles, dpartement
- de Seine-et-Marne, homme de loi, demeurant Paris;
-
- 17. Charles-Hyacinthe Humbert, g de 28 ans, n Connois,
- dpartement de la Meurthe, ci-devant sous-lieutenant du 47e
- rgiment ci-devant Lorraine, et actuellement vivant de son
- revenu;
-
- 18. Franois-Joseph Feydeau, g de 50 ans, n Metz, ci-devant
- capitaine dans le rgiment infanterie ci-devant Dauphin,
- demeurant Paris, rue Neuve-Eustache, n 4;
-
- 19. Franois-Jean Pichard du Page, g de 44 ans, n
- Fontenay-le-Peuple, ci-devant homme de loi, ex-procureur gnral
- syndic du dpartement de la Vende, en 1791, actuellement de la
- commune de Fontenay-le-Peuple, y demeurant;
-
- 20. Jean Chopinet dit Chevalier, g de 23 ans, n Moulins,
- dpartement de l'Allier, marchal des logis du 7e rgiment de
- hussards, demeurant Paris, rue des Hommes-Libres;
-
- 21. Paul-Louis Deveylle, ex-noble, g de 54 ans, n
- Chtillon-les-Nonce, dpartement de l'Ain, demeurant Garneray;
-
- 22. Charles-Marc-Antoine Jardin, g de 71 ans, ci-devant
- greffier en chef au Chtelet;
-
- 23. Alexandre-Benjamin Ropiquet, g de 42 ans, marchand de
- toiles et de tabac, natif de Saint-Longys, dpartement de la
- Sarthe, demeurant Paris, rue des Hommes-Libres;
-
- 24. Jacques-Joseph Jocaille dit Saint-Hilaire, g de 50 ans,
- natif de Cambray, district de Cambray, dpartement du Nord,
- demeurant audit lieu, ex-noble;
-
- 25. Pierre Martin, g de 55 ans, n Orlans, y demeurant,
- dpartement du Loiret;
-
- 26. Armand-Louis-Franois-Edme Bthune-Charost, g de 23 ans,
- natif de Paris, demeurant Calais, mme dpartement, ci-devant
- duc;
-
- 27. Aymar-Charles-Franois-Nicola, g de 57 ans, n Paris,
- rue des Enfants-Rouges, ci-devant premier prsident du grand
- conseil;
-
- 28. Marie-Louise-Victoire Sourches, veuve Vallire, ne Paris,
- y demeurant, rue du Grand-Chantier, n 11;
-
- 29. Louise-Antoinette Farjaun, veuve Bussy, ge de 68 ans, ne
- Montpellier, ci-devant comtesse, arrte Chartres, demeurant
- Paris, rue du Grand-Chantier, n 11.
-
- 30. Antoine-Jean Terray, g de 44 ans, ci-devant intendant de
- Lyon, aujourd'hui Commune-Affranchie, ex-noble, n Paris,
- demeurant Lamotte-du-Tilly, district de Nogent-sur-Seine,
- dpartement de l'Aube;
-
- 31. Joseph-Fidle Ginot, g de 28 ans, n Poitiers,
- dpartement de la Vienne, ci-devant avocat au Parlement de Paris,
- demeurant rue du Grand-Chantier;
-
- 32. Marie-Nicole Pernet, femme Terray, ge de 43 ans, ne
- Dijon, dpartement de la Cte-d'Or, demeurant audit lieu de
- Lamotte;
-
- 33. Charles-Henri Estaing, g de 65 ans, natif de Ravel,
- dpartement du Puy-de-Dme, ancien amiral et lieutenant gnral,
- demeurant Paris, rue Helvtius, n 52, section le Peletier;
-
-Ont t condamns la peine de mort, et ordonn que l'excution dudit
-jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de cette
-ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.
-
-Par procs-verbal dress par Degaigne, un des huissiers du tribunal
-rvolutionnaire, en date du 9 floral de l'an II de la Rpublique
-franaise, une et indivisible, appert avoir t constat que le
-jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
-Rvolution de cette ville, o lesdits susnomms ont t mis mort.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 12 floral (1er mai 1794), appert:
-
- 1. Augustin-Henri Langlois de Pommeuse, g de 50 ans, n
- Paris, y demeurant, rue Chapon au Marais, ci-devant conseiller au
- ci-devant parlement de Paris;
-
- 2. Adlade-Sophie Chuppin, femme dudit Langlois de Pommeuse,
- ge de 43 ans, ne Paris, y demeurant, rue Chapon, avec son
- mari;
-
- 3. Auguste-Louis Langlois de Gurard, g de 46 ans, n Paris,
- y demeurant, rue des Bons-Enfants, section de la Halle au bl,
- ci-devant officier aux gardes;
-
- 4. tienne Vigni, g de 40 ans, n Rigueux, dpartement de
- Seine-et-Marne, demeurant Pommeuse, prtre et chapelain du
- nomm Langlois de Pommeuse;
-
- 5. Claude-Louis Deligny, g de 44 ans, n Boutigny, demeurant
- Paris, cultivateur fermier de Langlois de Pommeuse;
-
- 6. Et Gervais Seurre, g de 44 ans, n Migneville, demeurant
- Paris, domestique de Langlois de Pommeuse;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 12 floral (1er mai 1794), appert:
-
- 1. Pierre Landois, g de 30 ans, n Saint-Nicolas, dpartement
- de l'Eure, demeurant Evreux, huissier;
-
- 2. Et Jean Glutron, g de 39 ans, n Brovelle, demeurant
- vreux, entrepreneur de convois militaires, aubergiste;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Nappier.
-
-Pour copie conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Louis-Ignace Chalmeton, g de 40 ans, n Chambonas,
- dpartement de l'Ardche, demeurant Uzs, dpartement du Gard,
- avocat procureur syndic du district d'Uzs;
-
- 2. Claude Ancme Bernard, g de 32 ans, n Besanon,
- dpartement du Doubs, y demeurant, marchand de bois, notable de
- la commune, juge au tribunal de commerce, commandant en second de
- la garde nationale;
-
- 3. Jean-Antoine Poulet, g de 60 ans, n Besanon, y
- demeurant, notable et commissaire de section, agent de
- Beaufremont;
-
- 4. Guillaume Nogaret, g de 46 ans, n Dijon, dpartement de
- la Cte-d'Or, demeurant Besanon, commis marchand;
-
- 5. Franois-Joseph Monthon, g de 35 ans, n Turin en Savoye
- (sic), demeurant Burginien, dpartement du Mont-Blanc, garde du
- tyran, Sarde et lieutenant de gendarmerie;
-
- 6. Et Jacques Rabaut, g de 56 ans, n Jason, dpartement (en
- blanc), demeurant Marseille, ngociant armateur;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Nappier.
-
-Pour copie conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 13 floral an II (2 mai 1798), appert:
-
- 1. Denis Carbillet, g de 52 ans, n Langres, dpartement de
- la Haute-Marne, demeurant Paris, rue des Petites-curies,
- ci-devant menuisier du ci-devant d'Artois, lieutenant du
- ci-devant bataillon dit Saint-Lazare, section Poissonnire;
-
- 2. Pierre Diacon, g de 50 ans, n Colombines, prs Neufchtel
- en Suisse, ancien militaire de la maison de la guerre,
- actuellement inspecteur des armes feu l'Arsenal, Paris, y
- demeurant;
-
- 3. Et Laurent Ptra, g de 55 ans, n la Fre en Tardenois,
- dpartement de l'Aisne, ci-devant cur de la commune de Lvemont,
- dpartement de l'Oise, et y demeurant;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 14 floral (3 mai 1794), appert:
-
- Denis Repoux Chevagny, g de 72 ans, n Lazy, dpartement de
- la Nivre, ci-devant auditeur des comptes de Dle, demeurant
- Lazy;
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, tabli par la loi du
-10 mars 1793, l'an II de la Rpublique, sant Paris, au palais, le
-14 floral (3 mai 1794), appert:
-
- 1. Gabriel Tassin, dit de l'tang, g de 50 ans, n et demeurant
- Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, ci-devant banquier et
- commandant des Filles Saint-Thomas;
-
- 2. Louis-Daniel Tassin, g de 52 ans, n et demeurant Paris,
- rue des Filles-Saint-Thomas, ci-devant banquier, lecteur, dput
- supplant l'Assemble constituante, officier municipal et
- administrateur des vivres Paris;
-
- 3. Jean-Philippe Wenmaring, n Malchem, dpartement du
- Bas-Rhin, demeurant Paris, rue de Gramont, ci-devant commis
- banquier et capitaine des grenadiers du bataillon des
- Filles-Saint-Thomas;
-
- 4. Simon Picquet, g de 39 ans, n Strasbourg, demeurant
- Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, marchand brocanteur,
- ci-devant aide de camp de Crillon le cadet l'arme des
- Ardennes;
-
- 5. Pierre-tienne Engibeau, g de 37 ans et demeurant Paris,
- rue Vivienne, n 63, traiteur et ci-devant grenadier des
- Filles-Saint-Thomas;
-
- 6. Franois Parizeau, g de 50 ans, n Ville-Affranchie,
- demeurant Paris, rue de la Loi, ci-devant commissaire de la
- comptabilit, grenadier des Filles-Saint-Thomas et aide de camp
- de Lafayette;
-
- 7. Charles-Jean-Baptiste Deschamps Tresfontaines, g de 51 ans,
- n Rouen, dpartement de la Seine-Infrieure, demeurant
- Paris, rue Colbert, employ aux droits d'enregistrement en
- qualit de sous-chef;
-
- 8. Joseph-Louis Maulguet, g de 46 ans, n Paris, demeurant
- Villers-Cotterets, dpartement de l'Aisne, ci-devant architecte;
-
- 9. Thomas-Simon Brard, g de 53 ans, n Commune-Affranchie,
- demeurant Paris, rue Gramont, section le Peletier, ci-devant
- ngociant armateur, ex-capitaine de la 3e compagnie du bataillon
- des Filles-Saint-Thomas;
-
- 10. Pierre-Jacques Perret, g de 36 ans, n Manteville,
- dpartement du Calvados, demeurant vreux, dpartement de
- l'Eure, ayant un autre domicile Paris, rue Dominique, ci-devant
- agent de change et commandant du bataillon des Petits-Pres;
-
- 11. Louis-Gabriel d'Hangest, g de 48 ans, n Rumilly,
- dpartement des Ardennes, demeurant Paris, rue Chabannais,
- ci-devant mousquetaire et chevalier de Saint-Louis, et
- actuellement papetier, grenadier des Filles-Saint-Thomas;
-
- 12. Franois-Henri Laurent, g de 28 ans, vitrier, n et
- demeurant Paris, rue Feydeau;
-
- 13. Et tienne-Jacques-Armand Rougemont, n Coursemont,
- dpartement de la Sarthe, directeur de la comptabilit des
- loteries;
-
-Avoir t condamns la peine de mort, et ordonn que l'excution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
-cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.
-
-Par procs-verbal dress par Degaigne, l'un des huissiers du tribunal
-rvolutionnaire, en date du 14 floral, appert avoir t constat que
-le jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
-Rvolution de cette ville, o lesdits susnomms ont t mis mort.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 15 floral an II (4 mai 1794), appert:
-
- 1. Franois Lacroix, g de 52 ans, natif de Nancy, dpartement
- de la Meurthe, ci-devant employ la loterie nationale,
- demeurant Paris;
-
- 2. Auguste-Joseph Saintenoy, g de 18 ans 1/2, confiseur, n
- Orchies, demeurant Paris;
-
- 3. Jean-Franois Durand, g de 24 ans, natif de Neufchteau,
- gendarme pied la 32e division stationnaire l'arme du Nord;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 15 floral (4 mai 1794), appert:
-
- 1. Claude-Antoine Cleriac Labeaume, g de 61 ans, n Nancy,
- dpartement de la Meurthe, ex-marquis, demeurant Paris, rue
- Crutti, n 2;
-
- 2. Antoine Dutailly, g de 52 ans, n Besanon, dpartement du
- Doubs, y demeurant, homme de loi, agent de Choiseul-la-Beaume;
-
- 3. Claude-Philippe Moniotte, g de 76 ans, n Besanon, y
- demeurant, ex-conseiller au prsidial et juge du tribunal du
- district de Besanon;
-
- 4. Jacques-Louis le Bgue Oyseville, g de 58 ans, n
- Pithiviers, y demeurant, dpartement du Loiret, ex-noble, maire
- et prsident du district de Pithiviers, y demeurant;
-
- 5. Julien-Franois Boire, g de 68 ans, n Paris, y demeurant,
- quai des Tournelles, n 6, ex-avocat au parlement de Paris;
-
- 6. Marie-Pierre-Thomas Mauvielle, g de 59 ans, n Coutances,
- dpartement de la Manche, demeurant Saint-L, mme dpartement;
-
- 7. Georges le Bienlais de Wiesval, g de 76 ans, n au Rocher,
- district d'Avranches, dpartement de la Manche, demeurant
- Paris, rue du Four-Germain, n 52, ex-noble, et
- lieutenant-colonel de cavalerie et chevalier de Saint-Louis;
-
- 8. Marc-Antoine Levis, g de 55 ans, n Lugny, dpartement de
- Sane-et-Loire, ex-comte et chevalier de Saint-Louis, et
- ex-dput l'Assemble constituante, demeurant Paris, rue
- Helvtius, n 53;
-
- 9. Thodore-Joseph Boissard, g de 56 ans, n Pontarlier,
- dpartement du Doubs, y demeurant, ex-avocat et procureur syndic
- du district de Pontarlier;
-
- 10. Et Charles-Jrme, g de 37 ans, n Paris, y demeurant,
- rue de Seine, n 1064, notaire;
-
-Avoir t condamns la peine de mort, et ordonn que l'excution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
-cette ville, le jugement sign du prsident et du greffier.
-
-Par procs-verbal dress par Degaigne, l'un des huissiers du
-tribunal, en date du 15 floral, appert avoir t constat que le
-jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
-Rvolution de cette ville, o lesdits susnomms ont t mis mort.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 16 floral an II (5 mai 1794), appert:
-
- 1. Jacques-Jean la Bussire, g de 53 ans, n de la commune de
- Dampierre, demeurant Angelier, dpartement de la Nivre,
- ancien capitaine du rgiment d'Auvergne, ex-noble;
-
- 2. Marie-Caconne-Josphine Thomassine Duverne, ge de 36 ans,
- native de Mingot, demeurant Cosne, dpartement de la Nivre;
-
- 3. Jeanne Dreux, femme Lichy, ex-noble, ge de 62 ans, native de
- Sauvigny, dpartement de l'Allier, demeurant Cosne;
-
- 4. Et Marie-Florence Valori, veuve de Franois-tienne Mazin,
- noble, ge de 67 ans, native du Quesnoy, demeurant Dampierre,
- dpartement de la Nivre;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 16 floral (5 mai 1794), appert:
-
- 1. Claude-Franoise Loisellier, ge de 47 ans, de Paris, y
- demeurant, ci-devant faiseuse de modes;
-
- 2. Flicit-Mlanie Lunouf, ge de 21 ans, ne Paris,
- demeurant rue Montmartre, ouvrire en robes;
-
- 3. Marie-Madeleine Virolle, ge de 25 ans, ne Angoulme,
- coiffeuse, demeurant Paris, rue Coquillire;
-
- 4. Jacques Duchesne, g de 60 ans, n Verdun, demeurant
- Chaillot, facteur militaire de la section des Champs-lyses;
-
- 5. Et Jean Sauvage, g de 34 ans, armurier et canonnier du
- Panthon franais;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, etc., le 17 floral an II
-(6 mai 1794), appert:
-
- 1. Henri-Jacques Poulet, g de 56 ans, natif de Metz,
- dpartement de la Moselle, ex-noble et ci-devant conseiller au
- parlement de Metz, et procureur syndic du dpartement de la
- Moselle;
-
- 2. Matthieu Sequer, g de 65 ans, n Daillange, district de
- Briey, dpartement de la Moselle, homme de loi, membre du
- directoire du dpartement de la Moselle, demeurant Briey;
-
- 3. Jean-Christophe Thibault, g de 60 ans, n Isminy, district
- de Dieuze, dpartement de la Meurthe, employ dans les salines,
- ex-administrateur du dpartement de la Moselle, demeurant Metz;
-
- 4. Martin Baulaire, g de 38 ans, n Rodemack, district de
- Thionville, dpartement de la Moselle, demeurant Metz;
-
- 5. Jean-Claude Gant, g de 41 ans, natif de Ravil, district de
- Boulay, dpartement de la Moselle, maire et aubergiste
- Pont--Chaussy, ex-administrateur du dpartement de la Moselle;
-
- 6. Franois Collin, g de 54 ans, n Metz, dpartement de la
- Moselle, ex-administrateur dudit dpartement;
-
- 7. Michel Wagner, g de 43 ans, cultivateur et ex-administrateur
- du dpartement de la Moselle, n Sarre-Libre;
-
- 8. Jacques Libre Briand, g de 34 ans, n Paris, demeurant
- Buchy, district de Morhange, dpartement de la Moselle, et agent
- national prs le mme district;
-
- 9. Jean-Baptiste-Nicolas Flosse le jeune, g de 36 ans, n
- Boulay, dpartement de la Moselle, matre de poste et
- entrepreneur des tapes, membre du directoire du dpartement de
- la Moselle, demeurant Boullay;
-
- 10. Jacques-Libre Pierron, g de 32 ans, natif de
- Villers-la-Montague, district de Longwy, dpartement de la
- Moselle, juge au tribunal de Briey, y demeurant;
-
- 11. Et Alexandre-Nicolas Courtois, g de 33 ans, natif de
- Longuyon, district de Longwy, dpartement de la Moselle,
- supplant au tribunal du district et ex-administrateur du
- dpartement de la Moselle;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 17 floral an II (6 mai 1794), appert:
-
- 1. Charles-Joseph Lejollivet, g de 67 ans, ingnieur vtran
- des ponts-et-chausses et architecte du ci-devant Roi, n
- Orlans, demeurant Dijon;
-
- 2. Denis Lamugnire, g de 65 ans, n Poiseul-les-Saulx,
- dpartement de la Cte-d'Or, greffier de la ci-devant matrise
- des eaux et forts de Dijon, y demeurant;
-
- 3. tienne Guelaud, g de 60 ans, n Dijon, dpartement de la
- Cte-d'or, avou au tribunal de commerce dudit lieu, y demeurant;
-
- 4. Joseph Galleton, g de 50 ans, perruquier, n Dijon,
- dpartement de la Cte-d'Or, y demeurant;
-
- 5. Jean-Baptiste Thierry, g de 29 ans, perruquier, n Dijon,
- y demeurant;
-
- 6. Claude Joudrier, g de 36 ans, perruquier, n Dijon, y
- demeurant;
-
- 7. Jacques Testard, g de 49 ans, n Saulieu, dpartement de
- la Cte-d'Or, ci-devant procureur Dijon, y demeurant;
-
- 8. Franois Bille, g de 26 ans, perruquier, n Dijon, y
- demeurant;
-
- 9. Jean-Baptiste Sallez, g de 42 ans, n Mcon, limonadier,
- demeurant Saulieu (Cte-d'Or);
-
- 10. Jean-Baptiste Guenot, g de 46 ans, n Autun, dpartement
- de la Haute-Sane, commis dans la rgie des cuirs Dle avant la
- rvolution, et depuis pour l'approvisionnement des armes,
- demeurant Saint-Jean de Losne;
-
- 11. Claude Chaussier, g de 51 ans, marchand de bois pour le
- service de la marine, n Dijon, y demeurant;
-
- 12. Alexandre Jaucourt, g de 56 ans, n Cernay, dpartement
- du Loiret, ex-marquis, demeurant Arcomey;
-
- 13. Et Charlotte-Aime Damoiseau, femme Montheraut, ex-noble,
- ge de 67 ans, ne Vizerny, dpartement de la Cte-d'Or,
- demeurant Dijon;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par l'un
-des huissiers du tribunal rvolutionnaire.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 18 floral (7 mai 1794), appert:
-
- 1. Jean-Franois Rameau, g de 57 ans, ex-dput supplant
- l'Assemble constituante et assesseur du juge de paix de Cosne, y
- demeurant;
-
- 2. Jean-Louis-Rameau, g de 72 ans, natif de Neuzy, assesseur du
- juge de paix de Cosne, y demeurant;
-
- 3. Et Jean-Franois Guillaumot, g de 27 ans, n Clamecy,
- dpartement de la Nivre, demeurant Cosne, ci-devant clerc de
- notaire;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Franois Petit-Jean, g de 48 ans, n Toul, y demeurant,
- dpartement de la Meurthe, ci-devant trsorier des dpenses de la
- guerre;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Franois-Ren-Louis Chevandier, g de 32 ans, n Valdrme,
- y demeurant, dpartement de la Drme, lieutenant dans la
- gendarmerie nationale;
-
- 2. Vincent Ferrier, g de 33 ans, n Rieux, dpartement de la
- Haute-Garonne, demeurant au Buis;
-
- 3. Joseph Sulpice, g de 23 ans, n au Mans, dpartement de la
- Sarthe, ci-devant domestique chez Duclos Besignan, demeurant
- commune de ce nom, dpartement de la Drme;
-
- 4. Joseph-Hyacinthe Guintrand, g de 30 ans environ,
- matelassier, demeurant Vezon, ci-devant Comtat, dpartement de
- la Drme;
-
- 5. Jean-Joseph Fity, g de 30 ans, n Nevers, dpartement de
- la Nivre, menuisier, demeurant au Buis;
-
- 6. Et Franois Paschal, g de 30 ans, n Lecan, dpartement
- des Basses-Alpes, demeurant au Buis, dpartement de la Drme;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 19 floral an II (8 mai 1794), appert:
-
- 1. Clment de Laage pre, g de 70 ans, ci-devant fermier
- gnral, demeurant Paris, rue Neuve-Grange-Batelire, n
- Saintes, dpartement de la Charente-Infrieure;
-
- 2. Louis-Balthazar Dangers-Bagneux, g de 55 ans, n Paris, y
- demeurant, rue des Quatre-Fils, ci-devant fermier gnral;
-
- 3. Jacques Paulze, g de 71 ans, n Montbrison, dpartement de
- Seine-et-Oise, demeurant Paris, rue des Piques, ci-devant
- fermier gnral;
-
- 4. Antoine-Laurent Lavoisier, g de 50 ans, n Paris, y
- demeurant, boulevard de la Madeleine, section des Piques,
- ci-devant fermier gnral.
-
- 5. Franois Puissant, g de 59 ans, n au Port de l'galit,
- dpartement du Morbihan, demeurant Paris, rue Mesnard,
- ci-devant fermier gnral;
-
- 6. Alexandre-Victor Saint-Amand, g de 74 ans, n Marseille,
- ci-devant fermier gnral, demeurant Paris, rue
- Neuve-des-Petits-Champs, vis--vis celle d'Antin;
-
- 7. Gilbert-Georges Monteloup, g de 68 ans, n Montaigne,
- dpartement du Puy-de-Dme, ci-devant fermier gnral, demeurant
- Paris, rue Honor, n 88;
-
- 8. Adam-Franois-Paul Saint-Christau, g de 44 ans, n Rennes,
- dpartement d'Ille-et-Vilaine, ci-devant fermier gnral,
- demeurant Paris rue Thvenot, et, la campagne, la
- Fert-sous-Reuilly, dpartement de l'Indre, district d'Issoudun;
-
- 9. Jean-Baptiste Boullongne, g de 45 ans, n Paris, y
- demeurant, place de la Rvolution, ci-devant fermier gnral;
-
- 10. Louis-Marie le Bas Courmon, g de 52 ans, n Paris, y
- demeurant, rue Crutti, ci-devant fermier gnral, et depuis
- rgisseur gnral;
-
- 11. Charles-Ren Perceval Frileuse, g de 35 ans, n Paris, y
- demeurant, rue Thrse, section de la Montagne, et actuellement
- Nantes-sur-Seine, ci-devant fermier gnral;
-
- 12. Nicolas-Jacques Papillon Dauteroche, g de 64 ans, n
- Chlons, dpartement de la Marne, district de ce nom, ci-devant
- fermier gnral, demeurant Paris, rue Madeleine-Honor;
-
- 13. Jean-Germain Maubert Neuilly, g de 64 ans, n Paris,
- ci-devant fermier gnral, demeurant Noisy-le-Grand;
-
- 14. Jacques-Joseph Brac la Perrire, g de 68 ans, n
- Ville-Affranchie, dpartement de Rhne-et-Loire, ci-devant
- fermier gnral, demeurant Mantes-sur-Seine, dpartement de
- Seine-et-Oise;
-
- 15. Claude-Franois Rougeot, g de 76 ans, natif de Dijon,
- dpartement de la Cte-d'Or, ci-devant fermier gnral, demeurant
- Paris, rue de la Rvolution, n 23, ayant un domicile
- Fontainebleau;
-
- 16. Franois-Jean Vente, g de 68 ans, n Dieppe, dpartement
- de la Seine-Infrieure, ci-devant fermier gnral, demeurant
- Paris, rue de Gramont;
-
- 17. Denis-Henri Fabure, g de 47 ans, n Paris, ci devant
- fermier gnral, demeurant Caen, dpartement du Calvados;
-
- 18. Nicolas Deveile, g de 44 ans, natif de Lagrele, dpartement
- de Rhne-et-Loire, ex-fermier gnral, demeurant Paris, place
- des Piques, section du mme nom;
-
- 19. Clment Cugnat l'pinay, g de 55 ans, n Paris,
- ex-fermier gnral, y demeurant, rue de la Jussienne, section du
- Contrat-Social;
-
- 20. Jean-Louis Loiseau Branger, g de 62 ans, n Paris,
- ex-fermier gnral, rue Neuve-Luxembourg, section des Piques;
-
- 21. Louis-Adrien Prvost d'Arlincourt, g de 50 ans, natif
- d'vreux, dpartement d'Eure-et-Loir, ex-fermier gnral,
- demeurant Migny-le-Hameau, district de Versailles, dpartement
- de Seine-et-Oise;
-
- 22. Jrme-Franois-Hector Saleur de Grizian, g de 64 ans, n
- Paris, ci-devant fermier gnral, demeurant Paris, rue des
- Moulins, section de la Montagne, n 496;
-
- 23. tienne-Marc de Haye, g de 36 ans, natif de Paris,
- ci-devant fermier gnral, demeurant Paris, place de la
- Rvolution, n 3, et dans la commune de Saint-Firmin, district de
- Senlis, dpartement de l'Oise;
-
- 24. Franois-Marie Mnage Pressigny, g de 60 ans, natif de
- Bordeaux, ex-fermier gnral, demeurant Paris, rue des
- Jeneurs, n 25, section de Brutus;
-
- 25. Guillaume Couturier, g de 60 ans, natif d'Orlans,
- ci-devant fermier gnral, demeurant Paris, rue de Clry,
- section de Brutus;
-
- 26. Louis-Philippe Durancel, g de 40 ans, natif de Paris,
- ex-fermier gnral, demeurant Paris, rue Cadet, n 8, section
- du Faubourg-Montmartre;
-
- 27. Alexandre-Philibert-Pierre Perceval, g de 36 ans, n
- Paris, ex-fermier gnral, demeurant Grainville, district de
- Caen, dpartement du Calvados;
-
- 28. Jean-Franois Didelot, g de 59 ans, n Chlons-sur-Marne,
- ex-fermier gnral et rgisseur, demeurant Paris, rue de
- Buffaut, section du Faubourg-Montmartre;
-
-Avoir t condamns la peine de mort, et ordonn que l'excution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
-cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.
-
-Par procs-verbal dress par Leclerc, huissier du tribunal
-rvolutionnaire, en date du 19 floral, appert avoir t constat que
-le jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
-Rvolution de cette ville, o les susnomms ont t mis mort.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 21 floral an II (10 mai 1794), appert:
-
- 1. lisabeth-Marie-Hlne Capet, soeur de Louis Capet, ge de 30
- ans, native de Versailles, dpartement de Seine-et-Oise,
- domicilie Paris;
-
- 2. Anne Duwaes, ge de 55 ans, native de Keisnith, en Allemagne,
- domicilie la Montagne-du-Bon-Air, dpartement de
- Seine-et-Oise, veuve de....... Laigle, ci-devant marquis;
-
- 3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, ex-comte, g de 69 ans,
- natif de Caen, dpartement du Calvados, domicili Chatou,
- dpartement de Seine-et-Oise;
-
- 4. Anne-Nicole Lamoignon, ge de 76 ans, native de Paris, y
- domicilie, veuve du ci-devant marquis de Senozan;
-
- 5. Claude-Louise-Anglique Bersin, ex-marquise, ge de 64 ans,
- native de Paris, y domicilie, femme spare de corps et de biens
- de Crussol d'Amboise;
-
- 6. Georges Folloppe, pharmacien, ex-officier municipal de la
- Commune, g de 64 ans, natif de calalix, prs Yvetot, domicili
- Paris, rue et porte Honor;
-
- 7. Denise Buard, ge de 52 ans, native de Paris, y domicilie,
- rue Florentin, n 674;
-
- 8. Louis-Pierre-Marcel Letellier, dit Bullier, ci-devant employ
- l'habillement des troupes, g de 21 ans et demi, natif de
- Paris, y domicili, rue Florentin, n 674;
-
- 9. Charles Cressy Champmilon, ex-noble et ci-devant officier de
- marine, g de 33 ans, natif de Courton, prs Sens, dpartement
- de l'Yonne, y domicili;
-
- 10. Thodore Hall, manufacturier et ngociant, g de 26 ans,
- natif de Seuzy, dpartement de l'Yonne, y domicili;
-
- 11. Alexandre-Franois Lomenie, ex-comte, et ci-devant colonel du
- rgiment des chasseurs dit Champagne, g de 36 ans, natif de
- Marseille, domicili Brienne, dpartement de l'Aube;
-
- 12. Louis-Marie-Athanase Lomenie, ex-ministre de la guerre et
- maire de Brienne, g de 64 ans, natif de Paris, domicili
- Brienne, dpartement de l'Aube;
-
- 13. Antoine-Hugues-Calixte Montmorin, sous-lieutenant dans le 5e
- rgiment des chasseurs cheval, g de 22 ans, natif de
- Versailles, dpartement de Seine-et-Oise, domicili Passy;
-
- 14. Jean-Baptiste Lhoste, agent et domestique de Megret de
- Srilly, g de 47 ans, natif de Forgre, domicili Paris;
-
- 15. Martial Lomenie, ex-noble et coadjuteur de l'vch du
- dpartement de l'Yonne, g de 30 ans, natif de Marseille,
- domicili Sens;
-
- 16. Antoine-Jean-Franois Megret de Srilly, ci-devant trsorier
- gnral de la guerre, et depuis cultivateur, g de 48 ans, natif
- de Paris, domicili Passy, prs Sens;
-
- 17. Antoine-Jean-Marie Megret Detigny, ex-noble, ci-devant
- sous-aide-major du rgiment des ci-devant gardes franaises, g
- de 46 ans, natif de Paris, domicili Sens;
-
- 18. Charles Lomenie, ci-devant chevalier des ordres dits de
- Saint-Louis et de Cincinnatus, g de 33 ans, natif de Marseille,
- domicili Brienne, dpartement de l'Aube;
-
- 19. Franoise-Gabrielle Tanneffe, ge de 50 ans, native de
- Chadieu, dpartement du Puy-de-Dme, domicilie chez Megret
- Srilly, Passy, dpartement de l'Yonne, veuve de Montmorin,
- ministre des affaires trangres;
-
- 20. Anne-Marie-Charlotte Lomenie, ge de 29 ans, native de
- Paris, domicilie Sens et Paris, rue Georges, section du
- Mont-Blanc, n 18, divorce de l'migr Canizy;
-
- 21. Marie-Anne-Catherine Rosset, ge de 44 ans, native de
- Rochefort, dpartement de la Charente, domicilie Sens, marie
- Charles-Christophe Rosset Cercy, ci-devant officier de marine,
- migr;
-
- 22. lisabeth-Jacqueline Lhermitte, ge de 65 ans, marie au
- ci-devant comte Rosset, ex-noble et ci-devant lieutenant-colonel
- des carabiniers, et marchal de camp, migr;
-
- 23. Louis-Claude Lhermitte Chambertrand, ex-chanoine de la
- ci-devant cathdrale de Sens, ex-noble, g de 60 ans, natif de
- Sens;
-
- 24. Anne-Marie-Louise Thomas, ge de 31 ans, native de Paris,
- domicilie Passy, dpartement de l'Yonne, marie Megret
- Srilly;
-
- 25. Jean-Baptiste Dubois, domestique de Megret Detigny, g de 41
- ans, natif de Merfit, district de Reims, dpartement de la Marne,
- domicili chez ledit Megret Detigny.
-
-Avoir t condamns, etc. Vu l'extrait du jugement du tribunal
-rvolutionnaire et du procs-verbal d'excution dress par Chteau, en
-date du 21 floral.
-
-_Sign_: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 22 floral an II (11 mai 1794), appert:
-
- 1. Anglique Des Marais, ge de 59 ans, ne Paris, y
- demeurant, rue Saint-tienne, ci-devant religieuse des Filles
- Saint-Thomas;
-
- 2. Genevive-Barbe Guoyon, ge de 77 ans, ne Paris, demeurant
- rue Saint-tienne, couturire;
-
- 3. Anne-Catherine Aubert, ge de 39 ans, ex-religieuse,
- demeurant rue Saint-tienne;
-
- 4. Antoine-Louis Desmonceaux, g de 37 ans, n Paris,
- ci-devant vicaire de Saint-Paul, et actuellement commis des
- Receveurs de la Ville, demeurant Paris;
-
- 5. Et Louis-Paul-Franois Lecointre, g de 73 ans, n
- Nogent-le-Rotrou, ex-chanoine du Mans, demeurant Paris, rue du
- Paon.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Joseph-Saint-Germain de Villeplat, g de 66 ans, ci-devant
- fermier gnral, n Valence, dpartement de la Drme, demeurant
- Fontainebleau;
-
- 2. Et Marie-Marguerite Pericard, veuve Ressy, ge de 71 ans, ne
- Roinville, prs Dourdan, demeurant Paris, cul-de-sac
- Saint-Pharon;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 23 floral an II (12 mai 1794), appert:
-
- 1. Hugues Lastic, g de 74 ans, ex-comte et noble, n
- Saint-Martin-sous-Liron, district de Saint-Flour, dpartement du
- Cantal, demeurant Lescure, prs Saint-Flour;
-
- 2. Pierre Raclet, g de 70 ans, n Dijon, ex-directeur de la
- Rgie gnrale, demeurant Sommevoire, dpartement de la
- Haute-Marne;
-
- 3. Nicolas-Franois Bocquenet, g de 52 ans, n Coiffy,
- dpartement de la Haute-Marne, homme de loi, demeurant
- Chaumont, susdit dpartement;
-
- 4. Alexandre Thomassin, g de 44 ans, n Saint-Dizier,
- dpartement de la Haute-Marne, ex-noble, demeurant
- Saint-Dizier;
-
- 5. Alexandre-Claudine-Flicit Mandat, femme Thomassin, ge de
- 26 ans, ne Neuilly, dpartement de la Haute-Marne, demeurant
- Saint-Dizier;
-
- 6. Et Jean Fougeret, g de 60 ans, n Paris, y demeurant, rue
- du Grand-Chantier, ex-receveur gnral des finances.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Joseph-Didier Vailleraut, g de 62 ans, n Langres,
- dpartement de la Haute-Marne, ci-devant cur de Montargis, y
- demeurant;
-
- 2. Et Jean-Baptiste-Benjamin Lambert, g de 23 ans, n Dieppe,
- dpartement de la Seine-Infrieure, surnumraire au bureau de
- l'enregistrement Dieppe, y demeurant.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 24 floral an II (13 mai 1794), appert:
-
- 1. Jacques-Amable-Gilbert Rollet-Davaux, ex-noble, ex-prsident
- du ci-devant prsidial de la ci-devant snchausse de Riom, n
- Riom, dpartement du Puy-de-Dme, g de 68 ans;
-
- 2. Adrienne-Franoise Vilaine Davaux, femme dudit Rollet, ge de
- 59 ans, ex-noble, ne la Chtre, dpartement de l'Indre,
- demeurant Riom;
-
- 3. Andr Louher, g de 67 ans, notaire, etc., procureur fiscal
- dudit Rollet-Davaux, n Billy, dpartement de l'Allier,
- demeurant Puyredan;
-
- 4. Jean-Baptiste Vlebeski, g de 48 ans, ci-devant contrleur
- des vingtimes, n Longueville-en-Caux, dpartement de la
- Seine-Infrieure, actuellement visiteur des rles, demeurant
- Dieppe, mme dpartement;
-
- 5. Et Anne-Joseph Lauloup, g de 65 ans, ex-noble et mdecin
- Saint-Loup, dpartement des Ctes-du-Nord, y demeurant.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Gilles Joen, marchal des logis du rgiment ci-devant dragons
- Conty, demeurant Pacy, dpartement de l'Eure;
-
- 2. Et tienne Mauger, g de 40 ans, n Rouen, ex-bndictin et
- cur constitutionnel de Wy, prs de Rouen, y demeurant.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Leclerc.
-
-Pour copie conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 25 floral an II (14 mai 1794), appert:
-
- 1. Charles-Adrien Prvt d'Arlincourt, g de 73 ans, ci-devant
- secrtaire de Capet et fermier gnral, natif de Doullens,
- dpartement de la Somme, demeurant au Mont-Valrien;
-
- 2. Louis Mercier, g de 78 ans, n Paris, y demeurant, rue
- Bergre, ci-devant fermier gnral;
-
- 3. Jean-Claude-Doet, g de 73 ans, n Ville-Affranchie,
- dpartement de Rhne-et-Loire, ci-devant fermier gnral,
- demeurant Paris, rue Bergre;
-
- 4. Et Marie-Claude Bataille-Frances, femme Doet, ge de 60 ans,
- ne Strasbourg, dpartement du Bas-Rhin, demeurant Paris, rue
- Bergre.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 25 floral an II (14 mai 1794), appert:
-
- 1. Franois Dominique Mory, g de 56 ans, ex-noble, n Nancy,
- dpartement de la Meurthe, y demeurant, homme de lettres;
-
- 2. Lopold-Remi-Franois Mori, g de 18 ans et demi, n
- Boudonville, prs Nancy, pharmacien l'hospice de Nancy, y
- demeurant;
-
- 3. Pierre-Agricole Sagny, g de 28 ans, n Troly-aux-Bois,
- prs Soissons, dpartement de l'Aisne, hussard au 6e rgiment, en
- garnison Chauny;
-
- 4. Et Benot Pinteux-Gournay, g de 24 ans, n Limoges,
- dpartement de la Haute-Vienne, tisserand, demeurant Borny,
- dpartement de l'Eure.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Jacques Yel, g de 47 ans, natif d'Arnouville, dpartement du
- Cher, ci-devant procureur du ci-devant parlement de Paris,
- demeurant La Motte, dpartement du Cher.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 26 floral an II (15 mai 1794), appert:
-
- 1. Pierre-Antoine-Joseph Chiavarry, g de 38 ans, n Arles,
- dpartement des Bouches-du-Rhne, y demeurant, ex-noble et
- capitaine au ci-devant rgiment Dauphin infanterie;
-
- 2. Antoine-Barthlemy Fassin, g de 41 ans, mdecin, n Arles,
- dpartement des Bouches-du-Rhne, y demeurant;
-
- 3. tienne Meynier, g de 65 ans, n Nmes, dpartement du
- Gard, y demeurant, ex-noble et ex-constituant;
-
- 4. Alexandre Fnard, g de 44 ans, n Bitche, dpartement de
- la Moselle, ex-notaire, procureur syndic du district de Bitche, y
- demeurant;
-
- 5. Pierre Henry, g de 56 ans, n Sarreguemines, dpartement
- de la Moselle, demeurant Bouquenom, greffier du tribunal de
- Neuf-Savardin, dpartement du Bas-Rhin, membre du district de
- Bitche;
-
- 6. Dominique Knoepffler, g de 37 ans, n Bitche, y demeurant,
- administrateur du district de Bitche;
-
- 7. Et Matthieu Blass, g de 44 ans, n Schwatzenhotz,
- cultivateur, demeurant Bouquenom, administrateur du district de
- Bitche.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- Franois Bertrand, n Saint-Fleury en Auvergne, dpartement du
- Puy-de-Dme, ferblantier, demeurant Seurre, dpartement de la
- Cte-d'Or.
-
-Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 27 floral an II (16 mai 1794), appert:
-
- 1. Jean-Pierre Gravier, g de 56 ans, n Colmars, dpartement
- des Basses-Alpes, demeurant Mons, district de Loudun,
- dpartement de la Vienne, ci-devant secrtaire du tyran;
-
- 2. Antoine-Louis Lartigue, g de 60 ans, n Toulouse,
- dpartement de la Haute-Garonne, demeurant Fontenay-aux-Roses,
- cur de ladite commune;
-
- 3. Jean-Baptiste Aubisso, g de 39 ans, n Bergerac,
- dpartement de la Dordogne, y demeurant, et Paris, rue
- Helvtius, n 673, commissaire Tirier;
-
- 4. Charles Bezard, g de 49 ans, n Montpellier, demeurant
- Paris, rue Neuve-des-Capucines, ngociant, ex-administrateur de
- la caisse d'escompte;
-
- 5. Thodore Moreau, g de 28 ans, n Paris, demeurant
- Versailles, professeur de mathmatiques, adjoint aux adjudants
- gnraux de l'arme du Nord;
-
- 6. Et Pierre-Louis Rousselet, g de 52 ans, n Beaugency,
- dpartement du Loiret, ci-devant bndictin, et cur
- constitutionnel de la commune de Damme-Marie-les-Fontaines, y
- demeurant;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Jean-Baptiste Toulon, g de 36 ans, n Saint-Martignan,
- district de Luon, dpartement de l'Allier, garde des bois
- nationaux, demeurant Lonbeau, commune d'Archignac, mme
- dpartement;
-
- 2. Franois Toulon, g de 33 ans, aussi garde des bois
- nationaux, n audit Martignan, demeurant Nocy, dpartement de
- l'Allier;
-
- 3. Et Jean-Baptiste Baret, g de 33 ans, n Vicq-sur-Hautbois,
- district de la Chtre, dpartement de l'Indre, y demeurant,
- cultivateur, et ci-devant huissier;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Leclerc.
-
-Pour copie conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 28 floral an II (17 mai 1794), appert:
-
- 1. Antoine Labattu, g de 48 ans, n Valence-d'Agen,
- dpartement de Lot-et-Garonne, demeurant Paris, rue
- Bourg-l'Abb, n 57, cordonnier soumissionnaire et fournisseur de
- souliers pour les armes de la Rpublique;
-
- 2. Bertrand Dora, g de 38 ans, n Savignac, demeurant
- Orlans, tailleur d'habits, membre du comit militaire de la
- commune d'Orlans, surveillant d'un atelier d'habillements pour
- les dfenseurs de la Rpublique;
-
- 3. Franois Ledet, g de 28 ans, n Ganville-d'Aumale,
- dpartement de Paris, soumissionnaire et fournisseur de la
- Rpublique;
-
- 4. Franois Le Roy, g de 41 ans, n Orlans, dpartement du
- Loiret, y demeurant, tondeur de draps et fournisseur de la
- Rpublique;
-
- 5. Et Timothe Deligny, g de 55 ans, n Paris, rsidant
- Rouen, dpartement de la Seine-Infrieure, colleur de papiers.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Claude Rougaune, g de 70 ans, ci-devant cur
- Clermont-Ferrand, natif d'cure, dpartement de l'Allier,
- demeurant au Mont-Valrien, prs Paris;
-
- 2. Guillaume-Jrme Rom, ex-noble, g de 46 ans, n Fcamp,
- dpartement de la Seine-Infrieure, demeurant Paris, rue de la
- Loi;
-
- 3. Jean-Franois-Sixte Isnard, g de 29 ans, n Cygalire,
- district de Tarascon, dpartement des Bouches-du-Rhne, ex-noble,
- se disant cultivateur, demeurant Cygalire;
-
- 4. Raymond-Gabriel Dusaulnier, ex-noble, g de 61 ans, n
- Brioude, demeurant Boursat, dpartement du Puy-de-Dme;
-
- 5. Louis Millange, g de 45 ans, n Valroque dans les
- Cvennes, district du Vigan, dpartement du Gard,
- quartier-matre-trsorier du premier corps des hussards de la
- Libert;
-
- 6. Et Franois Prillat, n Grand-Bouvion, dpartement du
- Mont-Blanc, demeurant la Suze, mme district.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 29 floral an II (18 mai 1794), appert:
-
- 1. Andr Sabatery, g de 33 ans, n Valras, dpartement de
- Vaucluse, maire de la commune de ce nom, demeurant audit Valras;
-
- 2. Antoine Mathieu, g de 30 ans, n Saint-Martin de
- Chichilienne, dpartement de l'Isre, emballeur aux effets de
- campement de Franciade, dpartement de Paris, y demeurant;
-
- 3. Jean Porta, g de 24 ans, maon, n Bansia, dans les tats
- de Venise, demeurant Paris, caserne Popincourt, canonnier;
-
- 4. Et Claude Czeron, g de 26 ans, n Paris, commis de
- receveur des rentes, demeurant Paris, rue de l'chiquier,
- section Poissonnire.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Philibert-Pierre-Catherine Bourre-Corberon, g de 47 ans, n
- Paris, ex-noble, et lieutenant aide-major des gardes
- franaises, demeurant Beauvais;
-
- 2. Jean-Flix Blanquet, g de 59 ans, n Dieppe, dpartement
- de la Seine-Infrieure, y demeurant, picier armateur;
-
- 3. Jean-Louis Dipse, g de 56 ans, n district de Dieppe, y
- demeurant, vivant de son revenu;
-
- 4. Claude-Franois Colliez, g de 42 ans, n Paris, agent de
- Bourre de Corberon, demeurant Troissereux, district de
- Beauvais;
-
- 5. Denis-Joseph Clerc, g de 56 ans, natif de Lacheux, district
- de Pontarlier, dpartement du Doubs, y demeurant, fileur de
- laine;
-
- 6. Pierre-Andr Teyssert, g de 53 ans, n Marseille,
- demeurant Mcon, dpartement de Sane-et-Loire, teneur de
- livres de commerce;
-
- 7. Et Louis Pacot, g de 34 ans, n Couvin, pays de Lige,
- ex-prtre, demeurant Guymene, dans ledit pays.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.
-
-Pour extrait conforme, NEYROT, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 1er prairial (20 mai 1794), appert:
-
- 1. Jean-Antoine Teyssier, g de 50 ans, n Nmes, dpartement
- du Gard, ex-baron, et ex-constituant, et ex-maire de Nmes,
- demeurant Lagny-sur-Marne;
-
- 2. Jacques-Marie Boyer-Brun, g de 39 ans, n Nmes, homme de
- lettres, ex-substitut du procureur de la commune de Nmes,
- demeurant Paris, rue des Fosss-Montmartre, n 7;
-
- 3. Jacques-Franois Descombiers, g de 66 ans, n Nmes,
- ex-noble, ancien lieutenant au ci-devant rgiment royal
- d'infanterie, demeurant Nmes;
-
- 4. Jean Filsac, g de 36 ans, n Cahors, dpartement du Lot, y
- demeurant, homme de loi, et secrtaire gnral du dpartement du
- Lot;
-
- 5. Pierre-Constant La Barthe, g de 74 ans, n Cessac,
- dpartement du Lot, ci-devant ngociant, demeurant Pradines,
- prs Cahors;
-
- 6. Jean-Nicolas Burgre, g de 41 ans, n Cahors, y demeurant,
- ex-notaire et ex-juge du tribunal du district de Cahors;
-
- 7. Charlotte-Genevive Saisseval, veuve Dutillet, ge de 49 ans,
- ne Paris, demeurant Provins, dpartement de Seine-et-Marne;
-
- 8. Et Marie-Thrse Clerse, femme Rolland, ge de 48 ans, ne
- Paris, femme de chambre de la femme Dutillet, demeurant
- Provins;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, 1er prairial (20 mars 1794), appert:
-
- 1. Franois-Alexandre Suremain, g de 38 ans, ex-noble, vivant
- de ses revenus, natif d'Ossone, dpartement de la Cte-d'Or;
-
- 2. Marie-Pierrette Heneveux, veuve de Le Pelaprat, ge de 47
- ans, native de Paris, libraire, demeurant Paris, rue du Roule,
- n 11;
-
- 3. Michel Webert, g de 25 ans, n Saverne, dpartement du
- Bas-Rhin, libraire Paris, y demeurant, passage du
- Clotre-Honor;
-
- 4. Marie-Claudine Lucas de Blayre, ge de 27 ans, ne
- Saint-Domingue, demeurant Paris, rue Merry;
-
- 5. Gabriel-Charles Doyen, g de 31 ans, n Versailles,
- dpartement de Seine-et-Oise, ci-devant cuisinier de la femme du
- tyran, demeurant Paris, rue Nicaise, n 506;
-
- 6. Joseph Houssaye, dit Laviolette, g de 21 ans, n Amiens,
- dpartement de la Somme, ci-devant bijoutier et depuis adjudant
- gnral de l'arme rvolutionnaire, demeurant Paris, maison de
- Molire, rue aux Ours;
-
- 7. Matthieu Marbey, g de 27 ans, n Commune-Affranchie,
- bonnetier, demeurant Paris, rue Franaise;
-
- 8. Antoine Brezillon, g de 40 ans, n Grandpr, district du
- mme nom, brigadier de gendarmerie nationale, la rsidence de
- la Chapelle-galit, district de Nemours, dpartement de
- Seine-et-Marne.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 2 prairial (21 mai 1794), appert:
-
- 1. Claude Simard, g de 68 ans, n Libreval, dpartement du
- Cher, ex-prtre, demeurant Bourges;
-
- 2. Agate-lisabeth Ragot, ex-religieuse, ge de 54 ans, ne
- Libreval, dpartement du Cher, demeurant Bourges;
-
- 3. Et Louis-Franois Vassal, g de 35 ans, ex-noble, n
- Fraicenet, dpartement du Lot, demeurant Paris, rue Thionville.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Tirrard.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Franois Tournacos, g de 37 ans, n Metz, se disant baron
- allemand, demeurant Luxembourg, en Allemagne;
-
- 2. Pierre-Franois Nicolas, n Longehaut, district d'Ornans,
- dpartement du Doubs, domestique de Kerry, Irlandais, demeurant
- Paris, rue Michodire, section Le Pelletier;
-
- 3. Caprot Brunel, g de 44 ans, n Capronne, dpartement de la
- Haute-Loire, domestique chez Kierry, demeurant Paris, rue
- Taitbout, section du Mont-Blanc;
-
- 4. Gabriel Delignon, g de 42 ans, n Villaine, dpartement de
- la Cte-d'Or, y demeurant, matre d'criture;
-
- 5. Et Dominique Lafillard, g de 63 ans, ci-devant caissier de
- la maison d'Artois, argentier de la maison d'Angoulme, et
- depuis receveur des rentes et agent d'affaires, demeurant
- Paris, rue des Fontaines.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Tirrard.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:
-
- 1. Claude-Alexandre Leflot, g de 43 ans, n Nevers,
- dpartement de la Nivre, demeurant Trigsus, capitaine gnral
- des douanes de la Rpublique;
-
- 2. Flix Royer, g de 28 ans, n Bagnols, dpartement du Gard,
- chasseur dans la lgion des Alpes;
-
- 3. Pierre-Gervais Namys, g de 47 ans, n Paris, y demeurant,
- rue Pagevin, employ aux Fermes, ci-devant capitaine de la
- section des Petits-Pres;
-
- 4. Et Louis-Philippe Bourgeois, g de 32 ans, n Uzs,
- dpartement du Gard, demeurant Paris, perruquier.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:
-
- 1. Cyr Vasseur, g de 42 ans, n Harly-Pontlieu, dpartement
- de la Somme, ci-devant caporal dans l'arme rvolutionnaire,
- demeurant Paris, rue Verneuil;
-
- 2. Jean-Baptiste Keutschen, g de 36 ans, n Deynieux, dans la
- Fort-Noire, en Allemagne, tailleur, demeurant Paris, rue
- Croix, chausse d'Antin, n 9;
-
- 3. Jean Jaroufflet, g de 51 ans, n Moulins, dpartement de
- l'Allier, y demeurant, notaire public;
-
- 4. Jean Coursin, g de 41 ans, n Carnay, district
- d'Avranches, dpartement de la Manche, brocanteur, demeurant
- Paris, rue de la Licorne;
-
- 5. Louis Carr, g de 31 ans, n Brienne, dpartement de
- l'Aube, picier, demeurant rue de Sartines, section de la Halle
- au Beurre;
-
- 6. Maria-Nicolas Gaidon, g de 34 ans, n Mjuive, dpartement
- du Mont-Blanc, fruitier, demeurant Paris, rue d'Hauteville,
- section Poissonnire;
-
- 7. Pierre Paul, g de 40 ans, n Paris, y demeurant, rue de la
- Mortellerie, marchand de cannes;
-
- 8. Et Jean Juery, g de 30 ans, n Perrel, dpartement du
- Cantal, brocanteur, demeurant Paris, rue Honor, en face des
- Jacobins.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 4 prairial (23 mai 1794), appert:
-
- 1. Joseph-Antoine Barrme, g de 31 ans, n Tarascon,
- ex-noble, ex-hussard du premier rgiment;
-
- 2. Joseph-Henri Barrme, g de 35 ans, n Tarascon, ex-noble,
- hussard et brigadier du premier rgiment;
-
- 3. Joseph-Auguste Barrme, g de 32 ans, n Tarascon,
- ex-noble, et hussard du premier rgiment;
-
- 4. Anne Ferry, veuve Dupr, ge de 52 ans, garde-malade, ne
- Malo, dpartement de la Cte-d'Or, demeurant Paris, quai de
- Gvres, n 7;
-
- 5. Jean-Baptiste Lanoue, g de 37 ans, peintre en btiment, n
- Paris, y demeurant, rue Quincampoix, n 33;
-
- 6. Nicolas Aubry, g de 72 ans, n Divry, ci-devant Normandie,
- demeurant Paris, rue Nicolas-du-Chardonnet, au dpt des
- huiles;
-
- 7. Et Pierre-Louis Didier, g de 35 ans, commis papetier
- Paris, y demeurant, rue et cul-de-sac Dominique d'Enfer, n 7.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Jean Canolle pre, g de 50 ans, n Benac, en Prigord,
- minralogiste, demeurant Paris, au Gros-Caillou;
-
- 2. Avoye Paville Costard, fille ge de 25 ans, travaillant au
- Journal des Spectacles, ne Paris, y demeurant, rue des
- Fosss-Montmartre;
-
- 3. Alexandre Provenchre, g de 58 ans, n Saint-Eubille,
- dpartement de Seine-et-Oise, ex-administrateur de l'habillement
- des troupes de la Rpublique, demeurant Paris, place du
- Chevalier du Guet;
-
- 4. Andr Dorly, g de 60 ans, n Versailles, commissaire des
- guerres jusqu'au 1er juillet 1793, domicili Paris, rue Neuve
- des Petits-Champs, section de la Montagne;
-
- 5. Gabriel-Joseph Fortin, g de 44 ans, n Paris, y demeurant,
- rue des Mauvaises-Paroles, ci-devant employ l'habillement des
- troupes, et commis chez le nomm Leroux, ngociant;
-
- 6. Antoine-Martin Barth, g de 33 ans, n Paris, y demeurant,
- rue Denis, et fournisseur de la Rpublique;
-
- 7. Jean-Franois Lemarcant, g de 69 ans, n ... (_en blanc_),
- ouvrier en gutres et fournisseur, demeurant Paris.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 5 prairial (24 mai 1794), appert:
-
- 1. Jean-Baptiste-Marie-Thomas Domangeville, g de 30 ans, n
- Paris, ex-noble, ancien capitaine au 5e rgiment de cavalerie,
- demeurant Vernasal, dpartement de la Haute-Loire;
-
- 2. Simon Tisserand, g de 40 ans, n Vesoul, dpartement de la
- Haute-Sane, ci-devant postillon chez Duchtelet, demeurant
- Paris, rue Grenelle-Saint-Germain;
-
- 3. Et Jean-Baptiste Gauthier, g de 50 ans, n
- Chteau-Porcien, dpartement des Ardennes, concierge de la
- chambre d'arrt de la mairie, demeurant Paris, rue Martin.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Jean-Baptiste-Charles Durand, g de.... (_en blanc_) ans, n
- Paris, employ au magasin des troupes, Franciade, y
- demeurant;
-
- 2. Jean-Antoine Pascal, g de 41 ans, lieutenant de gendarmerie
- nationale, attach la force publique de l'arme du Rhin, n
- Commune-Affranchie, demeurant Paris;
-
- 3. Et Franois Paulin, g de 35 ans, professeur de gographie et
- de grammaire, n la Chapelle, dpartement de la Haute-Marne,
- demeurant Paris, rue Montmartre, n 226.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 6 prairial (25 mai 1794), appert:
-
- 1. Franois Joly, g de 56 ans, ci-devant inspecteur gnral des
- rles du dpartement de la Cte-d'Or, n Pontarlier-sur-Sane,
- mme dpartement, demeurant Dijon;
-
- 2. Pierre Mauclair, g de 39 ans, brocanteur et ci-devant
- marchand de serre-tte, n Troyes, dpartement de l'Aube,
- demeurant Paris, rue des Grands-Degrs, n 16;
-
- 3. Et Louis-Claude-Joseph Lancry-Pronleroy, g de 26 ans,
- ci-devant officier des gardes franaises, ex-noble et ex-comte,
- n Paris, y demeurant, rue Basse-du-Rempart.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Jean-Baptiste-Charles Piragues Lille-Don, g de 58 ans, n
- Lille-Don, dpartement du Loiret, ex-noble, et cultivateur,
- demeurant Villemandier, district de Montargis, mme
- dpartement;
-
- 2. Jacques-Jean-Baptiste Cuvier, g de 42 ans, ci-devant
- architecte, et depuis cultivateur et membre du comit
- rvolutionnaire de la commune de Vanves, y demeurant, n Paris;
-
- 3. Marie-Anne Demeaux, femme de Joseph Hbert, ge de 50 ans,
- ne Notre-Dame de Guem, prs Auxerre, dpartement de l'Yonne,
- demeurant Paris, rue de la Licorne, corroyeuse;
-
- 4. Catherine Prard, ge de 39 ans, ne Giss en Bourgogne,
- prs Flavigny, demeurant Paris, rue du Poirier, blanchisseuse;
-
- 5. Pierre Prudhomme, g de 48 ans, n Paris, y demeurant, rue
- et section de la Cit, marchand de poisson.
-
- 6. Et Franoise Lambert, femme Prudhomme, ne Toul, dpartement
- d'Indre-et-Loire, ge de soixante ans, marchande de poisson,
- demeurant Paris.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 7 prairial (26 mai 1794), appert:
-
- 1. Claude-Michel-Louis Milscent, crole, g de 54 ans, n
- Saint-Domingue, ci-devant capitaine des milices bourgeoises, et
- se disant homme de lettres et auteur du journal appel _le
- Crole_, demeurant Paris, rue Honor, n 120;
-
- 2. Et Jean-Baptiste-Marie Hannonet, g de 51 ans, receveur de la
- rgie des sels, n Guiscard, dpartement de l'Oise, et receveur
- du district de Noyon, y demeurant.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Tirrard.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 8 prral [_sic_] (27 mai 1794), appert:
-
- 1. Charles-Philibert-Marie-Gaston Lvis-Mirepoix, g de 41 ans,
- n Saint-Martin d'Estraux, demeurant Paris, rue de Verneuil,
- n 432, ex-noble, ex-constituant et ex-marchal de camp;
-
- 2. Matthieu-Jouze Jourdan, g de 45 ans, n Saint-Jean,
- dpartement de la Haute-Loire, demeurant Avignon, ci-devant
- ngociant, depuis gnral de l'arme d'Avignon, et prsent chef
- d'escadron de la gendarmerie;
-
- 3. Jean Donnadieu, g de 50 ans, n Arles, dpartement des
- Bouches-du-Rhne, gnral de brigade, l'arme du Bas-Rhin;
-
- 4. Antoine-Louis-Michel Judde, g de 46 ans, n Paris, y
- demeurant, rue Franois, au Marais, ex-conseiller au ci-devant
- Chtelet de Paris;
-
- 5. Catherine Mathieu, femme Vigneron, ge de 41 ans, ne
- Nancy, y demeurant;
-
- 6. Susanne Vigneron, ge de 23 ans, ne Nancy, y demeurant;
-
- 7. Pierre-Flix Primeau, g de 42 ans, n Vaussais,
- dpartement des Deux-Svres, sous-lieutenant au 17e rgiment de
- cavalerie;
-
- 8. Nicolas-Jacques Beauregard, g de 42 ans, n Versailles,
- sous-lieutenant au 17e rgiment de cavalerie;
-
- 9. Jacques-Joseph-Laurent Faret-Preberon, g de 44 ans, n
- Salins, dpartement du Jura, chef d'escadron du 17e rgiment de
- cavalerie;
-
- 10. Avocalie-Joseph Daviot-Hery, g de 19 ans, n Chinon,
- dpartement d'Indre-et-Loire, lieutenant au 17e rgiment de
- cavalerie;
-
- 11. tienne Lecandre, g de 27 ans, n Saintes, dpartement de
- la Charente-Infrieure, capitaine au 17e rgiment de cavalerie;
-
- 12. Jean-Franois Bugnolot, g de 25 ans, n au Petit-Bay,
- dpartement de la Haute-Sane, chirurgien-major du 17e rgiment
- de cavalerie;
-
- 13. Joseph Mollet, g de 48 ans, n Saint-Michel, dpartement
- des Basses-Alpes, sous-lieutenant au 17e rgiment de cavalerie;
-
- 14. Claude Juy, g de 26 ans, n Langres, dpartement de la
- Haute-Marne, sous-lieutenant au 17e rgiment de cavalerie;
-
- 15. Pierre-Claude-Marie Prih, g de 46 ans, n Nevers, chef
- de brigade au 17e rgiment;
-
- 16. tienne-Philippe Vrillot, g de 26 ans, n Langres,
- sous-lieutenant au 17e rgiment;
-
- 17. tienne Jourdeuil, g de 29 ans, n Bussire,
- sous-lieutenant au 17e rgiment;
-
- 18. Jean Arnaud, g de 44 ans, n Limoges, sous-lieutenant au
- 17e rgiment;
-
- 19. Claude Bonnot, g de 27 ans, n Genets, adjudant au 17e
- rgiment;
-
- 20. Et Franois Poisson, n pinal, g de 37 ans,
- sous-lieutenant au 17e rgiment.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 8 prairial (27 mai 1794), appert:
-
- 1. Augustin Binet, g de 28 ans, n Amiens, dpartement de la
- Somme, y demeurant, coupeur de velours et sergent du 8e bataillon
- de la Somme;
-
- 2. Jean-Baptiste Avenet, g de 36 ans, n et demeurant
- Saint-Germain-la-Campagne, dpartement de l'Eure, dentiste;
-
- 3. Et tienne Hourry, g de 50 ans, n Pez-le-Robert,
- terrassier.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 9 prairial (28 mai 1794), appert:
-
- 1. Claude-Joseph Villemin, g de 26 ans, journalier, n Guyans
- en Venne, dpartement du Doubs, y demeurant;
-
- 2. Sylvain Dumazet, g de 25 ans, ci-devant verrier, depuis
- colporteur Paris, rue des Barres, section de l'Arsenal, n
- Argenton, dpartement de l'Indre;
-
- 3. Firmin Baillot, g de 37 ans, n Lironville, dpartement de
- la Meurthe, ci-devant volontaire du bataillon de la section des
- Gravilliers, enrl pour la Vende, rpeur de tabac, demeurant
- Paris, rue de Crussol, marais du Temple;
-
- 4. Franoise Chevalier, ge de 28 ans, ne Besanon,
- dpartement du Doubs, y demeurant;
-
- 5. Flix Simon, g de 62 ans, cloutier, ensuite domestique de
- Trivelle, ci-devant conseiller au ci-devant parlement de
- Besanon, n Rosureux, dpartement du Doubs, y demeurant.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Pierre-Franois Fnaux, g de 40 ans, n Dalincourt,
- dpartement d'vreux, charretier chez Claude Lger, demeurant
- Rosay, dpartement de Seine-et-Oise;
-
- 2. Claude Lger, g de 49 ans, n Villemur, dpartement de
- (_en blanc_), demeurant Rosay;
-
- 3. Martin Olivier, n Saint-Martin des Champs, dpartement de
- Seine-et-Oise, g de 58 ans, vigneron et maire de la commune
- dudit Saint-Martin des Champs, y demeurant;
-
- 4. loy Duhamel, g de 54 ans, n Aix, dpartement de
- Seine-et-Oise, tuileur et agent national de la commune de
- Saint-Martin des Champs, y demeurant;
-
- 5. Nicolas Letellier, g de 35 ans, n Septeuil, dpartement
- de Seine-et-Oise, vigneron et membre du comit de surveillance de
- la commune de Saint-Martin des Champs, y demeurant;
-
- 6. Andr Rageot, g de 36 ans, tailleur d'habits, membre du
- comit de surveillance de la commune de Saint-Martin des Champs,
- n Guerville;
-
- 7. Jean Petit, g de 49 ans, n Aulnay, dpartement de
- Seine-et-Oise, tonnelier et maire de la commune d'Aulnay, y
- demeurant;
-
- 8. Guillaume Frron, g de 45 ans, n Arnouville, dpartement
- de Seine-et-Oise, journalier, demeurant Saint-Martin des
- Champs;
-
- 9. Et Marie-Anne Frron, femme Rageot, ge de 40 ans, ne
- Arnouville, dpartement de Seine-et-Oise, couturire, demeurant
- Saint-Martin des Champs;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:
-
- 1. Augustin-Franois Csar-Dauphin-Leval, g de 49 ans, n
- Montferrand, dpartement du Puy-de-Dme, ci-devant brevet du
- grade de colonel, et capitaine en second des grenadiers des
- gardes franaises, demeurant Moncel-Gelat, mme dpartement;
-
- 2. Jean Joussineau de La Tourdonnois, g de 64 ans, n Sinwit,
- dpartement de la Corrze, demeurant la Rode, dpartement du
- Puy-de-Dme, ci-devant capitaine de carabiniers, ex-noble,
- ex-comte et ex-colonel la suite de la cavalerie, demeurant
- Paris, rue Traversire;
-
- 3. Claire Nantia, ge de 41 ans, ne Nantia, dpartement de la
- Haute-Vienne, ex-noble, demeurant Rouel, dpartement de la
- Haute-Vienne;
-
- 4. Louis-Jacques Ferruyant, g de 37 ans, n et demeurant La
- Motte Terray, dpartement des Deux-Svres, ci-devant trsorier de
- France;
-
- 5. Jean Dut, g de 24 ans, n Morillac, dpartement du Cantal,
- marchand forain, sans domicile fixe;
-
- 6. Pierre Morillon Dubellay, g de 77 ans, marchand de draps et
- soies, n et demeurant Poitiers, dpartement de la Vienne;
-
- 7. Jean-Antoine Guybora, g de 24 ans, vigneron, journalier, n
- et demeurant Saint-Gerionne, dpartement de la Marne, soldat du
- 11e rgiment de hussards;
-
- 8. Nicolas-Marie Compin, g de 64 ans, n Malta, dpartement
- de Sane-et-Loire, cultivateur et agent national de la commune
- d'Avrai;
-
- 9. Et Nicolas dit Montpansin, g de 65 ans, n Saint-Pourain,
- dpartement de l'Allier, demeurant Souitte, mme dpartement,
- ex-bailli des lazaristes et ex-subdlgu.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:
-
- 1. Louis Csar Bgu, g de 40 ans, n Tours, dpartement
- d'Indre-et-Loire, ci-devant ....... chef du premier bataillon
- dudit dpartement, demeurant Tours;
-
- 2. Claude Lacroix, g de 38 ans, n Chaource, dpartement de
- l'Aube, y demeurant, cultivateur, ci-devant garde de bois;
-
- 3. Pierre-Joseph Lecocq, g de 60 ans, n Querqueville, prs
- Cherbourg, dpartement de la Manche, ex-cur de la commune de
- Cottenon, district de Provins, dpartement de Seine-et-Marne;
-
- 4. Et Louis-Julien Moret, g de 46 ans, n Arcis-sur-Aube,
- dpartement de l'Aube, ex-cur, demeurant Premier-Fait, mme
- dpartement.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 12 prairial (31 mai 1794), appert:
-
- 1. douard-Marie Marguerie, g de 38 ans, ex-noble, major en
- second dans le 42e rgiment d'infanterie, ex-colonel de la garde
- constitutionnelle du tyran, n Bayeux, dpartement du Calvados,
- rsidant Agy, prs Bayeux;
-
- 2. Louis Duvivier, g de 60 ans, n Paris, y demeurant, rue
- des Juifs, n 17, section des Droits de l'homme, employ
- l'extraordinaire des guerres;
-
- 3. Jean-Baptiste-Pierre Bauffre, g de 66 ans, n Chteauneuf,
- dpartement d'Eure-et-Loir, demeurant Paris, rue des Martyrs,
- n 59, section du Mont-Blanc;
-
- 4. Amable Chantemerle, g de 37 ans, instituteur et homme de
- lettres, ex-prtre, n Thiers, dpartement du Puy-de-Dme,
- demeurant Paris, rue du Mont-Blanc, n 384;
-
- 5. Jean Pierson, g de 33 ans, n Beffroy, district de
- Commercy, dpartement de la Meuse, employ aux bureaux des
- migrs, secrtaire de dfunt Malesherbes, demeurant Paris, rue
- des Martyrs;
-
- 6. Et Claude-Franois-Marie Simonet, g de 42 ans, n Dijon,
- dpartement de la Cte-d'Or, ex-fermier gnral, demeurant
- Dijon.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Joseph Pont, g de 51 ans, n Tournus, dpartement de
- Sane-et-Loire, ci-devant cur de Courteneau, y demeurant, mme
- dpartement;
-
- 2. Pierre Saint-Saulieu, g de 44 ans, n Monteau, dpartement
- de l'Eure, ci-devant feudiste, demeurant l'abbaye de Cormeil;
-
- 3. Thomas Casimir Hry, g de 25 ans, n Orlans, dpartement
- du Loiret, se disant cultivateur, officier dans le 25e rgiment,
- demeurant commune de Fleury, mme dpartement;
-
- 4. Thrse-Franoise Lamarre, ge de 60 ans, ne
- Bar-sur-Ornain, ci-devant noble, demeurant audit Bar;
-
- 5. Jean-Hyacinthe Caron, g de 36 ans, n Arviny, district de
- Bar-sur-Ornain, ci-devant cur, demeurant Moulins, mme
- district;
-
- 6. Philippe Huguet, g de 30 ans, n Bruxelles, faiseur de
- bas, demeurant Paris, rue Pot-de-Fer;
-
- 7. Sylvain Hugault, g de 59 ans, n Bourges, ci-devant cur
- d'Issoudun, demeurant Issoudun, dpartement d'Indre-et-Loire.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 13 prairial (1er juin 1794), appert:
-
- 1. Alexandre Brillon-Saint-Cyr, g de 52 ans, n Paris, y
- demeurant, rue de Bercy, au Marais, ex-matre des comptes;
-
- 2. Louis-Joseph Germain, g de 38 ans, n Paris, y demeurant,
- rue des Bourdonnais, marchand d'toffes de soie;
-
- 3. Thomas-Augustin Bellet, g de 37 ans, n Paris, y
- demeurant, rue des Blancs-Manteaux, ci-devant auditeur des
- comptes;
-
- 4. Franois-Martin Chauvereau, g de 37 ans, n Tours,
- dpartement d'Indre-et-Loire, commis marchand chez Germain,
- demeurant Paris, rue Cloche-Perche;
-
- 5. Antoine-Charles Lherbette, g de 34 ans, n
- Sainte-Menehould, dpartement de la Haute-Marne, ci-devant agent
- de change, demeurant Paris, rue des Blancs-Manteaux;
-
- 6. Louis Bois-Mari, g de 23 ans, n Longny, district de
- Mortagne, dpartement de l'Orne, demeurant Paris, rue
- Jean-Fleury;
-
- 7. Jrme-Robert Millin du Perreux, g de 62 ans, n Nevers,
- dpartement de la Nivre, demeurant au Perreux, district de
- l'galit, dpartement de Paris, administrateur des loteries;
-
- 8. Jean Auger, g de 23 ans, n Paris, brigadier-fourrier au
- 8e rgiment de hussards, demeurant Chaillot;
-
- 9. Et Jacques-Adrien Mgard, g de 26 ans, n Ratville,
- dpartement de la Seine-Infrieure, agent de Thorelli,
- Napolitain, demeurant Paris, grande rue du faubourg Antoine.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Louis Martin-Brille, g de 30 ans, n Limay, dpartement de
- Seine-et-Oise, marchand de journaux, demeurant Paris, rue des
- Lavandires, n 191;
-
- 2. tienne Berthier, g de 43 ans, n Besanon, dpartement du
- Doubs, fondeur et doreur, demeurant Dijon;
-
- 3. Jean Levasseur, g de 38 ans, n Krienne, dpartement de la
- Seine-Infrieure, ex-cur de la commune de Laumont-la-Poterie,
- mme dpartement;
-
- 4. Et Jacques Serigny, g de 53 ans, n Bouillant, dpartement
- de la Cte-d'Or, ex-cur de la commune de Lumigny, mme
- dpartement, y demeurant.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 14 prairial (2 juin 1794), appert:
-
- 1. Bonaventure Ferrey, g de 32 ans, n Gray, dpartement de
- la Haute-Sane, demeurant Saint-Denis-sur-Sarton, dpartement
- de l'Orne, prtre chapelain de l'glise de Coutances, puis cur
- audit Saint-Denis;
-
- 2. Jean-Baptiste Barr, g de 68 ans, n et demeurant Paris,
- rue Coq-Hron, n 424, ci-devant procureur au Chtelet et avou;
-
- 3. Philippe Perrin, g de 26 ans, n Cognac, dpartement de la
- Charente, y demeurant, ngociant en eaux-de-vie;
-
- 4. Andr-Jacques-Salomon Daniau, g de 26 ans, n Cognac,
- demeurant Ecoigneux, district de Saintes, mme dpartement,
- agriculteur;
-
- 5. Valrie Marentin, femme Pasquet Saint-Projet, ge de 40 ans,
- ne la Rochefoucauld, dpartement de la Haute-Charente, y
- demeurant, et Perusel, campagne prs la Rochefoucauld; son mari
- garde du tyran;
-
- 6. Louis-Auguste-Franois Bongard-d'Aspremont, g de 68 ans, n
- au Val d'Arnois, district de Dieppe, dpartement de la
- Seine-Infrieure, demeurant Jaucourt, district des Andelys,
- dpartement de l'Eure, vivant de son bien, ex-noble et
- ex-marquis;
-
- 7. Louis Armand, g de 61 ans, n Lainville, dpartement de
- Seine-et-Marne, demeurant au Plessis-Mriot, dpartement de
- Seine-et-Marne, garde-chasse du ci-devant duc de Mortemart, et
- ensuite vigneron;
-
- 8. Jean-Franois-Clestin Lecocq, g de 30 ans, n Lille,
- dpartement du Nord, y demeurant, ci-devant clerc de notaire, et
- depuis boulanger;
-
- 9. Jean-Pierre Maindouze, g de 53 ans, n Toulouse,
- dpartement de la Haute-Garonne, demeurant Paris, rue du
- Thtre-Franais, commis en chef au bureau des affaires
- trangres;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Bernard-Louis Cassaigne, g de 41 ans, n Bziers,
- dpartement de l'Hrault, ex-vicaire de la ci-devant paroisse
- Saint-Nicolas des Champs, ensuite desservant de la commune de
- Luneray, prs Dieppe, dpartement de la Seine-Infrieure, y
- demeurant;
-
- 2. Marie-Joseph-Adrien Bourdet, g de 33 ans, n Saint-Valery,
- dpartement de l'Oise, ex-vicaire de la ci-devant paroisse
- Saint-Andr des Arts, Paris, rue du Cimetire-Andr;
-
- 3. Et Jean-Baptiste Dupain, g de 21 ans, marchand de bois, n
- et demeurant Paris, rue des Fosss-Saint-Bernard.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 15 prairial (3 juin 1794), appert:
-
- 1. Claude Lefranc, g de 54 ans, chirurgien appoint dans le 7e
- rgiment de hussards, n Ivry, prs Paris, dpartement de
- Seine-et-Marne, demeurant Paris, rue du Battoir;
-
- 2. Philippe Martin, g de 65 ans, n Delu, dpartement de la
- Meuse, y demeurant, et cordonnier;
-
- 3. Alexandre Cordelois, g de 36 ans, n Cambray, chirurgien,
- ci-devant adjudant gnral de la garde nationale du Quesnoy,
- demeurant Wettingue, dpartement du Nord;
-
- 4. Armand Quidet, g de 64 ans, n Nourval, dpartement des
- Ardennes, soldat invalide, demeurant Vouziers;
-
- 5. Et Jean-Joseph de Flandres, g de 58 ans, brigadier de la
- deuxime division de la gendarmerie, natif d'Hanappe, dpartement
- de l'Oise, demeurant Bouchain, dpartement du Nord.
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, 15 prairial (3 juin 1794), appert:
-
- 1. Louis-George Desrousseaux, g de 42 ans, n Sedan,
- dpartement des Ardennes, y demeurant, fabricant de draps,
- cultivateur, ex-maire de la commune de Sedan;
-
- 2. Jean-Baptiste-Delfine Le Gardeur, g de 52 ans, n Sedan, y
- demeurant, fabricant, membre de la municipalit de Sedan;
-
- 3. Franois-Pierre Le Gardeur, g de 60 ans, n Verdun,
- dpartement de la Meuse, ci-devant fabricant de draps, ci-devant
- notable de la commune de Sedan, prsident du tribunal de commerce
- et du bureau de paix de la mme commune, y demeurant;
-
- 4. Nicolas Rollin-Hussin pre, g de 63 ans, n Sedan, y
- demeurant, fabricant de draps et officier municipal de la mme
- commune;
-
- 5. Yvon-Georges-Jacques Saint-Pierre, g de 55 ans, n aux
- Aussieux, dpartement de la Seine-Infrieure, demeurant Sedan,
- vivant de son revenu, ci-devant officier municipal de la commune
- de Sedan;
-
- 6. Pierre-Charles Fournier, g de 42 ans, n Sedan, y
- demeurant, officier municipal de ladite commune et picier;
-
- 7. Jean-Baptiste Petit, fils, g de 50 ans, n Mzires,
- dpartement des Ardennes, mdecin, officier municipal de la
- commune de Sedan, y demeurant;
-
- 8. Louis-Franois Gigoux Saint-Simon, g de 61 ans, avant la
- rvolution aide-major de la place de Sedan, n Mesle,
- dpartement des Deux-Svres, officier municipal de la commune de
- Sedan, y demeurant;
-
- 9. Jean-Louis Lenoir Peyre, g de 39 ans, n Sedan,
- teinturier, et ci-devant procureur de la commune de Sedan, y
- demeurant;
-
- 10. Nicolas Waroguier, g de 62 ans, n Givet, district de
- Sainte-Menehould, ci-devant notable de la commune de Sedan, y
- demeurant;
-
- 11. Augustin Grosselin pre, g de 66 ans, marchand picier,
- ci-devant notable de la commune de Sedan, y demeurant;
-
- 12. Jean-Charles-Nicolas Lechanteur, g de 31 ans, n
- Brillangois, district de Sedan, brasseur, ci-devant notable de la
- commune de Sedan, et actuellement administrateur du district de
- Sedan, y demeurant;
-
- 13. Henri Mesmer, g de 52 ans, n Sedan, brasseur, ex-notable
- de la commune de Sedan, y demeurant;
-
- 14. tienne Henneci, g de 46 ans, n Sedan, libraire,
- ex-notable de la commune de Sedan, y demeurant;
-
- 15. Louis Edet-Jeames, g de 46 ans, n Sedan, y demeurant,
- charpentier, et ex-notable de la commune de Sedan;
-
- 16. tienne-Nicolas-Joseph Chayaux-Cailloux, g de 41 ans, n
- Sedan, y demeurant, brasseur, et ex-notable de la commune de
- Sedan;
-
- 17. Pierre Gibon-Vermon, g de 44 ans, n Sedan, y demeurant,
- brasseur, et ex-notable de la commune de Sedan;
-
- 18. Simon-Jacques Delatre, g de 44 ans, n Sedan, y
- demeurant, ex-notable de Sedan;
-
- 19. Louis Edet, g de 64 ans, n Sedan, y demeurant,
- menuisier, ex-notable de la commune de Sedan;
-
- 20. Jean-Baptiste Ludet pre, g de 64 ans, chef armurier, et
- ex-notable de la commune de Sedan;
-
- 21. Antoine-Charles Rousseau, g de 56 ans, n Paris,
- manufacturier de draps, ex-notable de la commune de Sedan, y
- demeurant;
-
- 22. Pierre Dalch pre, g de 63 ans, n Sedan, y demeurant,
- orfvre, ex-notable de la commune de Sedan;
-
- 23. Herms Servais, g de 66 ans, n Francquemont,
- manufacturier de poles, ex-notable de la commune de Sedan, y
- demeurant;
-
- 24. Michel Nol, dit Laurent, g de 63 ans, n Sedan, y
- demeurant, confiseur, et officier municipal de la commune de
- Sedan;
-
- 25. Louis-Joseph Bchet, g de 60 ans, n Sedan,
- manufacturier, ex-officier municipal de la commune de Sedan,
- demeurant Philippeville;
-
- 26. Paul-Stanislas-douard Bchet, g de 38 ans, n Sedan,
- fabricant de draps, administrateur et receveur de l'hpital de la
- mme commune, et ci-devant officier municipal, demeurant Sedan;
-
- 27. Et Claude Faussois, g de 65 ans, n Montfaucon, district
- de Chteau-Thierry, dpartement de la Marne, traiteur, ex-notable
- de la commune de Sedan, demeurant Lagny-Baugny, dpartement
- des Ardennes.
-
-Avoir t condamns la peine de mort, et ordonn que l'excution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
-cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.
-
-Par procs-verbal dress par Chasteau, huissier du tribunal
-rvolutionnaire, le 15 prairial, appert avoir t constat que le
-jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
-Rvolution de cette ville, o lesdits susnomms ont t mis mort.
-
-Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 16 prairial an II (4 juin 1794), appert:
-
- Le tribunal criminel du dpartement de Paris a condamn la
- peine de mort Charles Le Brun, g de 40 ans, natif de Chelles,
- dpartement de Seine-et-Marne, sans tat, demeurant rue
- Bourtibourg, n 15, convaincu de complicit de fabrication et
- mission de faux assignats.
-
-Il a t excut le mme jour, 8 heures 25 minutes du soir, sur la
-_place de la Maison commune_, en prsence de Heurtin, l'un des
-huissiers du tribunal, qui en a dress procs-verbal.
-
-Certifi vritable et dlivr par moi, Le Bois, accusateur public
-du tribunal criminel du dpartement de Paris,
-
- LE BOIS.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. Franois-Dauphin Goursac, g de 61 ans, n Chassenuit,
- district de la Rochefoucauld, dpartement de la Charente,
- ex-noble, ci-devant chevau-lger, retir lieutenant de cavalerie,
- demeurant la Rochefoucauld;
-
- 2. Thrse Thomas, veuve de Franois Goursac, aussi ex-noble,
- ge de 80 ans, ne Augoulme, demeurant Goursac;
-
- 3. Jeanne-Dauphin Goursac, fille ge de 54 ans, ne
- Chasseneuil, demeurant Goursac, ex-noble;
-
- 4. Jacquette Gonin, femme divorce de Pasquier Larevenchre, ge
- de 43 ans, ne Chasseneuil, demeurant la Rochefoucauld;
-
- 5. Jacques Clment, g de 41 ans, n Derac, district
- d'Angoulme, ci-devant cur de Vervant, district de la
- Rochefoucauld, y demeurant;
-
- 6. Jacques-Dauphin Lapeyre, ex-noble, g de 53 ans, n
- Roussine, district de la Rochefoucauld, cultivateur, demeurant
- Breuil;
-
- 7. Et Marie-Louise Dufour, fille ge de 66 ans, ne Limoges,
- femme de compagnie de Goursac, demeurant Chasseneuil.
-
-Avoir t condamns la peine de mort, etc. Procs-verbal d'excution
-dress par Auvray, huissier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, appert:
-
- 1. tienne-Michel Le Duc Bieville, g de 69 ans, ex-noble,
- ex-conseiller au ci-devant parlement de Rouen, et ex-gentilhomme
- de la chambre du tyran, n Rouen, dpartement de Seine-et-Oise
- (_sic_), demeurant Paris, rue Grange-Batelire;
-
- 2. Antoine-Louis Le Duc Bieville fils, g de 27 ans, ex-noble et
- lieutenant dans le ci-devant rgiment de chasseurs des Vosges, n
- Paris, demeurant Belleville, prs Paris;
-
- 3. Jean-Franois Du Fouleur, g de 38 ans, n Paris, demeurant
- rue Montmartre, notaire;
-
- 4. Jean-Jacques Meynard, g de 46 ans, commis la comptabilit,
- n Alby, dpartement du Tarn, demeurant Paris, rue
- Montmartre;
-
- 5. Alexis Moreuil, g de 49 ans, ex-matre d'htel du ci-devant
- duc de la Marck, employ la liquidation des dettes de la
- Commune de Paris, n Ferrires, dpartement de la Somme,
- demeurant Paris, rue Faubourg-Honor;
-
- 6. Nicolas-Toussaint Leteneur, g de 64 ans, ex-noble et
- ex-chevalier du ci-devant ordre Saint-Louis, n Breteuil,
- dpartement de l'Oise, demeurant Versailles;
-
- 7. Bernard Sauriel, g de 33 ans, ex-lieutenant d'une compagnie
- de volontaires du 4e bataillon de la Meurthe, Laronne,
- dpartement de la Meurthe, demeurant au dpt, Nancy;
-
- 8. Jean-Franois Thirial, g de 40 ans, ex-constituant, mdecin,
- n Compigne, dpartement de l'Oise, demeurant Versailles;
-
- 9. Grgoire-Philippe Lorenzo, g de 29 ans, homme de lettres,
- fonctionnaire public Bruxelles comme commissaire, n
- Dunkerque, dpartement du Nord;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 17 prairial (5 juin 1794), appert:
-
- 1. lisabeth-Marie Guiller, femme de Thomas Guiller, dit _Nonac_,
- ex-noble et ex-secrtaire du tyran, ge de 45 ans, ne
- Chteauneuf, dpartement d'Eure-et-Loir, demeurant
- Choisy-sur-Seine;
-
- 2. Jean-Antoine Mraud, n l'cluse, dpartement du
- Puy-de-Dme, demeurant la Meilleraye, dpartement de la Sarthe,
- ex-cur constitutionnel dudit lieu;
-
- 3. Louis-Henri Villeneuve-Trans, g de 59 ans, n Marseille,
- dpartement des Bouches-du-Rhne, ex-noble et ex-colonel du
- ci-devant rgiment de Roussillon infanterie, demeurant Paris,
- rue Vivienne, n 4.
-
- 4. Joseph Daigue, domestique du ci-devant duc de Luxembourg, g
- de 32 ans, n Pacy, dpartement du Mont-Blanc, demeurant
- Paris, rue Martin, section des Amis de la patrie;
-
- 5. Paul Mezeray, g de 45 ans, n Montargis, dpartement du
- Loiret, demeurant Paris, rue Roqupine, employ aux domaines
- nationaux;
-
- 6. Et Marie-Madeleine Perrier, veuve Fontenay, ex-noble, ge de
- 57 ans, ne Villiers, dpartement de l'Orne, demeurant
- Vincennes, dpartement de Paris;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 18 prairial (6 juin 1794), appert:
-
- 1. Charles-Franois Mercier d'Aubeville, g de 69 ans, ci-devant
- prsident de l'lection de Pithiviers, juge du tribunal du
- district de Pithiviers, demeurant audit lieu;
-
- 2. Thomas Roustat, g de 57 ans, cultivateur, garde-bois du
- ci-devant Terray, n Quincy, dpartement de l'Aube, demeurant
- Lamotte, mme dpartement;
-
- 3. Jean Rolland, g de 40 ans, n Lamotte, dpartement de
- l'Aube, y demeurant;
-
- 4. Jean Vaudier-Dock, g de 25 ans, serrurier, n Bruges,
- Flandre, y demeurant; dserteur autrichien;
-
- 5. Jacques Dauphin-Chadebeau, g de 43 ans, manouvrier, natif de
- la Paque, dpartement de la Charente, demeurant Goursac, mme
- dpartement;
-
- 6. Anglique Jacquemont, veuve Padel, ge de 49 ans, travaillant
- en linge, ne Saint-Brie, dpartement de l'Yonne, demeurant
- Pointe-Eustache;
-
- 7. Nicolas Vial, g de 71 ans, n Commune-Affranchie,
- dpartement de Rhne-et-Loire, demeurant Charenton, prs Paris,
- ancien ngociant;
-
- 8. Victoire Leclerc, veuve Labathie, ge de 34 ans, ne
- Compigne, demeurant Vitry-sur-Marne, dpartement de la Marne;
-
- 9. Et Denise-lisabeth Marchais, femme Vial, ge de 53 ans, ne
- Paris, demeurant Charenton;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du mme jour 18 prairial an II (6 juin 1794), appert:
-
- 1. Franois-Joseph-lisabeth Thomas Lavalette, g de 39 ans, n
- Paris, ex-vicomte, ex-officier au ci-devant rgiment des gardes
- franaises en qualit de lieutenant en second, demeurant Paris,
- section Le Pelletier, n 171;
-
- 2. Joseph Aboulin, g de 39 ans, n Cassade, district de
- Montauban, dpartement du Lot, lieutenant au 18e rgiment de
- dragons, y demeurant ordinairement;
-
- 3. Joseph Fournier, g de 31 ans, n Burillier, district de
- Montagnac, dpartement de la Dordogne, y demeurant, ex-cur
- constitutionnel et instituteur;
-
- 4. Thomas Delainey, g de 17 ans, Irlandais, dserteur du 9e
- rgiment, domicili Paris;
-
- 5. Patrice Roden, g de 28 ans, tisserand, n en Irlande, soldat
- dserteur dans le rgiment de Berne;
-
- 6. Pierre-Jacques Soubry, g de 33 ans, laboureur, n dans la
- Flandre autrichienne;
-
- 7. Albert Calvert, g de 28 ans, n Bruges, en Flandre, y
- demeurant, charpentier;
-
- 8. Joseph Forrest, g de 27 ans, n Bruges, y demeurant,
- crivain;
-
- 9. Jacques Mordolk, g de 20 ans, perruquier, n en cosse,
- valet de chambre du comte de Notriock;
-
- 10. Guillaume-Jacques Cousin, g de 45 ans, n Rouen,
- dpartement de la Seine-Infrieure, demeurant Paris, rue de la
- Loi, n 206;
-
- 11. William Newton, g de 33 ans, n en Angleterre, colonel de
- cavalerie l'cole militaire, demeurant Paris, rue de la Loi;
-
- 12. Et lisabeth-Franoise Forceville, ge de 42 ans, ne
- Forceville, district d'Amiens, dpartement de la Somme, ex-noble,
- demeurant Paris, rue de l'Observatoire;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chasteau.
-
-Pour extrait conforme: NEIROT, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 19 prairial an II (7 juin 1794), appert:
-
- 1. Pierre Lecointre, g de 18 ans et demi, volontaire dans le
- 10e rgiment d'artillerie lgre, n Saint-Jouy, dpartement de
- la Seine-Infrieure, y demeurant;
-
- 2. Guillaume Thezut, g de 38 ans, ex-noble, n Aumont,
- dpartement de Sane-et-Loire, y demeurant;
-
- 3. Louis Le Coq, g de 30 ans, n Balancourt, dpartement de
- Seine-et-Oise, potier de terre, et ci-devant domestique de
- Roland, ex-ministre, demeurant Paris, rue de la Tannerie;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Tavernier.
-
-NEIROT, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Du mme jour, 19 prairial (7 juin 1794), appert:
-
- 1. Charles-Franois, dit Cadet, g de 37 ans, n
- Boissy-sur-Marne, dpartement de Seine-et-Marne, cultivateur,
- demeurant Champoget, mme dpartement;
-
- 2. Antoine Rayer, g de 34 ans, n aux Granges, commune dudit
- Boissy, y demeurant, cultivateur;
-
- 3. Pierre-Louis Bachelier, g de 44 ans, n Doux, dpartement
- de Seine-et-Marne, y demeurant, cultivateur;
-
- 4. Remy Lecinque, g de 50 ans, n Nancy, dpartement de la
- Meurthe, commissaire aux ventes, demeurant Paris, rue de
- Touraine, n 3;
-
- 5. Pierre-Nicolas Domont, g de 36 ans, n Louvancourt,
- dpartement de la Somme, employ l'administration des domaines
- nationaux;
-
- 6. Joseph-Simon Larget, g de 31 ans, n Ongelat, dpartement
- du Jura, employ l'administration des domaines nationaux,
- demeurant Paris, rue Chabannais;
-
- 7. Nicolas-Pierre Boucher, g de 45 ans, n Bar-sur-Bugency, y
- demeurant, notaire et ex-administrateur du dpartement des
- Ardennes;
-
- 8. Jacques Chauzy, g de 63 ans, n Vaud, dpartement des
- Ardennes, y demeurant, cultivateur et ex-administrateur dudit
- dpartement;
-
- 9. Jean-Baptiste-Antoine Bourgeois, g de 34 ans, n Mzires,
- dpartement de la Meurthe, y demeurant, administrateur du
- dpartement des Ardennes;
-
- 10. Jean-Sulpice Gromaire, g de 56 ans, n Chomery,
- dpartement des Ardennes, y demeurant, notaire et
- ex-administrateur du dpartement des Ardennes;
-
- 11. tienne Deshayes, g de 43 ans, n Rethel, dpartement des
- Ardennes, y demeurant, homme de loi, procureur gnral syndic du
- dpartement des Ardennes;
-
- 12. Henry Dessaulty, g de 43 ans, n Bierne, dpartement des
- Ardennes, ex-noble, cultivateur, membre du conseil gnral dudit
- dpartement, demeurant Montlaurent;
-
- 13. Pierre Namur, g de 60 ans, n Lugny (?), dpartement des
- Ardennes, y demeurant, cultivateur, administrateur dudit
- dpartement;
-
- 14. Jean Legrand, g de 45 ans, n Gouvellemont, dpartement
- des Ardennes, y demeurant, ex-administrateur dudit dpartement,
- cultivateur;
-
- 15. Jean-Jacques Le Maire, g de 66 ans, n Sainte-Menehould,
- dpartement des Ardennes, cultivateur, ex-administrateur dudit
- dpartement, demeurant Champigneul;
-
- 16. Jean-Baptiste Blay, g de 29 ans, n Wernencourt,
- dpartement des Ardennes, y demeurant, laboureur,
- ex-administrateur dudit dpartement;
-
- 17. Claude-Jean-Baptiste Grard, g de 49 ans, n Mouzon,
- dpartement des Ardennes, ex-administrateur dudit dpartement,
- demeurant Sedan;
-
- 18. Marie-Claude-Gabriel Grard, g de 34 ans, n audit Mouzon,
- district de Sedan, demeurant audit Sedan, homme de loi,
- ex-administrateur du dpartement des Ardennes;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 23 prairial (11 juin 1794), appert:
-
- 1. tienne-Hubert-Bonaventure Chaput-Dubost, g de 54 ans, n
- Cusset, dpartement de l'Allier, ex-subdlgu, ex-procureur du
- tyran, et depuis son commissaire prs le tribunal dudit Cusset;
-
- 2. Jeanne-Danielle Teyras, femme Chaput-Dubost, ge de 52 ans,
- demeurant Cusset;
-
- 3. Claude-Gilbert Chaput-Dubost, dit Champcourt, g de 26 ans,
- sans tat, n et demeurant Cusset;
-
- 4. Cosme-Marie Chaput-Dubost, g de 24 ans, sans tat, n et
- demeurant Cusset;
-
- 5. Denis Courtin, g de 58 ans, n Saint-James, dpartement du
- Cher, brigadier de la 32e division de gendarmerie, demeurant
- Paris, rue du Thtre-Franais, n 7;
-
- 6. Nicolas Jaunin, g de 72 ans, n Dijon, dpartement de la
- Cte-d'Or, gagne-denier, demeurant Paris, rue Montorgueil;
-
- 7. Bon-Jacques-Ren Hbert, g de 23 ans, n Paris, y
- demeurant, rue des Tournelles, n 38, entrepreneur des bois de
- chauffage pour l'arme;
-
- 8. Lambert Lamandin, g de 38 ans, n Consart, district
- d'Avesnes, dpartement du Nord, marchand de chevaux et de bois,
- fournisseur pour l'arme;
-
- 9. Saint-Clair Rouillon, g de 19 ans, prpos au bois de
- chauffage, n Alenon, y demeurant;
-
- 10. Gabriel Gurin-Lucas, g de 41 ans, n Chteauroux,
- actuellement _Indreville_, y demeurant, fournisseur
- soumissionnaire pour l'quipement des volontaires d'Indreville;
-
- 11. Et Pierre Robert, g de 37 ans, n Saint-Georges-sur-Cher,
- demeurant Paris, rue Saint-Gilles, au Marais, n 91;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 29 prairial an II (17 juin 1794), appert:
-
- 1. Henry Admiral, g de 50 ans, natif de Auzolet, dpartement du
- Puy-de-Dme, domicili Paris, rue Favart, n 4, ci-devant
- domestique, ensuite attach la loterie ci-devant royale en
- qualit de garon de bureau;
-
- 2. Franois Cardinal, instituteur et matre de pension, g de 40
- ans, natif de Bussire, dpartement de la Haute-Marne, domicili
- Paris, rue de Tracy, n 7;
-
- 3. Pierre-Balthasard Roussel, g de 26 ans, natif de Paris, y
- domicili, rue Helvtius, n 70;
-
- 4. Marie-Susanne Chevalier, ge de 34 ans, native de
- Saint-Sauvan, dpartement de la Vienne, domicilie Paris, rue
- Chabannais, n 47, femme spare depuis trois ans de......
- Lamartinire;
-
- 5. Claude Paindavoine, g de 53 ans, natif de Lpine,
- dpartement de la Marne, domicili Paris, rue
- Neuve-des-Petits-Champs, n 19, concierge de la maison des
- ci-devant loteries;
-
- 6. Aime-Ccile Renault, ge de 20 ans, native de Paris, y
- domicilie, rue de la Lanterne, fille d'Antoine Renault et
- de......;
-
- 7. Antoine Renault, papetier et cartier, g de 92 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue de la Lanterne, section de la Cit;
-
- 8. Antoine-Jacques Renault, papetier, g de 31 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue de la Lanterne.....;
-
- 9. Edme-Jeanne Renault, ex-religieuse, ge de 60 ans, native de
- Paris, y domicilie, rue Babylone, n 698;
-
- 10. Jean-Baptiste Porteboeuf, g de 43 ans, natif de Thoir,
- dpartement de la Seine-Infrieure, domicili Paris, rue
- Honor, n 510;
-
- 11. Andr Saintanac, lve en chirurgie et employ l'hpital
- militaire de Choisy-sur-Seine, g de 22 ans, natif de Bordeaux,
- dpartement de Bec d'Ambs, domicili audit Choisy, et
- prcdemment Paris, rue Quincampoix, maison garnie, ci-devant
- dite de la Couronne;
-
- 12. Anne-Madeleine-Lucile Parmentier, ge de 52 ans, native de
- Clermont, dpartement de l'Oise, domicilie Paris, rue Honor,
- n 510; marie Alexandre Lemoine Crcy;
-
- 13. Franois Lafosse, chef de la surveillance de police de Paris,
- g de 44 ans, natif de Versailles, dpartement de
- Seine-et-Oise, domicili Paris, rue du Faubourg-du-Temple, n
- 32;
-
- 14. Jean-Louis-Michel Devaux, employ, g de 29 ans, natif de
- Doullens, dpartement de la Somme, domicili Paris, rue Barbe,
- section de Bonne-Nouvelle;
-
- 15. Louis-Eustache-Joseph Potier (Delille), g de 44 ans, natif
- de Lille, dpartement du Nord, domicili Paris, rue Favart,
- imprimeur et membre du comit rvolutionnaire de la section
- Lepelletier;
-
- 16. Franois-Charles Virot Sombreuil, ex-gouverneur des
- Invalides, g de 74 ans, natif de Insishain (_sic_), dpartement
- du Haut-Rhin, domicili la maison nationale des Invalides;
-
- 17. Stanislas Virot Sombreuil, g de 26 ans, natif de
- Lechoisier, dpartement de la Haute-Vienne, domicili Poissy,
- ex-capitaine de hussards et ex-capitaine de la garde nationale de
- Poissy;
-
- 18. Jean-Guet Henoc Rohan-Rochefort, ex-noble, domicili
- Rochefort, dpartement de la Charente-Infrieure;
-
- 19. Pierre Laval-Montmorency, ex-noble, g de 25 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue du Bac;
-
- 20. tienne Jardin, g de 48 ans, natif de Versailles,
- dpartement de Seine-et-Oise, domicili Paris, rue Cadet,
- directeur des transports militaires depuis la rvolution, et
- avant piqueur du tyran;
-
- 21. Charles-Marie-Antoine Sartine, ex-matre des requtes, g de
- 34 ans, natif de Paris, y domicili, rue Vivienne, fils de.....;
-
- 22. Barthlemy Constant, gendarme, g de 42 ans, natif de
- Grasse, dpartement du Var, domicili Paris, rue du
- Faubourg-Martin, n 185;
-
- 23. Joseph-Henry Burlandeux, ex-officier de paix, g de 39 ans,
- natif de Saullier, dpartement du Var, domicili Paris, rue du
- Faubourg-Martin, n 64;
-
- 24. Louis-Marie-Franois Saint-Mauris de Montbarey, ex-prince et
- ancien militaire, g de 38 ans, natif de Paris, y domicili,
- faubourg Honor, n 49;
-
- 25. Joseph-Guillaume Lescuyer, musicien, g de 46 ans, natif
- d'Antibes, dpartement du Var, domicili Paris, rue
- Poissonnire, n 16;
-
- 26. Achille Viart, ci-devant militaire, g de 51 ans, natif
- de....., en Amrique, domicili Mariac, dpartement de Bec
- d'Ambs;
-
- 27. Jean-Louis Biret Tissot, domestique de la femme Grandmaison,
- g de 35 ans, natif de Paris, y domicili, rue de Mesnard;
-
- 28. Thodore-Jauge, banquier, g de 47 ans, natif de Bordeaux,
- dpartement de Bec d'Ambs, domicili Paris, rue du Mont-Blanc;
-
- 29. Catherine-Susanne Vincent, ge de 45 ans, native de Paris, y
- domicilie, rue de Mesnard, marie ..... Gryois;
-
- 30. Franoise-Augustine Santuare, ge de 40 ans, native de l'le
- Bourbon, en Afrique, domicilie Marefosse, dpartement de la
- Seine-Infrieure, marie ..... Desprmenil;
-
- 31. Charles-Armand-Augustin Depont, ex-noble, g de 49 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue Notre-Dame-des-Champs;
-
- 32. Joseph-Victor Cortey, picier, g de 37 ans, natif de
- Symphorien, dpartement de la Loire, domicili Paris, rue de la
- Loi;
-
- 33. Franois Paumier, ci-devant marchand de bois, g de 39 ans,
- natif de Aunay, dpartement de la Nivre;
-
- 34. Jean-Franois Deshayes, g de 68 ans, natif de Herserange,
- dpartement de la Moselle, domicili Luon, marchand et membre
- du comit de surveillance dudit lieu;
-
- 35. Franois-Augustin Ozanne, ex-officier de paix, g de 40 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue de la Vieille-Monnaie;
-
- 36. Charles-Franois-Ren Duhardaz Dauteville, ex-noble, g de
- 23 ans, natif du Mans, dpartement de la Sarthe, domicili
- Paris, rue Basse-du-Rempart, n 20;
-
- 37. Louis Comte, ngociant, g de 49 ans, natif de Varennes,
- dpartement de Sane-et-Loire, domicili Paris, rue Thomas du
- Louvre, grande maison de France;
-
- 38. Jean-Baptiste Michonis, limonadier et ex-administrateur de
- police, g de 59 ans, natif de Paris, y domicili;
-
- 39. Philippe-Charles-lyse Baussancourt, sous-lieutenant de
- carabiniers, g de 27 ans, natif de Vitry-le-Franais;
-
- 40. Louis Karadec, agent de change, g de 45 ans, natif de
- Lisieux, dpartement du Calvados, domicili Paris, rue du
- Faubourg-du-Temple;
-
- 41. Thodore Marsan, g de 27 ans, natif de Toulouse,
- dpartement de la Haute-Garonne, domicili Paris, rue de Clry,
- n 95;
-
- 42. Nicolas-Joseph Egre, brasseur, g de 40 ans, natif de
- Cateau-Cambrsis, dpartement du Nord, domicili Suresnes,
- dpartement de Paris;
-
- 43. Henri Menil-Simon, ci-devant capitaine de cavalerie, g de
- 53 ans, natif de Buley, dpartement de la Nivre, domicili
- Vigneux, dpartement de Seine-et-Oise;
-
- 44. Jeanne-Franoise-Louise Demier Sainte-Amarante, ge de 42
- ans, native de Saintes, dpartement de la Charente, domicilie
- Cercy, dpartement de Seine-et-Oise;
-
- 45. Charlotte-Rose Sainte-Amarante, ge de 19 ans, native de
- Paris, domicilie Cercy, dpartement de la Nivre, marie
- Sartine;
-
- 46. Louis Sainte-Amarante, g de 17 ans, natif de Paris,
- domicili Cercy;
-
- 47. Gabriel-Jean-Baptiste Briel, ex-prtre, g de 56 ans, natif
- de Montier-sur-Faulx, dpartement du Mont-Blanc, domicili
- Arcueil, et auparavant Paris, rue Helvtius;
-
- 48. Marie Grandmaison, ci-devant Buret, ci-devant actrice des
- Italiens, ge de 27 ans, native de Blois, dpartement de
- Loir-et-Cher, domicilie Paris, rue Mesnard, n 7;
-
- 49. Marie-Nicole Bouchard, ge de 18 ans, native de Paris, y
- domicilie, rue Mesnard, n 7;
-
- 50. Jean-Baptiste Marino, peintre en porcelaine, administrateur
- de police, g de 37 ans, natif de Sceaux, district du Bourg de
- l'galit, domicili Paris, rue Helvtius;
-
- 51. Nicolas-Andr-Marie Froidure, ex-administrateur de police,
- g de 29 ans, natif de Tours, dpartement d'Indre-et-Loire,
- domicili Paris, rue Honor, n 91;
-
- 52. Antoine-Prosper Souls, ex-administrateur de police et
- officier municipal, g de 31 ans, natif de Avize, dpartement de
- la Marne, domicili Paris, rue Taranne, n 38.
-
- 53. Franois Dang, ex-administrateur de police, g de 47 ans,
- natif de Chesey, dpartement de Cher-et-Loir, domicili Paris,
- rue de la Roquette, n 36;
-
- 54. Marie-Maximilien-Hercule Rosset, se disant comte de
- Fleury[142], g de 23 ans, domicili Paris.
-
-[Note 142: Le jeune comte de Fleury avait t, en 1793, envoy comme
-suspect dans la prison du Luxembourg. Il conservait, quoique dtenu,
-toute la gaiet, tous les gots de son ge, et jouait pendant une
-bonne partie de la journe la balle et aux barres dans la cour du
-Luxembourg. Ayant vu prir presque toute sa famille, il crivit au
-prsident du tribunal rvolutionnaire le billet suivant, que deux ou
-trois feuilles du temps ont publi: Homme de sang, gorgeur,
-cannibale, monstre, sclrat, tu as fait prir ma famille; tu vas
-envoyer l'chafaud ceux qui paraissent aujourd'hui devant ton
-tribunal; tu peux me faire subir le mme sort, car je te dclare que
-je partage leurs sentiments. Dumas dit Fouquier en lui prsentant
-le petit papier: Voil le billet doux qu'on m'crit; je t'invite en
-prendre lecture; que faut-il rpondre celui qui me l'adresse?--Ce
-monsieur me parat press, rpond l'accusateur public; eh bien, nous
-allons le satisfaire. Des gendarmes tout aussitt furent chercher ce
-jeune homme, que l'on fit monter sur les gradins avec cinquante-trois
-personnes accuses d'tre les assassins ou les complices des assassins
-de Collot d'Herbois ou de Maximilien Robespierre. Il n'en connaissait
-aucun. Il n'en fut pas moins, comme les autres, conduit l'chafaud
-en chemise rouge.]
-
-Avoir t condamns la peine de mort, etc. Procs-verbal
-d'excution, en date du 29 prairial.
-
- _Sign_: LCRIVAIN, greffier.
- CLAUDE-ANTOINE DELTROIT, officier public.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 4 messidor (22 juin 1794), appert:
-
- 1. Thomas-Thrse Vanyer, g de 61 ans, n Paris, ex-chanoine
- de Saint-Quentin, dpartement des Ardennes, y demeurant;
-
- 2. Pierre-Alexandre Lhuillier, g de 33 ans, n et demeurant
- Paris, rue de Vendme, receveur des rentes;
-
- 3. Remy Carra, g de 26 ans, chapelier, n Saint-Chamond,
- dpartement de Loire, demeurant Paris, rue Marguerite,
- ex-marchal des logis de la 3e compagnie de la lgion allobroge;
-
- 4. Jean-Baptiste Calmar, g de 20 ans, marchand de rubans, n
- Bonnet-la-Montagne, dpartement de Loire, demeurant commune
- d'Armes, ci-devant Saint-tienne;
-
- 5. Jean Blanc, g de 57 ans, quincaillier, n la Montagne,
- dpartement de l'Aveyron, y demeurant;
-
- 6. Jean-Antoine Tricot, g de 55 ans, n Paris, y demeurant,
- rue Jacob, ex-prtre, chanoine de Saint-Quentin, dpartement des
- Ardennes;
-
- 7. Et Franois-Ren Cucu d'Hrouville, g de 69 ans, n et
- demeurant Paris, section des Droits de l'Homme, contrleur des
- rentes et receveur de l'Htel-Dieu;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Le passage quotidien des charrettes du tribunal rvolutionnaire par la
-longue rue Saint-Honor, jusqu' la rue Royale, fatiguait depuis
-longtemps ces quartiers populeux, saisis de dgot et d'horreur, et,
-chaque jour, obligs de fermer leurs boutiques. Les plaintes des
-habitants, la fin, avaient t coutes. Le 21 prairial (9 juin
-1794), les bires vivantes (c'est ainsi qu'on appelait les charrettes
-qui conduisaient les condamns la mort) avaient t diriges sur la
-place Antoine, o la guillotine s'tait installe, sur le terrain de
-la Bastille. Elle n'y fonctionna que trois jours: elle eut toutefois
-le temps d'y recevoir sept fournes; puis, sur les rclamations des
-citoyens du quartier, le fatal instrument dut s'loigner encore
-jusqu' cette porte de Paris qu'on appela, cette poque, tour tour
-la barrire du ci-devant Trne, ou du Trne renvers, ou place de la
-Dchance, et enfin barrire de Vincennes. Il y eut une seule
-exception faite le 4 messidor (22 juin 1794) pour la construction de
-l'chafaud sur l'ancienne place Louis XV.
-
-On comprend que les solennelles immolations de la grande journe du 10
-thermidor, et celles qui devaient suivre, exigeassent une mise en
-scne plus grandiose et un plus formidable appareil: les vainqueurs ne
-ngligrent rien pour offrir cette satisfaction aux vaincus.
-
-_Excution du 10 thermidor an II_ (28 juillet 1794).
-
- 1. Maximilien Robespierre, g de 35 ans, natif d'Arras,
- domicili Paris, rue Honor, section des Piques;
-
- 2. Georges Couthon, g de 38 ans, natif d'Orzay, dpartement du
- Puy-de-Dme, domicili Paris, cour du Mange;
-
- 3. Louis-Jean-Baptiste-Thomas Lavalette, g de 40 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue Honor, n 320;
-
- 4. Franois Hauriot, g de 35 ans, natif de Nanterre, prs
- Paris, domicili Paris, rue de la Clef;
-
- 5. Ren-Franois Dumas, g de 37 ans, natif de Jussey,
- dpartement de la Haute-Sane, domicili Paris, rue de
- Seine-Germain, maison de convenance;
-
- 6. Antoine Saint-Just, g de 26 ans, natif de Lis, dpartement
- de la Nivre, domicili Paris, rue Caumartin, n 3;
-
- 7. Claude-Franois Payan, g de 27 ans, natif de
- Saul-les-Fontaines, dpartement de la Drme, domicili Paris,
- rue de la Libert, section de Marat;
-
- 8. Jacques-Claude Bernard, g de 34 ans, domicili Paris, rue
- Bernard, section de Montreuil;
-
- 9. Adrien-Nicolas Gobeau, g de 26 ans, natif de Vincennes,
- dpartement de Paris, domicili Paris, rue de la Chaise, n
- 530, section de la Croix-Rouge;
-
- 10. Antoine Gency, profession de tonnelier, g de 23 ans, natif
- de Reims, dpartement de la Marne, domicili Paris, rue de
- Lourcine, faubourg Marcel;
-
- 11. Nicolas-Joseph Vivier, g de 50 ans, natif de Paris, y
- domicili, rue Germain-Musum;
-
- 12. Jean-Baptiste-Edmond Lescot-Fleuriot, profession artiste, g
- de 43 ans, natif de Bruxelles, domicili Paris, la mairie;
-
- 13. Antoine Simon, cordonnier, g de 58 ans, natif de Troyes,
- dpartement de l'Aube, domicili Paris, rue Marat, n 32;
-
- 14. Denis-tienne Laurent, g de 32 ans, natif de Paris, y
- domicili, rue Gt-le-Coeur, n 13;
-
- 15. Jacques-Louis-Frdric Wouarne, g de 29 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue de l'Hirondelle, n 10;
-
- 16. Jean-tienne Forestier, profession fondeur, g de 47 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue du Pltre-Avoye;
-
- 17. Augustin-Bon-Joseph Robespierre, natif d'Arras, domicili
- Paris, rue Florentin;
-
- 18. Nicolas Gurin, profession receveur la ville, g de 52
- ans, natif de Beaumont-sur-Orne, dpartement du Calvados,
- domicili Paris, rue du Faubourg-Montmartre, n 50;
-
- 19. Jean-Baptiste-Mathieu Dhazard, profession perruquier, g de
- 36 ans, natif de Paris, y domicili, rue Honor, n 101, section
- des Gardes-Franaises;
-
- 20. Christophe Cochefer, profession tapissier, natif de Gonesse,
- dpartement de Seine-et-Oise, domicili Paris, rue Merry, n
- 413;
-
- 21. Charles-Jacques-Mathieu Bougon, g de 57 ans, natif de
- Trouville, dpartement du Calvados, domicili Paris, rue
- Lazare, n 64, section du Mont-Blanc;
-
- 22. Jean-Marie Quenet, profession marchand de bois, natif de
- Commune-Affranchie, domicili Paris, rue de la Mortellerie, n
- 78;
-
- Avoir t condamns la peine de mort, etc. Procs-verbal
- d'excution dress par Neirot, commis greffier.
-
-Pour extrait conforme, TRIAL, officier public.
-
- * * * * *
-
-_Excution du 11 thermidor an II_ (29 juillet 1794).
-
-Le lendemain, la fourne fut plus considrable: les vainqueurs, qui
-avaient d'abord frapp leurs ennemis les plus redouts, avaient eu le
-temps de faire des dsignations plus nombreuses, et d'atteindre la
-plupart des membres de la Commune, qui avait longtemps prvalu contre
-la Convention. Le lecteur trouvera dans ces listes les noms de
-plusieurs commissaires du Temple.
-
- 1. Bertrand Arnaud, secrtaire et membre du conseil gnral de la
- Commune, g de 55 ans, natif de Tigne, dpartement du
- Mont-Blanc, domicili Paris, rue Favart, n 4;
-
- 2. Jean-Baptiste Crpin Taillebot, profession maon, g de 58
- ans, natif de Jouy-le-Peuple, dpartement de Seine-et-Oise,
- domicili Paris, rue du Faubourg-du-Temple;
-
- 3. Servais-Baudoin Boullanger, profession joaillier, g de 38
- ans, natif de Lige, domicili Paris, rue Honor, n 59;
-
- 4. Prosper Sijas, profession commis, g de 35 ans, natif de
- Vire, dpartement du Calvados, domicili Paris, rue
- Grange-Batelire, n 21;
-
- 5. Pierre Remy, profession tabletier, g de 45 ans, natif de
- Chaumont, dpartement de la Haute-Marne, domicili Paris, rue
- Louis, n 595, section de l'Indivisibilit;
-
- 6. Claude-Antoine Deltroit, profession meunier, g de 43 ans,
- natif de Pontoise, dpartement de Seine-et-Oise, domicili
- Paris, quai de la Mgisserie, n 21;
-
- 7. Jean-Guillaume-Franois Vaucanu, profession mercier, g de 37
- ans, natif de Germain-de-Montgommery, dpartement du Calvados,
- domicili Paris, rue du Monceau;
-
- 8. Claude Bigant, profession peintre, g de 40 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue des Boulangers-Victor, n 5, section des
- Sans-Culottes;
-
- 9. Jean-Charles Lesire, profession cultivateur, g de 48 ans,
- natif de Rosay, dpartement de Seine-et-Marne, domicili Paris,
- quai de l'Union, section de la Fraternit;
-
- 10. Jean-Baptiste-Emmanuel Legendre, g de 62 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue de la Monnaie, n 515, section du Musum;
-
- 11. Jean-Philippe-Victor Charlemagne, profession instituteur, g
- de 26 ans, natif de Paris, y domicili, rue de Clry, n 92;
-
- 12. Pierre-Nicolas Delacour, profession notaire, g de 37 ans,
- natif de Beauvais, dpartement de l'Oise, domicili Paris, rue
- Neuve-Eustache, section de Brutus;
-
- 13. Augustin-Germain Jobert, profession ngociant, g de 50 ans,
- natif de Montigny-sur-Aube, dpartement de la Cte-d'Or,
- domicili Paris, rue des Prcheurs;
-
- 14. Pierre-Louis Paris, g de 35 ans, natif de Paris, y
- domicili, rue des Carmes, n 27, section du Panthon;
-
- 15. Claude Jonquoy, profession tabletier, g 44 ans, natif de
- Massiac, dpartement du Cantal, domicili Paris, rue
- Jean-Robert, n 15, section des Gravilliers;
-
- 16. Ren-Toussaint Daubancourt, profession coffretier, g de 53
- ans, natif de Paris, y domicili, rue des Petits-Champs, n 23,
- section de la Halle aux bls;
-
- 17. Jean-Baptiste Vincent, profession entrepreneur de btiments,
- g de 36 ans, natif de Moutier-Saint-Jean, dpartement de la
- Cte-d'Or, domicili Paris, rue de Clry, section de
- Bonne-Nouvelle;
-
- 18. Martin Wichterich, profession cordonnier, g de 45 ans,
- natif de Cologne, domicili Paris, rue de Lappe, section de
- Popincourt;
-
- 19. Pierre Henry, profession receveur de loterie, g de 48 ans,
- natif de Riz, dpartement du Var, domicili Paris, rue Antoine,
- section de l'Indivisibilit;
-
- 20. Jean Cazenave, profession commis marchand, g de 38 ans,
- natif de Belleville, prs Paris, domicili Paris, rue
- d'Orlans, section de l'Homme-Arm;
-
- 21. Jean-Louis Gibert, profession de ptissier, g de 43 ans,
- natif de Luzancy-la-Marne, dpartement de Seine-et-Marne,
- domicili Paris, faubourg Denis, n 25, section du Nord;
-
- 22. Pierre Girod, profession mercier, g de 27 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue des Deux-Ponts, n 10, section de la
- Fraternit, mari Antoinette-Adlade Rominira;
-
- 23. Franois Pelletier, profession marchand de vins, g de 33
- ans, natif de Cheminon, dpartement de la Marne, domicili
- Paris, rue du Faubourg-Denis;
-
- 24. Nicolas Jrosme, profession tourneur, g de 44 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue Jacques-la-Boucherie, n 213;
-
- 25. Jean-Baptiste Cochois, profession commis-marchand, g de 53
- ans, natif de Paris, y domicili, rue de l'galit;
-
- 26. Jean-Lonard Sarrot, profession peintre, g de 31 ans, natif
- de Paris, y domicili, rue du Faubourg-Franciade, n 45;
-
- 27. Ren Grenard, profession fabricant de papier, g de 45 ans,
- natif de la Garenne, dpartement de Seine-et-Oise, domicili
- Paris, rue et section des Piques;
-
- 28. Jacques Lasnier, profession homme d'affaires, g de 52 ans,
- natif de Bezoir-Lafrire, dpartement de Seine-et-Marne,
- domicili Paris, rue du Four-Germain, n 286;
-
- 29. Marc-Martial-Andr Mercier, profession libraire, g de 43
- ans, natif de Paris, y domicili, rue Neuve-des-Capucines, n
- 188, mari Anne de By;
-
- 30. Jean-Pierre Bernard, profession homme de confiance, g de 38
- ans, natif de la Chalade, dpartement de la Meuse, domicili
- Paris, rue Germain-Musum;
-
- 31. tienne-Antoine Souars, g de 56 ans, natif d'Aubervilliers,
- dit les Vertus, district de Franciade, domicili Paris, rue des
- Vieux-Augustins, n 32;
-
- 32. Dominique Mettot, profession agent d'affaires, g de 45 ans,
- natif de Nancy, dpartement de la Meurthe, domicili Paris,
- la maison commune;
-
- 35. Louis-Joseph Mercier, profession menuisier, g de 40 ans,
- natif de Sacy-le-Grand, dpartement de l'Oise, domicili Paris,
- rue des Trois-Pistolets, n 14, section de l'Arsenal;
-
- 34. Jean-Jacques Baurieux, profession horloger, g de 45 ans,
- natif de Dartois, dpartement des Bouches-du-Rhne, domicili
- Paris, rue du Faubourg-Honor, n 19;
-
- 35. Antoine Jametel, g de 54 ans, natif de Moissy, dpartement
- de Seine-et-Marne, domicili Paris, rue de la
- Grande-Truanderie, n 18; mari Louise-Pauline Noiseux;
-
- 36. Ponce Tanchou, profession graveur, g de 32 ans, natif de
- Bourges, dpartement du Cher, domicili Paris, clotre
- Notre-Dame, n 42; mari Jeanne-Louise Beliaz;
-
- 37. Marc-Louis Desvieux, g de 44 ans, natif de Paris, y
- domicili, rue Montorgueil;
-
- 38. Franois-Auguste Paff, profession bonnetier, g de 41 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue de la Joaillerie, section des
- Arcis, mari Catherine-Franoise Bourgain;
-
- 39. Jacques-Mathurin Lelivre, profession graveur, g de 40 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue Martin, n 252;
-
- 40. Louis-Franois Dorigny, profession de charpentier, g de 36
- ans, natif de Bruyre, dpartement de l'Aisne, domicili Paris,
- rue Popincourt, n 17;
-
- 41. Pierre-Alexandre Louvet, profession peintre, g de 33 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue des Blancs-Manteaux, n 52;
- mari Franoise Lid;
-
- 42. Jean-Jacques Lubin, profession peintre, g de 29 ans, natif
- de Paris, y domicili, rue de la Rvolution, n 24;
-
- 43. Jacques-Pierre Coru, profession grainier, g de 63 ans,
- natif de Noc, dpartement de l'Orne, domicili Paris, rue
- Antoine, n 229;
-
- 44. Pierre-Simon-Joseph Jault, profession artiste, g de 30 ans,
- natif de Reims, dpartement de la Marne, domicili Paris, rue
- Claude, n 371;
-
- 45. Jean-Baptiste Bergot, profession employ aux cuirs, g de 56
- ans, natif de Paris, y domicili, rue Franaise, n 11;
-
- 46. Jacques-Nicolas Lumire, profession musicien, g de 45 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue Thibautod, n 4;
-
- 47. Jean Paquotte, profession ciseleur, g de 48 ans, natif de
- Troyes, dpartement de l'Aube, domicili Paris, la ci-devant
- abbaye Germain, n 1114;
-
- 48. Jacques-Nicolas Blin, crivain expert, g de 63 ans, natif
- d'Aubanton, dpartement de l'Aisne, domicili Paris, rue Paul,
- n 37;
-
- 49. Marie-Franois Langlois, profession papetier, g de 37 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue Jacques, n 196;
-
- 50. Jean-Nicolas-Langlois, profession serrurier, g de 49 ans,
- natif de Rouen, dpartement de la Seine-Infrieure, domicili
- Paris, rue Georges, n 38;
-
- 51. Jacques Moine, profession commis teneur de livres, g de 39
- ans, natif de Commune-Affranchie, domicili Paris, vieille rue
- du Temple, n 78;
-
- 52. Jean-Baptiste Chavigny, profession commis, g de 55 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue du Faubourg-Montmartre, n 42;
-
- 53. Charles Huant Desboisseaux, g de 39 ans, natif de Paris, y
- domicili, rue de la Fraternit;
-
- 54. Andr Marcel, profession maon, g de 53 ans, natif de
- Rosny, dpartement de Seine-et-Oise, domicili Paris, faubourg
- Martin;
-
- 55. Martial Gamory, profession coiffeur, g de 46 ans, natif de
- Guret, dpartement de la Creuse, domicili Paris, rue du
- Coq-Honor;
-
- 56. Pierre Haener, profession imprimeur, g de 52 ans, natif de
- Nancy, dpartement de la Meurthe, domicili Paris, rue Martin,
- n 34;
-
- 57. Pierre-Jacques Le Grand, profession homme d'affaires, g de
- 51 ans, natif de Paris, y domicili, rue d'Enfer, en la Cit, n
- 5;
-
- 58. Pierre-Lon Lamiral, profession fruitier, g de 38 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue Beauregard, section de
- Bonne-Nouvelle, poux de Marie Grain;
-
- 59. Jean-Pierre Eudes, profession tailleur de pierre, g de 31
- ans, natif de Paris, y domicili, rue des Juifs, n 38;
-
- 60. Edme-Marguerite Lauvin, g de 60 ans, natif de Vezelay,
- dpartement de l'Yonne, domicili Paris, rue Geoffroy-Lasnier,
- n 23;
-
- 61. Pierre Dumez, profession ingnieur, g de 37 ans, natif de
- la Fert-sur-Ourcq, dpartement de l'Aisne, domicili Paris,
- rue de la Harpe, n 26;
-
- 62. Denys Dumontier, profession tailleur, g de 51 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue de la Poterie;
-
- 63. Jean-Claude Girardin, profession ventailliste, g de 48
- ans, natif de Paris, y domicili, rue Transnonain, n 38;
-
- 64. Jacques-Louis Cresson, profession bniste, g de 49 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue des Deux-cus, n 38;
-
- 65. Franois-Laurent Chatelin, profession professeur de dessin,
- g de 43 ans, natif de Nancy, dpartement de la Meurthe,
- domicili Paris, rue Quincampoix, n 98;
-
- 66. Joseph Alavoine, profession tailleur, g de 63 ans, natif de
- la Verrire, dpartement de l'Oise, domicili Paris, Grands
- Piliers de la Tonnellerie;
-
- 67. Pierre-Franois Deraux, profession jardinier, g de 53 ans,
- natif de Goupillre, dpartement du Calvados, domicili Paris,
- rue Plumet, section du Bonnet-Rouge; mari lisabeth-Charlotte
- Dive;
-
- 68. Claude Benard, g de 28 ans, natif de Paris, y domicili,
- rue Boucher;
-
- 69. Jacques Morel, profession crivain, g de 55 ans, natif de
- Vandoeuvre, dpartement de l'Aube, domicili Paris, rue de
- March-aux-Poires, n 559;
-
- 70. Nicolas Naudin, profession menuisier, g de 35 ans, natif de
- Ville-sur-Iron, dpartement de la Moselle, domicili Paris, rue
- Charlot, n 5;
-
- 71. Joseph Ravel, profession chirurgien, g de 48 ans, natif de
- Tarascon, dpartement des Bouches-du-Rhne, domicili Paris,
- rue Antoine, n 36;
-
-Avoir t condamns la peine de mort, etc. Procs-verbal d'excution,
-en date du 11 de ce mois.
-
- _Sign_: NEIROT, commis greffier
- (jusqu' Jametel, le 35e sur la liste).
- DUCRAY, commis greffier
- (depuis Tanchou, le 36e, jusqu' la fin).
-
- * * * * *
-
-On le voit, ce jour-l, soixante et onze individus, dclars complices
-de la Commune rebelle, montrent sur l'chafaud de l'homme dont ils
-s'taient faits les sides. Parmi eux, le lecteur aura remarqu Sijas,
-le prsident du conseil gnral dans la nuit du 9 au 10 thermidor;
-Jobert et Bergot, ces tristes administrateurs de police, clbres par
-leur cruaut envers les dtenus; puis Boulanger, ce commandant de la
-garde nationale qui se faisait suivre d'une guillotine. Parmi les
-condamns, il faut citer encore Besnard, Desboisseaux et le musicien
-Lumire, la terreur de leurs sections.
-
-Le 12 thermidor, le sanglant tribunal tint sa dernire sance. Douze
-dmagogues, la plupart membres de la Commune, portrent leurs ttes
-sur l'chafaud. Au milieu d'eux se dessinent deux hommes affreux,
-Nicolas et Arthur, le premier tout meurtri des coups injurieux dont
-Camille Desmoulins l'avait flagell dans son _Vieux Cordelier_; le
-second, plus horriblement clbre encore, pour avoir dvor, au 10
-aot, le coeur d'un soldat suisse assassin par lui.
-
-Enfin, par un dcret conventionnel du 14 thermidor (1er aot 1794),
-l'excrable loi du 22 prairial fut rapporte.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire tabli par la loi du
-10 mars 1793, an deuxime de la Rpublique franaise (_sic_), sant
-Paris, au Palais, le 12 thermidor (30 juillet 1794), appert:
-
- 1. Charles-Nicolas Leleu, g de 40 ans, n Vitry-sur-Marne,
- perruquier et membre du conseil gnral de la Commune, demeurant
- Paris, rue Dominique, faubourg Germain, n 335;
-
- 2. Lopold Nicolas, imprimeur et jur du tribunal
- rvolutionnaire, g de 37 ans, n Mirecourt, dpartement des
- Vosges, demeurant Paris, rue Honor, n 355;
-
- 3. Jean-Franois Lechenard, g de 37 ans, n Rans, district de
- Dle, dpartement du Jura, tailleur et jur au tribunal du 17
- aot, membre du conseil gnral de la Commune, demeurant Paris,
- rue Montorgueil, n 59;
-
- 4. Franois Tortot, horloger et administrateur de police, g de
- 31 ans, n Paris, y demeurant, rue Bernard, n 10, faubourg
- Antoine;
-
- 5. Pierre-Franois Guniard, bniste, membre du conseil gnral
- de la Commune, n Paris, y demeurant, rue de la Roquette, n
- 68;
-
- 6. Pierre Cietty, peintre et membre de la Commune, g de 41 ans,
- n Trafuil, en Lombardie, demeurant Paris, rue de Montreuil,
- n 51;
-
- 7. Jean-tienne Lahure, g de 38 ans, n Montreuil,
- dpartement de Paris, bijoutier, commandant en second de la
- section de Popincourt, demeurant Paris, rue de Popincourt;
-
- 8. Franois-Henri Camus, n Paris, g de 47 ans, ngociant
- avant la rvolution, membre de la Commune de Paris, demeurant
- Paris, rue Montmartre, 84;
-
- 9. Pierre-Eustache Gillet-Marie, g de 41 ans, n Paris, y
- demeurant, rue de Bourgogne, n 1465, ex-membre du conseil
- gnral de la Commune;
-
- 10. Antoine Frery, n Nancy, dpartement de la Meurthe,
- demeurant Paris, rue des Vieux-Augustins, g de 62 ans, membre
- du conseil gnral de la Commune;
-
- 11. Jean-Jacques Arthur, fabricant de papiers, membre de la
- Commune, g de 33 ans, n Paris, y demeurant, rue des Piques;
-
- 12. Jean-Baptiste Grillet, g de 67 ans, n Paris, y
- demeurant, rue Bertin-Poire, n 16, peintre de portraits et
- membre de la Commune;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Leclerc.
-
-Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 1er fructidor (18 aot 1794), appert:
-
- 1. Antoine-Paul Lavaur, g de 31 ans, natif de Montfaucon,
- dpartement du Lot, homme de loi, y demeurant;
-
- 2. Et Jean Saumont, dit Labran, g de 54 ans, cultivateur, natif
- de Roussinet, dpartement de la Dordogne, demeurant Busserole,
- mme dpartement;
-
-Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Leclerc.
-
-Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 5 fructidor (22 aot 1794), appert:
-
- 1. Jean-Baptiste Mitre Gouard, g de 29 ans, natif d'Aix,
- dpartement des Bouches-du-Rhne, volontaire au premier bataillon
- des Phocens, demeurant Marseille;
-
- 2. Et Franois Deschamps, g de 29 ans, natif de Crvis,
- dpartement de l'Aube, agent de la commission du commerce et aide
- de camp de Hanriot, demeurant Paris, rue des Petits-Augustins,
- n 15;
-
-Avoir t condamns et excuts sur la place publique de la Grve et
-de la _Rvolution_ (_sic_). Procs-verbal d'excution dress par
-Auvray.
-
-Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 6 fructidor l'an II (23 aot 1794), appert:
-
- Pierre-Andr Coffinhal (n'a dit son ge ni le lieu de sa
- naissance), ex-prsident du tribunal rvolutionnaire et membre de
- la Commune de Paris, y demeurant rue Regratire, section de la
- Fraternit;
-
- Mis hors la loi par dcret des 9 et 18 thermidor, a t livr
- l'excuteur des jugements criminels par ordonnance du tribunal en
- date dudit jour 18 thermidor, et excut le mme jour sur la
- place de la Rvolution, six heures quinze minutes du soir, en
- prsence de Heurtin, huissier du tribunal, qui en a dress
- procs-verbal.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 15 fructidor an II
-(1er septembre 1794), appert:
-
- Julien-Joseph Lemonnier, g de 38 ans, n Paris, y demeurant
- rue de la Mortellerie, section de la Maison Commune, membre du
- comit civil et capitaine de la garde nationale;
-
- Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Leclerc.
-
-Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Julien-Joseph Lemonnier, si j'en crois les registres de l'Htel de
-ville, fut la dernire victime immole sur la place de la Rvolution,
-et, partant, probablement la dernire dont les restes furent inhums
-dans l'enclos du Christ.
-
-Les condamns qui vinrent aprs, et dont le nombre diminua
-insensiblement, furent tous guillotins en place de Grve. Leurs
-dpouilles furent vraisemblablement inhumes pour la plupart dans les
-cimetires de Sainte-Marguerite ou de Clamart. Quelques morts
-privilgis furent seulement ports dans l'enclos funbre de Picpus.
-
-
-
-
-LETTRES
-
-DE
-
-MADAME LISABETH.
-
-
-Je crois devoir faire suivre la vie de Madame lisabeth d'un certain
-nombre de ses lettres, choisies de manire faire connatre la
-princesse dans les situations les plus diverses de fortune, d'esprit
-et de coeur. M. Feuillet de Conches, on le sait, a publi rcemment la
-correspondance complte de Madame lisabeth, beau monument lev, par
-une main habile, la gloire de cette princesse, et il a enrichi le
-texte de notes explicatives d'un grand intrt. Les lettres que je
-vais donner, et dont je n'avais pu citer et l, dans le cours de
-mon rcit, que quelques fragments dtachs, seront les meilleures
-pices justificatives de cet ouvrage. On y verra d'abord la princesse,
-au dbut de sa belle jeunesse, avec la vivacit d'un esprit pntrant
-et l'indpendance d'un caractre inclinant l'espiglerie. Puis on
-assistera aux progrs de son jugement; on verra se lever dans cette
-belle me toutes les qualits et toutes les vertus, toutes les nobles
-aspirations, et l'on s'tonnera de cette sagesse prcoce qui fit de
-Madame lisabeth la plus utile et la meilleure des amies, comme elle
-tait la plus dvoue et la plus courageuse des soeurs.
-
-Sa correspondance avec la marquise de Bombelles et la marquise de
-Raigecourt, dont je dois la communication aux familles de ces deux
-nobles dames si dignes de l'affection que leur tmoignait la
-princesse, met dans une vive lumire l'lvation de l'esprit, la
-droiture de la raison, la bont et l'ouverture de coeur de la soeur de
-Louis XVI. Toujours elle s'occupe des intrts, de la scurit, du
-bonheur de ses deux amies, avant de s'occuper de ses propres
-convenances, du bonheur qu'elle aurait les avoir auprs d'elle. Elle
-les aime mieux loignes et tranquilles qu'en France exposes et
-menaces.
-
-Ses lettres madame la marquise des Montiers, plus jeune que ses deux
-autres amies, et dont elle apprciait l'esprit charmant, l'heureux
-naturel, en apprhendant un peu les saillies de son imagination, ont
-un autre caractre. La tendresse est la mme, mais elle prend un
-accent presque maternel pour conseiller, avertir, diriger _son
-dmon_, comme elle appelle cette jeune et aimable femme, dans les
-situations difficiles o elle se trouve. Ce que Madame lisabeth aime
-par-dessus tout dans ses amies, c'est leur me. Leur dignit et leur
-honneur dans ce monde, leur salut dans l'autre, l'occupent bien
-autrement que leur flicit passagre, quoiqu'elle fasse tout pour y
-contribuer. Elle a pour elles une amiti vraiment chrtienne, et l'on
-voit qu'elle veut continuer ternellement dans le ciel les affections
-commences ici-bas. Ces lettres madame la marquise des Montiers sont
-compltement indites. J'en dois la communication l'obligeance de M.
-le comte Stanislas des Montiers, heureux comme toute sa famille de
-contribuer tout ce qui peut servir mettre en relief la gloire de
-Madame lisabeth.
-
-Ses lettres madame Marie de Causans, qui se destinait la vie
-religieuse, ont un autre caractre. Elles sont pleines d'une haute
-spiritualit, tempre par cette prudence et ce bon sens qui forment
-comme le fond de la nature de Madame lisabeth. Personne ne parle
-mieux de la soumission la volont de Dieu et de la rsignation que
-cette princesse, qui devait pousser cette vertu jusqu' l'hrosme.
-En mme temps elle prmunit la fille de sa vnrable amie, madame de
-Causans, contre les entranements de l'imagination qui font
-quelquefois embrasser la vie religieuse des personnes qui n'ont pas
-les dons ncessaires pour s'y sanctifier, et prennent pour une
-vocation relle et durable un dgot passager du monde ou un chagrin
-que le temps emportera avec tout le reste. Madame lisabeth, si svre
-pour elle-mme, condamne le scrupule. Sa religion est sincre,
-profonde, pleine d'onction, mais claire, et elle s'tonne quand
-l'abb de Lubersac lui donne des dtails sur les superstitions que la
-population italienne mle au catholicisme.
-
-Je ne crois pas que dans toute cette correspondance il y ait des lettres
-plus remarquables que celles qui sont adresses cet abb de Lubersac,
-aumnier de Madame Victoire, qui avait migr Rome avec Mesdames de
-France, et qui, rentr Paris dans le mois d'aot 1792, prit dans les
-massacres de septembre. L'abb de Lubersac tranait l'tranger un noir
-chagrin;--taient-ce les malheurs qu'il laissait derrire lui,
-taient-ce ceux qu'il entrevoyait dans les ombres de l'avenir, qui
-plongeaient son esprit dans cette morne tristesse?--Madame lisabeth,
-dont l'me tait plus fortement trempe, le soutenait par des conseils
-qui prenaient insensiblement la forme d'exhortations. Les rles
-s'taient peu peu intervertis sans que les deux correspondants s'en
-aperussent. La princesse soutenait le prtre et l'aidait porter sa
-croix, faisant ainsi l'apprentissage du rle sublime qu'elle remplit
-plus tard auprs des compagnons de son funbre itinraire de la
-Conciergerie l'chafaud.
-
-Dans cette correspondance, qui remonte jusqu' l'ancien rgime, et
-une poque (1778) o la rvolution, comme l'a dit Chateaubriand, ne
-frappait pas encore l'huis de l'histoire, et qui ne se ferme que le
-10 aot 1792, journe nfaste aprs laquelle la famille royale
-prisonnire entra au Temple, on retrouve, mesure que les vnements
-se succdent, l'impression qu'ils produisent sur Madame lisabeth, et
-l'apprciation qu'elle porte sur les hommes et sur les choses. La
-convocation des tats gnraux, le serment du Jeu de paume, le 15
-juillet et la prise de la Bastille, les journes des 5 et 6 octobre,
-avec le lamentable retour Paris de la famille royale prisonnire, la
-constitution civile du clerg, le fatal voyage Varennes, la journe
-du 20 juin, cette prface du 10 aot, viennent tour tour jeter un
-sinistre reflet dans les lettres de Madame lisabeth ses amies,
-l'abb de Lubersac, au comte d'Artois. Une de ses plus remarquables
-lettres est adresse ce prince, pour lequel elle avait la plus vive
-tendresse, et, si j'ose le dire, une de ces faiblesses de coeur que
-les soeurs srieuses ont pour celui de leurs frres dont l'imptueuse
-ardeur a besoin d'tre dirige et retenue. Chose remarquable, Madame
-lisabeth, cette princesse d'un coeur si bienveillant, incline presque
-toujours vers les partis de vigueur. Elle comprend que la faiblesse
-devant une rvolution qui ne perd ni une occasion, ni une concession,
-ni une minute, contribue tout perdre. Elle le rpte souvent dans
-ses lettres. La vigueur dans la politique, l'union dans le parti
-royaliste et dans la famille royale, voil ce que recommande Madame
-lisabeth; et, dans sa lettre au comte d'Artois, elle insiste de la
-manire la plus forte et la plus raisonnable sur la ncessit de ne
-pas contrarier Coblentz la politique de Louis XVI.
-
-A mesure que les lettres se rapprochent par leurs dates de la fatale
-journe du 10 aot, la faible lueur d'esprance qui jetait et l
-quelques reflets lumineux, plit et s'teint. La princesse voit venir
-la catastrophe, mais elle sait o est pour elle le poste du devoir, de
-l'honneur et de la tendresse fraternelle; elle y reste. Advienne que
-pourra! elle remplira jusqu'au bout la sainte et anglique mission que
-la Providence lui a donne. Les _Sursum corda_ reviennent alors plus
-frquents sous sa plume dans ses lettres avec ses amies; elle ne
-regarde plus, elle n'espre plus que du ct du ciel.
-
- * * * * *
-
-I.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
-Vous croyez peut-tre que je suis console, point du tout; d'autant
-plus que moi, qui dteste les explications, je viens d'en avoir une
-avec ma tante. La Reine y a t ce matin pour lui demander ce qu'elle
-avoit hier, et elle lui a dit qu'elle toit fort mcontente de moi,
-parce que je ne lui avois pas crit avant mon inoculation, et qu'elle
-devoit m'en parler. J'y ai donc t ce soir: je suis arrive chez ma
-tante Victoire, qui m'a parl avec beaucoup d'amiti, et qui m'a dit
-que j'avois eu tort de ne leur pas crire, ce dont je suis convenue,
-et lui ai demand pardon. De l, j'ai t chez ma tante Adlade, qui,
-le plus aigrement possible, m'a dit: J'ai parl la Reine de vous ce
-matin. Que dites-vous de votre conduite, depuis qu'il est question de
-vous inoculer?--Comment, ma tante, lui ai-je dit, qu'est-ce que j'ai
-fait?--Vous ne nous avez pas seulement remercies. Et elle reprit, de
-ce que nous nous enfermions avec vous; et pendant Choisy et Marly nous
-n'avons pas entendu parler de vous.--Je lui reprsentai qu'entre ses
-deux voyages j'tois venue chez elle et que je l'avois remercie;
-qu'en cela je n'avois fait que mon devoir, mais que je l'avois fait. A
-cette rponse, elle s'est un peu embarrasse, et m'a dit entre ses
-dents:--Ah! une fois en passant, mais je ne leur avois point
-crit.--Je lui ai dit qu'en cela j'avois eu tort, et que je leur en
-demandois pardon; que pour la Muette et Meudon, je n'y avois aucune
-part et point de tort.--Elle m'a dit qu'elle ne me parloit point de
-cela; et sur ce elle a chang de conversation, tant toujours
-embarrasse. En sortant de chez elle, je lui ai encore dit que
-j'esprois qu'elle me pardonnoit; elle m'a rpondu que ce n'toit que
-la crainte qu'elle avoit eue d'tre oublie de moi qui l'avoit fche,
-m'aimant beaucoup, et qu'elle esproit que cela ne seroit jamais.--Je
-lui ai dit que je tcherois de mriter son amiti, et que je lui
-demandois de me conserver toujours la sienne. De l je suis revenue et
-ai mand cela la Reine, et puis mon petit ange. Je ne puis te
-celer que je n'ai que la moiti des torts dont je suis convenue; mais
-il faut mettre la paix dans la maison, et dans ce quartier-l il
-faudroit au moins M. Le Chat pour l'tablir bien solidement.
-
-A propos, mon ange, je t'en prie, si tu as le temps, fais chercher
-Campana; fais-toi peindre pour ta petite servante; dis-lui de faire
-ton portrait de la grandeur de ceux des mdaillons, et coiffe et
-habille comme celui qu'il a fait de moi, et qui n'est pas comme le
-tien. Ne va pas l'oublier, car je te tuerois ainsi que ton fils.
-Mande-moi de ses nouvelles, et fais dpcher Campana. La baronne doit
-revenir aujourd'hui, ainsi je ne te charge de rien pour elle, mais dis
- madame de Travanet que je meurs d'envie de la voir; et dis aussi
-la personne qui n'ose se nommer qu'elle ait soin d'acheter des
-polonoises, pour pouvoir rester chez la baronne, quand j'irai, ce qui,
-j'espre, sera bientt. En vrit, madame Anglique, vous devez tre
-bien contente de moi, car mes lettres sont assez longues et les lignes
-assez serres; je vais arranger mes affaires et tu les trouveras en
-trs-bon ordre. Mande-moi toutes les grimaces qu'a faites ta
-belle-soeur pendant le mariage, et toutes les btises qu'elle aura
-dites, qui certainement t'ont beaucoup ennuye si tu les as coutes,
-et qui m'amuseront beaucoup en les lisant. Adieu, ma petite soeur
-Saint-Ange; il me parot qu'il y a mille ans que je ne t'ai vue. Je
-t'embrasse de tout mon coeur, et suis de Votre Altesse
-
- La trs-humble et trs-obissante servante et sujette.
-
- LISABETH DE FRANCE,
- dite la Folle.
-
- Ce 27 novembre 1779.
-
- * * * * *
-
-II.
-
-A LA MARQUISE DE CAUSANS.
-
- Du 3 septembre 1784.
-
-Je vous ai fait promettre par votre fille de vous rendre un compte
-exact de ma journe de lundi[143]. Nous sommes parties dix heures du
-matin: il faisait une pluie verse; mais, malgr cela, tout le monde
-toit de bonne humeur. Nous sommes arrives, et avons t sur-le-champ
- l'glise; madame de Brbent y est entre ensuite. La crmonie a
-commenc, et tout s'est pass comme celle de madame de Fontanges,
-except qu'elle a communi avec la mme hostie sur laquelle elle avoit
-prononc ses voeux; puis on l'a habille, et elle a t sous le drap
-mortuaire. A suivi le moment que j'aime le mieux, qui est le baiser de
-paix. Il me fait toujours un effet que je ne puis rendre; c'est de si
-bon coeur que nous nous embrassons, quoique nous ne nous connoissions
-pas, qu'il est impossible de ne pas tre attendrie; mais je n'ai
-pourtant pas pleur: ce n'est pas mon usage. Pour Bombelles, elle
-toit en sanglots, ce qui a t cause de grandes railleries, qu'elle a
-soutenues avec plus de courage que la migraine qui a suivi. Plusieurs
-de ces dames pleuroient aussi. Ainsi, vous n'eussiez pas t
-embarrasse, malgr les assistants. J'ai t fort heureuse, et voil
-tout. Mais, le mercredi, j'avois oubli mon bonheur. Celui que je
-gote ici est tranquille. Je m'occupe beaucoup depuis huit jours que
-j'y suis; j'cris des lettres innombrables: cela ne me plat gure;
-mais lorsqu'on passe autant d'heures dans la journe sans voir autre
-chose que son chien, ma chre, on n'est pas fch d'avoir ce genre
-d'occupation. Je vous prie de croire que sans cela j'en aurois
-beaucoup d'autres; par exemple le dessin. Il y a trois jours que je
-crie aprs M. B.[144] et qu'il ne vient pas: je meurs de peur qu'il ne
-soit mort. Quand je dis que je l'attends depuis trois jours, il faut
-compter que c'est depuis hier. Je vais commencer un petit dessin pour
-les dames de Saint-Cyr; il est charmant. Je n'ai pas dit [Bombelles]
-que c'toit pour elles, car je crois que cela l'auroit mise de
-mauvaise humeur.
-
-[Note 143: Madame lisabeth assistait volontiers aux professions
-religieuses, y trouvant une sorte d'dification.]
-
-[Note 144: M. van Blarenberghe, matre de dessin de Madame lisabeth
-et des princes, fils du comte d'Artois.]
-
-J'attends avec impatience des nouvelles des courses de vos enfants. Je
-ne doute pas qu'ils n'aient t reus merveille; mais je voudrois
-bien qu'il me ft permis de croire la gurison de votre jambe: je ne
-dsire rien tant. Enfin, mon coeur, je juge d'aprs toutes les
-souffrances que vous prouvez, que vous faites votre purgatoire dans
-ce monde; car, malgr vos douleurs, votre caractre est toujours le
-mme: toujours la mme amabilit, la mme confiance en Dieu, enfin la
-mme rsignation, sans compter toutes les vertus qui naissent de cette
-rsignation. Comment pouvez-vous, malgr toutes vos douleurs de corps
-et d'esprit, vous croire trop heureuse? C'est une grce bien
-particulire de Dieu. Je l'en bnis, et de ce qu'il m'a choisie pour
-en tre l'instrument. Soyez sre, mon coeur, que rien ne me peut
-faire plus de plaisir que de penser que j'ai pu adoucir un peu
-l'amertume de vos maux. Que vous tes bonne de m'associer vos
-prires! Oui, mon coeur, aucune de vos enfants ne vous oubliera, je
-puis vous en rpondre. J'oubliois de vous dire que, malgr le monde,
-j'avois pass quelque temps avec mon dpt dans la chambre du conseil,
-et une grande partie du reste avec D.[145] et plusieurs autres dames.
-
-[Note 145: La comtesse Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame
-lisabeth.]
-
-Votre fille fera bien d'arriver, car je serois capable de lui enlever
-son trsor. Je sens que je m'y attache beaucoup, et je me propose de
-lui en faire peur.
-
- * * * * *
-
-III.
-
-A MADAME MARIE DE CAUSANS.
-
- 8 dcembre 1785.
-
-Je suis mue et afflige au dernier point, mon coeur, de l'tat de
-votre mre: l'arrt de Sguy[146] me fait frmir. J'crirai madame
-de Lastic[147] pour que l'on trouve des prtextes pour faire rester
-votre soeur Fontainebleau. Ils seront d'autant plus aiss que,
-quoiqu'elle soit bien, de longtemps elle ne sera en tat d'tre
-transporte. Si vous ne craignez pas d'attendrir votre mre, dites-lui
-combien je partage ses douleurs, que je voudrois les prendre toutes,
-que je suis bien afflige de ne pouvoir lui rendre les soins que la
-tendre amiti que j'ai pour elle me dicteroit. Il m'en cote bien,
-depuis trois semaines, d'tre princesse: c'est une terrible charge
-souvent, mais jamais elle n'est plus dsagrable que lorsqu'elle
-empche le coeur d'agir.
-
-[Note 146: Mdecin du Roi, n'ayant quartier.]
-
-[Note 147: Fille du marquis de Montesquiou-Fezensac, qui avait pris
-dans la rvolution un parti dont sa famille tait fort afflige.]
-
-Vous avez sous vos yeux, mon coeur, le triomphe de la religion: je ne
-doute pas que vous n'prouviez, dans l'occasion, qu'elle seule peut
-nous faire supporter le malheur, et, s'il toit possible, le rendre
-lger. Croyez que vous aurez la grce d'une rsignation parfaite la
-volont de Dieu. Il ne faut qu'un vritable dsir pour l'obtenir, et
-vous sentez trop combien elle vous est ncessaire pour ne pas la
-dsirer vivement. Esprez tout de ce Pre qui vous aime si tendrement;
-il vous soutiendra, il partagera votre peine et la rendra moins
-pesante. Pardon, mon coeur, de ce petit morceau de sermon, quoiqu'il
-soit mdiocre: dans la position o vous tes, l'on est toujours bien
-aise d'entendre un peu parler de Dieu. C'est ce qui m'a encourage
-cette insolence.
-
-Je prierai certainement les dames de Saint-Cyr de prier pour votre
-mre, et elles le feront de tout leur coeur, car elles aiment beaucoup
-votre mre. Je vous en prie, dites-lui que je prie aussi pour elle.
-J'ai eu peur, le jour que je l'ai vue, qu'elle ne ft fche, parce
-que je lui ai dit que je ne priois pas; et quoiqu'elles soient bien
-mauvaises, je les fais depuis ce moment exactement.
-
-Madame de Choiseul[148] n'aura votre lettre que demain, parce que ces
-vilains pots[149] sont d'une inexactitude affreuse et qu'elle n'est
-arrive que trs-tard: le courrier tait parti. Adieu, mon coeur;
-j'espre que vous avez un peu d'amiti pour moi: cela me feroit bien
-plaisir, vous aimant beaucoup. Je vous embrasse de tout mon coeur.
-
-[Note 148: Madame la comtesse de Choiseul-Gouffier, femme de
-l'ambassadeur du Roi Constantinople.]
-
-[Note 149: Voitures du temps qui taient encore en usage sous la
-Restauration et stationnaient sur la place Louis XV; elles taient
-alors connues sous le nom de coucous.]
-
- * * * * *
-
-IV.
-
-A MADAME MARIE DE CAUSANS.
-
- 14 dcembre 1785.
-
-Votre lettre m'a touche, mon coeur, un point que je ne puis rendre
-que foiblement: la rsignation et le courage de votre mre, son dsir
-de recevoir encore Celui qui lui donne la paix et la tranquillit,
-l'tat o vous tes, tout ce que vous me dites, m'a mue un point
-extrme. J'ai t bien attendrie de son souvenir, je vous l'ai dj
-dit, mon coeur; mais je ne puis trop le rpter: c'est une vraie peine
-pour moi de ne pouvoir la soigner. Si je n'avois pas craint de
-l'mouvoir, j'aurois au moins t la voir; mais je me suis refus
-cette consolation. Mais, mon coeur, si elle marquoit le moindre dsir
-que j'y allasse, j'espre que vous me le manderiez, et que vous
-n'auriez nulle crainte de me faire voir un spectacle aussi touchant:
-il ne pourroit que m'difier. Cependant, ne faites point natre ce
-dsir: il seroit trop dangereux s'il ne venoit point d'elle.
-
-Il seroit bien difficile que vous ayez des consolations sensibles dans
-le moment o vous tes; mais votre rsignation vous en attirera; et si
-vous voulez bien vous examiner, mon coeur, le calme que vous
-ressentiez ce matin ne vient-il pas de Dieu, peut-tre mme de la
-lecture que vous avez faite cette nuit, qui ne vous a point fait effet
-dans le moment, mais qui a grav dans votre coeur les vrits qu'elle
-contient, et dont vous vous faites l'application sans vous en douter?
-Croyez que Dieu a beau avoir l'air svre, il est toujours plein de
-misricorde pour ceux qui le servent fidlement. Ne recherchez point
-des consolations dans ce moment, ce ne seroit pas le moyen d'en
-obtenir; contentez-vous de continuer, comme vous faites, lui offrir
- tous moments vos peines et le sacrifice qu'il exige peut-tre de
-vous. Regardez en mme temps tout ce qui peut tre un sujet de
-consolation: jugez votre malheur d'aprs celui des autres, et vous
-verrez encore que vous tes moins plaindre que vos soeurs. Vous
-jouissez au moins des derniers moments o vous pouvez voir, entendre
-votre mre, et lui rendre tous les soins que votre coeur vous dicte;
-au lieu qu'elles joindront au malheur de ne la plus voir celui de ne
-l'avoir pas vue jusqu'au dernier moment. Que cette ide vous fasse
-supporter votre peine, sans vous pntrer de celle venir des autres.
-Raigecourt ne saura pas de sitt nos inquitudes; je prierai madame de
-Lastic de me mander quand elle voudra revenir, pour que vous y
-envoyiez quelqu'un. On ne m'avoit point mand qu'elle ft inquite et
-agite, mais qu'elle parloit souvent de son fils, et qu'on la
-distrayoit de cette ide. Je n'en suis pas fche; cela prouve qu'elle
-recouvre toutes ses facults. Le pauvre cur qui a eu la btise de lui
-dire, en a, dit-on, une attaque de chagrin. Je suis bien aise pour
-votre mre, et pour vous surtout, que l'abb Lenfant[150] soit venu;
-il vous aura fait du bien par sa morale et sa douceur, qui prche
-aussi bien que lui.
-
-[Note 150: N Lyon le 6 septembre 1726, l'abb Lenfant, jsuite,
-avait t prdicateur du roi de Pologne Stanislas et de l'empereur
-Joseph II. Rentr en France, il fut choisi par Louis XVI pour son
-confesseur, lorsque l'abb Poupart, cur de Saint-Eustache, eut prt
-serment la constitution civile du clerg. Conduit l'Abbaye aprs
-la catastrophe du 10 aot, il y fut massacr dans la matine du 3
-septembre.
-
-Le lundi 3 septembre, raconte Saint-Mard, dix heures du matin,
-l'abb Lenfant et l'abb de Rastignac parurent dans la tribune de la
-chapelle qui nous servoit de prison. Ils nous annoncrent que notre
-dernire heure approchoit, et nous invitrent nous recueillir pour
-recevoir leur bndiction. Un mouvement lectrique impossible
-dfinir nous prcipita tous genoux, et, les mains jointes, nous la
-remes. Ce moment, quoique consolant, fut un des plus terribles que
-nous ayons prouvs. A la veille de parotre devant l'tre suprme,
-agenouills devant deux de ses ministres, nous prsentions un
-spectacle indfinissable. L'ge avanc de ces deux vieillards (l'abb
-Lenfant avait soixante-dix ans), leur position au-dessus de nous, la
-mort planant sur nos ttes et nous environnant de toutes parts, tout
-rpandoit sur cette crmonie une teinte auguste et lugubre; elle nous
-rapprochoit de la Divinit; elle nous rendoit le courage; tout
-raisonnement toit suspendu, et le plus froid, le plus incrdule en
-reut autant d'impression que le plus ardent et le plus sensible. Une
-demi-heure aprs, ces deux prtres furent massacrs, et nous
-entendmes leurs cris. (_Agonie de trente-huit heures._)]
-
-J'espre, mon coeur, que vous serez convaincue que dans tous les temps
-vous trouverez en moi une amie prte vous rendre tous les services
-que cette mme amiti exigera, et que je n'oublierai jamais celle que
-votre mre veut bien avoir pour moi, qui en suis peut-tre digne par
-le prix que j'y attache et le tendre retour dont je la paye. Je vous
-embrasse mille fois de tout mon coeur. J'espre que vous ne montrez
-mes lettres personne: elles ne sont bonnes que pour vous, qui voulez
-bien les souffrir.
-
- * * * * *
-
-V.
-
-A MADAME MARIE DE CAUSANS.
-
- [Cette lettre est crite au commencement de l'anne 1786, aprs
- la rception de celle qui annonait la mort de madame de Causans,
- arrive le 5 janvier 1786.]
-
-Votre lettre m'a pntre, mon coeur, et d'admiration et de douleur.
-Oui, certainement, votre mre jouissoit dj du bonheur qui lui est
-rserv: il est impossible de n'tre pas consol de la voir pntre
-de l'amour de Dieu et du dsir de le possder jamais. Vous tes bien
-heureuse, mon coeur, d'avoir aussi bien profit des exemples d'un
-aussi bon modle. Dieu vous en rcompensera, en vous accordant les
-grces dont vous avez besoin dans cette occasion. Ayez confiance en
-lui, mon coeur: il n'abandonnera ni votre soeur ni vous, et lui
-donnera la force de soutenir cet assaut. Votre frre mandera madame
-de Lastic ce qu'il voudra qu'elle fasse: elle pense qu'il faut
-attendre, pour commencer lui dire que votre mre est malade, qu'elle
-soit retourne et l'amener Versailles, sans lui rien dire de plus,
-pour viter qu'elle retombe malade l-bas. Lorsqu'elle le saura, il me
-semble que rien ne peut vous empcher de venir la voir. Cependant je
-vous prie de ne pas le faire sans que les mdecins aient dcid qu'il
-n'y a pas d'inconvnients. Et soyez sre que nous hterons ce moment
-le plus que nous pourrons pour la consolation des deux, car je ne
-doute pas qu'elle ne le dsire beaucoup.
-
-Vous n'avez pas besoin de la prier de se souvenir de vous. Soyez sre,
-mon coeur, qu'elle ne cessera de veiller sur ses enfants, et de
-demander tout ce qui leur sera utile: aussi suis-je bien
-reconnoissante que vous m'ayez mise du nombre. Je redoute, comme vous,
-ces foiblesses qui vous ont effraye: il faut mettre, son exemple,
-nos craintes et nos dsirs au pied du crucifix; lui seul peut nous
-apprendre supporter les preuves auxquelles le Ciel nous destine.
-C'est l le livre des livres, mon coeur: lui seul lve et console
-l'me afflige. Dieu toit innocent, et il a souffert plus que nous ne
-pourrons jamais souffrir et dans notre coeur et dans notre corps: ne
-devons-[nous] pas nous trouver heureuses d'tre aussi intimement unies
- Celui qui a tout fait pour nous? Que cette ide nous encourage, mon
-coeur, nous fortifie! Il y a de cruels moments passer dans la vie;
-mais c'est pour arriver un bien prcieux pour quiconque est un peu
-pntr d'amour de Dieu: et qui sait si nous n'y serons pas bientt,
-cet instant redout de tant de personnes, et si dsir de votre mre!
-Tchons de mriter qu'il soit aussi calme et aussi exemplaire.
-
-Quoique je vous exhorte, mon coeur, la rsignation, je puis vous
-assurer que je suis bien loin de l'tre et pntre des grandes
-vrits dont je vous parle.
-
-Je n'ai point envoy Loustonneau Fontainebleau; c'est lui qui, par
-amiti pour votre soeur, y a t: il reviendra demain, l'aprs-midi.
-Adieu, mon coeur; j'espre que vous tes convaincue de l'amiti que
-j'ai pour vous, et que je n'ai pas besoin de vous l'assurer davantage.
-
-Si vous allez Suzy, vous continuerez m'crire, lorsque vous en
-aurez envie et besoin. Je n'en sais plus l'adresse. Je vous embrasse
-de tout mon coeur.
-
- * * * * *
-
-VI.
-
-A MADAME MARIE DE CAUSANS.
-
- Ce 10 avril 1786.
-
-Enfin, mon coeur, cette lettre vous trouvera Paris. Je suis une bien
-ingrate crature: vous tes si gnreuse dans vos sacrifices, qu'il
-est indigne moi de vous parler du bonheur que j'prouve de sentir
-votre soeur plus prs de moi. Je voudrois bien tre dj au mardi de
-Pques: cela n'est pas trop bien; car cette semaine est bien bonne,
-bien sainte, bien capable de renouveler en nous cette ferveur qui a
-tant de penchant se refroidir. Vous serez peut-tre afflige de vous
-retrouver Paris, et vous le serez surtout d'entrer Bellechasse:
-cela est parfaitement simple; mais, mon coeur, vous tes destine y
-vivre; il faut vous y rendre heureuse; et pour cela il faut vous faire
-un plan de vie tout occupe, o le monde n'entre pour rien, dont rien
-ne vous drange, que vous suiviez du moment mme o vous aurez mis le
-pied dans le couvent. Vous allez me trouver bien svre; mais, mon
-coeur, l'homme est si foible, que ncessairement il se relche
-toujours dans ses bonnes rsolutions; et vous seriez bien tonne si,
-ne vous ayant pas force dans le commencement, malgr tout ce que vous
-vous tes promis, de dcouvrir, au bout de deux mois, que vous n'avez
-pas suivi votre plan, et que vous avez une peine presque insurmontable
- vous y remettre! Je vous en parle par exprience: j'ai t
-trs-dissipe cette anne; le voyage de Saint-Cloud, et mme l't,
-m'avoient absolument t le got de la vie presque solitaire que je
-mne. Je m'ennuyois, je me dplaisois chez moi; et enfin, si une grce
-particulire ne ft venue m'aider, j'aurois peut-tre fini par har
-parfaitement la vie tranquille et douce, loin du tumulte de ce monde,
-qui n'a que trop de charmes pour un coeur qui craint de rentrer en
-lui-mme et de se voir tel qu'il est. Vous tes, Dieu merci, loin de
-cet tat; mais vous avouez vous-mme que vous aimeriez le monde, le
-spectacle: vous n'y tes pas destine; votre tat, votre ge, vos
-principes, les ordres de votre mre. Il faut donc viter tout ce qui
-peut vous faire sentir ce vide, cet abandon, ce besoin que votre coeur
-a d'attachements, toutes armes dont le dmon se sert et dont il se
-servira avec bien plus de force et de malice dans le moment o vous
-quitterez votre soeur. Il faut user de votre courage, mon coeur, de
-votre religion. Vous avez le bonheur d'avoir un confesseur en qui vous
-pouvez avoir toute confiance; c'est un grand don du Ciel: profitez-en:
-ouvrez-lui votre coeur sans aucune rserve; la plus petite vous
-priveroit peut-tre de bien des grces; et quel soulagement
-n'prouve-t-on pas de pouvoir verser toutes ses peines dans le sein
-d'un ami sincre, clair, qui vous prsentera toujours le vritable
-remde, qui vous entendra parfaitement lorsque vous lui parlerez de
-votre mre, de vos regrets, des lumires que vous trouviez en elle et
-qui vous manquent maintenant; qui vous rappellera les grands exemples
-qu'elle vous a donns toute sa vie!
-
-J'ai fait mes pques ce matin; je me suis remis la mmoire une
-certaine semaine sainte que j'ai passe avec votre mre. Que nous
-tions heureuses! jamais je n'en passerai de pareille. Mais elle m'a
-promis que je persvrerois; elle en sera la cause: ses exemples
-pendant sa vie, cette dernire parole, la lettre qu'elle m'a crite,
-tout me donne de la confiance. Vous lui avez dit de me regarder au
-nombre de ses enfants: ah! j'y suis bien de coeur, car je l'aimois
-bien tendrement. Mais j'ai peur de vous attendrir en vous rappelant un
-souvenir aussi touchant que pnible pour votre coeur. Je me suis
-laisse aller au dsir du mien en parlant d'un objet aussi intressant
-pour l'un que pour l'autre: n'en parlez pas votre soeur; sa sant
-exige plus de mnagement. Pardon aussi de mon sermon.
-
- * * * * *
-
-VII.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Samedi [vraisemblablement de l'anne 1786].
-
-Je possde au monde deux amies, et elles sont toutes deux loin de moi.
-Cela est trop pnible: il faut absolument que l'une de vous revienne.
-Si vous ne revenez pas, j'irai Saint-Cyr sans vous, et je me
-vengerai encore en mariant notre protge sans vous. Mon coeur est
-plein du bonheur de cette pauvre enfant qui pleure de joie, et vous
-n'tes pas l! J'ai visit deux autres familles pauvres sans vous!
-J'ai pri Dieu sans vous! Mais j'ai pri pour vous, car vous avez
-besoin de sa grce, et j'ai besoin qu'il vous touche, vous qui
-m'abandonnez. Je ne sais pas comment cela se fait, je vous aime
-cependant toujours tendrement.
-
- LISABETH-MARIE.
-
- * * * * *
-
-VIII.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 27 novembre 1786.
-
-Tu vois que je t'obis, mon enfant, car me voil encore. Tu me gtes;
-tu m'cris bien exactement, cela me fait bien plaisir; mais j'ai peur
-que tu ne te fasses mal la tte. Il faut te mnager. Je prche
-contre mon intrt, car je suis bien heureuse lorsque je reconnois ton
-criture; mais je t'aime, et j'aime mieux la sant que tout. Je suis
-bien aise que tu souffres mon bavardage avec tant de patience. Tu dis
-que Fontainebleau ne m'a pas gte, j'aime le croire. Tu trouveras
-peut-tre cette phrase un peu orgueilleuse; mais je t'assure, mon
-coeur, que je suis pourtant loin de croire que je puisse en rester l.
-Je sens que j'ai encore bien du chemin faire pour tre bien selon
-Dieu. Le monde juge bien lgrement, et sur peu de chose il vous
-tablit une bonne ou mauvaise rputation. Il n'en est pas ainsi de
-Dieu: il ne vous juge que sur l'intrieur; et plus l'on en impose au
-dehors, plus il sera svre pour le dedans. Je lisois l'autre jour un
-discours de l'abb Asselin[151], sur la ncessit de se sanctifier,
-chacun dans l'tat o le Ciel l'a plac; je vous assure, mon coeur,
-qu'il fait frmir pour ceux qui disent: Je veux tre bien, mais je
-n'ai pas la prtention d'tre saint. Il relve cela avec une force
-qui en prouve le ridicule d'une manire o il n'y a rien rpliquer.
-En tout, ce livre est superbe. Je suis fche de ne l'avoir pas connu
-avant ton dpart, car je suis sre qu'il t'auroit fait plaisir. Je ne
-sais si je t'ai dit que tu m'avois redonn du zle pour l'abb Nollet.
-Je vais le reprendre avec un peu plus de suite. J'aimerai m'occuper
-de ta science favorite[152]; mais je n'espre pas y russir comme
-toi:--Souvent mon esprit est ailleurs.
-
-[Note 151: Ce docteur de Sorbonne, principal du collge d'Harcourt,
-tait n Vire en 1682, et avait pris le got de la posie dans la
-compagnie de Thomas Corneille. Ses vers, empreints d'un caractre
-religieux, furent couronns aux Jeux floraux, voire l'Acadmie
-franaise; ce qui ne l'empcha pas de mourir presque ignor dans sa
-retraite, Issy, le 11 octobre 1767.]
-
-[Note 152: La physique, dont l'abb Nollet avait fait une tude
-particulire, et dont il avait rpandu le got en France. Ce savant,
-n en 1700 au village de Pimpr, prs de Noyon, mourut entre les bras
-de ses lves le 24 avril 1770, aux galeries du Louvre, o le Roi lui
-avait accord un logement.]
-
-Je suis convaincue de ce que tu me mandes de tes succs: tu es faite
-pour en avoir. Si en France on a le mauvais got de ne pas admirer ta
-grce, au moins tu as la consolation de savoir que l'on t'aime pour de
-meilleures raisons. Je ne serois pas fche que la ncessit de faire
-des frais et de te rendre aimable te donne un peu plus d'habitude du
-monde, quoique tu aies ce qu'il faut pour y tre bien, et qu'en effet
-tu y sois trs-joliment. Un peu plus d'habitude ne te fera pas de mal.
-Je suis bien insolente ou bien mondaine, n'est-il pas vrai, mon coeur?
-Tu me pardonnes, j'espre, le premier, et tu ne crois pas au second.
-Ne va pourtant pas prendre les manires portugaises. Elles peuvent
-tre parfaites, mais j'aime que tu ne te formes pas sur elles. Tu es
-bien bte d'avoir eu peur tes audiences, puisque ton compliment
-toit fait. Je trouve qu'il n'est embarrassant de parler que lorsque
-l'on ne s'est pas fait un discours. toit-il de toi? J'ai bien ri de
-ton _molto obligato_: cela tient beaucoup de l'_effecticement_ de ton
-cher cousin.
-
-J'ai bien envie de savoir des nouvelles de Charles. S'il toit ici et
-que tu t'avisasses d'tre inquite, je me moquerois bien de toi. Aussi
-ne le suis-je pas; mais je voudrois que tu dormisses; rien n'est plus
-sain pour toi.
-
-Je suis Montreuil depuis neuf heures; il fait un temps charmant. Je
-me suis promene avec R...[153] pendant une heure presque trois
-quarts. Lastic est reste avec Amde, qui est grandie et embellie que
-c'est incroyable. Madame d'Albert de Rioms vient dner chez moi, ce
-qui fait que ma lettre sera moins longue. Il faut pourtant que je te
-conte que madame du Chastelet est dame d'honneur de ma tante; aprs
-avoir bien dit qu'elle ne vouloit pas faire planche, elle a accept.
-Je trouve que c'est compltement ridicule d'avoir fait bien du bruit,
-pour finir par se soumettre la volont du Roi, qui ne veut pas la
-titrer, car voil ce qui lui tenoit au coeur. On est malheureux
-d'tre ambitieux. Cela fait faire souvent de grandes btises. Ton
-collgue me fait frmir, et je suis bien aise que M. de Bombelles ne
-soit pas tent de le prendre pour modle. A propos de lui, la duchesse
-de Duras, que j'ai vue hier (et avec qui je suis comme un bijou), est
-un peu fche contre ton mari. Il lui avoit promis des instructions
-pour son fils, devoit les lui porter, ensuite les lui envoyer de
-Brest; mais il en a t comme de mon voyage, il est parti sans les lui
-donner. Elle m'en a parl d'une manire qui t'auroit touche, sans
-aucune aigreur; mais les larmes lui sont venues aux yeux en pensant
-que c'toit un moyen de moins pour prserver son fils des dangers
-auxquels il va tre expos. Que ton mari rpare bien vite avec toute
-la grce dont il est capable. Tu as bien raison, mon coeur, de
-t'appliquer dans les commencements te vaincre; sans madame de
-Travanet, tu serois perdue si tu cdois une fois, et deux ans sont
-bien longs passer ensemble. Nous en parlerons plus amplement dans un
-autre moment. Je me dpche trop pour avoir le sens commun, et je
-griffonne trop. Adieu; ces dames t'embrassent de tout leur coeur, et
-moi aussi. Que n'est-ce vrai!
-
-[Note 153: Madame de Raigecourt.]
-
- * * * * *
-
-IX.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 9 avril 1787.
-
- (_Lisez Mathieu Loensberg_[154].)
-
-[Note 154: Ces trois mots, placs en tte de la lettre, sont de la
-main de Madame lisabeth.]
-
-M. de Calonne est renvoy d'hier; sa malversation est si prouve, que
-le Roi s'y est dcid, et que je ne crains pas de te mander la joie
-excessive que j'en ressens et que tout le monde partage. Il a eu ordre
-de rester Versailles jusqu'au moment o son successeur sera nomm,
-pour lui rendre compte des affaires et de ses projets. On vient de me
-mander que c'toit M. de Fourqueux qui le remplace. On me mande aussi
-que M. le Garde des sceaux est renvoy, et M. de La Moignon a sa
-place. Je sais toujours si mal les nouvelles, par des voies si peu au
-fait, que je n'ose pas t'assurer ces dernires. Mais pour M. de
-Calonne, j'en suis bien sre. Une de mes amies disoit, il y a quelque
-temps, que je ne l'aimois pas, mais que dans peu je changerois. Je ne
-sais si son renvoi y contribuera; il auroit fallu qu'il ft bien des
-choses pour me faire changer sur son compte. Il doit tre un peu
-inquiet sur son sort. On dit que ses amis font une trs-bonne
-contenance. Je crois que le diable n'y perd rien, et qu'ils sont loin
-d'tre satisfaits. C'est M. de Montmorin qui lui a donn son audience
-de cong. J'espre que le baron de Breteuil n'aura pas voulu s'en
-charger; cela lui feroit honneur[155]. L'Assemble continuera comme
-auparavant et sur les mmes plans. Les Notables parleront avec plus de
-libert, quoiqu'ils ne s'en gnassent gure, et j'espre qu'il en
-rsultera du bien. Mon frre a de si bonnes intentions, il dsire tant
-le bien, de rendre ses peuples heureux; il s'est conserv si pur,
-qu'il est impossible que Dieu ne bnisse pas toutes ses bonnes
-qualits par de grands succs. Il a fait ses pques aujourd'hui. Dieu
-l'aura encourag, lui aura fait connotre la bonne voie: j'espre
-beaucoup. Dans son compliment, le prdicateur l'a infiniment encourag
- prendre conseil de son coeur. Il avoit bien raison, car il est bien
-bon et bien suprieur toute la Cour runie. J'ai l'air d'une vraie
-campagnarde; je te dis que l'on m'a mand tout cela, c'est que je suis
- Montreuil depuis midi. J'ai t vpres la paroisse. Elles sont
-aussi longues que l'anne passe, et ton cher vicaire chante l'_O
-filii_ d'une manire aussi agrable. Des Es. a pens clater, et moi
-de mme.
-
-[Note 155: Le baron de Breteuil, alors ministre de la maison du Roi et
-du dpartement de Paris, avait t reprsentant du Roi prs l'lecteur
-de Cologne, prs Catherine II, prs le roi de Sude, puis avait
-remplac le cardinal Louis de Rohan prs l'empereur d'Autriche. Dans
-les phases diverses de sa carrire, il avait conquis l'estime de tous
-les gens de bien.]
-
-Je suis au dsespoir du sacrifice que tu me fais de ton singe,
-d'autant que je ne pourrai le garder; ma tante Victoire a une peur
-affreuse de ces animaux et seroit fche peut-tre que j'en eusse un.
-Ainsi, mon coeur, malgr toutes ses grces et la main dont il me
-vient, il faudra s'en dtacher. Si tu veux, je te le renverrai, sinon
-j'en ferai prsent M. de Gumne. J'en suis au dsespoir, je sens
-que c'est trs-maussade, que cela te contrariera beaucoup, et j'en
-suis d'autant plus fche. Ce qui me console, c'est qu' cause de tes
-enfants tu serois peut-tre oblige de t'en dfaire, parce que cela
-pourroit tre dangereux.
-
-Flicie devient trs-gentille, sa tache s'efface beaucoup; j'espre
-qu'elle ne parotra pas du tout. Avant ton arrive, quoique je sois
-charme du dpart de M. de Calonne, j'ai peur que la petite ne s'en
-affecte pour son pre, quoique pourtant il n'y gagne ni n'y perde, pas
-mme un protecteur.
-
-Tu es d'une philosophie qui m'enchante, mon coeur; tu en seras plus
-heureuse, et tu sais si je dsire de te le savoir. Je ne comprends pas
-trop pourquoi tu dis que M. de C.[156] est mauvais politique; il me
-semble que l'on est fort content de lui, qu'il a fait d'assez belles
-choses, et que M. de Sgur vient de faire la btise la plus pomme que
-l'on puisse voir en accompagnant l'Impratrice sur la route de
-Kherson. Elle remue terriblement, la bonne dame, ce qui me dplat
-beaucoup: je suis partisante du repos. En consquence, ce que je t'ai
-mand pour Minette n'aura, je crois, pas lieu. Ce n'toit pas un homme
-assez bien n. Pour l'autre, mon coeur, je crois qu'il faut attendre
-comme nous avons dj fait. Il y a bien des choses voir et pour elle
-et pour moi. Car il ne suffit pas de trouver des gens qui prtent; il
-faut voir comment on rendra, et si l'on ne se mettra pas dans
-l'impossibilit de faire d'autre chose ncessaire et pour le moins
-aussi juste. Tout cela, mon coeur, il sera temps d'y penser quand
-j'aurai vingt-cinq ans. Jusque-l.....
-
-[Note 156: Le marchal de Castries.]
-
- * * * * *
-
-X.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 8 fvrier 1788[157].
-
-[Note 157: La reproduction de cette lettre et des deux suivantes,
-jusqu' ce jour indites, est interdite.]
-
-Ta lettre me fait bien de la peine, ma petite, par l'excessive
-inquitude o tu tois de la pauvre Flicie. Tu auras su, bientt
-aprs, sa mort, et le courage de sa mre; elle va bien prsent:
-l'enfant qu'elle va avoir la distraira de la perte qu'elle a faite,
-surtout nourrissant. Elle t'aura srement mand que tous les avis de
-ce pays toient contre, et que c'est un mdecin de Stuttgard qui l'a
-dcide; j'ai peur qu'elle n'ait pas tout fait raison. Cependant
-comme elle mnera une vie plus calme qu' sa premire nourriture,
-l'enfant pourra devenir plus fort. Je crois qu'elle ne me pardonneroit
-pas si elle savoit ce que je pense sur cela. Je voudrois bien que tu
-eusses le temps de la voir un peu avant son dpart. Je ne t'avois
-point parl de la maladie de Flicie, parce que ta mre toit Paris,
-et que je ne savois pas ce que l'on te mandoit, ce qui a fait que je
-ne t'ai pas crit aussi la premire poste aprs sa mort.
-
-J'ai montr ta mre ce que tu me marques pour ton logement; je
-voudrois que tu eusses celui de la Chapelle, mais il ne te convient
-pas, ce que l'on te dit, et puis il est bien un peu cher, je crois
-qu'il va cinq mille livres; mais il a l'agrment d'tre le plus prs
-de la pice du Dragon, quoiqu'il y ait une trs-petite rue passer;
-enfin, ta mre, ton frre, la Chapelle, amies et Raigecourt, s'en
-occupent tant qu'ils peuvent; ainsi, si tu n'es pas bien loge, ce
-sera faute de s'entendre, plutt que manque de s'en occuper.
-
-Mon neveu[158] est toujours dans un tat trs-inquitant, l'on ne s'en
-doute pas, ce qui me fait esprer qu'il s'en tirera; car, si tu t'en
-souviens, cela lui a port bonheur dans le temps o il a t la
-Muette. Cette tranquillit vite bien des peines, mais aussi le coup
-est-il bien plus cruel lorsqu'il est inattendu. Je crois t'avoir dj
-dit tout cela, mais c'est que j'en suis pntre.
-
-[Note 158: Le premier Dauphin.]
-
-Raigecourt est toujours grosse, et je crois que, cette fois-ci, c'est
-pour tout de bon: elle a pass l'poque de sa seconde fausse couche et
-se mnage assez pour croire qu'elle n'aura pas d'accidents; le seul
-qu'elle ait jusqu' ce moment, ce sont des maux de coeur affreux et
-une peur pas mal grande, qu'elle a dissimule le plus qu'elle peut,
-mais qui, malgr cela, est trs-visible. Si par hasard tu lui cris,
-ne lui en parle pas.
-
-Le Parlement, dit-on, va encore s'assembler pour les lettres de
-cachet. Tout cela est du rabchage pour ce moment-ci. Je voudrois
-qu'il ne fut plus question de lui lorsque tu reviendras, pour le bien
-que je te veux, car il est bien ennuyeux, presque autant que le temps,
-qui, hier, toit superbe, doux, un beau soleil; aujourd'hui, il fait
-noir et froid, ce qui, comme tu sais, ne m'empche pourtant pas de
-sortir. En consquence je te quitte pour aller rejoindre M. Huv[159],
-et donner des ordres. Je suis tout tonne de penser que, l'anne
-prochaine, je serai au moment de coucher ici; je sens que cela me
-parotra tout drle. Adieu, ma petite, je t'aime et t'embrasse de tout
-mon coeur.
-
-[Note 159: Architecte des btiments royaux, restaurait en ce moment la
-maison de la princesse.]
-
-J'oubliois de te dire que je trouve ton D. un drle d'homme de
-s'enflammer comme cela pour quelqu'un qu'il n'a jamais vu; tu feras
-trs-sagement de traner cette affaire en longueur, car je ne crois
-pas qu'elle ait lieu, et il vaut mieux que tu sois ici lorsqu'elle
-sera rompue tout fait. Si tu tois encore en colre lorsque tu auras
-reu ma lettre, tu l'auras tourne contre moi d'aprs ce que je te
-mandois, et cette ide m'affecte considrablement. Mon seul espoir est
-que ta fureur n'aura pas t longue. Adieu. Je te quitte tout de bon.
-
- * * * * *
-
-XI.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Sans date, mais vers 1788 ou 89.
-
-J'en suis dsirer que ton pauvre frre soit dlivr de tous ses
-maux, et que sa vie ne se prolonge pas aux dpens de tout ce qu'il
-souffre au physique et au moral. Je suis dsespre de ne pouvoir
-partager les soins, et pense avec bien de la peine l'tat
-d'affliction o tu es en ce moment-ci. J'ai vu, ce matin, le
-baron[160]. J'y ai men Bombon, qu'il a beaucoup caress. J'ai t
-fort contente de ma conversation avec lui, et il a fini par me
-promettre de parler la Reine et la duchesse de Polignac. La seule
-chose qui m'ait dplu, c'est qu'il m'a dit qu'on vouloit donner
-C.....[161] M. de la Luzerne. Il veut que je parle aussi la Reine,
-mais il ne veut pas absolument que je parle de Dresde, prtendant
-qu'il ne faut lui prsenter aucunes difficults qui demandent
-rflexion, et je me suis promis, malgr cela, en me gardant bien de le
-lui dire, que je la prierois de dclarer qu'elle ne vouloit pas que tu
-fusses davantage en Allemagne. Somme toute, je suis contente. Je te
-ferai plus de dtails quand je te verrai. Quoique ma lettre ennuie
-beaucoup les personnes qui me la voient crire, il faut encore que je
-te dise que Rayneval, chez qui j'ai t avec madame Duval, m'a dit que
-le baron sortoit de chez lui, et qu'il lui avoit beaucoup parl de
-toi. J'ai pens que mon audience du matin n'y avoit rien gt. Il faut
-encore que je te dise que j'ai fait un grand loge au baron de ta
-raison, du froid et de la rsignation avec lesquels tu soutenois
-toutes les perscutions que tu avois prouves; il est convenu de tout
-cela, et m'a dit qu'il avoit t parfaitement content de la manire
-dont tu lui avois parl au sujet de tes affaires. Adieu, mon enfant,
-donne-moi de tes nouvelles demain matin; remercie ta soeur de ce
-qu'elle a bien voulu m'crire, et dis madame de Bombelles tout ce
-que j'prouve pour elle dans ce moment-ci.
-
-[Note 160: M. de Breteuil.]
-
-[Note 161: Constantinople. Cette ambassade, dont les moluments
-taient considrables, tait l'objet de l'ambition de M. de Bombelles,
-qui n'avait point de fortune, avait dj plusieurs enfants, et tait,
-par sa position officielle, oblig une grande reprsentation. B.]
-
- * * * * *
-
-XII.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
-Je suis dans l'enchantement de l'norme gratification qu'on vous a
-donne; j'ai peur que le Roi ne se ruine avec ces libralits-l. Si
-j'tois de ton mari, malgr la modestie de cette somme, je la
-laisserois M. d'Harvelay, pour prouver M. de Vergennes que vous
-demandez davantage, parce que vous en avez vritablement besoin, et
-pour qu'il voie bien que c'est pour payer vos dettes, et que, puisque
-vous donnez un si petit -compte, quand vous en aurez davantage, vous
-l'emploierez au mme usage. J'espre bien que l'anne prochaine il
-vous en donnera un peu plus. J'ai commenc par la lettre de M. de
-Vergennes, je lisois bien vite, parce que je croyois que j'allois
-voir des choses superbes, et j'ai t un peu tonne. Au reste, aprs
-avoir bien rflchi, je ne crois pas que cela soit mauvaise volont de
-sa part; mais comme on a t oblig de donner des gratifications pour
-les ftes, elles ont pu gner et diminuer celle-l.
-
-Adieu, mon coeur, j'espre que votre mdecine vous fera du bien;
-tchez de vous calmer.
-
- * * * * *
-
-XIII.
-
-A MADAME MARIE DE CAUSANS.
-
- [Dans les premiers mois de 1789.]
-
-Oui, certes, mon coeur, je vous crirai avant que vous soyez au
-noviciat; mais j'espre bien qu'il ne vous sera pas dfendu de
-recevoir des lettres aprs. Il est vrai que nous serons plus gnes
-par l'inspection de la matresse; mais cela ne m'empchera pas de vous
-dire tout ce que je pense. Vous serez peut-tre tonne, mon coeur,
-que, d'aprs toutes les rflexions, consultations et preuves que vous
-avez faites, je ne sois pas encore assez convaincue de la solidit et
-de la ralit de votre vocation, pour ne pas craindre que vous n'ayez
-pas rflchi comme il faut. Premirement, mon coeur, on ne peut
-connotre si une vocation est vraiment l'ouvrage de Dieu, que lorsque
-avec le dsir de suivre sa volont, l'on s'est pourtant permis de
-combattre de bonne foi le penchant qui porte se consacrer lui;
-sans cela, l'on court le risque de se mprendre, et de suivre une
-ferveur passagre qui tient souvent au besoin du coeur, qui, n'ayant
-pas d'objets d'attachement, croit se sauver du danger d'en former que
-le Ciel n'approuveroit pas, en se consacrant Dieu. Ce motif est
-louable, mais il ne suffit pas; il tient la passion, il tient au
-dsir et au besoin que le coeur a de former un lien qui le remplisse,
-dans le moment, tout entier. Mais, je vous le demande, mon coeur, Dieu
-peut-il approuver cette offrande? peut-il tre touch du sacrifice
-d'une me qui ne se donne lui que pour se dbarrasser d'elle-mme?
-Vous savez que, pour faire un voeu quelconque, il faut une volont
-libre, rflchie, dnue de toute espce de passion; il en est de mme
-pour celui d'une religieuse, et ces dispositions sont encore plus
-essentielles. Le monde vous toit odieux; mais toit-ce dgot ou
-regret? Ne croyez pas que si ce dernier l'emportoit, votre vocation
-soit naturelle et vraie. Non, mon coeur, le Ciel vous envoyoit une
-tentation, il falloit la supporter, et ne prendre votre rsolution de
-vous consacrer lui que lorsqu'elle auroit t passe.
-
-Deuximement, mon coeur, il faut avoir l'esprit bien mortifi pour
-prendre l'engagement que vous voulez prendre. Voil l'essentiel, la
-vritable vocation. Tout ce qui tient au corps cote peu, l'on s'y
-accoutume; mais il n'en est pas de mme de ce qui tient l'esprit et
-au coeur.
-
-Vous tes tranquille sur le compte de d'Ampurie[162] parce que vous
-avez consult l'archevque; je rends hommage ses vertus avec
-plaisir, mais permettez-moi de vous dire que, de l'aveu de ceux qui le
-connoissent le plus, il est impossible d'tre moins capable de
-conduire une me. Je ne vous en parle pas seulement d'aprs les
-autres, mon coeur, c'est d'aprs ce que j'ai vu. J'ai t dans le cas
-de connotre un prtre que l'archevque avoit laiss prt se livrer
-au plus grand dsespoir, qu'il n'imaginoit de secourir ni de conseils
-ni de tout ce qui pouvoit contribuer sa consolation. Cependant, mon
-coeur, ce n'toit l que son strict devoir. Or, comment voulez-vous,
-d'aprs cela, que je sois tranquille sur le conseil qu'il vous a donn
-sur un simple aperu, sans avoir caus avec vous, sans tre entr dans
-des dtails o il est impossible d'entrer par lettre, que je m'en
-rapporte au conseil du directeur du couvent, qui, tout honnte homme
-qu'il puisse tre, ne peut pas tre juge impartial dans cette affaire?
-
-[Note 162: Madame la marquise de Causans avait quatre filles:
-
-L'ane, mademoiselle de Causans, avait pous M. de Sade;
-
-La seconde, Caroline de Causans, titre comtesse de Vincens, fut
-marie au marquis de Raigecourt;
-
-La troisime, Marie de Causans, comtesse de Maulon, aprs avoir perdu
-sa mre, tait entre comme novice au Saint-Spulcre, Bellechasse.
-Les troubles de la Rvolution mirent forcment obstacle la
-ralisation de son projet d'entrer en religion.
-
-Elle en prouvait d'autant plus de regrets qu'elle avait sous sa garde
-sa jeune soeur, Franoise de Causans, comtesse d'Ampurie, dont il est
-ici question, et qui plus tard fut marie au comte de Schulenburg.]
-
-Si d'Ampurie n'est pas marie dans trois ans, et qu'elle soit oblige
-d'aller son Chapitre, vous en rapporterez-vous ses dix-huit ans,
-pour croire qu'elle aura toujours une conduite sage, mesure, qu'elle
-n'aura pas besoin du conseil d'une amie, d'une soeur qui lui servoit
-de mre, pour qui elle seroit parvenue en avoir tous les sentiments?
-qu'en l'abandonnant elle-mme, vous remplirez le devoir le plus
-sacr que vous ayez jamais remplir, celui d'une mre mourante qui
-s'en est rapporte vous, qui vous a choisie comme celle qui pouvoit
-le plus la remplacer avec succs; d'une mre qui n'auroit certes pas
-abandonn ses enfants toute la sduction du monde pour se livrer
-un got de retraite et de dvotion qu'elle n'auroit pas cru dans la
-rgle? Non, mon coeur, il me sera toujours impossible de croire que
-vous remplissez votre devoir, que vous accomplissez la volont de Dieu
-en vous consacrant lui dans ce moment. Au nom de ce mme Dieu que
-vous voulez servir d'une manire plus parfaite, consultez encore, mon
-coeur, mais consultez des gens plus clairs, des gens qui n'aient
-aucun intrt ni pour ni contre le parti que vous voulez prendre;
-exposez-leur votre position; laissez-vous examiner de bonne foi: vous
-seriez aussi coupable en exagrant votre dsir comme en le
-dissimulant. Et, mon coeur, si, pendant votre noviciat, vous prouvez
-la moindre peine, je vous le demande en grce, consultez les mmes
-personnes, ne vous en rapportez pas ceux qui vous diroient que ce ne
-sont que des tentations; il faut les connotre, il faut les peser,
-voir si, lorsque vous serez engage, elles ne feront pas le malheur de
-votre vie. Enfin, mon coeur, j'ose vous demander, au nom de l'amiti
-que vous avez pour moi, au nom de ce que vous avez de plus cher en ce
-monde, au nom de votre respectable mre, de ne ngliger aucune des
-prcautions que ceux qui vous sont attachs et qui ont des droits sur
-votre amiti pourront vous suggrer, pour vous assurer de plus en plus
-de la vrit de votre vocation. Ce sera peut-tre une croix pour vous,
-mais elle vous attirera plus de grces par la suite.
-
-Travaillez me rassurer, mon coeur, en me parlant des preuves
-auxquelles vous vous tes livre. Je ne vous parle pas de celles du
-corps: elles sont absolument nulles pour moi, parce qu'elles ne
-tiennent qu' l'habitude; mais si vous avez combattu votre vocation;
-si vous vous sentez parfaitement calme et libre de toutes peines
-d'esprit; que ce ne soit pas avec vivacit que vous vous livriez
-Dieu. Si votre esprit est mortifi, si vous ne vous faites pas un
-tableau parfait du couvent o vous entrez, si vous comptez y trouver
-des gens qu'il vous faudra supporter, des objets de _scandale_[163];
-car ne croyez pas, mon coeur, qu'un couvent en soit exempt aux yeux
-d'une religieuse: plus on est parfait, plus on veut rencontrer dans
-les autres les mmes sentiments, et vous ne serez pas l'abri de
-cette tentation; car, j'en conviens, cela en est une, mais qui devient
-une ralit par un excs d'amour de Dieu. Il est bien peu de couvents
-o la charit rgne assez pour ne pas connotre ce dfaut.
-
-[Note 163: Les petits dfauts qui sont peine remarqus dans le monde
-deviennent un objet de _scandale_ au couvent, o l'on doit vivre de la
-vie parfaite. Les lignes qui suivent expliquent clairement la pense
-de Madame lisabeth.]
-
-Enfin, mon coeur, dans quelque position que vous vous trouviez,
-comptez assez sur mon amiti et sur un vif intrt de ma part, pour me
-parler toujours avec confiance de ce qui vous touche. J'ose dire le
-mriter, par les vrais sentiments que j'ai pour vous, et le tendre
-intrt que m'inspireront toujours les enfants de votre respectable et
-tendre mre. Je vous embrasse et vous aime de tout mon coeur.
-
-Je vous demande en grce de ne pas vous contenter de lire une fois ma
-lettre.
-
- * * * * *
-
-XIV.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Versailles, le 15 juillet 1789.
-
-Que tu es aimable, mon coeur! Toutes les affreuses nouvelles d'hier
-n'avoient pu parvenir me faire pleurer; mais la lecture de ta
-lettre, en portant de la consolation dans mon coeur par l'amiti que
-tu me tmoignes, m'a fait verser bien des larmes. Il seroit bien
-triste pour moi de partir sans toi. Je ne sais pas si le Roi sortira
-de Versailles. Je ferois ce que tu dsires, s'il en toit question. Je
-ne sais pas ce que je dsire sur cela. Dieu sait le meilleur parti
-prendre. Nous avons un homme pieux la tte du Conseil[164],
-peut-tre l'clairera-t-il! Priez beaucoup, mon coeur; mnagez-vous
-bien, ne troublez pas votre lait. Vous feriez mal, je crois, de
-sortir. Ainsi, ma petite, je fais le sacrifice de te voir. Sois
-convaincue qu'il en cote mon coeur. Je t'aime, ma petite, mieux que
-je ne puis le dire. Dans tous les temps, dans tous les moments, je
-penserai de mme. J'espre que le mal n'est pas aussi grand que l'on
-se le figure. Ce qui me le fait croire, c'est le calme de Versailles.
-Il n'toit pas bien sr, hier, que M. de Launey ft pendu: on avoit
-pris, dans la journe, un autre homme pour lui. Je m'attacherai, comme
-tu me le conseilles, au char de _Monsieur_, mais je crois que les
-roues n'en valent rien. Adieu, mon coeur, je vous embrasse aussi
-tendrement que je vous aime.
-
-[Note 164: M. le baron de Breteuil.]
-
- * * * * *
-
-XV.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Versailles, le 5 aot 1789.
-
-La joie de vous savoir en bonne sant a t trs-grande dans ce
-monde-ci. Les premires nouvelles que nous aurons seront encore mieux
-reues, et par-dessus tout les quatrimes. Dans toutes autres
-occasions, il seroit gnreux de partager la joie de la petite
-baronne; mais dans celle-ci, elle ne peut pas mme nous en savoir bon
-gr. Je vous ai tenu parole, mon enfant; je n'ai pas t fche de
-vous dire adieu; mais je ne sais pas si cela vient de l, mais je me
-sens d'une humeur de chien. Ne vous en donnez pourtant pas les gants.
-Oui, je vous le rpte, et vous le rpterai et vous le dirai sans
-cesse, je suis charme que vous alliez nourrir Henri IV dans un pays
-o l'air est plus chaud et par consquent plus propre l'ducation
-que vous voulez lui donner. Jouissez bien du bonheur de voir la
-petite; animez-vous l'une l'autre tout ce qu'il est dans votre me
-de chercher, pour fortifier votre moral, qui, tant loign d'un lieu
-qui vous est cher sous mille rapports, doit un peu souffrir.
-Rjouissez-vous des nouvelles que je vais vous apprendre, si vous ne
-les savez pas encore. D'abord, les ministres sont nomms et paroissent
-approuvs par le public. L'archevque de Bordeaux[165] a les sceaux,
-celui de Vienne[166] la feuille des bnfices, M. de la Tour du
-Pin-Paulin[167] la guerre, et le marchal de Beauvau[168] au Conseil.
-Secondement, la nuit de mardi mercredi, l'Assemble a dur jusqu'
-deux heures. La noblesse, avec un enthousiasme digne du coeur
-franois, a renonc tous ses droits fodaux et au droit de chasse.
-La pche y sera, je crois, comprise. Le clerg a de mme renonc aux
-dmes, aux casuels et la possibilit d'avoir plusieurs bnfices.
-Cet arrt a t envoy dans toutes les provinces. J'espre que cela
-fera finir la brlure des chteaux. Ils se montent soixante-dix.
-C'toit qui feroit le plus de sacrifices: tout le monde toit
-magntis.
-
-[Note 165: M. Champion de Cic. Ce prlat, dput de la snchausse
-de Bordeaux aux tats gnraux, passa un des premiers la chambre du
-tiers, fit, le 27 juillet 1789, au nom du comit de constitution, un
-long rapport sur les droits de l'homme et sur la forme donner au
-Corps lgislatif. La popularit que ces actes lui acquirent le porta
-la place de garde des sceaux. Il contre-signa ce titre le dcret de
-la constitution civile du clerg. Il donna sa dmission en novembre
-1790, poque laquelle on dclara que les ministres avaient perdu la
-confiance de la nation. Il passa l'tranger, revint en France le 18
-brumaire an VIII (9 novembre 1799), fut pourvu en 1802, par le premier
-consul, de l'archevch d'Aix. N Rennes en 1735, il est mort en
-1810. Mademoiselle Champion de Cic, sa soeur, avait t compromise
-dans le complot du 3 nivse an IX (24 dcembre 1800) (pour avoir donn
-asile Carbon, dit le petit Franois, qui conduisait la charrette de
-la machine infernale); mais elle fut acquitte par le tribunal
-criminel de la Seine.]
-
-[Note 166: N en 1715, ce frre de l'auteur de _Didon_, fort
-recommandable par ses lumires et ses moeurs, tant premier aumnier
-de Louis XV, rpondit ce prince qui lui demandait s'il saurait bien
-dire le _Benedicite_: Non, Sire, prs de Votre Majest, je ne sais
-que rendre grce. D'abord vque du Puy, puis archevque de Vienne,
-il combattit les philosophes et les idologues. Entr au conseil et
-charg de la feuille des bnfices, le Pape s'adressa lui pour
-l'engager combattre de tous ses efforts toute innovation relative au
-clerg. Vous tes, lui disait-il, mieux mme que tout autre de
-rendre le service minent que je vous demande. Vous avez dj plus
-d'une fois prouv votre zle sauvegarder la saine doctrine. Le temps
-presse; il n'y a pas un moment perdre pour sauver la religion, le
-Roi et votre patrie. Vous pourrez certainement engager Sa Majest
-refuser cette funeste sanction. La rsistance ft-elle pleine de
-dangers, il n'est jamais permis de parotre un instant abandonner la
-foi catholique, mme avec le dessein de revenir sur ses pas quand les
-circonstances auront chang. L'archevque tait affaibli par l'ge,
-et n'avait plus assez de caractre pour faire une telle dmarche. Sa
-sant priclitant de jour en jour, il s'teignit le 29 dcembre 1790,
-dans sa soixante-quinzime anne.]
-
-[Note 167: La Tour du Pin (Jean-Frdric, comte de), lieutenant
-gnral des armes du Roi, fut dput de la noblesse de Saintes aux
-tats gnraux, se rangea du ct de la minorit de son ordre, et fut
-bientt aprs appel au ministre de la guerre. Le 4 aot, il informa
-l'Assemble de sa nomination, protesta de son attachement ses
-dcrets, et prsenta un plan pour l'organisation de l'arme. Il donna
-sa dmission avec les autres ministres ds qu'ils furent dclars
-avoir perdu la confiance nationale. Appel en tmoignage dans le
-procs de la Reine, il rendit cette auguste princesse la justice
-qu'elle mritait et l'entoura des respects qui lui taient dus.
-Traduit quelques jours aprs elle, il monta son tour sur le mme
-chafaud. N Grenoble en 1728, il prit le 28 avril 1794.]
-
-[Note 168: Si le marchal Charles-Just de Beauvau et prcd Bayard,
-on lui et probablement donn le surnom de cet incomparable chevalier.
-Nomm gouverneur du Languedoc, Beauvau se distingua dans ses nouvelles
-fonctions par la chaleur de son zle secourir les tristes victimes
-de la rvocation de l'dit de Nantes, et par une persvrance que la
-crainte mme d'une disgrce ne put branler. Des femmes protestantes
-qui gmissaient dans les cachots durent l'humanit du marchal un
-adoucissement leurs maux. Le chevalier de Boufflers, qui a fait son
-loge, raconte la belle rponse faite par M. de Beauvau quelqu'un
-qui lui adressait une observation ce sujet: Le Roi, monsieur, est
-matre de m'ter le commandement qu'il m'a donn, mais non de
-m'empcher de remplir mes devoirs selon ma conscience et mon
-honneur.--N Lunville le 10 septembre 1720, le marchal de Beauvau
-mourut Paris le 21 mai 1793.]
-
-Il n'y a jamais eu tant de joie et de cris. On doit chanter un _Te
-Deum_ la chapelle et donner au Roi le titre de Restaurateur de la
-libert franoise. On a aussi parl d'abolir les engagements
-perptuels, et la noblesse a renonc aux places, pensions, etc. Cet
-article n'est pourtant pas totalement pass. Je crois, mon coeur, que
-vous serez assez contente des bonnes nouvelles que je vous apprends.
-Je n'ose pas me flatter que mes lettres soient toujours aussi
-intressantes.
-
-Votre mre, que je quitte dans l'instant....
-
- * * * * *
-
-XVI.
-
-A L'ABB R. DE LUBERSAC.
-
- 16 octobre 1789.
-
-Je ne puis rsister, Monsieur, au dsir de vous donner moi-mme de
-mes nouvelles. Je sais l'intrt que vous voulez bien y prendre; je ne
-doute pas qu'il ne me porte bonheur. Croyez qu'au milieu du trouble et
-de l'horreur qui nous poursuivent, j'ai bien pens vous, la peine
-que vous prouviez, et que j'ai eu une grande consolation en voyant
-votre criture. Ah! Monsieur, quelles journes que celles du lundi et
-du mardi[169]! Elles ont fini pourtant beaucoup mieux que les cruauts
-qui s'toient passes dans la nuit ne pouvoient le faire croire. Une
-fois entrs dans Paris, nous avons pu nous livrer l'esprance,
-malgr les cris dsagrables que nous entendions autour de la voiture:
-ceux de _Vive le Roi! vive la Nation!_ toient les plus forts. Une
-fois l'htel de ville, ceux de _Vive le Roi!_ furent les seuls qui
-se firent entendre. Les propos de ceux qui entouroient notre voiture
-toient les meilleurs possibles. La Reine, qui a eu un courage
-incroyable, commence tre mieux vue par le peuple. J'espre qu'avec
-le temps, une conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour des
-Parisiens, qui n'ont t que tromps. Mais les gens de Versailles,
-Monsieur! Avez-vous jamais vu une ingratitude plus affreuse? Non, je
-crois que le Ciel, dans sa colre, a peupl cette ville de monstres
-sortis des enfers. Qu'il faudra de temps pour leur faire sentir leurs
-torts! Et si j'tois roi, qu'il m'en faudroit pour croire leur
-repentir! Que d'ingrats pour un honnte homme! Croiriez-vous bien,
-Monsieur, que tous nos malheurs, loin de me ramener Dieu, me donnent
-un vritable dgot pour tout ce qui est prire. Demandez au Ciel pour
-moi la grce de ne pas tout abandonner. Je vous le demande en grce;
-et prchez-moi un peu, je vous prie: vous savez la confiance que j'ai
-en vous. Demandez aussi que tous les revers de la France fassent
-rentrer en eux-mmes ceux qui pourroient peut-tre y avoir contribu
-par leur irrligion. Adieu, Monsieur, croyez toute l'estime que j'ai
-pour vous, et au regret que j'ai d'en tre loigne.
-
-[Note 169: 5 et 6 octobre.]
-
-La personne qui vous remettra cette lettre se chargera de la rponse.
-
- * * * * *
-
-XVII.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Ce 8 dcembre 1789.
-
-Je suis bien aise, mademoiselle Bombelinette, que vous ayez reu ma
-lettre, puisqu'elle vous a fait plaisir, et je lui sais trs-mauvais
-gr d'avoir t si longtemps en chemin. La vtre a t beaucoup plus
-aimable. Vous ne pouvez pas vous faire une ide du bruit qu'il y a eu
-aujourd'hui l'Assemble. Nous entendions les cris en passant sur la
-terrasse des Feuillants. Cela faisoit horreur. On vouloit revenir sur
-un dcret qui avoit pass samedi, non-seulement par assis et lev,
-mais encore par l'appel nominal. La mme chose est arrive ce matin,
-et il faut esprer que l'on ne reviendra plus sur ce dcret, qui me
-parot fort raisonnable: vous l'apprendrez par les gazettes.
-
-Je ne mets point du tout de courage ne point parler de Montreuil.
-Vous voulez, mon coeur, juger trop avantageusement de moi. Mais c'est
-qu'apparemment je n'y pensois pas lorsque je t'ai crit. J'en ai
-souvent des nouvelles. Jacques vient tous les jours m'apporter ma
-crme. Flury[170], Coupry[171], Marie[172] et madame Du Coudray
-viennent me voir de temps en temps. Tout cela a l'air de m'aimer
-toujours; et M. Huret, que j'oubliois, n'est pas bien mal..... Venons
-maintenant la maison. Le salon se meubloit lorsque je l'ai quitt.
-Il toit dispos tre fort agrable. Jacques est dans son nouveau
-logement. Madame Jacques est grosse, et toutes mes vaches le sont
-aussi. Il y a en ce moment un veau qui vient de natre. Pour les
-poules, je ne vous en parlerai pas, parce que je les ai un peu
-dlaisses. Je ne sais si vous aviez vu mon petit cabinet du fond
-meubl. Il est bien joli. Ma bibliothque est presque finie. Pour la
-chapelle, Corille est tout seul y travailler; tu juges si cela va
-vite. C'est mme par charit pour lui que j'ai permis qu'il continut
- y mettre un peu de pltre. Comme il y est tout seul, cela ne peut
-pas tre compt comme une dpense. Je suis fche de ne pas y aller,
-tu le croiras facilement; mais les chevaux sont pour moi une bien plus
-grande privation. Cependant, comme je ne puis pas en faire usage, j'y
-pense le moins possible; mais je sens qu' mesure que mon sang se
-calme, cette privation se fait plus sentir; j'en aurai plus de plaisir
-lorsque je pourrai satisfaire mon got. Et ce pauvre Saint-Cyr, ah! il
-est bien malheureux! J'ai reu hier une lettre charmante de
-Draquelonde; je leur parlerai de toi demain, car je compte y crire.
-Te souviens-tu de Croisard, le fils de la femme de garde-robe de ma
-soeur? Eh bien, il est aujourd'hui attach mes pas en qualit de
-capitaine. Je dis _attach_, parce que l'on ne nous quitte pas plus
-que l'ombre ne fait le corps. Ne crois pas que cela me contrarie.
-Comme mes courses ne sont pas varies, cela m'est bien gal. Au reste,
-je me promne tant que je peux. Sois bien tranquille: encore ce matin
-j'ai march pendant une grande heure.
-
-[Note 170: Concierge de la maison lisabeth.]
-
-[Note 171: Matre jardinier, mort le 8 nivse an II (28 dcembre
-1793).]
-
-[Note 172: Marie Magnin, femme de Jacques Bosson.]
-
-Minette et sa mre toient Chartres depuis longtemps. Elles y sont
-toujours. La fille dit qu'elle s'ennuie; je ne le crois pas trop,
-parce qu'elle y est plus distraite qu' Versailles. Elle m'crit assez
-souvent. Elle m'a mand hier qu'elle avoit t confesse, et que cela
-l'avoit tout soulage, qu'elle vouloit y aller souvent. Je souhaite
-que cela soit vrai. As-tu dj fait une nouvelle connoissance, et
-comment t'en trouves-tu? Ton cur n'est point content de ce que nous
-avons quitt Versailles. Adieu, ma chre petite; je t'aime et
-t'embrasse de tout mon coeur. Tu es bien gentille d'aimer beaucoup la
-Princesse, qui te le rend bien!
-
- * * * * *
-
-XVIII.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Paris, ce 20 fvrier 1890.
-
-Tu n'auras qu'un mot de moi, ma pauvre Bombe; j'ai t avertie trop
-tard qu'il y avoit une occasion, et puis j'ai la tte et le coeur si
-pleins de la journe d'hier, que je n'ai pas trop la possibilit de
-penser autre chose: le pauvre M. de Favras, dont tu as peut-tre
-connu l'affaire par les journaux, a t pendu hier. Je souhaite que
-son sang ne retombe pas sur ses juges; mais personne ( l'exception du
-peuple et de cette classe d'tres auxquels on ne peut pas donner le
-nom d'hommes, tant ce seroit avilir l'humanit) ne comprend pourquoi
-il a t condamn. Il a eu l'imprudence de vouloir servir son Roi,
-voil son crime. J'espre que cette injuste excution fera l'effet des
-perscutions, et que de ses cendres il renatra des gens qui aimeront
-encore leur patrie et qui la vengeront des tratres qui la trompent.
-J'espre aussi que le Ciel, en faveur du courage qu'il a tmoign
-pendant quatre heures qu'il a t l'htel de ville avant son
-excution, lui aura pardonn ses pchs. Priez Dieu pour lui, mon
-coeur: vous ne pourrez pas faire une plus belle oeuvre. Du reste,
-l'Assemble est toujours la mme: les monstres en sont les matres.
-Enfin, le croirois-tu? le Roi n'aura pas encore toute la puissance
-excutrice ncessaire pour qu'il ne soit pas absolument nul dans son
-royaume. Depuis quatre jours, l'on s'occupe de faire une loi pour
-apaiser les troubles, eh bien! ils ne cessent de s'occuper d'autres
-choses beaucoup moins essentielles pour le bonheur des hommes. Enfin,
-Dieu rcompensera les bons dans le Ciel, et punira ceux qui trompent
-le peuple, le Roi, et tous ceux qui, par la droiture de leur
-caractre, ne peuvent pas se rsoudre voir le mal tel qu'il est.
-
-Adieu, ma petite, je me porte bien, je t'aime bien; fais-en autant,
-pour l'amour de ta Princesse, et esprons en un temps plus heureux.
-Ah! comme nous en jouirons! J'embrasse tes petits enfants de tout mon
-coeur.
-
-Tu sais le rglement fait pour les moines et les religieux. N'en dis
-rien personne, mais l'on dit qu'il sortira bien des gens des
-couvents, et mme de religieuses. J'espre que la maison de Saint-Cyr
-n'prouvera pas de changement. Mais son sort n'est pas encore dcid.
-
-Ta mre se porte bien.
-
- * * * * *
-
-XIX.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Paris, ce 1er mai 1790.
-
-Tu es bien plus parfaite que moi; tu crains _la guerre civile_; moi,
-je t'avoue que je la regarde comme ncessaire: premirement, je crois
-qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est divis en
-deux partis, et que le parti le plus foible n'obtient la vie sauve
-qu'en se laissant dpouiller, il m'est impossible de ne pas appeler
-cela une guerre civile. De plus, jamais l'anarchie ne pourra finir
-sans cela; et je crois que plus on retardera, plus il y aura de sang
-rpandu. Voil mon principe. Il peut tre faux; cependant, si j'tois
-roi, il seroit mon guide, et peut-tre viteroit-il de grands
-malheurs. Mais comme, Dieu merci, ce n'est pas moi qui gouverne, je
-me contente, tout en approuvant les projets de mon frre, de lui dire
-sans cesse qu'il ne sauroit tre trop prudent et qu'il ne faut rien
-hasarder.
-
-Je ne suis pas tonne que la dmarche que le Roi a faite le 4 fvrier
-lui ait fait un grand tort dans l'esprit des trangers. J'espre
-pourtant qu'elle n'a pas dcourag nos allis, et qu'ils auront enfin
-piti de nous. Notre sjour ici nuit beaucoup aux affaires. Je
-voudrois pour tout au monde en tre dehors, mais c'est bien difficile.
-Cependant, j'espre que cela viendra. Si j'ai cru un moment que nous
-avions bien fait de venir Paris, depuis longtemps j'ai chang
-d'avis; mais, mon coeur, si nous avions su profiter du moment, croyez
-que nous aurions fait beaucoup de bien. Mais il falloit avoir de la
-fermet; mais il falloit ne pas avoir peur que les provinces se
-fchassent contre la capitale; il falloit affronter les dangers: nous
-en serions sortis vainqueurs.
-
- * * * * *
-
-XX.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Paris, ce 18 mai 1790.
-
-Tu auras vu par les papiers publics, ma chre enfant, qu'il avoit t
-question de ton mari l'Assemble, mais tu auras su en mme temps que
-l'on n'avoit pas seulement cout M. de Lameth. Ainsi, mon coeur, cela
-ne doit pas t'inquiter. Il y avoit quelqu'un qui, propos du
-discours de M. de Lameth, disoit qu'apparemment il craignoit que ton
-mari ne rendt Venise aristocrate, puisqu'il ne vouloit pas qu'il y
-restt. J'ai trouv ce propos charmant. Ta mre, qui assurment n'est
-pas froide sur tes intrts, n'est point agite de ce qui s'est pass.
-Ainsi, mon coeur, laisse gronder l'orage sans te troubler.
-
-Je t'envoie une lettre pour une femme que tu dois voir dans peu. Tu me
-manderas comment tu l'auras trouve. Je te vois d'ici te changeant
-toutes les deux en fontaines. Dis sa nice bien des choses de ma
-part sur la perte qu'elle vient de faire. Et puis, parle beaucoup,
-avec le mari, de son corps, et tu seras aussi heureuse qu'il soit
-possible de l'tre dans ce moment-ci. Pour moi, j'prouve une vraie
-jouissance lorsque j'en reconnois quelques-uns dans les galeries.
-
-Nous sommes enfin sortis de notre tanire. Le Roi va, je crois, monter
- cheval pour la troisime fois, et moi j'y ai dj mont une. Je n'ai
-pas t trs-lasse, et je compte recommencer vendredi. Je vais ce
-matin Bellevue. J'ai le besoin de voir un jardin anglois, et j'y
-vais pour cela. Pendant ce temps-l, l'Assemble s'occupera d'ter au
-Roi le droit de faire la paix ou la guerre. Bientt, je pense qu'on
-lui tera le droit de porter sa couronne, car c'est peu prs tout ce
-qui lui reste. Tu sais sans doute ce qui se passe en Dauphin et dans
-les provinces adjacentes. La mort de De Bossette fait horreur.
-Qu'est-ce qu'il toit au mari de ta nice? Adieu, ma petite, je
-t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. Comment va ton petit monstre
-d'Henri?
-
-J'oubliois de te parler de la raison de ton mari. J'en suis difie,
-touche et enchante. Je voudrois savoir ta rforme faite, parce que
-c'est toujours un moment dsagrable.
-
- * * * * *
-
-XXI.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Ce 27 juin 1790.
-
-Il y a longtemps que je ne vous ai crit, ma petite Bombelinette.
-Aussi je prends ce soir les avances, afin de n'tre pas prise au
-dpourvu par la poste, comme il arrive souvent lorsque l'on a assez de
-got pour la sainte paresse. Je ne vous parlerai pas de tous les
-dcrets que l'on rend la journe, et surtout de celui d'un certain
-samedi dont je ne sais plus le quantime. Il afflige peu des personnes
-qu'il attaque, mais bien les malveillants et ceux qui l'ont rendu, car
-il est devenu le sujet de la dissipation des socits. Pour moi,
-j'espre bien m'appeler mademoiselle Capet, ou Hugues, ou Robert, car
-je ne crois pas que je puisse prendre le vritable, celui de France.
-Cela m'amuse beaucoup; et si ces messieurs vouloient ne rendre que de
-ces dcrets-l, je joindrois l'amour au profond respect dont je suis
-pntre pour eux. Tu trouveras mon style un peu lger, vu la
-circonstance; mais comme il ne contient pas de contre-rvolution, tu
-me le pardonneras. Loin d'y penser, nous allons nous rjouir dans
-quinze jours avec toutes les milices du Royaume pour clbrer les
-fameuses journes du 14 et du 15 juillet, dont peut-tre tu as entendu
-parler. On apprte le Champ de Mars. Il pourra contenir six cent mille
-mes. J'espre, pour leur salut et pour le mien, qu'il ne fera pas le
-chaud qu'il a fait la semaine passe; car je crois que la messe que
-nous entendrons en ce moment pourroit tre mal entendue, vu que, pour
-ma part, avec l'amour que j'ai pour le chaud, je crois que j'y
-crverois. Sans cela, j'espre bien n'y pas laisser mon pauvre corps,
-qui pourroit bien, en quittant cet endroit, ne pas se rafrachir de
-quelque temps; mais au contraire j'espre bien le ramener tout comme
-il y aura t. Pardonne-moi toutes ces btises; mais j'ai tant touff
-la semaine passe, et la revue de la milice, et dans mon petit
-appartement, que j'en suis encore toute saisie. Et puis, il faut bien
-rire un peu, cela fait du bien. Madame d'Aumale me disoit toujours,
-dans mon enfance, qu'il falloit rire, que cela dilatoit les poumons.
-
-J'achve ma lettre Saint-Cloud. Me voil rtablie dans le jardin,
-mon critoire ou mon livre la main; et l je prends patience et des
-forces pour le reste de ce que j'ai faire. Ta mre, que je viens de
-quitter, se porte trs-joliment. Adieu, je t'aime et t'embrasse de
-tout mon coeur. As-tu sevr ton petit monstre, et comment t'en
-trouves-tu?
-
- * * * * *
-
-XXII.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Ce 10 juillet 1790.
-
-J'ai reu ta lettre par ce Monsieur qui est retourn Venise, mais
-trop tard pour y pouvoir rpondre, en ayant une autre crire plus
-presse. Nous touchons, ma chre enfant, comme le dit la chanson, au
-moment de la crise de la Fdration. Elle aura lieu mercredi; je suis
-bien convaincue qu'il ne s'y passera rien de trs-fcheux. M. le duc
-d'Orlans n'est pas encore ici, peut-tre y sera-t-il ce soir ou
-demain; peut-tre ne reviendra-t-il jamais. J'ai l'opinion que c'est
-peu prs indiffrent. Il est tomb dans un tel mpris que sa prsence
-sera cause de peu de mouvement. L'Assemble parot dcidment spare
-en deux partis, celui de M. de La Fayette et celui de M. le duc
-d'Orlans, autrement appel celui des Lameth. Je dis cela parce que le
-public le croit; moi j'ai l'opinion qu'ils ne sont pas aussi mal
-ensemble qu'ils veulent le parotre. Que cela soit ou que cela ne soit
-pas, il parot que celui de M. de La Fayette est beaucoup plus
-considrable, et cela doit tre un bien, parce qu'il est moins
-sanguinaire, et parot vouloir servir le Roi en consolidant l'ouvrage
-immortel dont Target[173] accoucha le 4 fvrier de l'an 90.
-
-[Note 173: Target passait avec raison pour le membre le plus actif du
-comit de la constitution. Aussi dans le monde n'tait-il question que
-des couches de Me Target. On publia _cinq bulletins des couches de Me
-Target, pre et mre de la constitution des ci-devant Franois, conue
-aux Menus, prsente au Jeu de paume et ne au Mange._]
-
-Toutes les rflexions que tu fais sur le sjour du [Roi] sont
-trs-justes, il y a longtemps que j'en suis convaincue; celles qui
-suivent sont bonnes suivre, sont mme ncessaires. Mais de tout cela
-il n'en sera rien, moins que le Ciel ne s'en mle. Prie-le bien fort
-pour cela, car nous en avons grand besoin. Cela me fait bien de la
-peine, parce que j'ai une certaine frayeur que l'ennui ne gagne tant
-que l'on ne puisse rsister au dsir de s'amuser un peu, et d'une
-manire qui peut tre ou fort utile ou fort malheureuse pour
-l'ternit. Le choix est difficile faire dans deux choses aussi
-rapproches que celles-l, quoiqu'au premier coup d'oeil elles
-paroissent fort dissemblables. Mais ton esprit est si fin, si juste,
-qu'il apercevra sans peine le point qui les unit sans que je me donne
-la peine de le dmontrer. Si tu me trouves le sens commun, il faut
-convenir que tu seras bien indulgente.
-
-L'Assemble a dcrt hier que le Roi seroit seul avec elle dans la
-Fdration, le prsident sa droite; le reste de sa famille sera, je
-crois, aux fentres de l'cole militaire. Le Roi avoit dsir d'en
-tre entour; mais, comme de raison, on n'a pas pris garde aux dsirs
-de celui qui n'a de pouvoir que celui que la Nation lui dlgue. Tu
-sais que j'ai le bonheur de connotre beaucoup un des membres de cette
-auguste famille du sicle pass; eh bien, je vous fais part que tout
-cela lui est bien gal: elle n'en est afflige que par rapport la
-Reine, pour qui c'est un soufflet donn tour de bras, et d'autant
-mieux appliqu qu'il a t mnag de loin, et que jusqu'au dernier
-moment on avoit dit au Roi que le contraire passeroit.
-
-Je suis fche de penser que tu n'es plus la campagne, parce que
-cela te fait du bien et du plaisir; mais je suis bien difie de ta
-rsignation et de ton amour pour tes devoirs. J'espre que tes enfants
-te ressembleront et serviront Dieu et leur matre comme de bons
-chrtiens, et tes enfants doivent servir l'un et l'autre, ayant de si
-bons exemples sous leurs yeux. A propos, je suis bien fche que ma
-phrase t'ait dplu, ce n'toit pas mon intention, comme tu peux bien
-l'imaginer. Je n'ai pens qu'au temps qu'il y avoit que ton mari ne
-s'toit occup de ce mtier qui demande un peu de pratique, surtout
-s'il le suivoit dans la position o il est[174]. Mais je te fais
-rparation, et te dirai que je suis convaincue que le zle que
-certainement il y mettroit pourroit suppler ce qui lui manqueroit
-de science, si par hasard il en avoit perdu. Mais je ne puis te
-dissimuler que, malgr la grandeur de tes sentiments, je ne me soucie
-point du tout que ton mari soit appel. J'ajouterai que je ne crois
-pas qu'il le doive en conscience, parce que son sort est fix et qu'il
-ne peut le changer sans tout abandonner de bonne volont ou de force.
-Pse encore cette rflexion, et sois bien convaincue que je n'ai
-jamais eu le dsir de te faire de la peine, notre amiti est trop
-vraie pour que tu puisses en douter. Tes parents se portent bien. Je
-t'embrasse de tout mon coeur; je suis bien fche de ce que tu me
-mandes de Font. J'espre que tu te trompes; si cela toit, que nous
-serions ou btes ou malheureuses! etc. Mais plus j'y rflchis, ainsi
-qu' ses propos, et moins je le crois.
-
-[Note 174: Il toit question de m'employer militairement la suite
-de M. le comte d'Artois, et Madame lisabeth le voyoit avec peine.
-(_Note du marquis de Bombelles._)]
-
-M. de N., je crois, n'avoit pas besoin des conseils de l'homme dont tu
-me parles pour le rejoindre. Je crois que l'autre n'auroit pas
-souffert un sjour plus long, mais c'est toujours fort bien lui de
-l'avoir senti. S'il pouvoit de mme se persuader de rester toujours o
-il est avec l'autre, cela seroit bien heureux pour tout le monde.
-
- * * * * *
-
-XXIII.
-
-LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Ce 16 aot 1790.
-
-Eh bien, ma Bombe, tu es en colre contre moi; tu aurois raison si
-j'avois tort, mais, en conscience, je ne puis pas en convenir. Le
-Monsieur qui t'a apport une lettre de ta mre en a, je crois, une de
-moi que je charge une autre personne de te remettre, ou si ce n'est
-pas lui, tu en recevras une du mme temps; du moins il me semble
-qu'autant que je puis m'en ressouvenir, voil la raison pour laquelle
-je ne lui en ai pas donn. Si je me trompe, et que je ne t'aie pas
-crit du tout, c'est srement la faute du temps qui me manquoit; car
-tu sais bien que, dans tous les moments, je serai bien aise de causer
- mon aise avec toi, et que celui-ci tant encore plus intressant, je
-ne le laisserai pas chapper. Au reste, pour obtenir tout fait mon
-pardon, je te promets de t'crire par la premire occasion, si
-pourtant j'ai quelque chose te mander; car je ne crois pas que vous
-dsiriez que je vous fasse des contes.
-
-Je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas encore reu ton lixir, car
-Raigecourt te l'a envoy il y a dj quelque temps. Elle est la
-campagne dans ce moment-ci, avec son mari, dans une nouvelle terre
-qu'ils ont achete. Elle est agrable; mais ne pouvant en jouir pour
-Stani, elle lui fait beaucoup moins de plaisir. Je suis bien aise que
-ton pauvre Henry ne te donne plus d'inquitude. La description que tu
-me fais de ta campagne fait bien envie. Jouissez-en bien, mon enfant;
-ne vous occupez point d'ides qui puissent rendre nul le bonheur que
-la nature vous offre. Joignez-y le vritable, celui d'une conscience
-bien pure, d'un coeur bien rempli de l'objet qui seul peut consoler
-dans les maux qui accablent notre patrie, et tu pourras te vanter
-d'tre philosophe, et philosophe chrtien, bien loin des principes de
-tes anciens amis, que l'exprience doit te faire juger avec des yeux
-moins indulgents.
-
-La mre Bastide vient de terminer sa longue carrire avec le calme
-qu'elle a eu toute sa vie. Je l'ai vue depuis sa mort, elle n'toit
-pas du tout change. C'est bien jaune un cadavre, mais cela ne fait
-pas trop d'horreur. Je ne sais plus si tu en as vu, je ne crois pas,
-moins que cela ne ft la mre Beaugeard[175].
-
-[Note 175: Mre de M. Beaugeard, secrtaire des commandements de la
-Reine _pour les annes paires_.]
-
-Nous sommes toujours Saint-Cloud, toujours dans la mme position,
-attendant avec rsignation ce que le Ciel nous rserve. Bonsoir, ma
-chre Bombe; je t'embrasse de tout mon coeur, je t'aime beaucoup, et
-je voudrois bien tre avec toi dans un petit coin de ta campagne.
-Bitche pense-t-il toujours moi?
-
- * * * * *
-
-XXIV.
-
-A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[176].
-
-[Note 176: La reproduction de cette lettre et de la suivante est
-interdite.]
-
- Ce 29 aot 1790.
-
-J'ai reu votre lettre, mon coeur; elle m'a bien touche; je n'ai
-jamais dout de vos sentiments pour moi, mais les marques que vous
-m'en donnez me font grand plaisir. Il m'auroit t infiniment agrable
-de vous revoir cet automne, mais je sens la position de votre mari, et
-je consens trs-fort au projet qu'il a form de passer l'hiver en pays
-tranger. Je vous avoue mme que votre position me le fait dsirer: ce
-pays-ci est tranquille, mais d'un moment l'autre il peut ne l'tre
-plus. Vous tes trop vive pour vous exposer faire vos couches dans
-un lieu o l'on peut craindre chaque jour quelque mouvement; votre
-sant n'y rsisteroit pas; de plus, avec cette disposition-l, les
-suites de vos couches seroient beaucoup plus fcheuses. Faites toutes
-ces rflexions pour vous aider, mon coeur, faire le sacrifice que la
-fortune de votre mari et sa position vis--vis de sa mre vous
-obligent de faire. Si de vous dire que je l'approuve peut en effet
-vous le faire un peu mieux supporter, je vous le rpterai sans cesse;
-mais, mon coeur, ce que je ne saurois trop vous rpter, et que je
-voudrois que vous eussiez grav dans le coeur et dans l'esprit, c'est
-que ce moment-ci doit tre dcisif pour votre bonheur et votre
-rputation. Vous allez tre livre vous-mme, dans un pays tranger,
-ne pouvant recevoir de conseil que de vous-mme. Peut-tre y
-rencontrerez-vous des Parisiens dont la rputation ne soit pas
-trs-bonne: il est bien difficile dans un autre pays de ne pas voir
-ses compatriotes; mais ne les voyez qu'avec une telle prudence, rglez
-tellement vos dmarches sur la raison, que nul ne puisse tenir un
-propos sur vous. Surtout, mon coeur, cherchez plaire votre mari;
-quoique vous ne m'ayez jamais parl de lui, je le connois assez pour
-savoir qu'il a de bonnes qualits, mais qu'il peut en avoir qui ne
-vous plaisent pas autant. Faites-vous la loi de ne jamais vous arrter
-sur celles-l, et surtout de ne jamais permettre que l'on vous en
-parle; vous le lui devez, vous vous le devez vous-mme. Cherchez
-fixer son coeur: si vous le possdez bien, vous serez toujours
-heureuse. Rendez-lui sa maison agrable, qu'il y retrouve toujours une
-femme empresse lui plaire, occupe de ses devoirs, de ses enfants,
-et vous gagnerez par l sa confiance; et si une fois vous l'avez bien,
-vous ferez, avec l'esprit que le Ciel vous a donn, et un peu
-d'adresse, tout ce que vous voudrez. Mais, ma chre enfant, songez
-avant tout sanctifier toutes vos bonnes qualits par un grand amour
-pour Dieu; pratiquez votre religion, vous y trouverez une force, des
-ressources dans toutes vos peines, des consolations qu'elle seule peut
-faire goter. Ah! y a-t-il un bonheur plus grand que celui d'tre
-toujours bien avec sa conscience? Conservez-le, ce bonheur, et vous
-verrez que les tourments de la vie sont bien peu de chose compars
-avec les tourments qu'prouvent les gens livrs toutes les passions.
-Que la dvotion de votre belle-mre ne vous en dgote pas: il est des
-gens qui le Ciel n'accorde pas la grce de la connotre sous son
-vrai jour; il faut prier que le Ciel l'claire. Je suis bien aise que
-votre mari connoisse ses dfauts, mais je serois fche que par des
-plaisanteries ou autrement vous les lui fassiez remarquer. Pardon, mon
-coeur, de tout mon bavardage; mais je vous aime trop pour ne pas vous
-dire tout ce que je crois utile votre bonheur. Vous me dites, avec
-toute l'amabilit dont vous tes capable, que si vous valez quelque
-chose vous me le devez; prenez-y garde, c'est m'encourager vous
-ennuyer encore.
-
-Mandez-moi si vous avez reu une lettre de moi, que je vous ai crite
-peu de jours aprs la Fdration; il y en avoit une pour votre
-belle-mre: comme c'est une occasion, elle a t longtemps en chemin.
-Adieu, mon coeur, crivez-moi tant que vous en aurez le dsir. Si vous
-avez besoin d'ouvrir votre coeur, ouvrez-le-moi, et croyez que vous ne
-pouvez pas vous adresser quelqu'un qui vous aime plus tendrement que
-moi. Vous me manderez votre adresse. J'oubliois de vous rpondre pour
-M. d'A. Ne pouvant, vu la position de mes affaires, rien faire pour
-lui dans ce moment, je dsire que vous priiez la personne qui vous en
-a parl, s'il se trouvoit dans une position plus critique, qu'il est
-toujours craindre que les circonstances amnent, de vous le mander;
-pour lors je ferois ce qu'il me seroit possible, et cela seroit plus
-naturel que de leur envoyer de but en blanc, je craindrois que leur
-amour-propre n'en ft choqu. Dites votre mari de ma part que
-j'espre que votre conomie, et la sienne, fera qu'au printemps je
-pourrai avoir le plaisir de vous voir. Recommandez-lui aussi de me
-donner de vos nouvelles ds que vous serez accouche. J'embrasse vous
-et votre fils de tout mon coeur.
-
-Dites bien des choses votre belle-mre; je lui crirai dans peu.
-Bombe se porte bien. Je suis bien fche que le mariage de Pauline ne
-se fasse pas.
-
- * * * * *
-
-XXV.
-
-A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS.
-
- Ce 27 septembre 1790.
-
-Te voil donc Genve, mon coeur, te voil seize lieues de tes
-parents, et ne pouvant pas y aller; je conois la peine que cela te
-fait, mais je suis enchante du courage que tu y as mis. Qu'il est
-bien fait d'viter par des plaintes inutiles de mettre du froid,
-souvent de l'humeur, dans le mnage: une femme doit tout sacrifier
-pour que la paix y rgne, et voil ce que Dmon commence sentir;
-cela me fait un plaisir extrme, car j'aime Dmon de tout mon coeur;
-je dsire la voir heureuse, mais je veux par-dessus tout la savoir
-remplissant bien tous ses devoirs, ayant une bonne conduite, ferme et
-rflchie, qui la mette dans le cas de n'avoir jamais de remords; et
-pour lors je serai assure de son bonheur, parce qu'il consiste,
-par-dessus tout, dans la paix de la conscience, et qu'avec l'aide de
-Dieu, lorsque la conscience ne reproche rien, on supporte facilement
-les peines et les contrarits dont ce monde est sem. Je ne vous
-gronderai pas, mon petit Dmon, d'avoir le coeur serr, il est des
-occasions o il est difficile de lui faire violence, mais j'esprerai
-toujours qu'un courage chrtien vous mettra dans le cas de ne pas le
-montrer. Votre devoir vous fait la loi de respecter les volonts de
-votre mari, soumettez-vous-y, et n'employez jamais vis--vis de lui
-d'autres armes que celles de la persuasion.
-
-Non, mon coeur, jamais je ne pourrai assimiler vos sentiments avec
-ceux de la personne dont vous me parlez; je ne doute pas de votre
-attachement, j'aime croire que vous ne changerez jamais, et me fais
-un plaisir de penser que sous tous les rapports votre conduite me
-mettra dans le cas de vous aimer toujours. Ce seroit une vraie peine
-pour moi d'tre oblige de changer; mais, mon coeur, si vous mettez
-quelque prix mon amiti, songez que c'est votre bonne conduite que
-vous la devrez. Si vous trouvez une occasion, mandez-moi, je vous en
-prie, ce qui vous a fait quitter si brusquement les Fraises; si vous
-avez eu quelques torts de vivacit, ayez la bonne foi de me les
-avouer, et mandez-moi un peu comment vous tes avec votre mari. Si je
-vous fais des questions indiscrtes, pardonnez-les, mon coeur,
-l'intrt que je prends tout ce qui vous touche. Vous ferez bien de
-nourrir votre fille (car je suis convaincue que vous en aurez une);
-mnagez-vous bien, calmez votre sang autant que possible, n'exagrez
-en rien l'ducation physique que vous lui donnerez, suivez les
-conseils des gens sages et clairs, et surtout apprenez tenir un
-enfant, car au premier jour vous l'toufferez si vous n'avez pas plus
-de talent que vous n'en aviez pour Stani[177]. Il est bien gentil de
-penser moi; j'espre que ta petite m'aimera un peu, l'exemple de
-son frre.
-
-[Note 177: Stanislas, l'an de ses enfants, filleul de _Monsieur_ et
-de Madame lisabeth.]
-
-Que vous faites bien, mon coeur, de ne chercher vous lier qu'avec
-des femmes raisonnables! Rien de plus dangereux pour une jeune
-personne que des femmes qui n'ont pas de trs-bons principes, rien ne
-les perd plus vite. Adieu, mon coeur, je vous embrasse bien
-tendrement; donnez-moi souvent de vos nouvelles.
-
-A propos, j'oubliois de vous dire que l'on est trs-svre pour la
-femme dont nous parlions plus haut; ses principes du moment sont
-mauvais, mais je crois sa conduite intrieure intacte; elle est
-inconsquente, voil ce qui la perdra de rputation, mais je crois
-pouvoir rpondre que son coeur est pur et droit.
-
- * * * * *
-
-XXVI.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 2 dcembre 1790.
-
-Je profite, ma Bombe, du dpart de l'ambassadeur[178] pour causer un
-petit moment avec toi, pour gmir sur les malheurs de ma patrie et sur
-le peu de remde qui se prsente. La religion plus attaque que jamais
-me donne lieu de craindre que Dieu ne nous abandonne totalement. On
-dit que les provinces souffrent avec peine l'excution des dcrets sur
-la cessation du service divin dans les cathdrales, mais avec cela
-elles sont fermes. Il en est ainsi de tout: on gmit, mais le mal ne
-s'en opre pas moins. De temps en temps la Providence nous mnage
-quelques rayons d'espoir, mais leur lumire est bien vite efface.
-Mais ne nous livrons pas des ides si tristes, parlons de l'oncle de
-la petite-fille de Vitry[179] que tu connois. Sa position est toujours
-critique; il parot que son commerce se remettroit si ses parents
-vouloient l'aider, mais il a affaire des gens peu confiants, et ce
-dfaut-l est tellement dans leur caractre, qu'ils ne confieroient
-pas la moindre lettre de change aux gens les plus habiles pour la
-faire valoir. J'en ai encore la triste exprience sous mes yeux, et
-cela me fait de la peine, parce que tu sais combien je m'intresse
-eux. Et puis, je sens que l'oncle doit tre fatigu et ennuy
-l'excs de voir sa maison de banque ruine. Il pouvoit chercher
-d'autres amis que ses parents pour demander conseil, et comme la plus
-grande partie de l'hritage qu'il attend vient d'eux, il seroit ruin
- pure perte. Tout cela est affligeant. De tout ct, l'on voit des
-familles dans la dsolation, pour les affaires publiques et
-particulires. Bon Dieu, dans quel temps nous avez-vous fait natre!
-Moi qui, il y a quelques annes, me rjouissois de n'tre pas ne dans
-le sicle pass! Grand Dieu! que les lumires des hommes sont bornes,
-mme dans les choses qui paroissent les plus simples!
-
-[Note 178: M. de Bombelles retournait son poste.]
-
-[Note 179: L'Empereur. (_Note de M. de Bombelles._)]
-
-Je n'ai pas t inquite, comme je l'aurois pu, des dangers qu'a
-courus mon frre; tu sais qu'en gnral je ne crois au mal que
-lorsqu'il est fait. J'ai conserv ce caractre, quoiqu'une triste
-exprience et d me rendre plus craintive. Je crois que c'est une
-grce du Ciel, car sans cela je n'existerois pas. Il a prserv ma
-famille de tant de maux que je serois ingrate si n'avois pas toute
-confiance en lui. Adieu, ma petite; prie-le bien pour le moment
-prsent et pour l'avenir. Mais demande-lui par-dessus tout que la foi
-soit conserve dans ce royaume, et qu'il loigne de nous les schismes
-qui nous menacent. Adieu, je t'aime de tout mon coeur, et suis par
-consquent charme de te savoir bien loin; c'est un des effets de la
-rvolution.
-
-Dites la comtesse D.[180], en cas que cette lettre arrive avant
-celle que je lui crirai lundi, qu'elle va tre paye de ses
-appointements, mais qu'il faudroit qu'elle charget quelqu'un de sr
-de recevoir pour elle, de manire que ses cranciers ne puissent pas
-s'emparer de cet argent.
-
-[Note 180: Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame lisabeth.
-(_Note de M. de Bombelles._)]
-
- * * * * *
-
-XXVII.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- 30 dcembre 1790.
-
-Je vois d'ici _ta perfection_ tant dans une douleur mortelle de
-l'acceptation que le Roi vient de donner. Dieu nous rservoit ce coup:
-qu'il soit le dernier, et qu'il ne permette pas que le schisme
-s'tablisse. Voil tout ce que je demande. La rponse du Pape n'est
-point arrive, je crois; elle est bien intressante. Au reste, mon
-coeur, cette acceptation a t donne le jour de saint tienne.
-Apparemment que ce bienheureux martyr doit tre maintenant notre
-modle. Tu sais que je n'ai point d'horreur pour les coups de pierres;
-ainsi cela m'arrange assez. On dit qu'il y a sept curs de Paris qui
-ont prt le serment. Je ne croyois pas que le nombre fut aussi
-considrable. Tout cela fait un trs-mauvais effet dans mon me; car,
-loin de me rendre dvote, cela m'te tout espoir que la colre de Dieu
-s'apaise. Tu sens bien que ton cur est bien dcid suivre la loi de
-l'vangile, et non celle que l'on veut tablir. On dit qu'un membre de
-la commune a voulu gagner celui de Sainte-Marguerite, en lui disant
-que l'estime que l'on avoit pour lui, la prpondrance qu'il avoit
-dans le monde, seroient capables de ramener la paix en entranant les
-esprits. Le cur lui a rpondu: Monsieur, c'est par toutes les
-raisons que vous venez de me donner que je ne prterai pas le serment,
-et que je n'agirai pas contre ma conscience. Une chose que ceci m'a
-fait dcouvrir et qui fait horreur, c'est combien les curs de
-campagne sont peu instruits.
-
-Je suis confondue de ce que tu m'as mand de la part de ton mari.
-Tche de me dire que tu lui as donn cet ordre. Ses affaires ne vont
-pas bien. La personne qui lui a fait connotre celui qui devoit lui
-faire faire cette acquisition lui a envoy trois paquets avec prire
-d'en accuser rception. Il n'en a pas entendu parler. Demande-lui si
-c'est qu'il ne les a pas reus, et rponds-moi, parce que je le dirai
- la personne intresse.
-
-Adieu, je vous embrasse de tout mon coeur et vous aime de mme.
-
- * * * * *
-
-XXVIII.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 7 janvier 1791.
-
-Des gens plus diligents que moi vous auront srement mand ce qui
-s'est pass l'Assemble mardi: enfin, mon coeur, la Religion s'est
-rendue matresse de la peur. Dieu a parl au coeur des vques et des
-curs. Ils ont senti tout ce que leur caractre leur inspiroit de
-devoirs, ils ont dclar qu'ils ne prteroient pas le serment. Pour le
-moins vingt du ct de gauche se sont rtracts; on n'a pas voulu les
-couter. Mais Dieu les voyoit, et leur aura pardonn une erreur cause
-par toutes les voies de sduction dont il est possible de se servir.
-Un cur du ct gauche a mis beaucoup de fermet pour ne pas le
-prter. On dit que cette journe dsappointe bien des gens: tant pis
-pour eux; ils n'ont que ce qu'ils mritent; mais ce qu'il y a de
-triste, c'est qu'ils s'en vengeront, Dieu seul sait comment. Qu'il ne
-nous abandonne pas tout fait, voil quoi nous devons borner nos
-voeux. Je n'ai point de got pour les martyres; mais je sens que je
-serois trs-aise d'avoir la certitude de le souffrir plutt que
-d'abandonner le moindre article de ma foi. J'espre que si j'y suis
-destine, Dieu m'en donnera la force. Il est si bon, si bon! C'est un
-pre si occup du vritable bonheur de ses enfants, que nous devons
-avoir toute confiance en lui. As-tu t touche, le jour des Rois, de
-la bont de Dieu qui appela les gentils lui dans ce moment? Ces
-gentils, c'toit nous. Remercions-le donc bien; soyons fidles notre
-foi; ranimons-la; ne perdons jamais de vue ce que nous lui devons, et
-sur tout le reste abandonnons-nous avec une confiance vraiment
-filiale.
-
-J'ai eu, ces jours-ci, une peine bien relle, que tu partageras sans
-doute: cette pauvre madame de Cimery[181] qui, comme tu sais, avoit
-mal au sein depuis cinq semaines, toit presque alite; dans la nuit
-du dimanche au lundi, son me, aprs avoir reu le matin son Crateur,
-a t prendre sa place dans le ciel; car j'espre bien qu'elle est
-heureuse, et qu'elle a reu la rcompense d'une vie entire de vertu
-et de malheur.
-
-[Note 181: Premire femme de chambre de la princesse; elle tait de
-son nom mademoiselle Antoinette-Jacqueline Brochet.]
-
-Je la regrette vivement: elle toit d'une grande ressource pour moi;
-et jamais je ne la pourrai remplacer, non pas pour les qualits que je
-puis dsirer dans une premire femme, mais dans celles qui convenoient
- mon coeur, mon esprit et mes sentiments. Je la regrette comme
-mon amie, mais je la crois heureuse, et cette ide me console.
-
- * * * * *
-
-XXIX.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 24 janvier 1791.
-
-Enfin, ma Bombe, nous voil arrives l'instant o il faut que je te
-dise ma faon de penser sur la conduite de ton mari. La dlicatesse
-de ma conscience m'a empche jusqu' ce moment de t'en parler. Tes
-parents, comme tu sais, dsiroient vivement que ton mari se soumt
-l'ordre de l'Assemble et du Roi. L'tat des affaires de ton mari
-pouvoit tre d'un si grand poids, qu'il me paroissoit possible qu'il
-pt l'emporter sur les considrations qui ont dcid ton mari.
-D'autres parleroient de tes quatre enfants. Le sort qui les attend est
-cruel; mais j'avoue que lorsqu'il s'agit d'un serment que la
-conscience, l'opinion, l'attachement ses matres dment, je ne
-trouve pas que leur infortune doive empcher de le refuser. Il n'y a
-donc que ses dettes qui eussent pu l'engager le prter. Par elles,
-il se voyoit forc; et comme il ne juroit que ce que le Roi a jur
-lui-mme, et doit jurer de nouveau la fin de la Constitution, il
-auroit t possible que ton mari imitt son matre, et suivt le sort
-qui entrane les malheureux Franois. Des thologiens ont cette
-opinion. Je crois donc que cela et t possible. Mais je t'avoue que
-si ton mari avoit seulement eu dix mille livres de rente, je n'aurois
-pas balanc lui conseiller le refus le plus formel. Tu vois par tout
-ce que je te mande que je ne suis pas bien dcide sur ce que j'aurois
-fait sa place. L'antique honneur, un certain esprit de noblesse
-chevaleresque qui ne mourra jamais dans les coeurs franois, me font
-estimer l'action de ton mari. Mais le risque qu'il court de manquer
-ses cranciers, et le scrupule de jurer de maintenir de tout son
-pouvoir ce que dans le fond de l'me on maudit journellement, tout
-cela se combat si vivement dans mon me, qu'il ne me reste que la
-possibilit de partager les peines que tu vas prouver, et d'tre
-occupe de ce que tu vas devenir. Comment tes pauvres enfants
-s'habitueront-ils au mal-tre, aprs avoir t levs dans l'aisance?
-et puis le regret de ne pouvoir faire pour toi tout ce que mon coeur
-me dicte! Mais, ma petite, parle-moi toujours franchement de ta
-position, et sois sre que je ferai tous les sacrifices possibles pour
-te la rendre moins dsagrable. Je ne te promets pas de donner ta
-pauvre Coty ce que tu lui donnois; mais sois sre que je la secourrai
-le plus que je pourrai. J'espre que ton mari et toi conserverez la
-paix, la rsignation et la douceur chrtiennes qui seules peuvent
-faire soutenir le malheur prsent et ceux que l'on craint. Mon frre
-me dit un bien extrme de toi et de ton mari. Il est gentil, mon
-frre; il m'a crit en arrivant; cela m'a fait bien plaisir. Mais je
-suis dsole de la longueur que les lettres mettent arriver. Comme
-cela, on n'est plus au courant sur rien. Nous avons eu un peu de bruit
-aujourd'hui la barrire de la Villette. Il y a eu un combat entre
-des chasseurs et des contrebandiers. Il y a trois hommes de tus, et
-peu prs douze blesss. On prtend que le peuple ne veut plus de
-barrires; cela ne laisseroit pas que d'embarrasser l'Assemble sur le
-chapitre des impts. Adieu, ma petite. Je t'embrasse de tout mon coeur
-et t'aime de mme. Je laisse ta mre te rendre compte de sa
-conversation avec ton ministre.
-
-Envoie cette lettre mon frre, s'il n'est plus avec toi.
-
- * * * * *
-
-XXX.
-
-A MADAME DES MONTIERS[182].
-
-[Note 182: La reproduction de cette lettre est interdite.]
-
- Ce 11 fvrier 1791.
-
-Vous tes bien aimable, mon Dmon, de m'avoir donn de vos nouvelles
-le plus tt que vous avez pu. Je suis charme que votre couche ait t
-aussi heureuse, et qu' a prs d'un peu de mal la poitrine, vous
-soyez contente de votre sant. Je ne suis pas fche que vous n'ayez
-pas nourri, peut-tre cette entreprise et-elle t trop forte pour
-vous. Votre Adolphe est-il nourri chez vous, le voyez-vous souvent,
-vous sentez-vous dj de la tendresse pour lui? Stani n'en est-il pas
-jaloux? Je sens, mon coeur, la peine trs-relle que vous avez
-prouve de n'avoir pas votre mre vos couches; je la partage par
-toute l'amiti que j'ai pour vous, mais je vous flicite en mme temps
-d'avoir eu assez d'empire sur vous pour n'en pas parler, et quoique
-vous en disiez, j'espre que ce sacrifice vous vaudra quelque grce du
-Ciel. Vous tes faite pour tre bonne chrtienne, mon coeur; les
-malheurs publics et un peu les particuliers doivent vous dterminer
-prendre ce parti, le meilleur de tous. Je crois vous l'avoir dj
-mand, votre mari vous aime, mais il est jaloux des sentiments que
-vous avez pour vos parents; il ne s'agit, pour vous rendre heureuse,
-que de faire vos efforts pour le convaincre que ces sentiments ne
-nuisent nullement ceux que vous avez pour lui. Vous avez de
-l'esprit, employez-le cela, et je vous rponds qu'aprs quelque
-temps d'preuve vous finirez par tre beaucoup plus heureuse que vous
-ne pouvez vous en flatter prsent. Que votre mre s'y prte en
-oubliant les torts de son gendre; un esprit du genre du sien ne peut
-tre ramen que par la douceur et un oubli total des torts que son
-amour-propre lui reproche, et dont ce mme amour-propre l'empche de
-convenir. Mais votre conduite, vos complaisances adoucissant ce
-sentiment en lui, et le mettant son aise avec vous, l'amneront sans
-qu'il s'en doute avoir en vous la confiance qu'une conduite sage et
-rflchie vous aura mrite. Je voudrois pouvoir hter ce moment; mes
-voeux sont bien vrais pour votre bonheur, et j'aime tre convaincue
-que vous serez heureuse un jour comme vous le mriterez.
-
-Est-il vrai que madame de Stal a demand publiquement pardon sa
-mre, un prche, de s'tre marie contre son gr? Avez-vous du monde
-qui vous convienne Genve? Mandez-moi un peu avec qui vous tes
-lie, et si la vie que vous menez est un peu plus agrable. Votre
-belle-mre me marque que vous allez faire fondre cette grosseur que
-vous avez au cou. Si vous prenez ce parti, mnagez-vous pendant
-longtemps, mon coeur. Ne prendrez-vous pas aussi quelque chose pour
-votre poitrine? Donnez-moi des nouvelles de tout cela. Adieu, mon
-coeur, croyez la vrit de mon amiti pour vous, au dsir que j'ai
-de vous revoir, et au regret que m'inspire l'incertitude du moment o
-j'aurai ce plaisir. Je vous embrasse de tout mon coeur.
-
- * * * * *
-
-XXXI.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 12 fvrier 1791.
-
-Je ne t'cris qu'un petit mot aujourd'hui: 1 l'heure de la poste me
-presse; 2 je vais monter cheval avec la Reine et Lastic ce triste
-bois de Boulogne. Mais il fait un si beau temps, que cela le rendra
-peut-tre un peu plus gai. Je crois l'hiver tout fait pass, et je
-m'en rjouis, autant que l'on peut prendre part au beau temps dans le
-chteau des Tuileries. Mes tantes partent de lundi en huit, malgr
-toutes les motions faites au Palais-Royal et au club des Jacobins
-tabli Svres. On dit qu'elles seront arrtes et fouilles en
-chemin; c'est un petit mal auquel je ne crois pas. Je pense que cela a
-t beaucoup dit pour les effrayer et les empcher de partir; mais
-heureusement on n'en est pas venu bout. Je ne sais si je t'ai mand
-que l'abb Madier alloit avec elles: il partira huit jours aprs
-elles. Pense un peu, mon coeur, aux angoisses o je serai, la premire
-fois que je m'adresserai un autre prtre, moi qui ai toujours t
-l'abb Madier depuis l'ge de neuf ou dix ans. Je suis peu prs
-dcide: je crois que je prendrai le confesseur de madame
-Doudeauville: on en dit beaucoup de bien, et j'espre qu'il n'est ni
-trop doux ni trop svre. Je te manderai ce qui en est lorsque j'y
-aurai t. Je suis convaincue que tu enrages un peu dans le fond de
-l'me de ce que je ne pense pas ton cur, et tu vas croire que c'est
-parce que je l'ai vu; non, point du tout, c'est tout simplement parce
-que je ne crois pas qu'il me convnt; et puis, dans ce moment, j'aime
-mieux avoir un confesseur dont on parle moins, et que je puisse
-esprer de garder. Au reste, je sens que je vais trler mon me de
-confesseur en confesseur, ce qui ne laisse pas que de me dplaire,
-quoique j'en aie bonne envie. Devine, si tu peux, cette nigme. Sur
-ce, je te souhaite le bonsoir, et t'embrasse de tout mon coeur. Je ne
-sais plus quand tu accouches: mande-le-moi.
-
-Dis bien des choses au marchal de Broglie de ma part, et assure-le de
-l'estime que j'ai pour ses vertus. Parle aussi de moi ta princesse.
-
- * * * * *
-
-XXXII.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 15 fvrier 1791.
-
-J'ai reu toutes tes lettres, ma pauvre Rage; celle du 25 ne m'est
-parvenue qu'hier, et celle du 7 avant-hier. Mais, avant que d'y
-rpondre, il faut que je te demande mille fois pardon de ne t'avoir
-pas crit depuis dimanche, pour te donner des nouvelles de ton cur;
-mais, par tourderie, je me suis persuade que la poste partoit le
-dimanche au lieu du lundi. Et jeudi, j'ai eu plusieurs choses faire
-dans la matine; l'heure de la poste s'est passe, et je n'ai plus eu
-la possibilit que de me livrer des regrets. Aussi, aujourd'hui je
-m'y prends sept heures du matin, pour tre bien sre de n'y pas
-manquer. Lundi, je t'crirai aussi; mais je puis te dire d'avance
-qu'il ne se passera rien de fcheux. Ton cur dira la messe de bonne
-heure, et ne fera pas le prne. Les gros bonnets de la paroisse n'y
-seront pas non plus. Il y a un moine qui prche dans la paroisse, qui
-a propos au cur de faire le prne, pour empcher les prtres de
-courir des risques. Il disoit au cur que si on le tuoit, il n'y
-auroit pas grand mal cela. C'est un des jeunes prtres de la
-paroisse qui prchera. On m'a dit son nom, mais je l'ai oubli.
-
-Toute la communaut a t parfaite pour le cur, et ne l'a pas quitt
-tant qu'il a t dans l'glise et la sacristie.
-
-Je suis dsole, mon coeur, de la peur indigne que vous a faite M. Le
-Blond[183]. Nous sommes loin encore de toutes les ides qu'il t'a fait
-venir; je suis bien aise que ton enfant ne s'en soit pas ressenti. Si
-tu n'as pas de bon accoucheur, pourquoi ne ferois-tu pas venir M.
-Piron? C'est une dpense, il est vrai; mais pour ta sant et celle de
-ton enfant, il me semble que tu dois te la permettre. Je suis bien
-fche d'tre si loin de toi, et de ne pouvoir me permettre de causer
-comme je le voudrois pour toi; mais, mon coeur, calme-toi. Je conois
-que cette proposition paroisse difficile, mais cela est ncessaire. Tu
-te brles le sang, tu te rends plus malheureuse encore que tu ne
-devrois: tout cela, mon coeur, n'est pas dans l'ordre de la
-Providence. Il faut se soumettre ses dcrets; il faut que cette
-soumission nous porte au calme, sans cela elle n'est que sur nos
-lvres et non dans notre coeur.
-
-[Note 183: Il est question de M. Le Blond au premier livre de cet
-ouvrage comme donnant des leons d'histoire et de gographie Madame
-lisabeth.]
-
-Lorsque Jsus-Christ fut trahi, abandonn, il n'y eut que son coeur
-qui souffrit de tant d'outrages; son extrieur toit calme, et
-prouvoit que Dieu toit vraiment en lui. Nous devons l'imiter, et Dieu
-doit tre en nous. Ainsi, mon coeur, calmez-vous, soumettez-vous, et
-adorez en paix les dcrets de la Providence, sans vous permettre de
-porter vos regards sur un avenir affreux pour quiconque ne voit
-qu'avec des yeux humains. Mais heureusement vous n'tes pas dans ce
-cas-l; et Dieu vous a trop comble de grces pour que vous ne mettiez
-pas votre vertu attendre patiemment la fin de sa colre.
-
-Quant moi, mon coeur, je suis loin d'tre dans votre position. Je ne
-dirai pas que la vertu en soit cause; mais, plus porte des
-consolations, au milieu de beaucoup de peines, d'inquitudes, je suis
-calme, et j'espre une ternit heureuse. Ne me crois ni folle ni
-gourmande. J'aime bien dner, mais j'aime pourtant encore autre
-chose. Quant ce que tu me marques sur moi, crois, mon coeur, que je
-ne manquerai jamais l'honneur, et que je saurai toujours remplir les
-obligations que m'imposent mes principes, ma position, ma rputation;
-et j'espre que Dieu me donnera la lumire ncessaire pour me conduire
-toujours sagement, et ne pas m'carter de la voie qu'il m'a trace.
-Mais pour juger de tout cela, mon coeur, il faudroit tre prs de moi.
-De loin, un acte de chevalerie enchante; vu de prs, il n'est souvent
-qu'un mouvement de dpit ou de quelque autre sentiment qui ne vaut pas
-mieux aux yeux des gens sages.
-
-J'ai donn madame Navarre la place de madame de Cimery. Il m'en
-cote beaucoup de lui voir prendre son service. Jusqu' ce moment, il
-me semble que l'autre existe encore; et c'est une si grande perte pour
-moi, que je voudrois me faire illusion le plus possible. Madame
-Navarre est celle de mes femmes qui me convient le mieux; mais ce
-n'est pas et ce ne sera jamais madame de Cimery, car elle runissoit
-tout. Adieu, mon coeur, je vous embrasse bien tendrement, et vous
-souhaite calme, patience, rsignation, courage et confiance. C'est une
-tourderie de cet homme qui est si beau qui l'a forc de prendre le
-parti qu'il a pris.
-
-Quant aux deux tres que vous et d'autres redoutez tant, on a tort de
-les croire dans la position que l'on dit: cela n'existera jamais; mais
-j'avoue qu'ils ont toutes les apparences pour eux[184].
-
-[Note 184: Deux dputs du ct gauche, que l'excs du mal ramenait
-de meilleurs principes, et qui avaient eu aux Tuileries des
-confrences pour concerter ce qu'ils voulaient ou pouvaient faire.
-Madame lisabeth repousse les ides que la mchancet voulait attacher
- ces entretiens. (_Note de M. Ferrand._)
-
-Ces deux dputs taient Danton et Guadet. (Voir _Louis XVII_, tome
-1er, livre V, p. 227, 6e dition, in-8.--Henri Plon.)]
-
-On n'a pas demand d'augmentation de chevaux pour moi. Ce qui peut
-avoir donn lieu ce que l'on vous a dit, c'est que je veux avoir
-toujours un page et un cuyer avec moi; je trouve que cela doit tre;
-mais cela ne convenoit pas aux gens de l'curie, ce dont je me moque,
-trouvant indcent d'tre avec des piqueurs dans ce moment-ci.
-
- * * * * *
-
-XXXIII.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 28 fvrier 1791.
-
-Tu sais sans doute que mes tantes sont parties. Tu sais sans doute
-qu'elles ont t arrtes Arnay-le-Duc. Tu sais sans doute que
-_Monsieur_ a eu la visite, mardi dernier, des filles de la rue
-Saint-Honor et de leur socit, qui l'ont pri de ne pas sortir du
-royaume. Tu sais sans doute que jeudi, jour o l'on a appris que mes
-tantes toient arrtes, l'Assemble a rendu un dcret qui disoit que
-Arnay-le-Duc avoit eu tort, et que le pouvoir excutif seroit suppli
-de donner des ordres pour qu'elles pussent continuer leur route. Tu
-sais sans doute que les chefs des Jacobins n'tant pas de cet avis, et
-voulant que le prsident engaget le Roi les faire revenir, une
-foule de badauds s'est porte sous les fentres du Roi, parmi laquelle
-il y avoit peut-tre une centaine de femmes qui se sont gosilles
-pendant quatre heures pour voir le Roi et lui faire la mme demande
-que les Jacobins. Mais le Roi n'ayant pas paru, et la garde ayant fait
-une trs-bonne contenance, il a bien fallu, lorsque l'on a eu la
-permission de la municipalit de repousser la force par la force, que
-le peuple cdt. A peine le tambour a-t-il paru sur la terrasse, que
-tout le monde a pris la fuite. M. de La Fayette et la garde se sont
-conduits parfaitement bien. Le chteau toit comble de gens qui
-toient pleins de bonne volont. Le Roi a parl avec force M.
-Bailly. Enfin tout s'est pass le mieux du monde. Aussi hier n'y
-a-t-il jamais eu tant de monde chez le Roi et chez la Reine. Il y
-avoit longtemps que nous tions un peu seules au jeu; mais, hier, il
-toit superbe. Je ne puis vous rendre le plaisir que j'ai prouv. Ah!
-mon coeur, le sang franois est toujours le mme: on lui a donn une
-dose d'opium bien forte; mais elle n'a pas attaqu le fond de leur
-coeur. Il n'est point glac, et l'on aura beau faire, il ne changera
-jamais. Pour moi, je sens que, depuis trois jours, j'aime ma patrie
-mille fois davantage.
-
-Tout ce que tu me mandes de ton mari me fait grand plaisir. Ah! s'il
-peut parvenir se dbarrasser de l'empirique qui donne de si
-mauvaises drogues[185], cela seroit bien heureux. Les nouvelles que
-j'ai reues de ses amis loigns me font craindre qu'il ne le puisse
-pas. Le printemps avance beaucoup; sa sant pourroit bien s'en
-ressentir. A cette poque, les humeurs sont toujours bien plus en
-mouvement, et comme il n'a pas l'habitude de l'exercice, je crains
-qu'elles ne lui jouent un mauvais tour. Convenez qu'il n'y auroit pas
-pour lui de meilleur remde; mais lorsque l'on a t lev Paris,
-il semble que l'on soit destin ne faire jamais usage de ses jambes.
-Je sens mme que, sans y tre lev, pour peu que l'on l'habite, on
-perd le got de la promenade, ou, pour mieux dire, l'usage.
-
-[Note 185: C'est de M. de Calonne que Madame lisabeth entend parler
-ici.]
-
-Voil ta petite belle-soeur dbarrasse d'une partie de sa nombreuse
-compagnie. M. le prince de C.[186] est Worms, et sa fille doit le
-joindre ds qu'elle sera gurie.
-
-[Note 186: Le prince de Cond.]
-
-Notre pauvre Saint-Cyr est plus que jamais dans la position la plus
-critique. On vend leur bien. Ta mre y a t la semaine passe; moi,
-je profiterai d'un jour calme pour y aller: j'en ai envie, et cela me
-cotera horriblement. Il n'y a rien de pis que de n'avoir aucune
-consolation prsenter des gens aussi malheureux. Adieu, je vous
-embrasse, ma chre Bombe, et vous aime du plus tendre de mon coeur.
-
-Vous ai-je dit que l'abb Madier alloit Rome? La semaine prochaine
-je ferai une nouvelle connoissance, ce qui ne me fait pas grand
-plaisir.
-
-Je crains fort que l'oncle de la petite de Vitry ne se joigne son
-ami avant que celui-ci ait fait les premires avances. Il seroit
-pourtant bien avantageux qu'il pt venir le voir venir: tout le monde
-le dsire; et moi, l'intrt que j'y prends me le fait souhaiter pour
-son bonheur.
-
- Ce 1er.
-
-Nous avons eu du train hier. Les gens de bonne volont, force d'en
-avoir, ont trouv le moyen de dplaire la garde, qui toit
-parfaitement dispose pour le Roi. On a voulu dtruire Vincennes; mais
-la garde est arrive temps pour l'empcher. Tout est calme ce matin.
-Nous nous portons tous bien. L'heure de la poste m'empche d'entrer
-dans tous les dtails que tu pourrois dsirer; mais sois tranquille,
-tout est bien.
-
- * * * * *
-
-XXXIV.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- 11 mars 1791.
-
-J'ai reu ta lettre, qui ne me fait pas grand plaisir; je ne sais rien
-de ce que tu me mandes. Depuis longtemps, je n'avois point eu de
-nouvelles dtailles, et ce n'toit qu' force d'esprit que j'tois au
-courant. Cependant j'approuvois tout ce que tu me mandes. Si tu peux
-entrer un peu en dtails sur tout ce que tu pourras; si ton mari est
-avec toi, qu'il crive sous ta dicte, parce que cela te fatigue.
-Est-ce que tu n'as pas reu mes crayons? Le Roi est malade depuis huit
-jours: la scne de lundi y a bien contribu[187]. Il va mieux. Adieu,
-je t'embrasse de tout mon coeur.
-
-[Note 187: Les ressorts qui faisaient mouvoir le peuple l'avaient
-dirig, le lundi 28 fvrier, vers le donjon de Vincennes. Depuis la
-prise de la Bastille, on ne voulait plus de prisons royales: en
-consquence, rien ne paraissait plus sage et plus juste que de
-dtruire celle-l aussi bien que les autres. Pendant que La Fayette se
-portait avec la troupe la dfense du donjon, un flot de peuple
-envahissait le chteau des Tuileries, d'o l'on tentait, criaient-ils,
-d'enlever le Roi pour le conduire Metz. De leur ct, environ quatre
-cents jeunes gens arms s'taient donn rendez-vous au chteau,
-croyant le Roi en danger. Cette chauffoure reut le nom de _Journe
-des poignards_.]
-
- * * * * *
-
-XXXV.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 3 avril 1791.
-
-Je t'cris dans un moment bien satisfaisant pour quiconque croit en
-Dieu et en son glise. Les curs intrus sont tablis ce matin. J'ai
-entendu toutes les cloches de Saint-Roch. Je ne puis vous dissimuler
-que cela m'a mise dans une fureur affreuse; et puis je ne suis pas
-contente de moi. J'aurois d me piquer de dvotion aujourd'hui, pour
-au moins rparer un peu tout ce que l'on fait contre Dieu: ne
-v'l-t-il pas qu'au lieu de cela j'ai t pis qu'une bche! Je ne sais
-pas comment le bon Dieu fera pour me sauver, car je ne m'y prte
-gure. Le cur de Saint-Roch a dit sa messe cinq heures et demie; il
-y a eu beaucoup de communions. Il a fait un fort beau discours, o il
-a parl de la perscution. Les gens qui communioient toient fort
-touchs. Sais-tu que Loustonneau est devenu un petit saint? Cela me
-fait plaisir; c'est l le fruit de la charit qu'il a toute sa vie
-exerce. Sais-tu que M. de Bonnay va confesse au cur, et qu'il est
-dans la grande voie? Cela me fait encore bien plaisir. Tout ceci fait
-rentrer bien des gens en eux-mmes. Je vois tout ce qui est rpandu
-dans la bonne compagnie penser merveille. J'ai caus, l'autre jour,
-avec M. de Nivernois sur la religion, et j'en fus parfaitement
-contente. Madame de Mirepoix est devenue trs-pieuse. La petite de
-Maill va merveille; mais malheureusement le peuple et le bourgeois
-ne vont pas si bien. Il y en a beaucoup qui sont affligs, mais ce qui
-parot, ce qui fait nombre, est bien mauvais. L'archevque vient de
-donner une ordonnance superbe, mais svre, sur notre position. Dieu
-veuille qu'elle soit suivie! Un homme qui la lisoit l'autre jour, dit,
-aprs l'avoir acheve: Si je perdois trois cent mille livres de
-rentes, j'en dirois autant. Et cet homme est pourtant ce que l'on
-appelle un honnte homme.
-
-Je suis contente de mes gens: Deshaies est charmant. Il y en a dans le
-nombre qui ne sont pas aussi parfaits; mais celui-l est vraiment
-distingu. Mademoiselle Bnard, M. de Blaremberg, etc., tout cela est
-parfaitement. C'est une grande jouissance pour moi. Je ne puis penser
-sans frmir la quinzaine de Pques. Je voudrois bien ne la point
-passer ici; mais peut-on s'en flatter! Ah! mon coeur, vous avez beau
-grogner, votre grossesse vous a procur un grand bonheur en vous
-loignant du schisme et de la division la plus affreuse.
-
-Je suis bien fche que tu souffres autant des dents. N'aurois-tu pas
-besoin d'tre saigne? tu ne l'as pas t, je crois, depuis que tu es
-grosse. Comme tu as un travail difficile, ne ferois-tu pas bien de
-prendre cette prcaution? Je ne demande pas mieux de tenir ta petite,
-si _Monsieur_ le veut. Si tu veux, je lui donnerai le nom d'Hlne. Si
-tu voulois accoucher le 3 de mai, une heure du matin[188], cela
-seroit trs-bien, pourvu pourtant que cela lui promette un avenir plus
-heureux que le mien; qu'elle n'entende jamais parler d'tats gnraux
-ni de schisme.
-
-[Note 188: Jour et heure de la naissance de Madame lisabeth. Comme
-toutes ces petites recherches de l'amiti sont bonnes, simples,
-touchantes! Il n'y a ni tude ni contrainte; c'est un coeur plein qui
-a besoin de s'pancher. (_Note de M. Ferrand._) Voir aux Pices
-justificatives, n XIII, la fin de ce volume, et autres documents
-concernant Madame lisabeth.]
-
-Mirabeau a pris le parti d'aller voir dans l'autre monde si la
-rvolution y toit approuve. Bon Dieu! quel rveil que le sien! On
-dit qu'il a vu une heure son cur. Il est mort avec tranquillit, se
-croyant empoisonn: il n'en avoit pourtant point les symptmes; au
-reste, il doit tre ouvert aujourd'hui. On l'a montr au peuple aprs
-sa mort. Beaucoup en sont fchs; les aristocrates le regrettent
-beaucoup. Depuis trois mois, il s'toit montr pour le bon parti: on
-esproit en ses talents. Pour moi, quoique trs-aristocrate, je ne
-puis m'empcher de regarder sa mort comme un trait de la Providence
-sur ce royaume. Je ne crois pas que ce soit par des gens sans
-principes et sans moeurs que Dieu veuille nous sauver. Je garde cette
-opinion pour moi, parce qu'elle n'est pas politique, mais j'aime mieux
-celles qui sont religieuses. Je suis sre que tu seras de mon avis.
-
-Le pauvre Lastic va encore prouver un chagrin: son frre est nomm
-Dresde et va partir dans trois mois avec femme et enfants. Cela mettra
-un grand vide dans son intrieur, et quand il est aussi triste par
-lui-mme, c'est un vrai malheur.
-
-M. d'Albignac[189] vient passer quelques jours ici. Je le verrai
-aujourd'hui; cela me fait bien plaisir. Tu m'avois promis de me donner
-de ses nouvelles, mais tu n'en as rien fait.
-
-[Note 189: Officier des gardes du corps, fort dvou la famille
-royale, migr en 1790; rentr en France aprs le 18 brumaire, il
-vcut dans la retraite jusqu' la Restauration. Louis XVIII le nomma
-major gnral de ses gardes du corps.]
-
-J'ai reu par une voie sre des nouvelles de Bombe. Le mari n'est pas
-aussi mal qu'elle le croit avec et son ami [V=][190]. Il croit avoir
-le crdit du bon sens; cela seroit bien heureux; mais, mon coeur, sur
-cela comme sur tout le reste, abandonnons-nous la Providence.
-
-[Note 190: Dans la _Correspondance de Madame lisabeth_, page 245, M.
-Feuillet de Conches nous apprend que le signe veut dire le comte
-d'Artois, et le signe [V=] M. de Calonne.]
-
-Hlas! si nous avions la confiance ncessaire, nous serions sauvs;
-notre me ne seroit pas triste. Que j'en suis loin! il me semble que
-l'air de Trves n'est pas plus port la gaiet que celui-ci.
-Rsignons-nous, mon coeur, cela seul peut flchir la colre de Dieu;
-et demandons pour nos matres les dons du Saint-Esprit. De bonnes mes
-se runissent au nombre de sept, d'ici Pques, pour demander chacune
-un don pour le Roi, dans les communions qu'elles font, ou la messe.
-Si tu pouvois tablir cette dvotion dans les bonnes mes qui habitent
-Trves, tu ferois bien.
-
-J'aurai, d'ici quelques jours, des nouvelles dtailles de ce qui
-nous intresse. Si je peux, je t'en ferai part.
-
-Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur. Le petit de Chamissot est-il
-arriv bon port?
-
-Je viens d'apprendre que M. d'Andr ayant fait une motion pour que
-l'on s'occupt de l'lection des membres de la nouvelle lgislature,
-cela a t dcrt tout d'une voix. Je ne le conois pas.
-
- * * * * *
-
-XXXVI.
-
-A MADAME LA MARQUISE DE BOMBELLES,
-
-A L'HTEL DE FRANCE, A STUTTGARD.
-
- Ce 21 avril 1791.
-
-Tu sens, ma Bombe, qu'il faut que je n'aie pas eu absolument le temps
-pour ne t'avoir pas crit un mot ces jours-ci. Je ne te donnerai point
-de dtails de la journe de lundi; je t'avoue que je ne les sais pas
-encore. Tout ce que je sais, c'est que le Roi vouloit aller
-Saint-Cloud, qu'il s'est camp dans sa voiture o il est rest deux
-heures, que la garde et le peuple ont ferm le passage, et qu'il a t
-oblig de ne pas sortir. J'ignore combien l'on nous retiendra;
-j'imagine que ce sera jusqu'aprs Pques. Nous nous portons tous bien;
-je t'cris la hte, parce que je fais ma toilette pour aller
-l'office, car l'on veut bien encore nous permettre d'y assister.
-Adieu; crois que je serai toujours digne des sentiments de ceux qui
-veulent bien avoir de l'estime pour moi, et que quelque chose qu'il
-arrive, je vivrai et mourrai sans avoir rien me reprocher vis--vis
-de Dieu et des hommes.
-
-Je ne te parle pas de la joie que m'a fait prouver la bont de la
-Reine de Naples[191]; mais tu me connois assez pour suppler tout ce
-que je ne puis exprimer dans le moment, mais que mon coeur sent si
-bien. Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.
-
-[Note 191: Cette princesse venait de donner sur sa cassette une
-pension de douze mille livres M. de Bombelles. (Voir la page 240 de
-ce volume.)]
-
- * * * * *
-
-XXXVII.
-
-A L'ABB DE LUBERSAC.
-
- 23 mai 1791.
-
-J'ai reu votre lettre, Monsieur: les dtails que vous me faites de
-votre voyage m'ont fait grand plaisir; et si je ne craignois pas de
-vous fatiguer, je vous prierois de les continuer. Les dangers que vous
-avez courus m'ont fait frmir; mais les regrets continuels que vous
-prouvez me font une peine affreuse. Ah! Monsieur, poussez votre vertu
-jusqu' vous en rendre matre: vous le devez pour ce Dieu qui vous
-avez tout sacrifi; vous le devez au soin de votre sant. Songez
-combien votre existence est ncessaire toute votre famille; et
-prenez sur vous de soutenir sans trop de dcouragement la nouvelle
-preuve que le Ciel vous envoie. Il falloit pour votre perfection que
-Dieu vous dtacht tout fait des biens de ce monde, mme des plus
-simples. Vous savez, plus que tout autre, combien Dieu donne de force
-pour supporter les maux de ce monde; tchez donc de ne vous y point
-laisser aller. Ne vous persuadez point que l'air ne vous vaut rien;
-mnagez-vous, mais distrayez-vous par les beauts dont la ville que
-vous habitez est remplie. Aprs avoir admir la main sublime qui forma
-ces immenses rochers, et ces torrents qui ont pens vous entraner
-dans leurs abmes, admirez l'industrie que Dieu a donne l'homme, et
-comment il peut, grce cette industrie, tirer des chefs-d'oeuvre des
-choses les plus brutes. Mais je m'aperois que je me mle de ce que je
-n'ai que faire; car je ne fais que rabcher ce que vous me dites sans
-cesse. Pardonnez, Monsieur, au dsir que j'ai de vous voir un peu
-sorti de ce fonds de tristesse qui vous suit partout. Je vous voudrois
-le calme de l'abb Madier; mais il n'est pas donn tout le monde:
-c'est une grce spciale. Je suis fche que vous soyez encore priv
-de sa socit; cela et t une ressource pour vous: j'espre qu'il se
-rtablira parfaitement de sa maladie. D'aprs l'intrt que vous
-voulez bien prendre moi, je vous dirai que le Ciel m'a fait la grce
-de faire un choix pour le remplacer, qui, sous tous les rapports, me
-convient parfaitement. Il entend ce que je lui dis, et me prsente
-toujours un remde efficace aux maux dont je lui fais l'aveu. Il a de
-l'esprit, de la douceur sans foiblesse, une grande connoissance du
-coeur humain et un grand amour pour Dieu. Remerciez ce Dieu pour moi
-de la grce qu'il m'a faite de m'adresser lui. Je prierai pour vous,
-puisque vous le dsirez, ds demain. Je m'en humilierai; car je vous
-avoue que rien n'y porte tant l'humilit que d'invoquer le Ciel pour
-des personnes de qui l'on est si loign d'approcher pour la vertu. Je
-compte recevoir demain ce Dieu si bon. Ah! Monsieur, que j'en suis
-indigne, et que je suis loin de m'en rendre digne! Cependant j'ai
-bonne envie de me sauver; car au moins faut-il ne pas perdre le fruit
-des preuves que le Ciel vous envoie: elles sont bien fortes; elles le
-seroient encore plus pour des gens moins lgers, et qui les
-sentiroient plus profondment. Mais, de quelque manire qu'elles
-soient senties, il faut qu'elles sauvent; et voil pourquoi je me
-recommande instamment vos prires. Je vous quitte regret; mais il
-est tard, et il faut que ce soit vous que j'crive, pour n'avoir pas
-dj quitt mon critoire: mais lorsque je cause avec vous, j'prouve
-une vraie satisfaction. Adieu, Monsieur; ne doutez pas de mes
-sentiments et du plaisir que me font vos lettres; aussi, tant que vos
-yeux n'en seront point fatigus, crivez-moi, je vous en prie. Nous
-sommes assez tranquilles ici depuis l'affaire du 18 avril[192].
-
-[Note 192: Ce jour-l, le Roi avait form le projet d'aller
-Saint-Cloud pour faire ses pques. On rpandit dans le public que ce
-voyage n'tait qu'un prtexte pour fuir la capitale. On appuyait ces
-soupons sur le dpart des vques de Senlis et de Metz, les premiers
-aumniers de Louis XVI. Une masse de peuple pntra dans les cours du
-palais. Malgr les cris d'opposition qui s'levaient, le Roi parut et
-monta en voiture. M. de La Fayette voulut protger la volont du Roi,
-la troupe refusa de lui obir. Plus d'une heure se passe entre la
-volont du Prince et celle du peuple, entre une partie des troupes qui
-veut obir et l'autre qui refuse. Ennuy d'une scne aussi
-scandaleuse, Louis XVI descendit de voiture, et rentra dans son
-palais. Il se rendit au sein de l'Assemble, et lui fit part de son
-mcontentement avec d'autant plus de raison qu'il et dsir prouver
- l'Europe _qu'il tait libre dans Paris_.]
-
- * * * * *
-
-XXXVIII.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 10 juillet 1791.
-
-J'ai reu votre petite lettre, ma chre Bombe; j'y rponds de mme.
-Quoique nous diffrions d'opinions, les marques d'amiti que vous m'y
-donnez me font un bien grand plaisir. Tu sais qu'en gnral j'y suis
-sensible, et tu peux juger si, dans un moment comme celui-ci, l'amiti
-ne devient pas mille fois plus prcieuse. Tu as une mauvaise tte;
-mnage-la, mon coeur, tranquillise-toi: tout ce qui t'intresse se
-porte bien. Que la petite trouve dans ce billet tout ce que je ne puis
-exprimer. Le mot qu'elle a mis dans la lettre m'a fait aussi un grand
-plaisir. J'espre qu'elle n'en doute pas. Paris et le Roi sont
-toujours dans la mme position: le premier tranquille, et le second
-gard vue ainsi que la Reine. Mme, hier, on a tabli une espce de
-camp sous leurs fentres, de peur qu'ils ne sautent dans le jardin,
-qui est hermtiquement ferm, et qui est rempli de sentinelles, entre
-autres deux ou trois sous ces mmes fentres. Adieu, mon coeur, je
-vous embrasse tendrement ainsi que la petite. On dit que l'affaire du
-Roi sera rapporte bientt et qu'aprs il aura sa libert. La loi pour
-les migrants est trs-svre; ils payeront les trois cinquimes de
-leurs biens.
-
- La fin de la lettre est crite en encre sympathique.
-
-Non, mon coeur, je suis bien loin de permettre votre retour. Ce n'est
-pas assurment que je ne fusse charme de vous voir, mais c'est parce
-que je suis convaincue que tu ne serois pas en sret ici.
-Conserve-toi pour des moments plus heureux, o nous pourrons peut-tre
-jouir en paix de l'amiti qui nous unit. J'ai t bien malheureuse; je
-le suis moins. Si je voyois un terme tout ceci, je supporterois plus
-facilement ce qui arrive; mais c'est le temps de s'abandonner
-entirement entre les mains de Dieu, chose en vrit faire par le
-comte d'Artois. Nous devons mme lui crire pour l'y engager. Nos
-matres le veulent. Je ne crois pas que cela le dcide. Notre voyage
-avec Barnave et Ption s'est pass le plus ridiculement. Vous croyez
-sans doute que nous tions au supplice; point du tout. Ils ont t
-bien, surtout le premier, qui a beaucoup d'esprit et qui n'est point
-froce comme on le dit. J'ai commenc par leur montrer franchement mon
-opinion sur leurs oprations, et nous avons, aprs, caus le reste du
-voyage, comme si nous tions trangers la chose. Barnave a sauv les
-gardes du corps qui toient avec nous, que la garde nationale vouloit
-massacrer en arrivant. On dit qu'... [L s'arrte le rcit.]
-
- * * * * *
-
-XXXIX.
-
-A L'ABB R. DE LUBERSAC.
-
- 29 juillet 1791.
-
-J'ai reu votre lettre ces jours-ci. J'espre, Monsieur, que vous ne
-doutez pas de l'intrt avec lequel je l'ai lue. Votre sant me parot
-moins mauvaise; mais je crains que les dernires nouvelles que vous
-avez reues de votre pays ne vous aient fait une trop vive impression.
-Plus que jamais l'on est dans le cas de dire qu'un coeur sensible est
-un don cruel. Heureux celui qui pourroit tre indiffrent aux maux de
-sa patrie, de tout ce que l'on a de plus cher! J'ai prouv combien
-cet tat toit dsirer pour ce monde, et je vis dans l'espoir que le
-contraire peut tre utile pour l'autre. Cependant, je vous l'avouerai,
-je suis bien loin de la rsignation que je dsirerois avoir. L'abandon
- la volont de Dieu n'est encore que dans la superficie de mon
-esprit. Cependant, aprs avoir t pendant prs d'un mois dans un tat
-violent, je commence reprendre un peu mon assiette; les vnements
-qui paroissent se calmer en sont cause. Dieu veuille que cela dure un
-peu, et que le Ciel se laisse toucher! Vous ne pouvez imaginer combien
-les mes ferventes redoublent de zle; le Ciel ne peut pas tre sourd
- tant de voeux qui lui sont offerts avec tant de confiance. C'est du
-coeur de Jsus que l'on semble attendre toutes les grces dont on a
-besoin; la ferveur de cette dvotion semble redoubler: plus nos maux
-augmentent, plus on y adresse des voeux. Toutes les communauts font
-de ferventes prires; mais il faudroit que tout le monde s'unt pour
-flchir le Ciel; et voil ce qu'il faut commencer par obtenir, et ne
-s'occuper que du bien de la religion. Mais malheureusement il est
-trs-ais de fort bien parler sur tout cela, beaucoup plus que
-d'excuter; voil ce que j'prouve sans cesse, et ce qui m'impatiente,
-au lieu de m'humilier.
-
-Je suis fche pour vous que votre frre vous ait quitt; ce devoit
-tre pour vous une grande ressource. Ne pourriez-vous pas obtenir de
-demeurer avec...? au moins vous auriez une socit agrable; car vous
-me paroissez mener la vie du monde la plus triste et la moins conforme
- votre sant.
-
-Vous me demandez mon avis sur le projet que vous aviez form. Si vous
-voulez que je vous parle franchement, je ne prendrois pas le sujet que
-vous aviez choisi. Nous sommes encore trop corrompus pour que des
-vertus auxquelles beaucoup ne croient pas puissent faire effet. De
-plus, il me seroit impossible de vous donner des renseignements sur
-cela; car je n'en ai aucun. Mais je crois que si vous avez le dsir
-d'crire, tout sujet de morale chrtienne sera bien trait par vous;
-et si vous voulez que je vous dise encore mon avis sur cela, je vous
-dirai que je choisirois plutt un sujet fort de raisonnement que de
-sentiment; cela conviendroit mieux la situation o se trouve votre
-me. Songez, en lisant ceci, que vous avez voulu que je vous dise ce
-que je pensois; et ne doutez pas, je vous prie, de la parfaite estime
-que j'ai pour vous, et du plaisir que me font vos lettres.
-
- * * * * *
-
-XL.
-
-A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[193].
-
-[Note 193: La reproduction de cette lettre est interdite.]
-
- Ce 30 aot 1791.
-
-Je ne puis vous dissimuler, mon cher Dmon, que votre silence
-m'tonnoit et m'affligeoit, mme la jalousie s'emparoit de moi, car je
-savois que vous aviez trouv le temps d'crire Coblentz; mais enfin
-votre lettre, que j'ai reue hier au soir, a remis tout dans l'ordre.
-Blanche est en Normandie depuis un mois; je ne sais si elle aura reu
-vos lettres, elle n'en avoit point eu avant son dpart. Je voudrois
-pouvoir me flatter, mon coeur, que votre retour sera aussi prompt que
-je le dsire, mais sur cela il n'y a que la Providence qui puisse me
-donner cet espoir; elle est si bonne, que je suis pleine de confiance
-qu'elle me procurera le plaisir de vous revoir, toujours aimable,
-bonne, et conservant de l'amiti pour moi. Je voudrois pouvoir ajouter
-que deux ans auront mis du calme et de la bonne rflexion dans la tte
-de ce Dmon que j'aime et embrasse de tout mon coeur.
-
- * * * * *
-
-XLI.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 8 septembre 1791.
-
-Ce n'est pas, je crois, ma faute, ma Bombe, si tu n'as pas eu de mes
-nouvelles: ta mre m'a donn une adresse qui ne me parot pas du tout
-devoir mener ton chteau; mais elle me soutient qu'elle est bonne,
-il faut bien me soumettre la croire. Je suis charme que tu aies
-trouv un peu de socit, car cela fait toujours du bien, quand ce ne
-seroit que pour savoir des nouvelles et pouvoir renouveler un peu ses
-ides, ce dont on a grand besoin. Pour ici, on a beau faire, c'est
-toujours la mme chose: la Rvolution, ses suites, l'entre des
-migrs, voil sur quoi roulent toutes les conversations des cercles
-de Paris. Tu sais srement que la Constitution est entre les mains du
-Roi depuis samedi, et qu'il rflchit sur la rponse qu'il fera. Le
-temps nous apprendra ce qu'il aura dcid dans sa sagesse. Il faut
-demander l'Esprit-Saint de lui faire part de quelques-uns de ses
-dons: il en a bon besoin. Je voudrois avoir quelque chose d'amusant
-te mander; mais nous n'abondons pas dans cette marchandise, d'autant
-que le pain qui commence renchrir ici, en rappelant un temps fort
-triste, fait craindre pour cet hiver assez de mouvements, sans compter
-tout ce dont on nous menace pour l'automne, ce qui est fort triste,
-car il n'y a plus moyen de se faire illusion, puisque l'Assemble
-elle-mme en parle comme d'un malheur auquel elle s'attend. Il est
-vrai que la force que donne l'amour de la libert rassure beaucoup; et
-le patriotisme remplacera aisment l'ordre et la subordination des
-troupes. Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur.
-
- * * * * *
-
-XLII.
-
-A MADAME DE BOMBELLES,
-
-SOUS LE NOM DE MADAME DE SCHWARZENGALD.
-
-A RORSCHACH, PAR SAINT-GALL, EN SUISSE.
-
- Ce 22 septembre 1791.
-
-Je suis charme, ma petite Bombe, de la recrue que tu as faite pour ta
-socit, car on a beau dire, l'hiver on en a un peu besoin, surtout un
-homme qui n'a pas la ressource de l'ouvrage. Je suis fche du chagrin
-que tu as prouv par la perte de M. de Rosenberg, ce sera une vraie
-consolation pour son frre d'tre avec toi; mais je crains que cela
-n'attriste la solitude. Oui, mon coeur, je voudrois pouvoir m'y
-transporter. Que j'y trouverois de douceur! Mais la Providence m'a
-place o je suis: ce n'est pas moi qui l'ai choisi; tu crois bien,
-qu'elle m'y retient, il faut donc s'y soumettre. Mon sort m'y
-parotroit plus doux si je voyois l'union dont je te parlois dans ma
-dernire lettre, et que je trouverois l'hiver court, si, malgr toutes
-les peines qu'il nous annonce, il pouvoit l'amener! Et que n'ai-je ici
-les moyens que j'aurois autre part! car j'y travaillerais avec bien du
-zle. Mais mettons en Dieu notre confiance: il sait ce qu'il faut
-chacun de ses enfants; il en aura soin, gardons-nous d'en douter. Nous
-ne sommes pas faits pour vivre heureux dans ce monde. La vue de
-l'ternit devroit soutenir tous et particulirement ceux qui sont
-combls de ses grces. Sois tranquille pour ta mre, ma petite, elle
-se porte bien; je ne crois mme pas que tu la trouves change, si tu
-la voyois. Je ne comprends pas comment l'on peut supporter tout ce que
-l'on a souffrir dans ce moment, les secousses tant frquentes. Nous
-en avons prouv de bien douces, en revoyant des tres qui ont couru
-de bien grands dangers, mais qui heureusement sont tous en bonne
-sant. La Providence a bien veill sur eux; non, elle n'abandonne
-jamais. Oh! que l'on seroit heureux si l'on avoit une foi vive! Ton
-mari est donc all faire une course lgre, et tu es reste dans ta
-solitude, avec tes enfants, tes livres et ta pense. En voil bien
-assez pour toi.
-
-Nous sommes toujours tranquilles ici. Il parot une lettre des
-Princes[194], et une dclaration de l'Empereur et du roi de
-Prusse[195]. La lettre est bien forte; mais le reste ne l'est pas.
-Cependant plusieurs personnes croient y voir les Cieux ouverts. Pour
-moi, qui ne suis pas si crdule, je lve les mains au Ciel, et lui
-demande de nous prserver de maux inutiles. Tu en ferois, je crois,
-tout autant.
-
-[Note 194: Voir aux Pices justificatives, n XIV.]
-
-[Note 195: Runis au chteau de Pilnitz, en Saxe, o s'tait rendu le
-comte d'Artois, l'empereur Lopold II, Frdric-Guillaume II, roi de
-Prusse, et Frdric-Auguste, lecteur de Saxe, signrent la clbre
-dclaration dans laquelle ils signalaient toutes les cours de
-l'Europe la cause du Roi de France comme la cause commune de toutes
-les ttes couronnes. Ce chteau royal, dtruit en 1818, a t rebti
-depuis.]
-
-La vicomtesse est chez elle, Tilly et des Essarts en Bourbonnois, et
-Blanche en Normandie. Mais je pense qu'elle reviendra bientt. Sais-tu
-que l'on nous a mens l'Opra mardi, et que lundi nous allons aux
-Franois! Nous faisons notre coeurs de spectacle. Lorsqu'il sera fini,
-j'en serai charme.
-
-Adieu, je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.
-
- * * * * *
-
-XLIII.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 6 octobre 1791.
-
-Il y a aujourd'hui deux ans, ma chre Bombe, que nous tions encore
-dans le lieu de ma naissance. C'est vers cette heure-ci qu'il a t
-dcid que nous le quitterions. Cela est un peu triste, car jamais
-l'on ne verra une habitation plus agrable pour moi. Tu me demandes si
-je vais M.[196] Non, mon coeur, et certes je n'irai pas que la ville
-dans laquelle il est n'ait avou ses torts. J'en enrage; mais je crois
-le devoir. Quant Saint-Cyr, je n'ose pas y aller: le village est si
-mal pour ces Dames que je ne puis y aller, dans la crainte que le
-lendemain l'on ne fasse une descente chez elles, disant que j'ai
-apport une contre-rvolution. Cependant, j'ai crit Ligonds pour
-la prier de me marquer le moment qu'elle croira que je pourrai avoir
-ce plaisir.
-
-[Note 196: Montreuil, o Madame lisabeth avoit une maison de
-campagne, et qui est une sorte de faubourg de Versailles. (_Note de
-M. de Bombelles._)]
-
-Je suis charme de ce que tu me marques du bon sens de ton prince
-moine[197]. Si tout le monde avoit comme lui senti la ncessit de
-laisser chacun dans la place o la Providence l'a plac, nous
-n'aurions pas gmir sur les maux de notre patrie. La nouvelle
-lgislature a commenc attaquer les droits que la Constitution avoit
-donns au Roi. Elle a dcrt qu'elle devoit tre indpendante de la
-volont du Roi lorsqu'il y toit, et qu'en consquence ils seroient
-assis avant que le Roi s'assoie; qu'il n'auroit pas un fauteuil
-diffrent de celui du prsident, et que l'on ne lui donneroit plus le
-titre de _Sire_ ni de _Majest_; mais qu'en lui parlant on diroit
-toujours _Roi des Franois_[198]. Tout cela feroit rire, si l'on n'y
-dcouvroit pas un dsir violent de dtruire toute la Constitution. On
-dit que Thouret toit dans une colre affreuse, et M. de Cordorcet
-enchant.
-
-[Note 197: Clment-Venceslas, prince de Saxe, n le 28 septembre 1739,
-lecteur et archevque de Trves le 10 fvrier 1768.]
-
-[Note 198: Voici ce dcret, qui tait l'oeuvre de Couthon:
-
-Article I. Au moment o le Roi entrera dans l'Assemble, tous les
-membres se tiendront debout et dcouverts.
-
-Art. II. Le Roi arriv au bureau, chacun des membres pourra s'asseoir
-et se couvrir.
-
-Art. III. Il y aura au bureau, et sur la mme ligne, deux fauteuils
-semblables; celui gauche du prsident sera destin pour le Roi.
-
-Art. IV. Dans le cas o le prsident ou tout autre membre de
-l'Assemble auroit t pralablement charg par l'Assemble d'adresser
-la parole au Roi, il ne lui donnera, conformment la Constitution,
-d'autre titre que celui de _Roi des Franais_, et il en sera de mme
-dans les dputations qui pourront tre envoyes au Roi.
-
-Art. V. Lorsque le Roi se retirera de l'Assemble, les membres seront,
-comme son arrive, debout et dcouverts.
-
-Art. VI. Enfin la dputation qui recevra et qui reconduira le Roi sera
-de douze membres.
-
-Ce dcret, ds qu'il fut connu dans Paris, y produisit le plus fcheux
-effet; il fut ds le lendemain matin rapport sur la proposition de M.
-Vosgien.]
-
-Adieu, ma Bombe, voil le commencement de nos nouvelles. D'ici un
-mois, je crois qu'il y en aura bien d'autres du mme genre. Mais
-chaque chose suffit son mal. On parle d'un congrs Aix-la-Chapelle.
-J'imagine que l l'on cherchera prvoir tout ce que la nouvelle
-lgislature sera dans le cas d'entreprendre. Sans cela leur but
-manquera, crois-en ma prdiction. Dieu veuille que d'autres y pensent.
-Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur.
-
-L'Assemble a rtract le dcret de la veille. Le Roi y va ce matin
-pour en faire l'ouverture, et leur lchera un petit discours. J'ignore
-ce qu'il contiendra.
-
- * * * * *
-
-XLIV.
-
-A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[199].
-
-[Note 199: La reproduction de cette lettre est interdite.]
-
- Ce 20 octobre 1791.
-
-J'ai reu votre jolie lettre, mon cher Dmon. Non, mon coeur, vous
-auriez bien tort de craindre d'tre oublie, croyez que je n'ai point
-le sort dont on souponne bien des gens et que l'absence ne fait point
-de tort mes sentiments. Non, tant que je ne saurai rien qui puisse
-m'affliger sur Dmon, je l'aimerai bien tendrement; ainsi, lorsqu'il
-lui prendra fantaisie de s'inquiter sur cela, en faisant son examen
-le soir, elle pourra rpondre tout ce que son imagination lui aura
-dit. Je crois lui avoir dit cela cent fois, mais si elle me prend pour
-une rabcheuse avec quelque raison, elle se dira que c'est encore une
-preuve de la sincre amiti que j'ai pour elle. Je serai charme, mon
-petit Dmon, lorsque vous pourrez me venir voir, mais je n'en prvois
-pas l'poque. Votre mari est-il avec vous, mon coeur, ou tes-vous
-avec votre mre? Et votre second fils, qu'en avez-vous fait? J'ai vu
-avant-hier votre beau-frre, il n'est pas embelli. On dit que les
-migrs vont tre maltraits par l'Assemble; le sieur Brissot en fit
-hier la motion, qui doit tre discute. Adieu, mon petit Dmon, je
-vous embrasse de tout mon coeur.
-
- * * * * *
-
-XLV.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- [Vers la fin d'octobre.]
-
-J'ai l'me toute noire, ma chre Rage. Il faut que tu en prennes ton
-parti, et tu en devineras bien la raison, car je n'aime point du tout
-tout ce que je vois. Lis et entends. Dieu veuille que j'aie tort!
-Sais-tu bien que ce que tu me marques la fin de ta lettre n'a pas le
-sens commun? Il y a quatre mois, cela et t fort diffrent. Mais
-prsent c'est un tre de raison que de penser que cela puisse faire le
-plus petit effet. Mais notre sort sera toujours d'tre btes et
-maladroits, ce dont j'enrage de bon coeur. Quant ce que tu me
-marques pour une certaine personne de ma connoissance, je te fais part
-qu'elle ne trouve pas que tu aies raison; que son opinion ne sera, je
-crois, jamais douteuse, mais que mille raisons lui font croire qu'elle
-est o elle doit tre.--Si tu ne l'approuvois pas, elle en seroit
-bien fche. Mais je crois que, si elle pouvoit causer avec toi, elle
-te convaincroit. Lastic est ici d'avant-hier; ce qui a fait un
-sensible plaisir ta trs-humble servante, quoiqu'elle lui ait dit
-bien des choses qui lui font peine. La pauvre petite est bien
-malheureuse, sent bien vivement sa position; mais tout cela est soumis
- la Providence d'une manire qu'il faudroit imiter. Nous irons
-galoper demain ensemble, et cela me plat.
-
-Je te fais compliment sur la dent d'Hlne: c'est en avoir de bien
-bonne heure. J'ai peur qu'elle ne te morde beaucoup. Adieu, ma petite.
-Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. Le bien de ta belle-soeur
-est-il prs de Saint-Domingue?
-
- * * * * *
-
-XLVI.
-
-A MADAME DE BOMBELLES,
-
-SOUS LE NOM DE MADAME DE SCHWARZENGALD.
-
-PAR SAINT-GALL, EN SUISSE, A RORSCHACH.
-
- Ce 8 novembre 1791.
-
-Sais-tu bien, ma Bombe, que si je ne comptois pas sur ton amiti, sur
-ton indulgence, je serois un peu honteuse du temps qu'il y a que je
-t'ai crit? Mais que veux-tu? c'est pour mieux faire que j'ai eu tort.
-Je voulois t'crire un peu longuement, et je ne m'en suis jamais
-trouv le temps. Heureusement que l'arrive de M. de Vaines[200]
-t'aura bien occupe et distraite de l'ide de n'avoir pas de nouvelles
-de ta patrie. Ta mre t'a crit il y a huit jours, cela t'aura prouv
-que tout toit encore sur ses pieds; que, malgr tous les blasphmes
-que l'on n'a cess de vomir contre Dieu et ses ministres, le Ciel
-n'toit pas encore tomb sur nous. Aprs-demain, l'on dit que l'on
-s'occupera des prtres non asserments, et de leur assurer paix,
-tranquillit et libre exercice de la religion. Cela te parot suspect;
-mais patience, attends pour juger que le dcret soit rendu.
-
-[Note 200: Lecteur de la Chambre et du Cabinet du Roi.]
-
-Tu sais sans doute les tristes nouvelles des les, elles sont
-confirmes d'hier par une lettre de M. de Blanchelande[201]. On
-craignoit la famine pour la ville du Cap, et il tenoit ses vaisseaux
-prts pour faire embarquer les femmes et les enfants et les sauver,
-tandis qu'eux chercheroient se dfendre. Ils avoient envoy demander
-secours aux Anglois. Voil le commerce de la France totalement ruin,
-et ce superbe royaume humili jusque dans la poussire. Au moins, s'il
-l'toit de coeur, Dieu pourroit en tre touch; mais, hlas! que
-peut-on faire avec des coeurs corrompus, tromps par l'illusion la
-plus adroite et la plus perfide! Mais adieu, je t'aime et t'embrasse
-de tout mon coeur. Il fait, si tu veux le savoir, un froid de loup,
-depuis trois jours particulirement. Il y a dj assez de glace dans
-les bassins pour remplir les glacires. Si l'hiver est aussi froid
-qu'il s'annonce, je ne comprends pas ce que les pauvres deviendront.
-
-[Note 201: Philibert-Franois Rouvel de Blanchelande, gouverneur de
-Saint-Domingue, n Dijon en 1735, dut tout lui-mme. Rest
-orphelin en bas ge, sans fortune, il entra douze ans dans un
-rgiment d'artillerie, et devint, jeune encore, major au rgiment des
-grenadiers de France. S'tant plus tard distingu dans la dfense de
-l'le de Saint-Vincent, o avec cent cinquante hommes il fora quatre
-mille Anglais reprendre la mer, il reut pour rcompense le grade de
-brigadier, suivi de prs du gouvernement de l'le de Tabago. A
-l'poque de la Rvolution, il rentra en France, et se retira dans le
-village de Chaussin, en Franche-Comt; bientt aprs il fut arrach au
-repos pour aller reprendre le gouvernement de Saint-Domingue. A cette
-poque, un dcret de la Convention affranchissait les ngres;
-Blanchelande ne put conjurer l'orage; il mit quelque temps sa tte
-l'abri en cherchant un refuge au Cap; dnonc par Brissot et Lasource,
-il fut amen en France, et sur la proposition de Garnier, de Saintes,
-il fut envoy au tribunal rvolutionnaire, o, malgr les efforts de
-Tronon-Ducoudray, il fut condamn mort le 15 avril 1793. Le
-prsident lui ayant demand s'il avait quelque chose dire: Je jure
-par Dieu que je vais voir tout l'heure, rpondit-il, que je n'ai
-tremp pour rien dans le fait que l'on m'impute. Il tait g de
-cinquante-huit ans. Son fils, qui avait t son aide de camp, fut
-traduit aussi devant le tribunal de sang et mis mort le 2 thermidor
-an II (20 juillet 1794). Il n'avait que vingt ans.]
-
-J'ai eu hier l'avantage de voir ton cher beau-frre. Tu juges toute la
-joie que j'en ai ressentie. Mais, pour le coup, adieu.
-
- La fin de la lettre est crite en encre sympathique.
-
-Enfin, ma Bombe, l'on sent ici la ncessit de se rapprocher de
-Coblentz. On va envoyer quelqu'un qui y restera et qui correspondra avec
-le baron de Breteuil[202]. Mais il me reste une crainte dans cette
-dmarche, c'est qu'elle ne soit faite que pour arrter des dmarches
-fcheuses et qui sont fort craindre, et non pas pour arriver une
-confiance mrite. Cependant, qu'arrivera-t-il si elle n'existe pas?
-C'est que nous serons la dupe de toutes les puissances de l'Europe.
-Cependant, ma Bombe, le moment est bien intressant. Je suis d'avis que
-ton mari soit o il est, car je suis sre qu'il penseroit comme moi, et
-qu'il engageroit le baron de Breteuil se porter de bonne foi ce
-nouvel ordre de choses. Nous voil aux portes de l'hiver, c'est le
-moment des ngociations. Elles peuvent avoir une heureuse issue, mais
-seulement si l'on agit d'accord. Si cela n'existe pas, souviens-toi de
-ce que je te dis:--Au printemps, ou la guerre civile la plus affreuse
-s'tablira en France, ou chaque province se donnera un matre. Ne crois
-pas la politique de Vienne trs-dsintresse: il s'en faut de beaucoup.
-Elle n'oublie pas que l'Alsace lui a appartenu. Toutes les autres sont
-bien aises d'avoir une raison pour nous laisser dans l'humiliation.
-Songe au temps qui s'est pass depuis notre retour de Varennes. Ces
-vnements ont-ils remu l'Empereur? N'a-t-il pas t le premier
-montrer de l'incertitude sur ce qu'il devoit faire? Croire, comme bien
-des gens l'assurent, que c'est la Reine qui l'arrte, me parot un tre
-de raison et presque un crime. Mais je me permets de penser que la
-politique vis--vis de cette puissance n'a pas t mene avec assez
-d'habilet. Si cela est, je trouve que l'on a eu tort; mais il seroit
-impardonnable si, d'aprs le dcret qui a t rendu hier sur les
-migrants, on n'en sentoit pas le danger. Juge la quantit qui sont l
-s'il sera possible de les retenir, et ce que deviendront la France et
-son chef s'ils prennent ce parti sans secours tranger. Rflchis tout
-cela, ma Bombe; et si ton mari trouve qu'il y ait en effet un grand
-danger .....[203], ou qu'il engage son ami marcher de bonne foi, je
-m'attends bien que, dans le premier moment, l'homme qui sera charg
-d'aller Coblentz prouvera peut-tre quelques difficults; mais il ne
-faut pas que cela l'alarme, parlant au nom du Roi, et ne mettant aucune
-roideur soutenir son avis; mais en le raisonnant bien, il y entranera
-les autres.
-
-[Note 202: Voil qui rfute les mensongres assertions de M. de
-Bertrand de Moleville sur ce que le baron de Breteuil n'avoit pas de
-pleins pouvoirs du Roi en novembre 1791. (_Note du comte de
-Bombelles._)
-
-Voici quelle tait la formule des pleins pouvoirs confis par Louis
-XVI M. de Breteuil:
-
-Monsieur le baron de Breteuil, connoissant tout votre zle et votre
-fidlit, et voulant vous donner une preuve de ma confiance, je vous
-ai choisi pour vous confier les intrts de ma couronne. Les
-circonstances ne me permettent pas de vous donner des instructions sur
-tel ou tel objet et d'avoir avec vous une correspondance suivie. Je
-vous envoie la prsente pour vous servir de pleins pouvoirs et
-d'autorisation vis--vis les diffrentes puissances avec lesquelles
-vous pouvez avoir traiter pour moi. Vous connoissez mes intentions,
-et je laisse votre prudence en faire l'usage que vous jugerez
-ncessaire pour le bien de mon service. J'approuve tout ce que vous
-ferez pour arriver au but que je me propose, qui est le rtablissement
-de mon autorit lgitime et le bonheur de mon peuple. Sur ce, je prie
-Dieu, monsieur le baron de Breteuil, etc.]
-
-[Note 203: Le papier est arrach cette place.]
-
-Adieu, accuse-moi la rception de cette lettre; et si ton mari fait
-quelques dmarches vis--vis du baron, qu'il ne sache pas que je l'en
-ai pri, ni mme que je t'ai parl de tout cela.
-
- * * * * *
-
-XLVII.
-
-A L'ABB DE LUBERSAC.
-
- 14 novembre 1791.
-
-J'ai vu avec plaisir par votre dernire lettre, Monsieur, que votre
-sant toit un peu moins mauvaise: l'hiver sera, dans le pays que vous
-habitez, un bien bon temps pour vous. Tous les dtails que vous me
-donnez m'ont fait un grand plaisir. La dvotion des Romains ne me
-tente point du tout. Est-il possible qu'il y ait encore tant de
-superstition! Je ne connois rien qui rabaisse l'homme comme de penser
-que dans cette ville qui a t celle des lumires, qui devroit tre la
-mieux instruite de la vraie pit, puisque c'est de l que nous
-recevons l'explication des devoirs qui nous sont tracs; que dans
-cette mme ville l'on craigne de changer le genre de dvotion du
-peuple, crainte de l'arracher de son coeur; notre exemple
-n'encouragera certes pas sur cela: car, force de lumires, nous
-sommes parvenus une incrdulit, une indiffrence bien
-affligeante, et effrayante pour le moment prsent et pour ses suites.
-Cependant l'on n'a point encore port de dcret contre les prtres;
-l'Assemble parot vouloir y mettre une grande svrit. Si vous lisez
-les papiers publics, vous devez voir qu'il n'y a pas d'indcence que
-l'on ne se permette contre eux: cependant Dieu permet que la religion
-se soutienne au milieu de cette demi-perscution. Les couvents,
-ouverts par ordre du dpartement, prsentent le spectacle le plus
-difiant. Les glises sont remplies, les communions sont innombrables,
-et tout cela se passe avec le plus grand calme. Dieu veuille que
-quelques esprits malins ne viennent pas dranger tout cela! ce dont je
-ne serois point tonne: car, pour nos pchs, Dieu leur a donn un
-bien grand pouvoir sur notre malheureuse patrie.
-
-Il faut que je vous quitte, Monsieur, mais cela ne sera pas sans vous
-prier de ne pas m'oublier, et vous assurer, de mon ct, que je
-n'oublie point votre affaire: mais ce cruel moment, qui retarde tout,
-y met souvent obstacle. Ne vous inquitez pas, et soyez convaincu de
-mes sentiments pour vous.
-
- * * * * *
-
-XLVIII.
-
-A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[204].
-
-[Note 204: La reproduction de cette lettre est interdite.]
-
- Ce 17 janvier 1792.
-
-Je vous fais mon compliment, mon coeur, de ce que votre fils s'est
-bien tir de sa petite vrole; elle est si mauvaise cette anne, que
-l'on doit regarder comme une grce spciale de la Providence de s'en
-tirer. Votre Stani est bien aimable de se souvenir de moi, cela sera
-un grand personnage lorsque je le reverrai; j'ai bien envie, mon
-coeur, que ce temps ne soit pas bien loign, j'espre que vous n'en
-doutez pas. Vous ne me parlez pas de votre sant; est-elle bonne, la
-mnagez-vous? On dit que vous lui faites faire quelques culbutes en
-phaton. Je conois l'indignation que vous avez prouve en voyant M.
-des Essarts au bal: il faut le plaindre, mon coeur, il le mrite; il
-n'a pas senti tout ce qu'il perdoit; un jour peut-tre il le sentira:
-des Essarts, ne pour plaire tout ce qui savoit l'apprcier, n'a pas
-t heureuse en ce monde comme elle auroit d l'tre, en juger par
-nos yeux; mais Dieu savoit bien ce qu'il faisoit: tant destine
-habiter peu de temps sur cette terre malheureuse, il l'a purifie par
-mille preuves diverses, afin de pouvoir la mieux rcompenser. La
-pauvre petite jouit maintenant des sacrifices que Dieu a exigs
-d'elle. Sa mre est bien plaindre, mais sa vertu et son courage
-sont au-dessus de tout ce que l'on peut dire; soumise la volont de
-Dieu, elle est calme et rsigne tout ce qu'il demande d'elle. Que
-de rflexions ces vnements ne doivent-ils pas faire faire! Si Dmon
-n'toit pas de sa nature si tourdie, je dirois qu'elle en a srement
-fait son profit. Je regrette des Essarts de toute mon me, mais quand
-je pense ce qu'elle auroit peut-tre eu souffrir, j'admire la
-bont de Dieu.
-
-Je suis charme, mon coeur, de ce que vous me dites sur des tres qui
-me sont bien chers; je dsire vivement les voir heureux, et bien
-d'autres encore. Adieu, ma petite Dmon, je vous embrasse et vous aime
-de tout mon coeur.
-
-Dites bien des choses votre mari et votre beau-frre, et embrassez
-Stani pour moi.
-
- * * * * *
-
-XLIX.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 24 janvier 1792.
-
-Tu veux que je te prche, ma chre Raigecourt. J'en aurois bonne
-envie, si je croyois que cela te ft le moins du monde utile. Mais je
-ne puis te dissimuler que Dieu ne m'a pas accord grce pour cela. Si
-j'tois votre directeur, je sais bien ce que je vous dirois, et ce que
-j'exigerois de vous; mais ne l'tant pas, tout ce que je me permettrai
-de te dire, c'est que je ne crois pas que tu sois dans la voie de
-Dieu. Tu te fais illusion par l'humiliation o tu tiens ton esprit;
-sur la douleur que tu reois toujours de la mort de ton fils. Cette
-humilit nourrit ton amour-propre, aigrit ton coeur, met ton me la
-gne, et nuit au sacrifice que Dieu a exig de toi, que tu n'as pas
-encore fait et qu'il attend avec toute la patience et la bont d'un
-pre et d'un ami indulgent. Mais, me direz-vous: je dis Dieu qu'il a
-raison. C'est fort bien; mais je te connois, Raigecourt: cette parole
-ne s'chappe jamais sans un serrement de coeur affreux. Eh bien! si
-j'tois toi, je ne dirois plus cette parole, mais bien celle-ci:
-Seigneur, je m'abandonne tout ce qu'il plaira votre bont
-d'ordonner pour mon salut. Sauvez-moi, mon Dieu, et que je vous aime:
-voil tout ce que je dsire.
-
-Je joindrois cette aspiration le sentiment de l'abandon du coeur, et
-le calme que ncessairement elle doit te faire prouver. Joins cela
-de demander Dieu de faire lui-mme pour vous et avec vous ce
-sacrifice que vous n'avez pas encore arrach de votre coeur.
-Joignez-le celui de Jsus-Christ. Mettez-vous en esprit au pied de
-la Croix. Laissez couler le sang de Jsus-Christ sur vos plaies.
-Demandez-lui de les gurir. Et si aprs avoir mis tout cela en
-pratique, vous vous trouvez soulage, et presque froide, prenez bien
-garde d'en remercier Dieu et de ne vous pas faire de reproche
-d'insensibilit, que vous croiriez peu mriter par le contraste de
-votre position. Mais, mon coeur, ne mettez tout ceci en pratique que
-si vous vous y sentez de l'attrait, si votre coeur est touch; car
-s'il ne l'est pas, tout cela ne vaudroit rien. Vis--vis de Dieu,
-l'esprit doit tre mis totalement de ct, le coeur doit seul agir
-avec la plus grande simplicit et confiance.
-
-J'ai fait remettre ta lettre: on m'a dit que l'on te rpondroit. Nous
-avons eu du tapage pour le sucre tous ces jours-ci. Aujourd'hui tout
-est calme; du moins je le crois, car c'est sur le rapport des autres
-que je crois qu'il y en a eu, n'ayant pas vu le moindre mouvement.
-
-La Princesse prend du quinquina. Son criture n'est pas change, ce
-qui me prouve qu'elle n'est pas trs-affoiblie. Adieu, je t'embrasse
-de tout mon coeur et t'aime de mme.
-
-Je t'envoie des pratiques de dvotion que nous commenons samedi
-prochain.
-
- * * * * *
-
-L.
-
-AU COMTE D'ARTOIS.
-
- Le 19 fvrier 1792.
-
-Vous savez, mon cher Frre, quelle est mon amiti pour vous, et si je
-me rjouis de vous savoir en bonne sant. Je crois, moi qui suis sur
-les lieux, que vous tes injuste envers la personne: vous n'avez pas
-au fond de meilleure amie. Je prie Dieu qu'il rpande sur vous ses
-bndictions et ses lumires, et vous jugerez mieux. L'loignement est
-par tous les cts une calamit et une souffrance, puisqu'il jette des
-nuages o ne devroit luire que l'amiti. Je vous crirai plus au long
-sur tout cela par l'occasion que vous savez, et je vous prouverai que
-jamais vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre et dvoue
-que moi.
-
- * * * * *
-
-LI.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 22 fvrier 1792.
-
-Je verrai, mon coeur, dans un moment o ma bourse sera moins vide, ce
-que je pourrai faire pour ces bons et saints Pres de la Valle
-Sainte[205]. Quelle vie que celle-l! et combien nous devrions rougir
-en lui comparant la ntre! Cependant une partie de ces saints n'ont
-peut-tre pas autant de pchs que nous expier. Ce qui doit
-consoler, c'est que Dieu n'exige pas de tout le monde ce qu'il exige
-d'eux, et que, pourvu que l'on soit fidle dans le peu que l'on fait,
-il est content.
-
-[Note 205: Les Trappistes.]
-
-Je te trouve d'une grande svrit pour Franoise[206]. Je souhaite
-que cela tourne bien. Mais je ne puis te dissimuler que je trouve que
-tu joues gros jeu. Songe qu'elle n'est peut-tre pas destine vivre
-retire dans un chapitre; qu'un temps viendra o elle pourra aller au
-bal, et que pour lors elle se livrera avec plus de fureur ce
-plaisir. Je crois qu'il seroit plus prudent de l'y mener quelquefois,
-et de s'attacher, dans les conversations que tu pourrois avoir avec
-elle, lui faire sentir le vide des plaisirs de ce bas monde. Au
-reste, mon coeur, je ne sais pas pourquoi je te parle de cela, car
-Dieu, que tu consultes srement avec soin, te donne les lumires dont
-tu as besoin pour la bien conduire, et puisque son confesseur est de
-cette svrit-l, je n'ai rien dire. Mais, mon coeur, est-ce le
-tien que tu lui as donn? Si cela est, pourquoi ne l'aimes-tu pas? Il
-me semble que ton zle devroit tre satisfait de la pture qu'on lui
-donne. J'en juge d'aprs cet chantillon.
-
-[Note 206: Franoise de Causans, comtesse d'Ampurie, soeur de madame
-de Raigecourt.]
-
-La Reine et ses enfants ont t avant-hier la Comdie. Il y a eu un
-tapage infernal d'applaudissements. Les Jacobins ont voulu faire le
-train; mais ils ont t battus. On a fait rpter quatre fois le duo
-du valet et de la femme de chambre des _vnements imprvus_, o il
-est parl de l'amour qu'ils ont pour leur matre et leur matresse; et
-au moment o ils disent: _Il faut les rendre heureux_, une grande
-partie de la salle s'est crie: Oui, oui!... Conois-tu notre nation!
-Il faut convenir qu'elle a de charmants moments. Sur ce, je te
-souhaite le bonsoir et te prie de bien prier Dieu, ce carme, pour
-qu'il nous regarde en piti; mais, mon coeur, aie soin de ne penser
-qu' sa gloire, et mets de ct tout ce qui tient au monde. Je
-t'embrasse.
-
- * * * * *
-
-LII.
-
-AU COMTE D'ARTOIS.
-
- Le 23 fvrier 1792.
-
-Votre dernire lettre m'a t remise ce matin, mon cher Frre, et j'ai
-t bien heureuse d'y trouver moins d'amertume que dans la prcdente.
-Cependant, je vous ai promis d'ajouter quelques mots ce que je vous
-ai crit il y a quelques jours, et je suis votre amie trop sincre
-pour ne pas le faire. Je trouve que le fils[207] a trop de svrit
-pour la belle-mre[208]. Elle n'a pas les dfauts qu'on lui reproche.
-Je crois qu'elle a pu couter des conseils suspects, mais elle
-supporte les maux qui l'accablent avec un courage fort, et il faut
-encore plus la plaindre que la blmer, car elle a de bonnes
-intentions. Elle cherche fixer les incertitudes du pre[209], qui,
-pour le malheur de sa famille, n'est plus le matre, et je ne sais si
-Dieu voudra que je me trompe, mais je crains bien qu'elle ne soit
-l'une des premires victimes de tout ce qui se passe, et j'ai le coeur
-trop serr ce pressentiment pour avoir encore du blme. Dieu est
-bon, il ne voudra pas continuer laisser subsister le peu d'accord
-qu'il y a dans une famille qui l'ensemble et la bonne harmonie
-seroient si utiles; j'en frmis quand j'y pense, et cela m'te le
-sommeil, car ce dsaccord nous tuera tous. Vous savez la diffrence
-d'habitudes et de socits que votre soeur a toujours eue avec la
-belle-mre: malgr cela, on se sentiroit du rapprochement pour elle
-quand on la voit injustement accuser et quand on regarde en face
-l'avenir. C'est bien fcheux que le fils n'ait rien voulu ou pu faire
-pour gagner l'ami intime[210] du frre de la belle-mre. Ce vieux
-renard la jouoit, et il et fallu prendre sur soi, s'il avoit t
-possible, et faire le sacrifice de s'entendre avec lui pour le djouer
-et prvenir le mal devenu effrayant aujourd'hui. De deux maux le
-moindre. Tous les gens de cette sorte me font peur: ils ont de
-l'esprit, mais quoi leur est-il bon? Avec cela il faut aussi du
-coeur, et ils n'en ont pas. Ils n'ont que de l'intrigue, et c'est bien
-dsagrable qu'ils entranent tant de gens. Il auroit fallu tre plus
-fins qu'eux.
-
-[Note 207: Le comte d'Artois.]
-
-[Note 208: La Reine.]
-
-[Note 209: Louis XVI.]
-
-[Note 210: Le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur de l'Empereur prs
-le Roi.]
-
-Paris est presque tranquille. L'autre jour il y a eu la Comdie, o
-toit la Reine avec ses enfants, un tapage infernal qui a fini par une
-scne tonnante dont beaucoup de gens ont t attendris:--la plus
-grande partie de la salle a cri _Vive le Roi!_ et _Vive la Reine!_
-faire tomber les votes: on a battu ceux qui n'toient pas du mme
-avis, et on a fait rpter quatre fois un duo qui prtoit des
-rapprochements. Mais c'est un moment, un clair comme en a la nation,
-et Dieu sait si cela continuera.
-
-L'ide de l'Empereur me tourmente; s'il nous fait la guerre, il y aura
-une affreuse explosion. Que Dieu veille sur nous! Il a appesanti sa
-main sur ce royaume d'une manire visible. Prions-le, mon cher frre;
-lui seul connot les coeurs et il est la seule digne esprance. Je
-vais passer ce carme lui demander de nous regarder en piti;
-d'arranger les affaires entre cette famille que j'aime tant; j'ai cela
-bien coeur, je consacrerois ma vie le demander deux genoux, et
-je voudrois tre digne d'tre exauce. Ce n'est que lui qui peut
-changer notre sort, faire cesser le vertige de cette nation si bonne
-au fond, et vous donner la sant et le repos. Adieu. Que me
-demandez-vous? Quelles sont mes occupations aujourd'hui? Si je monte
- cheval et si je vais encore Saint-Cyr?--A peine ose-t-on faire ses
-devoirs depuis plus d'un an! Je vous embrasse de tout mon coeur.
-_Miserere nobis._
-
- * * * * *
-
-LIII.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 6 avril 1792.
-
-Comme je ne veux pas que tu me grondes, je t'cris le Jeudi saint:
-n'est-ce pas beau? Aussi tu n'auras qu'un trs-petit mot. Voil donc
-le roi de Sude assassin! Chacun son tour. Il a eu un courage
-incroyable. Nous ignorons encore sa mort; mais il y a parier qu'il
-l'est, d'aprs la manire dont le pistolet toit charg.
-
-Tu es toute en dvotion. As-tu eu un bel office, un beau reposoir? Ta
-petite te permet-elle d'y aller? Adieu, mon coeur; je t'embrasse bien
-tendrement. Quand tu svreras, je m'occuperai de te faire avoir un
-logement, car le tien est donn.
-
- * * * * *
-
-LIV.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 18 avril 1792.
-
-Je te fais mon compliment, mon coeur, de ce que ta petite a reu les
-crmonies du baptme: ta soeur ne m'a pas envoy le discours de ton
-saint vque[211]; j'espre l'avoir sous quelques jours. Tu crois
-peut-tre que nous sommes encore dans l'agitation de la fte de
-Chteauvieux, point du tout: tout est fort tranquille. Le peuple a t
-voir dame Libert tremblotante sur son char de triomphe, mais il
-haussoit les paules. Trois ou quatre cents sans-culottes suivoient en
-criant: _La Nation! la libert! les sans-culottes! au diable La
-Fayette!_ Tout cela toit bruyant, mais triste. Les gardes nationaux
-ne s'en sont point mls; au contraire, ils toient en colre; et
-Ption est, dit-on, honteux de sa conduite. Le lendemain, une pique et
-un bonnet rouge s'est promen dans le jardin, sans bruit, et n'y est
-pas rest longtemps.
-
-[Note 211: Henri-Louis-Ren Desnos, sacr le 25 dcembre 1769,
-dpossd en 1790.
-
-A sa place, que rendait vacante son refus de prter serment la
-constitution civile du clerg, fut lu Jean-Baptiste Aubry, cur de
-Vel dans le duch de Bar. Le prsident de l'Assemble nationale,
-l'ouverture de la sance du 24 fvrier 1791, annona la nomination
-d'Aubry comme vque constitutionnel de la Meuse en mme temps que
-celle de Robert Lindet, vque de l'Eure, et celle de Massieu, vque
-de l'Oise. Aubry tait inconnu. Dput du clerg du bailliage de
-Bar-le-Duc aux tats gnraux, il n'y avait donn aucun signe de vie:
-son silence y fut regard comme une adhsion aux principes
-rvolutionnaires, et les suffrages taient volontiers alls chercher
-un homme dont l'existence tait simple, et paraissait trangre
-toute intrigue. Il quitta en 1793 la crosse piscopale pour exercer la
-profession d'avocat, et devint ensuite administrateur de son
-dpartement.
-
-Lors de la rorganisation des tribunaux, qui eut lieu en 1811, il
-obtint la place de conseiller la cour impriale de Colmar, qu'il
-occupait encore au moment de la Restauration.]
-
-Oui, mon coeur, je serai bien aise de te revoir; mais il faut voir la
-tournure que tout ceci prendra. La premire fois que je t'crirai, je
-te dirai si j'ai pu te trouver un logement. J'en ai bonne envie; car
-il me dplairoit beaucoup de te savoir l'autre bout de Paris, et de
-ne pouvoir te voir autant que je le voudrois; au lieu que, si tu tois
-dans le chteau, nous passerions souvent les matines ensemble. Je
-t'avoue que cette ide me tourne un peu la tte, et je la voudrois
-dj voir excute; mais patience. Depuis trois ans nous sommes ce
-rgime; peut-tre qu' la fin nous nous en trouverons bien.
-
-Bombe fait faire sa premire communion Louis; il me semble qu'il s'y
-prpare fort bien; elle y met tous ses soins. Tu as encore le temps
-d'attendre avant que d'en tre l. Tu es bien heureuse, car cela doit
-bien troubler.
-
-Le gouverneur de _M. le Prince Royal_ est nomm d'aujourd'hui; c'est
-M. de Fleurieu[212], celui qui a t ministre. L'Assemble, cette
-nouvelle, a renvoy la lettre du Roi au comit, pour savoir si c'est
-au Roi ou elle le nommer. C'est, dit-on, un honnte homme; pour
-moi, je ne le connois pas. Adieu, mon coeur, je t'embrasse et t'aime
-de tout mon coeur.
-
-[Note 212: Voir la note mise au bas de la page 431 du tome Ier.]
-
-Le Roi de Sude est mort avec beaucoup de courage. Quel dommage qu'il
-ne ft pas catholique! il et t un vrai hros. Son pays parot
-tranquille.
-
- * * * * *
-
-LV.
-
-A L'ABB DE LUBERSAC.
-
- 15 mai 1792.
-
-Il y a bien longtemps que je ne vous ai crit, Monsieur; ce n'est pas
-faute d'en avoir envie: mais je mne une vie si coupe, qu'il ne m'est
-pas possible d'crire comme je le voudrois. Je ne puis vous dire assez
-combien j'ai t touche de votre lettre. Le dsir que vous me
-tmoignez de me voir runie celles qui ont tant de bonts pour moi,
-m'a fait un grand plaisir; mais il est des positions o l'on ne peut
-pas disposer de soi, et c'est l la mienne: la ligne que je dois
-suivre m'est trace si clairement par la Providence, qu'il faut bien
-que j'y reste; tout ce que je dsire, c'est que vous vouliez bien
-prier pour moi, pour obtenir de la bont de Dieu que je sois ce qu'il
-dsire. S'il me rserve encore dans ma vie des moments de calme, ah!
-je sens que j'en jouirai bien, au lieu de me soumettre aux preuves
-qu'il m'envoie! J'envie ceux qui, calmes intrieurement et tranquilles
- l'extrieur, peuvent tous les instants ramener leurs mes vers
-Dieu, lui parler, et surtout l'couter: pour moi, qui suis destine
-tout autre chose, cet tat me parot un vrai paradis.
-
-Si Minette vaut quelque chose, c'est bien vous qu'elle le devra.
-J'en ai t contente dans le court sjour qu'elle a fait ici: elle
-n'est pas heureuse, et c'est une bonne cole. Elle a trouv Chartres
-un homme de mrite, en juger d'aprs ce qu'elle dit, et en qui elle
-parot avoir confiance. Je l'ai fort engage le voir souvent;
-j'espre qu'elle y est exacte.
-
-Je vois avec peine approcher les chaleurs; c'est un mauvais temps pour
-vous: je dsire beaucoup qu'elles soient moins fortes que l'anne
-passe. Adieu, Monsieur: croyez que vos lettres me font un vrai
-plaisir, et que je serai charme le jour o je pourrai vous revoir. En
-attendant, priez Dieu pour nous.
-
-J'ai si peu de temps, qu'il m'est difficile de m'unir aux prires que
-l'on fait; mais j'y dresserai quelquefois mon intention, pour
-participer aux grces qu'elles doivent attirer. Vous voyez que le moi
-n'est point du tout mort en moi.
-
- * * * * *
-
-LVI.
-
-A L'ABB DE LUBERSAC.
-
- 22 juin 1792.
-
-Cette lettre sera un peu longtemps en chemin; mais j'aime mieux ne pas
-laisser chapper une occasion de causer avec vous. Je suis persuade
-que vous avez ressenti presque aussi vivement que nous, Monsieur, le
-coup qui vient de nous frapper[213]; il est d'autant plus affreux,
-qu'il dchire le coeur, et te tout repos d'esprit. L'avenir parot un
-gouffre, d'o l'on ne peut sortir que par un miracle de la Providence;
-et le mritons-nous? A cette demande, on sent tout le courage manquer.
-Qui de nous peut se flatter qu'il lui sera rpondu: _Oui, tu le
-mrites!_ Tout le monde souffre; mais, hlas! nul ne fait pnitence;
-on ne retourne point son coeur vers Dieu. Moi-mme combien de
-reproches n'ai-je pas me faire! Entrane par le tourbillon du
-malheur, je ne m'occupois pas de demander Dieu les grces dont nous
-avons besoin; je m'appuyois sur les secours humains, et j'tois plus
-coupable qu'un autre; car qui plus que moi est l'enfant de la
-Providence? Mais ce n'est pas tout de reconnotre ses fautes, il faut
-les rparer; je ne le puis seule, Monsieur: ayez la charit de
-m'aider. Demandez au Ciel, non pas un changement qu'il plaira Dieu
-de nous envoyer quand il l'aura jug convenable dans sa sagesse; mais
-bornons-nous lui demander qu'il claire, qu'il touche les coeurs;
-que surtout il parle deux tres bien malheureux, mais qui le seront
-encore plus si Dieu ne les appelle lui. Hlas! le sang de
-Jsus-Christ a coul pour eux comme pour le solitaire qui pleure sans
-cesse des fautes lgres. Dites-lui souvent: _Si vous voulez, vous
-pouvez les gurir;_ et dmontrez-lui bien la gloire qu'il en tirera.
-En me lisant, vous allez me croire un peu folle, mais pardonnez
-l'excs des maux dont mon me est atteinte: jamais je ne les ai si
-vivement sentis. Dieu les connot; Dieu sait les remdes qu'il doit
-appliquer, mais sa bont permet qu'on lui fasse les demandes dont on a
-besoin: et j'use, comme vous voyez, de cette permission.
-
-[Note 213: Journe du 20 juin.
-
-La mme date avait, on le voit, aprs un an, ramen de nouveaux
-malheurs: le Roi, bless dans ses droits les plus sacrs par la
-violation de sa propre demeure et les outrages dirigs contre sa
-personne et sa famille, n'obtint d'autres satisfactions que celles
-qu'il se fit lui-mme, en publiant une proclamation pleine de
-sagesse, de courage et de modration. Voir aux Pices justificatives,
-n XV.]
-
-Je suis fche de vous crire dans un style aussi noir; mais mon coeur
-l'est tellement, qu'il me seroit bien difficile de parler autrement.
-Ne croyez pas pour cela que ma sant s'en ressente; non, je me porte
-bien: Dieu me fait la grce de conserver de la gaiet. Je dsire
-vivement que la vtre se conserve; je voudrois la savoir meilleure;
-mais comment l'esprer avec votre sensibilit? Rappelons-nous qu'il
-est une autre vie, o nous serons amplement rcompenss des peines de
-celle-ci, et vivons dans l'espoir de nous y runir un jour, aprs
-cependant avoir eu encore le plaisir de nous revoir dans celle-ci;
-car, malgr l'excs de ma noirceur, je ne puis croire que tout soit
-dsespr. Adieu, Monsieur: priez pour moi, je vous en prie, aprs
-avoir pri pour les autres, et donnez-moi souvent de vos nouvelles:
-c'est une consolation pour moi.
-
- * * * * *
-
-LVII.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- 3 juillet 1792.
-
-Depuis trois jours on comptoit sur un grand mouvement dans Paris; mais
-on croyoit avoir pris les prcautions ncessaires pour parer tous
-les dangers. Mercredi matin, la cour et le jardin toient pleins de
-troupes. A midi, on apprend que le faubourg Saint-Antoine toit en
-marche; il portoit une ptition l'Assemble, et n'annonoit pas le
-projet de traverser les Tuileries. Quinze cents hommes dfilrent dans
-l'Assemble, peu de gardes nationaux, quelques invalides; le reste
-toit des sans-culottes et des femmes. Trois officiers municipaux
-vinrent demander au Roi de permettre que la troupe dfilt dans le
-jardin, disant que l'Assemble toit gne par l'affluence, et les
-passages si encombrs, que les portes pourroient tre forces. Le Roi
-leur dit de s'entendre avec le commandant pour les faire dfiler le
-long de la terrasse des Feuillants, et sortir par la porte du Mange.
-Peu de temps aprs les autres portes du jardin furent ouvertes, malgr
-les ordres donns. Bientt le jardin fut rempli. Les piques
-commencrent dfiler en ordre sous la terrasse de devant le chteau,
-o il y avoit trois rangs de gardes nationaux; ils sortoient par la
-porte du pont Royal, et avoient l'air de passer sur le Carrousel, pour
-regagner le faubourg Saint-Antoine. A trois heures, ils firent mine de
-vouloir enfoncer la porte de la grande cour. Deux officiers municipaux
-l'ouvrirent. La garde nationale, qui n'avoit pas pu parvenir obtenir
-des ordres depuis le matin, eut la douleur de les voir traverser la
-cour sans pouvoir leur barrer le chemin. Le dpartement avoit donn
-ordre de repousser la force par la force; mais la municipalit n'en a
-pas tenu compte. Nous tions, dans ce moment, la fentre du Roi. Le
-peu de personnes qui toient chez son valet de chambre vinrent nous
-rejoindre. On ferme les portes; un moment aprs nous entendons cogner:
-c'toient Aclocque et quelques grenadiers et volontaires qu'il
-amenoit; il demanda au Roi de se montrer seul. Le Roi passa dans sa
-premire antichambre. L, M. d'Hervilly vint le joindre avec encore
-trois ou quatre grenadiers qu'il avoit engags venir avec lui. Au
-moment o le Roi passoit dans son antichambre, des gens attachs la
-Reine la firent rentrer de force chez son fils. Plus heureuse qu'elle,
-je ne trouvai personne qui m'arracht d'auprs du Roi. A peine la
-Reine l'toit-elle, que la porte fut enfonce par les piques. Le Roi,
-dans cet instant, monta sur des coffres qui sont dans les fentres; le
-marchal de Mouchy, MM. d'Hervilly, Aclocque et une douzaine de
-grenadiers l'entourrent. Je restai auprs du panneau, environne des
-ministres, de M. de Marsilly et de quelques gardes nationaux. Les
-piques entrrent dans la chambre comme la foudre; ils cherchoient le
-Roi, surtout un, qui, dit-on, tenoit les plus mauvais propos. Un
-grenadier rangea son arme en disant: _Malheureux! c'est ton Roi!_ Ils
-se mirent en mme temps crier: _Vive le Roi!_ Le reste des piques
-rpondit machinalement ce cri; la chambre fut pleine en moins de
-temps que je n'en parle, tous demandant la sanction et le renvoi des
-ministres. Pendant quatre heures, le mme cri fut rpt. Des membres
-de l'Assemble vinrent peu de temps aprs; MM. Vergniaux et Isnard
-parlrent fort bien au peuple pour leur dire qu'ils avoient tort de
-demander ainsi au Roi la sanction, et les engagrent se retirer;
-mais ce fut comme s'ils ne parloient pas. Ils toient bien longtemps
-avant que de pouvoir se faire entendre; et peine avoient-ils
-prononc un mot, que les cris recommenoient. Enfin Ption et des
-membres de la municipalit arrivrent; le premier harangua le peuple,
-et, aprs avoir lou la _dignit_ et l'_ordre_ avec lequel il avoit
-march, il l'engagea se retirer dans le _mme calme_, afin que l'on
-ne pt lui reprocher de s'tre livr aucun excs dans une fte
-civique. Enfin, le peuple commena dfiler. J'oubliois de vous dire
-que, peu de temps aprs que le peuple fut entr, des grenadiers
-s'toient fait jour et l'avoient loign du Roi. Pour moi, j'tois
-monte sur la fentre du ct de la chambre du Roi. Un grand nombre de
-gens attachs au Roi s'toient prsents chez lui le matin; il leur
-fit donner ordre de s'loigner, craignant la journe du _dix-huit
-avril_. Je voudrois m'tendre l-dessus; mais, ne le pouvant, je me
-promets simplement d'y revenir; tout ce que je puis dire, c'est que
-celui qui a donn l'ordre a bien fait, et que la conduite des autres
-est parfaite. Mais revenons la Reine, que j'ai laisse entrane
-malgr elle chez mon neveu; on avoit emport si vite ce dernier dans
-le fond de l'appartement, qu'elle ne le vit plus en entrant chez lui;
-vous pouvez imaginer l'tat de dsespoir o elle fut. M. Hue,
-huissier, et M. de Vincent, officier, toient avec lui; enfin on le
-lui ramena. Elle fit tout au monde pour rentrer chez le Roi, mais MM.
-de Choiseul et d'Haussonville, ainsi que nos dames qui toient l,
-l'en empchrent. Un moment aprs, on entendit enfoncer les portes: il
-n'y en avoit plus qu'une que le peuple ne put trouver; et tromp par
-un des gens de mon neveu, qui lui dit que la Reine toit
-l'Assemble, il se dispersa dans l'appartement. Pendant ce temps-l,
-les grenadiers entrrent dans la chambre du conseil: on la mit, et les
-enfants, derrire la table du conseil; les grenadiers et d'autres
-personnes bien attaches l'entourrent, et le peuple dfila devant
-elle. Une femme lui mit le bonnet rouge sur la tte, ainsi qu' mon
-neveu. Le Roi l'avoit presque du premier moment. Santerre, qui
-conduisoit le dfil, vint la haranguer, et lui dit qu'on la trompoit
-en lui disant que le peuple ne l'aimoit pas; quelle l'toit, et qu'il
-l'assuroit qu'elle n'avoit rien craindre. L'on ne craint jamais
-rien, rpondit-elle, lorsque l'on est avec de braves gens. En mme
-temps, elle tendit la main aux grenadiers qui toient auprs d'elle,
-qui se jetrent tous dessus. Cela fut fort touchant.
-
-Les dputs qui toient venus toient venus de bonne volont. Une
-vraie dputation arriva et engagea le Roi rentrer chez lui. Comme on
-me le dit, et que je ne voulois pas me trouver rester dans la foule,
-je sortis environ une heure avant lui; je rejoignis la Reine, et vous
-jugez avec quel plaisir je l'embrassai. J'avois pourtant ignor les
-risques qu'elle avoit courus. Le Roi rentr dans sa chambre, rien ne
-fut plus touchant que le moment o la Reine et ses enfants se jetrent
- son cou. Des dputs qui toient l fondoient en larmes: les
-dputations se relevrent de demi-heure en demi-heure, jusqu' ce que
-le calme ft rtabli totalement. On leur montra les violences qui
-avoient t commises. Ils furent tous trs-bien dans l'appartement du
-Roi, lequel fut parfait pour eux. A dix heures, le chteau toit vide,
-et chacun se retira chez soi.
-
-Le lendemain, la garde nationale, aprs avoir montr la plus grande
-douleur d'avoir eu les mains lies, et d'avoir vu devant ses yeux tout
-ce qui s'toit pass, obtint de Ption l'ordre de tirer. A sept
-heures, on dit que les faubourgs marchoient: la garde se mit sous les
-armes avec le plus grand zle. Des dputs de l'Assemble vinrent de
-bonne volont demander au Roi s'il croyoit qu'il y et du danger, pour
-qu'elle se transportt chez lui. Le Roi les remercia. Vous verrez leur
-dialogue dans tous les journaux ainsi que celui de Ption, qui vint
-dire au Roi que ce n'toit que peu de monde qui vouloit planter un
-mai[214].
-
-[Note 214: Le 6 juillet, le directoire du dpartement de Paris,
-considrant que Ption avait manqu son devoir en n'empchant point
-les dsordres de cette affreuse journe, le suspendit de ses
-fonctions, sans avoir gard la dfense leve en sa faveur par
-Roederer, procureur gnral du dpartement.
-
-Le Roi, la date du 11 juillet, approuva cette mesure; l'Assemble,
-par un dcret dat du 13, leva la suspension, aprs avoir, par un
-dcret du 11, proclam la patrie en danger.]
-
- [La lettre jusqu' cet alina est de main trangre; le dernier
- paragraphe est seul de la main de Madame lisabeth.]
-
-Comme je savois que la duchesse de Duras t'avoit donn de mes
-nouvelles, et que je n'ai pas trouv un instant pour t'crire, je ne
-me suis pas trop tourmente; aujourd'hui mme, je n'ai qu'un moment.
-Nous sommes jusqu' ce moment tranquilles; l'arrive de M. de La
-Fayette fait un peu de mouvement dans les esprits. Les Jacobins
-dorment. Voil le dtail de la journe du 20. Adieu, je me porte bien,
-je t'aime, je t'embrasse, et suis bien aise que tu ne te sois pas
-trouve dans cette bagarre.
-
- * * * * *
-
-LVIII.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 8 juillet 1792.
-
-Il faudroit vraiment toute l'loquence de madame de Svign pour
-rendre tout ce qui s'est pass hier; car c'est bien la chose la plus
-surprenante, la plus extraordinaire, la plus grande, la plus petite,
-etc., etc. Mais heureusement l'exprience peut un peu aider la
-comprhension. Enfin, voil les Jacobins, les Feuillants, les
-Rpublicains, les Monarchistes, qui, abjurant tous leurs discordes, et
-se runissant prs de l'arbre inbranlable de la Constitution et de la
-libert, se sont promis bien sincrement de marcher la loi la main,
-et de ne pas s'en carter[215]. Heureusement, le mois d'aot
-s'approche, moment o toutes les feuilles tant bien dveloppes,
-l'arbre de la libert prsentera un ombrage plus sr. Notre ville est
-tranquille et le sera pour la fdration. Je tremble qu'il n'y ait
-quelque crmonie religieuse: tu connois mon got pour elles: demande
- Dieu, mon coeur, qu'il me donne force et conseil. Adieu; je
-t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.
-
-[Note 215: Dans la sance du samedi 7 juillet 1792, Lamourette, vque
-constitutionnel du Rhne, rappela l'Assemble nationale l'union et
-la concorde: A quoi, dit-il, se rduisent ces dfiances? Une partie
-de l'Assemble attribue l'autre le dessein sditieux de vouloir
-dtruire la monarchie; les autres attribuent leurs collgues le
-dessein de vouloir la destruction de l'glise constitutionnelle, et le
-gouvernement aristocratique connu sous le nom des deux Chambres. Voil
-les dfiances dsastreuses qui divisent l'empire. Eh bien, foudroyons,
-Messieurs, par une excration commune et par un irrvocable serment,
-foudroyons et la Rpublique et les deux Chambres. (La salle retentit
-d'applaudissements unanimes de l'Assemble et des tribunes, et des
-cris plusieurs fois rpts de: _Oui, oui, nous ne voulons que la
-Constitution!_) Jurons de n'avoir qu'un seul esprit, qu'un seul
-sentiment, de nous confondre en une seule et mme masse d'hommes
-libres, galement redoutables et l'anarchie et l'esprit fodal...
-Je demande que l'Assemble mette aux voix cette proposition simple:
-_Que ceux qui abjurent galement et excrent la Rpublique et les deux
-Chambres se lvent._ (Les applaudissements des tribunes continuent.
-L'Assemble se lve tout entire. Tous les membres se confondent et
-s'embrassent.)
-
-Cette scne est connue sous le nom de _Baiser de Lamourette_.]
-
-
-
-
-NOTES, DOCUMENTS
-
-ET
-
-PICES JUSTIFICATIVES.
-
-
-I.
-
-LETTRE CRITE DE PARIS PAR M. REPIQUET,
-
- _Fdr d'Autun, district d'Autun, dpartement de Saone et Loire,
- M. Repiquet, son frre, citoyen audit Autun, sur les vnements
- du_ 10 _aot_ 1792, _l'an 4 de la libert. Imprime aux frais de
- la Socit, des Amis de la Constitution de ladite ville._
-
-MON FRAIRE, MON CHER AMI,
-
-Je ne peut pas atantre que les chose soit termin pour tan faire par,
-ainsi qua toute la socit des ami de la constitussion d'Autun, qui
-sont mes fraire, que jesper que tu voudra bien leur tmogn la
-fraternit qui ne finira qua la mort envair moi. Je te fait par de la
-bataille que nous avont u yaire vendredi dix aoust, comme je te lavais
-promis, que je ne quiterais Paris que quant le coup serait port; mais
-se coup ne sera jamais houbli, car il doit aitre ymmortelle.
-
-Ci je te parle, croit que c'est un raive; si j'xiste, c'est que la
-mort n'a pas voulu de moi. Mon ami, je te dir que la nuit du neuf au
-disse, nous somme sorti des Jacobin minuit, ayant les hordre de nos
-commissair.
-
-Lhordre tait de nous transporter tous les fdrs, les un au
-faubourgt St. Entoine, et les autre au Cordeli ou sont les
-Marsaillois; les autre dans les section les plus patriote, de fasson
-que nous avons pass cette maime nuit sans panser dormir. Pour
-conquir sa libert, il ne faut plus panser de ferm les yeux, au
-contraire, il faut les ouvrire, et avoir de bonnes aureille. Moi qui
-ne connais pas asss les section de Paris, je messuis transport de
-suite avecque quelques un des jeune gens d'Autun, dans le bataillon de
-Marsaille, comme javais ma confiance en eux. Les fdrs de Nime, de
-Monpeill, de Macon, nous nous somme tous joint, de fasson que nous
-nous somme trouv aux environ de trois bataillon, tous destermin
-prire pour conquir la libert. Nous lavons jur, nous la
-soutiendront: aprest nous, nos enfant prendront vengensse, et ils
-trionferont. Pour moi, mon ami, jtais chef de ploton, quand nous
-avons entr au tuillerie, il li en avait quelqun qui ne se soussiest
-pas di entrer, parce que les bal commensait desja a pleuvoir; pour les
-en courager dantrer, je leur ai dit courage mes enfent, ce nest pas
-sur nous quon tire.
-
-Je neu pas pronons ses mot quil en tomba catorse de mon ploton, et
-moi surpri de me voir qua trois de ma section, les gueux nous on tir
-a mitraille, car ils croyoit nous faire reculer et don la terreur au
-peuple. Mais des fdr qui on jur devant leur munisipalit
-respective, qui sacrifirait leur sanc, leur fortune, pour la deffance
-de la patrie, ne peuve pas reculer. Nous ne pouvous pas mourire pour
-la plus bel cose, et moi comme tu sai qui suis acoutum de mourir, je
-ni pansait pas.
-
-Je ns pas encore vu tous les jeune gensse d'Autun; je les cherche
-tous les jour, tout ce que jan sait, quil se sont bien montr et bien
-ardie au feu: il ni a que Mersi de bless dans une main, je ne sai
-sil en sera extropi. Je cherch dans les cor mort si je ne trouverai
-pas le petit Migniot, frre du charpantier de Marchau, que lon ma dit
-avoir t tu dans la compagni de Monpelli; mais il ma t impossible
-dans navoir de nouvelle. Comme nous tion tous spars, il ni avait
-pas possible que nous fussion dans la maime compagnie, dhalleur il
-n'est pas possible de reconnatre personne dans les mort. On fait
-nombre de quatre mille, san cont que la riviere en est presque
-plaine, on dirait du bois a flotter. Le chatau des tuillerie brule
-toujours trai fort, le feu ne peut si teindre, car sest un enfaire.
-Les diable son sorti et demande pardon au peuple; mais le peuple
-courageux et plaint de bont, a mpris ses demon, et les a less al
- leur malheureu sor. Le cheffe des diable avec proserpine se sont
-sauv avec leur famille, dans l'assembl nationalle ou on a commi que
-des pch mortelle; comme tu voi qui se ressemble sasemble. Il navais
-pas malle choisi, car il avait choisi des homme abill de rouge,
-appels Suisse, pour desfendre les crime qu'il comaitait dans ces
-enfair.
-
-Enfin, mon ami, nous tion plus de cinq cent mille soldat command par
-le dieux de lunivert, nous ne lavons pas vu, mais nous lavon entendu;
-il a parl dans nos coeur, nous tion tous fraire. Des charbonier, des
-masson, des porte fait, en gnralle de toute les langue, nous navion
-que le maime langage; nous nous embrassion tous, et nous ne fesion
-qune maime famile. Js ts mangs par des charbonni et par baucoup
-douvrier, de sorte qu'il manbrassait. Enfin mon cher ami il li a eu
-des section de Paris qui ont tir sur nous comme sur des lou garou,
-mais nous les avons bar par la rue de Grenelle et de la section des
-grenadier des file St. Thomas. Jan on compt 48 tandu, entrautre le
-capitaine qui tais d'une grosseur a faire peur a un enfant trouv; on
-voyoit bien que ce bougre navais t nourie quau chatau des tuillerie,
-car il ni a que des cochon de cette espaisse. On ne veut pas dire
-combien ce qui li a de mort, car cest tairible: ce nest pas fini, car
-il ni a point de nosse quil ni ai de landemain. Aujourdhui j vu
-couper au moins trois cent taite; on jette les corp dans la rivier, et
-porte les taite. On ne fini pas; tous les aristocrate i passeront: on
-prent leur non en cri, et il y a des comissaire pour montrer leur
-maison. Mais, mon ami, _je te prie de faire par tous les patriote_
-DE FAIRE COULER DU SANG LE MOINS QU'IL SERA POSSIBLE _dans notre
-pays_, peut aitre que ces gensse ecar ne tarderont pas vous
-demands pardon: nessits pas les pardonner, mais faitte leur sentir
-quil sont dans la poussier; Paris leur doit doner exemple.
-
-Toute la cavallerie tais pour nous et l'infanterie, mais il li en a
-eu baucoup de tu par les section aristocrate. Il ni a plus
-daristocrate Paris, tous crie vive la nation; mais il ne faut pas si
-fi que quant nous en auront cur le ny. A linstant que je tcri, on
-bat la gnralle de toute par. Je fini vite en courant dans mon
-bataillon qui sont les Marsaillois. Les misrable ont perdu 150 homme,
-tant tu que blaiss, j vu faire lapelle. Mon amie, tu sai que je n
-point d'ortograffe, et que je ne s point faire de frase, mais au moin
-il me raiste que je parle de coeur en jurant de vivre libre ou mourir.
-
- Ton fraire Repiquet.
-
-_Poste scriptome._
-
-Je te dir quil mtait arriv davoir desja tu un Garde du Roi, prs
-le pallais royale, et un autre le bras, qui na pas mieux vcu que le
-premier, car il avait lalter coup, pour avoir dit vive le Roi, et
-merde pour la nation. Il li a un trop lon destaille pour tans faire
-par; tu le saura par les Autunois.
-
-Js tu quatre Suise dans les cavau des tuillerie, quil sestais cachs
-derrier des taunaux: il tait comme des lievre cach. Le premier je
-lui ai coup un bras, ausito une femme la port au bout d'une pique.
-Pour ten dire davantage je ne peut; tout ce qui li a, que nous en
-avons tu soixante traise dans les cavos. Actuelment on peut me tu
-quent on voudra; j tu le nombre que je demandais auparavant; mais
-puisque ji suis, il ne me turont quen ma prsence.
-
- REPIQUET.
-
- A AUTUN, DE L'IMPRIMERIE DE P. P. DE JUSSIEU, 1792.
-
- * * * * *
-
-II.
-
-COMMUNE DE PARIS.
-
- Le 20 octobre 1792, l'an 4e de la libert, 1er de la Rpublique
- franaise, et 1er de l'galit.
-
-SECRTAIRE-GREFFIER.
-
-Je joins ici, Citoyens, une lettre adresse Madame lisabeth, dont
-ce renvoy par devers vous a t arrt par le conseil gnral de la
-Commune.
-
-Je vous prie de m'en accuser rception.
-
- MYE.
-
-Les citoyens membres de la Convention nationale et composant la
-commission des 24.
-
- Notre soeur lisabeth,
- Prenez votre chapelet,
- Il sera la victoire,
- Toute pleine, de gloire.
-
- Commencs, par la Croix,
- C'est le signe, des Roys,
- Jsus, fils de Marie,
- Ditte, qu'il vous marie,
-
- Avec le Roy Franois,
- Oh Dieu quelle joye.
- N'est-ce pas un bon souhait?
-
- Voil une bonne proye.
- Rions, chantons cette fois,
- L'amour a fait son employe.
-
- * * * * *
-
- Je t'ay vu, mon Citron,
- Dans la Loire, en plongeon;
- Bien nager quelle gloire?
- Estre mis dans l'histoire.
-
- Ah le brave Franais,
- Je ne suis point Anglais,
- Parti pour l'Allemagne?
- Oui voil ma campagne.
-
- Tratre, grand ennemi,
- Trop infidle ami!
- Contre nous porter arme!
-
- Quelle plus triste allarme!
- J'aime le Roy Franois.
- Comme moy donc, franc sois.
-
-Citron est le chien du prince Louis, que j'ay vu en passant Tours.
-Il s'amusoit avec luy, le faire nager dans la Loire. J'ay fait ce
-petit sonnet sa gloire. A ce titre, s'il pouvoit vous recrer un
-moment, je m'en fliciterois: et ma joye iroit de pair avec le respect
-dans lequel je suis pleinement,
-
- MADAME,
-
- Votre serviteur le plus respectueux,
-
- J. GUILLEMETEAU,
-
- Cur de Biarge et vic. de Fontenay de Vincennes.
-
- 7 octobre 1792.
-
- _A Madame, Madame lisabeth, dans le Temple, rue du Temple, Paris._
-
-Madame lisabeth dit dans une de ses lettres qu'elle tait effraye de
-l'ignorance du bas clerg: elle avait bien raison. B.
-
- * * * * *
-
-III.
-
-Aprs avoir esquiss, au livre huitime de cette histoire, la
-distribution intrieure de l'difice du Temple, essayons de donner une
-ide gnrale de sa physionomie extrieure, un aperu du personnel
-commis sa garde et des dispositions prises par l'autorit
-rpublicaine.
-
-A la grande porte de la rue du Temple tait un portier nomm Darque,
-nagure bedeau du grand prieur, homme simple et bon, qui n'avait pas
-la prtention de descendre du mme sang que la glorieuse vierge
-d'Orlans, quoique souvent cette consonnance de noms lui attirt des
-plaisanteries grossires. Serviteur sexagnaire de l'htel de Conti,
-il avait t surpris par la Rvolution dans l'exercice de ses
-fonctions paisibles et dans la quitude de ses vieux jours. Du reste,
-il comprenait peu les choses qui se passaient alors sous ses yeux, et
-c'tait un grand bienfait de la Providence; les vicissitudes qui
-entranaient les hommes et les choses lui avaient laiss un abri sous
-le toit o il avait vieilli, et cela lui suffisait; il se regardait
-comme tant partie intrinsque du Temple.
-
-Dans la loge de Darque pendait un cordon sonnette correspondant par
-un fil de fer l'intrieur de la salle du conseil, situe, ds le
-premier jour de la dtention du Roi dans l'intrieur du palais du
-Temple, et, dater du 8 dcembre, au rez-de-chausse de la grosse
-tour. Un nombre de coups convenu rvlait aux officiers municipaux
-prposs la garde du Temple la nature des messages ou l'importance
-des visiteurs. Un carillon prolong annonait la venue d'une autorit
-suprieure. A ce bruit, les municipaux venaient eux-mmes reconnatre
-les personnages puissants et les introduire, s'il y avait lieu. Ces
-membres de la Commune furent d'abord au nombre de huit, jour et nuit
-de service dans l'intrieur du Temple, un prs de Louis XVI, un prs
-de Marie-Antoinette, et les six autres composant le conseil de la
-garde du Temple. Deux couchaient dans l'antichambre du Roi et deux
-dans celle de la Reine, les quatre autres dans la chambre du conseil.
-Ces huit commissaires, dont le service durait pendant quarante-huit
-heures, se renouvelaient chaque jour quatre par quatre, dsigns par
-le sort dans le conseil de la Commune. tant de service auprs des
-prisonniers, ils taient tenus de ne rpondre qu'aux questions vagues
-et sans importance qu'on leur faisait, et le plus laconiquement
-possible.
-
-A droite et gauche, dans la cour, s'levaient plusieurs corps de
-btiment affects diffrents services; droite, tait l'appartement
-de Jubaud, ancien concierge du palais; le nouvel conome, du nom de
-Coru, occupa une partie de ce logement.
-
-Dans le btiment de gauche, faisant face l'habitation de Coru,
-demeurait l'ancien suisse du chteau du Temple, nomm Gachet, protg
-de M. le comte d'Artois, vieux dbris, comme Darque, de cet ancien
-rgime sous lequel on buvait et l'on chantait, sans prvoir quel
-terrible visiteur viendrait briser les verres et interrompre les
-chansons. Les orages du temps avaient quelque peu assombri l'humeur
-joviale du vieux Gachet, mais ils n'avaient pas drang l'antique
-habitude qu'il avait prise de vendre boire ses voisins. Depuis
-1784 sa petite industrie tait exploite par un vieux clibataire
-nomm Lefvre; assez tranger au grand drame qui se jouait sous ses
-yeux, Lefvre ne voyait dans le passage au Temple des officiers
-municipaux et de la force arme, qu'une chance heureuse pour son
-commerce, et, sans souhaiter malheur la famille royale dont il avait
-reu les bienfaits, il acceptait volontiers un tat de choses qui
-achalandait son cabaret. La triste humanit est ainsi faite; quand on
-n'est pas soutenu par un sentiment plus haut, on juge l'histoire
-gnrale au point de vue de sa propre histoire. On s'assemblait chez
-le pre Lefvre pour savoir ce qui se passait, pour converser sur les
-affaires du jour: c'tait le rendez-vous des nouvellistes du
-voisinage.
-
-A gauche galement, et sous le mme toit que la _buvette du pre
-Lefvre_ (car c'est ainsi qu'on appelait cet tablissement), se
-trouvaient les cuisines qui alimentaient non-seulement les
-prisonniers, mais les commissaires de la Commune, les officiers, et
-dans la suite le poste tout entier de la force arme; enfin tous les
-employs tenus par leur service ne pas sortir du Temple.
-
-Le palais ou chteau faisait face la porte d'entre et fermait dans
-toute sa largeur la premire cour. Dans le chteau tait le grand
-poste du Temple. Il rsulte des tats journaliers du service de cette
-poque, que la garde du Temple se composait de: 1 commandant gnral,
-1 chef de lgion, 1 sous-adjudant gnral, 1 adjudant-major, 1
-porte-drapeau, 20 artilleurs, 2 pices de canon, et formait, avec les
-gardes nationaux, en y comprenant les officiers et sous-officiers, un
-effectif de deux cent quatre-vingt-sept hommes. Cette garde tait
-fournie chaque jour au Temple tour tour par les huit divisions de la
-garde nationale parisienne. Aprs la mort du Roi, cet effectif fut
-rduit deux cent huit hommes, y compris quatorze canonniers.
-
-On entrait au jardin par l'intrieur du chteau: ce fut pour obvier
-cet inconvnient que, d'aprs l'ombrageuse inspiration de la Commune
-et sous sa surveillance svre, le patriote Palloy (on ne le nommait
-jamais sans cette qualification) leva plus tard, au milieu de
-l'espace qui sparait le chteau de la tour, un gros mur qui forma
-ainsi une nouvelle cour entre le chteau et le jardin.
-
-Ce nouveau mur avait deux portes, l'une charretire, ferme par une
-forte cloison de chne, garnie de barres de fer et de verrous, et que
-l'on ne pouvait ouvrir sans le concours de deux guichetiers,
-possesseurs chacun d'une clef diffrente.
-
-La seconde porte, gauche et tout ct de la premire, consistait
-en un guichet troit; deux clefs taient galement ncessaires pour
-en oprer l'ouverture; ces clefs taient aux mains de deux hommes
-dont les loges taient situes ct de ces deux portes, l'une en
-dedans, l'autre en dehors. Un fil de fer et une double sonnette
-ralliaient ces deux cases travers le mur. Les deux guichetiers
-passaient l les jours et les nuits sans interruption aucune, drangs
- toute minute, dpendant l'un de l'autre, et condamns, comme
-Sisyphe, une action continuelle. L'un de ces supplicis s'appelait
-Richard, l'autre Mancel.
-
-Ds qu'on avait franchi ces portes, tous les btiments contigus la
-tour ayant t dmolis, le sombre difice, dpositaire des dbris de
-la royaut, apparaissait dans sa libre tristesse, dgag de toutes
-parts, et renferm, avec quelques bouquets d'arbres, entre quatre
-murailles nues. Son complet isolement lui imprimait encore un
-caractre plus religieux et plus redoutable. A ses angles, quatre
-tourelles rondes lanaient leurs toits aigus, que dominait de sa
-masse imposante le pignon galement aigu du donjon. L'oeil ne
-retrouvait dans leurs girouettes dcoupes jour aucunes traces
-d'armoiries; aucun cartouche de pierre n'indiquait non plus, au-dessus
-de la porte d'entre, la fodalit des ges de foi: le passage des
-templiers n'y tait pas inscrit; les cussons des grands matres
-n'talaient point leurs maux sur un portail guilloch. Tout le
-monument tait grave et empreint de la physionomie des temps
-guerriers, mais n'ayant rien d'pique ni de romanesque dans son
-architecture simple et svre, dpouille de ces belles fantaisies, de
-ces images capricieuses que le moyen ge taillait dans la pierre.
-
-Depuis que, veuf de ses nobles htes, veuf aussi de son arsenal et de
-ses trophes, il avait, silencieux, servi d'asile de poudreuses
-archives, une sombre mlancolie planait sur lui et semblait annoncer
-qu'il devait un jour servir de prison. On sentait, en effet, en le
-regardant, qu'absente l'extrieur, la gaiet ne pouvait habiter le
-dedans, et que la main de l'adversit devait seule pousser des
-habitants dans une telle demeure. Thtre parfaitement appropri la
-terrible tragdie qui allait s'y accomplir, l'architecte, en le
-faisant si lugubre, semblait l'avoir prdestin l'usage qu'il venait
-de recevoir.
-
-Voici l'tat nominatif de toutes les personnes employes la bouche
-et la sret de la maison du Temple pendant les premiers temps de la
-captivit de la famille royale. Nous mettons en regard le traitement
-qui leur tait allou.
-
- Gagni[216], chef de cuisine 4,000 fr. par an.
- Remy, chef d'office 3,000 --
- Maon, second chef d'office 2,400 --
- Nivet, ptissier 2,100 --
- Meunier, rtisseur[217] 2,400 --
- Mauduit, argentier, homme du garde-manger 2,400 --
- Penaut, garon de cuisine 1,500 --
- Marchand[218], garon servant 1,500 --
- Turgy[219], id. 1,500 --
- Chrtien[220], id. 1,500 --
- Guillot, garon d'office 1,200 --
- Adrien, laveur 1,200 --
- Fontaine, garon pour le service de la bouche 600 --
- Tison, au service de Marie-Antoinette, d'lisabeth,
- et de la fille d'Antoinette 6,000 --
- La femme dudit Tison (Anne-Victoire Baudet) 3,000 --
- Mathey, concierge de la Tour 6,000 --
- Rocher, guichetier 6,000 --
- Risbey, id. 6,000 --
- Richard-Fontaine[221], gardien du guichet entre le
- Chteau et la tour 3,000 --
- Mancel[222], d'abord balayeur, depuis collgue de
- Richard-Fontaine, aux gages de 1,000 --
- Le Baron[223], concierge et gardien des scells 2,000 --
- Le Baron, porte-clef 1,200 --
- Jrme[224], id. 1,200 --
- Gourlet[225], id. et garon du conseil 1,200 --
- Angot[226], scieur de bois 1,000 --
- Vincent-Petit Ruffon, scieur et porteur de bois 1,200 --
- Herse, id. 1,000 --
- Jean Quenel, commissionnaire 1,000 --
- Danjout, perruquier 600 --
- Roekenstroh[227], surveillante de la lingerie 1,000 --
- Roekenstroh, commis de l'conome (g de 15 ans
- et demi) 1,000 --
- Darque, portier la grande porte 1,500 --
- Picquet[228], portier des curies 600 --
-
-[Note 216: Ci-devant employ la bouche du Roi, aux Tuileries.]
-
-[Note 217: Ci-devant employ la bouche du Roi, aux Tuileries.]
-
-[Note 218: Ci-devant servant aux Tuileries.]
-
-[Note 219: _Id._]
-
-[Note 220: _Id._]
-
-[Note 221: Ci-devant terrassier.]
-
-[Note 222: Ci-devant balayeur la maison d'Artois. Vieil invalide
-auquel le comte d'Artois avait donn cette retraite.]
-
-[Note 223: Ci-devant frotteur la maison d'Artois (dont il portait la
-livre ainsi que Mancel).]
-
-[Note 224: Ci-devant tourneur.]
-
-[Note 225: Ci-devant employ au service du citoyen Jubaud.]
-
-[Note 226: Ci-devant gardien d'argenterie la maison d'Artois.]
-
-[Note 227: Ci-devant employe en cette qualit la maison d'Artois.]
-
-[Note 228: Ci-devant employ en cette qualit la maison d'Artois.]
-
-Ce nombreux personnel fut successivement modifi et diminu; les
-traitements, qui tous taient imputs sur le fonds de 500,000 francs
-dcrt le 12 aot 1792 pour la dpense du Roi et de sa famille,
-furent rduits; les abus qui s'taient glisss dans une premire
-organisation furent redresss par l'autorit; plusieurs employs
-furent destitus, d'autres remplacs. C'est ainsi que ds le 12
-dcembre 1792 Rocher et Risbey furent renvoys; que Guillot, Adrien et
-Fontaine furent remplacs par Caron, Lermuzeaux et Vandebourg; que
-plus tard, le 13 octobre 1793, Turgy, Chrtien et Marchand furent
-congdis; que Coru, l'conome qui avait pris la place de Jubaud, fut
-contraint de la donner Lelivre; et que celui-ci, compromis par des
-dnonciations, la perdit un instant, la reprit, et finit par la cder
- Linard. C'est sous ce dernier, en fructidor an II, que les grandes
-rformes furent opres. Linard en donna lui-mme l'exemple, en
-proposant de restreindre son propre traitement 3,000 francs. Gagni
-fut remerci et remplac par Meunier.
-
-Un document indique aussi que Monnier, porte-clefs en chef de la tour
-(qui ne fut, ce qu'il semble, employ que peu de temps en cette
-qualit, car son nom ne figure mme pas sur les contrles), avait t,
-sur la proposition de l'conome Lelivre, remplac par Gourlet le 1er
-ventse an II.
-
- * * * * *
-
-IV.
-
-[Orthographe conserve.[229]]
-
-[Note 229: Nous avons cru devoir conserver ces pices leur orthographe.]
-
-_Mmoire de madame Marie Antoinette,_
-
-Pare Sainte Foy dite Breton couturier.
-
- Du 27 janvier 1793.
-
- Fait un pierrot grand deuille de fleures 24#
- Fournie les rubans 6#
- Fournie les busques et bouton 4 10s.
-
- Le 30. Une robe de mme fleurs grand deuille 24
- Fournie les rubans 6
- Fournie les busque 2 10
- Deux jupon de tafetas dHitaly noire 12
- Fournie les rubans 2
-
- Le 28 mars refaitte un pierrot et le jupon de fleurs 15
- Fournie les rubans 6
- Fournie les busque et bouton 4 10
- Fournie une aune de fleurs pour les manches 9# 9#
-
- Le 3 avrille faitte un pierrot de fleurs grand deuille 24
- Fournie les rubans 6
- Fournie les busque et bouton 4
- Un jupon de tafetas dHitaly noire 6
-
- 23 mai un pierrot de fleurs grand deuille 15
- Fournie deux aune un quare de flers pour ce
- pierrot-- 9# laune fait 20# 5
- Plus une aune et 1 mis de florence pour corsage et
- doublure des manches 6# 10s. f. 9# 15
- Fournie les busque et bouton 4 10
- ------------
- 205# 10
-
-Bon pour cent quarante-neuf livres dix sols.
-
- C. (_Coru._)
-
- * * * * *
-
-_Mmoire des fournitures d'toffe de soye faites pour le service de
-Marie-Antoinette._
-
-Par Le Normand, marchand Paris.
-
-Livr mademoiselle Bertin:
-
- Mars. 6 aunes fleuret noir large 9# 54#
- 2 voile noir a 3 6
-
- 28... Livr madame Chaumet:
- 21 aunes double florence noir 6 10 136 10
-
- Livr madame Le Breton:
- 11 aunes fleuret noir large 10 110
- 5 aunes 1/2 taftat noir premire
- qualit 12. 66
- 2 aunes 1/2 florence noire 6 10 16 5
- -----------
- 388 15
-
- * * * * *
-
-_Memoire de madame lisabeth_,
-
-Pare Sainte Foy dite Breton couturier.
-
- Du 27 janvier 1793...
-
- Une redingotte chemise de florence noire hoitts 30#
- Fournie la hoitte 5
- Fournie du bougrand pour le collet 2 10 s.
- Fournie les rubans et bouton 6
- Fournie les ballene 6 10
- Un pierrot de fleures grand deille 24
- Fournie les rubans et bouton 6
- Fournie les ballene 6 10
-
- Le 29 dshoitts la robe de florence noire 15
-
- Faitte deux jupon de tafetas dHithaly noire 12
- Fournie les rubans 2
-
- Le 4 avrille refaite un pierrot et remis des
- manches neuf 15
-
- Fournie une aune de flers pour manche 9#, f. 9
- Plus une aune de florence pour doublure 6# 10 s. 6 10
- Fournie les rubans pour le jupon et pierrot 6
- Fournie les ballene 6 10
-
- Le 13 une redingotte chemise de florence noire 30
-
- Fournie du bougrand pour le collet 2 10
- Fournie les rubans 6
- Fournie les ballene 6 10
- Fournie les bouton 1 4
-
- Total 204# 14
-
-Bon pour cent quarante livres dix sols.
-
- C.
-
- * * * * *
-
-_Barbier et Ttard, marchands de toutes sortes d'toffes de soies d'or
-et d'argent, la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
-cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris._
-
-Du 26 mars 1793.
-
-Fourni la fille d'Antoinette:
-
- 1 aune 1/2 fleuret noir 11# 6# 10s.
- 1 -- 1/2 florence noir 6 10 19 15
- 5 avril, 1 aune fleuret noir. 11
- -- 1/2 florence noir. 6 10 3 5
- 23. 2 -- florence noir. 6 10 13
- ----------
- Total. 63 10s.
-
-Certifi vritable et conforme mon livret le prsent mmoire montant
- soixante et trois livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.
-
- BARBIER ET Cie.
-
- * * * * *
-
-_Barbier et Ttard, marchands de toutes sortes d'toffes de soie d'or
-et d'argent, la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
-cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris._
-
-Du 4 avril 1793.
-
-Fourni lisabeth Capet:
-
- 22 aunes florence noir. 6 10s. 143#
- 10 -- fleuret noir. 11 110
- 6 aunes 1/2 taffetas noir. 11 71 10
- ------------
- Total. 324# 10
-
-Certifi vritable et conforme mon livret le prsent mmoire montant
- trois cent vingt-quatre livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.
-
- BARBIER ET Cie.
-
-(_Archives de l'Empire_, carton E, n 6,207.)
-
- * * * * *
-
-V.
-
-_Mmoire des mdicaments fournis au Temple pendant le mois de may,
-pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le citoyen Robert
-apothicaire authoris par la commune et par les ordonnances du citoyen
-docteur Thiery._
-
-Pour Marie Antoinette:
-
- 1793. Mai 1er. Un bouillon medicinale fait au bain
- marie compos de veau, poulet, et plantes diverses. 5#
-
- 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. Chaque jours le mme
- bouillon ritr 45#
-
- Plus une bote de gomme pectorale 3
-
- 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours
- le bouillon cy dessus ritr 50
-
-Pour le fils de Marie Antoinette:
-
- Mai 12. Douze onces de miel de Narbonne 3 12
-
- 13. Deux bouteilles de petit lait clarifi 2
-
- 14. Deux bouteilles idem. 2
-
- 15. 16. Bouteilles idem. 4
-
- 17. Une mdecine compose de follicules manne
- choisis, coriandre, et sel de Glauber 3
-
- La mme mdecine de prcaution 3
-
- Une bouteille de petit lait 1
-
- Quatre onces de bayes de genievre 1 4
-
- 18. Une bouteille de petit lait 1
-
- Une livre de miel de Narbonne 4 16
- ----------
- Suite et montant de l'autre part 128# 12s.
-
-Pour le fils de Marie Antoinette:
-
- May 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. Chaque
- jours une bouteille de petit lait 10
-
- 29. La mdecine du 17 ritre 3
-
- Idem la mme mdecine de prcaution 3
-
- 30. 31. Le petit lait ritr 2
-
- Un cornet de baye de genievre 1 4
-
- Une boette de parfums 2
-
-Pour Marie Thrse Charlotte, fille de Marie Antoinette:
-
- Mai 1er. Un bouillon mdicinal fait au bain marie,
- compos avec sucs de plantes, sel de Glauber,
- etc. 4
-
- 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Chaque jours le mme
- bouillon ritr 40
-
- 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. Chaque jours
- le bouillon idem. 40
-
- 22. 23. 24. 25. Le bouillon ritr 16
-
- Plus douze onces d'eau de roses 3
-
- 26. 27. 28. 29. 30. 31. Chaque jours le bouillon id. 24
-
- Pour lisabeth soeure de Marie Antoinette:
-
- May 25. Quatre grands rouleaux de sparadrap de
- diapalme 20
- -------
- 296# 16s.
-
- * * * * *
-
-_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le courant du mois
-de juin, pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le
-citoyen Robert apothicaire authoris par la commune et par ordonnance
-du citoyen docteur Thiery._
-
-Pour le fils de Marie Antoinette:
-
- 1793. Juin 1er. Une bouteille de petit lait clarifi 1
-
- 2. 3. 4. 5. Chaque jours le petit lait ritr 4
-
- Plus fournis un thermometre pour les bains 4
-
- 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jouis une bouteille de
- petit lait 7
-
- 13. Un bouillon mdicinal fait au bain marie, compos
- avec cuisses et reins de grenouilles, avec addition
- de sucs de plantes, et terre follie minrale 5
-
- 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon
- ritr 35
-
- 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. Chaque jours le
- bouillon idem. 50
-
-Pour Marie Thrse Charlotte, fille de Marie Antoinette.
-
- Juin 1er. Un bouillon mdicinal fait au bain marie
- (compos avec sucs de plantes, sel de Glauber,
- etc.) 4
-
- 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Chaque jours le bouillon ritr. 28
-
- Plus douze onces d'eau de roses. 3
-
- 9. 10. 11. 12. 13. Chaque jours le bouillon. 20
-
- 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon
- ritr 28
- ------
- 189#
-
- * * * * *
-
-_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le mois de juillet
-pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure par le citoyen Robert
-apothicaire, authoris par la commune et par ordonnances du citoyen
-docteur Thiery._
-
-Pour Marie Antoinette, sa fille et lisabethe:
-
- 1793, l'an IIe de la Rpublique.
-
- Juillet 12. Une chopine d'eau de fleurs d'oranges
- double distille au bain marie 12
-
- Trois flacons de sel volatil de vinaigre camphr 18
-
- Un cornet de genievre " 12
-
-Pour le fils de Marie Antoinette:
-
- Juillet 1. Un bouillon medicinal fait au bain marie
- avec veau, cuisses et reins de grenouilles, suc de
- plantes et terre follie 5
-
- 2. Le bouillon ritr 5
-
- Douze onces de miel de Narbonne 4 16
-
- 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jours le
- bouillon ci-dessus ritr 50
-
- 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. Chaque jours
- le bouillon idem. 50
-
- 23. 24. 25. Le bouillon idem. 15
-
- 26. Un lavement compos avec coralline de Corse,
- suc de citron et huile d'olive 1 10
-
- Plus fournis une seringue, avec son canon d'yvoir 14
-
- 27. Un lavement 1 10
-
- 28. Le lavement idem. 1 10
-
- Plus 4 onces de sirop vermifuge 1 4
-
- 29. 30. 31. Chaque jours le lavement 4 10
-
- Plus 4 onces de sirop vermifuge 1 4
-
-Pour la citoyene Tison:
-
- Juillet 4. Une potion calmante 2
-
- 5. La potion idem. 2
-
- Plus deux pintes de petit lait avec le sirop de
- violettes 4
-
- 6. Un rouleau d'orgeat 2 10
-
- Deux pintes de petit lait ritr 4
-
- La potion double ritre 4
-
- 7. Une pinte de petit lait 2
-
- La potion double ritre 4
-
- 8 et 9. Chaque jours le petit lait 4
-
- Plus deux potions 4
- --------
- 218# 6s.
-
-(_Archives de l'Empire_, srie E, n 6207.)
-
- * * * * *
-
-VI.
-
-DTAILS DE LA CONDUITE DU CITOYEN LOMNIE
-
- Depuis le 1er mai 1789 jusqu' ce jour.
-
-Au 1er mai 1789 j'tais Paris, o je remplissais tous les devoirs
-d'un bon citoyen; j'en suis parti le 18 juin de cette anne pour
-Brienne; je n'ai cess d'y annoncer mes concitoyens une rvolution
-qui devait les rtablir dans leurs droits et faire un jour leur
-bonheur. Je n'ai cess de prendre tous les vnements publics la
-part que tout bon patriote devait prendre; j'ai envoy la plus grande
-partie de ma vaisselle, j'ai pay mes dons patriotiques; enfin
-l'tablissement des assembles primaires et des municipalits ayant
-t dcrt, mes concitoyens me connaissant, me rendant justice depuis
-longtemps, me proposrent d'tre maire; je l'acceptai avec
-reconnaissance, en leur disant en mme temps que s'ils avaient plus de
-confiance en quelque autre, je les priais de le choisir; que je me
-verrais avec le mme plaisir un de leurs concitoyens sans charge, et
-que je n'acceptais celle qu'ils me proposaient que par l'espoir de
-pouvoir leur tre utile et leur donner des preuves de mon attachement.
-Je fus lu maire l'unanimit; je fus galement lecteur, et depuis
-ce moment jusqu' ce jour je n'ai cess d'tre maire et de recevoir
-chaque jour des marques de la confiance de mes concitoyens. Je ne suis
-pas sorti de Brienne jusqu'au mois de dcembre 1791, que pour aller
-passer de temps en temps trois ou quatre jours Sens et trois fois en
-1790, et deux autres en 1791, pour aller passer Paris trois ou
-quatre jours chaque fois, en 1790. J'y ai pass un mois au mois de
-janvier. Au mois de dcembre 1791 j'ai t Paris et j'y suis rest
-jusqu'au mois de mai 1792, que je suis revenu Brienne. Au mois de
-novembre prcdent, lors du renouvellement des municipalits, je
-reprsentai ma commune que devant aller Paris o j'avais affaire,
-si elle pensait que mon voyage ft incompatible avec les fonctions de
-ma place de maire, je la priais de ne pas m'y rlire. Elle s'y refusa
-constamment, me rlut de nouveau, et pendant mon sjour Paris j'ai
-fait deux ou trois petits voyages Brienne pour venir remplir
-quelquefois les fonctions de ma place. Depuis le mois de mai 1792
-jusqu' ce jour je ne suis pas sorti de Brienne que pour aller
-quelquefois Sens, voir trois fois ou quatre fois mon malheureux
-frre, qui vient de mourir victime des mauvais traitements que lui ont
-fait prouver des hommes qui n'en mritent pas le nom; j'ai fait tous
-les dons patriotiques demands, et bien au del. Lors de l'invasion de
-l'ennemi jusqu' Chlons, quinze lieues de Brienne, je n'ai cess
-d'exciter tous mes concitoyens voler au secours de la patrie. Leur
-bonne volont ayant t arrte par les ordres venus de n'envoyer que
-des hommes arms, j'ai engag mes dpens plusieurs citoyens, j'ai
-contribu leur quipement, armement, et j'ai tabli une
-correspondance avec nos armes pour avoir des nouvelles; mes chevaux
-ont t employs cet usage et au service de la gendarmerie nationale
-et des patrouilles continuelles pour surveiller les malveillants;
-ils l'ont t au transport des vivres et des fourrages. Je n'ai cess
-d'exercer jour et nuit mes fonctions avec zle et activit, et mes
-concitoyens me rendront sur cet objet la justice qui m'est due.
-
-Depuis, je n'ai cess d'exciter le zle de mes concitoyens pour entrer
-au service de la patrie, j'en ai engag prs de vingt mes dpens, et
-donn des gratifications aux autres; tous mes chevaux n'ont pas cess
-de faire tous les envois utiles la patrie; lorsque l'on a plant
-l'arbre de la libert, j'ai parl mes concitoyens comme un bon
-patriote doit parler, et tous l'attesteront; j'ai tabli mes frais
-l'autel de la patrie. J'ai contribu toutes les ftes civiques et en
-ai presque toujours fait les frais. Je suis honteux de parler de ces
-misres, personne n'est plus persuad que moi que c'est aux riches
-faire ces dpenses, qu'ils sont trop heureux d'tre en tat de les
-faire, et que les gostes qui s'y refusent sont des hommes
-mprisables; mais on veut un compte de ma conduite, et je le rends.
-
-L'arme de Mayence a pass Brienne au mois d'aot 1793, j'ai t
-averti de son passage la veille de celui de la premire colonne, et
-l'on m'a annonc que suivant toutes les apparences il faudrait fournir
-du pain; second par le zle de mes concitoyens, auxquels je ne puis
-donner trop d'loges, j'ai prpar dans la nuit mme six mille rations
-de pain, j'en ai fourni l'arme plus de quinze mille et un prix
-trs-infrieur celui que payait la nation partout ailleurs; sachant
-la pnurie o tait la ville de Troyes pour fournir cette arme, j'ai
-envoy dix-huit cents rations de pain; la viande, le vin, le logement,
-tout a t fourni abondamment et de manire que les citoyens composant
-cette arme, en passant dans des villes bien plus considrables que
-Brienne, criaient: Vive la commune de Brienne! J'ai pass quatre jours
-et presque quatre.....[230] [Ici s'arrte ce fragment.]
-
-[Note 230: Note conserve au dossier de Madame lisabeth, Archives de
-l'Empire, W. 363; pice n 24:
-
-Jugement du 21 floral.
-
-Acte d'accusation contre Lomnie et autres.
-
-Il y avait au procs une foule de dlibrations de communes qui
-attestaient le civisme de Lomnie de Brienne, ex-ministre, et
-cependant Fouquier, qui ne pouvait pas ignorer toutes ces
-attestations, lui en fait un crime dans son acte d'accusation.
-
-_Le jugement a t sign en blanc rempli depuis; un grand blanc est
-ray, il est sign_ DELIGE, DUMAS, MAIRE.
-
-Dans la mme affaire, la femme Maigret de Srilly s'tant dclare
-enceinte, il a t sursis son excution. Quoiqu'elle ait t
-postrieurement largie par ordre du comit de sret gnrale, elle
-est nanmoins inscrite au nombre des morts sur les registres de la
-Commune.
-
- * * * * *
-
-Madame Maigret de Srilly, on le voit, ne monta point sur l'chafaud.
-Cependant son nom est inscrit sur les registres de l'tat civil comme
-ayant pri avec Madame lisabeth. Au procs de Fouquier-Tinville, le
-17 floral an III (6 mai 1795), elle se prsenta l'audience, tenant
-en main son extrait mortuaire, qui lui avait t dlivr par la
-municipalit de Paris.
-
-Grandpr fit la dposition suivante dans le procs de
-Fouquier-Tinville:
-
-Je me rappelle que le tour d'un des Lomnie venu, il dit au tribunal:
-Vous m'accusez d'migration; je n'ai pas eu le pouvoir de produire
-mes moyens de dfense un dfenseur officieux; mais je n'en ai pas
-besoin, j'ai dans ma poche tous mes certificats de rsidence qui
-constatent ma prsence en France depuis le commencement de la
-Rvolution jusqu'au moment de mon incarcration. Ils sont signs, aux
-termes de la loi, de neuf tmoins, et ils sont sans interruption.
-Comme je ne suis prvenu que du fait d'migration, ma dfense consiste
-dans la reprsentation de ces certificats, et je demande au tribunal
-de vouloir bien les faire mettre sous les yeux des jurs. Ces
-certificats ont t effectivement remis sur-le-champ aux jurs, qui
-les emportrent, sans les lire, dans la chambre des dlibrations, et
-revinrent une demi-heure aprs, bien convaincus des crimes de tous les
-accuss. Lomnie fut condamn comme tous les autres en qualit
-d'migr. B.]
-
- * * * * *
-
-VII.
-
-EXTRAIT DU REGISTRE DES DPTS
-
-AU GREFFE DU TRIBUNAL RVOLUTIONNAIRE.
-
-[Orthographe conserve.]
-
- Du 22 floral.
-
-_Femme Crussolle Damboise._
-
-Est comparu le citoyen Richard, lequel a dpos:
-
- Une tabatire d'agathe, fond vert, cercles d'or, octogone;
- Une tabatire de cristal avec un cercle et gorge d'or;
- Un petit coeur de verre garni en or, dans lequel un petit crucifix;
- Un tui dez en or avec un dez d'or;
- Un tui de nacre gorge d'or dans sa bote de chagrin;
- Un tire-bouchon queue d'or ou de vermeil;
- Un chapelet avec mdailles d'argent;
- Un cachet d'argent;
- Et soixante-dix-huit livres en cus qu'il a dclar appartenir
- la femme Crussolle Damboise, condamne mort.
-
-
-_Buart._
-
- Plus une paire de boucles d'oreilles d'or;
- Un anneau d'or;
- Une pingle chignon d'argent;
-
-Qu'il a dclar appartenir Buard, aussi condamn mort.
-
-
-_Inconnu._
-
- Plus un couteau garni en or;
- Une paire de ciseaux garni en or avec tui de galuchat;
- Deux couteaux manches garnis en or, dont un lame d'or;
-
-Qu'il a dclar appartenir un des condamns mort avec lisabeth
-Capet, dont il ignore le nom.
-
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-_Femmes d'lisabeth._
-
- Plus deux couverts;
- Un couteau lame d'argent;
- Une cuillre caff d'argent;
-
-Qu'il a dclar appartenir des femmes condamnes mort avec la
-femme lisabeth Capet.
-
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-_Dubois._
-
- Plus vingt-cinq livres qu'il a dclar appartenir Dubois, aussi
- condamn mort.
-
-
-_Inconnu excut le_ 21.
-
- Plus une montre d'argent, du nom de Lecomte, n 557, qu'il a
- dclar appartenir un particulier excut avec lisabeth
- Capet, dont il ignore le nom.
-
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-_Femme Crussolle._
-
- Plus un peignoir;
- Une petite boite de sapin;
- Une chemise;
- Sept mouchoirs blancs;
- Trois mouchoirs de mousseline;
- Un fichu de linon;
- Une paire de bas de soie blancs;
- Une paire de poches;
- Trois serviettes, un torchon, un bandeau, un sac-ouvrage de toile;
-
-Qu'il a dclar appartenir la femme Crussolle, aussi condamne
- mort;
-
-Dcharg le 25 floral.
-
-
-_Femme Rosset-Crcy._
-
- Plus une petite boite;
- Un peignoir;
- Dix fichus de mousseline ou linon;
- Un bonnet mont;
- Un tabellier;
- Une taie d'oreiller;
- Une mantille noire;
- Sept paires de manchettes;
- Et un paquet de chiffons qu'il a dclar appartenir la femme
- Rosset-Crcy.
- Dcharg le 25 floral.
-
-
-_Aux six femmes complices d'lisabeth._
-
- Plus un drap;
- Neuf chemises de femme;
- Quatre chemises d'homme;
- Douze camisoles et corsets;
- Sept jupons;
- Quatre gilets blancs et de couleur;
- Une petite redingotte de toile de couleur raye;
- Une autre de drap marron;
- Une autre de drap mlang verdtre;
- Un jupon de soie vert;
- Un jupon et son casaquin de toile de coton ray;
- Une robe de toile de coton ray;
- Un autre jupon aussi ray;
- Trois tabliers de diffrentes couleurs;
- Cinquante serviettes;
- Trente-cinq mouchoirs blancs;
- Trente petits fichus simples et autres;
- Deux peignoirs;
- Une paire de poches;
- Cinq mantilles blanches;
- Huit bonnets ronds de nuit;
- Sept paires de bas;
- Un paquet de chiffons;
- Un bonnet de coton;
-
-Qu'il a dclar appartenir six femmes condamnes mort avec
-lisabeth Capet, et dont il ne se souvient pas du nom.
-
-Dcharg le 25 floral.
-
-
-_Soeur de Capet._
-
- Plus deux anneaux d'or;
- Un tui de chagrin vert, contenant deux flacons bouchons d'or,
- dont l'un est cass, avec charnire et bouton d'or;
- Une montre boite d'or rptition, portant sur le mouvement
- le n 127, avec une chane d'or casse, garnie d'un cachet
- d'or trois compartiments, dont le premier est grav des
- armes de France du tems des tirans;
- Trois cachets en acier;
- Deux clefs de montre;
- Et deux clefs de portefeuille aussi en acier;
- Une bague en or en forme de navette, sur laquelle est incrust
- des cheveux et des lettres en perles fines, le cristal cass;
- Un portefeuille de maroquin rouge;
-
-Qu'il a dclar appartenir ladite lisabeth Capet, condamne
-mort;
-
-Dcharg le 6 pluvise.
-
-Et a sign avec moi, greffier soussign.
-
- WOLFF RICHARD.
-
-
-Du mme jour.
-
-Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'excuteur des jugemens
-criminels, lequel a dpos:
-
-_lisabeth Capet._
-
- Un mdaillon en verre cercles d'or renfermant un crucifix de
- mme mtal;
- Un cachet d'or en trois parties reprsentant l'un les armes de
- France et de Navarre de l'ancien rgime, l'autre une colombe,
- et le dernier une tte d'homme;
- Une chane de col en or, laquelle est attache un coeur renfermant
- des cheveux et une petite croix d'or;
- Une mdaille d'argent reprsentant une immacule conception
- de la ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille;
-
-Qu'il dclare appartenir lisabeth Capet, condamne mort, et
-qu'il a trouv sur elle en la conduisant au supplice.
-
-Et a sign avec moi, greffier soussign.
-
-DESMOREST. WOLFF.
-
- * * * * *
-
-VIII.
-
-ACTE DE DCS DE MARIE.
-
-Anno millesimo octingentesimo trigesimo quinto, die vero quinta
-januarii, mortua est Maria Francisca, filia Francisci Josephi Magnin,
-ex Marsens, et Claudi nat Bosson, ex loco Riaz, uxor vero Jacobi
-Bosson ex Bellegarde, Bulli habitans, et die septima ejusdem a me
-infra scripto parocho in coemeteria ecclesi parochialis Sancti Petri
-ad Vincula urbis Bulli sepulta est.
-
- Quod conforme sit originali testor:
-
- J. J. CRAUSAZ, parochus.
-
- Bulli, die 8{v} 7{bris} 1861.
-
-Marie-Franoise, fille de Franois-Joseph Magnin, de Marsens, et de
-Claudie Bosson, du lieu de Riaz, femme de Jacques Bosson, de
-Bellegarde, demeurant Bulle, y est morte le 5 janvier 1835, et a t
-enterre le 7 du mme mois dans le cimetire de l'glise paroissiale
-de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle. B.
-
- * * * * *
-
-IX.
-
-ACTE DE DCS DE JACQUES.
-
-38. Anno millesimo octingentesimo trigesimo sexto, die vero secunda
-septembris, obiit Jacobus, filius defuncti Jacobi Boschong vel Bosson
-ex Bellegarde [_verbum radiatum_, conju], viduus vero Mari-Francisc
-nat Magnin, ex Marsens, defuncto die quinta januarii anno millesimo
-octingentesimo trigesimo quinto, Bulli habitans, et die quarta ejusdem
-mensis a me infra scripto parocho in coemeterio ecclesi parochialis
-Sancti Petri ad Vincula urbis Bulli sepultus est.
-
- Quod conforme sit originali testor.
-
- J. J. CRAUSAZ, parochus.
-
- Bulli. die 8{v} 7{bris} 1861.
-
-L'an 1836, le 2 septembre, mourut Jacques, fils de feu Jacques
-Boschong ou Bosson, de Bellegarde, veuf de Marie-Franoise, ne
-Magnin, de Marsens, dcde le 5 janvier 1835, demeurant Bulle, et
-le quatrime jour du mme mois a t enterr dans le cimetire de
-l'glise paroissiale de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle.
-B.
-
- * * * * *
-
-X.
-
-MAISON DE MADAME LISABETH.
-
-I.
-
-AU NOM DU PEUPLE FRANAIS.
-
-LIBERT, GALIT.
-
-Charles DELACROIX, reprsentant du peuple, en mission dans le
-dpartement de Seine-et-Oise;
-
-Vu la loi du 7 messidor dernier, portant, art. 5, qu'il sera form
-sans dlai Versailles un tablissement d'horlogerie automatique;
-que les citoyens Lemaire et Glaesner y jouiront pendant quinze annes
-gratuitement d'une maison nationale qui sera dtermine par le comit
-d'agriculture et des arts et des finances runis, sur le rapport de la
-commission des arts;
-
-Que cette manufacture prendra chaque anne cent lves dont le rgime
-sera le mme que pour ceux de Besanon; copie certifie de l'arrt du
-comit de salut public, en date du 12 fructidor dernier; la lettre du
-comit d'agriculture et des arts, en date du 22 du courant, par
-laquelle il m'engage, pendant mon sjour Versailles, donner tous
-mes soins l'tablissement de ladite manufacture. Instruit qu'il
-avoit t pris un arrt du comit des finances portant que ladite
-manufacture seroit tablie dans la maison nationale du garde-meuble;
-mais que diffrents obstacles se sont opposs l'excution de ce
-projet, ainsi que de ceux qui y avoient substitu le ci-devant couvent
-des Ursulines ou celui des Rcollets; qu'il est urgent de destiner
-cet tablissement une maison convenable et qui ne soit occupe par
-aucun tablissement public:
-
-Aprs avoir visit avec lesdits citoyens Lemaire et Glaesner et le
-citoyen Grenus, agent de la commission d'agriculture et des arts, la
-maison d'lisabeth, situe avenue de Paris, et m'tre convaincu
-qu'elle prsente des emplacements convenables et suffisants pour
-l'tablissement des ateliers et le logement des ouvriers, n'exigera
-que des rparations peu considrables, telles que rtablissement de
-quelques cloisons, portes et chemines, enleves ou dtruites pour
-l'tablissement d'un hpital qui y avoit t form; j'arrte ce qui
-suit:
-
-ARTICLE 1er. La maison dite d'lisabeth, l'orangerie et la vacherie
-qui en dpendent, les cours et terrains situs entre lesdits btiments
-sont affects la manufacture d'horlogerie automatique tablie
-Versailles.
-
-ART. 2. Lesdits terrains seront borns au levant par un mur qui sera
-construit dans la direction de celui qui ferme le petit jardin de la
-vacherie, au levant, et prolong jusqu'au mur de clture du ct de
-l'avenue de Paris.
-
-ART. 3. Les terrains au levant dudit mur resteront la disposition de
-l'administration du district pour tre alins. Elle sera tenue
-d'imposer l'adjudicataire la clause expresse de construire ledit mur
- ses frais dans six mois, pour tout dlai, compter de
-l'adjudication.
-
-ART. 4. Les citoyens Lemaire et Glaesner seront remis sans dlai en
-possession desdits btiments et terrains ci-dessus dsigns.
-
-ART. 5. Le citoyen Loiseleur, inspecteur des btiments nationaux
-Versailles, est requis de faire le dtail et devis estimatif des
-cloisons, chemines et portes rtablir dans lesdits btiments, et
-des menues rparations y faire.
-
-ART. 6. Lesdits ouvrages, attendu l'urgence, seront faits par conomie
-sous l'inspection et surveillance immdiate dudit citoyen Loiseleur,
-qui rendra compte de l'excution l'administration dudit dpartement
-et la commission d'agriculture et des arts.
-
-ART. 7. Les dpenses qu'exigeront ledit ouvrage seront acquittes par
-le receveur du district de Versailles et imputes sur les fonds mis
-la disposition de ladite commission.
-
-ART. 8. Le citoyen Loiseleur est autoris tirer des magasins des
-btiments nationaux les matriaux qui peuvent s'y trouver propres la
-confection desdits travaux. Il l'est galement se faire dlivrer,
-des exploitations qui se font dans le territoire de Versailles, les
-bois de charpente, madriers et planches qui ne se trouveraient pas
-dans les magasins des btiments nationaux, et qui seront ncessaires
-tant pour lesdits travaux que pour l'tablissement des ateliers.
-
-ART. 9. Il sera libre auxdits citoyens de dfricher les bouquets de
-bois existants dans le local ci-dessus dsign, et de les cultiver
-ainsi qu'ils jugeront propos.
-
-ART. 10. Il sera dress un tat des lieux aussitt aprs la confection
-des rparations et rtablissements ci-dessus dsigns, lequel sera
-souscrit par lesdits citoyens Lemaire et Glaesner, avec l'obligation
-de les remettre en bon tat, au terme prescrit par le dcret ci-dessus
-cit pour leur jouissance. Ce terme court compter du 1er brumaire
-prochain.
-
-ART. 11. Le procureur gnral syndic du dpartement, et par suite le
-commissaire national prs ladite administration, est charg de
-surveiller l'excution du prsent arrt, qui sera de suite communiqu
-aux comits de salut public, des finances et d'agriculture et arts
-runis. A Versailles, le 29 brumaire de l'an IV de la Rpublique
-franoise.
-
- _Sign:_ CH. DELACROIX. Pour copie conforme: CH. DELACROIX.
-
- Pour copie conforme: FRANOIS DE NEUFCHATEAU.
-
- * * * * *
-
-II.
-
-_Extrait des registres des dlibrations des consuls de la
-Rpublique._
-
- Paris, le 17 ventse l'an IX de la Rpublique franaise,
- une et indivisible (8 mars 1801).
-
-Les consuls de la Rpublique, sur le rapport du ministre de
-l'intrieur, le conseil d'tat entendu, arrtent:
-
-ARTICLE 1er. Les manufactures d'horlogerie tablies Versailles, sous
-la direction des citoyens Lemaire et Glasner, et Grenoble, sous
-celle des citoyens Flaissire et compagnie, sont supprimes.
-
-ART. 2. Le ministre de l'intrieur rglera les indemnits qui peuvent
-tre dues, soit aux entrepreneurs de ces horlogeries, en supposant
-qu'ils aient rempli leurs engagements, soit aux autres artistes venus
-de l'tranger pour partager leurs travaux, la charge par les
-entrepreneurs de rendre compte de l'emploi des fonds qui ont t mis
-leur disposition. Les fonds ncessaires au payement des indemnits
-seront pris sur ceux accords annuellement pour l'encouragement des
-arts.
-
-ART. 3. La rgie des domaines nationaux fera faire sur-le-champ
-l'inventaire du mobilier appartenant la nation, dpendant desdites
-manufactures, et elle en prendra possession. Les maisons nationales
-occupes par ces tablissements seront rendues la disposition de la
-rgie dans le dlai de trois mois.
-
-ART. 4. Les ministres de l'intrieur et des finances sont chargs de
-l'excution du prsent arrt.
-
- Le Premier Consul, _sign:_ BONAPARTE.
-
- Par le Premier Consul, _le secrtaire d'tat_,
-
- _Sign:_ H. B. MARET.
-
- Pour ampliation,
-
- _Le ministre de l'intrieur_, CHAPTAL.
-
- * * * * *
-
-III.
-
- Paris, le 9 fructidor an VIII de la Rpublique une et indivisible
- (27 aot 1800).
-
-_Le conseiller d'tat ayant le dpartement des domaines nationaux au
-prfet du dpartement de Seine-et-Oise._
-
-Vous savez, citoyen prfet, qu'un arrt des consuls du 17 ventse
-dernier a supprim la manufacture d'horlogerie tablie Versailles,
-et ordonn que la maison dite lisabeth, qui toit affecte cet
-tablissement, seroit mise la disposition de la rgie du domaine
-national et de l'enregistrement dans le dlai de trois mois.
-
-L'architecte du palais national de Versailles ayant prvenu le
-ministre de l'intrieur que cette maison toit tellement endommage
-qu'il faudroit employer une somme de vingt-cinq mille francs pour la
-rparer, ce ministre, citoyen prfet, vous a demand votre avis, et
-vous avez pens, ainsi que le mme ministre l'a marqu celui des
-finances, le 3 floral dernier, qu'il seroit plus avantageux de vendre
-cette maison, dans l'tat o elle se trouve, que de la rparer.
-
-De son ct, la rgie des domaines a adress au ministre des finances,
-le 18 du mois dernier, un devis dress le 9 par l'architecte des
-btiments nationaux. Il en rsulte que les frais de rparations
-indispensables s'lveroient 10,157 fr. 82 c., dont 4,018 fr. 61 c.
- la charge des occupants, mais que la totalit de la dpense
-tomberoit vraisemblablement au compte de la Rpublique, attendu que
-les occupants jouissoient, soit comme attachs la manufacture
-d'horlogerie, soit en vertu d'une permission du ministre de
-l'intrieur, et que lors de leur entre en jouissance l'tat des lieux
-n'a pas t constat.
-
-La rgie a observ que, vu le grand nombre des btiments inoccups
-Versailles, les locations de la maison lisabeth y seroient difficiles
-et d'un foible produit; qu'en consquence il toit plus avantageux
-d'aliner cette maison.
-
-Tout concourt donc, citoyen prfet, ce que vous preniez des mesures
-pour l'alination de la maison dont il s'agit.
-
- Je vous salue. J. REGNIER.
-
- * * * * *
-
-IV.
-
- VENTE DES DOMAINES NATIONAUX
-
- en excution des lois des 15 et 16 floral an X (5 et 6 mai 1802).
-
- DPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE.--_Commune de Versailles._--3e
- arrondissement.
-
-L'an X de la Rpublique franaise, le vingt-troisime jour du mois de
-messidor midi, il a t procd, devant le prfet du dpartement de
-Seine-et-Oise, en excution des lois des 15 et 16 floral an X, la
-rception des premires enchres pour la vente des biens nationaux
-dsigns dans l'affiche approuve le 8 dudit mois messidor, laquelle a
-t publie et appose dans les lieux prescrits par l'article II du
-titre III du dcret du 14 mai 1790. En consquence, il a t annonc
-que les premires enchres alloient tre reues sur chacun des
-articles de l'affiche, lecture pralablement faite d'icelle et du
-cahier des charges rdig par le directeur de la rgie de
-l'enregistrement, prsent la sance.
-
- ARTICLE II DE L'AFFICHE 71.
-
- _Biens provenant de la ci-devant liste civile._
-
-La maison dite _lisabeth_ et ses dpendances, situes dans la ville
-de Versailles.
-
-Cette proprit est divise en cinq lots, suivant le procs-verbal
-d'estimation qui en a t dress par le citoyen Duclos, le 5
-vendmiaire an X, dment enregistr, lesdits lots dsigns et valus
-ainsi qu'il suit:
-
-PREMIER LOT.
-
- Le premier lot indiqu par la lettre A au plan annex audit
- procs-verbal, consistant dans le btiment d'habitation, une
- portion des deux premires cours et environ un hectare
- quatre-vingt-quatorze ares soixante centiares de jardin, est
- estim valoir en revenu annuel la somme de dix-sept cents
- francs, ci. 1,700f
- ========
- Lequel multipli par six produit un capital de 10,200
-
- A quoi ajoutant 10 p. 100 1,020
- --------
- Il en rsulte une premire mise prix de 11,220f ci. 11,220f
-
-DEUXIME LOT.
-
- Le deuxime lot, cot B au plan, compos des btiments
- dits les curies et cuisines, des cours qu'ils renferment,
- d'une portion des deux premires cours, contenant environ
- un hectare cinquante ares soixante-douze centiares,
- est estim valoir au revenu annuel 1,200f
- ========
- Et en capital le revenu multipli comme ci-dessus 7,200
-
- A quoi ajoutant 10 p. 100 720
- --------
- Il en rsulte un total de 7,920f ci. 7,920
-
-TROISIME LOT.
-
- Le troisime lot, cot C au plan, compos des btiments
- dits le logement du jardinier, de la cour au-devant, et
- d'environ soixante-seize ares trente centiares de jardin,
- est estim en revenu 240f
- --------
- Total reporter 19,140f
-
- Report 19,140f
-
- Et en capital le revenu multipli par six donne 1,440
-
- A quoi ajoutant le dixime 144
-
- Il en rsulte une premire mise prix de 1,594f ci. 1,584
-
-QUATRIME LOT.
-
- Le quatrime, cot D au plan, compos du btiment dit
- l'orangerie et de celui connu sous la dnomination de la
- laiterie, d'une petite cour et d'environ trente-cinq ares
- cinquante-huit centiares de jardin; le tout estim valoir
- un revenu annuel de 160 francs 160f
- =====
- Lequel multipli par six produit un capital de 960
-
- A quoi ajoutant 10 p. 100 96
- --------
- Il en rsulte un total de 1,056 ci. 1,056
-
-CINQUIME LOT.
-
- Le cinquime et dernier lot, cot E au plan, compos du
- btiment dit la conciergerie, d'une cour et d'une portion
- de jardin d'environ quinze ares vingt centiares, estim,
- en revenu annuel, la somme de 200f
- =====
- Lequel revenu multipli par six produit un
- capital de 1,200
-
- A quoi ajoutant 10 p. 100 120
- --------
- Il en rsulte une premire mise prix de 1,320f ci. 1,320
- --------
- Total 23,100f
-
-_Rserves._
-
-Ne font point partie de la vente les glaces, tablettes, chambranles de
-marbre, bras de chemines, bronzes incrusts ou tenant au corps
-principal de maonnerie des chemines, les jalousies, les poles,
-bancs de pierre et autres ornements qui pourroient exister dans les
-btiments; ces objets sont rputs mobilier et seront vendus comme
-tels.
-
-_Charges particulires._
-
-Dans le cas o la proprit dont il s'agit seroit adjuge
-partiellement, chaque acqureur sera tenu de se conformer aux clauses
-et conditions insres au procs-verbal d'estimation annex au
-prsent, et qui lui sont imposes relativement au partage du jardin,
- la distribution des eaux, la clture des terrains respectivement
-affects chaque lot, la mitoyennet des murs et aux charges
-auxquelles seront spcialement assujettis les acqureurs.
-
-Pour l'excution de ces clauses il sera dlivr extrait dudit
-procs-verbal chacun de ces acqureurs, qui sera galement tenu de
-laisser faire au citoyen Hubert, portier de ladite maison, la rcolte
-des grains, fruits et lgumes, existant actuellement sur les terrains
-dpendants de ladite proprit, sauf cependant l'indemniser dire
-d'experts, attendu que ledit Hubert a t autoris les cultiver par
-dcision du prfet du 24 floral dernier.
-
-_Nota._ Il ne sera fait aucune coupure la conduite qui donne l'eau
-au cinquime lot: cette conduite devant subsister telle qu'elle est.
-
-Lecture faite haute et intelligible voix, par le secrtaire gnral
-de la prfecture, des charges, clauses et conditions ci-dessus, les
-enchres ont t ouvertes:
-
- _Savoir:_
-
- 11,220f montant de la mise prix du 1er lot.
-
- 7,920 -- -- 2e lot.
-
- 1,584 -- -- 3e lot.
-
- 1,056 -- -- 4e lot.
-
- 1,320 -- -- 5e lot.
-
- Et enfin sur celle de 23,100 -- -- de l'ensemble
-
-de la proprit, personne n'ayant enchri, tant sur la mise prix de
-chacun de ces lots que sur celle de la totalit du domaine, le prfet
-a renvoy l'adjudication dfinitive au 27 du mois de messidor, jour
-indiqu par l'affiche, et le prsent procs-verbal a t clos.
-
-Et le vingt-septime jour du mois de messidor l'an X de la Rpublique
-franaise, le prfet du dpartement de Seine-et-Oise, en prsence du
-directeur de la rgie de l'enregistrement, et lecture pralable faite
-par le secrtaire gnral du cahier des charges insres dans le
-procs-verbal ci-dessus, a procd, en excution des lois prcites,
-l'adjudication dfinitive du bien national (en question); duquel bien
-la dsignation a t insre dans le procs-verbal des premires
-enchres ci-dessus, suivant lequel il n'a point t port d'enchre
-au-dessus de la mise prix tant des diffrents lots que de l'ensemble
-de la proprit; en consquence il a t allum des feux, d'abord sur
-le montant de la mise prix de chacun des lots telle qu'elle est
-tablie d'autre part.
-
-PREMIER LOT.
-
-Au huitime feu, la dernire enchre est reste au citoyen Durand,
-moyennant 34,600 francs; un neuvime feu s'tant teint sans que
-pendant sa dure il ait t mis aucune enchre, le prfet en a donn
-acte audit citoyen Durand.
-
-DEUXIME LOT.
-
-Au quatrime feu, la dernire enchre est reste au citoyen Durand
-pour 17,400 francs. Un cinquime feu s'tant teint, sans qu'il ait
-t fait aucune offre, le prfet en a pareillement donn acte audit
-Durand.
-
-TROISIME LOT.
-
-Au troisime feu, la dernire enchre est reste au citoyen Boucher
-pour 6,800 francs. Un sixime feu s'tant teint sans que pendant sa
-dure il ait t mis aucune enchre, le prfet en a aussi donn acte
-au citoyen Boucher.
-
-QUATRIME LOT.
-
-Au quatrime feu, la dernire est reste au citoyen Cossin pour 6,750
-francs. Un cinquime feu s'tant teint sans qu'il ait t fait aucune
-offre, le prfet en a donn acte au citoyen Cossin.
-
-CINQUIME LOT.
-
-Au sixime feu, la dernire enchre est reste au citoyen Boucher pour
-7,850 francs. Un septime feu s'tant teint sans que pendant sa dure
-il ait t mis aucune enchre, le prfet en a donn acte audit citoyen
-Boucher.
-
-Cette opration termine, les enchres ont t reues en la manire
-accoutume sur l'ensemble du domaine, prenant pour base la somme de
-73,400 francs, montant des offres faites pour acqurir divisment
-cette mme proprit.
-
-Au premier feu, la dernire enchre est reste au citoyen Durand,
-moyennant la somme de 75,200 francs; au deuxime, au citoyen Villers
-pour 75,600 francs; au troisime, au mme, moyennant 75,900 francs.
-
-Un autre feu ayant t allum et s'tant teint sans que pendant sa
-dure il ait t mis aucune enchre, le prfet a dclar le citoyen
-Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant Paris, rue de
-l'Universit, 269, adjudicataire dfinitif, et lui a adjug la
-totalit de la maison dite lisabeth et ses dpendances, tel que ce
-domaine est ci-devant dsign, moyennant le prix et somme de
-soixante-quinze mille neuf cents francs, aux charges, clauses et
-conditions insres dans le premier procs-verbal d'enchres, sous
-l'obligation et garantie de tous les biens meubles et immeubles,
-prsents et venir, dudit citoyen Villers, et spcialement les biens
-prsentement vendus, sans qu'une obligation droge l'autre.
-
-L'acqureur a dclar qu'il se rservoit la facult de nommer son
-command dans les dlais prescrits par la loi.
-
- G. GARNIER.
-
-Enregistr Versailles, le 7 thermidor an X de la Rpublique. Reu
-seize cent soixante-neuf francs quatre-vingts centimes.
-
- NOEL.
-
- Archives de Versailles.
-
- * * * * *
-
-XI.
-
-DISTRICT DE VERSAILLES.--COMMISSION DES ARTS.--PLANTES.
-
-Nous, commissaire nomm par le Directoire du dpartement de
-Seine-et-Oise, en conformit des loix et lettres ministrielles sur la
-disposition du mobilier national l'effet d'oprer la distraction des
-objets prcieux et particulirement des plantes rares qui se
-trouveront dans les maisons cy-devant royales, religieuses et des
-migrs dudit dpartement, pour procder l'enlvement desdits objets
-et les faire transporter au lieu dsign pour le dpt.
-
-Nous nous sommes transport la maison cy-devant lisabeth
-Montreuil, accompagn d'un officier de la municipalit, o tant avons
-somm le citoyen Coupry, jardinier de ladite maison, de nous
-introduire dans les jardins l'effet d'y remplir notre mission, ce
-qu'ayant fait, nous avons procd au triage et estimation des plantes
-de la manire suivante.
-
-OBJETS RSERVS POUR LE DPT.
-
-_Plantes d'orangerie._
-
- 4 Atriplex portulacodes.
- 4 Pistacia Terebinthus.
- 2 Erica mammosa.
- 2 Lavatera gallica.
- 5 Buphthalmum fruticosum.
- 2 Lycium afrum.
- 4 Salvia aurea.
- 2 Conyza glutinosa.
- 2 Salvia mexicana.
- 2 Salvia argentea.
- 3 Salvia paniculata.
- 1 Salvia pomifera.
- 1 Salvia canariensis.
- 2 Salvia macrophylia.
- 1 Salvia cretica.
- 6 Teucrium latifolium.
- 4 Teucrium betonicfolium.
- 1 Teucrium fruticans.
- 5 Teucrium chamdrifolium hirsutum.
- 4 Artemisia capillaris.
- 3 Artemisia moxa.
- 3 Solanum sodomum.
- 3 Phillyrea angustifolia.
- 1 Phillyrea latifolia.
- 1 Anagyris foetida.
- 4 Atropa solanacea.
- 2 Ephedra nova.
- 2 Cineraria populifolia.
- 4 Cineraria maritima.
- 6 Cineraria amellodes.
- 2 Medicago arborea.
- 1 Medicago marina.
- 1 Anthyllis barba-Jovis.
- 2 Anthyllis Hermanni.
- 2 Tarchonanthas camphoratus.
- 4 Rhus angustifolia.
- 1 Rhus glabra.
- 4 Hypericum marylandicum.
- 1 Marrubium crispum.
- 2 Vitex agnus castus.
- 1 Agave americana variegata.
- 5 Carex plantaginea.
- 3 Gnaphalium foetidum.
- 2 Gnaphalium stoechas.
- 2 Gnaphalium orientalis.
- 12 Pots d'ixia, diffrentes espces.
- 3 Gladiolas tristis.
- 1 Cistus populifolius.
- 1 Cistus purpareus.
- 2 Cistus laurifolius.
- 6 Cneorum tricoccum.
- 1 Asparagus acutifolius.
- 1 Serratula champeuce.
- 2 Carthamus salicifolius.
- 2 Quercus suber.
- 4 Physalis somnifera.
- 4 Centaurea sempervirens.
- 2 Vaccinium oxycoccos.
- 2 Salicornia fruticosa.
- 4 Sonchus fruticosus.
- Cotyledon orbiculata.
- 2 Echium orientale latifolium.
- 1 Echium angustifolium.
- 1 Asclepias fruticosa.
- 1 Statice mucronata.
- 1 Statice Limonium.
- 2 Parietaria arborea.
- 1 Erigeron foetidum.
- 1 Cercodia erecta.
- 1 Sida nova.
- 1 Aristolochia sempervirens.
- 2 Rumex Lunaria.
- 2 Lavandula stoechas.
- 1 Scabiosa palstina.
- 1 Ficus pumila.
- 1 Statice monopetala latifolia.
- 1 Psoralea pinnata.
- 1 Atraphaxis undulata.
- 1 Athanasia maritima.
- 1 Eupatorium angustifolium.
- 2 Oenothera rosea.
- 6 Oenothera pumila.
- 1 Urtica nivea.
- 3 Inula crithmodes.
- 1 Hypoxis japonica.
- 4 Senecio halimifolia.
- 1 Tanacetum novum.
- 1 Polypedium cambricum.
- 1 Phlomis laciniata.
- 1 Chrysophyllum glabrum.
- 3 Arenaria balearica.
- 3 Linna borealis.
- Arundo donax variegata.
- 1 Ulmus pumila.
- 1 Clutia pulchella.
- 1 Spartium lusitanicum.
- 2 Mimosa arborea.
- 2 Sterculia platanifolia.
- 1 Bignonia crucigera.
- 1 Baccharis ivfolia.
- 3 Scolymus maculatus.
- 4 Chrysanthemum serotinum.
- 1 Panicum novum.
- 1 Lantana odorata.
- 1 Cassia marylandica.
- 4 Centaurea ferox.
- 1 Teucrium novum.
- 1 Zanthoxylum trifoliatum.
- 1 Malva Sherardiana.
- 1 Ceratonia siliqua.
-
-La totalit des plantes en pots rserves pour le dpt se monte la
-quantit de deux cent quarante-cinq individus et environ un cent de
-plantes vivaces.
-
-OBJETS DSIGNS POUR LA VENTE.
-
-_Orangerie._
-
- 4 Orangers de 39 pouces de caisse.
- 1 -- de 34 -- --
- 1 -- de 33 -- --
-
- 2 Orangers de 31 pouces de caisse.
- 3 -- de 30 -- --
- 2 -- de 24 -- --
-
- Treize Orangers de diffrentes espces estims l'un
- dans l'autre 60# pice 780# s.
-
- 2 Orangers de 18 pouces de caisse.
- 4 -- de 16 -- --
- 2 -- de 14 -- --
-
- Huit Orangers, petites caisses, estims l'un dans
- l'autre la somme de 24# 192
-
- 15 Grenadiers de quinze vingt-deux pouces de caisse,
- estims l'un dans l'autre 18# 270
-
- 1 Myrte, caisse 12
- 2 Oliviers, caisse, 12# 24
- 1 Laurier franc, caisse 10
- 2 Bosia yervamora, 10# 20
- 3 Justicia adathoda, 12# 36
- 1 Altha 8
- 12 Lauriers-roses, 10# 120
- 2 Lentisques, 8# 16
-
-_Plantes d'orangerie en pots._
-
- 6 Atriplex portulacodes, 8 sols 2 8
- 2 Buddleia globosa, 10 sols 1
- 4 Pistacia Terebinthus, 15 sols 3
- 1 Sapindus Saponaria 1
- 5 Melia azedarach, 10 sols 2 10
- 6 Teucrium latifolium, 10 sols 3
- 2 Ceanothus africanus, 15 sols 1 10
- 34 Solanum pseudo-capsicum, 10 sols 17
- 2 Solanum tomentosum, 15 sols 1 10
- 4 Solanum sodomum, 10 sols 2
- 4 Solanum bonariense, 8 sols 1 12
- 2 Yucca gloriosa, 1# 2
- 4 Cupressus sempervirens, 10 sols 2
- 6 Cineraria amellodes, 10 sols 3
- 1 Coronilla glauca 15
- 5 Viburnum Tinus, 10 sols 2 10
- 18 Thlaspi vivaces, 5 sols 4 10
- ----------
- 1,539 05
-
- 1 Agave americana 1
- 6 Cneorum tricoccum, 8 sols 2 8
- 1 Vitis arborea 8
- 4 Sonchus fruticosus, 1# 4
- 1 Celastrus pyracantha, 10 sols 10
- 3 Celastrus buxifolius, 10 sols 1 10
- 2 Aloe verrucosa, 8 sols 16
- 12 Mesembryanthemum ou ficodes de diffrentes espces,
- 10 sols 6
- 5 Cacalia laciniata, 8 sols 2
- 2 Psoralea palstina, 8 sols 16
- 1 Euphorbia caput Medus 10
- 8 Phlomis fruticosa, 10 sols 4
- 2 Inula crithmodes, 18 sols 1 16
- 6 Leonurus ou Queue de lion, 10 sols 3
- 1 Bosia yervamora 10
- 1 Stachys circinata 8
- 2 Smilax aspera, 10 sols 1
- 1 Sempervivum arboreum 1
- 2 Crassula orbiculata, 8 sols 16
- 2 Physalis somnifera, 10 sols 1
- 58 Geranium en pots de diffrentes espces, 8 sols 23 8
- 8 Geranium dans des vases de faence, 6# 48
- 12 Vases de faence vides mutils, 1# 12
- 100 pots vides, 8 sols 40
-
-_Ppinire._
-
- 300 Pins d'cosse, 1# 300
- 10 Sapinettes, 1# 10
- 35 Thuyas, 5 sols 8 15
- 40 Marronniers, 15 sols 30
- 50 Spira populifolia, 10 sols 25
- 150 Arbres de Sainte-Lucie, 8 sols 60
- 150 rables feuilles de frne, 10 sols 75
- 250 Cerisiers grappes, 5 sols 62 10
- 200 Cornouillers sanguins, 4 sols 40
- 60 bniers, 10 sols 30
- 18 Frnes de diffrentes espces, 10 sols 9
- 30 Lonicera Diervilla, 2 sols 3
- 40 Seringas, 4 sols 8
- 80 Lilas, 10 sols 40
- ----------
- Total 2392# 6s.
-
-Il se trouve aussi dans une des cours un dpt de terre de bruyre que
-l'on peut estimer soixante tombereaux environ, rserve pour le
-dpt des plantes Trianon. Prs de cette cour est un grand carr
-plant de diffrents arbres trangers pour former une cole de
-botanique; on se rserve aussi d'en enlever ce qui conviendra pour
-tre transport audit dpt.
-
-OBJETS RCLAMS PAR LA CITOYENNE BROWN,
-
-_ci-devant jardinire du potager Versailles._
-
- 28 Orangers en caisse de 14 18 pouces.
- 2 Lauriers-roses.
- 50 Pots de lilas de Perse.
- 50 Pots de rosiers.
- Et diffrents arbustes et arbres verts.
-
-Cette rclamation est atteste de nombre de citoyens.
-
-Et aprs avoir fait l'examen gnral, tant en ce qui concerne les
-plantes d'orangerie que celles de pleine terre, et n'y ayant plus rien
-trouv, nous avons termin le prsent inventaire et avons sign
-Versailles, le 8 octobre 1793, l'an deuxime de la Rpublique une et
-indivisible.
-
- COUPRY. F. REMILLY. PERADON, commissaire.
-
-_Nota._ Le commissaire estime qu'il seroit plus avantageux de faire la
-vente de tous ces objets sur le lieu au mois de mars prochain, que de
-transporter une partie l'orangerie et l'autre Trianon; que
-d'ailleurs l'orangerie de cette maison est grande et en assez bon tat
-pour contenir cette quantit de plantes tant en caisses qu'en pots; en
-y faisant cependant une petite rparation, soit pour ce qui regarde la
-maonnerie pour poser l'imposte, le vitrier pour six carreaux casss,
-et les chssis des volets de la porte d'entre, et le cintre garnir
-en grosse toile; si l'administration se dcide envoyer le tout tant
- l'orangerie qu' Trianon, il faudra ncessairement abattre deux
-parties de mur pour la sortie des orangers. Cette dpense sera
-beaucoup plus considrable que celle pour la rparation de ladite
-orangerie, et l'opration plus longue et plus difficile.
-
-Cette observation a t communique au directoire du district.
-
- PERADON.
-
- * * * * *
-
-II.
-
-_Rapport du commissaire la disposition des plantes, relativement au
-jardin d'lisabeth Capet, Montreuil._
-
-Le commissaire la disposition particulire des plantes, d'aprs
-diffrents renseignements pris en ce qui concerne le jardin
-appartenant cy-devant lisabeth Capet, Montreuil, et examin les
-pices suivantes, particulirement le rapport du comit de
-surveillance, qui annonce que celui fait par les citoyens Richard et
-Pineaux, nomms commissaires par les reprsentants du peuple l'effet
-de rendre compte du produit et des frais d'entretien dudit jardin; que
-ces deux commissaires ont observ qu'il seroit plus avantageux de
-confier deux cultivateurs l'entretien et le produit de ce jardin,
-c'est--dire que Virey seroit charg de la conduite de l'orangerie et
-plantes rares, et Dor de la partie des fruits et lgumes.
-
-Ayant examin en outre un march fait par le citoyen Couturier, qui
-accorde Virey la jouissance en totalit des productions du jardin
-pour lui tenir lieu d'indemnit pour son entretien, indpendamment des
-gages d'un premier garon qui lui seront accords, la charge par lui
-de fournir des lgumes l'infirmerie pour la valeur de 200#[231]
-son estimation, ainsi qu'il est nonc audit march.
-
-[Note 231: Surcharg: il y avait auparavant 150.]
-
-De plus, un autre rapport des citoyens Richard et Pineaux, o il est
-dit que la dpense pour l'entretien du jardin peut tre mise en
-compensation avec le produit des fruits et lgumes, et que mme le
-jardinier pourra fournir l'infirmerie des lgumes pour la valeur de
-200#, ce qui forme, on l'aperoit, une grande diffrence avec le
-march fait par le citoyen Couturier.
-
-D'aprs toutes ces observations, le commissaire estime que, pour
-l'intrt de l'administration, aucun des marchs ou arrangements tels
-que ceux susdits ne peuvent avoir lieu.
-
-1 L'entretien desdits jardins, serres et orangeries, ne doit tre
-allou qu' une seule personne, comme il s'est pratiqu jusqu'
-prsent; 2 que le march fait par le citoyen Couturier est onreux
-l'administration, par la raison qu'il s'est prsent deux
-soumissionnaires, dont l'un, connu autant par sa probit que par son
-talent, s'est offert le premier, et a fait sa soumission d'entretenir
-les jardins, bosquets, orangerie, etc., pour la jouissance du produit
-seulement.
-
-Quant au rapport des citoyens Richard et Pineaux, o il n'est point
-parl de gages de premier garon, mais au contraire que le jardinier
-sera encore assez indemnis en fourniture sur son produit pour la
-somme de 200# de lgumes l'infirmerie, l'administration dcidera
-dans sa sagesse sur cet objet; elle voudra bien observer que le
-citoyen Virey est un pre de famille, bon patriote et bon cultivateur;
-qu'il occupe maintenant cette place, et semble mriter la prfrence,
-en acceptant toutefois les conditions du premier soumissionnaire.
-
-Il existe dans cette maison la quantit de cinquante-huit panneaux,
-dont quelques-uns sont mutils, et dix-huit arrosoirs en cuivre rouge
-et jaune; l'administration voudra-t-elle accorder quelques-uns de ces
-objets Virey pour son usage, et vendre l'autre partie, except ceux
-qui sont en rquisition?
-
-A Versailles, le 10 ventse, l'an II de la Rpublique une et
-indivisible (28 fvrier 1794).
-
- PERADON.
-
- * * * * *
-
-III.
-
- 14 ventse l'an II de la Rpublique une et indivisible
- (4 mars 1794).
-
-Suivant le rapport fait l'administration par le citoyen Peradon,
-commissaire artiste, sur le jardin cy-devant appartenant lisabeth
-Capet, Montreuil, il s'est prsent pour l'entretien de ce jardin
-plusieurs soumissionnaires, galement connus par leurs talents et leur
-probit, qui proposent de se charger de la culture du potager, de
-l'orangerie et des jardins sans appointements, moyennant qu'on leur en
-abandonne les produits;
-
-Le citoyen Virey, qui cultive actuellement ce jardin, demande, outre
-la jouissance des fruits, le traitement annuel de premier garon, qui
-est de 1,000 1,200#.
-
-La disproportion qui existe entre ces diffrentes soumissions est
-d'autant plus sensible que, par un rapport des citoyens Richard et
-Pineaux, o il n'est point fait mention de gages, il est dit que le
-jardinier sera suffisamment indemnis par le produit du jardin, en
-fournissant mme pour 200# de lgumes l'infirmerie.
-
-Quelques gards que mrite le citoyen Virey, on ne peut se dissimuler
-que l'intrt de la Rpublique ne permet pas de faire en sa faveur un
-sacrifice annuel de 1,200#, lorsqu'il est notoire que le jardin peut
-tre cultiv par des mains habiles sans qu'il en cote rien la
-nation. Tout ce que semble exiger la justice en faveur du citoyen
-Virey, bon patriote et pre de famille, c'est de lui accorder la
-prfrence dans le cas o il se chargeroit de l'entretien desdits
-jardins aux mmes conditions que les autres soumissionnaires.
-
-Il existe dans la maison cinquante-huit panneaux et dix-huit arrosoirs
-en cuivre rouge et jaune, dont la commission propose de mettre une
-partie la disposition du jardinier; il demande cet gard les
-ordres de l'administration;
-
-Ou l'agent national en ses conclusions,
-
-L'administration, considrant que l'intrt de la Rpublique lui
-impose imprieusement la loi de mettre dans toutes les parties
-l'conomie dont elles sont susceptibles, lorsqu' cette conomie se
-trouvent joints les avantages qui rsulteroient d'une plus forte
-dpense, et dsirant d'ailleurs concilier les gards dus au citoyen
-Virey avec le bien public, premier objet de ses considrations, estime
-que les potager, orangerie et jardins, cy-devant appartenants
-lisabeth Capet, Montreuil, seront lous l'enchre en la manire
-accoutume, et aux charges qui seront prescrites par les cahiers;
-
-Arrte en outre que, sur les cinquante-huit panneaux et dix-huit
-arrosoirs qui se trouvent dans ladite maison, il sera mis la
-disposition du locataire trente panneaux et dix arrosoirs, dont
-l'estimation sera faite pour qu'il ait les reprsenter, lorsqu'il en
-sera requis, tels qu'il les aura reus, et que les panneaux et
-arrosoirs restants seront mis en rserve pour servir lorsqu'il y aura
-lieu et ainsi que l'administration en ordonnera.
-
- * * * * *
-
-IV.
-
- Versailles, le 25 frimaire l'an III de la Rpublique une et
- indivisible (15 dcembre 1794).
-
-_Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement et des
-domaines l'agent national du district de Versailles._
-
- CITOYEN,
-
-Par une lettre du 15 thermidor dernier, l'administration du district a
-inform la commission des revenus nationaux que, malgr les
-prcautions qu'elle avoit prises, elle n'avoit pu empcher les
-dgradations considrables qui se commettoient journellement dans la
-maison d'lisabeth Capet, situe Montreuil, et elle a imput ces
-dgradations aux malades de l'hospice militaire qui avoit t tabli
-dans cette maison.
-
-Il rsulte des informations prises par la commission des secours
-publics, laquelle la commission des revenus nationaux avoit port
-ses plaintes, que ces dgradations ont t principalement commises par
-le citoyen Leblanc, locataire actuel du jardin, qui y laisse
-habituellement pturer ses vaches.
-
-Ces faits tant consigns dans un procs-verbal, rapport le 9
-thermidor dernier par les membres du comit de surveillance de
-l'hpital, je te prie de faire informer sur ce dlit, et d'intenter,
-s'il y a lieu, une action contre le locataire, tant en rparations
-qu'en indemnit des dommages qui seront reconnus tre procds de son
-fait. Comme je ne doute nullement qu'avant de mettre le locataire en
-jouissance il n'ait t dress un tat descriptif des lieux, et que le
-cahier des charges de l'adjudication ne l'ait expressment assujetti
-les entretenir et les rendre en bon tat de culture l'expiration
-de sa jouissance, il sera facile de l'obliger rparer les
-dgradations commises.
-
-Salut et fraternit.
-
- GARNIER-DESCHESNE.
-
- * * * * *
-
-XII.
-
-RCIT DU PRE CARRICHON,
-
-PRTRE DE LA CONGRGATION DE L'ORATOIRE,
-
- Tmoin de la mort de mesdames la marchale de Noailles, la
- duchesse d'Ayen, et la vicomtesse de Noailles, condamnes mort
- par le tribunal rvolutionnaire le 4 thermidor an II (22 juillet
- 1794).
-
-Mesdames la marchale de Noailles, la duchesse d'Ayen et la vicomtesse
-de Noailles furent dtenues dans leur htel depuis le mois de
-septembre 1793 jusqu'en avril 1794. Je connoissois la premire de vue
-seulement, et d'une manire particulire les deux autres, que je
-voyois ordinairement une fois la semaine. La Terreur croissoit avec le
-crime. Leurs victimes devenoient plus nombreuses. Un jour qu'on en
-parloit et qu'on s'exhortoit se prparer l'tre, je leur dis par
-une espce de pressentiment: Si vous allez la guillotine et que
-Dieu m'en donne la force, je vous y accompagnerai. Elles me prennent
-au mot, ajoutant avec vivacit: Nous le promettez-vous? J'hsite un
-moment. Oui, repris-je, et pour que vous me reconnoissiez bien,
-j'aurai un habit bleu fonc et une veste rouge. Depuis elles me
-rappelrent souvent ma promesse. Au mois d'avril, la semaine, je
-crois, aprs Pques, elles sont conduites toutes trois au Luxembourg.
-J'en ai souvent des nouvelles par celui qui leur a rendu avec un zle
-si dlicat tant de services et dans leurs personnes et dans celles de
-leurs enfants. Ma promesse est rappele. Le 27 juin, un vendredi, il
-vient de leur part me prier de rendre au marchal de Mouchy et sa
-femme le service que je leur avois promis. Je vais au palais. Je
-parviens entrer dans la cour. Je les ai sous les yeux et de fort
-prs pendant plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy, que je
-n'avois vus qu'une fois chez eux et que je connoissois mieux qu'ils ne
-me connoissoient, ne me reconnoissent point. Je fais ce que je peux
-pour eux. Le marchal toit singulirement difiant et prioit
-vocalement de tout son coeur. La veille il avoit dit, en quittant le
-Luxembourg, ceux qui lui marquoient de l'intrt: A dix-sept ans
-j'ai mont l'assaut pour mon Roi, soixante-dix-huit je vais
-l'chafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux.
-J'vite des dtails qui deviendroient immenses. Ce jour-l, je crois
-inutile et mme je ne me sens point capable d'aller jusqu' la
-guillotine. J'en augure mal pour la promesse spciale faite leurs
-parentes. Que j'aurois dire sur tous les nombreux convois qui
-prcdrent et suivirent celui du 27, convois fortuns ou infortuns,
-selon les dispositions de ceux qui les formoient, tableaux dchirants
-lors mme que les caractres et tous les signes extrieurs annonoient
-une mort chrtienne, lors mme qu'ils toient accompagns des grandes
-consolations produites par les vertus chrtiennes; mais bien autrement
-dchirants, lorsqu'ils en fournissoient peu ou point, et que les
-condamns sembloient passer de l'enfer de ce monde celui de l'autre!
-
-Le 22 juillet, un mardi, jour de sainte Madeleine, j'tois chez moi,
-et vers onze heures. J'allois sortir. On frappe. J'ouvre et je vois
-les enfants Noailles et leur instituteur; les enfants avec la gaiet
-de leur ge qui couvroit le fond de tristesse que nourrissoit en eux
-la dtention de leurs parentes; ils alloient se promener et prendre
-l'air de la campagne: l'instituteur, ple, dfigur, pensif et
-triste.--Ce contraste me frappe. Passons, me dit-il, dans votre
-chambre, laissons les enfants dans votre cabinet. Nous nous sparons;
-les enfants se mettent jouer; nous entrons dans la chambre. Il se
-jette dans un fauteuil: C'en est fait, mon ami; ces dames sont au
-tribunal rvolutionnaire. Je viens vous sommer de tenir votre parole.
-Je vais les conduire Vincennes pour y voir la petite Euphmie. Dans
-le bois je prparerai ces malheureux enfants cette terrible perte
-qu'ils ignorent. Quelque prpar que je fusse depuis longtemps, je
-suis dconcert. Toute cette affreuse situation des mres, des
-enfants, de leur digne instituteur, cette gaiet suivie de tant de
-tristesse, la petite Euphmie ge alors d'environ quatre ans, tout se
-peint mon imagination en traits de feu inimitables. Je reviens moi
- l'instant, et aprs quelques demandes, rponses et autres lugubres
-dtails, je dis: Partez, je vais changer d'habits. Quelle commission!
-Priez Dieu qu'il me donne la force de l'excuter.--Nous nous levons,
-passons dans le cabinet o nous trouvons les enfants, s'amusant, gais
-et contents autant qu'ils pouvoient l'tre; ce que nous prouvions
-leur vue, ce qu'ils ignoroient, ce qu'ils alloient apprendre, rend le
-contraste plus frappant, me serre le coeur. Je fais bonne contenance
-et les congdie. Rest seul, je me sens pouvant, fatigu. Mon Dieu,
-ayez piti d'elles, d'eux et de moi!
-
-Je change d'habits et vais faire quelques courses projetes, avec un
-poids dans l'me bien accablant. Je les interromps pour aller au
-palais entre une et deux heures. Je veux entrer. Impossibilit. Je
-prends des informations de quelqu'un qui sort, comme doutant encore de
-la ralit de l'annonce; l'illusion de l'esprance est la dernire
-dtruite. Par ce qu'il me dit, je ne peux plus douter. Je reprends mes
-courses, elles me conduisent jusqu'au faubourg Saint-Antoine, et avec
-quelle pense, quelle agitation intrieure, quel effroi secret joint
-une tte malade! Ayant affaire une personne de confiance, je
-m'ouvre, elle m'encourage au nom de Dieu. Pour dissiper le mal de
-tte, je la prie de me faire un peu de caf. Il me fait quelque bien.
-Je reviens au palais trs-lentement, trs-pensif, trs-irrsolu,
-dsirant de ne point arriver, ou de ne point trouver celles qui m'y
-appellent: j'arrive avant cinq heures. Rien n'annonce le dpart. Je
-monte tristement les degrs de la Sainte-Chapelle, je me promne dans
-la grande salle, aux environs, je m'assieds, je me lve, je ne parle
-qui que ce soit, je cache sous un air srieux un fond trs-agit et
-trs-chagrin; de temps en temps un triste coup d'oeil sur la cour pour
-voir si le dpart s'annonce. Je reviens. Ma frquente exclamation
-intrieure toit: Dans deux heures, dans une heure et demie, elles ne
-seront donc plus! Je ne puis exprimer combien cette ide m'affectoit
-et m'a affect toute la vie quand j'ai pu l'appliquer: jamais heure ne
-m'a paru si longue et si courte que celle qui s'coula depuis cinq
-heures jusqu' six, pour divers motifs qui se croisoient, se
-combattoient, se dtruisoient et me faisoient passer des illusions du
-vain espoir des craintes malheureusement trop relles.
-
-Enfin aux mouvements je juge que les victimes vont sortir de la
-prison. Je descends et vais me placer prs de la grille par o elles
-sortent, puisqu'il n'est plus possible depuis quinze jours de pntrer
-dans la cour. La premire charrette se remplit, s'avance vers moi. Il
-y avoit huit dames trs-difiantes, sept pour moi inconnues; la
-dernire, dont j'tois fort proche, toit la marchale de Noailles. De
-n'y point voir sa belle-fille et petite-fille, ce fut l un foible et
-dernier rayon d'esprance; car, hlas! sur la deuxime charrette
-montent la mre et la fille. Celle-ci toit en blanc, qu'elle n'avoit
-quitt depuis la mort de son beau-pre et de sa belle-mre; elle
-paroissoit ge de vingt-quatre ans au plus; celle-l de quarante, en
-dshabill ray bleu et blanc. Je les voyois encore de loin. Six
-hommes se placrent aprs elles, les deux premiers, je ne sais
-comment, un peu plus de distance qu' l'ordinaire, comme pour leur
-donner plus de libert, et avec un air d'gard et de respect dont je
-leur sus bon gr. A peine sont-elles places, que la fille tmoigne
-sa mre ce vif et tendre intrt si connu: j'entends dire auprs de
-moi: Voyez donc cette jeune fille, comme elle s'agite! comme elle
-parle!--Elle ne parot pas triste. Je crois qu'elle me cherche des
-yeux; il me semble entendre tout ce qu'elles se disent: Il n'y est
-pas.--Regarde encore.--Maman, rien ne m'chappe, je vous l'assure, il
-n'y est pas. Elles oublient que je leur avois fait annoncer
-l'impossibilit de me trouver l. La premire charrette reste prs de
-moi au moins un quart d'heure. Elle avance. La deuxime va passer. Je
-m'apprte. Elle passe, ces dames ne me voient pas. Je rentre dans le
-palais, fais un grand dtour et viens me placer l'entre du pont au
-Change, dans un endroit apparent. Mesdames de Noailles jettent les
-yeux de tous cts; elles passent et ne me voient pas. Je les suis le
-long du pont, spar de la foule, cependant assez prs d'elles; madame
-de Noailles, toujours cherchant, ne m'aperoit pas.
-
-L'inquitude se peint sur la physionomie de madame d'Ayen, sa fille
-redouble d'attention sans succs. Je suis tent d'y renoncer. J'ai
-fait ce que j'ai pu; partout ailleurs la foule sera plus grande, il
-n'y a pas moyen. Je suis fatigu.--J'allois me retirer. Le ciel se
-couvre, le tonnerre se fait entendre au loin. Tentons encore. Et par
-des chemins dtourns j'arrive dans la rue Saint-Antoine, aprs la rue
-de Fourcy, presque vis--vis la trop fameuse Force, avant la
-charrette. Alors souffle un vent violent, l'orage clate; les clairs,
-les coups de tonnerre se succdent rapidement. La pluie commence.
-C'est un torrent. Je me retire sur le seuil d'une boutique qui m'est
-toujours prsente et que je ne vois jamais sans attendrissement. En un
-instant la rue est balaye. Plus de monde qu'aux portes, boutiques et
-fentres: plus d'ordre dans la marche; les cavaliers, les fantassins
-vont plus vite, comme ils peuvent, les charrettes aussi. Elles sont au
-petit Saint-Antoine et je suis encore indcis: la premire passe
-devant moi. Un mouvement prcipit et comme involontaire me fait
-quitter la boutique, et me voil seul tout prs de ces dames. Madame
-de Noailles m'aperoit, et souriant semble dire: Vous voil donc
-enfin! Ah! que nous en sommes aises! Nous vous avons bien
-cherch.--Maman, le voil. A cet instant madame d'Ayen renat, et
-toutes mes irrsolutions cessent, je me sens un courage
-extraordinaire. Tremp de sueur et de pluie, je n'y pense plus, je
-continue marcher prs d'elles. Sur les marches de l'glise
-Saint-Louis, j'apperois un ami pntr pour elles de respect,
-d'attachement, cherchant leur rendre le mme service. Son visage,
-son attitude annoncent tout ce qu'il sent en les voyant. Je lui prends
-la main avec un saisissement d'attendrissement mais aussi tout de
-force. Bonsoir, mon ami. L est une place, plusieurs rues y
-aboutissent. L'orage est au plus haut point, le vent plus imptueux.
-Les dames de la premire charrette en sont fort tourmentes, surtout
-la marchale de Noailles; son grand bonnet renvers laisse voir
-quelques cheveux gris; elle chancelle sur sa misrable planche, sans
-dossier, les mains lies derrire le dos. Aussitt un tas de gens qui
-se trouvent l, la reconnoissent, ne font attention qu' elle, et
-augmentent son tourment, qu'elle supporte avec patience, par leurs
-cris insultants. La voil donc cette marchale, menant autrefois si
-grand train et qui alloit dans des beaux carrosses, la voil dans la
-charrette tout comme les autres! etc. Rien de plus insupportable pour
-tout tre sensible que ces cris de cannibales. Les malheureux sont des
-objets sacrs, surtout quand ils sont innocents. Les cris continuent,
-le ciel est plus noir, la pluie plus forte. Nous voil la place qui
-prcde le faubourg Saint-Antoine. Je devance, j'examine, et je me
-dis: Voil le meilleur endroit pour leur accorder ce qu'elles dsirent
-tant. La charrette alloit moins vite; je m'arrte, je me tourne vers
-elles: je fais madame de Noailles un signe qu'elle comprend
-parfaitement.--... Maman, M. X. va nous donner l'absolution.
-Aussitt elles baissent la tte avec un air de pit, de repentance,
-de joie, d'attendrissement qui m'embaume; je lve la main, reste la
-tte couverte, et prononce trs-distinctement, et avec une attention
-surnaturelle, la formule entire d'absolution et les paroles qui la
-suivent; elles s'unissent mieux que jamais. Je n'oublierai jamais ce
-ravissant tableau, digne du pinceau d'un Raphal, aprs lequel tout ce
-qui reste n'est que baume et consolation.
-
-Ds ce moment l'orage s'apaise, la pluie diminue, il semble n'avoir
-exist que pour le succs si dsir de part et d'autre; j'en bnis
-Dieu, elles en font autant, leur extrieur n'annonce que contentement,
-srnit, allgresse. En s'avanant dans le faubourg, la foule
-curieuse revient, borde les deux cts, insulte les premires dames,
-surtout la marchale, rien ses deux parentes; la pluie cesse.
-
-Tantt je devance, tantt j'accompagne. Aprs l'abbaye Saint-Antoine,
-j'aperois auprs de moi un jeune homme, prtre, dont pour quelques
-motifs je suspecte les sentiments. Il m'embarrasse. Je crains qu'il ne
-me reconnoisse, je rtrograde, j'avance, heureusement il ne me
-reconnot point; il double le pas et je ne le vois plus.
-
-Enfin nous arrivons au lieu fatal. Ce qui se passe en moi ne peut se
-peindre. Quel moment! Quelle sparation! Quelle douleur dans ces
-enfants, dans ces soeurs, nices, qui restent dans cette valle de
-larmes! Je les vois encore pleines de sant. Elles auroient t si
-utiles leur famille, et dans un instant je ne les verrai plus!.....
-Quelle ide! quel dchirement! mais non sans de grandes consolations
-en les contemplant si rsignes. Les charrettes s'arrtent, l'chafaud
-se prsente, je frissonne; les cavaliers et les fantassins
-l'entourent; autour d'eux un cercle plus nombreux de spectateurs, la
-plupart riant et s'amusant de ce dsolant spectacle: je suis au milieu
-d'eux dans une situation bien diffrente. J'aperois le matre
-bourreau et deux valets, dont il est distingu par la jeunesse, par
-l'air d'un petit-matre manqu et le costume. L'un des valets est
-remarquable par sa taille, son embonpoint, la rose qu'il a la
-bouche, ses manches retrousses, ses cheveux en queue et crpus, l'air
-de sang-froid et de rflexion avec lequel il agit, enfin une de ces
-physionomies rgulires et frappantes, quoique sans lvation, qui ont
-pu servir de modles aux grands peintres quand ils ont reprsent des
-bourreaux dans l'histoire des martyrs. Il faut le dire, soit par un
-fonds d'humanit, soit habitude ou dsir d'avoir plus tt fait, le
-supplice toit singulirement adouci par leur promptitude, leur
-attention descendre tous les condamns avant de commencer les
-placer le dos l'chafaud, de manire qu'ils ne puissent rien voir;
-je leur en sus quelque gr, ainsi que de la dcence qu'ils observoient
-et de leur srieux constant, sans aucun air riant, insultant, tout le
-temps que je les vis.
-
-Pendant qu'ils aident descendre les dames de la premire charrette,
-madame de Noailles me cherche des yeux; elle m'aperoit: c'est ici le
-pendant ravissant du premier tableau, si ravissant aussi. Que ne me
-dit-elle pas par ses regards, tantt levs au ciel, tantt abaisss
-vers la terre, si doux, si anims, si expressifs, si clestes, tantt
-fixs sur moi de manire me faire distinguer si mes compagnons
-tigres avoient t plus rflchis! J'enfonce mon chapeau sans la
-perdre de vue; je l'entendois: Mon sacrifice est fait. Que je laisse
-de personnes chres! Mais Dieu m'appelle; nous en avons la douce et
-ferme esprance. Nous ne les oublierons point. Recevez nos tendres
-adieux pour elles, nos remercments pour vous. Adieu! Puissions-nous
-nous revoir dans le ciel! Adieu! Il est impossible de rendre des
-signes aussi pieux, aussi vifs, d'une loquence aussi touchante, qui
-faisoient dire mes tigres: Ah! cette jeune, comme elle est
-contente, comme elle lve les yeux au ciel, comme elle prie! Mais
-quoi cela lui sert-il? Puis par rflexion: Ah! les sclrats de
-calottins! Le dernier adieu prononc, elles descendent. Je ne me
-sentois plus, la fois dchir, attendri et consol. Combien je
-remercie Dieu de n'avoir pas attendu ce moment pour leur donner
-l'absolution, encore plus quand elles montrent l'chafaud! Elles
-n'auroient pas pu s'unir comme elles avoient fait. Je quitte l'endroit
-o j'tois. Je passe d'un autre ct. Pendant qu'on fait descendre les
-autres, je me trouve en face de l'escalier, sur lequel toit appuye
-la premire victime, qui toit un vieillard en cheveux blancs, grand,
-l'air d'un bonhomme, qu'on disoit tre un fermier gnral. Auprs de
-lui une dame trs-difiante que je ne connoissois pas; ensuite la
-marchale, vis--vis de moi, en deuil, assise sur un bloc de bois ou
-de pierre qui s'toit trouv l, ouvrant des yeux grands, fixes. Tous
-les autres, sur plusieurs lignes, toient rangs au bas de l'chafaud
-du ct qui regardoit l'ouest ou le faubourg Saint-Antoine. Je cherche
-ces dames. Je ne peux apercevoir que la mre, mais dans cette attitude
-de dvotion simple, noble, rsigne, les yeux ferms, plus l'air
-inquiet, en un mot telle qu'elle toit lorsqu'elle approchoit de la
-table sacre. Quelle impression j'en reus! Elle est ineffaable. Plt
- Dieu que j'en profitasse! A cet instant me revient l'ide un
-passage de cette belle lettre des glises de Vienne et de Lyon sur le
-martyre de saint Pothin et ses compagnons, o il est dit en parlant de
-sainte Blandine, attache au poteau et expose aux btes: Ses
-compagnons croyoient voir en la personne de leur soeur Celui qui avoit
-t crucifi pour les sauver.
-
-Tous sont descendus. Le sacrifice va commencer. La joie, le bruit, les
-affreux quolibets des spectateurs tigres redoublent et accroissent le
-supplice, doux en lui-mme, mais atroce par trois coups qu'on entend
-l'un aprs l'autre, surtout par la quantit de sang vers et la vue de
-cette foule bruyante et tigresse. Le bourreau et ses valets montent,
-arrangent tout. Le premier se revt, sur ses habits, d'un surtout
-ensanglant, se place gauche, l'ouest, les autres droite,
-l'est, regardant Vincennes. Son grand valet est surtout l'objet de
-l'admiration et des loges des cannibales, par son air capable et
-rflchi, comme ils disent. Tout tant prt, le vieillard monte
-l'aide des bourreaux. Le matre bourreau le prend par le bras gauche,
-le grand valet par le droit, l'autre par les jambes; en un instant il
-est couch sur le ventre, la tte spare et jete ensuite avec le
-corps tout habill dans un vaste tombereau, o tout nage dans le sang.
-Et toujours de mme. Quelle horrible boucherie! Comme le coeur bat!
-C'est ce moment qu'on voudroit tre loin! c'est ce moment qu'on
-voudroit tre prt et monter tout de suite si on toit bien prpar,
-tant la mort, atroce pour ceux qui restent et qui sont sensibles,
-parot facile et douce pour ceux qui s'en vont, quand on songe aux
-circonstances o il faut vivre! Combien j'ai regrett de n'avoir pas
-suivi ces victimes, en pensant que plus on avance, plus on reoit de
-grces divines, et plus on en abuse!
-
-La marchale monte la troisime sur l'chafaud; il fallut chancrer le
-haut de son habillement pour lui dcouvrir le cou. Impatient de m'en
-aller, je voulois avaler le calice jusqu' la lie et tenir ma parole,
-puisque Dieu me donnoit la force de me possder au milieu de tant de
-frissonnements. Madame d'Ayen monte la dixime. Qu'elle me parut
-contente de mourir avant sa fille, et la fille de ne pas passer avant
-la mre! Monte, le matre bourreau lui arrache son bonnet. Comme il
-tenoit par une pingle qu'il n'avoit pas eu l'attention d'ter, les
-cheveux soulevs et tirs avec force lui causrent une douleur qui se
-peignit sur ses traits. La mre disparot, et sa digne et tendre fille
-la remplace. Quelle motion en voyant cette jeune dame tout en blanc,
-paroissant beaucoup plus jeune qu'elle n'toit, semblable un doux et
-tendre agneau qu'on va gorger! Je croyois assister au martyre d'une
-de ces jeunes vierges ou saintes femmes telles qu'elles sont
-reprsentes dans les beaux tableaux du Corrge et du Dominiquin.
-
-Ce qui est arriv sa mre lui arrive. Mme inattention pour
-l'pingle, mme douleur, mme signe. Quel sang abondant et vermeil
-sortit de la tte et du cou! Que la voil bienheureuse! m'criai-je
-intrieurement quand on jeta son corps dans cet pouvantable cercueil.
-Je m'en vais; mais je suis arrt un moment par l'air, les traits et
-la taille de celui qui venoit aprs elle. C'toit un homme de cinq
-pieds huit neuf pouces, gros proportion, d'une figure
-trs-imposante. Je l'avois remarqu au bas de l'chafaud. Il s'en
-toit loign pendant qu'on immoloit les autres, afin de voir ce qui
-s'y passoit. Sa grande taille avoit servi sa curiosit. Il monte avec
-fermet, regarde les bourreaux, le lit et l'instrument de mort avec
-des regards intrpides, trop fiers peut-tre. O mon Dieu! dis-je en
-moi-mme, faites qu'il n'y ait en lui que christianisme, et non la
-seule philosophie! Quel dommage qu'un si bel homme ft damn!
-ajoutai-je en me rappelant le pape saint Grgoire, qui, en voyant
-Rome de beaux esclaves anglois, s'cria: Quel dommage que de si beaux
-visages soient sous l'empire du dmon! Cette vue lui donna la
-premire ide de la clbre mission d'Angleterre, dont il chargea dans
-la suite son disciple saint Augustin.
-
-L'homme dont je viens de parler tait Gossin[232] ou Gossuin, qui a
-tant contribu diviser la France en dpartements. J'ai entendu dire
-qu'il avoit de la religion, et que ses malheurs, sa prison, en avoient
-ranim, fortifi tous les sentiments. _Amen._
-
-[Note 232: P. F. Gossin, n Souilly, arrondissement et trois
-lieues et demie de Verdun, g de quarante ans, un des plus beaux
-hommes de ce temps, ex-lieutenant civil et criminel au bailliage de
-Bar-le-Duc et ex-dput aux tats gnraux, avait t mand par le roi
-de Prusse Verdun, aprs la prise de cette ville, en septembre 1792.
-Il avait d'abord refus d'obir; mais ayant fini par cder aux dsirs
-du peuple de Bar et aux instances de ses collgues, ses ennemis en
-profitrent, aprs la retraite des Prussiens, pour l'accuser de
-trahison. Le 5 septembre, il annona l'Assemble nationale qu'il
-_avait t forc d'obtemprer la sommation du duc de Brunswick, pour
-rgler les affaires du dpartement_. Un dcret le mit en accusation.
-D'abord enferm au Luxembourg, il fut condamn mort le 4 thermidor
-an II (22 juillet 1794) par le tribunal rvolutionnaire de Paris,
-comme ayant obi aux ordres du roi de Prusse et comme complice d'une
-conspiration dans la prison o il tait dtenu. B.]
-
-Aprs sa mort, je quitte tout, hors de moi-mme. Je m'aperois alors
-que je suis tout glac, cause d'une forte transpiration et d'une
-forte pluie que j'avois prouves et qui s'toient sches; mais,
-grce Dieu, je ne me sentois point incommod. Je double le pas, tout
-rempli de ce dchirant mais bien beau, bien grand, bien consolant,
-bien touchant spectacle. Je rptois ce que j'ai rpt souvent: Non,
-je ne voudrois pas pour cent mille cus n'en avoir pas t tmoin. Je
-n'ai rien vu qui approche de cela. Que de profit en tirer! Quand je
-le quittai, il toit prs de huit heures. En vingt minutes, on avoit
-fait descendre quarante ou cinquante personnes, et immol douze.
-
-Bientt je suis la rue Saint-Antoine. Je monte dans une maison o
-toit une respectable famille de ma connoissance, compose du mari, de
-la femme et d'un fils unique charmant d'environ quatre ans. Vous
-voil! D'o venez-vous si tard, si loin de chez vous?--Ah! je viens
-d'tre tmoin d'un spectacle aprs lequel nous sommes les plus
-insenss des hommes et les plus grands ennemis de nous-mmes, si nous
-n'en profitons pas pour travailler plus fortement notre salut.
-J'entre ensuite dans les dtails qui, en produisant leur
-attendrissement, renouvelrent le mien. J'y soupai, et me retirai fort
-tard. La nuit fut trs-agite; un sommeil entrecoup ou accompagn de
-tout ce que j'avois vu ou entendu. La fatigue, que j'avois peu sentie,
-se fit sentir les jours suivants, mais, grce Dieu, sans
-indisposition. J'tois tout attendri, mais tout embaum. Ah!
-m'criois-je souvent, que mon me vive de la vie des justes et que je
-meure de leur mort! Pendant longtemps la pense de ce spectacle a
-produit en moi un certain frmissement, surtout lorsque je passois
-dans ces endroits si remarquables par ce que j'y avois vu. Ce
-frmissement venoit de ce que cette pense toit accompagne d'une
-autre sur leur bonheur contrastant avec le vide qu'elles avoient
-laiss, la perte que nous avions faite, les dangers et les malheurs
-toujours renaissants o nous vivions. Le vendredi suivant, 25 juillet,
-je dnois avec et chez deux amis. Aprs le dner, nous nous livrions
-d'intressants panchements qui, malgr tous les accents de la
-tristesse, nous paroissoient si doux par les rflexions et
-consolations qui s'y mloient et par la sage libert qui y rgnoit,
-dans une crise o tout toit licence pour les mchants, tout toit
-servitude pour les autres, au point de craindre, pour ainsi dire, que
-les murs ne parlassent. A cinq heures du soir, on frappe, et je vois
-entrer le digne ami qui m'avoit dj averti deux fois. Qui vous
-amne?--Je vous cherche depuis deux heures; dsesprant de vous
-trouver, tout hasard je suis venu ici.--Pourquoi?--Pour vous engager
- rendre aux tantes des enfants, mesdames de Duras et Lafayette, le
-mme service que vous avez rendu leurs mres. Elles vont partir pour
-l'chafaud.--Ah! cher ami, que demandez-vous encore? Je connois peu
-ces dames, et il n'est pas sr qu'elles me reconnoissent et que je les
-reconnoisse.
-
-Je combats, il redouble de prires; mes amis se joignent lui. Je
-cde et je reprends ce triste chemin du palais. Il est temps, les
-charrettes sortent, s'arrtent en attendant les dernires. Sur la
-premire toient des dames: je n'en reconnois aucune. J'examine,
-considre, tourne, retourne; non, ou je suis bien tromp, les tantes
-n'y sont point, grce Dieu. Cependant, pour ne rien omettre,
-j'interroge des spectateurs bien instruits, et avec la douleur que
-nous font prouver ces inconnues, j'ai la joie de n'y point trouver
-les chres tantes. Dieu vouloit les conserver pour leurs familles qui
-les respectent et les aiment tant et avec tant de raison, me procurer
-l'avantage de les connotre d'une manire aussi particulire que
-celles dont la vie et surtout la mort m'ont tant difi, et me faire
-trouver dans leur connoissance ce que j'avois perdu dans les autres,
-et dans ma situation, mes chagrins, mes malheurs, dont un irrparable,
-ces marques d'intrt, d'attachement, et ces consolations que partage
-si bien un beau-frre, ami, et que je chercherois en vain dans
-plusieurs lis cependant avec moi. Puisse le Dieu tout-puissant et
-tout misricordieux rpandre sur leurs familles toutes les
-bndictions que je lui demande pour la mienne, et nous runir tous
-avec celles qui nous ont devancs dans ce sjour o il n'y aura plus
-de rvolution craindre ou esprer, dans cette patrie qui aura,
-comme dit saint Augustin, la vrit pour roi, la charit pour loi, et
-pour mesure l'ternit!
-
- * * * * *
-
-Le Pre Carrichon (Antoine-Philibert), ecclsiastique, prtre de la
-ci-devant congrgation de l'Oratoire, est dcd le 30 juillet 1818,
-en sa maison, rue Saint-Jacques, n 277; ses obsques se firent le 1er
-aot, sept heures du matin, en l'glise de Saint-Jacques du
-Haut-Pas, sa paroisse. Il tait g de soixante-neuf ans. B.
-
- * * * * *
-
-XIII.
-
-PICES DIVERSES CONCERNANT MADAME LISABETH.
-
-
-I.
-
-ACTE DE BAPTME DE MADAME LISABETH.
-
-EXTRAIT DU REGISTRE DES BAPTMES _de l'glise Royale et Paroissiale de
-Notre-Dame de Versailles, diocse de Paris, pour l'anne mil sept cent
-soixante-quatre,_ fol. 33.
-
-L'an mil sept cent soixante-quatre, le trois may, trs haute et trs
-puissante princesse Madame lizabethe-Philippe-Marie-Heleine de
-France, ne d'aujourd'huy, fille de trs haut, trs puissant et
-excellent prince Louis, Dauphin de France, et de trs haute, trs
-puissante et excellente princesse Marie-Josphe, princesse de Saxe,
-Dauphine de France, son pouse, a t baptize par Monseigneur
-Charle-Antoine de la Roche-Aimon, archevque-duc de Reims, pair et
-grand aumonier de France, en presence de nous cur soussign. Le
-parein a t trs haut et trs puissant prince Dom Philippe, infant
-d'Espagne, duc de Parme, Plaisance et Guastalle; la mareine a t
-trs haute, trs puissante et trs excellente princesse lizabethe,
-princesse de Parme, Reine doarire d'Espagne. Le parein reprsent
-par trs haut et trs puissant prince Louis-Auguste de France, duc de
-Berry, et la mareine reprsente par trs haute et trs puissante
-princesse Madame Marie-Adlade de France, fille du Roy, qui ont t
-nomms l'un et l'autre cet effet, Sa Majest prsente au baptme. Et
-ont signs la minute:
-
- LOUIS.
- MARIE.
- LOUIS.
- LOUIS-AUGUSTE.
- LOUIS-STANISLAS-XAVIER.
- CHARLE-PHILIPPE.
- MARIE-ADLADE.
- VICTOIRE-LOUISE-MARIE-THRSE.
- SOPHIE-PHILIPPE-LIZABETHE-JUSTINE.
- LOUISE-MARIE.
- [] CHARLE-ANTOINE, _archevque-duc de Reims,
- grand aumnier de France_, et ALLART, cur.
-
-Nous soussign, Prtre de la Congrgation de la Mission, faisant les
-fonctions Curiales en l'glise Royale et Paroissiale de Notre-Dame de
-Versailles, Dpositaire des Registres de la mme glise; Certifions le
-prsent Extrait vritable et conforme l'Original. A Versailles, le
-sixime du mois d'aoust mil sept cent soixante-seize.
-
- COLLIGNON, _prtre de la Mission_[233].
-
-[Note 233: Archives, section historique, K 147, n 4.]
-
- * * * * *
-
-II.
-
-NOURRICE DE MADAME LISABETH.
-
-Marie-Thrse Hecquet, ne le lundi 24 mars 1732, sur la paroisse de
-Saint-Acheul, du lgitime mariage de Charles Hecquet, laboureur,
-demeurant au village de Boutillerie, et d'Anne Merelle, ses pre et
-mre; baptise le mme jour en l'glise paroissiale de Saint-Acheul,
-ayant pour parrain Antoine Hecquet, son oncle paternel, et pour
-marraine Marie-Thrse Vasseur, sa tante, pouse dudit Antoine
-Hecquet.
-
-L'acte de baptme est sign Demonclot, chanoine rgulier et cur de
-Saint-Acheul.
-
-L'extrait de baptme, collationn, dlivr le 8 octobre 1779, est
-sign Pelletier, prtre, docteur en thologie de la Facult de Paris
-et vicaire de ladite paroisse, dame Marie-Thrse Hecquet, pouse du
-sieur Jean Levallery, bourgeois de Paris, ne le 24 mars 1732,
-Saint-Acheul, lection et gnralit d'Amiens, baptise [le mme jour]
-du mme mois dans la paroisse dudit lieu, nourrice de Son Altesse
-Royale Madame lisabeth de France, demeurant Paris, au
-Palais-Bourbon, faubourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice,
-dclare avoir obtenu du Roi les grces pcuniaires ci-aprs,
-
-Savoir:
-
- Une pension de deux mille quatre cents livres
- sur le trsor de la Maison de Sa Majest, de
- l'chance de janvier (dont il lui reste d
- l'anne 1777, l'anne 1778 et la portion de
- temps de l'anne 1779), ce qui lui a t
- accord en sadite qualit de nourrice sans
- brevet, ci 2,400#
-
- Une autre pension de douze cent quinze livres
- sur le Trsor royal, et paye jusqu' prsent
- par MM. les gardes dudit Trsor, accorde
- ladite dame Levallery, pour lui tenir lieu
- d'une place de femme de chambre de feu Madame
- la Dauphine, employe dans l'tat du Roi,
- sous le titre de _Pension du bas ge_, sans
- brevet, et d 1778 et 1779, ci 1,215
-
- Une autre pension de trois cents livres,
- accorde la dame Levallery au mme titre,
- pour lui tenir lieu de son logement, dont est
- d les annes 1777, 1778 et la portion de
- l'anne 1779, ces trois pensions cres en 1765 300
-
- Une pension de huit cents livres, accorde au
- sieur Louis-Joseph-Frdric Levallery, son
- fils, n le 28 janvier 1764, baptis le 29 du
- mme mois en la paroisse Saint-Sulpice de
- Paris, par un brevet de Sa Majest du 12
- novembre 1771, payable sur les quittances de
- la dame Levallery jusqu' ce que son fils ait
- atteint l'ge de vingt ans, dont il est d 800
- -------
- Montant gnral des grces 4,915#
-
-Il y a, indpendamment de cette dclaration manuscrite des grces
-pcuniaires accordes la nourrice de Madame lisabeth, un brevet
-officiel, en partie imprim, pareil celui de la nourrice de
-_Monsieur_, de M. le comte d'Artois, etc. B.
-
- * * * * *
-
-III.
-
-APPOINTEMENTS DES DAMES DE COMPAGNIE DE MADAME LISABETH.
-
-_tat des appointements que le Roi veut et ordonne tre pays aux
-dames que Sa Majest a nommes pour accompagner Madame lisabeth,
-depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786._
-
-Savoir:
-
- A la dame marquise de Sorans, 4,000#
- A la dame marquise de Causans, 4,000
- A la dame comtesse de Canillac, 4,000
- A la dame comtesse de Bombelles, 4,000
- A la dame vicomtesse d'Imcourt et la dame comtesse
- de la Bourdonnaye, adjointe et survivante, 4,000
- A la dame comtesse de Deux-Ponts, 4,000
- A la dame comtesse de Clermont-Tonnerre, 4,000
- A la dame marquise de la Rochefontenille, 4,000
- A la dame marquise des Essarts, 4,000
- A la dame comtesse Louise de Causans, 4,000
- A la dame marquise de Lastic, 4,000
- A la dame vicomtesse de Blangy, 4,000
- A la dame Anna-Bella-Henriette de Drummont de Melfort,
- comtesse de Marguerye, Mmoire.
- A la dame vicomtesse de Mrinville, surnumraire sans
- appointements, Mmoire.
- A la dame marquise des Montiers, id., Mmoire.
- Somme totale, cinquante-deux mille livres, cy., 52,000#
-
-Garde de mon Trsor royal, Me Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes,
-payez comptant aux dames dnommes au prsent tat la somme de
-cinquante-deux mille livres pour leurs appointements, en leur qualit
-susdite, depuis le 15 mai 1785 jusques et compris le 14 mai 1786,
-prsente anne.
-
- Fait Versailles, le 1er juin 1786.
-
- Collationn.
-
- Le baron de BRETEUIL.
-
- * * * * *
-
-_tat des gages, appointements et pensions que le Roi veut et ordonne
-tre pays aux personnes qui servent prs Madame lisabeth pendant le
-quartier de janvier de la prsente anne 1786._
-
-Savoir:
-
-_Aumnier ordinaire._
-
- Le sieur Hyacinthe Bonniol de Montgut, attendu
- qu'il n'a pas d'appointements Mmoire.
-
-_Chevalier d'honneur._
-
- Au sieur comte de Coigny 225#
- A lui pour entretennement 900
-
-_Premier cuyer._
-
- Au sieur comte d'Adhmar 150
- A lui pour entretennement 900
-
-_Dame d'honneur._
-
- A la dame comtesse Diane de Polignac, pour gages 300
- A elle pour sa pension 1,500
-
-_Dame d'atours._
-
- A la dame marquise de Sorans, pour gages 150
- A elle pour sa pension 1,000
-
-_Mdecin._
-
- Le sieur Le Monnier, y tant pourvu d'ailleurs Mmoire.
-
-_Chirurgien._
-
- Le sieur Loustonau, y tant pourvu d'ailleurs Mmoire.
-
-_Secrtaire du cabinet._
-
- Au sieur de Champfort, raison de 2,000# par an 500#
- (Les annes 1785 et 1786 ont t expdies par
- ordonnance provisoire.)
-
-_Femmes de chambre._
-
- A la dame Marie-Marguerite Soufflet-Pernot, premire,
- et Marie-Marguerite Pernot, sa fille, pouse du
- sieur Guichard, en survivance 70
-
- A elle, pour l'entretien d'un valet 91 5s
-
- A la dame Antoinette-Jacqueline Brochet, pouse du
- sieur de Cimery, tant pour gages que pour l'entretien
- d'un valet 161 5
-
-_Autres._
-
- A Jeanne-Franoise d'Aigremont-Malivoire 25
- A Marie-Franoise-Victoire Dousset de Saint-Brice 25
- A Antoinette-Marie Drivet de Lau 25
- A Julie-Charlotte-Marie de Cagny[234] 25
- A Marie-Barbe Besnard 25
- A Marie-Marguerite Pernot, pouse du sieur Guichard 25
- A Madeleine-Flicit de Casaubon, veuve Delor
- femme de Saint-Gand 25
- A Marie Langaudre-Tergat
- A la dame Roube
- A Sophie-Locade le Gagneur
- A Marie-Thrse Lalin de Navarre
- A la dame Duprat, pouse du sieur Malmain
- La demoiselle Charlotte-Rosalie Damesme, la demoiselle
- Jeanne-Julie d'Harmeville, la demoiselle de Montgiroux,
- la demoiselle Malivoire, la demoiselle la Caze,
- la dame Perronnel, la demoiselle Guroult de MacCarty,
- surnumraires Mmoire.
-
-_Coiffeuses._
-
- A la demoiselle Jean-Baptiste Jaime 25#
- A la demoiselle Marguerite Rosalie le Guay 25
-
-_Blanchisseuse._
-
- A Marie-Thrse Albert 5
-
-_Empeseuse et faiseuse de collerettes._
-
- A la demoiselle Marie-Catherine Defforges 5
- A elle pour faon, fournitures et charbon 300
-
-_cuyer ordinaire._
-
- Au sieur Dubourquet de Saint-Pardoux 300
-
-_Porte-manteau._
-
- Au sieur Martineau 150
-
-_Valets de chambre._
-
- A Jean Branger 50
- A Didier Viard 50
- A Sorel 50
- A Renault 50
-
-_Garons de la chambre._
-
- A Jean-Pierre Duval 25
- A Jacques Corset 25
- A Sbastien Thirgarder Duparc 25
- A Deshayes 25
-
-_Valet de chambre tapissier._
-
- A Antoine Jubin 75
- A lui pour fournitures 75
-
-_Valets de garde-robe._
-
- A Jean-Baptiste Vatel 25
- A Nicolas Vatel 25
-
-_Portefaix._
-
- A Franois Girard 7 10s
- A Camille 7 10
-
-_Porte-chaise d'affaires._
-
- A Catherine-Agathe Lefebvre, femme Longpr 50
- A elle, pour ses fournitures 15
-
-_Argentier._
-
- Au sieur de Laulhannier 100
-
- Somme totale 6,787# 10s
-
-[Note 234: Retire le 14 janvier en 1787, remplace par la demoiselle
-Malivoire.]
-
-Garde de mon Trsor royal, Me Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes,
-payez comptant au sieur Randon de la Tour la somme de six mille sept
-cent quatre-vingt-sept livres dix sols, pour employer au fait de sa
-charge mme, icelle dlivrer aux personnes dnommes au prsent tat,
-pour leurs gages pendant le quartier de janvier de la prsente anne.
-
- Fait Versailles, le 1er avril 1786.
-
- Collationn.
-
- Le baron de BRETEUIL.
-
- * * * * *
-
-IV.
-
-MEUBLES DE L'APPARTEMENT DE MADAME LISABETH AU CHATEAU DE VERSAILLES
-EN 1787.
-
-_Premire antichambre._
-
- 2 banquettes couvertes d'ouvrage de Savonnerie, fond bleu, dessin de
- diverses couleurs, de 6 pieds de long sur 18 pouces de profondeur,
- garnies de frange de soie torse de plusieurs couleurs; les bois
- peints, l'une en rouge et filets dors, et l'autre en blanc.
-
- 2 tabourets de panne cramoisie, bois dors.
-
- 1 lustre de fer quatre branches peint en blanc, et binets en
- cuivre de 18 pouces de haut, avec un cordon de soie cramoisie et or.
-
- 1 commode de bois de noyer de 3 pieds 1/2 de long, 20 pouces de
- profondeur et 32 pouces de haut, ayant 4 tiroirs, dont 2 grands et
- 2 petits, fermant clef, garnie d'entres de serrures et portant de
- bronze en couleur d'or.
-
- 1 petite table de sapin pliante.
-
- 1 miroir de toilette bordure de noyer.
-
- 1 chaise de paille.
-
- 1 paravent de 8 feuilles de 20 pouces sur 6 pieds de haut, couvert
- en toile d'Alenon cramoisie.
-
- 1 paravent de 6 pieds de haut 6 feuilles de 20 pouces de large,
- couvert idem.
-
-_Deuxime antichambre._
-
- 1 portire du char or de 2 aunes 1/4 de cours sur 2 aunes 7/8 de
- haut.
-
- 1 portire semblable la prcdente.
-
- 2 tabourets de panne cramoisie bois dors.
-
- 1 tabouret de panne idem, bois peint en rouge et filets dors.
-
- 1 paravent de 6 feuilles de 6 pieds de haut, couvert de drap rouge
- des deux cts, clou de cloux dors sur galon d'or faux.
-
- 4 parties de rideaux de croises de 2 ls, chacune de grosdetours
- cramoisi, sur 11 pieds 6 pouces de haut, bordes de galon de soie.
-
- 1 grille 4 branches, pelle et pincette de fer.
-
- 1 petit lustre de grenailles et petites poires 8 bobches, monture
- dore, 21 pouces de diamtre sur 32 pouces de haut, avec un cordon
- de soie cramoisie et or.
-
- 2 commodes plaques de bois de rose et violette, chacune de 4 pieds
- de long, 23 pouces de profondeur sur 31 pouces de haut, ayant 4
- tiroirs, dont 2 grands et 2 petits, fermant clef, garnies
- d'entres de serrures, portants et chaussons de cuivre dor d'or
- moulu, avec dessus de marbre brche d'Alep, dont un cass par le
- milieu.
-
- 1 table ronde ployante de bois d'acajou de 5 pieds de diamtre,
- couverte de velours verd, pieds tourns.
-
- 1 petite table crire de bois de noyer.
-
- 1 critoire en pupitre portatif de bois rose et violet, garnie
- d'encrier, poudrier et bote ponge d'argent, argenterie non
- numrote ni poids marqu.
-
- 1 commode de bois de noyer 2 grands et 2 petits tiroirs, orne de
- portants et entres de serrures en couleur, avec dessus de marbre de
- 3 pieds 1/2 de large, 22 pouces de profondeur.
-
-_Pice ct pour les garons de la chambre._
-
- 1 couchette 2 chevets de 3 pieds de large, fond sangl, garnie
- de roulettes galets.--Le coucher compos de: 1 sommier crin et
- toile carreaux;
-
- 2 mattelas de laine et toile idem;
-
- 1 lit et 1 traversin de plume et coutil;
-
- 2 couvertures de laine;
-
- 2 rideaux d'alcve 4 ls chaque sur 11 pieds 1/2;
-
- 1 pente de 6 pieds de long, le tout de fleuret bleu et blanc;
-
- 2 parties de rideaux de croise d'un l chaque de toile de coton sur
- 6 pieds de haut;
-
- 1 table de htre avec un tiroir la face de 3 pieds 1/2 de long, 2
- pieds de profondeur;
-
- 6 chaises de paille satine verd et blanc.
-
-_Cabinet, ou Pices de nobles en t._
-
- 1 meuble de damas de Gnes cramoisi, orn de grand et petit galon,
- avec frange et molet en or, consistant en:
-
- 12 ployants garnis d'un grand galon de 20 lignes et d'un autre de 12
- lignes, avec frange de 3 pouces, et les bois sculpts dors;
-
- 1 paravent de 6 feuilles de 4 pieds de haut, orn des mmes galons,
- et clou triple rang de cloux dors sur galon d'or fin et
- charnires en toffe;
-
- 1 cran sculpt et orn idem;
-
- 6 parties de portires de 3 ls chacune, orns aux montants et
- travers du haut de molet et frange d'or par le bas, doubles de
- taffetas, sur 10 pieds de haut;
-
- 6 parties de rideaux de croises de 2 ls chacune de grosdetours
- cramoisi, avec frange et mollet d'or idem, sur 12 pieds de haut;
-
- 6 parties de rideaux de vitrage d'un l 1/2 chaque de mousseline
- raye et brode sur 4 pieds de haut;
-
- 2 encoignures de marqueterie plaques en bois satin et champ de
- bois d'amaranthe, ouvrant un venteau dont le devant est orn d'un
- vase de fleurs plaqu sur fond de bois gris satin, la frise
- tiroir plaqu en bois vert, ornes de moulures, encadrements de
- panneaux cisels, rinceaux, pieds et chtes de pilastres, frise
- entrelacs d'ornements, le tout en bronze dor d'or moulu et dessus
- de marbre fin de 25 pouces de profondeur sur 34 pouces 1/2 de haut;
-
- 2 lustres 6 lumires de cristal de Bohme, montures dores, de 26
- pouces de diamtre sur 3 pieds 9 pouces de haut, avec:
-
- 2 cordons et 4 glands en soie cramoisie, orns de cartisanne et
- couronnes;
-
- 4 girandoles 5 lumires de cristal de Bohme termines par une
- fleur de lys, montures de cuivre dor, trpied et plateaux en
- bronze dor, 30 pouces de haut, 16 pouces de large;
-
- 1 feu 4 branches recouvrement orn sur le devant de postes et
- doubles pilastres surmonts de cassollettes et couronne, boucliers
- poss au centre du recouvrement, le grand socle consoles surmont
- d'un vase anses, orn de guirlandes, termin par une flamme de
- bronze dor, 17 pouces de haut sur 17 de large;
-
- 2 paires bras de chemine trois branches, celles de ct torses et
- toutes trois fixes sur une gane orne de palmettes, avec frises
- entrelacs surmontes d'un vase cannelure torse et anses
- d'ornement termin par un bouton de graine, 22 pouces de haut, 17
- pouces de large, bassin cannelure et festons;
-
- 1 belle pendule de chemine en marbre blanc reprsentant un portique
- d'architecture orn dans la frise du bas de 3 bas-reliefs, l'un
- caractrisant la Paix, l'autre l'Abondance, et l'autre la Gloire
- tenant un buste oval, figure d'Henri IV; le portique orn de
- pilastres cannels et moulures au contour du chapiteau oves et
- dards, surmont d'un vase anses et paquets de laurier sur le
- ceintre du chapiteau, la pendule place au centre du portique dans
- sa bote ornements; le tout de bronze dor au mat, ainsi que la
- lentille, figure de soleil, de 26 pouces de haut sur 15 pouces de
- face, par Lpine.
-
-_Pice des nobles en hiver._
-
- 1 meuble de velours de soie cramoisi doubl de grosdetours cramoisi,
- orn de 2 galons d'or, dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes
- 1/2, consistant en:
-
- 6 parties de portire de 3 ls chacune doubles de grosdetours et
- ornes des 2 galons, sur 10 pieds 4 pouces de haut;
-
- 1 paravent de 6 feuilles sur 4 pieds, charnire en toffe, chaque
- feuille orne des 2 galons, 1 rang de cloux dors au pourtour et 1
- rang idem sur le champ, sur galon d'or fin;
-
- 1 cran coulisse, le chssis orn des 2 cts des 2 galons d'or
- avec tresse et galon d'or, le bois sculpt dor;
-
- 11 pliants orns des 2 galons et frange de 3 pouces en or, les bois
- sculpts dors.
-
- Les rideaux de croises servent pour les deux saisons: voyez le
- meuble d't l'Inventaire.
-
-_Chambre coucher en hiver._
-
- 4 parties de portires de 3 ls chacune, de velours, doubles de
- grosdetours cramoisi sur 2 aunes 7/8 de haut, ornes de 2 galons,
- dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes 1/2 de large.
-
-_Chambre coucher en t._
-
- Un meuble de damas de Lyon verd, dessin palmes, orn de grand et
- petit galon la Bourgogne et frange d'or, suivant le dtail
- ci-aprs, les pentes chantournes et soubassements orns de
- broderie d'or.
-
- 1 tapisserie en 3 pices galonnes de grand et petit galon d'or,
- contenant ensemble 47 pieds 9 pouces de cours sur 14 pieds 2
- pouces de haut, double de toile.
-
- 1 lit colonnes 2 chevets de 5 pieds de large, 6 pieds 1/2 de
- long, 11 pieds 6 pouces de haut, impriale en voussure surmonte
- d'une corniche sculpte feuilles d'acanthe et perles; la
- couchette 2 dossiers chantourns bois couvert, ainsi que les
- soubassements; le bois peint en blanc, ferrures apparentes,
- double-tringles et agraffes dores, garniture de roulettes
- querre et chassis du fond sangl.
-
- Les toffes composes d'une impriale et son petit fond double
- galon, 4 petites pentes ornes de frange par le bas et petit galon
- par le haut; 4 grandes pentes ornes de grand et petit galon,
- frange de 4 pouces brode en ornements sur le corps, 2 chantourns
- double face brods _idem_ et orns de grand et petit galon, 3
- soubassements brods, galonns comme les grandes pentes avec
- frange par le bas; 4 rideaux de 7 ls chaque orns de grand et
- petit galon sur les montants travers du bas et cantonnires, 4
- foureaux des colonnes en damas, 4 embrasse-rideaux en gros cordon
- d'or avec glands _idem_;
-
- 1 courtepointe orne d'un grand et deux rangs de petit galon;
-
- 2 rideaux d'entour de 7 ls chaque bords au pourtour de petit
- galon et double-rang sur les montants des cantonnires du devant
- seulement en grosdetours verd.
-
-Le coucher compos de:
-
- 4 malelats laine et futaine;
-
- 1 lit et 2 traversins de duvet et basin avec souilles de taffetas
- blanc;
-
- 4 parties de portires de 4 ls chacune, galonnes d'un grand et
- petit galon d'or, doubles de grosdetours, sur 10 pieds de haut;
-
- 2 parties de rideaux de croises de 2 ls chaque en grosdetours
- verd, ornes d'un petit galon d'or au pourtour, sur 13 pieds de
- haut, remplies 11 pieds 6 pouces;
-
- 2 fauteuils pieds gaine, cannelures torses sculptes de culots
- enfils dans la ceinture du sige, _idem_ aux accotoirs avec
- palmettes, feuilles d'eau refend au pourtour du dossier, garnis
- et couverts comme le meuble avec grand et petit galons, clous de
- cloux dors sur galon d'or fin, les bois sculpts dors;
-
- 2 carreaux orns de 1 grand et 2 petits galons avec 4 glands d'or
- aux coins desdits;
-
- 8 ployants garnis de large galon et frange d'or; 1 cran garni de
- large galon et d'un gland d'or avec sa tresse de soie verte; 1
- paravent de 6 feuilles bois couvert des 2 cts, garni d'un
- grand galon d'or, et triple rang de cloux dor sur galon d'or fin,
- sur 4 pieds de hauteur; le bois sculpt dor; le tout avec housses
- de grosdetours;
-
- 1 marchepied 2 degrs de damas cramoisi avec sa housse de
- grosdetours verd;
-
- 1 commode de marquetterie dessus de marbre verd campan, ayant 5
- tiroirs dont 2 grands et 3 petits dans la frise, plaqu en bois
- verd, 4 paneaux de ct en bois satin avec filets noir et blanc
- et champ de bois d'amaranthe, une table saillante au milieu,
- reprsentant un trophe pastoral et vase en placage sur fond de
- bois gris satin, les arrire-corps en mosaque de bois ombrs sur
- fond mme bois; ladite commode orne de socle, pieds rouleaux et
- palmettes ornes de gaine, chtes et paquets de laurier, cadres de
- panneaux, moulures unies chapelets et feuilles, rais-de-coeur,
- et rosettes guirlandes de laurier et chtes en paquet, portants
- ornements et corbeilles, la frise du centre en entrelacs,
- rosettes et culots, le tout de bronze dor d'or moulu, longue de 5
- pieds 1/2 sur 25 pouces de profondeur et 37 pouces de haut;
-
- 1 feu dont la grille 4 branches en 2 parties de fer poli de 23
- pouces de profondeur, ayant chacune sur le devant une forte
- garniture recouvrement de bronze cisel et dor d'or moulu, orn
- d'entrelacs et rosettes, et sur le dessus d'une volute palmettes
- et laurier en paquet, et petit vase anse de 15 pouces de haut,
- le grand socle pidouche orn de guirlandes de fleurs,
- d'entrelacs dans la frise, surmont d'un fort vase cannelures et
- godrons, guirlandes de laurier anses et tte de blier, termin
- par un bouton de graine, 22 pouces de haut sur 18 pouces de face,
- avec pelle, pincette et tenaille garnies de boutons de cuivre
- cisels et dors;
-
- 1 lustre de cristal de Bohme 8 lumires accouples sur double
- bobche, monture dore, 32 pouces de diamtre sur 3 pieds 6 pouces
- de haut, avec 1 cordon et 2 glands de soie verte et or, orn de
- cartisanne d'or;
-
- 2 paires de bras 3 branches, celles de ct torses, ornes de
- palmettes et graine, cannelure et godrons, binets festons, la
- gaine palmettes et culots avec frise entrelacs surmont d'un
- bouton de graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large;
-
- 1 belle pendule de chemine en marbre blanc, architecture et
- chapiteau, le socle orn de frises entrelacs d'ornements, port
- par 8 pidouches, une double frise _idem_ avec moulure, cisels,
- surmonts de 2 enfants soutenant le chapiteau et portant une
- guirlande de fruits et fleurs, le dessous du chapiteau orn d'oves
- et surmont d'un nuage et de deux enfants, l'un tenant une
- couronne et l'autre traant une carte gographique, la pendule
- place au centre du chapiteau avec son cadre de bronze cisel dor
- d'or mat, 19 pouces de haut, 21 pouces de face;
-
- 1 cran de bois d'acajou chssis de taffetas verd;
-
- 2 rideaux de vitrage d'un l 1/2 chaque, de mousseline raye et
- brode sur 4 pieds de haut.
-
-_Meuble d'hyver._
-
- Un meuble de velours de soie cramoisi orn de frange et galon
- d'or, consistant en:
-
- 1 lit la duchesse, compos de trois grandes et 4 petites pentes
- enrichies de feuilles et ornements de broderie, et de 2 galons
- d'or garnies de grande frange d'or, fond grand, dossier chantourn
- aussi brod en or, bonnes-grces en dedans et au dehors,
- courtepointe garnie de sesd. 2 galons et 3 soubassements garnis
- desd. galons et frange, et 2 rideaux sur 3 au. 1/4 de haut, garnis
- desd. galons et doubls de grosdetours cramoisi, avec 4 pommes, 4
- bouquets de plumes et 4 aigrettes.
-
- Le bois du lit fond sangl en 2 parties dont les vis sont
- dores, de 5 pieds de large, 6 pieds 4 pouces de long, sur 12
- pieds 1/2 de haut.
-
-Le coucher:
-
- 3 fauteuils carreaux, 12 ployants, 1 cran, 1 paravent de 6
- feuilles sur 4 pieds de haut; garni d'un galon d'or avec une
- tresse l'cran, les bois sculpts dors;
-
- 4 portires (pour cet article, voir, page 536, _Chambre coucher
- en hiver_: 4 parties de portires, etc.)
-
- 4 parties de rideaux de croises de 2 ls chacune de grosdetours
- cramoisi, garnis de galon d'or sur 13 pieds de haut.
-
- Pices tapisserie, dessin de Teniers, de la manufacture de
- Beauvais.
-
-_Grand cabinet._
-
- Un meuble de grosdetours fond blanc bouquets et ruban bleu
- brochs, encadr de bordures de mme toffe, dessein treillage
- verd et fleurs, profilet de milleret verd, et orn d'une crte de
- soie nue assortie, consistant en:
-
- 1 lit de repos de 6 pieds de long et 27 pouces de profondeur,
- garni plateforme, 1 matelas portant son soubassement drap, orn
- de frange et glands, 3 oreillers avec 4 glands chacun; les
- oreillers garnis de mouchoirs de taffetas blanc.
-
- Au dessus dud. lit de repos: 1 pente drape de 6 pieds de long
- avec charpe de 2 pieds 6 pouces, frange et 8 galons doubls de
- grosdetours blanc, 2 charpes doubles en bonnes-grces de 2 ls
- chaque, encadres, orns de molets et frangeou doubles de
- taffetas blanc avec cordon et 6 glands de 9 pieds de haut;
-
- 5 cordons de soie nue, dont 4 avec glands.
-
- 2 bergres quarres, 2 bergres ceintres, 8 fauteuils, 6 chaises,
- carreaux, 1 chaise sans carreau, 1 cran chapeau, garnis de
- crte, les bois sculpts rais-de-coeur et perles la ceinture,
- pieds gaine, palmettes et pilastres aux consoles rais-de-coeur,
- ficelle et pommes de graine au dossier peint en blanc avec
- mouchoir de taffetas blanc.
-
- A la croise: une pente drape et ses deux charpes de 3 pieds de
- long, 2 doubles charpes en bonnes-grces encadres et bordes de
- molet et frangeou de 12 pieds de haut, garnies de 12 glands,
- cordon et noeuds d'embrasses;
-
- 2 parties de rideaux de croise de 2 ls de grosdetours blanc,
- avec grande bordure et molet de soie nue;
-
- 2 parties de rideau de vitrage de 2 ls chacun de taffetas blanc
- sur 5 pieds de haut;
-
- 1 chaise de damas bleu, cloue de cloux dors sur bois moulures,
- pieds gaine peint en blanc;
-
- 3 petits crans de bois d'acajou avec chssis de taffetas
- cramoisi;
-
- 1 lustre 6 lumires de cristal de roche, monture dore,
- garniture de grenailles rosette et en filage et poire depuis 3
- pouces 1/2 2 pouces, la boule de 3 pouces 1/2 de diamtre, le
- lustre de 25 pouces de diamtre sur 36 pouces de haut, avec 1
- cordon, 1 rosasse et 1 gland de soie nue orns de cartisane;
-
- 1 feu 4 branches et recouvrement avec frise sur le devant
- ornes entrelacs rosettes, culots et cadres de perles, le
- dessus orn de branches et fruits de vigne, sur le dedans un socle
- colonne cannele sur piedouche, surmont d'un nuage et de 2
- tourterelles; le grand socle cannelures et tigettes avec
- guirlandes de fleurs et fruits de vigne, surmont d'un vase
- cassolette trpied et tte de satyre; le corps de la cassolette
- cannelures torses, termin par une flamme, 17 pouces de haut sur
- 16 pouces de large, bronze dor, pelle, pincette et tenaille
- boutons dors;
-
- 2 paires de bras trois branches, celles de ct torses, ornes
- de palmettes et graine, cannelures et godrons, binets festons,
- la gaine palmettes et culots avec frise entrelacs surmont
- d'un vase anses et cannelures torses, termin d'un boulon de
- graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large.
-
- A la croise, 1 store de 6 pieds 6 pouces de large, avec son
- taffetas de 12 pieds de haut.
-
-_Garde-robe._
-
- 1 table de nuit de bois d'acajou 2 tablettes de marbre blanc
- vein, ayant un tiroir droite bouton et rosette de bronze en
- couleur.
-
-_Escalier qui conduit du grand cabinet la bibliothque._
-
- Les marches couvertes en moquettes.
-
- Le mur tendu en gros de tour bleu.
-
- La rampe garnie et couverte de fleuret bleu.
-
- 1 cordon d'cuyer en fil bleu.
-
-_Pice du billard et bibliothque._
-
- Un meuble de damas (de Lyon) verd et blanc, dessin figures
- enfants, cascades et fleurs, orn de frange, glands, cordon et
- crte la niche.
-
- 1 pente et 2 doubles charpes de 6 pieds 4 pouces de haut, le tout
- de 22 pouces de long, doubles de grosdetours verd avec cordon, 10
- glands, 2 noeuds et une cocarde.
-
- 1 banquette plateforme de 6 pieds 2 pouces de long sur 27 pouces
- de profondeur, avec son matelas, le devant relev en draperie avec
- 8 glands; 3 oreillers garnis de 4 glands chacun, 2 rondins avec 2
- glands chacun.
-
- 1 canap joncs ferm de 5 pieds 6 pouces, garni plateforme
- avec son matelas, soubassement drap orn de frange et 6 glands, 2
- carreaux et 2 rondins garnis de glands; le tout en damas verd et
- blanc, orn de crte assortie, le bois moulures peint en blanc.
-
- 2 bergres, 8 fauteuils, carreaux, 1 cran chapeau, couverts
- dudit damas, orns de crte assortie cloue, bois moulures
- peints en blanc.
-
- 1 pente drape formant le ceintre de la croise, orne de 8 glands
- et 1 noeud.
-
- 1 tapis de pied moquette, dessin cordon jaune mdaillons de 9
- ls et 2 bandes, non compris bordure sur 16 pieds.
-
- 1 embrassement de croise de 4 ls sans bordure sur 7 pieds 6
- pouces de long, doubl de toile.
-
- 1 bureau plaqu de bois satin et amaranthe de 4 pieds 3 pouces de
- large, 24 pouces de profondeur et 26 pouces de haut avec roulettes
- sous les pieds, une tablette entre les pieds, ceintre, 3 tiroirs
- par devant, fermant clef, dans l'un une critoire portative
- orne de bronze de 9 pouces sur 5 pouces 1/2, garnie d'encrier,
- poudrier, boite ponge de cuivre dor, les pieds gaine, le
- dessus de maroquin verd avec vignette d'or au pourtour, une
- balustrade jour par 3 cts, ainsi que la tablette du dessous,
- avec cadres de panneaux et des pieds en gaine et anneaux de cuivre
- cisel, dor d'or moulu.
-
- 1 feu 4 branches et recouvrement port sur pidouche orn dans
- la frise de rinceaux et pis, et sur le dessus d'entrelacs
- surmonts d'une coque et d'oeufs unis, le grand socle avec frise
- pis, surmont d'un vase uni avec anneaux et chanes, termin
- d'une flamme, 15 pouces de hauteur sur 14 pouces 1/2.
-
- 2 paires de bras 3 branches, dont 2 cannelures, la 3e compose
- de branches, feuilles et fruits de laurier, le tout li d'un ruban
- sur le carquois auquel est runi un arc, le tout portant 30 pouces
- de haut sur 13 pouces de large, carquois et flches de bronze
- dor, or moulu.
-
- 1 billard en bois de chne couleur d'acajou, 5 pieds 9 pouces sur
- 11 pieds de long, couvert de son drap vert clou de cloux dors
- sur galon d'or fin, et garni de tous ses accessoirs.
-
- 1 housse de basanne jaune double de toile verte.
-
- 1 banvole de bois de chne, cordon de banvole en soie verte et
- gland au milieu _idem_.
-
-_Cabinet prs la pice des bains._
-
- Un meuble de damas cramoisi et blanc (de Lyon), dessin cartouche
- de fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre,
- orn de frange, crte et glands.
-
- 7 pices de tapisserie produisant ensemble 12 ls sur 7 pieds de
- haut, borde chacune d'une crte de soie nue.
-
- 4 parties de rideaux de 4 ls 1/2 chacune, doubles de taffetas
- blanc, borde de crte sur 10 pieds de haut, avec 4 noeuds et 8
- glands.
-
- 1 fauteuil quarr, 4 cabriolets, 2 chaises la Reine; ces siges
- sont carreaux couverts dud. damas, clous de cloux dors olive
- avec nervure, les bois sculpts peints en blanc, avec mouchoirs de
- taffetas blanc.
-
- 4 rideaux de vitrage d'un l 1/2 chaque, de mousseline raye et
- brode sur 3 pieds de haut.
-
- 2 _idem_ de porte-vitres d'un l, plisss haut et bas sur 4 pieds
- de haut.
-
- 2 autres _idem_ sur 6 pieds 1/2 de haut.
-
- 2 cordons de sonnette et 2 glands de soie cramoisi et blanc.
-
- 1 encoignure de marquetterie 1 venteau plaqu en bois de
- palixandre, panneau et arrire-corps en mosaque ombr sur fond de
- bois gris satin, la frise du bas en bois gris, celle du haut en
- bois verd, pilastres des pieds en bois gris filets; le tout orn
- de sabots palmettes, rinceaux et moulures, quart de rond
- godrons, cadres, panneaux rais-de-coeur, rosettes aux angles, la
- frise du milieu cannaux et tigettes, celles de ct entrelacs
- d'ornements, rosasses de soleil dans les cases, 1 mdaillon au
- milieu du panneau du centre compos de nuages, carquois et
- tourterelles au cadre, branches de laurier et noeud en ruban, le
- tout en bronze dor d'or au mat, avec dessus de marbre blanc vein
- de 19 pouces de profondeur sur 34 pouces de haut.
-
- Bras de chemine 1 branche garni cannelures et tigettes, port
- par une charpe lie sur un clou de bronze dor, de 13 pouces de
- haut.
-
- 1 feu 4 branches recouvrement anglois orn dans la frise
- d'entrelacs en balustres jour surmont de cornes de brandons
- cannelures, termines de flammes, 10 pouces de haut et 10 pouces
- de large, avec pelle et pincette ornes de boutons.
-
-_Boudoir._
-
- Un meuble de damas cramoisi et blanc de Lyon, dessin cartouche
- de fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre,
- orn de frange, crte et glands.
-
- 4 pices de tapisserie produisant ensemble 8 ls sur 7 pieds de
- haut, borde de crte de soie unie.
-
- 1 lit de repos ou banquette ceintre dans le pourtour de la
- croise, de 6 pieds 8 pouces du derrire et le retour de 4 pieds
- chaque ct, 9 pouces de hauteur de sige, pieds gaine cannels,
- peint en blanc, garni plateforme, un carreau de duvet et coutil
- avec soubassement en draperie garnie de frange avec cordon et 12
- glands chacun et mouchoirs de taffetas blanc.
-
- 1 pente et 2 charpes de 6 pieds 4 pouces de haut doubles en
- taffetas blanc, ornes de frange avec cordon, 12 glands et 1
- noeud.
-
- 2 rideaux de 4 ls chaque, bords de crte, doubls de taffetas
- blanc.
-
- 2 noeuds, cordon et 1 glands.
-
- 3 grands fauteuils, 1 bergre, 4 chaises, carreaux couverts
- _idem_, clous de cloux dors olives avec nervure, les bois
- sculpts, peints en blanc et mouchoirs de taffetas blanc.
-
- 4 cordons de sonnette et 4 glands.
-
- 2 rideaux de vitrage de 2 ls, mousseline raye et brode sur 3
- pieds de haut.
-
- 2 bras une branche, garni, cannelures et tigettes, ports par
- une charpe lie sur un clou, de bronze dor de 30 pouces de haut.
-
- 1 feu 4 branches recouvrement port sur 4 pieds cannels avec
- frise en soubassement orn de palmettes et feuillage, surmont
- d'un rang de perles, le dessus du socle orn d'un sphinx, et
- draperie en bronze dor, or moulu, 10 pouces de haut sur 10 pouces
- 1/2 de large, pelle, pincette ornes de boulons dors.
-
-PREMIRE FEMME DE CHAMBRE.
-
-_Chambre._
-
- Un meuble de toile peinte, fond dessin courant de roses et
- diverses fleurs, bord en galon de soie verd, compos de:
-
- 2 pices de tapisserie, ensemble 10 ls, sur 6 pieds 4 pouces de
- haut;
-
- 1 lit en niche de lad. toile, compos de 3 dossiers, 1 fond sur
- son chassis et la tringle, 1 pente de dehors, 4 pentes de dedans,
- 2 rideaux de 3 ls chacun sur 8 pieds 10 pouces de haut, doubles
- de toile Laval blanche, 2 chantourns doubls de toile d'Alenon
- crue, 1 courtepointe festonne et 2 mains, le tout de toile Laval
- bord de galon de soie verd;
-
- La couchette peinte en blanc 2 chantourns, roulettes galets,
- coulisses dessous, et fond sangl de 6 pieds de long, 3 pieds 4
- pouces de large;
-
- Le coucher compos d'un sommier crin et toile, 2 malelats laine et
- futaine, 1 lit et 1 traversin de plume et coutil, un traversin de
- toile et crin, et 2 couvertures 5 points;
-
- 1 bergre en cabriolet carreau, 2 fauteuils en cabriolet garni,
- 4 chaises la Reine _idem_, couverts de lad. toile avec crte de
- soie nue, bois moulures, peints en blanc;
-
- 1 secrtaire en armoire de bois de noyer couleur d'acajou, de 2
- pieds 1/2 de large sur 4 pieds 1/2 de haut, avec dessus de marbre
- blanc vein avec garniture anneaux dors d'or moulu;
-
- 1 commode de bois de noyer couleur d'acajou 3 grands tiroirs
- fermant clef, garnie d'anneaux et entres de cuivre en couleur
- d'or de 3 pieds 1/2 sur 22 pouces de profondeur, avec dessus de
- marbre blanc vein;
-
- 1 table crire de bois de noyer de 27 pouces de large;
-
- 1 demi-toilette en bois de noyer et sa garniture complette, de 29
- pouces de large, 16 pouces 1/2 de profondeur, et garniture
- complette ordinaire;
-
- 2 chaises de paille satine verd et blanc;
-
- 1 grille 4 branches, pelle et pincette de fer poli, garniture en
- cuivre.
-
-_Salon._
-
- 2 pices de tapisserie contenant ensemble 7 ls 1/2 de toile
- peinte sur 7 pieds de haut, pareille celle du meuble de la
- chambre.
-
- 1 canap jonc de 6 pieds de long, garni la plateforme avec un
- matelas et 2 oreillers de paille carreaux de fonds et dossiers
- de lad. toile.
-
- 1 bergre en bois de tourneur, dossier carreau et jonc, ferme,
- fond de paille et plateforme, avec son carreau en plume de lad.
- toile.
-
- 2 chaises la Reine garnies, bois moulures, peints en blanc,
- couvertes de lad. toile.
-
- 1 rideau d'un l 1/2 de toile de coton sur 3 pieds 1/2 de haut.
-
- 1 grille de fer 4 branches avec pelle et pincette de fer poli.
-
- 1 lit dans une armoire sur un fond sangl bascule, garni de 2
- matelas laine et toile, 1 traversin plume et coutil, 2 couvertures
- laine blanche.
-
-_Petite pice ct._
-
- 1 commode en bois de noyer pieds tourns, 2 grands et petits
- tiroirs, garniture anneaux cisels perles, entres de serrures
- de bronze en couleur de 3 pieds 1/2 de large sur 20 pouces.
-
- 1 miroir de toilette bordure de noyer, garni d'querres et
- charnires de cuivre de 14 pouces sur 12 pouces.
-
- 1 bidet planche de bois de noyer. 2 chaises d'affaires en pot
- oille en bois _idem_.
-
- 3 chaises de paille satine verd et blanc.
-
- 1 dite la capucine.
-
-_Garde-robe aux atours._
-
- 1 lit colonnes de 4 pieds de large, 6 pieds de long et 6 pieds
- de haut, en fleuret ray bleu et blanc.
-
- Les toffes composes d'un fond, 4 petites et 3 grandes pentes, un
- dossier, 2 rideaux de 7 ls chacun, 2 bonnes-grces d'un l 1/2
- sur 6 pieds de haut, 1 chantourn, 1 courtepointe, 2 mains, 4
- fourreaux de colonnes, 4 petites et 2 grandes pentes.
-
- La couchette 1 chevet, fond sangl et roulettes galets.
-
- 2 matelas, dont un de futaine, 1 sommier crin et toile de Flandre,
- 1 lit de plume en coutil, 1 traversin de _idem_, 2 couvertures de
- laine blanche, [le tout] de quatre pieds de large.
-
- Deux parties de rideaux d'un l et demi chaque, sur 6 pieds 4
- pouces de haut.
-
- 4 fauteuils en cabriolet couvert de moquette bleue et blanche, les
- bois vernis.
-
- Une table quadrille pliante, couverte de drap verd; le dessus
- plaqu en damier en bois de merisier et filet.
-
- 6 chaises de paille fine.
-
-_Pour domestique._
-
- 1 lit de sangle de 3 pieds de large, 6 pieds de long, garni de 2
- matelas laine et toile, 1 traversin de plume et coutil, 2
- couvertures de laine.
-
- 1 grille 4 branches 2 pommes, le tout de fer poli.
-
-ARGENTERIE MARQUE E.
-
-_Chambre._
-
-Vermeil.
-
- M. Onc. Gros.
-
- Un crachoir 2 5 6
- Deux flacons et leurs bouchons 4 3
- Deux boites poudre couvertes 6 2
- Une tasse couverte et sa soucoupe 6 5
- Deux gobelets couverts et une soucoupe 4 5 7
- Un pot l'eau et sa jatte ovale 9 5
- Deux boites mouches 1 6 2
- Un coffre aux racines 1 5 6
- Un pot ptes 5 2
- Deux couverts composs chacun d'une cuiller,
- fourchette et couteau, pesant 1 5 2
- Quatre flambeaux de 7 pouces 1/2 de haut 10 4 5
- Un petit bougeoir 1 2 6
- Six assiettes chantournes 16 2
- La garniture du miroir de toilette 9
- Deux flambeaux de poing 11 7 1
- Une gantire 6 4 6
- Un benitier 1 5 1
- Deux petites cuillers caf 2 7
- ------------------------
- 96 6 4
-
-Argent blanc.
-
- 12 flambeaux modle pareil ceux du Roi,
- haut de 9 pouces 2 lignes, avec bobches 42 4 7
-
-
-V.
-
-TAT DES DIAMANTS ET PERLES APPARTENANTS A MADAME LISABETH.
-
-ARTICLE 1er. Une grande paire de girandoles trois poires compose de
-cent trente-six brillants.
-
-ART. 2. Cinq boucles de corset composes de quatre-vingts brillants.
-
-ART. 3. Une montre avec des cercles en diamants et sa chane aussi en
-diamants; la montre et la chane sont composes de cent quarante-trois
-brillants.
-
-ART. 4. Une paire d'anneaux monte en chane, composs de vingt
-brillants.
-
-ART. 5. Douze gerbes composes de neuf cent soixante-six brillants.
-
-ART. 6. Cent soixante et un chtons de brillants monts jour.
-
-ART. 7. Un anneau en diamants, mont jour, compos de treize
-brillants.
-
-ART. 8. Deux bagues formant huit pans avec un gros diamant sur les
-compositions. Plus une bague cheveux avec un entourage compos de
-seize brillants.
-
-ART. 9. Une chane en perles et diamants avec deux barettes; la
-premire barette est compose de deux brillants: la grande barette est
-compose de cinq brillants; les glands, la clef et les porte-mousquetons
-de ladite chane sont garnis de petits brillants.
-
-
-TAT DES PERLES.
-
-ARTICLE 1er. Une paire d'anneaux enfile compose de quarante-deux
-perles.
-
-ART. 2. Une paire de catenats, monte en or avec dix perles sur le
-milieu du catenat et trente-six sur les cts: les douze rangs de
-perles desdits catenats sont composs de deux cent quatre-vingt-huit
-perles.
-
-ART. 3. Cinq boucles de corsets montes en or composes de cent dix
-perles.
-
-ART. 4. Un mdaillon avec un portrait entour de vingt-quatre perles.
-
-ART. 5. Un esclavage compos de cent dix perles.
-
-Plus cinq rangs de perles composs de trois cent trois perles.
-
-Plus un petit rang compos de neuf perles mdiocres.
-
-Plus un anneau mont en or avec des perles.
-
-Plus une bague cheveux avec une perle sur le milieu du cristal.
-
- * * * * *
-
-VI.
-
-TAT DES DISTRIBUTIONS.
-
-_trennes._
-
- Aux cochers et postillons de la grande curie 48#
- Aux grands valets de pied 24
- Aux petits valets de pied 24
- Aux cochers de la petite curie 24
- Aux postillons de la petite curie 12
- Aux palfreniers de la petite curie 12
- Aux porteurs du Roi 24
- Aux valets de pied de la Reine 24
- Aux cochers et postillons de la Reine 24
- Aux porteurs de la Reine 12
-
-_curie de Monsieur._
-
- Aux valets de pied 24
- Aux cochers et postillons 24
- Aux porteurs 12
-
-_curie de Madame._
-
- Aux valets de pied 24
- Aux cochers et postillons 24
- Aux porteurs 12
-
-_curie de Mgr comte d'Artois._
-
- Aux valets de pied 24
- Aux cochers et postillons 24
- Aux porteurs 12
-
-_curie de Madame comtesse d'Artois._
-
- Aux valets de pied 24
- Aux cochers et postillons 24
- Aux porteurs 12
-
-_Garde-meuble._
-
- Aux garons du garde-meuble 48
- Aux garons de boutique 18
- Au suisse du garde-meuble 12
- Au suisse du ct du Roi 24
- Au suisse du ct de Madame 24
- Au suisse de la patrouille 12
- Au suisse de la chapelle 12
- Au suisse des cariolles 12
- Au suisse des bosquets 12
-
-_A plusieurs garons._
-
- A l'allumeur 6
- Au balayeur des cours 6
- Au garon des glacires 12
- Au porteur de bois 12
- Au fontainier 18
- Aux deux frotteurs de l'appartement de Madame 24
- Pour les balais 24
- Au jardinier de l'Orangerie 9
- Au facteur 12
- Aux garons apothicaires 48
-
-_Aux gardes franoises, suisses et autres._
-
- A la musique et tambours des gardes franoises 48
- Aux mmes des gardes suisses 48
- Au tambour du guet de Paris 12
- Au tambour de la ville de Paris 12
- Au tambour des Invalides 12
-
-_Aux Couvents._
-
- Aux Capucins de Meudon 12
- A la Charit de Paris 12
-
-_Gobelet._
-
- Aux garons du gobelet 60
- A l'homme charg de l'eau de Ville d'Avrai et la glace 12
-
-_Bouche._
-
- Aux garons de la bouche 60
- Aux garons de vaisselle 24
- Aux laveurs de vaisselle 12
- Au linger 24
- Aux garons servants 72
- A Maurice 24
- Au commissionnaire de la chambre 24
- A Mme Birebome 24
- A la jardinire de Sceaux 6
- Au porte-table 24
- Aux ramoneurs 12
- Au courrier de la petite curie 12
- A Gedon 6
- Aux frotteurs du Roi 12
- A la porteuse d'eau 12
- Aux ouvriers des latrines 6
- Aux poissardes de Paris 24
- Aux poissardes de Versailles 24
- Aux garons allumeurs de l'appartement 24
- Aux commis des btiments, pour les rverbres 12
- Aux gondoliers 72
- Au domestique de M. Bourdet 12
- Pour la bche de Nol 48
- A l'homme qui monte le charbon chez Madame 12
- Au boulanger de la Reine 24
- Au frre carme qui apporte une bote d'eau 24
- Pour le Journal de Paris 33
- A celui qui l'apporte 3
- Au fontainier qui fournit l'eau des rservoirs des
- bornes 12
- Au laveur des marbres pour toute l'anne 12
- A l'homme qui apporte la Gazette 6
- Au garon de Mlle Moulliard 6
- -------
- Total des trennes 1743
-
-_trennes de la Petite Maison._
-
- A M. Sulot 240
- A Mme Fleury 192
- A Mme Ducoudret 144
- A sa domestique 24
- Au frotteur 72
- Au suisse 72
- A Coupery, premier garon jardinier 96
- Au deuxime garon 72
- A la fille de basse-cour 48
- Au fontainier 12
- A la soeur de Coupery 48
- -------
- Total 1020
-
- _A la fte des jardiniers, Coupery_ 72#
- Au second garon 48
- Aux ouvriers 108
- -------
- 228
-
-_Pques._
-
- Pour la palme 24
- A Notre-Dame pour la permission de faire gras 120
- Pour les pques, chaque paroisse 120# 240
- Aux pauvres de Noyon 24
- Aux 13 couvents de Ste-Claire, chacun 6# 78
- Pour la Terre sainte 6
- Pour la confrairie de Courbevoie 6
- A l'Ave-Maria d'Alenon 6
- A l'Ave-Maria de Pont--Mousson 6
- A l'caillier, la mi-carme 24
- -------
- 534
-
-_Pain bni._
-
- Pain bni du Roi 12
- Pain bni de la Reine 12
- Pain bni de Monsieur 12
- Pain bni de Madame 12
- Pain bni de Mgr comte d'Artois 12
- Pain bni de Mme comtesse d'Artois 12
- Pain bni de Madame lisabeth 12
- Pain bni de Madame Adlade 12
- Pain bni de Madame Victoire 12
- Pain bni de Monsieur le duc d'Orlans 12
- Pain bni de Monsieur le duc de Penthivre 12
- -------
- 132
-
-_Mois de fvrier._
-
- Pour le cierge de la Passion 24
- Pour celui du Saint-Spulcre 24
- Pour celui de Notre-Dame de Bonne dlivrance 24
- -------
- 72
-
-_Mois de mai._
-
- Pour les oranges 24
- Tambours et musique des gardes franoises 48
- Tambours et musique des gardes suisses 48
- Tambours du guet de Paris 12
- Tambours de la ville de Paris 12
- Tambours des Invalides 12
- Pour le beurre de mai 18
- Pour le changement de meuble d't 24
- Pour le menuisier 12
- Pour le serrurier 12
- Pour le vitrier 12
- Pour la brioche des tailleurs de pierre 12
- -------
- 246
-
-_Mois de juin._
-
- Pour les pains de fleurs d'orange 24
- Pour l'eau de fleurs d'orange 24
- -------
- 48
-
-_Mois de juillet._
-
- Pour les brioches au porteur du Roi 24
- Au porteur de la Reine 12
- Au porteur de Monsieur 12
- Au porteur de Madame 12
- Au porteur de Mgr comte d'Artois 12
- Au porteur de Mme comtesse d'Artois 12
- Pour la brioche de la confrairie de St-Christophe 12
- -------
- 96
-
-_Mois d'aot._
-
- Pour le pain bni de St-Roch 12
- Aux Filles de l'Ave-Maria, Capucines de Paris 24
- Tambours et musique des gardes suisses 48
- Tambour du guet 12
- Tambour de la ville de Paris 12
- Tambour des Invalides 12
- Aux poissardes de Paris 24
- Pour le pain bni de la confrairie de St-Roch 12
- Pour le pain bni de la confrairie de St-Louis 6
- -------
- 210
-
-_Mois d'octobre._
-
- Aux Frres des Bons-Hommes, pour du muscat 6
- Pour le raisin d'Alexandrie 12
- Pour le raisin de M. de Talaru 24
- -------
- 42
-
-_Mois de novembre._
-
- Au suisse du garde-meuble pour le changement d'hyver 24
- Aux Hermites de Snart 120
- Au menuisier 12
- Au serrurier 12
- Au vitrier 12
- Aux porteurs de Madame, pour les chaussons 24
- Pour la confrairie de l'Immacule Conception, au mois
- de dcembre 24
- Pour la brioche de Ste-Genevive 12
- Pour le pain bni de St-Antoine, au mois de janvier 6
- -------
- 246
-
-_Voyage de Marli._
-
- Au porteur du Roi 24
- Aux valets de pied 24
- Aux filles de garde-robe 18
- Aux premier et second frotteur 24
- A M. le cur, pour les pauvres 120
- Au facteur 6
- Aux porteurs bles 12
- Aux suisses de patrouille 6
- Aux balayeurs, frotteurs et allumeurs 36
- Aux Soeurs-Grises 96
- Au balayeur de la chapelle St-Louis 6
- Aux gardes-bosquets 12
-
-_Garde-meuble._
-
- Au concierge 48
- Au garon de boutique 9
- A celui qui entre et te les lits 9
- Au garon du garde-meuble 48
- Au Cordelier qui dit la messe 24
- Au matelassier 6
- Au garon de fourire 6
- Au jardinier 9
- Au fontainier 12
- Au petit clerc qui porte l'eau bnite 3
- Aux suisses qui passent la nuit au salon 12
- Autre suisse du salon 12
- Au suisse de la chapelle 12
- Au suisse de la chapelle du commun 12
- Au suisse de la paroisse 6
-
-_Gobelet._
-
- Aux aides du gobelet. 24
- Au matre d'htel qui sert les femmes. 24
- Au matre d'htel des hommes. 12
- Au garon de vaisselle. 12
- Au laveur. 6
- A la lingerie. 12
- Au garon linger. 6
- A Buffigney, porte-table. 6
- Au porte-table de Madame. 3
- ------
- Total du voyage de Marli 717
-
-_Voyage de Compigne._
-
- A M. Bonneval pour les gardes-chasse. 120
- A la concierge du grand chteau. 120
- Aux deux inspecteurs des btimens. 120
- Aux deux suisses du chteau. 24
-
-_Garde-Meuble._
-
- Aux garons du garde-meuble. 72
- Au suisse du garde-meuble porteur. 24
- Au garon de boutique. 12
- Au commis du garde-meuble mis par M. de Pommery. 48
-
-_A l'glise._
-
- Au cur de St-Jacques. 48
- Au cur de St-Antoine. 48
- Aux Soeurs de la Charit de St-Jacques. 24
- Aux Soeurs de la Charit de St-Antoine. 24
- A l'Hpital gnral. 24
- A la tourire des Carmlites. 9
- A la tourire de St-Marie. 9
- A la tourire de l'Htel-Dieu. 9
- Aux Jacobins. 9
- Aux Cordeliers. 9
- Aux Capucins. 24
- Aux prisonniers. 24
- Au suisse de St-Jacques. 12
- Au bedeau de St-Jacques. 12
- Aux Frres des colles. 12
- Aux Minimes. 9
- Au suisse de St-Corneille. 9
- Aux Carmlites. 240
- Pour la qute des ftes et grandes messes. 288
- Pour les qutes de St-Jacques. 120
-
-_A plusieurs garons._
-
- A l'inspecteur pour distribuer aux ouvriers,
- chacun 6 fr. 60
- A l'allumeur. 6
- Au balayeur. 6
- A celui qui nettoye les privs. 6
- A l'homme des glacires. 6
- Au valet de ville. 12
- Au jardinier. 6
- Aux tambours de ville. 6
- Au portier de la terrasse. 6
- Au frotteur du chteau. 12
- Au pompier. 6
- Au poseur de sonnettes. 6
- Au facteur. 6
- Au garon de fourire. 6
- Aux deux garons qui apportent le bois. 6
-
-_curie._
-
- Aux porteurs de Madame. 24
- Aux valets de pied. 48
- Aux courriers. 48
-
-_Gobelet._
-
- Aux aides du gobelet. 24
- Au garon de vaisselle. 12
- Au laveur de vaisselle. 12
- Au garon qui apporte la glace. 12
- Au linger. 6
-
-_Bouche._
-
- Aux aides de la bouche. 24
- Aux garons servants. 24
- Pour le boudin de sanglier. 18
-
-_Pain bni._
-
- Celui du Roi. 12
- Celui de la Reine. 12
- Celui de Monsieur. 12
- Celui de Madame. 12
- Celui de Mgr comte d'Artois. 12
- Celui de Madame comtesse d'Artois 12
- Celui de Madame lisabeth 12
- Celui de Madame Adlade 12
- Celui de Madame Victoire 12
- Gratification aux valets de garde-robe 120
- -------
- Total du voyage de Compigne 3720
-
-_Voyage de Fontainebleau._
-
- Au concierge du grand chteau, cour royale 120
- Au concierge de la cour du Cheval blanc 36
- Au concierge de la cour des cuisines 36
- A l'inspecteur des btimens 96
- Au suisse du chteau 18
- Aux gardes-chasses 96
- A l'inspecteur des btimens, pour distribuer aux
- ouvriers 60
- Au balayeur 6
- Au fontainier et plombier 6
- Aux frotteurs de Madame lisabeth 24
- Au garon de fourire 6
- Au porteur d'eau 6
- A celui qui nettoye les privs 6
- A l'allumeur 6
- A celui qui apporte le sucre d'orge de Moret 12
- Au frotteur de Fontainebleau 12
- Pour le boudin de sanglier 18
- Au facteur 6
- Au jardinier de l'orangerie 12
- Au jardinier du potager 12
- Aux paysans de la Fontaine-Madon 48
- Au ramoneur 6
- Aux journailliers qui passent les nuits de veille 12
-
-_Garde-meuble._
-
- Aux garons du garde-meuble 72
- Aux garons de boutique 24
- Aux portefaix du garde-meuble 24
- Aux commis du garde-meuble 48
-
-_A l'glise._
-
- Aux Carmes des Basses-Loges 48
- Aux Filles bleues 96
- Au cur de la paroisse 48
- A la Charit d'Avons 24
- Aux Soeurs de la Charit 24
- Aux Soeurs des coles 24
- Aux Capucins de Melun 6
- Aux Recolets de Melun 6
- Au bedeau et au suisse qui apportent le fruit de la
- ville 24
- Au clerc de la chapelle de la cour ovale 6
- Au bedeau de la chapelle 12
-
-_Gobelet._
-
- Aux aides du gobelet 24
- Au garon de vaisselle 12
- Au laveur de vaisselle 6
- Au garon linger 6
- A celui qui apporte la glace 6
-
-_Bouche._
-
- Aux aides de la bouche 24
- Aux garons servants 24
-
-_curie._
-
- Aux porteurs 24
- Aux valets de pied 48
- Au courrier 48
- Aux cochers du Roi 96
-
-_Pain bni._
-
- Pain bni du Roi 12
- Pain bni de la Reine 12
- Pain bni de Monsieur 12
- Pain bni de Madame 12
- Pain bni de Mgr comte d'Artois 12
- Pain bni de Madame comtesse d'Artois 12
- Pain bni de Madame lisabeth 12
- Pain bni de Madame Adlade 12
- Pain bni de Madame Victoire 12
- Gratification aux valets de garde-robe 120
- -------
- Tot. du voy. de Fontainebleau 1692
-
-_Voyage de Trianon._
-
- Au garde-bosquets. 12
- A l'homme qui nettoye les flambeaux. 6
- Pour le gobelet Mrs Grandeau et Bernard. 7
- ------
- Total du voyage de Trianon. 384
-
-_Voyage de Saint-Cloud._
-
- Aux garons du chteau. 96
- A la lingerie. 24
- Aux filles de garde-robe. 12
- Aux frotteurs. 24
- Aux porteurs de lits. 24
- Au matre d'htel des femmes. 24
- Au matre d'htel des hommes. 12
- Aux hommes qui portent l'eau. 24
- Aux deux facteurs. 24
- Aux trois suisses des appartements. 72
- A Julie. 24
- A celui qui nettoye les flambeaux. 12
- Aux aides du gobelet. 72
- -----
- Tot. du voyage de Saint-Cloud. 444
-
- * * * * *
-
-VII.
-
-TAT DES PENSIONS QUE FAIT MADAME et dont madame Desguichard est
-charge.
-
- A l'homme qui a soin de Panurge. 288#
- A Mrs les curs pour aumnes. 1728
- A M. Boyli. 600
- A M. Gayette. 600
- A Mlle Le Gagneur. 400
- A la protge de Mme de Tilly. 200
- A Mme Malivoire. 600
- A M. Malivoire le fils. 500
- A Mlle Benard. 600
- A Mme de Cagny. 600
- A Mme de l'Eau. 600
- A Mme de Mongiraud. 1200
- A Mlle de Loyens, payer M. de Gassouville. 300
- A M. Pernot bon. 200
- A M. l'abb de Montaigu, pour M. de Nancr. 400
- A Mlle Dorival, pour Mlle de Berne, l'ane. 300
- A Mlle de Berne, la cadette. 150
- A la protge de Mme d'Aumale. 300
- A Mlle Welfeld. 300
- A M. Coquelin. 300
- A M. Nol Offroy, ancien porteur. 144
- A M. Klein de Vilquoy. 144
- A la veuve Grandin. 72
- Aux Filles violettes. 72
- A Marianne Pinois. 72
- A Pierre. 200
- A Joseph Pauleur Bictre, payer M. Duval. 150
- A La Plasse, maon. 72
- A la soeur de Coupery. 600
- Au courrier. 288
- A la porteuse d'eau. 144
- A la femme Mercier. 144
- A Mme de Melardin, pour l'entretien de sa fille. 144
- A Mlle Le Gagneur, pour l'apprentissage d'un enfant. 72
- A la veuve Bosserelle. 72
- Au petit Louis. 36
- A la nourrice de Mlle Malivoire. 36
- A Mme Marchal de Vassant. 200
- A M. l'abb Le Sure. 150
- A Mlle Pierre. 72
- Pour les enfants Millard. 144
- A la soeur Franoise, pour la veuve Dubois. 144
- A la veuve Marquis. 72
- A la femme Le Rte. 72
- A la veuve Boissant. 72
- A la femme Chinevrier. 72
- Au petit garon qui est Paris. 120
- Au petit garon de la femme Robinet. 36
- Au vacher suisse. 1095
- A M. de Boisgelin pour une place fonde. 300
- A Mlle de Pelleport, payer en avril. 300
- A M. de Jussan, payer M. de Bon. 48
- A Mlle Dorival, pour des pauvres. 72
- A la boulangerie de pain de seigle. 144
- -----
- Total des pensions par anne
- que paye Mme Desguichard. 15741
-
- Le douzime. 1311# 15s.
-_Pensions par quartier._
-
- A M. Bolly. 150
- A Mlle Dorival, pour des pauvres. 18
- A M. Gayette. 150
- A Mme Malivoire. 150
- A M. Malivoire fils. 125
- A Mlle Bnard. 140
- A Mme de Lau. 150
- A Mme de Mongiraud. 300
- A Mme de Cagny. 150
- A M. de Gassonville, pour Mlle de Loyens. 75
- A M. l'abb de Montaigu, pour M. de Nancr. 100
- A Mme d'Aumale, pour sa protge. 75
- A Mme de Tilly, pour une demoiselle de condition. 50
- A Mlle Le Gagneur. 100
- A Mlle Dorival pour Mlles de Berne. 112# 10s
- A M. Pernot bon. 50
- A Mme Wilfeld. 75
- A M. Coquelin. 75
- A Pierre. 50
- A M. Klein de Vilquoi. 36
- A Nol Offroy. 36
- A M. Duval, pour Joseph Pauleur. 37 10
- A Marianne Pinois. 18
- Aux Filles violettes. 18
- A la veuve Grandin. 18
- A La Plasse, maon. 18
- A Mme Marchal de Vassant. 50
- A M. l'abb Le Sure. 37 10
- ----------
- 2374
-
- Le tiers est de 791# 6s. 8d.
-
-_Pensions payer par mois._
-
- A Messieurs les curs 144
- Au courrier 24
- A la porteuse d'eau 12
- A la femme Mercier 12
- A la soeur de Coupery 50
- A la veuve Bosserel 6
- Au petit Louis 3
- A la nourrice de Mlle Malivoire 3
- A Mme de Milardin pour l'entretien de sa fille 12
- A Mlle Le Gagneur, pour l'apprentissage d'un enfant 6
- A la boulangre de pain de seigle, mme poque pour
- l'anne 12
- A la soeur Franoise, pour la veuve Dubois 12
- A Mme Royer, pour les enfants de Millard 12
- A Mlle Dauge, pour Mlle Pierre 6
- Au vacher suisse 91 5
- A la femme Le Rte 6
- A la veuve Boissant 6
- A la veuve Marquis 6
- A la femme Chenevrier 6
- A Foucaut pour le mois du chien 24
- A l'enfant de la femme Robinet 3
- Au petit garon qui est Paris 10
- ------
- 466# 5s.
-
-_Pensions payer par madame de Cimeri._
-
- A Mme Sulpice 1200
- A Marie Micot 200
- A Mlle Duprat 200
- A Mme Desforges 200
- A M. Blaremberg 600
- A Mlle Malivoire 600
- A Mlle Testar 400
- A Mme de Cailus 400
- A Mme L'chevin 400
- A Marianne 72
- A Vendoulet 192
- Aux porteurs des femmes 360
- A Marie 100
- A Mme Quotrot 250
- A la petite Pchs 150
- A Camille 150
- A M. de Rousse 864
-
-Pay en janvier.
-
- A M. du Mignau 150
- A M. Pascal 70
- Au garon du gobelet 12
- Au suisse de la chapelle 48
- A M. Pascal en feuvrier 120
- -------
- Total des pensions payes
- Mme de Cimery 7038
- Le douzime 586# 10s
- L'abb Osselin 400
-
-_Pensions payer par quartier._
-
- A Mme Sulpice 300
- A Marie Micot 50
- A Mlle Duprat 50
- A Mme Desforges 50
- A Mme Blaremberg 150
- A Mlle Malivoire 150
- A Mme Testar 100
- A Mme de Cailus 100
- A Mme L'chevin 100
- A Marianne 18
- A Vandoulet 48
- Aux porteurs des femmes 90
- A Marie 25
- A Mme Quotrot 62 10s
- A la petite Pechs 112 10
- A Camille 37 10
- A M Droune 216
- --------
- 1659 10
- Le tiers est de 553# 3s 4d
-
-_Rcapitulation._
-
- trennes 1743#
- trennes de la petite maison de Madame 1020
- Pour la fte des jardiniers 228
- Pour les pques 534
- Pour les pains bnis 132
- Pour le mois de fvrier 72
- Pour le mois de mai 246
- Pour le mois de juin 48
- Pour le mois de juillet 96
- Pour le mois d'aot 210
- Pour le mois d'octobre 42
- Pour le mois de novembre 246
- Pour le voyage de Marli 717
- Pour le voyage de Compigne 3720
- Pour le voyage de Fontainebleau 1692
- Pour le voyage de Trianon 384
- Pour le voyage de Saint-Cloud 444
- Pensions par anne payes par madame Desguichards 15741
- Pensions payes par madame de Cimery 7038
- ---------
- Somme totale 34359#
-
- * * * * *
-
-VIII.
-
-_tat des appointements que le Roi veut et ordonne tre pays aux
-dames que Sa Majest a nommes pour accompagner Madame lisabeth,
-depuis le 15 mai 1789 jusques et compris le 14 mai 1790._
-
- A la dame marquise de Sorans 4
- A la dame marquise de Causans 4
- A la dame comtesse de Canillac 4
- A la dame comtesse de Bombelles 4
- A la dame vicomtesse d'Imecourt 4
- A la dame comtesse de Clermont-Tonnerre 4
- A la dame marquise des Essarts 4
- A la dame Louise de Causans, marquise de Raigecourt 4
- A la dame marquise de Lastic 4
- A la dame vicomtesse de Blangy 4
- A la dame Anne Bella Henriette de Drumont de Melfort,
- comtesse de Marguerie 4
- A la dame comtesse de la Bourdonnaye 4
- A la dame marquise de Fournaise 4
- La dame vicomtesse de Mrinville, surnumraire
- sans appointements Mmoire.
- La dame marquise des Montiers, id. Mmoire.
- La dame comtesse de Deux-Ponts, id. Mmoire.
- La dame marquise de La Rochefontenille, id. Mmoire.
- ----------
- Somme totale, cinquante-deux mille livres, cy. 52,000#
-
-Administrateur de mon Trsor royal, charg du dpartement de la
-caisse gnrale, Me Joseph Durney, pays comptant au sieur Savalete
-de Langes, l'un des administrateurs de mon Trsor royal charg du
-payement des pensions et autres dpenses nonces dans mon dit du
-mois de mars 1788, la somme de cinquante-deux mille livres pour les
-appointements des dames dnommes au prsent tat, depuis le 15 mai
-1789, jusques et compris le 14 mai de la prsente anne. Fait Paris,
-le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.
-
- LOUIS.
- Comptant au Trsor royal.
- _Bon:_ LOUIS.
- DE SAINT-PRIEST.
-
- * * * * *
-
-IX.
-
-DTAIL DES DPENSES EXTRAORDINAIRES DE LA CHAMBRE DE MADAME LISABETH.
-
- En 1788 elle a cot 70,585# 17s
- En 1789 48,592 10
- En 1790 29,725 12
- En 1791 17,548
- -------------
- Total 166,451# 19s
-
- * * * * *
-
-_Dtail abrg a quoy ont mont les dpenses extraordinaires de la
-chambre de Madame lisabeth, pendant l'anne 1788._
-
- A Jubin, tapissier 6,000#
- A Lenormand, toffes 3,801
- A de la Roue, toilette 7,562
- A Vanot, lingre 3,340 10s
- A Daguerre, bniste 15,583
- Manufacture de Sve 3,855
- Moutard, libraire 1,093
- Grgoire, libraire 1,854
- Blaizot, libraire 187
- Le Duc, musique 132
- Chenu, relieur 427
- Joly, sculpteur, bordures de portraits 1,551
- --------------
- 45,385# 10s
-
- Desjardins, horloger 152
- Baince, lait d'nesse 1,200
- Bourdet, dentiste 162
- Mass, orphvre 81
- Beaulieu, soyes broder 500
- Cabat d'or, soyes broder 677
- Guyard, peintre 576
- Robert, peintre 1,000
- Bro, racomodeuse de dentelles 671
- Habillements de deux garons 920 4
- Voitures de la cour 1,419
- Letellier, papier 100 3
- Traitements et gratifications 17,682
- ------------
- 70,585# 17s
-
- * * * * *
-
-_Dtail abrg a quoy ont mont les dpenses extraordinaires de la
-chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1789._
-
- Bertin, modes, pour ancien mmoire 7,761#
- Le Normand, toffes 200
- Jubin, tapissier 2,979
- Du Buquoy, tapisseries 7,788
- Crampe, tapisseries 1,945 10s
- Cabat d'or, soyes broder 973 6
- Bro, racomodeuse de dentelles 1,126
- De la Roue, parasols 168
- D'aguerre, bniste 1,968
- Joly, bordures de portraits 396
- Guyard, peintre 388
- Grgoire, libraire 887
- Moutard, libraire 942 18
- Chenu, relieur 447
- Bourdet, dentiste 162
- Dujardins, horloger 158
- Ducis, fayancier 121
- Habillement des garons 531
- Voitures de la cour 2,102 16
- Traitements et gratifications 17,548
- ------------
- 48,592# 10s
-
- * * * * *
-
-_Dtail abrg a quoy ont mont les dpenses extraordinaires de la
-chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1790._
-
- Bertin, intrts, et reste d'un mmoire 3,125#
- Le Normand, toffes 804 15s
- Jubin, tapissier 1,232 16
- Cabat d'or, soyes broder 112 10
- De la Roue, bniste 263
- Letellier, papetier 411 9
- Bataille, parfumeur 464 12
- Moutard, libraire 96
- Dujardins, horloger 176
- Chenu, relieur 226
- Joly, sculpteur, bordures 300
- Habillement des garons 531
- Voitures de la cour 3,983
- Bourdel, dentiste 162
- Dpenses du secrtaire de la chambre 289 10
- Traitements et gratifications 17,548
- ------------
- 29,725# 12s
-
- * * * * *
-
-_tat et dtail des traitements affects sur les dpenses annuelles
-extraordinaires de la chambre de Madame lisabeth._
-
- Grandin, commissionnaire 900#
- Birbonne, porte-chaise 600
- Dauge, baigneuse 1,200
- Rosni, garde-dentelles 800
- Lonard, coffeur 600
- Quatre garons de la chambre 600# 2,400
- Sorel, surnumraire 750
- Quatre valets de chambre chacun 600# 2,400
- Merieux, surnumraire 600
- Massot, gardien 1,500
- Deux portffets 900# 1,800
- Deux frotteurs 700# 1,400
- Deux feutiers 300# 600
- Un suisse 48
- Desjardins, horloger 150
- Imbert, secrtaire de la chambre pour tout 1,800
- ----------
- 17,548#
-
- * * * * *
-
-X.
-
-DMNAGEMENT DES MEUBLES DE LA CHAMBRE DE MADAME LISABETH,
-
-qui ont t transports au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame, n 9,
-par Jubin, valet de chambre, tapissier.
-
-Savoir:
-
-_Premire antichambre._
-
- Un charriot bois.
-
- Deux paniers.
-
-_Antichambre des valets de chambre._
-
- Une grande table des valets de pied.
-
- Une grande table ronde manger, faite en bois d'acajou.
-
- Douze chaises de table, garnies en velours, dont quatre sont
- carreau.
-
- Une bouillotte de verre, garnie en argent, pour faire de
- l'herbe-aux-charpentiers.
-
-_Chapelle._
-
-La chapelle est compose d'un autel et de deux coffres, dont je n'ai
-pas les clefs.
-
- Le coffre de l'argenterie de la chambre, dont je n'ai point la
- clef.
-
- Un grand panier rempli des pots de chambre de garde-robe.
-
- Le Couronnement de Louis XVI, en gravure, pris de la chambre des
- garons de la chambre.
-
- Un marchepied d'antichambre.
-
-_Cabinet des nobles._
-
- Quatre servantes en bois d'acajou, o il manque un sceau argent.
-
- Une table ronde du djeuner de Madame, ayant un dessus de marbre
- blanc, et couverte en drap.
-
- Deux voyageuses en bois dor, couvertes de velours vert.
-
- Une table de tric-trac avec sa garniture en bois de rose.
-
- Deux chaises carres pour les femmes, couvertes en velours
- d'Utrecht cramoisi.
-
- Deux tables jouer couvertes en velours, une de piquet, une de
- quinze.
-
- Une bote livres de la voiture de Madame.
-
- Deux botes checs, une d'ivoire et l'autre en bois.
-
- Le damier de Madame.
-
- Un jeu d'oie en bois de rose.
-
- Une bote en faon de nacre qui en renferme plusieurs petites.
-
- Un petit coffre en basane rouge.
-
- Le jeu de loto.
-
- Un dvidoir des valets de pied.
-
-_Chambre coucher._
-
- Le coffre de toilette et son pied, dont je n'ai point la clef.
-
- La table de toilette.
-
- Deux vases de dessus la chemine, tous deux de porcelaine, o sont
- peints des petits oiseaux, un des deux ayant le bouton de son
- couvercle cass.
-
- Le groupe de Madame, fille du Roi, assise sur un dauphin, sa
- colonne de stuc, le groupe de pltre; la figure a le pouce du pied
- cass et un doigt de la main gauche.
-
- Huit crans en bois d'acajou, un brod.
-
- Une bote, remplie de huit livres, madame de Clermont.
-
- Un livre de musique, intitul _Sargine_.
-
- Le grand carton soie, rempli de plusieurs effets, tels que un
- sac de damas, orn tout autour d'un galon et de deux glands en or,
- et d'autres menus effets.
-
- Une petite critoire noire.
-
- Trois petits cartons filets.
-
- Une grande bote poudre en bois d'acajou, avec sa houppe.
-
- Un petit fouet vert, avec une poigne en or et trois viroles.
-
- Une grande corbeille du coucher, garnie de taffetas vert et d'une
- dentelle d'or.
-
- Deux petites corbeilles.
-
- Une grosse pelote en satin blanc brod, qui sert renfermer les
- linges de toilette.
-
- Un petit groupe reprsentant Madame et Monseigneur le Dauphin,
- avec son pied de porcelaine.
-
- Un grand sceau laver les pieds.
-
- Un moulin battre le beurre.
-
- Deux petits cadres, reprsentant Monsieur le Dauphin dfunt et
- Madame la Dauphine.
-
-_Garde-robe._
-
- Un bidet en velours vert avec sa garniture.
-
- Un bidet sans garniture.
-
- Un corps de tablettes pour les pots-de-chambre, avant un dessus de
- marbre et une galerie en cuivre.
-
- Une table de nuit dessus de marbre blanc.
-
-_Lieux l'anglaise._
-
- Un petit corps de tablettes dessus de marbre.
-
- Une garniture de cuivre en forme de galerie.
-
- Un sceau de faence laver les pieds.
-
- Une lunette en maroquin noir.
-
- Un marabout de fer-blanc.
-
- Deux pots-pourris de porcelaine.
-
- Dix bourdalous en porcelaine.
-
- Sept bourdalous en faence.
-
-_Cabinet intrieur._
-
- Une table en bois de rose garnie de velours, dont je n'ai pas la
- clef.
-
- Deux petites chiffonnires rondes dessus de marbre.
-
- Une grande pendule avec ses garnitures.
-
- Le Portrait de Madame de Pimont, en petit.
-
- Louis XV, en gravure.
-
- Madame de Pimont, peinte sur un cadre oval.
-
- Un tableau reprsentant Jacques Ier, roi de la Grande-Bretagne.
-
- Un petit chien, dans un cadre oval.
-
- Le jardin de Trianon, en peinture.
-
- Une petite table de toilette de lit.
-
- Une petite table en bois de rose et dessus de marbre.
-
- Une petite bibliothque panneaux grills, dessus de marbre
- commun.
-
- Un devidoir.
-
- Un petit coffre de noyer, o il manque un tiroir.
-
- Un petit coffre de bois d'acajou, garni de cuivre, dont je n'ai
- pas la clef.
-
- Deux botes renfermant quatre cylindres de la pendule: trois dans
- une, et une dans l'autre.
-
- Un verre de microscope mont en cuivre.
-
- Quatre crans de chemine main.
-
- Une petite bote en nacre parfiler.
-
- Une autre petite bote, en forme d'ventail, sans clef.
-
- Un petit marteau avec une hache.
-
- Deux petits dvidoirs.
-
- Quatre cannes et le petit bton pour peindre.
-
-_Bibliothque._
-
- Une critoire sans fin, compose de plusieurs choses, telles que:
- un grattoir, un poinon, un manche de canif d'ivoire, une petite
- rgle d'bne, un moyen compas et une grande paire de ciseaux.
-
- Un bureau en bois de rose, de cinq pieds de long, couvert en
- maroquin vert et orn d'une petite galerie.
-
- Une petite critoire dore, en bois de rose.
-
- Deux petits globes terrestres; il y en a un qui a quelque chose de
- cass.
-
- Deux petits vases de porcelaine, orns de bouquets de fleurs en
- biscuit, et leurs bocaux de verre.
-
- Deux bras de chemine en flche.
-
- Un feu vase, pelle et tenaille.
-
- Deux petits tableaux en bordure de sapin.
-
- Un moyen tableau reprsentant la ville et le port de Syra.
-
- Un marchepied en bois d'acajou.
-
- La lunette des lieux l'anglaise.
-
- Quatre mtiers de tapisserie, deux de bois d'acajou et deux de
- noyer.
-
-CABINET AUX ENTRESOLS.
-
-_Garde-robe._
-
- Un petit corps de tablettes pots de chambre.
-
- Un pot-pourri en porcelaine.
-
- Un gros globe.
-
- Une table en bois de htre, garnie de dorure.
-
- Deux petits globes pleins.
-
- Deux petits vases blancs tte de blier, monts en girandole.
-
- Un feu en galerie, pelle, tenaille et pincette.
-
- Un tableau reprsentant saint Labre.
-
-_Cabinet ct des bains._
-
- Un feu en galerie, tenaille, pelle et pincette.
-
- Deux girandoles portes par deux femmes dores, sur une colonne de
- marbre blanc.
-
- Deux tables de mathmatique en bois d'acajou, une sans clef, avec
- deux bougeoirs doubles dors, et deux petits pupitres.
-
- Un pupitre jour en bois de noyer.
-
- Un violon.
-
- Deux bras de chemine ayant chacun une bobche.
-
- Le meuble de bains complet.
-
-_Chambre des femmes._
-
- Une table en bois d'acajou couverte en drap.
-
-TAT DE CE QUI TAIT RENFERM DANS LA COMMMODE DES GARONS DE LA
-CHAMBRE.
-
- Une bote fiches.
-
- Une bote de loto.
-
- Une bote fiches, o il manque une corbeille.
-
- Deux sacs de peau, pour mettre des livres.
-
- Six petits parasols.
-
- Six petits rateaux.
-
- Cinq petits paniers, dont quatre garnis.
-
-_Lit des garons de la chambre._
-
- Deux matelas.
-
- Une mauvaise couverture.
-
-_Armoire des galeries._
-
- Un moyen paravent.
-
- Cinq petits paravents.
-
- Un cran.
-
- Une chelle double.
-
- Deux pliants en bois, de maroquin vert.
-
- Une chaise de velours bleu.
-
- Les deux lits complets de veille des femmes.
-
- * * * * *
-
-XI.
-
-LISTE DES LIVRES DE MADAME PORTS A PARIS.
-
-_In-4._
-
- VOL.
-
- Histoire universelle, par une socit de gens de lettres, 43
- Histoire universelle, par M. de Thou, 16
- Histoire de l'glise gallicane, 16
- Histoire de l'glise, par M. l'abb de Choisy, 11
- Les Hommes illustres de Plutarque, par M. Dacier, 9
- Histoire de Polibe, 7
- Abrg chronologique de l'histoire de France, par Mezeray, 4
- Histoire de France, par M. Velly, et continuateurs, 23
- Histoire de Constantinople, 8
- Histoire de l'Asie, de l'Affrique et de l'Amrique, 5
- Recueil de Gazettes de France, 147
-
-_In-8._
-
- Offices et trait de Cicron, 2
- Penses de Marc Aurle, 1
- Trait des loix civiles, 1
- Trait de la puissance ecclsiastique, 1
- Les Quatre ges de la pairie, 2
- Instruction de Catherine II, 1
- Histoire du droit naturel, 2
- Jurisprudence du Grand Conseil, 1
- Principes de la lgislation universelle, 2
- La Trigonomtrie, 1
- Leons de mathmatique, par l'abb de la Caille et Marie, 1
- Flore de Bourgogne, 2
- Manuel de botanique, 1
- Le Nouveau la Quintinie, 4
- Des oeuvres du chevalier Linn, 4
- Oeuvres de Demosthnes, 4
- Oeuvres de Virgile, par l'abb Desfontaines, 4
- L'Iliade, traduite en vers franais, 2
- Numa Pompilius, 1
- La Henriade, 2
- Commentaire sur la Henriade par Labeaumelle, 2
- La Gieresolemme liberata, 2
- L'Enede de Virgile, par Annibal Caro, 2
- Orlando furioso (8 maximo), 4
- Saggio sopra l'uomo, par Pope, 1
- Oeuvres de Pope, 8
- Oeuvres d'Young, 4
- Thtre des Grecs, traduction nouvelle, 10
- Oeuvres de Racine, dition de Didot, 3
- La Dunciade, 2
- Thtre des jeunes personnes, par Mme de Genlis, 4
- Proverbes dramatiques, 6
- Histoire de la posie, par Brown, 1
- Oeuvres de Saint-Foix, 6
- Oeuvres de Mme Ricoboni, 8
- Oeuvres de Falconet, 6
- Oeuvres de La Monnoye, 3
- Vie prive des Franois, 3
- Les Histoires d'Elsin, 1
- Oeuvres de Le Franc de Pompignan, 6
- Le Thtre du monde, 4
- Tableau historique, 4
- Essai sur les femmes, 1
- Commerce des grains, 1
- Loisirs du chevalier Don, 13
- Mlanges d'une grande bibliothque, 58
- Histoire de la littrature d'Italie, 5
- Lettres sur l'ducation, par Mme de Genlis, 3
- Cours d'tudes, par M. l'abb de Condillac, 10
- Dictionnaire historique, 6
- Dictionnaire des antiquits romaines, 2
- Histoire d'Espagne, par Ferreras; (les 3 premiers prts
- M. le Comte), 16
- Collection des Mmoires sur l'histoire de France, 36
- Mmoires sur les Isles de ponce, 1
- Ngociations de la France et de l'Angleterre, 1
- Voyage l'Isle de France, 2
- Le Mercure franois, 25
- Les Chronologies septenaire et novenaire, 4
- La Satyre Mnippe, 3
- Mmoires sur l'histoire de France, 2
- Le Cabinet des fes, 37
-
-_In-12._
-
- Psaumes du P. Berthier, 8
- Nouveau Testament, 1
- Sermons du P. Bourdaloe, 20
- Sermons de Massillon, 15
- L'Anne du chrtien, 18
- L'Anne vanglique, 7
- L'vangile mdit, 12
- La Religion mdite, 6
- Quinzaine de Pasques, 1
- Semaine sainte, 1
- Prires du P. Sanadon, 1
- Le Propre de l'oraison, 1
- Brviaire de Paris avec le supplment, 9
- Missel de Paris, 8
- Livre d'glise, 2
- Missel de Paris, 4
- Office divin, 1
- Office de la Vierge, 1
- Diurnal romain, 1
- Prires du matin, 1
- Nouvelles Heures, 1
- Visites au Saint-Sacrement, 1
- Recueil de prires, 1
- Prires durant la messe, 1
- Essais philosophiques sur l'entendement humain, 4
- Manuel d'pictte, 2
- Essais de Montagne, 5
- La Sagesse de Charon, 1
- Entretiens de Phocion, 1
- Histoire naturelle, gnrale et particulire, par M. de Buffon, 51
- Leons de physique, par l'abb Nollet, 6
- Oeuvres d'Homre, traduction par M. Gin, 8
- P. Virgilii opera, 2
- C. Julii Csaris Commentarios, etc., 2
- Le Paradis perdu de Milton, 3
- La Lusiade de Camons, 3
- Oeuvres de Gresset, 2
- Lettres de Pline, 3
- Lettres de Mme de Svign, 8
- Lettres d'un Franois, par l'abb Le Blanc, 3
- Trait des tudes, par M. Rollin, 4
- cole de littrature, 2
- Oeuvres de Sophocle et autres, 3
- Terence et Plaute, 6
- De Metastase, 10
- Thtre de P. Corneille, 6
- -- de Thomas Corneille, 5
- Oeuvres de Racine, 3
- -- de Voltaire, 8
- Thtre franois, 12
- Nouveau thtre franois, 8
- Histoire du thtre franois, par MM. Parfait, 15
- Thtre anglois, 8
- Lettre sur le thtre anglois, 2
- Dissertation sur la tragdie, 2
- Remarques sur Racine et la vie du mme, 5
- Oeuvres de Malherbe, 3
- -- de Racan, 2
- -- de Sarazia, 1
- -- de Voiture, 2
- -- de La Fontaine, 3
- -- de Lamotte, 10
- -- de Gedoyn, 1
- Posies de Malleville, 1
- Voyage de Chapelle et Bachaumont, 1
- De la Bibliothque des romans, 97
- Vie du baron de Trenck, 1
- Oeuvres de Boileau, 5
- Mmoires politiques et militaires de France, 6
- Histoire du rgne de Henry II, 2
- Mmoires de Mme de Staal, 3
- Campagnes de Villars, 2
- Mmoires de Mlle de Montpensier, 8
- Mmoires de la duchesse de Nemours, 1
- Vie du cardinal de Richelieu, 2
- Anecdotes du cardinal de Richelieu, 2
- Parallle du cardinal de Richelieu et du cardinal de Mazarin, 1
- Vie du duc de Rohan, 2
- Vie du P. Joseph du Tremblay, 1
- Vie du brave Crillon, 2
- Mmoires de Vieilleville, 5
- Histoire d'Angleterre, par M. Hume, 18
- Histoire d'cosse, par Robertson, 3
- Mmoires d'Anne d'Autriche, 6
- Histoire de Charles VI, 9
- Histoire de Charles VII, 2
- Histoire de M. de Turenne, 1
- Histoire de Louis XIV, 3
- Mmoires de Laporte, 1
- Mmoires de Mme de Lafayette, 2
- Mmoires de Lenet, 2
- Histoire du prince de Cond, 4
- Histoire de la rgence de Marie de Mdicis, 2
- Vie de Marie de Mdicis, 2
- Mmoires du comte d'Avaux, 6
- Mmoires de Montausier, 2
- Mmoires de Berwick, 2
- Mmoires du marquis de Feuquires, 3
- Trait de paix de Nimgue, 2
- Trait de Westphalie, 6
- Histoire de Henry le Grand, par Perefixe, 1
- Vie du cardinal de Richelieu, 6
- Histoire de Henry IV, 4
- Mmoires du prince de Tarente, 1
- Histoire de Tancrde de Rohan, 1
- Mmoires du duc de Villars, 3
- Paix de Riswick, 1
- Mmoires sur la succession d'Espagne, 3
- Histoire de Russie, par M. Lvque, 5
- Histoire du trait des Pyrnes, 2
- Lettres de Mme de Pompadour, 2
- Mmoires de Gourville, 2
- Mmoires du comte de Gramont, 2
- Histoire de Louis XI, par M. Duclos, 3
- Gographie moderne, 2
- Mmoires de la Colonie, 2
- L'Esprit de la Ligue, 3
- Ambassades de Messieurs de Noailles, 5
- Lettres du cardinal d'Ossat, 5
- Le Courtisan prdestin, 1
- Mmoires de Bellivre, 2
- Histoire de Louis XIII, 4
- Le Sicle de Louis XIV, 3
- Mmoires du marchal de Berwick, 2
- Mmoires pour servir l'histoire de France, 4
- L'me des Bourbons, 2
- Ambassade de Bassompierre, 4
- Mmoires de Bassompierre, 3
- Mmoires de Montrsor, 2
- Mmoires de Louis XIV, 2
- Mmoires de Navailles, 1
- Mmoires de Villegomblain, 2
- Mmoires sur la paix de Riswick, 5
- Mmoires d'Omer Talon, 8
- Vie du marchal de Villars, 4
- Journal de Louis XI, 1
- Histoire de Louis XI, 6
- Histoire de Louis XII 2
- Guerre de 1741, 1
- Campagne de Noailles, 2
- Campagnes de Coigny, 8
- Mmoires de Louis XIV, 2
- Mmoires du cardinal de Retz, 4
- Mmoires de M. Joly, 3
- Lettres du cardinal Mazarin, 2
- Mmoires de Brienne, 2
- Maisons souveraines, 2
- Abrg chronologique du droit public d'Allemagne, 2
- Histoire du duc d'Epernon, 4
- Mmoires de Montglat, 4
- Abrg chronologique de l'histoire d'Italie, 1
- Mmoires de Terlon, 2
- Mmoires du marquis de La Fare, 1
- Mmoires du comte de Forbin, 2
- Mmoires de Lahoussaye, 3
- Mmoires de Cond, 2
- Mmoires de M. de Tavanes, 1
- Mmoires de Puysgur, 2
- Mmoires de Tourville, 3
- Histoire de Franois Ier, 8
- Mmoires de Dubellay-Langey, 7
- Histoire du duc de Montmorency, 1
- Histoire de Henry, duc de Bouillon, 3
- Mmoires du comte d'Estrade, 9
- Mmoires sur la paix d'Utrecht, 6
- Congrs d'Utrecht, 1
- Campagne du duc de Vendme, 1
- Mmoires du chevalier Temple, 1
- Mmoires du duc de Guise, 2
- Histoire de la royne Marguerite, 1
- Mmoires de Sully, 8
- Intrigues du cabinet sous Henry IV, 4
- Lettres et Mmoires de Mme de Maintenon, 15
- Journal historique de M. de Maupeou, 3
- La Mmoire artificielle, 2
- Tables chronologiques de l'abb Lenglet, 2
- Abrg chronologique de l'histoire de France, 5
- Vie d'Ayder-Ali-kan, 1
- Lettres difiantes, 26
- Anecdotes de la Chine, 6
- Vie de sainte Thrse, de Madame Louise et quelques histoires
- de Maimbourg, 15
- Mercure de France depuis 1717 jusqu'en 1787, 506
- Nouvelle traduction des oeuvres de Plutarque (in-8), 22
-
-Cette liste contient deux mille soixante et quinze volumes. Seyaux
-n'ayant trouv ni Missel, ni Brviaire romain en franois, croit
-qu'ils ont t ports Belleve.
-
- * * * * *
-
-XII.
-
-LIVRES RETIRS DE LA BIBLIOTHQUE DE MONTREUIL.
-
-Chefs d'oeuvre de P. et de Th. Corneille, le premier tome petit in-12,
-les deux autres manquent.
-
- Robinson Crus, trois vol. in-12.
- Cleveland, six vol. in-12.
- Romans de mad. Riccoboni, 2 vol.
- Amours de Thagenes et Charicle, 2 vol. in-12.
- Les mille et une nuits, 6 vol.
- Cabinet des Fes, 37 vol., dont il manque les tomes 14 et 26.
- Lettres sur l'ducation ou Adle et Thodore, 3 vol, in-8.
- Tlmaque, 2 vol. in-12.
-
-Il manque encore dans la classe des romans:
-
- Miss Anysie, 1 vol. in-12.
- Histoire de Marguerite de Valois, Reine de Navarre, 6 vol. in-12.
- The history of Emily Montague, 4 vol. in-12.
- Contes des Fes, par mad. d'Aunoy, 4 vol. in-12.
-
- * * * * *
-
-XIII.
-
-NOUVELLES PUBLICATIONS.
-
- Observations sur la socit et les moyens de ramener l'ordre,
- 1 vol. in-12.
- Mmoire sur le mariage des Protestants, 1 vol. in-8.
- Discours sur le projet d'accorder un tat civil aux Protestants,
- 1 vol. in-8.
- claircissements historiques sur la rvocation de l'dit de Nantes,
- 1 vol. in-8.
- Assemble des Notables en 1787. Mmoires et observations en 4 divisions,
- 2 vol. in-4.
- Rponse de M. de Calonne M. Necker, avec les pices justificatives,
- 1 vol. in-8.
- Des Droits et des Devoirs du Citoyen, par l'abb de Mably,
- 1 vol. in-12.
- Constitution de l'Angleterre, par M. de Lolme,
- 2 vol. in-8.
- Aux Bataves, sur le Statoudhrat, par le comte de Mirabeau,
- 1 vol. in-8.
- Exposition et Dfense de notre Constitution monarchique, par M. Moreau,
- 2 vol. in-8.
- Demandes aux tats Gnraux ou Recueil des Cahiers, 1789,
- 4 vol. in-8.
- Situation politique de la France, et ses rapports actuels avec toutes
- les puissances de l'Europe, par M. Peyssonnet, 1789, 2 vol. in-8.
- Observations sur le Contrat social de J. J. Rousseau, par le P. Berthier,
- 1789, 1 vol. in-12.
- Le mal et le remde; mmoire sur la milice de l'arme, 1789,
- 1 vol. in-8.
- Rponse la motion et au discours de M. l'abb de Prigord, vque
- d'Autun, 1789, 1 vol. in-12.
- Le vrai Patriote, par M. Putod, 1789, 1 vol. in-8.
- Voeu d'un Patriote sur la mdecine en France, 1789, 1 vol. in-8.
- Maison du Roi, ce qu'elle toit, ce qu'elle est, ce qu'elle devroit
- tre, 1789, 1 vol. in-4.
- Le Dficit vaincu, par M. de Favras, 1789, 1 vol. in-4 broch.
- Principes opposs au systme de M. Necker, par le mme, 1 vol.
- in-4 broch.
- Appel au Tribunal de l'Opinion publique, par M. Mounier; Genve,
- 1790, 1 vol. in-8.
- Affaires de Nismes des 13, 14 et 15 juin 1790, 1 vol. in-8.
- Compte rendu de cette affaire, par M. de Marguerites, dput
- l'Assemble et maire de Nismes.
- L'Art du fabricant d'toffes de soye, par M. Paulet, 1789,
- in-f broch.
-
-(Ouvrage en huit sections; il en faudrait sept pour complter cet
-objet, Madame n'en ayant qu'une.)
-
- Plan d'ducation nationale ou abrg des tudes de l'homme fait,
- 1789, 2 vol. in-8.
- Opinions de l'abb Maury, 1790, 1791, 1 vol. in-8.
- Recueil des opinions du comte Stanislas de Clermont-Tonnerre,
- Paris, 1791 4 vol. in-8.
- Rflexions sur les affaires politiques du temps prsent de la
- France, 1790, 1 vol. in-8.
- De l'tat de la France prsent et venir, par M. de Calonne,
- 1790, 1 vol. in-8.
- Rflexions sur la Rvolution de France, par M. Burke, 4e dition,
- 1791, 1 vol. in-8.
- Discours et lettres de M. Burke, 1790 et 1791, 1 vol. in-8.
- Discours sur les finances de l'tat, par M. Necker, l'Assemble,
- 1 vol. in-4.
- Sur l'Administration de M. Necker, par lui-mme, 1791, 1 vol. in-8.
- Offrande aux Franois, 1791, 1 vol. in-8.
- Le _Naviget antyciras_ ou systme sans principes, 1791, 1 vol. in-8.
- Situation actuelle de la France, par M. Bonvalet-Desbrosses, 1791,
- 1 vol. in-8.
- Procdure criminelle au Chtelet en 1789 et 1790, 1 vol. in-8.
- Justification de M. de Favras, 1791, 1 vol. in-8.
-
-_Recueil de pices en 4 volumes_.
-
-Le premier renfermant:
-
- 1 L'Adresse du Dpartement de Paris au Roi;
-
- 2 L'Adresse du mme Dpartement l'Assemble;
-
- 3 Compte rendu par une partie des membres de l'Assemble sur le
- Dcret du 28 mars 1791;
-
- 4 Le Rgne de Louis XVI mis sous les yeux de l'Europe;
-
- 5 Elan du coeur et de la raison, ou Justice rende la Reine;
-
- 6 Adresse de l'abb Raynal le le 31 mai 1791 l'Assemble;
-
- 7 Triomphe prochain de la Royaut et de la Monarchie franoise;
-
- 8 Plan d'une constitution libre et heureuse;
-
- 9 Hommage et Bouquet Louis XVI;
-
- 10 Adresse de M. Putod, mdecin du Roi;
-
- 11 Adresse des Bons Franois au Roi.
-
-Le second renfermant:
-
- 1 Prcis de ce qui s'est pass la sance de l'Assemble du 13
- fvrier 1790;
-
- 2 Motion sur la suppression des ordres religieux, par M. l'vque de
- Nancy;
-
- 3 Rflexions sur l'tat religieux;
-
- 4 Discours de M. l'Archevque d'Aix sur la vente des biens du Clerg;
-
- 5 Quelle doit tre l'influence de l'Assemble sur les matires
- ecclsiastiques et religieuses? par l'vque de Nancy;
-
- 6 Insuffisance de la Dclaration de M. l'Evque de Clermont au sujet
- du Serment civique;
-
- 7 Discours de M. l'vque de Lisieux aux Officiers municipaux;
-
- 8 Rflexions sur la Libert du Culte;
-
- 9 Courtes observations sur la Libert des Cultes;
-
- 10 Lettre de l'Evque de Rennes aux lecteurs du Dpartement d'Isle
- et Vilaine;
-
- 11 Lettre de l'Archevque d'Aix aux lecteurs du Dpartement des
- Bouches du Rhne;
-
- 12 Instruction pastorale de l'Evque de Boulogne;
-
- 13 Le Comte Duprat devenu Thologien;
-
- 14 Mon Apologie;
-
- 15 Adresse aux vrais Catholiques de France, par M. Pottier;
-
- 16 Adresse aux Vierges chrtiennes et religieuses de France, par le
- mme.
-
-Le troisime renfermant:
-
- 1 Lettre du comte de Lally-Tollendal, du 10 octobre 1789;
-
- 2 Protestation du Prince-Evque de Spire;
-
- 3 Lettre du marquis de Laqueuille ses commettans du ..... fvrier
- 1790;
-
- 4 Extrait d'une lettre crite de Valenciennes, le 8 fvrier 1790,
- M. Nicodme, Dput;
-
- 5 Motion de M. Malouet sur le Discours du Roi, du 4 fvrier 1790;
-
- 6 Opinion de M. Malouet, prononce le 20 fvrier 1790, sur le
- rtablissement de l'ordre public;
-
- 7 Opinion de l'Abb de Bonneval sur le mme sujet;
-
- 8 Opinion du comte de la Galissonnire sur l'exercice du Droit de la
- Guerre et de la Paix;
-
- 9 Opinion du marquis d'Estourmel sur la mme question;
-
- 10 Second compte rendu par M. le marquis d'Estourmel ses
- commettans;
-
- 11 Compte rendu par le mme;
-
- 12 Observations de M. Henry, dput, sur une partie du rapport de M.
- Chabroud;
-
- 13 Opinion de M. de Guilhermi, dput, sur le mme rapport;
-
- 14 Compte par une partie des membres de l'Assemble sur le mme
- rapport;
-
- 15 Lettre de M. Guilhermi ses commettans du 22 octobre 1790;
-
- 16 Dveloppement des principes de plusieurs Dputs lacs;
-
- 17 Dclaration d'une partie des Dputs aux tats Gnraux sur l'acte
- constitutionnel;
-
- 18 Compte rendu par une partie des Dputs leurs commtans;
-
- 19 Troisime Lettre de l'Abb Bonneval ses commettans;
-
- 20 Opinion de M. Savary de Lancosme, dput, sur la rvision des
- dcrets.
-
-Le quatrime volume renfermant:
-
- 1 Les Cromwels franois dmasqus;
-
- 2 Point d'accomodement;
-
- 3 Les torts et les intrts de chacun;
-
- 4 Rflexions politiques importantes sur la rvision des dcrets;
-
- 5 Dnonciation, par le viconte de Mirabeau;
-
- 6 Des Clubs politiques et des libelles;
-
- 7 Rflexions d'un Garde National de province;
-
- 8 Problme rsoudre relativement au serment prt par M. de
- Brienne, Archevque de Sens;
-
- 9 Trahison dcouverte du comte de Mirabeau;
-
- 10 Lettre de M. le Duc de Villequier et de M. le Marquis de Duras;
-
- 11 Mmoire des Officiers du Corps des Carabiniers;
-
- 12 Rflexions d'un Militaire au sujet du Serment propos aux
- Officiers de l'Arme;
-
- 13 La Rvolution Franoise, pot-pourri.
-
- * * * * *
-
-XIV.
-
-_Mmoire des ouvrages fait et fournis pour Son Altesse Royale Madame
-lisabeth de France_,
-
-Par Bourbon, cordonnier, re des Vieux Auxgustins, Paris.
-
-1792.
-
- Ce 6 avril, une paire de soulle de tafetat noire 9#
- Le 8 -- id. 9
- Le 9 -- id. 9
- Le 14 -- id. 9
- Ce 16 -- id. 9
- Ce 21 -- id. 9
- Le 25 -- id. 9
- Le 28 -- deux paires de tafetat, un gris, un bleux 18
- Le 29 -- une paire de taffetat rosse 9
- Le 2 may, une paire de taffetat gris 9
- Le 4 -- id. 9
- Le 7 -- une paire de taffetat violet 9
- Le 8 -- une paire de taffetat prune glace 9
- Le 12 -- deux paire de tafetat, une carmelite glace, une
- gris de ferre 18
- Le 16 -- deux paire de tafetat, une rosse, une bleux 18
- Le 20 -- deux paire de tafetat, une gros vert, une puce 18
- Le 23 -- deux paire de tafetat, une gris de ferre, une bleux 18
- Le 27 -- deux paire de tafetat, une violet, une puce glaces 18
- Le 28 -- une paire de tafetat noire 9
- Le 1er juin, id. 9
- Le 6 -- id. 9
- Le 9 -- id. 9
- Le 12 -- id. 9
- Le 15 -- id. 9
- Le 22 -- id. 9
- Le 27 -- id. 9
- Le 30 -- id. 9
- Totale 297#
-
-Il y a dans la mme liasse un mmoire des mdicaments livrs madame
-Lejeune la Garde-robe des atours de Madame lisabeth de
-France,--mmoire du 11 janvier au 20 dcembre 1791, montant la somme
-de 96# 17 s.,--et acquitt le 30 janvier 1792, Paris.
-
- Pour MM. les apothicaires du Roi: PAILHS.
-
- * * * * *
-
-DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON LISABETH,
-
-SISE AU GRAND MONTREUIL.
-
-
-I.
-
-_tat du produit de la maison et jardin situ prs la porte de Buc,
-Montreuil_.
-
-Anne 1790.
-
- Un millier de bottes de foin valu au prix de 25#
- le cent, cy 250#
- 350 bottes de reguain 15# 52 10s.
- 5 septiers d'avoine 20# 100
- 4 septiers 1/2 d'orge 12# 54
- La pture des vaches aprs la rcolte est estime au
- plus 24
- Le fruit n'a pas donn cette anne. Ils ont tous
- manqus au printemps; il n'est reste que quelques
- pches de mauvaises qualits et des raisins qui sont
- manges par les oiseaux et par les insectes.
- Total du produit 480# 10s.
-
-La rcolte des fruits dans une bonne anne ne peut pas excder la
-valeur de 150 liv.; les arbres tant trs-vieux, leur produit ne peut
-que diminuer.
-
-La maison est en trs-mauvais tat et susceptible de fortes
-rparations.
-
-Les murs de clostures ont le plus grand besoin d'tre recrepis pour
-dtruire les insectes, et conserver le fruit des espaliers.
-
-L'abondance des fourages en fait baisser le prix, qui, anne commune,
-peut tre port au tiers en sus de ceux mentionns cy-dessus. Il en
-rsulte que, anne commune, le fruit compris, le produit pourroit tre
-de 700#, non compris la maison, dont on pourroit tirer party.
-
- * * * * *
-
-II.
-
-_Consigne du suisse de garde pour le jardin et bosquets de la maison
-de Madame lisabeth, Montreuil._
-
- Premire consigne donn par M. Huv.
-
-1 Le suisse du jardin s'entendra avec le suisse de la porte pour
-qu'il n'entre personne dans les jardins, sous quelque prtexte que ce
-soit, lorsque Madame y est, et mme personne en aucun tems, moins
-qu'on ne soit accompagn du concierge ou munie d'un billet de Madame.
-
-2 Ne laisser sortir aucun ouvrier par les portes du jardin, moins
-qu'il ne travail au jardinage. Ils ont les portes des cours ou on
-travaille qui doivent leur suffire.
-
-3 Faire une tourne au moins par nuit et toujours des heures
-diffrentes, en observant que s'il se trouve des gens du dehors,
-essayant d'entrer soit en forant les serures, soit par-dessus les
-murs, de les dposer, si il le peut, chez le suisse, ou du moins de
-bien prendre leur signalement, si ce netoit quelqu'un de la maison;
-alors il en feroit seulement la declaration au sieur Huv, inspecteur
-des btiments, ou touttes autres personnes que Madame indiqueroit.
-
-4 Enfin le suisse garde-bosquet veilleroit ce que rien ne fut
-enlev de nuit ou de jour, qu'il n'en puisse rendre compte, sans
-aucunes conivances ni animosit pour ou contre qui que ce soit.
-
- * * * * *
-
-III.
-
-_Consigne du suisse de garde pour les jardins et bosquets de la maison
-de Madame lisabeth, Montreuil._
-
- Donn par le s{r} Sulleau, concierge de la maison, comme suplment
- celle lui donn par M. Huv.
-
-1 Le suisse du jardin, en se conformant exactement ce qui lui est
-enjoint par la consigne que lui a donn M. Huv, observera que
-personne ne sorte par le jardin aucuns meubles ou paquets, moins que
-ce ne soit par l'ordre de Madame ou que le concierge prsent ne lui
-dise que cela est ncessaire; cette circonstance except, on doit
-toujours passer par la porte du suisse. Si quelqu'un vouloit tenter de
-le faire, il en avertiroit le concierge aprs les avoir fait retourner
-sur leurs pas.
-
-2 Quelques soient les personnes qui entreront avec permission de
-Madame, et essentiellement si Madame permettoit qu'on entrat les
-dimanches, le suisse observera qu'on ne touche point aux fleurs et
-qu'on ne joue aucuns jeux; enfin que toutte dcence soit observ. Si
-quelqu'un manquoit cette rgle, il leur en feroit l'observation pour
-que cela cessent sur-le-champ.
-
-3 Les personnes de la maison ne doivent en aucun tems faire entrer
-personne dans le jardin, surtout quand Madame est chez elle ou quand
-elle doit y venir. Ils ne doivent jamais y faire entrer de compagnie
-sans la permission de Madame. Cependant la volont de Madame n'tant
-pas de les empcher de voir leur famille touttesfois que ce sont gens
-honntes, et ce pendant les abcences et voyages, si il leur arivent de
-sortir avec eux, la bont de Madame peut alors tre interprette, cela
-n'arrivant que rarement et eux ne quittant pas les personnes; alors le
-suisse peut les laisser passer, mais en observant quil n'ayent pas de
-compagnie, et s'il leur arivoit de repetter cela souvent, le suisse
-alors prendroit note des jours et du nombre de personnes qu'ils auroit
-conduit, et la remettroit au concierge, pour quil leur montre la
-circonspection qu'ils doivent avoir, et alors ils seroit
-personnellement privs de voir mme leur parent, si ils ne l'observoit
-pas soigneusement.
-
-Les garons jardiniers ne doivent faire entrer aucune compagnie dans
-le jardin, et si quelques personnes entrent de la part du matre
-jardinier, il doit toujours les accompagner, devant seul rpondre des
-motifs pour lesquels il les aura fait entrer.
-
-4 A l'gard de la sortie et entre des arbres et arbustes, le
-jardinier seul doit rpondre de son service; mais lui seul aussi doit
-faire, ou tre prsent la sortie, pour justifier que c'est lui qui
-le fait faire.
-
-5 Le suisse doit veiller avec soins ce que, qui que ce puissent
-tre, ne tentent de pcher dans la rivire du jardin; il saisira et
-emportera tous les ustensiles propre la pche, et il fera en sorte
-de savoir qui auroit cherch en faire usage; il en avertira le
-concierge, qui en rendra compte Madame.
-
-6 Le suisse observera que tout cela devant se faire pour le bon
-ordre, il ne faut mettre ni humeur ni vivacit toujours dplace, et
-qui sont blmables dans tous les cas, en ce qu'elles sont opposes au
-respect de Madame et sa maison.
-
- * * * * *
-
-IV.
-
-OUVRAGES DE LA BIBLIOTHQUE DE MONTREUIL
-
-qui seroient galement bien placs dans celle de Paris.
-
- Entretiens de Cicron sur la nature des dieux, par l'abb
- d'Olivet, 2 vol. in-12.
- Penses de Cicron, trad. par le mme, 1 vol. in-12.
- Offices de Cicron, trad. par de Barett, 1 vol. in-12.
- Oeuvres de Snque, trad. par La Grange, 6 vol. in-12.
- Oeuvres morales de Plutarque, trad. par Amyot
- Trait de l'Amiti, par M. de Sacy, 1 vol. in-12.
- Pangyrique de Trajan, par Pline le Jeune; trad. par de
- Sacy, 1 vol. in-12.
- Philippiques de Dmosthnes et Catilinaires de Cicron,
- Paris, 1777, par l'abb d'Olivet, 1 vol. in-12.
- Trait de l'Orateur de Cicron, trad. par l'abb Colin,
- 1 vol. in-12.
- Tusculanes de Cicron, trad. par l'abb d'Olivet,
- 1 vol. in-12.
- La mort d'Abel, pome de Gessner, 1 vol. in-12.
- Lettres de Pline le Jeune, 2 vol. in-12.
- De la Dcadence des Lettres et des Moeurs, par M. de Juvigny,
- 1 vol. in-8.
- Abrg de l'Histoire grecque, 1 vol. in-12.
- Histoires de Salluste, trad. par M. Beauze, 1 vol. in-12.
- Vie d'Alexandre, trad. de Quint-Curce, trad. par Mignot,
- 2 vol. in-8.
- Essai sur les rgnes de Claude et de Nron et sur les moeurs
- et crits de Snque, 1 vol. in-12.
- Histoire de la Dcadence de l'Empire romain, trad. de Gibbon,
- 4 vol. in-8.
- Vie de l'Empereur Julien, par l'abb de la Blterie, 1 vol. in-12.
- Vie de l'Empereur Jovien, par le mme, 1 vol. in-12.
- Histoire de la dernire rvolution de Sude, trad. de Schridan,
- 1 vol. in-8.
-
-AUGMENTATIONS PROPOSES.
-
-_Thologie_.
-
- La Sainte Bible, trad. par Le Maistre de Sacy, dition de 1746.
- (Chs Onfroy.), 31 vol. in-8.
- La mme, par de Carrires, seulement en franois.
- lvations sur les Mystres, de Bossuet.
- Sermons du mme.
- Sermons du P. Terasson.
- Sermons du P. Cheminais.
- Sermons du P. Sgaud.
- Sermons de l'abb de Maroles.
- Sermons de l'abb Clment.
- Et bientt ceux de l'ancien vque de Senez.
- Catchisme du Bougeant
- 4 vol. in-12.
- Catchisme de Paris.
- L'Influence de la Religion naturelle, par le P. Griffet
- 2 vol. in-12.
- Confessions de saint Augustin, trad. par D. J. Martin, 1741
- 2 vol. in-12.
- Soliloques et Mditations de saint Augustin.
- L'Ange conducteur.
- Mandement de M. l'vque de Saint-Malo sur les saints Anges, 1757.
- Trait de la vritable et solide pit, d'aprs saint Franois
- de Sales.
- Instruction pastorale du cardinal de Luynes contre la Doctrine
- des incrdules 1 vol. in-12.
- Le Disme rfut par lui-mme.
- Les Fondements de la foy, par Aym
- 2 vol.
- Existence de Dieu, par Fnlon.
- Lettres sur la Religion, par le mme.
- De l'ducation des filles, du mme.
- Trait des devoirs de la vie chrtienne, par le P. de Tracy, thatin
- 2 vol. in-12.
- Instruction de l'Empereur Franois Ier aux Princes ses enfants
- 1 vol. in-8.
- L'Esprit de sainte Thrse, recueilli de ses ouvrages
- 1 vol. in-8.
- Voyes du salut dans les principes de saint Charles
- 1 vol. in-12.
- Dictionnaire des Conciles
- 1 vol. in-8.
- Dictionnaire des hrsies, des erreurs et des schismes
- 2 vol. in-8.
- Dictionnaire historique des Auteurs ecclsiastiques
- 2 vol. in-8.
- Institution au droit canonique, de Fleury, avec des notes
- de Boucher d'Argis.
-
-_Sciences et arts._
-
- cole des Moeurs, par l'abb Blanchard
- 3 vol. in-12.
- Spectacle de la Nature, de Pluche
- 9 vol. in-12.
- Histoire du Ciel, du mme
- 2 vol. in-12.
- Oeuvres de Sigaud de La Fond, physique.
-
-_Belles-Lettres._
-
- Principes de Littrature, de Le Batteux
- 5 vol. in-12.
- Oraisons funbres de Mascaron.
- Horace, trad. par M. Binet.
- Oeuvres de Lefranc de Pompignan.
-
-_Histoire._
-
- Gographie de Grenet.
- L'Art de vrifier les dates.
- Histoire sacre de Pridaux
- 6 vol. in-12.
- Abrg de l'histoire ecclsiastique de Lhomond
- 1 vol.
- Histoire abrge de la Religion, du mme
- 1 vol.
- Vie des Saints, par Mezenguy
- 1 vol.
- Vie des Saints, trad. de l'anglais, par Godescard
- 12 vol. in-8.
- Vie des Pres du Dsert, par le P. Marin
- 9 vol. in-12.
- Histoire des Celtes
- 2 vol. in-12.
- Histoire de France depuis l'tablissement de la monarchie
- franoise jusqu' Louis XV, par le P. Daniel,
- continue et enrichie de notes par le
- P. Grifet, 17 vol. in-4.
- Tableau de l'histoire de France
- 2 vol.
- L'Esprit de la Fronde, par Mailly
- 5 vol.
- Mmoires et Rflexions sur les principaux vnements
- du rgne de Louis XIV, 1 vol. in-12.
- Mmoires pour servir l'histoire de Louis XIV, par
- l'abb de Choisy, 1 vol. in-12.
- Journal historique ou fastes du Rgne de Louis XV
- 1 vol. in-8.
- Histoire des Campagnes du marchal de Maillebois
- en Italie, en 1745 et 1746, 3 vol. in-4.
- Histoire du marchal de Saxe, par le baron d'Espagnac
- 3 vol. in-12.
- Lettres du cardinal d'Ossat.
- Mmoires de M. de Torcy pour servir l'histoire
- des ngociations depuis le trait de paix de Riswick
- jusqu' la paix d'Utrecht.
- Histoire des traits de Westphalie, par le P. Bougeant
- 6 vol. in-12.
- Histoire de Sude, par le baron de Puffendorff
- 3 vol. in-12.
- Histoire de Danemark, par Mallet
- 6 vol. in-12.
- Histoire gnrale de Pologne, par l'abb de Solignac
- 5 vol. in-12.
- Histoire de Jean Sobiesky, Roi de Pologne, par
- l'abb Coyer, 2 vol. in-12.
- Histoire de l'tat prsent de la Russie depuis 1714
- jusqu'en 1720, 2 vol. in-12.
- Rvolutions de Corse
- 2 vol. in-12.
- Histoire gnrale de Portugal, par La Clde
- 2 vol. in-4.
- Abrg chronologique de l'histoire de Lorraine
- 2 vol. in-8.
- Histoire de la vie et du rgne de Frdric-Guillaume,
- Roi de Prusse, 2 vol. in-12.
- Histoire de l'Empire ottoman, par M. Mignot, 1771
- 4 vol. in-12.
- Histoire des Arabes sous le gouvernement des Califes,
- par l'abb de Marigny, 4 vol. in-12.
- Histoire du Japon, par le P. Charlevoix, 1754
- 6 vol. in-12.
- Histoire de Siam, par M. Turpin, 1771
- 2 vol. in-12.
- Histoire gnrale des conjurations et conspirations,
- par Duport du Tertre, Paris, 1762, 10 vol. in-12.
- Dictionnaire historique des Grands Hommes
- 9 vol. in-8.
- Dictionnaire historique des Grands Hommes, de
- l'abb L'Advocat, 3 vol. in-8.
- Histoire de l'Acadmie franoise depuis son tablissement
- jusqu'en 1652, par Plisson, 2 vol. in-12.
- Histoire de l'Acadmie royale des Belles-Lettres, par
- M. de Boze, 1740, 3 vol. in-12.
- Bibliothque des Anciens Philosophes, trad. par
- Dacier, 11 vol. in-12.
-
- * * * * *
-
-V.
-
-L'an second de la Rpublique franoise, de l're ancienne mil sept
-cent quatre-vingt douze, le 12 mars, cinq heures de releve, en
-vertu de l'arrt du directoire du district de Versailles, en date du
-9 du courant, nous, Jean Gazard, commis de l'administration du
-district, nous sommes transport avec le citoyen Huv, inspecteur des
-btiments, en cette ville, avenue de Paris, la maison dite de Madame
-lisabeth, conformment la rquisition du citoyen Couturier,
-rgisseur du domaine de Versailles, l'effet de lever et apposer les
-scells sur plusieurs portes de ladite maison; o tant, nous avons
-lev le scell appos sur une porte cochre, donnant de la petite cour
-dudit btiment sur l'avenue de Paris, afin de laisser l'usage libre du
-guichet de ladite porte, et l'avons appos sur le verrouil de ladite
-grande porte; de l nous sommes transports deux autres petites
-portes, communiquant du jardin dans une des cours du btiment, o nous
-avons galement appos le scell sur l'entre des serrures; et,
-n'ayant point le cachet du district, nous nous sommes servi d'un petit
-cachet de montre, ayant pour empreinte un coeur perc de deux flches,
-surmont de ces mots: _Je suis bless_, lequel cachet, nous avons
-remis entre les mains des administrateurs du directoire du district
-pour servir la confrontation et reconnoissance desdits scells quand
-le cas le requerra; et du tout, avons dress le prsent procs-verbal,
-les jours et an que d'autre part.
-
- GAZARD, _commissaire_. HUV.
-
- * * * * *
-
-VI.
-
-Le citoyen Sulleau, concierge garde-meuble de la maison de Madame
-lisabeth Montreuil, a l'honneur d'observer monsieur le maire et
-messieurs les officiers municipaux de Versailles, qu'il est en sa
-qualit de garde-meuble charg sur sa responsabilit de tous les
-effets contenus en laditte maison, sous l'inspection gnral de M.
-Restout, nomm par M. le ministre de l'intrieur cet effet, et qui
-il doit rendre compte de tous les objets remis sa garde et
-responsabilit suivant les inventaires gnraux, dposs au
-Garde-meuble.
-
-Le citoyen Sulleau a pour l'aider la surveillance et manutention de
-sa place le nomm Flury, homme honnte et sre dont il garantie la
-fidlit et l'honntet comme de tous autres gens de la maison qui lui
-sont subordonns.--Il s'est trouv de ncessit en 1791 rclamer la
-justice de messieurs de la municipalit, sur les prtentions et
-dmarches du suisse nomm Hubert, et il a eu la satisfaction
-d'prouver alors une justice satisfaisante.
-
-Aujourd'hui 8 octobre 1792, il vient d'tre appos des scells sur
-toutes les portes extrieures de la maison, sous prtexte qu'on
-pourrait on sortir des effets; cette prcaution ne peut en rien
-augmenter la responsabilit du dpositaire, devient nul pour le
-rsultat, mais infiniment sensible et douloureuse pour tous les
-individus attachs la maison. Ils en ont tous marqu leur douleur au
-citoyen Sulleau, qui bien convaincu de leur honntet reconnue depuis
-dix ans, ne peut se refuser de rclamer l'attention de monsieur le
-maire sur un acte qui vritablement ne porte que sur eux seuls, et
-avec d'autant plus d'injustice que cette prcaution est sollicit par
-un homme qui n'est responsable de rien, et qui de touts les temps a
-fait preuve du dsir de nuire, et cela sans aucun...
-
- SULLEAU.
-
-Nous, commissaire nomm pour examiner la ncessit de lever le scell
-sur la porte cochre du ct du jardinier, avons reconnu qu'elle toit
-relle, le service des fumiers et autres charois ne pouvant avoir lieu
-que par l. En foi de quoi nous avons sign le prsent rapport, la
-maison commune, le 8 octobre 1792, l'an premier de la Rpublique
-franoise.
-
- HUV.
-
- * * * * *
-
-VII.
-
-L'an premier de la Rpublique franoise, les citoyens Boissy et Borel
-ayant t autorissz par un rquisitoire de la municipalit de
-Versailles signz Richaud maire, Couturier procureur de la Commune,
-Gaucher municipal, ce sont transportez en la maison de la soeur du
-ci-devant Roi, avenu de Paris, est ont apposez les scells sur toutes
-les portes extrieur de la sudite maison et du jardin. Le sieur
-Heuber, suisse et gardien, nous ayant reprsentz de ne point apposz
-le scellz sur la porte extrieur de la vacherie en nous disant qu'ils
-toit ncessaire que les animeaux sortent pour aller aux champs, ce
-que nous avons ve raisonnable cela ne nous nous (_sic_) a pourtant
-pas empchz de les poser sur toutes les portes intrieur qui
-communiquent de la susdite vacherie au jardin, afin d'empcher toutes
-les communications. Nous nous sommes transportz de l une petite
-maison qui n'est sparz que d'une porte en treilliage fermant clef,
-n'ayant pas trouvz cette fermeture suffisante, nous avons voulut
-apposer le scellz sur la porte de clture qui donne sur une petite
-re. Le citoyen Plican et la dame Piout cetant prsentz l'instant
-nous ont exibz une oppositions de leurs part en nous reprsentant
-que cette petite maison appartenoit la ci-devant baronne de Mackau;
-sur les reprsentations du citoyen Heuber, suisse et gardien qu'il
-sufisoit seulement de poser le scellz sur la sudite porte de
-treilliage, ce que nous avons fait l'instant, le sieur Sulleau
-s'tant aussi prsentz avec le jardinier, n'ayant point part
-satisfaits de notre opration, mme nous exibant en plusieurs pices,
-nous disant qu'ils toient les ministres de l'intrieur et nous disant
-d'une voix foible qu'ils croyoient tre suffisamment autorissez par le
-moyens de ces pieces de s'opposer au scellz nous avons regardez cela
-comme des mots qui ne peuvent convenirent qu' des hommes foibles.
-Nous lui avons dits que s'il avoit des droits qui les fassent valoir
-la maison comune, pour nous, cela ne nous empcheroient pas de
-continuer nos oprations. C'est ce que nous avons fait s'en crainte,
-est avons signes le prsent Versailles, ce 8 octobre 1792, l'an
-premier de Rpublique franoise.
-
- BOISSY. BORET.
-
-Faite en prsence des citoyens HEUBER, BONIFACY, _garde-bosquet_.
-
- * * * * *
-
-VIII.
-
-_tat de ce que nous avons trouvz dans la vacherie._
-
-Cinq vaches est une genise, un cheval est une petite voiture d'osier
-couverte, avec tous ces harnois; nous avons crue devoir prendre ce
-dtail cause que ces animeaux sont sujette la sortie pour leurs
-subsistance. A Versailles, le 8 octobre 1792, l'an premier de la
-Rpublique franoise.
-
- BOISSY. BORET.
-
- * * * * *
-
-IX.
-
-Sur la rprsentation que les citoyens Heuber, suisse et gardien,
-Bonifacy, garde-bosquet, que l'on dvastoient tout les jours les
-jardins par la coupe journailliere des arbres et la pche qui si fait
-continuellement par des gens de la maison, ainsi que des trangers
-qu'ils introduisent leurs compagnies, croyant toujours tre sous la
-protection de la soeur du ci-devant Roi, nous ont dits qu'ils seroient
-bien aise d'tre autorissz d'un pouvoir de la municipalits qui les
-autorisent pouvoir empcher tous ces desordres, est ont signes.
-
- HEUBER, BONIFACY, _garde-bosquet_,
-
- PRVOT, _commissionnaire du sieur Fleury, garon tapissier_.
-
- * * * * *
-
-X.
-
-MESSIEURS,
-
-Nol Gauthier et Julien Gauthier frres, tous deux frotteurs des
-appartements de la petite maison de Madame lisabeth, avenu de Paris,
-
-Ont l'honneur de vous reprsenter que depuis le dpart de cette
-princesse, ils sont rest gardien l'un de l'aile droite et l'autre de
-l'aile gauche de laditte maison, couchant dans les appartements,
-ignorent le motif pour lequel M. Suleau concierge vient de nommer et
-faire recevoir deux autres gardiens, au prjudice des exposants qui
-osent se flatter qu'on ne peut rien leur reprocher,
-
-Pendant les trois mois qu'ils ont gards le premier scell les jours
-et nuits par ordres du sieur Suleau dont il en ont point t pay.
-
-Ils vous supplient, Messieurs, de vouloir bien leur rendre justice.
-
- * * * * *
-
-XI.
-
-_Procs-verbal._
-
-Aujourd'hui le 9 octobre 1792, l'an premier de la Rpublique, en vertu
-d'un rquisitoire du bureau municipal, sign des citoyens Couturier
-procureur de la commune, Huv et Gauchez officiers municipaux, qui ont
-nomm les citoyens Boissy et Geoffroy comissaires a l'apposition des
-scelles dans la maison de la Damme lisabeth, soeur du ci-devant Roi,
-ont pris pour tmoins l'apposition desdits scelles, le citoyens Flury,
-attach la conciergerie du Garde-meuble de ladite maison, ainsi que le
-nomm Prvot, journallier employ par le citoyen Sulleau, qu'il a t
-pos quatre-vingt et tant de scelles dont quatre-vingt-une clef, il est
-rest ouvert et la jouissance des personnes dnommes ci-apprs et qui
-sont meubls conformment aux inventaires dont la minute est dpos au
-bureau du Garde-meuble national Versailles, dont le citoyen le Clerc
-se charge de la reprsenter la premire rquisition de la
-municipalit; lesdits logements actuellement occuppes par les personnes
-susdites, consiste savoir celui du citoyen Sullau, concierge du
-Garde-meuble; Fleury, garon du Garde-meuble attach au concierge, et le
-reprsentant en son absence; la veuve du Coudray, femme de charge et
-lingerie; la demoiselle Simon, ouvrire; Marie, laitirre, Prvot,
-journallier; Nol, frotteur, Juillien, second frotteur, Dor, garon
-jardinier, le suisse de la porte, nomm Ubert, Boniface, suisse
-garde-bosquet; Cadeau, balayeur, demeurant sur l'ancienne cour basse,
-sur l'avenu, et dans le pavillon, ru ci-devant Champ-la-Garde; Jaques
-Bosson, vacher; Coupry, matre jardinier.
-
-Lesdits commissaires ont nomm les citoyens Flury et Prvots ci-dessus
-dnomms gardiens de l'intrieur et extrieur de ladite maison, qu'ils
-l'ont accepts et signs avec nous le prsent procs-verbal, et est
-comparu au moment o l'on posoit les scelles, le citoyen Sullau
-ci-devant dnomm, et qui a sign avec nous.
-
-De plus, avons tabli les citoyens Ubert suisse des portes, et
-Bonifacy garde-bosquet, a qui nous avons dlivr des pouvoirs comme
-gardiens des scelles extrieurs et suret gnrale dans leurs postes.
-
-Clos le prsent prsent (_sic_) procs-verbal en prsence des citoyens
-Sullau, Fleury, Prvot, Ubert, Boniface, le Clerc.
-
- SULLEAU. FLURY. LECLERC. HEUBER.
-
- BONIFACY, _garde-bosquet_.
-
- BOISSY. GEOFFROY. HEUBER.
-
- * * * * *
-
-XII.
-
- A Versailles, le 5 mars 1793, l'an II de la Rpublique.
-
-CITOYEN,
-
-J'ai ordonn ce matin, en consquence de votre lettre d'hier, la
-fermeture de deux portes la maison cy-devant de Madame lisabeth,
-mais on m'a observ que si l'on condamnoit celle de la petite cour
-ct de l'avenu de Paris, le gardien de ce ct-l ne pourroit plus
-sortir d'aucun ct.
-
-Il n'y auroit d'autre moyen, en persistant de lui interdire le passage
-par le jardin, que de lui faire ouvrir le guichet de la grande porte,
-aprs en avoir lev les scells, car ils sont sur toutes les portes
-intrieures qui conduisent la grande cour; mais il y communiqueroit
-par dehors.
-
-J'ai appris, cher concitoyen, que vous tiez dbarass de votre rhume,
-j'en suis bien aise, mais moi je suis pris par tous les bouts, au pied
-par une reculade imprvue, la tte par un rhume oppinitre, et par
-tout le corps je ne scais pourquoi.
-
-Je suis votre frre en patriotisme,
-
- _Le maire de Versailles_, HUV.
-
-Vu par nous administrateurs composant le directoire du district de
-Versailles, pour tre excut par le citoyen inspecteur des btiments
-de l'arrondissement, en prsence du citoyen Gazard, commis de
-l'administration, charg de lever et apposer les scells o besoin
-sera.
-
-A Versailles, 9 mars 1793, l'an deux de la Rpublique.
-
- BOYELLEAU, BZARD, _v. p._ DEVEZE, _pr. s._ CHAILLIOU.
-
- COURRAUT.
-
- * * * * *
-
-XIII.
-
- A Versailles, le 7 mars 1793, l'an II de la Rpublique.
-
-CITOYEN,
-
-Je vous prvient que Madame lisabeth, avoit une chien de sret a sa
-maison, elle faisoit donner six livres de pain par jour, le citoyen
-Thierry, boulanger du ci-devant Roi, est m'en avoit donnez la garde
-comme tant le gardien de ladite maison, mais trouvant qu'un seul
-chien ne suffisoit pas pour la sret de la maison, Madame lisabeth
-m'a ordonnez en diffrentes fois d'en lever plusieurs, comme il
-plaisoit Madame lisabeth d'en disposer sa volont, et quel en
-faisoit des cadots, laqu'elle m'avoit promis un dedomagement, mais
-comme n'tant point revenu, je n'ai toujours eut que la nouriture du
-premier, dont ledit citoyen Thierry a cessez de fournir le pain le 1er
-mars de la prsente anne 1793; est je me trouve avoir trois gros
-chiens ma charge, est des frais d'en avoir elever et nourries
-plusieurs dont deux jusqu' prsent s'en avoir eut aucun ddomagement;
-est ayant prvene les citoyens qui ont posez les scells, comment est
-que je pouroit faire avec ces chiens, s'il falloit m'en dfaire, o en
-prvenir la municipalit, ils monts ordonnez de les garder jusqu' la
-leve des scells. Mais n'ayant plus le pain est n'ayant aucun
-ddomagement pour les nourirents je ne peut pas garder trois gros
-chiens ma charge.
-
- HEUBER, _gardien de la maison ci-devant Madame lisabeth_.
-
- * * * * *
-
-_Avis du directeur de la rgie nationale de l'enregistrement._
-
-Le directeur de la rgie nationale qui a pris communication de la
-ptition de l'autre part, est d'avis:
-
-1 Que le citoyen Hubert soit autoris conserver un chien de
-basse-cour pour la garde de la maison lisabeth Capet, situe
-l'extrmit de l'avene de Paris;
-
-2 Qu'il lui soit tenu compte de cet objet de dpense compter du 1er
-de ce mois, sur le pied qui sera dtermin par le directoire du
-district;
-
-3 Enfin, que ledit Hubert vende, s'il est possible, ou donne les
-autres chiens qui sont inutiles. Le directeur observe au surplus que
-si les meubles existants dans cette maison toient vendus ou
-transports ailleurs, on trouveroit sans doute la louer, ce qui
-produiroit le double avantage de supprimer toute espce de dpense, et
-de procurer la Rpublique un revenu dont elle est prive.
-
-Versailles, 18 mars 1793, le deuxime de la Rpublique franoise.
-
- DESCHESNE.
-
- * * * * *
-
-XIV.
-
-_Extrait du registre des dlibrations du directoire du dpartement de
-Seine-et-Oise._
-
- Sance publique du 8 juin 1793, l'an II de la Rpublique franaise.
-
-Vu par le directeur la rclamation de sept ouvriers jardiniers,
-employs au jardin ci-devant appartenant la soeur de Louis Capet,
-dpendant de la liste civile et situ au grand Montreuil, qui a pour
-objet le payement de trente-six livres chacun, qu'ils dclarent avoir
-ci-devant t dans l'usage de recevoir annuellement titre de
-gratification, et n'avoir pas touch depuis 1791 inclusivement;
-
-Le certificat du jardinier de ce jardin qui atteste cet usage;
-
-Le renvoi de ladite demande de la part du district au directeur de la
-rgie;
-
-L'avis du directeur de la rgie du 2 janvier dernier;
-
-L'avis au district de Versailles du 11 dudit mois de janvier;
-
-Ou le procureur gnral sindic,
-
-Le directoire, attend que les sept ouvriers rclamants n'toient pas
-mis en oeuvre de l'ordre direct de la ci-devant Madame lisabeth, mais
-bien pour le jardinier personnellement, et que c'est consquemment
-celui-ci de pourvoir tant leurs salaires qu' leurs gratifications
-s'il le juge propos;
-
-Arrte qu'il n'y a pas lieu d'accorder les gratifications requises.
-
-Pour expdition, signs Richaud et Bocquet, secrtaire.
-
- Pour copie conforme:
-
- GAZARD, _secrtaire_.
-
- * * * * *
-
-XV.
-
-Aujourd'hui lundi cinq aot mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an
-deux de la Rpublique une et indivisible, nous, J. M. Musset,
-Claude-tienne Contant et Nicolas Monjardet, commissaires de la
-Convention nationale du district de Versailles et de la municipalit
-de ladite ville, nous sommes transports dans la maison ci-devant
-occupe par lisabeth Capet, avenue de Paris, l'effet d'examiner si
-les meubles des appartements de cette maison n'toient point
-endommags par les vers ou autrement. Nous nous sommes fait
-accompagner dans la visite que nous avons faite de plusieurs de ces
-appartements par le citoyen Hubert, l'pouse du citoyen Fleury et le
-citoyen Prvost, tous trois gardiens des scells de ladite maison.
-
-Les meubles que nous avons examins sont ceux des appartements dont
-les portes d'entre sont numrotes 1 et 2, -- 16 et 17, -- 12 et 13,
--- 14, 15, -- 18 et 20, desquelles portes nous avons lev les scells,
-trouvs intacts.
-
-Voyant que ces meubles toient tout neufs et fort peu endommags des
-vers, nous avons jug inutile d'en examiner un plus grand nombre, et
-nous nous sommes borns en faire battre plusieurs couchers et
-chaises sortis cet effet dans la cour, en en prenant note; aprs
-quoi nous avons fait exactement replacer chacun sa place, avons fait
-entirement refermer lesdits appartements, et les scells ont t
-rapposs par le commissaire du district sur chacune desdites portes.
-
-Ensuite nous avons cru devoir, avant de terminer, visiter aussi les
-meubles de l'appartement d'lisabeth Capet. Nous avons cet effet
-lev les scells mis sur la porte d'entre, et aprs avoir entr dans
-l'antichambre, nous avons trouv dchir dans le milieu, et vis--vis
-la jonction des deux battants de la porte, le papier des scells mis
-sur la porte gauche qui est celle de l'appartement; et cette porte
-ouverte, le pesne de la serrure tant hors de la gche, sur quoi il
-nous a t observ par lesdits gardiens que cette porte, ferme ainsi
-peut-tre par inadvertance, pouvoit avoir t la cause du dchirement
-de ce papier dans quelque moment o il y aura eu du vent.
-
-Nous avons vrifi que les meubles de cet appartement, qui sont
-prcieux, n'toient nullement endommags. Nous avons referm ladite
-porte trouve ouverte, mais sans y apposer de nouveaux scells,
-observant que ceux de la porte d'entre suffisoient, et les scells
-ont t rapposs sur celle-ci.
-
-De tout quoi nous avons dress le prsent procs-verbal, fait double
-pour tre dpos au district et l'autre entre les mains des
-reprsentants du peuple, et avons sign avec lesdits gardiens
-prsents, l'un d'eux reprsents par son pouse, les an, mois et jour
-susdits. Et avons remis la maison commune les clefs desdits
-appartements o elles toient dposes.
-
- MONJARDET, J. M. MUSSET, _commissaire national_, PRVOST, COUTANT,
- _commissaire du district_, HEUBER, Femme FLURY.
-
- * * * * *
-
-XVI.
-
-_Aux citoyens administrateurs du directoire du district de
-Seine-et-Oise._
-
-CITOYENS,
-
-Coupry, jardinier dans la ci-devant maison d'lisabeth Capet, est
-dcd hier 8 nivse la suite d'une maladie; comme j'ai toujours
-veilli autant qu'il a depend de moi aux interest de la Rpublique,
-si j'ai p obtenir quelque confiance, je prie les citoyens
-administrateurs de vouloir bien me maintenir dans l'emploi provisoire
-de la surveillance du jardin et orangerie, ou il ce trouve maintenant
-beaucoup de plantes appartenant la nation auxquelles j'ai toujours
-donn mes soins.
-
- LACOLONGE.
-
-A Versailles, ce 9 nivse, l'an second de la Rpublique franoise (29
-dcembre 1793).
-
-Salut et fraternit.
-
- * * * * *
-
-_Avis du directeur de la rgie nationale._
-
-Le directeur de la rgie observe que, v la vigilance et la probit
-bien reconnues du citoyen Lacolonge, l'administration adoptera une
-mesure fort sage, en lui confiant provisoirement le soin de veiller
-la conservation des jardins, orangerie, plantes et arbustes de la
-maison d'lisabeth Capet: il avoit la confiance de Coupry; personne ne
-connot mieux que lui les dtails de cette maison, il n'est donc pas
-possible de faire meilleur choix.
-
-Il est vraisemblable que des anciens ouvriers, qui ont travaill dans
-le jardin dpendant de ladite maison, feront des dmarches pour
-remplacer Coupry; mais il seroit contraire l'intrt de la
-Rpublique de les laisser s'immiscer dans une administration o il
-rgnoit une foule d'abus qu'on a attribus plusieurs d'entr'eux.
-
-Versailles, ce 21 nivse de l'an II de la Rpublique une et
-indivisible (10 janvier 1794).
-
- DESCHESNE.
-
- * * * * *
-
-XVII.
-
-Aujourd'hui sept ventse, an second de la Rpublique franoise une et
-indivisible (25 fvrier 1794), quatre heures de releve, moi,
-soussign, comissaire nomm par l'administration du district de
-Versailles, dpartement de Seine-et-Oise, par comission en datte du 24
-pluvise, pour la leve des scells apposs au local du palais
-National et autres lieux dpendants de la ci-devant liste civile,
-assist du citoyen Tissot, notable, comissaire pour la municipalit,
-nous nous sommes transport au local dit Maison lisabeth, o, aprs
-vrification faite des scells apposs sur diffrentes portes
-environnant le jardin et autres issues de la maison, nous en avons
-fait la leve ainsi qu'il suit, savoir:
-
- P A une porte de la cour des cuisines;
-
- 2 Une grande porte donnant sur l'avenue de Paris;
-
- 3 Une porte donnant sous la vote qui conduit l'avenue de Paris;
-
- 4 Une porte donnant sur la ruelle, au bout du jardin Lemonier;
-
- 5 A la porte de communication du jardin dudit Lemonier;
-
- 6 A la porte de communication du jardin de la citoyenne Makau;
-
- 7 A la porte donnant la maison de la femme Diane Polignac;
-
- 8 A la porte du jardin du petit btiment dtach;
-
- 9 A la porte cochre du petit btiment id.
-
-Plus, le citoyen Flury, concierge de laditte maison, nous a fait voir
-des chassis de couche vitr, au nombre de soixante-dix-sept de 4 pieds
-carrs, et huit de 18 pouces sur 4 pieds, dont il a donn note au
-citoyen L'Oiseleur, inspecteur de laditte maison.
-
-La leve des scells tant termins, nous donnons dcharge aux
-gardiens ci-aprs dnomms, savoir:
-
-Le citoyen Flury,
-
-Prvost,
-
-Heubert,
-
-Bonifacy.
-
-Et a ledit citoyen Flury sign avec nous, comme restant concierge, ce
-jour et an que dessus.
-
- TISSOT, _notable_. COSTAR, _commissaire du district_. FLURY.
-
- * * * * *
-
-XVIII
-
-_Aux citoyens administrateurs composant le directoire du district de
-Versailles._
-
-CITOYENS,
-
-Le citoyen Jean-Philippe Quadot, ci-devant balayeur de la maison de
-ci-devant lisabeth Capet, soumets sous vos yeux sa triste position,
-etant pere de famille: est peu favorisez de la fortune, il ose esprer
-de votre justices le soutien que tous citoyen doit attendre de vous
-magistrats, lorsque la demande d'un rclamant ce trouve fond; c'est
-dans cette espoir qu'ils vous soumets les reclamations suivante.
-
-Jean-Philippe Quadot, g de soixante ans, pere de famille et
-indigent, a servie sous le rgne du tyran Louis quinzime du nom, dans
-le ci-devant rgiment de Normandie, o il fit cinq campagne durant les
-guerres d'Hanvre; sortie du service militaire en 1757 (v. stile) il
-entra l'anne ensuite au ci-devant chteau, en qualit de garon
-marbrier pour l'entretien et la propret de toute les marbres qui
-dpendoient des appartements dudit chteau, ainsi que de ceux de la
-chapelle; ayant de paye vingt sols par jour; ce qui ne pouvoit qu'
-peine le faire subsanter lui est sa famille, mais dans lespoir o le
-rclamant toit que l'on prendroit son sort et son ancien service en
-considration fait qu'il a toujours esprez jusqu'en 1789 (v. stile)
-o la ci-devant lisabeth le prit son service en qualit de
-balayeur, ordonnant qu'il fut habillez logez chauffez et eclairez, lui
-accordant aussi trente sols par jours de gage. Ce qui ne fut pas
-excut t'elle qu'elle l'avoit ordonne, n'ayant tt logez qu'un an
-aprs etre entre son service, est n'ayant point tt habillez du
-tout, pour les trente sols par jour de gage la premire anne nayant
-tt payz par le citoyen Sulleau concierge de la maison qui en etoit
-chargz raison de vingt quatre sols la seconde raison de vingt six
-sols et la troisime raison de vingt huit sols par jour jusqu'aux
-premier novembre; o ayant fait observer audit citoyen Sulleau que ce
-n'toit point l les ordres de la matresse de le payer depuis vingt
-quatre sols jusqu' vingt huit sols puisqu'elle avoit ordonn de le
-payer raison de trente sols par jour; sur quoi le dit concierge lui
-dit qu'il n'toit jamais content et comment faisoit-il au chteau
-lorsqu'il n'avoit que vingt sols, quoi le citoyen Quadot a rpondu
-qu'il avoit des Bonnes-mes qui l'aidoit lui est sa famille, est que
-sa femme travailloit mais que n'tant plus jeune ni lui non plus ils
-seroit bien malheureux qu'ils fussent obligz d'aller mendier leurs
-pains, tandis que lui concierge ne ce contentant pas de sa place
-cherchoit encor retenir le salaire d'un malheureux. Cependant
-d'aprs cette explication il le paya raison de trente sols par jour
-depuis le mois de novembre 1792 (v. style); quand au bois et la
-chandelle, il n'en avoit pas la moiti de son besoin.
-
-Voici le prcis de son tat qu'il vous a exposz.--Actuellement voici
-o ce borne sa demarche auprs de vous citoyens administrateurs.
-
-Le citoyen Flry garon du citoyen Sulleau, ordonna le 18 ventse au
-citoyen Quadot dvacuer le logement qu'il occupe dans la maison de
-rendre les meubles dans le dlai de vingt-quatre heures; le malheureux
-Quadot malade d'un coup de pied de cheval qu'il a reue dans lestomac,
-s'en le sols s'en lit pour ce coucher lui et sa famille...
-
-Je pase sous silence a votre humanit le tableau douloureux d'une
-famille abandonne, rduite au dsespoir.
-
-N'ayant aucunes resources que de votre justices et ayant une conduite
-s'en reproche.
-
-Vous fait la demande de son logement jusqu'au moment o l'on
-disposeroit de la maison autrement: en titre de charit aprs
-trente-six ans de service; est vous demande aussi de lui faire avoir
-son lit la prissez un sixime en sus de l'estimation.
-
-Justices qu'il attend de vous citoyens administrateurs ce qui le
-pntrera de la plus vive reconnoissance.
-
-Le citoyen Quadot ne schachant point signe fait une
-
- X
-
-_La demande du sieur Quadot est appuye ainsi par sa section._
-
-Les prsident et secrtaires de la treizime section au nom de leurs
-concitoyens atestent que le citoyen Kadot est un bon citoyen, qu'il
-est pre de quatre enfans dont trois sa charge et un dans l'arme
-rvolutionnaire, qu'en outre il est priv de toute fortune. En
-consquence, il invite les membres du district de prendre en
-considration son honntet, les besoins de sa famille, et de
-permettre qu'il reste dans le logement qu'il occupe jusqu' ce qu'il
-plaise la justice du district d'en ordonner autrement.
-
-Versailles, le 21 ventse, l'an deuxime de la Rpublique une et
-indivisible. (11 mars 1794.)
-
- TARDIF, _secrtaire_.
-
-Le registre des dlibrations de l'administration du district de
-Versailles nous apprend que,
-
-Dans la sance publique du 16 germinal an II (5 avril 1794),
-
-Ou l'agent national provisoire,
-
-L'administration considrant que la position du rclamant exige des
-gards; que l'humanit souffrante ne peut qu'engager secourir les
-infortuns;
-
-Considrant que les intrts de la Rpublique ne doivent pas tre
-compromis;
-
-Arrte que le citoyen Kadot jouira provisoirement du logement qu'il
-occupe la ci-devant maison d'lisabeth Capet, jusqu' ce qu'il ait
-t pris un parti par l'administration pour la vente ou la location de
-cette maison.
-
- Pour expdition,
-
- BOURNIZET, _Amricain_.
-
- LECLERC, _p._ {le} _s._
-
- * * * * *
-
-XIV
-
-LETTRE DES PRINCES AU ROI.
-
-
-SIRE, NOTRE FRRE ET SEIGNEUR,
-
-Lorsque l'assemble qui vous doit l'existence, et qui ne l'a fait
-servir qu' la destruction de votre pouvoir, se croit au moment de
-consommer sa coupable entreprise; lorsqu' l'indignit de vous tenir
-captif au milieu de votre capitale, elle ajoute la perfidie de vouloir
-que vous dgradiez votre trne de votre propre main; lorsqu'elle ose
-enfin vous prsenter l'option, ou de souscrire des dcrets qui
-feroient le malheur de vos peuples, ou de cesser d'tre roi, nous nous
-empressons d'apprendre Votre Majest que les puissances dont nous
-avons rclam pour elle le secours, sont dtermines y employer
-leurs forces; que l'Empereur et le roi de Prusse viennent d'en
-contracter l'engagement mutuel. Le sage Lopold, aussitt aprs avoir
-assur la tranquillit de ses tats et amen celle de l'Europe, a
-sign cet engagement Pilnitz, le 29 du mois dernier, conjointement
-avec le digne successeur du grand Frdric; ils en ont remis
-l'original entre nos mains, et pour le faire parvenir votre
-connoissance nous le ferons imprimer la suite de cette lettre, la
-publicit tant aujourd'hui la seule voie de communication dont vos
-cruels oppresseurs n'aient pu nous priver.
-
-Les autres cours sont dans les mmes dispositions que celles de Vienne
-et de Berlin. Les princes et tats de l'Empire ont dj protest, dans
-des actes authentiques, contre les lsions faites des droits qu'ils
-ont rsolu de soutenir avec vigueur. Vous ne sauriez douter, Sire, du
-vif intrt que les rois Bourbons prennent votre situation; Leurs
-Majests Catholique et Sicilienne en ont donn des tmoignages non
-quivoques. Les gnreux sentiments du roi de Sardaigne, notre
-beau-pre, ne peuvent pas tre incertains. Vous avez droit de compter
-sur ceux des Suisses, les bons et anciens amis de la France. Jusque
-dans le fond du Nord, un roi magnanime[235] veut aussi contribuer
-rtablir votre autorit; et l'immortelle Catherine, qui aucun genre
-de gloire n'est tranger, ne laissera pas chapper celle de dfendre
-la cause des souverains.
-
-[Note 235: Le roi de Sude.]
-
-Il n'est point craindre que la nation britannique, trop gnreuse
-pour contrarier ce qu'elle trouve juste, trop claire pour ne pas
-dsirer ce qui intresse sa propre tranquillit, veuille s'opposer aux
-vues de cette noble et irrsistible confdration.
-
-Ainsi, dans vos malheurs, Sire, vous avez la consolation de voir les
-puissances conspirer les faire cesser, et votre fermet, dans le
-moment critique o vous tes, aura pour appui l'Europe entire.
-
-Ceux qui savent qu'on n'branle vos rsolutions qu'en attaquant votre
-sensibilit, voudront sans doute vous faire envisager l'aide des
-puissances trangres comme pouvant devenir funeste vos sujets; ce
-qui n'est que vue auxiliaire, ils le travestiront en vue hostile, et
-vous peindront le royaume inond de sang, dchir dans toutes ses
-parties, menac de dmembrements. C'est ainsi qu'aprs avoir toujours
-employ les plus fausses alarmes pour causer les maux les plus rels,
-ils veulent se servir encore du mme moyen pour les perptuer; c'est
-ainsi qu'ils esprent faire supporter le flau de leur odieuse
-tyrannie, en faisant croire que tout ce qui la combat conduit au plus
-dur despotisme.
-
-Mais, Sire, les intentions des souverains qui vous donneront des
-secours sont aussi droites, aussi pures que le zle qui nous les fait
-solliciter; elles n'ont rien d'effrayant ni pour l'tat, ni pour vos
-peuples: ce n'est point les attaquer, c'est leur rendre le plus
-signal de tous les services, que de les arracher au despotisme des
-dmagogues, aux calamits de l'anarchie. Vous vouliez assurer plus que
-jamais la libert de vos sujets, quand des sditieux vous ont ravi la
-vtre; ce que nous faisons pour parvenir vous la rendre, avec la
-mesure d'autorit qui vous appartient lgitimement, ne peut tre
-suspect de volont oppressive; c'est au contraire venger la libert
-que de rprimer la licence; affranchir la nation, que de rtablir la
-force publique, sans laquelle elle ne peut tre libre. Ces principes,
-Sire, sont les vtres; le mme esprit de modration et de bienfaisance
-qui caractrise toutes vos actions sera la rgle de notre conduite: il
-est l'me de toutes nos dmarches auprs des cours trangres; et
-dpositaires des tmoignages positifs des vues aussi gnreuses,
-qu'quitables qui les animent, nous pouvons garantir qu'elles n'ont
-d'autre dsir que de vous remettre en possession du gouvernement de
-vos tats, pour que vos peuples puissent jouir en paix des bienfaits
-que vous leur avez destins.
-
-Si les rebelles opposent ce dsir une rsistance opinitre et
-aveugle, qui force les armes trangres de pntrer dans le royaume,
-eux seuls les y auront attires, sur eux seuls rejailliroit le sang
-coupable qu'il seroit ncessaire de rpandre; la guerre seroit leur
-ouvrage. Le but des puissances trangres n'est que de soutenir la
-partie saine de la nation contre la partie dlirante, et d'teindre au
-sein du royaume le volcan du fanatisme, dont les ruptions propages
-menacent tous les empires.
-
-D'ailleurs, Sire, il n'y a pas lieu de croire que les Franois,
-quelque soin qu'on prenne d'enflammer leur bravoure naturelle, en
-exaltant, en lectrisant toutes les ttes par des prestiges de
-patriotisme et de libert, veuillent longtemps sacrifier leur repos,
-leurs biens et leur sang pour soutenir une innovation extravagante qui
-n'a fait que des malheureux. L'ivresse n'a qu'un temps; les succs du
-crime ont des bornes; et on se lasse bientt des excs, quand on est
-soi-mme victime. Bientt on se demandera pourquoi on se bat, et l'on
-verra que c'est pour servir l'ambition d'une troupe de factieux qu'on
-mprise, contre un roi qui s'est toujours montr juste et humain;
-pourquoi l'on se ruine, et l'on verra que c'est pour assouvir la
-cupidit de ceux qui se sont empars de toutes les richesses de
-l'tat, qui en font le plus dtestable usage, et qui, chargs de
-restaurer les finances publiques, les ont prcipites dans un abme
-pouvantable; pourquoi on viole les devoirs les plus sacrs, et l'on
-verra que c'est pour devenir plus pauvres, plus souffrants, plus
-vexs, plus imposs qu'on ne l'avoit jamais t; pourquoi on
-bouleverse l'ancien gouvernement, et l'on verra que c'est dans le vain
-espoir d'en introduire un qui, s'il toit praticable, seroit mille
-fois plus abusif, mais dont l'excution est absolument impossible;
-pourquoi l'on perscute les ministres de Dieu, et l'on verra que c'est
-pour favoriser les desseins d'une secte orgueilleuse qui a rsolu de
-dtruire toute religion, et par consquent de dchaner tous les
-crimes.
-
-Dj mme toutes ces vrits sont devenues sensibles, dj le voile de
-l'imposture se dchire de toutes parts, et les murmures contre
-l'assemble qui a usurp tous les pouvoirs et ananti tous les droits
-s'tendent d'une extrmit du royaume l'autre.
-
-Ne jugez pas, Sire, de la disposition du plus grand nombre par le
-mouvement des plus turbulents; ne jugez pas le sentiment national
-d'aprs l'inaction de la fidlit et son apparente indiffrence.
-Lorsque vous ftes arrt Varennes et lorsqu'une troupe de
-satellites vous reconduisit Paris, l'effroi glaoit alors tous les
-esprits et faisoit rgner un morne silence. Ce qu'on vous cacha, ce
-qui dnote bien mieux le changement qui s'est fait et se fait encore
-de jour en jour dans l'opinion, ce sont les marques de mcontentement
-qui percent de toutes les provinces, et qui n'attendent qu'un appui
-pour clater davantage; c'est la demande que plusieurs dpartements
-viennent de former pour que l'Assemble ait rendre compte des sommes
-immenses qu'elle a dilapides depuis sa gestion; c'est la frayeur que
-ses chefs laissent apercevoir, et leurs tentatives ritres pour
-entrer en accommodement; ce sont les plaintes du commerce et
-l'explosion rcente du dsespoir de nos colonies; c'est enfin la
-pnurie absolue du numraire, le refus des contribuables de payer les
-impts, l'attente d'une banqueroute prochaine, la dfection des
-troupes qui, victimes de tous les genres de sduction, commencent
-s'en indigner, et le progrs toujours croissant des migrations. Il
-est impossible de se mprendre de pareils signes, et leur notorit
-est telle que l'audace mme des sducteurs du peuple ne sauroit en
-contester la vrit.
-
-Ne croyez donc pas, Sire, l'exagration des dangers par lesquels on
-s'efforce de vous effrayer. On sait que, peu sensible ceux qui ne
-menaceroient que votre personne, vous l'tes infiniment ceux qui
-tomberoient sur vos peuples, ou qui pourroient frapper des objets
-chers votre coeur, et c'est sur eux qu'on a la barbarie de vous
-faire frmir continuellement, en mme temps qu'on a l'impudence de
-vanter votre libert. Mais depuis trop longtemps on abuse de cet
-artifice, et le moment est venu de rejeter sur les factieux qui vous
-outragent l'arme de la terreur qui jusqu'ici a fait toute leur force.
-
-Les grands forfaits ne sont point craindre lorsqu'il n'y a aucun
-intrt les commettre, ni aucun moyen d'viter, en les commettant,
-une punition terrible. Tout Paris sait, tout Paris doit savoir que si
-une sclratesse fanatique ou soudoye osoit attenter vos jours ou
-ceux de la Reine, des armes puissantes, chassant devant elles une
-milice foible par indicispline, dcourage par les remords,
-viendroient aussitt fondre sur la ville impie qui auroit attir sur
-elle la vengeance du ciel et l'indignation de l'univers. Aucun des
-coupables ne pourroit chapper aux plus rigoureux supplices; donc
-aucun d'eux ne voudra s'y exposer.
-
-Mais si la plus aveugle fureur armoit un bras parricide, vous verriez,
-Sire, n'en doutez pas, des milliers de citoyens fidles se prcipiter
-autour de la famille royale, vous couvrir, s'il le falloit, de leurs
-corps, et verser tout leur sang pour dfendre le vtre... Eh! pourquoi
-cesseriez-vous de compter sur l'affection d'un peuple dont vous n'avez
-pas cess un seul moment de vouloir le bonheur?
-
-Le Franois se laisse facilement garer, mais facilement aussi il
-rentre dans la route du devoir; ses moeurs sont naturellement trop
-douces pour que ses actions soient longtemps froces; et son amour
-pour ses rois est trop enracin dans son coeur, pour qu'une illusion
-funeste ait pu l'en arracher entirement.
-
-Qui pourroit tre plus port que nous concevoir des alarmes sur la
-situation d'un frre tendrement chri? Mais, au dire mme de vos plus
-tmraires oppresseurs, ce refus du rsum constitutionnel, que nous
-apprenons vous avoir t prsent par l'Assemble, le 3 de ce mois, ne
-vous exposeroit qu'au danger d'tre destitu par elle de la royaut;
-or ce danger n'en est pas un. Qu'importe que vous cessiez d'tre roi
-aux yeux des factieux, lorsque vous le seriez plus glorieusement et
-plus solidement que jamais aux yeux de toute l'Europe et dans le coeur
-de tous vos sujets fidles? Qu'importe que, par une entreprise
-insense, on ost vous dclarer dchu du trne de vos anctres,
-lorsque les forces combines de toutes les puissances sont prpares
-pour vous y maintenir et punir les vils usurpateurs qui en auroient
-souill l'clat?
-
-Le danger seroit bien plus grand si, en paroissant consentir la
-dissolution de la monarchie, vous paroissiez affaiblir vos droits
-personnels aux secours de tous les monarques, et si vous sembliez vous
-sparer de la cause des souverains en consacrant une doctrine qu'ils
-sont obligs de proscrire. Le pril augmenteroit en proportion de ce
-que vous montreriez moins de confiance dans les moyens prservateurs;
-il augmenteroit mesure que l'impression du caractre auguste qui
-fait trembler le crime aux pieds de la majest royale dignement
-soutenue, perdroit de sa force; il augmenteroit lorsque l'apparence de
-l'abandon des intrts de la religion pourroit exciter la fermentation
-la plus redoutable; il augmenteroit enfin, si, vous rsignant
-n'avoir plus que le vain titre d'un roi sans pouvoir, vous paroissiez,
-au jugement de l'univers, abdiquer la couronne, dont chacun sait que
-la conservation exige celle des droits inalinables qui y sont
-essentiellement inhrents.
-
-Le plus sacr des devoirs, Sire, ainsi que le plus vif attachement,
-nous portent mettre sous vos yeux toutes ces consquences
-dangereuses de la moindre apparence de foiblesse, en mme temps que
-nous vous prsentons la masse des forces imposantes qui doit tre la
-sauvegarde de votre fermet.
-
-Nous devons encore vous annoncer, et mme nous jurons vos pieds, que
-si des motifs qu'il nous est impossible d'apercevoir, mais qui ne
-pourroient avoir pour principe que l'excs de la violence et une
-contrainte qui, pour tre dguise, n'en seroit que plus cruelle,
-foroient votre main de souscrire une acceptation que votre coeur
-rejette, que votre intrt et celui de vos peuples repoussent, et que
-votre devoir de roi vous interdit expressment, nous protesterions
-la face de toute la terre, et de la manire la plus solennelle, contre
-cet acte illusoire et tout ce qui pourroit en dpendre; nous
-dmontrerions qu'il est nul par lui-mme, nul par le dfaut de
-libert, nul par le vice radical de toutes les oprations de
-l'Assemble usurpatrice, qui, n'tant pas assemble d'tats gnraux,
-n'est rien. Nous sommes fonds sur les droits de la nation entire
-rejeter des dcrets diamtralement contraires son voeu exprim par
-l'unanimit des cahiers, et nous dsavouerions pour elle des
-mandataires infidles qui, en violant les ordres et transgressant la
-mission qu'elle leur avoit donne, ont cess d'tre ses reprsentants;
-nous soutiendrions, ce qui est vident, qu'ayant agi contre leur
-titre, ils ont agi sans pouvoir, et que ce qu'ils n'ont pu faire
-lgalement ne peut tre accept validement. Notre protestation, signe
-avec nous par tous les princes de votre sang qui nous sont runis,
-seroit commune toute la maison de Bourbon, qui ses droits
-ventuels la couronne imposent le devoir d'en dfendre l'auguste
-dpt. Nous protesterions pour vous-mme, Sire, en protestant pour vos
-peuples, pour la religion, pour les maximes fondamentales de la
-monarchie et pour tous les ordres de l'tat.
-
-Nous protesterions pour vous et en votre nom contre ce qui n'en auroit
-qu'une fausse empreinte. Votre voix tant touffe par l'oppression,
-nous en serions les organes ncessaires, et nous exprimerions vos
-vrais sentiments, tels qu'ils sont consigns au serment de votre
-avnement au trne, tels qu'ils sont constats par les actions de
-votre vie entire, tels qu'ils se sont montrs dans la dclaration que
-vous avez faite au moment o vous vous tes cru libre; vous ne pouvez
-pas, vous ne devez pas en avoir d'autres, et votre volont n'existe
-que dans les actes o elle respire librement.
-
-Nous protesterions pour vos peuples, qui, dans leur dlire, ne peuvent
-apercevoir combien ce fantme de constitution nouvelle qu'on fait
-briller leurs yeux et aux pieds duquel on les fait jurer vainement,
-leur deviendroit funeste. Lorsque ces peuples, ne connoissant plus ni
-chef lgitime, ni leurs intrts les plus chers, se laissent entraner
- leur perte; lorsque, aveugls par de trompeuses promesses, ils ne
-voient pas qu'on les anime eux-mmes dtruire les gages de leur
-sret, les soutiens de leur repos, les principes de leur subsistance
-et tous les liens de leur association civile, il faut en rclamer pour
-eux le rtablissement, il faut les sauver de leur propre frnsie.
-
-Nous protesterions pour la religion de nos pres, qui est attaque
-dans ses dogmes et dans son culte, comme dans ses ministres; et
-supplant l'impuissance o vous serez de remplir vous-mme vos
-devoirs de fils an de l'glise, nous prendrions en votre nom la
-dfense de ses droits, nous nous opposerions des spoliations qui
-tendent l'avenir; nous nous lverions avec force contre des actes
-qui menacent le royaume des horreurs du schisme, et nous professerions
-hautement notre attachement inaltrable aux rgles ecclsiastiques
-admises dans l'tat, desquelles vous avez jur de maintenir
-l'observation.
-
-Nous protesterions pour les maximes fondamentales de la monarchie,
-dont il ne vous est pas permis, Sire, de vous dpartir, que la nation
-elle-mme a dclares inviolables, et qui seroient totalement
-renverses par les dcrets qu'on vous prsente, spcialement par ceux
-qui, en excluant le Roi de l'exercice du pouvoir lgislatif,
-abolissent la royaut mme; par ceux qui en dtruisent tous les
-soutiens, en supprimant les rangs intermdiaires; par ceux qui, en
-nivelant tous les tats, anantissent jusqu'au principe de
-l'obissance; par ceux qui enlvent au monarque les fonctions les plus
-essentielles du gouvernement monarchique, ou qui le rendent subordonn
-dans celles qu'ils lui laissent; par ceux enfin qui ont arm le
-peuple, qui ont annul la force publique, et qui, en confondant tous
-les pouvoirs, ont introduit en France la tyrannie populaire.
-
-Nous protesterions pour tous les ordres de l'tat, parce que,
-indpendamment de la suppression intolrable et impossible prononce
-contre les deux premiers ordres, tous ont t lss, vexs,
-dpouills, et nous aurions rclamer tout la fois les droits du
-clerg, qui n'a voulu montrer une ferme et gnreuse rsistance que
-pour les intrts du ciel et les fonctions du saint ministre; les
-droits de la noblesse, qui, plus sensible aux outrages faits au trne
-dont elle est l'appui qu' la perscution qu'elle prouve, sacrifie
-tout pour manifester par un zle clatant qu'aucun obstacle ne peut
-empcher un chevalier franois de demeurer fidle son roi, sa
-patrie, son honneur; les droits de la magistrature qui regrette,
-beaucoup plus que la privation de son tat, de se voir rduite gmir
-en silence de l'abandon de la justice, de l'impunit des crimes et de
-la violation des lois dont elle est essentiellement dpositaire;
-enfin, des droits des possesseurs quelconques, puisqu'il n'est point
-en France de proprit qui ait t respecte, point de citoyens
-honntes qui n'aient souffert.
-
-Comment pourriez-vous, Sire, donner une approbation sincre et valide
- la prtendue constitution qui a produit tant de maux!
-
-Dpositaire usufruitier du trne que vous avez hrit de vos aeux,
-vous ne pouvez ni en aliner les droits patrimoniaux, ni dtruire la
-base constitutive sur laquelle il est assis.
-
-Dfenseur-n de la religion de vos tats, vous ne pouvez pas consentir
- ce qui tend sa ruine, et abandonner ses ministres l'opprobre.
-
-Dbiteur de la justice vos sujets, vous ne pouvez pas renoncer la
-fonction essentiellement royale de la leur faire rendre par les
-tribunaux lgalement constitus et d'en surveiller vous-mme
-l'administration.
-
-Protecteur des droits de tous les ordres et des possessions de tous
-les particuliers, vous ne pouvez pas les laisser violer et anantir
-par la plus arbitraire des oppressions.
-
-Enfin, pre de vos peuples, vous ne pouvez pas les livrer au dsordre
-de l'anarchie.
-
-Si le crime qui vous obsde et la violence qui vous lie les mains ne
-vous permettent pas de remplir ces devoirs sacrs, ils n'en sont pas
-moins gravs dans votre coeur en traits ineffaables, et nous
-accomplirons votre volont relle en supplant, autant qu'il est en
-nous, l'impuissance o vous tes de l'exercer. Dussiez-vous mme
-nous le dfendre, et fussiez-vous forc de vous dire libre en nous le
-dfendant, ces dfenses videmment contraires vos sentiments,
-puisqu'elles le seroient au premier de vos devoirs; ces dfenses
-sorties du sein de votre captivit, qui ne cessera rellement que
-quand vos peuples seront rentrs dans le devoir et vos troupes sous
-votre obissance; ces dfenses qui ne pourroient avoir plus de valeur
-que tout ce que vous avez fait avant votre sortie et que vous avez
-dsavou ensuite; ces dfenses enfin, qui seroient imprgnes de la
-mme nullit que l'acte approbatif contre lequel nous serions obligs
-de protester, ne pourroient certainement pas nous faire trahir notre
-devoir, sacrifier vos intrts et manquer ce que la France auroit
-droit d'exiger de nous en pareille circonstance; nous obirons, Sire,
- vos vritables commandements, en rsistant des dfenses
-extorques, et nous serions srs de votre approbation en suivant les
-lois de l'honneur. Notre parfaite soumission vous est trop connue pour
-que jamais elle vous paroisse douteuse. Puissions-nous tre bientt au
-moment heureux o, rtabli en pleine libert, vous nous verrez voler
-dans vos bras, y renouveler l'hommage de notre obissance et en donner
-l'exemple tous vos sujets.
-
-Nous sommes, Sire, notre frre et seigneur, de Votre Majest
-
- Les trs-humbles et trs-obissants frres, serviteurs et sujets,
-
- LOUIS-STANISLAS-XAVIER. CHARLES-PHILIPPE.
-
- Au chteau de Schonburnstust, prs Coblentz, le 10 septembre 1791.
-
- * * * * *
-
-XV
-
-PROCLAMATION DU ROI
-
-A L'OCCASION DE LA JOURNE DU 20 JUIN 1792.
-
-Les Franais n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude gare
-par quelques factieux est venue main arme dans l'habitation du Roi,
-a tran du canon jusque dans la salle des gardes, a enfonc les
-portes de son appartement coups de hache, et l, abusant
-audacieusement du nom de la nation, elle a tent d'obtenir par la
-force la sanction que Sa Majest a constitutionnellement refuse
-deux dcrets.
-
-Le Roi n'a oppos aux menaces et aux insultes des factieux que sa
-conscience et son amour pour le bien public.
-
-Le Roi ignore quel sera le terme o ils voudront s'arrter; mais il a
-besoin de dire la nation franaise que la violence, quelque excs
-qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un consentement
-tout ce qu'il trouvera contraire l'intrt public. Il expose sans
-regret sa tranquillit, sa sret; il sacrifie mme sans peine la
-jouissance des droits qui appartiennent tous les hommes, et que la
-loi devrait faire respecter chez lui, comme chez tous les citoyens;
-mais, comme reprsentant hrditaire de la nation franaise, il a des
-devoirs sacrs remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de son
-repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs.
-
-Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de
-plus, ils peuvent le commettre. Dans l'tat de crise o elle se
-trouve, le Roi donnera jusqu'au dernier moment toutes les autorits
-constitues l'exemple du courage et de la fermet qui seuls peuvent
-sauver l'empire. En consquence, il ordonne tous les corps
-administratifs et municipaux de veiller la sret des personnes et
-des proprits.
-
- _Sign:_ LOUIS.
-
-FIN.
-
-
-
-
-TABLE
-
-DU SECOND VOLUME.
-
- LIVRE VIII. CAPTIVIT DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE (depuis le
- 13 aot 1792 jusqu'au 21 janvier 1793) 1
-
- ---- IX. DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU' LA TRANSLATION DE
- MARIE-ANTOINETTE LA CONCIERGERIE (21 janvier--2 aot 1793) 103
-
- ---- X. DEPUIS LE DPART DE LA REINE JUSQU' CELUI DE MADAME
- LISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE
- (2 aot 1793--9 mai 1794) 149
-
- ---- XI. MEURTRE DE MADAME LISABETH 191
-
- APPENDICE.--DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES QUI ONT T
- FAITES POUR RETROUVER ET CONSTATER LES RESTES DE
- MADAME LISABETH 263
-
- LETTRES DE MADAME LISABETH 371
-
- NOTES, DOCUMENTS ET PICES JUSTIFICATIVES 477
-
- I. Lettre crite de Paris par M. Repiquet, fdr d'Autun,
- dpartement de Sane-et-Loire, M. Repiquet, son frre,
- citoyen audit Autun, sur les vnements du 10 aot 477
-
- II. Lettre du vicaire de Fontenay de Vincennes Madame
- lisabeth 480
-
- III. Aspect extrieur de la tour du Temple; personnel commis
- sa garde; dispositions prises pour la sret de cette
- prison 481
-
- IV. Mmoire de madame Marie-Antoinette 486
-
- V. Mmoires des mdicaments fournis au Temple pendant les
- mois de _mai_, _juin_ et _juillet_ 1793 489
-
- VI. Dtails que M. de Lomnie de Brienne, ancien ministre
- de la guerre, n'a pu lire ni faire lire pour sa
- justification 493
-
- VII. Extrait du registre des dpts au greffe du tribunal
- rvolutionnaire 496
-
- VIII. Acte de dcs de Marie Magnin, femme de Jacques Bosson 499
-
- IX. Acte de dcs de Jacques Bosson 500
-
- X. Maison de Madame lisabeth 500
-
- I. Arrt de Delacroix, affectant la manufacture
- d'une horlogerie automatique la maison dite lisabeth,
- l'orangerie et la vacherie qui en dpendent, et plaant
- cet tablissement sous la direction des citoyens
- Glaesner et Lemaire 500
-
- II. Arrt consulaire supprimant la manufacture
- d'horlogerie de Versailles 503
-
- III. L'alination de la maison lisabeth est dcide 503
-
- IV. Vente de la maison lisabeth 504
-
- XI.--I. Le 8 octobre 1793, triage, rserve et vente des
- fleurs du jardin de Montreuil 509
-
- II. Le 10 ventse an II (28 fvrier 1794), le commissaire
- la disposition des plantes fait son rapport 513
-
- III. Le 14 ventse an II (4 mars 1794), l'administration
- dcide que la location des potagers, orangerie et
- jardins, ci-devant appartenant lisabeth Capet,
- sera mise l'enchre 515
-
- IV. Le 25 frimaire an III (15 dcembre 1794), le
- directeur de l'agence nationale de l'enregistrement
- et des domaines annonce qu'il rsulte des informations
- prises que les dgradations journalires commises dans
- le jardin lisabeth sont le fait du citoyen Leblanc,
- locataire actuel du jardin, qui y laisse habituellement
- pturer ses vaches. Il invite l'agent national intenter
- au dlinquant, s'il y a lieu, une action judiciaire 516
-
- XII. Rcit du Pre Carrichon 517
-
- XIII. Pices diverses concernant Madame lisabeth 527
-
- I. Son acte de baptme 527
-
- II. Sa nourrice 528
-
- III. tat des appointements de ses dames de compagnie 530
-
- IV. tat des meubles de son appartement au chteau de
- Versailles 533
-
- V. tat de ses diamants et perles 547
-
- VI. tat des distributions d'trennes 548
-
- VII. Registre des pensions trouv chez Madame lisabeth 554
-
- VIII. Appointements de ses dames de compagnie en 1790 557
-
- IX. Dtail des dpenses extraordinaires de la chambre de
- Madame lisabeth 558
-
- X. Dmnagement des meubles de la chambre de Madame
- lisabeth, qui ont t transports au Garde-meuble,
- rue Neuve-Notre-Dame, n 9, par Jubin, valet de
- chambre tapissier 561
-
- XI. Liste des livres de Madame ports Paris 565
-
- XII. Livres retirs de la bibliothque de Montreuil 569
-
- XIII. Nouvelles publications 570
-
- XIV. Mmoire des ouvrages faits et fournis pour S. A. R.
- Madame lisabeth de France par Bourbon 574
-
-DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON LISABETH, SISE AU GRAND MONTREUIL.
-
- I. Maison de Montreuil et son jardin; le produit pendant
- l'anne 1790 575
-
- II. Consigne du suisse de garde pour le jardin et les
- bosquets de la maison de Montreuil, donne par M. Huv 576
-
- III. Autre consigne, donne par le sieur Sulleau 576
-
- IV. Ouvrages de la bibliothque de Montreuil qui seraient
- galement bien placs dans celle de Paris 578
-
- V. Apposition des scells sur les portes de la maison
- lisabeth, 12 mars 1792 581
-
- VI. 8 octobre 1792. Les individus autoriss demeurer dans la
- maison lisabeth tmoignent, par l'organe du citoyen Sulleau,
- concierge garde-meuble de ladite maison, le dsagrment et la
- gne qu'ils prouvent de l'apposition des scells 582
-
- VII. Les citoyens Boissy et Borel, avec l'autorisation de la
- commune de Versailles, apposent les scells sur toutes les
- portes extrieures de la maison et du jardin lisabeth,
- malgr les reprsentations du sieur Sulleau 583
-
- VIII. tat de la vacherie au mois d'octobre 1792 584
-
- IX. Heuber, suisse et gardien de la maison lisabeth, et
- Bonifacy, garde-bosquets, se plaignent des dgts qui se
- font journellement dans l'enclos 584
-
- X. Rclamations de Nol Gauthier et de Jullien Gauthier
- frres 585
-
- XI. Rglement de l'apposition des scells, noms des personnes
- employes et autorises loger dans la maison lisabeth 585
-
- XII. Lettre du maire de Versailles autorisant l'ouverture de la
- grande porte de la maison: ordre donn ce sujet par le
- directoire du district de Versailles 586
-
- XIII. Heuber, gardien de la maison lisabeth, n'ayant pas de pain
- pour nourrir ses trois gros chiens, demande ce qu'il doit en
- faire.
-
- Avis du directeur de la rgie nationale de l'enregistrement 587
-
- XIV. Sept ouvriers jardiniers de la maison lisabeth rclament
- le payement de trente-six livres chacun, qu'ils recevaient
- annuellement, titre de gratification, de l'ordre de la
- princesse.
-
- Rponse du directoire du dpartement 588
-
- XV. Musset, Contant et Monjardet, commissaires de la Convention
- nationale, du district de Versailles et de la municipalit
- de ladite ville, visitent la maison lisabeth, et en examinent
- les appartements et les meubles 589
-
- XVI. Le 9 nivse an II, Lacolonge sollicite la place de jardinier
- de la maison lisabeth, laisse vacante par le dcs de Coupry.
- Cette demande est appuye par le directeur de la rgie
- nationale 590
-
- XVII. Le 7 ventse an II (25 fvrier 1794), les scells sont levs
- sur toutes les portes extrieures de la proprit 591
-
- XVIII. Le citoyen Quadot, qui a servi sous le tyran Louis XV, et
- qui est charg de famille et sans ressource, rclame la faveur
- d'tre rintgr dans le logement qu'il occupait dans la maison
- lisabeth. Sa demande, appuye par sa section, est couronne
- de succs 592
-
- XIV. Lettre des Princes au Roi 594
-
- XV. Proclamation du Roi propos de la journe du 20
- juin 1792 602
-
-
-PLACEMENT DES GRAVURES ET AUTOGRAPHES.
-
- Portrait de Madame lisabeth vingt-neuf ans Au frontispice.
-
- Acte d'accusation 204
-
- Procs-verbal d'excution de mort 230
-
- Plan du cimetire de Monceaux 232
-
- Plan de l'ancien cimetire de la Madeleine 251
-
-
-[Notes au lecteur de ce fichier numrique:
-
---L'orthographe trouve dans le livre a t conserve, mais certains
-accents ont t restaurs pour faciliter la lecture.
-
---Les lettres suprieures inhabituelles sont entre parenthses.
-
---Le signe [V=] reprsente un V avec deux barres horizontales et est
-un O barr horizontalement. Le signe [] reprsente une croix.
-
---Le signe utilis comme signe montaire dans ce fichier est diffrent de
-celui utilis dans le livre [#].
-
---Dans l'illustration "Procs-verbal d'excution de mort", les mots
-entre parenthses sont manuscrits.]
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame lisabeth, soeur de
-Louis XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne
-
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-<title>The Project Gutenberg e-Book of La Vie de Madame lisabeth; Author: M. A. de Beauchesne.</title>
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+<title>The Project Gutenberg e-Book of La Vie de Madame Élisabeth; Author: M. A. de Beauchesne.</title>
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<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame lisabeth, soeur de Louis
-XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: La Vie de Madame lisabeth, soeur de Louis XVI (Volume 2 / 2)
-
-Author: Alcide de Beauchesne
-
-Commentator: Monseigneur Dupanloup
-
-Illustrator: Morse et Emile Rousseau
-
-Release Date: April 3, 2013 [EBook #42463]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE DE MADAME ELISABETH, VOL 2 ***
-
-
-
-
-Produced by Mireille Harmelin, wagner, Christine P. Travers
-and the Online Distributed Proofreading Team at
-http://www.pgdp.net (This book was created from images of
-public domain material made available by the University
-of Toronto Libraries
-(http://link.library.utoronto.ca/booksonline/).)
-
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-</pre>
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+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42463 ***</div>
<h1>LA VIE<br>
DE<br>
- MADAME LISABETH<br>
+ MADAME ÉLISABETH<br>
<span class="smaller">S&OElig;UR DE LOUIS XVI</span></h1>
<p class="p2 center smcap">Par M. A. de BEAUCHESNE</p>
<p class="p2 center high12"><span class="smaller">OUVRAGE</span><br>
- ENRICHI DE DEUX PORTRAITS GRAVS EN TAILLE-DOUCE<br>
+ ENRICHI DE DEUX PORTRAITS GRAVÉS EN TAILLE-DOUCE<br>
<span class="smaller">SOUS LA DIRECTION DE M. HENRIQUEL DUPONT</span><br>
- PAR MORSE ET MILE ROUSSEAU
-<span class="smaller">DE FAC-SIMIL, D'AUTOGRAPHES ET DE PLANS<br>
- ET PRCD D'UNE</span><br>
+ PAR MORSE ET ÉMILE ROUSSEAU
+<span class="smaller">DE FAC-SIMILÉ, D'AUTOGRAPHES ET DE PLANS<br>
+ ET PRÉCÉDÉ D'UNE</span><br>
LETTRE DE M<sup>gr</sup> DUPANLOUP<br>
-<span class="smaller">VQUE D'ORLANS.</span></p>
+<span class="smaller">ÉVÊQUE D'ORLÉANS.</span></p>
<p class="p4 center">TOME SECOND</p>
<a id="img001" name="img001"></a>
<div class="p4 figcenter">
-<img src="images/img001.jpg" width="75" height="101" alt="Emblme de l'diteur." title="">
+<img src="images/img001.jpg" width="75" height="101" alt="Emblème de l'éditeur." title="">
</div>
<p class="p4 center smaller">PARIS<br>
- HENRI PLON, IMPRIMEUR-DITEUR<br>
- RUE GARANCIRE, 10</p>
+ HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR<br>
+ RUE GARANCIÈRE, 10</p>
<hr class="hr10">
<p class="center smaller">MDCCCLXIX<br>
- <i>Tous droits rservs.</i></p>
+ <i>Tous droits réservés.</i></p>
<a id="img002" name="img002"></a>
<div class="p4 figcenter">
<img src="images/img002.jpg" width="250" height="400" alt="" title="">
-<p><i>Madame lisabeth.</i></p>
+<p><i>Madame Élisabeth.</i></p>
</div>
-<h1><span class="pagenum"><a id="page1" name="page1"></a>(p. 1)</span> MADAME LISABETH.</h1>
+<h1><span class="pagenum"><a id="page1" name="page1"></a>(p. 1)</span> MADAME ÉLISABETH.</h1>
-<h2>LIVRE HUITIME.<br>
-<span class="smaller">CAPTIVIT DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE.<br>
-DEPUIS LE 13 AOT 1792 JUSQU'AU 21 JANVIER 1793.</span></h2>
+<h2>LIVRE HUITIÈME.<br>
+<span class="smaller">CAPTIVITÉ DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE.<br>
+DEPUIS LE 13 AOÛT 1792 JUSQU'AU 21 JANVIER 1793.</span></h2>
<div class="citat">
-<p>Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chanes, comme si vous
- tiez vous-mmes avec eux; et de ceux qui sont affligs, comme
- tant vous-mmes dans un corps mortel.</p>
-<p class="source"><i>ptre de <span class="smcap">S. Paul</span> aux Hbreux</i>, chap. <span class="smcap">XIII</span>, v. 3.</p>
+<p>«Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chaînes, comme si vous
+ étiez vous-mêmes avec eux; et de ceux qui sont affligés, comme
+ étant vous-mêmes dans un corps mortel.»</p>
+<p class="source"><i>Épître de <span class="smcap">S. Paul</span> aux Hébreux</i>, chap. <span class="smcap">XIII</span>, v. 3.</p>
</div>
<p class="resume">
- Coup d'&oelig;il rtrospectif sur le 10 aot. &mdash; Installation de la
- famille royale dans la petite tour du Temple; Madame lisabeth a
+ Coup d'&oelig;il rétrospectif sur le 10 août. &mdash; Installation de la
+ famille royale dans la petite tour du Temple; Madame Élisabeth a
une cuisine pour demeure. &mdash; Mademoiselle Pauline de Tourzel
- partage sa chambre. &mdash; Dnment de cette jeune fille; Madame
- lisabeth lui donne une de ses robes, qui, n'allant point sa
- taille, est refaite par la Reine, par Madame lisabeth et par
- elle-mme. &mdash; Toutes les personnes qui ne sont pas membres de la
- famille royale sont emmenes la Commune. &mdash; De l la princesse de
+ partage sa chambre. &mdash; Dénûment de cette jeune fille; Madame
+ Élisabeth lui donne une de ses robes, qui, n'allant point à sa
+ taille, est refaite par la Reine, par Madame Élisabeth et par
+ elle-même. &mdash; Toutes les personnes qui ne sont pas membres de la
+ famille royale sont emmenées à la Commune. &mdash; De là la princesse de
Lamballe, mesdames de Tourzel, les femmes de chambre de la Reine,
- d'lisabeth et des enfants, sont conduites la Force. &mdash; Emploi de
- la journe au Temple. &mdash; Pnurie. &mdash; Outrages. &mdash; Manire dont les
+ d'Élisabeth et des enfants, sont conduites à la Force. &mdash; Emploi de
+ la journée au Temple. &mdash; Pénurie. &mdash; Outrages. &mdash; Manière dont les
nouvelles du dehors arrivent au Roi. &mdash; Tison et sa femme, espions
- plus que serviteurs de la famille royale. &mdash; Hue surprend lisabeth
- en prire. &mdash; Prire de la princesse. &mdash; Suppression des maisons
- religieuses. &mdash; Napolon Bonaparte va rclamer sa s&oelig;ur la
- maison de Saint-Louis, Saint-Cyr. &mdash; Difficults qu'il prouve:
- il russit enfin. &mdash; Manuel, au Temple, rassure Louis XVI sur la
- vie de M. Hue. &mdash; Registre de la petite Force, crou des
- prisonnires. &mdash; Meurtre de madame de Lamballe. &mdash; Sa tte porte au
- Temple. &mdash; Tmoignages de sympathie donns la famille royale, qui
+ plus que serviteurs de la famille royale. &mdash; Hue surprend Élisabeth
+ en prière. &mdash; Prière de la princesse. &mdash; Suppression des maisons
+ religieuses. &mdash; Napoléon Bonaparte va réclamer sa s&oelig;ur à la
+ maison de Saint-Louis, à Saint-Cyr. &mdash; Difficultés qu'il éprouve:
+ il réussit enfin. &mdash; Manuel, au Temple, rassure Louis XVI sur la
+ vie de M. Hue. &mdash; Registre de la petite Force, écrou des
+ prisonnières. &mdash; Meurtre de madame de Lamballe. &mdash; Sa tête portée au
+ Temple. &mdash; Témoignages de sympathie donnés à la famille royale, qui
apprend que madame de Tourzel, la princesse de Tarente et la
- marquise de la Roche-Aymon ne sont pas mortes, mais en mme temps
- que les prisonniers de la haute cour d'Orlans, et parmi eux le
- duc de Brissac et M. de Lessart, ont t massacrs
- Versailles. &mdash; Hue fait des dmarches pour rentrer au Temple; sa
- visite Chaumette. &mdash; La Convention remplace l'Assemble
- lgislative. &mdash; La royaut abolie. &mdash; Madame lisabeth indique
- Clry la manire dont il doit formuler la demande des objets
- ncessaires la famille royale. &mdash; L'armoire de fer
- dcouverte. &mdash; On enlve la famille royale tout moyen
- d'crire. &mdash; Le Roi est spar de sa famille. &mdash; Clry arrt et
+ marquise de la Roche-Aymon ne sont pas mortes, mais en même temps
+ que les prisonniers de la haute cour d'Orléans, et parmi eux le
+ duc de Brissac et M. de Lessart, ont été massacrés à
+ Versailles. &mdash; Hue fait des démarches pour rentrer au Temple; sa
+ visite à Chaumette. &mdash; La Convention remplace l'Assemblée
+ législative. &mdash; La royauté abolie. &mdash; Madame Élisabeth indique à
+ Cléry la manière dont il doit formuler la demande des objets
+ nécessaires à la famille royale. &mdash; L'armoire de fer
+ découverte. &mdash; On enlève à la famille royale tout moyen
+ d'écrire. &mdash; Le Roi est séparé de sa famille. &mdash; Cléry arrêté et
conduit au Palais de justice; il rentre au Temple. &mdash; La Reine et
- Madame lisabeth installes dans la grande Tour. &mdash; Description de
+ Madame Élisabeth installées dans la grande Tour. &mdash; Description de
leur nouvelle demeure. &mdash; Point de changement dans les habitudes de
- la famille. &mdash; Surveillance plus svre. &mdash; Le docteur Leclerc,
- officier municipal de service la tour, ayant remis la Reine
- un remde pour sa fille qui avait une dartre sur la joue, est
- censur. &mdash; Avanies. &mdash; lisabeth sans nouvelles de ses
+ la famille. &mdash; Surveillance plus sévère. &mdash; Le docteur Leclerc,
+ officier municipal de service à la tour, ayant remis à la Reine
+ un remède pour sa fille qui avait une dartre sur la joue, est
+ censuré. &mdash; Avanies. &mdash; Élisabeth sans nouvelles de ses
amies. &mdash; Maladie du Roi, du Dauphin, de la Reine, de Madame
- Royale, de Madame lisabeth. &mdash; Clry soign par la famille
- royale. &mdash; Dvouement d'lisabeth. &mdash; Nouvelle municipalit; le
- nombre des commissaires au Temple est doubl. &mdash; Surveillance
- rigoureuse. &mdash; Madame Clry apprend son mari que le Roi sera
- jug; Clry l'apprend au Roi. &mdash; <em>Louis Capet</em>. &mdash; Le <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> Roi
- devant la Convention. &mdash; Paroles de Madame lisabeth
- Clry. &mdash; Moyen de s'entendre convenu entre eux. &mdash; Le Roi choisit
- ses conseils. &mdash; Commission de la Convention envoye au
+ Royale, de Madame Élisabeth. &mdash; Cléry soigné par la famille
+ royale. &mdash; Dévouement d'Élisabeth. &mdash; Nouvelle municipalité; le
+ nombre des commissaires au Temple est doublé. &mdash; Surveillance
+ rigoureuse. &mdash; Madame Cléry apprend à son mari que le Roi sera
+ jugé; Cléry l'apprend au Roi. &mdash; <em>Louis Capet</em>. &mdash; Le <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> Roi
+ devant la Convention. &mdash; Paroles de Madame Élisabeth à
+ Cléry. &mdash; Moyen de s'entendre convenu entre eux. &mdash; Le Roi choisit
+ ses conseils. &mdash; Commission de la Convention envoyée au
Temple. &mdash; Testament du Roi. &mdash; Le Roi de nouveau devant la
- Convention. &mdash; Sa dfense. &mdash; Le Roi dclar coupable. &mdash; Message M.
- Edgeworth de Firmont. &mdash; Condamnation du Roi. &mdash; Appel la nation.</p>
+ Convention. &mdash; Sa défense. &mdash; Le Roi déclaré coupable. &mdash; Message à M.
+ Edgeworth de Firmont. &mdash; Condamnation du Roi. &mdash; Appel à la nation.</p>
-<p>Entrane par les vnements de la rvolution, dont on peut dire
-qu'ils courent plutt qu'ils ne marchent, l'histoire se prcipite au
-dnoment comme le drame, en laissant derrire elle les agitations
+<p>Entraînée par les événements de la révolution, dont on peut dire
+qu'ils courent plutôt qu'ils ne marchent, l'histoire se précipite au
+dénoûment comme le drame, en laissant derrière elle les agitations
intellectuelles et morales, les intentions qui ne se sont pas
-traduites en faits, tous ces projets mort-ns, ces combinaisons
-avortes qui font cependant partie de l'histoire, car une poque vit
-par la pense comme par l'action. Maintenant que le sinistre
-dnoment, prcurseur d'un dnoment plus sinistre encore, est
+traduites en faits, tous ces projets mort-nés, ces combinaisons
+avortées qui font cependant partie de l'histoire, car une époque vit
+par la pensée comme par l'action. Maintenant que le sinistre
+dénoûment, précurseur d'un dénoûment plus sinistre encore, est
intervenu, et que la famille royale est captive au Temple, le moment
-est arriv de jeter un regard rtrospectif sur les dernires tapes de
-la route que nous avons si rapidement parcourue, et d'claircir une
-question qui se prsente l'esprit du lecteur comme un douloureux
-problme. D'o vient que rien n'a t tent pour prvenir la
-catastrophe du 10 aot? Cette catastrophe, qui, pour nous, a un
-caractre fatal et invitable, tait-elle donc imprvue pour les
-hommes de ce temps-l? Ou bien n'y avait-il plus personne qui songet
- sauver la famille royale des prils qui la menaaient, en mettant,
+est arrivé de jeter un regard rétrospectif sur les dernières étapes de
+la route que nous avons si rapidement parcourue, et d'éclaircir une
+question qui se présente à l'esprit du lecteur comme un douloureux
+problème. D'où vient que rien n'a été tenté pour prévenir la
+catastrophe du 10 août? Cette catastrophe, qui, pour nous, a un
+caractère fatal et inévitable, était-elle donc imprévue pour les
+hommes de ce temps-là? Ou bien n'y avait-il plus personne qui songeât
+à sauver la famille royale des périls qui la menaçaient, en mettant,
s'il le fallait, sa vie pour enjeu dans cette redoutable partie?</p>
-<p>L'historien de Madame lisabeth n'a pas le droit de laisser ces
-questions derrire lui sans chercher les rsoudre, d'autant plus que
-la s&oelig;ur de Louis XVI, entrane dans la catastrophe commune, se
-trouva naturellement mle aux proccupations et aux agitations qui la
-prcdrent. Peu peu le jour se fait non-seulement sur l'ensemble de
-la rvolution, mais sur ses dtails. Les Mmoires des principaux
-personnages mls ses diverses scnes viennent successivement
-clairer les points rests dans <span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> l'ombre. C'est ainsi que les
-Mmoires de Malouet, rcemment publis par son petit-fils, nous
-apportent des lumires nouvelles sur les questions que nous avons
-c&oelig;ur d'claircir.</p>
-
-<p>Aprs la journe du 20 juin 1792, le parti constitutionnel, effray
-son tour de la rapidit avec laquelle la rvolution se prcipitait
-vers l'anarchie, songea se rapprocher du Roi et sauver en mme
+<p>L'historien de Madame Élisabeth n'a pas le droit de laisser ces
+questions derrière lui sans chercher à les résoudre, d'autant plus que
+la s&oelig;ur de Louis XVI, entraînée dans la catastrophe commune, se
+trouva naturellement mêlée aux préoccupations et aux agitations qui la
+précédèrent. Peu à peu le jour se fait non-seulement sur l'ensemble de
+la révolution, mais sur ses détails. Les Mémoires des principaux
+personnages mêlés à ses diverses scènes viennent successivement
+éclairer les points restés dans <span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> l'ombre. C'est ainsi que les
+Mémoires de Malouet, récemment publiés par son petit-fils, nous
+apportent des lumières nouvelles sur les questions que nous avons à
+c&oelig;ur d'éclaircir.</p>
+
+<p>Après la journée du 20 juin 1792, le parti constitutionnel, effrayé à
+son tour de la rapidité avec laquelle la révolution se précipitait
+vers l'anarchie, songea à se rapprocher du Roi et à sauver en même
temps la Constitution, &oelig;uvre de la veille, et la monarchie
-traditionnelle, &oelig;uvre des sicles. On n'a point oubli la dmarche
-que fit le gnral la Fayette en quittant son arme pour venir
-protester l'Assemble contre les violences du 20 juin. Ce n'tait l
-que la partie extrieure de sa dmarche; lui et les constitutionnels
-auraient voulu faire plus<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Go to footnote 1"><span class="smaller">[1]</span></a>. Leur dsir et leur projet taient de
-dcider le Roi partir pour l'arme, en portant, s'il le fallait, une
-division du gnral la Fayette sur Compigne pour favoriser le dpart
+traditionnelle, &oelig;uvre des siècles. On n'a point oublié la démarche
+que fit le général la Fayette en quittant son armée pour venir
+protester à l'Assemblée contre les violences du 20 juin. Ce n'était là
+que la partie extérieure de sa démarche; lui et les constitutionnels
+auraient voulu faire plus<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Go to footnote 1"><span class="smaller">[1]</span></a>. Leur désir et leur projet étaient de
+décider le Roi à partir pour l'armée, en portant, s'il le fallait, une
+division du général la Fayette sur Compiègne pour favoriser le départ
de la famille royale, que les gardes suisses et les bataillons les
-plus fidles de la garde nationale auraient aide sortir de Paris,
-malgr l'Assemble. Ce plan, dj conu dans le mois de mai 1792, fut
-repris avec plus d'insistance la fin de juin; mais il choua, et il
-devait chouer, parce qu'il y avait trop d'ombrages entre le Roi et
-les chefs du parti constitutionnel; le pass les sparait par des
-souvenirs qui devenaient la fois des apprhensions et des rancunes.
-Au fond, ce qu'ils proposaient Louis XVI, c'tait de se confier
-d'une manire absolue <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> leur gnie politique, leur nergie,
-leur fidlit, et de refaire avec le gnral la Fayette la seconde
-dition de ce voyage de Varennes qui avait manqu avec un homme bien
-autrement rsolu, le comte de Bouill. Or, le Roi, la Reine et Madame
-lisabeth croyaient peu au gnie politique des constitutionnels, moins
-encore leur nergie dans l'action, et, si l'on en excepte
+plus fidèles de la garde nationale auraient aidée à sortir de Paris,
+malgré l'Assemblée. Ce plan, déjà conçu dans le mois de mai 1792, fut
+repris avec plus d'insistance à la fin de juin; mais il échoua, et il
+devait échouer, parce qu'il y avait trop d'ombrages entre le Roi et
+les chefs du parti constitutionnel; le passé les séparait par des
+souvenirs qui devenaient à la fois des appréhensions et des rancunes.
+Au fond, ce qu'ils proposaient à Louis XVI, c'était de se confier
+d'une manière absolue à <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> leur génie politique, à leur énergie, à
+leur fidélité, et de refaire avec le général la Fayette la seconde
+édition de ce voyage de Varennes qui avait manqué avec un homme bien
+autrement résolu, le comte de Bouillé. Or, le Roi, la Reine et Madame
+Élisabeth croyaient peu au génie politique des constitutionnels, moins
+encore à leur énergie dans l'action, et, si l'on en excepte
quelques-uns, comme le loyal Malouet, auquel ils accordaient une
-confiance mrite, ils se mfiaient de leur fidlit. En outre, le
-souvenir du funeste dnoment du voyage de Varennes planait comme une
-ombre nfaste sur l'esprit du Roi, et augmentait ses rpugnances. Au
-moins, l'poque de ce voyage, Louis XVI acceptait les chances
-prilleuses de la fuite pour aller rgner; en juin ou en juillet 1792,
-il ne les et acceptes que pour aller abdiquer<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="smaller">[2]</span></a> son pouvoir entre
-les mains des constitutionnels, parti en gnral honnte, mais peu
-pratique, qui ne lui prsentait ni un homme de gouvernement ni un
+confiance méritée, ils se méfiaient de leur fidélité. En outre, le
+souvenir du funeste dénoûment du voyage de Varennes planait comme une
+ombre néfaste sur l'esprit du Roi, et augmentait ses répugnances. Au
+moins, à l'époque de ce voyage, Louis XVI acceptait les chances
+périlleuses de la fuite pour aller régner; en juin ou en juillet 1792,
+il ne les eût acceptées que pour aller abdiquer<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="smaller">[2]</span></a> son pouvoir entre
+les mains des constitutionnels, parti en général honnête, mais peu
+pratique, qui ne lui présentait ni un homme de gouvernement ni un
homme d'action.</p>
-<p>Voil la premire raison du refus qu'opposa Louis XVI aux propositions
-du parti constitutionnel et du gnral la Fayette dans le mois qui
-prcda le 10 aot, et si Madame lisabeth n'eut pas se prononcer
-directement, il est vraisemblable qu'elle donna la dcision de son
-frre une pleine adhsion<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="smaller">[3]</span></a>. Personne moins que cette princesse
-<span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> n'avait de confiance dans les esprits chimriques du parti
+<p>Voilà la première raison du refus qu'opposa Louis XVI aux propositions
+du parti constitutionnel et du général la Fayette dans le mois qui
+précéda le 10 août, et si Madame Élisabeth n'eut pas à se prononcer
+directement, il est vraisemblable qu'elle donna à la décision de son
+frère une pleine adhésion<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="smaller">[3]</span></a>. Personne moins que cette princesse
+<span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> n'avait de confiance dans les esprits chimériques du parti
constitutionnel, et ne leur reconnaissait moins la puissance de faire
-remonter la monarchie la pente au bas de laquelle ils avaient tant
-contribu la prcipiter. Il faut ajouter que la manire dont le
-gnral la Fayette avait t reu Paris, et la prcipitation avec
-laquelle il avait t oblig de rejoindre son arme, n'taient pas de
-nature donner confiance dans sa force<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="smaller">[4]</span></a>.</p>
-
-<p>Le second motif qui empcha le Roi et la famille royale d'accepter le
-plan des constitutionnels, au succs duquel ils ne croyaient pas,
-c'est qu'ils avaient des esprances ailleurs. Malouet indique quelles
-taient ces esprances. D'abord, la Reine comptait sur une dclaration
-de tous les rois de l'Europe, provoque par l'Empereur son frre, qui
-rendrait l'Assemble et Paris responsables de la vie du Roi et de
-celle de sa famille. Je ne doute pas, dit-il, que la scurit et les
-esprances de la Reine et de Madame lisabeth ne se rattachassent aux
-secours des puissances trangres que le Roi n'a jamais provoqus
+remonter à la monarchie la pente au bas de laquelle ils avaient tant
+contribué à la précipiter. Il faut ajouter que la manière dont le
+général la Fayette avait été reçu à Paris, et la précipitation avec
+laquelle il avait été obligé de rejoindre son armée, n'étaient pas de
+nature à donner confiance dans sa force<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="smaller">[4]</span></a>.</p>
+
+<p>Le second motif qui empêcha le Roi et la famille royale d'accepter le
+plan des constitutionnels, au succès duquel ils ne croyaient pas,
+c'est qu'ils avaient des espérances ailleurs. Malouet indique quelles
+étaient ces espérances. D'abord, la Reine comptait sur une déclaration
+de tous les rois de l'Europe, provoquée par l'Empereur son frère, qui
+rendrait l'Assemblée et Paris responsables de la vie du Roi et de
+celle de sa famille. «Je ne doute pas, dit-il, que la sécurité et les
+espérances de la Reine et de Madame Élisabeth ne se rattachassent aux
+secours des puissances étrangères que le Roi n'a jamais provoqués
qu'avec beaucoup de circonspection et en se flattant toujours
-d'carter une guerre nationale. Puis il ajoute en faisant ressortir
-les inconvnients de cette combinaison, dont les scrupules
-patriotiques du Roi diminuaient encore les chances de russite:
-Cette combinaison toit aussi inconsquente que toutes les <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span>
-autres. Il n'y avoit rien de prcis, rien de complet dans son plan;
-les pouvoirs secrets donns au baron de Breteuil toient ventuels,
-plus vagues qu'illimits; ils n'appeloient point les armes trangres
-ni les corps d'migrs rassembls au dehors; ils tendoient une
-mdiation des allis de la France.</p>
-
-<p>Ces observations de Malouet sont justes, except dans leur application
- Madame lisabeth, qui ne compta jamais sur les secours du dehors;
+d'écarter une guerre nationale.» Puis il ajoute en faisant ressortir
+les inconvénients de cette combinaison, dont les scrupules
+patriotiques du Roi diminuaient encore les chances de réussite:
+«Cette combinaison étoit aussi inconséquente que toutes les <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span>
+autres. Il n'y avoit rien de précis, rien de complet dans son plan;
+les pouvoirs secrets donnés au baron de Breteuil étoient éventuels,
+plus vagues qu'illimités; ils n'appeloient point les armées étrangères
+ni les corps d'émigrés rassemblés au dehors; ils tendoient à une
+médiation des alliés de la France.»</p>
+
+<p>Ces observations de Malouet sont justes, excepté dans leur application
+à Madame Élisabeth, qui ne compta jamais sur les secours du dehors;
mais elles prouvent seulement combien la position du Roi et de sa
-famille tait difficile. Quoi qu'il ft, il y avait de graves
-inconvnients ce qu'il ferait, et la pluralit des moyens entre
-lesquels on hsitait tait un inconvnient de plus, parce qu'elle
+famille était difficile. Quoi qu'il fît, il y avait de graves
+inconvénients à ce qu'il ferait, et la pluralité des moyens entre
+lesquels on hésitait était un inconvénient de plus, parce qu'elle
divisait les forces et l'attention, et une preuve qu'il n'y avait pas
-de solution qui s'impost, puisqu'on tait ballott d'expdient en
-expdient. Il y avait en effet, outre la combinaison constitutionnelle
-et la combinaison europenne, une troisime combinaison contre
-laquelle Malouet s'lve avec beaucoup de force: Je dois le dire en
-le dplorant, s'crie-t-il, une foule d'intrigants ou de gens
-officieux entouroient la famille royale; leur zle aveugle, indiscret,
-sans moyens, croit des esprances de contre-rvolution, entretenoit
+de solution qui s'imposât, puisqu'on était ballotté d'expédient en
+expédient. Il y avait en effet, outre la combinaison constitutionnelle
+et la combinaison européenne, une troisième combinaison contre
+laquelle Malouet s'élève avec beaucoup de force: «Je dois le dire en
+le déplorant, s'écrie-t-il, une foule d'intrigants ou de gens
+officieux entouroient la famille royale; leur zèle aveugle, indiscret,
+sans moyens, créoit des espérances de contre-révolution, entretenoit
au nom du Roi des rapports dangereux avec les plus furieux Jacobins,
-avec divers membres de l'Assemble. Guadet, Vergniaud, Ption,
-Santerre, toient admis cette correspondance. Nous ne fmes
-instruits qu'au dernier moment de cette misrable intrigue, et nous
-smes par le Roi lui-mme, quelques jours avant le 10 aot, que Ption
-et Santerre avoient promis d'empcher l'insurrection moyennant sept
-cent cinquante mille livres, qui servirent la payer.</p>
-
-<p>Ces dernires et curieuses rvlations achvent de caractriser la
-position du Roi et de la famille royale au moment du 10 aot, et font
-comprendre les hsitations prolonges de Louis XVI. Les empiriques
-accouraient; chacun avait sa <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> panace, comme il arrive pour les
-malades dsesprs. Malheureusement, et c'est ce que Malouet n'a pu
-voir, n'a pas vu, les constitutionnels, qui n'avaient plus la majorit
-dans l'Assemble et qui parlaient de faire sortir le Roi de Paris
-malgr elle et de l'entourer de l'arme, dont ils taient peu srs,
-comme l'vnement le prouva aprs le 10 aot, n'taient pas moins
-empiriques que les autres, et leurs moyens n'taient pas moins
-aventureux. Une circonstance fortifia la rpugnance presque
-insurmontable du Roi quitter Paris. Les chefs du parti extrme, y
-compris le <em>vertueux</em> Ption (Louis XVI l'avait prouv), n'taient
-pas incorruptibles. Sachant que leurs mes taient vnales, il crut
-moins leur fanatisme, et mprisa plus ces conducteurs de la populace
+avec divers membres de l'Assemblée. Guadet, Vergniaud, Pétion,
+Santerre, étoient admis à cette correspondance. Nous ne fûmes
+instruits qu'au dernier moment de cette misérable intrigue, et nous
+sûmes par le Roi lui-même, quelques jours avant le 10 août, que Pétion
+et Santerre avoient promis d'empêcher l'insurrection moyennant sept
+cent cinquante mille livres, qui servirent à la payer.»</p>
+
+<p>Ces dernières et curieuses révélations achèvent de caractériser la
+position du Roi et de la famille royale au moment du 10 août, et font
+comprendre les hésitations prolongées de Louis XVI. Les empiriques
+accouraient; chacun avait sa <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> panacée, comme il arrive pour les
+malades désespérés. Malheureusement, et c'est ce que Malouet n'a pu
+voir, n'a pas vu, les constitutionnels, qui n'avaient plus la majorité
+dans l'Assemblée et qui parlaient de faire sortir le Roi de Paris
+malgré elle et de l'entourer de l'armée, dont ils étaient peu sûrs,
+comme l'événement le prouva après le 10 août, n'étaient pas moins
+empiriques que les autres, et leurs moyens n'étaient pas moins
+aventureux. Une circonstance fortifia la répugnance presque
+insurmontable du Roi à quitter Paris. Les chefs du parti extrême, y
+compris le <em>vertueux</em> Pétion (Louis XVI l'avait éprouvé), n'étaient
+pas incorruptibles. Sachant que leurs âmes étaient vénales, il crut
+moins à leur fanatisme, et méprisa plus ces conducteurs de la populace
qu'il ne les craignit<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5" title="Go to footnote 5"><span class="smaller">[5]</span></a>. Louis XVI ne calcula pas assez que ces
-despotes de la rue deviennent eux-mmes les esclaves des passions
-qu'ils ont surexcites: ils ne conduisent pas, ils marchent devant,
-parce qu'ils sont pousss.</p>
+despotes de la rue deviennent eux-mêmes les esclaves des passions
+qu'ils ont surexcitées: ils ne conduisent pas, ils marchent devant,
+parce qu'ils sont poussés.</p>
<p>Ce fut ainsi qu'on traversa sans parti pris, parce qu'on en avait
-plusieurs prendre, les suprmes journes que la monarchie eut
-parcourir avant d'aller se briser contre l'cueil qui devenait de plus
+plusieurs à prendre, les suprêmes journées que la monarchie eut à
+parcourir avant d'aller se briser contre l'écueil qui devenait de plus
en plus visible pour les yeux clairvoyants. De temps en temps et de
-distance en distance, la voix des vigies s'levait pour avertir que le
-pril grandissait et qu'on approchait du moment fatal. Ce fut ainsi
-que madame de Stal prit une honorable initiative dont la postrit
-doit tenir compte sa mmoire. En 1792, dit Malouet, qui la
-connaissait et l'aimait depuis son enfance, elle en toit, comme bien
-d'autres, aux regrets et au dsir de rparer les torts qui pouvoient
-tre reprochs elle-mme <span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> ou aux siens. Elle m'crivit dans
+distance en distance, la voix des vigies s'élevait pour avertir que le
+péril grandissait et qu'on approchait du moment fatal. Ce fut ainsi
+que madame de Staël prit une honorable initiative dont la postérité
+doit tenir compte à sa mémoire. «En 1792, dit Malouet, qui la
+connaissait et l'aimait depuis son enfance, elle en étoit, comme bien
+d'autres, aux regrets et au désir de réparer les torts qui pouvoient
+être reprochés à elle-même <span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> ou aux siens. Elle m'écrivit dans
les premiers jours de juillet pour me prier de passer chez elle; je
-m'y rendis. Je la trouvai fort agite des scnes horribles qui
-s'toient passes et de celles qui se prparoient, car nous tions
-tous instruits du projet arrt pour une insurrection gnrale contre
-la cour dans le commencement d'aot. Aprs quelques rflexions
-douloureuses sur cet tat de choses, madame de Stal me dit avec la
-chaleur qui lui est propre: Le Roi et la Reine sont perdus, si l'on
-ne vient promptement leur secours, et je m'offre pour les sauver;
-oui, moi qu'ils considrent comme une ennemie, je risquerois ma vie
-pour leur salut, et je suis peu prs sre d'y parvenir sans leur
-faire courir aucun risque ni moi-mme. coutez-moi; ils ont
-confiance en vous. Voici mon projet, qui peut s'excuter dans trois
-semaines en commenant dans deux jours les prliminaires: il y a une
-terre vendre prs de Dieppe<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Go to footnote 6"><span class="smaller">[6]</span></a>; je l'achterai; je mnerai chaque
-voyage un homme sr moi, ayant peu prs la taille et la figure du
-Roi, une femme de l'ge et de la tournure de la Reine, et mon fils,
-qui est de l'ge du Dauphin. Vous savez de quelle faveur je jouis
+m'y rendis. Je la trouvai fort agitée des scènes horribles qui
+s'étoient passées et de celles qui se préparoient, car nous étions
+tous instruits du projet arrêté pour une insurrection générale contre
+la cour dans le commencement d'août. Après quelques réflexions
+douloureuses sur cet état de choses, madame de Staël me dit avec la
+chaleur qui lui est propre: «Le Roi et la Reine sont perdus, si l'on
+ne vient promptement à leur secours, et je m'offre pour les sauver;
+oui, moi qu'ils considèrent comme une ennemie, je risquerois ma vie
+pour leur salut, et je suis à peu près sûre d'y parvenir sans leur
+faire courir aucun risque ni à moi-même. Écoutez-moi; ils ont
+confiance en vous. Voici mon projet, qui peut s'exécuter dans trois
+semaines en commençant dans deux jours les préliminaires: il y a une
+terre à vendre près de Dieppe<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Go to footnote 6"><span class="smaller">[6]</span></a>; je l'achèterai; je mènerai à chaque
+voyage un homme sûr à moi, ayant à peu près la taille et la figure du
+Roi, une femme de l'âge et de la tournure de la Reine, et mon fils,
+qui est de l'âge du Dauphin. Vous savez de quelle faveur je jouis
parmi les patriotes. Quand on m'aura vue voyager avec cette suite deux
-fois, il me sera facile d'amener une troisime fois la famille royale,
+fois, il me sera facile d'amener une troisième fois la famille royale,
car je puis fort bien voyager avec mes deux femmes, et Madame
-lisabeth sera la seconde. Voyez si vous voulez vous charger de la
-proposition; il n'y a pas de temps perdre; rendez-moi ce soir ou
-demain la rponse du Roi.</p>
+Élisabeth sera la seconde. Voyez si vous voulez vous charger de la
+proposition; il n'y a pas de temps à perdre; rendez-moi ce soir ou
+demain la réponse du Roi.»</p>
-<p>Aprs avoir racont sa conversation avec madame de Stal, Malouet
-poursuit ainsi: Le projet me parut excellent, autant que le sentiment
-qui l'avoit suggr. J'allai sur-le-champ trouver M. de la Porte,
+<p>Après avoir raconté sa conversation avec madame de Staël, Malouet
+poursuit ainsi: «Le projet me parut excellent, autant que le sentiment
+qui l'avoit suggéré. J'allai sur-le-champ trouver M. de la Porte,
intendant de la liste civile. <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> En lui confiant ce que je venois
-d'entendre, je l'engageai me mener par un escalier drob chez le
+d'entendre, je l'engageai à me mener par un escalier dérobé chez le
Roi. Il s'y rendit seul pour m'annoncer, et j'attendois dans un
-cabinet qu'on vnt m'avertir; mais au bout d'une demi-heure, je le vis
+cabinet qu'on vînt m'avertir; mais au bout d'une demi-heure, je le vis
descendre fort triste. Le Roi et la Reine, craignant que j'insistasse
-sur la proposition de madame de Stal, ne demandaient point me voir.
+sur la proposition de madame de Staël, ne demandaient point à me voir.
M. de la Porte ne me conseilla point de monter; il me dit que le Roi
-et la Reine n'accepteroient jamais aucun service de madame de Stal;
-qu'ils me chargeoient cependant de lui dire qu'ils toient
-trs-sensibles ce qu'elle vouloit faire pour eux; qu'ils ne
+et la Reine n'accepteroient jamais aucun service de madame de Staël;
+qu'ils me chargeoient cependant de lui dire qu'ils étoient
+très-sensibles à ce qu'elle vouloit faire pour eux; qu'ils ne
l'oublieroient jamais; mais qu'ils avoient des raisons pour ne point
quitter Paris; qu'ils en avoient aussi de ne pas s'y croire dans un
danger imminent.</p>
-<p>M. de la Porte me confia alors, sans aucun dtail, qu'on toit en
-ngociation avec les principaux Jacobins; que, moyennant de l'argent,
-ils se chargeoient de contenir le faubourg Saint-Antoine.</p>
-
-<p>Ce sont les objections plus haut exposes qui reviennent.
-Non-seulement le Roi et la Reine croyaient de leur dignit de ne pas
-devenir les obligs des personnes qui les avaient offenss, mais ils
-ne croyaient pas encore leur fortune descendue un tel degr qu'ils
-n'eussent plus qu' sauver leur vie en renonant cette couronne,
-hritage de leur fils. Fuir sur le bord de la mer, c'tait bientt
-migrer, c'tait abdiquer.</p>
-
-<p>Malouet en convient lui-mme, comme on va le voir par la suite de son
-rcit: Je fis sentir M. de la Porte, continue-t-il, combien il
-toit fou, coupable mme de compter sur de telles ressources; que les
-choses en toient au point qu'il falloit s'assurer de moyens positifs
-de rsistance et de salut; que la prpondrance des Jacobins Paris,
-leurs projets, leur audace et la frocit de la populace
-rvolutionnaire menaoient videmment la vie du Roi et de la <span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span>
-famille royale; qu'il n'y avoit aucun moyen de leur chapper si on ne
-les prvenoit avant l'arrive des Marseillais, que nous savions tre
-mands par le comit de la Commune. Je lui dis qu'au dfaut du projet
-de madame de Stal, M. de Montmorin s'toit assur de M. de Liancourt,
-qui commandoit Rouen et qui avoit quatre rgiments ses ordres;
-qu'il seroit facile de les porter Pontoise, o les gardes suisses
-pouvoient conduire Leurs Majests. Je n'eus pas de peine convaincre
-l'honnte et bon de la Porte; nous convnmes que j'crirois au Roi,
-dans le plus grand dtail, tout ce que je pensois des dangers de sa
-position et des mesures prendre pour en sortir. Il se chargea de lui
+<p>»M. de la Porte me confia alors, sans aucun détail, qu'on étoit en
+négociation avec les principaux Jacobins; que, moyennant de l'argent,
+ils se chargeoient de contenir le faubourg Saint-Antoine.»</p>
+
+<p>Ce sont les objections plus haut exposées qui reviennent.
+Non-seulement le Roi et la Reine croyaient de leur dignité de ne pas
+devenir les obligés des personnes qui les avaient offensés, mais ils
+ne croyaient pas encore leur fortune descendue à un tel degré qu'ils
+n'eussent plus qu'à sauver leur vie en renonçant à cette couronne,
+héritage de leur fils. Fuir sur le bord de la mer, c'était bientôt
+émigrer, c'était abdiquer.</p>
+
+<p>Malouet en convient lui-même, comme on va le voir par la suite de son
+récit: «Je fis sentir à M. de la Porte, continue-t-il, combien il
+étoit fou, coupable même de compter sur de telles ressources; que les
+choses en étoient au point qu'il falloit s'assurer de moyens positifs
+de résistance et de salut; que la prépondérance des Jacobins à Paris,
+leurs projets, leur audace et la férocité de la populace
+révolutionnaire menaçoient évidemment la vie du Roi et de la <span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span>
+famille royale; qu'il n'y avoit aucun moyen de leur échapper si on ne
+les prévenoit avant l'arrivée des Marseillais, que nous savions être
+mandés par le comité de la Commune. Je lui dis qu'au défaut du projet
+de madame de Staël, M. de Montmorin s'étoit assuré de M. de Liancourt,
+qui commandoit à Rouen et qui avoit quatre régiments à ses ordres;
+qu'il seroit facile de les porter à Pontoise, où les gardes suisses
+pouvoient conduire Leurs Majestés. Je n'eus pas de peine à convaincre
+l'honnête et bon de la Porte; nous convînmes que j'écrirois au Roi,
+dans le plus grand détail, tout ce que je pensois des dangers de sa
+position et des mesures à prendre pour en sortir. Il se chargea de lui
remettre ma lettre; j'allai la concerter avec M. de Montmorin, et je
-n'y oubliai rien. Nous avions depuis le 21 juin arrang avec
-l'ordonnateur de la marine du Havre, M. de Mistral, dvou au Roi,
-l'armement d'un yacht qui auroit reu la famille royale Rouen, et
-l'et porte d'abord au Havre, <em>et, la dernire extrmit, en
-Angleterre</em>. Ma lettre toit forte, pressante, trs-dtaille sur les
-dangers qui menaoient la famille royale et sur les moyens qui nous
+n'y oubliai rien. Nous avions depuis le 21 juin arrangé avec
+l'ordonnateur de la marine du Havre, M. de Mistral, dévoué au Roi,
+l'armement d'un yacht qui auroit reçu la famille royale à Rouen, et
+l'eût portée d'abord au Havre, <em>et, à la dernière extrémité, en
+Angleterre</em>. Ma lettre étoit forte, pressante, très-détaillée sur les
+dangers qui menaçoient la famille royale et sur les moyens qui nous
restoient. Je conjurois le Roi, par toutes les raisons qu'il est
inutile de rappeler ici, de prendre un parti ferme et prompt, de nous
-laisser le soin de prparer son vasion, ainsi que la libert d'agir
-auprs des royalistes runis Paris et des gardes nationales
-dvoues, telles que les bataillons des Filles Saint-Thomas et des
-Petits-Pres.</p>
+laisser le soin de préparer son évasion, ainsi que la liberté d'agir
+auprès des royalistes réunis à Paris et des gardes nationales
+dévouées, telles que les bataillons des Filles Saint-Thomas et des
+Petits-Pères.»</p>
-<p>On prouve une douloureuse curiosit de connatre la rponse du Roi
+<p>On éprouve une douloureuse curiosité de connaître la réponse du Roi à
cette proposition. La voici; elle est remarquable, parce qu'elle
-indique en deux mots les deux objections capitales que soulve le plan
+indique en deux mots les deux objections capitales que soulève le plan
de Malouet:</p>
-<p>Ma lettre, continue celui-ci, fut remise au Roi par M. de la Porte
-aprs son dner, dans le cabinet de la Reine, o il toit avec la
-princesse et Madame lisabeth. Le Roi la lut sans mot dire, sans la
-communiquer, et il se promenoit <span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> grands pas dans la plus vive
-anxit. La Reine lui demanda de qui toit cette lettre. Sa Majest
-rpondit: Elle est de M. Malouet; je ne vous la communique pas, parce
-qu'elle vous troubleroit. Il nous est dvou, mais il y a de
-l'exagration dans ses inquitudes et peu de sret dans ses moyens...
-Nous verrons; rien ne m'oblige encore prendre un parti hasardeux.
-L'affaire de Varennes est une leon.</p>
-
-<p>Louis XVI se faisait illusion sur un seul point, c'tait quand il
-taxait d'exagration les inquitudes de Malouet sur la gravit de la
-situation. Quant au reste, il avait raison; c'tait un parti bien
-hasardeux: il jouait dans une bataille presque invitable sa couronne
+<p>«Ma lettre, continue celui-ci, fut remise au Roi par M. de la Porte
+après son dîner, dans le cabinet de la Reine, où il étoit avec la
+princesse et Madame Élisabeth. Le Roi la lut sans mot dire, sans la
+communiquer, et il se promenoit <span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> à grands pas dans la plus vive
+anxiété. La Reine lui demanda de qui étoit cette lettre. Sa Majesté
+répondit: «Elle est de M. Malouet; je ne vous la communique pas, parce
+qu'elle vous troubleroit. Il nous est dévoué, mais il y a de
+l'exagération dans ses inquiétudes et peu de sûreté dans ses moyens...
+Nous verrons; rien ne m'oblige encore à prendre un parti hasardeux.
+L'affaire de Varennes est une leçon.»</p>
+
+<p>Louis XVI se faisait illusion sur un seul point, c'était quand il
+taxait d'exagération les inquiétudes de Malouet sur la gravité de la
+situation. Quant au reste, il avait raison; c'était un parti bien
+hasardeux: il jouait dans une bataille presque inévitable sa couronne
d'abord, sa vie et celle de sa famille ensuite, et avec combien peu de
-chances de son ct, combien peu de sret dans les moyens! Pour que
-ce plan russt, il fallait supposer l'invraisemblable, presque
-l'impossible; d'abord que tous ces mouvements, faciles combiner sur
-le papier, s'excutassent avec la mme facilit dans une ville o tous
-les esprits taient en veil, o toutes les passions fermentaient, o
-les comits populaires avaient une police qui surveillait le chteau,
-trahi par des serviteurs infidles, o l'on souponnait des projets de
-fuite, mme quand le Roi ne voulait pas fuir;&mdash;ensuite, que la garde
-nationale, qui fut si peu nombreuse au 10 aot, quand le Roi avait
-pour lui la lgalit, la municipalit, le dpartement, et en apparence
-l'Assemble, se montrt plus nombreuse, plus hardie, en prsence d'une
-convocation illgale, en agissant contre la volont de l'Assemble en
-dehors de l'initiative de la municipalit et du dpartement. Il
-fallait enfin que les quatre rgiments de M. de Liancourt, travaills
-par les progrs incessants de l'esprit rvolutionnaire, fussent plus
-dvous, plus solides, plus rsolus que ne l'avaient t un an
-auparavant, lors de Varennes, les troupes de M. de Bouill, qui
-avaient <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> montr tant d'hsitation l o elles s'taient
-trouves en contact avec la population, parlons plus exactement, qui
-taient entres en dfection. Disons tout d'un mot: il fallait que la
-rsolution, l'initiative, la force, toutes les chances qui
-appartenaient aux rvolutionnaires passassent tout d'un coup aux
-constitutionnels; que ceux-ci fissent tout ce qu'il y avait faire,
-et que ceux-l n'empchassent point ce qu'il leur tait facile
-d'empcher. Si le Roi se faisait des illusions sur la gravit de la
+chances de son côté, combien peu de sûreté dans les moyens! Pour que
+ce plan réussît, il fallait supposer l'invraisemblable, presque
+l'impossible; d'abord que tous ces mouvements, faciles à combiner sur
+le papier, s'exécutassent avec la même facilité dans une ville où tous
+les esprits étaient en éveil, où toutes les passions fermentaient, où
+les comités populaires avaient une police qui surveillait le château,
+trahi par des serviteurs infidèles, où l'on soupçonnait des projets de
+fuite, même quand le Roi ne voulait pas fuir;&mdash;ensuite, que la garde
+nationale, qui fut si peu nombreuse au 10 août, quand le Roi avait
+pour lui la légalité, la municipalité, le département, et en apparence
+l'Assemblée, se montrât plus nombreuse, plus hardie, en présence d'une
+convocation illégale, en agissant contre la volonté de l'Assemblée en
+dehors de l'initiative de la municipalité et du département. Il
+fallait enfin que les quatre régiments de M. de Liancourt, travaillés
+par les progrès incessants de l'esprit révolutionnaire, fussent plus
+dévoués, plus solides, plus résolus que ne l'avaient été un an
+auparavant, lors de Varennes, les troupes de M. de Bouillé, qui
+avaient <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> montré tant d'hésitation là où elles s'étaient
+trouvées en contact avec la population, parlons plus exactement, qui
+étaient entrées en défection. Disons tout d'un mot: il fallait que la
+résolution, l'initiative, la force, toutes les chances qui
+appartenaient aux révolutionnaires passassent tout d'un coup aux
+constitutionnels; que ceux-ci fissent tout ce qu'il y avait à faire,
+et que ceux-là n'empêchassent point ce qu'il leur était facile
+d'empêcher. Si le Roi se faisait des illusions sur la gravité de la
situation, Malouet ne s'en faisait donc pas moins sur les chances de
-russite de son plan et sur les moyens dont disposait le parti
+réussite de son plan et sur les moyens dont disposait le parti
constitutionnel.</p>
-<p>Mais Louis XVI poussait-il la confiance, la fin du mois de juillet,
-aussi loin que semble le supposer Malouet? La suite du rcit de
-celui-ci, dans lequel Madame lisabeth va paratre, prouve, ce semble,
-le contraire: La Reine et Madame lisabeth n'ayant rien rpondu (au
-Roi), dit-il, cet tat d'embarras et de silence dtermina M. de la
-Porte se retirer, et on le laissa partir sans lui faire une
-question, sans le charger d'une rponse. Lorsqu'il nous rendit M. de
-Montmorin et moi tout ce qui s'tait pass, celui-ci s'cria: Il
-faut en prendre son parti, nous serons tous massacrs, et cela ne sera
-pas long!</p>
-
-<p>Quelques heures aprs cette explication, deux heures du matin, le
-baron de Gilliers arrive fort effray dans ma chambre; il avoit la
-confiance de Madame lisabeth, qui l'envoya chercher minuit et lui
-dit: Nous ignorons, la Reine et moi, ce que M. Malouet a crit au
-Roi; mais il est si troubl, si agit, que nous dsirons avoir
+<p>Mais Louis XVI poussait-il la confiance, à la fin du mois de juillet,
+aussi loin que semble le supposer Malouet? La suite du récit de
+celui-ci, dans lequel Madame Élisabeth va paraître, prouve, ce semble,
+le contraire: «La Reine et Madame Élisabeth n'ayant rien répondu (au
+Roi), dit-il, cet état d'embarras et de silence détermina M. de la
+Porte à se retirer, et on le laissa partir sans lui faire une
+question, sans le charger d'une réponse. Lorsqu'il nous rendit à M. de
+Montmorin et à moi tout ce qui s'était passé, celui-ci s'écria: «Il
+faut en prendre son parti, nous serons tous massacrés, et cela ne sera
+pas long!»</p>
+
+<p>»Quelques heures après cette explication, à deux heures du matin, le
+baron de Gilliers arrive fort effrayé dans ma chambre; il avoit la
+confiance de Madame Élisabeth, qui l'envoya chercher à minuit et lui
+dit: «Nous ignorons, la Reine et moi, ce que M. Malouet a écrit au
+Roi; mais il est si troublé, si agité, que nous désirons avoir
connoissance de cette lettre. Rendez-vous chez M. Malouet, et priez-le
de ma part de vous la confier, s'il en a la minute, ou de m'en envoyer
-le contenu. Je remis la minute de ma lettre M. de Gilliers, qui la
-porta Madame lisabeth. Cette princesse, aprs l'avoir lue, lui dit:
-Il a raison, je pense comme lui: je prfrerois ce parti-l
-<span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> tout autre; mais nous sommes engags dans d'autres mesures:
-Dieu sait ce qui arrivera!</p>
+le contenu.» Je remis la minute de ma lettre à M. de Gilliers, qui la
+porta à Madame Élisabeth. Cette princesse, après l'avoir lue, lui dit:
+«Il a raison, je pense comme lui: je préférerois ce parti-là à
+<span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> tout autre; mais nous sommes engagés dans d'autres mesures:
+Dieu sait ce qui arrivera!»</p>
-<p>Ainsi, Madame lisabeth, si hasardeux que ft le parti, si peu srs
-que fussent les moyens, aurait prfr cette sortie arme de Paris
-toutes les autres combinaisons; mais elle se soumettait la volont
-de son frre, engag dans d'autres mesures.</p>
+<p>Ainsi, Madame Élisabeth, si hasardeux que fût le parti, si peu sûrs
+que fussent les moyens, aurait préféré cette sortie armée de Paris à
+toutes les autres combinaisons; mais elle se soumettait à la volonté
+de son frère, engagé dans d'autres mesures.</p>
-<p>Aprs avoir lu ces dtails, il est impossible de ne pas trouver la
-conclusion de Malouet svre jusqu' la duret, jusqu' l'injustice:</p>
+<p>Après avoir lu ces détails, il est impossible de ne pas trouver la
+conclusion de Malouet sévère jusqu'à la dureté, jusqu'à l'injustice:</p>
-<p>Ce n'est pas seulement la foiblesse du Roi et son indcision, dit-il,
+<p>«Ce n'est pas seulement la foiblesse du Roi et son indécision, dit-il,
qui l'ont perdu, c'est surtout une disposition malheureuse de son
-caractre qui le portoit une demi-confiance pour tous ceux de ses
-serviteurs qu'il estimoit, mais jamais une confiance entire pour
-aucun. Madame lisabeth, qui avoit plus de fermet et d'esprit que son
-frre, participoit ce triste dfaut, et, chose encore plus
-singulire, la Reine, qui ne manquoit ni d'esprit ni de dcision,
-toit sur ce point l'unisson avec le Roi et sa belle-s&oelig;ur. Chacun
-d'eux avoit ses demi-confidents, ses agents, ses ngociateurs, qui ne
+caractère qui le portoit à une demi-confiance pour tous ceux de ses
+serviteurs qu'il estimoit, mais jamais à une confiance entière pour
+aucun. Madame Élisabeth, qui avoit plus de fermeté et d'esprit que son
+frère, participoit à ce triste défaut, et, chose encore plus
+singulière, la Reine, qui ne manquoit ni d'esprit ni de décision,
+étoit sur ce point à l'unisson avec le Roi et sa belle-s&oelig;ur. Chacun
+d'eux avoit ses demi-confidents, ses agents, ses négociateurs, qui ne
pouvoient se concerter sur rien et devoient se contrarier souvent;
-mais ce qui est tout fait inconcevable quand on connot bien tout ce
+mais ce qui est tout à fait inconcevable quand on connoît bien tout ce
qu'il y avoit de raison, d'instruction et de bons sentiments dans ces
-augustes personnes, c'est qu' aucune poque de la rvolution elles
-n'aient demand ni accept un plan de conduite, et pas mme un plan de
-dfense dans le dernier moment du pril.</p>
+augustes personnes, c'est qu'à aucune époque de la révolution elles
+n'aient demandé ni accepté un plan de conduite, et pas même un plan de
+défense dans le dernier moment du péril.»</p>
<p>Ce que ne comprenait point le parti constitutionnel, alors encore
-infatu de ses lumires et convaincu, malgr tant de fautes, de son
-infaillibilit, la postrit le comprendra peut-tre. L'esprit du Roi,
-de la Reine et de Madame lisabeth tait perplexe, parce que la
-situation tait profondment complexe. Dans cette situation funeste
-et inextricable, <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> o l'on respirait la dmence avec l'air, il
-n'y avait pas de plan raisonnable; tous ceux qu'on prsentait taient
-draisonnables par quelque endroit, celui des constitutionnels comme
-les autres, on l'a vu. Le Roi, la Reine et Madame lisabeth
-n'accordaient leur confiance entire et complte personne, parce que
-personne ne la mritait, je ne veux point dire au point de vue du
-c&oelig;ur (il y avait des c&oelig;urs nobles et dvous cette poque),
-mais au point de vue de la supriorit transcendante et de la capacit
-politique. Ils hsitaient l'embranchement de plusieurs chemins qui
-pouvaient les conduire l'abme, parce qu'ils ne voyaient pas
+infatué de ses lumières et convaincu, malgré tant de fautes, de son
+infaillibilité, la postérité le comprendra peut-être. L'esprit du Roi,
+de la Reine et de Madame Élisabeth était perplexe, parce que la
+situation était profondément complexe. Dans cette situation funeste
+et inextricable, <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> où l'on respirait la démence avec l'air, il
+n'y avait pas de plan raisonnable; tous ceux qu'on présentait étaient
+déraisonnables par quelque endroit, celui des constitutionnels comme
+les autres, on l'a vu. Le Roi, la Reine et Madame Élisabeth
+n'accordaient leur confiance entière et complète à personne, parce que
+personne ne la méritait, je ne veux point dire au point de vue du
+c&oelig;ur (il y avait des c&oelig;urs nobles et dévoués à cette époque),
+mais au point de vue de la supériorité transcendante et de la capacité
+politique. Ils hésitaient à l'embranchement de plusieurs chemins qui
+pouvaient les conduire à l'abîme, parce qu'ils ne voyaient pas
clairement une route de salut, et, au fond, personne ne la voyait
-mieux qu'eux. Quand on leur disait: Le salut est l, ils
+mieux qu'eux. Quand on leur disait: «Le salut est là», ils
regardaient; mais ils ne marchaient pas, parce qu'ils n'apercevaient
-pas le salut au bout de la voie o l'on voulait les entraner. Ils
-prtaient l'oreille tous les expdients, parce que personne ne leur
-apportait la solution du problme. Au fond, les fautes de tous les
-partis, les passions et les prventions contraires avaient cr une
-situation insoluble; et quand Malouet vient dire que, dans la
-position o toit Louis XVI, il devoit sans doute se confier avant
-tout l'arme nationale, se mettre la tte des Franois qui
-vouloient le dfendre et qui pouvoient anantir une faction
-criminelle, il prouve une fois de plus que les constitutionnels
-prenaient les phrases pour des faits. O tait, en aot 1792, l'arme
-nationale la tte de laquelle le Roi pouvait se mettre? les
-Franais, je parle des Franais runis, organiss, qui voulaient le
-dfendre et qui taient capables d'anantir la faction des Jacobins?
-La journe du 10 aot a rpondu, la journe du 10 aot qui ne fut pas,
-comme Malouet semble le croire, le rsultat des tergiversations, des
-hsitations de la famille royale, mais la suite fatale d'une
-progression rvolutionnaire dont le premier terme s'appelle les 5 et
-6 octobre, le second le <span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span> 20 juin, le troisime le 10 aot, qui
-mnera au 21 janvier. N'importe, on aime savoir qu'il y avait
-l'approche de cette terrible preuve des c&oelig;urs gnreux qui
-s'inquitaient du sort rserv la famille royale; qui, voyant venir
-la mare rvolutionnaire destine l'emporter, s'agitaient pour
+pas le salut au bout de la voie où l'on voulait les entraîner. Ils
+prêtaient l'oreille à tous les expédients, parce que personne ne leur
+apportait la solution du problème. Au fond, les fautes de tous les
+partis, les passions et les préventions contraires avaient créé une
+situation insoluble; et quand Malouet vient dire que, «dans la
+position où étoit Louis XVI, il devoit sans doute se confier avant
+tout à l'armée nationale, se mettre à la tête des François qui
+vouloient le défendre et qui pouvoient anéantir une faction
+criminelle», il prouve une fois de plus que les constitutionnels
+prenaient les phrases pour des faits. Où était, en août 1792, l'armée
+nationale à la tête de laquelle le Roi pouvait se mettre? les
+Français, je parle des Français réunis, organisés, qui voulaient le
+défendre et qui étaient capables d'anéantir la faction des Jacobins?
+La journée du 10 août a répondu, la journée du 10 août qui ne fut pas,
+comme Malouet semble le croire, le résultat des tergiversations, des
+hésitations de la famille royale, mais la suite fatale d'une
+progression révolutionnaire dont le premier terme s'appelle les 5 et
+6 octobre, le second le <span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span> 20 juin, le troisième le 10 août, qui
+mènera au 21 janvier. N'importe, on aime à savoir qu'il y avait à
+l'approche de cette terrible épreuve des c&oelig;urs généreux qui
+s'inquiétaient du sort réservé à la famille royale; qui, voyant venir
+la marée révolutionnaire destinée à l'emporter, s'agitaient pour
trouver des digues, et qui briguaient la permission d'opposer leur
-poitrine au pril. Malouet, et ce sera l'honneur de sa vie, fut un de
-ces hommes. Il a racont comment, jusqu'au dernier moment, dans la
-petite runion qui avait lieu chez M. de Montmorin, on s'occupa de
-plans pour sauver la famille royale. M. de Lally, dit-il, se trouvoit
-frquemment de nos runions chez M. de Montmorin, avec MM. de
+poitrine au péril. Malouet, et ce sera l'honneur de sa vie, fut un de
+ces hommes. Il a raconté comment, jusqu'au dernier moment, dans la
+petite réunion qui avait lieu chez M. de Montmorin, on s'occupa de
+plans pour sauver la famille royale. «M. de Lally, dit-il, se trouvoit
+fréquemment de nos réunions chez M. de Montmorin, avec MM. de
Malesherbes, Clermont-Tonnerre, Bertrand, la Tour-du-Pin et
-Gouverneur-Morris, envoy des tats-Unis, pour qui le Roi avait du
-got, et qui donnait Sa Majest, mais aussi inutilement que nous,
-les conseils les plus vigoureux. C'est le 7 aot que, pour la dernire
-fois, nous dnmes ensemble. Au moment de nous sparer, nous nous
-fmes tous un dernier adieu. Notre confrence avait pour objet de
+Gouverneur-Morris, envoyé des États-Unis, pour qui le Roi avait du
+goût, et qui donnait à Sa Majesté, mais aussi inutilement que nous,
+les conseils les plus vigoureux. C'est le 7 août que, pour la dernière
+fois, nous dînâmes ensemble. Au moment de nous séparer, nous nous
+fîmes tous un dernier adieu. Notre conférence avait pour objet de
tenter un nouvel effort pour faire enlever par les Suisses la famille
-royale et la conduire Pontoise. Avertis fort en dtail de tous les
-prparatifs du 10 aot, nous tions assembls ds le matin chez M. de
-Montmorin. Il avoit crit au Roi pour lui en faire part, et lui dire
-qu'il n'y avoit plus reculer; que nous nous trouverions le lendemain
-avant le jour, au nombre de soixante-dix, aux grandes curies, o
-l'ordre devoit tre donn de nous livrer des chevaux de selle; que la
-garde nationale des Tuileries, commande par Aclocque, aideroit
-notre expdition; que quatre des compagnies des gardes suisses
-partiroient la mme heure de Courbevoie pour venir la rencontre du
-Roi; que nous l'escorterions aux Champs-lyses, o il monteroit en
-voiture avec sa famille. Le porteur de la lettre tant revenu sans
-rponse, M. de Montmorin <span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span> se rendit sur-le-champ chez le Roi;
-Madame lisabeth lui apprit que l'insurrection n'auroit point lieu;
-que Santerre et Ption s'y toient engags; qu'ils avoient reu sept
-cent cinquante mille livres pour l'empcher et ramener les Marseillais
-dans le parti de Sa Majest. Le Roi n'en toit pas moins inquiet,
-agit, mais dcid ne pas quitter Paris..... Il aimoit mieux
-s'exposer tous les dangers que de commencer la guerre civile.</p>
-
-<p>Ce furent les dernires paroles du Roi. Il ne voulait pas commencer la
+royale et la conduire à Pontoise. Avertis fort en détail de tous les
+préparatifs du 10 août, nous étions assemblés dès le matin chez M. de
+Montmorin. Il avoit écrit au Roi pour lui en faire part, et lui dire
+qu'il n'y avoit plus à reculer; que nous nous trouverions le lendemain
+avant le jour, au nombre de soixante-dix, aux grandes écuries, où
+l'ordre devoit être donné de nous livrer des chevaux de selle; que la
+garde nationale des Tuileries, commandée par Aclocque, aideroit à
+notre expédition; que quatre des compagnies des gardes suisses
+partiroient à la même heure de Courbevoie pour venir à la rencontre du
+Roi; que nous l'escorterions aux Champs-Élysées, où il monteroit en
+voiture avec sa famille. Le porteur de la lettre étant revenu sans
+réponse, M. de Montmorin <span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span> se rendit sur-le-champ chez le Roi;
+Madame Élisabeth lui apprit que l'insurrection n'auroit point lieu;
+que Santerre et Pétion s'y étoient engagés; qu'ils avoient reçu sept
+cent cinquante mille livres pour l'empêcher et ramener les Marseillais
+dans le parti de Sa Majesté. Le Roi n'en étoit pas moins inquiet,
+agité, mais décidé à ne pas quitter Paris..... Il aimoit mieux
+s'exposer à tous les dangers que de commencer la guerre civile.»</p>
+
+<p>Ce furent les dernières paroles du Roi. Il ne voulait pas commencer la
guerre civile; il ne voulait point quitter Paris, parce que, il le
-sentait bien: quitter Paris, c'tait quitter la France. On a admir
-juste titre la trivialit patriotique d'un fougueux rvolutionnaire
-rpliquant qui lui conseillait de fuir: Est-ce qu'on emporte sa
-patrie la semelle de ses souliers? Mais si les souliers de Danton
-tenaient la terre de France, Louis XVI, le descendant de tant de
-rois franais, y tenait par toutes les fibres de son c&oelig;ur. Ainsi,
-le 10 aot devait s'accomplir; il s'tait accompli: Louis XVI et sa
-famille taient au Temple.</p>
-
-<p>Avant de suivre la famille royale dans son triste sjour, arrtons un
-moment nos regards sur les triomphateurs du 10 aot. Le cynisme
+sentait bien: quitter Paris, c'était quitter la France. On a admiré à
+juste titre la trivialité patriotique d'un fougueux révolutionnaire
+répliquant à qui lui conseillait de fuir: «Est-ce qu'on emporte sa
+patrie à la semelle de ses souliers?» Mais si les souliers de Danton
+tenaient à la terre de France, Louis XVI, le descendant de tant de
+rois français, y tenait par toutes les fibres de son c&oelig;ur. Ainsi,
+le 10 août devait s'accomplir; il s'était accompli: Louis XVI et sa
+famille étaient au Temple.</p>
+
+<p>Avant de suivre la famille royale dans son triste séjour, arrêtons un
+moment nos regards sur les triomphateurs du 10 août. Le cynisme
jacobin, qui devait plus tard envahir l'histoire et faire longtemps
-illusion la postrit, dbordait dans les crits et dans les
+illusion à la postérité, débordait dans les écrits et dans les
correspondances de ceux qui avaient pris une part plus ou moins
-directe cette journe. Elle acqurait dans leur imagination
-chauffe les proportions d'une grande bataille, et les grotesques
-Tyrtes du 10 aot chantaient, aux dpens de la vrit et de
-l'orthographe<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="smaller">[7]</span></a>, cette victoire que la longanimit de Louis XVI et sa
-rsolution inbranlable de ne pas faire couler le sang franais
+directe à cette journée. Elle acquérait dans leur imagination
+échauffée les proportions d'une grande bataille, et les grotesques
+Tyrtées du 10 août chantaient, aux dépens de la vérité et de
+l'orthographe<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="smaller">[7]</span></a>, cette victoire que la longanimité de Louis XVI et sa
+résolution inébranlable de ne pas faire couler le sang français
avaient rendue si facile.</p>
-<p>La petite tour du Temple, que la rvolution assignait pour demeure
-la famille royale, formait un carr long <span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> flanqu de deux
-tourelles et adoss la grande tour, sans communication intrieure.</p>
-
-<p>La porte d'entre, prcde de quatre marches extrieures, tait
-troite et basse, donnant sur un palier, au fond duquel s'ouvrait
-l'escalier, taill en coquille de limaon. Cette porte, reconnue trop
-frle, fut raffermie par de fortes traverses et des verrous apports
-des prisons du Chtelet. A gauche, en entrant, tait la loge de deux
-portiers, Risbey et Rocher. Le rez-de-chausse n'avait que deux
-pices: une cuisine, dont on ne fit aucun usage, et une grande chambre
-qui servait d'entrept aux archives. Le premier se composait d'une
-antichambre et d'une salle manger communiquant un cabinet pris
-dans la tourelle, o se trouvait une bibliothque. Mesdames Thibaud,
-Basire et Navarre couchrent dans cette salle pendant les sept jours
-qu'elles restrent dans cette maison d'arrt.</p>
-
-<p>Au second tage, on entrait dans une antichambre fort sombre, o
+<p>La petite tour du Temple, que la révolution assignait pour demeure à
+la famille royale, formait un carré long <span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> flanqué de deux
+tourelles et adossé à la grande tour, sans communication intérieure.</p>
+
+<p>La porte d'entrée, précédée de quatre marches extérieures, était
+étroite et basse, donnant sur un palier, au fond duquel s'ouvrait
+l'escalier, taillé en coquille de limaçon. Cette porte, reconnue trop
+frêle, fut raffermie par de fortes traverses et des verrous apportés
+des prisons du Châtelet. A gauche, en entrant, était la loge de deux
+portiers, Risbey et Rocher. Le rez-de-chaussée n'avait que deux
+pièces: une cuisine, dont on ne fit aucun usage, et une grande chambre
+qui servait d'entrepôt aux archives. Le premier se composait d'une
+antichambre et d'une salle à manger communiquant à un cabinet pris
+dans la tourelle, où se trouvait une bibliothèque. Mesdames Thibaud,
+Basire et Navarre couchèrent dans cette salle pendant les sept jours
+qu'elles restèrent dans cette maison d'arrêt.</p>
+
+<p>Au second étage, on entrait dans une antichambre fort sombre, où
couchait la princesse de Lamballe. A gauche, la Reine occupait avec sa
-fille une chambre dont la fentre avait jour sur le jardin; dans cette
+fille une chambre dont la fenêtre avait jour sur le jardin; dans cette
chambre, moins triste que les autres, la famille royale passait
-habituellement presque toute la journe. A droite, dans une mme
+habituellement presque toute la journée. A droite, dans une même
chambre, couchaient le jeune prince, madame de Tourzel et madame
-Saint-Brice. On tait oblig de traverser cette pice pour entrer dans
-le cabinet de la tourelle, qui servait de garde-robe tout ce corps
-de btiment, et qui tait commun aux municipaux et aux soldats, aussi
-bien qu' la famille royale.</p>
-
-<p>La distribution du troisime tage tait la mme que celle du second.
-L'antichambre place au-dessus de la chambre de madame de Lamballe
-servait de corps de garde. En face, derrire une cloison, se trouvait
-un rduit troit n'ayant de jour que par un chssis vitrage adapt
-au toit. Ce fut l que s'tablirent Hue et Chamilly. A droite de
-l'antichambre on entrait dans la chambre du Roi, claire par <span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span>
-deux fentres dont l'une donnait sur la rotonde du Temple; le lit de
-Louis XVI tait plac dans une alcve droite en entrant. La petite
-pice de la tourelle lui servait de cabinet de lecture.</p>
-
-<p>Vis--vis de la chambre du Roi, et de l'autre ct de l'antichambre,
-tait une ancienne cuisine qui contenait encore les ustensiles
-appropris sa premire destination, dnonce en outre par l'affreuse
-malpropret qui y rgnait. On devine que ce fut l le logement de
-Madame lisabeth, car la plus mauvaise place tait toujours la sienne.
-Cette princesse, qui joignoit, raconte madame de Tourzel, une vertu
-d'ange une bont sans pareille, dit sur-le-champ Pauline qu'elle
+Saint-Brice. On était obligé de traverser cette pièce pour entrer dans
+le cabinet de la tourelle, qui servait de garde-robe à tout ce corps
+de bâtiment, et qui était commun aux municipaux et aux soldats, aussi
+bien qu'à la famille royale.</p>
+
+<p>La distribution du troisième étage était la même que celle du second.
+L'antichambre placée au-dessus de la chambre de madame de Lamballe
+servait de corps de garde. En face, derrière une cloison, se trouvait
+un réduit étroit n'ayant de jour que par un châssis à vitrage adapté
+au toit. Ce fut là que s'établirent Hue et Chamilly. A droite de
+l'antichambre on entrait dans la chambre du Roi, éclairée par <span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span>
+deux fenêtres dont l'une donnait sur la rotonde du Temple; le lit de
+Louis XVI était placé dans une alcôve à droite en entrant. La petite
+pièce de la tourelle lui servait de cabinet de lecture.</p>
+
+<p>Vis-à-vis de la chambre du Roi, et de l'autre côté de l'antichambre,
+était une ancienne cuisine qui contenait encore les ustensiles
+appropriés à sa première destination, dénoncée en outre par l'affreuse
+malpropreté qui y régnait. On devine que ce fut là le logement de
+Madame Élisabeth, car la plus mauvaise place était toujours la sienne.
+«Cette princesse, qui joignoit, raconte madame de Tourzel, à une vertu
+d'ange une bonté sans pareille, dit sur-le-champ à Pauline qu'elle
vouloit se charger d'elle, et fit placer dans sa chambre un lit de
-sangle ct du sien. Nous ne pourrons jamais oublier toutes les
-marques de bont qu'elle en reut pendant le temps qu'il nous fut
-permis d'habiter avec elle ce triste sjour. Madame lisabeth tait
-clairvoyante dans ses affections, et si elle aimait particulirement
-cette jeune et intressante personne, c'est qu'elle avait entrevu tout
-ce qu'il y avait de force et de courage dans cette jeune me.</p>
-
-<p>Afin de donner au lecteur une ide plus prcise et plus dtaille de
-ce local, nous mettons sous ses yeux le plan du troisime tage de la
+sangle à côté du sien. Nous ne pourrons jamais oublier toutes les
+marques de bonté qu'elle en reçut pendant le temps qu'il nous fut
+permis d'habiter avec elle ce triste séjour.» Madame Élisabeth était
+clairvoyante dans ses affections, et si elle aimait particulièrement
+cette jeune et intéressante personne, c'est qu'elle avait entrevu tout
+ce qu'il y avait de force et de courage dans cette jeune âme.</p>
+
+<p>Afin de donner au lecteur une idée plus précise et plus détaillée de
+ce local, nous mettons sous ses yeux le plan du troisième étage de la
petite tour, avec la description de son mobilier.</p>
<a id="img003" name="img003"></a>
<div class="figcenter">
<img src="images/img003.jpg" width="400" height="312" alt="" title="">
-<p class="smcap">PETITE TOUR.&mdash;TROISIME TAGE.&mdash;<i>LE ROI</i> et <i>MADAME
-LISABETH</i>.</p>
+<p class="smcap">PETITE TOUR.&mdash;TROISIÈME ÉTAGE.&mdash;<i>LE ROI</i> et <i>MADAME
+ÉLISABETH</i>.</p>
<table class="auto smaller" border="0" cellpadding="2" summary="Petite tour.">
<tr>
@@ -757,32 +712,32 @@ petite tour, avec la description de son mobilier.</p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1.</td>
-<td>Lit du Roi deux dossiers, avec ciel de lit de camelot rouge et jaune.</td>
+<td>Lit du Roi à deux dossiers, avec ciel de lit de camelot rouge et jaune.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">2.</td>
-<td>Commode en marqueterie, dessus de marbre blanc.</td>
+<td>Commode en marqueterie, à dessus de marbre blanc.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3.</td>
-<td>Grand canap de velours cramoisi.</td>
+<td>Grand canapé de velours cramoisi.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">4.</td>
-<td>Grande table manger.</td>
+<td>Grande table à manger.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">5.</td>
-<td>Un buffet quatre ventaux.</td>
+<td>Un buffet à quatre ventaux.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6.</td>
-<td>Un guridon avec dessus de marbre blanc.</td>
+<td>Un guéridon avec dessus de marbre blanc.</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
@@ -808,12 +763,12 @@ petite tour, avec la description de son mobilier.</p>
</tr>
<tr>
<td>F.</td>
-<td colspan="2">Ancienne cuisine, chambre de Madame lisabeth.</td>
+<td colspan="2">Ancienne cuisine, chambre de Madame Élisabeth.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">8.</td>
-<td>Lit de Madame lisabeth.</td>
+<td>Lit de Madame Élisabeth.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
@@ -838,453 +793,453 @@ petite tour, avec la description de son mobilier.</p>
</table>
</div>
-<p>Arrivs au Temple dans la soire du lundi 13 aot (et non du 14 comme
-l'ont crit M. Hue et quelques autres), puis introduits de nuit dans
+<p>Arrivés au Temple dans la soirée du lundi 13 août (et non du 14 comme
+l'ont écrit M. Hue et quelques autres), puis introduits de nuit dans
la tour, les prisonniers ne purent prendre que le lendemain matin une
connaissance exacte de la distribution de leur nouvelle demeure. Ils
-apprirent que, d'aprs les ordres du conseil de la Commune<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Go to footnote 8"><span class="smaller">[8]</span></a>, des
-travaux considrables allaient tre entrepris pour isoler et
-fortifier leur prison. Dans la journe mme, <span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> le patriote
-Palloy, accompagn de Sautot, son collgue, et de MM. Poyet et Paris,
+apprirent que, d'après les ordres du conseil de la Commune<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Go to footnote 8"><span class="smaller">[8]</span></a>, des
+travaux considérables allaient être entrepris pour isoler et
+fortifier leur prison. Dans la journée même, <span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> le patriote
+Palloy, accompagné de Sautot, son collègue, et de MM. Poyet et Paris,
architecte et inspecteur des travaux de la Commune, vint examiner les
-localits. Dj clbre pour avoir dmoli la Bastille, cette citadelle
-de la tyrannie, ce maon ambitieux avait brigu la gloire de
-construire la prison du tyran. L'enclos fut livr ses ouvriers. Les
-btiments <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> qui attenaient au massif de la tour, les arbres qui
+localités. Déjà célèbre pour avoir démoli la Bastille, cette citadelle
+de la tyrannie, ce maçon ambitieux avait brigué la gloire de
+construire la prison du tyran. L'enclos fut livré à ses ouvriers. Les
+bâtiments <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> qui attenaient au massif de la tour, les arbres qui
l'avoisinaient le plus, disparurent sous la pioche et sous la hache.
-On masqua des fentres, on exhaussa les murs d'enceinte, on cra des
-guichets et des corps de garde; des travaux de tout genre entranrent
-des dpenses considrables<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9" title="Go to footnote 9"><span class="smaller">[9]</span></a>.</p>
-
-<p>Presque tous les captifs taient arrivs au Temple dans un dnment
-absolu. Tous nos effets, raconte mademoiselle Pauline de Tourzel,
-avoient t pills dans notre appartement des Tuileries, et je ne
-possdois que la robe que j'avois sur le corps lors de ma sortie du
-chteau. Madame lisabeth, qui l'on venoit d'en envoyer
+On masqua des fenêtres, on exhaussa les murs d'enceinte, on créa des
+guichets et des corps de garde; des travaux de tout genre entraînèrent
+des dépenses considérables<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9" title="Go to footnote 9"><span class="smaller">[9]</span></a>.</p>
+
+<p>Presque tous les captifs étaient arrivés au Temple dans un dénûment
+absolu. «Tous nos effets, raconte mademoiselle Pauline de Tourzel,
+avoient été pillés dans notre appartement des Tuileries, et je ne
+possédois que la robe que j'avois sur le corps lors de ma sortie du
+château. Madame Élisabeth, à qui l'on venoit d'en envoyer
quelques-unes, m'en donna une des siennes. Comme elle ne pouvoit aller
- ma taille, nous nous occupmes la dcoudre pour la refaire. Tous
-les jours, la Reine, Madame et Madame lisabeth avoient l'extrme
-bont d'y travailler; mais nous ne pmes la finir avant de les
-quitter. Cette privation du ncessaire obligeait les dtenus d'avoir
-avec le dehors, tantt pour un objet, tantt pour un autre, des
-relations gnes par mille entraves et devenues bientt suspectes. Les
-personnes honores du privilge de suivre la famille royale dans le
-malheur furent dnonces la Commune, et celle-ci, dans sa sance du
-17 aot, ordonna leur enlvement de la tour. Manuel, touch du chagrin
-que cette mesure causait la famille royale, essaya vainement de
-faire revenir le conseil gnral sur son arrt.</p>
-
-<p>Dans la nuit du 19 au 20 se prsentrent au Temple deux officiers
-municipaux chargs d'emmener <em>toutes les personnes qui n'taient pas
-membres de la famille Capet</em>. Vers minuit, dit encore mademoiselle
-Pauline, nous entendmes frapper la porte de notre chambre. Madame
-lisabeth se leva sur-le-champ, m'aida mme m'habiller, m'embrassa
-et me conduisit chez la Reine. Nous trouvmes tout le monde sur
-pied. La Reine prtendit que madame <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> de Lamballe tant sa
-parente, l'arrt de la Commune ne pouvait la concerner, mais tous ses
-efforts pour l'empcher de partir furent inutiles. Il n'y avoit qu'
-obir dans la position o nous tions, dit madame de Tourzel. Je remis
+à ma taille, nous nous occupâmes à la découdre pour la refaire. Tous
+les jours, la Reine, Madame et Madame Élisabeth avoient l'extrême
+bonté d'y travailler; mais nous ne pûmes la finir avant de les
+quitter.» Cette privation du nécessaire obligeait les détenus d'avoir
+avec le dehors, tantôt pour un objet, tantôt pour un autre, des
+relations gênées par mille entraves et devenues bientôt suspectes. Les
+personnes honorées du privilége de suivre la famille royale dans le
+malheur furent dénoncées à la Commune, et celle-ci, dans sa séance du
+17 août, ordonna leur enlèvement de la tour. Manuel, touché du chagrin
+que cette mesure causait à la famille royale, essaya vainement de
+faire revenir le conseil général sur son arrêté.</p>
+
+<p>Dans la nuit du 19 au 20 se présentèrent au Temple deux officiers
+municipaux chargés d'emmener <em>toutes les personnes qui n'étaient pas
+membres de la famille Capet</em>. «Vers minuit, dit encore mademoiselle
+Pauline, nous entendîmes frapper à la porte de notre chambre. Madame
+Élisabeth se leva sur-le-champ, m'aida même à m'habiller, m'embrassa
+et me conduisit chez la Reine. Nous trouvâmes tout le monde sur
+pied.» La Reine prétendit que madame <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> de Lamballe étant sa
+parente, l'arrêté de la Commune ne pouvait la concerner, mais tous ses
+efforts pour l'empêcher de partir furent inutiles. «Il n'y avoit qu'à
+obéir dans la position où nous étions, dit madame de Tourzel. Je remis
entre les mains de la Reine ce cher petit Prince, dont on porta le lit
-dans sa chambre sans qu'il se ft rveill. Je m'abstins de le
-regarder, afin de ne pas branler le courage dont nous allions avoir
+dans sa chambre sans qu'il se fût réveillé. Je m'abstins de le
+regarder, afin de ne pas ébranler le courage dont nous allions avoir
tant besoin, pour ne donner aucune prise sur nous, et revenir
-reprendre, s'il toit possible, une place que nous quittions avec tant
+reprendre, s'il étoit possible, une place que nous quittions avec tant
de regret. La Reine vint sur-le-champ dans la chambre de madame la
-princesse de Lamballe, dont elle se spara avec une vive douleur. Elle
-nous tmoigna, Pauline et moi, la sensibilit la plus touchante,
-et me dit tout bas: Si nous ne sommes pas assez heureux pour vous
+princesse de Lamballe, dont elle se sépara avec une vive douleur. Elle
+nous témoigna, à Pauline et à moi, la sensibilité la plus touchante,
+et me dit tout bas: «Si nous ne sommes pas assez heureux pour vous
revoir, soignez bien madame de Lamballe. Dans toutes les occasions
-essentielles prenez la parole, et vitez-lui autant que possible
-d'avoir rpondre des questions captieuses et embarrassantes.
-Madame toit tout interdite et bien effraye de nous voir emmener.
-Madame lisabeth arriva de son ct, et se joignit la Reine pour
-nous encourager. Nous embrassmes pour la dernire fois ces augustes
-princesses, et nous nous arrachmes, la mort dans l'me, d'un lieu qui
-nous rendoit si chre la pense de pouvoir leur tre de quelque
+essentielles prenez la parole, et évitez-lui autant que possible
+d'avoir à répondre à des questions captieuses et embarrassantes.»
+Madame étoit tout interdite et bien effrayée de nous voir emmener.
+Madame Élisabeth arriva de son côté, et se joignit à la Reine pour
+nous encourager. Nous embrassâmes pour la dernière fois ces augustes
+princesses, et nous nous arrachâmes, la mort dans l'âme, d'un lieu qui
+nous rendoit si chère la pensée de pouvoir leur être de quelque
consolation....</p>
-<p>Nous traversmes les souterrains la lueur des flambeaux; trois
+<p>»Nous traversâmes les souterrains à la lueur des flambeaux; trois
fiacres nous attendoient dans la cour. Madame la princesse de
-Lamballe, ma fille Pauline et moi, montmes dans le premier, les
+Lamballe, ma fille Pauline et moi, montâmes dans le premier, les
femmes de la famille royale dans le second, et MM. de Chamilly et Hue
-dans le troisime. Un municipal toit dans chaque voiture, qui toit
-escorte par des gendarmes et entoure de flambeaux. Rien ne
-ressembloit plus une pompe funbre que notre translation du Temple
- l'htel de ville.</p>
+dans le troisième. Un municipal étoit dans chaque voiture, qui étoit
+escortée par des gendarmes et entourée de flambeaux. Rien ne
+ressembloit plus à une pompe funèbre que notre translation du Temple
+à l'hôtel de ville.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> Toutes les personnes entranes ainsi la barre de la Commune
-espraient revenir au Temple aprs leur interrogatoire, les municipaux
+<p><span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> Toutes les personnes entraînées ainsi à la barre de la Commune
+espéraient revenir au Temple après leur interrogatoire, les municipaux
qui les conduisaient semblaient leur en donner l'assurance; mais il
-n'y eut que M. Hue qui, dans la journe du 20 aot, fut rintgr la
-tour. A six heures de l'aprs-midi, Manuel se prsenta; il dit Louis
-XVI que non-seulement il avait chou dans ses dmarches, mais qu'il
+n'y eut que M. Hue qui, dans la journée du 20 août, fut réintégré à la
+tour. A six heures de l'après-midi, Manuel se présenta; il dit à Louis
+XVI que non-seulement il avait échoué dans ses démarches, mais qu'il
avait le regret de lui annoncer que madame de Lamballe, madame et
mademoiselle de Tourzel, Chamilly et les femmes de chambre, avaient
-t conduits l'htel de la Force. Madame lisabeth se mit aussitt
-prparer pour les nouvelles prisonnires de La Force les choses qui
-leur taient le plus ncessaires; la Reine voulut l'aider, et Manuel
-s'tonna de voir ces deux princesses faire des paquets de linge avec
-une simplicit touchante et un cordial empressement.</p>
+été conduits à l'hôtel de la Force. Madame Élisabeth se mit aussitôt à
+préparer pour les nouvelles prisonnières de La Force les choses qui
+leur étaient le plus nécessaires; la Reine voulut l'aider, et Manuel
+s'étonna de voir ces deux princesses faire des paquets de linge avec
+une simplicité touchante et un cordial empressement.</p>
-<p>Les pnibles nouvelles apportes par le procureur de la Commune
+<p>Les pénibles nouvelles apportées par le procureur de la Commune
interdisant tout espoir de revoir au Temple madame de Lamballe et
-mesdames de Tourzel, Madame lisabeth quitta son logement du troisime
-tage et descendit s'tablir dans la chambre dserte du Dauphin. Le
-lit de Marie-Thrse, qui jusque-l avait pass les nuits prs de sa
-mre, fut transport dans la chambre de sa tante. De ce jour-l la vie
-de la famille royale prit une sorte d'uniformit.</p>
+mesdames de Tourzel, Madame Élisabeth quitta son logement du troisième
+étage et descendit s'établir dans la chambre déserte du Dauphin. Le
+lit de Marie-Thérèse, qui jusque-là avait passé les nuits près de sa
+mère, fut transporté dans la chambre de sa tante. De ce jour-là la vie
+de la famille royale prit une sorte d'uniformité.</p>
-<p>A six heures, Madame lisabeth se levait; sa nice ne tardait pas
+<p>A six heures, Madame Élisabeth se levait; sa nièce ne tardait pas à
suivre son exemple, et bien qu'elles s'aidassent mutuellement dans le
-soin de leur toilette, Madame lisabeth apprenait la jeune fille
-se passer des mains d'autrui. Ds qu'elles entendaient les pas de M.
+soin de leur toilette, Madame Élisabeth apprenait à la jeune fille à
+se passer des mains d'autrui. Dès qu'elles entendaient les pas de M.
Hue, qui, ayant fait la chambre du Roi, descendait vers huit heures
pour disposer celle de la Reine, elles ouvraient leur verrou; la
-Reine, de son ct, en faisait autant, et voyait entrer chez elle
-avec M. Hue les commissaires constitus <span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span> la garde du Temple
-par la Commune. Ces officiers municipaux passaient la journe dans la
-chambre mme de Marie-Antoinette et la nuit dans la pice prcdente,
-qui sparait cette chambre du logement de Madame lisabeth. A neuf
+Reine, de son côté, en faisait autant, et voyait entrer chez elle
+avec M. Hue les commissaires constitués à <span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span> la garde du Temple
+par la Commune. Ces officiers municipaux passaient la journée dans la
+chambre même de Marie-Antoinette et la nuit dans la pièce précédente,
+qui séparait cette chambre du logement de Madame Élisabeth. A neuf
heures, celle-ci suivait la Reine et les enfants chez le Roi pour le
-djeuner. Aprs les avoir servis, Hue redescendait pour faire les
+déjeuner. Après les avoir servis, Hue redescendait pour faire les
chambres de la Reine et des princesses. A dix heures, la famille se
-runissait chez la Reine et y passait la journe. Louis XVI donnait
-son fils des leons de langue franaise, de langue latine, de
-gographie et d'histoire; Marie-Antoinette s'occupait de l'ducation
-de sa fille, et Madame lisabeth lui enseignait le calcul et le
-dessin. Vers une heure, si le temps tait beau, et quand Santerre
-tait prsent, la famille royale, accompagne de quatre officiers
+réunissait chez la Reine et y passait la journée. Louis XVI donnait à
+son fils des leçons de langue française, de langue latine, de
+géographie et d'histoire; Marie-Antoinette s'occupait de l'éducation
+de sa fille, et Madame Élisabeth lui enseignait le calcul et le
+dessin. Vers une heure, si le temps était beau, et quand Santerre
+était présent, la famille royale, accompagnée de quatre officiers
municipaux, descendait au jardin; pendant la promenade, les enfants
-jouaient habituellement au palet ou au ballon, faible distraction
+jouaient habituellement au palet ou au ballon, faible distraction à
laquelle assez souvent mettait obstacle l'incertitude du temps ou
l'absence du chef de la milice nationale. A deux heures, on remontait
-chez le Roi; on dnait; on descendait ensuite chez la Reine. C'tait
-le moment de la rcration. Les jeux des enfants faisaient luire un
-rayon de gaiet sur l'horizon de la famille. Trs-souvent aussi,
-cette heure, Madame lisabeth proposait son frre une partie de
-piquet ou de tric-trac, afin de l'arracher ses lectures et son
-travail, auxquels il tait toujours press de retourner. A sept
+chez le Roi; on dînait; on descendait ensuite chez la Reine. C'était
+le moment de la récréation. Les jeux des enfants faisaient luire un
+rayon de gaieté sur l'horizon de la famille. Très-souvent aussi, à
+cette heure, Madame Élisabeth proposait à son frère une partie de
+piquet ou de tric-trac, afin de l'arracher à ses lectures et à son
+travail, auxquels il était toujours pressé de retourner. A sept
heures, toute la famille prenait place autour d'une table, pour
-couter la lecture que faisaient alternativement la Reine et Madame
-lisabeth d'un livre d'histoire ou de quelque ouvrage choisi pour
-instruire la jeunesse en l'amusant. Il n'tait pas rare que des
-rapprochements imprvus avec leur situation vinssent rveiller des
-sentiments pnibles. Ces applications se renouvelrent souvent la
-lecture de <em>Ccilia</em> (de mistress d'Arblay). A huit heures, M. Hue
+écouter la lecture que faisaient alternativement la Reine et Madame
+Élisabeth d'un livre d'histoire ou de quelque ouvrage choisi pour
+instruire la jeunesse en l'amusant. Il n'était pas rare que des
+rapprochements imprévus avec leur situation vinssent réveiller des
+sentiments pénibles. Ces applications se renouvelèrent souvent à la
+lecture de <em>Cécilia</em> (de mistress d'Arblay). A huit heures, M. Hue
dressait le <span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> souper du Dauphin dans la chambre de Madame
-lisabeth; la Reine venait y prsider, et le reste de la famille
-suivait. Louis XVI lui-mme, pour gayer un instant cette dernire
-heure de la journe, se plaisait parfois proposer des nigmes
-empruntes quelques vieux <cite>Mercure de France</cite> qu'il avait trouvs
-dans la bibliothque de la tour. L'intelligence des enfants surprenait
-souvent le mot cach, et le sombre intrieur s'claircissait un
-instant leur radieux sourire. Le petit Prince faisait ensuite sa
-prire, et Hue le couchait. La Reine et Madame lisabeth restaient
-tour tour auprs de lui. Aprs avoir servi le souper de la famille,
-Hue portait manger celle des deux princesses qui tait de garde.
-Louis XVI, en sortant de table, revenait auprs de son fils; aprs
-quelques moments, il serrait la drobe la main de sa femme et de sa
+Élisabeth; la Reine venait y présider, et le reste de la famille
+suivait. Louis XVI lui-même, pour égayer un instant cette dernière
+heure de la journée, se plaisait parfois à proposer des énigmes
+empruntées à quelques vieux <cite>Mercure de France</cite> qu'il avait trouvés
+dans la bibliothèque de la tour. L'intelligence des enfants surprenait
+souvent le mot caché, et le sombre intérieur s'éclaircissait un
+instant à leur radieux sourire. Le petit Prince faisait ensuite sa
+prière, et Hue le couchait. La Reine et Madame Élisabeth restaient
+tour à tour auprès de lui. Après avoir servi le souper de la famille,
+Hue portait à manger à celle des deux princesses qui était de garde.
+Louis XVI, en sortant de table, revenait auprès de son fils; après
+quelques moments, il serrait à la dérobée la main de sa femme et de sa
s&oelig;ur, leur adressait un muet adieu, recevait les caresses de ses
enfants, et remontait dans sa chambre. Marie-Antoinette et Madame
-lisabeth, demeures ensemble, prenaient pendant quelques instants
-leur ouvrage de tapisserie ou profitaient de l'heure o le Roi et les
-deux enfants reposaient pour rparer les habits de la famille. Madame
-Royale se couchait, et, comme son frre, elle ne tardait pas
-s'endormir; alors, aprs un tendre bonsoir, les deux s&oelig;urs se
+Élisabeth, demeurées ensemble, prenaient pendant quelques instants
+leur ouvrage de tapisserie ou profitaient de l'heure où le Roi et les
+deux enfants reposaient pour réparer les habits de la famille. Madame
+Royale se couchait, et, comme son frère, elle ne tardait pas à
+s'endormir; alors, après un tendre bonsoir, les deux s&oelig;urs se
quittaient pour se reposer. L'un des deux municipaux de service
-restait dans la pice qui sparait leurs chambres, l'autre avait suivi
-le Roi. Ces commissaires taient relevs onze heures du matin,
-cinq heures du soir et minuit. Louis attendait pour se coucher que
-le nouveau commissaire ft arriv, et s'il ne l'avait point encore vu,
+restait dans la pièce qui séparait leurs chambres, l'autre avait suivi
+le Roi. Ces commissaires étaient relevés à onze heures du matin, à
+cinq heures du soir et à minuit. Louis attendait pour se coucher que
+le nouveau commissaire fût arrivé, et s'il ne l'avait point encore vu,
il priait Hue de lui demander son nom; puis la nuit enveloppait le
-vieux donjon du Temple, et le sommeil des prisonniers tait souvent
+vieux donjon du Temple, et le sommeil des prisonniers était souvent
aussi paisible que leur conscience. Je me trompe: quelquefois, pendant
-une grande partie de la nuit, une femme y veillait en cachette, et
-l'insu de tous, except de Hue, son complice <span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> oblig,
-raccommodait la lueur d'une bougie le seul vtement que possdaient
-le Roi et le Dauphin, et que le fidle serviteur lui avait apport
-minuit. Plus d'une fois les commissaires de la Commune fouillrent un
-vtement qui sortait six heures du matin de la chambre de Madame
-lisabeth.</p>
-
-<p>Cette pnurie n'tait pas le seul tourment de la famille royale: des
-vexations et des outrages de tout genre s'y mlaient. Madame lisabeth
+une grande partie de la nuit, une femme y veillait en cachette, et à
+l'insu de tous, excepté de Hue, son complice <span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> obligé,
+raccommodait à la lueur d'une bougie le seul vêtement que possédaient
+le Roi et le Dauphin, et que le fidèle serviteur lui avait apporté à
+minuit. Plus d'une fois les commissaires de la Commune fouillèrent un
+vêtement qui sortait à six heures du matin de la chambre de Madame
+Élisabeth.</p>
+
+<p>Cette pénurie n'était pas le seul tourment de la famille royale: des
+vexations et des outrages de tout genre s'y mêlaient. Madame Élisabeth
ne pouvait voir sans indignation que le Roi et la Reine ne
-descendaient plus au jardin sans tre insults. C'taient d'abord
-Rocher et Risbey qui, la pipe la bouche, les regardaient passer au
-guichet entre deux bouffes de fume.</p>
+descendaient plus au jardin sans être insultés. C'étaient d'abord
+Rocher et Risbey qui, la pipe à la bouche, les regardaient passer au
+guichet entre deux bouffées de fumée.</p>
-<p>C'taient ensuite les gardes du service extrieur, qui, placs au bas
+<p>C'étaient ensuite les gardes du service extérieur, qui, placés au bas
de la tour, affectaient de se couvrir et de s'asseoir quand ils
-passaient, puis de se lever et de se dcouvrir quand ils taient
-passs. La multitude d'ouvriers employs dans l'enceinte du Temple
-la dmolition des maisons et aux constructions des nouveaux murs ne
+passaient, puis de se lever et de se découvrir quand ils étaient
+passés. La multitude d'ouvriers employés dans l'enceinte du Temple à
+la démolition des maisons et aux constructions des nouveaux murs ne
permettait de donner pour promenade aux prisonniers qu'une partie de
-l'alle des marronniers. Le petit Prince y trouvait un peu d'exercice;
-mais le prix auquel ce prcieux avantage tait achet pour lui par ses
-parents remplissait de larmes le c&oelig;ur de Madame lisabeth.</p>
+l'allée des marronniers. Le petit Prince y trouvait un peu d'exercice;
+mais le prix auquel ce précieux avantage était acheté pour lui par ses
+parents remplissait de larmes le c&oelig;ur de Madame Élisabeth.</p>
-<p>Louis XVI, malgr ses demandes ritres, n'avait pu obtenir la
-lecture des journaux. Un moyen fut tent pour suppler leur absence.
+<p>Louis XVI, malgré ses demandes réitérées, n'avait pu obtenir la
+lecture des journaux. Un moyen fut tenté pour suppléer à leur absence.
Le soir, des colporteurs venaient crier aux abords du Temple le
-sommaire des articles intressants que contenaient les gazettes qu'ils
+sommaire des articles intéressants que contenaient les gazettes qu'ils
vendaient. Au premier cri qu'il entendait, M. Hue montait dans la
-tourelle; l, se hissant la hauteur d'une fentre aux deux tiers
-bouche, il s'y cramponnait jusqu' ce qu'il et saisi le sens des
+tourelle; là, se hissant à la hauteur d'une fenêtre aux deux tiers
+bouchée, il s'y cramponnait jusqu'à ce qu'il eût saisi le sens des
principales nouvelles. Il descendait alors dans l'antichambre de la
-Reine; Madame lisabeth au mme <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> instant passait dans sa
-chambre; Hue l'y suivait sous un prtexte quelconque et lui
-communiquait ce qu'il venait d'apprendre. Rentre dans la chambre de
-Marie-Antoinette, Madame lisabeth se plaait au balcon de la seule
-fentre du Temple qui n'avait pas t condamne dans la majeure partie
+Reine; Madame Élisabeth au même <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> instant passait dans sa
+chambre; Hue l'y suivait sous un prétexte quelconque et lui
+communiquait ce qu'il venait d'apprendre. Rentrée dans la chambre de
+Marie-Antoinette, Madame Élisabeth se plaçait au balcon de la seule
+fenêtre du Temple qui n'avait pas été condamnée dans la majeure partie
de son ouverture; le Roi, sans que les commissaires en prissent
-ombrage, allait cette fentre comme pour respirer; sa s&oelig;ur lui
+ombrage, allait à cette fenêtre comme pour respirer; sa s&oelig;ur lui
transmettait ce que son valet de chambre lui avait dit, et c'est ainsi
-que l'hritier de Louis XIV, force de combinaisons et de
-subterfuges, parvenait connatre une parcelle des vnements qui
+que l'héritier de Louis XIV, à force de combinaisons et de
+subterfuges, parvenait à connaître une parcelle des événements qui
agitaient son empire. C'est par cette voie qu'il fut instruit de la
mort de M. de Laporte, intendant de la liste civile<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10" title="Go to footnote 10"><span class="smaller">[10]</span></a>, et de celle
-de M. Durosoi, rdacteur de <cite>la Gazette de Paris</cite><a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11" title="Go to footnote 11"><span class="smaller">[11]</span></a>. Disons aussi
+de M. Durosoi, rédacteur de <cite>la Gazette de Paris</cite><a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11" title="Go to footnote 11"><span class="smaller">[11]</span></a>. Disons aussi
que parmi ces colporteurs de tristes nouvelles se glissaient parfois
-des crieurs affids envoys par quelques amis ignors. Louis XVI
-entendit un jour chanter dans la rue cet air fort connu alors: Henri,
-bon Henri, ton fils est prisonnier dans Paris; et Madame lisabeth ne
-put imputer qu' une amiti du dehors l'air du <cite>Pauvre Jacques</cite> que
-des joueurs de vielle firent plus d'une fois arriver son oreille.
-Ce chant mlancolique, reflet d'un affectueux souvenir, faisait
-<span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> battre son c&oelig;ur; mais les sons s'teignaient bientt et
-s'vanouissaient plus fugitifs que l'motion qu'ils avaient fait
-natre.</p>
-
-<p>Le Roi voyant avec regret que le service la Tour roulait entirement
-sur M. Hue, et craignant que ses forces cessassent de rpondre son
-dvouement, fit demander au conseil de la Commune d'envoyer au Temple
+des crieurs affidés envoyés par quelques amis ignorés. Louis XVI
+entendit un jour chanter dans la rue cet air fort connu alors: «Henri,
+bon Henri, ton fils est prisonnier dans Paris»; et Madame Élisabeth ne
+put imputer qu'à une amitié du dehors l'air du <cite>Pauvre Jacques</cite> que
+des joueurs de vielle firent plus d'une fois arriver à son oreille.
+Ce chant mélancolique, reflet d'un affectueux souvenir, faisait
+<span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> battre son c&oelig;ur; mais les sons s'éteignaient bientôt et
+s'évanouissaient plus fugitifs que l'émotion qu'ils avaient fait
+naître.</p>
+
+<p>Le Roi voyant avec regret que le service à la Tour roulait entièrement
+sur M. Hue, et craignant que ses forces cessassent de répondre à son
+dévouement, fit demander au conseil de la Commune d'envoyer au Temple
un homme propre aux ouvrages de peine. La Commune nomma pour ce
-service un ancien commis aux barrires appel Tison, homme d'un
-naturel mfiant et dur, imbu, comme la plupart des gens de sa classe,
-de prventions contre la famille royale. Cet homme vint donc habiter
-le Temple avec sa femme, qui paraissait d'un caractre doux et
-compatissant. Il n'tait point facile de se tromper longtemps sur la
-nature des services demands leur zle: Madame lisabeth s'aperut
-bientt que c'taient moins des domestiques que des espions qu'on
+service un ancien commis aux barrières appelé Tison, homme d'un
+naturel méfiant et dur, imbu, comme la plupart des gens de sa classe,
+de préventions contre la famille royale. Cet homme vint donc habiter
+le Temple avec sa femme, qui paraissait d'un caractère doux et
+compatissant. Il n'était point facile de se tromper longtemps sur la
+nature des services demandés à leur zèle: Madame Élisabeth s'aperçut
+bientôt que c'étaient moins des domestiques que des espions qu'on
avait introduits dans la tour. Cependant M. Hue s'arrangea de leur
-concours, et n'eut qu' se louer de leur zle pendant le peu de temps
+concours, et n'eut qu'à se louer de leur zèle pendant le peu de temps
qu'il demeura encore au Temple.</p>
-<p>Quelques jours aprs leur installation, Clry, valet de chambre
-attach au Dauphin depuis son enfance, demanda au maire de Paris
-continuer son service auprs de ce jeune Prince. Ption accda ce
-v&oelig;u, et le 26 aot, un officier municipal amena Clry au Temple.
-Vous servirez mon fils, lui dit la Reine, et vous vous concerterez
-avec M. Hue pour ce qui nous regarde.</p>
+<p>Quelques jours après leur installation, Cléry, valet de chambre
+attaché au Dauphin depuis son enfance, demanda au maire de Paris à
+continuer son service auprès de ce jeune Prince. Pétion accéda à ce
+v&oelig;u, et le 26 août, un officier municipal amena Cléry au Temple.
+«Vous servirez mon fils, lui dit la Reine, et vous vous concerterez
+avec M. Hue pour ce qui nous regarde.»</p>
-<p>Le nouveau serviteur se conforma ce programme. Pendant tout le temps
-que M. Hue demeura au Temple, Clry, presque uniquement occup du
-Prince royal, n'eut d'autre service auprs du Roi que le soin de le
+<p>Le nouveau serviteur se conforma à ce programme. Pendant tout le temps
+que M. Hue demeura au Temple, Cléry, presque uniquement occupé du
+Prince royal, n'eut d'autre service auprès du Roi que le soin de le
coiffer le matin et de rouler ses cheveux le soir. Hue demeura seul
-charg de pourvoir aux choses ncessaires la famille royale.
-Confident et ministre des prisonniers, c'est lui qui avait chaque
-<span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> instant discuter leurs intrts avec les mandataires de la
+chargé de pourvoir aux choses nécessaires à la famille royale.
+Confident et ministre des prisonniers, c'est lui qui avait à chaque
+<span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> instant à discuter leurs intérêts avec les mandataires de la
Commune. A combien d'ennuis, de tracasseries, d'insultes, de
-perscutions mesquines l'exposait cette mission difficile! Comme les
-municipaux levaient souvent la voix, Madame lisabeth se trouva plus
-d'une fois tmoin des avanies que ce gnreux serviteur supportait
+persécutions mesquines l'exposait cette mission difficile! Comme les
+municipaux élevaient souvent la voix, Madame Élisabeth se trouva plus
+d'une fois témoin des avanies que ce généreux serviteur supportait
sans se plaindre. Plus d'une fois elle guetta l'occasion de le
-remercier de sa rsignation. Le Roi, de son ct, ne lui refusait pas
-cet encouragement: Vous avez eu beaucoup souffrir aujourd'hui, lui
+remercier de sa résignation. Le Roi, de son côté, ne lui refusait pas
+cet encouragement: «Vous avez eu beaucoup à souffrir aujourd'hui, lui
dit-il un soir en se couchant<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12" title="Go to footnote 12"><span class="smaller">[12]</span></a>; eh bien, pour l'amour de moi,
-continuez de supporter tout, ne rpliquez rien.</p>
-
-<p>Madame lisabeth subissait la mme contrainte. Obsde par les
-geliers municipaux, elle ne pouvait qu' la drobe exprimer un dsir
- M. Hue ou lui parler de ses peines. Un jour que, l'heure de son
-service, ce brave homme tait entr chez elle, il la trouva en prire;
-son premier mouvement fut de se retirer. Restez, lui dit-elle, vaquez
- vos occupations; je n'en serai pas drange.</p>
-
-<p>Voici quelle tait la prire de cette femme anglique. M. Hue obtint
-la permission de la copier et nous l'a conserve:</p>
-
-<p>Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, mon Dieu! je l'ignore. Tout ce que
-je sais, c'est qu'il n'arrivera rien que vous n'ayez prvu de toute
-ternit. Cela me suffit, mon Dieu! pour tre tranquille. J'adore
-vos desseins ternels, je m'y soumets de tout mon c&oelig;ur; je veux
+continuez de supporter tout, ne répliquez rien.»</p>
+
+<p>Madame Élisabeth subissait la même contrainte. Obsédée par les
+geôliers municipaux, elle ne pouvait qu'à la dérobée exprimer un désir
+à M. Hue ou lui parler de ses peines. Un jour que, à l'heure de son
+service, ce brave homme était entré chez elle, il la trouva en prière;
+son premier mouvement fut de se retirer. «Restez, lui dit-elle, vaquez
+à vos occupations; je n'en serai pas dérangée.»</p>
+
+<p>Voici quelle était la prière de cette femme angélique. M. Hue obtint
+la permission de la copier et nous l'a conservée:</p>
+
+<p>«Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, ô mon Dieu! je l'ignore. Tout ce que
+je sais, c'est qu'il n'arrivera rien que vous n'ayez prévu de toute
+éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu! pour être tranquille. J'adore
+vos desseins éternels, je m'y soumets de tout mon c&oelig;ur; je veux
tout, j'accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout; j'unis ce
-sacrifice celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant par
-son sacr C&oelig;ur et par ses mrites infinis la patience dans nos maux
+sacrifice à celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant par
+son sacré C&oelig;ur et par ses mérites infinis la patience dans nos maux
et la parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous
-voudrez et permettrez.</p>
+voudrez et permettrez.»</p>
-<p>Sa prire acheve: C'est moins pour le Roi malheureux, <span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span>
-dit-elle M. Hue, que pour son peuple gar, que j'adresse au ciel
-des prires. Daigne le Seigneur se laisser flchir et jeter sur la
-France un regard de misricorde!...</p>
+<p>Sa prière achevée: «C'est moins pour le Roi malheureux, <span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span>
+dit-elle à M. Hue, que pour son peuple égaré, que j'adresse au ciel
+des prières. Daigne le Seigneur se laisser fléchir et jeter sur la
+France un regard de miséricorde!...»</p>
<p>Puis, voyant l'impression que faisaient ses actes et ses paroles:
-Allons, du courage, ajouta-t-elle, Dieu ne nous envoie jamais plus de
-peines que nous n'en pouvons supporter.</p>
+«Allons, du courage, ajouta-t-elle, Dieu ne nous envoie jamais plus de
+peines que nous n'en pouvons supporter.»</p>
-<p>Il mesura celles de Madame lisabeth son courage: c'est pour cela
-qu'il les fit si grandes. Ce courage venu d'en haut imprimait son
-visage une srnit telle que ceux qui l'observaient se trompaient
-quelquefois sur l'tat rel de son me. En la voyant si calme et si
+<p>Il mesura celles de Madame Élisabeth à son courage: c'est pour cela
+qu'il les fit si grandes. Ce courage venu d'en haut imprimait à son
+visage une sérénité telle que ceux qui l'observaient se trompaient
+quelquefois sur l'état réel de son âme. En la voyant si calme et si
tranquille au milieu de tant de sujets de regret et de douleur, bien
-des gens se disaient: Sans doute elle connot les efforts que
-l'Europe absolutiste va tenter pour dlivrer son frre; sans doute la
+des gens se disaient: «Sans doute elle connoît les efforts que
+l'Europe absolutiste va tenter pour délivrer son frère; sans doute la
correspondance des ci-devant princes l'entretient dans cet espoir, et
-elle est persuade que l'heure de la dlivrance approche. Madame
-lisabeth n'tait persuade que d'une chose, c'est que Dieu est grand,
-misricordieux et juste; et bien insenss taient ceux-l qui
-prenaient sa rsignation tout souffrir pour l'espoir de voir finir
+elle est persuadée que l'heure de la délivrance approche.» Madame
+Élisabeth n'était persuadée que d'une chose, c'est que Dieu est grand,
+miséricordieux et juste; et bien insensés étaient ceux-là qui
+prenaient sa résignation à tout souffrir pour l'espoir de voir finir
ses souffrances<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13" title="Go to footnote 13"><span class="smaller">[13]</span></a>.</p>
-<p>La plupart des couvents d'hommes avaient t ferms la fin de 1790.
-Quelques communauts de religieuses <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> taient restes debout
-cause de certaines rserves contenues dans les dcrets qui
-prescrivaient l'abolition gnrale de ces sortes d'tablissements;
-mais dnonces incessamment l'Assemble nationale, ces rares maisons
-exceptes de la proscription taient reprsentes comme d'absurdes
-reliques de l'ancien rgime, comme des antres de conspirations d'o
-partaient des excitations la rvolte contre le rgime nouveau.
-Enfin, le 7 aot 1792, un dcret prescrivit l'vacuation et la vente
-des difices occups par les religieuses, la seule exception des
+<p>La plupart des couvents d'hommes avaient été fermés à la fin de 1790.
+Quelques communautés de religieuses <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> étaient restées debout à
+cause de certaines réserves contenues dans les décrets qui
+prescrivaient l'abolition générale de ces sortes d'établissements;
+mais dénoncées incessamment à l'Assemblée nationale, ces rares maisons
+exceptées de la proscription étaient représentées comme d'absurdes
+reliques de l'ancien régime, comme des antres de conspirations d'où
+partaient des excitations à la révolte contre le régime nouveau.
+Enfin, le 7 août 1792, un décret prescrivit l'évacuation et la vente
+des édifices occupés par les religieuses, à la seule exception des
hospices ouverts aux pauvres et aux malades. La maison de Saint-Cyr
-paraissait atteinte par ce dcret, mais les Dames de Saint-Louis ne
-bougrent pas; elles refusrent leur porte aux officiers municipaux,
-prfrant au regret humiliant de se rendre le dangereux honneur
-d'attendre qu'on les brist. Nous ne comptons nous branler, disait
-madame de Crcy, que lorsque nous aurons reu l'ordre officiel.
-Quelques familles s'alarmrent. Mademoiselle de Puisaye fut retire
-par ses parents. Napolon de Buonaparte, lieutenant-colonel du 1<sup>er</sup>
-bataillon des volontaires de Corse, ayant t dnonc pour avoir
-rprim une meute Ajaccio, tait venu Paris pour se justifier
-prs du ministre de la guerre. Injustement conduit, et ayant reu
-l'ordre d'aller reprendre son poste en Corse, il se rendit Saint-Cyr
-le 1<sup>er</sup> septembre 1792, pour voir avant son dpart sa s&oelig;ur
-Marie-Anne, jeune personne de quinze ans<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14" title="Go to footnote 14"><span class="smaller">[14]</span></a>, entre dans la maison
+paraissait atteinte par ce décret, mais les Dames de Saint-Louis ne
+bougèrent pas; elles refusèrent leur porte aux officiers municipaux,
+préférant au regret humiliant de se rendre le dangereux honneur
+d'attendre qu'on les brisât. «Nous ne comptons nous ébranler, disait
+madame de Crécy, que lorsque nous aurons reçu l'ordre officiel.»
+Quelques familles s'alarmèrent. Mademoiselle de Puisaye fut retirée
+par ses parents. Napoléon de Buonaparte, lieutenant-colonel du 1<sup>er</sup>
+bataillon des volontaires de Corse, ayant été dénoncé pour avoir
+réprimé une émeute à Ajaccio, était venu à Paris pour se justifier
+près du ministre de la guerre. Injustement éconduit, et ayant reçu
+l'ordre d'aller reprendre son poste en Corse, il se rendit à Saint-Cyr
+le 1<sup>er</sup> septembre 1792, pour voir avant son départ sa s&oelig;ur
+Marie-Anne, jeune personne de quinze ans<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14" title="Go to footnote 14"><span class="smaller">[14]</span></a>, entrée dans la maison
de Saint-Louis le 22 juin 1784<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15" title="Go to footnote 15"><span class="smaller">[15]</span></a>. Le <span class="pagenum"><a id="page31" name="page31"></a>(p. 31)</span> jeune officier avait
-laiss Paris en proie l'anarchie, et, la veille des massacres des
+laissé Paris en proie à l'anarchie, et, à la veille des massacres des
prisons, il avait, sur la route de Paris et dans les rues de
-Versailles, rencontr des dtachements de volontaires qui partaient
-pour la frontire en criant <cite>Vive la nation!</cite> Plusieurs fois il avait
-t arrt et oblig, malgr ses paulettes, d'exhiber ses papiers et
-sa carte de civisme. A Saint-Cyr, il trouve les mmes agitations; les
-cris de dsordre qu'il entend dans le village, les symptmes de colre
-et de haine qu'il remarque aux portes mmes de la maison de
-Saint-Louis, si tranquille encore lors de ses deux dernires visites,
-l'une avant le 20 juin et l'autre au commencement d'aot, le
-dterminent prvenir des ventualits redoutables, et profiter de
+Versailles, rencontré des détachements de volontaires qui partaient
+pour la frontière en criant <cite>Vive la nation!</cite> Plusieurs fois il avait
+été arrêté et obligé, malgré ses épaulettes, d'exhiber ses papiers et
+sa carte de civisme. A Saint-Cyr, il trouve les mêmes agitations; les
+cris de désordre qu'il entend dans le village, les symptômes de colère
+et de haine qu'il remarque aux portes mêmes de la maison de
+Saint-Louis, si tranquille encore lors de ses deux dernières visites,
+l'une avant le 20 juin et l'autre au commencement d'août, le
+déterminent à prévenir des éventualités redoutables, et à profiter de
son retour au foyer paternel pour emmener sa s&oelig;ur avec lui. Madame
-de Crcy combat son projet.&mdash;Et quand bien mme, ajoute-t-elle, je
-serois dispose le seconder, pourrois-je faire que la communaut ne
-ft point prisonnire? Votre s&oelig;ur ne peut sortir d'ici sans l'avis
-de la municipalit et sans l'ordre du directoire du district.
-Napolon Buonaparte rdige aussitt dans le parloir de madame de
-Crcy sa ptition au directoire du district<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16" title="Go to footnote 16"><span class="smaller">[16]</span></a>, et court chez
-<span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> Aubrun, picier par tat, maire de la Commune par intrt, car
-cette dignit populaire et la belle charpe aux trois couleurs qui en
-tait les insignes, avaient donn un relief clatant son choppe,
-situe dans la rue basse du village, en face de la porte du cimetire
-de Saint-Louis<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17" title="Go to footnote 17"><span class="smaller">[17]</span></a>. Aubrun n'couta pas d'abord sans quelque dfiance
-ce jeune homme qui rclamait une jeune fille de quinze ans pour la
-conduire en Corse; mais ayant caus quelques instants avec lui sur les
-affaires publiques, il ne tarda point subir l'autorit d'une parole
-nette, brve, ferme et accentue. Quittant bientt sa boutique, il
-alla avec son solliciteur, accompagn de son secrtaire-greffier, dans
-la maison de Saint-Louis pour constater la prsence de mademoiselle de
-Buonaparte. Puis il fit et dlivra au jeune lieutenant-colonel un acte
-appuyant sa demande et dclarant ncessaire d'y faire droit<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18" title="Go to footnote 18"><span class="smaller">[18]</span></a>. Muni
-de ces pices, Napolon, prompt comme <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> l'clair, retourne
-Versailles, s'adresse au directoire du district, puis celui du
-dpartement, obtient l'autorisation qu'il rclame, repart pour
-Saint-Cyr avec une mauvaise voiture de louage, et se prsente de
-nouveau la maison de Saint-Louis. Ce frre dvou, qui ce jour-l,
-au milieu des ruines de la monarchie, n'tait occup que du salut de
-sa s&oelig;ur, ne se doute gure que, huit ans aprs, un dcret sign de
-lui fondera dans cette royale demeure de Saint-Cyr le Prytane
-franais, et que, le 28 juin 1805, il reviendra lui-mme visiter ces
+de Crécy combat son projet.&mdash;«Et quand bien même, ajoute-t-elle, je
+serois disposée à le seconder, pourrois-je faire que la communauté ne
+fût point prisonnière? Votre s&oelig;ur ne peut sortir d'ici sans l'avis
+de la municipalité et sans l'ordre du directoire du district.»
+Napoléon Buonaparte rédige aussitôt dans le parloir de madame de
+Crécy sa pétition au directoire du district<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16" title="Go to footnote 16"><span class="smaller">[16]</span></a>, et court chez
+<span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> Aubrun, épicier par état, maire de la Commune par intérêt, car
+cette dignité populaire et la belle écharpe aux trois couleurs qui en
+était les insignes, avaient donné un relief éclatant à son échoppe,
+située dans la rue basse du village, en face de la porte du cimetière
+de Saint-Louis<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17" title="Go to footnote 17"><span class="smaller">[17]</span></a>. Aubrun n'écouta pas d'abord sans quelque défiance
+ce jeune homme qui réclamait une jeune fille de quinze ans pour la
+conduire en Corse; mais ayant causé quelques instants avec lui sur les
+affaires publiques, il ne tarda point à subir l'autorité d'une parole
+nette, brève, ferme et accentuée. Quittant bientôt sa boutique, il
+alla avec son solliciteur, accompagné de son secrétaire-greffier, dans
+la maison de Saint-Louis pour constater la présence de mademoiselle de
+Buonaparte. Puis il fit et délivra au jeune lieutenant-colonel un acte
+appuyant sa demande et déclarant nécessaire d'y faire droit<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18" title="Go to footnote 18"><span class="smaller">[18]</span></a>. Muni
+de ces pièces, Napoléon, prompt comme <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> l'éclair, retourne à
+Versailles, s'adresse au directoire du district, puis à celui du
+département, obtient l'autorisation qu'il réclame, repart pour
+Saint-Cyr avec une mauvaise voiture de louage, et se présente de
+nouveau à la maison de Saint-Louis. Ce frère dévoué, qui ce jour-là,
+au milieu des ruines de la monarchie, n'était occupé que du salut de
+sa s&oelig;ur, ne se doute guère que, huit ans après, un décret signé de
+lui fondera dans cette royale demeure de Saint-Cyr le Prytanée
+français, et que, le 28 juin 1805, il reviendra lui-même visiter ces
lieux au bruit des cris enthousiastes de <cite>Vive l'Empereur!</cite></p>
-<p>Un grand crime allait accrotre les souffrances de la famille royale.
+<p>Un grand crime allait accroître les souffrances de la famille royale.
Le 2 septembre, il y avait une vive fermentation autour du Temple;
-cependant le trouble du dehors n'avait point pntr au dedans; et,
-comme c'tait le dimanche et qu'il faisait beau temps, la famille
-royale tait descendue aprs dner au jardin. Les commissaires
-paraissaient soucieux et parlaient entre eux voix basse: tout coup
-on entend battre la gnrale; les municipaux font rentrer les
-prisonniers. Un instant aprs M. Hue est arrt et emmen dans une
-voiture de place l'htel de ville par un des commissaires (nomm
+cependant le trouble du dehors n'avait point pénétré au dedans; et,
+comme c'était le dimanche et qu'il faisait beau temps, la famille
+royale était descendue après dîner au jardin. Les commissaires
+paraissaient soucieux et parlaient entre eux à voix basse: tout à coup
+on entend battre la générale; les municipaux font rentrer les
+prisonniers. Un instant après M. Hue est arrêté et emmené dans une
+voiture de place à l'hôtel de ville par un des commissaires (nommé
Mathieu) et deux gendarmes. Louis XVI se demandait en vain ce qu'on
-pouvait reprocher son fidle serviteur; il ne trouvait que cette
-rponse: Il m'tait attach, et c'est un grand crime. Le lendemain
-<span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span> matin, en s'habillant, il dit Clry, rest seul son tour
-pour le service de toute la famille: Savez-vous quelque chose des
+pouvait reprocher à son fidèle serviteur; il ne trouvait que cette
+réponse: «Il m'était attaché, et c'est un grand crime.» Le lendemain
+<span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span> matin, en s'habillant, il dit à Cléry, resté seul à son tour
+pour le service de toute la famille: «Savez-vous quelque chose des
mouvements de Paris, et, avant tout, avez-vous des nouvelles de M.
-Hue<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19" title="Go to footnote 19"><span class="smaller">[19]</span></a>?&mdash;J'ai pendant la nuit, rpondit Clry, entendu dire vaguement
- un municipal que le peuple se portait aux prisons; je ne sais rien
-de plus. Je vais chercher me procurer des renseignements.&mdash;Prenez
+Hue<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19" title="Go to footnote 19"><span class="smaller">[19]</span></a>?&mdash;J'ai pendant la nuit, répondit Cléry, entendu dire vaguement
+à un municipal que le peuple se portait aux prisons; je ne sais rien
+de plus. Je vais chercher à me procurer des renseignements.&mdash;Prenez
garde de vous compromettre, reprit le Roi, car alors nous <span class="pagenum"><a id="page35" name="page35"></a>(p. 35)</span>
-resterions seuls. Vers onze heures, Manuel vint au Temple, informa
-Louis que la vie de M. Hue n'tait pas en pril, mais que le conseil
-gnral avait dcid qu'il ne rentrerait plus la Tour, et qu'on y
-enverrait une autre personne sa place. Je vous remercie, rpondit
+resterions seuls.» Vers onze heures, Manuel vint au Temple, informa
+Louis que la vie de M. Hue n'était pas en péril, mais que le conseil
+général avait décidé qu'il ne rentrerait plus à la Tour, et qu'on y
+enverrait une autre personne à sa place. «Je vous remercie, répondit
le Prince, je me servirai du valet de chambre de mon fils, et, si le
-conseil s'y refuse, je me servirai moi-mme; j'y suis rsolu.</p>
+conseil s'y refuse, je me servirai moi-même; j'y suis résolu.»</p>
-<p>En reconduisant le procureur-syndic, Clry lui demanda si la
-fermentation continuait: Vous vous tes charg d'une tche difficile,
-rpondit-il, je vous exhorte au courage. Ces mots prononcs d'un air
-fort soucieux firent craindre Clry que le peuple ne se portt au
-Temple. Manuel savait que les massacres, commencs la veille deux
+<p>En reconduisant le procureur-syndic, Cléry lui demanda si la
+fermentation continuait: «Vous vous êtes chargé d'une tâche difficile,
+répondit-il, je vous exhorte au courage.» Ces mots prononcés d'un air
+fort soucieux firent craindre à Cléry que le peuple ne se portât au
+Temple. Manuel savait que les massacres, commencés la veille à deux
heures et demie dans les prisons, ne se ralentissaient pas. Sans
-doute, n'ayant pu les prvenir, il craignait qu'on ne lui attribut
-une part de responsabilit dans ces horribles vnements. Nous n'en
-prsenterons pas ici le tableau.</p>
-
-<p>Peltier, tmoin oculaire, a trac de l'aspect de Paris, dans les
-journes qui prcdrent immdiatement les massacres, une description
-saisissante: Qu'on se figure, dit-il, des rues populeuses et vivantes
-frappes tout coup du vide et du silence de la mort avant le coucher
-du soleil, dans une des belles soires d't, n'offrant plus ni
-promeneurs ni voitures dans leurs espaces solitaires, et ne prsentant
-au contraire dans toute leur tendue que l'aspect du nant. Toutes les
-boutiques sont fermes; chacun, retir dans son intrieur, tremble
-pour sa vie ou sa proprit; tous sont dans l'attente des vnements
-d'une nuit <span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> o chaque individu ne peut pas mme esprer de
-ressources de son dsespoir.</p>
-
-<p>Quant aux journes de septembre elles-mmes, c'est dans les Mmoires
+doute, n'ayant pu les prévenir, il craignait qu'on ne lui attribuât
+une part de responsabilité dans ces horribles événements. Nous n'en
+présenterons pas ici le tableau.</p>
+
+<p>Peltier, témoin oculaire, a tracé de l'aspect de Paris, dans les
+journées qui précédèrent immédiatement les massacres, une description
+saisissante: «Qu'on se figure, dit-il, des rues populeuses et vivantes
+frappées tout à coup du vide et du silence de la mort avant le coucher
+du soleil, dans une des belles soirées d'été, n'offrant plus ni
+promeneurs ni voitures dans leurs espaces solitaires, et ne présentant
+au contraire dans toute leur étendue que l'aspect du néant. Toutes les
+boutiques sont fermées; chacun, retiré dans son intérieur, tremble
+pour sa vie ou sa propriété; tous sont dans l'attente des événements
+d'une nuit <span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> où chaque individu ne peut pas même espérer de
+ressources de son désespoir.»</p>
+
+<p>Quant aux journées de septembre elles-mêmes, c'est dans les Mémoires
contemporains qu'on en trouvera la tradition dramatique et vivante.
-Madame Elliot<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20" title="Go to footnote 20"><span class="smaller">[20]</span></a> surtout, qui, pendant ces journes d'pouvante et
-d'horreur, sauva la vie Champcenetz travers d'tranges pripties
-et par des prodiges de courage et de prsence d'esprit, a laiss une
-relation empreinte de toutes ses motions et de toutes ses anxits.
-Elle a racont cette terrible visite domiciliaire avant laquelle elle
-avait fait tendre entre deux matelas, dans la ruelle de son lit, o
-elle tait couche elle-mme, M. de Champcenetz, malade, tremblant la
-fivre, et moiti mort de terreur; les propos sanglants et les
-menaces des sicaires; sa double crainte de leur dcouvrir le
-malheureux proscrit et d'tre tendue cte cte avec un cadavre, car
+Madame Elliot<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20" title="Go to footnote 20"><span class="smaller">[20]</span></a> surtout, qui, pendant ces journées d'épouvante et
+d'horreur, sauva la vie à Champcenetz à travers d'étranges péripéties
+et par des prodiges de courage et de présence d'esprit, a laissé une
+relation empreinte de toutes ses émotions et de toutes ses anxiétés.
+Elle a raconté cette terrible visite domiciliaire avant laquelle elle
+avait fait étendre entre deux matelas, dans la ruelle de son lit, où
+elle était couchée elle-même, M. de Champcenetz, malade, tremblant la
+fièvre, et à moitié mort de terreur; les propos sanglants et les
+menaces des sicaires; sa double crainte de leur découvrir le
+malheureux proscrit et d'être étendue côte à côte avec un cadavre, car
Champcenetz ne respirait plus. Elle a dit la consigne inexorable des
-barrires, qui ne laissaient sortir personne; les rues, les quais, les
-boulevards sillonns de patrouilles; le cours de la Seine gard; elle
-rencontra mme le 3 septembre&mdash;avec quelle horreur!&mdash;un des plus
-sinistres trophes de ces hideux massacres qu'on portait de la Force
-au Temple. Encore une fois, notre sujet ne nous condamne pas entrer
-dans ce rcit: nous rechercherons seulement ce que sont devenues les
+barrières, qui ne laissaient sortir personne; les rues, les quais, les
+boulevards sillonnés de patrouilles; le cours de la Seine gardé; elle
+rencontra même le 3 septembre&mdash;avec quelle horreur!&mdash;un des plus
+sinistres trophées de ces hideux massacres qu'on portait de la Force
+au Temple. Encore une fois, notre sujet ne nous condamne pas à entrer
+dans ce récit: nous rechercherons seulement ce que sont devenues les
personnes qui avaient suivi la famille royale des Feuillants au
-Temple, et qui lui ont t arraches le 19 aot.</p>
+Temple, et qui lui ont été arrachées le 19 août.</p>
-<p>Le registre de la petite Force<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21" title="Go to footnote 21"><span class="smaller">[21]</span></a> constate qu' l'poque de ces
-vnements, cette prison renfermait cent dix femmes, la plupart
-appartenant l'cume de la population, amenes <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> l par la
-prostitution ou le vagabondage: malheureuses cratures, de tout ge,
-accuses d'avoir vol du linge ou de la vaisselle aux Tuileries, le 10
-aot, ou dans la nuit du 10 au 11. Parmi ces cent dix femmes, on en
-remarque neuf seulement dtenues pour des faits politiques. Voici leur
-crou:</p>
+<p>Le registre de la petite Force<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21" title="Go to footnote 21"><span class="smaller">[21]</span></a> constate qu'à l'époque de ces
+événements, cette prison renfermait cent dix femmes, la plupart
+appartenant à l'écume de la population, amenées <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> là par la
+prostitution ou le vagabondage: malheureuses créatures, de tout âge,
+accusées d'avoir volé du linge ou de la vaisselle aux Tuileries, le 10
+août, ou dans la nuit du 10 au 11. Parmi ces cent dix femmes, on en
+remarque neuf seulement détenues pour des faits politiques. Voici leur
+écrou:</p>
-<p>A la date du 19 aot:</p>
+<p>A la date du 19 août:</p>
<table border="0" cellpadding="2" summary="Registre.">
<colgroup>
@@ -1292,14 +1247,14 @@ remarque neuf seulement dtenues pour des faits politiques. Voici leur
<col width="30%">
</colgroup>
<tr>
-<td>Madame de Navarre, premire femme de chambre de Madame lisabeth,</td>
-<td rowspan="7">De l'ordre de M. Ption, maire, et MM. les commissaires des 48 sections.</td>
+<td>Madame de Navarre, première femme de chambre de Madame Élisabeth,</td>
+<td rowspan="7">De l'ordre de M. Pétion, maire, et MM. les commissaires des 48 sections.</td>
</tr>
<tr>
<td>Madame Basire, femme de chambre de Madame Royale,</td>
</tr>
<tr>
-<td>Madame Thibault, premire femme de chambre de la Reine,</td>
+<td>Madame Thibault, première femme de chambre de la Reine,</td>
</tr>
<tr>
<td>Madame Saint-Brice, femme de chambre du Prince Royal,</td>
@@ -1311,541 +1266,541 @@ remarque neuf seulement dtenues pour des faits politiques. Voici leur
<td>Mademoiselle Pauline Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi,</td>
</tr>
<tr>
-<td>Marie-Thrse-Louise de <em>Savoie de Bourbon-Lamballe</em>,</td>
+<td>Marie-Thérèse-Louise de <em>Savoie de Bourbon-Lamballe</em>,</td>
</tr>
</table>
-<p>A la date du 30 aot:</p>
+<p>A la date du 30 août:</p>
-<p class="victime">Anglique-Euphrasie Peignon, pouse de M. de Septeuil, native de
- Paris, ge de vingt et un ans et demi, envoye dans cette prison
- pour y tre dtenue jusqu' nouvel ordre; de l'ordre de MM. les
- administrateurs du dpartement de police.</p>
+<p class="victime">Angélique-Euphrasie Peignon, épouse de M. de Septeuil, native de
+ Paris, âgée de vingt et un ans et demi, envoyée dans cette prison
+ pour y être détenue jusqu'à nouvel ordre; de l'ordre de MM. les
+ administrateurs du département de police.</p>
<p>A la date du 2 septembre:</p>
-<p class="victime">Madame Mackau, envoye dans cette prison avec la demoiselle
- Adlade Rotin, sa femme de chambre, prisonnire volontaire
- auprs de sa matresse; de l'ordre de MM. les administrateurs de
+<p class="victime">Madame Mackau, envoyée dans cette prison avec la demoiselle
+ Adélaïde Rotin, sa femme de chambre, prisonnière volontaire
+ auprès de sa maîtresse; de l'ordre de MM. les administrateurs de
police, membres de la commission de surveillance et de salut
public.</p>
<p>Mademoiselle Pauline de Tourzel et madame Saint-Brice furent
-miraculeusement mises en libert le 2 septembre. Mesdames Thibaud,
-Navarre, Basire, de Tourzel et Septeuil furent relches, le 3, par
-le tribunal populaire qui <span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> s'tait install la Force. Il en
-fut de mme de madame de Mackau et de sa femme de chambre, entres
-dans cette prison la veille<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22" title="Go to footnote 22"><span class="smaller">[22]</span></a>, au moment mme o l'on commenait
-<span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>(p. 39)</span> les massacres. Quant madame de Lamballe, en examinant de
-prs son crou, il est facile de voir qu'une destine particulire lui
-tait rserve: les noms de <em>Savoie</em> et de Bourbon-Lamballe sont
-crits en saillie, avec une intention vidente; la profession n'y est
-point indique; tout semble annoncer le sort funeste qui l'attendait.
-L'histoire n'a pas dit nettement pourquoi elle a t assassine: elle
-n'a point nomm d'une manire positive ses juges, je veux dire ses
-proscripteurs et ses bourreaux. La main mme, la main inconnue qui,
-sur le registre, a complt l'crou de cette infortune princesse,
-s'est borne ajouter son nom ces seuls mots, qui taient un arrt
-de mort: Conduite le 3 septembre au grand htel de la Force.</p>
-
-<p>Manuel, en quittant le Temple, y avait laiss de l'inquitude. Depuis,
-certaines rumeurs avaient accru l'alarme: les municipaux jugrent
+miraculeusement mises en liberté le 2 septembre. Mesdames Thibaud,
+Navarre, Basire, de Tourzel et Septeuil furent relâchées, le 3, par
+le tribunal populaire qui <span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> s'était installé à la Force. Il en
+fut de même de madame de Mackau et de sa femme de chambre, entrées
+dans cette prison la veille<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22" title="Go to footnote 22"><span class="smaller">[22]</span></a>, au moment même où l'on commençait
+<span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>(p. 39)</span> les massacres. Quant à madame de Lamballe, en examinant de
+près son écrou, il est facile de voir qu'une destinée particulière lui
+était réservée: les noms de <em>Savoie</em> et de Bourbon-Lamballe sont
+écrits en saillie, avec une intention évidente; la profession n'y est
+point indiquée; tout semble annoncer le sort funeste qui l'attendait.
+L'histoire n'a pas dit nettement pourquoi elle a été assassinée: elle
+n'a point nommé d'une manière positive ses juges, je veux dire ses
+proscripteurs et ses bourreaux. La main même, la main inconnue qui,
+sur le registre, a complété l'écrou de cette infortunée princesse,
+s'est bornée à ajouter à son nom ces seuls mots, qui étaient un arrêt
+de mort: «Conduite le 3 septembre au grand hôtel de la Force.»</p>
+
+<p>Manuel, en quittant le Temple, y avait laissé de l'inquiétude. Depuis,
+certaines rumeurs avaient accru l'alarme: les municipaux jugèrent à
propos d'interdire aux prisonniers la promenade du jardin. La famille
-royale, qui venait <span class="pagenum"><a id="page40" name="page40"></a>(p. 40)</span> de sortir de table, se tenait runie dans
-la chambre de la Reine. Clry tait dner avec Tison et sa femme;
-celle-ci jette un grand cri: une tte de femme, ple et sanglante,
-vient d'apparatre la croise. Les assassins, au dehors, croient
+royale, qui venait <span class="pagenum"><a id="page40" name="page40"></a>(p. 40)</span> de sortir de table, se tenait réunie dans
+la chambre de la Reine. Cléry était à dîner avec Tison et sa femme;
+celle-ci jette un grand cri: une tête de femme, pâle et sanglante,
+vient d'apparaître à la croisée. Les assassins, au dehors, croient
avoir reconnu la voix de la Reine, et accueillent par un rire joyeux
-le cri d'effroi sorti de la Tour. Clry est remont prcipitamment: il
-prvient voix basse Madame lisabeth, mais son visage est tellement
-atterr que le Roi et la Reine s'en aperoivent. Qu'avez-vous donc,
-Clry? lui dit la Reine. Les deux commissaires de service taient
-leur poste; un troisime s'crie en entrant et en s'adressant au Roi:
-Les ennemis sont Verdun; nous prirons tous, mais vous prirez le
-premier. Un autre municipal survient, encore suivi de quatre hommes
-dputs par le peuple; un d'eux demande instamment que les prisonniers
-se montrent la fentre.&mdash;Oh! non, non, de grce! s'crie un
+le cri d'effroi sorti de la Tour. Cléry est remonté précipitamment: il
+prévient à voix basse Madame Élisabeth, mais son visage est tellement
+atterré que le Roi et la Reine s'en aperçoivent. «Qu'avez-vous donc,
+Cléry?» lui dit la Reine. Les deux commissaires de service étaient à
+leur poste; un troisième s'écrie en entrant et en s'adressant au Roi:
+«Les ennemis sont à Verdun; nous périrons tous, mais vous périrez le
+premier.» Un autre municipal survient, encore suivi de quatre hommes
+députés par le peuple; un d'eux demande instamment que les prisonniers
+se montrent à la fenêtre.&mdash;«Oh! non, non, de grâce! s'écrie un
municipal de service<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23" title="Go to footnote 23"><span class="smaller">[23]</span></a> en barrant le passage au Roi, n'approchez
-pas! ne regardez pas! quelle horreur! Voyant l'honorable opposition
-des municipaux, l'orateur de la dputation s'crie d'une voix
-satanique: On veut vous cacher la tte de la Lamballe que l'on vous
+pas! ne regardez pas! quelle horreur!» Voyant l'honorable opposition
+des municipaux, l'orateur de la députation s'écrie d'une voix
+satanique: «On veut vous cacher la tête de la Lamballe que l'on vous
apportait, pour vous faire voir comment le peuple se venge de ses
-tyrans. Je vous conseille de paratre, si vous ne voulez pas que le
-peuple monte ici. La Reine tombe vanouie. J'abrge ici le rcit de
-ces horribles scnes, que le lecteur peut trouver en dtail dans
+tyrans. Je vous conseille de paraître, si vous ne voulez pas que le
+peuple monte ici.» La Reine tombe évanouie. J'abrége ici le récit de
+ces horribles scènes, que le lecteur peut trouver en détail dans
l'histoire de Louis XVII.</p>
-<p>Le moindre objet qui avait appartenu l'infortune princesse de
+<p>Le moindre objet qui avait appartenu à l'infortunée princesse de
Lamballe devenait pour Marie-Antoinette et pour sa fille un douloureux
-<em>memento</em> et une nouvelle source de larmes. Madame lisabeth ramassa
-quelques effets laisss par elle la tour lorsqu'elle en avait t
-enleve, les serra loin de leurs yeux, et, au premier moment
-favorable, les remit Clry en lui recommandant d'en faire un
-<span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> paquet et de l'adresser avec une lettre la premire femme de
-chambre de madame de Lamballe. Ni le paquet ni la lettre n'arrivrent
- leur destination.</p>
-
-<p>Parmi les commissaires chargs d'inspecter les travaux et les dpenses
-du Temple, le nomm Simon, cordonnier et officier municipal, s'tait
-fait remarquer par sa rudesse et sa grossiret. Un jour, Madame
-lisabeth, qui avait su que sa femme tait malade l'Htel-Dieu, lui
-en demanda des nouvelles. Dieu merci, elle va mieux, rpondit-il, en
+<em>memento</em> et une nouvelle source de larmes. Madame Élisabeth ramassa
+quelques effets laissés par elle à la tour lorsqu'elle en avait été
+enlevée, les serra loin de leurs yeux, et, au premier moment
+favorable, les remit à Cléry en lui recommandant d'en faire un
+<span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> paquet et de l'adresser avec une lettre à la première femme de
+chambre de madame de Lamballe. Ni le paquet ni la lettre n'arrivèrent
+à leur destination.</p>
+
+<p>Parmi les commissaires chargés d'inspecter les travaux et les dépenses
+du Temple, le nommé Simon, cordonnier et officier municipal, s'était
+fait remarquer par sa rudesse et sa grossièreté. Un jour, Madame
+Élisabeth, qui avait su que sa femme était malade à l'Hôtel-Dieu, lui
+en demanda des nouvelles. «Dieu merci, elle va mieux, répondit-il, en
ajoutant: C'est un plaisir de voir actuellement les dames de
-l'Htel-Dieu; elles ont bien soin des malades; je voudrais que vous
-les vissiez, elles sont aujourd'hui habilles comme ma femme, comme
-vous, mesdames, ni plus ni moins<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24" title="Go to footnote 24"><span class="smaller">[24]</span></a>.</p>
+l'Hôtel-Dieu; elles ont bien soin des malades; je voudrais que vous
+les vissiez, elles sont aujourd'hui habillées comme ma femme, comme
+vous, mesdames, ni plus ni moins<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24" title="Go to footnote 24"><span class="smaller">[24]</span></a>.»</p>
<p>La plupart du temps il y avait entre les municipaux de service, les
-gardes nationaux, les deux geliers de la petite tour et les maons
-mme employs aux travaux du Temple, un odieux concert pour charger
-d'outrages ces grandeurs tombes. Nous ne redirons pas ces insultes de
-tous les jours que la famille royale eut subir dans l'intrieur de
+gardes nationaux, les deux geôliers de la petite tour et les maçons
+même employés aux travaux du Temple, un odieux concert pour charger
+d'outrages ces grandeurs tombées. Nous ne redirons pas ces insultes de
+tous les jours que la famille royale eut à subir dans l'intérieur de
sa prison ou pendant ses promenades au jardin, et qu'elle ne cessa
-d'endurer avec une inaltrable rsignation. Nous prfrons rappeler
-quelques rares tmoignages de sympathie et de compassion qui lui
+d'endurer avec une inaltérable résignation. Nous préférons rappeler
+quelques rares témoignages de sympathie et de compassion qui lui
furent offerts.</p>
-<p>Un commissaire, de garde pour la premire fois, entra chez le Roi
-pendant que le petit prince prenait sa leon de gographie. Interrog
-par son pre, qui lui demandait dans quelle partie du monde tait
-situe Lunville, l'enfant rpondit: Dans l'Asie.&mdash;Comment! dans
+<p>Un commissaire, de garde pour la première fois, entra chez le Roi
+pendant que le petit prince prenait sa leçon de géographie. Interrogé
+par son père, qui lui demandait dans quelle partie du monde était
+située Lunéville, l'enfant répondit: «Dans l'Asie.&mdash;Comment! dans
l'Asie! dit en souriant le municipal; vous ne connaissez pas mieux un
-lieu o vos anctres ont rgn? La manire dont le municipal <span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span>
-relevait l'erreur plut au Roi et la Reine. Marie-Antoinette entama
-avec lui une conversation voix basse: Nous supporterions plus
+lieu où vos ancêtres ont régné?» La manière dont le municipal <span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span>
+relevait l'erreur plut au Roi et à la Reine. Marie-Antoinette entama
+avec lui une conversation à voix basse: «Nous supporterions plus
facilement nos malheurs, lui dit-elle en terminant, si la plupart de
-vos collgues vous ressemblaient.</p>
+vos collègues vous ressemblaient.»</p>
-<p>Un garde national plac en faction au bout de l'alle des marronniers
-qui servait de prau, jeune homme d'une intressante figure, exprimait
-par son attitude et son regard le dsir de donner quelques
-renseignements la famille royale. Madame lisabeth, dans un second
-tour de promenade, s'approcha de lui assez prs pour qu'il lui parlt;
+<p>Un garde national placé en faction au bout de l'allée des marronniers
+qui servait de préau, jeune homme d'une intéressante figure, exprimait
+par son attitude et son regard le désir de donner quelques
+renseignements à la famille royale. Madame Élisabeth, dans un second
+tour de promenade, s'approcha de lui assez près pour qu'il lui parlât;
soit crainte, soit respect, il ne l'osa point, mais quelques larmes
-brillrent dans ses yeux, et par un signe il indiqua qu'il avait
-dpos peu de distance un papier dans les dcombres. Clry, en
-feignant de choisir des palets pour le petit Prince, se mit la
+brillèrent dans ses yeux, et par un signe il indiqua qu'il avait
+déposé à peu de distance un papier dans les décombres. Cléry, en
+feignant de choisir des palets pour le petit Prince, se mit à la
recherche de ce papier; mais les commissaires l'avertirent qu'il ne
-devait pas approcher des sentinelles et qu'il et se retirer. On n'a
-pu deviner quelles taient les intentions de ce jeune homme.</p>
+devait pas approcher des sentinelles et qu'il eût à se retirer. On n'a
+pu deviner quelles étaient les intentions de ce jeune homme.</p>
-<p>Ce n'est pas le seul sujet d'motion que l'heure de la promenade
+<p>Ce n'est pas le seul sujet d'émotion que l'heure de la promenade
offrait aux prisonniers: parmi quelques royalistes qui profitaient
-chaque jour de ce court instant pour les voir, en se plaant aux
-fentres des maisons situes autour de l'enceinte du Temple, Clry,
-une fois, remarqua une femme qui suivait d'un &oelig;il trs-attentif
-tous les mouvements du jeune Prince lorsqu'il s'cartait de ses
-parents, et crut reconnatre en elle madame de Tourzel. Il prvint
-Madame lisabeth. Au nom de madame de Tourzel, cette princesse, qui la
+chaque jour de ce court instant pour les voir, en se plaçant aux
+fenêtres des maisons situées autour de l'enceinte du Temple, Cléry,
+une fois, remarqua une femme qui suivait d'un &oelig;il très-attentif
+tous les mouvements du jeune Prince lorsqu'il s'écartait de ses
+parents, et crut reconnaître en elle madame de Tourzel. Il prévint
+Madame Élisabeth. Au nom de madame de Tourzel, cette princesse, qui la
croyait une des victimes du 2 septembre, ne put retenir ses larmes.
-Quoi! dit-elle, elle vivroit encore! Clry s'tait tromp; les
+«Quoi! dit-elle, elle vivroit encore!» Cléry s'était trompé; les
renseignements qu'il obtint le lendemain lui apprirent que madame de
-Tourzel tait dans une de ses terres<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25" title="Go to footnote 25"><span class="smaller">[25]</span></a>. Il apprit aussi que la
+Tourzel était dans une de ses terres<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25" title="Go to footnote 25"><span class="smaller">[25]</span></a>. Il apprit aussi que la
princesse <span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>(p. 43)</span> de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon, qui, le
-10 aot, au moment de l'attaque, se trouvaient dans le palais des
-Tuileries, n'avaient point t comprises dans le massacre. La
+10 août, au moment de l'attaque, se trouvaient dans le palais des
+Tuileries, n'avaient point été comprises dans le massacre. La
certitude qu'elles vivaient encore fut pour la famille royale, qui les
-avait pleures, une surprise pleine de joie et comme la rsurrection
-d'amis qu'on a crus perdus pour toujours; mais, hlas! elle apprit
-presque aussitt le meurtre des prisonniers de la haute cour
-d'Orlans, et cette nouvelle affreuse lui causa un vif chagrin. Le duc
-de Brissac et M. de Lessart taient au nombre de ces serviteurs de la
-royaut qui ne furent pas jugs, mais assassins Versailles le 9
-septembre 1792. La population de Versailles put voir la tte de M. de
-Brissac plante au bout d'une des piques de la grille du chteau. M.
-de Brissac n'avait jamais voulu s'loigner du danger. La dissolution
-de son rgiment l'avait rendu libre; il aurait pu fuir, Louis XVI l'en
-avait pri; mais le c&oelig;ur d'un sujet si dvou tait rest sourd aux
-instances d'un prince si malheureux. Sire, avait rpondu M. de
-Brissac, la fuite m'est dfendue. On dirait que je suis coupable et
+avait pleurées, une surprise pleine de joie et comme la résurrection
+d'amis qu'on a crus perdus pour toujours; mais, hélas! elle apprit
+presque aussitôt le meurtre des prisonniers de la haute cour
+d'Orléans, et cette nouvelle affreuse lui causa un vif chagrin. Le duc
+de Brissac et M. de Lessart étaient au nombre de ces serviteurs de la
+royauté qui ne furent pas jugés, mais assassinés à Versailles le 9
+septembre 1792. La population de Versailles put voir la tête de M. de
+Brissac plantée au bout d'une des piques de la grille du château. M.
+de Brissac n'avait jamais voulu s'éloigner du danger. La dissolution
+de son régiment l'avait rendu libre; il aurait pu fuir, Louis XVI l'en
+avait prié; mais le c&oelig;ur d'un sujet si dévoué était resté sourd aux
+instances d'un prince si malheureux. «Sire, avait répondu M. de
+Brissac, la fuite m'est défendue. On dirait que je suis coupable et
l'on vous croirait complice: ma conduite serait donc pour vous une
-accusation; j'aime mieux mourir. Il mourut.</p>
+accusation; j'aime mieux mourir.» Il mourut.</p>
-<p>Au nombre des personnes qui venaient aux environs du Temple pier
+<p>Au nombre des personnes qui venaient aux environs du Temple épier
l'instant et l'occasion d'apercevoir la famille royale, il faut citer
-M. Hue, qui, aprs quinze jours environ passs dans les cachots de la
-Commune, avait recouvr la libert. Le seul adoucissement ses peines
-tait de porter ses pas vers le Temple: sa seule ambition tait de
-rentrer la Tour. Il fit ce sujet des dmarches auprs de Ption,
-et celui-ci ayant t nomm dput la Convention, il se dtermina
-s'adresser Chaumette, qui venait de remplacer, <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> comme
-procureur de la Commune, Manuel, devenu aussi reprsentant du peuple.
-Il reut de lui un accueil poli et presque bienveillant. Chaumette
-l'invita s'asseoir, et ayant fait interdire sa porte, s'pancha
+M. Hue, qui, après quinze jours environ passés dans les cachots de la
+Commune, avait recouvré la liberté. Le seul adoucissement à ses peines
+était de porter ses pas vers le Temple: sa seule ambition était de
+rentrer à la Tour. Il fit à ce sujet des démarches auprès de Pétion,
+et celui-ci ayant été nommé député à la Convention, il se détermina à
+s'adresser à Chaumette, qui venait de remplacer, <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> comme
+procureur de la Commune, Manuel, devenu aussi représentant du peuple.
+Il reçut de lui un accueil poli et presque bienveillant. Chaumette
+l'invita à s'asseoir, et ayant fait interdire sa porte, s'épancha
confidentiellement avec lui, lui parla de son origine obscure, de sa
-jeunesse besoigneuse, des obstacles qu'il avait eu franchir, des
-rigueurs qu'il avait prouves. Puis il lui fit des rvlations
-importantes sur les infidlits de quelques personnes du service du
-Roi qui recevaient par jour, pour prix de leurs dlations, un ou
-plusieurs louis stipuls payables en or. Ces tristes aveux
-confondaient la loyaut de M. Hue: il se rappela pourtant qu'une ou
-deux fois Madame lisabeth s'tait tonne de rencontrer dans un
-journal quelques dtails d'intrieur sur lesquels l'&oelig;il du dehors
-n'avait pu tomber. Mais si la raison de Madame lisabeth tait
-clairvoyante, sa conscience troite et scrupuleuse se serait reproch
-d'arrter un soupon infamant sur qui que ce ft. Et M. Hue, dans son
-ouvrage sur les <cite>Dernires annes du rgne et de la vie de Louis XVI</cite>,
-a gard sur ces tratres une magnanime rserve, ne devant pas, dit-il,
-mettre dcouvert leurs noms quand son vertueux matre les a voulu
-taire, et quand, dans son immortel testament, il a recommand son
-fils de ne songer qu' leurs malheurs.</p>
+jeunesse besoigneuse, des obstacles qu'il avait eu à franchir, des
+rigueurs qu'il avait éprouvées. Puis il lui fit des révélations
+importantes sur les infidélités de quelques personnes du service du
+Roi qui recevaient par jour, pour prix de leurs délations, un ou
+plusieurs louis stipulés payables en or. Ces tristes aveux
+confondaient la loyauté de M. Hue: il se rappela pourtant qu'une ou
+deux fois Madame Élisabeth s'était étonnée de rencontrer dans un
+journal quelques détails d'intérieur sur lesquels l'&oelig;il du dehors
+n'avait pu tomber. Mais si la raison de Madame Élisabeth était
+clairvoyante, sa conscience étroite et scrupuleuse se serait reproché
+d'arrêter un soupçon infamant sur qui que ce fût. Et M. Hue, dans son
+ouvrage sur les <cite>Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI</cite>,
+a gardé sur ces traîtres une magnanime réserve, ne devant pas, dit-il,
+mettre à découvert leurs noms quand son vertueux maître les a voulu
+taire, et quand, dans son immortel testament, il a recommandé à son
+fils de ne songer qu'à leurs malheurs.</p>
<p>Portant ensuite l'entretien sur la famille royale, Chaumette laissa
-entrevoir de l'intrt pour le Dauphin. Je veux, dit-il, faire donner
-quelque ducation cet enfant; je l'loignerai de sa famille pour lui
-faire perdre l'ide de son rang; quant au Roi, il prira. Le Roi vous
-aime..... A ces mots, M. Hue ne put retenir ses pleurs. Donnez un
-libre cours votre douleur, reprit Chaumette; si vous cessiez un
-instant de regretter votre matre, moi-mme je vous mpriserais.</p>
-
-<p>Chaumette s'tait montr confiant, mais il demeura inflexible, et M.
+entrevoir de l'intérêt pour le Dauphin. «Je veux, dit-il, faire donner
+quelque éducation à cet enfant; je l'éloignerai de sa famille pour lui
+faire perdre l'idée de son rang; quant au Roi, il périra. Le Roi vous
+aime.....» A ces mots, M. Hue ne put retenir ses pleurs. «Donnez un
+libre cours à votre douleur, reprit Chaumette; si vous cessiez un
+instant de regretter votre maître, moi-même je vous mépriserais.»</p>
+
+<p>Chaumette s'était montré confiant, mais il demeura inflexible, et M.
Hue ne put rentrer au Temple.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> L'Assemble lgislative avait accompli sa tche. N'ayant ni le
-courage de la vertu ni l'nergie du crime, cette triste assemble,
-domine par la Commune insurrectionnelle de Paris, qui disposait de la
-force rvolutionnaire, avait amen la victime au Temple. La Convention
+<p><span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> L'Assemblée législative avait accompli sa tâche. N'ayant ni le
+courage de la vertu ni l'énergie du crime, cette triste assemblée,
+dominée par la Commune insurrectionnelle de Paris, qui disposait de la
+force révolutionnaire, avait amené la victime au Temple. La Convention
devait l'y venir chercher pour l'immoler. La peur ou la violence avait
-cart des comices la plus grande partie des lecteurs, et un million
-cinq cent mille votes seulement avaient t constats au scrutin.
-Nomme sous l'impression des massacres, conue pour ainsi dire dans le
+écarté des comices la plus grande partie des électeurs, et un million
+cinq cent mille votes seulement avaient été constatés au scrutin.
+Nommée sous l'impression des massacres, conçue pour ainsi dire dans le
meurtre et dans le sang, la Convention allait se montrer digne de son
-odieuse origine: ds sa premire sance, 21 septembre 1792, elle
-abolit officiellement la royaut, dj supprime de fait, et semblable
- une drision couronne. A quatre heures du soir, un officier
-municipal nomm Lubin se rendit au Temple, entour de gendarmes
-cheval et d'une nombreuse populace; les trompettes sonnrent, il se
+odieuse origine: dès sa première séance, 21 septembre 1792, elle
+abolit officiellement la royauté, déjà supprimée de fait, et semblable
+à une dérision couronnée. A quatre heures du soir, un officier
+municipal nommé Lubin se rendit au Temple, entouré de gendarmes à
+cheval et d'une nombreuse populace; les trompettes sonnèrent, il se
fit un grand silence, et Lubin, qui avait une voix de Stentor, donna
lecture de la proclamation, que la famille royale put entendre
distinctement:</p>
-<p>La royaut est abolie en France. Tous les actes publics seront dats
-de la premire anne de la Rpublique. Le sceau de l'tat portera pour
-lgende ces mots: <cite>Rpublique de France</cite>. Le sceau national
-reprsentera une femme assise sur un faisceau d'armes, tenant la
-main une pique surmonte du bonnet de la Libert.</p>
+<p>«La royauté est abolie en France. Tous les actes publics seront datés
+de la première année de la République. Le sceau de l'État portera pour
+légende ces mots: <cite>République de France</cite>. Le sceau national
+représentera une femme assise sur un faisceau d'armes, tenant à la
+main une pique surmontée du bonnet de la Liberté.»</p>
-<p>Pendant cette lecture, les municipaux de service<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26" title="Go to footnote 26"><span class="smaller">[26]</span></a>, assis prs de la
+<p>Pendant cette lecture, les municipaux de service<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26" title="Go to footnote 26"><span class="smaller">[26]</span></a>, assis près de la
porte de la chambre du Roi, essayaient de saisir sur la physionomie
-des prisonniers les secrtes motions de leur me. Louis XVI, qui
-tenait un livre la main, continua de lire sans que la moindre
-altration part sur ses traits. Madame lisabeth, occupe sa
-tapisserie, ne prit pas garde ce qui se passait et ne quitta pas
+des prisonniers les secrètes émotions de leur âme. Louis XVI, qui
+tenait un livre à la main, continua de lire sans que la moindre
+altération parût sur ses traits. Madame Élisabeth, occupée à sa
+tapisserie, ne prit pas garde à ce qui se passait et ne quitta pas
son ouvrage; <span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> la Reine demeura calme et digne, et les deux
-observateurs ne surprirent ni un mot ni un mouvement qui pt accrotre
+observateurs ne surprirent ni un mot ni un mouvement qui pût accroître
leur jouissance.</p>
-<p>Dans la soire, Clry informa le Roi du besoin qu'avait son fils de
-rideaux et de couvertures pour son lit, la temprature s'tant
-trs-refroidie depuis deux jours. Louis XVI lui dit d'en faire la
-demande par crit, et il la signa. Clry s'tait servi des expressions
-qu'il avait jusqu'alors toujours employes: Le Roi demande pour son
-fils, etc.&mdash;Vous tes bien os, lui dit Destournelles, d'employer
-encore un titre aboli par la volont du peuple, comme vous venez de
-l'entendre.&mdash;J'ai entendu une proclamation, rpondit Clry, mais je
+<p>Dans la soirée, Cléry informa le Roi du besoin qu'avait son fils de
+rideaux et de couvertures pour son lit, la température s'étant
+très-refroidie depuis deux jours. Louis XVI lui dit d'en faire la
+demande par écrit, et il la signa. Cléry s'était servi des expressions
+qu'il avait jusqu'alors toujours employées: «Le Roi demande pour son
+fils, etc.»&mdash;«Vous êtes bien osé, lui dit Destournelles, d'employer
+encore un titre aboli par la volonté du peuple, comme vous venez de
+l'entendre.&mdash;J'ai entendu une proclamation, répondit Cléry, mais je
n'en sais pas l'objet.&mdash;C'est, reprit le commissaire, l'abolition de
-la royaut, et vous pouvez dire <em>monsieur</em> (en montrant Louis XVI)
-de cesser de prendre un titre que le peuple ne reconnot plus.&mdash;Je ne
-puis, dit Clry, changer ce billet qui est dj sign; Louis m'en
-demanderait la cause, et ce n'est pas moi de la lui apprendre.&mdash;Vous
-ferez ce que vous voudrez, rpliqua le municipal, mais je ne
-certifierai pas votre demande. Le lendemain, Madame lisabeth tira
-Clry d'embarras. Il ne faut pas, lui dit-elle, faire de cela une
-affaire: pargnons au Roi tout ennui inutile. Je vous conseille,
-Clry, d'crire l'avenir pour ces sortes d'objets de la manire
-suivante: Il est ncessaire pour le service de Louis XVI..., de
-Marie-Antoinette..., de Louis-Charles..., de Marie-Thrse..., de
-Marie-lisabeth..., etc...</p>
-
-<p>Les travaux du Temple, quoique pousss avec activit, taient loin
-d'tre achevs; cependant le nouvel appartement destin Louis XVI,
-dans la grosse tour, tait prt le recevoir. En mme temps, on
-cherchait grossir de nouveaux griefs l'acte d'accusation que la
-rvolution formulait chaque jour contre ce malheureux Prince, afin de
-fournir un nouvel aliment la colre de la rue. Dans l'embrasure
-<span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>(p. 47)</span> d'une porte qui communiquait de sa chambre celle de son
-fils, le Roi, peu de temps avant le 10 aot, avait pratiqu l'aide
-d'une vrille (seul instrument qu'il pt employer sans bruit) une
-ouverture de vingt-deux pouces de haut sur seize de large: il tait
-parvenu creuser insensiblement dans le mur, sur les mmes
-dimensions, un trou de huit neuf pouces de profondeur; chaque matin,
-il lui avait fallu lever le morceau qu'il avait dtach du lambris, et
-le soir, le travail termin, le rattacher avec quatre fils.
-L'opration acheve, il avait de sa main scell en pltre quatre
-tasseaux sur lesquels il avait pos deux rangs de tablettes en bois,
-et dans cette cachette, il avait rang ses papiers les plus
+la royauté, et vous pouvez dire à <em>monsieur</em> (en montrant Louis XVI)
+de cesser de prendre un titre que le peuple ne reconnoît plus.&mdash;Je ne
+puis, dit Cléry, changer ce billet qui est déjà signé; Louis m'en
+demanderait la cause, et ce n'est pas à moi de la lui apprendre.&mdash;Vous
+ferez ce que vous voudrez, répliqua le municipal, mais je ne
+certifierai pas votre demande.» Le lendemain, Madame Élisabeth tira
+Cléry d'embarras. «Il ne faut pas, lui dit-elle, faire de cela une
+affaire: épargnons au Roi tout ennui inutile. Je vous conseille,
+Cléry, d'écrire à l'avenir pour ces sortes d'objets de la manière
+suivante: «Il est nécessaire pour le service de Louis XVI..., de
+Marie-Antoinette..., de Louis-Charles..., de Marie-Thérèse..., de
+Marie-Élisabeth..., etc...»</p>
+
+<p>Les travaux du Temple, quoique poussés avec activité, étaient loin
+d'être achevés; cependant le nouvel appartement destiné à Louis XVI,
+dans la grosse tour, était prêt à le recevoir. En même temps, on
+cherchait à grossir de nouveaux griefs l'acte d'accusation que la
+révolution formulait chaque jour contre ce malheureux Prince, afin de
+fournir un nouvel aliment à la colère de la rue. Dans l'embrasure
+<span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>(p. 47)</span> d'une porte qui communiquait de sa chambre à celle de son
+fils, le Roi, peu de temps avant le 10 août, avait pratiqué à l'aide
+d'une vrille (seul instrument qu'il pût employer sans bruit) une
+ouverture de vingt-deux pouces de haut sur seize de large: il était
+parvenu à creuser insensiblement dans le mur, sur les mêmes
+dimensions, un trou de huit à neuf pouces de profondeur; chaque matin,
+il lui avait fallu lever le morceau qu'il avait détaché du lambris, et
+le soir, le travail terminé, le rattacher avec quatre fils.
+L'opération achevée, il avait de sa main scellé en plâtre quatre
+tasseaux sur lesquels il avait posé deux rangs de tablettes en bois,
+et dans cette cachette, il avait rangé ses papiers les plus
importants. Il avait fait venir le serrurier Gamin pour doubler d'une
-feuille de tle le morceau de lambris qui recouvrait cette ouverture.
-Cet ouvrier, honor de la confiance du Roi, avait dnonc Roland ce
-fait, qui tout aussitt devint une source d'accusations. La petite
+feuille de tôle le morceau de lambris qui recouvrait cette ouverture.
+Cet ouvrier, honoré de la confiance du Roi, avait dénoncé à Roland ce
+fait, qui tout aussitôt devint une source d'accusations. La petite
cachette prit dans le public le nom d'<em>armoire de fer</em>, et devait,
-dit-on, donner le fil d'une vaste conspiration. Le 29 septembre, dix
-heures du matin, six officiers municipaux entrrent dans la chambre de
-la Reine, o tait runie sa famille. L'un d'eux, nomm Charbonnier,
-donna lecture d'un arrt du conseil de la Commune qui leur ordonnait
-d'enlever papier, encre, plumes, crayons, et mme les papiers crits,
-tant sur la personne des dtenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au
+dit-on, donner le fil d'une vaste conspiration. Le 29 septembre, à dix
+heures du matin, six officiers municipaux entrèrent dans la chambre de
+la Reine, où était réunie sa famille. L'un d'eux, nommé Charbonnier,
+donna lecture d'un arrêté du conseil de la Commune qui leur ordonnait
+«d'enlever papier, encre, plumes, crayons, et même les papiers écrits,
+tant sur la personne des détenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au
valet de chambre et autres personnes du service de la tour; de ne leur
-laisser aucune arme quelconque, offensive ou dfensive; en un mot, de
-prendre toutes prcautions ncessaires pour ter tout commerce de
+laisser aucune arme quelconque, offensive ou défensive; en un mot, de
+prendre toutes précautions nécessaires pour ôter tout commerce de
Louis le dernier avec autres personnes que les officiers
-municipaux<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27" title="Go to footnote 27"><span class="smaller">[27]</span></a>. Puis arrtant ses regards sur Louis XVI, le mme
-commissaire ajouta de vive voix: Lorsque vous aurez besoin de
-quelque chose, Clry descendra <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> et crira vos demandes sur un
-registre qui restera dans la salle du Conseil. Sans faire la moindre
-observation, les captifs se fouillrent, livrrent leurs papiers,
-crayons, ncessaires de poche, etc. Les commissaires firent ensuite la
-visite des armoires, des coffres, et enlevrent les objets dsigns
-dans l'arrt. Un d'eux dit Clry: Le ci-devant Roi sera transfr
-ce soir mme dans la tour. Clry fit part de cette pnible nouvelle
-Madame lisabeth, qui trouva le moyen d'en avertir son frre. Aprs le
+municipaux<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27" title="Go to footnote 27"><span class="smaller">[27]</span></a>.» Puis arrêtant ses regards sur Louis XVI, le même
+commissaire ajouta de vive voix: «Lorsque vous aurez besoin de
+quelque chose, Cléry descendra <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> et écrira vos demandes sur un
+registre qui restera dans la salle du Conseil.» Sans faire la moindre
+observation, les captifs se fouillèrent, livrèrent leurs papiers,
+crayons, nécessaires de poche, etc. Les commissaires firent ensuite la
+visite des armoires, des coffres, et enlevèrent les objets désignés
+dans l'arrêté. Un d'eux dit à Cléry: «Le ci-devant Roi sera transféré
+ce soir même dans la tour.» Cléry fit part de cette pénible nouvelle à
+Madame Élisabeth, qui trouva le moyen d'en avertir son frère. Après le
souper, comme Louis XVI quittait la chambre de Marie-Antoinette pour
remonter dans la sienne, un commissaire lui dit d'attendre un instant,
-que le conseil avait une communication lui faire. Les six municipaux
-qui, le matin, avaient mis excution un arrt de la Commune,
-parurent, et notifirent aux dtenus un nouvel arrt qu'ils venaient
-de recevoir du conseil gnral.</p>
+que le conseil avait une communication à lui faire. Les six municipaux
+qui, le matin, avaient mis à exécution un arrêté de la Commune,
+parurent, et notifièrent aux détenus un nouvel arrêté qu'ils venaient
+de recevoir du conseil général.</p>
-<p class="p2 date">Commune de Paris.&mdash;Du 29 septembre 1792, l'an IV<sup>e</sup> de la Libert<br>
- et I<sup>er</sup> de l'galit, I<sup>er</sup> de la Rpublique franaise.</p>
+<p class="p2 date">Commune de Paris.&mdash;Du 29 septembre 1792, l'an IV<sup>e</sup> de la Liberté<br>
+ et I<sup>er</sup> de l'Égalité, I<sup>er</sup> de la République française.</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des dlibrations du conseil gnral.</i></p>
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil général.</i></p>
-<p>La garde des prisonniers du Temple devenant tous les jours plus
+<p>«La garde des prisonniers du Temple devenant tous les jours plus
difficile par leur concert et les mesures qu'ils peuvent prendre entre
-eux, la responsabilit du conseil gnral de la commune lui impose
-l'imprieuse loi de prvenir les abus qui peuvent faciliter l'vasion
-de ces tratres; il a pris l'arrt suivant:</p>
+eux, la responsabilité du conseil général de la commune lui impose
+l'impérieuse loi de prévenir les abus qui peuvent faciliter l'évasion
+de ces traîtres; il a pris l'arrêté suivant:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Que Louis et Antoinette seront spars;</p>
+<p>»1<sup>o</sup> Que Louis et Antoinette seront séparés;</p>
-<p>2<sup>o</sup> Que chaque prisonnier aura un cachot particulier;</p>
+<p>»2<sup>o</sup> Que chaque prisonnier aura un cachot particulier;</p>
-<p>3<sup>o</sup> Que le valet de chambre sera mis en tat d'arrestation;</p>
+<p>»3<sup>o</sup> Que le valet de chambre sera mis en état d'arrestation;</p>
-<p>4<sup>o</sup> Adjoint avec les cinq commissaires dj nomms, le citoyen
-Hbert;</p>
+<p>»4<sup>o</sup> Adjoint avec les cinq commissaires déjà nommés, le citoyen
+Hébert;</p>
-<p>5<sup>o</sup> Les autorise mettre excution l'arrt de ce soir
-sur-le-champ, mme de leur ter l'argenterie, les accessoires <span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span>
-pour la bouche; en un mot, le conseil gnral donne plein pouvoir
+<p>»5<sup>o</sup> Les autorise à mettre à exécution l'arrêté de ce soir
+sur-le-champ, même de leur ôter l'argenterie, les accessoires <span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span>
+pour la bouche; en un mot, le conseil général donne plein pouvoir à
ses commissaires d'employer tout ce que leur prudence leur prescrira
-pour la sret de ces otages<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28" title="Go to footnote 28"><span class="smaller">[28]</span></a>.</p>
+pour la sûreté de ces otages<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28" title="Go to footnote 28"><span class="smaller">[28]</span></a>.»</p>
-<p>La Commune, dans ses prescriptions, n'avait point encore revtu une
-forme aussi acerbe. Quoique prpar cet vnement, Louis en fut
-affect. Marie-Antoinette et Madame lisabeth cherchaient lire dans
-les yeux des commissaires jusqu'o devaient s'tendre les rigueurs de
+<p>La Commune, dans ses prescriptions, n'avait point encore revêtu une
+forme aussi acerbe. Quoique préparé à cet événement, Louis en fut
+affecté. Marie-Antoinette et Madame Élisabeth cherchaient à lire dans
+les yeux des commissaires jusqu'où devaient s'étendre les rigueurs de
leur mission. En recevant les adieux de sa femme et de sa s&oelig;ur,
Louis leur prit les mains et les serra avec un sentiment expressif qui
-semblait dire: Rsignons-nous. Son dpart les laissa dans de vives
-inquitudes. Toutes deux pleuraient chaudes larmes. Madame
-lisabeth, qui trouvait toujours des paroles consolantes pour toutes
+semblait dire: Résignons-nous. Son départ les laissa dans de vives
+inquiétudes. Toutes deux pleuraient à chaudes larmes. Madame
+Élisabeth, qui trouvait toujours des paroles consolantes pour toutes
les douleurs, devenait muette devant une infortune qu'elle croyait
-sans bornes, et que pourtant elle voyait crotre de jour en jour et
+sans bornes, et que pourtant elle voyait croître de jour en jour et
d'heure en heure.</p>
-<p>Leves de bonne heure le lendemain, Madame lisabeth et Marie-Thrse
-vinrent frapper chez la Reine un peu plus tt que de coutume. Comme
-Clry avait suivi le Roi dans sa nouvelle prison, Madame lisabeth
+<p>Levées de bonne heure le lendemain, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse
+vinrent frapper chez la Reine un peu plus tôt que de coutume. Comme
+Cléry avait suivi le Roi dans sa nouvelle prison, Madame Élisabeth
accourait s'offrir pour habiller le jeune prince. L'abattement de ces
-trois pauvres femmes et de cet enfant lui-mme tait profond; la
-suprme consolation des malheureux est de souffrir ensemble. A dix
-heures, quand il leur fallut se mettre table pour djeuner, leurs
-yeux se remplirent de larmes en voyant vide la place du pre de
-famille. Elles demandrent en vain de ses nouvelles aux commissaires
-de service auprs d'elles, aucun n'en put donner; mais quelques
-instants aprs, un d'eux ayant t conduire dans l'appartement de la
-grosse tour des peintres et des colleurs qui n'y avaient point termin
-leurs travaux, dit au Roi qu'il venait d'assister au djeuner de sa
-famille et qu'elle tait en bonne <span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> sant. Je vous remercie,
-rpondit Louis XVI; je vous prie de lui donner de mes nouvelles et de
+trois pauvres femmes et de cet enfant lui-même était profond; la
+suprême consolation des malheureux est de souffrir ensemble. A dix
+heures, quand il leur fallut se mettre à table pour déjeuner, leurs
+yeux se remplirent de larmes en voyant vide la place du père de
+famille. Elles demandèrent en vain de ses nouvelles aux commissaires
+de service auprès d'elles, aucun n'en put donner; mais quelques
+instants après, un d'eux ayant été conduire dans l'appartement de la
+grosse tour des peintres et des colleurs qui n'y avaient point terminé
+leurs travaux, dit au Roi qu'il venait d'assister au déjeuner de sa
+famille et qu'elle était en bonne <span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> santé. «Je vous remercie,
+répondit Louis XVI; je vous prie de lui donner de mes nouvelles et de
lui dire que je me porte bien. Ne pourrais-je pas, ajouta-t-il, avoir
-quelques livres que j'ai laisss dans la chambre de la Reine? Vous me
-feriez plaisir de me les envoyer. Puis il indiqua les ouvrages qu'il
-dsirait. Le reprsentant de la Commune fit droit sa demande; mais
-ne sachant pas lire, il proposa Clry de l'accompagner. Heureux de
-l'ignorance de cet homme, Clry s'empressa de descendre avec lui. Il
-trouva Marie-Antoinette entoure de ses enfants et de sa s&oelig;ur: leur
-douleur, qui sembla augmenter sa vue, s'exhala en mille questions
-auxquelles il ne put rpondre qu'avec rserve; leurs plaintes, leurs
-paroles touchantes murent le c&oelig;ur des commissaires. Accordez-nous
-du moins, s'criaient-elles, la consolation de nous runir au Roi un
-moment dans la journe, ne ft-ce qu' l'heure des repas!&mdash;Eh bien,
-laissons-les dner ensemble aujourd'hui, dit avec un ton d'autorit un
-municipal; mais comme notre conduite est subordonne aux arrts de la
-Commune, nous ferons demain ce qu'elle aura prescrit. A ces mots, un
-sentiment qui tait presque de la joie vint soulager ces tristes mes.
-Marie-Antoinette pressant ses enfants dans ses bras, Madame lisabeth
-les yeux levs vers le ciel, semblaient rendre grces Dieu de cette
-faveur inattendue. Quelques commissaires pleuraient malgr eux. Simon
-lui-mme tait attendri. Je crois, dit-il tout haut, que ces
-b......... de femmes me feraient pleurer. Il ajouta: Quand vous
-assassiniez le peuple au 10 aot, dit-il en s'adressant
-Marie-Antoinette, vous ne pleuriez point.&mdash;Le peuple est bien tromp
-sur nos sentiments, rpondit tristement la Reine.</p>
-
-<p>On servit le dner chez Louis XVI l'heure ordinaire, et on lui amena
-sa famille. Aux transports qu'elle laissa clater, on put juger des
-craintes qu'elle avait prouves. <span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> La concession faite par les
-commissaires de ce jour ne pouvant tre blme par eux devant les
+quelques livres que j'ai laissés dans la chambre de la Reine? Vous me
+feriez plaisir de me les envoyer.» Puis il indiqua les ouvrages qu'il
+désirait. Le représentant de la Commune fit droit à sa demande; mais
+ne sachant pas lire, il proposa à Cléry de l'accompagner. Heureux de
+l'ignorance de cet homme, Cléry s'empressa de descendre avec lui. Il
+trouva Marie-Antoinette entourée de ses enfants et de sa s&oelig;ur: leur
+douleur, qui sembla augmenter à sa vue, s'exhala en mille questions
+auxquelles il ne put répondre qu'avec réserve; leurs plaintes, leurs
+paroles touchantes émurent le c&oelig;ur des commissaires. «Accordez-nous
+du moins, s'écriaient-elles, la consolation de nous réunir au Roi un
+moment dans la journée, ne fût-ce qu'à l'heure des repas!&mdash;Eh bien,
+laissons-les dîner ensemble aujourd'hui, dit avec un ton d'autorité un
+municipal; mais comme notre conduite est subordonnée aux arrêtés de la
+Commune, nous ferons demain ce qu'elle aura prescrit.» A ces mots, un
+sentiment qui était presque de la joie vint soulager ces tristes âmes.
+Marie-Antoinette pressant ses enfants dans ses bras, Madame Élisabeth
+les yeux levés vers le ciel, semblaient rendre grâces à Dieu de cette
+faveur inattendue. Quelques commissaires pleuraient malgré eux. Simon
+lui-même était attendri. «Je crois, dit-il tout haut, que ces
+b......... de femmes me feraient pleurer.» Il ajouta: «Quand vous
+assassiniez le peuple au 10 août, dit-il en s'adressant à
+Marie-Antoinette, vous ne pleuriez point.&mdash;Le peuple est bien trompé
+sur nos sentiments», répondit tristement la Reine.</p>
+
+<p>On servit le dîner chez Louis XVI à l'heure ordinaire, et on lui amena
+sa famille. Aux transports qu'elle laissa éclater, on put juger des
+craintes qu'elle avait éprouvées. <span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> La concession faite par les
+commissaires de ce jour ne pouvant être blâmée par eux devant les
nouveaux municipaux qui devaient les remplacer, se continua
-naturellement les jours suivants. Il ne fut plus question de l'arrt
-du 29 septembre; la famille royale se runit chaque jour aux heures
-des repas ainsi qu' la promenade, et Clry la servit comme par le
-pass.</p>
-
-<p>La Reine et Madame lisabeth tmoignrent, aprs le dner, le dsir de
-visiter l'appartement qu'on leur prparait au-dessus de celui du Roi.
-Les commissaires les y conduisirent. Elles prirent les ouvriers de se
-hter, mais la besogne dura encore trois semaines. Pendant ce
-temps-l, Clry partagea son temps entre tous les prisonniers, faisant
-leurs chambres, rglant leurs dpenses et cherchant le moyen de
-conserver quelques rapports entre eux. On comprend que ce sjour de la
-famille royale dans deux tours spares et sans communication
-intrieure, en rendant la surveillance des municipaux plus difficile,
-la rendait aussi plus inquite. La chose la plus futile et la plus
-insignifiante, ds qu'elle tait relative un membre de la famille
-prisonnire au Temple, empruntait immdiatement cette circonstance
-un caractre srieux. Un pauvre vicaire de Fontenay de Vincennes
-adressait Madame lisabeth quelques prtendus vers sans rime ni
-raison, et crits dans une langue qui n'appartient ni la prose ni
-la posie. Ce fatras, portant l'adresse de <em>Madame lisabeth au
-Temple</em>, fut remis au conseil gnral de la Commune<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29" title="Go to footnote 29"><span class="smaller">[29]</span></a>, qui le
-transmit <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> la commission des vingt-quatre. (Voir aux pices
+naturellement les jours suivants. Il ne fut plus question de l'arrêté
+du 29 septembre; la famille royale se réunit chaque jour aux heures
+des repas ainsi qu'à la promenade, et Cléry la servit comme par le
+passé.</p>
+
+<p>La Reine et Madame Élisabeth témoignèrent, après le dîner, le désir de
+visiter l'appartement qu'on leur préparait au-dessus de celui du Roi.
+Les commissaires les y conduisirent. Elles prièrent les ouvriers de se
+hâter, mais la besogne dura encore trois semaines. Pendant ce
+temps-là, Cléry partagea son temps entre tous les prisonniers, faisant
+leurs chambres, réglant leurs dépenses et cherchant le moyen de
+conserver quelques rapports entre eux. On comprend que ce séjour de la
+famille royale dans deux tours séparées et sans communication
+intérieure, en rendant la surveillance des municipaux plus difficile,
+la rendait aussi plus inquiète. La chose la plus futile et la plus
+insignifiante, dès qu'elle était relative à un membre de la famille
+prisonnière au Temple, empruntait immédiatement à cette circonstance
+un caractère sérieux. Un pauvre vicaire de Fontenay de Vincennes
+adressait à Madame Élisabeth quelques prétendus vers sans rime ni
+raison, et écrits dans une langue qui n'appartient ni à la prose ni à
+la poésie. Ce fatras, portant l'adresse de <em>Madame Élisabeth au
+Temple</em>, fut remis au conseil général de la Commune<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29" title="Go to footnote 29"><span class="smaller">[29]</span></a>, qui le
+transmit <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> à la commission des vingt-quatre. (Voir aux pièces
justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc2">II</a>.)</p>
-<p>On tenait loigns du Temple les journaux qui racontaient les
+<p>On tenait éloignés du Temple les journaux qui racontaient les
sanglants malheurs de la France, les pamphlets qui pervertissaient la
-conscience publique; mais l'injure, la menace, la calomnie adresses
+conscience publique; mais l'injure, la menace, la calomnie adressées
directement aux Capets servaient souvent de passe-port aux gazettes
-dans ce lazaret politique et moral o la famille royale prolongeait
+dans ce lazaret politique et moral où la famille royale prolongeait
sans fin sa douloureuse quarantaine, et dans lequel on ne laissait
-pntrer que ce qui pouvait ajouter aux tortures du prsent les
-apprhensions d'un plus sinistre avenir. Ces misrables feuilles, dont
-le cynisme et le dvergondage taient sans bornes, on les plaait
-dessein sur une commode ou sur une chemine dans les appartements. Ni
-l'ge ni la vertu n'taient pargns. Une brochure prouvait qu'il
-fallait touffer <em>les deux petits louveteaux</em>, c'est ainsi qu'elle
-appelait les enfants du Roi; une autre versait l'outrage pleins
-flots sur Madame lisabeth, cherchant dtruire l'admiration
-qu'inspiraient au public son caractre anglique et son dvouement
+pénétrer que ce qui pouvait ajouter aux tortures du présent les
+appréhensions d'un plus sinistre avenir. Ces misérables feuilles, dont
+le cynisme et le dévergondage étaient sans bornes, on les plaçait à
+dessein sur une commode ou sur une cheminée dans les appartements. Ni
+l'âge ni la vertu n'étaient épargnés. Une brochure prouvait qu'il
+fallait étouffer <em>les deux petits louveteaux</em>, c'est ainsi qu'elle
+appelait les enfants du Roi; une autre versait l'outrage à pleins
+flots sur Madame Élisabeth, cherchant à détruire l'admiration
+qu'inspiraient au public son caractère angélique et son dévouement
fraternel.</p>
-<p>Un petit conflit d'attributions lev entre Clry et Tison, leurs
-prtentions jalouses aussi bien que l'habitude que prenait
-individuellement chaque dtenu de s'adresser pour un service
-quelconque au commissaire qu'il croyait le mieux dispos en sa faveur,
-firent prendre par le conseil du Temple un arrt pour rglementer la
-manire dont la famille royale prsenterait l'avenir ses demandes au
-conseil. Le municipal James, qui protgeait Tison, lui dit en lui
-annonant le rsultat de la dlibration du conseil: Sois content, le
-ministre est form; tu as le dpartement des femmes.</p>
-
-<p>La sparation complte de la famille royale tait pressentie dans cet
-arrt. Le vendredi 26 octobre, la Reine, ses enfants et Madame
-lisabeth furent installs dans la <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span> grosse tour. Ce moment tant
-souhait par les prisonniers, et qui semblait leur promettre quelques
-consolations, fut marqu, de la part des municipaux, par un trait
-d'hostilit contre la Reine. Le conseil du Temple, compos de Roch,
-Jrosme, Cochois et Mass, et sur la motion d'un d'entre eux, ennemi
-personnel de Marie-Antoinette, prit un arrt qui, sous la forme d'une
+<p>Un petit conflit d'attributions élevé entre Cléry et Tison, leurs
+prétentions jalouses aussi bien que l'habitude que prenait
+individuellement chaque détenu de s'adresser pour un service
+quelconque au commissaire qu'il croyait le mieux disposé en sa faveur,
+firent prendre par le conseil du Temple un arrêté pour réglementer la
+manière dont la famille royale présenterait à l'avenir ses demandes au
+conseil. Le municipal James, qui protégeait Tison, lui dit en lui
+annonçant le résultat de la délibération du conseil: «Sois content, le
+ministère est formé; tu as le département des femmes.»</p>
+
+<p>La séparation complète de la famille royale était pressentie dans cet
+arrêté. Le vendredi 26 octobre, la Reine, ses enfants et Madame
+Élisabeth furent installés dans la <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span> grosse tour. Ce moment tant
+souhaité par les prisonniers, et qui semblait leur promettre quelques
+consolations, fut marqué, de la part des municipaux, par un trait
+d'hostilité contre la Reine. Le conseil du Temple, composé de Roché,
+Jérosme, Cochois et Massé, et sur la motion d'un d'entre eux, ennemi
+personnel de Marie-Antoinette, prit un arrêté qui, sous la forme d'une
mesure de convenance et d'ordre, retirait le jeune Louis-Charles des
-mains de sa mre et le remettait entre celles de son pre<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30" title="Go to footnote 30"><span class="smaller">[30]</span></a>. Sans
-avoir pralablement notifi cette dcision Marie-Antoinette, le soir
-mme de son entre dans son nouvel appartement, on lui enleva son
-fils. La Commune s'tait empresse de ratifier cet arrt<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31" title="Go to footnote 31"><span class="smaller">[31]</span></a>. Dans
-cette mme journe, pendant le dner <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> de la famille royale, un
+mains de sa mère et le remettait entre celles de son père<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30" title="Go to footnote 30"><span class="smaller">[30]</span></a>. Sans
+avoir préalablement notifié cette décision à Marie-Antoinette, le soir
+même de son entrée dans son nouvel appartement, on lui enleva son
+fils. La Commune s'était empressée de ratifier cet arrêté<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31" title="Go to footnote 31"><span class="smaller">[31]</span></a>. Dans
+cette même journée, pendant le dîner <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> de la famille royale, un
greffier et un huissier, tous deux en costume, et suivis de six
-gendarmes, taient venus chercher Clry pour le conduire l'htel de
-ville, d'o, aprs six heures passes au cachot, et un long
-interrogatoire, il fut reconduit, minuit, au Temple par les quatre
-officiers municipaux dsigns pour y prendre le service.</p>
+gendarmes, étaient venus chercher Cléry pour le conduire à l'hôtel de
+ville, d'où, après six heures passées au cachot, et un long
+interrogatoire, il fut reconduit, à minuit, au Temple par les quatre
+officiers municipaux désignés pour y prendre le service.</p>
<p>Avant d'aller plus loin, il convient de mettre sous les yeux du
-lecteur un tableau fidle du Temple tel qu'il existait au moment o
-les travaux excuts pour la captivit de la famille royale furent
-termins. Le plan que nous intercalons cette page donnera d'abord
-une ide gnrale et exacte de l'enclos du Temple cette poque.
-Essayons de faire connatre maintenant la nouvelle demeure que la
-truelle de la rvolution venait de restaurer pour Louis XVI et pour sa
+lecteur un tableau fidèle du Temple tel qu'il existait au moment où
+les travaux exécutés pour la captivité de la famille royale furent
+terminés. Le plan que nous intercalons à cette page donnera d'abord
+une idée générale et exacte de l'enclos du Temple à cette époque.
+Essayons de faire connaître maintenant la nouvelle demeure que la
+truelle de la révolution venait de restaurer pour Louis XVI et pour sa
famille dans le vieux donjon des Templiers.</p>
-<p>La grosse tour, dont la hauteur dpassait cent cinquante pieds et dont
-les murs avaient neuf pieds d'paisseur dans leur moyenne proportion,
-formait quatre tages vots et soutenus au milieu par un gros pilier
-depuis le bas jusqu'au quatrime tage. L'intrieur tait d'environ
-trente-quatre trente-six pieds en carr.</p>
-
-<p>Le rez-de-chausse, qui n'avait subi aucun changement, tait rest
-avec ses murailles nues; mais par la svrit mme de son
-architecture, par les artes de sa vote, par le ft lourd et
-l'lgant chapiteau de son pilier, et aussi par les quatre lits
-colonnes torses adosss aux quatre murs de sa vaste salle, il
+<p>La grosse tour, dont la hauteur dépassait cent cinquante pieds et dont
+les murs avaient neuf pieds d'épaisseur dans leur moyenne proportion,
+formait quatre étages voûtés et soutenus au milieu par un gros pilier
+depuis le bas jusqu'au quatrième étage. L'intérieur était d'environ
+trente-quatre à trente-six pieds en carré.</p>
+
+<p>Le rez-de-chaussée, qui n'avait subi aucun changement, était resté
+avec ses murailles nues; mais par la sévérité même de son
+architecture, par les arêtes de sa voûte, par le fût lourd et
+l'élégant chapiteau de son pilier, et aussi par les quatre lits à
+colonnes torses adossés aux quatre murs de sa vaste salle, il
rappelait les temps et les choses d'autrefois.</p>
-<p>Cette pice tait destine aux commissaires de la Commune <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> qui
-n'taient point de service la porte du Roi et de la Reine. Ils y
+<p>Cette pièce était destinée aux commissaires de la Commune <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> qui
+n'étaient point de service à la porte du Roi et de la Reine. Ils y
prenaient leurs repas, y couchaient, et s'y assemblaient pour
-dlibrer. Aussi appela-t-on cette pice la <em>chambre du conseil</em>. Des
-tourelles places aux quatre angles, la premire contenait l'escalier
-qui allait jusqu'aux crneaux, la seconde servait d'armoire aux
-municipaux, la troisime de bcher et la quatrime de garde-robe.
-L'entre de chaque tage tait ferme par deux portes, la premire en
-bois de chne garni de clous, la seconde en fer.</p>
-
-<p>Le premier tage, demeur aussi dans son intgrit premire, tait la
-rptition du rez-de-chausse, moins ses lits colonnes. Il servait
-de corps de garde, et tait, aprs celui du palais du Temple, le poste
+délibérer. Aussi appela-t-on cette pièce la <em>chambre du conseil</em>. Des
+tourelles placées aux quatre angles, la première contenait l'escalier
+qui allait jusqu'aux créneaux, la seconde servait d'armoire aux
+municipaux, la troisième de bûcher et la quatrième de garde-robe.
+L'entrée de chaque étage était fermée par deux portes, la première en
+bois de chêne garni de clous, la seconde en fer.</p>
+
+<p>Le premier étage, demeuré aussi dans son intégrité première, était la
+répétition du rez-de-chaussée, moins ses lits à colonnes. Il servait
+de corps de garde, et était, après celui du palais du Temple, le poste
le plus important de l'enclos. Aux deux parois les plus larges de la
-muraille, on avait tabli des planches lgrement inclines formant
+muraille, on avait établi des planches légèrement inclinées formant
avec quelques matelas un lit de repos pour la garde. Au milieu de la
salle, autour du pilier, les armes se groupaient en faisceau.</p>
-<p>Le second tage, qui ne formait primitivement, comme les autres
-tages, qu'une seule pice, avait t divis en quatre chambres par
-des cloisons en planches, avec de faux plafonds de toile. La premire
-pice tait une antichambre qui, par trois portes diffrentes,
-communiquait aux trois autres pices. En face de la porte d'entre
-tait la chambre du Roi; on y plaa un lit pour son fils. De
-l'antichambre on entrait galement dans la salle manger, qui en
-tait spare par une seule cloison vitrage. La chambre de Louis XVI
-avait une chemine; un grand pole ouvrant dans l'antichambre, mais
-plac au centre du carr de la tour, c'est--dire la place mme o
-se trouve le pilier aux tages infrieurs, chauffait les autres
-chambres. Une croise clairait chaque pice, mais les barreaux de fer
-et les abat-jour, scells et poss en dehors, empchaient l'air de
-circuler. Les cloisons de l'appartement taient recouvertes <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span>
-d'un papier peint. Celui de l'antichambre reprsentait des pierres de
-taille superposes comme on les figure au thtre pour simuler
-l'intrieur d'une prison. A gauche en entrant, on avait placard au
-milieu du mur la Dclaration des droits de l'homme, crite en
-trs-gros caractres et encadre dans une large bordure tricolore. Le
-papier de la chambre du Roi tait jaune glac, sem de fleurs
-blanches. En entrant, on voyait la chemine en face, la fentre main
-droite, ainsi que la tourelle; main gauche, le lit de Louis XVI, et
- ses pieds le petit lit de son fils. Sur la console de la chemine
-tait pose une pendule portant gravs sur son cadran de porcelaine
-ces mots: <em>Lepaute, horloger du Roi</em>; mais ds l'installation de Louis
-(le 29 septembre) dans la grosse tour, les reprsentants de la Commune
-avaient coll un pain cacheter sur le mot <em>Roi</em>. Les plaques de
-fonte de la chemine portaient ces mots: <em>Libert</em>, <em>galit</em>,
-<em>proprit</em>, <em>sret</em>. La tourelle servait Louis XVI de cabinet de
-lecture et d'oratoire. Ses murs enduits de pltre taient revtus
-d'une peinture gris de lin. On y avait plac un tout petit pole. Prs
-du lit du jeune prince s'ouvrait une porte sur un couloir conduisant
-gauche dans la chambre de Clry, et plus loin, en inclinant droite,
- la garde-robe place dans une seconde tourelle. Le lit de Clry,
-parallle celui de son matre, n'en tait spar que par l'paisseur
-de la cloison. La troisime tourelle, donnant dans la salle manger,
-servait de bcher.</p>
+<p>Le second étage, qui ne formait primitivement, comme les autres
+étages, qu'une seule pièce, avait été divisé en quatre chambres par
+des cloisons en planches, avec de faux plafonds de toile. La première
+pièce était une antichambre qui, par trois portes différentes,
+communiquait aux trois autres pièces. En face de la porte d'entrée
+était la chambre du Roi; on y plaça un lit pour son fils. De
+l'antichambre on entrait également dans la salle à manger, qui en
+était séparée par une seule cloison à vitrage. La chambre de Louis XVI
+avait une cheminée; un grand poêle ouvrant dans l'antichambre, mais
+placé au centre du carré de la tour, c'est-à-dire à la place même où
+se trouve le pilier aux étages inférieurs, chauffait les autres
+chambres. Une croisée éclairait chaque pièce, mais les barreaux de fer
+et les abat-jour, scellés et posés en dehors, empêchaient l'air de
+circuler. Les cloisons de l'appartement étaient recouvertes <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span>
+d'un papier peint. Celui de l'antichambre représentait des pierres de
+taille superposées comme on les figure au théâtre pour simuler
+l'intérieur d'une prison. A gauche en entrant, on avait placardé au
+milieu du mur la Déclaration des droits de l'homme, écrite en
+très-gros caractères et encadrée dans une large bordure tricolore. Le
+papier de la chambre du Roi était jaune glacé, semé de fleurs
+blanches. En entrant, on voyait la cheminée en face, la fenêtre à main
+droite, ainsi que la tourelle; à main gauche, le lit de Louis XVI, et
+à ses pieds le petit lit de son fils. Sur la console de la cheminée
+était posée une pendule portant gravés sur son cadran de porcelaine
+ces mots: <em>Lepaute, horloger du Roi</em>; mais dès l'installation de Louis
+(le 29 septembre) dans la grosse tour, les représentants de la Commune
+avaient collé un pain à cacheter sur le mot <em>Roi</em>. Les plaques de
+fonte de la cheminée portaient ces mots: <em>Liberté</em>, <em>égalité</em>,
+<em>propriété</em>, <em>sûreté</em>. La tourelle servait à Louis XVI de cabinet de
+lecture et d'oratoire. Ses murs enduits de plâtre étaient revêtus
+d'une peinture gris de lin. On y avait placé un tout petit poêle. Près
+du lit du jeune prince s'ouvrait une porte sur un couloir conduisant à
+gauche dans la chambre de Cléry, et plus loin, en inclinant à droite,
+à la garde-robe placée dans une seconde tourelle. Le lit de Cléry,
+parallèle à celui de son maître, n'en était séparé que par l'épaisseur
+de la cloison. La troisième tourelle, donnant dans la salle à manger,
+servait de bûcher.</p>
<a id="img004" name="img004"></a>
<div class="figcenter">
<img src="images/img004.jpg" width="400" height="306" alt="" title="">
-<p class="smcap">TROISIME TAGE.</p>
+<p class="smcap">TROISIÈME ÉTAGE.</p>
-<table class="auto smaller" border="0" cellpadding="2" summary="Troisime tage.">
+<table class="auto smaller" border="0" cellpadding="2" summary="Troisième étage.">
<tr>
<td>A.</td>
<td colspan="2">Escalier.</td>
@@ -1853,7 +1808,7 @@ servait de bcher.</p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1.</td>
-<td>Porte de chne.</td>
+<td>Porte de chêne.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
@@ -1879,32 +1834,32 @@ servait de bcher.</p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3.</td>
-<td>Lit de la Reine, colonnes en damas vert avec ses housses,
- un sommier et deux matelas, un traversin, une couverture piqre
+<td>Lit de la Reine, à colonnes en damas vert avec ses housses,
+ un sommier et deux matelas, un traversin, une couverture piqûre
de Marseille.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">4.</td>
-<td>Lit de Madame Royale, couchette deux dossiers, une paillasse,
+<td>Lit de Madame Royale, couchette à deux dossiers, une paillasse,
un sommier, trois matelas, un traversin et deux couvertures
en coton.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">5.</td>
-<td>Commode en bois d'acajou, dessus de marbre, surmonte d'un
+<td>Commode en bois d'acajou, à dessus de marbre, surmontée d'un
miroir de toilette.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6.</td>
-<td>Canap garni de son carreau et de ses deux oreillers.</td>
+<td>Canapé garni de son carreau et de ses deux oreillers.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">7.</td>
-<td>Chemine, orne de la pendule que nous avons indique, et
+<td>Cheminée, ornée de la pendule que nous avons indiquée, et
d'une glace de 45 pouces sur 36.</td>
</tr>
<tr>
@@ -1922,19 +1877,19 @@ servait de bcher.</p>
</tr>
<tr>
<td>E.</td>
-<td colspan="2">Chambre de Madame lisabeth.</td>
+<td colspan="2">Chambre de Madame Élisabeth.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">9.</td>
-<td>Lit en fer, garni de sa housse de toile de Jouy double de
+<td>Lit en fer, garni de sa housse de toile de Jouy doublée de
taffetas vert, un sommier, deux matelas, un lit de plume,
- un traversin et une couverture piqre de Marseille.</td>
+ un traversin et une couverture piqûre de Marseille.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10.</td>
-<td>Commode en placage, dessus de marbre.</td>
+<td>Commode en placage, à dessus de marbre.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
@@ -1944,7 +1899,7 @@ servait de bcher.</p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12.</td>
-<td>Chemine avec une glace de 45 pouces sur 32.</td>
+<td>Cheminée avec une glace de 45 pouces sur 32.</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
@@ -1952,7 +1907,7 @@ servait de bcher.</p>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>Flambeaux argents.</td>
+<td>Flambeaux argentés.</td>
</tr>
<tr>
<td>F.</td>
@@ -1964,3642 +1919,3642 @@ servait de bcher.</p>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>Un lit, une commode en placage, dessus de marbre. Un miroir
- de toilette; une pendule de Lepaute pose sur la commode,
- plusieurs chaises dont deux de canne. Flambeaux argents.</td>
+<td>Un lit, une commode en placage, à dessus de marbre. Un miroir
+ de toilette; une pendule de Lepaute posée sur la commode,
+ plusieurs chaises dont deux de canne. Flambeaux argentés.</td>
</tr>
<tr>
<td>H.</td>
-<td colspan="2">Cabinet o fut enferm Tison en septembre 1793.</td>
+<td colspan="2">Cabinet où fut enfermé Tison en septembre 1793.</td>
</tr>
</table>
</div>
-<p>Le troisime tage, contenant le logement de Marie-Antoinette et celui
-de Madame lisabeth, tait la rptition du second moins le couloir.
-La chambre de la Reine tait au-dessus de celle du Roi, et son lit
-plac au mme endroit que le lit du Roi. Celui de Marie-Thrse tait
-entre la chemine et la porte du couloir supprim. Le papier de la
+<p>Le troisième étage, contenant le logement de Marie-Antoinette et celui
+de Madame Élisabeth, était la répétition du second moins le couloir.
+La chambre de la Reine était au-dessus de celle du Roi, et son lit
+placé au même endroit que le lit du Roi. Celui de Marie-Thérèse était
+entre la cheminée et la porte du couloir supprimé. Le papier de la
chambre, aussi bien que celui de la tourelle qui servait de cabinet
-de toilette, tait entreml de zones vertes et <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> bleues d'une
-nuance extrmement tendre. La chemine tait orne d'une pendule
-reprsentant la Fortune et sa <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> roue,&mdash;singulire ironie en
-prsence de la grandeur renverse! La chambre de Madame lisabeth et
-celle de Tison taient tapisses d'un mme papier jaune trs-commun.
-Leur ameublement tait peu prs le mme aussi: un lit de fer, une
-table en bois de noyer, une commode en placage, tels taient les
-principaux meubles de Madame lisabeth. Le plan descriptif de cet
-tage achvera de le faire bien connatre.</p>
-
-<p>Les dtails d'ameublement que nous donnons la suite de ce plan sont
-parfaitement authentiques: ils ont t puiss dans deux inventaires,
-l'un fait la date du 25 octobre 1792, lors de l'entre de la famille
+de toilette, était entremêlé de zones vertes et <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> bleues d'une
+nuance extrêmement tendre. La cheminée était ornée d'une pendule
+représentant la Fortune et sa <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> roue,&mdash;singulière ironie en
+présence de la grandeur renversée! La chambre de Madame Élisabeth et
+celle de Tison étaient tapissées d'un même papier jaune très-commun.
+Leur ameublement était à peu près le même aussi: un lit de fer, une
+table en bois de noyer, une commode en placage, tels étaient les
+principaux meubles de Madame Élisabeth. Le plan descriptif de cet
+étage achèvera de le faire bien connaître.</p>
+
+<p>Les détails d'ameublement que nous donnons à la suite de ce plan sont
+parfaitement authentiques: ils ont été puisés dans deux inventaires,
+l'un fait à la date du 25 octobre 1792, lors de l'entrée de la famille
royale dans la grosse tour, et l'autre le 19 janvier 1793<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32" title="Go to footnote 32"><span class="smaller">[32]</span></a>.</p>
-<p>Le quatrime tage, ne devant pas tre habit, tait rest dans sa
-simplicit premire. Sa vote leve, l'absence du pilier central, le
-faisaient paratre plus grandiose que les autres tages. Quelques
-vieux meubles de rebut et quantit de planches taient relgus dans
-les bas-cts de cette vaste salle. Entre les crneaux et le toit de
-la grande tour rgnait une galerie servant quelquefois de promenade.
-Les entre-deux des crneaux furent garnis de planches, jalousies sans
-treillis enlevant au promeneur toute possibilit de voir ou d'tre
+<p>Le quatrième étage, ne devant pas être habité, était resté dans sa
+simplicité première. Sa voûte élevée, l'absence du pilier central, le
+faisaient paraître plus grandiose que les autres étages. Quelques
+vieux meubles de rebut et quantité de planches étaient relégués dans
+les bas-côtés de cette vaste salle. Entre les créneaux et le toit de
+la grande tour régnait une galerie servant quelquefois de promenade.
+Les entre-deux des créneaux furent garnis de planches, jalousies sans
+treillis enlevant au promeneur toute possibilité de voir ou d'être
vu<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33" title="Go to footnote 33"><span class="smaller">[33]</span></a>.</p>
<p>Les habitudes de la famille ne subirent point de changements par suite
-de sa runion dans la grosse tour. Louis XVI, en prsence d'vnements
+de sa réunion dans la grosse tour. Louis XVI, en présence d'événements
qui ne lassaient ni sa patience ni son courage, cherchait le plus
-souvent ses distractions dans la lecture; plus mue que lui,
+souvent ses distractions dans la lecture; plus émue que lui,
Marie-Antoinette s'occupait de ses enfants, demandait en vain au
travail manuel un apaisement aux troubles de son esprit, et faisait
-matin et soir de courtes prires. Quant Madame lisabeth, elle
-<span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> ne s'inquitait plus de la mchancet des hommes. Quelquefois,
-dans la journe, au milieu des jurements et des blasphmes, elle
-s'isolait dans sa chambre, s'agenouillait prs de son lit avec une
-ferveur anglique, ou, assise sur une chaise, se recueillait dans ses
-mditations avec un calme inaltrable. Souvent, aprs le dner, quand
+matin et soir de courtes prières. Quant à Madame Élisabeth, elle
+<span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> ne s'inquiétait plus de la méchanceté des hommes. Quelquefois,
+dans la journée, au milieu des jurements et des blasphèmes, elle
+s'isolait dans sa chambre, s'agenouillait près de son lit avec une
+ferveur angélique, ou, assise sur une chaise, se recueillait dans ses
+méditations avec un calme inaltérable. Souvent, après le dîner, quand
la promenade au jardin n'avait pas lieu, les enfants jouaient dans
-l'antichambre au siam ou au volant; Madame lisabeth assistait leurs
-jeux, assise prs d'une table et un livre la main. Clry restait
-habituellement dans cette pice, et, se conformant aux ordres de cette
-princesse, il s'asseyait aussi, et prenait un livre pour paratre
-occup de son ct. Il tait facile de voir que la division de la
-famille, ainsi parque en deux chambres, contrariait et inquitait
-parfois les commissaires chargs de ne laisser jamais le Roi et la
-Reine seuls, et ne voulant point se sparer eux-mmes, tant ils se
-mfiaient l'un de l'autre, espions tout ensemble et espionns. Madame
-lisabeth profitait de ce moment pour entrer en communication avec
-Clry: celui-ci prtait l'oreille, et, pour ne pas tre surpris par
-les municipaux, rpondait sans dtourner les yeux de sa lecture.
-Marie-Thrse et son frre, d'accord avec leur tante, facilitaient cet
-entretien par leurs jeux bruyants ou par quelques signes annonant
-l'entre des commissaires. Les captifs n'avaient pas moins se dfier
-de Tison, dont les municipaux, plus d'une fois dnoncs par lui,
-avaient aussi redouter la surveillance.</p>
+l'antichambre au siam ou au volant; Madame Élisabeth assistait à leurs
+jeux, assise près d'une table et un livre à la main. Cléry restait
+habituellement dans cette pièce, et, se conformant aux ordres de cette
+princesse, il s'asseyait aussi, et prenait un livre pour paraître
+occupé de son côté. Il était facile de voir que la division de la
+famille, ainsi parquée en deux chambres, contrariait et inquiétait
+parfois les commissaires chargés de ne laisser jamais le Roi et la
+Reine seuls, et ne voulant point se séparer eux-mêmes, tant ils se
+méfiaient l'un de l'autre, espions tout ensemble et espionnés. Madame
+Élisabeth profitait de ce moment pour entrer en communication avec
+Cléry: celui-ci prêtait l'oreille, et, pour ne pas être surpris par
+les municipaux, répondait sans détourner les yeux de sa lecture.
+Marie-Thérèse et son frère, d'accord avec leur tante, facilitaient cet
+entretien par leurs jeux bruyants ou par quelques signes annonçant
+l'entrée des commissaires. Les captifs n'avaient pas moins à se défier
+de Tison, dont les municipaux, plus d'une fois dénoncés par lui,
+avaient aussi à redouter la surveillance.</p>
<p>Du reste, une recrudescence se manifestait dans les rigueurs
-ombrageuses du plus grand nombre des reprsentants de la Commune, et
+ombrageuses du plus grand nombre des représentants de la Commune, et
se traduisait par des actes souvent ridicules. A la fin des repas,
-Madame lisabeth remettait Clry un petit couteau lame d'or pour
-qu'il le nettoyt; un municipal, plus d'une fois, le lui arracha des
-mains, afin d'examiner si quelque papier n'tait pas cach <span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>(p. 60)</span> au
-fond de la gane. Madame lisabeth avait charg Clry de renvoyer un
-livre de pit la duchesse de Srent; les municipaux s'emparrent de
-ce livre, et en couprent toutes les marges, de peur qu'on n'y et
-crit quelque avis avec de l'encre sympathique. Le linge remis la
-blanchisseuse tait minutieusement inspect la sortie; au retour, il
-tait dploy pice par pice et examin au grand jour. Le livre de la
-blanchisseuse, tout autre papier servant d'enveloppe, taient
-prsents au feu, afin de s'assurer s'il n'y avait aucune criture
-secrte. C'taient l les moindres avanies de la captivit.</p>
-
-<p>On se ferait difficilement une ide des prcautions que le conseil de
+Madame Élisabeth remettait à Cléry un petit couteau à lame d'or pour
+qu'il le nettoyât; un municipal, plus d'une fois, le lui arracha des
+mains, afin d'examiner si quelque papier n'était pas caché <span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>(p. 60)</span> au
+fond de la gaîne. Madame Élisabeth avait chargé Cléry de renvoyer un
+livre de piété à la duchesse de Sérent; les municipaux s'emparèrent de
+ce livre, et en coupèrent toutes les marges, de peur qu'on n'y eût
+écrit quelque avis avec de l'encre sympathique. Le linge remis à la
+blanchisseuse était minutieusement inspecté à la sortie; au retour, il
+était déployé pièce par pièce et examiné au grand jour. Le livre de la
+blanchisseuse, tout autre papier servant d'enveloppe, étaient
+présentés au feu, afin de s'assurer s'il n'y avait aucune écriture
+secrète. C'étaient là les moindres avanies de la captivité.</p>
+
+<p>On se ferait difficilement une idée des précautions que le conseil de
la Commune prenait pour que rien de ce qui se passait au Temple
-n'chappt sa surveillance. Le docteur Leclerc avait port la
+n'échappât à sa surveillance. Le docteur Leclerc avait porté à la
Reine, pour sa fille, un paquet de drogues et une ordonnance de
-mdecine. Le conseil gnral s'alarma de cette dmarche, et dans sa
-sance du 27 octobre, rclama le paquet remis Marie-Antoinette, et
-manda sa barre M. Leclerc. La femme de Louis Capet, dit celui-ci,
-me parla de la ncessit de faire des remdes pour sa fille qui a une
-dartre sur la joue, et me demanda quels toient ceux qu'elle devoit
+médecine. Le conseil général s'alarma de cette démarche, et dans sa
+séance du 27 octobre, réclama le paquet remis à Marie-Antoinette, et
+manda à sa barre M. Leclerc. «La femme de Louis Capet, dit celui-ci,
+me parla de la nécessité de faire des remèdes pour sa fille qui a une
+dartre sur la joue, et me demanda quels étoient ceux qu'elle devoit
employer: il faut respecter les malheureux, et la fille ne doit pas
-tre punie des fautes du pre; d'ailleurs elle a une jolie figure, et
-il seroit dommage que cette dartre lui restt, car c'est un
+être punie des fautes du père; d'ailleurs elle a une jolie figure, et
+il seroit dommage que cette dartre lui restât, car c'est un
chef-d'&oelig;uvre de la nature. (Ici l'orateur fut interrompu par le
-prsident, qui ajouta: <em>La peau du serpent est aussi un
-chef-d'&oelig;uvre de la nature</em>; le conseil vous invite <em>continuer
-sans digression</em>.) Je lui ai ordonn, dit alors M. Leclerc, de la
-squine et de la salsepareille, drogues trs-simples qui ne peuvent
-tre falsifies: j'ai envoy ce remde avec l'autorisation des
-commissaires, et l'ordonnance a t signe par eux.</p>
-
-<p>Le conseil gnral prit l'arrt suivant: Le conseil <span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>(p. 61)</span>
-gnral, prvoyant les consquences dangereuses qui peuvent rsulter
-de pareils procds, dclare qu'il improuve la conduite du commissaire
-Leclerc; et, pour prvenir de pareils abus qui pourroient compromettre
-la surveillance et la responsabilit de la Commune, dfend toutes
+président, qui ajouta: <em>La peau du serpent est aussi un
+chef-d'&oelig;uvre de la nature</em>; le conseil vous invite à <em>continuer
+sans digression</em>.) Je lui ai ordonné, dit alors M. Leclerc, de la
+squine et de la salsepareille, drogues très-simples qui ne peuvent
+être falsifiées: j'ai envoyé ce remède avec l'autorisation des
+commissaires, et l'ordonnance a été signée par eux.»</p>
+
+<p>Le conseil général prit l'arrêté suivant: «Le conseil <span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>(p. 61)</span>
+général, prévoyant les conséquences dangereuses qui peuvent résulter
+de pareils procédés, déclare qu'il improuve la conduite du commissaire
+Leclerc; et, pour prévenir de pareils abus qui pourroient compromettre
+la surveillance et la responsabilité de la Commune, défend à toutes
les personnes qui se trouvent au Temple, pour quelque fonction que ce
-soit, mdecins, chirurgiens, pharmaciens, etc., de donner aucun avis
-ni remde de quelque nature qu'il soit, aucun individu de la famille
-ci-devant royale, sous quelque prtexte que ce puisse tre; et dans le
-cas o un membre de la famille royale auroit besoin de secours, le
-conseil dclare qu'il y sera pourvu par les matres de l'art reconnus
+soit, médecins, chirurgiens, pharmaciens, etc., de donner aucun avis
+ni remède de quelque nature qu'il soit, à aucun individu de la famille
+ci-devant royale, sous quelque prétexte que ce puisse être; et dans le
+cas où un membre de la famille royale auroit besoin de secours, le
+conseil déclare qu'il y sera pourvu par les maîtres de l'art reconnus
par le conseil de la Commune; improuve ledit Leclerc, et le renvoie
-avec ses drogues, son ordonnance et le prsent arrt, au conseil
-gnral de la Commune.</p>
-
-<p>Le plus grand tourment de Madame lisabeth aprs le chagrin que lui
-causait la situation du Roi et de la Reine, c'tait la dsolation de
-ses amies, c'tait le silence qu'elle tait condamne garder
-vis--vis d'elles pour ne pas les compromettre, c'tait l'inquitude
-o elle tait sur leur sort. Si elle reoit de l'une d'elles une
+avec ses drogues, son ordonnance et le présent arrêté, au conseil
+général de la Commune.»</p>
+
+<p>Le plus grand tourment de Madame Élisabeth après le chagrin que lui
+causait la situation du Roi et de la Reine, c'était la désolation de
+ses amies, c'était le silence qu'elle était condamnée à garder
+vis-à-vis d'elles pour ne pas les compromettre, c'était l'inquiétude
+où elle était sur leur sort. Si elle reçoit de l'une d'elles une
preuve de souvenir ou d'attachement, elle, elle craint que ce gage
-d'un bon sentiment ne soit imput crime. Aussi croit-elle de son
+d'un bon sentiment ne soit imputé à crime. Aussi croit-elle de son
devoir de les prier de renoncer, au moins pour un temps, aux
-dangereuses tentatives que leur inspire leur ingnieuse sollicitude
-pour nouer des rapports avec elle. La duchesse de Srent a le courage
-de dsobir, et ne cesse de lui faire parvenir des tmoignages de sa
-constante attention: un de ses messages est surpris. Interroge par le
-comit rvolutionnaire de sa section, madame de Srent ose rpondre
-qu'elle a l'honneur d'tre dame de Madame lisabeth de France, et
-qu'elle ne fait que remplir un devoir sacr en veillant ce qui peut
-lui tre ncessaire.</p>
-
-<p>De longs mois s'coulrent sans qu'lisabeth ret d'au-del <span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span>
-des frontires des nouvelles de sa famille. Son frre, le comte
-d'Artois, assidu lui crire rgulirement, se taisait lui-mme. Une
+dangereuses tentatives que leur inspire leur ingénieuse sollicitude
+pour nouer des rapports avec elle. La duchesse de Sérent a le courage
+de désobéir, et ne cesse de lui faire parvenir des témoignages de sa
+constante attention: un de ses messages est surpris. Interrogée par le
+comité révolutionnaire de sa section, madame de Sérent ose répondre
+qu'elle a l'honneur d'être dame de Madame Élisabeth de France, et
+qu'elle ne fait que remplir un devoir sacré en veillant à ce qui peut
+lui être nécessaire.</p>
+
+<p>De longs mois s'écoulèrent sans qu'Élisabeth reçût d'au-delà <span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span>
+des frontières des nouvelles de sa famille. Son frère, le comte
+d'Artois, assidu à lui écrire régulièrement, se taisait lui-même. Une
lettre cependant, une seule lettre lui arriva sous les verrous du
-Temple: cette lettre tait crite par sa tante Adlade; elle tait
-date de Rome, et relative aux vnements de juin. Ce fut Manuel qui
-la remit lui-mme la princesse. Cet acte de bienveillance ne devait
-pas se renouveler. L're des perquisitions commena: une surveillance
-minutieuse et tracassire, une inquisition de tous les instants
+Temple: cette lettre était écrite par sa tante Adélaïde; elle était
+datée de Rome, et relative aux événements de juin. Ce fut Manuel qui
+la remit lui-même à la princesse. Cet acte de bienveillance ne devait
+pas se renouveler. L'ère des perquisitions commença: une surveillance
+minutieuse et tracassière, une inquisition de tous les instants
rendirent toute correspondance impossible. Les portes de la France
-demeurrent fermes aussi bien que celles de la tour du Temple.</p>
+demeurèrent fermées aussi bien que celles de la tour du Temple.</p>
-<p>Le 14 novembre, la maladie vint ajouter toutes les preuves de la
+<p>Le 14 novembre, la maladie vint ajouter à toutes les épreuves de la
famille royale. Louis XVI, le premier, eut une fluxion qui l'incommoda
-extrmement. La Reine et Madame lisabeth demandrent qu'on ft
+extrêmement. La Reine et Madame Élisabeth demandèrent qu'on fît
appeler M. Dubois-Foucou, son dentiste; le conseil du Temple s'y
-opposa. Le conseil gnral de la Commune arrta que le conseil du
-Temple lui transmettrait tous les matins le bulletin de la sant des
-prisonniers, et, apprenant que la maladie du Roi s'tait aggrave, il
-nomma deux commissaires pour aller instruire la Convention de la
-sant du ci-devant. La fivre tant survenue, le 22, la Commune
-avertie s'alarma, permit M. Le Monnier, ancien premier mdecin du
-Roi, d'entrer la tour, accompagn de M. Robert, chirurgien, et
-rclama chaque jour un bulletin de la sant du malade. L'motion de M.
-Le Monnier fut grande en revoyant son ancien matre, ainsi que Madame
-lisabeth, laquelle il avait vou la plus profonde affection. Il
+opposa. Le conseil général de la Commune arrêta que le conseil du
+Temple lui transmettrait tous les matins le bulletin de la santé des
+prisonniers, et, apprenant que la maladie du Roi s'était aggravée, il
+nomma deux commissaires pour aller «instruire la Convention de la
+santé du ci-devant.» La fièvre étant survenue, le 22, la Commune
+avertie s'alarma, permit à M. Le Monnier, ancien premier médecin du
+Roi, d'entrer à la tour, accompagné de M. Robert, chirurgien, et
+réclama chaque jour un bulletin de la santé du malade. L'émotion de M.
+Le Monnier fut grande en revoyant son ancien maître, ainsi que Madame
+Élisabeth, à laquelle il avait voué la plus profonde affection. Il
vint au Temple deux fois par jour pendant la semaine que dura la
maladie du Roi. Marie-Antoinette demanda au conseil du Temple qu'il
-lui ft permis de transfrer pendant ce temps-l le lit de son fils
+lui fût permis de transférer pendant ce temps-là le lit de son fils
dans sa chambre. Le conseil le lui refusa. L'enfant eut une forte
-coqueluche accompagne de fivre; sa <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> mre et Madame lisabeth
-demandrent le veiller: Vous lui avez refus la grce de monter
-auprs de nous, accordez-nous celle de descendre auprs de lui.
-Prire inutile! La rvolution ne se bornait plus perscuter la
-Reine, elle perscutait la mre. Marie-Antoinette prit elle-mme le
-mal qu'elle voulait gurir. La maladie se communiqua aussi sa fille
-et Madame lisabeth, qui et regrett peut-tre d'tre exempte du
-flau qui atteignait tous les siens. Les mdecins et les geliers se
-rencontrrent chaque jour.</p>
+coqueluche accompagnée de fièvre; sa <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> mère et Madame Élisabeth
+demandèrent à le veiller: «Vous lui avez refusé la grâce de monter
+auprès de nous, accordez-nous celle de descendre auprès de lui.»
+Prière inutile! La révolution ne se bornait plus à persécuter la
+Reine, elle persécutait la mère. Marie-Antoinette prit elle-même le
+mal qu'elle voulait guérir. La maladie se communiqua aussi à sa fille
+et à Madame Élisabeth, qui eût regretté peut-être d'être exempte du
+fléau qui atteignait tous les siens. Les médecins et les geôliers se
+rencontrèrent chaque jour.</p>
<p>En voyant la maladie entrer dans cette prison, il semble que la
-Providence prenait tche d'prouver cette grande et malheureuse
+Providence prenait à tâche d'éprouver cette grande et malheureuse
famille par tous les genres de souffrance.</p>
-<p>Clry tomba malade son tour. La fivre et une forte douleur au ct
-l'obligrent de garder le lit. Il essaya de se lever pour habiller son
-matre: Louis refusa ses soins, lui ordonna de se coucher, et fit
-lui-mme la toilette de son fils. Le petit Prince ayant recouvr la
-sant, se tint pendant une grande partie de la journe dans la chambre
-de Clry, et de temps en temps lui apportait de la tisane.</p>
-
-<p>Dans la soire, Louis XVI profita d'un moment o il tait moins
-surveill pour aller voir lui-mme son valet de chambre; il le fit
-boire, et il lui dit avec bont: Je voudrois vous donner moi-mme des
-soins, mais vous savez combien nous sommes observs; prenez courage,
-demain vous verrez mon mdecin.</p>
-
-<p>A l'heure du souper, la famille royale entra chez Clry, et Madame
-lisabeth, sans que les commissaires s'en aperussent, lui remit une
-fiole qui contenait un looch. Cette princesse, qui tait extrmement
-enrhume, s'en privait pour lui; il voulut refuser, elle insista.
-Aprs le souper, Marie-Antoinette dshabilla et coucha son fils, et
-Madame lisabeth roula les cheveux de son frre.</p>
-
-<p>Revenu le lendemain, M. Le Monnier ordonna une saigne Clry.
+<p>Cléry tomba malade à son tour. La fièvre et une forte douleur au côté
+l'obligèrent de garder le lit. Il essaya de se lever pour habiller son
+maître: Louis refusa ses soins, lui ordonna de se coucher, et fit
+lui-même la toilette de son fils. Le petit Prince ayant recouvré la
+santé, se tint pendant une grande partie de la journée dans la chambre
+de Cléry, et de temps en temps lui apportait de la tisane.</p>
+
+<p>Dans la soirée, Louis XVI profita d'un moment où il était moins
+surveillé pour aller voir lui-même son valet de chambre; il le fit
+boire, et il lui dit avec bonté: «Je voudrois vous donner moi-même des
+soins, mais vous savez combien nous sommes observés; prenez courage,
+demain vous verrez mon médecin.»</p>
+
+<p>A l'heure du souper, la famille royale entra chez Cléry, et Madame
+Élisabeth, sans que les commissaires s'en aperçussent, lui remit une
+fiole qui contenait un looch. Cette princesse, qui était extrêmement
+enrhumée, s'en privait pour lui; il voulut refuser, elle insista.
+Après le souper, Marie-Antoinette déshabilla et coucha son fils, et
+Madame Élisabeth roula les cheveux de son frère.</p>
+
+<p>Revenu le lendemain, M. Le Monnier ordonna une saignée à Cléry.
Celui-ci resta six jours au lit; chaque jour la <span class="pagenum"><a id="page64" name="page64"></a>(p. 64)</span> famille royale
-allait le visiter: Madame lisabeth lui apportait des drogues qu'elle
-avait demandes comme pour elle. Le malade reprit une partie de ses
-forces; sa fermet s'emparant de celle dont il tait tmoin, il lutta
-avec nergie contre un mal qui l'aurait rendu incapable de rendre les
+allait le visiter: Madame Élisabeth lui apportait des drogues qu'elle
+avait demandées comme pour elle. Le malade reprit une partie de ses
+forces; sa fermeté s'emparant de celle dont il était témoin, il lutta
+avec énergie contre un mal qui l'aurait rendu incapable de rendre les
services qu'il voulait rendre. Le moral a tant d'influence sur le
-physique, qu'on peut croire que cette rsolution de gurir tout prix
-contribua autant que les remdes lui rendre la sant.</p>
-
-<p>Un soir, aprs avoir couch le petit Prince, Clry se retirait pour
-faire place la Reine, qui venait, avec les princesses, embrasser son
-fils et lui donner le bonsoir dans son lit. Madame lisabeth, que la
-surveillance des commissaires avait empche de parler Clry,
-profita de ce moment pour remettre l'enfant une petite bote
-d'ipcacuanha, en lui disant: Ceci est pour Clry, je vous prie de le
-lui remettre ds qu'il reviendra. Les princesses remontrent dans
-leur chambre, Louis XVI passa dans son cabinet, Clry alla souper, et
-ne rentra que vers onze heures pour prparer le lit du Roi. Comme il
-tait seul dans la chambre (Louis XVI tant encore dans la tourelle),
-le jeune prince l'appela voix basse. Clry, tonn qu'il ne dormt
-pas pareille heure, lui en demanda le motif: C'est que ma tante m'a
-remis une petite bote pour vous, lui dit-il, et je n'ai pas voulu
-m'endormir sans vous l'avoir donne; il toit temps que vous vinssiez,
-car mes yeux se sont ferms plusieurs fois.&mdash;Les miens se remplirent
-de larmes, ajoute Clry en racontant le trait que nous venons de
-rappeler. Le Dauphin s'en aperut, m'embrassa, et deux minutes aprs
-il dormoit profondment.</p>
-
-<p>Quoique place sur le second plan dans la hirarchie de la famille, et
-quoique aimant s'effacer elle-mme, Madame lisabeth, on le voit,
-tait toujours au premier rang ds qu'il s'agissait d'tre utile ou
-de consoler. C'tait un spectacle <span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> touchant que celui de cette
-femme anglique rclamant avidement sa part des tortures de sa
+physique, qu'on peut croire que cette résolution de guérir à tout prix
+contribua autant que les remèdes à lui rendre la santé.</p>
+
+<p>Un soir, après avoir couché le petit Prince, Cléry se retirait pour
+faire place à la Reine, qui venait, avec les princesses, embrasser son
+fils et lui donner le bonsoir dans son lit. Madame Élisabeth, que la
+surveillance des commissaires avait empêchée de parler à Cléry,
+profita de ce moment pour remettre à l'enfant une petite boîte
+d'ipécacuanha, en lui disant: «Ceci est pour Cléry, je vous prie de le
+lui remettre dès qu'il reviendra.» Les princesses remontèrent dans
+leur chambre, Louis XVI passa dans son cabinet, Cléry alla souper, et
+ne rentra que vers onze heures pour préparer le lit du Roi. Comme il
+était seul dans la chambre (Louis XVI étant encore dans la tourelle),
+le jeune prince l'appela à voix basse. Cléry, étonné qu'il ne dormît
+pas à pareille heure, lui en demanda le motif: »C'est que ma tante m'a
+remis une petite boîte pour vous, lui dit-il, et je n'ai pas voulu
+m'endormir sans vous l'avoir donnée; il étoit temps que vous vinssiez,
+car mes yeux se sont fermés plusieurs fois.»&mdash;«Les miens se remplirent
+de larmes, ajoute Cléry en racontant le trait que nous venons de
+rappeler. Le Dauphin s'en aperçut, m'embrassa, et deux minutes après
+il dormoit profondément.»</p>
+
+<p>Quoique placée sur le second plan dans la hiérarchie de la famille, et
+quoique aimant à s'effacer elle-même, Madame Élisabeth, on le voit,
+était toujours au premier rang dès qu'il s'agissait d'être utile ou
+de consoler. C'était un spectacle <span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> touchant que celui de cette
+femme angélique réclamant avidement sa part des tortures de sa
famille; puis suspendant le souvenir de ses propres infortunes pour
-s'occuper des infortunes des autres, et renouvelant auprs d'un
-serviteur souffrant la tradition des exemples de son aeul saint
-Louis, dont les mains royales se plaisaient servir, dans les malades
-et les infirmes, les membres mmes de Jsus-Christ.</p>
-
-<p>Une nouvelle municipalit avait, dans la journe du dimanche 2
-dcembre, remplac la Commune du 10 aot. Un assez grand nombre des
-anciens membres avaient t rlus. Il n'y avait eu jusqu' ce jour
-qu'un seul commissaire auprs du Roi et un auprs de la Reine: la
-nouvelle Commune dcida qu'il y en aurait deux l'avenir.
-Conformment cet arrt, huit municipaux se trouvrent ds le 3
-dcembre de service au Temple, quatre, comme nous l'avons dit, en
-surveillance prs de la famille royale, et les quatre autres se tenant
+s'occuper des infortunes des autres, et renouvelant auprès d'un
+serviteur souffrant la tradition des exemples de son aïeul saint
+Louis, dont les mains royales se plaisaient à servir, dans les malades
+et les infirmes, les membres mêmes de Jésus-Christ.</p>
+
+<p>Une nouvelle municipalité avait, dans la journée du dimanche 2
+décembre, remplacé la Commune du 10 août. Un assez grand nombre des
+anciens membres avaient été réélus. Il n'y avait eu jusqu'à ce jour
+qu'un seul commissaire auprès du Roi et un auprès de la Reine: la
+nouvelle Commune décida qu'il y en aurait deux à l'avenir.
+Conformément à cet arrêté, huit municipaux se trouvèrent dès le 3
+décembre de service au Temple, quatre, comme nous l'avons dit, en
+surveillance près de la famille royale, et les quatre autres se tenant
dans la salle du Conseil. Chaque jour, ils se renouvelaient par
-moiti. On arrivait le soir neuf heures, on soupait, et l'on tirait
+moitié. On arrivait le soir à neuf heures, on soupait, et l'on tirait
au sort pour savoir qui serait de garde chez le Roi ou chez la Reine.
-On passait tour tour vingt-quatre heures auprs des dtenus,
+On passait tour à tour vingt-quatre heures auprès des détenus,
vingt-quatre heures dans la salle du Conseil. Ceux que leur billet
-avait dsigns pour la nuit montaient aprs le souper, et restaient
-prs des prisonniers jusqu'au lendemain onze heures. Aprs le dner,
-ils reprenaient leur poste jusqu' l'arrive des nouveaux municipaux.
-C'est cette poque que l'on commena au rez-de-chausse de la tour
-des dispositions pour y installer quelques jours aprs le conseil, qui
-se tenait dans une des salles du chteau du Temple.</p>
-
-<p>Le nombre des commissaires excita entre eux une mulation de zle
-rvolutionnaire qui se traduisit par un redoublement de rigueurs
+avait désignés pour la nuit montaient après le souper, et restaient
+près des prisonniers jusqu'au lendemain onze heures. Après le dîner,
+ils reprenaient leur poste jusqu'à l'arrivée des nouveaux municipaux.
+C'est à cette époque que l'on commença au rez-de-chaussée de la tour
+des dispositions pour y installer quelques jours après le conseil, qui
+se tenait dans une des salles du château du Temple.</p>
+
+<p>Le nombre des commissaires excita entre eux une émulation de zèle
+révolutionnaire qui se traduisit par un redoublement de rigueurs
envers les prisonniers.</p>
-<p>La surveillance devint plus active, la servitude plus troite;
-<span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> on redoubla de duret envers Clry, on renouvela Turgy,
-Chrtien et Marchand, qui avaient obtenu un certificat des anciens
-municipaux<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34" title="Go to footnote 34"><span class="smaller">[34]</span></a>, la dfense expresse de lui parler. Il restait peu
-d'espoir aux dtenus de pouvoir dsormais apprendre aucune nouvelle.
-Frappe d'un fatal pressentiment, Madame lisabeth piait avidement
-les regards et les paroles de Clry; mais Clry ne savait plus rien,
-et craignait tout. Cependant il ne dsesprait pas tout fait d'tre
-inform des vnements du dehors par sa femme, qui, sous le prtexte
-d'apporter du linge et d'autres objets ncessaires, avait obtenu la
-permission de venir au Temple une fois par semaine. Elle tait
-toujours accompagne d'une amie qui passait pour une parente. Le jeudi
-6 dcembre, madame Clry arriva avec son honnte et courageuse
-complice. Son mari, prvenu, descendit au conseil. Tandis que, pour
-dtourner les soupons des nouveaux commissaires, elle affectait de
-lui parler haute voix et de lui donner des dtails assez oiseux sur
-ses affaires domestiques: Mardi prochain, disait tout bas son amie,
-on conduit le Roi la Convention; le procs va commencer; le Roi
-pourra prendre un conseil; tout cela est certain.</p>
-
-<p>Le soir, Clry trouva le moyen, au coucher du Roi, de lui rendre
+<p>La surveillance devint plus active, la servitude plus étroite;
+<span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> on redoubla de dureté envers Cléry, on renouvela à Turgy, à
+Chrétien et à Marchand, qui avaient obtenu un certificat des anciens
+municipaux<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34" title="Go to footnote 34"><span class="smaller">[34]</span></a>, la défense expresse de lui parler. Il restait peu
+d'espoir aux détenus de pouvoir désormais apprendre aucune nouvelle.
+Frappée d'un fatal pressentiment, Madame Élisabeth épiait avidement
+les regards et les paroles de Cléry; mais Cléry ne savait plus rien,
+et craignait tout. Cependant il ne désespérait pas tout à fait d'être
+informé des événements du dehors par sa femme, qui, sous le prétexte
+d'apporter du linge et d'autres objets nécessaires, avait obtenu la
+permission de venir au Temple une fois par semaine. Elle était
+toujours accompagnée d'une amie qui passait pour une parente. Le jeudi
+6 décembre, madame Cléry arriva avec son honnête et courageuse
+complice. Son mari, prévenu, descendit au conseil. Tandis que, pour
+détourner les soupçons des nouveaux commissaires, elle affectait de
+lui parler à haute voix et de lui donner des détails assez oiseux sur
+ses affaires domestiques: «Mardi prochain, disait tout bas son amie,
+on conduit le Roi à la Convention; le procès va commencer; le Roi
+pourra prendre un conseil; tout cela est certain.»</p>
+
+<p>Le soir, Cléry trouva le moyen, au coucher du Roi, de lui rendre
compte de ce qu'il avait appris. Il lui fit pressentir qu'on avait le
-projet de le sparer de sa famille pendant le procs, et ajouta qu'il
+projet de le séparer de sa famille pendant le procès, et ajouta qu'il
ne restait plus que quatre jours pour concerter quelque moyen de
-correspondance entre le second et le troisime tage. Le lendemain,
-aprs le djeuner, Louis XVI fit part la Reine des confidences qu'il
-avait reues, et la Reine les transmit Madame lisabeth. Quelques
-actes semblaient dj confirmer la triste annonce du procs. Le Roi
+correspondance entre le second et le troisième étage. Le lendemain,
+après le déjeuner, Louis XVI fit part à la Reine des confidences qu'il
+avait reçues, et la Reine les transmit à Madame Élisabeth. Quelques
+actes semblaient déjà confirmer la triste annonce du procès. Le Roi
venait de rentrer avec son fils dans son appartement, lorsqu'un
-municipal, la tte d'une dputation de la Commune, vint lui lire,
-d'une voix qui <span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> trahissait son motion, l'arrt qui ordonnait
-d'enlever aux dtenus du Temple, ainsi qu' ceux qui les servent ou
-qui les approchent de prs, toute espce d'instruments tranchants ou
-autres armes offensives et dfensives, en gnral tout ce dont on
-prive les autres prisonniers prsums criminels. Louis XVI prit
-lui-mme dans ses poches un couteau et un petit ncessaire de maroquin
+municipal, à la tête d'une députation de la Commune, vint lui lire,
+d'une voix qui <span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> trahissait son émotion, l'arrêté qui ordonnait
+«d'enlever aux détenus du Temple, ainsi qu'à ceux qui les servent ou
+qui les approchent de près, toute espèce d'instruments tranchants ou
+autres armes offensives et défensives, en général tout ce dont on
+prive les autres prisonniers présumés criminels.» Louis XVI prit
+lui-même dans ses poches un couteau et un petit nécessaire de maroquin
rouge dont il tira des ciseaux et un canif, et remit ces objets au
-commissaire. Les envoys de la Commune firent des recherches dans
-toutes les pices du second tage; ils confisqurent les rasoirs, le
-compas rouler les cheveux, le couteau de toilette, de petits
+commissaire. Les envoyés de la Commune firent des recherches dans
+toutes les pièces du second étage; ils confisquèrent les rasoirs, le
+compas à rouler les cheveux, le couteau de toilette, de petits
instruments pour nettoyer les dents, et d'autres objets d'or et
-d'argent; puis ils montrent au troisime, o ils notifirent le mme
-arrt. Si ce n'est que a, dit la Reine avec un dpit marqu, il
+d'argent; puis ils montèrent au troisième, où ils notifièrent le même
+arrêté. «Si ce n'est que ça, dit la Reine avec un dépit marqué, il
faudrait aussi nous prendre nos aiguilles, car elles piquent bien
-vivement. Elle en et peut-tre dit davantage si Madame lisabeth ne
-lui et fait signe du coude pour l'inviter au silence.
+vivement.» Elle en eût peut-être dit davantage si Madame Élisabeth ne
+lui eût fait signe du coude pour l'inviter au silence.
Marie-Antoinette et ses deux compagnes remirent leurs ciseaux. Les
-municipaux leur prirent jusqu'aux petits meubles utiles leur
-travail. Savez-vous bien, leur dit l'un d'eux, que nous avons ordre
-de vous enlever aussi Tison et Clry, et de goter tous les mets que
-l'on vous sert?</p>
+municipaux leur prirent jusqu'aux petits meubles utiles à leur
+travail. «Savez-vous bien, leur dit l'un d'eux, que nous avons ordre
+de vous enlever aussi Tison et Cléry, et de goûter à tous les mets que
+l'on vous sert?»</p>
-<p>Il faut le dire, les commissaires ne remplissaient pas la lettre les
-ordres rigoureux que leur avait transmis le conseil gnral de la
+<p>Il faut le dire, les commissaires ne remplissaient pas à la lettre les
+ordres rigoureux que leur avait transmis le conseil général de la
Commune. Les fabricateurs des lois ne les feraient pas toujours si
-dures s'ils devaient en tre les excuteurs. Quand vint l'heure du
-dner, quelques municipaux, sous la pression de l'arrt dont ils
-avaient donn lecture, voyaient de graves inconvnients ce que la
-famille royale se servt de fourchettes et de couteaux; d'autres
-consentaient laisser les fourchettes; la contestation dura quelques
+dures s'ils devaient en être les exécuteurs. Quand vint l'heure du
+dîner, quelques municipaux, sous la pression de l'arrêté dont ils
+avaient donné lecture, voyaient de graves inconvénients à ce que la
+famille royale se servît de fourchettes et de couteaux; d'autres
+consentaient à laisser les fourchettes; la contestation dura quelques
instants; enfin, l'influence bienveillante dont nous venons de parler
-l'emporta, et la majorit dcida qu'aucun <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> changement ne serait
-fait, mais qu' la fin de chaque repas couteaux et fourchettes
-seraient enlevs.</p>
-
-<p>La privation des petits instruments de travail retirs aux captives
-leur devint d'autant plus pnible qu'elles furent obliges de renoncer
- diffrents ouvrages qui jusqu'alors avaient contribu les
-distraire des longs ennuis de la prison. Un jour, Madame lisabeth
+l'emporta, et la majorité décida qu'aucun <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> changement ne serait
+fait, mais qu'à la fin de chaque repas couteaux et fourchettes
+seraient enlevés.</p>
+
+<p>La privation des petits instruments de travail retirés aux captives
+leur devint d'autant plus pénible qu'elles furent obligées de renoncer
+à différents ouvrages qui jusqu'alors avaient contribué à les
+distraire des longs ennuis de la prison. Un jour, Madame Élisabeth
cousait les habits de Louis XVI, et n'ayant point de ciseaux, elle
-rompit le fil avec ses dents. Quel contraste! lui dit le Roi, qui
+rompit le fil avec ses dents. «Quel contraste! lui dit le Roi, qui
fixait sur elle un regard attendri, il ne vous manquait rien dans
-votre jolie maison de Montreuil.&mdash;Ah! mon frre, rpondit-elle,
-puis-je avoir des regrets quand je partage vos malheurs?</p>
-
-<p>Le samedi 8 dcembre vint au Temple une commission charge de vrifier
-les dpenses des dtenus. Mand devant elle pour donner des
-explications, Clry eut l'occasion d'apprendre d'un municipal bien
-intentionn que la sparation de Louis d'avec sa famille, arrte
-seulement par la Commune, n'avait point t encore prononce par la
-Convention. De son ct, Turgy tait parvenu se procurer un journal
-qui contenait le dcret portant que <em>Louis Capet serait traduit la
-barre de la Convention</em>; il remit Clry ce journal, ainsi qu'un
-mmoire publi par Necker sur le procs du Roi. Le seul moyen que
-trouva Clry de communiquer ces deux pices la famille royale fut de
+votre jolie maison de Montreuil.&mdash;Ah! mon frère, répondit-elle,
+puis-je avoir des regrets quand je partage vos malheurs?»</p>
+
+<p>Le samedi 8 décembre vint au Temple une commission chargée de vérifier
+les dépenses des détenus. Mandé devant elle pour donner des
+explications, Cléry eut l'occasion d'apprendre d'un municipal bien
+intentionné que la séparation de Louis d'avec sa famille, arrêtée
+seulement par la Commune, n'avait point été encore prononcée par la
+Convention. De son côté, Turgy était parvenu à se procurer un journal
+qui contenait le décret portant que <em>Louis Capet serait traduit à la
+barre de la Convention</em>; il remit à Cléry ce journal, ainsi qu'un
+mémoire publié par Necker sur le procès du Roi. Le seul moyen que
+trouva Cléry de communiquer ces deux pièces à la famille royale fut de
les cacher sous un vieux meuble dans le cabinet de garde-robe, et d'en
-prvenir Madame lisabeth.</p>
-
-<p>La visite de ces deux commissions qui venaient de se succder la
-Tour, l'une charge <em>d'enlever les armes offensives et dfensives</em>,
-l'autre de rgler les dpenses, amena un nouvel arrt du conseil
-gnral qui modifia quelques mesures prises antrieurement<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35" title="Go to footnote 35"><span class="smaller">[35]</span></a>. A
-dater de ce jour, le <span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> conseil du Temple fut transfr d'une
-salle du palais au rez-de-chausse de la Tour, dispos pour le
-recevoir. Aux aides de cuisine Turgy, Chrtien et Marchand, il fut
-interdit de sortir l'avenir du Temple; quant aux deux officiers
-municipaux de garde auprs des prisonniers de chaque tage, ils
-avaient devanc l'ordre formel qu'ils reurent de demeurer tous deux
-pendant la nuit dans l'antichambre: depuis le 2 dcembre, ils
-s'taient, cet gard, conforms l'invitation verbale de la
+prévenir Madame Élisabeth.</p>
+
+<p>La visite de ces deux commissions qui venaient de se succéder à la
+Tour, l'une chargée <em>d'enlever les armes offensives et défensives</em>,
+l'autre de régler les dépenses, amena un nouvel arrêté du conseil
+général qui modifia quelques mesures prises antérieurement<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35" title="Go to footnote 35"><span class="smaller">[35]</span></a>. A
+dater de ce jour, le <span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> conseil du Temple fut transféré d'une
+salle du palais au rez-de-chaussée de la Tour, disposé pour le
+recevoir. Aux aides de cuisine Turgy, Chrétien et Marchand, il fut
+interdit de sortir à l'avenir du Temple; quant aux deux officiers
+municipaux de garde auprès des prisonniers de chaque étage, ils
+avaient devancé l'ordre formel qu'ils reçurent de demeurer tous deux
+pendant la nuit dans l'antichambre: depuis le 2 décembre, ils
+s'étaient, à cet égard, conformés à l'invitation verbale de la
Commune.</p>
-<p>Aux mesures de prcaution exerces dans l'intrieur du Temple
-rpondaient au dehors les dispositions de police les plus svres. A
-la veille du jour <em>o l'on allait juger les attentats ports la
-souverainet du peuple et prononcer sur leur auteur</em>, Roland, ministre
-de l'intrieur, mandait aux administrateurs des dpartements de Paris
-qu'<em>il tait de leur devoir d'tre en sance permanente</em>. Il les
-prvenait que le <em>conseil excutif aurait sances extraordinaires tous
-les jours, matin et soir; qu'il fallait que, sitt la rception de sa
-lettre, ils lui envoyassent aux Tuileries une dputation, l'effet
-de concerter toutes les mesures que ncessiterait <span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> la
-tranquillit publique; qu'il fallait de mme qu' l'instant ils se
-dclarassent aussi en sance permanente, et que leurs bureaux fussent
-dans une perptuelle activit; qu'ils devaient requrir la mme
-permanence de la municipalit, et avoir avec elle et avec le
+<p>Aux mesures de précaution exercées dans l'intérieur du Temple
+répondaient au dehors les dispositions de police les plus sévères. A
+la veille du jour <em>où l'on allait juger les attentats portés à la
+souveraineté du peuple et prononcer sur leur auteur</em>, Roland, ministre
+de l'intérieur, mandait aux administrateurs des départements de Paris
+qu'<em>il était de leur devoir d'être en séance permanente</em>. Il les
+prévenait que le <em>conseil exécutif aurait séances extraordinaires tous
+les jours, matin et soir; qu'il fallait que, sitôt la réception de sa
+lettre, ils lui envoyassent aux Tuileries une députation, à l'effet
+de concerter toutes les mesures que nécessiterait <span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> la
+tranquillité publique; qu'il fallait de même qu'à l'instant ils se
+déclarassent aussi en séance permanente, et que leurs bureaux fussent
+dans une perpétuelle activité; qu'ils devaient requérir la même
+permanence de la municipalité, et avoir avec elle et avec le
commandant de la force publique une correspondance non interrompue</em>.</p>
-<p>Le mardi 11 dcembre, ds cinq heures du matin, la gnrale battait
-dans tous les quartiers de Paris, et peu d'instants aprs la cavalerie
+<p>Le mardi 11 décembre, dès cinq heures du matin, la générale battait
+dans tous les quartiers de Paris, et peu d'instants après la cavalerie
et le canon entraient dans la cour du Temple. Ce bruit et cet appareil
-eussent terrifi la famille royale si elle n'en avait pas connu la
+eussent terrifié la famille royale si elle n'en avait pas connu la
cause. Elle feignit cependant de l'ignorer, et demanda aux municipaux
des explications qu'elle n'obtint pas. A neuf heures, comme les autres
-jours, Louis XVI et son fils montrent pour le djeuner dans
-l'appartement du troisime tage. Ils restrent pendant une heure
-runis en famille; mais la prsence permanente des commissaires mit
-obstacle toute confidence et tout panchement.</p>
-
-<p>A dix heures, on se spara: les regards exprimaient seuls ce que les
-lvres ne pouvaient dire. L'enfant, comme de coutume, descendit avec
-son pre. A onze heures, deux municipaux vinrent le chercher pour le
-conduire chez sa mre. Louis XVI demanda le motif de cet enlvement.
-Les commissaires rpondirent qu'ils excutaient les ordres qu'ils
-avaient reus. Louis embrassa son fils, et chargea Clry de
-l'accompagner. Un municipal presque aussitt rentra chez le Roi pour
-lui annoncer que le maire de Paris tait au conseil avec un nombreux
-cortge, et qu'il allait monter. Louis XVI resta pendant deux heures
-d'attente livr ses tristes penses. Le secrtaire-greffier de la
-Commune avait oubli l'ampliation du dcret de la Convention, et il
-avait fallu envoyer chercher cet acte, afin de pouvoir procder
-rgulirement. Ce ne fut qu' une heure que Chambon se prsenta,
-accompagn de Chaumette, procureur <span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>(p. 71)</span> gnral de la Commune, de
-Coulombeau, secrtaire-greffier, de Santerre, commandant de la garde
-nationale; le maire annona Louis qu'il venait le chercher pour le
-conduire la Convention, en vertu d'un dcret dont le
-secrtaire-greffier allait lui faire lecture. Coulombeau lut le
-dcret. A cette expression: <em>Louis Capet</em> sera traduit, etc., <em>Capet</em>
-n'est pas mon nom, dit le Roi; un de mes anctres l'a port, mais ce
-n'est pas celui de ma famille. Puis, s'adressant Chambon: J'aurais
-dsir, monsieur, que les commissaires m'eussent laiss mon fils
-pendant les deux heures que j'ai passes vous attendre. Au reste, ce
-traitement est une suite de celui que j'prouve ici depuis quatre
-mois. Je vais vous suivre, non pour obir la Convention, mais parce
-que mes ennemis ont la force en main. Deux minutes aprs, on entendit
+jours, Louis XVI et son fils montèrent pour le déjeuner dans
+l'appartement du troisième étage. Ils restèrent pendant une heure
+réunis en famille; mais la présence permanente des commissaires mit
+obstacle à toute confidence et à tout épanchement.</p>
+
+<p>A dix heures, on se sépara: les regards exprimaient seuls ce que les
+lèvres ne pouvaient dire. L'enfant, comme de coutume, descendit avec
+son père. A onze heures, deux municipaux vinrent le chercher pour le
+conduire chez sa mère. Louis XVI demanda le motif de cet enlèvement.
+Les commissaires répondirent qu'ils exécutaient les ordres qu'ils
+avaient reçus. Louis embrassa son fils, et chargea Cléry de
+l'accompagner. Un municipal presque aussitôt rentra chez le Roi pour
+lui annoncer que le maire de Paris était au conseil avec un nombreux
+cortége, et qu'il allait monter. Louis XVI resta pendant deux heures
+d'attente livré à ses tristes pensées. Le secrétaire-greffier de la
+Commune avait oublié l'ampliation du décret de la Convention, et il
+avait fallu envoyer chercher cet acte, afin de pouvoir procéder
+régulièrement. Ce ne fut qu'à une heure que Chambon se présenta,
+accompagné de Chaumette, procureur <span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>(p. 71)</span> général de la Commune, de
+Coulombeau, secrétaire-greffier, de Santerre, commandant de la garde
+nationale; le maire annonça à Louis qu'il venait le chercher pour le
+conduire à la Convention, en vertu d'un décret dont le
+secrétaire-greffier allait lui faire lecture. Coulombeau lut le
+décret. A cette expression: <em>Louis Capet</em> sera traduit, etc., «<em>Capet</em>
+n'est pas mon nom, dit le Roi; un de mes ancêtres l'a porté, mais ce
+n'est pas celui de ma famille.» Puis, s'adressant à Chambon: «J'aurais
+désiré, monsieur, que les commissaires m'eussent laissé mon fils
+pendant les deux heures que j'ai passées à vous attendre. Au reste, ce
+traitement est une suite de celui que j'éprouve ici depuis quatre
+mois. Je vais vous suivre, non pour obéir à la Convention, mais parce
+que mes ennemis ont la force en main.» Deux minutes après, on entendit
de la Tour du Temple le bruit de la voiture qui allait jeter devant
-une assemble arbitrairement rige en tribunal le Prince de qui,
-selon les lois traditionnelles, manait toute justice, et au nom
-duquel, pendant plus de dix-huit ans, avaient t rendus tous les
-arrts des tribunaux en France. On devine les angoisses des
-prisonnires, n'ayant autour d'elles que des surveillants ennemis ou
-indiffrents, condamns au mutisme. Elles virent bientt entrer chez
-elles Clry, amen par un commissaire. Ce municipal, homme d'extrieur
-honnte et de manires polies, rest seul avec Clry aprs le dpart
+une assemblée arbitrairement érigée en tribunal le Prince de qui,
+selon les lois traditionnelles, émanait toute justice, et au nom
+duquel, pendant plus de dix-huit ans, avaient été rendus tous les
+arrêts des tribunaux en France. On devine les angoisses des
+prisonnières, n'ayant autour d'elles que des surveillants ennemis ou
+indifférents, condamnés au mutisme. Elles virent bientôt entrer chez
+elles Cléry, amené par un commissaire. Ce municipal, homme d'extérieur
+honnête et de manières polies, resté seul avec Cléry après le départ
du Roi, lui avait appris que Louis ne reverrait plus sa famille, mais
que le maire de Paris devait encore consulter quelques membres de la
-Convention sur cette sparation. Clry avait profit du bon vouloir de
-ce commissaire pour se faire conduire prs du petit Prince, qui tait
-chez sa mre.</p>
-
-<p>On servit le dner, comme de coutume, dans la salle manger du Roi.
-Le repas fut court et silencieux. Les prisonnires remontrent
-aussitt chez la Reine. Un seul municipal resta prs d'elle aprs le
-dner; c'tait un jeune <span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> homme d'environ vingt-quatre ans, de
-la section du Temple, et de garde la Tour pour la premire fois.
+Convention sur cette séparation. Cléry avait profité du bon vouloir de
+ce commissaire pour se faire conduire près du petit Prince, qui était
+chez sa mère.</p>
+
+<p>On servit le dîner, comme de coutume, dans la salle à manger du Roi.
+Le repas fut court et silencieux. Les prisonnières remontèrent
+aussitôt chez la Reine. Un seul municipal resta près d'elle après le
+dîner; c'était un jeune <span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> homme d'environ vingt-quatre ans, de
+la section du Temple, et de garde à la Tour pour la première fois.
Tandis que Marie-Antoinette liait conversation avec lui,
-l'interrogeant sur son tat, ses parents, etc., Madame lisabeth
-passait dans sa chambre et faisait signe Clry de la suivre. Elle
-apprit par lui que la Commune avait rsolu de sparer le Roi de sa
-famille; que la Convention ne s'tait pas encore prononce cet
-gard, mais que le maire devait en faire la demande, et que
-probablement cette sparation aurait lieu ds le soir mme. La Reine
-et moi, lui dit Madame lisabeth, nous nous attendons tout, et nous
-ne nous faisons aucune illusion sur le sort que l'on prpare au Roi;
-il mourra victime de sa bont et de son amour pour son peuple, au
-bonheur duquel il n'a cess de travailler depuis son avnement au
-trne. Qu'il est cruellement tromp, ce peuple! La religion du Roi et
+l'interrogeant sur son état, ses parents, etc., Madame Élisabeth
+passait dans sa chambre et faisait signe à Cléry de la suivre. Elle
+apprit par lui que la Commune avait résolu de séparer le Roi de sa
+famille; que la Convention ne s'était pas encore prononcée à cet
+égard, mais que le maire devait en faire la demande, et que
+probablement cette séparation aurait lieu dès le soir même. «La Reine
+et moi, lui dit Madame Élisabeth, nous nous attendons à tout, et nous
+ne nous faisons aucune illusion sur le sort que l'on prépare au Roi;
+il mourra victime de sa bonté et de son amour pour son peuple, au
+bonheur duquel il n'a cessé de travailler depuis son avénement au
+trône. Qu'il est cruellement trompé, ce peuple! La religion du Roi et
sa grande confiance dans la Providence le soutiendront dans cette
-suprme adversit.... Enfin, Clry, ajouta Madame lisabeth, pensant
-qu'elle parlait son confident pour la dernire fois, vous allez
-rester seul prs de mon frre, redoublez, s'il est possible, de soins
-pour lui; ne ngligez aucun moyen pour nous faire parvenir de ses
+suprême adversité.... Enfin, Cléry, ajouta Madame Élisabeth, pensant
+qu'elle parlait à son confident pour la dernière fois, vous allez
+rester seul près de mon frère, redoublez, s'il est possible, de soins
+pour lui; ne négligez aucun moyen pour nous faire parvenir de ses
nouvelles; mais pour tout autre objet, ne vous exposez pas, car alors
-nous n'aurions plus personne qui nous confier.</p>
+nous n'aurions plus personne à qui nous confier.»</p>
-<p>Madame lisabeth et Clry cherchrent ensemble les moyens employer
-pour entretenir une correspondance. Turgy fut nomm comme seul digne
-d'tre admis dans le secret. On convint que Clry, comme de coutume,
+<p>Madame Élisabeth et Cléry cherchèrent ensemble les moyens à employer
+pour entretenir une correspondance. Turgy fut nommé comme seul digne
+d'être admis dans le secret. On convint que Cléry, comme de coutume,
garderait le linge du petit Prince; que tous les deux jours il
-enverrait ce qui serait ncessaire cet enfant, et profiterait de
-cette occasion pour donner des nouvelles du Roi. Si le Roi toit
-indispos, ajouta Madame lisabeth, je tiens essentiellement en tre
-instruite. Prenez ce mouchoir, vous le retiendrez tant que mon frre
-se portera bien; s'il <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> arrivait qu'il ft malade, vous me
+enverrait ce qui serait nécessaire à cet enfant, et profiterait de
+cette occasion pour donner des nouvelles du Roi. «Si le Roi étoit
+indisposé, ajouta Madame Élisabeth, je tiens essentiellement à en être
+instruite. Prenez ce mouchoir, vous le retiendrez tant que mon frère
+se portera bien; s'il <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> arrivait qu'il fût malade, vous me
l'enverriez dans le linge de mon neveu. Prenez soin de le plier de
-cette manire-ci si l'indisposition est lgre, et de cette manire-l
+cette manière-ci si l'indisposition est légère, et de cette manière-là
si le mal est plus grave. Avez-vous entendu parler de la Reine aux
-municipaux? demanda encore Madame lisabeth avec une sorte de terreur.
-Savez-vous quel sort on lui rserve? Hlas! que peut-on lui
-reprocher?&mdash;Rien, Madame, rpondit Clry; mais que peut-on reprocher
-au Roi?&mdash;Oh! rien, rien, dit Madame lisabeth; mais le Roi, peut-tre
-le regardent-ils comme une victime ncessaire leurs projets, leur
-sret mme, tandis que la Reine, au contraire, et ses enfants, ne
-sont pas un obstacle leur ambition. Et comme Clry exprimait
-l'espoir que le Roi ne serait condamn qu' la dportation: Oh! je ne
-conserve aucune esprance, rpondit Madame lisabeth en touffant un
+municipaux? demanda encore Madame Élisabeth avec une sorte de terreur.
+Savez-vous quel sort on lui réserve? Hélas! que peut-on lui
+reprocher?&mdash;Rien, Madame, répondit Cléry; mais que peut-on reprocher
+au Roi?&mdash;Oh! rien, rien, dit Madame Élisabeth; mais le Roi, peut-être
+le regardent-ils comme une victime nécessaire à leurs projets, à leur
+sûreté même, tandis que la Reine, au contraire, et ses enfants, ne
+sont pas un obstacle à leur ambition.» Et comme Cléry exprimait
+l'espoir que le Roi ne serait condamné qu'à la déportation: «Oh! je ne
+conserve aucune espérance», répondit Madame Élisabeth en étouffant un
sanglot.</p>
-<p>La crainte d'tre surpris par un commissaire mit fin cet entretien,
-le plus long et le plus libre que Madame lisabeth ait eu avec le
-serviteur de son frre. Elle rejoignit la Reine. Tison dit alors
-Clry: Vous n'tes jamais rest si longtemps avec lisabeth; il est
-craindre que le municipal ne s'en soit aperu.&mdash;Il n'y a rien
-craindre, rpondit nonchalamment Clry; Madame lisabeth me parlait de
-son neveu, lequel probablement demeurera dsormais auprs de sa mre.
-Un instant aprs, Clry, rentr chez Marie-Antoinette, tait inform
-par un regard de cette princesse qu'elle tait dj instruite des
-arrangements concerts.</p>
-
-<p>A six heures, le conseil du Temple manda Clry, et lui fit lecture
-d'un arrt de la Commune lui interdisant toute communication avec la
-femme, la s&oelig;ur et les enfants de Capet durant le procs.</p>
-
-<p>A six heures et demie, Louis XVI, escort comme son dpart, revint
-la Tour. Il demande aussitt qu'on le conduise auprs de sa famille,
-on s'y refuse. Il insiste pour <span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> que du moins on la prvienne de
-son retour; on lui promet que son dsir sur ce point sera satisfait.
-La Reine, instruite sur-le-champ de son arrive, demande le voir;
-les commissaires rpondent qu'ils n'ont pas le droit d'y consentir.
-Elle le fait demander au maire, qui n'a point encore quitt la salle
-du Conseil; Chambon ne donne aucune rponse.</p>
-
-<p>Aprs les agitations de cette journe, et malgr l'obsession des
-quatre municipaux qui l'environnent, Louis se remet tranquillement
-sa lecture. A huit heures et demie, prvenu que son souper est prt,
-il dit aux commissaires: Ma famille ne descendra-t-elle pas? Point
-de rponse. Mais au moins, ajoute-t-il, mon fils passera la nuit chez
-moi, son lit et ses effets sont ici. Mme silence. En se levant de
-table, Louis insiste de nouveau sur le dsir de voir sa famille; on
-lui rpond qu'on attend la dcision de la Convention. Clry donne
-alors ce qui est ncessaire pour le coucher de l'enfant. Le Roi se
-coucha la mme heure et avec le mme calme que de coutume.</p>
-
-<p>La mme tranquillit tait loin de rgner au troisime tage: la Reine
-avait donn son lit son fils, et resta toute la nuit debout, dans
+<p>La crainte d'être surpris par un commissaire mit fin à cet entretien,
+le plus long et le plus libre que Madame Élisabeth ait eu avec le
+serviteur de son frère. Elle rejoignit la Reine. Tison dit alors à
+Cléry: «Vous n'êtes jamais resté si longtemps avec Élisabeth; il est à
+craindre que le municipal ne s'en soit aperçu.&mdash;Il n'y a rien à
+craindre, répondit nonchalamment Cléry; Madame Élisabeth me parlait de
+son neveu, lequel probablement demeurera désormais auprès de sa mère.»
+Un instant après, Cléry, rentré chez Marie-Antoinette, était informé
+par un regard de cette princesse qu'elle était déjà instruite des
+arrangements concertés.</p>
+
+<p>A six heures, le conseil du Temple manda Cléry, et lui fit lecture
+d'un arrêté de la Commune lui interdisant toute communication avec la
+femme, la s&oelig;ur et les enfants de Capet durant le procès.</p>
+
+<p>A six heures et demie, Louis XVI, escorté comme à son départ, revint à
+la Tour. Il demande aussitôt qu'on le conduise auprès de sa famille,
+on s'y refuse. Il insiste pour <span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> que du moins on la prévienne de
+son retour; on lui promet que son désir sur ce point sera satisfait.
+La Reine, instruite sur-le-champ de son arrivée, demande à le voir;
+les commissaires répondent qu'ils n'ont pas le droit d'y consentir.
+Elle le fait demander au maire, qui n'a point encore quitté la salle
+du Conseil; Chambon ne donne aucune réponse.</p>
+
+<p>Après les agitations de cette journée, et malgré l'obsession des
+quatre municipaux qui l'environnent, Louis se remet tranquillement à
+sa lecture. A huit heures et demie, prévenu que son souper est prêt,
+il dit aux commissaires: «Ma famille ne descendra-t-elle pas?» Point
+de réponse. «Mais au moins, ajoute-t-il, mon fils passera la nuit chez
+moi, son lit et ses effets sont ici.» Même silence. En se levant de
+table, Louis insiste de nouveau sur le désir de voir sa famille; on
+lui répond qu'on attend la décision de la Convention. Cléry donne
+alors ce qui est nécessaire pour le coucher de l'enfant. Le Roi se
+coucha à la même heure et avec le même calme que de coutume.</p>
+
+<p>La même tranquillité était loin de régner au troisième étage: la Reine
+avait donné son lit à son fils, et resta toute la nuit debout, dans
une douleur si morne que sa fille et sa s&oelig;ur ne voulaient pas la
-quitter; mais elle les fora de rentrer chez elles en les conjurant de
-se coucher<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36" title="Go to footnote 36"><span class="smaller">[36]</span></a>, ce qu'elles firent. Marie-Thrse seule s'endormit
-bientt: heureux ge o le sommeil a encore plus d'empire que la
+quitter; mais elle les força de rentrer chez elles en les conjurant de
+se coucher<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36" title="Go to footnote 36"><span class="smaller">[36]</span></a>, ce qu'elles firent. Marie-Thérèse seule s'endormit
+bientôt: heureux âge où le sommeil a encore plus d'empire que la
douleur!</p>
-<p>Le lendemain 12 dcembre, la famille spare demanda encore se
-revoir. Mais on lui rpondit encore qu'on attendait les ordres de la
-Convention. Dans la journe, une dputation de l'Assemble apporta au
-Temple le dcret qui autorisait Louis XVI prendre un conseil. Le
-Prince dsigna Target, un des principaux rdacteurs de la
-Constitution, son dfaut Tronchet, et les deux s'il lui tait
-permis <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> de les prendre. Il ajouta qu'il serait ncessaire qu'on
-lui fournt de l'encre, du papier et des plumes. Les dputs firent
-leur rapport la Convention, qui chargea immdiatement le ministre de
-la justice de transmettre Target et Tronchet le choix que Louis
-avait fait d'eux pour le dfendre, ordonna que les municipaux de
+<p>Le lendemain 12 décembre, la famille séparée demanda encore à se
+revoir. Mais on lui répondit encore qu'on attendait les ordres de la
+Convention. Dans la journée, une députation de l'Assemblée apporta au
+Temple le décret qui autorisait Louis XVI à prendre un conseil. Le
+Prince désigna Target, un des principaux rédacteurs de la
+Constitution, à son défaut Tronchet, et les deux s'il lui était
+permis <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> de les prendre. Il ajouta qu'il serait nécessaire qu'on
+lui fournît de l'encre, du papier et des plumes. Les députés firent
+leur rapport à la Convention, qui chargea immédiatement le ministre de
+la justice de transmettre à Target et à Tronchet le choix que Louis
+avait fait d'eux pour le défendre, ordonna que les municipaux de
service au Temple les laisseraient communiquer librement avec
-l'accus, et fourniraient celui-ci de l'encre, des plumes et du
-papier. Le jeudi 13, au matin, la dputation revint la Tour, et
+l'accusé, et fourniraient à celui-ci de l'encre, des plumes et du
+papier. Le jeudi 13, au matin, la députation revint à la Tour, et
apprit au Roi le refus de Target, qui se trouvait, disait-il, par
-l'tat d'puisement de sa sant, dans l'impossibilit d'accepter une
-tche qui aurait rclam toutes ses forces<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37" title="Go to footnote 37"><span class="smaller">[37]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> Elle lui dit
-qu'on avait envoy chercher M. Tronchet sa campagne de Palaiseau, et
-qu'on l'attendait dans la journe; puis elle lui donna lecture de
-plusieurs lettres adresses la Convention, et qui toutes
+l'état d'épuisement de sa santé, dans l'impossibilité d'accepter une
+tâche qui aurait réclamé toutes ses forces<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37" title="Go to footnote 37"><span class="smaller">[37]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> Elle lui dit
+qu'on avait envoyé chercher M. Tronchet à sa campagne de Palaiseau, et
+qu'on l'attendait dans la journée; puis elle lui donna lecture de
+plusieurs lettres adressées à la Convention, et qui toutes
sollicitaient l'honneur que Target venait de refuser. Une de ces
-lettres tait de M. de Malesherbes<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38" title="Go to footnote 38"><span class="smaller">[38]</span></a>. Une foule de Franais se
-prsentaient, sollicitant aussi la gloire de dfendre un prince
-malheureux. Un grand nombre de ptitions arrivaient de tous les points
+lettres était de M. de Malesherbes<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38" title="Go to footnote 38"><span class="smaller">[38]</span></a>. Une foule de Français se
+présentaient, sollicitant aussi la gloire de défendre un prince
+malheureux. Un grand nombre de pétitions arrivaient de tous les points
de la France.</p>
-<p>Je suis sensible aux offres que me font ces personnes de me servir de
-conseil, rpondit Louis XVI, et je vous prie de leur en tmoigner ma
+<p>«Je suis sensible aux offres que me font ces personnes de me servir de
+conseil, répondit Louis XVI, et je vous prie de leur en témoigner ma
reconnoissance. J'accepte M. de Malesherbes pour mon conseil. Si M.
-Tronchet ne peut me prter ses services, je me concerterai avec M. de
-Malesherbes pour en choisir un autre.</p>
+Tronchet ne peut me prêter ses services, je me concerterai avec M. de
+Malesherbes pour en choisir un autre.»</p>
-<p>Le Roi signa le procs-verbal de son acceptation, et le remit aux
-dputs.</p>
+<p>Le Roi signa le procès-verbal de son acceptation, et le remit aux
+députés.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> Dans la matine du 14 dcembre, Tronchet se prsenta au
-Temple. Arrt, selon la consigne, dans le palais qui spare la cour
-du jardin, il attendit que les commissaires vinssent l'y reconnatre.
-Conduit par eux dans la salle du Conseil, il y fut fouill, puis il
+<p><span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> Dans la matinée du 14 décembre, Tronchet se présenta au
+Temple. Arrêté, selon la consigne, dans le palais qui sépare la cour
+du jardin, il attendit que les commissaires vinssent l'y reconnaître.
+Conduit par eux dans la salle du Conseil, il y fut fouillé, puis il
fut introduit dans la chambre de Louis XVI, comme le permettait le
-dcret. En prsence du jurisconsulte, le Prince se sentant appuy sur
-son droit, rclama avec force la facult de voir sa famille. N'osant
+décret. En présence du jurisconsulte, le Prince se sentant appuyé sur
+son droit, réclama avec force la faculté de voir sa famille. N'osant
ni accueillir ni repousser cette demande, le conseil du Temple en
-rfra au conseil gnral de la Commune.</p>
+référa au conseil général de la Commune.</p>
-<p>Dans la mme journe, Malesherbes fut aussi introduit, non sans avoir
-subi les formalits acerbes qui n'pargnaient personne. Ah! c'est
+<p>Dans la même journée, Malesherbes fut aussi introduit, non sans avoir
+subi les formalités acerbes qui n'épargnaient personne. «Ah! c'est
vous, mon ami? lui dit Louis XVI en le serrant dans ses bras et en le
faisant entrer dans la tourelle; vous venez m'aider de vos conseils;
vous ne craignez pas d'exposer votre vie pour sauver la mienne; mais
tout sera inutile!&mdash;Non, Sire, je n'expose point ma vie, et je veux
-croire que celle de Votre Majest ne court aucun danger. Sa cause est
-si juste et ses moyens de dfense si puissants!&mdash;Si! si! ils me feront
-prir; mais ce sera gagner ma cause que de laisser une mmoire sans
-tache. Ma s&oelig;ur, continua-t-il, m'a donn le nom et la demeure d'un
-prtre inserment qui pourrait m'assister dans mes derniers moments.
+croire que celle de Votre Majesté ne court aucun danger. Sa cause est
+si juste et ses moyens de défense si puissants!&mdash;Si! si! ils me feront
+périr; mais ce sera gagner ma cause que de laisser une mémoire sans
+tache. Ma s&oelig;ur, continua-t-il, m'a donné le nom et la demeure d'un
+prêtre insermenté qui pourrait m'assister dans mes derniers moments.
Je vous prie de l'aller trouver de ma part, de lui remettre ce mot, et
-de le disposer m'accorder ses secours. C'est une trange commission
+de le disposer à m'accorder ses secours. C'est une étrange commission
pour un philosophe, n'est-ce pas? Ah! mon ami, combien je vous
souhaiterais de penser comme moi! La religion instruit et console tout
autrement que la philosophie.&mdash;Sire, cette commission n'a rien de si
-press, rpondit Malesherbes.&mdash;Rien ne l'est davantage pour moi,
+pressé, répondit Malesherbes.&mdash;Rien ne l'est davantage pour moi,»
reprit le Roi. Le billet portait cette adresse: <em>A monsieur Edgeworth
-de Firmont, aux Rcollets, Paris</em>.</p>
-
-<p>Les deux dfenseurs de Louis crivirent la Convention <span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> pour
-rclamer la communication des chefs d'accusation. Ds le lendemain,
-l'Assemble, sur le rapport de sa commission des vingt et un, dcrta
-que quatre membres de cette commission, nomms par elle-mme, se
-transporteraient sur-le-champ au Temple, remettraient Louis les
-copies collationnes des pices probantes de ses crimes, en
-dresseraient procs-verbal, puis placeraient sous ses yeux les
-originaux des pices qui ne lui avaient point t prsentes la
-barre, et constateraient s'il les a reconnues.</p>
-
-<p>Dans cette mme journe, la Convention s'occupa aussi de la demande
+de Firmont, aux Récollets, à Paris</em>.</p>
+
+<p>Les deux défenseurs de Louis écrivirent à la Convention <span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> pour
+réclamer la communication des chefs d'accusation. Dès le lendemain,
+l'Assemblée, sur le rapport de sa commission des vingt et un, décréta
+que quatre membres de cette commission, nommés par elle-même, «se
+transporteraient sur-le-champ au Temple, remettraient à Louis les
+copies collationnées des pièces probantes de ses crimes, en
+dresseraient procès-verbal, puis placeraient sous ses yeux les
+originaux des pièces qui ne lui avaient point été présentées à la
+barre, et constateraient s'il les a reconnues.»</p>
+
+<p>Dans cette même journée, la Convention s'occupa aussi de la demande
qu'avait faite le Roi de communiquer avec sa famille. L'autorisation
-fut d'abord accorde sans restriction; Tallien prtendit que la
-Commune de Paris ne se prterait point l'excution d'un tel dcret.
-L'Assemble se sentit blesse par cette observation injurieuse, et
-ordonna que son auteur serait censur et inscrit nominativement au
-procs-verbal<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39" title="Go to footnote 39"><span class="smaller">[39]</span></a>. Cependant l'autorisation dj donne fut combattue
-de nouveau; un moyen terme, qui tait un refus dguis, fut adopt, et
-vers une heure, le dcret suivant fut apport la Tour: La
-Convention nationale dcrte que Louis Capet pourra voir ses enfants,
-lesquels ne pourront, jusqu' jugement dfinitif, communiquer avec
-leur mre ni avec leur tante. Louis XVI dit Clry: Vous voyez dans
-quelle cruelle alternative ils me placent! Je ne puis me rsoudre
+fut d'abord accordée sans restriction; Tallien prétendit que la
+Commune de Paris ne se prêterait point à l'exécution d'un tel décret.
+L'Assemblée se sentit blessée par cette observation injurieuse, et
+ordonna que son auteur serait censuré et inscrit nominativement au
+procès-verbal<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39" title="Go to footnote 39"><span class="smaller">[39]</span></a>. Cependant l'autorisation déjà donnée fut combattue
+de nouveau; un moyen terme, qui était un refus déguisé, fut adopté, et
+vers une heure, le décret suivant fut apporté à la Tour: «La
+Convention nationale décrète que Louis Capet pourra voir ses enfants,
+lesquels ne pourront, jusqu'à jugement définitif, communiquer avec
+leur mère ni avec leur tante.» Louis XVI dit à Cléry: «Vous voyez dans
+quelle cruelle alternative ils me placent! Je ne puis me résoudre à
garder mes enfants avec moi: pour ma fille, cela est impossible, et
-pour mon fils, je sens tout le chagrin que la Reine en prouverait; il
-faut donc consentir ce nouveau sacrifice. Ainsi, faites transporter
-son lit dans la chambre de sa mre.</p>
+pour mon fils, je sens tout le chagrin que la Reine en éprouverait; il
+faut donc consentir à ce nouveau sacrifice. Ainsi, faites transporter
+son lit dans la chambre de sa mère.»</p>
-<p>L'ordre gnreux du Roi fut excut sur-le-champ. Le jeune Prince
-avait pass les trois dernires nuits couch sur un matelas. Clry
+<p>L'ordre généreux du Roi fut exécuté sur-le-champ. Le jeune Prince
+avait passé les trois dernières nuits couché sur un matelas. Cléry
garda ses habits et son linge, et tous <span class="pagenum"><a id="page79" name="page79"></a>(p. 79)</span> les deux jours il
-envoyait ce qui lui tait ncessaire, selon les conventions secrtes
-arrtes avec Madame lisabeth.</p>
-
-<p>La dputation de la commission des vingt et un, dont nous avons parl,
-arriva au Temple vers trois heures et demie de l'aprs-midi. Elle
-tait compose de Borie, Dufriche-Valaz, Poulain-Grandprey et Cochon,
-et accompagne de Gauthier, employ au bureau des procs-verbaux de la
-Convention, nomm secrtaire de la commission; de Varennes, huissier
-de la Convention, et de Devaux, marchal des logis des grenadiers de
-la gendarmerie nationale, commandant l'escorte des dputs. Les
-municipaux vinrent vrifier leurs pouvoirs. L'un d'eux, nomm Priac,
-fit quelques difficults pour recevoir Gauthier, Varennes et Devaux.
-Le dcret, dit-il, ne fait pas mention d'eux, et nous ne pouvons
-lgalement les laisser entrer dans la Tour. Cet obstacle lev par les
-autres membres de la Commune, la dputation elle-mme pntra avec son
-entourage dans l'appartement de Louis XVI. Tronchet tait prs de ce
-prince. Borie annona l'objet de la mission dont ses collgues et lui
-taient chargs. La grande table de l'antichambre fut dresse au
-milieu de la chambre du Roi; on y plaa toutes les pices du procs.
-Chacun prit place l'entour: les conventionnels d'un ct, et de
-l'autre Louis XVI et son dfenseur. Les deux commissaires de service
-s'assirent aussi dans la chambre; l'un d'eux tait Mercereau, qui,
-aprs avoir travaill quelque temps au Temple comme tailleur de
-pierre, y apparaissait cette fois comme membre du conseil gnral de
+envoyait ce qui lui était nécessaire, selon les conventions secrètes
+arrêtées avec Madame Élisabeth.</p>
+
+<p>La députation de la commission des vingt et un, dont nous avons parlé,
+arriva au Temple vers trois heures et demie de l'après-midi. Elle
+était composée de Borie, Dufriche-Valazé, Poulain-Grandprey et Cochon,
+et accompagnée de Gauthier, employé au bureau des procès-verbaux de la
+Convention, nommé secrétaire de la commission; de Varennes, huissier
+de la Convention, et de Devaux, maréchal des logis des grenadiers de
+la gendarmerie nationale, commandant l'escorte des députés. Les
+municipaux vinrent vérifier leurs pouvoirs. L'un d'eux, nommé Périac,
+fit quelques difficultés pour recevoir Gauthier, Varennes et Devaux.
+«Le décret, dit-il, ne fait pas mention d'eux, et nous ne pouvons
+légalement les laisser entrer dans la Tour.» Cet obstacle levé par les
+autres membres de la Commune, la députation elle-même pénétra avec son
+entourage dans l'appartement de Louis XVI. Tronchet était près de ce
+prince. Borie annonça l'objet de la mission dont ses collègues et lui
+étaient chargés. La grande table de l'antichambre fut dressée au
+milieu de la chambre du Roi; on y plaça toutes les pièces du procès.
+Chacun prit place à l'entour: les conventionnels d'un côté, et de
+l'autre Louis XVI et son défenseur. Les deux commissaires de service
+s'assirent aussi dans la chambre; l'un d'eux était Mercereau, qui,
+après avoir travaillé quelque temps au Temple comme tailleur de
+pierre, y apparaissait cette fois comme membre du conseil général de
la Commune.</p>
-<p>Conformment aux dispositions du dcret, copie fut remise au Roi des
-pices qu'on lui avait dj communiques la barre, ainsi qu'une
-copie de l'inventaire nonciatif de ces pices. Toutes furent
-successivement cotes, puis ensuite parafes par Louis XVI et par deux
+<p>Conformément aux dispositions du décret, copie fut remise au Roi des
+pièces qu'on lui avait déjà communiquées à la barre, ainsi qu'une
+copie de l'inventaire énonciatif de ces pièces. Toutes furent
+successivement cotées, puis ensuite parafées par Louis XVI et par deux
membres de la commission, Grandprey et Cochon. Le parafe du Roi
-<span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span> n'tait autre que la lettre L majuscule. On lui communiqua
-ensuite les originaux des pices qui ne lui avaient point t
-prsentes la barre, et qui se trouvaient comprises en un second
-inventaire au nombre de cent sept; Gauthier, secrtaire de la
-commission, en donnait lecture; Valaz demandait au Roi: Avez-vous
-connaissance, etc.? Louis XVI rpondait ordinairement oui ou non,
-sans autre explication. Borie les prsentait sa signature, ainsi que
+<span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span> n'était autre que la lettre L majuscule. On lui communiqua
+ensuite les originaux des pièces qui ne lui avaient point été
+présentées à la barre, et qui se trouvaient comprises en un second
+inventaire au nombre de cent sept; Gauthier, secrétaire de la
+commission, en donnait lecture; Valazé demandait au Roi: «Avez-vous
+connaissance, etc.?» Louis XVI répondait ordinairement oui ou non,
+sans autre explication. Borie les présentait à sa signature, ainsi que
la copie que chaque fois Grandprey proposait de lui lire, et dont
Louis le dispensait toujours. Cochon faisait l'appel par liasse et par
-numro, et le secrtaire les enregistrait mesure qu'elles taient
+numéro, et le secrétaire les enregistrait à mesure qu'elles étaient
remises au Roi.</p>
-<p>Cette opration, commence avant quatre heures, ne touchait pas encore
- son terme, lorsqu' neuf heures et demie Louis XVI interrompit la
-sance pour demander aux dputs s'ils voulaient souper. Ils
-acceptrent. Clry leur fit aussitt servir une volaille froide et
-quelques fruits dans la salle manger. Tronchet ne voulut rien
+<p>Cette opération, commencée avant quatre heures, ne touchait pas encore
+à son terme, lorsqu'à neuf heures et demie Louis XVI interrompit la
+séance pour demander aux députés s'ils voulaient souper. Ils
+acceptèrent. Cléry leur fit aussitôt servir une volaille froide et
+quelques fruits dans la salle à manger. Tronchet ne voulut rien
prendre, et demeura avec le Roi dans sa chambre. La Convention avait
-beau faire: la majest du Roi survivait dans l'abaissement de
-l'accus. O avait-on vu avant cela un prvenu s'occupant des
-reprsentants de ses accusateurs comme un hte s'occupe de ses
-invits, et veillant ce que rien ne manqut ceux qui s'occupaient
-de prparer son arrt de mort?</p>
-
-<p>Aprs le souper, l'interrogatoire du royal accus fut repris.
-Quelques-unes des liasses qu'on plaait sous ses yeux (entre autres
-les numros 18 et 53) contenaient des projets de constitution
-apostills de sa main; plusieurs autres pices (cotes 5, 6, 22, 31,
-78) taient galement annotes par lui, tantt avec de l'encre, tantt
-au crayon; la lettre cote 30, adresse M. de Bouill, tait tout
-entire de son criture<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40" title="Go to footnote 40"><span class="smaller">[40]</span></a>; calme et presque distrait, il recevait
-<span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span> toutes ces pices <em>comme un grand seigneur reoit les comptes
-de son intendant</em><a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41" title="Go to footnote 41"><span class="smaller">[41]</span></a>. Minuit sonnait au moment o s'acheva cette
-longue et pnible sance, en laquelle, au fantme froid et hypocrite
-des procdures lgales de la Convention nationale, la royaut dchue
-et accuse n'avait pu opposer que son calme et sa rsignation. La
+beau faire: la majesté du Roi survivait dans l'abaissement de
+l'accusé. Où avait-on vu avant cela un prévenu s'occupant des
+représentants de ses accusateurs comme un hôte s'occupe de ses
+invités, et veillant à ce que rien ne manquât à ceux qui s'occupaient
+de préparer son arrêt de mort?</p>
+
+<p>Après le souper, l'interrogatoire du royal accusé fut repris.
+Quelques-unes des liasses qu'on plaçait sous ses yeux (entre autres
+les numéros 18 et 53) contenaient des projets de constitution
+apostillés de sa main; plusieurs autres pièces (cotées 5, 6, 22, 31,
+78) étaient également annotées par lui, tantôt avec de l'encre, tantôt
+au crayon; la lettre cotée 30, adressée à M. de Bouillé, était tout
+entière de son écriture<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40" title="Go to footnote 40"><span class="smaller">[40]</span></a>; calme et presque distrait, il recevait
+<span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span> toutes ces pièces <em>comme un grand seigneur reçoit les comptes
+de son intendant</em><a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41" title="Go to footnote 41"><span class="smaller">[41]</span></a>. Minuit sonnait au moment où s'acheva cette
+longue et pénible séance, en laquelle, au fantôme froid et hypocrite
+des procédures légales de la Convention nationale, la royauté déchue
+et accusée n'avait pu opposer que son calme et sa résignation. La
commission sortit. Louis prit quelque nourriture, et sans se plaindre
-de la fatigue qu'il avait prouve, il demanda Clry si l'on avait
-retard le souper de sa famille. Sur sa rponse ngative: J'aurais
-craint que ce retard n'et inquit la Reine et ma s&oelig;ur, dit-il;
-puis il fit sa prire, se coucha, et s'endormit.</p>
-
-<p>Malesherbes et Tronchet s'effrayaient, si ce n'est de la gravit, du
-moins du nombre des pices d'accusation qu'il leur faudrait rfuter
-une une; ils s'effrayaient davantage en rflchissant que la
-Convention avait dcrt qu'elle entendrait pour la dernire fois
-l'accus le 26 dcembre. Le Roi d'ailleurs s'opposait absolument ce
-qu'ils sollicitassent aucun dlai. Malesherbes le premier, craignant
-d'tre vaincu par le temps ou trahi par sa propre force, songea
-rclamer le concours d'un jeune avocat qui s'tait fait un nom
-brillant au barreau de Paris; il proposa M. de Sze son collgue, et
-tous deux le proposrent Louis XVI. Le Prince ne connaissait M. de
-Sze que de rputation. Faites, dit-il en souriant: les mdecins
+de la fatigue qu'il avait éprouvée, il demanda à Cléry si l'on avait
+retardé le souper de sa famille. Sur sa réponse négative: «J'aurais
+craint que ce retard n'eût inquiété la Reine et ma s&oelig;ur», dit-il;
+puis il fit sa prière, se coucha, et s'endormit.</p>
+
+<p>Malesherbes et Tronchet s'effrayaient, si ce n'est de la gravité, du
+moins du nombre des pièces d'accusation qu'il leur faudrait réfuter
+une à une; ils s'effrayaient davantage en réfléchissant que la
+Convention avait décrété qu'elle entendrait pour la dernière fois
+l'accusé le 26 décembre. Le Roi d'ailleurs s'opposait absolument à ce
+qu'ils sollicitassent aucun délai. Malesherbes le premier, craignant
+d'être vaincu par le temps ou trahi par sa propre force, songea à
+réclamer le concours d'un jeune avocat qui s'était fait un nom
+brillant au barreau de Paris; il proposa M. de Sèze à son collègue, et
+tous deux le proposèrent à Louis XVI. Le Prince ne connaissait M. de
+Sèze que de réputation. «Faites, dit-il en souriant: les médecins
s'assemblent nombreux quand le danger est grand. Vous me prouvez que
-la maladie est de la dernire gravit; je vous montrerai, moi, que je
-suis bon malade. Ses conseils demandrent donc l'Assemble que, vu
-la brivet du dlai accord, M. de Sze leur ft adjoint dans la
-dfense qui leur tait confie. Leur proposition fut accueillie dans
-la sance du lundi 17 dcembre. Le jour mme, vers les cinq heures du
-soir, les trois dfenseurs vinrent au Temple, et depuis ce jour
-<span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> jusqu'au 26 dcembre, ils virent rgulirement le Roi tous les
-trois. Ce malheureux Prince se sentait encourag par leur zle et leur
-dvouement; mais le fond de sa pense tait demeur le mme. Un jour,
-il prit part M. de Malesherbes, et lui rappela que, ds leur
-premire entrevue, il l'avait charg d'une ngociation qui
-l'intressait vivement. Si je n'ai pas cru, dit Malesherbes, rendre
-plus tt compte au Roi de ma mission, je me suis toutefois conform
-ses ordres. M. Edgeworth ne demeure point aux Rcollets; il a un
-pied--terre rue du Bac, mais depuis le mois de septembre il habite
+la maladie est de la dernière gravité; je vous montrerai, moi, que je
+suis bon malade.» Ses conseils demandèrent donc à l'Assemblée que, vu
+la brièveté du délai accordé, M. de Sèze leur fût adjoint dans la
+défense qui leur était confiée. Leur proposition fut accueillie dans
+la séance du lundi 17 décembre. Le jour même, vers les cinq heures du
+soir, les trois défenseurs vinrent au Temple, et depuis ce jour
+<span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> jusqu'au 26 décembre, ils virent régulièrement le Roi tous les
+trois. Ce malheureux Prince se sentait encouragé par leur zèle et leur
+dévouement; mais le fond de sa pensée était demeuré le même. Un jour,
+il prit à part M. de Malesherbes, et lui rappela que, dès leur
+première entrevue, il l'avait chargé d'une négociation qui
+l'intéressait vivement. «Si je n'ai pas cru, dit Malesherbes, rendre
+plus tôt compte au Roi de ma mission, je me suis toutefois conformé à
+ses ordres. M. Edgeworth ne demeure point aux Récollets; il a un
+pied-à-terre rue du Bac, mais depuis le mois de septembre il habite
Choisy-le-Roy. Ne le connaissant point personnellement, je lui donnai
-rendez-vous chez madame de Snozan, ma s&oelig;ur. L, Sire, je lui ai
-remis votre message, qui et t sans doute une invitation pressante
-pour tout autre, mais qui tait et qui est rest un ordre pour un tel
-homme. Il espre comme moi que la perversit humaine n'exigera jamais
-qu'il ait vous donner une aussi cruelle preuve de dvouement. Il m'a
-charg de mettre vos pieds tout ce que lui dictait dans une
-circonstance si pnible un c&oelig;ur fltri par la
-douleur.&mdash;Remerciez-le de ma part, rpondit Louis XVI, et priez-le de
-ne pas quitter Paris dans ce moment.</p>
-
-<p>Cependant Clry avait trouv le moyen de faire arriver par Turgy des
-nouvelles du Roi Madame lisabeth. Il fut lui-mme, dans la journe
+rendez-vous chez madame de Sénozan, ma s&oelig;ur. Là, Sire, je lui ai
+remis votre message, qui eût été sans doute une invitation pressante
+pour tout autre, mais qui était et qui est resté un ordre pour un tel
+homme. Il espère comme moi que la perversité humaine n'exigera jamais
+qu'il ait à vous donner une aussi cruelle preuve de dévouement. Il m'a
+chargé de mettre à vos pieds tout ce que lui dictait dans une
+circonstance si pénible un c&oelig;ur flétri par la
+douleur.&mdash;Remerciez-le de ma part, répondit Louis XVI, et priez-le de
+ne pas quitter Paris dans ce moment.»</p>
+
+<p>Cependant Cléry avait trouvé le moyen de faire arriver par Turgy des
+nouvelles du Roi à Madame Élisabeth. Il fut lui-même, dans la journée
du 17, averti par Turgy que cette princesse, en lui remettant sa
-serviette aprs le dner, lui avait gliss dans la main un billet
-crit avec des piqres d'pingle, par lequel elle suppliait le Roi de
-lui crire un mot de sa main. Clry remit au Roi son coucher ce
-billet de Madame lisabeth. Possesseur de papier et d'encre depuis le
-commencement de son procs, Louis, ds le lendemain matin, crivit
-sa s&oelig;ur une lettre qu'il remit dcachete Clry. Il n'y a rien
-l qui puisse vous compromettre, lui dit-il, prenez-en lecture. Le
-discret serviteur <span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> se permit sur ce point de dsobir son
-matre, et remit la lettre Turgy. Celui-ci rapporta la rponse dans
-un peloton de fil qu'il fit rouler sous le lit de Clry en passant
-prs de la porte de sa chambre. Ce mode de correspondance, inaugur
-ainsi, continua. Louis remettait des billets Clry, Clry les
-revtait de fil, de coton ou de laine, et les dposait dans l'armoire
-o taient les assiettes pour le service de la table; Turgy presque
-immdiatement allait les prendre et les remettait Madame lisabeth.
-Moins observ que son camarade, Turgy, pour lui faire parvenir les
-rponses, avait recours diffrents moyens; mais Clry en inventa un
-qui remdia bien des difficults et pargna bien des prils. La
-bougie fournie pour le service du Roi tait livre en paquets ficels;
-Clry conserva la ficelle, et lorsqu'il en eut une assez grande
-quantit, il annona son matre qu'il pouvait l'avenir rendre sa
-correspondance plus active. La fentre de la chambre de Madame
-lisabeth rpondait perpendiculairement la fentre du petit corridor
-qui communiquait de la chambre de Louis XVI celle de Clry. En
-attachant les lettres une ficelle, Madame lisabeth pouvait donc les
-laisser glisser de sa croise celle de l'tage infrieur;
-l'abat-jour en forme de hotte plac la fentre du corridor ne
-permettait pas de craindre que le message pt tomber dans le jardin;
-la ficelle qui descendrait la lettre pourrait remonter la rponse; on
-pourrait mme, par la mme voie, faire parvenir aux princesses un peu
-de papier et un peu d'encre, ressources dont elles taient prives. La
-grande difficult tait leve: Clry possdait la ficelle! Grce aux
-intelligences entre lui et Turgy, Madame lisabeth fut bientt
-instruite du nouveau mode de correspondance qui avait t imagin.
-Elle fut mise en possession de la ficelle, et, dans la matine du 20
-dcembre, elle avertit Louis XVI qu'elle en ferait usage huit
-heures du soir. C'est ainsi que le gnie de la captivit <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span>
-inspirait aux membres infortuns de cette famille auguste les moyens
+serviette après le dîner, lui avait glissé dans la main un billet
+écrit avec des piqûres d'épingle, par lequel elle suppliait le Roi de
+lui écrire un mot de sa main. Cléry remit au Roi à son coucher ce
+billet de Madame Élisabeth. Possesseur de papier et d'encre depuis le
+commencement de son procès, Louis, dès le lendemain matin, écrivit à
+sa s&oelig;ur une lettre qu'il remit décachetée à Cléry. «Il n'y a rien
+là qui puisse vous compromettre, lui dit-il, prenez-en lecture.» Le
+discret serviteur <span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> se permit sur ce point de désobéir à son
+maître, et remit la lettre à Turgy. Celui-ci rapporta la réponse dans
+un peloton de fil qu'il fit rouler sous le lit de Cléry en passant
+près de la porte de sa chambre. Ce mode de correspondance, inauguré
+ainsi, continua. Louis remettait des billets à Cléry, Cléry les
+revêtait de fil, de coton ou de laine, et les déposait dans l'armoire
+où étaient les assiettes pour le service de la table; Turgy presque
+immédiatement allait les prendre et les remettait à Madame Élisabeth.
+Moins observé que son camarade, Turgy, pour lui faire parvenir les
+réponses, avait recours à différents moyens; mais Cléry en inventa un
+qui remédia à bien des difficultés et épargna bien des périls. La
+bougie fournie pour le service du Roi était livrée en paquets ficelés;
+Cléry conserva la ficelle, et lorsqu'il en eut une assez grande
+quantité, il annonça à son maître qu'il pouvait à l'avenir rendre sa
+correspondance plus active. La fenêtre de la chambre de Madame
+Élisabeth répondait perpendiculairement à la fenêtre du petit corridor
+qui communiquait de la chambre de Louis XVI à celle de Cléry. En
+attachant les lettres à une ficelle, Madame Élisabeth pouvait donc les
+laisser glisser de sa croisée à celle de l'étage inférieur;
+l'abat-jour en forme de hotte placé à la fenêtre du corridor ne
+permettait pas de craindre que le message pût tomber dans le jardin;
+la ficelle qui descendrait la lettre pourrait remonter la réponse; on
+pourrait même, par la même voie, faire parvenir aux princesses un peu
+de papier et un peu d'encre, ressources dont elles étaient privées. La
+grande difficulté était levée: Cléry possédait la ficelle! Grâce aux
+intelligences entre lui et Turgy, Madame Élisabeth fut bientôt
+instruite du nouveau mode de correspondance qui avait été imaginé.
+Elle fut mise en possession de la ficelle, et, dans la matinée du 20
+décembre, elle avertit Louis XVI qu'elle en ferait usage à huit
+heures du soir. C'est ainsi que le génie de la captivité <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span>
+inspirait aux membres infortunés de cette famille auguste les moyens
de triompher de la surveillance haineuse qui croyait avoir rendu toute
communication entre eux impossible.</p>
-<p>Ce jour-l, quatre heures et demie, la dputation de la commission
-des vingt et un, qui s'tait prsente au Temple cinq jours
-auparavant, fut de nouveau introduite auprs de Louis, s'installa
-comme la premire fois autour d'une table, et donna lecture ce
-Prince de cinquante et une nouvelles pices qu'il signa et parafa
-comme les prcdentes. Ce travail dura une heure. Les membres de la
-commission et les dfenseurs de Louis se rencontrrent au pied de la
-Tour. Descendus avec les uns, Mathey et un municipal remontrent avec
+<p>Ce jour-là, à quatre heures et demie, la députation de la commission
+des vingt et un, qui s'était présentée au Temple cinq jours
+auparavant, fut de nouveau introduite auprès de Louis, s'installa
+comme la première fois autour d'une table, et donna lecture à ce
+Prince de cinquante et une nouvelles pièces qu'il signa et parafa
+comme les précédentes. Ce travail dura une heure. Les membres de la
+commission et les défenseurs de Louis se rencontrèrent au pied de la
+Tour. Descendus avec les uns, Mathey et un municipal remontèrent avec
les autres. Les affaires dont ses conseils devaient l'entretenir ne
-faisaient point oublier au Roi l'avis qu'il avait reu de sa s&oelig;ur.
-De son ct, Clry avait tout dispos: il avait ferm la porte de sa
-chambre et celle du corridor, et s'tait mis causer tranquillement
-dans l'antichambre avec les commissaires de la Commune. Ds que
-l'aiguille marqua huit heures la pendule de sa chemine, Louis XVI
-se leva et sortit un instant: ses dfenseurs ne se doutrent point, en
-le voyant reparatre trois minutes aprs, qu'il venait de recevoir des
-nouvelles de sa famille et de lui transmettre lui-mme les expressions
+faisaient point oublier au Roi l'avis qu'il avait reçu de sa s&oelig;ur.
+De son côté, Cléry avait tout disposé: il avait fermé la porte de sa
+chambre et celle du corridor, et s'était mis à causer tranquillement
+dans l'antichambre avec les commissaires de la Commune. Dès que
+l'aiguille marqua huit heures à la pendule de sa cheminée, Louis XVI
+se leva et sortit un instant: ses défenseurs ne se doutèrent point, en
+le voyant reparaître trois minutes après, qu'il venait de recevoir des
+nouvelles de sa famille et de lui transmettre lui-même les expressions
de sa tendresse.</p>
-<p>Le Roi fit monter par cette poste arienne quelques feuilles de papier
-blanc qui lui revinrent avec de douces consolations. C'tait toujours
- huit heures du soir qu'avait lieu cette correspondance.</p>
+<p>Le Roi fit monter par cette poste aérienne quelques feuilles de papier
+blanc qui lui revinrent avec de douces consolations. C'était toujours
+à huit heures du soir qu'avait lieu cette correspondance.</p>
<p>Louis XVI, depuis quelques jours, souffrait de la longueur de sa
-barbe; Clry s'adressa aux municipaux pour obtenir des rasoirs. De
-leur ct, les princesses demandaient qu'il leur ft prt des ciseaux
+barbe; Cléry s'adressa aux municipaux pour obtenir des rasoirs. De
+leur côté, les princesses demandaient qu'il leur fût prêté des ciseaux
pour se couper les ongles. Le conseil du Temple s'assembla pour
-statuer sur <span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> ces deux requtes, et aprs un long examen, les
-renvoya la dcision de la Commune<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42" title="Go to footnote 42"><span class="smaller">[42]</span></a>. Celle-ci prit la rsolution
+statuer sur <span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> ces deux requêtes, et après un long examen, les
+renvoya à la décision de la Commune<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42" title="Go to footnote 42"><span class="smaller">[42]</span></a>. Celle-ci prit la résolution
suivante:</p>
-<p>Le conseil gnral, considrant que par l'vnement du dcret qui
+<p>«Le conseil général, considérant que par l'événement du décret qui
permet aux conseils de Louis Capet de communiquer librement avec lui,
-le conseil gnral n'est responsable que de l'vasion du prisonnier,
-consent que les rasoirs et les ciseaux demands par les prisonniers
-leur soient accords; arrte en outre que le prsent arrt ainsi
-<span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> que celui pris par les commissaires du Temple seront envoys
-la Convention.</p>
-
-<p>Par suite de cet arrt, le conseil du Temple confia deux rasoirs
-Louis, la condition de ne s'en servir que sous les yeux de deux
-municipaux, auxquels les rasoirs seraient tout aussitt rendus; il en
-fut de mme pour les ciseaux prts aux princesses.</p>
-
-<p>Nol approchait. Madame lisabeth se proccupait de la manire dont
-cette grande fte serait clbre Paris. Le lundi soir 24 dcembre,
-Toulan et Lepitre se retrouvrent ensemble de service au Temple. La
-veille de Nol, raconte ce dernier, Chaumette fit arrter que la messe
-de minuit ne seroit point clbre; on lui reprsenta inutilement que
-cette dfense pourroit donner lieu quelque meute; que le peuple
-n'toit pas aussi philosophe que Chaumette et qu'il tenoit encore
-ses anciens usages. On arrta que des officiers municipaux ou des
-membres du conseil se rendroient aux diffrentes paroisses et
-s'opposeraient ce qu'on ouvrt les portes. Qu'arriva-t-il? les
-membres de la Commune furent bafous et battus; la messe fut chante,
+le conseil général n'est responsable que de l'évasion du prisonnier,
+consent que les rasoirs et les ciseaux demandés par les prisonniers
+leur soient accordés; arrête en outre que le présent arrêté ainsi
+<span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> que celui pris par les commissaires du Temple seront envoyés à
+la Convention.»</p>
+
+<p>Par suite de cet arrêté, le conseil du Temple confia deux rasoirs à
+Louis, à la condition de ne s'en servir que sous les yeux de deux
+municipaux, auxquels les rasoirs seraient tout aussitôt rendus; il en
+fut de même pour les ciseaux prêtés aux princesses.</p>
+
+<p>Noël approchait. Madame Élisabeth se préoccupait de la manière dont
+cette grande fête serait célébrée à Paris. Le lundi soir 24 décembre,
+Toulan et Lepitre se retrouvèrent ensemble de service au Temple. «La
+veille de Noël, raconte ce dernier, Chaumette fit arrêter que la messe
+de minuit ne seroit point célébrée; on lui représenta inutilement que
+cette défense pourroit donner lieu à quelque émeute; que le peuple
+n'étoit pas aussi philosophe que Chaumette et qu'il tenoit encore à
+ses anciens usages. On arrêta que des officiers municipaux ou des
+membres du conseil se rendroient aux différentes paroisses et
+s'opposeraient à ce qu'on ouvrît les portes. Qu'arriva-t-il? les
+membres de la Commune furent bafoués et battus; la messe fut chantée,
et Chaumette en devint plus furieux contre la religion et ses
-ministres. Le 25 dcembre, en entrant chez la Reine, je lui avois
-parl de cet arrt de la Commune, dont j'ignorois les suites. Le
-soir, nous vmes arriver Beugniau, matre maon, l'un de mes
-collgues, le visage lgrement balafr. Ce fut lui qui nous raconta
-de quelle manire les femmes de la halle l'avoient accueilli
-Saint-Eustache. Madame lisabeth apprit ces dtails sans tonnement
-et sans chagrin. Il est bon, dit-elle, que le peuple sache que ceux
-qui prtendent le rendre libre ne veulent de libert ni pour sa
-conscience ni pour ses prires.</p>
-
-<p>Le jour de Nol, Louis, rest seul avec lui-mme, crivit son
-testament. Bien que personne n'ignore ces pages de pit, de clmence
+ministres. Le 25 décembre, en entrant chez la Reine, je lui avois
+parlé de cet arrêté de la Commune, dont j'ignorois les suites. Le
+soir, nous vîmes arriver Beugniau, maître maçon, l'un de mes
+collègues, le visage légèrement balafré. Ce fut lui qui nous raconta
+de quelle manière les femmes de la halle l'avoient accueilli à
+Saint-Eustache.» Madame Élisabeth apprit ces détails sans étonnement
+et sans chagrin. «Il est bon, dit-elle, que le peuple sache que ceux
+qui prétendent le rendre libre ne veulent de liberté ni pour sa
+conscience ni pour ses prières.»</p>
+
+<p>Le jour de Noël, Louis, resté seul avec lui-même, écrivit son
+testament. Bien que personne n'ignore ces pages de piété, de clémence
et de tendresse, nous croyons devoir <span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> en reproduire les
-passages qui se rapportent plus directement notre sujet:</p>
+passages qui se rapportent plus directement à notre sujet:</p>
-<p>Je recommande Dieu ma femme, mes enfants, ma s&oelig;ur, mes tantes,
-mes frres, et tous ceux qui me sont attachs par les liens du sang ou
-par quelque autre manire que ce puisse tre. Je prie Dieu
-particulirement de jeter des yeux de misricorde sur ma femme, mes
+<p>«Je recommande à Dieu ma femme, mes enfants, ma s&oelig;ur, mes tantes,
+mes frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou
+par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu
+particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes
enfants et ma s&oelig;ur, qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les
-soutenir par sa grce s'ils viennent me perdre, et tant qu'ils
-resteront dans ce monde prissable.</p>
+soutenir par sa grâce s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils
+resteront dans ce monde périssable.</p>
-<p>Je prie ma s&oelig;ur de vouloir bien continuer sa tendresse mes
-enfants, et de leur tenir lieu de mre s'ils avoient le malheur de
+<p>»Je prie ma s&oelig;ur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes
+enfants, et de leur tenir lieu de mère s'ils avoient le malheur de
perdre la leur.</p>
-<p>Je recommande bien vivement mes enfants, aprs ce qu'ils doivent
+<p>»Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à
Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux,
-soumis et obissants leur mre, et reconnoissants de tous les soins
-et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mmoire de moi, je les
-prie de regarder ma s&oelig;ur comme une seconde mre.</p>
-
-<p>Le mercredi 26 dcembre, le Roi, de peur que le bruit des tambours et
-le mouvement des troupes n'effrayassent sa famille, pria, ds le lever
-du jour, les commissaires de la prvenir qu'il allait tre conduit
-la barre de la Convention nationale. Il tait cinq heures quand la
-voiture et son escorte rentrrent au Temple: la journe avait t
-longue pour les prisonnires. Devinant leur inquitude, Louis, ds
-qu'il fut rentr dans son appartement, prit la plume, et sans doute il
-pensa avec tristesse que les mots qu'il traait avec empressement pour
+soumis et obéissants à leur mère, et reconnoissants de tous les soins
+et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mémoire de moi, je les
+prie de regarder ma s&oelig;ur comme une seconde mère.»</p>
+
+<p>Le mercredi 26 décembre, le Roi, de peur que le bruit des tambours et
+le mouvement des troupes n'effrayassent sa famille, pria, dès le lever
+du jour, les commissaires de la prévenir qu'il allait être conduit à
+la barre de la Convention nationale. Il était cinq heures quand la
+voiture et son escorte rentrèrent au Temple: la journée avait été
+longue pour les prisonnières. Devinant leur inquiétude, Louis, dès
+qu'il fut rentré dans son appartement, prit la plume, et sans doute il
+pensa avec tristesse que les mots qu'il traçait avec empressement pour
les rassurer ne leur parviendraient que trois heures plus tard. Ce ne
-fut en effet qu' huit heures du soir qu'une lettre passait, par un
-fil invisible, du second au troisime tage de la tour.</p>
-
-<p>Le 1<sup>er</sup> janvier 1793, Clry entra avant le jour dans la chambre de
-son matre, et entr'ouvrant les rideaux de son <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> lit, lui
-demanda voix basse la permission de lui prsenter des v&oelig;ux pour
-la fin de ses malheurs. Je reois vos souhaits, lui dit Louis XVI en
-lui tendant une main que Clry baisa et mouilla de ses larmes. Le Roi
+fut en effet qu'à huit heures du soir qu'une lettre passait, par un
+fil invisible, du second au troisième étage de la tour.</p>
+
+<p>Le 1<sup>er</sup> janvier 1793, Cléry entra avant le jour dans la chambre de
+son maître, et entr'ouvrant les rideaux de son <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> lit, lui
+demanda à voix basse la permission de lui présenter des v&oelig;ux pour
+la fin de ses malheurs. «Je reçois vos souhaits», lui dit Louis XVI en
+lui tendant une main que Cléry baisa et mouilla de ses larmes. Le Roi
se leva, poussa la porte entr'ouverte de sa chambre, et pria un
-commissaire d'aller s'informer de sa part de l'tat de la sant de sa
+commissaire d'aller s'informer de sa part de l'état de la santé de sa
famille et de lui transmettre l'expression de ses v&oelig;ux pour la
-nouvelle anne. Les municipaux furent mus de l'accent avec lequel
-taient prononces ces simples paroles, si poignantes dans une telle
-situation. Le municipal charg de cette mission rentra bientt chez le
-Roi. Votre famille, dit-il, vous remercie de vos souhaits, et vous
-adresse les siens.&mdash;Quel jour de nouvelle anne! dit Louis XVI.</p>
-
-<p>La jeune Marie-Thrse tomba malade. Son pre fut inform par la
-correspondance nocturne de sa situation; il s'en inquita assez pour
-ne plus songer sa position personnelle. Dans ses panchements avec
-ses dfenseurs, sa parole, ses penses revenaient sans cesse vers sa
-famille. Au milieu de toutes mes tribulations, disait-il, la
-Providence m'a mnag de tendres consolations; ma vie a d un grand
-charme mes enfants, la Reine et ma s&oelig;ur. Je ne vous parlerai
-point de mes enfants, dj si malheureux..... leur ge!
-continua-t-il avec motion; ni de ma s&oelig;ur, dont la vie n'a t
-qu'affection, dvouement et courage. L'Espagne et le Pimont avaient
-paru dsirer son alliance; la mort de Christine de Saxe, les
-chanoinesses de Remiremont lui offrirent de l'lire abbesse; rien n'a
-pu la sparer de moi; elle s'est attache mes malheurs comme
-d'autres s'taient attachs mes prosprits! Mais je veux vous
+nouvelle année. Les municipaux furent émus de l'accent avec lequel
+étaient prononcées ces simples paroles, si poignantes dans une telle
+situation. Le municipal chargé de cette mission rentra bientôt chez le
+Roi. «Votre famille, dit-il, vous remercie de vos souhaits, et vous
+adresse les siens.&mdash;Quel jour de nouvelle année!» dit Louis XVI.</p>
+
+<p>La jeune Marie-Thérèse tomba malade. Son père fut informé par la
+correspondance nocturne de sa situation; il s'en inquiéta assez pour
+ne plus songer à sa position personnelle. Dans ses épanchements avec
+ses défenseurs, sa parole, ses pensées revenaient sans cesse vers sa
+famille. «Au milieu de toutes mes tribulations, disait-il, la
+Providence m'a ménagé de tendres consolations; ma vie a dû un grand
+charme à mes enfants, à la Reine et à ma s&oelig;ur. Je ne vous parlerai
+point de mes enfants, déjà si malheureux..... à leur âge!
+continua-t-il avec émotion; ni de ma s&oelig;ur, dont la vie n'a été
+qu'affection, dévouement et courage. L'Espagne et le Piémont avaient
+paru désirer son alliance; à la mort de Christine de Saxe, les
+chanoinesses de Remiremont lui offrirent de l'élire abbesse; rien n'a
+pu la séparer de moi; elle s'est attachée à mes malheurs comme
+d'autres s'étaient attachés à mes prospérités! Mais je veux vous
entretenir d'un cruel sujet de peine pour mon c&oelig;ur; c'est de
-l'injustice des Franais pour la Reine.</p>
+l'injustice des Français pour la Reine.»</p>
<p>Alors il expliqua longuement la conduite de cette princesse, qui,
-ennemie de l'tiquette et de la contrainte, avait t juge si
-svrement. Ses manires, ajouta-t-il, nouvelles <span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> la cour,
-se rapprochaient trop de mon got naturel pour que je voulusse les
-contrarier..... D'abord, le public applaudissait l'abandon des
+ennemie de l'étiquette et de la contrainte, avait été jugée si
+sévèrement. «Ses manières, ajouta-t-il, nouvelles <span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> à la cour,
+se rapprochaient trop de mon goût naturel pour que je voulusse les
+contrarier..... D'abord, le public applaudissait à l'abandon des
anciens usages; ensuite, il en a fait un crime..... Les factieux,
-dit-il en terminant, ne mettent cet acharnement dcrier et noircir
-la Reine que pour prparer le peuple la voir prir. Oui, mes amis,
-sa mort est rsolue. En lui laissant la vie, on craindrait qu'elle ne
-me venget. Infortune princesse! notre mariage lui promit un trne;
-aujourd'hui, quelle perspective lui offre-t-il? L'motion du Prince
-avait gagn ses trois dfenseurs.</p>
-
-<p>Cependant Louis XVI tait toujours proccup de la sant de sa fille.
-Les nouvelles qu'il en recevait chaque soir n'taient pas entirement
-satisfaisantes. Un municipal officieusement charg par lui de
-s'informer de l'tat des choses avait gard le silence. Louis
-craignait que, pour lui pargner de la peine, on ne lui cacht une
-partie de la vrit. Il confia son inquitude ses dfenseurs.
+dit-il en terminant, ne mettent cet acharnement à décrier et à noircir
+la Reine que pour préparer le peuple à la voir périr. Oui, mes amis,
+sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on craindrait qu'elle ne
+me vengeât. Infortunée princesse! notre mariage lui promit un trône;
+aujourd'hui, quelle perspective lui offre-t-il?» L'émotion du Prince
+avait gagné ses trois défenseurs.</p>
+
+<p>Cependant Louis XVI était toujours préoccupé de la santé de sa fille.
+Les nouvelles qu'il en recevait chaque soir n'étaient pas entièrement
+satisfaisantes. Un municipal officieusement chargé par lui de
+s'informer de l'état des choses avait gardé le silence. Louis
+craignait que, pour lui épargner de la peine, on ne lui cachât une
+partie de la vérité. Il confia son inquiétude à ses défenseurs.
Ceux-ci promirent de se plaindre au conseil de ce silence, qui
-devenait une torture de plus pour le Prince captif; mais huit
-heures, les ayant quitts un instant, le Roi rentra, et comprimant
-regret la joie de son c&oelig;ur: Messieurs, leur dit-il avant de se
-sparer, j'ai rflchi sur la dmarche que vous voulez faire: je vous
-prie de la remettre demain, et mme de ne la point tenter avant de
-m'avoir revu. A leur arrive, le lendemain, il leur dit: Je sais
+devenait une torture de plus pour le Prince captif; mais à huit
+heures, les ayant quittés un instant, le Roi rentra, et comprimant à
+regret la joie de son c&oelig;ur: «Messieurs, leur dit-il avant de se
+séparer, j'ai réfléchi sur la démarche que vous voulez faire: je vous
+prie de la remettre à demain, et même de ne la point tenter avant de
+m'avoir revu.» A leur arrivée, le lendemain, il leur dit: «Je sais
maintenant que ma fille est mieux; que Brunyer doit venir la voir, et
-que la Reine est tranquille. Dieu soit lou! C'tait, on l'a devin,
-une lettre de Madame lisabeth, qui la veille au soir, avait apport
-le calme et le bonheur dans l'me de cet infortun Prince.</p>
+que la Reine est tranquille. Dieu soit loué!» C'était, on l'a deviné,
+une lettre de Madame Élisabeth, qui la veille au soir, avait apporté
+le calme et le bonheur dans l'âme de cet infortuné Prince.</p>
-<p>Le procs touchait sa fin. Le jeudi matin 17 janvier, Paris apprit
+<p>Le procès touchait à sa fin. Le jeudi matin 17 janvier, Paris apprit
le vote de mort rendu dans la nuit. A neuf heures, les trois
-dfenseurs arrivrent au Temple. Clry alla au-devant <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> d'eux.
-Tout est perdu, lui dit Malesherbes, le Roi est condamn. Louis XVI
-tait assis dans sa chambre, le dos tourn vers la porte, les coudes
-appuys sur une table, le visage couvert de ses deux mains. S'tant
-lev pour recevoir ses visiteurs, il leur dit: Depuis deux heures, je
-rflchissais sur le pass; je recherchais dans ma mmoire si, durant
-le cours de mon rgne, j'ai donn volontairement mes sujets un sujet
-de plainte contre moi. Eh bien! je vous le jure en toute sincrit,
-comme un homme qui va paratre devant Dieu, j'ai constamment voulu le
-bonheur de mon peuple, et je n'ai pas form un seul v&oelig;u qui lui ft
-contraire.</p>
-
-<p>Le contraste des douces paroles du Prince avec l'arrt de mort qu'on
-lui apportait, avait jet le trouble dans l'me de ses dfenseurs.
+défenseurs arrivèrent au Temple. Cléry alla au-devant <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> d'eux.
+«Tout est perdu, lui dit Malesherbes, le Roi est condamné.» Louis XVI
+était assis dans sa chambre, le dos tourné vers la porte, les coudes
+appuyés sur une table, le visage couvert de ses deux mains. S'étant
+levé pour recevoir ses visiteurs, il leur dit: «Depuis deux heures, je
+réfléchissais sur le passé; je recherchais dans ma mémoire si, durant
+le cours de mon règne, j'ai donné volontairement à mes sujets un sujet
+de plainte contre moi. Eh bien! je vous le jure en toute sincérité,
+comme un homme qui va paraître devant Dieu, j'ai constamment voulu le
+bonheur de mon peuple, et je n'ai pas formé un seul v&oelig;u qui lui fût
+contraire.»</p>
+
+<p>Le contraste des douces paroles du Prince avec l'arrêt de mort qu'on
+lui apportait, avait jeté le trouble dans l'âme de ses défenseurs.
Malesherbes ne put contenir sa douleur; il se jeta aux pieds du Roi,
-et, suffoqu par les sanglots, il demeura sans voix. Louis XVI le
-releva et le serra dans ses bras avec effusion: Je m'attendais ce
+et, suffoqué par les sanglots, il demeura sans voix. Louis XVI le
+releva et le serra dans ses bras avec effusion: «Je m'attendais à ce
que vos larmes m'apprennent; remettez-vous donc, mon cher Malesherbes.
Tant mieux; oui, mieux vaut sortir enfin d'incertitude! Si vous
m'aimez, loin de vous attrister, ne m'enviez pas le seul asile qui me
-reste. Et comme M. de Malesherbes essayait de lui persuader que tout
-espoir n'tait pas perdu: Non, il n'y a plus d'espoir, dit-il; la
-nation est gare, et je suis prt m'immoler pour elle.&mdash;Sire, en
-sortant de la Convention, quelques personnes m'ont entour, et m'ont
-assur que de fidles sujets arracheraient le Roi des mains de ses
-bourreaux ou priront avec lui.&mdash;Les connaissez-vous? demanda le
-Roi.&mdash;Non, Sire; mais je pourrais les retrouver.&mdash;Eh bien, tchez de
-les rejoindre, et dclarez-leur que je les remercie du zle qu'ils me
-tmoignent. Toute tentative exposerait leurs jours sans sauver les
-miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserver le trne et la
-vie, j'ai refus de m'en servir: voudrais-je <span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> aujourd'hui faire
-couler pour moi le sang franais!&mdash;Du moins, dit Tronchet, le Roi ne
-peut nous empcher de nous servir de tous les moyens lgaux. Nous le
-prions donc d'crire de sa main et de signer la dclaration que
-voici. Press par les instances de ses trois amis, Louis copia et
-signa les lignes suivantes, que Tronchet venait de rdiger sur le coin
+reste.» Et comme M. de Malesherbes essayait de lui persuader que tout
+espoir n'était pas perdu: «Non, il n'y a plus d'espoir, dit-il; la
+nation est égarée, et je suis prêt à m'immoler pour elle.&mdash;Sire, en
+sortant de la Convention, quelques personnes m'ont entouré, et m'ont
+assuré que de fidèles sujets arracheraient le Roi des mains de ses
+bourreaux ou périront avec lui.&mdash;Les connaissez-vous? demanda le
+Roi.&mdash;Non, Sire; mais je pourrais les retrouver.&mdash;Eh bien, tâchez de
+les rejoindre, et déclarez-leur que je les remercie du zèle qu'ils me
+témoignent. Toute tentative exposerait leurs jours sans sauver les
+miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserver le trône et la
+vie, j'ai refusé de m'en servir: voudrais-je <span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> aujourd'hui faire
+couler pour moi le sang français!&mdash;Du moins, dit Tronchet, le Roi ne
+peut nous empêcher de nous servir de tous les moyens légaux. Nous le
+prions donc d'écrire de sa main et de signer la déclaration que
+voici.» Pressé par les instances de ses trois amis, Louis copia et
+signa les lignes suivantes, que Tronchet venait de rédiger sur le coin
de la table:</p>
-<p>Je dois mon honneur, je dois ma famille, de ne point souscrire
+<p>«Je dois à mon honneur, je dois à ma famille, de ne point souscrire à
un jugement qui m'inculpe d'un crime que je ne puis me reprocher. En
-consquence, je dclare que j'interjette appel la nation elle-mme
-du jugement de ses reprsentants, et je donne par ces prsentes mes
-dfenseurs le pouvoir spcial, et je charge spcialement leur
-fidlit, de faire connotre cet appel la Convention nationale par
+conséquence, je déclare que j'interjette appel à la nation elle-même
+du jugement de ses représentants, et je donne par ces présentes à mes
+défenseurs le pouvoir spécial, et je charge spécialement leur
+fidélité, de faire connoître cet appel à la Convention nationale par
tous les moyens qui seront en leur pouvoir, et de demander qu'il en
-soit fait mention dans le procs-verbal de ses sances.</p>
+soit fait mention dans le procès-verbal de ses séances.</p>
-<p>Fait la tour du Temple, ce 16 janvier 1793.</p>
+<p>»Fait à la tour du Temple, ce 16 janvier 1793.»</p>
-<p>Ayant trac cet crit, le Roi hsitait encore le remettre ses
-conseils. Donnez, Sire, dit de Sze, c'est beaucoup plus dans
-l'intrt du peuple que dans celui du Roi que nous vous le
-demandons.&mdash;Non, reprit Louis XVI avec une bont souriante qu'il est
-impossible de peindre, c'est beaucoup plus dans mon intrt que dans
+<p>Ayant tracé cet écrit, le Roi hésitait encore à le remettre à ses
+conseils. «Donnez, Sire, dit de Sèze, c'est beaucoup plus dans
+l'intérêt du peuple que dans celui du Roi que nous vous le
+demandons.&mdash;Non, reprit Louis XVI avec une bonté souriante qu'il est
+impossible de peindre, c'est beaucoup plus dans mon intérêt que dans
celui du peuple que vous me le demandez; mais moi, je vous le donne
-dans son intrt beaucoup plus que dans le mien. Le sacrifice de ma
-vie est si peu de chose auprs de sa gloire ou auprs de son bonheur!
+dans son intérêt beaucoup plus que dans le mien. Le sacrifice de ma
+vie est si peu de chose auprès de sa gloire ou auprès de son bonheur!
Et ne croyez pas, messieurs, que la Reine et ma s&oelig;ur montrent moins
-de force et de rsignation que moi. Mourir est prfrable leur
-sort.</p>
-
-<p>Les dfenseurs se retirrent le c&oelig;ur bris, et cependant ils ne se
-doutaient pas qu'ils avaient vu le Roi pour la dernire fois. Le reste
-de la journe s'coula lentement; la soire fut encore plus triste.
-Louis XVI, comme de coutume, <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> reut des nouvelles de sa
-famille; mais les consolations qui s'changeaient la nuit entre les
-deux tages se tournaient en afflictions profondes: le crieur avait
+de force et de résignation que moi. Mourir est préférable à leur
+sort.»</p>
+
+<p>Les défenseurs se retirèrent le c&oelig;ur brisé, et cependant ils ne se
+doutaient pas qu'ils avaient vu le Roi pour la dernière fois. Le reste
+de la journée s'écoula lentement; la soirée fut encore plus triste.
+Louis XVI, comme de coutume, <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> reçut des nouvelles de sa
+famille; mais les consolations qui s'échangeaient la nuit entre les
+deux étages se tournaient en afflictions profondes: le crieur avait
appris au Temple la condamnation du Roi: femme, s&oelig;ur, enfants, tout
-tait plong dans le dsespoir.</p>
+était plongé dans le désespoir.</p>
-<p>Guadet appuya l'ajournement demand par de Sze, Tronchet et
+<p>Guadet appuya l'ajournement demandé par de Sèze, Tronchet et
Malesherbes. Merlin (de Douai) et Tallien le combattirent, le premier
-au nom du droit, le second par piti. C'est, dit Merlin (de Douai),
-dans l'institution des jurs qu'il est question du nombre des voix
-ncessaire pour la condamnation d'un accus. Mais il n'en est pas
-question dans le Code pnal. C'est l l'erreur de Tronchet; il ne faut
-pas accorder les honneurs de l'ajournement une erreur aussi
-grossire. La Convention, convaincue par cet argument quivoque de
-l'auteur de la loi sur les suspects, dcrta qu'il n'y avait pas lieu
- dlibrer sur l'ajournement propos, et ajourna au lendemain la
-question de savoir si, oui ou non, il y aurait sursis l'excution du
-dcret de mort contre Louis.</p>
-
-<p>Tallien s'opposa la remise de la sance au lendemain. Je motive mon
-opinion, s'cria-t-il, sur une raison d'humanit; je le rpte, sur
-une raison d'humanit. Louis XVI sait qu'il est condamn; il sait que
-la motion a t faite de surseoir son excution; ne prolongeons pas
+au nom du droit, le second par pitié. «C'est, dit Merlin (de Douai),
+dans l'institution des jurés qu'il est question du nombre des voix
+nécessaire pour la condamnation d'un accusé. Mais il n'en est pas
+question dans le Code pénal. C'est là l'erreur de Tronchet; il ne faut
+pas accorder les honneurs de l'ajournement à une erreur aussi
+grossière.» La Convention, convaincue par cet argument équivoque de
+l'auteur de la loi sur les suspects, décréta qu'il n'y avait pas lieu
+à délibérer sur l'ajournement proposé, et ajourna au lendemain la
+question de savoir si, oui ou non, il y aurait sursis à l'exécution du
+décret de mort contre Louis.</p>
+
+<p>Tallien s'opposa à la remise de la séance au lendemain. «Je motive mon
+opinion, s'écria-t-il, sur une raison d'humanité; je le répète, sur
+une raison d'humanité. Louis XVI sait qu'il est condamné; il sait que
+la motion a été faite de surseoir à son exécution; ne prolongeons pas
les moments de sa souffrance; il est barbare de le laisser plus
-longtemps dans l'agonie; ne lui donnons pas dix fois la mort. Cet
-homme, qui, aprs une sance de trente-six heures agite par les
-passions les plus effrnes, rclamait une solution dfinitive de la
-question qui tenait la France et l'Europe en moi, cet homme, qui
-invoquait l'humanit avec des cris de sang, ne fut point cout: sur
-la demande de la Rvellire-Lepaux et de Daunou, l'ajournement pur et
-simple fut prononc. Mais la nuit ne porta point conseil aux Legendre,
-aux Couthon, aux Duhem, aux Robespierre. Ds <span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> la sance du
-lendemain, toute dlibration sur le sursis fut carte par eux et
-leurs sides. Buzot leur dit en vain: Le dfaut de formes vous sera
-reproch un jour si vous ne mettez un intervalle entre votre jugement
-et son excution; et ce reproche, qui ne vous parat rien aujourd'hui,
-vous paratra terrible lorsque les passions du moment auront fait
-place aux malheurs qui suivront l'excution de ce jugement rendu,
-d'ailleurs, une simple majorit de cinq voix.</p>
-
-<p>Manuel, qui avait aussi donn de terribles gages la rvolution,
-s'indigna tout coup des violences et des sductions exerces sur la
-conscience des dputs. Obsd de remords et sous le coup de cette
-terreur morale qui se change en courage, il osa, comme l'intrpide
+longtemps dans l'agonie; ne lui donnons pas dix fois la mort.» Cet
+homme, qui, après une séance de trente-six heures agitée par les
+passions les plus effrénées, réclamait une solution définitive de la
+question qui tenait la France et l'Europe en émoi, cet homme, qui
+invoquait l'humanité avec des cris de sang, ne fut point écouté: sur
+la demande de la Révellière-Lepaux et de Daunou, l'ajournement pur et
+simple fut prononcé. Mais la nuit ne porta point conseil aux Legendre,
+aux Couthon, aux Duhem, aux Robespierre. Dès <span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> la séance du
+lendemain, toute délibération sur le sursis fut écartée par eux et
+leurs séides. Buzot leur dit en vain: «Le défaut de formes vous sera
+reproché un jour si vous ne mettez un intervalle entre votre jugement
+et son exécution; et ce reproche, qui ne vous paraît rien aujourd'hui,
+vous paraîtra terrible lorsque les passions du moment auront fait
+place aux malheurs qui suivront l'exécution de ce jugement rendu,
+d'ailleurs, à une simple majorité de cinq voix.»</p>
+
+<p>Manuel, qui avait aussi donné de terribles gages à la révolution,
+s'indigna tout à coup des violences et des séductions exercées sur la
+conscience des députés. Obsédé de remords et sous le coup de cette
+terreur morale qui se change en courage, il osa, comme l'intrépide
Lanjuinais, reprocher aux juges du malheureux Roi la violation de
-toutes les formes et de tous les principes. Ses complices s'tonnrent
-d'un langage nouveau dans sa bouche, et le marqurent pour le
-bourreau. Rvolt de l'acharnement de Robespierre et de ses adhrents
-contre toute dlibration sur le sursis, il quitta le bureau; on
-voulut s'opposer son passage; il sortit nanmoins, et rentra
-quelques minutes aprs. Mais le soir, comme il se retirait, il fut
-assailli par les mmes dputs, et ses jours coururent le plus grand
-danger. Il ne reparut plus l'Assemble, et donna sa dmission dans
-des termes qui rachteront une partie de ses torts aux yeux de la
-postrit<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43" title="Go to footnote 43"><span class="smaller">[43]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> Le dimanche 20 janvier, deux heures, le conseil excutif
-vint notifier au prisonnier les dcrets qui le condamnaient la peine
-de mort. La lecture de ces dcrets lui fut faite par Grouvelle,
-secrtaire du conseil. Le Roi l'entendit sans que la moindre
-altration part sur ses traits. Il tira de sa poche un portefeuille
-dans lequel il plaa le dcret qu'il venait de prendre de la main de
-Grouvelle; puis retirant un autre papier de ce mme portefeuille, il
-dit Garat: Monsieur le ministre de la justice, je vous prie de
-remettre sur-le-champ cette lettre la Convention nationale. Garat
-paraissant hsiter, Louis XVI ajouta: Je vais vous en faire lecture;
+toutes les formes et de tous les principes. Ses complices s'étonnèrent
+d'un langage nouveau dans sa bouche, et le marquèrent pour le
+bourreau. Révolté de l'acharnement de Robespierre et de ses adhérents
+contre toute délibération sur le sursis, il quitta le bureau; on
+voulut s'opposer à son passage; il sortit néanmoins, et rentra
+quelques minutes après. Mais le soir, comme il se retirait, il fut
+assailli par les mêmes députés, et ses jours coururent le plus grand
+danger. Il ne reparut plus à l'Assemblée, et donna sa démission dans
+des termes qui rachèteront une partie de ses torts aux yeux de la
+postérité<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43" title="Go to footnote 43"><span class="smaller">[43]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> Le dimanche 20 janvier, à deux heures, le conseil exécutif
+vint notifier au prisonnier les décrets qui le condamnaient à la peine
+de mort. La lecture de ces décrets lui fut faite par Grouvelle,
+secrétaire du conseil. Le Roi l'entendit sans que la moindre
+altération parût sur ses traits. Il tira de sa poche un portefeuille
+dans lequel il plaça le décret qu'il venait de prendre de la main de
+Grouvelle; puis retirant un autre papier de ce même portefeuille, il
+dit à Garat: «Monsieur le ministre de la justice, je vous prie de
+remettre sur-le-champ cette lettre à la Convention nationale.» Garat
+paraissant hésiter, Louis XVI ajouta: «Je vais vous en faire lecture»;
et il lut d'une voix ferme ce qui suit:</p>
<div class="lettre">
-<p>Je demande un dlai de trois jours pour pouvoir me prparer
-parotre devant Dieu. Je demande pour cela de pouvoir librement voir
+<p>«Je demande un délai de trois jours pour pouvoir me préparer à
+paroître devant Dieu. Je demande pour cela de pouvoir librement voir
la personne que j'indiquerai aux commissaires de la Commune, et que
-cette personne soit l'abri de toute crainte et de toute inquitude
-pour cet acte de charit qu'elle remplira prs de moi.</p>
+cette personne soit à l'abri de toute crainte et de toute inquiétude
+pour cet acte de charité qu'elle remplira près de moi.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span>Je demande d'tre dlivr de la surveillance perptuelle que
-le conseil gnral a tablie depuis quelques jours.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span>»Je demande d'être délivré de la surveillance perpétuelle que
+le conseil général a établie depuis quelques jours.</p>
-<p>Je demande, dans cet intervalle, de pouvoir voir ma famille quand je
-le demanderai, et sans tmoins. Je dsirerois bien que la Convention
-nationale s'occupt tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle
-lui permt de se retirer librement o elle le jugeroit propos.</p>
+<p>»Je demande, dans cet intervalle, de pouvoir voir ma famille quand je
+le demanderai, et sans témoins. Je désirerois bien que la Convention
+nationale s'occupât tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle
+lui permît de se retirer librement où elle le jugeroit à propos.</p>
-<p>Je recommande la bienfaisance de la nation toutes les personnes qui
-m'toient attaches: il y en a beaucoup qui avoient mis toute leur
+<p>»Je recommande à la bienfaisance de la nation toutes les personnes qui
+m'étoient attachées: il y en a beaucoup qui avoient mis toute leur
fortune dans leurs charges, et qui, n'ayant plus d'appointements,
-doivent tre dans le besoin, ainsi que d'autres qui ne vivoient que de
+doivent être dans le besoin, ainsi que d'autres qui ne vivoient que de
leurs appointements. Dans les pensionnaires, il y a beaucoup de
vieillards, de femmes et d'enfants, qui n'avoient que cela pour vivre.</p>
-<p>Fait la tour du Temple, le vingt janvier mil sept cent
+<p>»Fait à la tour du Temple, le vingt janvier mil sept cent
quatre-vingt-treize.</p>
-<p class="author">LOUIS.</p>
+<p class="author">»LOUIS.»</p>
</div>
-<p class="p2">Garat assura le Roi qu'il allait remettre sa lettre la Convention.
-Monsieur, ajouta Louis XVI, si la Convention accorde ma demande pour
-la personne que je dsire, voici son adresse. Ouvrant alors de
-nouveau son portefeuille, il en tira un papier sur lequel taient
-crits ces mots: M. Edgeworth de Firmont, rue du Bac, n<sup>o</sup> 483. Le Roi
-remit cette adresse un municipal, et fit quelques pas en arrire;
-Garat et ceux qui l'accompagnaient sortirent<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44" title="Go to footnote 44"><span class="smaller">[44]</span></a>. Le ministre se hta
-de communiquer ses collgues les dernires demandes du Roi,
-d'appeler sur elles les dcisions de la Convention, et d'envoyer
-chercher le prtre que rclamait le condamn.</p>
-
-<p>Il tait quatre heures et demie lorsque Garat lui-mme <span class="pagenum"><a id="page96" name="page96"></a>(p. 96)</span>
-rapporta au Roi la rponse de la Convention, dont voici les termes:
-Il est libre Louis d'appeler tel ministre du culte qu'il jugera
-propos, et de voir sa famille librement et sans tmoin; la nation,
+<p class="p2">Garat assura le Roi qu'il allait remettre sa lettre à la Convention.
+«Monsieur, ajouta Louis XVI, si la Convention accorde ma demande pour
+la personne que je désire, voici son adresse.» Ouvrant alors de
+nouveau son portefeuille, il en tira un papier sur lequel étaient
+écrits ces mots: M. Edgeworth de Firmont, rue du Bac, n<sup>o</sup> 483. Le Roi
+remit cette adresse à un municipal, et fit quelques pas en arrière;
+Garat et ceux qui l'accompagnaient sortirent<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44" title="Go to footnote 44"><span class="smaller">[44]</span></a>. Le ministre se hâta
+de communiquer à ses collègues les dernières demandes du Roi,
+d'appeler sur elles les décisions de la Convention, et d'envoyer
+chercher le prêtre que réclamait le condamné.</p>
+
+<p>Il était quatre heures et demie lorsque Garat lui-même <span class="pagenum"><a id="page96" name="page96"></a>(p. 96)</span>
+rapporta au Roi la réponse de la Convention, dont voici les termes:
+«Il est libre à Louis d'appeler tel ministre du culte qu'il jugera à
+propos, et de voir sa famille librement et sans témoin; la nation,
toujours grande et toujours juste, s'occupera du sort de sa famille;
-il sera accord aux cranciers de sa maison de justes indemnits; la
-Convention nationale passe l'ordre du jour sur le sursis de trois
-jours.</p>
+il sera accordé aux créanciers de sa maison de justes indemnités; la
+Convention nationale passe à l'ordre du jour sur le sursis de trois
+jours.»</p>
<p>Louis XVI ne fit aucune observation. Les moments qui lui restent vont
se partager entre sa famille, objet de ses affections terrestres, et
-son Crateur, qui le rappelle lui. L'abb Edgeworth parut bientt.
-Arriv l'appartement du Roi, dont toutes les portes toient
-ouvertes, a-t-il crit lui-mme, j'aperus ce Prince au milieu d'un
-groupe de huit ou dix personnes: c'toit le ministre de la justice,
-accompagn de quelques membres de la Commune, qui venoit de lui lire
-le fatal dcret qui fixoit irrvocablement sa mort au lendemain.</p>
-
-<p>Il toit au milieu d'eux calme, tranquille, gracieux mme; et pas un
-de ceux qui l'environnoient n'avoit l'air aussi assur que lui. Ds
+son Créateur, qui le rappelle à lui. L'abbé Edgeworth parut bientôt.
+«Arrivé à l'appartement du Roi, dont toutes les portes étoient
+ouvertes, a-t-il écrit lui-même, j'aperçus ce Prince au milieu d'un
+groupe de huit ou dix personnes: c'étoit le ministre de la justice,
+accompagné de quelques membres de la Commune, qui venoit de lui lire
+le fatal décret qui fixoit irrévocablement sa mort au lendemain.</p>
+
+<p>»Il étoit au milieu d'eux calme, tranquille, gracieux même; et pas un
+de ceux qui l'environnoient n'avoit l'air aussi assuré que lui. Dès
que je parus, il leur fit signe de la main de se retirer; ils
-obirent; lui-mme ferma la porte aprs eux, et je restai seul dans la
-chambre avec lui. Jusqu'ici j'avois assez bien russi concentrer les
-diffrents mouvements qui agitoient mon me; mais la vue de ce
+obéirent; lui-même ferma la porte après eux, et je restai seul dans la
+chambre avec lui. Jusqu'ici j'avois assez bien réussi à concentrer les
+différents mouvements qui agitoient mon âme; mais à la vue de ce
Prince, autrefois si grand et alors si malheureux, je ne fus plus
-matre de moi-mme; mes larmes s'chapprent malgr moi, et je tombai
- ses pieds sans pouvoir lui faire entendre d'autre langage que celui
-de ma douleur; cette vue l'attendrit mille fois plus que le dcret
-qu'on venoit de lui lire. Il ne rpondit d'abord mes larmes que par
-les siennes; mais bientt reprenant son courage: Pardonnez, me
-dit-il, monsieur, pardonnez ce moment de foiblesse, si toutefois on
+maître de moi-même; mes larmes s'échappèrent malgré moi, et je tombai
+à ses pieds sans pouvoir lui faire entendre d'autre langage que celui
+de ma douleur; cette vue l'attendrit mille fois plus que le décret
+qu'on venoit de lui lire. Il ne répondit d'abord à mes larmes que par
+les siennes; mais bientôt reprenant son courage: «Pardonnez, me
+dit-il, monsieur, pardonnez à ce moment de foiblesse, si toutefois on
peut le nommer ainsi. Depuis <span class="pagenum"><a id="page97" name="page97"></a>(p. 97)</span> longtemps je vis au milieu de mes
-ennemis, et l'habitude m'a en quelque sorte familiaris avec eux; mais
-la vue d'un sujet fidle parle tout autrement mon c&oelig;ur; c'est un
-spectacle auquel mes yeux ne sont plus accoutums, et il m'attendrit
-malgr moi.</p>
+ennemis, et l'habitude m'a en quelque sorte familiarisé avec eux; mais
+la vue d'un sujet fidèle parle tout autrement à mon c&oelig;ur; c'est un
+spectacle auquel mes yeux ne sont plus accoutumés, et il m'attendrit
+malgré moi.»</p>
<p>A huit heures, la conversation fut interrompue par un commissaire qui
-prvint le Roi que sa famille allait descendre. Louis XVI ne put
-dissimuler son motion: Si l'on ne me permet point de monter chez
+prévint le Roi que sa famille allait descendre. Louis XVI ne put
+dissimuler son émotion: «Si l'on ne me permet point de monter chez
elle, dit-il aux municipaux, je pourrai du moins la voir seule dans ma
-chambre?&mdash;Non, rpondit l'un d'eux, nous avons arrt avec le ministre
-de la justice que ce sera dans la salle manger.&mdash;Vous avez entendu,
-rpliqua Louis XVI, que le dcret de la Convention me permet de la
-voir sans tmoin.&mdash;Cela est vrai, dirent les commissaires, vous serez
+chambre?&mdash;Non, répondit l'un d'eux, nous avons arrêté avec le ministre
+de la justice que ce sera dans la salle à manger.&mdash;Vous avez entendu,
+répliqua Louis XVI, que le décret de la Convention me permet de la
+voir sans témoin.&mdash;Cela est vrai, dirent les commissaires, vous serez
en particulier; on fermera la porte, mais par le vitrage nous aurons
-les yeux sur vous.&mdash;Faites descendre ma famille. Le Roi entra dans la
-salle manger; Clry l'y suivit, et s'occupa ranger la table de
-ct et placer des chaises dans le fond. Louis XVI lui dit: Il
-faudrait apporter un peu d'eau et un verre. Sur une table se trouvait
-une carafe d'eau la glace; Clry n'apporta qu'un verre, qu'il plaa
-prs de cette carafe. Si la Reine buvait de cette eau-l, lui dit le
-Roi, elle pourrait en tre incommode: apportez de l'eau qui ne soit
-pas la glace. Je craindrais que la vue de M. de Firmont ne ft trop
-de mal ma famille: priez-le de ne pas sortir de mon cabinet.</p>
-
-<p>En disant ces mots, Louis XVI prtait l'oreille au bruit du dehors,
-allait, venait, s'arrtait tout moment la porte d'entre.....
-Enfin cette porte s'ouvre: Marie-Antoinette parat la premire, tenant
-son fils par la main; ensuite Marie-Thrse et Madame lisabeth. Des
-cris de douleur se mlent seuls aux embrassements qui s'changent. La
-Reine fait un mouvement comme pour entraner le Roi dans sa <span class="pagenum"><a id="page98" name="page98"></a>(p. 98)</span>
-chambre. Non, lui dit celui-ci, passons dans cette salle, c'est l
-seulement que je puis vous voir. Ils entrent dans la salle manger,
+les yeux sur vous.&mdash;Faites descendre ma famille.» Le Roi entra dans la
+salle à manger; Cléry l'y suivit, et s'occupa à ranger la table de
+côté et à placer des chaises dans le fond. Louis XVI lui dit: «Il
+faudrait apporter un peu d'eau et un verre.» Sur une table se trouvait
+une carafe d'eau à la glace; Cléry n'apporta qu'un verre, qu'il plaça
+près de cette carafe. «Si la Reine buvait de cette eau-là, lui dit le
+Roi, elle pourrait en être incommodée: apportez de l'eau qui ne soit
+pas à la glace. Je craindrais que la vue de M. de Firmont ne fît trop
+de mal à ma famille: priez-le de ne pas sortir de mon cabinet.»</p>
+
+<p>En disant ces mots, Louis XVI prêtait l'oreille au bruit du dehors,
+allait, venait, s'arrêtait à tout moment à la porte d'entrée.....
+Enfin cette porte s'ouvre: Marie-Antoinette paraît la première, tenant
+son fils par la main; ensuite Marie-Thérèse et Madame Élisabeth. Des
+cris de douleur se mêlent seuls aux embrassements qui s'échangent. La
+Reine fait un mouvement comme pour entraîner le Roi dans sa <span class="pagenum"><a id="page98" name="page98"></a>(p. 98)</span>
+chambre. «Non, lui dit celui-ci, passons dans cette salle, c'est là
+seulement que je puis vous voir.» Ils entrent dans la salle à manger,
dont les commissaires referment la porte, qui, ainsi que la cloison,
-est en vitrage. On s'assied, la Reine la gauche du Roi, Madame
-lisabeth sa droite, la jeune princesse presque en face, et le petit
-prince entre les jambes de son pre. Pendant plus d'un quart d'heure,
-pas une parole ne put se faire entendre. Ce n'taient mme pas des
-larmes, ce n'taient mme pas des sanglots: c'tait un cri perant de
-dsespoir qui devait tre entendu dans les cours, dans le jardin et
+est en vitrage. On s'assied, la Reine à la gauche du Roi, Madame
+Élisabeth à sa droite, la jeune princesse presque en face, et le petit
+prince entre les jambes de son père. Pendant plus d'un quart d'heure,
+pas une parole ne put se faire entendre. Ce n'étaient même pas des
+larmes, ce n'étaient même pas des sanglots: c'était un cri perçant de
+désespoir qui devait être entendu dans les cours, dans le jardin et
dans les rues voisines. Le Roi, la Reine, leurs enfants, leur s&oelig;ur,
-tous se lamentaient la fois. Enfin les larmes coulrent, et ne
-s'arrtrent que lorsqu'on n'eut plus la force d'en rpandre. Alors
-Louis XVI parla de son procs comme si c'tait le procs d'un autre,
+tous se lamentaient à la fois. Enfin les larmes coulèrent, et ne
+s'arrêtèrent que lorsqu'on n'eut plus la force d'en répandre. Alors
+Louis XVI parla de son procès comme si c'était le procès d'un autre,
excusa ses juges et recommanda de leur pardonner. Sa femme demanda
-avec instance que toute la famille passt la nuit avec lui; il se
+avec instance que toute la famille passât la nuit avec lui; il se
refusa cette consolation, en disant qu'il avait besoin de calme et de
recueillement.</p>
-<p>Cette scne inexprimable dura sept quarts d'heure. Le Roi en voulut
-marquer la fin de manire graver ses derniers sentiments dans le
-c&oelig;ur de ses enfants. Mon pre, raconte Madame Royale, au moment de
-se sparer de nous pour jamais, nous fit promettre tous de ne jamais
-songer venger sa mort. Il tait bien assur que nous regardions
-comme sacr l'accomplissement de sa dernire volont; mais la grande
-jeunesse de mon frre lui fit dsirer de produire sur lui une
+<p>Cette scène inexprimable dura sept quarts d'heure. Le Roi en voulut
+marquer la fin de manière à graver ses derniers sentiments dans le
+c&oelig;ur de ses enfants. «Mon père, raconte Madame Royale, au moment de
+se séparer de nous pour jamais, nous fit promettre à tous de ne jamais
+songer à venger sa mort. Il était bien assuré que nous regardions
+comme sacré l'accomplissement de sa dernière volonté; mais la grande
+jeunesse de mon frère lui fit désirer de produire sur lui une
impression encore plus forte. Il le prit sur ses genoux, et lui dit:
<em>Mon fils, vous avez entendu ce que je viens de dire; mais comme le
-serment a encore quelque chose de plus sacr que les paroles, jurez en
-levant la main que vous accomplirez la dernire volont de votre
-pre</em>. Mon frre lui obit en fondant en larmes, et cette bont si
-touchante fit encore redoubler les ntres.</p>
+serment a encore quelque chose de plus sacré que les paroles, jurez en
+levant la main que vous accomplirez la dernière volonté de votre
+père</em>. Mon frère lui obéit en fondant en larmes, et cette bonté si
+touchante fit encore redoubler les nôtres.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page99" name="page99"></a>(p. 99)</span> A dix heures un quart, le Roi se leva le premier; tous
-s'attachrent lui: la Reine le prit par le bras droit, Madame
-lisabeth par le bras gauche; Marie-Thrse, du mme ct que sa
-tante, mais un peu devant, tenait son pre embrass par le milieu du
-corps; le Dauphin, plac devant sa mre, la tenait d'une main et
-donnait l'autre son pre. Tous firent quelques pas vers la porte
-d'entre; les gmissements redoublrent. Je vous assure, dit alors
-Louis XVI, que je vous verrai demain matin huit heures.&mdash;Vous nous
-le promettez?&mdash;Je vous le promets.&mdash;Pourquoi pas sept heures? dit
-Marie-Antoinette.&mdash;Eh bien, oui, rpond le Roi, sept heures;
-adieu!... A ce mot d'adieu, Madame Royale tombe vanouie aux pieds de
-son pre. Madame lisabeth et Clry la relvent et la soutiennent. Le
-Roi, press de mettre fin une telle scne, leur donne un dernier
+s'attachèrent à lui: la Reine le prit par le bras droit, Madame
+Élisabeth par le bras gauche; Marie-Thérèse, du même côté que sa
+tante, mais un peu devant, tenait son père embrassé par le milieu du
+corps; le Dauphin, placé devant sa mère, la tenait d'une main et
+donnait l'autre à son père. Tous firent quelques pas vers la porte
+d'entrée; les gémissements redoublèrent. «Je vous assure, dit alors
+Louis XVI, que je vous verrai demain matin à huit heures.&mdash;Vous nous
+le promettez?&mdash;Je vous le promets.&mdash;Pourquoi pas à sept heures? dit
+Marie-Antoinette.&mdash;Eh bien, oui, répond le Roi, à sept heures;
+adieu!...» A ce mot d'adieu, Madame Royale tombe évanouie aux pieds de
+son père. Madame Élisabeth et Cléry la relèvent et la soutiennent. Le
+Roi, pressé de mettre fin à une telle scène, leur donne un dernier
embrassement et s'arrache de leurs bras. Les portes se ferment, mais
-elles n'empchent point le Roi d'entendre les cris de dsespoir des
+elles n'empêchent point le Roi d'entendre les cris de désespoir des
princesses qui remontent lentement dans leur chambre. L'exaltation de
-la Reine avait quelque chose de fbrile qui agitait tout son tre.
-Madame lisabeth, tenant ses genoux embrasss et pleurant chaudes
-larmes, la conjura de se calmer, en faisant Dieu l'offrande de ses
-angoisses et en implorant sa misricorde. Dans l'excs de son
-dsespoir, la Reine ne pouvait prier, la Reine ne pouvait tre
-console. Elle essaya de dshabiller son fils, accabl lui-mme de
-fatigue et de chagrin; elle esprait qu' son ge le sommeil
-s'emparerait bientt de lui et lui enlverait le sentiment de ses
-peines. Mais la pauvre mre prsumait trop de ses propres forces, et
-peut-tre sans l'assistance de sa belle-s&oelig;ur ne serait-elle point
-parvenue coucher son enfant.</p>
-
-<p>Ds qu'il fut endormi, Madame lisabeth et Marie-Thrse supplirent
-la Reine de se coucher. La Reine leur rsista longtemps; puis, pour
-les tranquilliser, elle finit par <span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> se jeter tout habille sur
+la Reine avait quelque chose de fébrile qui agitait tout son être.
+Madame Élisabeth, tenant ses genoux embrassés et pleurant à chaudes
+larmes, la conjura de se calmer, en faisant à Dieu l'offrande de ses
+angoisses et en implorant sa miséricorde. Dans l'excès de son
+désespoir, la Reine ne pouvait prier, la Reine ne pouvait être
+consolée. Elle essaya de déshabiller son fils, accablé lui-même de
+fatigue et de chagrin; elle espérait qu'à son âge le sommeil
+s'emparerait bientôt de lui et lui enlèverait le sentiment de ses
+peines. Mais la pauvre mère présumait trop de ses propres forces, et
+peut-être sans l'assistance de sa belle-s&oelig;ur ne serait-elle point
+parvenue à coucher son enfant.</p>
+
+<p>Dès qu'il fut endormi, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse supplièrent
+la Reine de se coucher. La Reine leur résista longtemps; puis, pour
+les tranquilliser, elle finit par <span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> se jeter tout habillée sur
son lit. Mais que cette nuit fut longue et terrible! Depuis onze
-heures du soir jusqu' cinq heures du matin, sa s&oelig;ur et sa fille
+heures du soir jusqu'à cinq heures du matin, sa s&oelig;ur et sa fille
l'entendirent incessamment trembler de froid et de terreur. Souvent
-elles avaient prt l'oreille au bruit de ce qui pouvait se passer
+elles avaient prêté l'oreille au bruit de ce qui pouvait se passer
dans la tour: elles n'avaient rien entendu.</p>
-<p>Le 21, avant le jour, Madame lisabeth se leva et fit une courte
-prire, pendant laquelle la Reine s'habilla. Les deux princesses
-habillrent alors les enfants. Le rappel commenait battre dans les
+<p>Le 21, avant le jour, Madame Élisabeth se leva et fit une courte
+prière, pendant laquelle la Reine s'habilla. Les deux princesses
+habillèrent alors les enfants. Le rappel commençait à battre dans les
sections de Paris. Chaque bruit du dehors retentissait au c&oelig;ur des
-prisonniers du Temple. Marie-Antoinette, Madame lisabeth, les deux
-enfants, dj debout, attendaient dans une agitation indicible
-l'poux, le frre, le pre qu'ils ne devaient plus revoir. A six
+prisonniers du Temple. Marie-Antoinette, Madame Élisabeth, les deux
+enfants, déjà debout, attendaient dans une agitation indicible
+l'époux, le frère, le père qu'ils ne devaient plus revoir. A six
heures un quart, on ouvrit leur porte, et ce fut pour eux tout
ensemble comme un rayon d'espoir et un mouvement de terreur. La Reine
-s'informa douloureusement de ce qui se passait. Ma s&oelig;ur, lui dit
-Madame lisabeth, c'est un livre qu'on vient chercher pour la messe du
-Roi. Un instant aprs, cette sainte princesse se mit genoux; sa
-nice s'agenouilla aussitt peu de distance d'elle. La Reine, qui
-sanglotait en embrassant son fils, se calma l'aspect de ces deux
-femmes courbes devant Dieu, et quelques minutes aprs, elle
-s'agenouilla avec le Dauphin devant une chaise qui les sparait, mais
-sur laquelle leurs mains s'entrelaaient en se joignant. De temps en
-temps, la Reine levait la tte et regardait la pendule; sa s&oelig;ur et
-ses enfants en faisaient autant; chaque minute qui s'coulait ajoutait
-aux tortures de cette famille infortune. Cette aiguille qui marchait
+s'informa douloureusement de ce qui se passait. «Ma s&oelig;ur, lui dit
+Madame Élisabeth, c'est un livre qu'on vient chercher pour la messe du
+Roi. Un instant après, cette sainte princesse se mit à genoux; sa
+nièce s'agenouilla aussitôt à peu de distance d'elle. La Reine, qui
+sanglotait en embrassant son fils, se calma à l'aspect de ces deux
+femmes courbées devant Dieu, et quelques minutes après, elle
+s'agenouilla avec le Dauphin devant une chaise qui les séparait, mais
+sur laquelle leurs mains s'entrelaçaient en se joignant. De temps en
+temps, la Reine levait la tête et regardait la pendule; sa s&oelig;ur et
+ses enfants en faisaient autant; chaque minute qui s'écoulait ajoutait
+aux tortures de cette famille infortunée. Cette aiguille qui marchait
allait marquer la mort de ce qu'elles avaient de plus cher au monde.
-Quoi de plus atroce que de pleurer un mari, un pre, un frre plein de
-vie, comme s'il n'tait dj plus, sans pouvoir arrter ni le cours
-inflexible des heures ni la cruaut des hommes aussi implacable que
+Quoi de plus atroce que de pleurer un mari, un père, un frère plein de
+vie, comme s'il n'était déjà plus, sans pouvoir arrêter ni le cours
+inflexible des heures ni la cruauté des hommes aussi implacable que
le <span class="pagenum"><a id="page101" name="page101"></a>(p. 101)</span> temps! Un redoublement de bruit se fit dans l'enceinte et
-au dehors mme du Temple. C'tait le moment du dpart. Nulle parole ne
-peut rendre la scne dchirante qui se passa alors. De malheureuses
-femmes en proie au dsespoir, essayant d'obtenir une piti impossible;
-un enfant s'chappant de leurs bras et courant, perdu, gar, vers
-les commissaires, vers les geliers, et s'criant avec des sanglots:
-Laissez-moi passer, messieurs, laissez-moi passer!&mdash;O veux-tu
-aller?&mdash;Parler au peuple pour qu'il ne fasse pas mourir mon pre. Au
-nom de Dieu, laissez-moi passer!</p>
-
-<p>Pauvre enfant! il ignorait que les commissaires taient sourds, que
-les geliers taient insensibles, que le peuple tait opprim, abus
-ou perverti; il ignorait qu'une minorit audacieuse et perverse
-touffait tous les lans gnreux de la France!</p>
-
-<h2><span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> LIVRE NEUVIME.<br>
-<span class="smaller">DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU' LA TRANSLATION DE MARIE-ANTOINETTE
- LA CONCIERGERIE.<br>
-21 JANVIER&mdash;2 AOT 1793.</span></h2>
+au dehors même du Temple. C'était le moment du départ. Nulle parole ne
+peut rendre la scène déchirante qui se passa alors. De malheureuses
+femmes en proie au désespoir, essayant d'obtenir une pitié impossible;
+un enfant s'échappant de leurs bras et courant, éperdu, égaré, vers
+les commissaires, vers les geôliers, et s'écriant avec des sanglots:
+«Laissez-moi passer, messieurs, laissez-moi passer!&mdash;Où veux-tu
+aller?&mdash;Parler au peuple pour qu'il ne fasse pas mourir mon père. Au
+nom de Dieu, laissez-moi passer!»</p>
+
+<p>Pauvre enfant! il ignorait que les commissaires étaient sourds, que
+les geôliers étaient insensibles, que le peuple était opprimé, abusé
+ou perverti; il ignorait qu'une minorité audacieuse et perverse
+étouffait tous les élans généreux de la France!</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> LIVRE NEUVIÈME.<br>
+<span class="smaller">DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU'À LA TRANSLATION DE MARIE-ANTOINETTE
+À LA CONCIERGERIE.<br>
+21 JANVIER&mdash;2 AOÛT 1793.</span></h2>
<div class="citat">
-<p>Ne craignez rien de ce que vous avez souffrir... Soyez fidles
- jusqu' la mort, et je vous donnerai la couronne de vie.</p>
+<p>«Ne craignez rien de ce que vous avez à souffrir... Soyez fidèles
+ jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie.»</p>
<p class="source"><i>Apocalypse</i>, chap. <span class="smcap">II</span>, v. 10.</p>
</div>
<p class="resume">La voiture qui emportait Louis XVI s'acheminait vers
- l'chafaud. &mdash; Angoisses de sa famille. &mdash; La Reine craignant que
- l'motion et toute abstinence de nourriture ne fassent dfaillir
- ses enfants, les engage prendre quelque nourriture. &mdash; Entretien
- avec Clry. &mdash; Vtements de deuil demands. &mdash; Bruit
- nocturne. &mdash; Paroles de Madame lisabeth. &mdash; La jeune Marie-Thrse
- malade. &mdash; Mot touchant de cette princesse. &mdash; Les vtements de deuil
- sont apports. &mdash; Pressentiment de la Reine. &mdash; Exhortation de Madame
- lisabeth. &mdash; Lepitre et Toulan de service au Temple. &mdash; Louis XVII
- chante un couplet adress sa tante. &mdash; Soins de celle-ci
- prodigus aux deux enfants. &mdash; Projet d'vasion propos la Reine
- et Madame lisabeth. &mdash; L'excution est ajourne. &mdash; Toulan remet
+ l'échafaud. &mdash; Angoisses de sa famille. &mdash; La Reine craignant que
+ l'émotion et toute abstinence de nourriture ne fassent défaillir
+ ses enfants, les engage à prendre quelque nourriture. &mdash; Entretien
+ avec Cléry. &mdash; Vêtements de deuil demandés. &mdash; Bruit
+ nocturne. &mdash; Paroles de Madame Élisabeth. &mdash; La jeune Marie-Thérèse
+ malade. &mdash; Mot touchant de cette princesse. &mdash; Les vêtements de deuil
+ sont apportés. &mdash; Pressentiment de la Reine. &mdash; Exhortation de Madame
+ Élisabeth. &mdash; Lepitre et Toulan de service au Temple. &mdash; Louis XVII
+ chante un couplet adressé à sa tante. &mdash; Soins de celle-ci
+ prodigués aux deux enfants. &mdash; Projet d'évasion proposé à la Reine
+ et à Madame Élisabeth. &mdash; L'exécution est ajournée. &mdash; Toulan remet à
la Reine l'anneau nuptial et le cachet du Roi. &mdash; Sur les instances
- de Madame lisabeth, le projet d'vasion est repris. &mdash; Au moment
- de l'excution, la Reine refuse, ne voulant pas tre sauve sans
+ de Madame Élisabeth, le projet d'évasion est repris. &mdash; Au moment
+ de l'exécution, la Reine refuse, ne voulant pas être sauvée sans
ses enfants. &mdash; Elle remercie Toulan, et lui rend l'anneau et le
- cachet du Roi, le priant de les remettre M. de
- Jarjayes. &mdash; Dfection de Dumouriez. &mdash; Cration du Comit de salut
- public. &mdash; Louis XVII proclam roi l'tranger. &mdash; Acrimonie et
- cruaut des Tison. &mdash; Dnonciation faite par eux la
- Commune. &mdash; Hbert se rend la tour. &mdash; Fouille laquelle il
- prside. &mdash; Louis XVII malade. &mdash; Le mdecin ordinaire des prisons
+ cachet du Roi, le priant de les remettre à M. de
+ Jarjayes. &mdash; Défection de Dumouriez. &mdash; Création du Comité de salut
+ public. &mdash; Louis XVII proclamé roi à l'étranger. &mdash; Acrimonie et
+ cruauté des Tison. &mdash; Dénonciation faite par eux à la
+ Commune. &mdash; Hébert se rend à la tour. &mdash; Fouille à laquelle il
+ préside. &mdash; Louis XVII malade. &mdash; Le médecin ordinaire des prisons
commis pour lui donner des soins. &mdash; Lutte des Girondins et des
- Montagnards. &mdash; La commission des douze. &mdash; Les barrires
- fermes. &mdash; Michonis. &mdash; Graves paroles de Madame lisabeth et de la
- Reine. &mdash; Le baron de Batz: complot form par lui pour dlivrer la
- famille royale. &mdash; Insuccs fortuit que Simon s'approprie. &mdash; Arrts
- du Comit de salut public. &mdash; Louis XVII spar de sa mre et de sa
- tante. &mdash; Dsespoir de la Reine; consolations que lui prodigue
- Madame lisabeth. &mdash; Bruit rpandu de l'vasion du petit
- Capet. &mdash; Dputation envoye au Temple pour s'assurer de ce qu'il y
- a de vrai dans ce bruit. &mdash; Rclamations striles adresses par
- Marie-Antoinette cette dputation. &mdash; Manire dont Drouet rend
- compte de sa mission la Convention. &mdash; Tison converti par les
- vertus de la Reine et de Madame lisabeth. &mdash; La femme Tison
- leurs pieds est releve par elles. &mdash; loge qu'elle fait d'elles
+ Montagnards. &mdash; La commission des douze. &mdash; Les barrières
+ fermées. &mdash; Michonis. &mdash; Graves paroles de Madame Élisabeth et de la
+ Reine. &mdash; Le baron de Batz: complot formé par lui pour délivrer la
+ famille royale. &mdash; Insuccès fortuit que Simon s'approprie. &mdash; Arrêtés
+ du Comité de salut public. &mdash; Louis XVII séparé de sa mère et de sa
+ tante. &mdash; Désespoir de la Reine; consolations que lui prodigue
+ Madame Élisabeth. &mdash; Bruit répandu de l'évasion du petit
+ Capet. &mdash; Députation envoyée au Temple pour s'assurer de ce qu'il y
+ a de vrai dans ce bruit. &mdash; Réclamations stériles adressées par
+ Marie-Antoinette à cette députation. &mdash; Manière dont Drouet rend
+ compte de sa mission à la Convention. &mdash; Tison converti par les
+ vertus de la Reine et de Madame Élisabeth. &mdash; La femme Tison à
+ leurs pieds est relevée par elles. &mdash; Éloge qu'elle fait d'elles à
Meusnier. &mdash; La femme Tison folle et en proie aux convulsions. Elle
- est soigne par les princesses, puis conduite l'Htel-Dieu, o
- une femme de police est place prs d'elle, charge de recueillir
- tout ce qu'elle pourra dire dans son dlire. &mdash; Tison essaye de
- racheter par son dvouement le mal qu'il a fait aux royales
- prisonnires, et leur cache avec soin les mauvais traitements que
- Simon fait subir leur enfant. &mdash; Il leur apprend que presque tous
+ est soignée par les princesses, puis conduite à l'Hôtel-Dieu, où
+ une femme de police est placée près d'elle, chargée de recueillir
+ tout ce qu'elle pourra dire dans son délire. &mdash; Tison essaye de
+ racheter par son dévouement le mal qu'il a fait aux royales
+ prisonnières, et leur cache avec soin les mauvais traitements que
+ Simon fait subir à leur enfant. &mdash; Il leur apprend que presque tous
les jours on le conduit au jardin pour y jouer, et souvent aussi
<span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span> sur la plate-forme de la Tour pour y respirer un bon
- air. &mdash; Longues stations de sa mre, de sa tante, de sa s&oelig;ur, au
+ air. &mdash; Longues stations de sa mère, de sa tante, de sa s&oelig;ur, au
sommet de la Tour pour y apercevoir passer ce cher enfant. Elles
le voient, mais pour leur malheur!</p>
-<p>Le bruit sourd qui avait annonc la sortie du Roi de la tour du Temple
+<p>Le bruit sourd qui avait annoncé la sortie du Roi de la tour du Temple
se prolongea longtemps, et ce bruit, en s'affaiblissant dans l'espace,
-ne pouvait qu'aggraver encore les angoisses de sa famille; car
-mesure que ce bruit s'loignait, le Roi se rapprochait de l'chafaud.
-Marie-Antoinette, craignant que ses enfants, puiss par le manque de
+ne pouvait qu'aggraver encore les angoisses de sa famille; car à
+mesure que ce bruit s'éloignait, le Roi se rapprochait de l'échafaud.
+Marie-Antoinette, craignant que ses enfants, épuisés par le manque de
nourriture aussi bien que par la privation du sommeil, n'eussent pas
-la force de supporter cette terrible preuve, les engagea, vers dix
-heures, prendre quelque nourriture; les pauvres enfants refusrent,
-en recommenant pleurer. Une demi-heure aprs, des cris de joie et
-des dtonations d'armes se firent entendre. Madame lisabeth, levant
-les yeux au ciel, s'cria: Les monstres! les voil contents! A cette
-exclamation, Marie-Thrse jeta des cris perants; son petit frre
-fondit en larmes; leur mre, le front baiss, les yeux hagards,
-demeura plonge dans un dsespoir morne et immobile qui ressemblait
-la mort. Dans l'aprs-midi, la Reine et Madame lisabeth demandrent
-voir Clry: la vue de cet honnte homme rest dans la tour jusqu'au
+la force de supporter cette terrible épreuve, les engagea, vers dix
+heures, à prendre quelque nourriture; les pauvres enfants refusèrent,
+en recommençant à pleurer. Une demi-heure après, des cris de joie et
+des détonations d'armes se firent entendre. Madame Élisabeth, levant
+les yeux au ciel, s'écria: «Les monstres! les voilà contents!» A cette
+exclamation, Marie-Thérèse jeta des cris perçants; son petit frère
+fondit en larmes; leur mère, le front baissé, les yeux hagards,
+demeura plongée dans un désespoir morne et immobile qui ressemblait à
+la mort. Dans l'après-midi, la Reine et Madame Élisabeth demandèrent à
+voir Cléry: la vue de cet honnête homme resté dans la tour jusqu'au
dernier moment avec Louis XVI augmenta tout ensemble et soulagea leur
-douleur: au rcit des adieux et des dernires paroles de celui qui
-n'tait plus, leurs pleurs coulrent; elles rclamrent les objets
-lgus par lui, objets prcieux dont Clry venait de faire la
-dclaration au conseil du Temple, et dont nous parlerons plus loin.
-Marie-Antoinette fit demander des vtements de deuil ce mme
-conseil, qui en rfra la Commune.</p>
-
-<p>Les angoisses de cette journe ne devaient point finir avec elle. Deux
-heures du matin sonnaient, et le repos n'tait point encore venu pour
-les trois captives. La jeune Marie-Thrse, par obissance, s'tait
-couche, mais elle <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> n'avait point ferm les yeux; sa mre et
-sa tante, assises auprs du lit du petit Prince endormi, causaient,
-mlant leurs afflictions et leurs larmes. Le sommeil de l'enfant tait
-calme, et semblait sourire. Il a maintenant l'ge qu'avait son frre
-lorsqu'il mourut Meudon: heureux ceux de notre maison qui sont
-partis les premiers! ils n'ont point assist la ruine de notre
-famille. Surprise d'entendre, une telle heure, parler chez la
-Reine, la femme Tison s'tait leve; elle frappa la porte,
-s'enqurant du motif de ce nocturne entretien. Son mari, qui venait de
-rveiller les commissaires de service, la suivait de prs. Madame
-lisabeth entr'ouvrit la porte, et leur dit avec douceur: De grce,
-laissez-nous pleurer en paix. L'inquisition s'arrta dsarme par
-cette voix anglique.</p>
-
-<p>Depuis quelques jours, Marie-Thrse tait indispose; elle prouvait
-dans tout le corps une grande fatigue, et ses jambes taient enfles.
+douleur: au récit des adieux et des dernières paroles de celui qui
+n'était plus, leurs pleurs coulèrent; elles réclamèrent les objets
+légués par lui, objets précieux dont Cléry venait de faire la
+déclaration au conseil du Temple, et dont nous parlerons plus loin.
+Marie-Antoinette fit demander des vêtements de deuil à ce même
+conseil, qui en référa à la Commune.</p>
+
+<p>Les angoisses de cette journée ne devaient point finir avec elle. Deux
+heures du matin sonnaient, et le repos n'était point encore venu pour
+les trois captives. La jeune Marie-Thérèse, par obéissance, s'était
+couchée, mais elle <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> n'avait point fermé les yeux; sa mère et
+sa tante, assises auprès du lit du petit Prince endormi, causaient,
+mêlant leurs afflictions et leurs larmes. Le sommeil de l'enfant était
+calme, et semblait sourire. «Il a maintenant l'âge qu'avait son frère
+lorsqu'il mourut à Meudon: heureux ceux de notre maison qui sont
+partis les premiers! ils n'ont point assisté à la ruine de notre
+famille.» Surprise d'entendre, à une telle heure, parler chez la
+Reine, la femme Tison s'était levée; elle frappa à la porte,
+s'enquérant du motif de ce nocturne entretien. Son mari, qui venait de
+réveiller les commissaires de service, la suivait de près. Madame
+Élisabeth entr'ouvrit la porte, et leur dit avec douceur: «De grâce,
+laissez-nous pleurer en paix.» L'inquisition s'arrêta désarmée par
+cette voix angélique.</p>
+
+<p>Depuis quelques jours, Marie-Thérèse était indisposée; elle éprouvait
+dans tout le corps une grande fatigue, et ses jambes étaient enflées.
Le chagrin avait fait empirer son mal, et pendant plusieurs jours ses
-compagnes n'avaient pu obtenir l'entre de M. Brunyer dans la
-tour<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45" title="Go to footnote 45"><span class="smaller">[45]</span></a>. Heureusement, dit-elle avec une simplicit touchante,
+compagnes n'avaient pu obtenir l'entrée de M. Brunyer dans la
+tour<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45" title="Go to footnote 45"><span class="smaller">[45]</span></a>. «Heureusement, dit-elle avec une simplicité touchante,
heureusement le chagrin augmenta ma maladie au point de faire une
-diversion favorable au dsespoir de ma mre. Marie-Antoinette et
-lisabeth passrent les nuits son chevet, dirigeant, appliquant
-elles-mmes le traitement prescrit par le mdecin, autoris enfin
-tre admis auprs d'elles. Les habits de <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> deuil demands
-furent accords le 23<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46" title="Go to footnote 46"><span class="smaller">[46]</span></a>. Dans la journe du 27, on en apporta une
-partie au Temple<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47" title="Go to footnote 47"><span class="smaller">[47]</span></a>. La Reine ne pouvait voir ses enfants vtus de
-noir sans que son c&oelig;ur se brist. Elle dit un jour Madame
-lisabeth: Je n'ai peut-tre pas donn dans le temps au Roi tous les
+diversion favorable au désespoir de ma mère.» Marie-Antoinette et
+Élisabeth passèrent les nuits à son chevet, dirigeant, appliquant
+elles-mêmes le traitement prescrit par le médecin, autorisé enfin à
+être admis auprès d'elles. Les habits de <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> deuil demandés
+furent accordés le 23<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46" title="Go to footnote 46"><span class="smaller">[46]</span></a>. Dans la journée du 27, on en apporta une
+partie au Temple<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47" title="Go to footnote 47"><span class="smaller">[47]</span></a>. La Reine ne pouvait voir ses enfants vêtus de
+noir sans que son c&oelig;ur se brisât. Elle dit un jour à Madame
+Élisabeth: «Je n'ai peut-être pas donné dans le temps au Roi tous les
conseils qui pouvaient le sauver, mais je le rejoindrai sur
-l'chafaud; oui, ma s&oelig;ur, j'y monterai aussi.&mdash;J'espre que Dieu ne
-permettra pas un tel malheur, rpondit Madame lisabeth; mais soyons
-prtes, ma s&oelig;ur, obir sa volont. Il se montre aujourd'hui
-svre dans ses chtiments et dans ses vengeances: prions-le de nous
-donner la force d'accomplir tout ce qu'il exigera de nous.</p>
-
-<p>Lepitre et Toulan, ces deux commissaires de la Commune qui s'taient
-dj cr par leur zle des titres la confiance de la famille
-royale, reparurent bientt au Temple, et les pauvres recluses purent
-obtenir d'eux les dtails qu'elles avaient vainement rclams de leurs
-collgues. En effet, Toulan et Lepitre avaient pris soin de se munir
+l'échafaud; oui, ma s&oelig;ur, j'y monterai aussi.&mdash;J'espère que Dieu ne
+permettra pas un tel malheur, répondit Madame Élisabeth; mais soyons
+prêtes, ma s&oelig;ur, à obéir à sa volonté. Il se montre aujourd'hui
+sévère dans ses châtiments et dans ses vengeances: prions-le de nous
+donner la force d'accomplir tout ce qu'il exigera de nous.»</p>
+
+<p>Lepitre et Toulan, ces deux commissaires de la Commune qui s'étaient
+déjà créé par leur zèle des titres à la confiance de la famille
+royale, reparurent bientôt au Temple, et les pauvres recluses purent
+obtenir d'eux les détails qu'elles avaient vainement réclamés de leurs
+collègues. En effet, Toulan et Lepitre avaient pris soin de se munir
des journaux qui rendaient compte de la mort du Roi, et ces papiers
-furent lus avec cette poignante avidit de la douleur empresse
-connatre toutes les circonstances les mieux faites pour l'alimenter.</p>
+furent lus avec cette poignante avidité de la douleur empressée à
+connaître toutes les circonstances les mieux faites pour l'alimenter.</p>
-<p>Lepitre, qui avait conu l'ide d'offrir la Reine et Madame
-lisabeth des consolations prises la source mme de leurs peines,
-leur prsenta, le jeudi 7 fvrier, une romance qu'il avait compose
-sur la mort de Louis XVI, et que madame Clry avait mise en musique.
+<p>Lepitre, qui avait conçu l'idée d'offrir à la Reine et à Madame
+Élisabeth des consolations prises à la source même de leurs peines,
+leur présenta, le jeudi 7 février, une romance qu'il avait composée
+sur la mort de Louis XVI, et que madame Cléry avait mise en musique.
Il se trouva de <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> nouveau de service au Temple le 1<sup>er</sup> mars,
-trois semaines aprs avoir fait hommage de son &oelig;uvre; il en reut
-la plus douce rcompense que son c&oelig;ur pt ambitionner: la Reine le
-fit entrer dans la chambre de Madame lisabeth; Marie-Thrse se mit
-au piano, et son frre, debout auprs d'elle, chanta la romance<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48" title="Go to footnote 48"><span class="smaller">[48]</span></a>,
-dont le dernier couplet est adress Madame lisabeth; le voici:</p>
+trois semaines après avoir fait hommage de son &oelig;uvre; il en reçut
+la plus douce récompense que son c&oelig;ur pût ambitionner: la Reine le
+fit entrer dans la chambre de Madame Élisabeth; Marie-Thérèse se mit
+au piano, et son frère, debout auprès d'elle, chanta la romance<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48" title="Go to footnote 48"><span class="smaller">[48]</span></a>,
+dont le dernier couplet est adressé à Madame Élisabeth; le voici:</p>
-<p class="poem10">Et toi, dont les soins, la tendresse,<br>
+<p class="poem10">«Et toi, dont les soins, la tendresse,<br>
Ont adouci tant de malheurs,<br>
- Ta rcompense est dans les c&oelig;urs<br>
- Que tu formes la sagesse...<br>
+ Ta récompense est dans les c&oelig;urs<br>
+ Que tu formes à la sagesse...<br>
Ah! souviens-toi des derniers v&oelig;ux<br>
- Qu'en mourant exprima ton frre;<br>
- Reste toujours prs de ma mre,<br>
- Et ses enfants en auront deux.</p>
-
-<p>La Reine tait assise ct de son fils, suivant avec attention les
-modulations mues de sa voix et les dirigeant avec soin. M. Lepitre a
-racont cette scne<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49" title="Go to footnote 49"><span class="smaller">[49]</span></a>: Nos larmes coulrent, dit-il, et nous
-gardmes un morne silence. Mais qui pourra peindre le spectacle que
-j'avois sous les <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> yeux? la fille de Louis son clavecin; sa
-mre, assise auprs d'elle, tenant son fils dans ses bras et les yeux
-mouills de pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses
-enfants; Madame lisabeth, debout ct de sa s&oelig;ur, et mlant ses
-soupirs aux tristes accents de son neveu.</p>
-
-<p>Madame lisabeth remarquait avec une satisfaction attendrie que la
-Reine tait uniquement occupe de ses enfants, et elle bnissait le
-ciel du repos qu'il laissait cette pauvre mre dans
-l'accomplissement de la seule tche qui pouvait lui tre chre encore.
-Madame lisabeth l'y secondait avec tout son dvouement: leur sombre
-douleur toutes deux ne s'clairait d'un rayon fugitif qu' cause de
+ Qu'en mourant exprima ton frère;<br>
+ Reste toujours près de ma mère,<br>
+ Et ses enfants en auront deux.»</p>
+
+<p>La Reine était assise à côté de son fils, suivant avec attention les
+modulations émues de sa voix et les dirigeant avec soin. M. Lepitre a
+raconté cette scène<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49" title="Go to footnote 49"><span class="smaller">[49]</span></a>: «Nos larmes coulèrent, dit-il, et nous
+gardâmes un morne silence. Mais qui pourra peindre le spectacle que
+j'avois sous les <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> yeux? la fille de Louis à son clavecin; sa
+mère, assise auprès d'elle, tenant son fils dans ses bras et les yeux
+mouillés de pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses
+enfants; Madame Élisabeth, debout à côté de sa s&oelig;ur, et mêlant ses
+soupirs aux tristes accents de son neveu.»</p>
+
+<p>Madame Élisabeth remarquait avec une satisfaction attendrie que la
+Reine était uniquement occupée de ses enfants, et elle bénissait le
+ciel du repos qu'il laissait à cette pauvre mère dans
+l'accomplissement de la seule tâche qui pouvait lui être chère encore.
+Madame Élisabeth l'y secondait avec tout son dévouement: leur sombre
+douleur à toutes deux ne s'éclairait d'un rayon fugitif qu'à cause de
leur tendresse pour leurs deux enfants, quoique cette tendresse leur
-rendt souvent plus poignant le sentiment de leurs prils:&mdash;leur fille
-dj faite aux regrets et aux inquitudes, mais forte, rsigne, et
-recueillant avec courage les leons du malheur; prs d'elle, son petit
-frre, animant tout de sa parole et de son sourire. La sollicitude de
-la Reine et de Madame lisabeth l'gard de cet enfant devait
-s'tendre tous les soins, car la prire faite par le Roi en allant
-au supplice de voir Clry reprendre son service auprs du jeune Prince
-avait t rejete par la Commune. Les deux institutrices essayaient,
-par les ressources qu'elles avaient en elles-mmes, de suppler
-l'absence des lments d'instruction ncessaires: l'criture, la
-gographie, l'histoire, eurent tant bien que mal leurs heures
-accoutumes. Quant l'ducation proprement dite, il est facile de
-croire que jamais enfant n'avait t plac meilleure cole; car dans
+rendît souvent plus poignant le sentiment de leurs périls:&mdash;leur fille
+déjà faite aux regrets et aux inquiétudes, mais forte, résignée, et
+recueillant avec courage les leçons du malheur; près d'elle, son petit
+frère, animant tout de sa parole et de son sourire. La sollicitude de
+la Reine et de Madame Élisabeth à l'égard de cet enfant devait
+s'étendre à tous les soins, car la prière faite par le Roi en allant
+au supplice de voir Cléry reprendre son service auprès du jeune Prince
+avait été rejetée par la Commune. Les deux institutrices essayaient,
+par les ressources qu'elles avaient en elles-mêmes, de suppléer à
+l'absence des éléments d'instruction nécessaires: l'écriture, la
+géographie, l'histoire, eurent tant bien que mal leurs heures
+accoutumées. Quant à l'éducation proprement dite, il est facile de
+croire que jamais enfant n'avait été placé à meilleure école; car dans
quel autre lieu du monde et sous quelle influence plus persuasive
-et-il pu recevoir de plus gnreuses exhortations et de plus
-magnanimes exemples? Les recommandations de son pre mourant
-n'taient-elles pas chaque jour mises en pratique sous ses yeux? Sa
-mre et sa tante perdaient-elles une occasion d'excuser devant lui
-leurs perscuteurs, <span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> en les reprsentant gars par le vertige
-des passions rvolutionnaires bien plus que par le mouvement de leur
-c&oelig;ur? Non-seulement elles lui prchaient le pardon des injures,
+eût-il pu recevoir de plus généreuses exhortations et de plus
+magnanimes exemples? Les recommandations de son père mourant
+n'étaient-elles pas chaque jour mises en pratique sous ses yeux? Sa
+mère et sa tante perdaient-elles une occasion d'excuser devant lui
+leurs persécuteurs, <span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> en les représentant égarés par le vertige
+des passions révolutionnaires bien plus que par le mouvement de leur
+c&oelig;ur? Non-seulement elles lui prêchaient le pardon des injures,
mais encore, dans les lectures de l'histoire de France qu'elles lui
faisaient journellement, elles avaient soin d'exalter les belles
-actions, les traits de clmence ou d'hrosme qu'elles y
+actions, les traits de clémence ou d'héroïsme qu'elles y
rencontraient.</p>
-<p>Madame lisabeth vit se former avec bonheur, mais non sans inquitude,
-le projet conu par Toulan de faire vader du Temple la Reine et ses
-enfants; ne songeant jamais sa propre personne, elle s'effrayait des
-prils d'une entreprise dont le plan, par sa hardiesse mme, plaisait
- Marie-Antoinette: celle-ci toutefois, avant de l'adopter, dsira
-qu'il obtnt l'approbation de M. de Jarjayes, homme grave dj signal
- sa confiance par le succs de quelques missions importantes. Aprs
-deux longues confrences, Jarjayes et Toulan arrtrent leur plan, qui
+<p>Madame Élisabeth vit se former avec bonheur, mais non sans inquiétude,
+le projet conçu par Toulan de faire évader du Temple la Reine et ses
+enfants; ne songeant jamais à sa propre personne, elle s'effrayait des
+périls d'une entreprise dont le plan, par sa hardiesse même, plaisait
+à Marie-Antoinette: celle-ci toutefois, avant de l'adopter, désira
+qu'il obtînt l'approbation de M. de Jarjayes, homme grave déjà signalé
+à sa confiance par le succès de quelques missions importantes. Après
+deux longues conférences, Jarjayes et Toulan arrêtèrent leur plan, qui
rendait indispensable l'association d'un second commissaire. Leur
-choix devait naturellement se porter sur Lepitre. Dans une troisime
-confrence, o celui-ci fut appel, on s'entendit sur les moyens
-d'excution. M. de Jarjayes se chargea de faire confectionner des
-habits d'homme pour la Reine et pour Madame lisabeth, et les deux
-municipaux s'engagrent introduire ces habits dans la tour en les
+choix devait naturellement se porter sur Lepitre. Dans une troisième
+conférence, où celui-ci fut appelé, on s'entendit sur les moyens
+d'exécution. M. de Jarjayes se chargea de faire confectionner des
+habits d'homme pour la Reine et pour Madame Élisabeth, et les deux
+municipaux s'engagèrent à introduire ces habits dans la tour en les
cachant sous la pelisse que l'un et l'autre avaient coutume de mettre
-par-dessus leur vtement. Les deux princesses, l'aide de ce
-dguisement, rehauss de l'charpe tricolore, devaient sortir munies
+par-dessus leur vêtement. Les deux princesses, à l'aide de ce
+déguisement, rehaussé de l'écharpe tricolore, devaient sortir munies
de cartes telles que les avaient les commissaires et toutes personnes
-autorises entrer la tour. La ralisation de ce plan ne paraissait
-point offrir de grandes difficults; mais l'vasion des deux enfants
-prsentait mille dangers aussi insurmontables les uns que les autres.
-Le petit Prince surtout tait l'objet d'une surveillance active et
+autorisées à entrer à la tour. La réalisation de ce plan ne paraissait
+point offrir de grandes difficultés; mais l'évasion des deux enfants
+présentait mille dangers aussi insurmontables les uns que les autres.
+Le petit Prince surtout était l'objet d'une surveillance active et
incessante qui rendait pour lui impossible toute chance <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> de
salut. Une chance cependant, quoique presque impossible, parut
-susceptible d'tre tente. Un homme du peuple, nomm Jacques, venait
-le matin la tour nettoyer les quinquets et les rverbres, et
-revenait le soir les allumer. Deux enfants peu prs de l'ge et de
+susceptible d'être tentée. Un homme du peuple, nommé Jacques, venait
+le matin à la tour nettoyer les quinquets et les réverbères, et
+revenait le soir les allumer. Deux enfants à peu près de l'âge et de
la taille des enfants de la Reine l'accompagnaient ordinairement et
-l'aidaient, dans son travail. Il n'et pas t prudent de mettre dans
-la confidence cet employ subalterne qui ne parlait jamais ni aux
-municipaux ni aux geliers, et ne connaissait au Temple que sa
-consigne. Mais voici ce que Toulan imagina: Le lampiste, dit-il ses
+l'aidaient, dans son travail. Il n'eût pas été prudent de mettre dans
+la confidence cet employé subalterne qui ne parlait jamais ni aux
+municipaux ni aux geôliers, et ne connaissait au Temple que sa
+consigne. Mais voici ce que Toulan imagina: «Le lampiste, dit-il à ses
complices, remplit son office entre cinq et six heures; son dernier
-rverbre est allum et lui-mme est dj sorti du Temple lorsque,
-sept heures, les sentinelles sont releves. Ds qu'il se sera retir
-et que les factionnaires seront relevs, un homme accoutr comme le
-lampiste, passant la faveur d'une carte d'entre sous l'&oelig;il des
-premiers guichetiers, arrivera, sa bote de fer-blanc au bras,
-l'appartement de la Reine; je me trouverai l, et, le gourmandant
-hautement de n'tre pas venu lui-mme arranger ses quinquets:
-N'avez-vous pas de honte, lui dirai-je, d'avoir envoy vos deux
-enfants pour faire votre besogne votre place? Puis alors je lui
-remettrai les enfants de la Reine, et le prtendu lampiste s'en ira
+réverbère est allumé et lui-même est déjà sorti du Temple lorsque, à
+sept heures, les sentinelles sont relevées. Dès qu'il se sera retiré
+et que les factionnaires seront relevés, un homme accoutré comme le
+lampiste, passant à la faveur d'une carte d'entrée sous l'&oelig;il des
+premiers guichetiers, arrivera, sa boîte de fer-blanc au bras, à
+l'appartement de la Reine; je me trouverai là, et, le gourmandant
+hautement de n'être pas venu lui-même arranger ses quinquets:
+«N'avez-vous pas de honte, lui dirai-je, d'avoir envoyé vos deux
+enfants pour faire votre besogne à votre place?» Puis alors je lui
+remettrai les enfants de la Reine, et le prétendu lampiste s'en ira
avec ses deux jeunes apprentis, et tous trois gagneront le coin des
-boulevards, o les attendra M. de Jarjayes.</p>
+boulevards, où les attendra M. de Jarjayes.»</p>
-<p>Ce plan, qui fut agr par Jarjayes et Lepitre, rendait ncessaire
-l'adjonction d'un nouveau confident digne d'entrer dans ce gnreux
-complot et de jouer le rle du lampiste. J'ai un de mes amis,
+<p>Ce plan, qui fut agréé par Jarjayes et Lepitre, rendait nécessaire
+l'adjonction d'un nouveau confident digne d'entrer dans ce généreux
+complot et de jouer le rôle du lampiste. «J'ai un de mes amis,
continua Toulan, homme discret et courageux, qui acceptera, j'en suis
-certain, sa part de cette prilleuse entreprise. Il se nomme Ricard,
-et est inspecteur des domaines nationaux. Je rponds de lui.&mdash;On
-voit, d'aprs cet expos, que Toulan se chargeait de prsider
-spcialement aux dispositions relatives l'vasion <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> de la
+certain, sa part de cette périlleuse entreprise. Il se nomme Ricard,
+et est inspecteur des domaines nationaux. Je réponds de lui.»&mdash;On
+voit, d'après cet exposé, que Toulan se chargeait de présider
+spécialement aux dispositions relatives à l'évasion <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> de la
tour, et Jarjayes aux mesures concernant la fuite hors du territoire
-franais.</p>
+français.</p>
-<p>Chacun se tint prt. Ricard, averti, se munit d'un costume
-parfaitement semblable celui du lampiste; Jarjayes s'assura de trois
+<p>Chacun se tint prêt. Ricard, averti, se munit d'un costume
+parfaitement semblable à celui du lampiste; Jarjayes s'assura de trois
cabriolets auxquels, au premier signal et au lieu convenu, devaient
s'atteler de vigoureux chevaux. Il fut convenu que la Reine et son
-fils monteraient dans la premire de ces voitures, conduite par M. de
-Jarjayes; Marie-Thrse dans la seconde, conduite par Lepitre, et
-Madame lisabeth dans la troisime, conduite par Toulan. Une fois son
-office rempli, Ricard se serait dbarrass de son dguisement, et
-serait rentr en son domicile sans que personne et pu souponner la
-part heureuse prise par lui un vnement qui allait occuper le
+fils monteraient dans la première de ces voitures, conduite par M. de
+Jarjayes; Marie-Thérèse dans la seconde, conduite par Lepitre, et
+Madame Élisabeth dans la troisième, conduite par Toulan. Une fois son
+office rempli, Ricard se serait débarrassé de son déguisement, et
+serait rentré en son domicile sans que personne eût pu soupçonner la
+part heureuse prise par lui à un événement qui allait occuper le
monde.</p>
-<p>Le succs de l'entreprise semblait assur: Lepitre, prsident de la
-commission des passe-ports, avait dlivr lui-mme les passe-ports en
-rgle; les incidents taient calculs de manire qu'on ne pouvait se
-mettre la poursuite des prisonniers que de longues heures aprs leur
-dpart. Enfin, on avait runi une somme considrable d'argent, ce nerf
-de toutes les entreprises. On devait gagner les ctes de la Normandie:
-Jarjayes s'tait assur des moyens de passer en Angleterre; un bateau
-se tenait sa disposition sur un point convenu, prs du Havre. Enfin,
-il n'tait point impossible d'esprer que des mesures combines avec
-une habilet qui n'avait rien oubli dans ses prvisions et ses
-calculs, et avec tant d'intelligence et de dvouement, conjureraient
-cette fois les chances fatales qui emportaient vers l'abme les dbris
-de la maison de France. Mais il tait crit qu'en toute circonstance
+<p>Le succès de l'entreprise semblait assuré: Lepitre, président de la
+commission des passe-ports, avait délivré lui-même les passe-ports en
+règle; les incidents étaient calculés de manière qu'on ne pouvait se
+mettre à la poursuite des prisonniers que de longues heures après leur
+départ. Enfin, on avait réuni une somme considérable d'argent, ce nerf
+de toutes les entreprises. On devait gagner les côtes de la Normandie:
+Jarjayes s'était assuré des moyens de passer en Angleterre; un bateau
+se tenait à sa disposition sur un point convenu, près du Havre. Enfin,
+il n'était point impossible d'espérer que des mesures combinées avec
+une habileté qui n'avait rien oublié dans ses prévisions et ses
+calculs, et avec tant d'intelligence et de dévouement, conjureraient
+cette fois les chances fatales qui emportaient vers l'abîme les débris
+de la maison de France. Mais il était écrit qu'en toute circonstance
la fortune se tournerait contre elle. Cette fois, l'obstacle ne vint
-pas, comme au voyage de Varennes, du zle inintelligent de ses amis;
-il naquit d'un grand mouvement excit le <span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> 7 mars dans Paris
-par la nouvelle du succs des armes trangres<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50" title="Go to footnote 50"><span class="smaller">[50]</span></a> et par la chert
-des subsistances. Le lendemain 8 avait t le jour fix pour
-l'vasion. On comprend qu'au milieu des motions causes dans Paris,
-tout ensemble par l'inquitude de l'invasion et l'apprhension de la
-famine, l'entreprise de Toulan dut tre forcment remise. Les dbats
-enflamms de la Convention, la violence de la Commune, le tumulte de
-la rue, tenaient en veil la sollicitude du gouvernement et
+pas, comme au voyage de Varennes, du zèle inintelligent de ses amis;
+il naquit d'un grand mouvement excité le <span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> 7 mars dans Paris
+par la nouvelle du succès des armes étrangères<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50" title="Go to footnote 50"><span class="smaller">[50]</span></a> et par la cherté
+des subsistances. Le lendemain 8 avait été le jour fixé pour
+l'évasion. On comprend qu'au milieu des émotions causées dans Paris,
+tout ensemble par l'inquiétude de l'invasion et l'appréhension de la
+famine, l'entreprise de Toulan dut être forcément remise. Les débats
+enflammés de la Convention, la violence de la Commune, le tumulte de
+la rue, tenaient en éveil la sollicitude du gouvernement et
provoquaient son attention.</p>
-<p>Or sa surveillance, aux jours d'meute, se portait toujours sur la
+<p>Or sa surveillance, aux jours d'émeute, se portait toujours sur la
prison de la famille royale. Celle-ci, qui entendait parfaitement le
-bruissement tumultueux de la grande ville, ne sachant quelle cause
-l'attribuer, craignait que le complot ourdi pour sa dlivrance n'et
-t vent, et que ses amis ne fussent compromis. Sa joie fut vive en
+bruissement tumultueux de la grande ville, ne sachant à quelle cause
+l'attribuer, craignait que le complot ourdi pour sa délivrance n'eût
+été éventé, et que ses amis ne fussent compromis. Sa joie fut vive en
voyant, le 8, Toulan arriver au Temple, et plus vive encore en
-apprenant de lui qu'aucune ombre de soupon ne s'tait manifeste.
-J'aurais t dsole, lui dit la veuve de Louis XVI, de quitter ce
-sjour sans en emporter quelques objets qui me sont prcieux et qui
-m'ont t lgus par une main qui me fut chre et qui m'est sacre: je
+apprenant de lui qu'aucune ombre de soupçon ne s'était manifestée.
+«J'aurais été désolée, lui dit la veuve de Louis XVI, de quitter ce
+séjour sans en emporter quelques objets qui me sont précieux et qui
+m'ont été légués par une main qui me fut chère et qui m'est sacrée: je
veux parler de l'anneau nuptial et du cachet que le Roi portait
-toujours, et qu'il avait charg Clry de me remettre avec les cheveux
-de ma s&oelig;ur lisabeth et de mes enfants. Toulan ne fit aucune
-rponse ce sujet; mais il n'ignorait pas que Clry, le jour o il
-avait t rendu la libert, avait, sur les ordres des municipaux,
+toujours, et qu'il avait chargé Cléry de me remettre avec les cheveux
+de ma s&oelig;ur Élisabeth et de mes enfants.» Toulan ne fit aucune
+réponse à ce sujet; mais il n'ignorait pas que Cléry, le jour où il
+avait été rendu à la liberté, avait, sur les ordres des municipaux,
remis au conseil du Temple les effets dont le conseil de la Commune
-l'avait laiss dpositaire le 21 janvier, et que ces effets, parmi
-lesquels se trouvaient les objets dont parlait la Reine, avaient t
-placs sous les scells dans la chambre du feu Roi. Le surlendemain,
-avant sa sortie du Temple, Toulan <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> remit Marie-Antoinette
-les objets qu'elle avait dsirs, et qu'il avait retirs de dessous
-les scells.</p>
-
-<p>Il avait eu le temps et l'adresse d'en faire excuter d' peu prs
-semblables, et l'audace de les substituer aux premiers. On prouve un
-sentiment qui ressemble une consolation, voir que la Reine de
-France, dans tout l'clat de sa puissance et de sa gloire,
-Versailles, n'et point t servie avec plus de zle et d'habilet.</p>
-
-<p>L'effervescence des esprits tait loin de se calmer. Le 12, la
-conduite du gnral Dumouriez tait dnonce la Convention par la
-section Poissonnire de Paris; le 13, pour la premire fois, la
-Vende, dj frmissante depuis quelque temps, levait ouvertement le
+l'avait laissé dépositaire le 21 janvier, et que ces effets, parmi
+lesquels se trouvaient les objets dont parlait la Reine, avaient été
+placés sous les scellés dans la chambre du feu Roi. Le surlendemain,
+avant sa sortie du Temple, Toulan <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> remit à Marie-Antoinette
+les objets qu'elle avait désirés, et qu'il avait retirés de dessous
+les scellés.</p>
+
+<p>Il avait eu le temps et l'adresse d'en faire exécuter d'à peu près
+semblables, et l'audace de les substituer aux premiers. On éprouve un
+sentiment qui ressemble à une consolation, à voir que la Reine de
+France, dans tout l'éclat de sa puissance et de sa gloire, à
+Versailles, n'eût point été servie avec plus de zèle et d'habileté.</p>
+
+<p>L'effervescence des esprits était loin de se calmer. Le 12, la
+conduite du général Dumouriez était dénoncée à la Convention par la
+section Poissonnière de Paris; le 13, pour la première fois, la
+Vendée, déjà frémissante depuis quelque temps, levait ouvertement le
drapeau; et d'ailleurs, le tour de service de Toulan et de Lepitre ne
pouvant se produire qu'au bout d'un certain nombre de jours, tout
-projet de dlivrance se trouva ajourn. Madame lisabeth ne s'tait
-pas fait d'illusion sur les difficults de la tentative, et cependant
+projet de délivrance se trouva ajourné. Madame Élisabeth ne s'était
+pas fait d'illusion sur les difficultés de la tentative, et cependant
elle la regretta comme une chance de salut perdue pour la Reine. Les
-jours suivants amenrent encore des vnements qui ne firent que
-dvelopper le systme de l'intimidation. La surveillance exerce sur
-l'enfant royal devint extrme. Jarjayes, Toulan et Lepitre, forcs de
-limiter leur entreprise aux bornes du possible, concentrrent leur
-pense de dlivrance sur la Reine et sur Madame lisabeth. Mais ici se
-prsentait une nouvelle difficult: comment obtenir de
-Marie-Antoinette et de Madame lisabeth de se sparer de leurs
-enfants? Dj, une poque moins affreuse, la Reine avait dclar que
+jours suivants amenèrent encore des événements qui ne firent que
+développer le système de l'intimidation. La surveillance exercée sur
+l'enfant royal devint extrême. Jarjayes, Toulan et Lepitre, forcés de
+limiter leur entreprise aux bornes du possible, concentrèrent leur
+pensée de délivrance sur la Reine et sur Madame Élisabeth. Mais ici se
+présentait une nouvelle difficulté: comment obtenir de
+Marie-Antoinette et de Madame Élisabeth de se séparer de leurs
+enfants? Déjà, à une époque moins affreuse, la Reine avait déclaré que
si on voulait la sauver, il fallait sauver ses enfants avec elle.
-Quant Madame lisabeth, on sait que cette grande me s'oubliait en
-toute occasion. Elle employa toute l'loquence de son c&oelig;ur
-persuader sa s&oelig;ur que c'tait un devoir imprieux pour elle de
-profiter des ressources qui lui restaient pour chapper ses
-ennemis. Vos jours, lui dit-elle, <span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> peuvent tre menacs,
-tandis que ceux de vos enfants et les miens mmes ne sont exposs
-aucun danger. Vos enfants sont couverts par leur ge, et moi par ma
-nullit. Sans doute, ma s&oelig;ur, les bruits odieux qui ont quelquefois
-troubl votre oreille sont imprgns de l'exagration populaire; mais
-cependant ils arrivent au vrai lorsqu'ils expriment l'animosit
-publique excite contre vous. L'garement du peuple votre gard est
+Quant à Madame Élisabeth, on sait que cette grande âme s'oubliait en
+toute occasion. Elle employa toute l'éloquence de son c&oelig;ur à
+persuader à sa s&oelig;ur que c'était un devoir impérieux pour elle de
+profiter des ressources qui lui restaient pour échapper à ses
+ennemis. «Vos jours, lui dit-elle, <span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> peuvent être menacés,
+tandis que ceux de vos enfants et les miens mêmes ne sont exposés à
+aucun danger. Vos enfants sont couverts par leur âge, et moi par ma
+nullité. Sans doute, ma s&oelig;ur, les bruits odieux qui ont quelquefois
+troublé votre oreille sont imprégnés de l'exagération populaire; mais
+cependant ils arrivent au vrai lorsqu'ils expriment l'animosité
+publique excitée contre vous. L'égarement du peuple à votre égard est
tel que vous deviendriez coupable d'en attendre les effets. Vous avez
une grande confiance en M. de Jarjayes, et, vous le voyez, il vous
-envoie lui-mme ses supplications les plus vives pour vous engager
-vous prter l'excution du nouveau plan dont Toulan vous apporte les
-dtails. Peut-tre est-ce la main invisible de la Providence qui vous
+envoie lui-même ses supplications les plus vives pour vous engager à
+vous prêter à l'exécution du nouveau plan dont Toulan vous apporte les
+détails. Peut-être est-ce la main invisible de la Providence qui vous
tend cette planche dans le naufrage; ne la repoussez pas, je vous en
supplie: je vous le demande au nom de vos enfants, au nom de celui
-dont la mmoire vous est sainte, et, si vous le permettez, au nom de
-mon amour pour vous.</p>
+dont la mémoire vous est sainte, et, si vous le permettez, au nom de
+mon amour pour vous.»</p>
-<p>La voix pntrante de Madame lisabeth se fit route au c&oelig;ur de la
+<p>La voix pénétrante de Madame Élisabeth se fit route au c&oelig;ur de la
Reine. Celle-ci approuva le plan; elle promit de s'y conformer. Le
-jour fut pris, le jour arriva... La veille au soir, la mre et la
-tante taient assises au chevet du lit du jeune Prince endormi. Sa
-s&oelig;ur tait couche aussi, mais la porte de sa chambre tait
-ouverte, et Marie-Thrse, occupe de l'air rveur et triste qu'elle
-avait vu sa mre toute la journe, n'avait point encore rencontr le
+jour fut pris, le jour arriva... La veille au soir, la mère et la
+tante étaient assises au chevet du lit du jeune Prince endormi. Sa
+s&oelig;ur était couchée aussi, mais la porte de sa chambre était
+ouverte, et Marie-Thérèse, occupée de l'air rêveur et triste qu'elle
+avait vu à sa mère toute la journée, n'avait point encore rencontré le
sommeil. Elle entendit ainsi les paroles que plus tard elle a
-rptes. Cdant au sacrifice qu'on lui avait demand,
-Marie-Antoinette tait donc assise auprs du lit de son fils: Dieu
+répétées. Cédant au sacrifice qu'on lui avait demandé,
+Marie-Antoinette était donc assise auprès du lit de son fils: «Dieu
veuille, dit-elle, que cet enfant soit heureux!&mdash;Il le sera, ma
-s&oelig;ur, rpondit Madame lisabeth en montrant la Reine la figure
-douce et fire du Dauphin.&mdash;Toute jeunesse est courte comme toute
+s&oelig;ur, répondit Madame Élisabeth en montrant à la Reine la figure
+douce et fière du Dauphin.&mdash;Toute jeunesse est courte comme toute
joie, murmura Marie-Antoinette avec un serrement de c&oelig;ur; on en
-finit avec le <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span> bonheur comme avec toute chose. Puis, se
-levant, elle fit quelques pas dans sa chambre en disant: Et
-vous-mme, ma bonne s&oelig;ur, quand et comment vous reverrai-je?...
-C'est impossible! c'est impossible!</p>
-
-<p>La jeune Marie-Thrse avait recueilli ces paroles, mais ce n'est que
-quelque temps aprs que le sens lui en fut expliqu par sa tante.
-Cette exclamation de la Reine n'tait autre chose que le rejet du
-moyen de salut qui lui tait offert. Son parti tait pris: l'amour de
-ses enfants l'emportait sur toute autre considration, sur les prires
+finit avec le <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span> bonheur comme avec toute chose.» Puis, se
+levant, elle fit quelques pas dans sa chambre en disant: «Et
+vous-même, ma bonne s&oelig;ur, quand et comment vous reverrai-je?...
+C'est impossible! c'est impossible!»</p>
+
+<p>La jeune Marie-Thérèse avait recueilli ces paroles, mais ce n'est que
+quelque temps après que le sens lui en fut expliqué par sa tante.
+Cette exclamation de la Reine n'était autre chose que le rejet du
+moyen de salut qui lui était offert. Son parti était pris: l'amour de
+ses enfants l'emportait sur toute autre considération, sur les prières
de sa s&oelig;ur, sur l'instinct de sa propre conservation, sur la parole
-mme donne au dvouement de ses courageux amis. Toutefois, se
+même donnée au dévouement de ses courageux amis. Toutefois, se
reprochant presque comme un parjure une promesse qu'elle ne voulait
plus tenir, elle sentit qu'elle devait des explications et une amende
-honorable ces mes gnreuses, rsolues s'exposer pour elle; et le
-lendemain, aussitt qu'elle put parler Toulan, qui arrivait tout mu
-de la grande action qu'il allait accomplir: Vous allez m'en vouloir,
-lui dit-elle, mais j'ai rflchi; il n'y a ici que danger: vaut mieux
-mort que remords. Dans le cours de la journe, elle trouva encore le
+honorable à ces âmes généreuses, résolues à s'exposer pour elle; et le
+lendemain, aussitôt qu'elle put parler à Toulan, qui arrivait tout ému
+de la grande action qu'il allait accomplir: «Vous allez m'en vouloir,
+lui dit-elle, mais j'ai réfléchi; il n'y a ici que danger: vaut mieux
+mort que remords.» Dans le cours de la journée, elle trouva encore le
moyen de glisser dans l'oreille de Toulan ces paroles dont se
-souvenait cet homme intrpide en montant sur l'chafaud le 30 juin
-1794: Je mourrai malheureuse si je n'ai pu vous prouver ma
+souvenait cet homme intrépide en montant sur l'échafaud le 30 juin
+1794: «Je mourrai malheureuse si je n'ai pu vous prouver ma
gratitude<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51" title="Go to footnote 51"><span class="smaller">[51]</span></a>.&mdash;Et moi, madame, malheureux si je n'ai pu vous
-<span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> montrer mon dvouement.&mdash;D'aprs ce qui se passe, dit encore
-la Reine, comme frappe d'une sinistre prvision, je puis m'attendre
-d'un instant l'autre me voir prive de toute communication. Voici
-l'alliance, le cachet et le petit paquet de cheveux que je dois vous
-seul d'avoir recouvrs. Je vous charge de les dposer entre les mains
-de M. de Jarjayes, en le priant de les faire parvenir Monsieur et au
+<span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> montrer mon dévouement.&mdash;D'après ce qui se passe, dit encore
+la Reine, comme frappée d'une sinistre prévision, je puis m'attendre
+d'un instant à l'autre à me voir privée de toute communication. Voici
+l'alliance, le cachet et le petit paquet de cheveux que je dois à vous
+seul d'avoir recouvrés. Je vous charge de les déposer entre les mains
+de M. de Jarjayes, en le priant de les faire parvenir à Monsieur et au
comte d'Artois, ainsi que des lettres que ma s&oelig;ur et moi avons
-crites nos frres<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52" title="Go to footnote 52"><span class="smaller">[52]</span></a>.</p>
+écrites à nos frères<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52" title="Go to footnote 52"><span class="smaller">[52]</span></a>.»</p>
-<p>Madame lisabeth crivait ces lignes Monsieur:</p>
+<p>Madame Élisabeth écrivait ces lignes à Monsieur:</p>
<div class="lettre">
-<p>Je jouis d'avance du plaisir que vous prouverez en recevant ce gage
-de l'amiti et de la confiance; tre runie avec vous et vous voir
-heureux est tout ce que je dsire: vous savez si je vous aime. Je vous
+<p>«Je jouis d'avance du plaisir que vous éprouverez en recevant ce gage
+de l'amitié et de la confiance; être réunie avec vous et vous voir
+heureux est tout ce que je désire: vous savez si je vous aime. Je vous
embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p class="author">E. M.</p>
+<p class="author">»E. M.»</p>
</div>
<p>Et au comte d'Artois:</p>
<div class="lettre">
-<p>Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frre, de pouvoir, aprs un
+<p>«Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frère, de pouvoir, après un
si long espace de temps, vous parler de tous mes sentiments! Que j'ai
-souffert pour vous! Un <span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> temps viendra, j'espre, o je pourrai
+souffert pour vous! Un <span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> temps viendra, j'espère, où je pourrai
vous embrasser, et vous dire que jamais vous ne trouverez une amie
-plus vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas, j'espre.</p>
+plus vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas, j'espère.</p>
-<p class="author">E. M.</p>
+<p class="author">»E. M.»</p>
</div>
<p class="p2">Ce ne fut que dans les premiers jours de mai que M. de Jarjayes put
-faire parvenir ces messages leur destination, le cachet et le paquet
+faire parvenir ces messages à leur destination, le cachet et le paquet
de cheveux au comte de Provence, et l'anneau et les cheveux de Louis
XVI au comte d'Artois<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53" title="Go to footnote 53"><span class="smaller">[53]</span></a>.</p>
-<p>Le gouvernement rvolutionnaire rencontrait dans sa marche obstacle
-sur obstacle. Le midi de la France semblait rpondre aux cris de la
-Vende. Les puissances ligues contre la France, heureuses de voir les
-torches de la guerre civile allumes dans nos provinces, se
+<p>Le gouvernement révolutionnaire rencontrait dans sa marche obstacle
+sur obstacle. Le midi de la France semblait répondre aux cris de la
+Vendée. Les puissances liguées contre la France, heureuses de voir les
+torches de la guerre civile allumées dans nos provinces, se
partageaient tranquillement les lambeaux de la Pologne. Dumouriez, qui
-venait de livrer l'Allemagne le ministre de la guerre et les
-commissaires de la Convention, mettait l'abri des lignes
-autrichiennes sa tte cote trois cent mille francs. L'annonce de
-ces vnements dictait la Commune de nouvelles mesures de
-prcaution<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54" title="Go to footnote 54"><span class="smaller">[54]</span></a>; elle inspirait <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> la Convention de nouveaux
-dcrets qui faisaient doubler la garde du Temple<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55" title="Go to footnote 55"><span class="smaller">[55]</span></a>, craient un
-comit de salut <span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> public et mettaient en arrestation toute la
+venait de livrer à l'Allemagne le ministre de la guerre et les
+commissaires de la Convention, mettait à l'abri des lignes
+autrichiennes sa tête cotée à trois cent mille francs. L'annonce de
+ces événements dictait à la Commune de nouvelles mesures de
+précaution<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54" title="Go to footnote 54"><span class="smaller">[54]</span></a>; elle inspirait <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> à la Convention de nouveaux
+décrets qui faisaient doubler la garde du Temple<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55" title="Go to footnote 55"><span class="smaller">[55]</span></a>, créaient un
+comité de salut <span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> public et mettaient en arrestation toute la
famille des Bourbons. Ces mouvements, qui agitaient la France et
-l'Europe, ne troublaient pas le morne intrieur de la tour du Temple;
-et le fils de Louis XVI, reconnu Roi de France par l'tranger,
-proclam sous le nom de Louis XVII sur quelques points du territoire
+l'Europe, ne troublaient pas le morne intérieur de la tour du Temple;
+et le fils de Louis XVI, reconnu Roi de France par l'étranger,
+proclamé sous le nom de Louis XVII sur quelques points du territoire
national, n'avait pour palais qu'une prison, pour courtisans, pour
-ministres et pour gardes qu'une mre assige par toutes les
-angoisses, mais arme d'un caractre aussi grand que ses malheurs;
-qu'une s&oelig;ur plus ge que lui, assez ge, hlas! pour partager les
-douleurs de sa mre et pour comprendre l'abaissement de sa famille;
+ministres et pour gardes qu'une mère assiégée par toutes les
+angoisses, mais armée d'un caractère aussi grand que ses malheurs;
+qu'une s&oelig;ur plus âgée que lui, assez âgée, hélas! pour partager les
+douleurs de sa mère et pour comprendre l'abaissement de sa famille;
qu'une tante enfin qui, portant le ciel dans son c&oelig;ur, avait le don
d'apaiser les plus vives douleurs par le baume de sa parole, et de
-rassrner les mes par son regard.</p>
+rasséréner les âmes par son regard.</p>
<p>Tison et sa femme remplissaient jusqu'au bout la mission odieuse dont
-ils s'taient chargs. Le petit Prince, comme s'il les et pntrs,
-les avait pris en horreur. Malgr les recommandations de sa mre et de
-sa tante, il lui tait impossible de dguiser les sentiments qu'ils
-lui inspiraient. Gourmands un jour assez vertement par Vincent,
-commissaire de service, les deux Cerbres imputrent aux dnonciations
-de Louis-Charles la rprimande qu'ils recevaient. Le soir, ds que
-Vincent eut t remplac, ils entrrent chez la Reine, et se
-rpandirent en rcriminations contre l'enfant, en lui jetant les
-pithtes d'<em>espion</em> et de <em>dlateur</em>, qu'ils auraient pu si justement
-s'appliquer eux-mmes. Marie-Antoinette leur rpondit avec dignit:
-Sachez qu'aucun des ntres n'est d'un caractre frapper les gens
-dans l'ombre ni moi le tolrer. Le mnage Tison se retira bless au
-vif, vomissant des imprcations contre la Reine et des maldictions
-contre son enfant. Celui-ci protestait avec nergie, avec indignation.
-Ils sont en colre, lui dit avec douceur Madame lisabeth; <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span>
-pardonnez-leur. Ces derniers mots furent entendus de Tison; il revint
-sur ses pas comme un furieux: Pardonnez-leur! cria-t-il; ah , o
+ils s'étaient chargés. Le petit Prince, comme s'il les eût pénétrés,
+les avait pris en horreur. Malgré les recommandations de sa mère et de
+sa tante, il lui était impossible de déguiser les sentiments qu'ils
+lui inspiraient. Gourmandés un jour assez vertement par Vincent,
+commissaire de service, les deux Cerbères imputèrent aux dénonciations
+de Louis-Charles la réprimande qu'ils recevaient. Le soir, dès que
+Vincent eut été remplacé, ils entrèrent chez la Reine, et se
+répandirent en récriminations contre l'enfant, en lui jetant les
+épithètes d'<em>espion</em> et de <em>délateur</em>, qu'ils auraient pu si justement
+s'appliquer à eux-mêmes. Marie-Antoinette leur répondit avec dignité:
+«Sachez qu'aucun des nôtres n'est d'un caractère à frapper les gens
+dans l'ombre ni moi à le tolérer.» Le ménage Tison se retira blessé au
+vif, vomissant des imprécations contre la Reine et des malédictions
+contre son enfant. Celui-ci protestait avec énergie, avec indignation.
+«Ils sont en colère, lui dit avec douceur Madame Élisabeth; <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span>
+pardonnez-leur.» Ces derniers mots furent entendus de Tison; il revint
+sur ses pas comme un furieux: «Pardonnez-leur! cria-t-il; ah çà, où
sommes-nous? oubliez-vous que c'est le peuple seul qui a le droit de
-pardonner?</p>
-
-<p>Tison continua avec un redoublement de zle son rle d'espionnage. Les
-trames de Toulan, quoique caches avec une extrme habilet, n'avaient
-point t ourdies de faon que l'ombre de chaque fil ft demeure
-imperceptible cet Argus du Temple. Mais suspect aux commissaires
-modrs, il ne recevait jamais d'eux la moindre confidence, et le
-soupon tait entr dans son esprit bien plus par instinct que par
-observation. Il comprit que, pour arriver tout savoir, il fallait
+pardonner?»</p>
+
+<p>Tison continua avec un redoublement de zèle son rôle d'espionnage. Les
+trames de Toulan, quoique cachées avec une extrême habileté, n'avaient
+point été ourdies de façon que l'ombre de chaque fil fût demeurée
+imperceptible à cet Argus du Temple. Mais suspect aux commissaires
+modérés, il ne recevait jamais d'eux la moindre confidence, et le
+soupçon était entré dans son esprit bien plus par instinct que par
+observation. Il comprit que, pour arriver à tout savoir, il fallait
capter la confiance des municipaux. Il se fit souple avec les
-inconnus, bienveillant avec les honntes, et demeura rude avec les
-rbarbatifs, tout en allant jusqu' exalter devant les <em>sensibles</em> la
+inconnus, bienveillant avec les honnêtes, et demeura rude avec les
+rébarbatifs, tout en allant jusqu'à exalter devant les <em>sensibles</em> la
gentillesse du jeune Capet. Quand l'hypocrite crut avoir conquis la
-sympathie de quelques mandataires de la Commune, bien qu'il n'et
-encore que de vagues soupons, il crivit, de concert avec sa femme,
+sympathie de quelques mandataires de la Commune, bien qu'il n'eût
+encore que de vagues soupçons, il écrivit, de concert avec sa femme,
le 19 avril, au conseil du Temple, que <em>la veuve et la s&oelig;ur du
-dernier tyran avaient gagn quelques officiers municipaux; qu'elles
-taient instruites par eux de tous les vnements; quelles en
+dernier tyran avaient gagné quelques officiers municipaux; qu'elles
+étaient instruites par eux de tous les événements; quelles en
recevaient les papiers publics, et que, par leur moyen, elles
-entretenaient des correspondances</em><a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56" title="Go to footnote 56"><span class="smaller">[56]</span></a>. En tmoignage de ce dernier
-fait, la femme <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> Tison apporta au conseil un flambeau trouv
-par elle dans la chambre de Madame lisabeth, et fit remarquer aux
-commissaires une goutte de cire cacheter qui tait tombe sur une
-bobche. Turgy, en effet, raconte<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57" title="Go to footnote 57"><span class="smaller">[57]</span></a> que, le matin mme, cette
-princesse lui avait remis un billet cachet en le priant de le faire
-parvenir son confesseur, l'abb Edgeworth.</p>
-
-<p>Hbert se rendit le lendemain la tour, non pas dans le courant de la
-journe, o la famille royale vivait sur un qui-vive continuel, mais
- dix heures et demie du soir, <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> quand devait tre commence
-pour elle l'heure de la quitude intrieure. Esprait-il, en arrivant
- l'improviste, les prendre en flagrant dlit de correspondance
+entretenaient des correspondances</em><a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56" title="Go to footnote 56"><span class="smaller">[56]</span></a>. En témoignage de ce dernier
+fait, la femme <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> Tison apporta au conseil un flambeau trouvé
+par elle dans la chambre de Madame Élisabeth, et fit remarquer aux
+commissaires une goutte de cire à cacheter qui était tombée sur une
+bobèche. Turgy, en effet, raconte<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57" title="Go to footnote 57"><span class="smaller">[57]</span></a> que, le matin même, cette
+princesse lui avait remis un billet cacheté en le priant de le faire
+parvenir à son confesseur, l'abbé Edgeworth.</p>
+
+<p>Hébert se rendit le lendemain à la tour, non pas dans le courant de la
+journée, où la famille royale vivait sur un qui-vive continuel, mais
+à dix heures et demie du soir, <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> quand devait être commencée
+pour elle l'heure de la quiétude intérieure. Espérait-il, en arrivant
+à l'improviste, les prendre en flagrant délit de correspondance
clandestine? La citoyenne Tison fut requise pour fouiller les femmes.
Elle trouva sur Marie-Antoinette un portefeuille de maroquin rouge sur
-lequel quelques adresses taient crites au crayon, et chez Madame
-lisabeth, le bton de cire cacheter mentionn plus haut, et qui
-tait enferm dans un papier avec de la poudre de buis. Encourags par
-ces dcouvertes, les inquisiteurs se remirent l'&oelig;uvre. Ils
-arrachrent de son lit l'enfant qui dormait profondment: sa mre le
-prit tout transi de froid dans ses bras. Ils fouillrent dans les
-matelas, dans les paillasses, dans les vtements, et ne trouvrent
+lequel quelques adresses étaient écrites au crayon, et chez Madame
+Élisabeth, le bâton de cire à cacheter mentionné plus haut, et qui
+était enfermé dans un papier avec de la poudre de buis. Encouragés par
+ces découvertes, les inquisiteurs se remirent à l'&oelig;uvre. Ils
+arrachèrent de son lit l'enfant qui dormait profondément: sa mère le
+prit tout transi de froid dans ses bras. Ils fouillèrent dans les
+matelas, dans les paillasses, dans les vêtements, et ne trouvèrent
rien. Nous nous trompons: en fouillant dans les effets de
-Marie-Thrse, ils firent une dcouverte. Ils me prirent, dit Madame
-Royale dans le rcit qu'elle a laiss de la captivit du Temple, ils
-me prirent un Sacr-C&oelig;ur et une prire pour la France. La visite
-ne se termina qu' deux heures du matin<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58" title="Go to footnote 58"><span class="smaller">[58]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> Trois jours aprs, les commissaires de la Commune envoys au
-Temple pour lever les scells apposs sur l'appartement de Louis XVI
-firent de nouvelles perquisitions dans celui des prisonnires. Ces
-perquisitions demeurrent sans rsultat; on trouva seulement un
-chapeau d'homme enferm dans une cassette place sous le lit de Madame
-lisabeth. D'o vient ce chapeau?&mdash;C'est un chapeau qui a appartenu
-mon frre, dit Madame lisabeth.&mdash;Qui vous l'a donn?&mdash;Lui-mme, quand
-nous habitions ensemble la petite tour.&mdash;Pourquoi est-il l, et quoi
-peut vous servir le chapeau de votre frre?&mdash;Je le garde pour
+Marie-Thérèse, ils firent une découverte. «Ils me prirent, dit Madame
+Royale dans le récit qu'elle a laissé de la captivité du Temple, ils
+me prirent un Sacré-C&oelig;ur et une prière pour la France.» La visite
+ne se termina qu'à deux heures du matin<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58" title="Go to footnote 58"><span class="smaller">[58]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> Trois jours après, les commissaires de la Commune envoyés au
+Temple pour lever les scellés apposés sur l'appartement de Louis XVI
+firent de nouvelles perquisitions dans celui des prisonnières. Ces
+perquisitions demeurèrent sans résultat; on trouva seulement un
+chapeau d'homme enfermé dans une cassette placée sous le lit de Madame
+Élisabeth. «D'où vient ce chapeau?&mdash;C'est un chapeau qui a appartenu à
+mon frère, dit Madame Élisabeth.&mdash;Qui vous l'a donné?&mdash;Lui-même, quand
+nous habitions ensemble la petite tour.&mdash;Pourquoi est-il là, et à quoi
+peut vous servir le chapeau de votre frère?&mdash;Je le garde pour
conserver quelque chose de lui.&mdash;Nous, nous allons le conserver dans
-la salle du conseil, comme un tmoignage de vos relations avec le
-dehors du Temple; car Capet n'avait qu'un chapeau, et il l'a laiss
+la salle du conseil, comme un témoignage de vos relations avec le
+dehors du Temple; car Capet n'avait qu'un chapeau, et il l'a laissé
sur les marches de la <span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> guillotine.&mdash;Je vous assure, messieurs,
-que ce chapeau me vient de mon frre; c'est la seule chose que je
-possde de tout ce qui lui a appartenu.&mdash;Je vous fais observer qu'il
-n'est gure d'usage de conserver un chapeau comme un gage de
-tendresse.&mdash;Il m'est trs-prcieux, et je vous prie instamment
-d'obtenir qu'il me soit rendu.</p>
+que ce chapeau me vient de mon frère; c'est la seule chose que je
+possède de tout ce qui lui a appartenu.&mdash;Je vous fais observer qu'il
+n'est guère d'usage de conserver un chapeau comme un gage de
+tendresse.&mdash;Il m'est très-précieux, et je vous prie instamment
+d'obtenir qu'il me soit rendu.»</p>
-<p>Cependant les commissaires dnoncs par Tison avaient t suspendus de
+<p>Cependant les commissaires dénoncés par Tison avaient été suspendus de
leurs fonctions. Le conseil de la Commune eut plus que jamais l'&oelig;il
-et la main sur le Temple. Toute consolation s'teignit autour des
-prisonnires. Pour surcrot de tourment, le petit Prince tomba malade
+et la main sur le Temple. Toute consolation s'éteignit autour des
+prisonnières. Pour surcroît de tourment, le petit Prince tomba malade
dans les premiers jours du mois de mai. Marie-Antoinette demanda qu'on
-laisst entrer la tour M. Brunyer, mdecin ordinaire de ses enfants.
-Le conseil du Temple en rfra au conseil gnral de la Commune.
-Celui-ci, dans sa sance du 10 mai, arrta que le mdecin ordinaire
+laissât entrer à la tour M. Brunyer, médecin ordinaire de ses enfants.
+Le conseil du Temple en référa au conseil général de la Commune.
+Celui-ci, «dans sa séance du 10 mai, arrêta que le médecin ordinaire
des prisons irait soigner le petit Capet, attendu que ce serait
-blesser l'galit que de lui en envoyer un autre. Du reste, M.
-Thierry, mdecin des prisons, tait environn de l'estime publique. Il
-se rendit avec empressement au Temple, et ayant examin le Dauphin,
-rassura tout d'abord la Reine et Madame lisabeth sur sa situation. A
-leur prire, il alla confrer avec M. Brunyer, en qui elles avaient
-toute confiance, et pendant plusieurs semaines, revint chaque jour
-la tour. Cette indisposition, quoique n'offrant pas un danger srieux,
+blesser l'égalité que de lui en envoyer un autre.» Du reste, M.
+Thierry, médecin des prisons, était environné de l'estime publique. Il
+se rendit avec empressement au Temple, et ayant examiné le Dauphin,
+rassura tout d'abord la Reine et Madame Élisabeth sur sa situation. A
+leur prière, il alla conférer avec M. Brunyer, en qui elles avaient
+toute confiance, et pendant plusieurs semaines, revint chaque jour à
+la tour. Cette indisposition, quoique n'offrant pas un danger sérieux,
ne laissa pas que de tenir en haleine jour et nuit les sollicitudes de
-ces deux c&oelig;urs maternels attachs au chevet du jeune malade pendant
+ces deux c&oelig;urs maternels attachés au chevet du jeune malade pendant
tout le temps que dura le traitement.</p>
-<p>La grande lutte des Girondins et des Montagnards, les vnements de la
-Vende, les hcatombes de la guillotine qui allaient se multipliant,
-les cent vnements qui remuaient profondment la ville, n'avaient pu
-arracher la Reine et Madame lisabeth leurs proccupations,
+<p>La grande lutte des Girondins et des Montagnards, les événements de la
+Vendée, les hécatombes de la guillotine qui allaient se multipliant,
+les cent événements qui remuaient profondément la ville, n'avaient pu
+arracher la Reine et Madame Élisabeth à leurs préoccupations,
lorsque, <span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> le 31 mai, elles entendirent un tel bruit au dehors
-qu'elles se figurrent que le quartier brlait. La gnrale, le tocsin
-et le canon d'alarme branlaient la ville: au Luxembourg,
-Saint-Lazare, l'Abbaye, dans toutes les prisons d'tat, les dtenus
-poussaient des cris pitoyables, s'imaginant entendre leur porte les
-massacreurs de septembre. Madame lisabeth interroge les municipaux.
-Bah! lui rpondit l'un d'eux, c'est la commission des douze qui cause
-tout ce tapage. En effet, la cit rvolutionnaire tait sens dessus
-dessous: une commission de douze dputs, charge de rechercher les
-complots ourdis contre la libert, tait publiquement accuse
+qu'elles se figurèrent que le quartier brûlait. La générale, le tocsin
+et le canon d'alarme ébranlaient la ville: au Luxembourg, à
+Saint-Lazare, à l'Abbaye, dans toutes les prisons d'État, les détenus
+poussaient des cris pitoyables, s'imaginant entendre à leur porte les
+massacreurs de septembre. Madame Élisabeth interroge les municipaux.
+«Bah! lui répondit l'un d'eux, c'est la commission des douze qui cause
+tout ce tapage.» En effet, la cité révolutionnaire était sens dessus
+dessous: une commission de douze députés, chargée de rechercher les
+complots ourdis contre la liberté, était publiquement accusée
d'exercer contre les meilleurs patriotes la plus inique inquisition.
-C'tait l le thme exploit avec ardeur par les sides de
-Robespierre, qui esprait qu'une insurrection le pousserait la
-dictature. Le dcret qui crait cette commission, rendu le 18 mai,
-cass par un dcret du 27, rtabli par un dcret du 28, tant taient
-rapides le flux et le reflux des volonts et des vnements dans ces
+C'était là le thème exploité avec ardeur par les séides de
+Robespierre, qui espérait qu'une insurrection le pousserait à la
+dictature. Le décret qui créait cette commission, rendu le 18 mai,
+cassé par un décret du 27, rétabli par un décret du 28, tant étaient
+rapides le flux et le reflux des volontés et des événements dans ces
temps de crise, avait fait sortir de dessous terre toute la population
-anarchique de Paris. Les barrires furent fermes; un dcret
-d'accusation fut lanc contre tous les dputs infidles au mandat
-qu'ils avaient reu de leurs commettants, afin de s'emparer des
-tratres et de dcouvrir les complots forms pour la perte de la
-Rpublique. Cette journe, qui assurait la prminence aux
-Montagnards, fut fertile en dnonciations contre les hommes souponns
-d'tre les agents actifs de la famille royale ou ses partisans
-secrets. L'pouvante qu'elle inspirait au dehors, la Convention la
+anarchique de Paris. Les barrières furent fermées; un décret
+d'accusation fut lancé «contre tous les députés infidèles au mandat
+qu'ils avaient reçu de leurs commettants, afin de s'emparer des
+traîtres et de découvrir les complots formés pour la perte de la
+République.» Cette journée, qui assurait la prééminence aux
+Montagnards, fut fertile en dénonciations contre les hommes soupçonnés
+d'être les agents actifs de la famille royale ou ses partisans
+secrets. L'épouvante qu'elle inspirait au dehors, la Convention la
ressentit au dedans. Elle livra ses chefs pour se faire pardonner par
la Montagne de les avoir soutenus. La chute des Girondins produisit
-une impression de terreur dans toute la France. Ils taient,
-relativement leurs antagonistes, la dernire expression des ides
-modres. On comprit que leur chute faisait arriver les hommes
-<span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span> et les thories extrmes, et on les regretta de toute la
-crainte qu'inspiraient leurs hritiers.</p>
-
-<p>Parmi les membres de la Commune que les dnonciations n'avaient point
-pargns se trouvait Michonis, qui avait eu l'adresse de traverser
+une impression de terreur dans toute la France. Ils étaient,
+relativement à leurs antagonistes, la dernière expression des idées
+modérées. On comprit que leur chute faisait arriver les hommes
+<span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span> et les théories extrêmes, et on les regretta de toute la
+crainte qu'inspiraient leurs héritiers.</p>
+
+<p>Parmi les membres de la Commune que les dénonciations n'avaient point
+épargnés se trouvait Michonis, qui avait eu l'adresse de traverser
sans se compromettre les circonstances les plus difficiles, et
-d'carter par d'habiles apologies des soupons qui devenaient un arrt
+d'écarter par d'habiles apologies des soupçons qui devenaient un arrêt
de mort. De service au Temple, il instruisit les princesses des
-vnements qui venaient de se passer, et essaya de les rassurer sur
-les intentions des Montagnards. Monsieur Michonis, lui dit Madame
-lisabeth, les hommes de la rvolution qui ont rompu avec l'ide de
-Dieu ne s'appartiennent pas, et ils ignorent eux-mmes o Dieu les
-mne. Et comme ce commissaire disait Marie-Antoinette qu'elle
-serait probablement rclame par l'Empereur: Que m'importe! rpondit
-la Reine avec une douleur calme et froide; Vienne, je serais ce que
-je suis ici, ce que j'tais aux Tuileries; mon unique dsir est de me
-runir mon mari lorsque le Ciel jugera que je ne suis plus
-ncessaire mes enfants.</p>
-
-<p>Les graves paroles des deux prisonnires avaient fait une profonde
+événements qui venaient de se passer, et essaya de les rassurer sur
+les intentions des Montagnards. «Monsieur Michonis, lui dit Madame
+Élisabeth, les hommes de la révolution qui ont rompu avec l'idée de
+Dieu ne s'appartiennent pas, et ils ignorent eux-mêmes où Dieu les
+mène.» Et comme ce commissaire disait à Marie-Antoinette qu'elle
+serait probablement réclamée par l'Empereur: «Que m'importe! répondit
+la Reine avec une douleur calme et froide; à Vienne, je serais ce que
+je suis ici, ce que j'étais aux Tuileries; mon unique désir est de me
+réunir à mon mari lorsque le Ciel jugera que je ne suis plus
+nécessaire à mes enfants.»</p>
+
+<p>Les graves paroles des deux prisonnières avaient fait une profonde
impression sur l'esprit de Michonis. Il crut comprendre qu'il n'y
avait plus de salut pour elles que dans la fuite. Il entra dans un
-complot tendant enlever de leur prison la veuve, la s&oelig;ur et les
-enfants de Louis XVI. Le baron de Batz tait le chef de cette
-hasardeuse entreprise, dont nous emprunterons le rcit notre
+complot tendant à enlever de leur prison la veuve, la s&oelig;ur et les
+enfants de Louis XVI. Le baron de Batz était le chef de cette
+hasardeuse entreprise, dont nous emprunterons le récit à notre
Histoire de Louis XVII.</p>
-<p>Les recherches dont M. de Batz tait l'objet depuis la tentative du
-21 janvier n'avaient point loign de Paris cet intrpide serviteur
-d'une cause que le malheur rendait si belle, et qui exerait en outre
-sur les mes magnanimes la sduction irrsistible du pril. La lutte
-opinitre de cet homme contre le pouvoir redoutable qui opprimait la
-nation <span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> est une des merveilles de ce temps. Partout prsent et
-toujours invisible, aussi habile dresser ses embches qu' esquiver
-celles de l'ennemi, il avait sa dvotion les agents les plus
-prudents, et ses gages les espions les plus actifs. Sa parole tait
-plus insinuante encore que sa bourse n'tait persuasive; et, avec une
-admirable adresse, il avait gagn plusieurs membres de la Commune et
+<p>«Les recherches dont M. de Batz était l'objet depuis la tentative du
+21 janvier n'avaient point éloigné de Paris cet intrépide serviteur
+d'une cause que le malheur rendait si belle, et qui exerçait en outre
+sur les âmes magnanimes la séduction irrésistible du péril. La lutte
+opiniâtre de cet homme contre le pouvoir redoutable qui opprimait la
+nation <span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> est une des merveilles de ce temps. Partout présent et
+toujours invisible, aussi habile à dresser ses embûches qu'à esquiver
+celles de l'ennemi, il avait à sa dévotion les agents les plus
+prudents, et à ses gages les espions les plus actifs. Sa parole était
+plus insinuante encore que sa bourse n'était persuasive; et, avec une
+admirable adresse, il avait gagné plusieurs membres de la Commune et
de la Convention, qui, si les circonstances ne leur permirent point de
-lui apporter une coopration efficace, lui restrent du moins fidles
-par un inviolable silence. Conspirateur acharn, ses entreprises
-manques, il les recommenait avec une nouvelle ardeur, et il restait
-intrpidement dans cette ville o sa tte tait mise prix. Son nom
-entranait toujours de graves mesures, des perquisitions svres.
-L'insaisissable conjur avait des asiles impntrables dans Paris et
-dans les environs; mais son gte le plus habituel et peut-tre le plus
-sr tait chez Cortey, picier, rue de la Loi<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59" title="Go to footnote 59"><span class="smaller">[59]</span></a>, recommand par sa
-rputation de <em>civisme</em> aux suffrages de ses concitoyens, qui
-l'avaient nomm capitaine-commandant de la garde nationale de la
-section Lepelletier. Cortey tait li aussi avec Chrtien, qui tait
-jur du tribunal rvolutionnaire, et dont l'influence tait
-toute-puissante dans les comits de cette section. Ce fut grce lui
-que Cortey fut compris au nombre des chefs de poste auxquels tait
-confie la garde du Temple, lorsqu'un dtachement de leur bataillon y
-faisait partie de la force arme. A couvert sous la bonne renomme
-rvolutionnaire de son hte, et cach dans le fond de sa maison, le
-baron de Batz lui confia ses projets, ainsi qu' Michonis, et prit de
-concert avec eux toutes les mesures relatives l'excution. Aprs
-cette ouverture, la premire fois que Cortey fut de garde au Temple,
-Batz lui demanda de le comprendre, sous un nom suppos, dans la liste
-des hommes que sa <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> compagnie fournissait ce poste, afin
-qu'en s'introduisant ainsi dans la tour, il pt se faire, au
-pralable, une ide exacte des localits. L'officier se prta son
-dsir: il l'inscrivit, sous le nom de Forget, au contrle des hommes
-de service, et le fit ainsi pntrer dans le Temple, o il monta la
-garde. Il fallait aussi, pour l'excution du plan arrt, attendre que
-le tour de garde de Cortey concidt avec le tour de service de
-Michonis. Le concours des deux autorits tait indispensable, et
-plusieurs jours s'coulrent avant que le capitaine et le commissaire
-civil fussent simultanment en fonction. Batz profita de ce temps pour
-s'assurer, conjointement avec son hte, d'une trentaine d'hommes de la
+lui apporter une coopération efficace, lui restèrent du moins fidèles
+par un inviolable silence. Conspirateur acharné, ses entreprises
+manquées, il les recommençait avec une nouvelle ardeur, et il restait
+intrépidement dans cette ville où sa tête était mise à prix. Son nom
+entraînait toujours de graves mesures, des perquisitions sévères.
+L'insaisissable conjuré avait des asiles impénétrables dans Paris et
+dans les environs; mais son gîte le plus habituel et peut-être le plus
+sûr était chez Cortey, épicier, rue de la Loi<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59" title="Go to footnote 59"><span class="smaller">[59]</span></a>, recommandé par sa
+réputation de <em>civisme</em> aux suffrages de ses concitoyens, qui
+l'avaient nommé capitaine-commandant de la garde nationale de la
+section Lepelletier. Cortey était lié aussi avec Chrétien, qui était
+juré du tribunal révolutionnaire, et dont l'influence était
+toute-puissante dans les comités de cette section. Ce fut grâce à lui
+que Cortey fut compris au nombre des chefs de poste auxquels était
+confiée la garde du Temple, lorsqu'un détachement de leur bataillon y
+faisait partie de la force armée. A couvert sous la bonne renommée
+révolutionnaire de son hôte, et caché dans le fond de sa maison, le
+baron de Batz lui confia ses projets, ainsi qu'à Michonis, et prit de
+concert avec eux toutes les mesures relatives à l'exécution. Après
+cette ouverture, la première fois que Cortey fut de garde au Temple,
+Batz lui demanda de le comprendre, sous un nom supposé, dans la liste
+des hommes que sa <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> compagnie fournissait à ce poste, afin
+qu'en s'introduisant ainsi dans la tour, il pût se faire, au
+préalable, une idée exacte des localités. L'officier se prêta à son
+désir: il l'inscrivit, sous le nom de Forget, au contrôle des hommes
+de service, et le fit ainsi pénétrer dans le Temple, où il monta la
+garde. Il fallait aussi, pour l'exécution du plan arrêté, attendre que
+le tour de garde de Cortey coïncidât avec le tour de service de
+Michonis. Le concours des deux autorités était indispensable, et
+plusieurs jours s'écoulèrent avant que le capitaine et le commissaire
+civil fussent simultanément en fonction. Batz profita de ce temps pour
+s'assurer, conjointement avec son hôte, d'une trentaine d'hommes de la
section dont ils avaient l'un et l'autre entrevu les sentiments,
-apprci le caractre ou prouv la discrtion. La bonhomie de Cortey
-sduisit les uns, la parole flatteuse de Batz entrana les autres.
+apprécié le caractère ou éprouvé la discrétion. La bonhomie de Cortey
+séduisit les uns, la parole flatteuse de Batz entraîna les autres.
Michonis, avec sa prudence habituelle, ne parut point de sa personne
-dans ce prilleux embauchage: il se rservait, du reste, un rle aussi
-courageux en se chargeant de tout diriger dans l'intrieur de la tour.</p>
+dans ce périlleux embauchage: il se réservait, du reste, un rôle aussi
+courageux en se chargeant de tout diriger dans l'intérieur de la tour.</p>
-<p>Le jour attendu arrive: l'officier et le municipal sont ensemble de
-service. Cortey entre au Temple avec son dtachement, dans lequel
+<p>»Le jour attendu arrive: l'officier et le municipal sont ensemble de
+service. Cortey entre au Temple avec son détachement, dans lequel
figure de Batz, sous son nom de guerre. Le chef du poste arrange le
-mouvement du service de la manire la plus favorable au succs de
+mouvement du service de la manière la plus favorable au succès de
l'entreprise: vingt-huit hommes sur lesquels il peut compter seront,
-depuis minuit jusqu' deux heures, de faction ou de patrouille; le
-commissaire civil, de son ct, prend ses mesures pour tre lui-mme
-de garde la mme heure dans l'appartement de la famille royale. Les
-hommes de faction dans l'escalier de la tour auront endoss par-dessus
+depuis minuit jusqu'à deux heures, de faction ou de patrouille; le
+commissaire civil, de son côté, prend ses mesures pour être lui-même
+de garde à la même heure dans l'appartement de la famille royale. Les
+hommes de faction dans l'escalier de la tour auront endossé par-dessus
leur habit d'amples redingotes d'uniforme; Michonis leur prendra ce
-vtement surabondant et en revtira les Princesses, qui, sous ce
-dguisement et l'arme au bras, seront <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> incorpores dans une
+vêtement surabondant et en revêtira les Princesses, qui, sous ce
+déguisement et l'arme au bras, seront <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> incorporées dans une
patrouille au milieu de laquelle on enveloppera l'enfant-Roi. Les
-sentinelles de garde dans les cours, inities au secret, se tairont si
-la nuit est peu noire ou les rverbres peu discrets. Cortey
+sentinelles de garde dans les cours, initiées au secret, se tairont si
+la nuit est peu noire ou les réverbères peu discrets. Cortey
commandera en personne la nombreuse patrouille et lui fera ouvrir la
-grande porte du Temple, prrogative qui n'appartient pendant la nuit
+grande porte du Temple, prérogative qui n'appartient pendant la nuit
qu'au commandant du poste. Une fois dehors, le salut du Prince et de
-sa famille est assur: des voitures sont disposes pour une fuite
-rapide, rue Charlot, o la patrouille en passant doit laisser les
+sa famille est assuré: des voitures sont disposées pour une fuite
+rapide, rue Charlot, où la patrouille en passant doit laisser les
prisonniers ainsi que Batz, Michonis, Cortey, et quelques autres qui
-comme eux ont brl leurs vaisseaux.</p>
+comme eux ont brûlé leurs vaisseaux.</p>
-<p>La journe, qui s'tait passe sans aucun symptme d'orage, semblait
-prsager une nuit heureuse. Il tait onze heures et demie. Michonis
-dj depuis quelque temps tait de service dans l'appartement des
-prisonniers, et ses collgues se reposaient ou jouaient dans la salle
-du Conseil, l'exception de Simon, qui depuis environ une heure tait
+<p>»La journée, qui s'était passée sans aucun symptôme d'orage, semblait
+présager une nuit heureuse. Il était onze heures et demie. Michonis
+déjà depuis quelque temps était de service dans l'appartement des
+prisonniers, et ses collègues se reposaient ou jouaient dans la salle
+du Conseil, à l'exception de Simon, qui depuis environ une heure était
sorti de la tour. Tous les hommes qui allaient prendre leur tour de
-garde minuit taient au poste. Tout coup Simon arrive, il entre
+garde à minuit étaient au poste. Tout à coup Simon arrive, il entre
bruyamment au corps de garde, il ordonne d'un ton brusque de faire
-l'appel de tous les hommes prsents: Heureusement que je te vois ici,
-dit-il Cortey, sans ta prsence je ne serois pas tranquille. M. de
-Batz voit que tout est dcouvert; la pense lui vient de brler la
-cervelle Simon et de tenter immdiatement l'vasion par la force.
-Matrisant son premier mouvement, il a vite compris que l'explosion
-d'une arme feu, en causant une alerte gnrale, fera chouer son
-entreprise et aggravera forcment le sort de la famille royale; il a
-compris que, n'tant pas encore matre des postes de la tour et de
-l'escalier, les hommes mmes qui l'environnent et sur lesquels il
-pouvait compter pour une complicit passive, lui feront peut-tre
-dfaut s'il s'agit d'une coopration active et nergique, <span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> et,
-aprs tout, d'une mort presque certaine. Batz est demeur impassible;
-l'appel termin, Simon est mont la tour; il exhibe un ordre du
-conseil gnral qui enjoint Michonis de lui remettre ses fonctions
-et de se rendre sur-le-champ la Commune. Michonis coute sans
-surprise, obit sans hsitation; il rencontre Cortey dans la premire
-cour: Que signifie tout cela? lui dit-il.&mdash;Sois tranquille, lui
-rpond tout bas le capitaine, Forget est parti.</p>
-
-<p>En effet, le chef du poste n'avait pas perdu une minute. Aussitt que
-Simon lui eut tourn le dos pour monter la tour, il avait, sous le
-prtexte d'un bruit entendu dans la rue voisine, lanc au dehors une
-patrouille de huit hommes qui n'taient revenus que sept. Le
-sang-froid de Batz, la prsence d'esprit de Cortey avaient sauv la
-vie tous.</p>
-
-<p>Simon n'tait pas rest inactif; il avait fait une perquisition dans
+l'appel de tous les hommes présents: «Heureusement que je te vois ici,
+dit-il à Cortey, sans ta présence je ne serois pas tranquille.» M. de
+Batz voit que tout est découvert; la pensée lui vient de brûler la
+cervelle à Simon et de tenter immédiatement l'évasion par la force.
+Maîtrisant son premier mouvement, il a vite compris que l'explosion
+d'une arme à feu, en causant une alerte générale, fera échouer son
+entreprise et aggravera forcément le sort de la famille royale; il a
+compris que, n'étant pas encore maître des postes de la tour et de
+l'escalier, les hommes mêmes qui l'environnent et sur lesquels il
+pouvait compter pour une complicité passive, lui feront peut-être
+défaut s'il s'agit d'une coopération active et énergique, <span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> et,
+après tout, d'une mort presque certaine. Batz est demeuré impassible;
+l'appel terminé, Simon est monté à la tour; il exhibe un ordre du
+conseil général qui enjoint à Michonis de lui remettre ses fonctions
+et de se rendre sur-le-champ à la Commune. Michonis écoute sans
+surprise, obéit sans hésitation; il rencontre Cortey dans la première
+cour: «Que signifie tout cela? lui dit-il.&mdash;Sois tranquille, lui
+répond tout bas le capitaine, Forget est parti.»</p>
+
+<p>»En effet, le chef du poste n'avait pas perdu une minute. Aussitôt que
+Simon lui eut tourné le dos pour monter à la tour, il avait, sous le
+prétexte d'un bruit entendu dans la rue voisine, lancé au dehors une
+patrouille de huit hommes qui n'étaient revenus que sept. Le
+sang-froid de Batz, la présence d'esprit de Cortey avaient sauvé la
+vie à tous.</p>
+
+<p>»Simon n'était pas resté inactif; il avait fait une perquisition dans
l'appartement des Princesses, dans les tours et dans toutes les
-dpendances de l'enclos; il avait interrog tous les prposs: ses
-recherches taient restes sans rsultat. Rien de suspect ne lui tait
-apparu dans l'enceinte du Temple; tout y tait calme comme de coutume.
-Honteux de l'alarme inutile qu'il a cause, Simon fait aprs coup
-doubler tous les postes; il cherche ainsi, par les prcautions qu'il
-prend, accrditer l'ide d'un danger auquel il ne croit plus.</p>
-
-<p>Or, voici ce qui s'tait pass d'aprs le dire de Simon. Un gendarme
-d'ordonnance au Temple avait trouv le soir, vers neuf heures, gisant
-sur le pav devant la grande porte, un papier sans adresse, portant
-sous son pli cachet ces mots: Michonis vous trahira cette nuit:
-veillez! Ce papier, ouvert par le gendarme, avait t remis par lui
- Simon, le seul des six<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60" title="Go to footnote 60"><span class="smaller">[60]</span></a> commissaires du jour qu'il connt
-<span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> particulirement. Simon s'tait rendu en toute hte avec ce
-billet au conseil gnral, qui lui avait intim l'ordre de relever son
-collgue de ses fonctions et de l'inviter se rendre sans retard la
+dépendances de l'enclos; il avait interrogé tous les préposés: ses
+recherches étaient restées sans résultat. Rien de suspect ne lui était
+apparu dans l'enceinte du Temple; tout y était calme comme de coutume.
+Honteux de l'alarme inutile qu'il a causée, Simon fait après coup
+doubler tous les postes; il cherche ainsi, par les précautions qu'il
+prend, à accréditer l'idée d'un danger auquel il ne croit plus.</p>
+
+<p>»Or, voici ce qui s'était passé d'après le dire de Simon. Un gendarme
+d'ordonnance au Temple avait trouvé le soir, vers neuf heures, gisant
+sur le pavé devant la grande porte, un papier sans adresse, portant
+sous son pli cacheté ces mots: «Michonis vous trahira cette nuit:
+veillez!» Ce papier, ouvert par le gendarme, avait été remis par lui
+à Simon, le seul des six<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60" title="Go to footnote 60"><span class="smaller">[60]</span></a> commissaires du jour qu'il connût
+<span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> particulièrement. Simon s'était rendu en toute hâte avec ce
+billet au conseil général, qui lui avait intimé l'ordre de relever son
+collègue de ses fonctions et de l'inviter à se rendre sans retard à la
barre de la Commune.</p>
-<p>Docile cet appel, Michonis eut subir le plus minutieux
-interrogatoire. Il rpondit tout avec adresse, rfuta avec une
-bonhomie pleine d'autorit cet crit anonyme forg par quelque
-adversaire politique pour le compromettre, et reprsenta d'ailleurs
-Simon, ce qui tait vrai, comme son ennemi personnel. La physionomie
-ouverte et l'apparente candeur du prvenu lui avaient dj gagn
+<p>»Docile à cet appel, Michonis eut à subir le plus minutieux
+interrogatoire. Il répondit à tout avec adresse, réfuta avec une
+bonhomie pleine d'autorité cet écrit anonyme forgé par quelque
+adversaire politique pour le compromettre, et représenta d'ailleurs
+Simon, ce qui était vrai, comme son ennemi personnel. La physionomie
+ouverte et l'apparente candeur du prévenu lui avaient déjà gagné
l'absolution, lorsque le lendemain matin son antagoniste nocturne
-ayant rendu compte du rsultat si strile de sa mission, le conseil
-gnral demeura convaincu que si avec son humeur inquite Simon tait
-capable de rver un complot, <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p. 132)</span> Michonis avec son franc
-caractre tait incapable d'en former un.</p>
-
-<p>A quoi tiennent les destines humaines! Sans ce mot anonyme jet dans
-un ruisseau et fortuitement trouv par un gendarme, il est probable
-que la famille royale chappait ses geliers, et que la rvolution
-franaise n'et point t fltrie par le meurtre juridique de deux
-femmes, et par le meurtre plus lent et plus excrable encore d'un
+ayant rendu compte du résultat si stérile de sa mission, le conseil
+général demeura convaincu que si avec son humeur inquiète Simon était
+capable de rêver un complot, <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p. 132)</span> Michonis avec son franc
+caractère était incapable d'en former un.»</p>
+
+<p>A quoi tiennent les destinées humaines! Sans ce mot anonyme jeté dans
+un ruisseau et fortuitement trouvé par un gendarme, il est probable
+que la famille royale échappait à ses geôliers, et que la révolution
+française n'eût point été flétrie par le meurtre juridique de deux
+femmes, et par le meurtre plus lent et plus exécrable encore d'un
enfant de dix ans.</p>
-<p>Mconnu par la Commune, Simon chercha ailleurs un apprciateur de son
-zle. Il instruisit Robespierre de l'avis qu'il avait reu et des
+<p>Méconnu par la Commune, Simon chercha ailleurs un appréciateur de son
+zèle. Il instruisit Robespierre de l'avis qu'il avait reçu et des
machinations qui ne cessaient de se produire au Temple. Les
-dnonciations de Simon trouvaient toute crance de ce ct. Le
-dominateur n'ignorait pas que la conspiration tait partout, que le
-nom du fils de Louis XVI tait l'objet permanent des esprances
-royalistes aussi bien que le prtexte des rcriminations
-rvolutionnaires. C'tait toujours pour un enfant et contre un enfant
+dénonciations de Simon trouvaient toute créance de ce côté. Le
+dominateur n'ignorait pas que la conspiration était partout, que le
+nom du fils de Louis XVI était l'objet permanent des espérances
+royalistes aussi bien que le prétexte des récriminations
+révolutionnaires. C'était toujours pour un enfant et contre un enfant
que se tramaient tous les complots plus ou moins obscurs de cette
-poque; hier c'tait un projet d'vasion mdit dans l'ombre,
-aujourd'hui une conspiration arme la tte de laquelle se trouvait
-le gnral Dillon. Les commrages de la rue s'emparaient de ces bruits
-plus ou moins fonds. Sans chercher connatre la vrit, le comit
-de salut public arrta, le 1<sup>er</sup> juillet 1793:</p>
+époque; hier c'était un projet d'évasion médité dans l'ombre,
+aujourd'hui une conspiration armée à la tête de laquelle se trouvait
+le général Dillon. Les commérages de la rue s'emparaient de ces bruits
+plus ou moins fondés. Sans chercher à connaître la vérité, le comité
+de salut public arrêta, le 1<sup>er</sup> juillet 1793:</p>
-<p>Que le maire de Paris demeurerait charg de prendre toutes les
+<p>«Que le maire de Paris demeurerait chargé de prendre toutes les
mesures convenables pour l'arrestation dudit Arthur Dillon et de ses
-complices prsums;</p>
+complices présumés;</p>
-<p>Qu'il serait de suite procd l'apposition des scells sur leurs
+<p>Qu'il serait de suite procédé à l'apposition des scellés sur leurs
papiers;</p>
-<p>Que le jeune Louis, fils de Capet, serait spar de sa mre et plac
-dans un appartement part, le mieux dfendu de tout le local du
-Temple<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61" title="Go to footnote 61"><span class="smaller">[61]</span></a>.</p>
+<p>Que le jeune Louis, fils de Capet, serait séparé de sa mère et placé
+dans un appartement à part, le mieux défendu de tout le local du
+Temple<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61" title="Go to footnote 61"><span class="smaller">[61]</span></a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> Un autre arrt du comit de salut public, dat galement du
-1<sup>er</sup> juillet, portait que le fils de Capet, spar de sa mre,
+<p><span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> Un autre arrêté du comité de salut public, daté également du
+1<sup>er</sup> juillet, portait que le fils de Capet, séparé de sa mère,
serait remis dans les mains d'un instituteur, au choix du conseil
-gnral de la Commune.</p>
-
-<p>Ces deux mesures, sanctionnes par la Convention, furent mises
-excution le 3 juillet.</p>
-
-<p>Dix heures allaient sonner. Le Dauphin, couch depuis plus d'une
-heure, dormait profondment. Son lit n'avait pas de rideaux; un chle
-tendu par les soins de sa mre mettait seul ses paupires closes
-l'abri de la lumire. La veille devait se prolonger plus tard que de
-coutume: la Reine et Madame lisabeth s'taient impos la tche de
-rparer les vtements endommags de la famille. Assise entre elles
-deux, Marie-Thrse tait ce soir-l leur lectrice. Aprs quelques
+général de la Commune.</p>
+
+<p>Ces deux mesures, sanctionnées par la Convention, furent mises à
+exécution le 3 juillet.</p>
+
+<p>Dix heures allaient sonner. Le Dauphin, couché depuis plus d'une
+heure, dormait profondément. Son lit n'avait pas de rideaux; un châle
+tendu par les soins de sa mère mettait seul ses paupières closes à
+l'abri de la lumière. La veillée devait se prolonger plus tard que de
+coutume: la Reine et Madame Élisabeth s'étaient imposé la tâche de
+réparer les vêtements endommagés de la famille. Assise entre elles
+deux, Marie-Thérèse était ce soir-là leur lectrice. Après quelques
pages du <cite>Dictionnaire historique</cite><a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62" title="Go to footnote 62"><span class="smaller">[62]</span></a>, la jeune fille avait ouvert
-une <em>Semaine sainte</em>, et commenait y lire des prires tires des
-saintes critures. Ce livre, qui appartenait Madame lisabeth, avait
-t introduit dans la tour au mois de mars, quelques jours avant
-Pques<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63" title="Go to footnote 63"><span class="smaller">[63]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> La Reine et sa s&oelig;ur, tout en coutant la
-lecture, avaient l'oreille et les yeux tourns vers le lit qui
-renfermait l'tre si cher leur c&oelig;ur, et souvent, pour mieux
+une <em>Semaine sainte</em>, et commençait à y lire des prières tirées des
+saintes Écritures. Ce livre, qui appartenait à Madame Élisabeth, avait
+été introduit dans la tour au mois de mars, quelques jours avant
+Pâques<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63" title="Go to footnote 63"><span class="smaller">[63]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> La Reine et sa s&oelig;ur, tout en écoutant la
+lecture, avaient l'oreille et les yeux tournés vers le lit qui
+renfermait l'être si cher à leur c&oelig;ur, et souvent, pour mieux
entendre sa respiration, elles laissaient tomber l'ouvrage de leurs
-mains. La veille allait ainsi, lorsque des bruits de pas retentirent.
+mains. La veillée allait ainsi, lorsque des bruits de pas retentirent.
Les portes tournent sur leurs gonds, et six commissaires entrent dans
-la chambre. Un d'eux, prenant la parole: Nous venons vous notifier
-l'ordre du comit de salut public, portant que le fils de Capet sera
-spar de sa mre et de sa famille. La Reine ces mots se lve, et,
-ple, tremblante de frayeur, elle s'crie: M'enlever mon enfant! Non,
-non, cela n'est pas possible. Marie-Thrse, debout prs de sa mre,
-semblait repousser avec elle un ordre si dur; Madame lisabeth, le
-c&oelig;ur serr, regardait muette et immobile, et, les mains tendues
-sur le livre saint, paraissait prendre Dieu tmoin de
-l'impossibilit d'une pareille cruaut.</p>
-
-<p>Aprs un moment de silence, la Reine, surmontant le frisson qui
-parcourait tout son tre et rendait sa voix frmissante, reprit ainsi:
-La Commune, messieurs, ne peut songer me sparer de mon fils; il
-est si jeune, il est si faible, mes soins lui sont si ncessaires!&mdash;Le
-comit a pris cet arrt, rpliqua le municipal; la Convention a
-ratifi la mesure, et nous devons en assurer l'excution immdiate.
-La malheureuse mre s'cria: Je ne pourrai jamais me rsigner cette
-sparation; au nom du Ciel, n'exigez pas de moi cette preuve
-cruelle. Et Marie-Thrse pleurait de sa douleur et de celle de sa
-mre. Madame lisabeth, s'lanant vers le lit du Dauphin, s'cria:
-Au nom de ce que vous aimez le plus au monde, au nom de vos femmes,
-au nom de vos enfants, n'enlevez pas cette <span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> mre le fils
-qu'elle chrit. Puis les sanglots touffaient les plaintes et les
-supplications. Rien ne put attendrir les membres de la Commune: Ces
-criailleries ne servent rien, disaient-ils: on ne vous le tuera pas,
-votre enfant, livrez-nous-le de bon gr, ou nous saurons nous en
-rendre matres. Mre, tante et s&oelig;ur taient devant le lit; elles
-en dfendaient les abords, mais elles furent vaincues par la force
-brutale; violemment agit dans la lutte, le rideau factice se dtache,
-et tombant sur la tte de l'enfant, le rveille. Celui-ci voit ce qui
-se passe, il se jette du lit dans les bras de sa mre, et s'crie:
-Maman! maman! ne me quittez pas! Et sa mre le presse sur son sein,
-le rassure, le dfend, se cramponne au pilier du lit. Ne nous battons
-pas contre des femmes, dit un des municipaux rest muet jusqu' ce
-moment; citoyens, faisons monter la garde. Et dj il s'tait
-approch du guichetier, demeur debout prs de la porte. Ne faites
-pas cela, s'cria Madame lisabeth; ce que vous exigez par la force,
-il faut bien que nous l'acceptions; mais, de grce, donnez-nous le
+la chambre. Un d'eux, prenant la parole: «Nous venons vous notifier
+l'ordre du comité de salut public, portant que le fils de Capet sera
+séparé de sa mère et de sa famille.» La Reine à ces mots se lève, et,
+pâle, tremblante de frayeur, elle s'écrie: «M'enlever mon enfant! Non,
+non, cela n'est pas possible.» Marie-Thérèse, debout près de sa mère,
+semblait repousser avec elle un ordre si dur; Madame Élisabeth, le
+c&oelig;ur serré, regardait muette et immobile, et, les mains étendues
+sur le livre saint, paraissait prendre Dieu à témoin de
+l'impossibilité d'une pareille cruauté.</p>
+
+<p>Après un moment de silence, la Reine, surmontant le frisson qui
+parcourait tout son être et rendait sa voix frémissante, reprit ainsi:
+«La Commune, messieurs, ne peut songer à me séparer de mon fils; il
+est si jeune, il est si faible, mes soins lui sont si nécessaires!&mdash;Le
+comité a pris cet arrêté, répliqua le municipal; la Convention a
+ratifié la mesure, et nous devons en assurer l'exécution immédiate.»
+La malheureuse mère s'écria: «Je ne pourrai jamais me résigner à cette
+séparation; au nom du Ciel, n'exigez pas de moi cette épreuve
+cruelle.» Et Marie-Thérèse pleurait de sa douleur et de celle de sa
+mère. Madame Élisabeth, s'élançant vers le lit du Dauphin, s'écria:
+«Au nom de ce que vous aimez le plus au monde, au nom de vos femmes,
+au nom de vos enfants, n'enlevez pas à cette <span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> mère le fils
+qu'elle chérit.» Puis les sanglots étouffaient les plaintes et les
+supplications. Rien ne put attendrir les membres de la Commune: «Ces
+criailleries ne servent à rien, disaient-ils: on ne vous le tuera pas,
+votre enfant, livrez-nous-le de bon gré, ou nous saurons nous en
+rendre maîtres.» Mère, tante et s&oelig;ur étaient devant le lit; elles
+en défendaient les abords, mais elles furent vaincues par la force
+brutale; violemment agité dans la lutte, le rideau factice se détache,
+et tombant sur la tête de l'enfant, le réveille. Celui-ci voit ce qui
+se passe, il se jette du lit dans les bras de sa mère, et s'écrie:
+«Maman! maman! ne me quittez pas!» Et sa mère le presse sur son sein,
+le rassure, le défend, se cramponne au pilier du lit. «Ne nous battons
+pas contre des femmes, dit un des municipaux resté muet jusqu'à ce
+moment; citoyens, faisons monter la garde.» Et déjà il s'était
+approché du guichetier, demeuré debout près de la porte. «Ne faites
+pas cela, s'écria Madame Élisabeth; ce que vous exigez par la force,
+il faut bien que nous l'acceptions; mais, de grâce, donnez-nous le
temps de respirer. Cet enfant a besoin de sommeil; ailleurs il ne
pourrait dormir. Demain matin il vous sera remis. Laissez-le au moins
-passer la nuit dans cette chambre, et obtenez qu'il y soit ramen tous
-les soirs. A ces mots, prononcs avec l'accent le plus mouvant, le
-silence succda. La Reine reprit la parole: Promettez-moi, dit-elle,
+passer la nuit dans cette chambre, et obtenez qu'il y soit ramené tous
+les soirs.» A ces mots, prononcés avec l'accent le plus émouvant, le
+silence succéda. La Reine reprit la parole: «Promettez-moi, dit-elle,
qu'il restera dans l'enceinte de la tour, et que chaque jour il me
-sera permis de le voir, ne ft-ce qu'aux heures du repas.&mdash;Nous
-n'avons pas de comptes te rendre, et il ne t'appartient pas
+sera permis de le voir, ne fût-ce qu'aux heures du repas.&mdash;Nous
+n'avons pas de comptes à te rendre, et il ne t'appartient pas
d'interroger les intentions de la patrie. Parbleu, parce qu'on
-t'enlve ton enfant, te voil bien malheureuse! Les ntres vont bien
-tous les jours se faire casser la tte par les balles des ennemis que
-tu attires sur nos frontires.&mdash;Mon fils est trop jeune pour pouvoir
-encore servir son pays, dit la Reine avec douceur; mais j'espre
+t'enlève ton enfant, te voilà bien malheureuse! Les nôtres vont bien
+tous les jours se faire casser la tête par les balles des ennemis que
+tu attires sur nos frontières.&mdash;Mon fils est trop jeune pour pouvoir
+encore servir son pays, dit la Reine avec douceur; mais j'espère
<span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>(p. 136)</span> qu'un jour, si Dieu le permet, il sera fier de lui consacrer
-sa vie.</p>
-
-<p>Prires, supplications, larmes, furent striles, et elles devaient
-l'tre. Il fallut habiller l'enfant. Combien cette toilette fut
-longue, et que de pleurs mouillrent ces vtements tourns et
-retourns en tous sens, et passs de mains en mains, afin d'loigner
-de quelques secondes le moment de la sparation! Madame lisabeth
-mlait ses soins ceux de la Reine, et si le c&oelig;ur de cette
-dernire tait bris, le sien l'tait bien cruellement aussi. Les
-municipaux perdirent patience, et exigrent la remise de l'enfant.
-Enfin, Marie-Antoinette ayant ramass au fond de son c&oelig;ur le peu de
+sa vie.»</p>
+
+<p>Prières, supplications, larmes, furent stériles, et elles devaient
+l'être. Il fallut habiller l'enfant. Combien cette toilette fut
+longue, et que de pleurs mouillèrent ces vêtements tournés et
+retournés en tous sens, et passés de mains en mains, afin d'éloigner
+de quelques secondes le moment de la séparation! Madame Élisabeth
+mêlait ses soins à ceux de la Reine, et si le c&oelig;ur de cette
+dernière était brisé, le sien l'était bien cruellement aussi. Les
+municipaux perdirent patience, et exigèrent la remise de l'enfant.
+Enfin, Marie-Antoinette ayant ramassé au fond de son c&oelig;ur le peu de
force qui lui restait, prit son fils devant elle, et s'asseyant sur
une chaise, elle rapprocha d'elle cet enfant si cher et posa les mains
-sur ses petites paules; puis calme, immobile, recueillie dans sa
+sur ses petites épaules; puis calme, immobile, recueillie dans sa
douleur, sans verser une larme, sans pousser un soupir, elle lui dit
-d'une voix solennelle: Mon enfant, nous allons nous quitter.
-Souvenez-vous de vos devoirs quand nous ne serons plus prs de vous
-pour vous les rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous prouve,
-ni votre mre qui vous aime, ni votre tante ni votre s&oelig;ur, qui vous
-ont donn tant de preuves de tendresse. Soyez sage, patient et
-honnte, et votre pre vous bnira du haut du Ciel. Elle dit, baise
+d'une voix solennelle: «Mon enfant, nous allons nous quitter.
+Souvenez-vous de vos devoirs quand nous ne serons plus près de vous
+pour vous les rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous éprouve,
+ni votre mère qui vous aime, ni votre tante ni votre s&oelig;ur, qui vous
+ont donné tant de preuves de tendresse. Soyez sage, patient et
+honnête, et votre père vous bénira du haut du Ciel.» Elle dit, baise
son fils au front, et le pousse vers sa tante, qui l'embrasse, ainsi
-que sa s&oelig;ur. Le pauvre enfant revient encore sa mre, et
-s'attache ses genoux de toutes ses forces; mais la Reine le
-regardant d'un air doux et ferme: Mon fils, il faut obir, il le
-faut.&mdash;Allons, tu n'as plus, j'espre, de doctrine lui faire, dit un
-commissaire; il faut avouer que tu as firement abus de notre
-patience.&mdash;Tu pouvois te dispenser de lui faire la leon, disait un
-autre; et entranant violemment l'enfant, il sortit avec lui. Le
-dernier qui quitta la chambre avait gard le silence pendant cette
-pnible <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> scne. Son maintien tait convenable. Croyant sans
-doute rassurer la sollicitude maternelle, il dit la Reine d'un ton
-qui trahissait une certaine motion: Ne vous tourmentez pas, la
-nation est gnreuse, elle pourvoira l'ducation de votre fils<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64" title="Go to footnote 64"><span class="smaller">[64]</span></a>.</p>
-
-<p>A peine la porte fut-elle referme que la pauvre mre ne fut plus
-matresse de son chagrin: c'taient des cris de douleur, des sanglots,
-des grincements de dents. L'nergie de son caractre s'tait use dans
-la lutte, et maintenant, tout entire au sentiment de son profond
-malheur, elle se roulait sur la couche dserte de son enfant en
-demandant Dieu ce qu'elle avait pu faire pour tre condamne une
-telle torture. Madame lisabeth reprit son rle de consolatrice: se
-plaant sur une chaise prs du lit o tait la Reine, elle laissa
-passer ces premires explosions du dsespoir, et se borna traduire
+que sa s&oelig;ur. Le pauvre enfant revient encore à sa mère, et
+s'attache à ses genoux de toutes ses forces; mais la Reine le
+regardant d'un air doux et ferme: «Mon fils, il faut obéir, il le
+faut.&mdash;Allons, tu n'as plus, j'espère, de doctrine à lui faire, dit un
+commissaire; il faut avouer que tu as fièrement abusé de notre
+patience.&mdash;Tu pouvois te dispenser de lui faire la leçon», disait un
+autre; et entraînant violemment l'enfant, il sortit avec lui. Le
+dernier qui quitta la chambre avait gardé le silence pendant cette
+pénible <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> scène. Son maintien était convenable. Croyant sans
+doute rassurer la sollicitude maternelle, il dit à la Reine d'un ton
+qui trahissait une certaine émotion: «Ne vous tourmentez pas, la
+nation est généreuse, elle pourvoira à l'éducation de votre fils<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64" title="Go to footnote 64"><span class="smaller">[64]</span></a>.»</p>
+
+<p>A peine la porte fut-elle refermée que la pauvre mère ne fut plus
+maîtresse de son chagrin: c'étaient des cris de douleur, des sanglots,
+des grincements de dents. L'énergie de son caractère s'était usée dans
+la lutte, et maintenant, tout entière au sentiment de son profond
+malheur, elle se roulait sur la couche déserte de son enfant en
+demandant à Dieu ce qu'elle avait pu faire pour être condamnée à une
+telle torture. Madame Élisabeth reprit son rôle de consolatrice: se
+plaçant sur une chaise près du lit où était la Reine, elle laissa
+passer ces premières explosions du désespoir, et se borna à traduire
par un serrement de main et un regard bien tendre ce que ses propres
-larmes l'empchaient elle-mme de dire. Mais ds que la Reine fut un
-peu calme: Ma s&oelig;ur, lui dit-elle, j'ai admir tout l'heure la
-fermet de votre me, et j'ai remerci Dieu de ce tmoignage de sa
-grce. Et certainement, vis--vis de Dieu, qui nous regarde et nous
-prouve, vous n'aurez pas moins de courage que vous n'en avez montr
-vis--vis de <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> ces hommes. Ne lui demandons pas pourquoi il
-nous chtie; il le sait, lui, et cela suffit. Sans chercher sonder
-ses desseins, acceptons la croix qu'il nous envoie et n'hsitons pas
-la porter. On ne devient pas l'hritier de Jsus-Christ sans avoir t
+larmes l'empêchaient elle-même de dire. Mais dès que la Reine fut un
+peu calmée: «Ma s&oelig;ur, lui dit-elle, j'ai admiré tout à l'heure la
+fermeté de votre âme, et j'ai remercié Dieu de ce témoignage de sa
+grâce. Et certainement, vis-à-vis de Dieu, qui nous regarde et nous
+éprouve, vous n'aurez pas moins de courage que vous n'en avez montré
+vis-à-vis de <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> ces hommes. Ne lui demandons pas pourquoi il
+nous châtie; il le sait, lui, et cela suffit. Sans chercher à sonder
+ses desseins, acceptons la croix qu'il nous envoie et n'hésitons pas à
+la porter. On ne devient pas l'héritier de Jésus-Christ sans avoir été
le compagnon de ses souffrances. Remettons-nous volontairement entre
-ses mains et supportons tout en pensant lui. Ces paroles pleines
-d'onction avaient pntr dans le c&oelig;ur de Marie-Antoinette, qui n'y
-rpondit qu'en embrassant tendrement sa s&oelig;ur. Les nerfs de la
-pauvre mre s'taient un peu dtendus, et ses larmes coulrent plus
-facilement. Quelques instants aprs, elle se leva; elle embrassa sa
-fille et lui dit de se coucher. Les larmes recommencrent en se disant
-bonsoir. Puis, comme Madame lisabeth se mettait serrer les petits
-vtements de l'enfant, demeurs sur la table, et qui rclamaient
-encore le travail de leurs mains, les pleurs clatrent de nouveau, et
-les deux pauvres mres se jetrent dans les bras l'une de l'autre.</p>
-
-<p>Les prisonnires ignorrent ce que le cher enfant tait devenu. Elles
-supposaient qu'il n'avait pas quitt le Temple, mais elles ne savaient
-ni dans quelles mains il avait t remis, ni comment il tait trait.
-Cette incertitude o elles taient de son sort augmentait encore
-l'amertume de leurs regrets. Quatre jours s'taient couls, lorsque
-la nouvelle se rpandit dans Paris que la conspiration d'Arthur
-Dillon, malgr l'arrestation de ce gnral, avait eu un plein succs,
-et que Louis XVII, enlev de la tour, avait t port en triomphe
+ses mains et supportons tout en pensant à lui.» Ces paroles pleines
+d'onction avaient pénétré dans le c&oelig;ur de Marie-Antoinette, qui n'y
+répondit qu'en embrassant tendrement sa s&oelig;ur. Les nerfs de la
+pauvre mère s'étaient un peu détendus, et ses larmes coulèrent plus
+facilement. Quelques instants après, elle se leva; elle embrassa sa
+fille et lui dit de se coucher. Les larmes recommencèrent en se disant
+bonsoir. Puis, comme Madame Élisabeth se mettait à serrer les petits
+vêtements de l'enfant, demeurés sur la table, et qui réclamaient
+encore le travail de leurs mains, les pleurs éclatèrent de nouveau, et
+les deux pauvres mères se jetèrent dans les bras l'une de l'autre.</p>
+
+<p>Les prisonnières ignorèrent ce que le cher enfant était devenu. Elles
+supposaient qu'il n'avait pas quitté le Temple, mais elles ne savaient
+ni dans quelles mains il avait été remis, ni comment il était traité.
+Cette incertitude où elles étaient de son sort augmentait encore
+l'amertume de leurs regrets. Quatre jours s'étaient écoulés, lorsque
+la nouvelle se répandit dans Paris que la conspiration d'Arthur
+Dillon, malgré l'arrestation de ce général, avait eu un plein succès,
+et que Louis XVII, enlevé de la tour, avait été porté en triomphe à
Saint-Cloud. Pour faire tomber ce bruit qui agitait Paris et amenait
-une foule de monde aux abords du Temple, une dputation du comit de
-sret gnrale, dont Drouet et Chabot faisaient partie, y fut
-dpche, afin de constater officiellement la prsence du petit Capet.
-Aprs avoir ordonn de le faire descendre dans le jardin, afin qu'il
-puisse tre vu de toute la garde montante, <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> les deux dputs
-que nous avons nomms ont un entretien huis clos avec Simon et les
-municipaux dans la chambre du conseil; puis ils se prsentent dans
-l'appartement des prisonnires, o, avec l'allure qui leur est propre,
-ils exercent une vritable perquisition. Nous sommes venus voir, dit
+une foule de monde aux abords du Temple, une députation du comité de
+sûreté générale, dont Drouet et Chabot faisaient partie, y fut
+dépêchée, afin de constater officiellement la présence du petit Capet.
+Après avoir ordonné de le faire descendre dans le jardin, afin qu'il
+puisse être vu de toute la garde montante, <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> les deux députés
+que nous avons nommés ont un entretien à huis clos avec Simon et les
+municipaux dans la chambre du conseil; puis ils se présentent dans
+l'appartement des prisonnières, où, avec l'allure qui leur est propre,
+ils exercent une véritable perquisition. «Nous sommes venus voir, dit
Drouet, s'il ne vous manque rien ou si vous n'avez rien de trop.&mdash;Il
me manque mon fils, dit la Reine; il est vraiment trop cruel de m'en
-sparer si longtemps.&mdash;Votre fils ne manque pas de soins: on lui a
-donn un prcepteur patriote, et vous n'avez pas plus vous plaindre
-de la manire dont on le traite que de celle dont vous tes ici
-traite vous-mme.&mdash;Je ne me plains que d'une chose, monsieur, c'est
-de l'absence d'un enfant qui ne m'avait jamais quitte. Depuis cinq
-jours il m'a t arrach, il ne m'a pas t permis de le voir une
+séparer si longtemps.&mdash;Votre fils ne manque pas de soins: on lui a
+donné un précepteur patriote, et vous n'avez pas plus à vous plaindre
+de la manière dont on le traite que de celle dont vous êtes ici
+traitée vous-même.&mdash;Je ne me plains que d'une chose, monsieur, c'est
+de l'absence d'un enfant qui ne m'avait jamais quittée. Depuis cinq
+jours il m'a été arraché, il ne m'a pas été permis de le voir une
seule fois, et cependant il est encore malade<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65" title="Go to footnote 65"><span class="smaller">[65]</span></a>; il a besoin de mes
soins. Il m'est impossible de croire que la Convention ne comprenne
-pas la lgitimit de mes plaintes.</p>
-
-<p>Dans le compte qu'il rendit de cette visite la Convention nationale,
-Drouet s'exprima ainsi: Nous sommes monts l'appartement des
-femmes, et nous avons trouv Marie-Antoinette, sa fille et sa s&oelig;ur,
-jouissant d'une parfaite sant. On se plat encore rpandre chez les
-nations trangres qu'elles sont maltraites, et, de leur aveu, fait
-en prsence des commissaires de la Commune, rien ne manque leur
-commodit.&mdash;Et Drouet ne dit pas un mot des plaintes qu'avait leves
-Marie-Antoinette sur la cruelle squestration de son fils. La Reine et
-Madame lisabeth ne cessaient d'interroger municipaux, gardiens,
-<span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span> geliers; tous rpondaient qu'elles ne devaient pas
-s'inquiter de l'enfant; qu'il tait en bonnes mains, et qu'il ne
+pas la légitimité de mes plaintes.»</p>
+
+<p>Dans le compte qu'il rendit de cette visite à la Convention nationale,
+Drouet s'exprima ainsi: «Nous sommes montés à l'appartement des
+femmes, et nous avons trouvé Marie-Antoinette, sa fille et sa s&oelig;ur,
+jouissant d'une parfaite santé. On se plaît encore à répandre chez les
+nations étrangères qu'elles sont maltraitées, et, de leur aveu, fait
+en présence des commissaires de la Commune, rien ne manque à leur
+commodité.»&mdash;Et Drouet ne dit pas un mot des plaintes qu'avait élevées
+Marie-Antoinette sur la cruelle séquestration de son fils. La Reine et
+Madame Élisabeth ne cessaient d'interroger municipaux, gardiens,
+<span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span> geôliers; tous répondaient qu'elles ne devaient pas
+s'inquiéter de l'enfant; qu'il était en bonnes mains, et qu'il ne
manquait pas de soins. Ces assurances ne pouvaient les satisfaire. Il
-fallait qu'elles vissent leur enfant: elles le demandaient tous avec
-des prires dchirantes; mais que pouvaient rpondre les reprsentants
-de la Commune, sinon que le gouvernement avait jug la mesure
-ncessaire et que force tait de s'y conformer? Les refus ou le
+fallait qu'elles vissent leur enfant: elles le demandaient à tous avec
+des prières déchirantes; mais que pouvaient répondre les représentants
+de la Commune, sinon que le gouvernement avait jugé la mesure
+nécessaire et que force était de s'y conformer? Les refus ou le
silence que rencontraient leurs supplications augmentaient chaque jour
-leur anxit. Toutefois elles taient loin de souponner dans quelles
-mains le Dauphin tait tomb: elles ignoraient qu'on ne le leur avait
-enlev que pour anantir en lui tout la fois et la force physique,
-et la vie intellectuelle, et la beaut morale. Leurs frayeurs cet
-gard allaient loin, mais elles n'approchaient pas de la vrit.
-Lasses d'implorer la justice des municipaux, elles s'adressrent la
-piti de Tison. Tison ne fut point sourd leurs plaintes. Gagn
-depuis quelque temps par la rsignation et la bont des prisonnires,
-il s'tait beaucoup amend: plac prs d'elles comme un espion,
+leur anxiété. Toutefois elles étaient loin de soupçonner dans quelles
+mains le Dauphin était tombé: elles ignoraient qu'on ne le leur avait
+enlevé que pour anéantir en lui tout à la fois et la force physique,
+et la vie intellectuelle, et la beauté morale. Leurs frayeurs à cet
+égard allaient loin, mais elles n'approchaient pas de la vérité.
+Lasses d'implorer la justice des municipaux, elles s'adressèrent à la
+pitié de Tison. Tison ne fut point sourd à leurs plaintes. Gagné
+depuis quelque temps par la résignation et la bonté des prisonnières,
+il s'était beaucoup amendé: placé près d'elles comme un espion,
insensiblement il devenait pour elles un complice. Sa femme,
-dsavouant plus tt que lui tout son pass, s'tait un jour jete aux
-pieds de la Reine, en s'criant devant les commissaires et sans faire
-attention leur prsence: Madame, je demande pardon Votre Majest,
-je suis cause de votre mort et de celle de Madame lisabeth. Les
-princesses s'empressrent de la relever et tchrent de la calmer;
-mais la fivre nerveuse qui l'agitait se prolongea quelques jours. Ce
+désavouant plus tôt que lui tout son passé, s'était un jour jetée aux
+pieds de la Reine, en s'écriant devant les commissaires et sans faire
+attention à leur présence: «Madame, je demande pardon à Votre Majesté,
+je suis cause de votre mort et de celle de Madame Élisabeth.» Les
+princesses s'empressèrent de la relever et tâchèrent de la calmer;
+mais la fièvre nerveuse qui l'agitait se prolongea quelques jours. Ce
ne fut plus alors un pardon, ce furent des soins que les princesses
-lui apportrent. Madame lisabeth particulirement l'environna
-d'attentions et de paroles consolantes. La malade disait un jour
-Meunier: Je les plains de toute mon me; c'est une famille gnreuse
+lui apportèrent. Madame Élisabeth particulièrement l'environna
+d'attentions et de paroles consolantes. La malade disait un jour à
+Meunier: «Je les plains de toute mon âme; c'est une famille généreuse
que les pauvres ne remplaceront pas. Si vous pouviez comme moi les
-voir de <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> prs, vous diriez qu'il n'y a rien d'aussi grand sur
+voir de <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> près, vous diriez qu'il n'y a rien d'aussi grand sur
la terre. Qui les a vues comme vous aux Tuileries n'a rien vu; il faut
-les avoir vues comme moi au Temple. Les remords de cette pauvre femme
-avaient troubl sa raison<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66" title="Go to footnote 66"><span class="smaller">[66]</span></a>. Elle fut en proie d'affreuses
-convulsions; on lui donna une garde<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67" title="Go to footnote 67"><span class="smaller">[67]</span></a>; transporte dans une chambre
+les avoir vues comme moi au Temple.» Les remords de cette pauvre femme
+avaient troublé sa raison<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66" title="Go to footnote 66"><span class="smaller">[66]</span></a>. Elle fut en proie à d'affreuses
+convulsions; on lui donna une garde<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67" title="Go to footnote 67"><span class="smaller">[67]</span></a>; transportée dans une chambre
du palais, il fallut plusieurs hommes pour la contenir<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68" title="Go to footnote 68"><span class="smaller">[68]</span></a>. Au bout de
-six jours, elle fut conduite l'Htel-Dieu<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69" title="Go to footnote 69"><span class="smaller">[69]</span></a>. Elle ne reparut plus
-au <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> Temple. On mit auprs d'elle, dit Marie-Thrse<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70" title="Go to footnote 70"><span class="smaller">[70]</span></a>, une
-femme de la police pour recueillir tout ce que, dans son dlire, elle
-pourrait laisser chapper sur la famille royale.</p>
+six jours, elle fut conduite à l'Hôtel-Dieu<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69" title="Go to footnote 69"><span class="smaller">[69]</span></a>. Elle ne reparut plus
+au <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> Temple. On mit auprès d'elle, dit Marie-Thérèse<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70" title="Go to footnote 70"><span class="smaller">[70]</span></a>, une
+femme de la police pour recueillir tout ce que, dans son délire, elle
+pourrait laisser échapper sur la famille royale.</p>
<p>La conversion du mari, nous l'avons dit, avait suivi celle de la
-femme. Par une conduite toute nouvelle, Tison tcha de racheter ses
-mfaits. Il se tint l'afft de tout ce qui pourrait intresser la
+femme. Par une conduite toute nouvelle, Tison tâcha de racheter ses
+méfaits. Il se tint à l'affût de tout ce qui pourrait intéresser la
Reine, et lui apportait presque chaque jour des nouvelles de son fils;
-toutefois le sentiment de respectueuse piti qui tait entr dans son
-me lui enseignant une dlicatesse que ses prcdents n'auraient pas
-fait souponner, il avait soin de lui cacher les horribles traitements
-que l'enfant subissait, et dont Tison lui-mme tait indign. Il parla
+toutefois le sentiment de respectueuse pitié qui était entré dans son
+âme lui enseignant une délicatesse que ses précédents n'auraient pas
+fait soupçonner, il avait soin de lui cacher les horribles traitements
+que l'enfant subissait, et dont Tison lui-même était indigné. Il parla
de Simon devant les princesses, mais sans le nommer, sans le
-dpeindre, sans laisser entrevoir que ce mentor donn au Dauphin
-n'tait autre que le municipal qui avait toujours affect devant le
+dépeindre, sans laisser entrevoir que ce mentor donné au Dauphin
+n'était autre que le municipal qui avait toujours affecté devant le
Roi et devant elles le langage le plus injurieux. Mais il se plaisait
- leur raconter que l'enfant allait chaque jour prendre ses bats au
+à leur raconter que l'enfant allait chaque jour prendre ses ébats au
jardin, et qu'habituellement il y jouait au ballon; que quelquefois on
-le conduisait sur la plate-forme de la tour, o il jouissait d'un air
-excellent, et qu'enfin il avait toutes les apparences de la sant.
-Rassures sur ce point, les royales confidentes essayaient de se faire
-initier des dtails plus intimes de son ducation. Tison s'arrta
-prudemment: craignant de dtruire dans le c&oelig;ur de ces pauvres
+le conduisait sur la plate-forme de la tour, où il jouissait d'un air
+excellent, et qu'enfin il avait toutes les apparences de la santé.
+Rassurées sur ce point, les royales confidentes essayaient de se faire
+initier à des détails plus intimes de son éducation. Tison s'arrêta
+prudemment: craignant de détruire dans le c&oelig;ur de ces pauvres
femmes le peu de bien qu'y avaient fait les renseignements qu'il
-venait de leur donner, il se borna rpondre qu'il lui tait
-impossible de savoir lui-mme ce qui se passait dans l'intrieur de
+venait de leur donner, il se borna à répondre qu'il lui était
+impossible de savoir lui-même ce qui se passait dans l'intérieur de
l'appartement.</p>
-<p>La nouvelle de la promenade sur la plate-forme fit natre <span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> un
-espoir auquel les prisonnires se livrrent avec bonheur. Un petit
-escalier tournant pratiqu dans la garde-robe conduisait aux combles;
-au fate de ce petit escalier, un jour de souffrance tait ouvert dans
-l'paisseur de la muraille; de l il tait possible d'apercevoir, de
-tourelle tourelle, l'enfant au moment o il arrivait sur la
-plate-forme. Rien ne ressemblait plus une vision, un clair, que
+<p>La nouvelle de la promenade sur la plate-forme fit naître <span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> un
+espoir auquel les prisonnières se livrèrent avec bonheur. Un petit
+escalier tournant pratiqué dans la garde-robe conduisait aux combles;
+au faîte de ce petit escalier, un jour de souffrance était ouvert dans
+l'épaisseur de la muraille; de là il était possible d'apercevoir, de
+tourelle à tourelle, l'enfant au moment où il arrivait sur la
+plate-forme. Rien ne ressemblait plus à une vision, à un éclair, que
cette apparition fugitive, et il fallait des yeux maternels pour
-reconnatre ainsi l'enfant. Dans un billet crit Turgy, Madame
-lisabeth fait mention de cette circonstance: Dites <em>Fidle</em>, ma
+reconnaître ainsi l'enfant. Dans un billet écrit à Turgy, Madame
+Élisabeth fait mention de cette circonstance: «Dites à <em>Fidèle</em>, ma
s&oelig;ur a voulu que vous le sachiez, que nous voyons tous les jours le
-petit par la fentre de l'escalier de la garde-robe; mais que cela ne
-vous empche pas de nous en donner des nouvelles.</p>
-
-<p>Cette faible consolation leur laissa entrevoir la possibilit d'un
-bonheur plus rel. La plate-forme se trouvait partage en deux parties
-par une clture en bois, et formait ainsi deux promenades, dont l'une
-tait assigne au prisonnier du second tage et l'autre aux
-prisonnires du troisime. Les planches de sparation taient
-disposes de telle manire qu'on ne pouvait se voir qu' travers les
-fentes, et de loin, mais de plus prs cependant que par l'escalier de
-la garde-robe, et surtout un peu plus longtemps. Ds lors, mre, tante
-et s&oelig;ur n'eurent qu'une pense, se trouver sur la tour au moment de
+petit par la fenêtre de l'escalier de la garde-robe; mais que cela ne
+vous empêche pas de nous en donner des nouvelles.»</p>
+
+<p>Cette faible consolation leur laissa entrevoir la possibilité d'un
+bonheur plus réel. La plate-forme se trouvait partagée en deux parties
+par une clôture en bois, et formait ainsi deux promenades, dont l'une
+était assignée au prisonnier du second étage et l'autre aux
+prisonnières du troisième. Les planches de séparation étaient
+disposées de telle manière qu'on ne pouvait se voir qu'à travers les
+fentes, et de loin, mais de plus près cependant que par l'escalier de
+la garde-robe, et surtout un peu plus longtemps. Dès lors, mère, tante
+et s&oelig;ur n'eurent qu'une pensée, se trouver sur la tour au moment de
la promenade du petit, comme elles l'appelaient dans leur doux
-langage. Mais comment mnager cette concidence? Nous montions sur la
-tour bien souvent, dit Madame Royale dans son rcit, parce que mon
-frre y alloit de son ct, et que le seul plaisir de ma mre toit de
-le voir passer de loin par une petite fente. Malheureusement il
-arrivoit bien rarement que l'heure fixe par les commissaires pour la
-promenade des prisonnires se rencontrt avec l'heure arrte par
+langage. Mais comment ménager cette coïncidence? «Nous montions sur la
+tour bien souvent, dit Madame Royale dans son récit, parce que mon
+frère y alloit de son côté, et que le seul plaisir de ma mère étoit de
+le voir passer de loin par une petite fente.» Malheureusement il
+arrivoit bien rarement que l'heure fixée par les commissaires pour la
+promenade des prisonnières se rencontrât avec l'heure arrêtée par
Simon pour la promenade de l'enfant. La rencontre si vivement
-<span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span> dsire et si longtemps attendue dpendait donc d'un hasard
-heureux ou de la piti complaisante des municipaux. C'est gal, comme
-le dit Marie-Thrse, on montoit toujours; on ne savoit pas si le
-petit viendroit, mais il pouvoit venir. Que d'heures occupes saisir
-son passage! Que de fois, l'oreille colle sur la cloison de planches,
+<span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span> désirée et si longtemps attendue dépendait donc d'un hasard
+heureux ou de la pitié complaisante des municipaux. «C'est égal, comme
+le dit Marie-Thérèse, on montoit toujours; on ne savoit pas si le
+petit viendroit, mais il pouvoit venir. Que d'heures occupées à saisir
+son passage! Que de fois, l'oreille collée sur la cloison de planches,
les pauvres recluses, attentives, muettes, ont senti leur c&oelig;ur
-battre au moindre mouvement qui se faisoit dans l'escalier! Hlas! ce
-faible bruit, avidement recueilli par leur inquite impatience, toit
-presque toujours trompeur: un commissaire qui montoit ou descendoit
-la salle du conseil, un prpos qui faisoit sa ronde, une sentinelle
-qu'on relevoit dans l'escalier, avaient, sans le savoir, agit trois
-mes d'une ardente esprance et d'un immense regret. Puis, l'heure de
-la rcration tant passe, il fallait redescendre sous les verrous.</p>
-
-<p>La tentative de la veille tait reprise le lendemain: infructueuse
-encore, elle tait reprise les jours suivants. L'esprance, ft-elle
-toujours trompe, ne meurt pas au c&oelig;ur d'une mre.</p>
-
-<p>La persvrance de la Reine obtint enfin son couronnement; mais le
-couronnement d'pines, le seul qu'elle connt depuis plusieurs annes.
-Le mardi 30 juillet, il lui fut donn d'entrevoir encore son enfant,
-mais cette ombre de bonheur si longtemps pie, si pieusement demande
+battre au moindre mouvement qui se faisoit dans l'escalier! Hélas! ce
+faible bruit, avidement recueilli par leur inquiète impatience, étoit
+presque toujours trompeur: un commissaire qui montoit ou descendoit à
+la salle du conseil, un préposé qui faisoit sa ronde, une sentinelle
+qu'on relevoit dans l'escalier, avaient, sans le savoir, agité trois
+âmes d'une ardente espérance et d'un immense regret. Puis, l'heure de
+la récréation étant passée, il fallait redescendre sous les verrous.»</p>
+
+<p>La tentative de la veille était reprise le lendemain: infructueuse
+encore, elle était reprise les jours suivants. L'espérance, fût-elle
+toujours trompée, ne meurt pas au c&oelig;ur d'une mère.</p>
+
+<p>La persévérance de la Reine obtint enfin son couronnement; mais le
+couronnement d'épines, le seul qu'elle connût depuis plusieurs années.
+Le mardi 30 juillet, il lui fut donné d'entrevoir encore son enfant,
+mais cette ombre de bonheur si longtemps épiée, si pieusement demandée
au Ciel, le Ciel ne la lui accordait que pour son supplice. Oui, elle
-vit son fils... Il ne portait plus le deuil de son pre; il avait sur
-la tte le bonnet rouge; il avait prs de lui ce municipal jacobin qui
-s'tait signal devant Louis XVI et devant elle-mme par son insolence
-et ses outrages. Par une fatalit singulire, Simon, au moment de
-monter sur la plate-forme, avait appris l'entre du duc d'York dans
-Valenciennes, et sa colre s'panchait sur son lve, dont il
-harcelait la marche par des jurements et des blasphmes. <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span>
-L'infortune Reine, sans jeter un seul cri, tombe dans les bras de sa
-s&oelig;ur, tmoin comme elle de ce spectacle, et toutes deux entranent
-Marie-Thrse, qui accourait aussi la cloison, et dont elles
-pargnent la jeune me en se donnant par un regard le mutuel conseil
-de tout lui cacher. Il ne passera pas, disent-elles, il est inutile
-d'attendre plus longtemps. Et l'on se dirige de l'autre ct de la
+vit son fils... Il ne portait plus le deuil de son père; il avait sur
+la tête le bonnet rouge; il avait près de lui ce municipal jacobin qui
+s'était signalé devant Louis XVI et devant elle-même par son insolence
+et ses outrages. Par une fatalité singulière, Simon, au moment de
+monter sur la plate-forme, avait appris l'entrée du duc d'York dans
+Valenciennes, et sa colère s'épanchait sur son élève, dont il
+harcelait la marche par des jurements et des blasphèmes. <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span>
+L'infortunée Reine, sans jeter un seul cri, tombe dans les bras de sa
+s&oelig;ur, témoin comme elle de ce spectacle, et toutes deux entraînent
+Marie-Thérèse, qui accourait aussi à la cloison, et dont elles
+épargnent la jeune âme en se donnant par un regard le mutuel conseil
+de tout lui cacher. «Il ne passera pas, disent-elles, il est inutile
+d'attendre plus longtemps.» Et l'on se dirige de l'autre côté de la
plate-forme. Au bout de quelques minutes, les larmes gagnent la pauvre
-mre; elle se dtourne pour les cacher... et pour revenir pier son
-enfant. Madame lisabeth est demeure prs de sa nice, afin de
-laisser la mre matresse de ses regards. Peu de temps aprs, en
-effet, le jeune Prince repassa, mais cette fois la tte baisse, et
-marchant ct de Simon qui ne jurait plus. Le silence du matre,
-l'attitude de soumission de l'enfant, firent presque autant de mal
-la Reine que les brutalits de Simon. Immobile et muette, elle resta
-quelques instants la mme place; Tison vint l'y trouver. Alors,
-relevant la tte, qu'elle tenait penche entre ses mains, elle
-s'cria: Vous m'avez trompe!&mdash;Non, Madame, je ne vous ai point
-trompe; tout ce que je vous ai dit est vrai; seulement, par
-mnagement, je ne voulais pas tout vous dire. Maintenant je vous dirai
-tout, puisque je n'ai plus rien vous cacher. Madame lisabeth
-s'approcha de la Reine avec Marie-Thrse, et par un regard elle
-l'interrogea sur ce qu'elle venait de voir. Un mouvement de paupire,
-qui traduisait toute la douleur enferme dans son me, fut la seule
-rponse de la Reine.</p>
-
-<p>Ainsi fut nettement connu le dplorable tat du Dauphin: Simon ne lui
-parlait qu'en jurant, ne lui commandait qu'en le menaant, et voulait
-le contraindre chanter des couplets obscnes ou des chansons
-rgicides. L'enfant rsistait, et les coups n'avaient encore rien
-obtenu de lui. Ces dtails restrent entirement ignors de Madame
+mère; elle se détourne pour les cacher... et pour revenir épier son
+enfant. Madame Élisabeth est demeurée près de sa nièce, afin de
+laisser la mère maîtresse de ses regards. Peu de temps après, en
+effet, le jeune Prince repassa, mais cette fois la tête baissée, et
+marchant à côté de Simon qui ne jurait plus. Le silence du maître,
+l'attitude de soumission de l'enfant, firent presque autant de mal à
+la Reine que les brutalités de Simon. Immobile et muette, elle resta
+quelques instants à la même place; Tison vint l'y trouver. Alors,
+relevant la tête, qu'elle tenait penchée entre ses mains, elle
+s'écria: «Vous m'avez trompée!&mdash;Non, Madame, je ne vous ai point
+trompée; tout ce que je vous ai dit est vrai; seulement, par
+ménagement, je ne voulais pas tout vous dire. Maintenant je vous dirai
+tout, puisque je n'ai plus rien à vous cacher.» Madame Élisabeth
+s'approcha de la Reine avec Marie-Thérèse, et par un regard elle
+l'interrogea sur ce qu'elle venait de voir. Un mouvement de paupière,
+qui traduisait toute la douleur enfermée dans son âme, fut la seule
+réponse de la Reine.</p>
+
+<p>Ainsi fut nettement connu le déplorable état du Dauphin: Simon ne lui
+parlait qu'en jurant, ne lui commandait qu'en le menaçant, et voulait
+le contraindre à chanter des couplets obscènes ou des chansons
+régicides. L'enfant résistait, et les coups n'avaient encore rien
+obtenu de lui. Ces détails restèrent entièrement ignorés de Madame
Royale, <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> et sa tante fit tous ses efforts pour qu'ils
-n'arrivassent point dans toute leur horreur la connaissance de la
-Reine. Elle dit Tison: De grce, cachons dsormais ces atrocits
-ma s&oelig;ur: dites-moi tout moi, Tison, je saurai adoucir les scnes
+n'arrivassent point dans toute leur horreur à la connaissance de la
+Reine. Elle dit à Tison: «De grâce, cachons désormais ces atrocités à
+ma s&oelig;ur: dites-moi tout à moi, Tison, je saurai adoucir les scènes
affligeantes et choisir le moment de les lui transmettre. Faites cette
-recommandation, s'il est possible, tous ceux qui donnent des
-nouvelles de mon neveu. J'espre, Tison, que vous trouverez chez eux
-cette piti que je rclame de vous pour cette pauvre mre.</p>
+recommandation, s'il est possible, à tous ceux qui donnent des
+nouvelles de mon neveu. J'espère, Tison, que vous trouverez chez eux
+cette pitié que je réclame de vous pour cette pauvre mère.»</p>
<p>Les longs martyres de la veuve et de la s&oelig;ur de Louis XVI eurent
ici leur phase la plus douloureuse. Leur enfant malade, elles ne
pouvaient le soigner! Malheureux, elles ne pouvaient le consoler! En
-danger, elles ne pouvaient le secourir! Son me innocente faiblissait
-peut-tre, et elles ne pouvaient la soutenir! Est-il un supplice
-comparable ce supplice?</p>
+danger, elles ne pouvaient le secourir! Son âme innocente faiblissait
+peut-être, et elles ne pouvaient la soutenir! Est-il un supplice
+comparable à ce supplice?</p>
-<p>Le soir, Madame Royale dit sa tante: Mon Dieu! comme ma mre a t
-triste aujourd'hui!&mdash;Chre enfant, lui rpondit Madame lisabeth,
-votre mre est triste, il est vrai, mais non pas de chagrins nouveaux.
+<p>Le soir, Madame Royale dit à sa tante: «Mon Dieu! comme ma mère a été
+triste aujourd'hui!&mdash;Chère enfant, lui répondit Madame Élisabeth,
+votre mère est triste, il est vrai, mais non pas de chagrins nouveaux.
Ceux que vous lui connaissez, et que toutes deux nous partageons,
-l'ont accable un peu plus aujourd'hui peut-tre que ces jours passs.
-Il est des moments o l'motion des souvenirs domine l'me la plus
-forte. Priez, chre enfant, demandez Dieu que ces souvenirs soient
-moins poignants pour votre mre.&mdash;La jeune fille fit sa prire, et
-s'endormit profondment.</p>
-
-<p>Sa mre et sa tante veillrent longtemps. Allant et venant, elles
-parcouraient cet humble rduit o, pendant de si longs jours, elle
-l'avaient vu, malgr les privations, les verrous et les injures, si
-vif, si lger, si affectueux et parfois si riant; travaillant,
-chantant et priant; elles rappelaient les penses, les paroles et les
+l'ont accablée un peu plus aujourd'hui peut-être que ces jours passés.
+Il est des moments où l'émotion des souvenirs domine l'âme la plus
+forte. Priez, chère enfant, demandez à Dieu que ces souvenirs soient
+moins poignants pour votre mère.»&mdash;La jeune fille fit sa prière, et
+s'endormit profondément.</p>
+
+<p>Sa mère et sa tante veillèrent longtemps. Allant et venant, elles
+parcouraient cet humble réduit où, pendant de si longs jours, elle
+l'avaient vu, malgré les privations, les verrous et les injures, si
+vif, si léger, si affectueux et parfois si riant; travaillant,
+chantant et priant; elles rappelaient les pensées, les paroles et les
actions de c&oelig;ur du cher petit, et comment, lorsqu'il les voyait
tristes et souffrantes, <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span> il savait trouver, pour les distraire
-et les gayer, quelques tincelles de sa gentille humeur d'autrefois.</p>
+et les égayer, quelques étincelles de sa gentille humeur d'autrefois.</p>
-<p>Elles remontrent la plate-forme le lendemain et le surlendemain.
-Elles y restrent longtemps: rien ne parut. Oh! pourquoi cette
-terrible rvlation leur avait-elle t faite? Marie-Antoinette ne
-revit pas son fils ces jours-l; elle ne devait plus le revoir, et
+<p>Elles remontèrent à la plate-forme le lendemain et le surlendemain.
+Elles y restèrent longtemps: rien ne parut. Oh! pourquoi cette
+terrible révélation leur avait-elle été faite? Marie-Antoinette ne
+revit pas son fils ces jours-là; elle ne devait plus le revoir, et
elle allait emporter du Temple une source nouvelle et intarissable de
-larmes, d'inquitudes et de tourments.</p>
+larmes, d'inquiétudes et de tourments.</p>
-<p>Le 1<sup>er</sup> aot, la Convention nationale dcrta:</p>
+<p>Le 1<sup>er</sup> août, la Convention nationale décréta:</p>
-<p>Marie-Antoinette est envoye au tribunal extraordinaire; elle sera
-transfre sur-le-champ la Conciergerie.</p>
+<p>«Marie-Antoinette est envoyée au tribunal extraordinaire; elle sera
+transférée sur-le-champ à la Conciergerie.</p>
-<p>Tous les individus de la famille Capet seront dports hors du
-territoire de la Rpublique, l'exception des deux enfants de Louis
+<p>»Tous les individus de la famille Capet seront déportés hors du
+territoire de la République, à l'exception des deux enfants de Louis
Capet et des individus de la famille qui sont sous le glaive de la
loi.</p>
-<p>lisabeth Capet ne pourra tre dporte qu'aprs le jugement de
+<p>»Élisabeth Capet ne pourra être déportée qu'après le jugement de
Marie-Antoinette.</p>
-<p>Les membres de la famille Capet qui sont hors le glaive de la loi
-seront dports aprs le jugement, s'ils sont absous.</p>
-
-<p>La dpense des deux enfants de Louis Capet sera rduite ce qui est
-ncessaire pour l'entretien et la nourriture de deux individus.</p>
-
-<p>Les tombeaux et mausoles des ci-devant rois, levs dans l'glise de
-Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l'tendue de
-la Rpublique, seront dtruits le 10 aot prochain.</p>
-
-<p>Le 2 aot, deux heures du matin, on vint veiller les trois
-prisonnires pour lire la Reine le dcret qui ordonnait sa
-translation la Conciergerie. Marie-Thrse nous a laiss le rcit
-des derniers instants passs avec sa mre: Elle entendit, dit-elle,
-la lecture de ce dcret sans s'mouvoir et sans dire une seule
-parole. Mais Madame lisabeth <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> et Madame Royale se htrent
-de demander suivre la Reine, ce qui leur fut refus. Pendant tout le
-temps que la Reine fit le paquet de ses vtements, les municipaux ne
-la quittrent point: elle fut mme oblige de s'habiller devant eux.
-On lui demanda ses poches, qu'elle donna; ils les fouillrent et
-prirent tout ce qu'elles contenaient, quoiqu'il n'y et rien
+<p>»Les membres de la famille Capet qui sont hors le glaive de la loi
+seront déportés après le jugement, s'ils sont absous.</p>
+
+<p>»La dépense des deux enfants de Louis Capet sera réduite à ce qui est
+nécessaire pour l'entretien et à la nourriture de deux individus.</p>
+
+<p>»Les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l'église de
+Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l'étendue de
+la République, seront détruits le 10 août prochain.»</p>
+
+<p>Le 2 août, à deux heures du matin, on vint éveiller les trois
+prisonnières pour lire à la Reine le décret qui ordonnait sa
+translation à la Conciergerie. Marie-Thérèse nous a laissé le récit
+des derniers instants passés avec sa mère: «Elle entendit, dit-elle,
+la lecture de ce décret sans s'émouvoir et sans dire une seule
+parole.» Mais Madame Élisabeth <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> et Madame Royale se hâtèrent
+de demander à suivre la Reine, ce qui leur fut refusé. Pendant tout le
+temps que la Reine fit le paquet de ses vêtements, les municipaux ne
+la quittèrent point: elle fut même obligée de s'habiller devant eux.
+On lui demanda ses poches, qu'elle donna; ils les fouillèrent et
+prirent tout ce qu'elles contenaient, quoiqu'il n'y eût rien
d'important. Ils en firent un paquet pour l'envoyer au tribunal
-rvolutionnaire, et dirent la Reine que ce paquet serait ouvert
-devant elle au tribunal. Ils ne lui laissrent qu'un mouchoir et un
-flacon. Elle partit aprs avoir embrass sa fille, en l'engageant
+révolutionnaire, et dirent à la Reine que ce paquet serait ouvert
+devant elle au tribunal. Ils ne lui laissèrent qu'un mouchoir et un
+flacon. Elle partit après avoir embrassé sa fille, en l'engageant à
conserver tout son courage, et en lui recommandant d'avoir bien soin
-de sa tante et de lui obir comme une seconde mre. Puis elle se
+de sa tante et de lui obéir comme à une seconde mère. Puis elle se
jeta dans les bras de sa s&oelig;ur et lui recommanda ses enfants. La
-jeune Princesse tait tellement saisie et son affliction tait si
-profonde de se voir spare de sa mre, qu'elle n'eut pas la force de
-lui rpondre. Enfin Madame lisabeth ayant adress quelques mots
+jeune Princesse était tellement saisie et son affliction était si
+profonde de se voir séparée de sa mère, qu'elle n'eut pas la force de
+lui répondre. Enfin Madame Élisabeth ayant adressé quelques mots à
l'oreille de la Reine, elle partit sans jeter davantage les yeux sur
-sa fille, dans la crainte de perdre sa fermet. Elle fut oblige de
-s'arrter au bas de la tour, parce que les municipaux voulurent faire
-un procs-verbal pour la dcharge de sa personne. En sortant, elle se
-frappa la tte au guichet, faute de penser se baisser; et comme on
-lui demanda si elle ne s'tait pas fait de mal: Oh! non, dit-elle,
-rien prsent ne peut plus me faire de mal.&mdash;Elle monta en voiture
+sa fille, dans la crainte de perdre sa fermeté. Elle fut obligée de
+s'arrêter au bas de la tour, parce que les municipaux voulurent faire
+un procès-verbal pour la décharge de sa personne. En sortant, elle se
+frappa la tête au guichet, faute de penser à se baisser; et comme on
+lui demanda si elle ne s'était pas fait de mal: «Oh! non, dit-elle,
+rien à présent ne peut plus me faire de mal.»&mdash;Elle monta en voiture
avec un municipal et deux gendarmes.</p>
-<h2><span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> LIVRE DIXIME.<br>
-<span class="smaller">DEPUIS LE DPART DE LA REINE JUSQU' CELUI DE MADAME
-LISABETH.&mdash;INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE.<br>
-2 AOT 1793&mdash;9 MAI 1794.</span></h2>
+<h2><span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> LIVRE DIXIÈME.<br>
+<span class="smaller">DEPUIS LE DÉPART DE LA REINE JUSQU'À CELUI DE MADAME
+ÉLISABETH.&mdash;INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE.<br>
+2 AOÛT 1793&mdash;9 MAI 1794.</span></h2>
<div class="citat">
-<p>Le second malheur est pass, et le troisime viendra bientt.</p>
+<p>«Le second malheur est passé, et le troisième viendra bientôt.»</p>
<p class="source"><i>Apocalypse</i>, chap. <span class="smcap">XI</span>, vers. 14.</p>
</div>
-<p class="resume">Correspondance secrte tablie entre la Conciergerie et le
- Temple. &mdash; M. Hue. &mdash; Madame Richard. &mdash; Eau de Ville-d'Avray adresse
- la Conciergerie comme elle l'avait t au Temple. &mdash; Rosalie
- Lamorlire. &mdash; Paquet de linges, hardes et vtements arrivant du
- Temple la Conciergerie. En ouvrant ce paquet et en remarquant
- le soin avec lequel il avait t compos, Marie-Antoinette
- s'attendrit et reconnat les attentions de sa s&oelig;ur
- lisabeth. &mdash; Aiguilles tricoter demandes par la Reine, point
- accordes par les municipaux. &mdash; Blasphmes et jurements de
- Simon. &mdash; Chansons rvolutionnaires auxquelles se mle la petite
- voix de Louis XVII. &mdash; Madame lisabeth conjure les commissaires de
- la Commune d'obtenir de Simon un peu plus de modration. &mdash; Le
- municipal Barelle. &mdash; La fille Tison. &mdash; Hbert, accompagn de quatre
- membres du conseil de la Commune, se prsente au Temple le 21
- septembre. &mdash; Arrts acerbes. &mdash; Nouvelle perquisition le
- 24. &mdash; Privations noblement supportes. &mdash; La garde-robe de Louis XVI
- brle sur la place de Grve. &mdash; Procs de la Reine. &mdash; Le maire et
- le procureur de la commune au Temple. &mdash; Odieuse dposition
- arrache au jeune Prince. &mdash; Le lendemain, ces deux officiers de la
+<p class="resume">Correspondance secrète établie entre la Conciergerie et le
+ Temple. &mdash; M. Hue. &mdash; Madame Richard. &mdash; Eau de Ville-d'Avray adressée
+ à la Conciergerie comme elle l'avait été au Temple. &mdash; Rosalie
+ Lamorlière. &mdash; Paquet de linges, hardes et vêtements arrivant du
+ Temple à la Conciergerie. En ouvrant ce paquet et en remarquant
+ le soin avec lequel il avait été composé, Marie-Antoinette
+ s'attendrit et reconnaît les attentions de sa s&oelig;ur
+ Élisabeth. &mdash; Aiguilles à tricoter demandées par la Reine, point
+ accordées par les municipaux. &mdash; Blasphèmes et jurements de
+ Simon. &mdash; Chansons révolutionnaires auxquelles se mêle la petite
+ voix de Louis XVII. &mdash; Madame Élisabeth conjure les commissaires de
+ la Commune d'obtenir de Simon un peu plus de modération. &mdash; Le
+ municipal Barelle. &mdash; La fille Tison. &mdash; Hébert, accompagné de quatre
+ membres du conseil de la Commune, se présente au Temple le 21
+ septembre. &mdash; Arrêtés acerbes. &mdash; Nouvelle perquisition le
+ 24. &mdash; Privations noblement supportées. &mdash; La garde-robe de Louis XVI
+ brûlée sur la place de Grève. &mdash; Procès de la Reine. &mdash; Le maire et
+ le procureur de la commune au Temple. &mdash; Odieuse déposition
+ arrachée au jeune Prince. &mdash; Le lendemain, ces deux officiers de la
Commune retournent au Temple avec David, membre de la
- Convention. &mdash; Nouvel interrogatoire, o sont appels l'enfant
- royal, sa s&oelig;ur et sa tante. &mdash; Hue arrt; plus de nouvelles de
- la Reine. &mdash; Madame lisabeth aperoit Louis XVII. &mdash; Chaumette se
- plaint au conseil de la Commune des dpenses excessives que
- ncessite le maintien de trois individus dans la tour du
+ Convention. &mdash; Nouvel interrogatoire, où sont appelés l'enfant
+ royal, sa s&oelig;ur et sa tante. &mdash; Hue arrêté; plus de nouvelles de
+ la Reine. &mdash; Madame Élisabeth aperçoit Louis XVII. &mdash; Chaumette se
+ plaint au conseil de la Commune des dépenses excessives que
+ nécessite le maintien de trois individus dans la tour du
Temple. &mdash; Invention d'un nouveau document pour essayer de
- compromettre Madame lisabeth. &mdash; Dernier crit de la Reine. &mdash; Tison
- mis au secret. &mdash; Mort de Marie-Antoinette. &mdash; Fournes de
- victimes. &mdash; Terreur. &mdash; Madame lisabeth indignement
- calomnie. &mdash; L'huissier Monet au Temple. &mdash; Adieux d'lisabeth et de
- Marie-Thrse. &mdash; La Conciergerie. &mdash; Premier interrogatoire de
- Madame lisabeth.</p>
-
-<p>Peu de jours aprs le dpart de la Reine, Madame lisabeth et sa nice
-parvinrent se procurer de ses nouvelles par l'entremise de M. Hue,
-qui fut assez heureux pour tablir quelque communication entre la
+ compromettre Madame Élisabeth. &mdash; Dernier écrit de la Reine. &mdash; Tison
+ mis au secret. &mdash; Mort de Marie-Antoinette. &mdash; Fournées de
+ victimes. &mdash; Terreur. &mdash; Madame Élisabeth indignement
+ calomniée. &mdash; L'huissier Monet au Temple. &mdash; Adieux d'Élisabeth et de
+ Marie-Thérèse. &mdash; La Conciergerie. &mdash; Premier interrogatoire de
+ Madame Élisabeth.</p>
+
+<p>Peu de jours après le départ de la Reine, Madame Élisabeth et sa nièce
+parvinrent à se procurer de ses nouvelles par l'entremise de M. Hue,
+qui fut assez heureux pour établir quelque communication entre la
Conciergerie et la tour du Temple. Cet excellent homme n'avait pas
-tard rencontrer un auxiliaire dans une femme prpose la garde
-mme de Marie-Antoinette, madame Richard, dsigne <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> sous le
-nom de <em>Sensible</em> dans la correspondance de Madame lisabeth. Cette
+tardé à rencontrer un auxiliaire dans une femme préposée à la garde
+même de Marie-Antoinette, madame Richard, désignée <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> sous le
+nom de <em>Sensible</em> dans la correspondance de Madame Élisabeth. Cette
femme obtint des administrateurs de la police que les bouteilles d'eau
-de Ville-d'Avray qui taient chaque jour envoyes au Temple pendant la
-captivit de la Reine dans cette demeure lui fussent adresses aussi
-chaque jour la Conciergerie. Bien que cette attention part
-contraire l'esprit d'galit dont le peuple avait salu
+de Ville-d'Avray qui étaient chaque jour envoyées au Temple pendant la
+captivité de la Reine dans cette demeure lui fussent adressées aussi
+chaque jour à la Conciergerie. Bien que cette attention parût
+contraire à l'esprit d'égalité dont le peuple avait salué
l'inauguration avec tant d'enthousiasme, cette faveur d'une eau
-privilgie ne fut point refuse la <em>veuve Capet</em>, dont l'estomac ne
+privilégiée ne fut point refusée à la <em>veuve Capet</em>, dont l'estomac ne
pouvait supporter une autre eau.</p>
-<p>Ce ne fut pas tout. Madame lisabeth n'ignorait pas le dnment absolu
-o sa s&oelig;ur se trouvait la Conciergerie. Il ne lui suffisait pas
-de consoler l'orphelin, elle essaya d'tre utile la veuve. Une
-dclaration de Rosalie Lamorlire, servante la Conciergerie durant
-la captivit de Marie-Antoinette, nous a fait savoir ce qui suit: Le
-2 aot, pendant la nuit, quand la Reine arriva du Temple, je
-remarquai, dit-elle, qu'on n'avoit amen avec elle aucune espce de
-hardes ni de vtements. Le lendemain et tous les jours suivants, cette
+<p>Ce ne fut pas tout. Madame Élisabeth n'ignorait pas le dénûment absolu
+où sa s&oelig;ur se trouvait à la Conciergerie. Il ne lui suffisait pas
+de consoler l'orphelin, elle essaya d'être utile à la veuve. Une
+déclaration de Rosalie Lamorlière, servante à la Conciergerie durant
+la captivité de Marie-Antoinette, nous a fait savoir ce qui suit: «Le
+2 août, pendant la nuit, quand la Reine arriva du Temple, je
+remarquai, dit-elle, qu'on n'avoit amené avec elle aucune espèce de
+hardes ni de vêtements. Le lendemain et tous les jours suivants, cette
malheureuse princesse demandait du linge, et madame Richard, craignant
-de se compromettre, n'osoit ni lui en prter ni lui en fournir. Enfin
-le municipal Michonis, qui dans le c&oelig;ur toit honnte homme, se
-transporta au Temple, et, le dixime jour, on apporta du donjon un
-paquet que la Reine ouvrit promptement. C'toient de belles chemises
+de se compromettre, n'osoit ni lui en prêter ni lui en fournir. Enfin
+le municipal Michonis, qui dans le c&oelig;ur étoit honnête homme, se
+transporta au Temple, et, le dixième jour, on apporta du donjon un
+paquet que la Reine ouvrit promptement. C'étoient de belles chemises
de batiste, des mouchoirs de poche, des fichus, des bas de soie ou de
-filoselle noirs, un dshabill blanc pour le matin, quelques bonnets
-de nuit et plusieurs bouts de rubans de largeur ingale. Madame
+filoselle noirs, un déshabillé blanc pour le matin, quelques bonnets
+de nuit et plusieurs bouts de rubans de largeur inégale. Madame
s'attendrit en parcourant ce linge, et se retournant vers madame
-Richard et moi, elle dit: A la manire soigne de tout ceci, je
-reconnois les attentions et la main de ma pauvre s&oelig;ur lisabeth.</p>
+Richard et moi, elle dit: «A la manière soignée de tout ceci, je
+reconnois les attentions et la main de ma pauvre s&oelig;ur Élisabeth.»</p>
-<p>Au nombre des objets rclams par la Reine figuraient <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> ses
-aiguilles tricoter et des bas qu'elle avait commencs pour son
+<p>Au nombre des objets réclamés par la Reine figuraient <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> ses
+aiguilles à tricoter et des bas qu'elle avait commencés pour son
fils<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71" title="Go to footnote 71"><span class="smaller">[71]</span></a>. Ces choses furent remises avec empressement par Madame
-lisabeth; mais les officiers municipaux prtendirent qu'il tait
-craindre que la veuve Capet ne se servt des aiguilles pour attenter
-sa vie, et que par consquent ils devaient s'abstenir de les joindre
-l'envoi. La Reine fut ainsi trompe dans son esprance de travail;
+Élisabeth; mais les officiers municipaux prétendirent qu'il était à
+craindre que la veuve Capet ne se servît des aiguilles pour attenter à
+sa vie, et que par conséquent ils devaient s'abstenir de les joindre à
+l'envoi. La Reine fut ainsi trompée dans son espérance de travail;
mais elle avait des nouvelles de sa fille et de sa s&oelig;ur, et sa
fille et sa s&oelig;ur avaient de ses nouvelles<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72" title="Go to footnote 72"><span class="smaller">[72]</span></a>: ce fut un jour de
-consolation pour les deux captivits.</p>
-
-<p>Tison, rest avec sa fille la tour, communiquait Madame <span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span>
-lisabeth les renseignements qu'il pouvait se procurer sur l'tat de
-son neveu. Les dtails que lui transmettait Tison sur la cruaut de
-Simon lui semblaient toujours exagrs; cette belle me avait de la
-peine croire que la frocit humaine pt aller si loin. Mais un jour
-elle fut condamne perdre ce reste d'illusion: Simon levait si haut
-la voix que ses jurements et ses blasphmes montaient jusqu' elle, et
+consolation pour les deux captivités.</p>
+
+<p>Tison, resté avec sa fille à la tour, communiquait à Madame <span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span>
+Élisabeth les renseignements qu'il pouvait se procurer sur l'état de
+son neveu. Les détails que lui transmettait Tison sur la cruauté de
+Simon lui semblaient toujours exagérés; cette belle âme avait de la
+peine à croire que la férocité humaine pût aller si loin. Mais un jour
+elle fut condamnée à perdre ce reste d'illusion: Simon élevait si haut
+la voix que ses jurements et ses blasphèmes montaient jusqu'à elle, et
ce qu'il y avait de plus douloureux, c'est que ces jurements et ces
-blasphmes taient parfois suivis des cris plaintifs d'un enfant.
-Madame lisabeth, qui avait tout cach sa nice, ne peut plus
-rvoquer en doute devant elle la conduite de Simon. La pauvre s&oelig;ur
-a entendu les lamentations du frre, et, chose plus triste encore,
-elle a distingu le son de sa voix mle celle du mnage Simon dans
-les chansons rvolutionnaires. Nous l'entendions tous les jours,
-dit-elle dans le rcit de la captivit du Temple, chanter avec Simon
+blasphèmes étaient parfois suivis des cris plaintifs d'un enfant.
+Madame Élisabeth, qui avait tout caché à sa nièce, ne peut plus
+révoquer en doute devant elle la conduite de Simon. La pauvre s&oelig;ur
+a entendu les lamentations du frère, et, chose plus triste encore,
+elle a distingué le son de sa voix mêlée à celle du ménage Simon dans
+les chansons révolutionnaires. «Nous l'entendions tous les jours,
+dit-elle dans le récit de la captivité du Temple, chanter avec Simon
<em>la Carmagnole</em> et autres horreurs pareilles... La Reine heureusement
-ne les a pas entendues, elle toit partie; c'est un supplice dont le
-Ciel l'a prserve. Le c&oelig;ur de la jeune fille, partag entre la
-pense de sa mre et celle de son frre, prouvait d'inexprimables
+ne les a pas entendues, elle étoit partie; c'est un supplice dont le
+Ciel l'a préservée.» Le c&oelig;ur de la jeune fille, partagé entre la
+pensée de sa mère et celle de son frère, éprouvait d'inexprimables
angoisses, que sa tante essayait en vain de soulager: il y avait des
-heures o la sainte mlancolie de la captivit s'emparait de l'une
+heures où la sainte mélancolie de la captivité s'emparait de l'une
comme de l'autre et attristait leur front. Plus d'une fois les deux
-prisonnires se regardaient comme pour chercher des larmes dans leurs
-yeux. Les yeux de Madame lisabeth, habitus regarder le ciel,
+prisonnières se regardaient comme pour chercher des larmes dans leurs
+yeux. Les yeux de Madame Élisabeth, habitués à regarder le ciel,
n'avaient pas de larmes. Cette femme forte soutenait sa jeune compagne
-non-seulement par sa parole, mais par son attitude mme. La
-spiritualit d'lisabeth tait solide et pratique: la prire et la
-victoire sur soi-mme faisaient la base de sa doctrine. On ne dira
-jamais assez avec quel dvouement, avec quelle sollicitude Madame
-lisabeth lui prodiguait les trsors de sa raison et de son c&oelig;ur.
-Rclamant <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> pour elle tous les sacrifices, elle usait de
-prcautions infinies, d'un art anglique pour carter des lvres de
-ceux qui lui taient chers le calice dont elle se rservait toutes les
+non-seulement par sa parole, mais par son attitude même. La
+spiritualité d'Élisabeth était solide et pratique: la prière et la
+victoire sur soi-même faisaient la base de sa doctrine. On ne dira
+jamais assez avec quel dévouement, avec quelle sollicitude Madame
+Élisabeth lui prodiguait les trésors de sa raison et de son c&oelig;ur.
+Réclamant <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> pour elle tous les sacrifices, elle usait de
+précautions infinies, d'un art angélique pour écarter des lèvres de
+ceux qui lui étaient chers le calice dont elle se réservait toutes les
amertumes. Sa raison persuasive savait adoucir les maux pour les
-rendre plus supportables, et sa pit, claire par la foi, savait
-fconder les douleurs et les rendre mritoires en les offrant au Ciel.
-C'est cette cole sacre, svre apprentissage d'une vie svre, que
-la fille de Louis XVI puisa ces leons de foi et d'hrosme qui ont
-lev son me au-dessus des plus hautes infortunes.</p>
+rendre plus supportables, et sa piété, éclairée par la foi, savait
+féconder les douleurs et les rendre méritoires en les offrant au Ciel.
+C'est à cette école sacrée, sévère apprentissage d'une vie sévère, que
+la fille de Louis XVI puisa ces leçons de foi et d'héroïsme qui ont
+élevé son âme au-dessus des plus hautes infortunes.</p>
<p>Au tourment de savoir le Dauphin dans une telle situation se joignit
-bientt la douleur de ne pouvoir se procurer aucune nouvelle de la
-Reine<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73" title="Go to footnote 73"><span class="smaller">[73]</span></a>. Toute relation avait cess <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> avec la Conciergerie.
+bientôt la douleur de ne pouvoir se procurer aucune nouvelle de la
+Reine<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73" title="Go to footnote 73"><span class="smaller">[73]</span></a>. Toute relation avait cessé <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> avec la Conciergerie.
La plus rigoureuse surveillance aussi bien que la terreur avaient
-enlev Madame lisabeth ces <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> rares intermdiaires par
-lesquels elle tait plus d'une fois parvenue adoucir la position de
+enlevé à Madame Élisabeth ces <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> rares intermédiaires par
+lesquels elle était plus d'une fois parvenue à adoucir la position de
la Reine en lui faisant passer des nouvelles rassurantes sur ses
-enfants. Elle-mme, ds la nuit o Marie-Antoinette avait t enleve
+enfants. Elle-même, dès la nuit où Marie-Antoinette avait été enlevée
du Temple, avait cru, dans la crainte de la compromettre, devoir
-anantir des crayons et quelques petites feuilles de papier qu'elle
-tenait cachs dans un coin sous le papier qui tapissait sa chambre.
-Tout instrument matriel de correspondance lui faisait donc dfaut.
-Mais que ne peut le gnie de la captivit? La malheureuse Reine
-parvint faire rclamer des effets qu'elle avait laisss la
+anéantir des crayons et quelques petites feuilles de papier qu'elle
+tenait cachés dans un coin sous le papier qui tapissait sa chambre.
+Tout instrument matériel de correspondance lui faisait donc défaut.
+Mais que ne peut le génie de la captivité? La malheureuse Reine
+parvint à faire réclamer des effets qu'elle avait laissés à la
tour<a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74" title="Go to footnote 74"><span class="smaller">[74]</span></a> et dont elle avait, disait-elle, le plus pressant besoin. Par
ce moyen, la prison du Temple et le cachot de la Conciergerie
-changrent encore une fois quelques paroles. Celles que Madame
-lisabeth envoyait sa belle-s&oelig;ur donnaient sur le pauvre petit
-Prince des renseignements qui n'taient pas <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> exacts: il est
-des situations o la conscience la plus droite se fait un devoir de
-taire la vrit.</p>
+échangèrent encore une fois quelques paroles. Celles que Madame
+Élisabeth envoyait à sa belle-s&oelig;ur donnaient sur le pauvre petit
+Prince des renseignements qui n'étaient pas <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> exacts: il est
+des situations où la conscience la plus droite se fait un devoir de
+taire la vérité.</p>
<p>Si nous ne l'avons point dit encore, nos lecteurs ont compris sans
-doute que Madame lisabeth n'avait rien nglig pour obtenir de Simon
-un peu plus de rserve dans ses paroles et de modration dans ses
-gestes. Bien que, dans la prison du Temple, elle ft moins
-communicative que la Reine, et que, en gnral, elle montrt plus de
-fiert que sa belle-s&oelig;ur, parlant beaucoup moins aux mandataires de
+doute que Madame Élisabeth n'avait rien négligé pour obtenir de Simon
+un peu plus de réserve dans ses paroles et de modération dans ses
+gestes. Bien que, dans la prison du Temple, elle fût moins
+communicative que la Reine, et que, en général, elle montrât plus de
+fierté que sa belle-s&oelig;ur, parlant beaucoup moins aux mandataires de
la Commune, pas un municipal de maintien convenable ou de physionomie
-avenante n'tait depuis quelque temps venu au Temple sans qu'elle lui
-et adress ses plaintes, en le conjurant d'intervenir auprs du
-farouche prcepteur. Mais les uns ne voulurent pas examiner ce que ces
-plaintes avaient de fond, ne se sentant ni le droit ni le pouvoir
+avenante n'était depuis quelque temps venu au Temple sans qu'elle lui
+eût adressé ses plaintes, en le conjurant d'intervenir auprès du
+farouche précepteur. Mais les uns ne voulurent pas examiner ce que ces
+plaintes avaient de fondé, ne se sentant ni le droit ni le pouvoir
d'improuver la conduite de Simon; les autres, trouvant ces plaintes
-injustes ou tout au moins exagres, les repoussrent avec ddain;
-d'autres enfin, plus fanatiques, rpondirent ces plaintes par
-l'loge de celui-l mme contre lequel elles taient portes. Un seul
-fut accessible aux prires de Madame lisabeth: ce fut Barelle, maon
-de son mtier, homme simple et sans ducation, mais d'un c&oelig;ur
-bienveillant; il tait pre, il porta courageusement quelques
-observations au dmagogue acaritre dont il avait lui-mme entendu les
-jurements pendant qu'il tait de service chez les Princesses. Ces
-observations, bien que revtues de formes polies et caressantes,
-furent mal reues. Simon rejeta sur le caractre roide et indocile de
-son lve les rigueurs dont il tait parfois oblig d'user. Je sais
-ce que je fais et ce que j'ai faire, ajouta-t-il; ma place vous
-<em>iriez</em> peut-tre plus vite. L'intervention de Barelle n'eut d'autre
-effet que de rendre plus dure la captivit du jeune Louis.</p>
-
-<p>Le 26 aot, la fille de Tison, qui allait quitter le Temple, <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span>
-demanda voir le petit Capet. Faut-il voir dans sa dmarche un dsir
-personnel de dire adieu au charmant enfant, que, malgr la premire
-influence de ses parents, elle n'avait jamais pu voir sans motion, ou
-faut-il y trouver une suggestion de Madame lisabeth, dans l'espoir
+injustes ou tout au moins exagérées, les repoussèrent avec dédain;
+d'autres enfin, plus fanatiques, répondirent à ces plaintes par
+l'éloge de celui-là même contre lequel elles étaient portées. Un seul
+fut accessible aux prières de Madame Élisabeth: ce fut Barelle, maçon
+de son métier, homme simple et sans éducation, mais d'un c&oelig;ur
+bienveillant; il était père, il porta courageusement quelques
+observations au démagogue acariâtre dont il avait lui-même entendu les
+jurements pendant qu'il était de service chez les Princesses. Ces
+observations, bien que revêtues de formes polies et caressantes,
+furent mal reçues. Simon rejeta sur le caractère roide et indocile de
+son élève les rigueurs dont il était parfois obligé d'user. «Je sais
+ce que je fais et ce que j'ai à faire, ajouta-t-il; à ma place vous
+<em>iriez</em> peut-être plus vite.» L'intervention de Barelle n'eut d'autre
+effet que de rendre plus dure la captivité du jeune Louis.</p>
+
+<p>Le 26 août, la fille de Tison, qui allait quitter le Temple, <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span>
+demanda à voir le petit Capet. Faut-il voir dans sa démarche un désir
+personnel de dire adieu au charmant enfant, que, malgré la première
+influence de ses parents, elle n'avait jamais pu voir sans émotion, ou
+faut-il y trouver une suggestion de Madame Élisabeth, dans l'espoir
d'obtenir quelques renseignements sur son neveu? Quoi qu'il en soit,
-cette dmarche n'eut d'autre rsultat que de faire passer l'examen
+cette démarche n'eut d'autre résultat que de faire passer à l'examen
le plus minutieux la personne de la jeune fille, ainsi que le paquet
-qu'elle portait sa mre l'Htel-Dieu<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75" title="Go to footnote 75"><span class="smaller">[75]</span></a>.</p>
-
-<p>Le 21 septembre, Hbert, substitut du procureur de la Commune,
-accompagn de Jonquoy, Lelivre, Camus et Grenard, officiers
-municipaux, se prsente la tour. Marie-Thrse, assise prs de sa
-tante, tenait en main un almanach rpublicain qu'elle s'empressa de
-refermer. Si vos saints ne s'y trouvent pas, lui dit Hbert, vous y
-trouverez nos ftes nationales. Nous aurons demain une crmonie
-civique en l'honneur de l'anniversaire de la Rpublique. Le peuple
+qu'elle portait à sa mère à l'Hôtel-Dieu<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75" title="Go to footnote 75"><span class="smaller">[75]</span></a>.</p>
+
+<p>Le 21 septembre, Hébert, substitut du procureur de la Commune,
+accompagné de Jonquoy, Lelièvre, Camus et Grenard, officiers
+municipaux, se présente à la tour. Marie-Thérèse, assise près de sa
+tante, tenait en main un almanach républicain qu'elle s'empressa de
+refermer. «Si vos saints ne s'y trouvent pas, lui dit Hébert, vous y
+trouverez nos fêtes nationales. Nous aurons demain une cérémonie
+civique en l'honneur de l'anniversaire de la République. Le peuple
sera notre Dieu: il ne doit point y en avoir d'autre; mais ce n'est
-pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.</p>
-
-<p>Il leur dclare alors qu'il est porteur d'un arrt de la Commune qui
-ordonne de resserrer plus troitement encore les deux prisonnires, et
-de leur retirer la personne qui les sert. Dans toutes les maisons de
-dtention, leur dit-il, les dtenus n'ont personne pour les servir;
-l'exception faite pour vous offense la justice et la moralit
-publiques, l'galit devant rgner dans les prisons comme partout
+pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.»</p>
+
+<p>Il leur déclare alors qu'il est porteur d'un arrêté de la Commune qui
+ordonne de resserrer plus étroitement encore les deux prisonnières, et
+de leur retirer la personne qui les sert. «Dans toutes les maisons de
+détention, leur dit-il, les détenus n'ont personne pour les servir;
+l'exception faite pour vous offense la justice et la moralité
+publiques, l'égalité devant régner dans les prisons comme partout
<span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p. 158)</span> ailleurs. A l'avenir, Hanriot et le porteur d'eau auront
-seuls le droit d'entrer ici<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76" title="Go to footnote 76"><span class="smaller">[76]</span></a>.</p>
+seuls le droit d'entrer ici<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76" title="Go to footnote 76"><span class="smaller">[76]</span></a>.»</p>
-<p>Le substitut du procureur est obi. Tison, disgraci, est refoul dans
+<p>Le substitut du procureur est obéi. Tison, disgracié, est refoulé dans
la tourelle qui lui servira de prison. A l'avenir, les deux recluses
feront leur lit et balayeront leur chambre; leur porte ne s'ouvrira
plus que pour laisser arriver leurs aliments; elles ne doivent plus
voir un visage humain ni entendre une voix humaine. Le sombre visiteur
qu'elles viennent de recevoir provoque des mesures qui rendront plus
-dur encore le rgime de leur prison. Les deux arrts suivants sont
+dur encore le régime de leur prison. Les deux arrêtés suivants sont
pris le lendemain par la Commission du Temple:</p>
-<p class="entete"><i>Du 22 septembre 1793, l'an II de la Rpublique une et
+<p class="entete"><i>Du 22 septembre 1793, l'an II de la République une et
indivisible.</i></p>
- <p><em>Le conseil, considrant que la plus grande conomie doit rgner
- et tre observe, arrte ce qui suit</em>:</p>
+ <p><em>Le conseil, considérant que la plus grande économie doit régner
+ et être observée, arrête ce qui suit</em>:</p>
- <p>1<sup>o</sup> <em>Qu' compter de ce jour, l'usage de la ptisserie et de la
- volaille, pour toute table, sera supprim</em>;</p>
+ <p>1<sup>o</sup> <em>Qu'à compter de ce jour, l'usage de la pâtisserie et de la
+ volaille, pour toute table, sera supprimé</em>;</p>
- <p>2<sup>o</sup> <em>Que les dtenues n'auront leur djeuner qu'une sorte
+ <p>2<sup>o</sup> <em>Que les détenues n'auront à leur déjeuner qu'une sorte
d'aliment</em>;</p>
- <p>3<sup>o</sup> <em>Qu' leur dner, il ne leur sera donn qu'un potage,
- <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> un bouilli et un plat quelconque. Il leur sera dlivr
+ <p>3<sup>o</sup> <em>Qu'à leur dîner, il ne leur sera donné qu'un potage,
+ <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> un bouilli et un plat quelconque. Il leur sera délivré
en outre une demi-bouteille de vin ordinaire, par jour, pour
chacune d'elles;</em></p>
<p><em>4<sup>o</sup> Au souper, elles auront deux plats.</em></p>
-<p>Le second arrt porte:</p>
+<p>Le second arrêté porte:</p>
-<p><em>1<sup>o</sup> Qu' compter de ce jour, il ne sera plus fourni de bougie
- dans l'intrieur de la tour; que les prisonniers ne seront plus
- clairs qu'avec de la chandelle; qu'il ne sera brl de bougie
+<p><em>1<sup>o</sup> Qu'à compter de ce jour, il ne sera plus fourni de bougie
+ dans l'intérieur de la tour; que les prisonniers ne seront plus
+ éclairés qu'avec de la chandelle; qu'il ne sera brûlé de bougie
qu'au bureau du conseil;</em></p>
<p><em>2<sup>o</sup> Que l'argenterie, la porcelaine sera interdite, et que l'on
- ne servira plus que des couverts d'tain et de la faence
+ ne servira plus que des couverts d'étain et de la faïence
commune.</em></p>
<p>Les commissaires de service au Temple,</p>
-<p class="authorsc">Viallard, Robin, Tonnelier, Vron.</p>
-
-<p class="p2">Une perquisition plus rigoureuse que les prcdentes tait faite, le
-24 septembre, chez Madame lisabeth<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77" title="Go to footnote 77"><span class="smaller">[77]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> L'inauguration du
-nouveau rgime prescrit par les arrts que nous venons de transcrire
-avait t faite avec un zle irrprochable. Non-seulement toute
-dlicatesse tait supprime dans la nourriture, mais des draps
-d'curie en toile jaune taient substitus aux draps blancs, la
-faence la porcelaine, l'tain l'argenterie, la chandelle la
-bougie. Madame lisabeth supportait les privations aussi bien que les
-outrages avec un calme impassible et religieux qui tonnait ses
-gardiens. Elle ne redoutait la perscution que pour sa nice, objet de
+<p class="authorsc">Viallard, Robin, Tonnelier, Véron.</p>
+
+<p class="p2">Une perquisition plus rigoureuse que les précédentes était faite, le
+24 septembre, chez Madame Élisabeth<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77" title="Go to footnote 77"><span class="smaller">[77]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> L'inauguration du
+nouveau régime prescrit par les arrêtés que nous venons de transcrire
+avait été faite avec un zèle irréprochable. Non-seulement toute
+délicatesse était supprimée dans la nourriture, mais des draps
+d'écurie en toile jaune étaient substitués aux draps blancs, la
+faïence à la porcelaine, l'étain à l'argenterie, la chandelle à la
+bougie. Madame Élisabeth supportait les privations aussi bien que les
+outrages avec un calme impassible et religieux qui étonnait ses
+gardiens. Elle ne redoutait la persécution que pour sa nièce, objet de
ses soins et de sa tendresse. Elle acceptait avec une sorte de joie le
-changement apport ses aliments. Les jours d'abstinence, elle
+changement apporté à ses aliments. Les jours d'abstinence, elle
conserva tant qu'elle le put l'habitude du maigre, ne mangeant que du
-pain lorsque la nourriture qu'on lui prsentait n'tait pas conforme
-aux prescriptions de l'glise. On cessa de lui fournir de l'eau de
-Ville-d'Avray, laquelle elle tait accoutume depuis son jeune ge.
-Ce fut pour elle une privation relle; mais sa pit reut comme une
+pain lorsque la nourriture qu'on lui présentait n'était pas conforme
+aux prescriptions de l'Église. On cessa de lui fournir de l'eau de
+Ville-d'Avray, à laquelle elle était accoutumée depuis son jeune âge.
+Ce fut pour elle une privation réelle; mais sa piété reçut comme une
mortification le refus qu'on lui en fit.</p>
-<p>Au premier repas qui suivit l'arrt dont nous avons le texte plus
-haut, Madame lisabeth dit sa jeune compagne: C'est le pain du
-pauvre: nous sommes pauvres aussi. Combien d'infortuns en ont moins
-encore!</p>
+<p>Au premier repas qui suivit l'arrêté dont nous avons le texte plus
+haut, Madame Élisabeth dit à sa jeune compagne: «C'est le pain du
+pauvre: nous sommes pauvres aussi. Combien d'infortunés en ont moins
+encore!»</p>
-<p>Madame lisabeth ignorait que cette recrudescence de colre ne
-s'arrtait pas aux vivants: elle s'attaquait celui qui n'tait plus.
-La Commune faisait brler sur un bcher, en place de Grve, la
-garde-robe de Louis XVI, place jusque-l sous les scells<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78" title="Go to footnote 78"><span class="smaller">[78]</span></a>.</p>
+<p>Madame Élisabeth ignorait que cette recrudescence de colère ne
+s'arrêtait pas aux vivants: elle s'attaquait à celui qui n'était plus.
+La Commune faisait brûler sur un bûcher, en place de Grève, la
+garde-robe de Louis XVI, placée jusque-là sous les scellés<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78" title="Go to footnote 78"><span class="smaller">[78]</span></a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> Madame lisabeth avait eu, ds ses premiers ans, de petites
-incommodits qui n'affectaient point le fond de son temprament. Les
+<p><span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> Madame Élisabeth avait eu, dès ses premiers ans, de petites
+incommodités qui n'affectaient point le fond de son tempérament. Les
chagrins les ayant rendues moins supportables, elle se fit mettre un
-cautre au bras. Longtemps on lui refusa de l'onguent pour le panser.
+cautère au bras. Longtemps on lui refusa de l'onguent pour le panser.
Moins inhumain que les autres, un municipal lui en fit donner un jour;
-mais elle ne put jamais obtenir pour sa nice le jus d'herbes dont
+mais elle ne put jamais obtenir pour sa nièce le jus d'herbes dont
cette Princesse faisait usage<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79" title="Go to footnote 79"><span class="smaller">[79]</span></a>.</p>
-<p>La Convention tait presse de voir s'instruire le procs de
-Marie-Antoinette; elle sentait derrire elle les impatiences de la
+<p>La Convention était pressée de voir s'instruire le procès de
+Marie-Antoinette; elle sentait derrière elle les impatiences de la
Commune, bien autrement implacables que les siennes. Le 3 octobre, sur
-la proposition d'un de ses membres, elle dcrta que le tribunal
-rvolutionnaire s'occuperoit sans dlai et sans interruption du
-jugement de la veuve Capet. Fouquier, dont la conscience n'tait
-cependant pas, comme on sait, trs-scrupuleuse, rpondit au prsident
-de la Convention qu'il lui tait impossible de s'occuper de ce
-procs, n'en ayant point les pices lmentaires<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80" title="Go to footnote 80"><span class="smaller">[80]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> Hbert,
+la proposition d'un de ses membres, «elle décréta que le tribunal
+révolutionnaire s'occuperoit sans délai et sans interruption du
+jugement de la veuve Capet.» Fouquier, dont la conscience n'était
+cependant pas, comme on sait, très-scrupuleuse, répondit au président
+de la Convention qu'il lui était impossible de s'occuper de ce
+procès, n'en ayant point les pièces élémentaires<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80" title="Go to footnote 80"><span class="smaller">[80]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> Hébert,
de concert avec Simon et le citoyen Daujon, officier municipal, avait
-conu le projet de fournir ce procs une pice devant laquelle
-devaient plir toutes celles du dossier accusateur. Dans la matine du
-13 vendmiaire an II (4 octobre 1793), Chaumette est prvenu par Simon
-que le petit Capet se trouve dispos rpondre toutes les questions
-qu'on aurait lui faire dans l'intrt de la justice. Le maire et le
+conçu le projet de fournir à ce procès une pièce devant laquelle
+devaient pâlir toutes celles du dossier accusateur. Dans la matinée du
+13 vendémiaire an II (4 octobre 1793), Chaumette est prévenu par Simon
+que le petit Capet se trouve disposé à répondre à toutes les questions
+qu'on aurait à lui faire dans l'intérêt de la justice. Le maire et le
procureur de la Commune annoncent qu'ils se rendront au Temple le
-surlendemain, et le conseil gnral dsigne deux de ses membres pour
+surlendemain, et le conseil général désigne deux de ses membres pour
les accompagner<a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81" title="Go to footnote 81"><span class="smaller">[81]</span></a>.</p>
-<p>En effet, le 15 vendmiaire (6 octobre), Pache et Chaumette et les
-deux municipaux arrivent la tour. Leur entre dans la chambre de
-Simon impose l'enfant, dont l'ivresse, prpare avant l'heure,
-commenait se dissiper. Heusse, administrateur de police, donne
-lecture d'un interrogatoire crit d'avance, et, si l'on en croit une
-tradition contemporaine, rdig par Daujon. Dans ce <em>factum</em>, produit
-d'une imagination perverse, le petit Prince rpond comme on voulait
-qu'il rpondt, et cette heure on vient lui demander de signer comme
-on voulait qu'il signt. Encourag, poursuivi, harcel, fatigu par
-ses visiteurs, il signe. Cette signature toute tremble avec laquelle
-on esprait accuser la Reine n'accuse que ceux qui ont conduit,
-<span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> nous voulons dire qui ont gar la main de l'enfant. L'acte,
-sign aussi de Pache, Chaumette et Hbert; de Friry et Laurent,
-commissaires du conseil gnral; de Sguy, commissaire de service au
-Temple; de Heusse, administrateur de police, et de Simon, est emport
-comme un trsor au comit de sret gnrale.</p>
+<p>En effet, le 15 vendémiaire (6 octobre), Pache et Chaumette et les
+deux municipaux arrivent à la tour. Leur entrée dans la chambre de
+Simon impose à l'enfant, dont l'ivresse, préparée avant l'heure,
+commençait à se dissiper. Heussée, administrateur de police, donne
+lecture d'un interrogatoire écrit d'avance, et, si l'on en croit une
+tradition contemporaine, rédigé par Daujon. Dans ce <em>factum</em>, produit
+d'une imagination perverse, le petit Prince répond comme on voulait
+qu'il répondît, et à cette heure on vient lui demander de signer comme
+on voulait qu'il signât. Encouragé, poursuivi, harcelé, fatigué par
+ses visiteurs, il signe. Cette signature toute tremblée avec laquelle
+on espérait accuser la Reine n'accuse que ceux qui ont conduit,
+<span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> nous voulons dire qui ont égaré la main de l'enfant. L'acte,
+signé aussi de Pache, Chaumette et Hébert; de Friry et Laurent,
+commissaires du conseil général; de Séguy, commissaire de service au
+Temple; de Heussée, administrateur de police, et de Simon, est emporté
+comme un trésor au comité de sûreté générale.</p>
<p>Cependant les ennemis de la Reine se demandent si le poison de la
-calomnie plac sur les lvres du fils suffit pour tuer l'honneur de la
-mre, et s'il ne convient pas d'appuyer de tmoignages srieux la
-dposition d'un enfant auquel il est facile de faire dire ce qu'on
-veut. Ds le lendemain 16 vendmiaire (7 octobre), Pache et Chaumette
-retournent au Temple; David, ami de Chaumette et membre du comit de
-sret gnrale, demande les accompagner; il en est de mme de
-Daujon, qui, selon la tradition dont j'ai parl, venait de recevoir au
-sein du comit quelques flicitations au sujet de la pice dont il
-tait le rdacteur. Peut-tre esprent-ils, l'aide de leurs
-questions captieuses, surprendre la fille et la s&oelig;ur de Louis
-XVI quelques mots qui, interprts avec adresse, pourront appuyer
-l'chafaudage des calomnies entasses contre la Reine. Pache,
+calomnie placé sur les lèvres du fils suffit pour tuer l'honneur de la
+mère, et s'il ne convient pas d'appuyer de témoignages sérieux la
+déposition d'un enfant auquel il est facile de faire dire ce qu'on
+veut. Dès le lendemain 16 vendémiaire (7 octobre), Pache et Chaumette
+retournent au Temple; David, ami de Chaumette et membre du comité de
+sûreté générale, demande à les accompagner; il en est de même de
+Daujon, qui, selon la tradition dont j'ai parlé, venait de recevoir au
+sein du comité quelques félicitations au sujet de la pièce dont il
+était le rédacteur. Peut-être espèrent-ils, à l'aide de leurs
+questions captieuses, surprendre à la fille et à la s&oelig;ur de Louis
+XVI quelques mots qui, interprétés avec adresse, pourront appuyer
+l'échafaudage des calomnies entassées contre la Reine. Pache,
Chaumette et David, introduits dans la tour, s'installent dans la
salle du conseil et donnent l'ordre d'y faire descendre la fille de
-Capet. Frappes de stupeur et d'effroi, les deux prisonnires
-demandent instamment qu'on ne les spare point. La jeune orpheline,
-force d'obir, descend. Pour la premire fois depuis qu'elle est
-enferme dans le Temple, Madame lisabeth se trouve seule. Le tendre
-et dernier objet de ses affections lui est-il enlev sans retour?
-Jusqu' prsent ceux qui sont descendus ne sont pas remonts. Le pre
-a rencontr en bas le bourreau, et, ce qui est plus effrayant encore,
-le fils y a trouv Simon. L'esprit de Madame lisabeth est livr aux
+Capet. Frappées de stupeur et d'effroi, les deux prisonnières
+demandent instamment qu'on ne les sépare point. La jeune orpheline,
+forcée d'obéir, descend. Pour la première fois depuis qu'elle est
+enfermée dans le Temple, Madame Élisabeth se trouve seule. Le tendre
+et dernier objet de ses affections lui est-il enlevé sans retour?
+Jusqu'à présent ceux qui sont descendus ne sont pas remontés. Le père
+a rencontré en bas le bourreau, et, ce qui est plus effrayant encore,
+le fils y a trouvé Simon. L'esprit de Madame Élisabeth est livré aux
conjectures les plus cruelles; mais elle est loin de deviner ce qui
<span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> ne s'est vu dans les annales d'aucune nation; et, certes,
-elle taxerait de mensonge l'cho de la tour, s'il lui apportait en ce
-moment ce qui se dit dans la salle du Conseil. Elle-mme pourra-t-elle
-le croire quand elle sera condamne l'entendre?</p>
-
-<p>Marie-Thrse, arrive au bas de l'escalier, avait rencontr son
-frre, et elle le pressait dans ses bras. Simon le lui arracha.
-L'enfant sortait de la salle o David avait demand revoir le fils
-du tyran et l'entendre dclarer qu'il reconnaissait comme exact et
-vrai ce qu'il avait dit et sign la veille. L'enfant dconcert avait
-fait un signe affirmatif, et, sur l'injonction de son matre, avait
-rpondu: Oui.</p>
+elle taxerait de mensonge l'écho de la tour, s'il lui apportait en ce
+moment ce qui se dit dans la salle du Conseil. Elle-même pourra-t-elle
+le croire quand elle sera condamnée à l'entendre?</p>
+
+<p>Marie-Thérèse, arrivée au bas de l'escalier, avait rencontré son
+frère, et elle le pressait dans ses bras. Simon le lui arracha.
+L'enfant sortait de la salle où David avait demandé à revoir le fils
+du tyran et à l'entendre déclarer qu'il reconnaissait comme exact et
+vrai ce qu'il avait dit et signé la veille. L'enfant déconcerté avait
+fait un signe affirmatif, et, sur l'injonction de son maître, avait
+répondu: «Oui.»</p>
<p>Sa s&oelig;ur est introduite. Le maire de Paris, le premier, l'interroge
-sur les intelligences de ses parents avec les princes trangers,
-intelligences qu'elle doit avoir connues. Les rponses de
-Marie-Thrse sont si nettes et si fermes que les commissaires ne
-jugent pas propos de pousser plus loin cette banale imputation.
-Chaumette aborde alors les questions qui taient l'objet srieux de
-l'interrogatoire. La jeune fille coute d'abord sans rien comprendre,
-puis tout coup la rougeur lui monte au visage, et les paroles de
-Chaumette, devenues plus explicites et plus claires, soulvent de
-mpris et d'horreur tout ce qu'il y avait de sang chrtien et de sang
-filial dans cette anglique enfant. Chaumette, dit-elle dans sa
+sur les intelligences de ses parents avec les princes étrangers,
+intelligences qu'elle doit avoir connues. Les réponses de
+Marie-Thérèse sont si nettes et si fermes que les commissaires ne
+jugent pas à propos de pousser plus loin cette banale imputation.
+Chaumette aborde alors les questions qui étaient l'objet sérieux de
+l'interrogatoire. La jeune fille écoute d'abord sans rien comprendre,
+puis tout à coup la rougeur lui monte au visage, et les paroles de
+Chaumette, devenues plus explicites et plus claires, soulèvent de
+mépris et d'horreur tout ce qu'il y avait de sang chrétien et de sang
+filial dans cette angélique enfant. «Chaumette, dit-elle dans sa
relation, m'interrogea sur mille vilaines choses dont on accusoit ma
-mre et ma tante. Je fus atterre par une telle horreur, et si
-indigne que, malgr toute la peur que j'prouvois, je ne pus
-m'empcher de dire que c'toit une infamie; malgr mes larmes, ils
-insistrent beaucoup. Il y a des choses que je n'ai pas comprises,
-mais ce que je comprenois toit si horrible que je pleurois
-d'indignation.</p>
-
-<p>Les cyniques accusateurs ne s'arrtrent pas devant le <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> cri
-de la nature insulte. Ils rappelrent le jeune Louis rampant sous la
-domination de son matre; ils tablirent entre ces deux tmoins la
-confrontation la plus pnible, la contradiction la plus cruelle, et
-firent ainsi, pendant trois heures, en prsence d'un frre de huit
-ans, subir l'innocence d'une jeune fille aussi pure que le lis qui
-sert d'emblme sa royale maison, l'ignominieux supplice d'un
+mère et ma tante. Je fus atterrée par une telle horreur, et si
+indignée que, malgré toute la peur que j'éprouvois, je ne pus
+m'empêcher de dire que c'étoit une infamie; malgré mes larmes, ils
+insistèrent beaucoup. Il y a des choses que je n'ai pas comprises,
+mais ce que je comprenois étoit si horrible que je pleurois
+d'indignation.»</p>
+
+<p>Les cyniques accusateurs ne s'arrêtèrent pas devant le <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> cri
+de la nature insultée. Ils rappelèrent le jeune Louis rampant sous la
+domination de son maître; ils établirent entre ces deux témoins la
+confrontation la plus pénible, la contradiction la plus cruelle, et
+firent ainsi, pendant trois heures, en présence d'un frère de huit
+ans, subir à l'innocence d'une jeune fille aussi pure que le lis qui
+sert d'emblème à sa royale maison, l'ignominieux supplice d'un
interrogatoire que la vertu ne saurait comprendre, et dont
-l'indignation ne suffit pas pour faire justice. Le procs-verbal de
+l'indignation ne suffit pas pour faire justice. Le procès-verbal de
cet interrogatoire porte encore la signature de Louis-Charles Capet,
-trace d'une main vacillante; elle est prcde de celle de
-Marie-Thrse et suivie de celle de leurs interrogateurs.</p>
-
-<p>Madame Royale demanda alors tre runie sa mre. Cela est
-impossible, lui rpondit Chaumette; retirez-vous, et ne dites rien
-votre tante, que nous allons faire descendre.</p>
-
-<p>Marie-Thrse se jetait peine dans les bras de Madame lisabeth que
-celle-ci lui est enleve, sans savoir ce qui s'est pass, sans savoir
-ce qu'elle doit esprer ou craindre. Descendue la salle du Conseil,
-Pache et Chaumette l'interrogent. Comme elle rpondait leurs
-questions avec une sorte de dignit fire, Chaumette s'en offensa au
-point de lui dire: Baissez un peu le ton; vous tes devant vos
-magistrats: laissez l vos arrogances de cour. Madame lisabeth ne
-rpond rien; mais connaissant quelque peu David pour l'avoir vu dans
-plus d'une occasion Versailles, o son titre de premier peintre du
-Roi lui donnait ses entres, et lui voyant sa tabatire la main:
-Monsieur David, lui dit-elle de ce ton de douceur et de bont qui lui
-tait familier, voudriez-vous me donner une prise de tabac? Je suis
-bien enrhume du cerveau. Et en mme temps elle faisait un geste
-comme pour la prendre. Apprenez, lui rpond David, que vous n'tes
-pas faite pour <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> mettre vos doigts dans ma tabatire. Puis il
-versa un peu de tabac dans le creux que forme le pouce, et l'offrit
-Madame lisabeth, qui lui tourna le dos. Aprs ce lche outrage fait,
-je ne dirai pas une princesse, mais une femme, une femme
-prisonnire et malheureuse, l'interrogatoire reprit son cours. Il
-n'avait d'abord touch qu'aux choses de la politique, et maintenant il
-droule sous les yeux de Madame lisabeth ce long tissu d'infamies
-dont on a charg la Reine et elle-mme. Ses perfides questionneurs
-voient bientt qu'ils attendraient en vain de ce ferme esprit une
-phrase ambigu dont il leur deviendrait possible d'abuser. Toutefois,
-avant de mettre fin leur poursuite, ils confrontent l'enfant avec
-Madame lisabeth, afin de faire rougir devant lui la vertu de sa
+tracée d'une main vacillante; elle est précédée de celle de
+Marie-Thérèse et suivie de celle de leurs interrogateurs.</p>
+
+<p>Madame Royale demanda alors à être réunie à sa mère. «Cela est
+impossible, lui répondit Chaumette; retirez-vous, et ne dites rien à
+votre tante, que nous allons faire descendre.»</p>
+
+<p>Marie-Thérèse se jetait à peine dans les bras de Madame Élisabeth que
+celle-ci lui est enlevée, sans savoir ce qui s'est passé, sans savoir
+ce qu'elle doit espérer ou craindre. Descendue à la salle du Conseil,
+Pache et Chaumette l'interrogent. Comme elle répondait à leurs
+questions avec une sorte de dignité fière, Chaumette s'en offensa au
+point de lui dire: «Baissez un peu le ton; vous êtes devant vos
+magistrats: laissez là vos arrogances de cour.» Madame Élisabeth ne
+répond rien; mais connaissant quelque peu David pour l'avoir vu dans
+plus d'une occasion à Versailles, où son titre de premier peintre du
+Roi lui donnait ses entrées, et lui voyant sa tabatière à la main:
+«Monsieur David, lui dit-elle de ce ton de douceur et de bonté qui lui
+était familier, voudriez-vous me donner une prise de tabac? Je suis
+bien enrhumée du cerveau.» Et en même temps elle faisait un geste
+comme pour la prendre. «Apprenez, lui répond David, que vous n'êtes
+pas faite pour <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> mettre vos doigts dans ma tabatière.» Puis il
+versa un peu de tabac dans le creux que forme le pouce, et l'offrit à
+Madame Élisabeth, qui lui tourna le dos. Après ce lâche outrage fait,
+je ne dirai pas à une princesse, mais à une femme, à une femme
+prisonnière et malheureuse, l'interrogatoire reprit son cours. Il
+n'avait d'abord touché qu'aux choses de la politique, et maintenant il
+déroule sous les yeux de Madame Élisabeth ce long tissu d'infamies
+dont on a chargé la Reine et elle-même. Ses perfides questionneurs
+voient bientôt qu'ils attendraient en vain de ce ferme esprit une
+phrase ambiguë dont il leur deviendrait possible d'abuser. Toutefois,
+avant de mettre fin à leur poursuite, ils confrontent l'enfant avec
+Madame Élisabeth, afin de faire rougir devant lui la vertu de sa
tante, comme ils avaient fait rougir l'innocence de sa s&oelig;ur. Cet
-interrogatoire est sign de Madame lisabeth, de Louis-Charles, de
-David, de Pache, de Chaumette, de Daujon, de Sguy, de Laurent et de
-Heusse, administrateur de police. Nous donnons ici le <em>fac-simile</em> de
+interrogatoire est signé de Madame Élisabeth, de Louis-Charles, de
+David, de Pache, de Chaumette, de Daujon, de Séguy, de Laurent et de
+Heussée, administrateur de police. Nous donnons ici le <em>fac-simile</em> de
ces signatures.</p>
-<p>L'odieuse preuve est termine. Remonte dans sa chambre: Oh! mon
-enfant! s'crie Madame lisabeth en tendant les bras sa nice. Le
+<p>L'odieuse épreuve est terminée. Remontée dans sa chambre: «Oh! mon
+enfant!» s'écrie Madame Élisabeth en tendant les bras à sa nièce. Le
silence seul peut exprimer le bouleversement et la confusion qu'elles
-prouvent galement. Leurs larmes coulent; pour la premire fois leurs
-regards s'vitent. Un instant elles demeurent troitement embrasses,
-puis elles se mettent genoux, offrant leur humiliation et leur
-douleur au Dieu des humbles et des affligs.</p>
-
-<p>Leurs rponses nettes et exemptes de toute quivoque avaient
-dconcert les combinaisons des pervers, rduits s'en tenir au
-procs-verbal attribu Daujon et adopt par Hbert. La visite des
-commissaires au Temple ne fut pas toutefois sans rsultat: les images
-dont on avait souill l'imagination des pauvres prisonnires
-laissaient un grand <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> trouble dans leur me; puis la captivit
-devint plus morne et plus dure. Turgy, qui, employ au service
-intrieur de la tour, tait le seul qui ne leur ft pas indiffrent ou
-hostile, fut expuls avec un certain nombre de personnes juges
+éprouvent également. Leurs larmes coulent; pour la première fois leurs
+regards s'évitent. Un instant elles demeurent étroitement embrassées,
+puis elles se mettent à genoux, offrant leur humiliation et leur
+douleur au Dieu des humbles et des affligés.</p>
+
+<p>Leurs réponses nettes et exemptes de toute équivoque avaient
+déconcerté les combinaisons des pervers, réduits à s'en tenir au
+procès-verbal attribué à Daujon et adopté par Hébert. La visite des
+commissaires au Temple ne fut pas toutefois sans résultat: les images
+dont on avait souillé l'imagination des pauvres prisonnières
+laissaient un grand <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> trouble dans leur âme; puis la captivité
+devint plus morne et plus dure. Turgy, qui, employé au service
+intérieur de la tour, était le seul qui ne leur fût pas indifférent ou
+hostile, fut expulsé avec un certain nombre de personnes jugées
inutiles ou devenues suspectes<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82" title="Go to footnote 82"><span class="smaller">[82]</span></a>. Voici le dernier billet que Madame
-lisabeth lui crivit:</p>
+Élisabeth lui écrivit:</p>
-<p class="date">Le 11 octobre 1793, deux heures un quart.</p>
+<p class="date">«Le 11 octobre 1793, à deux heures un quart.</p>
-<p>Je suis bien afflige. Mnagez-vous pour le temps o nous serons plus
-heureux et o nous pourrons vous rcompenser. Emportez la consolation
-d'avoir servi de bons et malheureux matres.</p>
+<p>»Je suis bien affligée. Ménagez-vous pour le temps où nous serons plus
+heureux et où nous pourrons vous récompenser. Emportez la consolation
+d'avoir servi de bons et malheureux maîtres.</p>
-<p>Recommandez Fidle (Toulan) de ne pas trop se hasarder pour nos
+<p>»Recommandez à Fidèle (Toulan) de ne pas trop se hasarder pour nos
signaux (par le cor). Si le hasard vous fait voir madame Mallemain,
-dites-lui de nos nouvelles, et que je pense elle.</p>
+dites-lui de nos nouvelles, et que je pense à elle.</p>
-<p>Adieu, honnte homme et fidle sujet: que le Dieu auquel vous tes
-fidle vous soutienne et vous console dans ce que vous avez
-souffrir!</p>
+<p>»Adieu, honnête homme et fidèle sujet: que le Dieu auquel vous êtes
+fidèle vous soutienne et vous console dans ce que vous avez à
+souffrir!»</p>
-<p>Le 13 octobre, M. Hue fut arrt. De ce moment, Madame lisabeth ne
+<p>Le 13 octobre, M. Hue fut arrêté. De ce moment, Madame Élisabeth ne
put rien apprendre de ce qui se passait. Toute intelligence cessa pour
elle au dehors comme au dedans. Elle n'eut plus de nouvelles de la
-Reine. Nous n'avons point regretter pour elle cette privation.
-Marie-Antoinette, <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span> dont le procs commenait le 14, montait le
-16 sur l'chafaud. L'ignorance de toute chose o vit Madame lisabeth
-peut accrotre ses inquitudes, mais elle lui pargne une plus grande
-douleur. Il est remarquer que les municipaux de service, les
-gardiens, tous les employs, et Simon lui-mme, gardrent en cette
-circonstance une charitable discrtion.</p>
-
-<p>Quelques jours aprs, vers le soir, Madame lisabeth entendit un bruit
+Reine. Nous n'avons point à regretter pour elle cette privation.
+Marie-Antoinette, <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span> dont le procès commençait le 14, montait le
+16 sur l'échafaud. L'ignorance de toute chose où vit Madame Élisabeth
+peut accroître ses inquiétudes, mais elle lui épargne une plus grande
+douleur. Il est à remarquer que les municipaux de service, les
+gardiens, tous les employés, et Simon lui-même, gardèrent en cette
+circonstance une charitable discrétion.</p>
+
+<p>Quelques jours après, vers le soir, Madame Élisabeth entendit un bruit
de querelle dans l'appartement de Simon. Elle craignit naturellement
-que cette rude voix, qui lui tait bien connue, ne s'adresst la
-victime accoutume. Cette pense l'occupa la nuit et le lendemain et
-le surlendemain; n'entendant plus rien et prive de toute nouvelle,
+que cette rude voix, qui lui était bien connue, ne s'adressât à la
+victime accoutumée. Cette pensée l'occupa la nuit et le lendemain et
+le surlendemain; n'entendant plus rien et privée de toute nouvelle,
elle monta au comble de la tourelle par l'escalier de la garde-robe,
-et s'tablit en observation la petite fentre que nous avons
-indique. Le second jour, elle fut paye de ses peines: le matre et
-l'lve se montrrent sur la plate-forme; ils s'arrtrent mme un
-instant, de manire tre vus de la patiente spectatrice, si bien
-qu'elle ne put savoir si elle n'avait point t aperue elle-mme ou
-si elle devait n'attribuer qu'au hasard le regard qu' leur passage
-l'un et l'autre avaient dirig de son ct.</p>
-
-<p>Madame lisabeth et Marie-Thrse, qui avaient t confrontes avec
-l'enfant dans la scne du 7 octobre, avaient pu se convaincre par
-leurs yeux qu'il tait extrmement chang; mais l'altration de ses
-traits n'tait rien auprs de la rvolution qui s'tait opre dans
-ses ides et son langage, et c'tait ce changement moral qui sans
-doute avait le plus pniblement affect sa tante. Jamais, on doit le
+et s'établit en observation à la petite fenêtre que nous avons
+indiquée. Le second jour, elle fut payée de ses peines: le maître et
+l'élève se montrèrent sur la plate-forme; ils s'arrêtèrent même un
+instant, de manière à être vus de la patiente spectatrice, si bien
+qu'elle ne put savoir si elle n'avait point été aperçue elle-même ou
+si elle devait n'attribuer qu'au hasard le regard qu'à leur passage
+l'un et l'autre avaient dirigé de son côté.</p>
+
+<p>Madame Élisabeth et Marie-Thérèse, qui avaient été confrontées avec
+l'enfant dans la scène du 7 octobre, avaient pu se convaincre par
+leurs yeux qu'il était extrêmement changé; mais l'altération de ses
+traits n'était rien auprès de la révolution qui s'était opérée dans
+ses idées et son langage, et c'était ce changement moral qui sans
+doute avait le plus péniblement affecté sa tante. Jamais, on doit le
croire, elle ne sentit plus vivement la profonde infortune de sa
-famille. Cependant, courbe sous la main de Dieu, qui semblait chaque
-jour s'appesantir davantage, elle s'abandonnait avec rsignation sa
-volont, et le remerciait des consolations qu'il daignait encore lui
-permettre; car cette prison du <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> Temple, o elle pouvait
-pleurer tranquillement avec sa nice, pouvait d'un jour l'autre lui
-tre enleve!&mdash;Chaumette, en effet, avait plus d'une fois reprsent
-cette maison d'arrt comme un asile spcial, exceptionnel,
-aristocratique, contraire au principe d'galit proclam par la
-Rpublique. Dans le courant du mois de novembre, il reprit cette
-question au point de vue de l'conomie, et fit sentir au conseil
-gnral de la Commune le ridicule de conserver dans la tour du Temple
-trois individus qui ncessitaient une surcharge de service et des
-dpenses excessives<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83" title="Go to footnote 83"><span class="smaller">[83]</span></a>. Faisant droit au rquisitoire de son
-procureur, la Commune arrta qu'elle se porterait en masse la
+famille. Cependant, courbée sous la main de Dieu, qui semblait chaque
+jour s'appesantir davantage, elle s'abandonnait avec résignation à sa
+volonté, et le remerciait des consolations qu'il daignait encore lui
+permettre; car cette prison du <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> Temple, où elle pouvait
+pleurer tranquillement avec sa nièce, pouvait d'un jour à l'autre lui
+être enlevée!&mdash;Chaumette, en effet, avait plus d'une fois représenté
+cette maison d'arrêt comme un asile spécial, exceptionnel,
+aristocratique, contraire au principe d'égalité proclamé par la
+République. Dans le courant du mois de novembre, il reprit cette
+question au point de vue de l'économie, et «fit sentir au conseil
+général de la Commune le ridicule de conserver dans la tour du Temple
+trois individus qui nécessitaient une surcharge de service et des
+dépenses excessives<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83" title="Go to footnote 83"><span class="smaller">[83]</span></a>.» Faisant droit au réquisitoire de son
+procureur, la Commune arrêta qu'elle se porterait en masse à la
Convention pour demander la translation des prisonniers du Temple dans
les prisons ordinaires, et leur assujettissement au traitement
-uniforme de tous les dtenus. Plus circonspect que le conseil gnral,
-le Comit de salut public reut avec rserve la proposition de cette
-mesure: il manda Chaumette, couta ses raisons, les discuta, et finit
-par maintenir dans ses privilges cette dure prison que la Commune
-rvolutionnaire chicanait aux enfants des rois mancipateurs des
+uniforme de tous les détenus. Plus circonspect que le conseil général,
+le Comité de salut public reçut avec réserve la proposition de cette
+mesure: il manda Chaumette, écouta ses raisons, les discuta, et finit
+par maintenir dans ses priviléges cette dure prison que la Commune
+révolutionnaire chicanait aux enfants des rois émancipateurs des
communes.</p>
<p>Ces enfants des rois, dans l'abjection, conservaient toute leur
-dignit. Rocher, un des gardiens du Temple, disait le 12 novembre
-1793: Madame lisabeth ne voulait pas me saluer; elle y est
-maintenant force, parce qu'il faut <span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> qu'elle se baisse pour
-passer sous le guichet. Je fume ma pipe, et je lui lche une bouffe
-son passage. La municipalit de Paris ne se tint pas pour battue:
-elle essaya de se venger de l'chec qu'elle venait d'prouver, et
+dignité. Rocher, un des gardiens du Temple, disait le 12 novembre
+1793: «Madame Élisabeth ne voulait pas me saluer; elle y est
+maintenant forcée, parce qu'il faut <span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> qu'elle se baisse pour
+passer sous le guichet. Je fume ma pipe, et je lui lâche une bouffée à
+son passage.» La municipalité de Paris ne se tint pas pour battue:
+elle essaya de se venger de l'échec qu'elle venait d'éprouver, et
renouvela dans les appartements du Temple de rigoureuses
-perquisitions, avec l'espoir d'y dcouvrir des papiers ou indices
-quelconques capables de compromettre Madame lisabeth. Elle ne fut pas
+perquisitions, avec l'espoir d'y découvrir des papiers ou indices
+quelconques capables de compromettre Madame Élisabeth. Elle ne fut pas
plus heureuse sur ce terrain. Mais il n'y avait pas d'obstacles qui
-pussent l'empcher d'arriver au but qu'elle voulait atteindre: elle
+pussent l'empêcher d'arriver au but qu'elle voulait atteindre: elle
emprunta de nouveau la main du pauvre petit orphelin du Temple pour
-frapper la seconde mre qu'elle avait rsolu de lui enlever. Simon,
-dans la fabrication de cette nouvelle &oelig;uvre, ne fut second ni par
-les conseils d'Hbert ni par la rdaction de Daujon. Aussi le
-procs-verbal que, seul, il fit dresser aux municipaux, se ressent-il
+frapper la seconde mère qu'elle avait résolu de lui enlever. Simon,
+dans la fabrication de cette nouvelle &oelig;uvre, ne fut secondé ni par
+les conseils d'Hébert ni par la rédaction de Daujon. Aussi le
+procès-verbal que, seul, il fit dresser aux municipaux, se ressent-il
de l'absence de complices aussi habiles. Nos lecteurs en jugeront.</p>
<p class="entete">COMMUNE DE PARIS.</p>
-<p>Le cinquime jour du deuxime mois de l'an second de la Rpublique
-une et indivisible, huit heures du soir;</p>
+<p>«Le cinquième jour du deuxième mois de l'an second de la République
+une et indivisible, à huit heures du soir;</p>
-<p>Le citoyen Simon est venu au conseil du Temple pour lui faire part
+<p>»Le citoyen Simon est venu au conseil du Temple pour lui faire part
d'une conversation qu'il avoit eue avec le petit Capet, par laquelle
un membre de la Commune paroissoit avoir eu des intelligences avec sa
-mre. Simon ne voulant pas nommer le membre sans qu'au pralable le
-conseil et reu lui-mme la dclaration du petit, alors le conseil a
-nomm les citoyens Foloppe et Figuet pour interroger le petit Capet;
-ces deux membres sont de suite monts dans sa chambre, o tant, et en
-prsence de la citoyenne Simon, ils ont fait rouler la conversation
-sur diffrentes choses, et l'amenant insensiblement sur les membres de
+mère. Simon ne voulant pas nommer le membre sans qu'au préalable le
+conseil eût reçu lui-même la déclaration du petit, alors le conseil a
+nommé les citoyens Foloppe et Figuet pour interroger le petit Capet;
+ces deux membres sont de suite montés dans sa chambre, où étant, et en
+présence de la citoyenne Simon, ils ont fait rouler la conversation
+sur différentes choses, et l'amenant insensiblement sur les membres de
la Commune, il a dit:</p>
-<p>Qu'un jour Simon tant de service au Temple auprs <span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> de sa
-mre avec Jobert, ledit Jobert avoit remis ce jour-l deux billets
-sans que Simon fut (<em>sic</em>) aperu; que cette espiglerie avoit fait
-rire beaucoup ces dames, d'autant plus qu'elles avoient tromp la
-vigilance de Simon, mais que lui dclarant n'avoit point vu les
+<p>»Qu'un jour Simon étant de service au Temple auprès <span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> de sa
+mère avec Jobert, ledit Jobert avoit remis ce jour-là deux billets
+sans que Simon fut (<em>sic</em>) aperçu; que cette espièglerie avoit fait
+rire beaucoup ces dames, d'autant plus qu'elles avoient trompé la
+vigilance de Simon, mais que lui déclarant n'avoit point vu les
billets, seulement que ces dames le lui avoient dit.</p>
-<p>Les commissaires dnomms descendus au conseil ont donn lecture de
-la prsente dclaration; alors Simon a dit qu'elle toit conforme
+<p>»Les commissaires dénommés descendus au conseil ont donné lecture de
+la présente déclaration; alors Simon a dit qu'elle étoit conforme à
celle que le petit Capet lui avoit fait (<em>sic</em>) verbalement.</p>
-<p>Lecture faite au petit Capet de la prsente dclaration, a dit
-qu'elle contient vrit, y persiste et a sign.</p>
+<p>»Lecture faite au petit Capet de la présente déclaration, a dit
+qu'elle contient vérité, y persiste et a signé.</p>
-<p>Et avant de signer, le petit Capet a dit que sa mre craignoit sa
-tante, et que sa tante toit celle qui excutoit mieux les complots.</p>
+<p>»Et avant de signer, le petit Capet a dit que sa mère craignoit sa
+tante, et que sa tante étoit celle qui exécutoit mieux les complots.»</p>
<a id="img005" name="img005"></a>
<div class="figcenter">
-<img src="images/img005.jpg" width="300" height="227" alt="Fac-simil d'criture." title="">
+<img src="images/img005.jpg" width="300" height="227" alt="Fac-similé d'écriture." title="">
</div>
-<p>Ce document, qui nous semble plus absurde encore que rvoltant, ne
-satisfit pas la Commune; elle demanda des dclarations de faits plus
-explicites et plus graves. Un nouveau procs-verbal fut fabriqu, mais
-n'offrant gure plus de garanties et de preuves que le prcdent.</p>
+<p>Ce document, qui nous semble plus absurde encore que révoltant, ne
+satisfit pas la Commune; elle demanda des déclarations de faits plus
+explicites et plus graves. Un nouveau procès-verbal fut fabriqué, mais
+n'offrant guère plus de garanties et de preuves que le précédent.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> Voici ce procs-verbal:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> Voici ce procès-verbal:</p>
-<p>Cejourd'hui 13 frimaire, l'an II de la Rpublique une et indivisible,
+<p>«Cejourd'hui 13 frimaire, l'an II de la République une et indivisible,
nous, commissaires de la Commune, de service au Temple, sur
-l'avertissement nous donn par le citoyen Simon, que Charles Capet
-avoit dnoncer des faits qu'il nous importoit de connotre pour le
-salut de la Rpublique, nous nous sommes transports, quatre heures de
-releve, dans l'appartement dudit Charles Capet, qui nous a dclar ce
+l'avertissement à nous donné par le citoyen Simon, que Charles Capet
+avoit à dénoncer des faits qu'il nous importoit de connoître pour le
+salut de la République, nous nous sommes transportés, quatre heures de
+relevée, dans l'appartement dudit Charles Capet, qui nous a déclaré ce
qui suit:</p>
-<p>Que, depuis environ quinze jours ou trois semaines, il entend les
-dtenues frapper tous les jours conscutifs, entre six heures et neuf
+<p>»Que, depuis environ quinze jours ou trois semaines, il entend les
+détenues frapper tous les jours consécutifs, entre six heures et neuf
heures; que, depuis avant-hier, ce bruit s'est fait un peu plus tard
-et a dur plus longtemps que tous les jours prcdents; que ce bruit
-parot partir de l'endroit correspondant au bcher; que, de plus, il
-connot, la marche qu'il distingue de ce bruit, que, pendant ce
-temps, les dtenues quittent la place du bcher par lui indique pour
-se transporter dans l'embrasure de la fentre de leur chambre
-coucher, ce qui fait prsumer qu'elles cachent quelques objets dans
-ces embrasures; il pense que ce pourroit tre de faux assignats, mais
-qu'il n'en est pas sr, et qu'elles pourroient les passer par la
-fentre pour les communiquer quelqu'un.</p>
-
-<p>Ledit Charles nous a galement dclar que, dans le temps qu'il toit
-avec les dtenues, il a vu un morceau de bois garni d'une pingle
-crochue et d'un long ruban, avec lequel il suppose que les dtenues
+et a duré plus longtemps que tous les jours précédents; que ce bruit
+paroît partir de l'endroit correspondant au bûcher; que, de plus, il
+connoît, à la marche qu'il distingue de ce bruit, que, pendant ce
+temps, les détenues quittent la place du bûcher par lui indiquée pour
+se transporter dans l'embrasure de la fenêtre de leur chambre à
+coucher, ce qui fait présumer qu'elles cachent quelques objets dans
+ces embrasures; il pense que ce pourroit être de faux assignats, mais
+qu'il n'en est pas sûr, et qu'elles pourroient les passer par la
+fenêtre pour les communiquer à quelqu'un.</p>
+
+<p>»Ledit Charles nous a également déclaré que, dans le temps qu'il étoit
+avec les détenues, il a vu un morceau de bois garni d'une épingle
+crochue et d'un long ruban, avec lequel il suppose que les détenues
ont pu communiquer par lettres avec feu Capet.</p>
-<p>Et de plus, que ledit Charles se rappelle qu'il lui a t dit que,
-s'il descendoit avec son pre, il lui fit ressouvenir de passer tous
-les jours, huit heures et demie du soir, dans le passage qui conduit
- la tourelle, o se trouve une fentre de l'appartement des dtenues.</p>
+<p>»Et de plus, que ledit Charles se rappelle qu'il lui a été dit que,
+s'il descendoit avec son père, il lui fit ressouvenir de passer tous
+les jours, à huit heures et demie du soir, dans le passage qui conduit
+à la tourelle, où se trouve une fenêtre de l'appartement des détenues.</p>
-<p>Charles Capet nous a dclar de plus qu'il toit fortement <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span>
-persuad que les dtenues avoient quelques intelligences ou
+<p>»Charles Capet nous a déclaré de plus qu'il étoit fortement <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span>
+persuadé que les détenues avoient quelques intelligences ou
correspondances avec quelqu'un.</p>
-<p>De plus, nous a dclar qu'il avoit entendu lire dans une lettre que
-Clry avoit propos feu Capet le moyen de correspondance prsum par
-lui dclarant; que Capet avoit rpondu Clry que cela ne pouvoit se
-pratiquer, et que cette rponse n'avoit t faite Clry qu' la fin
-qu'il ne se doutt pas de ladite correspondance.</p>
+<p>»De plus, nous a déclaré qu'il avoit entendu lire dans une lettre que
+Cléry avoit proposé à feu Capet le moyen de correspondance présumé par
+lui déclarant; que Capet avoit répondu à Cléry que cela ne pouvoit se
+pratiquer, et que cette réponse n'avoit été faite à Cléry qu'à la fin
+qu'il ne se doutât pas de ladite correspondance.</p>
-<p>Dclare qu'il a vu les dtenues fort inquites, parce qu'une de leurs
-lettres toit tombe dans la cour.</p>
+<p>»Déclare qu'il a vu les détenues fort inquiètes, parce qu'une de leurs
+lettres étoit tombée dans la cour.</p>
-<p>Ayant demand au citoyen Simon s'il avoit connoissance du bruit
-ci-dessus nonc, il a rpondu qu'ayant l'oue un peu dure, il n'avoit
-rien entendu; mais la citoyenne Simon, son pouse, a confirm les
+<p>»Ayant demandé au citoyen Simon s'il avoit connoissance du bruit
+ci-dessus énoncé, il a répondu qu'ayant l'ouïe un peu dure, il n'avoit
+rien entendu; mais la citoyenne Simon, son épouse, a confirmé les
dires dudit Charles Capet relativement au bruit.</p>
-<p>Ledit citoyen Simon nous a dit que, depuis environ huit jours, ledit
-Charles Capet se tourmentoit pour faire sa dclaration aux membres du
+<p>»Ledit citoyen Simon nous a dit que, depuis environ huit jours, ledit
+Charles Capet se tourmentoit pour faire sa déclaration aux membres du
conseil.</p>
-<p>Lecture faite auxdits dclarants, ont reconnu contenir vrit et ont
-sign ledit jour et an que dessus.</p>
+<p>»Lecture faite auxdits déclarants, ont reconnu contenir vérité et ont
+signé ledit jour et an que dessus.</p>
-<p class="author"><i>Sign</i>: Charles <span class="smcap">Capet</span>, <span class="smcap">Simon</span>, femme <span class="smcap">Simon</span>,<br>
- <span class="smcap">Remy</span>, <span class="smcap">Sguy</span>, <span class="smcap">Robin</span>, <span class="smcap">Sillans</span>.</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: Charles <span class="smcap">Capet</span>, <span class="smcap">Simon</span>, femme <span class="smcap">Simon</span>,<br>
+ <span class="smcap">Remy</span>, <span class="smcap">Séguy</span>, <span class="smcap">Robin</span>, <span class="smcap">Sillans</span>.</p>
-<p class="p2">Un dtail nous frappe, c'est le refus fait par Simon de s'associer
-sa femme et son lve dans la premire dposition que contient cette
-pice, et qui est relative au bruit entendu dans l'appartement des
-prisonnires. Dans le prtexte qu'il allgue de sa surdit pour
-n'avoir point connaissance de ce bruit, ne serait-on pas dispos
-voir plutt de sa part un calcul raisonn pour donner plus de crdit
-ses autres allgations, notamment celle-ci, que, <em>depuis environ
-huit jours, Charles Capet se tourmentait pour faire sa dclaration aux
+<p class="p2">Un détail nous frappe, c'est le refus fait par Simon de s'associer à
+sa femme et à son élève dans la première déposition que contient cette
+pièce, et qui est relative au bruit entendu dans l'appartement des
+prisonnières. Dans le prétexte qu'il allègue de sa surdité pour
+n'avoir point connaissance de ce bruit, ne serait-on pas disposé à
+voir plutôt de sa part un calcul raisonné pour donner plus de crédit à
+ses autres allégations, notamment à celle-ci, que, <em>depuis environ
+huit jours, Charles Capet se tourmentait pour faire sa déclaration aux
membres du conseil</em>.</p>
-<p>Je ne crois pas que dans la longue suite des mfaits rvolutionnaires
+<p>Je ne crois pas que dans la longue suite des méfaits révolutionnaires
<span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p. 174)</span> il y ait eu rien de plus odieux que cette intrigue
-tnbreuse, ourdie pour exploiter la peur et l'ignorance d'un enfant
-qui, vaincu par les mauvais traitements, tmoigne contre la mmoire de
-son pre, concourt la mort de sa mre, dj sur les marches de
-l'chafaud, et contribue pousser vers le mme but sa seconde mre,
-l'anglique lisabeth. Employer l'innocence au crime, n'est-ce pas un
-plaisir de dmon?</p>
-
-<p>La Commune de Paris recula devant l'impossibilit d'asseoir une
-accusation capitale sur de pareils motifs; mais le rcit d'un enfant
-<em>dnonant lui-mme les petites intrigues de sa tante et de sa mre ne
-pouvait que plaire la moralit du conseil gnral</em><a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84" title="Go to footnote 84"><span class="smaller">[84]</span></a>. On sait
-combien Marie-Antoinette, jusqu' ses derniers moments, fut proccupe
+ténébreuse, ourdie pour exploiter la peur et l'ignorance d'un enfant
+qui, vaincu par les mauvais traitements, témoigne contre la mémoire de
+son père, concourt à la mort de sa mère, déjà sur les marches de
+l'échafaud, et contribue à pousser vers le même but sa seconde mère,
+l'angélique Élisabeth. Employer l'innocence au crime, n'est-ce pas un
+plaisir de démon?</p>
+
+<p>La Commune de Paris recula devant l'impossibilité d'asseoir une
+accusation capitale sur de pareils motifs; mais le récit d'un enfant
+<em>dénonçant lui-même les petites intrigues de sa tante et de sa mère ne
+pouvait que plaire à la moralité du conseil général</em><a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84" title="Go to footnote 84"><span class="smaller">[84]</span></a>. On sait
+combien Marie-Antoinette, jusqu'à ses derniers moments, fut préoccupée
de la crainte que les paroles odieuses mises dans la bouche de son
-fils ne tombassent sur le c&oelig;ur meurtri de Madame lisabeth, ou ne
-fussent mme diriges contre elle comme un moyen de calomnie. J'ai
+fils ne tombassent sur le c&oelig;ur meurtri de Madame Élisabeth, ou ne
+fussent même dirigées contre elle comme un moyen de calomnie. «J'ai à
vous parler, lui dit-elle dans cette lettre admirable qu'elle lui a
-laisse en montant l'chafaud, et que Madame lisabeth n'a jamais
-lue, j'ai vous parler d'une chose bien pnible mon c&oelig;ur: je
+laissée en montant à l'échafaud, et que Madame Élisabeth n'a jamais
+lue, j'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon c&oelig;ur: je
sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine;
-pardonnez-lui, ma chre s&oelig;ur; pensez l'ge qu'il a, et combien il
-est facile de faire dire un enfant ce qu'on veut, et mme ce qu'il
-ne comprend pas.</p>
+pardonnez-lui, ma chère s&oelig;ur; pensez à l'âge qu'il a, et combien il
+est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il
+ne comprend pas.»</p>
-<p>Madame lisabeth n'avait point pardonner: elle n'ignorait pas plus
+<p>Madame Élisabeth n'avait point à pardonner: elle n'ignorait pas plus
que la Reine la source de toutes ces suggestions perfides, et jamais
-elle n'a song en accuser un enfant. Les paroles de celui-ci
+elle n'a songé à en accuser un enfant. Les paroles de celui-ci
pouvaient devenir la cause de sa mort, mais non le sujet du moindre
ressentiment.</p>
-<p>Tison, enferm, nous l'avons dit, dans la tourelle depuis le 21
-septembre, supportait en silence la captivit comme <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> une
-expiation de sa conduite passe. Cependant, inquiet de sa femme et de
-sa fille, dont il ne pouvait avoir de nouvelles, il se dcida, le 10
-dcembre, solliciter sa libert. Sa demande fut combattue par
-Hbert, jaloux de conserver sous sa main un tmoin capable de fournir
-d'utiles renseignements sur la s&oelig;ur du tyran. Le Comit de salut
-public ordonna qu'avant de statuer sur la ptition, on interrogerait
-soigneusement le ptitionnaire. L'interrogatoire n'ayant amen aucune
-charge contre Madame lisabeth, le Comit, loin d'accorder une grce
-qui n'tait point achete par une dlation, arrta que Tison serait
-mis au secret et rduit au plus strict ncessaire.</p>
-
-<p>A dater de cette poque, Madame lisabeth entra dans une phase
-d'abandon et de solitude qu'il nous devient impossible de dcrire:
-misre monotone, sombre, terne, prive de cet clat qui rayonne
-d'ordinaire l'entour des infortunes royales. Mais elle ne se
-plaignait pas: elle n'avait de piti que pour sa petite compagne, qui
-tait dans un ge o le malheur est comme une surprise faite la
-nature. Madame lisabeth lui parlait avec cette onction religieuse
-puise aux sources d'eaux vives de la foi, de l'esprance et de
-l'amour, qui transfigurent l'me et lui font trouver partout son
-Thabor. Les souffrances de cette vie, disait-elle, n'ont aucune
-proportion avec la gloire future qu'elles nous font mriter.
-Jsus-Christ n'a-t-il pas march devant nous charg de la croix?
-Souvenez-vous, mon enfant, des paroles que votre pre vous adressait
-la veille du jour o, pour la premire fois, vous alliez recevoir le
+<p>Tison, enfermé, nous l'avons dit, dans la tourelle depuis le 21
+septembre, supportait en silence la captivité comme <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> une
+expiation de sa conduite passée. Cependant, inquiet de sa femme et de
+sa fille, dont il ne pouvait avoir de nouvelles, il se décida, le 10
+décembre, à solliciter sa liberté. Sa demande fut combattue par
+Hébert, jaloux de conserver sous sa main un témoin capable de fournir
+d'utiles renseignements sur la s&oelig;ur du tyran. Le Comité de salut
+public ordonna qu'avant de statuer sur la pétition, on interrogerait
+soigneusement le pétitionnaire. L'interrogatoire n'ayant amené aucune
+charge contre Madame Élisabeth, le Comité, loin d'accorder une grâce
+qui n'était point achetée par une délation, arrêta que Tison serait
+mis au secret et réduit au plus strict nécessaire.</p>
+
+<p>A dater de cette époque, Madame Élisabeth entra dans une phase
+d'abandon et de solitude qu'il nous devient impossible de décrire:
+misère monotone, sombre, terne, privée de cet éclat qui rayonne
+d'ordinaire à l'entour des infortunes royales. Mais elle ne se
+plaignait pas: elle n'avait de pitié que pour sa petite compagne, qui
+était dans un âge où le malheur est comme une surprise faite à la
+nature. Madame Élisabeth lui parlait avec cette onction religieuse
+puisée aux sources d'eaux vives de la foi, de l'espérance et de
+l'amour, qui transfigurent l'âme et lui font trouver partout son
+Thabor. «Les souffrances de cette vie, disait-elle, n'ont aucune
+proportion avec la gloire future qu'elles nous font mériter.
+Jésus-Christ n'a-t-il pas marché devant nous chargé de la croix?
+Souvenez-vous, mon enfant, des paroles que votre père vous adressait
+la veille du jour où, pour la première fois, vous alliez recevoir le
sang de l'Agneau. Il vous disait: La religion est la source du bonheur
-et notre soutien dans l'adversit; ne croyez pas que vous en soyez
-l'abri: vous ne savez pas, ma fille, quoi la Providence vous
-destine...</p>
+et notre soutien dans l'adversité; ne croyez pas que vous en soyez à
+l'abri: vous ne savez pas, ma fille, à quoi la Providence vous
+destine...»</p>
-<p>Les paroles prononces par le Roi dans son palais prolongeaient ainsi
-leur cho dans une prison qui donnait <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> leurs accents quelque
-chose de prophtique, et devenait pour sa fille le meilleur des
+<p>Les paroles prononcées par le Roi dans son palais prolongeaient ainsi
+leur écho dans une prison qui donnait à <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> leurs accents quelque
+chose de prophétique, et devenait pour sa fille le meilleur des
enseignements.</p>
-<p>Un jour, Madame lisabeth ayant ouvert un papier qu'elle portait sur
-elle, et qui contenait des cheveux du Roi son frre et de la Reine
+<p>Un jour, Madame Élisabeth ayant ouvert un papier qu'elle portait sur
+elle, et qui contenait des cheveux du Roi son frère et de la Reine
Marie-Antoinette (Dieu lui envoya-t-il en ce moment le pressentiment
-de sa destine prochaine?), Madame lisabeth, dis-je, coupa une tresse
-de ses propres cheveux, la plaa avec les deux autres mches dans le
-mme paquet, et le remettant sa nice:</p>
-
-<p>Gardez, lui dit-elle, ma fille, ces tristes souvenirs: c'est le seul
-hritage que puissent vous transmettre votre pre, votre mre, qui
-vous ont tant aim, et moi qui vous aime aussi bien tendrement. On m'a
-enlev plumes, papier, crayon: je ne puis rien vous lguer par crit;
-du moins, ma chre enfant, retenez bien les consolations que je vous
-ai donnes: elles suppleront aux livres qui vous manquent. levez
-votre me Dieu; il nous prouve parce qu'il nous aime: il nous
-apprend le nant des grandeurs. Ah! mon enfant, dit-elle en pleurant
+de sa destinée prochaine?), Madame Élisabeth, dis-je, coupa une tresse
+de ses propres cheveux, la plaça avec les deux autres mèches dans le
+même paquet, et le remettant à sa nièce:</p>
+
+<p>«Gardez, lui dit-elle, ma fille, ces tristes souvenirs: c'est le seul
+héritage que puissent vous transmettre votre père, votre mère, qui
+vous ont tant aimé, et moi qui vous aime aussi bien tendrement. On m'a
+enlevé plumes, papier, crayon: je ne puis rien vous léguer par écrit;
+du moins, ma chère enfant, retenez bien les consolations que je vous
+ai données: elles suppléeront aux livres qui vous manquent. Élevez
+votre âme à Dieu; il nous éprouve parce qu'il nous aime: il nous
+apprend le néant des grandeurs. Ah! mon enfant, dit-elle en pleurant
et en la serrant dans ses bras, Dieu seul est vrai, Dieu seul est
-grand<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85" title="Go to footnote 85"><span class="smaller">[85]</span></a>.</p>
-
-<p>Retranches, pour ainsi dire, du nombre des vivants, les deux recluses
-passaient leurs jours, occupes l'une de l'autre, s'entretenant de
-leurs souvenirs, de leurs craintes mles de bien peu d'esprances,
-mais d'une soumission entire la volont de Dieu. Elles n'apprirent
-plus rien de ce qui se passait sur la terre; elles ignorrent
-l'chafaud dress par Robespierre et Danton pour immoler Hbert et
-les hbertistes<a id="footnotetag86" name="footnotetag86"></a><a href="#footnote86" title="Go to footnote 86"><span class="smaller">[86]</span></a>; l'chafaud dress douze jours aprs par <span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span>
+grand<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85" title="Go to footnote 85"><span class="smaller">[85]</span></a>.»</p>
+
+<p>Retranchées, pour ainsi dire, du nombre des vivants, les deux recluses
+passaient leurs jours, occupées l'une de l'autre, s'entretenant de
+leurs souvenirs, de leurs craintes mêlées de bien peu d'espérances,
+mais d'une soumission entière à la volonté de Dieu. Elles n'apprirent
+plus rien de ce qui se passait sur la terre; elles ignorèrent
+l'échafaud dressé par Robespierre et Danton pour immoler Hébert et
+les hébertistes<a id="footnotetag86" name="footnotetag86"></a><a href="#footnote86" title="Go to footnote 86"><span class="smaller">[86]</span></a>; l'échafaud dressé douze jours après par <span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span>
Robespierre pour abattre Danton<a id="footnotetag87" name="footnotetag87"></a><a href="#footnote87" title="Go to footnote 87"><span class="smaller">[87]</span></a>; puis, huit jours plus tard, pour
-abattre Chaumette<a id="footnotetag88" name="footnotetag88"></a><a href="#footnote88" title="Go to footnote 88"><span class="smaller">[88]</span></a>. La terreur rgnait sur la France. Du haut des
-guillotines, ses sanglantes forteresses, la minorit commandait.
-Devant elle se taisait la nation, la libert s'agenouillait,
-l'humanit se voilait la face. Les Saint-Just, les Collot d'Herbois,
-les Carrier, les Lebon, allaient porter dans les provinces l'pouvante
-et la mort. La famine dsolait le pays; les passions rvolutionnaires
-s'agitaient dans les clubs et par les rues, htant l'action mortelle
-de la misre. Au front de chaque maison pend un criteau proclamant la
-libert ou la mort. Sur chaque porte est affiche la liste des
-habitants de la maison, moyen de contrle si l'on veut savoir, table
+abattre Chaumette<a id="footnotetag88" name="footnotetag88"></a><a href="#footnote88" title="Go to footnote 88"><span class="smaller">[88]</span></a>. La terreur régnait sur la France. Du haut des
+guillotines, ses sanglantes forteresses, la minorité commandait.
+Devant elle se taisait la nation, la liberté s'agenouillait,
+l'humanité se voilait la face. Les Saint-Just, les Collot d'Herbois,
+les Carrier, les Lebon, allaient porter dans les provinces l'épouvante
+et la mort. La famine désolait le pays; les passions révolutionnaires
+s'agitaient dans les clubs et par les rues, hâtant l'action mortelle
+de la misère. Au front de chaque maison pend un écriteau proclamant la
+liberté ou la mort. Sur chaque porte est affichée la liste des
+habitants de la maison, moyen de contrôle si l'on veut savoir, table
de proscription si l'on veut tuer<a id="footnotetag89" name="footnotetag89"></a><a href="#footnote89" title="Go to footnote 89"><span class="smaller">[89]</span></a>. Onze mille quatre cents
-aristocrates sont entasss <span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> dans les palais et les couvents de
-Paris, transforms en prisons. Le crime et la peur sont partout; dans
-les rues, on vite de se reconnatre, ou si on s'aborde, on change
-deux mots voix basse; on marche vite, moins qu'un crieur
-proclamant l'arrt des condamns, on ne s'arrte pour couter le nom
-d'un parent, d'un ami, peut-tre son propre nom. La nuit est aussi
-trouble que le jour. Des arrestations se font aux flambeaux; des
-domestiques ont dnonc leurs matres leurs sections, tandis que
-d'autres servent sans gages des matres rests sans ressources. Comme
+aristocrates sont entassés <span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> dans les palais et les couvents de
+Paris, transformés en prisons. Le crime et la peur sont partout; dans
+les rues, on évite de se reconnaître, ou si on s'aborde, on échange
+deux mots à voix basse; on marche vite, à moins qu'un crieur
+proclamant l'arrêt des condamnés, on ne s'arrête pour écouter le nom
+d'un parent, d'un ami, peut-être son propre nom. La nuit est aussi
+troublée que le jour. Des arrestations se font aux flambeaux; des
+domestiques ont dénoncé leurs maîtres à leurs sections, tandis que
+d'autres servent sans gages des maîtres restés sans ressources. Comme
<span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> si le temps ne suffisait pas aux juges pour condamner, on
-adopte le systme des jugements en masse. La guillotine en permanence
-abat les ttes sans les compter<a id="footnotetag90" name="footnotetag90"></a><a href="#footnote90" title="Go to footnote 90"><span class="smaller">[90]</span></a>. Le sang qui coule flots, loin
-d'tancher la soif des tyrans, semble l'irriter encore. Il n'y a plus
-de rois jeter en holocauste au sphinx de la rvolution, et la nation
-pouvante se trouve face face avec la sombre nigme de son
-existence. Tout est tumulte, dsordre, vertige et rage: la
-civilisation et la barbarie se cherchent dans les tnbres pour
-s'arracher leur secret; duel horrible, pareil celui de ces deux
-hommes enferms dans une cave avec des poignards, et qui ne se
-voyaient qu'aux clairs de leurs yeux. La patience des opprims
-apparat dans ces jours horribles comme un phnomne aussi
-inexplicable que la perversit des oppresseurs. L'intelligence
-politique s'tait retire dans quelques mes mditatives qui
-rflchissaient l'cart, ou dans quelques cerveaux astucieux qui
+adopte le système des jugements en masse. La guillotine en permanence
+abat les têtes sans les compter<a id="footnotetag90" name="footnotetag90"></a><a href="#footnote90" title="Go to footnote 90"><span class="smaller">[90]</span></a>. Le sang qui coule à flots, loin
+d'étancher la soif des tyrans, semble l'irriter encore. Il n'y a plus
+de rois à jeter en holocauste au sphinx de la révolution, et la nation
+épouvantée se trouve face à face avec la sombre énigme de son
+existence. Tout est tumulte, désordre, vertige et rage: la
+civilisation et la barbarie se cherchent dans les ténèbres pour
+s'arracher leur secret; duel horrible, pareil à celui de ces deux
+hommes enfermés dans une cave avec des poignards, et qui ne se
+voyaient qu'aux éclairs de leurs yeux. La patience des opprimés
+apparaît dans ces jours horribles comme un phénomène aussi
+inexplicable que la perversité des oppresseurs. L'intelligence
+politique s'était retirée dans quelques âmes méditatives qui
+réfléchissaient à l'écart, ou dans quelques cerveaux astucieux qui
remuaient la multitude. Le reste n'avait plus de confiance en
-soi-mme, et laissait faire, comme courb sous la main de Dieu:
-tremblant et rsign, tout un peuple attendait dans une muette
-pouvante, pareil ces Indiens qui, lorsque le tigre apparat, se
-prosternent, ferment les yeux, et restent immobiles jusqu' ce que la
-bte rugissante ait choisi sa proie.</p>
-
-<p>Madame lisabeth se prosternait aussi, mais c'tait les yeux levs
-vers le ciel. Retenue autrefois la cour par son <span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p. 180)</span> dvouement
-pour son frre, elle n'y avait vcu que pour prendre sa part des
-tribulations et des larmes. Aujourd'hui, tout ce que l'intrt a de
-plus tendre, la religion de plus sublime, l'amiti de plus
+soi-même, et laissait faire, comme courbé sous la main de Dieu:
+tremblant et résigné, tout un peuple attendait dans une muette
+épouvante, pareil à ces Indiens qui, lorsque le tigre apparaît, se
+prosternent, ferment les yeux, et restent immobiles jusqu'à ce que la
+bête rugissante ait choisi sa proie.</p>
+
+<p>Madame Élisabeth se prosternait aussi, mais c'était les yeux levés
+vers le ciel. Retenue autrefois à la cour par son <span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p. 180)</span> dévouement
+pour son frère, elle n'y avait vécu que pour prendre sa part des
+tribulations et des larmes. Aujourd'hui, tout ce que l'intérêt a de
+plus tendre, la religion de plus sublime, l'amitié de plus
consolateur, elle le met en &oelig;uvre pour former l'esprit et le
-c&oelig;ur de sa royale nice. Sans dsirer la bienvenue de ce grand
-librateur qu'on appelle la mort, elle se met en mesure de le recevoir
-dignement; mais sa belle me, quoique impatiente peut-tre d'entrer
-dans les secrets de Dieu, tient ce monde par le malheur qu'elle y
-partage, par les chagrins qu'elle y adoucit. L'tat d'incertitude o
-elle se trouve du sort du Dauphin vient accrotre l'anxit que lui
+c&oelig;ur de sa royale nièce. Sans désirer la bienvenue de ce grand
+libérateur qu'on appelle la mort, elle se met en mesure de le recevoir
+dignement; mais sa belle âme, quoique impatiente peut-être d'entrer
+dans les secrets de Dieu, tient à ce monde par le malheur qu'elle y
+partage, par les chagrins qu'elle y adoucit. L'état d'incertitude où
+elle se trouve du sort du Dauphin vient accroître l'anxiété que lui
cause l'absence de toute nouvelle de la Reine. Depuis plusieurs mois,
elle n'a entendu ni chansons ni jurements retentir dans l'appartement
-du second tage. Elle est monte mainte et mainte fois aux combles par
+du second étage. Elle est montée mainte et mainte fois aux combles par
l'escalier de la garde-robe, et jamais, depuis la fin de janvier, elle
-n'a aperu l'enfant. A-t-il t dlivr? Habite-t-il une autre partie
-du Temple? De grands changements se prparent-ils?</p>
+n'a aperçu l'enfant. A-t-il été délivré? Habite-t-il une autre partie
+du Temple? De grands changements se préparent-ils?</p>
-<p>Oui, un grand changement se prparait. Dj, ds le quintidi frimaire
-de l'an II (25 novembre 1793), la municipalit de Paris avait adress
- la Convention nationale la ptition suivante:</p>
+<p>Oui, un grand changement se préparait. Déjà, dès le quintidi frimaire
+de l'an II (25 novembre 1793), la municipalité de Paris avait adressé
+à la Convention nationale la pétition suivante:</p>
-<p class="smcap">Lgislateurs,</p>
+<p class="smcap">«Législateurs,</p>
-<p>Vous avez dcrt l'galit source du bonheur public; elle s'tablit
-sur des bases dsormais inbranlables; et cependant elle est viole,
-cette galit, et de la manire la plus rvoltante, dans les vils
+<p>»Vous avez décrété l'égalité source du bonheur public; elle s'établit
+sur des bases désormais inébranlables; et cependant elle est violée,
+cette égalité, et de la manière la plus révoltante, dans les vils
restes de la tyrannie, dans les prisonniers du Temple. Pourroient-ils
-encore, ces restes abominables, tre compts pour quelque chose dans
-les circonstances actuelles, ce ne seroit qu'en raison de l'intrt
-que la patrie auroit d'empcher qu'ils ne dchirassent son sein et ne
-renouvelassent les atrocits commises par <span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p. 181)</span> les deux monstres
-qui leur ont donn le jour. Si donc tel est leur gard le seul et
-unique intrt de la Rpublique, c'est sous sa surveillance entire
-qu'ils doivent tre placs, et ils ne sont plus ces temps horribles o
+encore, ces restes abominables, être comptés pour quelque chose dans
+les circonstances actuelles, ce ne seroit qu'en raison de l'intérêt
+que la patrie auroit d'empêcher qu'ils ne déchirassent son sein et ne
+renouvelassent les atrocités commises par <span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p. 181)</span> les deux monstres
+qui leur ont donné le jour. Si donc tel est à leur égard le seul et
+unique intérêt de la République, c'est sous sa surveillance entière
+qu'ils doivent être placés, et ils ne sont plus ces temps horribles où
une faction liberticide, dont le glaive de la loi a fait justice,
avoit choisi comme moyen de vengeance contre une Commune patriote
-qu'elle abhorroit, une responsabilit qui outrageoit toutes les lois
-et qui pse depuis plus de quinze mois sur la tte de chacun des
+qu'elle abhorroit, une responsabilité qui outrageoit toutes les lois
+et qui pèse depuis plus de quinze mois sur la tête de chacun des
membres de la Commune de Paris.</p>
-<p>La raison, la justice, l'galit vous crient, lgislateurs, de faire
-cesser cette responsabilit.</p>
+<p>»La raison, la justice, l'égalité vous crient, législateurs, de faire
+cesser cette responsabilité.</p>
-<p>Et comme il est plus que temps de rendre leurs travaux deux cent
-cinquante sans-culottes qu'on emploie injustement chaque jour la
+<p>»Et comme il est plus que temps de rendre à leurs travaux deux cent
+cinquante sans-culottes qu'on emploie injustement chaque jour à la
garde des prisonniers du Temple, la Commune de Paris attend de votre
sagesse:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Que vous enverrez au plus tt l'infme lisabeth au tribunal
-rvolutionnaire;</p>
+<p>»1<sup>o</sup> Que vous enverrez au plus tôt l'infâme Élisabeth au tribunal
+révolutionnaire;</p>
-<p>2<sup>o</sup> Qu' l'gard de la postrit du tyran, vous prendrez des mesures
-promptes pour la faire transfrer dans telle prison que vous aurez
-choisie, pour y tre renferme avec les prcautions convenables,
-l'effet d'y tre traite dans le systme de l'galit et de la mme
-manire que les autres dtenus dont la Rpublique a eu besoin de
+<p>»2<sup>o</sup> Qu'à l'égard de la postérité du tyran, vous prendrez des mesures
+promptes pour la faire transférer dans telle prison que vous aurez
+choisie, pour y être renfermée avec les précautions convenables, à
+l'effet d'y être traitée dans le système de l'égalité et de la même
+manière que les autres détenus dont la République a eu besoin de
s'assurer.</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Dunouy</span>, <span class="smcap">Renard</span>, <span class="smcap">Le Clerc</span>,<br>
- <span class="smcap">Legrand</span>, r. de la Commune; <span class="smcap">Dorigny</span>.</p>
-
-<p class="p2">Envoye sa date au Comit de sret gnrale, cette adresse y avait
-sommeill six mois. Mais les v&oelig;ux qu'elle exprimait n'avaient point
-t mis en oubli dans la rgion la plus ardente de la rvolution.</p>
-
-<p>Ce n'est pas la premire fois que cette pense m'est venue en crivant
-ce triste rcit: si l'on songeait aux infortunes du Temple, si grandes
-et si immrites, il n'y a pas de malheureux qui ne se rconcilit
-avec son malheur, pas <span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p. 182)</span> de misrable accabl par sa destine
-qui ne bnt Dieu sous le poids de son fardeau. Que ceux qui se
-plaignent de la mchancet des hommes pensent Madame lisabeth, et
-ils cesseront de se laisser abattre par le dcouragement.</p>
-
-<p>Il n'est pas, crivait le Pre Lenfant ds le mois d'avril 1791, il
-n'est pas jusqu' la vertu la plus pure, la plus soutenue et la plus
-universellement reconnue, qui ne soit indignement outrage. Madame
-lisabeth est dchire par les plus sanglantes et les plus absurdes
-calomnies<a id="footnotetag91" name="footnotetag91"></a><a href="#footnote91" title="Go to footnote 91"><span class="smaller">[91]</span></a>.</p>
-
-<p>Ces outrages s'taient accrus avec le besoin qu'prouvaient les
-niveleurs de trouver criminelles toutes les supriorits sociales; ces
-calomnies s'taient propages avec l'intrt qu'avaient les pervers
-lgitimer les tortures exerces contre les personnes de sang royal. La
-moralit de Madame lisabeth fut insulte dans ce rcit immonde que la
+<p class="author">»<span class="smcap">Dunouy</span>, <span class="smcap">Renard</span>, <span class="smcap">Le Clerc</span>,<br>
+ »<span class="smcap">Legrand</span>, r. de la Commune; <span class="smcap">Dorigny</span>.»</p>
+
+<p class="p2">Envoyée à sa date au Comité de sûreté générale, cette adresse y avait
+sommeillé six mois. Mais les v&oelig;ux qu'elle exprimait n'avaient point
+été mis en oubli dans la région la plus ardente de la révolution.</p>
+
+<p>Ce n'est pas la première fois que cette pensée m'est venue en écrivant
+ce triste récit: si l'on songeait aux infortunes du Temple, si grandes
+et si imméritées, il n'y a pas de malheureux qui ne se réconciliât
+avec son malheur, pas <span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p. 182)</span> de misérable accablé par sa destinée
+qui ne bénît Dieu sous le poids de son fardeau. Que ceux qui se
+plaignent de la méchanceté des hommes pensent à Madame Élisabeth, et
+ils cesseront de se laisser abattre par le découragement.</p>
+
+<p>«Il n'est pas, écrivait le Père Lenfant dès le mois d'avril 1791, il
+n'est pas jusqu'à la vertu la plus pure, la plus soutenue et la plus
+universellement reconnue, qui ne soit indignement outragée. Madame
+Élisabeth est déchirée par les plus sanglantes et les plus absurdes
+calomnies<a id="footnotetag91" name="footnotetag91"></a><a href="#footnote91" title="Go to footnote 91"><span class="smaller">[91]</span></a>.»</p>
+
+<p>Ces outrages s'étaient accrus avec le besoin qu'éprouvaient les
+niveleurs de trouver criminelles toutes les supériorités sociales; ces
+calomnies s'étaient propagées avec l'intérêt qu'avaient les pervers à
+légitimer les tortures exercées contre les personnes de sang royal. La
+moralité de Madame Élisabeth fut insultée dans ce récit immonde que la
Commune de Paris fit signer au royal Enfant du Temple pour
-compromettre sa mre et sa tante et les envoyer l'chafaud. La mort
-mme ne dsarmera point les perscuteurs. Trois ans aprs l'immolation
-de Madame lisabeth, sa mmoire sera outrage dans un ouvrage qui aura
-la prtention de donner les <em>portraits des personnages clbres de la
-Rvolution</em><a id="footnotetag92" name="footnotetag92"></a><a href="#footnote92" title="Go to footnote 92"><span class="smaller">[92]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> Laissez les annes se succder, un temps viendra o les
-calomnies se tairont, o la vrit apparatra dans tout son jour.</p>
-
-<p>Madame lisabeth arrive au terme que Dieu lui a assign dans ses
-rigueurs comme dans ses misricordes. Elle avait exprim la rsolution
-de partager les chagrins et les prils de sa famille: elle a tenu
-toutes ses promesses; Versailles, dans les troubles du 6 octobre;
+compromettre sa mère et sa tante et les envoyer à l'échafaud. La mort
+même ne désarmera point les persécuteurs. Trois ans après l'immolation
+de Madame Élisabeth, sa mémoire sera outragée dans un ouvrage qui aura
+la prétention de donner les <em>portraits des personnages célèbres de la
+Révolution</em><a id="footnotetag92" name="footnotetag92"></a><a href="#footnote92" title="Go to footnote 92"><span class="smaller">[92]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> Laissez les années se succéder, un temps viendra où les
+calomnies se tairont, où la vérité apparaîtra dans tout son jour.</p>
+
+<p>Madame Élisabeth arrive au terme que Dieu lui a assigné dans ses
+rigueurs comme dans ses miséricordes. Elle avait exprimé la résolution
+de partager les chagrins et les périls de sa famille: elle a tenu
+toutes ses promesses; à Versailles, dans les troubles du 6 octobre; à
Paris, dans la morne solitude des Tuileries; sur la route de Varennes,
-dans la nfaste journe du 20 juin, dans la nuit sanglante du 10 aot,
-dans la loge du Logographe, tmoin des affronts et des menaces; dans
-la tour du Temple, tmoin des adieux et de l'agonie. Oui, elle a tenu
-toutes les promesses qu'elle avait faites Dieu: Dieu cette heure
+dans la néfaste journée du 20 juin, dans la nuit sanglante du 10 août,
+dans la loge du Logographe, témoin des affronts et des menaces; dans
+la tour du Temple, témoin des adieux et de l'agonie. Oui, elle a tenu
+toutes les promesses qu'elle avait faites à Dieu: Dieu à cette heure
va tenir les siennes.</p>
<p>Qu'importe la route quand le ciel est le but! Au-dessus de l'injustice
-des hommes apparat la justice de Dieu qui rcompense, et quand c'est
-la vertu qui meurt, l'chafaud n'est qu'un degr qui rapproche du
+des hommes apparaît la justice de Dieu qui récompense, et quand c'est
+la vertu qui meurt, l'échafaud n'est qu'un degré qui rapproche du
ciel.</p>
-<p>Le 20 floral an II (9 mai 1794), vers sept heures du soir,
-<em>l'huissier Monet se rendit au Temple accompagn des citoyens
-Fontaine, adjudant gnral d'artillerie de l'arme parisienne, et
-Saraille, aide de camp du gnral Hanriot; il prsenta aux membres du
+<p>Le 20 floréal an II (9 mai 1794), vers sept heures du soir,
+<em>l'huissier Monet se rendit au Temple accompagné des citoyens
+Fontaine, adjudant général d'artillerie de l'armée parisienne, et
+Saraillée, aide de camp du général Hanriot; il présenta aux membres du
conseil Mouret, Eudes, Magendie et Godefroi, une lettre de Fouquier,
-accusateur public prs le tribunal rvolutionnaire, portant invitation
-de remettre entre les mains desdits susnomms la s&oelig;ur de Louis
+accusateur public près le tribunal révolutionnaire, portant invitation
+de remettre entre les mains desdits susnommés la s&oelig;ur de Louis
Capet</em><a id="footnotetag93" name="footnotetag93"></a><a href="#footnote93" title="Go to footnote 93"><span class="smaller">[93]</span></a>.</p>
-<p>Les prliminaires d'usage s'taient prolongs dans la salle du
-Conseil, et pendant la conversation engage entre les commissaires et
-leurs sinistres visiteurs, l'heure s'tait coule: dj Madame
-lisabeth et Marie-Thrse se disposaient se coucher, lorsqu'elles
-entendirent ouvrir les verrous. Elles se htent de passer leur robe,
-qu'elles venaient <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> d'ter. Citoyenne, dit un des commissaires
-en ouvrant la porte de Madame lisabeth, descends tout de suite, on a
-besoin de toi.&mdash;Ma nice reste-t-elle ici?&mdash;Cela ne te regarde pas, on
-s'en occupera aprs.</p>
-
-<p>Madame lisabeth embrasse sa jeune compagne, et, pour calmer ses
-inquitudes, lui dit: Soyez tranquille, je vais remonter.&mdash;Non, tu ne
-remonteras pas, rpond le commissaire Eudes<a id="footnotetag94" name="footnotetag94"></a><a href="#footnote94" title="Go to footnote 94"><span class="smaller">[94]</span></a>; prends ton bonnet et
-descends. Elle obit, relve l'orpheline, qui s'affaisse dans ses
-bras, et lui dit: Allons, ayez du courage et de la fermet, esprez
+<p>Les préliminaires d'usage s'étaient prolongés dans la salle du
+Conseil, et pendant la conversation engagée entre les commissaires et
+leurs sinistres visiteurs, l'heure s'était écoulée: déjà Madame
+Élisabeth et Marie-Thérèse se disposaient à se coucher, lorsqu'elles
+entendirent ouvrir les verrous. Elles se hâtent de passer leur robe,
+qu'elles venaient <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> d'ôter. «Citoyenne, dit un des commissaires
+en ouvrant la porte de Madame Élisabeth, descends tout de suite, on a
+besoin de toi.&mdash;Ma nièce reste-t-elle ici?&mdash;Cela ne te regarde pas, on
+s'en occupera après.»</p>
+
+<p>Madame Élisabeth embrasse sa jeune compagne, et, pour calmer ses
+inquiétudes, lui dit: «Soyez tranquille, je vais remonter.&mdash;Non, tu ne
+remonteras pas, répond le commissaire Eudes<a id="footnotetag94" name="footnotetag94"></a><a href="#footnote94" title="Go to footnote 94"><span class="smaller">[94]</span></a>; prends ton bonnet et
+descends.» Elle obéit, relève l'orpheline, qui s'affaisse dans ses
+bras, et lui dit: «Allons, ayez du courage et de la fermeté, espérez
toujours en Dieu, servez-vous des bons principes de religion que vos
-parents vous ont donns, et soyez fidle aux dernires recommandations
-de votre pre et de votre mre. La tante et la nice demeurent un
-instant embrasses; puis s'arrachant brusquement cette treinte,
-Madame lisabeth se dirige d'un pas rapide vers la porte extrieure en
-disant encore: Pensez Dieu, mon enfant!</p>
-
-<p>Madame lisabeth descend. On la fait entrer dans la salle du Conseil.
-L, pendant que l'on rdige le procs-verbal de dcharge des geliers,
-on visite ses poches. Les envoys de Fouquier signent sur le registre
-du Temple la remise qui leur est faite de la prisonnire. Ils la font
-traverser, sous une pluie battante, le jardin et la premire cour; l,
-ils montent dans un fiacre avec elle et la conduisent la
-Conciergerie, o elle est dpose dans le greffe. Il tait en ce
+parents vous ont donnés, et soyez fidèle aux dernières recommandations
+de votre père et de votre mère.» La tante et la nièce demeurent un
+instant embrassées; puis s'arrachant brusquement à cette étreinte,
+Madame Élisabeth se dirige d'un pas rapide vers la porte extérieure en
+disant encore: «Pensez à Dieu, mon enfant!»</p>
+
+<p>Madame Élisabeth descend. On la fait entrer dans la salle du Conseil.
+Là, pendant que l'on rédige le procès-verbal de décharge des geôliers,
+on visite ses poches. Les envoyés de Fouquier signent sur le registre
+du Temple la remise qui leur est faite de la prisonnière. Ils la font
+traverser, sous une pluie battante, le jardin et la première cour; là,
+ils montent dans un fiacre avec elle et la conduisent à la
+Conciergerie, où elle est déposée dans le greffe. Il était en ce
moment huit heures. A dix heures, on la conduit du greffe dans la
-salle du conseil du tribunal rvolutionnaire. L, par-devant Gabriel
-Delige, juge, assist de Ducray, commis greffier, et en prsence de
+salle du conseil du tribunal révolutionnaire. Là, par-devant Gabriel
+Deliége, juge, assisté de Ducray, commis greffier, et en présence de
Fouquier, elle subit son premier interrogatoire.</p>
-<p class="entete">PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME LISABETH.</p>
+<p class="entete">PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME ÉLISABETH.</p>
-<p><em>Cejourd'hui, vingt floral de l'an deux de la Rpublique <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span>
-franaise, une et indivisible, nous,</em> Gabriel Delige, <em>juge prsident
-du tribunal rvolutionnaire tabli Paris par la loi du 10 mars 1793,
+<p>«<em>Cejourd'hui, vingt floréal de l'an deux de la République <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span>
+française, une et indivisible, nous,</em> Gabriel Deliége, <em>juge président
+du tribunal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 10 mars 1793,
sans aucun recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des
-pouvoirs dlgus au tribunal par la loi du 5 avril de la mme anne,
-assist de</em> Anne Ducray, <em>commis greffier du tribunal, en l'une des
-salles de l'auditoire au palais, et en prsence d'</em>Antoine-Quentin
+pouvoirs délégués au tribunal par la loi du 5 avril de la même année,
+assisté de</em> Anne Ducray, <em>commis greffier du tribunal, en l'une des
+salles de l'auditoire au palais, et en présence d'</em>Antoine-Quentin
Fouquier, <em>l'accusateur public, avons fait amener de la maison de la</em>
-Conciergerie la cy-aprs nomme, <em>auquel avons demand ses noms, ge,
+Conciergerie la cy-après nommée, <em>auquel avons demandé ses noms, âge,
profession, pays et demeure;</em></p>
-<p><em>A rpondu se nommer</em> lisabeth-Marie Capet, s&oelig;ur de Louis Capet,
-ge de trente ans, native de Versailles, dpartement de
+<p><em>A répondu se nommer</em> Élisabeth-Marie Capet, s&oelig;ur de Louis Capet,
+âgée de trente ans, native de Versailles, département de
Seine-et-Oise.</p>
-<p>Avez-vous, avec le dernier tyran, conspir contre la sret et la
-libert du peuple franois?</p>
+<p>Avez-vous, avec le dernier tyran, conspiré contre la sûreté et la
+liberté du peuple françois?</p>
-<p>J'ignore qui vous donnez ce titre, mais je n'ai jamais dsir que le
-bonheur des Franois.</p>
+<p>J'ignore à qui vous donnez ce titre, mais je n'ai jamais désiré que le
+bonheur des François.</p>
<p>Avez-vous entretenu des correspondances et intelligences avec les
-ennemis intrieurs et extrieurs de la Rpublique, notamment avec les
-frres de Capet et les vtres, et ne leur avez-vous pas fourni des
+ennemis intérieurs et extérieurs de la République, notamment avec les
+frères de Capet et les vôtres, et ne leur avez-vous pas fourni des
secours en argent?</p>
-<p>Je n'ai jamais connu que des amis des Franois; jamais je n'ai fourni
-des secours mes frres, et, depuis le mois d'aot 1792, je n'ai reu
-de leurs nouvelles ni ne leur ai donn des miennes.</p>
+<p>Je n'ai jamais connu que des amis des François; jamais je n'ai fourni
+des secours à mes frères, et, depuis le mois d'août 1792, je n'ai reçu
+de leurs nouvelles ni ne leur ai donné des miennes.</p>
<p>Ne leur avez-vous pas fait passer des diamants?</p>
<p>Non.</p>
-<p>Je vous observe que votre rponse n'est point exacte sur l'article des
+<p>Je vous observe que votre réponse n'est point exacte sur l'article des
diamants, attendu qu'il est notoire que vous avez fait vendre vos
-diamants en Hollande et autres pays trangers, et que vous en avez
-fait passer le prix en provenant, par vos agents, vos frres, pour
-les aider soutenir leur rbellion contre le peuple franois.</p>
+diamants en Hollande et autres pays étrangers, et que vous en avez
+fait passer le prix en provenant, par vos agents, à vos frères, pour
+les aider à soutenir leur rébellion contre le peuple françois.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> Je dnie le fait, parce qu'il est faux.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> Je dénie le fait, parce qu'il est faux.</p>
-<p>Je vous observe que dans le procs qui eut lieu en novembre 1792,
-relativement au prtendu vol des diamants fait au ci-devant
-Garde-meuble, il a t tabli et prouv aux dbats qu'il avoit t
+<p>Je vous observe que dans le procès qui eut lieu en novembre 1792,
+relativement au prétendu vol des diamants fait au ci-devant
+Garde-meuble, il a été établi et prouvé aux débats qu'il avoit été
distrait une portion de diamants dont vous vous pariez autrefois;
-qu'il a pareillement t prouv que le prix en avoit t transmis
-vos frres par vos ordres: pourquoi je vous somme de vous expliquer
-catgoriquement sur ces faits.</p>
+qu'il a pareillement été prouvé que le prix en avoit été transmis à
+vos frères par vos ordres: pourquoi je vous somme de vous expliquer
+catégoriquement sur ces faits.</p>
-<p>J'ignore les vols dont vous venez de me parler. J'tois cette poque
-au Temple, et je persiste au surplus dans ma prcdente dngation.</p>
+<p>J'ignore les vols dont vous venez de me parler. J'étois à cette époque
+au Temple, et je persiste au surplus dans ma précédente dénégation.</p>
-<p>N'avez-vous pas eu connoissance que le voyage dtermin par votre
-frre Capet et Marie-Antoinette pour Saint-Cloud, l'poque du 18
-avril 1791, n'avoit t imagin que pour saisir l'occasion favorable
+<p>N'avez-vous pas eu connoissance que le voyage déterminé par votre
+frère Capet et Marie-Antoinette pour Saint-Cloud, à l'époque du 18
+avril 1791, n'avoit été imaginé que pour saisir l'occasion favorable
de sortir de France?</p>
<p>Je n'ai eu connoissance de ce voyage que par l'intention qu'avoit mon
-frre de prendre l'air, attendu qu'il n'toit pas bien portant.</p>
+frère de prendre l'air, attendu qu'il n'étoit pas bien portant.</p>
-<p>Je vous demande s'il n'est pas vrai au contraire que ce voyage n'a t
-arrt que par suite des conseils des diffrentes personnes qui se
-rendoient alors habituellement au ci-devant chteau des Thuileries,
-notamment de Bonnal, ex-vque de Clermont, et autres prlats et
-vques; et vous-mme, n'avez-vous pas sollicit le dpart de votre
-frre?</p>
+<p>Je vous demande s'il n'est pas vrai au contraire que ce voyage n'a été
+arrêté que par suite des conseils des différentes personnes qui se
+rendoient alors habituellement au ci-devant château des Thuileries,
+notamment de Bonnal, ex-évêque de Clermont, et autres prélats et
+évêques; et vous-même, n'avez-vous pas sollicité le départ de votre
+frère?</p>
-<p>Je n'ai point sollicit le dpart de mon frre, qui n'a t dcid que
-d'aprs l'avis des mdecins.</p>
+<p>Je n'ai point sollicité le départ de mon frère, qui n'a été décidé que
+d'après l'avis des médecins.</p>
-<p>N'est-ce pas pareillement a votre sollicitation et celle de
-Marie-Antoinette, votre belle-s&oelig;ur, que Capet, votre frre, a fui
+<p>N'est-ce pas pareillement a votre sollicitation et à celle de
+Marie-Antoinette, votre belle-s&oelig;ur, que Capet, votre frère, a fui
de Paris dans la nuit du 20 au 21 juin 1791?</p>
-<p>J'ai appris dans la journe du 20 que nous devions tous partir dans la
-nuit suivante, et je me suis conforme cet gard aux ordres de mon
-frre.</p>
+<p>J'ai appris dans la journée du 20 que nous devions tous partir dans la
+nuit suivante, et je me suis conformée à cet égard aux ordres de mon
+frère.</p>
-<p>Le motif de ce voyage n'toit-il pas de sortir de France <span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> et
-de vous runir aux migrs et aux ennemis du peuple franois?</p>
+<p>Le motif de ce voyage n'étoit-il pas de sortir de France <span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> et
+de vous réunir aux émigrés et aux ennemis du peuple françois?</p>
-<p>Jamais mon frre ni moi n'avions eu l'intention de quitter notre pays.</p>
+<p>Jamais mon frère ni moi n'avions eu l'intention de quitter notre pays.</p>
-<p>Je vous observe que cette rponse ne parot pas exacte, car il est
-notoire que Bouill avoit donn les ordres diffrents corps de
-troupes de se trouver au point convenu pour protger cette vasion, de
-manire de pouvoir vous faire sortir, ainsi que votre frre et autres,
-du territoire franois, et que mme tout toit prpar l'abbaye
-d'Orval, situe sur le territoire du despote autrichien, pour vous
-recevoir. Je vous observe au surplus que les noms par vous supposs et
-votre frre ne permettent pas de douter de vos intentions.</p>
+<p>Je vous observe que cette réponse ne paroît pas exacte, car il est
+notoire que Bouillé avoit donné les ordres à différents corps de
+troupes de se trouver au point convenu pour protéger cette évasion, de
+manière de pouvoir vous faire sortir, ainsi que votre frère et autres,
+du territoire françois, et que même tout étoit préparé à l'abbaye
+d'Orval, située sur le territoire du despote autrichien, pour vous
+recevoir. Je vous observe au surplus que les noms par vous supposés et
+votre frère ne permettent pas de douter de vos intentions.</p>
-<p>Mon frre devoit aller Montmdy, et je ne lui connoissois point
+<p>Mon frère devoit aller à Montmédy, et je ne lui connoissois point
d'autres intentions.</p>
-<p>Avez-vous connoissance qu'il ait t tenu des conciliabules secrets
-chez Marie-Antoinette, ci-devant Reine, lesquels s'appeloient comits
+<p>Avez-vous connoissance qu'il ait été tenu des conciliabules secrets
+chez Marie-Antoinette, ci-devant Reine, lesquels s'appeloient comités
autrichiens.</p>
<p>J'ai parfaite connoissance qu'il n'y en a jamais eu.</p>
<p>Je vous observe qu'il est cependant notoire que ces conciliabules
-tenoient de deux jours l'un depuis minuit jusqu' trois heures du
-matin, et que mme ceux qui y toient admis passoient par la pice que
+tenoient de deux jours l'un depuis minuit jusqu'à trois heures du
+matin, et que même ceux qui y étoient admis passoient par la pièce que
l'on appelloit alors la Galerie des tableaux.</p>
<p>Je n'en ai aucune connoissance.</p>
-<p>N'tiez-vous pas aux Thuileries le 28 fvrier 1791, 20 juin et 10 aot
+<p>N'étiez-vous pas aux Thuileries le 28 février 1791, 20 juin et 10 août
1792?</p>
-<p>J'tois au chteau les trois jours, et notamment le 10 aot 1792,
-jusqu'au moment o je me suis rendu avec mon frre l'Assemble
+<p>J'étois au château les trois jours, et notamment le 10 août 1792,
+jusqu'au moment où je me suis rendu avec mon frère à l'Assemblée
nationale.</p>
-<p>Ledit jour 28 fvrier, n'avez-vous pas eu connoissance que le
+<p>Ledit jour 28 février, n'avez-vous pas eu connoissance que le
rassemblement des ci-devant marquis, chevaliers et <span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> autres,
-arms de sabres et de pistolets, toit encore pour favoriser une
-nouvelle vasion de votre frre et de toute la famille, et que
-l'affaire de Vincennes arrive le mme jour n'a t imagine que pour
+armés de sabres et de pistolets, étoit encore pour favoriser une
+nouvelle évasion de votre frère et de toute la famille, et que
+l'affaire de Vincennes arrivée le même jour n'a été imaginée que pour
faire diversion?</p>
<p>Je n'en ai aucune connoissance.</p>
-<p>Qu'avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 aot?</p>
+<p>Qu'avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 août?</p>
-<p>Je suis reste dans la chambre de mon frre, et nous avons veill.</p>
+<p>Je suis restée dans la chambre de mon frère, et nous avons veillé.</p>
-<p>Je vous observe qu'ayant chacun vos appartements, il parot trange
-que vous vous soyez runis dans celui de votre frre, et sans doute
-cette runion avoit un motif que je vous interpelle d'expliquer.</p>
+<p>Je vous observe qu'ayant chacun vos appartements, il paroît étrange
+que vous vous soyez réunis dans celui de votre frère, et sans doute
+cette réunion avoit un motif que je vous interpelle d'expliquer.</p>
-<p>Je n'avois d'autre motif que celui de me runir toujours chez mon
-frre lorsqu'il y avoit du mouvement dans Paris.</p>
+<p>Je n'avois d'autre motif que celui de me réunir toujours chez mon
+frère lorsqu'il y avoit du mouvement dans Paris.</p>
-<p>Cette mme nuit, n'avez-vous pas t avec Marie-Antoinette dans une
-salle o toient les Suisses occups faire des cartouches, et
-notamment n'y avez-vous pas t de neuf heures et demie dix heures
+<p>Cette même nuit, n'avez-vous pas été avec Marie-Antoinette dans une
+salle où étoient les Suisses occupés à faire des cartouches, et
+notamment n'y avez-vous pas été de neuf heures et demie à dix heures
du soir?</p>
-<p>Je n'y ai pas t, et n'ai nulle connoissance de cette salle.</p>
+<p>Je n'y ai pas été, et n'ai nulle connoissance de cette salle.</p>
-<p>Je vous observe que cette rponse n'est point exacte, car il est
-encore tabli dans diffrents procs qui ont eu lieu au tribunal du 17
-aot 1792, que Marie-Antoinette et vous aviez t plusieurs fois dans
+<p>Je vous observe que cette réponse n'est point exacte, car il est
+encore établi dans différents procès qui ont eu lieu au tribunal du 17
+août 1792, que Marie-Antoinette et vous aviez été plusieurs fois dans
la nuit trouver les gardes suisses; que vous les aviez fait boire, et
-les aviez engags confectionner la fabrication des cartouches, dont
+les aviez engagés à confectionner la fabrication des cartouches, dont
Marie-Antoinette avoit mordu plusieurs.</p>
-<p>Cela n'a pas exist, et je n'en ai aucune connoissance.</p>
+<p>Cela n'a pas existé, et je n'en ai aucune connoissance.</p>
-<p>Je vous reprsente que les faits sont trop notoires pour ne pas vous
-rappeler les diffrentes circonstances relatives ceux par vous
-dnis, et pour ne pas savoir le motif qui avoit dtermin le
-rassemblement des troupes de tout genre qui se sont trouves runies
+<p>Je vous représente que les faits sont trop notoires pour ne pas vous
+rappeler les différentes circonstances relatives à ceux par vous
+déniés, et pour ne pas savoir le motif qui avoit déterminé le
+rassemblement des troupes de tout genre qui se sont trouvées réunies
cette nuit aux Thuileries. Pourquoi je vous somme de nouveau de
-dclarer si vous persistez <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> dans vos prcdentes dngations,
-et nier les motifs de ce rassemblement.</p>
+déclarer si vous persistez <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> dans vos précédentes dénégations,
+et à nier les motifs de ce rassemblement.</p>
-<p>Je persiste dans mes prcdentes dngations, et j'ajoute que je ne
+<p>Je persiste dans mes précédentes dénégations, et j'ajoute que je ne
connoissois point de motifs de rassemblement. Je sais seulement, comme
-je l'ai dj dit, que les corps constitus pour la sret de Paris
-toient venus avertir mon frre qu'il y avoit du mouvement dans les
+je l'ai déjà dit, que les corps constitués pour la sûreté de Paris
+étoient venus avertir mon frère qu'il y avoit du mouvement dans les
faubourgs, et que dans ces occasions la garde nationale se rassembloit
-pour sa sret, comme la constitution le prescrivoit.</p>
+pour sa sûreté, comme la constitution le prescrivoit.</p>
-<p>Lors de l'vasion du 20 juin, n'est-ce pas vous qui avez emmen les
+<p>Lors de l'évasion du 20 juin, n'est-ce pas vous qui avez emmené les
enfants?</p>
<p>Non, je suis sortie seule.</p>
-<p>Avez-vous un dfenseur ou voulez-vous en nommer un?</p>
+<p>Avez-vous un défenseur ou voulez-vous en nommer un?</p>
-<p>Je n'en connois pas.&mdash;Pourquoi lui avons nomm le citoyen Chauveau
+<p>Je n'en connois pas.&mdash;Pourquoi lui avons nommé le citoyen Chauveau
pour conseil.</p>
-<p>Lecture du prsent interrogatoire, a persist et a sign avec nous et
+<p>Lecture du présent interrogatoire, a persisté et a signé avec nous et
notre greffier.</p>
<a id="img006" name="img006"></a>
@@ -5607,350 +5562,350 @@ notre greffier.</p>
<img src="images/img006.jpg" width="300" height="147" alt="Signatures." title="">
</div>
-<p>Le lecteur doit remarquer que la signature de Madame lisabeth est ici
+<p>Le lecteur doit remarquer que la signature de Madame Élisabeth est ici
telle qu'elle se trouve dans tous les actes de sa vie. Ses
-interrogateurs n'exigrent point d'elle, ce qu'il parat, d'y
-ajouter ce nom de Capet que la Rvolution avoit invent pour les
-Bourbons, s'imaginant que c'toit le nom du chef de leur race.</p>
-
-<p>Aprs avoir mis sa signature au bas de chaque page de <span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span> cet
-interrogatoire, lisabeth-Marie fut ramene dans sa prison. Elle ne se
-faisait aucune illusion sur le sort qui lui tait rserv, et elle ne
-songea plus qu' paratre, non pas devant ses juges de la terre, car
-elle n'avait rien attendre de ceux-l que la fin de ses tourments,
-mais devant le Juge tout-puissant dont elle esprait sa rcompense.
-Elle savait qu'elle et en vain rclam l'assistance d'un prtre
-catholique non asserment, et elle ne voulut point perdre quelques
-minutes implorer une faveur qui avait t accorde au Roi son frre,
-mais qui depuis un an et t regarde comme un crime. Elle se
-rsigna, offrit directement au Seigneur misricordieux le sacrifice de
+interrogateurs n'exigèrent point d'elle, à ce qu'il paraît, d'y
+ajouter ce nom de Capet que la Révolution avoit inventé pour les
+Bourbons, s'imaginant que c'étoit le nom du chef de leur race.</p>
+
+<p>Après avoir mis sa signature au bas de chaque page de <span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span> cet
+interrogatoire, Élisabeth-Marie fut ramenée dans sa prison. Elle ne se
+faisait aucune illusion sur le sort qui lui était réservé, et elle ne
+songea plus qu'à paraître, non pas devant ses juges de la terre, car
+elle n'avait rien à attendre de ceux-là que la fin de ses tourments,
+mais devant le Juge tout-puissant dont elle espérait sa récompense.
+Elle savait qu'elle eût en vain réclamé l'assistance d'un prêtre
+catholique non assermenté, et elle ne voulut point perdre quelques
+minutes à implorer une faveur qui avait été accordée au Roi son frère,
+mais qui depuis un an eût été regardée comme un crime. Elle se
+résigna, offrit directement au Seigneur miséricordieux le sacrifice de
sa vie, et puisa dans sa foi vive la force dont elle avait besoin pour
l'accomplir dignement.</p>
-<h2><span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> LIVRE ONZIME.<br>
-<span class="smaller">MEURTRE DE MADAME LISABETH.</span></h2>
+<h2><span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> LIVRE ONZIÈME.<br>
+<span class="smaller">MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH.</span></h2>
<div class="citat">
-<p>Le ciel est mon trne, et la terre est mon marchepied.</p>
+<p>«Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied.»</p>
-<p class="source"><i>Actes des Aptres</i>, chap. <span class="smcap">VIII</span>, v. 49.</p>
+<p class="source"><i>Actes des Apôtres</i>, chap. <span class="smcap">VIII</span>, v. 49.</p>
</div>
-<p class="resume">La Conciergerie au mois de mars 1793. &mdash; Ce qu'elle tait au mois
+<p class="resume">La Conciergerie au mois de mars 1793. &mdash; Ce qu'elle était au mois
de mai 1794. &mdash; Madame de la Fayette. &mdash; Haly, concierge de la prison
- du collge du Plessis. &mdash; Paroles de Fouquier. &mdash; Chauveau-Lagarde
- demande voir Madame lisabeth: refus de l'accusateur public,
- sous le prtexte qu'elle ne sera pas juge de sitt. &mdash; Pouss par
- une anxit instinctive, Chauveau-Lagarde entre le lendemain dans
- la salle des assises, et aperoit Madame lisabeth au premier
- rang des accuss. &mdash; Leur interrogatoire. &mdash; Le <cite>Moniteur</cite> n'a point
- dit qu'lisabeth fut dfendue; elle le fut pourtant, bien qu'elle
- ne l'et pas demand et qu'elle s'inquitt peu de
- l'tre. &mdash; Rsum des dbats; questions poses par le prsident;
- verdict des jurs; arrt de mort. &mdash; Parmi les vingt-cinq
- condamns, on signale une femme enceinte; Madame lisabeth fait
+ du collége du Plessis. &mdash; Paroles de Fouquier. &mdash; Chauveau-Lagarde
+ demande à voir Madame Élisabeth: refus de l'accusateur public,
+ sous le prétexte qu'elle ne sera pas jugée de sitôt. &mdash; Poussé par
+ une anxiété instinctive, Chauveau-Lagarde entre le lendemain dans
+ la salle des assises, et aperçoit Madame Élisabeth au premier
+ rang des accusés. &mdash; Leur interrogatoire. &mdash; Le <cite>Moniteur</cite> n'a point
+ dit qu'Élisabeth fut défendue; elle le fut pourtant, bien qu'elle
+ ne l'eût pas demandé et qu'elle s'inquiétât peu de
+ l'être. &mdash; Résumé des débats; questions posées par le président;
+ verdict des jurés; arrêt de mort. &mdash; Parmi les vingt-cinq
+ condamnés, on signale une femme enceinte; Madame Élisabeth fait
avertir les juges, et la sauve. &mdash; Paroles de Fouquier au
- prsident; rponse de Dumas. &mdash; Les condamns sont conduits dans la
- salle des apprts suprmes. &mdash; Influence qu'exerce sur eux Madame
- lisabeth; consolations qu'elle leur prodigue; courage qu'elle
- leur inspire. &mdash; Madame de Snozan. &mdash; MM. de Montmorin et
+ président; réponse de Dumas. &mdash; Les condamnés sont conduits dans la
+ salle des apprêts suprêmes. &mdash; Influence qu'exerce sur eux Madame
+ Élisabeth; consolations qu'elle leur prodigue; courage qu'elle
+ leur inspire. &mdash; Madame de Sénozan. &mdash; MM. de Montmorin et
Bullier. &mdash; M. de Brienne, ancien ministre de la guerre et maire de
- Brienne; paroles que lui adresse Madame lisabeth. &mdash; Dsespoir de
- madame de Montmorin, puis sa rsignation. &mdash; Madame de Crussol
- d'Amboise. &mdash; Grande satisfaction de Madame lisabeth: tous ses
- compagnons d'infortune font rsolment Dieu le sacrifice de
- leur vie. &mdash; Dernier appel. &mdash; Madame lisabeth assise sur la
- charrette ct de mesdames de Snozan et de Crussol. &mdash; A la
- descente du pont Neuf, le mouchoir qui couvre la tte de Madame
- lisabeth tombe aux pieds du bourreau. &mdash; Arriv la place de la
- Rvolution, celui-ci lui tend la main comme pour l'aider
- descendre; lisabeth dtourne la tte. &mdash; Devant l'chafaud, nul ne
- dfaillit. &mdash; Madame de Crussol appele la premire. &mdash; Comment, dans
- ce dernier moment, lisabeth apprend que la Reine n'existe
- plus. &mdash; Madame lisabeth immole la dernire. &mdash; Son corps est jet
- dans un panier avec les autres cadavres, et sa tte avec les
- autres ttes dans un second panier. &mdash; La charrette se met en
- marche. &mdash; Rues du Rocher et d'Errancis, barrire de Monceaux,
- <em>Clos du Christ</em>. &mdash; Fournes prcdentes d'Hbert et des
- hbertistes, de Danton et des quatorze compagnons de mort que son
- gnreux ami Robespierre lui avait donns, <em>de la conspiration
+ Brienne; paroles que lui adresse Madame Élisabeth. &mdash; Désespoir de
+ madame de Montmorin, puis sa résignation. &mdash; Madame de Crussol
+ d'Amboise. &mdash; Grande satisfaction de Madame Élisabeth: tous ses
+ compagnons d'infortune font résolûment à Dieu le sacrifice de
+ leur vie. &mdash; Dernier appel. &mdash; Madame Élisabeth assise sur la
+ charrette à côté de mesdames de Sénozan et de Crussol. &mdash; A la
+ descente du pont Neuf, le mouchoir qui couvre la tête de Madame
+ Élisabeth tombe aux pieds du bourreau. &mdash; Arrivé à la place de la
+ Révolution, celui-ci lui tend la main comme pour l'aider à
+ descendre; Élisabeth détourne la tête. &mdash; Devant l'échafaud, nul ne
+ défaillit. &mdash; Madame de Crussol appelée la première. &mdash; Comment, dans
+ ce dernier moment, Élisabeth apprend que la Reine n'existe
+ plus. &mdash; Madame Élisabeth immolée la dernière. &mdash; Son corps est jeté
+ dans un panier avec les autres cadavres, et sa tête avec les
+ autres têtes dans un second panier. &mdash; La charrette se met en
+ marche. &mdash; Rues du Rocher et d'Errancis, barrière de Monceaux,
+ <em>Clos du Christ</em>. &mdash; Fournées précédentes d'Hébert et des
+ hébertistes, de Danton et des quatorze compagnons de mort que son
+ généreux ami Robespierre lui avait donnés, <em>de la conspiration
des prisons</em>, puis enfin de Malesherbes et de ses enfants. &mdash; Le
- cadavre de Madame lisabeth et les vingt-trois autres sont mis
- nu et inhums ensemble dans une fosse de douze quinze pieds de
+ cadavre de Madame Élisabeth et les vingt-trois autres sont mis à
+ nu et inhumés ensemble dans une fosse de douze à quinze pieds de
largeur et autant de longueur. &mdash; Douleur que produit en Europe le
- meurtre de Madame lisabeth, et particulirement Turin et au
- chteau de Wartegg, prs Rorschach, o vivait retire la famille
+ meurtre de Madame Élisabeth, et particulièrement à Turin et au
+ château de Wartegg, près Rorschach, où vivait retirée la famille
de Bombelles. &mdash; Madame de Raigecourt adresse ses respectueuses
- condolances la jeune Marie-Thrse; rponse de
- celle-ci. &mdash; Lettre du comte de Provence madame des Montiers. &mdash; La
- commune rvolutionnaire de Versailles s'emparant de la maison
- lisabeth, Jacques et Marie, mis en prison, y sont oublis. &mdash; Leur
- misre veille la piti des magistrats; leur dtention est
- dclare une injustice, mais aucune indemnit ne leur est
- attribue. &mdash; Retirs Bulle, <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> ils y passent en paix une
- quarantaine d'annes. &mdash; Fondation d'une manufacture d'horlogerie
- dans la maison de Montreuil. &mdash; L'entreprise demeure sans succs.</p>
-
-<p>On se ferait difficilement une ide de ce qu'taient les prisons de
-Paris pendant la rvolution. Dj, dans un <cite>Rapport au ministre de
-l'intrieur sur l'tat des prisons de la Conciergerie</cite>, la date du
-17 mars 1793, le citoyen Grandpr s'exprimait ainsi:</p>
+ condoléances à la jeune Marie-Thérèse; réponse de
+ celle-ci. &mdash; Lettre du comte de Provence à madame des Montiers. &mdash; La
+ commune révolutionnaire de Versailles s'emparant de la maison
+ Élisabeth, Jacques et Marie, mis en prison, y sont oubliés. &mdash; Leur
+ misère éveille la pitié des magistrats; leur détention est
+ déclarée une injustice, mais aucune indemnité ne leur est
+ attribuée. &mdash; Retirés à Bulle, <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> ils y passent en paix une
+ quarantaine d'années. &mdash; Fondation d'une manufacture d'horlogerie
+ dans la maison de Montreuil. &mdash; L'entreprise demeure sans succès.</p>
+
+<p>On se ferait difficilement une idée de ce qu'étaient les prisons de
+Paris pendant la révolution. Déjà, dans un <cite>Rapport au ministre de
+l'intérieur sur l'état des prisons de la Conciergerie</cite>, à la date du
+17 mars 1793, le citoyen Grandpré s'exprimait ainsi:</p>
<div class="lettre">
-<p>Je viens de faire une nouvelle visite des prisons de la Conciergerie.
-L'impression horrible que j'ai prouve la vue des malheureux
-amoncels dans cette affreuse demeure est inexprimable, et je ne puis
-concevoir encore la barbarie des officiers de police chargs de la
-surveiller et l'insouciance des tribunaux absoudre ou condamner les
-accuss. Toutes les prisons ont t vides l'poque jamais
-excrable des 2 et 3 septembre dernier. Cependant elles contiennent
-aujourd'hui 950 individus. Il y en a 320 l'htel de la Force, 44
-Sainte-Plagie, 206 Bictre, et 380 la Conciergerie. Cette
-dernire prison, qui, par sa position prs du tribunal criminel, a
-toujours t destine pour les criminels, et qui ne devroit tre
-considre, d'aprs la nouvelle organisation, que comme maison de
-justice, sert cependant tout la fois de maison d'arrt, de maison de
+<p>«Je viens de faire une nouvelle visite des prisons de la Conciergerie.
+L'impression horrible que j'ai éprouvée à la vue des malheureux
+amoncelés dans cette affreuse demeure est inexprimable, et je ne puis
+concevoir encore la barbarie des officiers de police chargés de la
+surveiller et l'insouciance des tribunaux à absoudre ou condamner les
+accusés. Toutes les prisons ont été vidées à l'époque à jamais
+exécrable des 2 et 3 septembre dernier. Cependant elles contiennent
+aujourd'hui 950 individus. Il y en a 320 à l'hôtel de la Force, 44 à
+Sainte-Pélagie, 206 à Bicêtre, et 380 à la Conciergerie. Cette
+dernière prison, qui, par sa position près du tribunal criminel, a
+toujours été destinée pour les criminels, et qui ne devroit être
+considérée, d'après la nouvelle organisation, que comme maison de
+justice, sert cependant tout à la fois de maison d'arrêt, de maison de
justice et de force. Il faut toute la surveillance et tout le
-dvouement d'un concierge incorruptible et de guichetiers prouvs
+dévouement d'un concierge incorruptible et de guichetiers éprouvés
tels que ceux qui en ont la garde, pour qu'il n'y arrive pas chaque
-jour des vnements sans nombre et des vasions multiplies, comme
-cela arrive journellement dans presque tous les dpartements. J'y ai
-vu une trentaine d'hommes et femmes condamns mort, qui tous se sont
-pourvus en cassation, dont les procs languissent, et qui emploient
-tout le temps qu'on leur laisse faire toutes sortes de tentatives
-soit pour attenter leur vie, soit pour oprer un soulvement au
-dehors ou mme au dedans; et <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> leur rassemblement prodigieux,
-en leur montrant leur force, fait craindre tout moment que leurs
-projets ne russissent. Ce qui contribue plus les dsesprer et
-leur faire tout entreprendre, c'est l'inhumanit avec laquelle on les
-entasse dans la mme chambre et les tourments incalculables qu'ils
-prouvent pendant la nuit. Je les ai visites l'ouverture, et je ne
+jour des événements sans nombre et des évasions multipliées, comme
+cela arrive journellement dans presque tous les départements. J'y ai
+vu une trentaine d'hommes et femmes condamnés à mort, qui tous se sont
+pourvus en cassation, dont les procès languissent, et qui emploient
+tout le temps qu'on leur laisse à faire toutes sortes de tentatives
+soit pour attenter à leur vie, soit pour opérer un soulèvement au
+dehors ou même au dedans; et <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> leur rassemblement prodigieux,
+en leur montrant leur force, fait craindre à tout moment que leurs
+projets ne réussissent. Ce qui contribue plus à les désespérer et à
+leur faire tout entreprendre, c'est l'inhumanité avec laquelle on les
+entasse dans la même chambre et les tourments incalculables qu'ils
+éprouvent pendant la nuit. Je les ai visitées à l'ouverture, et je ne
connois point d'expression assez forte pour peindre le sentiment
-d'horreur que j'ai prouv en voyant dans une seule pice 26 hommes
-rassembls, couchs sur 21 paillasses, respirant l'air le plus infect,
-et couverts de lambeaux moiti pourris; dans une autre, 45 hommes
-entasss sur 10 grabats; dans une troisime, 38 moribonds presss sur
-9 couchettes; dans une quatrime, trs-petite, 14 hommes ne pouvant
-trouver de place dans 4 cases; enfin, dans une cinquime, sixime et
-septime pice, 85 malheureux se froissant les uns les autres pour
-pouvoir s'tendre sur 16 paillasses remplies de vermine, et ne pouvant
-tous trouver le moyen de poser leur tte. Un pareil spectacle m'a fait
-reculer d'pouvante, et je frissonne encore en voulant en donner une
-ide. Les femmes sont traites de la mme manire. 54 d'entre elles
-sont forces de se coucher sur 19 paillasses ou de se relayer
-alternativement pour rester debout et ne pas touffer en se mettant
+d'horreur que j'ai éprouvé en voyant dans une seule pièce 26 hommes
+rassemblés, couchés sur 21 paillasses, respirant l'air le plus infect,
+et couverts de lambeaux à moitié pourris; dans une autre, 45 hommes
+entassés sur 10 grabats; dans une troisième, 38 moribonds pressés sur
+9 couchettes; dans une quatrième, très-petite, 14 hommes ne pouvant
+trouver de place dans 4 cases; enfin, dans une cinquième, sixième et
+septième pièce, 85 malheureux se froissant les uns les autres pour
+pouvoir s'étendre sur 16 paillasses remplies de vermine, et ne pouvant
+tous trouver le moyen de poser leur tête. Un pareil spectacle m'a fait
+reculer d'épouvante, et je frissonne encore en voulant en donner une
+idée. Les femmes sont traitées de la même manière. 54 d'entre elles
+sont forcées de se coucher sur 19 paillasses ou de se relayer
+alternativement pour rester debout et ne pas étouffer en se mettant
les unes sur les autres. Il y a dans cette maison 47 hommes et 12
-femmes qui ont le privilge d'tre la pension et de coucher dans des
-lits spars. Cette distinction m'a paru barbare, injuste et
-injurieuse l'humanit. La loi qui distribue le pain galement entre
-chaque dtenu ne peut avoir eu l'intention de donner l'homme ais un
-asile commode et de mettre l'indigent dans un tombeau. Toute ingalit
-doit disparotre devant elle. De quelque tat ou condition qu'ils
-soient, elle voit les accuss du mme &oelig;il, et leur promet tous le
-mme traitement jusqu' l'instant de leur jugement. Mais la justice
+femmes qui ont le privilége d'être à la pension et de coucher dans des
+lits séparés. Cette distinction m'a paru barbare, injuste et
+injurieuse à l'humanité. La loi qui distribue le pain également entre
+chaque détenu ne peut avoir eu l'intention de donner à l'homme aisé un
+asile commode et de mettre l'indigent dans un tombeau. Toute inégalité
+doit disparoître devant elle. De quelque état ou condition qu'ils
+soient, elle voit les accusés du même &oelig;il, et leur promet à tous le
+même traitement jusqu'à l'instant de leur jugement. Mais la justice
semble <span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p. 194)</span> endormie; ses oracles ne se rendent plus, ou le peu
-qui lui chappent sont sans effet, au moyen du tribunal de cassation,
-o l'appel en est port, et o les affaires restent en suspens.
+qui lui échappent sont sans effet, au moyen du tribunal de cassation,
+où l'appel en est porté, et où les affaires restent en suspens.
Cependant les prisons s'engorgent chaque jour: presque aucun
prisonnier n'en sort; un grand nombre y arrive sans cesse; au milieu
-de cette effroyable quantit, le jur d'accusation se tait, ou ne se
-livre que ngligemment des fonctions dont le terme trop loign
+de cette effroyable quantité, le juré d'accusation se tait, ou ne se
+livre que négligemment à des fonctions dont le terme trop éloigné
l'effarouche; il choisit les individus dont il veut s'occuper de
-prfrence, et des malheureux arrts depuis plusieurs mois ont la
-douleur de n'avoir pas encore t interrogs: il y en a dans ce cas
+préférence, et des malheureux arrêtés depuis plusieurs mois ont la
+douleur de n'avoir pas encore été interrogés: il y en a dans ce cas
34, dont j'indique les noms et la date de l'arrestation dans un
-tableau joint au prsent rapport.</p>
-
-<p>Je dois encore appeler l'attention du ministre sur le sort d'un assez
-grand nombre de malheureux chapps au carnage du mois de septembre,
-et rintgrs depuis dans les prisons, en vertu d'ordres la plupart
-arbitraires et sans cause. La crise perptuelle o se trouve la
-Rpublique, les mouvemens intrieurs et frquents qui en sont la
-suite, les bruits qu'on ne cesse de rpandre d'un nouveau massacre,
-l'image toujours prsente de celui qui s'est effectu sous leurs yeux,
-jettent la terreur dans l'me de ces infortuns; ils souffrent mille
-morts chaque jour et maudissent le moment qui ne leur a sauv la vie
+tableau joint au présent rapport.</p>
+
+<p>»Je dois encore appeler l'attention du ministre sur le sort d'un assez
+grand nombre de malheureux échappés au carnage du mois de septembre,
+et réintégrés depuis dans les prisons, en vertu d'ordres la plupart
+arbitraires et sans cause. La crise perpétuelle où se trouve la
+République, les mouvemens intérieurs et fréquents qui en sont la
+suite, les bruits qu'on ne cesse de répandre d'un nouveau massacre,
+l'image toujours présente de celui qui s'est effectué sous leurs yeux,
+jettent la terreur dans l'âme de ces infortunés; ils souffrent mille
+morts chaque jour et maudissent le moment qui ne leur a sauvé la vie
que pour les livrer de nouveau au supplice journalier d'une
incertitude cent fois plus cruelle que tous les genres de mort
possibles. Regardera-t-on comme une absolution de leurs fautes
-l'preuve laquelle ils ont t soumis aux journes de septembre et
-la libert qui leur a t accorde? C'est une question que le ministre
+l'épreuve à laquelle ils ont été soumis aux journées de septembre et
+la liberté qui leur a été accordée? C'est une question que le ministre
Roland a soumise le 16 novembre au ministre de la justice, et sur
-laquelle il seroit important de prononcer. Il n'y a pas de dlit qui
-ne doive tre effac pour des gens qui ont t plusieurs jours sous le
-couteau, et la situation pnible o ils se retrouvent en ce moment,
+laquelle il seroit important de prononcer. Il n'y a pas de délit qui
+ne doive être effacé pour des gens qui ont été plusieurs jours sous le
+couteau, et la situation pénible où ils se retrouvent en ce moment,
et dans <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> laquelle ils sont depuis plusieurs mois, les met sans
doute dans le cas de l'indulgence.</p>
-<p>Paris, le 17 mars 1793, l'an II de la Rpublique franaise.</p>
+<p>»Paris, le 17 mars 1793, l'an II de la République française.</p>
-<p class="authorsc">Grandpr.</p>
+<p class="authorsc">»Grandpré.»</p>
</div>
-<p class="p2">Les choses ne se passaient plus ainsi en mai 1794. La justice n'tait
+<p class="p2">Les choses ne se passaient plus ainsi en mai 1794. La justice n'était
plus endormie, pour nous servir des termes du rapport qu'on vient de
-lire. Les inquitudes de l'attente taient pargnes au suspect et les
-longues terreurs au condamn. Les prisons se remplissaient chaque
-jour, mais chaque jour elles taient vides par le bourreau.</p>
+lire. Les inquiétudes de l'attente étaient épargnées au suspect et les
+longues terreurs au condamné. Les prisons se remplissaient chaque
+jour, mais chaque jour elles étaient vidées par le bourreau.</p>
-<p>Un prisonnier de 1794 nous a laiss la description de la Conciergerie
-telle qu'elle tait cette poque:</p>
+<p>Un prisonnier de 1794 nous a laissé la description de la Conciergerie
+telle qu'elle était à cette époque:</p>
-<p>La premire entre, dit-il, est ferme de deux guichets<a id="footnotetag95" name="footnotetag95"></a><a href="#footnote95" title="Go to footnote 95"><span class="smaller">[95]</span></a>. Ces deux
-guichets sont peu prs trois pieds l'un de l'autre. Ils sont tenus
+<p>«La première entrée, dit-il, est fermée de deux guichets<a id="footnotetag95" name="footnotetag95"></a><a href="#footnote95" title="Go to footnote 95"><span class="smaller">[95]</span></a>. Ces deux
+guichets sont à peu près à trois pieds l'un de l'autre. Ils sont tenus
chacun par un porte-clefs. Tous les porte-clefs ne sont pas admis
-indistinctement l'honneur de ces premiers guichets: on choisit les
+indistinctement à l'honneur de ces premiers guichets: on choisit les
plus vigoureux et ceux qui ont le coup d'&oelig;il plus subtil. Il faut,
-disent-ils, avoir de la tte pour de pareilles fonctions. Aussi les
-postulants attendent-ils quelquefois longtemps. Un bouquet plac
+disent-ils, avoir de la tête pour de pareilles fonctions. Aussi les
+postulants attendent-ils quelquefois longtemps. Un bouquet placé
au-dessus de la porte annonce une nouvelle promotion. Le promu se fait
-coiffer ce jour-l par un perruquier, met ses plus beaux habits. Son
-air satisfait et capable annonce qu'il sent sa dignit et qu'il n'est
-pas au-dessous du choix dont on l'a honor. Le soir, les flots de vin
+coiffer ce jour-là par un perruquier, met ses plus beaux habits. Son
+air satisfait et capable annonce qu'il sent sa dignité et qu'il n'est
+pas au-dessous du choix dont on l'a honoré. Le soir, les flots de vin
redoublent et terminent un si beau jour.</p>
-<p>Dans la premire pice, appele guichet, au bout d'une grande table,
+<p>»Dans la première pièce, appelée guichet, au bout d'une grande table,
sur un fauteuil, est le gouverneur de la maison, <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> ou bien la
-respectable moiti de lui-mme, ou bien le plus ancien des
-porte-clefs, qui les reprsente en ce cas. Ces gouverneurs-l sont
-devenus, par le temps o nous sommes, des personnages
-trs-considrables. Les parents, amis ou amies des prisonniers, font
-ordinairement une cour trs-assidue au concierge Richard pour se faire
-entr'ouvrir un guichet. On le salue profondment; quand il est de
+respectable moitié de lui-même, ou bien le plus ancien des
+porte-clefs, qui les représente en ce cas. Ces gouverneurs-là sont
+devenus, par le temps où nous sommes, des personnages
+très-considérables. Les parents, amis ou amies des prisonniers, font
+ordinairement une cour très-assidue au concierge Richard pour se faire
+entr'ouvrir un guichet. On le salue profondément; quand il est de
bonne humeur, il sourit; quand au contraire il est morose, il fronce
le sourcil; c'est Jupiter qui fait trembler l'Olympe d'un coup
-d'&oelig;il. Aussi les prisonniers ont-ils toujours l'attention d'pier
-ses bons moments, et alors on s'vertue prsenter humblement le
+d'&oelig;il. Aussi les prisonniers ont-ils toujours l'attention d'épier
+ses bons moments, et alors on s'évertue à présenter humblement le
placet.</p>
-<p>C'est de ce fauteuil qu'manent les ordres pour la police de la
-maison. C'est ce fauteuil que sont voques les querelles des
-guichetiers entre eux et des guichetiers avec les prisonniers. C'est
-ce fauteuil que les malheureux dtenus portent leurs humbles
-rclamations quand ils obtiennent la faveur d'y tre admis. C'est de
+<p>»C'est de ce fauteuil qu'émanent les ordres pour la police de la
+maison. C'est à ce fauteuil que sont évoquées les querelles des
+guichetiers entre eux et des guichetiers avec les prisonniers. C'est à
+ce fauteuil que les malheureux détenus portent leurs humbles
+réclamations quand ils obtiennent la faveur d'y être admis. C'est de
ce fauteuil que part quelquefois un regard de protection qui console,
et souvent un coup d'&oelig;il qui foudroie. Du reste, la femme Richard
-tient sa maison d'une manire tonnante: on n'a ni plus de mmoire, ni
-plus de prsence d'esprit, ni une connoissance plus exacte des dtails
+tient sa maison d'une manière étonnante: on n'a ni plus de mémoire, ni
+plus de présence d'esprit, ni une connoissance plus exacte des détails
les plus minutieux.</p>
-<p>Outre le concierge ou son reprsentant, il y a dans le guichet un
+<p>»Outre le concierge ou son représentant, il y a dans le guichet un
ancien porte-clefs qui divague. C'est, sans qu'il y paroisse,
l'inspecteur des personnes qui entrent ou qui sortent. Quand il a des
distractions, on entend sortir du fauteuil ces vigilantes paroles:
-<em>Allumez le miston!</em> (<em>Allumez</em>, mot d'argot qui veut dire regarde
-sous le nez, <em>miston</em>, de l'individu.) Le guichetier les rpte ses
+«<em>Allumez le miston!</em>» (<em>Allumez</em>, mot d'argot qui veut dire regarde
+sous le nez, <em>miston</em>, de l'individu.) Le guichetier les répète à ses
camarades qui sont de service aux portes. Lorsqu'il entre un nouveau
prisonnier, on recommande aux guichetiers d'<em>allumer le miston</em>, afin
-qu'il soit gnralement connu et ne puisse se donner pour tranger.</p>
+qu'il soit généralement connu et ne puisse se donner pour étranger.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span>A main gauche en entrant dans le guichet est le greffe. Cette
-pice est partage en deux par des barreaux. Une moiti est destine
-aux critures, l'autre moiti est le lieu o l'on dpose les
-condamns; c'est l qu'ils ont quelquefois attendu trente-six heures
-le moment fatal o l'excuteur des jugements criminels (que les
-guichetiers appellent dans leur langage <em>tle</em>) leur fait subir les
-redoutables apprts de leur supplice<a id="footnotetag96" name="footnotetag96"></a><a href="#footnote96" title="Go to footnote 96"><span class="smaller">[96]</span></a>.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span>»A main gauche en entrant dans le guichet est le greffe. Cette
+pièce est partagée en deux par des barreaux. Une moitié est destinée
+aux écritures, l'autre moitié est le lieu où l'on dépose les
+condamnés; c'est là qu'ils ont quelquefois attendu trente-six heures
+le moment fatal où l'exécuteur des jugements criminels (que les
+guichetiers appellent dans leur langage <em>tôle</em>) leur fait subir les
+redoutables apprêts de leur supplice<a id="footnotetag96" name="footnotetag96"></a><a href="#footnote96" title="Go to footnote 96"><span class="smaller">[96]</span></a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> C'est dans cette pice que Madame lisabeth avait pass les
-deux heures qui avaient prcd son interrogatoire.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> C'est dans cette pièce que Madame Élisabeth avait passé les
+deux heures qui avaient précédé son interrogatoire.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> Peut-tre sera-t-on dispos croire qu'entre cet
+<p><span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> Peut-être sera-t-on disposé à croire qu'entre cet
interrogatoire et le jugement il y eut l'intervalle de temps
-ncessaire <span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> pour que l'accuse pt runir ses moyens de
-dfense. Ce serait mal connatre l'poque rvolutionnaire que de
-<span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> cder une pareille illusion. Madame de la Fayette<a id="footnotetag97" name="footnotetag97"></a><a href="#footnote97" title="Go to footnote 97"><span class="smaller">[97]</span></a>, si
-admirable par le caractre aussi nergique que gnreux <span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span>
-qu'elle dploya au milieu de ces scnes d'horreur, raconte qu'ayant
-t transfre de la Force au collge du Plessis, Haly, concierge de
-cette dernire prison, lui dit un jour: Je sors de chez
-Fouquier-Tinville; je l'ai trouv tendu sur le tapis, ple, ananti;
+nécessaire <span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> pour que l'accusée pût réunir ses moyens de
+défense. Ce serait mal connaître l'époque révolutionnaire que de
+<span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> céder à une pareille illusion. Madame de la Fayette<a id="footnotetag97" name="footnotetag97"></a><a href="#footnote97" title="Go to footnote 97"><span class="smaller">[97]</span></a>, si
+admirable par le caractère aussi énergique que généreux <span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span>
+qu'elle déploya au milieu de ces scènes d'horreur, raconte qu'ayant
+été transférée de la Force au collége du Plessis, Haly, concierge de
+cette dernière prison, lui dit un jour: «Je sors de chez
+Fouquier-Tinville; je l'ai trouvé étendu sur le tapis, pâle, anéanti;
ses filles le caressoient et essuyoient la sueur de son front. Il me
-rpondit lorsque je lui demandai ses ordres pour la liste du
-lendemain: Laissez-moi, Haly, je n'y suffis pas; quel mtier! Puis,
-comme par instinct, il ajouta: Voyez mon secrtaire; il m'en faut
-soixante, n'importe lesquels; qu'il les assortisse<a id="footnotetag98" name="footnotetag98"></a><a href="#footnote98" title="Go to footnote 98"><span class="smaller">[98]</span></a>.</p>
-
-<p>On le voit, c'est irrgulirement et au hasard que l'on tuait dans ce
-temps-l. Aussi l'interrogatoire que nous avons donn plus haut n'est
-qu'une comdie drisoire qui ne prsente aucune garantie
+répondit lorsque je lui demandai ses ordres pour la liste du
+lendemain: «Laissez-moi, Haly, je n'y suffis pas; quel métier!» Puis,
+comme par instinct, il ajouta: «Voyez mon secrétaire; il m'en faut
+soixante, n'importe lesquels; qu'il les assortisse<a id="footnotetag98" name="footnotetag98"></a><a href="#footnote98" title="Go to footnote 98"><span class="smaller">[98]</span></a>.»</p>
+
+<p>On le voit, c'est irrégulièrement et au hasard que l'on tuait dans ce
+temps-là. Aussi l'interrogatoire que nous avons donné plus haut n'est
+qu'une comédie dérisoire qui ne présente aucune garantie à
l'innocence.</p>
-<p>On n'impute mme l'accuse aucun grief qui lui soit personnel. Elle
-est la s&oelig;ur de Louis XVI, l'amie de Marie-Antoinette: voil ses
-crimes. Si le tribunal est d'avance rsolu tuer la prvenue, la
-prvenue sait elle-mme, n'en pas douter, qu'elle n'a pas de justice
- attendre du tribunal.</p>
-
-<p>Cependant quelqu'un, se disant autoris par Madame lisabeth, reste
-en ralit trangre cette dmarche, tait all avertir M.
-Chauveau-Lagarde qu'il tait dsign pour la dfendre. Il se prsenta
-aussitt la prison, afin de s'entretenir avec elle de son acte
-d'accusation. On ne lui permit point de lui parler. Il rclama prs de
-Fouquier-Tinville, qui lui rpondit: Vous ne pouvez la voir
-aujourd'hui; rien <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> ne presse: elle ne sera pas juge de
-sitt. Cependant, malgr la fausse assertion de Fouquier, le procs
-de madame lisabeth allait bientt commencer. Je ne sais quel vague
-pressentiment, quelle apprhension et quelle anxit douloureuse
-poussrent le lendemain matin M. Chauveau-Lagarde dans la salle des
-assises. Quelle fut sa surprise lorsqu'il aperut Madame lisabeth,
-vtue de blanc, environne d'un grand nombre d'accuss, assise sur le
-haut des gradins, o on l'avait place la premire pour la mettre plus
-en vidence! Toute confrence avec elle lui tait ncessairement
-interdite. Elle ignore mme sans doute qu'un homme, dans cette
-enceinte, se lvera pour la dfendre. Parmi les personnes qu'on lui a
-associes, au nombre de vingt-quatre dans l'acte d'accusation, il en
-est quelques-unes qu'elle a quelquefois rencontres la cour: la
-marquise de Snozan, s&oelig;ur de Malesherbes; madame de Crussol
-d'Amboise; M. de Lomnie, ancien ministre de la guerre, et madame de
-Montmorin, veuve de l'ancien ministre des affaires trangres massacr
- l'Abbaye le 2 septembre 1792. La s&oelig;ur de Louis XVI tait inconnue
-de presque tous les autres accuss. Cependant, ds le matin,
-quelqu'un, dans les corridors de la Conciergerie, ayant prononc le
-nom d'lisabeth, ce nom, du guichet au greffe, de la prison au prau,
+<p>On n'impute même à l'accusée aucun grief qui lui soit personnel. Elle
+est la s&oelig;ur de Louis XVI, l'amie de Marie-Antoinette: voilà ses
+crimes. Si le tribunal est d'avance résolu à tuer la prévenue, la
+prévenue sait elle-même, à n'en pas douter, qu'elle n'a pas de justice
+à attendre du tribunal.</p>
+
+<p>Cependant quelqu'un, se disant autorisé par Madame Élisabeth, restée
+en réalité étrangère à cette démarche, était allé avertir M.
+Chauveau-Lagarde qu'il était désigné pour la défendre. Il se présenta
+aussitôt à la prison, afin de s'entretenir avec elle de son acte
+d'accusation. On ne lui permit point de lui parler. Il réclama près de
+Fouquier-Tinville, qui lui répondit: «Vous ne pouvez la voir
+aujourd'hui; rien <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> ne presse: elle ne sera pas jugée de
+sitôt.» Cependant, malgré la fausse assertion de Fouquier, le procès
+de madame Élisabeth allait bientôt commencer. Je ne sais quel vague
+pressentiment, quelle appréhension et quelle anxiété douloureuse
+poussèrent le lendemain matin M. Chauveau-Lagarde dans la salle des
+assises. Quelle fut sa surprise lorsqu'il aperçut Madame Élisabeth,
+vêtue de blanc, environnée d'un grand nombre d'accusés, assise sur le
+haut des gradins, où on l'avait placée la première pour la mettre plus
+en évidence! Toute conférence avec elle lui était nécessairement
+interdite. Elle ignore même sans doute qu'un homme, dans cette
+enceinte, se lèvera pour la défendre. Parmi les personnes qu'on lui a
+associées, au nombre de vingt-quatre dans l'acte d'accusation, il en
+est quelques-unes qu'elle a quelquefois rencontrées à la cour: la
+marquise de Sénozan, s&oelig;ur de Malesherbes; madame de Crussol
+d'Amboise; M. de Loménie, ancien ministre de la guerre, et madame de
+Montmorin, veuve de l'ancien ministre des affaires étrangères massacré
+à l'Abbaye le 2 septembre 1792. La s&oelig;ur de Louis XVI était inconnue
+de presque tous les autres accusés. Cependant, dès le matin,
+quelqu'un, dans les corridors de la Conciergerie, ayant prononcé le
+nom d'Élisabeth, ce nom, du guichet au greffe, de la prison au préau,
avait couru de bouche en bouche, et l'attention de tous les
-prisonniers s'tait porte sur elle. La s&oelig;ur de Louis XVI n'en fut
-pas trouble: toujours matresse d'elle-mme, elle avait tant de
-srnit et de sang-froid qu'elle en communiquait aux mes les plus
-troubles: elle ne songeait qu' donner des consolations, la paix du
-c&oelig;ur et la grce de Dieu ces infortunes sans espoir, pour
-lesquelles toutes portes taient fermes, except celle qui ouvrait du
-ct du ciel.</p>
-
-<p>Cependant Ren-Franois Dumas, prsident du tribunal, a ouvert
-l'audience; Gabriel Delige et Antoine-Marie Maire, juges, sont assis
- ses cts.</p>
+prisonniers s'était portée sur elle. La s&oelig;ur de Louis XVI n'en fut
+pas troublée: toujours maîtresse d'elle-même, elle avait tant de
+sérénité et de sang-froid qu'elle en communiquait aux âmes les plus
+troublées: elle ne songeait qu'à donner des consolations, la paix du
+c&oelig;ur et la grâce de Dieu à ces infortunes sans espoir, pour
+lesquelles toutes portes étaient fermées, excepté celle qui ouvrait du
+côté du ciel.</p>
+
+<p>Cependant René-François Dumas, président du tribunal, a ouvert
+l'audience; Gabriel Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, sont assis
+à ses côtés.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> Gilbert Liendon, substitut de l'accusateur public, soutient
-l'accusation; Charles-Adrien Legris, greffier, rdige le
-procs-verbal.</p>
+l'accusation; Charles-Adrien Legris, greffier, rédige le
+procès-verbal.</p>
-<p>Les jurs, au nombre de quinze, sont les citoyens Trinchard, Laporte,
-Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest, Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyre,
-Prieur, Besnard, Five, Sambat et Desboisseaux.</p>
+<p>Les jurés, au nombre de quinze, sont les citoyens Trinchard, Laporte,
+Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest, Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyère,
+Prieur, Besnard, Fiévée, Sambat et Desboisseaux.</p>
-<p>Le prsident Dumas, s'adressant Madame lisabeth:</p>
+<p>Le président Dumas, s'adressant à Madame Élisabeth:</p>
<p>Quel est votre nom?</p>
-<p><i>R.</i> lisabeth-Marie.</p>
+<p><i>R.</i> Élisabeth-Marie.</p>
-<p class="p2">Le <cite>Moniteur</cite> ne dit pas, mais un grand nombre de personnes prsentes
-ont racont qu' cette premire question Madame lisabeth rpondit:
-Je me nomme lisabeth-Marie de France, s&oelig;ur de Louis XVI, tante de
-Louis XVII, votre Roi. J'ai connu moi-mme une personne digne de foi
-qui m'a assur avoir entendu ces paroles, et j'ai l'intime conviction
-qu'elles ont t prononces.</p>
+<p class="p2">Le <cite>Moniteur</cite> ne dit pas, mais un grand nombre de personnes présentes
+ont raconté qu'à cette première question Madame Élisabeth répondit:
+«Je me nomme Élisabeth-Marie de France, s&oelig;ur de Louis XVI, tante de
+Louis XVII, votre Roi.» J'ai connu moi-même une personne digne de foi
+qui m'a assuré avoir entendu ces paroles, et j'ai l'intime conviction
+qu'elles ont été prononcées.</p>
-<p class="p2"><i>D.</i> Votre ge?</p>
+<p class="p2"><i>D.</i> Votre âge?</p>
<p><i>R.</i> Trente ans.</p>
-<p><i>D.</i> O tes-vous ne?</p>
+<p><i>D.</i> Où êtes-vous née?</p>
<p><i>R.</i> A Versailles.</p>
-<p><i>D.</i> O rsidez-vous?</p>
+<p><i>D.</i> Où résidez-vous?</p>
<p><i>R.</i> A Paris.</p>
@@ -5963,13 +5918,13 @@ qu'elles ont t prononces.</p>
<div class="smaller">
<p>Antoine-Quentin Fouquier, Accusateur Public du Tribunal
-Rvolutionnaire, tabli Paris par dcret de la Convention nationale
-du 10 mars 1793, l'an deuxime de la Rpublique, sans aucun recours au
-Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir lui donn par l'article
-deux d'un autre dcret de la Convention du 5 avril suivant, portant:
-Que l'Accusateur Public dudit Tribunal est autoris faire arrter,
-poursuivre et juger sur la dnonciation des autorits constitues ou
-des citoyens.</p>
+Révolutionnaire, établi à Paris par décret de la Convention nationale
+du 10 mars 1793, l'an deuxième de la République, sans aucun recours au
+Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l'article
+deux d'un autre décret de la Convention du 5 avril suivant, portant:
+«Que l'Accusateur Public dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter,
+poursuivre et juger sur la dénonciation des autorités constituées ou
+des citoyens».</p>
<p>Expose,</p>
</div>
@@ -5977,602 +5932,602 @@ des citoyens.</p>
<p>Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation, dont la teneur
suit<a id="footnotetag99" name="footnotetag99"></a><a href="#footnote99" title="Go to footnote 99"><span class="smaller">[99]</span></a>:</p>
-<p class="smcap">Antoine-Quentin Fouquier,</p>
+<p class="smcap">«Antoine-Quentin Fouquier,</p>
-<p>Accusateur public du Tribunal Rvolutionnaire tabli Paris par
-dcret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> l'an
-deuxime de la Rpublique, sans aucun recours au Tribunal de
-cassation, en vertu du pouvoir lui donn par l'article deux d'un
-autre dcret de la Convention du 5 avril suivant, portant que
-l'Accusateur public dudit Tribunal est autoris faire arrter,
-poursuivre et juger, sur la dnonciation des autorits constitues ou
-des citoyens;</p>
+<p>»Accusateur public du Tribunal Révolutionnaire établi à Paris par
+décret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> l'an
+deuxième de la République, sans aucun recours au Tribunal de
+cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l'article deux d'un
+autre décret de la Convention du 5 avril suivant, portant «que
+l'Accusateur public dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter,
+poursuivre et juger, sur la dénonciation des autorités constituées ou
+des citoyens;»</p>
-<p>Expose que, par diffrents arrts du comit de sret gnrale de la
-Convention, des comits rvolutionnaires de diffrentes sections de
-Paris, du dpartement de l'Yonne, et en vertu de mandats d'arrt
-dcerns par l'accusateur public, ont t traduits au Tribunal:</p>
+<p>»Expose que, par différents arrêtés du comité de sûreté générale de la
+Convention, des comités révolutionnaires de différentes sections de
+Paris, du département de l'Yonne, et en vertu de mandats d'arrêt
+décernés par l'accusateur public, ont été traduits au Tribunal:</p>
<div class="quote victime">
- <p>1<sup>o</sup> Marie lisabeth Capet, s&oelig;ur de Louis Capet, le dernier des
- tirans des Franais, ge de trente ans, ne Versailles;</p>
+ <p>1<sup>o</sup> Marie Élisabeth Capet, s&oelig;ur de Louis Capet, le dernier des
+ tirans des Français, âgée de trente ans, née à Versailles;</p>
- <p>2<sup>o</sup> Anne <em>Duwaes, veuve de L'aigle</em>, cy devant marquise, ne
- Keisnist, dans la campagne de Westphalie, demeurant Montagne
- belair, cy devant Saint Germain en Laye, dpartement de Seine et
- Oise, ge de cinquante cinq ans;</p>
+ <p>2<sup>o</sup> Anne <em>Duwaes, veuve de L'aigle</em>, cy devant marquise, née à
+ Keisnist, dans la campagne de Westphalie, demeurant à Montagne
+ belair, cy devant Saint Germain en Laye, département de Seine et
+ Oise, âgée de cinquante cinq ans;</p>
- <p>3<sup>o</sup> Louis Bernardin Leneuf <em>Sourdeval</em>, g de soixante neuf ans,
- n Caen, ex comte, demeurant actuellement Chatou, dpartement
+ <p>3<sup>o</sup> Louis Bernardin Leneuf <em>Sourdeval</em>, âgé de soixante neuf ans,
+ né à Caen, ex comte, demeurant actuellement à Chatou, département
de Seine et Oise, avant demeurant dans le district de Caen,
- dpartement du Calvados;</p>
+ département du Calvados;</p>
<p>4<sup>o</sup> Anne Nicole <em>Lamoignon</em>, veuve du cy devant marquis de
- <em>Senozan</em>, ge de soixante seize ans, n Paris, y demeurant;</p>
+ <em>Senozan</em>, âgée de soixante seize ans, né à Paris, y demeurant;</p>
- <p>5<sup>o</sup> Claude Louise Anglique <em>Bersin</em>, femme spare de corps et
- de biens, depuis huit ans, de <em>Crussol d'Amboise</em>, ge de
- soixante et quatre ans, cy devant marquise, ne Paris, y
+ <p>5<sup>o</sup> Claude Louise Angélique <em>Bersin</em>, femme séparée de corps et
+ de biens, depuis huit ans, de <em>Crussol d'Amboise</em>, âgée de
+ soixante et quatre ans, cy devant marquise, née à Paris, y
demeurant;</p>
- <p>6<sup>o</sup> Georges <em>Folloppe</em>, g de soixante quatre ans, officier
- municipal de la Commune de Paris et pharmacien, n cales Alix,
- prs d'Yvetot, demeurant Paris, rue et porte Honor;</p>
+ <p>6<sup>o</sup> Georges <em>Folloppe</em>, âgé de soixante quatre ans, officier
+ municipal de la Commune de Paris et pharmacien, né à Écales Alix,
+ près d'Yvetot, demeurant à Paris, rue et porte Honoré;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> 7<sup>o</sup> Denise <em>Buard</em>, fille, ge de cinquante deux ans,
- vivant de son bien, ne Paris, y demeurant, rue Florentin, n<sup>o</sup>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> 7<sup>o</sup> Denise <em>Buard</em>, fille, âgée de cinquante deux ans,
+ vivant de son bien, née à Paris, y demeurant, rue Florentin, n<sup>o</sup>
674;</p>
- <p>8<sup>o</sup> Louis Pierre Marcel <em>Letellier</em>, dit <em>Bullier</em>, g de 21 ans
- et demi, cy devant employ l'habillement, n Paris, y
+ <p>8<sup>o</sup> Louis Pierre Marcel <em>Letellier</em>, dit <em>Bullier</em>, âgé de 21 ans
+ et demi, cy devant employé à l'habillement, né à Paris, y
demeurant, rue Florentin, n<sup>o</sup> 674;</p>
- <p>9<sup>o</sup> Charles <em>Cressy Champmilon</em>, g de trente trois ans, cy
- devant noble, ayant servi en qualit de sous lieutenant dans le
- cy devant rgiment de vieille marine, natif de Courlon, prs
- Sens, dpartement de l'Yonne, depuis s'annonant avoir fait le
+ <p>9<sup>o</sup> Charles <em>Cressy Champmilon</em>, âgé de trente trois ans, cy
+ devant noble, ayant servi en qualité de sous lieutenant dans le
+ cy devant régiment de vieille marine, natif de Courlon, près
+ Sens, département de l'Yonne, depuis s'annonçant avoir fait le
commerce;</p>
- <p>10<sup>o</sup> Thodore <em>Hall</em>, g de vingt six ans, manufacturier et
- ngotiant, natif de Sens, y demeurant, dpartement de l'Yonne;</p>
+ <p>10<sup>o</sup> Théodore <em>Hall</em>, âgé de vingt six ans, manufacturier et
+ négotiant, natif de Sens, y demeurant, département de l'Yonne;</p>
- <p>11<sup>o</sup> Alexandre Franois <em>Lomenie</em>, g de <em>trente</em> six ans, n
- Marseille, y demeurant, cy devant colonel du rgiment des
- chasseurs, cy devant Champagne, qu'il a quitt en mil sept cent
- quatre vingt dix, ex comte, domicilie Brienne, et arrt Sens
+ <p>11<sup>o</sup> Alexandre François <em>Lomenie</em>, âgé de <em>trente</em> six ans, né à
+ Marseille, y demeurant, cy devant colonel du régiment des
+ chasseurs, cy devant Champagne, qu'il a quitté en mil sept cent
+ quatre vingt dix, ex comte, domicilie à Brienne, et arrêté à Sens
en visite;</p>
- <p>12<sup>o</sup> Louis Marie Athanase <em>Lomenie</em>, g de soixante quatre ans,
- n Paris, ex ministre de la guerre, et depuis la rvolution
+ <p>12<sup>o</sup> Louis Marie Athanase <em>Lomenie</em>, âgé de soixante quatre ans,
+ né à Paris, ex ministre de la guerre, et depuis la révolution
maire de Brienne<a id="footnotetag100" name="footnotetag100"></a><a href="#footnote100" title="Go to footnote 100"><span class="smaller">[100]</span></a>;</p>
- <p>13<sup>o</sup> Antoine Hugues Calixte <em>Montmorin</em>, g de vingt deux ans,
- n Versailles, sous lieutenant dans le cinquime rgiment de
- chasseurs cheval, grade dont il a donn sa dmission le cinq
- septembre mil sept cent quatre vingt douze, demeurant Passy,
- dpartement de l'Yonne;</p>
+ <p>13<sup>o</sup> Antoine Hugues Calixte <em>Montmorin</em>, âgé de vingt deux ans,
+ né à Versailles, sous lieutenant dans le cinquième régiment de
+ chasseurs à cheval, grade dont il a donné sa démission le cinq
+ septembre mil sept cent quatre vingt douze, demeurant à Passy,
+ département de l'Yonne;</p>
- <p>14<sup>o</sup> Jean Baptiste <em>Lhoste</em>, g de quarante sept ans, n
+ <p>14<sup>o</sup> Jean Baptiste <em>Lhoste</em>, âgé de quarante sept ans, né à
Forges, dans le cy devant Clermontois, agent de Serilly, dont il
- toit le domestique, demeurant Paris;</p>
+ étoit le domestique, demeurant à Paris;</p>
- <p>15<sup>o</sup> Martial <em>Lomenie</em>, ex coadjuteur de l'vch du dpartement
- <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> de l'Yonne, g de trente ans, n Marseille,
- demeurant Sens, ex noble;</p>
+ <p>15<sup>o</sup> Martial <em>Lomenie</em>, ex coadjuteur de l'évêché du département
+ <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> de l'Yonne, âgé de trente ans, né à Marseille,
+ demeurant à Sens, ex noble;</p>
- <p>16<sup>o</sup> Antoine Jean Franois <em>Megret de Serilly</em>, g de quarante
- huit ans, n Paris, cy devant trsorier gnral de la guerre
+ <p>16<sup>o</sup> Antoine Jean François <em>Megret de Serilly</em>, âgé de quarante
+ huit ans, né à Paris, cy devant trésorier général de la guerre
jusqu'en mil sept cent quatre vingt sept, et cultivateur depuis
- mil sept cent quatre vingt neuf, demeurant Passy, district de
- Sens, dpartement (<em>sic</em>);</p>
-
- <p>17<sup>o</sup> Antoine Jean Marie <em>Megret Dtigny</em>, g de quarante six
- ans, n Paris, cy devant sous aide major des cy devant gardes
- franaises, qu'il a quitt en mil sept cent quatre vingt sept, ex
- noble, demeurant Sens, dpartement de Lyonne;</p>
-
- <p>18<sup>o</sup> Charles <em>Lomenie</em>, g de trente trois ans, n Marseille,
- cy devant chevallier de Saint Louis et de Cincinnatus, domicilie
- Brienne, dpartement de Laube.</p>
-
- <p>19<sup>o</sup> Franoise Gabrielle <em>Taneffe</em>, veuve <em>Montmorin</em>, ex
- ministre des affaires trangres, ne Chadrin, en Auvergne,
- dpartement du Puy de Dme, ge de cinquante sept ans,
- demeurante, lors de son arrestation, Passy, dpartement de
- Lyonne, chez la nomme Serilly;</p>
-
- <p>20<sup>o</sup> Anne Marie Charlotte <em>Lomenie</em>, divorce de l'migr Canizy,
- ge de vingt neuf ans, ne Paris, domicilie Sens,
- dpartement de Lyonne, et Paris, rue Georges, section du
+ mil sept cent quatre vingt neuf, demeurant à Passy, district de
+ Sens, département (<em>sic</em>);</p>
+
+ <p>17<sup>o</sup> Antoine Jean Marie <em>Megret Détigny</em>, âgé de quarante six
+ ans, né à Paris, cy devant sous aide major des cy devant gardes
+ françaises, qu'il a quitté en mil sept cent quatre vingt sept, ex
+ noble, demeurant à Sens, département de Lyonne;</p>
+
+ <p>18<sup>o</sup> Charles <em>Lomenie</em>, âgé de trente trois ans, né à Marseille,
+ cy devant chevallier de Saint Louis et de Cincinnatus, domiciliée
+ à Brienne, département de Laube.</p>
+
+ <p>19<sup>o</sup> Françoise Gabrielle <em>Taneffe</em>, veuve <em>Montmorin</em>, ex
+ ministre des affaires étrangères, née à Chadrin, en Auvergne,
+ département du Puy de Dôme, âgée de cinquante sept ans,
+ demeurante, lors de son arrestation, à Passy, département de
+ Lyonne, chez la nommée Serilly;</p>
+
+ <p>20<sup>o</sup> Anne Marie Charlotte <em>Lomenie</em>, divorcée de l'émigré Canizy,
+ âgée de vingt neuf ans, née à Paris, domiciliée à Sens,
+ département de Lyonne, et à Paris, rue Georges, section du
Mont-Blanc, n<sup>o</sup> 18;</p>
- <p>21. Marie Anne Catherine <em>Rosset</em>, ge de quarante quatre ans,
- ne Rochefort, dpartement de la Charente, femme de Charles
- Christophe Rossel-Cercy, officier de marine migr, demeurant,
- lors de son arrestation, Sens;</p>
+ <p>21. Marie Anne Catherine <em>Rosset</em>, âgée de quarante quatre ans,
+ née à Rochefort, département de la Charente, femme de Charles
+ Christophe Rossel-Cercy, officier de marine émigré, demeurant,
+ lors de son arrestation, à Sens;</p>
- <p>22. lisabeth Jacqueline <em>Lhermitte</em>, femme de Rosset, ge de
- soixante cinq ans, ne Paris, demeurant Sens. Son mari cy
- devant lieutenant colonel des carabiniers, marchal de camp, ex
- noble, migr;</p>
+ <p>22. Élisabeth Jacqueline <em>Lhermitte</em>, femme de Rosset, âgée de
+ soixante cinq ans, née à Paris, demeurant à Sens. Son mari cy
+ devant lieutenant colonel des carabiniers, maréchal de camp, ex
+ noble, émigré;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> 23. Louis Claude Lhermitte de Chambertrand, g de
- soixante ans, n Sens, y demeurant, prtre et ex chanoine de la
- cy devant cathdrale de Sens, ex noble;</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> 23. Louis Claude Lhermitte de Chambertrand, âgé de
+ soixante ans, né à Sens, y demeurant, prêtre et ex chanoine de la
+ cy devant cathédrale de Sens, ex noble;</p>
- <p>24. Anne Marie Louise <em>Thomas, f<sup>e</sup> Serilly</em>, ge de trente un
- ans, ne Paris, demeurant Passy, dpartement de Lyonne;</p>
+ <p>24. Anne Marie Louise <em>Thomas, f<sup>e</sup> Serilly</em>, âgée de trente un
+ ans, née à Paris, demeurant à Passy, département de Lyonne;</p>
- <p>25. Et Jean Baptiste <em>Dubois</em>, g de quarante un ans, n
- Merfy, district de Reims, dpartement de la Marne, domestique
- d'tigny, qui demeurait chez sa mre, vieille rue du Temple;</p>
+ <p>25. Et Jean Baptiste <em>Dubois</em>, âgé de quarante un ans, né à
+ Merfy, district de Reims, département de la Marne, domestique
+ d'Étigny, qui demeurait chez sa mère, vieille rue du Temple;</p>
</div>
-<p>Que c'est la famille des Capets que le peuple franais doit tous
-les maux sous le poids desquels il a gmi pendant tant de sicles.</p>
+<p>»Que c'est à la famille des Capets que le peuple français doit tous
+les maux sous le poids desquels il a gémi pendant tant de siècles.</p>
-<p>C'est au moment o l'excs de l'oppression a forc le peuple de
-briser ses chanes, que toute cette famille s'est runie pour le
+<p>»C'est au moment où l'excès de l'oppression a forcé le peuple de
+briser ses chaînes, que toute cette famille s'est réunie pour le
plonger dans un esclavage plus cruel encore que celui dont il vouloit
-sortir. Les crimes de tous genres, les forfaits amoncels de Capet, de
-la Messaline Antoinette, des deux frres Capet et d'lisabeth, sont
-trop connus pour qu'il soit ncessaire d'en retracer ici l'horrible
-tableau. Ils sont crits en caractres de sang dans les annalles de la
-rvolution, et les atrocits inouies exerces par les barbares migrs
+sortir. Les crimes de tous genres, les forfaits amoncelés de Capet, de
+la Messaline Antoinette, des deux frères Capet et d'Élisabeth, sont
+trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en retracer ici l'horrible
+tableau. Ils sont écrits en caractères de sang dans les annalles de la
+révolution, et les atrocités inouies exercées par les barbares émigrés
ou les sanguinaires satellites des despotes, les meurtres, les
incendies, les ravages enfin, ces assassinats inconnus aux monstres
-les plus froces, qu'ils commettent sur le territoire franais, sont
-encore commands par cette dtestable famille, et pour livrer de
+les plus féroces, qu'ils commettent sur le territoire français, sont
+encore commandés par cette détestable famille, et pour livrer de
nouveau une grande nation au despotisme et aux fureurs de quelques
individus.</p>
-<p>lisabeth a partag tous ses crimes: elle a coopr toutes les
-trames, tous les complots forms par ses infmes frres, par la
-scleratte et impudique Antoinette, et toute la horde des
-conspirateurs qui s'toient runis autour d'eux; elle est associe
+<p>»Élisabeth a partagé tous ses crimes: elle a coopéré à toutes les
+trames, à tous les complots formés par ses infâmes frères, par la
+scéleratte et impudique Antoinette, et toute la horde des
+conspirateurs qui s'étoient réunis autour d'eux; elle est associée à
tous leurs projets; elle encourage les assassins <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span> de la
patrie, les complots de juillet mil sept cent quatre vingt neuf, la
conjuration du six octobre suivant, dont les Destaing et les Villeroy,
-et d'autres qui viennent d'tre frapps du glaive de la loi, toient
-les agents; enfin toute cette chane non interrompue de conspirations,
-pendant quatre ans entiers, ont t suivis et seconds de tous les
-moyens qui toient au pouvoir d'lisabeth. C'est elle qui, au mois de
+et d'autres qui viennent d'être frappés du glaive de la loi, étoient
+les agents; enfin toute cette chaîne non interrompue de conspirations,
+pendant quatre ans entiers, ont été suivis et secondés de tous les
+moyens qui étoient au pouvoir d'Élisabeth. C'est elle qui, au mois de
juin mil sept cent quatre vingt onze, fait passer les diamants, qui
-toient une proprit nationale, a l'infme d'Artois, son frre, pour
-le mettre en tat d'excuter les projets concerts avec lui, et
+étoient une propriété nationale, a l'infâme d'Artois, son frère, pour
+le mettre en état d'exécuter les projets concertés avec lui, et
soudoyer des assassins contre la patrie: c'est elle qui entretient
-avec son autre frre, devenu aujourdhuy l'objet de la drision, du
-mpris des despotes coaliss chez lesquels il est all dposer son
-imbcille et lourde nullit, la correspondance la plus active; c'est
-elle qui vouloit, par l'orgueil et le ddain le plus insultant, avilir
-et humilier les hommes libres qui consacroient leur temps garder
+avec son autre frère, devenu aujourdhuy l'objet de la dérision, du
+mépris des despotes coalisés chez lesquels il est allé déposer son
+imbécille et lourde nullité, la correspondance la plus active; c'est
+elle qui vouloit, par l'orgueil et le dédain le plus insultant, avilir
+et humilier les hommes libres qui consacroient leur temps à garder
leur tyran; c'est elle enfin qui prodiguoit des soins aux assassins
-envoys aux Champs lises par le despote provoquer les braves
-Marseillois, et pansoit les blessures qu'ils avoient reues dans leur
-fuite prcipite.</p>
+envoyés aux Champs élisées par le despote provoquer les braves
+Marseillois, et pansoit les blessures qu'ils avoient reçues dans leur
+fuite précipitée.</p>
-<p>lisabeth avoit mdit avec Capet et Antoinette le massacre des
-citoyens de Paris dans l'immortelle journe du dix aoust. Elle
-veilloit dans l'espoir d'tre tmoin de ce carnage nocturne. Elle
+<p>»Élisabeth avoit médité avec Capet et Antoinette le massacre des
+citoyens de Paris dans l'immortelle journée du dix aoust. Elle
+veilloit dans l'espoir d'être témoin de ce carnage nocturne. Elle
aidoit la barbare Antoinette a mordre des balles, et encourageoit par
-ses discours des jeunes personnes que des prtres fanatiques avoient
-conduites au chteau pour cette horrible occupation. Enfin, trompe
+ses discours des jeunes personnes que des prêtres fanatiques avoient
+conduites au château pour cette horrible occupation. Enfin, trompée
dans l'espoir que toute cette horde de conspirateurs avoit que tous
-les citoyens se prsenteroient pendant la nuit pour renverser la
+les citoyens se présenteroient pendant la nuit pour renverser la
tyrannie, elle fuit au jour avec le tyran et sa femme, et va attendre
-dans le temple de la souverainet nationale que la horde d'esclaves
-soudoys et dvous aux <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span> forfaits de cette cour parricide aye
-noy dans le sang des citoyens la libert, et lui aye fourni les
-moyens d'gorger ensuite ces reprsentants, au milieu desquels ils
-avoient t chercher un asile.</p>
-
-<p>Enfin on l'a vu, depuis le supplice mrit du plus coupable des
-tyrans qui ait dshonor la nature humaine, provoquer le
-rtablissement de la tyrannie en prodiguant avec Antoinette au fils de
-Capet les hommages de la royaut et les prtendus honneurs du
-throne<a id="footnotetag101" name="footnotetag101"></a><a href="#footnote101" title="Go to footnote 101"><span class="smaller">[101]</span></a>.</p>
-
-<p class="p2">En vrit, on se demande si l'on rve quand on lit ce libelle de
-Fouquier, o les arguments sont des sophismes, o les pithtes sont
-des injures, o les faits relats sont des mensonges. Mais on se
+dans le temple de la souveraineté nationale que la horde d'esclaves
+soudoyés et dévoués aux <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span> forfaits de cette cour parricide aye
+noyé dans le sang des citoyens la liberté, et lui aye fourni les
+moyens d'égorger ensuite ces représentants, au milieu desquels ils
+avoient été chercher un asile.</p>
+
+<p>»Enfin on l'a vu, depuis le supplice mérité du plus coupable des
+tyrans qui ait déshonoré la nature humaine, provoquer le
+rétablissement de la tyrannie en prodiguant avec Antoinette au fils de
+Capet les hommages de la royauté et les prétendus honneurs du
+throne<a id="footnotetag101" name="footnotetag101"></a><a href="#footnote101" title="Go to footnote 101"><span class="smaller">[101]</span></a>.»</p>
+
+<p class="p2">En vérité, on se demande si l'on rêve quand on lit ce libelle de
+Fouquier, où les arguments sont des sophismes, où les épithètes sont
+des injures, où les faits relatés sont des mensonges. Mais on se
souvient que si un tel accusateur pouvait les imaginer, et si un tel
-tribunal tait digne de les entendre, Madame lisabeth aussi tait
+tribunal était digne de les entendre, Madame Élisabeth aussi était
capable de les pardonner.</p>
-<p class="p2 entete"><i>Procs-verbal de la sance du tribunal rvolutionnaire, tabli
+<p class="p2 entete"><i>Procès-verbal de la séance du tribunal révolutionnaire, établi
par la loi du 10 mars 1793, et en vertu de la loi du 5 avril de
- la mme anne, sant Paris, au palais de justice.</i></p>
+ la même année, séant à Paris, au palais de justice.</i></p>
-<p>Du vingt et un floral de l'an second de la Rpublique franoise, dix
+<p>Du vingt et un floréal de l'an second de la République françoise, dix
heures du matin.</p>
-<p>L'audience ouverte au public, le tribunal, compos des citoyens
-Ren-Franois Dumas, prsident; Gabriel Delige et Antoine-Marie
+<p>L'audience ouverte au public, le tribunal, composé des citoyens
+René-François Dumas, président; Gabriel Deliége et Antoine-Marie
Maire, juges; de Gilbert Lieudon, adjoint de l'accusateur public, et
Charles-Adrien Legris, commis greffier.</p>
-<p>Sont entrs:</p>
+<p>Sont entrés:</p>
<p>Les citoyens Trinchard, Laporte, Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest,
-Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyer, <span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> Prieur, Besnard, Five,
-Sambatz et Desboisseaux, jurs de jugement; ensuite ont t introduits
- la barre, libres et sans fers, et placs de manire qu'ils toient
-vus et entendus du tribunal et des auditeurs: lisabeth Capet; Anne
+Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyer, <span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> Prieur, Besnard, Fiévée,
+Sambatz et Desboisseaux, jurés de jugement; ensuite ont été introduits
+à la barre, libres et sans fers, et placés de manière qu'ils étoient
+vus et entendus du tribunal et des auditeurs: Élisabeth Capet; Anne
Duwaes, veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval;
-Anne-Nicole Lamoignon, veuve Snozan; Georges Foloppe, Denise Buard,
-Louis-Pierre-Marcel Le Tellier, et dix-huit autres ci-aprs nomms,
-accuss; et aussi les citoyens Chauveau, la Fleutrie, Boutroux,
-Duchteau, Julienne, Sezille, leurs conseils et dfenseurs officieux,
-qui ont prt le serment de n'employer que la vrit dans la dfense
-des accuss, et de se comporter avec dcence et modration; ensuite
-les tmoins de l'accusateur public ont t pareillement introduits.</p>
-
-<p>Le prsident, en prsence de tout l'auditoire, compos comme
-ci-dessus, a fait prter auxdits jurs, chacun individuellement, le
-serment suivant: Citoyen, vous jurez et promettez d'examiner avec
-l'attention la plus scrupuleuse les charges portes contre les
-dnomms, accuss prsents devant vous (ci-devant nomms), de ne
-communiquer avec personne jusqu'aprs votre dclaration; de n'couter
-ni la haine ou la mchancet, ni la crainte ou l'affection; de vous
-dcider d'aprs les charges et moyens de dfense, et suivant votre
-confiance et votre intime conviction, avec l'impartialit et la
-fermet qui conviennent un homme libre. Aprs avoir prt ledit
-serment, lesdits jurs se sont placs sur leurs siges dans
-l'intrieur de l'auditoire, en face des accuss et des tmoins.</p>
-
-<p>Le prsident a dit aux accuss qu'ils pouvoient s'asseoir; aprs quoi
-il leur a demand leurs nom, ge, profession, demeure, et le lieu de
+Anne-Nicole Lamoignon, veuve Sénozan; Georges Foloppe, Denise Buard,
+Louis-Pierre-Marcel Le Tellier, et dix-huit autres ci-après nommés,
+accusés; et aussi les citoyens Chauveau, la Fleutrie, Boutroux,
+Duchâteau, Julienne, Sezille, leurs conseils et défenseurs officieux,
+qui ont prêté le serment de n'employer que la vérité dans la défense
+des accusés, et de se comporter avec décence et modération; ensuite
+les témoins de l'accusateur public ont été pareillement introduits.</p>
+
+<p>Le président, en présence de tout l'auditoire, composé comme
+ci-dessus, a fait prêter auxdits jurés, à chacun individuellement, le
+serment suivant: «Citoyen, vous jurez et promettez d'examiner avec
+l'attention la plus scrupuleuse les charges portées contre les
+dénommés, accusés présents devant vous (ci-devant nommés), de ne
+communiquer avec personne jusqu'après votre déclaration; de n'écouter
+ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l'affection; de vous
+décider d'après les charges et moyens de défense, et suivant votre
+confiance et votre intime conviction, avec l'impartialité et la
+fermeté qui conviennent à un homme libre.» Après avoir prêté ledit
+serment, lesdits jurés se sont placés sur leurs siéges dans
+l'intérieur de l'auditoire, en face des accusés et des témoins.</p>
+
+<p>Le président a dit aux accusés qu'ils pouvoient s'asseoir; après quoi
+il leur a demandé leurs nom, âge, profession, demeure, et le lieu de
leur naissance.</p>
-<p>A quoi ils ont rpondu se nommer lisabeth Capet, s&oelig;ur de Louis
-Capet, dernier tyran des Franois, demeurant Paris.</p>
+<p>A quoi ils ont répondu se nommer Élisabeth Capet, s&oelig;ur de Louis
+Capet, dernier tyran des François, demeurant à Paris.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> 2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, ge de
-cinquante-cinq ans, ne Keisnith, en Allemagne, demeurant la
-montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, dpartement de
+<p><span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> 2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de
+cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la
+montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de
Seine-et-Oise.</p>
-<p>3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, g de soixante-neuf ans, etc.</p>
+<p>3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, âgé de soixante-neuf ans, etc.</p>
<p>[Suit la liste, voir page <a href="#page205">205</a>.]</p>
-<p>Le prsident a averti les accuss d'tre attentifs ce qu'ils
-alloient entendre, et il a ordonn au greffier de lire l'acte
+<p>Le président a averti les accusés d'être attentifs à ce qu'ils
+alloient entendre, et il a ordonné au greffier de lire l'acte
d'accusation. Le greffier a fait ladite lecture, ainsi que la loi
-relative aux faux tmoins, haute et intelligible voix. Le prsident
-a dit aux accuss: Voil de quoi vous tes accuss; vous allez
-entendre les charges qui vont tre produites contre vous.</p>
-
-<p>Le tmoin prsent par l'accusateur public et assign sa requte a
-t introduit en l'audience, et aprs avoir entendu la lecture faite
-par le greffier, s'est retir.</p>
-
-<p>Le prsident a ensuite fait appeler le tmoin pour faire sa
-dclaration, et avant de la faire il lui a fait prter le serment
-suivant: Tu jures et promets de parler sans haine, sans crainte, de
-dire la vrit, toute la vrit, rien que la vrit; ensuite il lui a
-demand s'il est parent, ami, alli, serviteur ou domestique des
-accuss ou de l'accusateur public; si c'est des accuss prsents
+relative aux faux témoins, à haute et intelligible voix. Le président
+a dit aux accusés: «Voilà de quoi vous êtes accusés; vous allez
+entendre les charges qui vont être produites contre vous.»</p>
+
+<p>Le témoin présenté par l'accusateur public et assigné à sa requête a
+été introduit en l'audience, et après avoir entendu la lecture faite
+par le greffier, s'est retiré.</p>
+
+<p>Le président a ensuite fait appeler le témoin pour faire sa
+déclaration, et avant de la faire il lui a fait prêter le serment
+suivant: «Tu jures et promets de parler sans haine, sans crainte, de
+dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité»; ensuite il lui a
+demandé s'il est parent, ami, allié, serviteur ou domestique des
+accusés ou de l'accusateur public; si c'est des accusés présents
devant lui, qu'il lui a fait examiner, qu'il entend parler; s'il les
-connoissoit avant le fait qui a donn lieu l'accusation, quoi il a
-rpondu de la manire et ainsi qu'il suit:</p>
+connoissoit avant le fait qui a donné lieu à l'accusation, à quoi il a
+répondu de la manière et ainsi qu'il suit:</p>
-<p>La citoyenne Marie Bocage, femme Journaud, ge de trente-trois ans,
-ne la montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye,
-domestique, demeurant audit lieu, connot l'accuse veuve de l'Aigle;
-n'est parente, dpose, etc.</p>
+<p>La citoyenne Marie Bocage, femme Journaud, âgée de trente-trois ans,
+née à la montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye,
+domestique, demeurant audit lieu, connoît l'accusée veuve de l'Aigle;
+n'est parente, dépose, etc.</p>
-<p>Le prsident fait les questions suivantes Madame lisabeth:</p>
+<p>Le président fait les questions suivantes à Madame Élisabeth:</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> O tiez-vous dans les journes des 12, 13 et 14 juillet
-1789, c'est--dire aux poques des premiers complots de la cour contre
+<p><span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> Où étiez-vous dans les journées des 12, 13 et 14 juillet
+1789, c'est-à-dire aux époques des premiers complots de la cour contre
le peuple?</p>
-<p>J'tois dans le sein de ma famille. Je n'ai connu aucun des complots
-dont vous me parlez; ce sont des vnements que j'tois loin de
-prvoir et de seconder.</p>
+<p>J'étois dans le sein de ma famille. Je n'ai connu aucun des complots
+dont vous me parlez; ce sont des événements que j'étois loin de
+prévoir et de seconder.</p>
-<p>Lors de la fuite du tyran, votre frre, Varennes, ne l'avez-vous pas
-accompagn?</p>
+<p>Lors de la fuite du tyran, votre frère, à Varennes, ne l'avez-vous pas
+accompagné?</p>
-<p>Tout m'ordonnoit de suivre mon frre, et je m'en suis fait un devoir
+<p>Tout m'ordonnoit de suivre mon frère, et je m'en suis fait un devoir
dans cette occasion comme dans toute autre.</p>
-<p>N'avez-vous pas figur dans l'orgie infme et scandaleuse des gardes
+<p>N'avez-vous pas figuré dans l'orgie infâme et scandaleuse des gardes
du corps, et n'avez-vous pas fait le tour de la table avec
-Marie-Antoinette pour faire rpter chacun des convives le serment
-affreux d'exterminer les patriotes pour touffer la libert dans sa
-naissance et rtablir le trne chancelant?</p>
+Marie-Antoinette pour faire répéter à chacun des convives le serment
+affreux d'exterminer les patriotes pour étouffer la liberté dans sa
+naissance et rétablir le trône chancelant?</p>
<p>J'ignore absolument si l'orgie dont il s'agit a eu lieu, mais je
-dclare n'en avoir t aucunement instruite.</p>
-
-<p>Vous ne dites pas la vrit, et votre dngation ne peut vous tre
-d'aucune utilit, lorsqu'elle est dmentie d'une part par la notorit
-publique, et de l'autre par la vraisemblance qui persuade tout homme
-sens qu'une femme aussi intimement lie que vous l'tiez avec
-Marie-Antoinette, et par les liens du sang et par ceux de l'amiti la
-plus troite, n'a pu se dispenser de partager ses machinations, d'en
-avoir eu communication et de les avoir favorises de tout son pouvoir;
-vous avez ncessairement, d'accord avec la femme du tyran, provoqu le
-serment abominable prt par les satellites de la cour, d'assassiner
-et anantir la libert dans son principe; vous avez galement provoqu
-les outrages sanglants faits au signe prcieux de la libert, la
+déclare n'en avoir été aucunement instruite.</p>
+
+<p>Vous ne dites pas la vérité, et votre dénégation ne peut vous être
+d'aucune utilité, lorsqu'elle est démentie d'une part par la notoriété
+publique, et de l'autre par la vraisemblance qui persuade à tout homme
+sensé qu'une femme aussi intimement liée que vous l'étiez avec
+Marie-Antoinette, et par les liens du sang et par ceux de l'amitié la
+plus étroite, n'a pu se dispenser de partager ses machinations, d'en
+avoir eu communication et de les avoir favorisées de tout son pouvoir;
+vous avez nécessairement, d'accord avec la femme du tyran, provoqué le
+serment abominable prêté par les satellites de la cour, d'assassiner
+et anéantir la liberté dans son principe; vous avez également provoqué
+les outrages sanglants faits au signe précieux de la liberté, la
cocarde tricolore, en la faisant fouler aux pieds par tous vos
complices?</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> J'ai dj dclar que tous ces laits m'toient trangers, je
-n'y dois point d'autre rponse.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> J'ai déjà déclaré que tous ces laits m'étoient étrangers, je
+n'y dois point d'autre réponse.</p>
-<p>O tiez-vous dans la journe du 10 aot 1792?</p>
+<p>Où étiez-vous dans la journée du 10 août 1792?</p>
-<p>J'tois au chteau, ma rsidence ordinaire et naturelle depuis quelque
+<p>J'étois au château, ma résidence ordinaire et naturelle depuis quelque
temps.</p>
-<p>N'avez-vous pas pass la nuit du 9 au 10 aot dans la chambre de votre
-frre, et n'avez-vous pas eu avec lui des confrences secrtes qui
-vous ont expliqu le but, le motif de tous les mouvements et
-prparatifs qui se faisoient sous vos yeux?</p>
-
-<p>J'ai pass chez mon frre la nuit dont vous me parlez; jamais je ne
-l'ai quitt; il avoit beaucoup de confiance en moi, et cependant je
-n'ai rien remarqu dans sa conduite ni dans ses discours qui pt
-m'annoncer ce qui s'est pass depuis.</p>
-
-<p>Mais votre rponse blesse la fois la vrit et la vraisemblance, et
-une femme comme vous, qui a manifest dans tout le cours de la
-rvolution une opposition aussi frappante au nouvel ordre de choses,
-ne peut tre crue lorsqu'elle veut faire croire qu'elle ignore la
-cause des rassemblements de toute espce qui se faisoient au chteau
-la veille du 10 aot. Voudriez-vous nous dire ce qui vous a empche
-de vous coucher la nuit du 9 au 10 aot?</p>
-
-<p>Je ne me suis pas couche parce que les corps constitus toient venus
-faire part mon frre de l'agitation, de la fermentation des
-habitants de Paris, et des dangers qui pouvoient en rsulter.</p>
-
-<p>Vous dissimulez en vain, surtout d'aprs les diffrents aveux de la
-femme Capet, qui vous a dsigne comme ayant assist l'orgie des
+<p>N'avez-vous pas passé la nuit du 9 au 10 août dans la chambre de votre
+frère, et n'avez-vous pas eu avec lui des conférences secrètes qui
+vous ont expliqué le but, le motif de tous les mouvements et
+préparatifs qui se faisoient sous vos yeux?</p>
+
+<p>J'ai passé chez mon frère la nuit dont vous me parlez; jamais je ne
+l'ai quitté; il avoit beaucoup de confiance en moi, et cependant je
+n'ai rien remarqué dans sa conduite ni dans ses discours qui pût
+m'annoncer ce qui s'est passé depuis.</p>
+
+<p>Mais votre réponse blesse à la fois la vérité et la vraisemblance, et
+une femme comme vous, qui a manifesté dans tout le cours de la
+révolution une opposition aussi frappante au nouvel ordre de choses,
+ne peut être crue lorsqu'elle veut faire croire qu'elle ignore la
+cause des rassemblements de toute espèce qui se faisoient au château
+la veille du 10 août. Voudriez-vous nous dire ce qui vous a empêchée
+de vous coucher la nuit du 9 au 10 août?</p>
+
+<p>Je ne me suis pas couchée parce que les corps constitués étoient venus
+faire part à mon frère de l'agitation, de la fermentation des
+habitants de Paris, et des dangers qui pouvoient en résulter.</p>
+
+<p>Vous dissimulez en vain, surtout d'après les différents aveux de la
+femme Capet, qui vous a désignée comme ayant assisté à l'orgie des
gardes du corps, comme l'ayant soutenue dans ses craintes et ses
-alarmes du 10 aot sur les jours de Capet et de tout ce qui pouvoit
-l'intresser. Mais ce que vous nieriez infructueusement, c'est la part
-active que vous avez prise l'action qui s'est engage entre
+alarmes du 10 août sur les jours de Capet et de tout ce qui pouvoit
+l'intéresser. Mais ce que vous nieriez infructueusement, c'est la part
+active que vous avez prise à l'action qui s'est engagée entre
<span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span> les patriotes et les satellites de la tyrannie; c'est votre
-zle et votre ardeur servir les ennemis du peuple, leur fournir
-des balles que vous preniez la peine de mcher, comme devant tre
-diriges contre les patriotes, comme destines les moissonner. Ce
+zèle et votre ardeur à servir les ennemis du peuple, à leur fournir
+des balles que vous preniez la peine de mâcher, comme devant être
+dirigées contre les patriotes, comme destinées à les moissonner. Ce
sont les v&oelig;ux bien publics que vous faisiez pour que la victoire
-demeurt au pouvoir des partisans de votre frre, les encouragements
+demeurât au pouvoir des partisans de votre frère, les encouragements
en tout genre que vous donniez aux assassins de la patrie: que
-rpondez-vous ces derniers faits?</p>
+répondez-vous à ces derniers faits?</p>
-<p>Tous ces faits qui me sont imputs sont autant d'indignits dont je
-suis bien loin de m'tre souille.</p>
+<p>Tous ces faits qui me sont imputés sont autant d'indignités dont je
+suis bien loin de m'être souillée.</p>
-<p>Lors du voyage de Varennes, n'avez-vous pas fait prcder l'vasion
+<p>Lors du voyage de Varennes, n'avez-vous pas fait précéder l'évasion
honteuse du tyran de la soustraction des diamants dits de la couronne,
-appartenant alors la nation, et ne les avez-vous pas envoys
+appartenant alors à la nation, et ne les avez-vous pas envoyés à
d'Artois?</p>
-<p>Ces diamants n'ont pas t envoys d'Artois; je me suis borne les
-dposer entre les mains d'une personne de confiance.</p>
+<p>Ces diamants n'ont pas été envoyés à d'Artois; je me suis bornée à les
+déposer entre les mains d'une personne de confiance.</p>
-<p>Voudriez-vous dsigner le dpositaire de ces diamants, nous le nommer?</p>
+<p>Voudriez-vous désigner le dépositaire de ces diamants, nous le nommer?</p>
-<p>M. de Choiseul est celui que j'avois choisi pour recevoir ce dpt.</p>
+<p>M. de Choiseul est celui que j'avois choisi pour recevoir ce dépôt.</p>
-<p>Que sont devenus les diamants que vous dites avoir confis Choiseul?</p>
+<p>Que sont devenus les diamants que vous dites avoir confiés à Choiseul?</p>
-<p>J'ignore absolument quel a pu tre le sort de ces diamants, n'ayant
+<p>J'ignore absolument quel a pu être le sort de ces diamants, n'ayant
pas eu l'occasion de voir M. de Choiseul; je n'en ai point eu
-d'inquitude et je ne m'en suis nullement occupe.</p>
+d'inquiétude et je ne m'en suis nullement occupée.</p>
<p>Vous ne cessez d'en imposer sur toutes les interpellations qui vous
-sont faites, et singulirement sur le fait des diamants; car un
-procs-verbal du 12 septembre 1792, bien rdig en connoissance de
-cause par les reprsentants du peuple lors de l'affaire relative au
-vol de ces diamants, constate d'une manire sans rplique que ces
-diamants ont <span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> t envoys d'Artois. N'avez-vous pas
-entretenu des correspondances avec votre frre, le ci-devant Monsieur?</p>
+sont faites, et singulièrement sur le fait des diamants; car un
+procès-verbal du 12 septembre 1792, bien rédigé en connoissance de
+cause par les représentants du peuple lors de l'affaire relative au
+vol de ces diamants, constate d'une manière sans réplique que ces
+diamants ont <span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> été envoyés à d'Artois. N'avez-vous pas
+entretenu des correspondances avec votre frère, le ci-devant Monsieur?</p>
<p>Je ne me rappelle pas d'en avoir entretenu, surtout depuis qu'elles
-sont prohibes.</p>
+sont prohibées.</p>
-<p>N'avez-vous pas donn des soins en pansant vous-mme les blessures des
-assassins envoys aux Champs-lyses par votre frre contre les braves
+<p>N'avez-vous pas donné des soins en pansant vous-même les blessures des
+assassins envoyés aux Champs-Élysées par votre frère contre les braves
Marseillois?</p>
-<p>Je n'ai jamais su que mon frre et envoy des assassins contre qui
-que ce soit; s'il m'est arriv de donner des secours quelques
-blesss, l'humanit seule a pu me conduire dans le pansement de leurs
+<p>Je n'ai jamais su que mon frère eût envoyé des assassins contre qui
+que ce soit; s'il m'est arrivé de donner des secours à quelques
+blessés, l'humanité seule a pu me conduire dans le pansement de leurs
blessures; je n'ai point eu besoin de m'informer de la cause de leurs
maux pour m'occuper de leur soulagement; je ne m'en fais pas un
-mrite, et je ne m'imagine pas que l'on puisse m'en faire un crime!</p>
-
-<p>Il est difficile d'accorder ces sentiments d'humanit dont vous vous
-parez avec cette joie cruelle que vous avez montre en voyant couler
-des flots de sang dans la journe du 10 aot. Tout nous autorise
-croire que vous n'tes humaine que pour les assassins du peuple, et
-que vous avez toute la frocit des animaux les plus sanguinaires pour
-les dfenseurs de la libert; loin de secourir ces derniers, vous
-provoquiez leur massacre par vos applaudissements; loin de dsarmer
-les meurtriers du peuple, vous leur prodiguiez pleines mains les
-instruments de la mort l'aide desquels vous vous flattiez, vous et
-vos complices, de rtablir le despotisme et la tyrannie. Voil
-l'humanit des dominateurs des nations, qui de tout temps ont sacrifi
-des millions d'hommes leurs caprices, leur ambition et leur
-cupidit! L'accuse lisabeth, dont le plan de dfense est de nier
-tout ce qui est sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir
-qu'elle a berc le petit Capet dans l'espoir de succder au trne de
-son pre, et qu'elle a ainsi provoqu la royaut?</p>
-
-<p>Je causois familirement avec cet infortun, qui m'toit cher plus
-d'un titre, et je lui administrois en consquence <span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> les
-consolations qui me paroissoient capables de le ddommager de la perte
-de ceux qui lui avoient donn le jour.</p>
+mérite, et je ne m'imagine pas que l'on puisse m'en faire un crime!</p>
+
+<p>Il est difficile d'accorder ces sentiments d'humanité dont vous vous
+parez avec cette joie cruelle que vous avez montrée en voyant couler
+des flots de sang dans la journée du 10 août. Tout nous autorise à
+croire que vous n'êtes humaine que pour les assassins du peuple, et
+que vous avez toute la férocité des animaux les plus sanguinaires pour
+les défenseurs de la liberté; loin de secourir ces derniers, vous
+provoquiez leur massacre par vos applaudissements; loin de désarmer
+les meurtriers du peuple, vous leur prodiguiez à pleines mains les
+instruments de la mort à l'aide desquels vous vous flattiez, vous et
+vos complices, de rétablir le despotisme et la tyrannie. Voilà
+l'humanité des dominateurs des nations, qui de tout temps ont sacrifié
+des millions d'hommes à leurs caprices, à leur ambition et à leur
+cupidité! L'accusée Élisabeth, dont le plan de défense est de nier
+tout ce qui est à sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir
+qu'elle a bercé le petit Capet dans l'espoir de succéder au trône de
+son père, et qu'elle a ainsi provoqué la royauté?</p>
+
+<p>Je causois familièrement avec cet infortuné, qui m'étoit cher à plus
+d'un titre, et je lui administrois en conséquence <span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> les
+consolations qui me paroissoient capables de le dédommager de la perte
+de ceux qui lui avoient donné le jour.</p>
<p>C'est convenir en d'autres termes que vous nourrissiez le petit Capet
-des projets de vengeance que vous et les vtres n'avez cess de former
-contre la libert, et que vous vous flattiez de relever les dbris
-d'un trne bris en l'inondant du sang des patriotes!</p>
-
-<p class="p2">Le prsident procde ensuite l'interrogatoire des autres accuss,
-interrogatoire qui se borne quelques questions insignifiantes. Le
-<cite>Moniteur</cite>, et aprs lui les historiens, ne font aucune mention des
-paroles du dfenseur de Madame lisabeth; et ce silence semblerait
-annoncer que Madame lisabeth ne fut pas dfendue. Cependant si le
-dbat fut rapide, si tout rapport entre l'accuse et son dfenseur a
-t matriellement interdit, il est notoire que Chauveau-Lagarde se
-leva aprs l'interrogatoire, et fit entendre une courte plaidoirie,
-dont il nous a donn lui-mme la substance:</p>
-
-<p>Je fis observer, dit-il, qu'il n'y avoit au procs qu'un protocole
-banal d'accusation, sans pices, sans interrogatoire, sans tmoins, et
-que par consquent, l o il n'existoit aucun lment lgal de
-conviction, il ne sauroit y avoir de conviction lgale.</p>
-
-<p>J'ajoutai qu'on ne pouvoit donc opposer l'auguste accuse que ses
-rponses aux questions qu'on venoit de lui faire, puisque c'toit dans
-ces rponses elles seules que tous les dbats consistoient; mais que
-ces rponses elles-mmes, loin de la condamner, devoient au contraire
-l'honorer tous les yeux, puisqu'elles ne prouvoient rien autre chose
-que la bont de son c&oelig;ur et l'hrosme de son amiti.</p>
-
-<p>Puis, aprs avoir dvelopp ces premires ides, je finis en disant
-qu'au lieu d'une dfense je n'aurois plus prsenter pour Madame
-lisabeth que son apologie; mais que dans l'impuissance o j'tois
-d'en trouver une qui ft <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> digne d'elle, il ne me restoit plus
-qu'une seule observation faire: c'est que la Princesse qui avoit t
- la cour de France le plus parfait modle de toutes les vertus ne
-pouvoit pas tre l'ennemie des Franois.</p>
-
-<p>Il est impossible de peindre la fureur avec laquelle Dumas
+des projets de vengeance que vous et les vôtres n'avez cessé de former
+contre la liberté, et que vous vous flattiez de relever les débris
+d'un trône brisé en l'inondant du sang des patriotes!</p>
+
+<p class="p2">Le président procède ensuite à l'interrogatoire des autres accusés,
+interrogatoire qui se borne à quelques questions insignifiantes. Le
+<cite>Moniteur</cite>, et après lui les historiens, ne font aucune mention des
+paroles du défenseur de Madame Élisabeth; et ce silence semblerait
+annoncer que Madame Élisabeth ne fut pas défendue. Cependant si le
+débat fut rapide, si tout rapport entre l'accusée et son défenseur a
+été matériellement interdit, il est notoire que Chauveau-Lagarde se
+leva après l'interrogatoire, et fit entendre une courte plaidoirie,
+dont il nous a donné lui-même la substance:</p>
+
+<p>«Je fis observer, dit-il, qu'il n'y avoit au procès qu'un protocole
+banal d'accusation, sans pièces, sans interrogatoire, sans témoins, et
+que par conséquent, là où il n'existoit aucun élément légal de
+conviction, il ne sauroit y avoir de conviction légale.</p>
+
+<p>»J'ajoutai qu'on ne pouvoit donc opposer à l'auguste accusée que ses
+réponses aux questions qu'on venoit de lui faire, puisque c'étoit dans
+ces réponses elles seules que tous les débats consistoient; mais que
+ces réponses elles-mêmes, loin de la condamner, devoient au contraire
+l'honorer à tous les yeux, puisqu'elles ne prouvoient rien autre chose
+que la bonté de son c&oelig;ur et l'héroïsme de son amitié.</p>
+
+<p>»Puis, après avoir développé ces premières idées, je finis en disant
+qu'au lieu d'une défense je n'aurois plus à présenter pour Madame
+Élisabeth que son apologie; mais que dans l'impuissance où j'étois
+d'en trouver une qui fût <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> digne d'elle, il ne me restoit plus
+qu'une seule observation à faire: c'est que la Princesse qui avoit été
+à la cour de France le plus parfait modèle de toutes les vertus ne
+pouvoit pas être l'ennemie des François.</p>
+
+<p>»Il est impossible de peindre la fureur avec laquelle Dumas
m'apostropha, en me reprochant d'avoir eu <em>l'audace de parler</em> de ce
-qu'il appeloit <em>les prtendues vertus de l'accuse, et d'avoir ainsi
-corrompu la morale publique</em>. Il fut ais de s'apercevoir que Madame
-lisabeth, qui jusqu'alors toit reste calme et comme insensible
-ses propres dangers, fut mue de ceux auxquels je venois de
-m'exposer.</p>
-
-<p>Aprs que l'accusateur public et les dfenseurs ont t entendus, le
-prsident dclare les dbats ferms; il fait le rsum du procs, je
-dois dire des diffrents procs, car il y en avait autant que
-d'accuss; puis il remet au prsident du jury l'crit suivant, servant
-de prambule une question qui est uniformment la mme pour chacun
-des accuss:</p>
-
-<p>Il a exist des complots et conspirations forms par Capet, sa femme,
+qu'il appeloit <em>les prétendues vertus de l'accusée, et d'avoir ainsi
+corrompu la morale publique</em>. Il fut aisé de s'apercevoir que Madame
+Élisabeth, qui jusqu'alors étoit restée calme et comme insensible à
+ses propres dangers, fut émue de ceux auxquels je venois de
+m'exposer.»</p>
+
+<p>Après que l'accusateur public et les défenseurs ont été entendus, le
+président déclare les débats fermés; il fait le résumé du procès, je
+dois dire des différents procès, car il y en avait autant que
+d'accusés; puis il remet au président du jury l'écrit suivant, servant
+de préambule à une question qui est uniformément la même pour chacun
+des accusés:</p>
+
+<p>«Il a existé des complots et conspirations formés par Capet, sa femme,
sa famille, ses agents et ses complices, par suite desquels des
-provocations la guerre extrieure de la part des tyrans coaliss,
-la guerre civile dans l'intrieur, ont t formes, des secours en
-hommes et en argent ont t fournis aux ennemis, des troupes ont t
-rassembles, des dispositions ont t faites, des chefs nomms pour
-assassiner le peuple, anantir la libert et rtablir le despotisme.</p>
+provocations à la guerre extérieure de la part des tyrans coalisés, à
+la guerre civile dans l'intérieur, ont été formées, des secours en
+hommes et en argent ont été fournis aux ennemis, des troupes ont été
+rassemblées, des dispositions ont été faites, des chefs nommés pour
+assassiner le peuple, anéantir la liberté et rétablir le despotisme.</p>
-<p>Anne-lisabeth Capet est-elle complice de ces complots?</p>
+<p>»Anne-Élisabeth Capet est-elle complice de ces complots?»</p>
-<p>Les jurs, aprs quelques minutes de dlibration, rentrent la salle
-d'audience, et donnent une dclaration affirmative contre Madame
-lisabeth et les autres accuss.</p>
+<p>Les jurés, après quelques minutes de délibération, rentrent à la salle
+d'audience, et donnent une déclaration affirmative contre Madame
+Élisabeth et les autres accusés.</p>
-<p>Vu par le tribunal rvolutionnaire l'acte d'accusation dress par
-l'accusateur public prs icelui,</p>
+<p>Vu par le tribunal révolutionnaire l'acte d'accusation dressé par
+l'accusateur public près icelui,</p>
-<p>1. Contre lisabeth Capet, s&oelig;ur de Louis Capet, dernier tyran des
-Franois, ne Paris, y demeurant;</p>
+<p>1. Contre Élisabeth Capet, s&oelig;ur de Louis Capet, dernier tyran des
+François, née à Paris, y demeurant;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> 2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, ge de
-cinquante-cinq ans, ne Keisnith, en Allemagne, demeurant la
-montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, dpartement de
+<p><span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> 2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de
+cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la
+montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de
Seine-et-Oise.</p>
<p>3. Louis Bernardin Leneuf Sourdeval, etc....</p>
-<p>[Suit la liste des 25 accuss prcdemment donne.] et dont la teneur
+<p>[Suit la liste des 25 accusés précédemment donnée.] et dont la teneur
suit:</p>
<p>Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public, etc., expose, etc.</p>
-<p>[Rptition de l'acte d'accusation.]</p>
+<p>[Répétition de l'acte d'accusation.]</p>
<p>L'ordonnance de prise de corps rendue par le tribunal ledit jour
-contre lisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, Louis-Bernardin
+contre Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, Louis-Bernardin
Leneuf Sourdeval, etc....</p>
-<p>[Suit la liste des 25 accuss.]</p>
+<p>[Suit la liste des 25 accusés.]</p>
-<p>Le procs-verbal d'crou et remise de leurs personnes en la maison de
-justice de la Conciergerie, aussi du mme jour; et la dclaration du
-jur du jugement faite individuellement et haute et intelligible
-voix en l'audience publique du tribunal, portant qu'il a exist des
-complots et conspirations forms par Capet, etc.</p>
+<p>Le procès-verbal d'écrou et remise de leurs personnes en la maison de
+justice de la Conciergerie, aussi du même jour; et la déclaration du
+juré du jugement faite individuellement et à haute et intelligible
+voix en l'audience publique du tribunal, portant «qu'il a existé des
+complots et conspirations formés par Capet, etc.»</p>
-<p>[Ici rptition de l'ordonnance de prise de corps rendue par le
+<p>[Ici répétition de l'ordonnance de prise de corps rendue par le
tribunal.]</p>
<p>Qu'il est constant que</p>
-<p>lisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf
+<p>Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf
Sourdeval, etc.,</p>
<p>[Liste des 25.]</p>
-<p>sont convaincus d'tre complices de ces complots;</p>
+<p>sont convaincus d'être complices de ces complots;</p>
-<p>Le tribunal, aprs avoir entendu l'accusateur public sur l'application
-de la loi, condamne lisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve <em>de l'Aigle</em>;
+<p>Le tribunal, après avoir entendu l'accusateur public sur l'application
+de la loi, condamne Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve <em>de l'Aigle</em>;
Louis-Bernard <em>Leneuf Sourdeval</em>, Anne-Nicole <em>Lamoignon, veuve
-Snozan</em>; Claude-Louise-Anglique <em>Bersin, femme Crussol d'Amboise</em>;
+Sénozan</em>; Claude-Louise-Angélique <em>Bersin, femme Crussol d'Amboise</em>;
Georges <em>Foloppe</em>, Denise <em>Buard</em>, Louis-Pierre-Marcel <em>Letellier,
-dit Bullier</em>; Charles <em>Cressy-Champmilon</em>, Thodore <em>Hall</em>, <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span>
-Alexandre-Franois <em>Lomnie</em>, Louis-Marie-Athanase <em>Lomnie</em>,
+dit Bullier</em>; Charles <em>Cressy-Champmilon</em>, Théodore <em>Hall</em>, <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span>
+Alexandre-François <em>Loménie</em>, Louis-Marie-Athanase <em>Loménie</em>,
Antoine-Hugues-Calixte <em>Montmorin</em>, Jean-Baptiste <em>l'Hoste</em>, Martial
-<em>Lomnie</em>, Antoine-Jean-Franois <em>Mgret-Srilly</em>, Antoine-Jean-Marie
-<em>Mgret-d'tigny</em>, Charles <em>Lomnie</em>, Franoise-Gabrielle <em>Taneff,
-veuve Montmorin</em>; Anne-Marie-Charlotte <em>Lomnie, femme divorce de
-l'migr Canilly</em>; Marie-Anne-Catherine <em>Rosset, femme Rosset-Cercy</em>;
-lisabeth Jacqueline <em>l'Hermite, femme Rosset</em>; Louis-Claude
+<em>Loménie</em>, Antoine-Jean-François <em>Mégret-Sérilly</em>, Antoine-Jean-Marie
+<em>Mégret-d'Étigny</em>, Charles <em>Loménie</em>, Françoise-Gabrielle <em>Taneff,
+veuve Montmorin</em>; Anne-Marie-Charlotte <em>Loménie, femme divorcée de
+l'émigré Canilly</em>; Marie-Anne-Catherine <em>Rosset, femme Rosset-Cercy</em>;
+Élisabeth Jacqueline <em>l'Hermite, femme Rosset</em>; Louis-Claude
<em>l'Hermite-Chambertrand</em>; Anne-Marie-Louise <em>Thomas, femme
-Mgret-Srilly</em>, et Jean-Baptiste <em>Dubois</em>, <span class="smcap"> LA PEINE DE MORT</span>,
-conformment l'article quatre de la premire section du titre
-premier de la deuxime partie du Code pnal, dont a t fait lecture,
-et lequel est ainsi conu: Toute man&oelig;uvre, toute intelligence avec
-les ennemis de la France tendant soit faciliter leur entre dans les
-dpendances de l'empire franois, soit leur livrer des villes,
-forteresses, ports, vaisseaux, magasins ou arsenaux appartenant la
-France, soit leur fournir des secours en soldats, argent, vivres ou
-munitions, soit favoriser d'une manire quelconque le progrs de
-leurs armes sur le territoire franois ou contre nos forces de terre
-ou de mer, soit branler la fidlit des officiers, soldats et des
-autres citoyens envers la nation franoise, seront punis de mort, et
-encore en conformit de l'article deux de la seconde section du titre
-premier de la seconde partie du Code pnal, dont a t pareillement
-fait lecture, et lequel est ainsi conu: Toutes conspirations et
-complots tendant troubler l'tat par une guerre civile en armant les
-citoyens les uns contre les autres ou contre l'exercice de l'autorit
-lgitime, seront punis de mort;</p>
-
-<p>Dclare les biens desdits lisabeth Capet, veuve de l'Aigle, Leneuf
+Mégret-Sérilly</em>, et Jean-Baptiste <em>Dubois</em>, <span class="smcap">À LA PEINE DE MORT</span>,
+conformément à l'article quatre de la première section du titre
+premier de la deuxième partie du Code pénal, dont a été fait lecture,
+et lequel est ainsi conçu: «Toute man&oelig;uvre, toute intelligence avec
+les ennemis de la France tendant soit à faciliter leur entrée dans les
+dépendances de l'empire françois, soit à leur livrer des villes,
+forteresses, ports, vaisseaux, magasins ou arsenaux appartenant à la
+France, soit à leur fournir des secours en soldats, argent, vivres ou
+munitions, soit à favoriser d'une manière quelconque le progrès de
+leurs armes sur le territoire françois ou contre nos forces de terre
+ou de mer, soit à ébranler la fidélité des officiers, soldats et des
+autres citoyens envers la nation françoise, seront punis de mort», et
+encore en conformité de l'article deux de la seconde section du titre
+premier de la seconde partie du Code pénal, dont a été pareillement
+fait lecture, et lequel est ainsi conçu: «Toutes conspirations et
+complots tendant à troubler l'État par une guerre civile en armant les
+citoyens les uns contre les autres ou contre l'exercice de l'autorité
+légitime, seront punis de mort»;</p>
+
+<p>Déclare les biens desdits Élisabeth Capet, veuve de l'Aigle, Leneuf
Sourdeval, etc.,</p>
<p>[Suit la liste.]</p>
-<p>acquis la Rpublique. En consquence de l'article deux <span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> du
+<p>acquis à la République. En conséquence de l'article deux <span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> du
titre deux de la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize
-(vieux style), dont a t aussi fait lecture, et lequel est ainsi
-conu: Les biens de ceux qui seront condamns la peine de mort
-seront acquis la Rpublique, sauf pourvoir la subsistance des
-veuves, enfants, s'ils n'ont pas de biens d'ailleurs,</p>
-
-<p>Ordonne qu' la diligence de l'accusateur public le prsent jugement
-sera excut dans les vingt-quatre heures sur la place de la
-Rvolution de cette ville, et qu'il sera imprim, lu, publi et
-affich dans toute l'tendue de la Rpublique.</p>
-
-<p>Fait et prononc en l'audience publique du tribunal le vingt et unime
-jour de floral, l'an deuxime de la Rpublique franoise une et
-indivisible, par les citoyens Ren-Franois Dumas, prsident; Gabriel
-Delige et Antoine-Marie Maire, juges, qui ont sign le prsent
+(vieux style), dont a été aussi fait lecture, et lequel est ainsi
+conçu: «Les biens de ceux qui seront condamnés à la peine de mort
+seront acquis à la République, sauf à pourvoir à la subsistance des
+veuves, enfants, s'ils n'ont pas de biens d'ailleurs»,</p>
+
+<p>Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public le présent jugement
+sera exécuté dans les vingt-quatre heures sur la place de la
+Révolution de cette ville, et qu'il sera imprimé, lu, publié et
+affiché dans toute l'étendue de la République.</p>
+
+<p>Fait et prononcé en l'audience publique du tribunal le vingt et unième
+jour de floréal, l'an deuxième de la République françoise une et
+indivisible, par les citoyens René-François Dumas, président; Gabriel
+Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, qui ont signé le présent
jugement avec le greffier.</p>
<a id="img008" name="img008"></a>
@@ -6580,1769 +6535,1769 @@ jugement avec le greffier.</p>
<img src="images/img008.jpg" width="300" height="259" alt="Signatures." title="">
</div>
-<p><span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> En consquence, ils sont tous condamns mort. Comme nos
+<p><span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> En conséquence, ils sont tous condamnés à mort. Comme nos
lecteurs ont pu le remarquer, les noms de dix femmes figuraient dans
-l'acte d'accusation. Une d'elles, quoique enceinte, avait refus de se
-soustraire, par sa dclaration, au sort commun. Madame lisabeth fait
+l'acte d'accusation. Une d'elles, quoique enceinte, avait refusé de se
+soustraire, par sa déclaration, au sort commun. Madame Élisabeth fait
avertir les juges, et la sauve<a id="footnotetag102" name="footnotetag102"></a><a href="#footnote102" title="Go to footnote 102"><span class="smaller">[102]</span></a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> Les mots de <em>peine de mort</em> et d'<em>excution dans les
-vingt-quatre heures</em> avaient produit un lger mouvement sur les bancs
-o sont assis les accuss. Mais ces mots, Madame lisabeth les a
-entendus sans changer de visage. Oublieuse d'elle-mme, sa pense, qui
-est toute en Dieu, se reporte sur ceux qu'on a associs sa
-condamnation, et avec lesquels elle est ramene pour quelques instants
- la Conciergerie.</p>
-
-<p>Au moment o elle sortait du tribunal, Fouquier dit au prsident: Il
-faut avouer cependant qu'elle n'a pas pouss une plainte.&mdash;De quoi se
-plaindroit-elle donc, lisabeth de France<a id="footnotetag103" name="footnotetag103"></a><a href="#footnote103" title="Go to footnote 103"><span class="smaller">[103]</span></a>? rpondit Dumas avec
-une gaiet ironique. Ne <span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> lui avons-nous pas form aujourd'hui
-une cour d'aristocrates digne d'elle? Et rien ne l'empchera de se
+<p><span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> Les mots de <em>peine de mort</em> et d'<em>exécution dans les
+vingt-quatre heures</em> avaient produit un léger mouvement sur les bancs
+où sont assis les accusés. Mais ces mots, Madame Élisabeth les a
+entendus sans changer de visage. Oublieuse d'elle-même, sa pensée, qui
+est toute en Dieu, se reporte sur ceux qu'on a associés à sa
+condamnation, et avec lesquels elle est ramenée pour quelques instants
+à la Conciergerie.</p>
+
+<p>Au moment où elle sortait du tribunal, Fouquier dit au président: «Il
+faut avouer cependant qu'elle n'a pas poussé une plainte.&mdash;De quoi se
+plaindroit-elle donc, Élisabeth de France<a id="footnotetag103" name="footnotetag103"></a><a href="#footnote103" title="Go to footnote 103"><span class="smaller">[103]</span></a>? répondit Dumas avec
+une gaieté ironique. Ne <span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> lui avons-nous pas formé aujourd'hui
+une cour d'aristocrates digne d'elle? Et rien ne l'empêchera de se
croire encore dans les salons de Versailles quand elle va se voir, au
-pied de la sainte guillotine, entoure de toute cette fidle
-noblesse<a id="footnotetag104" name="footnotetag104"></a><a href="#footnote104" title="Go to footnote 104"><span class="smaller">[104]</span></a>.</p>
-
-<p>Ces vingt-quatre personnes marques pour l'chafaud, dfilant
-lentement sous de longues votes au milieu des spectateurs, qui, pour
-les voir passer, se rangent en haie avec une inconcevable avidit,
-sont conduites dans la salle des condamns mort pour y attendre le
-bourreau. Cette salle, longue, troite, obscure, n'est spare du
-greffe que par une porte et une cloison vitres, et n'a pour tout
-mobilier que des bancs de bois adosss la muraille.</p>
-
-<p>Runie ces infortuns, qu'elle regarde comme autant d'amis qui
-doivent l'accompagner au Ciel, Madame lisabeth a bientt pris au
+pied de la sainte guillotine, entourée de toute cette fidèle
+noblesse<a id="footnotetag104" name="footnotetag104"></a><a href="#footnote104" title="Go to footnote 104"><span class="smaller">[104]</span></a>.»</p>
+
+<p>Ces vingt-quatre personnes marquées pour l'échafaud, défilant
+lentement sous de longues voûtes au milieu des spectateurs, qui, pour
+les voir passer, se rangent en haie avec une inconcevable avidité,
+sont conduites dans la salle des condamnés à mort pour y attendre le
+bourreau. Cette salle, longue, étroite, obscure, n'est séparée du
+greffe que par une porte et une cloison vitrées, et n'a pour tout
+mobilier que des bancs de bois adossés à la muraille.</p>
+
+<p>Réunie à ces infortunés, qu'elle regarde comme autant d'amis qui
+doivent l'accompagner au Ciel, Madame Élisabeth a bientôt pris au
milieu d'eux la place qui lui appartient: elle leur parle avec un
calme et une douceur inexprimables; elle domine leurs tortures morales
-par la srnit de son regard, par la tranquillit de son maintien,
-par l'ascendant de sa parole. Telle nous l'avons vue Versailles,
-Montreuil, au milieu de ses amies dvoues qui faisaient le charme de
-sa vie, s'oubliant pour ne songer qu' elles, prenant intrt tout
-ce qui les intressait, et ne laissant jamais chapper l'occasion de
-jeter dans leur me une de ces semences vangliques que rcolte le
-divin Moissonneur, telle nous la retrouvons dans ces dernires heures
- la Conciergerie, au milieu des victimes qui doivent l'accompagner
-l'chafaud, aussi douce, aussi aimable, aussi calme, mais le front
-dj rayonnant de l'aurole de son martyre.</p>
+par la sérénité de son regard, par la tranquillité de son maintien,
+par l'ascendant de sa parole. Telle nous l'avons vue à Versailles, à
+Montreuil, au milieu de ses amies dévouées qui faisaient le charme de
+sa vie, s'oubliant pour ne songer qu'à elles, prenant intérêt à tout
+ce qui les intéressait, et ne laissant jamais échapper l'occasion de
+jeter dans leur âme une de ces semences évangéliques que récolte le
+divin Moissonneur, telle nous la retrouvons dans ces dernières heures
+à la Conciergerie, au milieu des victimes qui doivent l'accompagner à
+l'échafaud, aussi douce, aussi aimable, aussi calme, mais le front
+déjà rayonnant de l'auréole de son martyre.</p>
<p>Elle excite leur confiance en Celui qui couronne les <span class="pagenum"><a id="page225" name="page225"></a>(p. 225)</span>
-preuves supportes avec courage, les sacrifices saintement accomplis.
-Sous cette parole pntrante, Madame de Snozan, la plus ge des
-vingt-cinq victimes, se rassure, et offre Dieu le peu qui lui reste
-de vie avec la mme facilit que MM. de Montmorin et Bullier, ces deux
+épreuves supportées avec courage, les sacrifices saintement accomplis.
+Sous cette parole pénétrante, Madame de Sénozan, la plus âgée des
+vingt-cinq victimes, se rassure, et offre à Dieu le peu qui lui reste
+de vie avec la même facilité que MM. de Montmorin et Bullier, ces deux
jeunes gens de vingt ans, font l'abandon des longues perspectives
-ouvertes devant eux dans le temps. M. de Lomnie, ancien ministre de
+ouvertes devant eux dans le temps. M. de Loménie, ancien ministre de
la guerre et maire de Brienne, que n'ont pu sauver les vives
-rclamations des communes voisines de cette ville, s'indignait avec
-une sorte d'exaltation, non pas d'tre condamn, mais de se voir
-imputer crime, par Fouquier, les tmoignages d'affection et de
-gratitude que lui ont conquis les services rendus par lui son
-dpartement. Madame lisabeth s'approche de lui, et lui dit avec
-douceur: S'il est beau de mriter l'estime de ses concitoyens, croyez
-qu'il est encore plus beau de mriter la clmence de Dieu. Vous avez
-montr vos compatriotes faire le bien: vous leur montrerez comment
-on meurt quand on a la conscience en paix<a id="footnotetag105" name="footnotetag105"></a><a href="#footnote105" title="Go to footnote 105"><span class="smaller">[105]</span></a>.</p>
-
-<p>Madame de Montmorin, dont presque toute la famille a t mise mort
-par la rvolution, ne peut se faire l'ide de l'immolation de son
+réclamations des communes voisines de cette ville, s'indignait avec
+une sorte d'exaltation, non pas d'être condamné, mais de se voir
+imputer à crime, par Fouquier, les témoignages d'affection et de
+gratitude que lui ont conquis les services rendus par lui à son
+département. Madame Élisabeth s'approche de lui, et lui dit avec
+douceur: «S'il est beau de mériter l'estime de ses concitoyens, croyez
+qu'il est encore plus beau de mériter la clémence de Dieu. Vous avez
+montré à vos compatriotes à faire le bien: vous leur montrerez comment
+on meurt quand on a la conscience en paix<a id="footnotetag105" name="footnotetag105"></a><a href="#footnote105" title="Go to footnote 105"><span class="smaller">[105]</span></a>.»</p>
+
+<p>Madame de Montmorin, dont presque toute la famille a été mise à mort
+par la révolution, ne peut se faire à l'idée de l'immolation de son
fils; celui-ci la rassure avec le courage et la tendresse du
-dvouement filial. Le sacrifice exig semble impossible cette mre
-dsespre: Je veux bien mourir, dit-elle en sanglotant, mais je ne
+dévouement filial. Le sacrifice exigé semble impossible à cette mère
+désespérée: «Je veux bien mourir, dit-elle en sanglotant, mais je ne
puis le voir mourir.&mdash;Vous aimez votre fils, lui dit alors Madame
-lisabeth, et vous ne voulez pas qu'il vous accompagne! Vous allez
-trouver les flicits du Ciel, et vous voulez qu'il demeure sur cette
-terre, o il n'y a aujourd'hui que tourments et douleurs! Sous
+Élisabeth, et vous ne voulez pas qu'il vous accompagne! Vous allez
+trouver les félicités du Ciel, et vous voulez qu'il demeure sur cette
+terre, où il n'y a aujourd'hui que tourments et douleurs!» Sous
l'impression de ces paroles, le c&oelig;ur de <span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> madame de
-Montmorin s'ouvre un rayon d'extase; ses fibres se dtendent, ses
+Montmorin s'ouvre à un rayon d'extase; ses fibres se détendent, ses
larmes coulent, et serrant avec transport son enfant dans ses bras:
-Viens, viens, s'crie-t-elle, nous monterons ensemble<a id="footnotetag106" name="footnotetag106"></a><a href="#footnote106" title="Go to footnote 106"><span class="smaller">[106]</span></a>.</p>
+«Viens, viens, s'écrie-t-elle, nous monterons ensemble<a id="footnotetag106" name="footnotetag106"></a><a href="#footnote106" title="Go to footnote 106"><span class="smaller">[106]</span></a>.»</p>
-<p>Les tres les plus susceptibles de faiblesse dans le cours ordinaire
-de la vie bravent hroquement la mort quand un grand sentiment les
+<p>Les êtres les plus susceptibles de faiblesse dans le cours ordinaire
+de la vie bravent héroïquement la mort quand un grand sentiment les
anime. La marquise de Crussol d'Amboise faisait habituellement coucher
-deux de ses femmes dans sa chambre: une araigne lui faisait peur;
-l'ide d'un pril mme imaginaire la remplissait d'pouvante.
-L'exemple de Madame lisabeth la transforme tout coup: elle est
+deux de ses femmes dans sa chambre: une araignée lui faisait peur;
+l'idée d'un péril même imaginaire la remplissait d'épouvante.
+L'exemple de Madame Élisabeth la transforme tout à coup: elle est
calme au tribunal, dans la prison, devant la mort.</p>
-<p>L'motion s'est communique tous les condamns. Madame lisabeth
-leur apparat, cette heure terrible, illumine du triple reflet du
-divin Matre; car devant ces c&oelig;urs briss qui l'entouraient, elle
-manifeste la vrit qui claire, la douceur qui attire, la saintet
-qui difie.</p>
+<p>L'émotion s'est communiquée à tous les condamnés. Madame Élisabeth
+leur apparaît, à cette heure terrible, illuminée du triple reflet du
+divin Maître; car devant ces c&oelig;urs brisés qui l'entouraient, elle
+manifeste la vérité qui éclaire, la douceur qui attire, la sainteté
+qui édifie.</p>
-<p>On n'exige point de nous, dit-elle, comme des anciens martyrs, le
+<p>«On n'exige point de nous, dit-elle, comme des anciens martyrs, le
sacrifice de nos croyances; on ne nous demande que l'abandon de notre
-misrable vie: faisons Dieu ce faible sacrifice avec rsignation.
-Rien de plus propre remuer profondment les mes que ce souffle
+misérable vie: faisons à Dieu ce faible sacrifice avec résignation.»
+Rien de plus propre à remuer profondément les âmes que ce souffle
ardent de la foi qui domine le sentiment de la douleur. Jamais cette
-ferme et vivifiante esprance, dont l'glise a fait une vertu, jamais
-la charit, jamais le courage, n'ont inspir des paroles plus tendres
-et plus hroques. Quelle paupire ne se mouillerait au cri de cette
-belle me qui console et <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> qui relve tant d'mes dchires ou
-abattues! lisabeth ne cherche point combattre et ne pas mourir,
-elle ne proteste pas contre l'iniquit des hommes, elle n'a pas un mot
+ferme et vivifiante espérance, dont l'Église a fait une vertu, jamais
+la charité, jamais le courage, n'ont inspiré des paroles plus tendres
+et plus héroïques. Quelle paupière ne se mouillerait au cri de cette
+belle âme qui console et <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> qui relève tant d'âmes déchirées ou
+abattues! Élisabeth ne cherche point à combattre et à ne pas mourir,
+elle ne proteste pas contre l'iniquité des hommes, elle n'a pas un mot
de regret, encore moins un mot de reproche: elle va vers Dieu avec
-confiance; elle ne veut pas y aller seule, elle entrane ses
-compagnons, et leur montre les bras misricordieux qui leur sont
+confiance; elle ne veut pas y aller seule, elle entraîne ses
+compagnons, et leur montre les bras miséricordieux qui leur sont
ouverts.</p>
-<p>Cette femme anglique rencontrait donc, dans ce dernier moment, un
-grand sujet de joie: elle avait ranim des mes endolories ou inertes;
-elle avait fait pntrer la vigueur de la foi dans les dfaillances de
-la nature. Elle avait fait de cette dernire heure d'agonie l'preuve
-prparatoire du sacrifice; elle avait mouss l'aiguillon de la mort,
-et fait poindre des yeux dj ferms au monde les lueurs anticipes
-de la dlivrance.</p>
+<p>Cette femme angélique rencontrait donc, dans ce dernier moment, un
+grand sujet de joie: elle avait ranimé des âmes endolories ou inertes;
+elle avait fait pénétrer la vigueur de la foi dans les défaillances de
+la nature. Elle avait fait de cette dernière heure d'agonie l'épreuve
+préparatoire du sacrifice; elle avait émoussé l'aiguillon de la mort,
+et fait poindre à des yeux déjà fermés au monde les lueurs anticipées
+de la délivrance.</p>
-<p>Le dernier appel se fait bientt entendre. La toilette funbre
+<p>Le dernier appel se fait bientôt entendre. La toilette funèbre
s'accomplit. Les portes de la prison s'ouvrent, et les charrettes du
-bourreau, que Barre appelait les <em>bires des vivants</em>, reoivent les
-condamns. Madame lisabeth se trouve assise sur la mme charrette que
-mesdames de Snozan et de Crussol d'Amboise, et elle s'entretient avec
-elles pendant le trajet de la Conciergerie la place Louis XV. Aux
-plaintes qui chappent quelques-uns des condamns, elle rpond par
-de touchantes exhortations. la descente du pont Neuf, rapporte un
-tmoin oculaire, le mouchoir blanc qui couvre la tte de la Princesse
-se dtache et tombe aux pieds de l'excuteur, qui le ramasse. Ds ce
-moment, Madame lisabeth, demeure seule, tte nue, au milieu de ses
-compagnons d'infortune, attire par cela mme tous les regards; et
+bourreau, que Barère appelait les <em>bières des vivants</em>, reçoivent les
+condamnés. Madame Élisabeth se trouve assise sur la même charrette que
+mesdames de Sénozan et de Crussol d'Amboise, et elle s'entretient avec
+elles pendant le trajet de la Conciergerie à la place Louis XV. Aux
+plaintes qui échappent à quelques-uns des condamnés, elle répond par
+de touchantes exhortations. À la descente du pont Neuf, rapporte un
+témoin oculaire, le mouchoir blanc qui couvre la tête de la Princesse
+se détache et tombe aux pieds de l'exécuteur, qui le ramasse. Dès ce
+moment, Madame Élisabeth, demeurée seule, tête nue, au milieu de ses
+compagnons d'infortune, attire par cela même tous les regards; et
c'est ainsi que tant de personnes, qui, sans cette circonstance, ne
-l'eussent peut-tre point remarque, ont pu rendre tmoignage du calme
-et de la srnit de ses traits. On arrive la place de la
-Rvolution: Madame descend la premire. Le bourreau, comme pour
-<span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> l'aider, lui tend la main. La princesse regarde de ct, et
-ne s'appuie pas sur cette main qui s'offre elle. Les victimes
-avaient trouv au pied de l'chafaud une banquette sur laquelle on les
-fit asseoir. On prsume que cette attention inaccoutume tait due
-un calcul de prudence: le gouvernement rvolutionnaire avait craint,
-a-t-on dit, que la fourne tant considrable, il ne se trouvt
+l'eussent peut-être point remarquée, ont pu rendre témoignage du calme
+et de la sérénité de ses traits. On arrive à la place de la
+Révolution: Madame descend la première. Le bourreau, comme pour
+<span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> l'aider, lui tend la main. La princesse regarde de côté, et
+ne s'appuie pas sur cette main qui s'offre à elle. Les victimes
+avaient trouvé au pied de l'échafaud une banquette sur laquelle on les
+fit asseoir. On présume que cette attention inaccoutumée était due à
+un calcul de prudence: le gouvernement révolutionnaire avait craint,
+a-t-on dit, que la fournée étant considérable, il ne se trouvât
quelques patients qu'une trop longue attente devant l'instrument de
-mort et fait dfaillir. Aucun ne dfaillit<a id="footnotetag107" name="footnotetag107"></a><a href="#footnote107" title="Go to footnote 107"><span class="smaller">[107]</span></a>. Encourag par la
-prsence et le regard de la s&oelig;ur de Louis XVI, chaque condamn
-s'est promis de se lever bravement l'appel de son nom, et
-d'accomplir sa tache avec fermet. Le premier nom prononc par
-l'excuteur est celui de madame de Crussol. Madame de Crussol se lve
-aussitt, va s'incliner devant Madame lisabeth, et tmoignant
+mort eût fait défaillir. Aucun ne défaillit<a id="footnotetag107" name="footnotetag107"></a><a href="#footnote107" title="Go to footnote 107"><span class="smaller">[107]</span></a>. Encouragé par la
+présence et le regard de la s&oelig;ur de Louis XVI, chaque condamné
+s'est promis de se lever bravement à l'appel de son nom, et
+d'accomplir sa tache avec fermeté. Le premier nom prononcé par
+l'exécuteur est celui de madame de Crussol. Madame de Crussol se lève
+aussitôt, va s'incliner devant Madame Élisabeth, et témoignant
hautement le respect et l'amour que la princesse lui inspire, elle lui
-demande la permission de l'embrasser. Bien volontiers, et de tout mon
-c&oelig;ur, lui dit Madame lisabeth avec cette expression d'affabilit
-qui lui tait si naturelle; et la royale victime avanant son visage,
+demande la permission de l'embrasser. «Bien volontiers, et de tout mon
+c&oelig;ur», lui dit Madame Élisabeth avec cette expression d'affabilité
+qui lui était si naturelle; et la royale victime avançant son visage,
lui donne le baiser d'adieu, de supplice <span class="pagenum"><a id="page229" name="page229"></a>(p. 229)</span> et de gloire<a id="footnotetag108" name="footnotetag108"></a><a href="#footnote108" title="Go to footnote 108"><span class="smaller">[108]</span></a>.
-Toutes les femmes qui suivirent obtinrent le mme tmoignage
-d'affection. Elles montrent ainsi l'chafaud, sacres par cet
-anglique baiser, qui rappelle les actes des martyrs, pour la
-bienheureuse immortalit. Les hommes s'honorrent aussi de leur
-respect pour Madame lisabeth, en allant, chacun son tour, courber
-devant elle la tte qui, une minute aprs, tombait sous le couperet de
-la guillotine. Dj plusieurs ttes taient tombes, lorsqu'un homme
-de la lie du peuple, curieux de savoir quelle tait la personne qu'on
-saluait ainsi, parvint apercevoir sa figure, et reconnut Madame
-lisabeth. On a beau lui faire des salamalecs, dit-il avec une
-expression cynique, la voil f..... comme l'Autrichienne. Cet homme
-tait assez prs du banc pour que sa parole y ft entendue. Madame
-lisabeth, qui n'avait que de vagues soupons sur le meurtre de la
-Reine, bnit le Ciel en apprenant qu'elle avait cess de souffrir et
+Toutes les femmes qui suivirent obtinrent le même témoignage
+d'affection. Elles montèrent ainsi à l'échafaud, sacrées par cet
+angélique baiser, qui rappelle les actes des martyrs, pour la
+bienheureuse immortalité. Les hommes s'honorèrent aussi de leur
+respect pour Madame Élisabeth, en allant, chacun à son tour, courber
+devant elle la tête qui, une minute après, tombait sous le couperet de
+la guillotine. Déjà plusieurs têtes étaient tombées, lorsqu'un homme
+de la lie du peuple, curieux de savoir quelle était la personne qu'on
+saluait ainsi, parvint à apercevoir sa figure, et reconnut Madame
+Élisabeth. «On a beau lui faire des salamalecs, dit-il avec une
+expression cynique, la voilà f..... comme l'Autrichienne.» Cet homme
+était assez près du banc pour que sa parole y fût entendue. Madame
+Élisabeth, qui n'avait que de vagues soupçons sur le meurtre de la
+Reine, bénit le Ciel en apprenant qu'elle avait cessé de souffrir et
qu'elle allait la retrouver au sein de Dieu. Pendant tout le temps que
-dura le sacrifice, la sainte femme qui semblait y prsider ne cessa de
+dura le sacrifice, la sainte femme qui semblait y présider ne cessa de
dire le <i>De profundis</i>. Celle qui allait mourir priait pour les morts.
-Elle tait rserve prir la dernire. Les matres de la guillotine
-ne pouvant la tuer qu'une fois, voulurent du moins qu'elle se sentt
-mourir autant de fois qu'elle verrait de victimes immoles sous ses
-yeux. Quand la vingt-troisime vint s'incliner devant elle, elle lui
-dit: Courage et foi dans la misricorde de Dieu; puis elle se lve
-elle-mme pour se tenir prte l'appel de l'excuteur. Elle monte
-d'un pas ferme les marches de l'chafaud; ici encore le bourreau lui
+Elle était réservée à périr la dernière. Les maîtres de la guillotine
+ne pouvant la tuer qu'une fois, voulurent du moins qu'elle se sentît
+mourir autant de fois qu'elle verrait de victimes immolées sous ses
+yeux. Quand la vingt-troisième vint s'incliner devant elle, elle lui
+dit: «Courage et foi dans la miséricorde de Dieu»; puis elle se lève
+elle-même pour se tenir prête à l'appel de l'exécuteur. Elle monte
+d'un pas ferme les marches de l'échafaud; ici encore le bourreau lui
tend la main; mais l'attitude de la victime lui fait comprendre
qu'elle est assez forte pour y monter <span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> sans secours, et,
-regardant le ciel, elle se livre l'excuteur. Son fichu tombant
-terre au moment o on l'attache la planche fatale, laisse apercevoir
-une mdaille d'argent reprsentant une Immacule Conception de la
-Vierge, qui tait, ainsi qu'une petite clef de portefeuille, attache
- son cou par un menu cordon de soie<a id="footnotetag109" name="footnotetag109"></a><a href="#footnote109" title="Go to footnote 109"><span class="smaller">[109]</span></a>. L'aide du bourreau se
-mettant en devoir de lui enlever ce signe de pit, elle lui dit: Au
-nom de votre mre, monsieur, couvrez-moi. Ce fut le dernier mot de
-Madame lisabeth. Jusqu'alors, aucune excution on n'avait remarqu
-autant d'motion autour de la guillotine. Il n'y eut pas de cris de
-Vive la Rpublique! Chacun s'en alla triste de son ct. Le tmoin
-oculaire dont je tiens ces dtails ajouta: Au moment o j'aperus la
-charrette sur laquelle on plaait les cadavres et les ttes des
-victimes, je suis partie comme le vent<a id="footnotetag110" name="footnotetag110"></a><a href="#footnote110" title="Go to footnote 110"><span class="smaller">[110]</span></a>.</p>
+regardant le ciel, elle se livre à l'exécuteur. Son fichu tombant à
+terre au moment où on l'attache à la planche fatale, laisse apercevoir
+une médaille d'argent représentant une Immaculée Conception de la
+Vierge, qui était, ainsi qu'une petite clef de portefeuille, attachée
+à son cou par un menu cordon de soie<a id="footnotetag109" name="footnotetag109"></a><a href="#footnote109" title="Go to footnote 109"><span class="smaller">[109]</span></a>. L'aide du bourreau se
+mettant en devoir de lui enlever ce signe de piété, elle lui dit: «Au
+nom de votre mère, monsieur, couvrez-moi.» Ce fut le dernier mot de
+Madame Élisabeth. Jusqu'alors, à aucune exécution on n'avait remarqué
+autant d'émotion autour de la guillotine. Il n'y eut pas de cris de
+Vive la République! Chacun s'en alla triste de son côté. Le témoin
+oculaire dont je tiens ces détails ajouta: «Au moment où j'aperçus la
+charrette sur laquelle on plaçait les cadavres et les têtes des
+victimes, je suis partie comme le vent<a id="footnotetag110" name="footnotetag110"></a><a href="#footnote110" title="Go to footnote 110"><span class="smaller">[110]</span></a>.»</p>
<a id="img009" name="img009"></a>
<div class="smaller figcenter">
<a href="images/img009.jpg">
<img src="images/img009tb.jpg" width="300" height="416" alt="" title=""></a>
-<p>Procs-verbal d'excution de mort.</p>
+<p>Procès-verbal d'exécution de mort.</p>
</div>
<div class="smaller">
-<p>L'an {quatre} de la Rpublique Franaise, le {vingt un floral} la
-requte du citoyen Accusateur-public prs le Tribunal Rvolutionnaire,
-tabli au Palais, Paris, par la loi du 10 mars 1793, sans aucun
-recours au Tribunal de cassation, lequel fait lection au Greffe dudit
-Tribunal sant au Palais; je me suis {......} Huissier-audiencier
-audit Tribunal, soussign, transport en la maison-de-Justice audit
-Tribunal, pour l'excution du Jugement rendu par le Tribunal
-{Cejourd'huy} contre {Marie lizabeth Capet} qui {la} condamne la
-peine de mort, pour les causes nonces audit jugement, et de suite je
-l'{ai} remis{e} l'excuteur des jugemens criminels, et la
-Gendarmerie qui {l'ont} conduit sur la place de {la rvolution} o,
-sur un chaffaud dress sur ladite place, {laquelle a}, en notre
-prsence, subi la peine de mort; et de tout ce que dessus, ai fait et
-rdig le prsent procs-verbal, pour servir et valoir ce que de
+<p>L'an {quatre} de la République Française, le {vingt un floréal} à la
+requête du citoyen Accusateur-public près le Tribunal Révolutionnaire,
+établi au Palais, à Paris, par la loi du 10 mars 1793, sans aucun
+recours au Tribunal de cassation, lequel fait élection au Greffe dudit
+Tribunal séant au Palais; je me suis {......} Huissier-audiencier
+audit Tribunal, soussigné, transporté en la maison-de-Justice audit
+Tribunal, pour l'exécution du Jugement rendu par le Tribunal
+{Cejourd'huy} contre {Marie Élizabeth Capet} qui {la} condamne à la
+peine de mort, pour les causes énoncées audit jugement, et de suite je
+l'{ai} remis{e} à l'exécuteur des jugemens criminels, et à la
+Gendarmerie qui {l'ont} conduit sur la place de {la révolution} où,
+sur un échaffaud dressé sur ladite place, {laquelle a}, en notre
+présence, subi la peine de mort; et de tout ce que dessus, ai fait et
+rédigé le présent procès-verbal, pour servir et valoir ce que de
raison, dont acte.</p>
<p class="author">{signature}</p>
-<p>Enregistr {gratis}, Paris, le {23 floral} l'an {quatre} de la
-Rpublique une et indivisible.</p>
+<p>Enregistré {gratis}, à Paris, le {23 floréal} l'an {quatre} de la
+République une et indivisible.</p>
<p class="author">{signature}</p>
</div>
-<p>Toutes les relations et tous les mmoires de ce temps s'accordent
-dire qu' l'instant o Madame lisabeth reut <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> le coup
-mortel, une odeur de rose se rpandit sur toute la place Louis
-XV<a id="footnotetag111" name="footnotetag111"></a><a href="#footnote111" title="Go to footnote 111"><span class="smaller">[111]</span></a>.</p>
-
-<p>A deux pas de la guillotine stationnait une charrette<a id="footnotetag112" name="footnotetag112"></a><a href="#footnote112" title="Go to footnote 112"><span class="smaller">[112]</span></a> attele de
-deux chevaux, et contenant deux grands paniers destins recevoir
-l'un les corps, l'autre les ttes des supplicis. L'horreur
-qu'prouveront ceux qui liront ces dtails, je l'prouve avant eux en
-les crivant. Lorsque les <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> bourreaux eurent jet au panier la
-vingt-quatrime tte, qui tait celle de Madame lisabeth, ils
-tendirent son corps, couvert de ses vtements, sur le monceau de
-cadavres entasss dans l'autre panier; il s'ensuivit que ses vtements
-taient peine ensanglants, tandis que ceux placs au fond du panier
-semblaient avoir t baigns dans le sang.</p>
+<p>«Toutes les relations et tous les mémoires de ce temps s'accordent à
+dire qu'à l'instant où Madame Élisabeth reçut <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> le coup
+mortel, une odeur de rose se répandit sur toute la place Louis
+XV<a id="footnotetag111" name="footnotetag111"></a><a href="#footnote111" title="Go to footnote 111"><span class="smaller">[111]</span></a>.»</p>
+
+<p>A deux pas de la guillotine stationnait une charrette<a id="footnotetag112" name="footnotetag112"></a><a href="#footnote112" title="Go to footnote 112"><span class="smaller">[112]</span></a> attelée de
+deux chevaux, et contenant deux grands paniers destinés à recevoir
+l'un les corps, l'autre les têtes des suppliciés. L'horreur
+qu'éprouveront ceux qui liront ces détails, je l'éprouve avant eux en
+les écrivant. Lorsque les <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> bourreaux eurent jeté au panier la
+vingt-quatrième tête, qui était celle de Madame Élisabeth, ils
+étendirent son corps, couvert de ses vêtements, sur le monceau de
+cadavres entassés dans l'autre panier; il s'ensuivit que ses vêtements
+étaient à peine ensanglantés, tandis que ceux placés au fond du panier
+semblaient avoir été baignés dans le sang.</p>
<a id="img010" name="img010"></a>
<div class="figcenter">
<img src="images/img010.jpg" width="400" height="351" alt="" title="">
-<p class="smcap">PLAN DU CIMETIRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE
+<p class="smcap">PLAN DU CIMETIÈRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE
CLOS DU CHRIST.</p>
</div>
<ul class="none smaller">
<li class="min1em">A. Rue des Errancis, prolongement de la rue du Rocher.</li>
<li class="min1em">B. Maison du Christ.</li>
- <li class="min1em">C. Porte condamne.</li>
- <li class="min1em">D. Porte cochre.</li>
+ <li class="min1em">C. Porte condamnée.</li>
+ <li class="min1em">D. Porte cochère.</li>
<li class="min1em">E. Porte de la cour au jardin.</li>
- <li class="min1em">F. Porte cochre par o entraient les charrettes.</li>
- <li class="min1em">G. Endroit o l'on croyait que les restes de Madame lisabeth
- taient enfouis.</li>
- <li class="min1em">H. Fosse commune o reposent les victimes du 10 mai 1794.</li>
+ <li class="min1em">F. Porte cochère par où entraient les charrettes.</li>
+ <li class="min1em">G. Endroit où l'on croyait que les restes de Madame Élisabeth
+ étaient enfouis.</li>
+ <li class="min1em">H. Fosse commune où reposent les victimes du 10 mai 1794.</li>
<li class="min1em">I. Petite porte communiquant du jardin dans le clos du Christ.</li>
- <li class="min1em">K. Lieu o M. Viger de Jolival supposait que le duc d'Orlans tait
- inhum.</li>
- <li class="min1em">L. et M. Grande fosse commune o ont t ensevelies les victimes
- de la raction thermidorienne.</li>
+ <li class="min1em">K. Lieu où M. Viger de Jolival supposait que le duc d'Orléans était
+ inhumé.</li>
+ <li class="min1em">L. et M. Grande fosse commune où ont été ensevelies les victimes
+ de la réaction thermidorienne.</li>
<li class="min1em">N. Cour.</li>
<li class="min1em">O. Jardin.</li>
<li class="min1em">P. Parc de Monceaux.</li>
<li class="min1em">Q. Maison de l'octroi.</li>
- <li class="min1em">R. Chemin de la barrire de Monceaux celle de Clichy.</li>
- <li class="min1em">S. Barrire de Monceaux.</li>
+ <li class="min1em">R. Chemin de la barrière de Monceaux à celle de Clichy.</li>
+ <li class="min1em">S. Barrière de Monceaux.</li>
</ul>
-<p>La charrette se met en marche, escorte par la gendarmerie. La foule
-s'ouvre devant elle. Quelques cris de <em>Vive la Rpublique!</em> pousss au
-dpart par un reste d'agents de la police municipale, s'teignent
-bientt. Le convoi marchant lentement, suit les rues des
-Champs-lyses, de la Madeleine, de l'Arcade, de la Pologne,
-Saint-Lazare et du Rocher. Le peuple s'arrte pour le voir passer: de
-rares fentres lgrement entr'ouvertes laissent apercevoir le front
-de quelques personnes muettes et immobiles, peut-tre agenouilles. Le
-cortge gravit trs-lentement la rue du Rocher, et s'arrte un instant
-(sans doute pour laisser souffler les chevaux) l'endroit o finit la
-monte et o cette voie quittait, cette poque, le nom de rue du
+<p>La charrette se met en marche, escortée par la gendarmerie. La foule
+s'ouvre devant elle. Quelques cris de <em>Vive la République!</em> poussés au
+départ par un reste d'agents de la police municipale, s'éteignent
+bientôt. Le convoi marchant lentement, suit les rues des
+Champs-Élysées, de la Madeleine, de l'Arcade, de la Pologne,
+Saint-Lazare et du Rocher. Le peuple s'arrête pour le voir passer: de
+rares fenêtres légèrement entr'ouvertes laissent apercevoir le front
+de quelques personnes muettes et immobiles, peut-être agenouillées. Le
+cortége gravit très-lentement la rue du Rocher, et s'arrête un instant
+(sans doute pour laisser souffler les chevaux) à l'endroit où finit la
+montée et où cette voie quittait, à cette époque, le nom de rue du
Rocher pour prendre celui de rue des Errancis, rue n'existant alors
-qu'au trac et conduisant la barrire de Monceaux. A cent pas en
-de de cette barrire, le convoi passe entre la seule maison qui
-s'levait sur cette route et un tas de pierres qui lui faisait face
-droite, servant nagure de pidestal un calvaire abattu par la
-rvolution. Il arrive la barrire, il la franchit; puis, prenant
+qu'au tracé et conduisant à la barrière de Monceaux. A cent pas en
+deçà de cette barrière, le convoi passe entre la seule maison qui
+s'élevait sur cette route et un tas de pierres qui lui faisait face à
+droite, servant naguère de piédestal à un calvaire abattu par la
+révolution. Il arrive à la barrière, il la franchit; puis, prenant à
gauche, il tourne le dos au pavillon de l'octroi, et fait halte devant
-une porte charretire pratique dans le mur d'enceinte de la ville et
-marqu par la lettre F dans le plan que nous mettons ici sous les yeux
+une porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte de la ville et
+marqué par la lettre F dans le plan que nous mettons ici sous les yeux
du lecteur. Cette porte s'ouvre, et la charrette entre dans un enclos
-qui, depuis deux mois environ, servait de cimetire aux supplicis du
-tribunal rvolutionnaire. Le cimetire de la Madeleine, doublement
-peupl par la faux naturelle de la mort et par le couperet de la
+qui, depuis deux mois environ, servait de cimetière aux suppliciés du
+tribunal révolutionnaire. Le cimetière de la Madeleine, doublement
+peuplé par la faux naturelle de la mort et par le couperet de la
guillotine, <span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> n'avait plus de terre pour recouvrir les os des
-trpasss. Il y avait longtemps d'ailleurs que les habitants du
-quartier s'taient plaints des miasmes ftides qui s'exhalaient de ce
-cimetire<a id="footnotetag113" name="footnotetag113"></a><a href="#footnote113" title="Go to footnote 113"><span class="smaller">[113]</span></a>.</p>
+trépassés. Il y avait longtemps d'ailleurs que les habitants du
+quartier s'étaient plaints des miasmes fétides qui s'exhalaient de ce
+cimetière<a id="footnotetag113" name="footnotetag113"></a><a href="#footnote113" title="Go to footnote 113"><span class="smaller">[113]</span></a>.</p>
-<p>Ds que la charrette est entre dans le nouvel enclos, la porte se
-referme immdiatement: gendarmes et curieux se retirent; deux
+<p>Dès que la charrette est entrée dans le nouvel enclos, la porte se
+referme immédiatement: gendarmes et curieux se retirent; deux
charretiers et un commissaire de police accompagnent seuls la voiture.</p>
-<p>Ce terrain, qui, comme on le voit, s'largissait en s'tendant vers le
-parc de Monceaux avec lequel il tait contigu, tait nagure consacr
- la culture: une moiti tait encore en plates-bandes, et l'autre
-conservait la trace de sillons interrompus et l par des tranches
-ouvertes et dont quelques-unes avaient t remplies dans les jours
-prcdents, ainsi que l'attestait la terre tout rcemment remue et
-fort mal nivele en certains endroits, car on tait press, et le
+<p>Ce terrain, qui, comme on le voit, s'élargissait en s'étendant vers le
+parc de Monceaux avec lequel il était contigu, était naguère consacré
+à la culture: une moitié était encore en plates-bandes, et l'autre
+conservait la trace de sillons interrompus çà et là par des tranchées
+ouvertes et dont quelques-unes avaient été remplies dans les jours
+précédents, ainsi que l'attestait la terre tout récemment remuée et
+fort mal nivelée en certains endroits, car on était pressé, et le
triangle de la guillotine allait plus vite que la pioche du
-fossoyeur. Ce champ de repos avait t inaugur le <span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> 4 germinal
-an II (24 mars 1794) par cette fourne de victimes que Robespierre et
-Danton, malgr leur antipathie mutuelle, avaient d'un commun accord
-marques pour l'chafaud, le jour o ils s'taient aperus qu'Hbert
-et ses partisans cherchaient lever la puissance de la Commune
+fossoyeur. Ce champ de repos avait été inauguré le <span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> 4 germinal
+an II (24 mars 1794) par cette fournée de victimes que Robespierre et
+Danton, malgré leur antipathie mutuelle, avaient d'un commun accord
+marquées pour l'échafaud, le jour où ils s'étaient aperçus qu'Hébert
+et ses partisans cherchaient à élever la puissance de la Commune
au-dessus de celle de la Convention<a id="footnotetag114" name="footnotetag114"></a><a href="#footnote114" title="Go to footnote 114"><span class="smaller">[114]</span></a>.</p>
-<p>Danton n'avait pas tard rejoindre dans ce lieu les adversaires
-qu'il y avait envoys, et son cadavre y avait t apport avec ceux
-des quatorze compagnons de mort que Robespierre lui avait donns.</p>
+<p>Danton n'avait pas tardé à rejoindre dans ce lieu les adversaires
+qu'il y avait envoyés, et son cadavre y avait été apporté avec ceux
+des quatorze compagnons de mort que Robespierre lui avait donnés.</p>
-<p>Huit jours aprs, une large tranche y avait reu encore une bande de
-vingt et un supplicis pour lesquels on avait invent un nouveau
+<p>Huit jours après, une large tranchée y avait reçu encore une bande de
+vingt et un suppliciés pour lesquels on avait inventé un nouveau
crime, la <em>conspiration des prisons</em>, conspiration dans laquelle
-Chaumette se trouvait tre le complice d'Arthur Dillon et de la jeune
-veuve de Camille Desmoulins; puis neuf jours peine taient couls,
-et de la guillotine tait arrive encore en cet enclos une nouvelle
-colonie funbre, la tte de laquelle figurait le vertueux
-Malesherbes, appuy sur deux gnrations de ses enfants.</p>
-
-<p>Et maintenant voici que sous cette terre o sont dj ensevelis
-quelques-uns des juges de son frre, la fille des Rois Trs-Chrtiens
+Chaumette se trouvait être le complice d'Arthur Dillon et de la jeune
+veuve de Camille Desmoulins; puis neuf jours à peine étaient écoulés,
+et de la guillotine était arrivée encore en cet enclos une nouvelle
+colonie funèbre, à la tête de laquelle figurait le vertueux
+Malesherbes, appuyé sur deux générations de ses enfants.</p>
+
+<p>Et maintenant voici que sous cette terre où sont déjà ensevelis
+quelques-uns des juges de son frère, la fille des Rois Très-Chrétiens
vient dormir son dernier sommeil avec sa nombreuse escorte de martyrs.
-Au bord de la fosse indique dans le plan par la lettre H, la
-charrette s'arrte. Cette fosse, d'aprs les apprciations du
-fossoyeur dont nous aurons occasion de parler plus loin, a t creuse
-sur une largeur de douze quinze pieds et autant de longueur,
-quelques pas du petit mur qui spare l'enclos du jardin. On procde au
-dchargement de la voiture sanglante. D'aprs la dclaration du
-tmoin oculaire que nous venons <span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span> de citer, le corps de Madame
-lisabeth, reconnu par les charretiers ses vtements et la place
-qu'il occupait sur le sommet de la charrette, est pos le premier ou
-des premiers sur le bord de la fosse, o il est aussitt mis nu, car
-les barbares de ce temps-l ne respectaient ni la vie ni la mort.</p>
-
-<p>Tous les corps sont successivement dpouills de leurs habits avant
-d'tre prcipits dans la fosse. Un registre est tenu de ces effets
-divers, qui doivent tre ensuite remis l'Htel-Dieu. De temps
+Au bord de la fosse indiquée dans le plan par la lettre H, la
+charrette s'arrête. Cette fosse, d'après les appréciations du
+fossoyeur dont nous aurons occasion de parler plus loin, a été creusée
+sur une largeur de douze à quinze pieds et autant de longueur, à
+quelques pas du petit mur qui sépare l'enclos du jardin. On procède au
+déchargement de la voiture sanglante. D'après la déclaration du
+témoin oculaire que nous venons <span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span> de citer, le corps de Madame
+Élisabeth, reconnu par les charretiers à ses vêtements et à la place
+qu'il occupait sur le sommet de la charrette, est posé le premier ou
+des premiers sur le bord de la fosse, où il est aussitôt mis à nu, car
+les barbares de ce temps-là ne respectaient ni la vie ni la mort.</p>
+
+<p>Tous les corps sont successivement dépouillés de leurs habits avant
+d'être précipités dans la fosse. Un registre est tenu de ces effets
+divers, qui doivent être ensuite remis à l'Hôtel-Dieu. De temps à
autre les fossoyeurs descendent dans la fosse pour ranger les
-cadavres, afin qu'ils n'y soient pas trop entasss: ils placent
-alternativement un corps, le tronc tourn du ct du mur, et un autre,
-le tronc vers le milieu de la fosse; il y avait par consquent, dans
+cadavres, afin qu'ils n'y soient pas trop entassés: ils placent
+alternativement un corps, le tronc tourné du côté du mur, et un autre,
+le tronc vers le milieu de la fosse; il y avait par conséquent, dans
sa largeur, deux rangs de corps par couche horizontale. Afin de
-mnager l'emplacement, on tend sur ce premier rang horizontal
-d'autres couches de cadavres, placs comme les premiers, c'est--dire
-le haut du corps et les pieds en sens opposs; chaque couche de corps
+ménager l'emplacement, on étend sur ce premier rang horizontal
+d'autres couches de cadavres, placés comme les premiers, c'est-à-dire
+le haut du corps et les pieds en sens opposés; chaque couche de corps
est recouverte d'environ six pouces de terre, et les fosses sont
-recouvertes d'environ trois pieds de terre dans la partie suprieure.
-Le corps de Madame lisabeth, toujours d'aprs le tmoignage du
-fossoyeur, doit tre couch sur le ventre, dans le fond de la fosse,
-du ct le plus rapproch du mur.</p>
-
-<p>Les ttes ayant t places indistinctement dans les vides, le
-fossoyeur n'a pu indiquer o pouvait tre enfouie celle de Madame
-lisabeth. On verra dans l'Appendice que nous donnons la fin du
-volume, avant les Pices justificatives, la correspondance laquelle
-ont donn lieu les recherches qui ont t faites en 1817 pour
-retrouver les dpouilles de Madame lisabeth: ces pices
-administratives peuvent seules donner une ide des horribles dtails
+recouvertes d'environ trois pieds de terre dans la partie supérieure.
+Le corps de Madame Élisabeth, toujours d'après le témoignage du
+fossoyeur, doit être couché sur le ventre, dans le fond de la fosse,
+du côté le plus rapproché du mur.</p>
+
+<p>Les têtes ayant été placées indistinctement dans les vides, le
+fossoyeur n'a pu indiquer où pouvait être enfouie celle de Madame
+Élisabeth. On verra dans l'Appendice que nous donnons à la fin du
+volume, avant les Pièces justificatives, la correspondance à laquelle
+ont donné lieu les recherches qui ont été faites en 1817 pour
+retrouver les dépouilles de Madame Élisabeth: ces pièces
+administratives peuvent seules donner une idée des horribles détails
d'une telle inhumation.</p>
-<p>La nouvelle du meurtre de Madame lisabeth avait mu l'Europe; mais
+<p>La nouvelle du meurtre de Madame Élisabeth avait ému l'Europe; mais
chez aucun peuple, dans aucune famille, <span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> la douleur n'avait
-t plus profonde qu' la cour de Turin. Le prince et la princesse de
-Pimont espraient que le meurtre du Roi et de la Reine de France
-avait assouvi la colre de la rvolution, et malgr les pouvantes
-qu'inspirait la tyrannie de la dmagogie, ils s'taient persuad que
-Madame lisabeth n'en serait pas victime. S'il tait en France une
-personne que l'affection de Clotilde distingut de toutes les autres,
-c'tait assurment sa s&oelig;ur, sa premire amie, qu'elle avait leve
+été plus profonde qu'à la cour de Turin. Le prince et la princesse de
+Piémont espéraient que le meurtre du Roi et de la Reine de France
+avait assouvi la colère de la révolution, et malgré les épouvantes
+qu'inspirait la tyrannie de la démagogie, ils s'étaient persuadé que
+Madame Élisabeth n'en serait pas victime. S'il était en France une
+personne que l'affection de Clotilde distinguât de toutes les autres,
+c'était assurément sa s&oelig;ur, sa première amie, qu'elle avait élevée
par l'exemple autant que madame de Mackau par les conseils. Les
-souvenirs de l'enfance, la communaut de la foi, les dceptions de la
-vie, les terreurs et les deuils des dernires annes, tout avait
-concouru resserrer pour elles les liens du sang, et les attacher
-plus troitement l'une l'autre.</p>
-
-<p>Le prince de Pimont fut instruit avant sa femme du meurtre de Madame
-lisabeth. Ce prince, qui partageait la pit et tous les sentiments
-de famille de sa compagne, se prsente devant elle, le front inclin,
-les yeux humides et le crucifix la main, et lui dit ces simples
-paroles: Il faut faire un grand sacrifice.</p>
-
-<p>Clotilde avait compris. Les dchirements de son c&oelig;ur lui avaient
-dit que sa s&oelig;ur n'tait plus.</p>
-
-<p>Clotilde triomphant aussitt d'elle-mme, rapporte l'historien de sa
-vie<a id="footnotetag115" name="footnotetag115"></a><a href="#footnote115" title="Go to footnote 115"><span class="smaller">[115]</span></a>, leva ses yeux vers le ciel, et adorant Dieu et ses
-incomprhensibles dcrets, rpondit sans diffrer, avec une prsence
-d'esprit admirable: Le sacrifice en est fait. Il est vrai qu'elle
-eut peine prononc ces difiantes paroles qu'elle s'vanouit, et cet
-vanouissement, dont elle ne fut pas la matresse, nous parat tre
+souvenirs de l'enfance, la communauté de la foi, les déceptions de la
+vie, les terreurs et les deuils des dernières années, tout avait
+concouru à resserrer pour elles les liens du sang, et à les attacher
+plus étroitement l'une à l'autre.</p>
+
+<p>Le prince de Piémont fut instruit avant sa femme du meurtre de Madame
+Élisabeth. Ce prince, qui partageait la piété et tous les sentiments
+de famille de sa compagne, se présente devant elle, le front incliné,
+les yeux humides et le crucifix à la main, et lui dit ces simples
+paroles: «Il faut faire un grand sacrifice.»</p>
+
+<p>Clotilde avait compris. Les déchirements de son c&oelig;ur lui avaient
+dit que sa s&oelig;ur n'était plus.</p>
+
+<p>«Clotilde triomphant aussitôt d'elle-même, rapporte l'historien de sa
+vie<a id="footnotetag115" name="footnotetag115"></a><a href="#footnote115" title="Go to footnote 115"><span class="smaller">[115]</span></a>, éleva ses yeux vers le ciel, et adorant Dieu et ses
+incompréhensibles décrets, répondit sans différer, avec une présence
+d'esprit admirable: «Le sacrifice en est fait.» Il est vrai qu'elle
+eut à peine prononcé ces édifiantes paroles qu'elle s'évanouit, et cet
+évanouissement, dont elle ne fut pas la maîtresse, nous paraît être
une nouvelle preuve de sa force et de sa vertu, puisqu'en attestant sa
-sensibilit, il attestait aussi la violence qu'elle avait d se faire
-pour touffer la voix du sang et les plaintes de la <span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> nature.
-Au reste, revenue elle, elle reprit son premier calme, et quelques
-moments aprs, appele comme l'ordinaire pour se mettre table avec
-la famille royale, elle y alla avec courage et matrisa son trouble,
-cacha sous son front serein la tristesse dont elle tait pntre.
-Tous ceux qui taient prsents en furent attendris et difis.</p>
-
-<p>Une procession publique de pnitence avait dj t annonce pour ce
-jour-l: on voulait la renvoyer, ou du moins empcher la princesse d'y
-assister; mais elle ne cda rien, et persista vouloir la suivre avec
-les autres. La douleur de son me tait peinte sur son visage, et elle
+sensibilité, il attestait aussi la violence qu'elle avait dû se faire
+pour étouffer la voix du sang et les plaintes de la <span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> nature.
+Au reste, revenue à elle, elle reprit son premier calme, et quelques
+moments après, appelée comme à l'ordinaire pour se mettre à table avec
+la famille royale, elle y alla avec courage et maîtrisa son trouble,
+cacha sous son front serein la tristesse dont elle était pénétrée.
+Tous ceux qui étaient présents en furent attendris et édifiés.</p>
+
+<p>»Une procession publique de pénitence avait déjà été annoncée pour ce
+jour-là: on voulait la renvoyer, ou du moins empêcher la princesse d'y
+assister; mais elle ne céda rien, et persista à vouloir la suivre avec
+les autres. La douleur de son âme était peinte sur son visage, et elle
n'en poursuivait pas moins son chemin avec le plus profond
recueillement. Ceux qui la voyaient passer pleuraient de tendresse et
-de compassion, tandis que n'accordant rien l'humanit, elle ne
-versait pas une larme, elle n'interrompait point ses prires. Une de
-ses femmes de chambre marchait derrire elle pour tre plus porte
-de la secourir si elle se trouvait incommode, comme on avait lieu de
+de compassion, tandis que n'accordant rien à l'humanité, elle ne
+versait pas une larme, elle n'interrompait point ses prières. Une de
+ses femmes de chambre marchait derrière elle pour être plus à portée
+de la secourir si elle se trouvait incommodée, comme on avait lieu de
le craindre; mais elle eut la force de faire toutes les stations, et
-arrive l'glise des Pres Philippins, elle leur annona elle-mme
-la fin dplorable de sa s&oelig;ur, et d'un &oelig;il sec, leur demanda pour
-elle l'assistance de leurs prires.</p>
-
-<p>Il est cependant un degr au-dessus duquel ne put s'lever la vertu:
-Clotilde avait combattu et triomph; mais ce combat intrieur avait
-t si violent, il lui en avait tant cot pour remporter la victoire,
-que le tour de la procession termin, elle se trouva dans un
-puisement total; ses pieds ne pouvaient plus la soutenir, et, rentre
-dans son appartement, elle fut oblige de se mettre au lit.</p>
-
-<p>Ds ce moment elle ne parla plus de Madame lisabeth que pour
-rappeler les belles qualits dont elle tait orne et faire l'loge de
+arrivée à l'église des Pères Philippins, elle leur annonça elle-même
+la fin déplorable de sa s&oelig;ur, et d'un &oelig;il sec, leur demanda pour
+elle l'assistance de leurs prières.</p>
+
+<p>»Il est cependant un degré au-dessus duquel ne put s'élever la vertu:
+Clotilde avait combattu et triomphé; mais ce combat intérieur avait
+été si violent, il lui en avait tant coûté pour remporter la victoire,
+que le tour de la procession terminé, elle se trouva dans un
+épuisement total; ses pieds ne pouvaient plus la soutenir, et, rentrée
+dans son appartement, elle fut obligée de se mettre au lit.</p>
+
+<p>»Dès ce moment elle ne parla plus de Madame Élisabeth que pour
+rappeler les belles qualités dont elle était ornée et faire l'éloge de
ses vertus. Elle garda aussi sur ses bourreaux un silence profond,
-voyant dans ce tragique vnement <span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> un de ces coups que la
-Providence divine frappe quelquefois pour purifier les mes; et tant
-d'ailleurs persuade que l'esprit humain ne peut sonder les dcrets
-ternels, et que souvent ce qui nous fait le plus de peine est
-prcisment ce qui doit le plus contribuer notre bien spirituel.
-Elle voulut avoir une copie de la prire que l'illustre victime avait
-compose elle-mme, rcite tous les jours de sa longue captivit, et
-rpte encore au pied de l'horrible chafaud<a id="footnotetag116" name="footnotetag116"></a><a href="#footnote116" title="Go to footnote 116"><span class="smaller">[116]</span></a>.</p>
+voyant dans ce tragique événement <span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> un de ces coups que la
+Providence divine frappe quelquefois pour purifier les âmes; et étant
+d'ailleurs persuadée que l'esprit humain ne peut sonder les décrets
+éternels, et que souvent ce qui nous fait le plus de peine est
+précisément ce qui doit le plus contribuer à notre bien spirituel.
+Elle voulut avoir une copie de la prière que l'illustre victime avait
+composée elle-même, récitée tous les jours de sa longue captivité, et
+répétée encore au pied de l'horrible échafaud<a id="footnotetag116" name="footnotetag116"></a><a href="#footnote116" title="Go to footnote 116"><span class="smaller">[116]</span></a>.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page239" name="page239"></a>(p. 239)</span> La fatale nouvelle circulait et faisait partout couler bien
-des larmes, mais nulle part peut-tre plus qu'au chteau de Wartegg,
-prs de Rohrschak, dans le canton de Saint-Gall en Suisse<a id="footnotetag117" name="footnotetag117"></a><a href="#footnote117" title="Go to footnote 117"><span class="smaller">[117]</span></a>, o
-vivait retire la famille de Bombelles. Sans tre parfaitement
-rassure sur le sort de la princesse, elle s'tait attache avec
-ardeur cette pense que la perversit humaine s'arrterait devant un
+des larmes, mais nulle part peut-être plus qu'au château de Wartegg,
+près de Rohrschak, dans le canton de Saint-Gall en Suisse<a id="footnotetag117" name="footnotetag117"></a><a href="#footnote117" title="Go to footnote 117"><span class="smaller">[117]</span></a>, où
+vivait retirée la famille de Bombelles. Sans être parfaitement
+rassurée sur le sort de la princesse, elle s'était attachée avec
+ardeur à cette pensée que la perversité humaine s'arrêterait devant un
crime non-seulement si odieux, mais si inutile.</p>
-<p>Le journal qui en contient le rcit arrive un matin au chteau, et
+<p>Le journal qui en contient le récit arrive un matin au château, et à
l'instant le meurtre est su de tout le monde. Madame de Bombelles
seule, qui est encore au lit, ne le sait pas. Un domestique entre dans
-son appartement; ses larmes et le nom de Madame lisabeth qu'il
+son appartement; ses larmes et le nom de Madame Élisabeth qu'il
prononce ont tout fait comprendre. Madame de Bombelles jette un cri et
tombe sur son oreiller, sans mouvement et sans vie. Son mari accourt,
l'environne de soins; elle respire et fait un effort pour se relever,
-mais le choc terrible que lui a imprim la fatale nouvelle a pour
-ainsi dire fauss chez elle les ressorts de la nature, et un rire
-effrayant clate sur ses lvres plisses et tordues par la douleur. A
-l'aspect de cet accs de dmence, une sorte d'intuition venue du
-c&oelig;ur inspire M. de Bombelles le seul moyen peut-tre qui pt
-<span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> rappeler la nature elle-mme. Ses enfants! s'crie-t-il,
-vite ses enfants!&mdash;Ses enfants, qui savent dj que le bourreau vient
-de leur prendre une mre, accourent et se prcipitent sur le lit de
-celle qu'ils sont menacs de perdre encore. Leur effroi, leurs cris,
-leurs larmes, le nom d'lisabeth prononc au milieu des sanglots,
-cette scne dchirante o la tendresse et le dsespoir mlent et
-confondent leurs plus douces motions et leurs plus terribles
+mais le choc terrible que lui a imprimé la fatale nouvelle a pour
+ainsi dire faussé chez elle les ressorts de la nature, et un rire
+effrayant éclate sur ses lèvres plissées et tordues par la douleur. A
+l'aspect de cet accès de démence, une sorte d'intuition venue du
+c&oelig;ur inspire à M. de Bombelles le seul moyen peut-être qui pût
+<span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> rappeler la nature à elle-même. «Ses enfants! s'écrie-t-il,
+vite ses enfants!»&mdash;Ses enfants, qui savent déjà que le bourreau vient
+de leur prendre une mère, accourent et se précipitent sur le lit de
+celle qu'ils sont menacés de perdre encore. Leur effroi, leurs cris,
+leurs larmes, le nom d'Élisabeth prononcé au milieu des sanglots,
+cette scène déchirante où la tendresse et le désespoir mêlent et
+confondent leurs plus douces émotions et leurs plus terribles
angoisses, finissent par ramener madame de Bombelles au sentiment vrai
de son inconsolable douleur.</p>
-<p>Le chteau de Wartegg prit le deuil: pre, mre, enfants, ne pouvaient
-se regarder sans verser des larmes; le souvenir de Madame lisabeth
-devint l'entretien incessant de cette famille plore. Prive de sa
-fortune par la rvolution, elle vivait l'tranger des libralits de
-la maison royale de Naples, que le malheur fora bientt se rduire
-elle-mme. Les vnements qui suivirent obligrent madame de Bombelles
- quitter la Suisse. Elle se rendit dans le village de Menowitz, aux
-environs de Brnn, en Moravie, et peu de temps aprs dans la ville
-mme de Brnn. Les annes s'coulrent sans adoucir ses regrets, la
-mmoire de sa royale amie remplissait toutes ses penses et inspirait
-toutes ses actions. Elle avait peine le ncessaire, et elle trouvait
+<p>Le château de Wartegg prit le deuil: père, mère, enfants, ne pouvaient
+se regarder sans verser des larmes; le souvenir de Madame Élisabeth
+devint l'entretien incessant de cette famille éplorée. Privée de sa
+fortune par la révolution, elle vivait à l'étranger des libéralités de
+la maison royale de Naples, que le malheur força bientôt à se réduire
+elle-même. Les événements qui suivirent obligèrent madame de Bombelles
+à quitter la Suisse. Elle se rendit dans le village de Menowitz, aux
+environs de Brünn, en Moravie, et peu de temps après dans la ville
+même de Brünn. Les années s'écoulèrent sans adoucir ses regrets, la
+mémoire de sa royale amie remplissait toutes ses pensées et inspirait
+toutes ses actions. Elle avait à peine le nécessaire, et elle trouvait
le moyen d'ouvrir autour d'elle cette source de bonnes &oelig;uvres dont
-Madame lisabeth lui avait donn le secret. A la suite d'une couche
-malheureuse, elle mourut au mois de septembre 1800, l'ge de
-trente-huit ans, dans cette ville de Brnn, tmoin de ses vertus et de
-sa charit, et o sa mmoire est demeure en vnration<a id="footnotetag118" name="footnotetag118"></a><a href="#footnote118" title="Go to footnote 118"><span class="smaller">[118]</span></a>.</p>
+Madame Élisabeth lui avait donné le secret. A la suite d'une couche
+malheureuse, elle mourut au mois de septembre 1800, à l'âge de
+trente-huit ans, dans cette ville de Brünn, témoin de ses vertus et de
+sa charité, et où sa mémoire est demeurée en vénération<a id="footnotetag118" name="footnotetag118"></a><a href="#footnote118" title="Go to footnote 118"><span class="smaller">[118]</span></a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page241" name="page241"></a>(p. 241)</span> On comprend la profonde affliction que durent ressentir les
-autres amies de Madame lisabeth, et en particulier <span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> madame de
+autres amies de Madame Élisabeth, et en particulier <span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> madame de
Raigecourt et madame des Montiers. Madame de Raigecourt, qui crut
-devoir envoyer ses respectueuses condolances Madame Royale, sortie
-sept mois aprs de la prison du Temple, reut d'elle la lettre
-suivante, date de Vienne:</p>
+devoir envoyer ses respectueuses condoléances à Madame Royale, sortie
+sept mois après de la prison du Temple, reçut d'elle la lettre
+suivante, datée de Vienne:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">12 mars 1796.</p>
-
-<p>Madame, votre visage ni votre nom assurment ne me sont
- inconnus; on a du plaisir se rappeler les personnes fidles, et
- vous tes du nombre: je sais bien l'attachement que vous aviez
- pour ma vertueuse tante lisabeth; elle vous aimait beaucoup
- aussi, et m'a souvent parl de vous et du chagrin qu'elle avait
- d'tre spare de vous. Je vous remercie de la joie que vous
- tmoignez de ma dlivrance, c'est un miracle que le ciel
- rservait l'Empereur, et dont je serai toujours reconnaissante.
- Je sais que vous n'tes sortie que par l'ordre de ma tante; je
- partage tous les tourments que vous avez soufferts, et assurment
- je prendrai toujours le plus grand intrt tout ce qui vous
- arrive comme l'amie de ma chre tante lisabeth. Vous me dites
+<p class="date">«12 mars 1796.</p>
+
+<p>»Madame, votre visage ni votre nom assurément ne me sont
+ inconnus; on a du plaisir à se rappeler les personnes fidèles, et
+ vous êtes du nombre: je sais bien l'attachement que vous aviez
+ pour ma vertueuse tante Élisabeth; elle vous aimait beaucoup
+ aussi, et m'a souvent parlé de vous et du chagrin qu'elle avait
+ d'être séparée de vous. Je vous remercie de la joie que vous
+ témoignez de ma délivrance, c'est un miracle que le ciel
+ réservait à l'Empereur, et dont je serai toujours reconnaissante.
+ Je sais que vous n'êtes sortie que par l'ordre de ma tante; je
+ partage tous les tourments que vous avez soufferts, et assurément
+ je prendrai toujours le plus grand intérêt à tout ce qui vous
+ arrive comme à l'amie de ma chère tante Élisabeth. Vous me dites
que vous avez un de ses portraits bien ressemblant; je voudrais
que vous me le fissiez passer; je vous promets de vous le rendre;
- je vous prie de l'envoyer srement l'vque de Nancy, qui est
- charg de mes affaires ici.</p>
+ je vous prie de l'envoyer sûrement à l'évêque de Nancy, qui est
+ chargé de mes affaires ici.</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Marie-Thrse</span> de France.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Marie-Thérèse</span> de France.»</p>
</div>
-<p class="p2">De son ct madame des Montiers avait crit au comte de Provence pour
-lui exprimer la part bien vive qu'elle prenait ses douleurs
-fraternelles. Le prince lui rpondit de sa main:</p>
+<p class="p2">De son côté madame des Montiers avait écrit au comte de Provence pour
+lui exprimer la part bien vive qu'elle prenait à ses douleurs
+fraternelles. Le prince lui répondit de sa main:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date"><span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> A Vrone, ce 30 mai 1794.</p>
+<p class="date"><span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> «A Vérone, ce 30 mai 1794.</p>
-<p>Si je puis prouver, Madame, quelque consolation dans ma juste et
-profonde douleur, c'est en pensant qu'elle est partage par les
-personnes qui veulent bien avoir quelque bont pour moi. Personne ne
-sait mieux que moi combien ma pauvre s&oelig;ur avoit d'amiti pour vous,
+<p>«Si je puis éprouver, Madame, quelque consolation dans ma juste et
+profonde douleur, c'est en pensant qu'elle est partagée par les
+personnes qui veulent bien avoir quelque bonté pour moi. Personne ne
+sait mieux que moi combien ma pauvre s&oelig;ur avoit d'amitié pour vous,
ni combien vous l'aimiez, et je juge de votre douleur par celle que je
-ressens moi-mme. Puisse l'attachement aussi pur qu'invariable que
-vous me connoissez pour vous, vous tre de quelque consolation! Soyez
-au moins bien persuade que c'en sera une pour moi, dans des temps
+ressens moi-même. Puisse l'attachement aussi pur qu'invariable que
+vous me connoissez pour vous, vous être de quelque consolation! Soyez
+au moins bien persuadée que c'en sera une pour moi, dans des temps
plus heureux, de faire tous mes efforts pour vous adoucir la cruelle
-et irrparable perte que nous venons de faire.</p>
+et irréparable perte que nous venons de faire.</p>
-<p>Adieu, Madame, recevez avec votre bont ordinaire l'assurance des
-tendres et respectueux sentiments que je vous ai vous, et qui
+<p>»Adieu, Madame, recevez avec votre bonté ordinaire l'assurance des
+tendres et respectueux sentiments que je vous ai voués, et qui
dureront autant que ma vie.</p>
-<p class="authorsc">Louis-Stanislas-Xavier.</p>
+<p class="authorsc">»Louis-Stanislas-Xavier.»</p>
</div>
-<p class="p2">Les regrets exprims ici par un frre de Madame lisabeth ne font pas
+<p class="p2">Les regrets exprimés ici par un frère de Madame Élisabeth ne font pas
oublier ceux que les plus humbles serviteurs de cette princesse lui
-conservrent jusqu' leurs derniers jours. Jacques et Marie n'avaient
-cess, tant qu'ils l'avaient pu, d'tre fidles l'ordre tabli
-Montreuil par leur royale matresse; mais, aprs le 10 aot, la
-famille royale ayant t conduite au Temple, la Commune
-rvolutionnaire de Versailles ne tarda point s'emparer de cette
+conservèrent jusqu'à leurs derniers jours. Jacques et Marie n'avaient
+cessé, tant qu'ils l'avaient pu, d'être fidèles à l'ordre établi à
+Montreuil par leur royale maîtresse; mais, après le 10 août, la
+famille royale ayant été conduite au Temple, la Commune
+révolutionnaire de Versailles ne tarda point à s'emparer de cette
demeure de Montreuil que les pauvres avaient pris coutume de regarder
-comme la maison nourricire de leurs enfants. Jacques et Marie, qui
-savaient peu dissimuler leurs sentiments et dont l'origine helvtique
-tait un crime aux yeux des rvolutionnaires, furent arrts et mis en
-prison, o ils furent longtemps oublis. Ils en sortirent au mois de
-ventse an II, et sollicitrent la bienfaisance des directeurs du
-district <span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> de Versailles<a id="footnotetag119" name="footnotetag119"></a><a href="#footnote119" title="Go to footnote 119"><span class="smaller">[119]</span></a>. Leur extrme misre veilla la
-piti des magistrats de ce temps, qui dclarrent que leur dtention
-avait t une injustice et qu'ils avaient droit des indemnits.
-Malgr nos persvrantes recherches, il nous a t impossible de
-trouver la preuve qu'un secours quelconque leur ait t accord, et
-nous ne pouvons dire comment ils parvinrent traverser la France et
-regagner, avec leur enfant, l'heureuse contre o ils avaient chang
-leurs premires paroles d'amour. L'honneur d'avoir appartenu <span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span>
- Madame lisabeth les environna de l'estime et de l'intrt de tous
-les habitants de Bulle. La rvolution, qu'ils avaient cru fuir, vint
+comme la maison nourricière de leurs enfants. Jacques et Marie, qui
+savaient peu dissimuler leurs sentiments et dont l'origine helvétique
+était un crime aux yeux des révolutionnaires, furent arrêtés et mis en
+prison, où ils furent longtemps oubliés. Ils en sortirent au mois de
+ventôse an II, et sollicitèrent la bienfaisance des directeurs du
+district <span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> de Versailles<a id="footnotetag119" name="footnotetag119"></a><a href="#footnote119" title="Go to footnote 119"><span class="smaller">[119]</span></a>. Leur extrême misère éveilla la
+pitié des magistrats de ce temps, qui déclarèrent que leur détention
+avait été une injustice et qu'ils avaient droit à des indemnités.
+Malgré nos persévérantes recherches, il nous a été impossible de
+trouver la preuve qu'un secours quelconque leur ait été accordé, et
+nous ne pouvons dire comment ils parvinrent à traverser la France et à
+regagner, avec leur enfant, l'heureuse contrée où ils avaient échangé
+leurs premières paroles d'amour. L'honneur d'avoir appartenu <span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span>
+à Madame Élisabeth les environna de l'estime et de l'intérêt de tous
+les habitants de Bulle. La révolution, qu'ils avaient cru fuir, vint
les trouver dans leur pays natal<a id="footnotetag120" name="footnotetag120"></a><a href="#footnote120" title="Go to footnote 120"><span class="smaller">[120]</span></a>; mais leur union tranquille n'en
-fut pas trouble. Jacques et Marie ne cessrent point de pleurer leur
-bienfaitrice, sur laquelle <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> chaque jour on se plaisait les
-interroger. Ils apprirent leurs enfants prier pour elle et bnir
-sa mmoire. Dieu ne voulut pas que ces deux tres, qui avaient tant
-souffert ici-bas de leur premire sparation, fussent spars
-longtemps dans un monde meilleur. Marie mourut la premire; elle
+fut pas troublée. Jacques et Marie ne cessèrent point de pleurer leur
+bienfaitrice, sur laquelle <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> chaque jour on se plaisait à les
+interroger. Ils apprirent à leurs enfants à prier pour elle et à bénir
+sa mémoire. Dieu ne voulut pas que ces deux êtres, qui avaient tant
+souffert ici-bas de leur première séparation, fussent séparés
+longtemps dans un monde meilleur. Marie mourut la première; elle
mourut le 5 janvier 1835<a id="footnotetag121" name="footnotetag121"></a><a href="#footnote121" title="Go to footnote 121"><span class="smaller">[121]</span></a>; Jacques alla la rejoindre le 2
-septembre de l'anne suivante<a id="footnotetag122" name="footnotetag122"></a><a href="#footnote122" title="Go to footnote 122"><span class="smaller">[122]</span></a>.</p>
-
-<p>Montreuil avait perdu la maison hospitalire o tous les enfants
-taient assurs de trouver leur nourriture. Le district de Versailles,
-n'ignorant pas le regret et la gne que causait tant de familles le
-tarissement de cette source de secours toujours ouverte leurs
-besoins, crut devoir prendre un arrt qui convertissait en hospice la
-maison lisabeth. C'tait rendre un hommage involontaire la bont de
+septembre de l'année suivante<a id="footnotetag122" name="footnotetag122"></a><a href="#footnote122" title="Go to footnote 122"><span class="smaller">[122]</span></a>.</p>
+
+<p>Montreuil avait perdu la maison hospitalière où tous les enfants
+étaient assurés de trouver leur nourriture. Le district de Versailles,
+n'ignorant pas le regret et la gêne que causait à tant de familles le
+tarissement de cette source de secours toujours ouverte à leurs
+besoins, crut devoir prendre un arrêté qui convertissait en hospice la
+maison Élisabeth. C'était rendre un hommage involontaire à la bonté de
cette princesse, qui avait fait de sa demeure le point de mire vers
lequel se tournaient toutes les souffrances, de sorte qu'on ne faisait
-que continuer ses traditions en la transformant en Htel-Dieu. Mais
-cette mesure, fort belle sur le papier, ne reut aucune excution;
-l'asile de Montreuil demeura sombre et muet: l'me de la charit tait
+que continuer ses traditions en la transformant en Hôtel-Dieu. Mais
+cette mesure, fort belle sur le papier, ne reçut aucune exécution;
+l'asile de Montreuil demeura sombre et muet: l'âme de la charité était
absente.</p>
-<p>Dans la maison lisabeth (c'est ainsi que l'on continuait de
-l'appeler) restrent installs les anciens serviteurs de la princesse,
-ainsi que les gardiens des scells que la rvolution y avait envoys.</p>
+<p>Dans la maison Élisabeth (c'est ainsi que l'on continuait de
+l'appeler) restèrent installés les anciens serviteurs de la princesse,
+ainsi que les gardiens des scellés que la révolution y avait envoyés.</p>
<p>En vertu d'une loi du 7 messidor an III (jeudi 25 juin 1795), portant
-qu'une horlogerie automatique serait sans dlai forme Versailles,
-Charles Delacroix, reprsentant du peuple, en mission dans le
-dpartement de Seine-et-Oise, <em>arrta, le 29 brumaire an IV</em> (20
-novembre 1795), <em>que la maison dite lisabeth, l'orangerie et la
-vacherie qui en dpendent, les cours et terrains situs entre lesdits
-<span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> btiments, seraient affects</em> cet tablissement, plac sous
+qu'une horlogerie automatique serait sans délai formée à Versailles,
+Charles Delacroix, représentant du peuple, en mission dans le
+département de Seine-et-Oise, <em>arrêta, le 29 brumaire an IV</em> (20
+novembre 1795), <em>que la maison dite Élisabeth, l'orangerie et la
+vacherie qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits
+<span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> bâtiments, seraient affectés</em> à cet établissement, placé sous
la direction des citoyens Lemaire et Glaesner<a id="footnotetag123" name="footnotetag123"></a><a href="#footnote123" title="Go to footnote 123"><span class="smaller">[123]</span></a>.</p>
-<p>Malgr la jouissance gratuite de ces btiments et terrains concds
+<p>Malgré la jouissance gratuite de ces bâtiments et terrains concédés
pendant quinze ans, la manufacture d'horlogerie, qui devait recevoir
-chaque anne cent lves, ne prospra point; elle fut supprime par un
-arrt du Premier Consul, dat du 17 ventse an IX<a id="footnotetag124" name="footnotetag124"></a><a href="#footnote124" title="Go to footnote 124"><span class="smaller">[124]</span></a> (8 mars 1801),
-et mise la disposition de la rgie du domaine national et de
+chaque année cent élèves, ne prospéra point; elle fut supprimée par un
+arrêté du Premier Consul, daté du 17 ventôse an IX<a id="footnotetag124" name="footnotetag124"></a><a href="#footnote124" title="Go to footnote 124"><span class="smaller">[124]</span></a> (8 mars 1801),
+et mise à la disposition de la régie du domaine national et de
l'enregistrement.</p>
-<p>L'architecte du palais national de Versailles ayant dclar que la
-maison lisabeth <em>toit tellement endommage qu'il faudroit employer
-une somme de 25,000 francs pour sa rparation, et la rgie, de son
-ct, ayant observ que, vu le grand nombre des btiments inoccups
+<p>L'architecte du palais national de Versailles ayant déclaré que la
+maison Élisabeth <em>étoit tellement endommagée qu'il faudroit employer
+une somme de 25,000 francs pour sa réparation, et la régie, de son
+côté, ayant observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés
dans cette ville, les locations de ladite maison y seroient difficiles
-et d'un foible produit</em>, on en conclut qu'il tait plus avantageux de
-la vendre dans l'tat o elle se trouvait que de la rparer<a id="footnotetag125" name="footnotetag125"></a><a href="#footnote125" title="Go to footnote 125"><span class="smaller">[125]</span></a>.
-Cette proposition fut agre par l'autorit suprieure; la vente aux
-enchres fut annonce pour le 27 messidor de l'an X (vendredi 16
-juillet 1802), et la maison lisabeth, avec ses dpendances, fut
-adjuge <em>moyennant les prix et somme de 75,900 francs, au citoyen
-Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant Paris, rue de
-l'Universit, n<sup>o</sup> 269</em><a id="footnotetag126" name="footnotetag126"></a><a href="#footnote126" title="Go to footnote 126"><span class="smaller">[126]</span></a>.</p>
-
-<p>Avant son alination dfinitive, la demeure de Madame lisabeth avait
-t condamne la strilit. Ds le mois d'octobre 1792, ses vaches
-nourricires avaient t vendues; ses belles fleurs, orgueil de ses
-jardins, avaient t enleves et disperses<a id="footnotetag127" name="footnotetag127"></a><a href="#footnote127" title="Go to footnote 127"><span class="smaller">[127]</span></a>. Sa maison, d'abord
-mais inutilement dsigne pour devenir un hospice, puis consacre
-une institution industrielle, avait subi des dgradations dplorables,
-sans servir des travaux utiles.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> Un triste et invincible attrait nous ramne ce cimetire o
-gisent les restes vnrables de Madame lisabeth, et qui, pendant la
-priode rvolutionnaire, tait plus connu du charretier du bourreau
-que du conducteur des pompes funbres. Les inhumations des victimes
-tombes sur l'chafaud de la place du 21 janvier s'y succdent chaque
-jour. Ennuy de tuer en dtail, le tribunal rvolutionnaire, le 29
-prairial an II (17 juin 1794), avait livr la guillotine, <em>par
+et d'un foible produit</em>, on en conclut qu'il était plus avantageux de
+la vendre dans l'état où elle se trouvait que de la réparer<a id="footnotetag125" name="footnotetag125"></a><a href="#footnote125" title="Go to footnote 125"><span class="smaller">[125]</span></a>.
+Cette proposition fut agréée par l'autorité supérieure; la vente aux
+enchères fut annoncée pour le 27 messidor de l'an X (vendredi 16
+juillet 1802), et la maison Élisabeth, avec ses dépendances, fut
+adjugée <em>moyennant les prix et somme de 75,900 francs, au citoyen
+Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
+l'Université, n<sup>o</sup> 269</em><a id="footnotetag126" name="footnotetag126"></a><a href="#footnote126" title="Go to footnote 126"><span class="smaller">[126]</span></a>.</p>
+
+<p>Avant son aliénation définitive, la demeure de Madame Élisabeth avait
+été condamnée à la stérilité. Dès le mois d'octobre 1792, ses vaches
+nourricières avaient été vendues; ses belles fleurs, orgueil de ses
+jardins, avaient été enlevées et dispersées<a id="footnotetag127" name="footnotetag127"></a><a href="#footnote127" title="Go to footnote 127"><span class="smaller">[127]</span></a>. Sa maison, d'abord
+mais inutilement désignée pour devenir un hospice, puis consacrée à
+une institution industrielle, avait subi des dégradations déplorables,
+sans servir à des travaux utiles.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> Un triste et invincible attrait nous ramène à ce cimetière où
+gisent les restes vénérables de Madame Élisabeth, et qui, pendant la
+période révolutionnaire, était plus connu du charretier du bourreau
+que du conducteur des pompes funèbres. Les inhumations des victimes
+tombées sur l'échafaud de la place du 21 janvier s'y succèdent chaque
+jour. Ennuyé de tuer en détail, le tribunal révolutionnaire, le 29
+prairial an II (17 juin 1794), avait livré à la guillotine, <em>par
amalgame et en masse</em>, selon l'expression de Fouquier-Tinville,
-cinquante-quatre victimes, diffrentes de rang et d'opinion, et
-trangres les unes aux autres. Le 10 thermidor envoya dans ce champ
-funbre les principaux chefs du parti qui venait de succomber, les
+cinquante-quatre victimes, différentes de rang et d'opinion, et
+étrangères les unes aux autres. Le 10 thermidor envoya dans ce champ
+funèbre les principaux chefs du parti qui venait de succomber, les
deux Robespierre, Saint-Just, Couthon, Hanriot, Dumas, et ce Simon
-dont le nom odieux est li jamais celui d'un hroque enfant. Mais
-cette <em>fourne</em> n'tait que de vingt-deux hommes.</p>
-
-<p>Le lendemain, 11 thermidor, il y eut une fourne bien autrement
-considrable: les vainqueurs avaient eu le loisir de faire des
-dsignations nombreuses, et d'atteindre la plupart des membres de la
-Commune qui avaient longtemps prvalu contre la Convention.
-L'excution de soixante et onze condamns envoys l'chafaud par
-leurs anciens complices forma un lac de sang sur la place o Madame
-lisabeth avait t frappe.</p>
-
-<p>Il ne faut pas croire que la guillotine chmt aprs ces satisfactions
-terribles donnes aux exigences de la raction: la recomposition du
-tribunal rvolutionnaire, la fermeture du club des Jacobins, la
-dpanthonisation (expression du temps) des restes de Marat, ne
+dont le nom odieux est lié à jamais à celui d'un héroïque enfant. Mais
+cette <em>fournée</em> n'était que de vingt-deux hommes.</p>
+
+<p>Le lendemain, 11 thermidor, il y eut une fournée bien autrement
+considérable: les vainqueurs avaient eu le loisir de faire des
+désignations nombreuses, et d'atteindre la plupart des membres de la
+Commune qui avaient longtemps prévalu contre la Convention.
+L'exécution de soixante et onze condamnés envoyés à l'échafaud par
+leurs anciens complices forma un lac de sang sur la place où Madame
+Élisabeth avait été frappée.</p>
+
+<p>Il ne faut pas croire que la guillotine chômât après ces satisfactions
+terribles données aux exigences de la réaction: la recomposition du
+tribunal révolutionnaire, la fermeture du club des Jacobins, la
+dépanthéonisation (expression du temps) des restes de Marat, ne
suffirent point pour apaiser les indignations de la conscience
-publique. Le sang appelle le sang. Parmi les supplicis, on ne compta
+publique. Le sang appelle le sang. Parmi les suppliciés, on ne compta
pas seulement les criminels auteurs de tant de supplices, les Carrier,
les Fouquier-Tinville, les Lebon: les vainqueurs du 10 thermidor
-n'taient gure moins pervers que les vaincus. <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> Ce fut ainsi
-que la raction atteignit souvent l'innocence et la vertu, qui ne
-dsapprenaient pas encore le chemin de l'chafaud.</p>
-
-<p>Ce champ de repos o arrivaient concurremment les cercueils ferms par
-une mort naturelle, aussi bien que les cadavres mutils par le
-bourreau, ne tarda point se remplir.</p>
-
-<p>Disons aussi qu' partir du 26 prairial an II (14 juin 1794),
-l'chafaud fut transport de la place de la Rvolution la porte
-Saint-Antoine; puis, deux jours aprs, la barrire du <em>Trne
-renvers</em>, o il resta en permanence jusqu'au 9 thermidor.</p>
-
-<p>Deux ans aprs, par un arrt de l'administration centrale du
-dpartement de la Seine, le cimetire de Montmartre fut ouvert<a id="footnotetag128" name="footnotetag128"></a><a href="#footnote128" title="Go to footnote 128"><span class="smaller">[128]</span></a>,
-et celui de Monceaux ne servit plus aux spultures. La grande porte,
-pratique dans le mur d'enceinte de Paris et donnant accs dans le
-champ du Christ, <span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> demeura ferme. Les orphelins qu'avait faits
-la rvolution n'avaient point assist aux funrailles de leurs pres;
-ils ignoraient mme, pour la plupart, le lieu o elle avait enfoui
-leurs restes. Longtemps la strile curiosit d'un public domin par la
-terreur s'inquita beaucoup plus des prisons que des cimetires,
-beaucoup plus de la guillotine que de la spulture. La plupart de ceux
-qui avaient connu le champ du Christ en oublirent la route. Le
-silence se fit l'entour comme au dedans. Les annes s'coulrent,
-emportant avec elles les traditions du pass, abattant quelques
+n'étaient guère moins pervers que les vaincus. <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> Ce fut ainsi
+que la réaction atteignit souvent l'innocence et la vertu, qui ne
+désapprenaient pas encore le chemin de l'échafaud.</p>
+
+<p>Ce champ de repos où arrivaient concurremment les cercueils fermés par
+une mort naturelle, aussi bien que les cadavres mutilés par le
+bourreau, ne tarda point à se remplir.</p>
+
+<p>Disons aussi qu'à partir du 26 prairial an II (14 juin 1794),
+l'échafaud fut transporté de la place de la Révolution à la porte
+Saint-Antoine; puis, deux jours après, à la barrière du <em>Trône
+renversé</em>, où il resta en permanence jusqu'au 9 thermidor.</p>
+
+<p>Deux ans après, par un arrêté de l'administration centrale du
+département de la Seine, le cimetière de Montmartre fut ouvert<a id="footnotetag128" name="footnotetag128"></a><a href="#footnote128" title="Go to footnote 128"><span class="smaller">[128]</span></a>,
+et celui de Monceaux ne servit plus aux sépultures. La grande porte,
+pratiquée dans le mur d'enceinte de Paris et donnant accès dans le
+champ du Christ, <span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> demeura fermée. Les orphelins qu'avait faits
+la révolution n'avaient point assisté aux funérailles de leurs pères;
+ils ignoraient même, pour la plupart, le lieu où elle avait enfoui
+leurs restes. Longtemps la stérile curiosité d'un public dominé par la
+terreur s'inquiéta beaucoup plus des prisons que des cimetières,
+beaucoup plus de la guillotine que de la sépulture. La plupart de ceux
+qui avaient connu le champ du Christ en oublièrent la route. Le
+silence se fit à l'entour comme au dedans. Les années s'écoulèrent,
+emportant avec elles les traditions du passé, abattant quelques
pauvres croix de bois pourries au milieu des grandes herbes et
-effaant tout vestige de tombes.</p>
+effaçant tout vestige de tombes.</p>
<a id="img011" name="img011"></a>
<div class="figcenter">
<img src="images/img011.jpg" width="400" height="200" alt="" title="">
-<p><span class="smcap">PLAN DE L'ANCIEN CIMETIRE DE LA MADELEINE</span><br>
-Converti en jardin par M. Descloseaux, rue d'Anjou Saint-Honor, n<sup>o</sup>
+<p><span class="smcap">PLAN DE L'ANCIEN CIMETIÈRE DE LA MADELEINE</span><br>
+Converti en jardin par M. Descloseaux, rue d'Anjou Saint-Honoré, n<sup>o</sup>
48,<br>
-<span class="smcap">DANS LEQUEL ONT T DPOSS<br>
+<span class="smcap">DANS LEQUEL ONT ÉTÉ DÉPOSÉS<br>
LES RESTES DU ROI LOUIS XVI ET DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE.</span><br>
<i>Maison et Jardin de M. Descloseaux.</i></p>
</div>
<ul class="smaller none">
-<li class="min1em">I. Fosse dans laquelle ont t inhums, le 6 juin 1770, cent trente-trois corps des
- personnes qui ont pri sur la place Louis XV, dans la rue Royale ou la porte
- Saint-Honor, la suite des ftes clbres pour le mariage de M. le Dauphin.</li>
+<li class="min1em">I. Fosse dans laquelle ont été inhumés, le 6 juin 1770, cent trente-trois corps des
+ personnes qui ont péri sur la place Louis XV, dans la rue Royale ou à la porte
+ Saint-Honoré, à la suite des fêtes célébrées pour le mariage de M. le Dauphin.</li>
-<li class="min1em">II. Premire fosse, situe prs du mur mitoyen du jardin Descloseaux, dans laquelle ont
- t mis les corps de quatre prtres et d'environ cinq cents Suisses, tus aux
- Tuileries le 10 aot 1792.</li>
+<li class="min1em">II. Première fosse, située près du mur mitoyen du jardin Descloseaux, dans laquelle ont
+ été mis les corps de quatre prêtres et d'environ cinq cents Suisses, tués aux
+ Tuileries le 10 août 1792.</li>
-<li class="min1em">III. Deuxime fosse, dans laquelle ont t enterrs cinq cents autres Suisses, galement
- tus aux Tuileries le 10 aot 1792.</li>
+<li class="min1em">III. Deuxième fosse, dans laquelle ont été enterrés cinq cents autres Suisses, également
+ tués aux Tuileries le 10 août 1792.</li>
-<li class="min1em">IV. Tombeau de Louis XVI, inhum le 21 janvier 1793, dix heures et demie du matin.
+<li class="min1em">IV. Tombeau de Louis XVI, inhumé le 21 janvier 1793, à dix heures et demie du matin.
On fit une fosse de huit pieds de profondeur, dans laquelle on mit beaucoup de
- chaux. Le 16 octobre de la mme anne, le corps de la Reine fut enterr ct
+ chaux. Le 16 octobre de la même année, le corps de la Reine fut enterré à côté
de celui du Roi.</li>
<li class="min1em">V. Fosse de Charlotte Corday.</li>
-<li class="min1em">VI. Grande fosse ouverte peu de temps aprs la mort du Roi et comble en dcembre 1794.
- Le corps de M. le duc d'Orlans y fut dpos, ainsi qu'un trs-grand nombre
+<li class="min1em">VI. Grande fosse ouverte peu de temps après la mort du Roi et comblée en décembre 1794.
+ Le corps de M. le duc d'Orléans y fut déposé, ainsi qu'un très-grand nombre
d'autres victimes.</li>
-<li class="min1em">VII. Grande fosse qui a d recevoir prs de mille victimes.</li>
+<li class="min1em">VII. Grande fosse qui a dû recevoir près de mille victimes.</li>
</ul>
<p>En 1790, M. Viger de Jolival, ancien directeur des fermes, avait fait
l'acquisition de la maison du Christ, du jardin et de l'enclos qui en
-dpendent. La ville de Paris s'empara du petit enclos, contigu au
-jardin, et en fit un cimetire; plus tard, ce mme enclos fut lou
+dépendent. La ville de Paris s'empara du petit enclos, contigu au
+jardin, et en fit un cimetière; plus tard, ce même enclos fut loué à
un habitant de Monceaux qui y fauchait de l'herbe et y semait des
pommes de terre. M. Viger n'ignorait pas que parmi les victimes qui y
-taient inhumes se trouvaient les restes de Madame lisabeth. Il fit
-entourer d'un treillage l'endroit indiqu dans notre plan<a id="footnotetag129" name="footnotetag129"></a><a href="#footnote129" title="Go to footnote 129"><span class="smaller">[129]</span></a> par la
-lettre G, et y fit poser une pierre tumulaire sur laquelle taient
-crits ces deux mots: <em>Madame lisabeth</em>. Mais les dclarations de
-Joly, fossoyeur du cimetire l'poque du 21 floral an II (10 mai
+étaient inhumées se trouvaient les restes de Madame Élisabeth. Il fit
+entourer d'un treillage l'endroit indiqué dans notre plan<a id="footnotetag129" name="footnotetag129"></a><a href="#footnote129" title="Go to footnote 129"><span class="smaller">[129]</span></a> par la
+lettre G, et y fit poser une pierre tumulaire sur laquelle étaient
+écrits ces deux mots: <em>Madame Élisabeth</em>. Mais les déclarations de
+Joly, fossoyeur du cimetière à l'époque du 21 floréal an II (10 mai
1794) semblent prouver que M. Viger se trompait sur l'emplacement de
-la spulture de cette princesse. Son erreur tait encore plus grave au
-sujet de la dpouille mortelle du duc d'Orlans, qu'il prtendait tre
-ensevelie l'endroit dsign par la lettre K. Les restes de ce prince
-n'avaient point t amens dans ce cimetire, qui ne fut ouvert que
-cinq mois aprs sa mort: ils reposaient dans celui de la Madeleine,
-en un coin diamtralement oppos l'angle o se trouvaient
+la sépulture de cette princesse. Son erreur était encore plus grave au
+sujet de la dépouille mortelle du duc d'Orléans, qu'il prétendait être
+ensevelie à l'endroit désigné par la lettre K. Les restes de ce prince
+n'avaient point été amenés dans ce cimetière, qui ne fut ouvert que
+cinq mois après sa mort: ils reposaient dans celui de la Madeleine,
+en un coin diamétralement opposé à l'angle où se trouvaient
<span class="pagenum"><a id="page251" name="page251"></a>(p. 251)</span> les tombes du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette.
-Les deux branches de la maison de Bourbon demeurrent spares dans la
-mort, comme elles l'avaient t dans la vie. Nous ne croyons pas nous
-carter trop de notre sujet en reproduisant ici le plan du cimetire
-de la Madeleine, avec quelques indications qui ne seront peut-tre pas
-sans intrt pour le lecteur.</p>
-
-<p>M. Viger, aprs avoir fait dans sa proprit de l'enclos du Christ les
-deux rserves dont nous avons parl, rendit le reste du champ la
-culture. La porte charretire pratique dans le mur d'enceinte et par
-o entraient les charrettes remplies par le bourreau, ne s'ouvrit plus
-qu' de bien rares intervalles pour laisser passer le laboureur. Un
+Les deux branches de la maison de Bourbon demeurèrent séparées dans la
+mort, comme elles l'avaient été dans la vie. Nous ne croyons pas nous
+écarter trop de notre sujet en reproduisant ici le plan du cimetière
+de la Madeleine, avec quelques indications qui ne seront peut-être pas
+sans intérêt pour le lecteur.</p>
+
+<p>M. Viger, après avoir fait dans sa propriété de l'enclos du Christ les
+deux réserves dont nous avons parlé, rendit le reste du champ à la
+culture. La porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte et par
+où entraient les charrettes remplies par le bourreau, ne s'ouvrit plus
+qu'à de bien rares intervalles pour laisser passer le laboureur. Un
homme qui travaillait enfant dans ces lieux, et qui plus d'une fois
-m'y a conduit dans le cours de ces quinze dernires annes<a id="footnotetag130" name="footnotetag130"></a><a href="#footnote130" title="Go to footnote 130"><span class="smaller">[130]</span></a>, me
-racontait que son pre l'envoyait souvent travailler dans le <em>champ du
-Christ</em>, en lui recommandant de ne pas toucher aux terrains marqus
+m'y a conduit dans le cours de ces quinze dernières années<a id="footnotetag130" name="footnotetag130"></a><a href="#footnote130" title="Go to footnote 130"><span class="smaller">[130]</span></a>, me
+racontait que son père l'envoyait souvent travailler dans le <em>champ du
+Christ</em>, en lui recommandant de ne pas toucher aux terrains marqués
par une claire-voie.</p>
-<p>Les choses en taient l, lorsque s'accomplirent les graves vnements
-de 1814. La maison de Bourbon n'avait pu enterrer ses morts aprs la
-grande bataille de la rvolution. Il tait naturel qu'en rentrant sur
-le sol de la patrie elle s'occupt de ce soin pieux. D'ailleurs, le
-retour des exils, ces absents temporaires, rappelait les morts, ces
-absents ternels, ensevelis avec trop peu de larmes, <i>paucioribus
-lacrymis</i>, comme l'a crit le grand historien de Rome; et depuis que
+<p>Les choses en étaient là, lorsque s'accomplirent les graves événements
+de 1814. La maison de Bourbon n'avait pu enterrer ses morts après la
+grande bataille de la révolution. Il était naturel qu'en rentrant sur
+le sol de la patrie elle s'occupât de ce soin pieux. D'ailleurs, le
+retour des exilés, ces absents temporaires, rappelait les morts, ces
+absents éternels, ensevelis avec trop peu de larmes, <i>paucioribus
+lacrymis</i>, comme l'a écrit le grand historien de Rome; et depuis que
les roulements de tambour et les fanfares de la victoire ne
retentissaient plus, il semblait qu'on entendait sortir de ces sillons
-o l'on avait fauch une gnration humaine, un bruit de gmissements
+où l'on avait fauché une génération humaine, un bruit de gémissements
et de sanglots. La restauration de la maison de Bourbon ramenait
-elle-mme la pense publique sur les royales victimes de la
-Rvolution.</p>
+elle-même la pensée publique sur les royales victimes de la
+Révolution.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> La loi qui avait consacr un deuil gnral en expiation du
+<p><span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> La loi qui avait consacré un deuil général en expiation du
crime commis le 21 janvier 1793, avait prescrit qu'un monument serait
-lev au fils et la s&oelig;ur de Louis XVI. Nous avons, dans un
-ouvrage relatif <em> la vie, l'agonie et la mort de Louis XVII</em>,
-expos les motifs qui rendirent striles, relativement ce jeune
-prince, les dispositions de cette loi. Les difficults qui s'tait
-prsentes pour retrouver les restes de l'orphelin du Temple
+élevé au fils et à la s&oelig;ur de Louis XVI. Nous avons, dans un
+ouvrage relatif <em>à la vie, à l'agonie et à la mort de Louis XVII</em>,
+exposé les motifs qui rendirent stériles, relativement à ce jeune
+prince, les dispositions de cette loi. Les difficultés qui s'était
+présentées pour retrouver les restes de l'orphelin du Temple
devenaient plus grandes encore pour rechercher ceux de Madame
-lisabeth, enfouis dans une fosse commune avec les dpouilles des
-vingt-trois autres personnes frappes avec elle sur l'chafaud du 21
-floral. Le gouvernement de la Restauration n'avait recueilli que des
-renseignements inexacts sur la spulture des victimes
-rvolutionnaires.</p>
-
-<p>Un respectable vieillard, M. Descloseaux, propritaire rue d'Anjou
-d'une maison contigu au cimetire de la Madeleine, avait t tmoin
+Élisabeth, enfouis dans une fosse commune avec les dépouilles des
+vingt-trois autres personnes frappées avec elle sur l'échafaud du 21
+floréal. Le gouvernement de la Restauration n'avait recueilli que des
+renseignements inexacts sur la sépulture des victimes
+révolutionnaires.</p>
+
+<p>Un respectable vieillard, M. Descloseaux, propriétaire rue d'Anjou
+d'une maison contiguë au cimetière de la Madeleine, avait été témoin
oculaire de l'inhumation des restes du roi Louis XVI et de la reine
-Marie-Antoinette dans ce cimetire, et s'tait persuad que tous les
-supplicis de la place de la Rvolution y avaient t galement
-ensevelis. Sa dclaration, formule dans ce sens et signe par lui, le
-4 juin 1814, avait accrdit une erreur que lui-mme, mieux inform
-plus tard, s'empressa de rparer par un acte authentique la date du
+Marie-Antoinette dans ce cimetière, et s'était persuadé que tous les
+suppliciés de la place de la Révolution y avaient été également
+ensevelis. Sa déclaration, formulée dans ce sens et signée par lui, le
+4 juin 1814, avait accrédité une erreur que lui-même, mieux informé
+plus tard, s'empressa de réparer par un acte authentique à la date du
22 mai 1816<a id="footnotetag131" name="footnotetag131"></a><a href="#footnote131" title="Go to footnote 131"><span class="smaller">[131]</span></a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page253" name="page253"></a>(p. 253)</span> L'anne suivante, dans les derniers jours du mois de mars,
-fut dress un acte notari tablissant la notorit du cimetire de
+<p><span class="pagenum"><a id="page253" name="page253"></a>(p. 253)</span> L'année suivante, dans les derniers jours du mois de mars,
+fut dressé un acte notarié établissant la notoriété du cimetière de
Monceaux<a id="footnotetag132" name="footnotetag132"></a><a href="#footnote132" title="Go to footnote 132"><span class="smaller">[132]</span></a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page254" name="page254"></a>(p. 254)</span> Ds le 11 janvier 1817, M. Blanger, dessinateur ordinaire du
-cabinet et de la chambre du Roi, avait adress le rapport suivant M.
-de Pradel, charg du portefeuille de la maison de Sa Majest:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page254" name="page254"></a>(p. 254)</span> Dès le 11 janvier 1817, M. Bélanger, dessinateur ordinaire du
+cabinet et de la chambre du Roi, avait adressé le rapport suivant à M.
+de Pradel, chargé du portefeuille de la maison de Sa Majesté:</p>
<div class="lettre">
-<p class="smcap">Monsieur le Comte,</p>
+<p class="smcap">«Monsieur le Comte,</p>
-<p>Le corps de Madame lisabeth de France a t port dans une fosse
-commune, prs la barrire de Mousseaux, <span class="pagenum"><a id="page255" name="page255"></a>(p. 255)</span> dans un terrain
-(<i>intra muros</i>) qui appartient M. Viger, ancien directeur des
+<p>»Le corps de Madame Élisabeth de France a été porté dans une fosse
+commune, près la barrière de Mousseaux, <span class="pagenum"><a id="page255" name="page255"></a>(p. 255)</span> dans un terrain
+(<i>intra muros</i>) qui appartient à M. Viger, ancien directeur des
fermes. Ce domaine contient environ sept arpents, sur lequel il existe
-deux maisons d'habitation spares l'une de l'autre.</p>
+deux maisons d'habitation séparées l'une de l'autre.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page256" name="page256"></a>(p. 256)</span>Dans la mme fosse qui contient les restes de cette auguste
-et infortune princesse, se trouvent runis ceux des personnes qui ont
-partag la gloire de son martyre.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page256" name="page256"></a>(p. 256)</span>»Dans la même fosse qui contient les restes de cette auguste
+et infortunée princesse, se trouvent réunis ceux des personnes qui ont
+partagé la gloire de son martyre.</p>
-<p>Toute espce de translation tant impossible, on peut, ainsi que vous
-l'avez sagement propos, faire de ce local, sans beaucoup de dpense,
+<p>»Toute espèce de translation étant impossible, on peut, ainsi que vous
+l'avez sagement proposé, faire de ce local, sans beaucoup de dépense,
un lieu d'expiation et de recueillement, dont les dispositions,
-d'aprs les dtails du plan que j'ai l'honneur de vous adresser,
-offriraient l'aspect austre d'une enceinte religieuse, o quelque
-petit monument attesterait aux sicles venir jusqu' quel excs de
-draison et de dlire peut se porter un peuple quand il brise ses
+d'après les détails du plan que j'ai l'honneur de vous adresser,
+offriraient l'aspect austère d'une enceinte religieuse, où quelque
+petit monument attesterait aux siècles à venir jusqu'à quel excès de
+déraison et de délire peut se porter un peuple quand il brise ses
institutions sociales et qu'il rompt le joug salutaire des lois de la
morale et de la religion.</p>
-<p>J'ai rdig le projet que j'ai l'honneur de vous adresser sur des
-dispositions d'conomie. Une enceinte ferme, plante de cyprs et
-autres arbres convenables un champ de repos, une pyramide leve sur
-la fosse, des cyprs mmoratifs avec quelque inscription, une chapelle
-spulcrale simple dans ses dcors, qui offrirait aux habitants de
-Mousseaux, qui n'ont plus d'glise pour la clbration de la messe,
-les jours de ftes et dimanches, un lieu de recueillement.</p>
+<p>»J'ai rédigé le projet que j'ai l'honneur de vous adresser sur des
+dispositions d'économie. Une enceinte fermée, plantée de cyprès et
+autres arbres convenables à un champ de repos, une pyramide élevée sur
+la fosse, des cyprès mémoratifs avec quelque inscription, une chapelle
+sépulcrale simple dans ses décors, qui offrirait aux habitants de
+Mousseaux, qui n'ont plus d'église pour la célébration de la messe,
+les jours de fêtes et dimanches, un lieu de recueillement.</p>
-<p>Ce domaine offre la disposition avantageuse de deux maisons
-d'habitation, l'une convenable pour l'ecclsiastique qui desservirait
+<p>»Ce domaine offre la disposition avantageuse de deux maisons
+d'habitation, l'une convenable pour l'ecclésiastique qui desservirait
la chapelle, et l'autre au concierge qui gardera le champ du repos.</p>
-<p>J'estime toute cette dpense, y compris l'acquisition des sept
+<p>»J'estime toute cette dépense, y compris l'acquisition des sept
arpents de terre, des deux maisons, des embellissements, des
-plantations et de la construction de la chapelle, trois cent mille
+plantations et de la construction de la chapelle, à trois cent mille
francs.</p>
-<p>Des dtails plus prcis donneraient peut-tre des rsultats plus
-conomiques.</p>
+<p>»Des détails plus précis donneraient peut-être des résultats plus
+économiques.</p>
-<p>Je m'estimerai heureux si, tmoin de tant de profanations <span class="pagenum"><a id="page257" name="page257"></a>(p. 257)</span>
-politiques et sacres, je pouvais avoir contribu la dcision qui
-sera prononce cet gard.</p>
+<p>»Je m'estimerai heureux si, témoin de tant de profanations <span class="pagenum"><a id="page257" name="page257"></a>(p. 257)</span>
+politiques et sacrées, je pouvais avoir contribué à la décision qui
+sera prononcée à cet égard.</p>
-<p>J'ai l'honneur d'tre avec respect, Monsieur le comte, votre
-trs-humble et trs-obissant serviteur,</p>
+<p>»J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur le comte, votre
+très-humble et très-obéissant serviteur,</p>
-<p class="authorsc">Blanger.</p>
+<p class="authorsc">»Bélanger.»</p>
-<p>Paris, le 11 janvier 1817.</p>
+<p>»Paris, le 11 janvier 1817.»</p>
</div>
-<p class="p2">De son ct, M. Viger de Jolival avait, le 25 du mme mois, tent prs
-des vicaires gnraux du diocse de Paris une dmarche ayant pour but
-de les intresser la cession qu'il tait dispos faire de sa
-proprit au gouvernement du Roi, et, le 4 fvrier, il crivait au
-prfet de la Seine relativement au monument lever la mmoire de
-Madame lisabeth. Il crut aussi devoir adresser une requte analogue
-M. le vicomte de Montmorency<a id="footnotetag133" name="footnotetag133"></a><a href="#footnote133" title="Go to footnote 133"><span class="smaller">[133]</span></a>. Ni les propositions de M. Blanger
+<p class="p2">De son côté, M. Viger de Jolival avait, le 25 du même mois, tenté près
+des vicaires généraux du diocèse de Paris une démarche ayant pour but
+de les intéresser à la cession qu'il était disposé à faire de sa
+propriété au gouvernement du Roi, et, le 4 février, il écrivait au
+préfet de la Seine relativement au monument à élever à la mémoire de
+Madame Élisabeth. Il crut aussi devoir adresser une requête analogue à
+M. le vicomte de Montmorency<a id="footnotetag133" name="footnotetag133"></a><a href="#footnote133" title="Go to footnote 133"><span class="smaller">[133]</span></a>. Ni les propositions de M. Bélanger
ni celles de M. Viger de Jolival ne furent accueillies. Nous dirons
-dans l'Appendice que nous inscrirons la fin de ce volume, avant les
-Pices justificatives, les difficults, pour ainsi dire
-insurmontables, que rencontrrent les recherches qui furent tentes
-pour arriver la dcouverte certaine des restes de Madame lisabeth.
-M. Lain, ministre de l'intrieur, sous l'autorit duquel le prfet de
-police avait dirig ces lamentables travaux, regarda comme un devoir
-de soumettre au Roi les lettres qui en exposaient les dtails. Louis
-XVIII, assez peu crdule de sa nature, et pour qui les reliques de
-Louis XVI et de Marie-Antoinette, malgr les actes publics qui en
-tablissaient l'authenticit, paraissaient peine offrir une garantie
+dans l'Appendice que nous inscrirons à la fin de ce volume, avant les
+Pièces justificatives, les difficultés, pour ainsi dire
+insurmontables, que rencontrèrent les recherches qui furent tentées
+pour arriver à la découverte certaine des restes de Madame Élisabeth.
+M. Lainé, ministre de l'intérieur, sous l'autorité duquel le préfet de
+police avait dirigé ces lamentables travaux, regarda comme un devoir
+de soumettre au Roi les lettres qui en exposaient les détails. Louis
+XVIII, assez peu crédule de sa nature, et pour qui les reliques de
+Louis XVI et de Marie-Antoinette, malgré les actes publics qui en
+établissaient l'authenticité, paraissaient à peine offrir une garantie
suffisante, donna l'ordre de s'abstenir de recherches qui,
-lorsqu'elles ne sont pas motives par des indications certaines,
-<span class="pagenum"><a id="page258" name="page258"></a>(p. 258)</span> ressemblent une profanation: or celles-ci ne pouvaient
-avoir pour rsultat qu'une dcouverte d'ossements douteux. On renona
-donc toute pense d'exhumation.</p>
+lorsqu'elles ne sont pas motivées par des indications certaines,
+<span class="pagenum"><a id="page258" name="page258"></a>(p. 258)</span> ressemblent à une profanation: or celles-ci ne pouvaient
+avoir pour résultat qu'une découverte d'ossements douteux. On renonça
+donc à toute pensée d'exhumation.</p>
<p>On avait voulu trop faire et l'on ne fit point assez. La plus simple
-convenance conseillait d'acqurir ce cimetire et d'y riger un
+convenance conseillait d'acquérir ce cimetière et d'y ériger un
monument. On n'en fit rien. M. Viger de Jolival perdit l'espoir de
-cder au gouvernement royal le terrain qui contenait les restes
-d'lisabeth, de Malesherbes, des fermiers gnraux, des prsidents du
-Parlement de Paris et d'une multitude de personnages considrables.</p>
-
-<p>Peut-tre l'empressement du propritaire du terrain en tirer parti
-diminua-t-il la disposition du gouvernement l'acqurir, parce que
-celui-ci ne vit qu'une spculation dans une affaire o il y avait des
-considrations d'un ordre suprieur envisager. Cependant, si
-l'enqute, poursuivie avec tant de soin, n'avait pu donner
-d'indications prcises sur les moyens de discerner les reliques de la
+céder au gouvernement royal le terrain qui contenait les restes
+d'Élisabeth, de Malesherbes, des fermiers généraux, des présidents du
+Parlement de Paris et d'une multitude de personnages considérables.</p>
+
+<p>Peut-être l'empressement du propriétaire du terrain à en tirer parti
+diminua-t-il la disposition du gouvernement à l'acquérir, parce que
+celui-ci ne vit qu'une spéculation dans une affaire où il y avait des
+considérations d'un ordre supérieur à envisager. Cependant, si
+l'enquête, poursuivie avec tant de soin, n'avait pu donner
+d'indications précises sur les moyens de discerner les reliques de la
s&oelig;ur de Louis XVI au milieu de tant de restes, elle avait mis deux
-points hors de doute: la prsence des dpouilles mortelles de la
-princesse dans l'<em>enclos du Christ</em>, et l'indication de la fosse o
+points hors de doute: la présence des dépouilles mortelles de la
+princesse dans l'<em>enclos du Christ</em>, et l'indication de la fosse où
elles reposent, avec un grand nombre des plus illustres victimes de la
-rvolution, et quelques pas des proscripteurs les plus redoutables
-de cette poque nfaste, couchs dans la paix du mme tombeau. Cela
-suffisait pour que l'enclos marqu de tels souvenirs ft conserv
-comme une de ces pages d'histoire qui, respectes au milieu de tous
-les changements, parlent du pass l'avenir.</p>
-
-<p>Le temps a march. Peu peu la spculation s'est empare de ces
-terrains. Quelques chtives maisons s'y sont assises, quelques hangars
-s'y sont levs; mais ceux qui les habitent ou qui les exploitent ne
-se doutent pas de ce qui s'est pass dans ces lieux. La population,
-qui se renouvelle encore plus vite aux abords des barrires qu'au
-centre <span class="pagenum"><a id="page259" name="page259"></a>(p. 259)</span> mme de la cit, ignore tellement quel usage ces
-terrains ont servi, qu'un terrassier ayant trouv, il y a quelques
-annes, des ossements humains en creusant les fondations d'un
-btiment, mille conjectures tranges ont occup l'imagination des
+révolution, et à quelques pas des proscripteurs les plus redoutables
+de cette époque néfaste, couchés dans la paix du même tombeau. Cela
+suffisait pour que l'enclos marqué de tels souvenirs fût conservé
+comme une de ces pages d'histoire qui, respectées au milieu de tous
+les changements, parlent du passé à l'avenir.</p>
+
+<p>Le temps a marché. Peu à peu la spéculation s'est emparée de ces
+terrains. Quelques chétives maisons s'y sont assises, quelques hangars
+s'y sont élevés; mais ceux qui les habitent ou qui les exploitent ne
+se doutent pas de ce qui s'est passé dans ces lieux. La population,
+qui se renouvelle encore plus vite aux abords des barrières qu'au
+centre <span class="pagenum"><a id="page259" name="page259"></a>(p. 259)</span> même de la cité, ignore tellement à quel usage ces
+terrains ont servi, qu'un terrassier ayant trouvé, il y a quelques
+années, des ossements humains en creusant les fondations d'un
+bâtiment, mille conjectures étranges ont occupé l'imagination des
habitants de ce quartier. Dans ces derniers temps encore, de nouveaux
-ossements, appartenant des individus des deux sexes, et remontant,
-d'aprs les examens de la science, soixante-dix ou soixante-quinze
-ans, sont apparus en grand nombre sous la pioche des ouvriers occups
- des fouilles au boulevard de Monceaux. Ces dbris, remplissant
-plusieurs tombereaux, ont t transports aux Catacombes<a id="footnotetag134" name="footnotetag134"></a><a href="#footnote134" title="Go to footnote 134"><span class="smaller">[134]</span></a>.</p>
-
-<p>Ainsi donc, si Madame lisabeth avait mis tous ses soins fuir
-l'ostentation pendant sa vie, Dieu a voulu lui mnager jusque dans la
-mort l'obscurit qu'elle avait aime.</p>
-
-<p class="p2">Madame, aprs avoir prch l'humilit devant l'chafaud, vous vous y
-tes humblement offerte. Vos dpouilles ont t, avec les dpouilles
-de tous vos compagnons funbres, enfouies ple-mle dans la terre, et
-pas une pierre n'en marquera mme la place!</p>
-
-<p>Mais les haines qui vous ont perscute sont teintes: les calomnies
-qui s'taient dresses contre vous se sont dissipes comme ces nues
-qu'amasse un jour d'orage, et que le vent emporte, en dtruisant
-l'obstacle passager qui empchait la terre de jouir de la lumire du
-soleil, dont l'clat, invisible un moment aux regards des hommes, n'a
-pas cess de rayonner dans le ciel. C'est l'image de votre sublime
-<span class="pagenum"><a id="page260" name="page260"></a>(p. 260)</span> vertu mconnue un jour sur la terre, toujours connue du
+ossements, appartenant à des individus des deux sexes, et remontant,
+d'après les examens de la science, à soixante-dix ou soixante-quinze
+ans, sont apparus en grand nombre sous la pioche des ouvriers occupés
+à des fouilles au boulevard de Monceaux. Ces débris, remplissant
+plusieurs tombereaux, ont été transportés aux Catacombes<a id="footnotetag134" name="footnotetag134"></a><a href="#footnote134" title="Go to footnote 134"><span class="smaller">[134]</span></a>.</p>
+
+<p>Ainsi donc, si Madame Élisabeth avait mis tous ses soins à fuir
+l'ostentation pendant sa vie, Dieu a voulu lui ménager jusque dans la
+mort l'obscurité qu'elle avait aimée.</p>
+
+<p class="p2">Madame, après avoir prêché l'humilité devant l'échafaud, vous vous y
+êtes humblement offerte. Vos dépouilles ont été, avec les dépouilles
+de tous vos compagnons funèbres, enfouies pêle-mêle dans la terre, et
+pas une pierre n'en marquera même la place!</p>
+
+<p>Mais les haines qui vous ont persécutée sont éteintes: les calomnies
+qui s'étaient dressées contre vous se sont dissipées comme ces nuées
+qu'amasse un jour d'orage, et que le vent emporte, en détruisant
+l'obstacle passager qui empêchait la terre de jouir de la lumière du
+soleil, dont l'éclat, invisible un moment aux regards des hommes, n'a
+pas cessé de rayonner dans le ciel. C'est l'image de votre sublime
+<span class="pagenum"><a id="page260" name="page260"></a>(p. 260)</span> vertu méconnue un jour sur la terre, toujours connue du
regard de Dieu.</p>
-<p>Vous aviez mu et attendri le monde par l'onction de votre parole.
-Aujourd'hui vous le tiendrez et plus mu et plus attendri encore par
-la douceur de votre souvenir; car vous avez parl plus haut dans votre
+<p>Vous aviez ému et attendri le monde par l'onction de votre parole.
+Aujourd'hui vous le tiendrez et plus ému et plus attendri encore par
+la douceur de votre souvenir; car vous avez parlé plus haut dans votre
mort que dans votre vie.</p>
-<p>Cdant une inspiration venue de notre c&oelig;ur, et soutenu dans notre
-tche par le culte que nous vous avions vou, nous avons consacr de
-longues journes rassembler quelques nouveaux dtails sur votre
-personne; nous les avons enregistrs dans ce livre avec conscience,
+<p>Cédant à une inspiration venue de notre c&oelig;ur, et soutenu dans notre
+tâche par le culte que nous vous avions voué, nous avons consacré de
+longues journées à rassembler quelques nouveaux détails sur votre
+personne; nous les avons enregistrés dans ce livre avec conscience,
avec respect; et bien souvent des larmes sont venues obscurcir notre
-vue et arrter notre plume, en vous surprenant si svre pour
-vous-mme, si soumise aux volonts de Dieu, qui devenaient les vtres,
-si misricordieuse envers les faibles, si bonne pour vos amies, si
-gnreuse envers vos ennemis, et si douce envers la mort. Mais je ne
-veux plus parler de vous avec ce chagrin amer qui convient mal
-l'admiration de l'anglique srnit de votre grande me; j'ai t
+vue et arrêter notre plume, en vous surprenant si sévère pour
+vous-même, si soumise aux volontés de Dieu, qui devenaient les vôtres,
+si miséricordieuse envers les faibles, si bonne pour vos amies, si
+généreuse envers vos ennemis, et si douce envers la mort. Mais je ne
+veux plus parler de vous avec ce chagrin amer qui convient mal à
+l'admiration de l'angélique sérénité de votre grande âme; j'ai été à
la peine en racontant votre martyre, je suis maintenant au triomphe:
-je me reprocherais ma douleur comme une impit, ne voulant plus voir
-dans votre mort que votre triomphe ternel.</p>
-
-<p>Par une rencontre o nous aimons mieux voir le doigt de la Providence
-qu'un concours de circonstances tout fortuit, la rvolution sembla
-excuter, aprs votre mort, les ordres que vous-mme eussiez donns,
-si vous eussiez cru pouvoir commander, et devoir tre obie. Les
-vtements dont vous tiez couverte votre dernire heure furent
-ports dans un hospice pour servir aux pauvres et aux malades, ces
+je me reprocherais ma douleur comme une impiété, ne voulant plus voir
+dans votre mort que votre triomphe éternel.</p>
+
+<p>Par une rencontre où nous aimons mieux voir le doigt de la Providence
+qu'un concours de circonstances tout fortuit, la révolution sembla
+exécuter, après votre mort, les ordres que vous-même eussiez donnés,
+si vous eussiez cru pouvoir commander, et devoir être obéie. Les
+vêtements dont vous étiez couverte à votre dernière heure furent
+portés dans un hospice pour servir aux pauvres et aux malades, ces
membres souffrants de Notre-Seigneur, que vous secouriez pendant votre
-vie; votre maison de Montreuil, que vous aviez tant aime, garda le
-nom de maison lisabeth <span class="pagenum"><a id="page261" name="page261"></a>(p. 261)</span> et fut destine devenir un
-htel-Dieu; enfin, le champ du Christ reut votre corps, tandis que
-votre me montait au ciel.</p>
-
-<p>Mais ce n'est point nous qu'il appartient de vous honorer dignement.
-Sans chercher devancer le cours des ges, il nous est permis de
-prvoir qu'un hommage bien autrement clatant sera rendu un jour
-votre mmoire: il est une autorit sacre, qui, comme Dieu, n'oublie
-pas les mes qui sortent victorieuses du sicle, par la simplicit
-dans le courage, par l'humilit dans la vertu, par la candeur dans
-l'hrosme. Un jour viendra, nous le croyons, o, d'aprs les
-souvenirs et les tmoignages des vnements et des hommes, l'glise
-inscrira le nom d'lisabeth dans ces imprissables lgendes o les
-gnrations chrtiennes vont chercher leurs protecteurs et leurs
-modles.</p>
+vie; votre maison de Montreuil, que vous aviez tant aimée, garda le
+nom de maison Élisabeth <span class="pagenum"><a id="page261" name="page261"></a>(p. 261)</span> et fut destinée à devenir un
+hôtel-Dieu; enfin, le champ du Christ reçut votre corps, tandis que
+votre âme montait au ciel.</p>
+
+<p>Mais ce n'est point à nous qu'il appartient de vous honorer dignement.
+Sans chercher à devancer le cours des âges, il nous est permis de
+prévoir qu'un hommage bien autrement éclatant sera rendu un jour à
+votre mémoire: il est une autorité sacrée, qui, comme Dieu, n'oublie
+pas les âmes qui sortent victorieuses du siècle, par la simplicité
+dans le courage, par l'humilité dans la vertu, par la candeur dans
+l'héroïsme. Un jour viendra, nous le croyons, où, d'après les
+souvenirs et les témoignages des événements et des hommes, l'Église
+inscrira le nom d'Élisabeth dans ces impérissables légendes où les
+générations chrétiennes vont chercher leurs protecteurs et leurs
+modèles.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page263" name="page263"></a>(p. 263)</span> APPENDICE.<br>
<span class="smaller">DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES
-QUI ONT T FAITES AUX MOIS DE MARS, D'AVRIL ET DE MAI
+QUI ONT ÉTÉ FAITES AUX MOIS DE MARS, D'AVRIL ET DE MAI
POUR RETROUVER ET CONSTATER
-LES RESTES DE MADAME LISABETH.</span></h2>
+LES RESTES DE MADAME ÉLISABETH.</span></h2>
-<p>Le 22 mars, le ministre de l'intrieur (M. Lain), en adressant au
-prfet de la Seine (M. de Chabrol) une lettre de M. Viger de Jolival,
+<p>Le 22 mars, le ministre de l'intérieur (M. Lainé), en adressant au
+préfet de la Seine (M. de Chabrol) une lettre de M. Viger de Jolival,
ancien directeur des fermes, lui demandait des renseignements sur
-l'inhumation de Madame lisabeth.</p>
+l'inhumation de Madame Élisabeth.</p>
-<p>Cette lettre et cette note furent transmises par le prfet de la
-Seine, en ces termes, au prfet de police:</p>
+<p>Cette lettre et cette note furent transmises par le préfet de la
+Seine, en ces termes, au préfet de police:</p>
<div class="lettre">
-<p>M. le comte de Chabrol a l'honneur de transmettre confidentiellement
- son collgue M. le comte Angls une note accompagne d'une lettre
+<p>«M. le comte de Chabrol a l'honneur de transmettre confidentiellement
+à son collègue M. le comte Anglès une note accompagnée d'une lettre à
la date du 22 mars qu'il vient de recevoir de S. Exc. le ministre de
-l'intrieur, et laquelle M. le comte Angls a sans doute plus de
-moyens que lui de rpondre d'une manire positive; il le prie de
-vouloir bien runir tous les renseignements qui peuvent rpondre aux
+l'intérieur, et à laquelle M. le comte Anglès a sans doute plus de
+moyens que lui de répondre d'une manière positive; il le prie de
+vouloir bien réunir tous les renseignements qui peuvent répondre aux
vues du ministre.</p>
-<p>Il le prie d'agrer l'assurance de sa haute considration.</p>
+<p>»Il le prie d'agréer l'assurance de sa haute considération.</p>
-<p>Paris, le 24 mars 1817.</p>
+<p>»Paris, le 24 mars 1817.»</p>
</div>
-<p class="p2">Un scrupule administratif occupa les bureaux de la police. tait-il
-dans les convenances que le prfet de police ft mis en action par le
-prfet de la Seine pour une opration dont ce dernier avait t
-charg confidentiellement par le ministre?</p>
+<p class="p2">Un scrupule administratif occupa les bureaux de la police. Était-il
+dans les convenances que le préfet de police fût mis en action par le
+préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été
+chargé confidentiellement par le ministre?</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page264" name="page264"></a>(p. 264)</span> Interrog sur cette question, un chef de bureau de la
-prfecture de police rpondait M. le comte Angls:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page264" name="page264"></a>(p. 264)</span> Interrogé sur cette question, un chef de bureau de la
+préfecture de police répondait à M. le comte Anglès:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">25 mars 1817.</p>
-
-<p>En proposant Son Excellence le projet de lettre ci-joint pour le
-ministre de l'intrieur, au sujet des communications de M. le prfet
-du dpartement (reconnaissance du lieu d'inhumation des restes de
-<em>Madame lisabeth</em>), on a l'honneur de lui faire part d'un scrupule
-naturel: le ministre de l'intrieur sera-t-il ou non dans le cas de se
-formaliser d'une communication faite par M. le prfet de la Seine de
-pices qui lui avaient t adresses lui seul, et de voir, hors des
-convenances peut-tre, M. le prfet de police mis en action par M. le
-prfet de la Seine pour une opration dont ce dernier avait t charg
-directement et particulirement par le ministre?</p>
-
-<p>Le ministre n'a rien transmis, rien demand M. le prfet de police;
-ce n'est pas non plus de la part du ministre que M. le prfet du
-dpartement laisse M. le prfet de police suivre une opration
-dont il a recueilli et transmis les premiers lments S. Exc. le
-ministre de l'intrieur, qui ne les avait demands qu' lui, prfet du
-dpartement, et confidentiellement.</p>
-
-<p>M. le prfet de police n'a-t-il pas craindre de commettre M. le
-prfet du dpartement avec le ministre par une lettre qui n'est point
-provoque?</p>
-
-<p>A considrer la dmarcation naturelle des attributions des autorits,
-il semble qu'il y a inconvnient et irrgularit dans la marche
-actuelle de cette affaire; peut-tre, pour la suite qu'elle doit avoir
-conformment aux intentions du Roi, prendrait-elle une direction
-claire plutt des instructions que Son Excellence prendrait
+<p class="date">«25 mars 1817.</p>
+
+<p>»En proposant à Son Excellence le projet de lettre ci-joint pour le
+ministre de l'intérieur, au sujet des communications de M. le préfet
+du département (reconnaissance du lieu d'inhumation des restes de
+<em>Madame Élisabeth</em>), on a l'honneur de lui faire part d'un scrupule
+naturel: le ministre de l'intérieur sera-t-il ou non dans le cas de se
+formaliser d'une communication faite par M. le préfet de la Seine de
+pièces qui lui avaient été adressées à lui seul, et de voir, hors des
+convenances peut-être, M. le préfet de police mis en action par M. le
+préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été chargé
+directement et particulièrement par le ministre?</p>
+
+<p>»Le ministre n'a rien transmis, rien demandé à M. le préfet de police;
+ce n'est pas non plus de la part du ministre que M. le préfet du
+département laisse à M. le préfet de police à suivre une opération
+dont il a recueilli et transmis les premiers éléments à S. Exc. le
+ministre de l'intérieur, qui ne les avait demandés qu'à lui, préfet du
+département, et confidentiellement.</p>
+
+<p>»M. le préfet de police n'a-t-il pas à craindre de commettre M. le
+préfet du département avec le ministre par une lettre qui n'est point
+provoquée?</p>
+
+<p>»A considérer la démarcation naturelle des attributions des autorités,
+il semble qu'il y a inconvénient et irrégularité dans la marche
+actuelle de cette affaire; peut-être, pour la suite qu'elle doit avoir
+conformément aux intentions du Roi, prendrait-elle une direction
+claire plutôt des instructions que Son Excellence prendrait
directement du ministre, que par la voie d'une correspondance dont il
-peut tre ou mcontent ou surpris.</p>
+peut être ou mécontent ou surpris.</p>
-<p class="authorsc">Boucher.</p>
+<p class="authorsc">»Boucher.»</p>
</div>
-<p class="p2">La lettre suivante, formule par M. Boucher, fut adopte <span class="pagenum"><a id="page265" name="page265"></a>(p. 265)</span> et
-adresse par le ministre d'tat, prfet de police, M. le ministre de
-l'intrieur.</p>
+<p class="p2">La lettre suivante, formulée par M. Boucher, fut adoptée <span class="pagenum"><a id="page265" name="page265"></a>(p. 265)</span> et
+adressée par le ministre d'État, préfet de police, à M. le ministre de
+l'intérieur.</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">25 mars 1817.</p>
+<p class="date">«25 mars 1817.</p>
-<p class="smcap">Monseigneur,</p>
+<p class="smcap">»Monseigneur,</p>
-<p>M. le prfet du dpartement de la Seine m'a transmis
-confidentiellement une lettre que Votre Excellence lui a crite le 22
+<p>»M. le préfet du département de la Seine m'a transmis
+confidentiellement une lettre que Votre Excellence lui a écrite le 22
de ce mois pour lui demander les renseignements qu'il pourrait se
-procurer sur l'poque et le lieu de l'inhumation des restes de <em>Madame
-lisabeth</em>.</p>
+procurer sur l'époque et le lieu de l'inhumation des restes de <em>Madame
+Élisabeth</em>.</p>
-<p>Je vois par une note transmise M. le prfet du dpartement par
-Votre Excellence, et dont il me donne galement communication, que M.
-le prfet lui avait adress dj des renseignements qu'il avait
-obtenus du sieur Viger de Jolival, propritaire du terrain o
+<p>»Je vois par une note transmise à M. le préfet du département par
+Votre Excellence, et dont il me donne également communication, que M.
+le préfet lui avait adressé déjà des renseignements qu'il avait
+obtenus du sieur Viger de Jolival, propriétaire du terrain où
l'inhumation avait eu lieu, ainsi que le plan descriptif de la
-proprit avec un aperu du monument; mais que ces documents ne
+propriété avec un aperçu du monument; mais que ces documents ne
satisfaisaient point Votre Excellence sur la question essentielle,
-celle de l'authenticit.</p>
+celle de l'authenticité.</p>
-<p>M. le prfet du dpartement fonde la communication qu'il me fait par
-une note en date d'hier sur la prsomption que j'aurais plus de moyens
-que lui de rpondre aux vues de Votre Excellence.</p>
+<p>»M. le préfet du département fonde la communication qu'il me fait par
+une note en date d'hier sur la présomption que j'aurais plus de moyens
+que lui de répondre aux vues de Votre Excellence.</p>
-<p>Comme je n'ai aucune connaissance de ce qui a t fait cet gard
+<p>»Comme je n'ai aucune connaissance de ce qui a été fait à cet égard
dans le principe, et que les premiers renseignements recueillis par M.
-le prfet du dpartement sont entre les mains de Son Excellence, je ne
-puis que la prier de vouloir bien me faire connatre si son intention
-serait que je fisse des recherches et une enqute pour obtenir des
+le préfet du département sont entre les mains de Son Excellence, je ne
+puis que la prier de vouloir bien me faire connaître si son intention
+serait que je fisse des recherches et une enquête pour obtenir des
informations plus positives.</p>
-<p>Dans ce cas, il me serait ncessaire d'avoir toutes les notions
-antrieures qui sont parvenues Votre Excellence et M. le prfet du
-dpartement.</p>
+<p>»Dans ce cas, il me serait nécessaire d'avoir toutes les notions
+antérieures qui sont parvenues à Votre Excellence et à M. le préfet du
+département.</p>
-<p>J'ai l'honneur, etc., etc.</p>
+<p>»J'ai l'honneur, etc., etc.»</p>
</div>
-<p class="p2">M. le vicomte Lain rpondit:</p>
+<p class="p2">M. le vicomte Lainé répondit:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">Paris, le 31 mars 1817.</p>
+<p class="date">«Paris, le 31 mars 1817.</p>
-<p>Monsieur le comte, M. Viger de Jolival, propritaire de <span class="pagenum"><a id="page266" name="page266"></a>(p. 266)</span> la
-maison dite du Christ, barrire de Mousseaux, et d'un terrain en
-dpendant, a dclar que S. A. R. Madame lisabeth avait t inhume
+<p>»Monsieur le comte, M. Viger de Jolival, propriétaire de <span class="pagenum"><a id="page266" name="page266"></a>(p. 266)</span> la
+maison dite du Christ, barrière de Mousseaux, et d'un terrain en
+dépendant, a déclaré que S. A. R. Madame Élisabeth avait été inhumée
dans ce terrain.</p>
-<p>Le Roi m'a ordonn de faire ce sujet toutes les recherches
+<p>»Le Roi m'a ordonné de faire à ce sujet toutes les recherches
convenables.</p>
-<p>Je vous serai oblig de me communiquer tous les renseignements que
-vous pourrez vous procurer pour constater ce fait d'une manire
-indubitable et pour faire reconnatre les cendres de Madame lisabeth,
-que l'on dit avoir t ensevelie en mme temps que plusieurs autres
-personnes. Ce doit tre l le but des recherches, afin que la
-translation Saint-Denis puisse tre opre, suivant le degr de
-certitude qui aura t acquis.</p>
+<p>»Je vous serai obligé de me communiquer tous les renseignements que
+vous pourrez vous procurer pour constater ce fait d'une manière
+indubitable et pour faire reconnaître les cendres de Madame Élisabeth,
+que l'on dit avoir été ensevelie en même temps que plusieurs autres
+personnes. Ce doit être là le but des recherches, afin que la
+translation à Saint-Denis puisse être opérée, suivant le degré de
+certitude qui aura été acquis.</p>
-<p>J'ai l'honneur d'tre, etc.</p>
+<p>»J'ai l'honneur d'être, etc.</p>
-<p class="author"><i>Le ministre secrtaire d'tat au dpartement
- de l'intrieur,</i></p>
+<p class="author">»<i>Le ministre secrétaire d'État au département
+ de l'intérieur,</i></p>
-<p class="authorsc">Lain.</p>
+<p class="authorsc">»Lainé.»</p>
</div>
-<p class="p2">Cette lettre tant demeure sans rponse, le ministre de l'intrieur
-en fit le rappel au prfet de police le 18 avril, en ajoutant: Je
-vous prie de me rpondre sur cette demande le plus tt possible.</p>
+<p class="p2">Cette lettre étant demeurée sans réponse, le ministre de l'intérieur
+en fit le rappel au préfet de police le 18 avril, en ajoutant: «Je
+vous prie de me répondre sur cette demande le plus tôt possible.»</p>
-<p>De son ct, M. de Giry, administrateur des affaires ecclsiastiques
-au ministre de l'intrieur, avait, ds le 1<sup>er</sup> avril, crit
-officieusement M. Angls:</p>
+<p>De son côté, M. de Giry, administrateur des affaires ecclésiastiques
+au ministère de l'intérieur, avait, dès le 1<sup>er</sup> avril, écrit
+officieusement à M. Anglès:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">Paris, le [1<sup>er</sup> avril] 1817.</p>
+<p class="date">«Paris, le [1<sup>er</sup> avril] 1817.</p>
-<p>Voici ce qui est arriv au sujet des recherches faire pour
+<p>»Voici ce qui est arrivé au sujet des recherches à faire pour
constater tout ce qui peut avoir trait aux cendres de Madame
-lisabeth.</p>
-
-<p>Le ministre me remit, il y a quelques jours, une note portant que M.
-Viger de Jolival, propritaire d'une maison dite du Christ et jardin
-en dpendant, barrire de Mousseaux, avait fourni <em>M. le prfet de
-la Seine</em> et MM. les vicaires gnraux des renseignements et un
-projet sur un monument lever en l'honneur de Madame lisabeth sur
-le terrain mme, aprs acquisition faite (par la ville de Paris).</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page267" name="page267"></a>(p. 267)</span>Je finissais le travail ordinaire; le ministre, en me
-remettant la note, qui m'tait alors inconnue, n'ajouta que ces mots:
-Voyez tout ce que l'on peut faire.</p>
-
-<p>Averti par la lecture qu'il y avait des antcdents, je me les fis
-remettre. Ils taient dj parvenus, avec envoi de M. le prfet, dans
-un bureau qui avait trait sous le rapport d'acquisition (160,000 fr.)
+Élisabeth.</p>
+
+<p>»Le ministre me remit, il y a quelques jours, une note portant que M.
+Viger de Jolival, propriétaire d'une maison dite du Christ et jardin
+en dépendant, barrière de Mousseaux, avait fourni à <em>M. le préfet de
+la Seine</em> et à MM. les vicaires généraux des renseignements et un
+projet sur un monument à élever en l'honneur de Madame Élisabeth sur
+le terrain même, après acquisition faite (par la ville de Paris).</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page267" name="page267"></a>(p. 267)</span>»Je finissais le travail ordinaire; le ministre, en me
+remettant la note, qui m'était alors inconnue, n'ajouta que ces mots:
+«Voyez tout ce que l'on peut faire.»</p>
+
+<p>»Averti par la lecture qu'il y avait des antécédents, je me les fis
+remettre. Ils étaient déjà parvenus, avec envoi de M. le préfet, dans
+un bureau qui avait traité sous le rapport d'acquisition (160,000 fr.)
et de monument. Que pourrait-on faire si l'on n'y mettait encore
-autant et plus, et puis des gardiens dans ce quartier isol, et puis
-un service journalier, etc.? J'entrevis <em>quatre cinq cent mille
-francs</em> de dpense.</p>
-
-<p>J'arrivai au travail avec deux lettres: une aux vicaires gnraux
-pour avoir tout ce qui leur avait t communiqu; l'autre est celle
-que M. le comte de Chabrol a renvoye M. le comte Angls. L'avis
-joint tait de ma faon, parce que je craignais que M. le prfet ne
-suivt la chose dans le sens du premier projet, et qu'il me paraissait
-qu'on ne pouvait trop appuyer sur la ncessit de <em>constater</em> les
-cendres, de les distinguer et de les transfrer alors Saint-Denis,
-plutt que de s'arrter tout autre plan d'excution imparfaite et
+autant et plus, et puis des gardiens dans ce quartier isolé, et puis
+un service journalier, etc.? J'entrevis <em>quatre à cinq cent mille
+francs</em> de dépense.</p>
+
+<p>»J'arrivai au travail avec deux lettres: une aux vicaires généraux
+pour avoir tout ce qui leur avait été communiqué; l'autre est celle
+que M. le comte de Chabrol a renvoyée à M. le comte Anglès. L'avis
+joint était de ma façon, parce que je craignais que M. le préfet ne
+suivît la chose dans le sens du premier projet, et qu'il me paraissait
+qu'on ne pouvait trop appuyer sur la nécessité de <em>constater</em> les
+cendres, de les distinguer et de les transférer alors à Saint-Denis,
+plutôt que de s'arrêter à tout autre plan d'exécution imparfaite et
dispendieuse.</p>
-<p>Je ne songeai pas dans le moment au prfet de police; le ministre n'y
-songea pas davantage; mais hier, averti ou mieux avis, il a crit
-M. le prfet de police. La lettre, soumise aux formalits du dpart,
-se sera croise.</p>
+<p>»Je ne songeai pas dans le moment au préfet de police; le ministre n'y
+songea pas davantage; mais hier, averti ou mieux avisé, il a écrit à
+M. le préfet de police. La lettre, soumise aux formalités du départ,
+se sera croisée.</p>
-<p>Il parat que l'ide de translation Saint-Denis, dans le cas o
-l'on russirait distinguer les cendres de Madame lisabeth, est
-conforme l'intention du Roi.</p>
+<p>»Il paraît que l'idée de translation à Saint-Denis, dans le cas où
+l'on réussirait à distinguer les cendres de Madame Élisabeth, est
+conforme à l'intention du Roi.</p>
-<p>Il parat encore que l'intrt du propritaire, dj berc de l'ide
-de vendre, pourra rendre la vrification plus difficile. Ce n'est pas
-le cas de parler d'adresse et d'habilet au ministre prfet qui veille
+<p>»Il paraît encore que l'intérêt du propriétaire, déjà bercé de l'idée
+de vendre, pourra rendre la vérification plus difficile. Ce n'est pas
+le cas de parler d'adresse et d'habileté au ministre préfet qui veille
sur Paris.</p>
-<p>Au surplus, j'ai parl ce matin M. Lain de la question que vous
-m'avez adresse, mon trs-honor et trs-cher ministre, et je lui en
-ai parl comme je devais le faire, et de manire remplir votre
-commission en entier. Je puis donc vous assurer que l'nonc de la
-note Jolival, portant que le prfet de la Seine et les vicaires
-gnraux de Paris avaient ses <span class="pagenum"><a id="page268" name="page268"></a>(p. 268)</span> premiers renseignements, a t
-(sans autre rflexion) la cause que l'on s'est adress cet
-administrateur et MM. les vicaires gnraux.</p>
-
-<p>Quant aux antcdents, ils sont uniquement relatifs la dpense
-mettre la charge de la ville de Paris. Ils s'taient passs entre M.
-le prfet et M. le sous-secrtaire d'tat en dernier lieu.</p>
-
-<p>Enfin M. Lain se dfend mme d'avoir coopr ce qui regarde les
-restes de Molire et de la Fontaine. Il m'a rpondu qu'au surplus cela
-avait d tre trait comme objet d'art. M'a-t-il bien ou mal entendu?</p>
-
-<p>Je n'ai pas voulu insister.</p>
-
-<p>Mais, j'ose vous le rpter, quoique sans doute la chose soit
-superflue, s'il est reconnu qu'acheter et btir serait intempestif,
-que transfrer Saint-Denis serait dans les v&oelig;ux du Roi, il y aura
-des prcautions prendre pour luder l'intrt du propritaire.</p>
-
-<p>J'cris de chez moi, les affaires courantes ne me l'ayant pas permis
-dans la journe. Pardon de la prolixit, mais les enfants et les
-grands me dtournent galement. Demain j'aurai l'honneur de vous
+<p>»Au surplus, j'ai parlé ce matin à M. Lainé de la question que vous
+m'avez adressée, mon très-honoré et très-cher ministre, et je lui en
+ai parlé comme je devais le faire, et de manière à remplir votre
+commission en entier. Je puis donc vous assurer que l'énoncé de la
+note Jolival, portant que le préfet de la Seine et les vicaires
+généraux de Paris avaient ses <span class="pagenum"><a id="page268" name="page268"></a>(p. 268)</span> premiers renseignements, a été
+(sans autre réflexion) la cause que l'on s'est adressé à cet
+administrateur et à MM. les vicaires généraux.</p>
+
+<p>»Quant aux antécédents, ils sont uniquement relatifs à la dépense à
+mettre à la charge de la ville de Paris. Ils s'étaient passés entre M.
+le préfet et M. le sous-secrétaire d'État en dernier lieu.</p>
+
+<p>»Enfin M. Lainé se défend même d'avoir coopéré à ce qui regarde les
+restes de Molière et de la Fontaine. Il m'a répondu qu'au surplus cela
+avait dû être traité comme objet d'art. M'a-t-il bien ou mal entendu?</p>
+
+<p>»Je n'ai pas voulu insister.</p>
+
+<p>»Mais, j'ose vous le répéter, quoique sans doute la chose soit
+superflue, s'il est reconnu qu'acheter et bâtir serait intempestif,
+que transférer à Saint-Denis serait dans les v&oelig;ux du Roi, il y aura
+des précautions à prendre pour éluder l'intérêt du propriétaire.</p>
+
+<p>»J'écris de chez moi, les affaires courantes ne me l'ayant pas permis
+dans la journée. Pardon de la prolixité, mais les enfants et les
+grands me détournent également. Demain j'aurai l'honneur de vous
envoyer le dossier entier.</p>
-<p>Veuillez agrer mon respectueux et profond dvouement,</p>
+<p>»Veuillez agréer mon respectueux et profond dévouement,</p>
-<p class="authorsc">De Giry.</p>
+<p class="authorsc">»De Giry.»</p>
</div>
-<p class="p2">Le prfet de police autorisa M. de Chanay, chef de la premire
-division, prendre lui-mme dans l'enclos du Christ des
+<p class="p2">Le préfet de police autorisa M. de Chanay, chef de la première
+division, à prendre lui-même dans l'enclos du Christ des
renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de Madame
-lisabeth.</p>
+Élisabeth.</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">Paris, 18 avril 1817.</p>
+<p class="date">«Paris, 18 avril 1817.</p>
-<p>Le ministre d'tat, prfet de police, autorisons le sieur de Chanay,
-chef de la premire division des bureaux de notre prfecture, se
-transporter la barrire de Mousseaux, o est situe la maison dite
-du Christ, appartenant M. Viger de Jolival, et visiter l'enclos de
-ladite maison, l'effet de reconnatre les lieux et d'y prendre des
+<p>»Le ministre d'État, préfet de police, autorisons le sieur de Chanay,
+chef de la première division des bureaux de notre préfecture, à se
+transporter à la barrière de Mousseaux, où est située la maison dite
+du Christ, appartenant à M. Viger de Jolival, et à visiter l'enclos de
+ladite maison, à l'effet de reconnaître les lieux et d'y prendre des
renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de S. A. R. Madame
-lisabeth, <span class="pagenum"><a id="page269" name="page269"></a>(p. 269)</span> s&oelig;ur du Roi, et d'y recevoir en forme la
-dclaration du sieur Joly, ancien concierge de ce local, aujourd'hui
-concierge du cimetire Montmartre, qui sera invit s'y rendre pour
-le mme objet.&mdash;Ledit chef de division se fera assister, s'il le juge
-ncessaire, du commissaire de police du quartier du Roule et d'un
+Élisabeth, <span class="pagenum"><a id="page269" name="page269"></a>(p. 269)</span> s&oelig;ur du Roi, et d'y recevoir en forme la
+déclaration du sieur Joly, ancien concierge de ce local, aujourd'hui
+concierge du cimetière Montmartre, qui sera invité à s'y rendre pour
+le même objet.&mdash;Ledit chef de division se fera assister, s'il le juge
+nécessaire, du commissaire de police du quartier du Roule et d'un
officier de paix, afin de pouvoir faire sur les lieux toutes les
-observations demandes et y recevoir toutes les dclarations qui
+observations demandées et y recevoir toutes les déclarations qui
pourraient fournir d'utiles renseignements.</p>
-<p class="author"><i>Le ministre d'tat, prfet de police,</i><br>
- Comte <span class="smcap">Angls</span>.</p>
+<p class="author">»<i>Le ministre d'État, préfet de police,</i><br>
+ »Comte <span class="smcap">Anglès</span>.»</p>
</div>
-<p class="p2">Le 21 avril, M. Boucher, chef de bureau la prfecture de police,
-soumettait son chef le rapport suivant:</p>
+<p class="p2">Le 21 avril, M. Boucher, chef de bureau à la préfecture de police,
+soumettait à son chef le rapport suivant:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">21 avril 1817.</p>
-
-<p>On a l'honneur de rendre compte Son Excellence du rsultat des
-premires dmarches qui ont t faites pour parvenir des
-renseignements positifs sur la spulture <em>distincte</em> des restes de Son
-Altesse Royale Madame lisabeth, s&oelig;ur du Roi Louis XVI.</p>
-
-<p>M. de Giry, qui dirige l'administration des affaires ecclsiastiques
-au ministre de l'intrieur, avait expliqu dans une lettre
-particulire Son Excellence la raison pour laquelle les premires
-communications avaient t faites au dpartement de la Seine. L'enclos
-connu sous le nom de la <em>maison du Christ</em>, barrire de Mousseaux,
-dans lequel les dpouilles mortelles de Madame lisabeth ont t
-dposes avec les restes de beaucoup d'autres victimes des fureurs
-rvolutionnaires, est une proprit M. Viger de Jolival, qui offrait
+<p class="date">«21 avril 1817.</p>
+
+<p>»On a l'honneur de rendre compte à Son Excellence du résultat des
+premières démarches qui ont été faites pour parvenir à des
+renseignements positifs sur la sépulture <em>distincte</em> des restes de Son
+Altesse Royale Madame Élisabeth, s&oelig;ur du Roi Louis XVI.</p>
+
+<p>»M. de Giry, qui dirige l'administration des affaires ecclésiastiques
+au ministère de l'intérieur, avait expliqué dans une lettre
+particulière à Son Excellence la raison pour laquelle les premières
+communications avaient été faites au département de la Seine. L'enclos
+connu sous le nom de la <em>maison du Christ</em>, barrière de Mousseaux,
+dans lequel les dépouilles mortelles de Madame Élisabeth ont été
+déposées avec les restes de beaucoup d'autres victimes des fureurs
+révolutionnaires, est une propriété à M. Viger de Jolival, qui offrait
de la vendre.</p>
-<p>M. de Giry avait annonc Son Excellence l'envoi prochain de pices
+<p>»M. de Giry avait annoncé à Son Excellence l'envoi prochain de pièces
essentielles pour suivre cette affaire, et qu'il veut bien confier
-aujourd'hui. Ces pices et les renseignements que j'ai recueillis
-conduiront-ils au but dsir, la connaissance positive de la spulture
-de Madame lisabeth, assez positive enfin pour qu'il y fait un moyen
-de la <em>constater</em>? On le dit regret Son Excellence, on ne le croit
-pas. M. Viger <span class="pagenum"><a id="page270" name="page270"></a>(p. 270)</span> de Jolival le faisait dj bien entrevoir dans
-une lettre qu'il crivait MM. les vicaires gnraux au mois de
-fvrier dernier; la phrase est prcise: C'est donc vous, Messieurs,
-leur dit-il, qu'il appartient de faire connatre publiquement le lieu
-o reposent (mls, il est vrai, avec ceux de beaucoup de victimes
-moins illustres, mais non moins innocentes) les restes infortuns de
-la s&oelig;ur du bon Roi Louis XVI.</p>
-
-<p>D'aprs les intentions de S. Exc. le ministre de l'intrieur, MM. les
-vicaires gnraux s'taient empresss de recueillir des renseignements
-de M. Desclozeaux et de M. Blanger, architecte, indpendamment de
+aujourd'hui. Ces pièces et les renseignements que j'ai recueillis
+conduiront-ils au but désiré, la connaissance positive de la sépulture
+de Madame Élisabeth, assez positive enfin pour qu'il y fait un moyen
+de la <em>constater</em>? On le dit à regret à Son Excellence, on ne le croit
+pas. M. Viger <span class="pagenum"><a id="page270" name="page270"></a>(p. 270)</span> de Jolival le faisait déjà bien entrevoir dans
+une lettre qu'il écrivait à MM. les vicaires généraux au mois de
+février dernier; la phrase est précise: «C'est donc à vous, Messieurs,
+leur dit-il, qu'il appartient de faire connaître publiquement le lieu
+où reposent (mêlés, il est vrai, avec ceux de beaucoup de victimes
+moins illustres, mais non moins innocentes) les restes infortunés de
+la s&oelig;ur du bon Roi Louis XVI.»</p>
+
+<p>»D'après les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, MM. les
+vicaires généraux s'étaient empressés de recueillir des renseignements
+de M. Desclozeaux et de M. Bélanger, architecte, indépendamment de
ceux qu'ils avaient eus de M. Viger de Jolival.</p>
-<p>Le certificat de M. Desclozeaux ne fait connatre autre chose sinon
-que les restes de Madame lisabeth ont bien t dposs dans l'enclos
-du Christ, Mousseaux, et non au cimetire de la rue d'Anjou, comme
-aurait pu le faire croire une liste imprime des victimes du tribunal
-rvolutionnaire.</p>
+<p>»Le certificat de M. Desclozeaux ne fait connaître autre chose sinon
+que les restes de Madame Élisabeth ont bien été déposés dans l'enclos
+du Christ, à Mousseaux, et non au cimetière de la rue d'Anjou, comme
+aurait pu le faire croire une liste imprimée des victimes du tribunal
+révolutionnaire.</p>
-<p>Une lettre adresse par M. Blanger MM. les vicaires gnraux fait
-galement prsumer qu'il n'y aurait aucun moyen de distinguer les
-restes de Madame lisabeth, et que toutes les victimes de ce temps
-affreux ont t confondues dans une mme fosse.</p>
+<p>»Une lettre adressée par M. Bélanger à MM. les vicaires généraux fait
+également présumer qu'il n'y aurait aucun moyen de distinguer les
+restes de Madame Élisabeth, et que toutes les victimes de ce temps
+affreux ont été confondues dans une même fosse.</p>
-<p>M. Blanger ne parle que <em>du lieu o gt la fosse</em> et du monument
-expiatoire qu'on pourrait lever au-dessus, en forme de pyramide, dont
+<p>»M. Bélanger ne parle que <em>du lieu où gît la fosse</em> et du monument
+expiatoire qu'on pourrait élever au-dessus, en forme de pyramide, dont
il donna le dessin.</p>
-<p>Enfin MM. les vicaires gnraux, dans une lettre qu'ils crivirent au
-ministre de l'intrieur le 26 mars 1817, en lui transmettant ces
-pices avec quelques autres, firent bien entrevoir la difficult qu'il
-y aurait de parvenir sparer les cendres de Madame lisabeth, qui
-ont t confondues avec celles de tant d'autres victimes. Et M.
-Jalabert, que j'ai eu l'avantage de voir ce matin, n'a pas dissimul
+<p>»Enfin MM. les vicaires généraux, dans une lettre qu'ils écrivirent au
+ministre de l'intérieur le 26 mars 1817, en lui transmettant ces
+pièces avec quelques autres, firent bien entrevoir la difficulté qu'il
+y aurait de parvenir à séparer les cendres de Madame Élisabeth, qui
+ont été confondues avec celles de tant d'autres victimes. Et M.
+Jalabert, que j'ai eu l'avantage de voir ce matin, n'a pas dissimulé
qu'il regardait la chose comme impossible; aussi le v&oelig;u de MM. les
-vicaires gnraux se bornait-il l'rection d'un monument et d'une
-chapelle expiatoire<a id="footnotetag135" name="footnotetag135"></a><a href="#footnote135" title="Go to footnote 135"><span class="smaller">[135]</span></a>. M. de Giry m'avait conseill une dmarche
-<span class="pagenum"><a id="page271" name="page271"></a>(p. 271)</span> auprs de M. Desclozeaux, dont la mort ne lui tait plus
-sans doute revenue la mmoire; mais je n'en ai pas moins recueilli
-de mesdames Desclozeaux des dtails dont elles avaient t informes
-comme leur pre. Il en rsulterait que bien avant le 10 mai 1794, jour
-o prit Madame lisabeth, c'est--dire depuis la fin de mars, nombre
-de victimes avaient dj t prcipites dans une grande fosse, o
-l'on entassait les corps sans mnagement comme sans distinction; que
-le 10 mai les vingt-cinq victimes avaient t transportes dans un
-mme panier; que depuis ce jour jusqu' la fin de juin, et sans
-discontinuit dans ce laps de temps, d'autres victimes ont t
-entasses par douzaines dans ce mme endroit; que la gaiet
-sanguinaire, la frocit, la monstruosit des tres qui recevaient les
+vicaires généraux se bornait-il à l'érection d'un monument et d'une
+chapelle expiatoire<a id="footnotetag135" name="footnotetag135"></a><a href="#footnote135" title="Go to footnote 135"><span class="smaller">[135]</span></a>. M. de Giry m'avait conseillé une démarche
+<span class="pagenum"><a id="page271" name="page271"></a>(p. 271)</span> auprès de M. Desclozeaux, dont la mort ne lui était plus
+sans doute revenue à la mémoire; mais je n'en ai pas moins recueilli
+de mesdames Desclozeaux des détails dont elles avaient été informées
+comme leur père. Il en résulterait que bien avant le 10 mai 1794, jour
+où périt Madame Élisabeth, c'est-à-dire depuis la fin de mars, nombre
+de victimes avaient déjà été précipitées dans une grande fosse, où
+l'on entassait les corps sans ménagement comme sans distinction; que
+le 10 mai les vingt-cinq victimes avaient été transportées dans un
+même panier; que depuis ce jour jusqu'à la fin de juin, et sans
+discontinuité dans ce laps de temps, d'autres victimes ont été
+entassées par douzaines dans ce même endroit; que la gaieté
+sanguinaire, la férocité, la monstruosité des êtres qui recevaient les
corps et faisaient le service de la fosse sont au-dessus de toute
-expression, au point qu'il aurait t fort dangereux d'annoncer
-quelque sensibilit leurs yeux et de vouloir se livrer quelque
-devoir d'humanit ou de piti.</p>
-
-<p>En un mot, d'aprs tout ce que les dames Desclozeaux <span class="pagenum"><a id="page272" name="page272"></a>(p. 272)</span> ont su
-de leur pre, le projet de parvenir distinguer les restes de Madame
-lisabeth dans le mlange de tant de restes ne pourrait jamais
-conduire un rsultat; en un mot, il serait impossible d'en venir
+expression, au point qu'il aurait été fort dangereux d'annoncer
+quelque sensibilité à leurs yeux et de vouloir se livrer à quelque
+devoir d'humanité ou de pitié.</p>
+
+<p>»En un mot, d'après tout ce que les dames Desclozeaux <span class="pagenum"><a id="page272" name="page272"></a>(p. 272)</span> ont su
+de leur père, le projet de parvenir à distinguer les restes de Madame
+Élisabeth dans le mélange de tant de restes ne pourrait jamais
+conduire à un résultat; en un mot, il serait impossible d'en venir à
<em>constater</em>, premier point cependant pour remplir les intentions de Sa
-Majest.</p>
-
-<p>Nanmoins il se peut qu'on ait, en termes vagues, donn le nom de
-fosse un endroit spacieux jusqu' un certain point, s'il faut s'en
-rapporter au devis estimatif que M. de Jolival a donn de sa
-proprit. Il y est dit que sur dix-neuf cent trente et une toises
-<em>quarres</em>, six cents ont servi aux inhumations. Une inspection du
-terrain deviendrait donc absolument ncessaire pour qu'on put mettre
-une dernire opinion.</p>
-
-<p>On ne pouvait se permettre de se prsenter sans mission et sans
-instructions ni auprs de M. de Jolival ni dans sa proprit. M. de
-Giry a fait entendre Son Excellence qu'il fallait quelque adresse
-pour une communication ce propritaire, qui avait calcul d'avance
+Majesté.</p>
+
+<p>»Néanmoins il se peut qu'on ait, en termes vagues, donné le nom de
+fosse à un endroit spacieux jusqu'à un certain point, s'il faut s'en
+rapporter au devis estimatif que M. de Jolival a donné de sa
+propriété. Il y est dit que sur dix-neuf cent trente et une toises
+<em>quarrées</em>, six cents ont servi aux inhumations. Une inspection du
+terrain deviendrait donc absolument nécessaire pour qu'on put émettre
+une dernière opinion.</p>
+
+<p>»On ne pouvait se permettre de se présenter sans mission et sans
+instructions ni auprès de M. de Jolival ni dans sa propriété. M. de
+Giry a fait entendre à Son Excellence qu'il fallait quelque adresse
+pour une communication à ce propriétaire, qui avait calculé d'avance
le prix d'une vente, et qui comptait sur l'emploi de son terrain pour
-un monument distingu, surtout M. de Jolival ignorant les intentions
-de Sa Majest pour qu'il soit fait un transport Saint-Denis des
-restes de Madame lisabeth, dispositions, on le sent, qui drangent
-tous les calculs du propritaire.</p>
-
-<p>Il n'y a qu'un ordre de Son Excellence, et un ordre dont les motifs
-ne seraient pas donns, qui puisse faciliter l'accs dans le terrain;
-peut-tre est-ce au propritaire lui-mme qu'il faudrait ensuite
-l'exhiber, moins que Son Excellence ne penst que, vu l'urgence, il
-pt tre seulement exhib au concierge ou portier de la maison. Ce
-dernier passe pour connatre assez bien la disposition des lieux.</p>
-
-<p>L'assistance d'un commissaire de police serait-elle alors ncessaire
-pour qu'il pt verbaliser au besoin? C'est une question que Son
-Excellence est prie de rsoudre; mais, au surplus, peut-tre ne
+un monument distingué, surtout M. de Jolival ignorant les intentions
+de Sa Majesté pour qu'il soit fait un transport à Saint-Denis des
+restes de Madame Élisabeth, dispositions, on le sent, qui dérangent
+tous les calculs du propriétaire.</p>
+
+<p>»Il n'y a qu'un ordre de Son Excellence, et un ordre dont les motifs
+ne seraient pas donnés, qui puisse faciliter l'accès dans le terrain;
+peut-être est-ce au propriétaire lui-même qu'il faudrait ensuite
+l'exhiber, à moins que Son Excellence ne pensât que, vu l'urgence, il
+pût être seulement exhibé au concierge ou portier de la maison. Ce
+dernier passe pour connaître assez bien la disposition des lieux.</p>
+
+<p>»L'assistance d'un commissaire de police serait-elle alors nécessaire
+pour qu'il pût verbaliser au besoin? C'est une question que Son
+Excellence est priée de résoudre; mais, au surplus, peut-être ne
serait-il pas inutile que la personne qui ira visiter le terrain soit
-accompagne d'un architecte.</p>
+accompagnée d'un architecte.</p>
-<p>A moins que Son Excellence ne prfre une autre mesure, qui serait
-d'obtenir tous les documents prliminaires par voie secrte et par une
-entremise mnage auprs du concierge.</p>
+<p>»A moins que Son Excellence ne préfère une autre mesure, qui serait
+d'obtenir tous les documents préliminaires par voie secrète et par une
+entremise ménagée auprès du concierge.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page273" name="page273"></a>(p. 273)</span>Son Excellence crirait au ministre de l'intrieur pour lui
-faire connatre que les dmarches ont t faites pour obtenir les
-premiers rsultats sans lesquels il serait impossible que les
-intentions de Sa Majest fussent remplies, mais que ce qu'on a pu
-recueillir de renseignements jusqu' ce moment ne laisse
-malheureusement entrevoir aucun succs; qu'aussitt qu'on en aura
-compltement acquis la certitude, on s'empressera de l'en informer.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page273" name="page273"></a>(p. 273)</span>»Son Excellence écrirait au ministre de l'intérieur pour lui
+faire connaître que les démarches ont été faites pour obtenir les
+premiers résultats sans lesquels il serait impossible que les
+intentions de Sa Majesté fussent remplies, mais que ce qu'on a pu
+recueillir de renseignements jusqu'à ce moment ne laisse
+malheureusement entrevoir aucun succès; qu'aussitôt qu'on en aura
+complétement acquis la certitude, on s'empressera de l'en informer.</p>
-<p class="authorsc">Boucher.</p>
+<p class="authorsc">»Boucher.»</p>
</div>
-<p class="p2">Sur les donnes de ce rapport, approuv par le comte Angls, la lettre
-suivante fut rdige et envoye au ministre:</p>
+<p class="p2">Sur les données de ce rapport, approuvé par le comte Anglés, la lettre
+suivante fut rédigée et envoyée au ministre:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">22 avril 1817.</p>
-
-<p class="smcap">Monseigneur,</p>
-
-<p>Votre Excellence, sur la dclaration de M. Viger de Jolival,
-propritaire d'une maison dite du Christ, prs la barrire de
-Mousseaux, que S. A. R. Madame lisabeth, s&oelig;ur du Roi Louis XVI,
-avait t inhume dans ce terrain, m'a charg de faire les recherches
-ncessaires pour parvenir constater le fait d'une manire
-indubitable, afin que les cendres de cette princesse pussent tre
-transfres Saint-Denis suivant les intentions du Roi.</p>
-
-<p>J'ai fait prendre cet gard tous les renseignements sur
-l'exactitude desquels on dt compter. Ils s'accordent bien sur la
-notorit de l'inhumation de Madame lisabeth au terrain dont il
-s'agit; mais, d'aprs tous les dtails que j'ai recueillis jusqu' ce
-moment, j'entrevois les plus grands obstacles faire reconnatre les
+<p class="date">«22 avril 1817.</p>
+
+<p class="smcap">»Monseigneur,</p>
+
+<p>»Votre Excellence, sur la déclaration de M. Viger de Jolival,
+propriétaire d'une maison dite du Christ, près la barrière de
+Mousseaux, que S. A. R. Madame Élisabeth, s&oelig;ur du Roi Louis XVI,
+avait été inhumée dans ce terrain, m'a chargé de faire les recherches
+nécessaires pour parvenir à constater le fait d'une manière
+indubitable, afin que les cendres de cette princesse pussent être
+transférées à Saint-Denis suivant les intentions du Roi.</p>
+
+<p>»J'ai fait prendre à cet égard tous les renseignements sur
+l'exactitude desquels on dût compter. Ils s'accordent bien sur la
+notoriété de l'inhumation de Madame Élisabeth au terrain dont il
+s'agit; mais, d'après tous les détails que j'ai recueillis jusqu'à ce
+moment, j'entrevois les plus grands obstacles à faire reconnaître les
cendres de cette princesse, qui paraissent se trouver confondues avec
-celles du grand nombre de victimes dposes dans le temps en ce mme
-lieu sans aucune distinction. Je crains en consquence, Monseigneur,
-qu'il me soit impossible d'en venir <em>constater</em> d'abord le lieu
-positif de l'inhumation, et encore moins ensuite l'identit des
-cendres, deux points galement importants. Il me parat que MM. les
-vicaires gnraux, dans les indications qu'ils cherchent se procurer
-de leur ct, ne conoivent pas plus d'esprance <span class="pagenum"><a id="page274" name="page274"></a>(p. 274)</span> que moi, et
-ils se proposent d'crire ce sujet Votre Excellence.</p>
-
-<p>Cependant je fais continuer les dmarches et les recherches avec le
+celles du grand nombre de victimes déposées dans le temps en ce même
+lieu sans aucune distinction. Je crains en conséquence, Monseigneur,
+qu'il me soit impossible d'en venir à <em>constater</em> d'abord le lieu
+positif de l'inhumation, et encore moins ensuite l'identité des
+cendres, deux points également importants. Il me paraît que MM. les
+vicaires généraux, dans les indications qu'ils cherchent à se procurer
+de leur côté, ne conçoivent pas plus d'espérance <span class="pagenum"><a id="page274" name="page274"></a>(p. 274)</span> que moi, et
+ils se proposent d'écrire à ce sujet à Votre Excellence.</p>
+
+<p>»Cependant je fais continuer les démarches et les recherches avec le
plus grand soin, et je m'empresserai d'informer Votre Excellence de
-leur rsultat.</p>
+leur résultat.</p>
-<p>J'ai l'honneur, etc.</p>
+<p>»J'ai l'honneur, etc.</p>
-<p class="author"><i>Le ministre d'tat</i>, etc.</p>
+<p class="author">»<i>Le ministre d'État</i>, etc.»</p>
</div>
-<p class="p2">Pendant que les premiers magistrats de la cit runissaient leurs
-efforts pour dcouvrir le lieu de la spulture d'lisabeth,
-l'archiviste Peuchet, occup du mme objet, confessait de son ct son
-impuissance; mais ses regrets se voilaient aussitt d'une pieuse
-consolation. Si ses restes nous chappent, dit-il dans un billet
-cette date du 22 avril, nous avons d'elle un exemple parfait suivre
-de pit, de grandeur et de rsignation sublime.</p>
+<p class="p2">Pendant que les premiers magistrats de la cité réunissaient leurs
+efforts pour découvrir le lieu de la sépulture d'Élisabeth,
+l'archiviste Peuchet, occupé du même objet, confessait de son côté son
+impuissance; mais ses regrets se voilaient aussitôt d'une pieuse
+consolation. «Si ses restes nous échappent, dit-il dans un billet à
+cette date du 22 avril, nous avons d'elle un exemple parfait à suivre
+de piété, de grandeur et de résignation sublime.»</p>
-<p>Deux jours aprs, l'officier de paix Burger adressait la prfecture
-de police le rsultat de sa visite au cimetire de Monceaux.</p>
+<p>Deux jours après, l'officier de paix Burger adressait à la préfecture
+de police le résultat de sa visite au cimetière de Monceaux.</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">Ce 24 avril 1817.</p>
+<p class="date">«Ce 24 avril 1817.</p>
-<p class="entete"><i>Rapport particulier sur la spulture de Madame lisabeth.</i></p>
+<p class="entete"><i>»Rapport particulier sur la sépulture de Madame Élisabeth.</i></p>
-<p>Je me suis transport hier matin la barrire de Mousseaux, prs de
-laquelle est situe la maison dite du Christ, appartenant M. Viger
-de Jolival. Dans l'enclos de cette proprit se trouve un terrain de
-la forme d'un triangle quilatral d'une petite dimension; c'est dans
+<p>»Je me suis transporté hier matin à la barrière de Mousseaux, près de
+laquelle est située la maison dite du Christ, appartenant à M. Viger
+de Jolival. Dans l'enclos de cette propriété se trouve un terrain de
+la forme d'un triangle équilatéral d'une petite dimension; c'est dans
ce lieu que reposent les restes de cette princesse, avec une grande
-quantit d'autres victimes.</p>
+quantité d'autres victimes.</p>
-<p>Le concierge de cette maison s'est d'abord refus d'acquiescer la
-demande que je lui fis de visiter le cimetire, sous prtexte que son
-matre a recommand de ne laisser pntrer en ces lieux d'autres
+<p>»Le concierge de cette maison s'est d'abord refusé d'acquiescer à la
+demande que je lui fis de visiter le cimetière, sous prétexte que son
+maître a recommandé de ne laisser pénétrer en ces lieux d'autres
personnes que celles munies de cartes; cependant il ne tint pas contre
-l'offre d'une rcompense, et j'obtins ainsi la permission de m'y
+l'offre d'une récompense, et j'obtins ainsi la permission de m'y
promener.</p>
-<p>J'entrai par la porte D et traversai la cour; de l le concierge me
-conduisit directement au cimetire par la porte I, <span class="pagenum"><a id="page275" name="page275"></a>(p. 275)</span> la seule
-qui communique maintenant avec ce lieu funbre. Ce terrain est inculte
-et sauvage; il n'a point t travaill depuis l'poque fatale o il
-servit de spulture; seulement une seule fois le concierge
-d'aujourd'hui, en fouillant prs de la porte C, trouva un squelette
-qu'il enterra aussitt.</p>
-
-<p>Non loin de l'entre du jardin, l'endroit indiqu H, le terrain
-s'est affaiss d'environ deux pieds; toutes les annes il baisse
-davantage: c'est l que, d'aprs le dire de tout le monde, repose
-l'infortune princesse, avec une quantit d'autres victimes. Cette
-fosse, puisque c'en tait une, avait sa base comme la superficie
-une tendue de trois toises carres dans tous les sens et dix-huit
+<p>»J'entrai par la porte D et traversai la cour; de là le concierge me
+conduisit directement au cimetière par la porte I, <span class="pagenum"><a id="page275" name="page275"></a>(p. 275)</span> la seule
+qui communique maintenant avec ce lieu funèbre. Ce terrain est inculte
+et sauvage; il n'a point été travaillé depuis l'époque fatale où il
+servit de sépulture; seulement une seule fois le concierge
+d'aujourd'hui, en fouillant prés de la porte C, trouva un squelette
+qu'il enterra aussitôt.</p>
+
+<p>»Non loin de l'entrée du jardin, à l'endroit indiqué H, le terrain
+s'est affaissé d'environ deux pieds; toutes les années il baisse
+davantage: c'est là que, d'après le dire de tout le monde, repose
+l'infortunée princesse, avec une quantité d'autres victimes. Cette
+fosse, puisque c'en était une, avait à sa base comme à la superficie
+une étendue de trois toises carrées dans tous les sens et dix-huit à
vingt pieds de profondeur.</p>
-<p>Le concierge me fit remarquer un tertre de gazon, G, sur lequel est
-une pierre avec cette inscription: <em>Madame lisabeth</em>; je lui demandai
-s'il tait bien sr que ce ft effectivement l'endroit o avait t
-dpose la princesse; que j'avais lu qu'elle avait t malheureusement
-confondue avec les autres victimes de la journe du 10 mai. Le
-fossoyeur, qui existe encore, rpliqua-t-il, a eu soin de distinguer
-ces restes prcieux; cela est tellement vrai que l'exhumation doit
-avoir lieu le 10 mai prochain et le transport du corps tre fait
-Saint-Denis. Je vis bien que mon conducteur tait peu inform, et je
-le jugeai surtout lorsqu'il m'assura avec la mme croyance qu' la
-fosse H tait enterr M. le duc d'Orlans. Je lui demandai encore
+<p>»Le concierge me fit remarquer un tertre de gazon, G, sur lequel est
+une pierre avec cette inscription: <em>Madame Élisabeth</em>; je lui demandai
+s'il était bien sûr que ce fût effectivement l'endroit où avait été
+déposée la princesse; que j'avais lu qu'elle avait été malheureusement
+confondue avec les autres victimes de la journée du 10 mai. «Le
+fossoyeur, qui existe encore, répliqua-t-il, a eu soin de distinguer
+ces restes précieux; cela est tellement vrai que l'exhumation doit
+avoir lieu le 10 mai prochain et le transport du corps être fait à
+Saint-Denis.» Je vis bien que mon conducteur était peu informé, et je
+le jugeai surtout lorsqu'il m'assura avec la même croyance qu'à la
+fosse H était enterré M. le duc d'Orléans. Je lui demandai encore
depuis combien de temps il servait M. Viger: il m'a dit cinq ans. Je
-le quittai aprs lui avoir pralablement fait donner l'adresse du
-fossoyeur en question; il m'indiqua M. Joly, concierge du cimetire de
+le quittai après lui avoir préalablement fait donner l'adresse du
+fossoyeur en question; il m'indiqua M. Joly, concierge du cimetière de
Montmartre. Je m'y rendis sur-le-champ, j'eus le bonheur de le
-rencontrer. Cet homme reut d'abord mes ouvertures avec dfiance et
-retenue; je m'efforai de lui inspirer des sentiments plus favorables,
+rencontrer. Cet homme reçut d'abord mes ouvertures avec défiance et
+retenue; je m'efforçai de lui inspirer des sentiments plus favorables,
en lui persuadant que c'est le gouvernement, justement impatient de
-savoir si l'on pouvait esprer un rsultat satisfaisant, qui avait
-ordonn une enqute. M. Joly m'annona que c'est lui qui, au pril de
+savoir si l'on pouvait espérer un résultat satisfaisant, qui avait
+ordonné une enquête. M. Joly m'annonça que c'est lui qui, au péril de
sa vie, avait mis le Roi dans un cercueil, dans le temps qu'il
-exerait le mme emploi au cimetire de la Madeleine; que, transfr
-de <span class="pagenum"><a id="page276" name="page276"></a>(p. 276)</span> l Mousseaux, il a enterr, le 10 mai 1794, Madame
-lisabeth avec vingt vingt-cinq personnes, tant hommes que femmes,
-et qu'elles ont toutes t enfermes dans la mme fosse (H). Je lui
-demandai s'il n'y avait pas d'autres tmoins de l'enterrement; il dit
+exerçait le même emploi au cimetière de la Madeleine; que, transféré
+de <span class="pagenum"><a id="page276" name="page276"></a>(p. 276)</span> là à Mousseaux, il a enterré, le 10 mai 1794, Madame
+Élisabeth avec vingt à vingt-cinq personnes, tant hommes que femmes,
+et qu'elles ont toutes été enfermées dans la même fosse (H). Je lui
+demandai s'il n'y avait pas d'autres témoins de l'enterrement; il dit
que hors le charretier, qui est mort, et un commissaire de police dont
-il ignore le sort, personne autre n'tait prsent. Je questionnai M.
-Joly sur diverses circonstances qui ont accompagn cette inhumation et
+il ignore le sort, personne autre n'était présent. Je questionnai M.
+Joly sur diverses circonstances qui ont accompagné cette inhumation et
les indices qui pourraient aider nos recherches; il me donna les
-dtails suivants: le 10 mai dans l'aprs-midi, une charrette conduisit
-par la porte F les corps de vingt vingt-cinq malheureux, les ttes
-toutes ensemble dans un panier et les corps ple-mle dans un autre.
-M. Joly apprit du charretier que Madame lisabeth tait du nombre des
+détails suivants: le 10 mai dans l'après-midi, une charrette conduisit
+par la porte F les corps de vingt à vingt-cinq malheureux, les têtes
+toutes ensemble dans un panier et les corps pèle-mèle dans un autre.
+M. Joly apprit du charretier que Madame Élisabeth était du nombre des
victimes. Avant de les jeter dans la fosse (qui ne contenait encore
-aucun cadavre), on dpouilla les corps de leurs vtements, bijoux ou
+aucun cadavre), on dépouilla les corps de leurs vêtements, bijoux ou
autres marques, et ils furent ainsi ensevelis ensemble, sans
distinction, et recouverts seulement de trois pieds de terre. Ainsi il
-n'est pas permis d'esprer qu'un signe quelconque puisse aider
-dcouvrir l'objet des recherches. Cependant M. Joly, qui seul peut
+n'est pas permis d'espérer qu'un signe quelconque puisse aider à
+découvrir l'objet des recherches. Cependant M. Joly, qui seul peut
donner des renseignements positifs, n'a point paru m'avoir fait une
-entire confidence de ce qu'il sait; et, tout en avouant que la chose
-tait bien difficile, il ne dtruit pas l'espoir de trouver le corps.
-Il pourrait se faire qu'ayant mis tant de zle et de dvouement
-conserver les restes prcieux du Roi martyr, il ait rang le corps de
-Madame lisabeth de manire le retrouver lorsque le temps et les
+entière confidence de ce qu'il sait; et, tout en avouant que la chose
+était bien difficile, il ne détruit pas l'espoir de trouver le corps.
+Il pourrait se faire qu'ayant mis tant de zèle et de dévouement à
+conserver les restes précieux du Roi martyr, il ait rangé le corps de
+Madame Élisabeth de manière à le retrouver lorsque le temps et les
circonstances le permettraient. Quoi qu'il en soit, M. Joly m'a promis
de venir chez moi samedi prochain pour m'entretenir de cette affaire
-et nous aider, s'il est possible, pour le succs de cette pieuse
+et nous aider, s'il est possible, pour le succès de cette pieuse
entreprise.</p>
-<p class="authorsc">Burger.</p>
+<p class="authorsc">»Burger.»</p>
</div>
-<p class="p2">Ce rcit de Burger, suivi de prs d'une nouvelle lettre du ministre
-de l'intrieur, chauffa le zle prfectoral.</p>
+<p class="p2">Ce récit de Burger, suivi de près d'une nouvelle lettre du ministère
+de l'intérieur, échauffa le zèle préfectoral.</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">Paris, le 26 avril 1817.</p>
+<p class="date">«Paris, le 26 avril 1817.</p>
-<p>Monsieur le comte, en me prvenant que vos premires <span class="pagenum"><a id="page277" name="page277"></a>(p. 277)</span>
-dmarches pour constater l'identit des cendres de S. A. R. Madame
-lisabeth, s&oelig;ur du Roi, vous laissent peu d'espoir de russir, vous
-m'annoncez que vous avez ordonn de nouvelles recherches dont vous me
-communiquerez le rsultat.</p>
+<p>»Monsieur le comte, en me prévenant que vos premières <span class="pagenum"><a id="page277" name="page277"></a>(p. 277)</span>
+démarches pour constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame
+Élisabeth, s&oelig;ur du Roi, vous laissent peu d'espoir de réussir, vous
+m'annoncez que vous avez ordonné de nouvelles recherches dont vous me
+communiquerez le résultat.</p>
-<p>Cet objet tient aux affections les plus chres de Sa Majest et
-appartient l'histoire. Il est donc convenable qu'il reste au moins
-des tmoignages irrcusables que rien n'a t nglig pour arriver au
-plus haut degr de certitude.</p>
+<p>»Cet objet tient aux affections les plus chères de Sa Majesté et
+appartient à l'histoire. Il est donc convenable qu'il reste au moins
+des témoignages irrécusables que rien n'a été négligé pour arriver au
+plus haut degré de certitude.</p>
-<p>Je vous serai oblig, en consquence, lorsque vous croirez avoir
-puis tous les moyens d'y parvenir, de m'adresser un rapport
-circonstanci des informations prises et des tmoignages recueillis.</p>
+<p>»Je vous serai obligé, en conséquence, lorsque vous croirez avoir
+épuisé tous les moyens d'y parvenir, de m'adresser un rapport
+circonstancié des informations prises et des témoignages recueillis.</p>
-<p>J'ai l'honneur, etc.</p>
+<p>»J'ai l'honneur, etc.</p>
-<p><i>Le ministre secrtaire d'tat au dpartement de l'intrieur,</i></p>
+<p>»<i>Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,</i></p>
-<p class="authorsc">Lain.</p>
+<p class="authorsc">»Lainé.»</p>
-<p class="p2 note"><p>Je prie M. de Chanay de recevoir en forme la dclaration du sieur Joly
-et de donner suite son projet de visiter ce terrain.</p>
+<p class="p2 note"><p>Je prie M. de Chanay de recevoir en forme la déclaration du sieur Joly
+et de donner suite à son projet de visiter ce terrain.</p>
-<p class="author">(<em>Note de M. Angls.</em>) B.</p>
+<p class="author">(<em>Note de M. Anglés.</em>) B.</p>
</div>
-<p class="p2">Au rapport de Burger, qui laissait entrevoir non pas la probabilit,
-mais la possibilit du succs; cette lettre du ministre, qui au nom
-du Roi lui-mme encourageait l'entreprise, se joignirent les
-dpositions de l'ancien concierge de Monceaux qui permettaient de
-concevoir quelque esprance. Voici dans quels termes M. de Chanay,
-charg par son chef d'intervenir dans cette affaire, rendait compte au
-prfet du premier interrogatoire qu'il fit subir au sieur Joly:</p>
+<p class="p2">Au rapport de Burger, qui laissait entrevoir non pas la probabilité,
+mais la possibilité du succès; à cette lettre du ministre, qui au nom
+du Roi lui-même encourageait l'entreprise, se joignirent les
+dépositions de l'ancien concierge de Monceaux qui permettaient de
+concevoir quelque espérance. Voici dans quels termes M. de Chanay,
+chargé par son chef d'intervenir dans cette affaire, rendait compte au
+préfet du premier interrogatoire qu'il fit subir au sieur Joly:</p>
<div class="lettre">
-<p class="entete"><i>Rapport particulier.</i></p>
-
-<p>J'ai entendu le concierge Joly. Cet homme parat sage et de
-trs-bonne foi; il est assur que le corps de Madame lisabeth de
-France est dans le lieu qu'il indique. Il sait mme comment le corps a
-t plac et dans quelle direction; mais il est une grande
-profondeur, et une quantit de corps ont t rangs par couches dans
-cette mme fosse, que le sieur Joly estime avoir t creuse sur une
-largeur de douze pieds et <span class="pagenum"><a id="page278" name="page278"></a>(p. 278)</span> autant en longueur. La nudit
-absolue de tous les corps te tout espoir de retrouver des signes qui
-puissent les faire reconnatre.</p>
-
-<p>La seule indication de M. Joly qui pt conduire un rsultat, c'est
-qu'il assure que dans la couche o a t plac le corps de Son Altesse
-Royale, il n'y a eu de placs <em>que des corps masculins</em>. Si cela tait
-bien certain, il se prsenterait sans doute de grandes difficults
-pour parvenir cette couche; mais enfin ce succs ne semblerait pas
-impossible en y employant du temps, des soins, des prcautions et peu
-de monde, et en suivant les indications du sieur Joly assist d'un
-commissaire spcialement dsign.</p>
-
-<p>Mais dans tous les cas, soit qu'on ne juge pas propos de faire
-cette recherche difficile, soit qu'on se borne vouloir faire
-reconnatre l'emplacement exact de la fosse o cette prcieuse victime
-a t place, il semble qu'il serait convenable de constater la
+<p class="entete">«<i>Rapport particulier.</i></p>
+
+<p>»J'ai entendu le concierge Joly. Cet homme paraît sage et de
+très-bonne foi; il est assuré que le corps de Madame Élisabeth de
+France est dans le lieu qu'il indique. Il sait même comment le corps a
+été placé et dans quelle direction; mais il est à une grande
+profondeur, et une quantité de corps ont été rangés par couches dans
+cette même fosse, que le sieur Joly estime avoir été creusée sur une
+largeur de douze pieds et <span class="pagenum"><a id="page278" name="page278"></a>(p. 278)</span> autant en longueur. La nudité
+absolue de tous les corps ôte tout espoir de retrouver des signes qui
+puissent les faire reconnaître.</p>
+
+<p>»La seule indication de M. Joly qui pût conduire à un résultat, c'est
+qu'il assure que dans la couche où a été placé le corps de Son Altesse
+Royale, il n'y a eu de placés <em>que des corps masculins</em>. Si cela était
+bien certain, il se présenterait sans doute de grandes difficultés
+pour parvenir à cette couche; mais enfin ce succès ne semblerait pas
+impossible en y employant du temps, des soins, des précautions et peu
+de monde, et en suivant les indications du sieur Joly assisté d'un
+commissaire spécialement désigné.</p>
+
+<p>»Mais dans tous les cas, soit qu'on ne juge pas à propos de faire
+cette recherche difficile, soit qu'on se borne à vouloir faire
+reconnaître l'emplacement exact de la fosse où cette précieuse victime
+a été placée, il semble qu'il serait convenable de constater la
dimension de cette fosse et sa situation tandis que le sieur Joly est
-vivant et dispos donner tous les renseignements que sa mmoire lui
+vivant et disposé à donner tous les renseignements que sa mémoire lui
fournit.</p>
-<p>Il est mme probable que la vue des lieux lui rappellerait quelques
-dtails qui, s'ils n'taient pas utiles pour retrouver les restes de
-l'auguste princesse, seraient du moins prcieux comme renseignements
-certains sur le lieu o ils sont placs. Il s'est souvenu qu'au moment
-de cette inhumation il tournait le dos au soleil, et il sait quelle
-distance du mur la fosse a t ouverte, etc.</p>
+<p>»Il est même probable que la vue des lieux lui rappellerait quelques
+détails qui, s'ils n'étaient pas utiles pour retrouver les restes de
+l'auguste princesse, seraient du moins précieux comme renseignements
+certains sur le lieu où ils sont placés. Il s'est souvenu qu'au moment
+de cette inhumation il tournait le dos au soleil, et il sait à quelle
+distance du mur la fosse a été ouverte, etc.</p>
-<p>Dans cet tat de choses, sans avoir plus que M. le prfet l'espoir
-d'un rsultat satisfaisant, j'ai l'honneur de lui proposer de
-m'autoriser y aller avec M. Burger et le concierge Joly et M.
+<p>»Dans cet état de choses, sans avoir plus que M. le préfet l'espoir
+d'un résultat satisfaisant, j'ai l'honneur de lui proposer de
+m'autoriser à y aller avec M. Burger et le concierge Joly et M.
Rouhaut, comme curieux et en donnant quelque argent au concierge du
-lieu, ou d'y aller avec une invitation officielle au propritaire de
+lieu, ou d'y aller avec une invitation officielle au propriétaire de
laisser examiner les lieux.</p>
-<p>Dans tous les cas, je ferais un rapport avec plus de certitude et
-circonstanci, n'y et-il d'autre rsultat pour Votre Excellence que
-de faire constater l'emplacement de l'inhumation, que le propritaire
-indique d'ailleurs d'une manire errone. Ce serait n'avoir perdu ni
+<p>»Dans tous les cas, je ferais un rapport avec plus de certitude et
+circonstancié, n'y eût-il d'autre résultat pour Votre Excellence que
+de faire constater l'emplacement de l'inhumation, que le propriétaire
+indique d'ailleurs d'une manière erronée. Ce serait n'avoir perdu ni
son temps ni sa peine.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page279" name="page279"></a>(p. 279)</span>Je prie Son Excellence de vouloir bien faire connatre ses
+<p><span class="pagenum"><a id="page279" name="page279"></a>(p. 279)</span>»Je prie Son Excellence de vouloir bien faire connaître ses
intentions.</p>
-<p class="authorsc">D. Ch.</p>
+<p class="authorsc">»D. Ch.»</p>
</div>
-<p class="p2">M. de Chanay remettait, le 29 avril, au ministre d'tat, prfet de
-police, la dclaration et les rponses du sieur Joly, ainsi qu'un
-rapport circonstanci, et de la visite qu'il avait faite sur les
+<p class="p2">M. de Chanay remettait, le 29 avril, au ministre d'État, préfet de
+police, la déclaration et les réponses du sieur Joly, ainsi qu'un
+rapport circonstancié, et de la visite qu'il avait faite sur les
lieux, et des renseignements qu'il y avait recueillis. Voici ces
documents:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">Paris, le 29 avril 1817.</p>
+<p class="date">«Paris, le 29 avril 1817.</p>
-<p>J'ai l'honneur de transmettre M. le prfet la dclaration et les
-rponses du sieur Joly, ainsi que mon rapport circonstanci de la
+<p>»J'ai l'honneur de transmettre à M. le préfet la déclaration et les
+réponses du sieur Joly, ainsi que mon rapport circonstancié de la
visite que j'ai faite hier sur les lieux.</p>
-<p>Votre Excellence jugera peut-tre convenable, pour viter toutes les
-indiscrtions, d'en parler elle-mme au ministre et de lui communiquer
-confidentiellement ces pices.</p>
+<p>»Votre Excellence jugera peut-être convenable, pour éviter toutes les
+indiscrétions, d'en parler elle-même au ministre et de lui communiquer
+confidentiellement ces pièces.</p>
-<p class="smcap">Ch.</p>
+<p class="smcap">»Ch.»</p>
</div>
<h3>I.</h3>
-<p class="entete"><i>Dclaration.</i></p>
-
-<p>L'an mil huit cent dix-sept, le vingt-huit avril, onze heures du
-matin, se sont prsents mon domicile, prs et hors la barrire de
-Clichy, n<sup>o</sup> 42, les sieurs de Chanay, chef de la premire division de
-la prfecture de police, et Burger, officier de paix, lesquels m'ayant
-dclar que, en vertu des ordres de S. Exc. le ministre d'tat, prfet
-de police, dont ils sont porteurs, ils sont chargs de visiter le clos
-de la maison du Christ, sis prs et en dedans la barrire de
-Mousseaux, afin de recueillir les plus petits dtails comme les
-moindres circonstances qui pourraient aider connatre le lieu de la
-spulture de S. A. R. Madame lisabeth, dpose par moi dans ledit
-enclos le 10 mai 1794, avec nombre d'autres victimes supplicies le
-mme jour. A ces causes, ces messieurs m'ont invit les accompagner
-dans l'enclos dit du Christ, ce quoi j'ai dfr sur l'heure.</p>
-
-<p>En sortant de mon domicile, nous descendmes le boulevard extrieur
-de la barrire de Clichy celle de Mousseaux, <span class="pagenum"><a id="page280" name="page280"></a>(p. 280)</span> et rentrmes
+<p class="entete"><i>Déclaration.</i></p>
+
+<p>«L'an mil huit cent dix-sept, le vingt-huit avril, à onze heures du
+matin, se sont présentés à mon domicile, près et hors la barrière de
+Clichy, n<sup>o</sup> 42, les sieurs de Chanay, chef de la première division de
+la préfecture de police, et Burger, officier de paix, lesquels m'ayant
+déclaré que, en vertu des ordres de S. Exc. le ministre d'État, préfet
+de police, dont ils sont porteurs, ils sont chargés de visiter le clos
+de la maison du Christ, sis près et en dedans la barrière de
+Mousseaux, afin de recueillir les plus petits détails comme les
+moindres circonstances qui pourraient aider à connaître le lieu de la
+sépulture de S. A. R. Madame Élisabeth, déposée par moi dans ledit
+enclos le 10 mai 1794, avec nombre d'autres victimes suppliciées le
+même jour. A ces causes, ces messieurs m'ont invité à les accompagner
+dans l'enclos dit du Christ, ce à quoi j'ai déféré sur l'heure.</p>
+
+<p>»En sortant de mon domicile, nous descendîmes le boulevard extérieur
+de la barrière de Clichy à celle de Mousseaux, <span class="pagenum"><a id="page280" name="page280"></a>(p. 280)</span> et rentrâmes
dans Paris par la rue du Rocher, sur laquelle la maison du Christ fait
-face droite, et frappmes l'entre principale, situe rue de
-Valois. Le concierge, aprs quelques difficults, nous laissa pntrer
-dans l'enceinte intrieure; de l nous entrmes dans le jardin,
-obliquant droite pour nous porter vers le mur de sparation du
-jardin d'avec l'enclos autrefois destin aux spultures. Non loin de
-la porte de communication, j'indiquai M. Burger, qui se trouvait
-prs de moi, l'endroit o doit se trouver la fosse o repose la
-princesse, et lui ajoutai que s'il existait deux fosses, c'tait dans
-celle longeant paralllement le mur de sparation le plus proche de la
-porte cochre donnant sur l'extrieur, par o entraient les victimes,
-que la princesse avait t inhume.</p>
-
-<p>En effet, aprs avoir franchi le terrain qui nous sparait encore de
-ce lieu funbre, je reconnus parfaitement les lieux que je visitais
-pour la seconde fois depuis l'poque fatale de la rvolution. A quatre
-pieds en avant de la porte, nous obliqumes lgrement droite, et
-nous distingumes facilement l'emplacement d'une fosse par
-l'affaissement des terres; c'est l que M. Viger de Jolival fit lever
-une (<em>sic</em>) tertre de gazon et placer une pierre carre sur laquelle
-on lit <em>Madame lisabeth</em>. Aprs m'tre recueilli, je vis clairement
+face à droite, et frappâmes à l'entrée principale, située rue de
+Valois. Le concierge, après quelques difficultés, nous laissa pénétrer
+dans l'enceinte intérieure; de là nous entrâmes dans le jardin,
+obliquant à droite pour nous porter vers le mur de séparation du
+jardin d'avec l'enclos autrefois destiné aux sépultures. Non loin de
+la porte de communication, j'indiquai à M. Burger, qui se trouvait
+près de moi, l'endroit où doit se trouver la fosse où repose la
+princesse, et lui ajoutai que s'il existait deux fosses, c'était dans
+celle longeant parallèlement le mur de séparation le plus proche de la
+porte cochère donnant sur l'extérieur, par où entraient les victimes,
+que la princesse avait été inhumée.</p>
+
+<p>»En effet, après avoir franchi le terrain qui nous séparait encore de
+ce lieu funèbre, je reconnus parfaitement les lieux que je visitais
+pour la seconde fois depuis l'époque fatale de la révolution. A quatre
+pieds en avant de la porte, nous obliquâmes légèrement à droite, et
+nous distinguâmes facilement l'emplacement d'une fosse par
+l'affaissement des terres; c'est là que M. Viger de Jolival fit élever
+une (<em>sic</em>) tertre de gazon et placer une pierre carrée sur laquelle
+on lit <em>Madame Élisabeth</em>. Après m'être recueilli, je vis clairement
que ce n'est point dans cette fosse que repose la princesse; et,
-soutenant mon premier dire, je cherchai la seconde, qui devait tre
-situe non loin, en approchant perpendiculairement vers la porte
-cochre place au nord-est de l'enclos. Je n'eus point de peine
-reconnatre l'emplacement de cette fosse, dont l'affaissement,
-beaucoup plus sensible que dans la premire, laissait aisment
-distinguer un espace de douze quinze pieds carrs, auquel il
-manquait peu prs un pied et demi pour tre au niveau du terrain.
-Cette dimension est quelque chose prs la surface de toutes les
+soutenant mon premier dire, je cherchai la seconde, qui devait être
+située non loin, en approchant perpendiculairement vers la porte
+cochère placée au nord-est de l'enclos. Je n'eus point de peine à
+reconnaître l'emplacement de cette fosse, dont l'affaissement,
+beaucoup plus sensible que dans la première, laissait aisément
+distinguer un espace de douze à quinze pieds carrés, auquel il
+manquait à peu près un pied et demi pour être au niveau du terrain.
+Cette dimension est à quelque chose près la surface de toutes les
fosses que nous ouvrions en ce lieu. Ainsi, en me rappelant, aussi
bien qu'un si long espace de temps me permit de le faire, j'avais
-indiqu d'avance et la disposition de la fosse o se trouve la
-princesse, sa grandeur, et distingu la vritable d'entre celles qui
-sont en ce lieu. Une circonstance particulire avait aid ma mmoire:
-je <span class="pagenum"><a id="page281" name="page281"></a>(p. 281)</span> me rappelai que ma mre, morte environ trois ans aprs
-l'inhumation de la princesse, je la plaai dans la mme direction de
+indiqué d'avance et la disposition de la fosse où se trouve la
+princesse, sa grandeur, et distingué la véritable d'entre celles qui
+sont en ce lieu. Une circonstance particulière avait aidé ma mémoire:
+je <span class="pagenum"><a id="page281" name="page281"></a>(p. 281)</span> me rappelai que ma mère, morte environ trois ans après
+l'inhumation de la princesse, je la plaçai dans la même direction de
la fosse et contre le mur; ma femme fit une croix au-dessus avec une
pierre; je distinguai encore ce signe, et les sieurs de Chanay et
Burger l'ont reconnu avec moi.</p>
-<p>Ces dtails ne laissant plus aucun doute sur l'endroit de la
-spulture, je me plaai sur le ct nord-ouest de la fosse, dans la
-mme position o j'tais au moment o la charrette arrivant sur les
-bords, dchargea les cadavres; ma mmoire me confirma alors l'ide,
-que j'avais annonce d'avance, qu' l'heure de six et sept heures du
-soir je travaillai le soleil sur le dos et la face tourne du ct du
+<p>»Ces détails ne laissant plus aucun doute sur l'endroit de la
+sépulture, je me plaçai sur le côté nord-ouest de la fosse, dans la
+même position où j'étais au moment où la charrette arrivant sur les
+bords, déchargea les cadavres; ma mémoire me confirma alors l'idée,
+que j'avais annoncée d'avance, qu'à l'heure de six et sept heures du
+soir je travaillai le soleil sur le dos et la face tournée du côté du
mur du jardin. Mon camarade, un commissaire de police et les
-charretiers furent les seuls individus prsents l'inhumation;
+charretiers furent les seuls individus présents à l'inhumation; à
l'exception du commissaire de police, dont j'ignore le sort, il
-n'existe plus d'autre tmoin oculaire. Nous dpouillmes les corps et
-les jetmes sans aucun vtement dans la fosse; je reconnus Madame
-lisabeth au dire des charretiers et ses habits; elle a t
-pareillement dpouille et jete sans distinction dans la fosse; mais
-je me rappelle qu'aprs que tous les cadavres furent descendus, nous
-nous plames dans la fosse pour les ranger par ordre; que Madame
-lisabeth se trouve au milieu de la premire ou de la seconde couche,
-le tronc perpendiculairement pos du ct du mur, et les pieds vers le
-ct nord-ouest de la fosse; je me rappelle galement que son corps se
-trouve avec plusieurs corps masculins rangs ainsi que je vais
-l'indiquer, c'est--dire que, pour mnager les places, nous placions
-alternativement un tronc et les pieds, de manire qu'une couche de
-cadavres se trouvait serre sans aucun intervalle de terre. Aprs
+n'existe plus d'autre témoin oculaire. Nous dépouillâmes les corps et
+les jetâmes sans aucun vêtement dans la fosse; je reconnus Madame
+Élisabeth au dire des charretiers et à ses habits; elle a été
+pareillement dépouillée et jetée sans distinction dans la fosse; mais
+je me rappelle qu'après que tous les cadavres furent descendus, nous
+nous plaçâmes dans la fosse pour les ranger par ordre; que Madame
+Élisabeth se trouve au milieu de la première ou de la seconde couche,
+le tronc perpendiculairement posé du côté du mur, et les pieds vers le
+côté nord-ouest de la fosse; je me rappelle également que son corps se
+trouve avec plusieurs corps masculins rangés ainsi que je vais
+l'indiquer, c'est-à-dire que, pour ménager les places, nous placions
+alternativement un tronc et les pieds, de manière qu'une couche de
+cadavres se trouvait serrée sans aucun intervalle de terre. Après
avoir rempli l'espace vide, nous recouvrions les corps avec environ
six pouces de terre.</p>
-<p>La fosse que j'indique comme devant renfermer les cendres de Madame
-lisabeth est la moins profonde du mme ct: elle peut avoir de douze
- quinze pieds de profondeur; ainsi Madame lisabeth, couche sur le
-ventre entre plusieurs hommes de la manire que je l'indique, doit se
-trouver au fond ou quatorze pouces du sol.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page282" name="page282"></a>(p. 282)</span>D'aprs cette dclaration, qui est conforme l'exacte
-vrit, j'estime que la recherche du corps, quoique pnible et
-difficile, peut tre tente avec quelque apparence de succs. Pour y
-parvenir, il faudrait avec soin ouvrir une tranche
-perpendiculairement au mur du jardin, au ct nord-est de la fosse,
-afin de dterminer la profondeur et le nombre de couches de cadavres;
-qu'ensuite, pour dterminer d'une manire certaine qu'il n'existe pas
-d'autre fosse plus prs de la porte que celle dont il est question, il
-serait ncessaire d'ouvrir un boyau d'une vingtaine de pieds sur six
-de profondeur, partir de la fosse et longeant paralllement le mur
+<p>»La fosse que j'indique comme devant renfermer les cendres de Madame
+Élisabeth est la moins profonde du même côté: elle peut avoir de douze
+à quinze pieds de profondeur; ainsi Madame Élisabeth, couchée sur le
+ventre entre plusieurs hommes de la manière que je l'indique, doit se
+trouver au fond ou à quatorze pouces du sol.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page282" name="page282"></a>(p. 282)</span>»D'après cette déclaration, qui est conforme à l'exacte
+vérité, j'estime que la recherche du corps, quoique pénible et
+difficile, peut être tentée avec quelque apparence de succès. Pour y
+parvenir, il faudrait avec soin ouvrir une tranchée
+perpendiculairement au mur du jardin, au côté nord-est de la fosse,
+afin de déterminer la profondeur et le nombre de couches de cadavres;
+qu'ensuite, pour déterminer d'une manière certaine qu'il n'existe pas
+d'autre fosse plus près de la porte que celle dont il est question, il
+serait nécessaire d'ouvrir un boyau d'une vingtaine de pieds sur six
+de profondeur, à partir de la fosse et longeant parallèlement le mur
du jardin.</p>
-<p>Le soussign dclare en outre qu'il a t nomm en 1789 concierge du
-cimetire de la Madeleine; qu'en l'an II, lors de la fermeture de ce
-cimetire, il a t appel Mousseaux, o il est rest jusqu' la
-fermeture en l'an V; qu'ensuite, nomm celui de Saint-Roch, il y est
-pareillement rest jusqu' sa fermeture en l'an VI, et qu'il occupe
-maintenant la mme place Montmartre depuis cette poque.</p>
+<p>»Le soussigné déclare en outre qu'il a été nommé en 1789 concierge du
+cimetière de la Madeleine; qu'en l'an II, lors de la fermeture de ce
+cimetière, il a été appelé à Mousseaux, où il est resté jusqu'à la
+fermeture en l'an V; qu'ensuite, nommé à celui de Saint-Roch, il y est
+pareillement resté jusqu'à sa fermeture en l'an VI, et qu'il occupe
+maintenant la même place à Montmartre depuis cette époque.</p>
-<p>De tout quoi j'ai fait la prsente dclaration les jour, mois et an
+<p>»De tout quoi j'ai fait la présente déclaration les jour, mois et an
que dessus.</p>
<p class="author">
- <span class="smcap">De Chanay</span>, chef de la 1<sup>re</sup> division.<br>
- <span class="smcap">Joly</span>.<br>
- <span class="smcap">Burger</span>.</p>
+ »<span class="smcap">De Chanay</span>, chef de la 1<sup>re</sup> division.<br>
+ »<span class="smcap">Joly</span>.<br>
+ »<span class="smcap">Burger</span>.»</p>
<h3>II.</h3>
@@ -8354,127 +8309,127 @@ que dessus.</p>
</colgroup>
<tr>
<td class="center">NOUVELLES QUESTIONS EXPLICATIVES A FAIRE.</td>
-<td class="center">RPONSES AUX QUESTIONS.</td>
+<td class="center">RÉPONSES AUX QUESTIONS.</td>
</tr>
<tr>
<td class="valignt">1<sup>o</sup> Pouvez-vous vous rappeler
-quelle tait la profondeur de la
-fosse quand vous y descendtes le
+quelle était la profondeur de la
+fosse quand vous y descendîtes le
10 mai pour y ranger les corps?
-Vous aviez une chelle sans doute?</td>
-<td class="valignt">1<sup>o</sup> M. Joly ne se rappelle prcisment
+Vous aviez une échelle sans doute?</td>
+<td class="valignt">1<sup>o</sup> M. Joly ne se rappelle précisément
ni la profondeur de la
-fosse cette poque ni la hauteur
-de l'chelle dont on se servait
+fosse à cette époque ni la hauteur
+de l'échelle dont on se servait
pour y descendre.</td>
</tr>
<tr>
<td class="valignt">2<sup>o</sup> La terre du fond semblait-elle
-dure comme une terre o il
-n'y a pas eu de prcdente et plus
+dure comme une terre où il
+n'y a pas eu de précédente et plus
profonde inhumation?</td>
<td class="valignt">2<sup>o</sup> M. Joly ne s'en souvient pas.</td>
</tr>
<tr>
-<td class="valignt"><span class="pagenum"><a id="page283" name="page283"></a>(p. 283)</span> 3<sup>o</sup> Quand on dchargeait les
-corps de la charrette, les prcipitait-on
-l'un aprs l'autre aprs
-leur dpouillement, ou les dpouillait-on
-tous avant de les prcipiter?</td>
-<td class="valignt">3<sup>o</sup> Quand la charrette tait arrive
+<td class="valignt"><span class="pagenum"><a id="page283" name="page283"></a>(p. 283)</span> 3<sup>o</sup> Quand on déchargeait les
+corps de la charrette, les précipitait-on
+l'un après l'autre après
+leur dépouillement, ou les dépouillait-on
+tous avant de les précipiter?</td>
+<td class="valignt">3<sup>o</sup> Quand la charrette était arrivée
sur le bord de la fosse, on
-procdait au dpouillement des
-vtements. (Un registre tait tenu
-de ces effets divers, qui taient
-ensuite remis l'Htel-Dieu.) De
-temps autre les fossoyeurs descendaient
+procédait au dépouillement des
+vêtements. (Un registre était tenu
+de ces effets divers, qui étaient
+ensuite remis à l'Hôtel-Dieu.) De
+temps à autre les fossoyeurs descendaient
dans la fosse pour ranger
les corps afin qu'ils ne fussent
-pas trop entasss.</td>
+pas trop entassés.</td>
</tr>
<tr>
<td class="valignt">4<sup>o</sup> Puisque vous assurez que le
-corps de la princesse est plac le
-tronc du ct du mur, il faut ou
-que vous l'ayez reconnu et distingu
+corps de la princesse est placé le
+tronc du côté du mur, il faut ou
+que vous l'ayez reconnu et distingué
dans la fosse, ou qu'il y ait
-t prcipit le dernier ou des
-derniers, aprs avoir remarqu
+été précipité le dernier ou des
+derniers, après avoir remarqué
par vous et votre camarade
sur le bord de la fosse.</td>
-<td class="valignt">4<sup>o</sup> Rponse affirmative sur tous
-les points de la question. A ajout
+<td class="valignt">4<sup>o</sup> Réponse affirmative sur tous
+les points de la question. A ajouté
que le conducteur de la voiture
-avait dit: Que c'tait son corps,
-qu'il tait le dernier ou des derniers
-placs sur la charrette, par
-consquent au-dessus des autres,
-et les vtements taient aussi peu
-ensanglants.</td>
+avait dit: Que c'était son corps,
+qu'il était le dernier ou des derniers
+placés sur la charrette, par
+conséquent au-dessus des autres,
+et les vêtements étaient aussi peu
+ensanglantés.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="valignt">Tous les autres l'taient beaucoup.</td>
+<td class="valignt">Tous les autres l'étaient beaucoup.</td>
</tr>
<tr>
-<td class="valignt">5<sup>o</sup> Comment ont t places les ttes des corps?</td>
-<td class="valignt">5<sup>o</sup> Les ttes ont t places indistinctivement dans les vides.</td>
+<td class="valignt">5<sup>o</sup> Comment ont été placées les têtes des corps?</td>
+<td class="valignt">5<sup>o</sup> Les têtes ont été placées indistinctivement dans les vides.</td>
</tr>
<tr>
-<td class="valignt">6<sup>o</sup> De quelle paisseur de terre environ taient recouvertes les couches de corps?</td>
-<td class="valignt">6<sup>o</sup> Il est difficile d'estimer mme approximativement le nombre des
+<td class="valignt">6<sup>o</sup> De quelle épaisseur de terre environ étaient recouvertes les couches de corps?</td>
+<td class="valignt">6<sup>o</sup> Il est difficile d'estimer même approximativement le nombre des
corps de chaque couche: 1<sup>o</sup> parce
-que, outre les supplicis, il arrivait
-des corps envoys par l'tat
+que, outre les suppliciés, il arrivait
+des corps envoyés par l'état
civils et des cercueils; ceux-ci
tenaient plus de place; 2<sup>o</sup> parce
qu'il y avait des enfants; 3<sup>o</sup> parce
-qu'une mme couche tant compose
-de deux rangs, elle n'tait
-pas faite le mme jour. A l'gard
+qu'une même couche étant composée
+de deux rangs, elle n'était
+pas faite le même jour. A l'égard
de 10 mai, le sieur Joly se rappelle
-trs-bien que les supplicis
-furent placs dans la partie de la
-fosse la plus rapproche du mur;
-que le mme jour la partie antrieure
+très-bien que les suppliciés
+furent placés dans la partie de la
+fosse la plus rapprochée du mur;
+que le même jour la partie antérieure
de la fosse ne fut point
<span class="pagenum"><a id="page284" name="page284"></a>(p. 284)</span> remplie, et enfin <em>que le corps de
-la princesse a t plac vers le
+la princesse a été placé vers le
milieu de la fosse dans le rang
-suprieur de la couche et la face
-antrieure du corps tourne sur
-le rang infrieur.</em></td>
+supérieur de la couche et la face
+antérieure du corps tournée sur
+le rang inférieur.</em></td>
</tr>
<tr>
<td class="valignt">7<sup>o</sup> Combien estimez-vous qu'il
pouvait y avoir de corps par chaque
couche sur toute la surface
-carre de la fosse?</td>
+carrée de la fosse?</td>
<td class="valignt" rowspan="2">7<sup>o</sup> et 8<sup>o</sup> Les couches des corps
-taient chacune recouvertes d'environ six pouces de terre et les
-fosses recouvertes dans la partie suprieure d'environ trois pieds de
+étaient chacune recouvertes d'environ six pouces de terre et les
+fosses recouvertes dans la partie supérieure d'environ trois pieds de
terre, de sorte que les premiers corps ou les premiers vestiges qu'on
-en trouverait devraient tre trois pieds environ au-dessus de la
+en trouverait devraient être à trois pieds environ au-dessus de la
superficie. Il faut cependant remarquer que lorsque le sieur Joly a
-quitt l'enclos il y avait quelques lvations ou tertres qui ont
-disparu, soit qu'on ait enlev des terres restant des remblais, soit
-que pour cultiver le sol on ait nivel toutes les ingalits. Ces
-renseignements ne peuvent tre justement donns que par le
-propritaire.</td>
+quitté l'enclos il y avait quelques élévations ou tertres qui ont
+disparu, soit qu'on ait enlevé des terres restant des remblais, soit
+que pour cultiver le sol on ait nivelé toutes les inégalités. Ces
+renseignements ne peuvent être justement donnés que par le
+propriétaire.</td>
</tr>
<tr>
-<td class="valignt">8<sup>o</sup> La fosse a-t-elle t remplie
+<td class="valignt">8<sup>o</sup> La fosse a-t-elle été remplie
jusqu'au niveau de la superficie?
A quelle profondeur estimez-vous
qu'on trouve les restes des derniers
-corps inhums?</td>
+corps inhumés?</td>
</tr>
</table>
-<p>Nous avons sign et paraf les questions et rponses ci-dessus <em>ne
+<p>Nous avons signé et parafé les questions et réponses ci-dessus <em>ne
varientur</em>.</p>
-<p>Paris, 29 avril 1817, la prfecture de police,</p>
+<p>Paris, 29 avril 1817, à la préfecture de police,</p>
<p class="author"><span class="smcap">De Chanay</span>,<br>
Chef de la 1<sup>re</sup> division.</p>
@@ -8483,776 +8438,776 @@ varientur</em>.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page285" name="page285"></a>(p. 285)</span> III.</h3>
-<p class="entete"><i>Rapport particulier S. E. le ministre d'tat, prfet de
- police, sur le rsultat d'une visite dans l'enclos du sieur de
+<p class="entete"><i>Rapport particulier à S. E. le ministre d'État, préfet de
+ police, sur le résultat d'une visite dans l'enclos du sieur de
Jolival, pour constater le lieu de l'inhumation de S. A. R.
- Madame lisabeth, s&oelig;ur du Roi.</i></p>
+ Madame Élisabeth, s&oelig;ur du Roi.</i></p>
-<p>Ce matin, 28 avril 1817, midi, conformment aux ordres de Votre
+<p>«Ce matin, 28 avril 1817, à midi, conformément aux ordres de Votre
Excellence et pour remplir avec le plus possible d'exactitude et de
-soin les intentions de S. Exc. le ministre de l'intrieur, et donner
-toute la suite convenable aux indications prcdemment recueillies, je
-me suis rendu la barrire de Clichy et au cimetire Montmartre,
-accompagn de l'officier de paix Burger, qui avait pris les premires
-informations et obtenu les premiers documents du nomm Joly,
-anciennement employ aux inhumations de l'enclos de la maison dite du
-Christ prs Mousseaux. L j'ai invit ledit Joly, aujourd'hui
-concierge du cimetire Montmartre, me suivre dans l'enclos du sieur
-Viger de Jolival, ce qu'il a fait aussitt avec empressement.</p>
-
-<p>Arrivs la grande porte d'entre de ladite maison, le jardinier
-nous l'a ouverte; j'ai demand la libert d'entrer dans le jardin et
+soin les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, et donner
+toute la suite convenable aux indications précédemment recueillies, je
+me suis rendu à la barrière de Clichy et au cimetière Montmartre,
+accompagné de l'officier de paix Burger, qui avait pris les premières
+informations et obtenu les premiers documents du nommé Joly,
+anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison dite du
+Christ près Mousseaux. Là j'ai invité ledit Joly, aujourd'hui
+concierge du cimetière Montmartre, à me suivre dans l'enclos du sieur
+Viger de Jolival, ce qu'il a fait aussitôt avec empressement.</p>
+
+<p>»Arrivés à la grande porte d'entrée de ladite maison, le jardinier
+nous l'a ouverte; j'ai demandé la liberté d'entrer dans le jardin et
de visiter l'enclos. Ayant reconnu l'officier de paix Burger, il a
-consenti nous laisser entrer, mais seulement pour peu de temps,
-craignant, a-t-il dit, qu'une trop longue visite ne ft pour lui un
+consenti à nous laisser entrer, mais seulement pour peu de temps,
+craignant, a-t-il dit, qu'une trop longue visite ne fût pour lui un
sujet de reproche.</p>
-<p>Aprs lui avoir promis de n'y rester que le temps ncessaire pour de
-simples vrifications, nous avons travers la cour et une partie du
-jardin, nous dirigeant l'ouest vers le mur qui spare le jardin du
-petit enclos de l'inhumation. Le jardinier tait en avant avec le
-sieur Burger; j'tais dessein rest en arrire avec le sieur Joly.
-Arrivs environ trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos
-dont nous tions encore spars par le mur, je me suis arrt et j'ai
-demand au sieur Joly s'il se remettait parfaitement dans l'esprit la
-disposition du local; aussitt, me montrant de la main une partie du
-mur droite de la petite porte qui en peut tre <span class="pagenum"><a id="page286" name="page286"></a>(p. 286)</span> loigne de
-douze ou quinze pas: C'est l derrire, m'a-t-il dit, qu'est <em>la
-fosse</em>. Je fais remarquer cette circonstance Son Excellence, parce
-qu'elle prouve que le sieur Joly connat bien l'emplacement et parce
-que cette indication donne sans voir le terrain prouve qu'il en avait
-un souvenir exact. En effet, tant entr dans l'enclos par la petite
-porte et ayant aussitt regard droite vers le point indiqu, j'ai
-vu un terrain couvert de gazon en partie affaiss sur une surface
-carre de quatorze ou quinze pieds, comme il l'avait annonc.</p>
-
-<p>Cette indication est encore essentielle parce qu'il y a videmment eu
-deux larges fosses, et que le propritaire mme du terrain ayant
-nglig ou cru inutile de consulter le nomm Joly<a id="footnotetag136" name="footnotetag136"></a><a href="#footnote136" title="Go to footnote 136"><span class="smaller">[136]</span></a> (seul tmoin,
-ce qu'il parat, des inhumations faites dans ces temps funestes), a
-cru que Madame lisabeth a t inhume dans la grande fosse qui est
-presque en face de la petite porte; dans cette persuasion ou plutt
-cette erreur, il a fait planter sur le terrain affaiss de cette fosse
+<p>»Après lui avoir promis de n'y rester que le temps nécessaire pour de
+simples vérifications, nous avons traversé la cour et une partie du
+jardin, nous dirigeant à l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du
+petit enclos de l'inhumation. Le jardinier était en avant avec le
+sieur Burger; j'étais à dessein resté en arrière avec le sieur Joly.
+Arrivés à environ trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos
+dont nous étions encore séparés par le mur, je me suis arrêté et j'ai
+demandé au sieur Joly s'il se remettait parfaitement dans l'esprit la
+disposition du local; aussitôt, me montrant de la main une partie du
+mur à droite de la petite porte qui en peut être <span class="pagenum"><a id="page286" name="page286"></a>(p. 286)</span> éloignée de
+douze ou quinze pas: C'est là derrière, m'a-t-il dit, qu'est <em>la
+fosse</em>. Je fais remarquer cette circonstance à Son Excellence, parce
+qu'elle prouve que le sieur Joly connaît bien l'emplacement et parce
+que cette indication donnée sans voir le terrain prouve qu'il en avait
+un souvenir exact. En effet, étant entré dans l'enclos par la petite
+porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué, j'ai
+vu un terrain couvert de gazon en partie affaissé sur une surface
+carrée de quatorze ou quinze pieds, comme il l'avait annoncé.</p>
+
+<p>»Cette indication est encore essentielle parce qu'il y a évidemment eu
+deux larges fosses, et que le propriétaire même du terrain ayant
+négligé ou cru inutile de consulter le nommé Joly<a id="footnotetag136" name="footnotetag136"></a><a href="#footnote136" title="Go to footnote 136"><span class="smaller">[136]</span></a> (seul témoin, à
+ce qu'il paraît, des inhumations faites dans ces temps funestes), a
+cru que Madame Élisabeth a été inhumée dans la grande fosse qui est
+presque en face de la petite porte; dans cette persuasion ou plutôt
+cette erreur, il a fait planter sur le terrain affaissé de cette fosse
plus nouvelle quelques arbustes et arbres verts, et sur un tertre de
-gazon il a fait poser une pierre grise polie o on lit ces mots:
-<em>Madame lisabeth</em>. Ces plantations, cette espce de monument
+gazon il a fait poser une pierre grise polie où on lit ces mots:
+<em>Madame Élisabeth</em>. Ces plantations, cette espèce de monument
provisoire sont nouveaux, les arbres ne semblent pas avoir deux ans.
-Tout porte faire penser que les cendres de l'auguste victime ne sont
-point l, mais bien dans l'autre fosse, plus ancienne et moins vaste,
-indique par le sieur Joly avant d'tre dans l'enclos et indique avec
-prcision.</p>
-
-<p>Quelque pnibles que soient ces dtails, il est ncessaire que je les
-rapporte pendant qu'ils sont bien prsents mon esprit, parce qu'ils
-donnent dans leur ensemble la preuve de la vracit des indications
-du nomm Joly.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page287" name="page287"></a>(p. 287)</span>Dans l'interrogatoire que je lui avais fait deux jours avant,
-il m'avait rpondu entre autres circonstances que le 10 mai, l'heure
-de l'inhumation, quand ils taient en face de la fosse, ils tournaient
-le dos au soleil couchant; cette position nous a paru peu prs
-exacte. La fosse rapproche du mur par le ct de l'est ne pouvait
-tre aborde que par le ct ouest ou sud-ouest, et les cts nord et
-sud devaient tre occups par la terre sortie de la fosse.</p>
-
-<p>Une autre observation doit tre place ici, quoique peu importante,
-c'est que la femme du sieur Joly se souvient que la mre de son mari a
-t inhume contre le mur et que cette fosse tait trs-prs de la
-fosse o ont t placs les restes de Son Altesse Royale et des autres
-victimes inhumes le mme jour que la princesse. Or le lieu de cette
-fosse particulire est indiqu par le sieur Joly et sa femme entre la
-fosse la plus rapproche du mur et la partie de l'enclos qui la spare
-de la grande porte par o l'on amenait les corps sur des charrettes.</p>
-
-<p>Le sieur Joly a constamment assur qu'il devait y avoir deux fosses,
-visibles par l'affaissement du terrain et situes gauche en entrant
-par la grande porte de l'enclos: l'une plus prs du mur et plus prs
-de la grande porte, dont la dimension pouvait tre de douze quinze
-pieds carrs; l'autre plus loigne de la grande porte et plus au
+Tout porte à faire penser que les cendres de l'auguste victime ne sont
+point là, mais bien dans l'autre fosse, plus ancienne et moins vaste,
+indiquée par le sieur Joly avant d'être dans l'enclos et indiquée avec
+précision.</p>
+
+<p>»Quelque pénibles que soient ces détails, il est nécessaire que je les
+rapporte pendant qu'ils sont bien présents à mon esprit, parce qu'ils
+donnent dans leur ensemble la preuve de la véracité des indications
+du nommé Joly.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page287" name="page287"></a>(p. 287)</span>»Dans l'interrogatoire que je lui avais fait deux jours avant,
+il m'avait répondu entre autres circonstances que le 10 mai, à l'heure
+de l'inhumation, quand ils étaient en face de la fosse, ils tournaient
+le dos au soleil couchant; cette position nous a paru à peu près
+exacte. La fosse rapprochée du mur par le côté de l'est ne pouvait
+être abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, et les côtés nord et
+sud devaient être occupés par la terre sortie de la fosse.</p>
+
+<p>»Une autre observation doit être placée ici, quoique peu importante,
+c'est que la femme du sieur Joly se souvient que la mère de son mari a
+été inhumée contre le mur et que cette fosse était très-près de la
+fosse où ont été placés les restes de Son Altesse Royale et des autres
+victimes inhumées le même jour que la princesse. Or le lieu de cette
+fosse particulière est indiqué par le sieur Joly et sa femme entre la
+fosse la plus rapprochée du mur et la partie de l'enclos qui la sépare
+de la grande porte par où l'on amenait les corps sur des charrettes.</p>
+
+<p>»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses,
+visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant
+par la grande porte de l'enclos: l'une plus près du mur et plus près
+de la grande porte, dont la dimension pouvait être de douze à quinze
+pieds carrés; l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au
milieu du terrain de l'enclos. C'est dans cette seconde fosse que le
-propritaire a prsum qu'taient placs les restes de la princesse.
-C'est dans la premire que le sieur Joly assure et a la conviction
-entire que Son Altesse Royale a t inhume.</p>
+propriétaire a présumé qu'étaient placés les restes de la princesse.
+C'est dans la première que le sieur Joly assure et a la conviction
+entière que Son Altesse Royale a été inhumée.</p>
-<p>Il faut encore avoir le courage d'crire des dtails plus minutieux
+<p>»Il faut encore avoir le courage d'écrire des détails plus minutieux
et plus affligeants.</p>
-<p>Le sieur Joly s'est rappel la position qu'il occupait alors sur ce
-mme terrain et pour l'emploi terrible qu'il remplissait cette
-cruelle poque. Il avait dix-huit ou dix-neuf ans, il tait fossoyeur;
-ils taient deux, l'autre est mort, le charretier galement. Nul autre
+<p>»Le sieur Joly s'est rappelé la position qu'il occupait alors sur ce
+même terrain et pour l'emploi terrible qu'il remplissait à cette
+cruelle époque. Il avait dix-huit ou dix-neuf ans, il était fossoyeur;
+ils étaient deux, l'autre est mort, le charretier également. Nul autre
individu n'entrait dans l'enclos pour l'inhumation<a id="footnotetag137" name="footnotetag137"></a><a href="#footnote137" title="Go to footnote 137"><span class="smaller">[137]</span></a>. Des
gendarmes ou des soldats fermaient <span class="pagenum"><a id="page288" name="page288"></a>(p. 288)</span> la porte quand la
-charrette tait entre, et de peur que des curieux ne vissent
+charrette était entrée, et de peur que des curieux ne vissent à
travers la porte, on bouchait avec une planche ou une pierre les trous
qui se trouvaient dans la porte.</p>
-<p>Le local bien reconnu par le sieur Joly, il ne parat point douteux
-que la fosse indique par lui ne soit bien celle o ont t placs les
-corps des victimes immoles le 10 mai 1794.</p>
+<p>»Le local bien reconnu par le sieur Joly, il ne paraît point douteux
+que la fosse indiquée par lui ne soit bien celle où ont été placés les
+corps des victimes immolées le 10 mai 1794.</p>
-<p>Mais voici des dtails affreux et plus positifs encore l'gard de
+<p>»Mais voici des détails affreux et plus positifs encore à l'égard de
l'auguste princesse.</p>
-<p>La s&oelig;ur de nos rois fut assassine la dernire parmi les victimes
-de ce jour; sa tte, spare du corps, fut montre au peuple et mise
-avec les ttes des autres victimes dans un seul et mme panier; mais
-le corps de la princesse, recouvert de ses vtements, fut plac le
-dernier sur la charrette. Arrive dans l'enclos de l'inhumation, la
-charrette fut dcharge, le corps de la princesse fut pos le premier
-ou des premiers sur le bord de la fosse; l son corps fut reconnu, dit
-le sieur Joly, dsign et dpouill de tout vtement: c'tait l'usage
+<p>»La s&oelig;ur de nos rois fut assassinée la dernière parmi les victimes
+de ce jour; sa tête, séparée du corps, fut montrée au peuple et mise
+avec les têtes des autres victimes dans un seul et même panier; mais
+le corps de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut placé le
+dernier sur la charrette. Arrivée dans l'enclos de l'inhumation, la
+charrette fut déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier
+ou des premiers sur le bord de la fosse; là son corps fut reconnu, dit
+le sieur Joly, désigné et dépouillé de tout vêtement: c'était l'usage
ou l'ordre de ces barbares, qui ne respectaient ni la vie ni la mort.
-Tous les corps taient ainsi dpouills avant d'tre prcipits dans
+Tous les corps étaient ainsi dépouillés avant d'être précipités dans
la fosse; ainsi, dans ces remuements successifs, le corps de la
-princesse devait avoir t prcipit le dernier ou l'un des derniers.
-C'est ce qui explique comment il se trouve, suivant le tmoignage du
-fossoyeur, plac dans le fond de la fosse et du cot le plus rapproch
-du mur, celui par o les fossoyeurs, quand ils taient descendus,
-arrangeaient les corps de manire ce qu'ils occupassent le moins
-d'espace possible, et en outre, deux rangs de corps taient placs
-immdiatement les uns sur les autres, mais horizontalement et
-recouverts d'une couche de terre, paisse d'environ un demi-pied. Les
-fossoyeurs plaaient alternativement un corps le tronc du ct du mur
+princesse devait avoir été précipité le dernier ou l'un des derniers.
+C'est ce qui explique comment il se trouve, suivant le témoignage du
+fossoyeur, placé dans le fond de la fosse et du coté le plus rapproché
+du mur, celui par où les fossoyeurs, quand ils étaient descendus,
+arrangeaient les corps de manière à ce qu'ils occupassent le moins
+d'espace possible, et en outre, deux rangs de corps étaient placés
+immédiatement les uns sur les autres, mais horizontalement et
+recouverts d'une couche de terre, épaisse d'environ un demi-pied. Les
+fossoyeurs plaçaient alternativement un corps le tronc du côté du mur
et un autre le tronc vers le milieu de la fosse, et dans sa largeur il
-y avait par consquent deux rangs de corps par couche
+y avait par conséquent deux rangs de corps par couche
horizontale<a id="footnotetag138" name="footnotetag138"></a><a href="#footnote138" title="Go to footnote 138"><span class="smaller">[138]</span></a>. Il serait inutile <span class="pagenum"><a id="page289" name="page289"></a>(p. 289)</span> de faire le douloureux
calcul du nombre de rangs et de couches que comportait une fosse de
dix-huit pieds environ de profondeur sur douze ou quinze d'ouverture
-en carr. Le fossoyeur Joly n'est pas sr du nombre qu'elle a reu, et
-il n'est que trop probable qu'elle a t remplie, puisque plus tard on
+en carré. Le fossoyeur Joly n'est pas sûr du nombre qu'elle a reçu, et
+il n'est que trop probable qu'elle a été remplie, puisque plus tard on
en a rempli une seconde.</p>
-<p>Mais ce qu'il importe de conclure de ces affreux dtails, c'est que
-les indications du fossoyeur Joly prsentent de grandes probabilits,
-et que les renseignements qu'il donne sont trs-vraisemblables.</p>
+<p>»Mais ce qu'il importe de conclure de ces affreux détails, c'est que
+les indications du fossoyeur Joly présentent de grandes probabilités,
+et que les renseignements qu'il donne sont très-vraisemblables.</p>
-<p>Le sieur Joly, soit par conviction produite par le souvenir, soit par
+<p>»Le sieur Joly, soit par conviction produite par le souvenir, soit par
l'effet de ses calculs sur les dispositions qu'il a faites sur le bord
-et l'intrieur de la fosse et dans l'enclos, dit:</p>
+et à l'intérieur de la fosse et dans l'enclos, dit:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Je suis assur que le corps de la princesse est l dans cette
+<p>»1<sup>o</sup> Je suis assuré que le corps de la princesse est là dans cette
fosse et non ailleurs.</p>
-<p>2<sup>o</sup> Je suis assur que le corps de la princesse est l'un des premiers
-rangs dans la fosse ce jour-l, et par consquent il est dans la
+<p>»2<sup>o</sup> Je suis assuré que le corps de la princesse est l'un des premiers
+rangés dans la fosse ce jour-là, et par conséquent il est dans la
partie de la fosse la plus proche du mur et de la grande porte, vers
le milieu de la couche.</p>
-<p>3<sup>o</sup> Il assure que ce corps a t rang le tronc du ct du mur et les
+<p>»3<sup>o</sup> Il assure que ce corps a été rangé le tronc du côté du mur et les
pieds vers le milieu de la fosse.</p>
-<p>4<sup>o</sup> Il croit tre assur que les corps placs auprs sont des corps
+<p>»4<sup>o</sup> Il croit être assuré que les corps placés auprès sont des corps
de sexe masculin.</p>
-<p>Voil ce qu'il a constamment rpt, comme en ayant la conviction.</p>
+<p>»Voilà ce qu'il a constamment répété, comme en ayant la conviction.</p>
-<p>Ce que le sieur Joly ne peut affirmer, c'est la profondeur positive
-de la fosse l'poque du 10 mai (il croit qu'elle tait d'environ
-dix-huit pieds). Il ne se rappelle pas certainement si la fosse tait
-nouvellement creuse ou si elle tait plus ancienne et s'il y avait
-eu dj des inhumations.</p>
+<p>»Ce que le sieur Joly ne peut affirmer, c'est la profondeur positive
+de la fosse à l'époque du 10 mai (il croit qu'elle était d'environ
+dix-huit pieds). Il ne se rappelle pas certainement si la fosse était
+nouvellement creusée ou si elle était plus ancienne et s'il y avait
+eu déjà des inhumations.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page290" name="page290"></a>(p. 290)</span>Il croit aussi que dans la suite on y a plac des corps
-enferms dans des cercueils, ce qui diminuerait le nombre des corps
+<p><span class="pagenum"><a id="page290" name="page290"></a>(p. 290)</span>»Il croit aussi que dans la suite on y a placé des corps
+enfermés dans des cercueils, ce qui diminuerait le nombre des corps
qu'elle aurait pu contenir.</p>
-<p>Rsulte-t-il de ces dtails et de ces indications des renseignements
-suffisants et assez srs pour que l'on puisse et doive entreprendre
-des recherches et en attendre des rsultats certains, ou se
-bornera-t-on regarder comme certaine l'existence des cendres de
-l'auguste princesse dans cette fosse? Sur le tmoignage du fossoyeur
-Joly, qui dans ses indications parat sage, raisonnable, vridique et
-sr de son fait, qui parat d'ailleurs tre le seul tmoin vivant de
-ces tristes vnements, se bornera-t-on projeter un monument digne
-des vertus de la s&oelig;ur de nos Rois, pour l'lever sur ce terrain
-consacr par d'aussi cruels souvenirs? C'est ce qu'il appartient au
-Gouvernement de dcider.</p>
-
-<p>Pour moi, Monseigneur, en vous rendant ce compte de la mission
-douloureuse et cependant si intressante que vous m'avez confie, je
-crois avoir donn une preuve nouvelle et irrcusable de mon zle et de
-mon dvouement sans bornes notre auguste Souverain. Sans la pense
-qu'un sujet fidle et dvou pouvait seul y mettre ces soins et ce vif
-intrt qui peuvent approcher du succs que vous dsiriez obtenir, je
-n'aurais point eu le courage et la prsence d'esprit ncessaires pour
+<p>»Résulte-t-il de ces détails et de ces indications des renseignements
+suffisants et assez sûrs pour que l'on puisse et doive entreprendre
+des recherches et en attendre des résultats certains, ou se
+bornera-t-on à regarder comme certaine l'existence des cendres de
+l'auguste princesse dans cette fosse? Sur le témoignage du fossoyeur
+Joly, qui dans ses indications paraît sage, raisonnable, véridique et
+sûr de son fait, qui paraît d'ailleurs être le seul témoin vivant de
+ces tristes événements, se bornera-t-on à projeter un monument digne
+des vertus de la s&oelig;ur de nos Rois, pour l'élever sur ce terrain
+consacré par d'aussi cruels souvenirs? C'est ce qu'il appartient au
+Gouvernement de décider.</p>
+
+<p>»Pour moi, Monseigneur, en vous rendant ce compte de la mission
+douloureuse et cependant si intéressante que vous m'avez confiée, je
+crois avoir donné une preuve nouvelle et irrécusable de mon zèle et de
+mon dévouement sans bornes à notre auguste Souverain. Sans la pensée
+qu'un sujet fidèle et dévoué pouvait seul y mettre ces soins et ce vif
+intérêt qui peuvent approcher du succès que vous désiriez obtenir, je
+n'aurais point eu le courage et la présence d'esprit nécessaires pour
ces recherches.</p>
-<p>S'il m'tait permis la suite de ce rapport de vous exprimer mon
-opinion particulire, je dirais Votre Excellence avec plus
-d'assurance prsent:</p>
+<p>»S'il m'était permis à la suite de ce rapport de vous exprimer mon
+opinion particulière, je dirais à Votre Excellence avec plus
+d'assurance à présent:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Qu'un succs complet me semble toujours difficile, mais non
+<p>»1<sup>o</sup> Qu'un succès complet me semble toujours difficile, mais non
impossible;</p>
-<p>2<sup>o</sup> Que pour arriver un rsultat, dans le cas o il serait jug
-possible et mme probable, il me semblerait convenable de faire cette
-recherche sans clat, en silence, discrtement, avec trs-peu
-d'ouvriers, en y employant beaucoup de temps et de prcautions, et
-aprs avoir combin tous les prparatifs de ce travail et les moyens
-de le poursuivre; aprs avoir consult quelques personnes habiles et
-pris les arrangements convenables avec le propritaire du terrain.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page291" name="page291"></a>(p. 291)</span>Si Votre Excellence, aprs avoir rendu ce nouveau compte de
-nos dmarches au Ministre de l'intrieur, en recevait l'autorisation
-de faire procder une fouille pour vrifier la justesse des
-indications contenues dans la dclaration du sieur Joly, il me
+<p>»2<sup>o</sup> Que pour arriver à un résultat, dans le cas où il serait jugé
+possible et même probable, il me semblerait convenable de faire cette
+recherche sans éclat, en silence, discrètement, avec très-peu
+d'ouvriers, en y employant beaucoup de temps et de précautions, et
+après avoir combiné tous les préparatifs de ce travail et les moyens
+de le poursuivre; après avoir consulté quelques personnes habiles et
+pris les arrangements convenables avec le propriétaire du terrain.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page291" name="page291"></a>(p. 291)</span>»Si Votre Excellence, après avoir rendu ce nouveau compte de
+nos démarches au Ministre de l'intérieur, en recevait l'autorisation
+de faire procéder à une fouille pour vérifier la justesse des
+indications contenues dans la déclaration du sieur Joly, il me
semblerait aussi prudent de mettre le moins possible de personnes dans
le secret de cette recherche incertaine<a id="footnotetag139" name="footnotetag139"></a><a href="#footnote139" title="Go to footnote 139"><span class="smaller">[139]</span></a>.</p>
<p>Le concierge Joly, l'officier de paix Burger, deux ouvriers adroits,
-discrets et intelligents, suffiraient pour cette preuve. Nous nous
-chargerions avec zle du soin de dcouvrir des ouvriers capables de ce
+discrets et intelligents, suffiraient pour cette épreuve. Nous nous
+chargerions avec zèle du soin de découvrir des ouvriers capables de ce
travail et de consulter des personnes habiles pour les diriger.</p>
-<p>Il faudrait faire une enceinte ferme par des planches dans l'enclos
-mme, pour viter les regards des curieux, empcher les journaux
+<p>»Il faudrait faire une enceinte fermée par des planches dans l'enclos
+même, pour éviter les regards des curieux, empêcher les journaux
indiscrets d'en occuper le public; et si les indications se trouvaient
-justifies, alors seulement on appellerait les reconnatre les
-tmoins ou plutt les juges du succs. Si au contraire les indications
-ne se ralisaient pas, on cesserait les recherches et l'on se
-bornerait croire le tmoignage du fossoyeur Joly, qui affirme que
-les restes de la princesse ont t placs l, mais sans pouvoir les
-reconnatre parmi ceux des autres victimes.</p>
+justifiées, alors seulement on appellerait à les reconnaître les
+témoins ou plutôt les juges du succès. Si au contraire les indications
+ne se réalisaient pas, on cesserait les recherches et l'on se
+bornerait à croire le témoignage du fossoyeur Joly, qui affirme que
+les restes de la princesse ont été placés là, mais sans pouvoir les
+reconnaître parmi ceux des autres victimes.</p>
-<p class="authorsc">De Chanay.</p>
+<p class="authorsc">»De Chanay.»</p>
<p class="p2">Pendant le cours de ces investigations, poursuivies avec autant de
-zle que de persvrance, un service solennel tait clbr pour
-Madame lisabeth dans toutes les paroisses de France le 10 mai, jour
+zèle que de persévérance, un service solennel était célébré pour
+Madame Élisabeth dans toutes les paroisses de France le 10 mai, jour
anniversaire de sa mort.</p>
-<p>Le 11 mai, le ministre d'tat, prfet de police, mettait sous les yeux
-du ministre de l'intrieur les dtails qu'il tait parvenu
+<p>Le 11 mai, le ministre d'État, préfet de police, mettait sous les yeux
+du ministre de l'intérieur les détails qu'il était parvenu à
recueillir sur l'inhumation de la princesse:</p>
<div class="lettre">
<p class="date"><span class="pagenum"><a id="page292" name="page292"></a>(p. 292)</span> Paris, le 11 mai 1817.</p>
-<p class="smcap">Monseigneur,</p>
+<p class="smcap">«Monseigneur,</p>
-<p>La lettre que j'ai eu l'honneur d'crire Votre Excellence le 22
-avril dernier, en l'informant que les dmarches faites jusqu'alors
-pour constater l'identit des cendres de S. A. R. Madame lisabeth me
-laissaient peu d'espoir de russir, annonait que de nouvelles
+<p>»La lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence le 22
+avril dernier, en l'informant que les démarches faites jusqu'alors
+pour constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame Élisabeth me
+laissaient peu d'espoir de réussir, annonçait que de nouvelles
recherches devaient avoir lieu par suite des dispositions que j'avais
prises: je m'empresse de mettre sous les yeux de Votre Excellence,
-conformment la lettre du 26 du mme mois, le dtail des
-informations et des tmoignages que je suis parvenu jusqu' prsent
+conformément à la lettre du 26 du même mois, le détail des
+informations et des témoignages que je suis parvenu jusqu'à présent à
recueillir.</p>
-<p>Je m'tais assur qu'il n'existait plus qu'un seul homme, le sieur
-Joly, anciennement employ aux inhumations de l'enclos de la maison
-dite du Christ prs Mousseaux, et aujourd'hui concierge du cimetire
-Montmartre, qui pt donner, comme tmoin oculaire, les indications
-dsires. Le sieur Joly avait assist la spulture de Madame
-lisabeth; ses souvenirs, sa prsence dans l'enclos o la spulture
-avait t faite, ses remarques, devaient tre constats avec la plus
-scrupuleuse exactitude. Des questions utiles pouvaient tre suggres
-par ses observations sur le lieu mme, et il fallait s'y prsenter
-avec beaucoup de prcautions, autant cause du secret que la nature
-des recherches rendait ncessaire que par rapport au propritaire, qui
-s'tait flatt d'abord de tirer un grand parti de son terrain, sur
-lequel on avait propos d'riger un monument la mmoire de l'auguste
-victime: je jugeai donc convenable de remettre M. de Chanay, chef de
-la premire division des bureaux de ma prfecture, le soin de visiter
+<p>»Je m'étais assuré qu'il n'existait plus qu'un seul homme, le sieur
+Joly, anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison
+dite du Christ près Mousseaux, et aujourd'hui concierge du cimetière
+Montmartre, qui pût donner, comme témoin oculaire, les indications
+désirées. Le sieur Joly avait assisté à la sépulture de Madame
+Élisabeth; ses souvenirs, sa présence dans l'enclos où la sépulture
+avait été faite, ses remarques, devaient être constatés avec la plus
+scrupuleuse exactitude. Des questions utiles pouvaient être suggérées
+par ses observations sur le lieu même, et il fallait s'y présenter
+avec beaucoup de précautions, autant à cause du secret que la nature
+des recherches rendait nécessaire que par rapport au propriétaire, qui
+s'était flatté d'abord de tirer un grand parti de son terrain, sur
+lequel on avait proposé d'ériger un monument à la mémoire de l'auguste
+victime: je jugeai donc convenable de remettre à M. de Chanay, chef de
+la première division des bureaux de ma préfecture, le soin de visiter
l'enclos avec le sieur Joly, et je le fis accompagner d'un officier de
-paix, le sieur Burger, qui dj avait t charg de prendre auprs du
+paix, le sieur Burger, qui déjà avait été chargé de prendre auprès du
sieur Joly les premiers documents.</p>
-<p>Le 28 avril, midi, cette visite eut lieu. Aprs avoir travers la
-cour et une partie du jardin de M. Viger de Jolival, on s'est dirig
-l'ouest vers le mur qui spare le jardin du petit enclos de
+<p>»Le 28 avril, à midi, cette visite eut lieu. Après avoir traversé la
+cour et une partie du jardin de M. Viger de Jolival, on s'est dirigé à
+l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du petit enclos de
l'inhumation. A trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos,
-et avant d'arriver au mur de sparation, <span class="pagenum"><a id="page293" name="page293"></a>(p. 293)</span> Joly, interrog s'il
+et avant d'arriver au mur de séparation, <span class="pagenum"><a id="page293" name="page293"></a>(p. 293)</span> Joly, interrogé s'il
se remettait parfaitement dans l'esprit la disposition du local,
-montra aussitt de la main une partie de ce mur droite de la petite
-porte et qui peut en tre loigne de douze quinze pas, en disant:
-<em>C'est l derrire qu'est la fosse!</em> Cette indication, donne de loin
-et sans hsiter, prouverait qu'il avait un souvenir exact du lieu de
-la spulture, et d'autant plus qu'tant entr dans l'enclos par la
-petite porte et ayant aussitt regard droite vers le point indiqu,
-on a vu un terrain en partie couvert de gazon et affaiss sur une
-surface carre de quatorze quinze pieds, comme Joly l'avait annonc.</p>
-
-<p>L'indication donne par ce dernier est encore d'autant plus
-essentielle qu'elle a fait reconnatre que ce n'est point dans la
+montra aussitôt de la main une partie de ce mur à droite de la petite
+porte et qui peut en être éloignée de douze à quinze pas, en disant:
+<em>C'est là derrière qu'est la fosse!</em> Cette indication, donnée de loin
+et sans hésiter, prouverait qu'il avait un souvenir exact du lieu de
+la sépulture, et d'autant plus qu'étant entré dans l'enclos par la
+petite porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué,
+on a vu un terrain en partie couvert de gazon et affaissé sur une
+surface carrée de quatorze à quinze pieds, comme Joly l'avait annoncé.</p>
+
+<p>»L'indication donnée par ce dernier est encore d'autant plus
+essentielle qu'elle a fait reconnaître que ce n'est point dans la
grande fosse, presque en face de la petite porte, mais dans l'autre
-fosse, plus ancienne et moins vaste, qu'ont d avoir t dposs les
-restes de S. A. R. Madame lisabeth. Ainsi M. Viger de Jolival s'tait
-videmment tromp en faisant placer sur le terrain affaiss de la
-premire fosse une pierre sur laquelle on lisait l'inscription:
-<em>Madame lisabeth</em>.</p>
-
-<p>Le sieur Joly a constamment assur qu'il devait y avoir deux fosses
-visibles par l'affaissement du terrain et situes gauche en entrant
-par la grande porte de l'enclos, l'une plus prs du mur et de la
-grande porte, et dont la dimension pouvait tre de douze quinze
-pieds carrs, l'autre plus loigne de la grande porte et plus au
-milieu du terrain de l'enclos. C'est dans la premire de ces fosses
-que le sieur Joly assure, d'aprs son entire conviction, que Son
-Altesse Royale a t inhume.</p>
-
-<p>On a vrifi une circonstance particulire prcdemment nonce par
-le sieur Joly dans ses interrogatoires ma prfecture: il avait dit
-que le 10 mai, l'heure de l'inhumation, lorsque lui et les autres
-personnes qui s'y trouvaient taient en face de la fosse, ils
-tournaient le dos au soleil couchant; cette position a paru peu prs
-exacte, la fosse, rapproche du mur par le ct de l'est, ne pouvant
-tre aborde que par le ct ouest ou sud-ouest, parce que les cts
-nord et sud devaient tre occups par les terres extraites de la
+fosse, plus ancienne et moins vaste, qu'ont dû avoir été déposés les
+restes de S. A. R. Madame Élisabeth. Ainsi M. Viger de Jolival s'était
+évidemment trompé en faisant placer sur le terrain affaissé de la
+première fosse une pierre sur laquelle on lisait l'inscription:
+<em>Madame Élisabeth</em>.</p>
+
+<p>»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses
+visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant
+par la grande porte de l'enclos, l'une plus près du mur et de la
+grande porte, et dont la dimension pouvait être de douze à quinze
+pieds carrés, l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au
+milieu du terrain de l'enclos. C'est dans la première de ces fosses
+que le sieur Joly assure, d'après son entière conviction, que Son
+Altesse Royale a été inhumée.</p>
+
+<p>»On a vérifié une circonstance particulière précédemment énoncée par
+le sieur Joly dans ses interrogatoires à ma préfecture: il avait dit
+que le 10 mai, à l'heure de l'inhumation, lorsque lui et les autres
+personnes qui s'y trouvaient étaient en face de la fosse, ils
+tournaient le dos au soleil couchant; cette position a paru à peu près
+exacte, la fosse, rapprochée du mur par le côté de l'est, ne pouvant
+être abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, parce que les côtés
+nord et sud devaient être occupés par les terres extraites de la
fosse.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page294" name="page294"></a>(p. 294)</span>Le local ainsi reconnu d'aprs les indications du sieur Joly,
-il restait remplir une tche bien douloureuse, celle de constater
-les dtails qui pouvaient aider identifier les cendres de l'illustre
-martyre. Quelque affligeants que soient ces dtails, il est cependant
+<p><span class="pagenum"><a id="page294" name="page294"></a>(p. 294)</span>»Le local ainsi reconnu d'après les indications du sieur Joly,
+il restait à remplir une tâche bien douloureuse, celle de constater
+les détails qui pouvaient aider à identifier les cendres de l'illustre
+martyre. Quelque affligeants que soient ces détails, il est cependant
indispensable de les retracer ici.</p>
-<p>Madame lisabeth fut la dernire des victimes qui prirent le 10 mai
-1794. Cette tte auguste fut mise avec les autres dans un seul et mme
-panier. Le corps de la princesse, recouvert de ses vtements, fut
-plac le dernier sur la charrette. Lorsque la charrette, arrive dans
-l'enclos, fut dcharge, le corps de la princesse fut pos le premier,
-ou l'un des premiers, sur le bord de la fosse. L, son corps fut
-reconnu, a dit le sieur Joly, dpouill de tout vtement avant d'tre
-prcipit dans la fosse, o il l'a t probablement le dernier ou l'un
-des derniers, cause des remuements successifs des autres corps
-dpouills de mme. C'est ce qui expliquerait comment il se trouve
-(suivant le tmoignage du fossoyeur, le sieur Joly) plac dans le fond
-de la fosse et du ct le plus rapproch du mur.</p>
-
-<p>Le sieur Joly assure que le corps de la princesse a t rang le
-ventre tourn vers la terre, de manire que le tronc se trouve du ct
-du mur et les pieds vers le milieu de la fosse; il croit de plus tre
-assur que les corps placs de l'un et de l'autre ct auprs de celui
-de la princesse sont des corps du sexe masculin. Pour mnager
-l'espace, les corps taient placs immdiatement les uns sur les
+<p>»Madame Élisabeth fut la dernière des victimes qui périrent le 10 mai
+1794. Cette tête auguste fut mise avec les autres dans un seul et même
+panier. Le corps de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut
+placé le dernier sur la charrette. Lorsque la charrette, arrivée dans
+l'enclos, fut déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier,
+ou l'un des premiers, sur le bord de la fosse. Là, son corps fut
+reconnu, a dit le sieur Joly, dépouillé de tout vêtement avant d'être
+précipité dans la fosse, où il l'a été probablement le dernier ou l'un
+des derniers, à cause des remuements successifs des autres corps
+dépouillés de même. C'est ce qui expliquerait comment il se trouve
+(suivant le témoignage du fossoyeur, le sieur Joly) placé dans le fond
+de la fosse et du côté le plus rapproché du mur.</p>
+
+<p>»Le sieur Joly assure que le corps de la princesse a été rangé le
+ventre tourné vers la terre, de manière que le tronc se trouve du côté
+du mur et les pieds vers le milieu de la fosse; il croit de plus être
+assuré que les corps placés de l'un et de l'autre côté auprès de celui
+de la princesse sont des corps du sexe masculin. Pour ménager
+l'espace, les corps étaient placés immédiatement les uns sur les
autres, en ligne horizontale, chaque corps ayant alternativement le
-tronc du ct du mur et le tronc vers le milieu de la fosse. Par
-consquent il y avait deux rangs de corps par chaque couche
+tronc du côté du mur et le tronc vers le milieu de la fosse. Par
+conséquent il y avait deux rangs de corps par chaque couche
horizontale. On mettait aussi les pieds et les troncs des corps en
-opposition, de mme que les faces, afin de mnager le terrain.</p>
-
-<p>Ce que le sieur Joly n'a pu affirmer, c'est l'exacte profondeur de la
-fosse l'poque du 10 mai 1794. Il croit qu'elle tait d'environ
-dix-huit pieds de profondeur sur douze quinze d'ouverture en carr,
-et qu'il y a t fait aussi des inhumations ordinaires de corps
-enferms dans des cercueils.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page295" name="page295"></a>(p. 295)</span>En rsultat, les indications du sieur Joly semblent prsenter
-des probabilits; qu'il soit aujourd'hui le seul tmoin oculaire
-encore existant, c'est ce qu'il est naturel de conclure de l'inutilit
-des recherches qui ont t faites pour en dcouvrir d'autres que lui,
-et des dtails qu'il a donns sur ce qui se passait l'poque cruelle
-des excutions rvolutionnaires. Il n'y avait Mousseaux que deux
+opposition, de même que les faces, afin de ménager le terrain.</p>
+
+<p>»Ce que le sieur Joly n'a pu affirmer, c'est l'exacte profondeur de la
+fosse à l'époque du 10 mai 1794. Il croit qu'elle était d'environ
+dix-huit pieds de profondeur sur douze à quinze d'ouverture en carré,
+et qu'il y a été fait aussi des inhumations ordinaires de corps
+enfermés dans des cercueils.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page295" name="page295"></a>(p. 295)</span>»En résultat, les indications du sieur Joly semblent présenter
+des probabilités; qu'il soit aujourd'hui le seul témoin oculaire
+encore existant, c'est ce qu'il est naturel de conclure de l'inutilité
+des recherches qui ont été faites pour en découvrir d'autres que lui,
+et des détails qu'il a donnés sur ce qui se passait à l'époque cruelle
+des exécutions révolutionnaires. Il n'y avait à Mousseaux que deux
fossoyeurs, lui compris. Ces deux hommes et le conducteur de la fatale
-charrette taient seuls admis dans l'enclos. Il leur a survcu. Aucun
-agent de la commune n'assistait, s'il faut l'en croire, l'inhumation
+charrette étaient seuls admis dans l'enclos. Il leur a survécu. Aucun
+agent de la commune n'assistait, s'il faut l'en croire, à l'inhumation
des victimes, et jamais agent de la commune ou commissaire de police,
- cette poque<a id="footnotetag140" name="footnotetag140"></a><a href="#footnote140" title="Go to footnote 140"><span class="smaller">[140]</span></a>, n'entrait dans l'enclos que pour constater des
+à cette époque<a id="footnotetag140" name="footnotetag140"></a><a href="#footnote140" title="Go to footnote 140"><span class="smaller">[140]</span></a>, n'entrait dans l'enclos que pour constater des
inhumations ordinaires; mais quant aux victimes des fureurs
-rvolutionnaires, il n'tait jamais dress de procs-verbal de leur
-inhumation (toujours suivant les dpositions du sieur Joly), et
-seulement on prenait la note de leurs dpouilles. Des gendarmes ou des
-soldats fermaient la porte de l'enclos ds que la charrette y tait
-entre, et ne laissaient aux curieux aucun moyen de voir ce qui se
-faisait dans l'intrieur, et mme les trous qui se trouvaient dans la
-porte taient bouchs avec une pierre.</p>
-
-<p>La dclaration du sieur Joly, en date du 28 avril dernier, a fourni
-la matire des dtails dont j'ai l'honneur de rendre compte Votre
+révolutionnaires, il n'était jamais dressé de procès-verbal de leur
+inhumation (toujours suivant les dépositions du sieur Joly), et
+seulement on prenait la note de leurs dépouilles. Des gendarmes ou des
+soldats fermaient la porte de l'enclos dès que la charrette y était
+entrée, et ne laissaient aux curieux aucun moyen de voir ce qui se
+faisait dans l'intérieur, et même les trous qui se trouvaient dans la
+porte étaient bouchés avec une pierre.</p>
+
+<p>»La déclaration du sieur Joly, en date du 28 avril dernier, a fourni
+la matière des détails dont j'ai l'honneur de rendre compte à Votre
Excellence.</p>
-<p>Je joins ici une copie de la dclaration du sieur Joly, ainsi qu'un
-plan qui mettra Votre Excellence plus porte d'en suivre les dtails
+<p>»Je joins ici une copie de la déclaration du sieur Joly, ainsi qu'un
+plan qui mettra Votre Excellence plus à portée d'en suivre les détails
topographiques.</p>
-<p>Je regrette vivement de ne pouvoir donner Votre Excellence, au lieu
-de certitudes, que des probabilits pour le succs des recherches et
-des travaux qui tendraient faire reconnatre les restes de l'auguste
+<p>»Je regrette vivement de ne pouvoir donner à Votre Excellence, au lieu
+de certitudes, que des probabilités pour le succès des recherches et
+des travaux qui tendraient à faire reconnaître les restes de l'auguste
princesse parmi ceux de tant d'autres victimes, mais du moins Votre
-Excellence pourra juger de ce qui resterait faire, et dcider si les
-informations dont j'ai l'honneur de lui soumettre les rsultats
-prsentent assez d'espoir de succs pour donner lieu des recherches
-ultrieures, <span class="pagenum"><a id="page296" name="page296"></a>(p. 296)</span> et dans ce cas je la prierais de vouloir bien me
-faire connatre ses intentions.</p>
+Excellence pourra juger de ce qui resterait à faire, et décider si les
+informations dont j'ai l'honneur de lui soumettre les résultats
+présentent assez d'espoir de succès pour donner lieu à des recherches
+ultérieures, <span class="pagenum"><a id="page296" name="page296"></a>(p. 296)</span> et dans ce cas je la prierais de vouloir bien me
+faire connaître ses intentions.</p>
-<p>J'ai l'honneur, etc.</p>
+<p>»J'ai l'honneur, etc.</p>
-<p class="authorsc">Le ministre d'tat, prfet.</p>
+<p class="authorsc">»Le ministre d'État, préfet.»</p>
</div>
-<p class="p2">L s'arrtent les documents relatifs la spulture de Madame
-lisabeth. Il fallut donc perdre l'espoir de retrouver, d'une manire
-certaine, ses prcieux restes. Oblig de renoncer se dfaire d'une
-faon lucrative de son enclos, M. Viger de Jolival chercha se
-ddommager de cet chec.</p>
+<p class="p2">Là s'arrêtent les documents relatifs à la sépulture de Madame
+Élisabeth. Il fallut donc perdre l'espoir de retrouver, d'une manière
+certaine, ses précieux restes. Obligé de renoncer à se défaire d'une
+façon lucrative de son enclos, M. Viger de Jolival chercha à se
+dédommager de cet échec.</p>
-<p>La lettre suivante initie le lecteur une dmarche que M. Viger tenta
-prs du commissaire de police du quartier du Roule. Celui-ci comprit
-tout ce que cette dmarche offrait d'inconvenant et d'inadmissible. Il
-la fit connatre en ces termes au prfet de police:</p>
+<p>La lettre suivante initie le lecteur à une démarche que M. Viger tenta
+près du commissaire de police du quartier du Roule. Celui-ci comprit
+tout ce que cette démarche offrait d'inconvenant et d'inadmissible. Il
+la fit connaître en ces termes au préfet de police:</p>
<div class="lettre">
<p class="date">Paris, ce 20 mai 1817.</p>
-<p class="smcap">Monsieur le comte,</p>
+<p class="smcap">«Monsieur le comte,</p>
-<p>M. Viger de Jolival, propritaire d'une maison rue de Valois, n<sup>o</sup> 15,
-devenu acqureur d'un terrain qui servit de spulture dix-sept cent
+<p>»M. Viger de Jolival, propriétaire d'une maison rue de Valois, n<sup>o</sup> 15,
+devenu acquéreur d'un terrain qui servit de sépulture à dix-sept cent
quarante-cinq victimes des fureurs du temps, parmi lesquelles reposent
-les restes de Madame lisabeth, m'a propos, comme moyen d'viter
-l'assujettissement de donner l'entre de son jardin aux personnes qui
-se prsentent assez souvent par curiosit pour visiter ce lieu, de
-l'autoriser placer sur le mur extrieur, en face de l'endroit o
-l'on pense que le corps de Son Altesse Royale a t inhum, une
-inscription indicative ce sujet.</p>
-
-<p>Avant de soumettre sa demande Votre Excellence et afin d'tre plus
- mme de vous la prsenter, j'ai visit le terrain accompagn de son
-jardinier: il rsulte de cet examen que deux fosses larges et
-profondes, remarquables par le surbaissement des terres, y ont t
-ouvertes; que celle droite cache le plus grand nombre de ces
-victimes; que sur la seconde il a t lev un petit tertre en verdure
-et plac une pierre funraire portant pour inscription: <em>Ici repose
-Madame lisabeth.</em></p>
-
-<p>Prs du mur de clture de Paris, il existe un autre surbaissement
+les restes de Madame Élisabeth, m'a proposé, comme moyen d'éviter
+l'assujettissement de donner l'entrée de son jardin aux personnes qui
+se présentent assez souvent par curiosité pour visiter ce lieu, de
+l'autoriser à placer sur le mur extérieur, en face de l'endroit où
+l'on pense que le corps de Son Altesse Royale a été inhumé, une
+inscription indicative à ce sujet.</p>
+
+<p>»Avant de soumettre sa demande à Votre Excellence et afin d'être plus
+à même de vous la présenter, j'ai visité le terrain accompagné de son
+jardinier: il résulte de cet examen que deux fosses larges et
+profondes, remarquables par le surbaissement des terres, y ont été
+ouvertes; que celle à droite cache le plus grand nombre de ces
+victimes; que sur la seconde il a été élevé un petit tertre en verdure
+et placé une pierre funéraire portant pour inscription: <em>Ici repose
+Madame Élisabeth.</em></p>
+
+<p>»Près du mur de clôture de Paris, il existe un autre surbaissement
<span class="pagenum"><a id="page297" name="page297"></a>(p. 297)</span> petit, mais visible, au-dessus duquel est un pied de rosier
-qui parat dj ancien, et contre l'enduit du mur une rayure qui
-semble avoir t faite avec un corps quelconque et dessein.</p>
-
-<p>Ce jardinier a fait sur cet endroit une remarque que son habitude de
-manier la terre lui aura suggre, et d'aprs laquelle cette princesse
-et les vingt-quatre personnes qui partagrent son martyre pourraient
-avoir t dposes: c'est en face de ce mme endroit et contre le mur
-extrieur que M. Viger dsirerait tre autoris placer l'inscription
-qu'il a projete; je lui ferai connatre la rponse de Votre
+qui paraît déjà ancien, et contre l'enduit du mur une rayure qui
+semble avoir été faite avec un corps quelconque et à dessein.</p>
+
+<p>»Ce jardinier a fait sur cet endroit une remarque que son habitude de
+manier la terre lui aura suggérée, et d'après laquelle cette princesse
+et les vingt-quatre personnes qui partagèrent son martyre pourraient
+avoir été déposées: c'est en face de ce même endroit et contre le mur
+extérieur que M. Viger désirerait être autorisé à placer l'inscription
+qu'il a projetée; je lui ferai connaître la réponse de Votre
Excellence.</p>
-<p>Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de mon respect.</p>
+<p>»Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de mon respect.</p>
-<p class="author"><i>Le commissaire de police du quartier du Roule,</i><br>
- <span class="smcap">Bruzelin</span>.</p>
+<p class="author"><i>»Le commissaire de police du quartier du Roule,</i><br>
+ »<span class="smcap">Bruzelin</span>.»</p>
</div>
-<p class="p2">Une note, conserve aux archives de la prfecture de police, est ainsi
-conue: Le 29 mai 1817, crit M. le commissaire de police du
+<p class="p2">Une note, conservée aux archives de la préfecture de police, est ainsi
+conçue: «Le 29 mai 1817, écrit à M. le commissaire de police du
quartier du Roule, de la part de M. de Chanay, que S. Exc. le ministre
-d'tat, prfet de police, n'accueillerait point du tout la proposition
-que M. Viger de Jolival parat avoir l'intention de lui faire.</p>
+d'État, préfet de police, n'accueillerait point du tout la proposition
+que M. Viger de Jolival paraît avoir l'intention de lui faire.</p>
-<p>M. Boucher a sign la lettre adresse M. le commissaire de police.</p>
+<p>»M. Boucher a signé la lettre adressée à M. le commissaire de police.»</p>
<hr class="hr10">
-<p>Ainsi se termina cette triste et pieuse croisade, dont le rsultat
-final n'tait malheureusement que trop prvu. Aux regrets du Roi et de
-la famille royale s'associrent tous les c&oelig;urs gnreux et
-compatissants. Le Parisien, si vite oublieux, s'tonna d'apprendre que
-dans ce coin de terre obscur et cach l'extrmit de sa ville la
-petite-fille et la s&oelig;ur des Rois et t enterre sans linceul et
-sans bire. Il ignorait, et il ignore encore le nombre des holocaustes
-dont le dnoment s'est accompli en cette troite enceinte,
+<p>Ainsi se termina cette triste et pieuse croisade, dont le résultat
+final n'était malheureusement que trop prévu. Aux regrets du Roi et de
+la famille royale s'associèrent tous les c&oelig;urs généreux et
+compatissants. Le Parisien, si vite oublieux, s'étonna d'apprendre que
+dans ce coin de terre obscur et caché à l'extrémité de sa ville la
+petite-fille et la s&oelig;ur des Rois eût été enterrée sans linceul et
+sans bière. Il ignorait, et il ignore encore le nombre des holocaustes
+dont le dénoûment s'est accompli en cette étroite enceinte,
aujourd'hui envahie par le boulevard Malesherbes. En publiant ici <i>in
-extenso</i> les <em>fournes</em> de supplicis dont les restes ont t enfouis
-dans le clos du Christ, c'est en quelque sorte une rvlation que nous
-croyons apporter nos concitoyens. <span class="pagenum"><a id="page298" name="page298"></a>(p. 298)</span> Il est regretter que
-l'dilit parisienne, habituellement jalouse de concilier ce qui est
-d aux convenances morales avec les justes exigences des amliorations
-utiles, n'ait pas t avertie temps, de manire pouvoir tenir
+extenso</i> les <em>fournées</em> de suppliciés dont les restes ont été enfouis
+dans le clos du Christ, c'est en quelque sorte une révélation que nous
+croyons apporter à nos concitoyens. <span class="pagenum"><a id="page298" name="page298"></a>(p. 298)</span> Il est à regretter que
+l'édilité parisienne, habituellement jalouse de concilier ce qui est
+dû aux convenances morales avec les justes exigences des améliorations
+utiles, n'ait pas été avertie à temps, de manière à pouvoir tenir
compte, dans ses plans, des pieux souvenirs recueillis sur ce point
-obscur de la grande cit, et que, le premier, j'ai mis en lumire.
-Malheureusement, le compas de l'architecte et la truelle du maon ont
-march plus vite que l'enqute du chercheur des choses d'autrefois et
-la plume de l'crivain.</p>
+obscur de la grande cité, et que, le premier, j'ai mis en lumière.
+Malheureusement, le compas de l'architecte et la truelle du maçon ont
+marché plus vite que l'enquête du chercheur des choses d'autrefois et
+la plume de l'écrivain.</p>
-<p>Le 4 germinal an II, le cimetire de la Madeleine fut ferm; celui de
-Monceaux fut ouvert, et reut ce jour-l les restes mortels d'Hbert
-et des hbertistes. Voici la liste des excutions et des dcs:</p>
+<p>Le 4 germinal an II, le cimetière de la Madeleine fut fermé; celui de
+Monceaux fut ouvert, et reçut ce jour-là les restes mortels d'Hébert
+et des hébertistes. Voici la liste des exécutions et des décès:</p>
<div class="quote">
- <p>Le Tribunal rvolutionnaire tabli Paris par dcret de la
- Convention nationale du 10 mars 1793, l'an deuxime de la
- Rpublique, sans aucun recours au Tribunal de cassation, en vertu
- du pouvoir lui donn par l'article deux d'un autre dcret de la
- Convention du 5 avril suivant, portant que l'Accusateur public
- dudit Tribunal est autoris faire arrter, poursuivre et juger,
- sur la dnonciation des autorits constitues ou des citoyens:
- (le mme prambule se retrouve en tte de chaque jugement).</p>
+ <p>Le Tribunal révolutionnaire établi à Paris par décret de la
+ Convention nationale du 10 mars 1793, l'an deuxième de la
+ République, sans aucun recours au Tribunal de cassation, en vertu
+ du pouvoir à lui donné par l'article deux d'un autre décret de la
+ Convention du 5 avril suivant, portant «que l'Accusateur public
+ dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter, poursuivre et juger,
+ sur la dénonciation des autorités constituées ou des citoyens:»
+ (le même préambule se retrouve en tête de chaque jugement).</p>
<p>Par jugement du 4 germinal an II (24 mars 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jacques-Ren Hbert, substitut de l'agent national de la
- Commune de Paris, g de 35 ans, natif d'Alenon, dpartement de
- l'Orne, domicili Paris, rue Neuve-de-galit.</p>
+ <p>1. Jacques-René Hébert, substitut de l'agent national de la
+ Commune de Paris, âgé de 35 ans, natif d'Alençon, département de
+ l'Orne, domicilié à Paris, rue Neuve-de-Égalité.</p>
- <p>2. Charles-Philippe Ronsin, avant la rvolution homme de lettres,
+ <p>2. Charles-Philippe Ronsin, avant la révolution homme de lettres,
puis commissaire de guerre ordonnateur, adjoint au ministre de la
- guerre, gnral de l'arme rvolutionnaire, g de 42 ans, natif
- de Soissons, dpartement de l'Aisne, domicili Paris, boulevard
+ guerre, général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42 ans, natif
+ de Soissons, département de l'Aisne, domicilié à Paris, boulevard
Montmartre, n<sup>o</sup> 27.</p>
- <p>3. Antoine-Franois Momoro, imprimeur-libraire et administrateur
- du dpartement de Paris, g de 38 ans, natif de Besanon,
- dpartement du Doubs, domicili Paris, rue de la Harpe, n<sup>o</sup> 71.</p>
+ <p>3. Antoine-François Momoro, imprimeur-libraire et administrateur
+ du département de Paris, âgé de 38 ans, natif de Besançon,
+ département du Doubs, domicilié à Paris, rue de la Harpe, n<sup>o</sup> 71.</p>
- <p>4. Franois-Nicolas Vincent, ci-devant clerc de procureur, puis
- membre de la Commune, et actuellement secrtaire gnral du
- dpartement de la guerre, g de 27 ans, natif de Paris, y
- domicili, rue des Citoyennes, section de Mutius-Scvola.</p>
+ <p>4. François-Nicolas Vincent, ci-devant clerc de procureur, puis
+ membre de la Commune, et actuellement secrétaire général du
+ département de la guerre, âgé de 27 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue des Citoyennes, section de Mutius-Scévola.</p>
<p>5. Michel Laumur, ci-devant lieutenant-colonel de la marine et
- colonel d'infanterie au 6<sup>e</sup> rgiment de l'arme du Nord, et
- gnral de brigade, g de 63 ans, natif de Paris, y domicili,
+ colonel d'infanterie au 6<sup>e</sup> régiment de l'armée du Nord, et
+ général de brigade, âgé de 63 ans, natif de Paris, y domicilié,
rue Croix-des-Petits-Champs, n<sup>o</sup> 42.</p>
- <p>6. Jean-Conrad Kock, banquier, g de 38 ans, natif d'Ulm, en
- Hollande, <span class="pagenum"><a id="page299" name="page299"></a>(p. 299)</span> habitant en France depuis 1787, demeurant
- Passy, prs Paris, et encore Paris, rue Neuve-de-l'galit, n<sup>o</sup>
+ <p>6. Jean-Conrad Kock, banquier, âgé de 38 ans, natif d'Ulm, en
+ Hollande, <span class="pagenum"><a id="page299" name="page299"></a>(p. 299)</span> habitant en France depuis 1787, demeurant à
+ Passy, près Paris, et encore à Paris, rue Neuve-de-l'Égalité, n<sup>o</sup>
314.</p>
- <p>7. Pierre-Jean Proly, ngociant, puis rdacteur de journal, g
- de 42 ans, natif de Bruxelles, en France depuis 1782, demeurant
+ <p>7. Pierre-Jean Proly, négociant, puis rédacteur de journal, âgé
+ de 42 ans, natif de Bruxelles, en France depuis 1782, demeurant à
Paris, rue Vivienne, n<sup>o</sup> 7.</p>
- <p>8. Franois Desfieux, marchand de vin de Bordeaux, g de 39 ans,
- natif de Bordeaux, domicili Paris, rue des
+ <p>8. François Desfieux, marchand de vin de Bordeaux, âgé de 39 ans,
+ natif de Bordeaux, domicilié à Paris, rue des
Filles-Saint-Thomas, n<sup>o</sup> 20.</p>
<p>9. Anacharsis Clootz (Jean-Baptiste), homme de lettres, ci-devant
- dput la Convention nationale, g de 38 ans, natif de Clves,
- dans la Belgique, habitant en France depuis 27 ans, demeurant
+ député à la Convention nationale, âgé de 38 ans, natif de Clèves,
+ dans la Belgique, habitant en France depuis 27 ans, demeurant à
Paris, rue de Mesnard, n<sup>o</sup> 563.</p>
- <p>10. Jacob Peyrera, manufacturier de tabac, g de 51 ans, natif
- de Bayonne, dpartement des Basses-Pyrnes, demeurant Paris,
+ <p>10. Jacob Peyrera, manufacturier de tabac, âgé de 51 ans, natif
+ de Bayonne, département des Basses-Pyrénées, demeurant à Paris,
rue Saint-Denis, n<sup>o</sup> 413, section Bon-Conseil.</p>
- <p>11. Marie-Anne-Catherine Latreille, ge de 34 ans, native de
- Montreuil-Belley, dpartement de Rhne-et-Loire, demeurant
+ <p>11. Marie-Anne-Catherine Latreille, âgée de 34 ans, native de
+ Montreuil-Belley, département de Rhône-et-Loire, demeurant à
Paris depuis six mois, rue et maison Bussy, femme Questineau.</p>
- <p>12. Jean-Antoine-Florent Armand, lve en chirurgie, g de 26
- ans, natif de Chaylac, dpartement de l'Ardche, domicili
+ <p>12. Jean-Antoine-Florent Armand, élève en chirurgie, âgé de 26
+ ans, natif de Chaylac, département de l'Ardèche, domicilié à
Paris depuis un an, rue et maison Bussy.</p>
- <p>13. Jean-Baptiste Aucard, employ au comit des recherches du
- dpartement de Paris, g de 52 ans, natif de Grenoble,
- dpartement de l'Isre, domicili Paris, rue des
- Mauvais-Garons Saint-Germain, ci-devant coupeur de gants,
+ <p>13. Jean-Baptiste Aucard, employé au comité des recherches du
+ département de Paris, âgé de 52 ans, natif de Grenoble,
+ département de l'Isère, domicilié à Paris, rue des
+ Mauvais-Garçons Saint-Germain, ci-devant coupeur de gants,
journalier.</p>
- <p>14. Frdric-Pierre Ducroquet, ci-devant perruquier-coiffeur et
- parfumeur, et depuis commissaire aux accaparements, g de 31
- ans, natif d'Amiens, dpartement de la Somme, demeurant Paris,
+ <p>14. Frédéric-Pierre Ducroquet, ci-devant perruquier-coiffeur et
+ parfumeur, et depuis commissaire aux accaparements, âgé de 31
+ ans, natif d'Amiens, département de la Somme, demeurant à Paris,
rue du Paon, n<sup>o</sup> 2, section de Marat.</p>
<p>15. Armand-Hubert Leclerc, chef de division au bureau de la
- guerre, g de 44 ans, natif de Cany, dpartement de la
- Seine-Infrieure, domicili Paris, rue Grange-Batelire, n<sup>o</sup>
- 10, et ancien archiviste du ci-devant vch de Beauvais.</p>
+ guerre, âgé de 44 ans, natif de Cany, département de la
+ Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue Grange-Batelière, n<sup>o</sup>
+ 10, et ancien archiviste du ci-devant évêché de Beauvais.</p>
- <p>16. Jean-Charles Bourgeois, ci-devant menuisier, employ dans les
- bureaux de la guerre, et commandant de la force arme de sa
- section, g de 26 ans, natif de Paris, y demeurant, rue des
- Sans-Culottes, ci-devant Guisarde, section de Mutius-Scvola.</p>
+ <p>16. Jean-Charles Bourgeois, ci-devant menuisier, employé dans les
+ bureaux de la guerre, et commandant de la force armée de sa
+ section, âgé de 26 ans, natif de Paris, y demeurant, rue des
+ Sans-Culottes, ci-devant Guisarde, section de Mutius-Scévola.</p>
- <p>17. Albert Mazuel, ancien cordonnier, depuis brodeur, et aprs
+ <p>17. Albert Mazuel, ancien cordonnier, depuis brodeur, et après
aide de camp de Bouchotte, ministre de la guerre, chef d'escadron
- de la cavalerie rvolutionnaire, commandant temporaire de la
- Ville-Affranchie, g de 28 ans, natif de Commune-Affranchie.</p>
+ de la cavalerie révolutionnaire, commandant temporaire de la
+ Ville-Affranchie, âgé de 28 ans, natif de Commune-Affranchie.</p>
- <p>18. Antoine Descomble, ancien garon picier, g de 29 ans,
- natif de Besanon, dpartement du Doubs, domicili Paris, rue
+ <p>18. Antoine Descomble, ancien garçon épicier, âgé de 29 ans,
+ natif de Besançon, département du Doubs, domicilié à Paris, rue
Sainte-Croix de la Bretonnerie, n<sup>o</sup> 21, section des
Droits-de-l'Homme.</p>
- <p>19. Pierre-Ulric Dubuisson, homme de lettres, nomm diffrentes
- poques commissaire du pouvoir excutif, g de 48 ans, natif de
- Laval, dpartement de la Mayenne, domicili Paris, rue
- Saint-Honor, n<sup>o</sup> 1447;</p>
+ <p>19. Pierre-Ulric Dubuisson, homme de lettres, nommé à différentes
+ époques commissaire du pouvoir exécutif, âgé de 48 ans, natif de
+ Laval, département de la Mayenne, domicilié à Paris, rue
+ Saint-Honoré, n<sup>o</sup> 1447;</p>
</div>
- <p><span class="pagenum"><a id="page300" name="page300"></a>(p. 300)</span> Avoir t condamns la peine de mort;&mdash;et ordonn que
- l'excution dudit jugement aurait lieu sur la place publique de
- la Rvolution de cette ville, ledit jugement tant sign du
- prsident et du greffier.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page300" name="page300"></a>(p. 300)</span> Avoir été condamnés à la peine de mort;&mdash;et ordonné que
+ l'exécution dudit jugement aurait lieu sur la place publique de
+ la Révolution de cette ville, ledit jugement étant signé du
+ président et du greffier.</p>
- <p>Par procs-verbal dress par Tirard et Napier, huissiers du
- tribunal rvolutionnaire, appert avoir t constat que le
- jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
- Rvolution de cette ville, o les ci-dessus nomms ont t mis
+ <p>Par procès-verbal dressé par Tirard et Napier, huissiers du
+ tribunal révolutionnaire, appert avoir été constaté que le
+ jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+ Révolution de cette ville, où les ci-dessus nommés ont été mis à
mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <i>Sign</i>: <span class="smcap">Wolf</span>, commis greffier.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <i>Signé</i>: <span class="smcap">Wolf</span>, commis greffier.</p>
<hr class="hr10">
- <p>La mme clause se retrouve la fin de chaque jugement. Nous nous
- bornerons, dans tous ceux qui vont suivre, donner le nom de
- l'huissier du tribunal rvolutionnaire qui a t tmoin de
- l'excution mort des victimes, et le nom du greffier qui en a
- certifi l'extrait conforme.</p>
+ <p>La même clause se retrouve à la fin de chaque jugement. Nous nous
+ bornerons, dans tous ceux qui vont suivre, à donner le nom de
+ l'huissier du tribunal révolutionnaire qui a été témoin de
+ l'exécution à mort des victimes, et le nom du greffier qui en a
+ certifié l'extrait conforme.</p>
- <p>Le <cite>Moniteur</cite> du 5 germinal an II dit que la femme Questineau
- s'tant dclare enceinte, a obtenu un sursis. Nous voyons
+ <p>Le <cite>Moniteur</cite> du 5 germinal an II dit que «la femme Questineau
+ s'étant déclarée enceinte, a obtenu un sursis.» Nous voyons
pourtant le nom de cette femme parmi ceux des victimes. Le
<cite>Moniteur</cite> ajoute:</p>
- <p>Le citoyen Taboureau, de la section de Marat, est le seul des
- accuss qui ait t acquitt.</p>
+ <p>«Le citoyen Taboureau, de la section de Marat, est le seul des
+ accusés qui ait été acquitté.»</p>
- <p>C'est Laboureau qu'il faut lire. Ce Laboureau tait un mdecin
+ <p>C'est Laboureau qu'il faut lire. Ce Laboureau était un médecin
qui fit plus tard un rapport sur ce qu'il avait vu et entendu
- dans la prison sur les accuss. En 1790, il avait publi un
+ dans la prison sur les accusés. En 1790, il avait publié un
journal sous ce titre: <cite>l'Avocat du peuple.</cite></p>
<hr class="hr10">
- <p>Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 5 germinal an II (25
+ <p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 5 germinal an II (25
mars 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Joseph-Jacques Rouganne de Vichy, g de 63 ans, y demeurant,
- dpartement de l'Allier, ci-devant inspecteur des marchandises
- anglaises, demeurant Vichy, dpartement de l'Allier;</p>
+ <p>1. Joseph-Jacques Rouganne de Vichy, âgé de 63 ans, y demeurant,
+ département de l'Allier, ci-devant inspecteur des marchandises
+ anglaises, demeurant à Vichy, département de l'Allier;</p>
- <p>2. Jean Rouganne-Desbaradines, g de 52 ans, n Cuny, y
- demeurant, dpartement de l'Allier, ci-devant garde du dernier
+ <p>2. Jean Rouganne-Desbaradines, âgé de 52 ans, né à Cuny, y
+ demeurant, département de l'Allier, ci-devant garde du dernier
tyran;</p>
- <p>3. Et Pierre Rouganne-Belbat, g de 31 ans, natif d'Aigueperse,
- dpartement du Puy-de-Dme, y demeurant, vivant de son revenu;</p>
+ <p>3. Et Pierre Rouganne-Belbat, âgé de 31 ans, natif d'Aigueperse,
+ département du Puy-de-Dôme, y demeurant, vivant de son revenu;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns la peine de mort, etc. Procs-verbal
- d'excution dress par Auvray.</p>
+ <p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
+ d'exécution dressé par Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
- <p>Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 6 germinal an II (26
+ <p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 germinal an II (26
mars 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Charles-Auguste la Cour-Balleroy, g de 74 ans, de la commune
+ <p>1. Charles-Auguste la Cour-Balleroy, âgé de 74 ans, de la commune
de Balleroy, district de Bayeux, y demeurant, ci-devant
- lieutenant gnral.</p>
+ lieutenant général.</p>
- <p>2. Et Franois-Auguste la Cour-Balleroy, son frre, g de 67
- ans, n de Paris, y demeurant, ci-devant commandeur de Malte et
- marchal de camp;</p>
+ <p>2. Et François-Auguste la Cour-Balleroy, son frère, âgé de 67
+ ans, né de Paris, y demeurant, ci-devant commandeur de Malte et
+ maréchal de camp;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page301" name="page301"></a>(p. 301)</span> Du mme jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page301" name="page301"></a>(p. 301)</span> Du même jour, appert:</p>
- <p class="victime">Jean-Louis Gouttes, g de 54 ans, n de Tulles, dpartement de
- la Corrze, ci-devant vque du dpartement de Seine-et-Loire,
- demeurant Autun, chef-lieu du dpartement;</p>
+ <p class="victime">Jean-Louis Gouttes, âgé de 54 ans, né de Tulles, département de
+ la Corrèze, ci-devant évêque du département de Seine-et-Loire,
+ demeurant à Autun, chef-lieu du département;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">tienne Thiry, g de 24 ans, n Sedan, marchal des logis au
- 8<sup>e</sup> rgiment de hussards, demeurant Paris, place des
+<p class="victime">Étienne Thiry, âgé de 24 ans, né à Sedan, maréchal des logis au
+ 8<sup>e</sup> régiment de hussards, demeurant à Paris, place des
Victoires-Nationales;</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Denis Loisel, g de 42 ans, n de Mondtour, garde des bois
- nationaux, demeurant Boississe-le-Bertrand, district de Melun;</p>
+<p class="victime">Denis Loisel, âgé de 42 ans, né de Mondétour, garde des bois
+ nationaux, demeurant à Boississe-le-Bertrand, district de Melun;</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 7 germinal an II (27 mars
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 germinal an II (27 mars
1794), appert:</p>
-<p class="victime">Marie-Catherine Chamboran, ne Confolent, dpartement de la
- Haute-Vienne, ge de 59 ans, ci-devant religieuse carmlite
+<p class="victime">Marie-Catherine Chamboran, née à Confolent, département de la
+ Haute-Vienne, âgée de 59 ans, ci-devant religieuse carmélite à
Saint-Denis (Franciade), y demeurant.</p>
-<p>Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Claire-Madeleine Lambertie, femme Villemin, ge de 41 ans,
- vivant de son bien, ne Montluon, demeurant Paris;</p>
+<p class="victime">Claire-Madeleine Lambertie, femme Villemin, âgée de 41 ans,
+ vivant de son bien, née à Montluçon, demeurant à Paris;</p>
- <p>Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+ <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Henri Moreau, g de 67 ans, n Montpellier, dpartement de
- l'Hrault, ci-devant accusateur public, prs le point central de
- l'arme du Nord;</p>
+<p class="victime">Henri Moreau, âgé de 67 ans, né à Montpellier, département de
+ l'Hérault, ci-devant accusateur public, près le point central de
+ l'armée du Nord;</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 8 germinal an II (28 mars
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 8 germinal an II (28 mars
1794), appert:</p>
-<p class="victime">Jacques Pernet, g de 56 ans, n Bar-sur-Aube, ci-devant
+<p class="victime">Jacques Pernet, âgé de 56 ans, né à Bar-sur-Aube, ci-devant
chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine de dragons,
- cultivateur, demeurant Tranault, dpartement de l'Aube;</p>
+ cultivateur, demeurant à Tranault, département de l'Aube;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page302" name="page302"></a>(p. 302)</span> Du mme jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page302" name="page302"></a>(p. 302)</span> Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Jean-Baptiste Presselet, ci-devant capucin, n Acqs,
- dpartement de la Haute-Sane, demeurant Gray, mme
- dpartement;</p>
+<p class="victime">Jean-Baptiste Presselet, ci-devant capucin, né à Acqs,
+ département de la Haute-Saône, demeurant à Gray, même
+ département;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
@@ -9260,56 +9215,56 @@ et des hbertistes. Voici la liste des excutions et des dcs:</p>
<p>Par jugement du 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Jean-Baptiste Colignon, g de 61 ans, n de Metz, y demeurant,
+<p class="victime">Jean-Baptiste Colignon, âgé de 61 ans, né de Metz, y demeurant,
imprimeur;</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Herv.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Louis-Franois Poir, g de 36 ans, huissier la Convention
- nationale, n d'Autribois, demeurant Paris, rue
+<p class="victime">Louis-François Poiré, âgé de 36 ans, huissier à la Convention
+ nationale, né d'Autribois, demeurant à Paris, rue
Saint-Dominique, section Grenelle;</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Herv.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, huissier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Jean-Valery-Marie Harelle, g de 30 ans, n de l'Aigle, y
- demeurant, ngociant;</p>
+<p class="victime">Jean-Valery-Marie Harelle, âgé de 30 ans, né de l'Aigle, y
+ demeurant, négociant;</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Herv.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour, 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jacques-Nicolas Adam, g de 36 ans, ex-religieux bndictin,
- n Paris, y demeurant, Saint-Martin-des-Champs;</p>
+ <p>1. Jacques-Nicolas Adam, âgé de 36 ans, ex-religieux bénédictin,
+ né à Paris, y demeurant, à Saint-Martin-des-Champs;</p>
- <p>2. Jean-Baptiste Courtin, g de 79 ans, n Rouen, ex-religieux
- bndictin, demeurant audit couvent Saint-Martin;</p>
+ <p>2. Jean-Baptiste Courtin, âgé de 79 ans, né à Rouen, ex-religieux
+ bénédictin, demeurant audit couvent Saint-Martin;</p>
- <p>3. Et Joseph-Antoine Meffre, g de 57 ans, n Aubignan,
+ <p>3. Et Joseph-Antoine Meffre, âgé de 57 ans, né à Aubignan,
district de Carpentras, demeurant audit couvent Saint-Martin;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Herv.</p>
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
@@ -9317,2819 +9272,2819 @@ et des hbertistes. Voici la liste des excutions et des dcs:</p>
<p>Par jugement du 11 germinal an II (31 mars 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Jean-Franois Hollet, g de 34 ans, bijoutier, natif de
- Luciennes, dpartement de Seine-et-Oise, demeurant Paris, aux
- Trois-Bouteilles, march Saint-Martin;</p>
+<p class="victime">Jean-François Hollet, âgé de 34 ans, bijoutier, natif de
+ Luciennes, département de Seine-et-Oise, demeurant à Paris, aux
+ Trois-Bouteilles, marché Saint-Martin;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Louis-Franois Lavergne-Chanlorier, g de 50 ans passs, n
- Angoulme, y demeurant ordinairement, commandant de la ville de
+<p class="victime">Louis-François Lavergne-Chanlorier, âgé de 50 ans passés, né à
+ Angoulême, y demeurant ordinairement, commandant de la ville de
Longwy;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page303" name="page303"></a>(p. 303)</span> Du mme jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page303" name="page303"></a>(p. 303)</span> Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Philippe-Barthlemy-Simon Gaillard, g de 26 ans, n Cormille,
- dpartement de Seine-et-Oise, garon papetier Paris, y
+<p class="victime">Philippe-Barthélemy-Simon Gaillard, âgé de 26 ans, né à Cormille,
+ département de Seine-et-Oise, garçon papetier à Paris, y
demeurant;</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, 11 germinal (31 mars 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour, 11 germinal (31 mars 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Victoire Regnier, femme Lavergne, ge d'environ 26 ans, ne
- Angoulme, demeurant Paris, rue Traversire, faubourg Germain;</p>
+<p class="victime">Victoire Regnier, femme Lavergne, âgée d'environ 26 ans, née à
+ Angoulême, demeurant à Paris, rue Traversière, faubourg Germain;</p>
- <p>Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Joseph Ngre, g de 61 ans, n Lavergne, dpartement du
- Lot, ci-devant fermier de Barbotan, demeurant Julliac;</p>
+ <p>1. Joseph Nègre, âgé de 61 ans, né à Lavergne, département du
+ Lot, ci-devant fermier de Barbotan, demeurant à Julliac;</p>
- <p>2. Et Joseph-Claire Barbotan, g de 75 ans, ex-comte et
- ex-constituant, n et demeurant Borner, district de Nogard,
- dpartement du Gard;</p>
+ <p>2. Et Joseph-Claire Barbotan, âgé de 75 ans, ex-comte et
+ ex-constituant, né et demeurant à Borner, district de Nogard,
+ département du Gard;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 12 germinal an II (1<sup>er</sup> avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Louis-Simon Collivet, g de 25 ans, natif de Lagny, dpartement
- de l'Orne, demeurant Paris, rue de la Verrerie, chez le citoyen
- Delorme, marchand picier;</p>
+<p class="victime">Louis-Simon Collivet, âgé de 25 ans, natif de Lagny, département
+ de l'Orne, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, chez le citoyen
+ Delorme, marchand épicier;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Euloge Schneider, g de 37 ans, natif de Winfeld, demeurant
- Strasbourg, dpartement du Bas-Rhin, ci-devant accusateur public
- prs le tribunal criminel dudit dpartement;</p>
+<p class="victime">Euloge Schneider, âgé de 37 ans, natif de Winfeld, demeurant à
+ Strasbourg, département du Bas-Rhin, ci-devant accusateur public
+ près le tribunal criminel dudit département;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Charles-Victoire-Franois Sallabery, g de 62 ans, n Paris,
- ci-devant noble et prsident de la chambre des comptes de Paris,
- juge de paix de la ville de Blois, officier municipal de la mme
+<p class="victime">Charles-Victoire-François Sallabery, âgé de 62 ans, né à Paris,
+ ci-devant noble et président de la chambre des comptes de Paris,
+ juge de paix de la ville de Blois, officier municipal de la même
ville, y demeurant;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Antoine Brochet, dit Saint-Prest, g de 25 ans, ex-noble et
- garde de Capet, n Paris, demeurant Gray, district de la
- Fert-Bernard, dpartement de la Sarthe;</p>
+<p class="victime">Antoine Brochet, dit Saint-Prest, âgé de 25 ans, ex-noble et
+ garde de Capet, né à Paris, demeurant à Gray, district de la
+ Ferté-Bernard, département de la Sarthe;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p><span class="pagenum"><a id="page304" name="page304"></a>(p. 304)</span> Par jugement du 13 germinal an II (2 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Jean Marquet, g de 27 ans, n Cyray, dpartement de la
+<p class="victime">Jean Marquet, âgé de 27 ans, né à Cyray, département de la
Charente, y demeurant, marchand de beurre frais.</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 16 germinal an II (5 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Philippe-Franois-Nazaire Fabre Dglantine, ci-devant homme de
- lettres et dput la Convention nationale, g de 39 ans, natif
- de Carcassonne, domicili Paris, rue Ville-l'vque.</p>
+ <p>1. Philippe-François-Nazaire Fabre Déglantine, ci-devant homme de
+ lettres et député à la Convention nationale, âgé de 39 ans, natif
+ de Carcassonne, domicilié à Paris, rue Ville-l'Évêque.</p>
- <p>2. Joseph Launay, homme de loi et dput la Convention
- nationale, g de 39 ans, natif d'Angers, domicili ordinairement
- Anvers, et Paris, boulevard Montmartre, n<sup>o</sup> 5.</p>
+ <p>2. Joseph Launay, homme de loi et député à la Convention
+ nationale, âgé de 39 ans, natif d'Angers, domicilié ordinairement
+ à Anvers, et à Paris, boulevard Montmartre, n<sup>o</sup> 5.</p>
- <p>3. Franois Chabot, ci-devant capucin et reprsentant du peuple,
- g de 37 ans, natif de Saint-Geniest, dpartement de l'Aveyron,
- domicili Paris, rue d'Anjou, n<sup>o</sup> 19.</p>
+ <p>3. François Chabot, ci-devant capucin et représentant du peuple,
+ âgé de 37 ans, natif de Saint-Geniest, département de l'Aveyron,
+ domicilié à Paris, rue d'Anjou, n<sup>o</sup> 19.</p>
<p>4. Lucie-Simplice-Camille-Benoist Desmoulins, homme de lettres,
- g de 33 ans, natif de Guise, district de Vervins, domicili
- Paris, place du Thtre-Franais.</p>
+ âgé de 33 ans, natif de Guise, district de Vervins, domicilié à
+ Paris, place du Théâtre-Français.</p>
- <p>5. Jean-Franois Lacroix, soldat, capitaine de milice, puis homme
- de loi et ex-dput la Convention nationale, g de 40 ans,
- natif de Pont-Audemer, dpartement de l'Eure, domicili Paris,
+ <p>5. Jean-François Lacroix, soldat, capitaine de milice, puis homme
+ de loi et ex-député à la Convention nationale, âgé de 40 ans,
+ natif de Pont-Audemer, département de l'Eure, domicilié à Paris,
rue Lazare, n<sup>o</sup> 6.</p>
- <p>6. Pierre Phelippeaux, homme de loi et dput la Convention
- nationale, g de 35 ans, natif de Ferrire, dpartement de
- l'Oise, domicili Paris, rue de l'chelle, n<sup>o</sup> 3.</p>
+ <p>6. Pierre Phelippeaux, homme de loi et député à la Convention
+ nationale, âgé de 35 ans, natif de Ferrière, département de
+ l'Oise, domicilié à Paris, rue de l'Échelle, n<sup>o</sup> 3.</p>
- <p>7. Claude Bazire, commis aux Archives des tats de la Bourgogne,
- commandant de la garde et dput la Convention nationale, g
- de 29 ans, natif de Dijon, dpartement de la Cte-d'Or, domicili
- Paris, rue Saint-Pierre-Montmartre.</p>
+ <p>7. Claude Bazire, commis aux Archives des états de la Bourgogne,
+ commandant de la garde et député à la Convention nationale, âgé
+ de 29 ans, natif de Dijon, département de la Côte-d'Or, domicilié
+ à Paris, rue Saint-Pierre-Montmartre.</p>
- <p>8. Marie-Jean Hrault de Schelles, dput la Convention
- nationale, g de 34 ans, natif de Paris, y domicili, rue
+ <p>8. Marie-Jean Hérault de Séchelles, député à la Convention
+ nationale, âgé de 34 ans, natif de Paris, y domicilié, rue
Basse-du-Rempart, n<sup>o</sup> 14.</p>
- <p>9. Georges-Jacques Danton, dput la Convention nationale, g
- de 34 ans, natif de Darcy-sur-Aube, dpartement de l'Aube,
- domicili Paris, rue et section de Marat.</p>
+ <p>9. Georges-Jacques Danton, député à la Convention nationale, âgé
+ de 34 ans, natif de Darcy-sur-Aube, département de l'Aube,
+ domicilié à Paris, rue et section de Marat.</p>
- <p>10. Marc-Ren Sahuguet Despagnac, ci-devant abb et employ aux
- fournitures des haras, g de 41 ans, natif de Brie, dpartement
- de la Corrze, domicili Paris, rue de l'Universit, prs
- l'ancienne barrire.</p>
+ <p>10. Marc-René Sahuguet Despagnac, ci-devant abbé et employé aux
+ fournitures des haras, âgé de 41 ans, natif de Brie, département
+ de la Corrèze, domicilié à Paris, rue de l'Université, près
+ l'ancienne barrière.</p>
- <p>11. Simon Kotloo Junius Frey, fournisseur l'arme, g de 35
- ans, natif de Bruyen, en Moravie, domicili Paris, rue d'Anjou
- Saint-Honor, n<sup>o</sup> 19.</p>
+ <p>11. Simon Kotloo Junius Frey, fournisseur à l'armée, âgé de 35
+ ans, natif de Bruyen, en Moravie, domicilié à Paris, rue d'Anjou
+ Saint-Honoré, n<sup>o</sup> 19.</p>
- <p>12. Andr-Marie Gusman, g de 41 ans, natif de Grenade, en
- Espagne, naturalis Franais en 1751.</p>
+ <p>12. André-Marie Gusman, âgé de 41 ans, natif de Grenade, en
+ Espagne, naturalisé Français en 1751.</p>
- <p>13. Emmanuel Frey, g de 27 ans, natif de Bruyen, en Moravie,
- domicili Paris, rue d'Anjou Saint-Honor, n<sup>o</sup> 19.</p>
+ <p>13. Emmanuel Frey, âgé de 27 ans, natif de Bruyen, en Moravie,
+ domicilié à Paris, rue d'Anjou Saint-Honoré, n<sup>o</sup> 19.</p>
- <p>14. Jean-Frdric Deiderinchen, avocat de la cour du roi de
- Danemark, g de 51 ans, natif de Luxembourg, pays de Holstein,
- en Danemark, domicili Paris, rue des Petits-Augustins.</p>
+ <p>14. Jean-Frédéric Deiderinchen, avocat de la cour du roi de
+ Danemark, âgé de 51 ans, natif de Luxembourg, pays de Holstein,
+ en Danemark, domicilié à Paris, rue des Petits-Augustins.</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page305" name="page305"></a>(p. 305)</span> 15. Franois-Joseph Westermann, ci-devant aide de camp
- de Dumouriez, depuis gnral de division, g de 38 ans, natif de
- Motzheim, dpartement du Bas-Rhin.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page305" name="page305"></a>(p. 305)</span> 15. François-Joseph Westermann, ci-devant aide de camp
+ de Dumouriez, depuis général de division, âgé de 38 ans, natif de
+ Motzheim, département du Bas-Rhin.</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 17 germinal an II (6 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Louis Hannapier des Ormes, g de 45 ans, n Orlans, rsidant
+<p class="victime">Louis Hannapier des Ormes, âgé de 45 ans, né à Orléans, résidant
dans la commune de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, district
- d'Orlans, dpartement du Loiret, cultivateur et ci-devant matre
- particulier des eaux et forts Beaugency, mme dpartement;</p>
+ d'Orléans, département du Loiret, cultivateur et ci-devant maître
+ particulier des eaux et forêts à Beaugency, même département;</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Pierre Reignier, g de 38 ans, n et demeurant Pontoise,
- dpartement de Seine-et-Oise, tailleur d'habits;</p>
+<p class="victime">Pierre Reignier, âgé de 38 ans, né et demeurant à Pontoise,
+ département de Seine-et-Oise, tailleur d'habits;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Philippe Barron de Channois, ex-noble, g de 66 ans, n
- Chtillon-sur-Indre, dpartement de l'Indre, propritaire,
- demeurant en la commune de Genille, dpartement d'Indre-et-Loire;</p>
+<p class="victime">Philippe Barron de Channois, ex-noble, âgé de 66 ans, né à
+ Châtillon-sur-Indre, département de l'Indre, propriétaire,
+ demeurant en la commune de Genille, département d'Indre-et-Loire;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'exc. dress par Auvray.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 18 germinal an II (7 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jean-Franois Jullien, g de 60 ans, n Loris, dpartement
+ <p>1. Jean-François Jullien, âgé de 60 ans, né à Loris, département
du Loiret, ex-officier municipal de la commune de Montargis, y
demeurant, et chirurgien;</p>
- <p>2. Marie-Joseph-Hippolyte Pel-Varenues, g de 57 ans passs, n
- Sens, ci-devant receveur particulier des finances et receveur
+ <p>2. Marie-Joseph-Hippolyte Pelé-Varenues, âgé de 57 ans passés, né
+ à Sens, ci-devant receveur particulier des finances et receveur
du district de Montargis, y demeurant;</p>
- <p>3. Franois-Joseph Bizot, g de 50 ans, n Besanon, ex-maire
+ <p>3. François-Joseph Bizot, âgé de 50 ans, né à Besançon, ex-maire
de la commune de Montargis, y demeurant;</p>
- <p>4. Et Charles-Lonard Lavillette, g de 45 ans, natif de
- Clamecy, ci-devant prsident de l'lection de Montargis, juge du
+ <p>4. Et Charles-Léonard Lavillette, âgé de 45 ans, natif de
+ Clamecy, ci-devant président de l'élection de Montargis, juge du
district de Bois-Commun et administrateur du directoire du
district de Montargis, y demeurant;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'exc. dress par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
<p>1. Antoine-Louis-Claude Saint-Germain d'Apchon, ex-marquis et
- marchal de camp, g de 45 ans, n Paris, demeurant rue
- Saint-Louis, n<sup>o</sup> 87, section de l'Indivisibilit;</p>
+ maréchal de camp, âgé de 45 ans, né à Paris, demeurant rue
+ Saint-Louis, n<sup>o</sup> 87, section de l'Indivisibilité;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page306" name="page306"></a>(p. 306)</span> 2. Et lisabeth-Thrse Pacore, ge de 69 ans passs,
- veuve de Pericard, ex-matre des comptes, belle-mre de d'Apchon,
- ne Paris, mme demeure que dessus;</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page306" name="page306"></a>(p. 306)</span> 2. Et Élisabeth-Thérèse Pacorée, âgée de 69 ans passés,
+ veuve de Pericard, ex-maître des comptes, belle-mère de d'Apchon,
+ née à Paris, même demeure que dessus;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'exc. dress par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jean-Joseph Mouzin, g de 28 ans, notaire Dijon,
- dpartement de la Cte-d'Or, n et demeurant audit Dijon;</p>
+ <p>1. Jean-Joseph Mouzin, âgé de 28 ans, notaire à Dijon,
+ département de la Côte-d'Or, né et demeurant audit Dijon;</p>
- <p>2. Et Bernard Perruchot, g de 35 ans &frac12;, demeurant Montant,
- district de Saint-Jean-de-Losne, dpartement de la Cte-d'Or,
+ <p>2. Et Bernard Perruchot, âgé de 35 ans &frac12;, demeurant à Montant,
+ district de Saint-Jean-de-Losne, département de la Côte-d'Or,
ci-devant notaire.</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'exc. dress par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour 18 germinal (7 avril 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour 18 germinal (7 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Franois-Pierre Lamotte-Senonnes, g de 36 ans, ci-devant
- noble, n Senonnes, dpartement de la Mayenne, demeurant
- Bonneuil, district de Bourg-l'galit;</p>
+ <p>1. François-Pierre Lamotte-Senonnes, âgé de 36 ans, ci-devant
+ noble, né à Senonnes, département de la Mayenne, demeurant à
+ Bonneuil, district de Bourg-l'Égalité;</p>
- <p>2. Et Susanne Drouillard, ge de 33 ans, ne Saint-Domingue,
- pouse dudit Senonnes;</p>
+ <p>2. Et Susanne Drouillard, âgée de 33 ans, née à Saint-Domingue,
+ épouse dudit Senonnes;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 19 germinal (8 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jean-Pierre Danquechin-Dorval, g de 40 ans passs, ex-noble,
+ <p>1. Jean-Pierre Danquechin-Dorval, âgé de 40 ans passés, ex-noble,
cultivateur, officier public et municipal de la commune de
- Montreuil, prs Paris, y demeurant;</p>
+ Montreuil, près Paris, y demeurant;</p>
- <p>2. Pierre-Saturnin Lardin, g de 31 ans, n Nogent-sur-Marne,
- demeurant Montreuil, prs Paris, vigneron;</p>
+ <p>2. Pierre-Saturnin Lardin, âgé de 31 ans, né à Nogent-sur-Marne,
+ demeurant à Montreuil, près Paris, vigneron;</p>
- <p>3. Et Louise-Adlade Danquechin, ge de 27 ans, femme de Pierre
+ <p>3. Et Louise-Adélaïde Danquechin, âgée de 27 ans, femme de Pierre
Saturnin Lardin, demeurant avec lui audit Montreuil;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Herv.</p>
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<p class="victime">Jeanne Agronde Marsilly, veuve de Pierre-Armand Henique de
- Chenely, ge de 47 ans, ne Dijon, dpartement de la
- Cte-d'Or, demeurant Paris, rue de la Harpe;</p>
+ Chenely, âgée de 47 ans, née à Dijon, département de la
+ Côte-d'Or, demeurant à Paris, rue de la Harpe;</p>
- <p>Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Herv.</p>
+ <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Joseph-Louis Gaudron, g de 27 ans et &frac12;, n Limeray,
- district d'Amboise, dpartement d'Indre-et-Loire, ex-cur
- constitutionnel de Ngron, y demeurant, mme dpartement;</p>
+<p class="victime">Joseph-Louis Gaudron, âgé de 27 ans et &frac12;, né à Limeray,
+ district d'Amboise, département d'Indre-et-Loire, ex-curé
+ constitutionnel de Négron, y demeurant, même département;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Herv.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page307" name="page307"></a>(p. 307)</span> Du mme jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page307" name="page307"></a>(p. 307)</span> Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Guillaume Gemptel, g de 26 ans, n Bousie, dans la ci-devant
- Normandie, cuisinier, demeurant Paris, maison ci-devant appele
+<p class="victime">Guillaume Gemptel, âgé de 26 ans, né à Bousie, dans la ci-devant
+ Normandie, cuisinier, demeurant à Paris, maison ci-devant appelée
des Anglais;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Herv.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Anglique Boiry, femme de Pierre-Antoine Bonfant, ge de 50 ans,
- ne Douay, dpartement du Nord, femme de chambre de la femme
- d'Hervilly, ex-noble, demeurant Daignecourt, dpartement de la
+<p class="victime">Angélique Boiry, femme de Pierre-Antoine Bonfant, âgée de 50 ans,
+ née à Douay, département du Nord, femme de chambre de la femme
+ d'Hervilly, ex-noble, demeurant à Daignecourt, département de la
Somme;</p>
- <p>Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Herv.</p>
+ <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 23 germinal (12 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Claude Chouchon, dit Chanson, g de 66 ans, n et demeurant
- Montlimart, dpartement de la Drme, ex-gnral de brigade de
- l'arme des Pyrnes-Orientales;</p>
+<p class="victime">Claude Chouchon, dit Chanson, âgé de 66 ans, né et demeurant à
+ Montélimart, département de la Drôme, ex-général de brigade de
+ l'armée des Pyrénées-Orientales;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 24 germinal (13 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Louis-Guillaume-Andr Brossard, g de 39 ans passs, n
- Terrasson, dpartement de la Dordogne, secrtaire du comit
- rvolutionnaire de la ville de Prigueux, y demeurant;</p>
+<p class="victime">Louis-Guillaume-André Brossard, âgé de 39 ans passés, né à
+ Terrasson, département de la Dordogne, secrétaire du comité
+ révolutionnaire de la ville de Périgueux, y demeurant;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tirard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, excution du 24 germinal an II (13 avril 1794):</p>
+<p>Du même jour, exécution du 24 germinal an II (13 avril 1794):</p>
<div class="victime">
- <p>1. Philibert Simon, dput la Convention nationale, natif de
- Rumilly (Mont-Blanc), domicili Paris, rue Traversire-Honor.</p>
+ <p>1. Philibert Simon, député à la Convention nationale, natif de
+ Rumilly (Mont-Blanc), domicilié à Paris, rue Traversière-Honoré.</p>
- <p>2. Arthur Dillon, ci-devant gnral divisionnaire, g de 43 ans,
- natif de Braywick, en Angleterre, domicili Paris, rue Jacob,
+ <p>2. Arthur Dillon, ci-devant général divisionnaire, âgé de 43 ans,
+ natif de Braywick, en Angleterre, domicilié à Paris, rue Jacob,
n<sup>o</sup> 38.</p>
- <p>3. Jean-Baptiste Gobel, ci-devant vque de Paris, g de 67 ans,
- natif de Thann, dpartement du Haut-Rhin, domicili Paris, le
- de la Fraternit, quai de l'galit, n<sup>o</sup> 13.</p>
+ <p>3. Jean-Baptiste Gobel, ci-devant évêque de Paris, âgé de 67 ans,
+ natif de Thann, département du Haut-Rhin, domicilié à Paris, île
+ de la Fraternité, quai de l'Égalité, n<sup>o</sup> 13.</p>
- <p>4. Jean-Michel Beysser, gnral de brigade dans l'arme de
- l'Ouest, g de 40 ans, natif de Ribauviller, en Alsace,
- dpartement du Haut-Rhin, domicili ordinairement Lorient.</p>
+ <p>4. Jean-Michel Beysser, général de brigade dans l'armée de
+ l'Ouest, âgé de 40 ans, natif de Ribauviller, en Alsace,
+ département du Haut-Rhin, domicilié ordinairement à Lorient.</p>
<p>5. Gaspard Chaumette, agent national de la Commune de Paris,
- ci-devant procureur de ladite Commune, g de 31 ans, natif de
- Nevers (Nivre), domicili Paris, rue de l'Observatoire, aux
+ ci-devant procureur de ladite Commune, âgé de 31 ans, natif de
+ Nevers (Nièvre), domicilié à Paris, rue de l'Observatoire, aux
Visitandines, et avant rue du Paon, section de Marat.</p>
- <p>6. Marie-Marguerite-Franoise Goupil, ge de 38 ans, native de
- Paris, <span class="pagenum"><a id="page308" name="page308"></a>(p. 308)</span> y domicilie, rue Neuve-de-l'galit, cour des
- Forges, veuve de..... Hbert.</p>
+ <p>6. Marie-Marguerite-Françoise Goupil, âgée de 38 ans, native de
+ Paris, <span class="pagenum"><a id="page308" name="page308"></a>(p. 308)</span> y domiciliée, rue Neuve-de-l'Égalité, cour des
+ Forges, veuve de..... Hébert.</p>
- <p>7. Jean-Baptiste-Ernest Bucher (de l'pinois), commandant de la
- garde nationale de Mesnil-Saint-Denis, g de 43 ans, natif
- d'Amiens, dpartement de la Somme, domicili
- Mesnil-Saint-Denis, district de Versailles, dpartement de
+ <p>7. Jean-Baptiste-Ernest Bucher (de l'Épinois), commandant de la
+ garde nationale de Mesnil-Saint-Denis, âgé de 43 ans, natif
+ d'Amiens, département de la Somme, domicilié à
+ Mesnil-Saint-Denis, district de Versailles, département de
Seine-et-Oise.</p>
<p>8. Marie-Marc-Antoine Barras, ancien administrateur du district
- de Toulouse, g de 30 ans, natif de Toulouse, dpartement de la
- Haute-Garonne, y domicili.</p>
+ de Toulouse, âgé de 30 ans, natif de Toulouse, département de la
+ Haute-Garonne, y domicilié.</p>
- <p>9. Jean-Jacques Lacombe, vivant de son revenu, g de 33 ans,
- natif de Cajac (Lot), domicili Paris, maison garnie des
- Franais, rue de Thionville, n<sup>o</sup> 30, section de Marat.</p>
+ <p>9. Jean-Jacques Lacombe, vivant de son revenu, âgé de 33 ans,
+ natif de Cajac (Lot), domicilié à Paris, maison garnie des
+ Français, rue de Thionville, n<sup>o</sup> 30, section de Marat.</p>
- <p>10. Jean-Maurice-Franois Lebrasse, lieutenant de gendarmerie
- prs les tribunaux, g de 31 ans, natif de Rennes, dpartement
- de l'Ille-et-Vilaine, domicili Paris, rue Jacques, n<sup>o</sup> 27.</p>
+ <p>10. Jean-Maurice-François Lebrasse, lieutenant de gendarmerie
+ près les tribunaux, âgé de 31 ans, natif de Rennes, département
+ de l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Paris, rue Jacques, n<sup>o</sup> 27.</p>
- <p>11. Anne-Lucile-Philippe Laridon Duplessis, ge de 23 ans,
- native de Paris, y domicilie, rue du Thtre-Franais, veuve de
- Lucie-Simplice-Camille-Benot Desmoulins.</p>
+ <p>11. Anne-Lucile-Philippe Laridon Duplessis, âgée de 23 ans,
+ native de Paris, y domiciliée, rue du Théâtre-Français, veuve de
+ Lucie-Simplice-Camille-Benoît Desmoulins.</p>
- <p>12. Antoine Duret, adjudant gnral de l'arme des Alpes, g de
- 44 ans, natif de Roanne-en-Forez, domicili Montbrissey,
- dpartement de la Loire, lors de son arrestation Feure.</p>
+ <p>12. Antoine Duret, adjudant général de l'armée des Alpes, âgé de
+ 44 ans, natif de Roanne-en-Forez, domicilié à Montbrissey,
+ département de la Loire, lors de son arrestation à Feure.</p>
- <p>13. Guillaume Lassalle, officier de marine, g de 24 ans, natif
- de Boulogne-sur-Mer, dpartement du Pas-de-Calais, domicili
- Paris, maison de France, rue Neuve-de-l'galit.</p>
+ <p>13. Guillaume Lassalle, officier de marine, âgé de 24 ans, natif
+ de Boulogne-sur-Mer, département du Pas-de-Calais, domicilié à
+ Paris, maison de France, rue Neuve-de-l'Égalité.</p>
<p>14. Alexandre Nourry Grammont, officier de la cavalerie
- rvolutionnaire, et avant employ au bureau de la guerre, g de
- 19 ans, natif de Limoges, dpartement de la Haute-Vienne,
- domicili Paris, passage des Petits-Pres, n<sup>o</sup> 3, section de
+ révolutionnaire, et avant employé au bureau de la guerre, âgé de
+ 19 ans, natif de Limoges, département de la Haute-Vienne,
+ domicilié à Paris, passage des Petits-Pères, n<sup>o</sup> 3, section de
Guillaume-Tell.</p>
- <p>15. Nourry Grammont, ci-devant artiste du thtre Montansier,
- ensuite adjudant gnral de l'arme rvolutionnaire, g de 42
- ans, natif de La Rochelle (Charente-Infrieure), domicili
- Paris, passage des Petits-Pres, section de Guillaume-Tell.</p>
+ <p>15. Nourry Grammont, ci-devant artiste du théâtre Montansier,
+ ensuite adjudant général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42
+ ans, natif de La Rochelle (Charente-Inférieure), domicilié à
+ Paris, passage des Petits-Pères, section de Guillaume-Tell.</p>
- <p>16. Jean-Marie Lepallus, juge de la commission rvolutionnaire de
- Feure, g de 26 ans, natif de Matour, district de Charonne,
- dpartement de Sane-et-Loire, domicili ordinairement Nardor,
- dpartement de Rhne-et-Loire.</p>
+ <p>16. Jean-Marie Lepallus, juge de la commission révolutionnaire de
+ Feure, âgé de 26 ans, natif de Matour, district de Charonne,
+ département de Saône-et-Loire, domicilié ordinairement à Néardor,
+ département de Rhône-et-Loire.</p>
- <p>17. Jean-Franois Lambert, porte-clefs de la maison d'arrt du
- Luxembourg, g de 25 ans, natif de Boysne, dpartement du
- Loiret, domicili Paris, rue de la Convention.</p>
+ <p>17. Jean-François Lambert, porte-clefs de la maison d'arrêt du
+ Luxembourg, âgé de 25 ans, natif de Boysne, département du
+ Loiret, domicilié à Paris, rue de la Convention.</p>
- <p>18. Marie-Sbastien Brumeau-Lacroix, membre du comit
- rvolutionnaire de la section de l'Unit, g de 26 ans,
- domicili Paris, rue du Colombier.</p>
+ <p>18. Marie-Sébastien Brumeau-Lacroix, membre du comité
+ révolutionnaire de la section de l'Unité, âgé de 26 ans,
+ domicilié à Paris, rue du Colombier.</p>
- <p>19. Edme Rameau, prtre, g de 41 ans, natif d'Auxerre,
- dpartement de l'Yonne, domicili Paris, rue Sauveur.</p>
+ <p>19. Edme Rameau, prêtre, âgé de 41 ans, natif d'Auxerre,
+ département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Sauveur.</p>
- <p>20. Louis-Guillaume-Andr Brossard, secrtaire du comit
- rvolutionnaire de la ville de Prigueux, g de 32 ans, natif de
- Terrasson, dpartement de la Dordogne, demeurant Prigueux.</p>
+ <p>20. Louis-Guillaume-André Brossard, secrétaire du comité
+ révolutionnaire de la ville de Périgueux, âgé de 32 ans, natif de
+ Terrasson, département de la Dordogne, demeurant à Périgueux.</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page309" name="page309"></a>(p. 309)</span> 21. tienne Ragondet, ci-devant marchand de chevaux,
- commandant du bataillon de la section de la Rpublique, et
- inspecteur dans les charrois des armes, g de 46 ans, natif de
- Paris, demeurant Capy, prs Pronne, dpartement de la Somme.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page309" name="page309"></a>(p. 309)</span> 21. Étienne Ragondet, ci-devant marchand de chevaux,
+ commandant du bataillon de la section de la République, et
+ inspecteur dans les charrois des armées, âgé de 46 ans, natif de
+ Paris, demeurant à Capy, près Péronne, département de la Somme.</p>
</div>
- <p>Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel rvolutionnaire et
- du procs-verbal d'excution dress par (le nom en blanc), en
+ <p>Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et
+ du procès-verbal d'exécution dressé par (le nom en blanc), en
date du 24 germinal (13 avril).</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 25 germinal (14 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Jacques-Augustin Labarbery de Refluvel, g de 60 ans, ex-noble,
- ci-devant capitaine dans les gardes franaises, et ci-devant
- seigneur de Villers-Vermont, n Paris, y demeurant, rue des
+<p class="victime">Jacques-Augustin Labarbery de Refluvel, âgé de 60 ans, ex-noble,
+ ci-devant capitaine dans les gardes françaises, et ci-devant
+ seigneur de Villers-Vermont, né à Paris, y demeurant, rue des
Francs-Bourgeois, au Marais;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Franois-Charles Gattey, g de 38 ans, n Autun, libraire,
- demeurant Paris, maison galit, n<sup>o</sup> 14;</p>
+<p class="victime">François-Charles Gattey, âgé de 38 ans, né à Autun, libraire,
+ demeurant à Paris, maison Égalité, n<sup>o</sup> 14;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tirart.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Henri Morisset, g de 39 ans, n Pereuse, dpartement de
- l'Yonne, juge au tribunal du district de Montargis, dpartement
+<p class="victime">Henri Morisset, âgé de 39 ans, né à Pereuse, département de
+ l'Yonne, juge au tribunal du district de Montargis, département
du Loiret, y demeurant, chapelier et procureur de la commune de
- Chteau-Renard;</p>
+ Château-Renard;</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tirart.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 26 germinal (15 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Aim Courandin, g de 31 ans, n Angers, dpartement de
- Maine-et-Loire, ci-devant conseiller du tyran Capet, au prsidial
+ <p>1. Aimé Courandin, âgé de 31 ans, né à Angers, département de
+ Maine-et-Loire, ci-devant conseiller du tyran Capet, au présidial
d'Angers, et ensuite juge du tribunal du district d'Angers, y
demeurant;</p>
- <p>2. Louis-tienne Brevet, dit Beaujour, g de 30 ans, n
- Angers, ci-devant avocat du tyran Capet au prsidial d'Angers,
- ensuite commissaire national prs le tribunal du district
+ <p>2. Louis-Étienne Brevet, dit Beaujour, âgé de 30 ans, né à
+ Angers, ci-devant avocat du tyran Capet au présidial d'Angers,
+ ensuite commissaire national près le tribunal du district
d'Angers, y demeurant;</p>
- <p>3. Jean-Baptiste la Rveillire, g de 41 ans, n Montaigu,
- dpartement de la Vende, ci-devant conseiller au prsidial
- d'Angers, et ensuite prsident du tribunal criminel du
- dpartement de Maine-et-Loire, demeurant Angers;</p>
+ <p>3. Jean-Baptiste la Réveillière, âgé de 41 ans, né à Montaigu,
+ département de la Vendée, ci-devant conseiller au présidial
+ d'Angers, et ensuite président du tribunal criminel du
+ département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers;</p>
- <p>4. Bieusie Louis Dieusie, g de 45 ans, n Msange, district
- d'Ancenis, dpartement de la Loire-Infrieure, ex-noble et dput
- l'Assemble constituante, cultivateur, et prsident du
- dpartement de Maine-et-Loire, demeurant Angers;</p>
+ <p>4. Bieusie Louis Dieusie, âgé de 45 ans, né à Mésange, district
+ d'Ancenis, département de la Loire-Inférieure, ex-noble et député
+ à l'Assemblée constituante, cultivateur, et président du
+ département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page310" name="page310"></a>(p. 310)</span> 5. Et Joseph-Franois-Alexandre Teissier Duclozeau, g
- de 40 ans, n aux Rosiers, district de Saumur, physicien,
- ci-devant membre du conseil gnral du dpartement de
+ <p><span class="pagenum"><a id="page310" name="page310"></a>(p. 310)</span> 5. Et Joseph-François-Alexandre Teissier Duclozeau, âgé
+ de 40 ans, né aux Rosiers, district de Saumur, physicien,
+ ci-devant membre du conseil général du département de
Maine-et-Loire, et ensuite volontaire dans le 3<sup>e</sup> bataillon du
- mme dpartement, demeurant Vannes;</p>
+ même département, demeurant à Vannes;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Victoire Lescale, femme Roger, ge de 40 ans, sans tat, ne
- Villotte-devant-Loupy, district de Bar-sur-Ornain, dpartement de
+<p class="victime">Victoire Lescale, femme Roger, âgée de 40 ans, sans état, née à
+ Villotte-devant-Loupy, district de Bar-sur-Ornain, département de
la Meuse;</p>
- <p>Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Chateau.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Marie-Claudine Gattey, ge de 39 ans, ne Autun, dpartement
- de la Cte-d'Or, ci-devant religieuse de Saint-Lazare, demeurant
- Paris, chez la veuve Leyrand, rue Boucher, n<sup>o</sup> 14;</p>
+<p class="victime">Marie-Claudine Gattey, âgée de 39 ans, née à Autun, département
+ de la Côte-d'Or, ci-devant religieuse de Saint-Lazare, demeurant
+ à Paris, chez la veuve Leyrand, rue Boucher, n<sup>o</sup> 14;</p>
- <p>Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+ <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Gaspard Roger, g de 38 ans, n et demeurant
- Neuville-sur-Ornain, dpartement de la Meuse, salptrier;</p>
+ <p>1. Gaspard Roger, âgé de 38 ans, né et demeurant à
+ Neuville-sur-Ornain, département de la Meuse, salpêtrier;</p>
- <p>2. Marie-Jeanne Lescale, ge de 52 ans, fille vivant de son
- industrie, ne Villot, mme dpartement, demeurant audit
+ <p>2. Marie-Jeanne Lescale, âgée de 52 ans, fille vivant de son
+ industrie, née à Villot, même département, demeurant audit
Neuville;</p>
- <p>3. Charles-Mathias d'Alenon, g de 67 ans, ex-noble et comte,
- n Bar, demeurant audit Neuville;</p>
+ <p>3. Charles-Mathias d'Alençon, âgé de 67 ans, ex-noble et comte,
+ né à Bar, demeurant audit Neuville;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 27 germinal (16 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Hugues-Louis-Jean Pelletier Chambure, g de 37 ans, natif de
- Tonnerre, dpartement de l'Yonne, employ dans les subsistances
- militaires en qualit de sous-directeur, Arras;</p>
+<p class="victime">Hugues-Louis-Jean Pelletier Chambure, âgé de 37 ans, natif de
+ Tonnerre, département de l'Yonne, employé dans les subsistances
+ militaires en qualité de sous-directeur, à Arras;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Monet.</p>
-<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jean Huet, g de 32 ans, n Orlans, dpartement du Loiret,
- perruquier, demeurant Paris, rue Nicaise;</p>
+ <p>1. Jean Huet, âgé de 32 ans, né à Orléans, département du Loiret,
+ perruquier, demeurant à Paris, rue Nicaise;</p>
- <p>2. Pierre Laville, g de 31 ans, n Monpont, district de
- Mussidan, dpartement de la Dordogne, cordonnier, demeurant
- Paris, rue Rohan, n<sup>o</sup> 33; membre du comit rvolutionnaire de la
+ <p>2. Pierre Laville, âgé de 31 ans, né à Monpont, district de
+ Mussidan, département de la Dordogne, cordonnier, demeurant à
+ Paris, rue Rohan, n<sup>o</sup> 33; membre du comité révolutionnaire de la
section des Tuileries;</p>
- <p>3. Et Pierre Lapeyre, g de 30 ans, n Lachaud, district de
- Prigueux, dpartement de la Dordogne, chirurgien, demeurant
- Paris, rue de <span class="pagenum"><a id="page311" name="page311"></a>(p. 311)</span> Rohan, n<sup>o</sup> 62, et membre du comit
- rvolutionnaire de la section des Tuileries;</p>
+ <p>3. Et Pierre Lapeyre, âgé de 30 ans, né à Lachaud, district de
+ Périgueux, département de la Dordogne, chirurgien, demeurant à
+ Paris, rue de <span class="pagenum"><a id="page311" name="page311"></a>(p. 311)</span> Rohan, n<sup>o</sup> 62, et membre du comité
+ révolutionnaire de la section des Tuileries;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Monet.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Franois-Clment Cassegrain, g de 76 ans, n Paris, demeurant
- Pithiviers-le-Vieil, dpartement (en blanc), cur de
+<p class="victime">François-Clément Cassegrain, âgé de 76 ans, né à Paris, demeurant
+ à Pithiviers-le-Vieil, département (en blanc), curé de
Pithiviers;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Monet.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Nicolas Lutterot, g de 33 ans, n Sens, dpartement de
- l'Yonne, charpentier, demeurant Sens.</p>
+<p class="victime">Nicolas Lutterot, âgé de 33 ans, né à Sens, département de
+ l'Yonne, charpentier, demeurant à Sens.</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Monet.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire le 28 germinal an II
+<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire le 28 germinal an II
(17 avril 1794), etc., appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Charles Acot, dit Thibault, g de 23 ans, n Autigny,
- dpartement de l'Yonne, marchand de vin, demeurant Paris, rue
+ <p>1. Charles Acot, dit Thibault, âgé de 23 ans, né à Autigny,
+ département de l'Yonne, marchand de vin, demeurant à Paris, rue
de la Vannerie, n<sup>o</sup> 49;</p>
- <p>2. Hyacinthe Mermin, g de 30 ans, frotteur, n Avanay,
- dpartement du Mont-Blanc, demeurant Paris, rue Saint-Landry,
- en la Cit, n<sup>o</sup> 8;</p>
+ <p>2. Hyacinthe Mermin, âgé de 30 ans, frotteur, né à Avançay,
+ département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue Saint-Landry,
+ en la Cité, n<sup>o</sup> 8;</p>
- <p>3. Pierre-Louis Henry, g de 33 ans, marchand de toiles et
- d'indiennes, n Mry, dpartement de la Marne, demeurant
+ <p>3. Pierre-Louis Henry, âgé de 33 ans, marchand de toiles et
+ d'indiennes, né à Méry, département de la Marne, demeurant à
Paris, rue de la Vannerie, n<sup>o</sup> 49;</p>
- <p>4. Hyacinthe Simille, g de 29 ans, frotteur, n Avanay,
- dpartement du Mont-Blanc, demeurant Paris, rue Andr des Arts;</p>
+ <p>4. Hyacinthe Simille, âgé de 29 ans, frotteur, né à Avançay,
+ département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue André des Arts;</p>
- <p>5. Et Jean-Louis Pautone, g de 31 ans, n Buri, dpartement
- de Seine-et-Oise, garon ptissier traiteur, demeurant Paris,
+ <p>5. Et Jean-Louis Pautone, âgé de 31 ans, né à Buri, département
+ de Seine-et-Oise, garçon pâtissier traiteur, demeurant à Paris,
rue Jean Fleury.</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns la peine de mort et ordonn que l'excution
- dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution
- de cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.</p>
+ <p>Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution
+ dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution
+ de cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
- <p>Par procs-verbal dress par Degaigue, etc., appert que lesdits
+ <p>Par procès-verbal dressé par Degaiguée, etc., appert que lesdits
Charles Acot dit Thibault, H. Mermin, Pierre-Louis Henry,
- Hyacinthe Simille, et Jean-Louis Pautone, ont t mis mort.</p>
+ Hyacinthe Simille, et Jean-Louis Pautone, ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Joseph Baudot, g de 44 ans, n Besanon, dpartement du
- Doubs, ci-devant bndictin, principal du collge de Toul, et
- desservant de Tremblecourt, y demeurant, dpartement de la
+<p class="victime">Joseph Baudot, âgé de 44 ans, né à Besançon, département du
+ Doubs, ci-devant bénédictin, principal du collége de Toul, et
+ desservant de Tremblecourt, y demeurant, département de la
Meurthe.</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Jean-Pierre Challot, g de 28 ans, n Chteau-Rou,
- dpartement de <span class="pagenum"><a id="page312" name="page312"></a>(p. 312)</span> la Meurthe, ci-devant desservant de la
- cure de Marsal, mme dpartement, y demeurant.</p>
+<p class="victime">Jean-Pierre Challot, âgé de 28 ans, né à Château-Roué,
+ département de <span class="pagenum"><a id="page312" name="page312"></a>(p. 312)</span> la Meurthe, ci-devant desservant de la
+ cure de Marsal, même département, y demeurant.</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Jean Decous, g de 70 ans, n Treignat, dpartement de la
- Corrze, ci-devant cur de la commune de Neuvy, demeurant
+<p class="victime">Jean Decous, âgé de 70 ans, né à Treignat, département de la
+ Corrèze, ci-devant curé de la commune de Neuvy, demeurant à
Limoges.</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 29 germinal (18 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Brice Prvt, g de 28 ans, n Saint-Front, dpartement de
- l'Orne, demeurant Paris, cul-de-sac Berthault, chapelier.</p>
+<p class="victime">Brice Prévôt, âgé de 28 ans, né à Saint-Front, département de
+ l'Orne, demeurant à Paris, cul-de-sac Berthault, chapelier.</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Franois Magny, g de 24 ans, tailleur d'habits, n Limoges, y
- demeurant, soldat au 6<sup>e</sup> rgiment de Hussards-Cavalerie.</p>
+<p class="victime">François Magny, âgé de 24 ans, tailleur d'habits, né à Limoges, y
+ demeurant, soldat au 6<sup>e</sup> régiment de Hussards-Cavalerie.</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, le 29 germinal, au palais,
+<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, le 29 germinal, au palais,
etc. (18 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Antoine-Grgoire Genest, g de 27 ans, n Paris, y
+ <p>1. Antoine-Grégoire Genest, âgé de 27 ans, né à Paris, y
demeurant, rue des Moineaux, banquier;</p>
- <p>2. Pierre Hariage de Guiberville, g de 72 ans, n Paris, y
- demeurant, cul-de-sac de Taitbout, ci-devant prsident au
+ <p>2. Pierre Hariage de Guiberville, âgé de 72 ans, né à Paris, y
+ demeurant, cul-de-sac de Taitbout, ci-devant président au
Parlement;</p>
- <p>3. Marie-Claude Hariage, veuve Debonnaire, ge de 45 ans,
- ex-noble, ne Paris, y demeurant, rue Neuve-des-Capucines;</p>
+ <p>3. Marie-Claude Hariage, veuve Debonnaire, âgée de 45 ans,
+ ex-noble, née à Paris, y demeurant, rue Neuve-des-Capucines;</p>
- <p>4. Marie-Charlotte Debonnaire, femme divorce de Louis-Franois
- le Peletier, ci-devant officier dans le rgiment de Capet, ge
- de 21 ans, ne Paris, y demeurant;</p>
+ <p>4. Marie-Charlotte Debonnaire, femme divorcée de Louis-François
+ le Peletier, ci-devant officier dans le régiment de Capet, âgée
+ de 21 ans, née à Paris, y demeurant;</p>
- <p>5. Marie la Laurencie-Charras, ge de 42 ans, native de Charras,
- dpartement de la Charente, demeurant Asnires;</p>
+ <p>5. Marie la Laurencie-Charras, âgée de 42 ans, native de Charras,
+ département de la Charente, demeurant à Asnières;</p>
- <p>6. Didier-Ren-Franois Mesnard de Chousy, g de 64 ans, attach
- la maison Capet, demeurant Paris, rue de Clichy;</p>
+ <p>6. Didier-René-François Mesnard de Chousy, âgé de 64 ans, attaché
+ à la maison Capet, demeurant à Paris, rue de Clichy;</p>
- <p>7. Jean-Didier-Ren Mesnard de Chousy, fils, g de 35 ans, natif
- de Versailles, demeurant Paris, rue Lazare, section du
+ <p>7. Jean-Didier-René Mesnard de Chousy, fils, âgé de 35 ans, natif
+ de Versailles, demeurant à Paris, rue Lazare, section du
Mont-Blanc;</p>
- <p>8. Marie-Adrienne Gonnel, veuve Vierville, ge de 49 ans, native
+ <p>8. Marie-Adrienne Gonnel, veuve Vierville, âgée de 49 ans, native
de Paris, y demeurant, rue de Clichy, n<sup>o</sup> 14;</p>
- <p>9. Adlade-Marguerite Demerle, femme divorce de Duchilleur,
- ge de 41 ans, native de Paris, y demeurant, rue du
+ <p>9. Adélaïde-Marguerite Demerle, femme divorcée de Duchilleur,
+ âgée de 41 ans, native de Paris, y demeurant, rue du
Faubourg-Montmartre;</p>
- <p>10. Louis-Georges Gougenot, g de 36 ans, natif de Paris,
+ <p>10. Louis-Georges Gougenot, âgé de 36 ans, natif de Paris,
ci-devant syndic de la ci-devant compagnie des Indes, demeurant
rue le Peletier;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page313" name="page313"></a>(p. 313)</span> 11. Anglique-Michel Destat Bellecourt, g de 33 ans,
+ <p><span class="pagenum"><a id="page313" name="page313"></a>(p. 313)</span> 11. Angélique-Michel Destat Bellecourt, âgé de 33 ans,
natif de Paris, ci-devant officier au service de la Russie,
demeurant rue Basse-du-Rempart;</p>
- <p>12. Jeanne-Marie Nogu, veuve de Robin Divry, femme
- d'Anglique-Michel Destat de Bellecourt, native de Bayonne, ge
- de 30 ans, demeurant Paris, rue Basse-du-Rempart, n<sup>o</sup> 9;</p>
+ <p>12. Jeanne-Marie Nogué, veuve de Robin Divry, femme
+ d'Angélique-Michel Destat de Bellecourt, native de Bayonne, âgée
+ de 30 ans, demeurant à Paris, rue Basse-du-Rempart, n<sup>o</sup> 9;</p>
- <p>13. Sbastien Rollat, ex-noble, g de 52 ans, natif de Brujac,
- dpartement de l'Allier, demeurant Paris, rue des
+ <p>13. Sébastien Rollat, ex-noble, âgé de 52 ans, natif de Brujac,
+ département de l'Allier, demeurant à Paris, rue des
Filles-Saint-Thomas;</p>
- <p>14. Ren Rollat, fils dudit Rollat, n Paris, g de 39 ans,
- ancien officier la suite du ci-devant rgiment Colonel gnral
- dragons, demeurant Paris, rue des Filles-Saint-Thomas;</p>
+ <p>14. René Rollat, fils dudit Rollat, né à Paris, âgé de 39 ans,
+ ancien officier à la suite du ci-devant régiment Colonel général
+ dragons, demeurant à Paris, rue des Filles-Saint-Thomas;</p>
- <p>15. Jean Robin, g de 43 ans, officier de maison chez le nomm
- Hariage Guiberville, natif de Valence, demeurant Paris,
+ <p>15. Jean Robin, âgé de 43 ans, officier de maison chez le nommé
+ Hariage Guiberville, natif de Valence, demeurant à Paris,
cul-de-sac Taitbout;</p>
- <p>16. Franois-Michel Paymal, g de 29 ans, natif de Versailles,
- dpartement de Seine-et-Oise, domestique de la nomme Hariage,
- demeurant Paris, rue Neuve-des-Capucines;</p>
+ <p>16. François-Michel Paymal, âgé de 29 ans, natif de Versailles,
+ département de Seine-et-Oise, domestique de la nommée Hariage,
+ demeurant à Paris, rue Neuve-des-Capucines;</p>
- <p>17. Et Jean-Joseph Laborde, g de 70 ans, n Juca en Espagne,
- ci-devant banquier du gouvernement, demeurant Mireville,
- dpartement de Seine-et-Marne;</p>
+ <p>17. Et Jean-Joseph Laborde, âgé de 70 ans, né à Juca en Espagne,
+ ci-devant banquier du gouvernement, demeurant à Mireville,
+ département de Seine-et-Marne;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns la peine de mort, et ordonn que
- l'excution dudit jugement aurait lieu sur la place publique de
- la Rvolution de cette ville, etc. Par procs-verbal d'excution,
- sign par Auvray, appert les ci-dessus nomms avoir t mis
+ <p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que
+ l'exécution dudit jugement aurait lieu sur la place publique de
+ la Révolution de cette ville, etc. Par procès-verbal d'exécution,
+ signé par Auvray, appert les ci-dessus nommés avoir été mis à
mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, sant Paris, au palais,
- le 1<sup>er</sup> floral an II (20 avril 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, séant à Paris, au palais,
+ le 1<sup>er</sup> floréal an II (20 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Louis le Peletier Rozambo, g de 46 ans, ex-noble, ci-devant
- prsident mortier au ci-devant parlement de Paris, n Paris,
- demeurant Malesherbes, dpartement du Loiret;</p>
+ <p>1. Louis le Peletier Rozambo, âgé de 46 ans, ex-noble, ci-devant
+ président à mortier au ci-devant parlement de Paris, né à Paris,
+ demeurant à Malesherbes, département du Loiret;</p>
- <p>2. Urbain-lisabeth Segla, g de 37 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, n Toulouse,
- dpartement de la Haute-Garonne, y demeurant;</p>
+ <p>2. Urbain-Élisabeth Segla, âgé de 37 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à Toulouse,
+ département de la Haute-Garonne, y demeurant;</p>
- <p>3. Philippe-Joseph-Marie Cussac, g de 67 ans, ex-noble, ci-devant
-conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, n
+ <p>3. Philippe-Joseph-Marie Cussac, âgé de 67 ans, ex-noble, ci-devant
+conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à
Toulouse, y demeurant;</p>
- <p>4. Jean-Jacques Balsac Firmi, g de 60 ans, ex-noble, ci-devant
+ <p>4. Jean-Jacques Balsac Firmi, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant
conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
- n Senergues, dpartement de l'Aveyron, demeurant Toulouse;</p>
+ né à Senergues, département de l'Aveyron, demeurant à Toulouse;</p>
- <p>5. Jean-Franois Montaigu, g de 64 ans, ex-noble, ci-devant
+ <p>5. Jean-François Montaigu, âgé de 64 ans, ex-noble, ci-devant
conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
- n Toulouse, y demeurant;</p>
+ né à Toulouse, y demeurant;</p>
- <p>6. Anne-Joseph Lafont, g de 60 ans, ex-noble, et ci-devant
+ <p>6. Anne-Joseph Lafont, âgé de 60 ans, ex-noble, et ci-devant
conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
- demeurant Toulouse;</p>
+ demeurant à Toulouse;</p>
- <p>7. Joseph-Julien-Honor Rigaut, g de 45 ans, ex-noble,
+ <p>7. Joseph-Julien-Honoré Rigaut, âgé de 45 ans, ex-noble,
ci-devant conseiller <span class="pagenum"><a id="page314" name="page314"></a>(p. 314)</span> au ci-devant parlement de
- Toulouse, n Castres, dpartement du Tarn, demeurant
+ Toulouse, né à Castres, département du Tarn, demeurant à
Toulouse;</p>
- <p>8. Nicolas-tienne le Noir, g de 38 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller au ci-devant parlement de Paris, premire chambre des
- requtes, n Paris, y demeurant, rue Apolline;</p>
+ <p>8. Nicolas-Étienne le Noir, âgé de 38 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller au ci-devant parlement de Paris, première chambre des
+ requêtes, né à Paris, y demeurant, rue Apolline;</p>
- <p>9. Franois-Matthieu du Port, g de 76 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, n
+ <p>9. François-Matthieu du Port, âgé de 76 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à
Paris, y demeurant, rue Saint-Louis, au Marais;</p>
- <p>10. Louis-Jean-Npomucne-Marie-Franois Camus Laguibourgre, g
- de 46 ans, n Rennes, dpartement d'Ille-et-Vilaine, demeurant
- Paris, rue Jacques, vis--vis des Mathurins;</p>
+ <p>10. Louis-Jean-Népomucène-Marie-François Camus Laguibourgère, âgé
+ de 46 ans, né à Rennes, département d'Ille-et-Vilaine, demeurant
+ à Paris, rue Jacques, vis-à-vis des Mathurins;</p>
- <p>11. Henry-Louis Fredy, g de 74 ans, ex-noble, conseiller de
- grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, n Paris, y
+ <p>11. Henry-Louis Fredy, âgé de 74 ans, ex-noble, conseiller de
+ grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à Paris, y
demeurant, rue Antoine;</p>
- <p>12. Charles-Jean-Pierre Dupuis de Mare, g de 61 ans, ex-noble,
+ <p>12. Charles-Jean-Pierre Dupuis de Marée, âgé de 61 ans, ex-noble,
ci-devant conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de
- Paris, n Paris, y demeurant, rue Michel le Peltier;</p>
+ Paris, né à Paris, y demeurant, rue Michel le Peltier;</p>
- <p>13. Lonard-Louis Saguier de Mardeuil, g de 59 ans, ex-noble,
- conseiller au ci-devant parlement de Paris, n Chlons,
- dpartement de la Marne, demeurant Paris, rue de la Fraternit;</p>
+ <p>13. Léonard-Louis Saguier de Mardeuil, âgé de 59 ans, ex-noble,
+ conseiller au ci-devant parlement de Paris, né à Châlons,
+ département de la Marne, demeurant à Paris, rue de la Fraternité;</p>
- <p>14. tienne Pasquier, g de 58 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, n
+ <p>14. Étienne Pasquier, âgé de 58 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à
Paris, y demeurant, rue Madeleine, n<sup>o</sup> 8;</p>
- <p>15. Pierre-Daniel Bourre Corberon, g de 77 ans, ex-noble,
- ci-devant prsident de la premire chambre des enqutes du
- ci-devant parlement de Paris, n Paris, demeurant Toulouse;</p>
+ <p>15. Pierre-Daniel Bourrée Corberon, âgé de 77 ans, ex-noble,
+ ci-devant président de la première chambre des enquêtes du
+ ci-devant parlement de Paris, né à Paris, demeurant à Toulouse;</p>
- <p>16. Barthlemy-Gabriel Rolland, g de 64 ans, ex-noble,
- ci-devant prsident des requtes du ci-devant parlement de Paris,
- n Paris, demeurant Chambaudouin, dpartement du Loiret;</p>
+ <p>16. Barthélemy-Gabriel Rolland, âgé de 64 ans, ex-noble,
+ ci-devant président des requêtes du ci-devant parlement de Paris,
+ né à Paris, demeurant à Chambaudouin, département du Loiret;</p>
- <p>17. Jean-Baptiste Louis Oursain Debure, g de 47 ans, ci-devant
- noble et conseiller des requtes du palais du ci-devant parlement
- de Paris, n Paris, demeurant rue Boucherat;</p>
+ <p>17. Jean-Baptiste Louis Oursain Debure, âgé de 47 ans, ci-devant
+ noble et conseiller des requêtes du palais du ci-devant parlement
+ de Paris, né à Paris, demeurant rue Boucherat;</p>
- <p>18. Jean-Franois-Manie Rouhette, g de 27 ans, ex-noble,
- ci-devant conseiller des requtes du parlement de Paris, n
+ <p>18. Jean-François-Manie Rouhette, âgé de 27 ans, ex-noble,
+ ci-devant conseiller des requêtes du parlement de Paris, né à
Paris, y demeurant, rue Paul;</p>
- <p>19. Antoine-Louis-Hyacinthe Hocquart, g de 55 ans, ex-noble,
- ci-devant premier prsident de la cy-devant cour des aides
- Paris, n Paris, y demeurant;</p>
+ <p>19. Antoine-Louis-Hyacinthe Hocquart, âgé de 55 ans, ex-noble,
+ ci-devant premier président de la cy-devant cour des aides à
+ Paris, né à Paris, y demeurant;</p>
- <p>20. Nicolas-Agns-Franois Nort, g de 68 ans, ex-noble et
- ci-devant comte colonel d'infanterie, n Rennes, dpartement
+ <p>20. Nicolas-Agnès-François Nort, âgé de 68 ans, ex-noble et
+ ci-devant comte colonel d'infanterie, né à Rennes, département
d'Ille-et-Vilaine, demeurant aux Invalides;</p>
- <p>21. Armand-Guillaume-Franois de Gourgues, g de 57 ans,
- ex-noble, ci-devant prsident mortier au ci-devant parlement de
- Paris, n Paris, demeurant Poissy, dpartement de
+ <p>21. Armand-Guillaume-François de Gourgues, âgé de 57 ans,
+ ex-noble, ci-devant président à mortier au ci-devant parlement de
+ Paris, né à Paris, demeurant à Poissy, département de
Seine-et-Oise;</p>
- <p>22. Jean-Baptiste-Gaspard Bochard Saron, g de 64 ans, ex-noble,
- ci-devant premier prsident du parlement de Paris, n Paris, y
- demeurant, rue de l'Universit;</p>
+ <p>22. Jean-Baptiste-Gaspard Bochard Saron, âgé de 64 ans, ex-noble,
+ ci-devant premier président du parlement de Paris, né à Paris, y
+ demeurant, rue de l'Université;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page315" name="page315"></a>(p. 315)</span> 23. douard-Franois-Matthieu Mol-Champlatreux, g de
- 34 ans, ex-noble, ci-devant prsident au ci-devant parlement de
- Paris, n Paris, y demeurant, rue Dominique, faubourg Germain;</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page315" name="page315"></a>(p. 315)</span> 23. Édouard-François-Matthieu Molé-Champlatreux, âgé de
+ 34 ans, ex-noble, ci-devant président au ci-devant parlement de
+ Paris, né à Paris, y demeurant, rue Dominique, faubourg Germain;</p>
- <p>24. Henri-Guy Sallier, g de 60 ans, ex-noble, ci-devant
- prsident de la ci-devant cour des aides de Paris, n
- Rochembray, demeurant Paris, rue du Grand-Chantier;</p>
+ <p>24. Henri-Guy Sallier, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant
+ président de la ci-devant cour des aides de Paris, né à
+ Rochembray, demeurant à Paris, rue du Grand-Chantier;</p>
- <p>25. Anne-Louis-Franois-de-Paule le Fvre d'Ormesson, g de 42
- ans, ex-noble, ci-devant prsident du parlement de Paris, n
+ <p>25. Anne-Louis-François-de-Paule le Fèvre d'Ormesson, âgé de 42
+ ans, ex-noble, ci-devant président du parlement de Paris, né à
Paris, y demeurant, rue Guillaume, faubourg Germain,
ex-constituant, et commissaire aux monuments publics et
- ex-bibliothcaire;</p>
+ ex-bibliothécaire;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns la peine de mort, et ordonn que
- l'excution dudit jugement aurait lieu sur la place publique de
- la Rvolution de cette ville, ledit jugement sign du prsident
+ <p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que
+ l'exécution dudit jugement aurait lieu sur la place publique de
+ la Révolution de cette ville, ledit jugement signé du président
et du greffier.</p>
- <p>Par procs-verbal dress par Auvray, l'un des huissiers du
- tribunal rvolutionnaire, en date du 1<sup>er</sup> floral, appert avoir
- t constat que le jugement ci-dessus a t excut sur la place
- publique de la Rvolution de cette ville, o lesdits ci-dessus
- nomms ont t mis mort.</p>
+ <p>Par procès-verbal dressé par Auvray, l'un des huissiers du
+ tribunal révolutionnaire, en date du 1<sup>er</sup> floréal, appert avoir
+ été constaté que le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place
+ publique de la Révolution de cette ville, où lesdits ci-dessus
+ nommés ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, etc., le 1<sup>er</sup> floral an II
+<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 1<sup>er</sup> floréal an II
(20 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Nicolas Saint-Blin, g de 40 ans, n Paris, ci-devant noble
- et comte, demeurant Villeberny, district de Semur, dpartement
- de la Cte-d'Or;</p>
+ <p>1. Nicolas Saint-Blin, âgé de 40 ans, né à Paris, ci-devant noble
+ et comte, demeurant à Villeberny, district de Semur, département
+ de la Côte-d'Or;</p>
- <p>2. Auguste-Louis-Zacharie Espiard de Dalleray, g de 63 ans, n
- Dijon et y demeurant, vivant de son revenu, ci-devant
+ <p>2. Auguste-Louis-Zacharie Espiard de Dalleray, âgé de 63 ans, né
+ à Dijon et y demeurant, vivant de son revenu, ci-devant
conseiller au parlement de Dijon;</p>
- <p>3. Pierre Guillemin, g de 29 ans, n Dijon et y demeurant,
- clerc de notaire avant la rvolution, et depuis commis aux
- ponts-et-chausses;</p>
+ <p>3. Pierre Guillemin, âgé de 29 ans, né à Dijon et y demeurant,
+ clerc de notaire avant la révolution, et depuis commis aux
+ ponts-et-chaussées;</p>
- <p>4. Pierre-Jacques-Barthlemy Gunichot, ex-noble, g de 27 ans,
- n Dijon, demeurant Nogent, district de Semur, dpartement de
- la Cte-d'Or;</p>
+ <p>4. Pierre-Jacques-Barthélemy Guénichot, ex-noble, âgé de 27 ans,
+ né à Dijon, demeurant à Nogent, district de Semur, département de
+ la Côte-d'Or;</p>
- <p>5. Charles-Joseph-Jullien, g de 49 ans, n Joinville,
- dpartement de la Haute-Marne, ci-devant cordelier et cur
+ <p>5. Charles-Joseph-Jullien, âgé de 49 ans, né à Joinville,
+ département de la Haute-Marne, ci-devant cordelier et curé
d'Autricourt, y demeurant;</p>
- <p>6. Et Thophile Berlier, g de 60 ans, n Chtillon, ci-devant
- garde-manteau de la ci-devant matrise des eaux et forts de
- Chtillon-sur-Seine, y demeurant, dpartement de la Ferre;</p>
+ <p>6. Et Théophile Berlier, âgé de 60 ans, né à Châtillon, ci-devant
+ garde-manteau de la ci-devant maîtrise des eaux et forêts de
+ Châtillon-sur-Seine, y demeurant, département de la Ferre;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns la peine de mort et ordonn que l'excution
- dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution
- de cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier,
- etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.</p>
+ <p>Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution
+ dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution
+ de cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier,
+ etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 2 floral an II (21 avril 1794),
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 2 floréal an II (21 avril 1794),
appert:</p>
-<p class="victime">Franois-Philippe de Caux, g de 54 ans, natif de
- Rouge-Moutiers, <span class="pagenum"><a id="page316" name="page316"></a>(p. 316)</span> district de Pont-Audemer, dpartement
- de l'Eure, demeurant Bretot, mme district, prtre et ci-devant
+<p class="victime">François-Philippe de Caux, âgé de 54 ans, natif de
+ Rouge-Moutiers, <span class="pagenum"><a id="page316" name="page316"></a>(p. 316)</span> district de Pont-Audemer, département
+ de l'Eure, demeurant à Bretot, même district, prêtre et ci-devant
titulaire de la chapelle de Bretot;</p>
- <p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Alexandre Beaugrand, g de 50 ans, n Sens, dpartement de
- l'Yonne, demeurant Orbeaux, district de Pithiviers, dpartement
+<p class="victime">Alexandre Beaugrand, âgé de 50 ans, né à Sens, département de
+ l'Yonne, demeurant à Orbeaux, district de Pithiviers, département
du Loiret;</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Pierre Lafargue, g de 55 ans, n Cognac, district de
- Cognac, dpartement de la Charente, agent de commerce et fermier,
- demeurant Paris, rue Neuve de l'galit, n<sup>o</sup> 304;</p>
+ <p>1. Pierre Lafargue, âgé de 55 ans, né à Cognac, district de
+ Cognac, département de la Charente, agent de commerce et fermier,
+ demeurant à Paris, rue Neuve de l'Égalité, n<sup>o</sup> 304;</p>
- <p>2. Marie-Marguerite-Genevive-Victoire Lemesle, femme Boulani,
- ge de 50 ans, ne..., demeurant Dieppe, dpartement de la
- Seine-Infrieure;</p>
+ <p>2. Marie-Marguerite-Geneviève-Victoire Lemesle, femme Boulani,
+ âgée de 50 ans, née..., demeurant à Dieppe, département de la
+ Seine-Inférieure;</p>
- <p>3. Andr-Guillaume Bellepacaume, g de 51 ans, n et demeurant
- Paris, place des Trois-Maries, n<sup>o</sup> 36, section du Musum,
- ci-devant marchand mercier, actuellement sans tat;</p>
+ <p>3. André-Guillaume Bellepacaume, âgé de 51 ans, né et demeurant à
+ Paris, place des Trois-Maries, n<sup>o</sup> 36, section du Muséum,
+ ci-devant marchand mercier, actuellement sans état;</p>
- <p>4. Jean-Franois-Joseph Descamps, g de 28 ans, natif d'Aire,
- district de Saint-Omer, dpartement du Pas-de-Calais, imprimeur,
- demeurant Douai;</p>
+ <p>4. Jean-François-Joseph Descamps, âgé de 28 ans, natif d'Aire,
+ district de Saint-Omer, département du Pas-de-Calais, imprimeur,
+ demeurant à Douai;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
- Degaigne.</p>
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 3 floral an II (22 avril
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 3 floréal an II (22 avril
1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jacques Duval Desprmnil, ex-constituant, g de 48 ans,
- natif de Pondichry, domicili Mriffou, commune de La Remue,
- dpartement de la Seine-Infrieure.</p>
+ <p>1. Jacques Duval Despréménil, ex-constituant, âgé de 48 ans,
+ natif de Pondichéry, domicilié à Mériffou, commune de La Remuée,
+ département de la Seine-Inférieure.</p>
- <p>2. Jacques-Guillaume Thouret, ex-constituant, ex-prsident du
- tribunal de cassation, g de 48 ans, natif de Pont-l'vque,
- dpartement du Calvados, domicili Paris, rue des
+ <p>2. Jacques-Guillaume Thouret, ex-constituant, ex-président du
+ tribunal de cassation, âgé de 48 ans, natif de Pont-l'Évêque,
+ département du Calvados, domicilié à Paris, rue des
Petits-Augustins, n<sup>o</sup> 21.</p>
- <p>3. Isaac-Ren-Gui Lechappelier, ex-constituant, g de 39 ans,
- natif de Rennes, dpartement de l'Ille-et-Vilaine, y domicili,
- et ayant un domicile Paris, rue Montmartre.</p>
+ <p>3. Isaac-René-Gui Lechappelier, ex-constituant, âgé de 39 ans,
+ natif de Rennes, département de l'Ille-et-Vilaine, y domicilié,
+ et ayant un domicile à Paris, rue Montmartre.</p>
- <p>4. Franois Hell, ci-devant procureur gnral syndic des tats
+ <p>4. François Hell, ci-devant procureur général syndic des états
d'Alsace, grand bailli de Langres et administrateur du
- dpartement du Haut-Rhin, g de 63 ans, natif de Keseinhem,
- susdit dpartement, domicili Paris, rue Helvtius.</p>
+ département du Haut-Rhin, âgé de 63 ans, natif de Keseinhem,
+ susdit département, domicilié à Paris, rue Helvétius.</p>
- <p>5. Chrtien-Guillaume Lamoignon Malesherbes, ex-noble et
- ex-ministre du tyran, g de 72 ans, natif de Paris, domicili
- Malesherbes, dpartement du Loiret.</p>
+ <p>5. Chrétien-Guillaume Lamoignon Malesherbes, ex-noble et
+ ex-ministre du tyran, âgé de 72 ans, natif de Paris, domicilié à
+ Malesherbes, département du Loiret.</p>
- <p>6. Antoinette-Marguerite-Thrse Lamoignon Malesherbes, native de
- Paris, domicilie Malesherbes, dpartement du Loiret, veuve
+ <p>6. Antoinette-Marguerite-Thérèse Lamoignon Malesherbes, native de
+ Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, veuve
de..... Lepelletier Rozambo.</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page317" name="page317"></a>(p. 317)</span> 7. Aline-Thrse Lepelletier Rozambo, ge de 23 ans,
- native de Paris, domicilie Malesherbes, dpartement du Loiret,
- marie ..... Chteaubriand.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page317" name="page317"></a>(p. 317)</span> 7. Aline-Thérèse Lepelletier Rozambo, âgée de 23 ans,
+ native de Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret,
+ mariée à..... Châteaubriand.</p>
- <p>8. Jean-Baptiste-Auguste Chteaubriand, ex-noble et ex-capitaine
- de cavalerie, g de 34 ans, natif de Saint-Malo, dpartement de
- l'Ille-et-Vilaine, domicili Malesherbes, dpartement du
+ <p>8. Jean-Baptiste-Auguste Châteaubriand, ex-noble et ex-capitaine
+ de cavalerie, âgé de 34 ans, natif de Saint-Malo, département de
+ l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Malesherbes, département du
Loiret.</p>
- <p>9. Diane-Adlade Rochechouart, ex-noble, ge de 64 ans, native
- de Paris, y domicilie, rue Grange-Batelire, veuve de.....
+ <p>9. Diane-Adélaïde Rochechouart, ex-noble, âgée de 64 ans, native
+ de Paris, y domiciliée, rue Grange-Batelière, veuve de.....
Duchatelet.</p>
- <p>10. Batrix Choiseul, ex-noble, ge de 64 ans, native de
- Lunville, domicilie Paris, rue Grange-Batelire, marie
- ..... Grammont.</p>
+ <p>10. Béatrix Choiseul, ex-noble, âgée de 64 ans, native de
+ Lunéville, domiciliée à Paris, rue Grange-Batelière, mariée
+ à..... Grammont.</p>
- <p>11. Victoire Boucher Rochechouart, ex-noble, ge de 49 ans,
- native de Paris, y domicilie, rue du Mont-Blanc, veuve de.....
+ <p>11. Victoire Boucher Rochechouart, ex-noble, âgée de 49 ans,
+ native de Paris, y domiciliée, rue du Mont-Blanc, veuve de.....
Pontville.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<p class="victime">12. Louis-Pierre Mousset, charpentier et ci-devant procureur de la
-Commune de Donnery, g de 42 ans, natif de Saint-Marceau d'Orlans,
-dpartement du Loiret, domicili audit Donnery.</p>
+Commune de Donnery, âgé de 42 ans, natif de Saint-Marceau d'Orléans,
+département du Loiret, domicilié audit Donnery.</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 4 floral (23 avril 1794),
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 4 floréal (23 avril 1794),
appert:</p>
-<p class="victime">Franois-Abraham Reclesne, g de 61 ans, ci-devant noble, n
-Lyonne, canton de Cognat, district de Gannat, dpartement de l'Allier,
+<p class="victime">François-Abraham Reclesne, âgé de 61 ans, ci-devant noble, né à
+Lyonne, canton de Cognat, district de Gannat, département de l'Allier,
y demeurant.</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Louis-Benjamin Calmer, g de 44 ans, la Haye en Hollande,
-naturalis Franais depuis 1769, ci-devant marchand d'toffes et
-ensuite courtier de change, demeurant Paris, rue Choiseul, n<sup>o</sup> 13,
+<p>1. Louis-Benjamin Calmer, âgé de 44 ans, à la Haye en Hollande,
+naturalisé Français depuis 1769, ci-devant marchand d'étoffes et
+ensuite courtier de change, demeurant à Paris, rue Choiseul, n<sup>o</sup> 13,
section le Pelletier;</p>
-<p>2. Franois Gallay, g de 50 ans, n Martigny en Suisse, frotteur
+<p>2. François Gallay, âgé de 50 ans, né à Martigny en Suisse, frotteur
domestique chez le citoyen Baglion, demeurant rue Dominique-Germain;</p>
-<p>3. Marguerite Horiout, femme Farizol, ge de 50 ans, ne Baugon,
-dpartement de l'Orne, ouvrire, demeurant Paris, rue de Grenelle,
+<p>3. Marguerite Horiout, femme Farizol, âgée de 50 ans, née à Baugon,
+département de l'Orne, ouvrière, demeurant à Paris, rue de Grenelle,
au Gros-Caillou;</p>
-<p>4. Marie-Louise Coutelet, veuve Neuve-glise, ge de 36 ans, ne
-Rennes, chef dans les filatures nationales tablies maison des
+<p>4. Marie-Louise Coutelet, veuve Neuve-Église, âgée de 36 ans, née à
+Rennes, chef dans les filatures nationales établies maison des
ci-devant Jacobins, rue Jacques;</p>
-<p>5. Louis Roux, g de 50 ans, n Bourgoing, dpartement de l'Isre,
-tabletier, demeurant Paris, rue des Arcis, n<sup>o</sup> 205;</p>
+<p>5. Louis Roux, âgé de 50 ans, né à Bourgoing, département de l'Isère,
+tabletier, demeurant à Paris, rue des Arcis, n<sup>o</sup> 205;</p>
-<p>6. Jean Chemin, g de 50 ans, n Logny, dpartement de l'Orne,
-domestique <span class="pagenum"><a id="page318" name="page318"></a>(p. 318)</span> chez le citoyen Cardinal, demeurant Paris, rue
+<p>6. Jean Chemin, âgé de 50 ans, né à Logny, département de l'Orne,
+domestique <span class="pagenum"><a id="page318" name="page318"></a>(p. 318)</span> chez le citoyen Cardinal, demeurant à Paris, rue
de Malte, section du Temple.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour 4 floral an II (23 avril 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour 4 floréal an II (23 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jeanne-lisabeth Bertaux, ge de 48 ans, fille, sage-femme ne
-Pithiviers, dpartement du Loiret, demeurant Paris, rue de Bivre;</p>
+<p>1. Jeanne-Élisabeth Bertaux, âgée de 48 ans, fille, sage-femme née à
+Pithiviers, département du Loiret, demeurant à Paris, rue de Bièvre;</p>
-<p>2. Franois Bonin, g de 47 ans, imprimeur, n Sonchamp,
-dpartement de l'Eure, demeurant Paris, rue Zacharie;</p>
+<p>2. François Bonin, âgé de 47 ans, imprimeur, né à Sonchamp,
+département de l'Eure, demeurant à Paris, rue Zacharie;</p>
-<p>3. Matthieu Schwerger, g de 40 ans, cordonnier, n Menzenger en
-Brisgau, demeurant Paris, rue de la Harpe;</p>
+<p>3. Matthieu Schwerger, âgé de 40 ans, cordonnier, né à Menzenger en
+Brisgau, demeurant à Paris, rue de la Harpe;</p>
-<p>4. Jean Pommeraye, g de 40 ans, n Orlans, ci-devant perruquier
-et canonnier de la section de la Runion, caserne Popincourt;</p>
+<p>4. Jean Pommeraye, âgé de 40 ans, né à Orléans, ci-devant perruquier
+et canonnier de la section de la Réunion, casernée à Popincourt;</p>
-<p>5. Jean-Franois Nol, g de 34 ans, n Verneuil, district de
-Beauvais, demeurant Paris, rue de la Verrerie, maison de Reims.</p>
+<p>5. Jean-François Noël, âgé de 34 ans, né à Verneuil, district de
+Beauvais, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, maison de Reims.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Antoine Barthlemy, g de 40 ans, homme de loi, commissaire du
-pouvoir excutif prs le tribunal du district de Gannat, dpartement
-de l'Allier, n Riom, dpartement du Puy-de-Dme, ci-devant
+<p class="victime">Antoine Barthélemy, âgé de 40 ans, homme de loi, commissaire du
+pouvoir exécutif près le tribunal du district de Gannat, département
+de l'Allier, né à Riom, département du Puy-de-Dôme, ci-devant
procureur de la commune de Gannat, y demeurant.</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne,</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée,</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>Fourne des habitants de Verdun, immols le 5 floral an II</i> (24
+<p class="entete"><i>Fournée des habitants de Verdun, immolés le 5 floréal an II</i> (24
avril 1794).</p>
-<p>L'ge des <em>Vierges de Verdun</em>, accuses d'avoir offert des drages au
-roi de Prusse, a t l'objet de discussions. On les a rajeunies, on
-les a vieillies, suivant qu'on a interrog ce sujet le <cite>Moniteur</cite> ou
-le bulletin du tribunal rvolutionnaire. Ayant eu soin de prendre mes
-vrifications sur la minute mme de leur jugement, je puis offrir
+<p>L'âge des <em>Vierges de Verdun</em>, accusées d'avoir offert des dragées au
+roi de Prusse, a été l'objet de discussions. On les a rajeunies, on
+les a vieillies, suivant qu'on a interrogé à ce sujet le <cite>Moniteur</cite> ou
+le bulletin du tribunal révolutionnaire. Ayant eu soin de prendre mes
+vérifications sur la minute même de leur jugement, je puis offrir à
mes lecteurs des renseignements authentiques:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Henri-Franois Croyer, g de 52 ans, ci-devant capitaine
-d'ouvriers d'artillerie, n Laon (Aisne), demeurant Verdun;</p>
+<p>1. Henri-François Croyer, âgé de 52 ans, ci-devant capitaine
+d'ouvriers d'artillerie, né à Laon (Aisne), demeurant à Verdun;</p>
-<p>2. Jean-Baptiste Pellegrin, g de 52 ans, capitaine de gendarmerie,
-natif de Gondrecourt (Meuse), demeurant Verdun;</p>
+<p>2. Jean-Baptiste Pellegrin, âgé de 52 ans, capitaine de gendarmerie,
+natif de Gondrecourt (Meuse), demeurant à Verdun;</p>
-<p>3. Michel Joulin, g de 31 ans, gendarme, n Cornet, en Anjou,
-demeurant Verdun;</p>
+<p>3. Michel Joulin, âgé de 31 ans, gendarme, né à Cornet, en Anjou,
+demeurant à Verdun;</p>
-<p>4. Nicolas Milly, g de 31 ans, gendarme, natif de Verdun;</p>
+<p>4. Nicolas Milly, âgé de 31 ans, gendarme, natif de Verdun;</p>
-<p>5. Badillon-Leclerc, g de 42 ans, gendarme, n Thionville,
-demeurant Verdun;</p>
+<p>5. Badillon-Leclerc, âgé de 42 ans, gendarme, né à Thionville,
+demeurant à Verdun;</p>
-<p>6. Grard Desprez, g de 50 ans, n Givet de Saint-Hilaire,
-Ardennes, demeurant Verdun, gendarme de la brigade de Verdun;</p>
+<p>6. Gérard Desprez, âgé de 50 ans, né à Givet de Saint-Hilaire,
+Ardennes, demeurant à Verdun, gendarme de la brigade de Verdun;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page319" name="page319"></a>(p. 319)</span> 7. Pierre Thuilleur, g de 61 ans, n Verdun, y demeurant;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page319" name="page319"></a>(p. 319)</span> 7. Pierre Thuilleur, âgé de 61 ans, né à Verdun, y demeurant;</p>
-<p>8. Henri-Barthlemy Grimoard, g de 70 ans, colonel d'un rgiment
+<p>8. Henri-Barthélemy Grimoard, âgé de 70 ans, colonel d'un régiment
provincial, de l'artillerie de Metz, natif de Verdun, y demeurant;</p>
-<p>9. Jean-Baptiste-Philibert Perrin, g de 50 ans, droguiste, n et
-demeurant Verdun;</p>
+<p>9. Jean-Baptiste-Philibert Perrin, âgé de 50 ans, droguiste, né et
+demeurant à Verdun;</p>
-<p>10. Alexandre-Joseph Neyon, g de 57 ans, lieutenant-colonel du 2<sup>e</sup>
-bataillon de la Meuse, natif de Soisy, demeurant Driencourt, mme
-dpartement;</p>
+<p>10. Alexandre-Joseph Neyon, âgé de 57 ans, lieutenant-colonel du 2<sup>e</sup>
+bataillon de la Meuse, natif de Soisy, demeurant à Driencourt, même
+département;</p>
-<p>11. Jean-Baptiste Barthe, g de 60 ans &frac12;, receveur de la commune et
-juge de paix de la ville de Verdun, y demeurant, n Thierville,
+<p>11. Jean-Baptiste Barthe, âgé de 60 ans &frac12;, receveur de la commune et
+juge de paix de la ville de Verdun, y demeurant, né à Thierville,
Meuse;</p>
-<p>12. Nicolas Lamele, g de 47 ans, avou, n Morge-Moulin, district
-d'tain, demeurant Verdun;</p>
+<p>12. Nicolas Lamele, âgé de 47 ans, avoué, né à Morge-Moulin, district
+d'Étain, demeurant à Verdun;</p>
-<p>13. Jacques-Nicolas d'Aubermesnil, g de 75 ans, ci-devant major de
-la citadelle de Verdun, et y demeurant, n Aubermesnil, prs Dieppe;</p>
+<p>13. Jacques-Nicolas d'Aubermesnil, âgé de 75 ans, ci-devant major de
+la citadelle de Verdun, et y demeurant, né à Aubermesnil, près Dieppe;</p>
-<p>14. Anne Grandfvre, femme Tabouillot, ge de 46 ans, ne Verdun,
-vivant de son revenu, demeurant Verdun;</p>
+<p>14. Anne Grandfèvre, femme Tabouillot, âgée de 46 ans, née à Verdun,
+vivant de son revenu, demeurant à Verdun;</p>
-<p>15. Thrse Pierson, femme Bestel, cordonnire, ge de 41 ans,
-demeurant Verdun;</p>
+<p>15. Thérèse Pierson, femme Bestel, cordonnière, âgée de 41 ans,
+demeurant à Verdun;</p>
-<p>16. Marie-Franoise Henry, femme Lalance, g de 69 ans, ne Verdun,
+<p>16. Marie-Françoise Henry, femme Lalance, âgé de 69 ans, née à Verdun,
y demeurant;</p>
-<p>17. Franoise Herbignon, veuve Masson, en son vivant procureur du
-tyran en la ci-devant matrise des eaux et forts, ge de 55 ans, ne
-prs Bar-le-Duc, demeurant Verdun;</p>
+<p>17. Françoise Herbignon, veuve Masson, en son vivant procureur du
+tyran en la ci-devant maîtrise des eaux et forêts, âgée de 55 ans, née
+près Bar-le-Duc, demeurant à Verdun;</p>
-<p>18. Susanne Henry, fille de Henry, prsident du ci-devant bailliage de
-Verdun, ge de 26 ans, ne et demeurant Verdun;</p>
+<p>18. Susanne Henry, fille de Henry, président du ci-devant bailliage de
+Verdun, âgée de 26 ans, née et demeurant à Verdun;</p>
-<p>19. Gabrielle Henry, aussi fille dudit Henry, ge de 25 ans, ne et
-demeurant Verdun;</p>
+<p>19. Gabrielle Henry, aussi fille dudit Henry, âgée de 25 ans, née et
+demeurant à Verdun;</p>
-<p>20. Marguerite-Anglique Lagirouzire, fille de Lagirouzire, prvt
-de campagne, ge de 48 ans, demeurant Verdun;</p>
+<p>20. Marguerite-Angélique Lagirouzière, fille de Lagirouzière, prévôt
+de campagne, âgée de 48 ans, demeurant à Verdun;</p>
-<p>21. Genevive-lisabeth Dauphin, veuve Brigand, capitaine des
-grenadiers de France, ge de 56 ans, demeurant Verdun;</p>
+<p>21. Geneviève-Élisabeth Dauphin, veuve Brigand, capitaine des
+grenadiers de France, âgée de 56 ans, demeurant à Verdun;</p>
-<p>22. Anne Vatrin, fille de dfunt Vatrin, ci-devant militaire, ge de
-25 ans, ne tain, demeurant Verdun;</p>
+<p>22. Anne Vatrin, fille de défunt Vatrin, ci-devant militaire, âgée de
+25 ans, née à Étain, demeurant à Verdun;</p>
-<p>23. Henriette Vatrin, fille dudit Vatrin, ge de 23 ans, ne tain,
-demeurant Verdun;</p>
+<p>23. Henriette Vatrin, fille dudit Vatrin, âgée de 23 ans, née à Étain,
+demeurant à Verdun;</p>
-<p>24. Hlne Vatrin, aussi fille dudit Vatrin, ne tain, ge de 22
-ans, demeurant Verdun;</p>
+<p>24. Hélène Vatrin, aussi fille dudit Vatrin, née à Étain, âgée de 22
+ans, demeurant à Verdun;</p>
-<p>25. Jean Gossin, g de 69 ans, ci-devant chanoine de la Madeleine de
-Verdun, n Fresne en Lorraine;</p>
+<p>25. Jean Gossin, âgé de 69 ans, ci-devant chanoine de la Madeleine de
+Verdun, né à Fresne en Lorraine;</p>
-<p>26. Jean-Michel Colloz, g de 72 ans, ci-devant bndictin, prieur de
-Saint-Thierry, archiviste et bibliothcaire de Verdun, natif du duch
-de Bouillon, demeurant Verdun;</p>
+<p>26. Jean-Michel Colloz, âgé de 72 ans, ci-devant bénédictin, prieur de
+Saint-Thierry, archiviste et bibliothécaire de Verdun, natif du duché
+de Bouillon, demeurant à Verdun;</p>
-<p>27. Guillain Lefebvre, g de 62 ans, ci-devant bndictin, natif de
-Cartigny, prs Pronne (Somme), demeurant Verdun;</p>
+<p>27. Guillain Lefebvre, âgé de 62 ans, ci-devant bénédictin, natif de
+Cartigny, près Péronne (Somme), demeurant à Verdun;</p>
-<p>28. Claude-lisabeth Lacordire, g de 59 ans &frac12;, doyen du chapitre
-de la cathdrale de Verdun, y demeurant;</p>
+<p>28. Claude-Élisabeth Lacordière, âgé de 59 ans &frac12;, doyen du chapitre
+de la cathédrale de Verdun, y demeurant;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page320" name="page320"></a>(p. 320)</span> 29. Christophe Herbillon, g de 76 ans, ci-devant cur de
-Saint-Mdard de Verdun, n Boureuil, prs Varennes (Meurthe),
-demeurant Bar-sur-Ornain;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page320" name="page320"></a>(p. 320)</span> 29. Christophe Herbillon, âgé de 76 ans, ci-devant curé de
+Saint-Médard de Verdun, né à Boureuil, près Varennes (Meurthe),
+demeurant à Bar-sur-Ornain;</p>
-<p>30. Marguerite Croutte, ge de 48 ans, ne Verdun, horlogre;</p>
+<p>30. Marguerite Croutte, âgée de 48 ans, née à Verdun, horlogère;</p>
-<p>31. Franois Chotain fils, g de 31 ans, n Verdun, y demeurant,
+<p>31. François Chotain fils, âgé de 31 ans, né à Verdun, y demeurant,
perruquier;</p>
-<p>32. Franois Fortain, g de 43 ans, marchand cirier, demeurant
+<p>32. François Fortain, âgé de 43 ans, marchand cirier, demeurant à
Verdun.</p>
-<p>33. Jacques Petit, g de 50 ans, n et demeurant Verdun.</p>
+<p>33. Jacques Petit, âgé de 50 ans, né et demeurant à Verdun.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
-<p>L'ge de Claire Tabouillot et de Barbe Henry, dont les noms figuraient
-sur la liste des accuss, leur fit trouver grce prs de leurs juges,
-qui <em>se bornrent</em> les condamner vingt ans de dtention et six
-heures d'exposition sur l'chafaud!</p>
+<p>L'âge de Claire Tabouillot et de Barbe Henry, dont les noms figuraient
+sur la liste des accusés, leur fit trouver grâce près de leurs juges,
+qui <em>se bornèrent</em> à les condamner à vingt ans de détention et à six
+heures d'exposition sur l'échafaud!</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 6 floral an II (23 avril
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 floréal an II (23 avril
1794), appert:</p>
-<p class="victime">Jean-Nicolas Lallemand, g de 41 ans &frac12;, n Dieuze, dpartement de
-la Meurthe, ex-cur de la ci-devant paroisse de Houdelmont, mme
-dpartement, y demeurant.</p>
+<p class="victime">Jean-Nicolas Lallemand, âgé de 41 ans &frac12;, né à Dieuze, département de
+la Meurthe, ex-curé de la ci-devant paroisse de Houdelmont, même
+département, y demeurant.</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. tienne-Alexandre-Jacques Anisson du Perron, g de 44 ans, n
+<p>1. Étienne-Alexandre-Jacques Anisson du Perron, âgé de 44 ans, né à
Paris, y demeurant, rue des Orties du Louvre, directeur de
l'Imprimerie nationale;</p>
-<p>2. Louis-Charles-Nicolas-Emmanuel Letoffier, g de 68 ans, n
-Banon, district de Rethel, dpartement des Ardennes, cultivateur,
-demeurant Corbeil;</p>
+<p>2. Louis-Charles-Nicolas-Emmanuel Letoffier, âgé de 68 ans, né à
+Banon, district de Rethel, département des Ardennes, cultivateur,
+demeurant à Corbeil;</p>
-<p>3. Franois Gourou, g de 35 ans, n Tours, fabricant de papiers,
-demeurant Paris, rue Nicaise;</p>
+<p>3. François Gourou, âgé de 35 ans, né à Tours, fabricant de papiers,
+demeurant à Paris, rue Nicaise;</p>
-<p>4. Jean-Claude Jacquet, g de 59 ans, n Lons-le-Saulnier, homme de
-loi, demeurant Paris, rue Feydeau, n<sup>o</sup> 38;</p>
+<p>4. Jean-Claude Jacquet, âgé de 59 ans, né à Lons-le-Saulnier, homme de
+loi, demeurant à Paris, rue Feydeau, n<sup>o</sup> 38;</p>
-<p>5. Jean-Baptiste le Bault, g de 30 ans, n Paris, receveur des
-proprits d'Anisson du Perron, ci-devant secrtaire du district de
-Corbeil, demeurant Ris.</p>
+<p>5. Jean-Baptiste le Bault, âgé de 30 ans, né à Paris, receveur des
+propriétés d'Anisson du Perron, ci-devant secrétaire du district de
+Corbeil, demeurant à Ris.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 7 floral an II (26 avril
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 floréal an II (26 avril
1794), appert:</p>
-<p class="victime">Franois-Albert Mangin, g de 34 ans, n Genicourt, dpartement de
-la Meuse, demeurant Paris, faubourg Poissonnire, n<sup>o</sup> 11, ci-devant
+<p class="victime">François-Albert Mangin, âgé de 34 ans, né à Genicourt, département de
+la Meuse, demeurant à Paris, faubourg Poissonnière, n<sup>o</sup> 11, ci-devant
cocher de place et de particulier.</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page321" name="page321"></a>(p. 321)</span> Du mme jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page321" name="page321"></a>(p. 321)</span> Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Armande-Amde-Victoire Baillard-Trousseboire, femme Bellecise, ge
-de 18 ans rvolus, ne Paris, y demeurant, rue Thorigny, et la
-Motte, district de Cusset, dpartement de l'Allier, ex-noble.</p>
+<p class="victime">Armande-Amédée-Victoire Baillard-Trousseboire, femme Bellecise, âgée
+de 18 ans révolus, née à Paris, y demeurant, rue Thorigny, et à la
+Motte, district de Cusset, département de l'Allier, ex-noble.</p>
-<p>Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.</p>
+<p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Gabriel Trinquelague, demeurant Uzs, dpartement du Gard, ci-devant
-capitaine au 34<sup>e</sup> rgiment d'infanterie.</p>
+<p class="victime">Gabriel Trinquelague, demeurant à Uzès, département du Gard, ci-devant
+capitaine au 34<sup>e</sup> régiment d'infanterie.</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour 7 floral an II (26 avril 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour 7 floréal an II (26 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Joseph Duc, g de 32 ans, n Caman, district de Cluse,
-dpartement du Mont-Blanc, notaire;</p>
+<p>1. Jean-Joseph Duc, âgé de 32 ans, né à Caman, district de Cluse,
+département du Mont-Blanc, notaire;</p>
-<p>2. Joseph-Philibert Curton, g de 44 ans, n Samoen, mme district,
-habitant de la commune de Tanninge, mme dpartement;</p>
+<p>2. Joseph-Philibert Curton, âgé de 44 ans, né à Samoen, même district,
+habitant de la commune de Tanninge, même département;</p>
-<p>3. Jean-Baptiste Bojonet, g de 43 ans, n Tanninge, dpartement du
+<p>3. Jean-Baptiste Bojonet, âgé de 43 ans, né à Tanninge, département du
Mont-Blanc, y demeurant;</p>
-<p>4. Et Claude-Franois Pralon, g de 58 ans, n Tanninge,
-dpartement du Mont-Blanc, y demeurant;</p>
+<p>4. Et Claude-François Pralon, âgé de 58 ans, né à Tanninge,
+département du Mont-Blanc, y demeurant;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 8 floral an II (27 avril 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 8 floréal an II (27 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Pierre Lambert, g de 28 ans, n Guyenne, dpartement de
-Seine-et-Marne, garon boucher;</p>
+<p>1. Jean-Pierre Lambert, âgé de 28 ans, né à Guyenne, département de
+Seine-et-Marne, garçon boucher;</p>
-<p>2. Franois-Germain Savoye, g de 42 ans, n Bezet-Germain,
-district de Chteau-Thierry, dpartement de l'Ain, y demeurant,
+<p>2. François-Germain Savoye, âgé de 42 ans, né à Bezet-Germain,
+district de Château-Thierry, département de l'Ain, y demeurant,
postillon et charretier d'artillerie;</p>
-<p>3. Pierre Guniot, vigneron, n Sulpice de Favires, dpartement de
-Seine-et-Oise, demeurant Jon-la-Montagne;</p>
+<p>3. Pierre Guéniot, vigneron, né à Sulpice de Favières, département de
+Seine-et-Oise, demeurant à Jon-la-Montagne;</p>
-<p>4. Et Claude-Toussaint Leclerc, g de 60 ans, vigneron et cultivateur
- Beaunecourt, lieu de sa naissance, y demeurant, dpartement de
+<p>4. Et Claude-Toussaint Leclerc, âgé de 60 ans, vigneron et cultivateur
+à Beaunecourt, lieu de sa naissance, y demeurant, département de
Seine-et-Oise, assesseur de juge de paix.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 9 floral an II (28 avril 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Pierre-Jean Jean, g de 20 ans, n Colmey, dpartement de la
+<p>1. Pierre-Jean Jean, âgé de 20 ans, né à Colmey, département de la
Moselle, y demeurant, tisserand;</p>
-<p>2. Et Jean-Nicolas Nicolas, g de 52 ans, n Archicourt,
-dpartement de la Moselle, cordonnier, demeurant Colmey.</p>
+<p>2. Et Jean-Nicolas Nicolas, âgé de 52 ans, né à Archicourt,
+département de la Moselle, cordonnier, demeurant à Colmey.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page322" name="page322"></a>(p. 322)</span> Par jugement du 9 floral an II (28 avril 1794), appert que:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page322" name="page322"></a>(p. 322)</span> Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert que:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Gabriel-Louis Neufville, ci-devant duc de Villeroy<a id="footnotetag141" name="footnotetag141"></a><a href="#footnote141" title="Go to footnote 141"><span class="smaller">[141]</span></a>, g de 63
+<p>1. Gabriel-Louis Neufville, ci-devant duc de Villeroy<a id="footnotetag141" name="footnotetag141"></a><a href="#footnote141" title="Go to footnote 141"><span class="smaller">[141]</span></a>, âgé de 63
ans, natif de Paris, y demeurant, rue de Lille, ci-devant Bourbon, n<sup>o</sup>
-552, ci-devant duc et pair et capitaine de la premire compagnie
-franaise des gardes du dernier tyran;</p>
+552, ci-devant duc et pair et capitaine de la première compagnie
+française des gardes du dernier tyran;</p>
-<p>2. Louis Thiroux Crosne, g de 57 ans, n Paris, ci-devant
-lieutenant de police et conseiller d'tat, demeurant Paris, rue de
+<p>2. Louis Thiroux Crosne, âgé de 57 ans, né à Paris, ci-devant
+lieutenant de police et conseiller d'État, demeurant à Paris, rue de
Bracque, au Marais;</p>
-<p>3. Philippe-Antoine-Gabriel-Victor de la Tour-du-Pin Gouvernet, g de
+<p>3. Philippe-Antoine-Gabriel-Victor de la Tour-du-Pin Gouvernet, âgé de
72 ans, natif de Fourent en Champagne, ci-devant marquis et lieutenant
-gnral des armes, demeurant Auteuil lors de son arrestation;</p>
+général des armées, demeurant à Auteuil lors de son arrestation;</p>
-<p>4. Jean-Frdric la Tour-du-Pin, g de 67 ans, n Grenoble,
-dpartement de l'Isre, ancien lieutenant gnral des armes, et
-ci-devant ministre de la guerre, qualifi comte, demeurant, lors de
-son arrestation, chez la Tour-du-Moulin Gouvernet, son parent,
+<p>4. Jean-Frédéric la Tour-du-Pin, âgé de 67 ans, né à Grenoble,
+département de l'Isère, ancien lieutenant général des armées, et
+ci-devant ministre de la guerre, qualifié comte, demeurant, lors de
+son arrestation, chez la Tour-du-Moulin Gouvernet, son parent, à
Auteuil;</p>
-<p>5. Claude Lemelletier, g de 37 ans, n Commune-Affranchie,
-dpartement de Rhne-et-Loire, chirurgien, demeurant Trvoux,
-dpartement de l'Ain;</p>
+<p>5. Claude Lemelletier, âgé de 37 ans, né à Commune-Affranchie,
+département de Rhône-et-Loire, chirurgien, demeurant à Trévoux,
+département de l'Ain;</p>
-<p>6. Jean-Marie-Anglique Gabet, g de 34 ans, n Commune-Affranchie,
-ci-devant membre du tribunal de Trvoux, y demeurant, et lors de son
-arrestation, Paris, maison de Varsovie, rue des Bons-Enfants;</p>
+<p>6. Jean-Marie-Angélique Gabet, âgé de 34 ans, né à Commune-Affranchie,
+ci-devant membre du tribunal de Trévoux, y demeurant, et lors de son
+arrestation, à Paris, maison de Varsovie, rue des Bons-Enfants;</p>
-<p>7. Catherine-Louise Lamoignon, ge de 78 ans, ne Paris, y
+<p>7. Catherine-Louise Lamoignon, âgée de 78 ans, née à Paris, y
demeurant, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, ci-devant
marquise;</p>
-<p>8. Denis-Franois Angrand Dalleray, g de 78 ans, n Paris,
-demeurant cul-de-sac Pocquet, section de l'Homme-Arm, ci-devant
+<p>8. Denis-François Angrand Dalleray, âgé de 78 ans, né à Paris,
+demeurant cul-de-sac Pocquet, section de l'Homme-Armé, ci-devant
lieutenant civil;</p>
-<p>9. Charles-Grangier la Ferrire, g de 56 ans, n Pont-Chteau,
-dpartement de la Loire-Infrieure, gnral de brigade, arrt
+<p>9. Charles-Grangier la Ferrière, âgé de 56 ans, né à Pont-Château,
+département de la Loire-Inférieure, général de brigade, arrêté à
Mende;</p>
-<p>10. Charles-Pierre-Csar-Prosper Mergot-Moutagon, g de 50 ans, natif
-de Prcign, ex-noble, ci-devant garde du tyran Capet;</p>
+<p>10. Charles-Pierre-César-Prosper Mergot-Moutagon, âgé de 50 ans, natif
+de Précigné, ex-noble, ci-devant garde du tyran Capet;</p>
-<p>11. Nicolas-Franois-Olivier Despalires, ex-noble, g de 61 ans,
-natif de <span class="pagenum"><a id="page323" name="page323"></a>(p. 323)</span> Moulins, dpartement de l'Allier, demeurant
+<p>11. Nicolas-François-Olivier Despalières, ex-noble, âgé de 61 ans,
+natif de <span class="pagenum"><a id="page323" name="page323"></a>(p. 323)</span> Moulins, département de l'Allier, demeurant à
Paris, rue du Paon, ci-devant chanoine de Montpellier;</p>
-<p>12. Marguerite-Marie-Louise Brangelogne, veuve de Paris-Montbrun, ge
-de 69 ans, ne Paris, y demeurant, rue Avoye, n<sup>o</sup> 5, ex-noble;</p>
+<p>12. Marguerite-Marie-Louise Brangelogne, veuve de Paris-Montbrun, âgée
+de 69 ans, née à Paris, y demeurant, rue Avoye, n<sup>o</sup> 5, ex-noble;</p>
-<p>13. Jean-Louis Bravart Deissat Duprat, g de 50 ans, n Boujac,
-prs Riom, en Auvergne, demeurant Busset, district de Cusset,
-dpartement de l'Allier, ex-noble et ci-devant comte;</p>
+<p>13. Jean-Louis Bravart Deissat Duprat, âgé de 50 ans, né à Boujac,
+près Riom, en Auvergne, demeurant à Busset, district de Cusset,
+département de l'Allier, ex-noble et ci-devant comte;</p>
-<p>14. Marie-Nicole Brangelogne, ge de 67 ans, ne Paris, y
+<p>14. Marie-Nicole Brangelogne, âgée de 67 ans, née à Paris, y
demeurant, rue Avoye, ex-noble et ex-religieuse;</p>
-<p>15. Madeleine Thouret, ge de 31 ans, n Moulins, dpartement de
+<p>15. Madeleine Thouret, âgée de 31 ans, né à Moulins, département de
l'Allier, y demeurant;</p>
-<p>16. Thomas Gouff, g de 50 ans, natif d'tiolles, dpartement de
-Seine-et-Marne, homme de loi, demeurant Paris;</p>
+<p>16. Thomas Gouffé, âgé de 50 ans, natif d'Étiolles, département de
+Seine-et-Marne, homme de loi, demeurant à Paris;</p>
-<p>17. Charles-Hyacinthe Humbert, g de 28 ans, n Connois,
-dpartement de la Meurthe, ci-devant sous-lieutenant du 47<sup>e</sup> rgiment
+<p>17. Charles-Hyacinthe Humbert, âgé de 28 ans, né à Connois,
+département de la Meurthe, ci-devant sous-lieutenant du 47<sup>e</sup> régiment
ci-devant Lorraine, et actuellement vivant de son revenu;</p>
-<p>18. Franois-Joseph Feydeau, g de 50 ans, n Metz, ci-devant
-capitaine dans le rgiment infanterie ci-devant Dauphin, demeurant
+<p>18. François-Joseph Feydeau, âgé de 50 ans, né à Metz, ci-devant
+capitaine dans le régiment infanterie ci-devant Dauphin, demeurant à
Paris, rue Neuve-Eustache, n<sup>o</sup> 4;</p>
-<p>19. Franois-Jean Pichard du Page, g de 44 ans, n
-Fontenay-le-Peuple, ci-devant homme de loi, ex-procureur gnral
-syndic du dpartement de la Vende, en 1791, actuellement de la
+<p>19. François-Jean Pichard du Page, âgé de 44 ans, né à
+Fontenay-le-Peuple, ci-devant homme de loi, ex-procureur général
+syndic du département de la Vendée, en 1791, actuellement de la
commune de Fontenay-le-Peuple, y demeurant;</p>
-<p>20. Jean Chopinet dit Chevalier, g de 23 ans, n Moulins,
-dpartement de l'Allier, marchal des logis du 7<sup>e</sup> rgiment de
-hussards, demeurant Paris, rue des Hommes-Libres;</p>
+<p>20. Jean Chopinet dit Chevalier, âgé de 23 ans, né à Moulins,
+département de l'Allier, maréchal des logis du 7<sup>e</sup> régiment de
+hussards, demeurant à Paris, rue des Hommes-Libres;</p>
-<p>21. Paul-Louis Deveylle, ex-noble, g de 54 ans, n
-Chtillon-les-Nonce, dpartement de l'Ain, demeurant Garneray;</p>
+<p>21. Paul-Louis Deveylle, ex-noble, âgé de 54 ans, né à
+Châtillon-les-Nonce, département de l'Ain, demeurant à Garneray;</p>
-<p>22. Charles-Marc-Antoine Jardin, g de 71 ans, ci-devant greffier en
-chef au Chtelet;</p>
+<p>22. Charles-Marc-Antoine Jardin, âgé de 71 ans, ci-devant greffier en
+chef au Châtelet;</p>
-<p>23. Alexandre-Benjamin Ropiquet, g de 42 ans, marchand de toiles et
-de tabac, natif de Saint-Longys, dpartement de la Sarthe, demeurant
+<p>23. Alexandre-Benjamin Ropiquet, âgé de 42 ans, marchand de toiles et
+de tabac, natif de Saint-Longys, département de la Sarthe, demeurant à
Paris, rue des Hommes-Libres;</p>
-<p>24. Jacques-Joseph Jocaille dit Saint-Hilaire, g de 50 ans, natif de
-Cambray, district de Cambray, dpartement du Nord, demeurant audit
+<p>24. Jacques-Joseph Jocaille dit Saint-Hilaire, âgé de 50 ans, natif de
+Cambray, district de Cambray, département du Nord, demeurant audit
lieu, ex-noble;</p>
-<p>25. Pierre Martin, g de 55 ans, n Orlans, y demeurant,
-dpartement du Loiret;</p>
+<p>25. Pierre Martin, âgé de 55 ans, né à Orléans, y demeurant,
+département du Loiret;</p>
-<p>26. Armand-Louis-Franois-Edme Bthune-Charost, g de 23 ans, natif
-de Paris, demeurant Calais, mme dpartement, ci-devant duc;</p>
+<p>26. Armand-Louis-François-Edme Béthune-Charost, âgé de 23 ans, natif
+de Paris, demeurant à Calais, même département, ci-devant duc;</p>
-<p>27. Aymar-Charles-Franois-Nicola, g de 57 ans, n Paris, rue des
-Enfants-Rouges, ci-devant premier prsident du grand conseil;</p>
+<p>27. Aymar-Charles-François-Nicolaï, âgé de 57 ans, né à Paris, rue des
+Enfants-Rouges, ci-devant premier président du grand conseil;</p>
-<p>28. Marie-Louise-Victoire Sourches, veuve Vallire, ne Paris, y
+<p>28. Marie-Louise-Victoire Sourches, veuve Vallière, née à Paris, y
demeurant, rue du Grand-Chantier, n<sup>o</sup> 11;</p>
-<p>29. Louise-Antoinette Farjaun, veuve Bussy, ge de 68 ans, ne
-Montpellier, ci-devant comtesse, arrte Chartres, demeurant
+<p>29. Louise-Antoinette Farjaun, veuve Bussy, âgée de 68 ans, née à
+Montpellier, ci-devant comtesse, arrêtée à Chartres, demeurant à
Paris, rue du Grand-Chantier, n<sup>o</sup> 11.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page324" name="page324"></a>(p. 324)</span> 30. Antoine-Jean Terray, g de 44 ans, ci-devant intendant
-de Lyon, aujourd'hui Commune-Affranchie, ex-noble, n Paris,
-demeurant Lamotte-du-Tilly, district de Nogent-sur-Seine,
-dpartement de l'Aube;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page324" name="page324"></a>(p. 324)</span> 30. Antoine-Jean Terray, âgé de 44 ans, ci-devant intendant
+de Lyon, aujourd'hui Commune-Affranchie, ex-noble, né à Paris,
+demeurant à Lamotte-du-Tilly, district de Nogent-sur-Seine,
+département de l'Aube;</p>
-<p>31. Joseph-Fidle Ginot, g de 28 ans, n Poitiers, dpartement de
+<p>31. Joseph-Fidèle Ginot, âgé de 28 ans, né à Poitiers, département de
la Vienne, ci-devant avocat au Parlement de Paris, demeurant rue du
Grand-Chantier;</p>
-<p>32. Marie-Nicole Pernet, femme Terray, ge de 43 ans, ne Dijon,
-dpartement de la Cte-d'Or, demeurant audit lieu de Lamotte;</p>
+<p>32. Marie-Nicole Pernet, femme Terray, âgée de 43 ans, née à Dijon,
+département de la Côte-d'Or, demeurant audit lieu de Lamotte;</p>
-<p>33. Charles-Henri Estaing, g de 65 ans, natif de Ravel, dpartement
-du Puy-de-Dme, ancien amiral et lieutenant gnral, demeurant
-Paris, rue Helvtius, n<sup>o</sup> 52, section le Peletier;</p>
+<p>33. Charles-Henri Estaing, âgé de 65 ans, natif de Ravel, département
+du Puy-de-Dôme, ancien amiral et lieutenant général, demeurant à
+Paris, rue Helvétius, n<sup>o</sup> 52, section le Peletier;</p>
</div>
-<p>Ont t condamns la peine de mort, et ordonn que l'excution dudit
-jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de cette
-ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.</p>
+<p>Ont été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution dudit
+jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de cette
+ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
-<p>Par procs-verbal dress par Degaigne, un des huissiers du tribunal
-rvolutionnaire, en date du 9 floral de l'an II de la Rpublique
-franaise, une et indivisible, appert avoir t constat que le
-jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
-Rvolution de cette ville, o lesdits susnomms ont t mis mort.</p>
+<p>Par procès-verbal dressé par Degaignée, un des huissiers du tribunal
+révolutionnaire, en date du 9 floréal de l'an II de la République
+française, une et indivisible, appert avoir été constaté que le
+jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 12 floral (1<sup>er</sup> mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 12 floréal (1<sup>er</sup> mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Augustin-Henri Langlois de Pommeuse, g de 50 ans, n Paris, y
+<p>1. Augustin-Henri Langlois de Pommeuse, âgé de 50 ans, né à Paris, y
demeurant, rue Chapon au Marais, ci-devant conseiller au ci-devant
parlement de Paris;</p>
-<p>2. Adlade-Sophie Chuppin, femme dudit Langlois de Pommeuse, ge de
-43 ans, ne Paris, y demeurant, rue Chapon, avec son mari;</p>
+<p>2. Adélaïde-Sophie Chuppin, femme dudit Langlois de Pommeuse, âgée de
+43 ans, née à Paris, y demeurant, rue Chapon, avec son mari;</p>
-<p>3. Auguste-Louis Langlois de Gurard, g de 46 ans, n Paris, y
-demeurant, rue des Bons-Enfants, section de la Halle au bl, ci-devant
+<p>3. Auguste-Louis Langlois de Guérard, âgé de 46 ans, né à Paris, y
+demeurant, rue des Bons-Enfants, section de la Halle au blé, ci-devant
officier aux gardes;</p>
-<p>4. tienne Vigni, g de 40 ans, n Rigueux, dpartement de
-Seine-et-Marne, demeurant Pommeuse, prtre et chapelain du nomm
+<p>4. Étienne Vignié, âgé de 40 ans, né à Rigueux, département de
+Seine-et-Marne, demeurant à Pommeuse, prêtre et chapelain du nommé
Langlois de Pommeuse;</p>
-<p>5. Claude-Louis Deligny, g de 44 ans, n Boutigny, demeurant
+<p>5. Claude-Louis Deligny, âgé de 44 ans, né à Boutigny, demeurant à
Paris, cultivateur fermier de Langlois de Pommeuse;</p>
-<p>6. Et Gervais Seurre, g de 44 ans, n Migneville, demeurant
+<p>6. Et Gervais Seurre, âgé de 44 ans, né à Migneville, demeurant à
Paris, domestique de Langlois de Pommeuse;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 12 floral (1<sup>er</sup> mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 12 floréal (1<sup>er</sup> mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Pierre Landois, g de 30 ans, n Saint-Nicolas, dpartement de
-l'Eure, demeurant Evreux, huissier;</p>
+<p>1. Pierre Landois, âgé de 30 ans, né à Saint-Nicolas, département de
+l'Eure, demeurant à Evreux, huissier;</p>
-<p>2. Et Jean Glutron, g de 39 ans, n Brovelle, demeurant vreux,
+<p>2. Et Jean Glutron, âgé de 39 ans, né à Brovelle, demeurant à Évreux,
entrepreneur de convois militaires, aubergiste;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page325" name="page325"></a>(p. 325)</span> Du mme jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page325" name="page325"></a>(p. 325)</span> Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Louis-Ignace Chalmeton, g de 40 ans, n Chambonas, dpartement
-de l'Ardche, demeurant Uzs, dpartement du Gard, avocat procureur
-syndic du district d'Uzs;</p>
+<p>1. Louis-Ignace Chalmeton, âgé de 40 ans, né à Chambonas, département
+de l'Ardèche, demeurant à Uzès, département du Gard, avocat procureur
+syndic du district d'Uzès;</p>
-<p>2. Claude Ancme Bernard, g de 32 ans, n Besanon, dpartement du
+<p>2. Claude Ancôme Bernard, âgé de 32 ans, né à Besançon, département du
Doubs, y demeurant, marchand de bois, notable de la commune, juge au
tribunal de commerce, commandant en second de la garde nationale;</p>
-<p>3. Jean-Antoine Poulet, g de 60 ans, n Besanon, y demeurant,
+<p>3. Jean-Antoine Poulet, âgé de 60 ans, né à Besançon, y demeurant,
notable et commissaire de section, agent de Beaufremont;</p>
-<p>4. Guillaume Nogaret, g de 46 ans, n Dijon, dpartement de la
-Cte-d'Or, demeurant Besanon, commis marchand;</p>
+<p>4. Guillaume Nogaret, âgé de 46 ans, né à Dijon, département de la
+Côte-d'Or, demeurant à Besançon, commis marchand;</p>
-<p>5. Franois-Joseph Monthon, g de 35 ans, n Turin en Savoye (sic),
-demeurant Burginien, dpartement du Mont-Blanc, garde du tyran,
+<p>5. François-Joseph Monthon, âgé de 35 ans, né à Turin en Savoye (sic),
+demeurant à Burginien, département du Mont-Blanc, garde du tyran,
Sarde et lieutenant de gendarmerie;</p>
-<p>6. Et Jacques Rabaut, g de 56 ans, n Jason, dpartement (en
-blanc), demeurant Marseille, ngociant armateur;</p>
+<p>6. Et Jacques Rabaut, âgé de 56 ans, né à Jason, département (en
+blanc), demeurant à Marseille, négociant armateur;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 13 floral an II (2 mai 1798), appert:</p>
+<p>Par jugement du 13 floréal an II (2 mai 1798), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Denis Carbillet, g de 52 ans, n Langres, dpartement de la
-Haute-Marne, demeurant Paris, rue des Petites-curies, ci-devant
+<p>1. Denis Carbillet, âgé de 52 ans, né à Langres, département de la
+Haute-Marne, demeurant à Paris, rue des Petites-Écuries, ci-devant
menuisier du ci-devant d'Artois, lieutenant du ci-devant bataillon dit
-Saint-Lazare, section Poissonnire;</p>
+Saint-Lazare, section Poissonnière;</p>
-<p>2. Pierre Diacon, g de 50 ans, n Colombines, prs Neufchtel en
+<p>2. Pierre Diacon, âgé de 50 ans, né à Colombines, près Neufchâtel en
Suisse, ancien militaire de la maison de la guerre, actuellement
-inspecteur des armes feu l'Arsenal, Paris, y demeurant;</p>
+inspecteur des armes à feu à l'Arsenal, à Paris, y demeurant;</p>
-<p>3. Et Laurent Ptra, g de 55 ans, n la Fre en Tardenois,
-dpartement de l'Aisne, ci-devant cur de la commune de Lvemont,
-dpartement de l'Oise, et y demeurant;</p>
+<p>3. Et Laurent Pétra, âgé de 55 ans, né à la Fère en Tardenois,
+département de l'Aisne, ci-devant curé de la commune de Lévemont,
+département de l'Oise, et y demeurant;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 14 floral (3 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 14 floréal (3 mai 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Denis Repoux Chevagny, g de 72 ans, n Lazy, dpartement de la
-Nivre, ci-devant auditeur des comptes de Dle, demeurant Lazy;</p>
+<p class="victime">Denis Repoux Chevagny, âgé de 72 ans, né à Lazy, département de la
+Nièvre, ci-devant auditeur des comptes de Dôle, demeurant à Lazy;</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, tabli par la loi du
- 10 mars 1793, l'an II de la Rpublique, sant Paris, au palais, le 14 floral
+<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, établi par la loi du
+ 10 mars 1793, l'an II de la République, séant à Paris, au palais, le 14 floréal
(3 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Gabriel Tassin, dit de l'tang, g de 50 ans, n et demeurant
+<p>1. Gabriel Tassin, dit de l'Étang, âgé de 50 ans, né et demeurant à
Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, ci-devant banquier et commandant
des Filles Saint-Thomas;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page326" name="page326"></a>(p. 326)</span> 2. Louis-Daniel Tassin, g de 52 ans, n et demeurant
-Paris, rue des Filles-Saint-Thomas, ci-devant banquier, lecteur,
-dput supplant l'Assemble constituante, officier municipal et
-administrateur des vivres Paris;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page326" name="page326"></a>(p. 326)</span> 2. Louis-Daniel Tassin, âgé de 52 ans, né et demeurant à
+Paris, rue des Filles-Saint-Thomas, ci-devant banquier, électeur,
+député suppléant à l'Assemblée constituante, officier municipal et
+administrateur des vivres à Paris;</p>
-<p>3. Jean-Philippe Wenmaring, n Malchem, dpartement du Bas-Rhin,
-demeurant Paris, rue de Gramont, ci-devant commis banquier et
+<p>3. Jean-Philippe Wenmaring, né à Malchem, département du Bas-Rhin,
+demeurant à Paris, rue de Gramont, ci-devant commis banquier et
capitaine des grenadiers du bataillon des Filles-Saint-Thomas;</p>
-<p>4. Simon Picquet, g de 39 ans, n Strasbourg, demeurant Paris,
+<p>4. Simon Picquet, âgé de 39 ans, né à Strasbourg, demeurant à Paris,
rue Neuve-des-Petits-Champs, marchand brocanteur, ci-devant aide de
-camp de Crillon le cadet l'arme des Ardennes;</p>
+camp de Crillon le cadet à l'armée des Ardennes;</p>
-<p>5. Pierre-tienne Engibeau, g de 37 ans et demeurant Paris, rue
+<p>5. Pierre-Étienne Engibeau, âgé de 37 ans et demeurant à Paris, rue
Vivienne, n<sup>o</sup> 63, traiteur et ci-devant grenadier des
Filles-Saint-Thomas;</p>
-<p>6. Franois Parizeau, g de 50 ans, n Ville-Affranchie, demeurant
- Paris, rue de la Loi, ci-devant commissaire de la comptabilit,
+<p>6. François Parizeau, âgé de 50 ans, né à Ville-Affranchie, demeurant
+à Paris, rue de la Loi, ci-devant commissaire de la comptabilité,
grenadier des Filles-Saint-Thomas et aide de camp de Lafayette;</p>
-<p>7. Charles-Jean-Baptiste Deschamps Tresfontaines, g de 51 ans, n
-Rouen, dpartement de la Seine-Infrieure, demeurant Paris, rue
-Colbert, employ aux droits d'enregistrement en qualit de sous-chef;</p>
+<p>7. Charles-Jean-Baptiste Deschamps Tresfontaines, âgé de 51 ans, né à
+Rouen, département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue
+Colbert, employé aux droits d'enregistrement en qualité de sous-chef;</p>
-<p>8. Joseph-Louis Maulguet, g de 46 ans, n Paris, demeurant
-Villers-Cotterets, dpartement de l'Aisne, ci-devant architecte;</p>
+<p>8. Joseph-Louis Maulguet, âgé de 46 ans, né à Paris, demeurant à
+Villers-Cotterets, département de l'Aisne, ci-devant architecte;</p>
-<p>9. Thomas-Simon Brard, g de 53 ans, n Commune-Affranchie,
-demeurant Paris, rue Gramont, section le Peletier, ci-devant
-ngociant armateur, ex-capitaine de la 3<sup>e</sup> compagnie du bataillon des
+<p>9. Thomas-Simon Bérard, âgé de 53 ans, né à Commune-Affranchie,
+demeurant à Paris, rue Gramont, section le Peletier, ci-devant
+négociant armateur, ex-capitaine de la 3<sup>e</sup> compagnie du bataillon des
Filles-Saint-Thomas;</p>
-<p>10. Pierre-Jacques Perret, g de 36 ans, n Manteville, dpartement
-du Calvados, demeurant vreux, dpartement de l'Eure, ayant un autre
-domicile Paris, rue Dominique, ci-devant agent de change et
-commandant du bataillon des Petits-Pres;</p>
+<p>10. Pierre-Jacques Perret, âgé de 36 ans, né à Manteville, département
+du Calvados, demeurant à Évreux, département de l'Eure, ayant un autre
+domicile à Paris, rue Dominique, ci-devant agent de change et
+commandant du bataillon des Petits-Pères;</p>
-<p>11. Louis-Gabriel d'Hangest, g de 48 ans, n Rumilly, dpartement
-des Ardennes, demeurant Paris, rue Chabannais, ci-devant
+<p>11. Louis-Gabriel d'Hangest, âgé de 48 ans, né à Rumilly, département
+des Ardennes, demeurant à Paris, rue Chabannais, ci-devant
mousquetaire et chevalier de Saint-Louis, et actuellement papetier,
grenadier des Filles-Saint-Thomas;</p>
-<p>12. Franois-Henri Laurent, g de 28 ans, vitrier, n et demeurant
+<p>12. François-Henri Laurent, âgé de 28 ans, vitrier, né et demeurant à
Paris, rue Feydeau;</p>
-<p>13. Et tienne-Jacques-Armand Rougemont, n Coursemont, dpartement
-de la Sarthe, directeur de la comptabilit des loteries;</p>
+<p>13. Et Étienne-Jacques-Armand Rougemont, né à Coursemont, département
+de la Sarthe, directeur de la comptabilité des loteries;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns la peine de mort, et ordonn que l'excution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
-cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
-<p>Par procs-verbal dress par Degaigne, l'un des huissiers du tribunal
-rvolutionnaire, en date du 14 floral, appert avoir t constat que
-le jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
-Rvolution de cette ville, o lesdits susnomms ont t mis mort.</p>
+<p>Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du tribunal
+révolutionnaire, en date du 14 floréal, appert avoir été constaté que
+le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 15 floral an II (4 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 15 floréal an II (4 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Franois Lacroix, g de 52 ans, natif de Nancy, dpartement de la
-<span class="pagenum"><a id="page327" name="page327"></a>(p. 327)</span> Meurthe, ci-devant employ la loterie nationale, demeurant
- Paris;</p>
+<p>1. François Lacroix, âgé de 52 ans, natif de Nancy, département de la
+<span class="pagenum"><a id="page327" name="page327"></a>(p. 327)</span> Meurthe, ci-devant employé à la loterie nationale, demeurant
+à Paris;</p>
-<p>2. Auguste-Joseph Saintenoy, g de 18 ans &frac12;, confiseur, n
-Orchies, demeurant Paris;</p>
+<p>2. Auguste-Joseph Saintenoy, âgé de 18 ans &frac12;, confiseur, né à
+Orchies, demeurant à Paris;</p>
-<p>3. Jean-Franois Durand, g de 24 ans, natif de Neufchteau, gendarme
- pied la 32<sup>e</sup> division stationnaire l'arme du Nord;</p>
+<p>3. Jean-François Durand, âgé de 24 ans, natif de Neufchâteau, gendarme
+à pied à la 32<sup>e</sup> division stationnaire à l'armée du Nord;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 15 floral (4 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 15 floréal (4 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude-Antoine Cleriac Labeaume, g de 61 ans, n Nancy,
-dpartement de la Meurthe, ex-marquis, demeurant Paris, rue Crutti,
+<p>1. Claude-Antoine Cleriac Labeaume, âgé de 61 ans, né à Nancy,
+département de la Meurthe, ex-marquis, demeurant à Paris, rue Cérutti,
n<sup>o</sup> 2;</p>
-<p>2. Antoine Dutailly, g de 52 ans, n Besanon, dpartement du
+<p>2. Antoine Dutailly, âgé de 52 ans, né à Besançon, département du
Doubs, y demeurant, homme de loi, agent de Choiseul-la-Beaume;</p>
-<p>3. Claude-Philippe Moniotte, g de 76 ans, n Besanon, y
-demeurant, ex-conseiller au prsidial et juge du tribunal du district
-de Besanon;</p>
+<p>3. Claude-Philippe Moniotte, âgé de 76 ans, né à Besançon, y
+demeurant, ex-conseiller au présidial et juge du tribunal du district
+de Besançon;</p>
-<p>4. Jacques-Louis le Bgue Oyseville, g de 58 ans, n Pithiviers, y
-demeurant, dpartement du Loiret, ex-noble, maire et prsident du
+<p>4. Jacques-Louis le Bègue Oyseville, âgé de 58 ans, né à Pithiviers, y
+demeurant, département du Loiret, ex-noble, maire et président du
district de Pithiviers, y demeurant;</p>
-<p>5. Julien-Franois Boire, g de 68 ans, n Paris, y demeurant, quai
+<p>5. Julien-François Boire, âgé de 68 ans, né à Paris, y demeurant, quai
des Tournelles, n<sup>o</sup> 6, ex-avocat au parlement de Paris;</p>
-<p>6. Marie-Pierre-Thomas Mauvielle, g de 59 ans, n Coutances,
-dpartement de la Manche, demeurant Saint-L, mme dpartement;</p>
+<p>6. Marie-Pierre-Thomas Mauvielle, âgé de 59 ans, né à Coutances,
+département de la Manche, demeurant à Saint-Lô, même département;</p>
-<p>7. Georges le Bienlais de Wiesval, g de 76 ans, n au Rocher,
-district d'Avranches, dpartement de la Manche, demeurant Paris, rue
+<p>7. Georges le Bienlais de Wiesval, âgé de 76 ans, né au Rocher,
+district d'Avranches, département de la Manche, demeurant à Paris, rue
du Four-Germain, n<sup>o</sup> 52, ex-noble, et lieutenant-colonel de cavalerie
et chevalier de Saint-Louis;</p>
-<p>8. Marc-Antoine Levis, g de 55 ans, n Lugny, dpartement de
-Sane-et-Loire, ex-comte et chevalier de Saint-Louis, et ex-dput
-l'Assemble constituante, demeurant Paris, rue Helvtius, n<sup>o</sup> 53;</p>
+<p>8. Marc-Antoine Levis, âgé de 55 ans, né à Lugny, département de
+Saône-et-Loire, ex-comte et chevalier de Saint-Louis, et ex-député à
+l'Assemblée constituante, demeurant à Paris, rue Helvétius, n<sup>o</sup> 53;</p>
-<p>9. Thodore-Joseph Boissard, g de 56 ans, n Pontarlier,
-dpartement du Doubs, y demeurant, ex-avocat et procureur syndic du
+<p>9. Théodore-Joseph Boissard, âgé de 56 ans, né à Pontarlier,
+département du Doubs, y demeurant, ex-avocat et procureur syndic du
district de Pontarlier;</p>
-<p>10. Et Charles-Jrme, g de 37 ans, n Paris, y demeurant, rue de
+<p>10. Et Charles-Jérôme, âgé de 37 ans, né à Paris, y demeurant, rue de
Seine, n<sup>o</sup> 1064, notaire;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns la peine de mort, et ordonn que l'excution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
-cette ville, le jugement sign du prsident et du greffier.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, le jugement signé du président et du greffier.</p>
-<p>Par procs-verbal dress par Degaigne, l'un des huissiers du
-tribunal, en date du 15 floral, appert avoir t constat que le
-jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
-Rvolution de cette ville, o lesdits susnomms ont t mis mort.</p>
+<p>Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du
+tribunal, en date du 15 floréal, appert avoir été constaté que le
+jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 16 floral an II (5 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 16 floréal an II (5 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jacques-Jean la Bussire, g de 53 ans, n de la commune de
-Dampierre, <span class="pagenum"><a id="page328" name="page328"></a>(p. 328)</span> demeurant Angelier, dpartement de la Nivre,
-ancien capitaine du rgiment d'Auvergne, ex-noble;</p>
+<p>1. Jacques-Jean la Bussière, âgé de 53 ans, né de la commune de
+Dampierre, <span class="pagenum"><a id="page328" name="page328"></a>(p. 328)</span> demeurant à Angelier, département de la Nièvre,
+ancien capitaine du régiment d'Auvergne, ex-noble;</p>
-<p>2. Marie-Caconne-Josphine Thomassine Duverne, ge de 36 ans, native
-de Mingot, demeurant Cosne, dpartement de la Nivre;</p>
+<p>2. Marie-Caconne-Joséphine Thomassine Duverne, âgée de 36 ans, native
+de Mingot, demeurant à Cosne, département de la Nièvre;</p>
-<p>3. Jeanne Dreux, femme Lichy, ex-noble, ge de 62 ans, native de
-Sauvigny, dpartement de l'Allier, demeurant Cosne;</p>
+<p>3. Jeanne Dreux, femme Lichy, ex-noble, âgée de 62 ans, native de
+Sauvigny, département de l'Allier, demeurant à Cosne;</p>
-<p>4. Et Marie-Florence Valori, veuve de Franois-tienne Mazin, noble,
-ge de 67 ans, native du Quesnoy, demeurant Dampierre, dpartement
-de la Nivre;</p>
+<p>4. Et Marie-Florence Valori, veuve de François-Étienne Mazin, noble,
+âgée de 67 ans, native du Quesnoy, demeurant à Dampierre, département
+de la Nièvre;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 16 floral (5 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 16 floréal (5 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude-Franoise Loisellier, ge de 47 ans, de Paris, y demeurant,
+<p>1. Claude-Françoise Loisellier, âgée de 47 ans, de Paris, y demeurant,
ci-devant faiseuse de modes;</p>
-<p>2. Flicit-Mlanie Lunouf, ge de 21 ans, ne Paris, demeurant rue
-Montmartre, ouvrire en robes;</p>
+<p>2. Félicité-Mélanie Lunouf, âgée de 21 ans, née à Paris, demeurant rue
+Montmartre, ouvrière en robes;</p>
-<p>3. Marie-Madeleine Virolle, ge de 25 ans, ne Angoulme,
-coiffeuse, demeurant Paris, rue Coquillire;</p>
+<p>3. Marie-Madeleine Virolle, âgée de 25 ans, née à Angoulême,
+coiffeuse, demeurant à Paris, rue Coquillière;</p>
-<p>4. Jacques Duchesne, g de 60 ans, n Verdun, demeurant Chaillot,
-facteur militaire de la section des Champs-lyses;</p>
+<p>4. Jacques Duchesne, âgé de 60 ans, né à Verdun, demeurant à Chaillot,
+facteur militaire de la section des Champs-Élysées;</p>
-<p>5. Et Jean Sauvage, g de 34 ans, armurier et canonnier du Panthon
-franais;</p>
+<p>5. Et Jean Sauvage, âgé de 34 ans, armurier et canonnier du Panthéon
+français;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, etc., le 17 floral an II
+<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 17 floréal an II
(6 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Henri-Jacques Poulet, g de 56 ans, natif de Metz, dpartement de
+<p>1. Henri-Jacques Poulet, âgé de 56 ans, natif de Metz, département de
la Moselle, ex-noble et ci-devant conseiller au parlement de Metz, et
-procureur syndic du dpartement de la Moselle;</p>
+procureur syndic du département de la Moselle;</p>
-<p>2. Matthieu Sequer, g de 65 ans, n Daillange, district de Briey,
-dpartement de la Moselle, homme de loi, membre du directoire du
-dpartement de la Moselle, demeurant Briey;</p>
+<p>2. Matthieu Sequer, âgé de 65 ans, né à Daillange, district de Briey,
+département de la Moselle, homme de loi, membre du directoire du
+département de la Moselle, demeurant à Briey;</p>
-<p>3. Jean-Christophe Thibault, g de 60 ans, n Isminy, district de
-Dieuze, dpartement de la Meurthe, employ dans les salines,
-ex-administrateur du dpartement de la Moselle, demeurant Metz;</p>
+<p>3. Jean-Christophe Thibault, âgé de 60 ans, né à Isminy, district de
+Dieuze, département de la Meurthe, employé dans les salines,
+ex-administrateur du département de la Moselle, demeurant à Metz;</p>
-<p>4. Martin Baulaire, g de 38 ans, n Rodemack, district de
-Thionville, dpartement de la Moselle, demeurant Metz;</p>
+<p>4. Martin Baulaire, âgé de 38 ans, né à Rodemack, district de
+Thionville, département de la Moselle, demeurant à Metz;</p>
-<p>5. Jean-Claude Gant, g de 41 ans, natif de Ravil, district de
-Boulay, dpartement de la Moselle, maire et aubergiste
-Pont--Chaussy, ex-administrateur du dpartement de la Moselle;</p>
+<p>5. Jean-Claude Géant, âgé de 41 ans, natif de Ravil, district de
+Boulay, département de la Moselle, maire et aubergiste à
+Pont-à-Chaussy, ex-administrateur du département de la Moselle;</p>
-<p>6. Franois Collin, g de 54 ans, n Metz, dpartement de la
-Moselle, ex-administrateur dudit dpartement;</p>
+<p>6. François Collin, âgé de 54 ans, né à Metz, département de la
+Moselle, ex-administrateur dudit département;</p>
-<p>7. Michel Wagner, g de 43 ans, cultivateur et ex-administrateur du
-dpartement de la Moselle, n Sarre-Libre;</p>
+<p>7. Michel Wagner, âgé de 43 ans, cultivateur et ex-administrateur du
+département de la Moselle, né à Sarre-Libre;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page329" name="page329"></a>(p. 329)</span> 8. Jacques Libre Briand, g de 34 ans, n Paris, demeurant
- Buchy, district de Morhange, dpartement de la Moselle, et agent
-national prs le mme district;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page329" name="page329"></a>(p. 329)</span> 8. Jacques Libre Briand, âgé de 34 ans, né à Paris, demeurant
+à Buchy, district de Morhange, département de la Moselle, et agent
+national près le même district;</p>
-<p>9. Jean-Baptiste-Nicolas Flosse le jeune, g de 36 ans, n Boulay,
-dpartement de la Moselle, matre de poste et entrepreneur des tapes,
-membre du directoire du dpartement de la Moselle, demeurant
+<p>9. Jean-Baptiste-Nicolas Flosse le jeune, âgé de 36 ans, né à Boulay,
+département de la Moselle, maître de poste et entrepreneur des étapes,
+membre du directoire du département de la Moselle, demeurant à
Boullay;</p>
-<p>10. Jacques-Libre Pierron, g de 32 ans, natif de
-Villers-la-Montague, district de Longwy, dpartement de la Moselle,
+<p>10. Jacques-Libre Pierron, âgé de 32 ans, natif de
+Villers-la-Montague, district de Longwy, département de la Moselle,
juge au tribunal de Briey, y demeurant;</p>
-<p>11. Et Alexandre-Nicolas Courtois, g de 33 ans, natif de Longuyon,
-district de Longwy, dpartement de la Moselle, supplant au tribunal
-du district et ex-administrateur du dpartement de la Moselle;</p>
+<p>11. Et Alexandre-Nicolas Courtois, âgé de 33 ans, natif de Longuyon,
+district de Longwy, département de la Moselle, suppléant au tribunal
+du district et ex-administrateur du département de la Moselle;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 17 floral an II (6 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 17 floréal an II (6 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Charles-Joseph Lejollivet, g de 67 ans, ingnieur vtran des
-ponts-et-chausses et architecte du ci-devant Roi, n Orlans,
-demeurant Dijon;</p>
+<p>1. Charles-Joseph Lejollivet, âgé de 67 ans, ingénieur vétéran des
+ponts-et-chaussées et architecte du ci-devant Roi, né à Orléans,
+demeurant à Dijon;</p>
-<p>2. Denis Lamugnire, g de 65 ans, n Poiseul-les-Saulx,
-dpartement de la Cte-d'Or, greffier de la ci-devant matrise des
-eaux et forts de Dijon, y demeurant;</p>
+<p>2. Denis Lamugnière, âgé de 65 ans, né à Poiseul-les-Saulx,
+département de la Côte-d'Or, greffier de la ci-devant maîtrise des
+eaux et forêts de Dijon, y demeurant;</p>
-<p>3. tienne Guelaud, g de 60 ans, n Dijon, dpartement de la
-Cte-d'or, avou au tribunal de commerce dudit lieu, y demeurant;</p>
+<p>3. Étienne Guelaud, âgé de 60 ans, né à Dijon, département de la
+Côte-d'or, avoué au tribunal de commerce dudit lieu, y demeurant;</p>
-<p>4. Joseph Galleton, g de 50 ans, perruquier, n Dijon, dpartement
-de la Cte-d'Or, y demeurant;</p>
+<p>4. Joseph Galleton, âgé de 50 ans, perruquier, né à Dijon, département
+de la Côte-d'Or, y demeurant;</p>
-<p>5. Jean-Baptiste Thierry, g de 29 ans, perruquier, n Dijon, y
+<p>5. Jean-Baptiste Thierry, âgé de 29 ans, perruquier, né à Dijon, y
demeurant;</p>
-<p>6. Claude Joudrier, g de 36 ans, perruquier, n Dijon, y
+<p>6. Claude Joudrier, âgé de 36 ans, perruquier, né à Dijon, y
demeurant;</p>
-<p>7. Jacques Testard, g de 49 ans, n Saulieu, dpartement de la
-Cte-d'Or, ci-devant procureur Dijon, y demeurant;</p>
+<p>7. Jacques Testard, âgé de 49 ans, né à Saulieu, département de la
+Côte-d'Or, ci-devant procureur à Dijon, y demeurant;</p>
-<p>8. Franois Bille, g de 26 ans, perruquier, n Dijon, y demeurant;</p>
+<p>8. François Bille, âgé de 26 ans, perruquier, né à Dijon, y demeurant;</p>
-<p>9. Jean-Baptiste Sallez, g de 42 ans, n Mcon, limonadier,
-demeurant Saulieu (Cte-d'Or);</p>
+<p>9. Jean-Baptiste Sallez, âgé de 42 ans, né à Mâcon, limonadier,
+demeurant à Saulieu (Côte-d'Or);</p>
-<p>10. Jean-Baptiste Guenot, g de 46 ans, n Autun, dpartement de la
-Haute-Sane, commis dans la rgie des cuirs Dle avant la
-rvolution, et depuis pour l'approvisionnement des armes, demeurant
+<p>10. Jean-Baptiste Guenot, âgé de 46 ans, né à Autun, département de la
+Haute-Saône, commis dans la régie des cuirs à Dôle avant la
+révolution, et depuis pour l'approvisionnement des armées, demeurant à
Saint-Jean de Losne;</p>
-<p>11. Claude Chaussier, g de 51 ans, marchand de bois pour le service
-de la marine, n Dijon, y demeurant;</p>
+<p>11. Claude Chaussier, âgé de 51 ans, marchand de bois pour le service
+de la marine, né à Dijon, y demeurant;</p>
-<p>12. Alexandre Jaucourt, g de 56 ans, n Cernay, dpartement du
-Loiret, ex-marquis, demeurant Arcomey;</p>
+<p>12. Alexandre Jaucourt, âgé de 56 ans, né à Cernay, département du
+Loiret, ex-marquis, demeurant à Arcomey;</p>
-<p>13. Et Charlotte-Aime Damoiseau, femme Montheraut, ex-noble, ge de
-67 ans, ne Vizerny, dpartement de la Cte-d'Or, demeurant Dijon;</p>
+<p>13. Et Charlotte-Aimée Damoiseau, femme Montheraut, ex-noble, âgée de
+67 ans, née à Vizerny, département de la Côte-d'Or, demeurant à Dijon;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par l'un
-des huissiers du tribunal rvolutionnaire.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par l'un
+des huissiers du tribunal révolutionnaire.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page330" name="page330"></a>(p. 330)</span> Par jugement du 18 floral (7 mai 1794), appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page330" name="page330"></a>(p. 330)</span> Par jugement du 18 floréal (7 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Franois Rameau, g de 57 ans, ex-dput supplant
-l'Assemble constituante et assesseur du juge de paix de Cosne, y
+<p>1. Jean-François Rameau, âgé de 57 ans, ex-député suppléant à
+l'Assemblée constituante et assesseur du juge de paix de Cosne, y
demeurant;</p>
-<p>2. Jean-Louis-Rameau, g de 72 ans, natif de Neuzy, assesseur du juge
+<p>2. Jean-Louis-Rameau, âgé de 72 ans, natif de Neuzy, assesseur du juge
de paix de Cosne, y demeurant;</p>
-<p>3. Et Jean-Franois Guillaumot, g de 27 ans, n Clamecy,
-dpartement de la Nivre, demeurant Cosne, ci-devant clerc de
+<p>3. Et Jean-François Guillaumot, âgé de 27 ans, né à Clamecy,
+département de la Nièvre, demeurant à Cosne, ci-devant clerc de
notaire;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Franois Petit-Jean, g de 48 ans, n Toul, y demeurant,
-dpartement de la Meurthe, ci-devant trsorier des dpenses de la
+<p class="victime">François Petit-Jean, âgé de 48 ans, né à Toul, y demeurant,
+département de la Meurthe, ci-devant trésorier des dépenses de la
guerre;</p>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Franois-Ren-Louis Chevandier, g de 32 ans, n Valdrme, y
-demeurant, dpartement de la Drme, lieutenant dans la gendarmerie
+<p>1. François-René-Louis Chevandier, âgé de 32 ans, né à Valdrôme, y
+demeurant, département de la Drôme, lieutenant dans la gendarmerie
nationale;</p>
-<p>2. Vincent Ferrier, g de 33 ans, n Rieux, dpartement de la
+<p>2. Vincent Ferrier, âgé de 33 ans, né à Rieux, département de la
Haute-Garonne, demeurant au Buis;</p>
-<p>3. Joseph Sulpice, g de 23 ans, n au Mans, dpartement de la
+<p>3. Joseph Sulpice, âgé de 23 ans, né au Mans, département de la
Sarthe, ci-devant domestique chez Duclos Besignan, demeurant commune
-de ce nom, dpartement de la Drme;</p>
+de ce nom, département de la Drôme;</p>
-<p>4. Joseph-Hyacinthe Guintrand, g de 30 ans environ, matelassier,
-demeurant Vezon, ci-devant Comtat, dpartement de la Drme;</p>
+<p>4. Joseph-Hyacinthe Guintrand, âgé de 30 ans environ, matelassier,
+demeurant à Vezon, ci-devant Comtat, département de la Drôme;</p>
-<p>5. Jean-Joseph Fity, g de 30 ans, n Nevers, dpartement de la
-Nivre, menuisier, demeurant au Buis;</p>
+<p>5. Jean-Joseph Fity, âgé de 30 ans, né à Nevers, département de la
+Nièvre, menuisier, demeurant au Buis;</p>
-<p>6. Et Franois Paschal, g de 30 ans, n Lecan, dpartement des
-Basses-Alpes, demeurant au Buis, dpartement de la Drme;</p>
+<p>6. Et François Paschal, âgé de 30 ans, né à Lecan, département des
+Basses-Alpes, demeurant au Buis, département de la Drôme;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 19 floral an II (8 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 19 floréal an II (8 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Clment de Laage pre, g de 70 ans, ci-devant fermier gnral,
-demeurant Paris, rue Neuve-Grange-Batelire, n Saintes,
-dpartement de la Charente-Infrieure;</p>
+<p>1. Clément de Laage père, âgé de 70 ans, ci-devant fermier général,
+demeurant à Paris, rue Neuve-Grange-Batelière, né à Saintes,
+département de la Charente-Inférieure;</p>
-<p>2. Louis-Balthazar Dangers-Bagneux, g de 55 ans, n Paris, y
-demeurant, rue des Quatre-Fils, ci-devant fermier gnral;</p>
+<p>2. Louis-Balthazar Dangers-Bagneux, âgé de 55 ans, né à Paris, y
+demeurant, rue des Quatre-Fils, ci-devant fermier général;</p>
-<p>3. Jacques Paulze, g de 71 ans, n Montbrison, dpartement de
-Seine-et-Oise, demeurant Paris, rue des Piques, ci-devant fermier
-gnral;</p>
+<p>3. Jacques Paulze, âgé de 71 ans, né à Montbrison, département de
+Seine-et-Oise, demeurant à Paris, rue des Piques, ci-devant fermier
+général;</p>
-<p>4. Antoine-Laurent Lavoisier, g de 50 ans, n Paris, y demeurant,
+<p>4. Antoine-Laurent Lavoisier, âgé de 50 ans, né à Paris, y demeurant,
boulevard de la Madeleine, section des Piques, ci-devant fermier
-gnral.</p>
+général.</p>
-<p>5. Franois Puissant, g de 59 ans, n au Port de l'galit,
-dpartement du Morbihan, demeurant Paris, rue Mesnard, ci-devant
-fermier gnral;</p>
+<p>5. François Puissant, âgé de 59 ans, né au Port de l'Égalité,
+département du Morbihan, demeurant à Paris, rue Mesnard, ci-devant
+fermier général;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page331" name="page331"></a>(p. 331)</span> 6. Alexandre-Victor Saint-Amand, g de 74 ans, n
-Marseille, ci-devant fermier gnral, demeurant Paris, rue
-Neuve-des-Petits-Champs, vis--vis celle d'Antin;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page331" name="page331"></a>(p. 331)</span> 6. Alexandre-Victor Saint-Amand, âgé de 74 ans, né à
+Marseille, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue
+Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis celle d'Antin;</p>
-<p>7. Gilbert-Georges Monteloup, g de 68 ans, n Montaigne,
-dpartement du Puy-de-Dme, ci-devant fermier gnral, demeurant
-Paris, rue Honor, n<sup>o</sup> 88;</p>
+<p>7. Gilbert-Georges Monteloup, âgé de 68 ans, né à Montaigne,
+département du Puy-de-Dôme, ci-devant fermier général, demeurant à
+Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 88;</p>
-<p>8. Adam-Franois-Paul Saint-Christau, g de 44 ans, n Rennes,
-dpartement d'Ille-et-Vilaine, ci-devant fermier gnral, demeurant
-Paris rue Thvenot, et, la campagne, la Fert-sous-Reuilly,
-dpartement de l'Indre, district d'Issoudun;</p>
+<p>8. Adam-François-Paul Saint-Christau, âgé de 44 ans, né à Rennes,
+département d'Ille-et-Vilaine, ci-devant fermier général, demeurant à
+Paris rue Thévenot, et, à la campagne, à la Ferté-sous-Reuilly,
+département de l'Indre, district d'Issoudun;</p>
-<p>9. Jean-Baptiste Boullongne, g de 45 ans, n Paris, y demeurant,
-place de la Rvolution, ci-devant fermier gnral;</p>
+<p>9. Jean-Baptiste Boullongne, âgé de 45 ans, né à Paris, y demeurant,
+place de la Révolution, ci-devant fermier général;</p>
-<p>10. Louis-Marie le Bas Courmon, g de 52 ans, n Paris, y
-demeurant, rue Crutti, ci-devant fermier gnral, et depuis rgisseur
-gnral;</p>
+<p>10. Louis-Marie le Bas Courmon, âgé de 52 ans, né à Paris, y
+demeurant, rue Cérutti, ci-devant fermier général, et depuis régisseur
+général;</p>
-<p>11. Charles-Ren Perceval Frileuse, g de 35 ans, n Paris, y
-demeurant, rue Thrse, section de la Montagne, et actuellement
-Nantes-sur-Seine, ci-devant fermier gnral;</p>
+<p>11. Charles-René Perceval Frileuse, âgé de 35 ans, né à Paris, y
+demeurant, rue Thérèse, section de la Montagne, et actuellement à
+Nantes-sur-Seine, ci-devant fermier général;</p>
-<p>12. Nicolas-Jacques Papillon Dauteroche, g de 64 ans, n Chlons,
-dpartement de la Marne, district de ce nom, ci-devant fermier
-gnral, demeurant Paris, rue Madeleine-Honor;</p>
+<p>12. Nicolas-Jacques Papillon Dauteroche, âgé de 64 ans, né à Châlons,
+département de la Marne, district de ce nom, ci-devant fermier
+général, demeurant à Paris, rue Madeleine-Honoré;</p>
-<p>13. Jean-Germain Maubert Neuilly, g de 64 ans, n Paris, ci-devant
-fermier gnral, demeurant Noisy-le-Grand;</p>
+<p>13. Jean-Germain Maubert Neuilly, âgé de 64 ans, né à Paris, ci-devant
+fermier général, demeurant à Noisy-le-Grand;</p>
-<p>14. Jacques-Joseph Brac la Perrire, g de 68 ans, n
-Ville-Affranchie, dpartement de Rhne-et-Loire, ci-devant fermier
-gnral, demeurant Mantes-sur-Seine, dpartement de Seine-et-Oise;</p>
+<p>14. Jacques-Joseph Brac la Perrière, âgé de 68 ans, né à
+Ville-Affranchie, département de Rhône-et-Loire, ci-devant fermier
+général, demeurant à Mantes-sur-Seine, département de Seine-et-Oise;</p>
-<p>15. Claude-Franois Rougeot, g de 76 ans, natif de Dijon,
-dpartement de la Cte-d'Or, ci-devant fermier gnral, demeurant
-Paris, rue de la Rvolution, n<sup>o</sup> 23, ayant un domicile
+<p>15. Claude-François Rougeot, âgé de 76 ans, natif de Dijon,
+département de la Côte-d'Or, ci-devant fermier général, demeurant à
+Paris, rue de la Révolution, n<sup>o</sup> 23, ayant un domicile à
Fontainebleau;</p>
-<p>16. Franois-Jean Vente, g de 68 ans, n Dieppe, dpartement de la
-Seine-Infrieure, ci-devant fermier gnral, demeurant Paris, rue de
+<p>16. François-Jean Vente, âgé de 68 ans, né à Dieppe, département de la
+Seine-Inférieure, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue de
Gramont;</p>
-<p>17. Denis-Henri Fabure, g de 47 ans, n Paris, ci devant fermier
-gnral, demeurant Caen, dpartement du Calvados;</p>
+<p>17. Denis-Henri Fabure, âgé de 47 ans, né à Paris, ci devant fermier
+général, demeurant à Caen, département du Calvados;</p>
-<p>18. Nicolas Deveile, g de 44 ans, natif de Lagrele, dpartement de
-Rhne-et-Loire, ex-fermier gnral, demeurant Paris, place des
-Piques, section du mme nom;</p>
+<p>18. Nicolas Deveile, âgé de 44 ans, natif de Lagrele, département de
+Rhône-et-Loire, ex-fermier général, demeurant à Paris, place des
+Piques, section du même nom;</p>
-<p>19. Clment Cugnat l'pinay, g de 55 ans, n Paris, ex-fermier
-gnral, y demeurant, rue de la Jussienne, section du Contrat-Social;</p>
+<p>19. Clément Cugnat l'Épinay, âgé de 55 ans, né à Paris, ex-fermier
+général, y demeurant, rue de la Jussienne, section du Contrat-Social;</p>
-<p>20. Jean-Louis Loiseau Branger, g de 62 ans, n Paris, ex-fermier
-gnral, rue Neuve-Luxembourg, section des Piques;</p>
+<p>20. Jean-Louis Loiseau Béranger, âgé de 62 ans, né à Paris, ex-fermier
+général, rue Neuve-Luxembourg, section des Piques;</p>
-<p>21. Louis-Adrien Prvost d'Arlincourt, g de 50 ans, natif d'vreux,
-dpartement d'Eure-et-Loir, ex-fermier gnral, demeurant
-Migny-le-Hameau, district de Versailles, dpartement de Seine-et-Oise;</p>
+<p>21. Louis-Adrien Prévost d'Arlincourt, âgé de 50 ans, natif d'Évreux,
+département d'Eure-et-Loir, ex-fermier général, demeurant à
+Migny-le-Hameau, district de Versailles, département de Seine-et-Oise;</p>
-<p>22. Jrme-Franois-Hector Saleur de Grizian, g de 64 ans, n
-Paris, ci-devant fermier gnral, demeurant Paris, rue des Moulins,
+<p>22. Jérôme-François-Hector Saleur de Grizian, âgé de 64 ans, né à
+Paris, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue des Moulins,
section de la Montagne, n<sup>o</sup> 496;</p>
-<p>23. tienne-Marc de Haye, g de 36 ans, natif de Paris, ci-devant
-fermier <span class="pagenum"><a id="page332" name="page332"></a>(p. 332)</span> gnral, demeurant Paris, place de la Rvolution,
+<p>23. Étienne-Marc de Haye, âgé de 36 ans, natif de Paris, ci-devant
+fermier <span class="pagenum"><a id="page332" name="page332"></a>(p. 332)</span> général, demeurant à Paris, place de la Révolution,
n<sup>o</sup> 3, et dans la commune de Saint-Firmin, district de Senlis,
-dpartement de l'Oise;</p>
+département de l'Oise;</p>
-<p>24. Franois-Marie Mnage Pressigny, g de 60 ans, natif de Bordeaux,
-ex-fermier gnral, demeurant Paris, rue des Jeneurs, n<sup>o</sup> 25,
+<p>24. François-Marie Ménage Pressigny, âgé de 60 ans, natif de Bordeaux,
+ex-fermier général, demeurant à Paris, rue des Jeûneurs, n<sup>o</sup> 25,
section de Brutus;</p>
-<p>25. Guillaume Couturier, g de 60 ans, natif d'Orlans, ci-devant
-fermier gnral, demeurant Paris, rue de Clry, section de Brutus;</p>
+<p>25. Guillaume Couturier, âgé de 60 ans, natif d'Orléans, ci-devant
+fermier général, demeurant à Paris, rue de Cléry, section de Brutus;</p>
-<p>26. Louis-Philippe Durancel, g de 40 ans, natif de Paris, ex-fermier
-gnral, demeurant Paris, rue Cadet, n<sup>o</sup> 8, section du
+<p>26. Louis-Philippe Durancel, âgé de 40 ans, natif de Paris, ex-fermier
+général, demeurant à Paris, rue Cadet, n<sup>o</sup> 8, section du
Faubourg-Montmartre;</p>
-<p>27. Alexandre-Philibert-Pierre Perceval, g de 36 ans, n Paris,
-ex-fermier gnral, demeurant Grainville, district de Caen,
-dpartement du Calvados;</p>
+<p>27. Alexandre-Philibert-Pierre Perceval, âgé de 36 ans, né à Paris,
+ex-fermier général, demeurant à Grainville, district de Caen,
+département du Calvados;</p>
-<p>28. Jean-Franois Didelot, g de 59 ans, n Chlons-sur-Marne,
-ex-fermier gnral et rgisseur, demeurant Paris, rue de Buffaut,
+<p>28. Jean-François Didelot, âgé de 59 ans, né à Châlons-sur-Marne,
+ex-fermier général et régisseur, demeurant à Paris, rue de Buffaut,
section du Faubourg-Montmartre;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns la peine de mort, et ordonn que l'excution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
-cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
-<p>Par procs-verbal dress par Leclerc, huissier du tribunal
-rvolutionnaire, en date du 19 floral, appert avoir t constat que
-le jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
-Rvolution de cette ville, o les susnomms ont t mis mort.</p>
+<p>Par procès-verbal dressé par Leclerc, huissier du tribunal
+révolutionnaire, en date du 19 floréal, appert avoir été constaté que
+le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où les susnommés ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 21 floral an II (10 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 21 floréal an II (10 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. lisabeth-Marie-Hlne Capet, s&oelig;ur de Louis Capet, ge de 30
-ans, native de Versailles, dpartement de Seine-et-Oise, domicilie
+<p>1. Élisabeth-Marie-Hélène Capet, s&oelig;ur de Louis Capet, âgée de 30
+ans, native de Versailles, département de Seine-et-Oise, domiciliée à
Paris;</p>
-<p>2. Anne Duwaes, ge de 55 ans, native de Keisnith, en Allemagne,
-domicilie la Montagne-du-Bon-Air, dpartement de Seine-et-Oise,
+<p>2. Anne Duwaes, âgée de 55 ans, native de Keisnith, en Allemagne,
+domiciliée à la Montagne-du-Bon-Air, département de Seine-et-Oise,
veuve de....... Laigle, ci-devant marquis;</p>
-<p>3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, ex-comte, g de 69 ans, natif de
-Caen, dpartement du Calvados, domicili Chatou, dpartement de
+<p>3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, ex-comte, âgé de 69 ans, natif de
+Caen, département du Calvados, domicilié à Chatou, département de
Seine-et-Oise;</p>
-<p>4. Anne-Nicole Lamoignon, ge de 76 ans, native de Paris, y
-domicilie, veuve du ci-devant marquis de Senozan;</p>
+<p>4. Anne-Nicole Lamoignon, âgée de 76 ans, native de Paris, y
+domiciliée, veuve du ci-devant marquis de Senozan;</p>
-<p>5. Claude-Louise-Anglique Bersin, ex-marquise, ge de 64 ans, native
-de Paris, y domicilie, femme spare de corps et de biens de Crussol
+<p>5. Claude-Louise-Angélique Bersin, ex-marquise, âgée de 64 ans, native
+de Paris, y domiciliée, femme séparée de corps et de biens de Crussol
d'Amboise;</p>
<p>6. Georges Folloppe, pharmacien, ex-officier municipal de la Commune,
-g de 64 ans, natif de calalix, prs Yvetot, domicili Paris, rue
-et porte Honor;</p>
+âgé de 64 ans, natif de Écalalix, près Yvetot, domicilié à Paris, rue
+et porte Honoré;</p>
-<p>7. Denise Buard, ge de 52 ans, native de Paris, y domicilie, rue
+<p>7. Denise Buard, âgée de 52 ans, native de Paris, y domiciliée, rue
Florentin, n<sup>o</sup> 674;</p>
-<p>8. Louis-Pierre-Marcel Letellier, dit Bullier, ci-devant employ
-l'habillement <span class="pagenum"><a id="page333" name="page333"></a>(p. 333)</span> des troupes, g de 21 ans et demi, natif de
-Paris, y domicili, rue Florentin, n<sup>o</sup> 674;</p>
+<p>8. Louis-Pierre-Marcel Letellier, dit Bullier, ci-devant employé à
+l'habillement <span class="pagenum"><a id="page333" name="page333"></a>(p. 333)</span> des troupes, âgé de 21 ans et demi, natif de
+Paris, y domicilié, rue Florentin, n<sup>o</sup> 674;</p>
<p>9. Charles Cressy Champmilon, ex-noble et ci-devant officier de
-marine, g de 33 ans, natif de Courton, prs Sens, dpartement de
-l'Yonne, y domicili;</p>
+marine, âgé de 33 ans, natif de Courton, près Sens, département de
+l'Yonne, y domicilié;</p>
-<p>10. Thodore Hall, manufacturier et ngociant, g de 26 ans, natif de
-Seuzy, dpartement de l'Yonne, y domicili;</p>
+<p>10. Théodore Hall, manufacturier et négociant, âgé de 26 ans, natif de
+Seuzy, département de l'Yonne, y domicilié;</p>
-<p>11. Alexandre-Franois Lomenie, ex-comte, et ci-devant colonel du
-rgiment des chasseurs dit Champagne, g de 36 ans, natif de
-Marseille, domicili Brienne, dpartement de l'Aube;</p>
+<p>11. Alexandre-François Lomenie, ex-comte, et ci-devant colonel du
+régiment des chasseurs dit Champagne, âgé de 36 ans, natif de
+Marseille, domicilié à Brienne, département de l'Aube;</p>
<p>12. Louis-Marie-Athanase Lomenie, ex-ministre de la guerre et maire de
-Brienne, g de 64 ans, natif de Paris, domicili Brienne,
-dpartement de l'Aube;</p>
+Brienne, âgé de 64 ans, natif de Paris, domicilié à Brienne,
+département de l'Aube;</p>
<p>13. Antoine-Hugues-Calixte Montmorin, sous-lieutenant dans le 5<sup>e</sup>
-rgiment des chasseurs cheval, g de 22 ans, natif de Versailles,
-dpartement de Seine-et-Oise, domicili Passy;</p>
+régiment des chasseurs à cheval, âgé de 22 ans, natif de Versailles,
+département de Seine-et-Oise, domicilié à Passy;</p>
-<p>14. Jean-Baptiste Lhoste, agent et domestique de Megret de Srilly,
-g de 47 ans, natif de Forgre, domicili Paris;</p>
+<p>14. Jean-Baptiste Lhoste, agent et domestique de Megret de Sérilly,
+âgé de 47 ans, natif de Forgère, domicilié à Paris;</p>
-<p>15. Martial Lomenie, ex-noble et coadjuteur de l'vch du dpartement
-de l'Yonne, g de 30 ans, natif de Marseille, domicili Sens;</p>
+<p>15. Martial Lomenie, ex-noble et coadjuteur de l'évêché du département
+de l'Yonne, âgé de 30 ans, natif de Marseille, domicilié à Sens;</p>
-<p>16. Antoine-Jean-Franois Megret de Srilly, ci-devant trsorier
-gnral de la guerre, et depuis cultivateur, g de 48 ans, natif de
-Paris, domicili Passy, prs Sens;</p>
+<p>16. Antoine-Jean-François Megret de Sérilly, ci-devant trésorier
+général de la guerre, et depuis cultivateur, âgé de 48 ans, natif de
+Paris, domicilié à Passy, près Sens;</p>
<p>17. Antoine-Jean-Marie Megret Detigny, ex-noble, ci-devant
-sous-aide-major du rgiment des ci-devant gardes franaises, g de 46
-ans, natif de Paris, domicili Sens;</p>
+sous-aide-major du régiment des ci-devant gardes françaises, âgé de 46
+ans, natif de Paris, domicilié à Sens;</p>
<p>18. Charles Lomenie, ci-devant chevalier des ordres dits de
-Saint-Louis et de Cincinnatus, g de 33 ans, natif de Marseille,
-domicili Brienne, dpartement de l'Aube;</p>
+Saint-Louis et de Cincinnatus, âgé de 33 ans, natif de Marseille,
+domicilié à Brienne, département de l'Aube;</p>
-<p>19. Franoise-Gabrielle Tanneffe, ge de 50 ans, native de Chadieu,
-dpartement du Puy-de-Dme, domicilie chez Megret Srilly, Passy,
-dpartement de l'Yonne, veuve de Montmorin, ministre des affaires
-trangres;</p>
+<p>19. Françoise-Gabrielle Tanneffe, âgée de 50 ans, native de Chadieu,
+département du Puy-de-Dôme, domiciliée chez Megret Sérilly, à Passy,
+département de l'Yonne, veuve de Montmorin, ministre des affaires
+étrangères;</p>
-<p>20. Anne-Marie-Charlotte Lomenie, ge de 29 ans, native de Paris,
-domicilie Sens et Paris, rue Georges, section du Mont-Blanc, n<sup>o</sup>
-18, divorce de l'migr Canizy;</p>
+<p>20. Anne-Marie-Charlotte Lomenie, âgée de 29 ans, native de Paris,
+domiciliée à Sens et à Paris, rue Georges, section du Mont-Blanc, n<sup>o</sup>
+18, divorcée de l'émigré Canizy;</p>
-<p>21. Marie-Anne-Catherine Rosset, ge de 44 ans, native de Rochefort,
-dpartement de la Charente, domicilie Sens, marie
-Charles-Christophe Rosset Cercy, ci-devant officier de marine, migr;</p>
+<p>21. Marie-Anne-Catherine Rosset, âgée de 44 ans, native de Rochefort,
+département de la Charente, domiciliée à Sens, mariée à
+Charles-Christophe Rosset Cercy, ci-devant officier de marine, émigré;</p>
-<p>22. lisabeth-Jacqueline Lhermitte, ge de 65 ans, marie au
+<p>22. Élisabeth-Jacqueline Lhermitte, âgée de 65 ans, mariée au
ci-devant comte Rosset, ex-noble et ci-devant lieutenant-colonel des
-carabiniers, et marchal de camp, migr;</p>
+carabiniers, et maréchal de camp, émigré;</p>
<p>23. Louis-Claude Lhermitte Chambertrand, ex-chanoine de la ci-devant
-cathdrale de Sens, ex-noble, g de 60 ans, natif de Sens;</p>
+cathédrale de Sens, ex-noble, âgé de 60 ans, natif de Sens;</p>
-<p>24. Anne-Marie-Louise Thomas, ge de 31 ans, native de Paris,
-domicilie Passy, dpartement de l'Yonne, marie Megret Srilly;</p>
+<p>24. Anne-Marie-Louise Thomas, âgée de 31 ans, native de Paris,
+domiciliée à Passy, département de l'Yonne, mariée à Megret Sérilly;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page334" name="page334"></a>(p. 334)</span> 25. Jean-Baptiste Dubois, domestique de Megret Detigny, g
-de 41 ans, natif de Merfit, district de Reims, dpartement de la
-Marne, domicili chez ledit Megret Detigny.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page334" name="page334"></a>(p. 334)</span> 25. Jean-Baptiste Dubois, domestique de Megret Detigny, âgé
+de 41 ans, natif de Merfit, district de Reims, département de la
+Marne, domicilié chez ledit Megret Detigny.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Vu l'extrait du jugement du tribunal
-rvolutionnaire et du procs-verbal d'excution dress par Chteau, en
-date du 21 floral.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Vu l'extrait du jugement du tribunal
+révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution dressé par Château, en
+date du 21 floréal.</p>
-<p class="author"><i>Sign</i>: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author"><i>Signé</i>: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 22 floral an II (11 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 22 floréal an II (11 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Anglique Des Marais, ge de 59 ans, ne Paris, y demeurant, rue
-Saint-tienne, ci-devant religieuse des Filles Saint-Thomas;</p>
+<p>1. Angélique Des Marais, âgée de 59 ans, née à Paris, y demeurant, rue
+Saint-Étienne, ci-devant religieuse des Filles Saint-Thomas;</p>
-<p>2. Genevive-Barbe Guoyon, ge de 77 ans, ne Paris, demeurant rue
-Saint-tienne, couturire;</p>
+<p>2. Geneviève-Barbe Guoyon, âgée de 77 ans, née à Paris, demeurant rue
+Saint-Étienne, couturière;</p>
-<p>3. Anne-Catherine Aubert, ge de 39 ans, ex-religieuse, demeurant rue
-Saint-tienne;</p>
+<p>3. Anne-Catherine Aubert, âgée de 39 ans, ex-religieuse, demeurant rue
+Saint-Étienne;</p>
-<p>4. Antoine-Louis Desmonceaux, g de 37 ans, n Paris, ci-devant
+<p>4. Antoine-Louis Desmonceaux, âgé de 37 ans, né à Paris, ci-devant
vicaire de Saint-Paul, et actuellement commis des Receveurs de la
-Ville, demeurant Paris;</p>
+Ville, demeurant à Paris;</p>
-<p>5. Et Louis-Paul-Franois Lecointre, g de 73 ans, n
-Nogent-le-Rotrou, ex-chanoine du Mans, demeurant Paris, rue du Paon.</p>
+<p>5. Et Louis-Paul-François Lecointre, âgé de 73 ans, né à
+Nogent-le-Rotrou, ex-chanoine du Mans, demeurant à Paris, rue du Paon.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Joseph-Saint-Germain de Villeplat, g de 66 ans, ci-devant fermier
-gnral, n Valence, dpartement de la Drme, demeurant
+<p>1. Joseph-Saint-Germain de Villeplat, âgé de 66 ans, ci-devant fermier
+général, né à Valence, département de la Drôme, demeurant à
Fontainebleau;</p>
-<p>2. Et Marie-Marguerite Pericard, veuve Ressy, ge de 71 ans, ne
-Roinville, prs Dourdan, demeurant Paris, cul-de-sac Saint-Pharon;</p>
+<p>2. Et Marie-Marguerite Pericard, veuve Ressy, âgée de 71 ans, née à
+Roinville, près Dourdan, demeurant à Paris, cul-de-sac Saint-Pharon;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 23 floral an II (12 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 23 floréal an II (12 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Hugues Lastic, g de 74 ans, ex-comte et noble, n
-Saint-Martin-sous-Liron, district de Saint-Flour, dpartement du
-Cantal, demeurant Lescure, prs Saint-Flour;</p>
+<p>1. Hugues Lastic, âgé de 74 ans, ex-comte et noble, né à
+Saint-Martin-sous-Liron, district de Saint-Flour, département du
+Cantal, demeurant à Lescure, près Saint-Flour;</p>
-<p>2. Pierre Raclet, g de 70 ans, n Dijon, ex-directeur de la Rgie
-gnrale, demeurant Sommevoire, dpartement de la Haute-Marne;</p>
+<p>2. Pierre Raclet, âgé de 70 ans, né à Dijon, ex-directeur de la Régie
+générale, demeurant à Sommevoire, département de la Haute-Marne;</p>
-<p>3. Nicolas-Franois Bocquenet, g de 52 ans, n Coiffy, dpartement
-de la Haute-Marne, homme de loi, demeurant Chaumont, susdit
-dpartement;</p>
+<p>3. Nicolas-François Bocquenet, âgé de 52 ans, né à Coiffy, département
+de la Haute-Marne, homme de loi, demeurant à Chaumont, susdit
+département;</p>
-<p>4. Alexandre Thomassin, g de 44 ans, n Saint-Dizier, dpartement
-de la Haute-Marne, ex-noble, demeurant Saint-Dizier;</p>
+<p>4. Alexandre Thomassin, âgé de 44 ans, né à Saint-Dizier, département
+de la Haute-Marne, ex-noble, demeurant à Saint-Dizier;</p>
-<p>5. Alexandre-Claudine-Flicit Mandat, femme Thomassin, ge de 26
-ans, ne Neuilly, dpartement de la Haute-Marne, demeurant
+<p>5. Alexandre-Claudine-Félicité Mandat, femme Thomassin, âgée de 26
+ans, née à Neuilly, département de la Haute-Marne, demeurant à
Saint-Dizier;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page335" name="page335"></a>(p. 335)</span> 6. Et Jean Fougeret, g de 60 ans, n Paris, y demeurant,
-rue du Grand-Chantier, ex-receveur gnral des finances.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page335" name="page335"></a>(p. 335)</span> 6. Et Jean Fougeret, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant,
+rue du Grand-Chantier, ex-receveur général des finances.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Joseph-Didier Vailleraut, g de 62 ans, n Langres, dpartement
-de la Haute-Marne, ci-devant cur de Montargis, y demeurant;</p>
+<p>1. Joseph-Didier Vailleraut, âgé de 62 ans, né à Langres, département
+de la Haute-Marne, ci-devant curé de Montargis, y demeurant;</p>
-<p>2. Et Jean-Baptiste-Benjamin Lambert, g de 23 ans, n Dieppe,
-dpartement de la Seine-Infrieure, surnumraire au bureau de
-l'enregistrement Dieppe, y demeurant.</p>
+<p>2. Et Jean-Baptiste-Benjamin Lambert, âgé de 23 ans, né à Dieppe,
+département de la Seine-Inférieure, surnuméraire au bureau de
+l'enregistrement à Dieppe, y demeurant.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 24 floral an II (13 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 24 floréal an II (13 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jacques-Amable-Gilbert Rollet-Davaux, ex-noble, ex-prsident du
-ci-devant prsidial de la ci-devant snchausse de Riom, n Riom,
-dpartement du Puy-de-Dme, g de 68 ans;</p>
+<p>1. Jacques-Amable-Gilbert Rollet-Davaux, ex-noble, ex-président du
+ci-devant présidial de la ci-devant sénéchaussée de Riom, né à Riom,
+département du Puy-de-Dôme, âgé de 68 ans;</p>
-<p>2. Adrienne-Franoise Vilaine Davaux, femme dudit Rollet, ge de 59
-ans, ex-noble, ne la Chtre, dpartement de l'Indre, demeurant
+<p>2. Adrienne-Françoise Vilaine Davaux, femme dudit Rollet, âgée de 59
+ans, ex-noble, née à la Châtre, département de l'Indre, demeurant à
Riom;</p>
-<p>3. Andr Louher, g de 67 ans, notaire, etc., procureur fiscal dudit
-Rollet-Davaux, n Billy, dpartement de l'Allier, demeurant
+<p>3. André Louher, âgé de 67 ans, notaire, etc., procureur fiscal dudit
+Rollet-Davaux, né à Billy, département de l'Allier, demeurant à
Puyredan;</p>
-<p>4. Jean-Baptiste Vlebeski, g de 48 ans, ci-devant contrleur des
-vingtimes, n Longueville-en-Caux, dpartement de la
-Seine-Infrieure, actuellement visiteur des rles, demeurant Dieppe,
-mme dpartement;</p>
+<p>4. Jean-Baptiste Vlebeski, âgé de 48 ans, ci-devant contrôleur des
+vingtièmes, né à Longueville-en-Caux, département de la
+Seine-Inférieure, actuellement visiteur des rôles, demeurant à Dieppe,
+même département;</p>
-<p>5. Et Anne-Joseph Lauloup, g de 65 ans, ex-noble et mdecin
-Saint-Loup, dpartement des Ctes-du-Nord, y demeurant.</p>
+<p>5. Et Anne-Joseph Lauloup, âgé de 65 ans, ex-noble et médecin à
+Saint-Loup, département des Côtes-du-Nord, y demeurant.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Gilles Joen, marchal des logis du rgiment ci-devant dragons
-Conty, demeurant Pacy, dpartement de l'Eure;</p>
+<p>1. Gilles Joüen, maréchal des logis du régiment ci-devant dragons
+Conty, demeurant à Pacy, département de l'Eure;</p>
-<p>2. Et tienne Mauger, g de 40 ans, n Rouen, ex-bndictin et cur
-constitutionnel de Wy, prs de Rouen, y demeurant.</p>
+<p>2. Et Étienne Mauger, âgé de 40 ans, né à Rouen, ex-bénédictin et curé
+constitutionnel de Wy, près de Rouen, y demeurant.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour copie conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour copie conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 25 floral an II (14 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Charles-Adrien Prvt d'Arlincourt, g de 73 ans, ci-devant
-secrtaire de Capet et fermier gnral, natif de Doullens, dpartement
-de la Somme, demeurant au Mont-Valrien;</p>
+<p>1. Charles-Adrien Prévôt d'Arlincourt, âgé de 73 ans, ci-devant
+secrétaire de Capet et fermier général, natif de Doullens, département
+de la Somme, demeurant au Mont-Valérien;</p>
-<p>2. Louis Mercier, g de 78 ans, n Paris, y demeurant, rue Bergre,
-ci-devant fermier gnral;</p>
+<p>2. Louis Mercier, âgé de 78 ans, né à Paris, y demeurant, rue Bergère,
+ci-devant fermier général;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page336" name="page336"></a>(p. 336)</span> 3. Jean-Claude-Doet, g de 73 ans, n Ville-Affranchie,
-dpartement de Rhne-et-Loire, ci-devant fermier gnral, demeurant
-Paris, rue Bergre;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page336" name="page336"></a>(p. 336)</span> 3. Jean-Claude-Doüet, âgé de 73 ans, né à Ville-Affranchie,
+département de Rhône-et-Loire, ci-devant fermier général, demeurant à
+Paris, rue Bergère;</p>
-<p>4. Et Marie-Claude Bataille-Frances, femme Doet, ge de 60 ans, ne
- Strasbourg, dpartement du Bas-Rhin, demeurant Paris, rue Bergre.</p>
+<p>4. Et Marie-Claude Bataille-Frances, femme Doüet, âgée de 60 ans, née
+à Strasbourg, département du Bas-Rhin, demeurant à Paris, rue Bergère.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 25 floral an II (14 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Franois Dominique Mory, g de 56 ans, ex-noble, n Nancy,
-dpartement de la Meurthe, y demeurant, homme de lettres;</p>
+<p>1. François Dominique Mory, âgé de 56 ans, ex-noble, né à Nancy,
+département de la Meurthe, y demeurant, homme de lettres;</p>
-<p>2. Lopold-Remi-Franois Mori, g de 18 ans et demi, n
-Boudonville, prs Nancy, pharmacien l'hospice de Nancy, y demeurant;</p>
+<p>2. Léopold-Remi-François Mori, âgé de 18 ans et demi, né à
+Boudonville, près Nancy, pharmacien à l'hospice de Nancy, y demeurant;</p>
-<p>3. Pierre-Agricole Sagny, g de 28 ans, n Troly-aux-Bois, prs
-Soissons, dpartement de l'Aisne, hussard au 6<sup>e</sup> rgiment, en garnison
- Chauny;</p>
+<p>3. Pierre-Agricole Sagny, âgé de 28 ans, né à Troly-aux-Bois, près
+Soissons, département de l'Aisne, hussard au 6<sup>e</sup> régiment, en garnison
+à Chauny;</p>
-<p>4. Et Benot Pinteux-Gournay, g de 24 ans, n Limoges, dpartement
-de la Haute-Vienne, tisserand, demeurant Borny, dpartement de
+<p>4. Et Benoît Pinteux-Gournay, âgé de 24 ans, né à Limoges, département
+de la Haute-Vienne, tisserand, demeurant à Borny, département de
l'Eure.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Jacques Yel, g de 47 ans, natif d'Arnouville, dpartement du Cher,
-ci-devant procureur du ci-devant parlement de Paris, demeurant La
-Motte, dpartement du Cher.</p>
+<p class="victime">Jacques Yel, âgé de 47 ans, natif d'Arnouville, département du Cher,
+ci-devant procureur du ci-devant parlement de Paris, demeurant à La
+Motte, département du Cher.</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 26 floral an II (15 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 26 floréal an II (15 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Pierre-Antoine-Joseph Chiavarry, g de 38 ans, n Arles,
-dpartement des Bouches-du-Rhne, y demeurant, ex-noble et capitaine
-au ci-devant rgiment Dauphin infanterie;</p>
+<p>1. Pierre-Antoine-Joseph Chiavarry, âgé de 38 ans, né à Arles,
+département des Bouches-du-Rhône, y demeurant, ex-noble et capitaine
+au ci-devant régiment Dauphin infanterie;</p>
-<p>2. Antoine-Barthlemy Fassin, g de 41 ans, mdecin, n Arles,
-dpartement des Bouches-du-Rhne, y demeurant;</p>
+<p>2. Antoine-Barthélemy Fassin, âgé de 41 ans, médecin, né à Arles,
+département des Bouches-du-Rhône, y demeurant;</p>
-<p>3. tienne Meynier, g de 65 ans, n Nmes, dpartement du Gard, y
+<p>3. Étienne Meynier, âgé de 65 ans, né à Nîmes, département du Gard, y
demeurant, ex-noble et ex-constituant;</p>
-<p>4. Alexandre Fnard, g de 44 ans, n Bitche, dpartement de la
+<p>4. Alexandre Fénard, âgé de 44 ans, né à Bitche, département de la
Moselle, ex-notaire, procureur syndic du district de Bitche, y
demeurant;</p>
-<p>5. Pierre Henry, g de 56 ans, n Sarreguemines, dpartement de la
-Moselle, demeurant Bouquenom, greffier du tribunal de Neuf-Savardin,
-dpartement du Bas-Rhin, membre du district de Bitche;</p>
+<p>5. Pierre Henry, âgé de 56 ans, né à Sarreguemines, département de la
+Moselle, demeurant à Bouquenom, greffier du tribunal de Neuf-Savardin,
+département du Bas-Rhin, membre du district de Bitche;</p>
-<p>6. Dominique Kn&oelig;pffler, g de 37 ans, n Bitche, y demeurant,
+<p>6. Dominique Kn&oelig;pffler, âgé de 37 ans, né à Bitche, y demeurant,
administrateur du district de Bitche;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page337" name="page337"></a>(p. 337)</span> 7. Et Matthieu Blass, g de 44 ans, n Schwatzenhotz,
-cultivateur, demeurant Bouquenom, administrateur du district de
+<p><span class="pagenum"><a id="page337" name="page337"></a>(p. 337)</span> 7. Et Matthieu Blass, âgé de 44 ans, né à Schwatzenhotz,
+cultivateur, demeurant à Bouquenom, administrateur du district de
Bitche.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Franois Bertrand, n Saint-Fleury en Auvergne, dpartement du
-Puy-de-Dme, ferblantier, demeurant Seurre, dpartement de la
-Cte-d'Or.</p>
+<p class="victime">François Bertrand, né à Saint-Fleury en Auvergne, département du
+Puy-de-Dôme, ferblantier, demeurant à Seurre, département de la
+Côte-d'Or.</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 27 floral an II (16 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 27 floréal an II (16 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Pierre Gravier, g de 56 ans, n Colmars, dpartement des
-Basses-Alpes, demeurant Mons, district de Loudun, dpartement de la
-Vienne, ci-devant secrtaire du tyran;</p>
+<p>1. Jean-Pierre Gravier, âgé de 56 ans, né à Colmars, département des
+Basses-Alpes, demeurant à Mons, district de Loudun, département de la
+Vienne, ci-devant secrétaire du tyran;</p>
-<p>2. Antoine-Louis Lartigue, g de 60 ans, n Toulouse, dpartement
-de la Haute-Garonne, demeurant Fontenay-aux-Roses, cur de ladite
+<p>2. Antoine-Louis Lartigue, âgé de 60 ans, né à Toulouse, département
+de la Haute-Garonne, demeurant à Fontenay-aux-Roses, curé de ladite
commune;</p>
-<p>3. Jean-Baptiste Aubisso, g de 39 ans, n Bergerac, dpartement de
-la Dordogne, y demeurant, et Paris, rue Helvtius, n<sup>o</sup> 673,
-commissaire Tirier;</p>
+<p>3. Jean-Baptiste Aubisso, âgé de 39 ans, né à Bergerac, département de
+la Dordogne, y demeurant, et à Paris, rue Helvétius, n<sup>o</sup> 673,
+commissaire à Tirier;</p>
-<p>4. Charles Bezard, g de 49 ans, n Montpellier, demeurant Paris,
-rue Neuve-des-Capucines, ngociant, ex-administrateur de la caisse
+<p>4. Charles Bezard, âgé de 49 ans, né à Montpellier, demeurant à Paris,
+rue Neuve-des-Capucines, négociant, ex-administrateur de la caisse
d'escompte;</p>
-<p>5. Thodore Moreau, g de 28 ans, n Paris, demeurant Versailles,
-professeur de mathmatiques, adjoint aux adjudants gnraux de l'arme
+<p>5. Théodore Moreau, âgé de 28 ans, né à Paris, demeurant à Versailles,
+professeur de mathématiques, adjoint aux adjudants généraux de l'armée
du Nord;</p>
-<p>6. Et Pierre-Louis Rousselet, g de 52 ans, n Beaugency,
-dpartement du Loiret, ci-devant bndictin, et cur constitutionnel
+<p>6. Et Pierre-Louis Rousselet, âgé de 52 ans, né à Beaugency,
+département du Loiret, ci-devant bénédictin, et curé constitutionnel
de la commune de Damme-Marie-les-Fontaines, y demeurant;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Baptiste Toulon, g de 36 ans, n Saint-Martignan, district
-de Luon, dpartement de l'Allier, garde des bois nationaux, demeurant
- Lonbeau, commune d'Archignac, mme dpartement;</p>
+<p>1. Jean-Baptiste Toulon, âgé de 36 ans, né à Saint-Martignan, district
+de Luçon, département de l'Allier, garde des bois nationaux, demeurant
+à Lonbeau, commune d'Archignac, même département;</p>
-<p>2. Franois Toulon, g de 33 ans, aussi garde des bois nationaux, n
-audit Martignan, demeurant Nocy, dpartement de l'Allier;</p>
+<p>2. François Toulon, âgé de 33 ans, aussi garde des bois nationaux, né
+audit Martignan, demeurant à Nocy, département de l'Allier;</p>
-<p>3. Et Jean-Baptiste Baret, g de 33 ans, n Vicq-sur-Hautbois,
-district de la Chtre, dpartement de l'Indre, y demeurant,
+<p>3. Et Jean-Baptiste Baret, âgé de 33 ans, né à Vicq-sur-Hautbois,
+district de la Châtre, département de l'Indre, y demeurant,
cultivateur, et ci-devant huissier;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page338" name="page338"></a>(p. 338)</span> Par jugement du 28 floral an II (17 mai 1794), appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page338" name="page338"></a>(p. 338)</span> Par jugement du 28 floréal an II (17 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Antoine Labattu, g de 48 ans, n Valence-d'Agen, dpartement de
-Lot-et-Garonne, demeurant Paris, rue Bourg-l'Abb, n<sup>o</sup> 57,
-cordonnier soumissionnaire et fournisseur de souliers pour les armes
-de la Rpublique;</p>
+<p>1. Antoine Labattu, âgé de 48 ans, né à Valence-d'Agen, département de
+Lot-et-Garonne, demeurant à Paris, rue Bourg-l'Abbé, n<sup>o</sup> 57,
+cordonnier soumissionnaire et fournisseur de souliers pour les armées
+de la République;</p>
-<p>2. Bertrand Dora, g de 38 ans, n Savignac, demeurant Orlans,
-tailleur d'habits, membre du comit militaire de la commune d'Orlans,
-surveillant d'un atelier d'habillements pour les dfenseurs de la
-Rpublique;</p>
+<p>2. Bertrand Dora, âgé de 38 ans, né à Savignac, demeurant à Orléans,
+tailleur d'habits, membre du comité militaire de la commune d'Orléans,
+surveillant d'un atelier d'habillements pour les défenseurs de la
+République;</p>
-<p>3. Franois Ledet, g de 28 ans, n Ganville-d'Aumale, dpartement
-de Paris, soumissionnaire et fournisseur de la Rpublique;</p>
+<p>3. François Ledet, âgé de 28 ans, né à Ganville-d'Aumale, département
+de Paris, soumissionnaire et fournisseur de la République;</p>
-<p>4. Franois Le Roy, g de 41 ans, n Orlans, dpartement du
-Loiret, y demeurant, tondeur de draps et fournisseur de la Rpublique;</p>
+<p>4. François Le Roy, âgé de 41 ans, né à Orléans, département du
+Loiret, y demeurant, tondeur de draps et fournisseur de la République;</p>
-<p>5. Et Timothe Deligny, g de 55 ans, n Paris, rsidant Rouen,
-dpartement de la Seine-Infrieure, colleur de papiers.</p>
+<p>5. Et Timothée Deligny, âgé de 55 ans, né à Paris, résidant à Rouen,
+département de la Seine-Inférieure, colleur de papiers.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude Rougaune, g de 70 ans, ci-devant cur Clermont-Ferrand,
-natif d'cure, dpartement de l'Allier, demeurant au Mont-Valrien,
-prs Paris;</p>
+<p>1. Claude Rougaune, âgé de 70 ans, ci-devant curé à Clermont-Ferrand,
+natif d'Écure, département de l'Allier, demeurant au Mont-Valérien,
+près Paris;</p>
-<p>2. Guillaume-Jrme Rom, ex-noble, g de 46 ans, n Fcamp,
-dpartement de la Seine-Infrieure, demeurant Paris, rue de la Loi;</p>
+<p>2. Guillaume-Jérôme Romé, ex-noble, âgé de 46 ans, né à Fécamp,
+département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la Loi;</p>
-<p>3. Jean-Franois-Sixte Isnard, g de 29 ans, n Cygalire, district
-de Tarascon, dpartement des Bouches-du-Rhne, ex-noble, se disant
-cultivateur, demeurant Cygalire;</p>
+<p>3. Jean-François-Sixte Isnard, âgé de 29 ans, né à Cygalière, district
+de Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, ex-noble, se disant
+cultivateur, demeurant à Cygalière;</p>
-<p>4. Raymond-Gabriel Dusaulnier, ex-noble, g de 61 ans, n Brioude,
-demeurant Boursat, dpartement du Puy-de-Dme;</p>
+<p>4. Raymond-Gabriel Dusaulnier, ex-noble, âgé de 61 ans, né à Brioude,
+demeurant à Boursat, département du Puy-de-Dôme;</p>
-<p>5. Louis Millange, g de 45 ans, n Valroque dans les Cvennes,
-district du Vigan, dpartement du Gard, quartier-matre-trsorier du
-premier corps des hussards de la Libert;</p>
+<p>5. Louis Millange, âgé de 45 ans, né à Valroque dans les Cévennes,
+district du Vigan, département du Gard, quartier-maître-trésorier du
+premier corps des hussards de la Liberté;</p>
-<p>6. Et Franois Prillat, n Grand-Bouvion, dpartement du
-Mont-Blanc, demeurant la Suze, mme district.</p>
+<p>6. Et François Périllat, né à Grand-Bouvion, département du
+Mont-Blanc, demeurant à la Suze, même district.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 29 floral an II (18 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 29 floréal an II (18 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Andr Sabatery, g de 33 ans, n Valras, dpartement de
-Vaucluse, maire de la commune de ce nom, demeurant audit Valras;</p>
+<p>1. André Sabatery, âgé de 33 ans, né à Valréas, département de
+Vaucluse, maire de la commune de ce nom, demeurant audit Valréas;</p>
-<p>2. Antoine Mathieu, g de 30 ans, n Saint-Martin de Chichilienne,
-dpartement de l'Isre, emballeur aux effets de campement de
-Franciade, dpartement de Paris, y demeurant;</p>
+<p>2. Antoine Mathieu, âgé de 30 ans, né à Saint-Martin de Chichilienne,
+département de l'Isère, emballeur aux effets de campement de
+Franciade, département de Paris, y demeurant;</p>
-<p>3. Jean Porta, g de 24 ans, maon, n Bansia, dans les tats de
-Venise, demeurant Paris, caserne Popincourt, canonnier;</p>
+<p>3. Jean Porta, âgé de 24 ans, maçon, né à Bansia, dans les États de
+Venise, demeurant à Paris, caserne Popincourt, canonnier;</p>
-<p>4. Et Claude Czeron, g de 26 ans, n Paris, commis de receveur
-<span class="pagenum"><a id="page339" name="page339"></a>(p. 339)</span> des rentes, demeurant Paris, rue de l'chiquier, section
-Poissonnire.</p>
+<p>4. Et Claude Cézeron, âgé de 26 ans, né à Paris, commis de receveur
+<span class="pagenum"><a id="page339" name="page339"></a>(p. 339)</span> des rentes, demeurant à Paris, rue de l'Échiquier, section
+Poissonnière.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Philibert-Pierre-Catherine Bourre-Corberon, g de 47 ans, n
-Paris, ex-noble, et lieutenant aide-major des gardes franaises,
-demeurant Beauvais;</p>
+<p>1. Philibert-Pierre-Catherine Bourrée-Corberon, âgé de 47 ans, né à
+Paris, ex-noble, et lieutenant aide-major des gardes françaises,
+demeurant à Beauvais;</p>
-<p>2. Jean-Flix Blanquet, g de 59 ans, n Dieppe, dpartement de la
-Seine-Infrieure, y demeurant, picier armateur;</p>
+<p>2. Jean-Félix Blanquet, âgé de 59 ans, né à Dieppe, département de la
+Seine-Inférieure, y demeurant, épicier armateur;</p>
-<p>3. Jean-Louis Dipse, g de 56 ans, n district de Dieppe, y
+<p>3. Jean-Louis Dipse, âgé de 56 ans, né district de Dieppe, y
demeurant, vivant de son revenu;</p>
-<p>4. Claude-Franois Colliez, g de 42 ans, n Paris, agent de
-Bourre de Corberon, demeurant Troissereux, district de Beauvais;</p>
+<p>4. Claude-François Colliez, âgé de 42 ans, né à Paris, agent de
+Bourrée de Corberon, demeurant à Troissereux, district de Beauvais;</p>
-<p>5. Denis-Joseph Clerc, g de 56 ans, natif de Lacheux, district de
-Pontarlier, dpartement du Doubs, y demeurant, fileur de laine;</p>
+<p>5. Denis-Joseph Clerc, âgé de 56 ans, natif de Lacheux, district de
+Pontarlier, département du Doubs, y demeurant, fileur de laine;</p>
-<p>6. Pierre-Andr Teyssert, g de 53 ans, n Marseille, demeurant
-Mcon, dpartement de Sane-et-Loire, teneur de livres de commerce;</p>
+<p>6. Pierre-André Teyssert, âgé de 53 ans, né à Marseille, demeurant à
+Mâcon, département de Saône-et-Loire, teneur de livres de commerce;</p>
-<p>7. Et Louis Pacot, g de 34 ans, n Couvin, pays de Lige,
-ex-prtre, demeurant Guymene, dans ledit pays.</p>
+<p>7. Et Louis Pacot, âgé de 34 ans, né à Couvin, pays de Liége,
+ex-prêtre, demeurant à Guymenée, dans ledit pays.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Neyrot</span>, commis greffier.</p>
@@ -12138,1181 +12093,1181 @@ ex-prtre, demeurant Guymene, dans ledit pays.</p>
<p>Par jugement du 1<sup>er</sup> prairial (20 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Antoine Teyssier, g de 50 ans, n Nmes, dpartement du
-Gard, ex-baron, et ex-constituant, et ex-maire de Nmes, demeurant
+<p>1. Jean-Antoine Teyssier, âgé de 50 ans, né à Nîmes, département du
+Gard, ex-baron, et ex-constituant, et ex-maire de Nîmes, demeurant à
Lagny-sur-Marne;</p>
-<p>2. Jacques-Marie Boyer-Brun, g de 39 ans, n Nmes, homme de
-lettres, ex-substitut du procureur de la commune de Nmes, demeurant
-Paris, rue des Fosss-Montmartre, n<sup>o</sup> 7;</p>
+<p>2. Jacques-Marie Boyer-Brun, âgé de 39 ans, né à Nîmes, homme de
+lettres, ex-substitut du procureur de la commune de Nîmes, demeurant à
+Paris, rue des Fossés-Montmartre, n<sup>o</sup> 7;</p>
-<p>3. Jacques-Franois Descombiers, g de 66 ans, n Nmes, ex-noble,
-ancien lieutenant au ci-devant rgiment royal d'infanterie, demeurant
- Nmes;</p>
+<p>3. Jacques-François Descombiers, âgé de 66 ans, né à Nîmes, ex-noble,
+ancien lieutenant au ci-devant régiment royal d'infanterie, demeurant
+à Nîmes;</p>
-<p>4. Jean Filsac, g de 36 ans, n Cahors, dpartement du Lot, y
-demeurant, homme de loi, et secrtaire gnral du dpartement du Lot;</p>
+<p>4. Jean Filsac, âgé de 36 ans, né à Cahors, département du Lot, y
+demeurant, homme de loi, et secrétaire général du département du Lot;</p>
-<p>5. Pierre-Constant La Barthe, g de 74 ans, n Cessac, dpartement
-du Lot, ci-devant ngociant, demeurant Pradines, prs Cahors;</p>
+<p>5. Pierre-Constant La Barthe, âgé de 74 ans, né à Cessac, département
+du Lot, ci-devant négociant, demeurant à Pradines, près Cahors;</p>
-<p>6. Jean-Nicolas Burgre, g de 41 ans, n Cahors, y demeurant,
+<p>6. Jean-Nicolas Burgère, âgé de 41 ans, né à Cahors, y demeurant,
ex-notaire et ex-juge du tribunal du district de Cahors;</p>
-<p>7. Charlotte-Genevive Saisseval, veuve Dutillet, ge de 49 ans, ne
- Paris, demeurant Provins, dpartement de Seine-et-Marne;</p>
+<p>7. Charlotte-Geneviève Saisseval, veuve Dutillet, âgée de 49 ans, née
+à Paris, demeurant à Provins, département de Seine-et-Marne;</p>
-<p>8. Et Marie-Thrse Clerse, femme Rolland, ge de 48 ans, ne
-Paris, femme de chambre de la femme Dutillet, demeurant Provins;</p>
+<p>8. Et Marie-Thérèse Clerse, femme Rolland, âgée de 48 ans, née à
+Paris, femme de chambre de la femme Dutillet, demeurant à Provins;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page340" name="page340"></a>(p. 340)</span> Du mme jour, 1<sup>er</sup> prairial (20 mars 1794), appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page340" name="page340"></a>(p. 340)</span> Du même jour, 1<sup>er</sup> prairial (20 mars 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Franois-Alexandre Suremain, g de 38 ans, ex-noble, vivant de ses
-revenus, natif d'Ossone, dpartement de la Cte-d'Or;</p>
+<p>1. François-Alexandre Suremain, âgé de 38 ans, ex-noble, vivant de ses
+revenus, natif d'Ossone, département de la Côte-d'Or;</p>
-<p>2. Marie-Pierrette Heneveux, veuve de Le Pelaprat, ge de 47 ans,
-native de Paris, libraire, demeurant Paris, rue du Roule, n<sup>o</sup> 11;</p>
+<p>2. Marie-Pierrette Heneveux, veuve de Le Pelaprat, âgée de 47 ans,
+native de Paris, libraire, demeurant à Paris, rue du Roule, n<sup>o</sup> 11;</p>
-<p>3. Michel Webert, g de 25 ans, n Saverne, dpartement du
-Bas-Rhin, libraire Paris, y demeurant, passage du Clotre-Honor;</p>
+<p>3. Michel Webert, âgé de 25 ans, né à Saverne, département du
+Bas-Rhin, libraire à Paris, y demeurant, passage du Cloître-Honoré;</p>
-<p>4. Marie-Claudine Lucas de Blayre, ge de 27 ans, ne
-Saint-Domingue, demeurant Paris, rue Merry;</p>
+<p>4. Marie-Claudine Lucas de Blayre, âgée de 27 ans, née à
+Saint-Domingue, demeurant à Paris, rue Merry;</p>
-<p>5. Gabriel-Charles Doyen, g de 31 ans, n Versailles, dpartement
+<p>5. Gabriel-Charles Doyen, âgé de 31 ans, né à Versailles, département
de Seine-et-Oise, ci-devant cuisinier de la femme du tyran, demeurant
- Paris, rue Nicaise, n<sup>o</sup> 506;</p>
+à Paris, rue Nicaise, n<sup>o</sup> 506;</p>
-<p>6. Joseph Houssaye, dit Laviolette, g de 21 ans, n Amiens,
-dpartement de la Somme, ci-devant bijoutier et depuis adjudant
-gnral de l'arme rvolutionnaire, demeurant Paris, maison de
-Molire, rue aux Ours;</p>
+<p>6. Joseph Houssaye, dit Laviolette, âgé de 21 ans, né à Amiens,
+département de la Somme, ci-devant bijoutier et depuis adjudant
+général de l'armée révolutionnaire, demeurant à Paris, maison de
+Molière, rue aux Ours;</p>
-<p>7. Matthieu Marbey, g de 27 ans, n Commune-Affranchie, bonnetier,
-demeurant Paris, rue Franaise;</p>
+<p>7. Matthieu Marbey, âgé de 27 ans, né à Commune-Affranchie, bonnetier,
+demeurant à Paris, rue Française;</p>
-<p>8. Antoine Brezillon, g de 40 ans, n Grandpr, district du mme
-nom, brigadier de gendarmerie nationale, la rsidence de la
-Chapelle-galit, district de Nemours, dpartement de Seine-et-Marne.</p>
+<p>8. Antoine Brezillon, âgé de 40 ans, né à Grandpré, district du même
+nom, brigadier de gendarmerie nationale, à la résidence de la
+Chapelle-Égalité, district de Nemours, département de Seine-et-Marne.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 2 prairial (21 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude Simard, g de 68 ans, n Libreval, dpartement du Cher,
-ex-prtre, demeurant Bourges;</p>
+<p>1. Claude Simard, âgé de 68 ans, né à Libreval, département du Cher,
+ex-prêtre, demeurant à Bourges;</p>
-<p>2. Agate-lisabeth Ragot, ex-religieuse, ge de 54 ans, ne
-Libreval, dpartement du Cher, demeurant Bourges;</p>
+<p>2. Agate-Élisabeth Ragot, ex-religieuse, âgée de 54 ans, née à
+Libreval, département du Cher, demeurant à Bourges;</p>
-<p>3. Et Louis-Franois Vassal, g de 35 ans, ex-noble, n Fraicenet,
-dpartement du Lot, demeurant Paris, rue Thionville.</p>
+<p>3. Et Louis-François Vassal, âgé de 35 ans, ex-noble, né à Fraicenet,
+département du Lot, demeurant à Paris, rue Thionville.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tirrard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Franois Tournacos, g de 37 ans, n Metz, se disant baron
-allemand, demeurant Luxembourg, en Allemagne;</p>
+<p>1. François Tournacos, âgé de 37 ans, né à Metz, se disant baron
+allemand, demeurant à Luxembourg, en Allemagne;</p>
-<p>2. Pierre-Franois Nicolas, n Longehaut, district d'Ornans,
-dpartement du Doubs, domestique de Kerry, Irlandais, demeurant
-Paris, rue Michodire, section Le Pelletier;</p>
+<p>2. Pierre-François Nicolas, né à Longehaut, district d'Ornans,
+département du Doubs, domestique de Kerry, Irlandais, demeurant à
+Paris, rue Michodière, section Le Pelletier;</p>
-<p>3. Caprot Brunel, g de 44 ans, n Capronne, dpartement de la
-Haute-Loire, domestique chez Kierry, demeurant Paris, rue Taitbout,
+<p>3. Caprot Brunel, âgé de 44 ans, né à Capronne, département de la
+Haute-Loire, domestique chez Kierry, demeurant à Paris, rue Taitbout,
section du Mont-Blanc;</p>
-<p>4. Gabriel Delignon, g de 42 ans, n Villaine, dpartement de la
-Cte-d'Or, y demeurant, matre d'criture;</p>
+<p>4. Gabriel Delignon, âgé de 42 ans, né à Villaine, département de la
+Côte-d'Or, y demeurant, maître d'écriture;</p>
-<p>5. Et Dominique Lafillard, g de 63 ans, ci-devant caissier de la
-maison <span class="pagenum"><a id="page341" name="page341"></a>(p. 341)</span> d'Artois, argentier de la maison d'Angoulme, et
-depuis receveur des rentes et agent d'affaires, demeurant Paris, rue
+<p>5. Et Dominique Lafillard, âgé de 63 ans, ci-devant caissier de la
+maison <span class="pagenum"><a id="page341" name="page341"></a>(p. 341)</span> d'Artois, argentier de la maison d'Angoulême, et
+depuis receveur des rentes et agent d'affaires, demeurant à Paris, rue
des Fontaines.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tirrard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude-Alexandre Leflot, g de 43 ans, n Nevers, dpartement de
-la Nivre, demeurant Trigsus, capitaine gnral des douanes de la
-Rpublique;</p>
+<p>1. Claude-Alexandre Leflot, âgé de 43 ans, né à Nevers, département de
+la Nièvre, demeurant à Trigésus, capitaine général des douanes de la
+République;</p>
-<p>2. Flix Royer, g de 28 ans, n Bagnols, dpartement du Gard,
-chasseur dans la lgion des Alpes;</p>
+<p>2. Félix Royer, âgé de 28 ans, né à Bagnols, département du Gard,
+chasseur dans la légion des Alpes;</p>
-<p>3. Pierre-Gervais Namys, g de 47 ans, n Paris, y demeurant, rue
-Pagevin, employ aux Fermes, ci-devant capitaine de la section des
-Petits-Pres;</p>
+<p>3. Pierre-Gervais Namys, âgé de 47 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+Pagevin, employé aux Fermes, ci-devant capitaine de la section des
+Petits-Pères;</p>
-<p>4. Et Louis-Philippe Bourgeois, g de 32 ans, n Uzs, dpartement
-du Gard, demeurant Paris, perruquier.</p>
+<p>4. Et Louis-Philippe Bourgeois, âgé de 32 ans, né à Uzès, département
+du Gard, demeurant à Paris, perruquier.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Cyr Vasseur, g de 42 ans, n Harly-Pontlieu, dpartement de la
-Somme, ci-devant caporal dans l'arme rvolutionnaire, demeurant
+<p>1. Cyr Vasseur, âgé de 42 ans, né à Harly-Pontlieu, département de la
+Somme, ci-devant caporal dans l'armée révolutionnaire, demeurant à
Paris, rue Verneuil;</p>
-<p>2. Jean-Baptiste Keutschen, g de 36 ans, n Deynieux, dans la
-Fort-Noire, en Allemagne, tailleur, demeurant Paris, rue Croix,
-chausse d'Antin, n<sup>o</sup> 9;</p>
+<p>2. Jean-Baptiste Keutschen, âgé de 36 ans, né à Deynieux, dans la
+Forêt-Noire, en Allemagne, tailleur, demeurant à Paris, rue Croix,
+chaussée d'Antin, n<sup>o</sup> 9;</p>
-<p>3. Jean Jaroufflet, g de 51 ans, n Moulins, dpartement de
+<p>3. Jean Jaroufflet, âgé de 51 ans, né à Moulins, département de
l'Allier, y demeurant, notaire public;</p>
-<p>4. Jean Coursin, g de 41 ans, n Carnay, district d'Avranches,
-dpartement de la Manche, brocanteur, demeurant Paris, rue de la
+<p>4. Jean Coursin, âgé de 41 ans, né à Carnay, district d'Avranches,
+département de la Manche, brocanteur, demeurant à Paris, rue de la
Licorne;</p>
-<p>5. Louis Carr, g de 31 ans, n Brienne, dpartement de l'Aube,
-picier, demeurant rue de Sartines, section de la Halle au Beurre;</p>
+<p>5. Louis Carré, âgé de 31 ans, né à Brienne, département de l'Aube,
+épicier, demeurant rue de Sartines, section de la Halle au Beurre;</p>
-<p>6. Maria-Nicolas Gaidon, g de 34 ans, n Mjuive, dpartement du
-Mont-Blanc, fruitier, demeurant Paris, rue d'Hauteville, section
-Poissonnire;</p>
+<p>6. Maria-Nicolas Gaidon, âgé de 34 ans, né à Méjuive, département du
+Mont-Blanc, fruitier, demeurant à Paris, rue d'Hauteville, section
+Poissonnière;</p>
-<p>7. Pierre Paul, g de 40 ans, n Paris, y demeurant, rue de la
+<p>7. Pierre Paul, âgé de 40 ans, né à Paris, y demeurant, rue de la
Mortellerie, marchand de cannes;</p>
-<p>8. Et Jean Juery, g de 30 ans, n Perrel, dpartement du Cantal,
-brocanteur, demeurant Paris, rue Honor, en face des Jacobins.</p>
+<p>8. Et Jean Juery, âgé de 30 ans, né à Perrel, département du Cantal,
+brocanteur, demeurant à Paris, rue Honoré, en face des Jacobins.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 4 prairial (23 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Joseph-Antoine Barrme, g de 31 ans, n Tarascon, ex-noble,
-ex-hussard du premier rgiment;</p>
+<p>1. Joseph-Antoine Barrême, âgé de 31 ans, né à Tarascon, ex-noble,
+ex-hussard du premier régiment;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page342" name="page342"></a>(p. 342)</span> 2. Joseph-Henri Barrme, g de 35 ans, n Tarascon,
-ex-noble, hussard et brigadier du premier rgiment;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page342" name="page342"></a>(p. 342)</span> 2. Joseph-Henri Barrême, âgé de 35 ans, né à Tarascon,
+ex-noble, hussard et brigadier du premier régiment;</p>
-<p>3. Joseph-Auguste Barrme, g de 32 ans, n Tarascon, ex-noble, et
-hussard du premier rgiment;</p>
+<p>3. Joseph-Auguste Barrême, âgé de 32 ans, né à Tarascon, ex-noble, et
+hussard du premier régiment;</p>
-<p>4. Anne Ferry, veuve Dupr, ge de 52 ans, garde-malade, ne Malo,
-dpartement de la Cte-d'Or, demeurant Paris, quai de Gvres, n<sup>o</sup> 7;</p>
+<p>4. Anne Ferry, veuve Dupré, âgée de 52 ans, garde-malade, née à Malo,
+département de la Côte-d'Or, demeurant à Paris, quai de Gèvres, n<sup>o</sup> 7;</p>
-<p>5. Jean-Baptiste Lanoue, g de 37 ans, peintre en btiment, n
+<p>5. Jean-Baptiste Lanoue, âgé de 37 ans, peintre en bâtiment, né à
Paris, y demeurant, rue Quincampoix, n<sup>o</sup> 33;</p>
-<p>6. Nicolas Aubry, g de 72 ans, n Divry, ci-devant Normandie,
-demeurant Paris, rue Nicolas-du-Chardonnet, au dpt des huiles;</p>
+<p>6. Nicolas Aubry, âgé de 72 ans, né à Divry, ci-devant Normandie,
+demeurant à Paris, rue Nicolas-du-Chardonnet, au dépôt des huiles;</p>
-<p>7. Et Pierre-Louis Didier, g de 35 ans, commis papetier Paris, y
+<p>7. Et Pierre-Louis Didier, âgé de 35 ans, commis papetier à Paris, y
demeurant, rue et cul-de-sac Dominique d'Enfer, n<sup>o</sup> 7.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean Canolle pre, g de 50 ans, n Benac, en Prigord,
-minralogiste, demeurant Paris, au Gros-Caillou;</p>
+<p>1. Jean Canolle père, âgé de 50 ans, né à Benac, en Périgord,
+minéralogiste, demeurant à Paris, au Gros-Caillou;</p>
-<p>2. Avoye Paville Costard, fille ge de 25 ans, travaillant au Journal
-des Spectacles, ne Paris, y demeurant, rue des Fosss-Montmartre;</p>
+<p>2. Avoye Paville Costard, fille âgée de 25 ans, travaillant au Journal
+des Spectacles, née à Paris, y demeurant, rue des Fossés-Montmartre;</p>
-<p>3. Alexandre Provenchre, g de 58 ans, n Saint-Eubille,
-dpartement de Seine-et-Oise, ex-administrateur de l'habillement des
-troupes de la Rpublique, demeurant Paris, place du Chevalier du
+<p>3. Alexandre Provenchère, âgé de 58 ans, né à Saint-Eubille,
+département de Seine-et-Oise, ex-administrateur de l'habillement des
+troupes de la République, demeurant à Paris, place du Chevalier du
Guet;</p>
-<p>4. Andr Dorly, g de 60 ans, n Versailles, commissaire des
-guerres jusqu'au 1<sup>er</sup> juillet 1793, domicili Paris, rue Neuve des
+<p>4. André Dorly, âgé de 60 ans, né à Versailles, commissaire des
+guerres jusqu'au 1<sup>er</sup> juillet 1793, domicilié à Paris, rue Neuve des
Petits-Champs, section de la Montagne;</p>
-<p>5. Gabriel-Joseph Fortin, g de 44 ans, n Paris, y demeurant, rue
-des Mauvaises-Paroles, ci-devant employ l'habillement des troupes,
-et commis chez le nomm Leroux, ngociant;</p>
+<p>5. Gabriel-Joseph Fortin, âgé de 44 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+des Mauvaises-Paroles, ci-devant employé à l'habillement des troupes,
+et commis chez le nommé Leroux, négociant;</p>
-<p>6. Antoine-Martin Barth, g de 33 ans, n Paris, y demeurant, rue
-Denis, et fournisseur de la Rpublique;</p>
+<p>6. Antoine-Martin Barth, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+Denis, et fournisseur de la République;</p>
-<p>7. Jean-Franois Lemarcant, g de 69 ans, n ... (<em>en blanc</em>),
-ouvrier en gutres et fournisseur, demeurant Paris.</p>
+<p>7. Jean-François Lemarcant, âgé de 69 ans, né à... (<em>en blanc</em>),
+ouvrier en guêtres et fournisseur, demeurant à Paris.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 5 prairial (24 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Baptiste-Marie-Thomas Domangeville, g de 30 ans, n Paris,
-ex-noble, ancien capitaine au 5<sup>e</sup> rgiment de cavalerie, demeurant
-Vernasal, dpartement de la Haute-Loire;</p>
+<p>1. Jean-Baptiste-Marie-Thomas Domangeville, âgé de 30 ans, né à Paris,
+ex-noble, ancien capitaine au 5<sup>e</sup> régiment de cavalerie, demeurant à
+Vernasal, département de la Haute-Loire;</p>
-<p>2. Simon Tisserand, g de 40 ans, n Vesoul, dpartement de la
-Haute-Sane, ci-devant postillon chez Duchtelet, demeurant Paris,
+<p>2. Simon Tisserand, âgé de 40 ans, né à Vesoul, département de la
+Haute-Saône, ci-devant postillon chez Duchâtelet, demeurant à Paris,
rue Grenelle-Saint-Germain;</p>
-<p>3. Et Jean-Baptiste Gauthier, g de 50 ans, n Chteau-Porcien,
-<span class="pagenum"><a id="page343" name="page343"></a>(p. 343)</span> dpartement des Ardennes, concierge de la chambre d'arrt de
-la mairie, demeurant Paris, rue Martin.</p>
+<p>3. Et Jean-Baptiste Gauthier, âgé de 50 ans, né à Château-Porcien,
+<span class="pagenum"><a id="page343" name="page343"></a>(p. 343)</span> département des Ardennes, concierge de la chambre d'arrêt de
+la mairie, demeurant à Paris, rue Martin.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Baptiste-Charles Durand, g de.... (<em>en blanc</em>) ans, n
-Paris, employ au magasin des troupes, Franciade, y demeurant;</p>
+<p>1. Jean-Baptiste-Charles Durand, âgé de.... (<em>en blanc</em>) ans, né à
+Paris, employé au magasin des troupes, à Franciade, y demeurant;</p>
-<p>2. Jean-Antoine Pascal, g de 41 ans, lieutenant de gendarmerie
-nationale, attach la force publique de l'arme du Rhin, n
-Commune-Affranchie, demeurant Paris;</p>
+<p>2. Jean-Antoine Pascal, âgé de 41 ans, lieutenant de gendarmerie
+nationale, attaché à la force publique de l'armée du Rhin, né à
+Commune-Affranchie, demeurant à Paris;</p>
-<p>3. Et Franois Paulin, g de 35 ans, professeur de gographie et de
-grammaire, n la Chapelle, dpartement de la Haute-Marne, demeurant
- Paris, rue Montmartre, n<sup>o</sup> 226.</p>
+<p>3. Et François Paulin, âgé de 35 ans, professeur de géographie et de
+grammaire, né à la Chapelle, département de la Haute-Marne, demeurant
+à Paris, rue Montmartre, n<sup>o</sup> 226.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 6 prairial (25 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Franois Joly, g de 56 ans, ci-devant inspecteur gnral des
-rles du dpartement de la Cte-d'Or, n Pontarlier-sur-Sane, mme
-dpartement, demeurant Dijon;</p>
+<p>1. François Joly, âgé de 56 ans, ci-devant inspecteur général des
+rôles du département de la Côte-d'Or, né à Pontarlier-sur-Saône, même
+département, demeurant à Dijon;</p>
-<p>2. Pierre Mauclair, g de 39 ans, brocanteur et ci-devant marchand de
-serre-tte, n Troyes, dpartement de l'Aube, demeurant Paris, rue
-des Grands-Degrs, n<sup>o</sup> 16;</p>
+<p>2. Pierre Mauclair, âgé de 39 ans, brocanteur et ci-devant marchand de
+serre-tête, né à Troyes, département de l'Aube, demeurant à Paris, rue
+des Grands-Degrés, n<sup>o</sup> 16;</p>
-<p>3. Et Louis-Claude-Joseph Lancry-Pronleroy, g de 26 ans, ci-devant
-officier des gardes franaises, ex-noble et ex-comte, n Paris, y
+<p>3. Et Louis-Claude-Joseph Lancry-Pronleroy, âgé de 26 ans, ci-devant
+officier des gardes françaises, ex-noble et ex-comte, né à Paris, y
demeurant, rue Basse-du-Rempart.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Baptiste-Charles Piragues Lille-Don, g de 58 ans, n
-Lille-Don, dpartement du Loiret, ex-noble, et cultivateur, demeurant
- Villemandier, district de Montargis, mme dpartement;</p>
+<p>1. Jean-Baptiste-Charles Piragues Lille-Don, âgé de 58 ans, né à
+Lille-Don, département du Loiret, ex-noble, et cultivateur, demeurant
+à Villemandier, district de Montargis, même département;</p>
-<p>2. Jacques-Jean-Baptiste Cuvier, g de 42 ans, ci-devant architecte,
-et depuis cultivateur et membre du comit rvolutionnaire de la
-commune de Vanves, y demeurant, n Paris;</p>
+<p>2. Jacques-Jean-Baptiste Cuvier, âgé de 42 ans, ci-devant architecte,
+et depuis cultivateur et membre du comité révolutionnaire de la
+commune de Vanves, y demeurant, né à Paris;</p>
-<p>3. Marie-Anne Demeaux, femme de Joseph Hbert, ge de 50 ans, ne
-Notre-Dame de Guem, prs Auxerre, dpartement de l'Yonne, demeurant
+<p>3. Marie-Anne Demeaux, femme de Joseph Hébert, âgée de 50 ans, née à
+Notre-Dame de Guem, près Auxerre, département de l'Yonne, demeurant à
Paris, rue de la Licorne, corroyeuse;</p>
-<p>4. Catherine Prard, ge de 39 ans, ne Giss en Bourgogne, prs
-Flavigny, demeurant Paris, rue du Poirier, blanchisseuse;</p>
+<p>4. Catherine Pérard, âgée de 39 ans, née à Gissé en Bourgogne, près
+Flavigny, demeurant à Paris, rue du Poirier, blanchisseuse;</p>
-<p>5. Pierre Prudhomme, g de 48 ans, n Paris, y demeurant, rue et
-section de la Cit, marchand de poisson.</p>
+<p>5. Pierre Prudhomme, âgé de 48 ans, né à Paris, y demeurant, rue et
+section de la Cité, marchand de poisson.</p>
-<p>6. Et Franoise Lambert, femme Prudhomme, ne Toul, dpartement
-<span class="pagenum"><a id="page344" name="page344"></a>(p. 344)</span> d'Indre-et-Loire, ge de soixante ans, marchande de
-poisson, demeurant Paris.</p>
+<p>6. Et Françoise Lambert, femme Prudhomme, née à Toul, département
+<span class="pagenum"><a id="page344" name="page344"></a>(p. 344)</span> d'Indre-et-Loire, âgée de soixante ans, marchande de
+poisson, demeurant à Paris.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 7 prairial (26 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude-Michel-Louis Milscent, crole, g de 54 ans, n
+<p>1. Claude-Michel-Louis Milscent, créole, âgé de 54 ans, né à
Saint-Domingue, ci-devant capitaine des milices bourgeoises, et se
-disant homme de lettres et auteur du journal appel <cite>le Crole</cite>,
-demeurant Paris, rue Honor, n<sup>o</sup> 120;</p>
+disant homme de lettres et auteur du journal appelé <cite>le Créole</cite>,
+demeurant à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 120;</p>
-<p>2. Et Jean-Baptiste-Marie Hannonet, g de 51 ans, receveur de la
-rgie des sels, n Guiscard, dpartement de l'Oise, et receveur du
+<p>2. Et Jean-Baptiste-Marie Hannonet, âgé de 51 ans, receveur de la
+régie des sels, né à Guiscard, département de l'Oise, et receveur du
district de Noyon, y demeurant.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tirrard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 8 prral [<em>sic</em>] (27 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 8 préréal [<em>sic</em>] (27 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Charles-Philibert-Marie-Gaston Lvis-Mirepoix, g de 41 ans, n
-Saint-Martin d'Estraux, demeurant Paris, rue de Verneuil, n<sup>o</sup> 432,
-ex-noble, ex-constituant et ex-marchal de camp;</p>
+<p>1. Charles-Philibert-Marie-Gaston Lévis-Mirepoix, âgé de 41 ans, né à
+Saint-Martin d'Estraux, demeurant à Paris, rue de Verneuil, n<sup>o</sup> 432,
+ex-noble, ex-constituant et ex-maréchal de camp;</p>
-<p>2. Matthieu-Jouze Jourdan, g de 45 ans, n Saint-Jean, dpartement
-de la Haute-Loire, demeurant Avignon, ci-devant ngociant, depuis
-gnral de l'arme d'Avignon, et prsent chef d'escadron de la
+<p>2. Matthieu-Jouze Jourdan, âgé de 45 ans, né à Saint-Jean, département
+de la Haute-Loire, demeurant à Avignon, ci-devant négociant, depuis
+général de l'armée d'Avignon, et à présent chef d'escadron de la
gendarmerie;</p>
-<p>3. Jean Donnadieu, g de 50 ans, n Arles, dpartement des
-Bouches-du-Rhne, gnral de brigade, l'arme du Bas-Rhin;</p>
+<p>3. Jean Donnadieu, âgé de 50 ans, né à Arles, département des
+Bouches-du-Rhône, général de brigade, à l'armée du Bas-Rhin;</p>
-<p>4. Antoine-Louis-Michel Judde, g de 46 ans, n Paris, y demeurant,
-rue Franois, au Marais, ex-conseiller au ci-devant Chtelet de Paris;</p>
+<p>4. Antoine-Louis-Michel Judde, âgé de 46 ans, né à Paris, y demeurant,
+rue François, au Marais, ex-conseiller au ci-devant Châtelet de Paris;</p>
-<p>5. Catherine Mathieu, femme Vigneron, ge de 41 ans, ne Nancy, y
+<p>5. Catherine Mathieu, femme Vigneron, âgée de 41 ans, née à Nancy, y
demeurant;</p>
-<p>6. Susanne Vigneron, ge de 23 ans, ne Nancy, y demeurant;</p>
+<p>6. Susanne Vigneron, âgée de 23 ans, née à Nancy, y demeurant;</p>
-<p>7. Pierre-Flix Primeau, g de 42 ans, n Vaussais, dpartement des
-Deux-Svres, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> rgiment de cavalerie;</p>
+<p>7. Pierre-Félix Primeau, âgé de 42 ans, né à Vaussais, département des
+Deux-Sèvres, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
-<p>8. Nicolas-Jacques Beauregard, g de 42 ans, n Versailles,
-sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> rgiment de cavalerie;</p>
+<p>8. Nicolas-Jacques Beauregard, âgé de 42 ans, né à Versailles,
+sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
-<p>9. Jacques-Joseph-Laurent Faret-Preberon, g de 44 ans, n Salins,
-dpartement du Jura, chef d'escadron du 17<sup>e</sup> rgiment de cavalerie;</p>
+<p>9. Jacques-Joseph-Laurent Faret-Preberon, âgé de 44 ans, né à Salins,
+département du Jura, chef d'escadron du 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
-<p>10. Avocalie-Joseph Daviot-Hery, g de 19 ans, n Chinon,
-dpartement d'Indre-et-Loire, lieutenant au 17<sup>e</sup> rgiment de
+<p>10. Avocalie-Joseph Daviot-Hery, âgé de 19 ans, né à Chinon,
+département d'Indre-et-Loire, lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de
cavalerie;</p>
-<p>11. tienne Lecandre, g de 27 ans, n Saintes, dpartement de la
-Charente-Infrieure, capitaine au 17<sup>e</sup> rgiment de cavalerie;</p>
+<p>11. Étienne Lecandre, âgé de 27 ans, né à Saintes, département de la
+Charente-Inférieure, capitaine au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
-<p>12. Jean-Franois Bugnolot, g de 25 ans, n au Petit-Bay,
-dpartement de la Haute-Sane, chirurgien-major du 17<sup>e</sup> rgiment de
+<p>12. Jean-François Bugnolot, âgé de 25 ans, né au Petit-Bay,
+département de la Haute-Saône, chirurgien-major du 17<sup>e</sup> régiment de
cavalerie;</p>
-<p>13. Joseph Mollet, g de 48 ans, n Saint-Michel, dpartement des
-Basses-Alpes, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> rgiment de cavalerie;</p>
+<p>13. Joseph Mollet, âgé de 48 ans, né à Saint-Michel, département des
+Basses-Alpes, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
-<p>14. Claude Juy, g de 26 ans, n Langres, dpartement de la
-Haute-Marne, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> rgiment de cavalerie;</p>
+<p>14. Claude Juy, âgé de 26 ans, né à Langres, département de la
+Haute-Marne, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page345" name="page345"></a>(p. 345)</span> 15. Pierre-Claude-Marie Prih, g de 46 ans, n Nevers,
-chef de brigade au 17<sup>e</sup> rgiment;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page345" name="page345"></a>(p. 345)</span> 15. Pierre-Claude-Marie Prihé, âgé de 46 ans, né à Nevers,
+chef de brigade au 17<sup>e</sup> régiment;</p>
-<p>16. tienne-Philippe Vrillot, g de 26 ans, n Langres,
-sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> rgiment;</p>
+<p>16. Étienne-Philippe Vérillot, âgé de 26 ans, né à Langres,
+sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment;</p>
-<p>17. tienne Jourdeuil, g de 29 ans, n Bussire, sous-lieutenant
-au 17<sup>e</sup> rgiment;</p>
+<p>17. Étienne Jourdeuil, âgé de 29 ans, né à Bussière, sous-lieutenant
+au 17<sup>e</sup> régiment;</p>
-<p>18. Jean Arnaud, g de 44 ans, n Limoges, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup>
-rgiment;</p>
+<p>18. Jean Arnaud, âgé de 44 ans, né à Limoges, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup>
+régiment;</p>
-<p>19. Claude Bonnot, g de 27 ans, n Genets, adjudant au 17<sup>e</sup>
-rgiment;</p>
+<p>19. Claude Bonnot, âgé de 27 ans, né à Genets, adjudant au 17<sup>e</sup>
+régiment;</p>
-<p>20. Et Franois Poisson, n pinal, g de 37 ans, sous-lieutenant
-au 17<sup>e</sup> rgiment.</p>
+<p>20. Et François Poisson, né à Épinal, âgé de 37 ans, sous-lieutenant
+au 17<sup>e</sup> régiment.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 8 prairial (27 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Augustin Binet, g de 28 ans, n Amiens, dpartement de la
+<p>1. Augustin Binet, âgé de 28 ans, né à Amiens, département de la
Somme, y demeurant, coupeur de velours et sergent du 8<sup>e</sup> bataillon de
la Somme;</p>
-<p>2. Jean-Baptiste Avenet, g de 36 ans, n et demeurant
-Saint-Germain-la-Campagne, dpartement de l'Eure, dentiste;</p>
+<p>2. Jean-Baptiste Avenet, âgé de 36 ans, né et demeurant à
+Saint-Germain-la-Campagne, département de l'Eure, dentiste;</p>
-<p>3. Et tienne Hourry, g de 50 ans, n Pez-le-Robert, terrassier.</p>
+<p>3. Et Étienne Hourry, âgé de 50 ans, né à Pezé-le-Robert, terrassier.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 9 prairial (28 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude-Joseph Villemin, g de 26 ans, journalier, n Guyans en
-Venne, dpartement du Doubs, y demeurant;</p>
+<p>1. Claude-Joseph Villemin, âgé de 26 ans, journalier, né à Guyans en
+Venne, département du Doubs, y demeurant;</p>
-<p>2. Sylvain Dumazet, g de 25 ans, ci-devant verrier, depuis
-colporteur Paris, rue des Barres, section de l'Arsenal, n
-Argenton, dpartement de l'Indre;</p>
+<p>2. Sylvain Dumazet, âgé de 25 ans, ci-devant verrier, depuis
+colporteur à Paris, rue des Barres, section de l'Arsenal, né à
+Argenton, département de l'Indre;</p>
-<p>3. Firmin Baillot, g de 37 ans, n Lironville, dpartement de la
+<p>3. Firmin Baillot, âgé de 37 ans, né à Lironville, département de la
Meurthe, ci-devant volontaire du bataillon de la section des
-Gravilliers, enrl pour la Vende, rpeur de tabac, demeurant
+Gravilliers, enrôlé pour la Vendée, râpeur de tabac, demeurant à
Paris, rue de Crussol, marais du Temple;</p>
-<p>4. Franoise Chevalier, ge de 28 ans, ne Besanon, dpartement du
+<p>4. Françoise Chevalier, âgée de 28 ans, née à Besançon, département du
Doubs, y demeurant;</p>
-<p>5. Flix Simon, g de 62 ans, cloutier, ensuite domestique de
-Trivelle, ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Besanon, n
- Rosureux, dpartement du Doubs, y demeurant.</p>
+<p>5. Félix Simon, âgé de 62 ans, cloutier, ensuite domestique de
+Trivelle, ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Besançon, né
+à Rosureux, département du Doubs, y demeurant.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Pierre-Franois Fnaux, g de 40 ans, n Dalincourt, dpartement
-d'vreux, charretier chez Claude Lger, demeurant Rosay, dpartement
+<p>1. Pierre-François Fénaux, âgé de 40 ans, né à Dalincourt, département
+d'Évreux, charretier chez Claude Léger, demeurant à Rosay, département
de Seine-et-Oise;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page346" name="page346"></a>(p. 346)</span> 2. Claude Lger, g de 49 ans, n Villemur, dpartement de
-(<em>en blanc</em>), demeurant Rosay;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page346" name="page346"></a>(p. 346)</span> 2. Claude Léger, âgé de 49 ans, né à Villemur, département de
+(<em>en blanc</em>), demeurant à Rosay;</p>
-<p>3. Martin Olivier, n Saint-Martin des Champs, dpartement de
-Seine-et-Oise, g de 58 ans, vigneron et maire de la commune dudit
+<p>3. Martin Olivier, né à Saint-Martin des Champs, département de
+Seine-et-Oise, âgé de 58 ans, vigneron et maire de la commune dudit
Saint-Martin des Champs, y demeurant;</p>
-<p>4. loy Duhamel, g de 54 ans, n Aix, dpartement de
+<p>4. Éloy Duhamel, âgé de 54 ans, né à Aix, département de
Seine-et-Oise, tuileur et agent national de la commune de Saint-Martin
des Champs, y demeurant;</p>
-<p>5. Nicolas Letellier, g de 35 ans, n Septeuil, dpartement de
-Seine-et-Oise, vigneron et membre du comit de surveillance de la
+<p>5. Nicolas Letellier, âgé de 35 ans, né à Septeuil, département de
+Seine-et-Oise, vigneron et membre du comité de surveillance de la
commune de Saint-Martin des Champs, y demeurant;</p>
-<p>6. Andr Rageot, g de 36 ans, tailleur d'habits, membre du comit de
-surveillance de la commune de Saint-Martin des Champs, n Guerville;</p>
+<p>6. André Rageot, âgé de 36 ans, tailleur d'habits, membre du comité de
+surveillance de la commune de Saint-Martin des Champs, né à Guerville;</p>
-<p>7. Jean Petit, g de 49 ans, n Aulnay, dpartement de
+<p>7. Jean Petit, âgé de 49 ans, né à Aulnay, département de
Seine-et-Oise, tonnelier et maire de la commune d'Aulnay, y demeurant;</p>
-<p>8. Guillaume Frron, g de 45 ans, n Arnouville, dpartement de
-Seine-et-Oise, journalier, demeurant Saint-Martin des Champs;</p>
+<p>8. Guillaume Fréron, âgé de 45 ans, né à Arnouville, département de
+Seine-et-Oise, journalier, demeurant à Saint-Martin des Champs;</p>
-<p>9. Et Marie-Anne Frron, femme Rageot, ge de 40 ans, ne
-Arnouville, dpartement de Seine-et-Oise, couturire, demeurant
+<p>9. Et Marie-Anne Fréron, femme Rageot, âgée de 40 ans, née à
+Arnouville, département de Seine-et-Oise, couturière, demeurant à
Saint-Martin des Champs;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Augustin-Franois Csar-Dauphin-Leval, g de 49 ans, n
-Montferrand, dpartement du Puy-de-Dme, ci-devant brevet du grade de
-colonel, et capitaine en second des grenadiers des gardes franaises,
-demeurant Moncel-Gelat, mme dpartement;</p>
-
-<p>2. Jean Joussineau de La Tourdonnois, g de 64 ans, n Sinwit,
-dpartement de la Corrze, demeurant la Rode, dpartement du
-Puy-de-Dme, ci-devant capitaine de carabiniers, ex-noble, ex-comte et
-ex-colonel la suite de la cavalerie, demeurant Paris, rue
-Traversire;</p>
-
-<p>3. Claire Nantia, ge de 41 ans, ne Nantia, dpartement de la
-Haute-Vienne, ex-noble, demeurant Rouel, dpartement de la
+<p>1. Augustin-François César-Dauphin-Leval, âgé de 49 ans, né à
+Montferrand, département du Puy-de-Dôme, ci-devant breveté du grade de
+colonel, et capitaine en second des grenadiers des gardes françaises,
+demeurant à Moncel-Gelat, même département;</p>
+
+<p>2. Jean Joussineau de La Tourdonnois, âgé de 64 ans, né à Sinwit,
+département de la Corrèze, demeurant à la Rode, département du
+Puy-de-Dôme, ci-devant capitaine de carabiniers, ex-noble, ex-comte et
+ex-colonel à la suite de la cavalerie, demeurant à Paris, rue
+Traversière;</p>
+
+<p>3. Claire Nantia, âgée de 41 ans, née à Nantia, département de la
+Haute-Vienne, ex-noble, demeurant à Rouel, département de la
Haute-Vienne;</p>
-<p>4. Louis-Jacques Ferruyant, g de 37 ans, n et demeurant La Motte
-Terray, dpartement des Deux-Svres, ci-devant trsorier de France;</p>
+<p>4. Louis-Jacques Ferruyant, âgé de 37 ans, né et demeurant à La Motte
+Terray, département des Deux-Sèvres, ci-devant trésorier de France;</p>
-<p>5. Jean Dut, g de 24 ans, n Morillac, dpartement du Cantal,
+<p>5. Jean Dut, âgé de 24 ans, né à Morillac, département du Cantal,
marchand forain, sans domicile fixe;</p>
-<p>6. Pierre Morillon Dubellay, g de 77 ans, marchand de draps et
-soies, n et demeurant Poitiers, dpartement de la Vienne;</p>
+<p>6. Pierre Morillon Dubellay, âgé de 77 ans, marchand de draps et
+soies, né et demeurant à Poitiers, département de la Vienne;</p>
-<p>7. Jean-Antoine Guybora, g de 24 ans, vigneron, journalier, n et
-demeurant Saint-Gerionne, dpartement de la Marne, soldat du 11<sup>e</sup>
-rgiment de hussards;</p>
+<p>7. Jean-Antoine Guybora, âgé de 24 ans, vigneron, journalier, né et
+demeurant à Saint-Gerionne, département de la Marne, soldat du 11<sup>e</sup>
+régiment de hussards;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page347" name="page347"></a>(p. 347)</span> 8. Nicolas-Marie Compin, g de 64 ans, n Malta,
-dpartement de Sane-et-Loire, cultivateur et agent national de la
+<p><span class="pagenum"><a id="page347" name="page347"></a>(p. 347)</span> 8. Nicolas-Marie Compin, âgé de 64 ans, né à Malta,
+département de Saône-et-Loire, cultivateur et agent national de la
commune d'Avrai;</p>
-<p>9. Et Nicolas dit Montpansin, g de 65 ans, n Saint-Pourain,
-dpartement de l'Allier, demeurant Souitte, mme dpartement,
-ex-bailli des lazaristes et ex-subdlgu.</p>
+<p>9. Et Nicolas dit Montpansin, âgé de 65 ans, né à Saint-Pourçain,
+département de l'Allier, demeurant à Souitte, même département,
+ex-bailli des lazaristes et ex-subdélégué.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Louis Csar Bgu, g de 40 ans, n Tours, dpartement
+<p>1. Louis César Bégu, âgé de 40 ans, né à Tours, département
d'Indre-et-Loire, ci-devant....... chef du premier bataillon dudit
-dpartement, demeurant Tours;</p>
+département, demeurant à Tours;</p>
-<p>2. Claude Lacroix, g de 38 ans, n Chaource, dpartement de
+<p>2. Claude Lacroix, âgé de 38 ans, né à Chaource, département de
l'Aube, y demeurant, cultivateur, ci-devant garde de bois;</p>
-<p>3. Pierre-Joseph Lecocq, g de 60 ans, n Querqueville, prs
-Cherbourg, dpartement de la Manche, ex-cur de la commune de
-Cottenon, district de Provins, dpartement de Seine-et-Marne;</p>
+<p>3. Pierre-Joseph Lecocq, âgé de 60 ans, né à Querqueville, près
+Cherbourg, département de la Manche, ex-curé de la commune de
+Cottençon, district de Provins, département de Seine-et-Marne;</p>
-<p>4. Et Louis-Julien Moret, g de 46 ans, n Arcis-sur-Aube,
-dpartement de l'Aube, ex-cur, demeurant Premier-Fait, mme
-dpartement.</p>
+<p>4. Et Louis-Julien Moret, âgé de 46 ans, né à Arcis-sur-Aube,
+département de l'Aube, ex-curé, demeurant à Premier-Fait, même
+département.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 12 prairial (31 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. douard-Marie Marguerie, g de 38 ans, ex-noble, major en second
-dans le 42<sup>e</sup> rgiment d'infanterie, ex-colonel de la garde
-constitutionnelle du tyran, n Bayeux, dpartement du Calvados,
-rsidant Agy, prs Bayeux;</p>
+<p>1. Édouard-Marie Marguerie, âgé de 38 ans, ex-noble, major en second
+dans le 42<sup>e</sup> régiment d'infanterie, ex-colonel de la garde
+constitutionnelle du tyran, né à Bayeux, département du Calvados,
+résidant à Agy, près Bayeux;</p>
-<p>2. Louis Duvivier, g de 60 ans, n Paris, y demeurant, rue des
-Juifs, n<sup>o</sup> 17, section des Droits de l'homme, employ
+<p>2. Louis Duvivier, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant, rue des
+Juifs, n<sup>o</sup> 17, section des Droits de l'homme, employé à
l'extraordinaire des guerres;</p>
-<p>3. Jean-Baptiste-Pierre Bauffre, g de 66 ans, n Chteauneuf,
-dpartement d'Eure-et-Loir, demeurant Paris, rue des Martyrs, n<sup>o</sup>
+<p>3. Jean-Baptiste-Pierre Bauffre, âgé de 66 ans, né à Châteauneuf,
+département d'Eure-et-Loir, demeurant à Paris, rue des Martyrs, n<sup>o</sup>
59, section du Mont-Blanc;</p>
-<p>4. Amable Chantemerle, g de 37 ans, instituteur et homme de lettres,
-ex-prtre, n Thiers, dpartement du Puy-de-Dme, demeurant Paris,
+<p>4. Amable Chantemerle, âgé de 37 ans, instituteur et homme de lettres,
+ex-prêtre, né à Thiers, département du Puy-de-Dôme, demeurant à Paris,
rue du Mont-Blanc, n<sup>o</sup> 384;</p>
-<p>5. Jean Pierson, g de 33 ans, n Beffroy, district de Commercy,
-dpartement de la Meuse, employ aux bureaux des migrs, secrtaire
-de dfunt Malesherbes, demeurant Paris, rue des Martyrs;</p>
+<p>5. Jean Pierson, âgé de 33 ans, né à Beffroy, district de Commercy,
+département de la Meuse, employé aux bureaux des émigrés, secrétaire
+de défunt Malesherbes, demeurant à Paris, rue des Martyrs;</p>
-<p>6. Et Claude-Franois-Marie Simonet, g de 42 ans, n Dijon,
-dpartement de la Cte-d'Or, ex-fermier gnral, demeurant Dijon.</p>
+<p>6. Et Claude-François-Marie Simonet, âgé de 42 ans, né à Dijon,
+département de la Côte-d'Or, ex-fermier général, demeurant à Dijon.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page348" name="page348"></a>(p. 348)</span> Du mme jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page348" name="page348"></a>(p. 348)</span> Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Joseph Pont, g de 51 ans, n Tournus, dpartement de
-Sane-et-Loire, ci-devant cur de Courteneau, y demeurant, mme
-dpartement;</p>
+<p>1. Joseph Pont, âgé de 51 ans, né à Tournus, département de
+Saône-et-Loire, ci-devant curé de Courteneau, y demeurant, même
+département;</p>
-<p>2. Pierre Saint-Saulieu, g de 44 ans, n Monteau, dpartement de
-l'Eure, ci-devant feudiste, demeurant l'abbaye de Cormeil;</p>
+<p>2. Pierre Saint-Saulieu, âgé de 44 ans, né à Monteau, département de
+l'Eure, ci-devant feudiste, demeurant à l'abbaye de Cormeil;</p>
-<p>3. Thomas Casimir Hry, g de 25 ans, n Orlans, dpartement du
-Loiret, se disant cultivateur, officier dans le 25<sup>e</sup> rgiment,
-demeurant commune de Fleury, mme dpartement;</p>
+<p>3. Thomas Casimir Héry, âgé de 25 ans, né à Orléans, département du
+Loiret, se disant cultivateur, officier dans le 25<sup>e</sup> régiment,
+demeurant commune de Fleury, même département;</p>
-<p>4. Thrse-Franoise Lamarre, ge de 60 ans, ne Bar-sur-Ornain,
+<p>4. Thérèse-Françoise Lamarre, âgée de 60 ans, née à Bar-sur-Ornain,
ci-devant noble, demeurant audit Bar;</p>
-<p>5. Jean-Hyacinthe Caron, g de 36 ans, n Arviny, district de
-Bar-sur-Ornain, ci-devant cur, demeurant Moulins, mme district;</p>
+<p>5. Jean-Hyacinthe Caron, âgé de 36 ans, né à Arviny, district de
+Bar-sur-Ornain, ci-devant curé, demeurant à Moulins, même district;</p>
-<p>6. Philippe Huguet, g de 30 ans, n Bruxelles, faiseur de bas,
-demeurant Paris, rue Pot-de-Fer;</p>
+<p>6. Philippe Huguet, âgé de 30 ans, né à Bruxelles, faiseur de bas,
+demeurant à Paris, rue Pot-de-Fer;</p>
-<p>7. Sylvain Hugault, g de 59 ans, n Bourges, ci-devant cur
-d'Issoudun, demeurant Issoudun, dpartement d'Indre-et-Loire.</p>
+<p>7. Sylvain Hugault, âgé de 59 ans, né à Bourges, ci-devant curé
+d'Issoudun, demeurant à Issoudun, département d'Indre-et-Loire.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 13 prairial (1<sup>er</sup> juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Alexandre Brillon-Saint-Cyr, g de 52 ans, n Paris, y
-demeurant, rue de Bercy, au Marais, ex-matre des comptes;</p>
+<p>1. Alexandre Brillon-Saint-Cyr, âgé de 52 ans, né à Paris, y
+demeurant, rue de Bercy, au Marais, ex-maître des comptes;</p>
-<p>2. Louis-Joseph Germain, g de 38 ans, n Paris, y demeurant, rue
-des Bourdonnais, marchand d'toffes de soie;</p>
+<p>2. Louis-Joseph Germain, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+des Bourdonnais, marchand d'étoffes de soie;</p>
-<p>3. Thomas-Augustin Bellet, g de 37 ans, n Paris, y demeurant, rue
+<p>3. Thomas-Augustin Bellet, âgé de 37 ans, né à Paris, y demeurant, rue
des Blancs-Manteaux, ci-devant auditeur des comptes;</p>
-<p>4. Franois-Martin Chauvereau, g de 37 ans, n Tours, dpartement
-d'Indre-et-Loire, commis marchand chez Germain, demeurant Paris, rue
+<p>4. François-Martin Chauvereau, âgé de 37 ans, né à Tours, département
+d'Indre-et-Loire, commis marchand chez Germain, demeurant à Paris, rue
Cloche-Perche;</p>
-<p>5. Antoine-Charles Lherbette, g de 34 ans, n Sainte-Menehould,
-dpartement de la Haute-Marne, ci-devant agent de change, demeurant
+<p>5. Antoine-Charles Lherbette, âgé de 34 ans, né à Sainte-Menehould,
+département de la Haute-Marne, ci-devant agent de change, demeurant à
Paris, rue des Blancs-Manteaux;</p>
-<p>6. Louis Bois-Mari, g de 23 ans, n Longny, district de Mortagne,
-dpartement de l'Orne, demeurant Paris, rue Jean-Fleury;</p>
+<p>6. Louis Bois-Marié, âgé de 23 ans, né à Longny, district de Mortagne,
+département de l'Orne, demeurant à Paris, rue Jean-Fleury;</p>
-<p>7. Jrme-Robert Millin du Perreux, g de 62 ans, n Nevers,
-dpartement de la Nivre, demeurant au Perreux, district de l'galit,
-dpartement de Paris, administrateur des loteries;</p>
+<p>7. Jérôme-Robert Millin du Perreux, âgé de 62 ans, né à Nevers,
+département de la Nièvre, demeurant au Perreux, district de l'Égalité,
+département de Paris, administrateur des loteries;</p>
-<p>8. Jean Auger, g de 23 ans, n Paris, brigadier-fourrier au 8<sup>e</sup>
-rgiment de hussards, demeurant Chaillot;</p>
+<p>8. Jean Auger, âgé de 23 ans, né à Paris, brigadier-fourrier au 8<sup>e</sup>
+régiment de hussards, demeurant à Chaillot;</p>
-<p>9. Et Jacques-Adrien Mgard, g de 26 ans, n Ratville,
-dpartement de la Seine-Infrieure, agent de Thorelli, Napolitain,
-demeurant Paris, grande rue du faubourg Antoine.</p>
+<p>9. Et Jacques-Adrien Mégard, âgé de 26 ans, né à Ratéville,
+département de la Seine-Inférieure, agent de Thorelli, Napolitain,
+demeurant à Paris, grande rue du faubourg Antoine.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page349" name="page349"></a>(p. 349)</span> Du mme jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page349" name="page349"></a>(p. 349)</span> Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Louis Martin-Brille, g de 30 ans, n Limay, dpartement de
-Seine-et-Oise, marchand de journaux, demeurant Paris, rue des
-Lavandires, n<sup>o</sup> 191;</p>
+<p>1. Louis Martin-Brille, âgé de 30 ans, né à Limay, département de
+Seine-et-Oise, marchand de journaux, demeurant à Paris, rue des
+Lavandières, n<sup>o</sup> 191;</p>
-<p>2. tienne Berthier, g de 43 ans, n Besanon, dpartement du
-Doubs, fondeur et doreur, demeurant Dijon;</p>
+<p>2. Étienne Berthier, âgé de 43 ans, né à Besançon, département du
+Doubs, fondeur et doreur, demeurant à Dijon;</p>
-<p>3. Jean Levasseur, g de 38 ans, n Krienne, dpartement de la
-Seine-Infrieure, ex-cur de la commune de Laumont-la-Poterie, mme
-dpartement;</p>
+<p>3. Jean Levasseur, âgé de 38 ans, né à Krienne, département de la
+Seine-Inférieure, ex-curé de la commune de Laumont-la-Poterie, même
+département;</p>
-<p>4. Et Jacques Serigny, g de 53 ans, n Bouillant, dpartement de
-la Cte-d'Or, ex-cur de la commune de Lumigny, mme dpartement, y
+<p>4. Et Jacques Serigny, âgé de 53 ans, né à Bouillant, département de
+la Côte-d'Or, ex-curé de la commune de Lumigny, même département, y
demeurant.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 14 prairial (2 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Bonaventure Ferrey, g de 32 ans, n Gray, dpartement de la
-Haute-Sane, demeurant Saint-Denis-sur-Sarton, dpartement de
-l'Orne, prtre chapelain de l'glise de Coutances, puis cur audit
+<p>1. Bonaventure Ferrey, âgé de 32 ans, né à Gray, département de la
+Haute-Saône, demeurant à Saint-Denis-sur-Sarton, département de
+l'Orne, prêtre chapelain de l'église de Coutances, puis curé audit
Saint-Denis;</p>
-<p>2. Jean-Baptiste Barr, g de 68 ans, n et demeurant Paris, rue
-Coq-Hron, n<sup>o</sup> 424, ci-devant procureur au Chtelet et avou;</p>
+<p>2. Jean-Baptiste Barré, âgé de 68 ans, né et demeurant à Paris, rue
+Coq-Héron, n<sup>o</sup> 424, ci-devant procureur au Châtelet et avoué;</p>
-<p>3. Philippe Perrin, g de 26 ans, n Cognac, dpartement de la
-Charente, y demeurant, ngociant en eaux-de-vie;</p>
+<p>3. Philippe Perrin, âgé de 26 ans, né à Cognac, département de la
+Charente, y demeurant, négociant en eaux-de-vie;</p>
-<p>4. Andr-Jacques-Salomon Daniau, g de 26 ans, n Cognac, demeurant
- Ecoigneux, district de Saintes, mme dpartement, agriculteur;</p>
+<p>4. André-Jacques-Salomon Daniau, âgé de 26 ans, né à Cognac, demeurant
+à Ecoigneux, district de Saintes, même département, agriculteur;</p>
-<p>5. Valrie Marentin, femme Pasquet Saint-Projet, ge de 40 ans, ne
-la Rochefoucauld, dpartement de la Haute-Charente, y demeurant, et
-Perusel, campagne prs la Rochefoucauld; son mari garde du tyran;</p>
+<p>5. Valérie Marentin, femme Pasquet Saint-Projet, âgée de 40 ans, née à
+la Rochefoucauld, département de la Haute-Charente, y demeurant, et à
+Perusel, campagne près la Rochefoucauld; son mari garde du tyran;</p>
-<p>6. Louis-Auguste-Franois Bongard-d'Aspremont, g de 68 ans, n au
-Val d'Arnois, district de Dieppe, dpartement de la Seine-Infrieure,
-demeurant Jaucourt, district des Andelys, dpartement de l'Eure,
+<p>6. Louis-Auguste-François Bongard-d'Aspremont, âgé de 68 ans, né au
+Val d'Arnois, district de Dieppe, département de la Seine-Inférieure,
+demeurant à Jaucourt, district des Andelys, département de l'Eure,
vivant de son bien, ex-noble et ex-marquis;</p>
-<p>7. Louis Armand, g de 61 ans, n Lainville, dpartement de
-Seine-et-Marne, demeurant au Plessis-Mriot, dpartement de
+<p>7. Louis Armand, âgé de 61 ans, né à Lainville, département de
+Seine-et-Marne, demeurant au Plessis-Mériot, département de
Seine-et-Marne, garde-chasse du ci-devant duc de Mortemart, et ensuite
vigneron;</p>
-<p>8. Jean-Franois-Clestin Lecocq, g de 30 ans, n Lille,
-dpartement du Nord, y demeurant, ci-devant clerc de notaire, et
+<p>8. Jean-François-Célestin Lecocq, âgé de 30 ans, né à Lille,
+département du Nord, y demeurant, ci-devant clerc de notaire, et
depuis boulanger;</p>
-<p>9. Jean-Pierre Maindouze, g de 53 ans, n Toulouse, dpartement de
-la Haute-Garonne, demeurant Paris, rue du Thtre-Franais, commis
-en chef au bureau des affaires trangres;</p>
+<p>9. Jean-Pierre Maindouze, âgé de 53 ans, né à Toulouse, département de
+la Haute-Garonne, demeurant à Paris, rue du Théâtre-Français, commis
+en chef au bureau des affaires étrangères;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page350" name="page350"></a>(p. 350)</span> Du mme jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page350" name="page350"></a>(p. 350)</span> Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Bernard-Louis Cassaigne, g de 41 ans, n Bziers, dpartement
-de l'Hrault, ex-vicaire de la ci-devant paroisse Saint-Nicolas des
-Champs, ensuite desservant de la commune de Luneray, prs Dieppe,
-dpartement de la Seine-Infrieure, y demeurant;</p>
+<p>1. Bernard-Louis Cassaigne, âgé de 41 ans, né à Béziers, département
+de l'Hérault, ex-vicaire de la ci-devant paroisse Saint-Nicolas des
+Champs, ensuite desservant de la commune de Luneray, près Dieppe,
+département de la Seine-Inférieure, y demeurant;</p>
-<p>2. Marie-Joseph-Adrien Bourdet, g de 33 ans, n Saint-Valery,
-dpartement de l'Oise, ex-vicaire de la ci-devant paroisse Saint-Andr
-des Arts, Paris, rue du Cimetire-Andr;</p>
+<p>2. Marie-Joseph-Adrien Bourdet, âgé de 33 ans, né à Saint-Valery,
+département de l'Oise, ex-vicaire de la ci-devant paroisse Saint-André
+des Arts, à Paris, rue du Cimetière-André;</p>
-<p>3. Et Jean-Baptiste Dupain, g de 21 ans, marchand de bois, n et
-demeurant Paris, rue des Fosss-Saint-Bernard.</p>
+<p>3. Et Jean-Baptiste Dupain, âgé de 21 ans, marchand de bois, né et
+demeurant à Paris, rue des Fossés-Saint-Bernard.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 15 prairial (3 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude Lefranc, g de 54 ans, chirurgien appoint dans le 7<sup>e</sup>
-rgiment de hussards, n Ivry, prs Paris, dpartement de
-Seine-et-Marne, demeurant Paris, rue du Battoir;</p>
+<p>1. Claude Lefranc, âgé de 54 ans, chirurgien appointé dans le 7<sup>e</sup>
+régiment de hussards, né à Ivry, près Paris, département de
+Seine-et-Marne, demeurant à Paris, rue du Battoir;</p>
-<p>2. Philippe Martin, g de 65 ans, n Delu, dpartement de la Meuse,
+<p>2. Philippe Martin, âgé de 65 ans, né à Delu, département de la Meuse,
y demeurant, et cordonnier;</p>
-<p>3. Alexandre Cordelois, g de 36 ans, n Cambray, chirurgien,
-ci-devant adjudant gnral de la garde nationale du Quesnoy, demeurant
- Wettingue, dpartement du Nord;</p>
+<p>3. Alexandre Cordelois, âgé de 36 ans, né à Cambray, chirurgien,
+ci-devant adjudant général de la garde nationale du Quesnoy, demeurant
+à Wettingue, département du Nord;</p>
-<p>4. Armand Quidet, g de 64 ans, n Nourval, dpartement des
-Ardennes, soldat invalide, demeurant Vouziers;</p>
+<p>4. Armand Quidet, âgé de 64 ans, né à Nourval, département des
+Ardennes, soldat invalide, demeurant à Vouziers;</p>
-<p>5. Et Jean-Joseph de Flandres, g de 58 ans, brigadier de la deuxime
-division de la gendarmerie, natif d'Hanappe, dpartement de l'Oise,
-demeurant Bouchain, dpartement du Nord.</p>
+<p>5. Et Jean-Joseph de Flandres, âgé de 58 ans, brigadier de la deuxième
+division de la gendarmerie, natif d'Hanappe, département de l'Oise,
+demeurant à Bouchain, département du Nord.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, 15 prairial (3 juin 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour, 15 prairial (3 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Louis-George Desrousseaux, g de 42 ans, n Sedan, dpartement
+<p>1. Louis-George Desrousseaux, âgé de 42 ans, né à Sedan, département
des Ardennes, y demeurant, fabricant de draps, cultivateur, ex-maire
de la commune de Sedan;</p>
-<p>2. Jean-Baptiste-Delfine Le Gardeur, g de 52 ans, n Sedan, y
-demeurant, fabricant, membre de la municipalit de Sedan;</p>
+<p>2. Jean-Baptiste-Delfine Le Gardeur, âgé de 52 ans, né à Sedan, y
+demeurant, fabricant, membre de la municipalité de Sedan;</p>
-<p>3. Franois-Pierre Le Gardeur, g de 60 ans, n Verdun, dpartement
+<p>3. François-Pierre Le Gardeur, âgé de 60 ans, né à Verdun, département
de la Meuse, ci-devant fabricant de draps, ci-devant notable de la
-commune de Sedan, prsident du tribunal de commerce et du bureau de
-paix de la mme commune, y demeurant;</p>
+commune de Sedan, président du tribunal de commerce et du bureau de
+paix de la même commune, y demeurant;</p>
-<p>4. Nicolas Rollin-Hussin pre, g de 63 ans, n Sedan, y demeurant,
-fabricant de draps et officier municipal de la mme commune;</p>
+<p>4. Nicolas Rollin-Hussin père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant,
+fabricant de draps et officier municipal de la même commune;</p>
-<p>5. Yvon-Georges-Jacques Saint-Pierre, g de 55 ans, n aux Aussieux,
-dpartement de la Seine-Infrieure, demeurant Sedan, vivant de son
+<p>5. Yvon-Georges-Jacques Saint-Pierre, âgé de 55 ans, né aux Aussieux,
+département de la Seine-Inférieure, demeurant à Sedan, vivant de son
revenu, ci-devant officier municipal de la commune de Sedan;</p>
-<p>6. Pierre-Charles Fournier, g de 42 ans, n Sedan, y demeurant,
-officier municipal de ladite commune et picier;</p>
+<p>6. Pierre-Charles Fournier, âgé de 42 ans, né à Sedan, y demeurant,
+officier municipal de ladite commune et épicier;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page351" name="page351"></a>(p. 351)</span> 7. Jean-Baptiste Petit, fils, g de 50 ans, n Mzires,
-dpartement des Ardennes, mdecin, officier municipal de la commune de
+<p><span class="pagenum"><a id="page351" name="page351"></a>(p. 351)</span> 7. Jean-Baptiste Petit, fils, âgé de 50 ans, né à Mézières,
+département des Ardennes, médecin, officier municipal de la commune de
Sedan, y demeurant;</p>
-<p>8. Louis-Franois Gigoux Saint-Simon, g de 61 ans, avant la
-rvolution aide-major de la place de Sedan, n Mesle, dpartement
-des Deux-Svres, officier municipal de la commune de Sedan, y
+<p>8. Louis-François Gigoux Saint-Simon, âgé de 61 ans, avant la
+révolution aide-major de la place de Sedan, né à Mesle, département
+des Deux-Sèvres, officier municipal de la commune de Sedan, y
demeurant;</p>
-<p>9. Jean-Louis Lenoir Peyre, g de 39 ans, n Sedan, teinturier, et
+<p>9. Jean-Louis Lenoir Peyre, âgé de 39 ans, né à Sedan, teinturier, et
ci-devant procureur de la commune de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>10. Nicolas Waroguier, g de 62 ans, n Givet, district de
+<p>10. Nicolas Waroguier, âgé de 62 ans, né à Givet, district de
Sainte-Menehould, ci-devant notable de la commune de Sedan, y
demeurant;</p>
-<p>11. Augustin Grosselin pre, g de 66 ans, marchand picier,
+<p>11. Augustin Grosselin père, âgé de 66 ans, marchand épicier,
ci-devant notable de la commune de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>12. Jean-Charles-Nicolas Lechanteur, g de 31 ans, n Brillangois,
+<p>12. Jean-Charles-Nicolas Lechanteur, âgé de 31 ans, né à Brillangois,
district de Sedan, brasseur, ci-devant notable de la commune de Sedan,
et actuellement administrateur du district de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>13. Henri Mesmer, g de 52 ans, n Sedan, brasseur, ex-notable de
+<p>13. Henri Mesmer, âgé de 52 ans, né à Sedan, brasseur, ex-notable de
la commune de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>14. tienne Henneci, g de 46 ans, n Sedan, libraire, ex-notable
+<p>14. Étienne Henneci, âgé de 46 ans, né à Sedan, libraire, ex-notable
de la commune de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>15. Louis Edet-Jeames, g de 46 ans, n Sedan, y demeurant,
+<p>15. Louis Edet-Jeames, âgé de 46 ans, né à Sedan, y demeurant,
charpentier, et ex-notable de la commune de Sedan;</p>
-<p>16. tienne-Nicolas-Joseph Chayaux-Cailloux, g de 41 ans, n
+<p>16. Étienne-Nicolas-Joseph Chayaux-Cailloux, âgé de 41 ans, né à
Sedan, y demeurant, brasseur, et ex-notable de la commune de Sedan;</p>
-<p>17. Pierre Gibon-Vermon, g de 44 ans, n Sedan, y demeurant,
+<p>17. Pierre Gibon-Vermon, âgé de 44 ans, né à Sedan, y demeurant,
brasseur, et ex-notable de la commune de Sedan;</p>
-<p>18. Simon-Jacques Delatre, g de 44 ans, n Sedan, y demeurant,
+<p>18. Simon-Jacques Delatre, âgé de 44 ans, né à Sedan, y demeurant,
ex-notable de Sedan;</p>
-<p>19. Louis Edet, g de 64 ans, n Sedan, y demeurant, menuisier,
+<p>19. Louis Edet, âgé de 64 ans, né à Sedan, y demeurant, menuisier,
ex-notable de la commune de Sedan;</p>
-<p>20. Jean-Baptiste Ludet pre, g de 64 ans, chef armurier, et
+<p>20. Jean-Baptiste Ludet père, âgé de 64 ans, chef armurier, et
ex-notable de la commune de Sedan;</p>
-<p>21. Antoine-Charles Rousseau, g de 56 ans, n Paris, manufacturier
+<p>21. Antoine-Charles Rousseau, âgé de 56 ans, né à Paris, manufacturier
de draps, ex-notable de la commune de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>22. Pierre Dalch pre, g de 63 ans, n Sedan, y demeurant,
-orfvre, ex-notable de la commune de Sedan;</p>
+<p>22. Pierre Dalché père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant,
+orfévre, ex-notable de la commune de Sedan;</p>
-<p>23. Herms Servais, g de 66 ans, n Francquemont, manufacturier de
-poles, ex-notable de la commune de Sedan, y demeurant;</p>
+<p>23. Hermès Servais, âgé de 66 ans, né à Francquemont, manufacturier de
+poêles, ex-notable de la commune de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>24. Michel Nol, dit Laurent, g de 63 ans, n Sedan, y demeurant,
+<p>24. Michel Noël, dit Laurent, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant,
confiseur, et officier municipal de la commune de Sedan;</p>
-<p>25. Louis-Joseph Bchet, g de 60 ans, n Sedan, manufacturier,
-ex-officier municipal de la commune de Sedan, demeurant
+<p>25. Louis-Joseph Béchet, âgé de 60 ans, né à Sedan, manufacturier,
+ex-officier municipal de la commune de Sedan, demeurant à
Philippeville;</p>
-<p>26. Paul-Stanislas-douard Bchet, g de 38 ans, n Sedan,
-fabricant de draps, administrateur et receveur de l'hpital de la mme
-commune, et ci-devant officier municipal, demeurant Sedan;</p>
+<p>26. Paul-Stanislas-Édouard Béchet, âgé de 38 ans, né à Sedan,
+fabricant de draps, administrateur et receveur de l'hôpital de la même
+commune, et ci-devant officier municipal, demeurant à Sedan;</p>
-<p>27. Et Claude Faussois, g de 65 ans, n Montfaucon, district de
-Chteau-Thierry, dpartement de la Marne, traiteur, ex-notable de la
-<span class="pagenum"><a id="page352" name="page352"></a>(p. 352)</span> commune de Sedan, demeurant Lagny-Baugny, dpartement des
+<p>27. Et Claude Faussois, âgé de 65 ans, né à Montfaucon, district de
+Château-Thierry, département de la Marne, traiteur, ex-notable de la
+<span class="pagenum"><a id="page352" name="page352"></a>(p. 352)</span> commune de Sedan, demeurant à Lagny-Baugny, département des
Ardennes.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns la peine de mort, et ordonn que l'excution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
-cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
-<p>Par procs-verbal dress par Chasteau, huissier du tribunal
-rvolutionnaire, le 15 prairial, appert avoir t constat que le
-jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
-Rvolution de cette ville, o lesdits susnomms ont t mis mort.</p>
+<p>Par procès-verbal dressé par Chasteau, huissier du tribunal
+révolutionnaire, le 15 prairial, appert avoir été constaté que le
+jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 16 prairial an II (4 juin 1794), appert:</p>
-<p>Le tribunal criminel du dpartement de Paris a condamn la peine de
-mort Charles Le Brun, g de 40 ans, natif de Chelles, dpartement de
-Seine-et-Marne, sans tat, demeurant rue Bourtibourg, n<sup>o</sup> 15,
-convaincu de complicit de fabrication et mission de faux assignats.</p>
+<p>Le tribunal criminel du département de Paris a condamné à la peine de
+mort Charles Le Brun, âgé de 40 ans, natif de Chelles, département de
+Seine-et-Marne, sans état, demeurant rue Bourtibourg, n<sup>o</sup> 15,
+convaincu de complicité de fabrication et émission de faux assignats.</p>
-<p>Il a t excut le mme jour, 8 heures 25 minutes du soir, sur la
-<em>place de la Maison commune</em>, en prsence de Heurtin, l'un des
-huissiers du tribunal, qui en a dress procs-verbal.</p>
+<p>Il a été exécuté le même jour, à 8 heures 25 minutes du soir, sur la
+<em>place de la Maison commune</em>, en présence de Heurtin, l'un des
+huissiers du tribunal, qui en a dressé procès-verbal.</p>
-<p class="author">Certifi vritable et dlivr par moi, Le Bois, accusateur public
- du tribunal criminel du dpartement de Paris,</p>
+<p class="author">Certifié véritable et délivré par moi, Le Bois, accusateur public
+ du tribunal criminel du département de Paris,</p>
<p class="authorsc">Le Bois.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Franois-Dauphin Goursac, g de 61 ans, n Chassenuit, district
-de la Rochefoucauld, dpartement de la Charente, ex-noble, ci-devant
-chevau-lger, retir lieutenant de cavalerie, demeurant la
+<p>1. François-Dauphin Goursac, âgé de 61 ans, né à Chassenuit, district
+de la Rochefoucauld, département de la Charente, ex-noble, ci-devant
+chevau-léger, retiré lieutenant de cavalerie, demeurant à la
Rochefoucauld;</p>
-<p>2. Thrse Thomas, veuve de Franois Goursac, aussi ex-noble, ge de
-80 ans, ne Augoulme, demeurant Goursac;</p>
+<p>2. Thérèse Thomas, veuve de François Goursac, aussi ex-noble, âgée de
+80 ans, née à Augoulême, demeurant à Goursac;</p>
-<p>3. Jeanne-Dauphin Goursac, fille ge de 54 ans, ne Chasseneuil,
-demeurant Goursac, ex-noble;</p>
+<p>3. Jeanne-Dauphin Goursac, fille âgée de 54 ans, née à Chasseneuil,
+demeurant à Goursac, ex-noble;</p>
-<p>4. Jacquette Gonin, femme divorce de Pasquier Larevenchre, ge de
-43 ans, ne Chasseneuil, demeurant la Rochefoucauld;</p>
+<p>4. Jacquette Gonin, femme divorcée de Pasquier Larevenchère, âgée de
+43 ans, née à Chasseneuil, demeurant à la Rochefoucauld;</p>
-<p>5. Jacques Clment, g de 41 ans, n Derac, district d'Angoulme,
-ci-devant cur de Vervant, district de la Rochefoucauld, y demeurant;</p>
+<p>5. Jacques Clément, âgé de 41 ans, né à Derac, district d'Angoulême,
+ci-devant curé de Vervant, district de la Rochefoucauld, y demeurant;</p>
-<p>6. Jacques-Dauphin Lapeyre, ex-noble, g de 53 ans, n Roussine,
-district de la Rochefoucauld, cultivateur, demeurant Breuil;</p>
+<p>6. Jacques-Dauphin Lapeyre, ex-noble, âgé de 53 ans, né à Roussine,
+district de la Rochefoucauld, cultivateur, demeurant à Breuil;</p>
-<p>7. Et Marie-Louise Dufour, fille ge de 66 ans, ne Limoges, femme
-de compagnie de Goursac, demeurant Chasseneuil.</p>
+<p>7. Et Marie-Louise Dufour, fille âgée de 66 ans, née à Limoges, femme
+de compagnie de Goursac, demeurant à Chasseneuil.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns la peine de mort, etc. Procs-verbal d'excution
-dress par Auvray, huissier.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution
+dressé par Auvray, huissier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. tienne-Michel Le Duc Bieville, g de 69 ans, ex-noble,
+<p>1. Étienne-Michel Le Duc Bieville, âgé de 69 ans, ex-noble,
ex-conseiller au ci-devant parlement de Rouen, et ex-gentilhomme de la
-chambre <span class="pagenum"><a id="page353" name="page353"></a>(p. 353)</span> du tyran, n Rouen, dpartement de Seine-et-Oise
-(<em>sic</em>), demeurant Paris, rue Grange-Batelire;</p>
+chambre <span class="pagenum"><a id="page353" name="page353"></a>(p. 353)</span> du tyran, né à Rouen, département de Seine-et-Oise
+(<em>sic</em>), demeurant à Paris, rue Grange-Batelière;</p>
-<p>2. Antoine-Louis Le Duc Bieville fils, g de 27 ans, ex-noble et
-lieutenant dans le ci-devant rgiment de chasseurs des Vosges, n
-Paris, demeurant Belleville, prs Paris;</p>
+<p>2. Antoine-Louis Le Duc Bieville fils, âgé de 27 ans, ex-noble et
+lieutenant dans le ci-devant régiment de chasseurs des Vosges, né à
+Paris, demeurant à Belleville, près Paris;</p>
-<p>3. Jean-Franois Du Fouleur, g de 38 ans, n Paris, demeurant rue
+<p>3. Jean-François Du Fouleur, âgé de 38 ans, né à Paris, demeurant rue
Montmartre, notaire;</p>
-<p>4. Jean-Jacques Meynard, g de 46 ans, commis la comptabilit, n
-Alby, dpartement du Tarn, demeurant Paris, rue Montmartre;</p>
+<p>4. Jean-Jacques Meynard, âgé de 46 ans, commis à la comptabilité, né à
+Alby, département du Tarn, demeurant à Paris, rue Montmartre;</p>
-<p>5. Alexis Moreuil, g de 49 ans, ex-matre d'htel du ci-devant duc
-de la Marck, employ la liquidation des dettes de la Commune de
-Paris, n Ferrires, dpartement de la Somme, demeurant Paris, rue
-Faubourg-Honor;</p>
+<p>5. Alexis Moreuil, âgé de 49 ans, ex-maître d'hôtel du ci-devant duc
+de la Marck, employé à la liquidation des dettes de la Commune de
+Paris, né à Ferrières, département de la Somme, demeurant à Paris, rue
+Faubourg-Honoré;</p>
-<p>6. Nicolas-Toussaint Leteneur, g de 64 ans, ex-noble et ex-chevalier
-du ci-devant ordre Saint-Louis, n Breteuil, dpartement de l'Oise,
-demeurant Versailles;</p>
+<p>6. Nicolas-Toussaint Leteneur, âgé de 64 ans, ex-noble et ex-chevalier
+du ci-devant ordre Saint-Louis, né à Breteuil, département de l'Oise,
+demeurant à Versailles;</p>
-<p>7. Bernard Sauriel, g de 33 ans, ex-lieutenant d'une compagnie de
-volontaires du 4<sup>e</sup> bataillon de la Meurthe, Laronne, dpartement de
-la Meurthe, demeurant au dpt, Nancy;</p>
+<p>7. Bernard Sauriel, âgé de 33 ans, ex-lieutenant d'une compagnie de
+volontaires du 4<sup>e</sup> bataillon de la Meurthe, à Laronne, département de
+la Meurthe, demeurant au dépôt, à Nancy;</p>
-<p>8. Jean-Franois Thirial, g de 40 ans, ex-constituant, mdecin, n
-Compigne, dpartement de l'Oise, demeurant Versailles;</p>
+<p>8. Jean-François Thirial, âgé de 40 ans, ex-constituant, médecin, né à
+Compiègne, département de l'Oise, demeurant à Versailles;</p>
-<p>9. Grgoire-Philippe Lorenzo, g de 29 ans, homme de lettres,
-fonctionnaire public Bruxelles comme commissaire, n Dunkerque,
-dpartement du Nord;</p>
+<p>9. Grégoire-Philippe Lorenzo, âgé de 29 ans, homme de lettres,
+fonctionnaire public à Bruxelles comme commissaire, né à Dunkerque,
+département du Nord;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 17 prairial (5 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. lisabeth-Marie Guiller, femme de Thomas Guiller, dit <em>Nonac</em>,
-ex-noble et ex-secrtaire du tyran, ge de 45 ans, ne Chteauneuf,
-dpartement d'Eure-et-Loir, demeurant Choisy-sur-Seine;</p>
+<p>1. Élisabeth-Marie Guiller, femme de Thomas Guiller, dit <em>Nonac</em>,
+ex-noble et ex-secrétaire du tyran, âgée de 45 ans, née à Châteauneuf,
+département d'Eure-et-Loir, demeurant à Choisy-sur-Seine;</p>
-<p>2. Jean-Antoine Mraud, n l'cluse, dpartement du Puy-de-Dme,
-demeurant la Meilleraye, dpartement de la Sarthe, ex-cur
+<p>2. Jean-Antoine Méraud, né à l'Écluse, département du Puy-de-Dôme,
+demeurant à la Meilleraye, département de la Sarthe, ex-curé
constitutionnel dudit lieu;</p>
-<p>3. Louis-Henri Villeneuve-Trans, g de 59 ans, n Marseille,
-dpartement des Bouches-du-Rhne, ex-noble et ex-colonel du ci-devant
-rgiment de Roussillon infanterie, demeurant Paris, rue Vivienne,
+<p>3. Louis-Henri Villeneuve-Trans, âgé de 59 ans, né à Marseille,
+département des Bouches-du-Rhône, ex-noble et ex-colonel du ci-devant
+régiment de Roussillon infanterie, demeurant à Paris, rue Vivienne,
n<sup>o</sup> 4.</p>
-<p>4. Joseph Daigue, domestique du ci-devant duc de Luxembourg, g de 32
-ans, n Pacy, dpartement du Mont-Blanc, demeurant Paris, rue
+<p>4. Joseph Daigue, domestique du ci-devant duc de Luxembourg, âgé de 32
+ans, né à Pacy, département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue
Martin, section des Amis de la patrie;</p>
-<p>5. Paul Mezeray, g de 45 ans, n Montargis, dpartement du Loiret,
-demeurant Paris, rue Roqupine, employ aux domaines nationaux;</p>
+<p>5. Paul Mezeray, âgé de 45 ans, né à Montargis, département du Loiret,
+demeurant à Paris, rue Roquépine, employé aux domaines nationaux;</p>
-<p>6. Et Marie-Madeleine Perrier, veuve Fontenay, ex-noble, ge de 57
-ans, ne Villiers, dpartement de l'Orne, demeurant Vincennes,
-dpartement de Paris;</p>
+<p>6. Et Marie-Madeleine Perrier, veuve Fontenay, ex-noble, âgée de 57
+ans, née à Villiers, département de l'Orne, demeurant à Vincennes,
+département de Paris;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p><span class="pagenum"><a id="page354" name="page354"></a>(p. 354)</span> Par jugement du 18 prairial (6 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Charles-Franois Mercier d'Aubeville, g de 69 ans, ci-devant
-prsident de l'lection de Pithiviers, juge du tribunal du district de
+<p>1. Charles-François Mercier d'Aubeville, âgé de 69 ans, ci-devant
+président de l'élection de Pithiviers, juge du tribunal du district de
Pithiviers, demeurant audit lieu;</p>
-<p>2. Thomas Roustat, g de 57 ans, cultivateur, garde-bois du ci-devant
-Terray, n Quincy, dpartement de l'Aube, demeurant Lamotte, mme
-dpartement;</p>
+<p>2. Thomas Roustat, âgé de 57 ans, cultivateur, garde-bois du ci-devant
+Terray, né à Quincy, département de l'Aube, demeurant à Lamotte, même
+département;</p>
-<p>3. Jean Rolland, g de 40 ans, n Lamotte, dpartement de l'Aube, y
+<p>3. Jean Rolland, âgé de 40 ans, né à Lamotte, département de l'Aube, y
demeurant;</p>
-<p>4. Jean Vaudier-Dock, g de 25 ans, serrurier, n Bruges, Flandre,
-y demeurant; dserteur autrichien;</p>
+<p>4. Jean Vaudier-Dock, âgé de 25 ans, serrurier, né à Bruges, Flandre,
+y demeurant; déserteur autrichien;</p>
-<p>5. Jacques Dauphin-Chadebeau, g de 43 ans, manouvrier, natif de la
-Paque, dpartement de la Charente, demeurant Goursac, mme
-dpartement;</p>
+<p>5. Jacques Dauphin-Chadebeau, âgé de 43 ans, manouvrier, natif de la
+Paque, département de la Charente, demeurant à Goursac, même
+département;</p>
-<p>6. Anglique Jacquemont, veuve Padel, ge de 49 ans, travaillant en
-linge, ne Saint-Brie, dpartement de l'Yonne, demeurant
+<p>6. Angélique Jacquemont, veuve Padel, âgée de 49 ans, travaillant en
+linge, née à Saint-Brie, département de l'Yonne, demeurant
Pointe-Eustache;</p>
-<p>7. Nicolas Vial, g de 71 ans, n Commune-Affranchie, dpartement
-de Rhne-et-Loire, demeurant Charenton, prs Paris, ancien
-ngociant;</p>
+<p>7. Nicolas Vial, âgé de 71 ans, né à Commune-Affranchie, département
+de Rhône-et-Loire, demeurant à Charenton, près Paris, ancien
+négociant;</p>
-<p>8. Victoire Leclerc, veuve Labathie, ge de 34 ans, ne Compigne,
-demeurant Vitry-sur-Marne, dpartement de la Marne;</p>
+<p>8. Victoire Leclerc, veuve Labathie, âgée de 34 ans, née à Compiègne,
+demeurant à Vitry-sur-Marne, département de la Marne;</p>
-<p>9. Et Denise-lisabeth Marchais, femme Vial, ge de 53 ans, ne
-Paris, demeurant Charenton;</p>
+<p>9. Et Denise-Élisabeth Marchais, femme Vial, âgée de 53 ans, née à
+Paris, demeurant à Charenton;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Chteau.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du mme jour 18 prairial an II (6 juin 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du même jour 18 prairial an II (6 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Franois-Joseph-lisabeth Thomas Lavalette, g de 39 ans, n
-Paris, ex-vicomte, ex-officier au ci-devant rgiment des gardes
-franaises en qualit de lieutenant en second, demeurant Paris,
+<p>1. François-Joseph-Élisabeth Thomas Lavalette, âgé de 39 ans, né à
+Paris, ex-vicomte, ex-officier au ci-devant régiment des gardes
+françaises en qualité de lieutenant en second, demeurant à Paris,
section Le Pelletier, n<sup>o</sup> 171;</p>
-<p>2. Joseph Aboulin, g de 39 ans, n Cassade, district de Montauban,
-dpartement du Lot, lieutenant au 18<sup>e</sup> rgiment de dragons, y
+<p>2. Joseph Aboulin, âgé de 39 ans, né à Cassade, district de Montauban,
+département du Lot, lieutenant au 18<sup>e</sup> régiment de dragons, y
demeurant ordinairement;</p>
-<p>3. Joseph Fournier, g de 31 ans, n Burillier, district de
-Montagnac, dpartement de la Dordogne, y demeurant, ex-cur
+<p>3. Joseph Fournier, âgé de 31 ans, né à Burillier, district de
+Montagnac, département de la Dordogne, y demeurant, ex-curé
constitutionnel et instituteur;</p>
-<p>4. Thomas Delainey, g de 17 ans, Irlandais, dserteur du 9<sup>e</sup>
-rgiment, domicili Paris;</p>
+<p>4. Thomas Delainey, âgé de 17 ans, Irlandais, déserteur du 9<sup>e</sup>
+régiment, domicilié à Paris;</p>
-<p>5. Patrice Roden, g de 28 ans, tisserand, n en Irlande, soldat
-dserteur dans le rgiment de Berne;</p>
+<p>5. Patrice Roden, âgé de 28 ans, tisserand, né en Irlande, soldat
+déserteur dans le régiment de Berne;</p>
-<p>6. Pierre-Jacques Soubry, g de 33 ans, laboureur, n dans la Flandre
+<p>6. Pierre-Jacques Soubry, âgé de 33 ans, laboureur, né dans la Flandre
autrichienne;</p>
-<p>7. Albert Calvert, g de 28 ans, n Bruges, en Flandre, y
+<p>7. Albert Calvert, âgé de 28 ans, né à Bruges, en Flandre, y
demeurant, charpentier;</p>
-<p>8. Joseph Forrest, g de 27 ans, n Bruges, y demeurant, crivain;</p>
+<p>8. Joseph Forrest, âgé de 27 ans, né à Bruges, y demeurant, écrivain;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page355" name="page355"></a>(p. 355)</span> 9. Jacques Mordolk, g de 20 ans, perruquier, n en cosse,
+<p><span class="pagenum"><a id="page355" name="page355"></a>(p. 355)</span> 9. Jacques Mordolk, âgé de 20 ans, perruquier, né en Écosse,
valet de chambre du comte de Notriock;</p>
-<p>10. Guillaume-Jacques Cousin, g de 45 ans, n Rouen, dpartement
-de la Seine-Infrieure, demeurant Paris, rue de la Loi, n<sup>o</sup> 206;</p>
+<p>10. Guillaume-Jacques Cousin, âgé de 45 ans, né à Rouen, département
+de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la Loi, n<sup>o</sup> 206;</p>
-<p>11. William Newton, g de 33 ans, n en Angleterre, colonel de
-cavalerie l'cole militaire, demeurant Paris, rue de la Loi;</p>
+<p>11. William Newton, âgé de 33 ans, né en Angleterre, colonel de
+cavalerie à l'École militaire, demeurant à Paris, rue de la Loi;</p>
-<p>12. Et lisabeth-Franoise Forceville, ge de 42 ans, ne
-Forceville, district d'Amiens, dpartement de la Somme, ex-noble,
-demeurant Paris, rue de l'Observatoire;</p>
+<p>12. Et Élisabeth-Françoise Forceville, âgée de 42 ans, née à
+Forceville, district d'Amiens, département de la Somme, ex-noble,
+demeurant à Paris, rue de l'Observatoire;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Chasteau.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Neirot</span>, commis greffier.</p>
@@ -13322,355 +13277,355 @@ Chasteau.</p>
<p>Par jugement du 19 prairial an II (7 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Pierre Lecointre, g de 18 ans et demi, volontaire dans le 10<sup>e</sup>
-rgiment d'artillerie lgre, n Saint-Jouy, dpartement de la
-Seine-Infrieure, y demeurant;</p>
+<p>1. Pierre Lecointre, âgé de 18 ans et demi, volontaire dans le 10<sup>e</sup>
+régiment d'artillerie légère, né à Saint-Jouy, département de la
+Seine-Inférieure, y demeurant;</p>
-<p>2. Guillaume Thezut, g de 38 ans, ex-noble, n Aumont, dpartement
-de Sane-et-Loire, y demeurant;</p>
+<p>2. Guillaume Thezut, âgé de 38 ans, ex-noble, né à Aumont, département
+de Saône-et-Loire, y demeurant;</p>
-<p>3. Louis Le Coq, g de 30 ans, n Balancourt, dpartement de
+<p>3. Louis Le Coq, âgé de 30 ans, né à Balancourt, département de
Seine-et-Oise, potier de terre, et ci-devant domestique de Roland,
-ex-ministre, demeurant Paris, rue de la Tannerie;</p>
+ex-ministre, demeurant à Paris, rue de la Tannerie;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tavernier.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Neirot</span>, commis greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du mme jour, 19 prairial (7 juin 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour, 19 prairial (7 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Charles-Franois, dit Cadet, g de 37 ans, n Boissy-sur-Marne,
-dpartement de Seine-et-Marne, cultivateur, demeurant Champoget,
-mme dpartement;</p>
+<p>1. Charles-François, dit Cadet, âgé de 37 ans, né à Boissy-sur-Marne,
+département de Seine-et-Marne, cultivateur, demeurant à Champoget,
+même département;</p>
-<p>2. Antoine Rayer, g de 34 ans, n aux Granges, commune dudit Boissy,
+<p>2. Antoine Rayer, âgé de 34 ans, né aux Granges, commune dudit Boissy,
y demeurant, cultivateur;</p>
-<p>3. Pierre-Louis Bachelier, g de 44 ans, n Doux, dpartement de
+<p>3. Pierre-Louis Bachelier, âgé de 44 ans, né à Doux, département de
Seine-et-Marne, y demeurant, cultivateur;</p>
-<p>4. Remy Lecinque, g de 50 ans, n Nancy, dpartement de la
-Meurthe, commissaire aux ventes, demeurant Paris, rue de Touraine,
+<p>4. Remy Lecinque, âgé de 50 ans, né à Nancy, département de la
+Meurthe, commissaire aux ventes, demeurant à Paris, rue de Touraine,
n<sup>o</sup> 3;</p>
-<p>5. Pierre-Nicolas Domont, g de 36 ans, n Louvancourt, dpartement
-de la Somme, employ l'administration des domaines nationaux;</p>
+<p>5. Pierre-Nicolas Domont, âgé de 36 ans, né à Louvancourt, département
+de la Somme, employé à l'administration des domaines nationaux;</p>
-<p>6. Joseph-Simon Larget, g de 31 ans, n Ongelat, dpartement du
-Jura, employ l'administration des domaines nationaux, demeurant
+<p>6. Joseph-Simon Larget, âgé de 31 ans, né à Ongelat, département du
+Jura, employé à l'administration des domaines nationaux, demeurant à
Paris, rue Chabannais;</p>
-<p>7. Nicolas-Pierre Boucher, g de 45 ans, n Bar-sur-Bugency, y
-demeurant, notaire et ex-administrateur du dpartement des Ardennes;</p>
+<p>7. Nicolas-Pierre Boucher, âgé de 45 ans, né à Bar-sur-Bugency, y
+demeurant, notaire et ex-administrateur du département des Ardennes;</p>
-<p>8. Jacques Chauzy, g de 63 ans, n Vaud, dpartement des
+<p>8. Jacques Chauzy, âgé de 63 ans, né à Vaudé, département des
Ardennes, y demeurant, cultivateur et ex-administrateur dudit
-dpartement;</p>
+département;</p>
-<p>9. Jean-Baptiste-Antoine Bourgeois, g de 34 ans, n Mzires,
-dpartement de la Meurthe, y demeurant, administrateur du dpartement
+<p>9. Jean-Baptiste-Antoine Bourgeois, âgé de 34 ans, né à Mézières,
+département de la Meurthe, y demeurant, administrateur du département
des Ardennes;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page356" name="page356"></a>(p. 356)</span> 10. Jean-Sulpice Gromaire, g de 56 ans, n Chomery,
-dpartement des Ardennes, y demeurant, notaire et ex-administrateur du
-dpartement des Ardennes;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page356" name="page356"></a>(p. 356)</span> 10. Jean-Sulpice Gromaire, âgé de 56 ans, né à Chomery,
+département des Ardennes, y demeurant, notaire et ex-administrateur du
+département des Ardennes;</p>
-<p>11. tienne Deshayes, g de 43 ans, n Rethel, dpartement des
-Ardennes, y demeurant, homme de loi, procureur gnral syndic du
-dpartement des Ardennes;</p>
+<p>11. Étienne Deshayes, âgé de 43 ans, né à Rethel, département des
+Ardennes, y demeurant, homme de loi, procureur général syndic du
+département des Ardennes;</p>
-<p>12. Henry Dessaulty, g de 43 ans, n Bierne, dpartement des
-Ardennes, ex-noble, cultivateur, membre du conseil gnral dudit
-dpartement, demeurant Montlaurent;</p>
+<p>12. Henry Dessaulty, âgé de 43 ans, né à Bierne, département des
+Ardennes, ex-noble, cultivateur, membre du conseil général dudit
+département, demeurant à Montlaurent;</p>
-<p>13. Pierre Namur, g de 60 ans, n Lugny (?), dpartement des
-Ardennes, y demeurant, cultivateur, administrateur dudit dpartement;</p>
+<p>13. Pierre Namur, âgé de 60 ans, né à Lugny (?), département des
+Ardennes, y demeurant, cultivateur, administrateur dudit département;</p>
-<p>14. Jean Legrand, g de 45 ans, n Gouvellemont, dpartement des
-Ardennes, y demeurant, ex-administrateur dudit dpartement,
+<p>14. Jean Legrand, âgé de 45 ans, né à Gouvellemont, département des
+Ardennes, y demeurant, ex-administrateur dudit département,
cultivateur;</p>
-<p>15. Jean-Jacques Le Maire, g de 66 ans, n Sainte-Menehould,
-dpartement des Ardennes, cultivateur, ex-administrateur dudit
-dpartement, demeurant Champigneul;</p>
+<p>15. Jean-Jacques Le Maire, âgé de 66 ans, né à Sainte-Menehould,
+département des Ardennes, cultivateur, ex-administrateur dudit
+département, demeurant à Champigneul;</p>
-<p>16. Jean-Baptiste Blay, g de 29 ans, n Wernencourt, dpartement
+<p>16. Jean-Baptiste Blay, âgé de 29 ans, né à Wernencourt, département
des Ardennes, y demeurant, laboureur, ex-administrateur dudit
-dpartement;</p>
+département;</p>
-<p>17. Claude-Jean-Baptiste Grard, g de 49 ans, n Mouzon,
-dpartement des Ardennes, ex-administrateur dudit dpartement,
-demeurant Sedan;</p>
+<p>17. Claude-Jean-Baptiste Gérard, âgé de 49 ans, né à Mouzon,
+département des Ardennes, ex-administrateur dudit département,
+demeurant à Sedan;</p>
-<p>18. Marie-Claude-Gabriel Grard, g de 34 ans, n audit Mouzon,
+<p>18. Marie-Claude-Gabriel Gérard, âgé de 34 ans, né audit Mouzon,
district de Sedan, demeurant audit Sedan, homme de loi,
-ex-administrateur du dpartement des Ardennes;</p>
+ex-administrateur du département des Ardennes;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 23 prairial (11 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. tienne-Hubert-Bonaventure Chaput-Dubost, g de 54 ans, n
-Cusset, dpartement de l'Allier, ex-subdlgu, ex-procureur du tyran,
-et depuis son commissaire prs le tribunal dudit Cusset;</p>
+<p>1. Étienne-Hubert-Bonaventure Chaput-Dubost, âgé de 54 ans, né à
+Cusset, département de l'Allier, ex-subdélégué, ex-procureur du tyran,
+et depuis son commissaire près le tribunal dudit Cusset;</p>
-<p>2. Jeanne-Danielle Teyras, femme Chaput-Dubost, ge de 52 ans,
-demeurant Cusset;</p>
+<p>2. Jeanne-Danielle Teyras, femme Chaput-Dubost, âgée de 52 ans,
+demeurant à Cusset;</p>
-<p>3. Claude-Gilbert Chaput-Dubost, dit Champcourt, g de 26 ans, sans
-tat, n et demeurant Cusset;</p>
+<p>3. Claude-Gilbert Chaput-Dubost, dit Champcourt, âgé de 26 ans, sans
+état, né et demeurant à Cusset;</p>
-<p>4. Cosme-Marie Chaput-Dubost, g de 24 ans, sans tat, n et
-demeurant Cusset;</p>
+<p>4. Cosme-Marie Chaput-Dubost, âgé de 24 ans, sans état, né et
+demeurant à Cusset;</p>
-<p>5. Denis Courtin, g de 58 ans, n Saint-James, dpartement du
-Cher, brigadier de la 32<sup>e</sup> division de gendarmerie, demeurant Paris,
-rue du Thtre-Franais, n<sup>o</sup> 7;</p>
+<p>5. Denis Courtin, âgé de 58 ans, né à Saint-James, département du
+Cher, brigadier de la 32<sup>e</sup> division de gendarmerie, demeurant à Paris,
+rue du Théâtre-Français, n<sup>o</sup> 7;</p>
-<p>6. Nicolas Jaunin, g de 72 ans, n Dijon, dpartement de la
-Cte-d'Or, gagne-denier, demeurant Paris, rue Montorgueil;</p>
+<p>6. Nicolas Jaunin, âgé de 72 ans, né à Dijon, département de la
+Côte-d'Or, gagne-denier, demeurant à Paris, rue Montorgueil;</p>
-<p>7. Bon-Jacques-Ren Hbert, g de 23 ans, n Paris, y demeurant,
+<p>7. Bon-Jacques-René Hébert, âgé de 23 ans, né à Paris, y demeurant,
rue des Tournelles, n<sup>o</sup> 38, entrepreneur des bois de chauffage pour
-l'arme;</p>
+l'armée;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page357" name="page357"></a>(p. 357)</span> 8. Lambert Lamandin, g de 38 ans, n Consart, district
-d'Avesnes, dpartement du Nord, marchand de chevaux et de bois,
-fournisseur pour l'arme;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page357" name="page357"></a>(p. 357)</span> 8. Lambert Lamandin, âgé de 38 ans, né à Consart, district
+d'Avesnes, département du Nord, marchand de chevaux et de bois,
+fournisseur pour l'armée;</p>
-<p>9. Saint-Clair Rouillon, g de 19 ans, prpos au bois de chauffage,
-n Alenon, y demeurant;</p>
+<p>9. Saint-Clair Rouillon, âgé de 19 ans, préposé au bois de chauffage,
+né à Alençon, y demeurant;</p>
-<p>10. Gabriel Gurin-Lucas, g de 41 ans, n Chteauroux,
+<p>10. Gabriel Guérin-Lucas, âgé de 41 ans, né à Châteauroux,
actuellement <em>Indreville</em>, y demeurant, fournisseur soumissionnaire
-pour l'quipement des volontaires d'Indreville;</p>
+pour l'équipement des volontaires d'Indreville;</p>
-<p>11. Et Pierre Robert, g de 37 ans, n Saint-Georges-sur-Cher,
-demeurant Paris, rue Saint-Gilles, au Marais, n<sup>o</sup> 91;</p>
+<p>11. Et Pierre Robert, âgé de 37 ans, né à Saint-Georges-sur-Cher,
+demeurant à Paris, rue Saint-Gilles, au Marais, n<sup>o</sup> 91;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
-Degaigne.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 29 prairial an II (17 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Henry Admiral, g de 50 ans, natif de Auzolet, dpartement du
-Puy-de-Dme, domicili Paris, rue Favart, n<sup>o</sup> 4, ci-devant
-domestique, ensuite attach la loterie ci-devant royale en qualit
-de garon de bureau;</p>
+<p>1. Henry Admiral, âgé de 50 ans, natif de Auzolet, département du
+Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, rue Favart, n<sup>o</sup> 4, ci-devant
+domestique, ensuite attaché à la loterie ci-devant royale en qualité
+de garçon de bureau;</p>
-<p>2. Franois Cardinal, instituteur et matre de pension, g de 40 ans,
-natif de Bussire, dpartement de la Haute-Marne, domicili Paris,
+<p>2. François Cardinal, instituteur et maître de pension, âgé de 40 ans,
+natif de Bussière, département de la Haute-Marne, domicilié à Paris,
rue de Tracy, n<sup>o</sup> 7;</p>
-<p>3. Pierre-Balthasard Roussel, g de 26 ans, natif de Paris, y
-domicili, rue Helvtius, n<sup>o</sup> 70;</p>
+<p>3. Pierre-Balthasard Roussel, âgé de 26 ans, natif de Paris, y
+domicilié, rue Helvétius, n<sup>o</sup> 70;</p>
-<p>4. Marie-Susanne Chevalier, ge de 34 ans, native de Saint-Sauvan,
-dpartement de la Vienne, domicilie Paris, rue Chabannais, n<sup>o</sup> 47,
-femme spare depuis trois ans de...... Lamartinire;</p>
+<p>4. Marie-Susanne Chevalier, âgée de 34 ans, native de Saint-Sauvan,
+département de la Vienne, domiciliée à Paris, rue Chabannais, n<sup>o</sup> 47,
+femme séparée depuis trois ans de...... Lamartinière;</p>
-<p>5. Claude Paindavoine, g de 53 ans, natif de Lpine, dpartement de
-la Marne, domicili Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, n<sup>o</sup> 19,
+<p>5. Claude Paindavoine, âgé de 53 ans, natif de Lépine, département de
+la Marne, domicilié à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, n<sup>o</sup> 19,
concierge de la maison des ci-devant loteries;</p>
-<p>6. Aime-Ccile Renault, ge de 20 ans, native de Paris, y
-domicilie, rue de la Lanterne, fille d'Antoine Renault et de......;</p>
+<p>6. Aimée-Cécile Renault, âgée de 20 ans, native de Paris, y
+domiciliée, rue de la Lanterne, fille d'Antoine Renault et de......;</p>
-<p>7. Antoine Renault, papetier et cartier, g de 92 ans, natif de
-Paris, y domicili, rue de la Lanterne, section de la Cit;</p>
+<p>7. Antoine Renault, papetier et cartier, âgé de 92 ans, natif de
+Paris, y domicilié, rue de la Lanterne, section de la Cité;</p>
-<p>8. Antoine-Jacques Renault, papetier, g de 31 ans, natif de Paris, y
-domicili, rue de la Lanterne.....;</p>
+<p>8. Antoine-Jacques Renault, papetier, âgé de 31 ans, natif de Paris, y
+domicilié, rue de la Lanterne.....;</p>
-<p>9. Edme-Jeanne Renault, ex-religieuse, ge de 60 ans, native de
-Paris, y domicilie, rue Babylone, n<sup>o</sup> 698;</p>
+<p>9. Edme-Jeanne Renault, ex-religieuse, âgée de 60 ans, native de
+Paris, y domiciliée, rue Babylone, n<sup>o</sup> 698;</p>
-<p>10. Jean-Baptiste Porteb&oelig;uf, g de 43 ans, natif de Thoir,
-dpartement de la Seine-Infrieure, domicili Paris, rue Honor, n<sup>o</sup>
+<p>10. Jean-Baptiste Porteb&oelig;uf, âgé de 43 ans, natif de Thoiré,
+département de la Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup>
510;</p>
-<p>11. Andr Saintanac, lve en chirurgie et employ l'hpital
-militaire de Choisy-sur-Seine, g de 22 ans, natif de Bordeaux,
-dpartement de Bec d'Ambs, domicili audit Choisy, et prcdemment
+<p>11. André Saintanac, élève en chirurgie et employé à l'hôpital
+militaire de Choisy-sur-Seine, âgé de 22 ans, natif de Bordeaux,
+département de Bec d'Ambès, domicilié audit Choisy, et précédemment à
Paris, rue Quincampoix, maison garnie, ci-devant dite de la Couronne;</p>
-<p>12. Anne-Madeleine-Lucile Parmentier, ge de 52 ans, native de
-Clermont, dpartement de l'Oise, domicilie Paris, rue Honor, n<sup>o</sup>
-510; marie Alexandre Lemoine Crcy;</p>
+<p>12. Anne-Madeleine-Lucile Parmentier, âgée de 52 ans, native de
+Clermont, département de l'Oise, domiciliée à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup>
+510; mariée à Alexandre Lemoine Crécy;</p>
-<p>13. Franois Lafosse, chef de la surveillance de police de Paris, g
-de <span class="pagenum"><a id="page358" name="page358"></a>(p. 358)</span> 44 ans, natif de Versailles, dpartement de
-Seine-et-Oise, domicili Paris, rue du Faubourg-du-Temple, n<sup>o</sup> 32;</p>
+<p>13. François Lafosse, chef de la surveillance de police de Paris, âgé
+de <span class="pagenum"><a id="page358" name="page358"></a>(p. 358)</span> 44 ans, natif de Versailles, département de
+Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple, n<sup>o</sup> 32;</p>
-<p>14. Jean-Louis-Michel Devaux, employ, g de 29 ans, natif de
-Doullens, dpartement de la Somme, domicili Paris, rue Barbe,
+<p>14. Jean-Louis-Michel Devaux, employé, âgé de 29 ans, natif de
+Doullens, département de la Somme, domicilié à Paris, rue Barbe,
section de Bonne-Nouvelle;</p>
-<p>15. Louis-Eustache-Joseph Potier (Delille), g de 44 ans, natif de
-Lille, dpartement du Nord, domicili Paris, rue Favart, imprimeur
-et membre du comit rvolutionnaire de la section Lepelletier;</p>
+<p>15. Louis-Eustache-Joseph Potier (Delille), âgé de 44 ans, natif de
+Lille, département du Nord, domicilié à Paris, rue Favart, imprimeur
+et membre du comité révolutionnaire de la section Lepelletier;</p>
-<p>16. Franois-Charles Virot Sombreuil, ex-gouverneur des Invalides, g
-de 74 ans, natif de Insishain (<em>sic</em>), dpartement du Haut-Rhin,
-domicili la maison nationale des Invalides;</p>
+<p>16. François-Charles Virot Sombreuil, ex-gouverneur des Invalides, âgé
+de 74 ans, natif de Insishain (<em>sic</em>), département du Haut-Rhin,
+domicilié à la maison nationale des Invalides;</p>
-<p>17. Stanislas Virot Sombreuil, g de 26 ans, natif de Lechoisier,
-dpartement de la Haute-Vienne, domicili Poissy, ex-capitaine de
+<p>17. Stanislas Virot Sombreuil, âgé de 26 ans, natif de Lechoisier,
+département de la Haute-Vienne, domicilié à Poissy, ex-capitaine de
hussards et ex-capitaine de la garde nationale de Poissy;</p>
-<p>18. Jean-Guet Henoc Rohan-Rochefort, ex-noble, domicili Rochefort,
-dpartement de la Charente-Infrieure;</p>
+<p>18. Jean-Guet Henoc Rohan-Rochefort, ex-noble, domicilié à Rochefort,
+département de la Charente-Inférieure;</p>
-<p>19. Pierre Laval-Montmorency, ex-noble, g de 25 ans, natif de Paris,
-y domicili, rue du Bac;</p>
+<p>19. Pierre Laval-Montmorency, ex-noble, âgé de 25 ans, natif de Paris,
+y domicilié, rue du Bac;</p>
-<p>20. tienne Jardin, g de 48 ans, natif de Versailles, dpartement de
-Seine-et-Oise, domicili Paris, rue Cadet, directeur des transports
-militaires depuis la rvolution, et avant piqueur du tyran;</p>
+<p>20. Étienne Jardin, âgé de 48 ans, natif de Versailles, département de
+Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Cadet, directeur des transports
+militaires depuis la révolution, et avant piqueur du tyran;</p>
-<p>21. Charles-Marie-Antoine Sartine, ex-matre des requtes, g de 34
-ans, natif de Paris, y domicili, rue Vivienne, fils de.....;</p>
+<p>21. Charles-Marie-Antoine Sartine, ex-maître des requêtes, âgé de 34
+ans, natif de Paris, y domicilié, rue Vivienne, fils de.....;</p>
-<p>22. Barthlemy Constant, gendarme, g de 42 ans, natif de Grasse,
-dpartement du Var, domicili Paris, rue du Faubourg-Martin, n<sup>o</sup>
+<p>22. Barthélemy Constant, gendarme, âgé de 42 ans, natif de Grasse,
+département du Var, domicilié à Paris, rue du Faubourg-Martin, n<sup>o</sup>
185;</p>
-<p>23. Joseph-Henry Burlandeux, ex-officier de paix, g de 39 ans, natif
-de Saullier, dpartement du Var, domicili Paris, rue du
+<p>23. Joseph-Henry Burlandeux, ex-officier de paix, âgé de 39 ans, natif
+de Saullier, département du Var, domicilié à Paris, rue du
Faubourg-Martin, n<sup>o</sup> 64;</p>
-<p>24. Louis-Marie-Franois Saint-Mauris de Montbarey, ex-prince et
-ancien militaire, g de 38 ans, natif de Paris, y domicili, faubourg
-Honor, n<sup>o</sup> 49;</p>
+<p>24. Louis-Marie-François Saint-Mauris de Montbarey, ex-prince et
+ancien militaire, âgé de 38 ans, natif de Paris, y domicilié, faubourg
+Honoré, n<sup>o</sup> 49;</p>
-<p>25. Joseph-Guillaume Lescuyer, musicien, g de 46 ans, natif
-d'Antibes, dpartement du Var, domicili Paris, rue Poissonnire,
+<p>25. Joseph-Guillaume Lescuyer, musicien, âgé de 46 ans, natif
+d'Antibes, département du Var, domicilié à Paris, rue Poissonnière,
n<sup>o</sup> 16;</p>
-<p>26. Achille Viart, ci-devant militaire, g de 51 ans, natif de.....,
-en Amrique, domicili Mariac, dpartement de Bec d'Ambs;</p>
+<p>26. Achille Viart, ci-devant militaire, âgé de 51 ans, natif de.....,
+en Amérique, domicilié à Mariac, département de Bec d'Ambès;</p>
-<p>27. Jean-Louis Biret Tissot, domestique de la femme Grandmaison, g
-de 35 ans, natif de Paris, y domicili, rue de Mesnard;</p>
+<p>27. Jean-Louis Biret Tissot, domestique de la femme Grandmaison, âgé
+de 35 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Mesnard;</p>
-<p>28. Thodore-Jauge, banquier, g de 47 ans, natif de Bordeaux,
-dpartement de Bec d'Ambs, domicili Paris, rue du Mont-Blanc;</p>
+<p>28. Théodore-Jauge, banquier, âgé de 47 ans, natif de Bordeaux,
+département de Bec d'Ambès, domicilié à Paris, rue du Mont-Blanc;</p>
-<p>29. Catherine-Susanne Vincent, ge de 45 ans, native de Paris, y
-domicilie, rue de Mesnard, marie ..... Gryois;</p>
+<p>29. Catherine-Susanne Vincent, âgée de 45 ans, native de Paris, y
+domiciliée, rue de Mesnard, mariée à..... Gryois;</p>
-<p>30. Franoise-Augustine Santuare, ge de 40 ans, native de l'le
-Bourbon, en Afrique, domicilie Marefosse, dpartement de la
-Seine-Infrieure, marie ..... Desprmenil;</p>
+<p>30. Françoise-Augustine Santuare, âgée de 40 ans, native de l'île
+Bourbon, en Afrique, domiciliée à Marefosse, département de la
+Seine-Inférieure, mariée à..... Desprémenil;</p>
-<p>31. Charles-Armand-Augustin Depont, ex-noble, g de 49 ans, natif de
-Paris, y domicili, rue Notre-Dame-des-Champs;</p>
+<p>31. Charles-Armand-Augustin Depont, ex-noble, âgé de 49 ans, natif de
+Paris, y domicilié, rue Notre-Dame-des-Champs;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page359" name="page359"></a>(p. 359)</span> 32. Joseph-Victor Cortey, picier, g de 37 ans, natif de
-Symphorien, dpartement de la Loire, domicili Paris, rue de la Loi;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page359" name="page359"></a>(p. 359)</span> 32. Joseph-Victor Cortey, épicier, âgé de 37 ans, natif de
+Symphorien, département de la Loire, domicilié à Paris, rue de la Loi;</p>
-<p>33. Franois Paumier, ci-devant marchand de bois, g de 39 ans, natif
-de Aunay, dpartement de la Nivre;</p>
+<p>33. François Paumier, ci-devant marchand de bois, âgé de 39 ans, natif
+de Aunay, département de la Nièvre;</p>
-<p>34. Jean-Franois Deshayes, g de 68 ans, natif de Herserange,
-dpartement de la Moselle, domicili Luon, marchand et membre du
-comit de surveillance dudit lieu;</p>
+<p>34. Jean-François Deshayes, âgé de 68 ans, natif de Herserange,
+département de la Moselle, domicilié à Luçon, marchand et membre du
+comité de surveillance dudit lieu;</p>
-<p>35. Franois-Augustin Ozanne, ex-officier de paix, g de 40 ans,
-natif de Paris, y domicili, rue de la Vieille-Monnaie;</p>
+<p>35. François-Augustin Ozanne, ex-officier de paix, âgé de 40 ans,
+natif de Paris, y domicilié, rue de la Vieille-Monnaie;</p>
-<p>36. Charles-Franois-Ren Duhardaz Dauteville, ex-noble, g de 23
-ans, natif du Mans, dpartement de la Sarthe, domicili Paris, rue
+<p>36. Charles-François-René Duhardaz Dauteville, ex-noble, âgé de 23
+ans, natif du Mans, département de la Sarthe, domicilié à Paris, rue
Basse-du-Rempart, n<sup>o</sup> 20;</p>
-<p>37. Louis Comte, ngociant, g de 49 ans, natif de Varennes,
-dpartement de Sane-et-Loire, domicili Paris, rue Thomas du
+<p>37. Louis Comte, négociant, âgé de 49 ans, natif de Varennes,
+département de Saône-et-Loire, domicilié à Paris, rue Thomas du
Louvre, grande maison de France;</p>
<p>38. Jean-Baptiste Michonis, limonadier et ex-administrateur de police,
-g de 59 ans, natif de Paris, y domicili;</p>
+âgé de 59 ans, natif de Paris, y domicilié;</p>
-<p>39. Philippe-Charles-lyse Baussancourt, sous-lieutenant de
-carabiniers, g de 27 ans, natif de Vitry-le-Franais;</p>
+<p>39. Philippe-Charles-Élysée Baussancourt, sous-lieutenant de
+carabiniers, âgé de 27 ans, natif de Vitry-le-Français;</p>
-<p>40. Louis Karadec, agent de change, g de 45 ans, natif de Lisieux,
-dpartement du Calvados, domicili Paris, rue du Faubourg-du-Temple;</p>
+<p>40. Louis Karadec, agent de change, âgé de 45 ans, natif de Lisieux,
+département du Calvados, domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple;</p>
-<p>41. Thodore Marsan, g de 27 ans, natif de Toulouse, dpartement de
-la Haute-Garonne, domicili Paris, rue de Clry, n<sup>o</sup> 95;</p>
+<p>41. Théodore Marsan, âgé de 27 ans, natif de Toulouse, département de
+la Haute-Garonne, domicilié à Paris, rue de Cléry, n<sup>o</sup> 95;</p>
-<p>42. Nicolas-Joseph Egre, brasseur, g de 40 ans, natif de
-Cateau-Cambrsis, dpartement du Nord, domicili Suresnes,
-dpartement de Paris;</p>
+<p>42. Nicolas-Joseph Egrée, brasseur, âgé de 40 ans, natif de
+Cateau-Cambrésis, département du Nord, domicilié à Suresnes,
+département de Paris;</p>
-<p>43. Henri Menil-Simon, ci-devant capitaine de cavalerie, g de 53
-ans, natif de Buley, dpartement de la Nivre, domicili Vigneux,
-dpartement de Seine-et-Oise;</p>
+<p>43. Henri Menil-Simon, ci-devant capitaine de cavalerie, âgé de 53
+ans, natif de Buley, département de la Nièvre, domicilié à Vigneux,
+département de Seine-et-Oise;</p>
-<p>44. Jeanne-Franoise-Louise Demier Sainte-Amarante, ge de 42 ans,
-native de Saintes, dpartement de la Charente, domicilie Cercy,
-dpartement de Seine-et-Oise;</p>
+<p>44. Jeanne-Françoise-Louise Demier Sainte-Amarante, âgée de 42 ans,
+native de Saintes, département de la Charente, domiciliée à Cercy,
+département de Seine-et-Oise;</p>
-<p>45. Charlotte-Rose Sainte-Amarante, ge de 19 ans, native de Paris,
-domicilie Cercy, dpartement de la Nivre, marie Sartine;</p>
+<p>45. Charlotte-Rose Sainte-Amarante, âgée de 19 ans, native de Paris,
+domiciliée à Cercy, département de la Nièvre, mariée à Sartine;</p>
-<p>46. Louis Sainte-Amarante, g de 17 ans, natif de Paris, domicili
+<p>46. Louis Sainte-Amarante, âgé de 17 ans, natif de Paris, domicilié à
Cercy;</p>
-<p>47. Gabriel-Jean-Baptiste Briel, ex-prtre, g de 56 ans, natif de
-Montier-sur-Faulx, dpartement du Mont-Blanc, domicili Arcueil, et
-auparavant Paris, rue Helvtius;</p>
+<p>47. Gabriel-Jean-Baptiste Briel, ex-prêtre, âgé de 56 ans, natif de
+Montier-sur-Faulx, département du Mont-Blanc, domicilié à Arcueil, et
+auparavant à Paris, rue Helvétius;</p>
<p>48. Marie Grandmaison, ci-devant Buret, ci-devant actrice des
-Italiens, ge de 27 ans, native de Blois, dpartement de
-Loir-et-Cher, domicilie Paris, rue Mesnard, n<sup>o</sup> 7;</p>
+Italiens, âgée de 27 ans, native de Blois, département de
+Loir-et-Cher, domiciliée à Paris, rue Mesnard, n<sup>o</sup> 7;</p>
-<p>49. Marie-Nicole Bouchard, ge de 18 ans, native de Paris, y
-domicilie, rue Mesnard, n<sup>o</sup> 7;</p>
+<p>49. Marie-Nicole Bouchard, âgée de 18 ans, native de Paris, y
+domiciliée, rue Mesnard, n<sup>o</sup> 7;</p>
<p>50. Jean-Baptiste Marino, peintre en porcelaine, administrateur de
-police, <span class="pagenum"><a id="page360" name="page360"></a>(p. 360)</span> g de 37 ans, natif de Sceaux, district du Bourg de
-l'galit, domicili Paris, rue Helvtius;</p>
+police, <span class="pagenum"><a id="page360" name="page360"></a>(p. 360)</span> âgé de 37 ans, natif de Sceaux, district du Bourg de
+l'Égalité, domicilié à Paris, rue Helvétius;</p>
-<p>51. Nicolas-Andr-Marie Froidure, ex-administrateur de police, g de
-29 ans, natif de Tours, dpartement d'Indre-et-Loire, domicili
-Paris, rue Honor, n<sup>o</sup> 91;</p>
+<p>51. Nicolas-André-Marie Froidure, ex-administrateur de police, âgé de
+29 ans, natif de Tours, département d'Indre-et-Loire, domicilié à
+Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 91;</p>
-<p>52. Antoine-Prosper Souls, ex-administrateur de police et officier
-municipal, g de 31 ans, natif de Avize, dpartement de la Marne,
-domicili Paris, rue Taranne, n<sup>o</sup> 38.</p>
+<p>52. Antoine-Prosper Soulès, ex-administrateur de police et officier
+municipal, âgé de 31 ans, natif de Avize, département de la Marne,
+domicilié à Paris, rue Taranne, n<sup>o</sup> 38.</p>
-<p>53. Franois Dang, ex-administrateur de police, g de 47 ans, natif
-de Chesey, dpartement de Cher-et-Loir, domicili Paris, rue de la
+<p>53. François Dangé, ex-administrateur de police, âgé de 47 ans, natif
+de Chesey, département de Cher-et-Loir, domicilié à Paris, rue de la
Roquette, n<sup>o</sup> 36;</p>
<p>54. Marie-Maximilien-Hercule Rosset, se disant comte de Fleury<a id="footnotetag142" name="footnotetag142"></a><a href="#footnote142" title="Go to footnote 142"><span class="smaller">[142]</span></a>,
-g de 23 ans, domicili Paris.</p>
+âgé de 23 ans, domicilié à Paris.</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns la peine de mort, etc. Procs-verbal
-d'excution, en date du 29 prairial.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
+d'exécution, en date du 29 prairial.</p>
<p class="author">
- <i>Sign</i>: <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier.<br>
+ <i>Signé</i>: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier.<br>
<span class="smcap">Claude-Antoine Deltroit</span>, officier public.</p>
<hr class="hr10">
@@ -13678,583 +13633,583 @@ d'excution, en date du 29 prairial.</p>
<p>Par jugement du 4 messidor (22 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Thomas-Thrse Vanyer, g de 61 ans, n Paris, ex-chanoine de
-Saint-Quentin, dpartement des Ardennes, y demeurant;</p>
+<p>1. Thomas-Thérèse Vanyer, âgé de 61 ans, né à Paris, ex-chanoine de
+Saint-Quentin, département des Ardennes, y demeurant;</p>
-<p>2. Pierre-Alexandre Lhuillier, g de 33 ans, n et demeurant Paris,
-rue de Vendme, receveur des rentes;</p>
+<p>2. Pierre-Alexandre Lhuillier, âgé de 33 ans, né et demeurant à Paris,
+rue de Vendôme, receveur des rentes;</p>
-<p>3. Remy Carra, g de 26 ans, chapelier, n Saint-Chamond,
-dpartement de Loire, demeurant Paris, rue Marguerite, ex-marchal
-des logis de la 3<sup>e</sup> compagnie de la lgion allobroge;</p>
+<p>3. Remy Carra, âgé de 26 ans, chapelier, né à Saint-Chamond,
+département de Loire, demeurant à Paris, rue Marguerite, ex-maréchal
+des logis de la 3<sup>e</sup> compagnie de la légion allobroge;</p>
-<p>4. Jean-Baptiste Calmar, g de 20 ans, marchand de rubans, n
-Bonnet-la-Montagne, dpartement de Loire, demeurant commune d'Armes,
-ci-devant Saint-tienne;</p>
+<p>4. Jean-Baptiste Calmar, âgé de 20 ans, marchand de rubans, né à
+Bonnet-la-Montagne, département de Loire, demeurant commune d'Armes,
+ci-devant Saint-Étienne;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page361" name="page361"></a>(p. 361)</span> 5. Jean Blanc, g de 57 ans, quincaillier, n la Montagne,
-dpartement de l'Aveyron, y demeurant;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page361" name="page361"></a>(p. 361)</span> 5. Jean Blanc, âgé de 57 ans, quincaillier, né à la Montagne,
+département de l'Aveyron, y demeurant;</p>
-<p>6. Jean-Antoine Tricot, g de 55 ans, n Paris, y demeurant, rue
-Jacob, ex-prtre, chanoine de Saint-Quentin, dpartement des Ardennes;</p>
+<p>6. Jean-Antoine Tricot, âgé de 55 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+Jacob, ex-prêtre, chanoine de Saint-Quentin, département des Ardennes;</p>
-<p>7. Et Franois-Ren Cucu d'Hrouville, g de 69 ans, n et demeurant
- Paris, section des Droits de l'Homme, contrleur des rentes et
-receveur de l'Htel-Dieu;</p>
+<p>7. Et François-René Cucu d'Hérouville, âgé de 69 ans, né et demeurant
+à Paris, section des Droits de l'Homme, contrôleur des rentes et
+receveur de l'Hôtel-Dieu;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lcrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
</div>
<hr class="hr10">
-<p>Le passage quotidien des charrettes du tribunal rvolutionnaire par la
-longue rue Saint-Honor, jusqu' la rue Royale, fatiguait depuis
-longtemps ces quartiers populeux, saisis de dgot et d'horreur, et,
-chaque jour, obligs de fermer leurs boutiques. Les plaintes des
-habitants, la fin, avaient t coutes. Le 21 prairial (9 juin
-1794), les bires vivantes (c'est ainsi qu'on appelait les charrettes
-qui conduisaient les condamns la mort) avaient t diriges sur la
-place Antoine, o la guillotine s'tait installe, sur le terrain de
+<p>Le passage quotidien des charrettes du tribunal révolutionnaire par la
+longue rue Saint-Honoré, jusqu'à la rue Royale, fatiguait depuis
+longtemps ces quartiers populeux, saisis de dégoût et d'horreur, et,
+chaque jour, obligés de fermer leurs boutiques. Les plaintes des
+habitants, à la fin, avaient été écoutées. Le 21 prairial (9 juin
+1794), les bières vivantes (c'est ainsi qu'on appelait les charrettes
+qui conduisaient les condamnés à la mort) avaient été dirigées sur la
+place Antoine, où la guillotine s'était installée, sur le terrain de
la Bastille. Elle n'y fonctionna que trois jours: elle eut toutefois
-le temps d'y recevoir sept fournes; puis, sur les rclamations des
-citoyens du quartier, le fatal instrument dut s'loigner encore
-jusqu' cette porte de Paris qu'on appela, cette poque, tour tour
-la barrire du ci-devant Trne, ou du Trne renvers, ou place de la
-Dchance, et enfin barrire de Vincennes. Il y eut une seule
+le temps d'y recevoir sept fournées; puis, sur les réclamations des
+citoyens du quartier, le fatal instrument dut s'éloigner encore
+jusqu'à cette porte de Paris qu'on appela, à cette époque, tour à tour
+la barrière du ci-devant Trône, ou du Trône renversé, ou place de la
+Déchéance, et enfin barrière de Vincennes. Il y eut une seule
exception faite le 4 messidor (22 juin 1794) pour la construction de
-l'chafaud sur l'ancienne place Louis XV.</p>
+l'échafaud sur l'ancienne place Louis XV.</p>
-<p>On comprend que les solennelles immolations de la grande journe du 10
+<p>On comprend que les solennelles immolations de la grande journée du 10
thermidor, et celles qui devaient suivre, exigeassent une mise en
-scne plus grandiose et un plus formidable appareil: les vainqueurs ne
-ngligrent rien pour offrir cette satisfaction aux vaincus.</p>
+scène plus grandiose et un plus formidable appareil: les vainqueurs ne
+négligèrent rien pour offrir cette satisfaction aux vaincus.</p>
<div class="quote">
-<p class="entete"><i>Excution du 10 thermidor an II</i> (28 juillet 1794).</p>
+<p class="entete"><i>Exécution du 10 thermidor an II</i> (28 juillet 1794).</p>
<div class="victime">
-<p>1. Maximilien Robespierre, g de 35 ans, natif d'Arras, domicili
-Paris, rue Honor, section des Piques;</p>
+<p>1. Maximilien Robespierre, âgé de 35 ans, natif d'Arras, domicilié à
+Paris, rue Honoré, section des Piques;</p>
-<p>2. Georges Couthon, g de 38 ans, natif d'Orzay, dpartement du
-Puy-de-Dme, domicili Paris, cour du Mange;</p>
+<p>2. Georges Couthon, âgé de 38 ans, natif d'Orzay, département du
+Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, cour du Manége;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page362" name="page362"></a>(p. 362)</span> 3. Louis-Jean-Baptiste-Thomas Lavalette, g de 40 ans, natif
-de Paris, y domicili, rue Honor, n<sup>o</sup> 320;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page362" name="page362"></a>(p. 362)</span> 3. Louis-Jean-Baptiste-Thomas Lavalette, âgé de 40 ans, natif
+de Paris, y domicilié, rue Honoré, n<sup>o</sup> 320;</p>
-<p>4. Franois Hauriot, g de 35 ans, natif de Nanterre, prs Paris,
-domicili Paris, rue de la Clef;</p>
+<p>4. François Hauriot, âgé de 35 ans, natif de Nanterre, près Paris,
+domicilié à Paris, rue de la Clef;</p>
-<p>5. Ren-Franois Dumas, g de 37 ans, natif de Jussey, dpartement de
-la Haute-Sane, domicili Paris, rue de Seine-Germain, maison de
+<p>5. René-François Dumas, âgé de 37 ans, natif de Jussey, département de
+la Haute-Saône, domicilié à Paris, rue de Seine-Germain, maison de
convenance;</p>
-<p>6. Antoine Saint-Just, g de 26 ans, natif de Lis, dpartement de la
-Nivre, domicili Paris, rue Caumartin, n<sup>o</sup> 3;</p>
+<p>6. Antoine Saint-Just, âgé de 26 ans, natif de Lisé, département de la
+Nièvre, domicilié à Paris, rue Caumartin, n<sup>o</sup> 3;</p>
-<p>7. Claude-Franois Payan, g de 27 ans, natif de Saul-les-Fontaines,
-dpartement de la Drme, domicili Paris, rue de la Libert, section
+<p>7. Claude-François Payan, âgé de 27 ans, natif de Saul-les-Fontaines,
+département de la Drôme, domicilié à Paris, rue de la Liberté, section
de Marat;</p>
-<p>8. Jacques-Claude Bernard, g de 34 ans, domicili Paris, rue
+<p>8. Jacques-Claude Bernard, âgé de 34 ans, domicilié à Paris, rue
Bernard, section de Montreuil;</p>
-<p>9. Adrien-Nicolas Gobeau, g de 26 ans, natif de Vincennes,
-dpartement de Paris, domicili Paris, rue de la Chaise, n<sup>o</sup> 530,
+<p>9. Adrien-Nicolas Gobeau, âgé de 26 ans, natif de Vincennes,
+département de Paris, domicilié à Paris, rue de la Chaise, n<sup>o</sup> 530,
section de la Croix-Rouge;</p>
-<p>10. Antoine Gency, profession de tonnelier, g de 23 ans, natif de
-Reims, dpartement de la Marne, domicili Paris, rue de Lourcine,
+<p>10. Antoine Gency, profession de tonnelier, âgé de 23 ans, natif de
+Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue de Lourcine,
faubourg Marcel;</p>
-<p>11. Nicolas-Joseph Vivier, g de 50 ans, natif de Paris, y domicili,
-rue Germain-Musum;</p>
+<p>11. Nicolas-Joseph Vivier, âgé de 50 ans, natif de Paris, y domicilié,
+rue Germain-Muséum;</p>
-<p>12. Jean-Baptiste-Edmond Lescot-Fleuriot, profession artiste, g de
-43 ans, natif de Bruxelles, domicili Paris, la mairie;</p>
+<p>12. Jean-Baptiste-Edmond Lescot-Fleuriot, profession artiste, âgé de
+43 ans, natif de Bruxelles, domicilié à Paris, à la mairie;</p>
-<p>13. Antoine Simon, cordonnier, g de 58 ans, natif de Troyes,
-dpartement de l'Aube, domicili Paris, rue Marat, n<sup>o</sup> 32;</p>
+<p>13. Antoine Simon, cordonnier, âgé de 58 ans, natif de Troyes,
+département de l'Aube, domicilié à Paris, rue Marat, n<sup>o</sup> 32;</p>
-<p>14. Denis-tienne Laurent, g de 32 ans, natif de Paris, y domicili,
-rue Gt-le-C&oelig;ur, n<sup>o</sup> 13;</p>
+<p>14. Denis-Étienne Laurent, âgé de 32 ans, natif de Paris, y domicilié,
+rue Gît-le-C&oelig;ur, n<sup>o</sup> 13;</p>
-<p>15. Jacques-Louis-Frdric Wouarne, g de 29 ans, natif de Paris, y
-domicili, rue de l'Hirondelle, n<sup>o</sup> 10;</p>
+<p>15. Jacques-Louis-Frédéric Wouarnée, âgé de 29 ans, natif de Paris, y
+domicilié, rue de l'Hirondelle, n<sup>o</sup> 10;</p>
-<p>16. Jean-tienne Forestier, profession fondeur, g de 47 ans, natif
-de Paris, y domicili, rue du Pltre-Avoye;</p>
+<p>16. Jean-Étienne Forestier, profession fondeur, âgé de 47 ans, natif
+de Paris, y domicilié, rue du Plâtre-Avoye;</p>
-<p>17. Augustin-Bon-Joseph Robespierre, natif d'Arras, domicili Paris,
+<p>17. Augustin-Bon-Joseph Robespierre, natif d'Arras, domicilié à Paris,
rue Florentin;</p>
-<p>18. Nicolas Gurin, profession receveur la ville, g de 52 ans,
-natif de Beaumont-sur-Orne, dpartement du Calvados, domicili
+<p>18. Nicolas Guérin, profession receveur à la ville, âgé de 52 ans,
+natif de Beaumont-sur-Orne, département du Calvados, domicilié à
Paris, rue du Faubourg-Montmartre, n<sup>o</sup> 50;</p>
-<p>19. Jean-Baptiste-Mathieu Dhazard, profession perruquier, g de 36
-ans, natif de Paris, y domicili, rue Honor, n<sup>o</sup> 101, section des
-Gardes-Franaises;</p>
+<p>19. Jean-Baptiste-Mathieu Dhazard, profession perruquier, âgé de 36
+ans, natif de Paris, y domicilié, rue Honoré, n<sup>o</sup> 101, section des
+Gardes-Françaises;</p>
<p>20. Christophe Cochefer, profession tapissier, natif de Gonesse,
-dpartement de Seine-et-Oise, domicili Paris, rue Merry, n<sup>o</sup> 413;</p>
+département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Merry, n<sup>o</sup> 413;</p>
-<p>21. Charles-Jacques-Mathieu Bougon, g de 57 ans, natif de Trouville,
-dpartement du Calvados, domicili Paris, rue Lazare, n<sup>o</sup> 64,
+<p>21. Charles-Jacques-Mathieu Bougon, âgé de 57 ans, natif de Trouville,
+département du Calvados, domicilié à Paris, rue Lazare, n<sup>o</sup> 64,
section du Mont-Blanc;</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page363" name="page363"></a>(p. 363)</span> 22. Jean-Marie Quenet, profession marchand de bois, natif de
-Commune-Affranchie, domicili Paris, rue de la Mortellerie, n<sup>o</sup> 78;</p>
+Commune-Affranchie, domicilié à Paris, rue de la Mortellerie, n<sup>o</sup> 78;</p>
</div>
-<p>Avoir t condamns la peine de mort, etc. Procs-verbal d'excution
-dress par Neirot, commis greffier.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution
+dressé par Neirot, commis greffier.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Trial</span>, officier public.</p>
</div>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>Excution du 11 thermidor an II</i> (29 juillet 1794).</p>
+<p class="entete"><i>Exécution du 11 thermidor an II</i> (29 juillet 1794).</p>
-<p>Le lendemain, la fourne fut plus considrable: les vainqueurs, qui
-avaient d'abord frapp leurs ennemis les plus redouts, avaient eu le
-temps de faire des dsignations plus nombreuses, et d'atteindre la
-plupart des membres de la Commune, qui avait longtemps prvalu contre
+<p>Le lendemain, la fournée fut plus considérable: les vainqueurs, qui
+avaient d'abord frappé leurs ennemis les plus redoutés, avaient eu le
+temps de faire des désignations plus nombreuses, et d'atteindre la
+plupart des membres de la Commune, qui avait longtemps prévalu contre
la Convention. Le lecteur trouvera dans ces listes les noms de
plusieurs commissaires du Temple.</p>
<div class="quote">
<div class="victime">
- <p>1. Bertrand Arnaud, secrtaire et membre du conseil gnral de la
- Commune, g de 55 ans, natif de Tigne, dpartement du
- Mont-Blanc, domicili Paris, rue Favart, n<sup>o</sup> 4;</p>
+ <p>1. Bertrand Arnaud, secrétaire et membre du conseil général de la
+ Commune, âgé de 55 ans, natif de Tigne, département du
+ Mont-Blanc, domicilié à Paris, rue Favart, n<sup>o</sup> 4;</p>
- <p>2. Jean-Baptiste Crpin Taillebot, profession maon, g de 58
- ans, natif de Jouy-le-Peuple, dpartement de Seine-et-Oise,
- domicili Paris, rue du Faubourg-du-Temple;</p>
+ <p>2. Jean-Baptiste Crépin Taillebot, profession maçon, âgé de 58
+ ans, natif de Jouy-le-Peuple, département de Seine-et-Oise,
+ domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple;</p>
- <p>3. Servais-Baudoin Boullanger, profession joaillier, g de 38
- ans, natif de Lige, domicili Paris, rue Honor, n<sup>o</sup> 59;</p>
+ <p>3. Servais-Baudoin Boullanger, profession joaillier, âgé de 38
+ ans, natif de Liége, domicilié à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 59;</p>
- <p>4. Prosper Sijas, profession commis, g de 35 ans, natif de
- Vire, dpartement du Calvados, domicili Paris, rue
- Grange-Batelire, n<sup>o</sup> 21;</p>
+ <p>4. Prosper Sijas, profession commis, âgé de 35 ans, natif de
+ Vire, département du Calvados, domicilié à Paris, rue
+ Grange-Batelière, n<sup>o</sup> 21;</p>
- <p>5. Pierre Remy, profession tabletier, g de 45 ans, natif de
- Chaumont, dpartement de la Haute-Marne, domicili Paris, rue
- Louis, n<sup>o</sup> 595, section de l'Indivisibilit;</p>
+ <p>5. Pierre Remy, profession tabletier, âgé de 45 ans, natif de
+ Chaumont, département de la Haute-Marne, domicilié à Paris, rue
+ Louis, n<sup>o</sup> 595, section de l'Indivisibilité;</p>
- <p>6. Claude-Antoine Deltroit, profession meunier, g de 43 ans,
- natif de Pontoise, dpartement de Seine-et-Oise, domicili
- Paris, quai de la Mgisserie, n<sup>o</sup> 21;</p>
+ <p>6. Claude-Antoine Deltroit, profession meunier, âgé de 43 ans,
+ natif de Pontoise, département de Seine-et-Oise, domicilié à
+ Paris, quai de la Mégisserie, n<sup>o</sup> 21;</p>
- <p>7. Jean-Guillaume-Franois Vaucanu, profession mercier, g de 37
- ans, natif de Germain-de-Montgommery, dpartement du Calvados,
- domicili Paris, rue du Monceau;</p>
+ <p>7. Jean-Guillaume-François Vaucanu, profession mercier, âgé de 37
+ ans, natif de Germain-de-Montgommery, département du Calvados,
+ domicilié à Paris, rue du Monceau;</p>
- <p>8. Claude Bigant, profession peintre, g de 40 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue des Boulangers-Victor, n<sup>o</sup> 5, section des
+ <p>8. Claude Bigant, profession peintre, âgé de 40 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue des Boulangers-Victor, n<sup>o</sup> 5, section des
Sans-Culottes;</p>
- <p>9. Jean-Charles Lesire, profession cultivateur, g de 48 ans,
- natif de Rosay, dpartement de Seine-et-Marne, domicili Paris,
- quai de l'Union, section de la Fraternit;</p>
+ <p>9. Jean-Charles Lesire, profession cultivateur, âgé de 48 ans,
+ natif de Rosay, département de Seine-et-Marne, domicilié à Paris,
+ quai de l'Union, section de la Fraternité;</p>
- <p>10. Jean-Baptiste-Emmanuel Legendre, g de 62 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue de la Monnaie, n<sup>o</sup> 515, section du
- Musum;</p>
+ <p>10. Jean-Baptiste-Emmanuel Legendre, âgé de 62 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de la Monnaie, n<sup>o</sup> 515, section du
+ Muséum;</p>
- <p>11. Jean-Philippe-Victor Charlemagne, profession instituteur, g
- de 26 ans, natif de Paris, y domicili, rue de Clry, n<sup>o</sup> 92;</p>
+ <p>11. Jean-Philippe-Victor Charlemagne, profession instituteur, âgé
+ de 26 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Cléry, n<sup>o</sup> 92;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page364" name="page364"></a>(p. 364)</span> 12. Pierre-Nicolas Delacour, profession notaire, g de
- 37 ans, natif de Beauvais, dpartement de l'Oise, domicili
+ <p><span class="pagenum"><a id="page364" name="page364"></a>(p. 364)</span> 12. Pierre-Nicolas Delacour, profession notaire, âgé de
+ 37 ans, natif de Beauvais, département de l'Oise, domicilié à
Paris, rue Neuve-Eustache, section de Brutus;</p>
- <p>13. Augustin-Germain Jobert, profession ngociant, g de 50 ans,
- natif de Montigny-sur-Aube, dpartement de la Cte-d'Or,
- domicili Paris, rue des Prcheurs;</p>
+ <p>13. Augustin-Germain Jobert, profession négociant, âgé de 50 ans,
+ natif de Montigny-sur-Aube, département de la Côte-d'Or,
+ domicilié à Paris, rue des Prêcheurs;</p>
- <p>14. Pierre-Louis Paris, g de 35 ans, natif de Paris, y
- domicili, rue des Carmes, n<sup>o</sup> 27, section du Panthon;</p>
+ <p>14. Pierre-Louis Paris, âgé de 35 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue des Carmes, n<sup>o</sup> 27, section du Panthéon;</p>
- <p>15. Claude Jonquoy, profession tabletier, g 44 ans, natif de
- Massiac, dpartement du Cantal, domicili Paris, rue
+ <p>15. Claude Jonquoy, profession tabletier, âgé 44 ans, natif de
+ Massiac, département du Cantal, domicilié à Paris, rue
Jean-Robert, n<sup>o</sup> 15, section des Gravilliers;</p>
- <p>16. Ren-Toussaint Daubancourt, profession coffretier, g de 53
- ans, natif de Paris, y domicili, rue des Petits-Champs, n<sup>o</sup> 23,
- section de la Halle aux bls;</p>
+ <p>16. René-Toussaint Daubancourt, profession coffretier, âgé de 53
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Petits-Champs, n<sup>o</sup> 23,
+ section de la Halle aux blés;</p>
- <p>17. Jean-Baptiste Vincent, profession entrepreneur de btiments,
- g de 36 ans, natif de Moutier-Saint-Jean, dpartement de la
- Cte-d'Or, domicili Paris, rue de Clry, section de
+ <p>17. Jean-Baptiste Vincent, profession entrepreneur de bâtiments,
+ âgé de 36 ans, natif de Moutier-Saint-Jean, département de la
+ Côte-d'Or, domicilié à Paris, rue de Cléry, section de
Bonne-Nouvelle;</p>
- <p>18. Martin Wichterich, profession cordonnier, g de 45 ans,
- natif de Cologne, domicili Paris, rue de Lappe, section de
+ <p>18. Martin Wichterich, profession cordonnier, âgé de 45 ans,
+ natif de Cologne, domicilié à Paris, rue de Lappe, section de
Popincourt;</p>
- <p>19. Pierre Henry, profession receveur de loterie, g de 48 ans,
- natif de Riz, dpartement du Var, domicili Paris, rue Antoine,
- section de l'Indivisibilit;</p>
+ <p>19. Pierre Henry, profession receveur de loterie, âgé de 48 ans,
+ natif de Riz, département du Var, domicilié à Paris, rue Antoine,
+ section de l'Indivisibilité;</p>
- <p>20. Jean Cazenave, profession commis marchand, g de 38 ans,
- natif de Belleville, prs Paris, domicili Paris, rue
- d'Orlans, section de l'Homme-Arm;</p>
+ <p>20. Jean Cazenave, profession commis marchand, âgé de 38 ans,
+ natif de Belleville, près Paris, domicilié à Paris, rue
+ d'Orléans, section de l'Homme-Armé;</p>
- <p>21. Jean-Louis Gibert, profession de ptissier, g de 43 ans,
- natif de Luzancy-la-Marne, dpartement de Seine-et-Marne,
- domicili Paris, faubourg Denis, n<sup>o</sup> 25, section du Nord;</p>
+ <p>21. Jean-Louis Gibert, profession de pâtissier, âgé de 43 ans,
+ natif de Luzancy-la-Marne, département de Seine-et-Marne,
+ domicilié à Paris, faubourg Denis, n<sup>o</sup> 25, section du Nord;</p>
- <p>22. Pierre Girod, profession mercier, g de 27 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue des Deux-Ponts, n<sup>o</sup> 10, section de la
- Fraternit, mari Antoinette-Adlade Rominira;</p>
+ <p>22. Pierre Girod, profession mercier, âgé de 27 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue des Deux-Ponts, n<sup>o</sup> 10, section de la
+ Fraternité, marié à Antoinette-Adélaïde Rominira;</p>
- <p>23. Franois Pelletier, profession marchand de vins, g de 33
- ans, natif de Cheminon, dpartement de la Marne, domicili
+ <p>23. François Pelletier, profession marchand de vins, âgé de 33
+ ans, natif de Cheminon, département de la Marne, domicilié à
Paris, rue du Faubourg-Denis;</p>
- <p>24. Nicolas Jrosme, profession tourneur, g de 44 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue Jacques-la-Boucherie, n<sup>o</sup> 213;</p>
+ <p>24. Nicolas Jérosme, profession tourneur, âgé de 44 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue Jacques-la-Boucherie, n<sup>o</sup> 213;</p>
- <p>25. Jean-Baptiste Cochois, profession commis-marchand, g de 53
- ans, natif de Paris, y domicili, rue de l'galit;</p>
+ <p>25. Jean-Baptiste Cochois, profession commis-marchand, âgé de 53
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue de l'Égalité;</p>
- <p>26. Jean-Lonard Sarrot, profession peintre, g de 31 ans, natif
- de Paris, y domicili, rue du Faubourg-Franciade, n<sup>o</sup> 45;</p>
+ <p>26. Jean-Léonard Sarrot, profession peintre, âgé de 31 ans, natif
+ de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Franciade, n<sup>o</sup> 45;</p>
- <p>27. Ren Grenard, profession fabricant de papier, g de 45 ans,
- natif de la Garenne, dpartement de Seine-et-Oise, domicili
+ <p>27. René Grenard, profession fabricant de papier, âgé de 45 ans,
+ natif de la Garenne, département de Seine-et-Oise, domicilié à
Paris, rue et section des Piques;</p>
- <p>28. Jacques Lasnier, profession homme d'affaires, g de 52 ans,
- natif de Bezoir-Lafrire, dpartement de Seine-et-Marne,
- domicili Paris, rue du Four-Germain, n<sup>o</sup> 286;</p>
+ <p>28. Jacques Lasnier, profession homme d'affaires, âgé de 52 ans,
+ natif de Bezoir-Laférière, département de Seine-et-Marne,
+ domicilié à Paris, rue du Four-Germain, n<sup>o</sup> 286;</p>
- <p>29. Marc-Martial-Andr Mercier, profession libraire, g de 43
- ans, natif <span class="pagenum"><a id="page365" name="page365"></a>(p. 365)</span> de Paris, y domicili, rue
- Neuve-des-Capucines, n<sup>o</sup> 188, mari Anne de By;</p>
+ <p>29. Marc-Martial-André Mercier, profession libraire, âgé de 43
+ ans, natif <span class="pagenum"><a id="page365" name="page365"></a>(p. 365)</span> de Paris, y domicilié, rue
+ Neuve-des-Capucines, n<sup>o</sup> 188, marié à Anne de By;</p>
- <p>30. Jean-Pierre Bernard, profession homme de confiance, g de 38
- ans, natif de la Chalade, dpartement de la Meuse, domicili
- Paris, rue Germain-Musum;</p>
+ <p>30. Jean-Pierre Bernard, profession homme de confiance, âgé de 38
+ ans, natif de la Chalade, département de la Meuse, domicilié à
+ Paris, rue Germain-Muséum;</p>
- <p>31. tienne-Antoine Souars, g de 56 ans, natif d'Aubervilliers,
- dit les Vertus, district de Franciade, domicili Paris, rue des
+ <p>31. Étienne-Antoine Souars, âgé de 56 ans, natif d'Aubervilliers,
+ dit les Vertus, district de Franciade, domicilié à Paris, rue des
Vieux-Augustins, n<sup>o</sup> 32;</p>
- <p>32. Dominique Mettot, profession agent d'affaires, g de 45 ans,
- natif de Nancy, dpartement de la Meurthe, domicili Paris,
+ <p>32. Dominique Mettot, profession agent d'affaires, âgé de 45 ans,
+ natif de Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, à
la maison commune;</p>
- <p>35. Louis-Joseph Mercier, profession menuisier, g de 40 ans,
- natif de Sacy-le-Grand, dpartement de l'Oise, domicili Paris,
+ <p>35. Louis-Joseph Mercier, profession menuisier, âgé de 40 ans,
+ natif de Sacy-le-Grand, département de l'Oise, domicilié à Paris,
rue des Trois-Pistolets, n<sup>o</sup> 14, section de l'Arsenal;</p>
- <p>34. Jean-Jacques Baurieux, profession horloger, g de 45 ans,
- natif de Dartois, dpartement des Bouches-du-Rhne, domicili
- Paris, rue du Faubourg-Honor, n<sup>o</sup> 19;</p>
+ <p>34. Jean-Jacques Baurieux, profession horloger, âgé de 45 ans,
+ natif de Dartois, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à
+ Paris, rue du Faubourg-Honoré, n<sup>o</sup> 19;</p>
- <p>35. Antoine Jametel, g de 54 ans, natif de Moissy, dpartement
- de Seine-et-Marne, domicili Paris, rue de la
- Grande-Truanderie, n<sup>o</sup> 18; mari Louise-Pauline Noiseux;</p>
+ <p>35. Antoine Jametel, âgé de 54 ans, natif de Moissy, département
+ de Seine-et-Marne, domicilié à Paris, rue de la
+ Grande-Truanderie, n<sup>o</sup> 18; marié à Louise-Pauline Noiseux;</p>
- <p>36. Ponce Tanchou, profession graveur, g de 32 ans, natif de
- Bourges, dpartement du Cher, domicili Paris, clotre
- Notre-Dame, n<sup>o</sup> 42; mari Jeanne-Louise Beliaz;</p>
+ <p>36. Ponce Tanchou, profession graveur, âgé de 32 ans, natif de
+ Bourges, département du Cher, domicilié à Paris, cloître
+ Notre-Dame, n<sup>o</sup> 42; marié à Jeanne-Louise Beliaz;</p>
- <p>37. Marc-Louis Desvieux, g de 44 ans, natif de Paris, y
- domicili, rue Montorgueil;</p>
+ <p>37. Marc-Louis Desvieux, âgé de 44 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue Montorgueil;</p>
- <p>38. Franois-Auguste Paff, profession bonnetier, g de 41 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue de la Joaillerie, section des
- Arcis, mari Catherine-Franoise Bourgain;</p>
+ <p>38. François-Auguste Paff, profession bonnetier, âgé de 41 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue de la Joaillerie, section des
+ Arcis, marié à Catherine-Françoise Bourgain;</p>
- <p>39. Jacques-Mathurin Lelivre, profession graveur, g de 40 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue Martin, n<sup>o</sup> 252;</p>
+ <p>39. Jacques-Mathurin Lelièvre, profession graveur, âgé de 40 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Martin, n<sup>o</sup> 252;</p>
- <p>40. Louis-Franois Dorigny, profession de charpentier, g de 36
- ans, natif de Bruyre, dpartement de l'Aisne, domicili Paris,
+ <p>40. Louis-François Dorigny, profession de charpentier, âgé de 36
+ ans, natif de Bruyère, département de l'Aisne, domicilié à Paris,
rue Popincourt, n<sup>o</sup> 17;</p>
- <p>41. Pierre-Alexandre Louvet, profession peintre, g de 33 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue des Blancs-Manteaux, n<sup>o</sup> 52;
- mari Franoise Lid;</p>
+ <p>41. Pierre-Alexandre Louvet, profession peintre, âgé de 33 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue des Blancs-Manteaux, n<sup>o</sup> 52;
+ marié à Françoise Liédé;</p>
- <p>42. Jean-Jacques Lubin, profession peintre, g de 29 ans, natif
- de Paris, y domicili, rue de la Rvolution, n<sup>o</sup> 24;</p>
+ <p>42. Jean-Jacques Lubin, profession peintre, âgé de 29 ans, natif
+ de Paris, y domicilié, rue de la Révolution, n<sup>o</sup> 24;</p>
- <p>43. Jacques-Pierre Coru, profession grainier, g de 63 ans,
- natif de Noc, dpartement de l'Orne, domicili Paris, rue
+ <p>43. Jacques-Pierre Coru, profession grainier, âgé de 63 ans,
+ natif de Nocé, département de l'Orne, domicilié à Paris, rue
Antoine, n<sup>o</sup> 229;</p>
- <p>44. Pierre-Simon-Joseph Jault, profession artiste, g de 30 ans,
- natif de Reims, dpartement de la Marne, domicili Paris, rue
+ <p>44. Pierre-Simon-Joseph Jault, profession artiste, âgé de 30 ans,
+ natif de Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue
Claude, n<sup>o</sup> 371;</p>
- <p>45. Jean-Baptiste Bergot, profession employ aux cuirs, g de 56
- ans, natif de Paris, y domicili, rue Franaise, n<sup>o</sup> 11;</p>
+ <p>45. Jean-Baptiste Bergot, profession employé aux cuirs, âgé de 56
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue Française, n<sup>o</sup> 11;</p>
- <p>46. Jacques-Nicolas Lumire, profession musicien, g de 45 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue Thibautod, n<sup>o</sup> 4;</p>
+ <p>46. Jacques-Nicolas Lumière, profession musicien, âgé de 45 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Thibautodé, n<sup>o</sup> 4;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page366" name="page366"></a>(p. 366)</span> 47. Jean Paquotte, profession ciseleur, g de 48 ans,
- natif de Troyes, dpartement de l'Aube, domicili Paris, la
+ <p><span class="pagenum"><a id="page366" name="page366"></a>(p. 366)</span> 47. Jean Paquotte, profession ciseleur, âgé de 48 ans,
+ natif de Troyes, département de l'Aube, domicilié à Paris, à la
ci-devant abbaye Germain, n<sup>o</sup> 1114;</p>
- <p>48. Jacques-Nicolas Blin, crivain expert, g de 63 ans, natif
- d'Aubanton, dpartement de l'Aisne, domicili Paris, rue Paul,
+ <p>48. Jacques-Nicolas Blin, écrivain expert, âgé de 63 ans, natif
+ d'Aubanton, département de l'Aisne, domicilié à Paris, rue Paul,
n<sup>o</sup> 37;</p>
- <p>49. Marie-Franois Langlois, profession papetier, g de 37 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue Jacques, n<sup>o</sup> 196;</p>
+ <p>49. Marie-François Langlois, profession papetier, âgé de 37 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Jacques, n<sup>o</sup> 196;</p>
- <p>50. Jean-Nicolas-Langlois, profession serrurier, g de 49 ans,
- natif de Rouen, dpartement de la Seine-Infrieure, domicili
+ <p>50. Jean-Nicolas-Langlois, profession serrurier, âgé de 49 ans,
+ natif de Rouen, département de la Seine-Inférieure, domicilié à
Paris, rue Georges, n<sup>o</sup> 38;</p>
- <p>51. Jacques Moine, profession commis teneur de livres, g de 39
- ans, natif de Commune-Affranchie, domicili Paris, vieille rue
+ <p>51. Jacques Moine, profession commis teneur de livres, âgé de 39
+ ans, natif de Commune-Affranchie, domicilié à Paris, vieille rue
du Temple, n<sup>o</sup> 78;</p>
- <p>52. Jean-Baptiste Chavigny, profession commis, g de 55 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue du Faubourg-Montmartre, n<sup>o</sup> 42;</p>
+ <p>52. Jean-Baptiste Chavigny, profession commis, âgé de 55 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Montmartre, n<sup>o</sup> 42;</p>
- <p>53. Charles Huant Desboisseaux, g de 39 ans, natif de Paris, y
- domicili, rue de la Fraternit;</p>
+ <p>53. Charles Huant Desboisseaux, âgé de 39 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue de la Fraternité;</p>
- <p>54. Andr Marcel, profession maon, g de 53 ans, natif de
- Rosny, dpartement de Seine-et-Oise, domicili Paris, faubourg
+ <p>54. André Marcel, profession maçon, âgé de 53 ans, natif de
+ Rosny, département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, faubourg
Martin;</p>
- <p>55. Martial Gamory, profession coiffeur, g de 46 ans, natif de
- Guret, dpartement de la Creuse, domicili Paris, rue du
- Coq-Honor;</p>
+ <p>55. Martial Gamory, profession coiffeur, âgé de 46 ans, natif de
+ Guéret, département de la Creuse, domicilié à Paris, rue du
+ Coq-Honoré;</p>
- <p>56. Pierre Haener, profession imprimeur, g de 52 ans, natif de
- Nancy, dpartement de la Meurthe, domicili Paris, rue Martin,
+ <p>56. Pierre Haener, profession imprimeur, âgé de 52 ans, natif de
+ Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, rue Martin,
n<sup>o</sup> 34;</p>
- <p>57. Pierre-Jacques Le Grand, profession homme d'affaires, g de
- 51 ans, natif de Paris, y domicili, rue d'Enfer, en la Cit, n<sup>o</sup>
+ <p>57. Pierre-Jacques Le Grand, profession homme d'affaires, âgé de
+ 51 ans, natif de Paris, y domicilié, rue d'Enfer, en la Cité, n<sup>o</sup>
5;</p>
- <p>58. Pierre-Lon Lamiral, profession fruitier, g de 38 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue Beauregard, section de
- Bonne-Nouvelle, poux de Marie Grain;</p>
+ <p>58. Pierre-Léon Lamiral, profession fruitier, âgé de 38 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Beauregard, section de
+ Bonne-Nouvelle, époux de Marie Grain;</p>
- <p>59. Jean-Pierre Eudes, profession tailleur de pierre, g de 31
- ans, natif de Paris, y domicili, rue des Juifs, n<sup>o</sup> 38;</p>
+ <p>59. Jean-Pierre Eudes, profession tailleur de pierre, âgé de 31
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Juifs, n<sup>o</sup> 38;</p>
- <p>60. Edme-Marguerite Lauvin, g de 60 ans, natif de Vezelay,
- dpartement de l'Yonne, domicili Paris, rue Geoffroy-Lasnier,
+ <p>60. Edme-Marguerite Lauvin, âgé de 60 ans, natif de Vezelay,
+ département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Geoffroy-Lasnier,
n<sup>o</sup> 23;</p>
- <p>61. Pierre Dumez, profession ingnieur, g de 37 ans, natif de
- la Fert-sur-Ourcq, dpartement de l'Aisne, domicili Paris,
+ <p>61. Pierre Dumez, profession ingénieur, âgé de 37 ans, natif de
+ la Ferté-sur-Ourcq, département de l'Aisne, domicilié à Paris,
rue de la Harpe, n<sup>o</sup> 26;</p>
- <p>62. Denys Dumontier, profession tailleur, g de 51 ans, natif de
- Paris, y domicili, rue de la Poterie;</p>
+ <p>62. Denys Dumontier, profession tailleur, âgé de 51 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de la Poterie;</p>
- <p>63. Jean-Claude Girardin, profession ventailliste, g de 48
- ans, natif de Paris, y domicili, rue Transnonain, n<sup>o</sup> 38;</p>
+ <p>63. Jean-Claude Girardin, profession éventailliste, âgé de 48
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue Transnonain, n<sup>o</sup> 38;</p>
- <p>64. Jacques-Louis Cresson, profession bniste, g de 49 ans,
- natif de Paris, y domicili, rue des Deux-cus, n<sup>o</sup> 38;</p>
+ <p>64. Jacques-Louis Cresson, profession ébéniste, âgé de 49 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue des Deux-Écus, n<sup>o</sup> 38;</p>
- <p>65. Franois-Laurent Chatelin, profession professeur de dessin,
- g de 43 ans, natif de Nancy, dpartement de la Meurthe,
- domicili Paris, rue Quincampoix, n<sup>o</sup> 98;</p>
+ <p>65. François-Laurent Chatelin, profession professeur de dessin,
+ âgé de 43 ans, natif de Nancy, département de la Meurthe,
+ domicilié à Paris, rue Quincampoix, n<sup>o</sup> 98;</p>
- <p>66. Joseph Alavoine, profession tailleur, g de 63 ans, natif de
- la Verrire, dpartement de l'Oise, domicili Paris, Grands
+ <p>66. Joseph Alavoine, profession tailleur, âgé de 63 ans, natif de
+ la Verrière, département de l'Oise, domicilié à Paris, Grands
Piliers de la Tonnellerie;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page367" name="page367"></a>(p. 367)</span> 67. Pierre-Franois Deraux, profession jardinier, g de
- 53 ans, natif de Goupillre, dpartement du Calvados, domicili
- Paris, rue Plumet, section du Bonnet-Rouge; mari
- lisabeth-Charlotte Dive;</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page367" name="page367"></a>(p. 367)</span> 67. Pierre-François Deraux, profession jardinier, âgé de
+ 53 ans, natif de Goupillère, département du Calvados, domicilié à
+ Paris, rue Plumet, section du Bonnet-Rouge; marié à
+ Élisabeth-Charlotte Dive;</p>
- <p>68. Claude Benard, g de 28 ans, natif de Paris, y domicili,
+ <p>68. Claude Benard, âgé de 28 ans, natif de Paris, y domicilié,
rue Boucher;</p>
- <p>69. Jacques Morel, profession crivain, g de 55 ans, natif de
- Vand&oelig;uvre, dpartement de l'Aube, domicili Paris, rue de
- March-aux-Poires, n<sup>o</sup> 559;</p>
+ <p>69. Jacques Morel, profession écrivain, âgé de 55 ans, natif de
+ Vand&oelig;uvre, département de l'Aube, domicilié à Paris, rue de
+ Marché-aux-Poirées, n<sup>o</sup> 559;</p>
- <p>70. Nicolas Naudin, profession menuisier, g de 35 ans, natif de
- Ville-sur-Iron, dpartement de la Moselle, domicili Paris, rue
+ <p>70. Nicolas Naudin, profession menuisier, âgé de 35 ans, natif de
+ Ville-sur-Iron, département de la Moselle, domicilié à Paris, rue
Charlot, n<sup>o</sup> 5;</p>
- <p>71. Joseph Ravel, profession chirurgien, g de 48 ans, natif de
- Tarascon, dpartement des Bouches-du-Rhne, domicili Paris,
+ <p>71. Joseph Ravel, profession chirurgien, âgé de 48 ans, natif de
+ Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à Paris,
rue Antoine, n<sup>o</sup> 36;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns la peine de mort, etc. Procs-verbal
- d'excution, en date du 11 de ce mois.</p>
+ <p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
+ d'exécution, en date du 11 de ce mois.</p>
-<p class="author"><i>Sign</i>: <span class="smcap">Neirot</span>, commis greffier (jusqu' Jametel, le 35<sup>e</sup> sur la liste).<br>
- <span class="smcap">Ducray</span>, commis greffier (depuis Tanchou, le 36<sup>e</sup>, jusqu' la fin).</p>
+<p class="author"><i>Signé</i>: <span class="smcap">Neirot</span>, commis greffier (jusqu'à Jametel, le 35<sup>e</sup> sur la liste).<br>
+ <span class="smcap">Ducray</span>, commis greffier (depuis Tanchou, le 36<sup>e</sup>, jusqu'à la fin).</p>
</div>
<hr class="hr10">
-<p>On le voit, ce jour-l, soixante et onze individus, dclars complices
-de la Commune rebelle, montrent sur l'chafaud de l'homme dont ils
-s'taient faits les sides. Parmi eux, le lecteur aura remarqu Sijas,
-le prsident du conseil gnral dans la nuit du 9 au 10 thermidor;
-Jobert et Bergot, ces tristes administrateurs de police, clbres par
-leur cruaut envers les dtenus; puis Boulanger, ce commandant de la
+<p>On le voit, ce jour-là, soixante et onze individus, déclarés complices
+de la Commune rebelle, montèrent sur l'échafaud de l'homme dont ils
+s'étaient faits les séides. Parmi eux, le lecteur aura remarqué Sijas,
+le président du conseil général dans la nuit du 9 au 10 thermidor;
+Jobert et Bergot, ces tristes administrateurs de police, célèbres par
+leur cruauté envers les détenus; puis Boulanger, ce commandant de la
garde nationale qui se faisait suivre d'une guillotine. Parmi les
-condamns, il faut citer encore Besnard, Desboisseaux et le musicien
-Lumire, la terreur de leurs sections.</p>
+condamnés, il faut citer encore Besnard, Desboisseaux et le musicien
+Lumière, la terreur de leurs sections.</p>
-<p>Le 12 thermidor, le sanglant tribunal tint sa dernire sance. Douze
-dmagogues, la plupart membres de la Commune, portrent leurs ttes
-sur l'chafaud. Au milieu d'eux se dessinent deux hommes affreux,
+<p>Le 12 thermidor, le sanglant tribunal tint sa dernière séance. Douze
+démagogues, la plupart membres de la Commune, portèrent leurs têtes
+sur l'échafaud. Au milieu d'eux se dessinent deux hommes affreux,
Nicolas et Arthur, le premier tout meurtri des coups injurieux dont
-Camille Desmoulins l'avait flagell dans son <cite>Vieux Cordelier</cite>; le
-second, plus horriblement clbre encore, pour avoir dvor, au 10
-aot, le c&oelig;ur d'un soldat suisse assassin par lui.</p>
+Camille Desmoulins l'avait flagellé dans son <cite>Vieux Cordelier</cite>; le
+second, plus horriblement célèbre encore, pour avoir dévoré, au 10
+août, le c&oelig;ur d'un soldat suisse assassiné par lui.</p>
-<p>Enfin, par un dcret conventionnel du 14 thermidor (1<sup>er</sup> aot 1794),
-l'excrable loi du 22 prairial fut rapporte.</p>
+<p>Enfin, par un décret conventionnel du 14 thermidor (1<sup>er</sup> août 1794),
+l'exécrable loi du 22 prairial fut rapportée.</p>
<hr class="hr10">
<div class="quote">
- <p>Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire tabli par la loi
- du <span class="pagenum"><a id="page368" name="page368"></a>(p. 368)</span> 10 mars 1793, an deuxime de la Rpublique franaise
- (<em>sic</em>), sant Paris, au Palais, le 12 thermidor (30 juillet
+ <p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire établi par la loi
+ du <span class="pagenum"><a id="page368" name="page368"></a>(p. 368)</span> 10 mars 1793, an deuxième de la République française
+ (<em>sic</em>), séant à Paris, au Palais, le 12 thermidor (30 juillet
1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Charles-Nicolas Leleu, g de 40 ans, n Vitry-sur-Marne,
- perruquier et membre du conseil gnral de la Commune, demeurant
- Paris, rue Dominique, faubourg Germain, n<sup>o</sup> 335;</p>
+ <p>1. Charles-Nicolas Leleu, âgé de 40 ans, né à Vitry-sur-Marne,
+ perruquier et membre du conseil général de la Commune, demeurant
+ à Paris, rue Dominique, faubourg Germain, n<sup>o</sup> 335;</p>
- <p>2. Lopold Nicolas, imprimeur et jur du tribunal
- rvolutionnaire, g de 37 ans, n Mirecourt, dpartement des
- Vosges, demeurant Paris, rue Honor, n<sup>o</sup> 355;</p>
+ <p>2. Léopold Nicolas, imprimeur et juré du tribunal
+ révolutionnaire, âgé de 37 ans, né à Mirecourt, département des
+ Vosges, demeurant à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 355;</p>
- <p>3. Jean-Franois Lechenard, g de 37 ans, n Rans, district de
- Dle, dpartement du Jura, tailleur et jur au tribunal du 17
- aot, membre du conseil gnral de la Commune, demeurant Paris,
+ <p>3. Jean-François Lechenard, âgé de 37 ans, né à Rans, district de
+ Dôle, département du Jura, tailleur et juré au tribunal du 17
+ août, membre du conseil général de la Commune, demeurant à Paris,
rue Montorgueil, n<sup>o</sup> 59;</p>
- <p>4. Franois Tortot, horloger et administrateur de police, g de
- 31 ans, n Paris, y demeurant, rue Bernard, n<sup>o</sup> 10, faubourg
+ <p>4. François Tortot, horloger et administrateur de police, âgé de
+ 31 ans, né à Paris, y demeurant, rue Bernard, n<sup>o</sup> 10, faubourg
Antoine;</p>
- <p>5. Pierre-Franois Guniard, bniste, membre du conseil gnral
- de la Commune, n Paris, y demeurant, rue de la Roquette, n<sup>o</sup>
+ <p>5. Pierre-François Guéniard, ébéniste, membre du conseil général
+ de la Commune, né à Paris, y demeurant, rue de la Roquette, n<sup>o</sup>
68;</p>
- <p>6. Pierre Cietty, peintre et membre de la Commune, g de 41 ans,
- n Trafuil, en Lombardie, demeurant Paris, rue de Montreuil,
+ <p>6. Pierre Cietty, peintre et membre de la Commune, âgé de 41 ans,
+ né à Trafuil, en Lombardie, demeurant à Paris, rue de Montreuil,
n<sup>o</sup> 51;</p>
- <p>7. Jean-tienne Lahure, g de 38 ans, n Montreuil,
- dpartement de Paris, bijoutier, commandant en second de la
- section de Popincourt, demeurant Paris, rue de Popincourt;</p>
+ <p>7. Jean-Étienne Lahure, âgé de 38 ans, né à Montreuil,
+ département de Paris, bijoutier, commandant en second de la
+ section de Popincourt, demeurant à Paris, rue de Popincourt;</p>
- <p>8. Franois-Henri Camus, n Paris, g de 47 ans, ngociant
- avant la rvolution, membre de la Commune de Paris, demeurant
+ <p>8. François-Henri Camus, né à Paris, âgé de 47 ans, négociant
+ avant la révolution, membre de la Commune de Paris, demeurant à
Paris, rue Montmartre, 84;</p>
- <p>9. Pierre-Eustache Gillet-Marie, g de 41 ans, n Paris, y
+ <p>9. Pierre-Eustache Gillet-Marie, âgé de 41 ans, né à Paris, y
demeurant, rue de Bourgogne, n<sup>o</sup> 1465, ex-membre du conseil
- gnral de la Commune;</p>
+ général de la Commune;</p>
- <p>10. Antoine Frery, n Nancy, dpartement de la Meurthe,
- demeurant Paris, rue des Vieux-Augustins, g de 62 ans, membre
- du conseil gnral de la Commune;</p>
+ <p>10. Antoine Frery, né à Nancy, département de la Meurthe,
+ demeurant à Paris, rue des Vieux-Augustins, âgé de 62 ans, membre
+ du conseil général de la Commune;</p>
<p>11. Jean-Jacques Arthur, fabricant de papiers, membre de la
- Commune, g de 33 ans, n Paris, y demeurant, rue des Piques;</p>
+ Commune, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant, rue des Piques;</p>
- <p>12. Jean-Baptiste Grillet, g de 67 ans, n Paris, y
- demeurant, rue Bertin-Poire, n<sup>o</sup> 16, peintre de portraits et
+ <p>12. Jean-Baptiste Grillet, âgé de 67 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue Bertin-Poirée, n<sup>o</sup> 16, peintre de portraits et
membre de la Commune;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Noirot</span>, commis greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 1<sup>er</sup> fructidor (18 aot 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 1<sup>er</sup> fructidor (18 août 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Antoine-Paul Lavaur, g de 31 ans, natif de Montfaucon,
- dpartement du Lot, homme de loi, y demeurant;</p>
+ <p>1. Antoine-Paul Lavaur, âgé de 31 ans, natif de Montfaucon,
+ département du Lot, homme de loi, y demeurant;</p>
- <p>2. Et Jean Saumont, dit Labran, g de 54 ans, cultivateur, natif
- de Roussinet, dpartement de la Dordogne, demeurant Busserole,
- mme dpartement;</p>
+ <p>2. Et Jean Saumont, dit Labran, âgé de 54 ans, cultivateur, natif
+ de Roussinet, département de la Dordogne, demeurant à Busserole,
+ même département;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Ducray</span>, commis greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page369" name="page369"></a>(p. 369)</span> Par jugement du 5 fructidor (22 aot 1794), appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page369" name="page369"></a>(p. 369)</span> Par jugement du 5 fructidor (22 août 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jean-Baptiste Mitre Gouard, g de 29 ans, natif d'Aix,
- dpartement des Bouches-du-Rhne, volontaire au premier bataillon
- des Phocens, demeurant Marseille;</p>
+ <p>1. Jean-Baptiste Mitre Gouard, âgé de 29 ans, natif d'Aix,
+ département des Bouches-du-Rhône, volontaire au premier bataillon
+ des Phocéens, demeurant à Marseille;</p>
- <p>2. Et Franois Deschamps, g de 29 ans, natif de Crvis,
- dpartement de l'Aube, agent de la commission du commerce et aide
- de camp de Hanriot, demeurant Paris, rue des Petits-Augustins,
+ <p>2. Et François Deschamps, âgé de 29 ans, natif de Crévis,
+ département de l'Aube, agent de la commission du commerce et aide
+ de camp de Hanriot, demeurant à Paris, rue des Petits-Augustins,
n<sup>o</sup> 15;</p>
</div>
- <p>Avoir t condamns et excuts sur la place publique de la Grve
- et de la <em>Rvolution</em> (<em>sic</em>). Procs-verbal d'excution dress
+ <p>Avoir été condamnés et exécutés sur la place publique de la Grève
+ et de la <em>Révolution</em> (<em>sic</em>). Procès-verbal d'exécution dressé
par Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Ducray</span>, commis greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 6 fructidor l'an II (23 aot 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 6 fructidor l'an II (23 août 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Pierre-Andr Coffinhal (n'a dit son ge ni le lieu de sa
- naissance), ex-prsident du tribunal rvolutionnaire et membre de
- la Commune de Paris, y demeurant rue Regratire, section de la
- Fraternit;</p>
+<p class="victime">Pierre-André Coffinhal (n'a dit son âge ni le lieu de sa
+ naissance), ex-président du tribunal révolutionnaire et membre de
+ la Commune de Paris, y demeurant rue Regratière, section de la
+ Fraternité;</p>
-<p>Mis hors la loi par dcret des 9 et 18 thermidor, a t livr
- l'excuteur des jugements criminels par ordonnance du tribunal en
- date dudit jour 18 thermidor, et excut le mme jour sur la
- place de la Rvolution, six heures quinze minutes du soir, en
- prsence de Heurtin, huissier du tribunal, qui en a dress
- procs-verbal.</p>
+<p>Mis hors la loi par décret des 9 et 18 thermidor, a été livré à
+ l'exécuteur des jugements criminels par ordonnance du tribunal en
+ date dudit jour 18 thermidor, et exécuté le même jour sur la
+ place de la Révolution, à six heures quinze minutes du soir, en
+ présence de Heurtin, huissier du tribunal, qui en a dressé
+ procès-verbal.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 15 fructidor an II (1<sup>er</sup> septembre
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 15 fructidor an II (1<sup>er</sup> septembre
1794), appert:</p>
-<p class="victime">Julien-Joseph Lemonnier, g de 38 ans, n Paris, y demeurant
+<p class="victime">Julien-Joseph Lemonnier, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant
rue de la Mortellerie, section de la Maison Commune, membre du
- comit civil et capitaine de la garde nationale;</p>
+ comité civil et capitaine de la garde nationale;</p>
-<p>Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Noirot</span>, commis greffier.</p>
@@ -14262,204 +14217,204 @@ l'excrable loi du 22 prairial fut rapporte.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Julien-Joseph Lemonnier, si j'en crois les registres de l'Htel de
-ville, fut la dernire victime immole sur la place de la Rvolution,
-et, partant, probablement la dernire dont les restes furent inhums
+<p>Julien-Joseph Lemonnier, si j'en crois les registres de l'Hôtel de
+ville, fut la dernière victime immolée sur la place de la Révolution,
+et, partant, probablement la dernière dont les restes furent inhumés
dans l'enclos du Christ.</p>
-<p>Les condamns qui vinrent aprs, et dont le nombre diminua
-insensiblement, furent tous guillotins en place de Grve. Leurs
-dpouilles furent vraisemblablement inhumes pour la plupart dans les
-cimetires de Sainte-Marguerite ou de Clamart. Quelques morts
-privilgis furent seulement ports dans l'enclos funbre de Picpus.</p>
+<p>Les condamnés qui vinrent après, et dont le nombre diminua
+insensiblement, furent tous guillotinés en place de Grève. Leurs
+dépouilles furent vraisemblablement inhumées pour la plupart dans les
+cimetières de Sainte-Marguerite ou de Clamart. Quelques morts
+privilégiés furent seulement portés dans l'enclos funèbre de Picpus.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page371" name="page371"></a>(p. 371)</span> LETTRES<br>
DE<br>
-MADAME LISABETH.</h2>
+MADAME ÉLISABETH.</h2>
-<p>Je crois devoir faire suivre la vie de Madame lisabeth d'un certain
-nombre de ses lettres, choisies de manire faire connatre la
+<p>Je crois devoir faire suivre la vie de Madame Élisabeth d'un certain
+nombre de ses lettres, choisies de manière à faire connaître la
princesse dans les situations les plus diverses de fortune, d'esprit
-et de c&oelig;ur. M. Feuillet de Conches, on le sait, a publi rcemment
-la correspondance complte de Madame lisabeth, beau monument lev,
-par une main habile, la gloire de cette princesse, et il a enrichi
-le texte de notes explicatives d'un grand intrt. Les lettres que je
-vais donner, et dont je n'avais pu citer et l, dans le cours de
-mon rcit, que quelques fragments dtachs, seront les meilleures
-pices justificatives de cet ouvrage. On y verra d'abord la princesse,
-au dbut de sa belle jeunesse, avec la vivacit d'un esprit pntrant
-et l'indpendance d'un caractre inclinant l'espiglerie. Puis on
-assistera aux progrs de son jugement; on verra se lever dans cette
-belle me toutes les qualits et toutes les vertus, toutes les nobles
-aspirations, et l'on s'tonnera de cette sagesse prcoce qui fit de
-Madame lisabeth la plus utile et la meilleure des amies, comme elle
-tait la plus dvoue et la plus courageuse des s&oelig;urs.</p>
+et de c&oelig;ur. M. Feuillet de Conches, on le sait, a publié récemment
+la correspondance complète de Madame Élisabeth, beau monument élevé,
+par une main habile, à la gloire de cette princesse, et il a enrichi
+le texte de notes explicatives d'un grand intérêt. Les lettres que je
+vais donner, et dont je n'avais pu citer çà et là, dans le cours de
+mon récit, que quelques fragments détachés, seront les meilleures
+pièces justificatives de cet ouvrage. On y verra d'abord la princesse,
+au début de sa belle jeunesse, avec la vivacité d'un esprit pénétrant
+et l'indépendance d'un caractère inclinant à l'espièglerie. Puis on
+assistera aux progrès de son jugement; on verra se lever dans cette
+belle âme toutes les qualités et toutes les vertus, toutes les nobles
+aspirations, et l'on s'étonnera de cette sagesse précoce qui fit de
+Madame Élisabeth la plus utile et la meilleure des amies, comme elle
+était la plus dévouée et la plus courageuse des s&oelig;urs.</p>
<p>Sa correspondance avec la marquise de Bombelles et la marquise de
Raigecourt, dont je dois la communication aux familles de ces deux
-nobles dames si dignes de l'affection que leur tmoignait la
-princesse, met dans une vive <span class="pagenum"><a id="page372" name="page372"></a>(p. 372)</span> lumire l'lvation de l'esprit,
-la droiture de la raison, la bont et l'ouverture de c&oelig;ur de la
-s&oelig;ur de Louis XVI. Toujours elle s'occupe des intrts, de la
-scurit, du bonheur de ses deux amies, avant de s'occuper de ses
-propres convenances, du bonheur qu'elle aurait les avoir auprs
-d'elle. Elle les aime mieux loignes et tranquilles qu'en France
-exposes et menaces.</p>
-
-<p>Ses lettres madame la marquise des Montiers, plus jeune que ses deux
-autres amies, et dont elle apprciait l'esprit charmant, l'heureux
-naturel, en apprhendant un peu les saillies de son imagination, ont
-un autre caractre. La tendresse est la mme, mais elle prend un
-accent presque maternel pour conseiller, avertir, diriger <em>son
-dmon</em>, comme elle appelle cette jeune et aimable femme, dans les
-situations difficiles o elle se trouve. Ce que Madame lisabeth aime
-par-dessus tout dans ses amies, c'est leur me. Leur dignit et leur
+nobles dames si dignes de l'affection que leur témoignait la
+princesse, met dans une vive <span class="pagenum"><a id="page372" name="page372"></a>(p. 372)</span> lumière l'élévation de l'esprit,
+la droiture de la raison, la bonté et l'ouverture de c&oelig;ur de la
+s&oelig;ur de Louis XVI. Toujours elle s'occupe des intérêts, de la
+sécurité, du bonheur de ses deux amies, avant de s'occuper de ses
+propres convenances, du bonheur qu'elle aurait à les avoir auprès
+d'elle. Elle les aime mieux éloignées et tranquilles qu'en France
+exposées et menacées.</p>
+
+<p>Ses lettres à madame la marquise des Montiers, plus jeune que ses deux
+autres amies, et dont elle appréciait l'esprit charmant, l'heureux
+naturel, en appréhendant un peu les saillies de son imagination, ont
+un autre caractère. La tendresse est la même, mais elle prend un
+accent presque maternel pour conseiller, avertir, diriger «<em>son
+démon</em>», comme elle appelle cette jeune et aimable femme, dans les
+situations difficiles où elle se trouve. Ce que Madame Élisabeth aime
+par-dessus tout dans ses amies, c'est leur âme. Leur dignité et leur
honneur dans ce monde, leur salut dans l'autre, l'occupent bien
-autrement que leur flicit passagre, quoiqu'elle fasse tout pour y
-contribuer. Elle a pour elles une amiti vraiment chrtienne, et l'on
-voit qu'elle veut continuer ternellement dans le ciel les affections
-commences ici-bas. Ces lettres madame la marquise des Montiers sont
-compltement indites. J'en dois la communication l'obligeance de M.
+autrement que leur félicité passagère, quoiqu'elle fasse tout pour y
+contribuer. Elle a pour elles une amitié vraiment chrétienne, et l'on
+voit qu'elle veut continuer éternellement dans le ciel les affections
+commencées ici-bas. Ces lettres à madame la marquise des Montiers sont
+complétement inédites. J'en dois la communication à l'obligeance de M.
le comte Stanislas des Montiers, heureux comme toute sa famille de
-contribuer tout ce qui peut servir mettre en relief la gloire de
-Madame lisabeth.</p>
-
-<p>Ses lettres madame Marie de Causans, qui se destinait la vie
-religieuse, ont un autre caractre. Elles sont pleines d'une haute
-spiritualit, tempre par cette prudence et ce bon sens qui forment
-comme le fond de la nature de Madame lisabeth. Personne ne parle
-mieux de la soumission la volont de Dieu et de la rsignation que
-cette princesse, qui devait pousser cette vertu jusqu' l'hrosme.
-<span class="pagenum"><a id="page373" name="page373"></a>(p. 373)</span> En mme temps elle prmunit la fille de sa vnrable amie,
-madame de Causans, contre les entranements de l'imagination qui font
-quelquefois embrasser la vie religieuse des personnes qui n'ont pas
-les dons ncessaires pour s'y sanctifier, et prennent pour une
-vocation relle et durable un dgot passager du monde ou un chagrin
-que le temps emportera avec tout le reste. Madame lisabeth, si svre
-pour elle-mme, condamne le scrupule. Sa religion est sincre,
-profonde, pleine d'onction, mais claire, et elle s'tonne quand
-l'abb de Lubersac lui donne des dtails sur les superstitions que la
-population italienne mle au catholicisme.</p>
+contribuer à tout ce qui peut servir à mettre en relief la gloire de
+Madame Élisabeth.</p>
+
+<p>Ses lettres à madame Marie de Causans, qui se destinait à la vie
+religieuse, ont un autre caractère. Elles sont pleines d'une haute
+spiritualité, tempérée par cette prudence et ce bon sens qui forment
+comme le fond de la nature de Madame Élisabeth. Personne ne parle
+mieux de la soumission à la volonté de Dieu et de la résignation que
+cette princesse, qui devait pousser cette vertu jusqu'à l'héroïsme.
+<span class="pagenum"><a id="page373" name="page373"></a>(p. 373)</span> En même temps elle prémunit la fille de sa vénérable amie,
+madame de Causans, contre les entraînements de l'imagination qui font
+quelquefois embrasser la vie religieuse à des personnes qui n'ont pas
+les dons nécessaires pour s'y sanctifier, et prennent pour une
+vocation réelle et durable un dégoût passager du monde ou un chagrin
+que le temps emportera avec tout le reste. Madame Élisabeth, si sévère
+pour elle-même, condamne le scrupule. Sa religion est sincère,
+profonde, pleine d'onction, mais éclairée, et elle s'étonne quand
+l'abbé de Lubersac lui donne des détails sur les superstitions que la
+population italienne mêle au catholicisme.</p>
<p>Je ne crois pas que dans toute cette correspondance il y ait des
-lettres plus remarquables que celles qui sont adresses cet abb de
-Lubersac, aumnier de Madame Victoire, qui avait migr Rome avec
-Mesdames de France, et qui, rentr Paris dans le mois d'aot 1792,
-prit dans les massacres de septembre. L'abb de Lubersac tranait
-l'tranger un noir chagrin;&mdash;taient-ce les malheurs qu'il laissait
-derrire lui, taient-ce ceux qu'il entrevoyait dans les ombres de
+lettres plus remarquables que celles qui sont adressées à cet abbé de
+Lubersac, aumônier de Madame Victoire, qui avait émigré à Rome avec
+Mesdames de France, et qui, rentré à Paris dans le mois d'août 1792,
+périt dans les massacres de septembre. L'abbé de Lubersac traînait à
+l'étranger un noir chagrin;&mdash;étaient-ce les malheurs qu'il laissait
+derrière lui, étaient-ce ceux qu'il entrevoyait dans les ombres de
l'avenir, qui plongeaient son esprit dans cette morne
-tristesse?&mdash;Madame lisabeth, dont l'me tait plus fortement trempe,
+tristesse?&mdash;Madame Élisabeth, dont l'âme était plus fortement trempée,
le soutenait par des conseils qui prenaient insensiblement la forme
-d'exhortations. Les rles s'taient peu peu intervertis sans que les
-deux correspondants s'en aperussent. La princesse soutenait le prtre
-et l'aidait porter sa croix, faisant ainsi l'apprentissage du rle
-sublime qu'elle remplit plus tard auprs des compagnons de son funbre
-itinraire de la Conciergerie l'chafaud.</p>
-
-<p>Dans cette correspondance, qui remonte jusqu' l'ancien rgime, et
-une poque (1778) o la rvolution, comme l'a dit Chateaubriand, ne
-frappait pas encore l'huis de l'histoire, et qui ne se ferme que le
-10 aot 1792, journe <span class="pagenum"><a id="page374" name="page374"></a>(p. 374)</span> nfaste aprs laquelle la famille
-royale prisonnire entra au Temple, on retrouve, mesure que les
-vnements se succdent, l'impression qu'ils produisent sur Madame
-lisabeth, et l'apprciation qu'elle porte sur les hommes et sur les
-choses. La convocation des tats gnraux, le serment du Jeu de paume,
-le 15 juillet et la prise de la Bastille, les journes des 5 et 6
-octobre, avec le lamentable retour Paris de la famille royale
-prisonnire, la constitution civile du clerg, le fatal voyage
-Varennes, la journe du 20 juin, cette prface du 10 aot, viennent
-tour tour jeter un sinistre reflet dans les lettres de Madame
-lisabeth ses amies, l'abb de Lubersac, au comte d'Artois. Une de
-ses plus remarquables lettres est adresse ce prince, pour lequel
+d'exhortations. Les rôles s'étaient peu à peu intervertis sans que les
+deux correspondants s'en aperçussent. La princesse soutenait le prêtre
+et l'aidait à porter sa croix, faisant ainsi l'apprentissage du rôle
+sublime qu'elle remplit plus tard auprès des compagnons de son funèbre
+itinéraire de la Conciergerie à l'échafaud.</p>
+
+<p>Dans cette correspondance, qui remonte jusqu'à l'ancien régime, et à
+une époque (1778) où la révolution, comme l'a dit Chateaubriand, ne
+frappait pas encore à l'huis de l'histoire, et qui ne se ferme que le
+10 août 1792, journée <span class="pagenum"><a id="page374" name="page374"></a>(p. 374)</span> néfaste après laquelle la famille
+royale prisonnière entra au Temple, on retrouve, à mesure que les
+événements se succèdent, l'impression qu'ils produisent sur Madame
+Élisabeth, et l'appréciation qu'elle porte sur les hommes et sur les
+choses. La convocation des états généraux, le serment du Jeu de paume,
+le 15 juillet et la prise de la Bastille, les journées des 5 et 6
+octobre, avec le lamentable retour à Paris de la famille royale
+prisonnière, la constitution civile du clergé, le fatal voyage à
+Varennes, la journée du 20 juin, cette préface du 10 août, viennent
+tour à tour jeter un sinistre reflet dans les lettres de Madame
+Élisabeth à ses amies, à l'abbé de Lubersac, au comte d'Artois. Une de
+ses plus remarquables lettres est adressée à ce prince, pour lequel
elle avait la plus vive tendresse, et, si j'ose le dire, une de ces
-faiblesses de c&oelig;ur que les s&oelig;urs srieuses ont pour celui de
-leurs frres dont l'imptueuse ardeur a besoin d'tre dirige et
-retenue. Chose remarquable, Madame lisabeth, cette princesse d'un
+faiblesses de c&oelig;ur que les s&oelig;urs sérieuses ont pour celui de
+leurs frères dont l'impétueuse ardeur a besoin d'être dirigée et
+retenue. Chose remarquable, Madame Élisabeth, cette princesse d'un
c&oelig;ur si bienveillant, incline presque toujours vers les partis de
-vigueur. Elle comprend que la faiblesse devant une rvolution qui ne
-perd ni une occasion, ni une concession, ni une minute, contribue
-tout perdre. Elle le rpte souvent dans ses lettres. La vigueur dans
+vigueur. Elle comprend que la faiblesse devant une révolution qui ne
+perd ni une occasion, ni une concession, ni une minute, contribue à
+tout perdre. Elle le répète souvent dans ses lettres. La vigueur dans
la politique, l'union dans le parti royaliste et dans la famille
-royale, voil ce que recommande Madame lisabeth; et, dans sa lettre
-au comte d'Artois, elle insiste de la manire la plus forte et la plus
-raisonnable sur la ncessit de ne pas contrarier Coblentz la
+royale, voilà ce que recommande Madame Élisabeth; et, dans sa lettre
+au comte d'Artois, elle insiste de la manière la plus forte et la plus
+raisonnable sur la nécessité de ne pas contrarier à Coblentz la
politique de Louis XVI.</p>
<p>A mesure que les lettres se rapprochent par leurs dates de la fatale
-journe du 10 aot, la faible lueur d'esprance qui jetait et l
-quelques reflets lumineux, plit et s'teint. La princesse voit venir
-la catastrophe, mais elle sait o est pour elle le poste du devoir, de
+journée du 10 août, la faible lueur d'espérance qui jetait çà et là
+quelques reflets lumineux, pâlit et s'éteint. La princesse voit venir
+la catastrophe, mais elle sait où est pour elle le poste du devoir, de
l'honneur et de la tendresse fraternelle; elle y reste. Advienne que
-pourra! elle <span class="pagenum"><a id="page375" name="page375"></a>(p. 375)</span> remplira jusqu'au bout la sainte et anglique
-mission que la Providence lui a donne. Les <i>Sursum corda</i> reviennent
-alors plus frquents sous sa plume dans ses lettres avec ses amies;
-elle ne regarde plus, elle n'espre plus que du ct du ciel.</p>
+pourra! elle <span class="pagenum"><a id="page375" name="page375"></a>(p. 375)</span> remplira jusqu'au bout la sainte et angélique
+mission que la Providence lui a donnée. Les <i>Sursum corda</i> reviennent
+alors plus fréquents sous sa plume dans ses lettres avec ses amies;
+elle ne regarde plus, elle n'espère plus que du côté du ciel.</p>
<hr class="hr30">
<h3>I<br>
<span class="smaller">A MADAME DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p>Vous croyez peut-tre que je suis console, point du tout; d'autant
-plus que moi, qui dteste les explications, je viens d'en avoir une
-avec ma tante. La Reine y a t ce matin pour lui demander ce qu'elle
-avoit hier, et elle lui a dit qu'elle toit fort mcontente de moi,
-parce que je ne lui avois pas crit avant mon inoculation, et qu'elle
-devoit m'en parler. J'y ai donc t ce soir: je suis arrive chez ma
-tante Victoire, qui m'a parl avec beaucoup d'amiti, et qui m'a dit
-que j'avois eu tort de ne leur pas crire, ce dont je suis convenue,
-et lui ai demand pardon. De l, j'ai t chez ma tante Adlade, qui,
-le plus aigrement possible, m'a dit: J'ai parl la Reine de vous ce
+<p>Vous croyez peut-être que je suis consolée, point du tout; d'autant
+plus que moi, qui déteste les explications, je viens d'en avoir une
+avec ma tante. La Reine y a été ce matin pour lui demander ce qu'elle
+avoit hier, et elle lui a dit qu'elle étoit fort mécontente de moi,
+parce que je ne lui avois pas écrit avant mon inoculation, et qu'elle
+devoit m'en parler. J'y ai donc été ce soir: je suis arrivée chez ma
+tante Victoire, qui m'a parlé avec beaucoup d'amitié, et qui m'a dit
+que j'avois eu tort de ne leur pas écrire, ce dont je suis convenue,
+et lui ai demandé pardon. De là, j'ai été chez ma tante Adélaïde, qui,
+le plus aigrement possible, m'a dit: «J'ai parlé à la Reine de vous ce
matin. Que dites-vous de votre conduite, depuis qu'il est question de
vous inoculer?&mdash;Comment, ma tante, lui ai-je dit, qu'est-ce que j'ai
-fait?&mdash;Vous ne nous avez pas seulement remercies. Et elle reprit, de
+fait?&mdash;Vous ne nous avez pas seulement remerciées.» Et elle reprit, de
ce que nous nous enfermions avec vous; et pendant Choisy et Marly nous
-n'avons pas entendu parler de vous.&mdash;Je lui reprsentai qu'entre ses
-deux voyages j'tois venue chez elle et que je l'avois remercie;
+n'avons pas entendu parler de vous.&mdash;Je lui représentai qu'entre ses
+deux voyages j'étois venue chez elle et que je l'avois remerciée;
qu'en cela je n'avois fait que mon devoir, mais que je l'avois fait. A
-cette rponse, elle s'est un peu embarrasse, et m'a dit entre ses
+cette réponse, elle s'est un peu embarrassée, et m'a dit entre ses
dents:&mdash;Ah! une fois en passant, mais je ne leur avois point
-crit.&mdash;Je lui ai dit qu'en cela j'avois eu tort, et que je leur en
+écrit.&mdash;Je lui ai dit qu'en cela j'avois eu tort, et que je leur en
demandois pardon; que <span class="pagenum"><a id="page376" name="page376"></a>(p. 376)</span> pour la Muette et Meudon, je n'y avois
aucune part et point de tort.&mdash;Elle m'a dit qu'elle ne me parloit
-point de cela; et sur ce elle a chang de conversation, tant toujours
-embarrasse. En sortant de chez elle, je lui ai encore dit que
-j'esprois qu'elle me pardonnoit; elle m'a rpondu que ce n'toit que
-la crainte qu'elle avoit eue d'tre oublie de moi qui l'avoit fche,
-m'aimant beaucoup, et qu'elle esproit que cela ne seroit jamais.&mdash;Je
-lui ai dit que je tcherois de mriter son amiti, et que je lui
-demandois de me conserver toujours la sienne. De l je suis revenue et
-ai mand cela la Reine, et puis mon petit ange. Je ne puis te
-celer que je n'ai que la moiti des torts dont je suis convenue; mais
-il faut mettre la paix dans la maison, et dans ce quartier-l il
-faudroit au moins M. Le Chat pour l'tablir bien solidement.</p>
+point de cela; et sur ce elle a changé de conversation, étant toujours
+embarrassée. En sortant de chez elle, je lui ai encore dit que
+j'espérois qu'elle me pardonnoit; elle m'a répondu que ce n'étoit que
+la crainte qu'elle avoit eue d'être oubliée de moi qui l'avoit fâchée,
+m'aimant beaucoup, et qu'elle espéroit que cela ne seroit jamais.&mdash;Je
+lui ai dit que je tâcherois de mériter son amitié, et que je lui
+demandois de me conserver toujours la sienne. De là je suis revenue et
+ai mandé cela à la Reine, et puis à mon petit ange. Je ne puis te
+celer que je n'ai que la moitié des torts dont je suis convenue; mais
+il faut mettre la paix dans la maison, et dans ce quartier-là il
+faudroit au moins M. Le Chat pour l'établir bien solidement.</p>
<p>A propos, mon ange, je t'en prie, si tu as le temps, fais chercher
Campana; fais-toi peindre pour ta petite servante; dis-lui de faire
-ton portrait de la grandeur de ceux des mdaillons, et coiffe et
-habille comme celui qu'il a fait de moi, et qui n'est pas comme le
+ton portrait de la grandeur de ceux des médaillons, et coiffée et
+habillée comme celui qu'il a fait de moi, et qui n'est pas comme le
tien. Ne va pas l'oublier, car je te tuerois ainsi que ton fils.
-Mande-moi de ses nouvelles, et fais dpcher Campana. La baronne doit
+Mande-moi de ses nouvelles, et fais dépêcher Campana. La baronne doit
revenir aujourd'hui, ainsi je ne te charge de rien pour elle, mais dis
- madame de Travanet que je meurs d'envie de la voir; et dis aussi
+à madame de Travanet que je meurs d'envie de la voir; et dis aussi à
la personne qui n'ose se nommer qu'elle ait soin d'acheter des
polonoises, pour pouvoir rester chez la baronne, quand j'irai, ce qui,
-j'espre, sera bientt. En vrit, madame Anglique, vous devez tre
+j'espère, sera bientôt. En vérité, madame Angélique, vous devez être
bien contente de moi, car mes lettres sont assez longues et les lignes
-assez serres; je vais arranger mes affaires et tu les trouveras en
-trs-bon ordre. Mande-moi toutes les grimaces qu'a faites ta
-belle-s&oelig;ur pendant le mariage, et toutes les btises qu'elle aura
-dites, qui certainement t'ont beaucoup ennuye si tu les as coutes,
+assez serrées; je vais arranger mes affaires et tu les trouveras en
+très-bon ordre. Mande-moi toutes les grimaces qu'a faites ta
+belle-s&oelig;ur pendant le mariage, et toutes les bêtises qu'elle aura
+dites, qui certainement t'ont beaucoup ennuyée si tu les as écoutées,
et qui m'amuseront beaucoup <span class="pagenum"><a id="page377" name="page377"></a>(p. 377)</span> en les lisant. Adieu, ma petite
-s&oelig;ur Saint-Ange; il me parot qu'il y a mille ans que je ne t'ai
+s&oelig;ur Saint-Ange; il me paroît qu'il y a mille ans que je ne t'ai
vue. Je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur, et suis de Votre Altesse</p>
<p class="author">
- La trs-humble et trs-obissante
+ La très-humble et très-obéissante
servante et sujette.<br>
- <span class="smcap">lisabeth de France</span>,<br>
+ <span class="smcap">Élisabeth de France</span>,<br>
dite la Folle.</p>
<p>Ce 27 novembre 1779.</p>
@@ -14472,57 +14427,57 @@ vue. Je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur, et suis de Votre Altesse</p>
<p class="date">Du 3 septembre 1784.</p>
<p>Je vous ai fait promettre par votre fille de vous rendre un compte
-exact de ma journe de lundi<a id="footnotetag143" name="footnotetag143"></a><a href="#footnote143" title="Go to footnote 143"><span class="smaller">[143]</span></a>. Nous sommes parties dix heures du
-matin: il faisait une pluie verse; mais, malgr cela, tout le monde
-toit de bonne humeur. Nous sommes arrives, et avons t sur-le-champ
- l'glise; madame de Brbent y est entre ensuite. La crmonie a
-commenc, et tout s'est pass comme celle de madame de Fontanges,
-except qu'elle a communi avec la mme hostie sur laquelle elle avoit
-prononc ses v&oelig;ux; puis on l'a habille, et elle a t sous le drap
+exact de ma journée de lundi<a id="footnotetag143" name="footnotetag143"></a><a href="#footnote143" title="Go to footnote 143"><span class="smaller">[143]</span></a>. Nous sommes parties à dix heures du
+matin: il faisait une pluie à verse; mais, malgré cela, tout le monde
+étoit de bonne humeur. Nous sommes arrivées, et avons été sur-le-champ
+à l'église; madame de Brébent y est entrée ensuite. La cérémonie a
+commencé, et tout s'est passé comme à celle de madame de Fontanges,
+excepté qu'elle a communié avec la même hostie sur laquelle elle avoit
+prononcé ses v&oelig;ux; puis on l'a habillée, et elle a été sous le drap
mortuaire. A suivi le moment que j'aime le mieux, qui est le baiser de
paix. Il me fait toujours un effet que je ne puis rendre; c'est de si
bon c&oelig;ur que nous nous embrassons, quoique nous ne nous
-connoissions pas, qu'il est impossible de ne pas tre attendrie; mais
-je n'ai pourtant pas pleur: ce n'est pas mon usage. Pour Bombelles,
-elle toit en sanglots, ce qui a t cause de grandes railleries,
+connoissions pas, qu'il est impossible de ne pas être attendrie; mais
+je n'ai pourtant pas pleuré: ce n'est pas mon usage. Pour Bombelles,
+elle étoit en sanglots, ce qui a été cause de grandes railleries,
qu'elle a soutenues avec plus de courage que la migraine qui a suivi.
Plusieurs de <span class="pagenum"><a id="page378" name="page378"></a>(p. 378)</span> ces dames pleuroient aussi. Ainsi, vous
-n'eussiez pas t embarrasse, malgr les assistants. J'ai t fort
-heureuse, et voil tout. Mais, le mercredi, j'avois oubli mon
-bonheur. Celui que je gote ici est tranquille. Je m'occupe beaucoup
-depuis huit jours que j'y suis; j'cris des lettres innombrables: cela
-ne me plat gure; mais lorsqu'on passe autant d'heures dans la
-journe sans voir autre chose que son chien, ma chre, on n'est pas
-fch d'avoir ce genre d'occupation. Je vous prie de croire que sans
+n'eussiez pas été embarrassée, malgré les assistants. J'ai été fort
+heureuse, et voilà tout. Mais, le mercredi, j'avois oublié mon
+bonheur. Celui que je goûte ici est tranquille. Je m'occupe beaucoup
+depuis huit jours que j'y suis; j'écris des lettres innombrables: cela
+ne me plaît guère; mais lorsqu'on passe autant d'heures dans la
+journée sans voir autre chose que son chien, ma chère, on n'est pas
+fâché d'avoir ce genre d'occupation. Je vous prie de croire que sans
cela j'en aurois beaucoup d'autres; par exemple le dessin. Il y a
-trois jours que je crie aprs M. B.<a id="footnotetag144" name="footnotetag144"></a><a href="#footnote144" title="Go to footnote 144"><span class="smaller">[144]</span></a> et qu'il ne vient pas: je
+trois jours que je crie après M. B.<a id="footnotetag144" name="footnotetag144"></a><a href="#footnote144" title="Go to footnote 144"><span class="smaller">[144]</span></a> et qu'il ne vient pas: je
meurs de peur qu'il ne soit mort. Quand je dis que je l'attends depuis
trois jours, il faut compter que c'est depuis hier. Je vais commencer
un petit dessin pour les dames de Saint-Cyr; il est charmant. Je n'ai
-pas dit [Bombelles] que c'toit pour elles, car je crois que cela
+pas dit à [Bombelles] que c'étoit pour elles, car je crois que cela
l'auroit mise de mauvaise humeur.</p>
<p>J'attends avec impatience des nouvelles des courses de vos enfants. Je
-ne doute pas qu'ils n'aient t reus merveille; mais je voudrois
-bien qu'il me ft permis de croire la gurison de votre jambe: je ne
-dsire rien tant. Enfin, mon c&oelig;ur, je juge d'aprs toutes les
-souffrances que vous prouvez, que vous faites votre purgatoire dans
-ce monde; car, malgr vos douleurs, votre caractre est toujours le
-mme: toujours la mme amabilit, la mme confiance en Dieu, enfin la
-mme rsignation, sans compter toutes les vertus qui naissent de cette
-rsignation. Comment pouvez-vous, malgr toutes vos douleurs de corps
-et d'esprit, vous croire trop heureuse? C'est une grce bien
-particulire de Dieu. Je l'en bnis, et de ce qu'il m'a choisie pour
-en tre l'instrument. Soyez sre, mon c&oelig;ur, que rien ne me peut
+ne doute pas qu'ils n'aient été reçus à merveille; mais je voudrois
+bien qu'il me fût permis de croire à la guérison de votre jambe: je ne
+désire rien tant. Enfin, mon c&oelig;ur, je juge d'après toutes les
+souffrances que vous éprouvez, que vous faites votre purgatoire dans
+ce monde; car, malgré vos douleurs, votre caractère est toujours le
+même: toujours la même amabilité, la même confiance en Dieu, enfin la
+même résignation, sans compter toutes les vertus qui naissent de cette
+résignation. Comment pouvez-vous, malgré toutes vos douleurs de corps
+et d'esprit, vous croire trop heureuse? C'est une grâce bien
+particulière de Dieu. Je l'en bénis, et de ce qu'il m'a choisie pour
+en être l'instrument. Soyez sûre, mon c&oelig;ur, que rien ne me peut
faire plus de plaisir que <span class="pagenum"><a id="page379" name="page379"></a>(p. 379)</span> de penser que j'ai pu adoucir un
-peu l'amertume de vos maux. Que vous tes bonne de m'associer vos
-prires! Oui, mon c&oelig;ur, aucune de vos enfants ne vous oubliera, je
-puis vous en rpondre. J'oubliois de vous dire que, malgr le monde,
-j'avois pass quelque temps avec mon dpt dans la chambre du conseil,
+peu l'amertume de vos maux. Que vous êtes bonne de m'associer à vos
+prières! Oui, mon c&oelig;ur, aucune de vos enfants ne vous oubliera, je
+puis vous en répondre. J'oubliois de vous dire que, malgré le monde,
+j'avois passé quelque temps avec mon dépôt dans la chambre du conseil,
et une grande partie du reste avec D.<a id="footnotetag145" name="footnotetag145"></a><a href="#footnote145" title="Go to footnote 145"><span class="smaller">[145]</span></a> et plusieurs autres dames.</p>
<p>Votre fille fera bien d'arriver, car je serois capable de lui enlever
-son trsor. Je sens que je m'y attache beaucoup, et je me propose de
+son trésor. Je sens que je m'y attache beaucoup, et je me propose de
lui en faire peur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -14530,45 +14485,45 @@ lui en faire peur.</p>
<h3>III<br>
<span class="smaller">A MADAME MARIE DE CAUSANS.</span></h3>
-<p class="date">8 dcembre 1785.</p>
+<p class="date">8 décembre 1785.</p>
-<p>Je suis mue et afflige au dernier point, mon c&oelig;ur, de l'tat de
-votre mre: l'arrt de Sguy<a id="footnotetag146" name="footnotetag146"></a><a href="#footnote146" title="Go to footnote 146"><span class="smaller">[146]</span></a> me fait frmir. J'crirai madame
-de Lastic<a id="footnotetag147" name="footnotetag147"></a><a href="#footnote147" title="Go to footnote 147"><span class="smaller">[147]</span></a> pour que l'on trouve des prtextes pour faire rester
-votre s&oelig;ur Fontainebleau. Ils seront d'autant plus aiss que,
-quoiqu'elle soit bien, de longtemps elle ne sera en tat d'tre
-transporte. Si vous ne craignez pas d'attendrir votre mre, dites-lui
+<p>Je suis émue et affligée au dernier point, mon c&oelig;ur, de l'état de
+votre mère: l'arrêt de Séguy<a id="footnotetag146" name="footnotetag146"></a><a href="#footnote146" title="Go to footnote 146"><span class="smaller">[146]</span></a> me fait frémir. J'écrirai à madame
+de Lastic<a id="footnotetag147" name="footnotetag147"></a><a href="#footnote147" title="Go to footnote 147"><span class="smaller">[147]</span></a> pour que l'on trouve des prétextes pour faire rester
+votre s&oelig;ur à Fontainebleau. Ils seront d'autant plus aisés que,
+quoiqu'elle soit bien, de longtemps elle ne sera en état d'être
+transportée. Si vous ne craignez pas d'attendrir votre mère, dites-lui
combien je partage ses douleurs, que je voudrois les prendre toutes,
-que je suis bien afflige de ne pouvoir lui rendre les soins que la
-tendre amiti que j'ai pour elle me dicteroit. Il m'en cote bien,
-depuis trois semaines, d'tre princesse: c'est une terrible charge
-souvent, mais jamais elle n'est plus dsagrable que lorsqu'elle
-empche le c&oelig;ur d'agir.</p>
+que je suis bien affligée de ne pouvoir lui rendre les soins que la
+tendre amitié que j'ai pour elle me dicteroit. Il m'en coûte bien,
+depuis trois semaines, d'être princesse: c'est une terrible charge
+souvent, mais jamais elle n'est plus désagréable que lorsqu'elle
+empêche le c&oelig;ur d'agir.</p>
<p>Vous avez sous vos yeux, mon c&oelig;ur, le triomphe de la <span class="pagenum"><a id="page380" name="page380"></a>(p. 380)</span>
-religion: je ne doute pas que vous n'prouviez, dans l'occasion,
-qu'elle seule peut nous faire supporter le malheur, et, s'il toit
-possible, le rendre lger. Croyez que vous aurez la grce d'une
-rsignation parfaite la volont de Dieu. Il ne faut qu'un vritable
-dsir pour l'obtenir, et vous sentez trop combien elle vous est
-ncessaire pour ne pas la dsirer vivement. Esprez tout de ce Pre
+religion: je ne doute pas que vous n'éprouviez, dans l'occasion,
+qu'elle seule peut nous faire supporter le malheur, et, s'il étoit
+possible, le rendre léger. Croyez que vous aurez la grâce d'une
+résignation parfaite à la volonté de Dieu. Il ne faut qu'un véritable
+désir pour l'obtenir, et vous sentez trop combien elle vous est
+nécessaire pour ne pas la désirer vivement. Espérez tout de ce Père
qui vous aime si tendrement; il vous soutiendra, il partagera votre
peine et la rendra moins pesante. Pardon, mon c&oelig;ur, de ce petit
-morceau de sermon, quoiqu'il soit mdiocre: dans la position o vous
-tes, l'on est toujours bien aise d'entendre un peu parler de Dieu.
-C'est ce qui m'a encourage cette insolence.</p>
+morceau de sermon, quoiqu'il soit médiocre: dans la position où vous
+êtes, l'on est toujours bien aise d'entendre un peu parler de Dieu.
+C'est ce qui m'a encouragée à cette insolence.</p>
<p>Je prierai certainement les dames de Saint-Cyr de prier pour votre
-mre, et elles le feront de tout leur c&oelig;ur, car elles aiment
-beaucoup votre mre. Je vous en prie, dites-lui que je prie aussi pour
-elle. J'ai eu peur, le jour que je l'ai vue, qu'elle ne ft fche,
+mère, et elles le feront de tout leur c&oelig;ur, car elles aiment
+beaucoup votre mère. Je vous en prie, dites-lui que je prie aussi pour
+elle. J'ai eu peur, le jour que je l'ai vue, qu'elle ne fût fâchée,
parce que je lui ai dit que je ne priois pas; et quoiqu'elles soient
bien mauvaises, je les fais depuis ce moment exactement.</p>
<p>Madame de Choiseul<a id="footnotetag148" name="footnotetag148"></a><a href="#footnote148" title="Go to footnote 148"><span class="smaller">[148]</span></a> n'aura votre lettre que demain, parce que ces
vilains pots<a id="footnotetag149" name="footnotetag149"></a><a href="#footnote149" title="Go to footnote 149"><span class="smaller">[149]</span></a> sont d'une inexactitude affreuse et qu'elle n'est
-arrive que trs-tard: le courrier tait parti. Adieu, mon c&oelig;ur;
-j'espre que vous avez un peu d'amiti pour moi: cela me feroit bien
+arrivée que très-tard: le courrier était parti. Adieu, mon c&oelig;ur;
+j'espère que vous avez un peu d'amitié pour moi: cela me feroit bien
plaisir, vous aimant beaucoup. Je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -14576,60 +14531,60 @@ plaisir, vous aimant beaucoup. Je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page381" name="page381"></a>(p. 381)</span> IV<br>
<span class="smaller">A MADAME MARIE DE CAUSANS.</span></h3>
-<p class="date">14 dcembre 1785.</p>
+<p class="date">14 décembre 1785.</p>
-<p>Votre lettre m'a touche, mon c&oelig;ur, un point que je ne puis
-rendre que foiblement: la rsignation et le courage de votre mre, son
-dsir de recevoir encore Celui qui lui donne la paix et la
-tranquillit, l'tat o vous tes, tout ce que vous me dites, m'a mue
- un point extrme. J'ai t bien attendrie de son souvenir, je vous
-l'ai dj dit, mon c&oelig;ur; mais je ne puis trop le rpter: c'est une
+<p>Votre lettre m'a touchée, mon c&oelig;ur, à un point que je ne puis
+rendre que foiblement: la résignation et le courage de votre mère, son
+désir de recevoir encore Celui qui lui donne la paix et la
+tranquillité, l'état où vous êtes, tout ce que vous me dites, m'a émue
+à un point extrême. J'ai été bien attendrie de son souvenir, je vous
+l'ai déjà dit, mon c&oelig;ur; mais je ne puis trop le répéter: c'est une
vraie peine pour moi de ne pouvoir la soigner. Si je n'avois pas
-craint de l'mouvoir, j'aurois au moins t la voir; mais je me suis
-refus cette consolation. Mais, mon c&oelig;ur, si elle marquoit le
-moindre dsir que j'y allasse, j'espre que vous me le manderiez, et
+craint de l'émouvoir, j'aurois au moins été la voir; mais je me suis
+refusé cette consolation. Mais, mon c&oelig;ur, si elle marquoit le
+moindre désir que j'y allasse, j'espère que vous me le manderiez, et
que vous n'auriez nulle crainte de me faire voir un spectacle aussi
-touchant: il ne pourroit que m'difier. Cependant, ne faites point
-natre ce dsir: il seroit trop dangereux s'il ne venoit point d'elle.</p>
+touchant: il ne pourroit que m'édifier. Cependant, ne faites point
+naître ce désir: il seroit trop dangereux s'il ne venoit point d'elle.</p>
<p>Il seroit bien difficile que vous ayez des consolations sensibles dans
-le moment o vous tes; mais votre rsignation vous en attirera; et si
+le moment où vous êtes; mais votre résignation vous en attirera; et si
vous voulez bien vous examiner, mon c&oelig;ur, le calme que vous
-ressentiez ce matin ne vient-il pas de Dieu, peut-tre mme de la
+ressentiez ce matin ne vient-il pas de Dieu, peut-être même de la
lecture que vous avez faite cette nuit, qui ne vous a point fait effet
-dans le moment, mais qui a grav dans votre c&oelig;ur les vrits
+dans le moment, mais qui a gravé dans votre c&oelig;ur les vérités
qu'elle contient, et dont vous vous faites l'application sans vous en
-douter? Croyez que Dieu a beau avoir l'air svre, il est toujours
-plein de misricorde pour ceux qui le servent fidlement. Ne
+douter? Croyez que Dieu a beau avoir l'air sévère, il est toujours
+plein de miséricorde pour ceux qui le servent fidèlement. Ne
recherchez point des consolations dans ce moment, ce ne seroit pas le
moyen d'en obtenir; contentez-vous de continuer, comme vous faites,
-<span class="pagenum"><a id="page382" name="page382"></a>(p. 382)</span> lui offrir tous moments vos peines et le sacrifice qu'il
-exige peut-tre de vous. Regardez en mme temps tout ce qui peut tre
-un sujet de consolation: jugez votre malheur d'aprs celui des autres,
-et vous verrez encore que vous tes moins plaindre que vos s&oelig;urs.
-Vous jouissez au moins des derniers moments o vous pouvez voir,
-entendre votre mre, et lui rendre tous les soins que votre c&oelig;ur
+<span class="pagenum"><a id="page382" name="page382"></a>(p. 382)</span> à lui offrir à tous moments vos peines et le sacrifice qu'il
+exige peut-être de vous. Regardez en même temps tout ce qui peut être
+un sujet de consolation: jugez votre malheur d'après celui des autres,
+et vous verrez encore que vous êtes moins à plaindre que vos s&oelig;urs.
+Vous jouissez au moins des derniers moments où vous pouvez voir,
+entendre votre mère, et lui rendre tous les soins que votre c&oelig;ur
vous dicte; au lieu qu'elles joindront au malheur de ne la plus voir
-celui de ne l'avoir pas vue jusqu'au dernier moment. Que cette ide
-vous fasse supporter votre peine, sans vous pntrer de celle venir
-des autres. Raigecourt ne saura pas de sitt nos inquitudes; je
+celui de ne l'avoir pas vue jusqu'au dernier moment. Que cette idée
+vous fasse supporter votre peine, sans vous pénétrer de celle à venir
+des autres. Raigecourt ne saura pas de sitôt nos inquiétudes; je
prierai madame de Lastic de me mander quand elle voudra revenir, pour
-que vous y envoyiez quelqu'un. On ne m'avoit point mand qu'elle ft
-inquite et agite, mais qu'elle parloit souvent de son fils, et qu'on
-la distrayoit de cette ide. Je n'en suis pas fche; cela prouve
-qu'elle recouvre toutes ses facults. Le pauvre cur qui a eu la
-btise de lui dire, en a, dit-on, une attaque de chagrin. Je suis bien
-aise pour votre mre, et pour vous surtout, que l'abb Lenfant<a id="footnotetag150" name="footnotetag150"></a><a href="#footnote150" title="Go to footnote 150"><span class="smaller">[150]</span></a>
+que vous y envoyiez quelqu'un. On ne m'avoit point mandé qu'elle fût
+inquiète et agitée, mais qu'elle parloit souvent de son fils, et qu'on
+la distrayoit de cette idée. Je n'en suis pas fâchée; cela prouve
+qu'elle recouvre toutes ses facultés. Le pauvre curé qui a eu la
+bêtise de lui dire, en a, dit-on, une attaque de chagrin. Je suis bien
+aise pour votre mère, et pour vous surtout, que l'abbé Lenfant<a id="footnotetag150" name="footnotetag150"></a><a href="#footnote150" title="Go to footnote 150"><span class="smaller">[150]</span></a>
soit <span class="pagenum"><a id="page383" name="page383"></a>(p. 383)</span> venu; il vous aura fait du bien par sa morale et sa
-douceur, qui prche aussi bien que lui.</p>
+douceur, qui prêche aussi bien que lui.</p>
-<p>J'espre, mon c&oelig;ur, que vous serez convaincue que dans tous les
-temps vous trouverez en moi une amie prte vous rendre tous les
-services que cette mme amiti exigera, et que je n'oublierai jamais
-celle que votre mre veut bien avoir pour moi, qui en suis peut-tre
+<p>J'espère, mon c&oelig;ur, que vous serez convaincue que dans tous les
+temps vous trouverez en moi une amie prête à vous rendre tous les
+services que cette même amitié exigera, et que je n'oublierai jamais
+celle que votre mère veut bien avoir pour moi, qui en suis peut-être
digne par le prix que j'y attache et le tendre retour dont je la paye.
-Je vous embrasse mille fois de tout mon c&oelig;ur. J'espre que vous ne
-montrez mes lettres personne: elles ne sont bonnes que pour vous,
+Je vous embrasse mille fois de tout mon c&oelig;ur. J'espère que vous ne
+montrez mes lettres à personne: elles ne sont bonnes que pour vous,
qui voulez bien les souffrir.</p>
<hr class="hr30">
@@ -14637,58 +14592,58 @@ qui voulez bien les souffrir.</p>
<h3>V<br>
<span class="smaller">A MADAME MARIE DE CAUSANS.</span></h3>
-<p class="note">[Cette lettre est crite au commencement de l'anne 1786, aprs
- la rception de celle qui annonait la mort de madame de Causans,
- arrive le 5 janvier 1786.]</p>
-
-<p>Votre lettre m'a pntre, mon c&oelig;ur, et d'admiration et de douleur.
-Oui, certainement, votre mre jouissoit dj du bonheur qui lui est
-rserv: il est impossible de n'tre pas consol de la voir pntre
-de l'amour de Dieu et du dsir de le possder jamais. Vous tes bien
-heureuse, mon c&oelig;ur, d'avoir aussi bien profit des exemples d'un
-aussi bon modle. Dieu vous en rcompensera, en vous accordant les
-grces dont vous avez besoin dans cette occasion. Ayez confiance en
+<p class="note">[Cette lettre est écrite au commencement de l'année 1786, après
+ la réception de celle qui annonçait la mort de madame de Causans,
+ arrivée le 5 janvier 1786.]</p>
+
+<p>Votre lettre m'a pénétrée, mon c&oelig;ur, et d'admiration et de douleur.
+Oui, certainement, votre mère jouissoit déjà du bonheur qui lui est
+réservé: il est impossible de n'être pas consolé de la voir pénétrée
+de l'amour de Dieu et du désir de le posséder à jamais. Vous êtes bien
+heureuse, mon c&oelig;ur, d'avoir aussi bien profité des exemples d'un
+aussi bon modèle. Dieu vous en récompensera, en vous accordant les
+grâces dont vous avez besoin dans cette occasion. Ayez confiance en
lui, mon c&oelig;ur: il n'abandonnera ni votre s&oelig;ur ni vous, et lui
-donnera la force de soutenir cet assaut. Votre frre mandera madame
+donnera la force de soutenir cet assaut. Votre frère mandera à madame
de Lastic ce qu'il voudra qu'elle fasse: elle pense qu'il faut
-attendre, <span class="pagenum"><a id="page384" name="page384"></a>(p. 384)</span> pour commencer lui dire que votre mre est
-malade, qu'elle soit retourne et l'amener Versailles, sans lui rien
-dire de plus, pour viter qu'elle retombe malade l-bas. Lorsqu'elle
-le saura, il me semble que rien ne peut vous empcher de venir la
-voir. Cependant je vous prie de ne pas le faire sans que les mdecins
-aient dcid qu'il n'y a pas d'inconvnients. Et soyez sre que nous
-hterons ce moment le plus que nous pourrons pour la consolation des
-deux, car je ne doute pas qu'elle ne le dsire beaucoup.</p>
-
-<p>Vous n'avez pas besoin de la prier de se souvenir de vous. Soyez sre,
+attendre, <span class="pagenum"><a id="page384" name="page384"></a>(p. 384)</span> pour commencer à lui dire que votre mère est
+malade, qu'elle soit retournée et l'amener à Versailles, sans lui rien
+dire de plus, pour éviter qu'elle retombe malade là-bas. Lorsqu'elle
+le saura, il me semble que rien ne peut vous empêcher de venir la
+voir. Cependant je vous prie de ne pas le faire sans que les médecins
+aient décidé qu'il n'y a pas d'inconvénients. Et soyez sûre que nous
+hâterons ce moment le plus que nous pourrons pour la consolation des
+deux, car je ne doute pas qu'elle ne le désire beaucoup.</p>
+
+<p>Vous n'avez pas besoin de la prier de se souvenir de vous. Soyez sûre,
mon c&oelig;ur, qu'elle ne cessera de veiller sur ses enfants, et de
demander tout ce qui leur sera utile: aussi suis-je bien
reconnoissante que vous m'ayez mise du nombre. Je redoute, comme vous,
-ces foiblesses qui vous ont effraye: il faut mettre, son exemple,
-nos craintes et nos dsirs au pied du crucifix; lui seul peut nous
-apprendre supporter les preuves auxquelles le Ciel nous destine.
-C'est l le livre des livres, mon c&oelig;ur: lui seul lve et console
-l'me afflige. Dieu toit innocent, et il a souffert plus que nous ne
+ces foiblesses qui vous ont effrayée: il faut mettre, à son exemple,
+nos craintes et nos désirs au pied du crucifix; lui seul peut nous
+apprendre à supporter les épreuves auxquelles le Ciel nous destine.
+C'est là le livre des livres, mon c&oelig;ur: lui seul élève et console
+l'âme affligée. Dieu étoit innocent, et il a souffert plus que nous ne
pourrons jamais souffrir et dans notre c&oelig;ur et dans notre corps: ne
-devons-[nous] pas nous trouver heureuses d'tre aussi intimement unies
- Celui qui a tout fait pour nous? Que cette ide nous encourage, mon
-c&oelig;ur, nous fortifie! Il y a de cruels moments passer dans la vie;
-mais c'est pour arriver un bien prcieux pour quiconque est un peu
-pntr d'amour de Dieu: et qui sait si nous n'y serons pas bientt,
-cet instant redout de tant de personnes, et si dsir de votre mre!
-Tchons de mriter qu'il soit aussi calme et aussi exemplaire.</p>
-
-<p>Quoique je vous exhorte, mon c&oelig;ur, la rsignation, je puis vous
-assurer que je suis bien loin de l'tre et pntre des grandes
-vrits dont je vous parle.</p>
-
-<p>Je n'ai point envoy Loustonneau Fontainebleau; c'est lui qui, par
-amiti pour votre s&oelig;ur, y a t: il reviendra <span class="pagenum"><a id="page385" name="page385"></a>(p. 385)</span> demain,
-l'aprs-midi. Adieu, mon c&oelig;ur; j'espre que vous tes convaincue de
-l'amiti que j'ai pour vous, et que je n'ai pas besoin de vous
+devons-[nous] pas nous trouver heureuses d'être aussi intimement unies
+à Celui qui a tout fait pour nous? Que cette idée nous encourage, mon
+c&oelig;ur, nous fortifie! Il y a de cruels moments à passer dans la vie;
+mais c'est pour arriver à un bien précieux pour quiconque est un peu
+pénétré d'amour de Dieu: et qui sait si nous n'y serons pas bientôt, à
+cet instant redouté de tant de personnes, et si désiré de votre mère!
+Tâchons de mériter qu'il soit aussi calme et aussi exemplaire.</p>
+
+<p>Quoique je vous exhorte, mon c&oelig;ur, à la résignation, je puis vous
+assurer que je suis bien loin de l'être et pénétrée des grandes
+vérités dont je vous parle.</p>
+
+<p>Je n'ai point envoyé Loustonneau à Fontainebleau; c'est lui qui, par
+amitié pour votre s&oelig;ur, y a été: il reviendra <span class="pagenum"><a id="page385" name="page385"></a>(p. 385)</span> demain,
+l'après-midi. Adieu, mon c&oelig;ur; j'espère que vous êtes convaincue de
+l'amitié que j'ai pour vous, et que je n'ai pas besoin de vous
l'assurer davantage.</p>
-<p>Si vous allez Suzy, vous continuerez m'crire, lorsque vous en
+<p>Si vous allez à Suzy, vous continuerez à m'écrire, lorsque vous en
aurez envie et besoin. Je n'en sais plus l'adresse. Je vous embrasse
de tout mon c&oelig;ur.</p>
@@ -14699,63 +14654,63 @@ de tout mon c&oelig;ur.</p>
<p>Ce 10 avril 1786.</p>
-<p>Enfin, mon c&oelig;ur, cette lettre vous trouvera Paris. Je suis une
-bien ingrate crature: vous tes si gnreuse dans vos sacrifices,
-qu'il est indigne moi de vous parler du bonheur que j'prouve de
-sentir votre s&oelig;ur plus prs de moi. Je voudrois bien tre dj au
-mardi de Pques: cela n'est pas trop bien; car cette semaine est bien
+<p>Enfin, mon c&oelig;ur, cette lettre vous trouvera à Paris. Je suis une
+bien ingrate créature: vous êtes si généreuse dans vos sacrifices,
+qu'il est indigne à moi de vous parler du bonheur que j'éprouve de
+sentir votre s&oelig;ur plus près de moi. Je voudrois bien être déjà au
+mardi de Pâques: cela n'est pas trop bien; car cette semaine est bien
bonne, bien sainte, bien capable de renouveler en nous cette ferveur
-qui a tant de penchant se refroidir. Vous serez peut-tre afflige
-de vous retrouver Paris, et vous le serez surtout d'entrer
+qui a tant de penchant à se refroidir. Vous serez peut-être affligée
+de vous retrouver à Paris, et vous le serez surtout d'entrer à
Bellechasse: cela est parfaitement simple; mais, mon c&oelig;ur, vous
-tes destine y vivre; il faut vous y rendre heureuse; et pour cela
-il faut vous faire un plan de vie tout occupe, o le monde n'entre
-pour rien, dont rien ne vous drange, que vous suiviez du moment mme
-o vous aurez mis le pied dans le couvent. Vous allez me trouver bien
-svre; mais, mon c&oelig;ur, l'homme est si foible, que ncessairement
-il se relche toujours dans ses bonnes rsolutions; et vous seriez
-bien tonne si, ne vous ayant pas force dans le commencement, malgr
-tout ce que vous vous tes promis, de dcouvrir, au bout de deux mois,
+êtes destinée à y vivre; il faut vous y rendre heureuse; et pour cela
+il faut vous faire un plan de vie tout occupée, où le monde n'entre
+pour rien, dont rien ne vous dérange, que vous suiviez du moment même
+où vous aurez mis le pied dans le couvent. Vous allez me trouver bien
+sévère; mais, mon c&oelig;ur, l'homme est si foible, que nécessairement
+il se relâche toujours dans ses bonnes résolutions; et vous seriez
+bien étonnée si, ne vous ayant pas forcée dans le commencement, malgré
+tout ce que vous vous êtes promis, de découvrir, au bout de deux mois,
que vous n'avez pas suivi votre plan, et que vous avez une peine
-presque insurmontable vous y remettre! Je vous en parle par
-exprience: j'ai t trs-dissipe <span class="pagenum"><a id="page386" name="page386"></a>(p. 386)</span> cette anne; le voyage de
-Saint-Cloud, et mme l't, m'avoient absolument t le got de la vie
-presque solitaire que je mne. Je m'ennuyois, je me dplaisois chez
-moi; et enfin, si une grce particulire ne ft venue m'aider,
-j'aurois peut-tre fini par har parfaitement la vie tranquille et
+presque insurmontable à vous y remettre! Je vous en parle par
+expérience: j'ai été très-dissipée <span class="pagenum"><a id="page386" name="page386"></a>(p. 386)</span> cette année; le voyage de
+Saint-Cloud, et même l'été, m'avoient absolument ôté le goût de la vie
+presque solitaire que je mène. Je m'ennuyois, je me déplaisois chez
+moi; et enfin, si une grâce particulière ne fût venue m'aider,
+j'aurois peut-être fini par haïr parfaitement la vie tranquille et
douce, loin du tumulte de ce monde, qui n'a que trop de charmes pour
-un c&oelig;ur qui craint de rentrer en lui-mme et de se voir tel qu'il
-est. Vous tes, Dieu merci, loin de cet tat; mais vous avouez
-vous-mme que vous aimeriez le monde, le spectacle: vous n'y tes pas
-destine; votre tat, votre ge, vos principes, les ordres de votre
-mre. Il faut donc viter tout ce qui peut vous faire sentir ce vide,
+un c&oelig;ur qui craint de rentrer en lui-même et de se voir tel qu'il
+est. Vous êtes, Dieu merci, loin de cet état; mais vous avouez
+vous-même que vous aimeriez le monde, le spectacle: vous n'y êtes pas
+destinée; votre état, votre âge, vos principes, les ordres de votre
+mère. Il faut donc éviter tout ce qui peut vous faire sentir ce vide,
cet abandon, ce besoin que votre c&oelig;ur a d'attachements, toutes
-armes dont le dmon se sert et dont il se servira avec bien plus de
-force et de malice dans le moment o vous quitterez votre s&oelig;ur. Il
+armes dont le démon se sert et dont il se servira avec bien plus de
+force et de malice dans le moment où vous quitterez votre s&oelig;ur. Il
faut user de votre courage, mon c&oelig;ur, de votre religion. Vous avez
le bonheur d'avoir un confesseur en qui vous pouvez avoir toute
confiance; c'est un grand don du Ciel: profitez-en: ouvrez-lui votre
-c&oelig;ur sans aucune rserve; la plus petite vous priveroit peut-tre
-de bien des grces; et quel soulagement n'prouve-t-on pas de pouvoir
-verser toutes ses peines dans le sein d'un ami sincre, clair, qui
-vous prsentera toujours le vritable remde, qui vous entendra
-parfaitement lorsque vous lui parlerez de votre mre, de vos regrets,
-des lumires que vous trouviez en elle et qui vous manquent
+c&oelig;ur sans aucune réserve; la plus petite vous priveroit peut-être
+de bien des grâces; et quel soulagement n'éprouve-t-on pas de pouvoir
+verser toutes ses peines dans le sein d'un ami sincère, éclairé, qui
+vous présentera toujours le véritable remède, qui vous entendra
+parfaitement lorsque vous lui parlerez de votre mère, de vos regrets,
+des lumières que vous trouviez en elle et qui vous manquent
maintenant; qui vous rappellera les grands exemples qu'elle vous a
-donns toute sa vie!</p>
+donnés toute sa vie!</p>
-<p>J'ai fait mes pques ce matin; je me suis remis la mmoire une
-certaine semaine sainte que j'ai passe avec votre mre. Que nous
-tions heureuses! jamais je n'en passerai de pareille. Mais elle m'a
-promis que je persvrerois; elle en sera la cause: ses exemples
-pendant sa vie, cette dernire parole, la lettre qu'elle m'a crite,
+<p>J'ai fait mes pâques ce matin; je me suis remis à la mémoire une
+certaine semaine sainte que j'ai passée avec votre mère. Que nous
+étions heureuses! jamais je n'en passerai de pareille. Mais elle m'a
+promis que je persévérerois; elle en sera la cause: ses exemples
+pendant sa vie, cette dernière parole, la lettre qu'elle m'a écrite,
tout me <span class="pagenum"><a id="page387" name="page387"></a>(p. 387)</span> donne de la confiance. Vous lui avez dit de me
regarder au nombre de ses enfants: ah! j'y suis bien de c&oelig;ur, car
je l'aimois bien tendrement. Mais j'ai peur de vous attendrir en vous
-rappelant un souvenir aussi touchant que pnible pour votre c&oelig;ur.
-Je me suis laisse aller au dsir du mien en parlant d'un objet aussi
-intressant pour l'un que pour l'autre: n'en parlez pas votre
-s&oelig;ur; sa sant exige plus de mnagement. Pardon aussi de mon
+rappelant un souvenir aussi touchant que pénible pour votre c&oelig;ur.
+Je me suis laissée aller au désir du mien en parlant d'un objet aussi
+intéressant pour l'un que pour l'autre: n'en parlez pas à votre
+s&oelig;ur; sa santé exige plus de ménagement. Pardon aussi de mon
sermon.</p>
<hr class="hr30">
@@ -14763,20 +14718,20 @@ sermon.</p>
<h3>VII<br>
<span class="smaller">A LA MARQUISE DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Samedi [vraisemblablement de l'anne 1786].</p>
+<p class="date">Samedi [vraisemblablement de l'année 1786].</p>
-<p>Je possde au monde deux amies, et elles sont toutes deux loin de moi.
-Cela est trop pnible: il faut absolument que l'une de vous revienne.
-Si vous ne revenez pas, j'irai Saint-Cyr sans vous, et je me
-vengerai encore en mariant notre protge sans vous. Mon c&oelig;ur est
+<p>Je possède au monde deux amies, et elles sont toutes deux loin de moi.
+Cela est trop pénible: il faut absolument que l'une de vous revienne.
+Si vous ne revenez pas, j'irai à Saint-Cyr sans vous, et je me
+vengerai encore en mariant notre protégée sans vous. Mon c&oelig;ur est
plein du bonheur de cette pauvre enfant qui pleure de joie, et vous
-n'tes pas l! J'ai visit deux autres familles pauvres sans vous!
-J'ai pri Dieu sans vous! Mais j'ai pri pour vous, car vous avez
-besoin de sa grce, et j'ai besoin qu'il vous touche, vous qui
+n'êtes pas là! J'ai visité deux autres familles pauvres sans vous!
+J'ai prié Dieu sans vous! Mais j'ai prié pour vous, car vous avez
+besoin de sa grâce, et j'ai besoin qu'il vous touche, vous qui
m'abandonnez. Je ne sais pas comment cela se fait, je vous aime
cependant toujours tendrement.</p>
-<p class="authorsc">lisabeth-Marie.</p>
+<p class="authorsc">Élisabeth-Marie.</p>
<hr class="hr30">
@@ -14785,80 +14740,80 @@ cependant toujours tendrement.</p>
<p class="date">Ce 27 novembre 1786.</p>
-<p>Tu vois que je t'obis, mon enfant, car me voil encore. Tu me gtes;
-tu m'cris bien exactement, cela me fait bien plaisir; mais j'ai peur
-que tu ne te fasses mal la tte. Il <span class="pagenum"><a id="page388" name="page388"></a>(p. 388)</span> faut te mnager. Je
-prche contre mon intrt, car je suis bien heureuse lorsque je
-reconnois ton criture; mais je t'aime, et j'aime mieux la sant que
+<p>Tu vois que je t'obéis, mon enfant, car me voilà encore. Tu me gâtes;
+tu m'écris bien exactement, cela me fait bien plaisir; mais j'ai peur
+que tu ne te fasses mal à la tête. Il <span class="pagenum"><a id="page388" name="page388"></a>(p. 388)</span> faut te ménager. Je
+prêche contre mon intérêt, car je suis bien heureuse lorsque je
+reconnois ton écriture; mais je t'aime, et j'aime mieux la santé que
tout. Je suis bien aise que tu souffres mon bavardage avec tant de
-patience. Tu dis que Fontainebleau ne m'a pas gte, j'aime le
-croire. Tu trouveras peut-tre cette phrase un peu orgueilleuse; mais
+patience. Tu dis que Fontainebleau ne m'a pas gâtée, j'aime à le
+croire. Tu trouveras peut-être cette phrase un peu orgueilleuse; mais
je t'assure, mon c&oelig;ur, que je suis pourtant loin de croire que je
-puisse en rester l. Je sens que j'ai encore bien du chemin faire
-pour tre bien selon Dieu. Le monde juge bien lgrement, et sur peu
-de chose il vous tablit une bonne ou mauvaise rputation. Il n'en est
-pas ainsi de Dieu: il ne vous juge que sur l'intrieur; et plus l'on
-en impose au dehors, plus il sera svre pour le dedans. Je lisois
-l'autre jour un discours de l'abb Asselin<a id="footnotetag151" name="footnotetag151"></a><a href="#footnote151" title="Go to footnote 151"><span class="smaller">[151]</span></a>, sur la ncessit de
-se sanctifier, chacun dans l'tat o le Ciel l'a plac; je vous
-assure, mon c&oelig;ur, qu'il fait frmir pour ceux qui disent: Je veux
-tre bien, mais je n'ai pas la prtention d'tre saint. Il relve
-cela avec une force qui en prouve le ridicule d'une manire o il n'y
-a rien rpliquer. En tout, ce livre est superbe. Je suis fche de
-ne l'avoir pas connu avant ton dpart, car je suis sre qu'il t'auroit
-fait plaisir. Je ne sais si je t'ai dit que tu m'avois redonn du zle
-pour l'abb Nollet. Je vais le reprendre avec un peu plus de suite.
-J'aimerai m'occuper de ta science favorite<a id="footnotetag152" name="footnotetag152"></a><a href="#footnote152" title="Go to footnote 152"><span class="smaller">[152]</span></a>; mais je n'espre
-pas y russir comme toi:&mdash;Souvent mon esprit est ailleurs.</p>
-
-<p>Je suis convaincue de ce que tu me mandes de tes succs: <span class="pagenum"><a id="page389" name="page389"></a>(p. 389)</span> tu
-es faite pour en avoir. Si en France on a le mauvais got de ne pas
-admirer ta grce, au moins tu as la consolation de savoir que l'on
-t'aime pour de meilleures raisons. Je ne serois pas fche que la
-ncessit de faire des frais et de te rendre aimable te donne un peu
-plus d'habitude du monde, quoique tu aies ce qu'il faut pour y tre
-bien, et qu'en effet tu y sois trs-joliment. Un peu plus d'habitude
+puisse en rester là. Je sens que j'ai encore bien du chemin à faire
+pour être bien selon Dieu. Le monde juge bien légèrement, et sur peu
+de chose il vous établit une bonne ou mauvaise réputation. Il n'en est
+pas ainsi de Dieu: il ne vous juge que sur l'intérieur; et plus l'on
+en impose au dehors, plus il sera sévère pour le dedans. Je lisois
+l'autre jour un discours de l'abbé Asselin<a id="footnotetag151" name="footnotetag151"></a><a href="#footnote151" title="Go to footnote 151"><span class="smaller">[151]</span></a>, sur la nécessité de
+se sanctifier, chacun dans l'état où le Ciel l'a placé; je vous
+assure, mon c&oelig;ur, qu'il fait frémir pour ceux qui disent: «Je veux
+être bien, mais je n'ai pas la prétention d'être saint.» Il relève
+cela avec une force qui en prouve le ridicule d'une manière où il n'y
+a rien à répliquer. En tout, ce livre est superbe. Je suis fâchée de
+ne l'avoir pas connu avant ton départ, car je suis sûre qu'il t'auroit
+fait plaisir. Je ne sais si je t'ai dit que tu m'avois redonné du zèle
+pour l'abbé Nollet. Je vais le reprendre avec un peu plus de suite.
+J'aimerai à m'occuper de ta science favorite<a id="footnotetag152" name="footnotetag152"></a><a href="#footnote152" title="Go to footnote 152"><span class="smaller">[152]</span></a>; mais je n'espère
+pas y réussir comme toi:&mdash;Souvent mon esprit est ailleurs.</p>
+
+<p>Je suis convaincue de ce que tu me mandes de tes succès: <span class="pagenum"><a id="page389" name="page389"></a>(p. 389)</span> tu
+es faite pour en avoir. Si en France on a le mauvais goût de ne pas
+admirer ta grâce, au moins tu as la consolation de savoir que l'on
+t'aime pour de meilleures raisons. Je ne serois pas fâchée que la
+nécessité de faire des frais et de te rendre aimable te donne un peu
+plus d'habitude du monde, quoique tu aies ce qu'il faut pour y être
+bien, et qu'en effet tu y sois très-joliment. Un peu plus d'habitude
ne te fera pas de mal. Je suis bien insolente ou bien mondaine,
-n'est-il pas vrai, mon c&oelig;ur? Tu me pardonnes, j'espre, le premier,
-et tu ne crois pas au second. Ne va pourtant pas prendre les manires
-portugaises. Elles peuvent tre parfaites, mais j'aime que tu ne te
-formes pas sur elles. Tu es bien bte d'avoir eu peur tes audiences,
-puisque ton compliment toit fait. Je trouve qu'il n'est embarrassant
-de parler que lorsque l'on ne s'est pas fait un discours. toit-il de
+n'est-il pas vrai, mon c&oelig;ur? Tu me pardonnes, j'espère, le premier,
+et tu ne crois pas au second. Ne va pourtant pas prendre les manières
+portugaises. Elles peuvent être parfaites, mais j'aime que tu ne te
+formes pas sur elles. Tu es bien bête d'avoir eu peur à tes audiences,
+puisque ton compliment étoit fait. Je trouve qu'il n'est embarrassant
+de parler que lorsque l'on ne s'est pas fait un discours. Étoit-il de
toi? J'ai bien ri de ton <i>molto obligato</i>: cela tient beaucoup de
l'<em>effecticement</em> de ton cher cousin.</p>
-<p>J'ai bien envie de savoir des nouvelles de Charles. S'il toit ici et
-que tu t'avisasses d'tre inquite, je me moquerois bien de toi. Aussi
+<p>J'ai bien envie de savoir des nouvelles de Charles. S'il étoit ici et
+que tu t'avisasses d'être inquiète, je me moquerois bien de toi. Aussi
ne le suis-je pas; mais je voudrois que tu dormisses; rien n'est plus
sain pour toi.</p>
-<p>Je suis Montreuil depuis neuf heures; il fait un temps charmant. Je
-me suis promene avec R...<a id="footnotetag153" name="footnotetag153"></a><a href="#footnote153" title="Go to footnote 153"><span class="smaller">[153]</span></a> pendant une heure presque trois
-quarts. Lastic est reste avec Amde, qui est grandie et embellie que
-c'est incroyable. Madame d'Albert de Rioms vient dner chez moi, ce
+<p>Je suis à Montreuil depuis neuf heures; il fait un temps charmant. Je
+me suis promenée avec R...<a id="footnotetag153" name="footnotetag153"></a><a href="#footnote153" title="Go to footnote 153"><span class="smaller">[153]</span></a> pendant une heure presque trois
+quarts. Lastic est restée avec Amédée, qui est grandie et embellie que
+c'est incroyable. Madame d'Albert de Rioms vient dîner chez moi, ce
qui fait que ma lettre sera moins longue. Il faut pourtant que je te
-conte que madame du Chastelet est dame d'honneur de ma tante; aprs
-avoir bien dit qu'elle ne vouloit pas faire planche, elle a accept.
-Je trouve que c'est compltement ridicule d'avoir fait bien du bruit,
-pour finir par se soumettre la volont du Roi, qui ne veut pas la
-titrer, car voil ce qui lui tenoit au c&oelig;ur. On est malheureux
-d'tre ambitieux. Cela fait faire souvent <span class="pagenum"><a id="page390" name="page390"></a>(p. 390)</span> de grandes btises.
-Ton collgue me fait frmir, et je suis bien aise que M. de Bombelles
-ne soit pas tent de le prendre pour modle. A propos de lui, la
+conte que madame du Chastelet est dame d'honneur de ma tante; après
+avoir bien dit qu'elle ne vouloit pas faire planche, elle a accepté.
+Je trouve que c'est complétement ridicule d'avoir fait bien du bruit,
+pour finir par se soumettre à la volonté du Roi, qui ne veut pas la
+titrer, car voilà ce qui lui tenoit au c&oelig;ur. On est malheureux
+d'être ambitieux. Cela fait faire souvent <span class="pagenum"><a id="page390" name="page390"></a>(p. 390)</span> de grandes bêtises.
+Ton collègue me fait frémir, et je suis bien aise que M. de Bombelles
+ne soit pas tenté de le prendre pour modèle. A propos de lui, la
duchesse de Duras, que j'ai vue hier (et avec qui je suis comme un
-bijou), est un peu fche contre ton mari. Il lui avoit promis des
+bijou), est un peu fâchée contre ton mari. Il lui avoit promis des
instructions pour son fils, devoit les lui porter, ensuite les lui
-envoyer de Brest; mais il en a t comme de mon voyage, il est parti
-sans les lui donner. Elle m'en a parl d'une manire qui t'auroit
-touche, sans aucune aigreur; mais les larmes lui sont venues aux yeux
-en pensant que c'toit un moyen de moins pour prserver son fils des
-dangers auxquels il va tre expos. Que ton mari rpare bien vite avec
-toute la grce dont il est capable. Tu as bien raison, mon c&oelig;ur, de
-t'appliquer dans les commencements te vaincre; sans madame de
-Travanet, tu serois perdue si tu cdois une fois, et deux ans sont
-bien longs passer ensemble. Nous en parlerons plus amplement dans un
-autre moment. Je me dpche trop pour avoir le sens commun, et je
+envoyer de Brest; mais il en a été comme de mon voyage, il est parti
+sans les lui donner. Elle m'en a parlé d'une manière qui t'auroit
+touchée, sans aucune aigreur; mais les larmes lui sont venues aux yeux
+en pensant que c'étoit un moyen de moins pour préserver son fils des
+dangers auxquels il va être exposé. Que ton mari répare bien vite avec
+toute la grâce dont il est capable. Tu as bien raison, mon c&oelig;ur, de
+t'appliquer dans les commencements à te vaincre; sans madame de
+Travanet, tu serois perdue si tu cédois une fois, et deux ans sont
+bien longs à passer ensemble. Nous en parlerons plus amplement dans un
+autre moment. Je me dépêche trop pour avoir le sens commun, et je
griffonne trop. Adieu; ces dames t'embrassent de tout leur c&oelig;ur, et
moi aussi. Que n'est-ce vrai!</p>
@@ -14871,140 +14826,140 @@ moi aussi. Que n'est-ce vrai!</p>
<p class="entete">(<em>Lisez Mathieu L&oelig;nsberg</em><a id="footnotetag154" name="footnotetag154"></a><a href="#footnote154" title="Go to footnote 154"><span class="smaller">[154]</span></a>.)</p>
-<p>M. de Calonne est renvoy d'hier; sa malversation est si prouve, que
-le Roi s'y est dcid, et que je ne crains pas de te mander la joie
+<p>M. de Calonne est renvoyé d'hier; sa malversation est si prouvée, que
+le Roi s'y est décidé, et que je ne crains pas de te mander la joie
excessive que j'en ressens et que tout le monde partage. Il a eu ordre
-de rester Versailles jusqu'au moment o son successeur sera nomm,
+de rester à Versailles jusqu'au moment où son successeur sera nommé,
pour lui rendre compte des affaires et de ses projets. On vient de
-<span class="pagenum"><a id="page391" name="page391"></a>(p. 391)</span> me mander que c'toit M. de Fourqueux qui le remplace. On me
-mande aussi que M. le Garde des sceaux est renvoy, et M. de La
+<span class="pagenum"><a id="page391" name="page391"></a>(p. 391)</span> me mander que c'étoit M. de Fourqueux qui le remplace. On me
+mande aussi que M. le Garde des sceaux est renvoyé, et M. de La
Moignon a sa place. Je sais toujours si mal les nouvelles, par des
-voies si peu au fait, que je n'ose pas t'assurer ces dernires. Mais
-pour M. de Calonne, j'en suis bien sre. Une de mes amies disoit, il y
+voies si peu au fait, que je n'ose pas t'assurer ces dernières. Mais
+pour M. de Calonne, j'en suis bien sûre. Une de mes amies disoit, il y
a quelque temps, que je ne l'aimois pas, mais que dans peu je
changerois. Je ne sais si son renvoi y contribuera; il auroit fallu
-qu'il ft bien des choses pour me faire changer sur son compte. Il
-doit tre un peu inquiet sur son sort. On dit que ses amis font une
-trs-bonne contenance. Je crois que le diable n'y perd rien, et qu'ils
-sont loin d'tre satisfaits. C'est M. de Montmorin qui lui a donn son
-audience de cong. J'espre que le baron de Breteuil n'aura pas voulu
-s'en charger; cela lui feroit honneur<a id="footnotetag155" name="footnotetag155"></a><a href="#footnote155" title="Go to footnote 155"><span class="smaller">[155]</span></a>. L'Assemble continuera
-comme auparavant et sur les mmes plans. Les Notables parleront avec
-plus de libert, quoiqu'ils ne s'en gnassent gure, et j'espre qu'il
-en rsultera du bien. Mon frre a de si bonnes intentions, il dsire
-tant le bien, de rendre ses peuples heureux; il s'est conserv si pur,
-qu'il est impossible que Dieu ne bnisse pas toutes ses bonnes
-qualits par de grands succs. Il a fait ses pques aujourd'hui. Dieu
-l'aura encourag, lui aura fait connotre la bonne voie: j'espre
-beaucoup. Dans son compliment, le prdicateur l'a infiniment encourag
- prendre conseil de son c&oelig;ur. Il avoit bien raison, car il est
-bien bon et bien suprieur toute la Cour runie. J'ai l'air d'une
-vraie campagnarde; je te dis que l'on m'a mand tout cela, c'est que
-je suis Montreuil depuis midi. J'ai t vpres la paroisse.
-Elles sont aussi longues que l'anne passe, et <span class="pagenum"><a id="page392" name="page392"></a>(p. 392)</span> ton cher
-vicaire chante l'<i>O filii</i> d'une manire aussi agrable. Des Es. a
-pens clater, et moi de mme.</p>
-
-<p>Je suis au dsespoir du sacrifice que tu me fais de ton singe,
+qu'il fît bien des choses pour me faire changer sur son compte. Il
+doit être un peu inquiet sur son sort. On dit que ses amis font une
+très-bonne contenance. Je crois que le diable n'y perd rien, et qu'ils
+sont loin d'être satisfaits. C'est M. de Montmorin qui lui a donné son
+audience de congé. J'espère que le baron de Breteuil n'aura pas voulu
+s'en charger; cela lui feroit honneur<a id="footnotetag155" name="footnotetag155"></a><a href="#footnote155" title="Go to footnote 155"><span class="smaller">[155]</span></a>. L'Assemblée continuera
+comme auparavant et sur les mêmes plans. Les Notables parleront avec
+plus de liberté, quoiqu'ils ne s'en gênassent guère, et j'espère qu'il
+en résultera du bien. Mon frère a de si bonnes intentions, il désire
+tant le bien, de rendre ses peuples heureux; il s'est conservé si pur,
+qu'il est impossible que Dieu ne bénisse pas toutes ses bonnes
+qualités par de grands succès. Il a fait ses pâques aujourd'hui. Dieu
+l'aura encouragé, lui aura fait connoître la bonne voie: j'espère
+beaucoup. Dans son compliment, le prédicateur l'a infiniment encouragé
+à prendre conseil de son c&oelig;ur. Il avoit bien raison, car il est
+bien bon et bien supérieur à toute la Cour réunie. J'ai l'air d'une
+vraie campagnarde; je te dis que l'on m'a mandé tout cela, c'est que
+je suis à Montreuil depuis midi. J'ai été à vêpres à la paroisse.
+Elles sont aussi longues que l'année passée, et <span class="pagenum"><a id="page392" name="page392"></a>(p. 392)</span> ton cher
+vicaire chante l'<i>O filii</i> d'une manière aussi agréable. Des Es. a
+pensé éclater, et moi de même.</p>
+
+<p>Je suis au désespoir du sacrifice que tu me fais de ton singe,
d'autant que je ne pourrai le garder; ma tante Victoire a une peur
-affreuse de ces animaux et seroit fche peut-tre que j'en eusse un.
-Ainsi, mon c&oelig;ur, malgr toutes ses grces et la main dont il me
-vient, il faudra s'en dtacher. Si tu veux, je te le renverrai, sinon
-j'en ferai prsent M. de Gumne. J'en suis au dsespoir, je sens
-que c'est trs-maussade, que cela te contrariera beaucoup, et j'en
-suis d'autant plus fche. Ce qui me console, c'est qu' cause de tes
-enfants tu serois peut-tre oblige de t'en dfaire, parce que cela
-pourroit tre dangereux.</p>
-
-<p>Flicie devient trs-gentille, sa tache s'efface beaucoup; j'espre
-qu'elle ne parotra pas du tout. Avant ton arrive, quoique je sois
-charme du dpart de M. de Calonne, j'ai peur que la petite ne s'en
-affecte pour son pre, quoique pourtant il n'y gagne ni n'y perde, pas
-mme un protecteur.</p>
+affreuse de ces animaux et seroit fâchée peut-être que j'en eusse un.
+Ainsi, mon c&oelig;ur, malgré toutes ses grâces et la main dont il me
+vient, il faudra s'en détacher. Si tu veux, je te le renverrai, sinon
+j'en ferai présent à M. de Guéménée. J'en suis au désespoir, je sens
+que c'est très-maussade, que cela te contrariera beaucoup, et j'en
+suis d'autant plus fâchée. Ce qui me console, c'est qu'à cause de tes
+enfants tu serois peut-être obligée de t'en défaire, parce que cela
+pourroit être dangereux.</p>
+
+<p>Félicie devient très-gentille, sa tache s'efface beaucoup; j'espère
+qu'elle ne paroîtra pas du tout. Avant ton arrivée, quoique je sois
+charmée du départ de M. de Calonne, j'ai peur que la petite ne s'en
+affecte pour son père, quoique pourtant il n'y gagne ni n'y perde, pas
+même un protecteur.</p>
<p>Tu es d'une philosophie qui m'enchante, mon c&oelig;ur; tu en seras plus
-heureuse, et tu sais si je dsire de te le savoir. Je ne comprends pas
+heureuse, et tu sais si je désire de te le savoir. Je ne comprends pas
trop pourquoi tu dis que M. de C.<a id="footnotetag156" name="footnotetag156"></a><a href="#footnote156" title="Go to footnote 156"><span class="smaller">[156]</span></a> est mauvais politique; il me
semble que l'on est fort content de lui, qu'il a fait d'assez belles
-choses, et que M. de Sgur vient de faire la btise la plus pomme que
-l'on puisse voir en accompagnant l'Impratrice sur la route de
-Kherson. Elle remue terriblement, la bonne dame, ce qui me dplat
-beaucoup: je suis partisante du repos. En consquence, ce que je t'ai
-mand pour Minette n'aura, je crois, pas lieu. Ce n'toit pas un homme
-assez bien n. Pour l'autre, mon c&oelig;ur, je crois qu'il faut attendre
-comme nous avons dj fait. Il y a bien des choses voir et pour elle
-et pour moi. Car il ne suffit pas de trouver des gens qui prtent; il
+choses, et que M. de Ségur vient de faire la bêtise la plus pommée que
+l'on puisse voir en accompagnant l'Impératrice sur la route de
+Kherson. Elle remue terriblement, la bonne dame, ce qui me déplaît
+beaucoup: je suis partisante du repos. En conséquence, ce que je t'ai
+mandé pour Minette n'aura, je crois, pas lieu. Ce n'étoit pas un homme
+assez bien né. Pour l'autre, mon c&oelig;ur, je crois qu'il faut attendre
+comme nous avons déjà fait. Il y a bien des choses à voir et pour elle
+et pour moi. Car il ne suffit pas de trouver des gens qui prêtent; il
faut voir comment on rendra, et si l'on ne se <span class="pagenum"><a id="page393" name="page393"></a>(p. 393)</span> mettra pas dans
-l'impossibilit de faire d'autre chose ncessaire et pour le moins
+l'impossibilité de faire d'autre chose nécessaire et pour le moins
aussi juste. Tout cela, mon c&oelig;ur, il sera temps d'y penser quand
-j'aurai vingt-cinq ans. Jusque-l.....</p>
+j'aurai vingt-cinq ans. Jusque-là.....</p>
<hr class="hr30">
<h3>X<br>
<span class="smaller">A MADAME DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Ce 8 fvrier 1788<a id="footnotetag157" name="footnotetag157"></a><a href="#footnote157" title="Go to footnote 157"><span class="smaller">[157]</span></a>.</p>
+<p class="date">Ce 8 février 1788<a id="footnotetag157" name="footnotetag157"></a><a href="#footnote157" title="Go to footnote 157"><span class="smaller">[157]</span></a>.</p>
<p>Ta lettre me fait bien de la peine, ma petite, par l'excessive
-inquitude o tu tois de la pauvre Flicie. Tu auras su, bientt
-aprs, sa mort, et le courage de sa mre; elle va bien prsent:
+inquiétude où tu étois de la pauvre Félicie. Tu auras su, bientôt
+après, sa mort, et le courage de sa mère; elle va bien à présent:
l'enfant qu'elle va avoir la distraira de la perte qu'elle a faite,
-surtout nourrissant. Elle t'aura srement mand que tous les avis de
-ce pays toient contre, et que c'est un mdecin de Stuttgard qui l'a
-dcide; j'ai peur qu'elle n'ait pas tout fait raison. Cependant
-comme elle mnera une vie plus calme qu' sa premire nourriture,
+surtout nourrissant. Elle t'aura sûrement mandé que tous les avis de
+ce pays étoient contre, et que c'est un médecin de Stuttgard qui l'a
+décidée; j'ai peur qu'elle n'ait pas tout à fait raison. Cependant
+comme elle mènera une vie plus calme qu'à sa première nourriture,
l'enfant pourra devenir plus fort. Je crois qu'elle ne me pardonneroit
pas si elle savoit ce que je pense sur cela. Je voudrois bien que tu
-eusses le temps de la voir un peu avant son dpart. Je ne t'avois
-point parl de la maladie de Flicie, parce que ta mre toit Paris,
+eusses le temps de la voir un peu avant son départ. Je ne t'avois
+point parlé de la maladie de Félicie, parce que ta mère étoit à Paris,
et que je ne savois pas ce que l'on te mandoit, ce qui a fait que je
-ne t'ai pas crit aussi la premire poste aprs sa mort.</p>
+ne t'ai pas écrit aussi la première poste après sa mort.</p>
-<p>J'ai montr ta mre ce que tu me marques pour ton logement; je
+<p>J'ai montré à ta mère ce que tu me marques pour ton logement; je
voudrois que tu eusses celui de la Chapelle, mais il ne te convient
-pas, ce que l'on te dit, et puis il est bien un peu cher, je crois
-qu'il va cinq mille livres; mais il a l'agrment d'tre le plus prs
-de la pice du Dragon, quoiqu'il y ait une trs-petite rue passer;
-enfin, ta mre, ton frre, la Chapelle, amies et Raigecourt, s'en
+pas, à ce que l'on te dit, et puis il est bien un peu cher, je crois
+qu'il va à cinq mille livres; mais il a l'agrément d'être le plus près
+de la pièce du Dragon, quoiqu'il y ait une très-petite rue à passer;
+enfin, ta mère, ton frère, la Chapelle, amies et Raigecourt, s'en
<span class="pagenum"><a id="page394" name="page394"></a>(p. 394)</span> occupent tant qu'ils peuvent; ainsi, si tu n'es pas bien
-loge, ce sera faute de s'entendre, plutt que manque de s'en occuper.</p>
+logée, ce sera faute de s'entendre, plutôt que manque de s'en occuper.</p>
-<p>Mon neveu<a id="footnotetag158" name="footnotetag158"></a><a href="#footnote158" title="Go to footnote 158"><span class="smaller">[158]</span></a> est toujours dans un tat trs-inquitant, l'on ne s'en
-doute pas, ce qui me fait esprer qu'il s'en tirera; car, si tu t'en
-souviens, cela lui a port bonheur dans le temps o il a t la
-Muette. Cette tranquillit vite bien des peines, mais aussi le coup
-est-il bien plus cruel lorsqu'il est inattendu. Je crois t'avoir dj
-dit tout cela, mais c'est que j'en suis pntre.</p>
+<p>Mon neveu<a id="footnotetag158" name="footnotetag158"></a><a href="#footnote158" title="Go to footnote 158"><span class="smaller">[158]</span></a> est toujours dans un état très-inquiétant, l'on ne s'en
+doute pas, ce qui me fait espérer qu'il s'en tirera; car, si tu t'en
+souviens, cela lui a porté bonheur dans le temps où il a été à la
+Muette. Cette tranquillité évite bien des peines, mais aussi le coup
+est-il bien plus cruel lorsqu'il est inattendu. Je crois t'avoir déjà
+dit tout cela, mais c'est que j'en suis pénétrée.</p>
<p>Raigecourt est toujours grosse, et je crois que, cette fois-ci, c'est
-pour tout de bon: elle a pass l'poque de sa seconde fausse couche et
-se mnage assez pour croire qu'elle n'aura pas d'accidents; le seul
-qu'elle ait jusqu' ce moment, ce sont des maux de c&oelig;ur affreux et
-une peur pas mal grande, qu'elle a dissimule le plus qu'elle peut,
-mais qui, malgr cela, est trs-visible. Si par hasard tu lui cris,
+pour tout de bon: elle a passé l'époque de sa seconde fausse couche et
+se ménage assez pour croire qu'elle n'aura pas d'accidents; le seul
+qu'elle ait jusqu'à ce moment, ce sont des maux de c&oelig;ur affreux et
+une peur pas mal grande, qu'elle a dissimulée le plus qu'elle peut,
+mais qui, malgré cela, est très-visible. Si par hasard tu lui écris,
ne lui en parle pas.</p>
<p>Le Parlement, dit-on, va encore s'assembler pour les lettres de
-cachet. Tout cela est du rabchage pour ce moment-ci. Je voudrois
+cachet. Tout cela est du rabâchage pour ce moment-ci. Je voudrois
qu'il ne fut plus question de lui lorsque tu reviendras, pour le bien
que je te veux, car il est bien ennuyeux, presque autant que le temps,
-qui, hier, toit superbe, doux, un beau soleil; aujourd'hui, il fait
-noir et froid, ce qui, comme tu sais, ne m'empche pourtant pas de
-sortir. En consquence je te quitte pour aller rejoindre M. Huv<a id="footnotetag159" name="footnotetag159"></a><a href="#footnote159" title="Go to footnote 159"><span class="smaller">[159]</span></a>,
-et donner des ordres. Je suis tout tonne de penser que, l'anne
+qui, hier, étoit superbe, doux, un beau soleil; aujourd'hui, il fait
+noir et froid, ce qui, comme tu sais, ne m'empêche pourtant pas de
+sortir. En conséquence je te quitte pour aller rejoindre M. Huvé<a id="footnotetag159" name="footnotetag159"></a><a href="#footnote159" title="Go to footnote 159"><span class="smaller">[159]</span></a>,
+et donner des ordres. Je suis tout étonnée de penser que, l'année
prochaine, je serai au moment de coucher ici; je sens que cela me
-parotra tout drle. Adieu, ma petite, je t'aime et t'embrasse de tout
+paroîtra tout drôle. Adieu, ma petite, je t'aime et t'embrasse de tout
mon c&oelig;ur.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page395" name="page395"></a>(p. 395)</span> J'oubliois de te dire que je trouve ton D. un drle d'homme
+<p><span class="pagenum"><a id="page395" name="page395"></a>(p. 395)</span> J'oubliois de te dire que je trouve ton D. un drôle d'homme
de s'enflammer comme cela pour quelqu'un qu'il n'a jamais vu; tu feras
-trs-sagement de traner cette affaire en longueur, car je ne crois
+très-sagement de traîner cette affaire en longueur, car je ne crois
pas qu'elle ait lieu, et il vaut mieux que tu sois ici lorsqu'elle
-sera rompue tout fait. Si tu tois encore en colre lorsque tu auras
-reu ma lettre, tu l'auras tourne contre moi d'aprs ce que je te
-mandois, et cette ide m'affecte considrablement. Mon seul espoir est
-que ta fureur n'aura pas t longue. Adieu. Je te quitte tout de bon.</p>
+sera rompue tout à fait. Si tu étois encore en colère lorsque tu auras
+reçu ma lettre, tu l'auras tournée contre moi d'après ce que je te
+mandois, et cette idée m'affecte considérablement. Mon seul espoir est
+que ta fureur n'aura pas été longue. Adieu. Je te quitte tout de bon.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15013,58 +14968,58 @@ que ta fureur n'aura pas t longue. Adieu. Je te quitte tout de bon.</p>
<p class="date">Sans date, mais vers 1788 ou 89.</p>
-<p>J'en suis dsirer que ton pauvre frre soit dlivr de tous ses
-maux, et que sa vie ne se prolonge pas aux dpens de tout ce qu'il
-souffre au physique et au moral. Je suis dsespre de ne pouvoir
-partager les soins, et pense avec bien de la peine l'tat
-d'affliction o tu es en ce moment-ci. J'ai vu, ce matin, le
-baron<a id="footnotetag160" name="footnotetag160"></a><a href="#footnote160" title="Go to footnote 160"><span class="smaller">[160]</span></a>. J'y ai men Bombon, qu'il a beaucoup caress. J'ai t
+<p>J'en suis à désirer que ton pauvre frère soit délivré de tous ses
+maux, et que sa vie ne se prolonge pas aux dépens de tout ce qu'il
+souffre au physique et au moral. Je suis désespérée de ne pouvoir
+partager les soins, et pense avec bien de la peine à l'état
+d'affliction où tu es en ce moment-ci. J'ai vu, ce matin, le
+baron<a id="footnotetag160" name="footnotetag160"></a><a href="#footnote160" title="Go to footnote 160"><span class="smaller">[160]</span></a>. J'y ai mené Bombon, qu'il a beaucoup caressé. J'ai été
fort contente de ma conversation avec lui, et il a fini par me
-promettre de parler la Reine et la duchesse de Polignac. La seule
-chose qui m'ait dplu, c'est qu'il m'a dit qu'on vouloit donner
-C.....<a id="footnotetag161" name="footnotetag161"></a><a href="#footnote161" title="Go to footnote 161"><span class="smaller">[161]</span></a> M. de la Luzerne. Il veut que je parle aussi la Reine,
-mais il ne veut pas absolument que je parle de Dresde, prtendant
-qu'il ne faut lui prsenter aucunes difficults qui demandent
-rflexion, et je me suis promis, malgr <span class="pagenum"><a id="page396" name="page396"></a>(p. 396)</span> cela, en me gardant
-bien de le lui dire, que je la prierois de dclarer qu'elle ne vouloit
+promettre de parler à la Reine et à la duchesse de Polignac. La seule
+chose qui m'ait déplu, c'est qu'il m'a dit qu'on vouloit donner
+C.....<a id="footnotetag161" name="footnotetag161"></a><a href="#footnote161" title="Go to footnote 161"><span class="smaller">[161]</span></a> à M. de la Luzerne. Il veut que je parle aussi à la Reine,
+mais il ne veut pas absolument que je parle de Dresde, prétendant
+qu'il ne faut lui présenter aucunes difficultés qui demandent
+réflexion, et je me suis promis, malgré <span class="pagenum"><a id="page396" name="page396"></a>(p. 396)</span> cela, en me gardant
+bien de le lui dire, que je la prierois de déclarer qu'elle ne vouloit
pas que tu fusses davantage en Allemagne. Somme toute, je suis
-contente. Je te ferai plus de dtails quand je te verrai. Quoique ma
-lettre ennuie beaucoup les personnes qui me la voient crire, il faut
-encore que je te dise que Rayneval, chez qui j'ai t avec madame
+contente. Je te ferai plus de détails quand je te verrai. Quoique ma
+lettre ennuie beaucoup les personnes qui me la voient écrire, il faut
+encore que je te dise que Rayneval, chez qui j'ai été avec madame
Duval, m'a dit que le baron sortoit de chez lui, et qu'il lui avoit
-beaucoup parl de toi. J'ai pens que mon audience du matin n'y avoit
-rien gt. Il faut encore que je te dise que j'ai fait un grand loge
-au baron de ta raison, du froid et de la rsignation avec lesquels tu
-soutenois toutes les perscutions que tu avois prouves; il est
-convenu de tout cela, et m'a dit qu'il avoit t parfaitement content
-de la manire dont tu lui avois parl au sujet de tes affaires. Adieu,
+beaucoup parlé de toi. J'ai pensé que mon audience du matin n'y avoit
+rien gâté. Il faut encore que je te dise que j'ai fait un grand éloge
+au baron de ta raison, du froid et de la résignation avec lesquels tu
+soutenois toutes les persécutions que tu avois éprouvées; il est
+convenu de tout cela, et m'a dit qu'il avoit été parfaitement content
+de la manière dont tu lui avois parlé au sujet de tes affaires. Adieu,
mon enfant, donne-moi de tes nouvelles demain matin; remercie ta
-s&oelig;ur de ce qu'elle a bien voulu m'crire, et dis madame de
-Bombelles tout ce que j'prouve pour elle dans ce moment-ci.</p>
+s&oelig;ur de ce qu'elle a bien voulu m'écrire, et dis à madame de
+Bombelles tout ce que j'éprouve pour elle dans ce moment-ci.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XII<br>
<span class="smaller">A MADAME DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p>Je suis dans l'enchantement de l'norme gratification qu'on vous a
-donne; j'ai peur que le Roi ne se ruine avec ces libralits-l. Si
-j'tois de ton mari, malgr la modestie de cette somme, je la
-laisserois M. d'Harvelay, pour prouver M. de Vergennes que vous
-demandez davantage, parce que vous en avez vritablement besoin, et
+<p>Je suis dans l'enchantement de l'énorme gratification qu'on vous a
+donnée; j'ai peur que le Roi ne se ruine avec ces libéralités-là. Si
+j'étois de ton mari, malgré la modestie de cette somme, je la
+laisserois à M. d'Harvelay, pour prouver à M. de Vergennes que vous
+demandez davantage, parce que vous en avez véritablement besoin, et
pour qu'il voie bien que c'est pour payer vos dettes, et que, puisque
-vous donnez un si petit -compte, quand vous en aurez davantage, vous
-l'emploierez au mme usage. J'espre bien que l'anne prochaine il
-vous en donnera un peu plus. J'ai commenc par la lettre de M. de
+vous donnez un si petit à-compte, quand vous en aurez davantage, vous
+l'emploierez au même usage. J'espère bien que l'année prochaine il
+vous en donnera un peu plus. J'ai commencé par la lettre de M. de
Vergennes, je lisois bien vite, parce que je croyois que j'allois
-voir des choses <span class="pagenum"><a id="page397" name="page397"></a>(p. 397)</span> superbes, et j'ai t un peu tonne. Au
-reste, aprs avoir bien rflchi, je ne crois pas que cela soit
-mauvaise volont de sa part; mais comme on a t oblig de donner des
-gratifications pour les ftes, elles ont pu gner et diminuer
-celle-l.</p>
+voir des choses <span class="pagenum"><a id="page397" name="page397"></a>(p. 397)</span> superbes, et j'ai été un peu étonnée. Au
+reste, après avoir bien réfléchi, je ne crois pas que cela soit
+mauvaise volonté de sa part; mais comme on a été obligé de donner des
+gratifications pour les fêtes, elles ont pu gêner et diminuer
+celle-là.</p>
-<p>Adieu, mon c&oelig;ur, j'espre que votre mdecine vous fera du bien;
-tchez de vous calmer.</p>
+<p>Adieu, mon c&oelig;ur, j'espère que votre médecine vous fera du bien;
+tâchez de vous calmer.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15073,115 +15028,115 @@ tchez de vous calmer.</p>
<p class="date">[Dans les premiers mois de 1789.]</p>
-<p>Oui, certes, mon c&oelig;ur, je vous crirai avant que vous soyez au
-noviciat; mais j'espre bien qu'il ne vous sera pas dfendu de
-recevoir des lettres aprs. Il est vrai que nous serons plus gnes
-par l'inspection de la matresse; mais cela ne m'empchera pas de vous
-dire tout ce que je pense. Vous serez peut-tre tonne, mon c&oelig;ur,
-que, d'aprs toutes les rflexions, consultations et preuves que vous
-avez faites, je ne sois pas encore assez convaincue de la solidit et
-de la ralit de votre vocation, pour ne pas craindre que vous n'ayez
-pas rflchi comme il faut. Premirement, mon c&oelig;ur, on ne peut
-connotre si une vocation est vraiment l'ouvrage de Dieu, que lorsque
-avec le dsir de suivre sa volont, l'on s'est pourtant permis de
-combattre de bonne foi le penchant qui porte se consacrer lui;
-sans cela, l'on court le risque de se mprendre, et de suivre une
-ferveur passagre qui tient souvent au besoin du c&oelig;ur, qui, n'ayant
+<p>Oui, certes, mon c&oelig;ur, je vous écrirai avant que vous soyez au
+noviciat; mais j'espère bien qu'il ne vous sera pas défendu de
+recevoir des lettres après. Il est vrai que nous serons plus gênées
+par l'inspection de la maîtresse; mais cela ne m'empêchera pas de vous
+dire tout ce que je pense. Vous serez peut-être étonnée, mon c&oelig;ur,
+que, d'après toutes les réflexions, consultations et épreuves que vous
+avez faites, je ne sois pas encore assez convaincue de la solidité et
+de la réalité de votre vocation, pour ne pas craindre que vous n'ayez
+pas réfléchi comme il faut. Premièrement, mon c&oelig;ur, on ne peut
+connoître si une vocation est vraiment l'ouvrage de Dieu, que lorsque
+avec le désir de suivre sa volonté, l'on s'est pourtant permis de
+combattre de bonne foi le penchant qui porte à se consacrer à lui;
+sans cela, l'on court le risque de se méprendre, et de suivre une
+ferveur passagère qui tient souvent au besoin du c&oelig;ur, qui, n'ayant
pas d'objets d'attachement, croit se sauver du danger d'en former que
-le Ciel n'approuveroit pas, en se consacrant Dieu. Ce motif est
-louable, mais il ne suffit pas; il tient la passion, il tient au
-dsir et au besoin que le c&oelig;ur a de former un lien qui <span class="pagenum"><a id="page398" name="page398"></a>(p. 398)</span> le
+le Ciel n'approuveroit pas, en se consacrant à Dieu. Ce motif est
+louable, mais il ne suffit pas; il tient à la passion, il tient au
+désir et au besoin que le c&oelig;ur a de former un lien qui <span class="pagenum"><a id="page398" name="page398"></a>(p. 398)</span> le
remplisse, dans le moment, tout entier. Mais, je vous le demande, mon
-c&oelig;ur, Dieu peut-il approuver cette offrande? peut-il tre touch du
-sacrifice d'une me qui ne se donne lui que pour se dbarrasser
-d'elle-mme? Vous savez que, pour faire un v&oelig;u quelconque, il faut
-une volont libre, rflchie, dnue de toute espce de passion; il en
-est de mme pour celui d'une religieuse, et ces dispositions sont
-encore plus essentielles. Le monde vous toit odieux; mais toit-ce
-dgot ou regret? Ne croyez pas que si ce dernier l'emportoit, votre
+c&oelig;ur, Dieu peut-il approuver cette offrande? peut-il être touché du
+sacrifice d'une âme qui ne se donne à lui que pour se débarrasser
+d'elle-même? Vous savez que, pour faire un v&oelig;u quelconque, il faut
+une volonté libre, réfléchie, dénuée de toute espèce de passion; il en
+est de même pour celui d'une religieuse, et ces dispositions sont
+encore plus essentielles. Le monde vous étoit odieux; mais étoit-ce
+dégoût ou regret? Ne croyez pas que si ce dernier l'emportoit, votre
vocation soit naturelle et vraie. Non, mon c&oelig;ur, le Ciel vous
envoyoit une tentation, il falloit la supporter, et ne prendre votre
-rsolution de vous consacrer lui que lorsqu'elle auroit t passe.</p>
+résolution de vous consacrer à lui que lorsqu'elle auroit été passée.</p>
-<p>Deuximement, mon c&oelig;ur, il faut avoir l'esprit bien mortifi pour
-prendre l'engagement que vous voulez prendre. Voil l'essentiel, la
-vritable vocation. Tout ce qui tient au corps cote peu, l'on s'y
-accoutume; mais il n'en est pas de mme de ce qui tient l'esprit et
+<p>Deuxièmement, mon c&oelig;ur, il faut avoir l'esprit bien mortifié pour
+prendre l'engagement que vous voulez prendre. Voilà l'essentiel, la
+véritable vocation. Tout ce qui tient au corps coûte peu, l'on s'y
+accoutume; mais il n'en est pas de même de ce qui tient à l'esprit et
au c&oelig;ur.</p>
-<p>Vous tes tranquille sur le compte de d'Ampurie<a id="footnotetag162" name="footnotetag162"></a><a href="#footnote162" title="Go to footnote 162"><span class="smaller">[162]</span></a> parce que vous
-avez consult l'archevque; je rends hommage ses vertus avec
+<p>Vous êtes tranquille sur le compte de d'Ampurie<a id="footnotetag162" name="footnotetag162"></a><a href="#footnote162" title="Go to footnote 162"><span class="smaller">[162]</span></a> parce que vous
+avez consulté l'archevêque; je rends hommage à ses vertus avec
plaisir, mais permettez-moi de vous dire que, de l'aveu de ceux qui le
-connoissent le plus, il est impossible d'tre moins capable de
-conduire une me. Je ne vous en parle pas seulement d'aprs les
-autres, mon c&oelig;ur, c'est d'aprs ce que j'ai vu. J'ai t dans le
-cas de <span class="pagenum"><a id="page399" name="page399"></a>(p. 399)</span> connotre un prtre que l'archevque avoit laiss prt
- se livrer au plus grand dsespoir, qu'il n'imaginoit de secourir ni
-de conseils ni de tout ce qui pouvoit contribuer sa consolation.
-Cependant, mon c&oelig;ur, ce n'toit l que son strict devoir. Or,
-comment voulez-vous, d'aprs cela, que je sois tranquille sur le
-conseil qu'il vous a donn sur un simple aperu, sans avoir caus avec
-vous, sans tre entr dans des dtails o il est impossible d'entrer
+connoissent le plus, il est impossible d'être moins capable de
+conduire une âme. Je ne vous en parle pas seulement d'après les
+autres, mon c&oelig;ur, c'est d'après ce que j'ai vu. J'ai été dans le
+cas de <span class="pagenum"><a id="page399" name="page399"></a>(p. 399)</span> connoître un prêtre que l'archevêque avoit laissé prêt
+à se livrer au plus grand désespoir, qu'il n'imaginoit de secourir ni
+de conseils ni de tout ce qui pouvoit contribuer à sa consolation.
+Cependant, mon c&oelig;ur, ce n'étoit là que son strict devoir. Or,
+comment voulez-vous, d'après cela, que je sois tranquille sur le
+conseil qu'il vous a donné sur un simple aperçu, sans avoir causé avec
+vous, sans être entré dans des détails où il est impossible d'entrer
par lettre, que je m'en rapporte au conseil du directeur du couvent,
-qui, tout honnte homme qu'il puisse tre, ne peut pas tre juge
+qui, tout honnête homme qu'il puisse être, ne peut pas être juge
impartial dans cette affaire?</p>
-<p>Si d'Ampurie n'est pas marie dans trois ans, et qu'elle soit oblige
-d'aller son Chapitre, vous en rapporterez-vous ses dix-huit ans,
-pour croire qu'elle aura toujours une conduite sage, mesure, qu'elle
+<p>Si d'Ampurie n'est pas mariée dans trois ans, et qu'elle soit obligée
+d'aller à son Chapitre, vous en rapporterez-vous à ses dix-huit ans,
+pour croire qu'elle aura toujours une conduite sage, mesurée, qu'elle
n'aura pas besoin du conseil d'une amie, d'une s&oelig;ur qui lui servoit
-de mre, pour qui elle seroit parvenue en avoir tous les sentiments?
-qu'en l'abandonnant elle-mme, vous remplirez le devoir le plus
-sacr que vous ayez jamais remplir, celui d'une mre mourante qui
-s'en est rapporte vous, qui vous a choisie comme celle qui pouvoit
-le plus la remplacer avec succs; d'une mre qui n'auroit certes pas
-abandonn ses enfants toute la sduction du monde pour se livrer
-un got de retraite et de dvotion qu'elle n'auroit pas cru dans la
-rgle? Non, mon c&oelig;ur, il me sera toujours impossible de croire que
-vous remplissez votre devoir, que vous accomplissez la volont de Dieu
-en vous consacrant lui dans ce moment. Au nom de ce mme Dieu que
-vous voulez servir d'une manire plus parfaite, consultez encore, mon
-c&oelig;ur, mais consultez des gens plus clairs, des gens qui n'aient
-aucun intrt ni pour ni contre le parti que vous voulez prendre;
+de mère, pour qui elle seroit parvenue à en avoir tous les sentiments?
+qu'en l'abandonnant à elle-même, vous remplirez le devoir le plus
+sacré que vous ayez jamais à remplir, celui d'une mère mourante qui
+s'en est rapportée à vous, qui vous a choisie comme celle qui pouvoit
+le plus la remplacer avec succès; d'une mère qui n'auroit certes pas
+abandonné ses enfants à toute la séduction du monde pour se livrer à
+un goût de retraite et de dévotion qu'elle n'auroit pas cru dans la
+règle? Non, mon c&oelig;ur, il me sera toujours impossible de croire que
+vous remplissez votre devoir, que vous accomplissez la volonté de Dieu
+en vous consacrant à lui dans ce moment. Au nom de ce même Dieu que
+vous voulez servir d'une manière plus parfaite, consultez encore, mon
+c&oelig;ur, mais consultez des gens plus éclairés, des gens qui n'aient
+aucun intérêt ni pour ni contre le parti que vous voulez prendre;
exposez-leur votre position; laissez-vous examiner de bonne foi: vous
-seriez aussi coupable en exagrant votre dsir comme en <span class="pagenum"><a id="page400" name="page400"></a>(p. 400)</span> le
+seriez aussi coupable en exagérant votre désir comme en <span class="pagenum"><a id="page400" name="page400"></a>(p. 400)</span> le
dissimulant. Et, mon c&oelig;ur, si, pendant votre noviciat, vous
-prouvez la moindre peine, je vous le demande en grce, consultez les
-mmes personnes, ne vous en rapportez pas ceux qui vous diroient que
-ce ne sont que des tentations; il faut les connotre, il faut les
-peser, voir si, lorsque vous serez engage, elles ne feront pas le
+éprouvez la moindre peine, je vous le demande en grâce, consultez les
+mêmes personnes, ne vous en rapportez pas à ceux qui vous diroient que
+ce ne sont que des tentations; il faut les connoître, il faut les
+peser, voir si, lorsque vous serez engagée, elles ne feront pas le
malheur de votre vie. Enfin, mon c&oelig;ur, j'ose vous demander, au nom
-de l'amiti que vous avez pour moi, au nom de ce que vous avez de plus
-cher en ce monde, au nom de votre respectable mre, de ne ngliger
-aucune des prcautions que ceux qui vous sont attachs et qui ont des
-droits sur votre amiti pourront vous suggrer, pour vous assurer de
-plus en plus de la vrit de votre vocation. Ce sera peut-tre une
-croix pour vous, mais elle vous attirera plus de grces par la suite.</p>
-
-<p>Travaillez me rassurer, mon c&oelig;ur, en me parlant des preuves
-auxquelles vous vous tes livre. Je ne vous parle pas de celles du
+de l'amitié que vous avez pour moi, au nom de ce que vous avez de plus
+cher en ce monde, au nom de votre respectable mère, de ne négliger
+aucune des précautions que ceux qui vous sont attachés et qui ont des
+droits sur votre amitié pourront vous suggérer, pour vous assurer de
+plus en plus de la vérité de votre vocation. Ce sera peut-être une
+croix pour vous, mais elle vous attirera plus de grâces par la suite.</p>
+
+<p>Travaillez à me rassurer, mon c&oelig;ur, en me parlant des épreuves
+auxquelles vous vous êtes livrée. Je ne vous parle pas de celles du
corps: elles sont absolument nulles pour moi, parce qu'elles ne
-tiennent qu' l'habitude; mais si vous avez combattu votre vocation;
+tiennent qu'à l'habitude; mais si vous avez combattu votre vocation;
si vous vous sentez parfaitement calme et libre de toutes peines
-d'esprit; que ce ne soit pas avec vivacit que vous vous livriez
-Dieu. Si votre esprit est mortifi, si vous ne vous faites pas un
-tableau parfait du couvent o vous entrez, si vous comptez y trouver
+d'esprit; que ce ne soit pas avec vivacité que vous vous livriez à
+Dieu. Si votre esprit est mortifié, si vous ne vous faites pas un
+tableau parfait du couvent où vous entrez, si vous comptez y trouver
des gens qu'il vous faudra supporter, des objets de <em>scandale</em><a id="footnotetag163" name="footnotetag163"></a><a href="#footnote163" title="Go to footnote 163"><span class="smaller">[163]</span></a>;
car ne croyez pas, mon c&oelig;ur, qu'un couvent en soit exempt aux yeux
d'une religieuse: plus on est parfait, plus on veut rencontrer dans
-les autres les mmes sentiments, et vous ne serez pas l'abri de
+les autres les mêmes sentiments, et vous ne serez pas à l'abri de
cette tentation; car, j'en conviens, cela en est une, mais qui devient
-une ralit par un excs d'amour de Dieu. Il est bien peu de <span class="pagenum"><a id="page401" name="page401"></a>(p. 401)</span>
-couvents o la charit rgne assez pour ne pas connotre ce dfaut.</p>
+une réalité par un excès d'amour de Dieu. Il est bien peu de <span class="pagenum"><a id="page401" name="page401"></a>(p. 401)</span>
+couvents où la charité règne assez pour ne pas connoître ce défaut.</p>
<p>Enfin, mon c&oelig;ur, dans quelque position que vous vous trouviez,
-comptez assez sur mon amiti et sur un vif intrt de ma part, pour me
+comptez assez sur mon amitié et sur un vif intérêt de ma part, pour me
parler toujours avec confiance de ce qui vous touche. J'ose dire le
-mriter, par les vrais sentiments que j'ai pour vous, et le tendre
-intrt que m'inspireront toujours les enfants de votre respectable et
-tendre mre. Je vous embrasse et vous aime de tout mon c&oelig;ur.</p>
+mériter, par les vrais sentiments que j'ai pour vous, et le tendre
+intérêt que m'inspireront toujours les enfants de votre respectable et
+tendre mère. Je vous embrasse et vous aime de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p>Je vous demande en grce de ne pas vous contenter de lire une fois ma
+<p>Je vous demande en grâce de ne pas vous contenter de lire une fois ma
lettre.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15192,22 +15147,22 @@ lettre.</p>
<p class="date">Versailles, le 15 juillet 1789.</p>
<p>Que tu es aimable, mon c&oelig;ur! Toutes les affreuses nouvelles d'hier
-n'avoient pu parvenir me faire pleurer; mais la lecture de ta
-lettre, en portant de la consolation dans mon c&oelig;ur par l'amiti que
-tu me tmoignes, m'a fait verser bien des larmes. Il seroit bien
+n'avoient pu parvenir à me faire pleurer; mais la lecture de ta
+lettre, en portant de la consolation dans mon c&oelig;ur par l'amitié que
+tu me témoignes, m'a fait verser bien des larmes. Il seroit bien
triste pour moi de partir sans toi. Je ne sais pas si le Roi sortira
-de Versailles. Je ferois ce que tu dsires, s'il en toit question. Je
-ne sais pas ce que je dsire sur cela. Dieu sait le meilleur parti
-prendre. Nous avons un homme pieux la tte du Conseil<a id="footnotetag164" name="footnotetag164"></a><a href="#footnote164" title="Go to footnote 164"><span class="smaller">[164]</span></a>,
-peut-tre l'clairera-t-il! Priez beaucoup, mon c&oelig;ur; mnagez-vous
+de Versailles. Je ferois ce que tu désires, s'il en étoit question. Je
+ne sais pas ce que je désire sur cela. Dieu sait le meilleur parti à
+prendre. Nous avons un homme pieux à la tête du Conseil<a id="footnotetag164" name="footnotetag164"></a><a href="#footnote164" title="Go to footnote 164"><span class="smaller">[164]</span></a>,
+peut-être l'éclairera-t-il! Priez beaucoup, mon c&oelig;ur; ménagez-vous
bien, ne troublez pas votre lait. Vous feriez mal, je crois, de
sortir. Ainsi, ma petite, je fais le sacrifice de te voir. Sois
-convaincue qu'il en cote mon c&oelig;ur. Je t'aime, ma petite, mieux
+convaincue qu'il en coûte à mon c&oelig;ur. Je t'aime, ma petite, mieux
que je ne puis le dire. Dans tous les temps, dans tous les moments, je
-penserai de mme. J'espre que le mal n'est pas aussi grand que l'on
+penserai de même. J'espère que le mal n'est pas aussi grand que l'on
se le figure. Ce qui me le fait croire, c'est le calme <span class="pagenum"><a id="page402" name="page402"></a>(p. 402)</span> de
-Versailles. Il n'toit pas bien sr, hier, que M. de Launey ft pendu:
-on avoit pris, dans la journe, un autre homme pour lui. Je
+Versailles. Il n'étoit pas bien sûr, hier, que M. de Launey fût pendu:
+on avoit pris, dans la journée, un autre homme pour lui. Je
m'attacherai, comme tu me le conseilles, au char de <em>Monsieur</em>, mais
je crois que les roues n'en valent rien. Adieu, mon c&oelig;ur, je vous
embrasse aussi tendrement que je vous aime.</p>
@@ -15217,148 +15172,148 @@ embrasse aussi tendrement que je vous aime.</p>
<h3>XV<br>
<span class="smaller">A MADAME DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Versailles, le 5 aot 1789.</p>
+<p class="date">Versailles, le 5 août 1789.</p>
-<p>La joie de vous savoir en bonne sant a t trs-grande dans ce
-monde-ci. Les premires nouvelles que nous aurons seront encore mieux
-reues, et par-dessus tout les quatrimes. Dans toutes autres
-occasions, il seroit gnreux de partager la joie de la petite
-baronne; mais dans celle-ci, elle ne peut pas mme nous en savoir bon
-gr. Je vous ai tenu parole, mon enfant; je n'ai pas t fche de
-vous dire adieu; mais je ne sais pas si cela vient de l, mais je me
+<p>La joie de vous savoir en bonne santé a été très-grande dans ce
+monde-ci. Les premières nouvelles que nous aurons seront encore mieux
+reçues, et par-dessus tout les quatrièmes. Dans toutes autres
+occasions, il seroit généreux de partager la joie de la petite
+baronne; mais dans celle-ci, elle ne peut pas même nous en savoir bon
+gré. Je vous ai tenu parole, mon enfant; je n'ai pas été fâchée de
+vous dire adieu; mais je ne sais pas si cela vient de là, mais je me
sens d'une humeur de chien. Ne vous en donnez pourtant pas les gants.
-Oui, je vous le rpte, et vous le rpterai et vous le dirai sans
-cesse, je suis charme que vous alliez nourrir Henri IV dans un pays
-o l'air est plus chaud et par consquent plus propre l'ducation
+Oui, je vous le répète, et vous le répéterai et vous le dirai sans
+cesse, je suis charmée que vous alliez nourrir Henri IV dans un pays
+où l'air est plus chaud et par conséquent plus propre à l'éducation
que vous voulez lui donner. Jouissez bien du bonheur de voir la
-petite; animez-vous l'une l'autre tout ce qu'il est dans votre me
-de chercher, pour fortifier votre moral, qui, tant loign d'un lieu
+petite; animez-vous l'une l'autre à tout ce qu'il est dans votre âme
+de chercher, pour fortifier votre moral, qui, étant éloigné d'un lieu
qui vous est cher sous mille rapports, doit un peu souffrir.
-Rjouissez-vous des nouvelles que je vais vous apprendre, si vous ne
-les savez pas encore. D'abord, les ministres sont nomms et paroissent
-approuvs par le public. L'archevque de Bordeaux<a id="footnotetag165" name="footnotetag165"></a><a href="#footnote165" title="Go to footnote 165"><span class="smaller">[165]</span></a> a les sceaux,
-<span class="pagenum"><a id="page403" name="page403"></a>(p. 403)</span> celui de Vienne<a id="footnotetag166" name="footnotetag166"></a><a href="#footnote166" title="Go to footnote 166"><span class="smaller">[166]</span></a> la feuille des bnfices, M. de la Tour
-du Pin-Paulin<a id="footnotetag167" name="footnotetag167"></a><a href="#footnote167" title="Go to footnote 167"><span class="smaller">[167]</span></a> la guerre, et le marchal de Beauvau<a id="footnotetag168" name="footnotetag168"></a><a href="#footnote168" title="Go to footnote 168"><span class="smaller">[168]</span></a> au
-Conseil. <span class="pagenum"><a id="page404" name="page404"></a>(p. 404)</span> Secondement, la nuit de mardi mercredi,
-l'Assemble a dur jusqu' deux heures. La noblesse, avec un
-enthousiasme digne du c&oelig;ur franois, a renonc tous ses droits
-fodaux et au droit de chasse. La pche y sera, je crois, comprise. Le
-clerg a de mme renonc aux dmes, aux casuels et la possibilit
-d'avoir plusieurs bnfices. Cet arrt a t envoy dans toutes les
-provinces. J'espre que cela fera finir la brlure des chteaux. Ils
-se montent soixante-dix. C'toit qui feroit le plus de sacrifices:
-tout le monde toit magntis.</p>
+Réjouissez-vous des nouvelles que je vais vous apprendre, si vous ne
+les savez pas encore. D'abord, les ministres sont nommés et paroissent
+approuvés par le public. L'archevêque de Bordeaux<a id="footnotetag165" name="footnotetag165"></a><a href="#footnote165" title="Go to footnote 165"><span class="smaller">[165]</span></a> a les sceaux,
+<span class="pagenum"><a id="page403" name="page403"></a>(p. 403)</span> celui de Vienne<a id="footnotetag166" name="footnotetag166"></a><a href="#footnote166" title="Go to footnote 166"><span class="smaller">[166]</span></a> la feuille des bénéfices, M. de la Tour
+du Pin-Paulin<a id="footnotetag167" name="footnotetag167"></a><a href="#footnote167" title="Go to footnote 167"><span class="smaller">[167]</span></a> la guerre, et le maréchal de Beauvau<a id="footnotetag168" name="footnotetag168"></a><a href="#footnote168" title="Go to footnote 168"><span class="smaller">[168]</span></a> au
+Conseil. <span class="pagenum"><a id="page404" name="page404"></a>(p. 404)</span> Secondement, la nuit de mardi à mercredi,
+l'Assemblée a duré jusqu'à deux heures. La noblesse, avec un
+enthousiasme digne du c&oelig;ur françois, a renoncé à tous ses droits
+féodaux et au droit de chasse. La pêche y sera, je crois, comprise. Le
+clergé a de même renoncé aux dîmes, aux casuels et à la possibilité
+d'avoir plusieurs bénéfices. Cet arrêté a été envoyé dans toutes les
+provinces. J'espère que cela fera finir la brûlure des châteaux. Ils
+se montent à soixante-dix. C'étoit à qui feroit le plus de sacrifices:
+tout le monde étoit magnétisé.</p>
<p>Il n'y a jamais eu tant de joie et de cris. On doit chanter un <i>Te
-Deum</i> la chapelle et donner au Roi le titre de Restaurateur de la
-libert franoise. On a aussi parl d'abolir les engagements
-perptuels, et la noblesse a renonc aux places, pensions, etc. Cet
-article n'est pourtant pas totalement pass. Je crois, mon c&oelig;ur,
+Deum</i> à la chapelle et donner au Roi le titre de Restaurateur de la
+liberté françoise. On a aussi parlé d'abolir les engagements
+perpétuels, et la noblesse a renoncé aux places, pensions, etc. Cet
+article n'est pourtant pas totalement passé. Je crois, mon c&oelig;ur,
que vous serez assez contente des bonnes nouvelles que je vous
apprends. Je n'ose pas me flatter que mes lettres soient toujours
-aussi intressantes.</p>
+aussi intéressantes.</p>
-<p>Votre mre, que je quitte dans l'instant....</p>
+<p>Votre mère, que je quitte dans l'instant....</p>
<hr class="hr30">
<h3>XVI<br>
-<span class="smaller">A L'ABB R. DE LUBERSAC.</span></h3>
+<span class="smaller">A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC.</span></h3>
<p class="date">16 octobre 1789.</p>
-<p>Je ne puis rsister, Monsieur, au dsir de vous donner <span class="pagenum"><a id="page405" name="page405"></a>(p. 405)</span>
-moi-mme de mes nouvelles. Je sais l'intrt que vous voulez bien y
+<p>Je ne puis résister, Monsieur, au désir de vous donner <span class="pagenum"><a id="page405" name="page405"></a>(p. 405)</span>
+moi-même de mes nouvelles. Je sais l'intérêt que vous voulez bien y
prendre; je ne doute pas qu'il ne me porte bonheur. Croyez qu'au
milieu du trouble et de l'horreur qui nous poursuivent, j'ai bien
-pens vous, la peine que vous prouviez, et que j'ai eu une grande
-consolation en voyant votre criture. Ah! Monsieur, quelles journes
+pensé à vous, à la peine que vous éprouviez, et que j'ai eu une grande
+consolation en voyant votre écriture. Ah! Monsieur, quelles journées
que celles du lundi et du mardi<a id="footnotetag169" name="footnotetag169"></a><a href="#footnote169" title="Go to footnote 169"><span class="smaller">[169]</span></a>! Elles ont fini pourtant beaucoup
-mieux que les cruauts qui s'toient passes dans la nuit ne pouvoient
-le faire croire. Une fois entrs dans Paris, nous avons pu nous livrer
- l'esprance, malgr les cris dsagrables que nous entendions autour
-de la voiture: ceux de <em>Vive le Roi! vive la Nation!</em> toient les plus
-forts. Une fois l'htel de ville, ceux de <em>Vive le Roi!</em> furent les
+mieux que les cruautés qui s'étoient passées dans la nuit ne pouvoient
+le faire croire. Une fois entrés dans Paris, nous avons pu nous livrer
+à l'espérance, malgré les cris désagréables que nous entendions autour
+de la voiture: ceux de <em>Vive le Roi! vive la Nation!</em> étoient les plus
+forts. Une fois à l'hôtel de ville, ceux de <em>Vive le Roi!</em> furent les
seuls qui se firent entendre. Les propos de ceux qui entouroient notre
-voiture toient les meilleurs possibles. La Reine, qui a eu un courage
-incroyable, commence tre mieux vue par le peuple. J'espre qu'avec
+voiture étoient les meilleurs possibles. La Reine, qui a eu un courage
+incroyable, commence à être mieux vue par le peuple. J'espère qu'avec
le temps, une conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour des
-Parisiens, qui n'ont t que tromps. Mais les gens de Versailles,
+Parisiens, qui n'ont été que trompés. Mais les gens de Versailles,
Monsieur! Avez-vous jamais vu une ingratitude plus affreuse? Non, je
-crois que le Ciel, dans sa colre, a peupl cette ville de monstres
+crois que le Ciel, dans sa colère, a peuplé cette ville de monstres
sortis des enfers. Qu'il faudra de temps pour leur faire sentir leurs
-torts! Et si j'tois roi, qu'il m'en faudroit pour croire leur
-repentir! Que d'ingrats pour un honnte homme! Croiriez-vous bien,
-Monsieur, que tous nos malheurs, loin de me ramener Dieu, me donnent
-un vritable dgot pour tout ce qui est prire. Demandez au Ciel pour
-moi la grce de ne pas tout abandonner. Je vous le demande en grce;
-et prchez-moi un peu, je vous prie: vous savez la confiance que j'ai
+torts! Et si j'étois roi, qu'il m'en faudroit pour croire à leur
+repentir! Que d'ingrats pour un honnête homme! Croiriez-vous bien,
+Monsieur, que tous nos malheurs, loin de me ramener à Dieu, me donnent
+un véritable dégoût pour tout ce qui est prière. Demandez au Ciel pour
+moi la grâce de ne pas tout abandonner. Je vous le demande en grâce;
+et prêchez-moi un peu, je vous prie: vous savez la confiance que j'ai
en vous. Demandez aussi que tous les revers de la France fassent
-rentrer en eux-mmes ceux qui pourroient peut-tre y avoir contribu
-par leur irrligion. Adieu, Monsieur, <span class="pagenum"><a id="page406" name="page406"></a>(p. 406)</span> croyez toute l'estime
-que j'ai pour vous, et au regret que j'ai d'en tre loigne.</p>
+rentrer en eux-mêmes ceux qui pourroient peut-être y avoir contribué
+par leur irréligion. Adieu, Monsieur, <span class="pagenum"><a id="page406" name="page406"></a>(p. 406)</span> croyez à toute l'estime
+que j'ai pour vous, et au regret que j'ai d'en être éloignée.</p>
-<p>La personne qui vous remettra cette lettre se chargera de la rponse.</p>
+<p>La personne qui vous remettra cette lettre se chargera de la réponse.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XVII<br>
<span class="smaller">A LA MARQUISE DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Ce 8 dcembre 1789.</p>
+<p class="date">Ce 8 décembre 1789.</p>
-<p>Je suis bien aise, mademoiselle Bombelinette, que vous ayez reu ma
-lettre, puisqu'elle vous a fait plaisir, et je lui sais trs-mauvais
-gr d'avoir t si longtemps en chemin. La vtre a t beaucoup plus
-aimable. Vous ne pouvez pas vous faire une ide du bruit qu'il y a eu
-aujourd'hui l'Assemble. Nous entendions les cris en passant sur la
+<p>Je suis bien aise, mademoiselle Bombelinette, que vous ayez reçu ma
+lettre, puisqu'elle vous a fait plaisir, et je lui sais très-mauvais
+gré d'avoir été si longtemps en chemin. La vôtre a été beaucoup plus
+aimable. Vous ne pouvez pas vous faire une idée du bruit qu'il y a eu
+aujourd'hui à l'Assemblée. Nous entendions les cris en passant sur la
terrasse des Feuillants. Cela faisoit horreur. On vouloit revenir sur
-un dcret qui avoit pass samedi, non-seulement par assis et lev,
-mais encore par l'appel nominal. La mme chose est arrive ce matin,
-et il faut esprer que l'on ne reviendra plus sur ce dcret, qui me
-parot fort raisonnable: vous l'apprendrez par les gazettes.</p>
+un décret qui avoit passé samedi, non-seulement par assis et levé,
+mais encore par l'appel nominal. La même chose est arrivée ce matin,
+et il faut espérer que l'on ne reviendra plus sur ce décret, qui me
+paroît fort raisonnable: vous l'apprendrez par les gazettes.</p>
-<p>Je ne mets point du tout de courage ne point parler de Montreuil.
+<p>Je ne mets point du tout de courage à ne point parler de Montreuil.
Vous voulez, mon c&oelig;ur, juger trop avantageusement de moi. Mais
-c'est qu'apparemment je n'y pensois pas lorsque je t'ai crit. J'en ai
+c'est qu'apparemment je n'y pensois pas lorsque je t'ai écrit. J'en ai
souvent des nouvelles. Jacques vient tous les jours m'apporter ma
-crme. Flury<a id="footnotetag170" name="footnotetag170"></a><a href="#footnote170" title="Go to footnote 170"><span class="smaller">[170]</span></a>, Coupry<a id="footnotetag171" name="footnotetag171"></a><a href="#footnote171" title="Go to footnote 171"><span class="smaller">[171]</span></a>, Marie<a id="footnotetag172" name="footnotetag172"></a><a href="#footnote172" title="Go to footnote 172"><span class="smaller">[172]</span></a> et madame Du Coudray
+crème. Flury<a id="footnotetag170" name="footnotetag170"></a><a href="#footnote170" title="Go to footnote 170"><span class="smaller">[170]</span></a>, Coupry<a id="footnotetag171" name="footnotetag171"></a><a href="#footnote171" title="Go to footnote 171"><span class="smaller">[171]</span></a>, Marie<a id="footnotetag172" name="footnotetag172"></a><a href="#footnote172" title="Go to footnote 172"><span class="smaller">[172]</span></a> et madame Du Coudray
viennent me voir de temps en temps. Tout cela a l'air de m'aimer
toujours; et M. Huret, que j'oubliois, n'est pas bien mal..... Venons
-maintenant la maison. Le salon se meubloit lorsque je <span class="pagenum"><a id="page407" name="page407"></a>(p. 407)</span> l'ai
-quitt. Il toit dispos tre fort agrable. Jacques est dans son
+maintenant à la maison. Le salon se meubloit lorsque je <span class="pagenum"><a id="page407" name="page407"></a>(p. 407)</span> l'ai
+quitté. Il étoit disposé à être fort agréable. Jacques est dans son
nouveau logement. Madame Jacques est grosse, et toutes mes vaches le
-sont aussi. Il y a en ce moment un veau qui vient de natre. Pour les
+sont aussi. Il y a en ce moment un veau qui vient de naître. Pour les
poules, je ne vous en parlerai pas, parce que je les ai un peu
-dlaisses. Je ne sais si vous aviez vu mon petit cabinet du fond
-meubl. Il est bien joli. Ma bibliothque est presque finie. Pour la
-chapelle, Corille est tout seul y travailler; tu juges si cela va
-vite. C'est mme par charit pour lui que j'ai permis qu'il continut
- y mettre un peu de pltre. Comme il y est tout seul, cela ne peut
-pas tre compt comme une dpense. Je suis fche de ne pas y aller,
+délaissées. Je ne sais si vous aviez vu mon petit cabinet du fond
+meublé. Il est bien joli. Ma bibliothèque est presque finie. Pour la
+chapelle, Corille est tout seul à y travailler; tu juges si cela va
+vite. C'est même par charité pour lui que j'ai permis qu'il continuât
+à y mettre un peu de plâtre. Comme il y est tout seul, cela ne peut
+pas être compté comme une dépense. Je suis fâchée de ne pas y aller,
tu le croiras facilement; mais les chevaux sont pour moi une bien plus
grande privation. Cependant, comme je ne puis pas en faire usage, j'y
-pense le moins possible; mais je sens qu' mesure que mon sang se
+pense le moins possible; mais je sens qu'à mesure que mon sang se
calme, cette privation se fait plus sentir; j'en aurai plus de plaisir
-lorsque je pourrai satisfaire mon got. Et ce pauvre Saint-Cyr, ah! il
-est bien malheureux! J'ai reu hier une lettre charmante de
-Draquelonde; je leur parlerai de toi demain, car je compte y crire.
+lorsque je pourrai satisfaire mon goût. Et ce pauvre Saint-Cyr, ah! il
+est bien malheureux! J'ai reçu hier une lettre charmante de
+Draquelonde; je leur parlerai de toi demain, car je compte y écrire.
Te souviens-tu de Croisard, le fils de la femme de garde-robe de ma
-s&oelig;ur? Eh bien, il est aujourd'hui attach mes pas en qualit de
-capitaine. Je dis <em>attach</em>, parce que l'on ne nous quitte pas plus
+s&oelig;ur? Eh bien, il est aujourd'hui attaché à mes pas en qualité de
+capitaine. Je dis <em>attaché</em>, parce que l'on ne nous quitte pas plus
que l'ombre ne fait le corps. Ne crois pas que cela me contrarie.
-Comme mes courses ne sont pas varies, cela m'est bien gal. Au reste,
-je me promne tant que je peux. Sois bien tranquille: encore ce matin
-j'ai march pendant une grande heure.</p>
+Comme mes courses ne sont pas variées, cela m'est bien égal. Au reste,
+je me promène tant que je peux. Sois bien tranquille: encore ce matin
+j'ai marché pendant une grande heure.</p>
-<p>Minette et sa mre toient Chartres depuis longtemps. Elles y sont
+<p>Minette et sa mère étoient à Chartres depuis longtemps. Elles y sont
toujours. La fille dit qu'elle s'ennuie; je ne le crois pas trop,
-parce qu'elle y est plus distraite qu' Versailles. Elle m'crit assez
-souvent. Elle m'a mand hier qu'elle avoit t confesse, et que cela
-l'avoit tout soulage, qu'elle vouloit y aller souvent. Je souhaite
-que cela <span class="pagenum"><a id="page408" name="page408"></a>(p. 408)</span> soit vrai. As-tu dj fait une nouvelle
-connoissance, et comment t'en trouves-tu? Ton cur n'est point content
-de ce que nous avons quitt Versailles. Adieu, ma chre petite; je
+parce qu'elle y est plus distraite qu'à Versailles. Elle m'écrit assez
+souvent. Elle m'a mandé hier qu'elle avoit été à confesse, et que cela
+l'avoit tout soulagée, qu'elle vouloit y aller souvent. Je souhaite
+que cela <span class="pagenum"><a id="page408" name="page408"></a>(p. 408)</span> soit vrai. As-tu déjà fait une nouvelle
+connoissance, et comment t'en trouves-tu? Ton curé n'est point content
+de ce que nous avons quitté Versailles. Adieu, ma chère petite; je
t'aime et t'embrasse de tout mon c&oelig;ur. Tu es bien gentille d'aimer
beaucoup la Princesse, qui te le rend bien!</p>
@@ -15367,46 +15322,46 @@ beaucoup la Princesse, qui te le rend bien!</p>
<h3>XVIII<br>
<span class="smaller">A LA MARQUISE DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Paris, ce 20 fvrier 1890.</p>
-
-<p>Tu n'auras qu'un mot de moi, ma pauvre Bombe; j'ai t avertie trop
-tard qu'il y avoit une occasion, et puis j'ai la tte et le c&oelig;ur si
-pleins de la journe d'hier, que je n'ai pas trop la possibilit de
-penser autre chose: le pauvre M. de Favras, dont tu as peut-tre
-connu l'affaire par les journaux, a t pendu hier. Je souhaite que
-son sang ne retombe pas sur ses juges; mais personne ( l'exception du
-peuple et de cette classe d'tres auxquels on ne peut pas donner le
-nom d'hommes, tant ce seroit avilir l'humanit) ne comprend pourquoi
-il a t condamn. Il a eu l'imprudence de vouloir servir son Roi,
-voil son crime. J'espre que cette injuste excution fera l'effet des
-perscutions, et que de ses cendres il renatra des gens qui aimeront
-encore leur patrie et qui la vengeront des tratres qui la trompent.
-J'espre aussi que le Ciel, en faveur du courage qu'il a tmoign
-pendant quatre heures qu'il a t l'htel de ville avant son
-excution, lui aura pardonn ses pchs. Priez Dieu pour lui, mon
+<p class="date">Paris, ce 20 février 1890.</p>
+
+<p>Tu n'auras qu'un mot de moi, ma pauvre Bombe; j'ai été avertie trop
+tard qu'il y avoit une occasion, et puis j'ai la tête et le c&oelig;ur si
+pleins de la journée d'hier, que je n'ai pas trop la possibilité de
+penser à autre chose: le pauvre M. de Favras, dont tu as peut-être
+connu l'affaire par les journaux, a été pendu hier. Je souhaite que
+son sang ne retombe pas sur ses juges; mais personne (à l'exception du
+peuple et de cette classe d'êtres auxquels on ne peut pas donner le
+nom d'hommes, tant ce seroit avilir l'humanité) ne comprend pourquoi
+il a été condamné. Il a eu l'imprudence de vouloir servir son Roi,
+voilà son crime. J'espère que cette injuste exécution fera l'effet des
+persécutions, et que de ses cendres il renaîtra des gens qui aimeront
+encore leur patrie et qui la vengeront des traîtres qui la trompent.
+J'espère aussi que le Ciel, en faveur du courage qu'il a témoigné
+pendant quatre heures qu'il a été à l'hôtel de ville avant son
+exécution, lui aura pardonné ses péchés. Priez Dieu pour lui, mon
c&oelig;ur: vous ne pourrez pas faire une plus belle &oelig;uvre. Du reste,
-l'Assemble est toujours la mme: les monstres en sont les matres.
+l'Assemblée est toujours la même: les monstres en sont les maîtres.
Enfin, le croirois-tu? le Roi n'aura pas encore toute la puissance
-excutrice ncessaire pour qu'il ne soit pas absolument nul dans son
+exécutrice nécessaire pour qu'il ne soit pas absolument nul dans son
royaume. Depuis quatre jours, l'on s'occupe de faire <span class="pagenum"><a id="page409" name="page409"></a>(p. 409)</span> une loi
pour apaiser les troubles, eh bien! ils ne cessent de s'occuper
d'autres choses beaucoup moins essentielles pour le bonheur des
-hommes. Enfin, Dieu rcompensera les bons dans le Ciel, et punira ceux
+hommes. Enfin, Dieu récompensera les bons dans le Ciel, et punira ceux
qui trompent le peuple, le Roi, et tous ceux qui, par la droiture de
-leur caractre, ne peuvent pas se rsoudre voir le mal tel qu'il
+leur caractère, ne peuvent pas se résoudre à voir le mal tel qu'il
est.</p>
<p>Adieu, ma petite, je me porte bien, je t'aime bien; fais-en autant,
-pour l'amour de ta Princesse, et esprons en un temps plus heureux.
+pour l'amour de ta Princesse, et espérons en un temps plus heureux.
Ah! comme nous en jouirons! J'embrasse tes petits enfants de tout mon
c&oelig;ur.</p>
-<p>Tu sais le rglement fait pour les moines et les religieux. N'en dis
-rien personne, mais l'on dit qu'il sortira bien des gens des
-couvents, et mme de religieuses. J'espre que la maison de Saint-Cyr
-n'prouvera pas de changement. Mais son sort n'est pas encore dcid.</p>
+<p>Tu sais le règlement fait pour les moines et les religieux. N'en dis
+rien à personne, mais l'on dit qu'il sortira bien des gens des
+couvents, et même de religieuses. J'espère que la maison de Saint-Cyr
+n'éprouvera pas de changement. Mais son sort n'est pas encore décidé.</p>
-<p>Ta mre se porte bien.</p>
+<p>Ta mère se porte bien.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15416,30 +15371,30 @@ n'prouvera pas de changement. Mais son sort n'est pas encore dcid.</p>
<p class="date">Paris, ce 1<sup>er</sup> mai 1790.</p>
<p>Tu es bien plus parfaite que moi; tu crains <em>la guerre civile</em>; moi,
-je t'avoue que je la regarde comme ncessaire: premirement, je crois
-qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est divis en
+je t'avoue que je la regarde comme nécessaire: premièrement, je crois
+qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est divisé en
deux partis, et que le parti le plus foible n'obtient la vie sauve
-qu'en se laissant dpouiller, il m'est impossible de ne pas appeler
+qu'en se laissant dépouiller, il m'est impossible de ne pas appeler
cela une guerre civile. De plus, jamais l'anarchie ne pourra finir
sans cela; et je crois que plus on retardera, plus il y aura de sang
-rpandu. Voil mon principe. Il peut tre faux; cependant, si j'tois
-roi, il seroit mon guide, et peut-tre viteroit-il de grands
+répandu. Voilà mon principe. Il peut être faux; cependant, si j'étois
+roi, il seroit mon guide, et peut-être éviteroit-il de grands
malheurs. Mais comme, Dieu merci, ce n'est pas moi qui gouverne, je
-me contente, tout en <span class="pagenum"><a id="page410" name="page410"></a>(p. 410)</span> approuvant les projets de mon frre, de
-lui dire sans cesse qu'il ne sauroit tre trop prudent et qu'il ne
+me contente, tout en <span class="pagenum"><a id="page410" name="page410"></a>(p. 410)</span> approuvant les projets de mon frère, de
+lui dire sans cesse qu'il ne sauroit être trop prudent et qu'il ne
faut rien hasarder.</p>
-<p>Je ne suis pas tonne que la dmarche que le Roi a faite le 4 fvrier
-lui ait fait un grand tort dans l'esprit des trangers. J'espre
-pourtant qu'elle n'a pas dcourag nos allis, et qu'ils auront enfin
-piti de nous. Notre sjour ici nuit beaucoup aux affaires. Je
-voudrois pour tout au monde en tre dehors, mais c'est bien difficile.
-Cependant, j'espre que cela viendra. Si j'ai cru un moment que nous
-avions bien fait de venir Paris, depuis longtemps j'ai chang
+<p>Je ne suis pas étonnée que la démarche que le Roi a faite le 4 février
+lui ait fait un grand tort dans l'esprit des étrangers. J'espère
+pourtant qu'elle n'a pas découragé nos alliés, et qu'ils auront enfin
+pitié de nous. Notre séjour ici nuit beaucoup aux affaires. Je
+voudrois pour tout au monde en être dehors, mais c'est bien difficile.
+Cependant, j'espère que cela viendra. Si j'ai cru un moment que nous
+avions bien fait de venir à Paris, depuis longtemps j'ai changé
d'avis; mais, mon c&oelig;ur, si nous avions su profiter du moment,
croyez que nous aurions fait beaucoup de bien. Mais il falloit avoir
-de la fermet; mais il falloit ne pas avoir peur que les provinces se
-fchassent contre la capitale; il falloit affronter les dangers: nous
+de la fermeté; mais il falloit ne pas avoir peur que les provinces se
+fâchassent contre la capitale; il falloit affronter les dangers: nous
en serions sortis vainqueurs.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15449,41 +15404,41 @@ en serions sortis vainqueurs.</p>
<p class="date">Paris, ce 18 mai 1790.</p>
-<p>Tu auras vu par les papiers publics, ma chre enfant, qu'il avoit t
-question de ton mari l'Assemble, mais tu auras su en mme temps que
-l'on n'avoit pas seulement cout M. de Lameth. Ainsi, mon c&oelig;ur,
-cela ne doit pas t'inquiter. Il y avoit quelqu'un qui, propos du
+<p>Tu auras vu par les papiers publics, ma chère enfant, qu'il avoit été
+question de ton mari à l'Assemblée, mais tu auras su en même temps que
+l'on n'avoit pas seulement écouté M. de Lameth. Ainsi, mon c&oelig;ur,
+cela ne doit pas t'inquiéter. Il y avoit quelqu'un qui, à propos du
discours de M. de Lameth, disoit qu'apparemment il craignoit que ton
-mari ne rendt Venise aristocrate, puisqu'il ne vouloit pas qu'il y
-restt. J'ai trouv ce propos charmant. Ta mre, qui assurment n'est
-pas froide sur tes intrts, n'est point agite de ce qui s'est pass.
+mari ne rendît Venise aristocrate, puisqu'il ne vouloit pas qu'il y
+restât. J'ai trouvé ce propos charmant. Ta mère, qui assurément n'est
+pas froide sur tes intérêts, n'est point agitée de ce qui s'est passé.
Ainsi, mon c&oelig;ur, laisse gronder l'orage sans te troubler.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page411" name="page411"></a>(p. 411)</span> Je t'envoie une lettre pour une femme que tu dois voir dans
-peu. Tu me manderas comment tu l'auras trouve. Je te vois d'ici te
-changeant toutes les deux en fontaines. Dis sa nice bien des choses
+peu. Tu me manderas comment tu l'auras trouvée. Je te vois d'ici te
+changeant toutes les deux en fontaines. Dis à sa nièce bien des choses
de ma part sur la perte qu'elle vient de faire. Et puis, parle
beaucoup, avec le mari, de son corps, et tu seras aussi heureuse qu'il
-soit possible de l'tre dans ce moment-ci. Pour moi, j'prouve une
+soit possible de l'être dans ce moment-ci. Pour moi, j'éprouve une
vraie jouissance lorsque j'en reconnois quelques-uns dans les
galeries.</p>
-<p>Nous sommes enfin sortis de notre tanire. Le Roi va, je crois, monter
- cheval pour la troisime fois, et moi j'y ai dj mont une. Je n'ai
-pas t trs-lasse, et je compte recommencer vendredi. Je vais ce
-matin Bellevue. J'ai le besoin de voir un jardin anglois, et j'y
-vais pour cela. Pendant ce temps-l, l'Assemble s'occupera d'ter au
-Roi le droit de faire la paix ou la guerre. Bientt, je pense qu'on
-lui tera le droit de porter sa couronne, car c'est peu prs tout ce
-qui lui reste. Tu sais sans doute ce qui se passe en Dauphin et dans
+<p>Nous sommes enfin sortis de notre tanière. Le Roi va, je crois, monter
+à cheval pour la troisième fois, et moi j'y ai déjà monté une. Je n'ai
+pas été très-lasse, et je compte recommencer vendredi. Je vais ce
+matin à Bellevue. J'ai le besoin de voir un jardin anglois, et j'y
+vais pour cela. Pendant ce temps-là, l'Assemblée s'occupera d'ôter au
+Roi le droit de faire la paix ou la guerre. Bientôt, je pense qu'on
+lui ôtera le droit de porter sa couronne, car c'est à peu près tout ce
+qui lui reste. Tu sais sans doute ce qui se passe en Dauphiné et dans
les provinces adjacentes. La mort de De Bossette fait horreur.
-Qu'est-ce qu'il toit au mari de ta nice? Adieu, ma petite, je
+Qu'est-ce qu'il étoit au mari de ta nièce? Adieu, ma petite, je
t'embrasse et t'aime de tout mon c&oelig;ur. Comment va ton petit monstre
d'Henri?</p>
-<p>J'oubliois de te parler de la raison de ton mari. J'en suis difie,
-touche et enchante. Je voudrois savoir ta rforme faite, parce que
-c'est toujours un moment dsagrable.</p>
+<p>J'oubliois de te parler de la raison de ton mari. J'en suis édifiée,
+touchée et enchantée. Je voudrois savoir ta réforme faite, parce que
+c'est toujours un moment désagréable.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15492,42 +15447,42 @@ c'est toujours un moment dsagrable.</p>
<p class="date">Ce 27 juin 1790.</p>
-<p>Il y a longtemps que je ne vous ai crit, ma petite Bombelinette.
-Aussi je prends ce soir les avances, afin de <span class="pagenum"><a id="page412" name="page412"></a>(p. 412)</span> n'tre pas
-prise au dpourvu par la poste, comme il arrive souvent lorsque l'on a
-assez de got pour la sainte paresse. Je ne vous parlerai pas de tous
-les dcrets que l'on rend la journe, et surtout de celui d'un
-certain samedi dont je ne sais plus le quantime. Il afflige peu des
+<p>Il y a longtemps que je ne vous ai écrit, ma petite Bombelinette.
+Aussi je prends ce soir les avances, afin de <span class="pagenum"><a id="page412" name="page412"></a>(p. 412)</span> n'être pas
+prise au dépourvu par la poste, comme il arrive souvent lorsque l'on a
+assez de goût pour la sainte paresse. Je ne vous parlerai pas de tous
+les décrets que l'on rend à la journée, et surtout de celui d'un
+certain samedi dont je ne sais plus le quantième. Il afflige peu des
personnes qu'il attaque, mais bien les malveillants et ceux qui l'ont
-rendu, car il est devenu le sujet de la dissipation des socits. Pour
-moi, j'espre bien m'appeler mademoiselle Capet, ou Hugues, ou Robert,
-car je ne crois pas que je puisse prendre le vritable, celui de
+rendu, car il est devenu le sujet de la dissipation des sociétés. Pour
+moi, j'espère bien m'appeler mademoiselle Capet, ou Hugues, ou Robert,
+car je ne crois pas que je puisse prendre le véritable, celui de
France. Cela m'amuse beaucoup; et si ces messieurs vouloient ne rendre
-que de ces dcrets-l, je joindrois l'amour au profond respect dont je
-suis pntre pour eux. Tu trouveras mon style un peu lger, vu la
-circonstance; mais comme il ne contient pas de contre-rvolution, tu
-me le pardonneras. Loin d'y penser, nous allons nous rjouir dans
-quinze jours avec toutes les milices du Royaume pour clbrer les
-fameuses journes du 14 et du 15 juillet, dont peut-tre tu as entendu
-parler. On apprte le Champ de Mars. Il pourra contenir six cent mille
-mes. J'espre, pour leur salut et pour le mien, qu'il ne fera pas le
-chaud qu'il a fait la semaine passe; car je crois que la messe que
-nous entendrons en ce moment pourroit tre mal entendue, vu que, pour
+que de ces décrets-là, je joindrois l'amour au profond respect dont je
+suis pénétrée pour eux. Tu trouveras mon style un peu léger, vu la
+circonstance; mais comme il ne contient pas de contre-révolution, tu
+me le pardonneras. Loin d'y penser, nous allons nous réjouir dans
+quinze jours avec toutes les milices du Royaume pour célébrer les
+fameuses journées du 14 et du 15 juillet, dont peut-être tu as entendu
+parler. On apprête le Champ de Mars. Il pourra contenir six cent mille
+âmes. J'espère, pour leur salut et pour le mien, qu'il ne fera pas le
+chaud qu'il a fait la semaine passée; car je crois que la messe que
+nous entendrons en ce moment pourroit être mal entendue, vu que, pour
ma part, avec l'amour que j'ai pour le chaud, je crois que j'y
-crverois. Sans cela, j'espre bien n'y pas laisser mon pauvre corps,
-qui pourroit bien, en quittant cet endroit, ne pas se rafrachir de
-quelque temps; mais au contraire j'espre bien le ramener tout comme
-il y aura t. Pardonne-moi toutes ces btises; mais j'ai tant touff
-la semaine passe, et la revue de la milice, et dans mon petit
+crèverois. Sans cela, j'espère bien n'y pas laisser mon pauvre corps,
+qui pourroit bien, en quittant cet endroit, ne pas se rafraîchir de
+quelque temps; mais au contraire j'espère bien le ramener tout comme
+il y aura été. Pardonne-moi toutes ces bêtises; mais j'ai tant étouffé
+la semaine passée, et à la revue de la milice, et dans mon petit
appartement, que j'en suis encore toute saisie. Et puis, il faut bien
rire un peu, cela fait du bien. Madame d'Aumale me disoit toujours,
dans mon enfance, qu'il falloit rire, que cela dilatoit les poumons.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page413" name="page413"></a>(p. 413)</span> J'achve ma lettre Saint-Cloud. Me voil rtablie dans le
-jardin, mon critoire ou mon livre la main; et l je prends patience
-et des forces pour le reste de ce que j'ai faire. Ta mre, que je
-viens de quitter, se porte trs-joliment. Adieu, je t'aime et
-t'embrasse de tout mon c&oelig;ur. As-tu sevr ton petit monstre, et
+<p><span class="pagenum"><a id="page413" name="page413"></a>(p. 413)</span> J'achève ma lettre à Saint-Cloud. Me voilà rétablie dans le
+jardin, mon écritoire ou mon livre à la main; et là je prends patience
+et des forces pour le reste de ce que j'ai à faire. Ta mère, que je
+viens de quitter, se porte très-joliment. Adieu, je t'aime et
+t'embrasse de tout mon c&oelig;ur. As-tu sevré ton petit monstre, et
comment t'en trouves-tu?</p>
<hr class="hr30">
@@ -15537,80 +15492,80 @@ comment t'en trouves-tu?</p>
<p class="date">Ce 10 juillet 1790.</p>
-<p>J'ai reu ta lettre par ce Monsieur qui est retourn Venise, mais
-trop tard pour y pouvoir rpondre, en ayant une autre crire plus
-presse. Nous touchons, ma chre enfant, comme le dit la chanson, au
-moment de la crise de la Fdration. Elle aura lieu mercredi; je suis
-bien convaincue qu'il ne s'y passera rien de trs-fcheux. M. le duc
-d'Orlans n'est pas encore ici, peut-tre y sera-t-il ce soir ou
-demain; peut-tre ne reviendra-t-il jamais. J'ai l'opinion que c'est
-peu prs indiffrent. Il est tomb dans un tel mpris que sa prsence
-sera cause de peu de mouvement. L'Assemble parot dcidment spare
+<p>J'ai reçu ta lettre par ce Monsieur qui est retourné à Venise, mais
+trop tard pour y pouvoir répondre, en ayant une autre à écrire plus
+pressée. Nous touchons, ma chère enfant, comme le dit la chanson, au
+moment de la crise de la Fédération. Elle aura lieu mercredi; je suis
+bien convaincue qu'il ne s'y passera rien de très-fâcheux. M. le duc
+d'Orléans n'est pas encore ici, peut-être y sera-t-il ce soir ou
+demain; peut-être ne reviendra-t-il jamais. J'ai l'opinion que c'est à
+peu près indifférent. Il est tombé dans un tel mépris que sa présence
+sera cause de peu de mouvement. L'Assemblée paroît décidément séparée
en deux partis, celui de M. de La Fayette et celui de M. le duc
-d'Orlans, autrement appel celui des Lameth. Je dis cela parce que le
+d'Orléans, autrement appelé celui des Lameth. Je dis cela parce que le
public le croit; moi j'ai l'opinion qu'ils ne sont pas aussi mal
-ensemble qu'ils veulent le parotre. Que cela soit ou que cela ne soit
-pas, il parot que celui de M. de La Fayette est beaucoup plus
-considrable, et cela doit tre un bien, parce qu'il est moins
-sanguinaire, et parot vouloir servir le Roi en consolidant l'ouvrage
-immortel dont Target<a id="footnotetag173" name="footnotetag173"></a><a href="#footnote173" title="Go to footnote 173"><span class="smaller">[173]</span></a> accoucha le 4 fvrier de l'an 90.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page414" name="page414"></a>(p. 414)</span> Toutes les rflexions que tu fais sur le sjour du [Roi] sont
-trs-justes, il y a longtemps que j'en suis convaincue; celles qui
-suivent sont bonnes suivre, sont mme ncessaires. Mais de tout cela
-il n'en sera rien, moins que le Ciel ne s'en mle. Prie-le bien fort
+ensemble qu'ils veulent le paroître. Que cela soit ou que cela ne soit
+pas, il paroît que celui de M. de La Fayette est beaucoup plus
+considérable, et cela doit être un bien, parce qu'il est moins
+sanguinaire, et paroît vouloir servir le Roi en consolidant l'ouvrage
+immortel dont Target<a id="footnotetag173" name="footnotetag173"></a><a href="#footnote173" title="Go to footnote 173"><span class="smaller">[173]</span></a> accoucha le 4 février de l'an 90.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page414" name="page414"></a>(p. 414)</span> Toutes les réflexions que tu fais sur le séjour du [Roi] sont
+très-justes, il y a longtemps que j'en suis convaincue; celles qui
+suivent sont bonnes à suivre, sont même nécessaires. Mais de tout cela
+il n'en sera rien, à moins que le Ciel ne s'en mêle. Prie-le bien fort
pour cela, car nous en avons grand besoin. Cela me fait bien de la
peine, parce que j'ai une certaine frayeur que l'ennui ne gagne tant
-que l'on ne puisse rsister au dsir de s'amuser un peu, et d'une
-manire qui peut tre ou fort utile ou fort malheureuse pour
-l'ternit. Le choix est difficile faire dans deux choses aussi
-rapproches que celles-l, quoiqu'au premier coup d'&oelig;il elles
+que l'on ne puisse résister au désir de s'amuser un peu, et d'une
+manière qui peut être ou fort utile ou fort malheureuse pour
+l'éternité. Le choix est difficile à faire dans deux choses aussi
+rapprochées que celles-là, quoiqu'au premier coup d'&oelig;il elles
paroissent fort dissemblables. Mais ton esprit est si fin, si juste,
qu'il apercevra sans peine le point qui les unit sans que je me donne
-la peine de le dmontrer. Si tu me trouves le sens commun, il faut
+la peine de le démontrer. Si tu me trouves le sens commun, il faut
convenir que tu seras bien indulgente.</p>
-<p>L'Assemble a dcrt hier que le Roi seroit seul avec elle dans la
-Fdration, le prsident sa droite; le reste de sa famille sera, je
-crois, aux fentres de l'cole militaire. Le Roi avoit dsir d'en
-tre entour; mais, comme de raison, on n'a pas pris garde aux dsirs
-de celui qui n'a de pouvoir que celui que la Nation lui dlgue. Tu
-sais que j'ai le bonheur de connotre beaucoup un des membres de cette
-auguste famille du sicle pass; eh bien, je vous fais part que tout
-cela lui est bien gal: elle n'en est afflige que par rapport la
-Reine, pour qui c'est un soufflet donn tour de bras, et d'autant
-mieux appliqu qu'il a t mnag de loin, et que jusqu'au dernier
+<p>L'Assemblée a décrété hier que le Roi seroit seul avec elle dans la
+Fédération, le président à sa droite; le reste de sa famille sera, je
+crois, aux fenêtres de l'École militaire. Le Roi avoit désiré d'en
+être entouré; mais, comme de raison, on n'a pas pris garde aux désirs
+de celui qui n'a de pouvoir que celui que la Nation lui délègue. Tu
+sais que j'ai le bonheur de connoître beaucoup un des membres de cette
+auguste famille du siècle passé; eh bien, je vous fais part que tout
+cela lui est bien égal: elle n'en est affligée que par rapport à la
+Reine, pour qui c'est un soufflet donné à tour de bras, et d'autant
+mieux appliqué qu'il a été ménagé de loin, et que jusqu'au dernier
moment on avoit dit au Roi que le contraire passeroit.</p>
-<p>Je suis fche de penser que tu n'es plus la campagne, parce que
-cela te fait du bien et du plaisir; mais je suis bien difie de ta
-rsignation et de ton amour pour tes <span class="pagenum"><a id="page415" name="page415"></a>(p. 415)</span> devoirs. J'espre que
-tes enfants te ressembleront et serviront Dieu et leur matre comme de
-bons chrtiens, et tes enfants doivent servir l'un et l'autre, ayant
-de si bons exemples sous leurs yeux. A propos, je suis bien fche que
-ma phrase t'ait dplu, ce n'toit pas mon intention, comme tu peux
-bien l'imaginer. Je n'ai pens qu'au temps qu'il y avoit que ton mari
-ne s'toit occup de ce mtier qui demande un peu de pratique, surtout
-s'il le suivoit dans la position o il est<a id="footnotetag174" name="footnotetag174"></a><a href="#footnote174" title="Go to footnote 174"><span class="smaller">[174]</span></a>. Mais je te fais
-rparation, et te dirai que je suis convaincue que le zle que
-certainement il y mettroit pourroit suppler ce qui lui manqueroit
+<p>Je suis fâchée de penser que tu n'es plus à la campagne, parce que
+cela te fait du bien et du plaisir; mais je suis bien édifiée de ta
+résignation et de ton amour pour tes <span class="pagenum"><a id="page415" name="page415"></a>(p. 415)</span> devoirs. J'espère que
+tes enfants te ressembleront et serviront Dieu et leur maître comme de
+bons chrétiens, et tes enfants doivent servir l'un et l'autre, ayant
+de si bons exemples sous leurs yeux. A propos, je suis bien fâchée que
+ma phrase t'ait déplu, ce n'étoit pas mon intention, comme tu peux
+bien l'imaginer. Je n'ai pensé qu'au temps qu'il y avoit que ton mari
+ne s'étoit occupé de ce métier qui demande un peu de pratique, surtout
+s'il le suivoit dans la position où il est<a id="footnotetag174" name="footnotetag174"></a><a href="#footnote174" title="Go to footnote 174"><span class="smaller">[174]</span></a>. Mais je te fais
+réparation, et te dirai que je suis convaincue que le zèle que
+certainement il y mettroit pourroit suppléer à ce qui lui manqueroit
de science, si par hasard il en avoit perdu. Mais je ne puis te
-dissimuler que, malgr la grandeur de tes sentiments, je ne me soucie
-point du tout que ton mari soit appel. J'ajouterai que je ne crois
-pas qu'il le doive en conscience, parce que son sort est fix et qu'il
-ne peut le changer sans tout abandonner de bonne volont ou de force.
-Pse encore cette rflexion, et sois bien convaincue que je n'ai
-jamais eu le dsir de te faire de la peine, notre amiti est trop
+dissimuler que, malgré la grandeur de tes sentiments, je ne me soucie
+point du tout que ton mari soit appelé. J'ajouterai que je ne crois
+pas qu'il le doive en conscience, parce que son sort est fixé et qu'il
+ne peut le changer sans tout abandonner de bonne volonté ou de force.
+Pèse encore cette réflexion, et sois bien convaincue que je n'ai
+jamais eu le désir de te faire de la peine, notre amitié est trop
vraie pour que tu puisses en douter. Tes parents se portent bien. Je
-t'embrasse de tout mon c&oelig;ur; je suis bien fche de ce que tu me
-mandes de Font. J'espre que tu te trompes; si cela toit, que nous
-serions ou btes ou malheureuses! etc. Mais plus j'y rflchis, ainsi
-qu' ses propos, et moins je le crois.</p>
+t'embrasse de tout mon c&oelig;ur; je suis bien fâchée de ce que tu me
+mandes de Font. J'espère que tu te trompes; si cela étoit, que nous
+serions ou bêtes ou malheureuses! etc. Mais plus j'y réfléchis, ainsi
+qu'à ses propos, et moins je le crois.</p>
<p>M. de N., je crois, n'avoit pas besoin des conseils de l'homme dont tu
me parles pour le rejoindre. Je crois que l'autre n'auroit pas
-souffert un sjour plus long, mais c'est toujours fort bien lui de
-l'avoir senti. S'il pouvoit de mme se persuader de rester toujours o
+souffert un séjour plus long, mais c'est toujours fort bien à lui de
+l'avoir senti. S'il pouvoit de même se persuader de rester toujours où
il est avec l'autre, cela seroit bien heureux pour tout le monde.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15618,133 +15573,133 @@ il est avec l'autre, cela seroit bien heureux pour tout le monde.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page416" name="page416"></a>(p. 416)</span> XXIII<br>
<span class="smaller">LA MARQUISE DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Ce 16 aot 1790.</p>
+<p class="date">Ce 16 août 1790.</p>
-<p>Eh bien, ma Bombe, tu es en colre contre moi; tu aurois raison si
+<p>Eh bien, ma Bombe, tu es en colère contre moi; tu aurois raison si
j'avois tort, mais, en conscience, je ne puis pas en convenir. Le
-Monsieur qui t'a apport une lettre de ta mre en a, je crois, une de
+Monsieur qui t'a apporté une lettre de ta mère en a, je crois, une de
moi que je charge une autre personne de te remettre, ou si ce n'est
-pas lui, tu en recevras une du mme temps; du moins il me semble
-qu'autant que je puis m'en ressouvenir, voil la raison pour laquelle
-je ne lui en ai pas donn. Si je me trompe, et que je ne t'aie pas
-crit du tout, c'est srement la faute du temps qui me manquoit; car
+pas lui, tu en recevras une du même temps; du moins il me semble
+qu'autant que je puis m'en ressouvenir, voilà la raison pour laquelle
+je ne lui en ai pas donné. Si je me trompe, et que je ne t'aie pas
+écrit du tout, c'est sûrement la faute du temps qui me manquoit; car
tu sais bien que, dans tous les moments, je serai bien aise de causer
- mon aise avec toi, et que celui-ci tant encore plus intressant, je
-ne le laisserai pas chapper. Au reste, pour obtenir tout fait mon
-pardon, je te promets de t'crire par la premire occasion, si
-pourtant j'ai quelque chose te mander; car je ne crois pas que vous
-dsiriez que je vous fasse des contes.</p>
-
-<p>Je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas encore reu ton lixir, car
-Raigecourt te l'a envoy il y a dj quelque temps. Elle est la
+à mon aise avec toi, et que celui-ci étant encore plus intéressant, je
+ne le laisserai pas échapper. Au reste, pour obtenir tout à fait mon
+pardon, je te promets de t'écrire par la première occasion, si
+pourtant j'ai quelque chose à te mander; car je ne crois pas que vous
+désiriez que je vous fasse des contes.</p>
+
+<p>Je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas encore reçu ton élixir, car
+Raigecourt te l'a envoyé il y a déjà quelque temps. Elle est à la
campagne dans ce moment-ci, avec son mari, dans une nouvelle terre
-qu'ils ont achete. Elle est agrable; mais ne pouvant en jouir pour
+qu'ils ont achetée. Elle est agréable; mais ne pouvant en jouir pour
Stani, elle lui fait beaucoup moins de plaisir. Je suis bien aise que
-ton pauvre Henry ne te donne plus d'inquitude. La description que tu
+ton pauvre Henry ne te donne plus d'inquiétude. La description que tu
me fais de ta campagne fait bien envie. Jouissez-en bien, mon enfant;
-ne vous occupez point d'ides qui puissent rendre nul le bonheur que
-la nature vous offre. Joignez-y le vritable, celui d'une conscience
+ne vous occupez point d'idées qui puissent rendre nul le bonheur que
+la nature vous offre. Joignez-y le véritable, celui d'une conscience
bien pure, d'un c&oelig;ur bien rempli de l'objet qui seul peut consoler
<span class="pagenum"><a id="page417" name="page417"></a>(p. 417)</span> dans les maux qui accablent notre patrie, et tu pourras te
-vanter d'tre philosophe, et philosophe chrtien, bien loin des
-principes de tes anciens amis, que l'exprience doit te faire juger
+vanter d'être philosophe, et philosophe chrétien, bien loin des
+principes de tes anciens amis, que l'expérience doit te faire juger
avec des yeux moins indulgents.</p>
-<p>La mre Bastide vient de terminer sa longue carrire avec le calme
-qu'elle a eu toute sa vie. Je l'ai vue depuis sa mort, elle n'toit
-pas du tout change. C'est bien jaune un cadavre, mais cela ne fait
-pas trop d'horreur. Je ne sais plus si tu en as vu, je ne crois pas,
-moins que cela ne ft la mre Beaugeard<a id="footnotetag175" name="footnotetag175"></a><a href="#footnote175" title="Go to footnote 175"><span class="smaller">[175]</span></a>.</p>
+<p>La mère Bastide vient de terminer sa longue carrière avec le calme
+qu'elle a eu toute sa vie. Je l'ai vue depuis sa mort, elle n'étoit
+pas du tout changée. C'est bien jaune un cadavre, mais cela ne fait
+pas trop d'horreur. Je ne sais plus si tu en as vu, je ne crois pas, à
+moins que cela ne fût la mère Beaugeard<a id="footnotetag175" name="footnotetag175"></a><a href="#footnote175" title="Go to footnote 175"><span class="smaller">[175]</span></a>.</p>
-<p>Nous sommes toujours Saint-Cloud, toujours dans la mme position,
-attendant avec rsignation ce que le Ciel nous rserve. Bonsoir, ma
-chre Bombe; je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur, je t'aime beaucoup, et
-je voudrois bien tre avec toi dans un petit coin de ta campagne.
-Bitche pense-t-il toujours moi?</p>
+<p>Nous sommes toujours à Saint-Cloud, toujours dans la même position,
+attendant avec résignation ce que le Ciel nous réserve. Bonsoir, ma
+chère Bombe; je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur, je t'aime beaucoup, et
+je voudrois bien être avec toi dans un petit coin de ta campagne.
+Bitche pense-t-il toujours à moi?</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXIV<br>
<span class="smaller">A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS<a id="footnotetag176" name="footnotetag176"></a><a href="#footnote176" title="Go to footnote 176"><span class="smaller">[176]</span></a>.</span></h3>
-<p class="date">Ce 29 aot 1790.</p>
+<p class="date">Ce 29 août 1790.</p>
-<p>J'ai reu votre lettre, mon c&oelig;ur; elle m'a bien touche; je n'ai
-jamais dout de vos sentiments pour moi, mais les marques que vous
-m'en donnez me font grand plaisir. Il m'auroit t infiniment agrable
+<p>J'ai reçu votre lettre, mon c&oelig;ur; elle m'a bien touchée; je n'ai
+jamais douté de vos sentiments pour moi, mais les marques que vous
+m'en donnez me font grand plaisir. Il m'auroit été infiniment agréable
de vous revoir cet automne, mais je sens la position de votre mari, et
-je consens trs-fort au projet qu'il a form de passer l'hiver en pays
-tranger. Je vous avoue mme que votre position me le fait dsirer: ce
-pays-ci est tranquille, mais d'un moment l'autre il peut ne l'tre
-plus. Vous tes trop vive <span class="pagenum"><a id="page418" name="page418"></a>(p. 418)</span> pour vous exposer faire vos
-couches dans un lieu o l'on peut craindre chaque jour quelque
-mouvement; votre sant n'y rsisteroit pas; de plus, avec cette
-disposition-l, les suites de vos couches seroient beaucoup plus
-fcheuses. Faites toutes ces rflexions pour vous aider, mon c&oelig;ur,
- faire le sacrifice que la fortune de votre mari et sa position
-vis--vis de sa mre vous obligent de faire. Si de vous dire que je
+je consens très-fort au projet qu'il a formé de passer l'hiver en pays
+étranger. Je vous avoue même que votre position me le fait désirer: ce
+pays-ci est tranquille, mais d'un moment à l'autre il peut ne l'être
+plus. Vous êtes trop vive <span class="pagenum"><a id="page418" name="page418"></a>(p. 418)</span> pour vous exposer à faire vos
+couches dans un lieu où l'on peut craindre chaque jour quelque
+mouvement; votre santé n'y résisteroit pas; de plus, avec cette
+disposition-là, les suites de vos couches seroient beaucoup plus
+fâcheuses. Faites toutes ces réflexions pour vous aider, mon c&oelig;ur,
+à faire le sacrifice que la fortune de votre mari et sa position
+vis-à-vis de sa mère vous obligent de faire. Si de vous dire que je
l'approuve peut en effet vous le faire un peu mieux supporter, je vous
-le rpterai sans cesse; mais, mon c&oelig;ur, ce que je ne saurois trop
-vous rpter, et que je voudrois que vous eussiez grav dans le
-c&oelig;ur et dans l'esprit, c'est que ce moment-ci doit tre dcisif
-pour votre bonheur et votre rputation. Vous allez tre livre
-vous-mme, dans un pays tranger, ne pouvant recevoir de conseil que
-de vous-mme. Peut-tre y rencontrerez-vous des Parisiens dont la
-rputation ne soit pas trs-bonne: il est bien difficile dans un autre
+le répéterai sans cesse; mais, mon c&oelig;ur, ce que je ne saurois trop
+vous répéter, et que je voudrois que vous eussiez gravé dans le
+c&oelig;ur et dans l'esprit, c'est que ce moment-ci doit être décisif
+pour votre bonheur et votre réputation. Vous allez être livrée à
+vous-même, dans un pays étranger, ne pouvant recevoir de conseil que
+de vous-même. Peut-être y rencontrerez-vous des Parisiens dont la
+réputation ne soit pas très-bonne: il est bien difficile dans un autre
pays de ne pas voir ses compatriotes; mais ne les voyez qu'avec une
-telle prudence, rglez tellement vos dmarches sur la raison, que nul
-ne puisse tenir un propos sur vous. Surtout, mon c&oelig;ur, cherchez
-plaire votre mari; quoique vous ne m'ayez jamais parl de lui, je le
-connois assez pour savoir qu'il a de bonnes qualits, mais qu'il peut
+telle prudence, réglez tellement vos démarches sur la raison, que nul
+ne puisse tenir un propos sur vous. Surtout, mon c&oelig;ur, cherchez à
+plaire à votre mari; quoique vous ne m'ayez jamais parlé de lui, je le
+connois assez pour savoir qu'il a de bonnes qualités, mais qu'il peut
en avoir qui ne vous plaisent pas autant. Faites-vous la loi de ne
-jamais vous arrter sur celles-l, et surtout de ne jamais permettre
-que l'on vous en parle; vous le lui devez, vous vous le devez
-vous-mme. Cherchez fixer son c&oelig;ur: si vous le possdez bien,
-vous serez toujours heureuse. Rendez-lui sa maison agrable, qu'il y
-retrouve toujours une femme empresse lui plaire, occupe de ses
-devoirs, de ses enfants, et vous gagnerez par l sa confiance; et si
+jamais vous arrêter sur celles-là, et surtout de ne jamais permettre
+que l'on vous en parle; vous le lui devez, vous vous le devez à
+vous-même. Cherchez à fixer son c&oelig;ur: si vous le possédez bien,
+vous serez toujours heureuse. Rendez-lui sa maison agréable, qu'il y
+retrouve toujours une femme empressée à lui plaire, occupée de ses
+devoirs, de ses enfants, et vous gagnerez par là sa confiance; et si
une fois vous l'avez bien, vous ferez, avec l'esprit que le Ciel vous
-a donn, et un peu d'adresse, tout ce que vous voudrez. Mais, ma
-chre enfant, songez avant tout sanctifier toutes <span class="pagenum"><a id="page419" name="page419"></a>(p. 419)</span> vos
-bonnes qualits par un grand amour pour Dieu; pratiquez votre
+a donné, et un peu d'adresse, tout ce que vous voudrez. Mais, ma
+chère enfant, songez avant tout à sanctifier toutes <span class="pagenum"><a id="page419" name="page419"></a>(p. 419)</span> vos
+bonnes qualités par un grand amour pour Dieu; pratiquez votre
religion, vous y trouverez une force, des ressources dans toutes vos
-peines, des consolations qu'elle seule peut faire goter. Ah! y a-t-il
-un bonheur plus grand que celui d'tre toujours bien avec sa
+peines, des consolations qu'elle seule peut faire goûter. Ah! y a-t-il
+un bonheur plus grand que celui d'être toujours bien avec sa
conscience? Conservez-le, ce bonheur, et vous verrez que les tourments
-de la vie sont bien peu de chose compars avec les tourments
-qu'prouvent les gens livrs toutes les passions. Que la dvotion de
-votre belle-mre ne vous en dgote pas: il est des gens qui le Ciel
-n'accorde pas la grce de la connotre sous son vrai jour; il faut
-prier que le Ciel l'claire. Je suis bien aise que votre mari
-connoisse ses dfauts, mais je serois fche que par des plaisanteries
+de la vie sont bien peu de chose comparés avec les tourments
+qu'éprouvent les gens livrés à toutes les passions. Que la dévotion de
+votre belle-mère ne vous en dégoûte pas: il est des gens à qui le Ciel
+n'accorde pas la grâce de la connoître sous son vrai jour; il faut
+prier que le Ciel l'éclaire. Je suis bien aise que votre mari
+connoisse ses défauts, mais je serois fâchée que par des plaisanteries
ou autrement vous les lui fassiez remarquer. Pardon, mon c&oelig;ur, de
tout mon bavardage; mais je vous aime trop pour ne pas vous dire tout
-ce que je crois utile votre bonheur. Vous me dites, avec toute
-l'amabilit dont vous tes capable, que si vous valez quelque chose
-vous me le devez; prenez-y garde, c'est m'encourager vous ennuyer
+ce que je crois utile à votre bonheur. Vous me dites, avec toute
+l'amabilité dont vous êtes capable, que si vous valez quelque chose
+vous me le devez; prenez-y garde, c'est m'encourager à vous ennuyer
encore.</p>
-<p>Mandez-moi si vous avez reu une lettre de moi, que je vous ai crite
-peu de jours aprs la Fdration; il y en avoit une pour votre
-belle-mre: comme c'est une occasion, elle a t longtemps en chemin.
-Adieu, mon c&oelig;ur, crivez-moi tant que vous en aurez le dsir. Si
+<p>Mandez-moi si vous avez reçu une lettre de moi, que je vous ai écrite
+peu de jours après la Fédération; il y en avoit une pour votre
+belle-mère: comme c'est une occasion, elle a été longtemps en chemin.
+Adieu, mon c&oelig;ur, écrivez-moi tant que vous en aurez le désir. Si
vous avez besoin d'ouvrir votre c&oelig;ur, ouvrez-le-moi, et croyez que
-vous ne pouvez pas vous adresser quelqu'un qui vous aime plus
+vous ne pouvez pas vous adresser à quelqu'un qui vous aime plus
tendrement que moi. Vous me manderez votre adresse. J'oubliois de vous
-rpondre pour M. d'A. Ne pouvant, vu la position de mes affaires, rien
-faire pour lui dans ce moment, je dsire que vous priiez la personne
-qui vous en a parl, s'il se trouvoit dans une position plus critique,
-qu'il est toujours craindre que les circonstances amnent, de vous
+répondre pour M. d'A. Ne pouvant, vu la position de mes affaires, rien
+faire pour lui dans ce moment, je désire que vous priiez la personne
+qui vous en a parlé, s'il se trouvoit dans une position plus critique,
+qu'il est toujours à craindre que les circonstances amènent, de vous
le mander; pour lors je ferois ce qu'il me seroit possible, et cela
seroit plus naturel que de leur <span class="pagenum"><a id="page420" name="page420"></a>(p. 420)</span> envoyer de but en blanc, je
-craindrois que leur amour-propre n'en ft choqu. Dites votre mari
-de ma part que j'espre que votre conomie, et la sienne, fera qu'au
+craindrois que leur amour-propre n'en fût choqué. Dites à votre mari
+de ma part que j'espère que votre économie, et la sienne, fera qu'au
printemps je pourrai avoir le plaisir de vous voir. Recommandez-lui
-aussi de me donner de vos nouvelles ds que vous serez accouche.
+aussi de me donner de vos nouvelles dès que vous serez accouchée.
J'embrasse vous et votre fils de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p>Dites bien des choses votre belle-mre; je lui crirai dans peu.
-Bombe se porte bien. Je suis bien fche que le mariage de Pauline ne
+<p>Dites bien des choses à votre belle-mère; je lui écrirai dans peu.
+Bombe se porte bien. Je suis bien fâchée que le mariage de Pauline ne
se fasse pas.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15754,113 +15709,113 @@ se fasse pas.</p>
<p class="date">Ce 27 septembre 1790.</p>
-<p>Te voil donc Genve, mon c&oelig;ur, te voil seize lieues de tes
-parents, et ne pouvant pas y aller; je conois la peine que cela te
-fait, mais je suis enchante du courage que tu y as mis. Qu'il est
-bien fait d'viter par des plaintes inutiles de mettre du froid,
-souvent de l'humeur, dans le mnage: une femme doit tout sacrifier
-pour que la paix y rgne, et voil ce que Dmon commence sentir;
-cela me fait un plaisir extrme, car j'aime Dmon de tout mon c&oelig;ur;
-je dsire la voir heureuse, mais je veux par-dessus tout la savoir
+<p>Te voilà donc à Genève, mon c&oelig;ur, te voilà à seize lieues de tes
+parents, et ne pouvant pas y aller; je conçois la peine que cela te
+fait, mais je suis enchantée du courage que tu y as mis. Qu'il est
+bien fait d'éviter par des plaintes inutiles de mettre du froid,
+souvent de l'humeur, dans le ménage: une femme doit tout sacrifier
+pour que la paix y règne, et voilà ce que Démon commence à sentir;
+cela me fait un plaisir extrême, car j'aime Démon de tout mon c&oelig;ur;
+je désire la voir heureuse, mais je veux par-dessus tout la savoir
remplissant bien tous ses devoirs, ayant une bonne conduite, ferme et
-rflchie, qui la mette dans le cas de n'avoir jamais de remords; et
-pour lors je serai assure de son bonheur, parce qu'il consiste,
+réfléchie, qui la mette dans le cas de n'avoir jamais de remords; et
+pour lors je serai assurée de son bonheur, parce qu'il consiste,
par-dessus tout, dans la paix de la conscience, et qu'avec l'aide de
Dieu, lorsque la conscience ne reproche rien, on supporte facilement
-les peines et les contrarits dont ce monde est sem. Je ne vous
-gronderai pas, mon petit Dmon, d'avoir le c&oelig;ur serr, il est des
-occasions o il est <span class="pagenum"><a id="page421" name="page421"></a>(p. 421)</span> difficile de lui faire violence, mais
-j'esprerai toujours qu'un courage chrtien vous mettra dans le cas de
+les peines et les contrariétés dont ce monde est semé. Je ne vous
+gronderai pas, mon petit Démon, d'avoir le c&oelig;ur serré, il est des
+occasions où il est <span class="pagenum"><a id="page421" name="page421"></a>(p. 421)</span> difficile de lui faire violence, mais
+j'espérerai toujours qu'un courage chrétien vous mettra dans le cas de
ne pas le montrer. Votre devoir vous fait la loi de respecter les
-volonts de votre mari, soumettez-vous-y, et n'employez jamais
-vis--vis de lui d'autres armes que celles de la persuasion.</p>
+volontés de votre mari, soumettez-vous-y, et n'employez jamais
+vis-à-vis de lui d'autres armes que celles de la persuasion.</p>
<p>Non, mon c&oelig;ur, jamais je ne pourrai assimiler vos sentiments avec
ceux de la personne dont vous me parlez; je ne doute pas de votre
-attachement, j'aime croire que vous ne changerez jamais, et me fais
+attachement, j'aime à croire que vous ne changerez jamais, et me fais
un plaisir de penser que sous tous les rapports votre conduite me
mettra dans le cas de vous aimer toujours. Ce seroit une vraie peine
-pour moi d'tre oblige de changer; mais, mon c&oelig;ur, si vous mettez
-quelque prix mon amiti, songez que c'est votre bonne conduite que
+pour moi d'être obligée de changer; mais, mon c&oelig;ur, si vous mettez
+quelque prix à mon amitié, songez que c'est à votre bonne conduite que
vous la devrez. Si vous trouvez une occasion, mandez-moi, je vous en
prie, ce qui vous a fait quitter si brusquement les Fraises; si vous
-avez eu quelques torts de vivacit, ayez la bonne foi de me les
-avouer, et mandez-moi un peu comment vous tes avec votre mari. Si je
-vous fais des questions indiscrtes, pardonnez-les, mon c&oelig;ur,
-l'intrt que je prends tout ce qui vous touche. Vous ferez bien de
+avez eu quelques torts de vivacité, ayez la bonne foi de me les
+avouer, et mandez-moi un peu comment vous êtes avec votre mari. Si je
+vous fais des questions indiscrètes, pardonnez-les, mon c&oelig;ur, à
+l'intérêt que je prends à tout ce qui vous touche. Vous ferez bien de
nourrir votre fille (car je suis convaincue que vous en aurez une);
-mnagez-vous bien, calmez votre sang autant que possible, n'exagrez
-en rien l'ducation physique que vous lui donnerez, suivez les
-conseils des gens sages et clairs, et surtout apprenez tenir un
-enfant, car au premier jour vous l'toufferez si vous n'avez pas plus
+ménagez-vous bien, calmez votre sang autant que possible, n'exagérez
+en rien l'éducation physique que vous lui donnerez, suivez les
+conseils des gens sages et éclairés, et surtout apprenez à tenir un
+enfant, car au premier jour vous l'étoufferez si vous n'avez pas plus
de talent que vous n'en aviez pour Stani<a id="footnotetag177" name="footnotetag177"></a><a href="#footnote177" title="Go to footnote 177"><span class="smaller">[177]</span></a>. Il est bien gentil de
-penser moi; j'espre que ta petite m'aimera un peu, l'exemple de
-son frre.</p>
+penser à moi; j'espère que ta petite m'aimera un peu, à l'exemple de
+son frère.</p>
-<p>Que vous faites bien, mon c&oelig;ur, de ne chercher vous lier qu'avec
+<p>Que vous faites bien, mon c&oelig;ur, de ne chercher à vous lier qu'avec
des femmes raisonnables! Rien de plus dangereux <span class="pagenum"><a id="page422" name="page422"></a>(p. 422)</span> pour une
-jeune personne que des femmes qui n'ont pas de trs-bons principes,
+jeune personne que des femmes qui n'ont pas de très-bons principes,
rien ne les perd plus vite. Adieu, mon c&oelig;ur, je vous embrasse bien
tendrement; donnez-moi souvent de vos nouvelles.</p>
-<p>A propos, j'oubliois de vous dire que l'on est trs-svre pour la
+<p>A propos, j'oubliois de vous dire que l'on est très-sévère pour la
femme dont nous parlions plus haut; ses principes du moment sont
-mauvais, mais je crois sa conduite intrieure intacte; elle est
-inconsquente, voil ce qui la perdra de rputation, mais je crois
-pouvoir rpondre que son c&oelig;ur est pur et droit.</p>
+mauvais, mais je crois sa conduite intérieure intacte; elle est
+inconséquente, voilà ce qui la perdra de réputation, mais je crois
+pouvoir répondre que son c&oelig;ur est pur et droit.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXVI<br>
<span class="smaller">A MADAME DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Ce 2 dcembre 1790.</p>
+<p class="date">Ce 2 décembre 1790.</p>
-<p>Je profite, ma Bombe, du dpart de l'ambassadeur<a id="footnotetag178" name="footnotetag178"></a><a href="#footnote178" title="Go to footnote 178"><span class="smaller">[178]</span></a> pour causer un
-petit moment avec toi, pour gmir sur les malheurs de ma patrie et sur
-le peu de remde qui se prsente. La religion plus attaque que jamais
+<p>Je profite, ma Bombe, du départ de l'ambassadeur<a id="footnotetag178" name="footnotetag178"></a><a href="#footnote178" title="Go to footnote 178"><span class="smaller">[178]</span></a> pour causer un
+petit moment avec toi, pour gémir sur les malheurs de ma patrie et sur
+le peu de remède qui se présente. La religion plus attaquée que jamais
me donne lieu de craindre que Dieu ne nous abandonne totalement. On
-dit que les provinces souffrent avec peine l'excution des dcrets sur
-la cessation du service divin dans les cathdrales, mais avec cela
-elles sont fermes. Il en est ainsi de tout: on gmit, mais le mal ne
-s'en opre pas moins. De temps en temps la Providence nous mnage
-quelques rayons d'espoir, mais leur lumire est bien vite efface.
-Mais ne nous livrons pas des ides si tristes, parlons de l'oncle de
+dit que les provinces souffrent avec peine l'exécution des décrets sur
+la cessation du service divin dans les cathédrales, mais avec cela
+elles sont fermées. Il en est ainsi de tout: on gémit, mais le mal ne
+s'en opère pas moins. De temps en temps la Providence nous ménage
+quelques rayons d'espoir, mais leur lumière est bien vite effacée.
+Mais ne nous livrons pas à des idées si tristes, parlons de l'oncle de
la petite-fille de Vitry<a id="footnotetag179" name="footnotetag179"></a><a href="#footnote179" title="Go to footnote 179"><span class="smaller">[179]</span></a> que tu connois. Sa position est toujours
-critique; il parot que son commerce se remettroit si ses parents
-vouloient l'aider, mais il a affaire des gens peu confiants, et ce
-dfaut-l est tellement dans <span class="pagenum"><a id="page423" name="page423"></a>(p. 423)</span> leur caractre, qu'ils ne
+critique; il paroît que son commerce se remettroit si ses parents
+vouloient l'aider, mais il a affaire à des gens peu confiants, et ce
+défaut-là est tellement dans <span class="pagenum"><a id="page423" name="page423"></a>(p. 423)</span> leur caractère, qu'ils ne
confieroient pas la moindre lettre de change aux gens les plus habiles
-pour la faire valoir. J'en ai encore la triste exprience sous mes
+pour la faire valoir. J'en ai encore la triste expérience sous mes
yeux, et cela me fait de la peine, parce que tu sais combien je
-m'intresse eux. Et puis, je sens que l'oncle doit tre fatigu et
-ennuy l'excs de voir sa maison de banque ruine. Il pouvoit
+m'intéresse à eux. Et puis, je sens que l'oncle doit être fatigué et
+ennuyé à l'excès de voir sa maison de banque ruinée. Il pouvoit
chercher d'autres amis que ses parents pour demander conseil, et comme
-la plus grande partie de l'hritage qu'il attend vient d'eux, il
-seroit ruin pure perte. Tout cela est affligeant. De tout ct,
-l'on voit des familles dans la dsolation, pour les affaires publiques
-et particulires. Bon Dieu, dans quel temps nous avez-vous fait
-natre! Moi qui, il y a quelques annes, me rjouissois de n'tre pas
-ne dans le sicle pass! Grand Dieu! que les lumires des hommes sont
-bornes, mme dans les choses qui paroissent les plus simples!</p>
-
-<p>Je n'ai pas t inquite, comme je l'aurois pu, des dangers qu'a
-courus mon frre; tu sais qu'en gnral je ne crois au mal que
-lorsqu'il est fait. J'ai conserv ce caractre, quoiqu'une triste
-exprience et d me rendre plus craintive. Je crois que c'est une
-grce du Ciel, car sans cela je n'existerois pas. Il a prserv ma
+la plus grande partie de l'héritage qu'il attend vient d'eux, il
+seroit ruiné à pure perte. Tout cela est affligeant. De tout côté,
+l'on voit des familles dans la désolation, pour les affaires publiques
+et particulières. Bon Dieu, dans quel temps nous avez-vous fait
+naître! Moi qui, il y a quelques années, me réjouissois de n'être pas
+née dans le siècle passé! Grand Dieu! que les lumières des hommes sont
+bornées, même dans les choses qui paroissent les plus simples!</p>
+
+<p>Je n'ai pas été inquiète, comme je l'aurois pu, des dangers qu'a
+courus mon frère; tu sais qu'en général je ne crois au mal que
+lorsqu'il est fait. J'ai conservé ce caractère, quoiqu'une triste
+expérience eût dû me rendre plus craintive. Je crois que c'est une
+grâce du Ciel, car sans cela je n'existerois pas. Il a préservé ma
famille de tant de maux que je serois ingrate si n'avois pas toute
confiance en lui. Adieu, ma petite; prie-le bien pour le moment
-prsent et pour l'avenir. Mais demande-lui par-dessus tout que la foi
-soit conserve dans ce royaume, et qu'il loigne de nous les schismes
+présent et pour l'avenir. Mais demande-lui par-dessus tout que la foi
+soit conservée dans ce royaume, et qu'il éloigne de nous les schismes
qui nous menacent. Adieu, je t'aime de tout mon c&oelig;ur, et suis par
-consquent charme de te savoir bien loin; c'est un des effets de la
-rvolution.</p>
+conséquent charmée de te savoir bien loin; c'est un des effets de la
+révolution.</p>
-<p>Dites la comtesse D.<a id="footnotetag180" name="footnotetag180"></a><a href="#footnote180" title="Go to footnote 180"><span class="smaller">[180]</span></a>, en cas que cette lettre arrive avant
-celle que je lui crirai lundi, qu'elle va tre paye <span class="pagenum"><a id="page424" name="page424"></a>(p. 424)</span> de ses
-appointements, mais qu'il faudroit qu'elle charget quelqu'un de sr
-de recevoir pour elle, de manire que ses cranciers ne puissent pas
+<p>Dites à la comtesse D.<a id="footnotetag180" name="footnotetag180"></a><a href="#footnote180" title="Go to footnote 180"><span class="smaller">[180]</span></a>, en cas que cette lettre arrive avant
+celle que je lui écrirai lundi, qu'elle va être payée <span class="pagenum"><a id="page424" name="page424"></a>(p. 424)</span> de ses
+appointements, mais qu'il faudroit qu'elle chargeât quelqu'un de sûr
+de recevoir pour elle, de manière que ses créanciers ne puissent pas
s'emparer de cet argent.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15868,40 +15823,40 @@ s'emparer de cet argent.</p>
<h3>XXVII<br>
<span class="smaller">A MADAME DE RAIGECOURT.</span></h3>
-<p class="date">30 dcembre 1790.</p>
+<p class="date">30 décembre 1790.</p>
-<p>Je vois d'ici <em>ta perfection</em> tant dans une douleur mortelle de
-l'acceptation que le Roi vient de donner. Dieu nous rservoit ce coup:
+<p>Je vois d'ici <em>ta perfection</em> étant dans une douleur mortelle de
+l'acceptation que le Roi vient de donner. Dieu nous réservoit ce coup:
qu'il soit le dernier, et qu'il ne permette pas que le schisme
-s'tablisse. Voil tout ce que je demande. La rponse du Pape n'est
-point arrive, je crois; elle est bien intressante. Au reste, mon
-c&oelig;ur, cette acceptation a t donne le jour de saint tienne.
-Apparemment que ce bienheureux martyr doit tre maintenant notre
-modle. Tu sais que je n'ai point d'horreur pour les coups de pierres;
-ainsi cela m'arrange assez. On dit qu'il y a sept curs de Paris qui
-ont prt le serment. Je ne croyois pas que le nombre fut aussi
-considrable. Tout cela fait un trs-mauvais effet dans mon me; car,
-loin de me rendre dvote, cela m'te tout espoir que la colre de Dieu
-s'apaise. Tu sens bien que ton cur est bien dcid suivre la loi de
-l'vangile, et non celle que l'on veut tablir. On dit qu'un membre de
+s'établisse. Voilà tout ce que je demande. La réponse du Pape n'est
+point arrivée, je crois; elle est bien intéressante. Au reste, mon
+c&oelig;ur, cette acceptation a été donnée le jour de saint Étienne.
+Apparemment que ce bienheureux martyr doit être maintenant notre
+modèle. Tu sais que je n'ai point d'horreur pour les coups de pierres;
+ainsi cela m'arrange assez. On dit qu'il y a sept curés de Paris qui
+ont prêté le serment. Je ne croyois pas que le nombre fut aussi
+considérable. Tout cela fait un très-mauvais effet dans mon âme; car,
+loin de me rendre dévote, cela m'ôte tout espoir que la colère de Dieu
+s'apaise. Tu sens bien que ton curé est bien décidé à suivre la loi de
+l'Évangile, et non celle que l'on veut établir. On dit qu'un membre de
la commune a voulu gagner celui de Sainte-Marguerite, en lui disant
-que l'estime que l'on avoit pour lui, la prpondrance qu'il avoit
-dans le monde, seroient capables de ramener la paix en entranant les
-esprits. Le cur lui a rpondu: Monsieur, c'est par toutes les
-raisons que vous venez de me donner que je ne prterai pas le serment,
-et que je n'agirai pas contre ma conscience. Une chose que ceci m'a
-fait dcouvrir et qui fait horreur, c'est combien les curs de
+que l'estime que l'on avoit pour lui, la prépondérance qu'il avoit
+dans le monde, seroient capables de ramener la paix en entraînant les
+esprits. Le curé lui a répondu: «Monsieur, c'est par toutes les
+raisons que vous venez de me donner que je ne prêterai pas le serment,
+et que je n'agirai pas contre ma conscience.» Une chose que ceci m'a
+fait découvrir et qui fait horreur, c'est combien les curés de
campagne sont peu instruits.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page425" name="page425"></a>(p. 425)</span> Je suis confondue de ce que tu m'as mand de la part de ton
-mari. Tche de me dire que tu lui as donn cet ordre. Ses affaires ne
-vont pas bien. La personne qui lui a fait connotre celui qui devoit
-lui faire faire cette acquisition lui a envoy trois paquets avec
-prire d'en accuser rception. Il n'en a pas entendu parler.
-Demande-lui si c'est qu'il ne les a pas reus, et rponds-moi, parce
-que je le dirai la personne intresse.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page425" name="page425"></a>(p. 425)</span> Je suis confondue de ce que tu m'as mandé de la part de ton
+mari. Tâche de me dire que tu lui as donné cet ordre. Ses affaires ne
+vont pas bien. La personne qui lui a fait connoître celui qui devoit
+lui faire faire cette acquisition lui a envoyé trois paquets avec
+prière d'en accuser réception. Il n'en a pas entendu parler.
+Demande-lui si c'est qu'il ne les a pas reçus, et réponds-moi, parce
+que je le dirai à la personne intéressée.</p>
-<p>Adieu, je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur et vous aime de mme.</p>
+<p>Adieu, je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur et vous aime de même.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15910,44 +15865,44 @@ que je le dirai la personne intresse.</p>
<p class="date">Ce 7 janvier 1791.</p>
-<p>Des gens plus diligents que moi vous auront srement mand ce qui
-s'est pass l'Assemble mardi: enfin, mon c&oelig;ur, la Religion s'est
-rendue matresse de la peur. Dieu a parl au c&oelig;ur des vques et
-des curs. Ils ont senti tout ce que leur caractre leur inspiroit de
-devoirs, ils ont dclar qu'ils ne prteroient pas le serment. Pour le
-moins vingt du ct de gauche se sont rtracts; on n'a pas voulu les
-couter. Mais Dieu les voyoit, et leur aura pardonn une erreur cause
-par toutes les voies de sduction dont il est possible de se servir.
-Un cur du ct gauche a mis beaucoup de fermet pour ne pas le
-prter. On dit que cette journe dsappointe bien des gens: tant pis
-pour eux; ils n'ont que ce qu'ils mritent; mais ce qu'il y a de
+<p>Des gens plus diligents que moi vous auront sûrement mandé ce qui
+s'est passé à l'Assemblée mardi: enfin, mon c&oelig;ur, la Religion s'est
+rendue maîtresse de la peur. Dieu a parlé au c&oelig;ur des évêques et
+des curés. Ils ont senti tout ce que leur caractère leur inspiroit de
+devoirs, ils ont déclaré qu'ils ne prêteroient pas le serment. Pour le
+moins vingt du côté de gauche se sont rétractés; on n'a pas voulu les
+écouter. Mais Dieu les voyoit, et leur aura pardonné une erreur causée
+par toutes les voies de séduction dont il est possible de se servir.
+Un curé du côté gauche a mis beaucoup de fermeté pour ne pas le
+prêter. On dit que cette journée désappointe bien des gens: tant pis
+pour eux; ils n'ont que ce qu'ils méritent; mais ce qu'il y a de
triste, c'est qu'ils s'en vengeront, Dieu seul sait comment. Qu'il ne
-nous abandonne pas tout fait, voil quoi nous devons borner nos
-v&oelig;ux. Je n'ai point de got pour les martyres; mais je sens que je
-serois trs-aise d'avoir la certitude de le souffrir plutt que
-d'abandonner le moindre article de ma foi. J'espre que si j'y suis
-destine, Dieu <span class="pagenum"><a id="page426" name="page426"></a>(p. 426)</span> m'en donnera la force. Il est si bon, si bon!
-C'est un pre si occup du vritable bonheur de ses enfants, que nous
-devons avoir toute confiance en lui. As-tu t touche, le jour des
-Rois, de la bont de Dieu qui appela les gentils lui dans ce moment?
-Ces gentils, c'toit nous. Remercions-le donc bien; soyons fidles
+nous abandonne pas tout à fait, voilà à quoi nous devons borner nos
+v&oelig;ux. Je n'ai point de goût pour les martyres; mais je sens que je
+serois très-aise d'avoir la certitude de le souffrir plutôt que
+d'abandonner le moindre article de ma foi. J'espère que si j'y suis
+destinée, Dieu <span class="pagenum"><a id="page426" name="page426"></a>(p. 426)</span> m'en donnera la force. Il est si bon, si bon!
+C'est un père si occupé du véritable bonheur de ses enfants, que nous
+devons avoir toute confiance en lui. As-tu été touchée, le jour des
+Rois, de la bonté de Dieu qui appela les gentils à lui dans ce moment?
+Ces gentils, c'étoit nous. Remercions-le donc bien; soyons fidèles à
notre foi; ranimons-la; ne perdons jamais de vue ce que nous lui
devons, et sur tout le reste abandonnons-nous avec une confiance
vraiment filiale.</p>
-<p>J'ai eu, ces jours-ci, une peine bien relle, que tu partageras sans
+<p>J'ai eu, ces jours-ci, une peine bien réelle, que tu partageras sans
doute: cette pauvre madame de Cimery<a id="footnotetag181" name="footnotetag181"></a><a href="#footnote181" title="Go to footnote 181"><span class="smaller">[181]</span></a> qui, comme tu sais, avoit
-mal au sein depuis cinq semaines, toit presque alite; dans la nuit
-du dimanche au lundi, son me, aprs avoir reu le matin son Crateur,
-a t prendre sa place dans le ciel; car j'espre bien qu'elle est
-heureuse, et qu'elle a reu la rcompense d'une vie entire de vertu
+mal au sein depuis cinq semaines, étoit presque alitée; dans la nuit
+du dimanche au lundi, son âme, après avoir reçu le matin son Créateur,
+a été prendre sa place dans le ciel; car j'espère bien qu'elle est
+heureuse, et qu'elle a reçu la récompense d'une vie entière de vertu
et de malheur.</p>
-<p>Je la regrette vivement: elle toit d'une grande ressource pour moi;
-et jamais je ne la pourrai remplacer, non pas pour les qualits que je
-puis dsirer dans une premire femme, mais dans celles qui convenoient
- mon c&oelig;ur, mon esprit et mes sentiments. Je la regrette comme
-mon amie, mais je la crois heureuse, et cette ide me console.</p>
+<p>Je la regrette vivement: elle étoit d'une grande ressource pour moi;
+et jamais je ne la pourrai remplacer, non pas pour les qualités que je
+puis désirer dans une première femme, mais dans celles qui convenoient
+à mon c&oelig;ur, à mon esprit et à mes sentiments. Je la regrette comme
+mon amie, mais je la crois heureuse, et cette idée me console.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15956,106 +15911,106 @@ mon amie, mais je la crois heureuse, et cette ide me console.</p>
<p class="date">Ce 24 janvier 1791.</p>
-<p>Enfin, ma Bombe, nous voil arrives l'instant o il faut que je te
-dise ma faon de penser sur la conduite de ton mari. La dlicatesse
-de ma conscience m'a empche <span class="pagenum"><a id="page427" name="page427"></a>(p. 427)</span> jusqu' ce moment de t'en
-parler. Tes parents, comme tu sais, dsiroient vivement que ton mari
-se soumt l'ordre de l'Assemble et du Roi. L'tat des affaires de
-ton mari pouvoit tre d'un si grand poids, qu'il me paroissoit
-possible qu'il pt l'emporter sur les considrations qui ont dcid
+<p>Enfin, ma Bombe, nous voilà arrivées à l'instant où il faut que je te
+dise ma façon de penser sur la conduite de ton mari. La délicatesse
+de ma conscience m'a empêchée <span class="pagenum"><a id="page427" name="page427"></a>(p. 427)</span> jusqu'à ce moment de t'en
+parler. Tes parents, comme tu sais, désiroient vivement que ton mari
+se soumît à l'ordre de l'Assemblée et du Roi. L'état des affaires de
+ton mari pouvoit être d'un si grand poids, qu'il me paroissoit
+possible qu'il pût l'emporter sur les considérations qui ont décidé
ton mari. D'autres parleroient de tes quatre enfants. Le sort qui les
attend est cruel; mais j'avoue que lorsqu'il s'agit d'un serment que
-la conscience, l'opinion, l'attachement ses matres dment, je ne
-trouve pas que leur infortune doive empcher de le refuser. Il n'y a
-donc que ses dettes qui eussent pu l'engager le prter. Par elles,
-il se voyoit forc; et comme il ne juroit que ce que le Roi a jur
-lui-mme, et doit jurer de nouveau la fin de la Constitution, il
-auroit t possible que ton mari imitt son matre, et suivt le sort
-qui entrane les malheureux Franois. Des thologiens ont cette
-opinion. Je crois donc que cela et t possible. Mais je t'avoue que
+la conscience, l'opinion, l'attachement à ses maîtres dément, je ne
+trouve pas que leur infortune doive empêcher de le refuser. Il n'y a
+donc que ses dettes qui eussent pu l'engager à le prêter. Par elles,
+il se voyoit forcé; et comme il ne juroit que ce que le Roi a juré
+lui-même, et doit jurer de nouveau à la fin de la Constitution, il
+auroit été possible que ton mari imitât son maître, et suivît le sort
+qui entraîne les malheureux François. Des théologiens ont cette
+opinion. Je crois donc que cela eût été possible. Mais je t'avoue que
si ton mari avoit seulement eu dix mille livres de rente, je n'aurois
-pas balanc lui conseiller le refus le plus formel. Tu vois par tout
-ce que je te mande que je ne suis pas bien dcide sur ce que j'aurois
-fait sa place. L'antique honneur, un certain esprit de noblesse
-chevaleresque qui ne mourra jamais dans les c&oelig;urs franois, me font
-estimer l'action de ton mari. Mais le risque qu'il court de manquer
-ses cranciers, et le scrupule de jurer de maintenir de tout son
-pouvoir ce que dans le fond de l'me on maudit journellement, tout
-cela se combat si vivement dans mon me, qu'il ne me reste que la
-possibilit de partager les peines que tu vas prouver, et d'tre
-occupe de ce que tu vas devenir. Comment tes pauvres enfants
-s'habitueront-ils au mal-tre, aprs avoir t levs dans l'aisance?
+pas balancé à lui conseiller le refus le plus formel. Tu vois par tout
+ce que je te mande que je ne suis pas bien décidée sur ce que j'aurois
+fait à sa place. L'antique honneur, un certain esprit de noblesse
+chevaleresque qui ne mourra jamais dans les c&oelig;urs françois, me font
+estimer l'action de ton mari. Mais le risque qu'il court de manquer à
+ses créanciers, et le scrupule de jurer de maintenir de tout son
+pouvoir ce que dans le fond de l'âme on maudit journellement, tout
+cela se combat si vivement dans mon âme, qu'il ne me reste que la
+possibilité de partager les peines que tu vas éprouver, et d'être
+occupée de ce que tu vas devenir. Comment tes pauvres enfants
+s'habitueront-ils au mal-être, après avoir été élevés dans l'aisance?
et puis le regret de ne pouvoir faire pour toi tout ce que mon c&oelig;ur
me dicte! Mais, ma petite, parle-moi toujours franchement de ta
-position, et sois sre que je ferai tous les sacrifices <span class="pagenum"><a id="page428" name="page428"></a>(p. 428)</span>
-possibles pour te la rendre moins dsagrable. Je ne te promets pas de
-donner ta pauvre Coty ce que tu lui donnois; mais sois sre que je
-la secourrai le plus que je pourrai. J'espre que ton mari et toi
-conserverez la paix, la rsignation et la douceur chrtiennes qui
-seules peuvent faire soutenir le malheur prsent et ceux que l'on
-craint. Mon frre me dit un bien extrme de toi et de ton mari. Il est
-gentil, mon frre; il m'a crit en arrivant; cela m'a fait bien
-plaisir. Mais je suis dsole de la longueur que les lettres mettent
+position, et sois sûre que je ferai tous les sacrifices <span class="pagenum"><a id="page428" name="page428"></a>(p. 428)</span>
+possibles pour te la rendre moins désagréable. Je ne te promets pas de
+donner à ta pauvre Coty ce que tu lui donnois; mais sois sûre que je
+la secourrai le plus que je pourrai. J'espère que ton mari et toi
+conserverez la paix, la résignation et la douceur chrétiennes qui
+seules peuvent faire soutenir le malheur présent et ceux que l'on
+craint. Mon frère me dit un bien extrême de toi et de ton mari. Il est
+gentil, mon frère; il m'a écrit en arrivant; cela m'a fait bien
+plaisir. Mais je suis désolée de la longueur que les lettres mettent à
arriver. Comme cela, on n'est plus au courant sur rien. Nous avons eu
-un peu de bruit aujourd'hui la barrire de la Villette. Il y a eu un
+un peu de bruit aujourd'hui à la barrière de la Villette. Il y a eu un
combat entre des chasseurs et des contrebandiers. Il y a trois hommes
-de tus, et peu prs douze blesss. On prtend que le peuple ne veut
-plus de barrires; cela ne laisseroit pas que d'embarrasser
-l'Assemble sur le chapitre des impts. Adieu, ma petite. Je
-t'embrasse de tout mon c&oelig;ur et t'aime de mme. Je laisse ta mre
- te rendre compte de sa conversation avec ton ministre.</p>
+de tués, et à peu près douze blessés. On prétend que le peuple ne veut
+plus de barrières; cela ne laisseroit pas que d'embarrasser
+l'Assemblée sur le chapitre des impôts. Adieu, ma petite. Je
+t'embrasse de tout mon c&oelig;ur et t'aime de même. Je laisse à ta mère
+à te rendre compte de sa conversation avec ton ministre.</p>
-<p>Envoie cette lettre mon frre, s'il n'est plus avec toi.</p>
+<p>Envoie cette lettre à mon frère, s'il n'est plus avec toi.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXX<br>
<span class="smaller">A MADAME DES MONTIERS<a id="footnotetag182" name="footnotetag182"></a><a href="#footnote182" title="Go to footnote 182"><span class="smaller">[182]</span></a>.</span></h3>
-<p class="date">Ce 11 fvrier 1791.</p>
+<p class="date">Ce 11 février 1791.</p>
-<p>Vous tes bien aimable, mon Dmon, de m'avoir donn de vos nouvelles
-le plus tt que vous avez pu. Je suis charme que votre couche ait t
-aussi heureuse, et qu' a prs d'un peu de mal la poitrine, vous
-soyez contente de votre sant. Je ne suis pas fche que vous n'ayez
-pas nourri, peut-tre cette entreprise et-elle t trop forte pour
+<p>Vous êtes bien aimable, mon Démon, de m'avoir donné de vos nouvelles
+le plus tôt que vous avez pu. Je suis charmée que votre couche ait été
+aussi heureuse, et qu'à ça près d'un peu de mal à la poitrine, vous
+soyez contente de votre santé. Je ne suis pas fâchée que vous n'ayez
+pas nourri, peut-être cette entreprise eût-elle été trop forte pour
vous. Votre Adolphe est-il nourri chez vous, le voyez-vous <span class="pagenum"><a id="page429" name="page429"></a>(p. 429)</span>
-souvent, vous sentez-vous dj de la tendresse pour lui? Stani n'en
-est-il pas jaloux? Je sens, mon c&oelig;ur, la peine trs-relle que vous
-avez prouve de n'avoir pas votre mre vos couches; je la partage
-par toute l'amiti que j'ai pour vous, mais je vous flicite en mme
+souvent, vous sentez-vous déjà de la tendresse pour lui? Stani n'en
+est-il pas jaloux? Je sens, mon c&oelig;ur, la peine très-réelle que vous
+avez éprouvée de n'avoir pas votre mère à vos couches; je la partage
+par toute l'amitié que j'ai pour vous, mais je vous félicite en même
temps d'avoir eu assez d'empire sur vous pour n'en pas parler, et
-quoique vous en disiez, j'espre que ce sacrifice vous vaudra quelque
-grce du Ciel. Vous tes faite pour tre bonne chrtienne, mon
+quoique vous en disiez, j'espère que ce sacrifice vous vaudra quelque
+grâce du Ciel. Vous êtes faite pour être bonne chrétienne, mon
c&oelig;ur; les malheurs publics et un peu les particuliers doivent vous
-dterminer prendre ce parti, le meilleur de tous. Je crois vous
-l'avoir dj mand, votre mari vous aime, mais il est jaloux des
+déterminer à prendre ce parti, le meilleur de tous. Je crois vous
+l'avoir déjà mandé, votre mari vous aime, mais il est jaloux des
sentiments que vous avez pour vos parents; il ne s'agit, pour vous
rendre heureuse, que de faire vos efforts pour le convaincre que ces
-sentiments ne nuisent nullement ceux que vous avez pour lui. Vous
-avez de l'esprit, employez-le cela, et je vous rponds qu'aprs
-quelque temps d'preuve vous finirez par tre beaucoup plus heureuse
-que vous ne pouvez vous en flatter prsent. Que votre mre s'y prte
+sentiments ne nuisent nullement à ceux que vous avez pour lui. Vous
+avez de l'esprit, employez-le à cela, et je vous réponds qu'après
+quelque temps d'épreuve vous finirez par être beaucoup plus heureuse
+que vous ne pouvez vous en flatter à présent. Que votre mère s'y prête
en oubliant les torts de son gendre; un esprit du genre du sien ne
-peut tre ramen que par la douceur et un oubli total des torts que
-son amour-propre lui reproche, et dont ce mme amour-propre l'empche
+peut être ramené que par la douceur et un oubli total des torts que
+son amour-propre lui reproche, et dont ce même amour-propre l'empêche
de convenir. Mais votre conduite, vos complaisances adoucissant ce
-sentiment en lui, et le mettant son aise avec vous, l'amneront sans
-qu'il s'en doute avoir en vous la confiance qu'une conduite sage et
-rflchie vous aura mrite. Je voudrois pouvoir hter ce moment; mes
-v&oelig;ux sont bien vrais pour votre bonheur, et j'aime tre
-convaincue que vous serez heureuse un jour comme vous le mriterez.</p>
-
-<p>Est-il vrai que madame de Stal a demand publiquement pardon sa
-mre, un prche, de s'tre marie contre son gr? Avez-vous du monde
-qui vous convienne Genve? Mandez-moi un peu avec qui vous tes
-lie, et si la <span class="pagenum"><a id="page430" name="page430"></a>(p. 430)</span> vie que vous menez est un peu plus agrable.
-Votre belle-mre me marque que vous allez faire fondre cette grosseur
-que vous avez au cou. Si vous prenez ce parti, mnagez-vous pendant
+sentiment en lui, et le mettant à son aise avec vous, l'amèneront sans
+qu'il s'en doute à avoir en vous la confiance qu'une conduite sage et
+réfléchie vous aura méritée. Je voudrois pouvoir hâter ce moment; mes
+v&oelig;ux sont bien vrais pour votre bonheur, et j'aime à être
+convaincue que vous serez heureuse un jour comme vous le mériterez.</p>
+
+<p>Est-il vrai que madame de Staël a demandé publiquement pardon à sa
+mère, à un prêche, de s'être mariée contre son gré? Avez-vous du monde
+qui vous convienne à Genève? Mandez-moi un peu avec qui vous êtes
+liée, et si la <span class="pagenum"><a id="page430" name="page430"></a>(p. 430)</span> vie que vous menez est un peu plus agréable.
+Votre belle-mère me marque que vous allez faire fondre cette grosseur
+que vous avez au cou. Si vous prenez ce parti, ménagez-vous pendant
longtemps, mon c&oelig;ur. Ne prendrez-vous pas aussi quelque chose pour
votre poitrine? Donnez-moi des nouvelles de tout cela. Adieu, mon
-c&oelig;ur, croyez la vrit de mon amiti pour vous, au dsir que j'ai
-de vous revoir, et au regret que m'inspire l'incertitude du moment o
+c&oelig;ur, croyez à la vérité de mon amitié pour vous, au désir que j'ai
+de vous revoir, et au regret que m'inspire l'incertitude du moment où
j'aurai ce plaisir. Je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16063,209 +16018,209 @@ j'aurai ce plaisir. Je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<h3>XXXI<br>
<span class="smaller">A MADAME DE RAIGECOURT.</span></h3>
-<p class="date">Ce 12 fvrier 1791.</p>
+<p class="date">Ce 12 février 1791.</p>
-<p>Je ne t'cris qu'un petit mot aujourd'hui: 1<sup>o</sup> l'heure de la poste me
-presse; 2<sup>o</sup> je vais monter cheval avec la Reine et Lastic ce
+<p>Je ne t'écris qu'un petit mot aujourd'hui: 1<sup>o</sup> l'heure de la poste me
+presse; 2<sup>o</sup> je vais monter à cheval avec la Reine et Lastic à ce
triste bois de Boulogne. Mais il fait un si beau temps, que cela le
-rendra peut-tre un peu plus gai. Je crois l'hiver tout fait pass,
-et je m'en rjouis, autant que l'on peut prendre part au beau temps
-dans le chteau des Tuileries. Mes tantes partent de lundi en huit,
-malgr toutes les motions faites au Palais-Royal et au club des
-Jacobins tabli Svres. On dit qu'elles seront arrtes et fouilles
+rendra peut-être un peu plus gai. Je crois l'hiver tout à fait passé,
+et je m'en réjouis, autant que l'on peut prendre part au beau temps
+dans le château des Tuileries. Mes tantes partent de lundi en huit,
+malgré toutes les motions faites au Palais-Royal et au club des
+Jacobins établi à Sèvres. On dit qu'elles seront arrêtées et fouillées
en chemin; c'est un petit mal auquel je ne crois pas. Je pense que
-cela a t beaucoup dit pour les effrayer et les empcher de partir;
-mais heureusement on n'en est pas venu bout. Je ne sais si je t'ai
-mand que l'abb Madier alloit avec elles: il partira huit jours aprs
-elles. Pense un peu, mon c&oelig;ur, aux angoisses o je serai, la
-premire fois que je m'adresserai un autre prtre, moi qui ai
-toujours t l'abb Madier depuis l'ge de neuf ou dix ans. Je suis
- peu prs dcide: je crois que je prendrai le confesseur de madame
-Doudeauville: <span class="pagenum"><a id="page431" name="page431"></a>(p. 431)</span> on en dit beaucoup de bien, et j'espre qu'il
-n'est ni trop doux ni trop svre. Je te manderai ce qui en est
-lorsque j'y aurai t. Je suis convaincue que tu enrages un peu dans
-le fond de l'me de ce que je ne pense pas ton cur, et tu vas
+cela a été beaucoup dit pour les effrayer et les empêcher de partir;
+mais heureusement on n'en est pas venu à bout. Je ne sais si je t'ai
+mandé que l'abbé Madier alloit avec elles: il partira huit jours après
+elles. Pense un peu, mon c&oelig;ur, aux angoisses où je serai, la
+première fois que je m'adresserai à un autre prêtre, moi qui ai
+toujours été à l'abbé Madier depuis l'âge de neuf ou dix ans. Je suis
+à peu près décidée: je crois que je prendrai le confesseur de madame
+Doudeauville: <span class="pagenum"><a id="page431" name="page431"></a>(p. 431)</span> on en dit beaucoup de bien, et j'espère qu'il
+n'est ni trop doux ni trop sévère. Je te manderai ce qui en est
+lorsque j'y aurai été. Je suis convaincue que tu enrages un peu dans
+le fond de l'âme de ce que je ne pense pas à ton curé, et tu vas
croire que c'est parce que je l'ai vu; non, point du tout, c'est tout
-simplement parce que je ne crois pas qu'il me convnt; et puis, dans
+simplement parce que je ne crois pas qu'il me convînt; et puis, dans
ce moment, j'aime mieux avoir un confesseur dont on parle moins, et
-que je puisse esprer de garder. Au reste, je sens que je vais trler
-mon me de confesseur en confesseur, ce qui ne laisse pas que de me
-dplaire, quoique j'en aie bonne envie. Devine, si tu peux, cette
-nigme. Sur ce, je te souhaite le bonsoir, et t'embrasse de tout mon
+que je puisse espérer de garder. Au reste, je sens que je vais trôler
+mon âme de confesseur en confesseur, ce qui ne laisse pas que de me
+déplaire, quoique j'en aie bonne envie. Devine, si tu peux, cette
+énigme. Sur ce, je te souhaite le bonsoir, et t'embrasse de tout mon
c&oelig;ur. Je ne sais plus quand tu accouches: mande-le-moi.</p>
-<p>Dis bien des choses au marchal de Broglie de ma part, et assure-le de
-l'estime que j'ai pour ses vertus. Parle aussi de moi ta princesse.</p>
+<p>Dis bien des choses au maréchal de Broglie de ma part, et assure-le de
+l'estime que j'ai pour ses vertus. Parle aussi de moi à ta princesse.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXXII<br>
<span class="smaller">A MADAME DE RAIGECOURT.</span></h3>
-<p class="date">Ce 15 fvrier 1791.</p>
+<p class="date">Ce 15 février 1791.</p>
-<p>J'ai reu toutes tes lettres, ma pauvre Rage; celle du 25 ne m'est
+<p>J'ai reçu toutes tes lettres, ma pauvre Rage; celle du 25 ne m'est
parvenue qu'hier, et celle du 7 avant-hier. Mais, avant que d'y
-rpondre, il faut que je te demande mille fois pardon de ne t'avoir
-pas crit depuis dimanche, pour te donner des nouvelles de ton cur;
-mais, par tourderie, je me suis persuade que la poste partoit le
-dimanche au lieu du lundi. Et jeudi, j'ai eu plusieurs choses faire
-dans la matine; l'heure de la poste s'est passe, et je n'ai plus eu
-la possibilit que de me livrer des regrets. Aussi, aujourd'hui je
-m'y prends sept heures du matin, pour tre bien sre de n'y pas
-manquer. Lundi, je t'crirai <span class="pagenum"><a id="page432" name="page432"></a>(p. 432)</span> aussi; mais je puis te dire
-d'avance qu'il ne se passera rien de fcheux. Ton cur dira la messe
-de bonne heure, et ne fera pas le prne. Les gros bonnets de la
-paroisse n'y seront pas non plus. Il y a un moine qui prche dans la
-paroisse, qui a propos au cur de faire le prne, pour empcher les
-prtres de courir des risques. Il disoit au cur que si on le tuoit,
-il n'y auroit pas grand mal cela. C'est un des jeunes prtres de la
-paroisse qui prchera. On m'a dit son nom, mais je l'ai oubli.</p>
-
-<p>Toute la communaut a t parfaite pour le cur, et ne l'a pas quitt
-tant qu'il a t dans l'glise et la sacristie.</p>
-
-<p>Je suis dsole, mon c&oelig;ur, de la peur indigne que vous a faite M.
-Le Blond<a id="footnotetag183" name="footnotetag183"></a><a href="#footnote183" title="Go to footnote 183"><span class="smaller">[183]</span></a>. Nous sommes loin encore de toutes les ides qu'il t'a
+répondre, il faut que je te demande mille fois pardon de ne t'avoir
+pas écrit depuis dimanche, pour te donner des nouvelles de ton curé;
+mais, par étourderie, je me suis persuadée que la poste partoit le
+dimanche au lieu du lundi. Et jeudi, j'ai eu plusieurs choses à faire
+dans la matinée; l'heure de la poste s'est passée, et je n'ai plus eu
+la possibilité que de me livrer à des regrets. Aussi, aujourd'hui je
+m'y prends à sept heures du matin, pour être bien sûre de n'y pas
+manquer. Lundi, je t'écrirai <span class="pagenum"><a id="page432" name="page432"></a>(p. 432)</span> aussi; mais je puis te dire
+d'avance qu'il ne se passera rien de fâcheux. Ton curé dira la messe
+de bonne heure, et ne fera pas le prône. Les gros bonnets de la
+paroisse n'y seront pas non plus. Il y a un moine qui prêche dans la
+paroisse, qui a proposé au curé de faire le prône, pour empêcher les
+prêtres de courir des risques. Il disoit au curé que si on le tuoit,
+il n'y auroit pas grand mal à cela. C'est un des jeunes prêtres de la
+paroisse qui prêchera. On m'a dit son nom, mais je l'ai oublié.</p>
+
+<p>Toute la communauté a été parfaite pour le curé, et ne l'a pas quitté
+tant qu'il a été dans l'église et la sacristie.</p>
+
+<p>Je suis désolée, mon c&oelig;ur, de la peur indigne que vous a faite M.
+Le Blond<a id="footnotetag183" name="footnotetag183"></a><a href="#footnote183" title="Go to footnote 183"><span class="smaller">[183]</span></a>. Nous sommes loin encore de toutes les idées qu'il t'a
fait venir; je suis bien aise que ton enfant ne s'en soit pas
ressenti. Si tu n'as pas de bon accoucheur, pourquoi ne ferois-tu pas
-venir M. Piron? C'est une dpense, il est vrai; mais pour ta sant et
+venir M. Piron? C'est une dépense, il est vrai; mais pour ta santé et
celle de ton enfant, il me semble que tu dois te la permettre. Je suis
-bien fche d'tre si loin de toi, et de ne pouvoir me permettre de
+bien fâchée d'être si loin de toi, et de ne pouvoir me permettre de
causer comme je le voudrois pour toi; mais, mon c&oelig;ur, calme-toi. Je
-conois que cette proposition paroisse difficile, mais cela est
-ncessaire. Tu te brles le sang, tu te rends plus malheureuse encore
+conçois que cette proposition paroisse difficile, mais cela est
+nécessaire. Tu te brûles le sang, tu te rends plus malheureuse encore
que tu ne devrois: tout cela, mon c&oelig;ur, n'est pas dans l'ordre de
-la Providence. Il faut se soumettre ses dcrets; il faut que cette
+la Providence. Il faut se soumettre à ses décrets; il faut que cette
soumission nous porte au calme, sans cela elle n'est que sur nos
-lvres et non dans notre c&oelig;ur.</p>
+lèvres et non dans notre c&oelig;ur.</p>
-<p>Lorsque Jsus-Christ fut trahi, abandonn, il n'y eut que son c&oelig;ur
-qui souffrit de tant d'outrages; son extrieur toit calme, et
-prouvoit que Dieu toit vraiment en lui. Nous devons l'imiter, et Dieu
-doit tre en nous. Ainsi, mon c&oelig;ur, calmez-vous, soumettez-vous,
-et adorez en paix les <span class="pagenum"><a id="page433" name="page433"></a>(p. 433)</span> dcrets de la Providence, sans vous
+<p>Lorsque Jésus-Christ fut trahi, abandonné, il n'y eut que son c&oelig;ur
+qui souffrit de tant d'outrages; son extérieur étoit calme, et
+prouvoit que Dieu étoit vraiment en lui. Nous devons l'imiter, et Dieu
+doit être en nous. Ainsi, mon c&oelig;ur, calmez-vous, soumettez-vous,
+et adorez en paix les <span class="pagenum"><a id="page433" name="page433"></a>(p. 433)</span> décrets de la Providence, sans vous
permettre de porter vos regards sur un avenir affreux pour quiconque
-ne voit qu'avec des yeux humains. Mais heureusement vous n'tes pas
-dans ce cas-l; et Dieu vous a trop comble de grces pour que vous ne
-mettiez pas votre vertu attendre patiemment la fin de sa colre.</p>
-
-<p>Quant moi, mon c&oelig;ur, je suis loin d'tre dans votre position. Je
-ne dirai pas que la vertu en soit cause; mais, plus porte des
-consolations, au milieu de beaucoup de peines, d'inquitudes, je suis
-calme, et j'espre une ternit heureuse. Ne me crois ni folle ni
-gourmande. J'aime bien dner, mais j'aime pourtant encore autre
-chose. Quant ce que tu me marques sur moi, crois, mon c&oelig;ur, que
-je ne manquerai jamais l'honneur, et que je saurai toujours remplir
+ne voit qu'avec des yeux humains. Mais heureusement vous n'êtes pas
+dans ce cas-là; et Dieu vous a trop comblée de grâces pour que vous ne
+mettiez pas votre vertu à attendre patiemment la fin de sa colère.</p>
+
+<p>Quant à moi, mon c&oelig;ur, je suis loin d'être dans votre position. Je
+ne dirai pas que la vertu en soit cause; mais, plus à portée des
+consolations, au milieu de beaucoup de peines, d'inquiétudes, je suis
+calme, et j'espère une éternité heureuse. Ne me crois ni folle ni
+gourmande. J'aime à bien dîner, mais j'aime pourtant encore autre
+chose. Quant à ce que tu me marques sur moi, crois, mon c&oelig;ur, que
+je ne manquerai jamais à l'honneur, et que je saurai toujours remplir
les obligations que m'imposent mes principes, ma position, ma
-rputation; et j'espre que Dieu me donnera la lumire ncessaire pour
-me conduire toujours sagement, et ne pas m'carter de la voie qu'il
-m'a trace. Mais pour juger de tout cela, mon c&oelig;ur, il faudroit
-tre prs de moi. De loin, un acte de chevalerie enchante; vu de prs,
-il n'est souvent qu'un mouvement de dpit ou de quelque autre
+réputation; et j'espère que Dieu me donnera la lumière nécessaire pour
+me conduire toujours sagement, et ne pas m'écarter de la voie qu'il
+m'a tracée. Mais pour juger de tout cela, mon c&oelig;ur, il faudroit
+être près de moi. De loin, un acte de chevalerie enchante; vu de près,
+il n'est souvent qu'un mouvement de dépit ou de quelque autre
sentiment qui ne vaut pas mieux aux yeux des gens sages.</p>
-<p>J'ai donn madame Navarre la place de madame de Cimery. Il m'en
-cote beaucoup de lui voir prendre son service. Jusqu' ce moment, il
+<p>J'ai donné à madame Navarre la place de madame de Cimery. Il m'en
+coûte beaucoup de lui voir prendre son service. Jusqu'à ce moment, il
me semble que l'autre existe encore; et c'est une si grande perte pour
moi, que je voudrois me faire illusion le plus possible. Madame
Navarre est celle de mes femmes qui me convient le mieux; mais ce
-n'est pas et ce ne sera jamais madame de Cimery, car elle runissoit
+n'est pas et ce ne sera jamais madame de Cimery, car elle réunissoit
tout. Adieu, mon c&oelig;ur, je vous embrasse bien tendrement, et vous
-souhaite calme, patience, rsignation, courage et confiance. C'est une
-tourderie de cet homme qui est si beau qui l'a forc de prendre le
+souhaite calme, patience, résignation, courage et confiance. C'est une
+étourderie de cet homme qui est si beau qui l'a forcé de prendre le
parti qu'il a pris.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page434" name="page434"></a>(p. 434)</span> Quant aux deux tres que vous et d'autres redoutez tant, on a
+<p><span class="pagenum"><a id="page434" name="page434"></a>(p. 434)</span> Quant aux deux êtres que vous et d'autres redoutez tant, on a
tort de les croire dans la position que l'on dit: cela n'existera
jamais; mais j'avoue qu'ils ont toutes les apparences pour eux<a id="footnotetag184" name="footnotetag184"></a><a href="#footnote184" title="Go to footnote 184"><span class="smaller">[184]</span></a>.</p>
-<p>On n'a pas demand d'augmentation de chevaux pour moi. Ce qui peut
-avoir donn lieu ce que l'on vous a dit, c'est que je veux avoir
-toujours un page et un cuyer avec moi; je trouve que cela doit tre;
-mais cela ne convenoit pas aux gens de l'curie, ce dont je me moque,
-trouvant indcent d'tre avec des piqueurs dans ce moment-ci.</p>
+<p>On n'a pas demandé d'augmentation de chevaux pour moi. Ce qui peut
+avoir donné lieu à ce que l'on vous a dit, c'est que je veux avoir
+toujours un page et un écuyer avec moi; je trouve que cela doit être;
+mais cela ne convenoit pas aux gens de l'écurie, ce dont je me moque,
+trouvant indécent d'être avec des piqueurs dans ce moment-ci.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXXIII<br>
<span class="smaller">A MADAME DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Ce 28 fvrier 1791.</p>
+<p class="date">Ce 28 février 1791.</p>
<p>Tu sais sans doute que mes tantes sont parties. Tu sais sans doute
-qu'elles ont t arrtes Arnay-le-Duc. Tu sais sans doute que
+qu'elles ont été arrêtées à Arnay-le-Duc. Tu sais sans doute que
<em>Monsieur</em> a eu la visite, mardi dernier, des filles de la rue
-Saint-Honor et de leur socit, qui l'ont pri de ne pas sortir du
-royaume. Tu sais sans doute que jeudi, jour o l'on a appris que mes
-tantes toient arrtes, l'Assemble a rendu un dcret qui disoit que
-Arnay-le-Duc avoit eu tort, et que le pouvoir excutif seroit suppli
+Saint-Honoré et de leur société, qui l'ont prié de ne pas sortir du
+royaume. Tu sais sans doute que jeudi, jour où l'on a appris que mes
+tantes étoient arrêtées, l'Assemblée a rendu un décret qui disoit que
+Arnay-le-Duc avoit eu tort, et que le pouvoir exécutif seroit supplié
de donner des ordres pour qu'elles pussent continuer leur route. Tu
-sais sans doute que les chefs des Jacobins n'tant pas de cet avis, et
-voulant que le prsident engaget le Roi les faire revenir, une
-foule de <span class="pagenum"><a id="page435" name="page435"></a>(p. 435)</span> badauds s'est porte sous les fentres du Roi, parmi
-laquelle il y avoit peut-tre une centaine de femmes qui se sont
-gosilles pendant quatre heures pour voir le Roi et lui faire la mme
+sais sans doute que les chefs des Jacobins n'étant pas de cet avis, et
+voulant que le président engageât le Roi à les faire revenir, une
+foule de <span class="pagenum"><a id="page435" name="page435"></a>(p. 435)</span> badauds s'est portée sous les fenêtres du Roi, parmi
+laquelle il y avoit peut-être une centaine de femmes qui se sont
+égosillées pendant quatre heures pour voir le Roi et lui faire la même
demande que les Jacobins. Mais le Roi n'ayant pas paru, et la garde
-ayant fait une trs-bonne contenance, il a bien fallu, lorsque l'on a
-eu la permission de la municipalit de repousser la force par la
-force, que le peuple cdt. A peine le tambour a-t-il paru sur la
+ayant fait une très-bonne contenance, il a bien fallu, lorsque l'on a
+eu la permission de la municipalité de repousser la force par la
+force, que le peuple cédât. A peine le tambour a-t-il paru sur la
terrasse, que tout le monde a pris la fuite. M. de La Fayette et la
-garde se sont conduits parfaitement bien. Le chteau toit comble de
-gens qui toient pleins de bonne volont. Le Roi a parl avec force
-M. Bailly. Enfin tout s'est pass le mieux du monde. Aussi hier n'y
+garde se sont conduits parfaitement bien. Le château étoit comble de
+gens qui étoient pleins de bonne volonté. Le Roi a parlé avec force à
+M. Bailly. Enfin tout s'est passé le mieux du monde. Aussi hier n'y
a-t-il jamais eu tant de monde chez le Roi et chez la Reine. Il y
-avoit longtemps que nous tions un peu seules au jeu; mais, hier, il
-toit superbe. Je ne puis vous rendre le plaisir que j'ai prouv. Ah!
-mon c&oelig;ur, le sang franois est toujours le mme: on lui a donn une
-dose d'opium bien forte; mais elle n'a pas attaqu le fond de leur
-c&oelig;ur. Il n'est point glac, et l'on aura beau faire, il ne changera
+avoit longtemps que nous étions un peu seules au jeu; mais, hier, il
+étoit superbe. Je ne puis vous rendre le plaisir que j'ai éprouvé. Ah!
+mon c&oelig;ur, le sang françois est toujours le même: on lui a donné une
+dose d'opium bien forte; mais elle n'a pas attaqué le fond de leur
+c&oelig;ur. Il n'est point glacé, et l'on aura beau faire, il ne changera
jamais. Pour moi, je sens que, depuis trois jours, j'aime ma patrie
mille fois davantage.</p>
<p>Tout ce que tu me mandes de ton mari me fait grand plaisir. Ah! s'il
-peut parvenir se dbarrasser de l'empirique qui donne de si
+peut parvenir à se débarrasser de l'empirique qui donne de si
mauvaises drogues<a id="footnotetag185" name="footnotetag185"></a><a href="#footnote185" title="Go to footnote 185"><span class="smaller">[185]</span></a>, cela seroit bien heureux. Les nouvelles que
-j'ai reues de ses amis loigns me font craindre qu'il ne le puisse
-pas. Le printemps avance beaucoup; sa sant pourroit bien s'en
-ressentir. A cette poque, les humeurs sont toujours bien plus en
+j'ai reçues de ses amis éloignés me font craindre qu'il ne le puisse
+pas. Le printemps avance beaucoup; sa santé pourroit bien s'en
+ressentir. A cette époque, les humeurs sont toujours bien plus en
mouvement, et comme il n'a pas l'habitude de l'exercice, je crains
qu'elles ne lui jouent un mauvais tour. Convenez qu'il n'y auroit pas
-pour lui de meilleur remde; mais lorsque l'on a t lev Paris,
-il semble que l'on soit <span class="pagenum"><a id="page436" name="page436"></a>(p. 436)</span> destin ne faire jamais usage de
-ses jambes. Je sens mme que, sans y tre lev, pour peu que l'on
-l'habite, on perd le got de la promenade, ou, pour mieux dire,
+pour lui de meilleur remède; mais lorsque l'on a été élevé à Paris,
+il semble que l'on soit <span class="pagenum"><a id="page436" name="page436"></a>(p. 436)</span> destiné à ne faire jamais usage de
+ses jambes. Je sens même que, sans y être élevé, pour peu que l'on
+l'habite, on perd le goût de la promenade, ou, pour mieux dire,
l'usage.</p>
-<p>Voil ta petite belle-s&oelig;ur dbarrasse d'une partie de sa nombreuse
-compagnie. M. le prince de C.<a id="footnotetag186" name="footnotetag186"></a><a href="#footnote186" title="Go to footnote 186"><span class="smaller">[186]</span></a> est Worms, et sa fille doit le
-joindre ds qu'elle sera gurie.</p>
+<p>Voilà ta petite belle-s&oelig;ur débarrassée d'une partie de sa nombreuse
+compagnie. M. le prince de C.<a id="footnotetag186" name="footnotetag186"></a><a href="#footnote186" title="Go to footnote 186"><span class="smaller">[186]</span></a> est à Worms, et sa fille doit le
+joindre dès qu'elle sera guérie.</p>
<p>Notre pauvre Saint-Cyr est plus que jamais dans la position la plus
-critique. On vend leur bien. Ta mre y a t la semaine passe; moi,
+critique. On vend leur bien. Ta mère y a été la semaine passée; moi,
je profiterai d'un jour calme pour y aller: j'en ai envie, et cela me
-cotera horriblement. Il n'y a rien de pis que de n'avoir aucune
-consolation prsenter des gens aussi malheureux. Adieu, je vous
-embrasse, ma chre Bombe, et vous aime du plus tendre de mon c&oelig;ur.</p>
+coûtera horriblement. Il n'y a rien de pis que de n'avoir aucune
+consolation à présenter à des gens aussi malheureux. Adieu, je vous
+embrasse, ma chère Bombe, et vous aime du plus tendre de mon c&oelig;ur.</p>
-<p>Vous ai-je dit que l'abb Madier alloit Rome? La semaine prochaine
+<p>Vous ai-je dit que l'abbé Madier alloit à Rome? La semaine prochaine
je ferai une nouvelle connoissance, ce qui ne me fait pas grand
plaisir.</p>
-<p>Je crains fort que l'oncle de la petite de Vitry ne se joigne son
-ami avant que celui-ci ait fait les premires avances. Il seroit
-pourtant bien avantageux qu'il pt venir le voir venir: tout le monde
-le dsire; et moi, l'intrt que j'y prends me le fait souhaiter pour
+<p>Je crains fort que l'oncle de la petite de Vitry ne se joigne à son
+ami avant que celui-ci ait fait les premières avances. Il seroit
+pourtant bien avantageux qu'il pût venir le voir venir: tout le monde
+le désire; et moi, l'intérêt que j'y prends me le fait souhaiter pour
son bonheur.</p>
<p class="date">Ce 1<sup>er</sup>.</p>
-<p>Nous avons eu du train hier. Les gens de bonne volont, force d'en
-avoir, ont trouv le moyen de dplaire la garde, qui toit
-parfaitement dispose pour le Roi. On a voulu dtruire Vincennes; mais
-la garde est arrive temps pour l'empcher. Tout est calme ce matin.
-Nous nous portons tous bien. L'heure de la poste m'empche d'entrer
-dans tous les dtails que tu pourrois dsirer; mais sois tranquille,
+<p>Nous avons eu du train hier. Les gens de bonne volonté, à force d'en
+avoir, ont trouvé le moyen de déplaire à la garde, qui étoit
+parfaitement disposée pour le Roi. On a voulu détruire Vincennes; mais
+la garde est arrivée à temps pour l'empêcher. Tout est calme ce matin.
+Nous nous portons tous bien. L'heure de la poste m'empêche d'entrer
+dans tous les détails que tu pourrois désirer; mais sois tranquille,
tout est bien.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16275,14 +16230,14 @@ tout est bien.</p>
<p class="date">11 mars 1791.</p>
-<p>J'ai reu ta lettre, qui ne me fait pas grand plaisir; je ne sais rien
+<p>J'ai reçu ta lettre, qui ne me fait pas grand plaisir; je ne sais rien
de ce que tu me mandes. Depuis longtemps, je n'avois point eu de
-nouvelles dtailles, et ce n'toit qu' force d'esprit que j'tois au
+nouvelles détaillées, et ce n'étoit qu'à force d'esprit que j'étois au
courant. Cependant j'approuvois tout ce que tu me mandes. Si tu peux
-entrer un peu en dtails sur tout ce que tu pourras; si ton mari est
-avec toi, qu'il crive sous ta dicte, parce que cela te fatigue.
-Est-ce que tu n'as pas reu mes crayons? Le Roi est malade depuis huit
-jours: la scne de lundi y a bien contribu<a id="footnotetag187" name="footnotetag187"></a><a href="#footnote187" title="Go to footnote 187"><span class="smaller">[187]</span></a>. Il va mieux. Adieu,
+entrer un peu en détails sur tout ce que tu pourras; si ton mari est
+avec toi, qu'il écrive sous ta dictée, parce que cela te fatigue.
+Est-ce que tu n'as pas reçu mes crayons? Le Roi est malade depuis huit
+jours: la scène de lundi y a bien contribué<a id="footnotetag187" name="footnotetag187"></a><a href="#footnote187" title="Go to footnote 187"><span class="smaller">[187]</span></a>. Il va mieux. Adieu,
je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16292,188 +16247,188 @@ je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<p class="date">Ce 3 avril 1791.</p>
-<p>Je t'cris dans un moment bien satisfaisant pour quiconque croit en
-Dieu et en son glise. Les curs intrus sont tablis ce matin. J'ai
+<p>Je t'écris dans un moment bien satisfaisant pour quiconque croit en
+Dieu et en son Église. Les curés intrus sont établis ce matin. J'ai
entendu toutes les cloches de Saint-Roch. Je ne puis vous dissimuler
que cela m'a mise dans une fureur affreuse; et puis je ne suis pas
-contente <span class="pagenum"><a id="page438" name="page438"></a>(p. 438)</span> de moi. J'aurois d me piquer de dvotion
-aujourd'hui, pour au moins rparer un peu tout ce que l'on fait contre
-Dieu: ne v'l-t-il pas qu'au lieu de cela j'ai t pis qu'une bche!
+contente <span class="pagenum"><a id="page438" name="page438"></a>(p. 438)</span> de moi. J'aurois dû me piquer de dévotion
+aujourd'hui, pour au moins réparer un peu tout ce que l'on fait contre
+Dieu: ne v'là-t-il pas qu'au lieu de cela j'ai été pis qu'une bûche!
Je ne sais pas comment le bon Dieu fera pour me sauver, car je ne m'y
-prte gure. Le cur de Saint-Roch a dit sa messe cinq heures et
+prête guère. Le curé de Saint-Roch a dit sa messe à cinq heures et
demie; il y a eu beaucoup de communions. Il a fait un fort beau
-discours, o il a parl de la perscution. Les gens qui communioient
-toient fort touchs. Sais-tu que Loustonneau est devenu un petit
-saint? Cela me fait plaisir; c'est l le fruit de la charit qu'il a
-toute sa vie exerce. Sais-tu que M. de Bonnay va confesse au cur,
+discours, où il a parlé de la persécution. Les gens qui communioient
+étoient fort touchés. Sais-tu que Loustonneau est devenu un petit
+saint? Cela me fait plaisir; c'est là le fruit de la charité qu'il a
+toute sa vie exercée. Sais-tu que M. de Bonnay va à confesse au curé,
et qu'il est dans la grande voie? Cela me fait encore bien plaisir.
-Tout ceci fait rentrer bien des gens en eux-mmes. Je vois tout ce qui
-est rpandu dans la bonne compagnie penser merveille. J'ai caus,
+Tout ceci fait rentrer bien des gens en eux-mêmes. Je vois tout ce qui
+est répandu dans la bonne compagnie penser à merveille. J'ai causé,
l'autre jour, avec M. de Nivernois sur la religion, et j'en fus
-parfaitement contente. Madame de Mirepoix est devenue trs-pieuse. La
-petite de Maill va merveille; mais malheureusement le peuple et le
-bourgeois ne vont pas si bien. Il y en a beaucoup qui sont affligs,
-mais ce qui parot, ce qui fait nombre, est bien mauvais. L'archevque
-vient de donner une ordonnance superbe, mais svre, sur notre
+parfaitement contente. Madame de Mirepoix est devenue très-pieuse. La
+petite de Maillé va à merveille; mais malheureusement le peuple et le
+bourgeois ne vont pas si bien. Il y en a beaucoup qui sont affligés,
+mais ce qui paroît, ce qui fait nombre, est bien mauvais. L'archevêque
+vient de donner une ordonnance superbe, mais sévère, sur notre
position. Dieu veuille qu'elle soit suivie! Un homme qui la lisoit
-l'autre jour, dit, aprs l'avoir acheve: Si je perdois trois cent
+l'autre jour, dit, après l'avoir achevée: Si je perdois trois cent
mille livres de rentes, j'en dirois autant. Et cet homme est pourtant
-ce que l'on appelle un honnte homme.</p>
+ce que l'on appelle un honnête homme.</p>
<p>Je suis contente de mes gens: Deshaies est charmant. Il y en a dans le
-nombre qui ne sont pas aussi parfaits; mais celui-l est vraiment
-distingu. Mademoiselle Bnard, M. de Blaremberg, etc., tout cela est
+nombre qui ne sont pas aussi parfaits; mais celui-là est vraiment
+distingué. Mademoiselle Bénard, M. de Blaremberg, etc., tout cela est
parfaitement. C'est une grande jouissance pour moi. Je ne puis penser
-sans frmir la quinzaine de Pques. Je voudrois bien ne la point
+sans frémir à la quinzaine de Pâques. Je voudrois bien ne la point
passer ici; mais peut-on s'en flatter! Ah! mon c&oelig;ur, vous avez
-beau grogner, votre grossesse vous a procur <span class="pagenum"><a id="page439" name="page439"></a>(p. 439)</span> un grand bonheur
-en vous loignant du schisme et de la division la plus affreuse.</p>
+beau grogner, votre grossesse vous a procuré <span class="pagenum"><a id="page439" name="page439"></a>(p. 439)</span> un grand bonheur
+en vous éloignant du schisme et de la division la plus affreuse.</p>
-<p>Je suis bien fche que tu souffres autant des dents. N'aurois-tu pas
-besoin d'tre saigne? tu ne l'as pas t, je crois, depuis que tu es
+<p>Je suis bien fâchée que tu souffres autant des dents. N'aurois-tu pas
+besoin d'être saignée? tu ne l'as pas été, je crois, depuis que tu es
grosse. Comme tu as un travail difficile, ne ferois-tu pas bien de
-prendre cette prcaution? Je ne demande pas mieux de tenir ta petite,
-si <em>Monsieur</em> le veut. Si tu veux, je lui donnerai le nom d'Hlne. Si
-tu voulois accoucher le 3 de mai, une heure du matin<a id="footnotetag188" name="footnotetag188"></a><a href="#footnote188" title="Go to footnote 188"><span class="smaller">[188]</span></a>, cela
-seroit trs-bien, pourvu pourtant que cela lui promette un avenir plus
-heureux que le mien; qu'elle n'entende jamais parler d'tats gnraux
+prendre cette précaution? Je ne demande pas mieux de tenir ta petite,
+si <em>Monsieur</em> le veut. Si tu veux, je lui donnerai le nom d'Hélène. Si
+tu voulois accoucher le 3 de mai, à une heure du matin<a id="footnotetag188" name="footnotetag188"></a><a href="#footnote188" title="Go to footnote 188"><span class="smaller">[188]</span></a>, cela
+seroit très-bien, pourvu pourtant que cela lui promette un avenir plus
+heureux que le mien; qu'elle n'entende jamais parler d'états généraux
ni de schisme.</p>
<p>Mirabeau a pris le parti d'aller voir dans l'autre monde si la
-rvolution y toit approuve. Bon Dieu! quel rveil que le sien! On
-dit qu'il a vu une heure son cur. Il est mort avec tranquillit, se
-croyant empoisonn: il n'en avoit pourtant point les symptmes; au
-reste, il doit tre ouvert aujourd'hui. On l'a montr au peuple aprs
-sa mort. Beaucoup en sont fchs; les aristocrates le regrettent
-beaucoup. Depuis trois mois, il s'toit montr pour le bon parti: on
-esproit en ses talents. Pour moi, quoique trs-aristocrate, je ne
-puis m'empcher de regarder sa mort comme un trait de la Providence
+révolution y étoit approuvée. Bon Dieu! quel réveil que le sien! On
+dit qu'il a vu une heure son curé. Il est mort avec tranquillité, se
+croyant empoisonné: il n'en avoit pourtant point les symptômes; au
+reste, il doit être ouvert aujourd'hui. On l'a montré au peuple après
+sa mort. Beaucoup en sont fâchés; les aristocrates le regrettent
+beaucoup. Depuis trois mois, il s'étoit montré pour le bon parti: on
+espéroit en ses talents. Pour moi, quoique très-aristocrate, je ne
+puis m'empêcher de regarder sa mort comme un trait de la Providence
sur ce royaume. Je ne crois pas que ce soit par des gens sans
principes et sans m&oelig;urs que Dieu veuille nous sauver. Je garde
cette opinion pour moi, parce qu'elle n'est pas politique, mais j'aime
-mieux celles qui sont religieuses. Je suis sre que tu seras de mon
+mieux celles qui sont religieuses. Je suis sûre que tu seras de mon
avis.</p>
-<p>Le pauvre Lastic va encore prouver un chagrin: son frre est nomm
+<p>Le pauvre Lastic va encore éprouver un chagrin: son frère est nommé à
Dresde et va partir dans trois mois <span class="pagenum"><a id="page440" name="page440"></a>(p. 440)</span> avec femme et enfants.
-Cela mettra un grand vide dans son intrieur, et quand il est aussi
-triste par lui-mme, c'est un vrai malheur.</p>
+Cela mettra un grand vide dans son intérieur, et quand il est aussi
+triste par lui-même, c'est un vrai malheur.</p>
<p>M. d'Albignac<a id="footnotetag189" name="footnotetag189"></a><a href="#footnote189" title="Go to footnote 189"><span class="smaller">[189]</span></a> vient passer quelques jours ici. Je le verrai
aujourd'hui; cela me fait bien plaisir. Tu m'avois promis de me donner
de ses nouvelles, mais tu n'en as rien fait.</p>
-<p>J'ai reu par une voie sre des nouvelles de Bombe. Le mari n'est pas
+<p>J'ai reçu par une voie sûre des nouvelles de Bombe. Le mari n'est pas
aussi mal qu'elle le croit avec &#8854; et son ami
-&#9067;<a id="footnotetag190" name="footnotetag190"></a><a href="#footnote190" title="Go to footnote 190"><span class="smaller">[190]</span></a>. Il croit avoir le crdit du bon sens; cela
+&#9067;<a id="footnotetag190" name="footnotetag190"></a><a href="#footnote190" title="Go to footnote 190"><span class="smaller">[190]</span></a>. Il croit avoir le crédit du bon sens; cela
seroit bien heureux; mais, mon c&oelig;ur, sur cela comme sur tout le
-reste, abandonnons-nous la Providence.</p>
+reste, abandonnons-nous à la Providence.</p>
-<p>Hlas! si nous avions la confiance ncessaire, nous serions sauvs;
-notre me ne seroit pas triste. Que j'en suis loin! il me semble que
-l'air de Trves n'est pas plus port la gaiet que celui-ci.
-Rsignons-nous, mon c&oelig;ur, cela seul peut flchir la colre de Dieu;
-et demandons pour nos matres les dons du Saint-Esprit. De bonnes mes
-se runissent au nombre de sept, d'ici Pques, pour demander chacune
-un don pour le Roi, dans les communions qu'elles font, ou la messe.
-Si tu pouvois tablir cette dvotion dans les bonnes mes qui habitent
-Trves, tu ferois bien.</p>
+<p>Hélas! si nous avions la confiance nécessaire, nous serions sauvés;
+notre âme ne seroit pas triste. Que j'en suis loin! il me semble que
+l'air de Trèves n'est pas plus porté à la gaieté que celui-ci.
+Résignons-nous, mon c&oelig;ur, cela seul peut fléchir la colère de Dieu;
+et demandons pour nos maîtres les dons du Saint-Esprit. De bonnes âmes
+se réunissent au nombre de sept, d'ici à Pâques, pour demander chacune
+un don pour le Roi, dans les communions qu'elles font, ou à la messe.
+Si tu pouvois établir cette dévotion dans les bonnes âmes qui habitent
+Trèves, tu ferois bien.</p>
-<p>J'aurai, d'ici quelques jours, des nouvelles dtailles de ce qui
-nous intresse. Si je peux, je t'en ferai part.</p>
+<p>J'aurai, d'ici à quelques jours, des nouvelles détaillées de ce qui
+nous intéresse. Si je peux, je t'en ferai part.</p>
<p>Adieu, je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur. Le petit de Chamissot est-il
-arriv bon port?</p>
+arrivé à bon port?</p>
-<p>Je viens d'apprendre que M. d'Andr ayant fait une <span class="pagenum"><a id="page441" name="page441"></a>(p. 441)</span> motion
-pour que l'on s'occupt de l'lection des membres de la nouvelle
-lgislature, cela a t dcrt tout d'une voix. Je ne le conois pas.</p>
+<p>Je viens d'apprendre que M. d'André ayant fait une <span class="pagenum"><a id="page441" name="page441"></a>(p. 441)</span> motion
+pour que l'on s'occupât de l'élection des membres de la nouvelle
+législature, cela a été décrété tout d'une voix. Je ne le conçois pas.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXXVI<br>
<span class="smaller">A MADAME LA MARQUISE DE BOMBELLES,<br>
-A L'HTEL DE FRANCE, A STUTTGARD.</span></h3>
+A L'HÔTEL DE FRANCE, A STUTTGARD.</span></h3>
<p class="date">Ce 21 avril 1791.</p>
<p>Tu sens, ma Bombe, qu'il faut que je n'aie pas eu absolument le temps
-pour ne t'avoir pas crit un mot ces jours-ci. Je ne te donnerai point
-de dtails de la journe de lundi; je t'avoue que je ne les sais pas
-encore. Tout ce que je sais, c'est que le Roi vouloit aller
-Saint-Cloud, qu'il s'est camp dans sa voiture o il est rest deux
-heures, que la garde et le peuple ont ferm le passage, et qu'il a t
-oblig de ne pas sortir. J'ignore combien l'on nous retiendra;
-j'imagine que ce sera jusqu'aprs Pques. Nous nous portons tous bien;
-je t'cris la hte, parce que je fais ma toilette pour aller
+pour ne t'avoir pas écrit un mot ces jours-ci. Je ne te donnerai point
+de détails de la journée de lundi; je t'avoue que je ne les sais pas
+encore. Tout ce que je sais, c'est que le Roi vouloit aller à
+Saint-Cloud, qu'il s'est campé dans sa voiture où il est resté deux
+heures, que la garde et le peuple ont fermé le passage, et qu'il a été
+obligé de ne pas sortir. J'ignore combien l'on nous retiendra;
+j'imagine que ce sera jusqu'après Pâques. Nous nous portons tous bien;
+je t'écris à la hâte, parce que je fais ma toilette pour aller à
l'office, car l'on veut bien encore nous permettre d'y assister.
Adieu; crois que je serai toujours digne des sentiments de ceux qui
veulent bien avoir de l'estime pour moi, et que quelque chose qu'il
-arrive, je vivrai et mourrai sans avoir rien me reprocher vis--vis
+arrive, je vivrai et mourrai sans avoir rien à me reprocher vis-à-vis
de Dieu et des hommes.</p>
-<p>Je ne te parle pas de la joie que m'a fait prouver la bont de la
-Reine de Naples<a id="footnotetag191" name="footnotetag191"></a><a href="#footnote191" title="Go to footnote 191"><span class="smaller">[191]</span></a>; mais tu me connois assez pour suppler tout ce
+<p>Je ne te parle pas de la joie que m'a fait éprouver la bonté de la
+Reine de Naples<a id="footnotetag191" name="footnotetag191"></a><a href="#footnote191" title="Go to footnote 191"><span class="smaller">[191]</span></a>; mais tu me connois assez pour suppléer à tout ce
que je ne puis exprimer dans le moment, mais que mon c&oelig;ur sent si
bien. Je t'embrasse et t'aime de tout mon c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
<h3><span class="pagenum"><a id="page442" name="page442"></a>(p. 442)</span> XXXVII<br>
-<span class="smaller">A L'ABB DE LUBERSAC.</span></h3>
+<span class="smaller">A L'ABBÉ DE LUBERSAC.</span></h3>
<p class="date">23 mai 1791.</p>
-<p>J'ai reu votre lettre, Monsieur: les dtails que vous me faites de
+<p>J'ai reçu votre lettre, Monsieur: les détails que vous me faites de
votre voyage m'ont fait grand plaisir; et si je ne craignois pas de
vous fatiguer, je vous prierois de les continuer. Les dangers que vous
-avez courus m'ont fait frmir; mais les regrets continuels que vous
-prouvez me font une peine affreuse. Ah! Monsieur, poussez votre vertu
-jusqu' vous en rendre matre: vous le devez pour ce Dieu qui vous
-avez tout sacrifi; vous le devez au soin de votre sant. Songez
-combien votre existence est ncessaire toute votre famille; et
-prenez sur vous de soutenir sans trop de dcouragement la nouvelle
-preuve que le Ciel vous envoie. Il falloit pour votre perfection que
-Dieu vous dtacht tout fait des biens de ce monde, mme des plus
+avez courus m'ont fait frémir; mais les regrets continuels que vous
+éprouvez me font une peine affreuse. Ah! Monsieur, poussez votre vertu
+jusqu'à vous en rendre maître: vous le devez pour ce Dieu à qui vous
+avez tout sacrifié; vous le devez au soin de votre santé. Songez
+combien votre existence est nécessaire à toute votre famille; et
+prenez sur vous de soutenir sans trop de découragement la nouvelle
+épreuve que le Ciel vous envoie. Il falloit pour votre perfection que
+Dieu vous détachât tout à fait des biens de ce monde, même des plus
simples. Vous savez, plus que tout autre, combien Dieu donne de force
-pour supporter les maux de ce monde; tchez donc de ne vous y point
+pour supporter les maux de ce monde; tâchez donc de ne vous y point
laisser aller. Ne vous persuadez point que l'air ne vous vaut rien;
-mnagez-vous, mais distrayez-vous par les beauts dont la ville que
-vous habitez est remplie. Aprs avoir admir la main sublime qui forma
-ces immenses rochers, et ces torrents qui ont pens vous entraner
-dans leurs abmes, admirez l'industrie que Dieu a donne l'homme, et
-comment il peut, grce cette industrie, tirer des chefs-d'&oelig;uvre
-des choses les plus brutes. Mais je m'aperois que je me mle de ce
-que je n'ai que faire; car je ne fais que rabcher ce que vous me
-dites sans cesse. Pardonnez, Monsieur, au dsir que j'ai de vous voir
+ménagez-vous, mais distrayez-vous par les beautés dont la ville que
+vous habitez est remplie. Après avoir admiré la main sublime qui forma
+ces immenses rochers, et ces torrents qui ont pensé vous entraîner
+dans leurs abîmes, admirez l'industrie que Dieu a donnée à l'homme, et
+comment il peut, grâce à cette industrie, tirer des chefs-d'&oelig;uvre
+des choses les plus brutes. Mais je m'aperçois que je me mêle de ce
+que je n'ai que faire; car je ne fais que rabâcher ce que vous me
+dites sans cesse. Pardonnez, Monsieur, au désir que j'ai de vous voir
un peu sorti de ce fonds de tristesse qui vous suit partout. Je vous
-voudrois le calme de l'abb Madier; mais il n'est pas donn tout le
-monde: c'est une grce <span class="pagenum"><a id="page443" name="page443"></a>(p. 443)</span> spciale. Je suis fche que vous
-soyez encore priv de sa socit; cela et t une ressource pour
-vous: j'espre qu'il se rtablira parfaitement de sa maladie. D'aprs
-l'intrt que vous voulez bien prendre moi, je vous dirai que le
-Ciel m'a fait la grce de faire un choix pour le remplacer, qui, sous
+voudrois le calme de l'abbé Madier; mais il n'est pas donné à tout le
+monde: c'est une grâce <span class="pagenum"><a id="page443" name="page443"></a>(p. 443)</span> spéciale. Je suis fâchée que vous
+soyez encore privé de sa société; cela eût été une ressource pour
+vous: j'espère qu'il se rétablira parfaitement de sa maladie. D'après
+l'intérêt que vous voulez bien prendre à moi, je vous dirai que le
+Ciel m'a fait la grâce de faire un choix pour le remplacer, qui, sous
tous les rapports, me convient parfaitement. Il entend ce que je lui
-dis, et me prsente toujours un remde efficace aux maux dont je lui
+dis, et me présente toujours un remède efficace aux maux dont je lui
fais l'aveu. Il a de l'esprit, de la douceur sans foiblesse, une
grande connoissance du c&oelig;ur humain et un grand amour pour Dieu.
-Remerciez ce Dieu pour moi de la grce qu'il m'a faite de m'adresser
-lui. Je prierai pour vous, puisque vous le dsirez, ds demain. Je
-m'en humilierai; car je vous avoue que rien n'y porte tant
-l'humilit que d'invoquer le Ciel pour des personnes de qui l'on est
-si loign d'approcher pour la vertu. Je compte recevoir demain ce
+Remerciez ce Dieu pour moi de la grâce qu'il m'a faite de m'adresser à
+lui. Je prierai pour vous, puisque vous le désirez, dès demain. Je
+m'en humilierai; car je vous avoue que rien n'y porte tant à
+l'humilité que d'invoquer le Ciel pour des personnes de qui l'on est
+si éloigné d'approcher pour la vertu. Je compte recevoir demain ce
Dieu si bon. Ah! Monsieur, que j'en suis indigne, et que je suis loin
de m'en rendre digne! Cependant j'ai bonne envie de me sauver; car au
-moins faut-il ne pas perdre le fruit des preuves que le Ciel vous
+moins faut-il ne pas perdre le fruit des épreuves que le Ciel vous
envoie: elles sont bien fortes; elles le seroient encore plus pour des
-gens moins lgers, et qui les sentiroient plus profondment. Mais, de
-quelque manire qu'elles soient senties, il faut qu'elles sauvent; et
-voil pourquoi je me recommande instamment vos prires. Je vous
-quitte regret; mais il est tard, et il faut que ce soit vous que
-j'crive, pour n'avoir pas dj quitt mon critoire: mais lorsque je
-cause avec vous, j'prouve une vraie satisfaction. Adieu, Monsieur; ne
+gens moins légers, et qui les sentiroient plus profondément. Mais, de
+quelque manière qu'elles soient senties, il faut qu'elles sauvent; et
+voilà pourquoi je me recommande instamment à vos prières. Je vous
+quitte à regret; mais il est tard, et il faut que ce soit à vous que
+j'écrive, pour n'avoir pas déjà quitté mon écritoire: mais lorsque je
+cause avec vous, j'éprouve une vraie satisfaction. Adieu, Monsieur; ne
doutez pas de mes sentiments et du plaisir que me font vos lettres;
-aussi, tant que vos yeux n'en seront point fatigus, crivez-moi, je
+aussi, tant que vos yeux n'en seront point fatigués, écrivez-moi, je
vous en prie. Nous sommes assez tranquilles ici depuis l'affaire du 18
avril<a id="footnotetag192" name="footnotetag192"></a><a href="#footnote192" title="Go to footnote 192"><span class="smaller">[192]</span></a>.</p>
@@ -16484,97 +16439,97 @@ avril<a id="footnotetag192" name="footnotetag192"></a><a href="#footnote192" tit
<p class="date">Ce 10 juillet 1791.</p>
-<p>J'ai reu votre petite lettre, ma chre Bombe; j'y rponds de mme.
-Quoique nous diffrions d'opinions, les marques d'amiti que vous m'y
-donnez me font un bien grand plaisir. Tu sais qu'en gnral j'y suis
-sensible, et tu peux juger si, dans un moment comme celui-ci, l'amiti
-ne devient pas mille fois plus prcieuse. Tu as une mauvaise tte;
-mnage-la, mon c&oelig;ur, tranquillise-toi: tout ce qui t'intresse se
+<p>J'ai reçu votre petite lettre, ma chère Bombe; j'y réponds de même.
+Quoique nous différions d'opinions, les marques d'amitié que vous m'y
+donnez me font un bien grand plaisir. Tu sais qu'en général j'y suis
+sensible, et tu peux juger si, dans un moment comme celui-ci, l'amitié
+ne devient pas mille fois plus précieuse. Tu as une mauvaise tête;
+ménage-la, mon c&oelig;ur, tranquillise-toi: tout ce qui t'intéresse se
porte bien. Que la petite trouve dans ce billet tout ce que je ne puis
exprimer. Le mot qu'elle a mis dans la lettre m'a fait aussi un grand
-plaisir. J'espre qu'elle n'en doute pas. Paris et le Roi sont
-toujours dans la mme position: le premier tranquille, et le second
-gard vue ainsi que la Reine. Mme, hier, on a tabli une espce de
-camp sous leurs fentres, de peur qu'ils ne sautent dans le jardin,
-qui est hermtiquement ferm, et qui est rempli de sentinelles, entre
-autres deux ou trois sous ces mmes fentres. Adieu, mon c&oelig;ur, je
+plaisir. J'espère qu'elle n'en doute pas. Paris et le Roi sont
+toujours dans la même position: le premier tranquille, et le second
+gardé à vue ainsi que la Reine. Même, hier, on a établi une espèce de
+camp sous leurs fenêtres, de peur qu'ils ne sautent dans le jardin,
+qui est hermétiquement fermé, et qui est rempli de sentinelles, entre
+autres deux ou trois sous ces mêmes fenêtres. Adieu, mon c&oelig;ur, je
vous embrasse tendrement ainsi que la petite. On dit que l'affaire du
-Roi sera rapporte bientt et qu'aprs il aura sa libert. La loi pour
-les migrants est trs-svre; ils payeront les trois cinquimes de
+Roi sera rapportée bientôt et qu'après il aura sa liberté. La loi pour
+les émigrants est très-sévère; ils payeront les trois cinquièmes de
leurs biens.</p>
-<p class="note"><span class="pagenum"><a id="page445" name="page445"></a>(p. 445)</span> La fin de la lettre est crite en encre sympathique.</p>
+<p class="note"><span class="pagenum"><a id="page445" name="page445"></a>(p. 445)</span> La fin de la lettre est écrite en encre sympathique.</p>
<p>Non, mon c&oelig;ur, je suis bien loin de permettre votre retour. Ce
-n'est pas assurment que je ne fusse charme de vous voir, mais c'est
-parce que je suis convaincue que tu ne serois pas en sret ici.
-Conserve-toi pour des moments plus heureux, o nous pourrons peut-tre
-jouir en paix de l'amiti qui nous unit. J'ai t bien malheureuse; je
-le suis moins. Si je voyois un terme tout ceci, je supporterois plus
+n'est pas assurément que je ne fusse charmée de vous voir, mais c'est
+parce que je suis convaincue que tu ne serois pas en sûreté ici.
+Conserve-toi pour des moments plus heureux, où nous pourrons peut-être
+jouir en paix de l'amitié qui nous unit. J'ai été bien malheureuse; je
+le suis moins. Si je voyois un terme à tout ceci, je supporterois plus
facilement ce qui arrive; mais c'est le temps de s'abandonner
-entirement entre les mains de Dieu, chose en vrit faire par le
-comte d'Artois. Nous devons mme lui crire pour l'y engager. Nos
-matres le veulent. Je ne crois pas que cela le dcide. Notre voyage
-avec Barnave et Ption s'est pass le plus ridiculement. Vous croyez
-sans doute que nous tions au supplice; point du tout. Ils ont t
+entièrement entre les mains de Dieu, chose en vérité à faire par le
+comte d'Artois. Nous devons même lui écrire pour l'y engager. Nos
+maîtres le veulent. Je ne crois pas que cela le décide. Notre voyage
+avec Barnave et Pétion s'est passé le plus ridiculement. Vous croyez
+sans doute que nous étions au supplice; point du tout. Ils ont été
bien, surtout le premier, qui a beaucoup d'esprit et qui n'est point
-froce comme on le dit. J'ai commenc par leur montrer franchement mon
-opinion sur leurs oprations, et nous avons, aprs, caus le reste du
-voyage, comme si nous tions trangers la chose. Barnave a sauv les
-gardes du corps qui toient avec nous, que la garde nationale vouloit
-massacrer en arrivant. On dit qu'... [L s'arrte le rcit.]</p>
+féroce comme on le dit. J'ai commencé par leur montrer franchement mon
+opinion sur leurs opérations, et nous avons, après, causé le reste du
+voyage, comme si nous étions étrangers à la chose. Barnave a sauvé les
+gardes du corps qui étoient avec nous, que la garde nationale vouloit
+massacrer en arrivant. On dit qu'à... [Là s'arrête le récit.]</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXXIX<br>
-<span class="smaller">A L'ABB R. DE LUBERSAC.</span></h3>
+<span class="smaller">A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC.</span></h3>
<p class="date">29 juillet 1791.</p>
-<p>J'ai reu votre lettre ces jours-ci. J'espre, Monsieur, que vous ne
-doutez pas de l'intrt avec lequel je l'ai lue. Votre sant me parot
-moins mauvaise; mais je crains que les dernires nouvelles que vous
-avez reues de votre pays ne vous aient fait une trop vive impression.
+<p>J'ai reçu votre lettre ces jours-ci. J'espère, Monsieur, que vous ne
+doutez pas de l'intérêt avec lequel je l'ai lue. Votre santé me paroît
+moins mauvaise; mais je crains que les dernières nouvelles que vous
+avez reçues de votre pays ne vous aient fait une trop vive impression.
Plus que jamais l'on est dans le cas de dire qu'un c&oelig;ur sensible
-est un don <span class="pagenum"><a id="page446" name="page446"></a>(p. 446)</span> cruel. Heureux celui qui pourroit tre indiffrent
+est un don <span class="pagenum"><a id="page446" name="page446"></a>(p. 446)</span> cruel. Heureux celui qui pourroit être indifférent
aux maux de sa patrie, de tout ce que l'on a de plus cher! J'ai
-prouv combien cet tat toit dsirer pour ce monde, et je vis dans
-l'espoir que le contraire peut tre utile pour l'autre. Cependant, je
-vous l'avouerai, je suis bien loin de la rsignation que je dsirerois
-avoir. L'abandon la volont de Dieu n'est encore que dans la
-superficie de mon esprit. Cependant, aprs avoir t pendant prs d'un
-mois dans un tat violent, je commence reprendre un peu mon
-assiette; les vnements qui paroissent se calmer en sont cause. Dieu
+éprouvé combien cet état étoit à désirer pour ce monde, et je vis dans
+l'espoir que le contraire peut être utile pour l'autre. Cependant, je
+vous l'avouerai, je suis bien loin de la résignation que je désirerois
+avoir. L'abandon à la volonté de Dieu n'est encore que dans la
+superficie de mon esprit. Cependant, après avoir été pendant près d'un
+mois dans un état violent, je commence à reprendre un peu mon
+assiette; les événements qui paroissent se calmer en sont cause. Dieu
veuille que cela dure un peu, et que le Ciel se laisse toucher! Vous
-ne pouvez imaginer combien les mes ferventes redoublent de zle; le
-Ciel ne peut pas tre sourd tant de v&oelig;ux qui lui sont offerts
-avec tant de confiance. C'est du c&oelig;ur de Jsus que l'on semble
-attendre toutes les grces dont on a besoin; la ferveur de cette
-dvotion semble redoubler: plus nos maux augmentent, plus on y adresse
-des v&oelig;ux. Toutes les communauts font de ferventes prires; mais il
-faudroit que tout le monde s'unt pour flchir le Ciel; et voil ce
+ne pouvez imaginer combien les âmes ferventes redoublent de zèle; le
+Ciel ne peut pas être sourd à tant de v&oelig;ux qui lui sont offerts
+avec tant de confiance. C'est du c&oelig;ur de Jésus que l'on semble
+attendre toutes les grâces dont on a besoin; la ferveur de cette
+dévotion semble redoubler: plus nos maux augmentent, plus on y adresse
+des v&oelig;ux. Toutes les communautés font de ferventes prières; mais il
+faudroit que tout le monde s'unît pour fléchir le Ciel; et voilà ce
qu'il faut commencer par obtenir, et ne s'occuper que du bien de la
-religion. Mais malheureusement il est trs-ais de fort bien parler
-sur tout cela, beaucoup plus que d'excuter; voil ce que j'prouve
+religion. Mais malheureusement il est très-aisé de fort bien parler
+sur tout cela, beaucoup plus que d'exécuter; voilà ce que j'éprouve
sans cesse, et ce qui m'impatiente, au lieu de m'humilier.</p>
-<p>Je suis fche pour vous que votre frre vous ait quitt; ce devoit
-tre pour vous une grande ressource. Ne pourriez-vous pas obtenir de
-demeurer avec...? au moins vous auriez une socit agrable; car vous
+<p>Je suis fâchée pour vous que votre frère vous ait quitté; ce devoit
+être pour vous une grande ressource. Ne pourriez-vous pas obtenir de
+demeurer avec...? au moins vous auriez une société agréable; car vous
me paroissez mener la vie du monde la plus triste et la moins conforme
- votre sant.</p>
+à votre santé.</p>
-<p>Vous me demandez mon avis sur le projet que vous aviez form. Si vous
+<p>Vous me demandez mon avis sur le projet que vous aviez formé. Si vous
voulez que je vous parle franchement, je ne prendrois pas le sujet que
vous aviez choisi. Nous sommes encore trop corrompus pour que des
vertus auxquelles beaucoup ne croient pas puissent faire effet. De
<span class="pagenum"><a id="page447" name="page447"></a>(p. 447)</span> plus, il me seroit impossible de vous donner des
renseignements sur cela; car je n'en ai aucun. Mais je crois que si
-vous avez le dsir d'crire, tout sujet de morale chrtienne sera bien
-trait par vous; et si vous voulez que je vous dise encore mon avis
-sur cela, je vous dirai que je choisirois plutt un sujet fort de
-raisonnement que de sentiment; cela conviendroit mieux la situation
-o se trouve votre me. Songez, en lisant ceci, que vous avez voulu
+vous avez le désir d'écrire, tout sujet de morale chrétienne sera bien
+traité par vous; et si vous voulez que je vous dise encore mon avis
+sur cela, je vous dirai que je choisirois plutôt un sujet fort de
+raisonnement que de sentiment; cela conviendroit mieux à la situation
+où se trouve votre âme. Songez, en lisant ceci, que vous avez voulu
que je vous dise ce que je pensois; et ne doutez pas, je vous prie, de
la parfaite estime que j'ai pour vous, et du plaisir que me font vos
lettres.</p>
@@ -16584,21 +16539,21 @@ lettres.</p>
<h3>XL<br>
<span class="smaller">A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS<a id="footnotetag193" name="footnotetag193"></a><a href="#footnote193" title="Go to footnote 193"><span class="smaller">[193]</span></a>.</span></h3>
-<p class="date">Ce 30 aot 1791.</p>
+<p class="date">Ce 30 août 1791.</p>
-<p>Je ne puis vous dissimuler, mon cher Dmon, que votre silence
-m'tonnoit et m'affligeoit, mme la jalousie s'emparoit de moi, car je
-savois que vous aviez trouv le temps d'crire Coblentz; mais enfin
-votre lettre, que j'ai reue hier au soir, a remis tout dans l'ordre.
-Blanche est en Normandie depuis un mois; je ne sais si elle aura reu
-vos lettres, elle n'en avoit point eu avant son dpart. Je voudrois
+<p>Je ne puis vous dissimuler, mon cher Démon, que votre silence
+m'étonnoit et m'affligeoit, même la jalousie s'emparoit de moi, car je
+savois que vous aviez trouvé le temps d'écrire à Coblentz; mais enfin
+votre lettre, que j'ai reçue hier au soir, a remis tout dans l'ordre.
+Blanche est en Normandie depuis un mois; je ne sais si elle aura reçu
+vos lettres, elle n'en avoit point eu avant son départ. Je voudrois
pouvoir me flatter, mon c&oelig;ur, que votre retour sera aussi prompt
-que je le dsire, mais sur cela il n'y a que la Providence qui puisse
+que je le désire, mais sur cela il n'y a que la Providence qui puisse
me donner cet espoir; elle est si bonne, que je suis pleine de
confiance qu'elle me procurera le plaisir de vous revoir, toujours
-aimable, bonne, et conservant de l'amiti pour moi. Je voudrois
+aimable, bonne, et conservant de l'amitié pour moi. Je voudrois
pouvoir ajouter que deux ans auront mis du calme et de la bonne
-rflexion dans la tte de ce Dmon que j'aime et embrasse de tout mon
+réflexion dans la tête de ce Démon que j'aime et embrasse de tout mon
c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16609,27 +16564,27 @@ c&oelig;ur.</p>
<p class="date">Ce 8 septembre 1791.</p>
<p>Ce n'est pas, je crois, ma faute, ma Bombe, si tu n'as pas eu de mes
-nouvelles: ta mre m'a donn une adresse qui ne me parot pas du tout
-devoir mener ton chteau; mais elle me soutient qu'elle est bonne,
-il faut bien me soumettre la croire. Je suis charme que tu aies
-trouv un peu de socit, car cela fait toujours du bien, quand ce ne
+nouvelles: ta mère m'a donné une adresse qui ne me paroît pas du tout
+devoir mener à ton château; mais elle me soutient qu'elle est bonne,
+il faut bien me soumettre à la croire. Je suis charmée que tu aies
+trouvé un peu de société, car cela fait toujours du bien, quand ce ne
seroit que pour savoir des nouvelles et pouvoir renouveler un peu ses
-ides, ce dont on a grand besoin. Pour ici, on a beau faire, c'est
-toujours la mme chose: la Rvolution, ses suites, l'entre des
-migrs, voil sur quoi roulent toutes les conversations des cercles
-de Paris. Tu sais srement que la Constitution est entre les mains du
-Roi depuis samedi, et qu'il rflchit sur la rponse qu'il fera. Le
-temps nous apprendra ce qu'il aura dcid dans sa sagesse. Il faut
-demander l'Esprit-Saint de lui faire part de quelques-uns de ses
-dons: il en a bon besoin. Je voudrois avoir quelque chose d'amusant
+idées, ce dont on a grand besoin. Pour ici, on a beau faire, c'est
+toujours la même chose: la Révolution, ses suites, l'entrée des
+émigrés, voilà sur quoi roulent toutes les conversations des cercles
+de Paris. Tu sais sûrement que la Constitution est entre les mains du
+Roi depuis samedi, et qu'il réfléchit sur la réponse qu'il fera. Le
+temps nous apprendra ce qu'il aura décidé dans sa sagesse. Il faut
+demander à l'Esprit-Saint de lui faire part de quelques-uns de ses
+dons: il en a bon besoin. Je voudrois avoir quelque chose d'amusant à
te mander; mais nous n'abondons pas dans cette marchandise, d'autant
-que le pain qui commence renchrir ici, en rappelant un temps fort
+que le pain qui commence à renchérir ici, en rappelant un temps fort
triste, fait craindre pour cet hiver assez de mouvements, sans compter
tout ce dont on nous menace pour l'automne, ce qui est fort triste,
-car il n'y a plus moyen de se faire illusion, puisque l'Assemble
-elle-mme en parle comme d'un malheur auquel elle s'attend. Il est
-vrai que la force que donne l'amour de la libert rassure beaucoup; et
-le patriotisme remplacera aisment l'ordre et la subordination des
+car il n'y a plus moyen de se faire illusion, puisque l'Assemblée
+elle-même en parle comme d'un malheur auquel elle s'attend. Il est
+vrai que la force que donne l'amour de la liberté rassure beaucoup; et
+le patriotisme remplacera aisément l'ordre et la subordination des
troupes. Adieu, je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16641,48 +16596,48 @@ A RORSCHACH, PAR SAINT-GALL, EN SUISSE.</span></h3>
<p class="date">Ce 22 septembre 1791.</p>
-<p>Je suis charme, ma petite Bombe, de la recrue que tu as faite pour ta
-socit, car on a beau dire, l'hiver on en a un peu besoin, surtout un
-homme qui n'a pas la ressource de l'ouvrage. Je suis fche du chagrin
-que tu as prouv par la perte de M. de Rosenberg, ce sera une vraie
-consolation pour son frre d'tre avec toi; mais je crains que cela
+<p>Je suis charmée, ma petite Bombe, de la recrue que tu as faite pour ta
+société, car on a beau dire, l'hiver on en a un peu besoin, surtout un
+homme qui n'a pas la ressource de l'ouvrage. Je suis fâchée du chagrin
+que tu as éprouvé par la perte de M. de Rosenberg, ce sera une vraie
+consolation pour son frère d'être avec toi; mais je crains que cela
n'attriste la solitude. Oui, mon c&oelig;ur, je voudrois pouvoir m'y
transporter. Que j'y trouverois de douceur! Mais la Providence m'a
-place o je suis: ce n'est pas moi qui l'ai choisi; tu crois bien,
+placée où je suis: ce n'est pas moi qui l'ai choisi; tu crois bien,
qu'elle m'y retient, il faut donc s'y soumettre. Mon sort m'y
-parotroit plus doux si je voyois l'union dont je te parlois dans ma
-dernire lettre, et que je trouverois l'hiver court, si, malgr toutes
+paroîtroit plus doux si je voyois l'union dont je te parlois dans ma
+dernière lettre, et que je trouverois l'hiver court, si, malgré toutes
les peines qu'il nous annonce, il pouvoit l'amener! Et que n'ai-je ici
les moyens que j'aurois autre part! car j'y travaillerais avec bien du
-zle. Mais mettons en Dieu notre confiance: il sait ce qu'il faut
+zèle. Mais mettons en Dieu notre confiance: il sait ce qu'il faut à
chacun de ses enfants; il en aura soin, gardons-nous d'en douter. Nous
ne sommes pas faits pour vivre heureux dans ce monde. La vue de
-l'ternit devroit soutenir tous et particulirement ceux qui sont
-combls de ses grces. Sois tranquille pour ta mre, ma petite, elle
-se porte bien; je ne crois mme pas que tu la trouves change, si tu
+l'éternité devroit soutenir tous et particulièrement ceux qui sont
+comblés de ses grâces. Sois tranquille pour ta mère, ma petite, elle
+se porte bien; je ne crois même pas que tu la trouves changée, si tu
la voyois. Je ne comprends pas comment l'on peut supporter tout ce que
-l'on a souffrir dans ce moment, les secousses tant frquentes. Nous
-en avons prouv de bien douces, en revoyant des tres qui ont couru
+l'on a à souffrir dans ce moment, les secousses étant fréquentes. Nous
+en avons éprouvé de bien douces, en revoyant des êtres qui ont couru
de bien grands dangers, mais qui heureusement sont tous <span class="pagenum"><a id="page450" name="page450"></a>(p. 450)</span> en
-bonne sant. La Providence a bien veill sur eux; non, elle
+bonne santé. La Providence a bien veillé sur eux; non, elle
n'abandonne jamais. Oh! que l'on seroit heureux si l'on avoit une foi
-vive! Ton mari est donc all faire une course lgre, et tu es reste
-dans ta solitude, avec tes enfants, tes livres et ta pense. En voil
+vive! Ton mari est donc allé faire une course légère, et tu es restée
+dans ta solitude, avec tes enfants, tes livres et ta pensée. En voilà
bien assez pour toi.</p>
-<p>Nous sommes toujours tranquilles ici. Il parot une lettre des
-Princes<a id="footnotetag194" name="footnotetag194"></a><a href="#footnote194" title="Go to footnote 194"><span class="smaller">[194]</span></a>, et une dclaration de l'Empereur et du roi de
+<p>Nous sommes toujours tranquilles ici. Il paroît une lettre des
+Princes<a id="footnotetag194" name="footnotetag194"></a><a href="#footnote194" title="Go to footnote 194"><span class="smaller">[194]</span></a>, et une déclaration de l'Empereur et du roi de
Prusse<a id="footnotetag195" name="footnotetag195"></a><a href="#footnote195" title="Go to footnote 195"><span class="smaller">[195]</span></a>. La lettre est bien forte; mais le reste ne l'est pas.
Cependant plusieurs personnes croient y voir les Cieux ouverts. Pour
-moi, qui ne suis pas si crdule, je lve les mains au Ciel, et lui
-demande de nous prserver de maux inutiles. Tu en ferois, je crois,
+moi, qui ne suis pas si crédule, je lève les mains au Ciel, et lui
+demande de nous préserver de maux inutiles. Tu en ferois, je crois,
tout autant.</p>
<p>La vicomtesse est chez elle, Tilly et des Essarts en Bourbonnois, et
-Blanche en Normandie. Mais je pense qu'elle reviendra bientt. Sais-tu
-que l'on nous a mens l'Opra mardi, et que lundi nous allons aux
-Franois! Nous faisons notre c&oelig;urs de spectacle. Lorsqu'il sera
-fini, j'en serai charme.</p>
+Blanche en Normandie. Mais je pense qu'elle reviendra bientôt. Sais-tu
+que l'on nous a menés à l'Opéra mardi, et que lundi nous allons aux
+François! Nous faisons notre c&oelig;urs de spectacle. Lorsqu'il sera
+fini, j'en serai charmée.</p>
<p>Adieu, je t'embrasse et t'aime de tout mon c&oelig;ur.</p>
@@ -16693,44 +16648,44 @@ fini, j'en serai charme.</p>
<p class="date">Ce 6 octobre 1791.</p>
-<p>Il y a aujourd'hui deux ans, ma chre Bombe, que nous tions encore
+<p>Il y a aujourd'hui deux ans, ma chère Bombe, que nous étions encore
dans le lieu de ma naissance. C'est vers cette <span class="pagenum"><a id="page451" name="page451"></a>(p. 451)</span> heure-ci qu'il
-a t dcid que nous le quitterions. Cela est un peu triste, car
-jamais l'on ne verra une habitation plus agrable pour moi. Tu me
-demandes si je vais M.<a id="footnotetag196" name="footnotetag196"></a><a href="#footnote196" title="Go to footnote 196"><span class="smaller">[196]</span></a> Non, mon c&oelig;ur, et certes je n'irai
-pas que la ville dans laquelle il est n'ait avou ses torts. J'en
-enrage; mais je crois le devoir. Quant Saint-Cyr, je n'ose pas y
+a été décidé que nous le quitterions. Cela est un peu triste, car
+jamais l'on ne verra une habitation plus agréable pour moi. Tu me
+demandes si je vais à M.<a id="footnotetag196" name="footnotetag196"></a><a href="#footnote196" title="Go to footnote 196"><span class="smaller">[196]</span></a> Non, mon c&oelig;ur, et certes je n'irai
+pas que la ville dans laquelle il est n'ait avoué ses torts. J'en
+enrage; mais je crois le devoir. Quant à Saint-Cyr, je n'ose pas y
aller: le village est si mal pour ces Dames que je ne puis y aller,
dans la crainte que le lendemain l'on ne fasse une descente chez
-elles, disant que j'ai apport une contre-rvolution. Cependant, j'ai
-crit Ligonds pour la prier de me marquer le moment qu'elle croira
+elles, disant que j'ai apporté une contre-révolution. Cependant, j'ai
+écrit à Ligondès pour la prier de me marquer le moment qu'elle croira
que je pourrai avoir ce plaisir.</p>
-<p>Je suis charme de ce que tu me marques du bon sens de ton prince
-moine<a id="footnotetag197" name="footnotetag197"></a><a href="#footnote197" title="Go to footnote 197"><span class="smaller">[197]</span></a>. Si tout le monde avoit comme lui senti la ncessit de
-laisser chacun dans la place o la Providence l'a plac, nous
-n'aurions pas gmir sur les maux de notre patrie. La nouvelle
-lgislature a commenc attaquer les droits que la Constitution avoit
-donns au Roi. Elle a dcrt qu'elle devoit tre indpendante de la
-volont du Roi lorsqu'il y toit, et qu'en consquence ils seroient
+<p>Je suis charmée de ce que tu me marques du bon sens de ton prince
+moine<a id="footnotetag197" name="footnotetag197"></a><a href="#footnote197" title="Go to footnote 197"><span class="smaller">[197]</span></a>. Si tout le monde avoit comme lui senti la nécessité de
+laisser chacun dans la place où la Providence l'a placé, nous
+n'aurions pas à gémir sur les maux de notre patrie. La nouvelle
+législature a commencé à attaquer les droits que la Constitution avoit
+donnés au Roi. Elle a décrété qu'elle devoit être indépendante de la
+volonté du Roi lorsqu'il y étoit, et qu'en conséquence ils seroient
assis avant que le Roi s'assoie; qu'il n'auroit pas un fauteuil
-diffrent de celui du prsident, et que l'on ne lui donneroit plus le
-titre de <em>Sire</em> ni de <em>Majest</em>; mais qu'en lui parlant on diroit
-toujours <em>Roi des Franois</em><a id="footnotetag198" name="footnotetag198"></a><a href="#footnote198" title="Go to footnote 198"><span class="smaller">[198]</span></a>. Tout cela feroit rire, si <span class="pagenum"><a id="page452" name="page452"></a>(p. 452)</span>
-l'on n'y dcouvroit pas un dsir violent de dtruire toute la
-Constitution. On dit que Thouret toit dans une colre affreuse, et M.
-de Cordorcet enchant.</p>
-
-<p>Adieu, ma Bombe, voil le commencement de nos nouvelles. D'ici un
-mois, je crois qu'il y en aura bien d'autres du mme genre. Mais
-chaque chose suffit son mal. On parle d'un congrs Aix-la-Chapelle.
-J'imagine que l l'on cherchera prvoir tout ce que la nouvelle
-lgislature sera dans le cas d'entreprendre. Sans cela leur but
-manquera, crois-en ma prdiction. Dieu veuille que d'autres y pensent.
+différent de celui du président, et que l'on ne lui donneroit plus le
+titre de <em>Sire</em> ni de <em>Majesté</em>; mais qu'en lui parlant on diroit
+toujours <em>Roi des François</em><a id="footnotetag198" name="footnotetag198"></a><a href="#footnote198" title="Go to footnote 198"><span class="smaller">[198]</span></a>. Tout cela feroit rire, si <span class="pagenum"><a id="page452" name="page452"></a>(p. 452)</span>
+l'on n'y découvroit pas un désir violent de détruire toute la
+Constitution. On dit que Thouret étoit dans une colère affreuse, et M.
+de Cordorcet enchanté.</p>
+
+<p>Adieu, ma Bombe, voilà le commencement de nos nouvelles. D'ici à un
+mois, je crois qu'il y en aura bien d'autres du même genre. Mais à
+chaque chose suffit son mal. On parle d'un congrès à Aix-la-Chapelle.
+J'imagine que là l'on cherchera à prévoir tout ce que la nouvelle
+législature sera dans le cas d'entreprendre. Sans cela leur but
+manquera, crois-en ma prédiction. Dieu veuille que d'autres y pensent.
Adieu, je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p>L'Assemble a rtract le dcret de la veille. Le Roi y va ce matin
-pour en faire l'ouverture, et leur lchera un petit discours. J'ignore
+<p>L'Assemblée a rétracté le décret de la veille. Le Roi y va ce matin
+pour en faire l'ouverture, et leur lâchera un petit discours. J'ignore
ce qu'il contiendra.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16740,23 +16695,23 @@ ce qu'il contiendra.</p>
<p class="date">Ce 20 octobre 1791.</p>
-<p>J'ai reu votre jolie lettre, mon cher Dmon. Non, mon c&oelig;ur, vous
-auriez bien tort de craindre d'tre oublie, croyez que je n'ai point
-le sort dont on souponne bien des gens et que l'absence ne fait point
-de tort mes sentiments. Non, tant que je ne saurai rien qui puisse
-m'affliger sur Dmon, je l'aimerai bien tendrement; ainsi, lorsqu'il
-lui prendra fantaisie de s'inquiter sur cela, en faisant son
-<span class="pagenum"><a id="page453" name="page453"></a>(p. 453)</span> examen le soir, elle pourra rpondre tout ce que son
+<p>J'ai reçu votre jolie lettre, mon cher Démon. Non, mon c&oelig;ur, vous
+auriez bien tort de craindre d'être oubliée, croyez que je n'ai point
+le sort dont on soupçonne bien des gens et que l'absence ne fait point
+de tort à mes sentiments. Non, tant que je ne saurai rien qui puisse
+m'affliger sur Démon, je l'aimerai bien tendrement; ainsi, lorsqu'il
+lui prendra fantaisie de s'inquiéter sur cela, en faisant son
+<span class="pagenum"><a id="page453" name="page453"></a>(p. 453)</span> examen le soir, elle pourra répondre à tout ce que son
imagination lui aura dit. Je crois lui avoir dit cela cent fois, mais
-si elle me prend pour une rabcheuse avec quelque raison, elle se dira
-que c'est encore une preuve de la sincre amiti que j'ai pour elle.
-Je serai charme, mon petit Dmon, lorsque vous pourrez me venir voir,
-mais je n'en prvois pas l'poque. Votre mari est-il avec vous, mon
-c&oelig;ur, ou tes-vous avec votre mre? Et votre second fils, qu'en
-avez-vous fait? J'ai vu avant-hier votre beau-frre, il n'est pas
-embelli. On dit que les migrs vont tre maltraits par l'Assemble;
-le sieur Brissot en fit hier la motion, qui doit tre discute. Adieu,
-mon petit Dmon, je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
+si elle me prend pour une rabâcheuse avec quelque raison, elle se dira
+que c'est encore une preuve de la sincère amitié que j'ai pour elle.
+Je serai charmée, mon petit Démon, lorsque vous pourrez me venir voir,
+mais je n'en prévois pas l'époque. Votre mari est-il avec vous, mon
+c&oelig;ur, ou êtes-vous avec votre mère? Et votre second fils, qu'en
+avez-vous fait? J'ai vu avant-hier votre beau-frère, il n'est pas
+embelli. On dit que les émigrés vont être maltraités par l'Assemblée;
+le sieur Brissot en fit hier la motion, qui doit être discutée. Adieu,
+mon petit Démon, je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16765,30 +16720,30 @@ mon petit Dmon, je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<p class="date">[Vers la fin d'octobre.]</p>
-<p>J'ai l'me toute noire, ma chre Rage. Il faut que tu en prennes ton
+<p>J'ai l'âme toute noire, ma chère Rage. Il faut que tu en prennes ton
parti, et tu en devineras bien la raison, car je n'aime point du tout
tout ce que je vois. Lis et entends. Dieu veuille que j'aie tort!
-Sais-tu bien que ce que tu me marques la fin de ta lettre n'a pas le
-sens commun? Il y a quatre mois, cela et t fort diffrent. Mais
-prsent c'est un tre de raison que de penser que cela puisse faire le
-plus petit effet. Mais notre sort sera toujours d'tre btes et
-maladroits, ce dont j'enrage de bon c&oelig;ur. Quant ce que tu me
+Sais-tu bien que ce que tu me marques à la fin de ta lettre n'a pas le
+sens commun? Il y a quatre mois, cela eût été fort différent. Mais à
+présent c'est un être de raison que de penser que cela puisse faire le
+plus petit effet. Mais notre sort sera toujours d'être bêtes et
+maladroits, ce dont j'enrage de bon c&oelig;ur. Quant à ce que tu me
marques pour une certaine personne de ma connoissance, je te fais part
qu'elle ne trouve pas que tu aies raison; que son opinion ne sera, je
crois, jamais douteuse, mais que mille raisons lui font croire qu'elle
-est o elle doit tre.&mdash;Si tu ne l'approuvois pas, elle en seroit
-bien fche. Mais je crois que, si elle pouvoit causer avec <span class="pagenum"><a id="page454" name="page454"></a>(p. 454)</span>
+est où elle doit être.&mdash;Si tu ne l'approuvois pas, elle en seroit
+bien fâchée. Mais je crois que, si elle pouvoit causer avec <span class="pagenum"><a id="page454" name="page454"></a>(p. 454)</span>
toi, elle te convaincroit. Lastic est ici d'avant-hier; ce qui a fait
-un sensible plaisir ta trs-humble servante, quoiqu'elle lui ait dit
+un sensible plaisir à ta très-humble servante, quoiqu'elle lui ait dit
bien des choses qui lui font peine. La pauvre petite est bien
malheureuse, sent bien vivement sa position; mais tout cela est soumis
- la Providence d'une manire qu'il faudroit imiter. Nous irons
-galoper demain ensemble, et cela me plat.</p>
+à la Providence d'une manière qu'il faudroit imiter. Nous irons
+galoper demain ensemble, et cela me plaît.</p>
-<p>Je te fais compliment sur la dent d'Hlne: c'est en avoir de bien
+<p>Je te fais compliment sur la dent d'Hélène: c'est en avoir de bien
bonne heure. J'ai peur qu'elle ne te morde beaucoup. Adieu, ma petite.
Je t'embrasse et t'aime de tout mon c&oelig;ur. Le bien de ta
-belle-s&oelig;ur est-il prs de Saint-Domingue?</p>
+belle-s&oelig;ur est-il près de Saint-Domingue?</p>
<hr class="hr30">
@@ -16799,120 +16754,120 @@ PAR SAINT-GALL, EN SUISSE, A RORSCHACH.</span></h3>
<p class="date">Ce 8 novembre 1791.</p>
-<p>Sais-tu bien, ma Bombe, que si je ne comptois pas sur ton amiti, sur
+<p>Sais-tu bien, ma Bombe, que si je ne comptois pas sur ton amitié, sur
ton indulgence, je serois un peu honteuse du temps qu'il y a que je
-t'ai crit? Mais que veux-tu? c'est pour mieux faire que j'ai eu tort.
-Je voulois t'crire un peu longuement, et je ne m'en suis jamais
-trouv le temps. Heureusement que l'arrive de M. de Vaines<a id="footnotetag200" name="footnotetag200"></a><a href="#footnote200" title="Go to footnote 200"><span class="smaller">[200]</span></a>
-t'aura bien occupe et distraite de l'ide de n'avoir pas de nouvelles
-de ta patrie. Ta mre t'a crit il y a huit jours, cela t'aura prouv
-que tout toit encore sur ses pieds; que, malgr tous les blasphmes
-que l'on n'a cess de vomir contre Dieu et ses ministres, le Ciel
-n'toit pas encore tomb sur nous. Aprs-demain, l'on dit que l'on
-s'occupera des prtres non asserments, et de leur assurer paix,
-<span class="pagenum"><a id="page455" name="page455"></a>(p. 455)</span> tranquillit et libre exercice de la religion. Cela te parot
-suspect; mais patience, attends pour juger que le dcret soit rendu.</p>
-
-<p>Tu sais sans doute les tristes nouvelles des les, elles sont
-confirmes d'hier par une lettre de M. de Blanchelande<a id="footnotetag201" name="footnotetag201"></a><a href="#footnote201" title="Go to footnote 201"><span class="smaller">[201]</span></a>. On
+t'ai écrit? Mais que veux-tu? c'est pour mieux faire que j'ai eu tort.
+Je voulois t'écrire un peu longuement, et je ne m'en suis jamais
+trouvé le temps. Heureusement que l'arrivée de M. de Vaines<a id="footnotetag200" name="footnotetag200"></a><a href="#footnote200" title="Go to footnote 200"><span class="smaller">[200]</span></a>
+t'aura bien occupée et distraite de l'idée de n'avoir pas de nouvelles
+de ta patrie. Ta mère t'a écrit il y a huit jours, cela t'aura prouvé
+que tout étoit encore sur ses pieds; que, malgré tous les blasphèmes
+que l'on n'a cessé de vomir contre Dieu et ses ministres, le Ciel
+n'étoit pas encore tombé sur nous. Après-demain, l'on dit que l'on
+s'occupera des prêtres non assermentés, et de leur assurer paix,
+<span class="pagenum"><a id="page455" name="page455"></a>(p. 455)</span> tranquillité et libre exercice de la religion. Cela te paroît
+suspect; mais patience, attends pour juger que le décret soit rendu.</p>
+
+<p>Tu sais sans doute les tristes nouvelles des îles, elles sont
+confirmées d'hier par une lettre de M. de Blanchelande<a id="footnotetag201" name="footnotetag201"></a><a href="#footnote201" title="Go to footnote 201"><span class="smaller">[201]</span></a>. On
craignoit la famine pour la ville du Cap, et il tenoit ses vaisseaux
-prts pour faire embarquer les femmes et les enfants et les sauver,
-tandis qu'eux chercheroient se dfendre. Ils avoient envoy demander
-secours aux Anglois. Voil le commerce de la France totalement ruin,
-et ce superbe royaume humili jusque dans la poussire. Au moins, s'il
-l'toit de c&oelig;ur, Dieu pourroit en tre touch; mais, hlas! que
-peut-on faire avec des c&oelig;urs corrompus, tromps par l'illusion la
+prêts pour faire embarquer les femmes et les enfants et les sauver,
+tandis qu'eux chercheroient à se défendre. Ils avoient envoyé demander
+secours aux Anglois. Voilà le commerce de la France totalement ruiné,
+et ce superbe royaume humilié jusque dans la poussière. Au moins, s'il
+l'étoit de c&oelig;ur, Dieu pourroit en être touché; mais, hélas! que
+peut-on faire avec des c&oelig;urs corrompus, trompés par l'illusion la
plus adroite et la plus perfide! Mais adieu, je t'aime et t'embrasse
de tout mon c&oelig;ur. Il fait, si tu veux le savoir, un froid de loup,
-depuis trois jours particulirement. Il y a dj assez de glace dans
-les bassins pour remplir les glacires. Si l'hiver est aussi <span class="pagenum"><a id="page456" name="page456"></a>(p. 456)</span>
+depuis trois jours particulièrement. Il y a déjà assez de glace dans
+les bassins pour remplir les glacières. Si l'hiver est aussi <span class="pagenum"><a id="page456" name="page456"></a>(p. 456)</span>
froid qu'il s'annonce, je ne comprends pas ce que les pauvres
deviendront.</p>
-<p>J'ai eu hier l'avantage de voir ton cher beau-frre. Tu juges toute la
+<p>J'ai eu hier l'avantage de voir ton cher beau-frère. Tu juges toute la
joie que j'en ai ressentie. Mais, pour le coup, adieu.</p>
-<p class="note">La fin de la lettre est crite en encre sympathique.</p>
+<p class="note">La fin de la lettre est écrite en encre sympathique.</p>
-<p>Enfin, ma Bombe, l'on sent ici la ncessit de se rapprocher de
+<p>Enfin, ma Bombe, l'on sent ici la nécessité de se rapprocher de
Coblentz. On va envoyer quelqu'un qui y restera et qui correspondra
avec le baron de Breteuil<a id="footnotetag202" name="footnotetag202"></a><a href="#footnote202" title="Go to footnote 202"><span class="smaller">[202]</span></a>. Mais il me reste une crainte dans
-cette dmarche, c'est qu'elle ne soit faite que pour arrter des
-dmarches fcheuses et qui sont fort craindre, et non pas pour
-arriver une confiance mrite. Cependant, qu'arrivera-t-il si elle
+cette démarche, c'est qu'elle ne soit faite que pour arrêter des
+démarches fâcheuses et qui sont fort à craindre, et non pas pour
+arriver à une confiance méritée. Cependant, qu'arrivera-t-il si elle
n'existe pas? C'est que nous serons la dupe de toutes les puissances
-de l'Europe. Cependant, ma Bombe, le moment est bien intressant. Je
-suis d'avis que ton mari soit o il est, car je suis sre qu'il
-penseroit comme moi, et qu'il engageroit le baron de Breteuil se
-porter de bonne foi ce nouvel ordre de choses. Nous voil aux portes
-de l'hiver, c'est le moment des ngociations. Elles peuvent avoir une
+de l'Europe. Cependant, ma Bombe, le moment est bien intéressant. Je
+suis d'avis que ton mari soit où il est, car je suis sûre qu'il
+penseroit comme moi, et qu'il engageroit le baron de Breteuil à se
+porter de bonne foi à ce nouvel ordre de choses. Nous voilà aux portes
+de l'hiver, c'est le moment des négociations. Elles peuvent avoir une
<span class="pagenum"><a id="page457" name="page457"></a>(p. 457)</span> heureuse issue, mais seulement si l'on agit d'accord. Si cela
n'existe pas, souviens-toi de ce que je te dis:&mdash;Au printemps, ou la
-guerre civile la plus affreuse s'tablira en France, ou chaque
-province se donnera un matre. Ne crois pas la politique de Vienne
-trs-dsintresse: il s'en faut de beaucoup. Elle n'oublie pas que
+guerre civile la plus affreuse s'établira en France, ou chaque
+province se donnera un maître. Ne crois pas la politique de Vienne
+très-désintéressée: il s'en faut de beaucoup. Elle n'oublie pas que
l'Alsace lui a appartenu. Toutes les autres sont bien aises d'avoir
une raison pour nous laisser dans l'humiliation. Songe au temps qui
-s'est pass depuis notre retour de Varennes. Ces vnements ont-ils
-remu l'Empereur? N'a-t-il pas t le premier montrer de
+s'est passé depuis notre retour de Varennes. Ces événements ont-ils
+remué l'Empereur? N'a-t-il pas été le premier à montrer de
l'incertitude sur ce qu'il devoit faire? Croire, comme bien des gens
-l'assurent, que c'est la Reine qui l'arrte, me parot un tre de
+l'assurent, que c'est la Reine qui l'arrête, me paroît un être de
raison et presque un crime. Mais je me permets de penser que la
-politique vis--vis de cette puissance n'a pas t mene avec assez
-d'habilet. Si cela est, je trouve que l'on a eu tort; mais il seroit
-impardonnable si, d'aprs le dcret qui a t rendu hier sur les
-migrants, on n'en sentoit pas le danger. Juge la quantit qui sont
-l s'il sera possible de les retenir, et ce que deviendront la France
-et son chef s'ils prennent ce parti sans secours tranger. Rflchis
+politique vis-à-vis de cette puissance n'a pas été menée avec assez
+d'habileté. Si cela est, je trouve que l'on a eu tort; mais il seroit
+impardonnable si, d'après le décret qui a été rendu hier sur les
+émigrants, on n'en sentoit pas le danger. Juge à la quantité qui sont
+là s'il sera possible de les retenir, et ce que deviendront la France
+et son chef s'ils prennent ce parti sans secours étranger. Réfléchis à
tout cela, ma Bombe; et si ton mari trouve qu'il y ait en effet un
-grand danger .....<a id="footnotetag203" name="footnotetag203"></a><a href="#footnote203" title="Go to footnote 203"><span class="smaller">[203]</span></a>, ou qu'il engage son ami marcher de bonne
+grand danger à.....<a id="footnotetag203" name="footnotetag203"></a><a href="#footnote203" title="Go to footnote 203"><span class="smaller">[203]</span></a>, ou qu'il engage son ami à marcher de bonne
foi, je m'attends bien que, dans le premier moment, l'homme qui sera
-charg d'aller Coblentz prouvera peut-tre quelques difficults;
+chargé d'aller à Coblentz éprouvera peut-être quelques difficultés;
mais il ne faut pas que cela l'alarme, parlant au nom du Roi, et ne
-mettant aucune roideur soutenir son avis; mais en le raisonnant
-bien, il y entranera les autres.</p>
+mettant aucune roideur à soutenir son avis; mais en le raisonnant
+bien, il y entraînera les autres.</p>
-<p>Adieu, accuse-moi la rception de cette lettre; et si ton mari fait
-quelques dmarches vis--vis du baron, qu'il ne sache pas que je l'en
-ai pri, ni mme que je t'ai parl de tout cela.</p>
+<p>Adieu, accuse-moi la réception de cette lettre; et si ton mari fait
+quelques démarches vis-à-vis du baron, qu'il ne sache pas que je l'en
+ai prié, ni même que je t'ai parlé de tout cela.</p>
<hr class="hr30">
<h3><span class="pagenum"><a id="page458" name="page458"></a>(p. 458)</span> XLVII<br>
-<span class="smaller">A L'ABB DE LUBERSAC.</span></h3>
+<span class="smaller">A L'ABBÉ DE LUBERSAC.</span></h3>
<p class="date">14 novembre 1791.</p>
-<p>J'ai vu avec plaisir par votre dernire lettre, Monsieur, que votre
-sant toit un peu moins mauvaise: l'hiver sera, dans le pays que vous
-habitez, un bien bon temps pour vous. Tous les dtails que vous me
-donnez m'ont fait un grand plaisir. La dvotion des Romains ne me
+<p>J'ai vu avec plaisir par votre dernière lettre, Monsieur, que votre
+santé étoit un peu moins mauvaise: l'hiver sera, dans le pays que vous
+habitez, un bien bon temps pour vous. Tous les détails que vous me
+donnez m'ont fait un grand plaisir. La dévotion des Romains ne me
tente point du tout. Est-il possible qu'il y ait encore tant de
superstition! Je ne connois rien qui rabaisse l'homme comme de penser
-que dans cette ville qui a t celle des lumires, qui devroit tre la
-mieux instruite de la vraie pit, puisque c'est de l que nous
-recevons l'explication des devoirs qui nous sont tracs; que dans
-cette mme ville l'on craigne de changer le genre de dvotion du
+que dans cette ville qui a été celle des lumières, qui devroit être la
+mieux instruite de la vraie piété, puisque c'est de là que nous
+recevons l'explication des devoirs qui nous sont tracés; que dans
+cette même ville l'on craigne de changer le genre de dévotion du
peuple, crainte de l'arracher de son c&oelig;ur; notre exemple
-n'encouragera certes pas sur cela: car, force de lumires, nous
-sommes parvenus une incrdulit, une indiffrence bien
-affligeante, et effrayante pour le moment prsent et pour ses suites.
-Cependant l'on n'a point encore port de dcret contre les prtres;
-l'Assemble parot vouloir y mettre une grande svrit. Si vous lisez
-les papiers publics, vous devez voir qu'il n'y a pas d'indcence que
+n'encouragera certes pas sur cela: car, à force de lumières, nous
+sommes parvenus à une incrédulité, à une indifférence bien
+affligeante, et effrayante pour le moment présent et pour ses suites.
+Cependant l'on n'a point encore porté de décret contre les prêtres;
+l'Assemblée paroît vouloir y mettre une grande sévérité. Si vous lisez
+les papiers publics, vous devez voir qu'il n'y a pas d'indécence que
l'on ne se permette contre eux: cependant Dieu permet que la religion
-se soutienne au milieu de cette demi-perscution. Les couvents,
-ouverts par ordre du dpartement, prsentent le spectacle le plus
-difiant. Les glises sont remplies, les communions sont innombrables,
+se soutienne au milieu de cette demi-persécution. Les couvents,
+ouverts par ordre du département, présentent le spectacle le plus
+édifiant. Les églises sont remplies, les communions sont innombrables,
et tout cela se passe avec le plus grand calme. Dieu veuille que
-quelques esprits malins ne viennent pas dranger tout cela! ce dont je
-ne serois point tonne: car, pour nos pchs, Dieu leur a donn un
+quelques esprits malins ne viennent pas déranger tout cela! ce dont je
+ne serois point étonnée: car, pour nos péchés, Dieu leur a donné un
bien grand pouvoir sur notre malheureuse patrie.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page459" name="page459"></a>(p. 459)</span> Il faut que je vous quitte, Monsieur, mais cela ne sera pas
-sans vous prier de ne pas m'oublier, et vous assurer, de mon ct, que
+sans vous prier de ne pas m'oublier, et vous assurer, de mon côté, que
je n'oublie point votre affaire: mais ce cruel moment, qui retarde
-tout, y met souvent obstacle. Ne vous inquitez pas, et soyez
+tout, y met souvent obstacle. Ne vous inquiétez pas, et soyez
convaincu de mes sentiments pour vous.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16923,37 +16878,37 @@ convaincu de mes sentiments pour vous.</p>
<p class="date">Ce 17 janvier 1792.</p>
<p>Je vous fais mon compliment, mon c&oelig;ur, de ce que votre fils s'est
-bien tir de sa petite vrole; elle est si mauvaise cette anne, que
-l'on doit regarder comme une grce spciale de la Providence de s'en
+bien tiré de sa petite vérole; elle est si mauvaise cette année, que
+l'on doit regarder comme une grâce spéciale de la Providence de s'en
tirer. Votre Stani est bien aimable de se souvenir de moi, cela sera
un grand personnage lorsque je le reverrai; j'ai bien envie, mon
-c&oelig;ur, que ce temps ne soit pas bien loign, j'espre que vous n'en
-doutez pas. Vous ne me parlez pas de votre sant; est-elle bonne, la
-mnagez-vous? On dit que vous lui faites faire quelques culbutes en
-phaton. Je conois l'indignation que vous avez prouve en voyant M.
-des Essarts au bal: il faut le plaindre, mon c&oelig;ur, il le mrite; il
-n'a pas senti tout ce qu'il perdoit; un jour peut-tre il le sentira:
-des Essarts, ne pour plaire tout ce qui savoit l'apprcier, n'a pas
-t heureuse en ce monde comme elle auroit d l'tre, en juger par
-nos yeux; mais Dieu savoit bien ce qu'il faisoit: tant destine
-habiter peu de temps sur cette terre malheureuse, il l'a purifie par
-mille preuves diverses, afin de pouvoir la mieux rcompenser. La
-pauvre petite jouit maintenant des sacrifices que Dieu a exigs
-d'elle. Sa mre est bien plaindre, mais sa vertu et son courage
-sont au-dessus <span class="pagenum"><a id="page460" name="page460"></a>(p. 460)</span> de tout ce que l'on peut dire; soumise la
-volont de Dieu, elle est calme et rsigne tout ce qu'il demande
-d'elle. Que de rflexions ces vnements ne doivent-ils pas faire
-faire! Si Dmon n'toit pas de sa nature si tourdie, je dirois
-qu'elle en a srement fait son profit. Je regrette des Essarts de
-toute mon me, mais quand je pense ce qu'elle auroit peut-tre eu
-souffrir, j'admire la bont de Dieu.</p>
-
-<p>Je suis charme, mon c&oelig;ur, de ce que vous me dites sur des tres
-qui me sont bien chers; je dsire vivement les voir heureux, et bien
-d'autres encore. Adieu, ma petite Dmon, je vous embrasse et vous aime
+c&oelig;ur, que ce temps ne soit pas bien éloigné, j'espère que vous n'en
+doutez pas. Vous ne me parlez pas de votre santé; est-elle bonne, la
+ménagez-vous? On dit que vous lui faites faire quelques culbutes en
+phaéton. Je conçois l'indignation que vous avez éprouvée en voyant M.
+des Essarts au bal: il faut le plaindre, mon c&oelig;ur, il le mérite; il
+n'a pas senti tout ce qu'il perdoit; un jour peut-être il le sentira:
+des Essarts, née pour plaire à tout ce qui savoit l'apprécier, n'a pas
+été heureuse en ce monde comme elle auroit dû l'être, à en juger par
+nos yeux; mais Dieu savoit bien ce qu'il faisoit: étant destinée à
+habiter peu de temps sur cette terre malheureuse, il l'a purifiée par
+mille épreuves diverses, afin de pouvoir la mieux récompenser. La
+pauvre petite jouit maintenant des sacrifices que Dieu a exigés
+d'elle. Sa mère est bien à plaindre, mais sa vertu et son courage
+sont au-dessus <span class="pagenum"><a id="page460" name="page460"></a>(p. 460)</span> de tout ce que l'on peut dire; soumise à la
+volonté de Dieu, elle est calme et résignée à tout ce qu'il demande
+d'elle. Que de réflexions ces événements ne doivent-ils pas faire
+faire! Si Démon n'étoit pas de sa nature si étourdie, je dirois
+qu'elle en a sûrement fait son profit. Je regrette des Essarts de
+toute mon âme, mais quand je pense à ce qu'elle auroit peut-être eu à
+souffrir, j'admire la bonté de Dieu.</p>
+
+<p>Je suis charmée, mon c&oelig;ur, de ce que vous me dites sur des êtres
+qui me sont bien chers; je désire vivement les voir heureux, et bien
+d'autres encore. Adieu, ma petite Démon, je vous embrasse et vous aime
de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p>Dites bien des choses votre mari et votre beau-frre, et embrassez
+<p>Dites bien des choses à votre mari et à votre beau-frère, et embrassez
Stani pour moi.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16963,51 +16918,51 @@ Stani pour moi.</p>
<p class="date">Ce 24 janvier 1792.</p>
-<p>Tu veux que je te prche, ma chre Raigecourt. J'en aurois bonne
-envie, si je croyois que cela te ft le moins du monde utile. Mais je
-ne puis te dissimuler que Dieu ne m'a pas accord grce pour cela. Si
-j'tois votre directeur, je sais bien ce que je vous dirois, et ce que
-j'exigerois de vous; mais ne l'tant pas, tout ce que je me permettrai
+<p>Tu veux que je te prêche, ma chère Raigecourt. J'en aurois bonne
+envie, si je croyois que cela te fût le moins du monde utile. Mais je
+ne puis te dissimuler que Dieu ne m'a pas accordé grâce pour cela. Si
+j'étois votre directeur, je sais bien ce que je vous dirois, et ce que
+j'exigerois de vous; mais ne l'étant pas, tout ce que je me permettrai
de te dire, c'est que je ne crois pas que tu sois dans la voie de
-Dieu. Tu te fais illusion par l'humiliation o tu tiens ton esprit;
-sur la douleur que tu reois toujours de la mort de ton fils. Cette
-humilit nourrit ton amour-propre, aigrit ton c&oelig;ur, met ton me
-la gne, et nuit au sacrifice que Dieu a exig de toi, que tu n'as pas
-encore fait et qu'il attend avec toute la patience et la bont d'un
-pre et d'un ami indulgent. Mais, me direz-vous: je dis Dieu qu'il a
+Dieu. Tu te fais illusion par l'humiliation où tu tiens ton esprit;
+sur la douleur que tu reçois toujours de la mort de ton fils. Cette
+humilité nourrit ton amour-propre, aigrit ton c&oelig;ur, met ton âme à
+la gêne, et nuit au sacrifice que Dieu a exigé de toi, que tu n'as pas
+encore fait et qu'il attend avec toute la patience et la bonté d'un
+père et d'un ami indulgent. Mais, me direz-vous: je dis à Dieu qu'il a
raison. C'est fort bien; mais je te connois, Raigecourt: cette parole
-<span class="pagenum"><a id="page461" name="page461"></a>(p. 461)</span> ne s'chappe jamais sans un serrement de c&oelig;ur affreux. Eh
-bien! si j'tois toi, je ne dirois plus cette parole, mais bien
-celle-ci: Seigneur, je m'abandonne tout ce qu'il plaira votre
-bont d'ordonner pour mon salut. Sauvez-moi, mon Dieu, et que je vous
-aime: voil tout ce que je dsire.</p>
-
-<p>Je joindrois cette aspiration le sentiment de l'abandon du c&oelig;ur,
-et le calme que ncessairement elle doit te faire prouver. Joins
-cela de demander Dieu de faire lui-mme pour vous et avec vous ce
-sacrifice que vous n'avez pas encore arrach de votre c&oelig;ur.
-Joignez-le celui de Jsus-Christ. Mettez-vous en esprit au pied de
-la Croix. Laissez couler le sang de Jsus-Christ sur vos plaies.
-Demandez-lui de les gurir. Et si aprs avoir mis tout cela en
-pratique, vous vous trouvez soulage, et presque froide, prenez bien
+<span class="pagenum"><a id="page461" name="page461"></a>(p. 461)</span> ne s'échappe jamais sans un serrement de c&oelig;ur affreux. Eh
+bien! si j'étois toi, je ne dirois plus cette parole, mais bien
+celle-ci: «Seigneur, je m'abandonne à tout ce qu'il plaira à votre
+bonté d'ordonner pour mon salut. Sauvez-moi, mon Dieu, et que je vous
+aime: voilà tout ce que je désire.»</p>
+
+<p>Je joindrois à cette aspiration le sentiment de l'abandon du c&oelig;ur,
+et le calme que nécessairement elle doit te faire éprouver. Joins à
+cela de demander à Dieu de faire lui-même pour vous et avec vous ce
+sacrifice que vous n'avez pas encore arraché de votre c&oelig;ur.
+Joignez-le à celui de Jésus-Christ. Mettez-vous en esprit au pied de
+la Croix. Laissez couler le sang de Jésus-Christ sur vos plaies.
+Demandez-lui de les guérir. Et si après avoir mis tout cela en
+pratique, vous vous trouvez soulagée, et presque froide, prenez bien
garde d'en remercier Dieu et de ne vous pas faire de reproche
-d'insensibilit, que vous croiriez peu mriter par le contraste de
+d'insensibilité, que vous croiriez peu mériter par le contraste de
votre position. Mais, mon c&oelig;ur, ne mettez tout ceci en pratique que
-si vous vous y sentez de l'attrait, si votre c&oelig;ur est touch; car
-s'il ne l'est pas, tout cela ne vaudroit rien. Vis--vis de Dieu,
-l'esprit doit tre mis totalement de ct, le c&oelig;ur doit seul agir
-avec la plus grande simplicit et confiance.</p>
+si vous vous y sentez de l'attrait, si votre c&oelig;ur est touché; car
+s'il ne l'est pas, tout cela ne vaudroit rien. Vis-à-vis de Dieu,
+l'esprit doit être mis totalement de côté, le c&oelig;ur doit seul agir
+avec la plus grande simplicité et confiance.</p>
-<p>J'ai fait remettre ta lettre: on m'a dit que l'on te rpondroit. Nous
+<p>J'ai fait remettre ta lettre: on m'a dit que l'on te répondroit. Nous
avons eu du tapage pour le sucre tous ces jours-ci. Aujourd'hui tout
est calme; du moins je le crois, car c'est sur le rapport des autres
que je crois qu'il y en a eu, n'ayant pas vu le moindre mouvement.</p>
-<p>La Princesse prend du quinquina. Son criture n'est pas change, ce
-qui me prouve qu'elle n'est pas trs-affoiblie. Adieu, je t'embrasse
-de tout mon c&oelig;ur et t'aime de mme.</p>
+<p>La Princesse prend du quinquina. Son écriture n'est pas changée, ce
+qui me prouve qu'elle n'est pas très-affoiblie. Adieu, je t'embrasse
+de tout mon c&oelig;ur et t'aime de même.</p>
-<p>Je t'envoie des pratiques de dvotion que nous commenons samedi
+<p>Je t'envoie des pratiques de dévotion que nous commençons samedi
prochain.</p>
<hr class="hr30">
@@ -17015,17 +16970,17 @@ prochain.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page462" name="page462"></a>(p. 462)</span> L<br>
<span class="smaller">AU COMTE D'ARTOIS.</span></h3>
-<p class="date">Le 19 fvrier 1792.</p>
+<p class="date">Le 19 février 1792.</p>
-<p>Vous savez, mon cher Frre, quelle est mon amiti pour vous, et si je
-me rjouis de vous savoir en bonne sant. Je crois, moi qui suis sur
-les lieux, que vous tes injuste envers la personne: vous n'avez pas
-au fond de meilleure amie. Je prie Dieu qu'il rpande sur vous ses
-bndictions et ses lumires, et vous jugerez mieux. L'loignement est
-par tous les cts une calamit et une souffrance, puisqu'il jette des
-nuages o ne devroit luire que l'amiti. Je vous crirai plus au long
+<p>Vous savez, mon cher Frère, quelle est mon amitié pour vous, et si je
+me réjouis de vous savoir en bonne santé. Je crois, moi qui suis sur
+les lieux, que vous êtes injuste envers la personne: vous n'avez pas
+au fond de meilleure amie. Je prie Dieu qu'il répande sur vous ses
+bénédictions et ses lumières, et vous jugerez mieux. L'éloignement est
+par tous les côtés une calamité et une souffrance, puisqu'il jette des
+nuages où ne devroit luire que l'amitié. Je vous écrirai plus au long
sur tout cela par l'occasion que vous savez, et je vous prouverai que
-jamais vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre et dvoue
+jamais vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre et dévouée
que moi.</p>
<hr class="hr30">
@@ -17033,44 +16988,44 @@ que moi.</p>
<h3>LI<br>
<span class="smaller">A MADAME DE RAIGECOURT.</span></h3>
-<p class="date">Ce 22 fvrier 1792.</p>
+<p class="date">Ce 22 février 1792.</p>
-<p>Je verrai, mon c&oelig;ur, dans un moment o ma bourse sera moins vide,
-ce que je pourrai faire pour ces bons et saints Pres de la Valle
-Sainte<a id="footnotetag205" name="footnotetag205"></a><a href="#footnote205" title="Go to footnote 205"><span class="smaller">[205]</span></a>. Quelle vie que celle-l! et combien nous devrions rougir
-en lui comparant la ntre! Cependant une partie de ces saints n'ont
-peut-tre pas autant de pchs que nous expier. Ce qui doit
+<p>Je verrai, mon c&oelig;ur, dans un moment où ma bourse sera moins vide,
+ce que je pourrai faire pour ces bons et saints Pères de la Vallée
+Sainte<a id="footnotetag205" name="footnotetag205"></a><a href="#footnote205" title="Go to footnote 205"><span class="smaller">[205]</span></a>. Quelle vie que celle-là! et combien nous devrions rougir
+en lui comparant la nôtre! Cependant une partie de ces saints n'ont
+peut-être pas autant de péchés que nous à expier. Ce qui doit
consoler, c'est que Dieu n'exige pas de tout le monde ce qu'il exige
-d'eux, et que, pourvu que l'on soit fidle dans le peu que l'on fait,
+d'eux, et que, pourvu que l'on soit fidèle dans le peu que l'on fait,
il est content.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page463" name="page463"></a>(p. 463)</span> Je te trouve d'une grande svrit pour Franoise<a id="footnotetag206" name="footnotetag206"></a><a href="#footnote206" title="Go to footnote 206"><span class="smaller">[206]</span></a>. Je
+<p><span class="pagenum"><a id="page463" name="page463"></a>(p. 463)</span> Je te trouve d'une grande sévérité pour Françoise<a id="footnotetag206" name="footnotetag206"></a><a href="#footnote206" title="Go to footnote 206"><span class="smaller">[206]</span></a>. Je
souhaite que cela tourne bien. Mais je ne puis te dissimuler que je
-trouve que tu joues gros jeu. Songe qu'elle n'est peut-tre pas
-destine vivre retire dans un chapitre; qu'un temps viendra o elle
+trouve que tu joues gros jeu. Songe qu'elle n'est peut-être pas
+destinée à vivre retirée dans un chapitre; qu'un temps viendra où elle
pourra aller au bal, et que pour lors elle se livrera avec plus de
-fureur ce plaisir. Je crois qu'il seroit plus prudent de l'y mener
+fureur à ce plaisir. Je crois qu'il seroit plus prudent de l'y mener
quelquefois, et de s'attacher, dans les conversations que tu pourrois
-avoir avec elle, lui faire sentir le vide des plaisirs de ce bas
+avoir avec elle, à lui faire sentir le vide des plaisirs de ce bas
monde. Au reste, mon c&oelig;ur, je ne sais pas pourquoi je te parle de
-cela, car Dieu, que tu consultes srement avec soin, te donne les
-lumires dont tu as besoin pour la bien conduire, et puisque son
-confesseur est de cette svrit-l, je n'ai rien dire. Mais, mon
-c&oelig;ur, est-ce le tien que tu lui as donn? Si cela est, pourquoi ne
-l'aimes-tu pas? Il me semble que ton zle devroit tre satisfait de la
-pture qu'on lui donne. J'en juge d'aprs cet chantillon.</p>
-
-<p>La Reine et ses enfants ont t avant-hier la Comdie. Il y a eu un
+cela, car Dieu, que tu consultes sûrement avec soin, te donne les
+lumières dont tu as besoin pour la bien conduire, et puisque son
+confesseur est de cette sévérité-là, je n'ai rien à dire. Mais, mon
+c&oelig;ur, est-ce le tien que tu lui as donné? Si cela est, pourquoi ne
+l'aimes-tu pas? Il me semble que ton zèle devroit être satisfait de la
+pâture qu'on lui donne. J'en juge d'après cet échantillon.</p>
+
+<p>La Reine et ses enfants ont été avant-hier à la Comédie. Il y a eu un
tapage infernal d'applaudissements. Les Jacobins ont voulu faire le
-train; mais ils ont t battus. On a fait rpter quatre fois le duo
-du valet et de la femme de chambre des <cite>vnements imprvus</cite>, o il
-est parl de l'amour qu'ils ont pour leur matre et leur matresse; et
-au moment o ils disent: <em>Il faut les rendre heureux</em>, une grande
-partie de la salle s'est crie: Oui, oui!... Conois-tu notre nation!
+train; mais ils ont été battus. On a fait répéter quatre fois le duo
+du valet et de la femme de chambre des <cite>Événements imprévus</cite>, où il
+est parlé de l'amour qu'ils ont pour leur maître et leur maîtresse; et
+au moment où ils disent: <em>Il faut les rendre heureux</em>, une grande
+partie de la salle s'est écriée: Oui, oui!... Conçois-tu notre nation!
Il faut convenir qu'elle a de charmants moments. Sur ce, je te
-souhaite le bonsoir et te prie de bien prier Dieu, ce carme, pour
-qu'il nous regarde en piti; mais, mon c&oelig;ur, aie soin de ne penser
-qu' sa gloire, et mets de ct tout ce qui tient au monde. Je
+souhaite le bonsoir et te prie de bien prier Dieu, ce carême, pour
+qu'il nous regarde en pitié; mais, mon c&oelig;ur, aie soin de ne penser
+qu'à sa gloire, et mets de côté tout ce qui tient au monde. Je
t'embrasse.</p>
<hr class="hr30">
@@ -17078,61 +17033,61 @@ t'embrasse.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page464" name="page464"></a>(p. 464)</span> LII<br>
<span class="smaller">AU COMTE D'ARTOIS.</span></h3>
-<p class="date">Le 23 fvrier 1792.</p>
+<p class="date">Le 23 février 1792.</p>
-<p>Votre dernire lettre m'a t remise ce matin, mon cher Frre, et j'ai
-t bien heureuse d'y trouver moins d'amertume que dans la prcdente.
-Cependant, je vous ai promis d'ajouter quelques mots ce que je vous
-ai crit il y a quelques jours, et je suis votre amie trop sincre
-pour ne pas le faire. Je trouve que le fils<a id="footnotetag207" name="footnotetag207"></a><a href="#footnote207" title="Go to footnote 207"><span class="smaller">[207]</span></a> a trop de svrit
-pour la belle-mre<a id="footnotetag208" name="footnotetag208"></a><a href="#footnote208" title="Go to footnote 208"><span class="smaller">[208]</span></a>. Elle n'a pas les dfauts qu'on lui reproche.
-Je crois qu'elle a pu couter des conseils suspects, mais elle
+<p>Votre dernière lettre m'a été remise ce matin, mon cher Frère, et j'ai
+été bien heureuse d'y trouver moins d'amertume que dans la précédente.
+Cependant, je vous ai promis d'ajouter quelques mots à ce que je vous
+ai écrit il y a quelques jours, et je suis votre amie trop sincère
+pour ne pas le faire. Je trouve que le fils<a id="footnotetag207" name="footnotetag207"></a><a href="#footnote207" title="Go to footnote 207"><span class="smaller">[207]</span></a> a trop de sévérité
+pour la belle-mère<a id="footnotetag208" name="footnotetag208"></a><a href="#footnote208" title="Go to footnote 208"><span class="smaller">[208]</span></a>. Elle n'a pas les défauts qu'on lui reproche.
+Je crois qu'elle a pu écouter des conseils suspects, mais elle
supporte les maux qui l'accablent avec un courage fort, et il faut
-encore plus la plaindre que la blmer, car elle a de bonnes
-intentions. Elle cherche fixer les incertitudes du pre<a id="footnotetag209" name="footnotetag209"></a><a href="#footnote209" title="Go to footnote 209"><span class="smaller">[209]</span></a>, qui,
-pour le malheur de sa famille, n'est plus le matre, et je ne sais si
+encore plus la plaindre que la blâmer, car elle a de bonnes
+intentions. Elle cherche à fixer les incertitudes du père<a id="footnotetag209" name="footnotetag209"></a><a href="#footnote209" title="Go to footnote 209"><span class="smaller">[209]</span></a>, qui,
+pour le malheur de sa famille, n'est plus le maître, et je ne sais si
Dieu voudra que je me trompe, mais je crains bien qu'elle ne soit
-l'une des premires victimes de tout ce qui se passe, et j'ai le
-c&oelig;ur trop serr ce pressentiment pour avoir encore du blme. Dieu
-est bon, il ne voudra pas continuer laisser subsister le peu
-d'accord qu'il y a dans une famille qui l'ensemble et la bonne
-harmonie seroient si utiles; j'en frmis quand j'y pense, et cela
-m'te le sommeil, car ce dsaccord nous tuera tous. Vous savez la
-diffrence d'habitudes et de socits que votre s&oelig;ur a toujours eue
-avec la belle-mre: malgr cela, on se sentiroit du rapprochement pour
+l'une des premières victimes de tout ce qui se passe, et j'ai le
+c&oelig;ur trop serré à ce pressentiment pour avoir encore du blâme. Dieu
+est bon, il ne voudra pas continuer à laisser subsister le peu
+d'accord qu'il y a dans une famille à qui l'ensemble et la bonne
+harmonie seroient si utiles; j'en frémis quand j'y pense, et cela
+m'ôte le sommeil, car ce désaccord nous tuera tous. Vous savez la
+différence d'habitudes et de sociétés que votre s&oelig;ur a toujours eue
+avec la belle-mère: malgré cela, on se sentiroit du rapprochement pour
elle quand on la voit injustement accuser et quand on regarde en face
-l'avenir. C'est bien fcheux que le fils n'ait rien voulu ou <span class="pagenum"><a id="page465" name="page465"></a>(p. 465)</span>
-pu faire pour gagner l'ami intime<a id="footnotetag210" name="footnotetag210"></a><a href="#footnote210" title="Go to footnote 210"><span class="smaller">[210]</span></a> du frre de la belle-mre. Ce
-vieux renard la jouoit, et il et fallu prendre sur soi, s'il avoit
-t possible, et faire le sacrifice de s'entendre avec lui pour le
-djouer et prvenir le mal devenu effrayant aujourd'hui. De deux maux
+l'avenir. C'est bien fâcheux que le fils n'ait rien voulu ou <span class="pagenum"><a id="page465" name="page465"></a>(p. 465)</span>
+pu faire pour gagner l'ami intime<a id="footnotetag210" name="footnotetag210"></a><a href="#footnote210" title="Go to footnote 210"><span class="smaller">[210]</span></a> du frère de la belle-mère. Ce
+vieux renard la jouoit, et il eût fallu prendre sur soi, s'il avoit
+été possible, et faire le sacrifice de s'entendre avec lui pour le
+déjouer et prévenir le mal devenu effrayant aujourd'hui. De deux maux
le moindre. Tous les gens de cette sorte me font peur: ils ont de
-l'esprit, mais quoi leur est-il bon? Avec cela il faut aussi du
+l'esprit, mais à quoi leur est-il bon? Avec cela il faut aussi du
c&oelig;ur, et ils n'en ont pas. Ils n'ont que de l'intrigue, et c'est
-bien dsagrable qu'ils entranent tant de gens. Il auroit fallu tre
+bien désagréable qu'ils entraînent tant de gens. Il auroit fallu être
plus fins qu'eux.</p>
-<p>Paris est presque tranquille. L'autre jour il y a eu la Comdie, o
-toit la Reine avec ses enfants, un tapage infernal qui a fini par une
-scne tonnante dont beaucoup de gens ont t attendris:&mdash;la plus
-grande partie de la salle a cri <em>Vive le Roi!</em> et <em>Vive la Reine!</em>
-faire tomber les votes: on a battu ceux qui n'toient pas du mme
-avis, et on a fait rpter quatre fois un duo qui prtoit des
-rapprochements. Mais c'est un moment, un clair comme en a la nation,
+<p>Paris est presque tranquille. L'autre jour il y a eu à la Comédie, où
+étoit la Reine avec ses enfants, un tapage infernal qui a fini par une
+scène étonnante dont beaucoup de gens ont été attendris:&mdash;la plus
+grande partie de la salle a crié <em>Vive le Roi!</em> et <em>Vive la Reine!</em> à
+faire tomber les voûtes: on a battu ceux qui n'étoient pas du même
+avis, et on a fait répéter quatre fois un duo qui prêtoit à des
+rapprochements. Mais c'est un moment, un éclair comme en a la nation,
et Dieu sait si cela continuera.</p>
-<p>L'ide de l'Empereur me tourmente; s'il nous fait la guerre, il y aura
+<p>L'idée de l'Empereur me tourmente; s'il nous fait la guerre, il y aura
une affreuse explosion. Que Dieu veille sur nous! Il a appesanti sa
-main sur ce royaume d'une manire visible. Prions-le, mon cher frre;
-lui seul connot les c&oelig;urs et il est la seule digne esprance. Je
-vais passer ce carme lui demander de nous regarder en piti;
+main sur ce royaume d'une manière visible. Prions-le, mon cher frère;
+lui seul connoît les c&oelig;urs et il est la seule digne espérance. Je
+vais passer ce carême à lui demander de nous regarder en pitié;
d'arranger les affaires entre cette famille que j'aime tant; j'ai cela
-bien c&oelig;ur, je consacrerois ma vie le demander deux genoux, et
-je voudrois tre digne d'tre exauce. Ce n'est que lui qui peut
+bien à c&oelig;ur, je consacrerois ma vie à le demander à deux genoux, et
+je voudrois être digne d'être exaucée. Ce n'est que lui qui peut
changer notre sort, faire cesser le vertige de cette nation si bonne
-au fond, et vous donner la sant et le repos. Adieu. Que me
+au fond, et vous donner la santé et le repos. Adieu. Que me
demandez-vous? Quelles sont mes occupations aujourd'hui? Si je monte
- cheval et <span class="pagenum"><a id="page466" name="page466"></a>(p. 466)</span> si je vais encore Saint-Cyr?&mdash;A peine ose-t-on
+à cheval et <span class="pagenum"><a id="page466" name="page466"></a>(p. 466)</span> si je vais encore à Saint-Cyr?&mdash;A peine ose-t-on
faire ses devoirs depuis plus d'un an! Je vous embrasse de tout mon
c&oelig;ur. <i>Miserere nobis.</i></p>
@@ -17143,16 +17098,16 @@ c&oelig;ur. <i>Miserere nobis.</i></p>
<p class="date">Ce 6 avril 1792.</p>
-<p>Comme je ne veux pas que tu me grondes, je t'cris le Jeudi saint:
-n'est-ce pas beau? Aussi tu n'auras qu'un trs-petit mot. Voil donc
-le roi de Sude assassin! Chacun son tour. Il a eu un courage
-incroyable. Nous ignorons encore sa mort; mais il y a parier qu'il
-l'est, d'aprs la manire dont le pistolet toit charg.</p>
+<p>Comme je ne veux pas que tu me grondes, je t'écris le Jeudi saint:
+n'est-ce pas beau? Aussi tu n'auras qu'un très-petit mot. Voilà donc
+le roi de Suède assassiné! Chacun à son tour. Il a eu un courage
+incroyable. Nous ignorons encore sa mort; mais il y a à parier qu'il
+l'est, d'après la manière dont le pistolet étoit chargé.</p>
-<p>Tu es toute en dvotion. As-tu eu un bel office, un beau reposoir? Ta
+<p>Tu es toute en dévotion. As-tu eu un bel office, un beau reposoir? Ta
petite te permet-elle d'y aller? Adieu, mon c&oelig;ur; je t'embrasse
-bien tendrement. Quand tu svreras, je m'occuperai de te faire avoir
-un logement, car le tien est donn.</p>
+bien tendrement. Quand tu sèvreras, je m'occuperai de te faire avoir
+un logement, car le tien est donné.</p>
<hr class="hr30">
@@ -17161,138 +17116,138 @@ un logement, car le tien est donn.</p>
<p class="date">Ce 18 avril 1792.</p>
-<p>Je te fais mon compliment, mon c&oelig;ur, de ce que ta petite a reu les
-crmonies du baptme: ta s&oelig;ur ne m'a pas envoy le discours de
-ton saint vque<a id="footnotetag211" name="footnotetag211"></a><a href="#footnote211" title="Go to footnote 211"><span class="smaller">[211]</span></a>; j'espre l'avoir <span class="pagenum"><a id="page467" name="page467"></a>(p. 467)</span> sous quelques jours.
-Tu crois peut-tre que nous sommes encore dans l'agitation de la fte
-de Chteauvieux, point du tout: tout est fort tranquille. Le peuple a
-t voir dame Libert tremblotante sur son char de triomphe, mais il
-haussoit les paules. Trois ou quatre cents sans-culottes suivoient en
-criant: <em>La Nation! la libert! les sans-culottes! au diable La
-Fayette!</em> Tout cela toit bruyant, mais triste. Les gardes nationaux
-ne s'en sont point mls; au contraire, ils toient en colre; et
-Ption est, dit-on, honteux de sa conduite. Le lendemain, une pique et
-un bonnet rouge s'est promen dans le jardin, sans bruit, et n'y est
-pas rest longtemps.</p>
+<p>Je te fais mon compliment, mon c&oelig;ur, de ce que ta petite a reçu les
+cérémonies du baptême: ta s&oelig;ur ne m'a pas envoyé le discours de
+ton saint évêque<a id="footnotetag211" name="footnotetag211"></a><a href="#footnote211" title="Go to footnote 211"><span class="smaller">[211]</span></a>; j'espère l'avoir <span class="pagenum"><a id="page467" name="page467"></a>(p. 467)</span> sous quelques jours.
+Tu crois peut-être que nous sommes encore dans l'agitation de la fête
+de Châteauvieux, point du tout: tout est fort tranquille. Le peuple a
+été voir dame Liberté tremblotante sur son char de triomphe, mais il
+haussoit les épaules. Trois ou quatre cents sans-culottes suivoient en
+criant: <em>La Nation! la liberté! les sans-culottes! au diable La
+Fayette!</em> Tout cela étoit bruyant, mais triste. Les gardes nationaux
+ne s'en sont point mêlés; au contraire, ils étoient en colère; et
+Pétion est, dit-on, honteux de sa conduite. Le lendemain, une pique et
+un bonnet rouge s'est promené dans le jardin, sans bruit, et n'y est
+pas resté longtemps.</p>
<p>Oui, mon c&oelig;ur, je serai bien aise de te revoir; mais il faut voir
-la tournure que tout ceci prendra. La premire fois que je t'crirai,
+la tournure que tout ceci prendra. La première fois que je t'écrirai,
je te dirai si j'ai pu te trouver un logement. J'en ai bonne envie;
-car il me dplairoit beaucoup de te savoir l'autre bout de Paris, et
+car il me déplairoit beaucoup de te savoir à l'autre bout de Paris, et
de ne pouvoir te voir autant que je le voudrois; au lieu que, si tu
-tois dans le chteau, nous passerions souvent les matines ensemble.
-Je t'avoue que cette ide me tourne un peu la tte, et je la voudrois
-dj voir excute; mais patience. Depuis trois ans nous sommes ce
-rgime; peut-tre qu' la fin nous nous en trouverons bien.</p>
-
-<p>Bombe fait faire sa premire communion Louis; il me semble qu'il s'y
-prpare fort bien; elle y met tous ses soins. Tu as encore le temps
-d'attendre avant que d'en tre l. Tu es bien heureuse, car cela doit
+étois dans le château, nous passerions souvent les matinées ensemble.
+Je t'avoue que cette idée me tourne un peu la tête, et je la voudrois
+déjà voir exécutée; mais patience. Depuis trois ans nous sommes à ce
+régime; peut-être qu'à la fin nous nous en trouverons bien.</p>
+
+<p>Bombe fait faire sa première communion à Louis; il me semble qu'il s'y
+prépare fort bien; elle y met tous ses soins. Tu as encore le temps
+d'attendre avant que d'en être là. Tu es bien heureuse, car cela doit
bien troubler.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page468" name="page468"></a>(p. 468)</span> Le gouverneur de <em>M. le Prince Royal</em> est nomm
-d'aujourd'hui; c'est M. de Fleurieu<a id="footnotetag212" name="footnotetag212"></a><a href="#footnote212" title="Go to footnote 212"><span class="smaller">[212]</span></a>, celui qui a t ministre.
-L'Assemble, cette nouvelle, a renvoy la lettre du Roi au comit,
-pour savoir si c'est au Roi ou elle le nommer. C'est, dit-on, un
-honnte homme; pour moi, je ne le connois pas. Adieu, mon c&oelig;ur, je
+<p><span class="pagenum"><a id="page468" name="page468"></a>(p. 468)</span> Le gouverneur de <em>M. le Prince Royal</em> est nommé
+d'aujourd'hui; c'est M. de Fleurieu<a id="footnotetag212" name="footnotetag212"></a><a href="#footnote212" title="Go to footnote 212"><span class="smaller">[212]</span></a>, celui qui a été ministre.
+L'Assemblée, à cette nouvelle, a renvoyé la lettre du Roi au comité,
+pour savoir si c'est au Roi ou à elle à le nommer. C'est, dit-on, un
+honnête homme; pour moi, je ne le connois pas. Adieu, mon c&oelig;ur, je
t'embrasse et t'aime de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p>Le Roi de Sude est mort avec beaucoup de courage. Quel dommage qu'il
-ne ft pas catholique! il et t un vrai hros. Son pays parot
+<p>Le Roi de Suède est mort avec beaucoup de courage. Quel dommage qu'il
+ne fût pas catholique! il eût été un vrai héros. Son pays paroît
tranquille.</p>
<hr class="hr30">
<h3>LV<br>
-<span class="smaller">A L'ABB DE LUBERSAC.</span></h3>
+<span class="smaller">A L'ABBÉ DE LUBERSAC.</span></h3>
<p class="date">15 mai 1792.</p>
-<p>Il y a bien longtemps que je ne vous ai crit, Monsieur; ce n'est pas
-faute d'en avoir envie: mais je mne une vie si coupe, qu'il ne m'est
-pas possible d'crire comme je le voudrois. Je ne puis vous dire assez
-combien j'ai t touche de votre lettre. Le dsir que vous me
-tmoignez de me voir runie celles qui ont tant de bonts pour moi,
-m'a fait un grand plaisir; mais il est des positions o l'on ne peut
-pas disposer de soi, et c'est l la mienne: la ligne que je dois
-suivre m'est trace si clairement par la Providence, qu'il faut bien
-que j'y reste; tout ce que je dsire, c'est que vous vouliez bien
-prier pour moi, pour obtenir de la bont de Dieu que je sois ce qu'il
-dsire. S'il me rserve encore dans ma vie des moments de calme, ah!
-je sens que j'en jouirai bien, au lieu de me soumettre aux preuves
-qu'il m'envoie! J'envie ceux qui, calmes intrieurement et tranquilles
- l'extrieur, peuvent tous les instants ramener leurs mes vers
-Dieu, lui parler, et surtout <span class="pagenum"><a id="page469" name="page469"></a>(p. 469)</span> l'couter: pour moi, qui suis
-destine tout autre chose, cet tat me parot un vrai paradis.</p>
-
-<p>Si Minette vaut quelque chose, c'est bien vous qu'elle le devra.
-J'en ai t contente dans le court sjour qu'elle a fait ici: elle
-n'est pas heureuse, et c'est une bonne cole. Elle a trouv Chartres
-un homme de mrite, en juger d'aprs ce qu'elle dit, et en qui elle
-parot avoir confiance. Je l'ai fort engage le voir souvent;
-j'espre qu'elle y est exacte.</p>
+<p>Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, Monsieur; ce n'est pas
+faute d'en avoir envie: mais je mène une vie si coupée, qu'il ne m'est
+pas possible d'écrire comme je le voudrois. Je ne puis vous dire assez
+combien j'ai été touchée de votre lettre. Le désir que vous me
+témoignez de me voir réunie à celles qui ont tant de bontés pour moi,
+m'a fait un grand plaisir; mais il est des positions où l'on ne peut
+pas disposer de soi, et c'est là la mienne: la ligne que je dois
+suivre m'est tracée si clairement par la Providence, qu'il faut bien
+que j'y reste; tout ce que je désire, c'est que vous vouliez bien
+prier pour moi, pour obtenir de la bonté de Dieu que je sois ce qu'il
+désire. S'il me réserve encore dans ma vie des moments de calme, ah!
+je sens que j'en jouirai bien, au lieu de me soumettre aux épreuves
+qu'il m'envoie! J'envie ceux qui, calmes intérieurement et tranquilles
+à l'extérieur, peuvent à tous les instants ramener leurs âmes vers
+Dieu, lui parler, et surtout <span class="pagenum"><a id="page469" name="page469"></a>(p. 469)</span> l'écouter: pour moi, qui suis
+destinée à tout autre chose, cet état me paroît un vrai paradis.</p>
+
+<p>Si Minette vaut quelque chose, c'est bien à vous qu'elle le devra.
+J'en ai été contente dans le court séjour qu'elle a fait ici: elle
+n'est pas heureuse, et c'est une bonne école. Elle a trouvé à Chartres
+un homme de mérite, à en juger d'après ce qu'elle dit, et en qui elle
+paroît avoir confiance. Je l'ai fort engagée à le voir souvent;
+j'espère qu'elle y est exacte.</p>
<p>Je vois avec peine approcher les chaleurs; c'est un mauvais temps pour
-vous: je dsire beaucoup qu'elles soient moins fortes que l'anne
-passe. Adieu, Monsieur: croyez que vos lettres me font un vrai
-plaisir, et que je serai charme le jour o je pourrai vous revoir. En
+vous: je désire beaucoup qu'elles soient moins fortes que l'année
+passée. Adieu, Monsieur: croyez que vos lettres me font un vrai
+plaisir, et que je serai charmée le jour où je pourrai vous revoir. En
attendant, priez Dieu pour nous.</p>
-<p>J'ai si peu de temps, qu'il m'est difficile de m'unir aux prires que
+<p>J'ai si peu de temps, qu'il m'est difficile de m'unir aux prières que
l'on fait; mais j'y dresserai quelquefois mon intention, pour
-participer aux grces qu'elles doivent attirer. Vous voyez que le moi
+participer aux grâces qu'elles doivent attirer. Vous voyez que le moi
n'est point du tout mort en moi.</p>
<hr class="hr30">
<h3>LVI<br>
-<span class="smaller">A L'ABB DE LUBERSAC.</span></h3>
+<span class="smaller">A L'ABBÉ DE LUBERSAC.</span></h3>
<p class="date">22 juin 1792.</p>
<p>Cette lettre sera un peu longtemps en chemin; mais j'aime mieux ne pas
-laisser chapper une occasion de causer avec vous. Je suis persuade
+laisser échapper une occasion de causer avec vous. Je suis persuadée
que vous avez ressenti presque aussi vivement que nous, Monsieur, le
coup qui vient de nous frapper<a id="footnotetag213" name="footnotetag213"></a><a href="#footnote213" title="Go to footnote 213"><span class="smaller">[213]</span></a>; il est d'autant plus affreux,
-qu'il dchire le <span class="pagenum"><a id="page470" name="page470"></a>(p. 470)</span> c&oelig;ur, et te tout repos d'esprit.
-L'avenir parot un gouffre, d'o l'on ne peut sortir que par un
-miracle de la Providence; et le mritons-nous? A cette demande, on
+qu'il déchire le <span class="pagenum"><a id="page470" name="page470"></a>(p. 470)</span> c&oelig;ur, et ôte tout repos d'esprit.
+L'avenir paroît un gouffre, d'où l'on ne peut sortir que par un
+miracle de la Providence; et le méritons-nous? A cette demande, on
sent tout le courage manquer. Qui de nous peut se flatter qu'il lui
-sera rpondu: <em>Oui, tu le mrites!</em> Tout le monde souffre; mais,
-hlas! nul ne fait pnitence; on ne retourne point son c&oelig;ur vers
-Dieu. Moi-mme combien de reproches n'ai-je pas me faire! Entrane
-par le tourbillon du malheur, je ne m'occupois pas de demander Dieu
-les grces dont nous avons besoin; je m'appuyois sur les secours
-humains, et j'tois plus coupable qu'un autre; car qui plus que moi
-est l'enfant de la Providence? Mais ce n'est pas tout de reconnotre
-ses fautes, il faut les rparer; je ne le puis seule, Monsieur: ayez
-la charit de m'aider. Demandez au Ciel, non pas un changement qu'il
-plaira Dieu de nous envoyer quand il l'aura jug convenable dans sa
-sagesse; mais bornons-nous lui demander qu'il claire, qu'il touche
-les c&oelig;urs; que surtout il parle deux tres bien malheureux, mais
-qui le seront encore plus si Dieu ne les appelle lui. Hlas! le sang
-de Jsus-Christ a coul pour eux comme pour le solitaire qui pleure
-sans cesse des fautes lgres. Dites-lui souvent: <em>Si vous voulez,
-vous pouvez les gurir;</em> et dmontrez-lui bien la gloire qu'il en
+sera répondu: <em>Oui, tu le mérites!</em> Tout le monde souffre; mais,
+hélas! nul ne fait pénitence; on ne retourne point son c&oelig;ur vers
+Dieu. Moi-même combien de reproches n'ai-je pas à me faire! Entraînée
+par le tourbillon du malheur, je ne m'occupois pas de demander à Dieu
+les grâces dont nous avons besoin; je m'appuyois sur les secours
+humains, et j'étois plus coupable qu'un autre; car qui plus que moi
+est l'enfant de la Providence? Mais ce n'est pas tout de reconnoître
+ses fautes, il faut les réparer; je ne le puis seule, Monsieur: ayez
+la charité de m'aider. Demandez au Ciel, non pas un changement qu'il
+plaira à Dieu de nous envoyer quand il l'aura jugé convenable dans sa
+sagesse; mais bornons-nous à lui demander qu'il éclaire, qu'il touche
+les c&oelig;urs; que surtout il parle à deux êtres bien malheureux, mais
+qui le seront encore plus si Dieu ne les appelle à lui. Hélas! le sang
+de Jésus-Christ a coulé pour eux comme pour le solitaire qui pleure
+sans cesse des fautes légères. Dites-lui souvent: <em>Si vous voulez,
+vous pouvez les guérir;</em> et démontrez-lui bien la gloire qu'il en
tirera. En me lisant, vous allez me croire un peu folle, mais
-pardonnez l'excs des maux dont mon me est atteinte: jamais je ne
-les ai si vivement sentis. Dieu les connot; Dieu sait les remdes
-qu'il doit appliquer, mais sa bont permet qu'on lui fasse les
+pardonnez à l'excès des maux dont mon âme est atteinte: jamais je ne
+les ai si vivement sentis. Dieu les connoît; Dieu sait les remèdes
+qu'il doit appliquer, mais sa bonté permet qu'on lui fasse les
demandes dont on a besoin: et j'use, comme vous voyez, de cette
permission.</p>
-<p>Je suis fche de vous crire dans un style aussi noir; mais mon
+<p>Je suis fâchée de vous écrire dans un style aussi noir; mais mon
c&oelig;ur l'est tellement, qu'il me seroit bien difficile de parler
-autrement. Ne croyez pas pour cela que ma <span class="pagenum"><a id="page471" name="page471"></a>(p. 471)</span> sant s'en
-ressente; non, je me porte bien: Dieu me fait la grce de conserver de
-la gaiet. Je dsire vivement que la vtre se conserve; je voudrois la
-savoir meilleure; mais comment l'esprer avec votre sensibilit?
-Rappelons-nous qu'il est une autre vie, o nous serons amplement
-rcompenss des peines de celle-ci, et vivons dans l'espoir de nous y
-runir un jour, aprs cependant avoir eu encore le plaisir de nous
-revoir dans celle-ci; car, malgr l'excs de ma noirceur, je ne puis
-croire que tout soit dsespr. Adieu, Monsieur: priez pour moi, je
-vous en prie, aprs avoir pri pour les autres, et donnez-moi souvent
+autrement. Ne croyez pas pour cela que ma <span class="pagenum"><a id="page471" name="page471"></a>(p. 471)</span> santé s'en
+ressente; non, je me porte bien: Dieu me fait la grâce de conserver de
+la gaieté. Je désire vivement que la vôtre se conserve; je voudrois la
+savoir meilleure; mais comment l'espérer avec votre sensibilité?
+Rappelons-nous qu'il est une autre vie, où nous serons amplement
+récompensés des peines de celle-ci, et vivons dans l'espoir de nous y
+réunir un jour, après cependant avoir eu encore le plaisir de nous
+revoir dans celle-ci; car, malgré l'excès de ma noirceur, je ne puis
+croire que tout soit désespéré. Adieu, Monsieur: priez pour moi, je
+vous en prie, après avoir prié pour les autres, et donnez-moi souvent
de vos nouvelles: c'est une consolation pour moi.</p>
<hr class="hr30">
@@ -17303,129 +17258,129 @@ de vos nouvelles: c'est une consolation pour moi.</p>
<p class="date">3 juillet 1792.</p>
<p>Depuis trois jours on comptoit sur un grand mouvement dans Paris; mais
-on croyoit avoir pris les prcautions ncessaires pour parer tous
-les dangers. Mercredi matin, la cour et le jardin toient pleins de
-troupes. A midi, on apprend que le faubourg Saint-Antoine toit en
-marche; il portoit une ptition l'Assemble, et n'annonoit pas le
-projet de traverser les Tuileries. Quinze cents hommes dfilrent dans
-l'Assemble, peu de gardes nationaux, quelques invalides; le reste
-toit des sans-culottes et des femmes. Trois officiers municipaux
-vinrent demander au Roi de permettre que la troupe dfilt dans le
-jardin, disant que l'Assemble toit gne par l'affluence, et les
-passages si encombrs, que les portes pourroient tre forces. Le Roi
-leur dit de s'entendre avec le commandant pour les faire dfiler le
-long de la terrasse des Feuillants, et sortir par la porte du Mange.
-Peu de temps aprs les autres portes du <span class="pagenum"><a id="page472" name="page472"></a>(p. 472)</span> jardin furent
-ouvertes, malgr les ordres donns. Bientt le jardin fut rempli. Les
-piques commencrent dfiler en ordre sous la terrasse de devant le
-chteau, o il y avoit trois rangs de gardes nationaux; ils sortoient
+on croyoit avoir pris les précautions nécessaires pour parer à tous
+les dangers. Mercredi matin, la cour et le jardin étoient pleins de
+troupes. A midi, on apprend que le faubourg Saint-Antoine étoit en
+marche; il portoit une pétition à l'Assemblée, et n'annonçoit pas le
+projet de traverser les Tuileries. Quinze cents hommes défilèrent dans
+l'Assemblée, peu de gardes nationaux, quelques invalides; le reste
+étoit des sans-culottes et des femmes. Trois officiers municipaux
+vinrent demander au Roi de permettre que la troupe défilât dans le
+jardin, disant que l'Assemblée étoit gênée par l'affluence, et les
+passages si encombrés, que les portes pourroient être forcées. Le Roi
+leur dit de s'entendre avec le commandant pour les faire défiler le
+long de la terrasse des Feuillants, et sortir par la porte du Manége.
+Peu de temps après les autres portes du <span class="pagenum"><a id="page472" name="page472"></a>(p. 472)</span> jardin furent
+ouvertes, malgré les ordres donnés. Bientôt le jardin fut rempli. Les
+piques commencèrent à défiler en ordre sous la terrasse de devant le
+château, où il y avoit trois rangs de gardes nationaux; ils sortoient
par la porte du pont Royal, et avoient l'air de passer sur le
Carrousel, pour regagner le faubourg Saint-Antoine. A trois heures,
ils firent mine de vouloir enfoncer la porte de la grande cour. Deux
officiers municipaux l'ouvrirent. La garde nationale, qui n'avoit pas
-pu parvenir obtenir des ordres depuis le matin, eut la douleur de
+pu parvenir à obtenir des ordres depuis le matin, eut la douleur de
les voir traverser la cour sans pouvoir leur barrer le chemin. Le
-dpartement avoit donn ordre de repousser la force par la force; mais
-la municipalit n'en a pas tenu compte. Nous tions, dans ce moment,
-la fentre du Roi. Le peu de personnes qui toient chez son valet de
-chambre vinrent nous rejoindre. On ferme les portes; un moment aprs
-nous entendons cogner: c'toient Aclocque et quelques grenadiers et
+département avoit donné ordre de repousser la force par la force; mais
+la municipalité n'en a pas tenu compte. Nous étions, dans ce moment, à
+la fenêtre du Roi. Le peu de personnes qui étoient chez son valet de
+chambre vinrent nous rejoindre. On ferme les portes; un moment après
+nous entendons cogner: c'étoient Aclocque et quelques grenadiers et
volontaires qu'il amenoit; il demanda au Roi de se montrer seul. Le
-Roi passa dans sa premire antichambre. L, M. d'Hervilly vint le
-joindre avec encore trois ou quatre grenadiers qu'il avoit engags
-venir avec lui. Au moment o le Roi passoit dans son antichambre, des
-gens attachs la Reine la firent rentrer de force chez son fils.
-Plus heureuse qu'elle, je ne trouvai personne qui m'arracht d'auprs
-du Roi. A peine la Reine l'toit-elle, que la porte fut enfonce par
+Roi passa dans sa première antichambre. Là, M. d'Hervilly vint le
+joindre avec encore trois ou quatre grenadiers qu'il avoit engagés à
+venir avec lui. Au moment où le Roi passoit dans son antichambre, des
+gens attachés à la Reine la firent rentrer de force chez son fils.
+Plus heureuse qu'elle, je ne trouvai personne qui m'arrachât d'auprès
+du Roi. A peine la Reine l'étoit-elle, que la porte fut enfoncée par
les piques. Le Roi, dans cet instant, monta sur des coffres qui sont
-dans les fentres; le marchal de Mouchy, MM. d'Hervilly, Aclocque et
-une douzaine de grenadiers l'entourrent. Je restai auprs du panneau,
-environne des ministres, de M. de Marsilly et de quelques gardes
-nationaux. Les piques entrrent dans la chambre comme la foudre; ils
+dans les fenêtres; le maréchal de Mouchy, MM. d'Hervilly, Aclocque et
+une douzaine de grenadiers l'entourèrent. Je restai auprès du panneau,
+environnée des ministres, de M. de Marsilly et de quelques gardes
+nationaux. Les piques entrèrent dans la chambre comme la foudre; ils
cherchoient le Roi, surtout un, qui, dit-on, tenoit les plus mauvais
propos. Un grenadier rangea son arme en disant: <em>Malheureux! c'est
-ton Roi!</em> Ils se mirent <span class="pagenum"><a id="page473" name="page473"></a>(p. 473)</span> en mme temps crier: <em>Vive le Roi!</em>
-Le reste des piques rpondit machinalement ce cri; la chambre fut
+ton Roi!</em> Ils se mirent <span class="pagenum"><a id="page473" name="page473"></a>(p. 473)</span> en même temps à crier: <em>Vive le Roi!</em>
+Le reste des piques répondit machinalement à ce cri; la chambre fut
pleine en moins de temps que je n'en parle, tous demandant la sanction
-et le renvoi des ministres. Pendant quatre heures, le mme cri fut
-rpt. Des membres de l'Assemble vinrent peu de temps aprs; MM.
-Vergniaux et Isnard parlrent fort bien au peuple pour leur dire
+et le renvoi des ministres. Pendant quatre heures, le même cri fut
+répété. Des membres de l'Assemblée vinrent peu de temps après; MM.
+Vergniaux et Isnard parlèrent fort bien au peuple pour leur dire
qu'ils avoient tort de demander ainsi au Roi la sanction, et les
-engagrent se retirer; mais ce fut comme s'ils ne parloient pas. Ils
-toient bien longtemps avant que de pouvoir se faire entendre; et
-peine avoient-ils prononc un mot, que les cris recommenoient. Enfin
-Ption et des membres de la municipalit arrivrent; le premier
-harangua le peuple, et, aprs avoir lou la <em>dignit</em> et l'<em>ordre</em>
-avec lequel il avoit march, il l'engagea se retirer dans le <em>mme
-calme</em>, afin que l'on ne pt lui reprocher de s'tre livr aucun
-excs dans une fte civique. Enfin, le peuple commena dfiler.
-J'oubliois de vous dire que, peu de temps aprs que le peuple fut
-entr, des grenadiers s'toient fait jour et l'avoient loign du Roi.
-Pour moi, j'tois monte sur la fentre du ct de la chambre du Roi.
-Un grand nombre de gens attachs au Roi s'toient prsents chez lui
-le matin; il leur fit donner ordre de s'loigner, craignant la journe
-du <em>dix-huit avril</em>. Je voudrois m'tendre l-dessus; mais, ne le
+engagèrent à se retirer; mais ce fut comme s'ils ne parloient pas. Ils
+étoient bien longtemps avant que de pouvoir se faire entendre; et à
+peine avoient-ils prononcé un mot, que les cris recommençoient. Enfin
+Pétion et des membres de la municipalité arrivèrent; le premier
+harangua le peuple, et, après avoir loué la <em>dignité</em> et l'<em>ordre</em>
+avec lequel il avoit marché, il l'engagea à se retirer dans le <em>même
+calme</em>, afin que l'on ne pût lui reprocher de s'être livré à aucun
+excès dans une fête civique. Enfin, le peuple commença à défiler.
+J'oubliois de vous dire que, peu de temps après que le peuple fut
+entré, des grenadiers s'étoient fait jour et l'avoient éloigné du Roi.
+Pour moi, j'étois montée sur la fenêtre du côté de la chambre du Roi.
+Un grand nombre de gens attachés au Roi s'étoient présentés chez lui
+le matin; il leur fit donner ordre de s'éloigner, craignant la journée
+du <em>dix-huit avril</em>. Je voudrois m'étendre là-dessus; mais, ne le
pouvant, je me promets simplement d'y revenir; tout ce que je puis
-dire, c'est que celui qui a donn l'ordre a bien fait, et que la
-conduite des autres est parfaite. Mais revenons la Reine, que j'ai
-laisse entrane malgr elle chez mon neveu; on avoit emport si vite
+dire, c'est que celui qui a donné l'ordre a bien fait, et que la
+conduite des autres est parfaite. Mais revenons à la Reine, que j'ai
+laissée entraînée malgré elle chez mon neveu; on avoit emporté si vite
ce dernier dans le fond de l'appartement, qu'elle ne le vit plus en
-entrant chez lui; vous pouvez imaginer l'tat de dsespoir o elle
-fut. M. Hue, huissier, et M. de Vincent, officier, toient avec lui;
+entrant chez lui; vous pouvez imaginer l'état de désespoir où elle
+fut. M. Hue, huissier, et M. de Vincent, officier, étoient avec lui;
enfin on le lui ramena. Elle fit tout au monde pour rentrer chez le
Roi, mais MM. de Choiseul et d'Haussonville, ainsi que nos <span class="pagenum"><a id="page474" name="page474"></a>(p. 474)</span>
-dames qui toient l, l'en empchrent. Un moment aprs, on entendit
+dames qui étoient là, l'en empêchèrent. Un moment après, on entendit
enfoncer les portes: il n'y en avoit plus qu'une que le peuple ne put
-trouver; et tromp par un des gens de mon neveu, qui lui dit que la
-Reine toit l'Assemble, il se dispersa dans l'appartement. Pendant
-ce temps-l, les grenadiers entrrent dans la chambre du conseil: on
-la mit, et les enfants, derrire la table du conseil; les grenadiers
-et d'autres personnes bien attaches l'entourrent, et le peuple
-dfila devant elle. Une femme lui mit le bonnet rouge sur la tte,
-ainsi qu' mon neveu. Le Roi l'avoit presque du premier moment.
-Santerre, qui conduisoit le dfil, vint la haranguer, et lui dit
+trouver; et trompé par un des gens de mon neveu, qui lui dit que la
+Reine étoit à l'Assemblée, il se dispersa dans l'appartement. Pendant
+ce temps-là, les grenadiers entrèrent dans la chambre du conseil: on
+la mit, et les enfants, derrière la table du conseil; les grenadiers
+et d'autres personnes bien attachées l'entourèrent, et le peuple
+défila devant elle. Une femme lui mit le bonnet rouge sur la tête,
+ainsi qu'à mon neveu. Le Roi l'avoit presque du premier moment.
+Santerre, qui conduisoit le défilé, vint la haranguer, et lui dit
qu'on la trompoit en lui disant que le peuple ne l'aimoit pas; quelle
-l'toit, et qu'il l'assuroit qu'elle n'avoit rien craindre. L'on ne
-craint jamais rien, rpondit-elle, lorsque l'on est avec de braves
-gens. En mme temps, elle tendit la main aux grenadiers qui toient
-auprs d'elle, qui se jetrent tous dessus. Cela fut fort touchant.</p>
+l'étoit, et qu'il l'assuroit qu'elle n'avoit rien à craindre. «L'on ne
+craint jamais rien, répondit-elle, lorsque l'on est avec de braves
+gens.» En même temps, elle tendit la main aux grenadiers qui étoient
+auprès d'elle, qui se jetèrent tous dessus. Cela fut fort touchant.</p>
-<p>Les dputs qui toient venus toient venus de bonne volont. Une
-vraie dputation arriva et engagea le Roi rentrer chez lui. Comme on
+<p>Les députés qui étoient venus étoient venus de bonne volonté. Une
+vraie députation arriva et engagea le Roi à rentrer chez lui. Comme on
me le dit, et que je ne voulois pas me trouver rester dans la foule,
je sortis environ une heure avant lui; je rejoignis la Reine, et vous
-jugez avec quel plaisir je l'embrassai. J'avois pourtant ignor les
-risques qu'elle avoit courus. Le Roi rentr dans sa chambre, rien ne
-fut plus touchant que le moment o la Reine et ses enfants se jetrent
- son cou. Des dputs qui toient l fondoient en larmes: les
-dputations se relevrent de demi-heure en demi-heure, jusqu' ce que
-le calme ft rtabli totalement. On leur montra les violences qui
-avoient t commises. Ils furent tous trs-bien dans l'appartement du
-Roi, lequel fut parfait pour eux. A dix heures, le chteau toit vide,
+jugez avec quel plaisir je l'embrassai. J'avois pourtant ignoré les
+risques qu'elle avoit courus. Le Roi rentré dans sa chambre, rien ne
+fut plus touchant que le moment où la Reine et ses enfants se jetèrent
+à son cou. Des députés qui étoient là fondoient en larmes: les
+députations se relevèrent de demi-heure en demi-heure, jusqu'à ce que
+le calme fût rétabli totalement. On leur montra les violences qui
+avoient été commises. Ils furent tous très-bien dans l'appartement du
+Roi, lequel fut parfait pour eux. A dix heures, le château étoit vide,
et chacun se retira chez soi.</p>
-<p>Le lendemain, la garde nationale, aprs avoir montr la <span class="pagenum"><a id="page475" name="page475"></a>(p. 475)</span> plus
-grande douleur d'avoir eu les mains lies, et d'avoir vu devant ses
-yeux tout ce qui s'toit pass, obtint de Ption l'ordre de tirer. A
+<p>Le lendemain, la garde nationale, après avoir montré la <span class="pagenum"><a id="page475" name="page475"></a>(p. 475)</span> plus
+grande douleur d'avoir eu les mains liées, et d'avoir vu devant ses
+yeux tout ce qui s'étoit passé, obtint de Pétion l'ordre de tirer. A
sept heures, on dit que les faubourgs marchoient: la garde se mit sous
-les armes avec le plus grand zle. Des dputs de l'Assemble vinrent
-de bonne volont demander au Roi s'il croyoit qu'il y et du danger,
-pour qu'elle se transportt chez lui. Le Roi les remercia. Vous verrez
-leur dialogue dans tous les journaux ainsi que celui de Ption, qui
-vint dire au Roi que ce n'toit que peu de monde qui vouloit planter
+les armes avec le plus grand zèle. Des députés de l'Assemblée vinrent
+de bonne volonté demander au Roi s'il croyoit qu'il y eût du danger,
+pour qu'elle se transportât chez lui. Le Roi les remercia. Vous verrez
+leur dialogue dans tous les journaux ainsi que celui de Pétion, qui
+vint dire au Roi que ce n'étoit que peu de monde qui vouloit planter
un mai<a id="footnotetag214" name="footnotetag214"></a><a href="#footnote214" title="Go to footnote 214"><span class="smaller">[214]</span></a>.</p>
-<p class="note">[La lettre jusqu' cet alina est de main trangre; le dernier
- paragraphe est seul de la main de Madame lisabeth.]</p>
+<p class="note">[La lettre jusqu'à cet alinéa est de main étrangère; le dernier
+ paragraphe est seul de la main de Madame Élisabeth.]</p>
-<p>Comme je savois que la duchesse de Duras t'avoit donn de mes
-nouvelles, et que je n'ai pas trouv un instant pour t'crire, je ne
-me suis pas trop tourmente; aujourd'hui mme, je n'ai qu'un moment.
-Nous sommes jusqu' ce moment tranquilles; l'arrive de M. de La
+<p>Comme je savois que la duchesse de Duras t'avoit donné de mes
+nouvelles, et que je n'ai pas trouvé un instant pour t'écrire, je ne
+me suis pas trop tourmentée; aujourd'hui même, je n'ai qu'un moment.
+Nous sommes jusqu'à ce moment tranquilles; l'arrivée de M. de La
Fayette fait un peu de mouvement dans les esprits. Les Jacobins
-dorment. Voil le dtail de la journe du 20. Adieu, je me porte bien,
+dorment. Voilà le détail de la journée du 20. Adieu, je me porte bien,
je t'aime, je t'embrasse, et suis bien aise que tu ne te sois pas
-trouve dans cette bagarre.</p>
+trouvée dans cette bagarre.</p>
<hr class="hr30">
@@ -17434,132 +17389,132 @@ trouve dans cette bagarre.</p>
<p class="date">Ce 8 juillet 1792.</p>
-<p>Il faudroit vraiment toute l'loquence de madame de Svign pour
-rendre tout ce qui s'est pass hier; car c'est <span class="pagenum"><a id="page476" name="page476"></a>(p. 476)</span> bien la chose
+<p>Il faudroit vraiment toute l'éloquence de madame de Sévigné pour
+rendre tout ce qui s'est passé hier; car c'est <span class="pagenum"><a id="page476" name="page476"></a>(p. 476)</span> bien la chose
la plus surprenante, la plus extraordinaire, la plus grande, la plus
-petite, etc., etc. Mais heureusement l'exprience peut un peu aider la
-comprhension. Enfin, voil les Jacobins, les Feuillants, les
-Rpublicains, les Monarchistes, qui, abjurant tous leurs discordes, et
-se runissant prs de l'arbre inbranlable de la Constitution et de la
-libert, se sont promis bien sincrement de marcher la loi la main,
-et de ne pas s'en carter<a id="footnotetag215" name="footnotetag215"></a><a href="#footnote215" title="Go to footnote 215"><span class="smaller">[215]</span></a>. Heureusement, le mois d'aot
-s'approche, moment o toutes les feuilles tant bien dveloppes,
-l'arbre de la libert prsentera un ombrage plus sr. Notre ville est
-tranquille et le sera pour la fdration. Je tremble qu'il n'y ait
-quelque crmonie religieuse: tu connois mon got pour elles: demande
- Dieu, mon c&oelig;ur, qu'il me donne force et conseil. Adieu; je
+petite, etc., etc. Mais heureusement l'expérience peut un peu aider la
+compréhension. Enfin, voilà les Jacobins, les Feuillants, les
+Républicains, les Monarchistes, qui, abjurant tous leurs discordes, et
+se réunissant près de l'arbre inébranlable de la Constitution et de la
+liberté, se sont promis bien sincèrement de marcher la loi à la main,
+et de ne pas s'en écarter<a id="footnotetag215" name="footnotetag215"></a><a href="#footnote215" title="Go to footnote 215"><span class="smaller">[215]</span></a>. Heureusement, le mois d'août
+s'approche, moment où toutes les feuilles étant bien développées,
+l'arbre de la liberté présentera un ombrage plus sûr. Notre ville est
+tranquille et le sera pour la fédération. Je tremble qu'il n'y ait
+quelque cérémonie religieuse: tu connois mon goût pour elles: demande
+à Dieu, mon c&oelig;ur, qu'il me donne force et conseil. Adieu; je
t'embrasse et t'aime de tout mon c&oelig;ur.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page477" name="page477"></a>(p. 477)</span> NOTES, DOCUMENTS<br>
ET<br>
-PICES JUSTIFICATIVES.</h2>
+PIÈCES JUSTIFICATIVES.</h2>
<a id="doc1" name="doc1"></a>
<h3>I<br>
-<span class="smaller">LETTRE CRITE DE PARIS PAR M. REPIQUET,</span></h3>
+<span class="smaller">LETTRE ÉCRITE DE PARIS PAR M. REPIQUET,</span></h3>
-<p class="note"><i>Fdr d'Autun, district d'Autun, dpartement de Saone et Loire,
- M. Repiquet, son frre, citoyen audit Autun, sur les vnements
- du 10 aot 1792, l'an 4 de la libert. Imprime aux frais de
- la Socit, des Amis de la Constitution de ladite ville.</i></p>
+<p class="note"><i>Fédéré d'Autun, district d'Autun, département de Saone et Loire,
+ à M. Repiquet, son frère, citoyen audit Autun, sur les événements
+ du 10 août 1792, l'an 4 de la liberté. Imprimée aux frais de
+ la Société, des Amis de la Constitution de ladite ville.</i></p>
<p class="smcap">Mon fraire, mon cher ami,</p>
-<p>Je ne peut pas atantre que les chose soit termin pour tan faire par,
-ainsi qua toute la socit des ami de la constitussion d'Autun, qui
-sont mes fraire, que jesper que tu voudra bien leur tmogn la
-fraternit qui ne finira qua la mort envair moi. Je te fait par de la
+<p>Je ne peut pas atantre que les chose soit terminé pour tan faire par,
+ainsi qua toute la société des ami de la constitussion d'Autun, qui
+sont mes fraire, que jesper que tu voudra bien leur témogné la
+fraternité qui ne finira qua la mort envair moi. Je te fait par de la
bataille que nous avont u yaire vendredi dix aoust, comme je te lavais
-promis, que je ne quiterais Paris que quant le coup serait port; mais
-se coup ne sera jamais houbli, car il doit aitre ymmortelle.</p>
+promis, que je ne quiterais Paris que quant le coup serait porté; mais
+se coup ne sera jamais houblié, car il doit aitre ymmortelle.</p>
-<p>Ci je te parle, croit que c'est un raive; si j'xiste, c'est que la
-mort n'a pas voulu de moi. Mon ami, je te dir que la nuit du neuf au
-disse, nous somme sorti des Jacobin minuit, ayant les hordre de nos
+<p>Ci je te parle, croit que c'est un raive; si j'éxiste, c'est que la
+mort n'a pas voulu de moi. Mon ami, je te diré que la nuit du neuf au
+disse, nous somme sorti des Jacobin à minuit, ayant les hordre de nos
commissair.</p>
-<p>Lhordre tait de nous transporter tous les fdrs, les un au
-faubourgt St. Entoine, et les autre au Cordeli ou sont les
+<p>Lhordre était de nous transporter tous les fédérés, les un au
+faubourgt St. Entoine, et les autre au Cordelié ou sont les
Marsaillois; les autre dans les section les plus patriote, de fasson
-que nous avons pass cette maime nuit sans panser dormir. Pour
-conquir sa libert, il ne faut plus panser de ferm les yeux, au
+que nous avons passé cette maime nuit sans panser à dormir. Pour
+conquir sa liberté, il ne faut plus panser de fermé les yeux, au
contraire, il faut les ouvrire, et avoir de bonnes aureille. Moi qui
-ne connais pas asss les section de Paris, je messuis transport de
+ne connais pas assés les section de Paris, je messuis transporté de
suite avecque quelques un des jeune gens d'Autun, dans le bataillon de
-Marsaille, comme javais ma confiance en eux. Les fdrs de Nime, de
-Monpeill, de Macon, <span class="pagenum"><a id="page478" name="page478"></a>(p. 478)</span> nous nous somme tous joint, de fasson
-que nous nous somme trouv aux environ de trois bataillon, tous
-destermin prire pour conquir la libert. Nous lavons jur, nous la
+Marsaille, comme javais ma confiance en eux. Les fédérés de Nime, de
+Monpeillé, de Macon, <span class="pagenum"><a id="page478" name="page478"></a>(p. 478)</span> nous nous somme tous joint, de fasson
+que nous nous somme trouvé aux environ de trois bataillon, tous
+desterminé à périre pour conquir la liberté. Nous lavons juré, nous la
soutiendront: aprest nous, nos enfant prendront vengensse, et ils
-trionferont. Pour moi, mon ami, jtais chef de ploton, quand nous
-avons entr au tuillerie, il li en avait quelqun qui ne se soussiest
+trionferont. Pour moi, mon ami, jétais chef de ploton, quand nous
+avons entré au tuillerie, il li en avait quelqun qui ne se soussiest
pas di entrer, parce que les bal commensait desja a pleuvoir; pour les
en courager dantrer, je leur ai dit courage mes enfent, ce nest pas
sur nous quon tire.</p>
-<p>Je neu pas pronons ses mot quil en tomba catorse de mon ploton, et
-moi surpri de me voir qua trois de ma section, les gueux nous on tir
-a mitraille, car ils croyoit nous faire reculer et don la terreur au
-peuple. Mais des fdr qui on jur devant leur munisipalit
+<p>Je neu pas prononsé ses mot quil en tomba catorse de mon ploton, et
+moi surpri de me voir qua trois de ma section, les gueux nous on tiré
+a mitraille, car ils croyoit nous faire reculer et doné la terreur au
+peuple. Mais des fédéré qui on juré devant leur munisipalité
respective, qui sacrifirait leur sanc, leur fortune, pour la deffance
de la patrie, ne peuve pas reculer. Nous ne pouvous pas mourire pour
-la plus bel cose, et moi comme tu sai qui suis acoutum de mourir, je
+la plus bel cose, et moi comme tu sai qui suis acoutumé de mourir, je
ni pansait pas.</p>
-<p>Je ns pas encore vu tous les jeune gensse d'Autun; je les cherche
-tous les jour, tout ce que jan sait, quil se sont bien montr et bien
-ardie au feu: il ni a que Mersi de bless dans une main, je ne sai
-sil en sera extropi. Je cherch dans les cor mort si je ne trouverai
-pas le petit Migniot, frre du charpantier de Marchau, que lon ma dit
-avoir t tu dans la compagni de Monpelli; mais il ma t impossible
-dans navoir de nouvelle. Comme nous tion tous spars, il ni avait
+<p>Je nés pas encore vu tous les jeune gensse d'Autun; je les cherche
+tous les jour, tout ce que jan sait, quil se sont bien montré et bien
+ardie au feu: il ni a que Mersié de blessé dans une main, je ne sai
+sil en sera extropié. Je cherché dans les cor mort si je ne trouverai
+pas le petit Migniot, frère du charpantier de Marchau, que lon ma dit
+avoir été tué dans la compagni de Monpellié; mais il ma été impossible
+dans navoir de nouvelle. Comme nous étion tous séparés, il ni avait
pas possible que nous fussion dans la maime compagnie, dhalleur il
-n'est pas possible de reconnatre personne dans les mort. On fait
-nombre de quatre mille, san cont que la riviere en est presque
+n'est pas possible de reconnaître personne dans les mort. On fait
+nombre de quatre mille, san conté que la riviere en est presque
plaine, on dirait du bois a flotter. Le chatau des tuillerie brule
-toujours trai fort, le feu ne peut si teindre, car sest un enfaire.
+toujours trai fort, le feu ne peut si éteindre, car sest un enfaire.
Les diable son sorti et demande pardon au peuple; mais le peuple
-courageux et plaint de bont, a mpris ses demon, et les a less al
- leur malheureu sor. Le cheffe des diable avec proserpine se sont
-sauv avec leur famille, dans l'assembl nationalle ou on a commi que
-des pch mortelle; comme tu voi qui se ressemble sasemble. Il navais
-pas malle choisi, car il avait choisi des homme abill de rouge,
-appels Suisse, pour desfendre les crime qu'il comaitait dans ces
+courageux et plaint de bonté, a méprisé ses demon, et les a lessé alé
+à leur malheureu sor. Le cheffe des diable avec proserpine se sont
+sauvé avec leur famille, dans l'assemblé nationalle ou on a commi que
+des péché mortelle; comme tu voi qui se ressemble sasemble. Il navais
+pas malle choisi, car il avait choisi des homme abillé de rouge,
+appelés Suisse, pour desfendre les crime qu'il comaitait dans ces
enfair.</p>
-<p>Enfin, mon ami, nous tion plus de cinq cent mille soldat command par
+<p>Enfin, mon ami, nous étion plus de cinq cent mille soldat commandé par
le dieux de lunivert, nous ne lavons pas vu, mais nous lavon entendu;
-il a parl dans nos c&oelig;ur, nous tion tous fraire. Des charbonier,
-des masson, des porte fait, en gnralle de toute les langue, nous
+il a parlé dans nos c&oelig;ur, nous étion tous fraire. Des charbonier,
+des masson, des porte fait, en généralle de toute les langue, nous
navion que le maime langage; nous nous embrassion <span class="pagenum"><a id="page479" name="page479"></a>(p. 479)</span> tous, et
-nous ne fesion qune maime famile. Js ts mangs par des charbonni
+nous ne fesion qune maime famile. Jés étés mangés par des charbonnié
et par baucoup douvrier, de sorte qu'il manbrassait. Enfin mon cher
-ami il li a eu des section de Paris qui ont tir sur nous comme sur
-des lou garou, mais nous les avons bar par la rue de Grenelle et de
-la section des grenadier des file St. Thomas. Jan on compt 48 tandu,
-entrautre le capitaine qui tais d'une grosseur a faire peur a un
-enfant trouv; on voyoit bien que ce bougre navais t nourie quau
+ami il li a eu des section de Paris qui ont tiré sur nous comme sur
+des lou garou, mais nous les avons baré par la rue de Grenelle et de
+la section des grenadier des file St. Thomas. Jan on compté 48 étandu,
+entrautre le capitaine qui étais d'une grosseur a faire peur a un
+enfant trouvé; on voyoit bien que ce bougre navais été nourie quau
chatau des tuillerie, car il ni a que des cochon de cette espaisse. On
ne veut pas dire combien ce qui li a de mort, car cest tairible: ce
nest pas fini, car il ni a point de nosse quil ni ai de landemain.
-Aujourdhui j vu couper au moins trois cent taite; on jette les corp
+Aujourdhui jé vu couper au moins trois cent taite; on jette les corp
dans la rivier, et porte les taite. On ne fini pas; tous les
-aristocrate i passeront: on prent leur non en cri, et il y a des
+aristocrate i passeront: on prent leur non en écri, et il y a des
comissaire pour montrer leur maison. Mais, mon ami, <em>je te prie de
-faire par tous les patriote</em> <span class="smcap">DE FAIRE COULER DU SANG LE MOINS QU'IL
-SERA POSSIBLE</span> <em>dans notre pays</em>, peut aitre que ces gensse ecar ne
-tarderont pas vous demands pardon: nessits pas les pardonner,
+faire par à tous les patriote</em> <span class="smcap">DE FAIRE COULER DU SANG LE MOINS QU'IL
+SERA POSSIBLE</span> <em>dans notre pays</em>, peut aitre que ces gensse ecaré ne
+tarderont pas à vous demandés pardon: nessités pas à les pardonner,
mais faitte leur sentir quil sont dans la poussier; Paris leur doit
doner exemple.</p>
-<p>Toute la cavallerie tais pour nous et l'infanterie, mais il li en a
-eu baucoup de tu par les section aristocrate. Il ni a plus
-daristocrate Paris, tous crie vive la nation; mais il ne faut pas si
-fi que quant nous en auront cur le ny. A linstant que je tcri, on
-bat la gnralle de toute par. Je fini vite en courant dans mon
-bataillon qui sont les Marsaillois. Les misrable ont perdu 150 homme,
-tant tu que blaiss, j vu faire lapelle. Mon amie, tu sai que je n
-point d'ortograffe, et que je ne s point faire de frase, mais au moin
+<p>Toute la cavallerie étais pour nous et l'infanterie, mais il li en a
+eu baucoup de tué par les section aristocrate. Il ni a plus
+daristocrate à Paris, tous crie vive la nation; mais il ne faut pas si
+fié que quant nous en auront curé le ny. A linstant que je técri, on
+bat la généralle de toute par. Je fini vite en courant dans mon
+bataillon qui sont les Marsaillois. Les misérable ont perdu 150 homme,
+tant tué que blaissé, jé vu faire lapelle. Mon amie, tu sai que je né
+point d'ortograffe, et que je ne sé point faire de frase, mais au moin
il me raiste que je parle de c&oelig;ur en jurant de vivre libre ou
mourir.</p>
@@ -17567,19 +17522,19 @@ mourir.</p>
<p><i>Poste scriptome.</i></p>
-<p>Je te dir quil mtait arriv davoir desja tu un Garde du Roi, prs
-le pallais royale, et un autre le bras, qui na pas mieux vcu que le
-premier, car il avait lalter coup, pour avoir dit vive le Roi, et
+<p>Je te diré quil métait arrivé davoir desja tué un Garde du Roi, près
+le pallais royale, et un autre le bras, qui na pas mieux vécu que le
+premier, car il avait lalter coupé, pour avoir dit vive le Roi, et
merde pour la nation. Il li a un trop lon destaille pour tans faire
par; tu le saura par les Autunois.</p>
-<p>Js tu quatre Suise dans les cavau des tuillerie, quil sestais cachs
-derrier des taunaux: il tait comme des lievre cach. Le premier je
-lui ai coup un bras, ausito une femme la port au bout d'une pique.
+<p>Jés tué quatre Suise dans les cavau des tuillerie, quil sestais cachés
+derrier des taunaux: il était comme des lievre caché. Le premier je
+lui ai coupé un bras, ausito une femme la porté au bout d'une pique.
Pour ten dire davantage je ne peut; tout ce qui li a, que <span class="pagenum"><a id="page480" name="page480"></a>(p. 480)</span>
-nous en avons tu soixante traise dans les cavos. Actuelment on peut
-me tu quent on voudra; j tu le nombre que je demandais auparavant;
-mais puisque ji suis, il ne me turont quen ma prsence.</p>
+nous en avons tué soixante traise dans les cavos. Actuelment on peut
+me tué quent on voudra; jé tué le nombre que je demandais auparavant;
+mais puisque ji suis, il ne me turont quen ma présence.</p>
<p class="authorsc">Repiquet.</p>
@@ -17591,38 +17546,38 @@ mais puisque ji suis, il ne me turont quen ma prsence.</p>
<h3>II<br>
<span class="smaller">COMMUNE DE PARIS.</span></h3>
-<p class="entete">Le 20 octobre 1792, l'an 4<sup>e</sup> de la libert, 1<sup>er</sup> de la Rpublique franaise,
- et 1<sup>er</sup> de l'galit.</p>
+<p class="entete">Le 20 octobre 1792, l'an 4<sup>e</sup> de la liberté, 1<sup>er</sup> de la République française,
+ et 1<sup>er</sup> de l'égalité.</p>
-<p class="entete">SECRTAIRE-GREFFIER.</p>
+<p class="entete">SECRÉTAIRE-GREFFIER.</p>
-<p>Je joins ici, Citoyens, une lettre adresse Madame lisabeth, dont
-ce renvoy par devers vous a t arrt par le conseil gnral de la
+<p>Je joins ici, Citoyens, une lettre adressée à Madame Élisabeth, dont
+ce renvoy par devers vous a été arrêté par le conseil général de la
Commune.</p>
-<p>Je vous prie de m'en accuser rception.</p>
+<p>Je vous prie de m'en accuser réception.</p>
-<p class="authorsc">Mye.</p>
+<p class="authorsc">Méyée.</p>
<p>Les citoyens membres de la Convention nationale et composant la
commission des 24.</p>
<div class="poem10">
-<p>Notre s&oelig;ur lisabeth,<br>
+<p>Notre s&oelig;ur Élisabeth,<br>
Prenez votre chapelet,<br>
Il sera la victoire,<br>
Toute pleine, de gloire.</p>
-<p>Commencs, par la Croix,<br>
+<p>Commencés, par la Croix,<br>
C'est le signe, des Roys,<br>
- Jsus, fils de Marie,<br>
+ Jésus, fils de Marie,<br>
Ditte, qu'il vous marie,</p>
-<p>Avec le Roy Franois,<br>
+<p>Avec le Roy François,<br>
Oh Dieu quelle joye.<br>
N'est-ce pas un bon souhait?</p>
-<p>Voil une bonne proye.<br>
+<p>Voilà une bonne proye.<br>
Rions, chantons cette fois,<br>
L'amour a fait son employe.</p>
@@ -17633,186 +17588,186 @@ commission des 24.</p>
<span class="pagenum"><a id="page481" name="page481"></a>(p. 481)</span> Bien nager quelle gloire?<br>
Estre mis dans l'histoire.</p>
-<p>Ah le brave Franais,<br>
+<p>Ah le brave Français,<br>
Je ne suis point Anglais,<br>
Parti pour l'Allemagne?<br>
- Oui voil ma campagne.</p>
+ Oui voilà ma campagne.</p>
-<p>Tratre, grand ennemi,<br>
- Trop infidle ami!<br>
+<p>Traître, grand ennemi,<br>
+ Trop infidèle ami!<br>
Contre nous porter arme!</p>
<p>Quelle plus triste allarme!<br>
- J'aime le Roy Franois.<br>
+ J'aime le Roy François.<br>
Comme moy donc, franc sois.</p>
</div>
-<p>Citron est le chien du prince Louis, que j'ay vu en passant Tours.
-Il s'amusoit avec luy, le faire nager dans la Loire. J'ay fait ce
-petit sonnet sa gloire. A ce titre, s'il pouvoit vous recrer un
-moment, je m'en fliciterois: et ma joye iroit de pair avec le respect
+<p>Citron est le chien du prince Louis, que j'ay vu en passant à Tours.
+Il s'amusoit avec luy, à le faire nager dans la Loire. J'ay fait ce
+petit sonnet à sa gloire. A ce titre, s'il pouvoit vous recréer un
+moment, je m'en féliciterois: et ma joye iroit de pair avec le respect
dans lequel je suis pleinement,</p>
<p class="smcap">Madame,</p>
<p class="author">Votre serviteur le plus respectueux,<br>
<span class="smcap">J. Guillemeteau</span>,<br>
- Cur de Biarge et vic. de Fontenay de Vincennes.</p>
+ Curé de Biarge et vic. de Fontenay de Vincennes.</p>
<p>7 octobre 1792.</p>
-<p><em>A Madame, Madame lisabeth, dans le Temple,
- rue du Temple, Paris.</em></p>
+<p><em>A Madame, Madame Élisabeth, dans le Temple,
+ rue du Temple, à Paris.</em></p>
-<p>Madame lisabeth dit dans une de ses lettres qu'elle tait effraye de
-l'ignorance du bas clerg: elle avait bien raison. B.</p>
+<p>Madame Élisabeth dit dans une de ses lettres qu'elle était effrayée de
+l'ignorance du bas clergé: elle avait bien raison. B.</p>
<hr class="hr30">
<a id="doc3" name="doc3"></a>
<h3>III</h3>
-<p>Aprs avoir esquiss, au livre huitime de cette histoire, la
-distribution intrieure de l'difice du Temple, essayons de donner une
-ide gnrale de sa physionomie extrieure, un aperu du personnel
-commis sa garde et des dispositions prises par l'autorit
-rpublicaine.</p>
-
-<p>A la grande porte de la rue du Temple tait un portier nomm Darque,
-nagure bedeau du grand prieur, homme simple et bon, qui n'avait pas
-la prtention de descendre du mme sang que la glorieuse vierge
-d'Orlans, quoique souvent cette consonnance de noms lui attirt des
-plaisanteries grossires. Serviteur sexagnaire de l'htel <span class="pagenum"><a id="page482" name="page482"></a>(p. 482)</span> de
-Conti, il avait t surpris par la Rvolution dans l'exercice de ses
-fonctions paisibles et dans la quitude de ses vieux jours. Du reste,
+<p>Après avoir esquissé, au livre huitième de cette histoire, la
+distribution intérieure de l'édifice du Temple, essayons de donner une
+idée générale de sa physionomie extérieure, un aperçu du personnel
+commis à sa garde et des dispositions prises par l'autorité
+républicaine.</p>
+
+<p>A la grande porte de la rue du Temple était un portier nommé Darque,
+naguère bedeau du grand prieuré, homme simple et bon, qui n'avait pas
+la prétention de descendre du même sang que la glorieuse vierge
+d'Orléans, quoique souvent cette consonnance de noms lui attirât des
+plaisanteries grossières. Serviteur sexagénaire de l'hôtel <span class="pagenum"><a id="page482" name="page482"></a>(p. 482)</span> de
+Conti, il avait été surpris par la Révolution dans l'exercice de ses
+fonctions paisibles et dans la quiétude de ses vieux jours. Du reste,
il comprenait peu les choses qui se passaient alors sous ses yeux, et
-c'tait un grand bienfait de la Providence; les vicissitudes qui
-entranaient les hommes et les choses lui avaient laiss un abri sous
-le toit o il avait vieilli, et cela lui suffisait; il se regardait
-comme tant partie intrinsque du Temple.</p>
-
-<p>Dans la loge de Darque pendait un cordon sonnette correspondant par
-un fil de fer l'intrieur de la salle du conseil, situe, ds le
-premier jour de la dtention du Roi dans l'intrieur du palais du
-Temple, et, dater du 8 dcembre, au rez-de-chausse de la grosse
-tour. Un nombre de coups convenu rvlait aux officiers municipaux
-prposs la garde du Temple la nature des messages ou l'importance
-des visiteurs. Un carillon prolong annonait la venue d'une autorit
-suprieure. A ce bruit, les municipaux venaient eux-mmes reconnatre
+c'était un grand bienfait de la Providence; les vicissitudes qui
+entraînaient les hommes et les choses lui avaient laissé un abri sous
+le toit où il avait vieilli, et cela lui suffisait; il se regardait
+comme étant partie intrinsèque du Temple.</p>
+
+<p>Dans la loge de Darque pendait un cordon à sonnette correspondant par
+un fil de fer à l'intérieur de la salle du conseil, située, dès le
+premier jour de la détention du Roi dans l'intérieur du palais du
+Temple, et, à dater du 8 décembre, au rez-de-chaussée de la grosse
+tour. Un nombre de coups convenu révélait aux officiers municipaux
+préposés à la garde du Temple la nature des messages ou l'importance
+des visiteurs. Un carillon prolongé annonçait la venue d'une autorité
+supérieure. A ce bruit, les municipaux venaient eux-mêmes reconnaître
les personnages puissants et les introduire, s'il y avait lieu. Ces
membres de la Commune furent d'abord au nombre de huit, jour et nuit
-de service dans l'intrieur du Temple, un prs de Louis XVI, un prs
+de service dans l'intérieur du Temple, un près de Louis XVI, un près
de Marie-Antoinette, et les six autres composant le conseil de la
garde du Temple. Deux couchaient dans l'antichambre du Roi et deux
dans celle de la Reine, les quatre autres dans la chambre du conseil.
Ces huit commissaires, dont le service durait pendant quarante-huit
-heures, se renouvelaient chaque jour quatre par quatre, dsigns par
-le sort dans le conseil de la Commune. tant de service auprs des
-prisonniers, ils taient tenus de ne rpondre qu'aux questions vagues
+heures, se renouvelaient chaque jour quatre par quatre, désignés par
+le sort dans le conseil de la Commune. Étant de service auprès des
+prisonniers, ils étaient tenus de ne répondre qu'aux questions vagues
et sans importance qu'on leur faisait, et le plus laconiquement
possible.</p>
-<p>A droite et gauche, dans la cour, s'levaient plusieurs corps de
-btiment affects diffrents services; droite, tait l'appartement
-de Jubaud, ancien concierge du palais; le nouvel conome, du nom de
+<p>A droite et à gauche, dans la cour, s'élevaient plusieurs corps de
+bâtiment affectés à différents services; à droite, était l'appartement
+de Jubaud, ancien concierge du palais; le nouvel économe, du nom de
Coru, occupa une partie de ce logement.</p>
-<p>Dans le btiment de gauche, faisant face l'habitation de Coru,
-demeurait l'ancien suisse du chteau du Temple, nomm Gachet, protg
-de M. le comte d'Artois, vieux dbris, comme Darque, de cet ancien
-rgime sous lequel on buvait et l'on chantait, sans prvoir quel
+<p>Dans le bâtiment de gauche, faisant face à l'habitation de Coru,
+demeurait l'ancien suisse du château du Temple, nommé Gachet, protégé
+de M. le comte d'Artois, vieux débris, comme Darque, de cet ancien
+régime sous lequel on buvait et l'on chantait, sans prévoir quel
terrible visiteur viendrait briser les verres et interrompre les
chansons. Les orages du temps avaient quelque peu assombri l'humeur
-joviale du vieux Gachet, mais ils n'avaient pas drang l'antique
-habitude qu'il avait prise de vendre boire ses voisins. Depuis
-1784 sa petite industrie tait exploite par un vieux clibataire
-nomm <span class="pagenum"><a id="page483" name="page483"></a>(p. 483)</span> Lefvre; assez tranger au grand drame qui se jouait
-sous ses yeux, Lefvre ne voyait dans le passage au Temple des
-officiers municipaux et de la force arme, qu'une chance heureuse pour
-son commerce, et, sans souhaiter malheur la famille royale dont il
-avait reu les bienfaits, il acceptait volontiers un tat de choses
-qui achalandait son cabaret. La triste humanit est ainsi faite; quand
+joviale du vieux Gachet, mais ils n'avaient pas dérangé l'antique
+habitude qu'il avait prise de vendre à boire à ses voisins. Depuis
+1784 sa petite industrie était exploitée par un vieux célibataire
+nommé <span class="pagenum"><a id="page483" name="page483"></a>(p. 483)</span> Lefèvre; assez étranger au grand drame qui se jouait
+sous ses yeux, Lefèvre ne voyait dans le passage au Temple des
+officiers municipaux et de la force armée, qu'une chance heureuse pour
+son commerce, et, sans souhaiter malheur à la famille royale dont il
+avait reçu les bienfaits, il acceptait volontiers un état de choses
+qui achalandait son cabaret. La triste humanité est ainsi faite; quand
on n'est pas soutenu par un sentiment plus haut, on juge l'histoire
-gnrale au point de vue de sa propre histoire. On s'assemblait chez
-le pre Lefvre pour savoir ce qui se passait, pour converser sur les
-affaires du jour: c'tait le rendez-vous des nouvellistes du
+générale au point de vue de sa propre histoire. On s'assemblait chez
+le père Lefèvre pour savoir ce qui se passait, pour converser sur les
+affaires du jour: c'était le rendez-vous des nouvellistes du
voisinage.</p>
-<p>A gauche galement, et sous le mme toit que la <em>buvette du pre
-Lefvre</em> (car c'est ainsi qu'on appelait cet tablissement), se
+<p>A gauche également, et sous le même toit que la <em>buvette du père
+Lefèvre</em> (car c'est ainsi qu'on appelait cet établissement), se
trouvaient les cuisines qui alimentaient non-seulement les
prisonniers, mais les commissaires de la Commune, les officiers, et
-dans la suite le poste tout entier de la force arme; enfin tous les
-employs tenus par leur service ne pas sortir du Temple.</p>
-
-<p>Le palais ou chteau faisait face la porte d'entre et fermait dans
-toute sa largeur la premire cour. Dans le chteau tait le grand
-poste du Temple. Il rsulte des tats journaliers du service de cette
-poque, que la garde du Temple se composait de: 1 commandant gnral,
-1 chef de lgion, 1 sous-adjudant gnral, 1 adjudant-major, 1
-porte-drapeau, 20 artilleurs, 2 pices de canon, et formait, avec les
+dans la suite le poste tout entier de la force armée; enfin tous les
+employés tenus par leur service à ne pas sortir du Temple.</p>
+
+<p>Le palais ou château faisait face à la porte d'entrée et fermait dans
+toute sa largeur la première cour. Dans le château était le grand
+poste du Temple. Il résulte des états journaliers du service de cette
+époque, que la garde du Temple se composait de: 1 commandant général,
+1 chef de légion, 1 sous-adjudant général, 1 adjudant-major, 1
+porte-drapeau, 20 artilleurs, 2 pièces de canon, et formait, avec les
gardes nationaux, en y comprenant les officiers et sous-officiers, un
-effectif de deux cent quatre-vingt-sept hommes. Cette garde tait
-fournie chaque jour au Temple tour tour par les huit divisions de la
-garde nationale parisienne. Aprs la mort du Roi, cet effectif fut
-rduit deux cent huit hommes, y compris quatorze canonniers.</p>
-
-<p>On entrait au jardin par l'intrieur du chteau: ce fut pour obvier
-cet inconvnient que, d'aprs l'ombrageuse inspiration de la Commune
-et sous sa surveillance svre, le patriote Palloy (on ne le nommait
-jamais sans cette qualification) leva plus tard, au milieu de
-l'espace qui sparait le chteau de la tour, un gros mur qui forma
-ainsi une nouvelle cour entre le chteau et le jardin.</p>
-
-<p>Ce nouveau mur avait deux portes, l'une charretire, ferme par une
-forte cloison de chne, garnie de barres de fer et de verrous, et que
+effectif de deux cent quatre-vingt-sept hommes. Cette garde était
+fournie chaque jour au Temple tour à tour par les huit divisions de la
+garde nationale parisienne. Après la mort du Roi, cet effectif fut
+réduit à deux cent huit hommes, y compris quatorze canonniers.</p>
+
+<p>On entrait au jardin par l'intérieur du château: ce fut pour obvier à
+cet inconvénient que, d'après l'ombrageuse inspiration de la Commune
+et sous sa surveillance sévère, le patriote Palloy (on ne le nommait
+jamais sans cette qualification) éleva plus tard, au milieu de
+l'espace qui séparait le château de la tour, un gros mur qui forma
+ainsi une nouvelle cour entre le château et le jardin.</p>
+
+<p>Ce nouveau mur avait deux portes, l'une charretière, fermée par une
+forte cloison de chêne, garnie de barres de fer et de verrous, et que
l'on ne pouvait ouvrir sans le concours de deux guichetiers,
-possesseurs chacun d'une clef diffrente.</p>
+possesseurs chacun d'une clef différente.</p>
-<p>La seconde porte, gauche et tout ct de la premire, consistait
-en un guichet troit; deux clefs taient galement ncessaires pour
-en oprer l'ouverture; ces clefs taient aux mains de deux hommes
-<span class="pagenum"><a id="page484" name="page484"></a>(p. 484)</span> dont les loges taient situes ct de ces deux portes,
+<p>La seconde porte, à gauche et tout à côté de la première, consistait
+en un guichet étroit; deux clefs étaient également nécessaires pour
+en opérer l'ouverture; ces clefs étaient aux mains de deux hommes
+<span class="pagenum"><a id="page484" name="page484"></a>(p. 484)</span> dont les loges étaient situées à côté de ces deux portes,
l'une en dedans, l'autre en dehors. Un fil de fer et une double
-sonnette ralliaient ces deux cases travers le mur. Les deux
-guichetiers passaient l les jours et les nuits sans interruption
-aucune, drangs toute minute, dpendant l'un de l'autre, et
-condamns, comme Sisyphe, une action continuelle. L'un de ces
-supplicis s'appelait Richard, l'autre Mancel.</p>
-
-<p>Ds qu'on avait franchi ces portes, tous les btiments contigus la
-tour ayant t dmolis, le sombre difice, dpositaire des dbris de
-la royaut, apparaissait dans sa libre tristesse, dgag de toutes
-parts, et renferm, avec quelques bouquets d'arbres, entre quatre
+sonnette ralliaient ces deux cases à travers le mur. Les deux
+guichetiers passaient là les jours et les nuits sans interruption
+aucune, dérangés à toute minute, dépendant l'un de l'autre, et
+condamnés, comme Sisyphe, à une action continuelle. L'un de ces
+suppliciés s'appelait Richard, l'autre Mancel.</p>
+
+<p>Dès qu'on avait franchi ces portes, tous les bâtiments contigus à la
+tour ayant été démolis, le sombre édifice, dépositaire des débris de
+la royauté, apparaissait dans sa libre tristesse, dégagé de toutes
+parts, et renfermé, avec quelques bouquets d'arbres, entre quatre
murailles nues. Son complet isolement lui imprimait encore un
-caractre plus religieux et plus redoutable. A ses angles, quatre
-tourelles rondes lanaient leurs toits aigus, que dominait de sa
-masse imposante le pignon galement aigu du donjon. L'&oelig;il ne
-retrouvait dans leurs girouettes dcoupes jour aucunes traces
+caractère plus religieux et plus redoutable. A ses angles, quatre
+tourelles rondes élançaient leurs toits aigus, que dominait de sa
+masse imposante le pignon également aigu du donjon. L'&oelig;il ne
+retrouvait dans leurs girouettes découpées à jour aucunes traces
d'armoiries; aucun cartouche de pierre n'indiquait non plus, au-dessus
-de la porte d'entre, la fodalit des ges de foi: le passage des
-templiers n'y tait pas inscrit; les cussons des grands matres
-n'talaient point leurs maux sur un portail guilloch. Tout le
-monument tait grave et empreint de la physionomie des temps
-guerriers, mais n'ayant rien d'pique ni de romanesque dans son
-architecture simple et svre, dpouille de ces belles fantaisies, de
-ces images capricieuses que le moyen ge taillait dans la pierre.</p>
-
-<p>Depuis que, veuf de ses nobles htes, veuf aussi de son arsenal et de
-ses trophes, il avait, silencieux, servi d'asile de poudreuses
-archives, une sombre mlancolie planait sur lui et semblait annoncer
+de la porte d'entrée, la féodalité des âges de foi: le passage des
+templiers n'y était pas inscrit; les écussons des grands maîtres
+n'étalaient point leurs émaux sur un portail guilloché. Tout le
+monument était grave et empreint de la physionomie des temps
+guerriers, mais n'ayant rien d'épique ni de romanesque dans son
+architecture simple et sévère, dépouillée de ces belles fantaisies, de
+ces images capricieuses que le moyen âge taillait dans la pierre.</p>
+
+<p>Depuis que, veuf de ses nobles hôtes, veuf aussi de son arsenal et de
+ses trophées, il avait, silencieux, servi d'asile à de poudreuses
+archives, une sombre mélancolie planait sur lui et semblait annoncer
qu'il devait un jour servir de prison. On sentait, en effet, en le
-regardant, qu'absente l'extrieur, la gaiet ne pouvait habiter le
-dedans, et que la main de l'adversit devait seule pousser des
-habitants dans une telle demeure. Thtre parfaitement appropri la
-terrible tragdie qui allait s'y accomplir, l'architecte, en le
-faisant si lugubre, semblait l'avoir prdestin l'usage qu'il venait
+regardant, qu'absente à l'extérieur, la gaieté ne pouvait habiter le
+dedans, et que la main de l'adversité devait seule pousser des
+habitants dans une telle demeure. Théâtre parfaitement approprié à la
+terrible tragédie qui allait s'y accomplir, l'architecte, en le
+faisant si lugubre, semblait l'avoir prédestiné à l'usage qu'il venait
de recevoir.</p>
-<p>Voici l'tat nominatif de toutes les personnes employes la bouche
-et la sret de la maison du Temple pendant les premiers temps de la
-captivit de la famille royale. Nous mettons en regard le traitement
-qui leur tait allou.</p>
+<p>Voici l'état nominatif de toutes les personnes employées à la bouche
+et à la sûreté de la maison du Temple pendant les premiers temps de la
+captivité de la famille royale. Nous mettons en regard le traitement
+qui leur était alloué.</p>
<table border="0" cellpadding="2" summary="Traitement.">
<colgroup>
@@ -17821,7 +17776,7 @@ qui leur tait allou.</p>
<col width="15%">
</colgroup>
<tr>
-<td>Gagni<a id="footnotetag216" name="footnotetag216"></a><a href="#footnote216" title="Go to footnote 216"><span class="smaller">[216]</span></a>, chef de cuisine</td>
+<td>Gagnié<a id="footnotetag216" name="footnotetag216"></a><a href="#footnote216" title="Go to footnote 216"><span class="smaller">[216]</span></a>, chef de cuisine</td>
<td class="right">4,000</td>
<td class="center">fr. par an.</td>
</tr>
@@ -17831,17 +17786,17 @@ qui leur tait allou.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page485" name="page485"></a>(p. 485)</span> Maon, second chef d'office</td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page485" name="page485"></a>(p. 485)</span> Maçon, second chef d'office</td>
<td class="right">2,400</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Nivet, ptissier</td>
+<td>Nivet, pâtissier</td>
<td class="right">2,100</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Meunier, rtisseur<a id="footnotetag217" name="footnotetag217"></a><a href="#footnote217" title="Go to footnote 217"><span class="smaller">[217]</span></a></td>
+<td>Meunier, rôtisseur<a id="footnotetag217" name="footnotetag217"></a><a href="#footnote217" title="Go to footnote 217"><span class="smaller">[217]</span></a></td>
<td class="right">2,400</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
@@ -17851,12 +17806,12 @@ qui leur tait allou.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Penaut, garon de cuisine</td>
+<td>Penaut, garçon de cuisine</td>
<td class="right">1,500</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Marchand<a id="footnotetag218" name="footnotetag218"></a><a href="#footnote218" title="Go to footnote 218"><span class="smaller">[218]</span></a>, garon servant</td>
+<td>Marchand<a id="footnotetag218" name="footnotetag218"></a><a href="#footnote218" title="Go to footnote 218"><span class="smaller">[218]</span></a>, garçon servant</td>
<td class="right">1,500</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
@@ -17866,12 +17821,12 @@ qui leur tait allou.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Chrtien<a id="footnotetag220" name="footnotetag220"></a><a href="#footnote220" title="Go to footnote 220"><span class="smaller">[220]</span></a>, <span class="add2em">id.</span></td>
+<td>Chrétien<a id="footnotetag220" name="footnotetag220"></a><a href="#footnote220" title="Go to footnote 220"><span class="smaller">[220]</span></a>, <span class="add2em">id.</span></td>
<td class="right">1,500</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Guillot, garon d'office</td>
+<td>Guillot, garçon d'office</td>
<td class="right">1,200</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
@@ -17881,12 +17836,12 @@ qui leur tait allou.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Fontaine, garon pour le service de la bouche</td>
+<td>Fontaine, garçon pour le service de la bouche</td>
<td class="right">600</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Tison, au service de Marie-Antoinette, d'lisabeth,
+<td>Tison, au service de Marie-Antoinette, d'Élisabeth,
et de la fille d'Antoinette</td>
<td class="right">6,000</td>
<td class="center">&mdash;</td>
@@ -17912,18 +17867,18 @@ qui leur tait allou.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Richard-Fontaine<a id="footnotetag221" name="footnotetag221"></a><a href="#footnote221" title="Go to footnote 221"><span class="smaller">[221]</span></a>, gardien du guichet entre le Chteau et la tour</td>
+<td>Richard-Fontaine<a id="footnotetag221" name="footnotetag221"></a><a href="#footnote221" title="Go to footnote 221"><span class="smaller">[221]</span></a>, gardien du guichet entre le Château et la tour</td>
<td class="right">3,000</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mancel<a id="footnotetag222" name="footnotetag222"></a><a href="#footnote222" title="Go to footnote 222"><span class="smaller">[222]</span></a>, d'abord balayeur, depuis collgue de
+<td>Mancel<a id="footnotetag222" name="footnotetag222"></a><a href="#footnote222" title="Go to footnote 222"><span class="smaller">[222]</span></a>, d'abord balayeur, depuis collègue de
Richard-Fontaine, aux gages de</td>
<td class="right">1,000</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le Baron<a id="footnotetag223" name="footnotetag223"></a><a href="#footnote223" title="Go to footnote 223"><span class="smaller">[223]</span></a>, concierge et gardien des scells</td>
+<td>Le Baron<a id="footnotetag223" name="footnotetag223"></a><a href="#footnote223" title="Go to footnote 223"><span class="smaller">[223]</span></a>, concierge et gardien des scellés</td>
<td class="right">2,000</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
@@ -17933,12 +17888,12 @@ qui leur tait allou.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Jrme<a id="footnotetag224" name="footnotetag224"></a><a href="#footnote224" title="Go to footnote 224"><span class="smaller">[224]</span></a>, <span class="add2em">id.</span></td>
+<td>Jérôme<a id="footnotetag224" name="footnotetag224"></a><a href="#footnote224" title="Go to footnote 224"><span class="smaller">[224]</span></a>, <span class="add2em">id.</span></td>
<td class="right">1,200</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Gourlet<a id="footnotetag225" name="footnotetag225"></a><a href="#footnote225" title="Go to footnote 225"><span class="smaller">[225]</span></a>, <span class="add2em">id.</span> <span class="add2em">et garon du conseil</span></td>
+<td>Gourlet<a id="footnotetag225" name="footnotetag225"></a><a href="#footnote225" title="Go to footnote 225"><span class="smaller">[225]</span></a>, <span class="add2em">id.</span> <span class="add2em">et garçon du conseil</span></td>
<td class="right">1,200</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
@@ -17973,59 +17928,59 @@ qui leur tait allou.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Roekenstroh, commis de l'conome (g de 15 ans et demi)</td>
+<td>Roekenstroh, commis de l'économe (âgé de 15 ans et demi)</td>
<td class="right">1,000</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Darque, portier la grande porte</td>
+<td>Darque, portier à la grande porte</td>
<td class="right">1,500</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Picquet<a id="footnotetag228" name="footnotetag228"></a><a href="#footnote228" title="Go to footnote 228"><span class="smaller">[228]</span></a>, portier des curies</td>
+<td>Picquet<a id="footnotetag228" name="footnotetag228"></a><a href="#footnote228" title="Go to footnote 228"><span class="smaller">[228]</span></a>, portier des écuries</td>
<td class="right">600</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
</table>
-<p>Ce nombreux personnel fut successivement modifi et diminu; les
-traitements, qui tous taient imputs sur le fonds de 500,000 francs
-dcrt le 12 aot 1792 pour la dpense du Roi et de sa famille,
-furent rduits; les abus qui s'taient glisss dans une premire
-organisation furent redresss par l'autorit; plusieurs employs
-furent destitus, d'autres remplacs. C'est ainsi que ds le 12
-dcembre 1792 Rocher et Risbey furent renvoys; que Guillot, Adrien et
-Fontaine furent remplacs par Caron, Lermuzeaux et Vandebourg; que
-plus tard, le 13 octobre 1793, Turgy, Chrtien et Marchand furent
-congdis; que Coru, l'conome qui avait pris la place de Jubaud, fut
-contraint de la donner Lelivre; et que celui-ci, compromis par des
-dnonciations, la perdit un instant, la reprit, et finit par la cder
- Linard. C'est sous ce dernier, en fructidor an II, que les grandes
-rformes furent opres. Linard en donna lui-mme l'exemple, en
-proposant de restreindre son propre traitement 3,000 francs. Gagni
-fut remerci et remplac par Meunier.</p>
+<p>Ce nombreux personnel fut successivement modifié et diminué; les
+traitements, qui tous étaient imputés sur le fonds de 500,000 francs
+décrété le 12 août 1792 pour la dépense du Roi et de sa famille,
+furent réduits; les abus qui s'étaient glissés dans une première
+organisation furent redressés par l'autorité; plusieurs employés
+furent destitués, d'autres remplacés. C'est ainsi que dès le 12
+décembre 1792 Rocher et Risbey furent renvoyés; que Guillot, Adrien et
+Fontaine furent remplacés par Caron, Lermuzeaux et Vandebourg; que
+plus tard, le 13 octobre 1793, Turgy, Chrétien et Marchand furent
+congédiés; que Coru, l'économe qui avait pris la place de Jubaud, fut
+contraint de la donner à Lelièvre; et que celui-ci, compromis par des
+dénonciations, la perdit un instant, la reprit, et finit par la céder
+à Liénard. C'est sous ce dernier, en fructidor an II, que les grandes
+réformes furent opérées. Liénard en donna lui-même l'exemple, en
+proposant de restreindre son propre traitement à 3,000 francs. Gagnié
+fut remercié et remplacé par Meunier.</p>
<p>Un document indique aussi que Monnier, porte-clefs en chef de la tour
-(qui ne fut, ce qu'il semble, employ que peu de temps en cette
-qualit, car son nom ne figure mme pas sur les contrles), avait t,
-sur la proposition de l'conome Lelivre, remplac par Gourlet le
-1<sup>er</sup> ventse an II.</p>
+(qui ne fut, à ce qu'il semble, employé que peu de temps en cette
+qualité, car son nom ne figure même pas sur les contrôles), avait été,
+sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le
+1<sup>er</sup> ventôse an II.</p>
<hr class="hr30">
<a id="doc4" name="doc4"></a>
<h3>IV</h3>
-<p class="note">[Orthographe conserve.<a id="footnotetag229" name="footnotetag229"></a><a href="#footnote229" title="Go to footnote 229"><span class="smaller">[229]</span></a>]</p>
+<p class="note">[Orthographe conservée.<a id="footnotetag229" name="footnotetag229"></a><a href="#footnote229" title="Go to footnote 229"><span class="smaller">[229]</span></a>]</p>
-<p class="entete"><i>Mmoire de madame Marie Antoinette,</i></p>
+<p class="entete"><i>Mémoire de madame Marie Antoinette,</i></p>
<p class="entete">Pare Sainte Foy dite Breton couturier.</p>
<p class="entete">Du 27 janvier 1793.</p>
-<table border="0" cellpadding="0" summary="Mmoire.">
+<table border="0" cellpadding="0" summary="Mémoire.">
<colgroup>
<col width="10%">
<col width="70%">
@@ -18056,7 +18011,7 @@ sur la proposition de l'conome Lelivre, remplac par Gourlet le
<td>s.</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="2">Le 30. Une robe de mme fleurs grand deuille</td>
+<td colspan="2">Le 30. Une robe de même fleurés grand deuille</td>
<td class="right">24</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18087,7 +18042,7 @@ sur la proposition de l'conome Lelivre, remplac par Gourlet le
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="2">Le 28 mars refaitte un pierrot et le jupon de fleurs</td>
+<td colspan="2">Le 28 mars refaitte un pierrot et le jupon de fleurés</td>
<td class="right">15</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18106,12 +18061,12 @@ sur la proposition de l'conome Lelivre, remplac par Gourlet le
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Fournie une aune de fleurs pour les manches 9<span class="small">&#35;</span></td>
+<td>Fournie une aune de fleurés pour les manches à 9<span class="small">&#35;</span></td>
<td class="right">9</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="2">Le 3 avrille faitte un pierrot de fleurs grand deuille</td>
+<td colspan="2">Le 3 avrille faitte un pierrot de fleurés grand deuille</td>
<td class="right">24</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18134,20 +18089,20 @@ sur la proposition de l'conome Lelivre, remplac par Gourlet le
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="2">23 mai un pierrot de fleurs grand deuille</td>
+<td colspan="2">23 mai un pierrot de fleurés grand deuille</td>
<td class="right">15</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Fournie deux aune un quare de flers pour ce pierrot&mdash; 9<span class="small">&#35;</span></td>
+<td>Fournie deux aune un quare de fleürés pour ce pierrot&mdash;à 9<span class="small">&#35;</span></td>
<td class="right">20</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Plus une aune et 1 mis de florence pour corsage et doublure des manches 6<span class="small">&#35;</span> 10s. f.</td>
+<td>Plus une aune et 1 mis de florence pour corsage et doublure des manches à 6<span class="small">&#35;</span> 10s. f.</td>
<td class="right">9</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">15</td>
@@ -18181,19 +18136,19 @@ sur la proposition de l'conome Lelivre, remplac par Gourlet le
<hr class="hr30">
-<p class="entete"><i>Mmoire des fournitures d'toffe de soye faites pour le service de
+<p class="entete"><i>Mémoire des fournitures d'étoffe de soye faites pour le service de
Marie-Antoinette.</i></p>
-<p class="entete">Par Le Normand, marchand Paris.</p>
+<p class="entete">Par Le Normand, marchand à Paris.</p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mmoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mémoire.">
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="4">Livr mademoiselle Bertin:</td>
+<td colspan="4">Livré à mademoiselle Bertin:</td>
</tr>
<tr>
<td>Mars.</td>
-<td>6 aunes fleuret noir large 9<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>6 aunes fleuret noir large à 9<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">54</td>
<td><sup class="small">&#035;</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -18206,34 +18161,34 @@ Marie-Antoinette.</i></p>
</tr>
<tr>
<td>28...</td>
-<td colspan="4">Livr madame Chaumet:</td>
+<td colspan="4">Livré à madame Chaumet:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>21 aunes double florence noir 6 10</td>
+<td>21 aunes double florence noir à 6 10</td>
<td class="right">136</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="4">Livr madame Le Breton:</td>
+<td colspan="4">Livré à madame Le Breton:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>11 aunes fleuret noir large 10</td>
+<td>11 aunes fleuret noir large à 10</td>
<td class="right">110</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>5 aunes &frac12; taftat noir premire qualit 12.</td>
+<td>5 aunes &frac12; tafétat noir première qualité à 12.</td>
<td class="right">66</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>2 aunes &frac12; florence noire 6 10</td>
+<td>2 aunes &frac12; florence noire à 6 10</td>
<td class="right bor_bot_yes">16</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">5</td>
@@ -18246,15 +18201,15 @@ Marie-Antoinette.</i></p>
</tr>
</table>
-<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page488" name="page488"></a>(p. 488)</span> <i>Memoire de madame lisabeth</i>,<br>
+<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page488" name="page488"></a>(p. 488)</span> <i>Memoire de madame Élisabeth</i>,<br>
Pare Sainte Foy dite Breton couturier.</p>
<p class="entete">Du 27 janvier 1793...</p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mmoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mémoire.">
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Une redingotte chemise de florence noire hoitts</td>
+<td>Une redingotte chemise de florence noire hoittés</td>
<td class="right">30</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
@@ -18289,7 +18244,7 @@ Pare Sainte Foy dite Breton couturier.</p>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Un pierrot de fleures grand deille</td>
+<td>Un pierrot de fleures grand deüille</td>
<td class="right">24</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18307,7 +18262,7 @@ Pare Sainte Foy dite Breton couturier.</p>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="2">Le 29 dshoitts la robe de florence noire</td>
+<td colspan="2">Le 29 déshoittés la robe de florence noire</td>
<td class="right">15</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18330,13 +18285,13 @@ Pare Sainte Foy dite Breton couturier.</p>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Fournie une aune de flers pour manche 9<sup class="small">&#035;</sup>, f.</td>
+<td>Fournie une aune de fleürés pour manche à 9<sup class="small">&#035;</sup>, f.</td>
<td class="right">9</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Plus une aune de florence pour doublure 6<sup class="small">&#035;</sup> 10 s.</td>
+<td>Plus une aune de florence pour doublure à 6<sup class="small">&#035;</sup> 10 s.</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
@@ -18401,15 +18356,15 @@ Pare Sainte Foy dite Breton couturier.</p>
<hr class="hr30">
-<p class="entete"><i>Barbier et Ttard, marchands de toutes sortes d'toffes de soies d'or
-et d'argent, la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
-cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris.</i></p>
+<p class="entete"><i>Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soies d'or
+et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
+cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
<p class="entete">Du 26 mars 1793.</p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mmoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mémoire.">
<tr>
-<td colspan="2">Fourni la fille d'Antoinette:</td>
+<td colspan="2">Fourni à la fille d'Antoinette:</td>
<td colspan="9">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -18417,7 +18372,7 @@ cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris.</i></p>
<td>1 aune &frac12; fleuret noir</td>
<td class="right">11</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
@@ -18438,19 +18393,19 @@ cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris.</i></p>
</tr>
<tr>
<td><span class="pagenum"><a id="page489" name="page489"></a>(p. 489)</span> 5 avril,</td>
-<td>1 aune fleuret noir.</td>
-<td class="right"></td>
+<td>1 aune » fleuret noir.</td>
+<td class="right">»</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">11</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td> <span class="add05em">&mdash;</span><span class="add05em">&frac12; florence noir</span></td>
+<td>» <span class="add05em">&mdash;</span><span class="add05em">&frac12; florence noir</span></td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
@@ -18462,14 +18417,14 @@ cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris.</i></p>
</tr>
<tr>
<td>23.</td>
-<td>2 <span class="add05em">&mdash;</span> <span class="add05em"></span> florence noir.</td>
+<td>2 <span class="add05em">&mdash;</span> <span class="add05em">»</span> florence noir.</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">13</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
-<td class="right bor_bot_yes"></td>
+<td class="right bor_bot_yes">»</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -18481,22 +18436,22 @@ cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris.</i></p>
<td>s.</td>
</table>
-<p>Certifi vritable et conforme mon livret le prsent mmoire montant
- soixante et trois livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.</p>
+<p>Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
+à soixante et trois livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.</p>
<p class="authorsc">Barbier et C<sup>ie</sup>.</p>
<hr class="hr30">
-<p class="entete"><i>Barbier et Ttard, marchands de toutes sortes d'toffes de soie d'or
-et d'argent, la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
-cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris.</i></p>
+<p class="entete"><i>Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soie d'or
+et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
+cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
<p class="entete">Du 4 avril 1793.</p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mmoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mémoire.">
<tr>
-<td colspan="9">Fourni lisabeth Capet:</td>
+<td colspan="9">Fourni à Élisabeth Capet:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
@@ -18508,7 +18463,7 @@ cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">143</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -18516,11 +18471,11 @@ cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris.</i></p>
<td>10 <span class="add05em">&mdash;</span> <span class="add05em">fleuret noir.</span></td>
<td class="right">11</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
<td class="right">110</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -18528,7 +18483,7 @@ cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris.</i></p>
<td>6 aunes &frac12; taffetas noir.</td>
<td class="right">11</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">71</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -18545,8 +18500,8 @@ cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris.</i></p>
</tr>
</table>
-<p>Certifi vritable et conforme mon livret le prsent mmoire montant
- trois cent vingt-quatre livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.</p>
+<p>Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
+à trois cent vingt-quatre livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.</p>
<p class="authorsc">Barbier et C<sup>ie</sup>.</p>
@@ -18557,18 +18512,18 @@ cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace, Paris.</i></p>
<a id="doc5" name="doc5"></a>
<h3>V</h3>
-<p class="entete"><i>Mmoire des mdicaments fournis au Temple pendant le mois de may,
+<p class="entete"><i>Mémoire des médicaments fournis au Temple pendant le mois de may,
pour Marie Antoinette, ses enfants et sa s&oelig;ure, par le citoyen
-Robert apothicaire authoris par la commune et par les ordonnances du
+Robert apothicaire authorisé par la commune et par les ordonnances du
citoyen docteur Thiery.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Mmoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Mémoire.">
<tr>
<td colspan="7">Pour Marie Antoinette:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">1793. Mai 1<sup>er</sup>. Un bouillon medicinale fait au bain marie compos
+<td colspan="2">1793. Mai 1<sup>er</sup>. Un bouillon medicinale fait au bain marie composé
de veau, poulet, et plantes diverses.</td>
<td class="right">5</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
@@ -18576,22 +18531,22 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. Chaque jours le mme
- bouillon ritr</td>
+<td colspan="2">2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. Chaque jours le même
+ bouillon réitéré</td>
<td class="right">45</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>Plus une bote de gomme pectorale</td>
+<td>Plus une boëte de gomme pectorale</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td colspan="2">11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours
- le bouillon cy dessus ritr</td>
+ le bouillon cy dessus réitéré</td>
<td class="right">50</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18610,7 +18565,7 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>13.</td>
-<td>Deux bouteilles de petit lait clarifi</td>
+<td>Deux bouteilles de petit lait clarifié</td>
<td class="right">2</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18631,14 +18586,14 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>17.</td>
-<td>Une mdecine compose de follicules manne
+<td>Une médecine composée de follicules manne
choisis, coriandre, et sel de Glauber</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>La mme mdecine de prcaution</td>
+<td>La même médecine de précaution</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18692,20 +18647,20 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>29.</td>
-<td>La mdecine du 17 ritre</td>
+<td>La médecine du 17 réitérée</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>Idem la mme mdecine de prcaution</td>
+<td>Idem la même médecine de précaution</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>30. 31.</td>
-<td>Le petit lait ritr</td>
+<td>Le petit lait réitéré</td>
<td class="right">2</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18724,19 +18679,19 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7">Pour Marie Thrse Charlotte, fille de Marie Antoinette:</td>
+<td colspan="7">Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">Mai 1<sup>er</sup>. Un bouillon mdicinal fait au bain marie, compos
+<td colspan="2">Mai 1<sup>er</sup>. Un bouillon médicinal fait au bain marie, composé
avec sucs de plantes, sel de Glauber, etc.</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Chaque jours le mme
- bouillon ritr</td>
+<td colspan="2">2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Chaque jours le même
+ bouillon réitéré</td>
<td class="right">40</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18749,7 +18704,7 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">22. 23. 24. 25. Le bouillon ritr</td>
+<td colspan="2">22. 23. 24. 25. Le bouillon réitéré</td>
<td class="right">16</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18766,7 +18721,7 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7">Pour lisabeth s&oelig;ure de Marie Antoinette:</td>
+<td colspan="7">Pour Élisabeth s&oelig;ure de Marie Antoinette:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
@@ -18788,22 +18743,22 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page491" name="page491"></a>(p. 491)</span> <i>Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le courant
du mois de juin, pour Marie Antoinette, ses enfants et sa s&oelig;ure,
-par le citoyen Robert apothicaire authoris par la commune et par
+par le citoyen Robert apothicaire authorisé par la commune et par
ordonnance du citoyen docteur Thiery.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Mmoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Mémoire.">
<tr>
<td colspan="7">Pour le fils de Marie Antoinette:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">1793. Juin 1<sup>er</sup>. Une bouteille de petit lait clarifi</td>
+<td colspan="2">1793. Juin 1<sup>er</sup>. Une bouteille de petit lait clarifié</td>
<td class="right">1</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">2. 3. 4. 5. Chaque jours le petit lait ritr</td>
+<td colspan="2">2. 3. 4. 5. Chaque jours le petit lait réitéré</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18822,15 +18777,15 @@ ordonnance du citoyen docteur Thiery.</i></p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>13.</td>
-<td>Un bouillon mdicinal fait au bain marie, compos
+<td>Un bouillon médicinal fait au bain marie, composé
avec cuisses et reins de grenouilles, avec addition
- de sucs de plantes, et terre follie minrale</td>
+ de sucs de plantes, et terre folliée minérale</td>
<td class="right">5</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon ritr</td>
+<td colspan="2">14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon réitéré</td>
<td class="right">35</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18842,19 +18797,19 @@ ordonnance du citoyen docteur Thiery.</i></p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7">Pour Marie Thrse Charlotte, fille de Marie Antoinette.</td>
+<td colspan="7">Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>Juin 1<sup>er</sup>.</td>
-<td>Un bouillon mdicinal fait au bain marie (compos
+<td>Un bouillon médicinal fait au bain marie (composé
avec sucs de plantes, sel de Glauber, etc.)</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Chaque jours le bouillon ritr.</td>
+<td colspan="2">2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Chaque jours le bouillon réitéré.</td>
<td class="right">28</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18872,7 +18827,7 @@ ordonnance du citoyen docteur Thiery.</i></p>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon ritr</td>
+<td colspan="2">14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon réitéré</td>
<td class="right bor_bot_yes">28</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18888,25 +18843,25 @@ ordonnance du citoyen docteur Thiery.</i></p>
<p class="entete"><i>Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le mois de juillet
pour Marie Antoinette, ses enfants et sa s&oelig;ure par le citoyen
-Robert apothicaire, authoris par la commune et par ordonnances du
+Robert apothicaire, authorisé par la commune et par ordonnances du
citoyen docteur Thiery.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Mmoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Mémoire.">
<tr>
-<td colspan="7">Pour Marie Antoinette, sa fille et lisabethe:<br>
- 1793, l'an II<sup>e</sup> de la Rpublique.</td>
+<td colspan="7">Pour Marie Antoinette, sa fille et Élisabethe:<br>
+ 1793, l'an II<sup>e</sup> de la République.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>Juillet 12.</td>
-<td>Une chopine d'eau de fleurs d'oranges double distille au
+<td>Une chopine d'eau de fleurs d'oranges double distillée au
bain marie</td>
<td class="right">12</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>Trois flacons de sel volatil de vinaigre camphr</td>
+<td>Trois flacons de sel volatil de vinaigre camphré</td>
<td class="right">18</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18926,14 +18881,14 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<td>Juillet 1.</td>
<td>Un bouillon medicinal fait au bain marie avec
veau, cuisses et reins de grenouilles, suc de
- plantes et terre follie</td>
+ plantes et terre folliée</td>
<td class="right">5</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>2.</td>
-<td>Le bouillon ritr</td>
+<td>Le bouillon réitéré</td>
<td class="right">5</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18948,7 +18903,7 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td colspan="2">3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jours le
- bouillon ci-dessus ritr</td>
+ bouillon ci-dessus réitéré</td>
<td class="right">50</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18968,7 +18923,7 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>26.</td>
-<td>Un lavement compos avec coralline de Corse,
+<td>Un lavement composé avec coralline de Corse,
suc de citron et huile d'olive</td>
<td class="right">1</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -19057,13 +19012,13 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>Deux pintes de petit lait ritr</td>
+<td>Deux pintes de petit lait réitéré</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>La potion double ritre</td>
+<td>La potion double réitérée</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -19076,7 +19031,7 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>La potion double ritre</td>
+<td>La potion double réitérée</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -19102,157 +19057,157 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
</tr>
</table>
-<p>(<cite>Archives de l'Empire</cite>, srie E, n<sup>o</sup> 6207.)</p>
+<p>(<cite>Archives de l'Empire</cite>, série E, n<sup>o</sup> 6207.)</p>
<hr class="hr30">
<a id="doc6" name="doc6"></a>
<h3><span class="pagenum"><a id="page493" name="page493"></a>(p. 493)</span> VI<br>
-<span class="smaller">DTAILS DE LA CONDUITE DU CITOYEN LOMNIE</span></h3>
-
-<p class="entete">Depuis le 1<sup>er</sup> mai 1789 jusqu' ce jour.</p>
-
-<p>Au 1<sup>er</sup> mai 1789 j'tais Paris, o je remplissais tous les devoirs
-d'un bon citoyen; j'en suis parti le 18 juin de cette anne pour
-Brienne; je n'ai cess d'y annoncer mes concitoyens une rvolution
-qui devait les rtablir dans leurs droits et faire un jour leur
-bonheur. Je n'ai cess de prendre tous les vnements publics la
-part que tout bon patriote devait prendre; j'ai envoy la plus grande
-partie de ma vaisselle, j'ai pay mes dons patriotiques; enfin
-l'tablissement des assembles primaires et des municipalits ayant
-t dcrt, mes concitoyens me connaissant, me rendant justice depuis
-longtemps, me proposrent d'tre maire; je l'acceptai avec
-reconnaissance, en leur disant en mme temps que s'ils avaient plus de
+<span class="smaller">DÉTAILS DE LA CONDUITE DU CITOYEN LOMÉNIE</span></h3>
+
+<p class="entete">Depuis le 1<sup>er</sup> mai 1789 jusqu'à ce jour.</p>
+
+<p>Au 1<sup>er</sup> mai 1789 j'étais à Paris, où je remplissais tous les devoirs
+d'un bon citoyen; j'en suis parti le 18 juin de cette année pour
+Brienne; je n'ai cessé d'y annoncer à mes concitoyens une révolution
+qui devait les rétablir dans leurs droits et faire un jour leur
+bonheur. Je n'ai cessé de prendre à tous les événements publics la
+part que tout bon patriote devait prendre; j'ai envoyé la plus grande
+partie de ma vaisselle, j'ai payé mes dons patriotiques; enfin
+l'établissement des assemblées primaires et des municipalités ayant
+été décrété, mes concitoyens me connaissant, me rendant justice depuis
+longtemps, me proposèrent d'être maire; je l'acceptai avec
+reconnaissance, en leur disant en même temps que s'ils avaient plus de
confiance en quelque autre, je les priais de le choisir; que je me
-verrais avec le mme plaisir un de leurs concitoyens sans charge, et
+verrais avec le même plaisir un de leurs concitoyens sans charge, et
que je n'acceptais celle qu'ils me proposaient que par l'espoir de
-pouvoir leur tre utile et leur donner des preuves de mon attachement.
-Je fus lu maire l'unanimit; je fus galement lecteur, et depuis
-ce moment jusqu' ce jour je n'ai cess d'tre maire et de recevoir
+pouvoir leur être utile et leur donner des preuves de mon attachement.
+Je fus élu maire à l'unanimité; je fus également électeur, et depuis
+ce moment jusqu'à ce jour je n'ai cessé d'être maire et de recevoir
chaque jour des marques de la confiance de mes concitoyens. Je ne suis
-pas sorti de Brienne jusqu'au mois de dcembre 1791, que pour aller
-passer de temps en temps trois ou quatre jours Sens et trois fois en
-1790, et deux autres en 1791, pour aller passer Paris trois ou
-quatre jours chaque fois, en 1790. J'y ai pass un mois au mois de
-janvier. Au mois de dcembre 1791 j'ai t Paris et j'y suis rest
-jusqu'au mois de mai 1792, que je suis revenu Brienne. Au mois de
-novembre prcdent, lors du renouvellement des municipalits, je
-reprsentai ma commune que devant aller Paris o j'avais affaire,
-si elle pensait que mon voyage ft incompatible avec les fonctions de
-ma place de maire, je la priais de ne pas m'y rlire. Elle s'y refusa
-constamment, me rlut de nouveau, et pendant mon sjour Paris j'ai
-fait deux ou trois petits voyages Brienne pour venir remplir
+pas sorti de Brienne jusqu'au mois de décembre 1791, que pour aller
+passer de temps en temps trois ou quatre jours à Sens et trois fois en
+1790, et deux autres en 1791, pour aller passer à Paris trois ou
+quatre jours chaque fois, en 1790. J'y ai passé un mois au mois de
+janvier. Au mois de décembre 1791 j'ai été à Paris et j'y suis resté
+jusqu'au mois de mai 1792, que je suis revenu à Brienne. Au mois de
+novembre précédent, lors du renouvellement des municipalités, je
+représentai à ma commune que devant aller à Paris où j'avais affaire,
+si elle pensait que mon voyage fût incompatible avec les fonctions de
+ma place de maire, je la priais de ne pas m'y réélire. Elle s'y refusa
+constamment, me réélut de nouveau, et pendant mon séjour à Paris j'ai
+fait deux ou trois petits voyages à Brienne pour venir remplir
quelquefois <span class="pagenum"><a id="page494" name="page494"></a>(p. 494)</span> les fonctions de ma place. Depuis le mois de mai
-1792 jusqu' ce jour je ne suis pas sorti de Brienne que pour aller
-quelquefois Sens, voir trois fois ou quatre fois mon malheureux
-frre, qui vient de mourir victime des mauvais traitements que lui ont
-fait prouver des hommes qui n'en mritent pas le nom; j'ai fait tous
-les dons patriotiques demands, et bien au del. Lors de l'invasion de
-l'ennemi jusqu' Chlons, quinze lieues de Brienne, je n'ai cess
-d'exciter tous mes concitoyens voler au secours de la patrie. Leur
-bonne volont ayant t arrte par les ordres venus de n'envoyer que
-des hommes arms, j'ai engag mes dpens plusieurs citoyens, j'ai
-contribu leur quipement, armement, et j'ai tabli une
-correspondance avec nos armes pour avoir des nouvelles; mes chevaux
-ont t employs cet usage et au service de la gendarmerie nationale
-et des patrouilles continuelles pour surveiller les malveillants;
-ils l'ont t au transport des vivres et des fourrages. Je n'ai cess
-d'exercer jour et nuit mes fonctions avec zle et activit, et mes
+1792 jusqu'à ce jour je ne suis pas sorti de Brienne que pour aller
+quelquefois à Sens, voir trois fois ou quatre fois mon malheureux
+frère, qui vient de mourir victime des mauvais traitements que lui ont
+fait éprouver des hommes qui n'en méritent pas le nom; j'ai fait tous
+les dons patriotiques demandés, et bien au delà. Lors de l'invasion de
+l'ennemi jusqu'à Châlons, à quinze lieues de Brienne, je n'ai cessé
+d'exciter tous mes concitoyens à voler au secours de la patrie. Leur
+bonne volonté ayant été arrêtée par les ordres venus de n'envoyer que
+des hommes armés, j'ai engagé à mes dépens plusieurs citoyens, j'ai
+contribué à leur équipement, armement, et j'ai établi une
+correspondance avec nos armées pour avoir des nouvelles; mes chevaux
+ont été employés à cet usage et au service de la gendarmerie nationale
+et à des patrouilles continuelles pour surveiller les malveillants;
+ils l'ont été au transport des vivres et des fourrages. Je n'ai cessé
+d'exercer jour et nuit mes fonctions avec zèle et activité, et mes
concitoyens me rendront sur cet objet la justice qui m'est due.</p>
-<p>Depuis, je n'ai cess d'exciter le zle de mes concitoyens pour entrer
-au service de la patrie, j'en ai engag prs de vingt mes dpens, et
-donn des gratifications aux autres; tous mes chevaux n'ont pas cess
-de faire tous les envois utiles la patrie; lorsque l'on a plant
-l'arbre de la libert, j'ai parl mes concitoyens comme un bon
-patriote doit parler, et tous l'attesteront; j'ai tabli mes frais
-l'autel de la patrie. J'ai contribu toutes les ftes civiques et en
+<p>Depuis, je n'ai cessé d'exciter le zèle de mes concitoyens pour entrer
+au service de la patrie, j'en ai engagé près de vingt à mes dépens, et
+donné des gratifications aux autres; tous mes chevaux n'ont pas cessé
+de faire tous les envois utiles à la patrie; lorsque l'on a planté
+l'arbre de la liberté, j'ai parlé à mes concitoyens comme un bon
+patriote doit parler, et tous l'attesteront; j'ai établi à mes frais
+l'autel de la patrie. J'ai contribué à toutes les fêtes civiques et en
ai presque toujours fait les frais. Je suis honteux de parler de ces
-misres, personne n'est plus persuad que moi que c'est aux riches
-faire ces dpenses, qu'ils sont trop heureux d'tre en tat de les
-faire, et que les gostes qui s'y refusent sont des hommes
-mprisables; mais on veut un compte de ma conduite, et je le rends.</p>
-
-<p>L'arme de Mayence a pass Brienne au mois d'aot 1793, j'ai t
-averti de son passage la veille de celui de la premire colonne, et
-l'on m'a annonc que suivant toutes les apparences il faudrait fournir
-du pain; second par le zle de mes concitoyens, auxquels je ne puis
-donner trop d'loges, j'ai prpar dans la nuit mme six mille rations
-de pain, j'en ai fourni l'arme plus de quinze mille et un prix
-trs-infrieur celui que payait la nation partout ailleurs; sachant
-la pnurie o tait la ville de Troyes pour fournir cette arme, j'ai
-envoy dix-huit cents rations de pain; la viande, le vin, le logement,
-tout a t fourni abondamment et de manire que les citoyens composant
-cette arme, en passant dans des villes bien plus considrables
-<span class="pagenum"><a id="page495" name="page495"></a>(p. 495)</span> que Brienne, criaient: Vive la commune de Brienne! J'ai pass
-quatre jours et presque quatre.....<a id="footnotetag230" name="footnotetag230"></a><a href="#footnote230" title="Go to footnote 230"><span class="smaller">[230]</span></a> [Ici s'arrte ce fragment.]</p>
+misères, personne n'est plus persuadé que moi que c'est aux riches à
+faire ces dépenses, qu'ils sont trop heureux d'être en état de les
+faire, et que les égoïstes qui s'y refusent sont des hommes
+méprisables; mais on veut un compte de ma conduite, et je le rends.</p>
+
+<p>L'armée de Mayence a passé à Brienne au mois d'août 1793, j'ai été
+averti de son passage la veille de celui de la première colonne, et
+l'on m'a annoncé que suivant toutes les apparences il faudrait fournir
+du pain; secondé par le zèle de mes concitoyens, auxquels je ne puis
+donner trop d'éloges, j'ai préparé dans la nuit même six mille rations
+de pain, j'en ai fourni à l'armée plus de quinze mille et à un prix
+très-inférieur à celui que payait la nation partout ailleurs; sachant
+la pénurie où était la ville de Troyes pour fournir cette armée, j'ai
+envoyé dix-huit cents rations de pain; la viande, le vin, le logement,
+tout a été fourni abondamment et de manière que les citoyens composant
+cette armée, en passant dans des villes bien plus considérables
+<span class="pagenum"><a id="page495" name="page495"></a>(p. 495)</span> que Brienne, criaient: Vive la commune de Brienne! J'ai passé
+quatre jours et presque quatre.....<a id="footnotetag230" name="footnotetag230"></a><a href="#footnote230" title="Go to footnote 230"><span class="smaller">[230]</span></a> [Ici s'arrête ce fragment.]</p>
<hr class="hr30">
<a id="doc7" name="doc7"></a>
<h3><span class="pagenum"><a id="page496" name="page496"></a>(p. 496)</span> VII<br>
-<span class="smaller">EXTRAIT DU REGISTRE DES DPTS<br>
-AU GREFFE DU TRIBUNAL RVOLUTIONNAIRE.</span></h3>
+<span class="smaller">EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉPÔTS<br>
+AU GREFFE DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE.</span></h3>
-<p class="note">[Orthographe conserve.]</p>
+<p class="note">[Orthographe conservée.]</p>
-<p class="entete">Du 22 floral.</p>
+<p class="entete">Du 22 floréal.</p>
<ul class="none">
<li class="min3em"><i>Femme Crussolle Damboise.</i></li>
-<li class="min2em">Est comparu le citoyen Richard, lequel a dpos:</li>
-<li class="min1em">Une tabatire d'agathe, fond vert, cercles d'or, octogone;</li>
-<li class="min1em">Une tabatire de cristal avec un cercle et gorge d'or;</li>
+<li class="min2em">Est comparu le citoyen Richard, lequel a déposé:</li>
+<li class="min1em">Une tabatière d'agathe, fond vert, à cercles d'or, octogone;</li>
+<li class="min1em">Une tabatière de cristal avec un cercle et gorge d'or;</li>
<li class="min1em">Un petit c&oelig;ur de verre garni en or, dans lequel un petit crucifix;</li>
-<li class="min1em">Un tui dez en or avec un dez d'or;</li>
-<li class="min1em">Un tui de nacre gorge d'or dans sa bote de chagrin;</li>
-<li class="min1em">Un tire-bouchon queue d'or ou de vermeil;</li>
-<li class="min1em">Un chapelet avec mdailles d'argent;</li>
+<li class="min1em">Un étui à dez en or avec un dez d'or;</li>
+<li class="min1em">Un étui de nacre à gorge d'or dans sa boîte de chagrin;</li>
+<li class="min1em">Un tire-bouchon à queue d'or ou de vermeil;</li>
+<li class="min1em">Un chapelet avec médailles d'argent;</li>
<li class="min1em">Un cachet d'argent;</li>
-<li class="min1em">Et soixante-dix-huit livres en cus qu'il a dclar appartenir
- la femme Crussolle Damboise, condamne mort.</li>
+<li class="min1em">Et soixante-dix-huit livres en écus qu'il a déclaré appartenir à
+ la femme Crussolle Damboise, condamnée à mort.</li>
</ul>
<ul class="none">
<li class="min3em"><i>Buart.</i></li>
<li class="min1em">Plus une paire de boucles d'oreilles d'or;</li>
<li class="min1em">Un anneau d'or;</li>
-<li class="min1em">Une pingle chignon d'argent;</li>
-<li>Qu'il a dclar appartenir Buard, aussi condamn mort.</li>
+<li class="min1em">Une épingle à chignon d'argent;</li>
+<li>Qu'il a déclaré appartenir à Buard, aussi condamné à mort.</li>
</ul>
<ul class="none">
<li class="min3em"><i>Inconnu.</i></li>
<li class="min1em">Plus un couteau garni en or;</li>
-<li class="min1em">Une paire de ciseaux garni en or avec tui de galuchat;</li>
-<li class="min1em">Deux couteaux manches garnis en or, dont un lame d'or;</li>
-<li>Qu'il a dclar appartenir un des condamns mort avec lisabeth
+<li class="min1em">Une paire de ciseaux garni en or avec étui de galuchat;</li>
+<li class="min1em">Deux couteaux à manches garnis en or, dont un à lame d'or;</li>
+<li>Qu'il a déclaré appartenir à un des condamnés à mort avec Élisabeth
Capet, dont il ignore le nom.</li>
</ul>
<hr class="hr10">
<ul class="none">
-<li class="min3em"><i>Femmes d'lisabeth.</i></li>
+<li class="min3em"><i>Femmes d'Élisabeth.</i></li>
<li class="min1em">Plus deux couverts;</li>
-<li class="min1em">Un couteau lame d'argent;</li>
-<li class="min1em">Une cuillre caff d'argent;</li>
-<li>Qu'il a dclar appartenir des femmes condamnes mort avec la
-femme lisabeth Capet.</li>
+<li class="min1em">Un couteau à lame d'argent;</li>
+<li class="min1em">Une cuillère à caffé d'argent;</li>
+<li>Qu'il a déclaré appartenir à des femmes condamnées à mort avec la
+femme Élisabeth Capet.</li>
</ul>
<hr class="hr10">
<ul class="none">
<li class="min3em"><span class="pagenum"><a id="page497" name="page497"></a>(p. 497)</span> <i>Dubois.</i></li>
-<li>Plus vingt-cinq livres qu'il a dclar appartenir Dubois, aussi
- condamn mort.</li>
+<li>Plus vingt-cinq livres qu'il a déclaré appartenir à Dubois, aussi
+ condamné à mort.</li>
</ul>
<ul class="none">
-<li class="min3em"><i>Inconnu excut le</i> 21.</li>
+<li class="min3em"><i>Inconnu exécuté le</i> 21.</li>
<li>Plus une montre d'argent, du nom de Lecomte, n<sup>o</sup> 557, qu'il a
- dclar appartenir un particulier excut avec lisabeth
+ déclaré appartenir à un particulier exécuté avec Élisabeth
Capet, dont il ignore le nom.</li>
</ul>
@@ -19270,41 +19225,41 @@ femme lisabeth Capet.</li>
<li class="min1em">Une paire de poches;</li>
<li class="min1em">Trois serviettes, un torchon, un bandeau, un sac-ouvrage de
toile;</li>
-<li>Qu'il a dclar appartenir la femme Crussolle, aussi condamne
- mort; Dcharg le 25 floral.</li>
+<li>Qu'il a déclaré appartenir à la femme Crussolle, aussi condamnée
+ à mort; Déchargé le 25 floréal.</li>
</ul>
<ul class="none">
-<li class="min3em"><i>Femme Rosset-Crcy.</i></li>
+<li class="min3em"><i>Femme Rosset-Crécy.</i></li>
<li class="min1em">Plus une petite boite;</li>
<li class="min1em">Un peignoir;</li>
<li class="min1em">Dix fichus de mousseline ou linon;</li>
-<li class="min1em">Un bonnet mont;</li>
+<li class="min1em">Un bonnet monté;</li>
<li class="min1em">Un tabellier;</li>
<li class="min1em">Une taie d'oreiller;</li>
<li class="min1em">Une mantille noire;</li>
<li class="min1em">Sept paires de manchettes;</li>
-<li class="min1em">Et un paquet de chiffons qu'il a dclar appartenir la femme
- Rosset-Crcy.</li>
-<li>Dcharg le 25 floral.</li>
+<li class="min1em">Et un paquet de chiffons qu'il a déclaré appartenir à la femme
+ Rosset-Crécy.</li>
+<li>Déchargé le 25 floréal.</li>
</ul>
<ul class="none">
-<li class="min3em"><i>Aux six femmes complices d'lisabeth.</i></li>
+<li class="min3em"><i>Aux six femmes complices d'Élisabeth.</i></li>
<li class="min1em">Plus un drap;</li>
<li class="min1em">Neuf chemises de femme;</li>
<li class="min1em"><span class="pagenum"><a id="page498" name="page498"></a>(p. 498)</span> Quatre chemises d'homme;</li>
<li class="min1em">Douze camisoles et corsets;</li>
<li class="min1em">Sept jupons;</li>
<li class="min1em">Quatre gilets blancs et de couleur;</li>
-<li class="min1em">Une petite redingotte de toile de couleur raye;</li>
+<li class="min1em">Une petite redingotte de toile de couleur rayée;</li>
<li class="min1em">Une autre de drap marron;</li>
-<li class="min1em">Une autre de drap mlang verdtre;</li>
+<li class="min1em">Une autre de drap mélangé verdâtre;</li>
<li class="min1em">Un jupon de soie vert;</li>
-<li class="min1em">Un jupon et son casaquin de toile de coton ray;</li>
-<li class="min1em">Une robe de toile de coton ray;</li>
-<li class="min1em">Un autre jupon aussi ray;</li>
-<li class="min1em">Trois tabliers de diffrentes couleurs;</li>
+<li class="min1em">Un jupon et son casaquin de toile de coton rayé;</li>
+<li class="min1em">Une robe de toile de coton rayé;</li>
+<li class="min1em">Un autre jupon aussi rayé;</li>
+<li class="min1em">Trois tabliers de différentes couleurs;</li>
<li class="min1em">Cinquante serviettes;</li>
<li class="min1em">Trente-cinq mouchoirs blancs;</li>
<li class="min1em">Trente petits fichus simples et autres;</li>
@@ -19315,56 +19270,56 @@ femme lisabeth Capet.</li>
<li class="min1em">Sept paires de bas;</li>
<li class="min1em">Un paquet de chiffons;</li>
<li class="min1em">Un bonnet de coton;</li>
-<li>Qu'il a dclar appartenir six femmes condamnes mort avec
- lisabeth Capet, et dont il ne se souvient pas du nom.</li>
-<li>Dcharg le 25 floral.</li>
+<li>Qu'il a déclaré appartenir à six femmes condamnées à mort avec
+ Élisabeth Capet, et dont il ne se souvient pas du nom.</li>
+<li>Déchargé le 25 floréal.</li>
</ul>
<ul class="none">
<li class="min3em"><i>S&oelig;ur de Capet.</i></li>
<li class="min1em">Plus deux anneaux d'or;</li>
-<li class="min1em">Un tui de chagrin vert, contenant deux flacons bouchons d'or,
- dont l'un est cass, avec charnire et bouton d'or;</li>
-<li class="min1em">Une montre boite d'or rptition, portant sur le mouvement
- le n<sup>o</sup> 127, avec une chane d'or casse, garnie d'un cachet
- d'or trois compartiments, dont le premier est grav des
+<li class="min1em">Un étui de chagrin vert, contenant deux flacons à bouchons d'or,
+ dont l'un est cassé, avec charnière et bouton d'or;</li>
+<li class="min1em">Une montre à boite d'or à répétition, portant sur le mouvement
+ le n<sup>o</sup> 127, avec une chaîne d'or cassée, garnie d'un cachet
+ d'or à trois compartiments, dont le premier est gravé des
armes de France du tems des tirans;</li>
<li class="min1em">Trois cachets en acier;</li>
<li class="min1em">Deux clefs de montre;</li>
<li class="min1em">Et deux clefs de portefeuille aussi en acier;</li>
-<li class="min1em">Une bague en or en forme de navette, sur laquelle est incrust
- des cheveux et des lettres en perles fines, le cristal cass;</li>
+<li class="min1em">Une bague en or en forme de navette, sur laquelle est incrusté
+ des cheveux et des lettres en perles fines, le cristal cassé;</li>
<li class="min1em">Un portefeuille de maroquin rouge;</li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page499" name="page499"></a>(p. 499)</span> Qu'il a dclar appartenir ladite lisabeth Capet, condamne
+<li><span class="pagenum"><a id="page499" name="page499"></a>(p. 499)</span> Qu'il a déclaré appartenir à ladite Élisabeth Capet, condamnée à
mort;</li>
-<li>Dcharg le 6 pluvise.</li>
+<li>Déchargé le 6 pluviôse.</li>
</ul>
-<p>Et a sign avec moi, greffier soussign.</p>
+<p>Et a signé avec moi, greffier soussigné.</p>
<p class="authorsc">Wolff <span class="add2em">Richard.</span></p>
-<p class="entete">Du mme jour.</p>
+<p class="entete">Du même jour.</p>
-<p>Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'excuteur des jugemens
-criminels, lequel a dpos:</p>
+<p>Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens
+criminels, lequel a déposé:</p>
<ul class="none">
-<li class="min3em"><i>lisabeth Capet.</i></li>
-<li class="min1em">Un mdaillon en verre cercles d'or renfermant un crucifix de
- mme mtal;</li>
-<li class="min1em">Un cachet d'or en trois parties reprsentant l'un les armes de
- France et de Navarre de l'ancien rgime, l'autre une colombe,
- et le dernier une tte d'homme;</li>
-<li class="min1em">Une chane de col en or, laquelle est attache un c&oelig;ur renfermant
+<li class="min3em"><i>Élisabeth Capet.</i></li>
+<li class="min1em">Un médaillon en verre à cercles d'or renfermant un crucifix de
+ même métal;</li>
+<li class="min1em">Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de
+ France et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe,
+ et le dernier une tête d'homme;</li>
+<li class="min1em">Une chaîne de col en or, à laquelle est attachée un c&oelig;ur renfermant
des cheveux et une petite croix d'or;</li>
-<li class="min1em">Une mdaille d'argent reprsentant une immacule conception
+<li class="min1em">Une médaille d'argent représentant une immaculée conception
de la ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille;</li>
-<li>Qu'il dclare appartenir lisabeth Capet, condamne mort, et
- qu'il a trouv sur elle en la conduisant au supplice.</li>
+<li>Qu'il déclare appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et
+ qu'il a trouvé sur elle en la conduisant au supplice.</li>
</ul>
-<p>Et a sign avec moi, greffier soussign.</p>
+<p>Et a signé avec moi, greffier soussigné.</p>
<p class="authorsc">Desmorest. <span class="add2em">Wolff</span>.</p>
@@ -19372,246 +19327,246 @@ criminels, lequel a dpos:</p>
<a id="doc8" name="doc8"></a>
<h3>VIII<br>
-<span class="smaller">ACTE DE DCS DE MARIE.</span></h3>
+<span class="smaller">ACTE DE DÉCÈS DE MARIE.</span></h3>
<p>Anno millesimo octingentesimo trigesimo quinto, die vero quinta
januarii, mortua est Maria Francisca, filia Francisci Josephi Magnin,
-ex Marsens, et Claudi nat Bosson, ex loco Riaz, uxor vero Jacobi
+ex Marsens, et Claudiæ natæ Bosson, ex loco Riaz, uxor vero Jacobi
Bosson ex Bellegarde, Bulli habitans, et die septima ejusdem a me
-infra scripto parocho in c&oelig;meteria ecclesi parochialis Sancti
+infra scripto parocho in c&oelig;meteria ecclesiæ parochialis Sancti
Petri ad Vincula urbis Bulli sepulta est.</p>
<p>Quod conforme sit originali testor:</p>
<p class="author"><span class="smcap">J. J. Crausaz</span>, parochus.</p>
-<p>Bulli, die 8<sup>v</sup> 7<sup>bris</sup> 1861.</p>
+<p>Bulli, die 8<sup>væ</sup> 7<sup>bris</sup> 1861.</p>
-<p>Marie-Franoise, fille de Franois-Joseph Magnin, de Marsens, et de
+<p>Marie-Françoise, fille de François-Joseph Magnin, de Marsens, et de
Claudie Bosson, du lieu de Riaz, femme de Jacques Bosson, de <span class="pagenum"><a id="page500" name="page500"></a>(p. 500)</span>
-Bellegarde, demeurant Bulle, y est morte le 5 janvier 1835, et a t
-enterre le 7 du mme mois dans le cimetire de l'glise paroissiale
+Bellegarde, demeurant à Bulle, y est morte le 5 janvier 1835, et a été
+enterrée le 7 du même mois dans le cimetière de l'église paroissiale
de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle. B.</p>
<hr class="hr30">
<a id="doc9" name="doc9"></a>
<h3>IX<br>
-<span class="smaller">ACTE DE DCS DE JACQUES.</span></h3>
+<span class="smaller">ACTE DE DÉCÈS DE JACQUES.</span></h3>
<p>38. Anno millesimo octingentesimo trigesimo sexto, die vero secunda
septembris, obiit Jacobus, filius defuncti Jacobi Boschong vel Bosson
-ex Bellegarde [<i>verbum radiatum</i>, conju], viduus vero Mari-Francisc
-nat Magnin, ex Marsens, defuncto die quinta januarii anno millesimo
+ex Bellegarde [<i>verbum radiatum</i>, conju], viduus vero Mariæ-Franciscæ
+natæ Magnin, ex Marsens, defuncto die quinta januarii anno millesimo
octingentesimo trigesimo quinto, Bulli habitans, et die quarta ejusdem
-mensis a me infra scripto parocho in c&oelig;meterio ecclesi parochialis
+mensis a me infra scripto parocho in c&oelig;meterio ecclesiæ parochialis
Sancti Petri ad Vincula urbis Bulli sepultus est.</p>
<p>Quod conforme sit originali testor.</p>
<p class="author"><span class="smcap">J. J. Crausaz</span>, parochus.</p>
-<p>Bulli. die 8<sup>v</sup> 7<sup>bris</sup> 1861.</p>
+<p>Bulli. die 8<sup>væ</sup> 7<sup>bris</sup> 1861.</p>
<p>L'an 1836, le 2 septembre, mourut Jacques, fils de feu Jacques
-Boschong ou Bosson, de Bellegarde, veuf de Marie-Franoise, ne
-Magnin, de Marsens, dcde le 5 janvier 1835, demeurant Bulle, et
-le quatrime jour du mme mois a t enterr dans le cimetire de
-l'glise paroissiale de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle.
+Boschong ou Bosson, de Bellegarde, veuf de Marie-Françoise, née
+Magnin, de Marsens, décédée le 5 janvier 1835, demeurant à Bulle, et
+le quatrième jour du même mois a été enterré dans le cimetière de
+l'église paroissiale de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle.
B.</p>
<hr class="hr30">
<a id="doc10" name="doc10"></a>
<h3>X<br>
-<span class="smaller">MAISON DE MADAME LISABETH.</span></h3>
+<span class="smaller">MAISON DE MADAME ÉLISABETH.</span></h3>
<h4>I.<br>
-AU NOM DU PEUPLE FRANAIS.<br>
-LIBERT, GALIT.</h4>
+AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.<br>
+LIBERTÉ, ÉGALITÉ.</h4>
-<p>Charles <span class="smcap">Delacroix</span>, reprsentant du peuple, en mission dans le
-dpartement de Seine-et-Oise;</p>
+<p>Charles <span class="smcap">Delacroix</span>, représentant du peuple, en mission dans le
+département de Seine-et-Oise;</p>
-<p>Vu la loi du 7 messidor dernier, portant, art. 5, qu'il sera form
-sans dlai Versailles un tablissement d'horlogerie automatique;
-que les citoyens Lemaire et Glaesner y jouiront pendant quinze annes
-<span class="pagenum"><a id="page501" name="page501"></a>(p. 501)</span> gratuitement d'une maison nationale qui sera dtermine par
-le comit d'agriculture et des arts et des finances runis, sur le
+<p>Vu la loi du 7 messidor dernier, portant, art. 5, qu'il sera formé
+sans délai à Versailles un établissement d'horlogerie automatique;
+que les citoyens Lemaire et Glaesner y jouiront pendant quinze années
+<span class="pagenum"><a id="page501" name="page501"></a>(p. 501)</span> gratuitement d'une maison nationale qui sera déterminée par
+le comité d'agriculture et des arts et des finances réunis, sur le
rapport de la commission des arts;</p>
-<p>Que cette manufacture prendra chaque anne cent lves dont le rgime
-sera le mme que pour ceux de Besanon; copie certifie de l'arrt du
-comit de salut public, en date du 12 fructidor dernier; la lettre du
-comit d'agriculture et des arts, en date du 22 du courant, par
-laquelle il m'engage, pendant mon sjour Versailles, donner tous
-mes soins l'tablissement de ladite manufacture. Instruit qu'il
-avoit t pris un arrt du comit des finances portant que ladite
-manufacture seroit tablie dans la maison nationale du garde-meuble;
-mais que diffrents obstacles se sont opposs l'excution de ce
-projet, ainsi que de ceux qui y avoient substitu le ci-devant couvent
-des Ursulines ou celui des Rcollets; qu'il est urgent de destiner
-cet tablissement une maison convenable et qui ne soit occupe par
-aucun tablissement public:</p>
-
-<p>Aprs avoir visit avec lesdits citoyens Lemaire et Glaesner et le
+<p>Que cette manufacture prendra chaque année cent élèves dont le régime
+sera le même que pour ceux de Besançon; copie certifiée de l'arrêté du
+comité de salut public, en date du 12 fructidor dernier; la lettre du
+comité d'agriculture et des arts, en date du 22 du courant, par
+laquelle il m'engage, pendant mon séjour à Versailles, à donner tous
+mes soins à l'établissement de ladite manufacture. Instruit qu'il
+avoit été pris un arrêté du comité des finances portant que ladite
+manufacture seroit établie dans la maison nationale du garde-meuble;
+mais que différents obstacles se sont opposés à l'exécution de ce
+projet, ainsi que de ceux qui y avoient substitué le ci-devant couvent
+des Ursulines ou celui des Récollets; qu'il est urgent de destiner à
+cet établissement une maison convenable et qui ne soit occupée par
+aucun établissement public:</p>
+
+<p>Après avoir visité avec lesdits citoyens Lemaire et Glaesner et le
citoyen Grenus, agent de la commission d'agriculture et des arts, la
-maison d'lisabeth, situe avenue de Paris, et m'tre convaincu
-qu'elle prsente des emplacements convenables et suffisants pour
-l'tablissement des ateliers et le logement des ouvriers, n'exigera
-que des rparations peu considrables, telles que rtablissement de
-quelques cloisons, portes et chemines, enleves ou dtruites pour
-l'tablissement d'un hpital qui y avoit t form; j'arrte ce qui
+maison d'Élisabeth, située avenue de Paris, et m'être convaincu
+qu'elle présente des emplacements convenables et suffisants pour
+l'établissement des ateliers et le logement des ouvriers, n'exigera
+que des réparations peu considérables, telles que rétablissement de
+quelques cloisons, portes et cheminées, enlevées ou détruites pour
+l'établissement d'un hôpital qui y avoit été formé; j'arrête ce qui
suit:</p>
-<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. La maison dite d'lisabeth, l'orangerie et la vacherie
-qui en dpendent, les cours et terrains situs entre lesdits btiments
-sont affects la manufacture d'horlogerie automatique tablie
+<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. La maison dite d'Élisabeth, l'orangerie et la vacherie
+qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits bâtiments
+sont affectés à la manufacture d'horlogerie automatique établie à
Versailles.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Lesdits terrains seront borns au levant par un mur qui sera
+<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Lesdits terrains seront bornés au levant par un mur qui sera
construit dans la direction de celui qui ferme le petit jardin de la
-vacherie, au levant, et prolong jusqu'au mur de clture du ct de
+vacherie, au levant, et prolongé jusqu'au mur de clôture du côté de
l'avenue de Paris.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 3. Les terrains au levant dudit mur resteront la disposition de
-l'administration du district pour tre alins. Elle sera tenue
-d'imposer l'adjudicataire la clause expresse de construire ledit mur
- ses frais dans six mois, pour tout dlai, compter de
+<p><span class="smcap">Art.</span> 3. Les terrains au levant dudit mur resteront à la disposition de
+l'administration du district pour être aliénés. Elle sera tenue
+d'imposer à l'adjudicataire la clause expresse de construire ledit mur
+à ses frais dans six mois, pour tout délai, à compter de
l'adjudication.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Les citoyens Lemaire et Glaesner seront remis sans dlai en
-possession desdits btiments et terrains ci-dessus dsigns.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Les citoyens Lemaire et Glaesner seront remis sans délai en
+possession desdits bâtiments et terrains ci-dessus désignés.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 5. Le citoyen Loiseleur, inspecteur des btiments nationaux
-Versailles, est requis de faire le dtail et devis estimatif des
-cloisons, <span class="pagenum"><a id="page502" name="page502"></a>(p. 502)</span> chemines et portes rtablir dans lesdits
-btiments, et des menues rparations y faire.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 5. Le citoyen Loiseleur, inspecteur des bâtiments nationaux à
+Versailles, est requis de faire le détail et devis estimatif des
+cloisons, <span class="pagenum"><a id="page502" name="page502"></a>(p. 502)</span> cheminées et portes à rétablir dans lesdits
+bâtiments, et des menues réparations à y faire.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 6. Lesdits ouvrages, attendu l'urgence, seront faits par conomie
-sous l'inspection et surveillance immdiate dudit citoyen Loiseleur,
-qui rendra compte de l'excution l'administration dudit dpartement
-et la commission d'agriculture et des arts.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 6. Lesdits ouvrages, attendu l'urgence, seront faits par économie
+sous l'inspection et surveillance immédiate dudit citoyen Loiseleur,
+qui rendra compte de l'exécution à l'administration dudit département
+et à la commission d'agriculture et des arts.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 7. Les dpenses qu'exigeront ledit ouvrage seront acquittes par
-le receveur du district de Versailles et imputes sur les fonds mis
+<p><span class="smcap">Art.</span> 7. Les dépenses qu'exigeront ledit ouvrage seront acquittées par
+le receveur du district de Versailles et imputées sur les fonds mis à
la disposition de ladite commission.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 8. Le citoyen Loiseleur est autoris tirer des magasins des
-btiments nationaux les matriaux qui peuvent s'y trouver propres la
-confection desdits travaux. Il l'est galement se faire dlivrer,
+<p><span class="smcap">Art.</span> 8. Le citoyen Loiseleur est autorisé à tirer des magasins des
+bâtiments nationaux les matériaux qui peuvent s'y trouver propres à la
+confection desdits travaux. Il l'est également à se faire délivrer,
des exploitations qui se font dans le territoire de Versailles, les
bois de charpente, madriers et planches qui ne se trouveraient pas
-dans les magasins des btiments nationaux, et qui seront ncessaires
-tant pour lesdits travaux que pour l'tablissement des ateliers.</p>
+dans les magasins des bâtiments nationaux, et qui seront nécessaires
+tant pour lesdits travaux que pour l'établissement des ateliers.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 9. Il sera libre auxdits citoyens de dfricher les bouquets de
-bois existants dans le local ci-dessus dsign, et de les cultiver
-ainsi qu'ils jugeront propos.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 9. Il sera libre auxdits citoyens de défricher les bouquets de
+bois existants dans le local ci-dessus désigné, et de les cultiver
+ainsi qu'ils jugeront à propos.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 10. Il sera dress un tat des lieux aussitt aprs la confection
-des rparations et rtablissements ci-dessus dsigns, lequel sera
+<p><span class="smcap">Art.</span> 10. Il sera dressé un état des lieux aussitôt après la confection
+des réparations et rétablissements ci-dessus désignés, lequel sera
souscrit par lesdits citoyens Lemaire et Glaesner, avec l'obligation
-de les remettre en bon tat, au terme prescrit par le dcret ci-dessus
-cit pour leur jouissance. Ce terme court compter du 1<sup>er</sup> brumaire
+de les remettre en bon état, au terme prescrit par le décret ci-dessus
+cité pour leur jouissance. Ce terme court à compter du 1<sup>er</sup> brumaire
prochain.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 11. Le procureur gnral syndic du dpartement, et par suite le
-commissaire national prs ladite administration, est charg de
-surveiller l'excution du prsent arrt, qui sera de suite communiqu
-aux comits de salut public, des finances et d'agriculture et arts
-runis. A Versailles, le 29 brumaire de l'an IV de la Rpublique
-franoise.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 11. Le procureur général syndic du département, et par suite le
+commissaire national près ladite administration, est chargé de
+surveiller l'exécution du présent arrêté, qui sera de suite communiqué
+aux comités de salut public, des finances et d'agriculture et arts
+réunis. A Versailles, le 29 brumaire de l'an IV de la République
+françoise.</p>
-<p class="author"><i>Sign:</i> <span class="smcap">Ch. Delacroix.</span> Pour copie conforme: <span class="smcap">Ch. Delacroix.</span></p>
+<p class="author"><i>Signé:</i> <span class="smcap">Ch. Delacroix.</span> Pour copie conforme: <span class="smcap">Ch. Delacroix.</span></p>
-<p class="author">Pour copie conforme: <span class="smcap">Franois de Neufchateau.</span></p>
+<p class="author">Pour copie conforme: <span class="smcap">François de Neufchateau.</span></p>
<hr class="hr10">
<h4><span class="pagenum"><a id="page503" name="page503"></a>(p. 503)</span> II.</h4>
-<p class="entete"><i>Extrait des registres des dlibrations des consuls de la
-Rpublique.</i></p>
+<p class="entete"><i>Extrait des registres des délibérations des consuls de la
+République.</i></p>
-<p class="date">Paris, le 17 ventse l'an IX de la Rpublique franaise, une et indivisible
+<p class="date">Paris, le 17 ventôse l'an IX de la République française, une et indivisible
(8 mars 1801).</p>
-<p>Les consuls de la Rpublique, sur le rapport du ministre de
-l'intrieur, le conseil d'tat entendu, arrtent:</p>
+<p>Les consuls de la République, sur le rapport du ministre de
+l'intérieur, le conseil d'État entendu, arrêtent:</p>
-<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. Les manufactures d'horlogerie tablies Versailles,
-sous la direction des citoyens Lemaire et Glasner, et Grenoble,
-sous celle des citoyens Flaissire et compagnie, sont supprimes.</p>
+<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. Les manufactures d'horlogerie établies à Versailles,
+sous la direction des citoyens Lemaire et Glaësner, et à Grenoble,
+sous celle des citoyens Flaissière et compagnie, sont supprimées.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Le ministre de l'intrieur rglera les indemnits qui peuvent
-tre dues, soit aux entrepreneurs de ces horlogeries, en supposant
+<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Le ministre de l'intérieur réglera les indemnités qui peuvent
+être dues, soit aux entrepreneurs de ces horlogeries, en supposant
qu'ils aient rempli leurs engagements, soit aux autres artistes venus
-de l'tranger pour partager leurs travaux, la charge par les
-entrepreneurs de rendre compte de l'emploi des fonds qui ont t mis
-leur disposition. Les fonds ncessaires au payement des indemnits
-seront pris sur ceux accords annuellement pour l'encouragement des
+de l'étranger pour partager leurs travaux, à la charge par les
+entrepreneurs de rendre compte de l'emploi des fonds qui ont été mis à
+leur disposition. Les fonds nécessaires au payement des indemnités
+seront pris sur ceux accordés annuellement pour l'encouragement des
arts.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 3. La rgie des domaines nationaux fera faire sur-le-champ
-l'inventaire du mobilier appartenant la nation, dpendant desdites
+<p><span class="smcap">Art.</span> 3. La régie des domaines nationaux fera faire sur-le-champ
+l'inventaire du mobilier appartenant à la nation, dépendant desdites
manufactures, et elle en prendra possession. Les maisons nationales
-occupes par ces tablissements seront rendues la disposition de la
-rgie dans le dlai de trois mois.</p>
+occupées par ces établissements seront rendues à la disposition de la
+régie dans le délai de trois mois.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Les ministres de l'intrieur et des finances sont chargs de
-l'excution du prsent arrt.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Les ministres de l'intérieur et des finances sont chargés de
+l'exécution du présent arrêté.</p>
-<p class="author">Le Premier Consul, <i>sign:</i> <span class="smcap">Bonaparte</span>.</p>
+<p class="author">Le Premier Consul, <i>signé:</i> <span class="smcap">Bonaparte</span>.</p>
-<p class="author">Par le Premier Consul, <i>le secrtaire d'tat</i>,<br>
- <i>Sign:</i> <span class="smcap">H. B. Maret.</span></p>
+<p class="author">Par le Premier Consul, <i>le secrétaire d'État</i>,<br>
+ <i>Signé:</i> <span class="smcap">H. B. Maret.</span></p>
<p>Pour ampliation,<br>
- <i>Le ministre de l'intrieur</i>, <span class="smcap">Chaptal</span>.</p>
+ <i>Le ministre de l'intérieur</i>, <span class="smcap">Chaptal</span>.</p>
<hr class="hr10">
<h4>III.</h4>
-<p class="date">Paris, le 9 fructidor an VIII de la Rpublique une et indivisible<br>
- (27 aot 1800).</p>
+<p class="date">Paris, le 9 fructidor an VIII de la République une et indivisible<br>
+ (27 août 1800).</p>
-<p class="entete"><i>Le conseiller d'tat ayant le dpartement des domaines nationaux au
-prfet du dpartement de Seine-et-Oise.</i></p>
+<p class="entete"><i>Le conseiller d'État ayant le département des domaines nationaux au
+préfet du département de Seine-et-Oise.</i></p>
-<p>Vous savez, citoyen prfet, qu'un arrt des consuls du 17 ventse
-dernier a supprim la manufacture d'horlogerie tablie Versailles,
-<span class="pagenum"><a id="page504" name="page504"></a>(p. 504)</span> et ordonn que la maison dite lisabeth, qui toit affecte
-cet tablissement, seroit mise la disposition de la rgie du domaine
-national et de l'enregistrement dans le dlai de trois mois.</p>
+<p>Vous savez, citoyen préfet, qu'un arrêté des consuls du 17 ventôse
+dernier a supprimé la manufacture d'horlogerie établie à Versailles,
+<span class="pagenum"><a id="page504" name="page504"></a>(p. 504)</span> et ordonné que la maison dite Élisabeth, qui étoit affectée à
+cet établissement, seroit mise à la disposition de la régie du domaine
+national et de l'enregistrement dans le délai de trois mois.</p>
-<p>L'architecte du palais national de Versailles ayant prvenu le
-ministre de l'intrieur que cette maison toit tellement endommage
+<p>L'architecte du palais national de Versailles ayant prévenu le
+ministre de l'intérieur que cette maison étoit tellement endommagée
qu'il faudroit employer une somme de vingt-cinq mille francs pour la
-rparer, ce ministre, citoyen prfet, vous a demand votre avis, et
-vous avez pens, ainsi que le mme ministre l'a marqu celui des
-finances, le 3 floral dernier, qu'il seroit plus avantageux de vendre
-cette maison, dans l'tat o elle se trouve, que de la rparer.</p>
-
-<p>De son ct, la rgie des domaines a adress au ministre des finances,
-le 18 du mois dernier, un devis dress le 9 par l'architecte des
-btiments nationaux. Il en rsulte que les frais de rparations
-indispensables s'lveroient 10,157 fr. 82 c., dont 4,018 fr. 61 c.
- la charge des occupants, mais que la totalit de la dpense
-tomberoit vraisemblablement au compte de la Rpublique, attendu que
-les occupants jouissoient, soit comme attachs la manufacture
+réparer, ce ministre, citoyen préfet, vous a demandé votre avis, et
+vous avez pensé, ainsi que le même ministre l'a marqué à celui des
+finances, le 3 floréal dernier, qu'il seroit plus avantageux de vendre
+cette maison, dans l'état où elle se trouve, que de la réparer.</p>
+
+<p>De son côté, la régie des domaines a adressé au ministre des finances,
+le 18 du mois dernier, un devis dressé le 9 par l'architecte des
+bâtiments nationaux. Il en résulte que les frais de réparations
+indispensables s'élèveroient à 10,157 fr. 82 c., dont 4,018 fr. 61 c.
+à la charge des occupants, mais que la totalité de la dépense
+tomberoit vraisemblablement au compte de la République, attendu que
+les occupants jouissoient, soit comme attachés à la manufacture
d'horlogerie, soit en vertu d'une permission du ministre de
-l'intrieur, et que lors de leur entre en jouissance l'tat des lieux
-n'a pas t constat.</p>
+l'intérieur, et que lors de leur entrée en jouissance l'état des lieux
+n'a pas été constaté.</p>
-<p>La rgie a observ que, vu le grand nombre des btiments inoccups
-Versailles, les locations de la maison lisabeth y seroient difficiles
-et d'un foible produit; qu'en consquence il toit plus avantageux
-d'aliner cette maison.</p>
+<p>La régie a observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés à
+Versailles, les locations de la maison Élisabeth y seroient difficiles
+et d'un foible produit; qu'en conséquence il étoit plus avantageux
+d'aliéner cette maison.</p>
-<p>Tout concourt donc, citoyen prfet, ce que vous preniez des mesures
-pour l'alination de la maison dont il s'agit.</p>
+<p>Tout concourt donc, citoyen préfet, à ce que vous preniez des mesures
+pour l'aliénation de la maison dont il s'agit.</p>
<p>Je vous salue.</p>
<p class="authorsc">J. Regnier.</p>
@@ -19621,32 +19576,32 @@ pour l'alination de la maison dont il s'agit.</p>
<h4>IV.</h4>
<p class="entete">VENTE DES DOMAINES NATIONAUX<br>
- en excution des lois des 15 et 16 floral an X (5 et 6 mai 1802).<br>
+ en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X (5 et 6 mai 1802).<br>
- DPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE.&mdash;<i>Commune de Versailles.</i>&mdash;3<sup>e</sup>
+ DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE.&mdash;<i>Commune de Versailles.</i>&mdash;3<sup>e</sup>
arrondissement.</p>
-<p>L'an X de la Rpublique franaise, le vingt-troisime jour du mois de
-messidor midi, il a t procd, devant le prfet du dpartement de
-Seine-et-Oise, en excution des lois des 15 et 16 floral an X, la
-rception des premires enchres pour la vente des biens nationaux
-dsigns dans l'affiche approuve le 8 dudit mois messidor, laquelle a
-t publie et appose dans les lieux prescrits par l'article <span class="smcap">II</span> du
-titre III du dcret du 14 mai 1790. En consquence, il a t annonc
-<span class="pagenum"><a id="page505" name="page505"></a>(p. 505)</span> que les premires enchres alloient tre reues sur chacun
-des articles de l'affiche, lecture pralablement faite d'icelle et du
-cahier des charges rdig par le directeur de la rgie de
-l'enregistrement, prsent la sance.</p>
+<p>L'an X de la République française, le vingt-troisième jour du mois de
+messidor à midi, il a été procédé, devant le préfet du département de
+Seine-et-Oise, en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X, à la
+réception des premières enchères pour la vente des biens nationaux
+désignés dans l'affiche approuvée le 8 dudit mois messidor, laquelle a
+été publiée et apposée dans les lieux prescrits par l'article <span class="smcap">II</span> du
+titre III du décret du 14 mai 1790. En conséquence, il a été annoncé
+<span class="pagenum"><a id="page505" name="page505"></a>(p. 505)</span> que les premières enchères alloient être reçues sur chacun
+des articles de l'affiche, lecture préalablement faite d'icelle et du
+cahier des charges rédigé par le directeur de la régie de
+l'enregistrement, présent à la séance.</p>
<p class="entete">ARTICLE II DE L'AFFICHE 71.<br>
<i>Biens provenant de la ci-devant liste civile.</i></p>
-<p>La maison dite <em>lisabeth</em> et ses dpendances, situes dans la ville
+<p>La maison dite <em>Élisabeth</em> et ses dépendances, situées dans la ville
de Versailles.</p>
-<p>Cette proprit est divise en cinq lots, suivant le procs-verbal
-d'estimation qui en a t dress par le citoyen Duclos, le 5
-vendmiaire an X, dment enregistr, lesdits lots dsigns et valus
+<p>Cette propriété est divisée en cinq lots, suivant le procès-verbal
+d'estimation qui en a été dressé par le citoyen Duclos, le 5
+vendémiaire an X, dûment enregistré, lesdits lots désignés et évalués
ainsi qu'il suit:</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="3" summary="Lots.">
@@ -19654,10 +19609,10 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="7" class="center">PREMIER LOT.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le premier lot indiqu par la lettre A au plan annex audit procs-verbal,
- consistant dans le btiment d'habitation, une portion des
- deux premires cours et environ un hectare quatre-vingt-quatorze
- ares soixante centiares de jardin, est estim valoir en revenu annuel
+<td>Le premier lot indiqué par la lettre A au plan annexé audit procès-verbal,
+ consistant dans le bâtiment d'habitation, une portion des
+ deux premières cours et environ un hectare quatre-vingt-quatorze
+ ares soixante centiares de jardin, est estimé valoir en revenu annuel
la somme de dix-sept cents francs, ci.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes valignb">1,700</td>
@@ -19665,7 +19620,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lequel multipli par six produit un capital de</td>
+<td>Lequel multiplié par six produit un capital de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10,200</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -19678,7 +19633,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Il en rsulte une premire mise prix de</td>
+<td>Il en résulte une première mise à prix de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">11,220</td>
<td>f</td>
@@ -19690,21 +19645,21 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="7">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7" class="center">DEUXIME LOT.</td>
+<td colspan="7" class="center">DEUXIÈME LOT.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le deuxime lot, cot B au plan, compos des btiments
- dits les curies et cuisines, des cours qu'ils renferment,
- d'une portion des deux premires cours, contenant environ
+<td>Le deuxième lot, coté B au plan, composé des bâtiments
+ dits les écuries et cuisines, des cours qu'ils renferment,
+ d'une portion des deux premières cours, contenant environ
un hectare cinquante ares soixante-douze centiares,
- est estim valoir au revenu annuel</td>
+ est estimé valoir au revenu annuel</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes valignb">1,200</td>
<td class="bor_bot_yes valignb">f</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Et en capital le revenu multipli comme ci-dessus</td>
+<td>Et en capital le revenu multiplié comme ci-dessus</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">7,200</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -19717,7 +19672,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Il en rsulte un total de</td>
+<td>Il en résulte un total de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">7,920</td>
<td>f</td>
@@ -19729,13 +19684,13 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="7">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7" class="center">TROISIME LOT.</td>
+<td colspan="7" class="center">TROISIÈME LOT.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le troisime lot, cot C au plan, compos des btiments
+<td>Le troisième lot, coté C au plan, composé des bâtiments
dits le logement du jardinier, de la cour au-devant, et
d'environ soixante-seize ares trente centiares de jardin,
- est estim en revenu</td>
+ est estimé en revenu</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">240</td>
<td>f</td>
@@ -19743,7 +19698,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td class="bor_bot_yes" colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="right">Total reporter</td>
+<td class="right">Total à reporter</td>
<td colspan="4">&nbsp;</td>
<td class="right">19,140</td>
<td>f</td>
@@ -19755,19 +19710,19 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td>f</td>
</tr>
<tr>
-<td>Et en capital le revenu multipli par six donne</td>
+<td>Et en capital le revenu multiplié par six donne</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,440</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A quoi ajoutant le dixime</td>
+<td>A quoi ajoutant le dixième</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">144</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Il en rsulte une premire mise prix de</td>
+<td>Il en résulte une première mise à prix de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,594</td>
<td>f</td>
@@ -19778,13 +19733,13 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="7">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7" class="center">QUATRIME LOT.</td>
+<td colspan="7" class="center">QUATRIÈME LOT.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le quatrime, cot D au plan, compos du btiment dit
- l'orangerie et de celui connu sous la dnomination de la
+<td>Le quatrième, coté D au plan, composé du bâtiment dit
+ l'orangerie et de celui connu sous la dénomination de la
laiterie, d'une petite cour et d'environ trente-cinq ares
- cinquante-huit centiares de jardin; le tout estim valoir
+ cinquante-huit centiares de jardin; le tout estimé valoir
un revenu annuel de 160 francs</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right valignb bor_bot_yes">160</td>
@@ -19793,7 +19748,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lequel multipli par six produit un capital de</td>
+<td>Lequel multiplié par six produit un capital de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">960</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -19806,7 +19761,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Il en rsulte un total de</td>
+<td>Il en résulte un total de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,056</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -19818,12 +19773,12 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="7">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7" class="center">CINQUIME LOT.</td>
+<td colspan="7" class="center">CINQUIÈME LOT.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le cinquime et dernier lot, cot E au plan, compos du
- btiment dit la conciergerie, d'une cour et d'une portion
- de jardin d'environ quinze ares vingt centiares, estim,
+<td>Le cinquième et dernier lot, coté E au plan, composé du
+ bâtiment dit la conciergerie, d'une cour et d'une portion
+ de jardin d'environ quinze ares vingt centiares, estimé,
en revenu annuel, la somme de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right valignb bor_bot_yes">200</td>
@@ -19832,7 +19787,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lequel revenu multipli par six produit un capital de</td>
+<td>Lequel revenu multiplié par six produit un capital de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,200</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -19844,7 +19799,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Il en rsulte une premire mise prix de</td>
+<td>Il en résulte une première mise à prix de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,320</td>
<td>f</td>
@@ -19860,39 +19815,39 @@ ainsi qu'il suit:</p>
</tr>
</table>
-<p class="entete"><i>Rserves.</i></p>
+<p class="entete"><i>Réserves.</i></p>
<p>Ne font point partie de la vente les glaces, tablettes, chambranles de
-marbre, bras de chemines, bronzes incrusts ou tenant au corps
-principal de maonnerie des chemines, les jalousies, les poles,
+marbre, bras de cheminées, bronzes incrustés ou tenant au corps
+principal de maçonnerie des cheminées, les jalousies, les poêles,
bancs de pierre et autres ornements qui pourroient exister dans les
-btiments; ces objets sont rputs mobilier et seront vendus comme
+bâtiments; ces objets sont réputés mobilier et seront vendus comme
tels.</p>
-<p class="entete"><i>Charges particulires.</i></p>
+<p class="entete"><i>Charges particulières.</i></p>
-<p>Dans le cas o la proprit dont il s'agit seroit adjuge
-partiellement, chaque acqureur sera tenu de se conformer aux clauses
-et conditions insres au procs-verbal d'estimation annex au
-prsent, et qui lui sont imposes relativement au partage du jardin,
- la distribution <span class="pagenum"><a id="page507" name="page507"></a>(p. 507)</span> des eaux, la clture des terrains
-respectivement affects chaque lot, la mitoyennet des murs et aux
-charges auxquelles seront spcialement assujettis les acqureurs.</p>
+<p>Dans le cas où la propriété dont il s'agit seroit adjugée
+partiellement, chaque acquéreur sera tenu de se conformer aux clauses
+et conditions insérées au procès-verbal d'estimation annexé au
+présent, et qui lui sont imposées relativement au partage du jardin,
+à la distribution <span class="pagenum"><a id="page507" name="page507"></a>(p. 507)</span> des eaux, à la clôture des terrains
+respectivement affectés à chaque lot, à la mitoyenneté des murs et aux
+charges auxquelles seront spécialement assujettis les acquéreurs.</p>
-<p>Pour l'excution de ces clauses il sera dlivr extrait dudit
-procs-verbal chacun de ces acqureurs, qui sera galement tenu de
-laisser faire au citoyen Hubert, portier de ladite maison, la rcolte
-des grains, fruits et lgumes, existant actuellement sur les terrains
-dpendants de ladite proprit, sauf cependant l'indemniser dire
-d'experts, attendu que ledit Hubert a t autoris les cultiver par
-dcision du prfet du 24 floral dernier.</p>
+<p>Pour l'exécution de ces clauses il sera délivré extrait dudit
+procès-verbal à chacun de ces acquéreurs, qui sera également tenu de
+laisser faire au citoyen Hubert, portier de ladite maison, la récolte
+des grains, fruits et légumes, existant actuellement sur les terrains
+dépendants de ladite propriété, sauf cependant à l'indemniser à dire
+d'experts, attendu que ledit Hubert a été autorisé à les cultiver par
+décision du préfet du 24 floréal dernier.</p>
-<p><i>Nota.</i> Il ne sera fait aucune coupure la conduite qui donne l'eau
-au cinquime lot: cette conduite devant subsister telle qu'elle est.</p>
+<p><i>Nota.</i> Il ne sera fait aucune coupure à la conduite qui donne l'eau
+au cinquième lot: cette conduite devant subsister telle qu'elle est.</p>
-<p>Lecture faite haute et intelligible voix, par le secrtaire gnral
-de la prfecture, des charges, clauses et conditions ci-dessus, les
-enchres ont t ouvertes:</p>
+<p>Lecture faite à haute et intelligible voix, par le secrétaire général
+de la préfecture, des charges, clauses et conditions ci-dessus, les
+enchères ont été ouvertes:</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Lots.">
<tr>
@@ -19901,7 +19856,7 @@ enchres ont t ouvertes:</p>
<tr>
<td class="right">11,220</td>
<td>f</td>
-<td>montant de la mise prix du 1<sup>er</sup> lot.</td>
+<td>montant de la mise à prix du 1<sup>er</sup> lot.</td>
</tr>
<tr>
<td class="right">7,920</td>
@@ -19940,85 +19895,85 @@ enchres ont t ouvertes:</p>
</tr>
</table>
-<p class="noindent">de la proprit, personne n'ayant enchri, tant sur la mise prix de
-chacun de ces lots que sur celle de la totalit du domaine, le prfet
-a renvoy l'adjudication dfinitive au 27 du mois de messidor, jour
-indiqu par l'affiche, et le prsent procs-verbal a t clos.</p>
-
-<p>Et le vingt-septime jour du mois de messidor l'an X de la Rpublique
-franaise, le prfet du dpartement de Seine-et-Oise, en prsence du
-directeur de la rgie de l'enregistrement, et lecture pralable faite
-par le secrtaire gnral du cahier des charges insres dans le
-procs-verbal ci-dessus, a procd, en excution des lois prcites,
-l'adjudication dfinitive du bien national (en question); duquel bien
-la dsignation a t insre dans le procs-verbal des premires
-enchres ci-dessus, suivant lequel il n'a point t port d'enchre
-au-dessus de la mise prix tant des diffrents lots que de l'ensemble
-de la proprit; en consquence il a t allum des feux, d'abord sur
-le montant de la mise prix de chacun des lots telle qu'elle est
-tablie d'autre part.</p>
+<p class="noindent">de la propriété, personne n'ayant enchéri, tant sur la mise à prix de
+chacun de ces lots que sur celle de la totalité du domaine, le préfet
+a renvoyé l'adjudication définitive au 27 du mois de messidor, jour
+indiqué par l'affiche, et le présent procès-verbal a été clos.</p>
+
+<p>Et le vingt-septième jour du mois de messidor l'an X de la République
+française, le préfet du département de Seine-et-Oise, en présence du
+directeur de la régie de l'enregistrement, et lecture préalable faite
+par le secrétaire général du cahier des charges insérées dans le
+procès-verbal ci-dessus, a procédé, en exécution des lois précitées, à
+l'adjudication définitive du bien national (en question); duquel bien
+la désignation a été insérée dans le procès-verbal des premières
+enchères ci-dessus, suivant lequel il n'a point été porté d'enchère
+au-dessus de la mise à prix tant des différents lots que de l'ensemble
+de la propriété; en conséquence il a été allumé des feux, d'abord sur
+le montant de la mise à prix de chacun des lots telle qu'elle est
+établie d'autre part.</p>
<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page508" name="page508"></a>(p. 508)</span> PREMIER LOT.</p>
-<p>Au huitime feu, la dernire enchre est reste au citoyen Durand,
-moyennant 34,600 francs; un neuvime feu s'tant teint sans que
-pendant sa dure il ait t mis aucune enchre, le prfet en a donn
+<p>Au huitième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
+moyennant 34,600 francs; un neuvième feu s'étant éteint sans que
+pendant sa durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné
acte audit citoyen Durand.</p>
-<p class="entete">DEUXIME LOT.</p>
+<p class="entete">DEUXIÈME LOT.</p>
-<p>Au quatrime feu, la dernire enchre est reste au citoyen Durand
-pour 17,400 francs. Un cinquime feu s'tant teint, sans qu'il ait
-t fait aucune offre, le prfet en a pareillement donn acte audit
+<p>Au quatrième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand
+pour 17,400 francs. Un cinquième feu s'étant éteint, sans qu'il ait
+été fait aucune offre, le préfet en a pareillement donné acte audit
Durand.</p>
-<p class="entete">TROISIME LOT.</p>
+<p class="entete">TROISIÈME LOT.</p>
-<p>Au troisime feu, la dernire enchre est reste au citoyen Boucher
-pour 6,800 francs. Un sixime feu s'tant teint sans que pendant sa
-dure il ait t mis aucune enchre, le prfet en a aussi donn acte
+<p>Au troisième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher
+pour 6,800 francs. Un sixième feu s'étant éteint sans que pendant sa
+durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a aussi donné acte
au citoyen Boucher.</p>
-<p class="entete">QUATRIME LOT.</p>
+<p class="entete">QUATRIÈME LOT.</p>
-<p>Au quatrime feu, la dernire est reste au citoyen Cossin pour 6,750
-francs. Un cinquime feu s'tant teint sans qu'il ait t fait aucune
-offre, le prfet en a donn acte au citoyen Cossin.</p>
+<p>Au quatrième feu, la dernière est restée au citoyen Cossin pour 6,750
+francs. Un cinquième feu s'étant éteint sans qu'il ait été fait aucune
+offre, le préfet en a donné acte au citoyen Cossin.</p>
-<p class="entete">CINQUIME LOT.</p>
+<p class="entete">CINQUIÈME LOT.</p>
-<p>Au sixime feu, la dernire enchre est reste au citoyen Boucher pour
-7,850 francs. Un septime feu s'tant teint sans que pendant sa dure
-il ait t mis aucune enchre, le prfet en a donn acte audit citoyen
+<p>Au sixième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher pour
+7,850 francs. Un septième feu s'étant éteint sans que pendant sa durée
+il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné acte audit citoyen
Boucher.</p>
-<p>Cette opration termine, les enchres ont t reues en la manire
-accoutume sur l'ensemble du domaine, prenant pour base la somme de
-73,400 francs, montant des offres faites pour acqurir divisment
-cette mme proprit.</p>
-
-<p>Au premier feu, la dernire enchre est reste au citoyen Durand,
-moyennant la somme de 75,200 francs; au deuxime, au citoyen Villers
-pour 75,600 francs; au troisime, au mme, moyennant 75,900 francs.</p>
-
-<p>Un autre feu ayant t allum et s'tant teint sans que pendant sa
-dure il ait t mis aucune enchre, le prfet a dclar le citoyen
-Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant Paris, rue de
-l'Universit, 269, adjudicataire dfinitif, et lui a adjug la
-totalit de la maison dite lisabeth et ses dpendances, tel que ce
-domaine est ci-devant dsign, moyennant le prix et somme de
+<p>Cette opération terminée, les enchères ont été reçues en la manière
+accoutumée sur l'ensemble du domaine, prenant pour base la somme de
+73,400 francs, montant des offres faites pour acquérir divisément
+cette même propriété.</p>
+
+<p>Au premier feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
+moyennant la somme de 75,200 francs; au deuxième, au citoyen Villers
+pour 75,600 francs; au troisième, au même, moyennant 75,900 francs.</p>
+
+<p>Un autre feu ayant été allumé et s'étant éteint sans que pendant sa
+durée il ait été mis aucune enchère, le préfet a déclaré le citoyen
+Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
+l'Université, 269, adjudicataire définitif, et lui a adjugé la
+totalité de la maison dite Élisabeth et ses dépendances, tel que ce
+domaine est ci-devant désigné, moyennant le prix et somme de
soixante-quinze mille neuf <span class="pagenum"><a id="page509" name="page509"></a>(p. 509)</span> cents francs, aux charges, clauses
-et conditions insres dans le premier procs-verbal d'enchres, sous
+et conditions insérées dans le premier procès-verbal d'enchères, sous
l'obligation et garantie de tous les biens meubles et immeubles,
-prsents et venir, dudit citoyen Villers, et spcialement les biens
-prsentement vendus, sans qu'une obligation droge l'autre.</p>
+présents et à venir, dudit citoyen Villers, et spécialement les biens
+présentement vendus, sans qu'une obligation déroge à l'autre.</p>
-<p>L'acqureur a dclar qu'il se rservoit la facult de nommer son
-command dans les dlais prescrits par la loi.</p>
+<p>L'acquéreur a déclaré qu'il se réservoit la faculté de nommer son
+command dans les délais prescrits par la loi.</p>
<p class="authorsc">G. Garnier.</p>
-<p>Enregistr Versailles, le 7 thermidor an X de la Rpublique. Reu
+<p>Enregistré à Versailles, le 7 thermidor an X de la République. Reçu
seize cent soixante-neuf francs quatre-vingts centimes.</p>
<p class="authorsc">Noel.</p>
@@ -20031,27 +19986,27 @@ seize cent soixante-neuf francs quatre-vingts centimes.</p>
<h3>XI<br>
<span class="smaller">DISTRICT DE VERSAILLES.&mdash;COMMISSION DES ARTS.&mdash;PLANTES.</span></h3>
-<p>Nous, commissaire nomm par le Directoire du dpartement de
-Seine-et-Oise, en conformit des loix et lettres ministrielles sur la
-disposition du mobilier national l'effet d'oprer la distraction des
-objets prcieux et particulirement des plantes rares qui se
+<p>Nous, commissaire nommé par le Directoire du département de
+Seine-et-Oise, en conformité des loix et lettres ministérielles sur la
+disposition du mobilier national à l'effet d'opérer la distraction des
+objets précieux et particulièrement des plantes rares qui se
trouveront dans les maisons cy-devant royales, religieuses et des
-migrs dudit dpartement, pour procder l'enlvement desdits objets
-et les faire transporter au lieu dsign pour le dpt.</p>
+émigrés dudit département, pour procéder à l'enlèvement desdits objets
+et les faire transporter au lieu désigné pour le dépôt.</p>
-<p>Nous nous sommes transport la maison cy-devant lisabeth
-Montreuil, accompagn d'un officier de la municipalit, o tant avons
-somm le citoyen Coupry, jardinier de ladite maison, de nous
-introduire dans les jardins l'effet d'y remplir notre mission, ce
-qu'ayant fait, nous avons procd au triage et estimation des plantes
-de la manire suivante.</p>
+<p>Nous nous sommes transporté à la maison cy-devant à Élisabeth à
+Montreuil, accompagné d'un officier de la municipalité, où étant avons
+sommé le citoyen Coupry, jardinier de ladite maison, de nous
+introduire dans les jardins à l'effet d'y remplir notre mission, ce
+qu'ayant fait, nous avons procédé au triage et estimation des plantes
+de la manière suivante.</p>
-<p class="entete"><span class="smcap">OBJETS RSERVS POUR LE DPT.</span></p>
+<p class="entete"><span class="smcap">OBJETS RÉSERVÉS POUR LE DÉPÔT.</span></p>
<ul class="none">
<li class="add2em"><i>Plantes d'orangerie.</i></li>
<li>&nbsp;</li>
-<li>4 Atriplex portulacodes.</li>
+<li>4 Atriplex portulacoïdes.</li>
<li>4 Pistacia Terebinthus.</li>
<li>2 Erica mammosa.</li>
<li>2 Lavatera gallica.</li>
@@ -20067,12 +20022,12 @@ de la manire suivante.</p>
<li>2 Salvia macrophylia.</li>
<li><span class="pagenum"><a id="page510" name="page510"></a>(p. 510)</span> 1 Salvia cretica.</li>
<li>6 Teucrium latifolium.</li>
-<li>4 Teucrium betonicfolium.</li>
+<li>4 Teucrium betonicæfolium.</li>
<li>1 Teucrium fruticans.</li>
-<li>5 Teucrium chamdrifolium hirsutum.</li>
+<li>5 Teucrium chamædrifolium hirsutum.</li>
<li>4 Artemisia capillaris.</li>
<li>3 Artemisia moxa.</li>
-<li>3 Solanum sodomum.</li>
+<li>3 Solanum sodomæum.</li>
<li>3 Phillyrea angustifolia.</li>
<li>1 Phillyrea latifolia.</li>
<li>1 Anagyris f&oelig;tida.</li>
@@ -20080,11 +20035,11 @@ de la manire suivante.</p>
<li>2 Ephedra nova.</li>
<li>2 Cineraria populifolia.</li>
<li>4 Cineraria maritima.</li>
-<li>6 Cineraria amellodes.</li>
+<li>6 Cineraria amelloïdes.</li>
<li>2 Medicago arborea.</li>
<li>1 Medicago marina.</li>
<li>1 Anthyllis barba-Jovis.</li>
-<li>2 Anthyllis Hermanni.</li>
+<li>2 Anthyllis Hermanniæ.</li>
<li>2 Tarchonanthas camphoratus.</li>
<li>4 Rhus angustifolia.</li>
<li>1 Rhus glabra.</li>
@@ -20096,14 +20051,14 @@ de la manire suivante.</p>
<li>3 Gnaphalium f&oelig;tidum.</li>
<li>2 Gnaphalium st&oelig;chas.</li>
<li>2 Gnaphalium orientalis.</li>
-<li>12 Pots d'ixia, diffrentes espces.</li>
+<li>12 Pots d'ixia, différentes espèces.</li>
<li>3 Gladiolas tristis.</li>
<li>1 Cistus populifolius.</li>
<li>1 Cistus purpareus.</li>
<li>2 Cistus laurifolius.</li>
<li>6 Cneorum tricoccum.</li>
<li>1 Asparagus acutifolius.</li>
-<li>1 Serratula champeuce.</li>
+<li>1 Serratula chamæpeuce.</li>
<li>2 Carthamus salicifolius.</li>
<li>2 Quercus suber.</li>
<li>4 Physalis somnifera.</li>
@@ -20124,7 +20079,7 @@ de la manire suivante.</p>
<li>1 Aristolochia sempervirens.</li>
<li>2 Rumex Lunaria.</li>
<li>2 Lavandula st&oelig;chas.</li>
-<li>1 Scabiosa palstina.</li>
+<li>1 Scabiosa palæstina.</li>
<li>1 Ficus pumila.</li>
<li>1 Statice monopetala latifolia.</li>
<li>1 Psoralea pinnata.</li>
@@ -20134,7 +20089,7 @@ de la manire suivante.</p>
<li>2 &OElig;nothera rosea.</li>
<li>6 &OElig;nothera pumila.</li>
<li>1 Urtica nivea.</li>
-<li>3 Inula crithmodes.</li>
+<li>3 Inula crithmoïdes.</li>
<li>1 Hypoxis japonica.</li>
<li>4 Senecio halimifolia.</li>
<li>1 Tanacetum novum.</li>
@@ -20142,7 +20097,7 @@ de la manire suivante.</p>
<li>1 Phlomis laciniata.</li>
<li>1 Chrysophyllum glabrum.</li>
<li>3 Arenaria balearica.</li>
-<li>3 Linna borealis.</li>
+<li>3 Linnæa borealis.</li>
<li>Arundo donax variegata.</li>
<li>1 Ulmus pumila.</li>
<li>1 Clutia pulchella.</li>
@@ -20150,7 +20105,7 @@ de la manire suivante.</p>
<li>2 Mimosa arborea.</li>
<li>2 Sterculia platanifolia.</li>
<li>1 Bignonia crucigera.</li>
-<li>1 Baccharis ivfolia.</li>
+<li>1 Baccharis ivæfolia.</li>
<li>3 Scolymus maculatus.</li>
<li>4 Chrysanthemum serotinum.</li>
<li>1 Panicum novum.</li>
@@ -20163,11 +20118,11 @@ de la manire suivante.</p>
<li>1 Ceratonia siliqua.</li>
</ul>
-<p><span class="pagenum"><a id="page511" name="page511"></a>(p. 511)</span> La totalit des plantes en pots rserves pour le dpt se
-monte la quantit de deux cent quarante-cinq individus et environ un
+<p><span class="pagenum"><a id="page511" name="page511"></a>(p. 511)</span> La totalité des plantes en pots réservées pour le dépôt se
+monte à la quantité de deux cent quarante-cinq individus et environ un
cent de plantes vivaces.</p>
-<p class="entete">OBJETS DSIGNS POUR LA VENTE.</p>
+<p class="entete">OBJETS DÉSIGNÉS POUR LA VENTE.</p>
<table border="0" cellpadding="2" summary="Vente.">
<colgroup>
@@ -20220,7 +20175,7 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="4">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Treize Orangers de diffrentes espces estims l'un dans l'autre 60<sup class="small">&#035;</sup> pice</td>
+<td>Treize Orangers de différentes espèces estimés l'un dans l'autre 60<sup class="small">&#035;</sup> pièce</td>
<td class="right">780</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -20245,14 +20200,14 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="4">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Huit Orangers, petites caisses, estims l'un dans l'autre la
+<td>Huit Orangers, petites caisses, estimés l'un dans l'autre la
somme de 24<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">192</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>15 Grenadiers de quinze vingt-deux pouces de caisse, estims
- l'un dans l'autre 18<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>15 Grenadiers de quinze à vingt-deux pouces de caisse, estimés
+ l'un dans l'autre à 18<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">270</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20262,7 +20217,7 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Oliviers, caisse, 12<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>2 Oliviers, caisse, à 12<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">24</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20272,27 +20227,27 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Bosia yervamora, 10<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>2 Bosia yervamora, à 10<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">20</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>3 Justicia adathoda, 12<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>3 Justicia adathoda, à 12<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">36</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>1 Altha</td>
+<td>1 Althæa</td>
<td class="right">8</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>12 Lauriers-roses, 10<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>12 Lauriers-roses, à 10<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">120</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Lentisques, 8<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>2 Lentisques, à 8<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">16</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20306,18 +20261,18 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="5">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>6 Atriplex portulacodes, 8 sols</td>
+<td>6 Atriplex portulacoïdes, à 8 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Buddleia globosa, 10 sols</td>
+<td>2 Buddleia globosa, à 10 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>4 Pistacia Terebinthus, 15 sols</td>
+<td>4 Pistacia Terebinthus, à 15 sols</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20327,56 +20282,56 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>5 Melia azedarach, 10 sols</td>
+<td>5 Melia azedarach, à 10 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
-<td>6 Teucrium latifolium, 10 sols</td>
+<td>6 Teucrium latifolium, à 10 sols</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Ceanothus africanus, 15 sols</td>
+<td>2 Ceanothus africanus, à 15 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
-<td>34 Solanum pseudo-capsicum, 10 sols</td>
+<td>34 Solanum pseudo-capsicum, à 10 sols</td>
<td class="right">17</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Solanum tomentosum, 15 sols</td>
+<td>2 Solanum tomentosum, à 15 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
-<td>4 Solanum sodomum, 10 sols</td>
+<td>4 Solanum sodomæum, à 10 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>4 Solanum bonariense, 8 sols</td>
+<td>4 Solanum bonariense, à 8 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Yucca gloriosa, 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>2 Yucca gloriosa, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">2</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>4 Cupressus sempervirens, 10 sols</td>
+<td>4 Cupressus sempervirens, à 10 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>6 Cineraria amellodes, 10 sols</td>
+<td>6 Cineraria amelloïdes, à 10 sols</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20386,14 +20341,14 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>5 Viburnum Tinus, 10 sols</td>
+<td>5 Viburnum Tinus, à 10 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>18 Thlaspi vivaces, 5 sols</td>
+<td>18 Thlaspi vivaces, à 5 sols</td>
<td class="right bor_bot_yes">4</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">10</td>
@@ -20412,7 +20367,7 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>6 Cneorum tricoccum, 8 sols</td>
+<td>6 Cneorum tricoccum, à 8 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">8</td>
@@ -20426,69 +20381,69 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>4 Sonchus fruticosus, 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>4 Sonchus fruticosus, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>1 Celastrus pyracantha, 10 sols</td>
+<td>1 Celastrus pyracantha, à 10 sols</td>
<td class="right">&nbsp;</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>3 Celastrus buxifolius, 10 sols</td>
+<td>3 Celastrus buxifolius, à 10 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Aloe verrucosa, 8 sols</td>
+<td>2 Aloe verrucosa, à 8 sols</td>
<td class="right">&nbsp;</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">16</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>12 Mesembryanthemum ou ficodes de diffrentes espces, 10 sols</td>
+<td>12 Mesembryanthemum ou ficoïdes de différentes espèces, à 10 sols</td>
<td class="right">6</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>5 Cacalia laciniata, 8 sols</td>
+<td>5 Cacalia laciniata, à 8 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Psoralea palstina, 8 sols</td>
+<td>2 Psoralea palæstina, à 8 sols</td>
<td class="right">&nbsp;</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">16</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>1 Euphorbia caput Medus</td>
+<td>1 Euphorbia caput Medusæ</td>
<td class="right">&nbsp;</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>8 Phlomis fruticosa, 10 sols</td>
+<td>8 Phlomis fruticosa, à 10 sols</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Inula crithmodes, 18 sols</td>
+<td>2 Inula crithmoïdes, à 18 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">16</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>6 Leonurus ou Queue de lion, 10 sols</td>
+<td>6 Leonurus ou Queue de lion, à 10 sols</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20507,7 +20462,7 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Smilax aspera, 10 sols</td>
+<td>2 Smilax aspera, à 10 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20517,36 +20472,36 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Crassula orbiculata, 8 sols</td>
+<td>2 Crassula orbiculata, à 8 sols</td>
<td class="right">&nbsp;</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">16</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Physalis somnifera, 10 sols</td>
+<td>2 Physalis somnifera, à 10 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>58 Geranium en pots de diffrentes espces, 8 sols</td>
+<td>58 Geranium en pots de différentes espèces, à 8 sols</td>
<td class="right">23</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">8</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>8 Geranium dans des vases de faence, 6<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>8 Geranium dans des vases de faïence, à 6<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">48</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>12 Vases de faence vides mutils, 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>12 Vases de faïence vides mutilés, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">12</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>100 pots vides, 8 sols</td>
+<td>100 pots vides, à 8 sols</td>
<td class="right">40</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20554,82 +20509,82 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="5">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="5" class="center"><i>Ppinire.</i></td>
+<td colspan="5" class="center"><i>Pépinière.</i></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="5">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>300 Pins d'cosse, 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>300 Pins d'Écosse, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">300</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>10 Sapinettes, 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>10 Sapinettes, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">10</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>35 Thuyas, 5 sols</td>
+<td>35 Thuyas, à 5 sols</td>
<td class="right">8</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">15</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>40 Marronniers, 15 sols</td>
+<td>40 Marronniers, à 15 sols</td>
<td class="right">30</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>50 Spira populifolia, 10 sols</td>
+<td>50 Spiræa populifolia, à 10 sols</td>
<td class="right">25</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>150 Arbres de Sainte-Lucie, 8 sols</td>
+<td>150 Arbres de Sainte-Lucie, à 8 sols</td>
<td class="right">60</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>150 rables feuilles de frne, 10 sols</td>
+<td>150 Érables à feuilles de frêne, à 10 sols</td>
<td class="right">75</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>250 Cerisiers grappes, 5 sols</td>
+<td>250 Cerisiers à grappes, à 5 sols</td>
<td class="right">62</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>200 Cornouillers sanguins, 4 sols</td>
+<td>200 Cornouillers sanguins, à 4 sols</td>
<td class="right">40</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>60 bniers, 10 sols</td>
+<td>60 Ébéniers, à 10 sols</td>
<td class="right">30</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>18 Frnes de diffrentes espces, 10 sols</td>
+<td>18 Frênes de différentes espèces, à 10 sols</td>
<td class="right">9</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>30 Lonicera Diervilla, 2 sols</td>
+<td>30 Lonicera Diervilla, à 2 sols</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>40 Seringas, 4 sols</td>
+<td>40 Seringas, à 4 sols</td>
<td class="right">8</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>80 Lilas, 10 sols</td>
+<td>80 Lilas, à 10 sols</td>
<td class="right bor_bot_yes">40</td>
<td class="bor_bot_yes" colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20642,30 +20597,30 @@ cent de plantes vivaces.</p>
</tr>
</table>
-<p>Il se trouve aussi dans une des cours un dpt de terre de bruyre que
-l'on peut estimer soixante tombereaux environ, rserve pour le
-dpt des plantes Trianon. Prs de cette cour est un grand carr
-<span class="pagenum"><a id="page513" name="page513"></a>(p. 513)</span> plant de diffrents arbres trangers pour former une cole
-de botanique; on se rserve aussi d'en enlever ce qui conviendra pour
-tre transport audit dpt.</p>
+<p>Il se trouve aussi dans une des cours un dépôt de terre de bruyère que
+l'on peut estimer à soixante tombereaux environ, réserve pour le
+dépôt des plantes à Trianon. Près de cette cour est un grand carré
+<span class="pagenum"><a id="page513" name="page513"></a>(p. 513)</span> planté de différents arbres étrangers pour former une école
+de botanique; on se réserve aussi d'en enlever ce qui conviendra pour
+être transporté audit dépôt.</p>
<ul class="none">
-<li class="add1em">OBJETS RCLAMS PAR LA CITOYENNE BROWN,<br>
- <i>ci-devant jardinire du potager Versailles.</i></li>
+<li class="add1em">OBJETS RÉCLAMÉS PAR LA CITOYENNE BROWN,<br>
+ <i>ci-devant jardinière du potager à Versailles.</i></li>
<li>&nbsp;</li>
-<li>28 Orangers en caisse de 14 18 pouces.</li>
+<li>28 Orangers en caisse de 14 à 18 pouces.</li>
<li>2 Lauriers-roses.</li>
<li>50 Pots de lilas de Perse.</li>
<li>50 Pots de rosiers.</li>
-<li>Et diffrents arbustes et arbres verts.</li>
+<li>Et différents arbustes et arbres verts.</li>
</ul>
-<p>Cette rclamation est atteste de nombre de citoyens.</p>
+<p>Cette réclamation est attestée de nombre de citoyens.</p>
-<p>Et aprs avoir fait l'examen gnral, tant en ce qui concerne les
+<p>Et après avoir fait l'examen général, tant en ce qui concerne les
plantes d'orangerie que celles de pleine terre, et n'y ayant plus rien
-trouv, nous avons termin le prsent inventaire et avons sign
-Versailles, le 8 octobre 1793, l'an deuxime de la Rpublique une et
+trouvé, nous avons terminé le présent inventaire et avons signé à
+Versailles, le 8 octobre 1793, l'an deuxième de la République une et
indivisible.</p>
<p class="author"><span class="add2em smcap">Coupry.</span>
@@ -20674,19 +20629,19 @@ indivisible.</p>
<p><i>Nota.</i> Le commissaire estime qu'il seroit plus avantageux de faire la
vente de tous ces objets sur le lieu au mois de mars prochain, que de
-transporter une partie l'orangerie et l'autre Trianon; que
-d'ailleurs l'orangerie de cette maison est grande et en assez bon tat
-pour contenir cette quantit de plantes tant en caisses qu'en pots; en
-y faisant cependant une petite rparation, soit pour ce qui regarde la
-maonnerie pour poser l'imposte, le vitrier pour six carreaux casss,
-et les chssis des volets de la porte d'entre, et le cintre garnir
-en grosse toile; si l'administration se dcide envoyer le tout tant
- l'orangerie qu' Trianon, il faudra ncessairement abattre deux
-parties de mur pour la sortie des orangers. Cette dpense sera
-beaucoup plus considrable que celle pour la rparation de ladite
-orangerie, et l'opration plus longue et plus difficile.</p>
-
-<p>Cette observation a t communique au directoire du district.</p>
+transporter une partie à l'orangerie et l'autre à Trianon; que
+d'ailleurs l'orangerie de cette maison est grande et en assez bon état
+pour contenir cette quantité de plantes tant en caisses qu'en pots; en
+y faisant cependant une petite réparation, soit pour ce qui regarde la
+maçonnerie pour poser l'imposte, le vitrier pour six carreaux cassés,
+et les châssis des volets de la porte d'entrée, et le cintre à garnir
+en grosse toile; si l'administration se décide à envoyer le tout tant
+à l'orangerie qu'à Trianon, il faudra nécessairement abattre deux
+parties de mur pour la sortie des orangers. Cette dépense sera
+beaucoup plus considérable que celle pour la réparation de ladite
+orangerie, et l'opération plus longue et plus difficile.</p>
+
+<p>Cette observation a été communiquée au directoire du district.</p>
<p class="authorsc">Peradon.</p>
@@ -20694,67 +20649,67 @@ orangerie, et l'opration plus longue et plus difficile.</p>
<h4>II.</h4>
-<p class="entete"><i>Rapport du commissaire la disposition des plantes, relativement au
-jardin d'lisabeth Capet, Montreuil.</i></p>
+<p class="entete"><i>Rapport du commissaire à la disposition des plantes, relativement au
+jardin d'Élisabeth Capet, à Montreuil.</i></p>
-<p>Le commissaire la disposition particulire des plantes, d'aprs
-diffrents renseignements pris en ce qui concerne le jardin
-appartenant cy-devant lisabeth Capet, Montreuil, et examin les
-pices <span class="pagenum"><a id="page514" name="page514"></a>(p. 514)</span> suivantes, particulirement le rapport du comit de
+<p>Le commissaire à la disposition particulière des plantes, d'après
+différents renseignements pris en ce qui concerne le jardin
+appartenant cy-devant à Élisabeth Capet, à Montreuil, et examiné les
+pièces <span class="pagenum"><a id="page514" name="page514"></a>(p. 514)</span> suivantes, particulièrement le rapport du comité de
surveillance, qui annonce que celui fait par les citoyens Richard et
-Pineaux, nomms commissaires par les reprsentants du peuple l'effet
+Pineaux, nommés commissaires par les représentants du peuple à l'effet
de rendre compte du produit et des frais d'entretien dudit jardin; que
-ces deux commissaires ont observ qu'il seroit plus avantageux de
-confier deux cultivateurs l'entretien et le produit de ce jardin,
-c'est--dire que Virey seroit charg de la conduite de l'orangerie et
-plantes rares, et Dor de la partie des fruits et lgumes.</p>
-
-<p>Ayant examin en outre un march fait par le citoyen Couturier, qui
-accorde Virey la jouissance en totalit des productions du jardin
-pour lui tenir lieu d'indemnit pour son entretien, indpendamment des
-gages d'un premier garon qui lui seront accords, la charge par lui
-de fournir des lgumes l'infirmerie pour la valeur de
-200<sup class="small">&#035;</sup><a id="footnotetag231" name="footnotetag231"></a><a href="#footnote231" title="Go to footnote 231"><span class="smaller">[231]</span></a> son estimation, ainsi qu'il est nonc audit
-march.</p>
-
-<p>De plus, un autre rapport des citoyens Richard et Pineaux, o il est
-dit que la dpense pour l'entretien du jardin peut tre mise en
-compensation avec le produit des fruits et lgumes, et que mme le
-jardinier pourra fournir l'infirmerie des lgumes pour la valeur de
-200<sup class="small">&#035;</sup>, ce qui forme, on l'aperoit, une grande diffrence
-avec le march fait par le citoyen Couturier.</p>
-
-<p>D'aprs toutes ces observations, le commissaire estime que, pour
-l'intrt de l'administration, aucun des marchs ou arrangements tels
+ces deux commissaires ont observé qu'il seroit plus avantageux de
+confier à deux cultivateurs l'entretien et le produit de ce jardin,
+c'est-à-dire que Virey seroit chargé de la conduite de l'orangerie et
+plantes rares, et Doré de la partie des fruits et légumes.</p>
+
+<p>Ayant examiné en outre un marché fait par le citoyen Couturier, qui
+accorde à Virey la jouissance en totalité des productions du jardin
+pour lui tenir lieu d'indemnité pour son entretien, indépendamment des
+gages d'un premier garçon qui lui seront accordés, à la charge par lui
+de fournir des légumes à l'infirmerie pour la valeur de
+200<sup class="small">&#035;</sup><a id="footnotetag231" name="footnotetag231"></a><a href="#footnote231" title="Go to footnote 231"><span class="smaller">[231]</span></a> à son estimation, ainsi qu'il est énoncé audit
+marché.</p>
+
+<p>De plus, un autre rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il est
+dit que la dépense pour l'entretien du jardin peut être mise en
+compensation avec le produit des fruits et légumes, et que même le
+jardinier pourra fournir à l'infirmerie des légumes pour la valeur de
+200<sup class="small">&#035;</sup>, ce qui forme, on l'aperçoit, une grande différence
+avec le marché fait par le citoyen Couturier.</p>
+
+<p>D'après toutes ces observations, le commissaire estime que, pour
+l'intérêt de l'administration, aucun des marchés ou arrangements tels
que ceux susdits ne peuvent avoir lieu.</p>
-<p>1<sup>o</sup> L'entretien desdits jardins, serres et orangeries, ne doit tre
-allou qu' une seule personne, comme il s'est pratiqu jusqu'
-prsent; 2<sup>o</sup> que le march fait par le citoyen Couturier est onreux
-l'administration, par la raison qu'il s'est prsent deux
-soumissionnaires, dont l'un, connu autant par sa probit que par son
+<p>1<sup>o</sup> L'entretien desdits jardins, serres et orangeries, ne doit être
+alloué qu'à une seule personne, comme il s'est pratiqué jusqu'à
+présent; 2<sup>o</sup> que le marché fait par le citoyen Couturier est onéreux à
+l'administration, par la raison qu'il s'est présenté deux
+soumissionnaires, dont l'un, connu autant par sa probité que par son
talent, s'est offert le premier, et a fait sa soumission d'entretenir
les jardins, bosquets, orangerie, etc., pour la jouissance du produit
seulement.</p>
-<p>Quant au rapport des citoyens Richard et Pineaux, o il n'est point
-parl de gages de premier garon, mais au contraire que le jardinier
-sera encore assez indemnis en fourniture sur son produit pour la
-somme de 200<sup class="small">&#035;</sup> de lgumes l'infirmerie, l'administration
-dcidera dans sa sagesse sur cet objet; elle voudra bien observer que
-le citoyen Virey est un pre de famille, bon patriote et bon
-cultivateur; qu'il occupe maintenant cette place, et semble mriter la
-prfrence, en acceptant toutefois les conditions du premier
+<p>Quant au rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il n'est point
+parlé de gages de premier garçon, mais au contraire que le jardinier
+sera encore assez indemnisé en fourniture sur son produit pour la
+somme de 200<sup class="small">&#035;</sup> de légumes à l'infirmerie, l'administration
+décidera dans sa sagesse sur cet objet; elle voudra bien observer que
+le citoyen Virey est un père de famille, bon patriote et bon
+cultivateur; qu'il occupe maintenant cette place, et semble mériter la
+préférence, en acceptant toutefois les conditions du premier
soumissionnaire.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page515" name="page515"></a>(p. 515)</span> Il existe dans cette maison la quantit de cinquante-huit
-panneaux, dont quelques-uns sont mutils, et dix-huit arrosoirs en
+<p><span class="pagenum"><a id="page515" name="page515"></a>(p. 515)</span> Il existe dans cette maison la quantité de cinquante-huit
+panneaux, dont quelques-uns sont mutilés, et dix-huit arrosoirs en
cuivre rouge et jaune; l'administration voudra-t-elle accorder
-quelques-uns de ces objets Virey pour son usage, et vendre l'autre
-partie, except ceux qui sont en rquisition?</p>
+quelques-uns de ces objets à Virey pour son usage, et vendre l'autre
+partie, excepté ceux qui sont en réquisition?</p>
-<p>A Versailles, le 10 ventse, l'an II de la Rpublique une et
-indivisible (28 fvrier 1794).</p>
+<p>A Versailles, le 10 ventôse, l'an II de la République une et
+indivisible (28 février 1794).</p>
<p class="authorsc">Peradon.</p>
@@ -20762,59 +20717,59 @@ indivisible (28 fvrier 1794).</p>
<h4>III.</h4>
-<p class="date">14 ventse l'an II de la Rpublique une et indivisible<br>
+<p class="date">14 ventôse l'an II de la République une et indivisible<br>
(4 mars 1794).</p>
-<p>Suivant le rapport fait l'administration par le citoyen Peradon,
-commissaire artiste, sur le jardin cy-devant appartenant lisabeth
-Capet, Montreuil, il s'est prsent pour l'entretien de ce jardin
-plusieurs soumissionnaires, galement connus par leurs talents et leur
-probit, qui proposent de se charger de la culture du potager, de
+<p>Suivant le rapport fait à l'administration par le citoyen Peradon,
+commissaire artiste, sur le jardin cy-devant appartenant à Élisabeth
+Capet, à Montreuil, il s'est présenté pour l'entretien de ce jardin
+plusieurs soumissionnaires, également connus par leurs talents et leur
+probité, qui proposent de se charger de la culture du potager, de
l'orangerie et des jardins sans appointements, moyennant qu'on leur en
abandonne les produits;</p>
<p>Le citoyen Virey, qui cultive actuellement ce jardin, demande, outre
-la jouissance des fruits, le traitement annuel de premier garon, qui
-est de 1,000 1,200<sup class="small">&#035;</sup>.</p>
+la jouissance des fruits, le traitement annuel de premier garçon, qui
+est de 1,000 à 1,200<sup class="small">&#035;</sup>.</p>
-<p>La disproportion qui existe entre ces diffrentes soumissions est
+<p>La disproportion qui existe entre ces différentes soumissions est
d'autant plus sensible que, par un rapport des citoyens Richard et
-Pineaux, o il n'est point fait mention de gages, il est dit que le
-jardinier sera suffisamment indemnis par le produit du jardin, en
-fournissant mme pour 200<sup class="small">&#035;</sup> de lgumes l'infirmerie.</p>
+Pineaux, où il n'est point fait mention de gages, il est dit que le
+jardinier sera suffisamment indemnisé par le produit du jardin, en
+fournissant même pour 200<sup class="small">&#035;</sup> de légumes à l'infirmerie.</p>
-<p>Quelques gards que mrite le citoyen Virey, on ne peut se dissimuler
-que l'intrt de la Rpublique ne permet pas de faire en sa faveur un
+<p>Quelques égards que mérite le citoyen Virey, on ne peut se dissimuler
+que l'intérêt de la République ne permet pas de faire en sa faveur un
sacrifice annuel de 1,200<sup class="small">&#035;</sup>, lorsqu'il est notoire que le
-jardin peut tre cultiv par des mains habiles sans qu'il en cote
-rien la nation. Tout ce que semble exiger la justice en faveur du
-citoyen Virey, bon patriote et pre de famille, c'est de lui accorder
-la prfrence dans le cas o il se chargeroit de l'entretien desdits
-jardins aux mmes conditions que les autres soumissionnaires.</p>
+jardin peut être cultivé par des mains habiles sans qu'il en coûte
+rien à la nation. Tout ce que semble exiger la justice en faveur du
+citoyen Virey, bon patriote et père de famille, c'est de lui accorder
+la préférence dans le cas où il se chargeroit de l'entretien desdits
+jardins aux mêmes conditions que les autres soumissionnaires.</p>
<p>Il existe dans la maison cinquante-huit panneaux et dix-huit arrosoirs
en cuivre rouge et jaune, dont la commission propose de mettre une
-partie la disposition du jardinier; il demande cet gard les
+partie à la disposition du jardinier; il demande à cet égard les
ordres de l'administration;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page516" name="page516"></a>(p. 516)</span> Ou l'agent national en ses conclusions,</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page516" name="page516"></a>(p. 516)</span> Ouï l'agent national en ses conclusions,</p>
-<p>L'administration, considrant que l'intrt de la Rpublique lui
-impose imprieusement la loi de mettre dans toutes les parties
-l'conomie dont elles sont susceptibles, lorsqu' cette conomie se
-trouvent joints les avantages qui rsulteroient d'une plus forte
-dpense, et dsirant d'ailleurs concilier les gards dus au citoyen
-Virey avec le bien public, premier objet de ses considrations, estime
-que les potager, orangerie et jardins, cy-devant appartenants
-lisabeth Capet, Montreuil, seront lous l'enchre en la manire
-accoutume, et aux charges qui seront prescrites par les cahiers;</p>
+<p>L'administration, considérant que l'intérêt de la République lui
+impose impérieusement la loi de mettre dans toutes les parties
+l'économie dont elles sont susceptibles, lorsqu'à cette économie se
+trouvent joints les avantages qui résulteroient d'une plus forte
+dépense, et désirant d'ailleurs concilier les égards dus au citoyen
+Virey avec le bien public, premier objet de ses considérations, estime
+que les potager, orangerie et jardins, cy-devant appartenants à
+Élisabeth Capet, à Montreuil, seront loués à l'enchère en la manière
+accoutumée, et aux charges qui seront prescrites par les cahiers;</p>
-<p>Arrte en outre que, sur les cinquante-huit panneaux et dix-huit
-arrosoirs qui se trouvent dans ladite maison, il sera mis la
+<p>Arrête en outre que, sur les cinquante-huit panneaux et dix-huit
+arrosoirs qui se trouvent dans ladite maison, il sera mis à la
disposition du locataire trente panneaux et dix arrosoirs, dont
-l'estimation sera faite pour qu'il ait les reprsenter, lorsqu'il en
-sera requis, tels qu'il les aura reus, et que les panneaux et
-arrosoirs restants seront mis en rserve pour servir lorsqu'il y aura
+l'estimation sera faite pour qu'il ait à les représenter, lorsqu'il en
+sera requis, tels qu'il les aura reçus, et que les panneaux et
+arrosoirs restants seront mis en réserve pour servir lorsqu'il y aura
lieu et ainsi que l'administration en ordonnera.</p>
<hr class="hr10">
@@ -20822,41 +20777,41 @@ lieu et ainsi que l'administration en ordonnera.</p>
<h4>IV.</h4>
<p class="date">
- Versailles, le 25 frimaire l'an III de la Rpublique une et indivisible<br>
- (15 dcembre 1794).</p>
+ Versailles, le 25 frimaire l'an III de la République une et indivisible<br>
+ (15 décembre 1794).</p>
<p class="entete"><i>Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement et des
-domaines l'agent national du district de Versailles.</i></p>
+domaines à l'agent national du district de Versailles.</i></p>
<p class="smcap">Citoyen,</p>
<p>Par une lettre du 15 thermidor dernier, l'administration du district a
-inform la commission des revenus nationaux que, malgr les
-prcautions qu'elle avoit prises, elle n'avoit pu empcher les
-dgradations considrables qui se commettoient journellement dans la
-maison d'lisabeth Capet, situe Montreuil, et elle a imput ces
-dgradations aux malades de l'hospice militaire qui avoit t tabli
+informé la commission des revenus nationaux que, malgré les
+précautions qu'elle avoit prises, elle n'avoit pu empêcher les
+dégradations considérables qui se commettoient journellement dans la
+maison d'Élisabeth Capet, située à Montreuil, et elle a imputé ces
+dégradations aux malades de l'hospice militaire qui avoit été établi
dans cette maison.</p>
-<p>Il rsulte des informations prises par la commission des secours
-publics, laquelle la commission des revenus nationaux avoit port
-ses plaintes, que ces dgradations ont t principalement commises par
+<p>Il résulte des informations prises par la commission des secours
+publics, à laquelle la commission des revenus nationaux avoit porté
+ses plaintes, que ces dégradations ont été principalement commises par
le citoyen Leblanc, locataire actuel du jardin, qui y laisse
-habituellement pturer ses vaches.</p>
+habituellement pâturer ses vaches.</p>
-<p>Ces faits tant consigns dans un procs-verbal, rapport le 9
-thermidor dernier par les membres du comit de surveillance de
-l'hpital, <span class="pagenum"><a id="page517" name="page517"></a>(p. 517)</span> je te prie de faire informer sur ce dlit, et
+<p>Ces faits étant consignés dans un procès-verbal, rapporté le 9
+thermidor dernier par les membres du comité de surveillance de
+l'hôpital, <span class="pagenum"><a id="page517" name="page517"></a>(p. 517)</span> je te prie de faire informer sur ce délit, et
d'intenter, s'il y a lieu, une action contre le locataire, tant en
-rparations qu'en indemnit des dommages qui seront reconnus tre
-procds de son fait. Comme je ne doute nullement qu'avant de mettre
-le locataire en jouissance il n'ait t dress un tat descriptif des
+réparations qu'en indemnité des dommages qui seront reconnus être
+procédés de son fait. Comme je ne doute nullement qu'avant de mettre
+le locataire en jouissance il n'ait été dressé un état descriptif des
lieux, et que le cahier des charges de l'adjudication ne l'ait
-expressment assujetti les entretenir et les rendre en bon tat de
-culture l'expiration de sa jouissance, il sera facile de l'obliger
-rparer les dgradations commises.</p>
+expressément assujetti à les entretenir et à les rendre en bon état de
+culture à l'expiration de sa jouissance, il sera facile de l'obliger à
+réparer les dégradations commises.</p>
-<p>Salut et fraternit.</p>
+<p>Salut et fraternité.</p>
<p class="authorsc">Garnier-Deschesne.</p>
@@ -20864,450 +20819,450 @@ rparer les dgradations commises.</p>
<a id="doc12" name="doc12"></a>
<h3>XII<br>
-<span class="smaller">RCIT DU PRE CARRICHON,<br>
-PRTRE DE LA CONGRGATION DE L'ORATOIRE,</span></h3>
+<span class="smaller">RÉCIT DU PÈRE CARRICHON,<br>
+PRÊTRE DE LA CONGRÉGATION DE L'ORATOIRE,</span></h3>
<p class="note">
- Tmoin de la mort de mesdames la marchale de Noailles, la
- duchesse d'Ayen, et la vicomtesse de Noailles, condamnes mort
- par le tribunal rvolutionnaire le 4 thermidor an II (22 juillet
+ Témoin de la mort de mesdames la maréchale de Noailles, la
+ duchesse d'Ayen, et la vicomtesse de Noailles, condamnées à mort
+ par le tribunal révolutionnaire le 4 thermidor an II (22 juillet
1794).</p>
-<p>Mesdames la marchale de Noailles, la duchesse d'Ayen et la vicomtesse
-de Noailles furent dtenues dans leur htel depuis le mois de
-septembre 1793 jusqu'en avril 1794. Je connoissois la premire de vue
-seulement, et d'une manire particulire les deux autres, que je
+<p>Mesdames la maréchale de Noailles, la duchesse d'Ayen et la vicomtesse
+de Noailles furent détenues dans leur hôtel depuis le mois de
+septembre 1793 jusqu'en avril 1794. Je connoissois la première de vue
+seulement, et d'une manière particulière les deux autres, que je
voyois ordinairement une fois la semaine. La Terreur croissoit avec le
crime. Leurs victimes devenoient plus nombreuses. Un jour qu'on en
-parloit et qu'on s'exhortoit se prparer l'tre, je leur dis par
-une espce de pressentiment: Si vous allez la guillotine et que
-Dieu m'en donne la force, je vous y accompagnerai. Elles me prennent
-au mot, ajoutant avec vivacit: Nous le promettez-vous? J'hsite un
-moment. Oui, repris-je, et pour que vous me reconnoissiez bien,
-j'aurai un habit bleu fonc et une veste rouge. Depuis elles me
-rappelrent souvent ma promesse. Au mois d'avril, la semaine, je
-crois, aprs Pques, elles sont conduites toutes trois au Luxembourg.
-J'en ai souvent des nouvelles par celui qui leur a rendu avec un zle
-si dlicat tant de services et dans leurs personnes et dans celles de
-leurs enfants. Ma promesse est rappele. Le 27 juin, un vendredi, il
-vient de leur part me prier de rendre au marchal de Mouchy et sa
+parloit et qu'on s'exhortoit à se préparer à l'être, je leur dis par
+une espèce de pressentiment: «Si vous allez à la guillotine et que
+Dieu m'en donne la force, je vous y accompagnerai.» Elles me prennent
+au mot, ajoutant avec vivacité: «Nous le promettez-vous?» J'hésite un
+moment. «Oui, repris-je, et pour que vous me reconnoissiez bien,
+j'aurai un habit bleu foncé et une veste rouge.» Depuis elles me
+rappelèrent souvent ma promesse. Au mois d'avril, la semaine, je
+crois, après Pâques, elles sont conduites toutes trois au Luxembourg.
+J'en ai souvent des nouvelles par celui qui leur a rendu avec un zèle
+si délicat tant de services et dans leurs personnes et dans celles de
+leurs enfants. Ma promesse est rappelée. Le 27 juin, un vendredi, il
+vient de leur part me prier de rendre au maréchal de Mouchy et à sa
femme le service que je leur avois promis. Je vais au palais. Je
-parviens entrer dans la cour. Je les ai sous les yeux et de fort
-prs pendant <span class="pagenum"><a id="page518" name="page518"></a>(p. 518)</span> plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy,
+parviens à entrer dans la cour. Je les ai sous les yeux et de fort
+près pendant <span class="pagenum"><a id="page518" name="page518"></a>(p. 518)</span> plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy,
que je n'avois vus qu'une fois chez eux et que je connoissois mieux
qu'ils ne me connoissoient, ne me reconnoissent point. Je fais ce que
-je peux pour eux. Le marchal toit singulirement difiant et prioit
+je peux pour eux. Le maréchal étoit singulièrement édifiant et prioit
vocalement de tout son c&oelig;ur. La veille il avoit dit, en quittant le
-Luxembourg, ceux qui lui marquoient de l'intrt: A dix-sept ans
-j'ai mont l'assaut pour mon Roi, soixante-dix-huit je vais
-l'chafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux.
-J'vite des dtails qui deviendroient immenses. Ce jour-l, je crois
-inutile et mme je ne me sens point capable d'aller jusqu' la
-guillotine. J'en augure mal pour la promesse spciale faite leurs
-parentes. Que j'aurois dire sur tous les nombreux convois qui
-prcdrent et suivirent celui du 27, convois fortuns ou infortuns,
-selon les dispositions de ceux qui les formoient, tableaux dchirants
-lors mme que les caractres et tous les signes extrieurs annonoient
-une mort chrtienne, lors mme qu'ils toient accompagns des grandes
-consolations produites par les vertus chrtiennes; mais bien autrement
-dchirants, lorsqu'ils en fournissoient peu ou point, et que les
-condamns sembloient passer de l'enfer de ce monde celui de l'autre!</p>
-
-<p>Le 22 juillet, un mardi, jour de sainte Madeleine, j'tois chez moi,
+Luxembourg, à ceux qui lui marquoient de l'intérêt: «A dix-sept ans
+j'ai monté à l'assaut pour mon Roi, à soixante-dix-huit je vais à
+l'échafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux.»
+J'évite des détails qui deviendroient immenses. Ce jour-là, je crois
+inutile et même je ne me sens point capable d'aller jusqu'à la
+guillotine. J'en augure mal pour la promesse spéciale faite à leurs
+parentes. Que j'aurois à dire sur tous les nombreux convois qui
+précédèrent et suivirent celui du 27, convois fortunés ou infortunés,
+selon les dispositions de ceux qui les formoient, tableaux déchirants
+lors même que les caractères et tous les signes extérieurs annonçoient
+une mort chrétienne, lors même qu'ils étoient accompagnés des grandes
+consolations produites par les vertus chrétiennes; mais bien autrement
+déchirants, lorsqu'ils en fournissoient peu ou point, et que les
+condamnés sembloient passer de l'enfer de ce monde à celui de l'autre!</p>
+
+<p>Le 22 juillet, un mardi, jour de sainte Madeleine, j'étois chez moi,
et vers onze heures. J'allois sortir. On frappe. J'ouvre et je vois
-les enfants Noailles et leur instituteur; les enfants avec la gaiet
-de leur ge qui couvroit le fond de tristesse que nourrissoit en eux
-la dtention de leurs parentes; ils alloient se promener et prendre
-l'air de la campagne: l'instituteur, ple, dfigur, pensif et
-triste.&mdash;Ce contraste me frappe. Passons, me dit-il, dans votre
-chambre, laissons les enfants dans votre cabinet. Nous nous sparons;
-les enfants se mettent jouer; nous entrons dans la chambre. Il se
-jette dans un fauteuil: C'en est fait, mon ami; ces dames sont au
-tribunal rvolutionnaire. Je viens vous sommer de tenir votre parole.
-Je vais les conduire Vincennes pour y voir la petite Euphmie. Dans
-le bois je prparerai ces malheureux enfants cette terrible perte
-qu'ils ignorent. Quelque prpar que je fusse depuis longtemps, je
-suis dconcert. Toute cette affreuse situation des mres, des
-enfants, de leur digne instituteur, cette gaiet suivie de tant de
-tristesse, la petite Euphmie ge alors d'environ quatre ans, tout se
-peint mon imagination en traits de feu inimitables. Je reviens moi
- l'instant, et aprs quelques demandes, rponses et autres lugubres
-dtails, je dis: Partez, je vais changer d'habits. Quelle commission!
-Priez Dieu qu'il me donne la force de l'excuter.&mdash;Nous nous levons,
-passons dans le <span class="pagenum"><a id="page519" name="page519"></a>(p. 519)</span> cabinet o nous trouvons les enfants,
-s'amusant, gais et contents autant qu'ils pouvoient l'tre; ce que
-nous prouvions leur vue, ce qu'ils ignoroient, ce qu'ils alloient
+les enfants Noailles et leur instituteur; les enfants avec la gaieté
+de leur âge qui couvroit le fond de tristesse que nourrissoit en eux
+la détention de leurs parentes; ils alloient se promener et prendre
+l'air de la campagne: l'instituteur, pâle, défiguré, pensif et
+triste.&mdash;Ce contraste me frappe. «Passons, me dit-il, dans votre
+chambre, laissons les enfants dans votre cabinet.» Nous nous séparons;
+les enfants se mettent à jouer; nous entrons dans la chambre. Il se
+jette dans un fauteuil: «C'en est fait, mon ami; ces dames sont au
+tribunal révolutionnaire. Je viens vous sommer de tenir votre parole.
+Je vais les conduire à Vincennes pour y voir la petite Euphémie. Dans
+le bois je préparerai ces malheureux enfants à cette terrible perte
+qu'ils ignorent.» Quelque préparé que je fusse depuis longtemps, je
+suis déconcerté. Toute cette affreuse situation des mères, des
+enfants, de leur digne instituteur, cette gaieté suivie de tant de
+tristesse, la petite Euphémie âgée alors d'environ quatre ans, tout se
+peint à mon imagination en traits de feu inimitables. Je reviens à moi
+à l'instant, et après quelques demandes, réponses et autres lugubres
+détails, je dis: «Partez, je vais changer d'habits. Quelle commission!
+Priez Dieu qu'il me donne la force de l'exécuter.»&mdash;Nous nous levons,
+passons dans le <span class="pagenum"><a id="page519" name="page519"></a>(p. 519)</span> cabinet où nous trouvons les enfants,
+s'amusant, gais et contents autant qu'ils pouvoient l'être; ce que
+nous éprouvions à leur vue, ce qu'ils ignoroient, ce qu'ils alloient
apprendre, rend le contraste plus frappant, me serre le c&oelig;ur. Je
-fais bonne contenance et les congdie. Rest seul, je me sens
-pouvant, fatigu. Mon Dieu, ayez piti d'elles, d'eux et de moi!</p>
+fais bonne contenance et les congédie. Resté seul, je me sens
+épouvanté, fatigué. Mon Dieu, ayez pitié d'elles, d'eux et de moi!</p>
-<p>Je change d'habits et vais faire quelques courses projetes, avec un
-poids dans l'me bien accablant. Je les interromps pour aller au
-palais entre une et deux heures. Je veux entrer. Impossibilit. Je
+<p>Je change d'habits et vais faire quelques courses projetées, avec un
+poids dans l'âme bien accablant. Je les interromps pour aller au
+palais entre une et deux heures. Je veux entrer. Impossibilité. Je
prends des informations de quelqu'un qui sort, comme doutant encore de
-la ralit de l'annonce; l'illusion de l'esprance est la dernire
-dtruite. Par ce qu'il me dit, je ne peux plus douter. Je reprends mes
+la réalité de l'annonce; l'illusion de l'espérance est la dernière
+détruite. Par ce qu'il me dit, je ne peux plus douter. Je reprends mes
courses, elles me conduisent jusqu'au faubourg Saint-Antoine, et avec
-quelle pense, quelle agitation intrieure, quel effroi secret joint
-une tte malade! Ayant affaire une personne de confiance, je
+quelle pensée, quelle agitation intérieure, quel effroi secret joint à
+une tête malade! Ayant affaire à une personne de confiance, je
m'ouvre, elle m'encourage au nom de Dieu. Pour dissiper le mal de
-tte, je la prie de me faire un peu de caf. Il me fait quelque bien.
-Je reviens au palais trs-lentement, trs-pensif, trs-irrsolu,
-dsirant de ne point arriver, ou de ne point trouver celles qui m'y
-appellent: j'arrive avant cinq heures. Rien n'annonce le dpart. Je
-monte tristement les degrs de la Sainte-Chapelle, je me promne dans
-la grande salle, aux environs, je m'assieds, je me lve, je ne parle
-qui que ce soit, je cache sous un air srieux un fond trs-agit et
-trs-chagrin; de temps en temps un triste coup d'&oelig;il sur la cour
-pour voir si le dpart s'annonce. Je reviens. Ma frquente exclamation
-intrieure toit: Dans deux heures, dans une heure et demie, elles ne
-seront donc plus! Je ne puis exprimer combien cette ide m'affectoit
-et m'a affect toute la vie quand j'ai pu l'appliquer: jamais heure ne
-m'a paru si longue et si courte que celle qui s'coula depuis cinq
-heures jusqu' six, pour divers motifs qui se croisoient, se
-combattoient, se dtruisoient et me faisoient passer des illusions du
-vain espoir des craintes malheureusement trop relles.</p>
+tête, je la prie de me faire un peu de café. Il me fait quelque bien.
+Je reviens au palais très-lentement, très-pensif, très-irrésolu,
+désirant de ne point arriver, ou de ne point trouver celles qui m'y
+appellent: j'arrive avant cinq heures. Rien n'annonce le départ. Je
+monte tristement les degrés de la Sainte-Chapelle, je me promène dans
+la grande salle, aux environs, je m'assieds, je me lève, je ne parle à
+qui que ce soit, je cache sous un air sérieux un fond très-agité et
+très-chagrin; de temps en temps un triste coup d'&oelig;il sur la cour
+pour voir si le départ s'annonce. Je reviens. Ma fréquente exclamation
+intérieure étoit: Dans deux heures, dans une heure et demie, elles ne
+seront donc plus! Je ne puis exprimer combien cette idée m'affectoit
+et m'a affecté toute la vie quand j'ai pu l'appliquer: jamais heure ne
+m'a paru si longue et si courte que celle qui s'écoula depuis cinq
+heures jusqu'à six, pour divers motifs qui se croisoient, se
+combattoient, se détruisoient et me faisoient passer des illusions du
+vain espoir à des craintes malheureusement trop réelles.</p>
<p>Enfin aux mouvements je juge que les victimes vont sortir de la
-prison. Je descends et vais me placer prs de la grille par o elles
-sortent, puisqu'il n'est plus possible depuis quinze jours de pntrer
-dans la cour. La premire charrette se remplit, s'avance vers moi. Il
-y avoit huit dames trs-difiantes, sept pour moi inconnues; la
-dernire, dont j'tois fort proche, toit la marchale de Noailles. De
-n'y point voir sa belle-fille et petite-fille, ce fut l un foible et
-dernier rayon d'esprance; car, hlas! sur la deuxime charrette
-montent <span class="pagenum"><a id="page520" name="page520"></a>(p. 520)</span> la mre et la fille. Celle-ci toit en blanc, qu'elle
-n'avoit quitt depuis la mort de son beau-pre et de sa belle-mre;
-elle paroissoit ge de vingt-quatre ans au plus; celle-l de
-quarante, en dshabill ray bleu et blanc. Je les voyois encore de
-loin. Six hommes se placrent aprs elles, les deux premiers, je ne
-sais comment, un peu plus de distance qu' l'ordinaire, comme pour
-leur donner plus de libert, et avec un air d'gard et de respect dont
-je leur sus bon gr. A peine sont-elles places, que la fille tmoigne
- sa mre ce vif et tendre intrt si connu: j'entends dire auprs de
-moi: Voyez donc cette jeune fille, comme elle s'agite! comme elle
-parle!&mdash;Elle ne parot pas triste. Je crois qu'elle me cherche des
-yeux; il me semble entendre tout ce qu'elles se disent: Il n'y est
-pas.&mdash;Regarde encore.&mdash;Maman, rien ne m'chappe, je vous l'assure, il
-n'y est pas. Elles oublient que je leur avois fait annoncer
-l'impossibilit de me trouver l. La premire charrette reste prs de
-moi au moins un quart d'heure. Elle avance. La deuxime va passer. Je
-m'apprte. Elle passe, ces dames ne me voient pas. Je rentre dans le
-palais, fais un grand dtour et viens me placer l'entre du pont au
+prison. Je descends et vais me placer près de la grille par où elles
+sortent, puisqu'il n'est plus possible depuis quinze jours de pénétrer
+dans la cour. La première charrette se remplit, s'avance vers moi. Il
+y avoit huit dames très-édifiantes, sept pour moi inconnues; la
+dernière, dont j'étois fort proche, étoit la maréchale de Noailles. De
+n'y point voir sa belle-fille et petite-fille, ce fut là un foible et
+dernier rayon d'espérance; car, hélas! sur la deuxième charrette
+montent <span class="pagenum"><a id="page520" name="page520"></a>(p. 520)</span> la mère et la fille. Celle-ci étoit en blanc, qu'elle
+n'avoit quitté depuis la mort de son beau-père et de sa belle-mère;
+elle paroissoit âgée de vingt-quatre ans au plus; celle-là de
+quarante, en déshabillé rayé bleu et blanc. Je les voyois encore de
+loin. Six hommes se placèrent après elles, les deux premiers, je ne
+sais comment, à un peu plus de distance qu'à l'ordinaire, comme pour
+leur donner plus de liberté, et avec un air d'égard et de respect dont
+je leur sus bon gré. A peine sont-elles placées, que la fille témoigne
+à sa mère ce vif et tendre intérêt si connu: j'entends dire auprès de
+moi: «Voyez donc cette jeune fille, comme elle s'agite! comme elle
+parle!»&mdash;Elle ne paroît pas triste. Je crois qu'elle me cherche des
+yeux; il me semble entendre tout ce qu'elles se disent: «Il n'y est
+pas.&mdash;Regarde encore.&mdash;Maman, rien ne m'échappe, je vous l'assure, il
+n'y est pas.» Elles oublient que je leur avois fait annoncer
+l'impossibilité de me trouver là. La première charrette reste près de
+moi au moins un quart d'heure. Elle avance. La deuxième va passer. Je
+m'apprête. Elle passe, ces dames ne me voient pas. Je rentre dans le
+palais, fais un grand détour et viens me placer à l'entrée du pont au
Change, dans un endroit apparent. Mesdames de Noailles jettent les
-yeux de tous cts; elles passent et ne me voient pas. Je les suis le
-long du pont, spar de la foule, cependant assez prs d'elles; madame
-de Noailles, toujours cherchant, ne m'aperoit pas.</p>
+yeux de tous côtés; elles passent et ne me voient pas. Je les suis le
+long du pont, séparé de la foule, cependant assez près d'elles; madame
+de Noailles, toujours cherchant, ne m'aperçoit pas.</p>
-<p>L'inquitude se peint sur la physionomie de madame d'Ayen, sa fille
-redouble d'attention sans succs. Je suis tent d'y renoncer. J'ai
+<p>L'inquiétude se peint sur la physionomie de madame d'Ayen, sa fille
+redouble d'attention sans succès. Je suis tenté d'y renoncer. J'ai
fait ce que j'ai pu; partout ailleurs la foule sera plus grande, il
-n'y a pas moyen. Je suis fatigu.&mdash;J'allois me retirer. Le ciel se
+n'y a pas moyen. Je suis fatigué.&mdash;J'allois me retirer. Le ciel se
couvre, le tonnerre se fait entendre au loin. Tentons encore. Et par
-des chemins dtourns j'arrive dans la rue Saint-Antoine, aprs la rue
-de Fourcy, presque vis--vis la trop fameuse Force, avant la
-charrette. Alors souffle un vent violent, l'orage clate; les clairs,
-les coups de tonnerre se succdent rapidement. La pluie commence.
+des chemins détournés j'arrive dans la rue Saint-Antoine, après la rue
+de Fourcy, presque vis-à-vis la trop fameuse Force, avant la
+charrette. Alors souffle un vent violent, l'orage éclate; les éclairs,
+les coups de tonnerre se succèdent rapidement. La pluie commence.
C'est un torrent. Je me retire sur le seuil d'une boutique qui m'est
-toujours prsente et que je ne vois jamais sans attendrissement. En un
-instant la rue est balaye. Plus de monde qu'aux portes, boutiques et
-fentres: plus d'ordre dans la marche; les cavaliers, les fantassins
+toujours présente et que je ne vois jamais sans attendrissement. En un
+instant la rue est balayée. Plus de monde qu'aux portes, boutiques et
+fenêtres: plus d'ordre dans la marche; les cavaliers, les fantassins
vont plus vite, comme ils peuvent, les charrettes aussi. Elles sont au
-petit Saint-Antoine et je suis encore indcis: la premire passe
-devant moi. Un mouvement prcipit et comme involontaire me fait
-quitter la boutique, et me voil seul tout prs de ces dames. Madame
-de Noailles m'aperoit, et souriant semble dire: Vous voil donc
+petit Saint-Antoine et je suis encore indécis: la première passe
+devant moi. Un mouvement précipité et comme involontaire me fait
+quitter la boutique, et me voilà seul tout près de ces dames. Madame
+de Noailles m'aperçoit, et souriant semble dire: «Vous voilà donc
enfin! <span class="pagenum"><a id="page521" name="page521"></a>(p. 521)</span> Ah! que nous en sommes aises! Nous vous avons bien
-cherch.&mdash;Maman, le voil. A cet instant madame d'Ayen renat, et
-toutes mes irrsolutions cessent, je me sens un courage
-extraordinaire. Tremp de sueur et de pluie, je n'y pense plus, je
-continue marcher prs d'elles. Sur les marches de l'glise
-Saint-Louis, j'apperois un ami pntr pour elles de respect,
-d'attachement, cherchant leur rendre le mme service. Son visage,
+cherché.&mdash;Maman, le voilà.» A cet instant madame d'Ayen renaît, et
+toutes mes irrésolutions cessent, je me sens un courage
+extraordinaire. Trempé de sueur et de pluie, je n'y pense plus, je
+continue à marcher près d'elles. Sur les marches de l'église
+Saint-Louis, j'apperçois un ami pénétré pour elles de respect,
+d'attachement, cherchant à leur rendre le même service. Son visage,
son attitude annoncent tout ce qu'il sent en les voyant. Je lui prends
la main avec un saisissement d'attendrissement mais aussi tout de
-force. Bonsoir, mon ami. L est une place, plusieurs rues y
-aboutissent. L'orage est au plus haut point, le vent plus imptueux.
-Les dames de la premire charrette en sont fort tourmentes, surtout
-la marchale de Noailles; son grand bonnet renvers laisse voir
-quelques cheveux gris; elle chancelle sur sa misrable planche, sans
-dossier, les mains lies derrire le dos. Aussitt un tas de gens qui
-se trouvent l, la reconnoissent, ne font attention qu' elle, et
+force. «Bonsoir, mon ami.» Là est une place, plusieurs rues y
+aboutissent. L'orage est au plus haut point, le vent plus impétueux.
+Les dames de la première charrette en sont fort tourmentées, surtout
+la maréchale de Noailles; son grand bonnet renversé laisse voir
+quelques cheveux gris; elle chancelle sur sa misérable planche, sans
+dossier, les mains liées derrière le dos. Aussitôt un tas de gens qui
+se trouvent là, la reconnoissent, ne font attention qu'à elle, et
augmentent son tourment, qu'elle supporte avec patience, par leurs
-cris insultants. La voil donc cette marchale, menant autrefois si
-grand train et qui alloit dans des beaux carrosses, la voil dans la
-charrette tout comme les autres! etc. Rien de plus insupportable pour
-tout tre sensible que ces cris de cannibales. Les malheureux sont des
-objets sacrs, surtout quand ils sont innocents. Les cris continuent,
-le ciel est plus noir, la pluie plus forte. Nous voil la place qui
-prcde le faubourg Saint-Antoine. Je devance, j'examine, et je me
-dis: Voil le meilleur endroit pour leur accorder ce qu'elles dsirent
-tant. La charrette alloit moins vite; je m'arrte, je me tourne vers
-elles: je fais madame de Noailles un signe qu'elle comprend
-parfaitement.&mdash;... Maman, M. X. va nous donner l'absolution.
-Aussitt elles baissent la tte avec un air de pit, de repentance,
-de joie, d'attendrissement qui m'embaume; je lve la main, reste la
-tte couverte, et prononce trs-distinctement, et avec une attention
-surnaturelle, la formule entire d'absolution et les paroles qui la
+cris insultants. «La voilà donc cette maréchale, menant autrefois si
+grand train et qui alloit dans des beaux carrosses, la voilà dans la
+charrette tout comme les autres!» etc. Rien de plus insupportable pour
+tout être sensible que ces cris de cannibales. Les malheureux sont des
+objets sacrés, surtout quand ils sont innocents. Les cris continuent,
+le ciel est plus noir, la pluie plus forte. Nous voilà à la place qui
+précède le faubourg Saint-Antoine. Je devance, j'examine, et je me
+dis: Voilà le meilleur endroit pour leur accorder ce qu'elles désirent
+tant. La charrette alloit moins vite; je m'arrête, je me tourne vers
+elles: je fais à madame de Noailles un signe qu'elle comprend
+parfaitement.&mdash;«... Maman, M. X. va nous donner l'absolution.»
+Aussitôt elles baissent la tête avec un air de piété, de repentance,
+de joie, d'attendrissement qui m'embaume; je lève la main, reste la
+tête couverte, et prononce très-distinctement, et avec une attention
+surnaturelle, la formule entière d'absolution et les paroles qui la
suivent; elles s'unissent mieux que jamais. Je n'oublierai jamais ce
-ravissant tableau, digne du pinceau d'un Raphal, aprs lequel tout ce
+ravissant tableau, digne du pinceau d'un Raphaël, après lequel tout ce
qui reste n'est que baume et consolation.</p>
-<p>Ds ce moment l'orage s'apaise, la pluie diminue, il semble n'avoir
-exist que pour le succs si dsir de part et d'autre; j'en bnis
-Dieu, elles en font autant, leur extrieur n'annonce que contentement,
-srnit, allgresse. En s'avanant dans le faubourg, la foule
-curieuse revient, borde les deux cts, insulte les premires dames,
-surtout la marchale, rien ses deux parentes; la pluie cesse.</p>
+<p>Dès ce moment l'orage s'apaise, la pluie diminue, il semble n'avoir
+existé que pour le succès si désiré de part et d'autre; j'en bénis
+Dieu, elles en font autant, leur extérieur n'annonce que contentement,
+sérénité, allégresse. En s'avançant dans le faubourg, la foule
+curieuse revient, borde les deux côtés, insulte les premières dames,
+surtout la maréchale, rien à ses deux parentes; la pluie cesse.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page522" name="page522"></a>(p. 522)</span> Tantt je devance, tantt j'accompagne. Aprs l'abbaye
-Saint-Antoine, j'aperois auprs de moi un jeune homme, prtre, dont
+<p><span class="pagenum"><a id="page522" name="page522"></a>(p. 522)</span> Tantôt je devance, tantôt j'accompagne. Après l'abbaye
+Saint-Antoine, j'aperçois auprès de moi un jeune homme, prêtre, dont
pour quelques motifs je suspecte les sentiments. Il m'embarrasse. Je
-crains qu'il ne me reconnoisse, je rtrograde, j'avance, heureusement
-il ne me reconnot point; il double le pas et je ne le vois plus.</p>
+crains qu'il ne me reconnoisse, je rétrograde, j'avance, heureusement
+il ne me reconnoît point; il double le pas et je ne le vois plus.</p>
<p>Enfin nous arrivons au lieu fatal. Ce qui se passe en moi ne peut se
-peindre. Quel moment! Quelle sparation! Quelle douleur dans ces
-enfants, dans ces s&oelig;urs, nices, qui restent dans cette valle de
-larmes! Je les vois encore pleines de sant. Elles auroient t si
-utiles leur famille, et dans un instant je ne les verrai plus!.....
-Quelle ide! quel dchirement! mais non sans de grandes consolations
-en les contemplant si rsignes. Les charrettes s'arrtent, l'chafaud
-se prsente, je frissonne; les cavaliers et les fantassins
+peindre. Quel moment! Quelle séparation! Quelle douleur dans ces
+enfants, dans ces s&oelig;urs, nièces, qui restent dans cette vallée de
+larmes! Je les vois encore pleines de santé. Elles auroient été si
+utiles à leur famille, et dans un instant je ne les verrai plus!.....
+Quelle idée! quel déchirement! mais non sans de grandes consolations
+en les contemplant si résignées. Les charrettes s'arrêtent, l'échafaud
+se présente, je frissonne; les cavaliers et les fantassins
l'entourent; autour d'eux un cercle plus nombreux de spectateurs, la
-plupart riant et s'amusant de ce dsolant spectacle: je suis au milieu
-d'eux dans une situation bien diffrente. J'aperois le matre
-bourreau et deux valets, dont il est distingu par la jeunesse, par
-l'air d'un petit-matre manqu et le costume. L'un des valets est
-remarquable par sa taille, son embonpoint, la rose qu'il a la
-bouche, ses manches retrousses, ses cheveux en queue et crpus, l'air
-de sang-froid et de rflexion avec lequel il agit, enfin une de ces
-physionomies rgulires et frappantes, quoique sans lvation, qui ont
-pu servir de modles aux grands peintres quand ils ont reprsent des
+plupart riant et s'amusant de ce désolant spectacle: je suis au milieu
+d'eux dans une situation bien différente. J'aperçois le maître
+bourreau et deux valets, dont il est distingué par la jeunesse, par
+l'air d'un petit-maître manqué et le costume. L'un des valets est
+remarquable par sa taille, son embonpoint, la rose qu'il a à la
+bouche, ses manches retroussées, ses cheveux en queue et crépus, l'air
+de sang-froid et de réflexion avec lequel il agit, enfin une de ces
+physionomies régulières et frappantes, quoique sans élévation, qui ont
+pu servir de modèles aux grands peintres quand ils ont représenté des
bourreaux dans l'histoire des martyrs. Il faut le dire, soit par un
-fonds d'humanit, soit habitude ou dsir d'avoir plus tt fait, le
-supplice toit singulirement adouci par leur promptitude, leur
-attention descendre tous les condamns avant de commencer les
-placer le dos l'chafaud, de manire qu'ils ne puissent rien voir;
-je leur en sus quelque gr, ainsi que de la dcence qu'ils observoient
-et de leur srieux constant, sans aucun air riant, insultant, tout le
+fonds d'humanité, soit habitude ou désir d'avoir plus tôt fait, le
+supplice étoit singulièrement adouci par leur promptitude, leur
+attention à descendre tous les condamnés avant de commencer à les
+placer le dos à l'échafaud, de manière qu'ils ne puissent rien voir;
+je leur en sus quelque gré, ainsi que de la décence qu'ils observoient
+et de leur sérieux constant, sans aucun air riant, insultant, tout le
temps que je les vis.</p>
-<p>Pendant qu'ils aident descendre les dames de la premire charrette,
-madame de Noailles me cherche des yeux; elle m'aperoit: c'est ici le
+<p>Pendant qu'ils aident à descendre les dames de la première charrette,
+madame de Noailles me cherche des yeux; elle m'aperçoit: c'est ici le
pendant ravissant du premier tableau, si ravissant aussi. Que ne me
-dit-elle pas par ses regards, tantt levs au ciel, tantt abaisss
-vers la terre, si doux, si anims, si expressifs, si clestes, tantt
-fixs sur moi de manire me faire distinguer si mes compagnons
-tigres avoient t plus rflchis! J'enfonce mon chapeau sans la
-perdre de vue; je l'entendois: Mon sacrifice est fait. Que je laisse
-de personnes chres! Mais Dieu m'appelle; nous en avons la <span class="pagenum"><a id="page523" name="page523"></a>(p. 523)</span>
-douce et ferme esprance. Nous ne les oublierons point. Recevez nos
-tendres adieux pour elles, nos remercments pour vous. Adieu!
-Puissions-nous nous revoir dans le ciel! Adieu! Il est impossible de
-rendre des signes aussi pieux, aussi vifs, d'une loquence aussi
-touchante, qui faisoient dire mes tigres: Ah! cette jeune, comme
-elle est contente, comme elle lve les yeux au ciel, comme elle prie!
-Mais quoi cela lui sert-il? Puis par rflexion: Ah! les sclrats
-de calottins! Le dernier adieu prononc, elles descendent. Je ne me
-sentois plus, la fois dchir, attendri et consol. Combien je
+dit-elle pas par ses regards, tantôt élevés au ciel, tantôt abaissés
+vers la terre, si doux, si animés, si expressifs, si célestes, tantôt
+fixés sur moi de manière à me faire distinguer si mes compagnons
+tigres avoient été plus réfléchis! J'enfonce mon chapeau sans la
+perdre de vue; je l'entendois: «Mon sacrifice est fait. Que je laisse
+de personnes chères! Mais Dieu m'appelle; nous en avons la <span class="pagenum"><a id="page523" name="page523"></a>(p. 523)</span>
+douce et ferme espérance. Nous ne les oublierons point. Recevez nos
+tendres adieux pour elles, nos remercîments pour vous. Adieu!
+Puissions-nous nous revoir dans le ciel! Adieu!» Il est impossible de
+rendre des signes aussi pieux, aussi vifs, d'une éloquence aussi
+touchante, qui faisoient dire à mes tigres: «Ah! cette jeune, comme
+elle est contente, comme elle lève les yeux au ciel, comme elle prie!
+Mais à quoi cela lui sert-il?» Puis par réflexion: «Ah! les scélérats
+de calottins!» Le dernier adieu prononcé, elles descendent. Je ne me
+sentois plus, à la fois déchiré, attendri et consolé. Combien je
remercie Dieu de n'avoir pas attendu ce moment pour leur donner
-l'absolution, encore plus quand elles montrent l'chafaud! Elles
+l'absolution, encore plus quand elles montèrent à l'échafaud! Elles
n'auroient pas pu s'unir comme elles avoient fait. Je quitte l'endroit
-o j'tois. Je passe d'un autre ct. Pendant qu'on fait descendre les
-autres, je me trouve en face de l'escalier, sur lequel toit appuye
-la premire victime, qui toit un vieillard en cheveux blancs, grand,
-l'air d'un bonhomme, qu'on disoit tre un fermier gnral. Auprs de
-lui une dame trs-difiante que je ne connoissois pas; ensuite la
-marchale, vis--vis de moi, en deuil, assise sur un bloc de bois ou
-de pierre qui s'toit trouv l, ouvrant des yeux grands, fixes. Tous
-les autres, sur plusieurs lignes, toient rangs au bas de l'chafaud
-du ct qui regardoit l'ouest ou le faubourg Saint-Antoine. Je cherche
-ces dames. Je ne peux apercevoir que la mre, mais dans cette attitude
-de dvotion simple, noble, rsigne, les yeux ferms, plus l'air
-inquiet, en un mot telle qu'elle toit lorsqu'elle approchoit de la
-table sacre. Quelle impression j'en reus! Elle est ineffaable. Plt
- Dieu que j'en profitasse! A cet instant me revient l'ide un
-passage de cette belle lettre des glises de Vienne et de Lyon sur le
-martyre de saint Pothin et ses compagnons, o il est dit en parlant de
-sainte Blandine, attache au poteau et expose aux btes: Ses
+où j'étois. Je passe d'un autre côté. Pendant qu'on fait descendre les
+autres, je me trouve en face de l'escalier, sur lequel étoit appuyée
+la première victime, qui étoit un vieillard en cheveux blancs, grand,
+l'air d'un bonhomme, qu'on disoit être un fermier général. Auprès de
+lui une dame très-édifiante que je ne connoissois pas; ensuite la
+maréchale, vis-à-vis de moi, en deuil, assise sur un bloc de bois ou
+de pierre qui s'étoit trouvé là, ouvrant des yeux grands, fixes. Tous
+les autres, sur plusieurs lignes, étoient rangés au bas de l'échafaud
+du côté qui regardoit l'ouest ou le faubourg Saint-Antoine. Je cherche
+ces dames. Je ne peux apercevoir que la mère, mais dans cette attitude
+de dévotion simple, noble, résignée, les yeux fermés, plus l'air
+inquiet, en un mot telle qu'elle étoit lorsqu'elle approchoit de la
+table sacrée. Quelle impression j'en reçus! Elle est ineffaçable. Plût
+à Dieu que j'en profitasse! A cet instant me revient à l'idée un
+passage de cette belle lettre des Églises de Vienne et de Lyon sur le
+martyre de saint Pothin et ses compagnons, où il est dit en parlant de
+sainte Blandine, attachée au poteau et exposée aux bêtes: «Ses
compagnons croyoient voir en la personne de leur s&oelig;ur Celui qui
-avoit t crucifi pour les sauver.</p>
+avoit été crucifié pour les sauver.»</p>
<p>Tous sont descendus. Le sacrifice va commencer. La joie, le bruit, les
affreux quolibets des spectateurs tigres redoublent et accroissent le
-supplice, doux en lui-mme, mais atroce par trois coups qu'on entend
-l'un aprs l'autre, surtout par la quantit de sang vers et la vue de
+supplice, doux en lui-même, mais atroce par trois coups qu'on entend
+l'un après l'autre, surtout par la quantité de sang versé et la vue de
cette foule bruyante et tigresse. Le bourreau et ses valets montent,
-arrangent tout. Le premier se revt, sur ses habits, d'un surtout
-ensanglant, se place gauche, l'ouest, les autres droite,
+arrangent tout. Le premier se revêt, sur ses habits, d'un surtout
+ensanglanté, se place à gauche, à l'ouest, les autres à droite, à
l'est, regardant Vincennes. Son grand valet est surtout l'objet de
-l'admiration et des loges des cannibales, par son air capable et
-rflchi, <span class="pagenum"><a id="page524" name="page524"></a>(p. 524)</span> comme ils disent. Tout tant prt, le vieillard
-monte l'aide des bourreaux. Le matre bourreau le prend par le bras
+l'admiration et des éloges des cannibales, par son air capable et
+réfléchi, <span class="pagenum"><a id="page524" name="page524"></a>(p. 524)</span> comme ils disent. Tout étant prêt, le vieillard
+monte à l'aide des bourreaux. Le maître bourreau le prend par le bras
gauche, le grand valet par le droit, l'autre par les jambes; en un
-instant il est couch sur le ventre, la tte spare et jete ensuite
-avec le corps tout habill dans un vaste tombereau, o tout nage dans
-le sang. Et toujours de mme. Quelle horrible boucherie! Comme le
-c&oelig;ur bat! C'est ce moment qu'on voudroit tre loin! c'est ce
-moment qu'on voudroit tre prt et monter tout de suite si on toit
-bien prpar, tant la mort, atroce pour ceux qui restent et qui sont
-sensibles, parot facile et douce pour ceux qui s'en vont, quand on
-songe aux circonstances o il faut vivre! Combien j'ai regrett de
+instant il est couché sur le ventre, la tête séparée et jetée ensuite
+avec le corps tout habillé dans un vaste tombereau, où tout nage dans
+le sang. Et toujours de même. Quelle horrible boucherie! Comme le
+c&oelig;ur bat! C'est à ce moment qu'on voudroit être loin! c'est à ce
+moment qu'on voudroit être prêt et monter tout de suite si on étoit
+bien préparé, tant la mort, atroce pour ceux qui restent et qui sont
+sensibles, paroît facile et douce pour ceux qui s'en vont, quand on
+songe aux circonstances où il faut vivre! Combien j'ai regretté de
n'avoir pas suivi ces victimes, en pensant que plus on avance, plus on
-reoit de grces divines, et plus on en abuse!</p>
+reçoit de grâces divines, et plus on en abuse!</p>
-<p>La marchale monte la troisime sur l'chafaud; il fallut chancrer le
-haut de son habillement pour lui dcouvrir le cou. Impatient de m'en
-aller, je voulois avaler le calice jusqu' la lie et tenir ma parole,
-puisque Dieu me donnoit la force de me possder au milieu de tant de
-frissonnements. Madame d'Ayen monte la dixime. Qu'elle me parut
+<p>La maréchale monte la troisième sur l'échafaud; il fallut échancrer le
+haut de son habillement pour lui découvrir le cou. Impatient de m'en
+aller, je voulois avaler le calice jusqu'à la lie et tenir ma parole,
+puisque Dieu me donnoit la force de me posséder au milieu de tant de
+frissonnements. Madame d'Ayen monte la dixième. Qu'elle me parut
contente de mourir avant sa fille, et la fille de ne pas passer avant
-la mre! Monte, le matre bourreau lui arrache son bonnet. Comme il
-tenoit par une pingle qu'il n'avoit pas eu l'attention d'ter, les
-cheveux soulevs et tirs avec force lui causrent une douleur qui se
-peignit sur ses traits. La mre disparot, et sa digne et tendre fille
-la remplace. Quelle motion en voyant cette jeune dame tout en blanc,
-paroissant beaucoup plus jeune qu'elle n'toit, semblable un doux et
-tendre agneau qu'on va gorger! Je croyois assister au martyre d'une
+la mère! Montée, le maître bourreau lui arrache son bonnet. Comme il
+tenoit par une épingle qu'il n'avoit pas eu l'attention d'ôter, les
+cheveux soulevés et tirés avec force lui causèrent une douleur qui se
+peignit sur ses traits. La mère disparoît, et sa digne et tendre fille
+la remplace. Quelle émotion en voyant cette jeune dame tout en blanc,
+paroissant beaucoup plus jeune qu'elle n'étoit, semblable à un doux et
+tendre agneau qu'on va égorger! Je croyois assister au martyre d'une
de ces jeunes vierges ou saintes femmes telles qu'elles sont
-reprsentes dans les beaux tableaux du Corrge et du Dominiquin.</p>
-
-<p>Ce qui est arriv sa mre lui arrive. Mme inattention pour
-l'pingle, mme douleur, mme signe. Quel sang abondant et vermeil
-sortit de la tte et du cou! Que la voil bienheureuse! m'criai-je
-intrieurement quand on jeta son corps dans cet pouvantable cercueil.
-Je m'en vais; mais je suis arrt un moment par l'air, les traits et
-la taille de celui qui venoit aprs elle. C'toit un homme de cinq
-pieds huit neuf pouces, gros proportion, d'une figure
-trs-imposante. Je l'avois remarqu au bas de l'chafaud. Il s'en
-toit loign pendant qu'on immoloit les autres, afin de voir ce qui
-s'y passoit. Sa grande taille avoit servi sa curiosit. Il monte avec
-fermet, regarde les bourreaux, le lit et l'instrument de mort avec
-des regards intrpides, trop fiers peut-tre. O mon Dieu! dis-je en
-moi-mme, <span class="pagenum"><a id="page525" name="page525"></a>(p. 525)</span> faites qu'il n'y ait en lui que christianisme, et
-non la seule philosophie! Quel dommage qu'un si bel homme ft damn!
-ajoutai-je en me rappelant le pape saint Grgoire, qui, en voyant
-Rome de beaux esclaves anglois, s'cria: Quel dommage que de si beaux
-visages soient sous l'empire du dmon! Cette vue lui donna la
-premire ide de la clbre mission d'Angleterre, dont il chargea dans
+représentées dans les beaux tableaux du Corrége et du Dominiquin.</p>
+
+<p>Ce qui est arrivé à sa mère lui arrive. Même inattention pour
+l'épingle, même douleur, même signe. Quel sang abondant et vermeil
+sortit de la tête et du cou! Que la voilà bienheureuse! m'écriai-je
+intérieurement quand on jeta son corps dans cet épouvantable cercueil.
+Je m'en vais; mais je suis arrêté un moment par l'air, les traits et
+la taille de celui qui venoit après elle. C'étoit un homme de cinq
+pieds huit à neuf pouces, gros à proportion, d'une figure
+très-imposante. Je l'avois remarqué au bas de l'échafaud. Il s'en
+étoit éloigné pendant qu'on immoloit les autres, afin de voir ce qui
+s'y passoit. Sa grande taille avoit servi sa curiosité. Il monte avec
+fermeté, regarde les bourreaux, le lit et l'instrument de mort avec
+des regards intrépides, trop fiers peut-être. O mon Dieu! dis-je en
+moi-même, <span class="pagenum"><a id="page525" name="page525"></a>(p. 525)</span> faites qu'il n'y ait en lui que christianisme, et
+non la seule philosophie! Quel dommage qu'un si bel homme fût damné!
+ajoutai-je en me rappelant le pape saint Grégoire, qui, en voyant à
+Rome de beaux esclaves anglois, s'écria: «Quel dommage que de si beaux
+visages soient sous l'empire du démon!» Cette vue lui donna la
+première idée de la célèbre mission d'Angleterre, dont il chargea dans
la suite son disciple saint Augustin.</p>
-<p>L'homme dont je viens de parler tait Gossin<a id="footnotetag232" name="footnotetag232"></a><a href="#footnote232" title="Go to footnote 232"><span class="smaller">[232]</span></a> ou Gossuin, qui a
-tant contribu diviser la France en dpartements. J'ai entendu dire
+<p>L'homme dont je viens de parler était Gossin<a id="footnotetag232" name="footnotetag232"></a><a href="#footnote232" title="Go to footnote 232"><span class="smaller">[232]</span></a> ou Gossuin, qui a
+tant contribué à diviser la France en départements. J'ai entendu dire
qu'il avoit de la religion, et que ses malheurs, sa prison, en avoient
-ranim, fortifi tous les sentiments. <i>Amen.</i></p>
-
-<p>Aprs sa mort, je quitte tout, hors de moi-mme. Je m'aperois alors
-que je suis tout glac, cause d'une forte transpiration et d'une
-forte pluie que j'avois prouves et qui s'toient sches; mais,
-grce Dieu, je ne me sentois point incommod. Je double le pas, tout
-rempli de ce dchirant mais bien beau, bien grand, bien consolant,
-bien touchant spectacle. Je rptois ce que j'ai rpt souvent: Non,
-je ne voudrois pas pour cent mille cus n'en avoir pas t tmoin. Je
-n'ai rien vu qui approche de cela. Que de profit en tirer! Quand je
-le quittai, il toit prs de huit heures. En vingt minutes, on avoit
-fait descendre quarante ou cinquante personnes, et immol douze.</p>
-
-<p>Bientt je suis la rue Saint-Antoine. Je monte dans une maison o
-toit une respectable famille de ma connoissance, compose du mari, de
-la femme et d'un fils unique charmant d'environ quatre ans. Vous
-voil! D'o venez-vous si tard, si loin de chez vous?&mdash;Ah! je viens
-d'tre tmoin d'un spectacle aprs lequel nous sommes les plus
-insenss des hommes et les plus grands ennemis de nous-mmes, <span class="pagenum"><a id="page526" name="page526"></a>(p. 526)</span>
-si nous n'en profitons pas pour travailler plus fortement notre
-salut. J'entre ensuite dans les dtails qui, en produisant leur
-attendrissement, renouvelrent le mien. J'y soupai, et me retirai fort
-tard. La nuit fut trs-agite; un sommeil entrecoup ou accompagn de
+ranimé, fortifié tous les sentiments. <i>Amen.</i></p>
+
+<p>Après sa mort, je quitte tout, hors de moi-même. Je m'aperçois alors
+que je suis tout glacé, à cause d'une forte transpiration et d'une
+forte pluie que j'avois éprouvées et qui s'étoient séchées; mais,
+grâce à Dieu, je ne me sentois point incommodé. Je double le pas, tout
+rempli de ce déchirant mais bien beau, bien grand, bien consolant,
+bien touchant spectacle. Je répétois ce que j'ai répété souvent: «Non,
+je ne voudrois pas pour cent mille écus n'en avoir pas été témoin. Je
+n'ai rien vu qui approche de cela. Que de profit à en tirer!» Quand je
+le quittai, il étoit près de huit heures. En vingt minutes, on avoit
+fait descendre quarante ou cinquante personnes, et immolé douze.</p>
+
+<p>Bientôt je suis à la rue Saint-Antoine. Je monte dans une maison où
+étoit une respectable famille de ma connoissance, composée du mari, de
+la femme et d'un fils unique charmant d'environ quatre ans. «Vous
+voilà! D'où venez-vous si tard, si loin de chez vous?&mdash;Ah! je viens
+d'être témoin d'un spectacle après lequel nous sommes les plus
+insensés des hommes et les plus grands ennemis de nous-mêmes, <span class="pagenum"><a id="page526" name="page526"></a>(p. 526)</span>
+si nous n'en profitons pas pour travailler plus fortement à notre
+salut.» J'entre ensuite dans les détails qui, en produisant leur
+attendrissement, renouvelèrent le mien. J'y soupai, et me retirai fort
+tard. La nuit fut très-agitée; un sommeil entrecoupé ou accompagné de
tout ce que j'avois vu ou entendu. La fatigue, que j'avois peu sentie,
-se fit sentir les jours suivants, mais, grce Dieu, sans
-indisposition. J'tois tout attendri, mais tout embaum. Ah!
-m'criois-je souvent, que mon me vive de la vie des justes et que je
-meure de leur mort! Pendant longtemps la pense de ce spectacle a
-produit en moi un certain frmissement, surtout lorsque je passois
+se fit sentir les jours suivants, mais, grâce à Dieu, sans
+indisposition. J'étois tout attendri, mais tout embaumé. Ah!
+m'écriois-je souvent, que mon âme vive de la vie des justes et que je
+meure de leur mort! Pendant longtemps la pensée de ce spectacle a
+produit en moi un certain frémissement, surtout lorsque je passois
dans ces endroits si remarquables par ce que j'y avois vu. Ce
-frmissement venoit de ce que cette pense toit accompagne d'une
+frémissement venoit de ce que cette pensée étoit accompagnée d'une
autre sur leur bonheur contrastant avec le vide qu'elles avoient
-laiss, la perte que nous avions faite, les dangers et les malheurs
-toujours renaissants o nous vivions. Le vendredi suivant, 25 juillet,
-je dnois avec et chez deux amis. Aprs le dner, nous nous livrions
-d'intressants panchements qui, malgr tous les accents de la
-tristesse, nous paroissoient si doux par les rflexions et
-consolations qui s'y mloient et par la sage libert qui y rgnoit,
-dans une crise o tout toit licence pour les mchants, tout toit
+laissé, la perte que nous avions faite, les dangers et les malheurs
+toujours renaissants où nous vivions. Le vendredi suivant, 25 juillet,
+je dînois avec et chez deux amis. Après le dîner, nous nous livrions à
+d'intéressants épanchements qui, malgré tous les accents de la
+tristesse, nous paroissoient si doux par les réflexions et
+consolations qui s'y mêloient et par la sage liberté qui y régnoit,
+dans une crise où tout étoit licence pour les méchants, tout étoit
servitude pour les autres, au point de craindre, pour ainsi dire, que
les murs ne parlassent. A cinq heures du soir, on frappe, et je vois
-entrer le digne ami qui m'avoit dj averti deux fois. Qui vous
-amne?&mdash;Je vous cherche depuis deux heures; dsesprant de vous
-trouver, tout hasard je suis venu ici.&mdash;Pourquoi?&mdash;Pour vous engager
- rendre aux tantes des enfants, mesdames de Duras et Lafayette, le
-mme service que vous avez rendu leurs mres. Elles vont partir pour
-l'chafaud.&mdash;Ah! cher ami, que demandez-vous encore? Je connois peu
-ces dames, et il n'est pas sr qu'elles me reconnoissent et que je les
-reconnoisse.</p>
-
-<p>Je combats, il redouble de prires; mes amis se joignent lui. Je
-cde et je reprends ce triste chemin du palais. Il est temps, les
-charrettes sortent, s'arrtent en attendant les dernires. Sur la
-premire toient des dames: je n'en reconnois aucune. J'examine,
-considre, tourne, retourne; non, ou je suis bien tromp, les tantes
-n'y sont point, grce Dieu. Cependant, pour ne rien omettre,
+entrer le digne ami qui m'avoit déjà averti deux fois. «Qui vous
+amène?&mdash;Je vous cherche depuis deux heures; désespérant de vous
+trouver, à tout hasard je suis venu ici.&mdash;Pourquoi?&mdash;Pour vous engager
+à rendre aux tantes des enfants, mesdames de Duras et Lafayette, le
+même service que vous avez rendu à leurs mères. Elles vont partir pour
+l'échafaud.&mdash;Ah! cher ami, que demandez-vous encore? Je connois peu
+ces dames, et il n'est pas sûr qu'elles me reconnoissent et que je les
+reconnoisse.»</p>
+
+<p>Je combats, il redouble de prières; mes amis se joignent à lui. Je
+cède et je reprends ce triste chemin du palais. Il est temps, les
+charrettes sortent, s'arrêtent en attendant les dernières. Sur la
+première étoient des dames: je n'en reconnois aucune. J'examine,
+considère, tourne, retourne; non, ou je suis bien trompé, les tantes
+n'y sont point, grâce à Dieu. Cependant, pour ne rien omettre,
j'interroge des spectateurs bien instruits, et avec la douleur que
-nous font prouver ces inconnues, j'ai la joie de n'y point trouver
-les chres tantes. Dieu vouloit les conserver pour leurs familles qui
+nous font éprouver ces inconnues, j'ai la joie de n'y point trouver
+les chères tantes. Dieu vouloit les conserver pour leurs familles qui
les respectent et les aiment tant et avec tant de raison, me procurer
-l'avantage de les connotre d'une manire aussi particulire que
-celles dont la vie et <span class="pagenum"><a id="page527" name="page527"></a>(p. 527)</span> surtout la mort m'ont tant difi, et
+l'avantage de les connoître d'une manière aussi particulière que
+celles dont la vie et <span class="pagenum"><a id="page527" name="page527"></a>(p. 527)</span> surtout la mort m'ont tant édifié, et
me faire trouver dans leur connoissance ce que j'avois perdu dans les
autres, et dans ma situation, mes chagrins, mes malheurs, dont un
-irrparable, ces marques d'intrt, d'attachement, et ces consolations
-que partage si bien un beau-frre, ami, et que je chercherois en vain
-dans plusieurs lis cependant avec moi. Puisse le Dieu tout-puissant
-et tout misricordieux rpandre sur leurs familles toutes les
-bndictions que je lui demande pour la mienne, et nous runir tous
-avec celles qui nous ont devancs dans ce sjour o il n'y aura plus
-de rvolution craindre ou esprer, dans cette patrie qui aura,
-comme dit saint Augustin, la vrit pour roi, la charit pour loi, et
-pour mesure l'ternit!</p>
+irréparable, ces marques d'intérêt, d'attachement, et ces consolations
+que partage si bien un beau-frère, ami, et que je chercherois en vain
+dans plusieurs liés cependant avec moi. Puisse le Dieu tout-puissant
+et tout miséricordieux répandre sur leurs familles toutes les
+bénédictions que je lui demande pour la mienne, et nous réunir tous
+avec celles qui nous ont devancés dans ce séjour où il n'y aura plus
+de révolution à craindre ou à espérer, dans cette patrie qui aura,
+comme dit saint Augustin, la vérité pour roi, la charité pour loi, et
+pour mesure l'éternité!</p>
<hr class="hr10">
-<p>Le Pre Carrichon (Antoine-Philibert), ecclsiastique, prtre de la
-ci-devant congrgation de l'Oratoire, est dcd le 30 juillet 1818,
-en sa maison, rue Saint-Jacques, n<sup>o</sup> 277; ses obsques se firent le
-1<sup>er</sup> aot, sept heures du matin, en l'glise de Saint-Jacques du
-Haut-Pas, sa paroisse. Il tait g de soixante-neuf ans. B.</p>
+<p>Le Père Carrichon (Antoine-Philibert), ecclésiastique, prêtre de la
+ci-devant congrégation de l'Oratoire, est décédé le 30 juillet 1818,
+en sa maison, rue Saint-Jacques, n<sup>o</sup> 277; ses obsèques se firent le
+1<sup>er</sup> août, à sept heures du matin, en l'église de Saint-Jacques du
+Haut-Pas, sa paroisse. Il était âgé de soixante-neuf ans. B.</p>
<hr class="hr10">
<a id="doc13" name="doc13"></a>
<h3>XIII<br>
-<span class="smaller">PICES DIVERSES CONCERNANT MADAME LISABETH.</span></h3>
+<span class="smaller">PIÈCES DIVERSES CONCERNANT MADAME ÉLISABETH.</span></h3>
<h4>I.<br>
-<span class="smaller">ACTE DE BAPTME DE MADAME LISABETH.</span></h4>
+<span class="smaller">ACTE DE BAPTÊME DE MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
-<p class="entete"><span class="smcap">Extrait du registre des baptmes</span> <i>de l'glise Royale et Paroissiale de
-Notre-Dame de Versailles, diocse de Paris, pour l'anne mil sept cent
+<p class="entete"><span class="smcap">Extrait du registre des baptêmes</span> <i>de l'Église Royale et Paroissiale de
+Notre-Dame de Versailles, diocèse de Paris, pour l'année mil sept cent
soixante-quatre,</i> fol. 33.</p>
-<p>L'an mil sept cent soixante-quatre, le trois may, trs haute et trs
-puissante princesse Madame lizabethe-Philippe-Marie-Heleine de
-France, ne d'aujourd'huy, fille de trs haut, trs puissant et
-excellent prince Louis, Dauphin de France, et de trs haute, trs
-puissante et excellente princesse Marie-Josphe, princesse de Saxe,
-Dauphine de France, son pouse, a t baptize par Monseigneur
-Charle-Antoine de la Roche-Aimon, archevque-duc de Reims, pair et
-grand aumonier de France, en presence de nous cur soussign. Le
-parein a t trs haut et trs puissant prince Dom Philippe, infant
-d'Espagne, duc de Parme, Plaisance et Guastalle; la mareine a t
-trs haute, trs puissante et trs excellente princesse lizabethe,
-<span class="pagenum"><a id="page528" name="page528"></a>(p. 528)</span> princesse de Parme, Reine doarire d'Espagne. Le parein
-reprsent par trs haut et trs puissant prince Louis-Auguste de
-France, duc de Berry, et la mareine reprsente par trs haute et trs
-puissante princesse Madame Marie-Adlade de France, fille du Roy, qui
-ont t nomms l'un et l'autre cet effet, Sa Majest prsente au
-baptme. Et ont signs la minute:</p>
+<p>L'an mil sept cent soixante-quatre, le trois may, très haute et très
+puissante princesse Madame Élizabethe-Philippe-Marie-Heleine de
+France, née d'aujourd'huy, fille de très haut, très puissant et
+excellent prince Louis, Dauphin de France, et de très haute, très
+puissante et excellente princesse Marie-Josèphe, princesse de Saxe,
+Dauphine de France, son épouse, a été baptizée par Monseigneur
+Charle-Antoine de la Roche-Aimon, archevêque-duc de Reims, pair et
+grand aumonier de France, en presence de nous curé soussigné. Le
+parein a été très haut et très puissant prince Dom Philippe, infant
+d'Espagne, duc de Parme, Plaisance et Guastalle; la mareine a été
+très haute, très puissante et très excellente princesse Élizabethe,
+<span class="pagenum"><a id="page528" name="page528"></a>(p. 528)</span> princesse de Parme, Reine doüarière d'Espagne. Le parein
+représenté par très haut et très puissant prince Louis-Auguste de
+France, duc de Berry, et la mareine représentée par très haute et très
+puissante princesse Madame Marie-Adélaïde de France, fille du Roy, qui
+ont été nommés l'un et l'autre à cet effet, Sa Majesté présente au
+baptême. Et ont signés à la minute:</p>
<p class="author30">
LOUIS.<br>
@@ -21316,56 +21271,56 @@ baptme. Et ont signs la minute:</p>
Louis-Auguste.<br>
Louis-Stanislas-Xavier.<br>
Charle-Philippe.<br>
- Marie-Adlade.<br>
- Victoire-Louise-Marie-Thrse.<br>
- Sophie-Philippe-lizabethe-Justine.<br>
+ Marie-Adélaïde.<br>
+ Victoire-Louise-Marie-Thérèse.<br>
+ Sophie-Philippe-Élizabethe-Justine.<br>
Louise-Marie.</span><br>
- &#8224; <span class="smcap">Charle-Antoine</span>, <i>archevque-duc de Reims,
- grand aumnier de France</i>, et <span class="smcap">Allart</span>, cur.</p>
+ &#8224; <span class="smcap">Charle-Antoine</span>, <i>archevêque-duc de Reims,
+ grand aumônier de France</i>, et <span class="smcap">Allart</span>, curé.</p>
-<p>Nous soussign, Prtre de la Congrgation de la Mission, faisant les
-fonctions Curiales en l'glise Royale et Paroissiale de Notre-Dame de
-Versailles, Dpositaire des Registres de la mme glise; Certifions le
-prsent Extrait vritable et conforme l'Original. A Versailles, le
-sixime du mois d'aoust mil sept cent soixante-seize.</p>
+<p>Nous soussigné, Prêtre de la Congrégation de la Mission, faisant les
+fonctions Curiales en l'Église Royale et Paroissiale de Notre-Dame de
+Versailles, Dépositaire des Registres de la même Église; Certifions le
+présent Extrait véritable et conforme à l'Original. A Versailles, le
+sixième du mois d'aoust mil sept cent soixante-seize.</p>
-<p class="author">COLLIGNON, <i>prtre de la Mission</i><a id="footnotetag233" name="footnotetag233"></a><a href="#footnote233" title="Go to footnote 233"><span class="smaller">[233]</span></a>.</p>
+<p class="author">COLLIGNON, <i>prêtre de la Mission</i><a id="footnotetag233" name="footnotetag233"></a><a href="#footnote233" title="Go to footnote 233"><span class="smaller">[233]</span></a>.</p>
<hr class="hr10">
<h4>II.<br>
-<span class="smaller">NOURRICE DE MADAME LISABETH.</span></h4>
+<span class="smaller">NOURRICE DE MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
-<p>Marie-Thrse Hecquet, ne le lundi 24 mars 1732, sur la paroisse de
-Saint-Acheul, du lgitime mariage de Charles Hecquet, laboureur,
-demeurant au village de Boutillerie, et d'Anne Merelle, ses pre et
-mre; baptise le mme jour en l'glise paroissiale de Saint-Acheul,
+<p>Marie-Thérèse Hecquet, née le lundi 24 mars 1732, sur la paroisse de
+Saint-Acheul, du légitime mariage de Charles Hecquet, laboureur,
+demeurant au village de Boutillerie, et d'Anne Merelle, ses père et
+mère; baptisée le même jour en l'église paroissiale de Saint-Acheul,
ayant pour parrain Antoine Hecquet, son oncle paternel, et pour
-marraine Marie-Thrse Vasseur, sa tante, pouse dudit Antoine
+marraine Marie-Thérèse Vasseur, sa tante, épouse dudit Antoine
Hecquet.</p>
-<p>L'acte de baptme est sign Demonclot, chanoine rgulier et cur de
+<p>L'acte de baptême est signé Demonclot, chanoine régulier et curé de
Saint-Acheul.</p>
-<p>L'extrait de baptme, collationn, dlivr le 8 octobre 1779, est
-<span class="pagenum"><a id="page529" name="page529"></a>(p. 529)</span> sign Pelletier, prtre, docteur en thologie de la Facult
-de Paris et vicaire de ladite paroisse, dame Marie-Thrse Hecquet,
-pouse du sieur Jean Levallery, bourgeois de Paris, ne le 24 mars
-1732, Saint-Acheul, lection et gnralit d'Amiens, baptise [le
-mme jour] du mme mois dans la paroisse dudit lieu, nourrice de Son
-Altesse Royale Madame lisabeth de France, demeurant Paris, au
+<p>L'extrait de baptême, collationné, délivré le 8 octobre 1779, est
+<span class="pagenum"><a id="page529" name="page529"></a>(p. 529)</span> signé Pelletier, prêtre, docteur en théologie de la Faculté
+de Paris et vicaire de ladite paroisse, dame Marie-Thérèse Hecquet,
+épouse du sieur Jean Levallery, bourgeois de Paris, née le 24 mars
+1732, à Saint-Acheul, élection et généralité d'Amiens, baptisée [le
+même jour] du même mois dans la paroisse dudit lieu, nourrice de Son
+Altesse Royale Madame Élisabeth de France, demeurant à Paris, au
Palais-Bourbon, faubourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice,
-dclare avoir obtenu du Roi les grces pcuniaires ci-aprs,</p>
+déclare avoir obtenu du Roi les grâces pécuniaires ci-après,</p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="4" summary="Grces.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="4" summary="Grâces.">
<tr>
<td colspan="4">Savoir:</td>
</tr>
<tr>
-<td>Une pension de deux mille quatre cents livres sur le trsor de la
- Maison de Sa Majest, de l'chance de janvier (dont il lui reste d
- l'anne 1777, l'anne 1778 et la portion de temps de l'anne 1779),
- ce qui lui a t accord en sadite qualit de nourrice sans brevet,
+<td>Une pension de deux mille quatre cents livres sur le trésor de la
+ Maison de Sa Majesté, de l'échéance de janvier (dont il lui reste dû
+ l'année 1777, l'année 1778 et la portion de temps de l'année 1779),
+ ce qui lui a été accordé en sadite qualité de nourrice sans brevet,
ci</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right valignb">2,400</td>
@@ -21373,55 +21328,55 @@ dclare avoir obtenu du Roi les grces pcuniaires ci-aprs,</p>
</tr>
<tr>
<td>Une autre pension de douze cent quinze livres sur le
- Trsor royal, et paye jusqu' prsent par MM. les gardes
- dudit Trsor, accorde ladite dame Levallery, pour lui
+ Trésor royal, et payée jusqu'à présent par MM. les gardes
+ dudit Trésor, accordée à ladite dame Levallery, pour lui
tenir lieu d'une place de femme de chambre de feu Madame
- la Dauphine, employe dans l'tat du Roi, sous le titre de
- <cite>Pension du bas ge</cite>, sans brevet, et d 1778 et 1779, ci</td>
+ la Dauphine, employée dans l'état du Roi, sous le titre de
+ <cite>Pension du bas âge</cite>, sans brevet, et dû 1778 et 1779, ci</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right valignb">1,215</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Une autre pension de trois cents livres, accorde la
- dame Levallery au mme titre, pour lui tenir lieu de son
- logement, dont est d les annes 1777, 1778 et la portion
- de l'anne 1779, ces trois pensions cres en 1765</td>
+<td>Une autre pension de trois cents livres, accordée à la
+ dame Levallery au même titre, pour lui tenir lieu de son
+ logement, dont est dû les années 1777, 1778 et la portion
+ de l'année 1779, ces trois pensions créées en 1765</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right valignb">300</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Une pension de huit cents livres, accorde au sieur Louis-Joseph-Frdric Levallery,
- son fils, n le 28 janvier 1764,
- baptis le 29 du mme mois en la paroisse Saint-Sulpice
- de Paris, par un brevet de Sa Majest du 12 novembre 1771,
- payable sur les quittances de la dame Levallery jusqu' ce
- que son fils ait atteint l'ge de vingt ans, dont il est d</td>
+<td>Une pension de huit cents livres, accordée au sieur Louis-Joseph-Frédéric Levallery,
+ son fils, né le 28 janvier 1764,
+ baptisé le 29 du même mois en la paroisse Saint-Sulpice
+ de Paris, par un brevet de Sa Majesté du 12 novembre 1771,
+ payable sur les quittances de la dame Levallery jusqu'à ce
+ que son fils ait atteint l'âge de vingt ans, dont il est dû</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes valignb">800</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="right">Montant gnral des grces</td>
+<td class="right">Montant général des grâces</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right valignb">4,915</td>
<td class="valignb"><span class="small">&#035;</span></td>
</tr>
</table>
-<p>Il y a, indpendamment de cette dclaration manuscrite des grces
-pcuniaires accordes la nourrice de Madame lisabeth, un brevet
-officiel, en partie imprim, pareil celui de la nourrice de
+<p>Il y a, indépendamment de cette déclaration manuscrite des grâces
+pécuniaires accordées à la nourrice de Madame Élisabeth, un brevet
+officiel, en partie imprimé, pareil à celui de la nourrice de
<em>Monsieur</em>, de M. le comte d'Artois, etc. B.</p>
<hr class="hr10">
<h4><span class="pagenum"><a id="page530" name="page530"></a>(p. 530)</span> III.<br>
-<span class="smaller">APPOINTEMENTS DES DAMES DE COMPAGNIE DE MADAME LISABETH.</span></h4>
+<span class="smaller">APPOINTEMENTS DES DAMES DE COMPAGNIE DE MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
-<p class="entete"><i>tat des appointements que le Roi veut et ordonne tre pays aux
-dames que Sa Majest a nommes pour accompagner Madame lisabeth,
+<p class="entete"><i>État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux
+dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth,
depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786.</i></p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Appointements.">
@@ -21453,7 +21408,7 @@ depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la dame vicomtesse d'Imcourt et la dame comtesse
+<td>A la dame vicomtesse d'Imécourt et la dame comtesse
de la Bourdonnaye, adjointe et survivante,</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">4,000</td>
@@ -21505,20 +21460,20 @@ depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786.</i></p>
<td>A la dame Anna-Bella-Henriette de Drummont de Melfort,
comtesse de Marguerye,</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mmoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la dame vicomtesse de Mrinville, surnumraire sans
+<td>A la dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire sans
appointements,</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mmoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>A la dame marquise des Montiers, id.,</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mmoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -21529,23 +21484,23 @@ depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786.</i></p>
</tr>
</table>
-<p>Garde de mon Trsor royal, M<sup>e</sup> Charles-Pierre-Paul Savalette de
-Langes, payez comptant aux dames dnommes au prsent tat la somme de
-cinquante-deux mille livres pour leurs appointements, en leur qualit
+<p>Garde de mon Trésor royal, M<sup>e</sup> Charles-Pierre-Paul Savalette de
+Langes, payez comptant aux dames dénommées au présent état la somme de
+cinquante-deux mille livres pour leurs appointements, en leur qualité
susdite, depuis le 15 mai 1785 jusques et compris le 14 mai 1786,
-prsente anne.</p>
+présente année.</p>
-<p>Fait Versailles, le 1<sup>er</sup> juin 1786.</p>
+<p>Fait à Versailles, le 1<sup>er</sup> juin 1786.</p>
-<p class="author30">Collationn.</p>
+<p class="author30">Collationné.</p>
<p class="author">Le baron de <span class="smcap">Breteuil</span>.</p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page531" name="page531"></a>(p. 531)</span> <i>tat des gages, appointements et pensions que le Roi veut et
-ordonne tre pays aux personnes qui servent prs Madame lisabeth
-pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
+<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page531" name="page531"></a>(p. 531)</span> <i>État des gages, appointements et pensions que le Roi veut et
+ordonne être payés aux personnes qui servent près Madame Élisabeth
+pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Appointements.">
<tr>
@@ -21555,16 +21510,16 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="6" class="center"><i>Aumnier ordinaire.</i></td>
+<td colspan="6" class="center"><i>Aumônier ordinaire.</i></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le sieur Hyacinthe Bonniol de Montgut, attendu
+<td>Le sieur Hyacinthe Bonniol de Montégut, attendu
qu'il n'a pas d'appointements</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mmoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -21593,13 +21548,13 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="6" class="center"><i>Premier cuyer.</i></td>
+<td colspan="6" class="center"><i>Premier écuyer.</i></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au sieur comte d'Adhmar</td>
+<td>Au sieur comte d'Adhémar</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">150</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -21656,15 +21611,15 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="6" class="center"><i>Mdecin.</i></td>
+<td colspan="6" class="center"><i>Médecin.</i></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le sieur Le Monnier, y tant pourvu d'ailleurs</td>
+<td>Le sieur Le Monnier, y étant pourvu d'ailleurs</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mmoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -21677,29 +21632,29 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le sieur Loustonau, y tant pourvu d'ailleurs</td>
+<td>Le sieur Loustonau, y étant pourvu d'ailleurs</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mmoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="6" class="center"><i>Secrtaire du cabinet.</i></td>
+<td colspan="6" class="center"><i>Secrétaire du cabinet.</i></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au sieur de Champfort, raison de 2,000<sup class="small">&#035;</sup> par an</td>
+<td>Au sieur de Champfort, à raison de 2,000<sup class="small">&#035;</sup> par an</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">500</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>(Les annes 1785 et 1786 ont t expdies par ordonnance
+<td>(Les années 1785 et 1786 ont été expédiées par ordonnance
provisoire.)</td>
<td colspan="5">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -21713,8 +21668,8 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la dame Marie-Marguerite Soufflet-Pernot, premire,
- et Marie-Marguerite Pernot, sa fille, pouse du
+<td>A la dame Marie-Marguerite Soufflet-Pernot, première,
+ et Marie-Marguerite Pernot, sa fille, épouse du
sieur Guichard, en survivance</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">70</td>
@@ -21729,7 +21684,7 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td>s</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la dame Antoinette-Jacqueline Brochet, pouse du
+<td>A la dame Antoinette-Jacqueline Brochet, épouse du
sieur de Cimery, tant pour gages que pour l'entretien
d'un valet</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -21748,13 +21703,13 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Jeanne-Franoise d'Aigremont-Malivoire</td>
+<td>A Jeanne-Françoise d'Aigremont-Malivoire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">25</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Marie-Franoise-Victoire Dousset de Saint-Brice</td>
+<td>A Marie-Françoise-Victoire Dousset de Saint-Brice</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">25</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -21778,13 +21733,13 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Marie-Marguerite Pernot, pouse du sieur Guichard</td>
+<td>A Marie-Marguerite Pernot, épouse du sieur Guichard</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">25</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Madeleine-Flicit de Casaubon, veuve Delor
+<td>A Madeleine-Félicité de Casaubon, veuve Delor
femme de Saint-Gand</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">25</td>
@@ -21793,41 +21748,41 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<tr>
<td>A Marie Langaudre-Tergat</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>A la dame Roube</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Sophie-Locade le Gagneur</td>
+<td>A Sophie-Léocade le Gagneur</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Marie-Thrse Lalin de Navarre</td>
+<td>A Marie-Thérèse Lalin de Navarre</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la dame Duprat, pouse du sieur Malmain</td>
+<td>A la dame Duprat, épouse du sieur Malmain</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>La demoiselle Charlotte-Rosalie Damesme, la demoiselle
Jeanne-Julie d'Harmeville, la demoiselle de Montgiroux,
la demoiselle Malivoire, la demoiselle la Caze,
- la dame Perronnel, la demoiselle Guroult de MacCarty,
- surnumraires</td>
+ la dame Perronnel, la demoiselle Guéroult de MacCarty,
+ surnuméraires</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mmoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -21862,7 +21817,7 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Marie-Thrse Albert</td>
+<td>A Marie-Thérèse Albert</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">5</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -21883,7 +21838,7 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A elle pour faon, fournitures et charbon</td>
+<td>A elle pour façon, fournitures et charbon</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">300</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -21892,7 +21847,7 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="6" class="center"><i>cuyer ordinaire.</i></td></tr>
+<td colspan="6" class="center"><i>Écuyer ordinaire.</i></td></tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -21925,7 +21880,7 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Jean Branger</td>
+<td>A Jean Béranger</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">50</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -21952,7 +21907,7 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="6" class="center"><i>Garons de la chambre.</i></td></tr>
+<td colspan="6" class="center"><i>Garçons de la chambre.</i></td></tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -21969,7 +21924,7 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Sbastien Thirgarder Duparc</td>
+<td>A Sébastien Thirgarder Duparc</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">25</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -22030,7 +21985,7 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Franois Girard</td>
+<td>A François Girard</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">7</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -22054,7 +22009,7 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Catherine-Agathe Lefebvre, femme Longpr</td>
+<td>A Catherine-Agathe Lefebvre, femme Longpré</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">50</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -22089,101 +22044,101 @@ pendant le quartier de janvier de la prsente anne 1786.</i></p>
</tr>
</table>
-Garde de mon Trsor royal, M<sup>e</sup> Charles-Pierre-Paul Savalette de
+Garde de mon Trésor royal, M<sup>e</sup> Charles-Pierre-Paul Savalette de
Langes, payez comptant au sieur Randon de la Tour la somme de six
mille sept cent quatre-vingt-sept livres dix sols, pour employer au
-fait de sa charge mme, icelle dlivrer aux personnes dnommes au
-prsent tat, pour leurs gages pendant le quartier de janvier de la
-prsente anne.
+fait de sa charge même, icelle délivrer aux personnes dénommées au
+présent état, pour leurs gages pendant le quartier de janvier de la
+présente année.
-<p>Fait Versailles, le 1<sup>er</sup> avril 1786.</p>
+<p>Fait à Versailles, le 1<sup>er</sup> avril 1786.</p>
-<p class="author30">Collationn.</p>
+<p class="author30">Collationné.</p>
<p class="author">Le baron de <span class="smcap">Breteuil</span>.</p>
<hr class="hr10">
<h4>IV<br>
-<span class="smaller">MEUBLES DE L'APPARTEMENT DE MADAME LISABETH AU CHATEAU DE VERSAILLES
+<span class="smaller">MEUBLES DE L'APPARTEMENT DE MADAME ÉLISABETH AU CHATEAU DE VERSAILLES
EN 1787.</span></h4>
-<p class="entete"><i>Premire antichambre.</i></p>
+<p class="entete"><i>Première antichambre.</i></p>
<p>2 banquettes couvertes d'ouvrage de Savonnerie, fond bleu, dessin de
diverses couleurs, de 6 pieds de long sur 18 pouces de profondeur,
garnies de frange de soie torse de plusieurs couleurs; les bois
-peints, l'une en rouge et filets dors, et l'autre en blanc.</p>
+peints, l'une en rouge et filets dorés, et l'autre en blanc.</p>
-<p>2 tabourets de panne cramoisie, bois dors.</p>
+<p>2 tabourets de panne cramoisie, bois dorés.</p>
-<p>1 lustre de fer quatre branches peint en blanc, et binets en cuivre
+<p>1 lustre de fer à quatre branches peint en blanc, et binets en cuivre
de 18 pouces de haut, avec un cordon de soie cramoisie et or.</p>
<p>1 commode de bois de noyer de 3 pieds &frac12; de long, 20 pouces de
profondeur et 32 pouces de haut, ayant 4 tiroirs, dont 2 grands et
-<span class="pagenum"><a id="page534" name="page534"></a>(p. 534)</span> 2 petits, fermant clef, garnie d'entres de serrures et
+<span class="pagenum"><a id="page534" name="page534"></a>(p. 534)</span> 2 petits, fermant à clef, garnie d'entrées de serrures et
portant de bronze en couleur d'or.</p>
<p>1 petite table de sapin pliante.</p>
-<p>1 miroir de toilette bordure de noyer.</p>
+<p>1 miroir de toilette à bordure de noyer.</p>
<p>1 chaise de paille.</p>
<p>1 paravent de 8 feuilles de 20 pouces sur 6 pieds de haut, couvert en
-toile d'Alenon cramoisie.</p>
+toile d'Alençon cramoisie.</p>
-<p>1 paravent de 6 pieds de haut 6 feuilles de 20 pouces de large,
+<p>1 paravent de 6 pieds de haut à 6 feuilles de 20 pouces de large,
couvert idem.</p>
-<p class="entete"><i>Deuxime antichambre.</i></p>
+<p class="entete"><i>Deuxième antichambre.</i></p>
-<p>1 portire du char or de 2 aunes &frac14; de cours sur 2 aunes <sup>7</sup>/<sub>8</sub> de
+<p>1 portière du char à or de 2 aunes &frac14; de cours sur 2 aunes <sup>7</sup>/<sub>8</sub> de
haut.</p>
-<p>1 portire semblable la prcdente.</p>
+<p>1 portière semblable à la précédente.</p>
-<p>2 tabourets de panne cramoisie bois dors.</p>
+<p>2 tabourets de panne cramoisie à bois dorés.</p>
-<p>1 tabouret de panne idem, bois peint en rouge et filets dors.</p>
+<p>1 tabouret de panne idem, bois peint en rouge et filets dorés.</p>
<p>1 paravent de 6 feuilles de 6 pieds de haut, couvert de drap rouge des
-deux cts, clou de cloux dors sur galon d'or faux.</p>
+deux côtés, cloué de cloux dorés sur galon d'or faux.</p>
-<p>4 parties de rideaux de croises de 2 ls, chacune de grosdetours
-cramoisi, sur 11 pieds 6 pouces de haut, bordes de galon de soie.</p>
+<p>4 parties de rideaux de croisées de 2 lés, chacune de grosdetours
+cramoisi, sur 11 pieds 6 pouces de haut, bordées de galon de soie.</p>
-<p>1 grille 4 branches, pelle et pincette de fer.</p>
+<p>1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer.</p>
-<p>1 petit lustre de grenailles et petites poires 8 bobches, monture
-dore, 21 pouces de diamtre sur 32 pouces de haut, avec un cordon de
+<p>1 petit lustre de grenailles et petites poires à 8 bobèches, monture
+dorée, 21 pouces de diamètre sur 32 pouces de haut, avec un cordon de
soie cramoisie et or.</p>
-<p>2 commodes plaques de bois de rose et violette, chacune de 4 pieds de
+<p>2 commodes plaquées de bois de rose et violette, chacune de 4 pieds de
long, 23 pouces de profondeur sur 31 pouces de haut, ayant 4 tiroirs,
-dont 2 grands et 2 petits, fermant clef, garnies d'entres de
-serrures, portants et chaussons de cuivre dor d'or moulu, avec dessus
-de marbre brche d'Alep, dont un cass par le milieu.</p>
+dont 2 grands et 2 petits, fermant à clef, garnies d'entrées de
+serrures, portants et chaussons de cuivre doré d'or moulu, avec dessus
+de marbre brèche d'Alep, dont un cassé par le milieu.</p>
-<p>1 table ronde ployante de bois d'acajou de 5 pieds de diamtre,
-couverte de velours verd, pieds tourns.</p>
+<p>1 table ronde ployante de bois d'acajou de 5 pieds de diamètre,
+couverte de velours verd, pieds tournés.</p>
-<p>1 petite table crire de bois de noyer.</p>
+<p>1 petite table à écrire de bois de noyer.</p>
-<p>1 critoire en pupitre portatif de bois rose et violet, garnie
-d'encrier, poudrier et bote ponge d'argent, argenterie non
-numrote ni poids marqu.</p>
+<p>1 écritoire en pupitre portatif de bois rose et violet, garnie
+d'encrier, poudrier et boîte à éponge d'argent, argenterie non
+numérotée ni poids marqué.</p>
-<p>1 commode de bois de noyer 2 grands et 2 petits tiroirs, orne de
-portants et entres de serrures en couleur, avec dessus de marbre de 3
+<p>1 commode de bois de noyer à 2 grands et 2 petits tiroirs, ornée de
+portants et entrées de serrures en couleur, avec dessus de marbre de 3
pieds &frac12; de large, 22 pouces de profondeur.</p>
-<p class="entete"><i>Pice ct pour les garons de la chambre.</i></p>
+<p class="entete"><i>Pièce à côté pour les garçons de la chambre.</i></p>
-<p>1 couchette 2 chevets de 3 pieds de large, fond sangl, garnie
-<span class="pagenum"><a id="page535" name="page535"></a>(p. 535)</span> de roulettes galets.&mdash;Le coucher compos de: 1 sommier crin
-et toile carreaux;</p>
+<p>1 couchette à 2 chevets de 3 pieds de large, à fond sanglé, garnie
+<span class="pagenum"><a id="page535" name="page535"></a>(p. 535)</span> de roulettes à galets.&mdash;Le coucher composé de: 1 sommier crin
+et toile à carreaux;</p>
<p>2 mattelas de laine et toile idem;</p>
@@ -22191,331 +22146,331 @@ et toile carreaux;</p>
<p>2 couvertures de laine;</p>
-<p>2 rideaux d'alcve 4 ls chaque sur 11 pieds &frac12;;</p>
+<p>2 rideaux d'alcôve à 4 lés chaque sur 11 pieds &frac12;;</p>
<p>1 pente de 6 pieds de long, le tout de fleuret bleu et blanc;</p>
-<p>2 parties de rideaux de croise d'un l chaque de toile de coton sur 6
+<p>2 parties de rideaux de croisée d'un lé chaque de toile de coton sur 6
pieds de haut;</p>
-<p>1 table de htre avec un tiroir la face de 3 pieds &frac12; de long, 2
+<p>1 table de hêtre avec un tiroir à la face de 3 pieds &frac12; de long, 2
pieds de profondeur;</p>
-<p>6 chaises de paille satine verd et blanc.</p>
+<p>6 chaises de paille satinée verd et blanc.</p>
-<p class="entete"><i>Cabinet, ou Pices de nobles en t.</i></p>
+<p class="entete"><i>Cabinet, ou Pièces de nobles en été.</i></p>
-<p>1 meuble de damas de Gnes cramoisi, orn de grand et petit galon,
+<p>1 meuble de damas de Gênes cramoisi, orné de grand et petit galon,
avec frange et molet en or, consistant en:</p>
<p>12 ployants garnis d'un grand galon de 20 lignes et d'un autre de 12
-lignes, avec frange de 3 pouces, et les bois sculpts dors;</p>
+lignes, avec frange de 3 pouces, et les bois sculptés dorés;</p>
-<p>1 paravent de 6 feuilles de 4 pieds de haut, orn des mmes galons, et
-clou triple rang de cloux dors sur galon d'or fin et charnires en
-toffe;</p>
+<p>1 paravent de 6 feuilles de 4 pieds de haut, orné des mêmes galons, et
+cloué à triple rang de cloux dorés sur galon d'or fin et charnières en
+étoffe;</p>
-<p>1 cran sculpt et orn idem;</p>
+<p>1 écran sculpté et orné idem;</p>
-<p>6 parties de portires de 3 ls chacune, orns aux montants et travers
-du haut de molet et frange d'or par le bas, doubles de taffetas, sur
+<p>6 parties de portières de 3 lés chacune, ornés aux montants et travers
+du haut de molet et frange d'or par le bas, doublées de taffetas, sur
10 pieds de haut;</p>
-<p>6 parties de rideaux de croises de 2 ls chacune de grosdetours
+<p>6 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours
cramoisi, avec frange et mollet d'or idem, sur 12 pieds de haut;</p>
-<p>6 parties de rideaux de vitrage d'un l &frac12; chaque de mousseline raye
-et brode sur 4 pieds de haut;</p>
+<p>6 parties de rideaux de vitrage d'un lé &frac12; chaque de mousseline rayée
+et brodée sur 4 pieds de haut;</p>
-<p>2 encoignures de marqueterie plaques en bois satin et champ de bois
-d'amaranthe, ouvrant un venteau dont le devant est orn d'un vase de
-fleurs plaqu sur fond de bois gris satin, la frise tiroir plaqu
-en bois vert, ornes de moulures, encadrements de panneaux cisels,
-rinceaux, pieds et chtes de pilastres, frise entrelacs d'ornements,
-le tout en bronze dor d'or moulu et dessus de marbre fin de 25 pouces
+<p>2 encoignures de marqueterie plaquées en bois satiné et champ de bois
+d'amaranthe, ouvrant à un venteau dont le devant est orné d'un vase de
+fleurs plaqué sur fond de bois gris satiné, la frise à tiroir plaqué
+en bois vert, ornées de moulures, encadrements de panneaux ciselés,
+rinceaux, pieds et chûtes de pilastres, frise à entrelacs d'ornements,
+le tout en bronze doré d'or moulu et dessus de marbre fin de 25 pouces
de profondeur sur 34 pouces &frac12; de haut;</p>
-<p>2 lustres 6 lumires de cristal de Bohme, montures dores, de 26
-pouces de diamtre sur 3 pieds 9 pouces de haut, avec:</p>
+<p>2 lustres à 6 lumières de cristal de Bohême, montures dorées, de 26
+pouces de diamètre sur 3 pieds 9 pouces de haut, avec:</p>
-<p>2 cordons et 4 glands en soie cramoisie, orns de cartisanne et
+<p>2 cordons et 4 glands en soie cramoisie, ornés de cartisanne et
couronnes;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page536" name="page536"></a>(p. 536)</span> 4 girandoles 5 lumires de cristal de Bohme termines par
-une fleur de lys, montures de cuivre dor, trpied et plateaux en
-bronze dor, 30 pouces de haut, 16 pouces de large;</p>
-
-<p>1 feu 4 branches recouvrement orn sur le devant de postes et
-doubles pilastres surmonts de cassollettes et couronne, boucliers
-poss au centre du recouvrement, le grand socle consoles surmont
-d'un vase anses, orn de guirlandes, termin par une flamme de
-bronze dor, 17 pouces de haut sur 17 de large;</p>
-
-<p>2 paires bras de chemine trois branches, celles de ct torses et
-toutes trois fixes sur une gane orne de palmettes, avec frises
-entrelacs surmontes d'un vase cannelure torse et anses d'ornement
-termin par un bouton de graine, 22 pouces de haut, 17 pouces de
-large, bassin cannelure et festons;</p>
-
-<p>1 belle pendule de chemine en marbre blanc reprsentant un portique
-d'architecture orn dans la frise du bas de 3 bas-reliefs, l'un
-caractrisant la Paix, l'autre l'Abondance, et l'autre la Gloire
-tenant un buste oval, figure d'Henri IV; le portique orn de pilastres
-cannels et moulures au contour du chapiteau oves et dards, surmont
-d'un vase anses et paquets de laurier sur le ceintre du chapiteau,
-la pendule place au centre du portique dans sa bote ornements; le
-tout de bronze dor au mat, ainsi que la lentille, figure de soleil,
-de 26 pouces de haut sur 15 pouces de face, par Lpine.</p>
-
-<p class="entete"><i>Pice des nobles en hiver.</i></p>
-
-<p>1 meuble de velours de soie cramoisi doubl de grosdetours cramoisi,
-orn de 2 galons d'or, dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes &frac12;,
+<p><span class="pagenum"><a id="page536" name="page536"></a>(p. 536)</span> 4 girandoles à 5 lumières de cristal de Bohême terminées par
+une fleur de lys, montures de cuivre doré, à trépied et plateaux en
+bronze doré, 30 pouces de haut, 16 pouces de large;</p>
+
+<p>1 feu à 4 branches à recouvrement orné sur le devant de postes et
+doubles pilastres surmontés de cassollettes et couronne, boucliers
+posés au centre du recouvrement, le grand socle à consoles surmonté
+d'un vase à anses, orné de guirlandes, terminé par une flamme de
+bronze doré, 17 pouces de haut sur 17 de large;</p>
+
+<p>2 paires bras de cheminée à trois branches, celles de côté torses et
+toutes trois fixées sur une gaîne ornée de palmettes, avec frises à
+entrelacs surmontées d'un vase à cannelure torse et à anses d'ornement
+terminé par un bouton de graine, 22 pouces de haut, 17 pouces de
+large, bassin à cannelure et festons;</p>
+
+<p>1 belle pendule de cheminée en marbre blanc représentant un portique
+d'architecture orné dans la frise du bas de 3 bas-reliefs, l'un
+caractérisant la Paix, l'autre l'Abondance, et l'autre la Gloire
+tenant un buste oval, figure d'Henri IV; le portique orné de pilastres
+cannelés et moulures au contour du chapiteau à oves et dards, surmonté
+d'un vase à anses et paquets de laurier sur le ceintre du chapiteau,
+la pendule placée au centre du portique dans sa boîte à ornements; le
+tout de bronze doré au mat, ainsi que la lentille, figure de soleil,
+de 26 pouces de haut sur 15 pouces de face, par Lépine.</p>
+
+<p class="entete"><i>Pièce des nobles en hiver.</i></p>
+
+<p>1 meuble de velours de soie cramoisi doublé de grosdetours cramoisi,
+orné de 2 galons d'or, dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes &frac12;,
consistant en:</p>
-<p>6 parties de portire de 3 ls chacune doubles de grosdetours et
-ornes des 2 galons, sur 10 pieds 4 pouces de haut;</p>
+<p>6 parties de portière de 3 lés chacune doublées de grosdetours et
+ornées des 2 galons, sur 10 pieds 4 pouces de haut;</p>
-<p>1 paravent de 6 feuilles sur 4 pieds, charnire en toffe, chaque
-feuille orne des 2 galons, 1 rang de cloux dors au pourtour et 1
+<p>1 paravent de 6 feuilles sur 4 pieds, charnière en étoffe, chaque
+feuille ornée des 2 galons, 1 rang de cloux dorés au pourtour et 1
rang idem sur le champ, sur galon d'or fin;</p>
-<p>1 cran coulisse, le chssis orn des 2 cts des 2 galons d'or avec
-tresse et galon d'or, le bois sculpt dor;</p>
+<p>1 écran à coulisse, le châssis orné des 2 côtés des 2 galons d'or avec
+tresse et galon d'or, le bois sculpté doré;</p>
-<p>11 pliants orns des 2 galons et frange de 3 pouces en or, les bois
-sculpts dors.</p>
+<p>11 pliants ornés des 2 galons et frange de 3 pouces en or, les bois
+sculptés dorés.</p>
-<p>Les rideaux de croises servent pour les deux saisons: voyez le meuble
-d't l'Inventaire.</p>
+<p>Les rideaux de croisées servent pour les deux saisons: voyez le meuble
+d'été à l'Inventaire.</p>
-<p class="entete"><i>Chambre coucher en hiver.</i></p>
+<p class="entete"><i>Chambre à coucher en hiver.</i></p>
-<p>4 parties de portires de 3 ls chacune, de velours, doubles de
-<span class="pagenum"><a id="page537" name="page537"></a>(p. 537)</span> grosdetours cramoisi sur 2 aunes <sup>7</sup>/<sub>8</sub> de haut, ornes de 2
+<p>4 parties de portières de 3 lés chacune, de velours, doublées de
+<span class="pagenum"><a id="page537" name="page537"></a>(p. 537)</span> grosdetours cramoisi sur 2 aunes <sup>7</sup>/<sub>8</sub> de haut, ornées de 2
galons, dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes &frac12; de large.</p>
-<p class="entete"><i>Chambre coucher en t.</i></p>
+<p class="entete"><i>Chambre à coucher en été.</i></p>
-<p>Un meuble de damas de Lyon verd, dessin palmes, orn de grand et
-petit galon la Bourgogne et frange d'or, suivant le dtail ci-aprs,
-les pentes chantournes et soubassements orns de broderie d'or.</p>
+<p>Un meuble de damas de Lyon verd, dessin à palmes, orné de grand et
+petit galon à la Bourgogne et frange d'or, suivant le détail ci-après,
+les pentes chantournées et soubassements ornés de broderie d'or.</p>
-<p>1 tapisserie en 3 pices galonnes de grand et petit galon d'or,
+<p>1 tapisserie en 3 pièces galonnées de grand et petit galon d'or,
contenant ensemble 47 pieds 9 pouces de cours sur 14 pieds 2 pouces de
-haut, double de toile.</p>
+haut, doublée de toile.</p>
-<p>1 lit colonnes 2 chevets de 5 pieds de large, 6 pieds &frac12; de long,
-11 pieds 6 pouces de haut, impriale en voussure surmonte d'une
-corniche sculpte feuilles d'acanthe et perles; la couchette 2
-dossiers chantourns bois couvert, ainsi que les soubassements; le
+<p>1 lit à colonnes à 2 chevets de 5 pieds de large, 6 pieds &frac12; de long,
+11 pieds 6 pouces de haut, impériale en voussure surmontée d'une
+corniche sculptée à feuilles d'acanthe et perles; la couchette à 2
+dossiers chantournés à bois couvert, ainsi que les soubassements; le
bois peint en blanc, ferrures apparentes, double-tringles et agraffes
-dores, garniture de roulettes querre et chassis du fond sangl.</p>
-
-<p>Les toffes composes d'une impriale et son petit fond double
-galon, 4 petites pentes ornes de frange par le bas et petit galon par
-le haut; 4 grandes pentes ornes de grand et petit galon, frange de 4
-pouces brode en ornements sur le corps, 2 chantourns double face
-brods <i>idem</i> et orns de grand et petit galon, 3 soubassements
-brods, galonns comme les grandes pentes avec frange par le bas; 4
-rideaux de 7 ls chaque orns de grand et petit galon sur les montants
-travers du bas et cantonnires, 4 foureaux des colonnes en damas, 4
+dorées, garniture de roulettes à équerre et chassis du fond sanglé.</p>
+
+<p>Les étoffes composées d'une impériale et son petit fond à double
+galon, 4 petites pentes ornées de frange par le bas et petit galon par
+le haut; 4 grandes pentes ornées de grand et petit galon, frange de 4
+pouces brodée en ornements sur le corps, 2 chantournés à double face
+brodés <i>idem</i> et ornés de grand et petit galon, 3 soubassements
+brodés, galonnés comme les grandes pentes avec frange par le bas; 4
+rideaux de 7 lés chaque ornés de grand et petit galon sur les montants
+travers du bas et cantonnières, 4 foureaux des colonnes en damas, 4
embrasse-rideaux en gros cordon d'or avec glands <i>idem</i>;</p>
-<p>1 courtepointe orne d'un grand et deux rangs de petit galon;</p>
+<p>1 courtepointe ornée d'un grand et deux rangs de petit galon;</p>
-<p>2 rideaux d'entour de 7 ls chaque bords au pourtour de petit galon
-et double-rang sur les montants des cantonnires du devant seulement
+<p>2 rideaux d'entour de 7 lés chaque bordés au pourtour de petit galon
+et double-rang sur les montants des cantonnières du devant seulement
en grosdetours verd.</p>
-<p>Le coucher compos de:</p>
+<p>Le coucher composé de:</p>
<p>4 malelats laine et futaine;</p>
<p>1 lit et 2 traversins de duvet et basin avec souilles de taffetas
blanc;</p>
-<p>4 parties de portires de 4 ls chacune, galonnes d'un grand et petit
-galon d'or, doubles de grosdetours, sur 10 pieds de haut;</p>
+<p>4 parties de portières de 4 lés chacune, galonnées d'un grand et petit
+galon d'or, doublées de grosdetours, sur 10 pieds de haut;</p>
-<p>2 parties de rideaux de croises de 2 ls chaque en grosdetours verd,
-ornes d'un petit galon d'or au pourtour, sur 13 pieds de haut,
-remplies 11 pieds 6 pouces;</p>
+<p>2 parties de rideaux de croisées de 2 lés chaque en grosdetours verd,
+ornées d'un petit galon d'or au pourtour, sur 13 pieds de haut,
+rempliées à 11 pieds 6 pouces;</p>
-<p>2 fauteuils pieds gaine, cannelures torses sculptes de culots
-enfils dans la ceinture du sige, <i>idem</i> aux accotoirs avec
-palmettes, feuilles d'eau refend au pourtour du dossier, garnis et
-couverts <span class="pagenum"><a id="page538" name="page538"></a>(p. 538)</span> comme le meuble avec grand et petit galons, clous
-de cloux dors sur galon d'or fin, les bois sculpts dors;</p>
+<p>2 fauteuils pieds à gaine, cannelures torses sculptées de culots
+enfilés dans la ceinture du siége, <i>idem</i> aux accotoirs avec
+palmettes, feuilles d'eau à refend au pourtour du dossier, garnis et
+couverts <span class="pagenum"><a id="page538" name="page538"></a>(p. 538)</span> comme le meuble avec grand et petit galons, cloués
+de cloux dorés sur galon d'or fin, les bois sculptés dorés;</p>
-<p>2 carreaux orns de 1 grand et 2 petits galons avec 4 glands d'or aux
+<p>2 carreaux ornés de 1 grand et 2 petits galons avec 4 glands d'or aux
coins desdits;</p>
-<p>8 ployants garnis de large galon et frange d'or; 1 cran garni de
+<p>8 ployants garnis de large galon et frange d'or; 1 écran garni de
large galon et d'un gland d'or avec sa tresse de soie verte; 1
-paravent de 6 feuilles bois couvert des 2 cts, garni d'un grand
-galon d'or, et triple rang de cloux dor sur galon d'or fin, sur 4
-pieds de hauteur; le bois sculpt dor; le tout avec housses de
+paravent de 6 feuilles à bois couvert des 2 côtés, garni d'un grand
+galon d'or, et triple rang de cloux doré sur galon d'or fin, sur 4
+pieds de hauteur; le bois sculpté doré; le tout avec housses de
grosdetours;</p>
-<p>1 marchepied 2 degrs de damas cramoisi avec sa housse de
+<p>1 marchepied à 2 degrés de damas cramoisi avec sa housse de
grosdetours verd;</p>
-<p>1 commode de marquetterie dessus de marbre verd campan, ayant 5
-tiroirs dont 2 grands et 3 petits dans la frise, plaqu en bois verd,
-4 paneaux de ct en bois satin avec filets noir et blanc et champ de
-bois d'amaranthe, une table saillante au milieu, reprsentant un
-trophe pastoral et vase en placage sur fond de bois gris satin, les
-arrire-corps en mosaque de bois ombrs sur fond mme bois; ladite
-commode orne de socle, pieds rouleaux et palmettes ornes de gaine,
-chtes et paquets de laurier, cadres de panneaux, moulures unies
+<p>1 commode de marquetterie à dessus de marbre verd campan, ayant 5
+tiroirs dont 2 grands et 3 petits dans la frise, plaqué en bois verd,
+4 paneaux de côté en bois satiné avec filets noir et blanc et champ de
+bois d'amaranthe, une table saillante au milieu, représentant un
+trophée pastoral et vase en placage sur fond de bois gris satiné, les
+arrière-corps en mosaïque de bois ombrés sur fond même bois; ladite
+commode ornée de socle, pieds à rouleaux et palmettes ornées de gaine,
+chûtes et paquets de laurier, cadres de panneaux, moulures unies à
chapelets et feuilles, rais-de-c&oelig;ur, et rosettes guirlandes de
-laurier et chtes en paquet, portants ornements et corbeilles, la
-frise du centre en entrelacs, rosettes et culots, le tout de bronze
-dor d'or moulu, longue de 5 pieds &frac12; sur 25 pouces de profondeur et
+laurier et chûtes en paquet, portants à ornements et corbeilles, la
+frise du centre en entrelacs, à rosettes et culots, le tout de bronze
+doré d'or moulu, longue de 5 pieds &frac12; sur 25 pouces de profondeur et
37 pouces de haut;</p>
-<p>1 feu dont la grille 4 branches en 2 parties de fer poli de 23
+<p>1 feu dont la grille à 4 branches en 2 parties de fer poli de 23
pouces de profondeur, ayant chacune sur le devant une forte garniture
- recouvrement de bronze cisel et dor d'or moulu, orn d'entrelacs
-et rosettes, et sur le dessus d'une volute palmettes et laurier en
-paquet, et petit vase anse de 15 pouces de haut, le grand socle
-pidouche orn de guirlandes de fleurs, d'entrelacs dans la frise,
-surmont d'un fort vase cannelures et godrons, guirlandes de laurier
- anses et tte de blier, termin par un bouton de graine, 22 pouces
+à recouvrement de bronze ciselé et doré d'or moulu, orné d'entrelacs
+et rosettes, et sur le dessus d'une volute à palmettes et laurier en
+paquet, et petit vase à anse de 15 pouces de haut, le grand socle à
+piédouche orné de guirlandes de fleurs, d'entrelacs dans la frise,
+surmonté d'un fort vase à cannelures et godrons, guirlandes de laurier
+à anses et tête de bélier, terminé par un bouton de graine, 22 pouces
de haut sur 18 pouces de face, avec pelle, pincette et tenaille
-garnies de boutons de cuivre cisels et dors;</p>
+garnies de boutons de cuivre ciselés et dorés;</p>
-<p>1 lustre de cristal de Bohme 8 lumires accouples sur double
-bobche, monture dore, 32 pouces de diamtre sur 3 pieds 6 pouces de
-haut, avec 1 cordon et 2 glands de soie verte et or, orn de
+<p>1 lustre de cristal de Bohême à 8 lumières accouplées sur double
+bobèche, monture dorée, 32 pouces de diamètre sur 3 pieds 6 pouces de
+haut, avec 1 cordon et 2 glands de soie verte et or, orné de
cartisanne d'or;</p>
-<p>2 paires de bras 3 branches, celles de ct torses, ornes de
-palmettes et graine, cannelure et godrons, binets festons, la gaine
- <span class="pagenum"><a id="page539" name="page539"></a>(p. 539)</span> palmettes et culots avec frise entrelacs surmont d'un
+<p>2 paires de bras à 3 branches, celles de côté torses, ornées de
+palmettes et graine, cannelure et godrons, binets à festons, la gaine
+à <span class="pagenum"><a id="page539" name="page539"></a>(p. 539)</span> palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté d'un
bouton de graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large;</p>
-<p>1 belle pendule de chemine en marbre blanc, architecture et
-chapiteau, le socle orn de frises entrelacs d'ornements, port par
-8 pidouches, une double frise <i>idem</i> avec moulure, cisels, surmonts
+<p>1 belle pendule de cheminée en marbre blanc, architecture et
+chapiteau, le socle orné de frises à entrelacs d'ornements, porté par
+8 piédouches, une double frise <i>idem</i> avec moulure, ciselés, surmontés
de 2 enfants soutenant le chapiteau et portant une guirlande de fruits
-et fleurs, le dessous du chapiteau orn d'oves et surmont d'un nuage
-et de deux enfants, l'un tenant une couronne et l'autre traant une
-carte gographique, la pendule place au centre du chapiteau avec son
-cadre de bronze cisel dor d'or mat, 19 pouces de haut, 21 pouces de
+et fleurs, le dessous du chapiteau orné d'oves et surmonté d'un nuage
+et de deux enfants, l'un tenant une couronne et l'autre traçant une
+carte géographique, la pendule placée au centre du chapiteau avec son
+cadre de bronze ciselé doré d'or mat, 19 pouces de haut, 21 pouces de
face;</p>
-<p>1 cran de bois d'acajou chssis de taffetas verd;</p>
+<p>1 écran de bois d'acajou à châssis de taffetas verd;</p>
-<p>2 rideaux de vitrage d'un l &frac12; chaque, de mousseline raye et brode
+<p>2 rideaux de vitrage d'un lé &frac12; chaque, de mousseline rayée et brodée
sur 4 pieds de haut.</p>
<p class="entete"><i>Meuble d'hyver.</i></p>
-<p>Un meuble de velours de soie cramoisi orn de frange et galon d'or,
+<p>Un meuble de velours de soie cramoisi orné de frange et galon d'or,
consistant en:</p>
-<p>1 lit la duchesse, compos de trois grandes et 4 petites pentes
+<p>1 lit à la duchesse, composé de trois grandes et 4 petites pentes
enrichies de feuilles et ornements de broderie, et de 2 galons d'or
-garnies de grande frange d'or, fond grand, dossier chantourn aussi
-brod en or, bonnes-grces en dedans et au dehors, courtepointe garnie
+garnies de grande frange d'or, fond grand, dossier chantourné aussi
+brodé en or, bonnes-grâces en dedans et au dehors, courtepointe garnie
de sesd. 2 galons et 3 soubassements garnis desd. galons et frange, et
-2 rideaux sur 3 au. &frac14; de haut, garnis desd. galons et doubls de
+2 rideaux sur 3 au. &frac14; de haut, garnis desd. galons et doublés de
grosdetours cramoisi, avec 4 pommes, 4 bouquets de plumes et 4
aigrettes.</p>
-<p>Le bois du lit fond sangl en 2 parties dont les vis sont dores, de
+<p>Le bois du lit à fond sanglé en 2 parties dont les vis sont dorées, de
5 pieds de large, 6 pieds 4 pouces de long, sur 12 pieds &frac12; de haut.</p>
<p>Le coucher:</p>
-<p>3 fauteuils carreaux, 12 ployants, 1 cran, 1 paravent de 6 feuilles
-sur 4 pieds de haut; garni d'un galon d'or avec une tresse l'cran,
-les bois sculpts dors;</p>
+<p>3 fauteuils à carreaux, 12 ployants, 1 écran, 1 paravent de 6 feuilles
+sur 4 pieds de haut; garni d'un galon d'or avec une tresse à l'écran,
+les bois sculptés dorés;</p>
-<p>4 portires (pour cet article, voir, page <a href="#page536">536</a>,
-<em>Chambre coucher en hiver</em>: 4 parties de portires, etc.)</p>
+<p>4 portières (pour cet article, voir, page <a href="#page536">536</a>,
+<em>Chambre à coucher en hiver</em>: 4 parties de portières, etc.)</p>
-<p>4 parties de rideaux de croises de 2 ls chacune de grosdetours
+<p>4 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours
cramoisi, garnis de galon d'or sur 13 pieds de haut.</p>
-<p>Pices tapisserie, dessin de Teniers, de la manufacture de Beauvais.</p>
+<p>Pièces tapisserie, dessin de Teniers, de la manufacture de Beauvais.</p>
<p class="entete"><i>Grand cabinet.</i></p>
-<p>Un meuble de grosdetours fond blanc bouquets et ruban bleu brochs,
-encadr de bordures de mme toffe, dessein treillage <span class="pagenum"><a id="page540" name="page540"></a>(p. 540)</span> verd
-et fleurs, profilet de milleret verd, et orn d'une crte de soie nue
+<p>Un meuble de grosdetours fond blanc à bouquets et ruban bleu brochés,
+encadré de bordures de même étoffe, dessein à treillage <span class="pagenum"><a id="page540" name="page540"></a>(p. 540)</span> verd
+et fleurs, profilet de milleret verd, et orné d'une crête de soie nuée
assortie, consistant en:</p>
-<p>1 lit de repos de 6 pieds de long et 27 pouces de profondeur, garni
-plateforme, 1 matelas portant son soubassement drap, orn de frange
+<p>1 lit de repos de 6 pieds de long et 27 pouces de profondeur, garni à
+plateforme, 1 matelas portant son soubassement drapé, orné de frange
et glands, 3 oreillers avec 4 glands chacun; les oreillers garnis de
mouchoirs de taffetas blanc.</p>
-<p>Au dessus dud. lit de repos: 1 pente drape de 6 pieds de long avec
-charpe de 2 pieds 6 pouces, frange et 8 galons doubls de grosdetours
-blanc, 2 charpes doubles en bonnes-grces de 2 ls chaque, encadres,
-orns de molets et frangeou doubles de taffetas blanc avec cordon et
+<p>Au dessus dud. lit de repos: 1 pente drapée de 6 pieds de long avec
+écharpe de 2 pieds 6 pouces, frange et 8 galons doublés de grosdetours
+blanc, 2 écharpes doubles en bonnes-grâces de 2 lés chaque, encadrées,
+ornés de molets et frangeou doublées de taffetas blanc avec cordon et
6 glands de 9 pieds de haut;</p>
-<p>5 cordons de soie nue, dont 4 avec glands.</p>
+<p>5 cordons de soie nuée, dont 4 avec glands.</p>
-<p>2 bergres quarres, 2 bergres ceintres, 8 fauteuils, 6 chaises,
-carreaux, 1 chaise sans carreau, 1 cran chapeau, garnis de crte,
-les bois sculpts rais-de-c&oelig;ur et perles la ceinture, pieds
+<p>2 bergères quarrées, 2 bergères ceintrées, 8 fauteuils, 6 chaises, à
+carreaux, 1 chaise sans carreau, 1 écran à chapeau, garnis de crête,
+les bois sculptés à rais-de-c&oelig;ur et perles à la ceinture, pieds à
gaine, palmettes et pilastres aux consoles rais-de-c&oelig;ur, ficelle et
pommes de graine au dossier peint en blanc avec mouchoir de taffetas
blanc.</p>
-<p>A la croise: une pente drape et ses deux charpes de 3 pieds de
-long, 2 doubles charpes en bonnes-grces encadres et bordes de
+<p>A la croisée: une pente drapée et ses deux écharpes de 3 pieds de
+long, 2 doubles écharpes en bonnes-grâces encadrées et bordées de
molet et frangeou de 12 pieds de haut, garnies de 12 glands, cordon et
n&oelig;uds d'embrasses;</p>
-<p>2 parties de rideaux de croise de 2 ls de grosdetours blanc, avec
-grande bordure et molet de soie nue;</p>
+<p>2 parties de rideaux de croisée de 2 lés de grosdetours blanc, avec
+grande bordure et molet de soie nuée;</p>
-<p>2 parties de rideau de vitrage de 2 ls chacun de taffetas blanc sur 5
+<p>2 parties de rideau de vitrage de 2 lés chacun de taffetas blanc sur 5
pieds de haut;</p>
-<p>1 chaise de damas bleu, cloue de cloux dors sur bois moulures,
-pieds gaine peint en blanc;</p>
-
-<p>3 petits crans de bois d'acajou avec chssis de taffetas cramoisi;</p>
-
-<p>1 lustre 6 lumires de cristal de roche, monture dore, garniture de
-grenailles rosette et en filage et poire depuis 3 pouces &frac12; 2
-pouces, la boule de 3 pouces &frac12; de diamtre, le lustre de 25 pouces
-de diamtre sur 36 pouces de haut, avec 1 cordon, 1 rosasse et 1 gland
-de soie nue orns de cartisane;</p>
-
-<p>1 feu 4 branches et recouvrement avec frise sur le devant ornes
-entrelacs rosettes, culots et cadres de perles, le dessus orn de
-branches et fruits de vigne, sur le dedans un socle colonne cannele
-sur piedouche, surmont d'un nuage et de 2 tourterelles; le grand
-socle cannelures et tigettes avec guirlandes de fleurs et fruits de
-vigne, surmont d'un vase cassolette trpied et tte de satyre;
-<span class="pagenum"><a id="page541" name="page541"></a>(p. 541)</span> le corps de la cassolette cannelures torses, termin par
-une flamme, 17 pouces de haut sur 16 pouces de large, bronze dor,
-pelle, pincette et tenaille boutons dors;</p>
-
-<p>2 paires de bras trois branches, celles de ct torses, ornes de
-palmettes et graine, cannelures et godrons, binets festons, la gaine
- palmettes et culots avec frise entrelacs surmont d'un vase
-anses et cannelures torses, termin d'un boulon de graine, 22 pouces
+<p>1 chaise de damas bleu, clouée de cloux dorés sur bois à moulures,
+pieds à gaine peint en blanc;</p>
+
+<p>3 petits écrans de bois d'acajou avec châssis de taffetas cramoisi;</p>
+
+<p>1 lustre à 6 lumières de cristal de roche, monture dorée, garniture de
+grenailles à rosette et en filage et poire depuis 3 pouces &frac12; à 2
+pouces, la boule de 3 pouces &frac12; de diamètre, le lustre de 25 pouces
+de diamètre sur 36 pouces de haut, avec 1 cordon, 1 rosasse et 1 gland
+de soie nuée ornés de cartisane;</p>
+
+<p>1 feu à 4 branches et à recouvrement avec frise sur le devant ornées à
+entrelacs à rosettes, culots et cadres de perles, le dessus orné de
+branches et fruits de vigne, sur le dedans un socle à colonne cannelée
+sur piedouche, surmonté d'un nuage et de 2 tourterelles; le grand
+socle à cannelures et tigettes avec guirlandes de fleurs et fruits de
+vigne, surmonté d'un vase à cassolette à trépied et tête de satyre;
+<span class="pagenum"><a id="page541" name="page541"></a>(p. 541)</span> le corps de la cassolette à cannelures torses, terminé par
+une flamme, 17 pouces de haut sur 16 pouces de large, bronze doré,
+pelle, pincette et tenaille à boutons dorés;</p>
+
+<p>2 paires de bras à trois branches, celles de côté torses, ornées de
+palmettes et graine, cannelures et godrons, binets à festons, la gaine
+à palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté d'un vase à
+anses et cannelures torses, terminé d'un boulon de graine, 22 pouces
de haut, 18 pouces de large.</p>
-<p>A la croise, 1 store de 6 pieds 6 pouces de large, avec son taffetas
+<p>A la croisée, 1 store de 6 pieds 6 pouces de large, avec son taffetas
de 12 pieds de haut.</p>
<p class="entete"><i>Garde-robe.</i></p>
-<p>1 table de nuit de bois d'acajou 2 tablettes de marbre blanc vein,
-ayant un tiroir droite bouton et rosette de bronze en couleur.</p>
+<p>1 table de nuit de bois d'acajou à 2 tablettes de marbre blanc veiné,
+ayant un tiroir à droite à bouton et rosette de bronze en couleur.</p>
-<p class="entete"><i>Escalier qui conduit du grand cabinet la bibliothque.</i></p>
+<p class="entete"><i>Escalier qui conduit du grand cabinet à la bibliothèque.</i></p>
<p>Les marches couvertes en moquettes.</p>
@@ -22523,271 +22478,271 @@ ayant un tiroir droite bouton et rosette de bronze en couleur.</p>
<p>La rampe garnie et couverte de fleuret bleu.</p>
-<p>1 cordon d'cuyer en fil bleu.</p>
+<p>1 cordon d'écuyer en fil bleu.</p>
-<p class="entete"><i>Pice du billard et bibliothque.</i></p>
+<p class="entete"><i>Pièce du billard et bibliothèque.</i></p>
-<p>Un meuble de damas (de Lyon) verd et blanc, dessin figures
-enfants, cascades et fleurs, orn de frange, glands, cordon et crte
+<p>Un meuble de damas (de Lyon) verd et blanc, dessin à figures à
+enfants, cascades et fleurs, orné de frange, glands, cordon et crête à
la niche.</p>
-<p>1 pente et 2 doubles charpes de 6 pieds 4 pouces de haut, le tout de
-22 pouces de long, doubles de grosdetours verd avec cordon, 10
+<p>1 pente et 2 doubles écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut, le tout de
+22 pouces de long, doublées de grosdetours verd avec cordon, 10
glands, 2 n&oelig;uds et une cocarde.</p>
-<p>1 banquette plateforme de 6 pieds 2 pouces de long sur 27 pouces de
-profondeur, avec son matelas, le devant relev en draperie avec 8
+<p>1 banquette à plateforme de 6 pieds 2 pouces de long sur 27 pouces de
+profondeur, avec son matelas, le devant relevé en draperie avec 8
glands; 3 oreillers garnis de 4 glands chacun, 2 rondins avec 2 glands
- chacun.</p>
+à chacun.</p>
-<p>1 canap joncs ferm de 5 pieds 6 pouces, garni plateforme avec
-son matelas, soubassement drap orn de frange et 6 glands, 2 carreaux
-et 2 rondins garnis de glands; le tout en damas verd et blanc, orn de
-crte assortie, le bois moulures peint en blanc.</p>
+<p>1 canapé à joncs fermé de 5 pieds 6 pouces, garni à plateforme avec
+son matelas, soubassement drapé orné de frange et 6 glands, 2 carreaux
+et 2 rondins garnis de glands; le tout en damas verd et blanc, orné de
+crête assortie, le bois à moulures peint en blanc.</p>
-<p>2 bergres, 8 fauteuils, carreaux, 1 cran chapeau, couverts dudit
-damas, orns de crte assortie cloue, bois moulures peints en
+<p>2 bergères, 8 fauteuils, à carreaux, 1 écran à chapeau, couverts dudit
+damas, ornés de crête assortie clouée, bois à moulures peints en
blanc.</p>
-<p>1 pente drape formant le ceintre de la croise, orne de 8 glands et
+<p>1 pente drapée formant le ceintre de la croisée, ornée de 8 glands et
1 n&oelig;ud.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page542" name="page542"></a>(p. 542)</span> 1 tapis de pied moquette, dessin cordon jaune mdaillons
-de 9 ls et 2 bandes, non compris bordure sur 16 pieds.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page542" name="page542"></a>(p. 542)</span> 1 tapis de pied à moquette, dessin cordon jaune à médaillons
+de 9 lés et 2 bandes, non compris bordure sur 16 pieds.</p>
-<p>1 embrassement de croise de 4 ls sans bordure sur 7 pieds 6 pouces
-de long, doubl de toile.</p>
+<p>1 embrassement de croisée de 4 lés sans bordure sur 7 pieds 6 pouces
+de long, doublé de toile.</p>
-<p>1 bureau plaqu de bois satin et amaranthe de 4 pieds 3 pouces de
+<p>1 bureau plaqué de bois satiné et amaranthe de 4 pieds 3 pouces de
large, 24 pouces de profondeur et 26 pouces de haut avec roulettes
-sous les pieds, une tablette entre les pieds, ceintre, 3 tiroirs par
-devant, fermant clef, dans l'un une critoire portative orne de
+sous les pieds, une tablette entre les pieds, ceintrée, 3 tiroirs par
+devant, fermant à clef, dans l'un une écritoire portative ornée de
bronze de 9 pouces sur 5 pouces &frac12;, garnie d'encrier, poudrier, boite
- ponge de cuivre dor, les pieds gaine, le dessus de maroquin verd
-avec vignette d'or au pourtour, une balustrade jour par 3 cts,
+à éponge de cuivre doré, les pieds à gaine, le dessus de maroquin verd
+avec vignette d'or au pourtour, une balustrade à jour par 3 côtés,
ainsi que la tablette du dessous, avec cadres de panneaux et des pieds
-en gaine et anneaux de cuivre cisel, dor d'or moulu.</p>
+en gaine et anneaux de cuivre ciselé, doré d'or moulu.</p>
-<p>1 feu 4 branches et recouvrement port sur pidouche orn dans la
-frise de rinceaux et pis, et sur le dessus d'entrelacs surmonts
-d'une coque et d'&oelig;ufs unis, le grand socle avec frise pis,
-surmont d'un vase uni avec anneaux et chanes, termin d'une flamme,
+<p>1 feu à 4 branches et à recouvrement porté sur piédouche orné dans la
+frise de rinceaux et épis, et sur le dessus d'entrelacs surmontés
+d'une coque et d'&oelig;ufs unis, le grand socle avec frise à épis,
+surmonté d'un vase uni avec anneaux et chaînes, terminé d'une flamme,
15 pouces de hauteur sur 14 pouces &frac12;.</p>
-<p>2 paires de bras 3 branches, dont 2 cannelures, la 3<sup>e</sup> compose de
-branches, feuilles et fruits de laurier, le tout li d'un ruban sur le
-carquois auquel est runi un arc, le tout portant 30 pouces de haut
-sur 13 pouces de large, carquois et flches de bronze dor, or
+<p>2 paires de bras à 3 branches, dont 2 à cannelures, la 3<sup>e</sup> composée de
+branches, feuilles et fruits de laurier, le tout lié d'un ruban sur le
+carquois auquel est réuni un arc, le tout portant 30 pouces de haut
+sur 13 pouces de large, à carquois et flèches de bronze doré, or
moulu.</p>
-<p>1 billard en bois de chne couleur d'acajou, 5 pieds 9 pouces sur 11
-pieds de long, couvert de son drap vert clou de cloux dors sur galon
+<p>1 billard en bois de chêne couleur d'acajou, 5 pieds 9 pouces sur 11
+pieds de long, couvert de son drap vert cloué de cloux dorés sur galon
d'or fin, et garni de tous ses accessoirs.</p>
-<p>1 housse de basanne jaune double de toile verte.</p>
+<p>1 housse de basanne jaune doublée de toile verte.</p>
-<p>1 banvole de bois de chne, cordon de banvole en soie verte et gland
+<p>1 banvole de bois de chêne, cordon de banvole en soie verte et gland
au milieu <i>idem</i>.</p>
-<p class="entete"><i>Cabinet prs la pice des bains.</i></p>
+<p class="entete"><i>Cabinet près la pièce des bains.</i></p>
-<p>Un meuble de damas cramoisi et blanc (de Lyon), dessin cartouche de
-fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre, orn de
-frange, crte et glands.</p>
+<p>Un meuble de damas cramoisi et blanc (de Lyon), dessin à cartouche de
+fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre, orné de
+frange, crête et glands.</p>
-<p>7 pices de tapisserie produisant ensemble 12 ls sur 7 pieds de haut,
-borde chacune d'une crte de soie nue.</p>
+<p>7 pièces de tapisserie produisant ensemble 12 lés sur 7 pieds de haut,
+bordée chacune d'une crête de soie nuée.</p>
-<p>4 parties de rideaux de 4 ls &frac12; chacune, doubles de taffetas blanc,
-borde de crte sur 10 pieds de haut, avec 4 n&oelig;uds et 8 glands.</p>
+<p>4 parties de rideaux de 4 lés &frac12; chacune, doublées de taffetas blanc,
+bordée de crête sur 10 pieds de haut, avec 4 n&oelig;uds et 8 glands.</p>
-<p>1 fauteuil quarr, 4 cabriolets, 2 chaises la Reine; ces siges
-sont <span class="pagenum"><a id="page543" name="page543"></a>(p. 543)</span> carreaux couverts dud. damas, clous de cloux dors
-olive avec nervure, les bois sculpts peints en blanc, avec mouchoirs
+<p>1 fauteuil quarré, 4 cabriolets, 2 chaises à la Reine; ces siéges
+sont <span class="pagenum"><a id="page543" name="page543"></a>(p. 543)</span> à carreaux couverts dud. damas, cloués de cloux dorés à
+olive avec nervure, les bois sculptés peints en blanc, avec mouchoirs
de taffetas blanc.</p>
-<p>4 rideaux de vitrage d'un l &frac12; chaque, de mousseline raye et brode
+<p>4 rideaux de vitrage d'un lé &frac12; chaque, de mousseline rayée et brodée
sur 3 pieds de haut.</p>
-<p>2 <i>idem</i> de porte-vitres d'un l, plisss haut et bas sur 4 pieds de
+<p>2 <i>idem</i> de porte-vitrées d'un lé, plissés haut et bas sur 4 pieds de
haut.</p>
<p>2 autres <i>idem</i> sur 6 pieds &frac12; de haut.</p>
<p>2 cordons de sonnette et 2 glands de soie cramoisi et blanc.</p>
-<p>1 encoignure de marquetterie 1 venteau plaqu en bois de palixandre,
-panneau et arrire-corps en mosaque ombr sur fond de bois gris
-satin, la frise du bas en bois gris, celle du haut en bois verd,
-pilastres des pieds en bois gris filets; le tout orn de sabots
-palmettes, rinceaux et moulures, quart de rond godrons, cadres,
-panneaux rais-de-c&oelig;ur, rosettes aux angles, la frise du milieu
-cannaux et tigettes, celles de ct entrelacs d'ornements, rosasses
-de soleil dans les cases, 1 mdaillon au milieu du panneau du centre
-compos de nuages, carquois et tourterelles au cadre, branches de
-laurier et n&oelig;ud en ruban, le tout en bronze dor d'or au mat, avec
-dessus de marbre blanc vein de 19 pouces de profondeur sur 34 pouces
+<p>1 encoignure de marquetterie à 1 venteau plaqué en bois de palixandre,
+panneau et arrière-corps en mosaïque ombré sur fond de bois gris
+satiné, la frise du bas en bois gris, celle du haut en bois verd,
+pilastres des pieds en bois gris à filets; le tout orné de sabots à
+palmettes, rinceaux et moulures, quart de rond à godrons, cadres,
+panneaux à rais-de-c&oelig;ur, rosettes aux angles, la frise du milieu à
+cannaux et tigettes, celles de côté à entrelacs d'ornements, rosasses
+de soleil dans les cases, 1 médaillon au milieu du panneau du centre
+composé de nuages, carquois et tourterelles au cadre, branches de
+laurier et n&oelig;ud en ruban, le tout en bronze doré d'or au mat, avec
+dessus de marbre blanc veiné de 19 pouces de profondeur sur 34 pouces
de haut.</p>
-<p>Bras de chemine 1 branche garni cannelures et tigettes, port par
-une charpe lie sur un clou de bronze dor, de 13 pouces de haut.</p>
+<p>Bras de cheminée à 1 branche garni à cannelures et tigettes, porté par
+une écharpe liée sur un clou de bronze doré, de 13 pouces de haut.</p>
-<p>1 feu 4 branches recouvrement anglois orn dans la frise
-d'entrelacs en balustres jour surmont de cornes de brandons
-cannelures, termines de flammes, 10 pouces de haut et 10 pouces de
-large, avec pelle et pincette ornes de boutons.</p>
+<p>1 feu à 4 branches à recouvrement anglois orné dans la frise
+d'entrelacs en balustres à jour surmonté de cornes de brandons à
+cannelures, terminées de flammes, 10 pouces de haut et 10 pouces de
+large, avec pelle et pincette ornées de boutons.</p>
<p class="entete"><i>Boudoir.</i></p>
-<p>Un meuble de damas cramoisi et blanc de Lyon, dessin cartouche de
-fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre, orn de
-frange, crte et glands.</p>
+<p>Un meuble de damas cramoisi et blanc de Lyon, dessin à cartouche de
+fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre, orné de
+frange, crête et glands.</p>
-<p>4 pices de tapisserie produisant ensemble 8 ls sur 7 pieds de haut,
-borde de crte de soie unie.</p>
+<p>4 pièces de tapisserie produisant ensemble 8 lés sur 7 pieds de haut,
+bordée de crête de soie unie.</p>
-<p>1 lit de repos ou banquette ceintre dans le pourtour de la croise,
-de 6 pieds 8 pouces du derrire et le retour de 4 pieds chaque ct, 9
-pouces de hauteur de sige, pieds gaine cannels, peint en blanc,
-garni plateforme, un carreau de duvet et coutil avec soubassement
+<p>1 lit de repos ou banquette ceintrée dans le pourtour de la croisée,
+de 6 pieds 8 pouces du derrière et le retour de 4 pieds chaque côté, 9
+pouces de hauteur de siége, pieds à gaine cannelés, peint en blanc,
+garni à plateforme, un carreau de duvet et coutil avec soubassement
<span class="pagenum"><a id="page544" name="page544"></a>(p. 544)</span> en draperie garnie de frange avec cordon et 12 glands chacun
et mouchoirs de taffetas blanc.</p>
-<p>1 pente et 2 charpes de 6 pieds 4 pouces de haut doubles en taffetas
-blanc, ornes de frange avec cordon, 12 glands et 1 n&oelig;ud.</p>
+<p>1 pente et 2 écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut doublées en taffetas
+blanc, ornées de frange avec cordon, 12 glands et 1 n&oelig;ud.</p>
-<p>2 rideaux de 4 ls chaque, bords de crte, doubls de taffetas blanc.</p>
+<p>2 rideaux de 4 lés chaque, bordés de crête, doublés de taffetas blanc.</p>
<p>2 n&oelig;uds, cordon et 1 glands.</p>
-<p>3 grands fauteuils, 1 bergre, 4 chaises, carreaux couverts <i>idem</i>,
-clous de cloux dors olives avec nervure, les bois sculpts, peints
+<p>3 grands fauteuils, 1 bergère, 4 chaises, à carreaux couverts <i>idem</i>,
+cloués de cloux dorés à olives avec nervure, les bois sculptés, peints
en blanc et mouchoirs de taffetas blanc.</p>
<p>4 cordons de sonnette et 4 glands.</p>
-<p>2 rideaux de vitrage de 2 ls, mousseline raye et brode sur 3 pieds
+<p>2 rideaux de vitrage de 2 lés, mousseline rayée et brodée sur 3 pieds
de haut.</p>
-<p>2 bras une branche, garni, cannelures et tigettes, ports par une
-charpe lie sur un clou, de bronze dor de 30 pouces de haut.</p>
+<p>2 bras à une branche, garni, à cannelures et tigettes, portés par une
+écharpe liée sur un clou, de bronze doré de 30 pouces de haut.</p>
-<p>1 feu 4 branches recouvrement port sur 4 pieds cannels avec
-frise en soubassement orn de palmettes et feuillage, surmont d'un
-rang de perles, le dessus du socle orn d'un sphinx, et draperie en
-bronze dor, or moulu, 10 pouces de haut sur 10 pouces &frac12; de large,
-pelle, pincette ornes de boulons dors.</p>
+<p>1 feu à 4 branches à recouvrement porté sur 4 pieds cannelés avec
+frise en soubassement orné de palmettes et feuillage, surmonté d'un
+rang de perles, le dessus du socle orné d'un sphinx, et draperie en
+bronze doré, or moulu, 10 pouces de haut sur 10 pouces &frac12; de large,
+pelle, pincette ornées de boulons dorés.</p>
-<p class="entete"><span class="smcap">PREMIRE FEMME DE CHAMBRE.</span></p>
+<p class="entete"><span class="smcap">PREMIÈRE FEMME DE CHAMBRE.</span></p>
<p class="entete"><i>Chambre.</i></p>
<p>Un meuble de toile peinte, fond dessin courant de roses et diverses
-fleurs, bord en galon de soie verd, compos de:</p>
+fleurs, bordé en galon de soie verd, composé de:</p>
-<p>2 pices de tapisserie, ensemble 10 ls, sur 6 pieds 4 pouces de haut;</p>
+<p>2 pièces de tapisserie, ensemble 10 lés, sur 6 pieds 4 pouces de haut;</p>
-<p>1 lit en niche de lad. toile, compos de 3 dossiers, 1 fond sur son
+<p>1 lit en niche de lad. toile, composé de 3 dossiers, 1 fond sur son
chassis et la tringle, 1 pente de dehors, 4 pentes de dedans, 2
-rideaux de 3 ls chacun sur 8 pieds 10 pouces de haut, doubles de
-toile Laval blanche, 2 chantourns doubls de toile d'Alenon crue, 1
-courtepointe festonne et 2 mains, le tout de toile Laval bord de
+rideaux de 3 lés chacun sur 8 pieds 10 pouces de haut, doublées de
+toile Laval blanche, 2 chantournés doublés de toile d'Alençon écrue, 1
+courtepointe festonnée et 2 mains, le tout de toile Laval bordé de
galon de soie verd;</p>
-<p>La couchette peinte en blanc 2 chantourns, roulettes galets,
-coulisses dessous, et fond sangl de 6 pieds de long, 3 pieds 4 pouces
+<p>La couchette peinte en blanc à 2 chantournés, roulettes à galets,
+coulisses dessous, et fond sanglé de 6 pieds de long, 3 pieds 4 pouces
de large;</p>
-<p>Le coucher compos d'un sommier crin et toile, 2 malelats laine et
+<p>Le coucher composé d'un sommier crin et toile, 2 malelats laine et
futaine, 1 lit et 1 traversin de plume et coutil, un traversin de
toile et crin, et 2 couvertures 5 points;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page545" name="page545"></a>(p. 545)</span> 1 bergre en cabriolet carreau, 2 fauteuils en cabriolet
-garni, 4 chaises la Reine <i>idem</i>, couverts de lad. toile avec crte
-de soie nue, bois moulures, peints en blanc;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page545" name="page545"></a>(p. 545)</span> 1 bergère en cabriolet à carreau, 2 fauteuils en cabriolet
+garni, 4 chaises à la Reine <i>idem</i>, couverts de lad. toile avec crête
+de soie nuée, bois à moulures, peints en blanc;</p>
-<p>1 secrtaire en armoire de bois de noyer couleur d'acajou, de 2 pieds
+<p>1 secrétaire en armoire de bois de noyer couleur d'acajou, de 2 pieds
&frac12; de large sur 4 pieds &frac12; de haut, avec dessus de marbre blanc
-vein avec garniture anneaux dors d'or moulu;</p>
+veiné avec garniture à anneaux dorés d'or moulu;</p>
-<p>1 commode de bois de noyer couleur d'acajou 3 grands tiroirs fermant
- clef, garnie d'anneaux et entres de cuivre en couleur d'or de 3
+<p>1 commode de bois de noyer couleur d'acajou à 3 grands tiroirs fermant
+à clef, garnie d'anneaux et entrées de cuivre en couleur d'or de 3
pieds &frac12; sur 22 pouces de profondeur, avec dessus de marbre blanc
-vein;</p>
+veiné;</p>
-<p>1 table crire de bois de noyer de 27 pouces de large;</p>
+<p>1 table à écrire de bois de noyer de 27 pouces de large;</p>
<p>1 demi-toilette en bois de noyer et sa garniture complette, de 29
pouces de large, 16 pouces &frac12; de profondeur, et garniture complette
ordinaire;</p>
-<p>2 chaises de paille satine verd et blanc;</p>
+<p>2 chaises de paille satinée verd et blanc;</p>
-<p>1 grille 4 branches, pelle et pincette de fer poli, garniture en
+<p>1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer poli, garniture en
cuivre.</p>
<p class="entete"><i>Salon.</i></p>
-<p>2 pices de tapisserie contenant ensemble 7 ls &frac12; de toile peinte
-sur 7 pieds de haut, pareille celle du meuble de la chambre.</p>
+<p>2 pièces de tapisserie contenant ensemble 7 lés &frac12; de toile peinte
+sur 7 pieds de haut, pareille à celle du meuble de la chambre.</p>
-<p>1 canap jonc de 6 pieds de long, garni la plateforme avec un
-matelas et 2 oreillers de paille carreaux de fonds et dossiers de
+<p>1 canapé à jonc de 6 pieds de long, garni à la plateforme avec un
+matelas et 2 oreillers de paille à carreaux de fonds et dossiers de
lad. toile.</p>
-<p>1 bergre en bois de tourneur, dossier carreau et jonc, ferme, fond
+<p>1 bergère en bois de tourneur, dossier à carreau et jonc, fermée, fond
de paille et plateforme, avec son carreau en plume de lad. toile.</p>
-<p>2 chaises la Reine garnies, bois moulures, peints en blanc,
+<p>2 chaises à la Reine garnies, bois à moulures, peints en blanc,
couvertes de lad. toile.</p>
-<p>1 rideau d'un l &frac12; de toile de coton sur 3 pieds &frac12; de haut.</p>
+<p>1 rideau d'un lé &frac12; de toile de coton sur 3 pieds &frac12; de haut.</p>
-<p>1 grille de fer 4 branches avec pelle et pincette de fer poli.</p>
+<p>1 grille de fer à 4 branches avec pelle et pincette de fer poli.</p>
-<p>1 lit dans une armoire sur un fond sangl bascule, garni de 2
+<p>1 lit dans une armoire sur un fond sanglé à bascule, garni de 2
matelas laine et toile, 1 traversin plume et coutil, 2 couvertures
laine blanche.</p>
-<p class="entete"><i>Petite pice ct.</i></p>
+<p class="entete"><i>Petite pièce à côté.</i></p>
-<p>1 commode en bois de noyer pieds tourns, 2 grands et petits
-tiroirs, garniture anneaux cisels perles, entres de serrures de
+<p>1 commode en bois de noyer à pieds tournés, 2 grands et petits
+tiroirs, garniture à anneaux ciselés à perles, entrées de serrures de
bronze en couleur de 3 pieds &frac12; de large sur 20 pouces.</p>
-<p>1 miroir de toilette bordure de noyer, garni d'querres et
-charnires de cuivre de 14 pouces sur 12 pouces.</p>
+<p>1 miroir de toilette à bordure de noyer, garni d'équerres et
+charnières de cuivre de 14 pouces sur 12 pouces.</p>
-<p>1 bidet planche de bois de noyer. <span class="pagenum"><a id="page546" name="page546"></a>(p. 546)</span> 2 chaises d'affaires en
-pot oille en bois <i>idem</i>.</p>
+<p>1 bidet à planche de bois de noyer. <span class="pagenum"><a id="page546" name="page546"></a>(p. 546)</span> 2 chaises d'affaires en
+pot à oille en bois <i>idem</i>.</p>
-<p>3 chaises de paille satine verd et blanc.</p>
+<p>3 chaises de paille satinée verd et blanc.</p>
-<p>1 dite la capucine.</p>
+<p>1 dite à la capucine.</p>
<p class="entete"><i>Garde-robe aux atours.</i></p>
-<p>1 lit colonnes de 4 pieds de large, 6 pieds de long et 6 pieds de
-haut, en fleuret ray bleu et blanc.</p>
+<p>1 lit à colonnes de 4 pieds de large, 6 pieds de long et 6 pieds de
+haut, en fleuret rayé bleu et blanc.</p>
-<p>Les toffes composes d'un fond, 4 petites et 3 grandes pentes, un
-dossier, 2 rideaux de 7 ls chacun, 2 bonnes-grces d'un l &frac12; sur 6
-pieds de haut, 1 chantourn, 1 courtepointe, 2 mains, 4 fourreaux de
+<p>Les étoffes composées d'un fond, 4 petites et 3 grandes pentes, un
+dossier, 2 rideaux de 7 lés chacun, 2 bonnes-grâces d'un lé &frac12; sur 6
+pieds de haut, 1 chantourné, 1 courtepointe, 2 mains, 4 fourreaux de
colonnes, 4 petites et 2 grandes pentes.</p>
-<p>La couchette 1 chevet, fond sangl et roulettes galets.</p>
+<p>La couchette à 1 chevet, fond sanglé et roulettes à galets.</p>
<p>2 matelas, dont un de futaine, 1 sommier crin et toile de Flandre, 1
lit de plume en coutil, 1 traversin de <i>idem</i>, 2 couvertures de laine
blanche, [le tout] de quatre pieds de large.</p>
-<p>Deux parties de rideaux d'un l et demi chaque, sur 6 pieds 4 pouces
+<p>Deux parties de rideaux d'un lé et demi chaque, sur 6 pieds 4 pouces
de haut.</p>
<p>4 fauteuils en cabriolet couvert de moquette bleue et blanche, les
bois vernis.</p>
-<p>Une table quadrille pliante, couverte de drap verd; le dessus plaqu
+<p>Une table à quadrille pliante, couverte de drap verd; le dessus plaqué
en damier en bois de merisier et filet.</p>
<p>6 chaises de paille fine.</p>
@@ -22798,11 +22753,11 @@ en damier en bois de merisier et filet.</p>
matelas laine et toile, 1 traversin de plume et coutil, 2 couvertures
de laine.</p>
-<p>1 grille 4 branches 2 pommes, le tout de fer poli.</p>
+<p>1 grille à 4 branches à 2 pommes, le tout de fer poli.</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Inventaire.">
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><span class="smcap">argenterie marque E.</span><br>
+<td colspan="4" class="center"><span class="smcap">argenterie marquée E.</span><br>
<i>Chambre.</i><br>
Vermeil.</td>
</tr>
@@ -22822,18 +22777,18 @@ de laine.</p>
<td>Deux flacons et leurs bouchons</td>
<td class="right">4</td>
<td class="right">3</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux boites poudre couvertes</td>
+<td>Deux boites à poudre couvertes</td>
<td class="right">6</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
<td>Une tasse couverte et sa soucoupe</td>
<td class="right">6</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
@@ -22843,13 +22798,13 @@ de laine.</p>
<td class="right">7</td>
</tr>
<tr>
-<td>Un pot l'eau et sa jatte ovale</td>
+<td>Un pot à l'eau et sa jatte ovale</td>
<td class="right">9</td>
<td class="right">5</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux boites mouches</td>
+<td>Deux boites à mouches</td>
<td class="right">1</td>
<td class="right">6</td>
<td class="right">2</td>
@@ -22861,13 +22816,13 @@ de laine.</p>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page547" name="page547"></a>(p. 547)</span> Un pot ptes</td>
-<td class="right"></td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page547" name="page547"></a>(p. 547)</span> Un pot à pâtes</td>
+<td class="right">»</td>
<td class="right">5</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux couverts composs chacun d'une cuiller, fourchette
+<td>Deux couverts composés chacun d'une cuiller, fourchette
et couteau, pesant</td>
<td class="right">1</td>
<td class="right">5</td>
@@ -22886,16 +22841,16 @@ de laine.</p>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Six assiettes chantournes</td>
+<td>Six assiettes chantournées</td>
<td class="right">16</td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
<td>La garniture du miroir de toilette</td>
<td class="right">9</td>
-<td class="right"></td>
-<td class="right"></td>
+<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
</tr>
<tr>
<td>Deux flambeaux de poing</td>
@@ -22904,7 +22859,7 @@ de laine.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Une gantire</td>
+<td>Une gantière</td>
<td class="right">6</td>
<td class="right">4</td>
<td class="right">6</td>
@@ -22916,8 +22871,8 @@ de laine.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux petites cuillers caf</td>
-<td class="right bor_bot_yes"></td>
+<td>Deux petites cuillers à café</td>
+<td class="right bor_bot_yes">»</td>
<td class="right bor_bot_yes">2</td>
<td class="right bor_bot_yes">7</td>
</tr>
@@ -22931,8 +22886,8 @@ de laine.</p>
<tr><td colspan="4" class="center">Argent blanc.</td></tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>12 flambeaux modle pareil ceux du Roi, haut de
- 9 pouces 2 lignes, avec bobches</td>
+<td>12 flambeaux modèle pareil à ceux du Roi, haut de
+ 9 pouces 2 lignes, avec bobêches</td>
<td class="right">42</td>
<td class="right">4</td>
<td class="right">7</td>
@@ -22940,73 +22895,73 @@ de laine.</p>
</table>
<h4>V.<br>
-<span class="smaller">TAT DES DIAMANTS ET PERLES APPARTENANTS A MADAME LISABETH.</span></h4>
+<span class="smaller">ÉTAT DES DIAMANTS ET PERLES APPARTENANTS A MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
-<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. Une grande paire de girandoles trois poires compose
+<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. Une grande paire de girandoles à trois poires composée
de cent trente-six brillants.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Cinq boucles de corset composes de quatre-vingts brillants.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Cinq boucles de corset composées de quatre-vingts brillants.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 3. Une montre avec des cercles en diamants et sa chane aussi en
-diamants; la montre et la chane sont composes de cent quarante-trois
+<p><span class="smcap">Art.</span> 3. Une montre avec des cercles en diamants et sa chaîne aussi en
+diamants; la montre et la chaîne sont composées de cent quarante-trois
brillants.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Une paire d'anneaux monte en chane, composs de vingt
+<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Une paire d'anneaux montée en chaîne, composés de vingt
brillants.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 5. Douze gerbes composes de neuf cent soixante-six brillants.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 5. Douze gerbes composées de neuf cent soixante-six brillants.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 6. Cent soixante et un chtons de brillants monts jour.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 6. Cent soixante et un châtons de brillants montés à jour.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 7. Un anneau en diamants, mont jour, compos de treize
+<p><span class="smcap">Art.</span> 7. Un anneau en diamants, monté à jour, composé de treize
brillants.</p>
<p><span class="smcap">Art.</span> 8. Deux bagues formant huit pans avec un gros diamant sur les
-compositions. Plus une bague cheveux avec un entourage compos de
+compositions. Plus une bague à cheveux avec un entourage composé de
seize brillants.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 9. Une chane en perles et diamants avec deux barettes; la
-<span class="pagenum"><a id="page548" name="page548"></a>(p. 548)</span> premire barette est compose de deux brillants: la grande
-barette est compose de cinq brillants; les glands, la clef et les
-porte-mousquetons de ladite chane sont garnis de petits brillants.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 9. Une chaîne en perles et diamants avec deux barettes; la
+<span class="pagenum"><a id="page548" name="page548"></a>(p. 548)</span> première barette est composée de deux brillants: la grande
+barette est composée de cinq brillants; les glands, la clef et les
+porte-mousquetons de ladite chaîne sont garnis de petits brillants.</p>
-<p class="entete">TAT DES PERLES.</p>
+<p class="entete">ÉTAT DES PERLES.</p>
-<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. Une paire d'anneaux enfile compose de quarante-deux
+<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. Une paire d'anneaux enfilée composée de quarante-deux
perles.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Une paire de catenats, monte en or avec dix perles sur le
-milieu du catenat et trente-six sur les cts: les douze rangs de
-perles desdits catenats sont composs de deux cent quatre-vingt-huit
+<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Une paire de catenats, montée en or avec dix perles sur le
+milieu du catenat et trente-six sur les côtés: les douze rangs de
+perles desdits catenats sont composés de deux cent quatre-vingt-huit
perles.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 3. Cinq boucles de corsets montes en or composes de cent dix
+<p><span class="smcap">Art.</span> 3. Cinq boucles de corsets montées en or composées de cent dix
perles.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Un mdaillon avec un portrait entour de vingt-quatre perles.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Un médaillon avec un portrait entouré de vingt-quatre perles.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 5. Un esclavage compos de cent dix perles.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 5. Un esclavage composé de cent dix perles.</p>
-<p>Plus cinq rangs de perles composs de trois cent trois perles.</p>
+<p>Plus cinq rangs de perles composés de trois cent trois perles.</p>
-<p>Plus un petit rang compos de neuf perles mdiocres.</p>
+<p>Plus un petit rang composé de neuf perles médiocres.</p>
-<p>Plus un anneau mont en or avec des perles.</p>
+<p>Plus un anneau monté en or avec des perles.</p>
-<p>Plus une bague cheveux avec une perle sur le milieu du cristal.</p>
+<p>Plus une bague à cheveux avec une perle sur le milieu du cristal.</p>
<hr class="hr10">
<h4>VI.<br>
-<span class="smaller">TAT DES DISTRIBUTIONS.</span></h4>
+<span class="smaller">ÉTAT DES DISTRIBUTIONS.</span></h4>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="trennes.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Étrennes.">
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>trennes.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Étrennes.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux cochers et postillons de la grande curie</td>
+<td>Aux cochers et postillons de la grande écurie</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
@@ -23024,19 +22979,19 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux cochers de la petite curie</td>
+<td>Aux cochers de la petite écurie</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux postillons de la petite curie</td>
+<td>Aux postillons de la petite écurie</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux palfreniers de la petite curie</td>
+<td>Aux palfreniers de la petite écurie</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23067,7 +23022,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>curie de Monsieur.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Écurie de Monsieur.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23090,7 +23045,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>curie de Madame.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Écurie de Madame.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23113,7 +23068,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>curie de M<sup>gr</sup> comte d'Artois.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Écurie de M<sup>gr</sup> comte d'Artois.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23136,7 +23091,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>curie de Madame comtesse d'Artois.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Écurie de Madame comtesse d'Artois.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23163,13 +23118,13 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux garons du garde-meuble</td>
+<td>Aux garçons du garde-meuble</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garons de boutique</td>
+<td>Aux garçons de boutique</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">18</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23181,13 +23136,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au suisse du ct du Roi</td>
+<td>Au suisse du côté du Roi</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au suisse du ct de Madame</td>
+<td>Au suisse du côté de Madame</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23218,7 +23173,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>A plusieurs garons.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>A plusieurs garçons.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23234,7 +23189,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon des glacires</td>
+<td>Au garçon des glacières</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23276,24 +23231,24 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garons apothicaires</td>
+<td>Aux garçons apothicaires</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Aux gardes franoises, suisses et autres.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Aux gardes françoises, suisses et autres.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>A la musique et tambours des gardes franoises</td>
+<td>A la musique et tambours des gardes françoises</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux mmes des gardes suisses</td>
+<td>Aux mêmes des gardes suisses</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23328,7 +23283,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la Charit de Paris</td>
+<td>A la Charité de Paris</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23339,13 +23294,13 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux garons du gobelet</td>
+<td>Aux garçons du gobelet</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">60</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'homme charg de l'eau de Ville d'Avrai et la glace</td>
+<td>A l'homme chargé de l'eau de Ville d'Avrai et la glace</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23356,13 +23311,13 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux garons de la bouche</td>
+<td>Aux garçons de la bouche</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">60</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garons de vaisselle</td>
+<td>Aux garçons de vaisselle</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23380,7 +23335,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garons servants</td>
+<td>Aux garçons servants</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23404,7 +23359,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la jardinire de Sceaux</td>
+<td>A la jardinière de Sceaux</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23422,7 +23377,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au courrier de la petite curie</td>
+<td>Au courrier de la petite écurie</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23464,13 +23419,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garons allumeurs de l'appartement</td>
+<td>Aux garçons allumeurs de l'appartement</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux commis des btiments, pour les rverbres</td>
+<td>Aux commis des bâtiments, pour les réverbères</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23488,7 +23443,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour la bche de Nol</td>
+<td>Pour la bûche de Noël</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23506,7 +23461,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au frre carme qui apporte une bote d'eau</td>
+<td>Au frère carme qui apporte une boëte d'eau</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23524,13 +23479,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au fontainier qui fournit l'eau des rservoirs des bornes</td>
+<td>Au fontainier qui fournit l'eau des réservoirs des bornes</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au laveur des marbres pour toute l'anne</td>
+<td>Au laveur des marbres pour toute l'année</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23542,20 +23497,20 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon de M<sup>lle</sup> Moulliard</td>
+<td>Au garçon de M<sup>lle</sup> Moulliard</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">6</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="right">Total des trennes</td>
+<td class="right">Total des étrennes</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1743</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>trennes de la Petite Maison.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Étrennes de la Petite Maison.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23595,13 +23550,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Coupery, premier garon jardinier</td>
+<td>A Coupery, premier garçon jardinier</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">96</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au deuxime garon</td>
+<td>Au deuxième garçon</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23632,13 +23587,13 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page550" name="page550"></a>(p. 550)</span> <i>A la fte des jardiniers, Coupery</i></td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page550" name="page550"></a>(p. 550)</span> <i>A la fête des jardiniers, à Coupery</i></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au second garon</td>
+<td>Au second garçon</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23656,7 +23611,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pques.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pâques.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23672,7 +23627,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour les pques, chaque paroisse 120<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>Pour les pâques, à chaque paroisse 120<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">240</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23684,7 +23639,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux 13 couvents de S<sup>te</sup>-Claire, chacun 6<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>Aux 13 couvents de S<sup>te</sup>-Claire, à chacun 6<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">78</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23702,19 +23657,19 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'Ave-Maria d'Alenon</td>
+<td>A l'Ave-Maria d'Alençon</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'Ave-Maria de Pont--Mousson</td>
+<td>A l'Ave-Maria de Pont-à-Mousson</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'caillier, la mi-carme</td>
+<td>A l'écaillier, à la mi-carême</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">24</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -23726,71 +23681,71 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pain bni.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pain béni.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Pain bni du Roi</td>
+<td>Pain béni du Roi</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de la Reine</td>
+<td>Pain béni de la Reine</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Monsieur</td>
+<td>Pain béni de Monsieur</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Madame</td>
+<td>Pain béni de Madame</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de M<sup>gr</sup> comte d'Artois</td>
+<td>Pain béni de M<sup>gr</sup> comte d'Artois</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de M<sup>me</sup> comtesse d'Artois</td>
+<td>Pain béni de M<sup>me</sup> comtesse d'Artois</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Madame lisabeth</td>
+<td>Pain béni de Madame Élisabeth</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Madame Adlade</td>
+<td>Pain béni de Madame Adélaïde</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Madame Victoire</td>
+<td>Pain béni de Madame Victoire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Monsieur le duc d'Orlans</td>
+<td>Pain béni de Monsieur le duc d'Orléans</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Monsieur le duc de Penthivre</td>
+<td>Pain béni de Monsieur le duc de Penthièvre</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">12</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -23802,7 +23757,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Mois de fvrier.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Mois de février.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23812,13 +23767,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour celui du Saint-Spulcre</td>
+<td>Pour celui du Saint-Sépulcre</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour celui de Notre-Dame de Bonne dlivrance</td>
+<td>Pour celui de Notre-Dame de Bonne délivrance</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">24</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -23840,7 +23795,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Tambours et musique des gardes franoises</td>
+<td>Tambours et musique des gardes françoises</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23876,7 +23831,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le changement de meuble d't</td>
+<td>Pour le changement de meuble d'été</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23986,11 +23941,11 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Mois d'aot.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Mois d'août.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Pour le pain bni de S<sup>t</sup>-Roch</td>
+<td>Pour le pain béni de S<sup>t</sup>-Roch</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24032,13 +23987,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le pain bni de la confrairie de S<sup>t</sup>-Roch</td>
+<td>Pour le pain béni de la confrairie de S<sup>t</sup>-Roch</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le pain bni de la confrairie de S<sup>t</sup>-Louis</td>
+<td>Pour le pain béni de la confrairie de S<sup>t</sup>-Louis</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">6</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -24054,7 +24009,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux Frres des Bons-Hommes, pour du muscat</td>
+<td>Aux Frères des Bons-Hommes, pour du muscat</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24088,7 +24043,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux Hermites de Snart</td>
+<td>Aux Hermites de Sénart</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24118,19 +24073,19 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour la confrairie de l'Immacule Conception, au mois de dcembre</td>
+<td>Pour la confrairie de l'Immaculée Conception, au mois de décembre</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour la brioche de S<sup>te</sup>-Genevive</td>
+<td>Pour la brioche de S<sup>te</sup>-Geneviève</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le pain bni de S<sup>t</sup>-Antoine, au mois de janvier</td>
+<td>Pour le pain béni de S<sup>t</sup>-Antoine, au mois de janvier</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">6</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -24170,7 +24125,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. le cur, pour les pauvres</td>
+<td>A M. le curé, pour les pauvres</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24182,7 +24137,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux porteurs bles</td>
+<td>Aux porteurs bleùs</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24229,19 +24184,19 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon de boutique</td>
+<td>Au garçon de boutique</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">9</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A celui qui entre et te les lits</td>
+<td>A celui qui entre et ôte les lits</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">9</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon du garde-meuble</td>
+<td>Au garçon du garde-meuble</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24259,7 +24214,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon de fourire</td>
+<td>Au garçon de fourière</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24277,7 +24232,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au petit clerc qui porte l'eau bnite</td>
+<td>Au petit clerc qui porte l'eau bénite</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24324,19 +24279,19 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au matre d'htel qui sert les femmes.</td>
+<td>Au maître d'hôtel qui sert les femmes.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au matre d'htel des hommes.</td>
+<td>Au maître d'hôtel des hommes.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon de vaisselle.</td>
+<td>Au garçon de vaisselle.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24354,7 +24309,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon linger.</td>
+<td>Au garçon linger.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24379,7 +24334,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Voyage de Compigne.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Voyage de Compiègne.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -24389,19 +24344,19 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la concierge du grand chteau.</td>
+<td>A la concierge du grand château.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux deux inspecteurs des btimens.</td>
+<td>Aux deux inspecteurs des bâtimens.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux deux suisses du chteau.</td>
+<td>Aux deux suisses du château.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24412,7 +24367,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux garons du garde-meuble.</td>
+<td>Aux garçons du garde-meuble.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24424,7 +24379,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon de boutique.</td>
+<td>Au garçon de boutique.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24437,53 +24392,53 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>A l'glise.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>A l'Église.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Au cur de S<sup>t</sup>-Jacques.</td>
+<td>Au curé de S<sup>t</sup>-Jacques.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au cur de S<sup>t</sup>-Antoine.</td>
+<td>Au curé de S<sup>t</sup>-Antoine.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux S&oelig;urs de la Charit de S<sup>t</sup>-Jacques.</td>
+<td>Aux S&oelig;urs de la Charité de S<sup>t</sup>-Jacques.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux S&oelig;urs de la Charit de S<sup>t</sup>-Antoine.</td>
+<td>Aux S&oelig;urs de la Charité de S<sup>t</sup>-Antoine.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'Hpital gnral.</td>
+<td>A l'Hôpital général.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la tourire des Carmlites.</td>
+<td>A la tourière des Carmélites.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">9</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la tourire de S<sup>t</sup>-Marie.</td>
+<td>A la tourière de S<sup>t</sup>-Marie.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">9</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la tourire de l'Htel-Dieu.</td>
+<td>A la tourière de l'Hôtel-Dieu.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">9</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24525,7 +24480,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux Frres des colles.</td>
+<td>Aux Frères des écolles.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24543,26 +24498,26 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux Carmlites.</td>
+<td>Aux Carmélites.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">240</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour la qute des ftes et grandes messes.</td>
+<td>Pour la quête des fêtes et grandes messes.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">288</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour les qutes de S<sup>t</sup>-Jacques.</td>
+<td>Pour les quêtes de S<sup>t</sup>-Jacques.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>A plusieurs garons.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>A plusieurs garçons.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -24584,13 +24539,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A celui qui nettoye les privs.</td>
+<td>A celui qui nettoye les privés.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'homme des glacires.</td>
+<td>A l'homme des glacières.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24620,7 +24575,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au frotteur du chteau.</td>
+<td>Au frotteur du château.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24644,20 +24599,20 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon de fourire.</td>
+<td>Au garçon de fourière.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux deux garons qui apportent le bois.</td>
+<td>Aux deux garçons qui apportent le bois.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>curie.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Écurie.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -24690,7 +24645,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon de vaisselle.</td>
+<td>Au garçon de vaisselle.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24702,7 +24657,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon qui apporte la glace.</td>
+<td>Au garçon qui apporte la glace.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24725,7 +24680,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garons servants.</td>
+<td>Aux garçons servants.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24738,7 +24693,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pain bni.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pain béni.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -24778,13 +24733,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Celui de Madame lisabeth</td>
+<td>Celui de Madame Élisabeth</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Celui de Madame Adlade</td>
+<td>Celui de Madame Adélaïde</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24802,7 +24757,7 @@ perles.</p>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Total du voyage de Compigne</td>
+<td>Total du voyage de Compiègne</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3720</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24813,7 +24768,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Au concierge du grand chteau, cour royale</td>
+<td>Au concierge du grand château, cour royale</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24831,13 +24786,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'inspecteur des btimens</td>
+<td>A l'inspecteur des bâtimens</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">96</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au suisse du chteau</td>
+<td>Au suisse du château</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">18</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24849,7 +24804,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'inspecteur des btimens, pour distribuer aux ouvriers</td>
+<td>A l'inspecteur des bâtimens, pour distribuer aux ouvriers</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">60</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24867,13 +24822,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux frotteurs de Madame lisabeth</td>
+<td>Aux frotteurs de Madame Élisabeth</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon de fourire</td>
+<td>Au garçon de fourière</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24885,7 +24840,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A celui qui nettoye les privs</td>
+<td>A celui qui nettoye les privés</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24956,13 +24911,13 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux garons du garde-meuble</td>
+<td>Aux garçons du garde-meuble</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garons de boutique</td>
+<td>Aux garçons de boutique</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24981,7 +24936,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>A l'glise.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>A l'Église.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -24997,25 +24952,25 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au cur de la paroisse</td>
+<td>Au curé de la paroisse</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la Charit d'Avons</td>
+<td>A la Charité d'Avons</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux S&oelig;urs de la Charit</td>
+<td>Aux S&oelig;urs de la Charité</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux S&oelig;urs des coles</td>
+<td>Aux S&oelig;urs des écoles</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25062,7 +25017,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon de vaisselle</td>
+<td>Au garçon de vaisselle</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25074,7 +25029,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon linger</td>
+<td>Au garçon linger</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25097,14 +25052,14 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garons servants</td>
+<td>Aux garçons servants</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>curie.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Écurie.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -25133,59 +25088,59 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pain bni.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pain béni.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Pain bni du Roi</td>
+<td>Pain béni du Roi</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de la Reine</td>
+<td>Pain béni de la Reine</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Monsieur</td>
+<td>Pain béni de Monsieur</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Madame</td>
+<td>Pain béni de Madame</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de M<sup>gr</sup> comte d'Artois</td>
+<td>Pain béni de M<sup>gr</sup> comte d'Artois</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Madame comtesse d'Artois</td>
+<td>Pain béni de Madame comtesse d'Artois</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Madame lisabeth</td>
+<td>Pain béni de Madame Élisabeth</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Madame Adlade</td>
+<td>Pain béni de Madame Adélaïde</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain bni de Madame Victoire</td>
+<td>Pain béni de Madame Victoire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25220,7 +25175,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le gobelet M<sup>rs</sup> Grandeau et Bernard.</td>
+<td>Pour le gobelet à M<sup>rs</sup> Grandeau et Bernard.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">7</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -25237,7 +25192,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux garons du chteau.</td>
+<td>Aux garçons du château.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">96</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25267,13 +25222,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au matre d'htel des femmes.</td>
+<td>Au maître d'hôtel des femmes.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au matre d'htel des hommes.</td>
+<td>Au maître d'hôtel des hommes.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25325,8 +25280,8 @@ perles.</p>
<hr class="hr10">
<h4>VII.<br>
-<span class="smaller">TAT DES PENSIONS QUE FAIT MADAME<br> et dont madame Desguichard est
-charge.</span></h4>
+<span class="smaller">ÉTAT DES PENSIONS QUE FAIT MADAME<br> et dont madame Desguichard est
+chargée.</span></h4>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Pensions.">
<tr>
@@ -25336,7 +25291,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>rs</sup> les curs pour aumnes.</td>
+<td>A M<sup>rs</sup> les curés pour aumônes.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1728</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25360,7 +25315,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la protge de M<sup>me</sup> de Tilly.</td>
+<td>A la protégée de M<sup>me</sup> de Tilly.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">200</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25402,7 +25357,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>lle</sup> de Loyens, payer M. de Gassouville.</td>
+<td>A M<sup>lle</sup> de Loyens, à payer à M. de Gassouville.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">300</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25414,13 +25369,13 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. l'abb de Montaigu, pour M. de Nancr.</td>
+<td>A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">400</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>lle</sup> Dorival, pour M<sup>lle</sup> de Berne, l'ane.</td>
+<td>A M<sup>lle</sup> Dorival, pour M<sup>lle</sup> de Berne, l'aînée.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">300</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25432,7 +25387,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la protge de M<sup>me</sup> d'Aumale.</td>
+<td>A la protégée de M<sup>me</sup> d'Aumale.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">300</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25450,7 +25405,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. Nol Offroy, ancien porteur.</td>
+<td>A M. Noël Offroy, ancien porteur.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">144</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25486,13 +25441,13 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Joseph Pauleur Bictre, payer M. Duval.</td>
+<td>A Joseph Pauleur à Bicêtre, à payer à M. Duval.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">150</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A La Plasse, maon.</td>
+<td>A La Plasse, maçon.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25552,13 +25507,13 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>me</sup> Marchal de Vassant.</td>
+<td>A M<sup>me</sup> Maréchal de Vassant.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">200</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. l'abb Le Sure.</td>
+<td>A M. l'abbé Le Sure.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">150</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25576,7 +25531,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la s&oelig;ur Franoise, pour la veuve Dubois.</td>
+<td>A la s&oelig;ur Françoise, pour la veuve Dubois.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">144</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25588,7 +25543,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la femme Le Rte.</td>
+<td>A la femme Le Rête.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25606,13 +25561,13 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au petit garon qui est Paris.</td>
+<td>Au petit garçon qui est à Paris.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au petit garon de la femme Robinet.</td>
+<td>Au petit garçon de la femme Robinet.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">36</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25624,19 +25579,19 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. de Boisgelin pour une place fonde.</td>
+<td>A M. de Boisgelin pour une place fondée.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">300</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>lle</sup> de Pelleport, payer en avril.</td>
+<td>A M<sup>lle</sup> de Pelleport, à payer en avril.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">300</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. de Jussan, payer M. de Bon.</td>
+<td>A M. de Jussan, à payer à M. de Béon.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25654,13 +25609,13 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Total des pensions par anne que paye M<sup>me</sup> Desguichard.</td>
+<td>Total des pensions par année que paye M<sup>me</sup> Desguichard.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">15741</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="right">Le douzime.</td>
+<td class="right">Le douzième.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1311</td>
<td><span class="small">#</span> 15s.</td>
@@ -25701,7 +25656,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>lle</sup> Bnard.</td>
+<td>A M<sup>lle</sup> Bénard.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">140</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25731,13 +25686,13 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. l'abb de Montaigu, pour M. de Nancr.</td>
+<td>A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">100</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>me</sup> d'Aumale, pour sa protge.</td>
+<td>A M<sup>me</sup> d'Aumale, pour sa protégée.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">75</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25791,7 +25746,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Nol Offroy.</td>
+<td>A Noël Offroy.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">36</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25821,19 +25776,19 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A La Plasse, maon.</td>
+<td>A La Plasse, maçon.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">18</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>me</sup> Marchal de Vassant.</td>
+<td>A M<sup>me</sup> Maréchal de Vassant.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">50</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. l'abb Le Sure.</td>
+<td>A M. l'abbé Le Sure.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">37</td>
<td class="bor_bot_yes">10</td>
@@ -25851,11 +25806,11 @@ charge.</span></h4>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pensions payer par mois.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pensions à payer par mois.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>A Messieurs les curs</td>
+<td>A Messieurs les curés</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">144</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25915,13 +25870,13 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la boulangre de pain de seigle, mme poque pour l'anne</td>
+<td>A la boulangère de pain de seigle, même époque pour l'année</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la s&oelig;ur Franoise, pour la veuve Dubois</td>
+<td>A la s&oelig;ur Françoise, pour la veuve Dubois</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25945,7 +25900,7 @@ charge.</span></h4>
<td><span class="small">#</span> 5s.</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la femme Le Rte</td>
+<td>A la femme Le Rête</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25981,7 +25936,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au petit garon qui est Paris</td>
+<td>Au petit garçon qui est à Paris</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">10</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -25993,7 +25948,7 @@ charge.</span></h4>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pensions payer par madame de Cimeri.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pensions à payer par madame de Cimeri.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -26045,7 +26000,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>me</sup> L'chevin</td>
+<td>A M<sup>me</sup> L'Échevin</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">400</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26081,7 +26036,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la petite Pchs</td>
+<td>A la petite Pêchés</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">150</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26099,7 +26054,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="center">Pay en janvier.</td>
+<td class="center">Payé en janvier.</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -26115,7 +26070,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garon du gobelet</td>
+<td>Au garçon du gobelet</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26133,26 +26088,26 @@ charge.</span></h4>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Total des pensions payes par M<sup>me</sup> de Cimery</td>
+<td>Total des pensions payées par M<sup>me</sup> de Cimery</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">7038</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="right">Le douzime</td>
+<td class="right">Le douzième</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">586</td>
<td><span class="small">#</span> 10s</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'abb Osselin</td>
+<td>L'abbé Osselin</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">400</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pensions payer par quartier.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pensions à payer par quartier.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -26204,7 +26159,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>me</sup> L'chevin</td>
+<td>A M<sup>me</sup> L'Échevin</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">100</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26240,7 +26195,7 @@ charge.</span></h4>
<td>10s</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la petite Pechs</td>
+<td>A la petite Pechés</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">112</td>
<td>10</td>
@@ -26252,7 +26207,7 @@ charge.</span></h4>
<td>10</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M Droune</td>
+<td>A M Déroune</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">216</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -26270,42 +26225,42 @@ charge.</span></h4>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Rcapitulation.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Récapitulation.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>trennes</td>
+<td>Étrennes</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1743</td>
<td><span class="small">#</span></td>
</tr>
<tr>
-<td>trennes de la petite maison de Madame</td>
+<td>Étrennes de la petite maison de Madame</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1020</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour la fte des jardiniers</td>
+<td>Pour la fête des jardiniers</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">228</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour les pques</td>
+<td>Pour les pâques</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">534</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour les pains bnis</td>
+<td>Pour les pains bénis</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">132</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le mois de fvrier</td>
+<td>Pour le mois de février</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26329,7 +26284,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le mois d'aot</td>
+<td>Pour le mois d'août</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">210</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26353,7 +26308,7 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le voyage de Compigne</td>
+<td>Pour le voyage de Compiègne</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3720</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26377,13 +26332,13 @@ charge.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pensions par anne payes par madame Desguichards</td>
+<td>Pensions par année payées par madame Desguichards</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">15741</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pensions payes par madame de Cimery</td>
+<td>Pensions payées par madame de Cimery</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">7038</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -26400,8 +26355,8 @@ charge.</span></h4>
<h4>VIII.</h4>
-<p class="entete"><i>tat des appointements que le Roi veut et ordonne tre pays aux
-dames que Sa Majest a nommes pour accompagner Madame lisabeth,
+<p class="entete"><i>État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux
+dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth,
depuis le 15 mai 1789 jusques et compris le 14 mai 1790.</i></p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Appointements.">
@@ -26484,27 +26439,27 @@ depuis le 15 mai 1789 jusques et compris le 14 mai 1790.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>La dame vicomtesse de Mrinville, surnumraire sans appointements</td>
+<td>La dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire sans appointements</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mmoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>La dame marquise des Montiers, <span class="add2em">id.</span></td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mmoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>La dame comtesse de Deux-Ponts, <span class="add2em">id.</span></td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mmoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>La dame marquise de La Rochefontenille, <span class="add2em">id.</span></td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right bor_bot_yes">Mmoire.</td>
+<td class="right bor_bot_yes">Mémoire.</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -26515,18 +26470,18 @@ depuis le 15 mai 1789 jusques et compris le 14 mai 1790.</i></p>
</tr>
</table>
-<p>Administrateur de mon Trsor royal, charg du dpartement de la
-caisse gnrale, M<sup>e</sup> Joseph Durney, pays comptant au sieur Savalete
-<span class="pagenum"><a id="page558" name="page558"></a>(p. 558)</span> de Langes, l'un des administrateurs de mon Trsor royal
-charg du payement des pensions et autres dpenses nonces dans mon
-dit du mois de mars 1788, la somme de cinquante-deux mille livres
-pour les appointements des dames dnommes au prsent tat, depuis le
-15 mai 1789, jusques et compris le 14 mai de la prsente anne. Fait
+<p>Administrateur de mon Trésor royal, chargé du département de la
+caisse générale, M<sup>e</sup> Joseph Durney, payés comptant au sieur Savalete
+<span class="pagenum"><a id="page558" name="page558"></a>(p. 558)</span> de Langes, l'un des administrateurs de mon Trésor royal
+chargé du payement des pensions et autres dépenses énoncées dans mon
+édit du mois de mars 1788, la somme de cinquante-deux mille livres
+pour les appointements des dames dénommées au présent état, depuis le
+15 mai 1789, jusques et compris le 14 mai de la présente année. Fait à
Paris, le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.</p>
<p class="author">LOUIS.</p>
-<p>Comptant au Trsor royal.<br>
+<p>Comptant au Trésor royal.<br>
<i>Bon:</i> LOUIS.</p>
<p class="author">De Saint-Priest.</p>
@@ -26534,11 +26489,11 @@ Paris, le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.</p>
<hr class="hr10">
<h4>IX.<br>
-<span class="smaller">DTAIL DES DPENSES EXTRAORDINAIRES DE LA CHAMBRE DE MADAME LISABETH.</span></h4>
+<span class="smaller">DÉTAIL DES DÉPENSES EXTRAORDINAIRES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dpenses.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
<tr>
-<td>En 1788 elle a cot</td>
+<td>En 1788 elle a coûté</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">70,585</td>
<td><span class="small">#</span></td>
@@ -26566,7 +26521,7 @@ Paris, le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.</p>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">17,548</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
-<td class="right bor_bot_yes"></td>
+<td class="right bor_bot_yes">»</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -26581,10 +26536,10 @@ Paris, le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.</p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>Dtail abrg a quoy ont mont les dpenses extraordinaires de la
-chambre de Madame lisabeth, pendant l'anne 1788.</i></p>
+<p class="entete"><i>Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
+chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dpenses.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
<tr>
<td>A Jubin, tapissier</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26592,7 +26547,7 @@ chambre de Madame lisabeth, pendant l'anne 1788.</i></p>
<td><span class="small">#</span></td>
</tr>
<tr>
-<td>A Lenormand, toffes</td>
+<td>A Lenormand, étoffes</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3,801</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26604,19 +26559,19 @@ chambre de Madame lisabeth, pendant l'anne 1788.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Vanot, lingre</td>
+<td>A Vanot, lingère</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3,340</td>
<td><span class="small">#</span> 10s</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Daguerre, bniste</td>
+<td>A Daguerre, ébéniste</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">15,583</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Manufacture de Sve</td>
+<td>Manufacture de Sève</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3,855</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26628,7 +26583,7 @@ chambre de Madame lisabeth, pendant l'anne 1788.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Grgoire, libraire</td>
+<td>Grégoire, libraire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,854</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26669,7 +26624,7 @@ chambre de Madame lisabeth, pendant l'anne 1788.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Baince, lait d'nesse</td>
+<td>Baince, lait d'ânesse</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,200</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26681,19 +26636,19 @@ chambre de Madame lisabeth, pendant l'anne 1788.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mass, orphvre</td>
+<td>Massé, orphèvre</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">81</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Beaulieu, soyes broder</td>
+<td>Beaulieu, soyes à broder</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">500</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Cabat d'or, soyes broder</td>
+<td>Cabat d'or, soyes à broder</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">677</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26717,7 +26672,7 @@ chambre de Madame lisabeth, pendant l'anne 1788.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Habillements de deux garons</td>
+<td>Habillements de deux garçons</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">920</td>
<td>4</td>
@@ -26749,17 +26704,17 @@ chambre de Madame lisabeth, pendant l'anne 1788.</i></p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>Dtail abrg a quoy ont mont les dpenses extraordinaires de la
-chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1789.</i></p>
+<p class="entete"><i>Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
+chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1789.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dpenses.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
<tr>
-<td>Bertin, modes, pour ancien mmoire</td>
+<td>Bertin, modes, pour ancien mémoire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">7,761</td>
<td><span class="small">#</span>
<tr>
-<td>Le Normand, toffes</td>
+<td>Le Normand, étoffes</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">200</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26783,7 +26738,7 @@ chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1789.</i></p>
<td>10s</td>
</tr>
<tr>
-<td>Cabat d'or, soyes broder</td>
+<td>Cabat d'or, soyes à broder</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">973</td>
<td>6</td>
@@ -26801,7 +26756,7 @@ chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1789.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>D'aguerre, bniste</td>
+<td>D'aguerre, ébéniste</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,968</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26819,7 +26774,7 @@ chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1789.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Grgoire, libraire</td>
+<td>Grégoire, libraire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">887</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26855,7 +26810,7 @@ chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1789.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Habillement des garons</td>
+<td>Habillement des garçons</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">531</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26881,18 +26836,18 @@ chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1789.</i></p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page560" name="page560"></a>(p. 560)</span> <i>Dtail abrg a quoy ont mont les dpenses extraordinaires
-de la chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1790.</i></p>
+<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page560" name="page560"></a>(p. 560)</span> <i>Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires
+de la chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1790.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dpenses.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
<tr>
-<td>Bertin, intrts, et reste d'un mmoire</td>
+<td>Bertin, intérêts, et reste d'un mémoire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3,125</td>
<td><span class="small">#</span>
<tr>
-<td>Le Normand, toffes</td>
+<td>Le Normand, étoffes</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">804</td>
<td>15s</td>
@@ -26904,13 +26859,13 @@ de la chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1790.</i></p>
<td>16</td>
</tr>
<tr>
-<td>Cabat d'or, soyes broder</td>
+<td>Cabat d'or, soyes à broder</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">112</td>
<td>10</td>
</tr>
<tr>
-<td>De la Roue, bniste</td>
+<td>De la Roue, ébéniste</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">263</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26952,7 +26907,7 @@ de la chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1790.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Habillement des garons</td>
+<td>Habillement des garçons</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">531</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26970,7 +26925,7 @@ de la chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1790.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Dpenses du secrtaire de la chambre</td>
+<td>Dépenses du secrétaire de la chambre</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">289</td>
<td>10</td>
@@ -26989,10 +26944,10 @@ de la chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1790.</i></p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>tat et dtail des traitements affects sur les dpenses annuelles
-extraordinaires de la chambre de Madame lisabeth.</i></p>
+<p class="entete"><i>État et détail des traitements affectés sur les dépenses annuelles
+extraordinaires de la chambre de Madame Élisabeth.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dpenses.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
<tr>
<td>Grandin, commissionnaire</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -27018,31 +26973,31 @@ extraordinaires de la chambre de Madame lisabeth.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lonard, coffeur</td>
+<td>Léonard, coëffeur</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">600</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Quatre garons de la chambre 600<sup class="small">#</sup></td>
+<td>Quatre garçons de la chambre à 600<sup class="small">#</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">2,400</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Sorel, surnumraire</td>
+<td>Sorel, surnuméraire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">750</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Quatre valets de chambre chacun 600<sup class="small">#</sup></td>
+<td>Quatre valets de chambre à chacun 600<sup class="small">#</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">2,400</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Merieux, surnumraire</td>
+<td>Merieux, surnuméraire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">600</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -27054,19 +27009,19 @@ extraordinaires de la chambre de Madame lisabeth.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux portffets 900<sup class="small">#</sup></td>
+<td>Deux portéffets à 900<sup class="small">#</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,800</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux frotteurs 700<sup class="small">#</sup></td>
+<td>Deux frotteurs à 700<sup class="small">#</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,400</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux feutiers 300<sup class="small">#</sup></td>
+<td>Deux feutiers à 300<sup class="small">#</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">600</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -27084,7 +27039,7 @@ extraordinaires de la chambre de Madame lisabeth.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Imbert, secrtaire de la chambre pour tout</td>
+<td>Imbert, secrétaire de la chambre pour tout</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">1,800</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -27099,16 +27054,16 @@ extraordinaires de la chambre de Madame lisabeth.</i></p>
<hr class="hr10">
<h4><span class="pagenum"><a id="page561" name="page561"></a>(p. 561)</span> X.<br>
-<span class="smaller">DMNAGEMENT DES MEUBLES DE LA CHAMBRE DE MADAME LISABETH,</span></h4>
+<span class="smaller">DÉMÉNAGEMENT DES MEUBLES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH,</span></h4>
-<p>qui ont t transports au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame, n<sup>o</sup> 9,
+<p>qui ont été transportés au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame, n<sup>o</sup> 9,
par Jubin, valet de chambre, tapissier.</p>
-<p>Savoir:</p>
+<p>Sçavoir:</p>
-<p class="entete"><i>Premire antichambre.</i></p>
+<p class="entete"><i>Première antichambre.</i></p>
-<p>Un charriot bois.</p>
+<p>Un charriot à bois.</p>
<p>Deux paniers.</p>
@@ -27116,9 +27071,9 @@ par Jubin, valet de chambre, tapissier.</p>
<p>Une grande table des valets de pied.</p>
-<p>Une grande table ronde manger, faite en bois d'acajou.</p>
+<p>Une grande table ronde à manger, faite en bois d'acajou.</p>
-<p>Douze chaises de table, garnies en velours, dont quatre sont
+<p>Douze chaises de table, garnies en velours, dont quatre sont à
carreau.</p>
<p>Une bouillotte de verre, garnie en argent, pour faire de
@@ -27126,7 +27081,7 @@ l'herbe-aux-charpentiers.</p>
<p class="entete"><i>Chapelle.</i></p>
-<p>La chapelle est compose d'un autel et de deux coffres, dont je n'ai
+<p>La chapelle est composée d'un autel et de deux coffres, dont je n'ai
pas les clefs.</p>
<p>Le coffre de l'argenterie de la chambre, dont je n'ai point la clef.</p>
@@ -27134,91 +27089,91 @@ pas les clefs.</p>
<p>Un grand panier rempli des pots de chambre de garde-robe.</p>
<p>Le Couronnement de Louis XVI, en gravure, pris de la chambre des
-garons de la chambre.</p>
+garçons de la chambre.</p>
<p>Un marchepied d'antichambre.</p>
<p class="entete"><i>Cabinet des nobles.</i></p>
-<p>Quatre servantes en bois d'acajou, o il manque un sceau argent.</p>
+<p>Quatre servantes en bois d'acajou, où il manque un sceau argenté.</p>
-<p>Une table ronde du djeuner de Madame, ayant un dessus de marbre
+<p>Une table ronde du déjeuner de Madame, ayant un dessus de marbre
blanc, et couverte en drap.</p>
-<p>Deux voyageuses en bois dor, couvertes de velours vert.</p>
+<p>Deux voyageuses en bois doré, couvertes de velours vert.</p>
<p>Une table de tric-trac avec sa garniture en bois de rose.</p>
-<p>Deux chaises carres pour les femmes, couvertes en velours d'Utrecht
+<p>Deux chaises carrées pour les femmes, couvertes en velours d'Utrecht
cramoisi.</p>
-<p>Deux tables jouer couvertes en velours, une de piquet, une de
+<p>Deux tables à jouer couvertes en velours, une de piquet, une de
quinze.</p>
-<p>Une bote livres de la voiture de Madame.</p>
+<p>Une boîte à livres de la voiture de Madame.</p>
-<p>Deux botes checs, une d'ivoire et l'autre en bois.</p>
+<p>Deux boîtes à échecs, une d'ivoire et l'autre en bois.</p>
<p>Le damier de Madame.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page562" name="page562"></a>(p. 562)</span> Un jeu d'oie en bois de rose.</p>
-<p>Une bote en faon de nacre qui en renferme plusieurs petites.</p>
+<p>Une boîte en façon de nacre qui en renferme plusieurs petites.</p>
<p>Un petit coffre en basane rouge.</p>
<p>Le jeu de loto.</p>
-<p>Un dvidoir des valets de pied.</p>
+<p>Un dévidoir des valets de pied.</p>
-<p class="entete"><i>Chambre coucher.</i></p>
+<p class="entete"><i>Chambre à coucher.</i></p>
<p>Le coffre de toilette et son pied, dont je n'ai point la clef.</p>
<p>La table de toilette.</p>
-<p>Deux vases de dessus la chemine, tous deux de porcelaine, o sont
+<p>Deux vases de dessus la cheminée, tous deux de porcelaine, où sont
peints des petits oiseaux, un des deux ayant le bouton de son
-couvercle cass.</p>
+couvercle cassé.</p>
<p>Le groupe de Madame, fille du Roi, assise sur un dauphin, sa colonne
-de stuc, le groupe de pltre; la figure a le pouce du pied cass et un
+de stuc, le groupe de plâtre; la figure a le pouce du pied cassé et un
doigt de la main gauche.</p>
-<p>Huit crans en bois d'acajou, un brod.</p>
+<p>Huit écrans en bois d'acajou, un brodé.</p>
-<p>Une bote, remplie de huit livres, madame de Clermont.</p>
+<p>Une boîte, remplie de huit livres, à madame de Clermont.</p>
-<p>Un livre de musique, intitul <cite>Sargine</cite>.</p>
+<p>Un livre de musique, intitulé <cite>Sargine</cite>.</p>
-<p>Le grand carton soie, rempli de plusieurs effets, tels que un sac de
-damas, orn tout autour d'un galon et de deux glands en or, et
+<p>Le grand carton à soie, rempli de plusieurs effets, tels que un sac de
+damas, orné tout autour d'un galon et de deux glands en or, et
d'autres menus effets.</p>
-<p>Une petite critoire noire.</p>
+<p>Une petite écritoire noire.</p>
-<p>Trois petits cartons filets.</p>
+<p>Trois petits cartons à filets.</p>
-<p>Une grande bote poudre en bois d'acajou, avec sa houppe.</p>
+<p>Une grande boîte à poudre en bois d'acajou, avec sa houppe.</p>
-<p>Un petit fouet vert, avec une poigne en or et trois viroles.</p>
+<p>Un petit fouet vert, avec une poignée en or et trois viroles.</p>
<p>Une grande corbeille du coucher, garnie de taffetas vert et d'une
dentelle d'or.</p>
<p>Deux petites corbeilles.</p>
-<p>Une grosse pelote en satin blanc brod, qui sert renfermer les
+<p>Une grosse pelote en satin blanc brodé, qui sert à renfermer les
linges de toilette.</p>
-<p>Un petit groupe reprsentant Madame et Monseigneur le Dauphin, avec
+<p>Un petit groupe représentant Madame et Monseigneur le Dauphin, avec
son pied de porcelaine.</p>
-<p>Un grand sceau laver les pieds.</p>
+<p>Un grand sceau à laver les pieds.</p>
-<p>Un moulin battre le beurre.</p>
+<p>Un moulin à battre le beurre.</p>
-<p>Deux petits cadres, reprsentant Monsieur le Dauphin dfunt et Madame
+<p>Deux petits cadres, représentant Monsieur le Dauphin défunt et Madame
la Dauphine.</p>
<p class="entete"><i>Garde-robe.</i></p>
@@ -27230,15 +27185,15 @@ la Dauphine.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page563" name="page563"></a>(p. 563)</span> Un corps de tablettes pour les pots-de-chambre, avant un
dessus de marbre et une galerie en cuivre.</p>
-<p>Une table de nuit dessus de marbre blanc.</p>
+<p>Une table de nuit à dessus de marbre blanc.</p>
-<p class="entete"><i>Lieux l'anglaise.</i></p>
+<p class="entete"><i>Lieux à l'anglaise.</i></p>
-<p>Un petit corps de tablettes dessus de marbre.</p>
+<p>Un petit corps de tablettes à dessus de marbre.</p>
<p>Une garniture de cuivre en forme de galerie.</p>
-<p>Un sceau de faence laver les pieds.</p>
+<p>Un sceau de faïence à laver les pieds.</p>
<p>Une lunette en maroquin noir.</p>
@@ -27248,23 +27203,23 @@ dessus de marbre et une galerie en cuivre.</p>
<p>Dix bourdalous en porcelaine.</p>
-<p>Sept bourdalous en faence.</p>
+<p>Sept bourdalous en faïence.</p>
-<p class="entete"><i>Cabinet intrieur.</i></p>
+<p class="entete"><i>Cabinet intérieur.</i></p>
<p>Une table en bois de rose garnie de velours, dont je n'ai pas la clef.</p>
-<p>Deux petites chiffonnires rondes dessus de marbre.</p>
+<p>Deux petites chiffonnières rondes à dessus de marbre.</p>
<p>Une grande pendule avec ses garnitures.</p>
-<p>Le Portrait de Madame de Pimont, en petit.</p>
+<p>Le Portrait de Madame de Piémont, en petit.</p>
<p>Louis XV, en gravure.</p>
-<p>Madame de Pimont, peinte sur un cadre oval.</p>
+<p>Madame de Piémont, peinte sur un cadre oval.</p>
-<p>Un tableau reprsentant Jacques I<sup>er</sup>, roi de la Grande-Bretagne.</p>
+<p>Un tableau représentant Jacques I<sup>er</sup>, roi de la Grande-Bretagne.</p>
<p>Un petit chien, dans un cadre oval.</p>
@@ -27274,98 +27229,98 @@ dessus de marbre et une galerie en cuivre.</p>
<p>Une petite table en bois de rose et dessus de marbre.</p>
-<p>Une petite bibliothque panneaux grills, dessus de marbre commun.</p>
+<p>Une petite bibliothèque à panneaux grillés, à dessus de marbre commun.</p>
<p>Un devidoir.</p>
-<p>Un petit coffre de noyer, o il manque un tiroir.</p>
+<p>Un petit coffre de noyer, où il manque un tiroir.</p>
<p>Un petit coffre de bois d'acajou, garni de cuivre, dont je n'ai pas la
clef.</p>
-<p>Deux botes renfermant quatre cylindres de la pendule: trois dans une,
+<p>Deux boîtes renfermant quatre cylindres de la pendule: trois dans une,
et une dans l'autre.</p>
-<p>Un verre de microscope mont en cuivre.</p>
+<p>Un verre de microscope monté en cuivre.</p>
-<p>Quatre crans de chemine main.</p>
+<p>Quatre écrans de cheminée à main.</p>
-<p>Une petite bote en nacre parfiler.</p>
+<p>Une petite boîte en nacre à parfiler.</p>
-<p>Une autre petite bote, en forme d'ventail, sans clef.</p>
+<p>Une autre petite boîte, en forme d'éventail, sans clef.</p>
<p>Un petit marteau avec une hache.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page564" name="page564"></a>(p. 564)</span> Deux petits dvidoirs.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page564" name="page564"></a>(p. 564)</span> Deux petits dévidoirs.</p>
-<p>Quatre cannes et le petit bton pour peindre.</p>
+<p>Quatre cannes et le petit bâton pour peindre.</p>
-<p class="entete"><i>Bibliothque.</i></p>
+<p class="entete"><i>Bibliothèque.</i></p>
-<p>Une critoire sans fin, compose de plusieurs choses, telles que: un
-grattoir, un poinon, un manche de canif d'ivoire, une petite rgle
-d'bne, un moyen compas et une grande paire de ciseaux.</p>
+<p>Une écritoire sans fin, composée de plusieurs choses, telles que: un
+grattoir, un poinçon, un manche de canif d'ivoire, une petite règle
+d'ébène, un moyen compas et une grande paire de ciseaux.</p>
<p>Un bureau en bois de rose, de cinq pieds de long, couvert en maroquin
-vert et orn d'une petite galerie.</p>
+vert et orné d'une petite galerie.</p>
-<p>Une petite critoire dore, en bois de rose.</p>
+<p>Une petite écritoire dorée, en bois de rose.</p>
<p>Deux petits globes terrestres; il y en a un qui a quelque chose de
-cass.</p>
+cassé.</p>
-<p>Deux petits vases de porcelaine, orns de bouquets de fleurs en
+<p>Deux petits vases de porcelaine, ornés de bouquets de fleurs en
biscuit, et leurs bocaux de verre.</p>
-<p>Deux bras de chemine en flche.</p>
+<p>Deux bras de cheminée en flèche.</p>
-<p>Un feu vase, pelle et tenaille.</p>
+<p>Un feu à vase, pelle et tenaille.</p>
<p>Deux petits tableaux en bordure de sapin.</p>
-<p>Un moyen tableau reprsentant la ville et le port de Syra.</p>
+<p>Un moyen tableau représentant la ville et le port de Syra.</p>
<p>Un marchepied en bois d'acajou.</p>
-<p>La lunette des lieux l'anglaise.</p>
+<p>La lunette des lieux à l'anglaise.</p>
-<p>Quatre mtiers de tapisserie, deux de bois d'acajou et deux de noyer.</p>
+<p>Quatre métiers de tapisserie, deux de bois d'acajou et deux de noyer.</p>
<p class="entete"><span class="smcap">CABINET AUX ENTRESOLS.</span></p>
<p class="entete"><i>Garde-robe.</i></p>
-<p>Un petit corps de tablettes pots de chambre.</p>
+<p>Un petit corps de tablettes à pots de chambre.</p>
<p>Un pot-pourri en porcelaine.</p>
<p>Un gros globe.</p>
-<p>Une table en bois de htre, garnie de dorure.</p>
+<p>Une table en bois de hêtre, garnie de dorure.</p>
<p>Deux petits globes pleins.</p>
-<p>Deux petits vases blancs tte de blier, monts en girandole.</p>
+<p>Deux petits vases blancs à tête de bélier, montés en girandole.</p>
<p>Un feu en galerie, pelle, tenaille et pincette.</p>
-<p>Un tableau reprsentant saint Labre.</p>
+<p>Un tableau représentant saint Labre.</p>
-<p class="entete"><i>Cabinet ct des bains.</i></p>
+<p class="entete"><i>Cabinet à côté des bains.</i></p>
<p>Un feu en galerie, tenaille, pelle et pincette.</p>
-<p>Deux girandoles portes par deux femmes dores, sur une colonne de
+<p>Deux girandoles portées par deux femmes dorées, sur une colonne de
marbre blanc.</p>
-<p>Deux tables de mathmatique en bois d'acajou, une sans clef, avec deux
-bougeoirs doubles dors, et deux petits pupitres.</p>
+<p>Deux tables de mathématique en bois d'acajou, une sans clef, avec deux
+bougeoirs doubles dorés, et deux petits pupitres.</p>
-<p>Un pupitre jour en bois de noyer.</p>
+<p>Un pupitre à jour en bois de noyer.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page565" name="page565"></a>(p. 565)</span> Un violon.</p>
-<p>Deux bras de chemine ayant chacun une bobche.</p>
+<p>Deux bras de cheminée ayant chacun une bobèche.</p>
<p>Le meuble de bains complet.</p>
@@ -27373,14 +27328,14 @@ bougeoirs doubles dors, et deux petits pupitres.</p>
<p>Une table en bois d'acajou couverte en drap.</p>
-<p class="entete smcap">TAT DE CE QUI TAIT RENFERM DANS LA COMMMODE DES GARONS DE LA
+<p class="entete smcap">ÉTAT DE CE QUI ÉTAIT RENFERMÉ DANS LA COMMMODE DES GARÇONS DE LA
CHAMBRE.</p>
-<p>Une bote fiches.</p>
+<p>Une boîte à fiches.</p>
-<p>Une bote de loto.</p>
+<p>Une boîte de loto.</p>
-<p>Une bote fiches, o il manque une corbeille.</p>
+<p>Une boîte à fiches, où il manque une corbeille.</p>
<p>Deux sacs de peau, pour mettre des livres.</p>
@@ -27390,7 +27345,7 @@ CHAMBRE.</p>
<p>Cinq petits paniers, dont quatre garnis.</p>
-<p class="entete"><i>Lit des garons de la chambre.</i></p>
+<p class="entete"><i>Lit des garçons de la chambre.</i></p>
<p>Deux matelas.</p>
@@ -27402,9 +27357,9 @@ CHAMBRE.</p>
<p>Cinq petits paravents.</p>
-<p>Un cran.</p>
+<p>Un écran.</p>
-<p>Une chelle double.</p>
+<p>Une échelle double.</p>
<p>Deux pliants en bois, de maroquin vert.</p>
@@ -27415,7 +27370,7 @@ CHAMBRE.</p>
<hr class="hr10">
<h4>XI.<br>
-<span class="smaller">LISTE DES LIVRES DE MADAME PORTS A PARIS.</span></h4>
+<span class="smaller">LISTE DES LIVRES DE MADAME PORTÉS A PARIS.</span></h4>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Livres.">
<tr>
@@ -27426,7 +27381,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="smcap">VOL.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire universelle, par une socit de gens de lettres,</td>
+<td>Histoire universelle, par une société de gens de lettres,</td>
<td class="right">43</td>
</tr>
<tr>
@@ -27434,11 +27389,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">16</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de l'glise gallicane,</td>
+<td>Histoire de l'Église gallicane,</td>
<td class="right">16</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de l'glise, par M. l'abb de Choisy,</td>
+<td>Histoire de l'Église, par M. l'abbé de Choisy,</td>
<td class="right">11</td>
</tr>
<tr>
@@ -27450,7 +27405,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">7</td>
</tr>
<tr>
-<td>Abrg chronologique de l'histoire de France, par Mezeray,</td>
+<td>Abrégé chronologique de l'histoire de France, par Mezeray,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
@@ -27462,7 +27417,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page566" name="page566"></a>(p. 566)</span> Histoire de l'Asie, de l'Affrique et de l'Amrique,</td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page566" name="page566"></a>(p. 566)</span> Histoire de l'Asie, de l'Affrique et de l'Amérique,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
@@ -27473,23 +27428,23 @@ CHAMBRE.</p>
<tr><td colspan="2" class="center"><i>In-8<sup>o</sup>.</i></td></tr>
<tr><td colspan="2">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Offices et trait de Cicron,</td>
+<td>Offices et traité de Cicéron,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Penses de Marc Aurle,</td>
+<td>Pensées de Marc Aurèle,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Trait des loix civiles,</td>
+<td>Traité des loix civiles,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Trait de la puissance ecclsiastique,</td>
+<td>Traité de la puissance ecclésiastique,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Les Quatre ges de la pairie,</td>
+<td>Les Quatre âges de la pairie,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27505,15 +27460,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Principes de la lgislation universelle,</td>
+<td>Principes de la législation universelle,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>La Trigonomtrie,</td>
+<td>La Trigonométrie,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Leons de mathmatique, par l'abb de la Caille et Marie,</td>
+<td>Leçons de mathématique, par l'abbé de la Caille et Marie,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -27529,19 +27484,19 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Des &oelig;uvres du chevalier Linn,</td>
+<td>Des &oelig;uvres du chevalier Linné,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>&OElig;uvres de Demosthnes,</td>
+<td>&OElig;uvres de Demosthènes,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>&OElig;uvres de Virgile, par l'abb Desfontaines,</td>
+<td>&OElig;uvres de Virgile, par l'abbé Desfontaines,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'Iliade, traduite en vers franais,</td>
+<td>L'Iliade, traduite en vers français,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27561,7 +27516,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'Enede de Virgile, par Annibal Caro,</td>
+<td>L'Eneïde de Virgile, par Annibal Caro,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27581,11 +27536,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Thtre des Grecs, traduction nouvelle,</td>
+<td>Théâtre des Grecs, traduction nouvelle,</td>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
-<td>&OElig;uvres de Racine, dition de Didot,</td>
+<td>&OElig;uvres de Racine, édition de Didot,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
@@ -27593,7 +27548,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Thtre des jeunes personnes, par M<sup>me</sup> de Genlis,</td>
+<td>Théâtre des jeunes personnes, par M<sup>me</sup> de Genlis,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
@@ -27601,7 +27556,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de la posie, par Brown,</td>
+<td>Histoire de la poësie, par Brown,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -27621,7 +27576,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Vie prive des Franois,</td>
+<td>Vie privée des François,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
@@ -27633,7 +27588,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le Thtre du monde,</td>
+<td>Le Théâtre du monde,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
@@ -27649,23 +27604,23 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Loisirs du chevalier Don,</td>
+<td>Loisirs du chevalier Déon,</td>
<td class="right">13</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mlanges d'une grande bibliothque,</td>
+<td>Mélanges d'une grande bibliothèque,</td>
<td class="right">58</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de la littrature d'Italie,</td>
+<td>Histoire de la littérature d'Italie,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lettres sur l'ducation, par M<sup>me</sup> de Genlis,</td>
+<td>Lettres sur l'éducation, par M<sup>me</sup> de Genlis,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Cours d'tudes, par M. l'abb de Condillac,</td>
+<td>Cours d'études, par M. l'abbé de Condillac,</td>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
@@ -27673,31 +27628,31 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Dictionnaire des antiquits romaines,</td>
+<td>Dictionnaire des antiquités romaines,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire d'Espagne, par Ferreras; (les 3 premiers prts M. le Comte),</td>
+<td>Histoire d'Espagne, par Ferreras; (les 3 premiers prêtés à M. le Comte),</td>
<td class="right">16</td>
</tr>
<tr>
-<td>Collection des Mmoires sur l'histoire de France,</td>
+<td>Collection des Mémoires sur l'histoire de France,</td>
<td class="right">36</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires sur les Isles de ponce,</td>
+<td>Mémoires sur les Isles de ponce,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Ngociations de la France et de l'Angleterre,</td>
+<td>Négociations de la France et de l'Angleterre,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Voyage l'Isle de France,</td>
+<td>Voyage à l'Isle de France,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le Mercure franois,</td>
+<td>Le Mercure françois,</td>
<td class="right">25</td>
</tr>
<tr>
@@ -27705,15 +27660,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>La Satyre Mnippe,</td>
+<td>La Satyre Ménippée,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires sur l'histoire de France,</td>
+<td>Mémoires sur l'histoire de France,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le Cabinet des fes,</td>
+<td>Le Cabinet des fées,</td>
<td class="right">37</td>
</tr>
<tr><td colspan="2">&nbsp;</td></tr>
@@ -27728,7 +27683,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Sermons du P. Bourdaloe,</td>
+<td>Sermons du P. Bourdaloüe,</td>
<td class="right">20</td>
</tr>
<tr>
@@ -27736,19 +27691,19 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">15</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'Anne du chrtien,</td>
+<td>L'Année du chrétien,</td>
<td class="right">18</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'Anne vanglique,</td>
+<td>L'Année évangélique,</td>
<td class="right">7</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'vangile mdit,</td>
+<td>L'Évangile médité,</td>
<td class="right">12</td>
</tr>
<tr>
-<td>La Religion mdite,</td>
+<td>La Religion méditée,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
@@ -27760,7 +27715,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page567" name="page567"></a>(p. 567)</span> Prires du P. Sanadon,</td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page567" name="page567"></a>(p. 567)</span> Prières du P. Sanadon,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -27768,7 +27723,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Brviaire de Paris avec le supplment,</td>
+<td>Bréviaire de Paris avec le supplément,</td>
<td class="right">9</td>
</tr>
<tr>
@@ -27776,7 +27731,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Livre d'glise,</td>
+<td>Livre d'église,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27796,7 +27751,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Prires du matin,</td>
+<td>Prières du matin,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -27808,11 +27763,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Recueil de prires,</td>
+<td>Recueil de prières,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Prires durant la messe,</td>
+<td>Prières durant la messe,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -27820,7 +27775,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Manuel d'pictte,</td>
+<td>Manuel d'Épictète,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27836,15 +27791,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire naturelle, gnrale et particulire, par M. de Buffon,</td>
+<td>Histoire naturelle, générale et particulière, par M. de Buffon,</td>
<td class="right">51</td>
</tr>
<tr>
-<td>Leons de physique, par l'abb Nollet,</td>
+<td>Leçons de physique, par l'abbé Nollet,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>&OElig;uvres d'Homre, traduction par M. Gin,</td>
+<td>&OElig;uvres d'Homère, traduction par M. Gin,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
@@ -27852,7 +27807,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>C. Julii Csaris Commentarios, etc.,</td>
+<td>C. Julii Cæsaris Commentarios, etc.,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27860,7 +27815,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>La Lusiade de Camons,</td>
+<td>La Lusiade de Camoëns,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
@@ -27872,19 +27827,19 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lettres de M<sup>me</sup> de Svign,</td>
+<td>Lettres de M<sup>me</sup> de Sévigné,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lettres d'un Franois, par l'abb Le Blanc,</td>
+<td>Lettres d'un François, par l'abbé Le Blanc,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Trait des tudes, par M. Rollin,</td>
+<td>Traité des études, par M. Rollin,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>cole de littrature,</td>
+<td>École de littérature,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27900,7 +27855,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
-<td>Thtre de P. Corneille,</td>
+<td>Théâtre de P. Corneille,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
@@ -27916,31 +27871,31 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Thtre franois,</td>
+<td>Théâtre françois,</td>
<td class="right">12</td>
</tr>
<tr>
-<td>Nouveau thtre franois,</td>
+<td>Nouveau théâtre françois,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire du thtre franois, par MM. Parfait,</td>
+<td>Histoire du théâtre françois, par MM. Parfait,</td>
<td class="right">15</td>
</tr>
<tr>
-<td>Thtre anglois,</td>
+<td>Théâtre anglois,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lettre sur le thtre anglois,</td>
+<td>Lettre sur le théâtre anglois,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Dissertation sur la tragdie,</td>
+<td>Dissertation sur la tragédie,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Remarques sur Racine et la vie du mme,</td>
+<td>Remarques sur Racine et la vie du même,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
@@ -27972,7 +27927,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Posies de Malleville,</td>
+<td>Poésies de Malleville,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -27980,7 +27935,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>De la Bibliothque des romans,</td>
+<td>De la Bibliothèque des romans,</td>
<td class="right">97</td>
</tr>
<tr>
@@ -27992,15 +27947,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires politiques et militaires de France,</td>
+<td>Mémoires politiques et militaires de France,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire du rgne de Henry II,</td>
+<td>Histoire du règne de Henry II,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de M<sup>me</sup> de Staal,</td>
+<td>Mémoires de M<sup>me</sup> de Staal,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
@@ -28008,11 +27963,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de M<sup>lle</sup> de Montpensier,</td>
+<td>Mémoires de M<sup>lle</sup> de Montpensier,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de la duchesse de Nemours,</td>
+<td>Mémoires de la duchesse de Nemours,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -28024,7 +27979,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Parallle du cardinal de Richelieu et du cardinal de Mazarin,</td>
+<td>Parallèle du cardinal de Richelieu et du cardinal de Mazarin,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -28040,7 +27995,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Vieilleville,</td>
+<td>Mémoires de Vieilleville,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
@@ -28048,11 +28003,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">18</td>
</tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page568" name="page568"></a>(p. 568)</span> Histoire d'cosse, par Robertson,</td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page568" name="page568"></a>(p. 568)</span> Histoire d'Écosse, par Robertson,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires d'Anne d'Autriche,</td>
+<td>Mémoires d'Anne d'Autriche,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
@@ -28072,51 +28027,51 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Laporte,</td>
+<td>Mémoires de Laporte,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de M<sup>me</sup> de Lafayette,</td>
+<td>Mémoires de M<sup>me</sup> de Lafayette,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Lenet,</td>
+<td>Mémoires de Lenet,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire du prince de Cond,</td>
+<td>Histoire du prince de Condé,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de la rgence de Marie de Mdicis,</td>
+<td>Histoire de la régence de Marie de Médicis,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Vie de Marie de Mdicis,</td>
+<td>Vie de Marie de Médicis,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires du comte d'Avaux,</td>
+<td>Mémoires du comte d'Avaux,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Montausier,</td>
+<td>Mémoires de Montausier,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Berwick,</td>
+<td>Mémoires de Berwick,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires du marquis de Feuquires,</td>
+<td>Mémoires du marquis de Feuquières,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Trait de paix de Nimgue,</td>
+<td>Traité de paix de Nimègue,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Trait de Westphalie,</td>
+<td>Traité de Westphalie,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
@@ -28132,15 +28087,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires du prince de Tarente,</td>
+<td>Mémoires du prince de Tarente,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de Tancrde de Rohan,</td>
+<td>Histoire de Tancrède de Rohan,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires du duc de Villars,</td>
+<td>Mémoires du duc de Villars,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
@@ -28148,15 +28103,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires sur la succession d'Espagne,</td>
+<td>Mémoires sur la succession d'Espagne,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de Russie, par M. Lvque,</td>
+<td>Histoire de Russie, par M. Lévêque,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire du trait des Pyrnes,</td>
+<td>Histoire du traité des Pyrénées,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28164,11 +28119,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Gourville,</td>
+<td>Mémoires de Gourville,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires du comte de Gramont,</td>
+<td>Mémoires du comte de Gramont,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28176,11 +28131,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Gographie moderne,</td>
+<td>Géographie moderne,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de la Colonie,</td>
+<td>Mémoires de la Colonie,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28196,11 +28151,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le Courtisan prdestin,</td>
+<td>Le Courtisan prédestiné,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Bellivre,</td>
+<td>Mémoires de Bellièvre,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28208,19 +28163,19 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le Sicle de Louis XIV,</td>
+<td>Le Siècle de Louis XIV,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires du marchal de Berwick,</td>
+<td>Mémoires du maréchal de Berwick,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires pour servir l'histoire de France,</td>
+<td>Mémoires pour servir à l'histoire de France,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'me des Bourbons,</td>
+<td>L'Âme des Bourbons,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28228,35 +28183,35 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Bassompierre,</td>
+<td>Mémoires de Bassompierre,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Montrsor,</td>
+<td>Mémoires de Montrésor,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Louis XIV,</td>
+<td>Mémoires de Louis XIV,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Navailles,</td>
+<td>Mémoires de Navailles,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Villegomblain,</td>
+<td>Mémoires de Villegomblain,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires sur la paix de Riswick,</td>
+<td>Mémoires sur la paix de Riswick,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires d'Omer Talon,</td>
+<td>Mémoires d'Omer Talon,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Vie du marchal de Villars,</td>
+<td>Vie du maréchal de Villars,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
@@ -28284,15 +28239,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Louis XIV,</td>
+<td>Mémoires de Louis XIV,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires du cardinal de Retz,</td>
+<td>Mémoires du cardinal de Retz,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de M. Joly,</td>
+<td>Mémoires de M. Joly,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
@@ -28300,7 +28255,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Brienne,</td>
+<td>Mémoires de Brienne,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28308,7 +28263,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Abrg chronologique du droit public d'Allemagne,</td>
+<td>Abrégé chronologique du droit public d'Allemagne,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28316,51 +28271,51 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Montglat,</td>
+<td>Mémoires de Montglat,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Abrg chronologique de l'histoire d'Italie,</td>
+<td>Abrégé chronologique de l'histoire d'Italie,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Terlon,</td>
+<td>Mémoires de Terlon,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires du marquis de La Fare,</td>
+<td>Mémoires du marquis de La Fare,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires du comte de Forbin,</td>
+<td>Mémoires du comte de Forbin,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Lahoussaye,</td>
+<td>Mémoires de Lahoussaye,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Cond,</td>
+<td>Mémoires de Condé,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de M. de Tavanes,</td>
+<td>Mémoires de M. de Tavanes,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Puysgur,</td>
+<td>Mémoires de Puységur,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Tourville,</td>
+<td>Mémoires de Tourville,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de Franois I<sup>er</sup>,</td>
+<td>Histoire de François I<sup>er</sup>,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Dubellay-Langey,</td>
+<td>Mémoires de Dubellay-Langey,</td>
<td class="right">7</td>
</tr>
<tr>
@@ -28372,27 +28327,27 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires du comte d'Estrade,</td>
+<td>Mémoires du comte d'Estrade,</td>
<td class="right">9</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires sur la paix d'Utrecht,</td>
+<td>Mémoires sur la paix d'Utrecht,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Congrs d'Utrecht,</td>
+<td>Congrès d'Utrecht,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Campagne du duc de Vendme,</td>
+<td>Campagne du duc de Vendôme,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page569" name="page569"></a>(p. 569)</span> Mmoires du chevalier Temple,</td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page569" name="page569"></a>(p. 569)</span> Mémoires du chevalier Temple,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires du duc de Guise,</td>
+<td>Mémoires du duc de Guise,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28400,7 +28355,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mmoires de Sully,</td>
+<td>Mémoires de Sully,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
@@ -28408,7 +28363,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lettres et Mmoires de M<sup>me</sup> de Maintenon,</td>
+<td>Lettres et Mémoires de M<sup>me</sup> de Maintenon,</td>
<td class="right">15</td>
</tr>
<tr>
@@ -28416,15 +28371,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>La Mmoire artificielle,</td>
+<td>La Mémoire artificielle,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Tables chronologiques de l'abb Lenglet,</td>
+<td>Tables chronologiques de l'abbé Lenglet,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Abrg chronologique de l'histoire de France,</td>
+<td>Abrégé chronologique de l'histoire de France,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
@@ -28432,7 +28387,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lettres difiantes,</td>
+<td>Lettres édifiantes,</td>
<td class="right">26</td>
</tr>
<tr>
@@ -28440,7 +28395,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Vie de sainte Thrse, de Madame Louise et quelques histoires de Maimbourg,</td>
+<td>Vie de sainte Thérèse, de Madame Louise et quelques histoires de Maimbourg,</td>
<td class="right">15</td>
</tr>
<tr>
@@ -28454,26 +28409,26 @@ CHAMBRE.</p>
</table>
<p>Cette liste contient deux mille soixante et quinze volumes. Seyaux
-n'ayant trouv ni Missel, ni Brviaire romain en franois, croit
-qu'ils ont t ports Belleve.</p>
+n'ayant trouvé ni Missel, ni Bréviaire romain en françois, croit
+qu'ils ont été portés à Bellevüe.</p>
<hr class="hr10">
<h4>XII.<br>
-<span class="smaller">LIVRES RETIRS DE LA BIBLIOTHQUE DE MONTREUIL.</span></h4>
+<span class="smaller">LIVRES RETIRÉS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL.</span></h4>
<p class="entete">Chefs d'&oelig;uvre de P. et de Th. Corneille, le premier tome petit
in-12, les deux autres manquent.</p>
<ul class="none livre">
-<li>Robinson Crus, trois vol. in-12.</li>
+<li>Robinson Crusöé, trois vol. in-12.</li>
<li>Cleveland, six vol. in-12.</li>
<li>Romans de mad. Riccoboni, 2 vol.</li>
-<li>Amours de Thagenes et Charicle, 2 vol. in-12.</li>
+<li>Amours de Théagenes et Chariclée, 2 vol. in-12.</li>
<li>Les mille et une nuits, 6 vol.</li>
-<li>Cabinet des Fes, 37 vol., dont il manque les tomes 14 et 26.</li>
-<li>Lettres sur l'ducation ou Adle et Thodore, 3 vol, in-8<sup>o</sup>.</li>
-<li>Tlmaque, 2 vol. in-12.</li>
+<li>Cabinet des Fées, 37 vol., dont il manque les tomes 14 et 26.</li>
+<li>Lettres sur l'éducation ou Adèle et Théodore, 3 vol, in-8<sup>o</sup>.</li>
+<li>Télémaque, 2 vol. in-12.</li>
</ul>
<p>Il manque encore dans la classe des romans:</p>
@@ -28482,7 +28437,7 @@ in-12, les deux autres manquent.</p>
<li>Miss Anysie, 1 vol. in-12.</li>
<li>Histoire de Marguerite de Valois, Reine de Navarre, 6 vol. in-12.</li>
<li>The history of Emily Montague, 4 vol. in-12.</li>
-<li>Contes des Fes, par mad. d'Aunoy, 4 vol. in-12.</li>
+<li>Contes des Fées, par mad. d'Aunoy, 4 vol. in-12.</li>
</ul>
<hr class="hr10">
@@ -28491,192 +28446,192 @@ in-12, les deux autres manquent.</p>
<span class="smaller">NOUVELLES PUBLICATIONS.</span></h4>
<ul class="none livre">
-<li>Observations sur la socit et les moyens de ramener l'ordre,
+<li>Observations sur la société et les moyens de ramener l'ordre,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Mmoire sur le mariage des Protestants,
+<li>Mémoire sur le mariage des Protestants,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Discours sur le projet d'accorder un tat civil aux Protestants,
+<li>Discours sur le projet d'accorder un état civil aux Protestants,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>claircissements historiques sur la rvocation de l'dit de Nantes,
+<li>Éclaircissements historiques sur la révocation de l'Édit de Nantes,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Assemble des Notables en 1787. Mmoires et observations en 4 divisions,
+<li>Assemblée des Notables en 1787. Mémoires et observations en 4 divisions,
<span class="ralign5">2 vol. in-4<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Rponse de M. de Calonne M. Necker, avec les pices justificatives,
+<li>Réponse de M. de Calonne à M. Necker, avec les pièces justificatives,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Des Droits et des Devoirs du Citoyen, par l'abb de Mably,
+<li>Des Droits et des Devoirs du Citoyen, par l'abbé de Mably,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
<li>Constitution de l'Angleterre, par M. de Lolme,
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Aux Bataves, sur le Statoudhrat, par le comte de Mirabeau,
+<li>Aux Bataves, sur le Statoudhérat, par le comte de Mirabeau,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Exposition et Dfense de notre Constitution monarchique, par M. Moreau,
+<li>Exposition et Défense de notre Constitution monarchique, par M. Moreau,
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Demandes aux tats Gnraux ou Recueil des Cahiers, 1789,
+<li>Demandes aux États Généraux ou Recueil des Cahiers, 1789,
<span class="ralign5">4 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Situation politique de la France, et ses rapports actuels avec toutes les puissances de l'Europe, par M. Peyssonnet, 1789,
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Observations sur le Contrat social de J. J. Rousseau, par le P. Berthier, 1789,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Le mal et le remde; mmoire sur la milice de l'arme, 1789,
+<li>Le mal et le remède; mémoire sur la milice de l'armée, 1789,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Rponse la motion et au discours de M. l'abb de Prigord, vque d'Autun, 1789,
+<li>Réponse à la motion et au discours de M. l'abbé de Périgord, évêque d'Autun, 1789,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
<li>Le vrai Patriote, par M. Putod, 1789,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>V&oelig;u d'un Patriote sur la mdecine en France, 1789,
+<li>V&oelig;u d'un Patriote sur la médecine en France, 1789,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Maison du Roi, ce qu'elle toit, ce qu'elle est, ce qu'elle devroit tre, 1789,
+<li>Maison du Roi, ce qu'elle étoit, ce qu'elle est, ce qu'elle devroit être, 1789,
<span class="ralign5">1 vol. in-4<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Le Dficit vaincu, par M. de Favras, 1789,
-<span class="ralign5">1 vol. in-4<sup>o</sup> broch.</span></li>
-<li>Principes opposs au systme de M. Necker, par le mme,
-<span class="ralign5">1 vol. in-4<sup>o</sup> broch.</span></li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page571" name="page571"></a>(p. 571)</span> Appel au Tribunal de l'Opinion publique, par M. Mounier; Genve, 1790,
+<li>Le Déficit vaincu, par M. de Favras, 1789,
+<span class="ralign5">1 vol. in-4<sup>o</sup> broché.</span></li>
+<li>Principes opposés au système de M. Necker, par le même,
+<span class="ralign5">1 vol. in-4<sup>o</sup> broché.</span></li>
+<li><span class="pagenum"><a id="page571" name="page571"></a>(p. 571)</span> Appel au Tribunal de l'Opinion publique, par M. Mounier; Genève, 1790,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Affaires de Nismes des 13, 14 et 15 juin 1790,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Compte rendu de cette affaire, par M. de Marguerites, dput l'Assemble et maire de Nismes.</li>
-<li>L'Art du fabricant d'toffes de soye, par M. Paulet, 1789, in-f<sup>o</sup> broch.<br>
+<li>Compte rendu de cette affaire, par M. de Marguerites, député à l'Assemblée et maire de Nismes.</li>
+<li>L'Art du fabricant d'étoffes de soye, par M. Paulet, 1789, in-f<sup>o</sup> broché.<br>
(Ouvrage en huit sections; il en faudrait sept
- pour complter cet objet, Madame n'en ayant qu'une.)</li>
-<li>Plan d'ducation nationale ou abrg des tudes de l'homme fait, 1789,
+ pour compléter cet objet, Madame n'en ayant qu'une.)</li>
+<li>Plan d'Éducation nationale ou abrégé des études de l'homme fait, 1789,
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Opinions de l'abb Maury, 1790, 1791, 1 vol. in-8<sup>o</sup>.</li>
+<li>Opinions de l'abbé Maury, 1790, 1791, 1 vol. in-8<sup>o</sup>.</li>
<li>Recueil des opinions du comte Stanislas de Clermont-Tonnerre, Paris, 1791,
<span class="ralign5">4 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Rflexions sur les affaires politiques du temps prsent de la France, 1790,
+<li>Réflexions sur les affaires politiques du temps présent de la France, 1790,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>De l'tat de la France prsent et venir, par M. de Calonne, 1790,
+<li>De l'État de la France présent et à venir, par M. de Calonne, 1790,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Rflexions sur la Rvolution de France, par M. Burke, 4<sup>e</sup> dition, 1791,
+<li>Réflexions sur la Révolution de France, par M. Burke, 4<sup>e</sup> édition, 1791,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Discours et lettres de M. Burke, 1790 et 1791,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Discours sur les finances de l'tat, par M. Necker, l'Assemble,
+<li>Discours sur les finances de l'État, par M. Necker, à l'Assemblée,
<span class="ralign5">1 vol. in-4<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Sur l'Administration de M. Necker, par lui-mme, 1791,
+<li>Sur l'Administration de M. Necker, par lui-même, 1791,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Offrande aux Franois, 1791, 1 vol. in-8<sup>o</sup>.</li>
-<li>Le <em>Naviget antyciras</em> ou systme sans principes, 1791,
+<li>Offrande aux François, 1791, 1 vol. in-8<sup>o</sup>.</li>
+<li>Le <em>Naviget antyciras</em> ou système sans principes, 1791,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Situation actuelle de la France, par M. Bonvalet-Desbrosses, 1791,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Procdure criminelle au Chtelet en 1789 et 1790,
+<li>Procédure criminelle au Châtelet en 1789 et 1790,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Justification de M. de Favras, 1791,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
</ul>
-<p class="entete"><i>Recueil de pices en 4 volumes</i>.</p>
+<p class="entete"><i>Recueil de pièces en 4 volumes</i>.</p>
<p>Le premier renfermant:</p>
<ul class="none livre">
-<li>1<sup>o</sup> L'Adresse du Dpartement de Paris au Roi;</li>
-<li>2<sup>o</sup> L'Adresse du mme Dpartement l'Assemble;</li>
-<li>3<sup>o</sup> Compte rendu par une partie des membres de l'Assemble sur le
-Dcret du 28 mars 1791;</li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page572" name="page572"></a>(p. 572)</span> 4<sup>o</sup> Le Rgne de Louis XVI mis sous les yeux de l'Europe;</li>
-<li>5<sup>o</sup> Elan du c&oelig;ur et de la raison, ou Justice rende la Reine;</li>
-<li>6<sup>o</sup> Adresse de l'abb Raynal le le 31 mai 1791 l'Assemble;</li>
-<li>7<sup>o</sup> Triomphe prochain de la Royaut et de la Monarchie franoise;</li>
+<li>1<sup>o</sup> L'Adresse du Département de Paris au Roi;</li>
+<li>2<sup>o</sup> L'Adresse du même Département à l'Assemblée;</li>
+<li>3<sup>o</sup> Compte rendu par une partie des membres de l'Assemblée sur le
+Décret du 28 mars 1791;</li>
+<li><span class="pagenum"><a id="page572" name="page572"></a>(p. 572)</span> 4<sup>o</sup> Le Règne de Louis XVI mis sous les yeux de l'Europe;</li>
+<li>5<sup>o</sup> Elan du c&oelig;ur et de la raison, ou Justice rendüe à la Reine;</li>
+<li>6<sup>o</sup> Adresse de l'abbé Raynal lüe le 31 mai 1791 à l'Assemblée;</li>
+<li>7<sup>o</sup> Triomphe prochain de la Royauté et de la Monarchie françoise;</li>
<li>8<sup>o</sup> Plan d'une constitution libre et heureuse;</li>
-<li>9<sup>o</sup> Hommage et Bouquet Louis XVI;</li>
-<li>10<sup>o</sup> Adresse de M. Putod, mdecin du Roi;</li>
-<li>11<sup>o</sup> Adresse des Bons Franois au Roi.</li>
+<li>9<sup>o</sup> Hommage et Bouquet à Louis XVI;</li>
+<li>10<sup>o</sup> Adresse de M. Putod, médecin du Roi;</li>
+<li>11<sup>o</sup> Adresse des Bons François au Roi.</li>
</ul>
<p>Le second renfermant:</p>
<ul class="none livre">
-<li>1<sup>o</sup> Prcis de ce qui s'est pass la sance de l'Assemble du 13
-fvrier 1790;</li>
-<li>2<sup>o</sup> Motion sur la suppression des ordres religieux, par M. l'vque de
+<li>1<sup>o</sup> Précis de ce qui s'est passé à la séance de l'Assemblée du 13
+février 1790;</li>
+<li>2<sup>o</sup> Motion sur la suppression des ordres religieux, par M. l'Évêque de
Nancy;</li>
-<li>3<sup>o</sup> Rflexions sur l'tat religieux;</li>
-<li>4<sup>o</sup> Discours de M. l'Archevque d'Aix sur la vente des biens du
-Clerg;</li>
-<li>5<sup>o</sup> Quelle doit tre l'influence de l'Assemble sur les matires
-ecclsiastiques et religieuses? par l'vque de Nancy;</li>
-<li>6<sup>o</sup> Insuffisance de la Dclaration de M. l'Evque de Clermont au sujet
+<li>3<sup>o</sup> Réflexions sur l'état religieux;</li>
+<li>4<sup>o</sup> Discours de M. l'Archevêque d'Aix sur la vente des biens du
+Clergé;</li>
+<li>5<sup>o</sup> Quelle doit être l'influence de l'Assemblée sur les matières
+ecclésiastiques et religieuses? par l'Évêque de Nancy;</li>
+<li>6<sup>o</sup> Insuffisance de la Déclaration de M. l'Evêque de Clermont au sujet
du Serment civique;</li>
-<li>7<sup>o</sup> Discours de M. l'vque de Lisieux aux Officiers municipaux;</li>
-<li>8<sup>o</sup> Rflexions sur la Libert du Culte;</li>
-<li>9<sup>o</sup> Courtes observations sur la Libert des Cultes;</li>
-<li>10<sup>o</sup> Lettre de l'Evque de Rennes aux lecteurs du Dpartement d'Isle
+<li>7<sup>o</sup> Discours de M. l'Évêque de Lisieux aux Officiers municipaux;</li>
+<li>8<sup>o</sup> Réflexions sur la Liberté du Culte;</li>
+<li>9<sup>o</sup> Courtes observations sur la Liberté des Cultes;</li>
+<li>10<sup>o</sup> Lettre de l'Evêque de Rennes aux Électeurs du Département d'Isle
et Vilaine;</li>
-<li>11<sup>o</sup> Lettre de l'Archevque d'Aix aux lecteurs du Dpartement des
-Bouches du Rhne;</li>
-<li>12<sup>o</sup> Instruction pastorale de l'Evque de Boulogne;</li>
-<li>13<sup>o</sup> Le Comte Duprat devenu Thologien;</li>
+<li>11<sup>o</sup> Lettre de l'Archevêque d'Aix aux Électeurs du Département des
+Bouches du Rhône;</li>
+<li>12<sup>o</sup> Instruction pastorale de l'Evêque de Boulogne;</li>
+<li>13<sup>o</sup> Le Comte Duprat devenu Théologien;</li>
<li>14<sup>o</sup> Mon Apologie;</li>
<li>15<sup>o</sup> Adresse aux vrais Catholiques de France, par M. Pottier;</li>
-<li>16<sup>o</sup> Adresse aux Vierges chrtiennes et religieuses de France, par le
-mme.</li>
+<li>16<sup>o</sup> Adresse aux Vierges chrétiennes et religieuses de France, par le
+même.</li>
</ul>
-<p>Le troisime renfermant:</p>
+<p>Le troisième renfermant:</p>
<ul class="none livre">
<li>1<sup>o</sup> Lettre du comte de Lally-Tollendal, du 10 octobre 1789;</li>
-<li>2<sup>o</sup> Protestation du Prince-Evque de Spire;</li>
-<li>3<sup>o</sup> Lettre du marquis de Laqueuille ses commettans du ..... fvrier
+<li>2<sup>o</sup> Protestation du Prince-Evêque de Spire;</li>
+<li>3<sup>o</sup> Lettre du marquis de Laqueuille à ses commettans du ..... février
1790;</li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page573" name="page573"></a>(p. 573)</span> 4<sup>o</sup> Extrait d'une lettre crite de Valenciennes, le 8 fvrier
-1790, M. Nicodme, Dput;</li>
-<li>5<sup>o</sup> Motion de M. Malouet sur le Discours du Roi, du 4 fvrier 1790;</li>
-<li>6<sup>o</sup> Opinion de M. Malouet, prononce le 20 fvrier 1790, sur le
-rtablissement de l'ordre public;</li>
-<li>7<sup>o</sup> Opinion de l'Abb de Bonneval sur le mme sujet;</li>
-<li>8<sup>o</sup> Opinion du comte de la Galissonnire sur l'exercice du Droit de la
+<li><span class="pagenum"><a id="page573" name="page573"></a>(p. 573)</span> 4<sup>o</sup> Extrait d'une lettre écrite de Valenciennes, le 8 février
+1790, à M. Nicodême, Député;</li>
+<li>5<sup>o</sup> Motion de M. Malouet sur le Discours du Roi, du 4 février 1790;</li>
+<li>6<sup>o</sup> Opinion de M. Malouet, prononcée le 20 février 1790, sur le
+rétablissement de l'ordre public;</li>
+<li>7<sup>o</sup> Opinion de l'Abbé de Bonneval sur le même sujet;</li>
+<li>8<sup>o</sup> Opinion du comte de la Galissonnière sur l'exercice du Droit de la
Guerre et de la Paix;</li>
-<li>9<sup>o</sup> Opinion du marquis d'Estourmel sur la mme question;</li>
-<li>10<sup>o</sup> Second compte rendu par M. le marquis d'Estourmel ses
+<li>9<sup>o</sup> Opinion du marquis d'Estourmel sur la même question;</li>
+<li>10<sup>o</sup> Second compte rendu par M. le marquis d'Estourmel à ses
commettans;</li>
-<li>11<sup>o</sup> Compte rendu par le mme;</li>
-<li>12<sup>o</sup> Observations de M. Henry, dput, sur une partie du rapport de M.
+<li>11<sup>o</sup> Compte rendu par le même;</li>
+<li>12<sup>o</sup> Observations de M. Henry, député, sur une partie du rapport de M.
Chabroud;</li>
-<li>13<sup>o</sup> Opinion de M. de Guilhermi, dput, sur le mme rapport;</li>
-<li>14<sup>o</sup> Compte par une partie des membres de l'Assemble sur le mme
+<li>13<sup>o</sup> Opinion de M. de Guilhermi, député, sur le même rapport;</li>
+<li>14<sup>o</sup> Compte par une partie des membres de l'Assemblée sur le même
rapport;</li>
-<li>15<sup>o</sup> Lettre de M. Guilhermi ses commettans du 22 octobre 1790;</li>
-<li>16<sup>o</sup> Dveloppement des principes de plusieurs Dputs lacs;</li>
-<li>17<sup>o</sup> Dclaration d'une partie des Dputs aux tats Gnraux sur
+<li>15<sup>o</sup> Lettre de M. Guilhermi à ses commettans du 22 octobre 1790;</li>
+<li>16<sup>o</sup> Développement des principes de plusieurs Députés laïcs;</li>
+<li>17<sup>o</sup> Déclaration d'une partie des Députés aux États Généraux sur
l'acte constitutionnel;</li>
-<li>18<sup>o</sup> Compte rendu par une partie des Dputs leurs commtans;</li>
-<li>19<sup>o</sup> Troisime Lettre de l'Abb Bonneval ses commettans;</li>
-<li>20<sup>o</sup> Opinion de M. Savary de Lancosme, dput, sur la rvision des
-dcrets.</li>
+<li>18<sup>o</sup> Compte rendu par une partie des Députés à leurs commétans;</li>
+<li>19<sup>o</sup> Troisième Lettre de l'Abbé Bonneval à ses commettans;</li>
+<li>20<sup>o</sup> Opinion de M. Savary de Lancosme, député, sur la révision des
+décrets.</li>
</ul>
-<p>Le quatrime volume renfermant:</p>
+<p>Le quatrième volume renfermant:</p>
<ul class="none livre">
-<li>1<sup>o</sup> Les Cromwels franois dmasqus;</li>
+<li>1<sup>o</sup> Les Cromwels françois démasqués;</li>
<li>2<sup>o</sup> Point d'accomodement;</li>
-<li>3<sup>o</sup> Les torts et les intrts de chacun;</li>
-<li>4<sup>o</sup> Rflexions politiques importantes sur la rvision des dcrets;</li>
-<li>5<sup>o</sup> Dnonciation, par le viconte de Mirabeau;</li>
+<li>3<sup>o</sup> Les torts et les intérêts de chacun;</li>
+<li>4<sup>o</sup> Réflexions politiques importantes sur la révision des décrets;</li>
+<li>5<sup>o</sup> Dénonciation, par le viconte de Mirabeau;</li>
<li>6<sup>o</sup> Des Clubs politiques et des libelles;</li>
-<li>7<sup>o</sup> Rflexions d'un Garde National de province;</li>
-<li>8<sup>o</sup> Problme rsoudre relativement au serment prt par M. de
-Brienne, Archevque de Sens;</li>
-<li>9<sup>o</sup> Trahison dcouverte du comte de Mirabeau;</li>
+<li>7<sup>o</sup> Réflexions d'un Garde National de province;</li>
+<li>8<sup>o</sup> Problème à résoudre relativement au serment prêté par M. de
+Brienne, Archevêque de Sens;</li>
+<li>9<sup>o</sup> Trahison découverte du comte de Mirabeau;</li>
<li>10<sup>o</sup> Lettre de M. le Duc de Villequier et de M. le Marquis de Duras;</li>
-<li>11<sup>o</sup> Mmoire des Officiers du Corps des Carabiniers;</li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page574" name="page574"></a>(p. 574)</span> 12<sup>o</sup> Rflexions d'un Militaire au sujet du Serment propos
-aux Officiers de l'Arme;</li>
-<li>13<sup>o</sup> La Rvolution Franoise, pot-pourri.</li>
+<li>11<sup>o</sup> Mémoire des Officiers du Corps des Carabiniers;</li>
+<li><span class="pagenum"><a id="page574" name="page574"></a>(p. 574)</span> 12<sup>o</sup> Réflexions d'un Militaire au sujet du Serment proposé
+aux Officiers de l'Armée;</li>
+<li>13<sup>o</sup> La Révolution Françoise, pot-pourri.</li>
</ul>
<hr class="hr10">
<h4>XIV.</h4>
-<p class="entete"><i>Mmoire des ouvrages fait et fournis pour Son Altesse Royale Madame
-lisabeth de France</i>,</p>
+<p class="entete"><i>Mémoire des ouvrages fait et fournis pour Son Altesse Royale Madame
+Élisabeth de France</i>,</p>
-<p class="entete">Par Bourbon, cordonnier, re des Vieux Auxgustins, Paris.</p>
+<p class="entete">Par Bourbon, cordonnier, rüe des Vieux Auxgustins, à Paris.</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Ouvrages.">
<tr>
@@ -28852,60 +28807,60 @@ aux Officiers de l'Arme;</li>
</tr>
</table>
-<p><span class="pagenum"><a id="page575" name="page575"></a>(p. 575)</span> Il y a dans la mme liasse un mmoire des mdicaments livrs
- madame Lejeune la Garde-robe des atours de Madame lisabeth de
-France,&mdash;mmoire du 11 janvier au 20 dcembre 1791, montant la somme
-de 96<sup>#</sup> 17 s.,&mdash;et acquitt le 30 janvier 1792, Paris.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page575" name="page575"></a>(p. 575)</span> Il y a dans la même liasse un mémoire des médicaments livrés
+à madame Lejeune à la Garde-robe des atours de Madame Élisabeth de
+France,&mdash;mémoire du 11 janvier au 20 décembre 1791, montant à la somme
+de 96<sup>#</sup> 17 s.,&mdash;et acquitté le 30 janvier 1792, à Paris.</p>
-<p class="author">Pour MM. les apothicaires du Roi: <span class="smcap">Pailhs</span>.</p>
+<p class="author">«Pour MM. les apothicaires du Roi: <span class="smcap">Pailhés</span>.»</p>
<hr class="hr10">
-<h2>DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON LISABETH,<br>
+<h2>DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH,<br>
SISE AU GRAND MONTREUIL.</h2>
<h3>I.</h3>
-<p class="entete"><i>tat du produit de la maison et jardin situ prs la porte de Buc,
+<p class="entete"><i>État du produit de la maison et jardin situé près la porte de Buc, à
Montreuil</i>.</p>
-<p class="entete">Anne 1790.</p>
+<p class="entete">Année 1790.</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Ouvrages.">
<tr>
-<td>Un millier de bottes de foin valu au prix de 25<span class="small">#</span>
+<td>Un millier de bottes de foin évalué au prix de 25<span class="small">#</span>
le cent, cy</td>
<td class="right">250</td>
<td><span class="small">#</span></td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>350 bottes de reguain 15<span class="small">#</span></td>
+<td>350 bottes de reguain à 15<span class="small">#</span></td>
<td class="right">52</td>
<td>&nbsp;</td>
<td>10s.</td>
</tr>
<tr>
-<td>5 septiers d'avoine 20<span class="small">#</span></td>
+<td>5 septiers d'avoine à 20<span class="small">#</span></td>
<td class="right">100</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>4 septiers &frac12; d'orge 12<span class="small">#</span></td>
+<td>4 septiers &frac12; d'orge à 12<span class="small">#</span></td>
<td class="right">54</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>La pture des vaches aprs la rcolte est estime au plus </td>
+<td>La pâture des vaches après la récolte est estimée au plus à</td>
<td class="right">24</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le fruit n'a pas donn cette anne. Ils ont tous manqus
-au printemps; il n'est reste que quelques
-pches de mauvaises qualits et des raisins
-qui sont manges par les oiseaux et par les insectes.</td>
+<td>Le fruit n'a pas donné cette année. Ils ont tous manqués
+au printemps; il n'est restée que quelques
+pêches de mauvaises qualités et des raisins
+qui sont mangées par les oiseaux et par les insectes.</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -28916,20 +28871,20 @@ qui sont manges par les oiseaux et par les insectes.</td>
</tr>
</table>
-<p>La rcolte des fruits dans une bonne anne ne peut pas excder la
-valeur de 150 liv.; les arbres tant trs-vieux, leur produit ne peut
+<p>La récolte des fruits dans une bonne année ne peut pas excéder la
+valeur de 150 liv.; les arbres étant très-vieux, leur produit ne peut
que diminuer.</p>
-<p>La maison est en trs-mauvais tat et susceptible de fortes
-rparations.</p>
+<p>La maison est en très-mauvais état et susceptible de fortes
+réparations.</p>
-<p>Les murs de clostures ont le plus grand besoin d'tre recrepis pour
-dtruire les insectes, et conserver le fruit des espaliers.</p>
+<p>Les murs de clostures ont le plus grand besoin d'être recrepis pour
+détruire les insectes, et conserver le fruit des espaliers.</p>
-<p>L'abondance des fourages en fait baisser le prix, qui, anne commune,
-peut tre port au tiers en sus de ceux mentionns cy-dessus. Il en
-rsulte que, anne commune, le fruit compris, le produit pourroit
-<span class="pagenum"><a id="page576" name="page576"></a>(p. 576)</span> tre de 700<sup class="small">#</sup>, non compris la maison, dont on
+<p>L'abondance des fourages en fait baisser le prix, qui, année commune,
+peut être porté au tiers en sus de ceux mentionnés cy-dessus. Il en
+résulte que, année commune, le fruit compris, le produit pourroit
+<span class="pagenum"><a id="page576" name="page576"></a>(p. 576)</span> être de 700<sup class="small">#</sup>, non compris la maison, dont on
pourroit tirer party.</p>
<hr class="hr10">
@@ -28937,193 +28892,193 @@ pourroit tirer party.</p>
<h3>II.</h3>
<p class="entete"><i>Consigne du suisse de garde pour le jardin et bosquets de la maison
-de Madame lisabeth, Montreuil.</i></p>
+de Madame Élisabeth, à Montreuil.</i></p>
-<p class="entete">Premire consigne donn par M. Huv.</p>
+<p class="entete">Première consigne donné par M. Huvé.</p>
<p>1<sup>o</sup> Le suisse du jardin s'entendra avec le suisse de la porte pour
-qu'il n'entre personne dans les jardins, sous quelque prtexte que ce
-soit, lorsque Madame y est, et mme personne en aucun tems, moins
-qu'on ne soit accompagn du concierge ou munie d'un billet de Madame.</p>
+qu'il n'entre personne dans les jardins, sous quelque prétexte que ce
+soit, lorsque Madame y est, et même personne en aucun tems, à moins
+qu'on ne soit accompagné du concierge ou munie d'un billet de Madame.</p>
-<p>2<sup>o</sup> Ne laisser sortir aucun ouvrier par les portes du jardin, moins
+<p>2<sup>o</sup> Ne laisser sortir aucun ouvrier par les portes du jardin, à moins
qu'il ne travail au jardinage. Ils ont les portes des cours ou on
travaille qui doivent leur suffire.</p>
-<p>3<sup>o</sup> Faire une tourne au moins par nuit et toujours des heures
-diffrentes, en observant que s'il se trouve des gens du dehors,
-essayant d'entrer soit en forant les serures, soit par-dessus les
-murs, de les dposer, si il le peut, chez le suisse, ou du moins de
+<p>3<sup>o</sup> Faire une tournée au moins par nuit et toujours à des heures
+différentes, en observant que s'il se trouve des gens du dehors,
+essayant d'entrer soit en forçant les serures, soit par-dessus les
+murs, de les déposer, si il le peut, chez le suisse, ou du moins de
bien prendre leur signalement, si ce netoit quelqu'un de la maison;
-alors il en feroit seulement la declaration au sieur Huv, inspecteur
-des btiments, ou touttes autres personnes que Madame indiqueroit.</p>
+alors il en feroit seulement la declaration au sieur Huvé, inspecteur
+des bâtiments, ou à touttes autres personnes que Madame indiqueroit.</p>
-<p>4<sup>o</sup> Enfin le suisse garde-bosquet veilleroit ce que rien ne fut
-enlev de nuit ou de jour, qu'il n'en puisse rendre compte, sans
-aucunes conivances ni animosit pour ou contre qui que ce soit.</p>
+<p>4<sup>o</sup> Enfin le suisse garde-bosquet veilleroit à ce que rien ne fut
+enlevé de nuit ou de jour, qu'il n'en puisse rendre compte, sans
+aucunes conivances ni animosité pour ou contre qui que ce soit.</p>
<hr class="hr10">
<h3>III.</h3>
<p class="entete"><i>Consigne du suisse de garde pour les jardins et bosquets de la maison
-de Madame lisabeth, Montreuil.</i></p>
+de Madame Élisabeth, à Montreuil.</i></p>
-<p class="entete">Donn par le s<sup>r</sup> Sulleau, concierge de la maison, comme suplment
- celle lui donn par M. Huv.</p>
+<p class="entete">Donné par le s<sup>r</sup> Sulleau, concierge de la maison, comme suplément
+ à celle à lui donné par M. Huvé.</p>
-<p>1<sup>o</sup> Le suisse du jardin, en se conformant exactement ce qui lui est
-enjoint par la consigne que lui a donn M. Huv, observera que
-personne ne sorte par le jardin aucuns meubles ou paquets, moins que
-ce ne soit par l'ordre de Madame ou que le concierge prsent ne lui
-dise que cela est ncessaire; cette circonstance except, on doit
+<p>1<sup>o</sup> Le suisse du jardin, en se conformant exactement à ce qui lui est
+enjoint par la consigne que lui a donné M. Huvé, observera que
+personne ne sorte par le jardin aucuns meubles ou paquets, à moins que
+ce ne soit par l'ordre de Madame ou que le concierge présent ne lui
+dise que cela est nécessaire; cette circonstance excepté, on doit
toujours <span class="pagenum"><a id="page577" name="page577"></a>(p. 577)</span> passer par la porte du suisse. Si quelqu'un vouloit
-tenter de le faire, il en avertiroit le concierge aprs les avoir fait
+tenter de le faire, il en avertiroit le concierge après les avoir fait
retourner sur leurs pas.</p>
<p>2<sup>o</sup> Quelques soient les personnes qui entreront avec permission de
Madame, et essentiellement si Madame permettoit qu'on entrat les
dimanches, le suisse observera qu'on ne touche point aux fleurs et
-qu'on ne joue aucuns jeux; enfin que toutte dcence soit observ. Si
-quelqu'un manquoit cette rgle, il leur en feroit l'observation pour
+qu'on ne joue à aucuns jeux; enfin que toutte décence soit observé. Si
+quelqu'un manquoit à cette règle, il leur en feroit l'observation pour
que cela cessent sur-le-champ.</p>
<p>3<sup>o</sup> Les personnes de la maison ne doivent en aucun tems faire entrer
personne dans le jardin, surtout quand Madame est chez elle ou quand
elle doit y venir. Ils ne doivent jamais y faire entrer de compagnie
-sans la permission de Madame. Cependant la volont de Madame n'tant
-pas de les empcher de voir leur famille touttesfois que ce sont gens
-honntes, et ce pendant les abcences et voyages, si il leur arivent de
-sortir avec eux, la bont de Madame peut alors tre interprette, cela
+sans la permission de Madame. Cependant la volonté de Madame n'étant
+pas de les empêcher de voir leur famille touttesfois que ce sont gens
+honnêtes, et ce pendant les abcences et voyages, si il leur arivent de
+sortir avec eux, la bonté de Madame peut alors être interprettée, cela
n'arrivant que rarement et eux ne quittant pas les personnes; alors le
suisse peut les laisser passer, mais en observant quil n'ayent pas de
compagnie, et s'il leur arivoit de repetter cela souvent, le suisse
alors prendroit note des jours et du nombre de personnes qu'ils auroit
conduit, et la remettroit au concierge, pour quil leur montre la
circonspection qu'ils doivent avoir, et alors ils seroit
-personnellement privs de voir mme leur parent, si ils ne l'observoit
+personnellement privés de voir même leur parent, si ils ne l'observoit
pas soigneusement.</p>
-<p>Les garons jardiniers ne doivent faire entrer aucune compagnie dans
-le jardin, et si quelques personnes entrent de la part du matre
-jardinier, il doit toujours les accompagner, devant seul rpondre des
+<p>Les garçons jardiniers ne doivent faire entrer aucune compagnie dans
+le jardin, et si quelques personnes entrent de la part du maître
+jardinier, il doit toujours les accompagner, devant seul répondre des
motifs pour lesquels il les aura fait entrer.</p>
-<p>4<sup>o</sup> A l'gard de la sortie et entre des arbres et arbustes, le
-jardinier seul doit rpondre de son service; mais lui seul aussi doit
-faire, ou tre prsent la sortie, pour justifier que c'est lui qui
+<p>4<sup>o</sup> A l'égard de la sortie et entrée des arbres et arbustes, le
+jardinier seul doit répondre de son service; mais lui seul aussi doit
+faire, ou être présent à la sortie, pour justifier que c'est lui qui
le fait faire.</p>
-<p>5<sup>o</sup> Le suisse doit veiller avec soins ce que, qui que ce puissent
-tre, ne tentent de pcher dans la rivire du jardin; il saisira et
-emportera tous les ustensiles propre la pche, et il fera en sorte
-de savoir qui auroit cherch en faire usage; il en avertira le
-concierge, qui en rendra compte Madame.</p>
+<p>5<sup>o</sup> Le suisse doit veiller avec soins à ce que, qui que ce puissent
+être, ne tentent de pêcher dans la rivière du jardin; il saisira et
+emportera tous les ustensiles propre à la pêche, et il fera en sorte
+de savoir qui auroit cherché à en faire usage; il en avertira le
+concierge, qui en rendra compte à Madame.</p>
<p>6<sup>o</sup> Le suisse observera que tout cela devant se faire pour le bon
-ordre, il ne faut mettre ni humeur ni vivacit toujours dplace, et
-qui sont blmables dans tous les cas, en ce qu'elles sont opposes au
-respect de Madame et sa maison.</p>
+ordre, il ne faut mettre ni humeur ni vivacité toujours déplacée, et
+qui sont blâmables dans tous les cas, en ce qu'elles sont opposées au
+respect düe à Madame et à sa maison.</p>
<hr class="hr10">
<h3><span class="pagenum"><a id="page578" name="page578"></a>(p. 578)</span> IV.</h3>
-<p class="entete"><span class="smcap">OUVRAGES DE LA BIBLIOTHQUE DE MONTREUIL</span><br>
-qui seroient galement bien placs dans celle de Paris.</p>
+<p class="entete"><span class="smcap">OUVRAGES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL</span><br>
+qui seroient également bien placés dans celle de Paris.</p>
<ul class="none livre">
-<li>Entretiens de Cicron sur la nature des dieux, par l'abb d'Olivet,
+<li>Entretiens de Cicéron sur la nature des dieux, par l'abbé d'Olivet,
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Penses de Cicron, trad. par le mme,
+<li>Pensées de Cicéron, trad. par le même,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Offices de Cicron, trad. par de Barett,
+<li>Offices de Cicéron, trad. par de Barett,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>&OElig;uvres de Snque, trad. par La Grange,
+<li>&OElig;uvres de Sénèque, trad. par La Grange,
<span class="ralign5">6 vol. in-12.</span></li>
<li>&OElig;uvres morales de Plutarque, trad. par Amyot</li>
-<li>Trait de l'Amiti, par M. de Sacy,
+<li>Traité de l'Amitié, par M. de Sacy,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Pangyrique de Trajan, par Pline le Jeune; trad. par de Sacy,
+<li>Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune; trad. par de Sacy,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Philippiques de Dmosthnes et Catilinaires de Cicron, Paris, 1777, par l'abb d'Olivet,
+<li>Philippiques de Démosthènes et Catilinaires de Cicéron, Paris, 1777, par l'abbé d'Olivet,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Trait de l'Orateur de Cicron, trad. par l'abb Colin,
+<li>Traité de l'Orateur de Cicéron, trad. par l'abbé Colin,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Tusculanes de Cicron, trad. par l'abb d'Olivet,
+<li>Tusculanes de Cicéron, trad. par l'abbé d'Olivet,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>La mort d'Abel, pome de Gessner,
+<li>La mort d'Abel, poëme de Gessner,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
<li>Lettres de Pline le Jeune,
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>De la Dcadence des Lettres et des M&oelig;urs, par M. de Juvigny,
+<li>De la Décadence des Lettres et des M&oelig;urs, par M. de Juvigny,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Abrg de l'Histoire grecque,
+<li>Abrégé de l'Histoire grecque,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoires de Salluste, trad. par M. Beauze,
+<li>Histoires de Salluste, trad. par M. Beauzée,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
<li>Vie d'Alexandre, trad. de Quint-Curce, trad. par Mignot,
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Essai sur les rgnes de Claude et de Nron et sur les m&oelig;urs et crits de Snque,
+<li>Essai sur les règnes de Claude et de Néron et sur les m&oelig;urs et écrits de Sénèque,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire de la Dcadence de l'Empire romain, trad. de Gibbon,
+<li>Histoire de la Décadence de l'Empire romain, trad. de Gibbon,
<span class="ralign5">4 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Vie de l'Empereur Julien, par l'abb de la Blterie,
+<li>Vie de l'Empereur Julien, par l'abbé de la Bléterie,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Vie de l'Empereur Jovien, par le mme,
+<li>Vie de l'Empereur Jovien, par le même,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire de la dernire rvolution de Sude, trad. de Schridan,
+<li>Histoire de la dernière révolution de Suède, trad. de Schéridan,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
</ul>
-<p class="entete"><span class="smcap">AUGMENTATIONS PROPOSES.</span></p>
+<p class="entete"><span class="smcap">AUGMENTATIONS PROPOSÉES.</span></p>
-<p class="entete"><i>Thologie</i>.</p>
+<p class="entete"><i>Théologie</i>.</p>
<ul class="none livre">
-<li>La Sainte Bible, trad. par Le Maistre de Sacy, dition de 1746. (Chs Onfroy.),
+<li>La Sainte Bible, trad. par Le Maistre de Sacy, édition de 1746. (Chés Onfroy.),
<span class="ralign5">31 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page579" name="page579"></a>(p. 579)</span> La mme, par de Carrires, seulement en franois.</li>
-<li>lvations sur les Mystres, de Bossuet.</li>
-<li>Sermons du mme.</li>
+<li><span class="pagenum"><a id="page579" name="page579"></a>(p. 579)</span> La même, par de Carrières, seulement en françois.</li>
+<li>Élévations sur les Mystères, de Bossuet.</li>
+<li>Sermons du même.</li>
<li>Sermons du P. Terasson.</li>
<li>Sermons du P. Cheminais.</li>
-<li>Sermons du P. Sgaud.</li>
-<li>Sermons de l'abb de Maroles.</li>
-<li>Sermons de l'abb Clment.</li>
-<li>Et bientt ceux de l'ancien vque de Senez.</li>
-<li>Catchisme du Bougeant
+<li>Sermons du P. Ségaud.</li>
+<li>Sermons de l'abbé de Maroles.</li>
+<li>Sermons de l'abbé Clément.</li>
+<li>Et bientôt ceux de l'ancien évêque de Senez.</li>
+<li>Catéchisme du Bougeant
<span class="ralign5">4 vol. in-12.</span></li>
-<li>Catchisme de Paris.</li>
+<li>Catéchisme de Paris.</li>
<li>L'Influence de la Religion naturelle, par le P. Griffet
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
<li>Confessions de saint Augustin, trad. par D. J. Martin, 1741
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Soliloques et Mditations de saint Augustin.</li>
+<li>Soliloques et Méditations de saint Augustin.</li>
<li>L'Ange conducteur.</li>
-<li>Mandement de M. l'vque de Saint-Malo sur les saints Anges, 1757.</li>
-<li>Trait de la vritable et solide pit, d'aprs saint Franois de Sales.</li>
-<li>Instruction pastorale du cardinal de Luynes contre la Doctrine des incrdules
+<li>Mandement de M. l'évêque de Saint-Malo sur les saints Anges, 1757.</li>
+<li>Traité de la véritable et solide piété, d'après saint François de Sales.</li>
+<li>Instruction pastorale du cardinal de Luynes contre la Doctrine des incrédules
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Le Disme rfut par lui-mme.</li>
-<li>Les Fondements de la foy, par Aym
+<li>Le Déisme réfuté par lui-même.</li>
+<li>Les Fondements de la foy, par Aymé
<span class="ralign5">2 vol.</span></li>
-<li>Existence de Dieu, par Fnlon.</li>
-<li>Lettres sur la Religion, par le mme.</li>
-<li>De l'ducation des filles, du mme.</li>
-<li>Trait des devoirs de la vie chrtienne, par le P. de Tracy, thatin
+<li>Existence de Dieu, par Fénélon.</li>
+<li>Lettres sur la Religion, par le même.</li>
+<li>De l'Éducation des filles, du même.</li>
+<li>Traité des devoirs de la vie chrétienne, par le P. de Tracy, théatin
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Instruction de l'Empereur Franois I<sup>er</sup> aux Princes ses enfants
+<li>Instruction de l'Empereur François I<sup>er</sup> aux Princes ses enfants
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>L'Esprit de sainte Thrse, recueilli de ses ouvrages
+<li>L'Esprit de sainte Thérèse, recueilli de ses ouvrages
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Voyes du salut dans les principes de saint Charles
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
<li>Dictionnaire des Conciles
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Dictionnaire des hrsies, des erreurs et des schismes
+<li>Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Dictionnaire historique des Auteurs ecclsiastiques
+<li>Dictionnaire historique des Auteurs ecclésiastiques
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Institution au droit canonique, de Fleury, avec des notes de Boucher d'Argis.</li>
</ul>
@@ -29131,11 +29086,11 @@ qui seroient galement bien placs dans celle de Paris.</p>
<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page580" name="page580"></a>(p. 580)</span> <i>Sciences et arts.</i></p>
<ul class="none livre">
-<li>cole des M&oelig;urs, par l'abb Blanchard
+<li>École des M&oelig;urs, par l'abbé Blanchard
<span class="ralign5">3 vol. in-12.</span></li>
<li>Spectacle de la Nature, de Pluche
<span class="ralign5">9 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire du Ciel, du mme
+<li>Histoire du Ciel, du même
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
<li>&OElig;uvres de Sigaud de La Fond, physique.</li>
</ul>
@@ -29143,9 +29098,9 @@ qui seroient galement bien placs dans celle de Paris.</p>
<p class="entete"><i>Belles-Lettres.</i></p>
<ul class="none livre">
-<li>Principes de Littrature, de Le Batteux
+<li>Principes de Littérature, de Le Batteux
<span class="ralign5">5 vol. in-12.</span></li>
-<li>Oraisons funbres de Mascaron.</li>
+<li>Oraisons funèbres de Mascaron.</li>
<li>Horace, trad. par M. Binet.</li>
<li>&OElig;uvres de Lefranc de Pompignan.</li>
</ul>
@@ -29153,95 +29108,95 @@ qui seroient galement bien placs dans celle de Paris.</p>
<p class="entete"><i>Histoire.</i></p>
<ul class="none livre">
-<li>Gographie de Grenet.</li>
-<li>L'Art de vrifier les dates.</li>
-<li>Histoire sacre de Pridaux
+<li>Géographie de Grenet.</li>
+<li>L'Art de vérifier les dates.</li>
+<li>Histoire sacrée de Pridaux
<span class="ralign5">6 vol. in-12.</span></li>
-<li>Abrg de l'histoire ecclsiastique de Lhomond
+<li>Abrégé de l'histoire ecclésiastique de Lhomond
<span class="ralign5">1 vol.</span></li>
-<li>Histoire abrge de la Religion, du mme
+<li>Histoire abrégée de la Religion, du même
<span class="ralign5">1 vol.</span></li>
<li>Vie des Saints, par Mezenguy
<span class="ralign5">1 vol.</span></li>
<li>Vie des Saints, trad. de l'anglais, par Godescard
<span class="ralign5">12 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Vie des Pres du Dsert, par le P. Marin
+<li>Vie des Pères du Désert, par le P. Marin
<span class="ralign5">9 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire des Celtes
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire de France depuis l'tablissement de la monarchie
- franoise jusqu' Louis XV, par le P. Daniel,
- continue et enrichie de notes par le
+<li>Histoire de France depuis l'établissement de la monarchie
+ françoise jusqu'à Louis XV, par le P. Daniel,
+ continuée et enrichie de notes par le
P. Grifet
<span class="ralign5">17 vol. in-4<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Tableau de l'histoire de France
<span class="ralign5">2 vol.</span></li>
<li>L'Esprit de la Fronde, par Mailly
<span class="ralign5">5 vol.</span></li>
-<li>Mmoires et Rflexions sur les principaux vnements
- du rgne de Louis XIV
+<li>Mémoires et Réflexions sur les principaux événements
+ du règne de Louis XIV
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Mmoires pour servir l'histoire de Louis XIV, par
- l'abb de Choisy
+<li>Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV, par
+ l'abbé de Choisy
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Journal historique ou fastes du Rgne de Louis XV
+<li>Journal historique ou fastes du Règne de Louis XV
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Histoire des Campagnes du marchal de Maillebois
+<li>Histoire des Campagnes du maréchal de Maillebois
en Italie, en 1745 et 1746
<span class="ralign5">3 vol. in-4<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Histoire du marchal de Saxe, par le baron d'Espagnac
+<li>Histoire du maréchal de Saxe, par le baron d'Espagnac
<span class="ralign5">3 vol. in-12.</span></li>
<li>Lettres du cardinal d'Ossat.</li>
-<li>Mmoires de M. de Torcy pour servir l'histoire
- des ngociations depuis le trait de paix de Riswick
- jusqu' la paix d'Utrecht.</li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page581" name="page581"></a>(p. 581)</span> Histoire des traits de Westphalie, par le P. Bougeant
+<li>Mémoires de M. de Torcy pour servir à l'histoire
+ des négociations depuis le traité de paix de Riswick
+ jusqu'à la paix d'Utrecht.</li>
+<li><span class="pagenum"><a id="page581" name="page581"></a>(p. 581)</span> Histoire des traités de Westphalie, par le P. Bougeant
<span class="ralign5">6 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire de Sude, par le baron de Puffendorff
+<li>Histoire de Suède, par le baron de Puffendorff
<span class="ralign5">3 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire de Danemark, par Mallet
<span class="ralign5">6 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire gnrale de Pologne, par l'abb de Solignac
+<li>Histoire générale de Pologne, par l'abbé de Solignac
<span class="ralign5">5 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire de Jean Sobiesky, Roi de Pologne, par
- l'abb Coyer
+ l'abbé Coyer
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire de l'tat prsent de la Russie depuis 1714
+<li>Histoire de l'état présent de la Russie depuis 1714
jusqu'en 1720
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Rvolutions de Corse
+<li>Révolutions de Corse
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire gnrale de Portugal, par La Clde
+<li>Histoire générale de Portugal, par La Clède
<span class="ralign5">2 vol. in-4<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Abrg chronologique de l'histoire de Lorraine
+<li>Abrégé chronologique de l'histoire de Lorraine
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Histoire de la vie et du rgne de Frdric-Guillaume,
+<li>Histoire de la vie et du règne de Frédéric-Guillaume,
Roi de Prusse
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire de l'Empire ottoman, par M. Mignot, 1771
<span class="ralign5">4 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire des Arabes sous le gouvernement des Califes,
- par l'abb de Marigny
+ par l'abbé de Marigny
<span class="ralign5">4 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire du Japon, par le P. Charlevoix, 1754
<span class="ralign5">6 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire de Siam, par M. Turpin, 1771
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire gnrale des conjurations et conspirations,
+<li>Histoire générale des conjurations et conspirations,
par Duport du Tertre, Paris, 1762
<span class="ralign5">10 vol. in-12.</span></li>
<li>Dictionnaire historique des Grands Hommes
<span class="ralign5">9 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Dictionnaire historique des Grands Hommes, de
- l'abb L'Advocat
+ l'abbé L'Advocat
<span class="ralign5">3 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Histoire de l'Acadmie franoise depuis son tablissement
- jusqu'en 1652, par Plisson
+<li>Histoire de l'Académie françoise depuis son établissement
+ jusqu'en 1652, par Pélisson
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire de l'Acadmie royale des Belles-Lettres, par
+<li>Histoire de l'Académie royale des Belles-Lettres, par
M. de Boze, 1740
<span class="ralign5">3 vol. in-12.</span></li>
-<li>Bibliothque des Anciens Philosophes, trad. par
+<li>Bibliothèque des Anciens Philosophes, trad. par
Dacier
<span class="ralign5">11 vol. in-12.</span></li>
</ul>
@@ -29250,132 +29205,132 @@ qui seroient galement bien placs dans celle de Paris.</p>
<h3>V.</h3>
-<p>L'an second de la Rpublique franoise, de l're ancienne mil sept
-cent quatre-vingt douze, le 12 mars, cinq heures de releve, en
-vertu de l'arrt du directoire du district de Versailles, en date du
+<p>L'an second de la République françoise, de l'ère ancienne mil sept
+cent quatre-vingt douze, le 12 mars, à cinq heures de relevée, en
+vertu de l'arrêté du directoire du district de Versailles, en date du
9 du courant, nous, Jean Gazard, commis de l'administration du
-district, nous sommes transport avec le citoyen Huv, inspecteur
-<span class="pagenum"><a id="page582" name="page582"></a>(p. 582)</span> des btiments, en cette ville, avenue de Paris, la maison
-dite de Madame lisabeth, conformment la rquisition du citoyen
-Couturier, rgisseur du domaine de Versailles, l'effet de lever et
-apposer les scells sur plusieurs portes de ladite maison; o tant,
-nous avons lev le scell appos sur une porte cochre, donnant de la
-petite cour dudit btiment sur l'avenue de Paris, afin de laisser
-l'usage libre du guichet de ladite porte, et l'avons appos sur le
-verrouil de ladite grande porte; de l nous sommes transports deux
+district, nous sommes transporté avec le citoyen Huvé, inspecteur
+<span class="pagenum"><a id="page582" name="page582"></a>(p. 582)</span> des bâtiments, en cette ville, avenue de Paris, à la maison
+dite de Madame Élisabeth, conformément à la réquisition du citoyen
+Couturier, régisseur du domaine de Versailles, à l'effet de lever et
+apposer les scellés sur plusieurs portes de ladite maison; où étant,
+nous avons levé le scellé apposé sur une porte cochère, donnant de la
+petite cour dudit bâtiment sur l'avenue de Paris, afin de laisser
+l'usage libre du guichet de ladite porte, et l'avons apposé sur le
+verrouil de ladite grande porte; de là nous sommes transportés à deux
autres petites portes, communiquant du jardin dans une des cours du
-btiment, o nous avons galement appos le scell sur l'entre des
+bâtiment, où nous avons également apposé le scellé sur l'entrée des
serrures; et, n'ayant point le cachet du district, nous nous sommes
servi d'un petit cachet de montre, ayant pour empreinte un c&oelig;ur
-perc de deux flches, surmont de ces mots: <em>Je suis bless</em>, lequel
+percé de deux flèches, surmonté de ces mots: <em>Je suis blessé</em>, lequel
cachet, nous avons remis entre les mains des administrateurs du
-directoire du district pour servir la confrontation et
-reconnoissance desdits scells quand le cas le requerra; et du tout,
-avons dress le prsent procs-verbal, les jours et an que d'autre
+directoire du district pour servir à la confrontation et
+reconnoissance desdits scellés quand le cas le requerra; et du tout,
+avons dressé le présent procès-verbal, les jours et an que d'autre
part.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Gazard</span>, <i>commissaire</i>.
-<span class="add2em smcap">Huv.</span></p>
+<span class="add2em smcap">Huvé.</span></p>
<hr class="hr10">
<h3>VI.</h3>
<p>Le citoyen Sulleau, concierge garde-meuble de la maison de Madame
-lisabeth Montreuil, a l'honneur d'observer monsieur le maire et
+Élisabeth à Montreuil, a l'honneur d'observer à monsieur le maire et
messieurs les officiers municipaux de Versailles, qu'il est en sa
-qualit de garde-meuble charg sur sa responsabilit de tous les
-effets contenus en laditte maison, sous l'inspection gnral de M.
-Restout, nomm par M. le ministre de l'intrieur cet effet, et qui
-il doit rendre compte de tous les objets remis sa garde et
-responsabilit suivant les inventaires gnraux, dposs au
+qualité de garde-meuble chargé sur sa responsabilité de tous les
+effets contenus en laditte maison, sous l'inspection général de M.
+Restout, nommé par M. le ministre de l'intérieur à cet effet, et à qui
+il doit rendre compte de tous les objets remis à sa garde et
+responsabilité suivant les inventaires généraux, déposés au
Garde-meuble.</p>
-<p>Le citoyen Sulleau a pour l'aider la surveillance et manutention de
-sa place le nomm Flury, homme honnte et sre dont il garantie la
-fidlit et l'honntet comme de tous autres gens de la maison qui lui
-sont subordonns.&mdash;Il s'est trouv de ncessit en 1791 rclamer la
-justice de messieurs de la municipalit, sur les prtentions et
-dmarches du suisse nomm Hubert, et il a eu la satisfaction
-d'prouver alors une justice satisfaisante.</p>
-
-<p>Aujourd'hui 8 octobre 1792, il vient d'tre appos des scells sur
-toutes les portes extrieures de la maison, sous prtexte qu'on
-pourrait <span class="pagenum"><a id="page583" name="page583"></a>(p. 583)</span> on sortir des effets; cette prcaution ne peut en
-rien augmenter la responsabilit du dpositaire, devient nul pour le
-rsultat, mais infiniment sensible et douloureuse pour tous les
-individus attachs la maison. Ils en ont tous marqu leur douleur au
-citoyen Sulleau, qui bien convaincu de leur honntet reconnue depuis
-dix ans, ne peut se refuser de rclamer l'attention de monsieur le
-maire sur un acte qui vritablement ne porte que sur eux seuls, et
-avec d'autant plus d'injustice que cette prcaution est sollicit par
+<p>Le citoyen Sulleau a pour l'aider à la surveillance et manutention de
+sa place le nommé Flury, homme honnête et sûre dont il garantie la
+fidélité et l'honnêteté comme de tous autres gens de la maison qui lui
+sont subordonnés.&mdash;Il s'est trouvé de nécessité en 1791 à réclamer la
+justice de messieurs de la municipalité, sur les prétentions et
+démarches du suisse nommé Hubert, et il a eu la satisfaction
+d'éprouver alors une justice satisfaisante.</p>
+
+<p>Aujourd'hui 8 octobre 1792, il vient d'être apposé des scellés sur
+toutes les portes extérieures de la maison, sous prétexte qu'on
+pourrait <span class="pagenum"><a id="page583" name="page583"></a>(p. 583)</span> on sortir des effets; cette précaution ne peut en
+rien augmenter la responsabilité du dépositaire, devient nul pour le
+résultat, mais infiniment sensible et douloureuse pour tous les
+individus attachés à la maison. Ils en ont tous marqué leur douleur au
+citoyen Sulleau, qui bien convaincu de leur honnêteté reconnue depuis
+dix ans, ne peut se refuser de réclamer l'attention de monsieur le
+maire sur un acte qui véritablement ne porte que sur eux seuls, et
+avec d'autant plus d'injustice que cette précaution est sollicité par
un homme qui n'est responsable de rien, et qui de touts les temps a
-fait preuve du dsir de nuire, et cela sans aucun...</p>
+fait preuve du désir de nuire, et cela sans aucun...</p>
<p class="authorsc">Sulleau.</p>
-<p>Nous, commissaire nomm pour examiner la ncessit de lever le scell
-sur la porte cochre du ct du jardinier, avons reconnu qu'elle toit
-relle, le service des fumiers et autres charois ne pouvant avoir lieu
-que par l. En foi de quoi nous avons sign le prsent rapport, la
-maison commune, le 8 octobre 1792, l'an premier de la Rpublique
-franoise.</p>
+<p>Nous, commissaire nommé pour examiner la nécessité de lever le scellé
+sur la porte cochère du côté du jardinier, avons reconnu qu'elle étoit
+réelle, le service des fumiers et autres charois ne pouvant avoir lieu
+que par là. En foi de quoi nous avons signé le présent rapport, à la
+maison commune, le 8 octobre 1792, l'an premier de la République
+françoise.</p>
-<p class="authorsc">Huv.</p>
+<p class="authorsc">Huvé.</p>
<hr class="hr10">
<h3>VII.</h3>
-<p>L'an premier de la Rpublique franoise, les citoyens Boissy et Borel
-ayant t autorissz par un rquisitoire de la municipalit de
-Versailles signz Richaud maire, Couturier procureur de la Commune,
+<p>L'an premier de la République françoise, les citoyens Boissy et Borel
+ayant été autorisséz par un réquisitoire de la municipalité de
+Versailles signéz Richaud maire, Couturier procureur de la Commune,
Gaucher municipal, ce sont transportez en la maison de la s&oelig;ur du
-ci-devant Roi, avenu de Paris, est ont apposez les scells sur toutes
-les portes extrieur de la sudite maison et du jardin. Le sieur
-Heuber, suisse et gardien, nous ayant reprsentz de ne point apposz
-le scellz sur la porte extrieur de la vacherie en nous disant qu'ils
-toit ncessaire que les animeaux sortent pour aller aux champs, ce
-que nous avons ve raisonnable cela ne nous nous (<em>sic</em>) a pourtant
-pas empchz de les poser sur toutes les portes intrieur qui
-communiquent de la susdite vacherie au jardin, afin d'empcher toutes
-les communications. Nous nous sommes transportz de l une petite
-maison qui n'est sparz que d'une porte en treilliage fermant clef,
-n'ayant pas trouvz cette fermeture suffisante, nous avons voulut
-apposer le scellz sur la porte de clture qui donne sur une petite
-re. Le citoyen Plican et la dame Piout cetant prsentz l'instant
-nous ont exibz une oppositions de leurs part en nous reprsentant
-que cette petite maison appartenoit <span class="pagenum"><a id="page584" name="page584"></a>(p. 584)</span> la ci-devant baronne de
-Mackau; sur les reprsentations du citoyen Heuber, suisse et gardien
-qu'il sufisoit seulement de poser le scellz sur la sudite porte de
-treilliage, ce que nous avons fait l'instant, le sieur Sulleau
-s'tant aussi prsentz avec le jardinier, n'ayant point part
-satisfaits de notre opration, mme nous exibant en plusieurs pices,
-nous disant qu'ils toient les ministres de l'intrieur et nous disant
-d'une voix foible qu'ils croyoient tre suffisamment autorissez par le
-moyens de ces pieces de s'opposer au scellz nous avons regardez cela
-comme des mots qui ne peuvent convenirent qu' des hommes foibles.
-Nous lui avons dits que s'il avoit des droits qui les fassent valoir
-la maison comune, pour nous, cela ne nous empcheroient pas de
-continuer nos oprations. C'est ce que nous avons fait s'en crainte,
-est avons signes le prsent Versailles, ce 8 octobre 1792, l'an
-premier de Rpublique franoise.</p>
+ci-devant Roi, avenuë de Paris, est ont apposez les scellés sur toutes
+les portes extérieur de la sudite maison et du jardin. Le sieur
+Heuber, suisse et gardien, nous ayant représentéz de ne point apposéz
+le scelléz sur la porte extérieur de la vacherie en nous disant qu'ils
+étoit nécessaire que les animeaux sortent pour aller aux champs, ce
+que nous avons vûe raisonnable cela ne nous nous (<em>sic</em>) a pourtant
+pas empêchéz de les poser sur toutes les portes intérieur qui
+communiquent de la susdite vacherie au jardin, afin d'empêcher toutes
+les communications. Nous nous sommes transportéz de là à une petite
+maison qui n'est séparéz que d'une porte en treilliage fermant à clef,
+n'ayant pas trouvéz cette fermeture suffisante, nous avons voulut
+apposer le scelléz sur la porte de clôture qui donne sur une petite
+rüe. Le citoyen Pélican et la dame Piout cetant présentéz à l'instant
+nous ont exibéz une oppositions de leurs part en nous représentant
+que cette petite maison appartenoit <span class="pagenum"><a id="page584" name="page584"></a>(p. 584)</span> à la ci-devant baronne de
+Mackau; sur les représentations du citoyen Heuber, suisse et gardien
+qu'il sufisoit seulement de poser le scelléz sur la sudite porte de
+treilliage, ce que nous avons fait à l'instant, le sieur Sulleau
+s'étant aussi présentéz avec le jardinier, n'ayant point parût
+satisfaits de notre opération, même nous exibant en plusieurs pièces,
+nous disant qu'ils étoient les ministres de l'intérieur et nous disant
+d'une voix foible qu'ils croyoient être suffisamment autorissez par le
+moyens de ces pieces de s'opposer au scelléz nous avons regardez cela
+comme des mots qui ne peuvent convenirent qu'à des hommes foibles.
+Nous lui avons dits que s'il avoit des droits qui les fassent valoir à
+la maison comune, pour nous, cela ne nous empècheroient pas de
+continuer nos opérations. C'est ce que nous avons fait s'en crainte,
+est avons signées le présent à Versailles, ce 8 octobre 1792, l'an
+premier de République françoise.</p>
<p class="authorsc">Boissy. <span class="add2em">Boret.</span></p>
-<p>Faite en prsence des citoyens <span class="smcap">Heuber</span>, <span class="smcap">Bonifacy</span>, <i>garde-bosquet</i>.</p>
+<p>Faite en présence des citoyens <span class="smcap">Heuber</span>, <span class="smcap">Bonifacy</span>, <i>garde-bosquet</i>.</p>
<hr class="hr10">
<h3>VIII.</h3>
-<p class="entete"><i>tat de ce que nous avons trouvz dans la vacherie.</i></p>
+<p class="entete"><i>État de ce que nous avons trouvéz dans la vacherie.</i></p>
<p>Cinq vaches est une genise, un cheval est une petite voiture d'osier
couverte, avec tous ces harnois; nous avons crue devoir prendre ce
-dtail cause que ces animeaux sont sujette la sortie pour leurs
+détail à cause que ces animeaux sont sujette à la sortie pour leurs
subsistance. A Versailles, le 8 octobre 1792, l'an premier de la
-Rpublique franoise.</p>
+République françoise.</p>
<p class="authorsc">Boissy. <span class="add2em">Boret.</span></p>
@@ -29383,18 +29338,18 @@ Rpublique franoise.</p>
<h3>IX.</h3>
-<p>Sur la rprsentation que les citoyens Heuber, suisse et gardien,
-Bonifacy, garde-bosquet, que l'on dvastoient tout les jours les
-jardins par la coupe journailliere des arbres et la pche qui si fait
-continuellement par des gens de la maison, ainsi que des trangers
-qu'ils introduisent leurs compagnies, croyant toujours tre sous la
+<p>Sur la réprésentation que les citoyens Heuber, suisse et gardien,
+Bonifacy, garde-bosquet, que l'on dévastoient tout les jours les
+jardins par la coupe journailliere des arbres et la pêche qui si fait
+continuellement par des gens de la maison, ainsi que des étrangers
+qu'ils introduisent à leurs compagnies, croyant toujours être sous la
protection de la s&oelig;ur du ci-devant Roi, nous ont dits qu'ils
-seroient bien aise d'tre autorissz d'un pouvoir de la municipalits
-qui les autorisent pouvoir empcher tous ces desordres, est ont
-signes.</p>
+seroient bien aise d'être autorisséz d'un pouvoir de la municipalités
+qui les autorisent à pouvoir empêcher tous ces desordres, est ont
+signées.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Heuber</span>, <span class="smcap">Bonifacy</span>, <i>garde-bosquet</i>,<br>
- <span class="smcap">Prvot</span>, <i>commissionnaire du sieur Fleury, garon tapissier</i>.</p>
+ <span class="smcap">Prévot</span>, <i>commissionnaire du sieur Fleury, garçon tapissier</i>.</p>
<hr class="hr10">
@@ -29402,18 +29357,18 @@ signes.</p>
<p class="smcap">Messieurs,</p>
-<p>Nol Gauthier et Julien Gauthier frres, tous deux frotteurs des
-appartements de la petite maison de Madame lisabeth, avenu de Paris,</p>
+<p>Noël Gauthier et Julien Gauthier frères, tous deux frotteurs des
+appartements de la petite maison de Madame Élisabeth, avenuë de Paris,</p>
-<p>Ont l'honneur de vous reprsenter que depuis le dpart de cette
-princesse, ils sont rest gardien l'un de l'aile droite et l'autre de
+<p>Ont l'honneur de vous représenter que depuis le départ de cette
+princesse, ils sont resté gardien l'un de l'aile droite et l'autre de
l'aile gauche de laditte maison, couchant dans les appartements,
ignorent le motif pour lequel M. Suleau concierge vient de nommer et
-faire recevoir deux autres gardiens, au prjudice des exposants qui
+faire recevoir deux autres gardiens, au préjudice des exposants qui
osent se flatter qu'on ne peut rien leur reprocher,</p>
-<p>Pendant les trois mois qu'ils ont gards le premier scell les jours
-et nuits par ordres du sieur Suleau dont il en ont point t pay.</p>
+<p>Pendant les trois mois qu'ils ont gardés le premier scellé les jours
+et nuits par ordres du sieur Suleau dont il en ont point été payé.</p>
<p>Ils vous supplient, Messieurs, de vouloir bien leur rendre justice.</p>
@@ -29421,45 +29376,45 @@ et nuits par ordres du sieur Suleau dont il en ont point t pay.</p>
<h3>XI.</h3>
-<p class="entete"><i>Procs-verbal.</i></p>
-
-<p>Aujourd'hui le 9 octobre 1792, l'an premier de la Rpublique, en vertu
-d'un rquisitoire du bureau municipal, sign des citoyens Couturier
-procureur de la commune, Huv et Gauchez officiers municipaux, qui ont
-nomm les citoyens Boissy et Geoffroy comissaires a l'apposition des
-scelles dans la maison de la Damme lisabeth, s&oelig;ur du ci-devant
-Roi, ont pris pour tmoins l'apposition desdits scelles, le citoyens
-Flury, attach la conciergerie du Garde-meuble de ladite maison,
-ainsi que le nomm Prvot, journallier employ par le citoyen Sulleau,
-qu'il a t pos quatre-vingt et tant de scelles dont
-quatre-vingt-une clef, il est rest ouvert et la jouissance des
-personnes dnommes ci-apprs et qui sont meubls conformment aux
-inventaires dont la minute est dpos au bureau du Garde-meuble
-national Versailles, dont le citoyen le Clerc se charge de la
-reprsenter la premire rquisition de la municipalit; lesdits
-logements actuellement occuppes par les personnes susdites, consiste
+<p class="entete"><i>Procès-verbal.</i></p>
+
+<p>Aujourd'hui le 9 octobre 1792, l'an premier de la République, en vertu
+d'un réquisitoire du bureau municipal, signé des citoyens Couturier
+procureur de la commune, Huvé et Gauchez officiers municipaux, qui ont
+nommé les citoyens Boissy et Geoffroy comissaires a l'apposition des
+scellées dans la maison de la Damme Élisabeth, s&oelig;ur du ci-devant
+Roi, ont pris pour témoins l'apposition desdits scellées, le citoyens
+Flury, attaché à la conciergerie du Garde-meuble de ladite maison,
+ainsi que le nommé Prévot, journallier employé par le citoyen Sulleau,
+qu'il a été posé quatre-vingt et tant de scellées dont
+quatre-vingt-une clef, il est resté ouvert et à la jouissance des
+personnes dénommées ci-apprès et qui sont meublés conformément aux
+inventaires dont la minute est déposé au bureau du Garde-meuble
+national à Versailles, dont le citoyen le Clerc se charge de la
+représenter à la première réquisition de la municipalité; lesdits
+logements actuellement occuppées par les personnes susdites, consiste
savoir celui du citoyen Sullau, concierge du Garde-meuble; Fleury,
-garon du Garde-meuble attach au concierge, et le reprsentant en son
+garçon du Garde-meuble attaché au concierge, et le représentant en son
absence; la veuve du Coudray, femme de charge et lingerie; la
-demoiselle Simon, ouvrire; Marie, laitirre, Prvot, journallier;
-Nol, frotteur, Juillien, second frotteur, Dor, garon jardinier, le
-suisse de la porte, nomm <span class="pagenum"><a id="page586" name="page586"></a>(p. 586)</span> Ubert, Boniface, suisse
+demoiselle Simon, ouvrière; Marie, laitièrre, Prévot, journallier;
+Noël, frotteur, Juillien, second frotteur, Doré, garçon jardinier, le
+suisse de la porte, nommé <span class="pagenum"><a id="page586" name="page586"></a>(p. 586)</span> Ubert, Boniface, suisse
garde-bosquet; Cadeau, balayeur, demeurant sur l'ancienne cour basse,
-sur l'avenu, et dans le pavillon, ru ci-devant Champ-la-Garde;
-Jaques Bosson, vacher; Coupry, matre jardinier.</p>
+sur l'avenuë, et dans le pavillon, ruë ci-devant Champ-la-Garde;
+Jaques Bosson, vacher; Coupry, maître jardinier.</p>
-<p>Lesdits commissaires ont nomm les citoyens Flury et Prvots ci-dessus
-dnomms gardiens de l'intrieur et extrieur de ladite maison, qu'ils
-l'ont accepts et signs avec nous le prsent procs-verbal, et est
-comparu au moment o l'on posoit les scelles, le citoyen Sullau
-ci-devant dnomm, et qui a sign avec nous.</p>
+<p>Lesdits commissaires ont nommé les citoyens Flury et Prévots ci-dessus
+dénommés gardiens de l'intérieur et extérieur de ladite maison, qu'ils
+l'ont acceptés et signés avec nous le présent procès-verbal, et est
+comparu au moment où l'on posoit les scellées, le citoyen Sullau
+ci-devant dénommé, et qui a signé avec nous.</p>
-<p>De plus, avons tabli les citoyens Ubert suisse des portes, et
-Bonifacy garde-bosquet, a qui nous avons dlivr des pouvoirs comme
-gardiens des scelles extrieurs et suret gnrale dans leurs postes.</p>
+<p>De plus, avons établi les citoyens Ubert suisse des portes, et
+Bonifacy garde-bosquet, a qui nous avons délivré des pouvoirs comme
+gardiens des scellées extérieurs et sureté générale dans leurs postes.</p>
-<p>Clos le prsent prsent (<em>sic</em>) procs-verbal en prsence des citoyens
-Sullau, Fleury, Prvot, Ubert, Boniface, le Clerc.</p>
+<p>Clos le présent présent (<em>sic</em>) procès-verbal en présence des citoyens
+Sullau, Fleury, Prévot, Ubert, Boniface, le Clerc.</p>
<p class="author"><span class="add2em smcap">Sulleau.</span>
<span class="add2em smcap">Flury.</span>
@@ -29474,41 +29429,41 @@ Sullau, Fleury, Prvot, Ubert, Boniface, le Clerc.</p>
<h3>XII.</h3>
-<p class="date">A Versailles, le 5 mars 1793, l'an II de la Rpublique.</p>
+<p class="date">A Versailles, le 5 mars 1793, l'an II de la République.</p>
<p class="smcap">Citoyen,</p>
-<p>J'ai ordonn ce matin, en consquence de votre lettre d'hier, la
-fermeture de deux portes la maison cy-devant de Madame lisabeth,
-mais on m'a observ que si l'on condamnoit celle de la petite cour
-ct de l'avenu de Paris, le gardien de ce ct-l ne pourroit plus
-sortir d'aucun ct.</p>
+<p>J'ai ordonné ce matin, en conséquence de votre lettre d'hier, la
+fermeture de deux portes à la maison cy-devant de Madame Élisabeth,
+mais on m'a observé que si l'on condamnoit celle de la petite cour
+côté de l'avenuë de Paris, le gardien de ce côté-là ne pourroit plus
+sortir d'aucun côté.</p>
<p>Il n'y auroit d'autre moyen, en persistant de lui interdire le passage
par le jardin, que de lui faire ouvrir le guichet de la grande porte,
-aprs en avoir lev les scells, car ils sont sur toutes les portes
-intrieures qui conduisent la grande cour; mais il y communiqueroit
+après en avoir levé les scellés, car ils sont sur toutes les portes
+intérieures qui conduisent à la grande cour; mais il y communiqueroit
par dehors.</p>
-<p>J'ai appris, cher concitoyen, que vous tiez dbarass de votre rhume,
+<p>J'ai appris, cher concitoyen, que vous étiez débarassé de votre rhume,
j'en suis bien aise, mais moi je suis pris par tous les bouts, au pied
-par une reculade imprvue, la tte par un rhume oppinitre, et par
+par une reculade imprévue, à la tête par un rhume oppiniâtre, et par
tout le corps je ne scais pourquoi.</p>
-<p>Je suis votre frre en patriotisme,</p>
+<p>Je suis votre frère en patriotisme,</p>
-<p class="author"><i>Le maire de Versailles</i>, <span class="smcap">Huv</span>.</p>
+<p class="author"><i>Le maire de Versailles</i>, <span class="smcap">Huvé</span>.</p>
<p>Vu par nous administrateurs composant le directoire du district de
-<span class="pagenum"><a id="page587" name="page587"></a>(p. 587)</span> Versailles, pour tre excut par le citoyen inspecteur des
-btiments de l'arrondissement, en prsence du citoyen Gazard, commis
-de l'administration, charg de lever et apposer les scells o besoin
+<span class="pagenum"><a id="page587" name="page587"></a>(p. 587)</span> Versailles, pour être exécuté par le citoyen inspecteur des
+bâtiments de l'arrondissement, en présence du citoyen Gazard, commis
+de l'administration, chargé de lever et apposer les scellés où besoin
sera.</p>
-<p>A Versailles, 9 mars 1793, l'an deux de la Rpublique.</p>
+<p>A Versailles, 9 mars 1793, l'an deux de la République.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Boyelleau,</span>
-<span class="add2em smcap">Bzard,</span> <i>v. p.</i>
+<span class="add2em smcap">Bézard,</span> <i>v. p.</i>
<span class="add2em smcap">Deveze,</span> <i>pr. s.</i>
<span class="add2em smcap">Chailliou.</span><br>
<span class="smcap">Courraut.</span></p>
@@ -29517,55 +29472,55 @@ sera.</p>
<h3>XIII.</h3>
-<p class="date">A Versailles, le 7 mars 1793, l'an II de la Rpublique.</p>
+<p class="date">A Versailles, le 7 mars 1793, l'an II de la République.</p>
<p class="smcap">Citoyen,</p>
-<p>Je vous prvient que Madame lisabeth, avoit une chien de sret a sa
+<p>Je vous prévient que Madame Élisabeth, avoit une chien de sûreté a sa
maison, elle faisoit donner six livres de pain par jour, le citoyen
Thierry, boulanger du ci-devant Roi, est m'en avoit donnez la garde
-comme tant le gardien de ladite maison, mais trouvant qu'un seul
-chien ne suffisoit pas pour la sret de la maison, Madame lisabeth
-m'a ordonnez en diffrentes fois d'en lever plusieurs, comme il
-plaisoit Madame lisabeth d'en disposer sa volont, et quel en
+comme étant le gardien de ladite maison, mais trouvant qu'un seul
+chien ne suffisoit pas pour la sûreté de la maison, Madame Élisabeth
+m'a ordonnez en différentes fois d'en élever plusieurs, comme il
+plaisoit à Madame Élisabeth d'en disposer à sa volonté, et quel en
faisoit des cadots, laqu'elle m'avoit promis un dedomagement, mais
-comme n'tant point revenu, je n'ai toujours eut que la nouriture du
+comme n'étant point revenuë, je n'ai toujours eut que la nouriture du
premier, dont ledit citoyen Thierry a cessez de fournir le pain le
-1<sup>er</sup> mars de la prsente anne 1793; est je me trouve avoir trois
-gros chiens ma charge, est des frais d'en avoir elever et nourries
-plusieurs dont deux jusqu' prsent s'en avoir eut aucun ddomagement;
-est ayant prvene les citoyens qui ont posez les scells, comment est
-que je pouroit faire avec ces chiens, s'il falloit m'en dfaire, o en
-prvenir la municipalit, ils monts ordonnez de les garder jusqu' la
-leve des scells. Mais n'ayant plus le pain est n'ayant aucun
-ddomagement pour les nourirents je ne peut pas garder trois gros
-chiens ma charge.</p>
-
-<p class="author"><span class="smcap">Heuber</span>, <i>gardien de la maison ci-devant Madame lisabeth</i>.</p>
+1<sup>er</sup> mars de la présente année 1793; est je me trouve avoir trois
+gros chiens à ma charge, est des frais d'en avoir elever et nourries
+plusieurs dont deux jusqu'à présent s'en avoir eut aucun dédomagement;
+est ayant prévenüe les citoyens qui ont posez les scellés, comment est
+que je pouroit faire avec ces chiens, s'il falloit m'en défaire, où en
+prévenir la municipalité, ils monts ordonnez de les garder jusqu'à la
+levée des scellés. Mais n'ayant plus le pain est n'ayant aucun
+dédomagement pour les nourirents je ne peut pas garder trois gros
+chiens à ma charge.</p>
+
+<p class="author"><span class="smcap">Heuber</span>, <i>gardien de la maison ci-devant Madame Élisabeth</i>.</p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>Avis du directeur de la rgie nationale de l'enregistrement.</i></p>
+<p class="entete"><i>Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement.</i></p>
-<p>Le directeur de la rgie nationale qui a pris communication de la
-ptition de l'autre part, est d'avis:</p>
+<p>Le directeur de la régie nationale qui a pris communication de la
+pétition de l'autre part, est d'avis:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Que le citoyen Hubert soit autoris conserver un chien de
-basse-cour pour la garde de la maison lisabeth Capet, situe
-l'extrmit de l'avene de Paris;</p>
+<p>1<sup>o</sup> Que le citoyen Hubert soit autorisé à conserver un chien de
+basse-cour pour la garde de la maison Élisabeth Capet, située à
+l'extrémité de l'avenüe de Paris;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page588" name="page588"></a>(p. 588)</span> 2<sup>o</sup> Qu'il lui soit tenu compte de cet objet de dpense
-compter du 1<sup>er</sup> de ce mois, sur le pied qui sera dtermin par le
+<p><span class="pagenum"><a id="page588" name="page588"></a>(p. 588)</span> 2<sup>o</sup> Qu'il lui soit tenu compte de cet objet de dépense à
+compter du 1<sup>er</sup> de ce mois, sur le pied qui sera déterminé par le
directoire du district;</p>
<p>3<sup>o</sup> Enfin, que ledit Hubert vende, s'il est possible, ou donne les
autres chiens qui sont inutiles. Le directeur observe au surplus que
-si les meubles existants dans cette maison toient vendus ou
-transports ailleurs, on trouveroit sans doute la louer, ce qui
-produiroit le double avantage de supprimer toute espce de dpense, et
-de procurer la Rpublique un revenu dont elle est prive.</p>
+si les meubles existants dans cette maison étoient vendus ou
+transportés ailleurs, on trouveroit sans doute à la louer, ce qui
+produiroit le double avantage de supprimer toute espèce de dépense, et
+de procurer à la République un revenu dont elle est privée.</p>
-<p>Versailles, 18 mars 1793, le deuxime de la Rpublique franoise.</p>
+<p>Versailles, 18 mars 1793, le deuxième de la République françoise.</p>
<p class="authorsc">Deschesne.</p>
@@ -29573,98 +29528,98 @@ de procurer la Rpublique un revenu dont elle est prive.</p>
<h3>XIV.</h3>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des dlibrations du directoire du dpartement de
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du directoire du département de
Seine-et-Oise.</i></p>
-<p class="entete">Sance publique du 8 juin 1793, l'an II de la Rpublique franaise.</p>
+<p class="entete">Séance publique du 8 juin 1793, l'an II de la République française.</p>
-<p>Vu par le directeur la rclamation de sept ouvriers jardiniers,
-employs au jardin ci-devant appartenant la s&oelig;ur de Louis Capet,
-dpendant de la liste civile et situ au grand Montreuil, qui a pour
-objet le payement de trente-six livres chacun, qu'ils dclarent avoir
-ci-devant t dans l'usage de recevoir annuellement titre de
-gratification, et n'avoir pas touch depuis 1791 inclusivement;</p>
+<p>Vu par le directeur la réclamation de sept ouvriers jardiniers,
+employés au jardin ci-devant appartenant à la s&oelig;ur de Louis Capet,
+dépendant de la liste civile et situé au grand Montreuil, qui a pour
+objet le payement de trente-six livres chacun, qu'ils déclarent avoir
+ci-devant été dans l'usage de recevoir annuellement à titre de
+gratification, et n'avoir pas touché depuis 1791 inclusivement;</p>
<p>Le certificat du jardinier de ce jardin qui atteste cet usage;</p>
<p>Le renvoi de ladite demande de la part du district au directeur de la
-rgie;</p>
+régie;</p>
-<p>L'avis du directeur de la rgie du 2 janvier dernier;</p>
+<p>L'avis du directeur de la régie du 2 janvier dernier;</p>
<p>L'avis au district de Versailles du 11 dudit mois de janvier;</p>
-<p>Ou le procureur gnral sindic,</p>
+<p>Ouï le procureur général sindic,</p>
-<p>Le directoire, attend que les sept ouvriers rclamants n'toient pas
-mis en &oelig;uvre de l'ordre direct de la ci-devant Madame lisabeth,
+<p>Le directoire, attendû que les sept ouvriers réclamants n'étoient pas
+mis en &oelig;uvre de l'ordre direct de la ci-devant Madame Élisabeth,
mais bien pour le jardinier personnellement, et que c'est
-consquemment celui-ci de pourvoir tant leurs salaires qu' leurs
-gratifications s'il le juge propos;</p>
+conséquemment à celui-ci de pourvoir tant à leurs salaires qu'à leurs
+gratifications s'il le juge à propos;</p>
-<p>Arrte qu'il n'y a pas lieu d'accorder les gratifications requises.</p>
+<p>Arrête qu'il n'y a pas lieu d'accorder les gratifications requises.</p>
-<p>Pour expdition, signs Richaud et Bocquet, secrtaire.</p>
+<p>Pour expédition, signés Richaud et Bocquet, secrétaire.</p>
<p>Pour copie conforme:</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Gazard</span>, <i>secrtaire</i>.</p>
+<p class="author"><span class="smcap">Gazard</span>, <i>secrétaire</i>.</p>
<hr class="hr10">
<h3><span class="pagenum"><a id="page589" name="page589"></a>(p. 589)</span> XV.</h3>
-<p>Aujourd'hui lundi cinq aot mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an
-deux de la Rpublique une et indivisible, nous, J. M. Musset,
-Claude-tienne Contant et Nicolas Monjardet, commissaires de la
-Convention nationale du district de Versailles et de la municipalit
-de ladite ville, nous sommes transports dans la maison ci-devant
-occupe par lisabeth Capet, avenue de Paris, l'effet d'examiner si
-les meubles des appartements de cette maison n'toient point
-endommags par les vers ou autrement. Nous nous sommes fait
+<p>Aujourd'hui lundi cinq août mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an
+deux de la République une et indivisible, nous, J. M. Musset,
+Claude-Étienne Contant et Nicolas Monjardet, commissaires de la
+Convention nationale du district de Versailles et de la municipalité
+de ladite ville, nous sommes transportés dans la maison ci-devant
+occupée par Élisabeth Capet, avenue de Paris, à l'effet d'examiner si
+les meubles des appartements de cette maison n'étoient point
+endommagés par les vers ou autrement. Nous nous sommes fait
accompagner dans la visite que nous avons faite de plusieurs de ces
-appartements par le citoyen Hubert, l'pouse du citoyen Fleury et le
-citoyen Prvost, tous trois gardiens des scells de ladite maison.</p>
-
-<p>Les meubles que nous avons examins sont ceux des appartements dont
-les portes d'entre sont numrotes 1 et 2, &mdash; 16 et 17, &mdash; 12 et 13,
-&mdash; 14, 15, &mdash; 18 et 20, desquelles portes nous avons lev les scells,
-trouvs intacts.</p>
-
-<p>Voyant que ces meubles toient tout neufs et fort peu endommags des
-vers, nous avons jug inutile d'en examiner un plus grand nombre, et
-nous nous sommes borns en faire battre plusieurs couchers et
-chaises sortis cet effet dans la cour, en en prenant note; aprs
-quoi nous avons fait exactement replacer chacun sa place, avons fait
-entirement refermer lesdits appartements, et les scells ont t
-rapposs par le commissaire du district sur chacune desdites portes.</p>
+appartements par le citoyen Hubert, l'épouse du citoyen Fleury et le
+citoyen Prévost, tous trois gardiens des scellés de ladite maison.</p>
+
+<p>Les meubles que nous avons examinés sont ceux des appartements dont
+les portes d'entrée sont numérotées 1 et 2, &mdash; 16 et 17, &mdash; 12 et 13,
+&mdash; 14, 15, &mdash; 18 et 20, desquelles portes nous avons levé les scellés,
+trouvés intacts.</p>
+
+<p>Voyant que ces meubles étoient tout neufs et fort peu endommagés des
+vers, nous avons jugé inutile d'en examiner un plus grand nombre, et
+nous nous sommes bornés à en faire battre plusieurs couchers et
+chaises sortis à cet effet dans la cour, en en prenant note; après
+quoi nous avons fait exactement replacer chacun à sa place, avons fait
+entièrement refermer lesdits appartements, et les scellés ont été
+réapposés par le commissaire du district sur chacune desdites portes.</p>
<p>Ensuite nous avons cru devoir, avant de terminer, visiter aussi les
-meubles de l'appartement d'lisabeth Capet. Nous avons cet effet
-lev les scells mis sur la porte d'entre, et aprs avoir entr dans
-l'antichambre, nous avons trouv dchir dans le milieu, et vis--vis
-la jonction des deux battants de la porte, le papier des scells mis
-sur la porte gauche qui est celle de l'appartement; et cette porte
-ouverte, le pesne de la serrure tant hors de la gche, sur quoi il
-nous a t observ par lesdits gardiens que cette porte, ferme ainsi
-peut-tre par inadvertance, pouvoit avoir t la cause du dchirement
-de ce papier dans quelque moment o il y aura eu du vent.</p>
-
-<p>Nous avons vrifi que les meubles de cet appartement, qui sont
-prcieux, n'toient nullement endommags. Nous avons referm ladite
-porte trouve ouverte, mais sans y apposer de nouveaux scells,
-observant que ceux de la porte d'entre suffisoient, et les scells
-ont t rapposs sur celle-ci.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page590" name="page590"></a>(p. 590)</span> De tout quoi nous avons dress le prsent procs-verbal, fait
-double pour tre dpos au district et l'autre entre les mains des
-reprsentants du peuple, et avons sign avec lesdits gardiens
-prsents, l'un d'eux reprsents par son pouse, les an, mois et jour
-susdits. Et avons remis la maison commune les clefs desdits
-appartements o elles toient dposes.</p>
+meubles de l'appartement d'Élisabeth Capet. Nous avons à cet effet
+levé les scellés mis sur la porte d'entrée, et après avoir entré dans
+l'antichambre, nous avons trouvé déchiré dans le milieu, et vis-à-vis
+la jonction des deux battants de la porte, le papier des scellés mis
+sur la porte à gauche qui est celle de l'appartement; et cette porte
+ouverte, le pesne de la serrure étant hors de la gâche, sur quoi il
+nous a été observé par lesdits gardiens que cette porte, fermée ainsi
+peut-être par inadvertance, pouvoit avoir été la cause du déchirement
+de ce papier dans quelque moment où il y aura eu du vent.</p>
+
+<p>Nous avons vérifié que les meubles de cet appartement, qui sont
+précieux, n'étoient nullement endommagés. Nous avons refermé ladite
+porte trouvée ouverte, mais sans y apposer de nouveaux scellés,
+observant que ceux de la porte d'entrée suffisoient, et les scellés
+ont été réapposés sur celle-ci.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page590" name="page590"></a>(p. 590)</span> De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, fait
+double pour être déposé au district et l'autre entre les mains des
+représentants du peuple, et avons signé avec lesdits gardiens
+présents, l'un d'eux représentés par son épouse, les an, mois et jour
+susdits. Et avons remis à la maison commune les clefs desdits
+appartements où elles étoient déposées.</p>
<p class="author">
-<span class="smcap">Monjardet</span>, <span class="smcap">J. M. Musset</span>, <i>commissaire national</i>, <span class="smcap">Prvost</span>,<br> <span class="smcap">Coutant</span>,
+<span class="smcap">Monjardet</span>, <span class="smcap">J. M. Musset</span>, <i>commissaire national</i>, <span class="smcap">Prévost</span>,<br> <span class="smcap">Coutant</span>,
<i>commissaire du district</i>, <span class="smcap">Heuber</span>, Femme <span class="smcap">Flury</span>.</p>
<hr class="hr10">
@@ -29676,42 +29631,42 @@ Seine-et-Oise.</i></p>
<p class="smcap">Citoyens,</p>
-<p>Coupry, jardinier dans la ci-devant maison d'lisabeth Capet, est
-dcd hier 8 nivse la suite d'une maladie; comme j'ai toujours
-veilli autant qu'il a depend de moi aux interest de la Rpublique,
-si j'ai p obtenir quelque confiance, je prie les citoyens
+<p>Coupry, jardinier dans la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, est
+décédé hier 8 nivôse à la suite d'une maladie; comme j'ai toujours
+veillié autant qu'il a dependû de moi aux interest de la République,
+si j'ai pû obtenir quelque confiance, je prie les citoyens
administrateurs de vouloir bien me maintenir dans l'emploi provisoire
de la surveillance du jardin et orangerie, ou il ce trouve maintenant
-beaucoup de plantes appartenant la nation auxquelles j'ai toujours
-donn mes soins.</p>
+beaucoup de plantes appartenant à la nation auxquelles j'ai toujours
+donné mes soins.</p>
<p class="authorsc">Lacolonge.</p>
-<p>A Versailles, ce 9 nivse, l'an second de la Rpublique franoise (29
-dcembre 1793).</p>
+<p>A Versailles, ce 9 nivôse, l'an second de la République françoise (29
+décembre 1793).</p>
-<p>Salut et fraternit.</p>
+<p>Salut et fraternité.</p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>Avis du directeur de la rgie nationale.</i></p>
+<p class="entete"><i>Avis du directeur de la régie nationale.</i></p>
-<p>Le directeur de la rgie observe que, v la vigilance et la probit
+<p>Le directeur de la régie observe que, vû la vigilance et la probité
bien reconnues du citoyen Lacolonge, l'administration adoptera une
-mesure fort sage, en lui confiant provisoirement le soin de veiller
+mesure fort sage, en lui confiant provisoirement le soin de veiller à
la conservation des jardins, orangerie, plantes et arbustes de la
-maison d'lisabeth Capet: il avoit la confiance de Coupry; personne ne
-connot mieux que lui les dtails de cette maison, il n'est donc pas
+maison d'Élisabeth Capet: il avoit la confiance de Coupry; personne ne
+connoît mieux que lui les détails de cette maison, il n'est donc pas
possible de faire meilleur choix.</p>
-<p>Il est vraisemblable que des anciens ouvriers, qui ont travaill dans
-le jardin dpendant de ladite maison, feront des dmarches pour
-remplacer Coupry; mais il seroit contraire l'intrt de la
-Rpublique <span class="pagenum"><a id="page591" name="page591"></a>(p. 591)</span> de les laisser s'immiscer dans une administration
-o il rgnoit une foule d'abus qu'on a attribus plusieurs
+<p>Il est vraisemblable que des anciens ouvriers, qui ont travaillé dans
+le jardin dépendant de ladite maison, feront des démarches pour
+remplacer Coupry; mais il seroit contraire à l'intérêt de la
+République <span class="pagenum"><a id="page591" name="page591"></a>(p. 591)</span> de les laisser s'immiscer dans une administration
+où il régnoit une foule d'abus qu'on a attribués à plusieurs
d'entr'eux.</p>
-<p>Versailles, ce 21 nivse de l'an II de la Rpublique une et
+<p>Versailles, ce 21 nivôse de l'an II de la République une et
indivisible (10 janvier 1794).</p>
<p class="authorsc">Deschesne.</p>
@@ -29720,23 +29675,23 @@ indivisible (10 janvier 1794).</p>
<h3>XVII.</h3>
-<p>Aujourd'hui sept ventse, an second de la Rpublique franoise une et
-indivisible (25 fvrier 1794), quatre heures de releve, moi,
-soussign, comissaire nomm par l'administration du district de
-Versailles, dpartement de Seine-et-Oise, par comission en datte du 24
-pluvise, pour la leve des scells apposs au local du palais
-National et autres lieux dpendants de la ci-devant liste civile,
-assist du citoyen Tissot, notable, comissaire pour la municipalit,
-nous nous sommes transport au local dit Maison lisabeth, o, aprs
-vrification faite des scells apposs sur diffrentes portes
+<p>Aujourd'hui sept ventôse, an second de la République françoise une et
+indivisible (25 février 1794), à quatre heures de relevée, moi,
+soussigné, comissaire nommé par l'administration du district de
+Versailles, département de Seine-et-Oise, par comission en datte du 24
+pluviôse, pour la levée des scellés apposés au local du palais
+National et autres lieux dépendants de la ci-devant liste civile,
+assisté du citoyen Tissot, notable, comissaire pour la municipalité,
+nous nous sommes transporté au local dit Maison Élisabeth, où, après
+vérification faite des scellés apposés sur différentes portes
environnant le jardin et autres issues de la maison, nous en avons
-fait la leve ainsi qu'il suit, savoir:</p>
+fait la levée ainsi qu'il suit, savoir:</p>
<p>P<sup>o</sup> A une porte de la cour des cuisines;</p>
<p>2<sup>o</sup> Une grande porte donnant sur l'avenue de Paris;</p>
-<p>3<sup>o</sup> Une porte donnant sous la vote qui conduit l'avenue de Paris;</p>
+<p>3<sup>o</sup> Une porte donnant sous la voûte qui conduit à l'avenue de Paris;</p>
<p>4<sup>o</sup> Une porte donnant sur la ruelle, au bout du jardin Lemonier;</p>
@@ -29744,29 +29699,29 @@ fait la leve ainsi qu'il suit, savoir:</p>
<p>6<sup>o</sup> A la porte de communication du jardin de la citoyenne Makau;</p>
-<p>7<sup>o</sup> A la porte donnant la maison de la femme Diane Polignac;</p>
+<p>7<sup>o</sup> A la porte donnant à la maison de la femme Diane Polignac;</p>
-<p>8<sup>o</sup> A la porte du jardin du petit btiment dtach;</p>
+<p>8<sup>o</sup> A la porte du jardin du petit bâtiment détaché;</p>
-<p>9<sup>o</sup> A la porte cochre du petit btiment id.</p>
+<p>9<sup>o</sup> A la porte cochère du petit bâtiment id.</p>
<p>Plus, le citoyen Flury, concierge de laditte maison, nous a fait voir
-des chassis de couche vitr, au nombre de soixante-dix-sept de 4 pieds
-carrs, et huit de 18 pouces sur 4 pieds, dont il a donn note au
+des chassis de couche vitré, au nombre de soixante-dix-sept de 4 pieds
+carrés, et huit de 18 pouces sur 4 pieds, dont il a donné note au
citoyen L'Oiseleur, inspecteur de laditte maison.</p>
-<p>La leve des scells tant termins, nous donnons dcharge aux
-gardiens ci-aprs dnomms, savoir:</p>
+<p>La levée des scellés étant terminés, nous donnons décharge aux
+gardiens ci-après dénommés, savoir:</p>
<p>Le citoyen Flury,</p>
-<p>Prvost,</p>
+<p>Prévost,</p>
<p>Heubert,</p>
<p>Bonifacy.</p>
-<p>Et a ledit citoyen Flury sign avec nous, comme restant concierge, ce
+<p>Et a ledit citoyen Flury signé avec nous, comme restant concierge, ce
jour et an que dessus.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Tissot,</span> <i>notable</i>.
@@ -29783,113 +29738,113 @@ Versailles.</i></p>
<p class="smcap">Citoyens,</p>
<p>Le citoyen Jean-Philippe Quadot, ci-devant balayeur de la maison de
-ci-devant lisabeth Capet, soumets sous vos yeux sa triste position,
-etant pere de famille: est peu favorisez de la fortune, il ose esprer
+ci-devant Élisabeth Capet, soumets sous vos yeux sa triste position,
+etant pere de famille: est peu favorisez de la fortune, il ose espérer
de votre justices le soutien que tous citoyen doit attendre de vous
-magistrats, lorsque la demande d'un rclamant ce trouve fond; c'est
+magistrats, lorsque la demande d'un réclamant ce trouve fondé; c'est
dans cette espoir qu'ils vous soumets les reclamations suivante.</p>
-<p>Jean-Philippe Quadot, g de soixante ans, pere de famille et
-indigent, a servie sous le rgne du tyran Louis quinzime du nom, dans
-le ci-devant rgiment de Normandie, o il fit cinq campagne durant les
-guerres d'Hanvre; sortie du service militaire en 1757 (v. stile) il
-entra l'anne ensuite au ci-devant chteau, en qualit de garon
-marbrier pour l'entretien et la propret de toute les marbres qui
-dpendoient des appartements dudit chteau, ainsi que de ceux de la
-chapelle; ayant de paye vingt sols par jour; ce qui ne pouvoit qu'
-peine le faire subsanter lui est sa famille, mais dans lespoir o le
-rclamant toit que l'on prendroit son sort et son ancien service en
-considration fait qu'il a toujours esprez jusqu'en 1789 (v. stile)
-o la ci-devant lisabeth le prit son service en qualit de
+<p>Jean-Philippe Quadot, âgé de soixante ans, pere de famille et
+indigent, a servie sous le règne du tyran Louis quinzième du nom, dans
+le ci-devant régiment de Normandie, où il fit cinq campagne durant les
+guerres d'Hanôvre; sortie du service militaire en 1757 (v. stile) il
+entra l'année ensuite au ci-devant château, en qualité de garçon
+marbrier pour l'entretien et la propreté de toute les marbres qui
+dépendoient des appartements dudit château, ainsi que de ceux de la
+chapelle; ayant de paye vingt sols par jour; ce qui ne pouvoit qu'à
+peine le faire subsanter lui est sa famille, mais dans lespoir où le
+réclamant étoit que l'on prendroit son sort et son ancien service en
+considération fait qu'il a toujours espérez jusqu'en 1789 (v. stile)
+où la ci-devant Élisabeth le prit à son service en qualité de
balayeur, ordonnant qu'il fut habillez logez chauffez et eclairez, lui
accordant aussi trente sols par jours de gage. Ce qui ne fut pas
-excut t'elle qu'elle l'avoit ordonne, n'ayant tt logez qu'un an
-aprs etre entre son service, est n'ayant point tt habillez du
-tout, pour les trente sols par jour de gage la premire anne nayant
-tt payz par le citoyen Sulleau concierge de la maison qui en etoit
-chargz raison de vingt quatre sols la seconde raison de vingt six
-sols et la troisime raison de vingt huit sols par jour jusqu'aux
-premier novembre; o ayant fait observer audit citoyen Sulleau que ce
-n'toit point l les ordres de la matresse de le payer depuis vingt
-quatre sols jusqu' vingt huit sols puisqu'elle avoit ordonn de le
-payer raison de trente sols par jour; sur quoi le dit concierge lui
-dit qu'il n'toit jamais content et comment faisoit-il au chteau
-lorsqu'il n'avoit que vingt sols, quoi le citoyen Quadot a rpondu
-qu'il avoit des Bonnes-mes qui l'aidoit lui est sa famille, est que
-sa femme travailloit mais que n'tant plus jeune ni lui non plus ils
-seroit bien malheureux qu'ils fussent obligz d'aller mendier leurs
+exécuté t'elle qu'elle l'avoit ordonnée, n'ayant étté logez qu'un an
+après etre entrée à son service, est n'ayant point étté habillez du
+tout, pour les trente sols par jour de gage la première année nayant
+étté payéz par le citoyen Sulleau concierge de la maison qui en etoit
+chargéz à raison de vingt quatre sols la seconde à raison de vingt six
+sols et la troisième à raison de vingt huit sols par jour jusqu'aux
+premier novembre; où ayant fait observer audit citoyen Sulleau que ce
+n'étoit point là les ordres de la maîtresse de le payer depuis vingt
+quatre sols jusqu'à vingt huit sols puisqu'elle avoit ordonné de le
+payer à raison de trente sols par jour; sur quoi le dit concierge lui
+dit qu'il n'étoit jamais content et comment faisoit-il au château
+lorsqu'il n'avoit que vingt sols, à quoi le citoyen Quadot a répondu
+qu'il avoit des Bonnes-âmes qui l'aidoit lui est sa famille, est que
+sa femme travailloit mais que n'étant plus jeune ni lui non plus ils
+seroit bien malheureux qu'ils fussent obligéz d'aller mendier leurs
pains, tandis <span class="pagenum"><a id="page593" name="page593"></a>(p. 593)</span> que lui concierge ne ce contentant pas de sa
-place cherchoit encor retenir le salaire d'un malheureux. Cependant
-d'aprs cette explication il le paya raison de trente sols par jour
+place cherchoit encor à retenir le salaire d'un malheureux. Cependant
+d'après cette explication il le paya à raison de trente sols par jour
depuis le mois de novembre 1792 (v. style); quand au bois et la
-chandelle, il n'en avoit pas la moiti de son besoin.</p>
+chandelle, il n'en avoit pas la moitié de son besoin.</p>
-<p>Voici le prcis de son tat qu'il vous a exposz.&mdash;Actuellement voici
-o ce borne sa demarche auprs de vous citoyens administrateurs.</p>
+<p>Voici le précis de son état qu'il vous a exposéz.&mdash;Actuellement voici
+où ce borne sa demarche auprès de vous citoyens administrateurs.</p>
-<p>Le citoyen Flry garon du citoyen Sulleau, ordonna le 18 ventse au
-citoyen Quadot dvacuer le logement qu'il occupe dans la maison de
-rendre les meubles dans le dlai de vingt-quatre heures; le malheureux
-Quadot malade d'un coup de pied de cheval qu'il a reue dans lestomac,
+<p>Le citoyen Flüry garçon du citoyen Sulleau, ordonna le 18 ventôse au
+citoyen Quadot dévacuer le logement qu'il occupe dans la maison de
+rendre les meubles dans le délai de vingt-quatre heures; le malheureux
+Quadot malade d'un coup de pied de cheval qu'il a reçue dans lestomac,
s'en le sols s'en lit pour ce coucher lui et sa famille...</p>
-<p>Je pase sous silence a votre humanit le tableau douloureux d'une
-famille abandonne, rduite au dsespoir.</p>
+<p>Je pase sous silence a votre humanité le tableau douloureux d'une
+famille abandonnée, réduite au désespoir.</p>
<p>N'ayant aucunes resources que de votre justices et ayant une conduite
s'en reproche.</p>
-<p>Vous fait la demande de son logement jusqu'au moment o l'on
-disposeroit de la maison autrement: en titre de charit aprs
+<p>Vous fait la demande de son logement jusqu'au moment où l'on
+disposeroit de la maison autrement: en titre de charité après
trente-six ans de service; est vous demande aussi de lui faire avoir
-son lit la prissez un sixime en sus de l'estimation.</p>
+son lit à la prissez un sixième en sus de l'estimation.</p>
<p>Justices qu'il attend de vous citoyens administrateurs ce qui le
-pntrera de la plus vive reconnoissance.</p>
+pénétrera de la plus vive reconnoissance.</p>
-<p>Le citoyen Quadot ne schachant point signe fait une</p>
+<p>Le citoyen Quadot ne schachant point signée à fait une</p>
<p class="author">X</p>
-<p><em>La demande du sieur Quadot est appuye ainsi par sa section.</em></p>
+<p><em>La demande du sieur Quadot est appuyée ainsi par sa section.</em></p>
-<p>Les prsident et secrtaires de la treizime section au nom de leurs
+<p>Les président et secrétaires de la treizième section au nom de leurs
concitoyens atestent que le citoyen Kadot est un bon citoyen, qu'il
-est pre de quatre enfans dont trois sa charge et un dans l'arme
-rvolutionnaire, qu'en outre il est priv de toute fortune. En
-consquence, il invite les membres du district de prendre en
-considration son honntet, les besoins de sa famille, et de
-permettre qu'il reste dans le logement qu'il occupe jusqu' ce qu'il
-plaise la justice du district d'en ordonner autrement.</p>
-
-<p>Versailles, le 21 ventse, l'an deuxime de la Rpublique une et
+est père de quatre enfans dont trois à sa charge et un dans l'armée
+révolutionnaire, qu'en outre il est privé de toute fortune. En
+conséquence, il invite les membres du district de prendre en
+considération son honnêteté, les besoins de sa famille, et de
+permettre qu'il reste dans le logement qu'il occupe jusqu'à ce qu'il
+plaise à la justice du district d'en ordonner autrement.</p>
+
+<p>Versailles, le 21 ventôse, l'an deuxième de la République une et
indivisible. (11 mars 1794.)</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Tardif</span>, <i>secrtaire</i>.</p>
+<p class="author"><span class="smcap">Tardif</span>, <i>secrétaire</i>.</p>
-<p>Le registre des dlibrations de l'administration du district de
+<p>Le registre des délibérations de l'administration du district de
Versailles nous apprend que,</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page594" name="page594"></a>(p. 594)</span> Dans la sance publique du 16 germinal an II (5 avril 1794),</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page594" name="page594"></a>(p. 594)</span> Dans la séance publique du 16 germinal an II (5 avril 1794),</p>
-<p>Ou l'agent national provisoire,</p>
+<p>«Ouï l'agent national provisoire,</p>
-<p>L'administration considrant que la position du rclamant exige des
-gards; que l'humanit souffrante ne peut qu'engager secourir les
-infortuns;</p>
+<p>»L'administration considérant que la position du réclamant exige des
+égards; que l'humanité souffrante ne peut qu'engager à secourir les
+infortunés;</p>
-<p>Considrant que les intrts de la Rpublique ne doivent pas tre
+<p>»Considérant que les intérêts de la République ne doivent pas être
compromis;</p>
-<p>Arrte que le citoyen Kadot jouira provisoirement du logement qu'il
-occupe la ci-devant maison d'lisabeth Capet, jusqu' ce qu'il ait
-t pris un parti par l'administration pour la vente ou la location de
+<p>»Arrête que le citoyen Kadot jouira provisoirement du logement qu'il
+occupe à la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, jusqu'à ce qu'il ait
+été pris un parti par l'administration pour la vente ou la location de
cette maison.</p>
-<p>Pour expdition,</p>
+<p>»Pour expédition,</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Bournizet</span>, <i>Amricain</i>.<br>
- <span class="smcap">Leclerc</span>, <i>p.</i> <sup>le</sup> <i>s.</i></p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Bournizet</span>, <i>Américain</i>.<br>
+ »<span class="smcap">Leclerc</span>, <i>p.</i> <sup>le</sup> <i>s.</i>»</p>
<hr class="hr10">
@@ -29897,400 +29852,400 @@ cette maison.</p>
<h3>XIV<br>
<span class="smaller">LETTRE DES PRINCES AU ROI.</span></h3>
-<p class="smcap">Sire, notre Frre et Seigneur,</p>
+<p class="smcap">Sire, notre Frère et Seigneur,</p>
-<p>Lorsque l'assemble qui vous doit l'existence, et qui ne l'a fait
-servir qu' la destruction de votre pouvoir, se croit au moment de
-consommer sa coupable entreprise; lorsqu' l'indignit de vous tenir
+<p>Lorsque l'assemblée qui vous doit l'existence, et qui ne l'a fait
+servir qu'à la destruction de votre pouvoir, se croit au moment de
+consommer sa coupable entreprise; lorsqu'à l'indignité de vous tenir
captif au milieu de votre capitale, elle ajoute la perfidie de vouloir
-que vous dgradiez votre trne de votre propre main; lorsqu'elle ose
-enfin vous prsenter l'option, ou de souscrire des dcrets qui
-feroient le malheur de vos peuples, ou de cesser d'tre roi, nous nous
-empressons d'apprendre Votre Majest que les puissances dont nous
-avons rclam pour elle le secours, sont dtermines y employer
+que vous dégradiez votre trône de votre propre main; lorsqu'elle ose
+enfin vous présenter l'option, ou de souscrire des décrets qui
+feroient le malheur de vos peuples, ou de cesser d'être roi, nous nous
+empressons d'apprendre à Votre Majesté que les puissances dont nous
+avons réclamé pour elle le secours, sont déterminées à y employer
leurs forces; que l'Empereur et le roi de Prusse viennent d'en
-contracter l'engagement mutuel. Le sage Lopold, aussitt aprs avoir
-assur la tranquillit de ses tats et amen celle de l'Europe, a
-sign cet engagement Pilnitz, le 29 du mois dernier, conjointement
-avec le digne successeur du grand Frdric; ils en ont remis
-l'original entre nos mains, et pour le faire parvenir votre
-connoissance nous le ferons imprimer la suite de cette lettre, la
-publicit tant aujourd'hui la seule voie de communication dont vos
+contracter l'engagement mutuel. Le sage Léopold, aussitôt après avoir
+assuré la tranquillité de ses États et amené celle de l'Europe, a
+signé cet engagement à Pilnitz, le 29 du mois dernier, conjointement
+avec le digne successeur du grand Frédéric; ils en ont remis
+l'original entre nos mains, et pour le faire parvenir à votre
+connoissance nous le ferons imprimer à la suite de cette lettre, la
+publicité étant aujourd'hui la seule voie de communication dont vos
cruels oppresseurs n'aient pu nous priver.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page595" name="page595"></a>(p. 595)</span> Les autres cours sont dans les mmes dispositions que celles
-de Vienne et de Berlin. Les princes et tats de l'Empire ont dj
-protest, dans des actes authentiques, contre les lsions faites des
-droits qu'ils ont rsolu de soutenir avec vigueur. Vous ne sauriez
-douter, Sire, du vif intrt que les rois Bourbons prennent votre
-situation; Leurs Majests Catholique et Sicilienne en ont donn des
-tmoignages non quivoques. Les gnreux sentiments du roi de
-Sardaigne, notre beau-pre, ne peuvent pas tre incertains. Vous avez
+<p><span class="pagenum"><a id="page595" name="page595"></a>(p. 595)</span> Les autres cours sont dans les mêmes dispositions que celles
+de Vienne et de Berlin. Les princes et États de l'Empire ont déjà
+protesté, dans des actes authentiques, contre les lésions faites à des
+droits qu'ils ont résolu de soutenir avec vigueur. Vous ne sauriez
+douter, Sire, du vif intérêt que les rois Bourbons prennent à votre
+situation; Leurs Majestés Catholique et Sicilienne en ont donné des
+témoignages non équivoques. Les généreux sentiments du roi de
+Sardaigne, notre beau-père, ne peuvent pas être incertains. Vous avez
droit de compter sur ceux des Suisses, les bons et anciens amis de la
France. Jusque dans le fond du Nord, un roi magnanime<a id="footnotetag235" name="footnotetag235"></a><a href="#footnote235" title="Go to footnote 235"><span class="smaller">[235]</span></a> veut aussi
-contribuer rtablir votre autorit; et l'immortelle Catherine, qui
-aucun genre de gloire n'est tranger, ne laissera pas chapper celle
-de dfendre la cause des souverains.</p>
+contribuer à rétablir votre autorité; et l'immortelle Catherine, à qui
+aucun genre de gloire n'est étranger, ne laissera pas échapper celle
+de défendre la cause des souverains.</p>
-<p>Il n'est point craindre que la nation britannique, trop gnreuse
-pour contrarier ce qu'elle trouve juste, trop claire pour ne pas
-dsirer ce qui intresse sa propre tranquillit, veuille s'opposer aux
-vues de cette noble et irrsistible confdration.</p>
+<p>Il n'est point à craindre que la nation britannique, trop généreuse
+pour contrarier ce qu'elle trouve juste, trop éclairée pour ne pas
+désirer ce qui intéresse sa propre tranquillité, veuille s'opposer aux
+vues de cette noble et irrésistible confédération.</p>
<p>Ainsi, dans vos malheurs, Sire, vous avez la consolation de voir les
-puissances conspirer les faire cesser, et votre fermet, dans le
-moment critique o vous tes, aura pour appui l'Europe entire.</p>
+puissances conspirer à les faire cesser, et votre fermeté, dans le
+moment critique où vous êtes, aura pour appui l'Europe entière.</p>
-<p>Ceux qui savent qu'on n'branle vos rsolutions qu'en attaquant votre
-sensibilit, voudront sans doute vous faire envisager l'aide des
-puissances trangres comme pouvant devenir funeste vos sujets; ce
+<p>Ceux qui savent qu'on n'ébranle vos résolutions qu'en attaquant votre
+sensibilité, voudront sans doute vous faire envisager l'aide des
+puissances étrangères comme pouvant devenir funeste à vos sujets; ce
qui n'est que vue auxiliaire, ils le travestiront en vue hostile, et
-vous peindront le royaume inond de sang, dchir dans toutes ses
-parties, menac de dmembrements. C'est ainsi qu'aprs avoir toujours
-employ les plus fausses alarmes pour causer les maux les plus rels,
-ils veulent se servir encore du mme moyen pour les perptuer; c'est
-ainsi qu'ils esprent faire supporter le flau de leur odieuse
+vous peindront le royaume inondé de sang, déchiré dans toutes ses
+parties, menacé de démembrements. C'est ainsi qu'après avoir toujours
+employé les plus fausses alarmes pour causer les maux les plus réels,
+ils veulent se servir encore du même moyen pour les perpétuer; c'est
+ainsi qu'ils espèrent faire supporter le fléau de leur odieuse
tyrannie, en faisant croire que tout ce qui la combat conduit au plus
dur despotisme.</p>
<p>Mais, Sire, les intentions des souverains qui vous donneront des
-secours sont aussi droites, aussi pures que le zle qui nous les fait
-solliciter; elles n'ont rien d'effrayant ni pour l'tat, ni pour vos
+secours sont aussi droites, aussi pures que le zèle qui nous les fait
+solliciter; elles n'ont rien d'effrayant ni pour l'État, ni pour vos
peuples: ce n'est point les attaquer, c'est leur rendre le plus
-signal de tous les services, que de les arracher au despotisme des
-dmagogues, aux calamits de l'anarchie. Vous vouliez assurer plus que
-jamais la libert de vos sujets, quand des sditieux vous ont ravi la
-<span class="pagenum"><a id="page596" name="page596"></a>(p. 596)</span> vtre; ce que nous faisons pour parvenir vous la rendre,
-avec la mesure d'autorit qui vous appartient lgitimement, ne peut
-tre suspect de volont oppressive; c'est au contraire venger la
-libert que de rprimer la licence; affranchir la nation, que de
-rtablir la force publique, sans laquelle elle ne peut tre libre. Ces
-principes, Sire, sont les vtres; le mme esprit de modration et de
-bienfaisance qui caractrise toutes vos actions sera la rgle de notre
-conduite: il est l'me de toutes nos dmarches auprs des cours
-trangres; et dpositaires des tmoignages positifs des vues aussi
-gnreuses, qu'quitables qui les animent, nous pouvons garantir
-qu'elles n'ont d'autre dsir que de vous remettre en possession du
-gouvernement de vos tats, pour que vos peuples puissent jouir en paix
-des bienfaits que vous leur avez destins.</p>
-
-<p>Si les rebelles opposent ce dsir une rsistance opinitre et
-aveugle, qui force les armes trangres de pntrer dans le royaume,
-eux seuls les y auront attires, sur eux seuls rejailliroit le sang
-coupable qu'il seroit ncessaire de rpandre; la guerre seroit leur
-ouvrage. Le but des puissances trangres n'est que de soutenir la
-partie saine de la nation contre la partie dlirante, et d'teindre au
-sein du royaume le volcan du fanatisme, dont les ruptions propages
+signalé de tous les services, que de les arracher au despotisme des
+démagogues, aux calamités de l'anarchie. Vous vouliez assurer plus que
+jamais la liberté de vos sujets, quand des séditieux vous ont ravi la
+<span class="pagenum"><a id="page596" name="page596"></a>(p. 596)</span> vôtre; ce que nous faisons pour parvenir à vous la rendre,
+avec la mesure d'autorité qui vous appartient légitimement, ne peut
+être suspecté de volonté oppressive; c'est au contraire venger la
+liberté que de réprimer la licence; affranchir la nation, que de
+rétablir la force publique, sans laquelle elle ne peut être libre. Ces
+principes, Sire, sont les vôtres; le même esprit de modération et de
+bienfaisance qui caractérise toutes vos actions sera la règle de notre
+conduite: il est l'âme de toutes nos démarches auprès des cours
+étrangères; et dépositaires des témoignages positifs des vues aussi
+généreuses, qu'équitables qui les animent, nous pouvons garantir
+qu'elles n'ont d'autre désir que de vous remettre en possession du
+gouvernement de vos États, pour que vos peuples puissent jouir en paix
+des bienfaits que vous leur avez destinés.</p>
+
+<p>Si les rebelles opposent à ce désir une résistance opiniâtre et
+aveugle, qui force les armées étrangères de pénétrer dans le royaume,
+eux seuls les y auront attirées, sur eux seuls rejailliroit le sang
+coupable qu'il seroit nécessaire de répandre; la guerre seroit leur
+ouvrage. Le but des puissances étrangères n'est que de soutenir la
+partie saine de la nation contre la partie délirante, et d'éteindre au
+sein du royaume le volcan du fanatisme, dont les éruptions propagées
menacent tous les empires.</p>
-<p>D'ailleurs, Sire, il n'y a pas lieu de croire que les Franois,
+<p>D'ailleurs, Sire, il n'y a pas lieu de croire que les François,
quelque soin qu'on prenne d'enflammer leur bravoure naturelle, en
-exaltant, en lectrisant toutes les ttes par des prestiges de
-patriotisme et de libert, veuillent longtemps sacrifier leur repos,
+exaltant, en électrisant toutes les têtes par des prestiges de
+patriotisme et de liberté, veuillent longtemps sacrifier leur repos,
leurs biens et leur sang pour soutenir une innovation extravagante qui
-n'a fait que des malheureux. L'ivresse n'a qu'un temps; les succs du
-crime ont des bornes; et on se lasse bientt des excs, quand on est
-soi-mme victime. Bientt on se demandera pourquoi on se bat, et l'on
+n'a fait que des malheureux. L'ivresse n'a qu'un temps; les succès du
+crime ont des bornes; et on se lasse bientôt des excès, quand on est
+soi-même victime. Bientôt on se demandera pourquoi on se bat, et l'on
verra que c'est pour servir l'ambition d'une troupe de factieux qu'on
-mprise, contre un roi qui s'est toujours montr juste et humain;
+méprise, contre un roi qui s'est toujours montré juste et humain;
pourquoi l'on se ruine, et l'on verra que c'est pour assouvir la
-cupidit de ceux qui se sont empars de toutes les richesses de
-l'tat, qui en font le plus dtestable usage, et qui, chargs de
-restaurer les finances publiques, les ont prcipites dans un abme
-pouvantable; pourquoi on viole les devoirs les plus sacrs, et l'on
+cupidité de ceux qui se sont emparés de toutes les richesses de
+l'État, qui en font le plus détestable usage, et qui, chargés de
+restaurer les finances publiques, les ont précipitées dans un abîme
+épouvantable; pourquoi on viole les devoirs les plus sacrés, et l'on
verra que c'est pour devenir plus pauvres, plus souffrants, plus
-vexs, plus imposs qu'on ne l'avoit jamais t; pourquoi on
+vexés, plus imposés qu'on ne l'avoit jamais été; pourquoi on
bouleverse l'ancien gouvernement, et l'on verra que c'est dans le vain
-espoir d'en introduire un qui, s'il toit praticable, seroit mille
-fois plus abusif, mais dont l'excution <span class="pagenum"><a id="page597" name="page597"></a>(p. 597)</span> est absolument
-impossible; pourquoi l'on perscute les ministres de Dieu, et l'on
+espoir d'en introduire un qui, s'il étoit praticable, seroit mille
+fois plus abusif, mais dont l'exécution <span class="pagenum"><a id="page597" name="page597"></a>(p. 597)</span> est absolument
+impossible; pourquoi l'on persécute les ministres de Dieu, et l'on
verra que c'est pour favoriser les desseins d'une secte orgueilleuse
-qui a rsolu de dtruire toute religion, et par consquent de
-dchaner tous les crimes.</p>
+qui a résolu de détruire toute religion, et par conséquent de
+déchaîner tous les crimes.</p>
-<p>Dj mme toutes ces vrits sont devenues sensibles, dj le voile de
-l'imposture se dchire de toutes parts, et les murmures contre
-l'assemble qui a usurp tous les pouvoirs et ananti tous les droits
-s'tendent d'une extrmit du royaume l'autre.</p>
+<p>Déjà même toutes ces vérités sont devenues sensibles, déjà le voile de
+l'imposture se déchire de toutes parts, et les murmures contre
+l'assemblée qui a usurpé tous les pouvoirs et anéanti tous les droits
+s'étendent d'une extrémité du royaume à l'autre.</p>
<p>Ne jugez pas, Sire, de la disposition du plus grand nombre par le
mouvement des plus turbulents; ne jugez pas le sentiment national
-d'aprs l'inaction de la fidlit et son apparente indiffrence.
-Lorsque vous ftes arrt Varennes et lorsqu'une troupe de
-satellites vous reconduisit Paris, l'effroi glaoit alors tous les
-esprits et faisoit rgner un morne silence. Ce qu'on vous cacha, ce
-qui dnote bien mieux le changement qui s'est fait et se fait encore
-de jour en jour dans l'opinion, ce sont les marques de mcontentement
+d'après l'inaction de la fidélité et son apparente indifférence.
+Lorsque vous fûtes arrêté à Varennes et lorsqu'une troupe de
+satellites vous reconduisit à Paris, l'effroi glaçoit alors tous les
+esprits et faisoit régner un morne silence. Ce qu'on vous cacha, ce
+qui dénote bien mieux le changement qui s'est fait et se fait encore
+de jour en jour dans l'opinion, ce sont les marques de mécontentement
qui percent de toutes les provinces, et qui n'attendent qu'un appui
-pour clater davantage; c'est la demande que plusieurs dpartements
-viennent de former pour que l'Assemble ait rendre compte des sommes
-immenses qu'elle a dilapides depuis sa gestion; c'est la frayeur que
-ses chefs laissent apercevoir, et leurs tentatives ritres pour
+pour éclater davantage; c'est la demande que plusieurs départements
+viennent de former pour que l'Assemblée ait à rendre compte des sommes
+immenses qu'elle a dilapidées depuis sa gestion; c'est la frayeur que
+ses chefs laissent apercevoir, et leurs tentatives réitérées pour
entrer en accommodement; ce sont les plaintes du commerce et
-l'explosion rcente du dsespoir de nos colonies; c'est enfin la
-pnurie absolue du numraire, le refus des contribuables de payer les
-impts, l'attente d'une banqueroute prochaine, la dfection des
-troupes qui, victimes de tous les genres de sduction, commencent
-s'en indigner, et le progrs toujours croissant des migrations. Il
-est impossible de se mprendre de pareils signes, et leur notorit
-est telle que l'audace mme des sducteurs du peuple ne sauroit en
-contester la vrit.</p>
-
-<p>Ne croyez donc pas, Sire, l'exagration des dangers par lesquels on
-s'efforce de vous effrayer. On sait que, peu sensible ceux qui ne
-menaceroient que votre personne, vous l'tes infiniment ceux qui
+l'explosion récente du désespoir de nos colonies; c'est enfin la
+pénurie absolue du numéraire, le refus des contribuables de payer les
+impôts, l'attente d'une banqueroute prochaine, la défection des
+troupes qui, victimes de tous les genres de séduction, commencent à
+s'en indigner, et le progrès toujours croissant des émigrations. Il
+est impossible de se méprendre à de pareils signes, et leur notoriété
+est telle que l'audace même des séducteurs du peuple ne sauroit en
+contester la vérité.</p>
+
+<p>Ne croyez donc pas, Sire, à l'exagération des dangers par lesquels on
+s'efforce de vous effrayer. On sait que, peu sensible à ceux qui ne
+menaceroient que votre personne, vous l'êtes infiniment à ceux qui
tomberoient sur vos peuples, ou qui pourroient frapper des objets
-chers votre c&oelig;ur, et c'est sur eux qu'on a la barbarie de vous
-faire frmir continuellement, en mme temps qu'on a l'impudence de
-vanter votre libert. Mais depuis trop longtemps on abuse de cet
+chers à votre c&oelig;ur, et c'est sur eux qu'on a la barbarie de vous
+faire frémir continuellement, en même temps qu'on a l'impudence de
+vanter votre liberté. Mais depuis trop longtemps on abuse de cet
artifice, et le moment est venu de rejeter sur les factieux qui vous
outragent l'arme de la terreur qui jusqu'ici a fait toute leur force.</p>
-<p>Les grands forfaits ne sont point craindre lorsqu'il n'y a aucun
-intrt les commettre, ni aucun moyen d'viter, en les commettant,
+<p>Les grands forfaits ne sont point à craindre lorsqu'il n'y a aucun
+intérêt à les commettre, ni aucun moyen d'éviter, en les commettant,
<span class="pagenum"><a id="page598" name="page598"></a>(p. 598)</span> une punition terrible. Tout Paris sait, tout Paris doit
-savoir que si une sclratesse fanatique ou soudoye osoit attenter
-vos jours ou ceux de la Reine, des armes puissantes, chassant
-devant elles une milice foible par indicispline, dcourage par les
-remords, viendroient aussitt fondre sur la ville impie qui auroit
-attir sur elle la vengeance du ciel et l'indignation de l'univers.
-Aucun des coupables ne pourroit chapper aux plus rigoureux supplices;
+savoir que si une scélératesse fanatique ou soudoyée osoit attenter à
+vos jours ou à ceux de la Reine, des armées puissantes, chassant
+devant elles une milice foible par indicispline, découragée par les
+remords, viendroient aussitôt fondre sur la ville impie qui auroit
+attiré sur elle la vengeance du ciel et l'indignation de l'univers.
+Aucun des coupables ne pourroit échapper aux plus rigoureux supplices;
donc aucun d'eux ne voudra s'y exposer.</p>
<p>Mais si la plus aveugle fureur armoit un bras parricide, vous verriez,
-Sire, n'en doutez pas, des milliers de citoyens fidles se prcipiter
+Sire, n'en doutez pas, des milliers de citoyens fidèles se précipiter
autour de la famille royale, vous couvrir, s'il le falloit, de leurs
-corps, et verser tout leur sang pour dfendre le vtre... Eh! pourquoi
+corps, et verser tout leur sang pour défendre le vôtre... Eh! pourquoi
cesseriez-vous de compter sur l'affection d'un peuple dont vous n'avez
-pas cess un seul moment de vouloir le bonheur?</p>
+pas cessé un seul moment de vouloir le bonheur?</p>
-<p>Le Franois se laisse facilement garer, mais facilement aussi il
+<p>Le François se laisse facilement égarer, mais facilement aussi il
rentre dans la route du devoir; ses m&oelig;urs sont naturellement trop
-douces pour que ses actions soient longtemps froces; et son amour
-pour ses rois est trop enracin dans son c&oelig;ur, pour qu'une illusion
-funeste ait pu l'en arracher entirement.</p>
-
-<p>Qui pourroit tre plus port que nous concevoir des alarmes sur la
-situation d'un frre tendrement chri? Mais, au dire mme de vos plus
-tmraires oppresseurs, ce refus du rsum constitutionnel, que nous
-apprenons vous avoir t prsent par l'Assemble, le 3 de ce mois, ne
-vous exposeroit qu'au danger d'tre destitu par elle de la royaut;
-or ce danger n'en est pas un. Qu'importe que vous cessiez d'tre roi
+douces pour que ses actions soient longtemps féroces; et son amour
+pour ses rois est trop enraciné dans son c&oelig;ur, pour qu'une illusion
+funeste ait pu l'en arracher entièrement.</p>
+
+<p>Qui pourroit être plus porté que nous à concevoir des alarmes sur la
+situation d'un frère tendrement chéri? Mais, au dire même de vos plus
+téméraires oppresseurs, ce refus du résumé constitutionnel, que nous
+apprenons vous avoir été présenté par l'Assemblée, le 3 de ce mois, ne
+vous exposeroit qu'au danger d'être destitué par elle de la royauté;
+or ce danger n'en est pas un. Qu'importe que vous cessiez d'être roi
aux yeux des factieux, lorsque vous le seriez plus glorieusement et
plus solidement que jamais aux yeux de toute l'Europe et dans le
-c&oelig;ur de tous vos sujets fidles? Qu'importe que, par une entreprise
-insense, on ost vous dclarer dchu du trne de vos anctres,
-lorsque les forces combines de toutes les puissances sont prpares
+c&oelig;ur de tous vos sujets fidèles? Qu'importe que, par une entreprise
+insensée, on osât vous déclarer déchu du trône de vos ancêtres,
+lorsque les forces combinées de toutes les puissances sont préparées
pour vous y maintenir et punir les vils usurpateurs qui en auroient
-souill l'clat?</p>
+souillé l'éclat?</p>
-<p>Le danger seroit bien plus grand si, en paroissant consentir la
+<p>Le danger seroit bien plus grand si, en paroissant consentir à la
dissolution de la monarchie, vous paroissiez affaiblir vos droits
personnels aux secours de tous les monarques, et si vous sembliez vous
-sparer de la cause des souverains en consacrant une doctrine qu'ils
-sont obligs de proscrire. Le pril augmenteroit en proportion de ce
-que vous montreriez moins de confiance dans les moyens prservateurs;
-il augmenteroit mesure que l'impression du caractre auguste qui
-fait trembler le crime aux pieds de la majest royale dignement
+séparer de la cause des souverains en consacrant une doctrine qu'ils
+sont obligés de proscrire. Le péril augmenteroit en proportion de ce
+que vous montreriez moins de confiance dans les moyens préservateurs;
+il augmenteroit à mesure que l'impression du caractère auguste qui
+fait trembler le crime aux pieds de la majesté royale dignement
<span class="pagenum"><a id="page599" name="page599"></a>(p. 599)</span> soutenue, perdroit de sa force; il augmenteroit lorsque
-l'apparence de l'abandon des intrts de la religion pourroit exciter
+l'apparence de l'abandon des intérêts de la religion pourroit exciter
la fermentation la plus redoutable; il augmenteroit enfin, si, vous
-rsignant n'avoir plus que le vain titre d'un roi sans pouvoir, vous
+résignant à n'avoir plus que le vain titre d'un roi sans pouvoir, vous
paroissiez, au jugement de l'univers, abdiquer la couronne, dont
-chacun sait que la conservation exige celle des droits inalinables
-qui y sont essentiellement inhrents.</p>
+chacun sait que la conservation exige celle des droits inaliénables
+qui y sont essentiellement inhérents.</p>
-<p>Le plus sacr des devoirs, Sire, ainsi que le plus vif attachement,
-nous portent mettre sous vos yeux toutes ces consquences
-dangereuses de la moindre apparence de foiblesse, en mme temps que
-nous vous prsentons la masse des forces imposantes qui doit tre la
-sauvegarde de votre fermet.</p>
+<p>Le plus sacré des devoirs, Sire, ainsi que le plus vif attachement,
+nous portent à mettre sous vos yeux toutes ces conséquences
+dangereuses de la moindre apparence de foiblesse, en même temps que
+nous vous présentons la masse des forces imposantes qui doit être la
+sauvegarde de votre fermeté.</p>
-<p>Nous devons encore vous annoncer, et mme nous jurons vos pieds, que
+<p>Nous devons encore vous annoncer, et même nous jurons à vos pieds, que
si des motifs qu'il nous est impossible d'apercevoir, mais qui ne
-pourroient avoir pour principe que l'excs de la violence et une
-contrainte qui, pour tre dguise, n'en seroit que plus cruelle,
-foroient votre main de souscrire une acceptation que votre c&oelig;ur
-rejette, que votre intrt et celui de vos peuples repoussent, et que
-votre devoir de roi vous interdit expressment, nous protesterions
-la face de toute la terre, et de la manire la plus solennelle, contre
-cet acte illusoire et tout ce qui pourroit en dpendre; nous
-dmontrerions qu'il est nul par lui-mme, nul par le dfaut de
-libert, nul par le vice radical de toutes les oprations de
-l'Assemble usurpatrice, qui, n'tant pas assemble d'tats gnraux,
-n'est rien. Nous sommes fonds sur les droits de la nation entire
-rejeter des dcrets diamtralement contraires son v&oelig;u exprim par
-l'unanimit des cahiers, et nous dsavouerions pour elle des
-mandataires infidles qui, en violant les ordres et transgressant la
-mission qu'elle leur avoit donne, ont cess d'tre ses reprsentants;
-nous soutiendrions, ce qui est vident, qu'ayant agi contre leur
+pourroient avoir pour principe que l'excès de la violence et une
+contrainte qui, pour être déguisée, n'en seroit que plus cruelle,
+forçoient votre main de souscrire une acceptation que votre c&oelig;ur
+rejette, que votre intérêt et celui de vos peuples repoussent, et que
+votre devoir de roi vous interdit expressément, nous protesterions à
+la face de toute la terre, et de la manière la plus solennelle, contre
+cet acte illusoire et tout ce qui pourroit en dépendre; nous
+démontrerions qu'il est nul par lui-même, nul par le défaut de
+liberté, nul par le vice radical de toutes les opérations de
+l'Assemblée usurpatrice, qui, n'étant pas assemblée d'états généraux,
+n'est rien. Nous sommes fondés sur les droits de la nation entière à
+rejeter des décrets diamétralement contraires à son v&oelig;u exprimé par
+l'unanimité des cahiers, et nous désavouerions pour elle des
+mandataires infidèles qui, en violant les ordres et transgressant la
+mission qu'elle leur avoit donnée, ont cessé d'être ses représentants;
+nous soutiendrions, ce qui est évident, qu'ayant agi contre leur
titre, ils ont agi sans pouvoir, et que ce qu'ils n'ont pu faire
-lgalement ne peut tre accept validement. Notre protestation, signe
-avec nous par tous les princes de votre sang qui nous sont runis,
-seroit commune toute la maison de Bourbon, qui ses droits
-ventuels la couronne imposent le devoir d'en dfendre l'auguste
-dpt. Nous protesterions pour vous-mme, Sire, en protestant pour vos
+légalement ne peut être accepté validement. Notre protestation, signée
+avec nous par tous les princes de votre sang qui nous sont réunis,
+seroit commune à toute la maison de Bourbon, à qui ses droits
+éventuels à la couronne imposent le devoir d'en défendre l'auguste
+dépôt. Nous protesterions pour vous-même, Sire, en protestant pour vos
peuples, pour la religion, pour les maximes fondamentales de la
-monarchie et pour tous les ordres de l'tat.</p>
+monarchie et pour tous les ordres de l'État.</p>
<p>Nous protesterions pour vous et en votre nom contre ce qui n'en auroit
-qu'une fausse empreinte. Votre voix tant touffe par l'oppression,
-nous en serions les organes ncessaires, et nous exprimerions
-<span class="pagenum"><a id="page600" name="page600"></a>(p. 600)</span> vos vrais sentiments, tels qu'ils sont consigns au serment
-de votre avnement au trne, tels qu'ils sont constats par les
-actions de votre vie entire, tels qu'ils se sont montrs dans la
-dclaration que vous avez faite au moment o vous vous tes cru libre;
+qu'une fausse empreinte. Votre voix étant étouffée par l'oppression,
+nous en serions les organes nécessaires, et nous exprimerions
+<span class="pagenum"><a id="page600" name="page600"></a>(p. 600)</span> vos vrais sentiments, tels qu'ils sont consignés au serment
+de votre avénement au trône, tels qu'ils sont constatés par les
+actions de votre vie entière, tels qu'ils se sont montrés dans la
+déclaration que vous avez faite au moment où vous vous êtes cru libre;
vous ne pouvez pas, vous ne devez pas en avoir d'autres, et votre
-volont n'existe que dans les actes o elle respire librement.</p>
+volonté n'existe que dans les actes où elle respire librement.</p>
-<p>Nous protesterions pour vos peuples, qui, dans leur dlire, ne peuvent
-apercevoir combien ce fantme de constitution nouvelle qu'on fait
-briller leurs yeux et aux pieds duquel on les fait jurer vainement,
+<p>Nous protesterions pour vos peuples, qui, dans leur délire, ne peuvent
+apercevoir combien ce fantôme de constitution nouvelle qu'on fait
+briller à leurs yeux et aux pieds duquel on les fait jurer vainement,
leur deviendroit funeste. Lorsque ces peuples, ne connoissant plus ni
-chef lgitime, ni leurs intrts les plus chers, se laissent entraner
- leur perte; lorsque, aveugls par de trompeuses promesses, ils ne
-voient pas qu'on les anime eux-mmes dtruire les gages de leur
-sret, les soutiens de leur repos, les principes de leur subsistance
-et tous les liens de leur association civile, il faut en rclamer pour
-eux le rtablissement, il faut les sauver de leur propre frnsie.</p>
-
-<p>Nous protesterions pour la religion de nos pres, qui est attaque
+chef légitime, ni leurs intérêts les plus chers, se laissent entraîner
+à leur perte; lorsque, aveuglés par de trompeuses promesses, ils ne
+voient pas qu'on les anime eux-mêmes à détruire les gages de leur
+sûreté, les soutiens de leur repos, les principes de leur subsistance
+et tous les liens de leur association civile, il faut en réclamer pour
+eux le rétablissement, il faut les sauver de leur propre frénésie.</p>
+
+<p>Nous protesterions pour la religion de nos pères, qui est attaquée
dans ses dogmes et dans son culte, comme dans ses ministres; et
-supplant l'impuissance o vous serez de remplir vous-mme vos
-devoirs de fils an de l'glise, nous prendrions en votre nom la
-dfense de ses droits, nous nous opposerions des spoliations qui
-tendent l'avenir; nous nous lverions avec force contre des actes
+suppléant à l'impuissance où vous serez de remplir vous-même vos
+devoirs de fils aîné de l'Église, nous prendrions en votre nom la
+défense de ses droits, nous nous opposerions à des spoliations qui
+tendent à l'avenir; nous nous élèverions avec force contre des actes
qui menacent le royaume des horreurs du schisme, et nous professerions
-hautement notre attachement inaltrable aux rgles ecclsiastiques
-admises dans l'tat, desquelles vous avez jur de maintenir
+hautement notre attachement inaltérable aux règles ecclésiastiques
+admises dans l'État, desquelles vous avez juré de maintenir
l'observation.</p>
<p>Nous protesterions pour les maximes fondamentales de la monarchie,
-dont il ne vous est pas permis, Sire, de vous dpartir, que la nation
-elle-mme a dclares inviolables, et qui seroient totalement
-renverses par les dcrets qu'on vous prsente, spcialement par ceux
-qui, en excluant le Roi de l'exercice du pouvoir lgislatif,
-abolissent la royaut mme; par ceux qui en dtruisent tous les
-soutiens, en supprimant les rangs intermdiaires; par ceux qui, en
-nivelant tous les tats, anantissent jusqu'au principe de
-l'obissance; par ceux qui enlvent au monarque les fonctions les plus
-essentielles du gouvernement monarchique, ou qui le rendent subordonn
-dans celles qu'ils lui laissent; par ceux enfin qui ont arm le
-peuple, qui ont annul la force publique, et qui, en confondant tous
+dont il ne vous est pas permis, Sire, de vous départir, que la nation
+elle-même a déclarées inviolables, et qui seroient totalement
+renversées par les décrets qu'on vous présente, spécialement par ceux
+qui, en excluant le Roi de l'exercice du pouvoir législatif,
+abolissent la royauté même; par ceux qui en détruisent tous les
+soutiens, en supprimant les rangs intermédiaires; par ceux qui, en
+nivelant tous les états, anéantissent jusqu'au principe de
+l'obéissance; par ceux qui enlèvent au monarque les fonctions les plus
+essentielles du gouvernement monarchique, ou qui le rendent subordonné
+dans celles qu'ils lui laissent; par ceux enfin qui ont armé le
+peuple, qui ont annulé la force publique, et qui, en confondant tous
les pouvoirs, ont introduit en France la tyrannie populaire.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page601" name="page601"></a>(p. 601)</span> Nous protesterions pour tous les ordres de l'tat, parce que,
-indpendamment de la suppression intolrable et impossible prononce
-contre les deux premiers ordres, tous ont t lss, vexs,
-dpouills, et nous aurions rclamer tout la fois les droits du
-clerg, qui n'a voulu montrer une ferme et gnreuse rsistance que
-pour les intrts du ciel et les fonctions du saint ministre; les
-droits de la noblesse, qui, plus sensible aux outrages faits au trne
-dont elle est l'appui qu' la perscution qu'elle prouve, sacrifie
-tout pour manifester par un zle clatant qu'aucun obstacle ne peut
-empcher un chevalier franois de demeurer fidle son roi, sa
-patrie, son honneur; les droits de la magistrature qui regrette,
-beaucoup plus que la privation de son tat, de se voir rduite gmir
-en silence de l'abandon de la justice, de l'impunit des crimes et de
-la violation des lois dont elle est essentiellement dpositaire;
+<p><span class="pagenum"><a id="page601" name="page601"></a>(p. 601)</span> Nous protesterions pour tous les ordres de l'État, parce que,
+indépendamment de la suppression intolérable et impossible prononcée
+contre les deux premiers ordres, tous ont été lésés, vexés,
+dépouillés, et nous aurions à réclamer tout à la fois les droits du
+clergé, qui n'a voulu montrer une ferme et généreuse résistance que
+pour les intérêts du ciel et les fonctions du saint ministère; les
+droits de la noblesse, qui, plus sensible aux outrages faits au trône
+dont elle est l'appui qu'à la persécution qu'elle éprouve, sacrifie
+tout pour manifester par un zèle éclatant qu'aucun obstacle ne peut
+empêcher un chevalier françois de demeurer fidèle à son roi, à sa
+patrie, à son honneur; les droits de la magistrature qui regrette,
+beaucoup plus que la privation de son état, de se voir réduite à gémir
+en silence de l'abandon de la justice, de l'impunité des crimes et de
+la violation des lois dont elle est essentiellement dépositaire;
enfin, des droits des possesseurs quelconques, puisqu'il n'est point
-en France de proprit qui ait t respecte, point de citoyens
-honntes qui n'aient souffert.</p>
+en France de propriété qui ait été respectée, point de citoyens
+honnêtes qui n'aient souffert.</p>
-<p>Comment pourriez-vous, Sire, donner une approbation sincre et valide
- la prtendue constitution qui a produit tant de maux!</p>
+<p>Comment pourriez-vous, Sire, donner une approbation sincère et valide
+à la prétendue constitution qui a produit tant de maux!</p>
-<p>Dpositaire usufruitier du trne que vous avez hrit de vos aeux,
-vous ne pouvez ni en aliner les droits patrimoniaux, ni dtruire la
+<p>Dépositaire usufruitier du trône que vous avez hérité de vos aïeux,
+vous ne pouvez ni en aliéner les droits patrimoniaux, ni détruire la
base constitutive sur laquelle il est assis.</p>
-<p>Dfenseur-n de la religion de vos tats, vous ne pouvez pas consentir
- ce qui tend sa ruine, et abandonner ses ministres l'opprobre.</p>
+<p>Défenseur-né de la religion de vos États, vous ne pouvez pas consentir
+à ce qui tend à sa ruine, et abandonner ses ministres à l'opprobre.</p>
-<p>Dbiteur de la justice vos sujets, vous ne pouvez pas renoncer la
+<p>Débiteur de la justice à vos sujets, vous ne pouvez pas renoncer à la
fonction essentiellement royale de la leur faire rendre par les
-tribunaux lgalement constitus et d'en surveiller vous-mme
+tribunaux légalement constitués et d'en surveiller vous-même
l'administration.</p>
<p>Protecteur des droits de tous les ordres et des possessions de tous
-les particuliers, vous ne pouvez pas les laisser violer et anantir
+les particuliers, vous ne pouvez pas les laisser violer et anéantir
par la plus arbitraire des oppressions.</p>
-<p>Enfin, pre de vos peuples, vous ne pouvez pas les livrer au dsordre
+<p>Enfin, père de vos peuples, vous ne pouvez pas les livrer au désordre
de l'anarchie.</p>
-<p>Si le crime qui vous obsde et la violence qui vous lie les mains ne
-vous permettent pas de remplir ces devoirs sacrs, ils n'en sont pas
-moins gravs dans votre c&oelig;ur en traits ineffaables, et nous
-accomplirons votre volont relle en supplant, autant qu'il est en
-nous, l'impuissance o vous tes de l'exercer. Dussiez-vous mme
-nous le dfendre, et fussiez-vous forc de vous dire libre en nous le
-dfendant, ces dfenses videmment contraires vos sentiments,
+<p>Si le crime qui vous obsède et la violence qui vous lie les mains ne
+vous permettent pas de remplir ces devoirs sacrés, ils n'en sont pas
+moins gravés dans votre c&oelig;ur en traits ineffaçables, et nous
+accomplirons votre volonté réelle en suppléant, autant qu'il est en
+nous, à l'impuissance où vous êtes de l'exercer. Dussiez-vous même
+nous le défendre, et fussiez-vous forcé de vous dire libre en nous le
+défendant, ces défenses évidemment contraires à vos sentiments,
puisqu'elles <span class="pagenum"><a id="page602" name="page602"></a>(p. 602)</span> le seroient au premier de vos devoirs; ces
-dfenses sorties du sein de votre captivit, qui ne cessera rellement
-que quand vos peuples seront rentrs dans le devoir et vos troupes
-sous votre obissance; ces dfenses qui ne pourroient avoir plus de
+défenses sorties du sein de votre captivité, qui ne cessera réellement
+que quand vos peuples seront rentrés dans le devoir et vos troupes
+sous votre obéissance; ces défenses qui ne pourroient avoir plus de
valeur que tout ce que vous avez fait avant votre sortie et que vous
-avez dsavou ensuite; ces dfenses enfin, qui seroient imprgnes de
-la mme nullit que l'acte approbatif contre lequel nous serions
-obligs de protester, ne pourroient certainement pas nous faire trahir
-notre devoir, sacrifier vos intrts et manquer ce que la France
-auroit droit d'exiger de nous en pareille circonstance; nous obirons,
-Sire, vos vritables commandements, en rsistant des dfenses
-extorques, et nous serions srs de votre approbation en suivant les
+avez désavoué ensuite; ces défenses enfin, qui seroient imprégnées de
+la même nullité que l'acte approbatif contre lequel nous serions
+obligés de protester, ne pourroient certainement pas nous faire trahir
+notre devoir, sacrifier vos intérêts et manquer à ce que la France
+auroit droit d'exiger de nous en pareille circonstance; nous obéirons,
+Sire, à vos véritables commandements, en résistant à des défenses
+extorquées, et nous serions sûrs de votre approbation en suivant les
lois de l'honneur. Notre parfaite soumission vous est trop connue pour
-que jamais elle vous paroisse douteuse. Puissions-nous tre bientt au
-moment heureux o, rtabli en pleine libert, vous nous verrez voler
-dans vos bras, y renouveler l'hommage de notre obissance et en donner
-l'exemple tous vos sujets.</p>
+que jamais elle vous paroisse douteuse. Puissions-nous être bientôt au
+moment heureux où, rétabli en pleine liberté, vous nous verrez voler
+dans vos bras, y renouveler l'hommage de notre obéissance et en donner
+l'exemple à tous vos sujets.</p>
-<p>Nous sommes, Sire, notre frre et seigneur, de Votre Majest</p>
+<p>Nous sommes, Sire, notre frère et seigneur, de Votre Majesté</p>
-<p>Les trs-humbles et trs-obissants frres, serviteurs et sujets,</p>
+<p>Les très-humbles et très-obéissants frères, serviteurs et sujets,</p>
<p class="author"><span class="smcap">Louis-Stanislas-Xavier.</span>
<span class="add2em smcap">Charles-Philippe.</span>
-<p>Au chteau de Schonburnstust, prs Coblentz, le 10 septembre 1791.</p>
+<p>Au château de Schonburnstust, près Coblentz, le 10 septembre 1791.</p>
<hr class="hr10">
<a id="doc15" name="doc15"></a>
<h3>XV<br>
<span class="smaller">PROCLAMATION DU ROI<br>
-A L'OCCASION DE LA JOURNE DU 20 JUIN 1792.</span></h3>
+A L'OCCASION DE LA JOURNÉE DU 20 JUIN 1792.</span></h3>
-<p>Les Franais n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude gare
-par quelques factieux est venue main arme dans l'habitation du Roi,
-a tran du canon jusque dans la salle des gardes, a enfonc les
-portes de son appartement coups de hache, et l, abusant
-audacieusement du nom de la nation, elle a tent d'obtenir par la
-force la sanction que Sa Majest a constitutionnellement refuse
-deux dcrets.</p>
+<p>Les Français n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude égarée
+par quelques factieux est venue à main armée dans l'habitation du Roi,
+a traîné du canon jusque dans la salle des gardes, a enfoncé les
+portes de son appartement à coups de hache, et là, abusant
+audacieusement du nom de la nation, elle a tenté d'obtenir par la
+force la sanction que Sa Majesté a constitutionnellement refusée à
+deux décrets.</p>
-<p>Le Roi n'a oppos aux menaces et aux insultes des factieux que sa
+<p>Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa
conscience et son amour pour le bien public.</p>
-<p>Le Roi ignore quel sera le terme o ils voudront s'arrter; mais il a
-besoin de dire la nation franaise que la violence, quelque
-<span class="pagenum"><a id="page603" name="page603"></a>(p. 603)</span> excs qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un
-consentement tout ce qu'il trouvera contraire l'intrt public. Il
-expose sans regret sa tranquillit, sa sret; il sacrifie mme sans
-peine la jouissance des droits qui appartiennent tous les hommes, et
+<p>Le Roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter; mais il a
+besoin de dire à la nation française que la violence, à quelque
+<span class="pagenum"><a id="page603" name="page603"></a>(p. 603)</span> excès qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un
+consentement à tout ce qu'il trouvera contraire à l'intérêt public. Il
+expose sans regret sa tranquillité, sa sûreté; il sacrifie même sans
+peine la jouissance des droits qui appartiennent à tous les hommes, et
que la loi devrait faire respecter chez lui, comme chez tous les
-citoyens; mais, comme reprsentant hrditaire de la nation franaise,
-il a des devoirs sacrs remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de
+citoyens; mais, comme représentant héréditaire de la nation française,
+il a des devoirs sacrés à remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de
son repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs.</p>
<p>Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de
-plus, ils peuvent le commettre. Dans l'tat de crise o elle se
-trouve, le Roi donnera jusqu'au dernier moment toutes les autorits
-constitues l'exemple du courage et de la fermet qui seuls peuvent
-sauver l'empire. En consquence, il ordonne tous les corps
-administratifs et municipaux de veiller la sret des personnes et
-des proprits.</p>
+plus, ils peuvent le commettre. Dans l'état de crise où elle se
+trouve, le Roi donnera jusqu'au dernier moment à toutes les autorités
+constituées l'exemple du courage et de la fermeté qui seuls peuvent
+sauver l'empire. En conséquence, il ordonne à tous les corps
+administratifs et municipaux de veiller à la sûreté des personnes et
+des propriétés.</p>
-<p class="author"><i>Sign:</i> LOUIS.</p>
+<p class="author"><i>Signé:</i> LOUIS.</p>
<p class="p2 center">FIN.</p>
@@ -30298,648 +30253,648 @@ des proprits.</p>
DU SECOND VOLUME.</h2>
<ul class="none toc">
-<li><span class="smcap">Livre</span> VIII. <span class="smcap">Captivit de la famille royale au Temple</span> (depuis le
- 13 aot 1792 jusqu'au 21 janvier 1793)
+<li><span class="smcap">Livre</span> VIII. <span class="smcap">Captivité de la famille royale au Temple</span> (depuis le
+ 13 août 1792 jusqu'au 21 janvier 1793)
<span class="ralign5"><a href="#page1">1</a></span></li>
-<li>&mdash;&mdash; IX. <span class="smcap">Depuis la mort de Louis XVI jusqu' la translation de
- Marie-Antoinette la Conciergerie</span> (21 janvier&mdash;2 aot 1793)
+<li>&mdash;&mdash; IX. <span class="smcap">Depuis la mort de Louis XVI jusqu'à la translation de
+ Marie-Antoinette à la Conciergerie</span> (21 janvier&mdash;2 août 1793)
<span class="ralign5"><a href="#page103">103</a></span></li>
-<li>&mdash;&mdash; X. <span class="smcap">Depuis le dpart de la Reine jusqu' celui de Madame
- lisabeth.&mdash;Interrogatoire de cette princesse</span>
- (2 aot 1793&mdash;9 mai 1794)
+<li>&mdash;&mdash; X. <span class="smcap">Depuis le départ de la Reine jusqu'à celui de Madame
+ Élisabeth.&mdash;Interrogatoire de cette princesse</span>
+ (2 août 1793&mdash;9 mai 1794)
<span class="ralign5"><a href="#page149">149</a></span></li>
-<li>&mdash;&mdash; XI. <span class="smcap">Meurtre de Madame lisabeth</span>
+<li>&mdash;&mdash; XI. <span class="smcap">Meurtre de Madame Élisabeth</span>
<span class="ralign5"><a href="#page191">191</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Appendice.</span>&mdash;<span class="smcap">Documents concernant les recherches qui ont t
+<li><span class="smcap">Appendice.</span>&mdash;<span class="smcap">Documents concernant les recherches qui ont été
faites pour retrouver et constater les restes de
- Madame lisabeth</span>
+ Madame Élisabeth</span>
<span class="ralign5"><a href="#page263">263</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Lettres de Madame lisabeth</span>
+<li><span class="smcap">Lettres de Madame Élisabeth</span>
<span class="ralign5"><a href="#page371">371</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Notes, documents et pices justificatives</span>
+<li><span class="smcap">Notes, documents et pièces justificatives</span>
<span class="ralign5"><a href="#page477">477</a></span></li>
-<li class="add2em">I. Lettre crite de Paris par M. Repiquet, fdr d'Autun, dpartement
- de Sane-et-Loire, M. Repiquet, son frre, citoyen
- audit Autun, sur les vnements du 10 aot
+<li class="add2em">I. Lettre écrite de Paris par M. Repiquet, fédéré d'Autun, département
+ de Saône-et-Loire, à M. Repiquet, son frère, citoyen
+ audit Autun, sur les événements du 10 août
<span class="ralign5"><a href="#page477">477</a></span></li>
-<li class="add2em">II. Lettre du vicaire de Fontenay de Vincennes Madame lisabeth
+<li class="add2em">II. Lettre du vicaire de Fontenay de Vincennes à Madame Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page480">480</a></span></li>
-<li class="add2em">III. Aspect extrieur de la tour du Temple; personnel commis sa
- garde; dispositions prises pour la sret de cette prison
+<li class="add2em">III. Aspect extérieur de la tour du Temple; personnel commis à sa
+ garde; dispositions prises pour la sûreté de cette prison
<span class="ralign5"><a href="#page481">481</a></span></li>
-<li class="add2em">IV. Mmoire de madame Marie-Antoinette
+<li class="add2em">IV. Mémoire de madame Marie-Antoinette
<span class="ralign5"><a href="#page486">486</a></span></li>
-<li class="add2em">V. Mmoires des mdicaments fournis au Temple pendant les mois
+<li class="add2em">V. Mémoires des médicaments fournis au Temple pendant les mois
de <em>mai</em>, <em>juin</em> et <em>juillet</em> 1793
<span class="ralign5"><a href="#page489">489</a></span></li>
-<li class="add2em">VI. Dtails que M. de Lomnie de Brienne, ancien ministre de la
+<li class="add2em">VI. Détails que M. de Loménie de Brienne, ancien ministre de la
guerre, n'a pu lire ni faire lire pour sa justification
<span class="ralign5"><a href="#page493">493</a></span></li>
-<li class="add2em">VII. Extrait du registre des dpts au greffe du tribunal rvolutionnaire
+<li class="add2em">VII. Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal révolutionnaire
<span class="ralign5"><a href="#page496">496</a></span></li>
-<li class="add2em">VIII. Acte de dcs de Marie Magnin, femme de Jacques Bosson
+<li class="add2em">VIII. Acte de décès de Marie Magnin, femme de Jacques Bosson
<span class="ralign5"><a href="#page499">499</a></span></li>
-<li class="add2em">IX. Acte de dcs de Jacques Bosson
+<li class="add2em">IX. Acte de décès de Jacques Bosson
<span class="ralign5"><a href="#page500">500</a></span></li>
-<li class="add2em">X. Maison de Madame lisabeth
+<li class="add2em">X. Maison de Madame Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page500">500</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">I.</span> Arrt de Delacroix, affectant la manufacture d'une horlogerie
- automatique la maison dite lisabeth, l'orangerie et la
- vacherie qui en dpendent, et plaant cet tablissement sous la
+<li class="add4em"><span class="smcap">I.</span> Arrêté de Delacroix, affectant à la manufacture d'une horlogerie
+ automatique la maison dite Élisabeth, l'orangerie et la
+ vacherie qui en dépendent, et plaçant cet établissement sous la
direction des citoyens Glaesner et Lemaire
<span class="ralign5"><a href="#page500">500</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">II.</span> Arrt consulaire supprimant la manufacture d'horlogerie de
+<li class="add4em"><span class="smcap">II.</span> Arrêté consulaire supprimant la manufacture d'horlogerie de
Versailles
<span class="ralign5"><a href="#page503">503</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> L'alination de la maison lisabeth est dcide
+<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> L'aliénation de la maison Élisabeth est décidée
<span class="ralign5"><a href="#page503">503</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> Vente de la maison lisabeth
+<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> Vente de la maison Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page504">504</a></span></li>
-<li class="add2em"><span class="pagenum"><a id="page606" name="page606"></a>(p. 606)</span> XI.&mdash;<span class="smcap">I.</span> Le 8 octobre 1793, triage, rserve et vente des fleurs du
+<li class="add2em"><span class="pagenum"><a id="page606" name="page606"></a>(p. 606)</span> XI.&mdash;<span class="smcap">I.</span> Le 8 octobre 1793, triage, réserve et vente des fleurs du
jardin de Montreuil
<span class="ralign5"><a href="#page509">509</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">II.</span> Le 10 ventse an II (28 fvrier 1794), le commissaire la disposition
+<li class="add4em"><span class="smcap">II.</span> Le 10 ventôse an II (28 février 1794), le commissaire à la disposition
des plantes fait son rapport
<span class="ralign5"><a href="#page513">513</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> Le 14 ventse an II (4 mars 1794), l'administration dcide
+<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> Le 14 ventôse an II (4 mars 1794), l'administration décide
que la location des potagers, orangerie et jardins, ci-devant
- appartenant lisabeth Capet, sera mise l'enchre
+ appartenant à Élisabeth Capet, sera mise à l'enchère
<span class="ralign5"><a href="#page515">515</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> Le 25 frimaire an III (15 dcembre 1794), le directeur de
+<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> Le 25 frimaire an III (15 décembre 1794), le directeur de
l'agence nationale de l'enregistrement et des domaines annonce
- qu'il rsulte des informations prises que les dgradations
- journalires commises dans le jardin lisabeth sont le fait
+ qu'il résulte des informations prises que les dégradations
+ journalières commises dans le jardin Élisabeth sont le fait
du citoyen Leblanc, locataire actuel du jardin, qui y laisse
- habituellement pturer ses vaches. Il invite l'agent national
- intenter au dlinquant, s'il y a lieu, une action judiciaire
+ habituellement pâturer ses vaches. Il invite l'agent national à
+ intenter au délinquant, s'il y a lieu, une action judiciaire
<span class="ralign5"><a href="#page516">516</a></span></li>
-<li class="add2em">XII. Rcit du Pre Carrichon
+<li class="add2em">XII. Récit du Père Carrichon
<span class="ralign5"><a href="#page517">517</a></span></li>
-<li class="add2em">XIII. Pices diverses concernant Madame lisabeth
+<li class="add2em">XIII. Pièces diverses concernant Madame Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page527">527</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">I.</span> Son acte de baptme
+<li class="add4em"><span class="smcap">I.</span> Son acte de baptême
<span class="ralign5"><a href="#page527">527</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">II.</span> Sa nourrice
<span class="ralign5"><a href="#page528">528</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> tat des appointements de ses dames de compagnie
+<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> État des appointements de ses dames de compagnie
<span class="ralign5"><a href="#page530">530</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> tat des meubles de son appartement au chteau de Versailles
+<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> État des meubles de son appartement au château de Versailles
<span class="ralign5"><a href="#page533">533</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">V.</span> tat de ses diamants et perles
+<li class="add4em"><span class="smcap">V.</span> État de ses diamants et perles
<span class="ralign5"><a href="#page547">547</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">VI.</span> tat des distributions d'trennes
+<li class="add4em"><span class="smcap">VI.</span> État des distributions d'étrennes
<span class="ralign5"><a href="#page548">548</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">VII.</span> Registre des pensions trouv chez Madame lisabeth
+<li class="add4em"><span class="smcap">VII.</span> Registre des pensions trouvé chez Madame Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page554">554</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">VIII.</span> Appointements de ses dames de compagnie en 1790
<span class="ralign5"><a href="#page557">557</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">IX.</span> Dtail des dpenses extraordinaires de la chambre de Madame
- lisabeth
+<li class="add4em"><span class="smcap">IX.</span> Détail des dépenses extraordinaires de la chambre de Madame
+ Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page558">558</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">X.</span> Dmnagement des meubles de la chambre de Madame lisabeth,
- qui ont t transports au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame,
+<li class="add4em"><span class="smcap">X.</span> Déménagement des meubles de la chambre de Madame Élisabeth,
+ qui ont été transportés au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame,
n<sup>o</sup> 9, par Jubin, valet de chambre tapissier
<span class="ralign5"><a href="#page561">561</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XI.</span> Liste des livres de Madame ports Paris
+<li class="add4em"><span class="smcap">XI.</span> Liste des livres de Madame portés à Paris
<span class="ralign5"><a href="#page565">565</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XII.</span> Livres retirs de la bibliothque de Montreuil
+<li class="add4em"><span class="smcap">XII.</span> Livres retirés de la bibliothèque de Montreuil
<span class="ralign5"><a href="#page569">569</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">XIII.</span> Nouvelles publications
<span class="ralign5"><a href="#page570">570</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XIV.</span> Mmoire des ouvrages faits et fournis pour S. A. R. Madame
- lisabeth de France par Bourbon
+<li class="add4em"><span class="smcap">XIV.</span> Mémoire des ouvrages faits et fournis pour S. A. R. Madame
+ Élisabeth de France par Bourbon
<span class="ralign5"><a href="#page574">574</a></span></li>
</ul>
-<p class="p2 entete smcap">DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON LISABETH, SISE AU GRAND MONTREUIL.</p>
+<p class="p2 entete smcap">DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH, SISE AU GRAND MONTREUIL.</p>
<ul class="none toc">
-<li class="add4em"><span class="smcap">I.</span> Maison de Montreuil et son jardin; le produit pendant l'anne
+<li class="add4em"><span class="smcap">I.</span> Maison de Montreuil et son jardin; le produit pendant l'année
1790
<span class="ralign5"><a href="#page575">575</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">II.</span> Consigne du suisse de garde pour le jardin et les bosquets de
- la maison de Montreuil, donne par M. Huv
+ la maison de Montreuil, donnée par M. Huvé
<span class="ralign5"><a href="#page576">576</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> Autre consigne, donne par le sieur Sulleau
+<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> Autre consigne, donnée par le sieur Sulleau
<span class="ralign5"><a href="#page576">576</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> Ouvrages de la bibliothque de Montreuil qui seraient galement
- bien placs dans celle de Paris
+<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> Ouvrages de la bibliothèque de Montreuil qui seraient également
+ bien placés dans celle de Paris
<span class="ralign5"><a href="#page578">578</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">V.</span> Apposition des scells sur les portes de la maison lisabeth,
+<li class="add4em"><span class="smcap">V.</span> Apposition des scellés sur les portes de la maison Élisabeth,
12 mars 1792
<span class="ralign5"><a href="#page581">581</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">VI.</span> 8 octobre 1792. Les individus autoriss demeurer dans la
- maison lisabeth tmoignent, par l'organe du citoyen Sulleau,
- <span class="pagenum"><a id="page607" name="page607"></a>(p. 607)</span> concierge garde-meuble de ladite maison, le dsagrment et la
- gne qu'ils prouvent de l'apposition des scells
+<li class="add4em"><span class="smcap">VI.</span> 8 octobre 1792. Les individus autorisés à demeurer dans la
+ maison Élisabeth témoignent, par l'organe du citoyen Sulleau,
+ <span class="pagenum"><a id="page607" name="page607"></a>(p. 607)</span> concierge garde-meuble de ladite maison, le désagrément et la
+ gène qu'ils éprouvent de l'apposition des scellés
<span class="ralign5"><a href="#page582">582</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">VII.</span> Les citoyens Boissy et Borel, avec l'autorisation de la commune
- de Versailles, apposent les scells sur toutes les portes
- extrieures de la maison et du jardin lisabeth, malgr les reprsentations
+ de Versailles, apposent les scellés sur toutes les portes
+ extérieures de la maison et du jardin Élisabeth, malgré les représentations
du sieur Sulleau
<span class="ralign5"><a href="#page583">583</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">VIII.</span> tat de la vacherie au mois d'octobre 1792
+<li class="add4em"><span class="smcap">VIII.</span> État de la vacherie au mois d'octobre 1792
<span class="ralign5"><a href="#page584">584</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">IX.</span> Heuber, suisse et gardien de la maison lisabeth, et Bonifacy,
- garde-bosquets, se plaignent des dgts qui se font journellement
+<li class="add4em"><span class="smcap">IX.</span> Heuber, suisse et gardien de la maison Élisabeth, et Bonifacy,
+ garde-bosquets, se plaignent des dégâts qui se font journellement
dans l'enclos
<span class="ralign5"><a href="#page584">584</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">X.</span> Rclamations de Nol Gauthier et de Jullien Gauthier frres
+<li class="add4em"><span class="smcap">X.</span> Réclamations de Noël Gauthier et de Jullien Gauthier frères
<span class="ralign5"><a href="#page585">585</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XI.</span> Rglement de l'apposition des scells, noms des personnes
- employes et autorises loger dans la maison lisabeth
+<li class="add4em"><span class="smcap">XI.</span> Règlement de l'apposition des scellés, noms des personnes
+ employées et autorisées à loger dans la maison Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page585">585</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">XII.</span> Lettre du maire de Versailles autorisant l'ouverture de la
- grande porte de la maison: ordre donn ce sujet par le
+ grande porte de la maison: ordre donné à ce sujet par le
directoire du district de Versailles
<span class="ralign5"><a href="#page586">586</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XIII.</span> Heuber, gardien de la maison lisabeth, n'ayant pas de pain
+<li class="add4em"><span class="smcap">XIII.</span> Heuber, gardien de la maison Élisabeth, n'ayant pas de pain
pour nourrir ses trois gros chiens, demande ce qu'il doit en
faire.</li>
-<li class="add4em">Avis du directeur de la rgie nationale de l'enregistrement
+<li class="add4em">Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement
<span class="ralign5"><a href="#page587">587</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XIV.</span> Sept ouvriers jardiniers de la maison lisabeth rclament
+<li class="add4em"><span class="smcap">XIV.</span> Sept ouvriers jardiniers de la maison Élisabeth réclament
le payement de trente-six livres chacun, qu'ils recevaient annuellement,
- titre de gratification, de l'ordre de la princesse.</li>
+ à titre de gratification, de l'ordre de la princesse.</li>
-<li class="add4em">Rponse du directoire du dpartement
+<li class="add4em">Réponse du directoire du département
<span class="ralign5"><a href="#page588">588</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">XV.</span> Musset, Contant et Monjardet, commissaires de la Convention
- nationale, du district de Versailles et de la municipalit de ladite
- ville, visitent la maison lisabeth, et en examinent les
+ nationale, du district de Versailles et de la municipalité de ladite
+ ville, visitent la maison Élisabeth, et en examinent les
appartements et les meubles
<span class="ralign5"><a href="#page589">589</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XVI.</span> Le 9 nivse an II, Lacolonge sollicite la place de jardinier
- de la maison lisabeth, laisse vacante par le dcs de Coupry.
- Cette demande est appuye par le directeur de la rgie
+<li class="add4em"><span class="smcap">XVI.</span> Le 9 nivôse an II, Lacolonge sollicite la place de jardinier
+ de la maison Élisabeth, laissée vacante par le décès de Coupry.
+ Cette demande est appuyée par le directeur de la régie
nationale
<span class="ralign5"><a href="#page590">590</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XVII.</span> Le 7 ventse an II (25 fvrier 1794), les scells sont levs
- sur toutes les portes extrieures de la proprit
+<li class="add4em"><span class="smcap">XVII.</span> Le 7 ventôse an II (25 février 1794), les scellés sont levés
+ sur toutes les portes extérieures de la propriété
<span class="ralign5"><a href="#page591">591</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">XVIII.</span> Le citoyen Quadot, qui a servi sous le tyran Louis XV, et qui
- est charg de famille et sans ressource, rclame la faveur d'tre
- rintgr dans le logement qu'il occupait dans la maison lisabeth.
- Sa demande, appuye par sa section, est couronne de
- succs
+ est chargé de famille et sans ressource, réclame la faveur d'être
+ réintégré dans le logement qu'il occupait dans la maison Élisabeth.
+ Sa demande, appuyée par sa section, est couronnée de
+ succès
<span class="ralign5"><a href="#page592">592</a></span></li>
<li class="add2em"><span class="smcap">XIV.</span> Lettre des Princes au Roi
<span class="ralign5"><a href="#page594">594</a></span></li>
-<li class="add2em"><span class="smcap">XV.</span> Proclamation du Roi propos de la journe du 20 juin 1792
+<li class="add2em"><span class="smcap">XV.</span> Proclamation du Roi à propos de la journée du 20 juin 1792
<span class="ralign5"><a href="#page602">602</a></span></li>
</ul>
<h3><span class="pagenum"><a id="page608" name="page608"></a>(p. 608)</span> PLACEMENT DES GRAVURES ET AUTOGRAPHES.</h3>
<ul class="none toc">
-<li>Portrait de Madame lisabeth vingt-neuf ans
+<li>Portrait de Madame Élisabeth à vingt-neuf ans
<span class="ralign5"><a href="#img002">Au frontispice.</a></span></li>
<li>Acte d'accusation
<span class="ralign5"><a href="#img007">204</a></span></li>
-<li>Procs-verbal d'excution de mort
+<li>Procès-verbal d'exécution de mort
<span class="ralign5"><a href="#img009">230</a></span></li>
-<li>Plan du cimetire de Monceaux
+<li>Plan du cimetière de Monceaux
<span class="ralign5"><a href="#img010">232</a></span></li>
-<li>Plan de l'ancien cimetire de la Madeleine
+<li>Plan de l'ancien cimetière de la Madeleine
<span class="ralign5"><a href="#img011">251</a></span></li>
</ul>
<h2>Notes</h2>
<div class="footnote">
<p><a id="footnote1" name="footnote1"></a>
-<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: M. la Fayette, qui jugeoit plus sainement alors l'tat
-des choses qu'au commencement de la rvolution, dit Malouet, toit de
-bonne foi dans son dsir de se consacrer au salut du Roi et de la
-Constitution, aprs avoir contribu mettre l'un et l'autre fort en
-pril. Il toit sr de son arme et de celle de son collgue Luckner,
-si le Roi consentoit se mettre leur tte. Il toit venu au mois de
-mai Paris pour lui en faire la proposition, et comme il savoit que
-Sa Majest avoit confiance en moi, il me fit demander un rendez-vous
-chez madame la princesse d'Hnin, o toient madame de Poix et madame
-de Simiane. (<cite>Mmoires de Malouet</cite>, publis par son petit-fils, t.
+<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: «M. la Fayette, qui jugeoit plus sainement alors l'état
+des choses qu'au commencement de la révolution, dit Malouet, étoit de
+bonne foi dans son désir de se consacrer au salut du Roi et de la
+Constitution, après avoir contribué à mettre l'un et l'autre fort en
+péril. Il étoit sûr de son armée et de celle de son collègue Luckner,
+si le Roi consentoit à se mettre à leur tête. Il étoit venu au mois de
+mai à Paris pour lui en faire la proposition, et comme il savoit que
+Sa Majesté avoit confiance en moi, il me fit demander un rendez-vous
+chez madame la princesse d'Hénin, où étoient madame de Poix et madame
+de Simiane.» (<cite>Mémoires de Malouet</cite>, publiés par son petit-fils, t.
II, p. 143.)</p>
<p><a id="footnote2" name="footnote2"></a>
-<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: Il toit bien entendu, dit Malouet, que l'adhsion du
-Roi l'acte constitutionnel et ceux qui le dfendoient seroit
-franche et entire. Plus loin il ajoute: Quels que furent les
-v&oelig;ux, les esprances de la famille royale, rien ne peut justifier
-l'imprudence du Roi de s'tre isol sans dfense au milieu de ses
-ennemis, de n'avoir su ni voulu rallier lui un parti national.</p>
-
-<p>Malouet, malgr ses bonnes intentions, retombe ici dans la logomachie
-qui fit tant de mal cette poque. O tait ce parti national?
-Savait-il ce qu'il voulait, ce qu'il faisait? Avant et aprs Varennes,
-n'avait-il pas trait le Roi en ennemi?</p>
+<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: «Il étoit bien entendu, dit Malouet, que l'adhésion du
+Roi à l'acte constitutionnel et à ceux qui le défendoient seroit
+franche et entière.» Plus loin il ajoute: «Quels que furent les
+v&oelig;ux, les espérances de la famille royale, rien ne peut justifier
+l'imprudence du Roi de s'être isolé sans défense au milieu de ses
+ennemis, de n'avoir su ni voulu rallier à lui un parti national.»</p>
+
+<p>Malouet, malgré ses bonnes intentions, retombe ici dans la logomachie
+qui fit tant de mal à cette époque. Où était ce parti national?
+Savait-il ce qu'il voulait, ce qu'il faisait? Avant et après Varennes,
+n'avait-il pas traité le Roi en ennemi?</p>
<p><a id="footnote3" name="footnote3"></a>
-<b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: C'est la conviction de l'honnte Malouet: Croira-t-on,
+<b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: C'est la conviction de l'honnête Malouet: «Croira-t-on,
dit-il, que le Roi, qui avoit l'esprit juste; que la Reine, qui ne
-manquoit ni de lumire ni de courage; que Madame lisabeth, qui en
-avoit beaucoup, se rduisissent volontairement, au milieu des plus
-grands dangers, une complte inaction?</p>
+manquoit ni de lumière ni de courage; que Madame Élisabeth, qui en
+avoit beaucoup, se réduisissent volontairement, au milieu des plus
+grands dangers, à une complète inaction?»</p>
<p><a id="footnote4" name="footnote4"></a>
-<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: La Reine crivait le 4 juillet au comte de Mercy: Vous
-connoissez dj les vnements du 20 juin, notre position devient tous
-les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un ct,
+<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: La Reine écrivait le 4 juillet au comte de Mercy: «Vous
+connoissez déjà les événements du 20 juin, notre position devient tous
+les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un côté,
foiblesse et inertie de l'autre. On ne peut compter ni sur la garde
-nationale ni sur l'arme; on ne sait s'il faut rester Paris ou se
-jeter ailleurs. La journe du 10 aot donna tristement raison la
-Reine pour la garde nationale; la ncessit o fut le gnral la
-Fayette de s'enfuir et d'migrer aprs le 10 aot lui donna tristement
-raison pour l'arme. Malouet dit lui-mme: Dans Paris, o la majorit
-constitutionnelle toit encore plus nombreuse que dans l'Assemble, ce
-fut la plus vile populace et les sclrats dont elle suivait
-l'impulsion qui se montrrent les plus forts, et imprimrent tous
-les citoyens la terreur qui les a domins pendant tout le cours de la
-rvolution. (Arneth, <cite>Marie-Antoinette</cite>, Joseph und Leopold, p.
+nationale ni sur l'armée; on ne sait s'il faut rester à Paris ou se
+jeter ailleurs.» La journée du 10 août donna tristement raison à la
+Reine pour la garde nationale; la nécessité où fut le général la
+Fayette de s'enfuir et d'émigrer après le 10 août lui donna tristement
+raison pour l'armée. Malouet dit lui-même: «Dans Paris, où la majorité
+constitutionnelle étoit encore plus nombreuse que dans l'Assemblée, ce
+fut la plus vile populace et les scélérats dont elle suivait
+l'impulsion qui se montrèrent les plus forts, et imprimèrent à tous
+les citoyens la terreur qui les a dominés pendant tout le cours de la
+révolution.» (Arneth, <cite>Marie-Antoinette</cite>, Joseph und Leopold, p.
265.)</p>
<p><a id="footnote5" name="footnote5"></a>
-<b><a href="#footnotetag5">5</a></b>: Le Roi, dit Malouet, n'avoit pas contre les
-constitutionnels une aversion aussi prononce que la Reine et Madame
-lisabeth; mais il ne s'y fioit pas, et croyoit pouvoir viter de s'en
-rapprocher. Le parti jacobin leur inspiroit plus de mpris que de
-crainte..... Ils supposoient les rvolutionnaires plus corrompus que
+<b><a href="#footnotetag5">5</a></b>: «Le Roi, dit Malouet, n'avoit pas contre les
+constitutionnels une aversion aussi prononcée que la Reine et Madame
+Élisabeth; mais il ne s'y fioit pas, et croyoit pouvoir éviter de s'en
+rapprocher. Le parti jacobin leur inspiroit plus de mépris que de
+crainte..... Ils supposoient les révolutionnaires plus corrompus que
fanatiques. (Tome II, page 157.)</p>
<p><a id="footnote6" name="footnote6"></a>
-<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: La terre de Lamotte, appartenant au duc d'Orlans, qui
-cherchait en effet la vendre. Le parc s'tendait jusqu'au bord de la
+<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: La terre de Lamotte, appartenant au duc d'Orléans, qui
+cherchait en effet à la vendre. Le parc s'étendait jusqu'au bord de la
mer.</p>
<p><a id="footnote7" name="footnote7"></a>
-<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Voir la fin du volume aux pices justificatives, n<sup>o</sup>
+<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Voir à la fin du volume aux pièces justificatives, n<sup>o</sup>
<a href="#doc1">I.</a></p>
<p><a id="footnote8" name="footnote8"></a>
-<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: Sance du 13 aot 1792.</p>
+<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: Séance du 13 août 1792.</p>
<p><a id="footnote9" name="footnote9"></a>
-<b><a href="#footnotetag9">9</a></b>: Voir ce sujet les registres de la Commune et les
+<b><a href="#footnotetag9">9</a></b>: Voir à ce sujet les registres de la Commune et les
Archives de l'Empire.</p>
<p><a id="footnote10" name="footnote10"></a>
-<b><a href="#footnotetag10">10</a></b>: On avait pendu Favras sur la place de Grve, on y avait
-amen les restes palpitants de Flesselles et de de Launay: mais la
-rvolution ne voulut pas que le palais du peuple ft souill du sang
+<b><a href="#footnotetag10">10</a></b>: On avait pendu Favras sur la place de Grève, on y avait
+amené les restes palpitants de Flesselles et de de Launay: mais la
+révolution ne voulut pas que le palais du peuple fût souillé du sang
de ses ennemis. Elle reporta ce spectacle devant le palais des rois.
-Le 24 aot, M. de Laporte fut dcapit sur la grande place du
-Carrousel, vis--vis du chteau des Tuileries. Il tait g de
-quarante-neuf ans. C'tait lui qui, le 22 juin 1791, avait remis
-l'Assemble nationale la dclaration que Louis XVI avait crite avant
+Le 24 août, M. de Laporte fut décapité sur la grande place du
+Carrousel, vis-à-vis du château des Tuileries. Il était âgé de
+quarante-neuf ans. C'était lui qui, le 22 juin 1791, avait remis à
+l'Assemblée nationale la déclaration que Louis XVI avait écrite avant
de partir pour Varennes. Il avait entendu sa condamnation sans
-trouble; il monta sur l'chafaud avec dignit. L, se tournant vers le
-peuple, il dit avec douceur: Citoyens, soyez srs que je meurs
-innocent; car je ne puis regarder comme un crime ma fidlit mon
-Roi: puisse mon sang, que vous dsirez, vous donner plus de bonheur et
-rendre la paix ma patrie!</p>
+trouble; il monta sur l'échafaud avec dignité. Là, se tournant vers le
+peuple, il dit avec douceur: «Citoyens, soyez sûrs que je meurs
+innocent; car je ne puis regarder comme un crime ma fidélité à mon
+Roi: puisse mon sang, que vous désirez, vous donner plus de bonheur et
+rendre la paix à ma patrie!»</p>
<p><a id="footnote11" name="footnote11"></a>
-<b><a href="#footnotetag11">11</a></b>: Marchant la mort le 25 aot, fte de saint Louis,
-Durosoi s'cria: Il est beau pour un royaliste comme moi de mourir le
-jour de saint Louis.</p>
+<b><a href="#footnotetag11">11</a></b>: Marchant à la mort le 25 août, fête de saint Louis,
+Durosoi s'écria: «Il est beau pour un royaliste comme moi de mourir le
+jour de saint Louis.»</p>
<p><a id="footnote12" name="footnote12"></a>
-<b><a href="#footnotetag12">12</a></b>: Seul moment o il pouvait laisser tomber une parole sans
-qu'elle ft ramasse par le municipal de service.</p>
+<b><a href="#footnotetag12">12</a></b>: Seul moment où il pouvait laisser tomber une parole sans
+qu'elle fût ramassée par le municipal de service.</p>
<p><a id="footnote13" name="footnote13"></a>
-<b><a href="#footnotetag13">13</a></b>: La vertu de Madame lisabeth a produit la mme
+<b><a href="#footnotetag13">13</a></b>: La vertu de Madame Élisabeth a produit la même
impression sur tous ceux qui l'ont connue. Madame Elliot, cette
-Anglaise qui rgna tour tour la cour du prince de Galles et
-celle du duc d'Orlans, en parle comme Joseph de Maistre. Lorsqu'il
-s'agit de dfendre la Reine contre les calomnies auxquelles cette
-grande et infortune princesse tait en butte, la premire pense qui
-lui vient l'esprit est celle-ci: Marie-Antoinette fut l'amie de
-Madame lisabeth.&mdash;Que ses ennemis rflchissent un moment aux
-personnes qui formoient la socit la plus intime de la Reine,
-s'crie-t-elle. C'toit Madame lisabeth, s&oelig;ur du Roi, qui toit un
-ange aussi pur que la neige. L'attachement de Madame lisabeth pour la
-Reine dura jusqu' ses derniers moments, ce qui est une preuve
-surabondante de l'innocence de Marie-Antoinette. (<cite>Mmoires de madame
-Elliot sur la rvolution franaise</cite>, p. 36.)</p>
+Anglaise qui régna tour à tour à la cour du prince de Galles et à
+celle du duc d'Orléans, en parle comme Joseph de Maistre. Lorsqu'il
+s'agit de défendre la Reine contre les calomnies auxquelles cette
+grande et infortunée princesse était en butte, la première pensée qui
+lui vient à l'esprit est celle-ci: «Marie-Antoinette fut l'amie de
+Madame Élisabeth.»&mdash;«Que ses ennemis réfléchissent un moment aux
+personnes qui formoient la société la plus intime de la Reine,
+s'écrie-t-elle. C'étoit Madame Élisabeth, s&oelig;ur du Roi, qui étoit un
+ange aussi pur que la neige. L'attachement de Madame Élisabeth pour la
+Reine dura jusqu'à ses derniers moments, ce qui est une preuve
+surabondante de l'innocence de Marie-Antoinette.» (<cite>Mémoires de madame
+Elliot sur la révolution française</cite>, p. 36.)</p>
<p><a id="footnote14" name="footnote14"></a>
-<b><a href="#footnotetag14">14</a></b>: Elle tait ne Ajaccio le 3 janvier 1777. Plus connue
-sous le nom d'lisa, grande-duchesse, ayant le gouvernement des
-dpartements de la Toscane, elle pousa, le 5 mai 1797, Flix
-Baciocchi, gentilhomme corse, capitaine d'infanterie, nomm en 1805
+<b><a href="#footnotetag14">14</a></b>: Elle était née à Ajaccio le 3 janvier 1777. Plus connue
+sous le nom d'Élisa, grande-duchesse, ayant le gouvernement des
+départements de la Toscane, elle épousa, le 5 mai 1797, Félix
+Baciocchi, gentilhomme corse, capitaine d'infanterie, nommé en 1805
prince de Lucques et de Piombino.</p>
<p><a id="footnote15" name="footnote15"></a>
-<b><a href="#footnotetag15">15</a></b>: Son admission avait t accorde dix-sept mois plus tt:</p>
+<b><a href="#footnotetag15">15</a></b>: Son admission avait été accordée dix-sept mois plus tôt:</p>
-<p><em>Brevet de place Saint-Cyr pour Mademoiselle de Buonaparte.</em></p>
+<p><em>Brevet de place à Saint-Cyr pour Mademoiselle de Buonaparte.</em></p>
-<p>Aujourd'hui 24 novembre 1782, le Roi tant Versailles, bien inform
-que la demoiselle Marie-Anne de Buonaparte a la naissance, l'ge et
-les qualits requises pour tre admise au nombre des Demoiselles qui
-doivent tre reues dans la maison royale de Saint-Louis tablie
+<p>«Aujourd'hui 24 novembre 1782, le Roi étant à Versailles, bien informé
+que la demoiselle Marie-Anne de Buonaparte a la naissance, l'âge et
+les qualités requises pour être admise au nombre des Demoiselles qui
+doivent être reçues dans la maison royale de Saint-Louis établie à
Saint-Cyr, ainsi qu'il est apparu par titres, actes, certificats et
-autres preuves, conformment aux lettres patentes des mois de juin
-1686 et mars 1694, Sa Majest lui a accord une des deux cent
-cinquante places de ladite maison, enjoignant la suprieure de la
-recevoir sans dlai, de lui donner des instructions convenables et de
-la faire jouir des mmes avantages dont jouissent les autres
-Demoiselles, en vertu du prsent brevet, que Sa Majest a, pour
-assurance de sa volont, sign de sa main, et fait contre-signer par
-moi, ministre et secrtaire d'tat et de ses commandements et
+autres preuves, conformément aux lettres patentes des mois de juin
+1686 et mars 1694, Sa Majesté lui a accordé une des deux cent
+cinquante places de ladite maison, enjoignant à la supérieure de la
+recevoir sans délai, de lui donner des instructions convenables et de
+la faire jouir des mêmes avantages dont jouissent les autres
+Demoiselles, en vertu du présent brevet, que Sa Majesté a, pour
+assurance de sa volonté, signé de sa main, et fait contre-signer par
+moi, ministre et secrétaire d'État et de ses commandements et
finances.</p>
-<p class="author">LOUIS.<br>
- Le baron <span class="smcap">de Breteuil</span>.</p>
+<p class="author">»LOUIS.<br>
+ »Le baron <span class="smcap">de Breteuil</span>.»</p>
-<p>Archives de la prfecture de Versailles.</p>
+<p>Archives de la préfecture de Versailles.</p>
<p><a id="footnote16" name="footnote16"></a>
<b><a href="#footnotetag16">16</a></b>:</p>
<p class="entete"><i>A Messieurs les administrateurs de Versailles.</i></p>
-<p class="smcap">Messieurs,</p>
+<p class="smcap">«Messieurs,</p>
-<p>Buonaparte, frre et tuteur de la Demoiselle Marianne Buonaparte, a
-l'honneur de vous exposer que la loi du 7 aot, et particulirement
-l'article additionnel dcrt le 16 du mme mois, supprimant la maison
-de Saint-Louis, il vient rclamer l'excution de la loi, et ramener
+<p>»Buonaparte, frère et tuteur de la Demoiselle Marianne Buonaparte, a
+l'honneur de vous exposer que la loi du 7 août, et particulièrement
+l'article additionnel décrété le 16 du même mois, supprimant la maison
+de Saint-Louis, il vient réclamer l'exécution de la loi, et ramener
dans sa famille ladite Demoiselle sa s&oelig;ur. Des affaires
-trs-pressantes et de service public l'obligeant partir de Paris
-sans dlai, il vous prie de vouloir bien ordonner qu'elle jouisse du
-bnfice de la loi du 16, et que le trsorier du district soit
-autoris lui escompter les vingt sols par lieue jusqu' la
-municipalit d'Ajaccio, en Corse, lieu du domicile de ladite
-Demoiselle, et o elle doit se rendre auprs de sa mre.</p>
+très-pressantes et de service public l'obligeant à partir de Paris
+sans délai, il vous prie de vouloir bien ordonner qu'elle jouisse du
+bénéfice de la loi du 16, et que le trésorier du district soit
+autorisé à lui escompter les vingt sols par lieue jusqu'à la
+municipalité d'Ajaccio, en Corse, lieu du domicile de ladite
+Demoiselle, et où elle doit se rendre auprès de sa mère.</p>
-<p>Avec respect,</p>
+<p>»Avec respect,</p>
-<p class="authorsc">Buonaparte.</p>
+<p class="authorsc">»Buonaparte.</p>
-<p>Le 1<sup>er</sup> septembre 1792.</p>
+<p>»Le 1<sup>er</sup> septembre 1792.»</p>
-<p>J'ai l'honneur de faire observer messieurs les administrateurs que
-n'ayant jamais connu d'autre pre que mon frre, si ses affaires
-l'obligeoient partir sans qu'il ne m'amne avec lui, je me
-trouverois dans une impossibilit absolue d'vacuer la maison de
+<p>»J'ai l'honneur de faire observer à messieurs les administrateurs que
+n'ayant jamais connu d'autre père que mon frère, si ses affaires
+l'obligeoient à partir sans qu'il ne m'amène avec lui, je me
+trouverois dans une impossibilité absolue d'évacuer la maison de
Saint-Cyr.</p>
-<p>Avec respect,</p>
+<p>»Avec respect,</p>
-<p class="author">Marianne <span class="smcap">Buonaparte</span>.</p>
+<p class="author">»Marianne <span class="smcap">Buonaparte</span>.»</p>
<p><a id="footnote17" name="footnote17"></a>
-<b><a href="#footnotetag17">17</a></b>: C'tait un paysan sans instruction, mais d'un sens
-trs-juste; il a administr pendant trente-huit ans sa commune. Il est
+<b><a href="#footnotetag17">17</a></b>: C'était un paysan sans instruction, mais d'un sens
+très-juste; il a administré pendant trente-huit ans sa commune. Il est
mort en 1828.</p>
<p><a id="footnote18" name="footnote18"></a>
-<b><a href="#footnotetag18">18</a></b>: Nous, maire et officiers municipaux de Saint-Cyr,
-district de Versailles, dpartement de Seine-et-Oise, nous tant
-transports en la maison de Saint-Louis tablie en ce lieu, et nous
-tant fait reprsenter les brevets et autres titres, nous avons
-reconnu que la Demoiselle Marie-Anne Buonaparte, ne le 3 janvier
-1777, est entre le 22 juin 1784 comme lve de ladite maison de
-Saint-Louis, o elle est encore dans la mme qualit. Elle nous auroit
-tmoign le dsir qu'elle auroit de profiter de l'occasion du retour
-de son frre et tuteur pour rentrer dans sa famille.&mdash;Vu les
-diffrentes choses que nous venons d'noncer et l'embarras o se
+<b><a href="#footnotetag18">18</a></b>: «Nous, maire et officiers municipaux de Saint-Cyr,
+district de Versailles, département de Seine-et-Oise, nous étant
+transportés en la maison de Saint-Louis établie en ce lieu, et nous
+étant fait représenter les brevets et autres titres, nous avons
+reconnu que la Demoiselle Marie-Anne Buonaparte, née le 3 janvier
+1777, est entrée le 22 juin 1784 comme élève de ladite maison de
+Saint-Louis, où elle est encore dans la même qualité. Elle nous auroit
+témoigné le désir qu'elle auroit de profiter de l'occasion du retour
+de son frère et tuteur pour rentrer dans sa famille.&mdash;Vu les
+différentes choses que nous venons d'énoncer et l'embarras où se
trouveroit ladite Demoiselle de faire un voyage aussi long, seule, et
-ds lors de l'impossibilit absolue o elle seroit d'vacuer la maison
-de Saint-Louis pour le 1<sup>er</sup> octobre, en conformit de la loi du 7
-aot dernier, nous n'empchons, et croyons mme qu'il est ncessaire
-de faire droit la demande desdits sieur et demoiselle Buonaparte.</p>
+dès lors de l'impossibilité absolue où elle seroit d'évacuer la maison
+de Saint-Louis pour le 1<sup>er</sup> octobre, en conformité de la loi du 7
+août dernier, nous n'empêchons, et croyons même qu'il est nécessaire
+de faire droit à la demande desdits sieur et demoiselle Buonaparte.</p>
-<p>Fait et dlivr Saint-Cyr, au greffe municipal, cejourd'hui, 1<sup>er</sup>
-septembre 1792, le quatrime de la Libert et le premier de l'galit.</p>
+<p>»Fait et délivré à Saint-Cyr, au greffe municipal, cejourd'hui, 1<sup>er</sup>
+septembre 1792, le quatrième de la Liberté et le premier de l'Égalité.</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Aubrun</span>, maire; <span class="smcap">Houdin</span>, secrtaire greffier.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Aubrun</span>, maire; <span class="smcap">Houdin</span>, secrétaire greffier.»</p>
<p><a id="footnote19" name="footnote19"></a>
-<b><a href="#footnotetag19">19</a></b>: Voici ce qu'tait devenu M. Hue:</p>
-
-<p>Entr dans la salle de la Commune, on le plaa auprs du prsident. A
-quelques pas tait Santerre. Ce commandant de la milice parisienne
-coutait, d'un air grave et capable, les plans que des gens moiti
-ivres dveloppaient devant lui pour arrter les armes trangres: les
-uns, d'un air rus, expliquaient les roueries diffrentes de leurs
-oprations stratgiques; les autres prenaient la ligne droite, et,
-tout franchement, proposaient de se lever en masse pour marcher
+<b><a href="#footnotetag19">19</a></b>: Voici ce qu'était devenu M. Hue:</p>
+
+<p>Entré dans la salle de la Commune, on le plaça auprès du président. A
+quelques pas était Santerre. Ce commandant de la milice parisienne
+écoutait, d'un air grave et capable, les plans que des gens à moitié
+ivres développaient devant lui pour arrêter les armées étrangères: les
+uns, d'un air rusé, expliquaient les roueries différentes de leurs
+opérations stratégiques; les autres prenaient la ligne droite, et,
+tout franchement, proposaient de se lever en masse pour marcher à
l'ennemi. Au parquet, place ordinaire du procureur de la Commune,
-s'agitait Billaud-Varenne, l'un des substituts, et prs de lui
-Robespierre, criant, donnant des ordres et paraissant trs-anim.</p>
+s'agitait Billaud-Varenne, l'un des substituts, et près de lui
+Robespierre, criant, donnant des ordres et paraissant très-animé.</p>
-<p>Dans cette salle et dans les pices voisines, le tumulte tait
-extrme. Au milieu de ce dsordre, le prsident interroge l'accus.
-Avant que celui-ci puisse rpondre, on crie de toutes parts: <em>A
-l'Abbaye! la Force!</em> Dans ce moment on y massacrait les prisonniers.</p>
+<p>Dans cette salle et dans les pièces voisines, le tumulte était
+extrême. Au milieu de ce désordre, le président interroge l'accusé.
+Avant que celui-ci puisse répondre, on crie de toutes parts: <em>A
+l'Abbaye! à la Force!</em> Dans ce moment on y massacrait les prisonniers.</p>
-<p>Le calme se rtablit, l'interrogatoire commence. Des faits, la plupart
-imaginaires, sont reprochs. Tu as, dit l'un des municipaux, fait
+<p>Le calme se rétablit, l'interrogatoire commence. Des faits, la plupart
+imaginaires, sont reprochés. «Tu as, dit l'un des municipaux, fait
entrer dans la tour du Temple une malle renfermant des rubans
-tricolores et divers dguisements; c'tait pour faire vader la
-famille royale.&mdash;J'ai entendu, s'crie un autre, le Roi lui dire
+tricolores et divers déguisements; c'était pour faire évader la
+famille royale.&mdash;J'ai entendu, s'écrie un autre, le Roi lui dire
<em>quarante-cinq</em> et la Reine <em>cinquante-deux</em>. Ces deux mots lui
-dsignaient le prince de Poix et le tratre Bouill. Un troisime
-prtend qu'il avait command une veste et une culotte couleur
+désignaient le prince de Poix et le traître Bouillé.» Un troisième
+prétend qu'il avait commandé une veste et une culotte couleur
savoyard, preuve certaine d'une intelligence avec le roi de
-Sardaigne<a id="footnotetag19-A" name="footnotetag19-A"></a><a href="#footnote19-A" title="Go to footnote 19-A"><span class="smaller">[19-A]</span></a>. Un quatrime revient sur des correspondances
-clandestines au moyen de caractres hiroglyphiques dont nous avons
-parl. D'autres l'accusent d'avoir chant dans la tour l'air et les
-paroles: <em>O Richard! mon roi! l'univers t'abandonne!</em> etc., ce qui
-tait faux, M. Hue ne chantait jamais; puis enfin de s'tre attir de
-la part de la famille royale un intrt qu'elle affectait de lui
-tmoigner, tandis qu' peine elle parlait aux commissaires de la
-Commune, ce qui tait vrai. A ce dernier reproche, l'accus reste
-muet. Les clameurs se renouvellent: <em>A l'Abbaye! la Force!</em> Enfin,
+Sardaigne<a id="footnotetag19-A" name="footnotetag19-A"></a><a href="#footnote19-A" title="Go to footnote 19-A"><span class="smaller">[19-A]</span></a>. Un quatrième revient sur des correspondances
+clandestines au moyen de caractères hiéroglyphiques dont nous avons
+parlé. D'autres l'accusent d'avoir chanté dans la tour l'air et les
+paroles: <em>O Richard! ô mon roi! l'univers t'abandonne!</em> etc., ce qui
+était faux, M. Hue ne chantait jamais; puis enfin de s'être attiré de
+la part de la famille royale un intérêt qu'elle affectait de lui
+témoigner, tandis qu'à peine elle parlait aux commissaires de la
+Commune, ce qui était vrai. A ce dernier reproche, l'accusé reste
+muet. Les clameurs se renouvellent: <em>A l'Abbaye! à la Force!</em> Enfin,
la fureur contre le coupable est au comble, quand Billaud-Varenne
-s'crie: Ce valet, renvoy au Temple une premire fois, a trahi la
-confiance du peuple; il mrite une punition exemplaire.&mdash;Un municipal
-se lve et dit: Citoyens, cet homme tient les fils de la trame ourdie
+s'écrie: «Ce valet, renvoyé au Temple une première fois, a trahi la
+confiance du peuple; il mérite une punition exemplaire.»&mdash;Un municipal
+se lève et dit: «Citoyens, cet homme tient les fils de la trame ourdie
dans la tour. S'assurer de lui, le mettre au secret, en tirer tous les
renseignements qu'il peut donner, sera plus utile et plus sage que de
-l'envoyer l'Abbaye ou la Force. Quel que ft en ce moment le
-motif du municipal, son observation sauva la vie M. Hue. Il fut
-dcid que l'accus serait enferm dans un des cachots de l'htel de
-ville. Remis aussitt la garde d'un guichetier, il fut conduit au
-lieu de rclusion qui lui tait destin.</p>
+l'envoyer à l'Abbaye ou à la Force.» Quel que fût en ce moment le
+motif du municipal, son observation sauva la vie à M. Hue. Il fut
+décidé que l'accusé serait enfermé dans un des cachots de l'hôtel de
+ville. Remis aussitôt à la garde d'un guichetier, il fut conduit au
+lieu de réclusion qui lui était destiné.</p>
<p><a id="footnote19-A" name="footnote19-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag19-A">19-A</a></b>: M. Hue avait en effet sign et fait viser par les
-commissaires de garde la demande d'un vtement semblable pour Tison.</p>
+<b><a href="#footnotetag19-A">19-A</a></b>: M. Hue avait en effet signé et fait viser par les
+commissaires de garde la demande d'un vêtement semblable pour Tison.</p>
<p><a id="footnote20" name="footnote20"></a>
-<b><a href="#footnotetag20">20</a></b>: Madame Elliot est une de ces femmes la vie lgre du
-dix-huitime sicle qui, jusque dans le dsordre, conservaient un
-c&oelig;ur dvou, une me forte, le sentiment de l'honneur politique et
-de la foi chrtienne. B.</p>
+<b><a href="#footnotetag20">20</a></b>: Madame Elliot est une de ces femmes à la vie légère du
+dix-huitième siècle qui, jusque dans le désordre, conservaient un
+c&oelig;ur dévoué, une âme forte, le sentiment de l'honneur politique et
+de la foi chrétienne. B.</p>
<p><a id="footnote21" name="footnote21"></a>
-<b><a href="#footnotetag21">21</a></b>: Conserv dans les archives de la prfecture de police.</p>
+<b><a href="#footnotetag21">21</a></b>: Conservé dans les archives de la préfecture de police.</p>
<p><a id="footnote22" name="footnote22"></a>
-<b><a href="#footnotetag22">22</a></b>: Madame Marie-Anglique de Fitte de Soucy, baronne de
-Mackau, sous-gouvernante des Enfants de France, ne au chteau de
-Soucy le 16 novembre 1723, est morte Vitry-sur-Seine le 16 fvrier
+<b><a href="#footnotetag22">22</a></b>: Madame Marie-Angélique de Fitte de Soucy, baronne de
+Mackau, sous-gouvernante des Enfants de France, née au château de
+Soucy le 16 novembre 1723, est morte à Vitry-sur-Seine le 16 février
1800.</p>
-<p>Madame lisabeth-Louise Le Noir, comtesse de Soucy, belle-s&oelig;ur de
+<p>Madame Élisabeth-Louise Le Noir, comtesse de Soucy, belle-s&oelig;ur de
madame de Mackau, et comme elle sous-gouvernante des Enfants de
-France, ne Paris le 31 octobre 1729, est morte Vitry-sur-Seine le
-21 dcembre 1813.</p>
+France, née à Paris le 31 octobre 1729, est morte à Vitry-sur-Seine le
+21 décembre 1813.</p>
-<p>Adlade Rotin, femme Camille, qui n'avait jamais quitt le service de
-ses deux matresses, ne s'loigna pas d'elles aprs leur mort; grce
+<p>Adélaïde Rotin, femme Camille, qui n'avait jamais quitté le service de
+ses deux maîtresses, ne s'éloigna pas d'elles après leur mort; grâce à
une petite pension que la famille de Mackau lui faisait, elle passa
-ses derniers jours dans ce village, gardienne de deux tombes prs
-desquelles elle esprait la sienne. Son v&oelig;u a t ralis le 5
-juillet 1855. Elle tait ne Versailles en 1768.</p>
+ses derniers jours dans ce village, gardienne de deux tombes près
+desquelles elle espérait la sienne. Son v&oelig;u a été réalisé le 5
+juillet 1855. Elle était née à Versailles en 1768.</p>
-<p>Nous avons visit plus d'une fois cette pauvre femme, que son
-dvouement et sa mmoire rendaient fort intressante. Voici comment
-elle nous a racont la manire dont elle avait chapp aux massacres
+<p>Nous avons visité plus d'une fois cette pauvre femme, que son
+dévouement et sa mémoire rendaient fort intéressante. Voici comment
+elle nous a raconté la manière dont elle avait échappé aux massacres
de septembre:</p>
-<p>Ne Versailles en 1768, j'avois consquemment vingt-quatre ans
-lorsque je me constituai prisonnire la Force, aprs le 10 aot
-1792. On fit beaucoup de difficult pour m'admettre dans cette prison;
+<p>«Née à Versailles en 1768, j'avois conséquemment vingt-quatre ans
+lorsque je me constituai prisonnière à la Force, après le 10 août
+1792. On fit beaucoup de difficulté pour m'admettre dans cette prison;
mais mes instances furent si vives que j'eus le bonheur d'y entrer
-avec ma matresse, madame la baronne de Mackau. Elle et moi nous
-couchmes sur la paille, et fmes nourries au pain et l'eau. En face
-de notre cachot toit celui de la princesse de Lamballe, entre la
-Force quelques jours avant nous. La concierge de la prison toit une
-trs-brave femme: elle eut grande piti de nous, et c'est elle que
-nous dmes de ne pas mourir de faim. Elle nous apporta pendant la nuit
-diffrentes nourritures pour nous soutenir.</p>
-
-<p>Dans la matine du 3 septembre, une espce de tribunal s'installa
+avec ma maîtresse, madame la baronne de Mackau. Elle et moi nous
+couchâmes sur la paille, et fûmes nourries au pain et à l'eau. En face
+de notre cachot étoit celui de la princesse de Lamballe, entrée à la
+Force quelques jours avant nous. La concierge de la prison étoit une
+très-brave femme: elle eut grande pitié de nous, et c'est à elle que
+nous dûmes de ne pas mourir de faim. Elle nous apporta pendant la nuit
+différentes nourritures pour nous soutenir.</p>
+
+<p>»Dans la matinée du 3 septembre, une espèce de tribunal s'installa à
la Force dans une salle basse. Il y avoit sept ou huit personnes de la
-maison du Roi. On nous interrogea toutes; quand on s'adressa madame
-de Mackau: Qu'allez-vous faire? leur dis-je; elle est aline, elle
-ne peut vous rpondre sur rien.&mdash;Prends Dieu tmoin qu'elle est
-aline.&mdash;Oui, certes, je prends Dieu tmoin qu'elle est aline, et
-qu'il lui est impossible de rpondre.&mdash;Mais elle a des parents
-migrs?&mdash;Elle n'en a aucun, m'criai-je, bien que je susse
-pertinemment qu'elle en avoit deux. Mon ton assur sauva ma
-matresse. Immdiatement mise en libert, elle se rfugia chez madame
-de Chazet, sa fille. Retenue aprs elle la Force, on eut la cruaut
-de me faire assister au meurtre de madame de Lamballe. Ds qu'elle eut
-pass le guichet et mis le pied sur le pav o avoit lieu le massacre
-gnral et o le sang couloit flots, elle fut abattue immdiatement;
-on la dpouilla de tous ses vtements, on lui ouvrit le corps et on
-lui arracha le c&oelig;ur. On m'avoit entrane pour tre immole aussi,
-et c'est ainsi que je fus tmoin de toutes ces horreurs. Je perdis
-connoissance, et quand je repris mes sens j'tois toute nue moi-mme
-et j'avois t livre toutes les brutalits. Au moment o on alloit
-me frapper, un gendarme prit intrt moi; il pleuroit chaudes
-larmes; il me protgea avec son sabre, fut bless au poing, et parvint
- m'envelopper de son manteau. Plusieurs spectateurs prirent comme lui
-ma dfense. Mon premier protecteur me fit aussitt monter dans une
-voiture, et la populace, qui un instant auparavant avoit demand ma
-mort, cria autour de cette voiture: <em>Vive l'innocence reconnue!</em> Les
-chevaux pouvoient peine traverser les flots de cette multitude, et
-l'on mit prs de deux heures me conduire rue des
-Boucheries-Saint-Honor, chez la lingre de madame de Mackau. Tout le
+maison du Roi. On nous interrogea toutes; quand on s'adressa à madame
+de Mackau: «Qu'allez-vous faire? leur dis-je; elle est aliénée, elle
+ne peut vous répondre sur rien.&mdash;Prends Dieu à témoin qu'elle est
+aliénée.&mdash;Oui, certes, je prends Dieu à témoin qu'elle est aliénée, et
+qu'il lui est impossible de répondre.&mdash;Mais elle a des parents
+émigrés?&mdash;Elle n'en a aucun, m'écriai-je, bien que je susse
+pertinemment qu'elle en avoit deux.» Mon ton assuré sauva ma
+maîtresse. Immédiatement mise en liberté, elle se réfugia chez madame
+de Chazet, sa fille. Retenue après elle à la Force, on eut la cruauté
+de me faire assister au meurtre de madame de Lamballe. Dès qu'elle eut
+passé le guichet et mis le pied sur le pavé où avoit lieu le massacre
+général et où le sang couloit à flots, elle fut abattue immédiatement;
+on la dépouilla de tous ses vêtements, on lui ouvrit le corps et on
+lui arracha le c&oelig;ur. On m'avoit entraînée pour être immolée aussi,
+et c'est ainsi que je fus témoin de toutes ces horreurs. Je perdis
+connoissance, et quand je repris mes sens j'étois toute nue moi-même
+et j'avois été livrée à toutes les brutalités. Au moment où on alloit
+me frapper, un gendarme prit intérêt à moi; il pleuroit à chaudes
+larmes; il me protégea avec son sabre, fut blessé au poing, et parvint
+à m'envelopper de son manteau. Plusieurs spectateurs prirent comme lui
+ma défense. Mon premier protecteur me fit aussitôt monter dans une
+voiture, et la populace, qui un instant auparavant avoit demandé ma
+mort, cria autour de cette voiture: «<em>Vive l'innocence reconnue!</em>» Les
+chevaux pouvoient à peine traverser les flots de cette multitude, et
+l'on mit près de deux heures à me conduire rue des
+Boucheries-Saint-Honoré, chez la lingère de madame de Mackau. Tout le
monde se disputa le moyen de m'apporter des secours. Pendant que je
-devenois ainsi l'objet de soins et d'gards empresss, madame de
-Mackau, qui avoit appris le massacre gnral des prisonniers, ne
-doutoit pas que je ne fusse moi-mme au nombre des victimes, et elle
+devenois ainsi l'objet de soins et d'égards empressés, madame de
+Mackau, qui avoit appris le massacre général des prisonniers, ne
+doutoit pas que je ne fusse moi-même au nombre des victimes, et elle
me pleuroit.</p>
-<p>La lingre me donna tout ce qu'il me falloit pour me vtir. Le
-gendarme qui m'avoit sauve me conduisit chez madame de Chazet, o se
-trouvoit madame de Mackau. Obliges de quitter Paris sur-le-champ,
-nous vnmes demeurer Vitry chez madame de Soucy.</p>
+<p>»La lingère me donna tout ce qu'il me falloit pour me vêtir. Le
+gendarme qui m'avoit sauvée me conduisit chez madame de Chazet, où se
+trouvoit madame de Mackau. Obligées de quitter Paris sur-le-champ,
+nous vînmes demeurer à Vitry chez madame de Soucy.</p>
-<p>Dans ce village o s'est coule presque toute mon existence, j'ai
-survcu de longues annes mes deux respectables matresses. Ma seule
-pense de bonheur est de les rejoindre: ma tombe est prte auprs de
+<p>»Dans ce village où s'est écoulée presque toute mon existence, j'ai
+survécu de longues années à mes deux respectables maîtresses. Ma seule
+pensée de bonheur est de les rejoindre: ma tombe est prête auprès de
la leur.</p>
-<p class="author"><i>Sign</i>: <span class="smcap">Adlade Camille</span>.</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Adélaïde Camille</span>.</p>
-<p>A Vitry-sur-Seine, le mardi 13 juillet 1853.</p>
+<p>»A Vitry-sur-Seine, le mardi 13 juillet 1853.»</p>
<p><a id="footnote23" name="footnote23"></a>
<b><a href="#footnotetag23">23</a></b>: Du nom de Mennessier.</p>
<p><a id="footnote24" name="footnote24"></a>
-<b><a href="#footnotetag24">24</a></b>: <cite>Mon tmoignage sur la dtention de Louis XVI et de sa
+<b><a href="#footnotetag24">24</a></b>: <cite>Mon témoignage sur la détention de Louis XVI et de sa
famille dans la tour du Temple</cite>, par Ch. <span class="smcap">Goret</span>, ancien membre de la
-Commune du 10 aot 1792.&mdash;Paris, Maurille, 1825, in-8<sup>o</sup> de 71 pages.</p>
+Commune du 10 août 1792.&mdash;Paris, Maurille, 1825, in-8<sup>o</sup> de 71 pages.</p>
<p><a id="footnote25" name="footnote25"></a>
-<b><a href="#footnotetag25">25</a></b>: C'tait encore une erreur. Madame et mademoiselle P. de
-Tourzel, sauves de la Force par M. Hardy, avaient t conduites par
-lui dans un petit logement Vincennes, o elles demeurrent caches
+<b><a href="#footnotetag25">25</a></b>: C'était encore une erreur. Madame et mademoiselle P. de
+Tourzel, sauvées de la Force par M. Hardy, avaient été conduites par
+lui dans un petit logement à Vincennes, où elles demeurèrent cachées
pendant plus de trois mois. B.</p>
<p><a id="footnote26" name="footnote26"></a>
-<b><a href="#footnotetag26">26</a></b>: C'taient Hbert, si connu sous le nom de Pre Duchne,
+<b><a href="#footnotetag26">26</a></b>: C'étaient Hébert, si connu sous le nom de Père Duchêne,
et Destournelles, depuis ministre de l'instruction publique.</p>
<p><a id="footnote27" name="footnote27"></a>
@@ -30951,285 +30906,285 @@ et Destournelles, depuis ministre de l'instruction publique.</p>
<p><a id="footnote29" name="footnote29"></a>
<b><a href="#footnotetag29">29</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des dlibrations du conseil
-gnral du 19 octobre 1792.</i></p>
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil
+général du 19 octobre 1792.</i></p>
-<p>Le conseil gnral nomme le citoyen Lger, l'un de ses membres,
+<p>«Le conseil général nomme le citoyen Léger, l'un de ses membres,
qu'<em>elle</em> charge de se transporter au Temple sur-le-champ pour y
-prendre une lettre adresse Madame lisabeth par le vicaire de
+prendre une lettre adressée à Madame Élisabeth par le vicaire de
Fontenay-sous-Bois, et l'apporter au conseil.</p>
-<p class="author"><i>Sign</i>: <span class="smcap">Darnauderie</span>, vice-prsident;<br>
- <span class="smcap">Coulombeau</span>, secrtaire-greffier par intrim.</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Darnauderie</span>, vice-président;<br>
+ »<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire-greffier par intérim.»</p>
<p>(Archives de l'Empire.)</p>
<p><a id="footnote30" name="footnote30"></a>
-<b><a href="#footnotetag30">30</a></b>: Commune de Paris.&mdash;Sret du Temple. L'an I<sup>er</sup> de la
-Rpublique franaise, le 27 octobre 1792.</p>
-
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des dlibrations du conseil de service au
-Temple, en date du 26 octobre prsent.</i></p>
-
-<p>Sur les observations faites par l'un des membres de service au Temple
-que le fils de Louis Capet tait jour et nuit sous la direction de
-femmes, mre et tante, considrant que cet enfant est dans l'ge o il
-doit tre sous la direction des hommes, le conseil, dlibrant sur cet
-objet, a arrt et arrte qu' l'instant le fils de Louis Capet sera
-retir des mains des femmes pour tre remis et rester entre celles de
-son pre les jours et nuits, except qu'aprs l'heure du dner il
-montera dans le logement de ses mre et tante, durant le moment o son
-pre se repose, et en descendra sur les quatre cinq heures du soir;
+<b><a href="#footnotetag30">30</a></b>: Commune de Paris.&mdash;Sûreté du Temple. L'an I<sup>er</sup> de la
+République française, le 27 octobre 1792.</p>
+
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil de service au
+Temple, en date du 26 octobre présent.</i></p>
+
+<p>«Sur les observations faites par l'un des membres de service au Temple
+que le fils de Louis Capet était jour et nuit sous la direction de
+femmes, mère et tante, considérant que cet enfant est dans l'âge où il
+doit être sous la direction des hommes, le conseil, délibérant sur cet
+objet, a arrêté et arrête qu'à l'instant le fils de Louis Capet sera
+retiré des mains des femmes pour être remis et rester entre celles de
+son père les jours et nuits, excepté qu'après l'heure du dîner il
+montera dans le logement de ses mère et tante, durant le moment où son
+père se repose, et en descendra sur les quatre à cinq heures du soir;
le tout sous la surveillance et conduite de l'un des commissaires de
service.</p>
-<p>Fait au Conseil sant au Temple lesdits jour et an que dessus.</p>
+<p>»Fait au Conseil séant au Temple lesdits jour et an que dessus.</p>
-<p class="author"><i>Sign</i>: <span class="smcap">Mass</span>, <span class="smcap">Jrosme</span>, <span class="smcap">Roche</span>, <span class="smcap">Cochois</span>.</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Massé</span>, <span class="smcap">Jérosme</span>, <span class="smcap">Roche</span>, <span class="smcap">Cochois</span>.</p>
-<p>Pour extrait conforme l'original:</p>
+<p>»Pour extrait conforme à l'original:</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Roch</span>, commissaire municipal de service et prsident au Temple;<br>
- <span class="smcap">Cochois</span>, <i>sgrtre</i>.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Roché</span>, commissaire municipal de service et président au Temple;<br>
+ »<span class="smcap">Cochois</span>, <i>ségrétère</i>.»</p>
-<p>Dlivr au citoyen Clry, de service auprs de Louis et de sa
+<p>Délivré au citoyen Cléry, de service auprès de Louis et de sa
famille.</p>
<p><a id="footnote31" name="footnote31"></a>
<b><a href="#footnotetag31">31</a></b>: Commune de Paris.</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des dlibrations du conseil gnral, du 26
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil général, du 26
octobre 1792.</i></p>
-<p>Le conseil gnral approuve l'arrt pris par les commissaires des
-travaux du Temple et les commissaires du conseil du Temple, relatif
-la translation des femmes dans la grosse tour, au troisime tage, et
-le fils du ci-devant Roi avec son pre.</p>
+<p>«Le conseil général approuve l'arrêté pris par les commissaires des
+travaux du Temple et les commissaires du conseil du Temple, relatif à
+la translation des femmes dans la grosse tour, au troisième étage, et
+le fils du ci-devant Roi avec son père.</p>
-<p>Les autorise faire disposer ses (<em>sic</em>) guichets qu'ils croiront
-ncessaires dans cette mme tour.</p>
+<p>»Les autorise à faire disposer ses (<em>sic</em>) guichets qu'ils croiront
+nécessaires dans cette même tour.</p>
-<p class="author"><i>Sign</i>: <span class="smcap">Boucher-Ren</span>, prsident en l'absence du maire;<br>
- <span class="smcap">Coulombeau</span>, secrtaire-greffier par intrim.</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Boucher-René</span>, président en l'absence du maire;<br>
+ »<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire-greffier par intérim.»</p>
<p><a id="footnote32" name="footnote32"></a>
<b><a href="#footnotetag32">32</a></b>: Archives de l'Empire, carton E, n<sup>o</sup> 6, 206.</p>
<p><a id="footnote33" name="footnote33"></a>
-<b><a href="#footnotetag33">33</a></b>: Le lecteur trouvera la fin du volume (Documents et
-pices justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc3">III</a>) une esquisse de la physionomie
-extrieure du Temple, un aperu du personnel commis sa garde, et des
-dispositions prises par l'autorit rpublicaine.</p>
+<b><a href="#footnotetag33">33</a></b>: Le lecteur trouvera à la fin du volume (Documents et
+pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc3">III</a>) une esquisse de la physionomie
+extérieure du Temple, un aperçu du personnel commis à sa garde, et des
+dispositions prises par l'autorité républicaine.</p>
<p><a id="footnote34" name="footnote34"></a>
<b><a href="#footnotetag34">34</a></b>: Archives de l'Empire, carton E, n<sup>o</sup> 6, 206.</p>
<p><a id="footnote35" name="footnote35"></a>
-<b><a href="#footnotetag35">35</a></b>: Le conseil gnral arrte:</p>
+<b><a href="#footnotetag35">35</a></b>: «Le conseil général arrête:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Que le citoyen Clry, valet de chambre des prisonniers, sera log
-et couchera dans la Tour, du ct gauche donnant dans la salle
-manger, sans qu'il puisse coucher ailleurs sous aucun prtexte;</p>
+<p>»1<sup>o</sup> Que le citoyen Cléry, valet de chambre des prisonniers, sera logé
+et couchera dans la Tour, du côté gauche donnant dans la salle à
+manger, sans qu'il puisse coucher ailleurs sous aucun prétexte;</p>
-<p>2<sup>o</sup> Que le conseil du Temple sera plac dans la Tour;</p>
+<p>»2<sup>o</sup> Que le conseil du Temple sera placé dans la Tour;</p>
-<p>3<sup>o</sup> Que le citoyen Mathey, concierge, aura la surveillance de ladite
-Tour, et ne pourra en sortir sous aucun prtexte;</p>
+<p>»3<sup>o</sup> Que le citoyen Mathey, concierge, aura la surveillance de ladite
+Tour, et ne pourra en sortir sous aucun prétexte;</p>
-<p>4<sup>o</sup> Que les guichetiers actuels, devenant inutiles par la nouvelle
-disposition, seront rforms immdiatement, aprs avoir t pays de
-ce qui leur est d;</p>
+<p>»4<sup>o</sup> Que les guichetiers actuels, devenant inutiles par la nouvelle
+disposition, seront réformés immédiatement, après avoir été payés de
+ce qui leur est dû;</p>
-<p>5<sup>o</sup> Que la cuisine sera place dans la Tour, et que les agents
-sous-employs ne sortiront point;</p>
+<p>»5<sup>o</sup> Que la cuisine sera placée dans la Tour, et que les agents
+sous-employés ne sortiront point;</p>
-<p>6<sup>o</sup> Pendant la nuit, deux officiers municipaux garderont les
-prisonniers de chaque tage;</p>
+<p>»6<sup>o</sup> Pendant la nuit, deux officiers municipaux garderont les
+prisonniers de chaque étage;</p>
-<p>7<sup>o</sup> Et enfin la mme cuisine servira pour les commissaires du
-Temple.</p>
+<p>»7<sup>o</sup> Et enfin la même cuisine servira pour les commissaires du
+Temple.»</p>
<hr class="hr10">
-<p><i>Nota.</i> L'article 1<sup>o</sup> depuis longtemps tait observ; chaque soir les
-municipaux avaient soin de fermer la porte de la chambre de Clry,
-donnant dans le couloir qui conduisait la chambre du Roi, et d'en
-emporter la clef. L'article 5<sup>o</sup> ne fut pas mis excution: il y eut
-impossibilit matrielle de placer la cuisine dans la Tour.</p>
+<p><i>Nota.</i> L'article 1<sup>o</sup> depuis longtemps était observé; chaque soir les
+municipaux avaient soin de fermer la porte de la chambre de Cléry,
+donnant dans le couloir qui conduisait à la chambre du Roi, et d'en
+emporter la clef. L'article 5<sup>o</sup> ne fut pas mis à exécution: il y eut
+impossibilité matérielle de placer la cuisine dans la Tour.</p>
<p><a id="footnote36" name="footnote36"></a>
-<b><a href="#footnotetag36">36</a></b>: Rcit de Marie-Thrse-Charlotte.</p>
+<b><a href="#footnotetag36">36</a></b>: Récit de Marie-Thérèse-Charlotte.</p>
<p><a id="footnote37" name="footnote37"></a>
-<b><a href="#footnotetag37">37</a></b>: Le lecteur doit connatre la lettre de cet avocat,
-ex-constituant, qui avait accept la dfense du mprisable cardinal de
-Rohan et qui refusait son ministre au Roi:</p>
-
-<p>Depuis le dcret de ce matin, il devient embarrassant pour moi
-d'avoir un avis sur les faits imputs Louis XVI. Je dois au moins
-m'abstenir de le prononcer. Je satisferai ce devoir; mais g de prs
-de soixante ans, fatigu de maux de nerfs, de douleurs de tte et
-d'tourdissements qui durent depuis quinze ans, qui m'ont fait quitter
-la plaidoirie en 1785, et que quatre annes de travaux ont aigris un
-point insupportable, je conserve peine les forces suffisantes pour
-remplir pendant six heures dans chaque journe les fonctions paisibles
-de juge, et j'attends avec quelque impatience le moment d'en tre
-dcharg par les prochaines lections. C'est dire assez qu'il m'est
-impossible de me charger de la dfense de Louis XVI. Je n'ai
-absolument rien de ce qu'il faut pour un tel ministre, et par mon
-impuissance je trahirois la fois et la confiance du client accus et
-l'attente publique. C'est l'instant mme que j'apprends cette
-nomination, qu'il m'toit impossible de prvoir. Un homme libre et
-rpublicain ne peut pas accepter des fonctions dont il se sent
-entirement incapable.</p>
-
-<p class="author">Le rpublicain <span class="smcap">Target</span>.</p>
-
-<p class="p2">Notre impartialit nous oblige runir toutes les pices de ce procs
-sous les yeux du lecteur. Dans une lettre adresse M. de Lamartine,
+<b><a href="#footnotetag37">37</a></b>: Le lecteur doit connaître la lettre de cet avocat,
+ex-constituant, qui avait accepté la défense du méprisable cardinal de
+Rohan et qui refusait son ministère au Roi:</p>
+
+<p>«Depuis le décret de ce matin, il devient embarrassant pour moi
+d'avoir un avis sur les faits imputés à Louis XVI. Je dois au moins
+m'abstenir de le prononcer. Je satisferai ce devoir; mais âgé de près
+de soixante ans, fatigué de maux de nerfs, de douleurs de tête et
+d'étourdissements qui durent depuis quinze ans, qui m'ont fait quitter
+la plaidoirie en 1785, et que quatre années de travaux ont aigris à un
+point insupportable, je conserve à peine les forces suffisantes pour
+remplir pendant six heures dans chaque journée les fonctions paisibles
+de juge, et j'attends avec quelque impatience le moment d'en être
+déchargé par les prochaines élections. C'est dire assez qu'il m'est
+impossible de me charger de la défense de Louis XVI. Je n'ai
+absolument rien de ce qu'il faut pour un tel ministère, et par mon
+impuissance je trahirois à la fois et la confiance du client accusé et
+l'attente publique. C'est à l'instant même que j'apprends cette
+nomination, qu'il m'étoit impossible de prévoir. Un homme libre et
+républicain ne peut pas accepter des fonctions dont il se sent
+entièrement incapable.</p>
+
+<p class="author">»Le républicain <span class="smcap">Target</span>.»</p>
+
+<p class="p2">Notre impartialité nous oblige à réunir toutes les pièces de ce procès
+sous les yeux du lecteur. Dans une lettre adressée à M. de Lamartine,
le 22 mars 1847, lors de la publication de l'<cite>Histoire des Girondins</cite>,
-M. P. Target, alors auditeur au conseil d'tat, explique ainsi la
-conduite de son grand-pre: M. Target, affaibli par une longue
-maladie, craignit que ses efforts restassent au-dessous de son zle,
-et il aima mieux dcliner l'honneur qui lui tait fait que de
-prsenter une dfense incomplte. Mais s'il ne parla pas, il crivit.
+M. P. Target, alors auditeur au conseil d'État, explique ainsi la
+conduite de son grand-père: «M. Target, affaibli par une longue
+maladie, craignit que ses efforts restassent au-dessous de son zèle,
+et il aima mieux décliner l'honneur qui lui était fait que de
+présenter une défense incomplète. Mais s'il ne parla pas, il écrivit.
Avant les plaidoiries, il fit imprimer, publier, colporter par les
-rues un crit sign de son nom, et dans lequel il prsentait avec
+rues un écrit signé de son nom, et dans lequel il présentait avec
beaucoup de force les seules raisons qui pussent alors sauver
-l'auguste accus. Les faits que je viens de rappeler sont en outre
-consigns dans un loge de mon grand-pre prononc en 1807 par M.
-Muraire, alors premier prsident la Cour de cassation. Lorsque,
+l'auguste accusé. Les faits que je viens de rappeler sont en outre
+consignés dans un éloge de mon grand-père prononcé en 1807 par M.
+Muraire, alors premier président à la Cour de cassation. «Lorsque,
dans cette circonstance difficile, disait M. Muraire, M. Target,
-renonant tout ce qu'il et obtenu, se dvouait ce qui ne lui
-offrait que du danger, faut-il laisser peser sur sa mmoire
-l'impression fcheuse et injuste produite par un fait que ses
-dtracteurs n'ont pas pris la peine d'approfondir?</p>
+renonçant à tout ce qu'il eût obtenu, se dévouait à ce qui ne lui
+offrait que du danger, faut-il laisser peser sur sa mémoire
+l'impression fâcheuse et injuste produite par un fait que ses
+détracteurs n'ont pas pris la peine d'approfondir?»</p>
<p><a id="footnote38" name="footnote38"></a>
<b><a href="#footnotetag38">38</a></b>:</p>
-<p class="date">Paris, 11 dcembre 1792.</p>
+<p class="date">«Paris, 11 décembre 1792.</p>
-<p>Citoyen prsident, j'ignore si la Convention donnera Louis XVI un
-conseil pour le dfendre et si elle lui en laisse le choix; dans ce
-cas-l, je dsire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette
-fonction, je suis prt m'y dvouer. Je ne vous demande pas de faire
-part la Convention de mon offre, car je suis bien loign de me
+<p>»Citoyen président, j'ignore si la Convention donnera à Louis XVI un
+conseil pour le défendre et si elle lui en laisse le choix; dans ce
+cas-là, je désire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette
+fonction, je suis prêt à m'y dévouer. Je ne vous demande pas de faire
+part à la Convention de mon offre, car je suis bien éloigné de me
croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi.
-Mais j'ai t appel deux fois au conseil de celui qui fut mon matre
-dans le temps que cette fonction toit ambitionne par tout le monde:
-je lui dois le mme service lorsque c'est une fonction que bien des
+Mais j'ai été appelé deux fois au conseil de celui qui fut mon maître
+dans le temps que cette fonction étoit ambitionnée par tout le monde:
+je lui dois le même service lorsque c'est une fonction que bien des
gens trouvent dangereuse. Si je connoissois un moyen possible pour lui
-faire connotre mes dispositions, je ne prendrois pas la libert de
-m'adresser vous. J'ai pens que, dans la place que vous occupez,
+faire connoître mes dispositions, je ne prendrois pas la liberté de
+m'adresser à vous. J'ai pensé que, dans la place que vous occupez,
vous aurez plus de moyens que personne pour lui faire passer cet avis.</p>
-<p>Je suis avec respect, etc.</p>
+<p>»Je suis avec respect, etc.</p>
-<p class="authorsc">Lamoignon de Malesherbes.</p>
+<p class="authorsc">»Lamoignon de Malesherbes.»</p>
<p><a id="footnote39" name="footnote39"></a>
-<b><a href="#footnotetag39">39</a></b>: Voir la sance de la Convention du 13 dcembre 1792.</p>
+<b><a href="#footnotetag39">39</a></b>: Voir la séance de la Convention du 13 décembre 1792.</p>
<p><a id="footnote40" name="footnote40"></a>
-<b><a href="#footnotetag40">40</a></b>: Dans cette lettre, le Roi flicitait le gnral sur la
-conduite qu'il avait tenue Nancy.</p>
+<b><a href="#footnotetag40">40</a></b>: Dans cette lettre, le Roi félicitait le général sur la
+conduite qu'il avait tenue à Nancy.</p>
<p><a id="footnote41" name="footnote41"></a>
-<b><a href="#footnotetag41">41</a></b>: Sance du conseil gnral de la Commune du 27 dcembre
+<b><a href="#footnotetag41">41</a></b>: Séance du conseil général de la Commune du 27 décembre
1792.</p>
<p><a id="footnote42" name="footnote42"></a>
<b><a href="#footnotetag42">42</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des dlibrations des commissaires
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations des commissaires
de la Commune de service au Temple.</i></p>
-<p class="date">Du 22 dcembre 1792, an I<sup>er</sup> de la Rpublique franaise.</p>
+<p class="date">«Du 22 décembre 1792, an I<sup>er</sup> de la République française.</p>
-<p>A six heures du soir, le conseil s'est rassembl pour prendre une
-dlibration sur les deux objets ci-aprs:</p>
+<p>»A six heures du soir, le conseil s'est rassemblé pour prendre une
+délibération sur les deux objets ci-après:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Louis Capet parot embarrass de la longueur de sa barbe; il l'a
-tmoign diverses fois. On lui a propos de le faire raser. Il en a
-montr de la rpugnance, et a laiss voir le dsir de se raser
-lui-mme.</p>
+<p>»1<sup>o</sup> Louis Capet paroît embarrassé de la longueur de sa barbe; il l'a
+témoigné diverses fois. On lui a proposé de le faire raser. Il en a
+montré de la répugnance, et a laissé voir le désir de se raser
+lui-même.</p>
-<p>Le conseil pensa hier pouvoir lui donner l'esprance d'accder
-aujourd'hui sa demande; mais ce matin, on s'est aperu que les
-rasoirs de Louis Capet n'toient pas rests au Temple: on a pris de l
-occasion de discuter de nouveau la matire; elle a t amplement
-controverse, et le rsultat a t l'opinion unanime de soumettre la
-question au conseil gnral de la Commune, qui, dans le cas o il
-jugera convenable de permettre Louis Capet de se faire lui-mme la
-barbe, voudra bien ordonner qu'il lui soit confi un ou deux rasoirs
+<p>»Le conseil pensa hier pouvoir lui donner l'espérance d'accéder
+aujourd'hui à sa demande; mais ce matin, on s'est aperçu que les
+rasoirs de Louis Capet n'étoient pas restés au Temple: on a pris de là
+occasion de discuter de nouveau la matière; elle a été amplement
+controversée, et le résultat a été l'opinion unanime de soumettre la
+question au conseil général de la Commune, qui, dans le cas où il
+jugera convenable de permettre à Louis Capet de se faire lui-même la
+barbe, voudra bien ordonner qu'il lui soit confié un ou deux rasoirs
dont il fera usage sous les yeux de quatre commissaires auxquels ces
-mmes rasoirs seront aussitt rendus, et qui constateront que la
-remise leur en aura t faite.</p>
+mêmes rasoirs seront aussitôt rendus, et qui constateront que la
+remise leur en aura été faite.</p>
-<p>2<sup>o</sup> La femme, la s&oelig;ur et la fille de Louis Capet ont demand qu'il
-leur soit prt des ciseaux pour se couper les ongles.</p>
+<p>»2<sup>o</sup> La femme, la s&oelig;ur et la fille de Louis Capet ont demandé qu'il
+leur soit prêté des ciseaux pour se couper les ongles.</p>
-<p>Le conseil en ayant dlibr, a pareillement arrt l'unanimit que
-cette demande seroit soumise au conseil gnral de la Commune, qui
-seroit pri, dans le cas o il y donneroit son consentement, de fixer
-aussi le mode employer cet gard.</p>
+<p>»Le conseil en ayant délibéré, a pareillement arrêté à l'unanimité que
+cette demande seroit soumise au conseil général de la Commune, qui
+seroit prié, dans le cas où il y donneroit son consentement, de fixer
+aussi le mode à employer à cet égard.</p>
-<p>Arrte que la prsente dlibration sera envoye au conseil gnral
-de la Commune dans le jour et d'assez bonne heure pour que la rponse
-soit connue ds aujourd'hui au conseil du Temple.</p>
+<p>»Arrête que la présente délibération sera envoyée au conseil général
+de la Commune dans le jour et d'assez bonne heure pour que la réponse
+soit connue dès aujourd'hui au conseil du Temple.</p>
-<p>Et ont sign au registre:</p>
+<p>»Et ont signé au registre:</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Maubert</span>, <span class="smcap">Defrasne</span>, <span class="smcap">Jon</span>, <span class="smcap">Landragin</span>, <span class="smcap">Robert</span>,<br>
+<p class="author">»<span class="smcap">Maubert</span>, <span class="smcap">Defrasne</span>, <span class="smcap">Jon</span>, <span class="smcap">Landragin</span>, <span class="smcap">Robert</span>,<br>
<span class="smcap">Malivoir</span> et <span class="smcap">Destournelles</span>.</p>
-<p>Pour copie conforme, les jour, mois et an que dessus.</p>
+<p>»Pour copie conforme, les jour, mois et an que dessus.</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Destournelles</span>, officier municipal.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Destournelles</span>, officier municipal.»</p>
<p><a id="footnote43" name="footnote43"></a>
<b><a href="#footnotetag43">43</a></b>:</p>
-<p>Citoyen prsident,</p>
+<p>«Citoyen président,</p>
-<p>Reprsentant du peuple, je connois mes droits et mes devoirs, et j'ai
+<p>»Représentant du peuple, je connois mes droits et mes devoirs, et j'ai
toujours trop bien rempli les uns pour jamais perdre les autres.</p>
-<p>Un dlit a t commis en moi contre la nation: ne pas le dnoncer
+<p>»Un délit a été commis en moi contre la nation: ne pas le dénoncer à
la nation, ce seroit la trahir.</p>
-<p>Secrtaire de la Convention, aprs une sance de quarante heures, o
-s'est dcid cinq voix le sort de plus d'un empire, je sortois avec
-le besoin extrme d'un air plus pur, lorsqu'une bande de <em>juges</em> tombe
-sur moi, <em>sur le dput d'un peuple libre</em>! Mon premier mouvement fut
-de les punir l'instant; mais j'tois dans la Convention, c'toit
-la Convention entire se venger.</p>
-
-<p>Reprsentants, qu'avez-vous fait? Avec la toute-puissance, vous
-n'avez pas celle d'envoyer aux quatre-vingt-quatre dpartements la
-liste de quelques dsorganisateurs qui, par le seul talent de faire du
-bruit, vous tent la force de faire du bien.</p>
-
-<p>La premire fois que vous vous tes laiss avilir, lgislateurs, vous
-avez expos la France. Et tels que vous tes (la vrit m'chappe),
-oui, tels que vous tes, vous ne pouvez pas la sauver. L'homme de bien
-n'a plus qu' s'envelopper de son manteau.</p>
-
-<p>Pour moi, citoyen prsident, qui, quand je n'espre plus, ne crains
-encore rien, aprs avoir protest la Convention que je me
-prcipiterois devant elle dans le gouffre de Curtius pour que le
-peuple ft enfin heureux, je crois devoir ma conscience et mes
-principes de la prvenir par ma dmission, que je vous prie de
-recevoir, qu'il n'est pas en moi de le servir au poste o il m'a mis.</p>
-
-<p>Je le servirai mieux dans mes foyers en me consacrant par mes crits
-et par mes exemples l'ducation de mes enfants, car il ne manque
-la rvolution que des hommes.</p>
+<p>»Secrétaire de la Convention, après une séance de quarante heures, où
+s'est décidé à cinq voix le sort de plus d'un empire, je sortois avec
+le besoin extrême d'un air plus pur, lorsqu'une bande de <em>juges</em> tombe
+sur moi, <em>sur le député d'un peuple libre</em>! Mon premier mouvement fut
+de les punir à l'instant; mais j'étois dans la Convention, c'étoit à
+la Convention entière à se venger.</p>
+
+<p>»Représentants, qu'avez-vous fait? Avec la toute-puissance, vous
+n'avez pas celle d'envoyer aux quatre-vingt-quatre départements la
+liste de quelques désorganisateurs qui, par le seul talent de faire du
+bruit, vous ôtent la force de faire du bien.</p>
+
+<p>»La première fois que vous vous êtes laissé avilir, législateurs, vous
+avez exposé la France. Et tels que vous êtes (la vérité m'échappe),
+oui, tels que vous êtes, vous ne pouvez pas la sauver. L'homme de bien
+n'a plus qu'à s'envelopper de son manteau.</p>
+
+<p>»Pour moi, citoyen président, qui, quand je n'espère plus, ne crains
+encore rien, après avoir protesté à la Convention que je me
+précipiterois devant elle dans le gouffre de Curtius pour que le
+peuple fût enfin heureux, je crois devoir à ma conscience et à mes
+principes de la prévenir par ma démission, que je vous prie de
+recevoir, qu'il n'est pas en moi de le servir au poste où il m'a mis.</p>
+
+<p>»Je le servirai mieux dans mes foyers en me consacrant par mes écrits
+et par mes exemples à l'éducation de mes enfants, car il ne manque à
+la révolution que des hommes.»</p>
<p><a id="footnote44" name="footnote44"></a>
-<b><a href="#footnotetag44">44</a></b>: Compte rendu la Convention par le ministre de la
+<b><a href="#footnotetag44">44</a></b>: Compte rendu à la Convention par le ministre de la
justice.</p>
<p><a id="footnote45" name="footnote45"></a>
@@ -31238,68 +31193,68 @@ dans le <cite>Moniteur universel</cite> du jeudi 24 janvier 1793:</p>
<p class="entete"><i>Commune de Paris.</i></p>
-<p>Du 22.&mdash;On rpand dans les lieux publics et dans les socits
+<p>«Du 22.&mdash;On répand dans les lieux publics et dans les sociétés
patriotiques que la fille de Louis est morte, que la femme de Louis
-est transfre de l'htel de la Force la Conciergerie. Le conseil
-gnral m'autorise dmentir tous ces bruits. La fille de Louis n'est
-pas malade; les personnes qu'un dcret renferme au Temple y resteront
-aussi longtemps que ce dcret ne sera pas rapport.</p>
+est transférée de l'hôtel de la Force à la Conciergerie. Le conseil
+général m'autorise à démentir tous ces bruits. La fille de Louis n'est
+pas malade; les personnes qu'un décret renferme au Temple y resteront
+aussi longtemps que ce décret ne sera pas rapporté.</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Ral</span>, premier substitut.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Réal</span>, premier substitut.»</p>
<p><a id="footnote46" name="footnote46"></a>
-<b><a href="#footnotetag46">46</a></b>: <i>Commune de Paris.</i>&mdash;Sance du mercredi 23 janvier 1793.</p>
+<b><a href="#footnotetag46">46</a></b>: <i>Commune de Paris.</i>&mdash;Séance du mercredi 23 janvier 1793.</p>
-<p>Le conseil gnral entend la lecture d'un arrt du conseil du Temple
-qui renvoie au conseil gnral se prononcer sur deux demandes faites
+<p>«Le conseil général entend la lecture d'un arrêté du conseil du Temple
+qui renvoie au conseil général à se prononcer sur deux demandes faites
par Antoinette.</p>
-<p>La premire d'un habillement de deuil trs-simple pour elle, sa
-s&oelig;ur et ses enfants. Le conseil gnral arrte qu'il sera fait
-droit cette demande.</p>
+<p>»La première d'un habillement de deuil très-simple pour elle, sa
+s&oelig;ur et ses enfants. Le conseil général arrête qu'il sera fait
+droit à cette demande.</p>
-<p>Sur la seconde, ce que Clry soit plac auprs de son fils, comme
-il l'tait primitivement, le conseil gnral prononce l'ajournement.</p>
+<p>»Sur la seconde, à ce que Cléry soit placé auprès de son fils, comme
+il l'était primitivement, le conseil général prononce l'ajournement.»</p>
<p><a id="footnote47" name="footnote47"></a>
-<b><a href="#footnotetag47">47</a></b>: Voir, la fin du volume, les Pices justificatives, n<sup>o</sup>
+<b><a href="#footnotetag47">47</a></b>: Voir, à la fin du volume, les Pièces justificatives, n<sup>o</sup>
<a href="#doc4">IV</a>.</p>
<p><a id="footnote48" name="footnote48"></a>
<b><a href="#footnotetag48">48</a></b>: Voici les quatre premiers couplets de cette &oelig;uvre
-modeste, qui emprunte aux circonstances un touchant intrt:</p>
+modeste, qui emprunte aux circonstances un touchant intérêt:</p>
<div class="poem10">
-<p class="add1em">LA PIT FILIALE.</p>
+<p class="add1em">LA PIÉTÉ FILIALE.</p>
-<p>Eh quoi! tu pleures, ma mre!<br>
- Dans tes regards fixs sur moi<br>
+<p>Eh quoi! tu pleures, ô ma mère!<br>
+ Dans tes regards fixés sur moi<br>
Se peignent l'amour et l'effroi:<br>
- J'y vois ton me tout entire.<br>
+ J'y vois ton âme tout entière.<br>
Des maux que ton fils a soufferts<br>
Pourquoi te retracer l'image?<br>
- Puisque ma mre les partage,<br>
+ Puisque ma mère les partage,<br>
Puis-je me plaindre de mes fers?</p>
-<p>Des fers! Louis! ton courage<br>
+<p>Des fers! ô Louis! ton courage<br>
Les ennoblit en les portant.<br>
Ton fils n'a plus, en cet instant,<br>
- Que tes vertus pour hritage.<br>
- Trne, palais, pouvoir, grandeur,<br>
+ Que tes vertus pour héritage.<br>
+ Trône, palais, pouvoir, grandeur,<br>
Tout a fui pour moi sur la terre;<br>
- Mais je suis auprs de ma mre,<br>
+ Mais je suis auprès de ma mère,<br>
Je connais encor le bonheur.</p>
-<p>Un jour, peut-tre... l'esprance<br>
- Doit tre permise au malheur;<br>
+<p>Un jour, peut-être... l'espérance<br>
+ Doit être permise au malheur;<br>
Un jour, en faisant son bonheur,<br>
Je me vengerai de la France.<br>
- Un Dieu favorable ton fils<br>
- Bientt calmera la tempte!<br>
- L'orage qui courbe leur tte<br>
- Ne dtruira jamais les lis.</p>
+ Un Dieu favorable à ton fils<br>
+ Bientôt calmera la tempête!<br>
+ L'orage qui courbe leur tête<br>
+ Ne détruira jamais les lis.</p>
-<p>Hlas! si du poids de nos chanes<br>
+<p>Hélas! si du poids de nos chaînes<br>
Le ciel daigne nous affranchir,<br>
Nos c&oelig;urs doubleront le plaisir<br>
Par le souvenir de nos peines.<br>
@@ -31310,280 +31265,280 @@ modeste, qui emprunte aux circonstances un touchant intrt:</p>
</div>
<p><a id="footnote49" name="footnote49"></a>
-<b><a href="#footnotetag49">49</a></b>: <cite>Quelques souvenirs ou notes fidles sur mon service au
-Temple, depuis le 8 dcembre 1792 jusqu'au 26 mars 1793.</cite> 2<sup>e</sup> dition.
+<b><a href="#footnotetag49">49</a></b>: <cite>Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au
+Temple, depuis le 8 décembre 1792 jusqu'au 26 mars 1793.</cite> 2<sup>e</sup> édition.
Paris, 1817.</p>
<p><a id="footnote50" name="footnote50"></a>
-<b><a href="#footnotetag50">50</a></b>: Nous avions t contraints d'vacuer Aix-la-Chapelle et
-de lever le sige de Mastricht.</p>
+<b><a href="#footnotetag50">50</a></b>: Nous avions été contraints d'évacuer Aix-la-Chapelle et
+de lever le siége de Maëstricht.</p>
<p><a id="footnote51" name="footnote51"></a>
<b><a href="#footnotetag51">51</a></b>: La Reine voulut aussi remercier M. de Jarjayes et lui
-expliquer les motifs de son refus. Elle lui crivit de sa main le
+expliquer les motifs de son refus. Elle lui écrivit de sa main le
billet suivant, qu'elle chargea Toulan de lui remettre; billet
-admirable que M. Chauveau-Lagarde fit, le premier, connatre dans sa
-<cite>Note historique sur les procs de Marie-Antoinette et de Madame
-lisabeth</cite>.</p>
-
-<p><em>Nous avons fait un beau rve. Voil tout. Mais nous y avons beaucoup
-gagn en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre
-entier dvouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous
-trouverez toujours en moi du caractre et du courage; mais l'intrt
+admirable que M. Chauveau-Lagarde fit, le premier, connaître dans sa
+<cite>Note historique sur les procès de Marie-Antoinette et de Madame
+Élisabeth</cite>.</p>
+
+<p>«<em>Nous avons fait un beau rêve. Voilà tout. Mais nous y avons beaucoup
+gagné en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre
+entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous
+trouverez toujours en moi du caractère et du courage; mais l'intérêt
de mon fils est le seul qui me guide. Quelque bonheur que j'eusse
-prouv tre hors d'ici, je ne peux consentir me sparer de lui.
-Je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, et cette ide ne me
-laisse pas mme un regret.</em></p>
+éprouvé à être hors d'ici, je ne peux consentir à me séparer de lui.
+Je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, et cette idée ne me
+laisse pas même un regret.</em>»</p>
<p><a id="footnote52" name="footnote52"></a>
-<b><a href="#footnotetag52">52</a></b>: Le billet de la Reine adress Monsieur tait ainsi
-conu:</p>
+<b><a href="#footnotetag52">52</a></b>: Le billet de la Reine adressé à Monsieur était ainsi
+conçu:</p>
-<p>Ayant un tre fidle sur lequel nous pouvons compter, j'en profite
-pour envoyer mon frre et ami ce dpt qui ne peut tre confi
+<p>«Ayant un être fidèle sur lequel nous pouvons compter, j'en profite
+pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt qui ne peut être confié
qu'entre ses mains. Le porteur vous dira par quel miracle nous avons
-pu avoir ces prcieux gages; je me rserve de vous dire moi-mme un
-jour le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilit o nous
-avons t jusqu' prsent de pouvoir vous donner de nos nouvelles, et
-l'excs de nos malheurs, nous fait sentir encore plus vivement notre
-cruelle sparation; puisse-t-elle n'tre pas longue! Je vous embrasse,
+pu avoir ces précieux gages; je me réserve de vous dire moi-même un
+jour le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilité où nous
+avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles, et
+l'excès de nos malheurs, nous fait sentir encore plus vivement notre
+cruelle séparation; puisse-t-elle n'être pas longue! Je vous embrasse,
en attendant, comme je vous aime, et vous savez que c'est de tout mon
c&oelig;ur.</p>
-<p class="author">M. A.</p>
+<p class="author">»M. A.»</p>
-<p>Au bas de ce billet, Marie-Thrse crivit ces deux lignes:</p>
+<p>Au bas de ce billet, Marie-Thérèse écrivit ces deux lignes:</p>
-<p>Je suis charge pour mon frre et moi de vous embrasser de tout notre
+<p>«Je suis chargée pour mon frère et moi de vous embrasser de tout notre
c&oelig;ur.</p>
-<p class="author">M. T.</p>
+<p class="author">«M. T.»</p>
-<p>Voici le billet adress par la Reine au comte d'Artois:</p>
+<p>Voici le billet adressé par la Reine au comte d'Artois:</p>
-<p>Ayant trouv enfin le moyen de confier notre frre un des seuls
-gages qui nous restent de l'tre que nous chrissions et pleurons
+<p>«Ayant trouvé enfin le moyen de confier à notre frère un des seuls
+gages qui nous restent de l'être que nous chérissions et pleurons
tous, j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui
-vnt de lui; gardez-le en signe de l'amiti la plus tendre, avec
+vînt de lui; gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre, avec
laquelle je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p class="author">M. A.</p>
+<p class="author">«M. A.»</p>
<p><a id="footnote53" name="footnote53"></a>
-<b><a href="#footnotetag53">53</a></b>: M. de Jarjayes se rendit d'abord Turin, o le roi de
-Sardaigne le retint et l'employa auprs de sa personne. C'est ce
-prince qui envoya lui-mme Monsieur, par un courrier extraordinaire,
-les dpches de M. de Jarjayes. Monsieur crivit de sa main M. de
-Jarjayes une lettre date de Hamm, le 14 mai 1793, dans laquelle il
+<b><a href="#footnotetag53">53</a></b>: M. de Jarjayes se rendit d'abord à Turin, où le roi de
+Sardaigne le retint et l'employa auprès de sa personne. C'est ce
+prince qui envoya lui-même à Monsieur, par un courrier extraordinaire,
+les dépêches de M. de Jarjayes. Monsieur écrivit de sa main à M. de
+Jarjayes une lettre datée de Hamm, le 14 mai 1793, dans laquelle il
lui exprime ainsi ses sentiments:</p>
-<p>Vous m'avez procur le bien le plus prcieux que j'aie au monde, la
-seule vritable consolation que j'aie prouve depuis nos malheurs.</p>
+<p>«Vous m'avez procuré le bien le plus précieux que j'aie au monde, la
+seule véritable consolation que j'aie éprouvée depuis nos malheurs.</p>
-<p>Combien leur billet et l'autre gage de leur amiti, de leur
-confiance, ont pntr mon c&oelig;ur des plus doux sentiments!...</p>
+<p>»Combien leur billet et l'autre gage de leur amitié, de leur
+confiance, ont pénétré mon c&oelig;ur des plus doux sentiments!...</p>
-<p>Je ne puis qu'approuver les raisons qui vous font rester en Pimont.
-Continuez servir notre jeune et malheureux Roi comme vous avez servi
-le frre que je pleurerai toute ma vie.</p>
+<p>»Je ne puis qu'approuver les raisons qui vous font rester en Piémont.
+Continuez à servir notre jeune et malheureux Roi comme vous avez servi
+le frère que je pleurerai toute ma vie.»</p>
<p><a id="footnote54" name="footnote54"></a>
-<b><a href="#footnotetag54">54</a></b>: Municipalit de Paris.</p>
+<b><a href="#footnotetag54">54</a></b>: Municipalité de Paris.</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des dlibrations du conseil gnral du 1<sup>er</sup>
-avril 1793, II<sup>e</sup> de la Rpublique.</i></p>
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil général du 1<sup>er</sup>
+avril 1793, II<sup>e</sup> de la République.</i></p>
-<p>Sur le rquisitoire du procureur de la Commune,</p>
+<p>«Sur le réquisitoire du procureur de la Commune,</p>
-<p>Le conseil gnral arrte:</p>
+<p>»Le conseil général arrête:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Qu'aucune personne de garde au Temple ou autrement ne pourra y
+<p>»1<sup>o</sup> Qu'aucune personne de garde au Temple ou autrement ne pourra y
dessiner quoi que ce soit, et que si quelqu'un est saisi en
-contravention au prsent arrt, il sera sur-le-champ mis en tat
-d'arrestation et amen au conseil gnral, faisant en cette partie les
+contravention au présent arrêté, il sera sur-le-champ mis en état
+d'arrestation et amené au conseil général, faisant en cette partie les
fonctions de gouverneur;</p>
-<p>2<sup>o</sup> Enjoint aux commissaires du conseil de service au Temple de ne
-tenir aucune conversation familire avec les personnes dtenues, comme
+<p>»2<sup>o</sup> Enjoint aux commissaires du conseil de service au Temple de ne
+tenir aucune conversation familière avec les personnes détenues, comme
aussi de ne se charger d'aucune commission pour elles;</p>
-<p>3<sup>o</sup> Dfenses sont pareillement faites auxdits commissaires de rien
-changer ou innover aux anciens rglements pour la police de
-l'intrieur du Temple;</p>
+<p>»3<sup>o</sup> Défenses sont pareillement faites auxdits commissaires de rien
+changer ou innover aux anciens règlements pour la police de
+l'intérieur du Temple;</p>
-<p>4<sup>o</sup> Qu'aucun employ au service du Temple ne pourra entrer dans la
+<p>»4<sup>o</sup> Qu'aucun employé au service du Temple ne pourra entrer dans la
tour;</p>
-<p>5<sup>o</sup> Qu'il y aura deux commissaires auprs des prisonniers;</p>
+<p>»5<sup>o</sup> Qu'il y aura deux commissaires auprès des prisonniers;</p>
-<p>6<sup>o</sup> Que Tison ni sa femme ne pourront sortir de la tour ni
+<p>»6<sup>o</sup> Que Tison ni sa femme ne pourront sortir de la tour ni
communiquer avec qui que ce soit du dehors;</p>
-<p>7<sup>o</sup> Qu'aucun commissaire au Temple ne pourra envoyer ou recevoir de
-lettres sans qu'elles aient t pralablement lues au conseil du
+<p>»7<sup>o</sup> Qu'aucun commissaire au Temple ne pourra envoyer ou recevoir de
+lettres sans qu'elles aient été préalablement lues au conseil du
Temple;</p>
-<p>8<sup>o</sup> Lorsque les prisonniers se promneront sur la plate-forme de la
-Tour, ils seront toujours accompagns de trois commissaires et du
+<p>»8<sup>o</sup> Lorsque les prisonniers se promèneront sur la plate-forme de la
+Tour, ils seront toujours accompagnés de trois commissaires et du
commandant du poste, qui les surveilleront scrupuleusement;</p>
-<p>9<sup>o</sup> Que, conformment aux prcdents arrts, les membres du conseil
-qui seront nomms pour faire le service du Temple passeront la
-censure du conseil gnral, et sur la rclamation non motive d'un
-seul membre, ils ne pourront tre admis;</p>
+<p>»9<sup>o</sup> Que, conformément aux précédents arrêtés, les membres du conseil
+qui seront nommés pour faire le service du Temple passeront à la
+censure du conseil général, et sur la réclamation non motivée d'un
+seul membre, ils ne pourront être admis;</p>
-<p>10<sup>o</sup> Enfin, que le dpartement des travaux publics fera excuter dans
-le jour de demain les travaux mentionns dans son arrt du 26 mars
+<p>»10<sup>o</sup> Enfin, que le département des travaux publics fera exécuter dans
+le jour de demain les travaux mentionnés dans son arrêté du 26 mars
dernier.</p>
-<p class="author"><i>Sign</i>: <span class="smcap">Pache</span>, maire.<br>
- <span class="smcap">Coulombeau</span>, secrtaire greffier.</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Pache</span>, maire.<br>
+ »<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire greffier.</p>
-<p>Pour extrait conforme:</p>
+<p>»Pour extrait conforme:</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Coulombeau</span>, secrtaire greffier.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire greffier.</p>
-<p>Copi au registre.</p>
+<p>»Copié au registre.</p>
-<p class="authorsc">Yon.</p>
+<p class="authorsc">»Yon.»</p>
<p><a id="footnote55" name="footnote55"></a>
<b><a href="#footnotetag55">55</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Dcret de la Convention nationale du 4 avril 1793, l'an
-II de la Rpublique franaise.</i></p>
+<p class="entete"><i>Décret de la Convention nationale du 4 avril 1793, l'an
+II de la République française.</i></p>
-<p>La Convention nationale dcrte que le conseil gnral de la Commune
+<p>»La Convention nationale décrète que le conseil général de la Commune
de Paris fera doubler sur-le-champ la garde du Temple.</p>
-<p>Vrifi par nous, inspecteur des bureaux des procs-verbaux,</p>
+<p>»Vérifié par nous, inspecteur des bureaux des procès-verbaux,</p>
-<p class="authorsc">Delebov.</p>
+<p class="authorsc">»Delebov.</p>
-<p>Collationn l'original par nous, prsident et secrtaire de la
+<p>»Collationné à l'original par nous, président et secrétaire de la
Convention nationale,</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Delmas</span>, prsident.<br>
- <span class="smcap">Mellino</span>, secrtaire.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Delmas</span>, président.<br>
+ »<span class="smcap">Mellino</span>, secrétaire.</p>
-<p>Paris, ce 5 avril 1793, an II de la Rpublique franaise.</p>
+<p>»Paris, ce 5 avril 1793, an II de la République française.»</p>
<p><a id="footnote56" name="footnote56"></a>
-<b><a href="#footnotetag56">56</a></b>: Voici ce qui se passa au conseil gnral de la Commune
-l'occasion de cette dnonciation:</p>
+<b><a href="#footnotetag56">56</a></b>: Voici ce qui se passa au conseil général de la Commune à
+l'occasion de cette dénonciation:</p>
-<p>Un des commissaires du Temple fait lecture d'un procs-verbal dress
-au Temple en prsence du maire, du procureur de la Commune et des
+<p>Un des commissaires du Temple fait lecture d'un procès-verbal dressé
+au Temple en présence du maire, du procureur de la Commune et des
commissaires de service.</p>
-<p>Ce procs-verbal contient deux dclarations faites l'une par Tison,
+<p>Ce procès-verbal contient deux déclarations faites l'une par Tison,
faisant le service du Temple, et l'autre par Anne-Victoire Baudet,
-pouse de Tison, aussi employe au service du Temple.</p>
+épouse de Tison, aussi employée au service du Temple.</p>
-<p>Il rsulte de ces dclarations que quelques membres du conseil,
+<p>Il résulte de ces déclarations que quelques membres du conseil,
savoir: Toulan, Lepitre, Brunot, Moelle, Vincent, entrepreneur de
-btiments, et le mdecin du Temple, sont suspects d'avoir eu des
-confrences secrtes avec les prisonniers du Temple; de leur avoir
-fourni de la cire et des pains cacheter, des crayons, du papier, et
-enfin d'avoir favoris des correspondances secrtes.</p>
+bâtiments, et le médecin du Temple, sont suspectés d'avoir eu des
+conférences secrètes avec les prisonniers du Temple; de leur avoir
+fourni de la cire et des pains à cacheter, des crayons, du papier, et
+enfin d'avoir favorisé des correspondances secrètes.</p>
-<p>Toulan et Vincent requirent qu' l'instant il soit nomm des
-commissaires pour apposer les scells chez eux.</p>
+<p>Toulan et Vincent requièrent qu'à l'instant il soit nommé des
+commissaires pour apposer les scellés chez eux.</p>
-<p>En consquence, le conseil gnral nomme Cailleux et Jrme pour se
-transporter l'instant chez le citoyen Toulan, l'effet d'apposer
-les scells sur ses papiers.</p>
+<p>En conséquence, le conseil général nomme Cailleux et Jérôme pour se
+transporter à l'instant chez le citoyen Toulan, à l'effet d'apposer
+les scellés sur ses papiers.</p>
-<p>Nomme pareillement Favanne et Souard pour se transporter l'instant
-chez le citoyen Vincent, l'effet d'apposer les scells sur ses
-papiers, en exceptant ceux qui ont rapport la commission des blesss
-du 10 aot, dont il est charg.</p>
+<p>Nomme pareillement Favanne et Souard pour se transporter à l'instant
+chez le citoyen Vincent, à l'effet d'apposer les scellés sur ses
+papiers, en exceptant ceux qui ont rapport à la commission des blessés
+du 10 août, dont il est chargé.</p>
-<p>A la charge par ces quatre commissaires de requrir le juge de paix de
+<p>A la charge par ces quatre commissaires de requérir le juge de paix de
la section sur laquelle ils se trouveront, pour les assister dans
-leurs oprations.</p>
+leurs opérations.</p>
<p>Quant aux citoyens suspects et absents, savoir: Lepitre, Moelle,
-Brunot et le mdecin, le conseil gnral arrte que les
-administrateurs de police feront l'instant apposer les scells sur
+Brunot et le médecin, le conseil général arrête que les
+administrateurs de police feront à l'instant apposer les scellés sur
leurs papiers.</p>
-<p>Et sur le rquisitoire du procureur de la Commune, le conseil gnral
-nomme Follope, Minier, Louvet et Benot, l'effet de se transporter
+<p>Et sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général
+nomme Follope, Minier, Louvet et Benoît, à l'effet de se transporter
sur-le-champ au Temple, pour, dans les appartements des prisonniers,
faire toutes visites et recherches qu'ils jugeront convenables, comme
aussi de fouiller lesdits prisonniers.</p>
-<p>Arrte en outre que ces mmes commissaires lveront les scells
-apposs sur l'appartement du dfunt Louis Capet, pour y faire
-galement toutes recherches ncessaires.</p>
+<p>Arrête en outre que ces mêmes commissaires lèveront les scellés
+apposés sur l'appartement du défunt Louis Capet, pour y faire
+également toutes recherches nécessaires.</p>
-<p>Hbert, substitut du procureur syndic, a t nomm avec les autres
+<p>Hébert, substitut du procureur syndic, a été nommé avec les autres
commissaires pour aller faire des recherches chez les prisonniers du
-Temple.</p>
+Temple.»</p>
-<p>(Sance du 20 avril 1793.)</p>
+<p>(Séance du 20 avril 1793.)</p>
<p><a id="footnote57" name="footnote57"></a>
-<b><a href="#footnotetag57">57</a></b>: <cite>Fragments historiques sur la captivit de la famille
-royale</cite>, par <span class="smcap">Turgy</span>, publis par Eckard, la suite de ses <cite>Mmoires
-historiques sur Louis XVII</cite>, troisime dition.</p>
+<b><a href="#footnotetag57">57</a></b>: <cite>Fragments historiques sur la captivité de la famille
+royale</cite>, par <span class="smcap">Turgy</span>, publiés par Eckard, à la suite de ses <cite>Mémoires
+historiques sur Louis XVII</cite>, troisième édition.</p>
<p><a id="footnote58" name="footnote58"></a>
<b><a href="#footnotetag58">58</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du procs-verbal dress par les commissaires nomms
+<p class="entete"><i>Extrait du procès-verbal dressé par les commissaires nommés à
l'effet de faire une perquisition exacte chez les prisonniers
- dtenus la tour du Temple.</i></p>
+ détenus à la tour du Temple.</i></p>
-<p>Aujourd'hui 20 avril 1793, dix heures trois quarts du soir, en
-excution de l'arrt du conseil gnral, nous, soussigns, nous
-sommes transports la tour du Temple, o, l'heure susdite, sommes
-monts l'appartement tant de Marie-Antoinette, veuve Capet, que de
+<p>«Aujourd'hui 20 avril 1793, à dix heures trois quarts du soir, en
+exécution de l'arrêté du conseil général, nous, soussignés, nous
+sommes transportés à la tour du Temple, où, à l'heure susdite, sommes
+montés à l'appartement tant de Marie-Antoinette, veuve Capet, que de
ses enfants, pour commencer la visite des meubles et la perquisition
sur les personnes comme il suit:</p>
-<p>D'abord, entrs dans la chambre de ladite veuve Capet, avons fouill
-dans les meubles, o nous n'avons trouv rien de suspect. Sur une
-table de nuit seulement, avons trouv un petit livre intitul:
-<cite>Journe du chrtien</cite>, o toit une image colorie en rouge,
-reprsentant d'un ct un c&oelig;ur embras, travers d'une pe et
-entour d'toiles, avec cette lgende: <i>Cor Mari, ora pro nobis</i>; de
-l'autre ct, une couronne d'pines et une croix au-dessus du c&oelig;ur
-avec cette lgende: <i>Cor Jesu, miserere nobis</i>. Avons trouv de plus
-une feuille imprime, de quatre pages, intitule: <cite>Conscration de la
-France au sacr C&oelig;ur de Jsus</cite>; elle commence par ces mots: O
-Jsus-Christ! On y remarque les passages suivants: Tous les c&oelig;urs
-de ce royaume, depuis le c&oelig;ur de notre auguste Monarque jusqu'
-celui du plus pauvre de ses sujets, nous les runissons par les dsirs
-de la charit pour vous les offrir tous ensemble... Oui, C&oelig;ur de
-Jsus, nous vous offrons notre patrie tout entire et les c&oelig;urs de
+<p>»D'abord, entrés dans la chambre de ladite veuve Capet, avons fouillé
+dans les meubles, où nous n'avons trouvé rien de suspect. Sur une
+table de nuit seulement, avons trouvé un petit livre intitulé:
+<cite>Journée du chrétien</cite>, où étoit une image coloriée en rouge,
+représentant d'un côté un c&oelig;ur embrasé, traversé d'une épée et
+entouré d'étoiles, avec cette légende: «<i>Cor Mariæ, ora pro nobis</i>; de
+l'autre côté, une couronne d'épines et une croix au-dessus du c&oelig;ur
+avec cette légende: <i>Cor Jesu, miserere nobis</i>. Avons trouvé de plus
+une feuille imprimée, de quatre pages, intitulée: <cite>Consécration de la
+France au sacré C&oelig;ur de Jésus</cite>; elle commence par ces mots: «O
+Jésus-Christ!» On y remarque les passages suivants: «Tous les c&oelig;urs
+de ce royaume, depuis le c&oelig;ur de notre auguste Monarque jusqu'à
+celui du plus pauvre de ses sujets, nous les réunissons par les désirs
+de la charité pour vous les offrir tous ensemble... Oui, C&oelig;ur de
+Jésus, nous vous offrons notre patrie tout entière et les c&oelig;urs de
tous vos enfants... O Vierge sainte! ils sont maintenant entre vos
-mains; nous vous les avons remis en nous consacrant vous comme
-notre protectrice et notre mre; aujourd'hui, nous vous en
-supplions, offrez-les au c&oelig;ur de Jsus... Ah! prsents par vous,
-il les recevra, il leur pardonnera, il les bnira, il les sanctifiera,
-il sauvera la France tout entire, il y fera revivre la sainte
-religion. Ainsi soit-il, ainsi soit-il!</p>
-
-<p>Dans les poches de Marie-Antoinette toit un portefeuille en maroquin
-rouge, o nous n'avons reconnu digne de description qu'un des
-feuillets en peau anglaise, sur lequel toit crit au crayon ce qui
-suit: Brugnier, quai de l'Horloge, n<sup>o</sup> 65 (et autres noms et demeures
-de diffrentes personnes dont les prisonniers pouvoient avoir
-besoin). Plus, dans les mmes poches, un ncessaire roul, et dans
-lequel toit un porte-crayon d'acier non garni de crayon...</p>
-
-<p>Avons fait ensuite perquisition dans la chambre qu'occupe
-lisabeth-Marie, s&oelig;ur de feu Louis Capet, o nous n'avons rien
-trouv de suspect; seulement avons dcouvert dans une cassette un
-bton de cire rouge cacheter qui avoit dj servi, avec de la poudre
-de buis dans le mme papier... Et environ deux heures aprs minuit,
-avons clos le prsent procs-verbal en prsence desdites dames, qui
-ont sign avec nous.</p>
-
-<p class="author"><i>Ainsi sign</i>: <span class="smcap">Marie-Antoinette</span>, <span class="smcap">lisabeth-Marie</span>;<br>
- <span class="smcap">Benot</span>, etc., etc.</p>
+mains; nous vous les avons remis en nous consacrant à vous comme à
+notre protectrice et à notre mère; aujourd'hui, nous vous en
+supplions, offrez-les au c&oelig;ur de Jésus... Ah! présentés par vous,
+il les recevra, il leur pardonnera, il les bénira, il les sanctifiera,
+il sauvera la France tout entière, il y fera revivre la sainte
+religion. Ainsi soit-il, ainsi soit-il!»</p>
+
+<p>»Dans les poches de Marie-Antoinette étoit un portefeuille en maroquin
+rouge, où nous n'avons reconnu digne de description qu'un des
+feuillets en peau anglaise, sur lequel étoit écrit au crayon ce qui
+suit: «Brugnier, quai de l'Horloge, n<sup>o</sup> 65 (et autres noms et demeures
+de différentes personnes dont les prisonniers pouvoient avoir
+besoin).» Plus, dans les mêmes poches, un nécessaire roulé, et dans
+lequel étoit un porte-crayon d'acier non garni de crayon...</p>
+
+<p>»Avons fait ensuite perquisition dans la chambre qu'occupe
+Élisabeth-Marie, s&oelig;ur de feu Louis Capet, où nous n'avons rien
+trouvé de suspect; seulement avons découvert dans une cassette un
+bâton de cire rouge à cacheter qui avoit déjà servi, avec de la poudre
+de buis dans le même papier... Et environ deux heures après minuit,
+avons clos le présent procès-verbal en présence desdites dames, qui
+ont signé avec nous.</p>
+
+<p class="author">»<i>Ainsi signé</i>: <span class="smcap">Marie-Antoinette</span>, <span class="smcap">Élisabeth-Marie</span>;<br>
+ <span class="smcap">Benoît</span>, etc., etc.»</p>
<p><a id="footnote59" name="footnote59"></a>
<b><a href="#footnotetag59">59</a></b>: Rue Richelieu, au coin de la rue des
@@ -31591,1573 +31546,1573 @@ Filles-Saint-Thomas.</p>
<p><a id="footnote60" name="footnote60"></a>
<b><a href="#footnotetag60">60</a></b>: Il est bon de faire remarquer ici que le nombre des
-municipaux envoys au Temple varia plusieurs fois. D'abord on en
-envoya quatre, puis huit l'poque du procs de Louis XVI; six aprs
+municipaux envoyés au Temple varia plusieurs fois. D'abord on en
+envoya quatre, puis huit à l'époque du procès de Louis XVI; six après
le 21 janvier; plus tard huit encore, ensuite quatre, puis trois. Le
-nombre variait suivant la gravit des circonstances.</p>
+nombre variait suivant la gravité des circonstances.</p>
<p>Il devint quelquefois si difficile de trouver des commissaires pour
-aller au Temple qu'il fallait recourir des mesures de rigueur pour
-triompher de la rsistance des rcalcitrants. L'amende et la
-dnonciation du citoyen peu zl sa section ne suffirent pas
-longtemps. Le conseil gnral se vit contraint de prendre la dcision
-suivante, la date du 12 septembre 1793:</p>
+aller au Temple qu'il fallait recourir à des mesures de rigueur pour
+triompher de la résistance des récalcitrants. L'amende et la
+dénonciation du citoyen peu zélé à sa section ne suffirent pas
+longtemps. Le conseil général se vit contraint de prendre la décision
+suivante, à la date du 12 septembre 1793:</p>
-<p>Le conseil gnral arrte que lorsqu'un de ses membres auquel il aura
-t crit pour aller au Temple refusera ce service, deux gendarmes
-seront chargs de l'aller chercher pour le conduire au Temple;</p>
+<p>«Le conseil général arrête que lorsqu'un de ses membres auquel il aura
+été écrit pour aller au Temple refusera ce service, deux gendarmes
+seront chargés de l'aller chercher pour le conduire au Temple;</p>
-<p>Arrte en outre que le prsent sera mis sur la lettre d'invitation.</p>
+<p>»Arrête en outre que le présent sera mis sur la lettre d'invitation.»</p>
-<p>Cette mesure ne tarda pas trouver son application: Mercredi, 18
-septembre 1793, le conseil arrte l'gard de Forestier la stricte
-excution de son arrt, qui porte que lorsqu'un membre refusera de se
-rendre au Temple, d'aprs l'invitation qui lui en aura t faite par
-crit, il y sera conduit par deux gendarmes;</p>
+<p>Cette mesure ne tarda pas à trouver son application: «Mercredi, 18
+septembre 1793, le conseil arrête à l'égard de Forestier la stricte
+exécution de son arrêté, qui porte que lorsqu'un membre refusera de se
+rendre au Temple, d'après l'invitation qui lui en aura été faite par
+écrit, il y sera conduit par deux gendarmes;</p>
-<p>Arrte en consquence que deux gendarmes iront chercher Forestier.</p>
+<p>»Arrête en conséquence que deux gendarmes iront chercher Forestier.»</p>
-<p>Conformment la mme dcision, deux gendarmes allrent chercher</p>
+<p>Conformément à la même décision, deux gendarmes allèrent chercher</p>
<ul class="none">
-<li>Le municipal Souls, le 26 septembre 1793;</li>
+<li>Le municipal Soulès, le 26 septembre 1793;</li>
<li>Le municipal Mourette, le 3 novembre;</li>
<li>Le municipal Gibert, le 21 novembre;</li>
-<li>Le municipal Follope, le 13 dcembre;</li>
+<li>Le municipal Follope, le 13 décembre;</li>
<li>Le municipal Laurent, le 21 janvier 1794, etc.</li>
</ul>
<p><a id="footnote61" name="footnote61"></a>
-<b><a href="#footnotetag61">61</a></b>: Cet arrt est sign Cambon fils an,&mdash;L. B.
-Guyton,&mdash;Jeanbon Saint-Andr, G. Couthon,&mdash;B. Barre,&mdash;Danton.
+<b><a href="#footnotetag61">61</a></b>: Cet arrêté est signé Cambon fils aîné,&mdash;L. B.
+Guyton,&mdash;Jeanbon Saint-André, G. Couthon,&mdash;B. Barère,&mdash;Danton.
(Archives de l'Empire, armoire de fer, carton 13.)</p>
<p><a id="footnote62" name="footnote62"></a>
-<b><a href="#footnotetag62">62</a></b>: Demand le 14 juin, cet ouvrage avait t mis le 23 la
-disposition des prisonnires.</p>
+<b><a href="#footnotetag62">62</a></b>: Demandé le 14 juin, cet ouvrage avait été mis le 23 à la
+disposition des prisonnières.</p>
-<p class="date">Du vendredi, 14 juin 1793, l'an II de la Rpublique franaise.</p>
+<p class="date">«Du vendredi, 14 juin 1793, l'an II de la République française.</p>
-<p>Sur la demande des commissaires de service au Temple, le conseil
-arrte que Baron, garde de la Bibliothque, fournira sur rcpiss</p>
+<p>»Sur la demande des commissaires de service au Temple, le conseil
+arrête que Baron, garde de la Bibliothèque, fournira sur récépissé</p>
-<p>Les livres ci-aprs:</p>
+<p>»Les livres ci-après:</p>
<ul class="none">
-<li><cite>Dictionnaire historique</cite>, 4 vol. in-8<sup>o</sup>, rel.</li>
-<li>Les n<sup>os</sup> I, II, III et IV des <cite>&OElig;uvres de Voltaire</cite>.</li>
+<li>»<cite>Dictionnaire historique</cite>, 4 vol. in-8<sup>o</sup>, rel.</li>
+<li>»Les n<sup>os</sup> I, II, III et IV des <cite>&OElig;uvres de Voltaire</cite>.</li>
</ul>
-<p class="authorsc">Sillans, Cazenave, Foucaux.</p>
+<p class="authorsc">»Sillans, Cazenave, Foucaux.</p>
-<p>Nous, membres du conseil gnral de la Commune, de service au Temple,
-donnons le rcpiss de quatre volumes intituls: <cite>Dictionnaire
-historique</cite>, <cite>&OElig;uvres de Voltaire</cite>, qui ont t transports la
+<p>»Nous, membres du conseil général de la Commune, de service au Temple,
+donnons le récépissé de quatre volumes intitulés: <cite>Dictionnaire
+historique</cite>, <cite>&OElig;uvres de Voltaire</cite>, qui ont été transportés à la
Tour.</p>
-<p>Fait au conseil du Temple ce 23 juin 1793, l'an II de la Rpublique
-franaise une et indivisible.</p>
+<p>»Fait au conseil du Temple ce 23 juin 1793, l'an II de la République
+française une et indivisible.</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Mennessier</span>, membre du conseil gnral;<br>
- <span class="smcap">Dang</span>.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Mennessier</span>, membre du conseil général;<br>
+ »<span class="smcap">Dangé</span>.»</p>
<p><a id="footnote63" name="footnote63"></a>
-<b><a href="#footnotetag63">63</a></b>: <cite>Fragments historiques sur la captivit de la famille
-royale</cite>, par <span class="smcap">Turgy</span>, publis par Eckard, la suite de ses <cite>Mmoires
-historiques sur Louis XVII</cite>, troisime dition.</p>
+<b><a href="#footnotetag63">63</a></b>: <cite>Fragments historiques sur la captivité de la famille
+royale</cite>, par <span class="smcap">Turgy</span>, publiés par Eckard, à la suite de ses <cite>Mémoires
+historiques sur Louis XVII</cite>, troisième édition.</p>
<p><a id="footnote64" name="footnote64"></a>
<b><a href="#footnotetag64">64</a></b>: Nous donnons ici sans commentaire l'extrait des
-registres du conseil du Temple relatif l'enlvement du Prince.</p>
-
-<p>Le 3 juillet 1793, neuf heures et demie du soir, nous, commissaires
-de service, sommes entrs dans l'appartement de la veuve Capet,
-laquelle nous avons notifi l'arrt du Comit de salut public de la
-Convention nationale du 1<sup>er</sup> du prsent, en l'invitant de s'y
-conformer. Aprs diffrentes instances, la veuve Capet s'est enfin
-dtermine nous remettre son fils, qui a t conduit dans
-l'appartement dsign par l'arrt du conseil de cejourd'hui, et mis
-entre les mains du citoyen Simon, qui s'en est charg. Nous observons
-au surplus que la sparation s'est faite avec toute la sensibilit que
-l'on devait attendre dans cette circonstance, o les magistrats du
-peuple ont eu tous les gards compatibles avec la svrit de leurs
+registres du conseil du Temple relatif à l'enlèvement du Prince.</p>
+
+<p>«Le 3 juillet 1793, neuf heures et demie du soir, nous, commissaires
+de service, sommes entrés dans l'appartement de la veuve Capet, à
+laquelle nous avons notifié l'arrêté du Comité de salut public de la
+Convention nationale du 1<sup>er</sup> du présent, en l'invitant de s'y
+conformer. Après différentes instances, la veuve Capet s'est enfin
+déterminée à nous remettre son fils, qui a été conduit dans
+l'appartement désigné par l'arrêté du conseil de cejourd'hui, et mis
+entre les mains du citoyen Simon, qui s'en est chargé. Nous observons
+au surplus que la séparation s'est faite avec toute la sensibilité que
+l'on devait attendre dans cette circonstance, où les magistrats du
+peuple ont eu tous les égards compatibles avec la sévérité de leurs
fonctions.</p>
-<p class="author"><i>Sign</i>: <span class="smcap">Eudes</span>, <span class="smcap">Gagnant</span>, <span class="smcap">Arnaud</span>, <span class="smcap">Vron</span>,<br>
- <span class="smcap">Cellier</span> et <span class="smcap">Devze</span>.</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Eudes</span>, <span class="smcap">Gagnant</span>, <span class="smcap">Arnaud</span>, <span class="smcap">Véron</span>,<br>
+ <span class="smcap">Cellier</span> et <span class="smcap">Devèze</span>.»</p>
<p><a id="footnote65" name="footnote65"></a>
-<b><a href="#footnotetag65">65</a></b>: Nous possdons les mmoires des mdicaments fournis au
+<b><a href="#footnotetag65">65</a></b>: Nous possédons les mémoires des médicaments fournis au
Temple pendant les mois de mai, juin et juillet, pour
Marie-Antoinette, ses enfants et sa s&oelig;ur, par le citoyen Robert,
-apothicaire autoris par la Commune, et par ordonnance du citoyen
+apothicaire autorisé par la Commune, et par ordonnance du citoyen
docteur Thierry; et nous voyons que pendant tout le mois de juillet il
-y eut des remdes livrs chaque jour pour le fils de Marie-Antoinette.
-(Pices justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc5">V</a>).</p>
+y eut des remèdes livrés chaque jour pour le fils de Marie-Antoinette.
+(Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc5">V</a>).</p>
<p><a id="footnote66" name="footnote66"></a>
-<b><a href="#footnotetag66">66</a></b>: Les commissaires du Temple crivent que la citoyenne
-Tison a la tte aline, ainsi qu'il est constat par les certificats
-des mdecins Thierry et Soup.</p>
+<b><a href="#footnotetag66">66</a></b>: «Les commissaires du Temple écrivent que la citoyenne
+Tison a la tête aliénée, ainsi qu'il est constaté par les certificats
+des médecins Thierry et Soupé.</p>
-<p>Le conseil gnral, d'aprs les observations du maire, et le
-procureur de la Commune entendu, arrte:</p>
+<p>»Le conseil général, d'après les observations du maire, et le
+procureur de la Commune entendu, arrête:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Que la citoyenne Tison sera traite dans l'enclos du Temple et
+<p>»1<sup>o</sup> Que la citoyenne Tison sera traitée dans l'enclos du Temple et
hors de la tour;</p>
-<p>2<sup>o</sup> Qu'elle aura une garde particulire;</p>
+<p>»2<sup>o</sup> Qu'elle aura une garde particulière;</p>
-<p>3<sup>o</sup> Le conseil renvoie l'administration du Temple pour dsigner le
-local. (Conseil gnral de la Commune, sance du 29 juin 1793.)</p>
+<p>»3<sup>o</sup> Le conseil renvoie à l'administration du Temple pour désigner le
+local.» (Conseil général de la Commune, séance du 29 juin 1793.)</p>
-<p>Le conseil du Temple fait part des mesures qu'il a prises
-relativement la maladie de la citoyenne Tison.</p>
+<p>«Le conseil du Temple fait part des mesures qu'il a prises
+relativement à la maladie de la citoyenne Tison.</p>
-<p>Le conseil gnral en adopte les dispositions. (Sance du 1<sup>er</sup>
+<p>»Le conseil général en adopte les dispositions.» (Séance du 1<sup>er</sup>
juillet 1793.)</p>
<p><a id="footnote67" name="footnote67"></a>
-<b><a href="#footnotetag67">67</a></b>: Municipalit de Paris.</p>
+<b><a href="#footnotetag67">67</a></b>: Municipalité de Paris.</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des dlibrations du conseil du Temple.</i></p>
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil du Temple.</i></p>
-<p>Et le mme jour, nous nous sommes informs sur-le-champ d'une garde
-pour l'installer provisoirement. L'on nous a enseign la nomme
+<p>«Et le même jour, nous nous sommes informés sur-le-champ d'une garde
+pour l'installer provisoirement. L'on nous a enseigné la nommée
Jeanne-Charlotte Gourlet, demeurant ordinairement au Temple. Nous
-l'avons accepte, lui avons demand de prter le serment de
-discrtion, et de ne communiquer avec personne, ce qu'elle a promis et
-a fait l'instant, et nous a dclar ne savoir signer.</p>
+l'avons acceptée, lui avons demandé de prêter le serment de
+discrétion, et de ne communiquer avec personne, ce qu'elle a promis et
+a fait à l'instant, et nous a déclaré ne savoir signer.</p>
-<p>Pour copie conforme:</p>
+<p>»Pour copie conforme:</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Mercier</span>, <span class="smcap">Dupaumier</span>, <span class="smcap">Quenet</span>, <span class="smcap">Mac</span>, commissaires.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Mercier</span>, <span class="smcap">Dupaumier</span>, <span class="smcap">Quenet</span>, <span class="smcap">Macé</span>, commissaires.</p>
-<p>Vu et approuv par le conseil gnral de la Commune, ce 1<sup>er</sup>
- juillet 1793, l'an II de la Rpublique une et indivisible.</p>
+<p>»Vu et approuvé par le conseil général de la Commune, ce 1<sup>er</sup>
+ juillet 1793, l'an II de la République une et indivisible.</p>
-<p class="authorsc">Dorat-Cubires.</p>
+<p class="authorsc">»Dorat-Cubières.»</p>
<p>(Archives de l'Empire, carton E, n<sup>o</sup> 6206.)</p>
<p><a id="footnote68" name="footnote68"></a>
-<b><a href="#footnotetag68">68</a></b>: Rcit de Turgy.</p>
+<b><a href="#footnotetag68">68</a></b>: Récit de Turgy.</p>
<p><a id="footnote69" name="footnote69"></a>
-<b><a href="#footnotetag69">69</a></b>: On donne lecture d'une lettre des commissaires de
-service au Temple, accompagne d'un certificat de chirurgiens et
-mdecins, qui attestent que la citoyenne Tison, dont l'esprit est
-altr, a besoin d'tre transfre dans une maison particulire
-destine pour le traitement de ce genre de maladie. Le conseil gnral
-arrte qu'elle sera transfre l'Htel-Dieu et soigne aux frais de
-la Commune. (Conseil gnral de la Commune, sance du 6 juillet
+<b><a href="#footnotetag69">69</a></b>: «On donne lecture d'une lettre des commissaires de
+service au Temple, accompagnée d'un certificat de chirurgiens et
+médecins, qui attestent que la citoyenne Tison, dont l'esprit est
+altéré, a besoin d'être transférée dans une maison particulière
+destinée pour le traitement de ce genre de maladie. Le conseil général
+arrête qu'elle sera transférée à l'Hôtel-Dieu et soignée aux frais de
+la Commune.» (Conseil général de la Commune, séance du 6 juillet
1793.)</p>
<p><a id="footnote70" name="footnote70"></a>
-<b><a href="#footnotetag70">70</a></b>: Rcit de la captivit du Temple.</p>
+<b><a href="#footnotetag70">70</a></b>: Récit de la captivité du Temple.</p>
<p><a id="footnote71" name="footnote71"></a>
-<b><a href="#footnotetag71">71</a></b>: Municipalit de Paris.&mdash;Conseil du Temple.</p>
+<b><a href="#footnotetag71">71</a></b>: Municipalité de Paris.&mdash;Conseil du Temple.</p>
-<p class="date">Du dimanche quatre aot 1793, l'an II de la Rpublique une et indivisible.</p>
+<p class="date">«Du dimanche quatre août 1793, l'an II de la République une et indivisible.</p>
-<p class="smcap">Citoyens collgues,</p>
+<p class="smcap">»Citoyens collègues,</p>
-<p>Le conseil, faisant droit votre demande de ce jour, vous envoie la
-redingote et la jupe demandes, un jupon de dessous galement en
+<p>»Le conseil, faisant droit à votre demande de ce jour, vous envoie la
+redingote et la jupe demandées, un jupon de dessous également en
basin, plus deux paires de bas de filoselle, une paire de chaussettes,
-et le bas tricoter renferm dans une corbeille; le tout inclus dans
-une serviette marque M, coton rouge.</p>
+et le bas à tricoter renfermé dans une corbeille; le tout inclus dans
+une serviette marquée M, coton rouge.</p>
-<p>Il vous plaira donner un reu desdits effets l'ordonnance qui vous
+<p>»Il vous plaira donner un reçu desdits effets à l'ordonnance qui vous
les remettra.</p>
-<p>Vos collgues, les commissaires composant le conseil du Temple.</p>
+<p>»Vos collègues, les commissaires composant le conseil du Temple.</p>
-<p class="authorsc">Jonquoy, Forestier, Sguy, Daubancourt, Faro.</p>
+<p class="authorsc">»Jonquoy, Forestier, Séguy, Daubancourt, Faro.»</p>
-<p>Dpartement de police.&mdash;Commune de Paris.</p>
+<p>Département de police.&mdash;Commune de Paris.</p>
-<p class="date">Le 5 aot 1793, l'an II de la Rpublique franaise une et indivisible.</p>
+<p class="date">«Le 5 août 1793, l'an II de la République française une et indivisible.</p>
-<p>Nous, administrateurs au dpartement de la police, aprs en avoir
-confr avec le citoyen Fouquier-Tinville, accusateur public du
-tribunal rvolutionnaire, invitons nos collgues les membres du
-conseil gnral de la Commune formant le conseil du Temple, faire
-porter chaque jour deux bouteilles d'eau de Ville-d'Avray la veuve
-Capet, dtenue la maison de justice de la Conciergerie, et sur la
+<p>»Nous, administrateurs au département de la police, après en avoir
+conféré avec le citoyen Fouquier-Tinville, accusateur public du
+tribunal révolutionnaire, invitons nos collègues les membres du
+conseil général de la Commune formant le conseil du Temple, à faire
+porter chaque jour deux bouteilles d'eau de Ville-d'Avray à la veuve
+Capet, détenue à la maison de justice de la Conciergerie, et sur la
provision qui vient tous les jours de cette eau au Temple.</p>
-<p class="authorsc">Baudrais, Marino.</p>
+<p class="authorsc">»Baudrais, Marino.»</p>
<p>(Archives de l'Empire, carton E, n<sup>o</sup> 6206.)</p>
<p><a id="footnote72" name="footnote72"></a>
-<b><a href="#footnotetag72">72</a></b>: Prive de ses aiguilles, la Reine tira les fils d'une
-vieille tenture, et l'aide de deux bouts de plume, elle tricota une
-espce de jarretire, que le sieur Bault, concierge de sa prison,
-recueillit avec soin, et qu'il confia M. Hue pour en faire hommage
-Madame Royale, qui le reut avec un respect religieux. (<cite>Dernires
-annes du rgne de Louis XVI.</cite>)</p>
+<b><a href="#footnotetag72">72</a></b>: Privée de ses aiguilles, la Reine tira les fils d'une
+vieille tenture, et à l'aide de deux bouts de plume, elle tricota une
+espèce de jarretière, que le sieur Bault, concierge de sa prison,
+recueillit avec soin, et qu'il confia à M. Hue pour en faire hommage à
+Madame Royale, qui le reçut avec un respect religieux. (<cite>Dernières
+années du règne de Louis XVI.</cite>)</p>
<p><a id="footnote73" name="footnote73"></a>
-<b><a href="#footnotetag73">73</a></b>: On la traitait dj en condamne avant mme qu'elle ft
-juge; voici le procs-verbal de la visite que lui firent les
+<b><a href="#footnotetag73">73</a></b>: On la traitait déjà en condamnée avant même qu'elle fût
+jugée; voici le procès-verbal de la visite que lui firent les
administrateurs de police pour s'emparer, au nom de la nation, de ces
-objets dont on ne se spare ordinairement qu'avec la vie.</p>
+objets dont on ne se sépare ordinairement qu'avec la vie.</p>
-<p>Dpartement de police.&mdash;Commune de Paris.</p>
+<p>Département de police.&mdash;Commune de Paris.</p>
-<p class="date">Du 10 septembre 1793, l'an II<sup>e</sup> de la Rpublique franaise une et
+<p class="date">«Du 10 septembre 1793, l'an II<sup>e</sup> de la République française une et
indivisible.</p>
-<p>Nous, administrateurs au dpartement de police, en vertu de
-l'injonction du comit de sret gnrale de la Convention nationale,
-date d'hier, nous sommes transports la maison de justice de la
-Conciergerie, o tant parvenus la chambre occupe par la veuve
-Capet, l'avons somme, au nom de la loi, de nous remettre ses bagues
-et joyaux, ce qu'elle a fait l'instant, consistant en un anneau d'or
-qui s'ouvre, dans lequel elle a dclar qu'il y avait des cheveux, et
-sur lequel il y a diffrents chiffres; une autre pierre et
-talisman; une autre pivot, maille, ayant une toile d'un ct et
-un T et un L de l'autre, laquelle elle a dclar renfermer aussi des
-cheveux; une autre en forme de petit collier et destine pour le petit
-doigt; une montre d'or rptition et quantime, invente par
-Brguet, Paris, n<sup>o</sup> 46, quai de l'Horloge, marque R. A., ensuite A.
+<p>»Nous, administrateurs au département de police, en vertu de
+l'injonction du comité de sûreté générale de la Convention nationale,
+datée d'hier, nous sommes transportés à la maison de justice de la
+Conciergerie, où étant parvenus à la chambre occupée par la veuve
+Capet, l'avons sommée, au nom de la loi, de nous remettre ses bagues
+et joyaux, ce qu'elle a fait à l'instant, consistant en un anneau d'or
+qui s'ouvre, dans lequel elle a déclaré qu'il y avait des cheveux, et
+sur lequel il y a différents chiffres; une autre à pierre et à
+talisman; une autre à pivot, émaillée, ayant une étoile d'un côté et
+un T et un L de l'autre, laquelle elle a déclaré renfermer aussi des
+cheveux; une autre en forme de petit collier et destinée pour le petit
+doigt; une montre d'or à répétition et à quantième, inventée par
+Bréguet, à Paris, n<sup>o</sup> 46, quai de l'Horloge, marquée R. A., ensuite A.
M., avec une autre aiguille dont nous n'avons connu l'usage, laquelle
-est garnie d'une chane en acier et une branche, avec un cachet en
-or s'ouvrant, dont une partie reprsente un A et un M; un autre cachet
-en acier portant pour empreinte deux flambeaux et pour lgende l'amour
-et la fidlit, et diffrents chiffres sur les cts simulant un
-almanach; un mdaillon en or appendu une petite chane, aussi d'or,
-servant de collier, ledit mdaillon renfermant des cheveux entrelacs;
-un bouton jour qui nous a paru tre d'argent.</p>
-
-<p>Lecture elle faite du prsent, a dit icelui contenir vrit,
-qu'elle y persiste et a sign avec nous et les deux citoyens gendarmes
-de service auprs d'elle, et la citoyenne Harel, aussi de service; le
-citoyen Leblanc, chef du bureau central; la Bussire, secrtaire du
-dpartement de police, et la citoyenne Richard, pouse du citoyen
-Richard, concierge de ladite maison de la Conciergerie; et aprs
-ladite lecture, nous nous sommes aperus qu'il tait dit dans le
-prsent que la montre tait quantime, qu'au contraire elle est
+est garnie d'une chaîne en acier et à une branche, avec un cachet en
+or s'ouvrant, dont une partie représente un A et un M; un autre cachet
+en acier portant pour empreinte deux flambeaux et pour légende l'amour
+et la fidélité, et différents chiffres sur les côtés simulant un
+almanach; un médaillon en or appendu à une petite chaîne, aussi d'or,
+servant de collier, ledit médaillon renfermant des cheveux entrelacés;
+un bouton à jour qui nous a paru être d'argent.</p>
+
+<p>»Lecture à elle faite du présent, a dit icelui contenir vérité,
+qu'elle y persiste et a signé avec nous et les deux citoyens gendarmes
+de service auprès d'elle, et la citoyenne Harel, aussi de service; le
+citoyen Leblanc, chef du bureau central; la Bussière, secrétaire du
+département de police, et la citoyenne Richard, épouse du citoyen
+Richard, concierge de ladite maison de la Conciergerie; et après
+ladite lecture, nous nous sommes aperçus qu'il était dit dans le
+présent que la montre était à quantième, qu'au contraire elle est à
secondes.</p>
-<p><i>Sign</i> la minute:</p>
+<p>»<i>Signé</i> à la minute:</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Marie-Antoinette; des Frennes, Gilbert, Heusse</span>,
- administrateurs; <span class="smcap">Leblanc, la Bussire, Richard</span>
- et <span class="smcap">Harel</span>.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Marie-Antoinette; des Frennes, Gilbert, Heussée</span>,
+ administrateurs; <span class="smcap">Leblanc, la Bussière, Richard</span>
+ et <span class="smcap">Harel</span>.»</p>
-<p>Et l'instant, nous, administrateurs et dnomms d'autre part, nous
-sommes transports au domicile du citoyen Richard, concierge, o tant
-parvenus, nous avons intim l'ordre aux citoyens des Frennes et
-Gilbert, gendarmes, et la citoyenne Harel de se retirer l'instant,
+<p>«Et à l'instant, nous, administrateurs et dénommés d'autre part, nous
+sommes transportés au domicile du citoyen Richard, concierge, où étant
+parvenus, nous avons intimé l'ordre aux citoyens des Frennes et
+Gilbert, gendarmes, et à la citoyenne Harel de se retirer à l'instant,
avec tous les effets qui pourraient leur appartenir, de la chambre
-occupe par la veuve Capet, o ils ont t de garde jusqu' prsent,
-quoi ils ont obi l'instant; et leur avons aussi enjoint de rester
-dans ladite maison de justice jusqu'aprs notre rapport fait nos
-collgues; nous avons aussi enjoint au citoyen Richard, concierge, de
-prendre toutes les mesures et prcautions envers ladite veuve Capet,
+occupée par la veuve Capet, où ils ont été de garde jusqu'à présent, à
+quoi ils ont obéi à l'instant; et leur avons aussi enjoint de rester
+dans ladite maison de justice jusqu'après notre rapport fait à nos
+collègues; nous avons aussi enjoint au citoyen Richard, concierge, de
+prendre toutes les mesures et précautions envers ladite veuve Capet,
qu'il est d'usage et d'obligation de prendre envers ceux qui sont
-dtenus au secret; avons pareillement enjoint au commandant du poste
-de la gendarmerie, appel cet effet, de faire poser l'instant un
-factionnaire la porte de ladite chambre de la veuve Capet, et en
+détenus au secret; avons pareillement enjoint au commandant du poste
+de la gendarmerie, appelé à cet effet, de faire poser à l'instant un
+factionnaire à la porte de ladite chambre de la veuve Capet, et en
dehors, lequel aura pour consigne de ne laisser parler, ni
communiquer, ni approcher personne de ladite porte, que le citoyen
-concierge et son pouse, et un autre factionnaire dans la cour, prs
-les fentres de ladite chambre occupe par la veuve Capet, lequel aura
-pour consigne de ne laisser approcher personne la distance de dix
+concierge et son épouse, et un autre factionnaire dans la cour, près
+les fenêtres de ladite chambre occupée par la veuve Capet, lequel aura
+pour consigne de ne laisser approcher personne à la distance de dix
pas, et ne laisser parler ni communiquer qui que ce soit, sous tel
-prtexte que ce puisse tre, laquelle consigne a t donne
-l'instant, et les factionnaires poss suivant le rapport dudit citoyen
-commandant du poste et du brigadier de service la grande rserve,
-laquelle consigne ledit citoyen commandant s'oblige de faire excuter
-de releve en releve, et transmettre celui par qui il sera
-remplac.</p>
+prétexte que ce puisse être, laquelle consigne a été donnée à
+l'instant, et les factionnaires posés suivant le rapport dudit citoyen
+commandant du poste et du brigadier de service à la grande réserve,
+laquelle consigne ledit citoyen commandant s'oblige de faire exécuter
+de relevée en relevée, et transmettre à celui par qui il sera
+remplacé.</p>
-<p>Lecture eux faite du prsent, ont dit icelui contenir vrit,
-qu'ils satisferaient au contenu, et ont sign avec nous.</p>
+<p>»Lecture à eux faite du présent, ont dit icelui contenir vérité,
+qu'ils satisferaient au contenu, et ont signé avec nous.</p>
-<p><i>Sign</i> la minute:</p>
+<p>»<i>Signé</i> à la minute:</p>
-<p class="author"><span class="smcap">De Busne, Lecomte, Leblanc, Harel, Gilbert,
- des Frennes, Richard, la Bussire</span> et <span class="smcap">Heusse</span>,
+<p class="author">»<span class="smcap">De Busne, Lecomte, Leblanc, Harel, Gilbert,
+ des Frennes, Richard, la Bussière</span> et <span class="smcap">Heussée</span>,
administrateurs.</p>
-<p>Pour copie conforme l'original:</p>
+<p>»Pour copie conforme à l'original:</p>
-<p class="authorsc">N. Froidure.</p>
+<p class="authorsc">»N. Froidure.»</p>
<p><a id="footnote74" name="footnote74"></a>
-<b><a href="#footnotetag74">74</a></b>: Citoyens collgues, Marie-Antoinette me charge de lui
-faire passer quatre chemises et une paire de souliers non numrots,
+<b><a href="#footnotetag74">74</a></b>: «Citoyens collègues, Marie-Antoinette me charge de lui
+faire passer quatre chemises et une paire de souliers non numérotés,
dont elle a un pressant besoin.</p>
-<p>J'espre que vous voudrez bien les faire remettre au porteur de la
-prsente.</p>
+<p>»J'espère que vous voudrez bien les faire remettre au porteur de la
+présente.</p>
-<p>Je suis avec fraternit,</p>
+<p>»Je suis avec fraternité,</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Michonis</span>.<br>
- De la Conciergerie, ce 19 aot.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Michonis</span>.<br>
+ »De la Conciergerie, ce 19 août.»</p>
<p>(Archives de l'Empire, carton E, n<sup>o</sup> 6206.)</p>
<p>Commune de Paris.</p>
-<p class="date">Le 26 septembre 1793, l'an II de la Rpublique une et
- indivisible.</p>
+<p class="date">«Le 26 septembre 1793, l'an II de la République une et
+ indivisible.»</p>
-<p>Citoyens, nos collgues, sur la demande qui nous a t faite par la
-veuve Capet de diffrents objets relatifs des besoins de vtements,
-l'administration de police vous invite faire des recherches dans
-tout ce qui reste d'habillements au Temple l'usage de la veuve
-Capet, afin de savoir si les articles qui lui sont ncessaires et
+<p>«Citoyens, nos collègues, sur la demande qui nous a été faite par la
+veuve Capet de différents objets relatifs à des besoins de vêtements,
+l'administration de police vous invite à faire des recherches dans
+tout ce qui reste d'habillements au Temple à l'usage de la veuve
+Capet, afin de savoir si les articles qui lui sont nécessaires et
qu'elle demande sont dans la garde-robe qui est au Temple, et, dans le
-cas o ils y seraient, de nous les envoyer de suite, attendu qu'il en
-rsultera une conomie.</p>
+cas où ils y seraient, de nous les envoyer de suite, attendu qu'il en
+résultera une économie.</p>
-<p>Nous vous envoyons ci-joint la note des objets.</p>
+<p>»Nous vous envoyons ci-joint la note des objets.</p>
-<p class="author">Les administrateurs de police,<br>
- <span class="smcap">Mennessier, Cailleux</span>.</p>
+<p class="author">»Les administrateurs de police,<br>
+ »<span class="smcap">Mennessier, Cailleux</span>.»</p>
<p>(Archives de l'Empire, carton E, n<sup>o</sup> 6206.)</p>
<p><a id="footnote75" name="footnote75"></a>
-<b><a href="#footnotetag75">75</a></b>: Municipalit de Paris.</p>
+<b><a href="#footnotetag75">75</a></b>: Municipalité de Paris.</p>
-<p>Nous recommandons aux citoyens commandants de la force arme de
+<p>»Nous recommandons aux citoyens commandants de la force armée de
laisser sortir la fille du citoyen Tison avec un paquet dans une
serviette, contenant des vieux souliers et un vieux paquet de gaze,
-lesquels nous avons vrifis au Temple, ce 26 aot 1793.</p>
+lesquels nous avons vérifiés au Temple, ce 26 août 1793.</p>
-<p class="author"><span class="smcap">N. Gurin</span>, <span class="smcap">Arnaud</span>, <span class="smcap">Lubin</span>, <span class="smcap">Paquote</span>, commissaires.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">N. Guérin</span>, <span class="smcap">Arnaud</span>, <span class="smcap">Lubin</span>, <span class="smcap">Paquote</span>, commissaires.»</p>
<p><a id="footnote76" name="footnote76"></a>
-<b><a href="#footnotetag76">76</a></b>: Voici le compte rendu de ce qui s'tait pass dans la
-journe au conseil gnral de la Commune.</p>
-
-<p>Le substitut du procureur de la Commune demande, comme mesure de
-sret et conforme l'galit, que demain toute la cuisine du Temple
-soit supprime et tous les domestiques et valets renvoys, et que les
-prisonniers qui y sont renferms ne soient pas traits diffremment
-que tous les dtenus dans les autres maisons d'arrt, et que, ds ce
-soir, il sera nomm une commission pour aller faire excuter cet
-arrt au Temple. Son rquisitoire est adopt l'unanimit.</p>
-
-<p>Les membres nomms pour cette commission sont: Grenard, Lelivre,
+<b><a href="#footnotetag76">76</a></b>: Voici le compte rendu de ce qui s'était passé dans la
+journée au conseil général de la Commune.</p>
+
+<p>«Le substitut du procureur de la Commune demande, comme mesure de
+sûreté et conforme à l'égalité, que demain toute la cuisine du Temple
+soit supprimée et tous les domestiques et valets renvoyés, et que les
+prisonniers qui y sont renfermés ne soient pas traités différemment
+que tous les détenus dans les autres maisons d'arrêt, et que, dès ce
+soir, il sera nommé une commission pour aller faire exécuter cet
+arrêté au Temple. Son réquisitoire est adopté à l'unanimité.</p>
+
+<p>»Les membres nommés pour cette commission sont: Grenard, Lelièvre,
Camus et Jonquoy.</p>
-<p>Les mmes mesures sont prises relativement la veuve Capet; le
-conseil arrte que la nourriture de ladite Capet sera rduite au
-simple ncessaire; que, par respect pour l'galit, elle sera traite
+<p>»Les mêmes mesures sont prises relativement à la veuve Capet; le
+conseil arrête que la nourriture de ladite Capet sera réduite au
+simple nécessaire; que, par respect pour l'égalité, elle sera traitée
comme tous les autres prisonniers indistinctement, et qu'elle n'aura
d'autres domestiques que ceux qui servent les prisons, et que cet
-arrt sera aussi signifi au concierge de la Conciergerie. (Archives
-de l'htel de ville.)</p>
+arrêté sera aussi signifié au concierge de la Conciergerie.» (Archives
+de l'hôtel de ville.)</p>
<p><a id="footnote77" name="footnote77"></a>
-<b><a href="#footnotetag77">77</a></b>: Un des commissaires nomms par le conseil gnral pour
+<b><a href="#footnotetag77">77</a></b>: «Un des commissaires nommés par le conseil général pour
faire perquisition chez les prisonniers du Temple et en retirer tous
les objets de luxe, rend compte de sa mission.</p>
-<p>Il dit que les commissaires ont retir et fait mettre sous les
-scells les porcelaines qu'ils ont trouves.</p>
+<p>»Il dit que les commissaires ont retiré et fait mettre sous les
+scellés les porcelaines qu'ils ont trouvées.</p>
-<p>Il a ajout qu'ils ont trouv dans une commode appartenant
-lisabeth deux rouleaux chacun de quarante pices d'or de la valeur de
-vingt-quatre livres, que ladite lisabeth a dclar lui avoir t
-donns en dpt par la veuve Lamballe l'poque du 10 aot 1792, et
-que ces mmes pices avaient t confies la veuve Lamballe par une
+<p>»Il a ajouté qu'ils ont trouvé dans une commode appartenant à
+Élisabeth deux rouleaux chacun de quarante pièces d'or de la valeur de
+vingt-quatre livres, que ladite Élisabeth a déclaré lui avoir été
+donnés en dépôt par la veuve Lamballe à l'époque du 10 août 1792, et
+que ces mêmes pièces avaient été confiées à la veuve Lamballe par une
autre personne.</p>
-<p>Le conseil arrte le dpt au trsor national des pices d'or
-ci-dessus mentionnes, ainsi que des mille cus trouvs lors de la
-mort de Capet, ainsi que des diffrentes dcorations qu'il portait de
-son vivant; et a nomm pour commissaires cet effet les commissaires
-dj nomms.</p>
+<p>»Le conseil arrête le dépôt au trésor national des pièces d'or
+ci-dessus mentionnées, ainsi que des mille écus trouvés lors de la
+mort de Capet, ainsi que des différentes décorations qu'il portait de
+son vivant; et a nommé pour commissaires à cet effet les commissaires
+déjà nommés.</p>
-<p>Sur le rquisitoire du procureur de la Commune, le conseil gnral
-arrte que le lit, les habits et tout ce qui servait au logement et au
-vtement de Capet sera, dimanche prochain, brl en place de Grve;
-les commissaires nomms cet effet sont Grenard, Lelivre, etc.</p>
+<p>»Sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général
+arrête que le lit, les habits et tout ce qui servait au logement et au
+vêtement de Capet sera, dimanche prochain, brûlé en place de Grève;
+les commissaires nommés à cet effet sont Grenard, Lelièvre, etc.</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Lubin</span>, vice-prsident.<br>
- <span class="smcap">Dorat-Cubires</span>.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Lubin</span>, vice-président.<br>
+ »<span class="smcap">Dorat-Cubières</span>.»</p>
-<p>(Sance du mardi 24 septembre 1793.)</p>
+<p>(Séance du mardi 24 septembre 1793.)»</p>
<p><a id="footnote78" name="footnote78"></a>
<b><a href="#footnotetag78">78</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Conseil gnral de la Commune de Paris.</i></p>
+<p class="entete"><i>Conseil général de la Commune de Paris.</i></p>
-<p class="date">(Sance du lundi 30 septembre 1793.)</p>
+<p class="date">(Séance du lundi 30 septembre 1793.)</p>
-<p>Le secrtaire greffier rend compte du brlement de la garde-robe de
-Capet, qui a eu lieu hier dimanche, 29 du prsent.</p>
+<p>«Le secrétaire greffier rend compte du brûlement de la garde-robe de
+Capet, qui a eu lieu hier dimanche, 29 du présent.</p>
-<p>Le dimanche 29 septembre 1793, l'an II de la Rpublique franaise, le
-citoyen Camus, commissaire nomm cet effet par le conseil gnral,
-ayant fait transporter au dpt du secrtariat de la maison commune la
-garde-robe de feu Capet, j'ai trouv qu'elle tait enveloppe dans une
-toile cousue et cachete en six endroits; aprs avoir reconnu les
+<p>»Le dimanche 29 septembre 1793, l'an II de la République française, le
+citoyen Camus, commissaire nommé à cet effet par le conseil général,
+ayant fait transporter au dépôt du secrétariat de la maison commune la
+garde-robe de feu Capet, j'ai trouvé qu'elle était enveloppée dans une
+toile cousue et cachetée en six endroits; après avoir reconnu les
cachets sains et entiers, j'ai fait l'ouverture du paquet, et j'ai
-trouv les effets suivants, savoir:</p>
+trouvé les effets suivants, savoir:</p>
-<p>Un chapeau, une bote d'caille casse, un petit paquet de lisires
+<p>»Un chapeau, une boîte d'écaille cassée, un petit paquet de lisières
et de rubans blancs, six habits, tant de drap que de soie et de petit
velours; une redingote de drap, huit vestes, tant de drap, petit
velours, soie que de lin; dix culottes idem, deux robes de chambre
-blanches, une camisole de satin ouate, cinq pantalons, dix-neuf
+blanches, une camisole de satin ouatée, cinq pantalons, dix-neuf
vestes blanches.</p>
-<p>Lesquels effets j'ai fait transporter sur la place de Grve par les
-garons de bureau, aprs les avoir pralablement fait vrifier par les
-citoyens Pierre-Jacques Legrand et tienne-Antoine Souard,
-commissaires, qui se sont transports avec moi en ladite place, o
-j'ai trouv un bcher prpar, sur lequel tous les effets ont t
-rangs, et les commissaires y ayant mis le feu, ils ont t rduits en
-cendres, au dsir de l'arrt du conseil gnral.</p>
+<p>»Lesquels effets j'ai fait transporter sur la place de Grève par les
+garçons de bureau, après les avoir préalablement fait vérifier par les
+citoyens Pierre-Jacques Legrand et Étienne-Antoine Souard,
+commissaires, qui se sont transportés avec moi en ladite place, où
+j'ai trouvé un bûcher préparé, sur lequel tous les effets ont été
+rangés, et les commissaires y ayant mis le feu, ils ont été réduits en
+cendres, au désir de l'arrêté du conseil général.</p>
-<p><i>Sign</i> la minute:</p>
+<p>»<i>Signé</i> à la minute:</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Legrand, Souard</span>, membres de la Commune;<br>
- <span class="smcap">Coulombeau</span>, secrtaire greffier.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Legrand, Souard</span>, membres de la Commune;<br>
+ »<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire greffier.»</p>
<p><a id="footnote79" name="footnote79"></a>
-<b><a href="#footnotetag79">79</a></b>: <cite>Vie de Madame lisabeth de France</cite>. Paris, Vauquelin,
+<b><a href="#footnotetag79">79</a></b>: <cite>Vie de Madame Élisabeth de France</cite>. Paris, Vauquelin,
1814, in-24 de 105 pages.</p>
<p><a id="footnote80" name="footnote80"></a>
<b><a href="#footnotetag80">80</a></b>:</p>
-<p class="date"><i>Paris, ce 5 octobre 1793, l'an II<sup>e</sup> de la
-Rpublique une et indivisible.</i></p>
+<p class="date">«<i>Paris, ce 5 octobre 1793, l'an II<sup>e</sup> de la
+République une et indivisible.</i></p>
-<p class="smcap">Citoyen prsident,</p>
+<p class="smcap">»Citoyen président,</p>
-<p><em>J'ai l'honneur d'informer la Convention que le dcret par elle rendu
-le 3 de ce mois, portant que le tribunal rvolutionnaire s'occupera
-sans dlai et sans interruption du jugement de la veuve Capet, m'a t
-transmis hier soir. Mais jusqu' ce jour, il ne m'a t transmis
-aucunes pices relatives MARIE-ANTOINETTE; de sorte que, quelque
-dsir que le tribunal ait d'excuter les dcrets de la Convention, il
-se trouve dans l'impossibilit d'excuter ce dcret tant qu'il n'aura
-pas ces pices.</em></p>
+<p>»<em>J'ai l'honneur d'informer la Convention que le décret par elle rendu
+le 3 de ce mois, portant que le tribunal révolutionnaire s'occupera
+sans délai et sans interruption du jugement de la veuve Capet, m'a été
+transmis hier soir. Mais jusqu'à ce jour, il ne m'a été transmis
+aucunes pièces relatives à MARIE-ANTOINETTE; de sorte que, quelque
+désir que le tribunal ait d'exécuter les décrets de la Convention, il
+se trouve dans l'impossibilité d'exécuter ce décret tant qu'il n'aura
+pas ces pièces.</em></p>
<p><a id="footnote81" name="footnote81"></a>
-<b><a href="#footnotetag81">81</a></b>: Le conseil gnral nomme Laurent et Friry, qui
+<b><a href="#footnotetag81">81</a></b>: Le conseil général nomme Laurent et Friry, qui
s'adjoindront au citoyen maire, au procureur de la Commune et aux
-commissaires dj nomms pour aller au Temple. (Sance du 4 octobre
+commissaires déjà nommés pour aller au Temple. (Séance du 4 octobre
1793.)</p>
<p><a id="footnote82" name="footnote82"></a>
-<b><a href="#footnotetag82">82</a></b>: Dj, depuis un mois, la Commune avait pris un arrt
-qui expulsait du Temple Turgy, Chrtien, Marchand, et en gnral
-toutes les personnes suspectes d'incivisme.</p>
+<b><a href="#footnotetag82">82</a></b>: Déjà, depuis un mois, la Commune avait pris un arrêté
+qui expulsait du Temple Turgy, Chrétien, Marchand, et en général
+toutes les personnes suspectées d'incivisme.</p>
-<p>Lecture faite d'un arrt du conseil du Temple, qui demande le
-remplacement de plusieurs individus occups maintenant dans cette
+<p>«Lecture faite d'un arrêté du conseil du Temple, qui demande le
+remplacement de plusieurs individus occupés maintenant dans cette
maison, et qui ont appartenu autrefois au ci-devant comte d'Artois;</p>
-<p>Le conseil gnral en confirme les dispositions; arrte en
-consquence que les citoyens Piquet et sa famille, portiers;
+<p>»Le conseil général en confirme les dispositions; arrête en
+conséquence que les citoyens Piquet et sa famille, portiers;
Rockentroh et sa famille, lingers; Baron, portier; Gourlet et sa
-femme, guichetiers; Quenel, commissionnaire; Chrtien, Marchand et
-Turgy, garons servants; la citoyenne Leclerc, femme d'un gendarme
+femme, guichetiers; Quenel, commissionnaire; Chrétien, Marchand et
+Turgy, garçons servants; la citoyenne Leclerc, femme d'un gendarme
ci-devant piqueur du comte d'Artois; la femme et les enfants de
Salmon, ci-devant son valet de pied, et la famille Ango, au nombre de
-quatre personnes, ci-devant garon d'argenterie, seront expulss.</p>
+quatre personnes, ci-devant garçon d'argenterie, seront expulsés.»</p>
<p><a id="footnote83" name="footnote83"></a>
-<b><a href="#footnotetag83">83</a></b>: Le procureur de la Commune se rcrie sur les dpenses
-normes que ncessite la garde des individus dtenus dans la Tour. Il
-requiert, et le conseil arrte que, le dcadi prochain, il se
-transportera en masse la Convention pour lui demander que les
-prisonniers du Temple soient renvoys dans les prisons ordinaires et
-traits comme les dtenus ordinaires, et que ces individus soient
-jugs dans le plus court dlai. (Conseil gnral de la Commune; sance
+<b><a href="#footnotetag83">83</a></b>: Le procureur de la Commune se récrie sur les dépenses
+énormes que nécessite la garde des individus détenus dans la Tour. Il
+requiert, et le conseil arrête que, le décadi prochain, il se
+transportera en masse à la Convention pour lui demander que les
+prisonniers du Temple soient renvoyés dans les prisons ordinaires et
+traités comme les détenus ordinaires, et que ces individus soient
+jugés dans le plus court délai. (Conseil général de la Commune; séance
du 26 brumaire an II, 16 novembre 1793.)</p>
-<p>Cette rsolution fut renouvele cinq jours aprs:</p>
+<p>Cette résolution fut renouvelée cinq jours après:</p>
-<p>Le conseil gnral arrte que, le quintidi prochain, il se
-transportera en masse la Convention pour lui demander tre
-dcharg de la garde du Temple, et que les prisonniers qui y sont
-dtenus soient transfrs dans les prisons ordinaires, et charge
-Legrand de faire une ptition cet gard. (Sance de la Commune du
+<p>«Le conseil général arrête que, le quintidi prochain, il se
+transportera en masse à la Convention pour lui demander à être
+déchargé de la garde du Temple, et que les prisonniers qui y sont
+détenus soient transférés dans les prisons ordinaires, et charge
+Legrand de faire une pétition à cet égard.» (Séance de la Commune du
1<sup>er</sup> frimaire an II, 21 novembre 1793.)</p>
<p><a id="footnote84" name="footnote84"></a>
-<b><a href="#footnotetag84">84</a></b>: Expression d'un membre du conseil gnral.</p>
+<b><a href="#footnotetag84">84</a></b>: Expression d'un membre du conseil général.</p>
<p><a id="footnote85" name="footnote85"></a>
-<b><a href="#footnotetag85">85</a></b>: <cite>Les derniers rgicides, ou Madame lisabeth de France
+<b><a href="#footnotetag85">85</a></b>: <cite>Les derniers régicides, ou Madame Élisabeth de France
et Louis XVII</cite>, par M. le Ch<sup>er</sup> de M.... (Brochure in-8<sup>o</sup> de 109
-pages, publie Londres; J. de Boffe, Gerard street, Soho, 1796.)</p>
+pages, publiée à Londres; J. de Boffe, Gerard street, Soho, 1796.)</p>
<p><a id="footnote86" name="footnote86"></a>
-<b><a href="#footnotetag86">86</a></b>: Le 4 germinal an II (24 mars 1794), <em>fourne</em> de
-dix-neuf personnes, parmi lesquelles le gnral Ronsin (ci-devant
-homme de lettres), gnral de l'arme rvolutionnaire; Momoro,
-imprimeur-libraire et administrateur du dpartement de Paris, et
+<b><a href="#footnotetag86">86</a></b>: Le 4 germinal an II (24 mars 1794), <em>fournée</em> de
+dix-neuf personnes, parmi lesquelles le général Ronsin (ci-devant
+homme de lettres), général de l'armée révolutionnaire; Momoro,
+imprimeur-libraire et administrateur du département de Paris, et
Anacharsis Clootz, l'orateur du genre humain.</p>
<p><a id="footnote87" name="footnote87"></a>
-<b><a href="#footnotetag87">87</a></b>: Le 16 germinal an II (5 avril 1794), <em>fourne</em> de
-quinze, parmi lesquels figurent Fabre d'glantine, Franois Chabot,
-Camille Desmoulins, Phelippeaux, Bazire, Hrault de Schelles, les
-deux frres Frey et le gnral Westermann.</p>
+<b><a href="#footnotetag87">87</a></b>: Le 16 germinal an II (5 avril 1794), <em>fournée</em> de
+quinze, parmi lesquels figurent Fabre d'Églantine, François Chabot,
+Camille Desmoulins, Phelippeaux, Bazire, Hérault de Séchelles, les
+deux frères Frey et le général Westermann.</p>
<p><a id="footnote88" name="footnote88"></a>
-<b><a href="#footnotetag88">88</a></b>: Le 24 germinal an II (13 avril 1794), <em>fourne</em> de vingt
-et un. On y remarque le gnral Arthur Dillon, Gobel, ci-devant vque
+<b><a href="#footnotetag88">88</a></b>: Le 24 germinal an II (13 avril 1794), <em>fournée</em> de vingt
+et un. On y remarque le général Arthur Dillon, Gobel, ci-devant évêque
de Paris, et la jeune veuve de Camille Desmoulins.</p>
<p><a id="footnote89" name="footnote89"></a>
-<b><a href="#footnotetag89">89</a></b>: Voici comment, ds le 6 avril 1793, la Commune de Paris
-avait prescrit l'excution de cette mesure:</p>
+<b><a href="#footnotetag89">89</a></b>: Voici comment, dès le 6 avril 1793, la Commune de Paris
+avait prescrit l'exécution de cette mesure:</p>
-<p>Le conseil gnral, considrant la ngligence que les citoyens
-apportent l'excution de la loi concernant l'affiche, l'extrieur
+<p>«Le conseil général, considérant la négligence que les citoyens
+apportent à l'exécution de la loi concernant l'affiche, à l'extérieur
des maisons, des noms de tous les individus qui y habitent;</p>
-<p>Arrte que l'instruction suivante sera imprime, affiche, et que les
+<p>»Arrête que l'instruction suivante sera imprimée, affichée, et que les
commissaires de police des sections seront tenus, sous leur
-responsabilit, de faire mettre ladite loi excution.</p>
+responsabilité, de faire mettre ladite loi à exécution.</p>
-<p><em>Instruction relative au tableau qui doit tre fait de tous les
-citoyens habitants de Paris, et plac l'extrieur de chaque maison,
-aux termes du dcret du 29 mars dernier.</em></p>
+<p><em>»Instruction relative au tableau qui doit être fait de tous les
+citoyens habitants de Paris, et placé à l'extérieur de chaque maison,
+aux termes du décret du 29 mars dernier.</em></p>
<ul class="none">
- <li>1<sup>o</sup> Indiquer en tte le nom du propritaire, s'il habite la
- maison, ou son dfaut le principal locataire, s'il y en a un,
- ou du rgisseur.</li>
+ <li>»1<sup>o</sup> Indiquer en tête le nom du propriétaire, s'il habite la
+ maison, ou à son défaut le principal locataire, s'il y en a un,
+ ou du régisseur.</li>
- <li>2<sup>o</sup> Diviser par tages de la manire suivante:</li>
+ <li>»2<sup>o</sup> Diviser par étages de la manière suivante:</li>
</ul>
-<p class="center">REZ-DE-CHAUSSE.<br>
+<p class="center">REZ-DE-CHAUSSÉE.<br>
N. N.<br>
ENTRE-SOL.<br>
- PREMIER TAGE, ETC.</p>
+ PREMIER ÉTAGE, ETC.</p>
-<p>L'tat doit prsenter sans interruption toutes les personnes qui
-logent au mme tage, et mme toutes celles qui composent un mnage.</p>
+<p>»L'état doit présenter sans interruption toutes les personnes qui
+logent au même étage, et même toutes celles qui composent un ménage.</p>
<p>Exemple:</p>
-<p class="entete"><i>A tel tage: Le citoyen tel, son pouse, tant d'enfants de tel sexe;
+<p class="entete"><i>A tel étage: Le citoyen tel, son épouse, tant d'enfants de tel sexe;
ensuite les domestiques.</i></p>
-<p>Il est ncessaire de mettre les prnoms ou noms de baptme et les
-surnoms, le sexe et l'ge de chacun. Le nom principal dsigner est
+<p>»Il est nécessaire de mettre les prénoms ou noms de baptême et les
+surnoms, le sexe et l'âge de chacun. Le nom principal à désigner est
celui que porte ordinairement l'individu et sous lequel il est
-gnralement connu, et non celui de sa famille, si ce n'est pas celui
+généralement connu, et non celui de sa famille, si ce n'est pas celui
qu'on lui donne dans le public.</p>
-<p>On ne peut se dispenser de faire connatre l'tat de chaque individu
-ou de dclarer qu'il est sans tat, car le titre de <em>citoyen</em> ou de
-<em>citoyenne</em> est une dsignation trop vague ou plutt n'en est pas une.</p>
+<p>»On ne peut se dispenser de faire connaître l'état de chaque individu
+ou de déclarer qu'il est sans état, car le titre de <em>citoyen</em> ou de
+<em>citoyenne</em> est une désignation trop vague ou plutôt n'en est pas une.</p>
-<p>L'affiche doit tre crite lisiblement, place au lieu le plus
-apparent l'extrieur, et de manire que tout le monde puisse
-aisment la parcourir des yeux tout entire sans en perdre un seul
+<p>»L'affiche doit être écrite lisiblement, placée au lieu le plus
+apparent à l'extérieur, et de manière que tout le monde puisse
+aisément la parcourir des yeux tout entière sans en perdre un seul
nom.</p>
-<p>Il ne doit tre omis aucune personne; une seule omission enfreint la
-loi et expose des peines svres.</p>
+<p>»Il ne doit être omis aucune personne; une seule omission enfreint la
+loi et expose à des peines sévères.</p>
-<p>Chaque fois qu'il y a du changement, il faut en faire mention dans
-l'affiche, soit en retranchant le nom des personnes qui ont quitt la
+<p>»Chaque fois qu'il y a du changement, il faut en faire mention dans
+l'affiche, soit en retranchant le nom des personnes qui ont quitté la
maison, soit en ajoutant celui des nouveaux locataires et de ceux
-mmes qui ne logent que momentanment.</p>
+mêmes qui ne logent que momentanément.</p>
-<p>Toutes les contraventions seront imputes aux propritaires ou
-principaux locataires, ou rgisseurs, et seront punies avec svrit;
+<p>»Toutes les contraventions seront imputées aux propriétaires ou
+principaux locataires, ou régisseurs, et seront punies avec sévérité;
car on ne veut pas que cette mesure de salut public reste sans
-excution ou soit lude et tourne en drision.</p>
+exécution ou soit éludée et tournée en dérision.</p>
-<p>Le conseil gnral arrte que le double des tableaux d'inscription
-sera vis par les comits des sections;</p>
+<p>»Le conseil général arrête que le double des tableaux d'inscription
+sera visé par les comités des sections;</p>
-<p>Que les commissaires de police vrifieront l'exactitude desdits
-tableaux et prendront les mesures ncessaires pour empcher qu'ils ne
-soient enlevs ou dtriors. (Sance du conseil gnral de la
+<p>»Que les commissaires de police vérifieront l'exactitude desdits
+tableaux et prendront les mesures nécessaires pour empêcher qu'ils ne
+soient enlevés ou détériorés.» (Séance du conseil général de la
Commune de Paris du samedi 6 avril 1793.)</p>
<p><a id="footnote90" name="footnote90"></a>
<b><a href="#footnotetag90">90</a></b>: Au milieu de tant d'immolations, la tristesse de la
-physionomie tait devenue une trahison et la gaiet un devoir. Dans la
-sance du 23 ventse an II (15 mars 1794), Barre disait:</p>
-
-<p>Allez aujourd'hui dans les rues de Paris, vous y reconnatrez les
-aristocrates leur mine allonge...</p>
-
-<p>Oui, ajoutait Couthon, en temps de rvolution, tous les bons citoyens
-doivent tre physionomistes: c'est sur la physionomie que vous
-reconnatrez un conspirateur, le complice des tratres mis sous la loi
-de la justice; ces hommes ont l'&oelig;il hagard, l'air constern, des
-mines basses et patibulaires. Bons citoyens, saisissez ces tratres et
-arrtez-les! (Vifs applaudissements.)&mdash;(<cite>Moniteur</cite> du 26 ventse an
+physionomie était devenue une trahison et la gaieté un devoir. Dans la
+séance du 23 ventôse an II (15 mars 1794), Barère disait:</p>
+
+<p>«Allez aujourd'hui dans les rues de Paris, vous y reconnaîtrez les
+aristocrates à leur mine allongée...»</p>
+
+<p>«Oui, ajoutait Couthon, en temps de révolution, tous les bons citoyens
+doivent être physionomistes: c'est sur la physionomie que vous
+reconnaîtrez un conspirateur, le complice des traîtres mis sous la loi
+de la justice; ces hommes ont l'&oelig;il hagard, l'air consterné, des
+mines basses et patibulaires. Bons citoyens, saisissez ces traîtres et
+arrêtez-les!» (Vifs applaudissements.)&mdash;(<cite>Moniteur</cite> du 26 ventôse an
II, 16 mars 1794.)</p>
<p><a id="footnote91" name="footnote91"></a>
-<b><a href="#footnotetag91">91</a></b>: <cite>Mmoires et correspondance secrte du Pre Lenfant</cite>.
+<b><a href="#footnotetag91">91</a></b>: <cite>Mémoires et correspondance secrète du Père Lenfant</cite>.
Paris, 1834, t. I, p. 343.</p>
<p><a id="footnote92" name="footnote92"></a>
<b><a href="#footnotetag92">92</a></b>: J'ai voulu lire dans le tome III de Bonneville l'article
qui commence ainsi:</p>
-<p>Huitime et dernier enfant de Louis, Dauphin de France, fils de Louis
-XV, et de Marie-Josphe <em>de Saxe</em>, sa seconde femme,
-lisabeth-Philippine-Marie-Hlne, dite <em>de France</em>, eut bien peu de
-temps se fliciter du hasard qui avoit plac son berceau ct du
-trne... Je n'infligerai pas cet odieux <em>factum</em> mes lecteurs. Il
-est d'autant plus infme qu'il est hypocrite. Bonneville procde par
-insinuation et par rticence, et il n'a pas mme le triste courage de
-ses ineptes calomnies. Il affecte mme quelquefois de prendre la
-dfense de Madame lisabeth contre les attaques inqualifiables qu'il
-reproduit. Il a de la peine, dit-il, croire qu'elles soient
-vraies... C'est une vipre qui panse avec sa bave la blessure que
+<p>«Huitième et dernier enfant de Louis, Dauphin de France, fils de Louis
+XV, et de Marie-Josèphe <em>de Saxe</em>, sa seconde femme,
+Élisabeth-Philippine-Marie-Hélène, dite <em>de France</em>, eut bien peu de
+temps à se féliciter du hasard qui avoit placé son berceau à côté du
+trône...» Je n'infligerai pas cet odieux <em>factum</em> à mes lecteurs. Il
+est d'autant plus infâme qu'il est hypocrite. Bonneville procède par
+insinuation et par réticence, et il n'a pas même le triste courage de
+ses ineptes calomnies. Il affecte même quelquefois de prendre la
+défense de Madame Élisabeth contre les attaques inqualifiables qu'il
+reproduit. Il a de la peine, dit-il, à croire qu'elles soient
+vraies... C'est une vipère qui panse avec sa bave la blessure que
vient de faire sa dent venimeuse.</p>
<p><a id="footnote93" name="footnote93"></a>
-<b><a href="#footnotetag93">93</a></b>: Procs-verbal de la translation d'lisabeth-Marie Capet
- la Conciergerie.</p>
+<b><a href="#footnotetag93">93</a></b>: Procès-verbal de la translation d'Élisabeth-Marie Capet
+à la Conciergerie.</p>
<p><a id="footnote94" name="footnote94"></a>
-<b><a href="#footnotetag94">94</a></b>: Guillotin le 11 thermidor an II.</p>
+<b><a href="#footnotetag94">94</a></b>: Guillotiné le 11 thermidor an II.</p>
<p><a id="footnote95" name="footnote95"></a>
<b><a href="#footnotetag95">95</a></b>: On appelle guichet une petite porte haute d'environ
-trois pieds et demi, pratique dans une porte plus grande. Lorsqu'on
-entre, il faut en mme temps hausser le pied et baisser
-considrablement la tte, de manire que si on ne se casse pas le nez
-sur son genou, on court risque de se fendre le crne contre la pice
-de traverse de la grande porte, ce qui est arriv plus d'une fois. On
-appelle aussi guichet la premire pice d'entre.</p>
+trois pieds et demi, pratiquée dans une porte plus grande. Lorsqu'on
+entre, il faut en même temps hausser le pied et baisser
+considérablement la tête, de manière que si on ne se casse pas le nez
+sur son genou, on court risque de se fendre le crâne contre la pièce
+de traverse de la grande porte, ce qui est arrivé plus d'une fois. On
+appelle aussi guichet la première pièce d'entrée.</p>
<p><a id="footnote96" name="footnote96"></a>
-<b><a href="#footnotetag96">96</a></b>: Nous reproduisons ici la continuation de ce rcit, la
-fin duquel on verra dans quel tat tombaient les mes qui n'taient
+<b><a href="#footnotetag96">96</a></b>: Nous reproduisons ici la continuation de ce récit, à la
+fin duquel on verra dans quel état tombaient les âmes qui n'étaient
point soutenues par la force surnaturelle de la religion: elles se
-dissolvaient pour ainsi dire sous l'excs de la souffrance, et le
-sentiment moral, ce soleil des intelligences, s'y teignait.</p>
-
-<p>Du greffe, on entre de plain-pied, en ouvrant toutefois d'normes
-portes, dans des cachots appels <em>la Souricire</em>. Il faudroit plutt
-les nommer <em>la Ratire</em>. Un citoyen nomm <em>Beauregard</em>, homme aussi
-honnte qu'aimable, acquitt par le tribunal rvolutionnaire, fut mis
- son arrive dans ce cachot. Les rats lui mangrent en diffrents
-endroits sa culotte, sans respect pour son derrire; nombre de
-prisonniers ont vu les trous, et il fut oblig de se couvrir toute la
+dissolvaient pour ainsi dire sous l'excès de la souffrance, et le
+sentiment moral, ce soleil des intelligences, s'y éteignait.</p>
+
+<p>«Du greffe, on entre de plain-pied, en ouvrant toutefois d'énormes
+portes, dans des cachots appelés <em>la Souricière</em>. Il faudroit plutôt
+les nommer <em>la Ratière</em>. Un citoyen nommé <em>Beauregard</em>, homme aussi
+honnête qu'aimable, acquitté par le tribunal révolutionnaire, fut mis
+à son arrivée dans ce cachot. Les rats lui mangèrent en différents
+endroits sa culotte, sans respect pour son derrière; nombre de
+prisonniers ont vu les trous, et il fut obligé de se couvrir toute la
nuit la figure de ses mains pour sauver son nez et ses oreilles.</p>
-<p>Le jour pntre peine dans ces cachots; les pailles dont se compose
-la litire des prisonniers, bientt corrompues par le dfaut d'air et
-par la puanteur des seaux (en terme de prison <em>griaches</em>) o les
+<p>»Le jour pénètre à peine dans ces cachots; les pailles dont se compose
+la litière des prisonniers, bientôt corrompues par le défaut d'air et
+par la puanteur des seaux (en terme de prison <em>griaches</em>) où les
prisonniers font leurs besoins, exhalent une infection telle, que dans
-le greffe mme on est empoisonn lorsqu'on ouvre les portes.</p>
+le greffe même on est empoisonné lorsqu'on ouvre les portes.</p>
-<p>En face de la porte d'entre est le guichet qui conduit la cour des
-femmes, l'infirmerie, et en gnral ce qu'on appelle, je ne sais
-pourquoi, <em>le ct des douze</em>. Nous y reviendrons.</p>
+<p>»En face de la porte d'entrée est le guichet qui conduit à la cour des
+femmes, à l'infirmerie, et en général ce qu'on appelle, je ne sais
+pourquoi, <em>le côté des douze</em>. Nous y reviendrons.</p>
-<p>A droite, sur deux angles, sont des fentres qui clairent fort
-imparfaitement deux cabinets o couchent les guichetiers de garde
-pendant la nuit; c'est aussi dans ces cabinets qu'on dpose les femmes
-qui ont t condamnes mort. Entre ces deux angles est un troisime
-guichet qui conduit au <em>prau</em>; c'est le ct le plus recommandable de
+<p>»A droite, sur deux angles, sont des fenêtres qui éclairent fort
+imparfaitement deux cabinets où couchent les guichetiers de garde
+pendant la nuit; c'est aussi dans ces cabinets qu'on dépose les femmes
+qui ont été condamnées à mort. Entre ces deux angles est un troisième
+guichet qui conduit au <em>préau</em>; c'est le côté le plus recommandable de
cette prison et le mieux fait pour fixer le regard de l'observateur.
-Il faut pour y arriver franchir quatre guichets. On laisse gauche la
-chapelle et la chambre du conseil, deux pices galement remplies de
-lits dans ces derniers temps; la seconde toit occupe par la veuve de
+Il faut pour y arriver franchir quatre guichets. On laisse à gauche la
+chapelle et la chambre du conseil, deux pièces également remplies de
+lits dans ces derniers temps; la seconde étoit occupée par la veuve de
Capet.</p>
-<p>Je n'entreprendrai point de dcrire tous les lieux de cette vaste et
-dgotante enceinte. Je remarquerai seulement qu' droite en entrant
-dans la cour, l'extrmit d'une espce de galerie, est une double
-porte, dont l'une entirement de fer; que ces portes ferment le cachot
-surnomm <em>de la Bche nationale</em> depuis le massacre du mois de
+<p>»Je n'entreprendrai point de décrire tous les lieux de cette vaste et
+dégoûtante enceinte. Je remarquerai seulement qu'à droite en entrant
+dans la cour, à l'extrémité d'une espèce de galerie, est une double
+porte, dont l'une entièrement de fer; que ces portes ferment le cachot
+surnommé <em>de la Bûche nationale</em> depuis le massacre du mois de
septembre 1792 (vieux style), et que l'on traverse ce cachot pour
arriver dans les salles du palais, au moyen d'un obscur escalier
-drob et verrouill dans deux ou trois endroits diffrents. Les
-prisonniers sont la pistole, ou la paille, ou dans les cachots.
-Ces prisonniers ont un rgime diffrent. Les cachots ne s'ouvrent que
+dérobé et verrouillé dans deux ou trois endroits différents. Les
+prisonniers sont à la pistole, ou à la paille, ou dans les cachots.
+Ces prisonniers ont un régime différent. Les cachots ne s'ouvrent que
pour donner la nourriture, faire les visites et vider les <em>griaches</em>.
-Les chambres de la paille ne diffrent des cachots qu'en ce que leurs
+Les chambres de la paille ne diffèrent des cachots qu'en ce que leurs
malheureux habitants sont tenus d'en sortir entre huit et neuf heures
du matin. On les fait rentrer environ une heure avant le soleil
-couch. Pendant la journe, les portes de leurs cachots sont fermes,
-et ils sont obligs de se morfondre dans la cour ou de s'entasser,
-s'il pleut, dans les galeries qui l'entourent, o ils sont infects de
-l'odeur des urines, etc. Du reste, mmes incommodits dans ces
+couché. Pendant la journée, les portes de leurs cachots sont fermées,
+et ils sont obligés de se morfondre dans la cour ou de s'entasser,
+s'il pleut, dans les galeries qui l'entourent, où ils sont infectés de
+l'odeur des urines, etc. Du reste, mêmes incommodités dans ces
hideuses demeures; point d'air, des pailles pourries.</p>
-<p>Entasss jusqu' cinquante dans un mme trou, le nez sur leurs
-ordures, ils se communiquent les maladies, les malproprets dont ils
-sont accabls. Allez visiter les cachots qui sont pratiqus dans les
+<p>»Entassés jusqu'à cinquante dans un même trou, le nez sur leurs
+ordures, ils se communiquent les maladies, les malpropretés dont ils
+sont accablés. Allez visiter les cachots qui sont pratiqués dans les
grosses tours que vous voyez du quai de l'Horloge, ceux qu'on appelle
-<em>le grand Csar, Bonbec, Saint-Vincent, Bel-Air</em>, etc., et dites si la
-mort n'est pas prfrable un pareil sjour.</p>
-
-<p>Ne croyez pas que les incommodits du logement soient les seules que
-les prisonniers aient supporter; il faudroit pour juger jusqu'
-quelle humiliation, jusqu' quelle dgradation on peut rduire des
-hommes, il faudroit assister la fermeture des portes et l'appel
-nominal qui la prcde. Figurez-vous trois ou quatre guichetiers
-ivres, avec une demi-douzaine de chiens en arrt, tenant en main une
+<em>le grand César, Bonbec, Saint-Vincent, Bel-Air</em>, etc., et dites si la
+mort n'est pas préférable à un pareil séjour.</p>
+
+<p>»Ne croyez pas que les incommodités du logement soient les seules que
+les prisonniers aient à supporter; il faudroit pour juger jusqu'à
+quelle humiliation, jusqu'à quelle dégradation on peut réduire des
+hommes, il faudroit assister à la fermeture des portes et à l'appel
+nominal qui la précède. Figurez-vous trois ou quatre guichetiers
+ivres, avec une demi-douzaine de chiens en arrêt, tenant en main une
liste incorrecte qu'ils ne peuvent lire. Ils appellent un nom,
-personne ne se reconnot; ils jurent, temptent, menacent; ils
-appellent de nouveau, on s'explique, on les aide, on parvient enfin
+personne ne se reconnoît; ils jurent, tempêtent, menacent; ils
+appellent de nouveau, on s'explique, on les aide, on parvient enfin à
comprendre qui ils ont voulu nommer. Ils font entrer en comptant le
-troupeau, ils se trompent; alors, avec une colre toujours croissante,
+troupeau, ils se trompent; alors, avec une colère toujours croissante,
ils ordonnent de sortir; on sort, on rentre, on se trompe encore, et
-ce n'est quelquefois qu'aprs trois ou quatre preuves que leur vue
-brouille parvient enfin s'assurer que le nombre est complet.</p>
+ce n'est quelquefois qu'après trois ou quatre épreuves que leur vue
+brouillée parvient enfin à s'assurer que le nombre est complet.</p>
-<p>Mais quel contraste! Est-ce une bizarrerie de la nature ou un effet
-de sa sagesse? La premire lueur d'esprance, l'approche d'un plaisir
+<p>»Mais quel contraste! Est-ce une bizarrerie de la nature ou un effet
+de sa sagesse? La première lueur d'espérance, l'approche d'un plaisir
dissipent en un instant les plus noirs chagrins, les plus cruelles
-inquitudes, et la prison la plus hideuse, l'enfer va se changer en un
-temple de Gnide. Vous entendez dans la cour du prau un ternel
+inquiétudes, et la prison la plus hideuse, l'enfer va se changer en un
+temple de Gnide. Vous entendez dans la cour du préau un éternel
bourdonnement, un murmure sombre et les cris effrayants des
-guichetiers; ils ont des voix terribles et qui semblent avoir t
-faites exprs. Rien n'est plus fatigant que ce bruit et ce spectacle,
-si vous pouvez y chapper pour revenir au principal guichet.</p>
-
-<p>Aprs avoir franchi la premire grille, j'ai dj dit qu'il y en a
-quatre, vous vous trouvez dans une enceinte forme toute de barreaux
-de fer. Lorsque les communications avec l'extrieur subsistoient,
-c'est l que les prisonniers de ce ct voyoient leurs connoissances.
-Les femmes, dont la sensibilit, le courage plus rsolu, l'me plus
-compatissante, plus porte secourir, partager le malheur, les
-femmes toient presque les seules qui osassent y pntrer....</p>
-
-<p>Le guichet d'entre, occup de mme par les prisonniers du ct des
+guichetiers; ils ont des voix terribles et qui semblent avoir été
+faites exprès. Rien n'est plus fatigant que ce bruit et ce spectacle,
+si vous pouvez y échapper pour revenir au principal guichet.</p>
+
+<p>»Après avoir franchi la première grille, j'ai déjà dit qu'il y en a
+quatre, vous vous trouvez dans une enceinte formée toute de barreaux
+de fer. Lorsque les communications avec l'extérieur subsistoient,
+c'est là que les prisonniers de ce côté voyoient leurs connoissances.
+Les femmes, dont la sensibilité, le courage plus résolu, l'âme plus
+compatissante, plus portée à secourir, à partager le malheur, les
+femmes étoient presque les seules qui osassent y pénétrer....</p>
+
+<p>»Le guichet d'entrée, occupé de même par les prisonniers du côté des
douze, n'offroit pas un spectacle moins pittoresque. En effet, quoi de
plus singulier pour l'&oelig;il de l'observateur? des femmes et leurs
-maris, des matresses et leurs amants rangs sur des bancs contre les
-murs: les uns s'attendrissent, versent des larmes; d'autres, condamns
- mort, quelquefois chantent. Par une fentre de ces cabinets, on
-aperoit sur un lit de douleur une malheureuse femme veille par un
-gendarme, et qui attend, la pleur sur le front, l'instant de son
+maris, des maîtresses et leurs amants rangés sur des bancs contre les
+murs: les uns s'attendrissent, versent des larmes; d'autres, condamnés
+à mort, quelquefois chantent. Par une fenêtre de ces cabinets, on
+aperçoit sur un lit de douleur une malheureuse femme veillée par un
+gendarme, et qui attend, la pâleur sur le front, l'instant de son
supplice. Des gendarmes remplissent les guichets; ceux-ci conduisent
-des prisonniers, dont on dlie les mains, et que l'on prcipite dans
-un cachot; ceux-l demandent d'autres prisonniers pour les transfrer,
-les lient et les emmnent, tandis qu'un huissier, l'&oelig;il hagard,
-la voix insolente, donne des ordres, se fche, et se croit un hros
-parce qu'il insulte impunment des malheureux qui ne peuvent lui
-rpondre par des coups de bton.</p>
-
-<p>Il n'y a rien d'exagr dans ce que je viens de dire, et plusieurs
-personnes qui sont venues ou ont vcu dans les prisons se rappelleront
-d'avoir vu tout cela dans le mme moment.</p>
-
-<p>J'ai dit que les chiens jouoient un grand rle dans ces prisons;
+des prisonniers, dont on délie les mains, et que l'on précipite dans
+un cachot; ceux-là demandent d'autres prisonniers pour les transférer,
+les lient et les emmènent, tandis qu'un huissier, à l'&oelig;il hagard, à
+la voix insolente, donne des ordres, se fâche, et se croit un héros
+parce qu'il insulte impunément à des malheureux qui ne peuvent lui
+répondre par des coups de bâton.</p>
+
+<p>»Il n'y a rien d'exagéré dans ce que je viens de dire, et plusieurs
+personnes qui sont venues ou ont vécu dans les prisons se rappelleront
+d'avoir vu tout cela dans le même moment.</p>
+
+<p>»J'ai dit que les chiens jouoient un grand rôle dans ces prisons;
cependant un fait que j'ai entendu souvent raconter prouvera que leur
-fidlit n'est pas toute preuve. Parmi ces chiens, il en est un
-distingu par sa taille, sa force et son intelligence. Ce Cerbre se
-nomme <em>Ravage</em>. Il toit charg pendant la nuit de la garde de la cour
-du prau. Des prisonniers avoient, pour s'chapper, fait un trou (en
-argot, un <em>housard</em>); rien ne s'opposoit plus leur dessein, sinon la
+fidélité n'est pas à toute épreuve. Parmi ces chiens, il en est un
+distingué par sa taille, sa force et son intelligence. Ce Cerbère se
+nomme <em>Ravage</em>. Il étoit chargé pendant la nuit de la garde de la cour
+du préau. Des prisonniers avoient, pour s'échapper, fait un trou (en
+argot, un <em>housard</em>); rien ne s'opposoit plus à leur dessein, sinon la
vigilance de <em>Ravage</em> et le bruit qu'il pourroit faire. <em>Ravage</em> se
-tait; mais le lendemain matin, on s'aperut qu'on lui avoit attach
-la queue un assignat de cent sous avec un petit billet o toient
-crits ces mots: <em>On peut corrompre Ravage avec un assignat de cent
+tait; mais le lendemain matin, on s'aperçut qu'on lui avoit attaché à
+la queue un assignat de cent sous avec un petit billet où étoient
+écrits ces mots: <em>On peut corrompre Ravage avec un assignat de cent
sous et un paquet de pieds de mouton</em>. Ravage promenant et publiant
-ainsi son infamie, fut un peu dcontenanc par les attroupements qui
-se formrent autour de lui et les clats de rire qui partoient de tous
-cts. Il en fut quitte, dit-on, pour cette petite humiliation et
+ainsi son infamie, fut un peu décontenancé par les attroupements qui
+se formèrent autour de lui et les éclats de rire qui partoient de tous
+côtés. Il en fut quitte, dit-on, pour cette petite humiliation et
quelques heures de cachot.</p>
-<p>Revenons au ct <em>des douze</em>. Ce ct a aussi une cour qu'occupent
-les femmes. La partie occupe par les hommes n'a d'autre promenade
-qu'un corridor obscur, dans lequel il faut tenir le jour le rverbre
-allum, et un petit vestibule spar de la cour des femmes par une
-grille. Les hommes peuvent parler aux femmes travers cette grille,
-et plus d'une fois les tendres panchements de l'amour y ont fait
+<p>»Revenons au côté <em>des douze</em>. Ce côté a aussi une cour qu'occupent
+les femmes. La partie occupée par les hommes n'a d'autre promenade
+qu'un corridor obscur, dans lequel il faut tenir le jour le réverbère
+allumé, et un petit vestibule séparé de la cour des femmes par une
+grille. Les hommes peuvent parler aux femmes à travers cette grille,
+et plus d'une fois les tendres épanchements de l'amour y ont fait
oublier aux malheureux l'horreur de leur demeure.</p>
-<p>Les chambres des femmes sont aussi divises en chambres la pistole
-et en chambres la paille. Les pistoles occupent le premier, les
-chambres des <em>pailleuses</em><a id="footnotetag96-A" name="footnotetag96-A"></a><a href="#footnote96-A" title="Go to footnote 96-A"><span class="smaller">[96-A]</span></a> sont au rez-de-chausse, derrire une
+<p>»Les chambres des femmes sont aussi divisées en chambres à la pistole
+et en chambres à la paille. Les pistoles occupent le premier, les
+chambres des <em>pailleuses</em><a id="footnotetag96-A" name="footnotetag96-A"></a><a href="#footnote96-A" title="Go to footnote 96-A"><span class="smaller">[96-A]</span></a> sont au rez-de-chaussée, derrière une
arcade; elles sont obscures, humides, et aussi malsaines que
malpropres. Le gouvernement devroit bien s'occuper de les rendre
-salubres, en n'oubliant jamais que l'innocence a t force de les
-habiter. Il faudroit aussi un rgime qui ne tendt pas dgrader les
-tres qui y sont soumis.</p>
+salubres, en n'oubliant jamais que l'innocence a été forcée de les
+habiter. Il faudroit aussi un régime qui ne tendît pas à dégrader les
+êtres qui y sont soumis.</p>
-<p>Il n'y a de ce ct pour les hommes que des chambres a la pistole,
-c'est--dire que l'on paye le loyer des lits que l'on occupe. Il y a
+<p>»Il n'y a de ce côté pour les hommes que des chambres a la pistole,
+c'est-à-dire que l'on paye le loyer des lits que l'on occupe. Il y a
autant de lits dans une chambre qu'elle en peut contenir. On payoit
d'abord pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois et 22 livres 10
-sous les mois suivans. On a rduit ce loyer 15 livres par mois. Le
-mme lit a souvent rapport plusieurs loyers en un mois<a id="footnotetag96-B" name="footnotetag96-B"></a><a href="#footnote96-B" title="Go to footnote 96-B"><span class="smaller">[96-B]</span></a>; aussi
-la Conciergerie est-elle le premier htel garni de Paris quant au
+sous les mois suivans. On a réduit ce loyer à 15 livres par mois. Le
+même lit a souvent rapporté plusieurs loyers en un mois<a id="footnotetag96-B" name="footnotetag96-B"></a><a href="#footnote96-B" title="Go to footnote 96-B"><span class="smaller">[96-B]</span></a>; aussi
+la Conciergerie est-elle le premier hôtel garni de Paris quant au
produit.</p>
-<p>L'un des grands inconvnients de ce ct toit le voisinage de
-l'infirmerie; on y a longtemps vcu au milieu des fivres les plus
-dangereuses. Les malades, entasss deux deux sur de mchants
-grabats, toient bien ce que la misre humaine peut offrir de plus
-dplorable: les mdecins daignoient peine les examiner; il sembloit
-qu'il y et des c&oelig;urs faits pour s'endurcir l'approche du
-malheur. Ils avoient une ou deux <em>ptisannes</em> qui toient, comme on
-dit, des selles tous chevaux, et qu'ils appliquoient toutes
-maladies, encore toient-elles administres avec une ngligence
-vraiment impardonnable. C'toit une chose curieuse de voir avec quel
-ddain et quelle suffisance ils faisoient leurs visites. Un jour, le
-docteur en chef s'approche d'un lit et tte le pouls du malade. Ah!
-dit-il, il est mieux qu'hier.&mdash;Oui, citoyen docteur, rpond
-l'infirmier, il est beaucoup mieux, mais ce n'est pas le mme; le
+<p>»L'un des grands inconvénients de ce côté étoit le voisinage de
+l'infirmerie; on y a longtemps vécu au milieu des fièvres les plus
+dangereuses. Les malades, entassés deux à deux sur de méchants
+grabats, étoient bien ce que la misère humaine peut offrir de plus
+déplorable: les médecins daignoient à peine les examiner; il sembloit
+qu'il y eût des c&oelig;urs faits pour s'endurcir à l'approche du
+malheur. Ils avoient une ou deux <em>ptisannes</em> qui étoient, comme on
+dit, des selles à tous chevaux, et qu'ils appliquoient à toutes
+maladies, encore étoient-elles administrées avec une négligence
+vraiment impardonnable. C'étoit une chose curieuse de voir avec quel
+dédain et quelle suffisance ils faisoient leurs visites. Un jour, le
+docteur en chef s'approche d'un lit et tâte le pouls du malade. «Ah!
+dit-il, il est mieux qu'hier.&mdash;Oui, citoyen docteur, répond
+l'infirmier, il est beaucoup mieux, mais ce n'est pas le même; le
malade d'hier est mort, et celui-ci a pris sa place.&mdash;Ah! c'est
-diffrent; eh bien, qu'on fasse la <em>ptisanne</em>.</p>
+différent; eh bien, qu'on fasse la <em>ptisanne</em>.»</p>
-<p>Cette anecdote en rappelle une autre qui eut lieu peu prs dans le
-mme temps. On se souvient peut-tre d'un individu qui se faisoit
-appeler <em>Marat-Mauger</em>, commissaire du pouvoir excutif Nancy et
-dans le dpartement de la Meurthe, dnonc comme ayant us envers les
+<p>»Cette anecdote en rappelle une autre qui eut lieu à peu près dans le
+même temps. On se souvient peut-être d'un individu qui se faisoit
+appeler <em>Marat-Mauger</em>, commissaire du pouvoir exécutif à Nancy et
+dans le département de la Meurthe, dénoncé comme ayant usé envers les
citoyens de toutes sortes de vexations. Ce Mauger donna l'exemple le
-plus terrible de la manire dont un coquin peut tre tourment par les
+plus terrible de la manière dont un coquin peut être tourmenté par les
remords. Il rappela les fureurs d'Oreste, et Le Kain auroit pu trouver
-en lui un modle. Attaqu d'une fivre trs-violente, il se levoit sur
-son lit, et l, avec des convulsions vraiment effrayantes, et d'une
-voix pouvante, il s'crioit: <em>Voyez-vous dans les ombres de ces
-votes la main de mon frre? Il crit en lettres de sang: Tu as mrit
-la mort!</em> Il prit en effet au milieu des transports de cette
-frnsie<a id="footnotetag96-C" name="footnotetag96-C"></a><a href="#footnote96-C" title="Go to footnote 96-C"><span class="smaller">[96-C]</span></a>.</p>
-
-<p>Il rgnoit parmi les prisonniers de ce ct un genre de courage et de
-gaiet vraiment remarquable; on ne se fera jamais une ide juste d'une
-existence semblable: aussi je n'entreprendrai pas de la dpeindre; je
+en lui un modèle. Attaqué d'une fièvre très-violente, il se levoit sur
+son lit, et là, avec des convulsions vraiment effrayantes, et d'une
+voix épouvantée, il s'écrioit: «<em>Voyez-vous dans les ombres de ces
+voûtes la main de mon frère? Il écrit en lettres de sang: Tu as mérité
+la mort!</em>» Il périt en effet au milieu des transports de cette
+frénésie<a id="footnotetag96-C" name="footnotetag96-C"></a><a href="#footnote96-C" title="Go to footnote 96-C"><span class="smaller">[96-C]</span></a>.</p>
+
+<p>»Il régnoit parmi les prisonniers de ce côté un genre de courage et de
+gaieté vraiment remarquable; on ne se fera jamais une idée juste d'une
+existence semblable: aussi je n'entreprendrai pas de la dépeindre; je
me contenterai de citer quelques passages de deux lettres de l'un de
-ces prisonniers un ami, et que celui-ci a bien voulu me communiquer:</p>
+ces prisonniers à un ami, et que celui-ci a bien voulu me communiquer:</p>
-<p>....... Si je vois avec quelque sang-froid le moment o je perdrois
-la vie, je le dois surtout au spectacle qui se renouvelle chaque
+<p>«....... Si je vois avec quelque sang-froid le moment où je perdrois
+la vie, je le dois surtout au spectacle qui se renouvelle à chaque
instant dans cette maison; elle est l'antichambre de la mort. Nous
vivons avec elle. On soupe, on rit avec des compagnons d'infortune;
-l'arrt fatal est dans leur poche. On les appelle le lendemain au
-tribunal; quelques heures aprs nous apprenons leur condamnation; ils
+l'arrêt fatal est dans leur poche. On les appelle le lendemain au
+tribunal; quelques heures après nous apprenons leur condamnation; ils
nous font faire leurs compliments en nous assurant de leur courage.
-Notre train de vie ne change point pour cela; c'est un mlange
-d'horreur sur ce que nous voyons et d'une gaiet en quelque sorte
-froce, car nous plaisantons souvent sur les objets les plus
-effrayants, au point que nous dmontrions tous les jours un nouvel
-arriv de quelle manire cela se fait, par le moyen d'une chaise qui
+Notre train de vie ne change point pour cela; c'est un mélange
+d'horreur sur ce que nous voyons et d'une gaieté en quelque sorte
+féroce, car nous plaisantons souvent sur les objets les plus
+effrayants, au point que nous démontrions tous les jours à un nouvel
+arrivé de quelle manière cela se fait, par le moyen d'une chaise à qui
nous faisions faire la bascule. Tiens, dans ce moment, en voici un qui
chante:</p>
-<p class="poem10">Quand ils m'auront guillotin,<br>
- Je n'aurai plus besoin de n.</p>
+<p class="poem10">Quand ils m'auront guillotiné,<br>
+ Je n'aurai plus besoin de né.</p>
-<p>Je dois t'ajouter, pour te prouver combien nous avons de moyens de
-nous endurcir, qu'une malheureuse femme condamne vient de me faire
-appeler: <em>La source de mes larmes est tarie, m'a-t-elle dit, il ne
-m'en est pas chapp une depuis hier soir. La plus sensible des femmes
+<p>»Je dois t'ajouter, pour te prouver combien nous avons de moyens de
+nous endurcir, qu'une malheureuse femme condamnée vient de me faire
+appeler: «<em>La source de mes larmes est tarie, m'a-t-elle dit, il ne
+m'en est pas échappé une depuis hier soir. La plus sensible des femmes
n'est plus susceptible d'aucun sentiment; les affections qui faisoient
le bonheur de ma vie ont perdu toute leur force. Je ne regrette rien,
-et je vois avec indiffrence le moment de ma mort.</em></p>
-
-<p>Cette femme est madame <em>Lariolette de Tournay</em>: elle dit avoir
-dpens des sommes normes pour la cause de la libert; commissaires
-nationaux, gnraux, officiers des armes franoises, ont t
-accueillis dans sa maison avec autant de distinction que de zle. Elle
-attribue ses malheurs son mari. Elle s'est fait peindre ces jours-ci
-la main appuye sur une tte de mort; elle a d lui envoyer ce
-portrait. L'allgorie est cruelle si le motif en est vrai!...</p>
-
-<p>Les hommes sont trop mchants, trop inutilement atroces, et je ne
-regretterois pas une existence aussi pnible et qui ne me prsente
+et je vois avec indifférence le moment de ma mort.</em>»</p>
+
+<p>»Cette femme est madame <em>Lariolette de Tournay</em>: elle dit avoir
+dépensé des sommes énormes pour la cause de la liberté; commissaires
+nationaux, généraux, officiers des armées françoises, ont été
+accueillis dans sa maison avec autant de distinction que de zèle. Elle
+attribue ses malheurs à son mari. Elle s'est fait peindre ces jours-ci
+la main appuyée sur une tête de mort; elle a dû lui envoyer ce
+portrait. L'allégorie est cruelle si le motif en est vrai!...</p>
+
+<p>»Les hommes sont trop méchants, trop inutilement atroces, et je ne
+regretterois pas une existence aussi pénible et qui ne me présente
qu'un avenir encore plus affreux. Tu vas me croire fou; ma foi, non!</p>
-<p>Je ne fus jamais si raisonnable; j'apprcie les choses ce qu'elles
+<p>»Je ne fus jamais si raisonnable; j'apprécie les choses ce qu'elles
valent, et le plus grand bienfait de la nature (la vie, dont tu me
-parles dans une de tes lettres), me parot moi une corve fort
+parles dans une de tes lettres), me paroît à moi une corvée fort
incommode, que la nature, si toutefois elle n'est pas une force
-aveugle, pouvoit pargner des tres qui n'ont pas mme assez de
+aveugle, pouvoit épargner à des êtres qui n'ont pas même assez de
raison pour apercevoir leurs sottises. Je suis si las de vivre parmi
-les hommes, que je ne serois pas fch de les quitter. J'ai dj,
-comme je t'ai dit, essay l'preuve; c'est le moment de vritable
-calme que j'aie got depuis que je suis ici, etc...</p>
+les hommes, que je ne serois pas fâché de les quitter. J'ai déjà,
+comme je t'ai dit, essayé l'épreuve; c'est le moment de véritable
+calme que j'aie goûté depuis que je suis ici, etc...»</p>
-<p>C'toit une chose touchante de voir un nombre de prisonniers prvenus
-de dlits contre la patrie ne respirer cependant que pour elle et pour
-sa libert.</p>
+<p>»C'étoit une chose touchante de voir un nombre de prisonniers prévenus
+de délits contre la patrie ne respirer cependant que pour elle et pour
+sa liberté.»</p>
<p><a id="footnote96-A" name="footnote96-A"></a>
<b><a href="#footnotetag96-A">96-A</a></b>: On appelle <em>pailleux</em> et <em>pailleuses</em> ceux et celles
-qui, n'ayant pas de moyen de payer le loyer d'un lit, sont obligs de
+qui, n'ayant pas de moyen de payer le loyer d'un lit, sont obligés de
coucher sur la paille.</p>
<p><a id="footnote96-B" name="footnote96-B"></a>
<b><a href="#footnotetag96-B">96-B</a></b>: Dans les derniers temps de la tyrannie de Robespierre,
-lorsque le tribunal envoyait les victimes la mort par charretes,
-quarante ou cinquante lits taient occups tous les jours par de
-nouveaux htes qui payaient quinze livres pour une nuit, ce qui
-donnait par mois un produit de dix-huit vingt-deux mille livres.</p>
+lorsque le tribunal envoyait les victimes à la mort par charretées,
+quarante ou cinquante lits étaient occupés tous les jours par de
+nouveaux hôtes qui payaient quinze livres pour une nuit, ce qui
+donnait par mois un produit de dix-huit à vingt-deux mille livres.</p>
<p><a id="footnote96-C" name="footnote96-C"></a>
-<b><a href="#footnotetag96-C">96-C</a></b>: On honore sa mmoire de cette pitaphe:</p>
+<b><a href="#footnotetag96-C">96-C</a></b>: On honore sa mémoire de cette épitaphe:</p>
<p class="poem10">Dans un corps sale et pourri<br>
- Gisait une me pouvantable.<br>
+ Gisait une âme épouvantable.<br>
Depuis ce matin, Dieu merci,<br>
- Et l'me et le corps sont au diable.</p>
+ Et l'âme et le corps sont au diable.</p>
<p><a id="footnote97" name="footnote97"></a>
-<b><a href="#footnotetag97">97</a></b>: Madame de la Fayette, ne Noailles, tait un modle de
-bienveillance, de pit et de dvouement conjugal. La journe du 15
-octobre 1795 fut un des plus beaux jours de sa vie. Ce jour-l, elle
-obtint la faveur de se constituer prisonnire avec ses deux filles
-dans les cachots d'Olmutz, auprs de son mari, dont elle partagea la
-captivit pendant deux ans.</p>
-
-<p>Elle mourut Paris dans la nuit de Nol (25 dcembre) 1807, et fut,
-selon son dsir, inhume Picpus, funbre asile qu'elle avait fond
+<b><a href="#footnotetag97">97</a></b>: Madame de la Fayette, née Noailles, était un modèle de
+bienveillance, de piété et de dévouement conjugal. La journée du 15
+octobre 1795 fut un des plus beaux jours de sa vie. Ce jour-là, elle
+obtint la faveur de se constituer prisonnière avec ses deux filles
+dans les cachots d'Olmutz, auprès de son mari, dont elle partagea la
+captivité pendant deux ans.</p>
+
+<p>Elle mourut à Paris dans la nuit de Noël (25 décembre) 1807, et fut,
+selon son désir, inhumée à Picpus, funèbre asile qu'elle avait fondé
avec sa s&oelig;ur, la marquise de Montaigu. B.</p>
<p><a id="footnote98" name="footnote98"></a>
<b><a href="#footnotetag98">98</a></b>: <cite>Les prisons en 1793</cite>, par madame la comtesse <span class="smcap">de Bohme</span>,
-ne de Girardin, 1 vol. in-8<sup>o</sup>, p. 130.</p>
+née de Girardin, 1 vol. in-8<sup>o</sup>, p. 130.</p>
<p><a id="footnote99" name="footnote99"></a>
-<b><a href="#footnotetag99">99</a></b>: Nous intercalons cette page le commencement de ce
-factum, reproduisant en <em>fac-simile</em> la pice imprime et remplie par
-l'criture autographe de l'accusateur public.</p>
+<b><a href="#footnotetag99">99</a></b>: Nous intercalons à cette page le commencement de ce
+factum, reproduisant en <em>fac-simile</em> la pièce imprimée et remplie par
+l'écriture autographe de l'accusateur public.</p>
<p><a id="footnote100" name="footnote100"></a>
-<b><a href="#footnotetag100">100</a></b>: Nous possdons quelques pages crites par lui la hte
-pour sa dfense, et qu'on ne lui donna point le temps de lire devant
-le tribunal. Voir aux Pices justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc6">VI</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag100">100</a></b>: Nous possédons quelques pages écrites par lui à la hâte
+pour sa défense, et qu'on ne lui donna point le temps de lire devant
+le tribunal. Voir aux Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc6">VI</a>.</p>
<p><a id="footnote101" name="footnote101"></a>
-<b><a href="#footnotetag101">101</a></b>: Voir, p. <a href="#page205">205</a>, la liste des coaccuss de Madame
-lisabeth.</p>
+<b><a href="#footnotetag101">101</a></b>: Voir, p. <a href="#page205">205</a>, la liste des coaccusés de Madame
+Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote102" name="footnote102"></a>
-<b><a href="#footnotetag102">102</a></b>: Cejourdhuy vingt un floral, l'an deuxime de la
-Rpublique, sur l'avis nous donn par l'accusateur public qu'une des
-condamnes par jugement du tribunal de cejourd'huy avoit des
-dclarations faire, nous Pierre Andr Coffinhal, juge du tribunal,
-en prsence de Michel Nicolas Gribauval, l'un des substituts de
-l'accusateur public, et assist de Anne Ducray, commis greffier, nous
-sommes transport au greffe de la maison d'arrt de la Conciergerie,
-o nous avons mand et fait venir par devant nous la nomme Anne Marie
-Louise Thomas, femme Serilly, ge de trente un ans, condamne la
+<b><a href="#footnotetag102">102</a></b>: Cejourdhuy vingt un floréal, l'an deuxième de la
+République, sur l'avis à nous donné par l'accusateur public qu'une des
+condamnées par jugement du tribunal de cejourd'huy avoit des
+déclarations à faire, nous Pierre André Coffinhal, juge du tribunal,
+en présence de Michel Nicolas Gribauval, l'un des substituts de
+l'accusateur public, et assisté de Anne Ducray, commis greffier, nous
+sommes transporté au greffe de la maison d'arrêt de la Conciergerie,
+où nous avons mandé et fait venir par devant nous la nommée Anne Marie
+Louise Thomas, femme Serilly, âgée de trente un ans, condamnée à la
peine de mort par jugement du tribunal de cejourdhuy, laquelle nous a
-dclar quelle toit enceinte d'environ six semaines, de laquelle
-dclaration lui avons donn acte; en consquence et ouy l'accusateur
-public, disons quelle sera vue et visite l'instant par les
-officiers de sant asserments prs le tribunal, pour, aprs leur
-rapport sur l'tat deladitte f<sup>e</sup> Serilly, tre par l'accusateur public
-requis et par le tribunal ordonn ce qu'il appartiendra.</p>
-
-<p>De ce que dessus avons dress le prsent procs verbal, que nous avons
-sign avec laditte f<sup>e</sup> Serilly, l'accusateur public et le commis
+déclaré quelle étoit enceinte d'environ six semaines, de laquelle
+déclaration lui avons donné acte; en conséquence et ouy l'accusateur
+public, disons quelle sera vue et visitée à l'instant par les
+officiers de santé assermentés près le tribunal, pour, après leur
+rapport sur l'état deladitte f<sup>e</sup> Serilly, être par l'accusateur public
+requis et par le tribunal ordonné ce qu'il appartiendra.</p>
+
+<p>De ce que dessus avons dressé le présent procès verbal, que nous avons
+signé avec laditte f<sup>e</sup> Serilly, l'accusateur public et le commis
greffier.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Gribauval</span>, subst. <span class="smcap">Ducray</span>. <span class="smcap">Thomas Serilly</span>. <span class="smcap">Coffinhal</span>.</p>
-<p class="p2">Nous, officiers de sant asserments au tribunal criminel
-rvolutionnaire, assiste de la citoyene Paquin, femme sage, pour le
+<p class="p2">Nous, officiers de santé assermentés au tribunal criminel
+révolutionnaire, assiste de la citoyene Paquin, femme sage, pour le
tribunal;</p>
-<p>Sur la rquisitoire de laqusateur publique, nous nous sommes
+<p>Sur la réquisitoire de laqusateur publique, nous nous sommes
transporte en la maison dite de la Conciergerie pour y voir et visiter
-la nom Anne Marie Louise Thomas, femme Cerilly, condann mort
-cejourdhuy par jugement dudit tribunal, afin dy constater ltat de
-grossesse de six semaine, conformment sa dclaration.</p>
-
-<p>Aprs la visite la plus scrupuleuse tant des parties intrieures
-questerieure, nous avons trouve le col de la matrice trs bas et dure
-et gonfl, le ventre tendue et gonfl, les seins douloureux et peu
-lev; nous ayant rpondue sur les difrentes questions que nous lui
-avons faite sur son tat, quel avoit prouv quelque uns des simptomes
-et accident qu'prouvent ordinairements les femmes dans le
+la nomé Anne Marie Louise Thomas, femme Cerilly, condanné à mort
+cejourdhuy par jugement dudit tribunal, afin dy constater létat de
+grossesse de six semaine, conformément à sa déclaration.</p>
+
+<p>Après la visite la plus scrupuleuse tant des parties intérieures
+questerieure, nous avons trouvée le col de la matrice très bas et dure
+et gonflé, le ventre tendue et gonflé, les seins douloureux et peu
+élevé; nous ayant répondue sur les diférentes questions que nous lui
+avons faite sur son état, quel avoit éprouvé quelque uns des simptomes
+et accident qu'éprouvent ordinairements les femmes dans le
commencement de leurs grossesse. Nous avons reconue que tout ces
-signes annonoient bien un commencement de grossesse, que depuis prs
-de deux mois elle n'avoit pas ses rgles. Mais comme tout ces signes
+signes annonçoient bien un commencement de grossesse, que depuis près
+de deux mois elle n'avoit pas ses règles. Mais comme tout ces signes
et simptomes souvent en imposent et ne sont pas sufisans pour porter
-un jugement dfinitif, nous renvoyons a un termes plus loign, qui
-est le cinquime mois, ou la nature n'y les simptomes ne peuvent plus
-en imposer. A Paris, ce vingt un floral de l'an deux de la Rpublique
-franoise une et indivisible.</p>
+un jugement définitif, nous renvoyons a un termes plus éloigné, qui
+est le cinquième mois, ou la nature n'y les simptomes ne peuvent plus
+en imposer. A Paris, ce vingt un floréal de l'an deux de la République
+françoise une et indivisible.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Paquin</span>, veuve <span class="smcap">Prioux</span>. <span class="smcap">Bavard</span>.</p>
-<p class="p2 entete"><i>Tribunal rvolutionnaire.</i></p>
+<p class="p2 entete"><i>Tribunal révolutionnaire.</i></p>
-<p>Vu par le tribunal rvolutionnaire tabli par la loi du 10 mars 1793,
+<p>Vu par le tribunal révolutionnaire établi par la loi du 10 mars 1793,
sans recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des pouvoirs
-dlgus au tribunal par la loi du cinq avril de la mme anne, sant
-au Palais de justice, Paris, la dclaration faite par Anne Marie
-Louise Thomas, femme Serilly, le vingt-un floral prsent mois,
-l'ordonnance du tribunal tant ensuite; ensemble le rapport des
-officiers de sant et matrone asserments; ensemble le rquisitoire de
-l'accusateur public; tout considr,</p>
-
-<p>Le tribunal assembl en la chambre du conseil, attendu l'incertitude
-sur l'tat actuel de la femme Serilly, rsultant du rapport des
-officiers de sant du tribunal, ordonne qu'il sera surcis
-l'excution du jugement dujourdhuy l'gard de la femme Serilly,
-jusqu' ce qu'il en ait t autrement ordonn.</p>
-
-<p>Fait et jug en la chambre du conseil, le vingt deux floral l'an
-deuxime de la Rpublique, par les citoyens Subleyrac, vice prsident,
-Denizot, Ardouin, Delige et Maire, juges, qui ont sign le prsent
+délégués au tribunal par la loi du cinq avril de la même année, séant
+au Palais de justice, à Paris, la déclaration faite par Anne Marie
+Louise Thomas, femme Serilly, le vingt-un floréal présent mois,
+l'ordonnance du tribunal étant ensuite; ensemble le rapport des
+officiers de santé et matrone assermentés; ensemble le réquisitoire de
+l'accusateur public; tout considéré,</p>
+
+<p>Le tribunal assemblé en la chambre du conseil, attendu l'incertitude
+sur l'état actuel de la femme Serilly, résultant du rapport des
+officiers de santé du tribunal, ordonne qu'il sera surcis à
+l'exécution du jugement dujourdhuy à l'égard de la femme Serilly,
+jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.</p>
+
+<p>Fait et jugé en la chambre du conseil, le vingt deux floréal l'an
+deuxième de la République, par les citoyens Subleyrac, vice président,
+Denizot, Ardouin, Deliége et Maire, juges, qui ont signé le présent
jugement avec le commis greffier.</p>
<p class="authorsc">Subleyrac.<br>
Denizot. <span class="add2em">A. M. Maire</span>. <span class="add2em">Ardouin</span>.<br>
- Delige.</p>
+ Deliége.</p>
-<p><i>Nota</i>. Anne-Marie-Louise Thomas, femme Megret-Serilly, fut transfre
- l'vch, d'o elle fut mise en libert aprs le 9 thermidor. B.</p>
+<p><i>Nota</i>. Anne-Marie-Louise Thomas, femme Megret-Serilly, fut transférée
+à l'Évêché, d'où elle fut mise en liberté après le 9 thermidor. B.</p>
<p><a id="footnote103" name="footnote103"></a>
-<b><a href="#footnotetag103">103</a></b>: Cette expression ironique <em>lisabeth de France</em> dans la
-bouche de Dumas, en rappelant la rponse qu'elle lui a faite elle-mme
-quand il lui a demand son nom, apporte, ce me semble, une grande
-force l'opinion que j'ai mise plus haut. B.</p>
+<b><a href="#footnotetag103">103</a></b>: Cette expression ironique <em>Élisabeth de France</em> dans la
+bouche de Dumas, en rappelant la réponse qu'elle lui a faite elle-même
+quand il lui a demandé son nom, apporte, ce me semble, une grande
+force à l'opinion que j'ai émise plus haut. B.</p>
<p><a id="footnote104" name="footnote104"></a>
-<b><a href="#footnotetag104">104</a></b>: Ces dtails ont t affirms par des membres du jury et
-par des spectateurs prsents au jugement; M. Georges Duval, qui les
+<b><a href="#footnotetag104">104</a></b>: Ces détails ont été affirmés par des membres du jury et
+par des spectateurs présents au jugement; M. Georges Duval, qui les
tenait d'eux, les rapporte dans ses <cite>Souvenirs thermidoriens</cite>.</p>
<p><a id="footnote105" name="footnote105"></a>
-<b><a href="#footnotetag105">105</a></b>: Nous devons ces dtails au sieur Ferry, garon de
-bureau (en 1825) au dpartement des beaux-arts, qui les tenait du
-sieur Geoffroy, son oncle, gardien (en 1794) de la maison d'arrt de
-la Folie-Renaud, lequel se trouvait cette heure la Conciergerie,
-o il venait, selon l'usage, faire le dpt de la dfroque des
-supplicis.</p>
+<b><a href="#footnotetag105">105</a></b>: Nous devons ces détails au sieur Ferry, garçon de
+bureau (en 1825) au département des beaux-arts, qui les tenait du
+sieur Geoffroy, son oncle, gardien (en 1794) de la maison d'arrêt de
+la Folie-Renaud, lequel se trouvait à cette heure à la Conciergerie,
+où il venait, selon l'usage, faire le dépôt de la défroque des
+suppliciés.</p>
<p><a id="footnote106" name="footnote106"></a>
<b><a href="#footnotetag106">106</a></b>: Une sainte fille du nom de <em>Marguerite</em>, au service de
-M. le marquis de Fenouil, et qui avait t jete la Conciergerie
-pour n'avoir point voulu dposer contre son matre, fut tmoin de
-cette scne. Elle connaissait madame de Montmorin, dont son pre
-infirme avait reu plus d'un bienfait. Ayant appris en 1828 que
-Marguerite tait au service de M. le marquis de la Suze, grand
-marchal des logis du Roi, je demandai la voir, et elle me raconta
-ces dtails, que je suis heureux de consigner ici. B.</p>
+M. le marquis de Fenouil, et qui avait été jetée à la Conciergerie
+pour n'avoir point voulu déposer contre son maître, fut témoin de
+cette scène. Elle connaissait madame de Montmorin, dont son père
+infirme avait reçu plus d'un bienfait. Ayant appris en 1828 que
+Marguerite était au service de M. le marquis de la Suze, grand
+maréchal des logis du Roi, je demandai à la voir, et elle me raconta
+ces détails, que je suis heureux de consigner ici. B.</p>
<p><a id="footnote107" name="footnote107"></a>
-<b><a href="#footnotetag107">107</a></b>: S'il tait vrai, comme on l'a prtendu, que Fouquier
-et <em>fait la proposition de saigner les condamns pour affaiblir le
-courage qui les accompagnait jusqu' la mort</em>, on serait dispos
+<b><a href="#footnotetag107">107</a></b>: S'il était vrai, comme on l'a prétendu, que Fouquier
+eût <em>fait la proposition de saigner les condamnés pour affaiblir le
+courage qui les accompagnait jusqu'à la mort</em>, on serait disposé à
croire qu'il regretta que l'application de cette atroce mesure n'ait
-pu tre faite la fourne du 10 mai 1794.</p>
+pu être faite à la fournée du 10 mai 1794.</p>
-<p>Le fait de cette proposition, dit M. Berriat-Saint-Prix, ne figure
+<p>«Le fait de cette proposition, dit M. Berriat-Saint-Prix, ne figure
pas dans le compte rendu de Donzelot, mais il n'en est pas moins
-prouv mes yeux, et voici mes raisons:&mdash;Les questions rsolues
+prouvé à mes yeux, et voici mes raisons:&mdash;Les questions résolues
affirmativement par le jury embrassaient vingt-neuf faits distincts, y
-compris celui-l<a id="footnotetag107-A" name="footnotetag107-A"></a><a href="#footnote107-A" title="Go to footnote 107-A"><span class="smaller">[107-A]</span></a>; sur ce nombre, vingt-sept se retrouvent dans
-le compte rendu, lequel s'arrte l'audience du 2 floral. Il est
-permis de supposer que la proposition de <em>la saigne</em> fut tablie sur
+compris celui-là<a id="footnotetag107-A" name="footnotetag107-A"></a><a href="#footnote107-A" title="Go to footnote 107-A"><span class="smaller">[107-A]</span></a>; sur ce nombre, vingt-sept se retrouvent dans
+le compte rendu, lequel s'arrête à l'audience du 2 floréal. Il est
+permis de supposer que la proposition de <em>la saignée</em> fut établie sur
les neuf audiences suivantes, omises par Donzelot. On ne comprend pas,
-en effet, comment le jury aurait sans preuve dclar constant ce fait
-si trange, alors qu'il ne constatait les vingt-sept autres que sur
-d'videntes dmonstrations.</p>
+en effet, comment le jury aurait sans preuve déclaré constant ce fait
+si étrange, alors qu'il ne constatait les vingt-sept autres que sur
+d'évidentes démonstrations.»</p>
-<p>(<cite>La Justice rvolutionnaire Paris</cite>, Cosse et Marchal, place
+<p>(<cite>La Justice révolutionnaire à Paris</cite>, Cosse et Marchal, place
Dauphine, 1861.)</p>
<p><a id="footnote107-A" name="footnote107-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag107-A">107-A</a></b>: Jugement rendu contre Fouquier, in-4<sup>o</sup>, page 1 5.
-Bibliothque du Louvre.</p>
+<b><a href="#footnotetag107-A">107-A</a></b>: Jugement rendu contre Fouquier, in-4<sup>o</sup>, page 1 à 5.
+Bibliothèque du Louvre.</p>
<p><a id="footnote108" name="footnote108"></a>
-<b><a href="#footnotetag108">108</a></b>: Son mari. A. E. F. G. Crussol d'Amboise, g de
-soixante-sept ans, ex-membre de l'Assemble constituante, n
-Aurillac, dpartement du Cantal, domicili Paris, fut condamn
+<b><a href="#footnotetag108">108</a></b>: Son mari. A. E. F. G. Crussol d'Amboise, âgé de
+soixante-sept ans, ex-membre de l'Assemblée constituante, né à
+Aurillac, département du Cantal, domicilié à Paris, fut condamné à
mort comme conspirateur, le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), par
-le tribunal rvolutionnaire de Paris.</p>
+le tribunal révolutionnaire de Paris.</p>
<p><a id="footnote109" name="footnote109"></a>
-<b><a href="#footnotetag109">109</a></b>: Extrait du registre des dpts au greffe du tribunal
-rvolutionnaire, la date du 22 floral.</p>
+<b><a href="#footnotetag109">109</a></b>: Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal
+révolutionnaire, à la date du 22 floréal.</p>
-<p>Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'excuteur des jugemens
-criminels, lequel a dpos un mdaillon en verre cercles d'or
-renfermant un crucifix de mme mtal;</p>
+<p>«Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens
+criminels, lequel a déposé un médaillon en verre à cercles d'or
+renfermant un crucifix de même métal;</p>
-<p>Un cachet d'or en trois parties reprsentant l'un les armes de France
-et de Navarre de l'ancien rgime, l'autre une colombe, et le dernier
-une tte d'homme;</p>
+<p>»Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de France
+et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe, et le dernier
+une tête d'homme;</p>
-<p>Une chane de col en or, laquelle est attach un c&oelig;ur renfermant
+<p>»Une chaîne de col en or, à laquelle est attaché un c&oelig;ur renfermant
des cheveux et une petite croix d'or;</p>
-<p>Une mdaille d'argent reprsentant une Immacule Conception de la
-ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille qu'il dclare
-appartenir lisabeth Capet, condamne mort, et qu'il a trouve sur
-elle en la conduisant au supplice, et a sign avec moi greffier
-soussign.</p>
+<p>»Une médaille d'argent représentant une Immaculée Conception de la
+ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille qu'il déclare
+appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et qu'il a trouvée sur
+elle en la conduisant au supplice, et a signé avec moi greffier
+soussigné.</p>
-<p class="authorsc">Desmorest, <span class="add2em">Wolff</span>.</p>
+<p class="authorsc">»Desmorest, <span class="add2em">Wolff</span>.»</p>
-<p>Cette dclaration du commis de l'excuteur est prcde (sur le
-registre des dpts faits au greffe du tribunal rvolutionnaire) de la
-dclaration faite par le concierge de la maison d'arrt de la
-Conciergerie des objets de garde-robe ou autres appartenant
-<em>lisabeth Capet et ses complices</em>. Voir aux Documents, n<sup>o</sup> <a href="#doc7">VII</a>.</p>
+<p>Cette déclaration du commis de l'exécuteur est précédée (sur le
+registre des dépôts faits au greffe du tribunal révolutionnaire) de la
+déclaration faite par le concierge de la maison d'arrêt de la
+Conciergerie des objets de garde-robe ou autres appartenant à
+<em>Élisabeth Capet et à ses complices</em>. Voir aux Documents, n<sup>o</sup> <a href="#doc7">VII</a>.</p>
<p><a id="footnote110" name="footnote110"></a>
-<b><a href="#footnotetag110">110</a></b>: Le tmoin dont il est ici question est madame Marie
-Valienne, femme Herv, puis femme Baudoin, concierge de l'hospice
+<b><a href="#footnotetag110">110</a></b>: Le témoin dont il est ici question est madame Marie
+Valienne, femme Hervé, puis femme Baudoin, concierge de l'hospice
Devillas, rue du Regard.</p>
<p><a id="footnote111" name="footnote111"></a>
-<b><a href="#footnotetag111">111</a></b>: <cite>Mmoires de madame de Genlis</cite>. Paris, Ladvocat, 1825,
+<b><a href="#footnotetag111">111</a></b>: <cite>Mémoires de madame de Genlis</cite>. Paris, Ladvocat, 1825,
t. VI, p. 117.</p>
-<p>Madame de Genlis ajoute en note: On voit dans la <em>Vie des saints</em> que
-ce miracle d'une odeur suave se rpandant tout coup est arriv plus
-d'une fois au moment de la mort de saints personnages.</p>
+<p>Madame de Genlis ajoute en note: «On voit dans la <em>Vie des saints</em> que
+ce miracle d'une odeur suave se répandant tout à coup est arrivé plus
+d'une fois au moment de la mort de saints personnages.»</p>
-<p>On trouve dans l'ouvrage de Grres intitul: <cite>la Mystique divine</cite>, le
-rcit d'une multitude de phnomnes identiques. En voici un extrait:</p>
+<p>On trouve dans l'ouvrage de Görres intitulé: <cite>la Mystique divine</cite>, le
+récit d'une multitude de phénomènes identiques. En voici un extrait:</p>
-<p>Lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il est en odeur de saintet, cette
-expression n'est pas seulement une figure, mais elle est fonde sur
-l'exprience. La chambre de la bienheureuse Liduine tait, au
-tmoignage de Thomas Kempis, remplie d'un parfum dlicieux
-qu'exhalait sa personne, et qui faisait croire tous ceux qui
+<p>«Lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il est en odeur de sainteté, cette
+expression n'est pas seulement une figure, mais elle est fondée sur
+l'expérience. La chambre de la bienheureuse Liduine était, au
+témoignage de Thomas à Kempis, remplie d'un parfum délicieux
+qu'exhalait sa personne, et qui faisait croire à tous ceux qui
entraient qu'elle avait sur elle quelque aromate.</p>
-<p>Lorsque saint Mnard fut assassin dans sa solitude, il sortit de son
-cadavre une odeur trs-agrable qui se rpandit jusque dans la fort
+<p>»Lorsque saint Ménard fut assassiné dans sa solitude, il sortit de son
+cadavre une odeur très-agréable qui se répandit jusque dans la forêt
environnante. Le corps de saint Dominique exhalait une odeur
semblable, et elle s'attacha pour longtemps aux mains de ceux qui
-l'avaient enseveli. Aprs la mort de saint Gandolphe, son corps
-rpandit aussi un doux parfum qui remplit la maison pendant quinze
-jours. Ce mme phnomne se reproduisit chez le frre Robert, de
-Naples, chez Jeanne de la Croix, chez Franois de Sainte-Marie et chez
-Franois de la Conception, quoique tous fussent morts de maladies qui
-ont coutume d'tre accompagnes de mauvaises odeurs. Il faut que ce
-parfum de saintet soit bien pntrant, puisque les actes de saint
-Trvre rapportent qu'on le sentait un mille la ronde lorsqu'on
-ouvrit son tombeau. (<cite>La Mystique divine, naturelle et diabolique</cite>,
-par <span class="smcap">Grres</span>, ouvrage traduit de l'allemand par C. Sainte-Foi;
+l'avaient enseveli. Après la mort de saint Gandolphe, son corps
+répandit aussi un doux parfum qui remplit la maison pendant quinze
+jours. Ce même phénomène se reproduisit chez le frère Robert, de
+Naples, chez Jeanne de la Croix, chez François de Sainte-Marie et chez
+François de la Conception, quoique tous fussent morts de maladies qui
+ont coutume d'être accompagnées de mauvaises odeurs. Il faut que ce
+parfum de sainteté soit bien pénétrant, puisque les actes de saint
+Trévère rapportent qu'on le sentait à un mille à la ronde lorsqu'on
+ouvrit son tombeau.» (<cite>La Mystique divine, naturelle et diabolique</cite>,
+par <span class="smcap">Görres</span>, ouvrage traduit de l'allemand par C. Sainte-Foi;
Poussielgue-Rusand. Paris, 1854. Tome I, chap. <span class="smcap">IV</span>, p. 292 et 295.)</p>
<p><a id="footnote112" name="footnote112"></a>
-<b><a href="#footnotetag112">112</a></b>: Les charrettes qui devaient transporter les condamns
-l'chafaud taient commandes d'avance en nombre suffisant; les places
-des victimes taient comptes; ces charrettes arrivaient la porte de
+<b><a href="#footnotetag112">112</a></b>: Les charrettes qui devaient transporter les condamnés à
+l'échafaud étaient commandées d'avance en nombre suffisant; les places
+des victimes étaient comptées; ces charrettes arrivaient à la porte de
la Conciergerie vers dix heures du matin, midi au plus tard. Plusieurs
-fois l'audience de la salle de l'<em>galit</em> (aujourd'hui la chambre
-civile de la Cour de cassation) ayant t termine par la condamnation
-de cinq ou six accuss seulement, Fouquier fit ajouter au bas de
-l'ordre pour l'excuteur, que lui prsentait signer le greffier:
-L'excuteur fera amener six ou sept charrettes, ce qui annonait
-l'espoir que les accuss alors en jugement dans la salle de la
-<em>Libert</em>, au nombre de trente, plus ou moins, seraient galement
-condamns. (Note emprunte au livre de M. Berriat Saint-Prix, <cite>la
-Justice rvolutionnaire</cite>.)</p>
+fois l'audience de la salle de l'<em>Égalité</em> (aujourd'hui la chambre
+civile de la Cour de cassation) ayant été terminée par la condamnation
+de cinq ou six accusés seulement, Fouquier fit ajouter au bas de
+l'ordre pour l'exécuteur, que lui présentait à signer le greffier:
+«L'exécuteur fera amener six ou sept charrettes», ce qui annonçait
+l'espoir que les accusés alors en jugement dans la salle de la
+<em>Liberté</em>, au nombre de trente, plus ou moins, seraient également
+condamnés. (Note empruntée au livre de M. Berriat Saint-Prix, <cite>la
+Justice révolutionnaire</cite>.)</p>
<p><a id="footnote113" name="footnote113"></a>
-<b><a href="#footnotetag113">113</a></b>: Dj, l'poque des grandes chaleurs de l't
-prcdent, les habitants du quartier de la Madeleine avaient exprim
-des plaintes ce sujet. Un citoyen du quartier du Roule, dans la
-sance de sa section, le 17 juillet 1793, avait propos d'adresser
-cet gard une rclamation au conseil de la Commune. Les exigences
-hyginiques avaient enfin dtermin l'ouverture d'un nouveau
-cimetire.</p>
+<b><a href="#footnotetag113">113</a></b>: Déjà, à l'époque des grandes chaleurs de l'été
+précédent, les habitants du quartier de la Madeleine avaient exprimé
+des plaintes à ce sujet. Un citoyen du quartier du Roule, dans la
+séance de sa section, le 17 juillet 1793, avait proposé d'adresser à
+cet égard une réclamation au conseil de la Commune. Les exigences
+hygiéniques avaient enfin déterminé l'ouverture d'un nouveau
+cimetière.</p>
-<p class="date"><i>Sance de la section du Roule du 17 juillet 1793.</i></p>
+<p class="date">«<i>Séance de la section du Roule du 17 juillet 1793.</i></p>
-<p>Un membre monte la tribune, et lit un mmoire sign d'un grand
-nombre de citoyens, tendant inviter la Commune donner un autre
-emplacement au cimetire de la paroisse de la Madeleine, dont l'odeur
-cadavreuse et putrfiante, y est-il dit, devient insupportable aux
-citoyens qui l'avoisinent, et dangereuse la ville de Paris.</p>
+<p>»Un membre monte à la tribune, et lit un mémoire signé d'un grand
+nombre de citoyens, tendant à inviter la Commune à donner un autre
+emplacement au cimetière de la paroisse de la Madeleine, dont l'odeur
+cadavéreuse et putréfiante, y est-il dit, devient insupportable aux
+citoyens qui l'avoisinent, et dangereuse à la ville de Paris.</p>
-<p>La section arrte que cette demande sera transmise la Commune.</p>
+<p>»La section arrête que cette demande sera transmise à la Commune.»</p>
-<p class="date"><i>Sance du 18.</i></p>
+<p class="date">«<i>Séance du 18.</i></p>
-<p> propos de la lecture du procs-verbal, un membre fait observer que
-l'arrt pris dans la sance prcdente est dangereux, impolitique et
-capable d'accrditer les bruits faux que les ennemis du bien public
-font courir en disant que la peste rgne dans Paris.</p>
+<p>»À propos de la lecture du procès-verbal, un membre fait observer que
+l'arrêté pris dans la séance précédente est dangereux, impolitique et
+capable d'accréditer les bruits faux que les ennemis du bien public
+font courir en disant que la peste règne dans Paris.</p>
-<p>L'assemble, considrant qu'il n'est rien que la malveillance
-n'emploie pour loigner les bons citoyens de Paris, rapporte son
-arrt.</p>
+<p>»L'assemblée, considérant qu'il n'est rien que la malveillance
+n'emploie pour éloigner les bons citoyens de Paris, rapporte son
+arrêté.»</p>
<p><a id="footnote114" name="footnote114"></a>
-<b><a href="#footnotetag114">114</a></b>: Le lecteur trouvera la fin de l'Appendice les listes
-des fournes de victimes qui ont prcd, accompagn ou suivi dans
-l'enclos du Christ la dpouille de Madame lisabeth.</p>
+<b><a href="#footnotetag114">114</a></b>: Le lecteur trouvera à la fin de l'Appendice les listes
+des fournées de victimes qui ont précédé, accompagné ou suivi dans
+l'enclos du Christ la dépouille de Madame Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote115" name="footnote115"></a>
<b><a href="#footnotetag115">115</a></b>: <span class="smcap">Ludovico Bottiglia</span>. Traduction de J. B. Idt, professeur
-au collge royal de Lyon. Lyon et Paris, in-8<sup>o</sup>, p. 79 82.</p>
+au collége royal de Lyon. Lyon et Paris, in-8<sup>o</sup>, p. 79 à 82.</p>
<p><a id="footnote116" name="footnote116"></a>
-<b><a href="#footnotetag116">116</a></b>: L'anne 1796 devait la soumettre de nouvelles
-preuves. La mort du roi Victor-Amde appelait son poux au trne de
-Sardaigne, branl depuis quatre ans par la rvolution franaise. La
-nouvelle reine se servit de son autorit pour honorer la religion,
-protger les arts et soulager les pauvres. Elle ne jouit gure que
-deux ans de cette consolation. Le 6 dcembre 1798, le Directoire
-dclara la guerre Charles-Emmanuel IV, et le fora de quitter Turin.
-La Reine le suivit en Toscane, et s'embarqua avec lui Livourne.
-Arrivs en Sardaigne, ils y passrent sept mois. Ayant un moment
-espr que quelques avantages remports par les Russes pourraient leur
-ouvrir la route de leurs tats, ils revinrent sur le continent: la
-fortune se tourna de nouveau contre eux, et les rduisit changer
-souvent de sjour. Ils habitrent tour tour Florence, Rome et
-Naples. Dans ces diffrentes demeures, les habitudes de la Reine
-restaient les mmes: elle prodiguait son mari, souffrant fort
-souvent d'une nvralgie, les soins les plus assidus comme les plus
-affectueux; et le temps qu'elle avait de libre aprs l'accomplissement
+<b><a href="#footnotetag116">116</a></b>: L'année 1796 devait la soumettre à de nouvelles
+épreuves. La mort du roi Victor-Amédée appelait son époux au trône de
+Sardaigne, ébranlé depuis quatre ans par la révolution française. La
+nouvelle reine se servit de son autorité pour honorer la religion,
+protéger les arts et soulager les pauvres. Elle ne jouit guère que
+deux ans de cette consolation. Le 6 décembre 1798, le Directoire
+déclara la guerre à Charles-Emmanuel IV, et le força de quitter Turin.
+La Reine le suivit en Toscane, et s'embarqua avec lui à Livourne.
+Arrivés en Sardaigne, ils y passèrent sept mois. Ayant un moment
+espéré que quelques avantages remportés par les Russes pourraient leur
+ouvrir la route de leurs États, ils revinrent sur le continent: la
+fortune se tourna de nouveau contre eux, et les réduisit à changer
+souvent de séjour. Ils habitèrent tour à tour Florence, Rome et
+Naples. Dans ces différentes demeures, les habitudes de la Reine
+restaient les mêmes: elle prodiguait à son mari, souffrant fort
+souvent d'une névralgie, les soins les plus assidus comme les plus
+affectueux; et le temps qu'elle avait de libre après l'accomplissement
de ses devoirs, elle le consacrait aux pratiques de la religion, au
-soulagement de la souffrance et de la misre, auxquelles elle donnait
-elle-mme l'exemple de la douceur, de la patience et de l'humilit.</p>
+soulagement de la souffrance et de la misère, auxquelles elle donnait
+elle-même l'exemple de la douceur, de la patience et de l'humilité.</p>
-<p>Ayant appris que le souverain Pontife avait t enlev de Rome, et se
-trouvait momentanment dans la Chartreuse, prs de Florence, le Roi et
+<p>Ayant appris que le souverain Pontife avait été enlevé de Rome, et se
+trouvait momentanément dans la Chartreuse, près de Florence, le Roi et
la Reine de Sardaigne, ainsi que le grand-duc de Toscane,
-s'empressrent de l'aller visiter. On imagine mieux qu'on ne le dcrit
+s'empressèrent de l'aller visiter. On imagine mieux qu'on ne le décrit
ce que dut avoir de touchant une telle entrevue, dans une circonstance
-qui runissait des exemples si clatants de la fragilit des grandeurs
-humaines. En s'inclinant devant le chef suprme de l'glise,
-Charles-Emmanuel lui dit: J'oublie dans des moments si doux toutes
-mes disgrces; je ne regrette point le trne que j'ai perdu: je
-retrouve tout vos pieds.&mdash;Hlas! cher Prince, rpondit le
-Saint-Pre, tout n'est que vanit; nous en sommes, vous et moi, la
-triste preuve. Portons nos regards vers le ciel, c'est l que nous
-attendent des trnes qui ne priront jamais. Le Roi et la Reine, qui
-se disposaient retourner en Sardaigne, pressaient le saint vieillard
-de les accompagner. Venez, venez avec nous, Saint-Pre, disait la
-s&oelig;ur de Madame lisabeth, nous nous consolerons ensemble: vous
-trouverez dans vos enfants tous les soins respectueux que mrite un si
-tendre pre.&mdash;Je ne puis accepter vos offres gnreuses, rpondit le
-Pape, mon grand ge ne le permet pas, mes infirmits le refusent, et
-la crainte d'veiller le soupon de nos ennemis le dfend. Leurs
-adieux furent dchirants: c'tait la sparation d'amis qui ne doivent
+qui réunissait des exemples si éclatants de la fragilité des grandeurs
+humaines. En s'inclinant devant le chef suprême de l'Église,
+Charles-Emmanuel lui dit: «J'oublie dans des moments si doux toutes
+mes disgrâces; je ne regrette point le trône que j'ai perdu: je
+retrouve tout à vos pieds.&mdash;Hélas! cher Prince, répondit le
+Saint-Père, tout n'est que vanité; nous en sommes, vous et moi, la
+triste preuve. Portons nos regards vers le ciel, c'est là que nous
+attendent des trônes qui ne périront jamais.» Le Roi et la Reine, qui
+se disposaient à retourner en Sardaigne, pressaient le saint vieillard
+de les accompagner. «Venez, venez avec nous, Saint-Père, disait la
+s&oelig;ur de Madame Élisabeth, nous nous consolerons ensemble: vous
+trouverez dans vos enfants tous les soins respectueux que mérite un si
+tendre père.&mdash;Je ne puis accepter vos offres généreuses, répondit le
+Pape, mon grand âge ne le permet pas, mes infirmités le refusent, et
+la crainte d'éveiller le soupçon de nos ennemis le défend.» Leurs
+adieux furent déchirants: c'était la séparation d'amis qui ne doivent
plus se revoir.</p>
-<p>Marie-Clotilde mourut Naples le 7 mars 1802. Dans tous les lieux
-qu'elle avait habits, la rputation de sa saintet s'tait rpandue.
-Le pape Pie VII, qui avait t tmoin de ses vertus, la dclara
-vnrable par un dcret du 10 avril 1808.</p>
+<p>Marie-Clotilde mourut à Naples le 7 mars 1802. Dans tous les lieux
+qu'elle avait habités, la réputation de sa sainteté s'était répandue.
+Le pape Pie VII, qui avait été témoin de ses vertus, la déclara
+vénérable par un décret du 10 avril 1808.</p>
<p><a id="footnote117" name="footnote117"></a>
-<b><a href="#footnotetag117">117</a></b>: Le prince Bda, abb de Saint-Gall, tait propritaire
-du chteau de Wartegg.</p>
+<b><a href="#footnotetag117">117</a></b>: Le prince Béda, abbé de Saint-Gall, était propriétaire
+du château de Wartegg.</p>
-<p>Il avait donn bail ce manoir la famille de la Tour-Valsassina,
-qui, au moment de l'migration franaise, le loua au marquis de
+<p>Il avait donné à bail ce manoir à la famille de la Tour-Valsassina,
+qui, au moment de l'émigration française, le loua au marquis de
Bombelles.</p>
-<p>Dans son journal manuscrit, conserv aux archives de Saint-Gall, t.
-284, nous voyons que la famille de Bombelles tait installe Wartegg
-en dcembre 1791, et que le 4 janvier 1792 M. de Bombelles vint avec
-toute sa famille Saint-Gall faire visite au prince abb et dner
+<p>Dans son journal manuscrit, conservé aux archives de Saint-Gall, t.
+284, nous voyons que la famille de Bombelles était installée à Wartegg
+en décembre 1791, et que le 4 janvier 1792 M. de Bombelles vint avec
+toute sa famille à Saint-Gall faire visite au prince abbé et dîner
avec lui.</p>
<p><a id="footnote118" name="footnote118"></a>
<b><a href="#footnotetag118">118</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Traduction d'un article de la Gazette de Brnn du
+<p class="entete"><i>Traduction d'un article de la Gazette de Brünn du
mercredi 1<sup>er</sup> octobre 1800.</i></p>
-<p>Le vrai mrite est sans ostentation; il n'appartient qu' la justice
-de l'histoire de lui riger un autel incorruptible dans le c&oelig;ur de
-tout homme de bien. La vertu la plus pure, la pit sans hypocrisie,
-la tendresse conjugale et maternelle porte au plus haut degr, le
-courage et la grandeur d'me dans les plus grands malheurs, la bont
-du c&oelig;ur, une bienfaisance sans bornes dans une situation gne, un
-esprit cultiv, une amiti noble et constante, toutes ces qualits se
-trouvoient runies dans une femme: toutes ces qualits firent vnrer
-madame de Bombelles, qu'une mort prmature arracha des bras de six
-orphelins, la suite d'une couche malheureuse, dans la
-trente-neuvime anne de son ge, et conduisit dans un monde o elle
-reoit la rcompense due ses souffrances et ses vertus. Tous ceux
-qui l'ont connue, qui l'ont vue grande et leve dans le malheur, qui
-l'ont admire sous les titres respectables de mre, d'pouse et
-d'amie, ne pourront refuser des larmes sa mmoire, et ses mnes le
-souhait d'une paix sainte et inaltrable.</p>
-
-<p class="entete"><i>Traduction d'un autre article de la mme gazette, du samedi 4 octobre
+<p>«Le vrai mérite est sans ostentation; il n'appartient qu'à la justice
+de l'histoire de lui ériger un autel incorruptible dans le c&oelig;ur de
+tout homme de bien. La vertu la plus pure, la piété sans hypocrisie,
+la tendresse conjugale et maternelle portée au plus haut degré, le
+courage et la grandeur d'âme dans les plus grands malheurs, la bonté
+du c&oelig;ur, une bienfaisance sans bornes dans une situation gênée, un
+esprit cultivé, une amitié noble et constante, toutes ces qualités se
+trouvoient réunies dans une femme: toutes ces qualités firent vénérer
+madame de Bombelles, qu'une mort prématurée arracha des bras de six
+orphelins, à la suite d'une couche malheureuse, dans la
+trente-neuvième année de son âge, et conduisit dans un monde où elle
+reçoit la récompense due à ses souffrances et à ses vertus. Tous ceux
+qui l'ont connue, qui l'ont vue grande et élevée dans le malheur, qui
+l'ont admirée sous les titres respectables de mère, d'épouse et
+d'amie, ne pourront refuser des larmes à sa mémoire, et à ses mânes le
+souhait d'une paix sainte et inaltérable.»</p>
+
+<p class="entete"><i>Traduction d'un autre article de la même gazette, du samedi 4 octobre
1800.</i></p>
-<p>Les hommes reconnoissants forment, dans le grand tableau du monde, le
-groupe le plus intressant; car il n'est aucune vertu, si leve
-qu'elle soit, laquelle le cleste sentiment de la reconnoissance ne
-mrite de servir de pendant. Nous fmes tmoin, lundi dernier, d'une
-scne des plus touchantes, des plus sublimes, prs du cercueil de la
-dfunte madame de Bombelles. La gratitude y clbra une fte digne du
-Ciel, et offrit un laurier la vertu dans le tombeau. Les habitants
-de Menowitz (village non loin de Brnn, o la dfunte habita quelque
-temps) apprirent la mort de cette vnrable femme, et plusieurs
-d'entre eux se htrent d'arriver la ville et dans la maison du
-deuil. C'toit le jour des funrailles, et le cercueil toit dj
-ferm. Les bonnes gens en demandrent l'ouverture avec des cris
-dchirants, pour voir encore une fois leur bienfaitrice, leur mre,
+<p>«Les hommes reconnoissants forment, dans le grand tableau du monde, le
+groupe le plus intéressant; car il n'est aucune vertu, si élevée
+qu'elle soit, à laquelle le céleste sentiment de la reconnoissance ne
+mérite de servir de pendant. Nous fûmes témoin, lundi dernier, d'une
+scène des plus touchantes, des plus sublimes, près du cercueil de la
+défunte madame de Bombelles. La gratitude y célébra une fête digne du
+Ciel, et offrit un laurier à la vertu dans le tombeau. Les habitants
+de Menowitz (village non loin de Brünn, où la défunte habita quelque
+temps) apprirent la mort de cette vénérable femme, et plusieurs
+d'entre eux se hâtèrent d'arriver à la ville et dans la maison du
+deuil. C'étoit le jour des funérailles, et le cercueil étoit déjà
+fermé. Les bonnes gens en demandèrent l'ouverture avec des cris
+déchirants, pour voir encore une fois leur bienfaitrice, leur mère,
pour baiser encore une fois ses froides mains. Le cercueil fut ouvert;
-et ces cratures reconnoissantes, ples et plonges dans une douleur
-muette, les yeux baigns de larmes, entourrent le corps de leur
-bienfaitrice. Ce spectacle toit digne de compassion, et en mme temps
-de l'enthousiasme des mes sensibles qui savent apprcier le mrite de
-la vertu. Enfin ce chagrin muet clata en plaintes amres: alors sa
-main glace fut couverte de baisers brlants; alors les vtements de
-la dfunte furent arross des larmes du sentiment, de ces larmes que
-tous les trsors de la terre ne peuvent acheter sans la vertu, dont
+et ces créatures reconnoissantes, pâles et plongées dans une douleur
+muette, les yeux baignés de larmes, entourèrent le corps de leur
+bienfaitrice. Ce spectacle étoit digne de compassion, et en même temps
+de l'enthousiasme des âmes sensibles qui savent apprécier le mérite de
+la vertu. Enfin ce chagrin muet éclata en plaintes amères: alors sa
+main glacée fut couverte de baisers brûlants; alors les vêtements de
+la défunte furent arrosés des larmes du sentiment, de ces larmes que
+tous les trésors de la terre ne peuvent acheter sans la vertu, dont
elles sont le prix. Chacun de ces hommes reconnoissants essaya de
-peindre aux assistants, avec tout le feu renferm dans ses veines, les
-bienfaits qu'il en avoit reus: <em>Au lit de ma femme malade, elle
-veilloit jour et nuit.&mdash;Elle ferma les yeux de ma mre.&mdash;Elle me donna
+peindre aux assistants, avec tout le feu renfermé dans ses veines, les
+bienfaits qu'il en avoit reçus: «<em>Au lit de ma femme malade, elle
+veilloit jour et nuit.&mdash;Elle ferma les yeux de ma mère.&mdash;Elle me donna
des drogues de sa propre main et me soigna.&mdash;Elle pansa mes plaies, et
-me mit en tat de soutenir mes vieux parents.</em> Ainsi s'crioient
+me mit en état de soutenir mes vieux parents.</em>» Ainsi s'écrioient
ensemble ces c&oelig;urs nobles et sensibles; et ils adressoient leurs
-v&oelig;ux au Ciel pour qu'il accordt la paix ternelle sa belle me,
-pour prix de tant de bienfaits. Que sont toutes les louange achetes
-avec de l'or auprs d'un tel loge funbre! Oh! celui qui, au rcit de
-pareilles scnes, n'aimeroit pas la vertu, n'ouvriroit pas son c&oelig;ur
-aux malheureux, qui ne rpandroit pas des trsors, souvent mal acquis,
-dans le sein des infortuns; celui qui ne cesseroit pas de poursuivre
-la vertu, d'opprimer le mrite, qu'il descende un jour au tombeau sans
-tre aim, sans tre pleur! c'est la plus grande punition, et dont
-il sentira, dans un autre monde seulement, toute l'tendue.</p>
+v&oelig;ux au Ciel pour qu'il accordât la paix éternelle à sa belle âme,
+pour prix de tant de bienfaits. Que sont toutes les louange achetées
+avec de l'or auprès d'un tel éloge funèbre! Oh! celui qui, au récit de
+pareilles scènes, n'aimeroit pas la vertu, n'ouvriroit pas son c&oelig;ur
+aux malheureux, qui ne répandroit pas des trésors, souvent mal acquis,
+dans le sein des infortunés; celui qui ne cesseroit pas de poursuivre
+la vertu, d'opprimer le mérite, qu'il descende un jour au tombeau sans
+être aimé, sans être pleuré! c'est la plus grande punition, et dont
+il sentira, dans un autre monde seulement, toute l'étendue.»</p>
<p><a id="footnote119" name="footnote119"></a>
-<b><a href="#footnotetag119">119</a></b>: <cite>Liste civile.</cite>&mdash;Bosson et sa femme, ci-devant
-attachs au service d'lisabeth Capet, rclament de la justice des
+<b><a href="#footnotetag119">119</a></b>: «<cite>Liste civile.</cite>&mdash;Bosson et sa femme, ci-devant
+attachés au service d'Élisabeth Capet, réclament de la justice des
magistrats administrateurs du directoire du district les six derniers
-mois 1793 de leurs gages, et jusqu' l'vacuation de leur logement,
-pour laquelle ils ont obis l'instant mme que les ordres leur a t
-signifis, au lieu qu'ils occupoient en la maison du Grand-Montreuil.</p>
+mois 1793 de leurs gages, et jusqu'à l'évacuation de leur logement,
+pour laquelle ils ont obéis à l'instant même que les ordres leur a été
+signifiés, au lieu qu'ils occupoient en la maison du Grand-Montreuil.</p>
-<p>Ils sont sans place et sans pain;&mdash;se recommandent votre
+<p>»Ils sont sans place et sans pain;&mdash;se recommandent à votre
bienfaisance.</p>
-<p class="authorsc">Bosson.</p>
+<p class="authorsc">»Bosson.»</p>
-<p>Soit communiqu au directeur de l'agence nationale de
+<p>«Soit communiqué au directeur de l'agence nationale de
l'enregistrement et des domaines, pour donner des renseignements et
-son avis le plus promptement possible, attendu l'extrme misre o les
-requrants ont t rduits par l'effet d'une dtention non mrite.
+son avis le plus promptement possible, attendu l'extrême misère où les
+requérants ont été réduits par l'effet d'une détention non méritée.
Fait au district de Versailles, le trois germinal, l'an second de la
-Rpublique.</p>
+République.</p>
-<p class="authorsc">Gauthier. <span class="add2em">Mac Baigneux.</span></p>
+<p class="authorsc">«Gauthier. <span class="add2em">Macé Baigneux.</span>»</p>
-<p><cite>Avis du directeur de l'agence nationale de l'enregistrement.</cite>&mdash;V la
-ptition du citoyen Bosson et de sa femme, tendante obtenir de
+<p>«<cite>Avis du directeur de l'agence nationale de l'enregistrement.</cite>&mdash;Vû la
+pétition du citoyen Bosson et de sa femme, tendante à obtenir de
l'administration le payement de leurs gages des six derniers mois de
-1793, comme attachs la maison du Grand-Montreuil, squestre sur
-lisabeth Capet.</p>
+1793, comme attachés à la maison du Grand-Montreuil, séquestrée sur
+Élisabeth Capet.</p>
-<p>Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement observe que
-Bosson et sa femme, qui n'ont justifi ny de leur qualit ny de leurs
-droits, toient l'un vacher et la femme laitire dans la maison
-d'lisabeth Capet;</p>
+<p>»Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement observe que
+Bosson et sa femme, qui n'ont justifié ny de leur qualité ny de leurs
+droits, étoient l'un vacher et la femme laitière dans la maison
+d'Élisabeth Capet;</p>
-<p>Que les vaches ayant t vendues en octobre 1792, le vacher et la
-laitire sont devenus inutiles; que les dispositions des loix
+<p>»Que les vaches ayant été vendues en octobre 1792, le vacher et la
+laitière sont devenus inutiles; que les dispositions des loix
concernant les gagistes de la cy devant liste civile sont communes aux
-personnes qui toient attaches lisabeth Capet;</p>
+personnes qui étoient attachées à Élisabeth Capet;</p>
-<p>Qu'ainsi Bosson et sa femme ont d se regarder comme supprims
-compter du 31 dcembre 1792; mais qu'ils ont droit aux indemnits ou
-pensions promises par le dcret du 27 aot 1793, et qu'ils doivent
-tre renvoys devant le citoyen Henry, commissaire-liquidateur de la
+<p>»Qu'ainsi Bosson et sa femme ont dû se regarder comme supprimés à
+compter du 31 décembre 1792; mais qu'ils ont droit aux indemnités ou
+pensions promises par le décret du 27 août 1793, et qu'ils doivent
+être renvoyés devant le citoyen Henry, commissaire-liquidateur de la
cy-devant liste civile.</p>
-<p>A Versailles, 11 germinal de l'an II de la Rpublique franoise, une
+<p>»A Versailles, 11 germinal de l'an II de la République françoise, une
et indivisible.</p>
-<p class="authorsc">Deschesne.</p>
+<p class="authorsc">»Deschesne.»</p>
<p><a id="footnote120" name="footnote120"></a>
-<b><a href="#footnotetag120">120</a></b>: Nous en avons trouv des traces dans le registre des
+<b><a href="#footnotetag120">120</a></b>: Nous en avons trouvé des traces dans le registre des
archives de la noble bourgeoisie et ville de Bulle:</p>
-<p class="date">1798.</p>
+<p class="date">«1798.</p>
-<p>Cette anne mmorable qui changea la face des affaires en Suisse fut
-prcde par des dmonstrations qui furent trs-vives dans le pays de
-Vaux dj ds le commencement du mois de dcembre. Le lendemain de la
-foire du mois de janvier 1798 fut le jour o l'arbre de la libert fut
-arbor sur le Tilleul, Bulle. Ds lors Bulle se constitua en comit
-central correspondant avec Vevey et Lausanne. Un autre comit central
-s'tablit Grand-Villard, qui correspondit aussi, comme celui de
-Bulle, avec Vevey et Lausanne. Il s'agissait de rcuprer les droits
+<p>»Cette année mémorable qui changea la face des affaires en Suisse fut
+précédée par des démonstrations qui furent très-vives dans le pays de
+Vaux déjà dès le commencement du mois de décembre. Le lendemain de la
+foire du mois de janvier 1798 fut le jour où l'arbre de la liberté fut
+arboré sur le Tilleul, à Bulle. Dès lors Bulle se constitua en comité
+central correspondant avec Vevey et Lausanne. Un autre comité central
+s'établit à Grand-Villard, qui correspondit aussi, comme celui de
+Bulle, avec Vevey et Lausanne. Il s'agissait de récupérer les droits
de l'ancienne patrie de Vaux.</p>
-<p>Parmi les actes de dvouement pour la cause de la libert, on peut
-citer celui des frres Gex, qui fabriqurent un canon de bois cercl
-en fer, et qui figura au camp de Russille, prs d'Avry-devant-Pont.</p>
+<p>»Parmi les actes de dévouement pour la cause de la liberté, on peut
+citer celui des frères Gex, qui fabriquèrent un canon de bois cerclé
+en fer, et qui figura au camp de Russille, près d'Avry-devant-Pont.</p>
-<p>Les dtails de cette rvolution se trouveront dans un autre ouvrage.
-L'heure toit venue o la Suisse devoit aussi avoir son tour, et au 4
-mars les Franois entrrent Fribourg; combat meurtrier la Singine;
+<p>»Les détails de cette révolution se trouveront dans un autre ouvrage.
+L'heure étoit venue où la Suisse devoit aussi avoir son tour, et au 4
+mars les François entrèrent à Fribourg; combat meurtrier à la Singine;
Berne est prise par Schombourg; les gouvernements aristocratiques
-disparoissent; la Suisse se constitue en une rpublique une et
-indivisible; un directoire, un snat, un grand conseil, sigent
-d'abord Arau, ensuite Lucerne, enfin Berne, o, aprs plusieurs
-changements dans ces premires autorits et dans sa forme, le
-gouvernement unitaire fut culbut par la troupe du gnral Bachman et
-de son collgue Aufdermour, qui forcrent le gouvernement unitaire
-se rfugier Lausanne, o le gnral Rapp se trouva et fit connotre
-aux Suisses la volont de Napolon, premier consul de France, d'tre
-le mdiateur de la Suisse. Bachman et sa compagnie mirent bas les
-armes; le gouvernement unitaire fut rtabli Berne, et une consulte
-fut envoye Paris de toute la Suisse, qui en apporta l'acte de
-mdiation, qui fut mis en activit par M. le comte Louis d'Affry, en
-sa qualit de premier landamman de la Suisse; avoyer de Fribourg sous
-ce rgime, mort d'un coup d'apoplexie, il emporta les regrets de ses
+disparoissent; la Suisse se constitue en une république une et
+indivisible; un directoire, un sénat, un grand conseil, siégent
+d'abord à Arau, ensuite à Lucerne, enfin à Berne, où, après plusieurs
+changements dans ces premières autorités et dans sa forme, le
+gouvernement unitaire fut culbuté par la troupe du général Bachman et
+de son collègue Aufdermour, qui forcèrent le gouvernement unitaire à
+se réfugier à Lausanne, où le général Rapp se trouva et fit connoître
+aux Suisses la volonté de Napoléon, premier consul de France, d'être
+le médiateur de la Suisse. Bachman et sa compagnie mirent bas les
+armes; le gouvernement unitaire fut rétabli à Berne, et une consulte
+fut envoyée à Paris de toute la Suisse, qui en apporta l'acte de
+médiation, qui fut mis en activité par M. le comte Louis d'Affry, en
+sa qualité de premier landamman de la Suisse; avoyer de Fribourg sous
+ce régime, mort d'un coup d'apoplexie, il emporta les regrets de ses
concitoyens.</p>
-<p>Sous le gouvernement de l'acte de mdiation tout comme sous
-l'unitaire, Bulle conserva une prfecture et un tribunal de premire
+<p>»Sous le gouvernement de l'acte de médiation tout comme sous
+l'unitaire, Bulle conserva une préfecture et un tribunal de première
instance.</p>
-<p class="p2">L'acte de mdiation faisoit de Bulle le chef-lieu d'un des cinq
-districts du canton de Fribourg.&mdash;Il donna un membre au conseil d'tat
-dans la personne de M. Nicolas-Andr de Castella, dernier banneret de
-Bulle. (Extrait d'un registre intitul: <cite>Annalise des Archives de la
+<p class="p2">»L'acte de médiation faisoit de Bulle le chef-lieu d'un des cinq
+districts du canton de Fribourg.&mdash;Il donna un membre au conseil d'État
+dans la personne de M. Nicolas-André de Castella, dernier banneret de
+Bulle.» (Extrait d'un registre intitulé: <cite>Annalise des Archives de la
noble bourgeoisie et ville de Bulle</cite>.)</p>
<p><a id="footnote121" name="footnote121"></a>
-<b><a href="#footnotetag121">121</a></b>: Voir, aux Pices justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc8">VIII</a>, son acte de
-dcs.</p>
+<b><a href="#footnotetag121">121</a></b>: Voir, aux Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc8">VIII</a>, son acte de
+décès.</p>
<p><a id="footnote122" name="footnote122"></a>
-<b><a href="#footnotetag122">122</a></b>: Voir son acte de dcs, au n<sup>o</sup> <a href="#doc9">IX</a> des Pices
+<b><a href="#footnotetag122">122</a></b>: Voir son acte de décès, au n<sup>o</sup> <a href="#doc9">IX</a> des Pièces
justificatives.</p>
<p><a id="footnote123" name="footnote123"></a>
-<b><a href="#footnotetag123">123</a></b>: Voir Pices justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag123">123</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
<p><a id="footnote124" name="footnote124"></a>
-<b><a href="#footnotetag124">124</a></b>: Voir Pices justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag124">124</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
<p><a id="footnote125" name="footnote125"></a>
-<b><a href="#footnotetag125">125</a></b>: Voir Pices justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag125">125</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
<p><a id="footnote126" name="footnote126"></a>
-<b><a href="#footnotetag126">126</a></b>: Voir Pices justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag126">126</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
<p><a id="footnote127" name="footnote127"></a>
-<b><a href="#footnotetag127">127</a></b>: Voir Pices justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc11">XI</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag127">127</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc11">XI</a>.</p>
<p><a id="footnote128" name="footnote128"></a>
-<b><a href="#footnotetag128">128</a></b>: Ce cimetire qui porta d'abord la dnomination de
-<em>Champ de Repos</em>, fut cr par un arrt de l'administration centrale
-du dpartement de la Seine, du 8 messidor an VI (26 juin 1798), dans
-un terrain d'un hectare deux mille sept cent trente-six mtres
-cinquante-sept centimtres, situ au-dessus du boulevard de la
-barrire Blanche, cd la ville par le citoyen Aym pour la somme de
-quatre mille huit cents francs. Par cet arrt, le cimetire Roch fut
-dfinitivement ferm.</p>
-
-<p>Le <em>Champ de Repos</em> se trouva bientt trop petit.</p>
-
-<p>Par un dcret, dat du camp imprial d'Ebersdorf, du 28 mai 1809, le
-conseiller d'tat, prfet du dpartement de la Seine, fut autoris
-acqurir, pour cause d'utilit publique, au nom de la ville de Paris,
-un terrain de quinze hectares, situ l'entre de la plaine de
-Clichy, pour servir l'tablissement d'un nouveau lieu de spulture,
-destin remplacer le cimetire Montmartre.</p>
-
-<p>Un autre dcret imprial, du 13 aot 1811, modifiant ce dcret,
-ordonna que le cimetire existant au bas de Montmartre serait agrandi
-dans sa partie nord et nord-ouest, et autorisa la ville de Paris
+<b><a href="#footnotetag128">128</a></b>: Ce cimetière qui porta d'abord la dénomination de
+<em>Champ de Repos</em>, fut créé par un arrêté de l'administration centrale
+du département de la Seine, du 8 messidor an VI (26 juin 1798), dans
+un terrain d'un hectare deux mille sept cent trente-six mètres
+cinquante-sept centimètres, situé au-dessus du boulevard de la
+barrière Blanche, cédé à la ville par le citoyen Aymé pour la somme de
+quatre mille huit cents francs. Par cet arrêté, le cimetière Roch fut
+définitivement fermé.</p>
+
+<p>Le <em>Champ de Repos</em> se trouva bientôt trop petit.</p>
+
+<p>Par un décret, daté du camp impérial d'Ebersdorf, du 28 mai 1809, le
+conseiller d'État, préfet du département de la Seine, fut autorisé à
+acquérir, pour cause d'utilité publique, au nom de la ville de Paris,
+un terrain de quinze hectares, situé à l'entrée de la plaine de
+Clichy, pour servir à l'établissement d'un nouveau lieu de sépulture,
+destiné à remplacer le cimetière Montmartre.</p>
+
+<p>Un autre décret impérial, du 13 août 1811, modifiant ce décret,
+ordonna que le cimetière existant au bas de Montmartre serait agrandi
+dans sa partie nord et nord-ouest, et autorisa la ville de Paris à
faire acquisition de douze hectares de terrain pour l'agrandissement
-du cimetire, en le prolongeant travers le chemin des Batignolles,
-qui sera dplac.</p>
+du cimetière, en le prolongeant à travers le chemin des Batignolles,
+qui sera déplacé.</p>
-<p>Enfin, un arrt prfectoral du 10 fvrier 1818 fit procder
-immdiatement au mesurage des douze hectares de terrain dont
-l'acquisition est ordonne par le dcret susrelat. B.</p>
+<p>Enfin, un arrêté préfectoral du 10 février 1818 fit procéder
+immédiatement au mesurage des douze hectares de terrain dont
+l'acquisition est ordonnée par le décret susrelaté. B.</p>
<p><a id="footnote129" name="footnote129"></a>
<b><a href="#footnotetag129">129</a></b>: Voir page <a href="#page232">232</a> de ce volume.</p>
<p><a id="footnote130" name="footnote130"></a>
-<b><a href="#footnotetag130">130</a></b>: Le sieur Fauconnier, 12, rue d'Asnires,
+<b><a href="#footnotetag130">130</a></b>: Le sieur Fauconnier, 12, rue d'Asnières,
Batignolles-Paris.</p>
<p><a id="footnote131" name="footnote131"></a>
<b><a href="#footnotetag131">131</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Dclaration de M. Descloseaux, chevalier de l'Ordre du Roi,
+<p class="entete"><i>Déclaration de M. Descloseaux, chevalier de l'Ordre du Roi,
du 22 mai 1816,
- devant M<sup>e</sup> Deguingand, notaire Monceaux</i>.</p>
-
-<p>Je soussign, Pierre-Louis <span class="smcap">Ollivier Descloseaux</span>, chevalier de l'Ordre
-du Roi, demeurant actuellement rue d'Anjou, faubourg Saint-Honor, n<sup>o</sup>
-62, premier arrondissement, dclare erron le certificat que j'ai
-sign le quatre juin mil huit cent quatorze, tant la suite d'une
-liste imprime par Lottin, dans le courant de la mme anne, ayant
-pour titre: <cite>Liste des personnes qui ont pri par jugement du
-tribunal rvolutionnaire, depuis le vingt-six aot dix-sept cent
+ devant M<sup>e</sup> Deguingand, notaire à Monceaux</i>.</p>
+
+<p>Je soussigné, Pierre-Louis <span class="smcap">Ollivier Descloseaux</span>, chevalier de l'Ordre
+du Roi, demeurant actuellement rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré, n<sup>o</sup>
+62, premier arrondissement, déclare erroné le certificat que j'ai
+signé le quatre juin mil huit cent quatorze, étant à la suite d'une
+liste imprimée par Lottin, dans le courant de la même année, ayant
+pour titre: «<cite>Liste des personnes qui ont péri par jugement du
+tribunal révolutionnaire, depuis le vingt-six août dix-sept cent
quatre-vingt-douze, jusqu'au treize juin dix-sept cent
quatre-vingt-quatorze (vingt-cinq prairial an deux), laquelle liste
-contient les noms de treize cent quarante-trois victimes.</cite></p>
+contient les noms de treize cent quarante-trois victimes.</cite>»</p>
<p>Attendu qu'il est constant et hors de doute que, sur la demande des
-propritaires et habitans de la rue d'Anjou, le cimetire de la
-Madeleine a t ferm antrieurement au vingt-quatre mars dix-sept
+propriétaires et habitans de la rue d'Anjou, le cimetière de la
+Madeleine a été fermé antérieurement au vingt-quatre mars dix-sept
cent quatre-vingt-quatorze (quatre germinal an deux), et que de suite
-il a t ouvert prs de la barrire de Monceaux (vulgairement
-Mousseaux) un autre cimetire, dans lequel a t port <span class="smcap">Hbert</span>, dit le
-<em>Pre Duchesne</em>, indiqu sous le n<sup>o</sup> 496 de ladite liste, d'o il
-rsulte la preuve, d'aprs la liste imprime par Lottin, que huit cent
-quarante-huit victimes ont t portes au cimetire de Monceaux, et
-non celui de la rue d'Anjou; en consquence je dclare, moi
+il a été ouvert près de la barrière de Monceaux (vulgairement
+Mousseaux) un autre cimetière, dans lequel a été porté <span class="smcap">Hébert</span>, dit le
+<em>Père Duchesne</em>, indiqué sous le n<sup>o</sup> 496 de ladite liste, d'où il
+résulte la preuve, d'après la liste imprimée par Lottin, que huit cent
+quarante-huit victimes ont été portées au cimetière de Monceaux, et
+non à celui de la rue d'Anjou; en conséquence je déclare, moi
Descloseaux, que c'est par erreur qu'il est dit, dans le certificat
-sign de moi, que toutes les personnes comprises dans cette liste, et
-au nombre de treize cent quarante-trois, ont t inhumes dans le
-cimetire de la rue d'Anjou, et que je n'ai pas entendu y comprendre
-celles qui ont t reues au cimetire de Monceaux, indiques sous les
-huit cent quarante-huit derniers numros. Cette erreur provient de ce
-que j'ai considr la dsignation du cimetire de la Madeleine comme
-tant commune aux deux cimetires de la rue d'Anjou et Monceaux,
-attendu qu'ils avaient successivement servi au mme usage.</p>
-
-<p>De ce qui vient d'tre dit, il reste constant que les tristes restes
-de <span class="smcap">Madame LISABETH</span>, s&oelig;ur de Sa Majest Louis XVI, et de M. de
-<span class="smcap">Malesherbes</span>, sont dposs dans le cimetire de Monceaux. (Voir les
+signé de moi, que toutes les personnes comprises dans cette liste, et
+au nombre de treize cent quarante-trois, ont été inhumées dans le
+cimetière de la rue d'Anjou, et que je n'ai pas entendu y comprendre
+celles qui ont été reçues au cimetière de Monceaux, indiquées sous les
+huit cent quarante-huit derniers numéros. Cette erreur provient de ce
+que j'ai considéré la désignation du cimetière de la Madeleine comme
+étant commune aux deux cimetières de la rue d'Anjou et Monceaux,
+attendu qu'ils avaient successivement servi au même usage.</p>
+
+<p>De ce qui vient d'être dit, il reste constant que les tristes restes
+de <span class="smcap">Madame ÉLISABETH</span>, s&oelig;ur de Sa Majesté Louis XVI, et de M. de
+<span class="smcap">Malesherbes</span>, sont déposés dans le cimetière de Monceaux. (Voir les
n<sup>os</sup> 679 et 901.)</p>
-<p>En foi de quoi j'ai sign le prsent certificat pour rendre hommage
-la vrit, consentant qu'il soit dpos par-devant notaire, et qu'il
-en soit dlivr toutes copies ncessaires qui de droit et mes
+<p>En foi de quoi j'ai signé le présent certificat pour rendre hommage à
+la vérité, consentant qu'il soit déposé par-devant notaire, et qu'il
+en soit délivré toutes copies nécessaires à qui de droit et à mes
frais.</p>
<p>A Paris, ce dix-neuf mai dix-huit cent seize.</p>
-<p>Approuv le contenu au certificat ci-dessus crit de la main de M.
-d'Anjou, mon gendre. <i>Sign</i> <span class="smcap">Ollivier Descloseaux</span>, chevalier de
+<p>Approuvé le contenu au certificat ci-dessus écrit de la main de M.
+d'Anjou, mon gendre. <i>Signé</i> <span class="smcap">Ollivier Descloseaux</span>, chevalier de
l'Ordre du Roi.</p>
-<p>En marge est crit: Enregistr Neuilly, le vingt-un mai mil huit
-cent seize, fol. 14 recto, cases 1 et 2. Reu deux francs vingt
-centimes. <i>Sign</i> <span class="smcap">Mauroy</span>.</p>
+<p>En marge est écrit: Enregistré à Neuilly, le vingt-un mai mil huit
+cent seize, fol. 14 recto, cases 1 et 2. Reçu deux francs vingt
+centimes. <i>Signé</i> <span class="smcap">Mauroy</span>.</p>
-<p>Il est ainsi en ladite dclaration, duement certifie vritable,
-signe, paraphe et annexe un acte de dpt pass devant M<sup>e</sup> lie
-<span class="smcap">Deguingand</span>, notaire Monceaux, boulevard extrieur de Paris,
-soussign, le vingt-deux mai mil huit cent seize, enregistr; le tout
-tant en la possession dudit M<sup>e</sup> <span class="smcap">Deguingand</span>. Dlivr ces prsentes le
+<p>«Il est ainsi en ladite déclaration, duement certifiée véritable,
+signée, paraphée et annexée à un acte de dépôt passé devant M<sup>e</sup> Élie
+<span class="smcap">Deguingand</span>, notaire à Monceaux, boulevard extérieur de Paris,
+soussigné, le vingt-deux mai mil huit cent seize, enregistré; le tout
+étant en la possession dudit M<sup>e</sup> <span class="smcap">Deguingand</span>.» Délivré ces présentes le
trente juin mil huit cent seize.</p>
<p class="authorsc">Deguingand.</p>
@@ -33165,467 +33120,467 @@ trente juin mil huit cent seize.</p>
<p><a id="footnote132" name="footnote132"></a>
<b><a href="#footnotetag132">132</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Acte de notorit concernant le cimetire de Monceaux,
+<p class="entete"><i>Acte de notoriété concernant le cimetière de Monceaux,
du 30 et 31 mars 1817,
devant M<sup>e</sup> Deguingand, notaire.</i></p>
-<p>Par-devant M<sup>e</sup> lie <span class="smcap">Deguingand</span>, notaire royal la rsidence de
-Monceaux, boulevard extrieur de Paris, en prsence des tmoins
-ci-aprs nomms, soussigns,</p>
+<p>Par-devant M<sup>e</sup> Élie <span class="smcap">Deguingand</span>, notaire royal à la résidence de
+Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins
+ci-après nommés, soussignés,</p>
<p class="smcap">Sont comparus:</p>
<ul class="none">
<li>1<sup>o</sup> M. Philippe <span class="smcap">Cardinet</span>, marchand de vin traiteur;</li>
-<li>2<sup>o</sup> M. Louis-Auguste <span class="smcap">Poitevin</span>, propritaire et cultivateur;</li>
+<li>2<sup>o</sup> M. Louis-Auguste <span class="smcap">Poitevin</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
-<li>3<sup>o</sup> M. Franois <span class="smcap">Curel</span>, propritaire et marchand picier;</li>
+<li>3<sup>o</sup> M. François <span class="smcap">Curel</span>, propriétaire et marchand épicier;</li>
-<li>4<sup>o</sup> M. tienne <span class="smcap">Desgrais</span>, propritaire et cultivateur;</li>
+<li>4<sup>o</sup> M. Étienne <span class="smcap">Desgrais</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
-<li>5<sup>o</sup> M. Franois <span class="smcap">Charles</span>, propritaire et cultivateur;</li>
+<li>5<sup>o</sup> M. François <span class="smcap">Charles</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
-<li>6<sup>o</sup> M. tienne-Franois <span class="smcap">Fauconnier</span>, propritaire et cultivateur;</li>
+<li>6<sup>o</sup> M. Étienne-François <span class="smcap">Fauconnier</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
-<li>7<sup>o</sup> M. Pierre <span class="smcap">Gillet</span>, propritaire et cultivateur;</li>
+<li>7<sup>o</sup> M. Pierre <span class="smcap">Gillet</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
-<li>8<sup>o</sup> M. Claude <span class="smcap">Lebert</span>, cultivateur et propritaire;</li>
+<li>8<sup>o</sup> M. Claude <span class="smcap">Lebert</span>, cultivateur et propriétaire;</li>
-<li>9<sup>o</sup> Et M. Jacques-Louis <span class="smcap">Charles</span>, propritaire et paveur;</li>
+<li>9<sup>o</sup> Et M. Jacques-Louis <span class="smcap">Charles</span>, propriétaire et paveur;</li>
</ul>
-<p>Tous demeurant Monceaux, commune de Clichy-la-Garenne, dpartement
+<p>Tous demeurant à Monceaux, commune de Clichy-la-Garenne, département
de la Seine;</p>
-<p>Lesquels ont attest pour notorit constante, et comme tant leur
-parfaite connaissance, les faits ci-aprs rapports;</p>
+<p>Lesquels ont attesté pour notoriété constante, et comme étant à leur
+parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés;</p>
<p class="smcap">Savoir:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Que, lors de la fermeture du cimetire de la Madeleine de Paris,
-c'est--dire au mois de mars dix-sept cent quatre-vingt-quatorze, le
-Gouvernement, existant cette poque s'est empar pour le mme usage
-d'un terrain dpendant de la maison dite <em>du Christ</em>, situe la
-barrire de Monceaux (vulgairement <em>Mousseaux</em>).</p>
+<p>1<sup>o</sup> Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de Paris,
+c'est-à-dire au mois de mars dix-sept cent quatre-vingt-quatorze, le
+Gouvernement, existant à cette époque s'est emparé pour le même usage
+d'un terrain dépendant de la maison dite <em>du Christ</em>, située à la
+barrière de Monceaux (vulgairement <em>Mousseaux</em>).</p>
-<p>2<sup>o</sup> Que pour l'entre de ce dernier cimetire on a dmoli une partie
-du mur d'enceinte de Paris, et pratiqu sur le boulevard extrieur,
-vis--vis le btiment de la barrire, une ouverture, depuis ferme par
+<p>2<sup>o</sup> Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une partie
+du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard extérieur,
+vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une ouverture, depuis fermée par
une grande porte qui existe encore actuellement.</p>
-<p>3<sup>o</sup> Et que c'est dans ce lieu qu'ont t ports, le dix mai dix-sept
-cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de <span class="smcap">Madame LISABETH</span>,
-s&oelig;ur de Sa Majest Louis XVIII, roi de France.</p>
+<p>3<sup>o</sup> Et que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai dix-sept
+cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de <span class="smcap">Madame ÉLISABETH</span>,
+s&oelig;ur de Sa Majesté Louis XVIII, roi de France.</p>
-<p>Trois jours aprs, l'ancien concierge du cimetire de Monceaux faisait
-devant le mme officier public la dclaration suivante:</p>
+<p>Trois jours après, l'ancien concierge du cimetière de Monceaux faisait
+devant le même officier public la déclaration suivante:</p>
-<p>Par-devant M<sup>e</sup> lie <span class="smcap">Deguingand</span>, notaire royal, la rsidence de
-Monceaux, boulevard extrieur de Paris, en prsence des tmoins
-ci-aprs nomms, soussigns,</p>
+<p>Par-devant M<sup>e</sup> Élie <span class="smcap">Deguingand</span>, notaire royal, à la résidence de
+Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins
+ci-après nommés, soussignés,</p>
<p class="smcap">Est comparu,</p>
-<p>tienne-Pierre <span class="smcap">Joly</span>, ancien concierge du cimetire de Monceaux, et
-actuellement concierge du cimetire de Montmartre, demeurant aux
+<p>Étienne-Pierre <span class="smcap">Joly</span>, ancien concierge du cimetière de Monceaux, et
+actuellement concierge du cimetière de Montmartre, demeurant aux
Batignolles, n<sup>o</sup> 42, commune de Clichy.</p>
-<p>Lequel a attest pour notorit constante, et comme tant sa
-parfaite connaissance, les faits ci-aprs rapports;</p>
+<p>Lequel a attesté pour notoriété constante, et comme étant à sa
+parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés;</p>
<p class="smcap">Savoir:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Que, lors de la fermeture du cimetire de la Madeleine de Paris,
-c'est--dire au mois de mars mil sept cent quatre-vingt-quatorze, le
-gouvernement existant cette poque s'est empar, pour le mme usage,
-d'un terrain actuellement dpendant de la maison dite du <em>Christ</em>,
-situ la barrire de Monceaux (vulgairement Mousseaux);</p>
+<p>1<sup>o</sup> Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de Paris,
+c'est-à-dire au mois de mars mil sept cent quatre-vingt-quatorze, le
+gouvernement existant à cette époque s'est emparé, pour le même usage,
+d'un terrain actuellement dépendant de la maison dite du <em>Christ</em>,
+situé à la barrière de Monceaux (vulgairement Mousseaux);</p>
-<p>2<sup>o</sup> Que pour l'entre de ce dernier cimetire on a dmoli une partie
-du mur d'enceinte de Paris, et pratiqu sur le boulevard extrieur de
-Paris, vis--vis le btiment de la barrire, une ouverture, depuis
-ferme par une grande porte qui existe encore actuellement;</p>
+<p>2<sup>o</sup> Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une partie
+du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard extérieur de
+Paris, vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une ouverture, depuis
+fermée par une grande porte qui existe encore actuellement;</p>
-<p>3<sup>o</sup> Que c'est dans ce lieu qu'ont t ports, le dix mai mil sept cent
-quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de <span class="smcap">Madame LISABETH</span>, s&oelig;ur
+<p>3<sup>o</sup> Que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai mil sept cent
+quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de <span class="smcap">Madame ÉLISABETH</span>, s&oelig;ur
de <span class="smcap">S. M. Louis XVIII</span>, <span class="smcap">roi</span> de France;</p>
-<p>4<sup>o</sup> Et enfin que c'est dans ce lieu qu'ont aussi t apports tous les
-corps des personnes qui ont t condamnes par le tribunal
-rvolutionnaire, et excutes sur la place <span class="smcap">Louis XV</span>, depuis le quatre
+<p>4<sup>o</sup> Et enfin que c'est dans ce lieu qu'ont aussi été apportés tous les
+corps des personnes qui ont été condamnées par le tribunal
+révolutionnaire, et exécutées sur la place <span class="smcap">Louis XV</span>, depuis le quatre
germinal an deux (vingt-quatre mars mil sept cent
-quatre-vingt-quatorze) jusqu' la fermeture dudit cimetire.</p>
+quatre-vingt-quatorze) jusqu'à la fermeture dudit cimetière.</p>
-<p>Desquelles dclarations il a t dress le prsent acte pour servir et
+<p>Desquelles déclarations il a été dressé le présent acte pour servir et
valoir ce que de raison.</p>
-<p>Fait et pass Monceaux, en l'tude, l'an mil huit cent dix-sept, le
-trois avril, en prsence de Jean-Nicolas Couttard, instituteur, et
-Pierre-Augustin Meigneux, commis marchand picier, demeurant tous deux
-audit Monceaux, tmoins instrumentaires requis conformment la loi,
-et a le comparant sign avec lesdits tmoins et ledit M<sup>e</sup> <span class="smcap">Deguingand</span>,
-notaire soussign, aprs lecture faite de la minute des prsentes,
-demeure M<sup>e</sup> <span class="smcap">Deguingand</span>, notaire soussign.</p>
+<p>Fait et passé à Monceaux, en l'étude, l'an mil huit cent dix-sept, le
+trois avril, en présence de Jean-Nicolas Couttard, instituteur, et
+Pierre-Augustin Meigneux, commis marchand épicier, demeurant tous deux
+audit Monceaux, témoins instrumentaires requis conformément à la loi,
+et a le comparant signé avec lesdits témoins et ledit M<sup>e</sup> <span class="smcap">Deguingand</span>,
+notaire soussigné, après lecture faite de la minute des présentes,
+demeurée à M<sup>e</sup> <span class="smcap">Deguingand</span>, notaire soussigné.</p>
-<p>En marge de ladite minute est crit:</p>
+<p>En marge de ladite minute est écrit:</p>
-<p>Enregistr Neuilly, le quatre avril mil huit cent dix-sept, folio
-167 recto, case 7. Reu deux francs vingt centimes. <i>Sign</i> <span class="smcap">Mauroy</span>.</p>
+<p>Enregistré à Neuilly, le quatre avril mil huit cent dix-sept, folio
+167 recto, case 7. Reçu deux francs vingt centimes. <i>Signé</i> <span class="smcap">Mauroy</span>.</p>
-<p>Dlivr ces prsentes le cinq avril mil huit cent dix-sept.</p>
+<p>Délivré ces présentes le cinq avril mil huit cent dix-sept.</p>
<p class="authorsc">Deguingand.</p>
<p><a id="footnote133" name="footnote133"></a>
-<b><a href="#footnotetag133">133</a></b>: Se dclarant <em>propritaire et gardien depuis vingt-sept
-ans de l'enceinte o repose la dpouille mortelle de Madame lisabeth,
-clos inaccessible au public, rest inculte et vierge depuis le 10 mai
-1792</em>, et ayant pour objet <em>la possibilit de l'rection d'un monument
- la mmoire de cette princesse</em>. (Catalogue Laverdet, mai 1857.)</p>
+<b><a href="#footnotetag133">133</a></b>: Se déclarant <em>propriétaire et gardien depuis vingt-sept
+ans de l'enceinte où repose la dépouille mortelle de Madame Élisabeth,
+clos inaccessible au public, resté inculte et vierge depuis le 10 mai
+1792</em>, et ayant pour objet <em>la possibilité de l'érection d'un monument
+à la mémoire de cette princesse</em>. (Catalogue Laverdet, mai 1857.)</p>
<p><a id="footnote134" name="footnote134"></a>
<b><a href="#footnotetag134">134</a></b>: C'est par erreur qu'un article du <em>Droit</em> du mois de
-juillet 1865, et aprs lui plusieurs autres journaux, ont prtendu que
-cet emplacement faisait autrefois partie du cimetire de la Madeleine
-de la Ville-l'vque, o avaient t dposs les corps de Louis XVI et
-de Marie-Antoinette, ainsi que ceux des victimes de la Terreur. Il y
-avait loin du cimetire de la Madeleine au cimetire de Monceaux. B.</p>
+juillet 1865, et après lui plusieurs autres journaux, ont prétendu que
+«cet emplacement faisait autrefois partie du cimetière de la Madeleine
+de la Ville-l'Évêque, où avaient été déposés les corps de Louis XVI et
+de Marie-Antoinette, ainsi que ceux des victimes de la Terreur.» Il y
+avait loin du cimetière de la Madeleine au cimetière de Monceaux. B.</p>
<p><a id="footnote135" name="footnote135"></a>
-<b><a href="#footnotetag135">135</a></b>: MM. les vicaires gnraux ont cherch connatre et
-retrouver ceux d'entre les ecclsiastiques qui, par piti comme par
-humanit, suivaient discrtement, encourageaient, consolaient,
-exhortaient des yeux les victimes qu'on tranait la mort par
-vingtaine et trentaine la fois, afin de savoir si quelqu'un de ces
-prtres bienfaisants n'aurait pas quelques lumires donner sur la
-spulture de Madame lisabeth. M. de Sambucy est jusqu' prsent le
-seul qu'ils aient pu dcouvrir. Mais M. de Sambucy n'a suivi les
-victimes ce jour-l que jusqu' la place o elles ont t frappes; il
+<b><a href="#footnotetag135">135</a></b>: MM. les vicaires généraux ont cherché à connaître et à
+retrouver ceux d'entre les ecclésiastiques qui, par pitié comme par
+humanité, suivaient discrètement, encourageaient, consolaient,
+exhortaient des yeux les victimes qu'on traînait à la mort par
+vingtaine et trentaine à la fois, afin de savoir si quelqu'un de ces
+prêtres bienfaisants n'aurait pas quelques lumières à donner sur la
+sépulture de Madame Élisabeth. M. de Sambucy est jusqu'à présent le
+seul qu'ils aient pu découvrir. Mais M. de Sambucy n'a suivi les
+victimes ce jour-là que jusqu'à la place où elles ont été frappées; il
se rappelle des circonstances de leur supplice, et notamment de celui
-de Madame lisabeth, qui fut rserve pour la dernire et avait d
-voir prir consquemment dix-huit personnes avant elle, suivant M. de
-Sambucy, et vingt-quatre suivant ce qu'ont assur les dames
+de Madame Élisabeth, qui fut réservée pour la dernière et avait dû
+voir périr conséquemment dix-huit personnes avant elle, suivant M. de
+Sambucy, et vingt-quatre suivant ce qu'ont assuré les dames
Desclozeaux<a id="footnotetag135-A" name="footnotetag135-A"></a><a href="#footnote135-A" title="Go to footnote 135-A"><span class="smaller">[135-A]</span></a>. Sur d'autres indications, MM. les vicaires
-gnraux doivent voir encore deux ecclsiastiques, et donner
-connaissance demain au ministre de l'intrieur de ce qu'ils auraient
+généraux doivent voir encore deux ecclésiastiques, et donner
+connaissance demain au ministre de l'intérieur de ce qu'ils auraient
pu apprendre.</p>
<p><a id="footnote135-A" name="footnote135-A"></a>
<b><a href="#footnotetag135-A">135-A</a></b>: Il est de notre devoir de rectifier cette note sur
-deux points: 1<sup>o</sup> Ni M. de Sambucy ni mesdames Desclozeaux n'taient
-dans le vrai: la fourne du 21 floral an II (10 mai 1794) se
+deux points: 1<sup>o</sup> Ni M. de Sambucy ni mesdames Desclozeaux n'étaient
+dans le vrai: la fournée du 21 floréal an II (10 mai 1794) se
composait de vingt-cinq personnes qui toutes, sans exception, furent
-condamnes mort. Madame Mgret de Srilly, quoiqu'elle se crt
-enceinte, ne rclama point. Madame lisabeth, nous l'avons dit plus
-haut, avertie de l'tat de cette malheureuse femme, le dnona au
-tribunal, qui fit suspendre pour elle l'excution du jugement. Donc le
-nombre exact des victimes de cette journe tait de vingt-quatre. 2<sup>o</sup>
-Je m'tonne que MM. les vicaires gnraux n'aient point cit le nom du
-respectable Pre Carrichon ct de celui de M. de Sambucy. Le
-lecteur trouvera, au n<sup>o</sup> XII des documents mis la fin de ce volume,
-un tmoignage clatant du dvouement de ce digne prtre.</p>
+condamnées à mort. Madame Mégret de Sérilly, quoiqu'elle se crût
+enceinte, ne réclama point. Madame Élisabeth, nous l'avons dit plus
+haut, avertie de l'état de cette malheureuse femme, le dénonça au
+tribunal, qui fit suspendre pour elle l'exécution du jugement. Donc le
+nombre exact des victimes de cette journée était de vingt-quatre. 2<sup>o</sup>
+Je m'étonne que MM. les vicaires généraux n'aient point cité le nom du
+respectable Père Carrichon à côté de celui de M. de Sambucy. Le
+lecteur trouvera, au n<sup>o</sup> XII des documents mis à la fin de ce volume,
+un témoignage éclatant du dévouement de ce digne prêtre.</p>
<p><a id="footnote136" name="footnote136"></a>
-<b><a href="#footnotetag136">136</a></b>: Le sieur Joly n'a point t consult par le
-propritaire avant qu'il et dsign par une pierre le lieu o il
-supposait que reposent les cendres de Madame lisabeth, mais depuis il
-fut appel par le sieur de Jolival. Celui-ci lui montrant le terrain
-et l'affaissement qu'il avait dsigns comme recouvrant les restes de
-la princesse, le concierge Joly lui dit: Vous vous trompez, elle
-n'est pas l. Mais il ne lui indiqua point, ajouta-t-il, l'endroit o
-elle est rellement.</p>
+<b><a href="#footnotetag136">136</a></b>: Le sieur Joly n'a point été consulté par le
+propriétaire avant qu'il eût désigné par une pierre le lieu où il
+supposait que reposent les cendres de Madame Élisabeth, mais depuis il
+fut appelé par le sieur de Jolival. Celui-ci lui montrant le terrain
+et l'affaissement qu'il avait désignés comme recouvrant les restes de
+la princesse, le concierge Joly lui dit: «Vous vous trompez, elle
+n'est pas là. Mais il ne lui indiqua point, ajouta-t-il, l'endroit où
+elle est réellement.»</p>
<p>Le sieur Joly n'a revu que cette seule fois le terrain de l'enclos,
-qui, tant dj cultiv, avait bien chang d'aspect.</p>
+qui, étant déjà cultivé, avait bien changé d'aspect.</p>
<p><a id="footnote137" name="footnote137"></a>
<b><a href="#footnotetag137">137</a></b>: A l'exception d'un commissaire ou agent de la Commune,
quand il s'agissait d'inhumations ordinaires, car il assure que pour
-les supplicis on ne faisait pas de procs-verbal d'inhumation, que
-l'on se contentait de tenir note de leurs dpouilles.</p>
+les suppliciés on ne faisait pas de procès-verbal d'inhumation, que
+l'on se contentait de tenir note de leurs dépouilles.</p>
<p><a id="footnote138" name="footnote138"></a>
-<b><a href="#footnotetag138">138</a></b>: Une plus ample explication et des questions ritres
-faites au sieur Joly font connatre qu'outre le premier rang
-horizontal on plaait immdiatement un second rang horizontal sur le
+<b><a href="#footnotetag138">138</a></b>: Une plus ample explication et des questions réitérées
+faites au sieur Joly font connaître qu'outre le premier rang
+horizontal on plaçait immédiatement un second rang horizontal sur le
premier, et toujours le haut du corps et les pieds en opposition ou
-sens oppos, ainsi que les faces, afin de mnager l'emplacement. Cette
-observation fait prvoir les plus grandes difficults obtenir un
-rsultat, mais enfin il faut dire les choses comme elles se passaient
+sens opposé, ainsi que les faces, afin de ménager l'emplacement. Cette
+observation fait prévoir les plus grandes difficultés à obtenir un
+résultat, mais enfin il faut dire les choses comme elles se passaient
et comme elles sont.</p>
<p><a id="footnote139" name="footnote139"></a>
-<b><a href="#footnotetag139">139</a></b>: Cependant, afin d'carter toute possibilit et mme
-tout soupon de fraude et de supercherie, il serait convenable de
+<b><a href="#footnotetag139">139</a></b>: Cependant, afin d'écarter toute possibilité et même
+tout soupçon de fraude et de supercherie, il serait convenable de
nommer plusieurs commissaires, dont un au moins serait sans cesse
-prsent au travail et en dresserait chaque jour une espce de rapport
-ou procs-verbal.</p>
+présent au travail et en dresserait chaque jour une espèce de rapport
+ou procès-verbal.</p>
-<p>Il conviendrait aussi, en cas que l'entreprise ft faite, que la fosse
-ft garantie par un toit en planches ou une toile, afin que la pluie
-ne dranget point le travail et ne nuist point aux oprations.</p>
+<p>Il conviendrait aussi, en cas que l'entreprise fût faite, que la fosse
+fût garantie par un toit en planches ou une toile, afin que la pluie
+ne dérangeât point le travail et ne nuisît point aux opérations.</p>
<p><a id="footnote140" name="footnote140"></a>
-<b><a href="#footnotetag140">140</a></b>: Dans sa dclaration du 28 avril, le sieur Joly a dit le
+<b><a href="#footnotetag140">140</a></b>: Dans sa déclaration du 28 avril, le sieur Joly a dit le
contraire. B.</p>
<p><a id="footnote141" name="footnote141"></a>
-<b><a href="#footnotetag141">141</a></b>: Le ci-devant duc de Villeroy, le plus nul des hommes
+<b><a href="#footnotetag141">141</a></b>: «Le ci-devant duc de Villeroy, le plus nul des hommes
et le plus circonspect, fut une des victimes de la loi des suspects;
-ses domestiques l'accompagnrent et ne le quittrent que quand les
-verrous furent tirs sur lui. Personne n'avait fait plus de dons la
-nation. Sommes immenses, chevaux, quipages, il avait tout offert
+ses domestiques l'accompagnèrent et ne le quittèrent que quand les
+verrous furent tirés sur lui. Personne n'avait fait plus de dons à la
+nation. Sommes immenses, chevaux, équipages, il avait tout offert à
son pays. Ses gens avaient ordre de ne le plus servir, de faire
-exactement leur service dans la garde nationale; ces conditions, ils
-taient par lui nourris, logs et vtus; il tait riche, il faisait le
-bien, il fut l'chafaud. (<cite>Mmoires sur les prisons</cite>, t. II, <em>la
+exactement leur service dans la garde nationale; à ces conditions, ils
+étaient par lui nourris, logés et vêtus; il était riche, il faisait le
+bien, il fut à l'échafaud.» (<cite>Mémoires sur les prisons</cite>, t. II, <em>la
Mairie</em>, <em>la Force</em> et <em>le Plessis</em>, p. 238.)</p>
-<p>Le duc de Villeroy et le comte de Brienne, lors de leur dtention
-la Conciergerie, refusrent un jour de faire une partie de piquet,
-parce qu'on leur prsentait des cartes qui n'taient pas
-rpublicaines. (<span class="smcap">Riouffe</span>, <cite>Mmoires d'un dtenu</cite>, p. 85.)</p>
+<p>«Le duc de Villeroy et le comte de Brienne, lors de leur détention à
+la Conciergerie, refusèrent un jour de faire une partie de piquet,
+parce qu'on leur présentait des cartes qui n'étaient pas
+républicaines. (<span class="smcap">Riouffe</span>, <cite>Mémoires d'un détenu</cite>, p. 85.)</p>
-<p>(Dtails reproduits dans le <cite>Tribunal rvolutionnaire de Paris</cite>, de <span class="smcap">E.
+<p>(Détails reproduits dans le <cite>Tribunal révolutionnaire de Paris</cite>, de <span class="smcap">E.
Campardon</span>, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 311.)</p>
<p><a id="footnote142" name="footnote142"></a>
-<b><a href="#footnotetag142">142</a></b>: Le jeune comte de Fleury avait t, en 1793, envoy
+<b><a href="#footnotetag142">142</a></b>: Le jeune comte de Fleury avait été, en 1793, envoyé
comme suspect dans la prison du Luxembourg. Il conservait, quoique
-dtenu, toute la gaiet, tous les gots de son ge, et jouait pendant
-une bonne partie de la journe la balle et aux barres dans la cour
-du Luxembourg. Ayant vu prir presque toute sa famille, il crivit au
-prsident du tribunal rvolutionnaire le billet suivant, que deux ou
-trois feuilles du temps ont publi: Homme de sang, gorgeur,
-cannibale, monstre, sclrat, tu as fait prir ma famille; tu vas
-envoyer l'chafaud ceux qui paraissent aujourd'hui devant ton
-tribunal; tu peux me faire subir le mme sort, car je te dclare que
-je partage leurs sentiments. Dumas dit Fouquier en lui prsentant
-le petit papier: Voil le billet doux qu'on m'crit; je t'invite en
-prendre lecture; que faut-il rpondre celui qui me l'adresse?&mdash;Ce
-monsieur me parat press, rpond l'accusateur public; eh bien, nous
-allons le satisfaire. Des gendarmes tout aussitt furent chercher ce
+détenu, toute la gaieté, tous les goûts de son âge, et jouait pendant
+une bonne partie de la journée à la balle et aux barres dans la cour
+du Luxembourg. Ayant vu périr presque toute sa famille, il écrivit au
+président du tribunal révolutionnaire le billet suivant, que deux ou
+trois feuilles du temps ont publié: «Homme de sang, égorgeur,
+cannibale, monstre, scélérat, tu as fait périr ma famille; tu vas
+envoyer à l'échafaud ceux qui paraissent aujourd'hui devant ton
+tribunal; tu peux me faire subir le même sort, car je te déclare que
+je partage leurs sentiments.» Dumas dit à Fouquier en lui présentant
+le petit papier: «Voilà le billet doux qu'on m'écrit; je t'invite à en
+prendre lecture; que faut-il répondre à celui qui me l'adresse?&mdash;Ce
+monsieur me paraît pressé, répond l'accusateur public; eh bien, nous
+allons le satisfaire.» Des gendarmes tout aussitôt furent chercher ce
jeune homme, que l'on fit monter sur les gradins avec cinquante-trois
-personnes accuses d'tre les assassins ou les complices des assassins
+personnes accusées d'être les assassins ou les complices des assassins
de Collot d'Herbois ou de Maximilien Robespierre. Il n'en connaissait
-aucun. Il n'en fut pas moins, comme les autres, conduit l'chafaud
+aucun. Il n'en fut pas moins, comme les autres, conduit à l'échafaud
en chemise rouge.</p>
<p><a id="footnote143" name="footnote143"></a>
-<b><a href="#footnotetag143">143</a></b>: Madame lisabeth assistait volontiers aux professions
-religieuses, y trouvant une sorte d'dification.</p>
+<b><a href="#footnotetag143">143</a></b>: Madame Élisabeth assistait volontiers aux professions
+religieuses, y trouvant une sorte d'édification.</p>
<p><a id="footnote144" name="footnote144"></a>
-<b><a href="#footnotetag144">144</a></b>: M. van Blarenberghe, matre de dessin de Madame
-lisabeth et des princes, fils du comte d'Artois.</p>
+<b><a href="#footnotetag144">144</a></b>: M. van Blarenberghe, maître de dessin de Madame
+Élisabeth et des princes, fils du comte d'Artois.</p>
<p><a id="footnote145" name="footnote145"></a>
<b><a href="#footnotetag145">145</a></b>: La comtesse Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame
-lisabeth.</p>
+Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote146" name="footnote146"></a>
-<b><a href="#footnotetag146">146</a></b>: Mdecin du Roi, n'ayant quartier.</p>
+<b><a href="#footnotetag146">146</a></b>: Médecin du Roi, n'ayant quartier.</p>
<p><a id="footnote147" name="footnote147"></a>
<b><a href="#footnotetag147">147</a></b>: Fille du marquis de Montesquiou-Fezensac, qui avait
-pris dans la rvolution un parti dont sa famille tait fort afflige.</p>
+pris dans la révolution un parti dont sa famille était fort affligée.</p>
<p><a id="footnote148" name="footnote148"></a>
<b><a href="#footnotetag148">148</a></b>: Madame la comtesse de Choiseul-Gouffier, femme de
-l'ambassadeur du Roi Constantinople.</p>
+l'ambassadeur du Roi à Constantinople.</p>
<p><a id="footnote149" name="footnote149"></a>
-<b><a href="#footnotetag149">149</a></b>: Voitures du temps qui taient encore en usage sous la
-Restauration et stationnaient sur la place Louis XV; elles taient
+<b><a href="#footnotetag149">149</a></b>: Voitures du temps qui étaient encore en usage sous la
+Restauration et stationnaient sur la place Louis XV; elles étaient
alors connues sous le nom de coucous.</p>
<p><a id="footnote150" name="footnote150"></a>
-<b><a href="#footnotetag150">150</a></b>: N Lyon le 6 septembre 1726, l'abb Lenfant, jsuite,
-avait t prdicateur du roi de Pologne Stanislas et de l'empereur
-Joseph II. Rentr en France, il fut choisi par Louis XVI pour son
-confesseur, lorsque l'abb Poupart, cur de Saint-Eustache, eut prt
-serment la constitution civile du clerg. Conduit l'Abbaye aprs
-la catastrophe du 10 aot, il y fut massacr dans la matine du 3
+<b><a href="#footnotetag150">150</a></b>: Né à Lyon le 6 septembre 1726, l'abbé Lenfant, jésuite,
+avait été prédicateur du roi de Pologne Stanislas et de l'empereur
+Joseph II. Rentré en France, il fut choisi par Louis XVI pour son
+confesseur, lorsque l'abbé Poupart, curé de Saint-Eustache, eut prêté
+serment à la constitution civile du clergé. Conduit à l'Abbaye après
+la catastrophe du 10 août, il y fut massacré dans la matinée du 3
septembre.</p>
-<p>Le lundi 3 septembre, raconte Saint-Mard, dix heures du matin,
-l'abb Lenfant et l'abb de Rastignac parurent dans la tribune de la
-chapelle qui nous servoit de prison. Ils nous annoncrent que notre
-dernire heure approchoit, et nous invitrent nous recueillir pour
-recevoir leur bndiction. Un mouvement lectrique impossible
-dfinir nous prcipita tous genoux, et, les mains jointes, nous la
-remes. Ce moment, quoique consolant, fut un des plus terribles que
-nous ayons prouvs. A la veille de parotre devant l'tre suprme,
-agenouills devant deux de ses ministres, nous prsentions un
-spectacle indfinissable. L'ge avanc de ces deux vieillards (l'abb
+<p>«Le lundi 3 septembre, raconte Saint-Méard, à dix heures du matin,
+l'abbé Lenfant et l'abbé de Rastignac parurent dans la tribune de la
+chapelle qui nous servoit de prison. Ils nous annoncèrent que notre
+dernière heure approchoit, et nous invitèrent à nous recueillir pour
+recevoir leur bénédiction. Un mouvement électrique impossible à
+définir nous précipita tous à genoux, et, les mains jointes, nous la
+reçûmes. Ce moment, quoique consolant, fut un des plus terribles que
+nous ayons éprouvés. A la veille de paroître devant l'Être suprême,
+agenouillés devant deux de ses ministres, nous présentions un
+spectacle indéfinissable. L'âge avancé de ces deux vieillards (l'abbé
Lenfant avait soixante-dix ans), leur position au-dessus de nous, la
-mort planant sur nos ttes et nous environnant de toutes parts, tout
-rpandoit sur cette crmonie une teinte auguste et lugubre; elle nous
-rapprochoit de la Divinit; elle nous rendoit le courage; tout
-raisonnement toit suspendu, et le plus froid, le plus incrdule en
-reut autant d'impression que le plus ardent et le plus sensible. Une
-demi-heure aprs, ces deux prtres furent massacrs, et nous
-entendmes leurs cris. (<cite>Agonie de trente-huit heures.</cite>)</p>
+mort planant sur nos têtes et nous environnant de toutes parts, tout
+répandoit sur cette cérémonie une teinte auguste et lugubre; elle nous
+rapprochoit de la Divinité; elle nous rendoit le courage; tout
+raisonnement étoit suspendu, et le plus froid, le plus incrédule en
+reçut autant d'impression que le plus ardent et le plus sensible. Une
+demi-heure après, ces deux prêtres furent massacrés, et nous
+entendîmes leurs cris. (<cite>Agonie de trente-huit heures.</cite>)</p>
<p><a id="footnote151" name="footnote151"></a>
-<b><a href="#footnotetag151">151</a></b>: Ce docteur de Sorbonne, principal du collge
-d'Harcourt, tait n Vire en 1682, et avait pris le got de la
-posie dans la compagnie de Thomas Corneille. Ses vers, empreints d'un
-caractre religieux, furent couronns aux Jeux floraux, voire
-l'Acadmie franaise; ce qui ne l'empcha pas de mourir presque ignor
-dans sa retraite, Issy, le 11 octobre 1767.</p>
+<b><a href="#footnotetag151">151</a></b>: Ce docteur de Sorbonne, principal du collége
+d'Harcourt, était né à Vire en 1682, et avait pris le goût de la
+poésie dans la compagnie de Thomas Corneille. Ses vers, empreints d'un
+caractère religieux, furent couronnés aux Jeux floraux, voire à
+l'Académie française; ce qui ne l'empêcha pas de mourir presque ignoré
+dans sa retraite, à Issy, le 11 octobre 1767.</p>
<p><a id="footnote152" name="footnote152"></a>
-<b><a href="#footnotetag152">152</a></b>: La physique, dont l'abb Nollet avait fait une tude
-particulire, et dont il avait rpandu le got en France. Ce savant,
-n en 1700 au village de Pimpr, prs de Noyon, mourut entre les bras
-de ses lves le 24 avril 1770, aux galeries du Louvre, o le Roi lui
-avait accord un logement.</p>
+<b><a href="#footnotetag152">152</a></b>: La physique, dont l'abbé Nollet avait fait une étude
+particulière, et dont il avait répandu le goût en France. Ce savant,
+né en 1700 au village de Pimpré, près de Noyon, mourut entre les bras
+de ses élèves le 24 avril 1770, aux galeries du Louvre, où le Roi lui
+avait accordé un logement.</p>
<p><a id="footnote153" name="footnote153"></a>
<b><a href="#footnotetag153">153</a></b>: Madame de Raigecourt.</p>
<p><a id="footnote154" name="footnote154"></a>
-<b><a href="#footnotetag154">154</a></b>: Ces trois mots, placs en tte de la lettre, sont de la
-main de Madame lisabeth.</p>
+<b><a href="#footnotetag154">154</a></b>: Ces trois mots, placés en tête de la lettre, sont de la
+main de Madame Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote155" name="footnote155"></a>
<b><a href="#footnotetag155">155</a></b>: Le baron de Breteuil, alors ministre de la maison du
-Roi et du dpartement de Paris, avait t reprsentant du Roi prs
-l'lecteur de Cologne, prs Catherine II, prs le roi de Sude, puis
-avait remplac le cardinal Louis de Rohan prs l'empereur d'Autriche.
-Dans les phases diverses de sa carrire, il avait conquis l'estime de
+Roi et du département de Paris, avait été représentant du Roi près
+l'électeur de Cologne, près Catherine II, près le roi de Suède, puis
+avait remplacé le cardinal Louis de Rohan près l'empereur d'Autriche.
+Dans les phases diverses de sa carrière, il avait conquis l'estime de
tous les gens de bien.</p>
<p><a id="footnote156" name="footnote156"></a>
-<b><a href="#footnotetag156">156</a></b>: Le marchal de Castries.</p>
+<b><a href="#footnotetag156">156</a></b>: Le maréchal de Castries.</p>
<p><a id="footnote157" name="footnote157"></a>
<b><a href="#footnotetag157">157</a></b>: La reproduction de cette lettre et des deux suivantes,
-jusqu' ce jour indites, est interdite.</p>
+jusqu'à ce jour inédites, est interdite.</p>
<p><a id="footnote158" name="footnote158"></a>
<b><a href="#footnotetag158">158</a></b>: Le premier Dauphin.</p>
<p><a id="footnote159" name="footnote159"></a>
-<b><a href="#footnotetag159">159</a></b>: Architecte des btiments royaux, restaurait en ce
+<b><a href="#footnotetag159">159</a></b>: Architecte des bâtiments royaux, restaurait en ce
moment la maison de la princesse.</p>
<p><a id="footnote160" name="footnote160"></a>
<b><a href="#footnotetag160">160</a></b>: M. de Breteuil.</p>
<p><a id="footnote161" name="footnote161"></a>
-<b><a href="#footnotetag161">161</a></b>: Constantinople. Cette ambassade, dont les moluments
-taient considrables, tait l'objet de l'ambition de M. de Bombelles,
-qui n'avait point de fortune, avait dj plusieurs enfants, et tait,
-par sa position officielle, oblig une grande reprsentation. B.</p>
+<b><a href="#footnotetag161">161</a></b>: Constantinople. Cette ambassade, dont les émoluments
+étaient considérables, était l'objet de l'ambition de M. de Bombelles,
+qui n'avait point de fortune, avait déjà plusieurs enfants, et était,
+par sa position officielle, obligé à une grande représentation. B.</p>
<p><a id="footnote162" name="footnote162"></a>
<b><a href="#footnotetag162">162</a></b>: Madame la marquise de Causans avait quatre filles:</p>
-<p>L'ane, mademoiselle de Causans, avait pous M. de Sade;</p>
+<p>L'aînée, mademoiselle de Causans, avait épousé M. de Sade;</p>
-<p>La seconde, Caroline de Causans, titre comtesse de Vincens, fut
-marie au marquis de Raigecourt;</p>
+<p>La seconde, Caroline de Causans, titrée comtesse de Vincens, fut
+mariée au marquis de Raigecourt;</p>
-<p>La troisime, Marie de Causans, comtesse de Maulon, aprs avoir perdu
-sa mre, tait entre comme novice au Saint-Spulcre, Bellechasse.
-Les troubles de la Rvolution mirent forcment obstacle la
-ralisation de son projet d'entrer en religion.</p>
+<p>La troisième, Marie de Causans, comtesse de Mauléon, après avoir perdu
+sa mère, était entrée comme novice au Saint-Sépulcre, à Bellechasse.
+Les troubles de la Révolution mirent forcément obstacle à la
+réalisation de son projet d'entrer en religion.</p>
-<p>Elle en prouvait d'autant plus de regrets qu'elle avait sous sa garde
-sa jeune s&oelig;ur, Franoise de Causans, comtesse d'Ampurie, dont il
-est ici question, et qui plus tard fut marie au comte de
+<p>Elle en éprouvait d'autant plus de regrets qu'elle avait sous sa garde
+sa jeune s&oelig;ur, Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, dont il
+est ici question, et qui plus tard fut mariée au comte de
Schulenburg.</p>
<p><a id="footnote163" name="footnote163"></a>
-<b><a href="#footnotetag163">163</a></b>: Les petits dfauts qui sont peine remarqus dans le
-monde deviennent un objet de <em>scandale</em> au couvent, o l'on doit vivre
+<b><a href="#footnotetag163">163</a></b>: Les petits défauts qui sont à peine remarqués dans le
+monde deviennent un objet de <em>scandale</em> au couvent, où l'on doit vivre
de la vie parfaite. Les lignes qui suivent expliquent clairement la
-pense de Madame lisabeth.</p>
+pensée de Madame Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote164" name="footnote164"></a>
<b><a href="#footnotetag164">164</a></b>: M. le baron de Breteuil.</p>
<p><a id="footnote165" name="footnote165"></a>
-<b><a href="#footnotetag165">165</a></b>: M. Champion de Cic. Ce prlat, dput de la
-snchausse de Bordeaux aux tats gnraux, passa un des premiers
-la chambre du tiers, fit, le 27 juillet 1789, au nom du comit de
+<b><a href="#footnotetag165">165</a></b>: M. Champion de Cicé. Ce prélat, député de la
+sénéchaussée de Bordeaux aux états généraux, passa un des premiers à
+la chambre du tiers, fit, le 27 juillet 1789, au nom du comité de
constitution, un long rapport sur les droits de l'homme et sur la
-forme donner au Corps lgislatif. La popularit que ces actes lui
-acquirent le porta la place de garde des sceaux. Il contre-signa
-ce titre le dcret de la constitution civile du clerg. Il donna sa
-dmission en novembre 1790, poque laquelle on dclara que les
-ministres avaient perdu la confiance de la nation. Il passa
-l'tranger, revint en France le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799),
-fut pourvu en 1802, par le premier consul, de l'archevch d'Aix. N
-Rennes en 1735, il est mort en 1810. Mademoiselle Champion de Cic, sa
-s&oelig;ur, avait t compromise dans le complot du 3 nivse an IX (24
-dcembre 1800) (pour avoir donn asile Carbon, dit le petit
-Franois, qui conduisait la charrette de la machine infernale); mais
-elle fut acquitte par le tribunal criminel de la Seine.</p>
+forme à donner au Corps législatif. La popularité que ces actes lui
+acquirent le porta à la place de garde des sceaux. Il contre-signa à
+ce titre le décret de la constitution civile du clergé. Il donna sa
+démission en novembre 1790, époque à laquelle on déclara que les
+ministres avaient perdu la confiance de la nation. Il passa à
+l'étranger, revint en France le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799),
+fut pourvu en 1802, par le premier consul, de l'archevêché d'Aix. Né à
+Rennes en 1735, il est mort en 1810. Mademoiselle Champion de Cicé, sa
+s&oelig;ur, avait été compromise dans le complot du 3 nivôse an IX (24
+décembre 1800) (pour avoir donné asile à Carbon, dit le petit
+François, qui conduisait la charrette de la machine infernale); mais
+elle fut acquittée par le tribunal criminel de la Seine.</p>
<p><a id="footnote166" name="footnote166"></a>
-<b><a href="#footnotetag166">166</a></b>: N en 1715, ce frre de l'auteur de <em>Didon</em>, fort
-recommandable par ses lumires et ses m&oelig;urs, tant premier aumnier
-de Louis XV, rpondit ce prince qui lui demandait s'il saurait bien
-dire le <em>Benedicite</em>: Non, Sire, prs de Votre Majest, je ne sais
-que rendre grce. D'abord vque du Puy, puis archevque de Vienne,
-il combattit les philosophes et les idologues. Entr au conseil et
-charg de la feuille des bnfices, le Pape s'adressa lui pour
-l'engager combattre de tous ses efforts toute innovation relative au
-clerg. Vous tes, lui disait-il, mieux mme que tout autre de
-rendre le service minent que je vous demande. Vous avez dj plus
-d'une fois prouv votre zle sauvegarder la saine doctrine. Le temps
-presse; il n'y a pas un moment perdre pour sauver la religion, le
-Roi et votre patrie. Vous pourrez certainement engager Sa Majest
-refuser cette funeste sanction. La rsistance ft-elle pleine de
-dangers, il n'est jamais permis de parotre un instant abandonner la
-foi catholique, mme avec le dessein de revenir sur ses pas quand les
-circonstances auront chang. L'archevque tait affaibli par l'ge,
-et n'avait plus assez de caractre pour faire une telle dmarche. Sa
-sant priclitant de jour en jour, il s'teignit le 29 dcembre 1790,
-dans sa soixante-quinzime anne.</p>
+<b><a href="#footnotetag166">166</a></b>: Né en 1715, ce frère de l'auteur de <em>Didon</em>, fort
+recommandable par ses lumières et ses m&oelig;urs, étant premier aumônier
+de Louis XV, répondit à ce prince qui lui demandait s'il saurait bien
+dire le <em>Benedicite</em>: «Non, Sire, près de Votre Majesté, je ne sais
+que rendre grâce.» D'abord évêque du Puy, puis archevêque de Vienne,
+il combattit les philosophes et les idéologues. Entré au conseil et
+chargé de la feuille des bénéfices, le Pape s'adressa à lui pour
+l'engager à combattre de tous ses efforts toute innovation relative au
+clergé. «Vous êtes, lui disait-il, mieux à même que tout autre de
+rendre le service éminent que je vous demande. Vous avez déjà plus
+d'une fois prouvé votre zèle à sauvegarder la saine doctrine. Le temps
+presse; il n'y a pas un moment à perdre pour sauver la religion, le
+Roi et votre patrie. Vous pourrez certainement engager Sa Majesté à
+refuser cette funeste sanction. La résistance fût-elle pleine de
+dangers, il n'est jamais permis de paroître un instant abandonner la
+foi catholique, même avec le dessein de revenir sur ses pas quand les
+circonstances auront changé.» L'archevêque était affaibli par l'âge,
+et n'avait plus assez de caractère pour faire une telle démarche. Sa
+santé périclitant de jour en jour, il s'éteignit le 29 décembre 1790,
+dans sa soixante-quinzième année.</p>
<p><a id="footnote167" name="footnote167"></a>
-<b><a href="#footnotetag167">167</a></b>: La Tour du Pin (Jean-Frdric, comte de), lieutenant
-gnral des armes du Roi, fut dput de la noblesse de Saintes aux
-tats gnraux, se rangea du ct de la minorit de son ordre, et fut
-bientt aprs appel au ministre de la guerre. Le 4 aot, il informa
-l'Assemble de sa nomination, protesta de son attachement ses
-dcrets, et prsenta un plan pour l'organisation de l'arme. Il donna
-sa dmission avec les autres ministres ds qu'ils furent dclars
-avoir perdu la confiance nationale. Appel en tmoignage dans le
-procs de la Reine, il rendit cette auguste princesse la justice
-qu'elle mritait et l'entoura des respects qui lui taient dus.
-Traduit quelques jours aprs elle, il monta son tour sur le mme
-chafaud. N Grenoble en 1728, il prit le 28 avril 1794.</p>
+<b><a href="#footnotetag167">167</a></b>: La Tour du Pin (Jean-Frédéric, comte de), lieutenant
+général des armées du Roi, fut député de la noblesse de Saintes aux
+états généraux, se rangea du côté de la minorité de son ordre, et fut
+bientôt après appelé au ministère de la guerre. Le 4 août, il informa
+l'Assemblée de sa nomination, protesta de son attachement à ses
+décrets, et présenta un plan pour l'organisation de l'armée. Il donna
+sa démission avec les autres ministres dès qu'ils furent déclarés
+avoir perdu la confiance nationale. Appelé en témoignage dans le
+procès de la Reine, il rendit à cette auguste princesse la justice
+qu'elle méritait et l'entoura des respects qui lui étaient dus.
+Traduit quelques jours après elle, il monta à son tour sur le même
+échafaud. Né à Grenoble en 1728, il périt le 28 avril 1794.</p>
<p><a id="footnote168" name="footnote168"></a>
-<b><a href="#footnotetag168">168</a></b>: Si le marchal Charles-Just de Beauvau et prcd
-Bayard, on lui et probablement donn le surnom de cet incomparable
-chevalier. Nomm gouverneur du Languedoc, Beauvau se distingua dans
-ses nouvelles fonctions par la chaleur de son zle secourir les
-tristes victimes de la rvocation de l'dit de Nantes, et par une
-persvrance que la crainte mme d'une disgrce ne put branler. Des
-femmes protestantes qui gmissaient dans les cachots durent
-l'humanit du marchal un adoucissement leurs maux. Le chevalier de
-Boufflers, qui a fait son loge, raconte la belle rponse faite par M.
-de Beauvau quelqu'un qui lui adressait une observation ce sujet:
-Le Roi, monsieur, est matre de m'ter le commandement qu'il m'a
-donn, mais non de m'empcher de remplir mes devoirs selon ma
-conscience et mon honneur.&mdash;N Lunville le 10 septembre 1720, le
-marchal de Beauvau mourut Paris le 21 mai 1793.</p>
+<b><a href="#footnotetag168">168</a></b>: Si le maréchal Charles-Just de Beauvau eût précédé
+Bayard, on lui eût probablement donné le surnom de cet incomparable
+chevalier. Nommé gouverneur du Languedoc, Beauvau se distingua dans
+ses nouvelles fonctions par la chaleur de son zèle à secourir les
+tristes victimes de la révocation de l'édit de Nantes, et par une
+persévérance que la crainte même d'une disgrâce ne put ébranler. Des
+femmes protestantes qui gémissaient dans les cachots durent à
+l'humanité du maréchal un adoucissement à leurs maux. Le chevalier de
+Boufflers, qui a fait son éloge, raconte la belle réponse faite par M.
+de Beauvau à quelqu'un qui lui adressait une observation à ce sujet:
+«Le Roi, monsieur, est maître de m'ôter le commandement qu'il m'a
+donné, mais non de m'empêcher de remplir mes devoirs selon ma
+conscience et mon honneur.»&mdash;Né à Lunéville le 10 septembre 1720, le
+maréchal de Beauvau mourut à Paris le 21 mai 1793.</p>
<p><a id="footnote169" name="footnote169"></a>
<b><a href="#footnotetag169">169</a></b>: 5 et 6 octobre.</p>
<p><a id="footnote170" name="footnote170"></a>
-<b><a href="#footnotetag170">170</a></b>: Concierge de la maison lisabeth.</p>
+<b><a href="#footnotetag170">170</a></b>: Concierge de la maison Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote171" name="footnote171"></a>
-<b><a href="#footnotetag171">171</a></b>: Matre jardinier, mort le 8 nivse an II (28 dcembre
+<b><a href="#footnotetag171">171</a></b>: Maître jardinier, mort le 8 nivôse an II (28 décembre
1793).</p>
<p><a id="footnote172" name="footnote172"></a>
@@ -33633,40 +33588,40 @@ marchal de Beauvau mourut Paris le 21 mai 1793.</p>
<p><a id="footnote173" name="footnote173"></a>
<b><a href="#footnotetag173">173</a></b>: Target passait avec raison pour le membre le plus actif
-du comit de la constitution. Aussi dans le monde n'tait-il question
+du comité de la constitution. Aussi dans le monde n'était-il question
que des couches de M<sup>e</sup> Target. On publia <cite>cinq bulletins des couches
-de M<sup>e</sup> Target, pre et mre de la constitution des ci-devant Franois,
-conue aux Menus, prsente au Jeu de paume et ne au Mange.</cite></p>
+de M<sup>e</sup> Target, père et mère de la constitution des ci-devant François,
+conçue aux Menus, présentée au Jeu de paume et née au Manège.</cite></p>
<p><a id="footnote174" name="footnote174"></a>
-<b><a href="#footnotetag174">174</a></b>: Il toit question de m'employer militairement la
-suite de M. le comte d'Artois, et Madame lisabeth le voyoit avec
-peine. (<cite>Note du marquis de Bombelles.</cite>)</p>
+<b><a href="#footnotetag174">174</a></b>: «Il étoit question de m'employer militairement à la
+suite de M. le comte d'Artois, et Madame Élisabeth le voyoit avec
+peine.» (<cite>Note du marquis de Bombelles.</cite>)</p>
<p><a id="footnote175" name="footnote175"></a>
-<b><a href="#footnotetag175">175</a></b>: Mre de M. Beaugeard, secrtaire des commandements de
-la Reine <em>pour les annes paires</em>.</p>
+<b><a href="#footnotetag175">175</a></b>: Mère de M. Beaugeard, secrétaire des commandements de
+la Reine <em>pour les années paires</em>.</p>
<p><a id="footnote176" name="footnote176"></a>
<b><a href="#footnotetag176">176</a></b>: La reproduction de cette lettre et de la suivante est
interdite.</p>
<p><a id="footnote177" name="footnote177"></a>
-<b><a href="#footnotetag177">177</a></b>: Stanislas, l'an de ses enfants, filleul de <em>Monsieur</em>
-et de Madame lisabeth.</p>
+<b><a href="#footnotetag177">177</a></b>: Stanislas, l'aîné de ses enfants, filleul de <em>Monsieur</em>
+et de Madame Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote178" name="footnote178"></a>
-<b><a href="#footnotetag178">178</a></b>: M. de Bombelles retournait son poste.</p>
+<b><a href="#footnotetag178">178</a></b>: M. de Bombelles retournait à son poste.</p>
<p><a id="footnote179" name="footnote179"></a>
<b><a href="#footnotetag179">179</a></b>: L'Empereur. (<cite>Note de M. de Bombelles.</cite>)</p>
<p><a id="footnote180" name="footnote180"></a>
-<b><a href="#footnotetag180">180</a></b>: Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame lisabeth.
+<b><a href="#footnotetag180">180</a></b>: Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame Élisabeth.
(<cite>Note de M. de Bombelles.</cite>)</p>
<p><a id="footnote181" name="footnote181"></a>
-<b><a href="#footnotetag181">181</a></b>: Premire femme de chambre de la princesse; elle tait
+<b><a href="#footnotetag181">181</a></b>: Première femme de chambre de la princesse; elle était
de son nom mademoiselle Antoinette-Jacqueline Brochet.</p>
<p><a id="footnote182" name="footnote182"></a>
@@ -33674,130 +33629,130 @@ de son nom mademoiselle Antoinette-Jacqueline Brochet.</p>
<p><a id="footnote183" name="footnote183"></a>
<b><a href="#footnotetag183">183</a></b>: Il est question de M. Le Blond au premier livre de cet
-ouvrage comme donnant des leons d'histoire et de gographie Madame
-lisabeth.</p>
+ouvrage comme donnant des leçons d'histoire et de géographie à Madame
+Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote184" name="footnote184"></a>
-<b><a href="#footnotetag184">184</a></b>: Deux dputs du ct gauche, que l'excs du mal
-ramenait de meilleurs principes, et qui avaient eu aux Tuileries des
-confrences pour concerter ce qu'ils voulaient ou pouvaient faire.
-Madame lisabeth repousse les ides que la mchancet voulait attacher
- ces entretiens. (<cite>Note de M. Ferrand.</cite>)</p>
+<b><a href="#footnotetag184">184</a></b>: Deux députés du côté gauche, que l'excès du mal
+ramenait à de meilleurs principes, et qui avaient eu aux Tuileries des
+conférences pour concerter ce qu'ils voulaient ou pouvaient faire.
+Madame Élisabeth repousse les idées que la méchanceté voulait attacher
+à ces entretiens. (<cite>Note de M. Ferrand.</cite>)</p>
-<p>Ces deux dputs taient Danton et Guadet. (Voir <cite>Louis XVII</cite>, tome
-1<sup>er</sup>, livre V, p. 227, 6<sup>e</sup> dition, in-8<sup>o</sup>.&mdash;Henri Plon.)</p>
+<p>Ces deux députés étaient Danton et Guadet. (Voir <cite>Louis XVII</cite>, tome
+1<sup>er</sup>, livre V, p. 227, 6<sup>e</sup> édition, in-8<sup>o</sup>.&mdash;Henri Plon.)</p>
<p><a id="footnote185" name="footnote185"></a>
-<b><a href="#footnotetag185">185</a></b>: C'est de M. de Calonne que Madame lisabeth entend
+<b><a href="#footnotetag185">185</a></b>: C'est de M. de Calonne que Madame Élisabeth entend
parler ici.</p>
<p><a id="footnote186" name="footnote186"></a>
-<b><a href="#footnotetag186">186</a></b>: Le prince de Cond.</p>
+<b><a href="#footnotetag186">186</a></b>: Le prince de Condé.</p>
<p><a id="footnote187" name="footnote187"></a>
<b><a href="#footnotetag187">187</a></b>: Les ressorts qui faisaient mouvoir le peuple l'avaient
-dirig, le lundi 28 fvrier, vers le donjon de Vincennes. Depuis la
+dirigé, le lundi 28 février, vers le donjon de Vincennes. Depuis la
prise de la Bastille, on ne voulait plus de prisons royales: en
-consquence, rien ne paraissait plus sage et plus juste que de
-dtruire celle-l aussi bien que les autres. Pendant que La Fayette se
-portait avec la troupe la dfense du donjon, un flot de peuple
-envahissait le chteau des Tuileries, d'o l'on tentait, criaient-ils,
-d'enlever le Roi pour le conduire Metz. De leur ct, environ quatre
-cents jeunes gens arms s'taient donn rendez-vous au chteau,
-croyant le Roi en danger. Cette chauffoure reut le nom de <em>Journe
+conséquence, rien ne paraissait plus sage et plus juste que de
+détruire celle-là aussi bien que les autres. Pendant que La Fayette se
+portait avec la troupe à la défense du donjon, un flot de peuple
+envahissait le château des Tuileries, d'où l'on tentait, criaient-ils,
+d'enlever le Roi pour le conduire à Metz. De leur côté, environ quatre
+cents jeunes gens armés s'étaient donné rendez-vous au château,
+croyant le Roi en danger. Cette échauffourée reçut le nom de <em>Journée
des poignards</em>.</p>
<p><a id="footnote188" name="footnote188"></a>
-<b><a href="#footnotetag188">188</a></b>: Jour et heure de la naissance de Madame lisabeth.
-Comme toutes ces petites recherches de l'amiti sont bonnes, simples,
-touchantes! Il n'y a ni tude ni contrainte; c'est un c&oelig;ur plein
-qui a besoin de s'pancher. (<cite>Note de M. Ferrand.</cite>) Voir aux Pices
-justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc13">XIII</a>, la fin de ce volume, et autres documents
-concernant Madame lisabeth.</p>
+<b><a href="#footnotetag188">188</a></b>: Jour et heure de la naissance de Madame Élisabeth.
+«Comme toutes ces petites recherches de l'amitié sont bonnes, simples,
+touchantes! Il n'y a ni étude ni contrainte; c'est un c&oelig;ur plein
+qui a besoin de s'épancher.» (<cite>Note de M. Ferrand.</cite>) Voir aux Pièces
+justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc13">XIII</a>, à la fin de ce volume, et autres documents
+concernant Madame Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote189" name="footnote189"></a>
-<b><a href="#footnotetag189">189</a></b>: Officier des gardes du corps, fort dvou la famille
-royale, migr en 1790; rentr en France aprs le 18 brumaire, il
-vcut dans la retraite jusqu' la Restauration. Louis XVIII le nomma
-major gnral de ses gardes du corps.</p>
+<b><a href="#footnotetag189">189</a></b>: Officier des gardes du corps, fort dévoué à la famille
+royale, émigré en 1790; rentré en France après le 18 brumaire, il
+vécut dans la retraite jusqu'à la Restauration. Louis XVIII le nomma
+major général de ses gardes du corps.</p>
<p><a id="footnote190" name="footnote190"></a>
-<b><a href="#footnotetag190">190</a></b>: Dans la <cite>Correspondance de Madame lisabeth</cite>, page 245,
+<b><a href="#footnotetag190">190</a></b>: Dans la <cite>Correspondance de Madame Élisabeth</cite>, page 245,
M. Feuillet de Conches nous apprend que le signe &#8854;
veut dire le comte d'Artois, et le signe &#9067; M.
de Calonne.</p>
<p><a id="footnote191" name="footnote191"></a>
<b><a href="#footnotetag191">191</a></b>: Cette princesse venait de donner sur sa cassette une
-pension de douze mille livres M. de Bombelles. (Voir la page <a href="#page240">240</a> de
+pension de douze mille livres à M. de Bombelles. (Voir la page <a href="#page240">240</a> de
ce volume.)</p>
<p><a id="footnote192" name="footnote192"></a>
-<b><a href="#footnotetag192">192</a></b>: Ce jour-l, le Roi avait form le projet d'aller
-Saint-Cloud pour faire ses pques. On rpandit dans le public que ce
-voyage n'tait qu'un prtexte pour fuir la capitale. On appuyait ces
-soupons sur le dpart des vques de Senlis et de Metz, les premiers
-aumniers de Louis XVI. Une masse de peuple pntra dans les cours du
-palais. Malgr les cris d'opposition qui s'levaient, le Roi parut et
-monta en voiture. M. de La Fayette voulut protger la volont du Roi,
-la troupe refusa de lui obir. Plus d'une heure se passe entre la
-volont du Prince et celle du peuple, entre une partie des troupes qui
-veut obir et l'autre qui refuse. Ennuy d'une scne aussi
+<b><a href="#footnotetag192">192</a></b>: Ce jour-là, le Roi avait formé le projet d'aller à
+Saint-Cloud pour faire ses pâques. On répandit dans le public que ce
+voyage n'était qu'un prétexte pour fuir la capitale. On appuyait ces
+soupçons sur le départ des évêques de Senlis et de Metz, les premiers
+aumôniers de Louis XVI. Une masse de peuple pénétra dans les cours du
+palais. Malgré les cris d'opposition qui s'élevaient, le Roi parut et
+monta en voiture. M. de La Fayette voulut protéger la volonté du Roi,
+la troupe refusa de lui obéir. Plus d'une heure se passe entre la
+volonté du Prince et celle du peuple, entre une partie des troupes qui
+veut obéir et l'autre qui refuse. Ennuyé d'une scène aussi
scandaleuse, Louis XVI descendit de voiture, et rentra dans son
-palais. Il se rendit au sein de l'Assemble, et lui fit part de son
-mcontentement avec d'autant plus de raison qu'il et dsir prouver
- l'Europe <em>qu'il tait libre dans Paris</em>.</p>
+palais. Il se rendit au sein de l'Assemblée, et lui fit part de son
+mécontentement avec d'autant plus de raison qu'il eût désiré prouver
+à l'Europe <em>qu'il était libre dans Paris</em>.</p>
<p><a id="footnote193" name="footnote193"></a>
<b><a href="#footnotetag193">193</a></b>: La reproduction de cette lettre est interdite.</p>
<p><a id="footnote194" name="footnote194"></a>
-<b><a href="#footnotetag194">194</a></b>: Voir aux Pices justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc14">XIV</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag194">194</a></b>: Voir aux Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc14">XIV</a>.</p>
<p><a id="footnote195" name="footnote195"></a>
-<b><a href="#footnotetag195">195</a></b>: Runis au chteau de Pilnitz, en Saxe, o s'tait rendu
-le comte d'Artois, l'empereur Lopold II, Frdric-Guillaume II, roi
-de Prusse, et Frdric-Auguste, lecteur de Saxe, signrent la clbre
-dclaration dans laquelle ils signalaient toutes les cours de
+<b><a href="#footnotetag195">195</a></b>: Réunis au château de Pilnitz, en Saxe, où s'était rendu
+le comte d'Artois, l'empereur Léopold II, Frédéric-Guillaume II, roi
+de Prusse, et Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, signèrent la célèbre
+déclaration dans laquelle ils signalaient à toutes les cours de
l'Europe la cause du Roi de France comme la cause commune de toutes
-les ttes couronnes. Ce chteau royal, dtruit en 1818, a t rebti
+les têtes couronnées. Ce château royal, détruit en 1818, a été rebâti
depuis.</p>
<p><a id="footnote196" name="footnote196"></a>
-<b><a href="#footnotetag196">196</a></b>: Montreuil, o Madame lisabeth avoit une maison de
-campagne, et qui est une sorte de faubourg de Versailles. (<cite>Note de
+<b><a href="#footnotetag196">196</a></b>: «Montreuil, où Madame Élisabeth avoit une maison de
+campagne, et qui est une sorte de faubourg de Versailles.» (<cite>Note de
M. de Bombelles.</cite>)</p>
<p><a id="footnote197" name="footnote197"></a>
-<b><a href="#footnotetag197">197</a></b>: Clment-Venceslas, prince de Saxe, n le 28 septembre
-1739, lecteur et archevque de Trves le 10 fvrier 1768.</p>
+<b><a href="#footnotetag197">197</a></b>: Clément-Venceslas, prince de Saxe, né le 28 septembre
+1739, électeur et archevêque de Trèves le 10 février 1768.</p>
<p><a id="footnote198" name="footnote198"></a>
-<b><a href="#footnotetag198">198</a></b>: Voici ce dcret, qui tait l'&oelig;uvre de Couthon:</p>
+<b><a href="#footnotetag198">198</a></b>: Voici ce décret, qui était l'&oelig;uvre de Couthon:</p>
-<p>Article I. Au moment o le Roi entrera dans l'Assemble, tous les
-membres se tiendront debout et dcouverts.</p>
+<p>Article I. Au moment où le Roi entrera dans l'Assemblée, tous les
+membres se tiendront debout et découverts.</p>
-<p>Art. II. Le Roi arriv au bureau, chacun des membres pourra s'asseoir
+<p>Art. II. Le Roi arrivé au bureau, chacun des membres pourra s'asseoir
et se couvrir.</p>
-<p>Art. III. Il y aura au bureau, et sur la mme ligne, deux fauteuils
-semblables; celui gauche du prsident sera destin pour le Roi.</p>
+<p>Art. III. Il y aura au bureau, et sur la même ligne, deux fauteuils
+semblables; celui à gauche du président sera destiné pour le Roi.</p>
-<p>Art. IV. Dans le cas o le prsident ou tout autre membre de
-l'Assemble auroit t pralablement charg par l'Assemble d'adresser
-la parole au Roi, il ne lui donnera, conformment la Constitution,
-d'autre titre que celui de <em>Roi des Franais</em>, et il en sera de mme
-dans les dputations qui pourront tre envoyes au Roi.</p>
+<p>Art. IV. Dans le cas où le président ou tout autre membre de
+l'Assemblée auroit été préalablement chargé par l'Assemblée d'adresser
+la parole au Roi, il ne lui donnera, conformément à la Constitution,
+d'autre titre que celui de <em>Roi des Français</em>, et il en sera de même
+dans les députations qui pourront être envoyées au Roi.</p>
-<p>Art. V. Lorsque le Roi se retirera de l'Assemble, les membres seront,
-comme son arrive, debout et dcouverts.</p>
+<p>Art. V. Lorsque le Roi se retirera de l'Assemblée, les membres seront,
+comme à son arrivée, debout et découverts.</p>
-<p>Art. VI. Enfin la dputation qui recevra et qui reconduira le Roi sera
+<p>Art. VI. Enfin la députation qui recevra et qui reconduira le Roi sera
de douze membres.</p>
-<p>Ce dcret, ds qu'il fut connu dans Paris, y produisit le plus fcheux
-effet; il fut ds le lendemain matin rapport sur la proposition de M.
+<p>Ce décret, dès qu'il fut connu dans Paris, y produisit le plus fâcheux
+effet; il fut dès le lendemain matin rapporté sur la proposition de M.
Vosgien.</p>
<p><a id="footnote199" name="footnote199"></a>
@@ -33807,55 +33762,55 @@ Vosgien.</p>
<b><a href="#footnotetag200">200</a></b>: Lecteur de la Chambre et du Cabinet du Roi.</p>
<p><a id="footnote201" name="footnote201"></a>
-<b><a href="#footnotetag201">201</a></b>: Philibert-Franois Rouvel de Blanchelande, gouverneur
-de Saint-Domingue, n Dijon en 1735, dut tout lui-mme. Rest
-orphelin en bas ge, sans fortune, il entra douze ans dans un
-rgiment d'artillerie, et devint, jeune encore, major au rgiment des
-grenadiers de France. S'tant plus tard distingu dans la dfense de
-l'le de Saint-Vincent, o avec cent cinquante hommes il fora quatre
-mille Anglais reprendre la mer, il reut pour rcompense le grade de
-brigadier, suivi de prs du gouvernement de l'le de Tabago. A
-l'poque de la Rvolution, il rentra en France, et se retira dans le
-village de Chaussin, en Franche-Comt; bientt aprs il fut arrach au
+<b><a href="#footnotetag201">201</a></b>: Philibert-François Rouvel de Blanchelande, gouverneur
+de Saint-Domingue, né à Dijon en 1735, dut tout à lui-même. Resté
+orphelin en bas âge, sans fortune, il entra à douze ans dans un
+régiment d'artillerie, et devint, jeune encore, major au régiment des
+grenadiers de France. S'étant plus tard distingué dans la défense de
+l'île de Saint-Vincent, où avec cent cinquante hommes il força quatre
+mille Anglais à reprendre la mer, il reçut pour récompense le grade de
+brigadier, suivi de près du gouvernement de l'île de Tabago. A
+l'époque de la Révolution, il rentra en France, et se retira dans le
+village de Chaussin, en Franche-Comté; bientôt après il fut arraché au
repos pour aller reprendre le gouvernement de Saint-Domingue. A cette
-poque, un dcret de la Convention affranchissait les ngres;
-Blanchelande ne put conjurer l'orage; il mit quelque temps sa tte
-l'abri en cherchant un refuge au Cap; dnonc par Brissot et Lasource,
-il fut amen en France, et sur la proposition de Garnier, de Saintes,
-il fut envoy au tribunal rvolutionnaire, o, malgr les efforts de
-Tronon-Ducoudray, il fut condamn mort le 15 avril 1793. Le
-prsident lui ayant demand s'il avait quelque chose dire: Je jure
-par Dieu que je vais voir tout l'heure, rpondit-il, que je n'ai
-tremp pour rien dans le fait que l'on m'impute. Il tait g de
-cinquante-huit ans. Son fils, qui avait t son aide de camp, fut
-traduit aussi devant le tribunal de sang et mis mort le 2 thermidor
+époque, un décret de la Convention affranchissait les nègres;
+Blanchelande ne put conjurer l'orage; il mit quelque temps sa tête à
+l'abri en cherchant un refuge au Cap; dénoncé par Brissot et Lasource,
+il fut amené en France, et sur la proposition de Garnier, de Saintes,
+il fut envoyé au tribunal révolutionnaire, où, malgré les efforts de
+Tronçon-Ducoudray, il fut condamné à mort le 15 avril 1793. Le
+président lui ayant demandé s'il avait quelque chose à dire: «Je jure
+par Dieu que je vais voir tout à l'heure, répondit-il, que je n'ai
+trempé pour rien dans le fait que l'on m'impute.» Il était âgé de
+cinquante-huit ans. Son fils, qui avait été son aide de camp, fut
+traduit aussi devant le tribunal de sang et mis à mort le 2 thermidor
an II (20 juillet 1794). Il n'avait que vingt ans.</p>
<p><a id="footnote202" name="footnote202"></a>
-<b><a href="#footnotetag202">202</a></b>: Voil qui rfute les mensongres assertions de M. de
+<b><a href="#footnotetag202">202</a></b>: «Voilà qui réfute les mensongères assertions de M. de
Bertrand de Moleville sur ce que le baron de Breteuil n'avoit pas de
-pleins pouvoirs du Roi en novembre 1791. (<cite>Note du comte de
+pleins pouvoirs du Roi en novembre 1791.» (<cite>Note du comte de
Bombelles.</cite>)</p>
-<p>Voici quelle tait la formule des pleins pouvoirs confis par Louis
-XVI M. de Breteuil:</p>
+<p>Voici quelle était la formule des pleins pouvoirs confiés par Louis
+XVI à M. de Breteuil:</p>
-<p>Monsieur le baron de Breteuil, connoissant tout votre zle et votre
-fidlit, et voulant vous donner une preuve de ma confiance, je vous
-ai choisi pour vous confier les intrts de ma couronne. Les
+<p>«Monsieur le baron de Breteuil, connoissant tout votre zèle et votre
+fidélité, et voulant vous donner une preuve de ma confiance, je vous
+ai choisi pour vous confier les intérêts de ma couronne. Les
circonstances ne me permettent pas de vous donner des instructions sur
tel ou tel objet et d'avoir avec vous une correspondance suivie. Je
-vous envoie la prsente pour vous servir de pleins pouvoirs et
-d'autorisation vis--vis les diffrentes puissances avec lesquelles
-vous pouvez avoir traiter pour moi. Vous connoissez mes intentions,
-et je laisse votre prudence en faire l'usage que vous jugerez
-ncessaire pour le bien de mon service. J'approuve tout ce que vous
-ferez pour arriver au but que je me propose, qui est le rtablissement
-de mon autorit lgitime et le bonheur de mon peuple. Sur ce, je prie
-Dieu, monsieur le baron de Breteuil, etc.</p>
+vous envoie la présente pour vous servir de pleins pouvoirs et
+d'autorisation vis-à-vis les différentes puissances avec lesquelles
+vous pouvez avoir à traiter pour moi. Vous connoissez mes intentions,
+et je laisse à votre prudence à en faire l'usage que vous jugerez
+nécessaire pour le bien de mon service. J'approuve tout ce que vous
+ferez pour arriver au but que je me propose, qui est le rétablissement
+de mon autorité légitime et le bonheur de mon peuple. Sur ce, je prie
+Dieu, monsieur le baron de Breteuil,» etc.</p>
<p><a id="footnote203" name="footnote203"></a>
-<b><a href="#footnotetag203">203</a></b>: Le papier est arrach cette place.</p>
+<b><a href="#footnotetag203">203</a></b>: Le papier est arraché à cette place.</p>
<p><a id="footnote204" name="footnote204"></a>
<b><a href="#footnotetag204">204</a></b>: La reproduction de cette lettre est interdite.</p>
@@ -33864,7 +33819,7 @@ Dieu, monsieur le baron de Breteuil, etc.</p>
<b><a href="#footnotetag205">205</a></b>: Les Trappistes.</p>
<p><a id="footnote206" name="footnote206"></a>
-<b><a href="#footnotetag206">206</a></b>: Franoise de Causans, comtesse d'Ampurie, s&oelig;ur de
+<b><a href="#footnotetag206">206</a></b>: Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, s&oelig;ur de
madame de Raigecourt.</p>
<p><a id="footnote207" name="footnote207"></a>
@@ -33878,29 +33833,29 @@ madame de Raigecourt.</p>
<p><a id="footnote210" name="footnote210"></a>
<b><a href="#footnotetag210">210</a></b>: Le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur de l'Empereur
-prs le Roi.</p>
+près le Roi.</p>
<p><a id="footnote211" name="footnote211"></a>
-<b><a href="#footnotetag211">211</a></b>: Henri-Louis-Ren Desnos, sacr le 25 dcembre 1769,
-dpossd en 1790.</p>
-
-<p>A sa place, que rendait vacante son refus de prter serment la
-constitution civile du clerg, fut lu Jean-Baptiste Aubry, cur de
-Vel dans le duch de Bar. Le prsident de l'Assemble nationale,
-l'ouverture de la sance du 24 fvrier 1791, annona la nomination
-d'Aubry comme vque constitutionnel de la Meuse en mme temps que
-celle de Robert Lindet, vque de l'Eure, et celle de Massieu, vque
-de l'Oise. Aubry tait inconnu. Dput du clerg du bailliage de
-Bar-le-Duc aux tats gnraux, il n'y avait donn aucun signe de vie:
-son silence y fut regard comme une adhsion aux principes
-rvolutionnaires, et les suffrages taient volontiers alls chercher
-un homme dont l'existence tait simple, et paraissait trangre
-toute intrigue. Il quitta en 1793 la crosse piscopale pour exercer la
+<b><a href="#footnotetag211">211</a></b>: Henri-Louis-René Desnos, sacré le 25 décembre 1769,
+dépossédé en 1790.</p>
+
+<p>A sa place, que rendait vacante son refus de prêter serment à la
+constitution civile du clergé, fut élu Jean-Baptiste Aubry, curé de
+Véel dans le duché de Bar. Le président de l'Assemblée nationale, à
+l'ouverture de la séance du 24 février 1791, annonça la nomination
+d'Aubry comme évêque constitutionnel de la Meuse en même temps que
+celle de Robert Lindet, évêque de l'Eure, et celle de Massieu, évêque
+de l'Oise. Aubry était inconnu. Député du clergé du bailliage de
+Bar-le-Duc aux états généraux, il n'y avait donné aucun signe de vie:
+son silence y fut regardé comme une adhésion aux principes
+révolutionnaires, et les suffrages étaient volontiers allés chercher
+un homme dont l'existence était simple, et paraissait étrangère à
+toute intrigue. Il quitta en 1793 la crosse épiscopale pour exercer la
profession d'avocat, et devint ensuite administrateur de son
-dpartement.</p>
+département.</p>
-<p>Lors de la rorganisation des tribunaux, qui eut lieu en 1811, il
-obtint la place de conseiller la cour impriale de Colmar, qu'il
+<p>Lors de la réorganisation des tribunaux, qui eut lieu en 1811, il
+obtint la place de conseiller à la cour impériale de Colmar, qu'il
occupait encore au moment de la Restauration.</p>
<p><a id="footnote212" name="footnote212"></a>
@@ -33908,56 +33863,56 @@ occupait encore au moment de la Restauration.</p>
I<sup>er</sup>.</p>
<p><a id="footnote213" name="footnote213"></a>
-<b><a href="#footnotetag213">213</a></b>: Journe du 20 juin.</p>
+<b><a href="#footnotetag213">213</a></b>: Journée du 20 juin.</p>
-<p>La mme date avait, on le voit, aprs un an, ramen de nouveaux
-malheurs: le Roi, bless dans ses droits les plus sacrs par la
-violation de sa propre demeure et les outrages dirigs contre sa
+<p>La même date avait, on le voit, après un an, ramené de nouveaux
+malheurs: le Roi, blessé dans ses droits les plus sacrés par la
+violation de sa propre demeure et les outrages dirigés contre sa
personne et sa famille, n'obtint d'autres satisfactions que celles
-qu'il se fit lui-mme, en publiant une proclamation pleine de
-sagesse, de courage et de modration. Voir aux Pices justificatives,
+qu'il se fit à lui-même, en publiant une proclamation pleine de
+sagesse, de courage et de modération. Voir aux Pièces justificatives,
n<sup>o</sup> <a href="#doc15">XV</a>.</p>
<p><a id="footnote214" name="footnote214"></a>
-<b><a href="#footnotetag214">214</a></b>: Le 6 juillet, le directoire du dpartement de Paris,
-considrant que Ption avait manqu son devoir en n'empchant point
-les dsordres de cette affreuse journe, le suspendit de ses
-fonctions, sans avoir gard la dfense leve en sa faveur par
-R&oelig;derer, procureur gnral du dpartement.</p>
+<b><a href="#footnotetag214">214</a></b>: Le 6 juillet, le directoire du département de Paris,
+considérant que Pétion avait manqué à son devoir en n'empêchant point
+les désordres de cette affreuse journée, le suspendit de ses
+fonctions, sans avoir égard à la défense élevée en sa faveur par
+R&oelig;derer, procureur général du département.</p>
-<p>Le Roi, la date du 11 juillet, approuva cette mesure; l'Assemble,
-par un dcret dat du 13, leva la suspension, aprs avoir, par un
-dcret du 11, proclam la patrie en danger.</p>
+<p>Le Roi, à la date du 11 juillet, approuva cette mesure; l'Assemblée,
+par un décret daté du 13, leva la suspension, après avoir, par un
+décret du 11, proclamé la patrie en danger.</p>
<p><a id="footnote215" name="footnote215"></a>
-<b><a href="#footnotetag215">215</a></b>: Dans la sance du samedi 7 juillet 1792, Lamourette,
-vque constitutionnel du Rhne, rappela l'Assemble nationale
-l'union et la concorde: A quoi, dit-il, se rduisent ces dfiances?
-Une partie de l'Assemble attribue l'autre le dessein sditieux de
-vouloir dtruire la monarchie; les autres attribuent leurs collgues
-le dessein de vouloir la destruction de l'glise constitutionnelle,
+<b><a href="#footnotetag215">215</a></b>: Dans la séance du samedi 7 juillet 1792, Lamourette,
+évêque constitutionnel du Rhône, rappela l'Assemblée nationale à
+l'union et à la concorde: «A quoi, dit-il, se réduisent ces défiances?
+Une partie de l'Assemblée attribue à l'autre le dessein séditieux de
+vouloir détruire la monarchie; les autres attribuent à leurs collègues
+le dessein de vouloir la destruction de l'Église constitutionnelle,
et le gouvernement aristocratique connu sous le nom des deux Chambres.
-Voil les dfiances dsastreuses qui divisent l'empire. Eh bien,
-foudroyons, Messieurs, par une excration commune et par un
-irrvocable serment, foudroyons et la Rpublique et les deux Chambres.
-(La salle retentit d'applaudissements unanimes de l'Assemble et des
-tribunes, et des cris plusieurs fois rpts de: <em>Oui, oui, nous ne
+Voilà les défiances désastreuses qui divisent l'empire. Eh bien,
+foudroyons, Messieurs, par une exécration commune et par un
+irrévocable serment, foudroyons et la République et les deux Chambres.
+(La salle retentit d'applaudissements unanimes de l'Assemblée et des
+tribunes, et des cris plusieurs fois répétés de: <em>Oui, oui, nous ne
voulons que la Constitution!</em>) Jurons de n'avoir qu'un seul esprit,
-qu'un seul sentiment, de nous confondre en une seule et mme masse
-d'hommes libres, galement redoutables et l'anarchie et l'esprit
-fodal... Je demande que l'Assemble mette aux voix cette proposition
-simple: <em>Que ceux qui abjurent galement et excrent la Rpublique et
-les deux Chambres se lvent.</em> (Les applaudissements des tribunes
-continuent. L'Assemble se lve tout entire. Tous les membres se
+qu'un seul sentiment, de nous confondre en une seule et même masse
+d'hommes libres, également redoutables et à l'anarchie et à l'esprit
+féodal... Je demande que l'Assemblée mette aux voix cette proposition
+simple: <em>Que ceux qui abjurent également et exècrent la République et
+les deux Chambres se lèvent.</em> (Les applaudissements des tribunes
+continuent. L'Assemblée se lève tout entière. Tous les membres se
confondent et s'embrassent.)</p>
-<p>Cette scne est connue sous le nom de <cite>Baiser de Lamourette</cite>.</p>
+<p>Cette scène est connue sous le nom de <cite>Baiser de Lamourette</cite>.</p>
<p><a id="footnote216" name="footnote216"></a>
-<b><a href="#footnotetag216">216</a></b>: Ci-devant employ la bouche du Roi, aux Tuileries.</p>
+<b><a href="#footnotetag216">216</a></b>: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.</p>
<p><a id="footnote217" name="footnote217"></a>
-<b><a href="#footnotetag217">217</a></b>: Ci-devant employ la bouche du Roi, aux Tuileries.</p>
+<b><a href="#footnotetag217">217</a></b>: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.</p>
<p><a id="footnote218" name="footnote218"></a>
<b><a href="#footnotetag218">218</a></b>: Ci-devant servant aux Tuileries.</p>
@@ -33972,500 +33927,122 @@ confondent et s'embrassent.)</p>
<b><a href="#footnotetag221">221</a></b>: Ci-devant terrassier.</p>
<p><a id="footnote222" name="footnote222"></a>
-<b><a href="#footnotetag222">222</a></b>: Ci-devant balayeur la maison d'Artois. Vieil invalide
-auquel le comte d'Artois avait donn cette retraite.</p>
+<b><a href="#footnotetag222">222</a></b>: Ci-devant balayeur à la maison d'Artois. Vieil invalide
+auquel le comte d'Artois avait donné cette retraite.</p>
<p><a id="footnote223" name="footnote223"></a>
-<b><a href="#footnotetag223">223</a></b>: Ci-devant frotteur la maison d'Artois (dont il
-portait la livre ainsi que Mancel).</p>
+<b><a href="#footnotetag223">223</a></b>: Ci-devant frotteur à la maison d'Artois (dont il
+portait la livrée ainsi que Mancel).</p>
<p><a id="footnote224" name="footnote224"></a>
<b><a href="#footnotetag224">224</a></b>: Ci-devant tourneur.</p>
<p><a id="footnote225" name="footnote225"></a>
-<b><a href="#footnotetag225">225</a></b>: Ci-devant employ au service du citoyen Jubaud.</p>
+<b><a href="#footnotetag225">225</a></b>: Ci-devant employé au service du citoyen Jubaud.</p>
<p><a id="footnote226" name="footnote226"></a>
-<b><a href="#footnotetag226">226</a></b>: Ci-devant gardien d'argenterie la maison d'Artois.</p>
+<b><a href="#footnotetag226">226</a></b>: Ci-devant gardien d'argenterie à la maison d'Artois.</p>
<p><a id="footnote227" name="footnote227"></a>
-<b><a href="#footnotetag227">227</a></b>: Ci-devant employe en cette qualit la maison
+<b><a href="#footnotetag227">227</a></b>: Ci-devant employée en cette qualité à la maison
d'Artois.</p>
<p><a id="footnote228" name="footnote228"></a>
-<b><a href="#footnotetag228">228</a></b>: Ci-devant employ en cette qualit la maison
+<b><a href="#footnotetag228">228</a></b>: Ci-devant employé en cette qualité à la maison
d'Artois.</p>
<p><a id="footnote229" name="footnote229"></a>
-<b><a href="#footnotetag229">229</a></b>: Nous avons cru devoir conserver ces pices leur orthographe.</p>
+<b><a href="#footnotetag229">229</a></b>: Nous avons cru devoir conserver à ces pièces leur orthographe.</p>
<p><a id="footnote230" name="footnote230"></a>
-<b><a href="#footnotetag230">230</a></b>: Note conserve au dossier de Madame lisabeth, Archives
-de l'Empire, W. 363; pice n<sup>o</sup> 24:</p>
+<b><a href="#footnotetag230">230</a></b>: Note conservée au dossier de Madame Élisabeth, Archives
+de l'Empire, W. 363; pièce n<sup>o</sup> 24:</p>
-<p>Jugement du 21 floral.</p>
+<p>«Jugement du 21 floréal.</p>
-<p>Acte d'accusation contre Lomnie et autres.</p>
+<p>»Acte d'accusation contre Loménie et autres.</p>
-<p>Il y avait au procs une foule de dlibrations de communes qui
-attestaient le civisme de Lomnie de Brienne, ex-ministre, et
+<p>»Il y avait au procès une foule de délibérations de communes qui
+attestaient le civisme de Loménie de Brienne, ex-ministre, et
cependant Fouquier, qui ne pouvait pas ignorer toutes ces
attestations, lui en fait un crime dans son acte d'accusation.</p>
-<p><em>Le jugement a t sign en blanc rempli depuis; un grand blanc est
-ray, il est sign</em> <span class="smcap">Delige</span>, <span class="smcap">Dumas</span>, <span class="smcap">Maire</span>.</p>
+<p>»<em>Le jugement a été signé en blanc rempli depuis; un grand blanc est
+rayé, il est signé</em> <span class="smcap">Deliége</span>, <span class="smcap">Dumas</span>, <span class="smcap">Maire</span>.</p>
-<p>Dans la mme affaire, la femme Maigret de Srilly s'tant dclare
-enceinte, il a t sursis son excution. Quoiqu'elle ait t
-postrieurement largie par ordre du comit de sret gnrale, elle
-est nanmoins inscrite au nombre des morts sur les registres de la
-Commune.</p>
+<p>»Dans la même affaire, la femme Maigret de Sérilly s'étant déclarée
+enceinte, il a été sursis à son exécution. Quoiqu'elle ait été
+postérieurement élargie par ordre du comité de sûreté générale, elle
+est néanmoins inscrite au nombre des morts sur les registres de la
+Commune.»</p>
-<p class="p2">Madame Maigret de Srilly, on le voit, ne monta point sur l'chafaud.
-Cependant son nom est inscrit sur les registres de l'tat civil comme
-ayant pri avec Madame lisabeth. Au procs de Fouquier-Tinville, le
-17 floral an III (6 mai 1795), elle se prsenta l'audience, tenant
-en main son extrait mortuaire, qui lui avait t dlivr par la
-municipalit de Paris.</p>
+<p class="p2">Madame Maigret de Sérilly, on le voit, ne monta point sur l'échafaud.
+Cependant son nom est inscrit sur les registres de l'état civil comme
+ayant péri avec Madame Élisabeth. Au procès de Fouquier-Tinville, le
+17 floréal an III (6 mai 1795), elle se présenta à l'audience, tenant
+en main son extrait mortuaire, qui lui avait été délivré par la
+municipalité de Paris.</p>
-<p>Grandpr fit la dposition suivante dans le procs de
+<p>Grandpré fit la déposition suivante dans le procès de
Fouquier-Tinville:</p>
-<p>Je me rappelle que le tour d'un des Lomnie venu, il dit au tribunal:
-Vous m'accusez d'migration; je n'ai pas eu le pouvoir de produire
-mes moyens de dfense un dfenseur officieux; mais je n'en ai pas
-besoin, j'ai dans ma poche tous mes certificats de rsidence qui
-constatent ma prsence en France depuis le commencement de la
-Rvolution jusqu'au moment de mon incarcration. Ils sont signs, aux
-termes de la loi, de neuf tmoins, et ils sont sans interruption.
-Comme je ne suis prvenu que du fait d'migration, ma dfense consiste
-dans la reprsentation de ces certificats, et je demande au tribunal
-de vouloir bien les faire mettre sous les yeux des jurs. Ces
-certificats ont t effectivement remis sur-le-champ aux jurs, qui
-les emportrent, sans les lire, dans la chambre des dlibrations, et
-revinrent une demi-heure aprs, bien convaincus des crimes de tous les
-accuss. Lomnie fut condamn comme tous les autres en qualit
-d'migr. B.</p>
+<p>«Je me rappelle que le tour d'un des Loménie venu, il dit au tribunal:
+«Vous m'accusez d'émigration; je n'ai pas eu le pouvoir de produire
+mes moyens de défense à un défenseur officieux; mais je n'en ai pas
+besoin, j'ai dans ma poche tous mes certificats de résidence qui
+constatent ma présence en France depuis le commencement de la
+Révolution jusqu'au moment de mon incarcération. Ils sont signés, aux
+termes de la loi, de neuf témoins, et ils sont sans interruption.
+Comme je ne suis prévenu que du fait d'émigration, ma défense consiste
+dans la représentation de ces certificats, et je demande au tribunal
+de vouloir bien les faire mettre sous les yeux des jurés.» Ces
+certificats ont été effectivement remis sur-le-champ aux jurés, qui
+les emportèrent, sans les lire, dans la chambre des délibérations, et
+revinrent une demi-heure après, bien convaincus des crimes de tous les
+accusés. Loménie fut condamné comme tous les autres en qualité
+d'émigré.» B.</p>
<p><a id="footnote231" name="footnote231"></a>
-<b><a href="#footnotetag231">231</a></b>: Surcharg: il y avait auparavant 150.</p>
+<b><a href="#footnotetag231">231</a></b>: Surchargé: il y avait auparavant 150.</p>
<p><a id="footnote232" name="footnote232"></a>
-<b><a href="#footnotetag232">232</a></b>: P. F. Gossin, n Souilly, arrondissement et trois
-lieues et demie de Verdun, g de quarante ans, un des plus beaux
+<b><a href="#footnotetag232">232</a></b>: P. F. Gossin, né à Souilly, arrondissement et à trois
+lieues et demie de Verdun, âgé de quarante ans, un des plus beaux
hommes de ce temps, ex-lieutenant civil et criminel au bailliage de
-Bar-le-Duc et ex-dput aux tats gnraux, avait t mand par le roi
-de Prusse Verdun, aprs la prise de cette ville, en septembre 1792.
-Il avait d'abord refus d'obir; mais ayant fini par cder aux dsirs
-du peuple de Bar et aux instances de ses collgues, ses ennemis en
-profitrent, aprs la retraite des Prussiens, pour l'accuser de
-trahison. Le 5 septembre, il annona l'Assemble nationale qu'il
-<em>avait t forc d'obtemprer la sommation du duc de Brunswick, pour
-rgler les affaires du dpartement</em>. Un dcret le mit en accusation.
-D'abord enferm au Luxembourg, il fut condamn mort le 4 thermidor
-an II (22 juillet 1794) par le tribunal rvolutionnaire de Paris,
-comme ayant obi aux ordres du roi de Prusse et comme complice d'une
-conspiration dans la prison o il tait dtenu. B.</p>
+Bar-le-Duc et ex-député aux États généraux, avait été mandé par le roi
+de Prusse à Verdun, après la prise de cette ville, en septembre 1792.
+Il avait d'abord refusé d'obéir; mais ayant fini par céder aux désirs
+du peuple de Bar et aux instances de ses collègues, ses ennemis en
+profitèrent, après la retraite des Prussiens, pour l'accuser de
+trahison. Le 5 septembre, il annonça à l'Assemblée nationale qu'il
+<em>avait été forcé d'obtempérer à la sommation du duc de Brunswick, pour
+régler les affaires du département</em>. Un décret le mit en accusation.
+D'abord enfermé au Luxembourg, il fut condamné à mort le 4 thermidor
+an II (22 juillet 1794) par le tribunal révolutionnaire de Paris,
+comme ayant obéi aux ordres du roi de Prusse et comme complice d'une
+conspiration dans la prison où il était détenu. B.</p>
<p><a id="footnote233" name="footnote233"></a>
<b><a href="#footnotetag233">233</a></b>: Archives, section historique, K 147, n<sup>o</sup> 4.</p>
<p><a id="footnote234" name="footnote234"></a>
-<b><a href="#footnotetag234">234</a></b>: Retire le 14 janvier en 1787, remplace par la
+<b><a href="#footnotetag234">234</a></b>: Retirée le 14 janvier en 1787, remplacée par la
demoiselle Malivoire.</p>
<p><a id="footnote235" name="footnote235"></a>
-<b><a href="#footnotetag235">235</a></b>: Le roi de Sude.</p>
+<b><a href="#footnotetag235">235</a></b>: Le roi de Suède.</p>
</div>
<div class="p4 tn">
-<p>Notes au lecteur de ce fichier numrique:</p>
+<p>Notes au lecteur de ce fichier numérique:</p>
-<p>L'orthographe trouve dans le livre a t conserve, mais certains
-accents ont t restaurs pour faciliter la lecture.
+<p>L'orthographe trouvée dans le livre a été conservée, mais certains
+accents ont été restaurés pour faciliter la lecture.
-<p>L'ouvrage utilise une "demi-dise" pour reprsenter le signe montaire,
+<p>L'ouvrage utilise une "demi-dièse" pour représenter le signe monétaire,
ce fichier utilise <span class="small">&#35;</span>.</p>
</div>
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame lisabeth, soeur de
-Louis XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE DE MADAME ELISABETH, VOL 2 ***
-
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-public domain material made available by the University
-of Toronto Libraries
-(http://link.library.utoronto.ca/booksonline/).)
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-Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
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-do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
-rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
-such as creation of derivative works, reports, performances and
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-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
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-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
-and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
-works. See paragraph 1.E below.
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-or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
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-works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For forty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
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